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MONTPELLIER, IMPRIMERIE CENTRALE DU MIDI. — HAMELIN FRERES 



& 



REVUE 



DES 



LANGUES ROMANES 



PUBLIEE 



PAR LA SOCIÉTÉ 

POUR L'ÉTUDE DES LANGUES ROMANES 



Troisième Série 
TOME CINQUIÈME 

(tome XIX DE LA COLLECTION) 




3 
MONTPELLIER 

AU BUREAU DES PUBLICATIONS 

DE LA SOCIÉTÉ 
VOOK L'ftTQOR DBS LANGUBS R01IANE9 



PARIS ' 
MAISONNEUVE ET O' 

LIBRAIRES-ÉDITEURS ' 

'25. QUAI VOLTAIRE 25 



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REVUE 



DES 



LANGUES ROMANES 



Dialectes Anciens 



LO SERMO D'EN MUNTANER 

ADICIÔ 

Lo nostre objecte al escriure Tarticle que porta aquest titol 
no fou, j aixis ho declarârem, fer un trevall definitiu. Copia- 
rem lo text de Madrit per satisfer un antich desitx, à lo que 
'ns convidaren alguns matins desfeynats, que 'ns restaren en 
una estada en la coronada vila. No volguérem donar un text 
rectificat, coneixent que per aixô no teniam la preparaciô ne- 
cesaria, ni volent tampoch destinar' hi '1 temps, ni' 1 trevall 
ni la incubaciô corresponents. Jadiguérem en la primera plana 
lo modest résultat que podiem esperar de la nostra publicaciô. 

En la Romania^ IX, 477; lo S' Meyer feu de la mateixa una 
critica d'un carâcter molt gênerai (exceptât un punt). Al ma- 
teix temps que diu que '1 text ha surtit molt millorat, afirma 
que sols podia juotificar la dita publicaciô un comentari filo- 
lôgich histôrich : l'ultim no entrava en nostre projecte, del 
primer alguna coseta hi ha. Diu que resten molts passatjes 
obscurs : no tants, y alguns pot ser que sigan culpa dels co- 
pistes, y qui sab si del autor ; que mostram molta vacilaciô : 

TOilB V DELA TROISIÈME SÉRIE. — JANVIER 1881. 



6 LO SERMO d'en BIUNTÂNER 

com evitarla quant manquen los punts de comparaciô * ? que 
'1 text se ha establert d'una manera arbitraria (no '1 restablim ) 
y la causa d'aixô es que no explicam com nos representam 
la relaciô dels textos (ho explicam). Diu ademes que la punc- 
tuaciô es molt descuidada : errada podrâ ésser*, mes savem 
decertque'ns hi mirârem jen veritat creyem que'lS' Meyer, 
que no té temps per perdre, posa sois Tatenciô en alguns 
finals de cobla en que manca' 1 punt. Finalment censura Tus 
del catalâ en escrits cientifichs •*. 

Per altra part, quant ja no érem a temps d'aprofitarla, rebe- 
rem la nova de que en la Biblioteca provincial de Barcelona, 
hi havia un ms. (parcial) de Muntaner * y sabent après que'l 
S' Sampere y Mi quel hi havia trovat lo sermô, anarem a exa - 
minarlo — Ab aquest motiu tornarem à mirar la nostra publi- 
caciô é hi notarem Tomissiô d'un vers (I/. 

* No vacilârem en moites coses, com en lo 2 vers de la I' cobla, en lo a 
Maho m'es dit, en la interpretaciô de la paraula fe tan diferentament entesa 
pels traductors, en la paraula terrasiana, etc. 

2 Pot ser que à la Vil», 5 correspon do punt que posârem après del vers 
segùent. 

^ En uno benévol judici de la Resenya dels antichs poètes catalans, escrita 
en catalâ, digue '1 Sr Meyeor aquestes o semblants paraules:« Los qui s'inte- 
ressen per la poesia catalana deuhen segurâment entendre '1 catalâ. » Aquesta 
raho val també encara que s'escriga en una Revista extrangera. Per lo demes 
sempre avem pensât que entre nosaltres los travails cientifichs s'han d^'escriure 
en castellâ, lo quai nos ha vulgut la censura d'alguns, com poch temps fa, del 
penûltim nombre del Gay Saber. A aquesta régla gênerai sols havem fet ex- 
cepcions quant ha sigut necessariperque el llibre ô la revista en que dévia anar 
l'escrit no admitia res castellâ. També havem cregut oportuna un altre excep- 
ciô en l'article qu'adicionam, tractantse de un assumpte catalâ y escrivent per 
una societat que 's complau en recordar Tantigua germandat del provensal y 
de la nostra Uengua. 

* Coneixiem aquest ms. que consultârem mes d'una vegada per motiu de 
les poésies que té al comensament (Trov. en Esp., p. 393, etc.) ; mes créyem 
que sols conteniala Cron. de Desclot que jâhaviem estudiat, per la Uengua, 
en Buchon y en un m. s. de la Bibl , episcopal. 

5 Aquest vers es lo 20 de la cobla X« que diu : A. Xascus de son conseil e 
Deus quel guiara ; B. Chascun d. s. c. he D. q. giara ; G. Cascu d. s. c. e. D. 
q, g, — Encara que sempre havem pensât que aquell que fes la comparaciô de 
les versions trovariaenla nostra ediciô algunainexactitut, pera evitar, en quant 
podem, noves censures, afegirem â les correccions ja fêtes (p. 88 del T.*XVII 
de la CoK) las seguents. Introduccio, T. XVI de la Col., p. 219, l. 27; ges /. 
sens; p. 221, falta senyal en la primeranota; Ib., l. 29 ; selvar ent l selvazent; 



LO 8ERM0 DBN BfUNTÂNER 7 

Ultimament lo S' Sampere en la Revista de ciencias histôricas 
(octubre 1880) ha publicatun examen del nostre article, ahont 
al mitg d'expressions bénévoles j corteses nos fa censures, 
unes fundades, altres purament voluntaries. Les primeres son 
de la ignorancia del ms. de Barc; de la dita omissiô y de la 
interpretaciô dels versos 6-9 de la IV* cobla. Les altres son de 
que no hi ha prou observacions filologiques ( ja diguerem que 
no parlariem dels llochs clars), que '1 text de Madrit aclara 
poca cosa, que insistim poch en lo segon vers (corn si hagues- 
sem d'haver endevinatlo dupte del S' Meyer) yno se que mes. . 
En certa manera no es censura sinô cortesia lo dir que no 
volguérem fer lo que podiem per la rectificaciô del text. Ni 
ho ferem per les rahons dites, no pera no mostrarnos falibles, 
que massa motius tenim per saber que ho som . 

En lo que devem posar mes punt es en la defensa del text 
de Madrit, que tampoch es infalible pero que té moites coses 
bones, sobre tôt comparantlo ab lo de Valencia, ùnich que 's 
coneixia*. Comparem : 

P, 2. Gui NantuU (genentul), 5. do (perdo); vers 9 (manca), 
11*3. pallesas (manca); 8. ait (altre); 15. perdet(pert).III% 5. 
ancessor (secor); 13. pes cabrail (prest apraill) ; 14. mestaill 
(mescaill). IV, 4*Fara (E ara); 17. allegar (alegrar); vers 12 
(manca). V*, 3.1a (lia); 9. donar ( donar dany). VI,. 6. tar- 
rassana (taresana); 8. e nuyl aço no mut (e no estia mut). 
VII, 12. sin plor (simplor ); VIII*, vers 5 {manca); 6. es a Maho 
m'es dit (e sa ma com es dit). IX, 19. murs escombraran (mu- 
rets combatran). X, 2. se paus (sepans) ; 7. que .1. gra (que 
tengra); 16d'Estampaix(descampair). XI, 15ebuhiya (abaya). 
XII, 5. tuyt Taltre (e trestuyet). 

Passem ara alms. de Barc^ Se distingeix dels altres per- 

Ib., /. 32: Ans de 3a deu posarse*; Ib., /. 34 : 3a, Z. 4a; p. 222: Al fi delpe- 
nûltim a partat deu posarse 5 . — Text. Punt al fi de les cobles que no '1 
duhen. I» 12, lait, /., Tait; VI», 8. Xacus, /. xascus; IX, 15, qu, L que ; XII, 
4, e' /. e. Variants, Illa, 8, Apres de B. C. deu seguir la primera paraula de 1 
plana segûent ; VII, 4, E det e. /. E det c; XI, 16, 20, /. 16, 2. B; Xn, 19, 
alats, l. B. C. alats. 

6 Ja indicarem algunes correccions fêtes pel Sr BofaruU. 

^ Per la Uetra sembla de ultims del XVI o principes del XV. Una de les poé- 
sies qu'hi ha al devant y que sembla de la mateixa ploma fon composta en 
1393. V. la citada Resenya, Jochs florals de 1865, p. 131, 




.^^ 




REVUE 



DES 



LANGUES ROMANES 



14 POESIBS 

E Tuelh li regemis *, beleu pel premier cop : 
Aitals, emais sia dur, l'aigua raja d'un roc! 

Subran.lou pabelhou s'alanda e s'ellumena : 

« Qu sei vol esser? — leu. Dounc, coum'una femena, 

» Gaifre puraîMoun Gaifre?... » Et Hunalt^ (A^qu'ei ilh, . 

Qui torna d'outra-mar, per sujournar soun filh.) 

Leva soun capussou, mens blanc que soun visatge ; 

E d'un aire enspirat : — a Gaifre, Gaifre, couratge ! 

» Te figuras trop leu d'aver prou coumbatut ; 

» Veni per am tu vencre, ou per mourir am tu ! 

» La Fourtuna mairastra en coulera nous bressa ; 

» Bufa-la! fai sens ela!. . . Ad un pople en destressa, 

» La melhoura defensa es de res esperar, 

» E de reguinguarj ' dur, e de se re virar ! 

» Avertis-me cop-sec toun boucinot * d'armada ; 

» Avertis mais que mais nostr'Aquitanha amada 

)) Qu'Hunalt, lour ancian duc, a quitat soun moustiet», 

» Per n'esser pus estranh, ni pus tirar coustier 

» Del gran perilh oun son, ni de lour desfourtuna, 

» Ilh toutjourn voulountous per la causa coumuna î » 

Mentre que parla aissi, Gaifre li pren las mas, 

E las sarra, e las bica^ : « Oh! perque venetz mas? 

» Un quite journ pus leu, e mantenen siam mestres! 

» — Z'ou serem vins ou mortz ! . . . apela-me lous prestres, 

» Apela-me l'Evesque. . . e demà, taleu journ, 

)) Que lou crit : « Libertat ! » revelhe lou Miejourn ! » 

.Elougraile* resplan, e lou tabour ressouna ! 
Desenpueis a Lemotge entrusca Carcassouna, 
De Grenoble a Bourdeus, tout trépida e fernis ; 
Genz de lounc, genz de prep, que mesma lengua unis, 
Se rescontron counsens. . . Salut, Gui de Marselha ! 
Fulcran de Mountpeslher, que sa maire acounselha ! 
Tu, Guilhem de Peitieus, a la couirassa d'or. 



* S'humecte. Regemir se traduit mal en français. Ce mot se dit de la résine 
qui distille du pin, de Teau qui sort goutte à goutte du rocher, etc. — ^ Hu- 
uald, forcé d'abdiquer, avait pris l'habit de moine dans l'île de Ré. — ^ Re- 
gimber. - * Petit morceau.— s Les embrasse. — s Clairon. 



POESIES 15 

Doun un Franc, hoste ingrat, deshononret la sor, 

Injura venjadouira !.. E tu, Jaufres de Tula 

Qui rizes del dangier, testut couma ta mula ! 

Salut, brun Ramistan, sanc e noum sarazis, 

Del temps de Cari-Martel nascut en Lemouzis I 

E tu, Pons de Caors, dich Bratz-de-fer, qui mâchas ' 

Lou chai^ a Fenemig d'un cop de pounh, si cachas! 

E tu mais, Leocar, qui d'anueg a dema 

Viras aisadamen, tabastan*dins la ma 

A Pépin, quan trioumfa, a Gaifre, quan prouspera, 

Sens te doutar d'Uzercha, oun lou bourrel t'espéra!.. *. 

Toutz, e d'autres qu'oblidi, acouron a l'apel, 

Am chadun soun armada, am chadun soun drapel 1 

Entre Essandoun e Briva es una vasta plana 
Oun frojon ^ al soulelh lou razim e l'aulana; 
L'aulana *, lou razim. . . Passât-temps n'in venia : 
Despueis un parelh d'ans, a pena si lei n'ia, 
A causa que Pépin a bailat per counsinha 
De pessar lou fruchier e de bourlar la vinha. 
Loira e Vezera, al mieg, debojon "^ doussamen 
Lours flotz mantenen blues, rouges dins un moumen. 

Countra l'ost de Pépin l'ost de Gaifre se lansa. 
Senhour Deus ! de quai pan vai pesar la balansa ?. . . 
Del Nort ou del Miejourn, quanh es lou mais valen ? 
Si lou Franc es genhous *, lou Gascoun es malen^ ! 

Gaifre, a chaval, coumanda... Ardit, Gaifre !.. Per l'aire 
Soun espaza d'acier luzis couma l'esclaire. 
Hunalt, ilh, seg lous rengs, armât d'un crucefis : 
« Pensatz a la patria, efans, aco sufis ! » « 

Pépin — l'an z'ou coumpren a sa pala figura — 
Un cop era, a cregut sa desfacha segura. 
Aquitans ! Aquitans ! . . . meritavatz lou pretz ; 
Mas es escrich, pareis, que jamais ganharetz. 

» Ecrases. — 2 Tête, figure. — 3 p rappant.— * Uzerche, ville du bas 
Limousin, bâtie ou fortifiée par Pépin. Léocaire, maire du palais, y fut déca- 
pité. _ * Profitent. — e La noisette. ^ ^ Dévident. — » Habile.— » Vif, pé- 
tulant. 



16 POESIES 

Un traite — se noumava. . . Enquestiunatz Tistoria! 
Passan a Tenemig, li porta la Victoria. 
E dounde mais-que-mais, lou boun pople aquitan 
Al col bota aquel joug, qui lou murtrira tan !.. . 

Hunalt, a Testrangier s'en coureguet enquera*; 
Ermita emais soudart, sounhava mas de guerra ; 

Tan que, despacientat, lou pople Tarouchet ^. 

Gaifre de pan e d'autre enquera mais luchet. 

A la fl de las fis, lou pounhart, dins Tourena^, 

La trauchet laschamen, quela fiera peitrena ! . . . 

Oh ! Gaifre, dor en patz ! dor en patz*, ohl vencut! 

La patriaun cop morta, avias prou temps visent * ! 

Josep Rous. 
XXVll de maj 1879. 



AMADAMO SOUBEYRAN 
AUTOUR 1} Oiseaux et Fleurs, après ma vesito a sant-geni^s 

D'ouro de bonur franc, eiçabas, quau n'en fielo ? 
Se, d'asard, n'apoundèn quaucuno à la kirielo. 
Tout à - n'elo, lou cor e Tesperit countènt, 
Oublidan nôsti lagno e lis àrsi dôu tèms. 

Quand pèr vous vèire, aièr, trespassère l'Esquielo ®, 
Emai de nostoman glisson coume d'anguielo, 
Agantère — e, segur, m'en souvendrai toustèms, — 
Uno d'aquéli joio escrèto de printèms. . . 

Dins voste nis galoi, tout piéuto, tout bresiho ; 
Dins voste jardinet, tout greio, tout fiouris ; 
Dins voste oustau béni, tout se chalo,tout ris ; 

Es que ie sias trasènt amour e pouësio^ 

— Felibrfllsso dicant plen de siàvis oulour, — 

La sorre dis Aucèu e la reino di Fiour \ 

Louis RouMiEUx. 

1 En Lombardie, chez le roi Astolptie — * Le lapida. — ^ Le château- 
fort de Turenne, en bas Limousin. — * Gaifre fut enseveli dans la cathédrale 
de Limoges . — 8 Limousin, orthographe des Troubadours. 

6 Ruisseau qui traverse Saint-Geniès . — ^ Provençal ( Avignon et les bords 
du Rhône). Orthographe des félibres d'Avignon. 



LOU PIN E LÔU CANIE» 



A M. CAMILLE LAFORGUE 

Un pin, amount dins las garrigas, 
Dempioi belèu cent ans e mai, 
Maugrat ious quatre vents e sas rustas coutigas*, 
Viviè, creissiè, nautàs e rede que noun sai. 

En mema tems, sus lou bord de la lona% 
Enracinât dins Faiga, un ploumet chaca grel, 
Un bèu caniè pimpava lou sourel. 

La natura qu'en chacun dona 
E seloun qu'es, gaubi, força, desart*, 
A-n-eles dous aviè fach bona e larga part. 
Dau tems qu'un de soun tes ^ dins Ious aires dardalha 
Sous jets ramuts, linges e fiblarels, 
Que dins Festanc lou farot se miralha, 
Brandant au ventilhou sous prims e blancs cimels, 
Ailamoundaut lou rei das causses ®, 
Entre-mitan das verts abausses', 
Dins lou ciel linde alarga, magestous, 
Soun cap negràs, inmense, espetaclous. 
Jout soun oumbrassa refrescaira. 
Qu'à soun entour roda e s'alaira ^, 
Que cbaca prima espessesis, 
• Dins soun brancun sarrat, dins sa rama eternala, 
Aubret, floureta, aucelou, nis, 
Avien souploch e bona cala 
Contra la blaïnada e lou frech e lou caud. 
Donne, sus lou grès couma dins lou baissau '\ 
Chacun viviè sa bêla vida, 
Oumbrant nosta terra espoumpida 
Jout la gouverna dau bon Dieu. 

* Touffe de roseaux. — * Secousses.-* 3 Étang.— * Apparence. — ^ Amon- 
cellement de terre ou de sable au bord • des eaux. — « Plateaux élevés, mon- 
tagnes^ causses. — ^ Chênes nains et, en général, arbrisseaux de garrigue 
— 8 S'étend, — ^ Petite plaine basse. 

t 



18 POéSIBS 

Acô duret d'aqui qu'arriva un Vacairieu *, 
Talament fol que, dins la plana, 
D'en magistrau ou tremountana, 
Jamai s'era vist lou parié. 
Lou pin, tout plen de galhardiè, 
Sieis jours, sieis niochs, ten bandât', s'enredena, 
N'a pas soun démentit. Milhou, dau fier testard 
La sourna e pouderousa ourguena', 
Que sembla un brounziment de mar, 
Respond au bram de la countesta 
Agarrida au tour de sa testa, 
E n'agroussis la senistra bourchou *. 
Mais lou setenc jour, dor la fin de la vesprada, 
D'amoundaut se derraba una grand maliciada. 
Confia de nèu, de grella e de frechou. 
Jout soun esquich^ lou ventàs recaliva, 
A vira-vôut* de tout caire s*abriva, 
Enmaliceja e corna à brandilhà lous trucs ', 

A nioch-falit, d'entre mitan das bruchs 
E dau roundinament de la mala chavana % 
S'auboura un immense croussin ®, 
Es, pecaire ! lou paure pin 
Que, brigoulat*® per sôu, cabana** ! 

L'endeman, dins l'aire esperlucat **, 
Lou caniè, que la velha à tout cop s'amourrava, 
Crânant, mougut, toussit, terra e limpun lecava. 

Se rebecina, escardussat *^, 

E, couma se de res noun era, 
Pioi espincha en amount e devista per terra, 
A soun darriè badal lou paure garrigaud. 
— « Es grand malur, s'ou dis, oui, mais acô ie eau. 
Aqui ce que reven de tant tesà ** l'esquina ; 

S'aviè biaisât, eau s'amagina 

Lous ans qu'encara auriè visent ! » 

1 Série de sept jours où souffle le vent (mars-avril). — 2 Tient ferme. — 
3 Voix. — * Bruissement. — 8 Pression. — « A tourbillons. — ^ Montagnes, à 
pics élevés. — 8 Tempête. — » Craquement. — ^^ Brisé. — <* Tombe la tête 
en avant. - *2 Gai, rafraîclii. — *3 Joyeux, éveillé. — ** Raidir. 



19 

Adounc lou ruste e fier jagut, * 

D'un soun de vos que raufeleja, 
Respond : « De vieure ansinda ai pas enveja; 

S acô f agrada, per tus fas. 

Countugna, zou, tant que vieuràs; 
Clena à tout vent toun ossa linja e flaca, 

Mais laissa esta lou qu'es prou fort 

Per voulountà pus lèu la mort 

Que de mourrejà la boulhaca ^ ! » 

A. Langladr. 



MOUN 0USTALET2 

Es pichoun l'oustau de ma maire . 
Es enca trop grand : sian tanj gaire 

Ta pas, dis Aup enjusqu'au Rose, 
Castèu que me fague tant gau 
Qu'aquest galant pichot oustau, 
Que dirias un cruvèu de nose. 

Entre ma maire e ma meina, 
Uno brié d'ami, quàuqui libre, 

LA MIA CASETTA 

Picciola ella è, si, délia mamma mia 
La casa; ma ella èancor pur troppo grande: 
Noi siam si pociii ! 

Non vi ha, dall'Alpi al Rodano, un castello 
Che più mi colmi il cor di dolce incanto 
Di esta casa gentil, picciola tanto, 
Che ben di noce un guscio io la dirô. 

Tra la mia figliuolina e la mia mamma, 
Un pô di amici e qualche libro eletto, 

* Boue ou vase liquide. — Cette pièce est écrite dans le langage de Lan- 
sargues et de ses environs). Orthographe montpeiliéraine. 

* Pèço medaiado au premié courreli tresenau de la Soucieta di lengo rou- 
mano, tengu en 1875. 



Aqui, cade ivèr, vive libre, 
A tirade plan... d'armana. 

Sara pas long pèr lou retraire : 
De moble de Paris n'i' a ges, 
Franc bessai d'aquéu pichoun brès, 
Souto lou pertra de moun paire ; 

E pièi, pèr marca li repas, 
Esto pendule que rabuso : 
Quand sias urous, troto, la guso, 
E, se sias doulènt, vai au pas. 

Vès mi libre sus moun pupitre ! 
N'i' a pas gaire, diran li gènt ; 
Mai, lou sabès, li bons enguènt 
Noun se mesuron à calitre. 

Es tout d'obro de Prouvençau. 
Si vestidur o soun gavoto ; 
N'i' a pamens dos d'un pau faroto : 
S'entend, a Mirèio » e « Calendau.» 

Vivo, ogni inverno, io là libero e schietto, 
Sogni e castelli . . . almanaccando io vô. 

Descriverla non fia già a lungo giorne. 
Non havvi parigin mobile affatto, 
Salvo del padre mio sotto il ritratto, 
Forse una brève cuUa e nuUa più ; 

E poi, per ricordar del pasto l'ora, 
Questo oriuol, che oscilla e il tempo invola : 
Se sei felice, trotta avaro e vola, 
Se sei dolente, a lento passo ei va. 

Voi vedete i miei libri a me son giove : 
Ma ve ne ha pochi, mi diran le genti ; 
Voi ben sapete, i preziosi unguenti 
A decalitri niun misurerà. 

Non son che opre di vati provenzali, 
Lor veste è rusticale. Eppur fra tanti 
Due soli ne vedrai belli, eleganti, 
Dir voglio « Mireille » e « Calendal. » 



POésiBS 21 

Dins si cadre regardas vèire 
Ate, Vau-cluso e Four-cauquié, 
Ounte la Vierge dôu clouquié 
Vous sourris, dirias, sout soun vèire. 

Pièi l'album, libre simpati, 
Ounte ai acampa vôsti caro, 
Tôuti vàutri que vese encaro, 
Vautre tambèn que sias parti ! 

Lou soulèu is èstro dardaio ; 
Larg coumo la man, lou jardin 
Es tout clafi de jaussemin 
Qu'escalon de-long li muraio. 

Un jour, nous parara dôu caud, 
Lou marrounié que ma ûheto 
A semena dintre Ferbeto : 
Es déjà coume un panicaut. 

Vai crèisse emé li souleiado ; 
Bébé, que Tasaigo souvent, 

Chiuse in comici, voi mirar potrete 
Apt, Valclusa e Forcalquier ancora, 
Del campanil la Vergine qui ognora 
Par vi sorrida, sotto il suo cristal . 

Poi un libro simpatico, ecco VAlbunif 
Dove io raccolsi tutti i vostri visi, 
Voi che ancor veggo dalla vita arrisi; 
Voi pure, che partiste, ahimè, da qui ! 

11 sole aile finestre e raggia e guizza : 
Largo quanto una mano, il mio giardiao 
E si colmo di fior di gelsomino, 
Che lungo i mûri serpeggiando van. 

Un giorno covrirâ tutta la casa 
11 bel castano, che la mia figlinola 
Seminato ha fra l'erbe nell' aiuola : 
Siccome un fungo già venuto è su. 

Del sole ai raggi crescerà più svelto. 
E Bebè, che lo inaffia ogni tantino, 



22 POESIES 

Dis qu'à sa sousto, Tan que vèn. 
Se fara de flàmi goustado. 

Entanterin, pausas lou pèd 
Plan-planet long de la viseto, 
Que no un boulessias la dineto 
Que s'alestis pèr latitè. 

Mai, vès-eici cousin, cousine. 
Lèu, en avans cordo e baloun ! 
E tant desbrandon lou saloun 
Que n'en vèn sourdo la meirino. 

moun galant pichot oustau. 
As ges d'armarié ni de garde ; 
En passant, pas res t'arregardo ; 
Degun dis : « Aqui rèsto un tau. » 

Es pèr acô que moun cor t'amo, 
Car sies enveja de degun ; 
Coumo uno serro si perfum , 
Gardes li doulour de moun amo. 

Dice che ail' ombra sua, l'anno vicino, 
Ascîolveri gustosi vi farà. 

Intanto, pian pianin posate il piede 
Lungo la scalinata, per sospetto 
Di qua e la rovesciare il buon pranzetto 
Che alla bambola li si apparecchiô. 

Ma ecco arrivar cugino e cuginette : 
Presto ! in avanti, musica e si balla, 
E Si la sala sotto i pié traballa, 
Che Tava tutta sorda ne divien. 

mia gentile piccola casetta. 

Tu non hai scudo, né custode alcuno . 

Quivi passando, non ti guarda niuuo ; 

Altri non dice : « Qui dimora un tal ! » 

Oh! gli è per questo che il mio cor si ti ama, 

Chè non ti invidia alcuno in sidla terra. 

Corne un' aiuola i suoi profumi serra, 

Tu deir anima mia serbi i dolor'. 



POÉSIES 2^ 

luei, pamens, toun umble lintau 
En pourtau triounflant s'enarco, 
E sies un palais de mounarco, 
D'abord qu'as assousta Mistrau *. 

A. DB Gagnaud. 

0ggi frattanto Fumile abituro 

In arco di trionfo si ingrandi, 

Tu sei un palagio di monarca, oh si, 

Poichè tu ricovrasti oggi Mistral. 

Ab. Prof. Giuseppe Spera. 



REDOUNDEL 

Vai-t'en, iver, vai-t'en, vai-t'en, 
Embe ta capo ennevoulido ! 
Tus durant, es tristo ma vido, 
Tremole la mitât del tems 
E ti maudisse ben souvent. 
Ai prou de tus, prend la fugido ; 
Enmeno lien e vitoment 
Lou frech e soun orro seguido. 
Vai-t'en, iver, vai-t'en, vai-t'en, 
Embe ta capo ennevoulido I 

Toujour mi rendes mau countent : 
Mais quand de nèu vese acouvrido 
La terro touto agremoulido, 
Sul cop ieu vene moustardenc 
E cride sans pus de sesido : 
Vai-t'en, iver, vai-t'en, vai-t'en, 
Embe ta capo ennevoulido* ! 

P. Pesquet. 

* Provençal (Avignon et les bords du Rhône). Orthographe des félibres 
d'Avignon. 
^ Languedocien (Golognac et ses environs). Orthographe montpelliéraine. 



VARIETES 

FORMES 

EXTRAITES DE LA DEUXIÈME SATIRE DE PERSE 
TRADUITE EN VERS LODÉVOIS 

Par M. Molinier. 



Les archives de la. Société pour Tétude des langues romanes s'aug- 
mentent annuellement d'im nombre considérable de pièces que leur 
étendue,' leur publication dans un autre recueil, parfois aussi leur in- 
térêt trop exclusivement littéraire, ne permettent pas d'insérer dans la 
Revue, Il serait néanmoins utile d'extraire de ces envois les formes et 
les variantes locales qui n'ont pas été enregistrées dans les diction- 
naires des idiomes du midi de la France, et plus particulièrement dans 
ceux de M. Honnorat, Gabriel Azaïs et Mistral. 

Les notes qui suivent résument le dépouillement philologique de la 
deuxième satire de Perse, traduite en vers lodévois^( Clermont-l'Hé- 
rault et ses environs), par M. Saint-Just Molinier. Cette pièce a été 
communiquée à la Société des langues romanes dans sa séance du 
18 février 1880. 

Arrita, irriter : 

El que pourrie, sans geina, ai'vitat countra tus. 

Cette variante du verbe irrita n'est pas inconnue à Montpellier. 
On ne la trouve ni dans le Dictionnaire d'Honnorat, ni dans ceux de 
MM. Azaïs et Mistral. 

AuRiEiRA, oura de Vaurieira ; le sens est heure de la rosée, de 
raube, du point du jour. 

Acôs es Nerîus. Passa per ouneste ome 
E, pas mens, o déjà plegat dins lou lençol 
Très femnas ! Vesès-lou, per espoussà soun dol, 
Vo salli chaca jour, à ïoura de l'aurieira, 
Des pecats de la nioch l'aiga de la rivieira . 

Honnorat et M. Azaïs assignent à aurieira la signification de : es- 
pace labourable entre deux rangs de vigne, lisière, bords de drap, ex- 
trémité d'une chose quelconque, et, dans le langage de Barcelonnette, 
bord d'un champ . 

Le Trésor dôu Felibrige (I. 181) ne donne aucun éclaircissement 
sur le mot en question, peut-être, il est vrai, par suite d'une erreur 
typographique. 



VARIÉTÉS 25 

BuDE, coquillage appelé rocher (traduction de F auteur). 

Lous budes purpurins, l'or roussel de las minas. 
Bude manque dans Honnorat; les dictionnaires de MM. Azaïs et 
Mistral ne l'ont pas non plus . 

CoRCHA, chemin détourné, sentier de traverse. 

La corcka nous counven, quitan la ligna drecha. - 

Variante dialectale qui manque à Honnorat, ainsi qu'à MM. Azaïs et 
Mistral . 

Embabougi, éblouir. 

Vostre loi emhabougit flamba couma un brasàs 

forme omise par Honnorat (II, 17, art. embabouinar), qui cependant 
la signale ( II, 17 et 71, art. enrhooumat) avec la signification de 
enrhumé, enchifrené. M. Azaïs suit Honnorat, mais il comprend 
dans son supplément embabouchi; rouergat, embobouchi = troubler 
l'esprit, faire perdre les idées. 
Falourd, riche, superbe. 

Aimas tant la grandou, lou luxe, lous plasés, 
Lous moucls recercats, las falourdas paruras. 

Honnorat et M. Azaïs donnent à falourd le sens de sot, étourdi. 

Pin, denier, sou, argent. 

Se derevalharôu roustits e sans un pin. 

Ce mot manque à la fois à M. Azaïs et à Honnorat. 11 est d'un usage 
courant à Montpellier: A pa' 'n pin; Il n'a pas le sou. 
Salamec, simagrée, génuflexion, flatterie, salutation. 
Faire lous salamecs al nas des immourtels. 

Honnorat donne seulement salamalec, révérence profonde, adula- 
tion. En dépit de son origine arabe, ce mot est, du moins à Mont- 
pellier, d'un usage absolument populaire : le fai mai de salamalecs 
qu'à degus. 

Notre dialecte le doit peut-être au Bourgeois gentilhomme de 
Molière. 

ToDCADOU, marchand de porcs. 

La marcandejariôu couma de toucadous. 

L'auteur traduit « marchand de porcs», acception inconnue à Hon- 
norat, qui rend (II, 1290) par marchand de bœufs, meneur ou conduc- 
teur de bétail, le mot en question. 

Tou-QUATRE, trois ou quatre ; tou-qualre cantous, trois ou quatre 
coins de terre. 

Par jougne à nostre be sous tou-quatre cantous. 



26 VARIÉTÉS 

L^auteur ajonte : « dans ie langage trivial, sent-frusquin. » On dit 
à Montpellier : ir* ou quatre, Octavien Biinguier s'est servi de cette 
forme contractée dans le poëme du Roumieu : 

Ansin, au bout d'una passada, 

Tr' ou quatr* ans. . . pas tant, saique mai (29). 

TuGA, tuer. 

En tuguent chaca jour un centenat d'agnels. 

Tuguent pour tugant. 

Cette variante manque à Honnorat. 

M. Azaïs mentionne seulement iw^o-cAm, colchique d'automne, et 
tugo-loup, aconit napel. 

On dit à Lunel-Viel (Hérault), tuvà : 

L'un, per tuvà lou tems, legissiè lou journal; 

D'autres, mens forts en poulitica, 
Fumavoun soun brûlot, parlavoun de musica, 
Ë toutes atendien lou moument dau travail 

lit-on dans lou Gavach e lou Perruquier pièce de M. A. Roux, in- 
sérée dans V Armai/iac rouman per Vannada 1881. (Voyez page 8.) 
Est-il nécessaire de dire que l'omission des quelques formes qui pré- 
cèdent n'enlève rien au mérite de MM. Honnorat, Azaïs et Mistral ? 
Ainsi que nous l'avons déjà remarqué* , \e Bictionnaire de M. Littré, 
consacré à une langue dont les textes sont généralement accessibles, 
a donné lieu à des suppléments divers . Il ne peut qu'en être de même 
en ce qui touche les glossaires des dialectes méridionaux. 

A. Roque-Ferrier. 
* Revue, 3« série, 1, 151. 



BIBLIOGRAPHIE 



Essai svr l'histoire dn soas-dialecte da Ronergne, par M. L. Constans 

(Suite) 

Telfl sont, avec quelques autres qu'il se borne à citer» les textes sur 
lesquels M. Constans a basé VÉtude Mstoriqiie de la langue du Rouergue. 
Cette étude forme le livre II de la deuxième partie et remplit les 
quatre-vingt-dix dernières pages du volume. 

M. Constans, parlant dans ce premier chapitre des troubadours du 
Rouergue, met en tête de sa liste, ce qui m'a un peu surpris, je l'avoue, 
et qui étonnera, sans doute, maint autre lecteur, le roi Alphonse II 
d'Aragon^ sous prétexte que ce prince fut aussi vicomte de Milhau, 
de 1172 à 1196, comme petit-fils de Douce, vicomtesse de Milhau, et 
il n'hésite même pas, plus loin, à lui emprunter des exemples. H en 
prend aussi à Hugues Brunet et à Daude de Prades*. Parmi les titres 
littéraires du joyeux chanoine de Maguelone, il aurait dû ne pas 
oublier le poëme des Quatre Vertus cardinales. 

M. Constans distingue trois périodes (1° des origines à la fin du 
XIIP siècle ; — 2« de 1300 à 1550 ; — 3° de 1550 à 1800) dans l'his- 
toire du dialecte rouergat, et il étudie chacune séparément. C'est une 
méthode à laquelle il y aurait beaucoup à redire ; mais nous avons 
coutume d'accepter les livres comme on nous les donne, et^ en matière 
d'érudition, nous nous préoccupons plus de savoir si la maison est bien 
meublée que bien bâtie ou bien distribuée. 

Pour chaque période, M. Constans examine succesivement les par- 
ties du discours, à commencer par l'article, la syntaxe et la phoné- 
tique ; enregistrant au fur et à mesure les exemples fournis par les 
textes reproduits ou cités dans son premier livre . Ce dépouillement 
a été fait avec trop de hâte et trop peu de critique^. M. Constans ne 

* Ainsi «017/ à Alphonse II, nat au même et à Daudè de Prades, fasson à 
Hugue Brunet, comme si ces formes ne se trouvaient pas dans les œuvres de 
tous les troubadours provençaux, d'un bout à l'autre du domaine de la Jaugue 
d'oc. J'en dis autant de celles en, Ih^ ch, g^ « que préfèrent, dit M. Constans, 
les troubadours rouergats ». « 11 est vrai, ajoute-t-il, qu'elles se rencontrent 
aussi chez d'autres. » 

^ Ajoutons que M. Constans, en procédant à ce dépouillement, a négligé 
plusieurs détails qui méritaient d'être notés à plus juste titre que beaucoup 
de ceux qu'il a minutieusement relevés, par exemple : 

po8 = pas {panes) dans le contrat de 1465 ; 



S8 BIBLIOGRAPHIE 

distingue pas assez ce qui est propre au rouergat de ce qui appar- 
tient à la langue commune . Il a le tort plus grave d'accepter comme 
authentiques des formes invraisemblables ou impossibles, dues à d'évi- 
dentes fautes de copie. Ainsi, p. 180, dei^ déjà signalé, que M. C. in- 
terprète delSj et qu'il faut lire del; p. 182, tosia où il faut tolta; ibid.. 
et p. 201, daou (dau) = daly qui ne peut ici donner aucun senssatis- 

dijaux, nau, pour dijous, nou, dans Vlntrada novela ; 

noy = nodiim^ ou p.-é. noclum^ dans ce cas pour nolh (1452) ; 

batz pour bas {iAb2). Ce renforcement de la sifflante est commun dans 
certains textes d'origine plus méridionale, où il est resté usuel ; 

Roumia pour roumiva (fém. de roumiu), dans Vlntrncla novela (1535); 

Aquel=r a aquel (CouUde Saint-Antonin); Albi = a Albi (întrada novela)- 
On a des exemples très-anciens et certains de ces sortes de contractions ; 

La apostol (cinq fois au moins), dans la Bulle de Clément VI. (Cf. Revue 
des l. r. XII, 98) ; 

Les formes verbales auceirem (futur), faram et emendaram (2e condi- 
tionnel? dans les franchises de Prades^ injurias (si la forme est sûre) au lieu 
du classique injuries, dans le contrat de 1505 ; 

On = non (ou plutôt p.-ô no; cf. ne et en), dans la trad. de Gerson. 
(Cf. ma Gram. limousine, p. 327, note 1) ; 

L'emploi de l'article partitif devant les noms de matière, quand le nom qui 
précède a l'article défini, là où le fr. met seulement de : la peyra del talh 
(1452), trois fois dans la même page ; lo carbo de la peyra (1415) ; los 
senhals del plomb (1381) ; lo marc de Vargen obraf (1416). — Cf. Revue 
XVIII, 23. 

Le pronom lo ou la employé comme indéfini, où le français met en : sa 
moiller se Yavia=: « sa femme s'il en avait une. y) Gaujal(p. 317). 

Que. . . lo (ou la), remplaçant tous les cas du pronom relatif : La fenestra 
que lo ven Vavia rompuda (1413) ; 

Que remplaçant cui ou a qui, lorsque la prép. est exprimée dans la propo- 
sition principale : don quatre dîners aquel (=a aquel) que la vinna séria 
(Coût, de St.-Antonin). Cf. Revue XVIII, 22. 

Au point de vue lexicographique, il aurait pu relever, entre autres mots : 

Bastenda (1514) : fia presa la charja de la reparatieu et la bastenda de 
la gleisa) ; 

Magestatz (1398) == image (de Dieu ou des saints) : ay paguat a M^ For- 
tanier pengeyre, per far una magestatz de nostra Dona. Cf. Revue, XII, 97. 
La môme expression se trouve plusieurs fois dans le petit Thalamus de 
Montpellier. 

Tradatis (lis. tratadis ? — 1510) = compte, mémoire, devis. 

Va^ta (1341), qui paraît avoir le sens de manteau de cheminée (pour vesta?) : 
en la cal aura un forneU tôt de peyra talhada am vasta convenhable senes 
elme dessus. (L'éditeur de ce texte, M. Bion de Marlavagne, donne à conve- 
nhableXe sens de foyer, âtre ; mais ce mot doit être l'adjectif convenable ' 

reparaît d'ailleurs un peu plus loin dans le môme texte, sans qu'il puisse 
y avoir là le moindre doute sur sa véritable signification). 



BIBLIOGRAPfflB 29 

faisant, et que M. Constans prétend expliquer par une confusion avec 
la particule dati8 = dave8; — pp. 186, 204, lairousi, pour lairon[i]sfi ; 
— p. 190, iou et hiou pour ea dans un texte de 1184 ; p. 194, eski- 
blise pour estahlisc (1278) ; p. 195, airo pour agro; agousso, volgosso 
pour aguesso, volguesso; p. 196, dévias 'pour deutas; ibid., et p. 248, 
couneugut, dans une charte de 1178, pour conogut;^. 196 et 211-212» 
dic8 pour dits ou mieux ditz (1184) ; p. 198, panria pour panariay et 
p. 242, pagrau pour pagarau, comme si Va de ces formes pouvait 
s'élider* ; p. 199, placfaha pour pla^ava^: renre pour rendre ou redre; 
p. 207, di pour dintz, dans un texte de 1141 ^ ; p. 207, 208, et déjà 
p. 198, gadaniuei* pour gadanniei; p. 218, des formes comme cou«- 
tuma, dounada dans des textes de 1178, 1184; p. 241 et 244, estudet 
(on a vu plus haut qu'il faut lire escridet), où M. Constans veut voir 
un développement de estât, prétérit de estar^ à ce qu'il prétend ^ ; 
p. 242, assiliet pour assitiet ou assitjet ; p. 244, a^u^pour a^uet^. 

Je ferai auivre cette critique générale de quelques remarques déta- 
chées. 

P. 179. Es, dans la formule ^«r es sainz evangelis, est certainement 

%8t08. 

P. 180. Li senhor ne saurait être sujet singulier (dans un texte de 

* « Cf., dit M. Constans, pogron, agro^ etc. » ; mais le cas n'est 'pas le 
même : là où Ve atooe disparaît,' l'a doit rester. 

* M. Constans met en note : « plaejaria dans Bartsch [Chrest, 47, 98) est 
sans doute une faute d'impression pour plaejaria.» Pourquoi M. Constans 
avant de donner ainsi raison à Gaujal contre l'imprimeur de M. Bartsch, nV 
t-il pas pris la peine d'ouvrir son Raynouard? 

3 « Cf. no la, so mal talent », dit M. Constans, comme ai le cas était le 
même. On ne saurait trop s'étonner, pour le dire en passant, qu'un philologue 
habitué, comme Test M. Constans, à la critique des textes, ait cru pouvoir, en 
ce cas comme en tant d'autres, accorder une pareille confiance à des copies 
(je parle de celles de Gaujal) où des énormités comme aveizia pour aucizia, 
laironiei pour laironici, aguessici pour agues aici^ emoreguts pour enco- 
reyuts, etc., auraient dû suffire à lui rendre suspectes toutes les formes non 
.connues d'ailleurs. 

* «La charte de 1178 l'écrit niu: gadam\xei,y> Il s'agit de Xn mouillée. 

5« Estudet semble un développement de es^w^ (prétérit de estar), et doit 
être rattaché à la première conjugaison par l'infinitif; mais estut appartient à 
la troisième.» {sic). M. Constans oublie que le rouergat n'est pas un dialecte 
de la langue d'oil. 

8 « Assiliet = fit asseoir est peut-être de la l'*^ conjugaison ou de la 
2« faible.» 

' En note : a Cette forme, dont je ne connais pas d'autre exemple, est peut- 
être une erreur de lecture, si on la fcomparê à ageron^ qui est à côté ; mais 
au fond elle n'a rien d'impossible.» 



90 BIBLIOaRAPHIE 

1140!), et l'on ne comprend pas que M. Conatans puisse ici exprimer 
un doute. 

P. 181. Qmlh n'est pas pour que lo, mais pour que li (où li est l'art, 
féminin, suj. sing.). M . Constans oublie que Trudso est un substantif 
féminin. 

P. 184. Pourquoi M. Constans veut-il (\}i^eglia ait été emprunté au 
français ? Ce n'est, si la forme est sûre, qu'une contraction de egleia^ 
comme esvoia de enveia, mia de meia (média) . 

Ihid. Gfratiaduraj 1. 6 du bas, est sans doute une faute d'impres- 
sion (pour gatj,. . .), qu'on a oublié de relever à l'errata. 

P. 186. Domini (domini{cywm) est un adjectif qui peut se substan- 
tiver, comme en français propre, en sous-entendant bien , Mais il n'a 
jamais signifié, à lui tout seul, tente seigneuriale, comme le dit ici 
M. C, en renvoyant à Raynouard (sous quel mot?) et à la Croisade 
albigeoise^, 

P. 187. M. Constans remarque qaela, charte de 1178 connaît ch = 
et, mais non ch = ts, ps, es. S'attendrait-il donc à trouver une pareille 
graphie au XII® siècle ? 

Ibid, ditz= digitos. M. C. veut que ce soit un catalanisme. A quoi 
bon aller si loin, lorsque l'Agenais a cette forme ? 

Ibid, « det, plur. dechs. ^ Pourquoi cette s f M. C. sait bien que le 
ch^ ici, est l'équivalent de ts, 

P. 188-189. « Pour les adjectifs, la désinence e5 semble être venue 
plus tard que pour les noms. » M. Constans veut dire \qb pronoms e^ 
adjectifs démonstratifs d'une part, et les adjectifs qualificatifs de 
l'autre, comme le prouvent les exemples qu'il allègue. 

P. 189, note 2. M. Constans confond ici les noms en ador = 
atorem (comme trabailladour) avec ceux où la même désinence pro 
vient àeatorium (comme moucadour^^ fr. mouchoir), 

F . 1 90 . Les formes diner, sester, etc . , c'est-à-dire en er sec pour 
arius, ne sont pas plus catalanes que rouergates. On les trouve dans 
presque tous les monuments primitifs de la langue d'oc. On ne voit 
pas ce que vient faire ici le Roman de Roncevauœ. 

191. Eus = ipseest tout autant languedocien que rouergat. Cette 
forme et ses composés (meteus, etc.) abondent dans les textes de 
Montpellier. On les rencontre du reste, plus ou moins sporadiquement 

* « Domini = domaine, propriété Se trouve dans la Chanson de la 

Croisade albigeoise, quia bien le caractère d'un texte populaire, mais avec 
le sens de « tente seigneuriaie. » Voy. Raynouard et P. Meyer dans son 
édition.» — Ajoutons que l'erreur de M. Constans lui est toute person- 
nelle. Il y a dans le glossaire de M. Meyer : trap domini = tente seigneu- 
• riale. 



BIBLIOGRÂPHIB 31 

à peu près partout, dans Flamenca par exemple, aussi bien que dans 
Sainte Enimie, 

P. 192. « La 2e personne du pluriel est régulièrement terminée en 
5 et non z(tz),:» M. C. devrait ajouter : sur mes copies. Cela est en 
effet inadmissible pour des textes du Xlle siècle. 

P . 193. Do n'est pas le do latin, qui en provençal devient dau 
(conmie vau, estau)^ mais dono, 

P. 195. M. Constans enregistre, parmi les formes rouergatee du 
parfait, venhet, qu'il prétend avoir trouvé dans Alphonse II. Cette 
forme, d'ailleurs invraisemblable, quoi qu'en dise ft . Constans (<r forme 
tout aussi légitime [que venguaa] », dit-il) ne se trouve pas, non plus 
que venc ni venguet, dans l'unique pièce qui nous reste d'Alphonse 
d'Aragon. Puis quel rapport y a-t-il entre ce prétendu parfait et le 
subjonctif ? 

P. 196. M. C. fait, à propos de sapia, une remarque qui étonne : 
« Je ne sais, dit il, s'il ne faudrait pas lire sapja^ les scribes mettant 
assez souvent i pour J et réciproquement. » Y a-t-il donc des mss. 
du moyen âge où ces deux lettres soient distinguées? — Cf. p. 199, 
note. 

P. 197, escrith et plus loin, 223, drethurier. M. Constans est-il sûr 
de sa lecture ? Le ^ et le c peuvent si facilement être confondus, que 
le doute est ici bien permis. 

Ibid, Pourquoi M . Constans veut-il que, dans ;des documents du 
Xlle et XIIIo siècle, son (sunt), qui est correct, soit lu sou, qui ne 
le serait pas ? 

P. 198. M. Constans, mentionnant le chansonnier prov. 7698 (auj. 
1749) le qualifie de ms, rouergat. Si cems. est réellement rouergat (sur 
quelles autorités M . Constans l'affîrme-t-il ?) il aurait dû l'étudier plus 
qu'il ne paraît l'avoir fait. Il n'avait pour cela qu'à suivre dans les 
Gedichteles pièces, assez nombreuses, publiées par Mahn d'après ce ms- 

P. 198. « Trohada, atrobon^ où il faudrait noter (si la copie de 
M . de Doat est exacte, ce dont je doute), deux exemples très-anciens 
de la prononciation dure du v en rouergat. » M. Constans oublie que 
trobar est la seule forme normale, en provençal, dans tous les dia- 
lectes. 

P. 199. «... la deuxième forme du conditionnel, qui semble tirée 
du plus-que-parfait de l'indicatif latin . » Pourquoi ce semble f Tout le 
monde sait bien que la chose est sûre . 

P. 201 . M. Constans veut que da Rodez vienne d'AmilhaUj /peu ana- 
logie, comme si ce da (= de ad) n'était pas alors répandu peirtout. 

P. 202* où est sans doute. une faute d'impression. Le o visé par 
M. Constans est autel non ubi, 

Ibid, a vsad ne peut ,pas être a impersonnel. 2> Il y a seulement 



33 BEBLIOGRÂPHIB 

une confusion dans Pesprit de Tauteur, qui, ayant commencé sa phrase 
au pluriel, la continue jusqu'à la fin au singulier. C'est ce que prouve 
clairement la suite : e si o fadia. . . 

P . 203 . Hugue Faidit ne dit nullement que la construction « m'en 
tenc per pagatz » soit du langage familier, et il aurait tort de le dire, 
comme le prouve l'usage qu'en ont fait les troubadours. 

P. 20A. faittilava, que M. Constans marque d'un ? veut dire faisait 
un sortilège. Le mot est bien connu et se rencontre souvent. 

Ibid. Ce que dit ici M. C. de l'emploi de ni n'est pas aussi nouveau 
qu'il le suppose. Vo}^z Diez, III, 401 . 

P. 216. n ne faut pas mettre sur la même ligne, comme le fait ici 
M. Constans, or et on : on a, été o dès le principe {raso, etc.); or ne 
s'est réduit à o que tardivement. 

Ibid. « La chute de Vn semble n'avoir pas atteint l'est du domaine 
provençal . 3> Encore un semble . Mais c'est là un fait certain et acquis 
depuis longtemps. 

P. 222. M. C. signale ici une forme sebelhit qui se trouve, dit-il, 
dans la Bulle de Clément VI. Mais le texte imprimé p. 168 donne 
sebeliht. Quelle est la vraie leçon ? Il serait intéressant de le savoir. 
Sebeliht renverrait à sepelictum. Voy. un autre exemple de cette 
forme dans les Préceptes religieux que j'ai publiés ici récemment 
(VI, 23). 

P . 223 . « deu aver cof essah . » La copie dont se sert ici M , Con- 
stans est trop mauvaise pour que cette forme ne me soit pas sus- 
pecte. Crevantah, molah, cités en note, représentent des formes latines 
en ati et ne prouvent rien, par conséquent, en faveur du confessah 
ci-dessus, qu'il faut probablemeut lire confessât. 

P. 226. En quoi cel, hc^poble, semblan, ves, vegadas, et p. 229, cert^ 
miels, capj sont-ils des n mots ou formes remarquables ? » 

P. 227. Se alcun layro o layre. M. Constans croit avoir affaire ici 
à deux formes différentes du singulier. C'est une erreur. La première 
est le sujet pluriel. Cf. le texte latin :« Si aliqui prsedones vel aliquis 
fur. . . » 

P. 228. « An l'adries d'aquela. » Il faut écrire ladries {^laterarios). 
L'éditeur du texte cité n'avait pas commis cette faute. 

P. 228. M. C. observe très- justement, à propos de om, que ce pro- 
nom conserve encore, dans la traduction de la bulle de ClémentVI, 
c'est-à-dire au milieu du XI V^ siècle, quelque chose de son caractère de 
substiintif. C'est une remarque qu'on peut faire, au reste, dans un 
grand nombre d'autres textes. 

P. 229. greuhs. L'A, ici, n'est point «de signification douteuse. » 
Elle représente un t : greuh, comme greuch (on trouve aussi greug) = 
*grevitim, pour gravium^ de même que greu = * grève pour grave. 



BIBLIOGRAPHIES ?3 

P. 232. M. CoDBtans mentionne ici pagtdey panni les parfaits forte. 
Ce n'est sans doute qu'une inadvertance. 

Ibid, Cachapiech (mieux cacliapietz, deux lignes plus bas), mot qui 
signifie balustrade, est mal expliqué par cache-pieds. C'est pectus que 
représente le second élément de ce mot composé, et cacha = presse, 
non cache, 

P. 234. Il est difiScile d'admettre que scumenga soit « une forme 
syncopée de scumengada avec recul de l'accent. » Si nous étions à 
Lyon, à Grenoble, ou même à Valence, à la bonne heure, et encore à 
condition de laisser l'accent à sa place. C'est évidemment une faute 
de copie pour escumengada, qui se trouve d'ailleurs, comme M.Constans 
le remarque lui-même, quelques lignes plus bas, dans le texte cité«. 

P. 236. L'emploi de Zo, comme sujet neutre, n'est nullement « con- 
forme au pur usage classique », comme le veut M. C. Cet emploi est 
au contraire anti-classique et dialectal . 

P. 243. (( Notons exercir etensegniday qui appartiennent aujourd'hui 
à la l^* conjugaison y>y et plus loin, p. 247 : « parmi les verbes de la 
2e conjugaison latine qui ont pris depuis la forme de la 1'" conjugaison, 
nous trouvons ensegnida. . » M. Constans croit donc que le provençal 
a dit d'abord ensenhir puis ensenhar. C'est une erreur : ensegnida 
d'ailleurs n'a pas ici le sens qu'aurait ensenhada. C'est tout simple- 
ment insignita, pur qualificatif et non participe. Le verbe insignire 
ne paraît pas avoir passé en roman. 

P. 245. Redegut, Il y a là deux mots {re degut), et non pas un 
seul. 

P. 247. m Instruisir, imprimir, induisir ressemblent plutôt à 
l'espagnol qu'au rouergat.D En quoi et pourquoi? Les verbes latins 
en ère entrés dans la langue d'oc après la période des origines, y sont 
régulièrement devenus des verbes en ir. 

P. 253. « Les poètes provençaux de cette époque (fin du XVI® siècle) 
ont, pour la 3e p. du pi., à côté des finales en ien, des finales plus 
fréquentes en iou, qu'il faut peut-être écrire iôu : aviou, auriou 
(Pierre Paul) ; cresiou, mespresariou, aviou (Brueys). » Cette obser- 
vation de M. Constans donne à penser qu'il a lu les auteurs 

1 Ce texte est un de ceux qu'a publiés M. Bion de Marlavagne et auxquels 
M. Constans se borne à renvoyer. M. B. de M. paraît, en généra,! moins 
inexact dans ses transcriptions que M. de Gaujal. Mais il commet néanmoins 
assez de fautes évidentes pour que M. Constans eût dû se défier davantage 
des formes qu'il lui emprunte. Par exemple, M. B. de M., p. 317, imprime 
comadeuras, qui n'a aucun sens, où il faut très-probablement lire coma 
dejunis ; — p. 392, cale pour cale ; p. 375, san Jonh pour Joanh ou Joan; 
p. 391, refecs pouf refets (re-fecit)^ etc. 



il 



34 BIBLIOaRÀPHIE 

dont il parle dans un moment de grande distraction. Il est très- 
vrai que les finales ien et iou (= non pas tw, mais iôu, alias 
ieu) se renconlrent chez eux côte à côte . Mais elles ont des emplois 
fort différents : ien est la flexion de la 3® pers. du pluriel, iou celle 
de la !*• pers. du singulier. 

C. 0. 

P,-S, — On a vu, dans mon premier article, que je n'avais pu 
utiliser, pour la critique de la Bulle de Clément VI, publiée par 
M. Constans, que la seconde moitié du texte latin, la seule qui se 
trouve dans Baluze. Depuis lors j'ai pu, grâce à l'obligeance de 
M. Darlu', professeur de philosophie au lycée de Bordeaux, avoir 
une copie de la première moitié (=pp. 1-8 du ms. rouergat, 156- 
159 du volume de M. Constans). 

Cette copie, prise dans le dictionnaire d'Albéric de Rosate, diffère 
en quelques points du texte sur lequel la traduction provençale dut 
être faite. Ainsi, au lieu de deux messes de la Tiinité(p. 159), c'est, 
dans le texte d'Albéric, une messe de la Sainte Vierge que le pontife 
célèbre après sa vision. Nous savions, d'ailleurs, déjà par Baluze, 
qu'un passage très-important, à savoir l'ordre donné anx anges par 
le pape de transporter directement en Paradis les âmes de ceux qui, 
allant au jubilé ou en revenant, moun'aient en chemin, ordre qui se lit 
dans la traduction provençale, manque dans Albéric *. 

La comparaison du texte d'Albéric avec la traduction provençale 
confirme les corrections que j'ai proposées pour cette première partie 
de la bulle. Elle en suggère aussi quelques autres que j'indiquerai, 
en reprenant, commeVje vais le faire, l'examen de l'édition de M. Cons- 
tans. 

P. 156, 1. 1-3. — Manquent dans Alb. C'est peut-être un ajout du 
trad. provençal. 

— 1. 5, « a perdurabla memoria, redusen. » Effacez la virgule. 

— 1. 6, « ... cel. Quar. . » Il faut une virgule au lieu d'un point, 
paraulas de la 1. 8 étant un second complément de redusen. 

— 1. 11, « dels orgolhos. » Le latin ajoute :« vel quot angelimali 
cecidere. » 

— 1. 13, « entant que cascu per pecat conoc la vida. » Au lieu de 
ces mots qui, malgré le singularité de l'expression conoc la vida, 
donnent un sens très-acceptable, étant pris pour une allusion au 

1 « Mandamus angelis,.. Hanc clausulam, quae tôt tragasdias excitavit 
[de la part des protestants] non habet editio quœ extat apud Albericum. 
Extat tamen in codice 2835 Bibliothecœ Colbertinas Ex quo colligi débet in 
aliquot exemplaribus fuisse, defuisse in aliis. » {Vifœ paparum Avenionen- 
sium, I, 917.) 



BIBLIOaRAPHIE 35 

péché originel, le texte d'Albéric a cette phrase : « adeo ut omnis 
quippe caro corruperit viam suam », qui est une citation de la Bible 
(G^^n. VI, 12). 

L . 15-516. « De la cal causa s'alegro los cors dels angels am los 
quais nos tenem cofermar et acompanhar. » J'avais proposé de cor- 
riger devem. Le latin donne : « Qua ex causa gaudent chori ange- 
lorum nos consortes et concives eorum fieri. » 

L. 21-22. 11 faudrait une virgule après vertut, ce que j'ai oublié 
d'indiquer dans mon premier article, et peut-être un point après hu- 
militât, Ce qui suit immédiatement {e per tantas gens coma) gêne le 
sens. Peut-être y a-t-il une lacune dans la copie de M.Constans. Ces 
cinq mots rejetés, le reste serait très-clair ; mais ils répondent évidem- 
ment à quelque chose dans le latin. Le texte d'Albéric, corrompu en 
cet endroit, n'est pas d'un très-grand secours. Le voici en regard du 
provençal, que je reprends depuis la ligne 18. Je donne ce dernier tel 
que je l'ai restitué : 

Superba namque natura sicut La orgolhosa empero natura 

habet unam paradisi portam de- humana, coma avia de desviar si 

clinet disgrediendo , ita habet del pays de paradis, passa[n] los 

unamillam inveniat, virtutibus in- mandamens, aysi lo pot trobar en- 

haerendo, ad sedes vero, quibus clLnant se a vertut, en tal guisa 

angeli persuperbiamsunt privati, que en las sesilhas de las quais 

per humilitatem conservantur ex los angilhs per orguelh son pri- 

parte parentibus propagande . Sic vats monte per humilitat, e per 

n. (?)DominusNoster Jésus Chris- tantas gens coma* Nostre Sehor 

tus plus quam sitiens cervus ad Dieu Jhesus Christ désire may 

fontes aquarum * ut peccatores que lo peccator puescha venir al 

perveniant ad pascha seternarum pays perdurable de delieg, may 

delitiarum. Item ait veritas ipsa : que no fa lo ser, cant a grant set, a 

non veni vocare justos sed pecca- la fon de l'ayga. 
tores ad pœnitentiam ^ . 

P. 157, 1. 8-9 : « E non hy a tan san vitan drethurier (j'ai déjà 
remarqué qu'il faut coniger ni tan et probablement aussi drechurier) 
de far la virovirnam (?) de la monarchiamundanal. . . » Le latin 
donne : « nec est tam sanctus nec tam justus per ambitum machinse 

• Psalm, XLI, 2 — Suppl. ici de- ' Peut-être, dans l'hypothèse pro- 

siderat ? bable d'une lacune en cet endroit, ce 

2 Cette dernière phrase manque qui manque exprimait-il l'idée émise 

dans la trad. provençale. plus haut (1. 11), que le texte d'Al- 

béric rend par « quot angeli mali ce- 
cidere. » 



?6 BIBLIOGRAPHIE 

mundialis. . . », ce qui indique clairement la corraction à chercher. 
M. Boucherie me suggère de per Vamronamen, qui conviendrait 
parfaitement. L'ancien français avait, avec le même sens, environe- 
ment. 

— L. 25 : « la apostol dis. » 11 faudrait, d'après le latin ( apostolus 
qui diccit), suppléer que, 

P. 158, 1. 3-4 : « e veyran los nostres uelhs e s'alegira lo nostre 
cor. )> M. Constans a justement corrigé vostre, et c'est seulement 
par suite d'une faute d'impression, comme il parait résulter de la 
note sur ce passage, que nostres est resté dans son texte. Il y faut 
aussi vostres ( cf. Isaïe, LXVI, 14 ). Pourtant Albéric donne, mais à 
la vérité en modifiant le sens de la citation : « et videbunt oculi 
nostri unde gaudebit cor vestrum, » Gaudebit montre qu'il faut cor- 
riger, dans le provençil, s'alegira en s'alegrara, 

L. 7 : « ha sanctificada e hornada. » C'est bien ornata qu'il faut 
entendre : » sanctificavit et venustate ornata perpetim condeco- 
ravit. » 

L. 18-20 : <c lo cap del cal. . . Jhesus Crist très vegadas estudet 
{Yi^, escridet), » Lat.: « cujus os... Jesum tribus ^âcib us excla- 
mavit. » 

L. 27-28 : « Fam doncas a tost los nostres filhs, feys (^lis. reys), 
ducs, comtes ... » La copie de M. Constans présente ici une lacune 
de plusieurs lignes. Voici le passage correspondant dans Alberic : 
« Significamus ergo omnibus filiis nostris regibus, comitibus, duci- 
bus, baronibus, militibus, repromissionnem aeternse salutis esse haec 
quse per ordinem subsequuntur. i> 

L. 30 : « los vénérables ... et amats de . . . y> Nouvelle lacune . 
Lat.: « venerabiles dilecti filii nostri Jacob. Savelli, Bricius Sauli et 
Jacob, de Columna cives nobilissimi civitatis romanae et sindici totius 
senatus ejusdem. . . d 

P. 159, 1. 2 : « e apelar nostres frayres. » Ici encore, dit M. Con- 
stans, lacune d'une demi-page dans la copie. D'après Alberic, il ne 
manquerait rien, ou du moins rien d'essentiel : « in crastinum man- 
davimus consistorium convocari, et, nocte consistorium prseexistente, 
apparuit nobis in visione. ...» 

P. 159, 1. 23 : « la quai a tost temps am se. » Ceci concorde 
mieux avec la leçon d'Alberic {quœ incessanter versatur) qu'avec 
celle de Baluze ( qua incessanter vexatur ) . 

C. C. 



BIBLIOGRAPHIE 37 

Chants populaires du Langnedoc, publiés par MM. Achille Montel et 
Louis Lambert, avec la musique notée. — Paris,.Mai8onneuve ,1880. IuSp, 
xii-588 pages *. 

Ce volume est le premier, nous l'espérons, d'un recueil complet des 
chants populaires du Languedoc, exécuté dans des vues vraiment scien- 
tifiques. Le présent volume, bien que d'environ six cents pages grand 
in-S®, ne contient cependant que les chants de la première enfance, 
mais accompagnés d'éclaircissements qui ne laissent rien à désirer. 
Ces chants enfantins, qui portent en général le nom de sogna ou san- 
sogna, sont répartis par les auteurs en cinq catégories . La première 
contient les Nennas ou chants pour endormir les petits enfants; courtes 
poésies qui, semblables aux nœniœ des Latins, dont quelques-uns 
les font dériver, invoquent et appellent le sommeil pour qu'il des- 
cende sur les yeux de ces petits êtres. La deuxième contient les Arri- 
arri ou Balalin-halalan^ qui, destinés à réveiller les enfants endor- 
mis et terminés d'ordinaire par le refrain lalla, comme, suivant le 
scoliaste ancien de Perse, disaient aussi les nourrices latines, imitent 
le mouvement du cheval, des cloches, des barques, d'un moulin, etc. 
Les chants de la troisième section, sous le nom général de Tintour- 
letosy sont destinés à enseigner aux enfants à faire des gestes, à se 
mouvoir, à agir, en leur apprenant à se tenir droits, à garder l'équi- 
libre, à remuer séparément ou en même temps leurs petits membres, 
à se vêtir et à se déshabiller, en accompagnant d'un chant et d'un 
son chacun de ces actes ou de ces mouvements. La quatrième caté- 
gorie contient les chants énumératifs, c'est-à-dire l'indication des 
parties du vêtement, de la chaussure, les objets d'une maison, les 
biens possédés, les membres de l'homme ou d'un animal, les remèdes 
à employer, les nombres, etc., avec diverses combinaisons, toutes soi- 
gneusement distinguées par les auteurs du recueil . Ils notent que ces 
chants seiTent spécialement à distraire et à divertir les petits enfants ; 
mais il nous semble qu'ils avaient aussi pour but d'exercer leur mé- 
moire, comme dans l'énumération des jours de la semaine ( p. 466), 
ou de leur donner quelques premières notions, comme par l'imitation 
des cris des animaux (p. 517). La cinquième catégorie enfin, ou les 
Rodas, contient ces chants qui accompagnent les petites danses en 



* Cet article est extrait de la Rassegna settimanale de Rome (21 novembre 
1880); il contient, non-seulement un jugement sympathique et favorable sur 
un ouvrage dont les éléments avaient déjà paru dans la Revue des langues 
romanes, mais aussi des remarques et des rapprochements très-instructifs. 
Nous pensons que les amateurs de la poésie populaire nous sauront gré de 
leur en offrir une traduction . F. C. 



38 BIBLIOGRAPHIE 

rond des enfants . Nous avons ainsi dans ce volume un traité véritable 
des amusements, des occupations , des enseignements que l'instinct a 
trouvés les plus appropriés à l'âge et à l'intelligence des bambini, 
depuis le berceau jusqu'au moment où ils savent marcher, et repro- 
duire par l'imitation ce qu'ils voient faire. Ce que l'instinct a trouvé, 
la tradition l'a conservé dans le cours des siècles, chez les mères et 
,les nourrices ; et ainsi cette collection est utile, non-seulement aux 
amateurs .de la poésie populaire, mais aussi à ceux qui s'occupent 
de philologie et de pédagogie, parce qu'elle renferme les formes spon- 
tanées de l'éducation de l'enfant. Les auteurs, sachant combien se 
pénètrent dans ces chants les paroles et la musique, et quelle action 
l'air exerce sur les sens des petits enfants, font ressortir soigneuse- 
ment les relations intimes de ces deux éléments, et joignent au texte 
la notation musicale. Çà et là l'on rencontre des recherches et des 
discussions particulières , curieuses et importantes : ainsi une étude 
sur le langage des muletiers , où sont comparés leurs cris , tels que 
Claudien les a indiqués et tels qu'ils sont aujourd'hui (p. 272); les 
divers termes provençaux par lesquels on désigne les enfants (p. 381); 
les dénominations diverses de leurs premières actions (p. 385), etc. 
Dans ces dissertations et d'autres semblables qui sont disséminées 
dans l'ouvrage, l'érudition philologique et la pénétration philosophi- 
que vont de pair. 

Ce volume fournirait l'occasion de rapprochements nombreux avec 
les usages italiens, et cela est naturel, puisqu'il y est traité de popu- 
lations qui se touchent sur la carte et dont l'origine est commune. 
Ainsi l'épouvantail des enfants est , en deçà comme au delà des Al- 
pes, le babau (p. 300); en Provence, on berce les enfants sur les 
genoux en imitant le son des cloches de Saussan ou de Salon (p. 223, 
266 ), comme chez nous le son des cloches de Simon. Une ninna- 
nanna : la marna es à la bigno (p. 46 ), correspond à un chant ita- 
lien: la tu' mamma è ita alla vigna, etc., publiée par M. Corazzini 
( Componim. minori délia letteraL popol, itaL, p. 30), C'est égale- 
ment l'usage en Provence (p. 315), comme en Italie iibid,, p 63), 
de chatouiller aux enfants la paume de la main en imitant le passage 
d'un lièvre, pendant que chacun des cinq doigts, personnifiés et tou- 
chés successivement , a son office particulier dans la chasse qui se 
fait ; c'est encore un jeu tout pareil (p. 318 ) que celui de toucher les 
doigts et de les plier pendant que l'on cherche du pain ( îbid.,^, 65). 
Les chansons énumératives de la Margaridou ( p. 448 ) et du Merle 
( p. 458) existent aussi chez nous, sauf que la première porte le nom 
de Marianna et que l'air en est différent. De même le chant provençal 
du Mois de mai (p. 486) répond exactement au chant italien publié 
par M. Corazzini {ibid,, p. 378 ) , et le Mariage de Talouette (p.490) 



BIBLIOGRAPHIE 39 

est chez nous le Mariage du grillon et de la fourmi (ibid., p. 134, 
140 ). Le chant du Chevreau, étudié en France par Gaston Paris et 
en Italie par M. Foà, mais dont les diverses ramifications n'ont pas 
encore été suffisamment examinées, et dont parle aussi Tylor ( Civi- 
Usât» primit.j 1, 101 ), se trouve en Provence ( p. 535 ) et chez nous 

Nous poumons relever beaucoup d'autres choses dans cette pu- 
blication, si riche en matériaux, qui nous fait assister aux modes et 
aux formes du premier éveil de l'intelligence, du premier passage 
du pur instinct au raisonnement et à la réflexion, tout en nous ra- 
menant aux afiections, aux soucis, aux grâces ingénues du premier 
âge. Nous espérons que ce volume sera suivi d'autres, qui, composés 
suivant la même méthode, accompagneront l'homme dans les divers 
épisodes de la vie, à travers les joies et les douleurs de son exis- 
tence mortelle. La méthode qui a été employée paraît nouvelle par 
rapport aux collections antérieures, et elle mérite d'être prise pour 
modèle par tous ceux qui, en divers pays, s'appliqueront à une œuvre 
semblable. 

Privé malheureusement de l'aide de son collaborateur, M. Lam- 
bert, nous l'espérons, ne refusera pas de communiquer au public les 
matériaux nombreux qu'ils paraissent avoir rassemblés, et dont ce . 
volume a été extrait : c'est une introduction excellente en elle-même ; 
mais elle prépare évidemment une série de publications étroitement 
reliées entre elles. 

Uno Siblado is Ârqnin o sèt pèço de vers prouvencau dins la manièro de 
François Villon ( 1431-1461 ) o (pèr miéus dire ) emé la raesuro de quàuqui 
pouësio d'eu, etc. Waterford, Whalley lou jouine, 1880. ln-8o, 16 pages. 

Dans une étude sur la poésie avignonnaise hors de la Provence * , 
nous avons dit que.M.William-C. Bonaparte Wyse était, panni les féli- 
bres contemporains, celui qui avait le plus souvent revivifié les règles 
de la littérature méridionale par des combinaisons nouvelles et ce- 
pendant déjà consacrées. Peut-être ces lignes reconnaissaient-elles 
trop incomplètement l'originalité rhythmique des Parpaioun blu, de la 
Cabeladuro d^or et du Dimenche dôu mes de Mai. Quoi qu'il en soit, 
le recueil dont nous avons à parler aujourd'hui accentue encore cette 
recherche des formes anciennes ou peu connues, restée particulière 
aux vers de l'auteur. 11 est composé, en efiet, de pièces écrites dans 
la manière de Villon ou, pour mieux dire, avec la mesure de quel- 
ques-unes de ses poésies : 

Qui plus ? Où est le tiers Calixte \ 

Dernier décédé de ce nom, 

* Revue des langues romanes^ 2* série, IIF, 124,— * Le Pape Calixte IIÎ. 



40 BIBLIOaRAPHIB 

Qui quatre aus tint le papaliste ' ? 

Alphonse, le roi d'Aragon... 

Le gratieux duc de Bourbon, 

Et Artus, le roi de Bretaigne, 

Et Charles Septiesme le bon ?. ... 

Mais où est le preux Charlemaigne ?.. . 

demande la Ballade des seigneurs du temps jadis, qui fait suite à 
celle des dames d'antan. La fine mélancolie de ces strophes charman- 
tes ne revit-elle pas dans la ballade du dernier félibre, où M. B.-W., 
anticipant sur la désillusion des années non encore écoulées aussi bien 
que sur la disparition de ceux à qui la Provence doit son éclatante 
floraison littéraire, s'exprime de la manière suivante : 

Touto causo nais pèr mouri : 
Lou rampau, la roso que briho. 
Gant d'alauveto e de cri-cri, 

Caresso de maire e de mio 

Ounte es, vuei, l'auto pouësio 
Dôu Felibrige que fasié 
Tant d'estrambord, tant de sesiho *? 
Mai ounte es lou Grand Capoulié *?. . . 

Ounte es aquel Aloubati 
Que dôu fru di milo graniho 
Se coumpausè 'n blasoun poulit ^ ? 
Ounte es Roumiéu, cap di bon driho ? 
Ounte es lou bon blanc, Roumaniho, 
Que fin amour pèr Roumo avié ? 
Ounte es Verdot, Vierge Mario ? 
Mai ounte es lou Grand Capoulié ? 

La quatrième ballade, consacrée à la plainte des « dames aux yeux 
étoiles ); qui « tissèrent de si beaux livres, ^ » est versifiée avec le 
mên.e sentiment de mélancolie discrète et voilée : 

Ounte es vuei la mouié dôu Paire, 
La bruneto dôu franc parla * ? 

* Le siège papal. 

-* Allusion à Théodore Aubanel et à sa Miougrano entre-duberto. 
^ E digas-nous en que terraire 

Soun, vuei, nôsti sorre de la, 

Mignoto de la Lengo-Maire. 

Qu'anavon à nôsti cousta, 

Zounzounant de cant delica 

E teissènt de tant poulit libre ? 

Ounte soun lis iues estela 

E lou vin divin di Felibre ? 
•» Madame Rose-Anaïs Rgumanille, sœur de Félix Gras. 



BIBLIOGRA.PHIB 41 

Ounte ADtounieto de Bèu-caire*, 
Que de veire èro d'adoura ? 
La Camardo^, moustre afama, 
L'a jalado de soun jalibre, 
Ë l'ile blanc s'es enana 
E[mb]louyin divin di Felibre. 

Ounte es Leountino * ? E pecaire ! 
Lidio *, ounte dounc l'atrouba ? 
Mouncor es un gourg de desaire. 
En sounjant au tems envoula, 
Quand à Font-frejo » arreogueira 
A l'oumbrage, en roudelet libre, 
Lou soulèu nous fasié canta 

La pièce contre les médisants de la langue provençale est un véri- 
table coup de fouet de poésie réaliste et satirique ; l'auteur Ta com- 
posée de vers presque partout masculins. On trouvera dans le lai du 
Félibrige des allusions aux commencements de la seconde période de 
l'association provençale, ou plutôt aux écoles qu'elle s'efforça d'or- 
ganiser trop prématurément; dans la ballade des dialectes de la lan- 
gue d'oc, enfin, l'auteur, tout en maintenant ses préférences k l'endroit 
de l'idiome deMaillane, corrige, de manière à satisfaire les plus diffi- 
ciles, l'effet des vers humoristiques que contenait sa Cansoun capou- 
liero^ touchant les paWers de Montpellier, d'Aix et de Nimes. 

La Sihlado is Arquin"^ nous vient directement de l'Irlande. L'au- 

* \ntoinette Rivière, de Beaucaire, dont les poésies ont été publiées sous 
le titre : li Belugo d*Antounieto delBèu-caire. Avignon, Aubanel, 1865, in-8o, 
326 pages. 

* Dans ridiome populaire du Languedoc et de la Provence, la mort est pres- 
que toujours nommée la Camarda. 

3 Mademoiselle Goirand. 

* Madame Lydie de Ricard, qui, — par une triste coïncidence, —s'éteignait 
à Paris, presque au moment où M. B.-W. lui donnait place dan s ses vers. 

c Château à quelques kilomètres de Montpellier. Sous ses ombrages se tint 
la première Cour d'Amour de 'la maintenance languedocienne du. Félibrige, 

* Cansoun capouliero dôu Félibrige, seguido d'un brindepourta lou jour 
de Santo-Estello. Plymouth, Keys, 1877, in-8o. 

T Arquin est un substantif provençal ( Aix , Tarascon , Beaucaire et Mar- 
seille) qui signifie bon diùlle^ gai vivant, luron, dans la plupart des cas. 
M. B.-W. lui donne la signiftcatioa plus relevée de féAibre humoriste et rail- 
leur. 

Au XV1™« siècle, le poëte la Bellaudière était, à Aix, le boute- en -train ordi- 
naire d'un cercle d'Arquins. 

Le mot en question est devenu nom propre à Montpellier. 



42 BIBLIOGRAPHIE 

teur, n'ayant pas trouvé à Waterford les caractères nécessaires à la 
composition d'un texte provençal, a dû marquer à la main, sur les 
exemplaires qu'il destinait à ses amis, l'accentuation si compli- 
quée de l'école avignonaise. C'est en ayant sous les yeux un de ces 
exemplaires que nous écrivons le présent compte rendu, et que nous 
tenons à remercier M. B. -W.de la double et trop aimable mention 
qu'il a bien voulu faire de nous dans la ballade du dernier félibre. 

A. Roque-Ferrier. 

Anfos, drame patriontiqne, courounat pèr la Cor-d'amour de la Lausa ^ 
lou .26 de septembre 1880, pèr Paul Gourdou, d'Alzouno. — Ais, Empre- 
marié prouvençalo, 1880, in-8o, 28 pages. 

Le rapport sur les Jeux floraux de la Maintenance languedocienne 
du Félibrige, tenus au château de la Lauze, le 26 septembre 1880, 
appréciait en ces termes l'œuvre dramatique de M. Paul Gourdou : 

<c Anfos es un drame en verses, tout estelat de patrioutige e 
d'ounou. La familha de lou qu'es partit espéra, dins de laguis tou- 
jour pus grands, de lotras e de nouvelas que jamai noun arrivoun. 
Es aladouc qu'un souldat blassat tusta la porta, demanda la retirada, 
e, tout en se caufant au floc dau salounet, conta la fin d'un amie 
sieu, couchât, i'a vint jours déjà, dins la nèu e lou sang de l'annada 
maudicha. Devignàs qu'aquel amie s'atrova lou fil d'Anfos, e vesès 
la desoulacioun d'aqueste, la dau fraire, de la maire e de la nobia 
dau mort. Se fan dire la darrieira batalha, e quand, pount per pount 
e blaasadura per blassadura, an sajut qu'es toumbat en arregardant 
l'enemic, se souvenoun de la paraula dai sages de Greça : « Se loui 
dieus aimoun quauqu'un, lou fan mouii jouine », e cantoun d'un soûl 
cor la cansou de l'esperança francesa. 

» Avès aqui Tobra de Paul Gourdou. Es bêla, de segu ; mais série 
sans défausses se l'autou aviè mai mesclat lou natural de la doulou 



' Lisez la Cour d'amour de la Lauso. La Lauze, en montpelliérain la 
Lausa, est un ancien fief des chevaliers de Saint-Jean-de- Jérusalem, situé dans 
la commune de Saint- Jean-de-Védas, près Montpellier. Le château, qui a con- 
servé jusqu'à nos jours son architecture médiévale, est déjà mentionné en 1183 
et 1191 (Thomas, Dictionnaire topographique de l'Hérault. Paris, Impri- 
merie impériale, 1865, in-4o, page 91). — iÂ. G. a supposé que l'accent 
portait sur la dernière syllabe du mot, erreur qu'a renouvelée un felibre 
manteneire ( M. Guitton-Talamel (?) ) dans la préface provençale placée en 
tête du drame. 

C'est sans doute par distraction que la même préface contient la phrase 

suivante : « La Patrio ! aquéu mot fantasti cuerbe leis autre » Jamais 

adjectif ne fut moins à sa place. 



PERIODIQUES 43 

à - l'esaltacioun dau patrioutisme, se lou despart per Tarmada dau 
viel Anfos e de soun segound fil era milhou apreparat e se l'imne 
que clava tout fasiè pa' 'n countraste cosent embe la tristessa e lou 
dôu de la pas alamanda *. » 

Si nous n'avons rien à retrancher de ce compte rendu, nous avons 
cependant à formuler un désir, celui de voir M. G. entreprendre une 
œuvre dramatique dont le caractère soit à la fois moins lyrique et 
plus varié. Nous lui réclamerions volontiers la traduction en vers de 
quelques-uns des drames de Lope ou de Calderon. Ses brillantes 
qualités de poëte trouveraient là des succès que le théâtre méri- 
dional n'aurait pas à dédaigner, quelle que soit la richesse relative 
de son répertoire. 

A. Roque-Feerier. 



PÉRIODIQUES 



Romania, 34. —P. 177. H. d'Arbois de Jubain ville et G. Paris, 
la Versification irlandaise et la versification romane. M . G. Paris soutient 
contre M. Bai'tsch l'origine latine de notre ancienne versification po- 
pulaire. En quoi je suis de son avis. Je crois encore avec lui que notre 
vers de quinze syllabes dérive du septénaire trochaïque . P. 187, le vers 

Ad celi Clara non sum dignus sidéra 
est le eénaire iambique si usité chez les Grecs et chez les Latins. 
P, 192 . [P. Meyer. Les Troisièmes Personnes du pluriel en provençal. 
Article très-intéressant, où l'histoire et la répartition géographique des 
diverses formes de la 3® pers . du pluriel en langue d'oc sont étudiées 
avec le plus grand soin et le plus grand détail . Les documents qui 
ont servi de base à ce savant mémoire étant, pour l'ancienne langue, 
les plus nombreux qu'il soit probablement possible de se procurer et, 
dans tous les cas, a qu'aucun philologue voué aux études provençales 
ait jamais eus à sa disposition », comme le fait justement remarquer 
M. Meyer lui-même, on peut en considérer les résultats comme suffi- 
samment assurés dans leur ensemble. Je le constate avec d'autant plus 
de satisfaction, que ce sont les mêmes, ou à bien peu près, auxquels 
mes propres recherches m'avaient conduit. Le travail de M. Paul 
Meyer n'est pas cependant absolument exempt d'erreurs. J'en relè- 
verai d'abord une à la rectification de laquelle je suis intéressé per- 

' A. Roque-Ferrier, Rapport présenté à la Maintenance du Languedoc, le 
26 septembre 1880 ; imprimé dans ïArmanac Rouman per Vannada 1881 . 



44 PERIODIQUES 

sonnellement. P. 197. « Maintenant encore la iorme au (habmt) bo tb" 
trouve en bas-limousin, selon M. Chabaneau^^ Je dois dire toute- 
fois qu'il eût été à désirer que l'auteur de la Grammaire limousine eût, 
dans ce cas et en maintautre, précisé ce qu'il entend par bas-limousin. 
De Tulle àNontron (que M. Chahaneau fait entrer, au moins au point 
de vue linguistique, dans le bas^limousin)^ il y a près de 100 kilo- 
mètres. . .» Comment M. Paul Meyer, avant de m'attribuer une opi- 
nion si extraordinaire, n'a-t-il pas songé à vérifier si, en effet, je l'avais 
émise ? Il aurait trouvé, à la page 2 de la Grammaire qu'il veut bien 
citer, les lignes suivantes : « Il y faut distinguer [dans le limousin, 
considéré comme espèce linguistique] trois sous- espèces, correspon- 
dant à peu près aux divisions géographiques du domaine de ce dia- 
lecte, savoir le haut-limousin, le bas-limousin et le périgourdin . Celle-ci 
est, par ses caractères, intermédiaire entre les deux autres. C'est à elle 
qu'appartient la variété de Nontron, prise ici pour type de tout le 
dialecte.» Quant à ce que j'entends par bas-limousin, était-il néces- 
saire de le dire plus précisément? N'est-il pas assez clair, par les lignes 
que je viens de transcrire, que le bas-limousin est, en gros, pour moi 
comme pour tout le monde, le langage du Bas Limousin, c'est-à-dire 
du département de la Corrèze, chef -lieu Tulle, de même que le péri- 
gourdin est celui de la Dordogne et le haut-limousin celui de la 
Haute- Vienne ? J'aurais cru faire injure à mes lecteurs de mettre tant 
de points sur mes t. 

P. 198. Parmi les textes qui offrent les formes en aun, au, 
M. Meyer n'aurait pas dû oublier Flamenca. Il aurait pu citer égale- 
ment le chansonnier d'Oxford, et, parmi les documents purement lo- 
caux, les coutumes de Cahors et celles de Saint- Antonin. Aujourd'hui 
ces formes, généralement affaiblies en ou, se constatent dans l'Hé- 
rault ( Bézîers, Quarante ), l'Aveyron, le Tarn, le Tam-et-Graronne, le 
Cantal, le Lot, la Corrèze, la Creuse orientale *. En Provence, on en 
trouve encore des exemples au milieu et à la fin du XVI® siècle. 
( Chansons du Garrateyron, La Bellaudière . ) 

P. 200. Je m'étonne que M. Meyer, qui cite estou, d'après les Leys 
d amors, avec hoUy vou, fou, ne mentionne pas les formes d'où ceUe-là 
dérive, à savoir estaun et estau (lat. *staunt; cf. estau = *stao), 
Estaun et estau sont dans le Mémorial des nobles de Montpellier. J'ai 

* M. Paul Meyer peut s'en assurer facilement en feuilletant le dictionnaire 
de Béronie ou en relisaat le poëme qu'il cite dans la note 4 de la page 205. 

' Vaount = vont^ faount = font ( Jean Petit, Essais en patois 7nat^ 
chois, p, 6 eil ) ; mais ibid., oun = habent; foroun =^ feront. Ces der- 
nières formes provienneQt peut-être de formes antérieures où ou était diph- 
thongue ( affaiblissement de au). 



PBRIQDIQnBS 45 

troavé auBsi cette dernière forme dans un document date de Gaillac, 
1221 (Compayré, 374). On la rencontre enfin dans le descort dont 
M. Meyer parle p. 198, au v. 81. H y a eatan dans son édition ; mais^ 
d'après une copie de M. Boucherie que j'ai soas les yeux, le ms. porte 
plutôt estau. 

Ibid, Pourquoi, citant les LeySy M. Meyer ne parle-t-il pas aussi 
du Donat provençaly qui mentionne également les futurs en au, sans 
les donner pour fautifs, comme les Leys f 

P. 202. Il eût été bon de faire observer que la substitution de ien 
à ian, en Provence, n'est qu'une application de la règle générale qui, 
dans le dialecte de cette province et d'une partie du Languedoc, a fait 
partout afEaiblir en e ( et non en o comme ailleurs ) Va suivant un i 
tonique. Habebat y est devenu aviey comme kabebant auier», formes 
dans lesquelles, pour le rappeler en passant, l'accent s'est porté de l't 
consonnifié sur Ve, 

P. 202. M.. Meyer aurait pu ici ou un peu plus loin dire un mot 
d'une modification de la forme en io ( = *iunt pour ianty eant), dont il 
a signalé lui-même autrefois des exemples anciens : je veux parler de 
itt, développé plus tard en ieu. Ce iu est plusieurs fois dans Flamenca. 
Je le remarque encore dans une charte de 1196, imprimée dans les 
Archives d'Agent p. 2 {faziu^ auriu^ voliu^ podiu ). Raimond de Cornet 
( de Saint- Antonin) a sieu {=sian) rimant avec vieu [Lexique roman I, 
469). Je trouve la même forme dans un document daté de Rodez, 1218, 
mais publié d'après une copie postérieure, etcofioj(S»6udans une charte 
du Tarn de 1328. Aujourd'hui ces formes sont en usage en divers 
lieux, par exemple à Alais (Gard). 

P. 206. Il n'eût pas été hors de propos de rappeler que Hugue Fai- 
dit ne donne nulle part, dans ses paradigmes, de formes en an. Les 
seules qu il connaisse, les seules tout au moins qu 'il considère comme 
correctes, puisqu'il n'en mentionne pas d'autres, sont celles en on et 
en en, et il les donne partout, dans toutes les conjugaisons et à tous 
les temps, comme également légitimes. 

P. 210. M. Meyer se trompe lorsqu'il dit que «le patois de Limoges 
conserve an partout où il y a en latin anU » Ruben, auquel il renvoie, 
n'a pas commis cette erreur. Là, comme en Périgord, en s'est substitué 
à an à l'indicatif présent de la première conjugaison (chanten et non 
chantan). 

P. 211. M. Paul Meyer explique ici, comme moi, par l'analogie de 
au, cantarau, etc., les formes comme aviau^ cantarlau, siau, etc.; mais 
il ne se demande pas pourquoi an est ainsi passé à au seulem ent après 
1/ pourquoi, par exemple, cantavan n'est pas devenu cantavau comme 
avion est devenu aviau. Je pense que c'est parce que cantavan est tou- 
jours resté paroxyton, tandis que avian a dû de très-bonne heure, dans 



46 PÉRI0D1QT7BS 

le langage courant, devenir oxyton, i se faisant consonne et l'accent, 
par suite, se portant sur Va. Cette modification phonique une fois opé- 
rée, la finale an d^avian se trouva dans la même condition que celle de 
fan, van, estan, han et des futurs, et l'on comprend que Panalogie y 
ait amené son changement en au dans quelques-unes, tout au moins, 
des contrées où les formes classiques en an (han, fan, van, etc.) avaient 
pour correspondantes des formes en au* . 

Je trouve dans mes notes que ces formes en iau pour tan (impar- 
fait, conditionnel, subjonctif présent) vivent aujourd'hui, non -seule- 
ment dans le parler du Cantal et de l'Aveyron, mais encore dans ce- 
lui du Lot, de la Corrèze, du Tarn et d'une partie de l'Hérault Pour 
l'ancienne langue, les seuls exemples que l'on eh connût, ou du moins 
que j'en connusse, avant l'article de M. Paul Meyer, étaient, avec 
ceux des Leys d^amors, les cinq ou six que fournit la Coutume d'Alais. 
M. Meyer en fait connaître trois de plus, relevés par lui dans des do- 
cuments de 1183, 1193 et 1201, qui sont datés de Dourgne (Tarn) 
et de Rodez. Ce sont faziau (deux fois) et soliau^. 

D'autres formes analogiques que M. Meyer aurait pu signaler sont 
celles qui résultent de la substitution de ia à Va pur dans les impar- 
faits de la l'« conjugaison : amavian (d'où amavien) pour amavan 
(Provence, partie voisine du Languedoc). Il serait naturel que des 
formes pareilles donnassent naissance à amaviau, là où l'on dit amarau. 
Le plus ancien exemple que j'en connaisse est de 1408 : « E semhlavian 
maysparaulas divinas quehumanals.»(Pe<^^ Thalamus de Montpellier 
447.) 

P. 212. Quelle nécessité y a-t-il de faire absorber l'une par l'autre,, 
dans le latin même, les flexions unt et eut? Dans l'hypothèse de 
M Meyer, qui veut que ent ait disparu devant ant, il faut supposer 

* Ce doit être aussi & la suite d'une contraction que tuan, de tuar, a pro- 
duit tuau, si cette forme que je lis dans un extrait du Catéchisme rouergat 
de 1656 est bien sûre. 

2 M. Paul Meyer, à propos de ces formes en iau=: ian, remarque qu'elles 
« sont loin d'être récentes, comme il était assez légitime de le supposer à pre- 
mière vue et comme on l'a en effet supposé », et il renvoie à la Revue des lan- 
gues romanes, 3, II, 77, où ces formes sont en effet qualifiées, non pas sim- 
plement de « récentes », mais de <t relativement récentes ». L'adverbe ici a son 
importance, et je m'étonne que M. Meyer, en me citant, l'ait omis. Je m'étonne 
également qu'il n'ait pas compris qu'un soin plus pressant que celui de rele- 
ver une erreur de chronologie, — d'ailleurs imaginaire, car les formes en iau 
seront toujours relativement récentes, — de la Revue des langues romanes, 
devait l'occuper. Je veux dire celui de rectifier l'assertion aussi absolue que 
surprenante (« on n'a jamais dit aviau » [Romania, VIII, 14)), à laquelle les 
lignes de la Revus qu'il vise faisaient précisément allusion. 



PÉRIODIQUES 47 

que debentj par exemple, changé d'abord en *dehuiUj est ensuite devenu 
deven, grâce à une nouvelle modification qui a ramené cette forme de 
debere à son point de départ. Combien n'est-il pas plus simple et plus 
raisonnable à la fois d'admettre que ant^ ent, unty existant encore 
simultanément au moment où la langue d'oc s'est dégagée, ont pro- 
duit respectivement an, en, on (o), qui ensuite, selon les dialectes, 
ont gagné ou perdu plus ou moins de leur terrain héréditaire, en 
sorte que an et en se sont vus supplantés par on (o) dans le Quercy, 
le Rouergue, etc.; on au contraire, et en partie an, par en^ dans le 
Limousin, la Gascogne et tout le domaine catalan. 

P. 213. Les formes gasconnes en m, dont M. Paul Meyer ne se 
rend pas bien compte, sont pour moi le résultat de la réduction, 
parfaitement normale en cet idiome, des groupes atones ia et tti ou 
te à i. Eesponin : *re»pondiant =pre8enci : prœsentia; — avdin : au- 
diunt =z remedi : remedium. On peut expliquer de même tenin par 
*teneunt, ajustin par *adjuxteant ; mais cela n'est pas indispensable, 
étant clair que la flexion m, une fois dégagée, a pu être prêtée par 
analogie à des verbes qui n'avaient aucun droit, étymologiquement, 
à la recevoir. Du reste, ian et mi existent aussi en gascon, et parfois 
concurremment avec in dans les mêmes textes . — C. C. 

P. 216. Gaston Raynaud, les Congés de Jean Bodel, M. G. R. fixe 
la date de cet opuscule (1205), classe les sept mss. qui nous Pont 
conservé, en détermine la valeur, et prouve que 6 strophes sur 47 
ne sont pas de Jean Bodel. Cette étude préliminaire est complétée 
par des recherches détaillées et méthodiques sur la langue et la ver- 
sification de l'auteur, qu'il hésite encore à identifier avec Pauteur de 
la Chanson des Saisnes. Nous avons peu d'observations à présenter 
sur cette notice substantielle et bien faite *. 

* [ P. 233, note. — M. R. hésite à séparer de la strophe XXXll a, qui 
rime en ers, puisqu'elle ne donne à la rime que des e ayant pour base un e 
long ou un i bref, la strophe VI a, qui rime en èrs, puisqu'elle n'offre que des 
mots ayant en latin un e en position, et il les comprend toutes deux sous la 
rime èrs. Nous croyons que c'est à tort. De même, la strophe XlX a rime 
en et et non en et, et la strophe XVIll a en été et non en ète. Dans cette der- 
nière, 7'ete = reputat, qui se trouve au milieu d'e provenant d'i bref ou d'e 
long, ne fait difficulté que si l'on se croit obligé d'admettre sans conteste cette 
étymologie. N'y aurait-il pas lieu de revenir à Tétymologie rejetée par Diez, 
à rectare ( lat. moyen ) ? La strophe serait ainsi correcte, et la règle qui as- 
signe aux deux e leur domaine distinct ne serait point violée. L Constans.J 
— Rete = re[dl - putat, de même que relliquiae, relligio, doublets de 
reliquiae, religio = red-liquiac, red-ligio% L'étymologie proposée par Diez 
est donc toujours valable, à condition de la compléter; autrement il est 
certain que reputat aurait produit riete et non rete. Quant à * recta, que 



48 PéRIODIQXTBS 

V. 115. Tost monte uns hom corne amiraus, 
Et tost rekiet corne orinaus. 

Au Glossaire, M. G. R. traduit orinaus par «vase de nuit, pris au 
sens dépréciatif . » Orinaus = urinalis est ici synonyme de urinator, 
plongeur. — P, 248. J. Ulrich, le Catéchisme romaunsch de Bonifaci. 
— P. 288. V. Smith, Chants populaires du Velay et du Forez, Trois 
Retours de guerre. Pièce I, v. 2, le 1«' hémistiche est trop court ; v. 3, 
le 1er hémistiche est trop long; v. 9, le l®r hémistiche se termine 
exceptionnellement par une syllable masculine. Par quel artifice sup- 
plée-t-on dans le chant à l'absence de l'atone? Pièce II, v. 21, le 
1°- hémistiche est trop court. Est-ce que Ve de pauvre ne s'élide 
pas? — P. 294. Mélanges: \° Notes sur la langue vulgaire d'Espagne 
et de Portugal au haut moyen âge (712-1200). Jules Tailhan. 2<* Sui 
ce Miracles de Nostre-Dame en provençal. j> Musbblûh.So Chevrette, cre- 
vette. 4o Tangue, tangue, Ch. Joret. 5o Les Filles des for g es dePaim- 
pont, ronde bretonne, J. Fleury. — P. 305, Comptes rendus. 1» Cari 
von Reinhard-Stoettner, GrarrimatiJc der Portugie-sischen Sprache auf 
Grundlage des lateinischen und der romanischen Sprachvergfei- 
chung bearbeitet (J. Ulrich). Petf favorable. 2o Charles Aubertin, 
Histoire de la langue et de la littérature françaises au moyen âge, 
d'après les travaux les plus récents. T. II, Paris, Belin, 1878 (G. P.). 
Sévère. 3^ Ueher den Streit von Leih undsecle. Ein beitrag zur Ent- 

wicklungsgeschichte der visio Fulberti von Gustav Kleinert 

(G. P. ). Très-défavorable. 4o L. de Montille, Chronicques des faits de 
f eurent Monseigneur Gerat de Rossillon (P. M.). Très-défavorable. 
5o Guido Biagi, Le Novélle antihedei Codici Paneiatichiano — Palatino 
138® Laurenziano — Gaddiano 193 (P. M.^ Favorable. 6o Franz Mi- 
klosich, Ueber die Wanderungen der Rumanen in den dalmatinischen 
Alpen wnd den Karpaten (Antonio Ive ). Article très-intéressant. Favo- 
rable. 7'» Paul Sébillot, Contes populaires delà Haute Bretagne (G. P.). 
Favorable. — P. S30. Périodiques. — P. 342. Chronique. 

A. B. 

« Les deux articles que j'ai insérés dans la Revue des langues ro- 
manes m'ont valu un compte rendu de M. Meyer. Je me borne à 
deux remarques: 1° c'est à un article de la Romania que j'ai em- 
prunté les renseignements bibliographiques d'où j'ai induit que le fa- 
bliau en question était inédit ; 2° j 'ai relevé (p . 58-59) la confusion 
qui estfaite, dans l'article de la Romania, entre les deux formes qu'af- 
fecte le plus souvent cette légende : l'on a d'un côté Kornmann, Pros- 

suppose M. Gonstans, il aurait donné reite ou roite, forme inadmissible dans 
la série des rimes en ete. — A. B. 



GHB0N1QUB 49 

per Mérimée, H. Heine; de Tautre, Vincent de Beauvais, le Miracle 
provençal, Gautier de Coincy, entre deux la version de la Vie des 
Pères Hey^mites, M. Meyer ne dit rien de tout cela. — Le fabliau se 
trouve dans le Nouveau Recueil de Méon : il suffisait d'y renvoyer le 
lecteur. Je ne cache pas que j'ai été surpris du ton de M. Meyer : 
ignore-t-il que, depuis le moyen âge, on ne joute plus qu'à armes 
courtoises? » — F. C. » 



CHRONIQUE 



Le Bureau de la Société pour l'année 1881 a été composé de la ma- 
nière suivante : Président, M. Antonin Glaize, chargé de cours à la 
Faculté de droit; — Vice-président, M. Mie-Keittinger ; — Secrétaire, 
M. A. Roque-Ferrier ; — Trésorier, M. Louis Lambert; — Vice-Se- 
crétaire, M. P.-J. Itier; —Archiviste, M. Folie-Desjardins; — jBi- 
bliothécaire, M. Etienne Gleizes; — BibUothécaire-adjoint, M. C. 
Gauthier. 



Communications faites en séance de la Société. — 2 février. — 
Les traductions de la bulle Ineffahilis dans les dialectes de langue 
d'oc et de langue d'oil, par M. V. Smith; 

Fragments d'une comédie satirique en vers provençaux, de feu 
l'abbé Lambert, par M . Louis Roumieux ; 

Une version en vers lo dévois du Sermon du curé de Pierre-Buf- 
fière, par M . Guichard ; 

Lettre en vers provençaux sur les représentations théâtrales des 
nègres d'Alger, par M. Louis Roumieux ; 

16 février. — Lou Pin e lou Caniè, fable languedocienne (Lan- 
sargues et ses environs), par M. A. Langlade; 

2 mars . — Les substantifs français courtois, discourtois, etc . , 
par M. A. Boucherie; 

Le nom du château de la Lauze (lausa, la lausa, là lauza, et 
sa signification languedocienne, par M. A. Roque-Ferrier.; 

A moun amie Bertoumîeu Bedbs, poésie languedocienne (Mont- 
pellier et ses environs), par M. Coulazou; 

16 mars. — A Victor Hugo, poésie provençale (Avignon et les bords 
du Rhône), par M. Théodore Aubanel ; 

Bernât de Ventadour, poëme limousin, par M. l'abbé Joseph Roux ; 

Epître en vers languedociens (Montpellier et ses environs) (1851), 
par M . Louis Roumieux ; 

Note sur la déclinaison du pronom relatif français, par M. Clédat; 

Lettre en vers provençaux (Nimes et ses environs), par M. Louis 

Roumieux. 

* 
« * 

La collection des publications spéciales de la Société s'est aug- 
mentée de deux volumes. Le premier est dû à M. J.-F. Thénard, et 



50 OHROîïIQUE 

il renfenne, avec un*^ préface et des notes, les Mémoires ou Livre 
de raison d*un bourgeois de Marseille (1674-1726), in-8", xii-196 
pages ; 

Le deuxième comprend un poëme italien du XlIIe siècle, en ccxxxii 
sonnets, imité du Roman de la Rose, par Durante, et publié pour la 
première fois, ayec une introduction, des notes et un fac-similé, par 
M. Ferdinand Castets, in-8**, xxiv-184 pages ; 

La Société a fait distribuer, en outre, le dernier fascicule du 
tome III du Dictionnaire des idiomes romans du midi de la France , 
par M. Gabriel Azaïs, in-8», pages 529 à 828. 



Livres et manuscrits donnés a la bibliothèque de la Société.— 
Quatre-vingts manuscrits gascons, languedociens, provençaux et rous- 
sillonnais, donnés par M. Gabriel Azaïs, de Béziers ; 

Albumul macedo-roman, sub directiunelui V.-A. Urechia. Bucu- 
resci, Socecu, Sanderet Teclu, 1880, in-folio, viii- 144 pages, fig. et 
planches (don de M. V.-A. Urechia, député au Parlement roumain); 

Associaciô d'exursiôns catalana. Vettlada necrolôgica celebrada en 
lo dia 20 de desembre de 1878, pera honrar la memoria dels Catalans 
illustres morts durant Fany. Barcelona, Ramirez, 1881, in-8°, 32 pa- 
ges ( don de l'Association catalane d'excursions scientifiques); 

Athénée de Forcalquier et Félibrige des Alpes . Félibrée de Saint- 
Maime. 14 juin 1880. Forcalquier, Masson, 1880. in-8o, 16pag. (don 
du Félibrige des Alpes ) ; 

Bulletin de la Société archéologique de Béziers. Compte rendu de 
la séance publique tenue le 14 mai 1874. Béziers, Malinas, 1874, 
in-8e, 60 pages (don de M. Gabriel Azaïs); 

Certamen catalanis ta de la Joventutcatôlica de Barcelona. Any 1880. 
Barcelona, Estampa peninsular [1881], in-4», 372 pages (don de la 
Société: la Jeunesse catholique de Barcelone) ; 

Cigalo d'or (la), — publicacioun del'Escolo felibrenco delà Miôu- 
grano, espelissènt lou dimenche. Nimes, Baldy-Riffard, 1877, dix nu- 
méros in-folio (don de M. Gabriel Azaïs); 

Conférences cantonales du diocèse d'Auch, 1881-1882-1883. Histoire 
paroissiale. Auch, Cocharaux, 1881, in-12, 24 pages (don de S. G. 
l'archevêque d'Auch); 

Dominique, journau dôu Gai-Sabé, espelissènt lou dimenche. Ni- 
mes, Baldy-Biifard, 1876 et 1877, vingt et un numéros in-folio (don 
de M. Gabriel Azaïs); 

Prouvençau (lou), journau litèrari, Ais-en-Prouvenço, Roumo e 
Mount-pelié, 1877, 1878 e 1879, soixante-trois numéros in-folio (don 
de M. Gabriel Azaïs); 

U reclam de mountanhe, poésies béarnaises. Première partie. 
Lous Herums, fables, sujets tirés d'adages, de dictons et de lé- 
gendes du pays. Deuxième partie. D'Espourrii à St-Sabii, pastorale 
philharmonique en trois actes, musique avec accompagnement de 
lyre ou de piano. Dictionnaire béarnais-français des mots ramenés 
dans cet ouvrage avec des indications étymologiques, par Jean- 
Louis Lacontre; traduction en vers français, par Gabriel Pon-Gondry. 
Dax, Herbet, 1870, in-4o, 52-35 pages (don de M. Gabriel Azaïs); 

Mémoires ou livre de raison d'un bourgeois de Marseille, publiés 
avec une préface et des notes, par M. J.-F. Thénard. Montpellier, 



CHRONIQUE 51 

au Bureau des publications de la Société pour Tétude des langues 
romanes, 1881, in-S®, xii- 196 pages ; 

Statuti civili e criminali di Corsica, pubblicati, con addizioni iné- 
dite e con una introduzione, per munificenza del Conte Carlo Andréa 
Pozzodiborgo, da Gio. Carlo Gregorj. Lione, Dumoulin, 1843, 2 vol. 
in-8», cLx-276-196 pages (don de M. Mie-Keittinger); 

Alvergne (Louis) ; los Flous dé lo moimtagno, poésies patoises 
amusantes, pastorales, descriptions, dialogues comiques, etc. Rodez, 
de Broca, 1880, in-12, 284 pages ; 

Angleviel : Poésies languedociennes [préface patoise. l'Hiver, le 
Printemps]. Ms. in-4o..S. D. 28 pages (don de M. Louis Roumieux); 
Azaïs (Gabriel) : Dictionnaire des idiomes romans du midi de la 
France, comprenant les dialectes du haut et du bas Languedoc, de 
la Provence, de la Gascogne, du Béam, du Quercy, du Rouergue, 
du Limousin, du Dauphiné, etc., tome III (3e livraison). Montpellier, 
Bureau des publications de la Société pour l'étude des langues ro- 
manes, 1881, in-8o, pages 529 à 828 ; 

[Bonaparte- Wyse] : Uno siblado is Arquin, o sèt peço de ver» 
prouvençau dins Ja manière de François Villon (1431-1461), o (pér 
miéus dire ) emé la mesure de quàuqui pouësio d*éu. Waterford, 
Walley, 1880, in-8^ 16 pages ; 

Cazos(Bictor): Claourisses de Sen-Bertran. Saint-Gaudeiis,Abadie, 
1859, in-8o, 40 pages (don de M. Gabriel Azaïs); 

Durante : Il Fiore, poëme italien du XII le siècle, en ccxxii son- 
nets, imité du Roman de la Rose, texte inédit publié avec fac-similé, 
introduction et notes, par Ferdinand Castets. Montpellier, au Bureau 
des publications de la Société pour Tétude des langues romanes, 
1881, in-80, XXIV- 184 pages ; 

[Floret(Balthazar)]: la Franco en 1856. Béziers, Fuzier, 1856, in-S®, 
4 pages (don de M. Gabriel Azaïs); 

[Floret (Baltbazar)]:la Franco en 1 859. Béziers, Fuzier 1,859, in-80, 
4 pages (don de M. Gabriel Azaïs); 

Garbea(G.-0.): Aurora, calendaru ilustratu pe 1881. Bucuresci, 
editura librariei « Aurora », 1880, in-4o, 64 pages, ng. (don de M. V.-A. 
Urechia, député au Parlement roumain) ; 

Malval (F.) ; Étude des dialectes romans ou patois de la basse 
Auvergne. Clermont-Ferrand, Vigot, 1878, in-12, 190 pages (don de 
M. Rousseau, libraire, à Clermont); 

Martin (F.-R.).Histoiradé moun Recul dé fablas ou galimatias en 
rimas. Toulouse, Laboufsse-Rochefort, 1846, in-80, 12 pages (tiré à 
vingt-cinq exemplaires) (don de M. Gabriel Azaïs); 

Martin : Essai d'un dictionnaire bayonnais-français. Manuscrit 
in-8» de 86 pages doubles ( don de M. le docteur Noulet) ; 
. Monier (0.) : Une felibrejade, ou le Gai Savoir à Toulon. Copie 
manuscrite in-4o de 12 pages, 1881 (don de M. Frédéric Mistral) ; 

Roumieux (Louis) : Bèlli Santo, sus l'èr; Mario! la patrio, etc. 
Avignoun, Aubanel [1879], in-8°, 4 pages; 

Roumieux ( Louis ); Bon Viage! à moun jouine ami Adalbert Char- 
vet, k l'oucasioun de soun mariage emé la gènto Mario Florisonne. 
Mount-pelié, 1880, in-80, 4 pages ; 

Roumieux (Louis): Cansoun nouvialo pèr lou mariage de M. G. de 
Casamajor, d Argié. Nimes, Roumieux, 1873, in 8°, 8 pages ; 
Roumieux (Louis): La Bisco, coumèdi prouvençalo en dous ate e 



5S OHROMICIXTE 

en vers. Manuscrit original, 1879, in-8« (sans pagination) (don de 
M. Louis Roumieux); 

Roumieux (Louis): Lou Grès. Aies, Martin, 1879, in-S», 4 pages; 

Roumieux (Louis) : Nouvè-charrado . Aies , Martin, 1877 ,in-8<», 
4 pages; 

Roumieux (Louis ) : Souto lis oume, balado d'antan. Nimes, Baldy- 
Riffard. 1877, in 8°, 4 pages; 

Roumieux ( Louis ) : Uno bello famiho . Aies, Martin, 1878, in-S®, 
4 pages; 

Roumieux ( Louis ) : Uno visito . Pèr lou Batèmo de moun fihôu 
Louriset Marsal. Nimes, Baldy, 1879, in-8°, 4 pages ; 

Roux ( l'abbé Joseph ) : l'Inscription de ^int-Viance. Tulle, Ma- 
zeyrie, 1881, in-12, 22 pages ; 

Roux (l'abbé Joseph): Chanson lemousina. Cesaren (avec la tra- 
duction française). Tulle, Crauffon, 1879. in-8°, 8 pages; 

Sébillot (Paul): Littérature orale de la haute Bretagne. Paris, 
Maisonneuve et Cie, 1881, in-12, xii-400 pages (don de MM. Mai- 
sonneuve ) ; 

Quinze journaux renfermant des textes et des indications de na- 
ture à intéresser les études philologiques ou l'histoire de la littérature 
méridionale, donnés par MM. Théodore Aubanel (1), Marins Bour- 
relly(l), Camille Laforgue (1), Frédéric Mistral (2), Roque-Ferrier (9) 
et Louis Roumieux (1>. 



Errata des numéros de novembre et de décembre 1880. 

Sermons et préceptes religieux. — P. 118. III. I. 31. «... de 
Deu. Aitals. » Lis.: de Deu, aitals, 

P. 119, V, 1. 6. « Annua. » Lis.: Anna. 

P. 132, XVIII, 1. 54, « majer. » Lis.: majeir. 

P. 138. VII, 1. 26. « Que Nostre Seiner. » Ces mots doivent être 
mis entre crochets. 

P. 142, III, 1. 1. «( C'om e... » Liz.: c'om se, 

P. 143, IV, 1. 10. « Membres. » Lis.: Nembres. 

P. 144, VI, 1. 44. Remplacez les points placés après maires par 
eloiniar, 

La Langue et la littérature françaises. Réponse a M.Brune- 
TiÈRE. — P. 221, 1. 20, deux vélites et un hoplite ; lisez: deux 
peltastes et un hoplite. 

P. 233, 1. 14, l'apanage exclusif des Germains, Gaulois, Gallo-ro- 
mains, etc. ; — lisez : des Germains. Gaulois, Gallo- Romain s. 

Description du royaume de Chernuble. — P. 291, 1. 3, c'et^t la des- 
cription du royaume de Chernuble; lisez : description du 

ROYAUME de CHERNUBLE. 

P . 292, 1. 1 1 , employée; lisez : employé. 

P. 296 (au bas de lap .), au XIII^ siècle; lisez : an Xlle siècle. 

La Légende d'Edipe. — P. 303, 1. 30, prison, forteresse, etc 

Effacez etc. 



Le gérant responsable : Ernest Hamblin. 



Dialectes Anciens 

SPÉCIMEN 

DU LANGÀOE PARLÉ DANS LE DÉPARTEMENT DES HaUTES-ALPES 
VERS LA FIN DU XII* SIÈCLE 

« Les spécimens du dialecte parlé autrefois dans les Hautes- 
» Alpes sont extrêmement rares. A notre connaissance, il n'en 
» existe aucun d'antérieur au XV* siècle. » 

Voilà ce que nous disions naguère en publiant un document 
inédit, en langage vulgaire des Hautes- Alpes, de l^année 1442, 
et provenant de Savines, arrondissement d'Embrun (v. Spéci- 
men du langage de Savmes en 1442 ; lecture faite à la séance 
de ï Athénée de Forcalqmer, du 14 juin 1880. Forcalquier, Au- 
guste Masson, 1880, in-8**, pag. 6 et suiv.). 

Depuis lors, un heureux hasard nous a fait rencontrer dans 
les Archives départementales des Hautes-Alpes (série H. 221 ) 
un document original, en langue romane, de deux cent cin- 
quante années environ plus ancien que le. précédent. 

Ce document, il est vrai, est sans date précise ; mais, eu 
égard aux personnages dont il parle, à l'écriture et à d'au- 
tres circonstances, il remonte incontestablement à la fin du 
XII* siècle ou, tout au moins, aux deux ou trois premières an- 
nées du XIII*. Dans cet acte, en eflfët, il est question de Sarras 
ou Sara, prieure delà chartreusine de Berthaud. Or, suivant 
d'autres actes, parfaitement authentiques {Archiv. des Hautes- 
Alpes, H. 221, 2), en 1204, dame Sara était déjà remplacée à 
Berthaud par la prieure Agnès. 

La chartreusine de Berthaud, à laquelle se rapporte notre 
document, était située non loin de Q-ap, sur le territoire de la 
commune actuelle de Rabou, au sein de ces « hautes et âpres 
«montagnes décharnées» qui se rattachent au puissant massif 
du Devoluy. 

La fondation du monastère de Berthaud remonte à l'an- 
née 1188. A cette époque, Adélaïde, femme d'Arnaud Flotte, 

Tome v de la troisième série. • février 1881. 5 



54 LE LANGAGE DBS HAUTES-ALPES AU XII' SIECLE 

seigneur de Montmaur, et ses quatre fils, donnèrent le terroir 
de Berthaud aux religieuses de Saint- André-de-Prébaïon (de 
Prato Ba%one\ près Orange (Vau cluse), afin de s'y transférer 
(Charte originale de septembre 1188, Arch. des Hautes-Alpes^ 
H.221, 1). 

n ne faut point confondre, ainsi qu'on le fait trop souvent, 
le monastère de Berthaud, sis sur la commune de Rabou, can- 
ton de Gap, avec le quartier de Berthaud, qui fait partie de la 
commune de Yentavon, canton de Laragne ( Hautes-Alpes ). 
Berthaud de Ventavon, il est vrai, est beaucoup plus connu 
aujourd'hui que l'antique monastère de Rabou, surtout à cause 
de la ferme'école qui y a longtemps prospéré, sous la direction 
du regretté M. Allier, et qui vient de finir si tristement avec 
lui. Mais, autrefois, Berthaud de Ventavon n'était qu'un sim- 
ple domaine du monastère de Rabou; c'est même de cette cir- 
constance qu'il a pris son nom actuel de Berthaud. 

La chartreusine de Berthaud, fondée en 1188, fut habitée, 
sans interruption, par des religieuses de l'ordre de Saint-Bruno, 
jusqu'en Tannée 1601. A cette époque, le monastère fut sup- 
primé et ses biens unis à ceux de la chartreuse de Durbon ( au- 
jourd'hui de la commune de Saint-Julien-en-Beauchène, can- 
ton d'Aspres-lès-Vejnes, arrondissement de Gap), qui lésa 
possédés jusqu'à la révolution de 1789 { v. Charronnet, Monas^ 
tères de Durbon et de Berthaud. Grenoble, Alph. Merle, sans 
date, in -8», p. 72 et suiv.) 

La charte en langue romane qui nous occupe est relative à 
la division des pâturages du territoire de Montmaur ( canton 
de Veynes, arrondissement de Gap), entre divers particuliers 
et les religieuses du monastère de Berthaud. 

Cette charte, de très-petites dimensions ( 0*, 237 millimètres 
de large sur 0'^,085 de haut), renferme seulement huit lignes, 
mais d'une belle et grande écriture: l'écriture minuscule de la 
seconde moitié duXlP siècle. Chose singulière, cette écriture, 
quoique évidemment de la môme main, a été tracée à trois re- 
prises différentes, parfaitement distinctes, ainsi que le prouve 
la triple couleur de l'encre dont on s'est servi : les six pre- 
mières lignes sont en encre noire ordinaire ; les deux suivantes 
sont en encre jaunâtre ; enfin la dernière est en encre très- 
noire. 



LE LANGAOB DES HAUTES-ALPES AU XIP SIÈCLE 55 

On donnera, d'abord, une copie exacte de la charte, sans 
faire subir aucun changement à la division des mots, à la ponc- 
tuation, aux majuscules, etc. Cette copie, que Ton pourrait 
dire photographique, sera suivie d'une transcription nouvelle, 
mise en harmonie avec le sens du document. On ajoutera quel- 
ques notes, en dernier lieu, pour Tintelligence du texte. 

Nous nous abstenons, à dessein, de faire des observations 
philologiques ou grammaticales; observations que notre petite, 
mais précieuse charte alpine, peut suggérer en grand nombre. 



DIVISION DU PATURAGB DE MONTMAUK 

1® Copie exacte delacharie originale. 

Le pasquers de mont maur fait . xu . parties lidionene an les 
set. eles set tornont encinc. | de les cinc sont les does den 
Per rainier demont maur li terza den per raimon. eest de 
bertaut. li quar | ta den aut de benevent. eest de bertaut. 11- 
quinta est deuz albertz. esont les does de bertaut. | deles au- 
tres cinc parties, est liuna parz denfalco devene. edel grimo- 
neh.'&.eestlimeita de bertaut^ eliautra est delbornos. | eliautra 
denoliver. eliautra de père lager. edenodo baudemar. elipar- 
tia denodo baudemar. est debertaut. eliautra est denablandina. 
eest debertaut. een guichart donet a dieu ea ma donna sancta 
maria e a las donnas de bertaut la soapart delpasquerde mon- 
maur \ ededevoloi^. ea quest dofez en lapresensa de la donna 
prioressa na sarras e de tôt lo covent'. 

2° — Transcinption modifiée. 

Le pasquers de Montmaur fait xu parties. Li Dionene an 
les set, e les set tornont en cinc. 

De les cinc, sont les does d'en Per Rainier, de Montmaur ; 
li terza, d'en Per Raimon, e est de Bertaut ; li quarta, d'en , 
Ant[oni] * de Benevent », e est de Bertaut ; li quinta es deuz 
Alberz : e sont les does de Bertaut. 

De les autres cinc parties, est li una parz d'en Falco de Vene • 
e del Grimonehs, e est li meita de Bertaut ; e li autra est de] 
Bornos; e li autra, d'en Oliver; e li autra, de Père Lager e 



56 TRADUCOIO GATALANA DBL FLOS SANCOTRUIf 

d'6n Odo Baudemar, e li partia d'en OdoBaudemar est doBer- 
taut ; e li antra est de na Blandina, e est de Bertaut. 

Ë en Guichart donet a Dieu, e a ma donna Sanota Maria e 
a las donnas de Bertaut la soa part del pasquer de Monmaur 
e de Devoloi ^ ; e aquest do fez en la presensa de la donna 
prioressa, na Barras, e de tôt lo covent, 

NOTBS DIYBRSBS 

* Ces mots sont en interligne au-dessus de ceux-ci : Falco devene 
e del grimonehs. 

^ Les mots soulignés sont en encre jaunâtre. 

3 Ce dernier passage est eâ encre fort noire. 

^ Nous pensons que les mots dm aut, qui se lisent dans l'original, 
doirent s'entendre, non dans le sens de en haut, mais dans celui de 
sieur Antoine']' 

^ Bénéventf commune du canton de Saint-Bonnet-^n-Ohampsaur, 
arrondissement de Gap. 

* Veynesy chef-lieu de canton, arrondissement de Gap . 

' Le 2>ei?o/wy, région montueuse et isolée, formant le canton actuel 
de Saint-Etienne-en^Devolny (Hautes-Alpes). 

Gap, 19 septembre 1880. 

L'abbé Paul Guillaume, 
Arcbivisis des Hautes-Alpes. 



LA TRADUCCIO GATALANA DEL FLOS SANCTORUM, COMPARADA 
PER MEQIDE DOS DIFERENTS TEXTOS 



A la diligencia y erudicîô dels sabis professors romanistas 
MM. Boucherie j Chabaneau devem lo conéixer, desde 1878 
en las planas de la Bévue des langues romanes^, un intéressant 
fragment de la traducciô catalana de la Llegenda dorada dé 
Jaume de Yorâgine que ^s guarda manuscrita en la Biblioteca 
nacional de Paris, ms. 7,265 (avuj esp. 44). Aquest exempla 
nos ha animât à publicar un fragment d'altre traducciô cata- 
lana, quai ms. se conserva en la Biblioteca provincial y uni- 
versitaria d'esta Ciutat de Barcelona, baix la custodia de son 

* T6me V, Se série, pag» 209. 



TRABUCOIO GATÂIfANA. DBL FLOS SANGTORUM 57 

digne bibliotecari, nostre amich D. Mariano Aguilô y Fuster. 
A ell agrahim coralment lo haver pogut estudiarlo à nosira 
satisfaccio. 

Gonsisteix dit ms. en un côdice en paper y vitela interpo- 
sada, de 296 foleos, escrit ab Uetra del eegle XV, si be lo 
Denguatge apar esser mes antich. Se titula : « Flors sanctorum 
en caiald », y comensa : (( Del Primer aveniment de Jesuchrùt, 
— r Tôt lo iemp$ d'aquesta présent vida »,• etc. Creyem ab fona- 
ment, qu'es lo mateîx ms. à que fa referencia Torres Amat 
{Diecionano de escritores catalanes ^pag, 701, eol. 1, lin, 1), com 
peptanyent à la que fou Biblioteca del couvent de Carmeli- 
tas descalsos de Barcelona. 

LodenominarémtextA. pera compararlo ablotextB. qu'es 
una de las traduccions catalanas estampadas à principis del 
segle XVI. Aixo n'obstant atribuim son lienguatge al segle XV, 
per esser igual al dels incunables catalans que havem vist del 
mataix liibre. La portada diu aixis : « Flos sanctorum : nova- 
ment fet e corregit, £ afegit moites altres vides de sancts e sanctes 
ab la passto nostre mestre e redemptor Jésus» » — Lo côlofon 
d'aquesta ediciô impresa en earâcters gôtichs, es lo segûent : 
€ A lahor e gloria de nostre Senyor Deu Jesuckrist, e de la sua 
purtssima mare senyora nostra fonch stampada la présent obra 
en la tnsigna Ciutat de Barcelona per Caries Amoros provensal, 
a XXVI de febrer en lany Mil D.eXXIIIL » S'inicia en lo 
fol.l per aquestas paraulas : « Comensa lo prolech sobre la 
traducciô fêta de lati en vulgar de aquella notable part del mo- 
nothesseron, que vol dir hu de quatre, del i^everent doctor Johan 
Jerson malt digne canceller de la ciutat de Paris ^ etc. » 

Tbxt a. Tbxt B. 

(fol. ^). Dequinqiutgesima, (fol. 55).— De la quinquagesima, 

Quinquagesima dura del di- Quinquagesima dura del diu- 

menge en lo quai se canta en la meage : en lo quai se canta en 

missa. Tu aies a mi Senyor deffe- la miftsa. Eu aies a mi defenedor 

nedor. E deu esser determenade senyor e Deu : e es termenada 

en lo dia de paacha. Es stabUda en lo dia de pasca. E es establida 

quinquagesima per compliment e quinquagesima : per compliment 

com nos degam dejunar XL dies e per significament. Per compli- 

a semblansa de Jesuchrist. — £ en ment : on com uosaltres degam 



58 



TRADUCCIO CATALANA DEL PI-OS SANCT0RI3M 



la caresma no sien cor XXXVI 
dies dejunadors perso car node- 
junam enlos dimenges per alegre- 
tat e per reverencia ço es per 
raho e per exempli de Jesu- 
christ qui en aytal dia de la re- 
surreccio menya dos vegades ço 
es quant entra als dissipols les 
portes clauses. E els li donaren 
una part del pex torrat e bresca 
de mel. E autra vegada quant 
los dissipols anaven en Emaus. 
E per ayso per compliment dels 
dimenges de la caresma y son 
aiustats los IIII dies. Encara 
mes cols clergues vesesen que 
en axi co els davant anaven al 
pobol per orde. En axi devien 
davant ells anar per santetat per 
ques deuen abstiner ans per II 
dies de carn a menjar, los quais 
son ans dels IIII dies. En los 
quais deuen dejunar. En axi y es 
aiustada una semmana a la ca- 
resma que es apelada quinqua- 
gesima. Altre raso es perque es 
stablida quinquagesima so es per 
signifficament car quinquagesima 
signiffica lo temps de remission so 
es de penitencia en loqual totes 
causes se perdonen. Car lo L any 
erainolt alegre per so car era any 
de perdo. De quinquagesima es 
aquelo mateix dit. Car tots los 
deutes de peccats se perdonen : 
els sers solien esser deliurats axi 
que tots sen tornaven a les lurs 
possessions per la quai causa es 
signifficat que per penitencia son 
perdonats tots peccats. Es hom 
desliurat de servitut de dimonis e 
emtornats a les possessions dels 
christians. Escasament III eau- 



dejunar. XL dies a semblança de 
Jesuchrist : e es la quaresma no 
sien mes de XXXVI dies de- 
junadors per ço com no dejunam 
los diumenges per alegria : e per 
reverencia : ço es per raho e per 
exemple de Jesuchrist qui en lo 
dia de la sua resurrectio n;Lenja 
dues vegades : ço es com entra 
als dexebles sants ab les portes 
tancades : e li donaren una part 
de peix torrat et bresca de mel. 
E altra vegada com los dexebles 
anaren a Emaus : on per aço per 
compliment del diumenges de la 
caresma hi son ajustais los qua- 
tre dies. Per significament : on 
com los capellans vessen que axi 
com ells anaven davant lo poble 
per orde : axi devien ells anar da- 
vant per sanctedat : per ques deu- 
en abstenir abans de dos dies 
de carn a menjar : los quais son 
dels quatre dies : en los quais 
deuen dejunar e axi es ajustada 
una setmana en la quaresma : que 
es appellada de quinquagesima 
ço es per significament : car quin- 
quagesima per signifîcança signi- 
ficalo temps deremissîo : çoes de 
penitencia : en lo quai totes coses 
se perdonen car lo sinquante any 
era molt alegre : per ço com era 
any de perdo ; car tots los deu- 
tes de peccats se perdonen : e los 
catius solen esser desliurats : axi 
que cascu sen torna a ses pos- 
sessions per la quai cosa es sig- 
nifîcat que per penitencia son per- 
donats tots peccats e es hom del- 
liurat de la servirtut del dimoni 
e som retornats a les possessions 
dels celestials casaments. Très 



TRâDUGGIO GATAIiANA DBL FLOS SANCTORUM 



59 



ses ne son necessaries les qaals 
son a nos propaasades en lapis- 
tola e en lo evangeli en ayso 
que les obres de penîtencia sien 
perfeytes. So es karitat la quai 
es propausada en la epistola. 
En la memoria de la divinal pas- 
sion. E la fe que es entesa per lo 
enluminament del seg. E asso es 
propausat en lo evangeli : per so 
car fe fa les obres a Deu accep- 
tables. Car senes fe nos pot per 
quel home placia a Deu. E la me- 
moria de la passion faalhomediu 
tûtes coses leugeres, perque diu 
sent Gregori. Si hom ha memoria 
de la passio de Jesuchrist neguna 
causa no es que hom no sostenga 
ab eugual coratge. E caritat fa 
cer continua al home bona obra. 
~- Car segons que diu sent Gre- 
gori. AmordeDeu no pot esser 
ociossa, car obra grans causes 
en home si j es mes si noy ha 
volentat dobrar es négligent no 
es amor. E en axi co en lo co- 
mensament la glesa en cays dé- 
sespérât avia cridat. Enreviro- 
naren plors de mort etc. E puys 
en après toma assi matexa de- 
menamaiutori. En axi asi y a 
ha resebuda fiansa e speransa 
de perdo per penitencia. Ora e 
diu tu sies a mi en Deu aiudador 
etc. En lo quai cant demana IIII 
causes, ço es defEencio : E fer- 
metat : E reffugi : E guisament. 
Car tots los homens del mon : 
o son en gracia ô en celpa o 
en causes de benesuransa, an 
aquells qui son en gracia de- 
mana la glesa fermetat : per ço 
que en aquella gracia sien fer- 



coses nos son necessaries les 
quais nos son preposades en la- 
pistola et en levangeli en aço que 
les obres de penitencia son per- 
fetes : ço es caritat : la quai es 
proposada en la epistola la me- 
moria de la divinal passio : e la 
fe que es entesa pelo illumina- 
ment del cech : e aço es posât en 
levangeli : per ço com fe es en 
obra de Deu : Car sens fe no es 
posible al home que placia a 
Deu. E la memoria de la pas- 
sio fa a hon totes coses leu- 
geres : per que diu sant Gregori. 
Si hom ha memoria de la passio : 
neguna cosa no es que hom no 
sostenga ab egual coratge. E 
caritat fa esser continuament a 
hom en bona obra. Car segons que 
diu sant Gregori. Amor de Deu 
no pot esser ociosa : car obra 
grans coses en home si y es : ma 
si no ha voluntat es négligent : 
e no es amor. Axi com en lo co- 
mençament la sglesia que si dé- 
sespérant havia cridat. Encircui- 
ren me plors et cetera. E puix 
en après toma a si mateixa e de- 
mana adjutori : e axi ha rebuda 
fiança esperança de perdo de pe- 
nitencia : e diu : tu si es a mi 
ajudador Deu et cetera en lo quai 
cant quatre coses demana : ço es 
defencio : e fermament refugi : e 
guiament : car tots los homens 
del mon : o son en gracia : o en 
culpa : en coses contrarioses : o 
de benaventurança : e per aquells 
que son en gracia demana la sgle- 
sia fermetat : perço que en aquella 
confermats sien : e per aquells 
qui son en culpa demana la sgle- 



60 DECLINAISON DU PRONOM RELATIF FRANÇAIS 

mats. E en aquells qui son en sia que Deu sia ab ells refrigeri 

colpa demana lesglesa que Deus e per lo semblant per aquells 

sia ab ells en refugi. E en aquells qui son en contrarietat : dema- 

qui son en contrarietat : demana na la sglesia defensio : per ço 

la glesa deffencio, per so que en que en les lurs tribulacions sien 

les lurs tribulacions sien defeses defesos : e per aquells qui son 

ad aquells qui son en prosperi- en prospèritat demana la sglesia 

tat demana la glesa guiament per guiament : per ço que en lurs 

so que en lurs bens sien per Deu bens sien per Deu guiats . Es 

guisats. — Es termenada quin- termenada quinquagesima segons 

quagesima segons que es dit : en que es dit : en lo dia de pasca per 

lo dia de pascha per ço car pe- ço que penitencia fa a hom re- 

nitencia fa hom ressucitar à la suscitar a la novella part de Deu : 

novela état de vida. Per que en perque en aquest temps canta 

aquest temps canta hom molt hom sovint lo psalm qui comen- 

soven lo psalm qui comensa, mi- sa : Miserere mei Deus : e es 

serere mei Deus qui es "psalm de psalm de penitencia e de perdo 

penitencia e de gracia perdo . de peccats . 

De Tanterior comparaciô de textes, nos sembla poderse de- 
duhir, ademes de las variants que las influencias del temps 
imprimeixen en la lien gua, que lo côdice de Barcelona del 
Flors sanctorum es co^ia. catalanisada d'altre provensal. Per- 
sonas mes inteligents que nosaltres j udi carân si anem errats 
al fer aquestas suposicions. 

A. Balagubr y Mbrino 

Barcelona, novembre de 1880. 



NOTE 

SUR LA. DÉCLINAISON BU PRONOM RRLATIF FRANÇAIS 



On sait que, si les noms français n'ont conservé que deux 
des cas des noms latins, les pronoms en ont généralement 
conservé trois : je, me, moi; — tu, te, toi; — il, se, soi. 

Chacun de ces pronoms a donc deux cas régimes. Le pre- 
mier (me, te, se) s'employait devant le verbe. On se servait du 
second (moi, toi, soi) partout où on pouvait mettre le premier, 
et, en outre, après le verbe et après les prépositions. Aujour- 
d'hui on ne peut pas toujours employer le second cas régime 



DECLINAISON DU PRONOM RELATIF FRANÇAIS 61 

à la place du premier. Il n*en était point ainsi dans Tancienne 
langue, comme le prouvent les exemples suivants: 

Complément indirect sans préposition 
Roland, 3108 : < Se tei plaist. » 
Ibidem, 3717 : « Cist moz mei est estranges. » 

Complément direct devant le verbe 

Roland, 2834 : a Mei ai perdut e trestute ma gent. » 
Encore au XVIP siècle, La Fontaine : 

« Tant ne songeaient au service diviû 

Qu'à «ot montrer. » 

— Le pronom relatif avait aussi trois cas : qui, que, eut. Le 
second cas régime, m^ s'est écrit ée bonne heure et prononcé 
comme le cas sujet. Il en est résulté une confusion qui a 
nui à la fortune de ce cas régime. Nous ne l'employons plus 
aujourd'hui qu'après les prépositions*: « L'homme pour qui, 
à qui, etc. » L'ancienne langue lui donnait les mêmes fonc- 
tions qu'au second cas régime des pronoms personnels*. Elle 
s'ea servait : 

P Après les prépositions ; 
2* Comme complément direct : 

Serments de Strasbourg :« Neuls cuieo returnar int pois »; 
Couci (cité par Littré): « Celé cmî j'ai tousjours en remem- 
brance p; 
3® Comme complément indirect sans préposition : 
Roland, 1279: « Qui qu'en peist o qui nun. » 
IMd., 1405 : « De ç6 qui calt? » 

— Une autre forme de second cas régime s'est introduite 
dans la déclinaison du pronom relatif, c'est la forme a quoi. » 
A l'origine, quoi (latin quid) était exclusivement un pronom 
interrogatif et neutre*. Mais, de très-bonne heure, comme on 
confondait j^m régime et gt^t' sujet, on a pensé que quoi pou- 
vait remplir la lacune apparente de la déclinaison du pronom 

^ On emploie encore le deuxième cas régime de « qui interrogatif » comme 
complément direct : « Qui demandez-vous? » 

' La ressemblance de quoi avec moi, toi, soi, a fait que, dès les premiers 
temps, on a employé quoi après les prépositions, au lieu de « cui, qui », forme 
régulière du deuxième cas régime du pronom interrogatif. 



62 IZALAR — AZILAR 

relatif: (iQui, que, quoi)), répondait bien kije, me, moi, — tu, 
te, tôt; etc.» Qiu)t est ainsi devenu cas régime du pronom 
relatif qui. 

Aujourd'hui, si quoi n'est plus, comme à Torigine» exclusi- 
yement interrogatif, on lui a du moins rendu le genre neutre. 
Au moyen âge et jusqu'au XVII® siècle, on remployait cou- 
ramment, comme second cas régime de qui, avec des noms 
masculins et féminins. Toutefois, principalement aux époques 
les plus voisines de nous, par un sentiment plus ou moins 
précis de sa valeur de neutre, on lui donnait surtout pour an- 
técédents des noms de chose : 

Froissart: « Ceux de Calais virent bien que le secours en 
quoi ils avoient fiance leur estoit failli. » 

Bourdaloue : « Parmi les faiblesses extrêmes à quoi je sens 
que mon esprit est sujet. » 

Etc. 

Les exemples sont si nombreux qu'il est superflu de les 
citer. Je voulais seulement, dans cette note, établir deux 
points: 

V Le cas régime qui a eu les mêmes fonctions que le second 
cas régime des pronoms personnels ; 

2o La confusion qui s'est produite entre qui sujet et qui 
régime, jointe à la ressemblance entre quoi et a moi, toi, soi», 
a amené la transformation du pronom interrogatif quoi en un 
pronom relatif. 

L. Clbdat. 



IZALAR — * AZILAR 



On lit dans le Donat provençal : « Inçatar, izalar, = ad 
boves pcrtinet, propter muscam fugere. » L'édition Guessard 
(p. 31) porte inzalar, leçon fort justifiable, au lieu de inçatar 
que donne M. Stengel (p. 31). L'éditeur allemand ayant l'air 
de considérer inçatar et izalar comme des variations d'une 
seule et même racine, écrit en note (p. 102) : a Ce mot n'est pas 
clair D, au lieu de dire « Ces mots ne sont pas clairs » ; il les 
rapproche sans profit de deux autres mots qui n'ont avec eux 
qu'une vaine ressemblance de son. Plusieurs des mots donnés 
en exemple par notre grammairien ne se trouvent que chez lui ; 



LES SORTS DBS APOTRES 63 

mais, s'ils manquent dans les dictionnaires de Tancienne lan- 
gue, on peut espérer assez souvent de les retrouver, soifs une 
forme ou sous une autre, dans les dictionnaires de la langue 
moderne et contemporaine. C'est ici le cas. Dans les Alpes Cot- 
tiennes {Dictionnaire de Chabrandet Rochas. Grenoble et Paris, 
1877,in-8<»), arizar signifie se précipiter en courant; il se dit des 
vaches ou des bœufs piqués par les taons. Dans les patois du 
Queyras, / devenant volontiers r, arizar peut nous renvoyer 
à un primitif * alizar, qui ne diffère d'izalar que par métathèse. 
Ces deux mots à leur tour, par métathèse également, nous ra- 
mènent à un verbe 'asilare, formé de osiltAS = taon, ce qui 
convient à la forme et à. la signification. 

* ASILARE 

izalar *alizar 

arizar. 

J. Bauquier. 

LES SORTS DES APOTRES 

DERNIÈRE ADDITION 



Les Sorts des apôtres^ du ms. de Cordes, ont eu une édition de 
plus que je ne croyais. La première, celle de Bruno Dusan, don- 
née en 1866, avait été suivie d'une seconde, préparée par M. Jo- 
libois, archiviste du Tarn, peu après la découverte du ms. , c'est-à-dire 
vers 1860, mais qui ne fut publiée qu'en 1872, dans les notes du tome III 
de V Histoire des Albigeois y de M. Napoléon Peyrat. C'est ce que 
m'apprend le procès- verbal de la séance du 20 décembre 1880 de la 
Société des Sciences, Arts et Belles-Lettres du Tarn [Revue duTarn, 
janvier 1881), sur lequel M. Roque-Ferrier vient d'appeler mon atten- 
tion. Notre obligeant confrère me communique en même temps le 
volume en question de M. Peyrat. Le texte provençal, avec la traduc- 
tion qui l'accompagne, y occupe les pages 477-483. Une letti*e de 
M. Jolibois, datée du 31 mai 1869, dans laquelle on s'étonne à 
bon droit de voir le savant archiviste présenter les Sortes apostolo- 
rum du ms. de Pithou comme une version du texte provençal *, 

1 « C'est d'ailleurs ( le ms. de Cordes ) une nouveauté historique : il n'est 
question des Sorts des Apôtres nulle part ailleurs que dans le recueil de 
François Pithou, intitulé : Codex Canonum vêtus EcclesUe romanœ; mais 
ce savant n'en a donné qu'une traduction latine incomplète, et il a cru pou- 



64 LBS SORTS DBS APOTRES 

sert d'introduction. On lit à la fin, p. 483, la note soivante, où 
Fimagination de M. Pejrat se donne earrière : « Ce nianascrit est très- 
précieux. II a été probablement transcrit par un élére de Sioard 
Figuéraa *, «Ërecteur du séminaire d^Ëlvas . Ce séminaire était donc 
établi dans les belles maisons gothiques de Ramon VU, et consé- 
quemilient Talbigisme cordouan placé sous le patronage immédiat du 
comte de Toulouse. » 

Dans le corps de son ouvrage (111,367), M. Napoléon Peyrat con- 
sacre aux Sorts des Apôtres une page où Timagination a aussi beau- 
coup plus de part que la vérité. On ne sera peut-être pas fâché de la 
lire ici. Je la reproduis en entier. 

« Sous cette terreur des cieux et de la terre, de la foudre et du 
bûcher, sans prêtre, sans bible, sans culte, les pauvres Albigeois se 
réunissaient en tremblant la nuit, dans une grotte ou dans un fond de 
tour. A la lueur d'une lampe fameuse, ils consultaient les sorts qu'ils 
nommaient des Apôtres, C'était un parchemin bordé de lacs de soie, 
alternativement verts et jaunes, qui, sur la tranche du rouleau, for- 
maient une touffe latérale et multicolore. Chaque lacs correspondait 
à des passages et peut-être à des figures symboliques. Voulait-on 
interroger l'oracle, on prenait un cordon d^ns ses deigts; le vieillard 
invoquait le Père, le Fils et le Saint-Esprit, ouvrait le livre, lisait 
les versets contigus à chaque fil, et ce langage, plus ou moins énig- 
matique, était reçu comme la parole de Dieu. Voici quelques-unes de 
ces maximes : « Après le soleil se lèvent les étoiles ; puis de nouveau 
revient le soleil. De même ton courage qui fléchit te viendra de Dieu 
avec la lumière. — Sur mer, le vaisseau bien gouverné arrive au 
port. Tu atteindras ton désir si tu invoques Dieu. — Les vents sont 
légers ; prends garde aux tempêtes, ne te mets pas en mer. — Tu 
veux te je:ter dans une forêt sans issue et pleine de serpents. — 
Garde- toi du grand Lion. . . Invoque Dieu. . . Tu ne craindras pas la 
mort. — Voilà les sorts des saints Apôtres qui ne trompent ja- 
mais !» C'est l'accent honnête des Barbes Vaudois^la morale senten- 
cieuse de Job et de Sirach. Les sorts étaient proscrits comme la Bible. 
Le vieillard qui les expliquait aux tisserands de Cordoue, effrayé de 
son rôle d'oracle, scella dans un mur le dangereux parchemin. La 
tourl'a dérobé fidèlement à l'Inquisition, et, s'écroulant de nos jours, 
nous a révélé cette pauvre religion sibylline de l'albigisme agonisant. 
L'aigle de saint Jean et de Platon, tombé du ciel^se cache dans l'antre 
de la Pythonisse. » C. C. 

voir paraphraser certains passages du texte roman, que sans doute il ne 
comprenait pas. » 
f )[y*iDterloctttear de Tiaquisiteur Izarn dans les Noi>as del heretge. 



Dialectes Modernes 



LE PBEMIBR SONNET FAIT PAR UN FRANÇAIS 



Les erreurs ayant la vie dure, on a cent fois répété que le 
sonnet nous vient des troubadours. Il suffit cependant de je- 
ter les yeux sur le sonet provençal pour être persuadé, avec 
Raynouard ( II, 172 J, que cette poésie lyrique chantée, ce petit 
son, cette petite chanson, n'a rien de commun que le nom a avec 
l'espèce de poésie ainsi nommée depuis, et qui joint à un nom- 
bre fixe de vers une différence déterminée dans la coupe des 
strophes. » A la vérité, quelques auteurs citent des sonnets 
provençaux de Bertrand Carbonel et de Guilhem des Amalrics, 
ayant la forme moderne ; mais ce sont des faux de Jean de 
Nostre-Dame. Faux encore et de la même fabrique trois son- 
nets attribués, par le manuscrit 12472 de la Bibliothèque na- 
tionale, à Jacme Mote d'Arles, à Blacacet et à Bertran de La- 
manon ^ 

Le sonnet, au sens moderne du mot, est d'origine italienne, 
et son introduction en Franee est attribuée à plusieurs poètes : 
à Marot, à Joachim du Bellay, à Mellin de Saint- Gelais et 
même à Pontus de Tyard { 1521-1605 ) *. 

De Marot (1495-1544), nous avons un sonnet à Pomponio 
Trivulce, daté de 1529 ; les neuf autres ne portent pas de 
date. 

* Ds riment, les deux premiers en abba^ abba, cde, cde ; le troisième, en 
abba, abba,cde, dce. (Paul Meyer, les Detmiers Troubadours de la Pro- 
vence.) 

* Pontus de Tyard, Étude mr le XF/« siècle, par M. Abel Jeaadet. Puris, 
1860. 

M. Frédéric Godefroy, compilateur d'une chrestomathie publiée sous le titre 
fallacieux d*Histoire de la littérature française, a trouvé le moyen de faire 
« rapporter [le sonnet] d'Italie en France » par Joachim du Bellay, et en même 
temps de le faire « introduire chez nous », pour la première fois, par Mellin 
de Saint*Gelais. Inutile d'ajouter que, pour M. Godefroy, « celte forme de 
poésie paraît bien être d*origine française provençale. » {L'Instruction pu- 
blique, le» avril 1875, p. 150, col. 2.) 



66 LE PREMIER SONNWT PAIT PAR UN FRANÇAIS 

Mellin de Saint-Gelais ( 1487-1558 ) ne publia ses œuvres 
qu'en 1547 ; mais, ainsi que le remarquent La Monnoye (édi- 
tion de Saint-Gelais, par Blanchemain, I, 281, n. 3) et A. Dar- 
mesteter {Revue crttiqtie, 3 juin 1876, p. 377), il avait visité 
ritalie avant Marot, et les sonnets qu*on a de lui sont dispo- 
sés à la manière italienne ; ceux de Marot, au contraire, le 
sont à la manière française. 

S'il fallait une preuve de plus de l'origine italienne du son- 
net, nous la trouverions dans un semblant de sonnet, anté- 
rieur à ceux de Mellin de Saint-Gelais et de Marot, composé 
en un semblant de lombard par un poète français qui visita 
l'Italie sur la fin du XV® siècle. 

« Maistre Andrieu de la Vigne, natif de la Rochelle * », flo- 
rissait sous les règnes de Charles VIII et de Louis XII; il a 
même prolongé sa carrière jusque sous François P', et sem- 
ble être mort vers 1527. Il aurait eu alors soixante-dix ans, 
ce qui le ferait naître en 1457*. Il passait en son temps pour 
poète. Mais, en vers comme en prose, s'il a visé le mieux, il a 
atteint le pire. A l'aube de la Renaissance, le style était mé- 
taphorique, amphigourique et boursouflé ; le galimatias bar- 
bare de notre rimailleur en est une preuve déplorable. 

André de la Vigne a été aumônier et secrétaire d'Anne de 
Bretagne, du duc de Savoie, Philippe II ou Philibert le Beau, 
et d'autres grands personnages ; car, ainsi qu'il le dît lui- 
même : 

Suivre chacan voulontiers m'entremetz, 
Sans nul guerdon, à plusieurs m'asservis. 

Lorsque le plus romanesque des romanesques Valois, Char- 
les VIII, en paladin de la décadence, croyant aller à une nou- 
velle croisade « pour acquérir bruit, los, honneur et famé », fit 
la campagne d'Italie, André de la Vigne le suivit en qualité 
d'orateur et d'historiographe, ail coucha et mist par escritle 

* Procès-verbal de la représentation du mystère de Saint-Martin à Seure» 
en 1496, cité par Jubinal, Myst. inéd,, I, p. xliv. — Ce détail biographique 
était inconnu avant Jubinal, et il a échappé depuis au bibliophile Jacob ( Be- 
cueil de farces,., du XV* s, Paris, 1859). 

' Foncemagne, Mémoires de VAcad. des Inscriptions, XVIII, 579; — Weiss, 
Biogr, univ. deMichaud; — la Monnoye, Œuvres de Melin de Sainct Ge- 
laySj édit. par P. Blanchemain; 1873, 1, 194, en note. 



LB PREMIER 80NNBT FAIT PAR UN FRANÇAIS 67 

voyage de Napples » a en vers, eoupletz et ligne*. » Chemin 
faisant, il composait les devises et les inscriptions des arcs 
de triomphe^ les épitaphes et les complaintes pour les morts, 
comme il ât plus tard aux funérailles d'Anne de Bretagne '. 

Il recevait des pensions du roi de France, de Charles de 
Bourbon, évêque de Clermont en Auvergne, des ducs de Lor- 
raineetde Savoie, dé tous ceux enfin qui voulaient bien ac- 
cepter Thommage de ses vers. Tout flatteur vit aux dépens de 
celui qui l'écoute. Mais probablement ne le payait-on ni grasse- 
ment, ni régulièrement. Comme son ami Crétin', un autre poëte 
famélique, il se plaint toujours, sollicitant sans cesse de nou- 
veaux secours. Il avoue qu'il a« pas mal despencé w, « mais 
vivre fault vaille que vaille. » De Chambéry il adresse des 
vers au roi de France, « à Chariot, petit roy » , non sana le 
prier de les lui payer, car il désire grandement aller à la cour, 
et ne le peut, faute d'argent. Une autre fois, il lui manque des 
habits et des chevaux. Son humeur voyageuse, ou plutôt son 
attachement à de riches protecteurs, lui fait courir les routes 
d'Allemage, de Suisse ou de Lorraine ; mais il se considère 
comme exilé, il regrette Paris : 

Paris, Paris raiz et vraye sente 

De toute joie et plaisance mondaine . 

D ne peut se consoler de sa « despartie qu'avec les « dames », 
« à Chambéry, à Genève, à Lyon. » Si le clergé, dont il faisait 
partie, avait des mœurs peu régulières, du moins il ne s'en 
cachait pas ; de la Vigne pas plus que tout autre : tel triolet 
ou tel rondeau de sa composition n'est rien moins que ch aste 
ou simplement délicat, et, comme disait Rollin,dont se moque 
Voltaire, propre à former l'esprit et le cœur des jeunes per- 
sonnes. 
De la Vigne n'est pas inconnu ; il est du moins mal connu : 

* Napoléon III {du Passé et de l'avenir de r Artillerie ) est, croyons-nous, 
le seul de nos contemporains qui ne pense pas que la campagne d'Italie par 
Charles VIII soit une de ces expéditions conçues imprudemment et conduites 
sans calcul et sans réflexion . » 

* Commémoration delà mort d'Anne de Bretagne, par Bretaigne, ms.826 
de la Bibliothèque de Lyon ; ou bien l'édition de MM. Merlet et Max de Gom- 
bcrt : Récit des funérailles d^Anne de Bretagne. Paris, Aubry. 

9 Les Poésies de Guillaume Crétin, éd. Coustelier. Paris, 1723, p. 69. 



68 L£ PREMIBR SONNBT FAIT PAR UN FRANÇAIS 

on ne le cite guère que pour les quatre lignes qu'il a consa- 
crées au médecin Jean Michel. Quelques écrivains même, 
trompés par le titre de son ouvrage principal, le Vergier d'hon- 
neur, qui porte son nom et celui d'Octavien de Saint-Gelais, 
attribuent à Salnt-Gelais le récit de la campagne de Naples ' ; 
et Godefroy, sous le vain prétexte que l'original est mutilé, 
donne dans son Histoire de Charles VIII ^, au lieu du journal 
d'André de la Vigne, une copie abrégée et mise entièrement 
en prose par Pierre Desrey, le continuateur des Chroniques 
de Gaguin. 

C'est dans les poésies formant la deuxième partie du Ver- 
gier d'honneur ^ que se trouve le sonnet lombard dont nous 
avons parlé plus haut. 



* Le Vergief* d'honneur ne contient qu'une seule pièce d'Octavien de Saint- 
Gelais, à savoir une épitaphe de Charles Vill, qui a été également donnée 
dans les Hardiesses des grands rois, du lyonnais Pierre Sala. — Colletet 
{Vie des poètes fr,^ B. Nat., ms. nouv. acq. 3073) attribue le récit de la 
campagne de Naples âOct. de St-G. {Vie d'Oct, St-GeL); ailleurs {Vie d'A. 
delà V.)y àOct. de St-G. et k A. de la V. réunis. M. Pr. Blanchemain, qui 
prétend avoir trouvé « de nobles et fructueux enseignements » dans le Ver- 
gier d'honneur^ attribue cet ouvrage à Oct. de St-G. {Œuvres de M, de 
Saint'Gelais, I, 4), quoique à la page 149 une note de la Monnoye eût pu le 
préserver de cette erreur. 

2 Paris, 1684. 

3 Foncemagne s'est occupé spécialement de la première partie du Vergier 
d'honneur, c'est-à-dire du récit de la campagne d'Italie {Mé?n. de VAc. des 
Inscr.y XVlI,p. 579, 596). lia bien remarqué (p. 580,581) que Majesté royale, 
personnage allégorique qui figure dans le fastidieux prologue de ce récit, n'est 
autre que Charles YIll ; mais il feUait ajouter que Dame Noblesse représente 
Anne de Bretagne. Voici les paroles d'André de la Vigne : a Au meillieu 
dudit pourpris seoit et reposoit une monarque paragonne princese, magnanime 
par excellence, nommée Dame Noblesse, descendue, yssue, propaganée et 
primogénitéede l'imperialle, royalle et pryamide lignée troyenne. » De nos jours 
on se contenterait de descendre des Croisés ; Anne de Bretagne avait de 
plus hauts titres de noblesse; elle remontait au « preux roy Priamus » , 
par Conan Meriadec, un des prétendus prjûQes troyens qui succédèrent à 
Brutus le Champion, fils de Silmyus, fils d'Ascanius, fils d'Eneas, fils lui-même 
de Priam : 

Aussi estoit la dame de lianlt tems, 
I.es cronicques l'ont ainsi récité, 

à ce que nous rapporte Bretaigne, premier hérault et l'un des roys d'armes 
d'Anne de Bretagne (Commémoration et adoertissement de la mort de,,, 
Anney ms. 836 de la Biblioth de Lyon). Voilà donc une première présomption; 



LB PREMIER SONMfiT FAIT PAR UN IPRANÇAIS 69 

Ces poésies sont généralement précédées d*une rubrique, 
et, suivant le cas, on lit en tête ballade, rondeau, etc. Le son- 
net en question porte pour rubrique le seul mot Lombart. Nous 
le reproduisons ici, après en avoir collationné le texte sur 
quatre éditions du Vergter (f honneur. 

A. — Le Vergter dùneur nouvellement imprime a Paris. De 
lentreprtseet voyage de Naples... S. d., petit in-4* goth. à 2 col. 
non chiffré, vignettes. Explicit: a Pour faire fin a ce verger 
dhonneur. Explicit. » 

B. — Le Vergter doneur nounellement (sic)... S. d., gr. in-4° 
goth. à 2 col. de 45 lignes, ss. pagin. Explicit: a Cy fine le 
Vergter dhonneur nouvellement imprime a Paris par leham Trep- 
perel libraire demourant a Paris en la rue Neufue Nostredame a 
lenseigne de lescu de France. » 

C. — Le Vergier dhonneur (En dessous du titre, Técu de 

France.) 

S. d.,in-fol. goth. à 2 coL de 49 à 51 lignes, ss. pagin., 
bois. Explicit: ^ pour faire fin a ce Jardin dhonneur. Explicit. m 

D. — Le Vergier dhoneur... (En dessous du titre, la marque 
de lehan Petit.) 

S. d., in -fol. goth. à 2 col., ss. pagin. Explicit : « pour faire 
fin a ce vergier dhonneur. Explicit. » 

E. — L'édition de « Philippe le noir, libraire... demourant 
en la grant rue St- Jacques a lêseigne de la Rose blanche cou- 
ronnée )) , ne contient pas notre sonnet. Je ne la cite donc que 
pour mémoire. 



mais la suite ne permet aucun doute : Dame Noblesse est « vestue d'une 
robe de drap d'or fourrée d'ermines », dans le pourpris où elle se trouve 
avec Majesté royale^ de la Vigne place une fleur de lys, « laquelle de jour en 
jour fleurissoit et multiplyoit, croissoyt et augmentoit ses branches, enlong, 
en large et en travers » ; « de coste icelle... assistoyent amoureusement ung tas 
de sumptueuses et requises bestelettes, appelées herminees, qui depuis certain 
temps en ca, par le vouloir et consentement de la dicte Dame Noblesse... 
toucher, baiser, acoUer et embrasser povoyent, toutes fois que bon leur sem- 
bloit, ce que jamais n'avoyent fait » auparavant. L'ermine, comme chacun sait, 
figure dans les armes de Bretagne; elle pouvait même personnifier Anne de 
Bretagne ; c'est ainsi que M. Firmin Didot possédait un manuscrit des funé- 
railles d'A. de B. (par Bretaigne = Choque), intitulé le Trépas de l'hermine 
regrettée, 

6 



70 LE PRBMIER SONNET FAIT PAR UN FRANÇAIS 

Nous donnons le texte de D, en y ajoutant un numéro- 
tage ; nous rejetons en note les variantes de A B C : 

LOMBART 

peno no fu tanto dolo lou ô to riso 
e tanto cesero | pjace pompeo 
issimulando [ quoando de tholomeo 
ndit la teste comme lescripto diso 
acuida helena non tanto a pariso 
jace I ne tanto la subito morto 
gorose de la fratelle que si forto 
nato fut I quel tu force quel moriso 
n tanto a herculo ly piace il quauale 
oce bestie de letre teste diry 
ando par force com baston de assable 
u a lucressia non piace tanto il mor iry 
ntando tota de le superbe la castitade 
Quanto a me elucolante il tuo partirj. 

Le Vergier (Thanneur ne contient pas exclusivement des 
pièces d'André de la Vigne et d'Octavien de Saint-Gelais ; il 
en renferme de divers poètes anonymes. J'ignore si notre son- 
net lombartne serait pas revendiqué par un autre acteur que de 
la Vigne. Je l'attribue provisoirement à celui-ci, parce que la 
plupart des poésies du Vergier d'honneur lui appartiennent, 
parce qu'il connaissait la littérature italienne, et parce qu'il a 
voyagé en Italie . 

U ne resterait plus qu'à donner une traduction complète de 
ce sonnet: je n'y ai pas réussi jusqu'ici, et je souhaite plus de 
chance au lecteur. 

J. Bauquibb. 

*Al peno(AC)» A l peno (B), fito (ABC), —s detholomeo (B). — 
B J a cuida (C), apariso (C). — e p y ace (B). — « tâlo (A). — *<> dire (B). 

— ** bastÔ (A).— 1* moriry (AC).— *3 tesuperbe (B), lesuperbe lacastitade (C)- 

— n ame (B). 



1 


Al 


2 


N 


3 


D 


4 


Re 


5 


J 


6 


P 


7 


Ari 


8 


Si 


9 


No 


10 


Ver 


11 


Tu 


12 





13 


So 


14 


Qna: 



TECHNOLOGIE BOTANIQUE 



M. littré s'est proposé de donner un répertoire aussi complet que 
possible de notre langue, au triple point de vue des acceptions, de 
l'histoire et de l'étymologie de chaque mot. On sait avec quelle ad- 
mirable patience et quelle science consommée il a mené à bien cette 
énorme tâche. Cependant Tœuvre est si vaste, qu'il reste et qu'il res- 
tera longtemps encore des lacunes à combler et des rectificationB à 
introduire. M. Littré le sait mieux que personne. Aussi accueille- 
t-il avec empressement les communications des collaborateurs vo- 
lontaires qui lui apportent l'appoint d'une étymologie nouvelle ou 
d'une acception non encore constatée, ou de quelques exemples re- 
cueîllîs dans les anciens textes et qu'il n'avait pas cités. Chacun, 
dans la sphère de ses lectures et de ses aptitudes, peut ainsi lui 
venir en aide et contribuer à édifier l'historique de notre langue. Ces 
matériaux tout travaillés, et dont il lui est facile de constater la 
provenance et la valeur, ont leur place marquée d'avance dans une 
future réédition de son dictionnaire. Ce sera comme au moyen âge, 
où les architectes ont pu, grâce à la pieuse collaboration des fidèles, 
élever les immensités de nos cathédrales gothiques,. où chaque pierre 
a été travaillée à part et dans le plus minutieux détail. 

C'est à ce point de vue que j'ai étudié l'ouvrage composé par Ber- 
nard Dessen, de Compositione medicamentorum hodierno œvo apud 
pharmacopolas passim eocstantium, et publié en 1556. Ce savant hol- 
landais (né en 1510, mort en 1574 à Cologne, où il habita longtemps), 
a utilisé les travaux des botanistes qui avaient vécu avant lui, et a 
trouvé, soit dans leurs œuvres, soit dans le langage courant, des 
pharmaciens de notre pays, les traductions françaises dont il accom- 
pagne le nom latin des plantes utilisées de son temps pour les com- 
positions pharmaceutiques. Il a fait le même travail et avec plus de 
compétence encore, on le conçoit, pour l'allemand et pour le hollan- 
dais. Il n'a pas non plus négligé l'italien, auquel il a fait la part aussi 
large qu'au français. 

Je ne sais quel intérêt son ouvrage peut ofirir aux lexicographes 
allemands et italiens, ni s'ils l'ont mis à contribution pour l'histoire 
de leur technologie botanique, et n'ai pas, du reste, à m'en préoccu- 
per. Mais pour nous, pour cette branche de notre lexicologie, il a une 
réelle importance à cause de la spécialité de l'auteur, et aussi parce 
qu'il complète et, sur certains points, supplée les travaux contempo- 
rains d'Ambroise Paré et d'Olivier de Serres, les seuls que M. Littré 



72 TECHNOLOGIE BOTANIQUE 

ait pu consulter pour le XVIe siècle. Olivier de Serres, où il a puisé 
le plus, est en effet très-riche pour ce qui concerne la botanique ru- 
rale ou usuelle, mais il Test beaucoup moins pour ce qui regarde la 
botanique médicale. 

Pour toutes ces raisons, j'ai cru qu'on me saurait gré de publier le 
surcroît d'informations lexicologiques quej*y ai recueillies, et qui gros- 
siront utilement le Dictionnaire de la langue française de M. Lit- 
tré. 



AcHB. — Un seul exemple dans Littré. 
Petroselinum palustre. — Germ. , Wasser Eppich, alii Merck; 
gall., acke ou persil de Veau; ital., apio palustre. P. 40. 

AcHB large. — Cette locution n'est pas dans Littré. 

Hipposelinum. — Germ., Liebstoeckel; gall., ache large; 
ital , hipposelino. P. 41. 

AoBRATON, « ageratum. » — N'est pas dans Littré. 

Ageratum. — Germ., Rheinbluem ; gall., ageraton; ital., 
herba giulia, ô vero agerato. P. 336. 

Agoure de Un, — N'est pas dans Littré. 

Cuscutae Materna lingua nostra Flasfeçrn, quasi com- 

pedibus sive vinculis linum constringens, convolvensque aliis 
Flachssseiden (sic); galUce, goûte de lin, ou agoure de lin; ita- 
lice, cuscuta. P. 328. 

Aiguille de Berger : la première des six espèces de géra- 
nium indiquées par Fuchs. — Cette locution n'est pas dans 
Littré. 

Primam[geranii speciem] germ. voce nuncupatStorckensch- 
nabel, id est ciconise rostrum ; gall., agueille de bergier ou bec 
de cigogne. P. 626. 

Alkbkbngb. — «Étym. — Arabe, al, le, et kakendj, mot d'ori- 
gine incertaine, qui est expliqué dans le dictionnaire de Frey- 
tag, par résina arboris in montibus He^mti crescentis, cui usus 
inmedicina est. » (Littré.) 

En ce qui concerne le sens, cette étymologie n'est guère 
vraisemblable. Quel rapport y a-t-il, en effet, entre le co- 
queret et cette résine d'un arbre qui croit m montibus Heratil 
Il n'est pas non plus absolument nécessaire de recourir à 
l'arabe, qui, ainsi et plus encore que le germanique, doit être 



TBCHNOLOOIB BOTANIQUE 73 

considéré comme un pis-aller en fait d'étymologie française, 
toutes les fois que le latin suffit à Texplication cherchée. Or 
c*est ici le cas. Le latin halicacabm (grec, aXexàxa^ov; ital., ha- 
Ucacabo) a pu former Tadjectif. Kalicacabicus ou hah'cacabius, 
qui, employé au féminin avec herba, exprimé ou s. -entendu, 
sera devenu en français *alcacage, et, avec insertion de la 
nasale, *alcacange, *alk€kange, alkange. Cette dernière forme 
n'est pas hypothétique, comme le prouve Texemple suivant : 
Halicacabus, Physsalis. . . Coloniae Juden Kerssen, in Batavia 
Winter Kerssen oder Boberellen ; in galL, baguenaudes, al- 
kanges; in ital,, halicacabo volgare. P. 526. 

Pour ce qui est de Tinsertion de la nasale devant Tarticula- 
tion g =y, cf. ronget' (saintongeois, rouger), de rodicare. 

Alun de plume, — Cette locution n'est pas dans Littré. 

Ego interea malo amiantum lapidem intelligere, qui germa- 
nice Federweiss Pliant, et Salamanderhar appellatur ; gallice, 
alun déplume. Is a Matthiolo, alumen de pluma ofôcinarum ; 
ital., alumi di piuma. P. 791. 

Ancolib. — Trois exemples dans Littré, dont un seul avec 
cette orthographe. 

Rheuponticum vulgo Akeley. — Gall., anco/i<e; ital., aquile- 
gia. P. 214. 

Aneth. — Pas d'exemple dans Littré. 

Anethum. -r- GalL, anet; ital., anetho. P. 650. 

Apparitoire. —N'est pas dans Littré. 

Germanis Gliedkraut, id est, articularis herba ; Gallis, ap- 
paritoire ; Italis, herba pagana. P. 805. 

Aquatique. — Un seul exemple dans Littré. 

Barbam sylvanam, alii pastoralem fistulam appellant. — 
Germ., Wasser Wegerich; galL, plantain aquatic ou de ma- 
retz ; ital., piantagine acquatica. P. 560. 

Arabice, troène. — N'est pas dans Littré. 

Ligustrum vulgo Beinhoetzlin, Mundtholtz et Hartrigel . — 
GalL, throene ou arabice ; ital., guistricoô olivette. P. 54. 

Aristologie. — Littré ne donne que les formes aristoloche 
et aristolochie, 

Aristolochia longa. .... .GalL, aristologie longue. P. 31. — 

Aristolochia faemina. . .GalL, aristologie ronde. Ibid. 



74 TECHNOLOGIE BOTANIQUE 

Armoirie, œillet. — N'est pas dans Littré. 

Germ., Grassbluomen oder Negelin Bluomen, Mutwillen, 
Colonieiisibus Filetten, Hollandis Angers ; gall., des œillets, 
des armoiries; ital., garofani. P. 309. 

Armoise. — Espergoute, benoiste, matricaire, ienaisie, atha- 
nasiCf rosier d'Inde, 

Prima simpliciter artemisia latifolia appellatur, cujus duo 
sunt gênera, colore tantum distantia: unum caule et floribus 
rubens, germanis rot BeyflFiisz dicitur; gall., armowe; ital., 
artemisia. Alterum candicans caule, fioribus vero flavis, olim 
parthenis vocata, au tore Plinio lib. 25, ca. 7. Altéra species 
tenuifolia, officinis matricaria ; germ., Muterkraut ; holland., 
Maertel; gall., espergoute ou benoiste ou matricaire ; ital., ma- 

rella ô matricaria Tertia monoclonos, tabernis omnibus 

athanasia , anthjUis, pleris que tanacetum ; german., 

Reinsarn et Wurmkraut nominatur; ^2l\.^ tenaisie ou atha- 
nasie. Eandem quidam ambrosiam decernunt, sed Hermolaus, 
Marcellus cum Plinio, vagi nominis herbam esse dicunt. Ma- 
thiolus privatim aliam viva imagine ostendit. Illi congenerem 
herbam esse constat, qnsd elegantissimos flores profert, ga- 
rjophyllos indos vocatos. . . . Fuchsius violam flammeam ap- 
pellat, vttlgariter Indianisch Negelin ; gall., rosier ou gej^ofte 
d'Inde ; ital., flore indiono. 

Ces différentes déflnitions de plantes, considérées comme 
assez semblables entre elles, concordent avec les exemples 
cités par Littre et justiflent l'emploi qu'Amjot a fait du mot 
espargoute, par lequel il traduit le grec napQévtov. Littré cite 
deux exemples d'armoise, trois de tanaisie, n'en cite pas de be- 
noîte, n'en donne qu'un de espargoute, emprunté, comme nous 
venons de le voir, à Amjot, et un seul encore de matricaire, 
extrait d'Ambroise Paré. Cf. ap. L. ï)elisle (Note sur un ms. 
de Tours renfermant des gloses françaises du XIP siècle.) 
Tanacheta = tanezic, herba sancte Marie, — artemisia, mater 
herbarum = artemese. 

Artétique {/ve). — N'est pas dans Littré. 

ChamaBpityos. . .Gall., ive artétique ou ive muscate. P. 122. 

Asperge. — Littré en cite trois exemples du XVP siècle, 
comme le suivant, mais qui en diffèrent par l'orthographe. 



TECHNOLOGIE BOTA.NIQOB 75 

Sparagus. — Germ.,Spargen ; galL, esparge. P. 196. 
On remarquera que esparge se tient plus près que asperge 
du latin sparagus, 

AuBiFoiN. — Un exemple dans Littré. 

Cjanus flos Trivialis est, in frumentario nascens 

agro, calyce rosarum sed squarroso, tristi, sine odore, qui- 
busdam baptisecula, quia secantibus metantibusque officit, 
retusa in ejus occursu falce, vulgo, Blaw Rocken, sive Korn- 
bliimen ; gall., blaveole aubifoin, bluet, ou percele; ital., flore 
aliso et flore campese. P. 499. 

AuLNBB. — Pas d'exemple dans Littré. 

HsBc herba (Inula). — Germ., Alant ; gdl\.,aulnee; ital., lella, 
enola ou enoa. P. 236. 

Balausties. 

Balaustise. . . . Gall., des balausties. P. 540. 

Littré, bahuste, balustre et balaustier. 

Bassinet sauvage simple, — Cette locution n'est pas dans 
Littré. 

Hollandis Butterbluom nuncupatur. — Germ., Ongefiilte 
schmaltzbluom ; gall., bassinet sauvage simple; ital., pie di gallo. 
P. 667. 

Baume crépu. —Locution non citée par Littré. 

Mentha sicca nostra lingua Krause Miintz; gall., mente, ou 
baumie crespu ; ii^A..^ mentha domestica crespa. P. 231. 

Bec de cigogne. — Sex geranii species pîngit scitissimus 
Fuchsius. Primam german. voce nuncupat Storckenschnabel, 
id est ciconise rostrum ; gall., agueille de bergier ou bec d^ 
cigogne; ital., gruaria vel gruina. P. 626. 

Littré n'indique pas cette locution. 

Benjoin. — Le plus ancien exemple cité est de Régnier. 

Magistrantia quamostrutium offlcinaBvocant, nostri Meister- 
wurtz. — Gall., benjoin ou angelique; ital., belgioino. P. 38. 

On voit qu'il s'agit ici de la seconde espèce de benjoin ci- 
tée par Littré. 2** Benjoin français, un des noms vulgaires de 
rimpératoire, dite aussi angelique française. 

Benoîte. — V. plus haut armoise, et cf. L. Delisle (op. cit.) 
benedicta, gariofllata, sanamunda = beneoite. 



76 TECHNOLOGIE BOTANIQUE 

BiÂRE. — Littré en cite un exemple (d'Olivier de Serres). 
Cervisiam latini, nostrates vulgo Bier; galL, de la cervoise 
ou de la bière dicunt. P. 870. 
Blayéolb. — Littré n'en cite pas d'exemple. 
V. plus haut Aubifoin. 

Blubt. — Littré n'en cite pas d'exemple. 
V. plus haut Aubifoin. 

Bon Henri. — Pas d'exemple de cette locution dans Littré. 

Apud Germanos superiores Guter Heinrich, Schmerbel et 
gemein Wundtkraut ; gall., bon Henri ou ozeille de Tours; ital.» 
bombice di teza specie. P. 525. 

Bonne [Toute), orvale. — Locution non indiquée par Littré. 
V. plus loin Orvaille. 

Bourse de berger. — Littré cite cette locution, mais sans 
exemple à l'appui. 

Bursa pastoris germ. dicta Teschelkraut ; gall., bourse de 
bergiers. P. 808. 

Branche ursine, sorte d'acanthe, la même que l'oursine. — 
Littré ne donne pas cette locution. 

Acanthus vulgo Welsch Bernkiaw, propter similitudinem 
anteriorum pedum ursi. — Gall., branche ursine; ital., branca 
orsina. P. 804. 

Carvi, plante ombellifère. — Littré n'en cite qu'un exemple, 
lUud nostro idiomate hoff Kuym. — Germ., Feldtkirmel et 
Wisenkiimel ; gall., carvi; ital., il caro ô carvi. P. 39. 

Cerfeuil. — Un seul exemple dans Littré. 
Chserefolium nostris Kerffélet Kerbelkraut pronunciatur. — 
Gall., cerfeuil ou salucille ; ital., cerofoglio. P. 339. 
Cf. ap. L, Delisle (op. cit.), cerfolium, sermenna = cerfoiz. 

Cbrusb. — Littré, en fait d'exemples anciens, n'en cite que 
deux empruntés à Ambroise Paré. 

Cerussa. — Germ., Bleyweiss, quibusdam Weisse Cerusz 
nuncupatur; gall., de la cerusse ou fard. P. 766. 

Chamaras. — Littré ne cite aucun exemple. 
Genuinum scordium cognosci cœpit. — Germ., Wasserbate- 
nig; gall., chamara ou germandrée d'eau ou scordion. P. 100. 



TBCHNOLOaiË BOTANIQUE 77 

Chajibon de pierre, charbon de terre. — Locution indiquée 
par Littré, mais sans exemple à Tappui. 

Bitumen fossile terrenum. — Germ., Steinkol; galL, charbon 
de pierre; ital., carbone de pietra. P. 128. 

a Charbon de pierre » est encore la locution préférée de 
Montpellier. 

Chardon à cent têtes, -- Littré cite cette location, mais sans 
y joindre d'exemple. 

Erjngium. — Germ.; Manstrew, nostris Kruys distel et 
Wurtzelen sonder end; gall., panicaut ou chardon à cent 
testes. P. 62. 

Gharpentaire, un des noms vulgaires de la scille. — Littré 
n'en cite aucun exemple. 

Scilla. — Germ., Meerzwibel vel Meusszwibel; gall., sti- 
poule (sic), charpentaire et oignon marin. P. 840. 

Châtaigne de rivière. — Littré ne donne pas cette locution, 
mais (( châtaigne d'eau, la macre. » 

Tribulus marinus.— Germ., Wassernuss ; gall., chastaigne 
derivih*e ou truffes ou saligos; ital., tribolo aquatico. P. 759. 

Chausse-trapb, ou chardon étoile. — Littré n'en cite pas 
d'exemple. 

Tribulus terrester.— Germ., Wegdorn; gall., chausse trappe. 
P. 759. 

Cf. ap. L. Delisle (op. cit.), saliunca, ancusa, paliurus =s 
cachatrepa. 

Cheveux de Vénus. — Littré cite cette locution, mais sans 
l'appuyer d'exemples. 

Capillus veneris. —Germ., Venus har.; gM., cheveux de 
Venus. P. 197. 

Chicotrin, sorte de joubarbe. — Littré donne chicotin, suc 
extrait de l'aloès, et cite deux exemples du XVI® siècle où 
ce mot est orthographié cicotrin. 

Le passage suivant présente une orthographe et une signi- 
fication différentes: Sedum telephium quod ego equidem in 
HoUandia vulgo Hemelslutel, hoc est csbU clavis, atque in 
tabernis, crassulam majorem dici existimo ; gall., grassette, 
c^ico^m, telephion blanc; ital., telephio bianco, fava grossa 
6 inversa. P. 802. 



78 TBCHNOLOaiB BOTANIQUE 

Chicorée. — Littré en donne trois exemples, tous extraits 
d'un même auteur, d'Olivier de Serres. 

Cicorea lingua nostrate cicorey. — Germ., Wegwart; gall., 
cichorée. P. 367. 

Chiennéb, hermodactyle, sorte de colchique. — Littré ne 
donne que ckïennée, la portée d'une chienne. 

Colchici radix sive hermodactylus. — Germ,, Pfaffenboden, 
zeitloss herbst blûmen, Wild safran bliimen. — Gall., mort au 
chien, chiennée. P. 308, 402. 

Chou crespé, chou frisé. — Littré ne donne pas cette locu- 
tion. 

Nostrates crîspum caulem nuncupant, hoc est Krausz Koel ; 
gall., chou crespé, P. 363. 

Chrysolithb. — Deux exemples dans Littré. 
Germ., ein Hyacinct; gall., chrysolite. P. 202. 

CicoTRico, pied de veau, plante. — N'est pas dans Littré. 

Est autem Aron, serpentaria aut dracunculus minor: vul- 
gus nostrum, quoniam, promit pistillum exerti ferme genitalis 
effigie (ut cum venia dicam) sacerdotis virile; germ., Pfaffén- 
pînt et Kalbsfuss, quasi vituli pedem nuncupat; gall., aco- 
tricOjY. . , de chien, pied d.e veau; ital., aro, arisaro b gigaro. 
P. 73. 

Clou de girofle. — Un seul exemple de cette locution dans 
Littré. 

Garyophylla nostris Negelin, quasi clavi. — Gall., clous de 
girofle. P. 153. 

CocuB, ciguë. — Est cité accidentellement au mot ciguë, 
par Littré, comme forme du Berry. Je puis ajouter qu'elle se 
trouve en Saintonge : V. Jônain (Glossaire) , et l'exemple sui- 
vant prouve qu'elle date au moins du XVP siècle. 

Cicuta. — Germ., Schirling et Wuoterich; hoUand., Pyp- 
kruyt ; gall., ciguë ou cocue. P. 519. 

Colle de bois, de bouche , forte, de poisson, d'or. — De ces dif- 
férentes locutions Littré ne cite que « colle forte. » 

Germ., Leim; coUe forte ou colle de ôois;ital., colla di car- 
niceio. Est insuper piscium gluten, Grsecis ichthyocolla .... 
nostri Hausenblass appellant; gall., colle de bouche on colle de 



TECHNOLOGIE BOTANIQUE 79 

poisson; ital., colla di pesce, P. 227-228. — Borax vulgo 

borrass : gall., borras ou colk d'or; ital., borrace. P. 82. 

CoNSiRB, espèce de consoude. — Littré cite incidemment 
ce mot (sub voce consoude)^ mais sans lui consacrer un article 
spécial. 

Germ.,Walwurtz etSchmerwurtz; gall., consire; ital., con- 
solida maggiore. P. 595. — Esb (plant») siïit symphjtum alte- 
rum, sive majus, bugla, ac bellis, quae Coloniensibus Matsoess- 
gen, Hollandis Magdalieifen vocitatur ; Germanis, Masslieben, 
Massuselen ; Gallis, eonsire, marguerites, pasquettes; Italis, 
primo flore. P. 596. 

Coq, espèce de menthe. — Littré cite un seul exemple de 
cette acception, d'après Olivier de Serres. 

Est insuper eodem nomine culinaria herba, quam placentis 
ovorum indunt fseminse nostrates per sBStatis initium; germ., 
Pfankuochenkraut, Balsam et Kost ; gall., ducoc; ital., herba 
di santa Maria. P. 166. 

Coquelicot, -t- Deux exemples dans Littré. 

Papaver rubrum. — Germ., Kornrosen et Klapperrosen ; 
gaM.^ coquelicot ou espèce de ponceau ; ital., papavero salvatico. 
P. 353. 

CoRNAXiNE. — Deux exemples dans Littré. 
Blacta Byzantia. — G»erm., ein Onychel; gall., cornaline; 
ital., onyca. P. 64. 

CoRNUBTTE, cousoudc rojalc. — Littré ne cite que cornuet, 
nom d'une plante corymbifère. 

Germanise nostrsB vulgo Rittersporn dicitur. — Gall.,con- 
soulde royale et cornuette ; ital., consolida régal. P. 161. — - 
Gall., pied d'alouette, cornuette; ital., consolida regale. 
P. 595. 

Crbtonart, zédoaire. — N'est pas dans Littré, 

Zaduaria nostra lingua Zeduar etZenetwurtzel ; gall., 

cretonart. P. 55. 

A rapprocher du v. français citoual, chitoual et citonal (Du 
Cange, au mot zedoaria)^ et de cituaux== zeduarium, ap. L« 
Delisle. (Note sur un ms. de Tours renfermant des gloses fran- 
çaises du XIP siècle.) 



80 TBCHNOLOaiB BOTANIQUE 

CuMAiN sauvage. — Littré ne cite pas d'exemple de cette 
locution. 

Sylvestrem cyminum tuchsius germanice Wilder Schwart- 
zer Kûmich vocari testis est. — Gall., comin sauvage. P. 161. 

Curage sans macule, persicaire acre. — Littré ne cite qu'un 
exemple de ce mot et l'emprunte à Olivier de Serres, qui 
remploie seul, et n- j joint pas « sans macule. » 

Per^carianon maculata. — Germ., Wasser pfeffer, Muc- 
kenkraut; gall., poivre d'eau on curage sans macule. P. 30ô. 

Cf. scurrago, persicaria personatia, = sewra^^. Ap.L. De- 
lisle (op. cit.), p. 13. 

A. Boucherie. 
(A suivre.) 



Poésies 



LA PONT DE CARROUSSET 



Vista d'amount en aval, 

Dirias un got de cristal. 

(A. Langlade. La Viradona.) 



Au front dôu cap Courouno, es un poulit endré 
Clafi d'erbo marine e nouma Carrousset : 
La mar sT arredounisen mignoto calanco, 
Que lou flot vèn lipa de soun escumo blanco . 
A la pouncho de terro, au tremount, uno crous 
Estende sus la mar si dous bras pietadous ; 
De roucas, au trelus, uno bloundo muraio 
Embarrio la calanco, e Terso la travaio; 
E la mar bluio, enfin, acabant lou tablèu, 
Pugis à Tourizount e se perd dins lou cèu. 

Mai, o bèn-fa ! dins la calanco secarouso 
Un filet d'aigo douço, e lindo, e fresqueirouso, 
Pèr li bon ribeirôu e fourtuno e soûlas, 
A dous pas de la mar rajo d'un grand roucas. 
Lis enfant de Carrô emai de la Courouno, 
Pretouca dôu présent que lou bon Dieu ie douno. 
An, contre lou sourgènt, fa per lou terradou, 
Uno poulido font emé soun lavadou : 
A toute euro dôu jour, au barquiéu, femo e flhe 
Lavon, lou bacèu pico e la lengo babiho. 

Èro un vèspre d'iver, e lou soulèu tremount 
Abrasavo à la fes la mar e Tourizount ; 
De si rai engalis, Tastre d'or caressavo 
L'oundeto tremoulanto e que beluguejave; 
Avié caufa la terro, e lou tèms ère dous ; 
Li roucas de la ribo, e qu'en plen jour soun rous, 
Èron couleur de flamo emé d'oumbre viouleto. 
Tout èro tranquilas; la font ère souleto. 



82 POESIES 

sublime moumen ! ânicioun d'un bèu jour ! 
Ouro d'adouracioun, de silènci, d'amour! 
La mar d'azur e d'or douçamen murmuravo 
Soun inné au Creatour, e la terro escoutavo I 
£ moun cor au councert de la naturo uni, 
Tout esmougu se perdeguè dins l'inâni. 

Quant moun raive duré ? noun poudriéu vous lou dire. 
Mai d'argentine voues, defres esclat de rire 
Me tirèron de moun countemplatiéu pantai. 
En re virant lis lue, vese un eissame gai 
De femo, d'enfantoun^ de chato poulideto, 
Que, laugiero, pourtant chascuno sa dourgueto 
O verdo, o jauno, o roujo, e drecho sus soun front, 
Davalant di roucas, s'en venien vers la font. 
D'aquéli qu'èron liuen, la forme graciouso 
Se trelucavo en oumbrinello armouniouso 
A la cimo di ro, sus la pourpro di niéu. 
Lis âutri, seguissènt la draiolo dôu riéu, 
Torto coume uno serp, à la filo arribavon 
Au sourgènt de la mar ; aqui se descargavon 
De soun vas vueje encar©, e charravon, risien, 
De rampli si dourgueto espérant lou moumen. 
Fres bouquet de bèuta tôuti dins sa jouvènço ! 
Flour d'amour, ournamen, ourguei de la Prouvenço ! 
N'i' avié de bloundineto is iue blu 'mé l'èr dous, 
E de bruno au regard plen d'uiau, arderous ; 
E chascuno, à soun tour, emplissié sa dourgueto. 

Pièi, n'en resté plus qu'une, un brisounetmoureto, 
Un pau palo tambèn, mai au visage fin, 
Plante de tamaris nascudo au vent marin ; 
Li dous nègre bendéu de sa cabeladuro 
Cenchavon richamen sa seriouso figure ; 
Li darrié rai dôu jour dauravon si bras nus, 
Brunet coume sa caro ; enfin, éro un trelus 
De gràci, d'innoucénci en toute sa persouno, 
E que ine retrasié, vesént este chatouno, 
Li femo di tabléu de Leopold Roubert, 
Superbe, s'enaurant soute un céu descubert. 



POESIES 83 

Mai se veguè souleto ; e, lèu, lèu, sus sa testo, 
Crentouso, meteguè sa dourgo qu'èro presto; 
Piei, me passant davans : « Bon vèspre » , me digue ; 
E, de vers si coumpagno, à grand pas partiguè. 

T'ai seguido dôu cor, proucessioun pouetico ; 
E, m'en anant, disiéu : « Es uno sceno antico * ! » 

P. Dblille. 



A MOUN AMIC BERTOUMIEU BEDOS 



Dins la garriga e la rocalha, 
As fach un poulit castelet ; 
Aqul toun esprit se delaia 
E se coumplai, quand sies soûl et. 
Pas fugit esprès la calota *, 
Lapatofia' e lou mau faràs* ; 
le fas mai d'un cop la ribota ^, 
Festa, dimenche e dimàs gras. 
Quand ie vas embe ta familha, 
As lou cor de joia coumoul, 
E tout aqui t'escarrabilha 
Couma lou gril dins un rastoul. 
Se quauque amie ven en vesita, 
Lou recaves à bras de cors, 
E lou barroul de ta guerita ^ 
Per el se desfai sans esfort. 
Que sies uroi^s dins ta demora ! 
Au mens sabes qu'as un endrech 
Que, quand maugasta'' per defora, 

* Provençal (Avignon et les bords du Rhône), orthographe des félibres 
d'Avignon. 

* La calota est, surtout dans les campagnes, la réunion des femmes qui, 
l'après-midi, portent leur ouvrage chez Tune d'elles et s'entretiennent ensem- 
ble, à l'exclusion des hommes. — 3 Patofia: médisance, caquets, rapports in- 
discrets. — * Les méchancetés, la malfaisance . — ^ Partie de plaisir, pique- 
nique, repas aux champs. Faire ribota signifie manger et boire avec excès. 
•— La maison de campagne à laquelle se rapporte cette poésie est si petite, 
qu'on l'appelle ^dLVÎois la guérite . — ^ Qimnd maugasta: quand il fait mau* 
vais temps. 



84 POESIES 

T'abriga dan vent e dau frech. 
Vegere un jour aquel terraire 
Ë sous magres acacias 
Que la tremountana, pecaire ! 
Aviè toutes desenâolhats ; 
Vegere sous rounzes, sas blacas^ 
Que la nèu tapa entre lous rocs, 
E, decai-delai, sas barracas ' 
Esparpalhadas per lou bos. 
Mais quand Abrieu,àla rescoussa, 
Se sarra embé soun er tebés 
E trai sas perlas sus la moussa, 
Quand Mai espandis sous bouquets, 
Las flous espigoun per tout caire 
Dins toun castel endimenchat, 
Que fai la gloria ^ dau troubaire, 
A la façoun qu'es arrenjat. 
Bêlas matas* de garda-rauba^ , 
Frigoula®, aspic "^ç douces perfums, 
Er embaumât que porta Tauba, 
Sourel que mascares lous gruns', 
Se vous escrive sus ma lista, 
Es que me fagueres bon iol; 
M'avès agut en bon esquiol^, 
E de ieu gardas la counquista *° I 

COULAZOU. 

* « Blacas lits de rochers calcaires, ou marneux qui se fondent à l'air 

et qui composent les terrains propres aux chênes. » (Honnorat, Dict, prov.- 
fr., I, 282.) A Montpellier, blaca signifie chêne. C'est le sens que lui donne 
la poésie de l'auteur. 

2 Les environs de Castelnau-le-Lez sont semés de masets ou barraqîieSjbkiia 
quelquefois au milieu de la garrigue. 

3 Gloria, que l'on prononce plus souvent gloia, a ici le sens de joie, 
plamr, — * La mata est la réunion des tiges ou des touffes de la même 
plante. — ^ Santoline, ou garde-robe, arbuste odorant — ^ Le thym, que l'on 
nomme aussi pota, — ^ Aspic ou lavande — ^ Grains de raisin. — » M'avès 
gaut en bon esquiol : Vous m'avez eu en bon accueil. — *<> Languedocien 
(Montpellier et ses environs). Orthographe montpelliéraine. 



BERNAT DE VENTADOURN 
(1195?) 

A 'n Anpos Roca-Ferrier 

Al mouatier de Daloun* perque sonon las laissas ^ ? 
puegs', vè de mourir ; vè de mourir, o baissas *, 
Lou que reinas e reis avian afourtunat, 
Bernât de Ventadourn, aura Fraire Bernât ! . . . 

De Tavisar aqui dins sa rauba de bura, 
E la testa pielada^^, e lous peds sens c^haussura, 
Qu recounesseria lou galan chantadour 
Qu'anava passatrtemps, tal coum' un troubadour, 
La cigala al chapel, lou mantel sus Tespalla, 
Un' arpa jous soun bratz, qui brugis e qui bralla, 
Leur cor tout sobroundan ^ d'amour emais d'erguelh, 
Bourlan Miejourn e Nort a Tarour ' de soun uelh ? 

Al moustier de Daloun, perque sonon las laissas? 
puegs, vè de mourir; vè de mourir, o baissas, 
Lou que reinas e reis avian afourtunat, 
Bernât de Ventadourn, aura Fraire Bernât ! . . . 

L'ome a la lengua d'aur, aitan renoumat couma 
Anacreo de Greza e Vergeli de Rouma, 
Madur d'atge e de sen, a finalmen coumprés 
Qu'a meqs d'amar Dieu soûl, amar aco n'es res ; 
Que segre lou plazer es coupabla feblessa, 
IJue mantener soun ama es dever de noublessa, 
E que l'engenh fai mal quan fauta de far be, 
E que lou mounde passa e sa gloria aitabe I 

Al moustier de Daloun, perque sonon las laissas ? 
puegs, vè de mourir; vè de mourir, o baissas, 
Lou que reinas e reis avian afourtunat, 
Bernât de Ventadourn, aura Fraire Bernât ! . . . 

^ Abbaye où se retira Bernard de Ventadour: Et en Bematz, dit sa Vie, 
per aquela dolor, si s'en rendet a Vorde^de Dalon; e lai definet. — * Glas. 
— 8 Collines. — * Vallées. — * Rasée. —6 Débordant. — ' Feu. 



86 POÉSIES 

« Beutat toutjourn anciana emais toutjoum nouvela, 
» Soula vermen* durabla, e soula vermen bêla, 
» Qae t'ai; mescouneguda, o Beutat ! o moan Dieu ! 
» Per un' autra beutat passagieira coum' ieu I . . .» 
Aital dizia Bernât sus sa coustia ^ de cendre, 
E sa voutz mourivousa avia quicom de tendre, 
Oouma quan souspirava un de sous « planhs d'amor » 
A la doussa Alaïs, a la fier' Aliéner ! 

Al moustier de Daloun, perque sonon las laissas? 
puegs, vè de mourir; vè de mourir, o baissas, 
Lou que reinas e reis avian afourtunat, 
Bernât de Ventadourn, aura Praire Bernât I 

Am manh e manh couven couma Daloun vezina, 
Lous mounges de pertout abaston ^, d'Obazina, 
Del Chaslart, de Glenic, de Caduin^ de Bellueg ; 
N'en vendra de Cistels, ou n'en vendria d'enlueg; 
E de femnas, n'i a be ! Coumtessas e barounas 
Cochon que coucharan, amb' un fais de couronnas 
Pel mort qu'an depausat dins l'egleija, al mitan, 
Pel mort que chai velhar en puran, en chantan ! 

Al moustier de Daloun, perque sonon las laissas? 
puegs, vè de mourir; vè de mourir, o baissas, 
Lou que reinas e reis avian afourtunat, 
Bernât de Ventadourn, aura Fraire Bernât I . . . 

E toutz devans Bernât, am de l'aigua senhada * 
Que gieton sus lou cors, passon d'à reng. . . Counhada ^ 
Dins un carre *, a despart, una femna, en gran dol, 
Plejada dins soun vel couma dins un linsol, 
S'aprauma' tout d'un cop, e muda, tremoulanta, 
Bernât I sus toun cor freg pausa sa ma bourlanta ! 
Mas tu, coum' una serp, de te recauquilhar^, 
E d'alandar ^ lous uelhs, e de vouler braulhar *o. 

Al moustier de Daloun, perque sonon las laissas ? 
puegs, vè de mourir; vè de mourir, o baissas, 

^ Vraiment. — s Couettô, couche. — » Affluent, arrivent. ^ * L'eau bénite. 
*— {^Blottie.— • Angle.— ' S'approche.— • Tordre.— » D'ouvrir.— *o Criw, 



POESIES 87 

Lou que reinas e reis avian afourtunat, 
Bernât de Ventadourn, aura Praire Bernât l . . . 

Ailas ! aquel supar qui fazia soun delici, 
N'en vol pus, n'en vol pus, que faria soun suplici ! 
Reguinha* dounc, reguinha ; e pueis, sens se virar, 
Leva sas mas el cial, coumaper lei moustrar; 
Las leva lentamen, e lentamen las baissa ; 
Pueis, couma dins un liet s'adoba* dins la caissa, 
Per 'mor ' de countuniar soun bel som eternal, 
Doun Ta desterroumput un soucilh terrenaJ. 

Al moustier de Daloun, perque sonon las laissas? 
O puegs, vè de mourir ; vè de mourir, o baissas, 
Lou que reinas è reis avian afourtunat, 
Bernât de Ventadourn, aura Fraire Bernât ! 

E lou pople cop-sec * de cridar : « Meravilha ! 
» QuaP es, quai' es aco laqu'aital derevilha? 
» La qu'aital revis cola? Aliéner ? Alaïs?. . . » 
Mas ela, avans la nueg, avia fach del païs^. 
Remercian del reguart lous qui Tavian seguda, 
D'à galop de chaval, tal coum' era venguda, 
Landa, e ganha en Couirous, oun troubara, segur ^, 
A l'oumbra de l'autar, la patz e lou bounur I 

Al moustier de Daloun, perque sonon las laissas? 

puegs, vè de mourir; vè de mourir, o baissas, 

Lou que reinas e reis avian afourtunat. 

Bernât de Ventadourn, aura Fraire Bernât "^ ! 

Josep Rous. 
V d'abrial mdcccîlxxx. 

* Regimbe. — * S'arrange, dispose. — • Afin de. — * Aussitôt. — ^ Avait 
fait du chemin, avait fait du pays. — 6 Coiroux, fondé par saint Etienne, comme 
Obazine, fut un monastère de filles. Les plus nobles noms de Limousin et 
d'Aquitaine s'y couvrirent d'humilité devant les hommes et de gloire devant 
Dieu. L'abbaye de Coiroux, dont il reste des ruines, occupait une vallée étroite, 
profonde, à une petite distance d'Obazine. Il n'était pas rare qu'époux et épou- 
ses se retirassent, les uns à Obazine, les autres à Coiroux, ce qui donna lieu 
au proverbe : 

« Qui a fille à Coiroux a gendre à Obazine» » 

"^ Limousin. Orthographe des troubadours. 



BIBLIOGRAPHIE 



Jonfrois. Altfiransœsisches Rittergediclit zum ersten mal herausgegeben 
von Konrad Hofmann und Franz Muncker ; Halle, Niemeyer, 1880, in-8*, 
vm-134 pages. 

Le titre de ce volume fait penser tout de suite au Jaufre provençal; 
mais il n'y a rien de commun entre les deux ouvrages. Le poëme 
français n'est pas cependant sans quelque rapport avec la littérature 
provençale. Un des personnages épisodiques est le troubadour Mar- 
cabru, et je soupçonne qu'il faut voir dans le héros lui-même, Joufroi, 
comte de Poitiers, un autre troubadour, le premier de tous par la 
date, à savoir Guillaume VII, auquel l'auteur, confondant ici, comme 
il le fait d'un bout à l'autre de son roman, les noms, les temps et les 
lieux, aura attribué le nom qu'avait porté Guillaume VI, son père, 
que nous savons s'être appelé Gui Geoffroy, lorsqu'il n'était encore que 
duc d'Aquitaine. 

Il ne serait nullement impossible que les aventures attribuées à 
Joufroi dans le roman français ne fussent de celles que les jongleurs 
devaient raconter du noble comte leur patron, et qu'il avait peut-être 
lui-même mises en vers, comme il fit un jour de ses exploits amou- 
reux en Auvergne. 

Elles sont, en tout cas, tout à fait dans son caractère : « Lo coms 
de Peitieus, dit la notice provençale qui précède ses chansons dans 
deux mss., sifo uns dels majors cortes del mon e dels majors tricha- 
dors de dompnas ; e bons cavalliers d'armas e lares de dompneiar. . . 
et anet lonc temps per lo mon per enganar las domnas. » Or Joufroi, 
dans notre roman, n'a d'autres occupations que celles-là. Les anachro- 
nismes, les confusions de noms, ne sauraient empêcher d'être frappé 
des ressemblances que je signale. Les romanciers s'en permettent 
souvent d'ailleurs de bien plus graves. Si nous avons, en effet, affaire 
à Guillaume VII, tout se borne, en fait d'anachronisme, à l'avoir ra- 
jeuni de quelques années. Il est certain que tous les personnages du 
roman, étant admis que Joufroi est Guillaume IX, ont été réellement 
contemporains, bien que les événements racontes n'aient pu se passer 
dans l'ordre suivi par l'auteur ou ne se soient même pas passés du 
tout, ce qui doit être le cas de la plupart. 

Nous voyons figurer dans le roman un Henri, roi d'Angleterre. 
C'est Henri 1er (1100-1135), quoique l'auteur le mette aux prises avec 
les Écossais et les Irlandais, le confondant ainsi avec ses successeurs 
Etienne et Henri II. Sa femme, en effet, qui joue < dans l'action, à 



BIBLIOGRAPHIB 89 

deux reprises, un rôle important, est appelée Alis, et noua savons 
que tel fut le nom de la deuxième femme de Henri Ur (Alice de Lou- 
vain, qu'il épousa en 1121, princesse connue pour avoir protégé les 
lettres et qui fut célébrée par plusieurs trouvères ). 

Le troubadour Marcabru, que Fauteur fait parler avec une liberté 
qui est aussi on ne peut plus dans le caractère du personnage*, 
vivait encore en 1147(voy. Romania, VI, 123). Il n'y a rien d'invrai- 
semblable à admettre qu'il courait déjà le monde vers 1120. 

Alphonse [Jourdain], comte de Toulouse, que le roman nous repré- 
sente comme ayant été en guerre avec Joufroi, le fut en effet avec 
Guillaume VII (de 1114 à 1120). Les événements racontés dans le 
roman sont tout différents de ceux de l'histoire ; l'auteur intervertit 

* Marcabru, envoyé, avec d'autres messagers, par les Poitevins, à la re- 
cherche de leur seigneur, qui courait les aventures sous un faux nom, arrive 
à la cour d'Angleterre (v. 3599) : 

Uns dancheus que Talot querant 
Est venuz a Londres errant. 
Marchabruns ot non li messages, 
Qui molt par fu corteis et sages. 
Trovere fu molt de grant pris. 
Bien le conuit 11 rois Henris, 
Qu'assez l'ot en sa cort veii. . . . 
Entre li cuens par lo palais 
Qui portoit un faucon montais . 
Si tost con Marchabrun lo vit, 
Lo conoit bien, au roi a dit : 
c Sire, fait-il, veez le lai, 
Le truan, que en tel esmai 
Laisse toz cels de son pais. » 

— « Gabes tu? » fait li rois Henris. 

— tt Sire ge non, se Deus me vaille. » 

Puis s' adressant au comte lui-même : 

« Mauvais cuens lainiers et châtis 
Que fais tu en cestui païs? 
Li cuens Nanfos ja te destruit 
Tote ta terre jor et nuit. 
Tu n'as ville ne fermeté 
Que il nen ait ars et brusé*. 
Fors che Poitiers tôt solement. 
Certes molt te fusse plus gent 
Que tu défendisses ta terre 
Que cha fusses folie querre. » 

* Prov. àruzar. Les éditeurs corrigent brus[l]€. 



90 BIBLIOaRAPHm 

les rôles, transporte du Toulousain dans le Poitou le théâtre des 
hostilités entre les deux princes. Mais tout cela, dans une œuvre d'ima- 
gination, ne saurait surprendre, et ce n'est pas une raison suffisante 
pour faire rejeter l'identité que je suppose du Joufroi du roman et du 
Guillaume de l'histoire. ' 

J'en dis autant d'un autre détail qui milite aussi, les mêmes réserves 
faites, en faveur de Pidentification proposée. 

Joufroi, après avoir fait prisonnier le comte de Toulouse et l'avoir 
retenu longtemps « à Poitiers dedens un donjon », fait enfin sa paix 
avec lui. Il épouse Amauberjain, fille d'Alphonse, et reçoit Toulouse en 
dot. Or cela aussi, tout inexact que ce soit, a un fondement historique. 
On sait que Guillaume VII avait épousé, en 1094, Philippa, fille de 
Guillaume IV, comte de Toulouse, et que ce fut sous le prétexte des 
droits de sa femme qu'il s'empara de Toulouse à deux reprises dif- 
férentes, et l'occupa quelque temps chaque fois, la première, de 1098 
à 1100 environ; la seconde, de 11 14 à 1119. 

L'auteur de Joufroi nous apprend que c'est à Saint-Pierre-de-Ma- 
guelonne qu'il a trouvé la « vie » de son héros. Voici le pasiage : 

V. 2320. Si revoil del conte parler, 

S'il vos pleist que plus vos en die. 
Escoutez «moi si orrez sa vie, 
Einsi corn ele me fu dite, 
La u ge la trovai escrite 
A Saint Peire de Maguelone. 
Des le main i mis jusqu'à none 
Âinz que j'en fusse a la fin. 
Iluec la getaî de latin ; 
Despuis si Tai en rime misse 
Et en romanz Testoire asisse. 

On ne connaît du roman de Joufroi qu'un seul ms., conservé dans 
la bibliothèque de Copenhague, et qui est, paraît-il, du commence- 
ment du XIV® siècle. L'ouvrage est incomplet ; il s'arrête, dans l'état 
actuel du ms., au v. 4610, sans qu'on puisse exactement évaluer 
l'étendue de ce qui manque. 

Le nom de l'auteur est inconnu, et c'est dommage, car il avait du 
talent. C'est un esprit subtil et précieux, très-versé dans la méta- 
physique amoureuse, et qui se plaît à le montrer. Il rappelle souvent 
l'auteur de Flamenca, 

La langue de Joufroi pourrait donner lieu à des observations inté- 
ressantes. Les éditeurs y voient, sans motifs suffisants, à mon avis, 
du bourguignon. Les provençalismes n'y manquent pas * . Je croirais 

* M. Boucherie me fait remarquer que ce pourrait bien n'être que des poi- 



BIBLIOaRAPHIE 91 

volontiers que la Yie latine trouvée à Maguelonne fut d'abord mise 
en vers provençaux, et que c'est un rifacimento français de cette ver- 
sion provençale, si en effet il y en a eu une, que nous avons dans le 
Joufroi de Copenhague. 

Quoi qu'il en soit, et à s'en tenir à ce qui est certain, le lien qui 
rattache ce roman à la littérature provençale est évident. Aussi a-t- 
il pour ceux qui s'occupent spécialement de l'histoire de cette litté- 
rature un intérêt tout particulier, et c'est pour cela que nous avons 
tenu à y appeler sans retard l'attention de nos lecteurs. 

C. C. 

Quattro Novelline popolari livomesi, accompagnate da variant! Umbre, 
raccolte, pubblicate ed illustrate cou note comparative da Stanislao Prato. 
— Spoleto, Bassoni, 1880^ in-4o, 168 pages 

L'ouvrage de M. Prato a pour objet quatre contes livoumais : 
(( la Donna dei sette cedri, le Tre Ragazze, il Re e' su' tre figliôli, 

tevinismes ou des santonismes. Voici, dans tous les cas, quelques exemples : 

de les, a les, génitif et datif de Tarticle féminin pluriel, pour des, aus ou 
a«(4507, 2420, 3231, etc.); 

el pronom maso, sujet (663, 703); 

U pronom féoainln sing. sujet (23, 24); 

pronom neutre régime (3388, 4333); 

3e pers. sing. de l'imparfait du subjonctif en sse ( = prov. ssa) au lieu de 
st: feisse, meisse, ftisse, etc. (778, 9, etc, etc.); 

par remplaçant pot^r (à cause du per provençal qui représente |3er etpro?): 
le tenist par fel (276, etc., etc.). Au contraire, por remplaçant par (280), con- 
fusion due sans doute à la même cause ; 

des formes en a comme filla (3539), veignaz (2895), durara (4137), mas 
(537); 

des mots comme brusé (3678), déjà relevé ci-dessus ; renevier (3714) = prov. 
renovier, qu'on a imprimé revevier et expliqué en note d'une façon bizarre ; 
faidis (3820) =: banni ; croi, au vers 3295, qu'il faut corriger corne [orné] de 
croi ator, et non de détroit ator; conduit (1671), au sens de provision de 
bouche (prov. conduch)', l'emploi du futur antérieur pour le parfait (cf. 
RevMe, Xn, 100, 1. 4) au vers 3619; l'emploi du génitif après une exclamation 
(3529): Ai Deusl dit-il, del lecheor l Cf. ibid, p. 99; ensir = exire (151, 
813, 2120, etc., etc.). Je ne me rappelle pas avoir vu cette forme ailleurs qu'en 
provençal (par ex. Provenz. Blumenlese der Chigiana, 211, 3). 

Je termine cette note par deux ou trois corrections à joindre à celles qui 
précèdent. On en trouvera beaucoup d'autres dans un article de M. Mussafia 
inséré au n» de février du Literaturblatt , 

1066. « que il [avi]a ». Le t; est de trop. Lis. aja.-^ 1869. « Deu en laï. » 
Corr. en haï, et non en loa, comme on le propose en note. (Le faux hermite 
était mécontent de voir arriver sa dame en compagnie). — 3385. « Tameis- 
sion. » Lis. lameission (= dépense). — 4108. Lis. la tient et non l'aient. 



92 BIBLIOGRAPHIE 

il Re serpente. » Après le texte de ces récits (p. 11-24) vient le 
résumé des variantes ombriennes (p. 25-45). Puis, dans des notes 
comparatives (p. 46-168), l'auteur rapproche ces quatre récits êifis 
légendes analogues qu'il a pu relever en diverses littératures. Cette 
partie est de beaucoup la plus intéressante. L'auteur fait preuve d'une 
érudition puisée aux meilleures sources. C'est une chose aujourd'hui 
démontrée, que les peuples de l'Europe possèdent de temps immé- 
morial un fonds commun de légendes qui, suivant les lieux et les 
temps, se sont modifiées à l'infini ; mais cette démonstration acquiert 
une force surprenante quand on a la patience de noter, chez tous les 
peuples de l'Europe et môme de l'Orient, les variantes de quelques 
fables. Il arrive parfois que ces légendes se croisent et s'entre- 
mêlent au point que, si l'on n'était renseigné comme l'est M. Prato, 
on aurait grand'peine à s'y reconnaître. Avec lui, on ne perd nulle 
part le fil, et l'on suit sans difficulté ces curieuses transforma- 
tions, qui, des mythes de l'Orient, ont fini par aboutir aux contes de 
M™® d'Aulnoy. Je n'essayerai pas de faire ici la liste des ouvrages que 
M. Prato a consultés ; elle fournirait une excellente bibliographie 
des légendes populaires. De tels travaux, outre leur mérite intrin- 
sèque, permettent d'apprécier l'état de la science sur un ensemble 
de questions importantes. L'on peut ainsi constater ce caractère de 
l'imagination populaire, qu'elle se contente de quelques cadres tracés 
de bonne heure ; qu'au lieu de chercher des types nouveaux et des 
situations sans analogues dans la tradition, elle préfère varier à l'in- 
fini le contenu et le détail. Par là, les contes se rattachent à la poé- 
sie vraie, qui revient éternellement à certaines conceptions fécondes, 
mais peu nombreuses, comme ils se distinguent profondément du 
roman, qui vise à intéresser par la nouveauté de l'intrigue et l'im- 
prévu des péripéties. L'erreur des romantiques allemands, et en par- 
ticulier de Tieck, a été de vouloir fondre ensemble des germes aussi 
réfractaires à toute combinaison. Je ne sais rien de plus impatientant, 
pour les amateurs des contes de Perrault, que la lecture des drames 
allemands de Barbe-Bleue, du Chat-Botté et du Petit-Poucet. 

F.Castets. 

Étude des dialectes romans on patois de la basse Anvergne, par 

M. F. Malval.— Clermont-Ferrand, Rousseau, 1877, in-16, 192 pag. 

Ce titre est de nature à tromper le lecteur. En réalité, le volume de 
M. Malval est composé d'un « tableau comparatif de mots du dia- 
lecte roman-piémontais et des mots analogues du dialecte roman- 
auvergnat » (p. 17 à 189). Il est précédé de notes sur la prononcia- 
tion du premier de ces idiomes, et suivi d'un appendice tout à fait 



BIBLIOGRAPHIE 93 

insuffîsan (190-192) sur les mutations de consonnes du second. L'au- 
teur nous apprend que les exemples auvergnats ont été recueillis à 
Clermont-Ferrand et parmi les villages qui l'environnent, tandis que 
les exemples piémontais proviennent de la deuxième édition du voca- 
bulaire de Zalli. 

Le langage du département du Puy-de-Dôme et celui de la partie 
italienne de Tancien royaume de Sardaigne sont relativement trop 
dissemblables pour donner beaucoup d'utilité à ces rapprochements. 
M. M. aurait pu, en outre, exclure les expressions que le latin clas- 
sique fournit depuis quatre siècles à toutes les langues romanes. 
Des deux côtés des Alpes, abondance, argent, armistice, augmenter, 
produisent des formes identiques et, par cela même, d'une valeur 
presque illusoire. Ces défectuosités de méthode rendront l'ouvrage 
de l'auteur inutile à ceux qui recherchent autre chose que des parti- 
cularités de dialectologie locale. A ce titre, nous avons cru devoir 
relever les suivantes : 

Pages 18, 27 et 98, aneui^ au dgiou d'aneui, signifient aujour- 
d'hui à Clermont-Ferrand, exemple à joindre à ceux que M. le docteur 
Espagne a réunis às.ji^ A-nuit = Aujourd'hui (R&oue^^^ ^étiQ, II, 
156) K 

P. 28. Prendre la mounina; en piémontais : pié la mena, signifie 
s'enivrer. On dit à Montpellier : car g à la mounina. 

P. 46. Cristof que se moutcha mei na peira (Christophe qui se 
mouche avec une pierre) peut être rapproché de la comparaison lan- 
guedocienne : Drech couma moun couide quand se moca (droit comme 
mon coude, lorsqu'il se mouche) et de la formule : Se moca pas embe 
lou couide. 

P. 55. On lit un dicton rimé que l'auteur a transcrit comme s'il 
était en prose : 

Greissa, St-Juan, 
Venia sadge et grand . 

P. 56. Les braies gauloises se nomment, en basse Auvergne, bro- 
jas. M. M. signale en même temps le substantif à demi français de 
cullotta. Bralhas et culolas existent couramment à Montpellier. 

P. 84. On trouve l'auvergnat Foutriquet, que M. M. aurait pu rap- 
procher du surnom donné à M. Thiers par le maréchal Soult, lequel 
était, comme on sait, d'origine méridionale. M. M. mentionne le pié- 
montais Fotrichet (pron. Fow), qu'il traduit à tort par petit homme 

* A propos de ce travail, M. Paul Meyer fait remarquer, Romaniaj IX, 158, 
que rétymologie anuit = arf noctem a été déjà donnée, Romania^ VI, 129. 
Le renvoi est inexact. 



94 BIBLIOORAPHIE 

nul, pétulant et arrogant. Le radical du terme en question et les 
formes nombreuses qui en ont été tirées indiquent qu'il signifie plutôt 
homme petit, remuant et libertin. 

P. 85. Gage est accolé aux mots piémontais roha et gctgi, qui dé- 
signent les meubles, les troupeaux et les objets mobiliers en général. 
Il semble difficile d'admettre que rauha, qui s'est maintenu en Pro- 
vence et en Languedoc, ait disparu des montagnes de l'Auvergne. 

« Les bergers d'Arles, dit Honnorat (Bict, prov,'fr,, II, 1019), don- 
nent encore aujourd'hui le nom de rauha, . . àla réunion des objets 
qu'ils transportent avec eux. A la rauha ! crient-ils à leurs chiens, 
quand ils s'écartent de leur équipage. » 

Guiraldenc l'emploie avec un sens identique dans sa poésie mont- 
pelliéraine la Blanda: 

Es tems de revenl 
E d'anà à la rauha, 
Car n'an, desempioi l'auha, 
Tastat qu'un cop de vi. 

Dans certaines chartes languedociennes du XVI* siècle, rauha dé- 
signe les marchandises transportées sur des navires. 

P. 104. Mouègre couma un pic (maigre comme un pic-vert) a son 
équivalent piémontais dans magher com un pich. On dit à Montpel- 
lier : Es magre, ou bien es sec couma un pic, 

P. 172. Un tourmenta-crestian est, comme en piémontais, un im- 
portun, un ennuyeux. M. Pietro Preda avait remarqué déjà {Revive, 
2® série, V, 215) qu'à Milan, et surtout dans la campagne milanaise, 
chrétien était synonyme d'homme. On peut ajouter qu'il en est de 
même à Montpellier, où crestian et crestiana signifient couramment 
homme et femms. Le gallicisme cretièn (es un hon cretièn) est de 
plus en plus afiecté à ceux qui s'acquittent exactement de leurs obli- 
gations morales et religieuses. La langue rumonsche possède aussi 
la première de ces significations, et l'un de ses poëtes en offre un 
exemple trop curieux pour n'être pas rapporté : Jésus-Christ, appe- 
lant ses disciples et leur annonçant qu'il désire sauver les pécheurs, 
se désigne sous la qualification de Filg del Crastiaun, qui répond au 
Fils de V Homme des Évangiles : 

A se Discipuls clama, 

E 'Is disch chia '1 Filg del Crastiaun. 

D' salvaer ils pchaeders brama* . 

A. Roque-Ferrier. 

' Testimoniaunza dalV amur stupenda da Gesu Christo vers pchiaduors 
uniauns, par J. Frizzun. Cellerina, 1789, in-8o, p. 10. 
Molière, dans les Précieuses ridicules, dit encore « Parlez chrétien », au 



BIBLIOGRâPHIB ' 95 

Les Correspondants de Peiresc— II. César Nostradamns.— Lettres 
inédites, écrites de Salon à Peiresc en 1628-1629, publiées et annotées par 
M. Tamizey de Larroque, 1880, in-8o. 

Voici encore une de ces publications comme M. Tamizey de Larro- 
que sait les faire, où le commentaire ne laisse dans Tombre aucun des 
points du texte sur lesquels le lecteur puisse souhaiter un éclaircis- 
sement. Ces lettres de Nostredame, bien qu'écrites dans les dernières 
années de sa vie, à une époque où la verve qui anime son Histoire 
de Provence avait dû beaucoup s'affaiblir, sont d'ailleurs intéressantes 
par elles-mêmes, et l'on devrait encore savoir gré à l'habile éditeur 
de les avoir publiées, n'y eût-il pas joint l'introduction et les savantes 
notes qui y ajoutent un si grand prix. 

C. C. 

Athénée de Forcalqnier et Félibrige des Alpes. Félibrée de Saint- 
Maime. 14 juin 1880. Forcalquier, Auguste Masson, 1880, in-80, 16 p. 

Ij^ Athénée de Forcalquier et le Félihrige des Alpes tiennent des 
séances communes, où la langue d'oc et le français se produisent avec 
des droits égaux. Les membres qui avaient pris part à celle du 13 juin 
1880 se rendirent le lendemain à Saint-Maime^ ancienne résidence des 
comtes de Gap et de Forcalquier, et y continuèrent, au profit de la 
poésie surtout, les lectures de la veille. Parmi celles-ci se trouvaient 
dix pièces provençales ou languedociennes de MM , Marins Bourrelly, 
Ch. Boy, Sylvain Damaud, le colonel Dumas, A. de Gagnaud, J.-B. 
Gaut, Milon, l'abbé Pascal, Eugène Plauchud et William-C. Bona- 
parte- Wyse, publiées dans la Félibrée de Saint-Maime, en même 
temps que les vers suivants, dont la robuste gaieté est empruntée au 
thème d'une anecdote populaire de la haute Provence : 

Quand les penitènt de Raiano, 
Que dounéroun pu tard uno bèlo campano, 
S'entournavoun de Luro e que plouvie à grand trin, 
Jaque ané fa vesito à soun fraire Tounin. 
Aquest' ero en grand dôu, la faço touto blemo: 
A quarant' ans, pecaire ! avié 'ntarra cinq fremo, 
E lou paure masquin pareissié desoura. 

Jaque, coume un bouen fraire, 

Vourié lou counsoura 
E li disié pèr lou destraire : 
Pèr nôstei bJa, per tout acô 's un riche tèms : 

sens de t Parlez d'une manière raisonnable, parlez comme un homme », accep- 
tion notée par le Dictionnaire de V Académie. M. Littré ajoute que, familiè- 
rement, chrétien = homme. 



96 BIBLIOGRAPHIE 

Aro, cregnen plus la raiscro: 

Vivo, vivo la Boaeno-Mèro*! 

Sènso counfianço To n'a rèn. 

Coume aquelo pluio ven bèn 1 

Fara lèu toutsoiirti de terro: 
Après proun espéra, tout lou mouade escouotent. » 
« Counteat! digue lou vèuse, iéu cresi que sies lèri ! 

Juja 'n pau que vau deveni 

S'aquelo pluio fai sourti 

Mei cinq fremo dôu çameatèri I » 

Quelques-unes des pièces de ce petit recueil ont été déparées par 
des fautes d'impression ; ainsi, au douzième vers d'un charmant son- 
net de M. Boy, il faut lire : E s*ai de fes, au lieu de: E i 'ai defes. 
Au quinzième d'un madrigal montpelliérain de M. le colonel Dumas : 
louja, au lieu de loja. Le sonnet : Après avedre legi « lous Gorhs » 
d'en A. Arnavielle, par M. Bonaparte- Wyse, a été particulièrement 
maltraité par les correcteurs. ' 

Il serait à désirer que le Félihrige des Alpes ajoutât à l'avenir un 
index orthographique et dialectal à la fin de ses publications. Il en 
doublerait le mérite pour les philologues et les provençalistes. 

A. Roque-Ferrier. 



Le Félibrige à Marseille et la Galanco, par Eugène Tavernier. Aix, 
Marius Illy, 1881, in-8o, 16 pages. 

Cette étude, qui est écrite avec beaucoup de goût et de distinction, 
fera très-bonne figure à côté des travaux de l'auteur sur Frédéric 
Mistral, le mouvement littéraire provençal et les Isclo d*or, 

La Calanco est, comme on le sait, la publication annuelle des fé- 
libres de l'École marseillaise. 

A. R.-F. 

1 Mero est un gallicisme que la rime misero explique, mais ne justifie pas. 



La Légende d'Œdipe 



Mon excellent collègue et ami, M. Boucherie, a bien voulu con- 
sacrer, dans le dernier numéro de la Revue y un long et substantiel 
article à mon travail sur la Légende d' Œdipe et le Roman de Thè- 
bes. Après l'avoir remercié, bien sincèrement, d'avoir jugé sérieuse- 
ment un travail sérieux, je lui demanderai la permission de contester 
quelques-unes de ses observations et de rectifier diverses erreurs qui 
lui sont échappées, ce qui n'a rien d'étonnant dans la critique d'un 
ouvrage qui fourmille de détails. Je n'aborderai point la question de 
classification des manuscrits, que je compte traiter dans la préface 
de l'édition du Roman de Thèbes. D'ailleurs, mon opinion première, 
déjà modifiée après l'examen des manuscrits anglais, comme on peut 
le voir par la Note additionnelle placée à la fin du volume, l'a encore 
été depuis, et mon jugement n'est point définitivement fixé sur tous 
les points après cinq ans d'études, ce qui prouve peut-être que la ques- 
tion n'est pas aussi facile à trancher qu'elle en a l'air tout d'abord. 
Je suis l'ordre de l'article de M. Boucherie: 

!• P. 296, 1. 40. Lisez XII^ siècle (faute d'impression). 

2** P . 297, 1. 2. La confusion de Vs et du z se trouve, non pas seu- 
lement dans des passages particuliers au manuscrit de Madot, mais 
dans plusieurs autres, communs à tous les mss. Voir les exemples 
cités p. 293. Cela ne prouve donc rien pour la question d'origine. 

3o Ibid.j 1. 10. « Mais, comme il n'en cite point d'exemples, on ne 
peut vérifier son assertion et, par conséquent, l'accepter pleinement. » 
Voir p. 292, note 2, et V Appendice, p. xxi, 1. 10 sqq. et note 3. 

4o Ibid., 1. 2rsqq. Le texte du Roman de Troie, tel que l'a publié 
M. Joly, n'étant que la reproduction pure et simple d'un des nombreux 
manuscrits que nous avons de ce texte, ne peut fournir une base so- 
lide à la comparaison que demande M. B. 

&> Ibid.fl, 34 sqq. « Il l'aurait bien certainement fait picard d'un 
bout à l'autre. » Pourquoi alors Madot, qui a écrit ie, absolument 
toutes les formes féminines françaises en iée, n'a-t-il transformé l'ar- 
ticle féminin régime la en le qu'une fois sur cinq environ, et en li (au 
sujet) encore moins souvent? Que pense M. B. de la question du trai- 
tement de la gutturale et des rimes bâtardes, dont plusieurs se trouvent 
aussi dans BC, par exemple lices: rices, v, 7283? Ce sont là cepen- 
dant des faits emban'assants, et qui méritent réflexion. 

6o Ibid,, 1. dernière. Les imparfaits venant de ebam et ceux venant 
de abam ne sont jamais confondus à la fois dans les trois mss. fran- 



98 Là LEGENDE D ŒDIPE 

çais. Les exemples cités {Append,, p. xxxix) sont particuliers à A 
(ms. de Madot); il y en a un qui est particulier à BC, mais le passage 
peut très-bien être interpolé. 

70 P. 299, 1.7. Je ne saurais admettre la correction en tere ( = en 
terre), qui fausse la rime, car Ve de matere est certainement différent 
de celui de terre, comme le montrent les rimes matére : frère, etc. 
(V. notre tableau des rimes . ) D'ailleurs la rime entière : manière se 
trouve dans la Chronique des ducs de Normandie. 

S^ Ibid.y 1. 31. M. B. ne comprend pas : E fut uns luns. Le ms. A 
donne : 11 fu uns Ions, Pour u ^=s devant nasale dans le ms. D, cf. 
porrum, etc. 

9o Ibid., 1. 36. Je ne vois pas comment jocum pourrait donner 
joi, à côté de jeu. 

lOo Ibid., 1. 41. tt Lisez : devers mei. » Me n*est pas plus étrange 
qneaver = aveir (v. 91), et deves est très-légitime d'ailleurs. 

110 p. 300, 1. 2. Lais est certainement masculin; mais je faisais 
de ^ un adverbe . 

120 Ibid., 1. 11. S'esmervelle, suivi d'un point-virgule, est une faute 
d'impression, corrigée du reste à Y errata; il en est de même de hom 
pour ?Mme, v. 2742 (V. V errata). Il faut voir également des fautes 
d'impression dans délivre (p. 260, v. 499) et dans honnis et suis 
(ibid.), que j'ai oublié de relever. 

130 Ibid., 1. 24. J'ai dit, p. 296, note 1, que je rétablissais les for- 
mes françaises en iée, les formes picardes en ie n'étant pas justifiées 
parles rimes. 

140 p. 301, 1. 34. Si l'on retranche de la liste estaïs ^ stativus, 
il faut en retrancher également vis = vivus, qu'on admet, il me sem- 
ble, parmi les mots en 2. 

150 P. 303, 1. 3. Dans Thèbes, aviere n'a que trois syllabes et rime 
avec enginiére, où Vé est fermé ; a viaire en a quatre et ne pourrait 
donner qu'un è ouvert. 

I60 Ibid., Blance. Le vers qui suit (N'i ot escu ne connissance) ne 
justifie pas l'hypothèse de M. B. — Encovir n'est pas dans le texte ; 
c'est encovit, au parfait : 

Antigone, puis qu'il le vit, 
En son cuer forment l'encovit. v. 5509-10. 

170 Ibid., 1. dern. « Engaignier, se courroucer, enrager. Lisez 
engraignier, dérivé de grain, irrité, etc. » L'exemple suivant de 
V Alexis du Xle siècle, 22 e : Or sui si graime que ne pois estreplus, 
devrait alors se lire : Or sui si grainie. Cf. cependant grams dans la 
vie de Floquet de Marseille (chansonnier découvert par moi à Chelten- 
ham, fo 22, v*»), don Folquet romas tris e grams e dolens, où il faut 



LA LÉGENDE d'œDIPE 99 

peut-être lire grains, quoiqu'il y ait bien grams dans le manuscrit. 

18o P. 304, 1. 14. Comment nugalius aurait-il pu donner novaus ? 
Il faudrait des exemples. 

19<> P . 306. Nous n'avons fait que décrire le manuscrit de Chel- 
tenham ; nous n'avions donc pas à faire la correction ce, qui était 
d'ailleurs tout indiquée. M. Sachs a eu tort d'écrire ce, sans préve- 
nir qu'il substituait ce mot à la lettre ornée L, que porte le ms. J'en 
dirai autant de ctcuseors et de de nient : le ms. porte bien ctaiseors 
et dément, et, si j'ai fait suivre ces mots de la formule («c), c'est 
précisément pour qu'on ne m'accusât pas de mauvaise lecture, et parce 
que je pensais que la correction se présenterait naturellement à 
l'esprit du lecteur. — Rens, pour reûs, est une faute d'impression; 
je l'ai d'autant plus regrettée qu'il ne m'était plus possible de la re- 
lever à Y errata déjà imprimé. 

Je termine en renouvelant mes remerciements à M. Boucherie pour 
les excellentes corrections qu'il m'a fournies, et à la Revue, qui m'a 
peiinis de répondre si longuement à son bienveillant article. 

L. CONSTANS. 



REPONSE DE M. BOUCHERIE 

lo Xlle siècle pour XIII® siècle est, en effet, à mon errata. 

12o M. Constans a raison de rappeler que deux menues erreurs* 
(p. 300, 1. 11, et V. 2742), que j'ai signalées, avaient été rectifiées par 
lui-même à Verrata, 

7o II a également raison contre moi en rejetant ma correction de 
en terre rimant avec matére. 

Maintenant je vais discuter ses autres observations, et tâcher en 
même temps de le ramener à mon avis. 

2o Confusion de s et de z à la rime. — Je persiste à soutenir que 
les exemples de cette confusion, cités par M. Constans, p . 293, ne 
sent pas concluants en ce qui concerne les mss. BC. J'ai déjà dit 
{Revue des l. rom., décembre 1880, p. 301) que haubers, ters {ter- 
sus), plus, dus {dux, ou plutôt * ducus), estais, pats, ne prouvaient 
rien pour la thèse soutenue par M. Constans, puisque aucune de ces 
formes n'avait en latin de dentale finale. Reste mais {magis), desfais 
(diS'factos ou dit- facis ?), benêts, mis, qui se trouvent à la rime dans 
BC, comme dans le picard A. A cela je répondrai que mais, ainsi 
écrit, pouvait, de même qnepais {pacem), rimer avec des mots en aiz 
= actus, tolérance qui n'existait plus quand ces mêmes mots étaient 
écrits pès, mes. 

Benêts ne vient pas, comme on serait tenté de le croire au premier 
abord, de benedictus, mais de *benedisitus ou *benedissitus, participe 



100 LA LÉGEMDB D^ŒDTPB 

passé analogique de *benedisere ou *benedissere; cf. lacensitus de 
Icicessere, pour benedicerey qui a donné Tinfinitif beneîstre {menistre, 
epistre), ap. Etienne de Fougères, v. 377. Le groupe situs produit 
normalement s et non Zy comme on le voit par conquis = conqui^V- 
tus. Il est donc naturel que benêts rime avec mis (missus). 

3o J'ai dit (Rev. des l. rom., décembre 1880, p. 297) que M. Con- 
stans (( retrouvait des traces du dialecte picard même dans les mss. 
français BC ; mais que, comme il n'en citait point d'exemples, on ne 
pouvait vérifier son assertion ni, par conséquent, l'accepter pleine- 
ment. » 

M. Constans se borne à me renvoyer à la p. 292, note 2, et à l'Ap- 
pendice, p. XXI, 1. 10 et sqq., et note 3. 

Or, en me reportant pour la seconde fois aux passages que me 
signale M. Constans, je trouve la confirmation de ma manière de Voir, 
attendu que les rares picardismes orthographiques qu'il a relevés dans 
BC, et plus particulièrement dans B, ne changent rien à la rime et ne 
peuvent donc en aucune façon être imputés à l'auteur du roman de 
Thèbes. En effet, que prouvent à cet égard des formes telles que re- 
cîievras, rechoivre, archon, saudoier, fiuSy biauté, biauœ, mantiaux^ 
etc.? En quoi peuvent-elles engager la responsabilité du premier 
écrivain ? 

Quant kchaueie, gaagnie, etc., ces formes sont également impu- 
tables aux copistes, puisqu'elles ne riment jamais avec ie = ita, ainsi 
que M. Constans l'a remarqué expressément. 

50 Reste ce que M. Constans appelle des rimes bâtardes, france 
= franche^ rices rimant avec lices . Mais on trouve le même genre 
de rimes ou leurs équivalents dans d'autres textes qui n'ont rien à 
démêler avec le picard ; par exemple dans le Roman de Troie, qui 
nous donne à la rime face (faciat) et sace (sapiat), v. 8715, 

40 Puisque M. C. reconnaît (p. 297) qu'il n'y a pas trace de picard 
dans Troie, pourquoi n'avoir pas comparé ce texte avec cçlui qu'a 
transciit Madot? Il aurait vu si ce dernier avait, ou non, respecté les 
pTincipales particularités dialectales qu'on remarque à la rime, dans 
le texte de M. Joly. Cette édition n'est pas une édition critique, ré- 
pond M. C. Sans doute; mais, comme on y retrouve les mêmes ca- 
ractères essentiels que dans la ChroniquCy il y avait là une base suf- 
fisante pour la comparaison à établir entre la copie de Madot et celle 
dont s'est servi M. Joly. Ce premier contrôle n'aurait pu qu'éclairer 
et rendre plus facile la comparaison de la copie du Roman de Thèbes, 
faite par Madot, avec celles que nous ont conservées lés mss. BC et 
les mss. anglais. 

60 Ce que dit M. Constans des imparfaits dérivés de ebam et de 



LA LÉGENDE d'œDIPE 101 

àharn. confirme mon observation et ne la rectifie pas. L'exemple uni- 
que vilanoient^ voulaient^ qui est particulier à BC, peut ne pas avoir 
la signification qui lui est attribuée ici. Yilanoient^ en efiet, ne se- 
rait-il pas la 3® pers. plur. de Tindic. présent d'une forme vilanoier, 
qui serait à vilain ce que foloier est à foly et qui serait l'exact équi- 
valent français du v. provençal vilaneiar f 

9o Joi = jocum, rimant avec poi == paucum, peut être admis, 
quoi qu'en dise M. C. Ce n'est certainement pas une orthographe ré- 
gulière ; mais on rencontre à la rime de ces bizarreries dont les co- 
pistes étaient probablement les éditeurs responsables. Joi ^ jocum 
n'est pas plus, est même bien moins étonnant que loi = laudo : poiy 
je loi (laudo), Perceval, II, v. 1723. Dans les deux cas, la vraie leçon 
serait po, jo; po, lo : pour jo = jocum; cf. 33 du fragment de D, 
p. 165c 

lOo M. Constans maintient la leçon deves me pour devers met. Des 
exemples seraient nécessaires pour la justifier. Que donnent pour ce 
même passage les trois mss. A, B, C? 

15oM. Constans a raison de maintenir à i?iere,non à viaire, puis- 
qu'il est en rime avec enginiere, leçon que je n'aurais pas suspectée, 
s'il avait cité tout d'abord les deux rimes en même temps. Mais il a 
tort de ne faire qu'un seul mot de à et de viere. Quant à l'objection 
qu'il me fait, à savoir que viaire ne pourrait donner qu'un e ouvert, 
elle est erronée et provient de ce qu'il confond ai venant de <ic latin 
+ consonne avec ai venant de a+ z latin. Cette dernière combinaison 
produit, au contraire, très-régulièrement é sous l'influence du son 
mouillé ou i palatal ; cf. rivaire rimant avec faire, dans la chanson 
du Chevalier au Cygne (lr« partie), p. 20, tant qu'il conserve Va ori- 
^nel, mais rimant avec enginiére, manière y etc., dès qu'il passe au 
son mouillé, et s'écrivant alors par e non plus par a, rivière. De 
même, je le répète, viaire, écrit par ai, ne peut rimer qu'avec le groupe 
semblable ai, et viere, écrit par ie, ne peut rimer qu'avec le même 
groupe ie. J'ajoute que, dans le premier cas, cette forme, se tenant 
plus près de son prototype latin, compte pour trois syllabes, tandis 
que viere, plus éloigné de ce même texte et plus romanisé que viaire, 
ne compte que p^ur deux syllabes. Voir ap . VollmOUer (der Mûnche^ 
ner Brut), p. xix et v. 1205. 

On remarque une particularité absolument semblable et provenant 
de la même cause, de l'influence du son mouillé ou i palatal, dans 
l'emploi de nient comme monosyllabe et comme dissyllabe. Dissyl- 
labe, nient rime avec ent (argent, dolent, etc.), jamais avec ien. Mono- 
syllabe, il rime au contraire avec ien ou ient (bien, Chanson de geste, 
vient, crient. Romans d'aventure), jamais avec ent non mouillé. 

8 



102 LA LEGENDE D ŒDIPE 

Il faut encore remarquer, ce qui complète le rapprochement, que, 
à l'exemple de nient, qui est plus souvent employé conmie dissyllabe, 
viaire en trois syllabes est plus fréquent que viére, dissyllabe. 

16o Au mot blance (Glossaire), j'ai dit que M. Gonstans, qui tradui- 
sait le vers : 

L'est des femmes estoit molt blance, 
par (( L'armée des femmes était dépourvue d'armes », avait dû com- 
mettre une faute de sens, puisque ces mêmes femmes sont repré- 
sentées ailleurs comme <c forsenées », et qu'on les voit défiler avec des 
bâtons, des haches, des cognées, des poutres, de grandes massues, des 
pics, des guisarmes émoulues, menus joujoux qui n'annoncent pour- 
tant pas des intentions bien « pacifiques. » Il cite levers qui rime avec 
celui-ci : 

N' i ot escu ni conissance. 

(Il n'y eut ni bouclier, ni bannière armoriée.) 

Et il ajoute : « Ce vers ne justifie pas l'hypothèse de M. Boucherie. » 

Au lecteur de voir laquelle de nos deux hypothèses, la mienne et 
celie de M. Constans, a le plus à souffrir de cet ensemble de rappro- 
diements. 

Encovie, me dit M. Gonstans, n'est pas dans le texte. Et alors pour- 
quoi le citer dans le glossaire ainsi qu'il suit : « cf. 3880, et de lui ser- 
vir $*encovie ? » Gela prouve, une fois de plus, qu'à ne pas publier le 
texte in extenso, il fallait, pour étayer solidement les formes citées 
au glossaire, y joindre les passages bien complets d'où elles avaient 
été tirées. Gette précaution m'aurait évité une correction inutile, et à 
M. Gonstans la peine de se rectifier lui-même. 

17o A propos de engrœigner, que je persiste à mettre au lieu de 
engaigner. M. Gonstans fait observer que graime, féminin de grain 
ou graim = triste, devrait, si mon observation était juste, se lire 
grainie. Supposition nullement nécessaire ; car, de même que graim 
a pu produire [en'jgramir et gramoier, de même graigne a pu donner 
et a donné [en'jgraigner, forme orlhographiquement, mais non étymo- 
logiquement, semblable à engraigner, engranger = in-*grandiare, 
croître, augmenter. 

Ge n'est pas que engaigner ne soit une forme correcte; mais le sens 
de ce mot, que M. Gonstans persiste à maintenir dans son texte, se- 
rait alors tout différent, engaigner signifiant tromper, décevoir. 

Tant la conquiert s'amors et déçoit et angaigne. 

{Chanson des Saisnes, L. XVIII.) 

Il est vrai que Du Gange cite une forme engaignier à laquelle il 
donne, lui aussi, le sens de « aigrir, irriter » ; mais c'est une erreur 



LA LEGENDE D ŒDIPE 103 

comme le prouve l'exemple même qu'il présente à Tappui « in Lit. 
remiss. ann. 1366 : Icellui Jehan venait pour Engaignier ledit Robin, 
uuquel il avpit fait parafant signifier une sauvegarde.,, . • . Lequel 
Robin Engaignié et esmeu de ce, etc. » Il est évident que engaigner 
signifie ici «surprendre, tromper», et non pas « irriter.» J'ajoute que 
M. Constans pourrait encore m'opposer l'autorité de M. Gaston Paris, 
qui traduit également engaine du Munchener Brut, par « colère » 
{Romania, 1878, p. 146). A quoi je répondrai, comme pour Du Gange, 
que le sens de « colère » ne convient pas, au moins dans le texte du 
Munchener Brut, mais bien celui de « dommage », et probablement 
de fc dommage résultant d'une tromperie. » Voici, du reste, les quatre 
passages de ce poème où se trouve employé le mot en question. On 
pourra ainsi juger en connaissance de cause : 

LX ans tint en pais Bretaine, 
Nus ne li flst tort ne engaine. 

(Munchener Brut, v. 2566.) 

n tint vint et .v. ans Bretaine 
Senz guerre et senz altrui engaine, 
{Ibid.,^. 2638.) 

Dient que ce lor semble engaine 
Que feme règne en Bretaine. 

(Ibid., V. 3585.) 

Et sembloit lor torz et engaine 
Qu'a nul homme partoit (partageait) Bretaine. 
(Ibid., V. 3647.) 

Pour en revenir à mon point de départ, je demanderai encore à 
M. Constans quelle est^ pour ce même mot, la leçen des autres mss.? 

18o « Comment, dit encore M. Constans, nugaUus a-t-il pu pro- 
duire novaus. Il faudrait des exemples. » Lisez nouaus par u et non 
novaus par un v. 

A. Boucherie. 



/ 



CHRONIQUE 



Communications faites en séance de la Société. — 6 avril . — 
OomparaÎBons populaires usitées dans le Ronssillon, par M. Justin Pé- 
pratx; 

Amfos de Balhasire, conte languedocien (Béziers et ses environs), 
par M. Gabriel Azaïs ; 

Fragments extraits de la Bible romane de Carpentras, par M. Henri 
de la Combe. 

« * 

Livres donnés a la Bibliothèque de la Société. — Psaltîrea 
publicata Romanesce la 1677 de Diaconulu Coresi, reprodusa eu unu 
studiu bibliograficu si unu glosaru comparativu de B. Petriceicu-Has- 
deu, editiunea Academiei Romane. Tomulu I. Textulu. Bucuresci, Ti- 
pografia Academiei Romane, 1881; in-4**, iv-444 pages et 66 pages de 
fac-similé (don de l'Académie Roumaine) ; 

Balaguer y Merino e Salinas : di Un documente inedito relativo 
ad una icona fatta dipingere in Catalogua da Pietro di Queralt per la 
cattedràle di Monreale. Palermo, Virzi, 1880; in-4°, 16 pages (don de 
M. Balaguer y Merino); 

Coma (Clémente): Etude sur Andrès Piquer, sa vie, ses œuvres, son 
influence. MontpeUier, Imprimerie centrale du Midi, 1881 ; in-4**, 
140 pages (don de MM. Hamelin frères); 

S. -M. et J. D. Le Guide des Gascons, ou Dictionnaire patois-fran- 
çais, comprenant un recueil de gasconismes corrigés, etc. Tarbes, 
chez les principaux libraires, 1858, in-4'», 180 pages (don de M. Victor 
Delbergé); 

Errata du numéro de janvier 1881 

Lo Sebmo d'En Muntanbr. — P. 6, note 1,1. 2, diferentament; Z. di- 
ferentment. — Note. 2, 1. 1, correspon do; i. correspon lo. 

— Note 3, 1. 1, uno; i. un ; — 1. 3, Meyeor; l. Meyer. — 
P. 7, 1. 29, e trestuy et; l,e trestuy. — Note 7, 1. 1, sem- 
bla de ultims dels xvi o principes del xv; Z. sembla d© 
ultims del xiv o principes del xv. — P. 8, 1. 27,Muntaser; 
l, Muntaner. — Note 8, 1. 3, Fins^ U Finis; — 1. 1, versi- 
ficats; l. versificat. — P. 9, 1. 15, 11. que ss. a. fort; L 11. 
que so. a. fort;— 1. 18, temts; Z. tenits; — 1. 29-30, tos- 
tem o segran; Z. tostems v. segran; — 1. 36, e Deus 
quill; Z. e Deus quil. — P. 10, note 10, 1. 2, al dels italia; 
Z. al italia. — P. 11, 1. 20, trac Itanse; Z. tractantse. — 
Note 11, 1. 4, copia; Z. copia. — P. 12, 1. 11, supisiciô; 
Z. suposiciô ; — 1. 18, Bastu de sermon;!, Basta de sermon. 

— Note 15, 1. 1; placez un point après malvestats. 
Bibliographie. — P. 28, rétablir il au commencement de Tavant- 

demière ligne. — P. 29, 1. 14, « estât», Z. estut ; — 1. 15, 
mettre le chifEre de renvoi 6 après assitjet, et 7 après aguet; 
— 29, 1. 16, auivre; Z. suivre. — 1.2 de la note 2, 2?Zae;ana; 
1. plaqjaria. 
Chronique. —P. 61, 1. 24, en ccxxii sonnets; Z. en ccxxxii sonnets. 

Le gérant responsable : Ernest Hamelin. 



Dialectes Modernes 



GLOSSAIRE DES COMPARAISONS POPULAIRES 

DU NARBONNAIS ET DU CARCASSEZ 

(Suite) 



Ba. — Acô ba coumo uno letro à la posto ; — coumo lou bast 
à Tase ;— coumo la pèiro à Tanèl ; — coumo sus de roul- 
letos. -—S'en ba coumo un dabanèl. — Ba e ben coumo 
uno nabeto de teissèire ; — coumo Taigo claro ; — coumo 
la fourmigo carrejarèlo en plen estiu. — Ba soun trin 
magnifie coumo la mulo dal Papo. — Ba roundomen 
coumo uno tarrabastèlo ; — coumo qui lou foueto ; — coumo 
s'abiô lous cinq cents milo diables à las pèrnos. — S'en ba 
dal repaus coumo uno bièlho ratièro, ou unobièlho rou- 
mano. 

PER TRUPARIÈ: 

Acô ba coumo uno pougnado de pel sus uno soupo. — 
I ba pla coumo de manchetos à-n-unporc, ou coumo uno 
sounalho à-n-un porc ; — coumo la pipo à-n-un poul. 
Baba. — Baba coumo un gous fol ; — coumo un cagarau ; — 

coumo un limauc. 
Babard. — Babard coumo un pet de mounge ; — coumo un 

arremountat de fresc. 
Babarilhos. — Fa babarilhos coumo lou soulel en plen mièch- 

jour. 
Babilha. — Babilha coumo de fennos al four ou al pesquiè; 

—coumo de graullos dins un semenat ; — coumo uno. puo 

borgno , 
Babilhard-o. — Babilhardo coumo uno agasso borgno. 
Babilho. — Aima la babilho ou la charradisso coumo lous 

bièls al cagnard. 
Bada. — Eada coumo un estasiat ; — coumo uno gruo ; — 

coumo uno goiro; — coumo un conçut; — coumo un 

Tome v de la troisième série. - mars 1881 . 9 



106 GOBfPARÀISONS POPULAIRES 

amargassat qu'espèro la becado ; — coumo un lausèrt al 
soulel ; — coumo un four, 

SE dits: 

Tal bado que la moussegado es pas per el. 
Badalha. — Badalha coumo un pourtal à dous bâtants; — 

coumo uno uitro al soulel . 
Badant. — Badant coumo uno jarrio sans oli; — coumo uno 

tressairolo desfounçado. 
Bagnat. — Bagnat coumo un tirou; — coumo uno espoungo; 

— coumo un gous pescat al rabech ou al risent de Taigo. 

SE dits: 

Per coumpagno, las aiysos se bagnoun ; ou St Marti se 
bagnèt amé las aucos. 
Baguetat. — Baguetat coumo un canou; — coumo un fusil. 
Bailet. — Fa coumo lou ballet dal diable: mai qu'on nou i 

demande. 
Balenço. — Coumo Taboucàt de Balenço : loungo raubo e 

courte sapienço. 
Balent. — Baient coumo Tespaso que porto. — Baient coumo 

la fourmi go ; — coumo Tabelho. 

PER TRUFARIÈ: 

Balent coumo uno espasoroubilhouso; — coumo un truco- 
tauliè . 
Ban.—I ban coumo las fedos à la sal ; — coumo lous Franceses 

à la batalho. 
Bandât. — Bandât coumo un arquet ; — coumo un cung ; — 

coumo un tourge; — coumo un carme. 
Baneja. — Baneja coumo un cagarau quand trouno. 
Banta. — Banta quaucun coumo un biôu al mercat. 

SE DITS : 

A gourgo bantado i'a pas de peis. 

Banut. — Banut coumo un cerbi; — coumo lou diable en ba- 
talho. — Banut, moustachut e pudent coumo un bièl 
bouc. 

Baral. — Mena de baral coumo trento-sièis milo homes. 

Baralha . — Baralha coumo un abelhard ; — coumo un caga- 
raulou. 



COMPARAISONS POPULAIRES 107 

Barbo. — Barbo blanco coumo uno crabo. 

Barbut. — Barbut coumo un capucin ou coumo un sapur ; — 

coumo un bouc ; — coumo V Juif-errant. 
Bardissat. — Bardissat coumo un nits d'agasso. — Oustal 

bardissat coumo uno.cabano de gardo-bignos. 
Bariant. — Bariant coumo un baroméstre. 
Barja. — Barja coumo uno sabato ; — coumo un toupi asclat. 
Barjaire. — Barjaire ou parlaire coumo uno bugadièro ou 

ruscadièro. 
Barricadât. — Barricadât coumo un prisouniè ; — coumo un. 

cago-diniès quand coumpto sous escuts. 
Basanat. — Basanat coumo un Carràcou ou Caralh ; — coumc 

unMôroulc 
Bascala. — Bascala coumo un fat ou un decerbelat. 
Bastit. — Bastit coumo un barri ; — coumo uno tourre ; •- 

coumo un taure. 
Bastou. — Es coumo se batiots Faigo am' un bastou. — Plantât 

coumo un bastou de pastre. 

SE DITS : 

Cal pas serca lou bastou per se fa batre. 
Bat. — Lou cor i bat coumo un relotge ; — coumo un batarèl 

de mouli. 
Baticor. — Un bati-cor que fa de bruch coumo quatre pan- 

dulos. 
Batre. — Batre quaucun coumo de gèis; — coumo un gous. 

— Batre e rebatre quaucun coumo de blad berd . — Batre 
la semèlo coumo un gnafre. — Se batre coumo un lioun ; 

— coumo un désespérât; — coumo un bregand. — Se 
batre ou se peltira coumo de pelhoroucaires. 

Batut. — Batut e rebatut coumo uno tiplado de mourtiè. 
Bèc. — Alanda lou bèc coumo un four. — Se prene bèc-à-bèc 

coumo dous abucles que se disputoun un sôu. 
Bedeno. — Uno bedeno boudenflo coumo un gous negat ; — 

coumo un moutou prèst à pela. 

PER TRUFARIÈ : 

Beire. — S'i beire ou s'i bese coumo uno sardo quèito ; — 
coumo uno pugo borgno. 



108 COMPARAISONS POPULAIRES 



SE dits: 



Bese béni, bal uno quilho. 
Cal biure per beire. 

Bel. — Bel ou grand coumo paire e maire. — Bel coumo lou 
jour de Pascos ow coumo un jour de mai. — Bel coumo 
un astre ou coumo un soulel. — Bel e siau coumo un 
sant dins sa nicho ; — Bel e lusent coumo un calici. — Bel 
e fresc coumo un boutou de flour. — Bel d'estaturo coumo 
un Bàscou. 

Ero bèlo, fresco, galhardo, 
Coumo uno laitugo loumbardo. 

SE dits: 

A l'ase, Tase semblo bel. — Bèlo fenno, mirai de neci ou 
de foutrai. — Bel orne à la carrièro porto pas pa dins 
la panière. 
Belugueja. — Belugueja coumo For; - coumo Testèlo al cèl; 

— coumo un soulelhet. 
Bendre. — S'en bend coumo de pebre ou coumo de taches. — 
S'en bend coumo s'ero panât. — Se bendre coumo un porc 
à la fièro . 

PER TRUFARIÈ : 

S'en bend coumo de caissos de mort. 
Bengudo. — Tout d'une bengudo coumo las bragos d'un gous. 
Béni. — Béni coumo la bolo al let. — Béni bite coumo un laus- 

set; — coumo lou mal. 

SE dits: 
Malautiès benoun à chabal, e s'entpurnoun à péd. 

Beniciens. — Arriba à punt coumo lous Beniciens : très jours 
après la batalho. 

Benjatiu. — Benjatiu coumo un Bàscou ; — coumo un Espa- 
gnol. 

Bentre. — Un bentre coumo uno ègo. — Bentre tibat coumo 
la pèl d'un tambour; — round coumo un iôu; — pla 
coumo uno bano de fougasse. 



COMPARAISONS POPULAIRES 109 

SE dits: 

Es de la naturo de las boudègos : canto pas s'a pas lou 
bentre tibat. 
Bentrut. — Bentrut coumo un dourc; — coumo un tinèl ; — 

coumo uno tressairolo ; — coumo Pontus. 
Bequeteja. — Se bequeteja coumo dous tourtourèls ; — coumo 

dous nobis. 
Bèr. — Nud coumo un bèr de terro ; — rampant coumo un 

bèr ; s'estira coumo un bèr ; s'entourtoubilha ou se rebe- 

china coumo un bèr escapitat. 

SE DITS : 

Nostre ome abounotacbo: tuo lou bèr, mes toujours i 
regrilho. 

Berd. — Berd coumo un mort, — coumo un parrouquet; — 
coumo un negat; — coumo d'èdro; — coumo un porret ; 
— coumo d'auzèrdo; — coumo de ferratjo om un fer- 
ra tj al. 

Bergougnous. — Bergougnous coumo unpaure; — coumo un 
porc estrange. 

Berinous. — Berinous coumo uno blando ; — coumo uno pèi- 
regado; — coumo un grapaud raiat; — coumo un em 
porto-reputacius . 

Berri. — - Marcat sul nas coumo un moutou de Berri. 

Berrugat. — Berrugat coumo un coucaril amé sous gras. 

Bertadiè. — Bertadiè coumo lou Sant Ebangeli. 

Bbrtat. — Es bertat coumo Ta'n Dius al Cèl; — coumo abèn 
cinq dets à la ma ; — coumo un e un fan dous ; — coumo 
siots un brabe ome : escusats, se me troumpi. 

PER TRUFARIÈ '. 

Es bertat coumo m'apèli Pertufas ; — coumo B, A, fa 
BI; — coumo manjan de fabos tendros per Sant-Silbès- 
tre ; — coumo plôu de boudins. 

Bkrtèlos. — De bertèlos coumo de sofros. 

Bf.rtut. — A de bertut coumo un sant; — coumo la rudo. 

SE DITS : 

La bertut es coumo Toli : mounto toujour dessus. 



110 COMPARAISONS POPULAIRES 

Besible. — Besible coumo lou nas al mitan dal bisatge ; — 
coumo un cachet brenous al pandourèl d'uno camiso. 

PER TRUFARIÈ : 

Besito. — Sa besito me fa plasé coumo lo d'un garnisàri ; — 

coumo lo d'un uchè ou d'un bièl creanciè. 
Bestio. — Bèstio coumo un ase bastat; — coumo un esclop ; 

— coumo un toupi sans cougo ; — coumo uno pocho ; — 
coumo raubo-saumos; — coumo uno auco embucado; 

— coumo uno galino en temps d'ouratge ; — coumo un 
rinocèros ; — coumo uno palo de foc ; — coumo uno choto 
banudo ; — coumo lou que ba enbentat. 

SB DITS : 

Bièl souldat, bièlho bèstio. — A bièlho bèstio, pas de res- 
source. ~ Fa mai de gens bèstios que d'ases crestias» 

Quand Jan- Bèstio mouriguèt, 

Un fum d'airetiès daissèt. 
Bestit. — Bestit coumo uno cebo ; — coumo un agîan; — 
coumo un sant Jordi ; — coumo un arlequin ; — coumo 
Carmantran ; — coumo la malo pôu ; — coumo un mes de 
mai. — Bestit de sedo coumo un porc; —de gris, coumo 
un ase ou uno paret ; — de jaune, coumo un canari ; — de 
bert, coumo un parrouquet ou un papogai; —de blanc, 
coumo un pijou ; — de rouge, coumo un cardinal ou lou 
diable; — de nègre, coumo un beuse ou un croco-morts. 

SE DITS : 

En atendent aiçô, s'adisiô lou mal bestit. 

Besiat. -— Besiat coumo un pesoul de bièlho. 

BEUR.E. — Beure coumo un templiè ; — coumo un trauc ; — 
coumo uno espoungo ; — coumo un sablas ; — coumo un 
carme ; — coumo un Alemand ; — coumo un rassegaire. 

— Beure uno messourgo coumo d'aigo-mèl. — Beure que 
d'aigo coumo un Turc. 

SE DITS : 

Qui beu amargant pot pas escoupl dous. 
Bi. — De bi fort coumo d'ai go -ardent; — clar coumo d'aigo; 

— treboul ou treble coumo de bol, de poustèmo ou de 



COMPARAISONS POPULAIRES 111 

lessiu ; — rouge coumo un rubis ; — boun goust coumo de 
pouxno. 

SE dits: 

Beu lou bi coumo sant Marti, 
E daisso ana Taigo al mouli. 
BiASSEJA. — Biasseja coumo un Sansignol; — coumo un bièl 

maquignoun. 
BiASSos. —Tant pesoun las biassos coumo lou barrai (l'un bal 

l'autre) . 
Bicious. — Bicious coumo un singe . 

BiDO. — Abé nau bidos coumo lous gats. — La bido s'esquisso 
coumo qui la bufo, mes s'esquisso pas coumo Ton bol. 

SE dits: 

Lous mal partajats espèroun milhou dins Tautro bido. 

BiDOUSSA. — Sebidoussa coumo un bèr escapîtat. 

BiÉL. — Bièl coumo un banc ; — coumo un roucas; — coumo 
un cadastre; — coumo un prat; — coumo Adam; — 
coumo Erodo ; — coumo Cadiès ; — coumo lou delobi ; 

— coumo lou mounde ; — coumo lou paire dal Temps ; — 
coumo un peirard ; — coumo uno branco cussounado ; 

— coumo lous cèdres dal Liban; — coumo las arenos 
d'Arles; — coumo lou cap d'Agde ; — coumo Tase de sant 
Jousèp, qu'abiô cent ans re que de dimenges. — Bièl e 
dur coumo lou gourpatas de Tarcho. 

SE dits: 

Or, bi e serbitou, lou pus bièl es lou milhou. 
En mai Taucèl es bièl, 
En mai ten à sa plumo. 
Bigarrât. — Bigarrât coumo un arlequin; — coumo un tigre. 
BiJARRE. — Bijarre ou cambiadis coumo lou temps; — coumo 

uno fènno de lucre. 
BiMATiÈ. — Bimatiè coumo un jounc de mar; — coumo un 

cable. 
Biôu. — Bantat coumo un biôu qu'on ba fièireja. — Marcha 

pesuc coumo un biôu. 

SE dits: 
Biôu qu'es alassat 



114 COMPARAISONS POPULAIRES 

coumolaperruqueto d'un ange bufarèl. — Bloundejacoumo 
un ram de ginèsto flourido. 

PER TRUFARIÈ: 

Blound coumo de palho de fabo ; — bloundinèl coumo un 
gourgoul. 
Blu, . — Blu coumo un canton dal cèl ; — coumo uno flour 

d'anièlo. — Bluejant coumo un roumani flourit. 
Bou, NO. — Bou coumo loa boun pa ; — coumo lou boun Dius ; 

— coumo lou bounjour; — coumo lou poutou d'un amie. — 

Fa bouno bouco coumo lou boun bi ; — coumo uno poumo- 

fenoulhet. 

PER TRUFARIÈ: 

Bou coumo la coulico ou uno cinglado de mal de bentre . 

SE dits: 

D'èstre trop bou, on es Tase de peno. — Siogos bou, e 
plairas. 
BouDÈGO. — Es coumo la boudègo, dits pas mot tant qu*a pas 
lou bentre pie. — Couliat ou anfle coumo uno boudègo. 

SE dits: 

Al sou de la boudègo, brandiguen lous esclops. 
Boudin. — Farcit coumo un boudin; —tendre coumo de bou- 
din. 

PER TRUFARIÈ: 

Clar coumo un boudin nègre. 

SE dits: 

Aquel afafre s'en anira coumo d'aigo de boudin : russira 

pas. — Nous pourtan pas de boudin : nostros flabutos 

s'acordoun pas. 

BouÈs. — Uno boues coumo un trou ou trouneire; — coumo 

uno pédalo d'orgue de catedralo. — Uno boues restoun- 

dissento coumo un claroun; — douceto coumo uno gato 

amourouso ; — fino coumo un gril, owuno serineto, ou un 

cigalou; — enraucado coumo un grapaud; — tramblanto 

coumo uno crabo malauto. 

PER TRUFARIÈ: 

Boues claro coumo un toupi fendut. 



COMPARAISONS POPULAIRES 115 

BouFA. — ^Boufa, bourra ou manja coumo un Angles; — coumo 
un destrussi ; — coumo un ogre ; — coumo un mort-de- 
fam. — Chapa à riflo-bentre coumo un chabal descoufat. 

BouLATGB. — Boulatge coumo lou parpalhol. 

PER TRUFARIÈ : 

BoTJLEGA. — Se boulega ou se remena coumo un ase mort ; - 

coumo un souc; — coumo un buto-rodo. 
Boulet.— Round owredound coumo un boulet. — Parti coumo 

un boulet. — Trigoussa lou boulet coumo un galérien. 
BouLHENT. — Boulhent coumo de cairado. 
BoQLi. — Bouli coumo de caus qu'atudoun. 

SE dits: 

A lou mal dal moust, pot pas bouli sans s'escampa. 

BouLUR. — Boulur conmo uno agasso ; — coumo uno gato ; — 
coumo un Arabo ;— coumo un mouliniè. 

BouMBA. — Boumbà quaucun coumo un quèr. 

BouMERCAT. — Boumercat ou àboumercatcoumo de marchan- 
dise panade ; — coumo de bairat qu'enfaleno. 

BouMi. — Boumi ou goumi foc e flamo coumo uno gulo de 
boulcan; — coumo un alenadou d'infèr. 

BouNAS. — Bounas coumo la pasto. 

BouNET. — Triste coumo un bounet de nèit sans floc. 

Bourrât. — Bourrât coumo uno canardièro ; — coumo un 
canou ; — coumo un coula d'alaire. 

BouRRÈu. — Se fa paga d'abanço coumo un bourrèu. — Parât 
coumo un bourrèu en fèsto. 

PER TRUFARIÈ : 

Piètadous ou tendre coumo un bourrèu. 
BoussuT. — Boussut coumo Esopo ; — coumo un camèl. 
BouTiouLA. — Se boutioula coumo de pasto de bougneto ; — 

coumo de pescajous ; — coumo d'aigo de plèjo. 
Brabe — Brabe coumo un sôu ; — coumo un ange dal Cèl; — 

coumo un sant Jan-Baptisto ; — coumo un sant Jousèp : i 

manco que lou liri. 
Brama. — Brama ou gula caumo un sanaire; — coumo un 

brau ; - coumo un budèl qu'a perdut sa maire ; — coumo 

un biôu enraumassat ; — coumo un ase en plen mercat ou 



116 OOMPARAISONS POPULAIRES 

que Ton meno paisse. — Bramo coumo se lou sannaboun. 

SE dits: 

Bram d*ase mountb pas al cèl. 
Branda. — Branda ou se remena pas mai qu'un code ou qu'un 

banc. 
Branda. — Branda ou flamba coumo un foc bataliè ou carra- 

Ihè ; — coumo un fougairou ; — coumo un boulcan qu'es- 

coupits ; — coumo un foc de Sant-Jan. 
Brandi.— Brandi coumo uno barbo debièl. — Brandi quaucun 

coumo un pruniè ; — coumo un sac de quitanços. 
Brandoulha. — Brandoulha coumo la sounalho al col d'un 

marra ou d'uno eguetado ; — coumo un clâpou de mou- 

liniè ; — coumo las cimboulos d'uno couple espagnole. 
Branquilhut. — Branquilhut coumo uno armadouiro ou 

paissèl de moungetos; — coumo un aubre abandounat. 
Braso. — Salât coumo la braso ; — caud coumo la braso. — 

Es passât coumo poul sus braso. — T'i cal passa, moun 

brabe, coumo un gat perla braso. 
Brasseja. — Brasseja coumo un aboucat ; — coumo un predi- 

caire ou predicatou ; — coumo un courdouniè ; — coumo 

dos peissounièros en countèsto ; — coumo un moull de 

bent ; — coumo un telegrafo'à tourre ; — coumo un paure 

ome que sèrco soun ase ; — coumo un perdut; — coumo 

un ome que se nègo. 
Brasses. — De brasses grosses coumo de rasouiros; — re- 

douns coumo de bistourtiès ; — petits coumo de flabutos 

à sièis traucs ou coumo de fuses ; — mouflets coumo de 

coutou; — carnuts coumo de pèchos ; — penjants coumo 

de balanciès. 
Bresilha. — Bresilha coumo la lauseto à Falbo dal mati. 
Bressairolo. — E canto-cantaras coumo uno bressairolo. 
Bretoun. — Testut coumo un Bretoun. — Fa coumo lou Ere- 

toun, que menace quand a tustat. 
Bretouneja. — Bretouneja coumo un machegaire d'estoupos ; 

— coumo un manjo-fabos. 
Brigoulos. — Poussa à bisto d'ôl coumo las brigoulos. — 

Proucèdo d'el soûl coumo las brigoulos. 
Brilha. — Brilha coumo l'argent; — coumo un mirai; — 



COMPARAISONS POPULAIRES 117 

coumo un lum ; ~ coumo un soulel d'estiu; — coumo lous 
sept bourdons. 

PER TRUFARIÈ: 

Brilhant coumo un estroun dins uno lantèrno ou calelho. 

SE DITS : 

Tout ço que brilho es pas d'or. 
Brounzi. — Brounzi coumo un cop de froundo. 
Brounzina. — Brounzina coumo un mouscalhou ; — coumo un 

sèrco-pistolos ; — coumo un nisal d'abelhos. 
Brousesc. — Brousesc coumo de pego rousino; — coumo un 

bastou de ciro roujo. 
Brullant. — Brullant coumo un amour ; — coumo uno embejo 

de mounjo. 
Brullo. -— Brullo coumo d'espic ; — coumo de palho ; — 

coumo un luquet; — coumo d'esco; — coumo de papiè; 

— coumo un argelat ; — coumo de pelhenc ; — coumo de 
coupèus. 

BuFA. — Bufa coumo un bufet de forjo ; — coumo un ourgan; 

— coumo un bent de cèrs ; — coumo lou dius de las em- 
baissos; — coumo Tange dal jutjomen darniè; — coumo 
un auc ; — coumo un assèrp ; — coumo un chabal bufèc. 

BuRiDAN. — Es coumo l'ase de Buridan : sap pas qun partit 
prene. 

BuRRE. — Se found coumo de burre al soulel; — tendre coumo 
de burre fresc. — Lou coutèl s'i planto coumo dins de 
burre. —La terro se focho coumo de burre. 



I sara per soun burre : per sas penos. — En parlant d'un 
bièlhou fresque t: Es encaro en tout soun burre. 

A. MiR. 
(A suivre.) 



TECHNOLOGIE BOTANIQUE 

{Suite) 



Eclaire, chélidoine.— Trois exemples dans Littré, mais au- 
cun avec Torthographe esclere, 

Chelidonia nostris vulgariter Schelkraut. — GalL, chéli- 
doine ou esclere. P. 796. 

Cf. gallitricum == sclarée {?). Ap. L. Delisle, op. cit., p. 12. 

Ellébore noir, blanc. — Littré ne cite pas d'exemple de ces 
deux locutions. 

NigrumveratrumlinguanostraschwartzNiesswurtz, Vrang- 
kraut, Christwurtz dicitur. — Gall., ellébore noir ; ital., elle- 
boro nero, alterum Niesswurtz aut Pronstelkraut ; gall., elle- 
bore blanc ; ital., elleboro biancho. P. 443. 

Epurge, nom. vulgaire de Veuphorbia lathyris. — Littré' n'en 
cite pas d'exemple. 

Lathyris. — Germ., Springkraut, Springkoerner, Treib- 
koerner et aliis quibusdam Speikraut ac Scheisskraut, quia 
folia paucissima gustatu vomitum et alvum magna vi deji- 
ciunt; gall., espurge ; ital., cataputia minore. P. 251. 

Etrangle - léopard, espèce d'aconit. — N'est pas dans Lit- 
tré. 

Pardalianche.— Germ., vocatur Dollwurtz ; gall., est7'angle 
léopard ; ital., aconito pardalianche. P. 524. 

Etranglb-/om/), un des noms vulgaires du paris quadrifolia. 
— Littré n'en cite aucun exemple. 

Lycoctonon Wolffswurtz.— Gall., madriettes, estr angle loup; 
ital., aconito licoctono. 

EuPATOiRE bâtard. — Littré ne parle que de Veupaioire pro- 
prement dit. 

Eupatorium verum Odermenig. — Gall., agremoine ; ital., 
agrimonia, adulterinumKuenigundtkraut, Colonise Quastkraut; 
gall., eupatoire bastard; \i^\. y ^SQwdiO eupatorio. P. 337. 

EuFRAiSE, eupkrasia officinalis. — Littré n'en cite qu'un 
exemple. 



TBCHNOLOaiB BOTANIQUE 119 

Euphrasia nostri Augentrost. — GalL, euphraùe; ital., eu- 
fragia. P. 500. 

Fene-grec, fenu grec. — Littré ne cite que fenu-grec* 
Fœnum graecum vulgo Fenugreck et Bockshorn — Gall , 
senegré ou Fenegrec ;iiei\.^ fenogreco. P. î^78. 

Feu ardent, un des noms vulgaires de la brjone. — Littré 
cite cette locution sans j joindre d'exemple. 

Bryonam vocant. — Germ., Stickwurtz et Hundtskûrbs ; 
gall., couleuvres (1. couleuvrée) ou feu ardant. — P. 758. 

Fiel de terre, centaurée. — Littré cite cette locution, mais 
sans y joindre d'exemple. 

Germ., Klein Tausentgulden dicitur; gall., centaures (1. 
centaurée), ou fiel de terre ; ital., centaurea minore ô bion- 
della; hispan.,fiel de tierra. P. 32. 

Fleur cTaîVam y fleur de cuivre. — Cette locution est tombée 
en désuétude, puisque Littré ne la cite pas. 

Chalcanthon Graecivocant. — German.,Kupfferbraun; galL, 
la fleur d'airain; ital., flore del rame. P. 77L 

Fraisier. — Littré n'en cite pas d'exemple ancien. 
Fragaria. — Germ., Erdtbesien sive Erdtbeer ; gall., /rae- 
^ier ; ital., fragaria. P. 258. 

Framboisier. — Un seul exemple dans Littré. 
Rubusidaeus. — Germ., Hjmbern.; gall., /ra/w^ome^v ital., 
rovo terregno ô ampomola. P. 259. 

Fumeterre. ~ Un seul exemple dans Littré. 

Fumus terrse yulgariter nostris Duuenkcrifel, quasi colum- 
barum cerefolium^ aliis Erdtranch. — Gall., fumeterre ou pied 
de geline. P. 339. 

Gagate {pierre), jais. — Forme non indiquée par Littré. 
Comme on le voit, c'est le décalque du lat. gagates et du grec 

Nostr. Gittenstein, alii schwartzer Agatstein. — Gall., pierre 
gagate. P. 128. 

Cette fois, c'est la forme populaire qui l'a emporté sur la 
forme savante. 



120 TECHNOLOGIE BOTANIQUE 

Genêt petit. — Locution non indiquée par Littré. 
Genistella. — Germ., Klein Pfrimmen oder Stechend Pfrim- 
men; gall., genêt petit; ital., genestra minore acuta. P. 678. 

Genicultèrb, sceau de Salomon. — N'est pas dans Littré. 

Poljgonatum. — Germ., Weisswurtz, quasi alba radix, 
nostr. Frawen sigel ; gall., signet de Salomon ou geniculière ; 
ital., frascinella 6 ginocchietto. P. 254. 

Gentiane. — Un seul exemple dans Littré. 
Gentiana. — Germ., Gentian et Entzian; gall., gentiane; 
ital., gentiana. P. 177. 

Germandrêe bâtarde, — Locution non indiquée par Littré. 
Teucrium. — Germ., gros Bathengel ; gall., germandrêe 
bastarde; ital., teucrio. P. 62. 

Giroflée. — Un seul exemple ancien (XVP siècle) dans 
Littré. 

Leucoia proprie albas violas significant. — Germ., geel 
Violen; g&l\,y gi/roflées ou violes jaunes; ital., viole gialle. 
P. 669. 

Gletteron, espèce de bardane. — Littré en cite un exem- 
ple emprunté à Olivier de Serres dans l'article Bardane. 

Lappa major et minor, gros Kletten ac klein Kletten, 
germ.'j gletteron gt^and et petit, gall. P. 823. 

Au XIP siècle, amers fuez = glis, lappa vel bardana, ap. 
L. Delisle, op cit. 

Goutte de lin, la cuscute. — Littré le cite sans exemple. 
Cuscuta. — Germ., Flassfeernet Flachssseiden (s2c); gall., 
goutte de lin ou agoure de lin. P. 328. 

Grâce Dieu, herba gratia Dei. — N'est pas dans Littré. 
Germ.,Gots genad; gsilL, grâce Dieu; ital., gratiola, gratia 
Dei et stanca cavallo. P. 625, 626. 

Grassette, plante aquatique. — Pas d'exemple dans Littré. 

Crassula major. — Gall., grassette, chicotrin, tel ephion blanc. 
P. 802. 

Grateron. — Un seul exemple dans Littré. 

Germ., Klebkraut; gall., rieble ou grateron; ital., aparine 
ô speronella. P. 808. 



TECHNOLOGIE BOTANIQUE 121 

Grattoire, espèce de râpe. — Pas cVexemple de ce mot 
dans Littré, qui ne cite que la forme masculine. 

Agaricus aucem lamina tenui, in sublimi curvata, et fora- 
minibus multis aspera (germanice ein Riebeisin ; gall., wne 
grattoire) aut serra rapaci, fricando in scrobem non admodum 
tenuem agitatur. P. 406. 

Gremil. — Pas d'exemple dans Littré. 

Lithospermum materne sermone nostro Sonnenkorn. — 
Germ., Meerhirss; gall., gremil ou herbe aux perles. P. 196. 

D'après Ménage, qui cite une forme greml, ce mot devrait 
se rattacher à granum. Il arrive, en eifet, quelquefois que Ym 
se substitue à Vn, et réciproquement; cependant il me paraît 
plus sûr de rattacher ce mot à *griimiculurn, diminutif suppo- 
sable de grumus, petit tas de terre, lequel a d'un autre côté 
produit grumeau, par l'intermédiaire de *grumellus. De gremil 
vient le saintongeois gremillons, petits tas. « Cette bouillie est 
toute à gremillons, » 

Hanebane, jusquiame. — Un exemple dans Littré. 
TeutonicaBilsenkraut etDomdill,aliisBilsensamen. -Gall., 
jusquiame ou hanebane. P. 47. 

HÉMATITE ( pierre). — Littré en cite un exemple emprunté 
à Ambroise Paré, qui écrit « hœmatiste. » 

Germ., Blutstein; gsll,, pïerre hématite. P. 556. 

Herbe. — Voici les différentes locutions que donne notre 
auteur et où entre ce mot: herbe à jaunir, p. 678; herbe à 
foulon, p. 678; herbe au chat, p. 317; herbe aux ladres, p. 62; 
herbe aux perles, p. 196 ; herbe aux poulx, p. 820 ; herbe aux 
puces, p. 774; herbe de Vestoille, p. 255 ; herbe Robert,^. 620. 

Je reproduis les définitions seulement de celles qui ne figu- 
rent pas dans Littré : 

Herbe de l* étoile. — Germ., braum Sternkraut; gall., herbe 
de Vestoile, petit muguet, aspergoutte mineur. P. 255. 

Herbe à foulon. — Germ., Speichelwurtz et Sejffenkraut; 
gall., herbe d foulon. P. 678. 

Herbe aux ladres. — Germ., Ehr und preiss; gall., véroni- 
que ou herbe aux ladres . P . 62 . 

Herbe aux puces. — Psyllium. —Germ., Psjlienkraut et 

10 



122 TECHNOLOGIE BOTANIQUE 

Welscher Floehsamen ; gall., herbe à puces. P. 448. — Puli- 
caria. — Germ., Diirrwurtz ac Donderwurtz, aliis vero Floeh- 
kraut ; gall . , herbe aux puces . P . 774 . 

IvE. — Littré n'en cite pas d'exemple. 
Chamaepityôs. — Germ., ye lenger ye lieber ; gall. , ive ar- 
tetique ou ive muscate; ital., chamepitio ôiva. P. 122. 

Joubarbe petite feuille , — Locution non citée par Littré . 

Germ. , Mauxpfeffer, quasi Mûri piper ; gall. , pain d'oseau 
ou joubarbe petite feuille; ital., vermicularia, granellosa. 
P. 802. 

Langue de cerf, — Cité par Littré, mais sans exemple à 
l'appui. 

Scolopendria. — Germ., Hirtzzung [sic)\ gall., langue de 
cerf; ital., hemionite. P. 378. 

Lierre noir, — Locution non citée par Littré. 

Germ,, maur Ephew, oder Eppich, nostris Klim uff, quasi 
arbores, aut altos muros, turresque conscende; gall., lierre 
noir; ital., hedera nera. P. 617. 

Lupin. — Un seul exemple dans Littré qui soit antérieur au 
XVIP siècle. 

Lupini quibusdam nostrum Wickboenen, aliis Weiss Feig- 
bonem ; gall. , lupins; ital. , lupini. P. 551. 

Madriettes, étrangle-loup. — N'est pas dans Littré. 
Lycoctonon Wolffswurtz {sic). —Gall , madriettes, étrangle- 
joup. P. 524- 

Marjolaine bâtarde, — Littré cite cette locution sans l'ap- 
puyer d'exemples . 

Origanum persicum. — Germ., Wolgemuot, nostris wilder 
maioran ; gall . , marjolaine bastarde ou origan ; ital . , origano . 
P. 139. 

Marone, marjolaine. — N'est pas dans Littré. 
Nostris maioran. — Gall., marjolaine ou marone; ital., 
maiorana et persa. P. 230. 

Marrubin, marrube et marrubiastre . — N'est pas dans 
Littré . 



TECHNOLOGIE BOTANIQUE m 

Marrubiastrumvulgo schwartzer Andorn.— Gall., marrubin 
noir; ital., marrobio nero ô bastardo. P. 186. — Marrubium. 
— Germ., veisser Andorn; gall., marrubin; ital., marrobio. 
P. 187. 

Matricaire. — Un seul exemple dans Littré . 
Mutterkraut. — HolL, Maertel; gall., espergoute ou be- 
noiste ou matricaire ; lidl . , marellaô matricaria. P. 303. 

Mauve de jardin. —Locution non signalée par Littré. 
Sativa malva vulgo Roemsche Pappeln; gall., maulve de 
/ûrrfm; ital., mal va coltivata. P. 274. 

MÉLiLOT. — Un seul exemple dans Littré. 

Hollandieis Malloet, Coloniensibus Amloot; Germania supe- 
riori Wildenklee; gall.,rfw we'/?*/©^; ital., meliloto, ghirlandetta 
di campagna. P. 640. 

Mélisse. — Pas d'exemple à Tappui dans Littré. 
Melissa. — Germ., Melissen et Mutterkraut; gall., m^/me; 
ital., apiastro, cedronella, melissa. P. 805. 

Menthe domestique, menthe cultivée. — Littré ne donne que 
la seconde de ces deux locutions. 

Mentha hortensis rubra sine crispa. — Germ., Krauss 
Muntz ac rote Miintz ; gall., menthe domestique. P. 350. 

MÉON ouméum. —Littré ne cite pas d'exemple à Tappui. 
Meu vulgo. —Germ., Beerwurtz; gall., meon; ital., meo. 
P. 50. 

MiLiM' feuille. — Un seul exemple dans Littré. 

Millefolium nostrate lingua garben et schaafgarben, Hol- 
landica vero geruw et dusentblat. — Gall., mille- feuille » 
P. 683. 

MoRELLE marine, mortelle, — Littré ne donne ni Tune ni 
Tajutre de ces deux locutions. 

Solanum marinum. — Germ. , Dolkraut ; gall. , morelle /wa- 
rme;ital.,solatro marino ô somnifero. P. 526. — Solatrum 
mortale . — Germ. , Rauchœpffelkraut ; gall. , morelle mortelle, 
ital., solatro furioso ô stramonia. P. 526, 

Mort au chien. — Pas d'exemple dans Littré. 
Golchicum.— Germ., Pfaffenhoden, zeitloss herbst bluomen, 



124 TEOHNOLOGIB BOTANIQUE 

wild saffran bluomen; galL, mort au chien ou chiennée . 
P. 308. 

MuGi'ET (petit), — Cette locution n'est pas dans Littré. 

Diversse ab astere attico sive ingainali^ quam saepe contem- 
platus sum in horto D. Echtii. — Germanice, braun Stern- 
kraut; gallice, herbe de Festoile, petit muguet, aspergoutte 
mineur; italice, Stella d'Athene, aster attico porporeo, o ru- 
bonio et inguinale. P. 255. 

Muscade {ive). —Littré n'indique pas cette locution. 
V. plus haut ive. 

Myrte sauvage. — Deux exemples dans Littré, tirés d'Oli- 
vier de Serres, qui emploie comme ici la forme mur te, 

Ruscum. — Grermani, Meussdorn, quasi mûris spinam di- 
cunt; gall.jbrusco (1. brusc), ou murte sauvage ; ital., pongi 
topi ô rusco. P. 288. 

Napolier, grateron. — N'est pas dans Littré. 
Germani,Pestilentzwurtzel nuncupant; italiaî adhuc ignota 
vidotur ; gall., espèce de napolier. P. 824. 

Nard celtique. — Littré n'en cite qu'un exemple. 
Nardus vulgari idiomate Magdalenenkraut nuncupatur; 
gall., nard celtique ; ital., nardo celtico ô gallico. P. 59. 

Naron, nard sauvage (pour nardon?). — N'est pas dans 
Littré, qui ne donne que nard et nardet. 

Asarum. — Germ., Haselwurtz et Vuildernardus ; gall., 
naron. P. 28. 

Nasitort. — Littré n'en cite pas d'exemple. 

Nasturtium sativum. — Germ., Gartenkresz; gall., cresson 
de jardin ou nasitort; ital., agretto degli horti. Nasturtium 
sylvestre ; germ., Welchsamen; gall., cresson sauvage. P. 78. 

Nasitort sauvage, passerage. — Locution non signalée par 
Littré. 

Germ», Pfefferkraut; gall., passerage et nasitort sauvage ; 
ital., lepidio. P. 138. 

Navet sauvage. — Locution non indiquée par Littré. 
Napus sjlvester.— Germ., nass Steckrueben; galL, navet 
sauvage. P. 56. 



TECHNOLOGIE BOTANIQUE 125 

NÉNUPHAR blanc et Jaune. — Littré ne donné pas d'exemple 
de ces locutions. 

Grerm.,weiss oder geel Seebluomen, aliis Wasserrosen ; 
holland., Pompen et Plompbloemen ; gall., nénuphar blanc et 
Jaune ^ P. 724. 

Œil de bœuf, sorte de camomille. — Littré ne donne pas 
d'exemple à Fappui. 

Germ., Rindsaug et Kabssaug; gall., œil de bœuf ;iia\.^ 
occhiodi bue. P. 668. 

Oignon marin . — Littré n'indique pas cette locution . 
Squilla. — Germ., Meerzwibel, vel Meusszwibel(5z*t*); gall., 
stipoule, charpentaire et oignon marin. P. 840. 

Ortie romaine, — Pas d'exemple de cette locution dans 
Littré. 

Urtica romana. — Gall . , wr^zô (1 . ortie) romaine , P. 215. 

Orv AILLE et orvale, — Littré ne cite que la seconde forme, 
et sans l'appuyer d'exemples. 

Hanc Leonhartus Fuclisius, et ante eum Ruellius, hormi- 
num sylvestre secernunt, velut sativum, eam herbam quam 
Romani geminalem dieunt, ac officinae'nostrae galetricum, vul- 
gus Scharlach et Scherley . — Gall. , orvaille ; ital., scarleggia. 
P. 736. — Gallitricum, vilis et hortensis vinoso odore planta. 
— ^ Germ., Scharlach, nostris Scerley; gall , orvale, toute 
bonne; ital., sclarea, scarleggia, matrisalvia, herba di san 
Giovanni. P. 319. 

Oseille de Tours. — Locution non indiquée par Littré. 
V. plus haut Bon Henri. 

Pain d'oiseau, — Locution non indiquée par Littré. 

Tertium genus sedi quod aliqui portulacam sylvestrem aut 
telephium vocaverunt, Romani illecebram, quidam vermicula- 
rem, nam vermiculi instar, ad terram volvitur, vulgus Maurp- 
fefTer, quasi mûri piper. — Gall., pain d'oiseau ou joubarbe 
petite feuille ; ital., vermicularia, granellosa. P. 802. 

Pain de pourceau, — Locution indiquée par Littré, mais 
sans exemple à l'appui . 



i 



126 TECHNOLOGIE BOTANIQUE 

Hanc igitur plantam jure porcinum panem appello, dis- 
cretam a cjclamino, quam germanice vulgus Sewbrot; gall., 
pain de pourceau; ital., pan porcino, P. 779. 

Paisture de chameaux, (j^oïvoç ^(îuoo-poç, jonc odorant owan- 
dropogon schénanthe. — Locution non indiquée par Littré. 

Schœnu anthos nostra appellatione camelen stro, hoc 

est camelorum stramen; gall., paisture de chameaux; ital., 
giunco odorato . P. 45. 

Panais sauvage. — Littré n'en cite qu'un exemple ancien, 
avec Torthographe panax, 

Germ. , Vogelnest; gall., carotte sauvage ou panet sauvage; 
ital., dauco. P. 81, 

Littré donne de ce mot une étjmologie qui me paraît inad- 
missible. (( Wallon, pandh ; du lat. panacem; grec, Trava? et 
îrâvaxeç , qui vient de Tràç, tout, et àV.oç, remède, parce qu'on 
lui attribuait toute sorte de vertus. » On doit observer d'abord 
que pànàcem aurait formé pance, et en second lieu que panax 
désignait, en dehors de la plante imaginaire qui guérissait 
toutes les maladies, la livèche (ligusticum sylvestre) et une 
espèce d'origan (cunilabubula), et non le panais. D'un autre 
côté, il faut tenir compte de ce fait que dans certains parlera 
populaires, au moins dans celui de la Saintonge, on prononce 
panais, ce qui suppose une s étymologique tombée de la pro- 
nonciation, et plus tard de l'orthographe. Enfin, si nous rap- 
prochons de panais ou pânaie {aie et ais sont tout un dans la 
prononciation) l'équivalent latin pastinaca, nous remarquerons 
que, sauf la différence de genre, il n'y a plus de difficultés, 
et qu'en le dérivant du mot latin on rend compte en même 
temps des formes patenaille (carotte, en patois de Genève) et 
pastenailles (ap. Olivier de Serres), citées par Littré au mot 
Pasienade : pastenaille = "pastinacula, et pânaie = v. fr. pasnaie, 
pasnage, lat. pastinaca. 

A ciaus ne cont rien naie, naie ; 

Car une truie une pasnaie 

Aime assez miex qu'un marc d'argent. 

(Gautier de Coins y, col. 632, v. 42.) 

Hec pastinaca. ^ Pa^wa^e (lisez pasnage,) — Ap. P. Meyer, 
p. 23. 



TECHNOLOGIE BOTANIQUE 127 

Quant à pastenade, qui a le même sens que pastinaca, je 
n'hésiterais pas non plus à l'en faire dériver, malgré le d de 
la dernière syllabe. J'y verrais une forme méridionale repro- 
duite ainsi par les Français du Nord : i° parce que, le plus sou- 
vent, les noms féminins empruntés au Midi sont en efiet ter- 
minés en ade: salade, croisade, etc. . .; 2° parce que le d et le 
g (non chuintant) tendent à se confondre dans leur bouche, cf. 
étu^wié = étuflfié (Saintonge, Berry, paysans de Molière). La 
filiation serait donc pastinaca, prov. pastenaga, *prov. fr. pas- 
tenague, fr. pastenade. 

Pour en revenir à panais, je ferai observer que la diver- 
gence des trois orthographes joawaa? (Ambroise Paré), panet et 
panais, prouve seulement qu'on avait perdu tout souvenir 
de la filiation étymologique. J'ajouterai aussi que l'exemple 
emprunté à Ambroise Paré par Littré peut ne- pas convenir à 
panais, car il n'y a pas de raison pour ne pas voir dans ce 
mot ainsi orthographié la transcription pure et simple du 
latin panax, désignant, d'après Pline, le ligmticum sylvestre. 
Dès lors, le rapprochement entre panax et panais perdrait sa 
base principale , 

L'orthographe panet, panais, est si peu sûre, que Ruellins, 
ayant à citer ce mot dans deux passages différe'nts, p. 697 et 
p . 715, l'écrit panaia, ce qui suppose évidemment la forme 
populaire panaie. Nouvel indice en faveur de l'explication que 
je propose. 

Panic. —Littré n'en donne pas d'exemple. 
Panicum. — Germ., Fuchssschwantz(szc), Fench; — gall., 
panic; ital., panico et panizzo. P. 864. 

Panicaut. — Littré, pas d'exemple. 

Eryngium. — Germ., Mansstrew, nostris Kruys distel et 
wurtzelen sonder end; gall., panicaut ou chardon à cent 
testes; ital., iringo. P. 62.— Id., p. 255. 

Parelle — Littré n'en donne qu'un exemple. 

Lapathum. — Germ., Mengelwurtz et Grindtwurtz; holl., 
Lakenblaen; gall., de la patience ou de la parelle, P. 524. 

Aux formes wallonnes porâle, porêle, citées par Littré, on 
peut joindre la forme saintongeaise parielle. 



Î2S TECHNOLOGIE BOTANIQUE 

Pastinadb. — Litiré ne cite des exemples que de la forme 
pastenade . 

Germ.,Pinsternaken et Pastinaken ; galL, pastinades ; ital., 
pastinache. P. 79. 

Voir plus haut panais . 

FAV^E'Dîeu, — Non indiqué par Littré. 

Graecis xr/.t etxpoTwv, officinis palma Christi. — Germ., Wun- 
derbaum, nostr. Mollenkraut, quoniam cum in hortis seritup, 
talpas fugare vulgo asseritur; gall., paulme-Dieu ; ital., gi- 
rasole, fagioulo romano. P. 251. 

Percele, bluet. — N'est pas dans Littré. 
Vulgo Blaw Rocken sive Kornbluemen. — Galh, blaveole, 
aubifoin, bluet ou percele, P. 499. 

Perfoliate. —N'est pas dans Littré. 

Cymbalariam vel cymbalarem herbam. Perfoliatam 

censuit omnino appellandam, germaniaG superioris populi 
vernacula lingua Durchwachs .i. percrescens, et Stopffsloch, 
id est occludens foramen dicunt.- Gall., perfoliate. P. 824. 

Persil de Veau. — Cette locution n'est pas dans Littré, qui 
donne seulement l'équivalent « persil des marais. ») 

Petroselinum palustre. — Germ. , wasser Eppich, alii merck ; 
gall., ache ou persil de Veau. P. 40. 

PfiucEDANE, peucédan. — Littré ne cite ([uq peucédariy sans 
exemple à l'appui. 

Fœniculumporcinum. — Germ., Harstrang et Sewfenchel ; 
gall . , /jewcerfawe ou queue de pourceau. P. 214. 

Phaséoles épineuses . — Qeiie locution n'est pas dans Littré 

Germ., Gross stechend wind;gall., phaséoles espineuses 
ital., hedera spinosa 6 rovo cervino. P. 316. 

Pied d'Alexandre, pyrèthre. — N'est pas dans Littré. 

Sternutamentariam plerique rectissime vocant ex re ipsa, 
vulgo Bertran et Zankraut ; gall., pyrèthre ou pied d' Alexan- 
drie, ital. , pyrethro. P. 111. 

Pied de colomh, la seconde des six espèces de géranium, 
d'après Fuchs. —Cette locution n'est pas dans Littré. 



TBCHNOLOaiB BOTANIQUE 120 

Alteram [speciem geranii] Daubenfuoss, columbinum pedem ; 
gall., piedde colomb ; itail., pie colombino. P. 626. 

Pied de colomb menuy la quatrième des six espèces de géra- 
nium, d'après Fuchs. — Littré n'a pas cité cette location. 

Quartam [speciem geranii] Kranichhals, quasi gruum col- 
lum. — Gall., pied de colomb menu, P. 626. 

Pied de geline, nom de plante. — Littré cite « pied de gé- 
line » seulement à l'exemple, mais avec une signification toute 
différente . 

Fumus terrse vulgariter nostris Duuenkerffel, quasi colum- 
barum cerefolium, aliis Erdt ranch, duplici ssepeflorum facie, 
nunc subalbida nunc purpurascente. — Gall., fumeterre ou 
pied de geline; ital., fumaria. P. 339. 

Pied de veau, arum vulgaire. — Littré n'en cite pas d'exem- 
ple. 
V. plus haut cicotrico, 

PiMPiNELLE petite y PiMPiNELLE grande^ — Littré ne cite que 
la première locution. 

Masculam herbam pimpinel . — Gall . , pimpinelle grande; ital . , 
pimpinella maggiore, Alteram bevenel ; gall., pimpinelle pe- 
tite; ital., solle astrella. P. 624. 

PiYOESNE. — Littré ne cite que les formes pyone et pivoine, 
Pœonia patrio nonine dicitur Peonien. — • Gall, pivoesne ; 
ital., peonia. P. 61. 

Plantain grand, petit, aquatique ou de marais. — Littré ne 
cite pas les deux premières locutions et ne donne pas d'exem- 
ple pour la troisième . 

Officinis simpliciter plantage. — Germ., Roter, Colonien- 
sibus Breyter Wegerich ac Wegebrett; galL, grand plantain. 
P. 558. — Plantage minor, Grsecis pentaneuros. — Germ., 
Spitziger Wegerich, nostris Fiinfribb et Hundtszung; gall., 
plantain petit, /ôîû?. — Plantage, aquatica. — -Germ., Wasser 
Wegerich ; gall . , plantain aquatic ou de maretz . P . 559. 

Pois gris, — Pas d'exemple de cette locution dans Littré . 

Tertium pisorum genus faciem edit fuscam sive cinericiam. 
Nostro sermone graw Erbsen nuncupantur; gall., des pois 
gris. P. 35, 



130 TEOHNOLOaiE BOTANIQUE 

PoiVRETTE, nom vulgaire de la nigelle commune . — Littré 
n'en cite pas d'exemple. 

Nigella vernaculo sermone Schwartz nardus samen. — Germ. , 
vero Schwartz Rumich; gall., poyvrette et nielle ; ital., gith ô 
nigella. P. 33. 

PoLYPODB. — Littré en cite un seul exemple. 
Polypodium. — Germ . , Bàumfarn aut Eichfarn, vel Dropff- 
wurtz; gall,, du polipode, P. 329, 

PoLYTRic. — Littré en cite un seul exemple, extrait comme 
le suivant d'une compilation botanique également du XVP siè- 
cle. 

Trichomane seu fidicula. — Germ., Weiss frawen har ; gall., 
politrich; ital.j politricho. P. 319. 

PoNCEAU, coquelicot. — Littré n'en cite qu'un exemple, em- 
prunté à Ronsard. 

Papaver rubrum. — Germ., Kornrosen et Klapperrosen ; 
gall . , coqueliquot ou espèce de ponceau. P. 353. 

FoBREW gros ou têtu; Forkëav petit ou sectil. —Littré n'in- 
dique aucune de ces locutions. 

Alterum. — Germ., Lauch;gall., porreau gros ou testu; 
ital., porro capitato. Alterum Schnittlauch, nostr. Biestloech ; 
gall., porreau petit ou seetil (\. sectil); ital., porra piccrolo 
(sic) ô sectivo. P. 489. 

PouLiOT sauvage, — Locution non indiquée par Littré. 
Nostri calamintham Kornmiintz vocant. — Gall., calament 
et poliot sauvage ; ital., calamento ô vero nipotella. P. 157. 

Pyrethrb. — Littré cite un seul exemple de cette forme, 
extrait d'O. de Serres. 

Pyrethrum. — Germ.,Bertram, aliis Zandtwurtzel, quoniam 
frequentissimus earem usus vulgo est in dentium cruciatibus; 
galL^pyrethre. P. 774. 

V. plus haut pied d'Alexandre, 

Queue de cheval, prêle des marais. — Littré en cite un seul 
exemple. 

Grecis hippuris, latinis salix, sive herba equinalis in infe- 



TBCHNOLO0IQ BOTANIQUE 131 

riore Germania Peerden start, i superior Rossschwants {sic) ; 
gall., queue de cheval. P. 682. 

Queue de pourceau, peucédan. —Locution non citée par 
liittré. 

Fœniculum "porcinum. — Germ. , Harstrang et Sewfenchel ; 
gall., peucedane ou queue de pourceau. P. 214. 

QuiNTEPfîuiLLB. — Un seul exemple dans Littré. 
Pentaphyllon. — Germ.,Fiinffblat; gall., quintefeuille ; itaL, 
cirquefoglio. P. 195. 

Raifort, commun, sauvage. — Littré, au lieu de la locution 
« raifort commun », donne « raifort cultivé. » 

Raphanus. — Germ., Radys sive Rettich; gall., rave ou 
refort commun, P. 71. 

Radix piperis. — Germ., Pfèffer wurtzeln et Merrhettich; 
gall., raifort sauvage , P. 72. 

A Angoulême, on ne dit pas « des raiforts », mais « des ri- 
fôs. » 

RÉGLISSE. —Aux nombreuses formes citées par Littré join- 
dre la suivante, qui tient le milieu entre le provençal regalicia 
et le genevois-berrichon arguelisse. 

Dulcis radicula. Batavi verbum verbo reddehtes Suethout, 
quasi dulce lignum, Brabanti Kalissenhout, Colonienses Kla- 
ritz pronunciant. — Gall., regalisse. P. 98. 

Reponchon, raiponce. N'est pas dans Littré. 

Vulgus rapunculum, quasi rapum parvum nominat. — Germ. , 
Rapuntzelen; gall., reponces ou reponchon; ital., raponzeli. 
P. 57, 

RiÈBLE. — Littré en donne un seul exemple, extrait de Cot- 
grave. 

Germ., Klebkraut; gall., rtebk ou grateron; ital., aparine 
ô speronella. P. 806. 

Riz . — Littré n'en cite pas d'exemple antérieur au XVIIP 
siècle. 
Orjza Reiss. — Gall.,.rfu m; ital., riso. P. 864. 

Rompt-pierre. — Littré n'en cite pas d'exefnple. 



132 TECHNOLOGIE BOTANIQUE 

Saxifraga vulgo Steinbrech. — Gall., romptpierre, P. 58. 
Maurrauten, quasi dicasrutam(s2c)murariam.— Gàll., rom/?e- 
pierre. P. 197. 

Roquette. — Un seul exemple dans Littré. 
Rucula. — Germ., Rancken ; gall. , roquette ; ital., ruche tta 
et rucola. P. 78. 

Rosier d'Inde, giroflier. — Cette locution n'est pas dans Lit- 
tré. 
V. plus haut armoise. 

Salette, oseille. — N'est pas dans Littré. 

Quartum genus lapathi. — Germ., Sawrampffer, nostris Zii- 
ring;gall.,ozeille, vinette, salette. F.Sôi.— Sallette. P. 525. 

Saligot, Tun des noms vulgaires du trapa natans. — Littré 
n'en cite pas d'exemple. 

Lacunosus tribulus. — Germ., Wassermuss; gall., chas-- 
taigne de rivière, ou trufîes, ou saligos; ital., tribolo aqua- 
tico. P. 759. 

Saltjcillb, un des noms du cerfeuil. — N'est pas dans 
Littré . 

Chserefolium nostris Kerffel et Kerbelkraut pronunciatur. 
— Gall., cerfeuil ou salucille; ital., cerofoglio. P. 339. 

Sanguinaire [racine)^ sanguinaire, la sixième espèce de gé- 
ranium, d'après Fuchs. — Littré ne donne que l'adjectif pris 
substantivement, sans y joindre d'exemple. 

Sexta Blutwurtz, id est sanguinariaradix; gall., racine san- 
guinaire. P. 626, 

Sarriette de jardin, satureia hortensis. — Littré ne cite 
pas cette locution. 

Per hanc autores peculiari nomine satureiam, ac sativam 
cunilam significant, vulgariterKiechend Kiind, Sedeney, aut 
Garten Ysop. — Gall., savorrei ou sarriette de jardin, ital. , 
coniella, savoreggiaet peverella. P. 164. 

Rapprocher de sarree = satureia timbra, ap. L. Delisle 
(Note sur un ms. de Tours renfermant des gloses françaises 
du XIP siècle). 

Sative [roquette). — Littré n'en cite pas d'exemple. 



TECHNOLOGIE BOTANIQUE 133 

Sinapi album teutonice apud nos Weisser Senff et Mostart 
Semen. — Gall., roquette sative, P. 78. 

Satyrion mâle à large feuille, Satyrion mâle à feuille 
étroite, — Littré ne fait pas la même distinction et ne cite pas 
d'exemple de ce mot. 

Vulgo Knabenkraut, hoc est masculi herba, et Mannen- 
krafft, virorum vis, et Pfaffenpint, quasi sacerdotum pénis 
efïertur. ■— Gall. , satyrium masie à large feuille ou couillon de 
chien ; ital., satyrio maschio ô testicolo di cane. P. 70. 

Orchis quam Fuchsius marem angustifolium. — Germ., 
Schmal Knabenkraut menle, appellant; gall., satyrium masle 
à feuille estroicte. P. 70. 

Savinier, un des noms vulgaires de la Sabine. — Littro 
n'en cite qu'un exemple. 

Savina. — Germ., lingua Sevenbaum ; gaW.ySaviriier; ital., 
savina. P. 306. 

Savorrei, sarriette.— N'est pas dans Littré, qui cite seule- 
ment « savouret, — Gros os de bœuf ou de porc salé qu'on 
met dans le pot pour donner du goût au bouillon.)) 

V. ci- dessus sarriette. 

Saxifrage. Littré n'en cite qu'un exemple. 
Saxifraga alba. — Germ., Weisz Steinbrech; gall.,5aj:/- 
frage ou espèce de bassinet blanc. P. 197. 

Stinci (?), espèce de poisson, épinoche(?), tanche (?). — 
Pas d'exemple dans Littré. 

Scinci. — Germ., wasser Edechsen ; gall. et ital., stinci (sic), 
P. 77. 

Fausse indication? Cf. ap. L. Delisle, op. dt . , stingus = 
stangcunne, id est piscis incitans venerem. V. Du Cange, stincius 
et sticus. 

Scordion. — Littré n'en donne qu'un exemple . 
Genuinum scordium. —Germ., Wasserbatenig ; gall., cha- 
mara ou germandree d'eau ou scordion. P. 100. 

Séneçon. — Littré n'en cite qu'un exemple. 
Senatio. — Germ., Creuztwurtz; galL, senesson; ital., 
cardoncello. P. 38. 



13 < TECHMOLOaiE BOTANIQUE 

Rapprocher de senechiunz = senetion, id est carda bene- 
dictus, ap. L. Delisle (Note sur un ms. de Tours renfermant 
des glosses françaises du XII« siècle). 

Senevb large sauvage, Sénevé étroit sauvage, — Cette dis- 
tinction n'est pas dans Littré. 

Primum genus thlaspi. — Germ . , Bauren Senff ; gall. , le sé- 
nevé sauvage ou thlaspi aux larges feuilles: . . • Alterum Besem* 
kraut. — Gall., Vestroit sénevé sauvage ou thlaspi aux feuilles 
larges. P. 121. 

Sbnbgré, fenugrec. — Littré n'en cite pas d'exemple. 
Fenu grœcum vulgo Fenugreck et Bockshorn. — Gall., se- 
negré (sic) ou fenegrec ; ital., ôenogreco. P. 278. 

Sermontain, livèche. — Ital., siler montano. 

Nostri appellationem corruperunt siseleos et siler monta- 
num pro seseli dictitantes. — Germ . , vuilder Komyn oder 
Kujm, alii Hirtzvurtz ;gall., sermontain; ital., silermontano. 
P. 56. 

Très-forte contraction ; il semble que siler aurait dû pro- 
duire sildre, on seldre, ou seudre;cL molere= moldre, moudre. 

Freund-sî/er; sorte d'osier vert. 

Sorbier. — Littré n'en cite pas d'exemple. 
Germanise superioriSperwerbaum, inferiori wilde Mespelen 
nuncupatur. — Gall., cormier, sorbier ;\idX.^ sorbo. P. 795. 

Staphisaigre. — Littré n'en cite qu'un exemple, emprunté à 
Olivier de Serres, qui emploie ce mot en lui laissant la forme 
latine a staphisagria . » 

Gall., Vestaphisagrie ou l'herbe aux poulx. P. 820. 

On voit que la forme estaphisagrie est dérivée directement 
du grec, avec maintien de l'accent sur la pénultième dra^lç 

Stipoule, oignon marin. — N'est pas dans Littré. 
Cepa maris. — Germ., Meerzwibel vel Meusszwibel {sic)\ 
gall., stipoule, charpentaire et oignon marin. P. 840. 
Stipoule, faute de lecture, cour sciboule, ciboule? 

Tanaisie. — V. plus haut armoise. 
Telbphion, chicotin. —N'est pas dans Littré. 



TECHNOLOGIE BOTANIQUE 135 

In Hollandis vulgo Hemelslatel hoc estcœli clavis. — Gall., 
grassette, chicotrin, telephion blanc; ital. , telepho bianco, fava 
grassa ô inversa. P. 802. 

Thlaspi. — Littré n'en cite pas d'exemple. 
V. plus haut au mot sénevé. 

Thym. — Un seul exemple dans Littré . 
Vulgariter nostris Thym et Thjmian aut Roemischer quen- 
del. — Gall., thyn ou thym; ital.,thymo. P. 329. 

Trique -marfame. — Littré n'en cite pas d'exemple. 

Sedum majus. — Germ., Hauszwurtz, quasi domus radix, 
nostris Hauszlouch, id est domus porrum, quia potissimum in 
œdium tectis provenit. — Gall., joubarbe ou trique-madame ; 
ital., semp revive maggiore. P. 802. 

Troène. — Vulgo Beinhoetzlin, Mundtholtz etHartrigel. — 

Gall., throene ou arabice ; ital . , guistrico ô olivetta. P. 54. 

Littré ne cite pas d'exemple de la forme throene, par un h. 

Truffe d'eau, tribule aquatique, ou macre flottante, — Pas 
d'exemple ancien dans Littré . 

Tribulus lacunosus. — Germ., Wassernuss; gall., chas- 
taigne de rivière, ou truffes, ou saligos; ital., tribolo aquatico. 
P. 759. 

Ce rapprochement permet de compléter une étjmologie 
très-importante, celle de truffe et dé truffer = tromper. 

Truffe, désignant le cryptogame que l'on sait, vient très- 
probablement du pluriel neutre tubera, devenu féminin singu- 
lier avec régression de Vr: *tufr€, truffe. C'est l'explication 
qu'on trouve dans Littré. Elle est vraisemblable et ne soulève 
aucune objection, le changement de b'r en fr n'ayant rien 
d'anormal, comme le prouve le v. fr. lefre^ = labrum. Ajou- 
tons que les formes patoises tufelle (Genève) et troufle (Sain- 
tonge), avec le sens de « pommes de terre », rentrent dans la 
même explication et la confirment en la complétant ' . 

Mais on comprend moins que truffe, dérivé de tubera, ait 

* A ses lafres s'est atakiez. 

(Marie de France^ II, p. 265. ) 
Gisus, labium vel terminus. — Lefre ou terme. 

(Ms. 110 (Montpellier), fo 120, v».) 



136 THCHNOLOGIB BOTANIQUE 

pu désigner la tribule aquatique, dont le caractère principal 
est d'être garnie de piquants. Au contraire, si Ton rapproche 
truffe, ainsi employé, du latin tnbulus, chausse-trape, dérivé du 
grec TpiCokoç, on voit clairenaent que le sens concorde mieux. 
La forme seule paraît d'abord faire difficulté. Je dis paraît, car 
avec un peu de réflexion on ne tarde pas à retrouver les inter- 
médiaires supposables qui permettent de ramener ces deux 
mots Tun à T autre. 

On sait, en effet, que le groupe tbulus a pu produire en 
français ufle, cf. le v. fr. fonàufte de fundibulum, d'où trufle * 
de tribulus. De trufle on passe facilement à truffe, par suite de 
la tendance qu'a l'organe français à sacrifier l'atone finale le 
après les labiales jo, b, f, cf. tube de tubidus^ stg. tuble, muffe 
(argot parisien), pour muffle. 

L'assimilation de truffe, ajant le sens de chausse-trape, au 
Jatin tribulus^ une fois admise, on retrouve sans peine l'étj- 
mologie de se truffer, en v. français « se moquer de », et du 
languedocien moderne truffa, tromper. Ils correspondent à 
un type b. -latin supposablo, * ^n'^w/are (qu'il ne faut pas con- 
fondre avec tribulare, v. français tribler = tourmenter). De 
ridée de prendre à la chausse-trape, c'est-à-dire attraper, sera 
venue celle de tromper, d'où par extension se moquer. 

C'est un exemple de plus d'étymologie à origine multiple 
que l'on peut joindre à ceux que j'ai eu occasion de citer ail- 
leurs dans la Revue des L romanes. 

Valériane. — Un seul exemple dans Littré. 

Phu. — Germ. superiores Welsch Baldrian, inferiores Va- 
leriaen pronunciant, Colonienses Jaergevs^ant ; gall., valériane 
grande. P. 46. 

VÉRONIQUE. — Un seul exemple dans Littré. 
Trissago. — Germ. Ehr und preiss; gall., véronique ou 
herbe aux ladres. P. 62. 

* Pour rauthenticité de cette forme, cf. l'exemple suivant, extrait du ms, 
llO (Montpellier) : 

Gerra, re: a gero, ris dicitur. — Poisson, trufle de nulle faveur, ou forces 
de fer. 
« Unde gerratus, ta, tum. » -- Environnés de truffles. F© 119, vo. 

« Gerro, oais : a gerra dicitur. » — Tru f fleur ^ desconvenable, fol ou jon- 
gleur. F. 119, V. 



TBCHNOLOGIB BOTANIQUE 137 

Y EB.T- de-gris^ — Littré cite seulement verte grez et vert de 
grice, le premier du XIII®, le second du XIV® siècle. 

Viride ses, barbaris scriptoribus, vulgo Spangruen appella- 
tur; gall., ve7't de gris; ital., vert de rame. P. 771. 

Vervaine. —Deux exemples dans Littré, mais avec Tor- 
thograpbe actuelle. 

Verbena vulgo Eisenkraut, quasi ferri herba, aliis Iserhart, 
velut ferrum durum. — Gall., vervaine ; ital., verminacola ô 
berbena. P. 623 

ViNCiBossE, chèvre-feuille. — N'est pas dans Littré . 

Germ . , Waldtgilgen, Gejssblatt, Brabanti Wewen ; gall . , 
chèvrefeuille, vincibosse ; its] , ^ vincibosco matriselva ô capri- 
foglio. P. 806. 

Vitriol. — Littré en cite trois exemples, mais tous extraits 
du même auteur, d' A. Paré. 

Vitriolum. —Germ., Vitriol et Kupfferwasser; gall., m- 
triol et couperose. P. 637. 

A. Boucherie. 



II 



Poésies 

LO LLOP Y L'ANYELL* 

Aquell que té la forsa aquell té la rahô, 
Noobstant siga aixô la rahô del bastô. 
Probarho al instant sera cosa lleugera. 
Un anyelet assedegat, 
Y, no se com, esgarriat 
De son ramat, 
Tôt bebent, aygua avall, seguia una ribera. 
Vinguéun llop, déju, anantsén à l'espéra, 
Y perla fam en est lloch conduhit : 
« Com podes esser tant ardit 
Que vingas turbar ma beguda? » 
Se li posa la bestia en extrem conmoguda ; 

« De ton atreviment seras tu castigat. )> 
(ï — Senjor, respon lo xaj, que vostra magestat 
No siga tant amohinada ; 
Y de primer donga ella mirada 
Com que jo pobret vaig bebent, 
En la corrent, 
De sa mercé vint passes al dessota, 
Y per aixô no puch de cap modo, Deu meu ! 
Enterbolir Tajgua que ella beu. » 
« — La turbas, replie à la fera ; j tinch nota 
Com que molt mal de mi parlares Tany passât. » 
« — Com ho hauria fet, puix no era jo nat, 
Digue Tanyell, mamo avuy encare. » 
« — Si no ets tu, es ton germa.» — « Ay! mare» 
No'n tinch. » -7 « Aigu dels tous llavors : 
Puix tots me feu vosaltres mala care, 

Vostres cans y vos très pastors. 
Me ho han dit. Ara es précis que 'm venge. » 
Aixd dit, ab quatre mossechs, 
Lo llop lo destrossa y se'l menge 

Sens altras rahons ni pieds ^ J. Pépratx. 

Fable imitée de Lafontaine {le Loup et l'Agneau). — « Catalan. 



AMFOS DE BALBASTRE 

V CONTE 

Retipe d*un conte rouman 

Era in opinione d'aver la più leal 
donna, et el più fedel servidore che mai 
avesse alcun gentiluomo. 
{Il Decameron, giorn. VII, nov. VII.) 

Un grand segnoû de FAragoun, 
Amfos de Balbastre segoun, 
Aviô près uno gento filho 
Renoumado per sa bèutat, 
Subre tout per sa bravetat 
Dins tout lou païs de Castilho. 

Uno damo sens amourous 
Ero quasi 'no meravilho 
D'aquel temps ount reis e barons 
N'aviôu pas de pus gran afaire 
Qïie lou mestier de calignaire. 
Mais degus fasiô pas la cour 
A la jouino e bôlo Andalouso, 
Don' Elviro, d' Amfos Tespouso ; 
Cap gauzabo i parla d'amour, 
Tant la cresiôa refastignouso. 

D'escoundous se disio pamens 
Qu'un chivalier des pus valons, 
Fi calignaire e bouno lamo, 
Per elo auriô vendut soun amo, 
Tant l'aimabo, tant n'èro fol : 
L'appelabou Ramoun Bascol 
De Cotenda, de Pennavèro. 
De Balbastre teniô 'no terro, 
Ero soun home, soun vassal. 
Demourabo dins soun houstal, 
Tout lou mounde aqui lou belabo 
Lou segnoù mêmes i pourtabo 
Autant d'amour qu'à soun chaval. 



140 POESIES 

El toujour pensabo à ladamo ; 
Loaiig temps al cor gardet sa flamo 
Escoundudo. Pamens, un jour 
Qu'à la casso s'èro esmarrado, 
La troubet soulo, à la vesprado, 
E 11 declaret soun amour. 

Elviro n^ajet desplazenso, 
Soun aire, au mens, ou disio prou, 
Mais quai sap so que femno penso? 
Diguet pas resà soun segnoù 
^u'auriô segù punit Toufenso 
Per Bascol facho à soun hounoù. . . 
Poudem que lauzâ sa prudenso. 

Mais quauques chivaliers caitiéus 
(Que lous punigue lou boun Diéus ! 
Qu'ajou jamai cap de mestresso 
Que noun trahigue sa tendresso!) 
A Balbastro anèrou countâ 
Que soun vassal de Cotendâ, 
Lou qu'ambé tant de benvoulenso 
Tratabo amistous dins sa cour, 
Aviô Tardiment, Tinsoulenso 
De pregâ sa damo d'amour. 

— « N'avez mentit, gens de malastre 
(L'uel enfioucat, crido Balbastre), 

« Cap de vautres val pas Bascol; 
Messourguiers, n'es que vostro envejo 
Qu'am de paraulos lou negrejo ; 
Vous fôu mètre la cordo al col, 
Se tourna vostro lenguo tiro 
Sus Bascol e ma damo Elviro. » 

Se calou . . . Mais un pus ardit : 

— « De iéu, dis, mestre, poudez faire 
So que voudrez, mais per ma maire, 
Vous juri que n'ai pas mentit ; 
Voulez de probos per me crèire ? 
Escoutaz-me, poudez n'avèire : 
N'avez qu'à faire lou semblant 



POESIES Itî 

D'anâ guerrejâ dins TEspagao, 
E mandaz vostre ordre al galant 
De faire ambé vous la campagno ; 
Se vous seguis, perdi Thounoù, 
Demandi pas ges de perdoù, 
Poudez tène la cordo presto. » 

Balbastre se grato la teste ; 
Pei per un servent affidat 
Mando à Bascol sa voulountat. 

— « Soi tout preste à sègre à a guerre 
Lou mestre dount tèni ma terro 

(Dis Bascol), sus ma fedeltat, 
Balbastre a pas en van coumptat. » 

Lou varlet, que n'es pas musaire, 
Porto à soun segnoû que l'attend 
Lou cap bas coumo un pénitent, 
Larespounso qu'i veh de faire. 

— « Eh be ! dis à Taccusatoii, 

De que ne disez ?» — « Ma pensado, 
Que qu'aje dich, n'es pas chanjado, 
Vous seguirâ pas. » — Lou segnoù 
I dis : « Me fizi à sa paraulo. » 
E sens mai voudre i tène jaulo, 
Vavèire Bascol. . . Lou j ou vent, 
Despèi qu'es partit lou servent. 
Es tout treboulat dins soun amo, 
Vol pas laissa soun mestre en plan, 
Ni mai soulo laissa sa damo ; 
D'estre malaute fa semblant. 

A soun boun segnoii que lou trobo 
Sus soun leit al founds d'un alcobo , 
Fa vèire soun bras espillat, 
E dis : — « Soi tout destimbourlat, 
Moun mal me ven d'une sannado ; 
Cresi qu'ai perdut tout moun sang 
Per ma veno mal adoubado 
Que s'es subran adouzilhado ; 
Ai mens de forso qu'un efant. 



142 POESIBS 

Moun Diéus ! Quano causo marrido, 
Quand per vous dounariô ma vido, 
De pas poudre à vostre coustat 
Anâ 'n campagno ! Ajaz pietat? » 

Mais Vautre qu'a martel en testo, 
Sens escoutâ mai se que dis, 
De la cambro al pulèu sourtis, 
S'en va dins la séuno, e s'apresto 
A delargâ de soun houstal. 
De gran mati monto à chaval, 
Un soûl servitoù Tacoumpagno, 
Camino siau dins la campagno ; 
Arribo enfin sus un truquel 
Ounte s'aubouro un séu castel. 
Passo aqui, triste-, la journado, 
A quicon qu'i sarro lou cor ; 
Diriaz un coundamnat à mort 
A vèire sa caro neblado. 
— « Sauprai se Bascol me trahis, 
S'Elviro me troumpo », — se penso; 
E tant lèu que la neit coumenso, 
Per lous prène en faute partis. 

Arribo à Thouro ount tout dourmis 
Sounque lou béu-Foli bufaire 
E lou chot banut, soun counfraire. 
Davalo subran de chaval, 
Del castel passo lou pourtal ; 
E coumo un laire qu'à gran peno 
Reten en marchant soun aleno, 
Sens musâ se gandis plan plan 
Dèu la cambro ounte crei qu'Elviro 
Es estremado am soun galant. 
Escouto aqui tout tremoulant ; 
Sas aurelhos viro e reviro, 
Mais n'auzis que lou poulsâ dous 
De lo que dourmis. . . Trop urous 
De la recounèisse inoucento, 
Per soun repaus auriô degut 



POESIES 143 



S'entournâ coumo èro vengut. 
Mais la jalousier lou tourmento ; 
Mal pougnent que fa dins lou cor 
Uno plago que res noun sano, 
Se dono pas toujour la mort, 
Fa perdre au mens la tremountano. 
La perdet pla, lou paure fol, 
En se metent dins la cabesso 
De fa coumo s'èro Bascol 
Que ven calignâ sa mestresso. 

Amlou nous d'un det encroucat, 
Sens faire mai de bruch qu'un cat, 
Tusto doussomenet la porto. 
La damo, que dourmis de bou, 
N'auzis pas mai que s'èro morto ; 
Tusto pus fort ; à soun segnoù 
(N'a res sachut de sa partenso) 
Elviro oubris sens mesfizenso. . . 
En dintrant tombe à sous ginouls ; 
Am la voues de Bascol qu'imito, • 
(Mais troumpo pas la cato-mito) 
I dis que per se vèire soûls 
S'es espauzat à la poutenso, 
En mancant à Toubedienso 
Qu'à soun mestre déu lou vassal ; 
Mais costro l'amour res noun val, 
Yen per querre sa recoumpenso . 
— « L'aurez, chivalier desleial », 
Crido la damo, que l'aganto 
Am la ma gaucho à la garganto ; 
De l'autre lou ten de tustat 
E lou graufigno sens pietat. 
Mais el, mai la vei enrajado 
A lou graufignâ, mai la bado, 
Mai la miro e bénis soun sort; 
Quano femno ! Quane trésor ! 
N'i a pas, segii, sa pariouno 
Per la vertut en Catalougno. 



144 POÉSIES 

Ac6 peusabo lou nigau ; 

Mais del temps qu'essugo sa gauto, 

Foro la cambro Elviro sauto 

E ri tanco d'un tour de cl au ... . 

Vous dirai pas ount es anado . 
Fa frech, deforo es pas restado. . . 
Tant lèu que vei lusi lou jour, 
Coumo s'èro pas prou venjado, 
Se planto en mitan de la 'cour ; 
D'aqui crido àla varletaio, 
Que dins un moument es en aio. 
Qu'un marrias a per prison 
Sa cambro, ount, dins la neit escuro, 
A tentât de faire à l'hounoû 
Coumo alnoum de Balbastre injuro. 

E toutes, à peno a parlât, 
Qu'en ma pal, fourco, bastoû, dalho. 
Al lioc qu'i servis d'escoundalho, 
Per puni lou traite ou voulat. 
Ne trobou la porto tancado. 
Balbastre, qu'entend lou sagan, 
A m lous mobles la ten barrado ; 
Mais l'aurôu lèu brisado. — En van, 
c( Soi vostre boun segnoù », — i crido. 
Sens l'auzi la troupo marrido 
A grans cops a tout brigoulat. 
Se sauvo subran al téulat 
Amb uno escalo qu'ajitado 
Dins la cour, de pôu d'escalado . 

La foulo intrado am sous bastous 
Furo dins toutes lous cantons, 
* Vei pas degus, resto candido, 
E la guerre seriô finido 
Se la damo (oh ! lou michant tour!) 
Qu'a vist l'escalo dins la cour, 
T aviô pas dich : a Aura sa pago, 
Lou traite qu'ai téulat s'amago. 
Anaz-i vite l'agantà. 



P0B8IB8 145 

Am Tescalo i poudez mountà. » 

Balbastre, an aquelo paraulo, 
Tout tremoulant coumo uno gaulo, 
Palle coumo un soulel tremount, 
A sa damo crido d'amount : 
— «Me counèissez pas? Soi Balbastre, 
Ma dousso amigo, moun bel astre ; 
Es iéu qu'avez près per Bascol. » 

E del téulat davalo al sol. . . 
Fa Testounado don' Elviro, 
Sousco, la lurado, e souspiro ; 
I freto lou frount tout sannous, 
E pei, ambé soun teta-dous : 

— « Ah ! coussi Tai pas counescudo 
Vostro voues, dis touto esmougudo. 
De mafauto, fin qu'à la mort, 
Dous amie, farai penitenso. » 

— «Es iéu soûl, dis l'autre, qu'ai tort; 
Oublidem tout, n'ajem qu'un cor 

Per nous aima sens mesfizenso : 
Vous demandi à ginouls perdoù. » 
Elviro embrasse soun segnoù ; 
Pei li dis d'anâ faire escuso 
A Bascol d'avé suspettat 
Soun hounoù e sa fedeltat. 
E Balbastre, que s'en accuse, 
Ou remet pas à l'endemâ, 
Va sul cop i sarrâ la ma. 

Quauques meses après, en guerre 
Anet per aparâ la terre 
Del rei de Leoun, soun amie, 
Qu'i vouliô prène un ennemie. 
Elviro semblet desoulàdo. 
— « Counsoulaz-vous, ma tant aimado », 
I diguet penjat à soun col ; 
« Tournarai lèu, se Diéus ou vol . 
Crentez pas, pendent mon absenso, 



146 POESIES 

Que cap gauze vous faire oufenso; 
Per vous garda laissi Bascol. » 

E la guerre une fes finido, 
A soun castel tournet d'auzido, 
E fouguet tant recouneissent 
De la troubà fresco e flourado 
Qu'à Bascol faguet un présent 
Per Tavèire tant pla gardado « . 

Gr. AZAÏS. 



SIAUME CL 

Dedins soun sagriè, lausas Dieu ; 
Lausas, embé tout ce que vieu, 

Soun ciel que brilho. 
Lausas-lou per sous bêles fats, 
Per sa grandou qu'o pas de grads, 

Que meravilho ! 

Embé la troumpo al cla rebound, 
Lausas-lou, qu'ausigue lou soun 

De la museto ! 
Qu'ai bruch de l'arpo, del tambour, 
Davans el dansen tout lou jour ! 

Qu'emb Tespigueto, 

La flauto douço, lou fieulel, 
Lou rebec e lou caramel, 

Lausen sa glorio ! 
Que tout ce qu'aleno, embé gaud, 
Vengue aici lausa TEternau 

E samemorio^! 

P. Fesquet. 



* Languedocien (Béziers et ses environs). Orthographe biterroise. 

* Languedocien (Colognac et ses environs). Orthographe montpelliéraine. 



VARIETES 



LE DIEU QUI LANÇAIT DES PIERRES 

M. J.-F. Cerquand a publié sous ce titre, dans le tome second du 
Bulletin historique et archéologique de Vaucluse^y une étude fort 
curieuse sur quatre traditions populaires de la Provence, du Béarn, 
des Vosges et de Skara. 

«Le dieu qui lançait des pierres, dit-il, a fait autrefois du bruit dans 
le monde . Il a eu ses adorateurs, non pas sur un coin de terre ignoré, 
mais dans toute l'Europe occidentale, du nord Scandinave au midi 
celtique, de la Baltique à la Méditeri'anée, et son heure de célébrité a 
duré des siècles. Quoique ce fût un dieu barbare, Eschyle l'a chanté 
en lui donnant le costume de Zeus. Les Romains lui ont accordé 
une place à côté de Pluton, d'Hercule, de Sylvain. Puis le moment 
est venu où ^es autels ont été renversés et ses images enfouies, et le 
silence s'est étendu sur les ruines. » 

La première tradition est relative à la pierre d'Aubune ', la se- 
conde à celle de Roland, la troisième de saint Bozon, la quatrième 
de Skara, dont la situation topo graphique, à peine précisée par M. C, 
semble néanmoins être Scandinave. L'auteur les rapproche de la lutte 
qu'Hercule soutint contre les Ligyes sur les bords du Rhône, et de 
la légende des pierres rondes que Zeus fit tomber autour de lui, afin 
qu'il pût les lancer contre ses ennemis . 

Le conte de la pierre Roland, qui eût été plus intéressant si M. C. 
nous l'avait donné en béarnais, s'applique à un monolithe de vingt 
mètres de hauteur, situé sur le flanc de l'Anthoule*: 

« Le roi Charlemagne partit en guerre contre ceux d'Espagne et 
arriva avec Roland au pied des Pyrénées. 

' Avignon, Séguin frères, 1880; in-8o, p. 331. 

« D'après M. de Laincel (Avignon, le Comtat, etc.; in-l2, p. 90), que M. C. 
paraît ne pas avoir consulté, quelques-uns attribueraient à Charlemagne, et 
non à Charles-Martel, le gain de la bataille qui, selon la tradition orale, aurait 
été livrée aux Sarrasins dans la plaine de Raveau. M. de L. dit, et ceci est en 
accord avec la version de M. Courtet, que Satan voulut faire disparaître la cha- 
pelle d'Aubune, sous une grêle de roches arrachées à la montagne ; mais il ne 
put qu'ébranler la première et s'enfuit aussitôt. 

Il semble qu'un combat s'est réellement livré, à une époque qu'il n'est plus 
possible de déterminer, dans le voisinage. Morenas rapporte « que, lorsqu'on 

répara le grand chemin papal entre Baumes et Vacqueyras, quarante ans 

avant l'époque où il écrivait (1779), on trouva dans le sol une rangée profonde 



148 VARIETES 

» Roland, voulant intimider les ennemis par un témoignage de sa 
vigueur, monta sur la Magdeleine — qui est aux environs de Tardets* 
— et saisit une roche, avec l'intention de la lancer, par-dessus les Py- 
rénées, au milieu des villages espagnols. Mais, comme il ramenait le 
bras en avant, son pied glissa sur le terrain humide et la force du 
coup fut amortie. La pierre tomba en deçà des Pyrénées, à douze kilo- 
mètres de Tarde ts, sur le flanc de l'Anthoule. 

» La pierre porte encore les traces profondes de la main qui l'a ser- 
rée, et il est facile de voir qu'un instrument ne les a pas creusées. » 

M.C. conjecture, non sans vraisemblance, que dans les quatre contes 
précités, le diable, Roland, le duc Bozon et le géant de Skara, repré- 
sentent un dieu lithohole, élagué de la tradition orale par l'effet du 
temps et la modification des idées religieuses. 

Il aurait justifié plus complètement ces inductions, s'il avait eu 
connaissance d'une invocation populaire que l'on répète aux environs 
de Montpellier, et par laquelle celui qui parle prie Dieu d'avoir pitié 
des siens et de jeter des pierres sur autrui: 

moun Dieu, achàs pietat de nautres 
E jitàs de peiras as autres ! 

Une pareille demande est trop incompatible avec la notion chré- 
tienne de la divinité pour que l'on hésite à la rattacher à la croyance 
du dievL lithobole . 

M. C. aurait pu, enfin, augmenter son travail d'une cinquième ver- 
sion, que lui aurait fournie la ville de Pierrelatte(Drôme), laquelle doit 
son nom au rocher qui la domine. Ce rocher, disent les uns, y aurait 
été jeté par un géant. D'autres prétendent que Gargantua, cheminant 
le long du Rhône, aurait senti un gravier dans sa chaussure et que 
ce gravier, dont il se serait débarrassé aussitôt, ne serait autre que le 
rocher de Pierrelatte. 

11 serait curieux de rechercher si Peyreleau (Aveyron), le pic de Pey- 
relaud, qui est près de Cauterets, et l'ancien comté catalan de Pierre- 
late, ne posséderaient pas des légendes semblables 2. 

d'ossements humains, de plus de trente pieds de longueur. » (De Laincel, 
/6id.,90.) 

i Chef-lieu de canton de rarrondisBoment de Mauléon (Basses-Pyrénées). 

' On pourrait peut-être relier à la deuxième forme des traditions étudiées 
par M.C. (le diable lançant des pierres) le proverbe suivant: Lou diable porto 
peiraSf qui, en Limousin, signifie, selon M. Clément-Simon (ReDuCy 3o série, 
111,89), qae le diable est toujours prêt à causer quelque malheur, et un second 
proverbe rimé, noté par l'abbé de Sauvages {Dict. lang.-fr., Il, 387): Peiro ira- 
chOflou diable Va facho» Si, comme le dit M. C. à propos d'un autre détail, il 
y aurait un peu de subtilité à rattacher ces adages à la croyance du dieu qui 
lançait des pierres, il y aurait aussi de la négligence à ne pas les mentionner. . 



YARlâTÉS 149 

Dans la seconde partie de son étude, M. C. dit quelques mots des 
traditions relatives aux haches de silex qui, selon la croyance po- 
pulaire de beaucoup de régions, tombent du ciel avec la foudre, et 
il signale, dans les Alpes-Maritimes, l'existence d'une particularité 
qu'il n'avait nulle part remarquée :« Un paysan avait réuni un certain 
nombre de haches polies ; toutes portaient des mutilations récentes , 
tous les tranchants étaient ébréchés. Et, ajoute-t-il, comme nous nous 
en étonnions, il expliquait que les pierres de foudre devaient être 
ébréchées au moment où on les trouvait, « sans quoi elles retourne- 
raient dans les nuages et formeraient un nouveau tonnerre . » 

A. Roque-Ferrier, 



ODIERNE ET BEAUCATRE 

Dans la. Romania de 1873 (p. 96), M. H. Suchier proposa de chan- 
ger e nom propre de Viema (Peire Vidal, Drogoman seiner s'agues 
bon destrier) en celui d'Avierna, et au sujet d'Esmeré à'Odïerne 
[Covenant Vivien, v. 1067; Bataille d'AliscanSy éd. Guessard et Mon- 
taiglon, p. 16-32), rapprocha du nom delà ville méridionale d'Odie>*ne 
celui du bourg breton d'Audierne, 

M. Paul Meyer prouva dans la même Revue (1873, p. 433-4) que 
le nom de Vierna était fréquent au moyen âge, et que Ton rencon- 
trait aussi la forme masculine Vieme. Nous ajouterons que ce dernier 
nom existe encore à Marseille, à Nimes et à Génolhac, et qu'à côté 
d'Audiernai cité d'après Arnaut Daniel, par MM. Suchier et Meyer, 
on trouve la forme masculine Audierne dans la Dordogne*. 

Voilà pour la première hypothèse de M. Suchier ; quant à la se- 
conde, elle fut examinée par M. E. Germer-Durand, l'auteur du Dic- 
tionnaire topographique du Gard, La note de M. Durand a échappé 
peut-être aux romanistes; nous la plaçons en abrégé sous leurs yeux : 

« Nous croyons que M. Het-mann Suchier n'aurait pas été chercher, 
dans im bourg du Finistère, la forz citez d'Esmeré, s'il avait su 
que, non loin d'Orange, sur un rocher au bord du Rhône, et dans le 
département du Gard, il existe une ville, connue dans le monde en- 
tier sous le nom de Beaucaire, mais qui, à l'époque carlovingienne et 
jusqu'au XI® siècle, s'appelait Castrum de Ugerno, Castrum de Od- 
jerno^Cest là la fors citez d'Esmeré 2. » J. Bauquier 

» L'abhé Audierne a publié de 1840 à 1851 divers ouvrages sur le Périgord. 

2 E. Germer-Durand, Découvertes archéologiques faites à Nimes et dans 
le Gard pendant l'année 1871. Premier et second semestres. Nimes, typ. 
Clavel-Ballivet, 1873, in-80, p. 26 du premier semestre, en note. 



BIBLIOGRAPHIE 

Du Génitif latin et de la préposition de.— Étude de syntaxe historique, 
sur la décomposition du latin et la formation du français^ par P. Clairin, 
ancien élève de l'Ecole normale supérieure. — Paris, Vieweg, 1880. 

La thèse, ou plutôt l'ouvrage, dont nous venons de donner le titre, 
a valu à son auteur, Tannée dernière, le titre de docteur es lettres . 
C'est un travail sérieux, très -méthodique, qui constitue une mono- 
graphie utile, comme on voudrait en voir apparaître un plus grand 
nombre dans l'intérêt des études romanes, ce qui permettrait d'éta- 
blir enfin sur des bases solides la syntaxe de l'ancien français. L'au- 
teur a divisé son ouvrage en trois livres : dans le premier, il étudie 
le génitif latin et la préposition de successivement dans les deux 
périodes classiques, à l'époque de la décadence, chez les Pères de 
l'Eglise et chez les imitateurs directs des classiques jusqu'à l'épo- 
que de Charlemagne ; dans le second, il poursuit cette étude dans le 
bas-latin ; dans le troisième, il est question de la préposition fran- 
çaise de depuis les origines jusqu'au XlVe siècle. Il n'aurait pas été 
sans intérêt, ce nous semble, de remonter jusqu'au second siècle 
avant Jésus-Christ, et d'étudier en particulier la syntaxe des poètes 
comiques, qui a parfois gardé des traces incontestables de l'influence 
du parler populaire et se rapproche sur plus d'un point de celle des 
auteurs de la décadence. L'auteur a craint sans doute de donner une 
place prépondérante à l'élément latin dans un ouvrage dont l'inspi- 
ration première appartient certainement au français. A ce titre, pré- 
cisément, nous pensons que, tout en maintenant les nombreuses di- 
visions qui permettent à l'auteur de distinguer avec soin les cas si 
variés de l'emploi du génitif et de la préposition de, il aurait pu dimi- 
nuer le nombre des exemples latins, surtout pour les catégories qui 
se reproduisent sans altération sensible à toutes les époques. Peut- 
être aussi aurait-il mieux valu suivre l'ordre chronologique pur, et 
étudier le développement des diflférents sens successivement à toutes 
les époques de la latinité. Nous reconnaissons, toutefois, qu'il n'était 
guère possible de mettre dans un même article les exemples français 
à la suite des exemples latins, la classification ne pouvant être exac- 
tement la même pour les deux langues ; mais l'auteur aurait pu 
(procédé dont il a usé trop rarement, par exemple p. 243) multiplier 
le rapprochement entre les deux séries d'exemples (latins et français), 
afin de faciliter au lecteur l'intelligence de son plan et de lui per- 
mettre d'embrasser d'un coup d'œil, pour chaque ordre de faits, les 



BIBLIOGRÀPHIB 151 

modifications successives qui marquent le passage du latin au fran- 
çais. 

Que M. Clairin nous permette encore quelques critiques de détail. 
Pourquoi s'est-il cru obligé, pour l'ancien français, de reproduire fidè- 
lement le système de chaque éditeur en ce qui concerne l'apostrophe 
et les accents ? Cela occasionne des disparates choquantes. Ainsi il 
écrit, avec M.L. Gautier, de l\ a V, quand il cite la Chanson de Ro- 
land; mais del, al^ avec MM. de Wailly, Leroux de Lincy, etc., en 
citant le Livre des Rois, Villehardouin et bien d'autres textes ; on 
trouve presque à la môme page : espée et espee, jornées et jornee, 
tes et tes (qui est une faute), pères et pères (qui est aussi une faute), 
à (préposition) et a, etc. 

P. 85, 1. 14, Qui de castris processerant (Sali., Cat. 61). Les meil- 
leurs manuscrits ont e et non de. 

P. 89, art. 3. Le titre {DE marque le lieu ou se produit V action) 
est un peu trop vague. Il fallait mettre à part les exemples où de 
marque le point de départ de l'action. De même pour les autres pé- 
riodes, à l'article 3. 

P. 93, note 1. Avec refert, le génitif s'explique plus simplement 
par re contenu dans le composé, que par l'ellipse de re. 

P. 103, 1. 23. Be insuper adstantes (Sali., Hist, /, 65). Corrigez 
avec Kritz {Hist, I, 73), dein super. 

P. 209, 1. 21-2. Le premier dos exemples du Roman de Thèbes 
est tiré du manuscrit n" 375; le second, des mss. n°* 60 et 784 ; dans 
ce dernier, le n° du vers se rapporte, non à l'ensemble du poëme, 
mais à un passage d'environ 750 vers particuliers à ces deux ma- 
nuscrits. Enfin l'exemple cité p. 214, l. 4, appartient au ms. 375, et le 
TûP du vers doit être lu 6337. 

P. 231, 1. 32. Cet exemple de Join ville doit être rapproché des 
exemples assez nombreux où le latin, après potius (et autres com- 
paratifs), emploie quam et le subjonctif. 

P. 266, 1. 17 et 286, §§ 7 et 8. La syntaxe de tant, qui est si cu- 
rieuse dans certains textes, n'est pas nettement indiquée, en ce qui 
concerne l'accord. Je citerai seulement cet exemple du Roman de 
Thèbes (v. 5041-53), qui nous montre tour à tour tant pris comme 
adverbe et comme adjectif, toujours avec ellipse de la préposition de, 
et de plus une proposition relative avec le verbe au pluriel, dont l'an- 
técédent est un nom singulier accompagné de tant : 

Tant anstes y furent brisies, 
Tantes ensegnes desploies ; 
Tant poing, tant pié furent colpé, 
Et tant vassal jus cravante ; 
La veissiés tant capleis, etc. 



15? pâRIODIQUBS 



Ta7it rice cop férir d'espée, 
Tante teste del bu sevrée ; 
Tant gentilhome d'autre terre, 
Qui erent venu por conquerre, 
I veissiés mort en la prée. 

P. 285, § V. Cet emploi elliptique de de a son équivalent en latin 
après les interjections qui expriment la joie ou la douleur. Cf. Ca- 
tulle, IX, 5 : venisti. mihi nuntii beati I Properce, IV, (V), 7, 21 
(23), fœderis heu taciti! Lucain, II, 45, o miserœ sortis! et en grec, 
ot^oi, wpoe, w, etc., avec le génitif. 

Nous nous plaisons à constater, en terminant, que l'auteur a sou- 
vent réussi à caractériser d'une façon très-nette certains emplois du 
génitif et surtout (ce qui intéresse plus directement nos lecteurs) de 
la préposition française de. Nous nous contenterons de signaler l'ar- 
ticle substantiel consacré à la suppression de de équivalent au génitif 
subjectif, p. 254 sqq. Espérons que M. Clairin, après cet honorable 
début dans les études romanes, ne s'en tiendra pas là; nous serions 
heureux d'avoir bientôt de lui une étude semblable sur la préposi- 
tion â. 

L. GONSTANS. 



PÉRIODIQUES 



Homania, 35. -P.. 353, M. Mila y Fontanals, el Càntode la Si- 
hila en lengua d^ Oc, Notre savant collaborateur, qui avait publié der- 
nièrement dans le Gay Saber (15 décembre 1879), d'après un ms. de 
Barcelone, une version catalane de ce chant funèbre, en donne ici, 
d'après une copie de M. Morel-Fatio, prise sur lems. de notre B. N., 
une version provençale (légèrement catalanisée pourtant dans sa gra- 
phie), en l'accompagnant d'une introduction, d'un commentaire et des 
variantes du ms. de Barcelone. Il donne ensuite une nouvelle édition 
des versions déjà imprimées du même chant, en Catalogne, à Valence 
et à Majorque. — P. 366. A. Lambrior, Essai de phonétique roumaine 
(suite). — P. 377. E. Cosquin, Contes populaires lorrains recueillis 
dans un village du Barrois, à Montiers-sur-Saulx (Meuse) (suite). — 
P. 429. Mélanges. 1® Notes sur la langue vulgaire d'Espagne et de 
Portugal au moyen âge (712-1200). Jules Tailhan. 2° Chevrette, Cre- 
vette. G. Musset. M. G. M. accepte l'étymologie de M. Joret et ap- 
porte à l'appui des exemples empruntés au patois de l'Aunis et de 
la SaintûDge. 3® Tille. 4° Nabot, étymologies proposées par M. Joret. 



PERIODIQUES 153 

• 

5o La Femme de Salomon, G. P. 6° Bribes de littérature populaire, 
Kr. Nyrop. — P. 445. Comptes rendus: lo Joûon des Longrais, le 
Roman d'Aquin ou la Conqueste de la Bretaigne, par le roy Charlemaigne, 
la chanson de geste du XII® siècle (G. P.), article bien fait et très-sub- 
stantiel. Éloges accompagnés de réserves. 2o K.A.Martin Hartmann, 
Ueher dos Altspanische Dreikoenigsspiel nebst einem Anhamg enthal- 

tend eîn bisher ungedrucktes lateinisches Dreikoenigsspiel 

Bautzen, 1879 (A. Morel-Fatio) . 3o Luigi Gaiter, il Tesoro di Bru- 
netto Zafom, volgarizzato da Bono Giamboni, raffrontato col testo 
autentico f rancese edito da P. Chabaille emondato con mss . ed illus- 
trato. Vol. I-II. Bologna, 1878-79 (Thor Sundby). Peu favorable. 
4:0 F.-E. Bollati, Chanson de Philippe de Savoie, publiée pour la pre- 
mière fois, avec préface et notes. Milan, J. Civelli, 1879 (P. M.). 
Favorable. — P. 476. Périodiques, M. P. Meyer dit, à propos de Téty- 
mologie par moi proposée de es/reer, esfraer = 'efferatatus {Revue 
des l, rom,, janvier-mars 1880, p. 118),« qu'elle n'est pas soutenable.» 
Il ajoute que la vraie a été donnée par M. Gaston Paris {Rom^- 
nia, VII, p. 121). En est-il bien sûr? Où a-t-il vu que idare — M. G. 
propose exfridare — a pu former aer, et cela dès le XII® siècle ? 
— P. 482. Je relève au passage deux remarques de M. G. Paris sur 
un travail étymologique de M. Flechiâ. I« a Innestare est rattaché 
avec vraisemblance à *ininsitare, comme le proposait Ferrari, et non 
kinsitare^ comme le voulait Diez. » J'ai déjà proposé une étymologie 
différente dans mon compte rendu de ce même ouvrage {Revue des 
langues romanes^ 3e série, t. I, p. 144-5). Je crois que cette forme 
se rattacherait plutôt à *in-nexitare, fréquentatif supposable de in- 
nectere, lequel convient pour le sens et encore mieux pour la phoné- 
tique. 2® « M. Flechia explique fort bien les dérivations verbales 
d'adjectifs et surtout de participes en iare que M. Boucherie voudrait 
tirer de comparatifs. » Voilà plus de trois ans que j'ai renoncé à 
cette explication, justement pour lui substituer celle que M. G. Paris 
approuve chez M. Flechia ( Re\)ue des langues romanes^ 2e série, 
t. III, p. 219 ), explication que j'ai répétée en 1879 ( 3e série, t. I, 
p. 144-5), en rendant compte de ce travail du même M. Flechia, qui 
ignorait alors, comme 6. Paris aujourd'hui, que j'avais déjà pris les 
devants. On me pardonnera d'insister sur ces détails, non-seulement 
parce qu'il s'agit d'une question de priorité, mais aussi parce que 
mon explication pourrait avoir, si elle était mieux connue, une cer- 
taine importance pour les études étymologiques. — P. 490. Chro- 
nique. A. B. 



12 



CHRONIQUE 



MM. Paul Meyer et Gaston Paris, directeurs du recueil trimestriel 
qui représente à Paris l'étude des langues et des littératures romanes, 
viennent d'être durement éprouvés: le premier, parla perte de sa jeune 
femme, morte après quelques mois de mariage, et le second, par celle 
de son père, M . Paulin Paris, enlevé à l'érudition française au terme 
d'une carrière aussi longue que laborieusement remplie. 

Ces lignes ne diminueront en rien la légitime tristesse de nos deux 
confrères, mais elles leur prouveront, au moins, la part que la rédac- 
tion de la Revue des langues romanes prend à des pertes que l'étude 
adoucit quelquefois, mni^ n'a mnlheureusement pas le don de faire 

oublier. 

*■ 
* ♦ 

Trois membres de la Société, MM . Castets, Constans et Roque-Fer- 
rier, ont fait à la Sorbonne, devant les délégués des Sociétés savantes 
des départements (séance du 22 avril) , des communications que le 
Journal officiel apprécie de la manière suivante : 

« M. Castets, professeur à la Faculté des lettres de Montpellier, 
fait une exposition orale sur l'influence qu'eut le Roman de la Rose 
sur les littératures étrangères du moyen âge. Cette influence est at- 
testée par des imitations et des traductions en Italie, dans les Pays- 
Bas, en Angleterre. M. Castets insiste sur une rédaction italienne du 
Romnn de la Rose, qui est conservée à la Bibliothèque universitaire 
de Montpellier, dans un manuscrit unique. C'est un poëme de plus de 
trois mille vers, en deux cent trente-deux sonnets, qui semble anté- 
rieur à la Divine Comédie; l'auteur s'appelait Durante ( Dante?). La 
publication de ce texte, faite sous les auspices de la Société pour 
l'étude des langues romanes, comble une lacune de l'histoire littéraire 
de l'Italie. » (Journal officiel du 23 avril, p. 2225.) 

oc M. L. Constans, professeur à la Faculté des lettres de Poitiers, 
signale à la section un nouveau chansonnier provençal, découvert 
par lui à Cheltenham (Angleterre), dans la bibliothèque de feu sir Tho- 
mas Phillips, sous le n° 1910. Ce chansonnier se dissimidait sous le 
titre peu exact dePoëmes en périgourdin, et M. Mary-Lafon, le seul 
qui en ait fait mention dans l'appendice bibliographique de soa Ta- 
bleau historique et- littéraire de la langue parlée dans le midi de la 
France, ne l'avait certainement pas vu, puisqu'il l'intitule Poésies en 
périgourdin, se contentant d'ajouter cette indication : « Bibliothèque 
particulière de sir Phillips à Middlehill . » 

j> C'est un mince registre in-4° de trente-un centimèt. sur vingt-deux, 
avec une reliure moderne en parchemin : il est formé de plusieurs cahiers 
de gros papier gris, dont le premier est resté en blanc. Puis viennent 
vingt-huit feuillets remplis, au recto et au verso (sauf quelques blancs 
sans importance), de Vies et de Poésies des troubadours, transcrites au 
XV I® siècle, et quatorze feuillets occupés par une série de Proverbes pro- 
vençaux, rangés par ordre alphabétique, d'une écriture ronde, assez 
pénible à lire, qui n'est pas antérieure au XVII® siècle . 

3) La comparaison attentive faite par M . Constans, entre le chan- 
sonnier qui forme la première partie du manuscrit et les listes de 



CHRONIQUE 155 

pièces dressées par M. Bartsch et d autres provençalistes, a donné 
les résultats suivants: lo Les Vies se retrouvent toutes dans d'au- 
tres manuscrits, sauf celle de Pierre de la Mule, qui n'a pas plus de 
quatre lignes: elle nous apprend que ce troubadour séjourna dans le 
Montferrat et en Piémont. La Vie d'Hugues de Saint-Cyr renferme, 
de plus que les manuscrits connus, une assez longue et intéressante 
explication de la pièce : Longamen ai atenduda ; 2° la pièce de Ram- 
baut d'Orange, qui n'avait encore été signalée que dans le chanson- 
nier Mac-Carthy (même bibliothèque, n° 8335), se trouve également 
dans le nouveau chansonnier, souvent avec de meilleures leçons ; 3<* il 
ne s'y trouve pas de pièces uniques ; mais le manuscrit, quoique l'on 
ait quelque raison de croire qu'il est italien, est assez bon et fournit 
un assez grand nombre de variantes à l'édition que prépare M. Con- 
stans. 3> {Journal officiel du 23 avril, p. 2224.) 

« Au nom de M. A. Roque-Ferrier, secrétaire de la Société pour 
T étude des langues romanes, à Montpellier, M. Castets lit un mémoire 
sur un essai de restitution de quelques substantifs romans (laura et 
lauza, lauroun et lauzoun, laurella et lauzella, etc.), dont la significa- 
tion paraît se rattacher à colle de source, de ruisseau et de rivière. Les 
éléments de ce mémoire sont empruntés à la langue topographique 
des quatre départements de l'Hérault, du Gard, de la Dordogne et des 
Basses-Pyrénées. Les termes précités ont disparu en très-grande partie 
du vocabulaire courant, mais leur application constante et régulière à 
des cours d'eau, ainsi que l'existence du diminutif lauroun, par lequel 
on désigne encore une source en Provence, viennent à l'appui de la 
traduction que propose M. Roque-Ferrier. 

» L'auteur fait remarquer qu'il aurait pu accroître considérablement 
les listes de son mémoire, si tous les dictionnaires topographiques des 
départements méridionaux étaient publiés à l'heure qu'il est, et sur- 
tout si, à côté de l'appellation française, on avait soin d'ajouter l'ap- 
pellation locale, telle que la prononcent et l'écrivent les habitants du 
pays. 

D C'est le nom du château de la Lauze, situé dans la commune de 
St-Jean-de-Védas, près de Montpellier, qui a donné à M. Roque- 
Ferrier l'idée d'entreprendre l'étude de ces substantifs à demi périmés.* 
(Journal officiel du 23 avril, p. 2224.) 

Un quatrième membre du Conseil d'administration de la Société, 
M. B. Cantagrel, a fait à la section des sciences (séance du 21 avril) 
une communication que le Journal officiel enregistre en ces termes : 

« M. Cantagrel, ancien chef d'institution, à Montpellier, décrit et 
présente un instrument nouveau, dit «héliographe }?>, qui peut montrer 
tous les phénomènes résultant des mouvements apparents du soleil. » 



Communications faites en séance de la Société . — 4 mai. — 

Les manuscrits provençaux de Cheltenham (Angleterre), par M. L. 
Constans ; 

Le langage de Savines (Hautes- Alpes) vers le milieu du XV siècle, 
par M. l'abbé Paul Guillaume; 

Traduction de la première satire de Perse en vers lodévois (Gler- 
montet ses environs), par M. Saint- Just Molinier ; 

Entouras-me d'enfant, poésie provençale (Avignon et les bords du 
Rhône), par M. William-C. Bonaparte-Wyse. 



156 CHRONIQUE 



Livres et manuscrits donnés a la Bibliothèque de la Société. 
— Deux traductions de la parabole de l'Enfant prodigue en langage 
de Mèze (Hérault) (don de M. Albert Fabre); 

L'Iôu de Pascas, armanac rouman perl'annada M Dccc Lxxxi. Mount- 
peliè, Empremariè centrala dau Miejour, 1881, in-8<>, xl-100 pages 
(don de M. Camille Laforgue); 

Bonaparte- Wyse (William-C) . ) : On occasion of Eoumania constî- 
tuting herself a Kingdom, wit a french version by Constant Hennion. 
Plymouth, Keys, 1881 ; in-4°, 16 pages (don de M. William-C. Bona- 
parte- Wyse); 

Carpenter (William-H.): Grundriss der neuîslândîschen grammatik. 
Leipzig, Scblicke, 1881; in-8o, xvi-130 pages; 

Cbabaneau: Les Sorts des Apôtres, texte provençal duXlII* siècle, 
publié avec l'original latin . Montpellier, Imprimerie centrale du Midi, 
1881; in-80, 40 pages; 

Langlade : Malhan e Daudet. Montpellier, Imprimerie centrale du 
Midi, 1881; in-8°, 12 pages; 

Noulet (le docteur): Un texte roman de la légende religieuse l'Ange 
et l'Ermite. Montpellier, Imprimerie centrale du Midi [1881] ; in-8% 
4 pages ; 

Pélabon (Louis) : La Lenguo prouvençalo en aquelo doou Nord, vo 
prépaou familié d'uno maire à sa j&lho. Toulon, Massone, 1881; in-8o, 
8 pages ; 

Roux (A.) : Ville de Lunel, Au profit des pauvres de Lunel. Carita, 
[poésie languedocienne]. Lunel, Cros, [1881]; in-4o, 2 pages; 

Tavernier (Eugène) : Le Félibrige à Marseille et «la Calanco.» Aix 
Marins Illy, 1881; in-8°, 16 pages ; 

Tocilescù (Gr. G.): Dacia inainte de Romani cercetari asuprapo- 
poreloru carii au locuîtu tierile romane de a stang'a Dunarii, mai 
inainte de concuista acestoru tieri de cotra imperatoriulu Traianu. 
Bucuresci, Tipografi'a Academiei Romane, 1880 ; in-4**, x-367 à 954 
pages, cartes et planches (don de l'Académie Roumaine); 

Neuf journaux renfermant des textes ou des indications de na- 
ture à intéresser les études philologiques ou l'histoire dé la littérature 
méridionale, donnés par MM. William-C. Bonaparte- Wyse (1), Coula- 
zou (1), Mistral (4), Léon Ribaut (1) et l'abbé Joseph Roux (2). 



Le gérant responsable : Ernest Hamelin. 



Montpeliier, Imprimerie centrale du Midi. — Hamelin Frères 



Dialectes Anciens 



COMPUT EN VERS PROVENÇAUX 



Feu Eugène Thomas, archiviste de l'Hérault, publia, le premier, en 
1847, dans les Mémoires de la Société archéologique de Montpellier, 
t. II, le comput rimé dont je donne ici la seconde édition. Comme « on 
ne doit aux morts que la vérité », je n'éprouve aucun embarras à 
déclarer que, si j'ai songé à réimprimer après lui ce petit ouvrage, 
c'est que son édition est absolument illisible. 11 est difficile d'imaginer, 
joint à plus d'assurance, autant d'ignorance de la langue et du sujet 
que Thomas n'en étale à chaque ligne du texte, de la traduction et 
du commentaire ; car il ne s'est pas contenté de reproduire, tel qu'il 
l'avait su lire, le document que le hasard lui avait fait rencontrer, il a 
voulu aussi le corriger (ce qu'il a toujours fait sans indiquer les le- 
çons modifiées), le traduire et l'élucider. 

L'existence de ce comput, malgré l'édition de Thomas, paraît être 
restée ignorée des historiens de la littérature provençale. M. Bartsch, 
dans son Grundriss, n'en parle pas. Mon attention y a été attirée 
pour la première fois par un court article de M. Banquier, inséré dans 
la Zeitschrift fur romanische Philologie, II, 76, que j'ai signalé en 
son temps aux lecteurs de la Revue (voy. t. XVI, 88). 

J'étais alors loin de Montpellier et ne pouvais prendre connaissance 
ni du ms. ni môme de l'édition de Thomas. J'ai vu depuis l'un et l'au- 
tre et ai pu collationner à loisir celle-ci sur celui-là, grâce à l'obli- 
geance de l'archiviste actuel de l'Hérault, M. de la Pijardière, qui a 
bien voulu faire les recherches nécessaires pour retrouver le ms., que 
Thomas avait désigné d'une manière assez vague, et m'aider ensuite 
de son expérience paléo graphique dans mon travail de collation. 

Le ms. dont notre comput fait partie forme un gros volume in-f»lio, 
relié, qui est le treizième et dernier d'un recueil de copies de Lettres 
patentes de la sénéchaussée de Nimes, d'après le titre, mais qui ren- 
ferme aussi des copies d'autres documents. Ce volume comprend, après 
deux tables générales qui en forment un peu plus du tiers, 271 feuillets, 
dont les 39 premiers seulement sont numérotés. Au verso du fo 162, 
immédiatement après un document intitulé Littera pro rege contra 
prœlatos harones et nobiles senescalliœ Bellicadri. . .., portant la 

Tome v de la troisième série. — Avril 1881. 13 



158 COMPUT PROVENÇAL 

date de 1363, commence, en tête de la page, une table pascale dont 
f oici les trois premières lignes : 

In nomine Domini amen mandngote {aie. T) 
G. — F. 1280. Fac pascha die xxi aprilia 
E. 1281. Fac pascha die xxii apr. 

Cette table, qui va jusqu'à Tan 1811 inclus, occupe en tout 18 pages 
pleines. Elle est suivie de deux pages et quart d'explications [Boc- 
trina tahulœ talis est, etc.), f<> 171 v° — 172 v°. Vient ensuite, sans 
rubrique ni séparation, mais écrit en caractères plus gros, quoique de 
la même main, et en lignes plus espacées, notre comput provençal, 
qui remplit, outre les trois autres quarts de la page (172 v°) dont la 
fin de la. Doctrina tahulœ occupe le premier, les feuillets 173, 174 et 
175 en entier. Au 176e feuillet recommence, toujours de la même 
main, la copie de documents concernant l'administration de la pro- 
vince, les droits du roi, etc., dont le dernier, qui termine le feuillet 209, 
porte la date de 1453. Suivent 12 feuillets blancs, du même papier 
que la partie écrite, au milieu desquels on en a intercalé 50 d'un 
format plus petit, dont le dernier et les deux premiers sont en blanc, 
et dont une copie, d'une écriture très-belle et très-soignée, de la chro- 
nique latine de Guillaume Bardin*, remplit le reste. 

Thomas, dans son édition, a fait précéder le comput d'une intro- 
duction, marquée au même coin d'ignorance et de suffisance que le 
reste de la publication. Il serait tout à fait oiseux de s'y arrêter. J'en 
veux seulement retenir et discuter le passage où il cherche à prouver 
que le comput a été composé en 1280 au plus tard. Comme M. Ban- 
quier a accepté cette date et aussi, paraît-il, les calculs de Thomas 
(ce qui prouve qu'il ne les a pas examinés de près), il ne sera pas 
inutile de faire voir ici combien les arguments allégués par ce dernier 
sont vains ou fragiles. 

ce Le comput est précédé, dit Thomas, dans le volume d'où je l'ai 
tiré, d'une^table pascale copiée de la même main. Or la première ligne 
de cette table est ainsi conçue : 

» G. F. 1280 fac pascha die xxi aprilis. 

» Les années avec l'indication du jour de Pâques suivent de la même 
manière, depuis cette première année 1280 jusqu'à 1811 inclusivement. 
C'est une preuve que le comput a été composé dans le XlIIe siècle, 
et, qui plus est, en 1280 au plus tard. Car pourquoi, dans quel but d'une 

* Cette chronique a été publiée dans ['Histoire de Langtiedoc (i'e édit., 
t. IV, p. 1 des Preuves). On peut voir ce qu'en pensait dom Vaissète dans 
l'avertisse ment qui est entête de ce 4« volume. Le savant bénédictin ne paraît 
pas avoir connu la copie de Montpellier. 



COMPUT PROVENÇAL 159 

utilité quelconque, Fauteur aurait-il voulu dresser une table des jours 
de Pâques pour les années antérieures? Et, d'autre part, pourquoi 
aurait-il laissé maladroitement une lacune entre l'année qu'il n'aurait 
pas désignée, où il formait sa table pascale, et d'autres années pos- 
térieures? Il en est évidemment de cette table comme des tables de 
même nature qu'on place devant les livres d'église, et qui servent pré- 
cisément pour l'année actuelle et pour plus ou moins d'autres à ve- 
nir. » 

Il n'y a certainement rien à dire à ce raisonnement, si l'on ne con- 
sidère que la table pascale elle-même. Mais le rapprochement de 
cette table et du comput, dans le ms. qui nous les a conservés l'un et 
l'autre, peut n'être qu'accidentel. Celui qui, dans la seconde moitié 
du XVIle siècle (c'est l'époque qu'indique l'écriture, de l'avis de M. de 
la Pijardière), a copié dans ce volume tant de pièces différentes, ou 
même un copiste antérieur, a pu tirer de deux originaux distincts la 
table et le comput, que l'analogie du sujet lui aura seule fait mettre 
ensemble, car rien n'indique, à les lire, qu'elles formassent deux par- 
ties connexes d'un même tout. 

D'un autre côté, la date de 1280, attribuée par Thomas 'à la table 
pascale, et qui résulte en effet de l'examen isolé de la table elle-même,, 
cesse de paraître aussi sûre, si l'on considère en même temps la no- 
tice explicative qui la suit immédiatement, notice dont Thomas n'a pas 
tenu compte et dont il n'a même pas parlé. 

On y voit que l'auteur a voulu faire un tableau présentant la ré- 
volution entière d'une grande année (ou cycle pascalj, qui comprend 
532 années communes*. Ce cycle n'a pas de commencement néces- 
saire. Mais il est naturel que celui qui veut en dresser le tableau le 
commence à une année qui soit la premièro de l'un des petits cy- 
cles qui en sont les facteurs, soit du cycle lunaire (19 ans), soit du 
cycle solaire (28 ans). Or 1280 est précisément la première année 
d'une des révolutions du cycle solaire*. On comprend donc que ce- 
lui qui a dressé la table en question, ne l' ait-il fait qu'en 1300, par 
exemple, ait dû néanmoins remonter jusqu'en 1280. Mais on est con- 

» a C'est une révolution de 532 années, à la fin desquelles les deux cycles 
de la lune, les réguliers, les clefs des fêtes mobiles, le cycle du soleil, les con- 
currens, les lettres dominicales, le terme pascal, la pâque, les épactes avec les 
nouvelles lunes, recommencent comme toutes ces choses étaient 532 années 
auparavant et continuent le même espace d'années, en sortejque la seconde ré- 
volution est en tout semblable à la première, et la troisième aux deux autres.» 
{Art de vérifier les dates.) — Le cycle pascal renferme 28 cycles lunaires ou 
19 cycles solaires, étant le produit de 28, nombre des années d'un cycle so- 
laire, par 19, nombre de celles d'un cycle lunaire. 

2 Voy. les tables de VArt de véi'ifier les dates et de Du Gange (sous a7inus), 



i 



160 COMPUT PROVENÇAL 

duit à supposer pareillement que, s'il l'avait composée en 1308 ou peu 
après, c'est de cette année-là qu'il l'aurait plutôt fait partir. Si donc 
l'on ne peut affirmer, comme l'a fait Thomas, que cette table a été dres- 
sée en 1280, on peut avec toute vraisemblance admettre qu'elle a été 
composée entre les années 1280 et 13;)7. Mais cela, je le répète, ne 
saurait rien prouver pour la datî du comput, qui peut être absolu- 
m(3iit iadépendant de la table. Rien, dans la notice qui suit celle-ci, ne 
l'annonce et n'y fait la moindre allusion, et Fauteur du comput ne se 
réfère lui-même à la table ni à la notice en aucun endroit. 

Le premier motif donné par Thomas à l'appui de son opinion n'est 
pas très-solide, on vient de le voir, mais enfin il n'est pas absurde. 
On ne peut en dire autant des deux autres. Je reprends ma citation 
au point où je l'ai ci-dessus interrompue. 

« Mais toutes ces données, toutes conjectures si l'on veut jusque-là, 
deviennent des preuves manifestes devant une troisième considéra- 
tion puisée dans les calculs de Tlndiction romaine et du cycle lunaire, 
tels que les présente notre auteur. En effet, les trois vers hexamètres 
(132-4) indiquent les règles qu'il faut suivre pour trouver l'an de 1'/»- 
diction, et ces règles adoptent pour application des supputations con- 
venables l'année 1280 et l'année qui doit la suivre, 1281. Ils n*ont pu, 
par conséquent, être composés qu'en 1280, à moins que l'on n'aime 
mieux dire que l'auteur a pris ces deux années au hasard; ce qui se- 
rait contre toute vraisemblance, outre que le hasard serait, cette fois, 
une preuve de plus de probabilité. 

M Mais il ne reste plus de doute quand on voit l'auteur, à la fin de 
son œuvre, chercher le nombre du cycle lunaire par des calculs qui 
ne peuvent non plus s'appliquer qu'à l'année où il la composait, à 
1280, ou plutôt quand on le voit lui-même compter 1280 ans depuis 
la venue du Christ. Je ne répéterai pas ici ses calculs, la note que j'ai 
jointe au texte devant donner tous les éclaircissements et les détails 
nécessaires à ce sujet. )> 

Je montre plus loin, dans mes notes sur les trois vers latins précités, 
que ces vers, mal transcrits par le copiste et encore plus mal resti- 
tués par Thomas, n'ont aucunement le sens que celui-ci leur attribue. 
Ils ne sont pas l'œuvre de l'auteur de notre comput; ce sont de ces 
vers didactiques, comme on en faisait tant au moyen âge sur tous les 
sujets, certainement antérieurs au poëme provençal, et qui énoncent 
une règle générale, sans l'appliquer le moins du monde à une année 
déterminée Les conclusions que Thomas a prétendu en tirer tom- 
bent d'elles-mêmes devant ces mêmes vers, rétablis comme ils doivent 
l'être et exactement interprétés. Quand même, d'ailleurs, le nona du 
v. 133, qui sert de fondement à tout le système de Thomas, serait, 
ce qui certainement n'est pas, une leçon sûre, on n'en saurait encore 



COMPUT PROVENÇAL 161 

tirer la conséquence que l'auteur (ou le transcripteur) de ce vers en- 
tendait l'appliquer à l'année 1281, plutôt qu'à 1296 ou 1311, ou 1326, 
ou à toute autre dans le même cas, c'est-à-dire dont le quantième, di- 
visé par 15 après adjonction de 3 unités, donnerait 9 pour reste. 

Quant à la dernière preuve alléguée par Thomas, et qui doit, d'après 
lui, dissiper tous les doutes, elle est encore plus chimérique, s'il est 
possible, que la précédente, car celle-ci se fonde au moins sur un 
nombre précis, toute mauvaise que soit la leçon qui le fournit et tout 
excessive que soit la conséquence qu'il en tire. L'autre, au contraire, 
n'a pas môme pour elle ce fragile fondement. Là, non-seulement 
l'auteur ou son copiste ne désigne, pas plus qu'au v. 137, l'année sur 
laquelle Thomas prétend qu*il opère, mais encore aucun nombre n'y 
est donné comme résultat de l'opération. Aquo que restar a, y est-il 
dit simplement, et l'on n'y saurait trouver l'indication d'une année 
quelconque que par l'effet d'une véritable hallucination. 

Si des raisons données par Thomas, et que je viens de reproduire, 
aucune, même la première, la seule qui soit un peu spécieuse, n'est 
recevable, en faut-il conclure que la date par lui attribuée à notre 
comput est nécessairement fausse? Nullement. S'il est impossible de 
préciser l'année dans laquelle cet ouvrage, a été composé, on peut, 
sans la moindre invraisemblance, le faire remonter aux dernières an- 
nées du XIII® siècle, et il n'y a dès lors aucune objection fondamen- 
tale à faire à l'opinion exprimée par M. Banquier, dans l'article plus 
haut cité, que notre comput est celui qu'avait rimé Raimon Feraut 
et qu'il a mentionné lui-même au début de sa Vie de saint Honorât*. 

Ce comput, en effet, a été certainement écrit à une époque où les 
règles de la grammaire classique étaient encore en vigueur et par un 
homme qui s'appliquait à les suivre. C'est ce que montre tout de suite 
l'examen des rimes, particulièrement de celles où un sujet singulier 
a pour correspondant un régime pluriel, par ex., vv. 29, 61, 71. Les 
traits dialectaux ont pu être effacés en partie ou modifiés par le co- 
piste. On peut noter pourtant, comme l'a fait M. Banquier, à l'appui 
de son hypothèse, l'article féminin lion, mieux encore, si (v. 10), qui 
sous cette dernière forme est bien plus franchement provençal, et de 
la région même qu'habitait Féraut. Mais il n'y en a qu'un seul exem- 
ple, et l'article masculin sujet correspondalit, qui devrait être le ou 
se, est toujours lo. Un instable est conservée partout, en rime comme 
dans l'intérieur des vers, ce qui esl aussi un trait provençal. Notons 

* Cell que vole romanzar la vida sant Alban 

Els verses del conpot vole tornar en vers plan. 
M. Sardou, dans une note de son édition, explique à tort comput par 11* 
Propre des saints. 



162 COMPUT PROVENÇAL 

encore le pronom féminin sujet singulier il (v. 143), qui appartient 
plus particulièrement à la Provence* (mais surtout sous les formes 
ilh, illi), et aquestos (83), forme du pronom démonstratif qui est très- 
commune dans les textes du même pays, entre autres dans la Vie de 
saint Honorât*, 

Ajoutons que le z final de la deuxième personne du pluriel dans 
les verbes devient s et rime avec des mots en s (par ex. trobares: res, 
après : preneSj etc.), ce qui est commun dans la Vie de saint Hono- 
rât et dans Sainte Agnès. 

Les autres particularités de la langue de notre texte pourraient 
être, à la rigueur, du fait du copiste, la plupart se rencontrant aussi 
bien (quelques-unes même en plus grande abondance) dans les docu- 
ments du bas Languedoc que dans ceux de la Provence. Telles sont 
l'insertion de s {z) pour obvier à l'hiatus, après chute du y, dans ro- 
sasons, rosarons =roasons (cf. azondos = aondos, etc., etc.), et r 
remplaçant s ou z, phénomène très-commun dans les textes de Mont- 
pellier et de Béziers, plus rare, à ce qu'il semble, dans ceux de la 
Provence 3 (rosarons, 1 1 , 61 bis, 62 ; far es = fases « faites », et non 
« vous ferez », ce que la rime repousserait, aux vv. 26 et 44 ; espo- 
ralha, 127; et peut-être arautas, 54; et devant une consonne, ca- 
rerma*j 54, qu'exige la rime, au lieu de carema du ms.) Nous avons 
probablement un exemple du phénomène inverse dans cest\_a] du 
V. 127, qui paraît être pour certa^. 

Il n'y a pas de doute, d'après le second des deux vers rapportés ci- 
dessus, p. 161, note i, que le comput composé par Raimon Feraut ne 
fût une version, plus ou moins libre, d'un comput latin envers. Celui 
que je publie, quel qu'en soit l'auteur, est lui-même, bien probable- 
ment, une traduction; mais je n'ai pu, malgré mes recherches dans les 
ouvrages imprimés et manuscrits qui sont à ma portée, en découvrir 
l'original. Il est possible qu'il ne nous soit pas parvenu sans mutila- 
tions. Une lacune évidente s'y trouve (après le v. 78). Peut-être y en 
a-t-il çà et là d'autres moins apparentes. Les six lignes ou vers latins 
numérotés 129-134 se sont aussi vraisemblablement substitués, sous 
la plume d'un copiste distrait, à des vers provençaux exprimant les 

* Il est, dans Sainte Agnès, la forme habituelle. Voy. 831, 840, etc. 

2 Je n'ai pas remarqué cette forme dans le Petit Thalamus, où aquellos se 
rencontre pourtant très-fréquemment. 

3 M. Meyer en a relevé des exemples assez nombreux dans un ms. exécuté 
à Arles. Voyez Rornania, IV, 468. 

* Même forme dans Flamenca, v. 6980. 

5 Cf. esguilosa = erguillosa dans Flamenca; encozreme7i, mezmamen = 
encorremen, mermamen, dans le Petit Thalamus de Montpellier. 



COMPUT PROVENÇAL 163 

tQêmes choses, peut-être parce que, dans le ms. que ce copiste avait 
sous les yeux, les lignes latines en question étaient à la marge, en 
façon de glose ou de sommaire. 

Notre comput, comme il arrive souvent pour les ouvrages didac- 
tiques, est rédigé en forme de dialogue. C'est de quoi Thomas ne 
s'était pas aperçu, ainsi que M. Banquier l'a déjà fait voir*. Les in- 
terlocuteurs sont le prieur d'un couvent et un autre personnage que 
ce dernier qualifie de prieu/r de la lune, sans doute à raison des con- 
naissances astronomiques qui lui sont attribuées. On peut supposer, si 
Ton veut admettre que Raimon Feraut en est l'auteur, que le prior del 
monstier qu'il met en scène n'est autre que lui-même. Il fut, en effet, 
revêtu de la dignité de prieur, comme il nous l'apprend à la fin de sa 
Vie de saint Honorât^. 

En publiant à nouveau ce comput, je n'ai pas voulu m'astreindre à 
le donner tel que le ms. nous l'a conservé. J'ai donc restitué toutes 
les formes fautives, en indiquant d'ailleurs en note, les leçons du ms.^; 
et, comme il est clair, par les rimes, que l'auteur observait les règles 
de la déclinaison, j'ai rétabli 1'^ flexionnelle partout où il était né- 
cessaire, en la mettant entre crochets *. Les lettres ou les mots à sup- 
primer sont entre parenthèses. 

Le copiste a écrit partout, sauf une fois ou deux, jour pour l'ancien 
jorn, quoique nulle autre part il ne change en ou Vo estreit. J'ai cru 
pouvoir en conclure qu'il avait sous les yeux jorn, qu'il a mal lu, et 
j'ai en conséquence rétabli Yn dans ce mot, excepté au v. 30, où la 
rime exige l'exclusion de cette consonne. 

Je terminerai cet avant-propos par quelques remarques sur le vo- 
cabulaire. 

Aparicio (21), la fête de l'Epiphanie. Raynouard ne donne pas 
cette acception. Le ms. porte la paricia, attribuant à l'article Va ini- 
tial (de même la sencion, 12,67) et changeant en a Vo final. J'ai rétabli 

* M. Bauquier a corrigé en même temps un certain nombre des fautes de 
Thomas, soit dans le texte, soit dans la traduction, mais sans aller, sauf en un 
seul cas, au delà des quinze premiers vers. 

2 Hom Tapella Raymon Feraut. 
En la Roqua tenc sa mayzon, 
Priols en la val d'Estaron 

E de i'Oliva près d'aq^i. 

3 J'indique aussi les leçons de Thomas, lorsqu'elles diffèrent de celles du ms. 

* Je n'ai pas donné cette s à ôissext (IH, 114), parce qu elle devait pouvoir 
être omise aussi bien après a?^ qu'après st, resté tel. Pour Christus, par ex., 
on pouvait écrire indifféremment ou Crist ou Critz, sans compter la forme 
pleine Cristz, plus correcte peut-être, mais qui sent le pédantisme. 



164 COMPDT PROVBNÇA.L 

Torthographe régulière, supposant que cette division, de même que la 
mutation de Vo en a, conforme sans doute à la prononciation popn- 
laire, est du fait d'un copiste. Il y a du reste d'autres exemples des 
deux phénomènes. Ainsi je trouve la festa de parissia dans un texte 
écrit à Berre(Bouches-du- Rhône) en 1407. 

Caremantran (44). Raynouard n'a que caramantran, avec un seul 
exemple, emprunté au Petit Thalamus. 

Dommenge (60), propre, propriété (lat. dominicum). Manque à 
Raynouard sous cette forme. 

Esporalha (127), épousaille. Raynouard ne donne ce mot que sous 
la forme du pluriel. 

Gesta (56), livre, traité. Dans Raynouard, seulement gestey histoire. 

Mejansia (123), mitoyenneté, séparation, intervalle. Manque à Ray- 
nouard. 

Prima luna (20, 39), nouvelle lune. Signification que Raynouard 
n'indique pas. 

Rosasos, rosaros (11,62, 70), les Rogations. Raynouard n'a que 
roasosy rogasos. 

Sieyssanta-dezena (33), soixante-dizaine, Septuagésime. Manque à 
Raynouard. 

Temporal (83), saison. Manque à Raynouard avec ce sens. 

C. C. 



COMPUT PROVENÇAL 165 



L'Escriptura mostra per ver 
Que Dieus dona sen et saber, 
Et saber[s] que non es monstrat[z] 
Per perdut pot esser compta tfz]. 
5 Per ques eu de vos vuelh saber, 
Prier de la luna, per ver, 
leu que soy prior delmonstier, 
Com trobaray el calendier 
DeLXXMaclau, 

10 Quant siAlleluya si clau, 
Caremantran et Rosarons, 
E quai jorn es TAsensions, 
Ny Pantecosta el(s) Avens, 
Car falhir y vech motas gens. 

15 Prec vos que m'en digas la somma 
Com ho ten la glieysa de Roma. 

— Don prior, (yeu) vos diray per ver 
Cossy tostemps poyres saber 
Yertat de so que demandas. 
20 La prima luna mi comptas 
Qu'après TAparicio sera ; 
Qui ho compta non falhira ; 
Et d'aqui .x. jorns comptares, 
Ny mais ny mens non y mettres; 



L'Ecriture montre par vérité que Dieu donne sens et savoir ; et 
«avoir qui n'est pas montré pour perdu peut être compté. C'est pour- 
quoi je veux savoir de vous, (5) prieur de la lune, par vérité, moi 
qui suis prieur du moûtier, comment je trouverai dans le calendrier 
la clef de la Septuagésime, (10) quand l'AUeluya se clôt. Carême-en- 
trant et les Rogations, et quel jour est l'Ascension, et Pentecôte et 
l'A vent, car j'y vois faillir maintes gens. (15) Je vous prie de m'en dire 
la sonmie, comme le tient l'Église de Rome. 

— Dom Prieur, je vous dirai par vérité comment toujours vous 
pourrez savoir le vrai de ce que vous me demandez. (20) Comptez- 
moi la nouvelle lune qui sera après l'Epiphanie. Qui fera ce compte 
ne se trompera pas. Et de là vous compterez dix jours. Ni plus ni 



166 OOMPUT PROVENÇAL 

25 Al premier dimergue après 

LXX[^ fares. 

(Et) aqui AUeluya es clausa, 

Entro al sapte sant se repausa ; 

Et sia Ion es carnal[s] o cors, 
30 Tostemps .lxiiii. jors 

De .LXX[»]. trobares 

Tro Pascas, ja non y falh res. 

DE CAREMANTRAN 

(Et) d'aquesta sieyssanta-dezena 

Tro al dimenge intra[n] carema, 
35 XV. jorns aures per entier, 

Que en ayssi Tartz o requier. 

Un autre compte vos diray 

Que atressi vos desponray: 

Apres aquella prima luna 
40 Qu(ey ieu vos ay dich en queras i*, 

La premieyra que trobares, 

Et d'aqui .ii. jorns comptares. 

Al dimengue que ven après 

Caremantran lo vielh fares. 

DE PASQUAS 

45 Apres estas .n." lunasons 
De que ay dicha[s las] rasons, 

moins vous n'y en mettrez. (25) Au premier dimanche suivant, faites 
la Septuagésime. Et là Alleluya est clos ; jusqu'au Samedi Saint il se 
repose. Et que le carnaval soit long ou court, (30) vous trouverez tou- 
jours sans faute 64 jours de la Septuagésime à Pâques. 

DE CAREME-ENTRANT 

De cette Septuagésime jusqu'au dimanche de Carême-entrant [ la 
Quinquagésime] (35) vous aurez quinze jours entiers, car ainsi l'art 
le requiert. Un autre compte je vous dirai que je vous exposerai pa- 
reillement : Après cette, nouvelle lune (40) que je vous ai dit, cher- 
chez-en une, la première que vous trouverez. Et de là vous compte- 
rez deux jours. Au dimanche qui vient après, faites Carême-entrant le 
vieux . 

DE PAQUES 

(45) Après ces denx lunaisons dont je vous ai dit les raisons, cher- 



OOMPUT PROVENÇAL 167 

Et vos queres Tautra premie[y]ra 

Que trobares en sella tieyra. 

D'aqui .xiiii. jorns compta(t)s, 
50 Et sol qu'el compte non falhas, 

Al premier dimenge après 

Tostemps vostra Pasqua prenes. 

Encaraus diray régla ferma, 

Car vos arautas de care[rjma : 
55 Apres Sant Benezech la festa, 

Q'aissy o trobam en la gesta, 

Comptas on sera quatorzena 

La luna que non es pas plena; 

Apres en lo premier dimenge 
60 Aures Pascas per son dommenge. 

DE ROSARONS 

— Don prier, lo comptes es bons. 
Ar mi digas de Rosarons 
Trastot lo compte ses mentir, 
Consy non y pot hom falhir. 

65 — Prier, saber deves per ver 
.XL. jorns deves aver 
De Pascha tro a TAsencion ; 
Et si entendes ben ma rason, 

chez encore la première que vous trouverez en suivant. De là comptez 
quatorze jours, (50) et, pourvu que vous ne vous trompiez pas dans 
le compte, au premier dimanche après prenez toujours votre Pâque. 
Je vous dirai encore une règle certaine, puisque vous. ... (?) de ca- 
rême. (55) Après la fête de saint Benoit, qu*ainsi le trouvons -nous 
dans la geste*, comptez où sera à son quatorzième jour la lune qui 
n'est pas pleine ; au premier dimanche suivant (60) vous aurez le 
propre jour de Pâques. 

DES ROGATIONS 

— Dom Prieur, le compte est bon. Maintenant dites-moi des Ro- 
gations tout le compte sans mentir, comment on n'y peut faillir. 

— (65) Prieur, vous devez savoir par vérité que vous devez avoir 
quarante jours de Pâques jusqu'à l'Ascension ; et, si vous entendez bien 

* C'est-à-dire, ici, le traité latin que suit notre auteur. 



168 OOMPUT PROVENÇAL 

Al ters jorn enans trobares 
70 Rosasons, ja non y fal res. 

DE PANTHECOSTA 

Aquest comptes es vertadiers 
Que .L. jorns tots entiers 
A de Pasca tro Panthecosta ; 
Bon saber fay et pauc costa. 

DELS AVENS 

75 — Prior, ben aja la rasons. 
Car bel[s] es lo comptes e bons, 
Mays com trobarem los avçns 
C'om fay dejunar a las gens ? 



DELS mi. TEMPS DE DEJUNIS 

— Primavera tro Sant Urban, 
80 Estions tro San [Symp]horian, 
Pueys tro la festa Sant Clemen, 
An tot(s) fenit(s) lor complimen. 

ma raison, au troisième jour avant vous trouverez (70) sans faute les 
Rogations . 

DE LA PENTECÔTE 

Ce compte est exact que cinquante jours tout entiers il y a de Pâ- 
(Jues jusqu'à la Penteëôte. C'est bon à savoir et coûte peu. 

DES AVENTS 

— (75) Prieur, bien venue soit l'explication, car le compte est bel 
et bon. Mais comment trouverons-nous les Avents, où l'on fait jeûner 
les gens? 



DES QUATRE-TEMPS DE JEUNE 

Le printemps jusqu'à Saint Urbain, (80) l'été jusqu'à St Sympho- 
rien, puis [l'automne] jusqu'à St Clément, [et l'hiver jusqu'à la Chaire 
de St Pierre] ont fini leur achèvement. Suivant ces quatre saisons, 



COMPUT PROVENÇAL m 

Segon aquestos temporals, 

Fan .1111. temporas égals. 
85 De caresma es la premiejra, 

E compta se per tal manieira : 

Lo dimecres après las Cendres 

Et es ne lo sapte[s] el ven[d]res ; 

Lo mecres après Pantecosta, 
90 El venre(s) el sapte(s) i ajosta ; 

La Exaltation qui querra 

De la Gros, aquitrobara 

Lo premier [dimjecres après ; 

Lo vendre el sapts y metes. 
95 Lo quart[z] après Sancta Lucia 

Sus lo mecres se denuncia ; 

El vendre[sl ®1 sapte[s] y sia. 

Et si sus lo mecres legem 

Las festas que dich vos avem, 
100 Tro l'autre mecres en après 

La vostra tempera prendes. 

Del bissext vos vueilh aytan dir 
En quai an deu esdevenir: 
Quant rencarnation[s] es tais 
105 Que se fan .iiu°. parts égals, 
E mays ny mens non y aura, 
Aquel an bissext correra 
La 6' letra de febrier, 

nous faisons quatre Quatre-Temps égaux. (85) Ceux de Carême sont 
les premiers, et ils se comptent de cette façon : le mercredi après les 
Cendres, et le samedi et le vendredi en sont aussi; — le mercredi 
après la Pentecôte, (90) et ajoutez-y vendredi et samedi ; — qui cher- 
chera l'Exaltation de la Croix, trouvera là le premier mercredi après; 
mettez-y le vendredi et le samedi ; — (95) le mercredi après Sainte 
Luce annonce les quatrièmes ; que le vendredi et le samedi y soient. 
Et si sur le mercredi nous lisons les fêtes que nous avons dit [c'est- 
à-dire si l'Exaltation de la Croioa ou la Sainte Luce tombent un 
mercredi'], (100) au mercredi d'après prenez vos Quatre-Temps. 

Du bissext je vous veux dire aussi en quelle année il doit arriver. 
Quand [l'année de] l'Incarnation est telle (105) qu'il s'en fait quatre 
parts égales et que ni plus ni moins il n'y aura, [c'est-à-dire sans 



170 COMPUT PROVENÇAL 

Que deves la fin se requier, 
110 Car sus la Fe [esjdevenra 

Bissext, aquel an que sera ; 

E deu j hom .11. jorns estar 

Sus la letra, per mielhz comptar, 

L'an que bissext tenra son fieu ; 
115 E car la festa Sant Mathieu 

Sus en aquel F es pausada, 

Lo segon jorn es celebrada. 

Pero mejan non deu aver, 

L'an que bissext se deu tener, 
120 Entre la vigilia et la festa, 

Aysso es vertat manifesta, 

Se dimenge non tolia, 

Que fos en cella mejansia; 

Car adonq Ip sapte sera 
125 Vigilia que dejuni aura. 

Bona es la régla ses falha. 

— Don prior, de cest' esporalha 
Mi respondes .1. pauc ses falha. 

d'esposallas 
Conjugium prohibet Adventus Hilarisque relaxât; 

aucun reste], cette année-là, la sixième lettre de février qui se cher- 
che [c'est-à-dire quil faut chercher, qui se trouve] vers la fin [du 
mois], courra bissexte, (110) car c'est sur l'F que tombera le bissexte 
l'année où il arrivera. Et l'on doit rester deux jours sur cette lettre 
pour mieux compter, dans l'année où le bissexte tiendra son fief. 
(115) Et comme la fête de saint Mathias est posée sur cette F, elle 
est célébrée le second jour. Mais il ne doit y avoir aucun intervalle. 
Tannée où le bissexte se doit tenir, (120) entre la vigile et la fête, 
cela est vérité manifeste, à moins qu'un dimanche ne Pempêche, qui 
soit entre les deux, car alors (125) la vigile qui aura le jeûne sera le 
samedi. Bonne est la règle, sans faute. 

— Dom Prieur, concernant les épousailles , répondez-moi un peu 
sans faute. 

DES ÉPOUSAILLES 

— L'Avent interdit le mariage; St-Hilaire [ou [le jour] joyeux P] 



COMPUT PROVENÇAL 171 

130 LXX* vetat ; octava Pascha révélât ; 

Rogamen vetat; concedit Trina Potestas. 

DE INDICTIONE 

Si per quindenos Domini diviseris annos, 
His tribus adjunctis, indictio nota patebit. 
Dum redit october indictio fit nova semper. 

DE NUBiERO LUN^ 

135 Si vo[l]s de la luna saber 

Cascun an son nombre per ver, 

Compta la encarnation 

Per XIX., a nombre bon ; 

De (cascun) x[i]x. i. ne penres, 
140 E a tôt .1. ajostares. 

Aquo que per cert remanra 

Nombre de la luna sera. 

Tro .xix. il correra, 

Et pueys a .i. s'en tornara. 
Amen. 



le permet; (130) la Septuagésime le défend; l'octave de Pâques le 
permet; les Rogations le défendent; la Trinité l'autorise. 

DE l'iNDICTION 

Si tu divises par quinze les années du Seigneur, après y en avoir 
ajouté trois, l'indiction te sera connue. C'est toujours au retour d'oc- 
tobre que l'indiction se renouvelle. 

DU NOMBRE DE LA LUNE 

(135) Si tu veux savoir chaque année, exactement, le nombre de la 
lune [c'est-à-dire Vannée du cycle lunaire], comi^te par 19 les années 
de l'Incarnation; de chaque dix -neuf vous prendrez un, (140) et au 
tout vous ajouterez un. Ce qui restera certainement (c'est-à-dire le 
reste exact) sera le nombre de la lune. Jusqu'à dix-neuf elle courra, 
et puis à un s'en retournera. 

Amen. 



172 COMPUT PROYEBNÇAL 



NOTES 



5. « ques eu. » Ms. que sen. 

10. «ai. )>M. Bauquiera proposé de corriger li. Mais si peut rester, 
étant une forme de l'article féminin sujet. 11 y a d'autres exemples' de 
cette forme dans les textes de la Provence, entre autres Ste Agnès. 

11. Le premier mot de ce vers est écrit dans le ms. en caractères 
plus gros que le reste et rentré, ce qui explique que Thomas ait pris 
le vers entier pour une rubrique et Tait imprimé, comme tel, en ca- 
pitales . 

12. Ms. jour — la sensions. — 14. « vech. » Thomas: veh. — 15. 
Ms. Prêt. — 16. 11 y a un tilde, dans le ms., sur Vo deRoma. — \7.yeu 
manque chez Thomas. — 19. Thomas : se. 

20. u mi. » Ms .uii. * — 21 . Ms. la paricia. 

22. Ms. Que. Peut-être faudrait-il aussi corriger /'lo en be, ou en- 
core garder que et corriger lo compte. — 23. Ms. jours. 

27. « clausa. » C'est le mot consacré. Voy, Du Gange sous alleluya. 
Rappelons, au sujet de ce vers et du suivant, que Y Alleluya a été au 
moyen âge personnifié. 11 a eu son office propre dans quelques églises, 
où, non content de le laisser reposer, on l'ensevelissait même en ce- 

* Thomas, qui conserve ces quatre i, est par là conduit à ajouter 14 jours à 
]a nouvelle lune après l'Epiphanie, ce qui, ainsi qu'il le remarque lui-même, 
donne des résultats qui ne concordent pas toujours avec la réalité. Mais la 
faute en est simplement au copiste du ms. C'est 10 jours, ou 11 si l'année est 
bissextile, qu'il faut, d'après les anciens computistes, ajouter à la nouvelle lune 
qui suit l'Epiphanie; le premier dimanche-qui vient ensuite est la Septuagésime. 
Durand (Hationale div. officiorum, lib. VIII, cap. xii, exprime cela un peu 
différemment : 

« Accipe lunam qiiaecurnque est in festo Epiphaniae et perfice iliam proce- 
dendo per vices kaleudarii ordinate usque ad xl dies, et si fuerit bissextus, 
usque ad xli, et in primo die dominico subsequenti erit initium lxx*. Unde 
versus : • 

A festo Stellœ numerando perfice lunam 

Quadraginta dies ; post Septuagesima fiet. 

Bissextus quando fuerit, superaddilur unus. 

Si cadit in lucem Domini, tune surae sequentem. 

Si cadit in feriam septenam, fitque bissextus, 

Linque diena domini primum sumasque secundum. » 

Notre auteur a omis cette dernière partie de la règle, qu'il était pourtant 
essentiel d'exprimer. 



COMPUT PROVENÇAL 173 

rémonie. Voy. là-dessus les curieux détails rapportés dans Du Cange- 
Henschel, d'après Lebœuf et d'autres. De même aujourd'hui encore, 
les bonnes femmes de la campagne, en Périgord, personnifient la 
Pentecôte, et disent sérieusement qu'elle laissa son jeûne pour aller 
danser. Voilà comment se forment les mythologies. 

28. Ms. L*entro. Corr. Trof Thomas: Lentre, — Ms. sans, 

29. « loncs.)>Ms. lo cas, 

31. Prononcez Septagesma ou corr. auras '^ 

32. Ms. yssalhires, Thomas a aussi corrigé y falh res, mais en fai- 
sant un seul mot, qu'il traduit tromperez ^ de ces deux derniers. 

33-34. Thomas a omis Et, — Corr. Septuagesma (Et, dans ce cas, 
serait à conserver) et care[s]maf Sieyssanta-dezena^ est d'ailleurs un 
substantif formé sur sieissanla-dez, comme seissantena surseissanta. 

35. Ms. jours. — 38. Ms. attressi; Thomas: altressi, 

40. Ms. enquaras ; Thomas : en quarts^ . Je ne corrige pas queres, 
parce que l'emploi du subjonctif pour l'impératif, même sans néga- 
tion, n'est pas rare. Avec la négation, c'est la règle même, comme on 
sait. 

42. « II. jorns. » Ms. x. jours, ce qui est impossible. 11 n'y a que 
trois semaines entre la Septuagésime et la Quadragésime, et 10 jours 
ajoutés à la nouvelle lune qui suit le premier de ces deux dimanches 
nous donneraient un mois. Le ms. que transcrivait notre copiste avait 
probablement, en toutes lettres, dos, que celui-ci aura lu des et ex- 
primé dès lors, en chiffres romains, par x^. Thomas, qui conserve ce 

* Thomas traduit ce mot par sixième dizaine^ et y voit la Sexagésime. 
Aussi est-il obligé de prendre le dimenge du vers 35 pour le dimanche de la 
Quadragésime, nouvelle erreur qu'excuse, il est vrai, Vintra du ms., tandis 
que c'est celui de la Quinquagésime qui est ici désigné. Ce dimanche est, en 
effet, depuis le IX« siècle, le vrai carême entrant, le jour qui ouvre le carême. 
On l'appelait, en certains lieux, carnisprivium 7iovum, par opposition au 
dimanche de la Quadragésime, qu'on nommait carxiisprivium vêtus {careman- 
fran lo vielh, comme dit plus loin, v. 45, notre auteur lui-même). Voy. là- 
dessus Du Cange-Henschel, II, 191-192, ou Natalis de Wailly, Éléments de 
paléographie, 1, 117. 

* Il traduit (vv. 40-42) : a Après cette première lune, que je vous ai dit à 
son quatrième jour, première, la première que vous trouverez.» Comprenne qui 
pourra ! 

'Cf. Philippe de Thaun, Comput, vv. 3379-85 (je cite d'après l'édition de 
M. Mail) : 

E or veez raisun 
Quel terme nus tenum 
De quaresme truver 
Cum le devum guarder : 
Qant la lune en sun curs 

14 



174 COBIPUT PROVENÇAL 

X, remarque, ici comme au v. 20, que la règle n'est pas sûre, et il veut 
que ce soit « la réforme du calendiier Julien qui ait dérangé les calculs 
de notre poëte astronome. » La plus simple réflexion lui aurait fait re- 
connaître que la réforme de Grégoire XIll n'est ici pour rien, et qu'il 
était aussi impossible avant qu'après cette réfonne qu'une lune en- 
tière s'écoulât entre le terme de la Septuagésime et celui de la Qua- 
dragésime*. Il n'y fallait que 22 jours. Les jours gras doivent tomber 
en nouvelle lune de février, comme Pâques en pleine lune de mars. 
C'est ce qu'exprime le proverbe suivant, qui a cours en Périgord : 

S'ei jamai vu dimar lardier 
Sel primo luno de février. 

44. Thomas : la vielh, qu'il traduit simplement là, Voy. la note 1 de 
la page 173 ci-dessus. 

45. Ms. estais. — 46. Thomas a aussi suppléé las. 

48. Thomas : vella tieyra, qu'il traduit vieille terre! Le ms. porte 
bien sella. Le sens est dans cette série, c'est-à-dire en suivant les 
lunaisons une à une. 

49. Ms. jours. 

Ibid, Ce 14e jour de la lune (de mars) est ce qu'on appelle le terme 
pascal, lequel a été fixé par le concile de Nicée. La même dénomi- 
nation de terme (terminus) était aussi donnée (pour Pâques comme 
pour les autres fêtes mobiles) à des dates fixes, et non plus variables, 
comme celle-ci, à partir desquelles on comptait un certain nombre 
de jours, déterminé d'avance pour chaque année, et portant le nom de 
clef, afin de trouver le jour où tombait chacune de ces fêtes. Voy. Du 
Cange, sous Claves terminorum, et Natalis de Wailly, Elém. de pa- 
léogr., 1, 83. Notre auteur, qui emploie pourtant le mot (v. 9), ne 
parle pas de ces clefs. — 53. Ms. Encaras vos. Thomas omet vos. 

54. « vos. 9 Corr. nos (= nous = no vos) t arautas est sans doute 
pour azautas. L'idée serait, en corrigeant nos, « puisque vous ne 

Nen at mais de dous jurz 
Puis les noues février. 

C'est-à-dire que le terme de la Quadragésime est le deuxième jour de la 
une qui est nouvelle après les nones (= le 5) de février. Philippe de Thaun 
donne aussi la même règle que. notre auteur pour trouver le terme de la Sep- 
tuagésime, mais sans oublier, comme lui, qu'il faut compter 11 au lieu de 10, à 
partir de la nouvelle lune, dans les années bissextiles. Voyez ci-dessus, p. 172, 
note i. 

' On peut encore remarquer que la Quadragésime a toujours précédé Pâques 
d'un nombre de jours fixe, soit 42 jours. Par conséquent, le terme de cette 
fête ne saurait tomber 84 jours seulement avant celui de Pâques, qui est, comme 
on le verra tout à l'heure, le 14® jour de la lune suivante. 



COMPUT PROVENÇAL 175 

vous accommodez pas du carême, qu'il vous tarde de le voir finir. » 
Mais cela ne me satisfait guère. Le passage est peut-être corrompu. 
Thomas a lu, contre l'évidence d'ailleurs, acautasj qu'il a traduit ap- 
puyez-vous {du carême). On pourrait rattacher arautas à raptare (le 
simple rautar est dans Hugues Faidit), en corrigeant Car en Can, 
Mais cela donnerait, ce me semble, un sens encore moins satisfaisant 
que la première correction. — Carerma pour caresma est une forme 
qu'on retrouve ailleurs, par exemple dans Flamenca. 

55. « S. Benezech la festa. » Cf. Paris la cité, etc. Voici comment 
la règle donnée ici est énoncée par Durand (loc. cit.): « Ubicumque 
post XII k. aprilis ( = 21 mars, fête de S. Benoît) luna xiiii re- 
peritur, in dominica proxima pascha celebratur. » Il ajoute : « Item 
qualiscumque luna fuerit in k. januarii talem fac eam in festo sancti 
Benedicti sive xn k. aprilis et illam computes usque ad xxiiii et ibi 
eiit Pascha Hebrseorum » (c'est-à-dire le terme pascal des Chré- 
tiens ). 

56. Ms. troban. — « gesta. » Sic Ms. Thomas : vesta (qu'il traduit 
par veste!), faute corrigée par M. Banquier. ♦ 

57. Ms. quatorzene. 

60. Dommenge, que Thomas rend à tort par dimanche, comme le 
dimenge qui précède, n'a d'autre sens que celui de propre, propriété. 
L'expression entière per son dommenge serait ici bien traduite par 
proprement, précisément, ou encore exactement Mais l'idée serait 
mieux rendue si l'on corrigeait: 

En après lo premier dimenge 
Aura Pascas per son dommenge. 

64. Thomas : cousy. — 66. Ms. jours. — 67. Ms. la sencion. 

68. Suppr. Et ou hen ? —69. Ms.^owr. 

ll.M.^. Aquestes compts. (On avait d'abord écrit comptes). ^^72. 
Ms. jours. — -74. Ma.paut. 

75. Thomas traduit: « D'abord comprenez bien la raison. » Le sens 
est: Bien venue soit V exposition, Vexplication, plus généralement, 
ce que vous venez de me dire, votre raison, au sens ancien du mot. 
C'est une façon de se déclarer satisfait et de remercier. 

78. Ms. àevinar. Thomas : fan devinar a la gens» Mais le ms . 
porte bien fay et las. Il y a évidemment une lacune après ce vers * . 

* Thomas, qui n'a pas reconnu la lacune et qui prend estius (été) pour saint 
Etienne, traduit (v. 76-82): « car bel est le compte et bon, de la manière encore 
dont nous trouverons les Avents, comme on fait deviner aux gens(!). D'abord 
vers la Saint-Urbain, Estève, et vers la Saint-Horian, puis vers la fête Saint- 
Clément tout à fait finit leur complément. » Après quoi, il fait en note dos 
efforts nécessairement très-vains pour trouver quelque coïncidence enf:" Ii^s 
quatre dimanches de l'Avent et les fêtes de ces quatre saints. 



176 COMPUT PROVENÇAL 

Il nous manque : 1° la réponse du Prior de la luna à la question 
concernant l'A vent; 2° la question du Prior del monstier relative 
aux Quatre-Temps et peut-être le commencement de la réponse. Le 
titre de nu. temps de dejunis est placé dans le ms. entre les vers 
83 et 84. Thomas, qui imprime (en supprimant le second de): de .iiii. 
temps devins (le m%. a. deuines), et qui traduit 6^65 Quatre-Temps 
divins, met ce titre après le vers 82. 

79. Ms. Prima vero. — 80. Ms. sans. 11 y a certainement une nou- 
velle lacune à la suite de ce vers ou plutôt du suivant. Cf. ceux-ci, 
cités par Durand (Rationale div. offic, lib.wm^ cap. m): 

Festum Clementis hyems caput est orientis. 
Cedit hyems rétro, cathedrato Simone Petro. 
Ver fugat Urbanus ; aestatem Symphorianus. 
Id tibi quod restai autumni tempera praestat. 

83. temporal = a3Àaon.\ iemj? or a (aujourd'hui tempouro) = Quatre- 
Temps. Thomas :« Suivent ces époques (des Quatre-Temps): elles font 
quatre époques nouvelles. » 

84. Fan doit être ici pour fam. — 86. Corr. comptan (oxi compton)'} 
— Ms. manieire, 

88. « el venres. » Thomas a lu à tort et. Même faute aux vers 90 
(2 fois), 94 et 97. 

89. Ms. mettresj et de même aux ms. 93 et 100; au v. 98, seule- 
ment mètres . Thomas a rétabli partout la bonne forme 

90. Ms. si ajusta. J'y vois un impératif. 

91. Ms. Ly. Le substantif n'étant pas sujet, il a fallu de toute ri- 
gueur corriger la. 

94. Thomas: mètres. Le ms. porte bien metes et aussi prendes, 
V. 101, au lieu àeprendres, que donne Thomas. — 95-97. Trois rimes 
en ia de suite. Peut-être manque-t-il un vers. 

98-99. Thomas: legens, avens. 

100. «Tro.» Corr. En? 

101. Ms. vestra. 

102. Thomas place ici une rubrique, del bissext, qui n'est pas dans 
le ms. 

105. (( Que. )) Ms. Et. Cf. ce distique rapporté par Durand (loc, cit.): 

Anni divisi Domini per quatuor œque 
Monstrant bissextum qua ratione scias. 

107. Thomas: carrera. Même faute au v. 143. Construisez ici; La 
sexta l. de f. que deves la fin se r. correra hissext aquel an. 

108. Ms. 6«. — 109. Thomas : devers. Il y a bien deves dans le ms. 
110. Ms, Car sus la fe. devenra. Thomas : Car sus la que en de- 



COMPUT PROVBNÇAlL 177 

venra, ce qu'il traduit: car sur celle qui arrivera. Fe est le nom 
même de la lettre F. Cf.v. 116. Peut-être vaudrait-il mieux corriger 
sus la F els]devenra. 

112. Ms. jours. — On sait que le bissexte s'intercale, dans le ca- 
lendrier ecclésiastique, entre le 23 et le 24 février des années com- 
munes. Or le 24 février {sexto kalendas Martias), jour de la fête de 
St Mathias (et non Mathieu, cpmme dit notre texte), a F pour lettre 
dominicale. (C'est la dernière F de février, ainsi que notre auteur l'in- 
dique d'une façon peu claire au v. 109). De là l'obligation de faire 
servir cette F deux jours de suite, savoir le 24 et le 25 février, le 
24 devenant le bissexte et le 25 le sexte. 

116. ^s manque chez Thomas. 

117. Ms. ^'owr. — Cf. Ces deux vers latins, rapportés par Durand 
(lac. cit.): 

Bissextum sextœ martis tenuere Calendœ. 
Posteriore die eelebrantur festa Mathiœ. 

120. Ms. entra. La vigile de St Mathias, dans les années bissex- 
tiles, a lieu le 24 février, à moins que ce jour ne soit un dimanche, 
auquel cas elle reste au 23 février. 

125. « dejuni. )> Ms. devinj. Thomas : devinq^ qu'il traduit par bis- 
sexte. 

126. Lacune après ce vers? Peut-être a-t-il été interpolé. 

127. « Cest' esporalha. » J'ai déjà dit (ci-dessus p. 162) qu'il faut 
probablement entendre ces deux mots comme s'il y avait cert' espo- 
salha. Peut-être cependant, dans l'hypothèse d'une lacune, pourrait- 
on laisser à cerV le sens de ista^. 

128. Ms. paw^ 

129-134. Ces formules latines ont peut-être été insérées ici par le 
copiste du ms. d'où dérive le nôtre, pour combler une lacune de celui 
qu'il transcrivait. Je ne sais d'où la première a été tirée. J'ignore aussi 
à qui la seconde a été empruntée ; mais Du Cange la cite au mot 
indictio, sans indication d'auteur. Le dernier vers, seulement, diffère 
chez lui complètement, pour le fond comme pour la forme, de ce qu'il 
est ici. 

129. Ms. conjugum. — « [HJilaris. » Corr. Hilariusf Ce serait la 
Saint-Hilaire, fête qui tombe le 14 janvier, lendemain de l'octave de 
l'Epiphanie. Peut-être faut-il garder hilaris, en sous-en tendant dies, 
et l'entendre de l'Epiphanie elle-même, qui est le jour où cesse au- 
jourd'hui la prohibition. Mais je ne trouve pas que cette fête ait jamais 



* Traduction de Thomas: « dont d'abord de cette épreuve vous me rcpoa 
(Irez un peu si elle est fausse. » 



178 COMPUT PROVENÇAL 

été désignée de la sorte.— Cette ligne en forme deux dans le ms., la 
première finissant à adventus. 

130. Thomas: xl. Il y a bien lxx» dans le ms., ce qui est conforme 
à Fusage ancien de l'Eglise . 

131. Cette ligne en forme deux dans le ms.; la seconde commence 
à concedit, 

132. Ms. dimiseriSy leçon conservée par Thomas, qui traduit pour- 
tant divisez. — 133. Ms. Mis in dicto nona patebunt, Thomas 

corrige ici, comme moi, his indictio patebit, mais il conserve 

nona. Au lieu de nota, par quoi jfe remplace ce dernier mot, on pour- 
rait proposer ver a, qai n'en serait pas graphiquement beaucoup plus 
éloigné et qui conviendrait peut-être mieux pour le sens. Il y a certa 
dans Du Cange (loc. cit.): ' 

Si per quindenos Domini diviseris auDOs, 
His tribus adjunctis, indictio cefta patebit. 
Si nihil excedit, quindena indictio currit 

134. Ms. Dumreddit octabas in dicto nono fit semper; dont Tho- 
mas, sans le dire, a fait I>um redit octavus indictio nona fit usque^. 
Notre cort-ection se fonde sur ce que, d'après les anciens compu- 
tistos, l'indiction pouvait commencer en effet au retour d'octobre 
(exactement le 8 des calendes d'octobre 2). Voy. Du Cange, loc. cit. 
(III, 811, col. 1 et 2). 

135. « vo[l]s. » Thomas : ves. J'aurais pu à la rigueur garder vos, 
car il y a d'autres exemples dans les^nciens textes de la réduction 
à 5 du groupe final Is. 

137. C'est-à-dire : compte par groupes de 19 les années écoulées 
depuis l'Incarnation de J.-C. 

* Il traduit (je reprends au v. 132): « Si vous divisez par quinze les années 
du Seigneur, après y avoir ajouté trois, vous aurez neuf pour l'indiction pro- 
chaine. Lorsque la huitième année de l'indiction revient, la neuvième doit la 
suivre toujours. »(!)Et il met en note :« Voilà qui démontre évidemment que ce 
comput a été écrit en 1280. En effet, ces trois vers hexamètres, baroques, sur 
l'indiction, montrent toutefois clairement qu'ils n'ont pu être composés que 
pendant cette année-là. On sait que, pour trouver l'année de l'indiction ro- 
maine, il faut ajouter 3 à l'année julienne, et diviser le total par 15; le reste de 
la division donne le chiffre de l'indiction. Or en divisant 1280 -\- 3 par 15, il 
reste 8, et, par conséquent, 9 pour l'indiction de l'année suivante 1281, comme 
l'indique assez naïvement notre auteur. » Le lecteur jugera quel est le pluS 
naïf, de notre computiste ou de son commentateur. 

2 On l'appelait dans ce cas impériale ou constantinienne, ou encore césa- 
rienne, pour la distinguer de l'indiction romaine, qui commençait le 1er janvier. 
L'indiction impériale était la plus commune en France. Voy. Du Cange et Nat. 
de Wailly (op. cit.) 



COMPUT PROVENÇAL 179 

139.*(' De detz e nou un ne penres, » c'est-à-dire vous diviserez 
par 19. Thomas: XX j , qu'il traduit par vingt jours^. 

140.«atot», c'est-à-dire au reste, ou bien au quantième de l'an- 
née, avant l'opération. Cf. le distique suivant, cité dans le Rationale 
de Durand, qui éclaircit notre texte et justifie notre correction. C'est, 
du reste, une règle que donnent tous les computistes : 

Annis adde monos 2 Domini ; partira per unde 
Viginti ; lun© cyclis et inde patet. 

* « De chacun vingt jours vous prendrez. » Voici comment Thomas explique 
ce vers, ainsi traduit par lui : il expose d'abord de façon très-claire la règle 
donnée communément pour trouver le nombre d'or ou l'année du cycle lunaire, 
et qui est celle même de notre auteur, entendu comme je l'entends, puis i 
ajoute .'«Mais l'auteur du comput s'y prend un peu différemmeut pour arriver au 
même résultat. Voici sa méthode: de 1280, qu'il compte depuis l'Iacarnation, 
il retranche 380 jours, , soit 20 jours sur chaque année des 19 qui composent 
le cycle lunaire: il a donc 1280 — 380 = 900, auxquels il ajoute 1 ; il divise 
901 par 19, et il a, comme précédemment, 8 pour reste. » Voilà une méthode 
dont les computistes de profession ne se seraient certainement pas doutés ! 
Qui ne voit que c'est là une complication inutile, sans parler de cette confusion 
invraisemblable de nombres de jours et de nombres d'années? Puisque 380, 
comme tout autre multiple de 19, est exactement divisible par ce dernier nom- 
bre, si on retranche 380 de l'année du Christ sur laquelle on opère, la division 
par 19 donnera évidemment le même reste après qu'avant la soustraction. Il 
n'y aura que le quotient de changé. 

^ Monos =: unum. Voyez ce mot dans Du Gange. Il était considéré comme 
invariable. 



Dialectes Modernes 



POESIES LANGUEDOCIENNES 

DE LÉON ROUVIÈRE 



VÉnéide a eu la bonne, ou plutôt la mauvaise fortune, d'être tra- 
vestie en langue d'oc par un assez grand nombre de poëtes. Valès de 
Mountech, Bergoing, d'Estagniol, l'abbé Favre, Jourdan, se sont appro- 
priés différentes parties du poëme de Virgile, et leurs essais mérite- 
raient peut-être mieux que l'étude insérée par M. G. Brunet dans la 
Revue du Midi^, 

Le travestissement du premier chant de VÉnéide que nous pu- 
blions aujourd'hui provient de la bibliothèque de Pierquin de Gem- 
bloux, qui, à l'époque où il recueillait des documents pour son Histoire 
liùtéraire,philologique et bibliographique des patois {1S41 ,2^ édition, 
1858 2), en avait sans doute obtenu une copie de son auteur. Il est dû 
à Léon Rouvière, né à Montpellier, le 2 novembre 1810, mort dans la 
même ville, le 3 octobre 1848, après y avoir fondé et dirigé pendant 
plusieurs années le journal V Indépendant^, 

Rouvière était le beau-frère d'Eugène ViatUès, à qui l'on doit aussi 



* Revue du Midi; Montpellier, Gras, 1844, in-8o (no du 25 avril 1844). 
La date de cette étude indique qu'il n'y est pas questioD de Jourdan. 

M. Charles Cavallier possède une traduction inédite en vers languedociens 
du premier chant de Y Enéide, laquelle provient de la bibliothèque de feu 
M. Bory, de Marseille. Elle appartient au XYlIIe siècle (1740-1750). Nous es- 
pérons qu'il en fera bientôt profiter les romanistes. 

* II est bon de prévenir le lecteur que" le tirage de 1858 est purement fictif 
et ne représente qu'une spéculation de librairie. Aubry devint Tacquéreur de 
l'ouvrage de P. de G., et, pour mieux en écouler les exemplaires, il fit imprimer 
un titre avec la mention: Deuxième édition. 

^ Avant de devenir tri-hebdomadaire, VIndépendant parut d'abord tous les 
mois dans le format in-8o. Voyez, dans le numéro du 5 octobre 1848, un article 
nécrologique sur Léon Rouvière, avec quelques extraits des paroles prononcées 
sur sa tombe par MM. Bouchet-Doumenq et Lafon. Celui du 5 octobre de l'an- 
née suivante contient, en outre, un second travail nécrologique où le rôle po- 
itique de notre poète est presque exclusivement mis en lumière. 



POÉSIES DE ROUVIÉRE 181 

des vers montpelliérains réunis sous le titre de las Récréatiouns d'un 
Ca^^atre; Montpellier, Ricard, 1870; in-8**, iv-115pag. 

L'orthographe de Rouvière n'est ni meilleure, ni plus défectueuse 
que celle de ses contemporains. Elle procède de l'abbé de Sauvages, 
en ce qui touche les gh = gue^ neghe, finighe, passighe, = negue^ fi- 
nigue, passigue; mais les vers de l'auteur ont presque toujours de la 
verve et de la facilité. En dépit de quelques passages où le burlesque 
s'aventure jusqu'aux environs de la licence, les philologues trouveront 
dans la traduction du premier chant de VÉnéide l'exacte représen- 
tation du sous-dialecte montpelliérain, tel qu'on le parlait de 1830 à 
1840. Beaucoup d'expressions et de verbes qui ont disparu ou qui sont 
sur le point de disparaître sont fort heureusement enchâssés dans ses 
vers. Rouvière est peut-être le dernier des Montpelliérains à employer 
certains archaïsmes qui remontent en droite ligne à la langue du moyen 
âge, la Papa, pour lou Papa, notamment*: 

Q'a foundat la bel' anticaia 
Ounté la Pap' a soun oustaou. 

On ne connaît aucun ouvrage imprimé de Rouvière, si ce n'est une 
thèse latine pour la licence. Les articles qu'il donnait à VIndépendant 
ne sont même pas signés de ses initiales. En imitant le début du 
Siégé de Cadaroussa, de l'abbé Favre, il fait cependant allusion à 
des couplets politiques répandus dans le public antérieurement à la 
traduction de VÉnéide : 

Yeou qe, d'una boues patriota, 

Ai ^lat una cansounota 

Q'a fach bisca maï d'un pelaou 

E q'a prés sega couma faou (v. 1-4). 

Mais nous ne croyons pas qu'ils aient été imprimés. M"® veuve 
Eugène Vianès, sœur de notre poëte, a bien voulu, par l'intermédiaire 
de M. Roque- Ferrier, nous faire connaître qu'ils furent composés à la 
suite des journées de juillet 1830, et que leur succès fut très-grand 
dans une partie de la population montpelliéraine. 

Léon Rouvière n'avait pas exclusivement consacré son activité lit- 
téraire à la direction et à la rédaction de VIndépendant. Passionné 
pour la numismatique, l'histoire naturelle et les recherches locales, 
il avait réservé une part relativement large de son journal à l'élément 
languedocien. Il y accueillit assez souvent des pièces montpellié- 
raines d'Eugène Vianès et de quelques autres, des vers lodévois de 
Peyrottes, de Clermont-l'Hérault, et des articles de littérature méri- 
dionale qui, aujourd'hui encore, pourraient être lus avec intérêt. Sa 

< Voyez Chabaneau, Grammaire limousine^ p. 134, note. 



182 P0BSIE8 DB ROUVIÈRE 

famille conserve un Dictionnaire de Fabbé de Sauvages, augmenté de 
trois pages de proverbes languedociens et nimois*, ainsi qu'une copie 
du poëme de Fierabras, transcrite de sa main sur l'édition allemande 
d'Emmanuel Bekker. Les notes de celle-ci ont été traduites en français 
à la suite du poëme. 

La Bibliothèque de la ville de Montpellier possède enfin de Rouvière 
deux chansons manuscrites, qui faisaient partie du fonds du docteur 
Fages : lou Poutou^ musique d'Adolphe Boulabert, et la Couquéta 
d'aou vilagCy musique de Joseph Jean. Ces chansons sont très-proba- 
blement inédites, et, à ce titre, nous avons cru devoir les faire figurer 
à la suite du premier chant de V Enéide. 

La copie de celle-ci est d'une écriture assez difficile. Certains mots 
sont même illisibles. Quelques-uns ont été oubliés, et nous avons in- 
troduit dans le texte leurs équivalents probables, en les plaçant entre 
crochets (vers 312, 352, 547). Les leçons rejetées ont été données au 
bas de la page. On remarquera (749-750) des rimes inexactes ou, pour 
mieux dire, assonnancées et (937-928) l'omission de deux vers *. 

C. DE Vallat. 



» M. Félix Vianès, neveu de Léon Rouvière, nous a permis de les joindre à 
la présente publication. 

2 Nous serions bien ingrat si nous ne disions pas que c'est à l'obligeance 
de M. Roque-Ferrier que sont dues les informations que nous venons de ré- 
sumer ; notre excellent confrère a bien voulu les recueillir pour nous, alors 
qu'un deuil de famille nous empêchait de le faire : qu'il nous permette de r*în 
remercier publiquement. 



POÂBIBB DB ROUVIÉRB 1^ 



L'ENÉIDE 



CHANT PREMIER 



Yeou qe, d'una boues patriota, 
Aï gulat una cansounota 
Q'a fach bisca mai d'un pelaou, 
E q'a près sega couma faou , 
5 Un prumiè succès m'incouracha, 
Me crésé pas una ganacha, 
E bole, d'un cop de rasclaou, 
Ganta qicon pu couma caou ; 
Bolé bous counta las batestas, 

10 Lous petassaous e las tampestas, 
Quefaghet endura Chimoun 
En d'aqel moussu de renoun, 
Lou prumié bengut de TAzia 
Per barca, chusq'en Italia. 

15 Aqel paour'el, saïq'ou sabés, 

Finighet pas de plour'aou brés, 
Car se pot pas lous desahisses, 
Lous laghis, lous rebaladisses, 
Q'achet aqel brabe garsou, 

20 Per basti pas q'un bilachou 
D'ounté nasqet la cassibraia 
Q'a foundat la bel' anticaia 
Ounté la Pap'a soun oustaou. 
Musa, béni me dir'unpaou, 

25 Tus qe passes per un oubrieïra 
Ben lengud'e prou patoufieira, 
Perqé la fenna daou bon Diou 
Prenghet lacaousatan aou biou, 
Qe faghet fair'un michan biache 

30 Emb'un home q'era tan sache. 
Councebe pas coussi se pot 



184 POAsifiS DE ROUVIQRB 

Estre tan michan e debot. 

A soixanta legas de posta 
D'Alché, i abié, Ion de la costa, 

35 Una bila qe i*es pa pus ; 

Aisso surprendra pas degus, 
Atendut que Tan demoulida. 
Lous|massous]que Fabien bastida, 
De Tyr s' T erou trigoussas ; 

40 Chunoun ne fasiè for gran cas ; 
Se dis qe V abiè sa remisa, 
Qe ié chanchaba de camisa ; 
Que, s'abiè pougut gouberna, 
La terra aqi bendriè bouca. 

45 Mes, per beïre las caouzas ne tas, 

Lous dious se passou de lunetas. 
Aoussi besiè d'estanciurs 
Qe benien daou peïs das Turs ; 
D'élés s'enchendrab'una clica 

50 Qe ficab' un lec à F Africa : 
Chuchas couma debiè bisca. 
D'aïurs, pouiè pas oublida 
Q'as Trouions abiè, din sa bida, 
Baïlat mai d'una despruzida. 

55 Pioi se soubeniè lous mespris 
D'aqel beligas de Paris, 
Qe faghet pa cas de soun mourre : 
Se rapelaba qe lou pourre, 
Per faïV embriaiga sounmarit, 

60 Er'entre las mans d'un manit 
Qe, pu salop q'una bagassa, 
Aouiôch mai d'un cop pren* sa plassa. 
De fés qe ia n'e.i caou pas tan 
Per bous fa fa di michan san. 

65 Aoussi se grazia lou feche 
E lou diable la petounecha ; 
Poudés me dire lou trabal 



* Le ms. semble donner pen, qui ne fourait aucun sens. Nous substituons 
prerij que la forme incertaine du p peut autoriser. 



f 



POBSIBS DE ROUVIÉRB 1^5 

Qant, en regarden aiss' abal, 

Bous bei, procha de la Sicilla, 
70 La flota das Trouiens tranqilla, 

Qe caminaba brabamen, 

Per cuous butada d'un bon ben. 
Bit' atala sa cariola 

E bous galop' enco d'Eola , 
75 Lou diou de las néblas, das béns, 

Das nibous e daou michan tens. 

Âqeste diou a soun rouiaoume 

Au un foun d'una granda baouma, 

Ounte de segu rounca pas ; 
80 Car qiat dessus un laouzas, 

Ten en respec embe sa cana 

Lou machistraou, la tremountana, 

Lou cers, l'albichouès, lou marin, 

L'aghialas, lou grec, lou garbin, 
85 E caou sap can d'autres buffaïres 

Qe siblou mai que de crestaïres. 

S'era pas aqel machuraou, 

Segu i' aouriè de trabal baou : 

Homes, bestiaous, aoubres, muraias, 
90 Boulestrarian couma de paias ; 

Lous bens, lou sen clame daou chour, 

De la baouma fan tout lou tour. 

Per maou fair'^ aqela guzaïa, 

Cerca lou traou de la saraïa ; 
95 Mes n' la mai d'un q'es atrapat. 

Car es barrât aou cadenat. 

Aqui la deessa macada 

Arribet touta desratada 

E san cadaoula ié dintret. 
100 Dirai pa coussi s'enzenghet ; 

Marou, q'aourié pougut ou faire. 

Passa lis sus aqel affaire. 

Cbunoun se mesâsaba pa. 

Bêche aqi q'entre ié dintra, 
105 Achet las raoubas su la testa, 

E, per tan qe seghesse lesta 



185 POESIES DE ROtTYlâKD 

Per las baissa, touchour moustret 
Beoucop mai q' ela noun boughet. 
Lou diou Te dis : Perdoun, escuza. 

110 Mes aco n'era pa que ruza; 
Car aou foun n'era pafachat 
Daou poulit cuou q'aviè ghinchat. 
La deessa, prou bergougnousa 
( Sa camis' ara un paou moustousa), 

115 Respon : « S'achis de qicon mai : 
Ta un bardot qe me desplaï,. 
Q' en sous souldas, en Italia, 
Baï establi sa coulounia. 
Moustran, qe s'en parle pa pus ; 

120 Desbarassa-me d'aqel gus, 

En me ié manden un ourache 
Qe bous lous assip'aou passache, 
Lous néghe toutes, tan qe soun, 
En coulan sous baisseous aou foun. 

125 Ai set nimphas per mas chambrieiras ; 
Soun saiq'un paouqet garsounieiras ; 
Mes en daco, san flatariè, 
Mai d'un s'en acoutentariè. 
La pu poulida, Deïopa, 

130 Es de toutas la men salopa : 
Se tan soulamen la bésias, 
Segu bon n'engaouchïarias. 
Sous iols, d'un blu q'un paou grizecha, 
Soun tan couqis qe fan embecha; 

135 Son nas menut, prin, es ben fach. 
A una pel coulou de lach. 
Flourada coum' una cedieïra ; 
Sa bouca es touchour risouieira ; 
Sous tetinés blans, rouns et dus, 

140 Tenoun pas dechout sous fichus. 
Poutounecharias sas manetas 
Donssas, pallotas e douietas. 
A de peousses fins à manas, 
Deboutels qe sembloun tournas, 

145 De penés pire que las fadas 



POésiES DR ROUVIÉRB 18t 

E dos ancas repouteladas. 

Maougré q'ache tan de beoutas, 

Es caôda de calitas : 

Sap faire la soup'aôu froumache ; 
150 Petassa ten ben un mainache ; 

Fai lous enfans en perfection. 

Bref, poudés pa trouba mïou. 

Eh bé ! bous la don'en mariache, 

Se mé boules fa moun ouvrache. /> 
155 En l'aouzighen, lou beligas, 

Se sentighet un ratigas ; 

Penset crida : « Batlas-la bite. » 

Mais se reprenghet tout de suite 

E dighet : « Madama Chunoun, 
160 Segu, n'era pas de besoun 

D'un a manida tan frianda 

Per oubteni bostra demanda ; 

Me fasés prou d'ounestetas : 

De fes qe i ' a me coubidas ; 
165 M'abés fach abedre ma plassa 

E se pot dire qu'es patrassa. 

Se bous m'abias pa proutechat, 

Saiqe sarieï destituât. 

S'acos era, pourieï, pecaïré ! 
170 Drech à Tespitaou m'ana chaire ; 

Aoussi, boutas, qe qe boughés, 

Bous ou farai, mai qe badés. » 

Aqui dessus, à la mountagna, 

Fic'un cop en dighén : « Caoucagna ! » 
175 Sabe pa coussi s'enchounget, 

Mes tant ia qe la traouqet, 

Mêm'i faghetuna brab'ascla. 

Entre beire aqela fendascla, 

Couma de parros afamas, 
180 Can ié doubrissèslou clédas, 

Lous bens bous prenou Tescourrida, 

En se toustan à la sourtida. 

Se pourrie chamaï calcula 
Lous capels que bous, fan boula, 



188 P0B8IBS DB ROUYIÉRB 

185 Las chiminieiras rebaladas, 

Las bitras oubertas, coupadas, 
Lous coutiouns reboulumas 
E toutes lous iols embourgnas ; 
Anfin tout Fourrible rabâche 
190 Qe fagheroun sus soun passaché. 

Tron, grella, eliaous, tout se ie met; 
Ploou decha gros couma lou det, 
Faï nègre nioch, et las oundadas 
Montou tan naou qe las Arcadas. 
195 ^neas, de la poou q'aghet, 
Per ara s'estrementighet ; 
E bechen qe n'ia pa per rire, 
Tout en souscan se met à dire : 
« Boou cen fés maï estre crebas 
200 Qe d'estre ansin assegutas. 
Santapa ! couma boudriei ara 
Estre restât à la bagara. 
Achille, qu'où sabié tan fa, 
Aourié bé dégut me mata I » 
205 Tout emb'un cop la tremountana 

Bous ie samboutis sa tartana. 
L'aiga rechiscla daou pertout. 
Tantôt dessus, tantôt dechout. 
Lou baisseou toca lous nuaches, 
210 Pioï haï beire lous couqiages. 

D'un aoutre constat, lou garbin 
E soun cousi calamandrin 
S'endarairou pa per maou faire : 
Bous bufou coum'un troumpetaïre. 
215 Chitou très baisseous sus de ros 
Ounte s'en fai milanta flos . 
Au beou mitan de latampesta, 
La barca d'aqel paour' Aresta * 
Achet aoussi soun ce qe caou.' 
220 Coum'un foulas, lou machistraou 

* Est-ce une transformation, commandée par la rime, du nom d'Alethes, 
grandœvus Alethes? 



P0BSIE8 DE ROUVIÉRE 189 

Ben, e ie mand' una alenada 

Sus sa poupa destrantaiada; 

De la tintaina lou sambroun 

Faghet resqilla lou patroun, 
225 Qe d'amoun cabusset de. testa ! 

Ah ! poudés me dire la festa 

Can lou baisseou, tout fendasclat, 

De degus seghet pas menât. 

Se tousta, per la tramountana, 
230 Se doubris coum'una miougrana; 

Poumpa Taiga de tout coustat, 

Coum' un souiè descourdurat ; 

Mai qu'un bourdet bira, rebira, 

S'enfouza. . . Adioussias ! caou lou tira? 
235 Chacun emballet per sa par 

Mai d'un piphet d'aiga de mar. 

De ion en ion, besias, pécaïré, 

Ben penecà caouqé nadaïré. 

L'un, q'era pa 'stat tan talos, 
240 S*er' espatat sus una pos 

E se n'en serbissié per bioure, 

Coum' un apendris fai d'un cioure ; 

Un aoutre, din lou negafol, 

Per pas estre manchat daou chol, 
245 Tan qe poudié se tremoussaba; 

Mes de gaira noun abansaba. 
Pourtan, aou fin foun de la mar, 

Neptuna, qe fasiè de lar, 

Aousis l'aiga qe grumechaba 
250 E la tampesta qe bufaba : 

Défera Taiga mes lou nas ; 

Mes l'abié sourtit tout escas 

Q'un'aoura fol'à rebaleta 

Bous i escamota sa casqeta. 
255 Lou diou, qu'achet paou d'un raoumas, 

Reiieghet com'un tarnagas, 

E dighet en biran la garra : 

« Tron d'un goi d'aqela bagarra! 

Quintes soun lous poulissounos 

15 



190 POESIES DE ROUVIERB 

260 Qe fan aqeste terigos? 

Aï Chupiter me patafiola I 
Crese q'aco's lous bens d'Eola. 
Te ïe fou. . . ! mes aï pas lou tén. 
Baou maï calma lou tramblamen, 

265 E pioï acouti ma couifura : 
Aprocha-te, granda boulura, 
(Aqel perpaou er'adressat 
Aou ben qe Tavié descouifat), 
Dig'à tous amis un paou bite 

270 D'arma lou galop tout de suite. 
Anas-bou'n dir'à bostre diou 
Qe ce q'es mioune n'es pas siou. 
Se boou, dedin sa permenada, 
Poudès benta touta Tannada: 

275 Aissi boulen pa prene maou. 

Q'adounbous tengh'a soun oustaou. « 
En barchan d'aqeia maniera, 
Neptun'abié Ter en coulera; 
Aoussi chaca ben s'esfraiet, 

280 Tenghet Talé tan qe poughet 
E s'ensaoubet din sa remisa, 
En roundinan de michantisa. 

Ansinda, san saoupré perqé, 
Can lous counpagnouns daou debé 

285 Se mordou, se tustou, s'anglandou, 
Embe ce que podou se mandou, 
E, per se tira de detchout, 
La furou faï arma de tout. 
Mes s' una bona remassada 

290 Tomba dessus la moulounada, 
Chacun que bouïé s'assuca 
S'ensaouba per pa se bagna; 
Antaou lous bens s'encourigherou, 
Amaï segu ben qe fagherou. 

295 Entremen qe s'era parlât, 

La casqet' abiè caminat, 
E decha prou ion se troubaba 
Dounte soun mestre la cercaba. 



POESIES DE ROUVIERB 101 

A la fia, laiat d'ana 'n peou, 
300 Lou diou s'aprouchet d'un baisseou 
E dighet d'una boues mouqeta : 
«Aourias pa bis una casqeta? » 
— « Nani, ié respon Famiral, 
Amaï dinc aqeste rambal, 
305 Tamben se pot estre perduda.... 
E bous caou ana testa nuda, 
A men qe me faghés Founou 
De prene un bounet de coutou ; 
Embé gran plesi bous Toufrisse 
310 E bous sera d'un gran serbisse; 
Se lou cargas, farias pa maou, 
Qe bous tendrié beoucop [pu] caou. » 
Un' attentioun tan paou coumuna 
Estoumaqet lou diou Neptuna. 
315 Lous qe su mar besiè trépa 
Per aqi lou gastabou pa. 
Aoussi boughet pas estre en resta 
E, can achet bounet en testa, 
, Respoundet: «En bous remercian; 
320 Caou qe bous don' un cop de man. » 
Dis e ié fiq'una cridada 
D'una boues q' era pa gamada. 
De suita un moulou de tritouns, 
D'escambarlous dessus de touns, 
325 Qe courrissièn couma de lèbres, 
Bengherou tout faghen ténèbres, 
Enbe de cournés à bouqin: 
« Anen, ce dis lou diou marin, 
Carechas-me d'un' escourida 
330 Aqesta flotta deglezida. 

Couma besés, i en caou pa tan, 
Ansinda la menarés plan. » 

Lous tritouns, pa pu leou l'entendre, 
S'atalerou sans pus atendre, 
335 E lous baïsseous miech engrunas 
Ban couma s'erou pa toucas. 
Lou diou mem' embe sa maneta 



19^ POÉSIES DB ROUVIÉRB 

Pire qe Sansoun raherméta(?), 
Ne sousten su Taiga un parel, 

340 Q'aourien begut un gloup sans el, 
Pourtan la flota ansin butada, 
Aou bor seghet bite arribada . 
Chacun sourtis de soun baisseou 
En cridan : o Era pas trop léou ! » 

345 E, salas couma una coudena, 

S'espatou miech morts sus Tarena. 
S'atroubabou dedins un graou 
An ounte tout se tenié siaou . 
L'aiga, qe i era pa bentada, 

350 lé dourmissié touta Tannada. 
Dous ros, naous qe be talamén, 
le serbissié[n] de paraben. 
r abié, sus aqeles roucasses, 
Un bos roumplit de courpatassés*; 

355 Embas nMa un q'èra traoucat, 
En dedin era tapissât 
De tan, d'eoure, de coucoumelas, 
De capilleri, d'agradelas, 
Qe Ton besié pa las parés. 

360 Un pichotet riou, linde e frés, 
' Sourtissié d'entre de peiretas 
De croissons, de margaridetas ; 
Las trinqieiras, lous courdouniès, 
léfasien sas crebas en pès. 

365 Aou fin foun d'aqel ermitache, 
S' era fatch un seti d'erbache ; 
Enfin ér'un fort brave endretch 
Per frecanta, caii faï pa frech. 
Aoussi, sans estre débignaïre, 

370 Se besiè, sans debanagaïré, 
Aou seti q'era tout caouôat, 
Qe las nimphas i abien trépat. 
Seghet aïlai q'aqest'Acate 



* Coupalassés, dans le manuscrit : mot qui ne présente aucun sens accep- 
table. 



POBSIBS DE ROUVIE 193 

Se sounchet de fa lou recate. 
375 De soun gourdou tir'un briqet , 

Se pica très cop su lou det ; 

Mes, coumaqicoD, tanié manda 

Qé, ma foué ! soun esca s'embranda. 

Bité acampet de tout constat 
380 De ramia, de bruc secat, 

E per preneuna estourouïada, 

Faghet una granda brazada. 

Alors chacun benghet seca 

Lou pan q'abien poughut saouba, 
385 De lar tout trempe de saoumura, 

De blat rounplit de mousidura ; 

Pioï, faoutade moulis à ben, 

Lou trisserou tan maou que ben 

En de peîras ; mes soun aïzina 
390 Fasié pa de flou de farina. 

Entremen qe fasien bon fioc, 

Mné' escalet sus un roc 

Perbeir'unpaou se debistaba 

Lous coumpagnous qe ié mancaba. 
395 Oh! boutas ! bechet pa degus, 

Mes aouzighet fossa coucus : 
(( Acata, bâcla ma flasqeta, 

Sou dis à soun camaradeta, 

Carghen moun fusil à dous cos 
400 E faghen un tour din lou bos ; 

Beiren de faire caouca cassa 

Per abedr'un paou de fricassa. » 

De fet, dins un parés de ten, 

Couma s*abié tira prou ben, 
405 Tuetnoous coucus, dech margassas, 

Un beou parel de tartarassas, 

Très cabochas e qatre chos. 

Aourié be tuât mai q'acos. 

Mes, coum'abié pas de por d'armas, 
410 Rebenghet, de poou das chandarmas. 
Entre que seghet arribat, 
Lou chibié seghet leou plumât, 



194 POESIES DE ROUVIBRB 

Pioi ié tirerou Tembounnada. 
Bouïen ne fair'un brouchada ; 

415 Mes, couma n'aourien p'agutprou, 
S'enzengherou beoucop miou : 
Apresterou tout en ihtrada, 
La saoussa seghet aloungada ; 
Aco faghet mancha de pan 

420 E chacun sadoulet la fan. 

Per q'achessou pa la pipida, 
La ribota seghet munida 
D'un sizen de bi de dous ans 
Qe n'era pa das pu michans, 

425 Mai q'achess'un paou gous à bouta : 
lé Fabien donna din la routa, 
E per ce qe i abié constat, 
Era de bona calitat. 
Entre qe segueroun à taoula, 

430 Lou chénéral pren la paraoula ; 
. Se moca d'abord, escoupis, 
Se grata las ussas e dis : 
c( Anen, moustan^ camaradetas, 
Achés pa de minas mouqetas ; 

435 Despioï qe besès de peïs, 

Ses bé maï estas samboutis. 
Faou pa q'aqel trassa d'ourache 
Bous aflaqighe lou courache, 
Ou bous lebe bostre apetis. 

440 Bous prendran be per d'emperis, 
Se chunas après la fatiga. 
Moustras q'abés pa Tenteriga. 
Foummida ! me surprendrés ben, 
Se bous reformou per la den. 

445 Anen, foutrais, biba la choïa ! 
Se m'en cresez, faghen la roïa. 
Sans counta qe, san fa semblan, 
Touchour caminan, caminan 
E nous saran de la patria 

450 Qe nous aten en Italia. 

Nous sen be troumpas caoucas fés ; 



POESIES DE ROUVIBRE 195 

Es pa Tacourcha q'aben prés ; 

Mes lous dious bous moustraran couma 

Toutes lous camis ban à Rouma. 
455 Segu, boutas, arribaren, 

Mai qe marchen e qe marchen. » 
Après aqel tret d'eloqansa, 

Bailet a chacun de pitansa 

( Fossa saoussa e pa gaïre car). 
460 El s'enganet pa per sa par 

E boufet couma un acabaïre. 

Lous aoutres, de lou beïre faire, 

Sans counta q'abien un paou fan, 

Aco, ma fouè, ie dounet ban. 
465 Toumberou dessus la fartaïa 

Coum' un pudis su la boulaïa, 

E san crenta on pourrie chouga 

Qe mancheron san moustriga. 

Can, a forsa d'aoussa Ibu couide, 
470 Lou sizen seghet mitât bouide, 

Qe lou bentre seghet coumoul 

E qe chacun seghet sadoul : 

« De qe I dis un de Tassemblada, 

Nous manca mai d'un camarada : 
475 Es aco se s' erou negas ! » 

« Au dianches I de qe rebecas ? » 

le respon un qe dicheraba 

E q'aqel perpaou derenchaba : 

« Bostra bilena refleccioun 
480 Pot nous coupa la dichestioun. » 

De fet, per moustra sa bel' ama. 

Chacun se lèba, sousca, brama ; 

Aqela banda de camels 

Plourabou couma de budels. 
485 Mes entr' elles se counsoulabou 

E doussamenet recitabou 

La priera de sen Ghien : 

« S en prou per mancha de q'aben. » 
Endaco lou soureilbaissaba 
490 E la fresquieira se lebaba. 



96 POESIES PB ROUVIÈRE 

Amoundaou, lou gran Chupiter, 
Sus soun aireta preniè Ter ; 
Amb'una luneta ghinchaba 
De que sus terra se passaba. 

495 Couma era aqi fort afairat 

Per regarda de tout coustat, 
Benus, trista, maou penchinada, 
Ben, e dis tout emmouninada : 
« Bous que sus tera coum' aou ciel 

500 Abés lou pan e lou coutel, 

Digas, de q'a pougu bous faire 
Moun bastardou per bous desplaïre, 
Q'oucasiounnés tan de tracas 
Emb'un enfan q'es tan bravas ? 

505 Pecaire ! de plesi bababe, 

De tant q'à bous iéou me fizabe. 
M'abias tan dich qe lous Trouiens 
Farien espeli lous Roumens, 
Pople trafiè qe, per la guerra, 

510 Doundariè la mar e la terra ; 
Can aproumetés, iéou creiriei 
Q'aco 's pa paraula de rei. 
Ce qu'abias ditch me counsoulaba, 
Can caouqe malhur lou macaba. 

515 Pardiou ! disiei, i' a pa de maou ; 
Ne sentira miou lou gaou. 
Mes à la longa me fatighe ; 
Es tén anfin q'aisso finighe. 
De qé, cabalisca ! Antenor, 

520 Tout engrunat e mitât mor, 
A foundat una coulounia 
Q'un chour débendra la patria 
Daou gran sent Antouèna daou por; 
E ieou que soui mai q' Antenor, 

525 Q'aï una prou poulida mina, 

Qe soui un paou vostra cousina, 
Que restan din lou mem' oustaou, 
Perqé me tratas pas antaou ? 
Perqé mas barcas maou menadas. 



POésiBS DE ROUVIÉRB 197 

530 Daou ben touchours debariadas, 

Batou Tantifla sus lous ros? 

De qe serbis d'estre debos ? » 
Antaou Benus, touta doulenta, 

Aou gran boun Diou portet sa plenta. 
535 Soun er laïat, un paou michan, 

Rendié soun inourre pu frian. 

Chupiter, q'aima la manida, 

L'atroubet talamen poulida, 

Embe soun ieol tout aigalous, 
540 Qe la rouzighet de poutous . . . 

Trouba lou conte es pa facile. 

Tout ce qe ia, es que Birchile 

A dich poutous aou pluriel 

( Se poutounecha redde aou ciel ). 
545 Chupiter doun, dis moun moudèla, 

Baizet et rebaizet la bêla; 

[E] pioi ié dighet en righen, 

Couma s'abié tout soun bon sèn: 

« Bai 1 acala-bous, m'amigheta, 
550 Un diou n'es pa 'na chiroueta ; 

Qan aï dich qiquon una fés, 

Es taca d'oli ! . . . Doun, beirés 

La bila en toutas sas défensas. 

Sous barris, sas apartenensas, 
555 Q'aï aproumés à vostre enfan ; 

Anfin aqel gran galipian, 

Aou ciel mountara sans escala . • . 

Saiqe me cresés pa, foutrala î 

Pardiou ! entremen qe ié sen, 
560 Baou bous moustra ce qe reben 

A bostre enfan embé sa clica. 

Aïci ma lanterna mazica. 
« Besés dabord bostre pichot 

Qe se counduis pa coum'un sot; 
565 Agachas couma se roussega 

Embé lous qe ié cercou brega. 

Lous Italiens saran lécas ; 

Pioï, tranquille din sous estas, 



198 POÉSIES DE ROUYlâRE 

lé pourra chourra très annadas. 

570 Entre qe las aoura passadas, 
Bostre pichot ôl Ascagnou, 
Ou per soun escaï-noun Chulou, 
Sera rei trent' ans de sa bida. 
Per el, Alba sera munida 

575 D'una paret de bon frechaou, 
E ie chanchara soun oustaou. 
Après la mort d'aquel mounarca, 
Que menava tan ben sa barca, 
Aou trône sous pichos enfans 

580 Se carraran be tre cens ans, 
D'aqui tan qu'una relichousa 
(Bous preghe d'estre pas chalousa), 
En fringan embe lou diou Mars, 
Esculle dous bessous bastars, 

585 Q'aouran un loup per sa nourissa, 
Amaï qe faran la poulissa, 
Un cop qe seran bengus grans. 
Aqueles dous brabes enfans, 
Segu seran pas ridicuUes, 

590 Per abedre trop d'escrupulles : 
Anaran, su lous grans camis, 
Emb una banda de couqis, 
E i aleouchiran lou bagache 
Das qe ié seran de passache. 

595 Tout, ou sabés, n'a pas qu'un tens. 
Pioï seran de for brabas gens 
E foundaran la coulounia 
Qe das Roumens es la patria. 
Qe dis Roumeus, dis pa talos ; 

600 Aoussi ne seran pas manches. 
Dessus la mar c )uma sus terra, 
A tout pertout faran la ghera. 
De lousbeire tan ben tusta, 
Chunoun mema lousj aimara, 

605 Ela que ioï, tan lous détesta, 
lé farié presen de la pesta. 
Bous dire penden can de tén 



POESIES DE ROUVièRE 199 

Durara soun goubernamen, 

Aco sérié pu dificile. 
610 (Nota: Aisso ben qe Birchile, 

Q'ansida lou fasié parla, 

S'entendié pas à debigna.) 

Endaco ses tan amistousa, 

Qe bous dirai, se ses curiousa, 
615 Q'aban qe siechou demoulis, 

N'i a per mai de qatre matis. » 
Chupiter, après sa tirada, 

Ye tournet faire una brassada, 

Pioï digheta soun messaché 
62(> De s'agandi d'un cop de pe 

Co de la reina de Cartacha, 

De poou qe seghesse pas sacha 

E qe ressaghesse iSneas 

Couma Fon reçap un guzas. 
625 Mercura q'a, fouches ! bon' ala, 

Dins un parés de tem dabala 

E buffa aou cor das Tiriens 

La charitat per lous Trouiens. 

Pourtan, aou ciel qe blanqechaba, 
630 Couma Taourora pounchechaba, 

^neas, q'abié maou dourmit, 

Se rebeiet tout abesfcit. 

A Tembés carghet sous debasses, 

S'embraiet, noun sans embarasses, 
635 E courighet destrassouna 

Acata que branlaba pa. 

(A suivre.) 



BIBLIOGRAPHIE 



Soldat et Moine. ^Vie de saint Guilhem-du-Oésertï par l'abbé 
J.-E. Saumade.- Montpellier, Calas, 1878; in-8°, xii-416 pages 

La période carolingienne du midi de la France est encore fort ob- 
scure ; mais il n'en est pas de plus attachante, malgré l'apparente con- 
fusion de son développement. 

M. l'abbé Saumade ae ntrepris de raconter, dans l'ouvrage dont nous 
venons de transcrire le titre, al vie, d'abord militaire et ensuite re- 
ligieuse, d'un des hommes qui participèrent à l'évolution sociale et 
littéraire partie du ministère d'Eligius ( saint Éloi ) pour aboutir , à 
travers les multiples péripéties des guerres germaniques, sarrasines et 
vasconnes, au règne prodigieux de Charlemagne. Avant de devenir le 
fondateur du monastère de Gellone, Guilhem avait été un des meilleurs 
capitaines de l'empereur franc ; la conquête de Barcelone, celle de la 
Marche d'Espagne, furent en grande partie son œuvre . La vigilance 
et l'équité de son administration, comme duc de Toulouse, pacifièrent 
des contrées restées jusqu'alors profondément hostiles à la dynastie 
de Pépin le Bref ; mais celui que l'on devait nommer le « père de la 
patrie », le «bras droit de Charles » et le « prince de toute la Gaule* » , 
résolut de quitter le monde après la diète de Thion ville et de se reti- 
rer à Saint- Guilhem, où il mourut en 812. La poésie épique lui a fait 
un nom plus considérable que l'histoire proprement dite, et vingt- trois 
épopées diverses ont été groupées autour de sa famille et de son nom. 
La mort de Koland à Roncevaux a été, comme on le sait , le point de 
départ de sa renommée dans les gestes de la langue d'oil. La bataille 
de Villedaigne, perdue contre les Sarrasins en 793, semble, elle aussi, 
n'avoir pas été étrangère à la fortune poétique du duc de Toulouse et, 
par conséquent, à la détermination de certains traits du cycle auquel 
il a donné naissance. La fertile imagination des trouvères a réuni 
ensemble des faits empruntés à l'histoire de Guilhem, comte de Pro- 
vence; de Guilhem, comte de Poitiers, puis duc d'Aquitaine; de Guil- 
laume, comte de Mortreuil-sur-Mer, au X^ siècle; à celle de quelques 
autres princes du même nom ; mais il est curieux de constater que les 
deux cycles concentrent autour des figures de deux vaincus une grande 
part de la vie épique de la France médiévale . 

* Princeps totius Galliœ finibicsy dit la charte assez douteuse de Juliofroi. 
Peut-être, comme le remarque M. S., VdippéilaXion princeps Gallise a été em- 
ployée, par uQe erreur de copie, au lieu et place de celle de princeps Gothiœ^ 
que plusieurs auteurs donnent à Guilhem. 



BIBLIOÔRAPHIB ?01 

M. S. a raconté, dans un style fort agréable, et d'une saveur toute 
littéraire, la vie de Guilhem depuis sa naissance jusqu'à sa mort. Il 
Ta complétée au moyen de la biographie sommaire de ses enfants , 
parmi lesquels le plus célèbre fut Bernard de Septimanie, décapité en 
844 par ordre de Charles le Chauve , et dont l'épitaphe en vers octo- 
syllabiques monorimés constituerait le premier texte completen langue 
du midi de la France , si l'authenticité n'en avait été presque unani- 
mement contestée * . 

Quoique la Vie de saint Chiilhem ait été écrite dans un but d'édifica- 
tion hagiologique, l'auteur y a joint un appendice contenant un résumé 
de la geste de Guillaume d'Orange et des indications sur les sources de 
l'histoire du duc d'Aquitaine, ou la critique des deux chartes de fon- 
dation de Gellone. Les travaux récents n'y sont pas oubliés, et l'étude 
par laquelle M. Ch. Revillout croit pouvoir conclure que la composi- 
tion de la Vita sancti WiUelmi doit être placée aux environs de l'an- 
née 1 122, est mentionnée avec éloge * . Contrairement aux conclusions 
du savant professeur et conformément à celles des derniers annota- 
teurs de V Histoire de Languedoc, M. S. verrait dans cette Vie « un 
double travail : une partie faite au IXe siècle , peu après la mort de 
saint Guilhem, et purement destinée à l'édification des fidèles, et 
une refonte bien postérieure, du XI© siècle peut-être, qui aurait mêlé à 



* Pour être couforme à la publication que Borel en fit pour la première fois 
daus ses Antiquités de Castres, cette épitaphe, citée d'ailleurs par M. S. sous 
toutes réserves, doit être rétablie de la manière suivante : 

Assi i'ay lo comte Bernad, 
Fisel credeire al sang sacrât, 
Que sempre prud' hom es estât. 
Preguen la diuina bontat 
Qu'aquela fi que lo tuai 
Posqua soy arma aber saluât. 

Tout en se référant à Borel, Raynouard copie inexactement ces six vers 
dans son Choix despoésies orig. des troub.j II, cxxv. Il imprime aissi^jai, 
prud hom es, preguem et bountat. 

2 Étude historique et littéraire sur l'ouvrage latin intitulé Vie de saint 
Guillaume. Montpellier, Martel, 1876, in-4o, 82 pages. L'opinion de M. Re- 
villout, à laquelle M. G. Paris s'est rallié {Romania, Yl, 467), semble meilleure 
que celle des récents éditeurs de Y Histoire de Languedoc, 

Dans la seconde édition de son travail, M. S. fera sagement de tenir compte 
des conclusions de M. G. Paris, en ce qui touche les deux sœurs du duc de 
Toulouse et le bouclier que ce dernier aurait déposé à Brioude sur l'autel de 
SBÂnt Julien {Romania, VI, 467). M. S. aurait pu consulter également le savant 
travail de M. Paris Sur un vers du Coronement Loois {Remania, I, 177). 



202 BIBLIOGRAPHIE 

l'ancien texte quelques-uns des récits légendaires qu'on faisait sur le 
vaillant dompteur des Sarrasins. » (P. 310.) 

Saint Guilhem aurait fourni à M. S. un chapitre d'histoire tradi- 
tionnelle qui eût été court , sans doute , mais auquel l'intérêt n'aurait 
pas fait défaut. Le général de Charlemagne n'a pas, comme d'autres 
renommées militaires *, absolument disparu du souvenir des popula- 
tions languedociennes. Est-ce à ses succès d'homme de guerre ou à 
son auréole de saint qu'il le doit? Il serait difficile de le dire. Tou- 
jours est-il que l'on montre encore, sur la route d'Aniane à Saint-Gui- 
Ihem, un kilomètre et demi avant d'arriver à la deuxième de ces loca- 
lités, un endroit nommé lou Pahou, où. la chaîne de Puéchabon pré- 
sente à la vue un avancement mince et large, suspendu sur l'Hérault 
en forme de queue de paon. C'est là que saint Guilhem, monté sur un 
cheval noir et bardé de fer, passait en apportant à Gellone la relique 
de la vraie Croix. A un détour du chemin, sur un rocher à pic, il en- 
tendit des cris et vit tout à coup une troupe de Sarrasins se précipiter 
sur lui. Il ordonne alors à son cheval de sauter la rivière d'une en- 
jambée. L'élan de celui-ci fut si violent, que sa tête et son pied droit 
marquèrent leur empreinte sur le rocher de la rive gauche, tandis que 
sa queue en laissait une seconde sur celui de la rive opposée, à la base 
même de la hauteur sur laquelle les infidèles s'arrêtèrent immédiate- 
ment, pétrifiés par le regard miraculeux du saint. 

L'élargissement de la route actuelle a été funeste à la persistance 
de cette tradition : on distingue à peine l'empreinte de la grande tête 
et du large pied du cheval . Seules, les pointes tourmentées des rochers 
figurent encore, d'une manière approximative, les Sarrasins que la vue 
du héros pétrifia d'épouvante . 

On répète aussi sur le château du Géant, qui domine Saint-Guilhem 
et que le Voyage pittoresque du baron Taylor a mal à propos trans- 
formé en château de don Juan (!!), une légende à laquelle feu l'abbé 

• Les contes historiques proprement dits sont fort rares dans le Midi ; leur 
origine est même savante dans la plupart des cas, surtout lorsqu'il est ques- 
tion de personnages militaires. Les comparaisons et les formules rustiques 
seraient peut-être moins pauvres en indications nominatives. Les plus an- 
ciennes sont relatives à César : Es un traval de César. Es fiei^, — ardit^ — 
brave ou valhent couma un César. La plus récente, Es pas la mort de 
Turenna^ encore très-répandue en Languedoc et dans le Rouergue, atteste 
l'étendue des appréhensions que la mort du grand capitaine éveilla dans toute 
la France. 

Les formules sur Arthur et Roland sont peut-être d'origine littéraire. Celles 
qui concernent Annibal et Marins ont été accréditées par les lettrés k l'époque 
de la Renaissance. 



! 



BIBLIOGRAPHIE 1^03 

Léon Vînas fait une allusion sommaire dans sa Monographie ds Gel- 

Au XVI® siècle, les religieux, voulant préserver de la fureur des cal- 
vinistes les reliques les plus précieuses de l'abbaye, renouvelèrent à 
leur manière un stratagème dont Guillaume au Court-Nez avait, selon 
le Charroi de Nimes^ usé lors de la prise de cette ville. On sait par 
Catel ' que les moines de Gellone possédaient, au commencement du 
XVII® siècle, « un grand tome. . . .en vers français » où se trouvait le 
Charroi, et qu'ils y ont probablement puisé l'idée de ce stratagème ; 
mais il serait utile de rechercher si la tradition des environs de Saint- 
Guilhem en a conservé le souvenir. 

L'habitude populaire d'aller manger à la campagne l'omelette au 
jambon du lundi de Pâques remonterait enfin, selon quelques-uns, 
au cuisinier du duc de Toulouse. 

L'usage en question est encore très-répandu dans le midi de la 
France, et plus particulièrement à Montpellier, à Nimeset à Béziers. 

On serait tenté de rattacher à Gellone une prière sarcastique que 
tout le monde connaît dans la première de ces trois villes: 

Lou benedicitè de Sent Guilhem : 
San prou per manjà ça qu'aven. 

Se quauqu'un dèu veni, 
Que se cope la camba en cami^ ! 

Faut-il voir dans ces vers un reproche d'inhospitalité adressé à l'ab- 
baye de Gellone, ou tout au moins à la population d'un village vers le- 
quel se dirigeaient tous les ans une foule de visiteurs et de pèlerins ? 
L'explication semblerait naturelle, et cependant je serais porté à con- 
sidérer ce quatrain comme une réplique intéressée, opposée par les 
Montpelliérains, à des accusations émanant des villages qui entourent 
le chef -lieu du département de l'Hérault : 

Couvit de Mount-peliè, 
Gouvit de l'escaliè*. 

* Visite rétrospective à Saint'Guilhem'-du-Désert . Monographie de Gel- 
lone. Paris, Bray et Retaux, 1875; in-i2, p. 170. 

* Histoire des comtes de Tolose, par M. Guillaume Gatel. Tolose, Bosc, 
1623, p. 50. Catel, p. 51, a noté le premier la mention faite par Orderic Vital 
de la Vie de saint Guillaume apportée à Saint-Evroul par Antoine, moine de 
Winchester. 

Le manuscrit vu par Catel est actuellement à Paris, Bibliothèque nationale, 
n» 774 du fonds français. (Voyez Romania, II, 335.) 

' Publié pour la première fois par MM. Montel et Lambert, Revue^ l'e série, 
IV, 586. 

* Dictionn. lang,-fr,; Mais, 1820, II, 376. La version que l'abbé de Sau- 



204 BIBLIOGRAPHIE 

Dans une ville commerciale et d'origine relativement récente, les 
habitudes hospitalières des époques anciennes durent décroître plus 
promptement que dans les campagnes, où, de nos jours encore, un 
paysan croirait manquer à la première de ses obligations s'il n'offrait 
des rafraîchissements à l'étranger qui franchit le seuil de sa porte. Il 
ne serait donc pas impossible que l'abandon de cet usage ait motivé 
la composition du distique par lequel on constatait que les Montpel- 
liérains conviaient au repas de famille ceux-là seulement qui ne po u- 
vaient en profiter. Le bas de l'escalier était, en effet, Tendroit où le 
visiteur prenait congé de ses hôtes pour enfourcher la monture qui 
devait le ramener chez lui. Los habitants de Montpellier, eux, auraient 
répliqué par le quatrain qui accuse les gens de Saint-Guilhem, non pas 
de manquer aux devoirs de l'hospitalité, mais de souhaiter la perte 
d'une jambe à leurs futurs visiteurs : 

Se quauqu'un deu veni, 
Que se cope la camba en cami ! 

Telle est l'explication, — peut-être bien conjecturale, — que je don- 
nerais de ces deux sarcasmes populaires. 

A. Roque-Ferrier. 

Chants des félibres.— Poésies provençales modernes, traduites en vers 
français, avec de nombreuses notes, par François Delille. Paris, Auguste 
Ghio, 1881; in-12, xiv-3i6 pages. 

Trop de membres de la Société des langues romanes ou de collabora- 
teurs de la Revue ont l'honneur de figurer dans le recueil de M. Delille 
pour qu'il soit possible d'en donner ici une appréciation critique. Mais 
il nous sera permis de dire qu'il est de nature à répandre le goût de la 
littérature méridionale et à suggérer le désir d'étudier plus directement 
les principaux poëtes du Languedoc et de la Provence. Les notes bio- 
graphiques de l'auteur sont, dans leur brièveté, aussi exactes que judi- 
cieuses, et nous n'avons guère trouvé que les points suivants à rectifier 
ou à compléter . 

P. 72. La Bisca, de M. Louis Roumieux, n'a pas été publiée par la 
Revu^ en 1879. L'auteur de ces lignes en a seulement inséré quelques 
scènes dans une étude sur la Bisca et Vînauguration du Théâtre ro- 
many 3« série, III, 237 (numéro d'avril-juin 1880). 

P. 136. Lous Bords dau Lez, par M°*« de Ricard, indiqués comme 
ayant été publiés dans le recueil collectif de la Cigale, ont, au con- 
traire, paru pour la première fois dans la Revue en 1878, 2® série, V, 
p. 84. 

vages y a notée a été recueillie aux environs d'Alais, ce qui prouve l'extrême 
diffusion de ces deux vers. 



BIBLIOGRAPHIE ?05 

P. 177. Il est dit que les poésies de feu l'abbé Aubert seront bientôt 
réunies en un volume par l'abbé Terrier, son légataire, et qu'elles 
seront intitulées li Pdsso-tèms d'un Curât de villàgi. Cette publics^ 
tion ne constituera qu'une édition nouvelle et complète des vers que 
M. Aubert fit paraître, sous le même titre, il y a vingt-deux ans au 
moins. Voyez Armana prpuvençau de 1858, p. 92, un article où M. Mis- 
tral en donnait un compte rendu très-favorable. 

P. 180. M. D. parle des poésies de feu le frère Théobald (des 
Écoles chrétiennes) avec l'éloge qu'elles méritent. Les archives de la 
Société conservent de lui, — circonstance qu'ignorait naturellement 
l'auteur, — deux poëmes inédits : ristdri d'un aglan et li Proumiés 
aposto de la Gaulo miejoumalo. Quelques strophes du premier ont paru 
dans la relation du Concours littéraire et philologique de l'année 1875. 
Paris, Vieweg, 1875 ; in-S», p. 163. 

P. 196. Sent Marsal à Tula, poëme de M. l'abbé Roux, que M.D. 
dit avoir été publié à l'Imprimerie centrale du Midi, a paru d'abord 
dans la Rew^j 2'' série, II, p. 274. 

P. 239. Avant d'être inséré dans VArmana prouvençau de 1881, le 
sonnet de M. Ch. Boy, la Jano d'Arc de la princesso Mario, a été pu- 
blié à vingt-cinq exemplaires. Lyon, Albert, 1880; in-8o, 4 pages. 

C'est à l'amabilité de M. Boy que je dois de posséder un de ces 
exemplaires et de pouvoir rectifier une assertion qui serait d'autant 
mieux accréditée, que toute pièce tirée à nombre restreint est con- 
damnée à disparaître rapidement de la circulation littéraire. 

P. 252. Parlant des Bourgadiero de M. Bigot, M, D. dit qu'elles 
ont été écrites en languedocien. Lisez provençal-nimoispour être phi- 
lologiquement exact. En les qualifiant comme il l'a fait, M.D. s'est 
conformé à une habitude locale et relativement ancienne. Tandis que 
les philologues parisiens, et même bon nombre de méridionaux*, en- 
globent le provençal, le languedocien et le limousin, sous la dénomi- 
nation commune de provençal, un fait inverse se produit en petit dans 
le département du Gard, où l'on nomme languedocien l'idiome fonciè- 
rement provençal usité àNimes et aux environs de cette ville. Aubanel, 
par exemple, a publié sous le titre de l'Anacréon languedocien ses heu- 
reuses imitations du poëte de Téos. 

P. 271. C'est par eneur que M. D. dit que la Revue des langues ro- 
manes a publié des poésies de M. Antonin Glaize. Une seule, — et 
c'est vraiment dommage, — a été insérée dans le Parage à Maguelone, 
Revue, 2* série, VI, 148. Encore a-t-elle été empruntée à une autre pu- 
blication . 

* C'est ce qu'a fait M. le docteur Espagne, en intitulant un de ses plus inté- 
ressants travai» : Influences provençales dans la langue de Molière, 

16 . 



206 PERIODIQUES 

P. 290. Lou Plaidejaire, par M. Melchîor Barthés, n'a pas été publié 
dans \sL Revue. Len» de juillet-septembre 1878, qu'indique M. D., ren- 
ferme seulement un compte rendu des Flowretos de mountagno, où se 
lit cette charmante comédie. 

P. 296 . Une coquille d'impression a transformé en poète limousin, 
Peyrottes, qui était né à Clermont-rHérault, et qui donna une certaine 
notoriété littéraire au sous-dialecte lodévois. 

Ces rectifications paraîtront insignifiantes, si l'on veut bien remar- 
quer que le recueil de M. D. contient des notes afférentes à plus de 
cent poètes méridionaux. 

A. Roque-Fbrrier. 



PÉRIODIQUES 

Romania, 36.— P. 497. W. BraghiroUi, P. Meyer, G. Paris. Jn- 
ventaire des manuscrils en langue française^ possédés par Fran- 
cesco Gonzaga I, capitaine de Mantoue, mort en 1407. Utile publica- 
tion, heureusement complétée par un commentaire historico-littéraire 
et bibliographique très-détaillé, dû à MM. G. Paris et P. Meyer. — 
P. 515, G, Paris, Sur un épisode d'Aimeri de Narbonne, Savante 
et très-curieuse dissertation d'histoire littéraire. — P. 547. Victor 
Smith, Un mariage dans le haut Forez, Usages et chants. — P. 571. 
A. Bos, Note sur le créole que Von parle à Vile Maurice^ ancienne 
Ile de France. Cette courte notice est intéressante, malgré quelques 
imperfections qui dénotent un philologue novice. On regrette que 
l'auteur n'y ait pas joint des spécimens un peu étendus du patois 
créole. — P. 579. Mélanges. 1° Desver = de-ex-ripare (Ulrich). Ety- 
mologie qui me paraît d'autant plus satisfaisante, que je l'avais de- 
puis assez longtemps consignée dans mes notes. Elle a l'avantage 
de rendre compte en même temps des deux formes desver et derver, 
Vs de la première étant représenté par l'a?, de de-ex-ripare ; Vr de 
la seconde, par Vr de de-ex-mpare : 1® de-ex-(ri)pare. 2° de-ex-{r)i' 
pare. L'objection de M. G. Paris, qui suppose un e bref originel à cause 
de la mouillure que présente le wallon dierve et dierver^ serait sans 
valeur, si elle ne s'appuyait que sur les exemples fournis par ee dia- 
lecte, qui mouillait d'habitude Ve latin en position. Ce qui lui donnerait 
plus de force, ce serait de rencontrer diervs à la rime et dans un dia- 
lecte autre que le wallon ou le picard oriental.Pow^wre(C. Joret). Pres- 
que enmême temps que M. Joret, M. F oerster (Zeitschrift, 1880, p. 378, 
présentait la même étymologie, pouture = pultura. 3° Portugais er, 
ar =z fr. re (J. Cornu). 4* Le Vent et la Discorde (Julien Havet). 
b^Chanson recueillie à MentonÇAndrewa). — P. 592. Comptes rendus. 



CHRONIQUE 207 

1® Hugo Andresen, Maistre Wace *s Roman de Rou et des ducs de 
Normandie. Érster Band, I. und II. Theil, 18T7 , 3jcvi-238 p. Zweiter 
Baad, III- The il, 1879, v-828 p. (G. P.) 2° Amédée Mercier, His- 
toire des participes français y 1879, Paris, Wieweg; in-8o, 160 p. — 
J. Bastin, le Participe passé dans la langue française et son histoire 
(Kr. Nyrop). 3" Francesco Sab&imi, Abelar do ed Eloisa secondo la 
tradizione popolare . Roma, MûUer, 1880; in-8o, 126 p. [G. P. ]. — 
P. 619, Périodiques . — P. 629. Chronique, 

A. B. 



CHRONIQUE 

L'activité des travailleurs contemporains, surexcitée par d'inces- 
santes découvertes, s'exerce avec ardeur dans toutes les branches de la 
science. Plus que jamais les problèmes de l'origine et du développement 
historique des races humaines attirent l'attention générale, et rien de ce 
qui touche aux mœurs, aux habitudes, aux langages de nos ancêtres, 
sur les différentes parties du globe, ne saurait être indifférent. 

Parmi les sources d'information les plus précieuses et les moins 
explorées encore, peut-être en raison de la difficulté spéciale qu'elles 
présentent, l'une des plus importantes est constituée par les Litté- 
ratures populaires. Nous entendons par là les produits spontanés du 
génie d'un peuple, éclos en dehors de toute culture, de toute recherche 
artificielle, œuvres naïves des campagnards, des paysans, des soldats : 
amusements enfantins ; sentences improvisées au milieu des diffi- 
cultés de l'existence ; chansons écloses aux heures trop rares des joies 
champêtres et des fêtes de famille. 

Recueillir et mettre à la portée des hommes de science ces élé- 
ments si curieux d'étude, c'est la tâche difficile et méritoire à laquelle 
se sont adonnés un grand nombre de spécialistes . Mais leurs efforts 
demeurent souvent stériles, et bien des notes utiles, bien des manu- 
scrits d'un très-haut intérêt, demeurent enfouis dans des cartons ou ne 
sont imprimés que par fragments et à des dates très-espacées, dans des 
recueils provinciaux trop peu connus. 

En publiant le recueil collectif qu'ils intitulent: les Littératures 
populaires de toutes les nations^ MM. Maisonneuve et O se sont pro- 
posé : 

De faciliter ce travail de recherche, de préparer les éléments d'une 
étude générale et comparative, de présenter au monde savant un ré- 
sumé aussi précis, mais aussi complet que possible, de toutes les littés 
ratures populaires. Les contes, les chansons, les proverbes, les pièce- 
de théâtre, les formules superstitieuses, y figureront, méthodiquement 
classés. Les contes et les légendes en formeront la part principale ; 
ces vieux récits, où les anciennes croyances se cachent sous des nar- 
rations enfantines, où les faits historiques, démesurément grandis, se 
dissimulent sous l'effort continu des imaginations vivement frappées, 
où le moindre trait peut livrer la clef de bien des problèmes ethno- 
graphiques ou moraux, préoccuperont surtout les collaborateurs de 
MM. Maisonneuve. 

La collection, formée de textes en français, ou de traductions exé 



208 CHRONIQUE 

entées avec une scrupuleuse exactitude, et accompagnées de nom- 
breuses citations textuelles, sera publiée par les spécialistes les plus 
compétents. Nous citerons les noms de MM. Pavet de Courteille, 
membre de llnstitut, pour les peuplades turques de l'Asie; Barbier de 
Meynard, membre de l'Institut, pour la Perse moderne ; G. Maspéro, 
pour l'Egypte ancienne ; F. Lenonnant, pour la Chaldée et TAssyrie ; 
Julien Vinson, pour l'Inde et le pays basque ; F. M. Luzel, pour la Bre- 
tagne celtique ; Paul Sébillot, pour le pays gallot de la Bretagne fran- 
çaise ; Emile Legrand, pour la Grèce moderne ; V. Lespy, pour le Béarn; 
J. Bladé, pour la Gascogne, etc. 

Chacun de ces volumes se composera de trois cents à trois cent cin- 
quante pages, imprimées avec soin, en caractères elzéviriens, avec fleu- 
rons, lettres ornées, etc. Tirage à petit nombre sur papier vergé des 
Vosges, à la cuve, fabriqué spécialement pour cette collection. 

Tous les volumes seront soigneusement cartonnés en toile et non 
rognés. (Note commvmquée par les éditeurs .) 

* * 

Communications faites en séance de la Sociiété. — 18 mai. — 
Proverbes et comparaisons populair,es recueillis à Aspiran et à Mont- 
pellier, par M . le docteur Adelphe Espagne ; 

Le Petit Rameau, conte populaire roumain, écrit en vers français 
par M. V. Alecsandri, et traduit en vers provençaux par M. A. de 
Gagnaud ; 

Lo Roure y la Canya, fable en vers catalans, par M. Justin Pépratx; 

Additions au Dictionnaire de M. Littré, par M. Marcel Devic. 

M. Camille Chabaneau sepropose de publier prochainement les poé- 
sies complètes du troubadour Natde Mons. 

* ♦ 

Livres donnés a la Bibliothèque de la Société. — Les Sorts des 
Apôtres, texte provençal du XIII^ siècle, publié avec l'original latin 
par Camille Chabaneau. Paris, Maisonneuve et Cie, 1881; in»-8<*, 40 p. 

Pastorale pour le temps de l'Epiphanie, mise en chants français et 
provençaux sur des airs connus, en deux intermèdes. Marseille,. 
Achard, 1817; in- 12, viii-24 pages (don de M. Clair Gleizes); 

Un nouvèou vengut. Marseille, J. Doucet, S. D. In-8°, 2 pages (don 
de M . Clair Gleizes) ; 

Versos à las noyas catalanas. [Barcelona], Imprenta la Renaixensa, 
1881; in-16, 62 pages (don de M. Balaguer y Merino); 

Arnavielle : la Preièro de Murcio. Ais, Empremarié prouvençalo,. 
1880; in-8°, 8 pages; 

Astruc (Louis): Albert Arnavielo. Ais, Empremarié prouvençalo, 
[18811; in-12, 4 pages (don de M. Albert Arnavielle); 

Bellot (Pierre) : Lou Martegaou en vouyagi, conte coumique. Mar- 
seille, Chauffard, S. D. In-8°. 8 pages (don de M. Clair Gleizes); 

Delille (François): Chants des Félibres. Poésies provençales mo- 
dernes, traduites en vers français avec de nombreuses notes, par F. 
Delille. Paris, Auguste Ghio, 1881; in-12, xiv-316 pages. 



Le gérant responsable : Ernest Hamelin. 



Dialectes Anciens 



TRADUCTION DES PSAUMES DE LA PÉNITENCE 
E^i VERS PROVENÇAUX 



La traduction des psaumes de la pénitence, publiée ici pour la pre- 
mière fois, est tirée d'un ms. conservé au Musée Calvet, d'Avignon. 
Ce ms. forme un petit volume relié en maroquin rouge, du format d'un 
in-18 carré, et qu'on a intitulé Poésies rojnanes. Une note inscrite sur 
l'un des feuillets de garde nous apprend qu'il provient de la char- 
treuse de Villeneuve-lez-Avignon, et qu'il a été acquis, par le Musée 
Calvet, de M. Seguin, libraire à Montpellier, le 13 novembre 1854. 
Il est incomplet du commencement. Dans son état actuel, il se com- 
pose de 30 feuillets et renferme: 1° au folio 11, quia été déplacé (il 
devrait être le premier), et du folio 1 au folio 9, recto, milieu de la 
page, les psaumes de la pénitence traduits en vers provençaux, 
moins les trois premiers en entier et huit versets du quatrième ; 2o du 
folio 9 au folio 30 (sauf le folio 11), une paraphrase, aussi en vers 
provençaux, des litanies des saints. S'il ne contenait, dans son état 
primitif, que ces deux ouvrages, il doit manquer au plus une dizaine 
de feuillets. 

La paraphrase des litanies fut publiée en 1874 par M. V. Lieutaud, 
alors bibliothécaire de la ville de Marseille*, qui donna en même 
temps une description du ms. M. Damase-Arbaud dès 1862 {Chants 
populaires de la Provence, I, 17) et un peu plus tard M. Bôhmer 
{Jahrbucli fur romanische und englische Literatur, X (1869), 202) 
avaient déjà mentionné ce ms. et transcrit, l'un et l'autre, quelques 
vers des Litanies. Mais ils li'ont rien cité, non plus que M. Lieutaud, 
de la traduction des psaumes. 

Cette traduction n'est pas sans mérite. Elle est bien supérieure à 
celle du psaume 108 que M. Bartsch a publiée dans ses Denhmâler, 
d'après un ms. de notre Bibliothèque nationale (n° 1745), et que je 
reproduis ci-après en appendice. Ce sont des vers d'une juste et uni- 
forme mesure (ou qui s y laissent, malgré l'incorrection du ms., assez 

I * Notes pour seinnr à l'histoire de Provence^ no 15. — Un troubadour 

aptésien de Voy^dre de S. François. Marseille et Aix, in-8o. Voy, sur cette pu- 
blication la Revue des langices 7'omanes,\U, 112. 

Tome v de la troisièmk .siïrie. - mai 1881 . 17 



210 PSAUMES DE LA PENITENCE 

facilement ramener), divisés presque toujours en stances de quatre 
vers *, qui riment, dans le psaume 50, en a & a 6, et, dans les trois 
autres, en a a b b. Chaque stance correspond en général à un verset 
du texte de la Vulgate ; on conçoit qu'à cause de la longueur, parfois 
très-inégale, de ces versets, il n'ait pu toujours en être ainsi *. 

L'auteur, on s'en aperçoit bien vite à l'examen des rimes, connais- 
sait les règles de la déclinaison et les appliquait. Aussi n'ai -je pas 
hésité à rétablir dans le texte même les formes régulières, altérées 
par le copiste, partout où la correction ne nécessitait que l'addition 
ou la suppression d'un s ou d'un 2, lettres que j'ai placées, selon le 
cas, entre crochets ou entre parenthèses. 

La paraphrase des litanies qui suit nos psaumes dans le ms., où la 
même main l'a transcrite, est-elle du même auteur que ceux-ci? Il n'y 
a rien d'impossible; mais on ne saurait l'affirmer, et j'incline à la 
croire plus récente. Ce qui est certain, c'est que les Psaumes^ comme 
les Litanies, SLimoncent un auteur de la Provence', bien que les traits 
dialectaux soient moins nombreux et moins caractéristiques dans le 
premier que dans le second de ces deux ouvrages. Les plus probants 
sont les rimes rescont : mayson (ci, 23), nom : gêner acion {ibid.y 45), 
non (pour nom): mayson {ibid,,2S}, Les rimes van: an (ibid., 91), 
pélicans: semblantz {ibid., 20), sont encore à prendre en considéra- 
tion. Moins importantes à noter sont les formes suivantes, bien fran- 
chement provençales pourtant, parce que, n'étant pas à la rime, le 
copiste, qui était certainement Provençal lui-même, en est peut-être 
seul responsable : aisin, enaisin (ci, 33, 40 etpassim*)^ reprennas 
(ci, 89), pregonea (cxxi, 1), renembrei (cxlii, 17); l'article masc. 
sing. sujet le (ci, 101); cahy sans l'article, traduisant quis (cxxix, 
12). Je crois devoir ajouter sers = servum (cxlii, 6 et 53), les formes 
pareilles se rencontrant surtout dans des textes de la Provence. 

* Le commeDcement de chaque stance est indiqué par le signe q à l'encre 
rouge. Quelques-unes n'ont que deux vers, par exemple, ci, 33-34; 63-64. 

* Par ex., le vers 9 de ci, qui correspond à la dernière partie d'un verset, 
commence une stance. Les vers 17-20 du même psaume, qui forment une autre 
stance, traduisent un verset entier et le commencement d'un autre. Même ob- 
servation pour cxxix, i-4, etc. 

3 Peut-être ces Psaumes sont-ils ceux-là même dont parle Jean de Nostre- 
dame dans le pi^oesme de ses Vies des anciens poètes provençaux (p. il). 
« De quelle sorte, dit-il, et taille de rithraes sont faicts les sept pseaumes peni- 
tentiaux, par ceux qui vont mendiant les aumosnes par les portes, qu'on ne 
sçauroit trouver une plus belle rithme ! » Cf. César de Nostredame, Histoire 
de Provence, p. 584. 

^ enaisin est une fois à la rime (cxlu, 22); on ne peut douter que ïn ne soit 
ici un ajout du scribe, la rime correspondante étant ti. 



PSÂ.UMBS DE LA PENITENCE 211 

Le ms., qui paraît être de la fin du XlVe siècle, est, je l'ai déjà dit, 
fort incorrect. C'ejpt évidemment une copie faite par un scribe très- 
négligent, d'un texte antérieur d'une centaine d'années peut-être, et 
dont il a souvent rajeuni la graphie, sinon la langue elle-même. Un 
relevé rapide des principaux traits* de l'une et de l'autre ne sera pas 
ici hors de propos. 

1 . Les groupes la, io, te-, sont presque toujours de deux syllabes, 
conformément aux règles de la prosodie lyrique. Ps. ci, 1, maùra- 
tion peut être l\im*oration; on peut aussi facilement faire disparaître 
la synérèse dans cxxix, 8 et 28, en supprimant et au premier de ces 
vers, et en substituant dans le second ma, sans élision, à la mieua. 

2. J*ai signalé tout à l'heure la substitution habituelle de la triph- 
thongue ieu (y eu) à la diphthongue ew, et montré que ceci doit être 
le fait du scribe. Il faut aussi probablement lui attribuer l'y, qui pres- 
que partout remplace l't devant une voyelle, même, comme dans sya, 
Syon, là où il n'est pas consonne. 

3. Je viens aussi de parler de Vh initiale. Cette A, auv. 17 du ps.a, 
gêne la mesure en faisant obstacle à l'élision. Nouvelle preuve qu'elle 
n'est due qu'au copiste. 

4. Ct latin nous donne partout ch: drech^ fach, frach. Il en est de 
même de gi atone ( fuch = fugio etfugit) et du tide toti (tuch). 

5. Le t final ( = lat. tum, tem, ti ) est très-fréquemment, comme 
dans les Litanies qui suivent, écrit tz. D'autres mss. présentent la 
même particularité. Tel est, en grande partie, le ms. 1745 de la B. N., 
où cette bizarre substitution àe tz k t o, lieu même dans le corps des 
mots. Ceci répond-il à une réalité phonique, ouïe z n'est-il là qu'une 
sorte d'enjolivement calligraphique? Cette dernière hypothèse peut 
être en bien des cas la plus admissible. Mais la première ne paraît 



^ Les particulantés de langue ou de graphie à mettre au compte du copiste 
se laissent assez facilement reconnaître, grâce à Tinconséquence dont il a fait 
preuve en maintenant à côté des formes nouvelles, qui probablement lui sont 
propres, des formes plus anciennes, que nous sommes autorisés dès lors à 
attribuer à l'auteur. Ainsi, eu (ego), à côté de heu, hieu, yeu; Deu à côlé de 
Dieu et Dyeu ; pareillement Ieu et gj^eu rimant avec yeu, mieu, hyeu et 
Dieu; à côté de hos (ci, 11), de hins, hiest, horacion, adhubiHras, les formes 
sans h de ces mêmes mots ou d'analogues. J'ai déjà cité heu et hieu. Ces h 
ont été sans doute ajoutés par le copiste, conformément à Torthographe qui 
prévalait de son temps, en son pays, et qui devait d'ailleurs, en beaucoup de 
cas du moins, figurer une prononciation réellement aspirée, comme le prouve 
le renforcement de cette h en v dans plusieurs textes, p. ex., vont = hont = 
ont {unde), vo = ho =i o {hoc ou aut), vueil = hueil = ueil = oil {peu- 
lum). 



212 PSAUMES DE LA PENITENCE 

pas pouvoir être écartée par une simple fin de non-recevoir * . La 
question est complexe ; elle a de l'intérêt et de l'importance, et je ne 
veux pas la traiter ici incidemment. J'y reviendrai prochainement 
dans une dissertation spéciale. Il est d'ailleurs évident que les tz = 
t de notre mss., qu'ils soient calligraphiques ou phoniques^ sont du 
fait du copiste et non de l'auteur. 

6. Le d s'assimile à Yn précédente dans reprennas (ci, 89), trait 
dialectal déjà noté. 

7. S médial tombe dans pregonea, autre trait dialectal pareille- 
ment signalé. Cette consonne est abusivement remplacée par z en 
finale- dans envez (cxxix, 28), francz (ci, 69), et anticz fcxLii, 17). 
Unie à c, elle donne ch dans prech et antich (ci, 3 et 76) = precs et 
antics, 

8. Au contraire 1'^, beaucoup plus fréquemment, se substitue au z. 
Mais l'étude des rimes prouve que l'auteur ne confondait pas ces 
deux lettres. On serait par conséquent autorisé à rétablir le z partout 
où l'étymologie l'appelle, p. ex., ps. l, vv.l, 13, 24, 26 ; ps. ci, vv. 3, 
4, 7,88-9, à la rime ; ps. cxxix,3-4, à la rime également; et par suite, 
dans l'intérieur du vers, ps. ci, vv. 5, 6, 35; etc., etc. 

9. Notre texte a deux exemples, déjà relevés ci-dessus, de la mu- 
tation de V (/) final en s. C'est sers = servum aux vers 6 et 53 du 
ps. cxLii. Il y en a de pareils dans la Yie de saint Honorât et dans 
d'autres textes de la Provence. 

Le mot pregonea (cxxix, 1) nous oifre un exemple de f devenant g, 
non pas immédiatement, bien entendu, car la série est f-h-g. On peut 
voir d'autres exemples de ces phénomènes, que l'on constate sporadi- 
quement à peu près partout, dans ma Gramm. limousine,^. 359. 

10. M passe à n, dans renemhrei, autre trait provençal également 
signalé déjà. En finale, même mutation dans an pour am (ci, 18, 34; 
etc.); et dans non pour nom (ci, 28). 

11. L'w instable, c'est-à-dire celle qui n'est pas suivie en latin d'une 
autre consonne, ne tombe pas dans notre texte. C'est encore là un 
caractère essentiellement provençal. Les deux seules exceptions qu'on 
remarque {e pour en, ci, 24, et nco pour mon, cxlii, 2) doivent proba- 

1 Peut-être aussi est-ce une fausse analogie qui a introduit cette graphie, 
dans une partie, tout au moins, des mss. où nous la rencontrons. On peut 
supposer que plusieurs de ceux qui la pratiquaient ne connaissaient plus la 
distinction des cas, déjà tombée, dans l'usage courant de la langue, en dé- 
suétude, et que trouvant écrits par tz, dans les originaux qu'ils transcrivaient» 
des mots qui, de leur temps et dans leur bouche, ne prenaient plus qu'un 
simple t, ils auront considéré tz comme un équivalent de t et se seront crus 
dès lors autorisés à l'y substituer. 



PSAUMES DE LA PENITENCE 213 

blement s'expliquer par un oubli du tilde sur la voyelle*. J'ai déjà 
parlé de la forme aysin. 

12. La figuration de Vn mouillée est toujours n^; celle de 17 
mouillée Ih. Les autres textes de la Provence préfèrent en général, 
pour ces consonnes doubles, in et ill (ou yn, yll). 

13. Les règles de la déclinaison sont le plus souvent transgressées 
par le copiste. Se conformant à l'usage qui prévalait de son temps, il 
donne le s au sujet pluriel (l, 42, 46 ; ci, 3, 58, 77, 97, 108, 106; 
etc., etc.) et le retire au sujet singulier (ci, 14, cxlii, 16; etc.). 11 y 
aurait sans doute beaucoup plus d'infractions de cette dernière sorte, 
si notre scribe n'avait pas eu pour le groupe tz le goût maladif que 
j'ai déjà signalé. Tandis, en eifet, qu'il supprime volontiers Y s, il con- 
serve généralement le z après t. J'ai, comme il a été dit plus haut, 
rétabli ou supprimé ces consonnes partout où il était nécessaire et 
possible en même temps. Je n'ai pas ajouté Vs à cor (ci, 14; cxlii, 
16), parce que, d'après le Donat provençal comme d'après les Leys 
d*amors, ce mot était considéré, — par quelques-uns du moins (car 
les textes des XII* et XI II© siècles montrent que ce n'était point une 
habitude générale), — comme indéclinable au singulier. Je ne l'ai pas 
ajouté non plus à antich (ci, 76), parce que, ainsi que je l'ai dit plus 
haut (7), je regarde ici le ch comme représentant lui-même la com- 
binaison CS-. Cf. le ch = tZy et inversement le tz = c/i, dont on a 
ailleurs quelques exemple-;. (Yoj, Revue des langues romanes, XVI, 
79). Pour le même motif, je considère comme égal à precs, et par 
conséquent comme devant être réduit à prec, le prech sujet pluriel 
qui se lit au v. 3 du même psaume. — Quant à fach = factus ou 
fados (ci, 19, 21, 26, etc.), à vist (ci, 61) et à just (cxlii, 7), je ne 
donne pas non plus à ces mots Y s flexionnelle, parce que, sous cette 
forme, l'ancienne langue les traitait volontiers comme intégrais, 
c'est-à-dire comme invariables^ au même titre que les noms en s ou 
en 0, tels que naz, braz,crots, etc.^ 

14. J'ai déjà noté, comme trait provençal, l'article le, sujet singu- 
lier. Le correspondant féminin li, qui se trouve plusieurs fois, ainsi 
que le, dans les Litanies, ne se rencontre pas dans notre texte. 



* Si j'ai, malgré cela, proposé de corriger (cxlii, 41), ^os plutôt que tons, 
forme qui se trouve, avec mo?is, sons, entre autres mss., dans celui du Saint 
Honorât que M. Sardou a publié, c'est parce que les Litanies, qui ont plu- 
sieurs fois mos, SOS, n'offrent pas d'exemple de mows, tons, sons. 

2 Les Litanies ont pareillement (v. 230) los luoch au pluriel, tandis que le 
singulier du même mot y est luoc. 

3 Cf. dans les Litanies, gauch (72) régime pluriel, et volguest (433) = vol- 
guetz. 



214 PSADMES DB LA. PENITENCES 

15. La forme du cas oblique pour les pronoms personnels au 
singulier est toujours en i (mi, ti, ce dernier alternant avec tu). Le 
pronom masculin de la 3e pers. au sujet pluriel est yls (l, 22) et els 
(ci, T7, 97, 103), que j'ai réduits k yl et k el. Les exemples de cette 
dernière forme ne sont pas rares en d'autres textes. Mais il vaudrait 
mieux probablement y substituer, de même qu'à y^, ell ou elh. Cf. 
aquelh (ci, 31). 

16. L'adjectif possessif absolu est, au féminin, mieua, tieua (une 
fois las tuas, ci, 95). Ce sont là des formes qui abondent dans les 
textes de la Provence. Mais le nôtre n'a pas d'exemple des mêmes 
formes féminines, réduites à mieu, lieu, comme on les trouve assez 
fréquemment ailleurs . — Le sujet pluriel masculin est en lew, comme 
le régime singulier, sauf une seule fois où il est en iey {miey, ci, 30). 
Je suis porté à croire que les formes originales étaient partout en iei 
(ou ei),et, pour le féminin, en ua plutôt qu'en ieua, 

17. La 3e personne du pluriel, dans les verbes, est étymologique *, 
c'est-à-dire que an, en, on (un), répondent respectivement à des ant, 
ent, unt latins : trehalhan, cxlii, 52 ; vengan, ci, 4; lauzavan et 
juravan, ci, 31-32 ; aconten, ci, 77; deysendon, cxlii, 30 ; fugun, 
CI, 91 . Les seules exceptions, sans doute imputables au copiste, sont 
recastenaven, ci, 29, et sien, l, 42, et cxxix, 6. Cette même personne 
à rind. prés, des verbes faire, aver et estar, ainsi que dans les fu- 
turs, est toujours en an. 

Au prétérit de la 1«« conjugaison, la 2* pers. du sing. est une fois 
en est (ci, 38), une autre fois en iest [ihid., 93). C'est toujours sous 
cette dernière forme que se présente la même personne à l'ind. prés, 
de esser. Je pense que là, comme dans ieu (Dieu, mieu, etc.), c'est 
au copiste que Vi est dû et que l'auteur avait écrit partout est. Aussi 
ai-je cru devoir préférer ei k iei, à la Ire personne, en opérant les cor- 
rections exigées par la mesure et la rime aux vers 17-18 du ps. cxlii. 
Notre texte n'offre qu'un autre exemple du prétérit faible à la 1»* pers. 
du sing. C'est au v. 85 du ps. ci, où le copiste a commis une faute 
d'un autre genre, écrivant respondieu pour respondiey, que j'ai ré- 
tabli. Voy. ci-après la note sur ce vers 2. 

L'imparfait du subjonctif prend l'a en finale : desliessa, salvessa, 
CI, 75-76; volguessas, l, 32'. 

Comme formes remarquables, il faut noter suey = soi (sum), d'où 

* De même dans les Litanies^ sauf sien deux ou trois fois. 

* Les Litanies n'ont pas d'exemple de la l'e pers. La seconde, qui s'y ren- 
contre très-fréquemment, est toujours en iest. Aux vers 448 et 450, receubest 
et venguest doivent être corrigés receubist et venguist. 

3 De même encore dans les Litanies. 



PSAUMES DE LA PENITENCE 215 

dérivent attfz et set, qui se disent aujourd'hui en divers lieux, par ex., 
sieï en Languedoc (la Provence a sieu), sei en bas Limousin (cf. ma 
Gfam, limousine f p. 228), et permoyras ( = permanere habes).Je 
n'ai jusqu'ici remarqué de formes pareilles que dans des documents 
gascons ( armayra = remanere habet; armayri = r émaner e ha- 
behat, Bayonne, 1273 ; Condom, 1314, etc.). L'y doit probablement y 
représenter un d, qui, introduit par euphonie, a ensuite repoussé Vn 
qui l'avait appelé. La série des formes serait dans ce cas permanras, 
permandras, permadras, permayras, et enfin permoyras, par affai- 
blissement en oi de la diphthongue protonique ai, selon l'usage ac- 
tuel de quelques dialectes. Les formes gasconnes d'infinitif, armader, 
et d'imparfait, armaze, relevées dans les mêmes documents que je 
viens de citer (cf. encore ibid.; armât = remanet, armazeder = re- 
tnanendus), viennent à l'appui de l'explication que je propose. 

18. Presque partout les modifications réclamées par la rime ont 
pour effet de rétablir en même temps la régularité grammaticale. C'est 
la meilleure preuve que notre auteur visait à être un écrivain correct. 
En deux ou trois endroits seulement, sans doute plus altérés que les 
autres parle copiste, et sur lesquels je renvoie aux notes qui suivent 
le texte, il ne m'a pas été possible de mettre à mon gré pleinement 
d'accord la grammaire et la rime. 

J'ai déjà signalé la rime de l'a ou de Vo suivis de Vn instable 
[pélicans, van, mayson, generacion) avec les mêmes voyelles suivies 
d'une nasale fixe (semblans, an, rescont, nom). C'est là, je le répète, 
un trait franchement provençal. Les Litanies qui suivent nos psaumes 
dans le ms. nous offrent un exemple du même phénomène au vers 
470, où dan (damnum) rime avec van, man et Jordan, tous mots 
dans lesquels.an = anum ou anem, 

19. Au point de vue lexico graphique, notre texte peut aussi donner 
lieu à quelques remarques. Voici la liste des mots, formes ou accep- 
tions, qui manquent au Lexique roman . 

Alligat (cxlii, 12), d'un verbe allia ar, qui signifierait Zier, enchaî- 
ner (Raynouard n'a que alliar, avec un autre sens). Mais il faut pro- 
bablement Qom^ev allô g at, Voy. la note sur ce vers. 

Aytrestal (ci, 22). Raynouard n'a que atretal et altretal. Mais il 
donne atrestan, Aitre est déjà dans Boëce. 

Beure (ci, 34), breuvage, boisson. Raynouard ne mentionne pas 
cette acception, dont il ne donne non plus aucun exemple. Cf. le 
vers qui termine la belle romance la Baga d'or {Revue des langues 
romanes^ I, 156): 

E moun manjâ sera d'erbage 
E moun beure sera de plous. 
Gant (pour quant, cxlii, 32) a ici la signification de parce que. 



216 PSAUMBS DE LA PENITENCE 

piilsquej que Raynouard non plus n'a pas notée. Cf. ma Gram, li- 
mousine, pp. 344 et 380. 

Codonel (ci, 12) = fr. cretons ; traduit, avec le participe qui Tac- 
compagne, le subst. latin cremium^ sur lequel voyez Du Gange. Ro- 
chegude a enregistré ce mot. Honorât le donne aussi, sous les deux 
formes codonel et codefhel. La dernière en indique peut-être l'étymo- 
logie (codena^). 

Efidenh {cif 37), traduit indignatio. Raynouard n'indique d'autre ac- 
ception que celle de dédain. 

Envelhi(e)ran (ci, 99) = vieilliront, s'il ne faut pas corriger de 
préférence velheziran, renverrait à un infinitif erwelhir. Raynouard 
n'a que des formes en ezir, tant pour le simple que pour les com- 
posas. 

Esdifîcar (ci, 60), édifier. Raynouard n'a que la forme plus correcte 
edificar. La même substitution de es k un e initial, considéré à tort 
comme un préfixe, se remarque assez fréquemment dans d'autres tex- 
tes. Cf. esgleia, commun en catalan, pour egleia (ecclesia), 

Eysohlidar (ci, 15), oublier. Eysohlidatz mi siiy hieu de.. . ., lit- 
téralement : je me suis oublié de. . . Pas d'exemple dans Raynouard 
de cette tournure réfléchie, très-ordinaire dans le langage actuel. 

Fidar (l, 12), si ma correction de ^5 en fit est la bonne. Raynouard 
n'a que fizar^ où renvoie le fis du ms., et fiar. 

Gemamensf (ci, 17 et 73) = gémissements ; traduit gemitus. Ms. 
gensamens, aux deux endroits, ce qui ne pouvant donner aucun sens 
satisfaisant, est sans doute une bévue du copiste. Gemamens, cor- 
rection mieux indiquée que gememens, ou gemimens, qui sont dans 
Raynouard, se rattache d'ailleurs très-régulièrement au verbe gemar, 
que Raynouard n'a pas non plus, il est vrai, mais qui est aujour- 
d'hui très-usité. 

Mulhadura (cxLii, 24), humidité, mouillure. Raynouard : moylla- 
dura, avec un seul exemple, tiré de Raimon Féraut. 
Pregonea (cxxix, 1), profondeur. Raynouard donne ce mot sous 

* On lit dans une ancienne traduction des psaumes en vers français, impri- 
mée à la suite du Psautier d'Oxford (p. 328): 

Car mi jour sicum funs faillirent, 
Et mi os cum chaous sechirent. 
Ce chaous (lis. chaons?) a-t-il quelque rapport avec le codonel provençal? 
Dans ce cas, ce dernier serait un diminutif d'une forme codon. Le Psautier 
d'Oxford traduit ainsi le même verset : « Kar defistrent sicume fums li mien 
jur, e li mien os sicume cretun seccherent. » Celui de Cambridge, qui suit la 
version de saint Jtrôme, où il y a frixa au lieu de cremium, rend le mot par 
fritures . 



PSAUMES DE LA PENITENCE 2!7 

deux formes; preondeza, qu'il traduit exactement, et pregonessa, 
dont il méconnaît absolument le sens, y voyant l'équivalent et le dé- 
rivé du lat. prœconium. Rochegude n'a pas commis la même faute. 

Recastenar (ci, 2^) j reprocher, adresser des reproches. Raynouard: 
recastinar. 

Salutaria (ci, 28J, salutaire. Mais il faut probablement, comme il 
est dit en note, corriger solîtaria. Salutari manque à Raynouard et 
aussi à Rochegude . 

Talpen (ci, 24), crevasse; traduit non le domicilio de la Vulgate, 
mais le parietinis d'une autre version latine, plus conforme à celle 
des Septante. Ce mot dérive de talpa, qui a eu aussi le même sens, 
comme on peut le voir dans Raynouard, chez qui manque talpen, 

Tremer (ci, 55), trembler. Raynouard n'a que tremir. 

Je me suis attaché, comme on le fait d'ordinaire pour les édi- 
tions princepsy à n'introduire dans le texte même que le moins possi- 
ble de corrections, à part celles qui consistent seulement à indiquer 
par des parenthèses ou des crochets le retranchement ou l'addition 
. de lettres. Les plus importantes de celles qu'exigerait une édition 
critique sont indiquées, implicitement tout au moins, dans les remar- 
ques qui précèdent ou proposées dans les notes. 

J'ai cru devoir imprimer le texte de la Vulgate au-dessous de la 
version provençale, qui serait quelquefois, sans l'aide du latin, d'une 
intelligence un peu malaisée. J'ai aussi, dans le provençal, distingué 
et numéroté les versets, sans égard à la division strophique (qui n'est 
pas d'ailleurs, on l'a vu plus haut, toujours uniforme), comme ils le 
sont dans les éditions de la Vulgate, afin de faciliter les références. 

M. G. Guichard a eu l'obligeance de revoir sur le ms. quelques pas^ 
sages de ma copie, et il en a heureusement amendé plusieurs. Il a 
aussi transcrit pour moi les 26 premiers vers, qui, par suite du dépla- 
cement du folio qui les contient, m'avaient échappé. Le savant con- 
servateur du Musée Calvet, M. Augustin Delloye, a bien voulu prêter, 
pour ce double travail, son concours à M. Guichard. C'est un devoir 
pour moi d'adresser ici publiquement à l'un et à l'autre l'expression 
de ma gratitude. 

C. C. 



' 



218 PSAUMES DE LA PÉNITENCE 



fPSALM L] 



10 

(P* 11, p*) Et alegransasi ti plas; 

Gran gauch auray, cant o faras, 
Totz los osses humiliatz. 

11. Senher, si (a) ti yen en plazer, 
5 Ta fas torna dels mieus peccatz, 

Et destruy per lo tie[u] poder 
Las mieuas grans enequitatz. 

12. Senher, tal cor mi faj aver 
Que sia net[z] con flor[s] novella, 

10 Drech esperit per ton plazer 
Dintre mon ventre reno[ve]lla. 

PSALMUS L 

3. Miserere mei, Deus, * secundum magnam misericordiam tuam. 
Et secundum multitudinem miserationum tuarum, * dele iniquitatem 

meam. 

4. AmpUuslava me ab iniquitate mea, *et apeccato meo munda me* 

5. Quoniam iniquitatem meam ego cogno'sco, * et peccatum meum 
contra me est semper. 

6. Tibi soli peccavi, et malum coram te feci : * ut justificeris in ser- 
monibus tuis, et vincas cum judicaris. 

7. Ecce enim in iniquitatibus conceptus sum ; * et in peccatis con- 
cepit me mater mea. 

8. Ecce enim veritatem dilexisti ; * incerta et occulta sapientiae tuae 
manifestasti mihi. 

9. Asperges me hyssopo, et mundabor ; * lavabis me, et super ni- 
vem dealbabor. 

10. Audituimeodabis gaudium et laetitiam, * et exultabunt ossa hu- 
miliata. 

11. Averte faciem tuam à peccatis meis, * et omnes iniquitates me as 
dele . 

12. Cor mundum créa in me, Deus, * et spiritum rectum innova in 
visceribus meis. 



PSAUMES DE LA. PENITEiNGES 219 

18. G-iorios Di6u[s] en cui mi fis, 
Nom gitar de la tieua fas, 
[V®] El tyeu sant honrat [e]spirit 

15 Non mi toUas, si a tu plaz. 

14. Rent mi lo gauch especial, 
Senher, de la tieua salut, 
D'esperit ferm e principal 
Conforma mi e ma vertut. 

20 16. Als félons en8enh[ar]ay yeu, 
Bel[s] Senher Dieu[s], las tieuas vias, 
Et yl(s) a tu tantost e leu 
Si convertran de lur folias. 

16. Delieura mi de[l]s sancs, sit(i)plas, 
25 Dieu[s], Dieu[s] de la mieua salut ; 

(Et) alegrara(s) ma lengua en pas 
[F» 1, P°] Ton drech e la tieua vertut(z). 

17. Mas lavias adhubriras, 
Senher, cant a tu plazera, 

30 E ta lauzor, cant o faras, 
La mieua boca (o) contara. 

18. Car situ volg[u]essa[s] aver 
Sacrifices, yeu donarai ben ; 
Ma[s] yeu en os so say ben ver 

35 Non ti delicharas per ren. 

13. Ne projiciaa me a facie tua, * et Spiritum Sanctum tuum ne au- 
feras a me. 

14. Redde mihi Isetitiam salutaris tui, * et spiritu principali con- 
firma me. 

15. Docebo iniques vias tuas, * et impii ad teconvertentur. 

16. Libéra me de sanguinibus, Deus, Deus salutis me», * et exul- 
tabit lingua mea justitiam tuam. 

17. Domine, labia mea aperies, * et os meum annuntiabit laudem 
tuam. 

18. Quoniam si voluisses sacrificium, dedissem utique ; * holocaus- 
tis non delectaberis. 



220 PSAUMES DE LA PENITENCE 

19. [E]sp[e]rit[z] d'orne trebalhat 
Es sacriôci a Dieu plazent ; 
Dieu[s], cor frach et humeliat(z) 
Non (en)tendras en desprezament. 

[V®] 40 20. Senher, a Sion francament 
Fay, en ta bona voluntat(z), 
Quel mur(s) sien complidament(z) 
De Jeruzalem acabat(z). 

21 . Adonx penras lo sacrifis 
45 De drechura e los dons grans ; 
A(n)donx seran vedel^s) complis 
Sobre lo tyeu autar pauzat(z). 

[PSALM CI] 

2. Senher, aujas ma oration 
E ma clamor tota sazon, 
Que totz los prech que heu ti fas 
A ti vengan, si a tu plas. 

5 3. Bel[s] Senher Dieus, si plas a ti, 
[F® 2] Tu non torna ta fas en mi ; 

T'aurelha a mi, si ti plas, 
Enclina quant er trebalhatz, 
To[t] jorn que apellaray tu. 



19. Sacrificium Deo spiritus contribulatus : * cor contritutn et hu- 
miliatum, Deus, non despicies. 

20. Bénigne fac, Domine, in bona voluntate tua, Sion, * ut aedifî- 
centur mûri Jérusalem. 

21. Tune acceptabis sacrificium justitiae, oblationes et holocausta; 
* tune imponent super altare tuum vitulos. 

PSALMUS CI 

2. Domine, exaudi orationem meam, * et clamor meus ad te veniat. 

3. Non avertas faciem tuam a me ; * in quacumque die tribulor, in- 
clina ad me aurem tuam. 



PSAUMES DE LA PENITENCE 221 

4 

10 Aysin con fum[s] que defalh leu, 
E li mieu hos son tuch secat(s) 
Ajsi con codonel cremat(z). 

5. Enaysin con fen[s] sujferit[z], 
Mon cor es secat[z] efalhit[z], 

15 Car e7Soblidat[z] mi suy hyeu 
Del tôt de manjar lo pan mieu . 

6. Del[s] gemament[z] que heuay m'eriat[z], 
S'es an ma carn Tos ajostatz. 

[V] 7. Heu suy fach al àusel semblantz 

20 De Tausel c'a nom pelican[s], 
E sy suy [heu] fach per egual 
Enaysin e tôt aytrestal 
Con nuchola que si rescon(t} 
E lo talpen de la mayson. 

25 8. Heu ay velhat ben lo[n]gamens 
E si suy fach tôt eysamens 
Con la pacera en mayson, 
Que salutaria a non. 

9. Recastenaven mi tôt jorn 
30 Myey enemix qu'e[ra]n entorn, 
E tuch aquelh que mi lauzavan 
[F** 3] Ed contra mi ben fort juravan . 

In quacumque die invocavero te, * velociter exaudi me : 

4. Quia defecerunt sicut fumus dies moi, * et ossa mea sicut cremium 
aruerunt. 

5. Percussus sum ut fœnum, et aruit cor meum, * quia oblitus sum 
comedere panem meum. 

6. A voce gemitus mei, * adhaesit os meum earni meae. 

7. Similis factus sum pellicano solitudinis, * factus sum sicut nyc- 
Idcorax in domicilio. 

8. Vigilavi, * et factus sum sicut passer solitarius in tecto. 

9. Tota die exprobrabant mihi inimici mei: * et qui laudabant me 
adversum me jurabant. 



2Î2 PSAUMES DE LA PBNITENCB 

10. Car senre(s) aysin con pan manjava 
E lo mieu beure an plor mesclava. 

35 1 1 . De la fas de ta ira greu 
E de la fas de Tendenh t(y)eu, 
Car cant tu mi aguist levat(z), 
Mi deroquest per mon peccat(z). 

12. Li mieu jorn son declinat(z) tuch 
40 Enaysin con umbra [quej fuch, 

Ett jeu suey en ajsi secatz 
Con es lo fen[s] e desanatz. 

13. Mas tu, Senher, sertanamens 
Hi[e]st e seras durablamens ; 

[Vj 45 El memorial[s] del tieu nom 
En tota generacion. 

14. Senher, can tu ti levaras, 
De Syon pietat auras, 

Car temps de [pietat aver, 
50 Car vengut[z] es lo temps en ver. 

15. Car als sers que tu as agut(z) 
An las peyras d'ella plagut(z), 

E de sa terra bonament 
Auran mer ce e cauzimen[t]. 

55 16. Bel|s] Senher, las gens temeran 
Lo tieu sant nom e tr[e]meran, 
E ta lauzor tota sazon 

10. Quia cinerem tanquam panem manducabam, * et potum meum 
cum âetu miscebam. 

1 1 . A facie irse et indignationis tuae ; * quia elevans allisisti me. 

12. Dies mei sicut umbra declinaverunt ; * et ego sicutfœnum ami. 

13. Tu autem, Domine, in aetemum permanes, *et memoriale tuum 
in generationem et generationem. 

14. Tu exurgens misereberis Sion, * quia tempus miserendi ejus, 
quia venit tempus. 

15. Quoniam placuerunt servis tuis lapides ejus, * etterrse ejusmi- 
serebuntur. 

16. Et timebunt gentes nomen tuum, Domine, * et omnes reges 
terrse gloriamtuam. 



PSAUMES DE LÀ PENITENCE 223 

[F<* 4] Trastotz los reys qu'en terra son. 

17. Car nostre Senher a fondada 
60 Sjon e Ta esdificada, 

E sera vistsertanamens 
En sa gloria honradamens. 

18. Las horacions dels francz (re)gardet, 
E lo lur prec non mesprezet. 

65 19. Ayso sia escrich a bandon 
En autra generacion, 
El pobol[s] que creatz sera 
Nostre Senhor en lausara, 

20. Car el a vist(z) [et] esgardat(z) 
70 Del sieu sant luoc aut et onrat(z); 

[V**] Nostre Senhor del cel la sus 

A esgardat en terra jus, 

21 . Quez el auzîs los gemamens 
Dels enferriatz malamens, 

75 E per so quez el desliessa 

Los fils dels antich el[s] salvessa ; 

22. Quez el(s) aconten(s) ad onor 
En Sjon lo nom del Senhor, 

E ta lauzor[s] sancta et honrada 
80 Sja en Jeruzalem contada« 

17. Quia sedificavit Dominus Sion, * et videbitur in gloria sua. 

18. Respexit in orationem humilium; * et non sprevit precem eo- 
rnm. 

19. Scribanturhsec in generatione altéra; * et populus, qui creabi- 
tur, laudabit Dominum, 

20. quia prospexit de excelso sancto suo ; * Dominus de cœlo in 
terram aspexit, 

21 . ut audiret gemitus compeditorum, * ut solveret filios inter- 
emptorum ; 

22. ut annuntient in Sion nomen Domini, * et laudem ejus in Jeru- 
galem. 



824 PSAUMES DS LÀ PENITENCE 

23. En ajustant ,i. cada un 
Totz lo popols que son en .i. 
Els reys que son per terra onrat(z), 
[F® 5] Per servir lo Senhor en grat(z). 

85 24. Yeu respondiey e dis a Dyeu, 
En la via del podersieu: 
]Dyeu[s], la pauqueza delsmieus jors 
Mi faj saber que son tan cors. 

25. Non mi reprennas, Senber Dieus, 
90 Hins en la mieytat dels jors mieus, 

Que tan tost fugun e son van, 
En Tengenrament del tieu an . 

26. Senber, tu fundiest fermament 
La terra en lo comensament, 

95 Et obras de las tuas mans 

Son los cels que istan sobrans. 

[Vo] 27. El(s) periran, mas tu seras 

Et per totz segles permojras ; 
Tucb envelbi(e)ran verament 
100 Ajsi con fa le vestimens. 
Et en ajsin con tu voiras, 
Con cubertor los mudaras. 
Et el(s) seran del tot(z) mudat(z). 

28. Mas tu, Senber, per veritat(z) 
105 Hiest un mezeis onrat e graz 
E los tiens ans non falbiran . 

23. In conveniendo populos in unum et reges, *ut serviant Domino. 

24. Respondit ei in via virtutis suse: * Paucitatem dierum meorum 
nuntia mihi. 

25. Ne revoces me in dimidio dierum meorum; * in generationem 
et generationem anni tui . 

26. Initio tu, Domine, terram fundasti, * et opéra manuum tuarum 
sunt cœli. 

27 . Ipsi peribunt, tu autem permanes ; * et omnes sicut vestimen- 
tum veterascent. 

Kt sicut opertorium mutabis eos, et mutabuntur; 

28. tu autem idem ipse es, et anni tui non déficient. 



PSAUUBS DE LA PBNITENCB 225 

29. Li âls dels ti&us sers estaran 
Et an ^an pas habitaran. 
(La) lur semensa a vida sera 
[F"* 6] 110 Et el segle s'adrejsara. 

[PSALM CXXIX] 

1. De pregonea de peccat 
Senher Dieu[s], ay a tu cridat(z): 

2. Aujas, Senher, la mîeua vos 
E garda mi del mortal pos. 

5 Dieu que [a] tot[z] [los] precs ententz, 
Sien fâchas ben enteDdent[z] 
Tas. aurelhas tota sazon, 
En vos de la mieua oracion. 

3. Si tu esgardas, Senher D(i)eus, 
10 Las enequitatz els fach greus 

Que case uns fa tro al morir, 
Senher, cal[s] poyra sostenir? 

[V®] 4. Car enves ti es pietatz 

E misericordia e pas, 
15 E per ta lej qu' yeu ay volgut(z), 
Senher, ti ay yeu sostengut(z). 
En la paraula a tota via 
De Deu sostengut(z) Farma mia : 

5. L'arma mia a fort esperat(z) 
20 En lo Senhor fort(z) e onrat(z). 

29, Filii servorum tuorum habitabunt ; * et semen eonim in saeculum 
dirigetur. 

PSALMUS CXXIX 

1. De profundis clama vi ad te, Domii^e : 

2. Domine, exaudi vocem meam. 

Fiant aures tuse intendantes * in vocem deprecationis mese. 

3. Si iniquitates observaveris, Domine; * Domine, quis sustinebit? 

4. Quia apud te propitatio est ; * et propter legem tuam sustinui te, 
Domine. 

Sustinuit anima mea in verbo ejus : 

5. speravit anima mea in Domino. 

18 



226 PSAUMES DE LÀ PÉNITENCE 

6. De la garda del bon matin 
Entro a la nuech de la fin, 
Aîa Israël ses duptansa 
En notre Senhor esperansa. 

25 7. Car enves Dyeu es pietat[z] 
[F* 7] E misericordia e pas, 

Et aondosa redempcion[s] 
Es envez el tota[s] sazon[8]. 

8. Et el, cant a luy plazera, 
30 Tot(z) Israël resemera 
De las sieuas enequitas 
E de trastotz los sjeus peccatz. 

[PSALM CXLII ] 

1. Senher, aujas so qu'eu ti prec, 
An tas aurelhas pren mo prec, 
En ta veritat(z) fina e pura. 
Mi aujas et enta drechura. 

5 2. E non intres en jugament[z] 
An lo tieu sers, car om viventz 
[V®] Non es trobatz just ses peccat[z] 

Davant la tieua sancta fas. 

3. L'enemic[s] a m'arma encausada j 
10 En terra a ma vida baysada ; 
Aysin con mors que son annat(z) 

6. A custodia matutina usque ad noctem : * speret Israël in Do- 
mino. 

7. Quia apud Dominum misericordia, *et copiosa apud eum re- 
demptio. 

8. Et ipse redimet Israël ex omnibus iniquitatibus ejus. 

PSALMUS CXLII 

1 . Domine, exaudi orationem meam ; auribus percipe obsecratio- 
nem meam in veiitate tua : * exaudi me in tua justitia. 

2. Et non intres in judicium cum servo tuo : * quia non justificatur 
in conspectu tuo omnis vivens . 

3. Quia persécutas est inimicus animam meam; * bumiliavit in 
terra viam meam. 



PSAUMES DE LÀ PENITENCE 227 

D'aquest segle m'a alligat(z) 

En luoc escur que es fort greu[8]. 

4. Desobre mi resperit[z] m(i)eu[s] 
15 Fach angoysos e trebalhatz, 

En mi es lo mieu[s] cor torbat[z]. 

5. Dels jors ancticz mi reDembr[e]i 
En totas tas obras (hieu) pens[e]i ; 
[Et] en los fach que yeu pensava 

[F® 8] 20 De las tieuas mans mi gardava. 

6. Mas mans ay estendut a ti ; 
La mieua arma es enaysi(n 

A tu con terra seca e dura, 
Sens aygua e sens mulhadura. 

25 7. Aujas mi to[s]t, bel[s] Senher Dieu[s], 
Que falhitz es resperit[z] mieu[s]. 
Dieu [s], per la tyeua pietat, 
Tu non girar de mi ta fas, 
Qu'eu séria ad aquels semblans 

30 Que deysendon en lo lac gran. 

8. Fay mi auzir ta pietat(zj 
Matin, cant ay ti esperat(z); 
[V*] Fay [a] mi conoyser la via 

En que yeu venga tota dia ; 
35 Car a tu ay m'arma levada 
Que per tu sya aconselhada. 

Gollocavit me in obscuris sicut mortuos sseculi : 

4. et anxiatus est super me spiritus meus, in me turbatum est cor 
meum. 

5. Memor fui dierum antiquorum: meditatus sum in omnibus ope- 
ribus tuis : * in factis manuum tuarum meditabar. 

6. Expandi manus meas ad te : * anima mea sicut terra sine aqua tibi: 

7. velociter exaudi me, Domine : * defecit spiritus meus. 

Non avertas faciem tuam à me; * et similis ero descendentibus in 
lacum. 

8. Auditam fac mihi mane misericordiam tuam, * quia in te speravi. 
Notam fac mihi yiam in qua ambulem, * quia ad te levavi animam 

meam. 



228 PSAUMES DB LA PÉNITENCB 

9. Hieu fuch a tu, bel[8] Senher Dieu[sl, 
Tu mi tray dels enemix mieus ; 

10. Far m'ensenha ta voluntat(z) 
40 Car jest mon Dieu per veritat(z) . 
Ton esperitz bon[s] mi metra 
En terra que drecha sera. 

11. Per lo tieu sant nom, Senher mieu, 
Mi faras vyeu en lo drech tieu ; 

45 De tôt trebalh foras trayras 
[F<> 9] La mieua arma 

12. e destruyras 

En ta merce, bel[s] Senher Dieus, 
Totz ensems los enemix mieus. 
50 Aquels destruyras totz ensems. 
Que mi fan mal en alcun temps, 
Ni que trebalhan Farma mieua, 
Qu*es del tieu sers^e sera tieua. 



9. Eripe me de inimicis mais, Domine ; ad te confugi : 

10. doce me facere voluntatem tiiam, quia Deus meus es tu. 
Spiritus tuus bonus deducet me in terram rectam : 

11. propter nomen tuum, Domine, vivificabis me in aequitate tua. 
Educes de tribulatione animam meam. 

12. et in misericordia tua disperdes inimicos meos. 

Et perdes omnes qui tribulant animam meam, * quoniam ego servus 
tuus sum. 



229 PSAUMES DE LA PfiJNITfiMCE 



NOTES 



PsALM . L. — V. 2-3. Corr. auran ? ou En totz los osses (ou mieux 
05) ? Cette dernière correction donnerait une phrase plus correcte ; la 
première, une traduction plus littérale. 

V. 12. « mi fis. » Corr. fit j de fidar? Des formes analogues se 
rencontrent dans la Vie de S. Honorât (p. ex., audida, 131 6, laut 
= laudem, 166, 177) et d'autres textes de Provence [vedenza, au- 
denza, laudet. Revue des Sociétés savantes, 1870, 2, 370 ; 1877, 1, 
203). Le rfse maintient encore aujourd'hui, en de pareils mots, dans 
le dialecte de Nice (suda, lauda, audi, etc.) — 13. « nom ». Ms. non. 

15. «toUas. » Ms. tollat. 

21 . « Bel[8]. » Ms. Bel. 

26. « alegrara(s). » Traduction servile du latin. Et, dont la mesure 
du vers exige la suppression, n'est pas dans la version des Septante, 
non plus que dans la traduction latine faite sur cette version. 

33. Corr. sacrifis? Cf. v. 44. — Ihid, <( donarai. » Corr. donarat 
(= je te donnerais)? ou seulement donara ou donaria? 

34. « en os » {in 055a), sous-entendu crematzf, Ms. e uos, — 35. Il 
faut sous entendre C[ue devant Non ti. 

36. « d*ome. » Ms. dons e. Notre ms. nous offre deux autres exem- 
ples de cette substitution fautive de ns à m. C'est aux vers 17 et 73 
du ps . CI, gensamens pour gemamens, supposé du moins que ma 
correction soit sûre. 

37. Corr. sacrifis,.., plazent[z] ? 

39. Corr. pendras en desprexament[z]? 

45. Corr. els dons en grat f 

46. La régularité grammaticale exigerait complit. Mais la rime n'y 
serait plus. Le copiste a peut-être écrit complis par erreur, au lieu 
d'un nom intégral en is (iz), ou d'un nom en ici. Dans ce dernier cas, 
il faudrait corriger sacrifici au v. 44. 

PSA.LM. CI. — V. 3. « Que. » Ms.De. — Corr. tuch li prec. Dans la 
graphie de notre scribe, prech doit représenter precs, comme il a été 
dit dans l'introduction. Cf. plus loin, v. 76, dels antich. 

5. « a ti. >» Ms. a tu. — 6. « en. » Corr. de? Cf. le texte latin. — 
8. « er. » Correction imposée par la mesure. Ms. seray. 

9. Il y a après ce vers une lacune de deux vers au moins. Le ms. 
n'en indique aucune et fait une stance unique et distincte des vers 
9-12. 



230 PSAUMES DE LA PENITENCE 

11. Ms. secacs. — 14. « Mon cor. » Il n'y a pas lieu de coniger 
mos, Tadjectif qui précède immédiatement cor pouvant rester, comme 
ce substantif (voy. ci-dessus, p. 213), invariable au singulier. C'est la 
doctrine des Leys d'amors, II, 176, qui donnent cet exemple : /reoZ 
cor es le meus. Cf. celui-ci, tiré du Chansonnier 854 de laB. N., 
fo 133: per autra no s'esjau mon cor. On en pourrait citer beaucoup 
d'autres. — 17. Ms. gensament. Cf. ci-dessus la note sur l, 36. — 
" que heu. » Corr. qu'eu, 

19. Corr. semhlans. — 20. « del ausel. » Répétition probablement 
fautive. Corr. Bel désert ? 

28 Corr. solitaria ? Ou faut-il laisser cette bévue sur le compte de 
l'auteur? Ce serait bien assez pour lui d'avoir commis celle de prendre 
une épithète pour un nom propre . 

30. Corr. enemic. Cette substitution de a; à c se remarque assez 
fréquemment en d'autres textes plus anciens, où l'on va par suite jus- 
qu'à écrire xs pour es, 

40. On pourrait aussi corriger con [li] umbra fuch, 

57, « ta lauzor. » Ms. tota l, — 58. Corr. Trastuch li rey, 

63. CovT, francs. — 71. CovT.Senher, — 73. Ms. gensamem. Cf. 
V.17. 

79. » Eta. » Corr. E sa, 

85. Ms. respondieu. Cette forme, comme imparfait, serait accep- 
table (cf. ma Grammaire limousine, p. 373); mais le contexte exige 
ici le prétérit*. Le traducteur a fait du reste un contre-sens, ayant lu 
sans doute respondir, au lieu de respondit, dans l'original . 

88 . « tan cors. » La grammaire exigerait tant cort. Mais il n'est 
pas rare que l'attribut, quand il suit le verbe, se mette au cas régime. 
A la rigueur on pourrait corriger ques fan. 

91. « son van. » La correction s'en van se présente d'elle-même. 
La rime serait meilleure, l'a de van (vani) étant estreit. Mais voy. ci- 
dessus, p. 210 et 215. 

95-6. On pourrait corriger de la tua man. , . li cel. ,. sohran. Mais 
cf. la note sur le v . 88, et aussi l, 37. 

99. Corr. veramens, — 105. « graz. » Corr. gran ? Pour l'absence 
del'^, et du z k onrat, cf. 88 et 96. — 106. Corr. li tieu an, — 110. 
« el. » Ms. en lo, 

PsALM. CXXIX. — 17-18. Construisez: Varma mia a sostengut 
tota via en la paraula de Deu. — 28. Corr. enves, 

PsALM. CXLII. — 5. « en jugament[z].))Le singulier serait préférable ; 

• Le copiste aura ici changé iei (ou et) en ieu, entraîné peut-être par l'ha- 
bitude d'opérer le même changement au sujet pluriel des pronoms possessifs. 
Cf., dans les Litanies (v. 324), enblieust pour enbliest. 



PSAUMBS DE LA PBNITBNCE 231 

mais la rime exige ici le pluriel. — 12. « alligat. » Corr. allogat? Cf. 
le latin coUocavit et voy. ci-dessus, p. 215. — 14. Corr. Es sobre? ou 
bien ^5 du v. 16 sert-il aussi pour le v. 15? 

17. CoTT.antics. — 21. « ati )).Ms. a tu. — 27. Corr. la^s] tieua[s] 
j)iWai[2] ? Ce pluriel serait bien insolite*; mais il {a.\it atz pour la 
rime. 

29. Corr. semblanf Cf. l, 37; ci, 88, 96, 99. Il faudrait autrement 
corriger lo[s] lac[s] gran[s], ce qui paraît moins acceptable. 

34. « dia. » Ms. die. — 40. « mon Dieu. » On pourrait corriger 
mois] Dieu[s]. Mais voy. la note sur ci, 88. 

41 . « Ton. » Corr. Tos. 

43-44. Ms. SenJier tieu drech mieu. Corr. mieu[s] et Id^s] 

drech tieu[s]f 

53. Ms. Que del tieu sers es e sera tieua. 



Cf. pourtant, dans l'ancienne trad. française précitée (ps. 52, verset 17); 
Mais les pitiés de Deus seront 
Tous jours sor ceus qui le criendront. 



PSAUMBS DE LA PBNITBNOB 



APPENDICE 



M. Karl Bartsch, ainsi que je Fai déjà rappelé ci-dessus (p. 209), 
a publié en 1856, dans ses Denkmœler der provenzalischen Lite- 
ratur, p. 71, d'après le ms. 1745 de notre Bibliothèque nationale, 
une traduction en vers du psaume 108. Je crois devoir la reproduire*, 
afin que le lecteur ait ici tout ce que l'on possède, à ma connaissance 
du moins, de traductions des Psaumes envers provençaux*. Comme 
je l'ai fait pour les Psaumes de la pénitence, j'imprime au-dessous 
le texte latin de la Vulgate, en numérotant les versets, dans le pro- 
vençal comme dans le latin. 

Cette traduction du psaume 108 se distingue nettement, à première 
vue, de celle des Psaumes de la pénitence, qu'on a lue plus haut, en 
ce qu'elle révèle chez celui qui en est l'auteur un bien moindre souci 
de la grammaire et de la prosodie. Il n'y a aucune uniformité dans la 
mesure des vers, qui sont ad libitum de 6, 7, 8, 10 ou 12 syllabes. 
Dans ce dernier cas, ils peuvent avoir des rimes ou assonnances in- 
térieures, alternées ou non. Les rimes vont tantôt par paires, tantôt 
par quatre, par cinq ou par six. Elles sont ou plates (c'est l'ordinaire), 
ou alternées (74-77, 78-81, 104-107). Elles se réduisent très-souvent 
à une simple assonnance; ainsi plazer^ : me (1 1- 12), eiJ;tnerce (44-5), 
el: paren8(4S-9), destruction: dolor* {40-7), sofraclios : soy^ (82-3), 



* Je fais cette reproduction d'après la copie de M. Bartsch, que je suppose 
exacte, et que je ne puis d'ailleurs contrôler. 

2 Je dis traductions et vers provençaux, parce que d'un côté il en existe 
en prose, et que, de l'autre, je connais une paraphrase, très-libre, des psaumes 
pénitentiaux, en vers de huit syllabes à rimes plates, écrite ou tout au moins 
transcrite par un Gascon au XlVe siècle. Cette paraphrase sera publiée très- 
prochainement dans la Revue. — On connaît encore une autre paraphrase eu 
vers, pareillement inédite, si je ne me trompe (la Revue la publiera également, 
au moins par extraits), de plusieurs psaumes. Mais cette paraphrase, qui est 
conservée à la bibliothèque Inguimbert (ms. n» 20), est en provençal mo 
deme (XVlIe siècle?), et je n'ai ici en vue que l'ancienne langue, je veux dire 
celle du moyen âge. Pour le même motif, il n'y a lieu de mentionner ici que 
pour mémoire les traductions complètes du Psautier composées au XVI» siè- 
cle, en vers gascons (ou néarnais), parPey de Garros et Arnaud de Salettes. 

3 Sans doute prononcé p/azé, comme aujourd'hui. 

* On devait prononcer destructiou: doulou. 

5 On prononçait peut-être sofrachois, Voy. ma Gramm. limousine, p. 368. 
On pourrait aussi obtenir ici d'une autre façon une rime pleine, en changeant 



PSAUMES DE LA PENITENCE 1^ 

ombra: ^o^osto (86-8), fâcha : intrada et sitada (&l'-69), ajudar: 
gastat (42-3), venra: far^\ paguat (62-64), fach: menesprezat: cap 
(94-6), benisiras: alegrara {104''7), perseguens : salvamen (119-120), 
Je ne parle pas des vers qui ne riment pas du tout. Il y en a plusieurs 
dans le ms. Mais ce doit être par la faute du copiste, la rime ou 
Tassonnance se laissant partout rétablir, comme on le verra dans les 
notes, avec la plus grande probabilité. 

Quant aux règles de la grammaire, je parle surtout de celles des 
cas, elles ne sont pas traitées moins librement que celles de la ver- 
sification. Il est visible que l'auteur, aussi bien que le copiste, ne con- 
naissait aux noms qu'une seule forme pour chaque nombre. 

Tout se réunit ainsi pour faire supposer que nous avons ici l'ou- 
vrage d'un homme peu lettré. Certaines formes d'un caractère dia- 
lectal très-prononcé s'ajoutent à ces indices pour rendre l'hypothèse 
plus probable encore. Je croirais volontiers que ce psaume a été rimé 
plutôt par quelque sorcier, pour servir à ses maléfices, que par un 
moine ou un simple clerc, dans une intention pieuse. Le psaume 108, 
en efiTet, s'il ne joue pas dans la liturgie, comme les Psaumes de la 
pénitence, un rôle particulier et prépondérant, de nature à expliquer 
le choix qu'en aurait fait, de préférence atout autre, pour le mettre en 
rimes, un poète dévot, en joue au contraire, en devait au moins jouer 
autrefois, un tout spécial et d'une certaine importance dans les pra- 
tiques de sorcellerie. C'est ce qui résulte d'un passage du curé Thiers, 
au tome 1, p. 157, de son Traité des superstitions. Cet écrivain, 
parmi les maléfices qu'il énumère en cet endroit de son livre, men- 
tionne, sans plus de détails, malheureusement, celui qui consiste à 
« faire des imprécations contre quelqu'un en éteignant toutes les lu- 
mières du logis, en tournant le dos aux • voisines, en se roulant 

par terre et en récitant le psaume 108. » Si de pareilles pratiques 
étaient en usage au XVII® siècle, on doit croire qu'elles ne dataient 
pas de la veille, et il y a lieu, au contraire, de supposer qu'elles de- 
vaient être plus fréquentes encore ti'ois ou quatre cents ans plus tôt 3. 



soy en sos. Cette forme est rare, mais non sans exemples. Cf. Peire Milon 
{Gedichte, 19, 672 et 673) : la bella de oui sos. J ai trouvé une forme pa- 
reille {siotcs) dans des textes modernes de l'Ardèche, de l'Isère, et aussi, sauf 
erreur, de l'Aveyron. 

* On devrait prononcer fa^ comme aujourd'hui, et de même pagua, etc., 
sans faire sentir dans ces mots la consonne finale. Cf. au v. 40 usurias =: 
usuriars. 

* Lacune laissée à dessein par Thiers lui-même. Est-ce maisons qu'il faut 
suppléer? 

3 Je n'ai pu, malgré les recherches que j'ai faites dans les bibliothèques à 



234 PSAUMES DR LA PENITENCE 

On s'expliquerait ainsi facilement et le fait même de l'existence àe 
cette version isolée du psaume 108, et son infime condition littéraire. 

Le trait dialectal le plus marqué de notre texte est le renforcement 
qui s'y remarque de te en ta, dans usurias 40 = usuriers, despiach 
49, iniach 116, et^pàssinif dans diaus,diau, tiau,siau. Si la correc- 
tion que je propose aux vers 78-80 est la bonne, il faut admettre que 
ces formes en iau étaient celles de l'auteur. Celles en ieu, qui alternent 
avec les autres, seraient alors du fait du copiste. Iau pour ieu se 
rencontre sporadiquement dans des textes de l'Auvergne, delà Marche, 
du haut Limousin*, du Toulousain, du pays de Foix. Mais c'est seule- 
ment dans des textes de la Provence que cette mutation a lieu com- 
munément. Voy, Ste Agnès, où elle est constante, et St Honorât. 

Les formes en ia(r) pour ter sont aujourd'hui communes dans 
l'Aveyron et la Lozère. Les textes anciens de la même contrée, ainsi 
que ceux du Quercy, de l'Albigeois, du bas Languedoc (Béziers, 
Montpellier, etc.), en offrent de nombreux exemples. On en trouve 
aussi beaucoup dans des textes de la Provence propre. 

La Vie de St Eonoraty du moins dans lems. publié par M, Sardou, 
qu'on sait avoir été exécuté en Provence, présente fréquemment le 
renforcement de ie en ia, devant i, comme notre texte devant ch, dans 
les mêmes mots ou dans les pareils. Ainsi miay (= lat. mei et mé- 
dium), siay, puaia. Je ne me rappelle pas avoir remarqué ce phéno- 
mène ailleurs. Aussi serais-je facilement porté à conclure de la pré- 
sence simultanée, dans notre version du psaume 108, de iach (= iai du 
St Ronorat)et de iau et ia(r)s (== iers), que l'auteur de cette version 
était provençal. 

Les autres détails phoniques ou morphologiques n'ont rien d'assez 
particulier pour mériter d'être relevés. Notons pourtant la chute de 
IV devant s dans usurias 40, chute dont il y a aussi des exemples dès 
la fin du XIIl® siècle dans des textes de la Provence, et la substitu- 
tion qui se fait d'une nasale à l'autre dans an pour am, passim, em 20 
pour en, semblam 13 pour semblan, anom 37 pour anon, substitution 
qui prouve que Vm ne devait plus avoir, pour le copiste du ms., sinon 
pour l'auteur lui-même, d'autre valeur que Vn, 



ma portée, trouver d'autre témoignage que celui de Thiers sur cet emploi 
du psaume 108 comme instrument de maléfice. On devait, au reste, user plus 
souvent des psaumes, en général, dans une intention bienfaisante. Voy. Du 
Gange sous ensalmus. Ce mot est resté en Espagne (castillan et portugais 
ensalmo, catalan ensalm), avec ses dérivés ensalmar, ensalmador, au sens 
purement favorable de charme, remède superstitieux. 

* Aujourd'hui iau pour ieu ou iu est habituel dans la basse Auvergne et 
très-commun dans la Marche et le haut Limousin. 



PSAUMES DB LA PENITENCE 235 

On a, au verset 14, à moins qu*il ne faille corriger sian du v. 50 
en sia, un exemple de syllepse de nombre, le verbe étant régi par 
ridée de pluralité qui est communiquée au sujet singulier par le 
complément de celui-ci. — Que, au v. 84, est explétif, comme il Test 
quelquefois ailleurs, même hors de la Gascogne. — Quant ka luy du 
v. 115, dernière particularité syntactique qu'il paraisse utile de re- 
lever, c'est une reproduction servile du latin, et je ne pense pas qu'il 
y faille voir un trait dialectal, tel que serait la substitution spontanée, 
comme en gascon, du datif à l'accusatif. 

Au point de vue lexicographique, quelques mots sont à noter, soit 
pour leur forme, soit pour leur acception : 

Acabar, v. 28: Vacabe =» (que cela) lui réussisse, lui profite. Ac- 
ception qui manque à Raynouard et dont il y a ailleurs d'autres exem- 
ples. 

Aveavar 34, rendre veuf. Cette forme est dans Raynouard, qui n'en 
donne pas d'autre exemple que celui même de notre psaume. L'accord 
de Raynouard et de M. Bartsch ne permet pas de douter qu'il n'y ait 
bien aoesvada didiH^ lems., et Ton ne manque pas d'ailleurs d'exem- 
ples du changement du v ou de l'/^en z [s) en finale, sinon, comme 
ici, dans le corps d'un mot devant une consonne. Mais peut-être est-ce 
une erreur du copiste, pour aveusada (car avefvada aurait une phy- 
sionomie bien française). Aveusar (aveuzar) manque à Raynouard, 
mais c'est une forme connue. Elle est du reste dans Rochegude. 

Calar 2. Ici verbe actif. Raynouard ne le connaît que comme in- 
transitif {se taire). 

Deatramenar 84, perdre, tourmenter. Forme populaire de dester- 
menar, qui est dans Raynouard seulement au sens propre. Voy. Sau- 
vages, destremena, 

Endignejar 38, mépriser. Manque à Raynouard, qui n'a que le sub- 
stantif correspondant endenk, 

Lagosta 88, sauterelle. Raynouard n'a que des formes à nasale 
(langosta, leng» . . ling, . . ). 

Siau 80 (si ma correction est sûre), doux {suavis), forme aujour- 
d'hui très-commune. Raynouard n'a que suau. Cf. pieia (pour pueis), 
qu'on trouve déjà da.usJaufre et dans St Honorât, et qui est la forme 
actuelle de post en Provence. 
, Sitar 69, asseoir, établir. Manque à Raynouard. 

Usurias 40, usuriers. Raynouard : usurier. Voir ci-dessus, p. 234. 
Vatgar 36, errer. Le t s'est introduit ici par analogie, d'après des 
formes telles que coratgue, coratgos. Raynouard n'a que vagar. 



^^ PSAUM£)S DB LA PÉNITBNGE 



PSALM CVIII 

(Ms. B. N. 1745, ^ 182) 

2. Senher Dieus, per ta honor 
Tu non cales ma lauzor 

Car boca de peccador 
Manifesta ma dolor, 
5 E boca de messorguier 
Mi fer dans cascun ladrier. 

3. Quar encontra me am parlât 
E non pas per veritat, 

Am lengua de iniquitat 
10 Entorn m'an esvironat, 

Non per drechuras, per plazer 
Si combato encontra me . 

4. Davan fasian semblam d'amar 
E pueys detras de mal lausar ; 

15 leu, Senher Diaus glorios [e clar]*, 
Non cessava de te preguar. 

5. Mal an gitat encontra me 
De so que lur fasia per be. 
Tôt ayssi m'an rémunérât* 

20 Qu'em loc d'amarm'an asirat. 

PSALMUS CVIU 

1. In finem, Psalmus David. 

2. Deus, laudem meam netacueris: quia os peccatoris, et os dolosi 
super me apertum est. 

3. Locuti sunt adversum me lingua dolosa, et sermonibus odii cir 
cumdederunt me : et expugna venin t me gratis . 

4. Pro eo ut me diligerent, detrahebant mihi : ego autem orabam. 

5. Et posuerunt adversum me mala pro bonis : et odium pro dilec- 
tione mea. 



' M. Bartsch : [Mcis] ieu, Senher Diaus glorios ^ ce qui laisse le vçrs saos 
rime. — * Ms. reminei^at. 



PSAUMES DE LA PÉNITBNCE 237 

6. Dieus, sobre luj un peccador 
Constituiscas per senhor, 
E lo diable per luy gardar 
Faj a la man drecha estar. 

25 7. E quant en cort sera intrat 
Qu'encontra se sia condampnat, 
Et quant el voira Diaus pregnar, 
L'acabe ajtan com a peccar. 

8. To(u)ts los siaus jorns sian leu passatz* 
30 E tots sos bes sian dessipats 

E per autrui gen siangastats. 

9. Los siaus enfans sian orphes fachs, 
E sa molher sia trebalhada 

E del marit leu avesvada. 

35 10. Los siaus efans sian pauc presats, 
Coma vatgans sian transportatz, 
' Tostemps anon endignejati ■ 
E sian de lur terra gitatz. 

11 . Tôt quant aura en son cabal 
40 Per' usurias vengua a mal ; 
So qu'an trebalh aura ganfaat 
Per autruy gen li sia gastat. 

12. No sia hom quel vulha ajudar, 

6. Constitue super eum peccatorem : et diabolus stet adextris ejus. 

7. Cum judicatur, exeat condemnatus : et oratio ejus fiât in pecca- 
tum. 

8. Fiant dies ejus pauci: et episcopatum ejus accipiat alter. 

9. Fiant filii ejus orphani: et uxor ejus vidua. 

10. Nutantes transferantur filii ejus et mendicent: et ejiciantur de 
habitationibtts suis. 

11. Scruteturfœnerator omnem substantiam ejus : et diripiant alieni 
labores ejus. 

12. Non sitilli adjutor:nec sit qui misereatur pupillis ejus. 

^ M. Bortsch écniVenpassatz.— * Ms. a nomen digneiar. M.Bartsch ; a 
no m'en [ca(\ dignatz. 



238 PSAUMES DE LA PENITENCE 

Ni als enfans per amor d'el 
45 No sia home qu'aja merce. 

13. Los ôlz siaus ajon ^an dolor, 
Totz vengon a destruction, 
£ neguns bom(e) desosparens 
Non port son nom per despiach d'el. 

50 14. L'eniquitat dels siaus payro(n)8 
Sian membrans al rej glorios, 
Ni de sa mayre lo peccat 
Jamay no li sia perdonat. 

15. Totz lur fatz sian Diaus offendenz^ 
55 Per tôt lo mon sian desmembratz. 

16. Car non avia per son peccat 
Misericordia ni pietat. 

17. Los hommes fort a persegu[i]ts 
He ' los paures * et los me[n]dit8, 
60 Sels qu'en lur cor eron greujatz 
E perseguts etmalmenats. 

18. Mal a volgut e bel ve[n]ra, 
Jamai no vole ben dir ni far ; 
Per que ne sera bepaguat, 
65 Jamaj negun be non aura, 
Mas d'el tostemps se lonhara. 

13. Fiant natiejus in interitum : in generatione una deleatur nomen 
ejus. 

14. In memoriam redeat iniquitas patrum ejus in conspectu Domini: 
et peccatum matris ejus non deleatur. 

15. Fiant contra Dominum semper, et dispereat de terra memoria 
eorum : 

16. pro eo quod non est recordatus facere misericordiam. 

17. Et persecutus est hominem inopem, et mendicum, etcompunc- 
tum corde mortificare. 

18. Et dilexit maledictionem, et véniel ei : etnoluit benedictionem, 
et elongabitur ab eo. 

Corr. Diaus offendenz sian totz lur faiz, — i Hoc, — 3 Correct, de 
M. Bartsch. Ms. parens. 



P8ÂUMBS DB LA PENITBNCE 239 

De maledictio sa vestimenta ha fâcha, 

Coma aygua quant plou en son cors es intrada, 

Si con oli traucan * els osses s' es sitada. 

70 19. Maladictio lo tengua defra tôt lo siau cors ; 
Ayssi com vestimenta lo te cubert defor[s], 
Et ayssi fort Testrengua^ tôt entorn senturatz 
Ayssi con fa la senha^ quan defors s'es senhatz. 

20. Aquesta obra es per aquels 
75 Que an Diau mi van mal lausan 

E que parlo encontra me, 

Per so que a m'arma tengo dan. 

21. Senher Dieus, tu fassas per me* 
Perjlo teu nom meravilhos, 

80 Car tu ^ iest [lo] rey • mot suau 
E fort misericordios. 
Desliurame, 

22. car paures soy 
E de ta ' gracia sofrachos 
E que soy tan destramenat * 
85 Que lo miau cor es tôt torbat. 

23. Si com per lo solelh fa Fombra* 

Et induit maledictionem sicut vestimentum, et intravit sicut aqua 
in interiora ejus, et sicut oleum in ossibus ejus. 

19. Fiat ei sicut vestimentum, quo operitur: et sicut zona, qua 
semper prœcingitur. 

20. Hoc opus eorum, qui detrahunt mibi apud Dominum: et qui 
loquuntur mala adversus animam meam. 

21. Et tu. Domine, Domine, fac mecum propter nomen tuum: quia 
suavis est misericordia tua. 

Libéra me, 

22. quia egenus, et pauper ego sum : et cor meum conturbatum 
est intra me. 

* M. Bartsch : trancan. 

• Leçon du ms. M. Bartsch corrige estrenha, — 3 Corr. senta 7— * Corr. 

Tu fassas per me, Senher Diaus, et au vers 80, rey s mot siaus ? Cette 

dernière forme est aujourd'hui celle de plusieurs dialectes, p. ex., du langue- 
docien. — ^ ty. — 6 M. Bartsch : iest rey [e] m. — ' Corr. par M. Bartsch. 
Ms. tota. T- * M. Bartsch écrit d'e:^tra menât. — ^ Corr. Si com pel solelh 
(ou per lo sol) l'ombra, ou encore Si col solelh fa l'ombra ? M. Bartsch pro- 
pose simplement de supprimer j^er lo. 



24.0 PSAUMES DB LA PENITBNGR 

Ayssi soy decassat; 



Ayssi con es lagosta 
Ayssi soy encanssat*. 



90 24. Mos gîûols son emalautis 
Eper (se) dejun' enfrevolitz, 
E ma carn es fort cambiada 
E per oli es transmutada. 

25. Tan soy as els en anta fach, 
95 Quant m'an vist, m'an menesprezat ; 

Quant m' an vist, an mogut lo cap. 

26. Senher Diaus, vulhas m'ajudar; 
Salva me, Diaus, per pietat, 
Vulhas misericordia far. 

100 27. Sapion, Senher, qu*ayso s'es fach 
C ar la tia ma ho a obrat, 
La quai ma es per te fâcha * 
E tu ho as adordenat*. 

28. Els mal diran^ et tu benisiras; 
105 Sels que si levaran trastuch 



23. Sicut umbra cum déclinât, ablatus sum : et excusaus sum sicut 
locustse. 

24. Genua mea infirmata sunt a jejunio : et caro mea immutata est 
propter oleum. 

25. Et ego factus sum opprobrium illis : viderunt me, et moverunt 
capita sua. 

26. Adjuva me, Domine Deus meus : salvum me fac secundum mi- 
sericordiam tuam. 

27. Et sciant qnia manus tua haec : et tu, Domine, fecisti eam. 

* J*ai conservé ici la division de M. Bartsch; mais peut-être vaudrait-il 
mieux écrire en deux vers, en considérant ombra: lagosta comme des asson- 
nances intérieures : 

Si com pel solelh Tombra ayssi soy decassat ; 
Ayssi com es lagosta ayssi soy encaussat. 

* Corr. pel dejun? —3 Corr. La quai per te fâcha a estât? — * Corr. de 
M. Bartsch. Ms. adomenat. 



PSAUMES DE Là PENITENCE 241 

Encontra me sian confondutz, 
E lo tiau sers s'alegrara. 

29* Sels quem mal lausaran 
De vergonha sian 
110 Totzvestitz si con hom es cjibert de jupo, 
Ajssi sian els cuberts delur confusion*. 

30. De tôt en tôt ieu a Diau [me] redraj, 
Am ma boca a luj cofessaray; 
E miach de mots lo siau nomlausaraj. 

115 31. El es lo quai a la dextra a istat 
De me paupre e m'a ben governat 
E m'a gardât de totz mos perseguens, 
Per que m'arma vengues a salvamen. 



28. Maledicent illi, et tu benedices: qui insurgunt in me, confun- 
dantur : servus autem tuus lœtabitur. 

29. Induantur qui detrahunt mihi, pudore : et operiantur sicut di- 
ploïde confusione sua. 

30. Confitebor Domino nimis in ore meo : et in medio multorum 
laudabo eum. 

31. Quia astitit a dextris pauperis, ut salvam faceret a persequen- 
tibus animam meam. 



* Ces deux vers en foot quatre chez M. Bartsch, où, par suite, le premier 
et le troisième (. . . hom,. . . cuberts) ne riment pas. 



19 



Dialectes modernes 



POÉSIES LANGUEDOCIENNES 

DE LÉONROUYlâRE 

(Suite) 



Lou prince tiret la flassada 
En cridan à soun camarada : 
a Bouleghen nous ; bite, anen, daou î 
640 Q'entremen qe fai pa tan caou, 
Anaren de Ion de la placha 
Per beire un paouqet coum' es fâcha 
E per saoupre se lou peïs 
Es puplat d'ornes ou de chis. » 
645 Acata, q'aco derenchaba, 

Tout en s'abien roundinaba, 
E d'un paou mai, s'aghesse aouzat, 
A la pesca Taourié mandat. 
S'aoubouret doun, faghen la mina ; 
650 Can seghet preste, sus Tesqina 
-^neas ié metet tout beou 
Un sac qe, boutas ! era greou : 
r abiè un parel de flasqetas, 
De nozes secas, dos nabetas, 
655 De froumache, un missou boulit, 
Emb un flascou de bi remplit. 
En cas de beire caouca calla, 
El pren soun fusil sus respalb., 
E se metoun à camina, 
660 San saoupre ounte bouien ana. 
Bech'aqi qe, Ion d*una dralia, 
Bous debistoun una gandaia 
Qe cassaba lous passerons 
Ni mai ni men qe lous garsous. 



POâsiES DB ROUVIIBÎRB 243 

665 Caou bous dire q'aqest'oubrieira 

D'una alura tan cabaieira, 

Era Benus que, brabamen, 

Abié prés un deghisamen. 

Tante i a q'aqela manida, 
670 Q'abié Ter d'estre pas mousida, 

Pourtab'un coutioun for cour, 

Fach d'un'estofa presq'à chour. 

Sas qioissas eroun mitât nudas ; 

Ah I messius, las abié garrudas I 
675 Soun sén, blan coum'un amellou, 

Era nut chusq'aou pepelou, 

E dounaba lapetelega 

De ie faire una sesselega. 

S'^nea ér' estât san segoun, 
680 Saiq'aourié fach lou poulissoun. 

Mes douten pas de sa sachessa 

Et rebenghen à ma Deessa. 

Sous peoussés, sans chés de courdils, 

le toumbabou chusq'as poumpils ; 
685 Armada d'una matrassina, 

Pourtaba dessus soun esquina, 

Espandida coum'un mantel, 

De rabas una braba pel, 

E Ton besié dessus sa mina 
690 Qe n'ahissié pas la joughina. 

a Digas, s'ou dis d'un er ardit 

A ^neas q'er'enclaousit, 

Aourias pa, dedin la garriga, 

Rencountrat una miouna amiga? o 
695 Lou prince, après fossa salus, 

lé respon : a Aï pa bis dégus, 

ma fricaoudeta piouzela ! 

Fer moïa I en bous apelen tela 

Aï ben poou qe n'ou seghés pas : 
700 A la maniera qe marchas, 

Ou dise pa per poulitessa, 

Créiriéi pu leou qe ses Deessa. 

S'ou ses, ma foué 1 per oucasioun 



244 PoésifiS DE ROtJVrilRK 

Demandai! bostra proutectioun ; 

705 Amaï sera pas estrassada, 

Car ieou, embé moun camarada, 
Sen campechas maï qe noua caou 
Per lou destin lou pu brutaou. 
Aprenés-nous, madoumaïzela, 

710 Coussi lou ternaire s'apela; 
Car couma de camels trépan 
San saoupre, fouches ! ounte anan. 
E se nous ie perdian, pecaïre I 
Sabé pas coussi pourian faire. 

715 An ounte sen? Anén, parlas ; 

Boutas! sen pas du tout ingras, 
E din la prumieira ghingheta, 
En bostr'ounou buouren trouqeta. » 
Mos de Benus ie respoundet 

720 D'un er qe lou rebiscoulet: 

(( AqeU ounestetat m'agrada ; 
Mes soui pa dioussa, camarada, 
S'es à caousa de moun matras 
Ou d'aqela pel de rabas 

725 Qe bous me tratas de la sorta, 
Chaca fieta aïssi ne porta : 
Aco's la moda daou peis. 
Ses en Lybia, mous amis ; 
La Reina Didoun s' ai coumanda, 

730 Amai fai pa la trochamanda. 
S' ai es benguda de Sidoun 
Per esqiba Pjgmalioun ; 
Soun histouera es trist'e toucan ta, 
Mes es un paou encibetanta ^ 

735 Pourtan aimé tan à piaïa 

Qe, founmé I bous la baou counta : 
« Didoun, can er 'en Phenicia 
(C 'aco's lounoun de sapatria), 
Per amour abié espousat 

740 Un ome q'era mounedat. 

' Le ms. porte bien encibetanta, mais qu'est-ce que cela signifie? 



P0BS1JS8 DE ROUVIERB 245 

Aqel home, q'era tan riche, 

De soun noum d'oustau era Chiche. 

D'aoutrés que fa disoun Chiche ; 

Qe qe n'en sieche, nostr'ouhrié, 
745 Embé men de fe dins sas botas, 

Encara farié de ribotas . 

Lou rei d'abal, Pjgmalioun, 

Era lou frera de Didoun ; 

Aqel rei* er'un sarra-piastra 
750 Qe ne sabié mai qu'un biel pastre. 

Can bechet sa sur, aqel gus, 

Que palechaba lous escus ; 

Ma foué, sou dis, labona ôeira ! 

Se ie panabe sa berqieira? 
755 Un bespre doun qe soun cougnat 

Dedin la gleiza n'er' intrat, 

Per faire un moussel de priera, 

De qe te fai nostre counpèra ? 

Lou mioou bous paouza sous souiés, 
760 Caouta à caouta per derriés, 

A Chiche, d'un cop de lezena, 

Trauc' abi, pel, car e bedena. 

De tan de biai qe ie metet, 

On bechet mêma q'era aou fet. 
765 Pensas qu' après ^ un tret tan orre 

Anet pas lou dire à sa sorre ; 
• Au countrari, la counsoulet, 

Can la noubella i arribet, 

E proumettet qe la poulissa 
770 le farié be rendre chustissa. 

Aco, pas brai, es un paou for ! 

Despioï qe soun home era mort, 

Didoun, qe soula s'anuiaba, 

Aou iech toutroupien rebaba. 
775 Bêcha 'qi qe, sus lou mati, 

Una nioch te bei espeli 

* Ms* per" qui ne donne aucun sens. Peut-être pourrait on lire : frer\ — 
* Ms. qu*aira. 



246 POESIES DE ROUVIÉRE 

Soun home coum'unbaragogna, 
Qe dis« tout faghen la sansogna : 
« Mesâsa-te de moun cougnat, 

780 Aco's el qe m'a sagatat: 

Agach' un paou, din ma coudena, 
La plassa daou cop de lezena. 
Bota, achustet, din le a cabot, 
Aï rescoundut moun esqipot. 

785 Se m*en créses, Tanaras qerre 
E deman, boga la galera I » 
E coum'un fun se trascoulet. 
Sa fenna se derebeiet. 
De suita^ sans espéra Taouba, 

790 Passet sa camis'e sa raouba. 

Couma counouissié soun marit, 
Abié poou q'achesse mentit . 
A la caba, la degourdida, 
S'agandighet d'un'escourida, 

795 E ma foué 1 tan furetechet, 
Qe chout de gabels dessoutet 
Pa mai qe ioch petassaous d'oulas 
Qe de louis d'or eroun coumoulas . 
Bite tourna lous amaghet 

800 E, fort countenta daou secret, 
Maougré sa lenga, la couqina 
Qinqet pas mot à la besina. 
Din caouqes chours, de tout soun bén,* 
Sans bruch, faghet un carghamen . 

805 Cerqet après, per sa galèra, 

De cbens q'ahighessou soun frèra, 
E pensas be qe n'en troubet 
Beoucop mai q'ela noun boughet ; 
Car es qicon d'incountestable 

810 Q'en lioc un rei n'es pas aimable. 
Tout lou peis aourié chiat. 
Se la plassa abié pa mancat. 
Après noou meses de bouiache, 
Aissi touqet soun eqipache ; 

815 S' ai oroumpet un floc daou terraou 



POésiBS DB ROUVIERE 247 

Aoutan gran qe la pel d'un braou, 

Ounte an bastit, dessus la placha, 

La bêla bila de Cartacha. 
)) Ara, bous, digas-me caou ses, 
820 Ounte anas, d'an ounte benés ? » 

^neas respon à sa mera 

A pu près d'aqesta maniera : 

(( la Ion ten q'aco sérié fach, 

Se bous i abias pa mes empach ; 
825 Can tenés lou lès, barbaieira, 

On pot bé prendre una cadieira: 

Ai lou charet endoulentit. 

Mes enfin, pioï q'abés finit, 

E n'era pa trop leou, per moia ! 
830 Bous aprendrai que sen de Troia. 

Saïqe counouissès ^néas ? 

Eh bé I soui el... De qe badas ? 

Beleou n'en doutas, abestida ! 

Ou soui couma ses un'hardida. 
835 Eh ! baste qu'où seghesse pas, 

Q'aourieï pas aoutan de tracas ! » 

<f — Ses nascus embé la crispina, 

le dis adoun la gourgandina ; 

Certa, s'eres un paou crebas, 
840 Aco m'estoumacarié* pas. 

Ses erouses q'on pot pas dire ; 

CarDidoun, dedin soun ampira, 

De tan de bén que bousfara, 

Un chour bous assadoulara . 
845 Sabés pas de qe bous espéra? 

A la bila ounte anas, counpéra, 

S' ou boules saoupre, regardas, 

Lebasun paouqet bostre nas, 

Achas aqel bol de laouzetas 
850 Qe bresiou cen cansounetas 

la pas q'un moumen, un mouisset 

la pensât coupa lou siblet; 

* Le ms. semble donner nCestounaourié, qui ne présente aucun sens . 



248 POésiES DE ROUYIBRtt 

S'és enanat, é las bestiolas 

855 Boulastrechou couma de folas : 
Aco boou dire, mous amis, 
Qe canbous serés agandis 
Lon de las doubas de Carthache, 
Ta troubarés tout Tesqipache 
Das baisseous qe cresias negas 

860 E qe se soun pas q'ensouras. 
Anas, aqi la routa bostra ; 
Marchas, la rega bous la mostra. » 
Tout en le parlen, soun coupet 
le lusissié coum' un quinqet ; 

865 Soun fron semblaba una candela : 
De poulida debenghet bêla; 
Lachet un gros ben qu'embaoumet, 
E, patratrac, s'abalighet. 
Entre beire sa bona mina 

870 E senti la doussa bussina, 
^neas la recounoughet 
E de suita bous Tagairet: 
(( De qe, sou dis, es bous, ma mèra ! 
Aco's una sota maniera 

875 De béni sans dire caou ses. 

S'abiei fach quicon de trabés ! 
E de segu, bostra tournura 
M'a bouleghat la pourritura. 
S'abiei fachmoun papa banut ! 

880 Oh ! boutas, s'en es pa fagut, 
Permoïa! de l'ase de pica. 
Canie pense, n'ai la coulica. 
Diou ! d'un paou mai ère dannat. 
Anas, pourtarés lou pécat. » 

885 Apres aqela bel' aoubada, 

^né embé soun camarada, 
Enfilerou drech lou caraou. 
Bonus, qe s'en sachet pas maou, 
Lous amaghet dins un nuache. 

890 Acô's er' un mouien for sache, 
Per qe manobres, descroturs 



POBBIES DE ROUVIERB 249 

E Jous aoutres estanciups, 

le traghessou pas de oalosses, 

Ni qe ie cridessou : Motit ! 
895 Ou qicon mai d'aoutan poulit. 

Lous dous Trouiens, dins un nuache, 

Countinuan doun soun bouiatche, , < 

Trempes de suzou coum' un gour, 

Toumban leban su lou miechour, 
900 S'agandigheroun à Cartacha, 

Q'encar'era pa touta fâcha. 

De tout constat se bastissiè; 

Sarraiè, massous, menusiè, 

Chacun aderé ie mandaba 
905 E la besougna s'entanchaba. 

Ainsinda qan ia prou de tens 

Q'on a pas fach trissa las dens, 

A taoula lou traval s'entancha: 

Aqeste serbis, Taoutre mancha, 
910 Un aoutre destapa lou bi, 

Aqel lou bouch'a soun besi, 

Aqel entenien'un'intrada 

E Taoutre garnis Tansalada. 

^neas e soun esquié 
915 Anabou din chaca chantiè, 

Bezien ce qe se ie passaba 

E degus noun lous debistaba : 

Aiço ben que lou niboulas 

Anounte s'eroun amagas 
920 Empachaba q'on lous bechesse, 

San q'aco de reslous cheinesse. 

Lou fet, pa brai, bous sembla for ! 

Eh bé ! tenés, n'abés pa tort, 

Car cresé q'es una sonrneta. 
925 Birchile, en nous lou racountan, 

Dis qe lou cas es estounan *. 



* Les vers 927 et 928 manquent daas le ms. 



250 POÉSIES DE ROUYIÉlRE 

Tout anb'un cop bous bei pintras, 

930 Un a un, toutes sous counbas. 
Aissi das Grecs touta Tarmada 
Ressabié soun estiblassada, 
E lous Trouions enfurounas 
Picabou de soun redde bras. 

935 Pu' ion, à Tentour de la bila. 

Sus soun carri, lou gus d' Achila 
Rebalaba lou paour'Hector, 
Couma Ion rabala un biel qior, 
E pioï^ tout macat, lou bailaba 

940 A Priam, qe ie lou croumpaba. 
En d'aqel tableou, ^neas 
Poughet pas retene un helas, 
E mêma faoughet qeplouresse, 
Per tan redde qe se mouqesse. 

945 Mes seghet un paou counsoulat 
Can se bechet aoussi pintrat. 
Tout de Ion daou riou Escamandra, 
Tustan pire q'un Alessandre ; 
Bechet lou rei morou Menoun 

950 A la testa d'un bataïoun. 

Aou mitan de la moulounada, 
Pantelopa despetrinada. 
En sous peousses esfoulissas, 
Lous tetinasses destapas, 

955 Deçaï, delaï, engraoufignaba, 
Couma se caoucus la pagaba, 
E pas q^à soun er on besiè 
Qe prenié de gous aou mestiè. 
De beire aco, nostre cadourla, 

960 Pensas, manchaba de cougourla; 
Badaba coum' un emperit ; 
Er' aqi mitât enclaouzit. 
Pourtan dighet à soun compera : 
<( Aïssi counouissou nostr' histouera ; 

965 Acata, te, regarda un paou 

Chougarieï qe ia pas un traou, 
Per tan ion e pichot qe sieche, 



POÉSIES DE ROUVIÉRB 251 

Ouûte noun counougou lou sieche 

Q'aben soustengut aou peïs; 
970 Agacha Hector, Priam, Paris, 

Bêcha ! caoucus, aïcî, per moia ! 

Reçap la Gazeta de Troia. 

Debou lechi nostres papiés, 

A men qé iache de sourciés ...» 
975 Couma parlaba, la princessa 

Benghet aou mitan de chouinessa, 

Qe la ghinchaba sans aouza 

Un paouqet trop s'en aproucha ; 

Ainsinda, una china de cassa 
980 Propra, penchinada, prou grassa, 

Aou printen touchour, can sourtis, 

Aou caou, a de moulons de chis ; 

La lenga défera seghissou , 

Sarrou lou mourre, la sentissou ; 
985 Mes lou mestre q'es à coustat, 

Manten lou troupel mouderat. 



LA COUQUETA D'AOU BILACHÉ 

Lou pu beou garçon d'aou bilaché 

Disou que dé ieou per Tesprit. 

Se lou bésias, coum' es poulit, 

Coum' es aimable, coum' es sache ! 

Atabé, Taimé à la fouie, 

Mè mé gardé bé dé i'ou dire. 

Jouisse tan de soun martyre ! 

Ai ! moun Diou, moun Dion, s'ou sabiè ! 

Lou bespré, quand sen à la prada, 
Mé culis de pougnas dé flous 
E mé las porta tout crentous. 
Ieou, ne faon la cata bagnada, 
Couma ç'aco noun mé plasiè ; 
Pioi, dé rescoundous, san c'ou sache, 
Las mété déchout moun coursaché . 
Ai! moun Diou, moun Diou, s'ou sabiè ! 



?52 POBSIBS DE ROUVlâRB 

Se me risé de sa tendressa, 

Saiqué cresés qu'ai michan oor? 

Aï! pecaïre, coum' abés tor: 

Acos de poou de ma febléssa. . • 

Car,besés,is'el un chour bouïè 

Me démanda que que ség[u]e8sé, 

Crésé pas que i ou refiise8[s]é. 

Ai ! moun Diou, moun Diou, s'ou sabiè ! 



LOU POUTOU» 

Fai m'un poutou, disiei à ma manida; 
Fai m'un poutou, bota, te lou rendray. 
Quand Tachet fach, me diguet : Fait 'en lay. 

E s'era tout estrementida : 

On aurié dich, pas qu'à soun air, 

Qu'aviè caoussigat una ser. 

Es pa' 'ntaou qu'on se poutounecha: 
A logua d'un poutou, aco's donna Tembecha. 

Bech' un poutou, ma bêla Margarida, 
Poutou d'amour baylat couma se déou, 
Couma lous que boudriey te faire, ieou. 

Es lou pus grand ben de la bida. 

Ai ! sus ta bouca, sus toun sen, 

Se laissés culi aquel ben, 

Caou pas que moun bonhur finigue, 
D'aqui tant qu'un dé dous d'amour s'estabanigue. 

Anén, vénchan, se moun counsél t'agrada. 

Dé toun amie escouta las licous ; 

Beyras, beyras, lou meou n'es pas pus dous. 

Siègues pas tant espaoudugada; 

Anen, escouta toun ami. 

Moun Diou, moun Diou, quinte plési! 

Toun iol mouris; que siés poulida I 
Ou bésés bé, t'abiei pas mentit, Margarida ! 

^ L'orthographe de ces deux chaii. oqs est aussi flottante que différente de 
celle du travestissement de VEnéide, 



Poésies 

UNO AMIGO D'ANTOUNIETO* 

(remembranço) 

A dono Fabre-Sallières 

De la vido, pecaire! avié plus que Talen, 
E lou mège, en sourtènt, moustrant à la mameto 
L'oume * que de sa ramo oumbrejo lou balen % 
Dis à la vièio en plour, palo coumo uno armeto*, 

Que de saupre soun sort avié coumo talen : 

« S'un cop tombon li fueio, aurés plus d'Antounieto. » 

— Uno enfant de dès an, qu'istavo aqui caieto^, 
Sens perdre un souletmot, ausis Farrèst doulènt. . . 

L'endeman de-matin, li gènt de la manido 

La veson, espanta, dins Faubre acrouchounido ®: 

— De-que fas? — « Que la mort vèngue nous la rauba! » 

Respond, se remembrant lou prepaus de la vèio. . . 
E Tuno à l'autre, arditi courduravo li fuèio 
Pèr lis empacha de toumba. • .^ 

L. ROUMIBUX, 

^ Marie-Antoinette Rivière, félibresse du Lierre, née à Nimes, le 21 janvier 
1840, morte à Beaucaire, le 27 janvier 1865. 

• Ormeau. — 3 Balcon. — * Ame en peine. — ' Silencieuse.— • Accroupie. 
— 7 Provençal (Avignon et les bords du Rhône). Orthographe des félibres 
d^Avignon. 



BIBLIOGRAPHIE 



Autres Bèit Telados del felibre de la Naveto, per Junior Sans.— Paris, 
librairie des Bibliophiles, 1881, iii-12, 56 pages (avec un fao-simile). 

Cette élégante plaquette sort des presses de Jouaust, le libraire des 
bibliophiles, et continue, avec le même format et les mêmes disposi- 
tions typographiques, le s Bèit Telados publiées par M. Junior Sans en 
1875. 

Elle renferme neuf pièces : A moun paire, A mown amie Bemad, lou 
Darriè Adieu à nostre paure amie JusUnHeirissoun, A mestre JanLaur 
réSf Brinde pourtat al banque t delà mcy'o fèsto del Felibrige (en 1877), 
A ma Mu80, lou Darriè Adieu à nostre paure amie Francés Rehoul, Un 
pastre e sous vesis *; et, enfin, nous ne savons pourquoi, le fac-similé 
d'un sonnet injurieux adressé à l'auteur par un jaloux qui a signé ses 
rimes du nom de Franquet. 

Lou Darriè Adieu à Jus tin Heirissoun — un Biterrois fort distingué, 
qui avait même donné quelques vers provençaux à VArm^ana de ISQi 
{Ounte v(jLs,filhetof p. 43) a été publié d'abord dans ce dernier recueil 
en 1870, p. 108. 

Les notes de la bro chure de M. J. S. contiennent, p. 53, l'épitaphe 
suivante, que son père, Julien Sans, composa lui-même pour le tom- 
beau qu'il s'était fait él ever dans le cimetière de Béziers. Nous la cite- 
rons en entier, en la signalant à MM. le docteur Noulet et Lieutaud, 
qui depuis longtemps se préoccupent de recueillir les textes épigrapbi- 
ques du midi de la France : 

AISSI, JOUST LOBS CIPRÈS, 

JDLIAN SANS, DB BEZIÉS, 

FA REPAUSA SOUS OSSES. 

SE MUSC DIS : CAL SÊS?. . . 

PASSANTS, LOTI FOUGISSÈS ! 

MES SAI TODRNARÉS FOSSES. 
PER TANT qu'âgés LOU FIL AL NAS *, 
LA MORT VOUS DELEMBRARA PAS. 

Une autre face du tombeau porte une inscription complémentaire, 
également en vers : 

EN 1846 

A PERPETUITAT 
LOU TOUMBÈU s'eS FOUNDAT ; 

1 Deux fautes typographiques doivent être corrigées : P. 2, como, 1. coumo; 
«S, loup cap, 1. lou cap. — ^ Le poëte Julien Sans était tisserand {telaire), 
détail qui explique ce vers et le titre des Bèit Telados. 



PÉRIODIQUES 255 

PBEQABÉS DIÉUS, PASSANS, 
PER L0U8 DOUS FRAIRES SANS : 
JULIAN B ANTONI. 

Antoine Sans était le frère de Julien Sans, et ceux qui liront ces 

deux épitaphes, — la première surtout, — regretteront que l'auteur de 

las Bèit Tdados n'ait pas encore fait profiter le public des vers de son 

père. 

A. Roque-Ferrier. 



PÉRIODIQUES 



Courrier littéraire de TOuest (novembre-décembre 1880) . — 
Nous avons déjà eu occasion de parler de ce recueil {Revue des lan- 
gues romanes, 3e série, t. IV, p. 206) et de signaler l'intérêt qu'il of- 
frait, non-seulement aux amis exclusifs de la littérature, mais encore 
aux philologues et plus particulièrement à ceux qui s'occupent des 
idiomes populaires. Aujourd'hui nous devons ajouter que si, en fait de 
philologie, une plus large part y a été faite aux dialectes actuels, ceux 
d'autrefois n'y ont pas été oubliés, comme on peut le voir dans les nu- 
méros qui ont suivi. On y remarque, en effet, une étude très-substan- 
tielle et très-complète sur Deux Troubadours pontois du XII^ siècle 
(Renaud et Geoffroy de Pons, en Saintonge). Cette notice, qui en- 
richit notre histoire littéraire d'un chapitre tout à fait neuf, est de 
notre collaborateur et ami M. Chabaneau . Elle avait sa place dans le 
Courrier littéraire de V Ouest, qui se publie à Pons même, dans la patrie 
des deux troubadours dont il est question, et, de plus, en l'y insérant, 
M. Chabaneau faisait acte de bonne confraternité à l'égard du direc- 
teur de ce recueil, M. Pierre Lagarenne, qui a été et qui sera encore 
un des plus utiles collaborateurs de la Revue des langues romanes. 
Cette monographie, où nous retrouvons les qualités habituelles de 
notre confrère, a déjà été appréciée par un érudit bien connu, M.Ta- 
mizey de Larroque. Nos lecteurs, à qui nous en devons une analyse, 
nous sauront gré de reproduire celle qu'en a faite ce savant, dont le 
témoignage a de toute façon plus d'autorité que le nôtre. 

« M . Camille Chabaneau, un des érudits de notre temps qui con- 
naissent le mieux la littérature provençale, ou, pour mieux dire, limou- 
sine, vient de publier une étude de peu d'étendue, mais de grande va- 
leur. On ne s'était encore jamais occupé des deux poëtes pontois, qui 
nous ont laissé une pièce unique, dont la date semble devoir être pla- 
cée aux environs de l'an 1200, et leur nom ne figure même pas dans V His- 
toire littéraire de ia^rawce. C'est dire combien était difficile la tâche de 



1^56 PBRlOmQUBS 

M. Chabaneau. Aussi patient qu'habile chercheur, il a tiré parti do 
tous les renseignements éparsdans les recueils d'autrefois et d'aujour- 
d'hui. S'il n'a pu faire aucune découverte en ce qui regarde Geoffroy 
de Pons, il a reconstitué avec la plus heureuse sagacité la biographie 
des deux Renaud de Pons (l'oncle et le neveu), dont l'un ou l'autre 
fut l'interlocuteur de Geoffroy de Pons dans la tenson de la fin du 
Xlle siècle ou du commencement du XlIIe. A la suite de cette étude 
historique, où tant d'autres mérites se joignent au mérite de la nou- 
veauté, le savant critique nous donne le texte et la traduction du 
dialogue, qui roule sur l'amour platonique et sur celui — qui ne l'est 
pas, dialogue qui n'avait encore été publié qu'une fois, dans un recueil 
étranger et d'après un seul manuscrit. M. Chabaneau a fort amélioré 
l'édition allemande, en s'aidant de deux manuscrits de la Bibliothèque 
nationale . Texte, traduction, notice et notes, font vivement désirer 
que le philologue périgourdin, continuant ce qu'il a supérieurement 
commencé, nous fasse peu à peu connaître la vie et les œuvi-es de 
tous les troubadours des diverses régions dont était formée notre fé- 
conde Aquitaine. » [Revue des BihîiophileSj avril 1881, p. 109-110.) 
Le Courrier de l'Ouest a donc bien mérité de la philologie, et nous 
allions lui souhaiter beaucoup de lecteurs, beaucoup d'abonnés et le 
reste, quand nous avons appris qu'il ne recommencerait pas l'année. 
Nous le regrettons bien vivement et nous voulons espérer qu'il ressus- 
citera avant peu et qu'il nous contera encore quelques-uns de ces contes 
patois qu'il conte si bien. 

A. B. 

Qu'il me soit permis d'ajouter quelques mots de rectification à l'ar- 
ticle beaucoup trop élogieux, en ce qui me concerne, que l'on vient de 
lire . Je n'ai pu, malheureusement, pour mon étude sur les deux trou- 
badours pontois, « tirer parti de tous les renseignements épars dans les 
recueils d'autrefois et d'aujourd'hui», parce que plusieurs de cesrecueilsi 
et non pas les moins importants, quelques-unes par exemple des grandes 
collections anglaises, n'étaient pas à ma portée. De là, dans mon tra- 
vail, des lacunes probables, sans compter celles que dès aujourd'hui 
j'y dois reconnaître. Si j'avais pu parcourir, avant l'impression de ma 
notice, comme je l'ai fait depuis, les deux volumes intitulés Royal and 
otherhistorical Letters illustraUveof the reign of Henry III^ je n'aurais 
pas manqué de relever certains détails, d'un très-haut intérêt pour la 
biographie de Renaut de Pons que l'on y rencontre. Je le ferai avant 
peu, dans un travail d'ensemble que je prépare siu* les troubadours 
de la Saintonge,et où ma notice sur ceux de Pons, complétée et, s'il y 
a lieu, corrigée, aura nécessairement sa place. En attendant, je veux 
profiter de l'occasion présente pour noter que Renaut de Pons eut, 



PÉRIODIQUES 257 ! 

'outre plusieurs fils, dont j'ai donné la liste d'après Courcelles, une fille ; 

appelée Maheut, qui en 1230 était mariée depuis douze ans*, et dont ; 

le nom peut être considéré, ce me semble, comme une confirmation 
d'une conjecture que j'ai émise, à savoir que la femme de Renaut de 
Pons était la propre fille delà belle Maheut de Montignac, qui fut ai- 
mée de Bertran de Born. C'était, en effet, l'usage alors, comme ce Test • i 
encore aujourd'hui, de donner aux enfants le nom de leur grand-père 1 
ou deleurgrand'mère. Voilà un lien que les historiens de la littérature ! 
provençale ne soupçonnaient pas (honni soit d'ailleurs qui mal y pense) 
entre Renaut de Pons et le grand troubadour d'Hautefort. 

C. C. , 

i 
Oiornale di filologia romanza, nP^ 5 {t. II, fasc. 3-4). — i 

P. 121. F. Novati, Una poesîa politicadel cinquecento; il Pater noster 
dei Lombardi. — P. 153. R. Putelli, Unnuovo testo veneto del Renard, 
Ce fragment de 703 vers est extrait d'un ms. qui date de la fin du 
XIV® siècle et qui se trouve à la bibliothèque archiépiscopale d'Udine. 
— P. 164. G. Bernardi, Noterella al verso 46 del m delV Infemo : , 

Questi non hanno speranza di morte. — P. 172. F. Settegast, Jacos 
de Forest e la sua fonte. M. Settegast prépare une édition du Roman de ! 

Julius César, œuvre de Jacot de Forest. Comme cette publication ne 
paraîtra pas de quelque temps, il croit devoir soumettre en attendant, 
à ses lecteurs, quelques observations relatives à ce texte, lesquelles 
rectifieront et compléteront sur certains points ce qui a été dit de cet 
auteur. Il commence par signaler une erreur de M. A. Duval (His- 
toire littéraire), qui avait estropié le nom de Jehan de Thuin, auteur 
d'une translation o: de latin en romans des x livres de Lucan.» Puis il 
rapproche l'une de l'autre la rédaction en prose et la rédaction en 
vers, montre qu'elles sont identiques pour le fond, et que Jacos de 
Forest, l'auteur de la rédaction en vers, n'a été que le traducteur 
du traducteur Johan de Thuin. 11 parle aussi d'une compilation, éga- 
lement en vieux français, formée avec les œuvres de Salluste, de 
Lucain et de Suétone, à laquelle il donne le titre de Vie, et qu'il at- 
tribue à ceux que Jehan de Thuin appelle « Maistres d'Orliens », com- 
pilation que celui-ci aurait mentionnée au cours de ses « estoires. y> 
— P. 179. A. d'Ancona, Sirambotti di Leonardo Griustiniani, — P. 194. 
G. Salvadori, Storie popoîari toscane, Huit chansons narratives dont 
quatre sont en vers hendécasyllabes . — P. 205. A. Thomas, de la 
Confusion entre R et S Z en provençal et en français. Documents nou- 
veaux. — P. 213. 1« Varietà. Aneddoto di un codice dantesco (J. Giorgî). 

* Cela résulte de lettres de Renaut lui-même, imprimées dans le recueil 
précité. 

20 






258 LA LÊaBNDB d'ŒDIPE 

Ajouts faits dans le courant du XIV« siècle à l'œuvre du célèbre 
Florentin. 2« Poésie, civili del secolo XF(Guido Leyi). 3o Due EispetH 
popoUri (G. Salvadori). 4o Délia Novella del Petit Poucet (Antonio 
Ginandrea).— P. 234. Baasegna hihliografica,-^Y . 241. BulletUno U- 
Uiografico, —P. 251. Periodid.— P. 254. Notizie. A. B. 



LA LEGENDE D'ŒDIPE 

J'espère arriver bientôt à une solution satisfaisante des difficiles 
problèmes d'histoire littéraire que soulève le Roman de Thèhes; d'ici 
là, il convient, je crois, de cesser une discussion où, à cause de l'ab- 
sence du texte, il est fort difficile de s'entendre et de se comprendre. 
En publiant le texte, je donnerai mon opinion définitive sur la ques- 
tion de lieu et d'attribution; pour aujourd'hui, je me contenterai de 
deux observations à propos de la réplique de M. Boucherie, insérée 
dans le numéro de février : 

10 P. 102. Encovie. M. B. a mal lu ma rectification*; elle ne por- 
tait que sur le vers 5510, dont le numéro était indiqué au glossaire, 
sans être suivi du vers, et où le verbe encovit est au parfait. Quant 
au vers que j'y ai cité tout au long {Et de de lui servir s'encovie), il 
est exact, et encovie, au présent de l'indicatif, rime avec compaignie; 
le sens est:« montre beaucoup de zèle à, se fait gloire de ». Il s'agit 
du prêtre-roi de Némée, Lycurgue, recevant Adraste, qu'il considère 
comme son suzerain. 

2o M. B. me demande, pour engraignier ou engaignier (v. 14450), 
la leçon des autres manuscrits. La voici : P. (ms. de Cheltenham) donne 
esraigier; S(ms. de Spalding), esragier; B etC.(ms. de Paris) n'ont 
point ces vers ; ils abrègent en deux vers, de rédaction difi'érente, 
l'idée exprimée en quatre par les trois autres manuscrits de cette ma- 
nière : 

Quant ot 11 dus que 11 rois dlst, 

De mautalent art et fremlst. 

11 n'y a donc là rien de décisif pour ou contre la leçon discutée. 

L. CONSTANS. 

* Cela prouve une fois de plus qu'il aurait mieux valu reproduire chaque 
exemple in extenso^ au lieu de se borner à des renvois qui, comme ici pour 
le v. 5510, n'aboutissaient à rien, puisque le vers indiqué ne se rencontrait 
pas dans le reste de l'ouvrage. Dans tous les cas, et c'est là l'essentiel, il faut 
bien se garder de considérer, ainsi que l'a fait M. Constans, encovit et encovie 
comme deux temps différents d'un même verbe, dont le type commun serait 
*in-cupitare. Passe pour encovie, si toutefois il ne faut pas lire en covie {con- 
vie). Quant à encovit, je répète qu'il vient de *in-cupire. (A. B.) 



CHRONIQUE 



Communications faites en séance de la Société. — 1«' juin.— 
Sur un vers de Gormonde de Montpellier, par MM. Millet et Ghaba- 
neau ; 

Carabin, conte en vers provençaux, par M. Louis Roumieux ; 

Le Dictionnaire provençal-français de Jean de Nostredame, par 
MM . Barrés et Chabaneau ; 

Je ne sache pas .... que je sache .... par M. Rigal . 

15 juin. — L'origine arabe du mot alkéhenge, par M. Marcel Dé- 
vie ; 

Poésies provençales extraites du chansonnier Mac-Carthy, par M. L. 
Constans ; 

Le sens de la comparaison populaire : Espoulido coumo un sou^ par 
M. Frédéric Donnadieu ; 

Une poésie inédite d'Arnaud de Mareuil et une autre pièce inédite 
de Peire Rogier, par M. C. Chabaneau ; 

La Bataïha de Malamort, poëme limousin, par M. l'abbé Joseph 
Roux. 

Livres donnés a la Bibliothèque de la Société. — Chansons et 
lettres patoises, bressanes, bugey siennes et dombistes, avec une étude 
sur le patois du pays de Gex et la musique des chansons, textes re- 
cueillis, traduits et annotés par Philibert Le Duc. Bourg-en-Bresse, 
Martin-Bottier, 1881; in-12, xvi-456-22 pages; 

Lothringischer Psalter (Bibl. Mazarine, n^ 798). Altfranzôsische 
ûbersetzung des xiv. Jahrhunderts, etc. , zum ersten mal herausgege- 
ben von Friedrich Apfelstedt. Heilbronn, Henriinger, 1881, in-12, 
Lxiv-68 pages (don de M. Henninger); 

Sammlung franzôsischer neudrucke herausgegeben von Karl Voll- 
môller, I. De Villiers, le Festin de Pierre ou le Fils criminel, neue 
ausgabe von W. Knôrich. Heilbronn, Henninger, 1881; in-12, xviii- 
88 pages (don de M. Henninger); 

Bouchon-Brandely : Rapport présenté à la Commission sénatoriale 
du repeuplement des eaux. Paris, Imprimerie du Sénat, 1880; in-4°, 
216 pages (contient, pages 208-213, des fragments d'une poésie pro- 
vençale: lou Massacré dé la Mar,]psir PieiTe Molinari) (don de M.Vic- 
tor Smith); 

Chailan (Fortuné) : Leis Bugadiéros, scène populaire en vers proven- 
çaux. Marseille, chez tous les libraires, S. D.; in-8o, 8 pages (don de 
M. Clair Gleizes); 

Chailan (Fortuné): l'Ooubagnen, vo Voou mies leis vespros que leis 
messos, counte coumique. Aubagne, Jammes, S.D.; in-8**, 4 pages (don 
de M. Clair Gleizes ; 

Chevalier (J.- A. -Ulysse): Notice historique sur la maladrerie de 
Voley, près Romans, précédée de recherches sur la lèpre, les lépreux 
et les léproseries, et suivie de soixante-douze pièces justificatives iné- 
dites. Romans, Rosier, 1870; in-8°, x-166 pages ; 

Chevalier (l'abbé): Actes capitulaires de l'église Saint -Maurice-de- 
Vienne, statuts, infëodations, comptes, publiés d'après les registres 
originaux. 1'® livraison. Vienne, Savigné, 1875; in-8°, 128 pages; 



260 CHRONIQUE 

Chevalier (l'abbé) : Bibliographie : Mémoires pour servir à l'histoire 
de l'abbaye royale de St- André- le- Haut-de- Vienne. Fastes de l'église 
de Vienne. — Supplément à l'Histoire de l'église de Vienne, par C. 
Charvet, etc. (Compte rendu extrait de la Revue critique, 1869). No- 
gent-le-Rotrou, Gouverneur, 1869; in -8*, 4 pages; 

Chevalier (l'abbé) : Cartulaire de l'abbaye de Saint- André-le- Bas de 
Vienne, ordre de St-Benoît, suivi d'un appendice de chartes inédites 
sur le diocèse de Vienne (IXe-XIIe siècles). Vienne, Savigné, 1869; 
in-8<», Ln-368-44 pages ; 

Chevalier (l'abbé): Cartulaire de l'abbaye Notre-Dame-de-Léoncel 
au diocèse de Die — ordre de Citeaux, — publié d'après les documents 
originaux, l'* livraison. Montélimar, Bourron, 1869; in-8®, 320 pages; 

Chevalier (l'abbé): Cartulaires de l'église cathédrale de Grenoble^ 
publiés par M. Jules Marion, etc. (Compte rendu). Nogent-le-Rotrou, 
Gouverneur, S. D.;in-4*', 12 pages ; 

Chevalier (l'abbé) : Cartulaire des Hospitaliers et des Templiers en 
Dauphmé. Vienne, E-J. Savigné, 1875, în-8*, 136 pages; 

Chevalier (l'abbé) : Cartulaire municipal de la ville de Montélimar 
(Drôme), publié d'après les documents originaux, etc. Montbéliard 
Hoffmann, 1871; in-S», iv-352 pages. 



Errata du numére de mars 1881 



Chronique. — P. 155, 1. 3. La Fie de Peire de la Mula, signalée comme 
inédite, a été publiée dans leJahrlmch fUr rom. PMI., II, 
21, d'après le manuscrit du Vatican n° 5232. Il faut ajouter 
que plusieurs de ces Vies offrent des passages importants qui 
ne se rencontrent pas ailleurs, ou qui du moins sont inédits. 
— Ihid., l. 8, après de Kambaut d'Orange, lisez: Pos uei quel 
c/ar« (omission àeV Officiel). — Tbid., 1. 12 sqq. Une tentative 
malheureuse faite par un correcteur, pour abréger la fin de 
la note transmise à V Officiel, a rendu inintelligibles les der- 
nières lignes. Il faut lire : « et fournit un assez grand nom- 
bre de variantes. M . Constans va publier incessamment une 
notice détaillée de ce chansonnier. » Ajoutons que cette no- 
tice contiendra toutes les parties de Yies inédites, et paraîtra 
dans un des plus prochains numéros de la Revue, (l.. C.) 



Le gérant responsable : Ernest Hamelin. 



Dialectes Anciens 

LES MANUSCRITS PROVENÇAUX DE CHELTENHAM 

I 

UN NOUVEAU CHANSONNIER PROVENÇAL 

On lit dans TAppendice bibliographique qui termine le livre 
de M . Mar j-Lafon» intitulé Tableau historique et littéraire de 
la langue parlée dans le midi de la France, et connue sous le nom 
de langue romano-provençale, cette indication: 

Poésies en périgourdin (bibliothèque particulière de sir 
Phillipps, àMiddlehill)». 

Depuis longtemps notre attention avait été frappée par ce 
titre, qui nous paraissait suspect ; mais c'est en vain que nous 
avions cherché à nous renseigner à cet égard. Ayant eu, il 
y a quelques mois, Toccasion de visiter la bibliothèque de feu 
sir Thomas Phillipps, aujourd'hui transportée à Cheltenham 
(comté de Glocester, Angleterre), nous nous sommes empressé 
de demander communication de ce manuscrit, et, dès la pre- 
mière ligne, nous avons pu constater que c'était, non un re- 
cueil de poésies modernes, mais, comme nous l'avions soup- 
çonné, un chansonnier provençal. N'ayant pu, à cause du peu 
de temps pendant lequel le manuscrit a été à notre disposi- 
tion, le transcrire en entier, nous avons, du moins, pris copie 
des parties les plus intéressantes et recueilli des notes pré- 
cises, de façon à pouvoir donner une notice détaillée du ma- 
nuscrit. C'est cette notice que nous ofirons aux amis de la 
vieille littérature provençale. 

Le manuscrit dont nous nous occupons porte, dans le ca- 
talogue imprimé de la bibliothèque de sir Th. Phillipps, la- 
quelle contient plus de 30,000 manuscrits, le numéro 1910. Le 
catalogue et le volume lui-même portent cette indication, due 

* [M. Mary-Lafon n'a pas été le premier à mentionner le ms. qui fait l'objet 
de la présente notice. Cet écrivain a simplement copié, aussi bien pour les 
poésies en péHgourdin (p. 306) que pour les proverbes provençaux {^. 307), 
ce qu'avait déjà dit de ces deux recueils Pierquin de Gembloux (Hist. litt. 
des patois, 310 et 311.) —CC] 

TOBfE V DELA TROISIÈME SÉRIE.— JUIN 1881. 21 



26^ MANUSCRITS DE GHELTBNHAM 

au fameux bibliophile anglais : ex biblioth . Meet^man, Hagae 
Comùis, olim ex bibl, collegii societatis Jesu Claromontani, Pa- 
risiis. Le chansonnier a donc appartenu au collège de Cler- 
mont. 

C'est un mince registre grand in-4**, de 31 centimètres sur 
22, avec une reliure moderne en parchemin, portant au dos 
ce titre, écrit à la main en ronde : Poème (sic) péngourdin et 
Proverbes provençaux. Manuscript. Il est formé de plusieurs ca- 
hiers de gros papier gris, dont le premier est resté en blanc. 
Puis viennent 28 feuillets, remplis (sauf quelques blancs que 
nous signalerons plus loin) de Vies et Poésies des troubadours. 
L'écriture, une cursive un peu raide, assez semblable à notre 
bâtarde, est le plus souvent sur deux colonnes, et nous a paru 
dater du XVIe siècle ; il n'ja ni accent, ni ponctuation, seule- 
ment quelques exemples de p= z*, et des deux-points rempla- 
çant tous les autres signes. En tête, d'une écriture moderne, 
on. lit ces mots : Poèmes en PeHgourdin, Les folios 29 r**, — 
42 v<*, sont occupés par des Proverbes provençaux, rangés .par 
ordre alphabétique d'après la première lettre, et transcrits au 
XVIP siècle d'une écriture ronde, assez pénible à lire. Dans 
sa dernière partie, le manuscrit n'est plus folioté à l'encre 
et avec des chiffres contemporains du texte lui-même, comme 
on le voit dans la première partie: ce qui prouve que la fin du 
registre est longtemps restée vide et n'a été utilisée que plus 
tard; mais une main moderne a paginé au crayon le manu- 
scrit, du commencement à la fin. 
Voici les premiers et les derniers de ces proverbes: 

A Tenfoumar si pren lou pan cournut. 

A las pichounos bouillos y sfon loas bonous enguens. 

Amour de seignour, escalié de veyre. 

Auro drecho non a abrig, et lou paure non a amig. 

A tous cops son louchos. 



Vougnas villain, vous pougnira; pougnas villain, vous vouignira. 
Vidon vidau, segon la vido lou joumau. 
Vay, fy couquar, que fay vie(?) lou cuou. 

* Cf. coçens, Roembauç^ auçir, etc. 



MANUSCRITS DE CHELTENHAM 263 

Vau may calor que fouol parlar. 
Ungjourplou, l'autre souleillo. 
Vau may ung plat de broim (?) q'uno houllo de lautgue (?) *. 

[Ce recueil de Proverbes provençaux est probablement contemporain de 
ceux que formèrent Voltoire et Rulman pendant la première moitié du XVIIe siè- 
cle. Il est antérieur à la Bugado provençalo, dont la première édition remon- 
terait à l'année 1649, selon M. Mistral (Trésor dôu Felibrige, I, 392), et aux 
environs de 1660, d'après la préface mise en tête de la réédition d'Aix (Ma- 
kaire, 1859, in-12, 104 pages), par M. Rouard. Les extraits que leur emprunte 
M. Gonstans sont de nature à en faire souhaiter la publication intégrale ; 
mais, en revanche, ils ne donnent pas* une idée bien grande de rinteUigence 
du scribe qui nous les a conservés. Cinq proverbes sur onze doivent être 
rectifiés comme il suit: 

I. A las pichounos bouittos sy fon lous bouons enguens (dans les petites 
boîtes se font les bons onguents). 

II. A très cops son louches (à la troisième fois, les luttes). 

ÏII. Vai ty couquar, que fas veire lou cuou (va te coucher, [parce] que tu 
montres le derrière). 

IV. Vau may calar que fouol parlar (mieux vaut se taire que parler folle _ 
ment). [Proverbe déjà connu au moyen âge *et cité, dans les mêmes termes, 
par Guillaume Durand, dans son Spéculum juris. Voy. Histoire littér, de la 
France, XX, 446.— C. C] 

V. Vau may ung plat de broueit q'uno houllo de lavagne (mieux vaut un 
plat de brouet qu'une marmite de soupe à l'eau (?)). 

Cf., pour la signification de lavagne^ Honnorat, Dfc^. prov.-fr,, articles laic- 
vans et lavagnas, et, pour le dicton lui-même, la Bugado, p. 99. 

Le proverbe : Amour de seignour, doit être complété de la manière sui- 
vante : 

Amour de seigneur, escalié de veire; 
A fach de vous, noun vous pôu veire. 
(Amour de seigneur, escalier de verre. — Lorsqu'il a fait de vous, il ne peut 
plus vous voir.) 

C'est un de ceux que les recueils méridionaux ont le plus souvent rapportés. 
On le trouve, en effet, dans Rulman {les Prov. du Languedoc, édition Mazel, 
p. 8); la Bugado, p. 18; Sauvages, Dict. , II, 393; G[arcin](JVowv. Dzct. prov, 
/r., 348), etc. 

S'il m'est permis de donner à cette note un développement peut-être hors 
de saison avec le but qu'elle avait tout d'abord, je signalerai, — ne serait-ce 
qu'à titre de curiosité, — l'air de famille et la note mélancolique, presque scep- 
tique, des proverbes suivants : 

Amour de segnou, 
Oumbra de bouissou. 

(Cf. Bug., 20; Sauvages, II, 374.) 
Amour de paisan, 
Amour de can (chien)» 

(Cf. Bug,, 19.) 



264 MANUSCRITS DE CHELTENHAM 

Nous avons dit que la partie la plus ancienne du manu- 
scrit renferme des Vies et des Poésies des troubadours. Ces Vtes 
sont, pour la plupart, semblables à celles qui ont déjà été im- 
primées par Raynouard et par Mahn. Cependant nous devons 
signaler quelques particularités importantes : 

1° La Vie de Hugues de Saint-Cjr est augmentée d'une 
assez longue explication du sujet de la pièce : Longamen ai 
atenduda , 

2° La Vie de Giraut de Borneil est sept ou huit fois plus 
longue que dans les manuscrits utilisés par Mahn, et nous ap- 
prend dans quelles circonstances furent composées la plupart 
de ses pièces. 

3** La Vie de Peire de la Mule, d'ailleurs très-courte, ne 
se trouve pas dans les recueils des Vies des troubadours de Ray- 
nouard et de Mahn; elle a été publiée par M. Bartsch, dans 
le lahrbuch fur romanische Philologie, II, 21, d'après le ms. 
5232 du Vatican. Nous la donnons à sa place, avec les va- 
riantes de Bartsch. 

4° La Vie de Rambaut d'Orange est inédite, du moins sous 
sa forme provençale. 

Quant aux poésies, nous n'avons pas reconnu d'unica dans 
le nouveau chansonnier. La pièce de Giraut de Borneil, qui 
porte le n» 12, A commanc Dieus maint, dont le premier vers 

Amour de Dora e de gendre 
Calou de cendres, 

(Cf. Bug., 19 ; Sauvages, II, 374; Garciu, 347.) 

Amour de sorre 
Vau pas un porre 

(Cf. Sauvages, 11,374; Garcin,347.) 

Amour de fraire. 
De copa vau gaire. 

(Cf. Sauvages et Garcin . Ibid.) 

Amour de courtisan 

Ben de vielan {vilain) 
E fe de femelan 
Noun duroun passât un an. 

(Cf. Bug., 20.) 

Le.^ références qui précédent montrent que ces proverbes sont aussi répan- 
dus que celui dout le manuscrit de Cheltenham contient une version évidem- 
ment tronquée.] A. Roque-Ferribr. 



MANUSCRITS DK CHELTBNHAM 265 

seul est donné, doit certainement être la même que celle que 
ron trouve dans le chansonnier Mac-Carthy, au f* 183 r*», 
col. 2, et dont le premier vers est celui-ci: Aii:on rnaven Dieus 
majut. L'erreur de transcription est évidente. Mais la pièce 
n® 18 de Rambaut d'Orange est inédite et n'a été signalée 
jusqu'ici que dans le chansonnier Mac-Car thy : nous la don- 
nons plus loin. D'ailleurs, notre manuscrit, quoiqu'il ne soit 
pas irréprochable, peut être considéré comme un des meil- 
leurs, surtout si l'on tient compte de l'époque tardive où il a 
été exécuté, et il offrira certainement une ressource précieuse 
aux futurs éditeurs de poésies des troubadours. 

Deux ou trois indications laissent entrevoir que le copiste 
était italien : par exemple (f» 24 r®, col. 1), da pour de dans 
Peire da la Mula, parecle, au sens de plusieurs (£^ 6 v°, col. 1), 
et ces mots, par lesquels il répare une erreur qui lui avait 
fait laisser de côté une grande partie de la Vie de Giraut de 
Borneil (f** 22 v**, col. 2) : Guarda aile carte 20 j tris e dokns. Ce 
sont là, en effet, les derniers mots que l'on trouve au f» 20 r*, 
col. 2, bas, où la phrase est interrompue. 

Nous allons donner maintenant, en suivant l'ordre des pa- 
ges, les premiers et les derniers mots de chaque Vie, et le 
premier vers de chaque pièce, avec le nombre de vers qu'elle 
contient. Dans le cas où le premier vers seulement est donné 
dans le manuscrit, nous reproduisons ce vers, et alors, natu- 
rellement, il n'y a aucune indication sur le nombre de vers. 
Nous rétablissons ou supprimons, suivant le cas, les majus- 
cules, dont l'emploi est souvent arbitraire, et nous usons de 
l'apostrophe et des signes de ponctuation ordinaires, pour plus 
(le clarté ; mais nous avons cru devoir être très-sobre de cor- 
rections, pour ne pas trop altérer la physionomie du manu- 
scrit. 

'N Arnautz Daniels (/• 1 y*) 

Vie (12 lignes pleines)*. 

* Nous donnons, pour les Vies, le nombre de lignes du manuscrit, pourqu'on 
puisse comparer avec les Vies correspondantes de Mahn ; 4 demi-lignes ou 
2 lignes pleines du manuscrit valent 'S lignes de Mabn. Nous donnons égale- 
ment les numéros des Vies dans Mahn. 



266 MANUSCRITS DE CHBLTBNHAM 

N' Arnautz Daniels si fo d'aqella encontrada don fon N' Ar- 
nautz de Meruoill. 

Fin: efetz manias bonas chansos tais con vos auzirez (Mahri^ 
xxxvn ot xxxviii). 

Pièces^, 

1. En est sonet coind' e^ leri (6 X 7-|- 3)'. 

2. Sols soi qe sai lo sobrafan qiiem sortz* (6 X7 + 3). 

3. Ar vei vermeils, blaus, blancs, gruecs (6 X 7). 

4. L'aur* amara^ fais brueills brancutz clarzir (6X7+3). 

5. Anz qe sim veston de branchas (6X7+3). 

6. Sim fos amors de joi donar tan larga (6X 8 + 2). 

7. Lo ferm voler q'el cor m'intra* (6x6 + 3). 

8. Dous braiz e critz e chans e sons "^ e voûtas (5X8 + 2). 

9. Ane eu non l'ac mas ella m'a (6X 10). 

10. Chanson dont mot son plan e * prim (6x9+4). 

11. Autet et bas entrels prims fueills (6X9 + 3). 

12. En breu brisaral temps braus (6X7 + 2). 

PiSTOLBTA (/'o4t;0) 

Vie. 

Pistoleta si fo cantare d'En Arnaut* de Meruoill, e fo de 
Proensa e puois trobaire, e fez cansons con avinens sons, e fo 
ben graciz entre la bona gen. Mas hom fo de pauc solaz e de 
paubra endura e de pauc valUimen; e tolc mollie a Marseilla 
e fez mercader*® {Mahn, cxiv). 

Pièces, 

1, Sens et sabers auzirs e fin' amors (4x8 + 4). 

^ Le nom du troubadour est répété en tête de chaque pièce donnée en entier. 
Nous numérotons les pièces données tout au long pour faciliter les recher- 
che» ; le manuscrit ne numérote que celles dont le premier vers seulement est 
cité. 

^ Ms. eoin de. . 

s Pour abréger, nous indiquons ainsi le nombre de vers de chaque pièce. 
Ici, par exemple, 6x4+3 signifie qu'il y a 6 couplets de 4 vers chacun, 
plus un envoi (ou couplet final) de 3 vers. 

♦ Ms. sobrassan,,, soritz. * 
8 Ms. Laura mara. 

* Ms. minira, 
■^Ms. fons, 

8 Mb. plant. 

9 Ms. de Namaut» 

«o Mahn ajoute; evenc ries, e laisset d'aiiarper cortz. 



MA.NUSCRITS DE CHBLTENHAM 267 

2. Plus gai sui q'eu non sueill ^ (5x8 + 4). 
'N Ucs DE Saint Circ (/^ 5 ro, col. 1) 

Le texte de la Vie se rapproche beaucoup de celui du ms. I 
de Mahn (Paris, B. N., fs. fr., 854); pour qu'on puisse en 
juger, nous la donnons en entier. Quant à l'explication du 
sujet de la pièce Longamen ai atenduda, nous ne l'avons ren- 
contrée nulle part, et il y a lieu de croire que ce morceau est 
unique. 

Vie. 

'N Ucs de Saint Circ si fo de Caersin, d'un bore qe a nom 
Tegra, fils d'un paubre vavasor qe ac nom 'n Arman de Saint 
Circ, per so qel chastels don el fo a nom Saint Circ, q'es al pe 
de Sainta Maria de Rochamador, que fo destruich per guerra 
e derrochat. Aquest 'nUcs si ac granren de fraires maiors de 
se. E volg[r]on lo far clerc e manderon lo a scola a Monpellier. 
E quant eill cuideron qu'el ampares letras, el amparet chan- 
sos e vers, e sirventes, e tensons, e coblas, eill[s] faichs eills 
dichs dels valens homes [e de las valens] dompnas qe eron al 
mon ni eron estât; et am^ aquest saber(s) el s'ajoglari ', el 
coms de Rodes el vescoms de Torena sil leveron * molt a la 
joglaria con las tensons e cum las coblas qe feiren cum lui, 
el bons Dalfins d'Alvergna^. Et estet lonc temps en Gascoina 
paubres, cora ape, cora acaval. Lonc temps estet cum la com- 
tessa de Benavias*, e per leis gazaignet l'amistat de Savaric' 
de Malleon, lo quais lo mes en arnes et en roba. Et estet lonc 
temps com el en Poitou et en las soas encontradas, puoia en 
Cataloina et en Aragon et [en] Espaina, cum lo bon rei Anfons 
[d'Aragon]* e cum lo rei Anfons de Lion e col rei Peire d'Ara- 
gon, e puois en Proensa cum totz los barons, puois en Lom- 
bardia et en la marcha [Trevisana *]; et tolc moiller, e fez en 

* Ms.fueiU. 

2 Ms. e cam; Mahn et ab. Notre ms. remplace presque toujours ici ah ( =: 
avec) par com ou cum, 

3 Ms. sa ioglari; Maha senioglaric (B), saioglari (I). 

* Ms. levèrent. 

8 Ms. Dal Vergne. Les mots el bons Dalfins d'Alvergna JQuent le rôle dq 
sujet de levei^on, comme el coms c?e Rodes ^ etç, 
•Mahn, benauges. 
' Ms. somaric. 
•Cf. Mahn. 



26« MANUSCRITS DE CHBLTENHAM 

fans. Gran rem amparet del autrui saber, e voluntiers Tensei- 
gnet* ad autrui. Chansos fez de fortbonas e de bons sons, e de 
bonas coblas ; mas non fez gaires de las chansos, car anc no fo 
fort enamoratz de neguna ; mas ben se saup feigner enamoratz 
ad allas ab son bel parlar. E saup ben dire en las soas chansos 
tôt so queill avenia de lor; e ben las saup levar,e ben far ca- 
zer. Mas puois q'el ac moiller, non fez chansos. {Cf. Mahn, 

XLV.) 

Pièces {f^ 5 n>, col. 2). 

1. Gent an saubut miei oillrenser mon cor (5x 8 + 4). 

2. Nuilla ren que mestier m'aja (6 X 10 + 6). 

3. Nuls hom no sap d'amie tro l'a perdut (5X8 + 4). 

4. Anc enemics qu'ieu agues (6 X 10 + 6). 

Suite de la Vie {fo 6 »o, col. 1). 

'N Ucs de Saint Cire si amava una dompna de Trevisana, 
qe avia nom dompna Stazailla, e si la servi e la honoret de 
lausor e de prez, e fez de bonas chansos d*ella ; e ella recebia 
en grat Tamor el prec e Tentendemen el ben dich de lui, el 
dis de grans plaisers, eil promes mains bens plasens. Mas ella 
si fo una dompna qe vole qe tuich Tome qe la viren, qe fossen 
d'onor e de be, entendessen en ella; e a totz soffri los precs 
e los entendemens, e a totz prometia plasers a far et a dire : e 
sinfez a parecle. 'N Ucs sin fo gellos d*aiso qen vi e qen ausi, 
e yenc a gerra et a mescla enm* ella. Mas ella era una dompna 
qe no temia blasme ni rumor ni maldit : gran guerra li fez 
longa saison, et ella pauc la presava. E 'n Ucs atendia tôt dia 
q'ella queris patz e concordia* (sic), e q'el entres entai raison 
cum ella qel en feses una chanson avinen. Ë vi qe noil venia, 
el en fez^ de la raison qel avia una chanson qe diz : Longamen 
ai atenduda. 

Autres pièces {f> 6 v; coL 1). 

5. Longamen ai atenduda (6 X 8 + 7), 

6. Aissi cum es cointa ^ e gai(a) ^ 

^ Mb. le inseignet. 

'Ms. concordio. 

« Ms. enfez. 

* Ms. ai... cointre gaia. 

s La rime est en ai, par élision de Va. 



MANUSCRITS DE CHELTENHAM 269 

E cortesa e plazens (5 X 10 + 5). 

7. Ane mais non vi temps ni sason (5 X 9 + 5). 

8. Ses désir e ses rason (5X8 + 4). 

9. Enaissi cum son plus car* (6 X 10 + 4). 

10. Servit aurai lonjamen (5x9 + 4 + 4). 

1 1 . Estât ai fort lonjamen (5x9+4). 

Cette dernière pièce n'est qu'un remaniement vers pour 
vers de la précédente ; mais il manque l'envoi, c'est-à-dire 
4 vers sur les 8 qui suivent, dans la précédetote, les couplets 
de 9 vers. 

12. Très enemics e dos mais* seingnors ai (5x9 + 5). 

Raembautz de Vaquetras (/o9r% coL 1, milieu) 

Vie (20 demi-lignes). 

Raembautz de Vaqueiras si fo fils d'un paubre cavallier de 
Proensa, del chastel de Vaqueiras 

Fin: e det li gran terra e gran renda en lo regisme de Sa- 
lonic, e lai el mori {Mahn, xxxi et xxxu)'. 

Pièces (f» 9 r«, col. 1). 

1. Savis e fols, humils et orgoilos (5X8 + 4 + 4). 

2. Leu pot hom gaugz e prez aver (6 X 10 + 4 +4). 

3. Ja non cuigei vezer (8 X 16 + 8). 

4. Nuills hom en ren non faill (5 X 9 + 4). 

5. No m'agrada yverns ni pascors (6 X 12). 

6. Eissament* ai guerreiat ab amor (6 X 8 4-3+ 3). 

7. Guerras ni plais non son bon (6 X 12 + 7 + 7). 

8. Ara pot hom conoiscer e proar (5X11 +3). 

Il manque quatre vers au cinquième couplet. 

9. Eram requier sa costum' e son us (5 X 8 + 4)« 
10. Del rei d'Aragon conssir (6X8 + 3). 

RoEMBAUZ d'Aurbnga {fo 12 v^, col. 2) 

Vie (30 demi-lignes). 

Roembauz d'Aurenga ^ si fo lo seingnor d'Aurenga et de 

* Ms. clar. 

* Ms. mats. 

> Notre ms. suit à peu près le texte du ms. B. de Mahn (Paris, B. N., 1592). 

* Ms. eissamera. 

' [Cette notice, qui paraît ici en provençal pour la première fois, a été con^ 



270 MANUSCRITS DE GHELTENHAM 

Corteson e de gran ren d'autres castels. E fo adreich et esein- 
gnaz e bons cavailliers d' armas e gens parlans, et moût se 
deleitet en domnas onradas et en domnei onrat, e fo bons 
trobaires de vers e de chansons, mas moût s'entendeit en far 
caras rimas e clusas, et amet longa sason una domna de 
Proensa que avia nom madomna Maria de Vertfuoil et appel- 
lava [la] son joglar e sas chansos. Longamen la amet e ella 
lui, e fez maintas bonas chansos d'ella emainz autres bons 
faits. Et el s'ennamoret puis délia bona contessa d'Urgel, que 
fo Lombarda, filla del marques de Busca. Moût fon onrada e 
presada sobre totas las pros domnas d'Urgel, e Rambautz 
senes veser leis, per lo gran ben qu'en ausia dire, si s'enamo- 
ret d'ella e ella dellui, e si fez puois sas chansos d'ella, e sil 
manda sas chansos per un joglar que avia nom Rosignol*, si 
con dis en una chanson : « Amies Rossignol, Si tôt as gran dol, 
Per la mi' amor t'esjau Ab una leu chanzoneta, Qem portaras 
a iornom (?) A la contessa valen, Lai en Urgel per presen ^. » 
Lonc temps entendet en aqesta comtessa ella amet senes ve- 
ser, et anc non ac lo destre quella ânes veser don ieu ausi dir 
ad ella, qu'era ja morgua, que, c'el i fos venguz, ella l'auria 
fait plaser, d'aitan qe il agra sufert q'el, corn l'avia reversa, 
l'agues tocada lacambanuda'. Aisi leis aman, Rambauz mori 
senes fillol mascle, e remas Aurenga a doas soas fillas *. La 
una ac per moiller lo seingner d'Agout. De Tautra nasquet 'n 

nue de Vellutello et de Mario Equicola. Le premier Ta traduite, à peu près 
complètement, dans son commentaire sur Pétrarque (fo 177 r© de Tèdit. de 
Venise, 1560); le second en a tiré les quatre ou cinq lignes qu'il consacre à 
Raimbaut d'Orange dans son Libro di Natura d'amore (p. 338 de l'édit. de 
Venise, 1554). — C. C] 

1 [Ce détail manque dans Vellutello, mais Equicola ne Ta pas omis. — C. C] 

2 [La pièce d'où ces vers sont tirés est-elle perdue ? Ce n'est, en tout cas, 
aucune de celles qu'on a publiées sous le nom de Raimbaud. Mais il en reste 
un assez grand nombre d'inédites, et c'est peut-être à l'une de celles-ci que 
ces vers appartiennent. — C. C] 

* [On pense involontairement à la bonne vieille de la chanson de Béranger : 
Combien je regrette. , . Vellutello ne parle pas de cette jambe nue, 11 dit 
seulement que la comtesse avait confessé que t quando egli la fosse andata a 
vedere, l'havrebbe fatto appiacere ed adempiuto il desiderio suo. » — C. C] 

^ [Notre biographe est ici en désaccord avec l'histoire. Raimbaud d'Orange 
mourut sans postérité. Ce fut son petit-neveu, et non son petit-fils, qui donna 
a part d'Orange aux Hospitaliers de St4ean-de- Jérusalem. -* C. C] 



MANUSCRITS DE CHBLTENHAM 271 

Uc del Bauzet en Willems del Bauz, e de TautraWilems d'Au- 
renga que mori joves malamen, e Rambauz lo cals det la mei- 
tatd'Aurenga alhospital. (Manque dans Mahn et Raynouard,) 
Pièces (fo 12 vo, col. 2). 

1. As8atz*m'es bel (5x11+3 + 3). 

2. En aital rimeta prima (6x8 + 6). 

3. Aïs durs, crus, coçens lauzengiers (9X7 + 2). 

4. Ab nou joi et ab nou talen (8X7 + 2). 

5. Car douz et feinz del beredresc (?)2 (7X9+4). 

6. Braitz chantz qil critz (8X6+ 3). 

Le sixième vers du premier couplet manque ; la place en est 
marquée par un blanc. 

7. Apres mon vers voil sempr* ordre (10X6 + 3). 

8. Ar non sui ges mais et astrucs (6x6 + 2). • 

9. Pos tais aabers mi sors em creis (7X8+ 4). 

Le quatrième vers du premier couplet manque. 

10. Ar s'espan la flors enversa (6 X 8) *. 

11. Amors, com er qe farai (8x7+5)? 

Il manque les cinq derniers vers du cinquième couplet, 
laissés en blanc, et le deuxième vers du sixième couplet^ en- 
levé par une déchirure au bord supérieur du feuillet. 

12. Assatz sai d'amor ben parlar (7X8+2). 

13. Entre gel e vent e franc (sic) (8X7 + 3+2). 

14. Aici mou*(8xl3 + 3+3). 

Le deuxième couplet est incomplet. 

15. Er m'er tan un vers a faire (8x7). 

16. Erai vei escur trebolel (6X9 + 3 + 3). 

17. Er quant s'embloil foill del fraisse"^ (6x8+ 3). 

18. Pos vei quel clars (9 X 7). 

Cette dernière pièce n'a encore été signalée que dans le 
chansonnier Mac-Carthy , qui aujourd'hui fait partie de la 

^ Ms. astatz. 

^ Ms. bedresc, avec le sigle qui représente er ou resur le premier e. 

3 Devant les quatre derniers vers du quatrième couplet, on lit en marge, de 
la même écriture : P str. 20. Le manuscrit contient deux ou trois autres indi- 
cations analogues, 

* Msv tnon. 

6 Ms. Et quand se broiU.. laisse, ^ 



272 MANUSCRITS DE CHELTKNHAîrf 

bibliothèque de sir Th. Phillips, sous le n* 8335. Nous la pu- 
blions ci-dessous d'après le manuscrit n* 1910 (A), en nous 
aidant du manuscrit no 8335 (B), et rejetant en note les leçons 
que nous n'admettons pas dans le texte. Nous nous dispense- 
rons toutefois de signaler trop minutieusement les fautes du 
scribe, lorsqu'elles consistent uniquement dans une mauvaise 
coupure des mots ; ces fautes reviennent très-souvent, par 
suite de Tignorance relative du copiste, auquel la langue n'était 
plus familière, et donnent au texte un aspect bizarre. De plus, 
récriture n'est pas toujours bien claire, de sorte qu'après 
bien des peines et beaucoup de temps dépensé, nous ne nous 
flattons pas d'avoir toujours réussi à trouver un sens accep- 
table, malgré le secours (fort insuffisant d'ailleurs) que nous 
offrait le chaSisonnier Mac-Carthy. 

RoEMBAUç d'Aurenga (/"^ 7 y^, col. % milieu) 

I Pos vei quel clars 

Temp[s] s'abravia, 
Dels aucels lo prim fremirs 
M'es bels, e doz lur auçirs. 
Si que non sai ques un viva 
Ses chantar; per qu'eu comens 
7 Una chançoneta gaia. 

II Mas los blanx clars 

Sols que raia 
Canz gens faiz durz et ardenz. 
Me fraing tot[z] mos mais talenz, 
Mas una voluntaz gaia 
D'un franc joi qe mos désirs 
14 No vol que ab flac voler viva. 

III Ges no m'esclars 

Ni m'esquiva 
. Gest jois don faz lez sospirs, 

Ni sai s'anc me noc trop dira, 
Ni me valc qu'ades s'aviva 
En mon cor lai longamens (/* 18 r<>) 
21 De l'amor quel teig m'esglaia. 

i. B uei clars.— 4. A e boz.— 5. B quos un.— 6. A per quec; B per quco. 

10. B c. grecs. Ce vers m'est obscur. Peut-être faut-il lire : can get rais 
durz ; A ardens.— »11. A ne fraig tôt; B A tôt.— 13 B mon désir.— 14. A ablac 
V.; B Donol que ab flacuolis. 

15. A Gas. — 16. ilBnunes quiua.— 19. B quadens. 



MÀKUSCkiTS i>K OHiiîL'iJbiNtiAJi 213 

IV Mos cors esclars 

E s'esmaia; 
Aici vant mescladamens 
Pies enoiz de bel comens, 
Que Tuna mitatz es gaia, 
E l'autr' amador cosirs, 
28 Ab voluptat morta e viva. 

V Us volera clars, 

Quem caliva, 
M'empeing avan alsfaillirs, 
Temers mos tram qejauçirs 
Val(s) mais pro al hom que viva. 
Que corz gauz, per ques spavens, 
35 S'atremp'ab voluntat gaia. 

VI V[o]slre amicx clars 

Nous asaia, 
Domna, ni mostra parvens, 
Quer en vos es totz sos sens, 
Ni sap si Tes dur o gaia ; 
Tant vos tem quel descobri[r]s 
42 L'es cars, e non sap cum viva. 

VII Que non es clars 

Ab ques pliva, 
Ans mors e gems e mentirs 
Noi es, si que l'us aàirs 
No ivegna avan qu'om viva; 
Qu'om non ama finamens 
49 Senes gran temensa gaia. 

VIII A franx cor[s] clars 

Res er ai[a] 
Vailam ab vos chauçimens, 

23. Besmaia. — 24. AB nauc; B mes gram siauzens. — 25. il pies e uers. 

— 26. il mistat; Bmistaz. — 27. il el autra cosirs; B elautra mador cossirs. 

— 28. il voluptat. 

30. A quera c. — 31. A men p.; B mem peig. — 35. A satrempar; B satrempal. 

36. B donne: stre. Comme il manque, au commencement de chaque cou- 
plet, de' la lettre initiale laissée en blanc pour être peinte^ cela suppose 
la leçon Ustre, comme dans A. C*est sans doute une abréviation, —42. 
B ihe cars avec un s au-dessus de l'e). 

45. il i gems; B amix si gems. — 47. B ueigna. — 48 B flna men. 



m HANÛSGftlTS DE GHËLTENHAM 

S 'eu non sui tant asapiens, 
Queus sapch* ab voluntat gaia 
Dir so qu'eu voil, mas sofris 
56 Mon dan, si volez que viva. 

IX Domna, meillar[s] 

Es que viva ; 
Mas de tan loig m'escompren 
Lo fox, prec mi siatz gaia. 
Ha ! dolça res, coind'e gaia, 
Eram propcha lo morrirs 
Si nom faiz socors [qu'jom viva. 

53. A tauta sapiens; B tanta s.— 55. il se queu. 

57. A meills; B meiller.— 59. A de tal.— 60. A fos; AB près.— 62. A prop 
chalo ; B pros maral morirs. — 63. B quom uiua. 

Suite des pièces de Raimbaud d^ Orange (/*« 18 ro, col. 2) 

19. Un vers farai de tal mena (7X7 + 3+3). 

Il manque le quatrième vers du premier couplet. 

20. Aram plai Giraut de Borneil (8x7 + 2+2). 

Il manque le cinquième vers du premier couplet. 

GuiLLEMs DE Capbstaing (/*" 18 v*, coL 2) 

Vie (61 demi-lignes). 

Guillems de Capestaing si fo uns cavalliers de Tencontrada 
de Rossillon que comfina cum Catalogua e cum Nerbonez. . . 

Fin: e mûri en aquella greu prison. Et aqui son de las 
ôhansons d'en Guillembonaa e bellas [Mahn, ix et x)« 

Puis, sans donner aucune chanson, le scribe passe à Jaufre 
Rudel. 

Jaufres Rudels {f^l9 r«, col. 1) 

Vie (17 demi-lignes). 

Jaufres Rudels de Blaia si fo molt gentils hom, princeps de 
Blaia. . . 
Fin : per la dolor qu'ella ac de la soa* mort {Mahn, Vi). 

Ms. soi. 



MANUSCRITS DB GHELTEN&ÀM !^75 

Pièce unique. 

Quant lo rossignol[s] el fiioillos (5X7). 
Le premier couplet a 8 vers au lieu de 7. 

Peire d'Alvbrnha* (/** 19 r<», coL 2) 

Vie (23 demi-lignes). 

Peire d'Alvernha * si fo de Tevesquat de Clarmon, savis hom 
6 ben letraz ... 

Fin: e puois el fez penidenza e mori [Mahn, viii). 
Pièces. 

1 . Abanz queill blanc puei sion vert (8x7). 

2. Dejostals breus jorns els loncs sers (7x7+34-3). 

3. Bellam'es la flors d'aguilen (8x6)- 

GiRAUTZ DE BORNEIL {f"" 20 r*», CoL 1) 

Vie (/» 20 ro, col 1, puis p 22 ^;^ coLiy. Cf. Mahn, xx, pour 
cette première partie seulement. Le re^te est particulier à notre 
manuscrit. 

Girautz de Borneil si fo de Lemosi de Tencontrada de Si- 

duoil, d'un rie chastel del vescomte de Lemotges 

E aqui son escritas de las chansos de Giraud de Borneil': 

1. Alegrar mi volgr'en (e) chantan*. 

2. S'era non pueia mos chanz. 

3. Quan la brunura s'eslucha. 

4. A ben chantar coven amar[s]. 

5. Jes desobre voler nom tueill. 



* Ms. dal veme* 

* Cette Vie est sept ou huit fois plus longue que celle que donne Mahn. On 
y cite le premier vers d'un assez grand nombre de pièces, et l'on explique 
dans quelles circonstances elles furent composées. Le scribe fait de même dans 
la plupart des Vies qui suivent» et les pièces ne sont pi us données tout au long 
qu'exceptionnellement. 

3 Le manuscrit numérote, pour chaque auteur, les pièces qui sont seulement 
citées par le premier vers, et les sépare par un trait vertical placé vers le milieu 
de la ligne. 

* Ms. e sanian. Je corrige d'après le second vers : S chantar per qe rrCale- 
ffres. 



276 MÂMUSOliiTÔ DB GHËLTSNHAM 

6- La flors del verjan*. 

7. Lo apleitz ab q*eu sueill*. 

8. Quan brancal brondelz el rama. 

9. Ar auziretz enchabalitz chantars. 

10. Quarno ai joi qui m'aon^. 

11. Ben cove pos ja * baissol ram. 

12. A! com m'ave^, Dieus m'ajut. 

13. Sim sentie fizels amies. 

14. Jois e ehanz e solatz. 

G-irautz de Borneil si avia amada una domna de Gascoina 
qi avia nom n' Alamanda de Stancs * et ella li avia faits plazers, 
et avenc si q'ela se penset qe sa valors avia trop descendut, 
qar avia soq'el vole volgut. E sildet comiat elF estrais s'amor, 
per tal don ella fo moût blasmada, con el erahom desmesuratz 
e malvatz, don Girautz de Borneil remas tris e dolens. . . . 

A la suite de ces mots, on trouve une pièce de Ricard de 
Barbezieux, puis les Vies de Peire Vidal, de Bernard de Ven- 
tadour et de Folquet de Marseille ; et, après quelques indica- 
tions obscures où sont cités quatre troubadours (voy. p. 82), 
le scribe reprend la vie de Giraut de Borneil, en ayant soin de 
renvoyer à la première partie, de cette manière : 

Guarda aile carte 20: tris e dolens. 

{F° 22 v^, col. 2, bas,) longa sason per lo dan de si e par 

lo blasme qu'elF avia que no se convenia qu'ella n' feses son 
amador. Don el fetz aquesta chanson, rancuran se del traïmea 

* Ms. ver chian. 

2 Ms. gen fueill. 

3 Ms. on joi qui ma on, 

* Ms. cour posia. 

5 Ms. commanc. Je corrige d'après le chansonnier Mac-Carthy (fo 183 r*, 
coL 2) y qui donne: aj con maven, 

6 [Cf. Equicola, Libro di Natura d*amore. Venegia, 1554, p. 330 : « Giraldo 
di Beane il di Lemosi amô madonna Nolanna di Stanes di Guascogna. » Ce 
passage, tout corrompu qu'il est, prouve qu'Equicoia a dû connaître les pré_ 
cieuses notices que le ms. de Cheltenham nous a conservées, et qui viennent 
aujourd'hui combler, en partie du moins, Tune des plus fâcheuses lacunes que 
présentait l'histoire littéraire des troubadours. Grescimbeni a déjà relevé le 
passage précité d'Equicola et a bien vu qu'il s'y agit de Giraud de Borneil. 
Diez paraît ne pas l'avoir remarqué ; du moins n'y fait-il aucune allusion. — 
G. G.] 



MANUSCRITS DE CHBLTBNHAM 277 

qu'eir avia fait de lui; e car jois e deportz e solatz plus noil* 
plasia : Ges aissi del tôt nom lais. 

15. Ges aici del tôt no[in| lais. 

16. Nom platz chanz de rosignol. 

17. Sil cors nom luz era dreg«. 

18. Com lo glatz el fretz e la neus. 

Puis la Vie et les explications des pièces continuent. Les 
trois numéros qui suivent sont cités séparément à la suite d'un 
récit explicatif. 

Per la dolor eper Tiraq'en Girautz de Borneil ac delà mort 
del rei Richart d'Engleterra, e per Tengan qe l'a fait la sua 
dompna n'Alamanda, si s'era laissatz de chantar e de trobar e 
de solatz. Mas en Ramons Bernartz de Rovigna q'eratrop va- 
lens hom de Gascoingna e trop sos amies, com qui el clamava 
[se] Sobre totz, lo preget e vole q'el chantes e fos gais, don el 
fetz aquesta chanso qe diz : Si per mon Sobre totz non fos. 

19. Si per mon Sobre totz non fos. 

Girautz de Borneil si passe t outra mar com lo rei Richart 
e com lo vescomte de Lemotges, lo cal avia nom n' Aimars ; e 
fo al setge d'Acre. E qan la ciutatz ne fon presa et tuit li [baro] 
s'en torneren, Girautz de Borneil si sen anet al bon prince 
d'Antiocha q'era trop valens hom. Moût fo honratz per lui e 
servi tz, e estet ab lui tôt un yvern, attenden lo passatge qe se 
dévia far al pascor. Et estan con el, el somniet un somni, lo 
quai ausiretz en aqesta chanson qe diz : Non puesc sofrir q'a 

la dolor. 

20. No puesc sofrir c'a la dolor. 

Girautz de Borneil, qan Guis lo vescoms de Lemotges l'ac 
fait raubar la sua maiso de sos libres e de tôt son arnes % e vi 
qe pretz era fugitz e solatz adormitz e dompneis mortz e 
proesa faillida e cortezia perduda, e enseignamenz voFz en 

^ Ms. loi. 

• Lis., d'après Bartsch (Grundriss): nom esta tan dreg. 

3 [Le vicomte de Limoges dont il s'agit ici est Gui V, fils et successeur 
d'AdémarV, que Giraut de Borneil, comme on l'a vu dans la raso précédente, 
avait accompagné à la croisade. Le fait dut se passer en décembre 1211, lors- 
que le château d'Exideuil fut repris par Gui, ainsi que nous l'apprend la 
chronique de Bernard Itier. C'était là une occasion de piller trop uaturelle 
pour qu'on s'en fît faute, et notre troubadour dut subir le sort commun. On 
aura remarqué la mention spéciale qui est faite de ses livres. C'était saos 

22 



1 



278 MANUSCRITS DE CHBLTBNHAlM 

deschausîmenz, e qe engans era entraz en amdoas las pars en 
las amairessas et en los amanz, el se vole penar de recobrar 
solatz e joi e pretz, e si fetz aqesta chansen qe diz : Per solatz 
reveillar. 

21. Per solatz reveîUar. 
Girautz de Borneil si era partitz del bon rei Anfos de Cas- 
tella, e si Tavia dat lo reis un moût rie palafre ferran e autras 
joias assatz, e tuit li baron de la sua cort 11 avian datz grans 
dons, e venia s'en en Gascoina, e passava per la terra del rei 
de Navarra ; el reis o saub qe Girautz era cossi rie, e qe pas- 
sava per la soa terra, en la frontera de Castella e d'Aragon e 
de Navarra, e fetz lo raubar et tolre tôt Famés, e près a sa 
part lo palafren ferran e Tautra rauba laiset ad aqels qe 
r avian raubat ^ Don Girautz fez aqest chantar qe diz : Lo dotis 
chant d'un auseL 

22. Lo dous chant d'un ausel. 

23. Un sonet fas malvaz e bon. 

24. Gen 
M'aten 

Ses fallimen 

En un chan valen. 

25. Nuilla res a chantar nom fail*. 

26. Leu chansoneta e vil. 

27. Si sotils scenz. 

28. De chantar ab déport. 

29. Aqûest terminis clars e genz. 

30. Ben deu en bona cort dir. 

31. Ops m*agra, si m'o consentis. 

32. De chantar mi for'' entremes. 

doute la partie pour lui la plus précieuse de son mobilier et celle dont la 
perte, vu son goût connu pour Tétude, dut lui être le plus sensible. — C. C] 
* [Le roi de Navarre en question ne peut être que Sanche le Fort, qui occupa 
ie trône de 1194 à 1234. D'après ce récit et d'après ce qu'on sait d'ailleurs 
de ses habitudes, ce que dit un troubadour postérieur de la cour de l'un de 
ses successeurs n'aurait pas mal convenu à la sienne : 

A la cort fuy l'autrier del rey Navar, 
Qu'es cort corta de tota cortesia. 

Voy. Paul Meyer, Derniers Troubadours, p. 31. — C. Cl 
a Ms. fait, 
3 Ms. far. 



MAIfUSCRITS DB CHELT£NHAM 279 

33(35)*. Ara simfos en grat tengut. 

34(36). Jam vai revenen. 

35(37). Can creis la fresca fueill' el rams. 

Ici encore un passage de la Vie, particulier à notre ma- 
nuscrit, et à la suite, le reste des pièces citées: 

Girautz de Borneil si amava una dompna de Gascoina qe 
avia nom n' Alamanda de Stanc.Mout era presiada dompna de 
sen, e de. . . . valor e de beutat, et ella si sofria los. . . el en- 
tendemen d'en Girautz per lo gran enansamen q'el li fazia de 
pretz e d'onor e per las bonas chansos q'el fasia d'ella, don 
ella s'en deleita[va] moût, per q'ella las entednia ben. Lonc 
temps la preget, et ella com bels ditz e com bels honramenz 
e com bellas promissions se defendet da lui cortezamen, qe 
anc noil fetz d'amor nil det nuilla joia, mas un son gan, dont 
el visqet lonc temps gais e joios, e pueis n'ac mantas tristessas 
qant Tac perdut, q\ie madomna n' Alamanda, qan vi q'el la 
preissava fort q'ella ]i feses plaser d'amor, e saub q'el avia 
perdut lo gan, ella s'en corozet del gan, dizen qe mal Tavia 
gardât, e q'ella noil daria nulla joia ni plaser noil faria mais 
d'amor e qe so q'ella li avia promes li desmandava, q'ella vesia 
ben q'el era fort loing eissitz de sua comanda. Qant Girautz 
ausi la novella [o]caison el comiat qe la domna li dava, moût 
fo dolens e tris, e ven s'en ad una donzella q'ell'avia, qe avia 
nom Alamanda si com la domna. La doncella si era moût 
savia e cortesa e sabia trobar ben et entendre. E Girautz sil 
dis so qe la domna li avia dit, e demandet li conseil a la don- 
[c]ella qe el dévia far, e dis : Sius quier conseil, bellamiga Ala- 
manda. 

36 (38). Sius quier conseil, beir amiga Alamanda. 
37(39). Ben m'erabelz chantars. 

38 (40). Un sonet novel faitz. 

39 (41). M'amigam mena estra lei. 

40 (42). Qui chantar sol ni sab de cui. 

41 (43). Ses valer de pascor, 

E ses fueill e ses flor. 
42(44). Ben for' oimais2 dreitzel temps. 

* Le ms. passe de 82 à 35; il oublie probablement deux pièces. De même, 
il passe de 47 à 49, oubliant une pièce. Le numéro d'ordre placé entre paren- 
thèses est celui du ms. 

' Ms. for o mais. 



280 MANUSCRITS DE GHELTE£4fiÀM 

43 (45). En un cl]^antaF. 

44(46). Si plagues tan ohantz. 

45 (47). Era can vei reverdezitz. 

46 (49). Tôt soavet e del pas. 

47(50). Al plus leu q'eu* sai far chansos. 

48(51]. Sol q'amor me plevis. 

49 (52). Jois si a comenzamenz. 

50(53). El honor Dieu torn en mon ofaan. 

51 (54). Ben fora dreigz. 

52(55). Ben es dreg pois en aitalport. 

53 (55). Plaing e sospir. 

54 (57). L'an cant son passât li givre. 
55(58). S'anc jorn agui joi ni solaz. 

RiCAUz DE Berbesiu (/^ 20 vi^, col. 1) 

Pas de ViCy mais seulement une pièce donnée tout au long : 

Tuit demandon qu'es devengud'amors (5x8 + 2). 

Peirb ViDALS (/^ 20 v*», col 2) 
Vie (environ 150 demi-lignes). Cf. Mahn, xxi, xxii, xxiii. 

Peire Vidais sifo de Tolosa ; fils fo d'un pelliser 

el meillor cavallier del mon erezia esser, el plus amatz de 
domnas : 

12. Plus qel paubres, qe jatz^ el rie ostal. 

2. Bem par d'invern e d'estiu. 

3. Ajostar elonjar*. 

don Peire Vidais fez aquesta chanson qe dis : Pos tor- 

natzsui^ en Proensa. 

4. Pos tornatz sui en Pro(v)ensa. 

5. S'ieu^ fos en cort on hom tengues dreitura. 

6. Tan mi platz jois e solatz. 

7. Ane no mori per amor ni per al. 

8. Sim laissava de chantar'. 

* Ms. gen. 

s Les pièces ne @0Dt pas numérotées dans le manuscrit. 

* Ms. ratz. 

* Mahn: e lassar. 
» Ms. fui. 

* Ms. si en, 

7 Cf. Mahn, à la fin de la KiV (chanson composée pour le roi Alphonse d*Ara' 
gon). 



MAI^USCRITS DE GHELTEINHâM 281 

9. Cant hom es en autrui poder. 
10, Cant hom honratz torna en gran paubrieira*. 

Bbrnartz de Vbntador (/^ 21 o^, eoL 1) 

Vie (70 demi-lignes). 

Bernartz de Ventador si fo de Lemoisin, d'un chastel de 
Ventador, de paubra génération, fils d'un sirven e d'una for- 
neyeira {Mahn : fils d'un sirven que era forniers, q'escaudava 
le forn per cozer lo pan del castel) . , . 

Fin .*.... si se fetz monges en l'abaïa de Dalon, e aqui per- 
severet tro a la fin {Mahn, ii et m). 

Il y a 37 pièces citées par leur premier vers, soit dans la 
Vie, soit après. 

FoLQUET DE Marsceilla (/**> 22 r°, coL 1) 

Vie (environ 170 demi-lignes). Cf, Mahn, xxvii et xxviii. 

Folquet de Marsceilla si fo de Marceilla, fils d'un meroadier 
qe fo de Genova. . . 

(18 pièces sont citées par le premier vers dans la Vie.) 

Fin. . . don Folquet remas tris e grams e doléns, si oom el 
dis que : 

(/^ 22 v% col 20 

Mais no séria jausenz, 

Puos que n'era mens 

L'emperaris, qui jovens 

Apoia dra(?) els aflfbrs (?) gratz', 

E si cors non fos forfaz, 

Ben feira parer 
Con fols si sap de cazer. 

19. Hus volers outracuidatz •. 

De chantar m'era laissatz 
Per ira e per dolor, 

* Mb. paubrieria. 

s Ce vers, d'ailleurs inintelligible, semble faux, étant donné la o^nposition 
du couplet, qui, dans le ms., est écrit comme de la prose et, du moins dans 
certains passages, est fort difficile à lire. 

3 Dans les lignes qui suivent, le scribe semble avoir essayé dMndiquer quel 
aurait dû être, au moins à partir de Folquet, l'ordre alphabétique, ce qui ex- 
plique pourquoi il reprend ici la suite de ce qui concerne Guiraut de Borneil. 
Nous tâchons de conserver la disposition irrégulière du manuscrit. Deux ou 
trois abréviations bizarres nous échappent. 



282 MANUSCRITS DB CHELTBNHÀM 

Ah^ FOLQUET DE ROMANS 

e • Q-uillemsX Teni^ Guillems de Saint Leidier 
Figera / 

aqui* deuria*^ po® Capestaing Il(?) P^. 
4. Guillems de Berguedan 

Nous avons rapproché de la première partie de la Vie de 
Guiraut de Borneil ce qui se trouve placé ici par erreur dans 
le manuscrit; nous reprenons maintenant l'ordre du manu- 
scrit. 

Peire RoGiERS {f 23 1;% col. 1) 

Vie (30 demi-lignes). 

Peire Rogiers si fo d'Alvergne, de la ciutat de Clarmon,e fo 
canorges deClarmon. . . [Cf, Makn, xii). 

Fin {qui n'est pas dans Mahn): E fetz aquestas chansos que 
vos au(t)zirez scriptas sai desotz. 

Le scribe, malgré sa promesse, n'a ni transcrit, ni indiqué 
par leur premier vers les chansons de Peire Rogier. 

Peire Bremonç ( /» 23 w», col, 2f 

Vie (5 demi-lignes). 

Peire Bremonç lo Torç si fo uns paubres cavalliers de Via- 
nes, e trobet ben e avinenment ; et saup ben estre entre la 
bona gen, et ac honor gran dels barons d'aquella encontrada. 
Et aqui son de las soas chansos [Cf. Mahn, ex, qui donne un 
texte un peu différent), 

^ Ces deux lettres sont entourées d'une espèce de paraphe partant de Vh^ 
et qui est peut-être destiné à les annuler, car il les barre. 

2 Ve est prolongé à droite en haut par un trait horizontal. 

3 L'f se termine par une espèce de queue rappelant le sigle qui représente 
CWW2, com. 

*Ms. a cui. 

5 Ms. dria (avec d barré) . 

« Les deux dernières lettres du mot et une abréviation qui suit nous sont 
obscures. Lisez: pois esser (?). 

^ Nous avons déjà signalé un renvoi àP, qui désigne peut-être un manuscrit. 

8 Pas de pièce citée jusqu'à Gaucelm Faidit, et le nom, placé ordinairement 
en vedette, manque. 



MANUSCRITS DE CHJBLTBNHAM 283 

Pbirb Raimonz {tbt'd.) 

Vie (10 demi-lignes). 

Peire Raimonz de Tolosa lo viellz si fo fiUz d'un borges ; e 
fez se joglar, et anet s'en en la cort del rei Amfos d'Aragon. 
El reis racuilli eill fez gran honor. Et el era savis hom e sub- 
tils, e saup ben trobar e chantar ; e iez bonas chansons e estet 
en la cort del rei a grant honor, e del bon comte Raimon * e 
d'en Guillemde Monpeslier. Puois tolc moiller a Parvias • e lai 
definet. Et aqui son de las soas chansos (Cf. Makn, xvii). 

Peire de Bariac (ibid.) 
Vie (22 demi-lignes). 

Peire de Bariac si fos uns cavalliers compaingno d'en Guil- 
lem de Balaun . . . 
Fin:. . . e aqui es [es]cript lo comiat q'el près de lei [Mahn, 

CXIll). 

Peire de Bosignac {ibid.) 

Vie (5 demi-lignes), ' 

Peire de Bosignac si fo uns clers gentils hom d'Autafort, del 
chastel de Bertram de Born. Trobaire fo de bons sirven[tel8, 
de reprendre las domnas que fazian mal et de reprendre los 
ser ventes de Bertram del Born [Mahn, lxxv). 

GuiRAUTz de Salaingnac {ibid.) 

Vie (4 demi-lignes). 

Girautz de Salaingnac si fo de Caersin, del chastel de Salain- 
gnac : joglars fo ben adregs ; hom fo e ben certes, et trobet 
ben e gen chansos e descortz e sirventes (Mahn, ci). 

Peire Gavaret' 
Peibe de Durban 3 
Peire da la Mula (fo 24 r% col. 1) 
Vie (4 demi-lignes). 

* Mahn (ms. B., fs. fr. Paris, B. N., 1592): Raimon de Tolosa, lo sieu sei. 
gnor, et en la cort d'En Guillem de Saint Leidier [longa sazon. Pois toi 
moiller ac Pomias e lai el definet]. 

• Lis. PamicLS. 

3 II n'y a que le titre, dans le manuscrit, pour ces deux troubadours. 



?84 MANUSCRITS DE CHBLTBNHAH 

Peire da la Mula si fo uns joglars q'estet a Monferrat et en 
Poimon com meser Ot del Caret a Curirmila (?). Trobai^re fo 
de serventes et de coblas * . 

Peire de la Caravana* 

Ugo de Pbna 

Vie (9 demi-lignes). 

Ugo de Pena si fo d'A(n)genes, d'un castel qe a nom Mon- 
messat^, fils d'un mercadan, e fez se joglar. E cantet ben, e 
saup gran ren délias autrui chansons, e sabia molt las gene- 
racions dels grans homes d'aqellas* encontradas, e fez chansos. 
Grans baratiers fo de jogar [e d'estar]* en taverna ; per qe 
ades fo paubres e ses arnes. E venc se moillerar a Veneissi 
en Proenssa {Mahn, cvii). 

Gauselms Faidiz (/*o 24 r®, coL 1) 

Vie (Cf. Mahn, xxxrx et xl, sauf pour la dernière partie). 

Gauselms Faidiz si fo d'un bore qe a nom Userchà, q'es en 
Fevesqat de Lemozin. E Messiers lo Marques Bonifasis de 
Monferrat mes lo en aver et en roba, et en tan gran prez Itti 
e sas chansos : 

1. Pel joi del temps q'es floritz. 

2. S'om pogues partir son voler. 

3. Mon cor e mi e mas bonas chansos. 

D'en Gauselm Faidit vos ai dich qi el fo ni con venc ni com 

estet, el comensament de las soas chansos ... . 

; . . . Mas an[c] per prec ni per chansos maïs 

non poc tan dir ni far, etc. (v" coL 2) qe anc madomna Maria 
li volgues SOS precs escoutar ni ausir. 

4. Tant ai sofert lonjamen granafan. 

5. Nom alegra chanz ni crltz. 

6. Al semblan del rei ties . 

* Dans le texte publié par M. Barlsch, on lit: « .... del Corret et a Corte- 
milla. » 

2 II n'y a que le titre dans le manuscrit. 
8 Mahn : Messat. 

* Ms. de quellas. 

* Nous suppléons ces mots d'après Mahn. 



MANUSCRITS DB CHELTENHAM 8^ 

Gauselms Pàiditi, qânt fo partit^ del entendemeû dé mà- 

domna Maria dô Ventador. 

(/* 25 r*, col, 1) Et aqesta fo la derèana 

chansos q*6l fez. 

7. Si anc nuls hom per arer fin corage. 

8. Chant e déport, joi, domnei e solatz. 

9. Lo gens cors honraz. 

10. Tôt me cuidiei de chanson far sofrîr. 

11. Sitôt m'ai tarzat mon chan. 

12. Ja mais nul temps nom pot renfar àmors. 
(col, 2) 13. Lo rosignolet salvage . 

Ai auvit que s'esbaudeia. 

14. Ara cove qem conort en chantan. 

15. Gen fora contra Tafan *. 

16. Cora qem des benenansa. 

17. Tan soi fis e ferms vas amor. 

18. Ab conserier plaing. 

19. De solatz e de chan. 
ÎO. Ben for' o[i]mai. 

Gauselms E*aiditz si amaVà una domna del eVeSqtiàt de Gap 
e d'Ebreun la quais avia nom ma dompna. Jordatia d'fibréun. 
Gentils domna fo e sobre bella e moût cortesa e gen ensei- 
gnada e larga d'aver et en veiosad'onor e de prez. Gauselms 
si la servi e la honra moût e la lauset, e la fez grasir entre la[s] 
plus valens domnas. Madomna Jordana visquet moût gala e 
moût legra, e moût s'esforset de ben far e de ben dir, per so 
q'en Gauselms non fos tengatz per mensongier del ben q'el 
disiad'ella. Efosi presiada per tôt loing e près qe negus valens 
tom de Vîanes ni de tota Proensa se presiava ren se no Tavia 
vista, ni non era nuUa bona dompnà en totas aqellas encon- 
tradas qe noil agues enveia de la beutat e del près. E si vos 
«die d'aiso vertat.com per veser e per ausir. E si fo la sua vo- 
luntatz qe Madomna Jordana vole far plaser d'amor an Gau- 
selm, e fez lo venir en la sua chambra un ser a parlamen cou 
si; e fez li tant eill dis q'el s'en parti con gran legressa*. Et 



* Ms. la fan, 

• [Cette aventure de Gauoelm Faidit se trouve aussi racontée dans le ms. 



286 MANUSCRIl^ DE CHELTENHÂM 

en aqesta legressa lo marques de Monferrat si se croset, e fez 

crosar Gauselm Faiditz, per anar outra mar ^ Madomna 

Jordana ; don Gauselm fez aquesta chanson : Honratz jausens 
sers On tan bella parvensa Venc mos bels espers, Gauselms si 
appellava Madomna Jordana Bel espers, 

21. Honratz jauzenz sers. 

22. Tuit cil qe amon valor. 

23. Moût a poingnat amors en mi désir. 

24. Jes perlo freiz temps no m'irais. 

25. Jes nom tuoill nim recre. 

26. Moutm'enuiet ojan lo cor c'es* mes. 

27. Ben plas e m'es gen . 

28. Montas fazos es hom plus volontés. 

29. mais(?)taing qe faz parer. 

30. De faire chanson. 

31. Razon e mandamen. 

32. Ara nous sia guitz. 

33. Fortz chauza es qe tôt lo maier dan. 

La plus grande partie du feuillet 25 v<>, le feuillet 26 tout 
entier et le recto du feuillet 27, sont restés en blanc. Puis vient 
une chanson du vicomte de St-Antonin, Raymond Jordan. 

F^ 27 vo, col. 1: 

Lo VBSCOMS DE Saint Antonin 

Per quai forfag o per cal faillimen (6 couplets de 8 vers). 

(Col, 2) Graim (?) qe faiz, qar no Tanaz vezer, 

Qe re no sap aqes met en esforz, 
Qui no la ve e no Testai denan, 
Tan avinen sap far son benestan. 

Ces quatre vers semblent donnés comme variante aux qua- 
tre derniers vers du sixième couplet . Puis vient l'envoi : 



xLi-42 de la bibliothèque laurentienne de Florence, mais beaucoup plus briè- 
vement que dans le ms. de Cheltenham, pour la partie du moins qui leur est 
commune ; car le ms. de Florence ajoute que Na Jordana fut courtisée par le 
comte de Provence; que Gaucelm par jalousie et dépit s'éloigna d'elle, et qu'il 
chercha ensuite à rentrer dans ses bonnes grâces. On peut voir tout ce récit 
dans YArchiv de Herrig, t. L, p. 242. — G. G.] 

^ Lacune non indiquée dans le ms. 

• Lisez coindes. 



Manuscrits de cheltbnham 287 

Chansos, vai t'en, e digas lim denan 
Qe, s'a lei plaz, q'il t'aprendra e chan. 

Le reste du feuillet et le recto du feuillet 28 sont vides. Au 
verso, on lit une chanson de Peire d'Auvergne, dont la Vie et 
trois autres pièces se trouvent plus haut, f> 19. 

Pbirb d'Alvbknia 
Gantarai * d'aqestz trobadors. 

14 couplets de six vers, puis cet envoi : 

Lo vers faiz al enflaboz, 
A poi vert tôt joganrizen. 

Ici se termine la première partie du manuscrit, c'est-à- 
dire le Chansonnier. Au f» 29 r**, commencent les Proverbes 
provençaux, dont nous avons donné les premiers et les der- 
niers au début de cet article. 

L. CONSTANS. 



NOTES SUPPLÉMENTAIRES 

[P. 271, n® 16. Lis. Er vei escur e trehol cet. Cette pièce, qui se 
trouve encore dans les mss. 856 et 1749 de notre B. N., est attribuée 
par ces deux mss. à R. de Vaqueiras. Mais la table du n» 856 la 
donne, comme lems. de Gheltenham, à R. d'Orange. 

18. Cette pièce se trouve aussi dans le ms. 2814 de la Bibl. Ric- 
cardi à Florence, où le premier vers diflfère un peu de ce qu'il est dans 
le ms. Mac-Carthy, ce qui a sans doute empêché M. Bartsch de recon- 
naître Tidentité des deux copies (voy. Grundriss, 389, 23 et 38). — 
V. 2, lis. s'dbriva, conune l'indique le ms. de Florence et comme 
l'exige d'ailleurs le système rhythmique de la pièce, où deux couplets 
construits 

abC C B D E 
ae D D E C B 

* Ms. cantarei. 



1^88 MJLNt^CRlTS BB GHBLTBMHÀM 

alternent d'un bout à l'autre de la pièce (la rime a étant toujours con- 
Btituée par le môme mot, clars) , 

V. 8. Corr. lo(s), — 9. Je mettrais une virgule à la fin du vers. — 
19. Corr. Cant et fait f — 13. Une virgule après joi, — 15. Lie. en 
deux mots es clars. — 17. Corr. Uu ou losî 

19. Mettre une virgule après valc, — 21. Corr. teingf — 22. lis.es 
clars, — 24. Corr. vauc. — ^25. Corr, evoiz, — 26. Lis. avec le ms. Vun' 
amistatz, — 27. Corr. E Vautra m*adwto.*— 28. Corr. voluntat. — 
33. Supprimez le point : que corz gauz qui suit est le complément de 
mais (mieux vaut jouissance qui dure {viva) que courte joie). — 34. 
Lis. per qu*espavens et supprimez la virgule. 

39. Corr. quar, — 40. Lis. dur* o gaia (es= etz),— 44. Corr. 
moretgemf — 45. Lis. lus (=nuUus}9 

50. A est une interjection. — 51. Corr. veraia, — 53. Corr. sa- 
piens. — 55. Corr. sofrirs, 

57-63. Ce dernier couplet paraît corrompu en plus d'un endroit. 
L'auteur a-t-il voulu y mêler les rimes qui alternent dans les autres? 
Le vers 59 devrait rimer en ens, le suivant en ens ou en irsf Dans 
tous les cas gaia, à la fin de ce dernier, est évidemment une faute. 
—V. 57-8. Corr. Domna, meils clars Es que nivaf — 63. Lis. 
quom (quomodo). 

Suite de R. d'Orange. No 20 (p. 274). Tensonavec G. de Borneil. 
Cette pièce se lit dans trois autres mss., les n^» 1749 et 22543 de la 
B. N. et le ms. de Modène. Ce dernier seul est d'accord avec le ms. 
de Cheltenham en ce qui concerne l'attribution, évidemment erronée du 
reste, de la tenson à R. d'Orange. L'interlocuteur de G. de Borneil 
est, dans les deux autres, le troubadour Lignaure, personnage avan- 
tageusement connu d'ailleurs, grâce au planh que le même GKraut 
de BomeU, dont il fut l'ami, composa à l'occasion de sa mort et qu'on 
peut lire dans les Gedichte de Mahn (n«" 336, 821). 

P. 280. N° 51. Ben fora dreigz, — Cette pièce, si ce n'est pas une 
répétition du n^ 42, ne se trouve, à ma connaissance, dans aucun autre 
ms. 

N^ 54. Cette pièce, qui ne se trouve que dans deux autres mss., 
d'après le Grundriss de M. Bartsch, est attribuée par l'un d'eux seu- 
lement (le ms. de Modène) à G. de Borneil. L'autre (vat, 5232) la 
donne à Arnaud Daniel. 

P. 281, 1. 4-5. « fils d'un sirven e d'una forneyeira. » Ceci con- 
corde mieux que le passage correspondant, dans Raynouard, Roche- 
gude et Mahn, avec les vers connus de Peire d'Auvergne : 

Mas en son paire ac bon sirven 
Fer traire ab arc manal d'alborn, 



MANUSCRITS DB GHELTëKHAM 289 

E sa maire calfaval forn 
Et amassava TissermeQ. 

Ibid, L. 16-17. Ceci, avec le couplet qui suit, est sans doute la 
fin de la raso de Us volers outracuidatz, raso qui manque dans les 
biographies imprimées de Folquet de Marseille et probablement aussi 
dans les autres mss. Le couplet cité appartient à cette chanson. Les 

vers 3-4 doivent être lus : cui . , . a pojada els aussors graz,^ 

V. 5, lis. sil cors, . , , forsatz; — v. 7, decazer en un seul mot. 

P. 286, n<* 24. Jes per lo freit temps no mHrais, Cette pièce est 
attribuée à Cercamon par trois mss. Un autre la donne à Bernart 
de Ventadour, un autre à Pierre Vidal. Le second chansonnier de 
Cheltenham(Mac-Carthy) s'accorde seul avec le nôtre pour l'attribuer 
à Gaucelm Faidit. 

Ibid, N° 29. Lis. Oimais taing que f as sa parer. Cette pièce man- 
que dans la table de M. Bartsch, bien qu'elle nous ait été conservée 
par plusieurs manuscrits et que M. Mahn l'ait publiée deux fois {Ge- 
dichte, n°» 468 et 469). 

P. 286. L'envoi qui termine la chanson dn vicomte de St-Antonin 
{per quai forfag) manque dans les mss. 1592, 854, 12473 et 22543 de 
la B. N. Je ne connais pas le texte des autres mss. (ils sont assez 
nombreux ) où cette chanson se trouve aussi. Au dernier vers, lis. 
aprenda. 

Les quatre vers précédents manquent aussi dans les mss. précités. 
Je ne sais que faire de Graim, Serait-ce un nom propre (JRaimon)! 
Le vers qui suit doit sans doute se lire : Qe re no sap a qes (= que 
se) met* en esforz, 

C. C] 



Poésies 



CARABIN 



A MIS AMI A. Espagne b A. Roco-Fbrrié 

Carabin èro de Bèu-caire. 
Emai i'ague déjà, pecaire ! 
Proun tèms qu'es mort, apereila 
Decesson pas de n'en parla. 
Es qu'èro un flame galejaire, 
E trufarèu, e farcejaire 1 . . . 
Em' acô brave orne ; n'avié, 
Estent riche, d'autre mestié 
Que de bèn viéure e de rèn faire. 
Mai, coume èro jamai coustié, 
Pèr eisèmple, quand s'agissié 
D'enmancha quauco talounado, 
De jouga quauco badinado, 
Se fasié rèn dins soun quartié, 
Au Canau, à la permenado, 
A Sant-Mountant, à Nourriguié, 
I Founteto, à la Coundamino, 
Au Prat, sus la Banqueto, i Mino, 
A la Vignasso, au Grand-Jardin, 
Que noun culpèsson Carabin : 
Carabin avié bono esquino. 

Entendias, tout! li matin, 
Pèr carrière quauco vesino 
Dire en coulèro à soun vesin : 

— Aniue, m' an chimarra ma porto. 

— Es Carabin 1 

— An pas penja 
A la miéuno uno fedo morto !... 



POESIES 291 

— Es Carabin ! 

— M' an neteja 

Do us rèst de cebo ; aquelo ei forto I... 

— An embreca mis escalié . . . 

— Parèis qu'an toumba li taulié. . . 

— Es Carabin ! 

— Dins la Redorto 
An brûla vint fais de redorto. . . 

— Es Carabin, lou pantoustié 1 . . . 

Carabin I Carabin 1 Falié 

Que fuguèsse, eu, de touto sorto, 

Acusa d'aquéli foulié. 

Eu s'enchautavo e n'en risié : 

— «Bènbadau, disié, quau s'emporto !» 

Noste orne, un jour qu'èro pèr orto, 
Se capitavo àMount-pelié. 
Es amor d'acô que vous conte 
Soun istôri,.. qu'es pas un conte. 
Anas vèire lou poulit tour : 

Mèste Carabin, aquéu jour. 
En flânant dins la Grand'Carriero, 
S'arrèsto contre un magasin 
D'estofo, e zôu I se met en trin, 
De la première à la darriero, 
De lis eisamina, pèr-fln 
Que lis emplega dôu dedin 
Remarquésson bèn si manière 
E se sarrèsson d'eu. Enfln, 
Es ço qu'arribo : quatre o cinq, 
Coume de cadèu de sa nicho, 
S'acousson vers noste malin. 
Aquest alor ço-fai ^nsin, 
Proun aut pèr qu'ausigon sa dicho : 
— « Noun, es pas acô, l'ase ficho I 
Que me eau. . .» E, l'èr engana, 
Fai mand de voulé s'enana. 
Mais li coumés, qu'an pas man peco 
Pèr aganta gènt à la leco, 



nft pojssiËS 



L'arrèston tôutis à la fes 
Bi6 fan: 

— « Oh! que si, bourgés, 
Auren voste afaire ...» 

Eu rebeco : 

— a Nàni, nàni, merci, m'envau ; 
Vautre avès pas ço que me fau. » 

— « Mai, Moussu, dounas-rous la peno 

De vèire dins lou magasin ; 

Sèn asourti de touto meno 

De drap, de sedo, de satin, 

De bourreto, de tarlatane, 

De madapolam, de basin, 

De percaline, d'ourgansin, 

De reps, de mérinos, d'indiano. 

De coutoun, de fiéu e de lano, . . » 

— «Mis ami, parqué ses ansin, 
le rebeco mai Carabin, 

Ta pas ço que volo; vous dise» » 
— « Vesès toujour. » 

— « Cresès que rise î » 
— a Moussu, la visto costo rèn ; 
Intras donne. » 

— (( Intrarai ; tambèn, 
Ai pas, iéu, grand besougno à faire ; 
Mai vous repetisse, jouvènt, 
Segur qu'avès pas moun afaire, » 
— « Oh ! Moussu, que ses brave gènt! 
Intras, sarié que pèr nous plaire. » 
— « le tenès tant? intrarai bèn. 
Mai anas perdre voste tèm.. . . » 

— « Nous arribo, acô, proun souvèn : 
Tout>esitour n'es pas croumpaire. » 

Li vaqui dins lou magasin. 
Lou Bèu-cairen pago de ipino : 
Capèu de sedo, soulié prim, 
Gant de peu, g^Ianto badino, 
Bjpaio e ievito de la^tii*» 



P06ISIBS 299 

Cadeno d'or, camiso ôno : 

Un véritable muscadin ; 

Avié Ter d'un Angles, enfin. . . 

Li coumés, uno fes dedin, 
Se pensavon : 

— « Ah! macastino! 
S'es proun fa prega ; mai, couquin ! 
Faudra que baise lou patin. » 

E zôu ! d'escarlimpa li banco, 
De courre coume d'escourriôu, 
D'adurre de balot tout nôu . . . 
Souto lou pes que lis escranco 
Mai d'un cujo mourreja 'u sôu. 

— « Vesès, Moussu, perde lençôu 
S'aquolo telo es souplo e blanco.. . 
le fai Fun, se carrant sus Tanco ; 
La pagarés que trento sôu. . . » 

Carabin, serious coume un iôu, 
Fai signe qu'es pas ço que vôu. 

— « Metèn pancaro la restanco, 
Moun bèu Moussu; n'agués pas pôu, 
La marchandiso es pas de manco, 
Emai qu'es pas de roussignôu. . . » 

E zôu ! dis emplega lou.vôu 
De pourta de nouvéli pèço, 
D'ana-veni coume de fôu. 
N'en desplega^de touto espèce. 

— « Vesès aquéu drap sens parié. 
Aièr, Moussu Roco-Ferrié, 
Qu'amo Testofo à grèindi raio. 
Nous n'en crpumpè pèr uni br^io. » 
Carabin, qu'a tira si gant, 
Paupejo lou drap di dos man, 

Dis qu'en efèt lou peu le lando ; 
Mai. . . es pas ac6 que demando. 
— ce Moussu, vès, espinchas eiçd, 
Repren un nouvèu coumissot ; 

23 



294 POÉSIES 



Es un pur article de lano. 
N'en veiideguèn, Tautro semano, 
Quinze pan au pintre Marsal 
Pèr de vièsti de carnaval. » 
Un autre, countuniant la gamo, 
A soun tour, enrauqui, le chamo : 

— a Tè, Moussu, se ses médecin, 
Goume n'avès Ter, sus moun amo, 
Quouro avès yist quicon pu on 
Qu'aquéu drap nègre ?Es de satin. 
Lou dôutour Espagne, uno lamo 
Qu'a pas Tiue souto lou couissin, 
Nous n'a fa pourta de-matin 
Subre lou plan de Nosto-Damo 
Noun sai s' es quatre métro o cinq. » 

E, tout fasènt l'article ansin, 

Li pàuri coumés déspleguèron 

E davans eu espandiguèron 

Tout ço qu'avieji en magasin. 

Etoujour noste cascarin 

I bèu discours que ie faguèron, 

I bounimen que ie diguèron, 

Refousié soun même refrin : 

— « Tout acô 's bèu! tout acô 's fin I 

Voui ; mai es pas ço que désire. » 

— « Farias meiour de nous lou dire ! 
le vènon lis autre, enfeta 

E prenènt la besougno au pire ; 
Cresès de nous faire pita?.. .» 

— «Vous trove drôle en verita, 
Replico Carabin sens rire : 
Passe siau, venès m'arresta; 
Vous metès à me secuta ; 

Bèn tant me dounas enterigo 
Emé voste eime à me vanta 
Vôsti rasin e vèsti ûgo, 
Qu'enfin, pèr vous faire piesi, 
M'asarde dins vosto boutigo ; 



POESIES 295 

Urousamen qu'aviéu lesi ; 
Mai d'uno ouro me fasès vèire 
Vôsti peio ; vous laisse encrèire 
Qu'ai pas jamai rèn vist de tau, 
De tant poulit, de tant fricaud. 
Sus la porto, dins voste oustau, 
Vous dise cent cop, bèn o mau, 
Vous cante fre, vous sible caud 
Que n'avès pas ço que me eau ; 
£m' uno paciènço angelico 
De-longo moun esprit s'aplico 
 tout eisamina d'à-ment, 
A vous n'en faire coumplimen; 
Pièi, quand Touro dôu dina sono, 
Que vole parti, m'agacbas 
Tout de-galis e vous fâchas!.. . 
Avouarés qu'aquelo es bono ! . . . 
D'abord que ie ses, gaudissono, 
Garças-me de cop de bastonn!!! » 
Lis autre alor, aussant lou toun : 
— <( Nous aprendrés au mens, bèu sire, 
Dôu moumen qu'es fiéu,ni coutoun, 
Ni percalo, ni mouletoun, 
Velout, sedo ni casemire. 
Nous aprendrés, vire-que-vire, 
Ço que vous eau?. .. » 

Dins soun cantoun, 
Em' uno cagno de satire, 
Carabin^ dous coume un moutoun, 
le respond : 

— « Leissas que respire, 
Que fariei parti mi boutoun ; 
Me eau, — se deve vous lou dire, — 
Me cau...uncournet à pistoun !!!...» 
Louis RouMiEUX. 

Mount-pelié^ lou 5 de Juq de 1881, 
À Tacamp de la Mantenènço de Lengadô. 



VARIÉTÉS 



JE NE SACHE PAS; QUE JE SACHE.... 



Dans la première édition de 6on remarquable livre : Histoire et 
théorie de la conjugaison française, M . Ghabadieau avait nettement 
établi que saclie égait sûpiatUf et que le latin sapio avait donné en 
français je sai. Il avait fait une exception pour la locution je ne sa- 
che pas, et admis, non sans hésitation, qu'ici sache est un indicatif^* 
M. Littré répond dans ses Études et glanures, p. 309 (ou Journal des 
savants, année 1869, p. 377): 

« Quelque anormal qu'il paraisse, on sent ici un subjonctif 

plutôt qu'un indicatif; entre je ne sais pas qu'il ait fait cela et je ne 
sache pas qu'il ait fait cela, il y a la trèé-légère nuance de quelque 
chose de moins affirmatif dans là secondé forme que dans la première. 
La dubitation jointe à la négation s'est rendue par un subjonctif. Et 
cela est si vrai que la locution ne s 'emploie qu'à la première personne, 
et qu'on ne dit p'aâ : tu ne saches pas, il ne sache pas. En effet, il 
n'y a que celui qui parle qui peut imprimer à sa phrase ce que son 
esprit contient de dubitatif. Cette tournure ne s'est point généralisée ; 
elle est restée bornée au verbe savoir; mais il est clair que l'on pour- 
rait dire: Je ne veuille pas croire qu'il en soit ainsi en un sens moins 
décisif que : je ne veux pas croire qu'il en soit ainsi. » 

Il serait curieux, semble-t-il, de savoir pourquoi cette tournure ne 
s'est point généralisée ; — ou, inverseoient, pourquoi, cette tournure 
ne s'étendant pas aux autres verbes, savoir a pu la prendre et la con* 
server. 

La note qui suit essaye de répondre à ces deux questions. De plus, 
on y étudie rapidement l'emploi du verbe savoir dans je ne sache pas 
et dans les tournures analogues. 

10 POURQtïOl LJk TOURNURB NR S'bST-BLLB POINT GÉNÉRALISÉE ? 

a) Il est évident d*&bord qu'elle ne pouvait «'^pliquer qu'à un 
petit nombre de Verbes, ceux qui expriment un éta4 ou un acte psy- 
chologique, soit de l'intelligence^ soit de la voloiUé* Seuls, ces verbes 
peuvent avoir à rendra la nuance de dubitation jointe à la négation 
dont parle M. Littré, et leur petit nombre même explique qu'une tour- 
nure qui leur aurait été propre n'ait pas prévalu. 

« Ceci a été modifié dans la seconde édition (Vieweg, 1878). 



&) Cette rftison est encore fortifiée par ce fait : qu*une bonne partie 
des verbes, pour ainsi dire psychologiques, n'ont pas on subjonctif net- 
tement distinct de rindicatif. /« vem7{6, même sans (Conjonction, dif- 
fère de je veux ; je sache diffère de je saiè ; mais on ne distingue pas 
je croie de je crois, ni, à plus forte raison, je pense subjonctif de je 
pense indicatif. 

c) Sans doute, si ces verbes n'avaient auem autre moyen de ren- 
dre la dubitation, la tournure par le subjonctif aurait pu s'imposer ; 
mais cette nuance est rendue, — quoique d'une fa^on peat4tre plus 
forte, — par le conditionnel employé seul et s«flis «ebndition sous-en- 
tendue. Ex. Je crois que aller vient du latm ad-nare. — Moi^ je ne le 
croirais pas. Je ne le croirais pas = je ne le crois pas avec une 
nuance -de doute. -^ Je ne voudrais pas vous contriirier , j^ déclare 
que vous avez raison. Je ne voudrais ptis ^^ de la mém^ f^çon, j/e ne 
veux pas. 

Snfin remploi du sttlgonctil d'une façon indé^i^ndante^ pour marquer 
la dubitation, est .un emploi anormal et difficile, {puisque d'habil(efi et 
savants grammairiens s y sont trompés. 

Rien «d'étonnant donc à ce qu'il ne se soit p^s généralisé; ;9^s 
alors 

2o POURQUOI LE VERBE SAVOIR l'a-T-IL PRIS ET C0NSERV4? 

C'est, segible-t-il, que ce verbe ne connaît pas l'emploi indépendant 
et dubitatif du conditionnel que nous avons ^nalé plus]iaut; — ou 
que, le cas échéant, il n'a plus son sens propre, celui de connaître, 
de posséder dans son esprit. 

En effet, voici, sauf erreur, comment s'emploie le .co^di^Qnnel de 
savoir : 

lo Avec une proposition conditionnelle exprimée, — remplacée par 
un équivalent, — ou spus-entendue . 

—Exprimée, comme dans : je ne saurais pas, si vous ne me Vavie» 
appris y que 

— Remplacée par un équivalent, comme dans ce vers de Boilaau 
(sat. ix): 

St qui aoiiniH, sans meit ap» Gotin apiiûhé? 

Bans moi =s si je ne Favslis dit. 

— Sous-entendue. Ex. Voulez-vous me réciter votre leçon f^^ Je 
ne la saurais pas. En disant ^e ne la saurais pasj on sent très-bien 
qu'cm a dans lesprit une proposition conditionnelle, quelque chose 
comme: si j^essaifctis de vous la dire. 

2» Dans une interrogation. On pourrait alors le faire suivre de par 
hasard : sauriez-vous ou ne sauriex^ous pas la grande nouvelUtf 



«98 VARIÉTÉS 

30 Je saurais n'a plus son sens propre lorsqu'il est suivi d'un infi- 
nitif. Il prend alors les sens de pouvoir om à être capable de. 

=i pouvoir, Ex.: On ne saurait avoir une taille mieux prise , un 
plus beau teint. J.-J. Rousseau, Emile, V. — En pareil cas, la né- 
gation ne s'emploie toujours avec ellipse de pas ou point, 

= être capable de. Ex.: Voyons maintenant cette ouverture. — 
Je ne saurais pas la jouer. Ici, jpa^ ou po^n^ sont le plus souvent 
exprimés. 

Dans les deux cas, l'infinitif peut se trouver sous-entendu : 

L'un dit : Je n*y vas point, je ne sais pas si sot ; 
L'autre : Je ne saurais. 

(La Fontaine, Fables, II, 2.) 

On voit que, parmi tous ces exemples die je saurais, il n'en est pas 
d'analogue à celui dont nous avons donné des exemples pour : je ne 
croirais pas et je ne voudrais pas . Ainsi le verbe savoir, pris dans 
son sens propre, ne pouvant rendre la dubitation par le conditionnel, 
a dû prendre et conserver une nouvelle tournure, celle par le sub- 
jonctif. Mais, très-restreinte dans son usage, cette tournure ne s'ap- 
plique qu'à la première personne ; on ne dit point: tune saches pas, 
il ne sache pas. 

Cette tournure est toujours négative, et M. Littré en a donné la 
raison. Seulement la négation peut accompagner sache lui-même: 

Cause que je ne sache pas qu'on ait encore remarquée (Montesquieu , 
Esprit des lois, XYII, 3) ; 
ou être représentée par le complément du verbe : 

Je ne sache aucun orthodoxe qui ait osé dire que . . . (Bossuet, Avert. 
repr. Idolâtrie, 17) ; 

eu enfin, et c'est le cas le plus rare, être implicitement contenue 
dans une restriction : 

Je ne sache que trois sortes d'iastruments à Taide desquels on puisse 
agir sur les mœurs d'un peuple. (J.-J. Rousseau, Lettre à M. d'Àlem- 
bert.) 

Avant d'examiner l'origine de cette locution, disons un mot de la 
locution analogue: que je sache. 

M. Littré la définit ainsi : « Locution dont on se sert à la fin d'une 
phrase (il faudrait ajouter : ou en forme de parenthèse) pour indiquer 
que, si un fait est autrement qu'on ne le dit, on l'ignore. » Ex. Il 
n'est point de destin plus cv\xQ\,que je sache. (Molière, A mjp%<.« III, 
1 .) — Ne descendant, que je sache, d'aucun Franc qui ait ravagé les 
Gaules. (Voltaire, Lettre à laChalotais, 11 juillet 1762.) 

Comment ici peut-on expliquer le subjonctif? Comme lefait.M. Bes- 
cherelle dans son Dictionnaire ? En disant: «Que je sache est un abrégé 



VARIETES 2W 

de Texpression suivante : (je ne pense pas) que je (le) sache? » Évi- 
denunent non ; plusieurs raisons militent contre cette façon de Tana- 
lyser. L'ellipse de je ne pense pas peut être admise ; mais celle du 
pronom complément le ? — De plus, l'analogie avec je ne sache 
pas est frappante ; comme cette dernière, la locution que je sache im- 
plique une négation. Elle ne s'emploie, en effet, qu'avec une phrase 
négative, — nous en avons vu des exemples, — ou interrogative, 
et alors l'interrogation, étant lexpression d'un doute, remplace la 
négation. Ex. Autant vaudrait être amoureux de la femme de Ma- 
thusalem ! Etait-elle jolie, que vous sachiez^ f (Fontenelle, Lettres 
gaL, II, 20.) — Enfin et surtout que, dans que je sache, est un pro- 
nom relatif et non une conjonction. L'analogie le prouve assez, puis- 
que, dans les exemples cités plus haut, on pourrait remplacer que 
Je sache par la locution familière que je crois . 

Vou3 n'êtes pas d'ici, qiie je crois. (Molière, G. Dandin^ I, 2.) 
Mais nous ignorons, que je crois, la demeure de la postérité; nous mettons 
mal son adresse. (Chateaubriand.) 

Voilà bien un emploi identique à celui de la locution que nous étu- 
dions; de même pour l'expression, plus familière encore: que je dis: 

Frère Nicolas, qu'il lui a dit, je ne peux pas vivre avec un mensonge 
(George gand), 

que je crois doit s'expliquer par à ce que je crois, — Que je dis par 
d*après ce que je dis, comme je dis. De même que je sache, à ce 
que je sais, d'après ce que je sais. Le subjonctif est simplement ici 
pour marquer le doute ; son emploi est tout à fait semblable à celui 
qu'il a dans je ne sache pas, et la même explication devra convenir 
aux deux tournures . 

Nous n'avons parlé jusqu'ici que du singulier sacAe. Mais les mo- 
ines locutions peuvent s'employer au pluriel : nous ne sachons pas, 
que nous sachions. Ici les deux formes verbales sont différentes et, 
dans les paradigmes de nos grammaires, sachons ne se trouve que 
pour la lr« personne de l'impératif. — Évidemment il n'y a là qu'une 
apparence trompeuse ; sachons ne peut être qu'un subjonctif, et 
non-seulement il l'est en effet, mais c'est la forme normale du sub- 
jonctif, tandis que sachions est un barbarisine étymologique : sap^ 
iamus = sapjamus == sachons ; sachions au contraire, = *sapj-ia' 
mus = *sap'i-iamus. Sachons, comme subjonctif, existait encore au 
XVI* siècle, et nous en citerons un exemple tout à l'heure. Pourquoi 
cette forme archaïque s'est-elle conservée ici ? Sans doute parce que , 
la locution étant exceptionnelle et difficile, on n'a pas bien su, en 

' Nous reviendrons plus loin sur ce pluriel. 



300 VARÏl^TÉS 

la prononçant ou en récrivant, à quel temps du verbe on avait affaire. 
— Pourquoi a-t-elle été remplacée dans que nous sachions par la 
forme moderne et ordinaire du subjonctif? Parce que le subjonctif est 
ici plus sensible, et parce qu'à première vue le relatif, en effet, a bien 
Tair d'une conjonction. 

C'est là sans doute le motif qui explique l'extension à la 2^ per- 
sonne qi4e vous sachiez, d'une locution qui semblait réservée à la 
première. Nous reviendrons sur ce fait un peu plus loin. 

Et, maintenant, quelle peut être l'origine des locutions examinées? 
ou, pour simplifier la question, quelle est l'origine de : je ne^sache 
pas? 

Citons encore M. Littré et son savant Dictionnaire (art. Sa.voir, 
Rem, 3). « Elle (cette tournure) paraît être née au XVI' siècle. Voj. 
V Historique. On peut conjecturer que ceux qui les premiers Font 
employée ont sous-entendu : j'ose dire, l'usage étant, au XVI* s., de 
mettre le subjonctif avec direy quand Taffirmation n'était pas abso- 
lue. » 

Et, à THistorique, M. Littré cite les exemples suivants : Le livre 
n'est encores imprimé, que je sçaiche. Rabelais, Pant,, II, 15. — On 
y trouve des nations n'ayant, que nous sçachons, ouï nouvelles de 
nous. Montaigne, II, 334. — Je ne sçaiche en ma vie l'avoir offensé. 
Carloix, IV, 3. — Aussi osé-je dire que je ne sache homme ii chatouil- 
leux, qui ne Paré, Dédicace au lecteur. — Je ne sache homme 

si peu versé en astrologie qui Id., IX, 2« dise. — Au demourant, 

qu'il ait esté en Afrique et en Espagne, et jusques aux Indes, je ne 
sache 'personne qui l'ait escrit. Amyot,Zyc., 6. 

Tels sont les exemples de M. Littré. Si nous les avons cités tous, 
c'est qu'ils suffisent, selon nous, à rendre bien improbable la conjec- 
ture qui lès accompagne. 

Remarquons, en effet, que l'ellipse de fose dire, supposée par 
M. Littré, est assez hardie et assez extraordinaire pour qu'on s'attende 
à trouver de nombreux exemples de la locution complète précédant 
la locution elliptique, puis existant concurremment avec elle. Or, sur 
six exemples cités par M. Littré, un seul renferme la prétendue prQ- 
tposition principale fose dire, — et, ce qui est plus grave, cet exemple 
est emprunté à la Dédicace d'A. Paré. Cette Dédicace a paru pour 
la première fois en 1561, tandis que le deuxième livre de Pantagruel 
a été publié en 1552, et les Yies d'Amyot en 1559. 

Secondement, si l'ellipse de fose dire peut se suppoisor devant 
je né sache pas, comment la supposerait^on devant que je sache ? Il 
faudrait en revenir à l'aoaly^e de M. Be8olierelle,etnous croyons avoir 
montré qu'elle est inexacte. M. Littré, d'ailleurs, est tout le premier 
porté à expliquer que par un relatif, non par tine conjonction ; « que 



VARIÉTÉS 301 

je crois, locution familière et elliptique pour : à cfe que je crois 

On dit de même que je sache, à ce que je sache. » Dictionnav^e, art. 

QUB, PRONOM RELATIF, 60. 

Enfin un exemple précieux, que je dois à Tobligeance de M. Cha- 
baneau, nous montre la locution bien avant le XVI« siècle. On lit 
dans le livre de Joh (ligne 3): 

Ki ne sachet que Us est terre de païens? 

Pour finir donc et me résumer, je hasarde les conjectures suivantes, 
mais je les hàfearde sous toutes réserves . 

Le qui ne sace de Job pourrait se traduire en latin, sinon pour le 
sens, du moins pour la forme, par la locution classique: quis non 
sapiat. Le latin, en effet, employait le subjonctif pour marquer une 
interrogation dubitative ; il l'employait encore pour une affirmation 
adoucie et mêlée de doute : velim, nolim. De là a dû naître en fran- 
çais un emploi analogue du subjonctif. — Cet emploi a pu exister 
pour d'autres verbes que pour le verbe savoir ; mais les nuances 
qu'il avait pour but de rendre ayant été rendues par le conditionnel, 
il est bien vite tombé en désuétude. Savoir seul l'a conservé, parce 
qu'il se trouvait que son conditionnel, accaparé par d'autres usages, 
ne rendait pas les nuances nécessaires et ne faisait pas double em- 
ploi avec le subjonctif. Néanmoins cette tournure est rare pendant 
tout le moyen âge et elle n'a repris faveur qu'au XVI® siècle, grâce 
sans doute à 'l'influence latine *, peut-être aussi par suite de la con- 
struction que M. Littré signale: j*ose dire que et le subjonctif. 

Non-seulement la tournure était devenue rare; mais, étant excep- 
tionnelle et difficile, elle s'était de plus en plus restreinte dans ses 
usages ; de sorte qu'on ne l'emploie plus que dans une phrase négative 
et à la première personne du singulier ou du pluriel, surtout du sin- 
gulier. Nous ne sachons pas est plus rare que je ne sache pas, parce 
que la dubitation jointe à la négation se comprend surtout lorsque 
l'on parle de soi-même ; si l'on parle de plusieurs personnes, même 
en se comprenant parmi elles, la nuance paraît moins sûre et la lo- 
cution moins légitime. — Que nous sachions est moins rare que nous 
ne sachons pfis, parce que, nous l'avons dit, on croit voir ici un sub- 
jonctif ordinaire précédé d'une conjonction, et la tournure est moins 
étonnante,. Ainsi s'explique-t-on l'emploi de la deuxième personne du 
pluriel que vous sachiez, seule exception à la règle ci-dessus posée. 
Je ne dirai plus qu'un mot pour expliquer qu'après avoir employé la 

^tQue je sàcfiCy par exemple, a pour correspondant exact le latin quod 
sciant; et cette analogie pourrait être invoquée pour établir l'analyse de la lo- 
cution française. 



3a« VARIÉTÉS 

troisième personne, comme dans Joh, la langue se soit réduite à la 
première et surtout à la première du singulier m II n*y a que celui 
qui parle, dit M. Littré, qui peut imprimer à sa phrase ce que son 
esprit contient de dubitatif. » Je demande la permission de modifier 
cette phrase et de dire : // était surtout nécessaire que celui qui parle 
pût imprimer à sa phrase ce que son esprit contient de dubitatif.*» 

E. RiaA.L. 



L'ORIGINE ARABE DU MOT ALKÉKENGE 



Quelque répulsion que Ton professe pour toute étymologie française 
empruntée à Tarabe, il semble qu'on puisse sans regret abandonner 
à l'idiome sémitique un mot qni se présente sous cet aspect bizarre et 
difforme: alkékenge. Et, d'ailleurs, peut-on qualifier de français un 
terme qui ne se rencontre que sous la plume des savants en us et 
dans les traités de botanique? Le peuple dit coqueret et laisse alké- 
kenge aux pharmacopoles. 

Jusqu'ici donc, les romanistes s'abstenaient de toute prétention la- 
tine audit alkékenge. Un remords pourtant a saisi l'un d'eux, non 
point le premier venu, mais un des meilleurs, des plus sages, des 
plus sévères (je le qualifierais plus librement s'il n'était et mon ami 
et mon maître). Dans un des derniers numéros de la Revue* ^ M. Bou- 
cherie, relevant une série de termes de botanique oubliés ou incom- 
' plétement signalés dans le grand Dictionnaire de Littré, expose, en 
passant, ses doutes relativement à l'origine arabe à^alkéhenge, et, 
par une série fort ingénieuse d'intermédiaires hypothétiques, il dé- 
montre que le malheureux vocable peut très-normalement provenir du 
grec latinisé halicacabus , 

Soit ! Mais l'arabe aUhahendj ? dirons-nous qu'il dérive aussi du 
grec, et que les altérations, assurément remarquables, subies par ce 
terme grec dans les gosiers arabes, ont conduit identiquement au même 
résultat que dans les bouches gauloises? M. Boucherie sait assez de 
phonétique arabe pour reconnaître l'extrême difficulté de cette hypo- 
thèse. Sera-ce donc au français que Tarabe aura pris son vocable? 
Mais qui croira qu'aux temps d'Avicenne, en plein Xle siècle (sinon 

* Cet article imprimé, M. Chabaneau appelle notre attention sur la locution 
qui vive? où vive est certainement un subjonctif. Il semble que son emploi 
soit tout à fait analogue à celui de sache dans : qui ne sache. Ici la proposition 
n'est plus négative, mais elle est toujours dubitative, et la dubitation .amène 
le subjonctif. 

«Févr. 1881, p. 72. 



VARIETES 303 

plus tôt), la terminologie scientifique arabe fît des emprunts au fran 
çaîs ? Est-ce le français ou Tarabe qui le premier a employé ces autres 
noms de pUntes : abutilon, anil, auberginCy azédarac, bédéguar, 
cétérachy lilaSy sumac, etc.? 

Ce qui a fait naître et justifie, il faut bien le dire, les scrupules de 
M. Boucherie, c'est la définition fort mauvaise, ou tout au moins fort 
incomplète, du terme arabe kakendj qu'il a lue dans Littré. Littré 
l'avait prise dans Freytag, et Freytag l'avait empruntée à Firouza- 
bâdi. Fauteur du grand dictionnaire arabe (en arabe) appelé Qamous, 
Assimiler le nom ducoqueret, avec sa jolie baie rouge enfermée dans 
son alcôve orange, à celui de la « résine d'un arbre », cet arbre 
poussât-il sur les montagnes d'Hérat, cela pouvait bien passer pour 
une hardiesse d'étymologiste dans l'embarras. Ce sentiment ne fût 
point né dans Tespritde M. Boucherie, si le Dictionnaire de Littré eût 
appris au lecteur que le kakendj^ chez Ibn Beitar, qui vécut à la cour 
de Saladin, et chez Avicenne, qui écrivait vers Tan 1030, est absolu- 
ment identique à notre coqueret * . 

Donc abandonnons à l'arabe son alkékenge^c{\x\ lui appartient très- 
légitimement, et gardons notre coqueret. 

Marcel Devio. 



SUR UN VERS DE NA GORMONDA 

Dans son édition de Guilhem Figueira, M.Emil Levy traduit à faux 
le passage suivant du sirventés de Gormonda : 

Fais heretges quetz 
Que non temon vetz. (v. 95 et 96.) 

M. Levy met de côté vetz, dérivé de vice = fois, allem.. Mal, Vetz 
. provenant de vitium = coutume, habitude, allem . , gewohnheit, ne 
lui offrant pas un sens satisfaisant, il lui attribue la signification pri- 
mitive de vitium = vice, signification que ce mot n'a jamais eue en 
provençal. En conséquence, il traduit :« die sich nicht vor Lastern 
acheuen =qui ne reculent devant aucun vice. » 

M. Tobler, de son côté (ibid., p. 108), propose de changer non te- 
mon vetz en nos tenon netz, altération bien inutile d'un texte parfai- 
tement intelligible. 

En effet, il ne s'agit ici ni de vetz = fois, ni de vetz = coutume, mais 
bien de vet = défense, prohibition, interdiction, substantif verbal 
formé sur vedar dérivé de vetare = défendre, prohiber, interdire. 



* Avicenne préconise le suc extrait du kakendj, et surtout des feuilles, pour 
les ulcères invétérés. 



3Ô4 VARIETES 

Vetz est Taccusatif pluriel de vet. Il faut donc traduire : u hérétiques 
hypocrites qui os craignent pas les défenses [de TÉglise] »; c'est-à- 
dire « qui méprisent ces défenses.» A. Millet. 

[L'interprétation de M. Millet est oeiptainement la vraie. On peut, à 
l'appui, faire remarquer : \^ que le vers correspondant du«irventés de 
G. Figueira auquel Gormonde répoftd a, ^n riiae, devei», oà le seni 
de défenses n'est pas douteux; ^ que 'oetz =^vieem oixmUwm et que 
neU ont un e fermé (estrett), tandis que lariine exigerait wi eouvtft 
{larg). Il est vrai que cette dernière raison, qui sevait sans réplique 
dans la pièce de Figueira, n'a pas ia même foiice pour celle de Ger- 
monde, cette trouveresse paraissant avoir traité la rime de façon 
assez libre. Ainsi précisément, nous trouvons rimant av^e le vetz^ qui 
est l'objet delà note ci-dessus, trois ma^ {qtietz, siecretz, décrets), où 
Ve est certainement fermé, deux (pessetz et trudets) où il l'est proba- 
blement (car pessetz ne paraît pouvoir être qu'un dkminutif de pes ou 
de pessa = pensa), et un seul (sabetz) où il est ouvert. Ailleurs, Toi- 
zanSj V. 72, où Va est fermé, rime avec des a ouverts, «deccc, v . 24, rime 
avec des mots à e ouvert. Mais dans ce dernier cas xl est probable que 
la faute est imputable au copiste et qu'il faut lire pecœ (subst. ver- 
bal depecar). Au vers 27, on trouverait de même un o fermé (trossa) ri- 
mant avec des ouverts, s'il fallait accepter la leçon adoptée par l'édi- 
teur. Mais l'un des deux mss. donne trasdossa, mot où l'o est ouvert, 
et que M. Levy aurait dû dès lors préférer, d'autant plus que Figueira 
l'emploie dans le vers correspondant de sa tenson et que Gormonde, 
comme il est facile de le remarquer en maint autre passage, et comme 
je viens d'en citer un exemple, aime à reprendre à son compte, pour les 
appliquer à Figueira lui-même ou aux hérétiques, les rimes de 
ee dernier. 

Aux vers 107 et 108 de la même pièee, la leçon du ms. R, rejetée 
par M. Le«vy, donne un sens excellent et une phrase irès-fégulière, 
tandis que celle de 0, qu'il a adoptée, est inacceptable à tous égards. 
Lé vers 106 est corrompu. Je pense que sous clauzis e sauptftz se 
cachent des noms de sectes et que naisson devrait être corrigé en 
veiremy ou, mieux encore, vei hom. 

Le vers 103 paraît devoir être corrigé E lur toion lutz (au lieu de 
tolh aalutz). Au vers 105, il faut préférer la leçon de R {en reman 
quecx nuiz) ou corriger e reman en (au lieu de remanon). 

Le vers 44 paraît devoir être corrigé et poncrtué ainsi : 
Heretjes mesquis son, qui ve (au lieu de vol) lur estatge. 

Un premier copiste aura écrit uellur, qui aura été mal lu par lei 
sdivsuits. 'C. C.) 



BIBLIOaRAPHIË 



Littérakiiret>pop«lair«t dt touitt 1m nations. — Traditions, lé- 
gendM, contes, ohaasons, provorbos, dtvinottos.— T. !•«. Littéra- 
ture oràke de la haxde Bretagne, par Paul SfeiLLOT. — Paris, Maison - 
neuve etCe, éditeurs, ^, quai VolUire. 1881. la-id, XII400 pages. Prix: 
7 ff . 50. 

CoUectiott ad tuum bibUophilorumj formée de charmants volnmes 
(€ elzéviriens, imprimés avec le pins grand soin sor papier de û\ teinté 
à Uk cuve, fabriqué spécialement pour ladite collection et élégamment 
cartonnés . » La marne annonce nous apprend que, outre le présent 
volume, qui est le premier de la série, trois autres vont suivre, qui, con- 
tiendront, Tnn, les ConUi égyptiensy par M.Ma8pero, professeur au Col- 
lègue de France ; les deux autres, les Légendes ehrétiennes de la basse 
Bretagne, par Mi Luzei. 

A en juger par l'échantillon que nous avons sous les yeux, nous 
poQvrons dire que les bibliophiles se déclareront satisfaits. Toutes les 
promesses de TanAonce sont en effet réalisées, et rien n'a été négligé 
de ce qui peut plaire à Fseil. Observons cependant, ne fût-ce que pour 
prouver que nous y avons regardé d'assez près, qu'il y a des lettres 
tombées à la fidde deux ou trois lignes. 

Voilà pour l'extérieur, pour la toilette du livre. Passons maintenant 
à la lecture, à l'examen de l'ouvrage lui-même. Ici encore nousn*avons 
guère qu'à louer. Le plan est simple, le cadre bien rempli et les sujets 
choisis vraiment intéressants. 

M. Sébillot, déjà connu par des travaux du même genre relatifs aux 
mêmes contrées, notamment par ses Contes populaire» de la haute 
Brttagne, étsit tout désigné pour cette tftche. H s'en est acquitté à 
son honneur et soas que ce second travail fasse double emploi avec 
le premier. Ou;tre que sa moisson de contes, de légendes, de devinettes, 
etc., a été grossissant, il a voulu, dans ce volume conçu sur un autre 
plan, donner une idée nette et suffisamment complète de chaque genre. 
Il a divisé, comme il a soin de le déclarer (p. vi), son livre en deux 
parties : « la première contient seulement des spécimens des divers 
genres de contes les plus répandus ; en tête de chaque groupe, il a 
placé une sorte d'introduction, où il a essayé de déterminer la caracté- 
ristique de chacun d'eux, t^ 

Ces textes sont pour la presque totalité écrits en français, quelques- 
uns, trop peu nombreux à notre gré, en patois gallot. Il va sans dire 
qae M. Sébilloty en les reproduisant ainsi, n'a fait que se conformer 



306 BIBLIOGRAPHIE 

aux habitudes des narrateurs, sans prétendre faire œuvre d^artiste ou 
de philologue, c'est-à-dire sans corriger les défauts littéraires et sans 
exclure le français au profit du patois. C'est du premier écueil surtout 
qu'il faut se garer. Je sais, en efEet, plus d'un patoisant distingué qui 
ne pourrait se résoudre à imprimer avec leur véritable physionomie 
ces productions souvent mal réussies de l'imagination populaire. Sans 
doute le commun des lecteurs leur saurait gré> de leur intervention et 
d'être en quelque sorte plus peuple que le peuple, plus royalistes que le 
roi ; mais le savant ou, plus simplement, l'homme qui veut s'instruire, 
qui tient plus à savoir le vrai du vrai que le fin du fin, préfère et de 
beaucoup, la première manière à la seconde* 

C'est, d'ailleurs, dans cette voie que sont entrés depuis quelque 
temps ceux qui font collection de contes populaires. Leur succès ne 
peut qu'encourager ceux qui les imitent ou se proposent de les imiter. 

M . Sébillot, qui est très au courant de la bibliographie de son sujet, 
fait suivre chaque pièce des références nécessaires ; de sorte qu'on 
peut toujours les rapprocher des textes plus ou moins semblables que 
donnent les autres collections. 

Je regrette seulement qu'un court glossaire n'ait pas recueilli et 
expliqué toutes les formes patoises un peu difficiles qu'on rencontre 
dans quelques pièces. Ainsi, p. 295, 1.13, que signifient emmêle, et, 1. 20» 
crapé f 

Quelques observations pour finir : 

P. 351, dernière ligne: Tu tombes à bas. Ne faut-il pas lire: ça 
bas = ici-bas f 

P. 367, § 83 . « La communauté de Saint- José : deux têtes sus 
l'oreiller et deux pantoufles sous le lit. » Cf. le dicton limousin: Rele- 
jûso de sen Francei, Doua têtâ sur un chabei. — Religieuse de Saint 
François, deux têtes sur un chevet. Reo, des l, rom.y t. VII, p. 442^ 

P. 372, § 126. « Sembèle qu'il arait la Tandourie.» Sembèle doit se 
traduire littéralement par semble et non par semblerait 

A. B. 



CHRONIQUE 



Communications faites rn séance de la Société. — 6 juillet. — 
La légende roumaine de la vieille Dochia, par M. Henri Catargi ; 

La langue d'oc dans le cartulairo de Notre-Dame de Nimes (834- 
1156), notes inédites réunies par feu Joseph Bîiuquier; 

^ Vouccbsioun de la counstitucioun de la Roumanio en reiaume inde- 
pendent, revira de l'anglés de William-C. Bonaparte- Wyse, par M, A. 
de Gagnaud ; 

Une paraphrase en vers des Psaumes de la pénitence, texte com- 
muniqué par M. Camille Chabaneau ; 

JEstivenco, poésie provençale (sous-dialecte d'Avignon et des bords 
du Ehône), par M. Paul Gaussen. 

Les romanistes ont fait une perte sensible en la personne de notre 
collègue et collaborateur Joseph Banquier, mort quelques mois après 
Ba nomination au poste de Conservateur de la Bibliothèque municipale 
de Nimes, rendu vacant par 1© décès du savant et vénérable Germer- 
Durand . 

La Bévue aura l'occasion d'apprécier bientôt les services que 
M . Banquier rendit à la philologie méridionale et à l'histoire littéraire 
proprement dite, par ses recherches sur les Frovençalistes du X Ville 
siècle, le Premier Sonnet fait par un Français, Une lettre d'Auhanel de 
Nimes à Pierquin de Gembloux, etc . Les travaux qu'il avait en pré- 
paration étaient aussi variés que nombreux. Ils ne seront heureuse- 
ment perdus ni pour la Revue, qui doit en publier quelques-uns, ni 
pour les études qu'elle représente. L'auteur les a légués à M* A . Roque- 
Ferrier, qui en a disposé en faveur des archives de la Société des 
langues romanes, où ils seront classés et catalogués sous la dénomi- 
nation de fonds Bauquier. 



Le Félihrige a introduit une importante modification dans ses 
statuts, en décidant que le chiffre des majoraux serait porté de cin- 
quante à cent, et que ce dernier nombre serait afférent, par égales 
moitiés, à TËspagne et à la France. Les élections complémentaires de 
France ont eu lieu, et le résultat en a été proclamé dans rassemblée 
générale tenue à Marseille le 22 mai, sous la présidence de M. Mistral. 

Nous avons été heureux de constater que le président de la Société 
des langues romanes^ M. Antonin Glaize ; celui de la maintenance du 
Languedoc, M. Camille Laforgue ; ainsi que le secrétaire de l'une et de 
l'autre, M. A. Roque-Ferrier, avaient été nommés en première ligne 
sur les listes présentées aux suffrages des majoraux. 

Les nouveaux élus sont MM. Melchior Barthés, Castela, Alfred 
Chailan, François Delille, Maurice Faure, A. Fourès, Malachie Frizet, 
Paul Gaussen, Marius Girard, A. Glaize, J. Huot, G. Laforgue, J. Monné, 
l'abbé Pascal, Charles Poney, A. Roque-Ferrier, E. Roussel, Junior 
Sans, A.-L. Sardou, Tamizey de Larroqne, le comte de Tonlouse- 
Laatrec et Aug. Veniot. 



808 CHRONIQUE 



LlVB£S DONNâS A LA BiBLIOTHàQUB DE LA SOCIÉTÉ. — Cudisch de 

devoziun ed instrucziun per in erifitianeivel pievel, etc. Glion, Woll- 
mar et Manetsch, 1866; in-12, 336 pages (don de M. Jules Blancard); 

Le Jargon ou langage de Targot réformé pour rinstruction des 
bons grivois, recueilli des plus fameux argotiers de ce nom. Boai^caire, 
Ragotin (?;, S. D.; in-18, 30 pages (don de M. Clair Gleizes); 

Balaguer y Merino (Andrés): D. Pedro, el condestable de Portugal, 
considerado como escritor, erudito y anticuario ( 1429-66 ), estudio 
hist6rico-bibliogrâfico. Gerona, Dorca, 1881; in-4<^, 70 pages ; 

Bonneville (B.)* Ce que speravian pas, ou Jean-Pierre vengu de 
Brest, intermède provençal terminé par le Train de St-Giniés. Sur 
l'imprimé à Marseille, Hermitte aîné, 1790; in-18, 16 pages (don de 
M. Clair Gleizes ; 

Chevalier (l'abbé) : Choix de documents historiques inédits sur le 
Daupliiné, publiés d'après les originaux. Montbéliai'd, Hoffmann, 1874; 
in-8o, viii-400 pages ; 

Chevalier (l'abbé): Correspondance politique et littéraire du marquis 
de Valbonnais, président de la Chambre des comptes et historien du 
Dauphiné, publiée et annotée. Grenoble, Drevet,1872; in-S®, iv-84p.; 

Chevalier (l'abbé) : Dante Alighieri, biobibliographie. Montbéliard, 
Hoffmann, 1877; in-16, 22 pages; 

Chevalier (l'abbé) : François Pétrarque, biobibliographie. Montbé- 
liard, Hoffmann, 1880; in-16, 16 pages; 

Chevalier (l'abbé) : Inventaire des Archives des Dauphins à Saint- 
André-de-Grenoble en 1277, publié d'après l'original, avec table alpha- 
bétique et pièces inédites. Paris, Franck, 1869, in-8'*, 48 pages ; 

Chevalier (l'abbéj : Inventaire des Archives des Dauphins de Vien- 
nois à St- André*de-Grenoble en 1346, publié d'après les registres ori- 
ginaux, avec tables chronologique et alphabétique. Paris, Franck, 1871; 
in-8*>, xxiv-380 pages ; 

Chevalier (l'abbé): Jeanne d'Arc, biobibliographie. Montbéliard, Hof- 
fmann, 1878; in-16, 20 pages; 

Chevalier (l'abbé): la Sainte Vierge Marie, biobibliographie. Montbé- 
liard, Hoffmann, 1879; in-16, 22 pages ; 

Chevalier (l'abbé) : les Deux Entrées et Séjours du Très-Chrétien 
Roi de France Charles VIII en la cité de Vienne, les années 1491 et 
1494, publié d'après les maDUScrits de Grenoble, de Montpellier e^ de 
Vienne . Vienne, Savigné, 1881 ; in-8*, 20 pages ; 

Chevalier (l'abbé) : Nécrologe et Cartulaire des Dominicains de Qre- 
noble, publiés d'après les originaux, avec plan et table alphs^bétique. 
Montbéliard, Homnann, 1870; in-8°,82 pages ; 

Chevalier (l'abbé): Notice analytique sur le cartulaire d'AiiQon de 
Chissé aux archives de l'évêché de Grenoble, avec notes, tj^ble et pfècep 
inédites. Colmar, Hoffmann, 1869; in-8°. 96 pages; 

Chevalier (l'abbé): Notice chronologico-historique sur les archevê- 
ques de Vienne, d'après des documents paléographiques iuédits. Vie^nç, 
Savîgné, 1879; in-S», 20 pages ; 

Chevalier (l'abbé) : Notice historique, littéraire et bibliographique 
sur Letbert, abbé de Saint-Buf (IIOÛ-IUO), 2« édition. Paris, Thorin, 
18,68; in-80, 20 pages ; 

Chevalier (l'abbi^) : Notice eut UG missel de l'église d^ Pie, in^nn^é 
au XVe siècle. Grenoble, Allier, S. D. ; in-8**, 8 p^e9 ; 



CHRONIQUE 309 

Chevalier (l'abbé): N.-S. Jésus-Christ, biobibliographie. Montbéliard, 
Hoffmann, 1878; in-16, 60 pages ; 

Chevalier (Fabbé): Ordonnances des rois de France et autres princes 
Bouverains relatives au Dauphiné, précédées d'un catalogue des regis- 
tres de l'ancienne Chambre des Comptes de cette province. Colmar, 
Hoffmann, 1871; in-S^, Liv-186 pages; 

Chevalier (l'abbé) : Fouillés des diocèses de la province ecclésiasti- 
que de Lyon, publiés d'après un manuscrit de la Bibliothèque impé- 
riale. Lyon, Vingtrinier. 1869; in-8°, 32 pages; 

Chevalier (l'abbé): Saint Paul, apôtre; biobibliographie. Montbéliard, 
Hoffmann, 1880 ; in-16, 16 pages; 

Chevalier (l'abbé): Saint Pierre, apôtre ; biobibliographie. Montbé- 
liard, Hoffmann, 1880; in-16, 16 pages ; 

Chevalier (l'abbé) : Scriptores rerum germanicarum in usum scho- 
larum ex Alonumentis Germaniœ historicis recudi fecit Georgius Hein- 
ricus Pertz (Extrait do la Revue crilique^ 1869). Nogent-le-Rotrou, Gou- 
verneur, 1869: in-8<*, 8 pages ; 

Chevalier (l'abbé) : Statistique ecclésiastique. Pouillés du diocèse de 
Vienne. Romans, 1876; in-8o, 68 pages; 

Chevalier (l'abbé) : Une nouvelle édition des Œuvres complètes de 
saint Avit, évêque dé Vienne. Vienne, Savigné, 1869; in-8°, 8 pages; 

Chevalier (l'abbé) : Visites pastorales et ordinations des évêques de 
Grenoble de la maison do Chissé (XIV®-XV« siècles), publiées d'après 
les registres originaux. Montbéliard, Hoffmann,! 874 ;in-8*», xxxvi-184 



Chevalier (l'abbé) et Lacroix (André): Inventaire des Archives dau- 
phinoises de M. Henry Morin-Pons. Dossiers généalogiques. A.-C. 
Lyon^ Perrin, 1878, in-8<», viii-308 pages; 

Lacataou (?): Eis électeurs de la villo de Grasso. Grasso, Foucard, 
8. D ; in-8°, 4 pages (don de M. Cavalier jeune); 

Matfre Ermengaud : le Breviari d'Amor, suivi de sa lettre à sa 
Boeur, publié par la Société archéologique, scientifique et littéraire de 
Béziers ; Introduction et glossaire, par Gabriel Azaïs, secrétaire. Tome 
second, 4* et dernière livraison. Béziers et Paris, 1881; in-8o, pages 678 
k 772 (don de M. Gabriel Azaïs); 

Milâ y Fontanals: lo Sermô d'en Muntaner, Adiciô. Paris, Maison- 
neuve et C*, 1881; in-8®, 12 pages ; 

Robert (A.-C.- M.) : Examen critique du poëme de Partonopeus. 
Paris, Crapelet ; in-4<», 64 pages (don de M. Jules Blancard); 

Roux (l'abbé Joseph): Bemat de Ventadoum, poëme limousin. 
Montpellier, Imprimerie centrale du Midi, 1881; in-8®, 8 pages; 

Roux (l'abbé Joseph) : l'Inscription du château de Montai, étude 
épigraphique. Tulle, Mazeyrie, 1880; in-12, 36 pages ; 

Ruland (A.) : Etude sur l'abbé Trithème (1462-1616), traduite de 
l'allemand, par l'abbé Chevalier. Versailles, Beau, S. D.; in-8®, 32 pages 
(don de M. l'abbé Chevalier); 

Sans (Junior) : Autros beit telados del felibre de la Naveto. Paris, 
Jouaust, 1881 ; in-12, 66 pages; 

Semmola (Nicola): Poche Rime giovanili. Napoli, Jovene, 1878; 
in-16, 124paees; 

Verdot (A.) : Santo Roso de mai. cantico sus uno meloudio de l'abat 
Fauré. Marsiho, Mabilly, 1876; in-4^4page8 (don de M. Clair Gleizes); 

Vidal (Francés) : Festenau de Santo Estello à Marsiho. Brinde ei 

24 



310 CIIROKIQUK 

tradutour en vers f rancés deis obro dei f elibre, emô doues cansom : 
lou Tambourinaire^ la Marsihfso dei Latin e lou sounet la Mignardé 
en apoundoun. [Aix, Remondet- Aubin, 1881] ; in-8°, 1(3 pages; 

Vingt-quatre journaux renfermant des textes ou des indications de 
nature à intéresser les études philologiques ou l'histoire de la littérature 
méridionale, donnés par MM. Gabriel Azaïs (1), de Berlue- Perussi8(7)l 
Frédéric Mistral (6), Roque-Ferrier ^9) et Louis Roumieux (1). 



Corrections au numéro de mai 1881 



Les psaumes de la. pénitence. — P. 220, ps. l, v. 36, rétablir 
dans le texte dons e; v. 38, supprimer les parenthèses qui renferment 
le « de humeliatz. 

P. 221 et 223, ps. ci, vv. 17 et 73, rétablir dans le texte gensa- 
inent[z]y gensamens. 

En conséquence, ajouter, p. 216, avant Enrfen^, 1. 91, rarticle sui- 
vant : 

Dons (i^ 36), si la leçon est bonne, = dompté (domitus). Raynouard 
a damdcy qui existe encore ; 

Même page, 1. 24, substituer à l'article de gemamens celui qui suit: 

Gensamens (ci, 17 et 73) = gémissements ; traduit gemitus* Du 
verbe gensar = gémir, que le dictionnaire de M. Azaïs (je ne Tai trouvé 
dans aucun autre) rend psiT haleter et donne comme spécialement pro- 
vençal. Ce verbe, en effet, a cours en Provence, comme le prouve le 
passage suivant d'Aubanel : 

Dins lerrour envoula Ils aucèu de malastre 
GençoQ coume d'enfant, quilon à faire pôu. 

«. . . . les oiseaux de malheur ^emessen* comme des enfants. ...» 
{Revue, ix, 298.) 

Mon ami A. Boucherie, qui me signale ces deux vers, explique' 
très-bien gensar par ^gemitiare, qu'il rattache kgemitus par ^gemi- 
tium. Cf. exituSy exitium ; initus, initium, initiare. 

P. 229, remplacer la note sur le v. 36 du ps. l par celle-ci : 

36. « dons e. 3) Corr. d'orne, et, v. 38, humeliat[z\f Si la leçon du 
ms. est la bonne, il faudrait au contraire corriger, v. 36, trehalhat[»\ 
et V. 38, cor[jr], qui serait ainsi au pluriel. 

P 230, ps. CI, vv. 17 et 73, supprimer les notes sur gensamens. 

C. C. 



Le gérant responsable : Ernest Hamelin. 



TABLE DES MATIÈRES 

DU TOME CINQUIÈME DE LA TROISIÉMB SÉRIE 



DIALECTES ANCIBN3 

Lo Sermo d'en Muntaner, adiciô (Mila. y Fontanals). 5 
Spécimen du langage parlé dans le département des Hautes- 
Alpes vers la fin du XII* siècle (l'abbé Paul Guillaume). 53 
La Traducciô catalana del Flos Sanctorum (Balaguer y Mb- 

RINO). 56 

Note sur la déclinaison du pronom relatif français (L. Clkdat). 70 

Izalar-^Azilar (J. Bauquier). 62 

Les Sorts des Apôtres, addition (C Chabanbau). 63 

Comput en vers provençaux (C. Chabaneau). 157 
Traduction des Psaumes de la pénitence en vers provençaux 

(C. Chabaneau). 209-310 

Les Manuscrits provençaux de Cheltenham (L. Constans). 261 

DIALECTES MODERNE» 

Le Premier Sonnet fait par un Français (J. Bauquier). 65 
Technologie botanique (A. Boucherie). 71-1 18 
Glossaire des comparaisons populaires du Narbonnais et du 

Carcassez (A. Mir). 105 
Poésies languedociennes de Léon Rouvière (le vicomte du 

Vallat). 180-241 

POÉSIES 

Gâifre d'Aquitanha tTabbé Joseph Roux). 13 

A Madamo Soubeyran (Louis Roumieux). 16 

Lbu Pin e lou Caniè (A. Langlade). 17 

Mbun oustalet (L. de Berluo-Perussis). 19 

La mia Casëtta (l'abbé Joseph Spera). 19 

Redoundel (le pasteur Fesquet). ' 23 

La Font de Carrousset (F. Delille). 81 

A moun amie Bertouraieu Bedos (Coulazou). 83 

Bernât de Ventadourn (l'abbé Joseph Roux). 85 

Lo Llop yl'Anyell (J. Pépratx). 138 

Amfos de Balbastre (G. Azaïs) 139 

Siaume CL (le pasteur Fesquef). 146 

Uno amigo d'Antounieto (Louis Roumieux.) 253 

Carabin (Louis Roumieux) 290 

VARIÉTÉS 

Formes extraites de la deuxième satire de Perse traduite en 

vers lodévois (A. Roque-Ferrier). 24 

Le Dieu qui lançait des pierres (A. Koque-Ferrisr). 147 

Odierne et Beaucaire (J. Bauquier). 149 

Je ne sache pas; que je sache. . . (E. Rigal). 296 

L'origine arabe du mot alkékenge (Marcel Devic) . 302 

Sur un vers de Na Gormonda (A. Millet et C. Chabaneau). 303 



312 TABLE DES MATIERES 

BIBLIOGRAPHIE 

Essai sur l'histoire du sous-dialecte du Rouergue, par M. Con- 

stans (Suite et fin) (Chabaneau). 27 
Chants populaires du Languedoc, par MM. Mcntel et Lambert 

(d'Ancona). 37 
Uno siblado is arquin, par M. William-C. Bonaparte- Wyse 

(A. Roque- Fkrrier). 39 
Anfos, drame, par M. Paul GourdoufA. Roque-Ferrier). 42 
Joufrois, p. par MM. Hofmann et Muncker (C. Chabaneau). 88 
Quattro Novelline livornesi, p. par M. Prato (F. Castets). 91 
Etude des dialectes romans de la basse Auvergne, par M. Mal- 
val (A. Roque-Ferrier). 92 
Lettres de César de Nostradamus, par M. Tamizey de Larroque 

(C. Chabaneau). 95 
La Félibréede Saint-Maime (A. Roquk-Ferrier). ' 95 
Le Félibrige à Marseille, par M. E. Tavernier (A. Roque- 
Ferrier). 96 
La Légende d'Œdipe (Constans et Boucherie). 97-258 
Du Génitif latin, par M. Clairin (L. Constaîns). 150 
Vie de Saint Guilhem-du-Désert, par l'abbé Saumade (A. Ro- 
que-Ferrier) . 200 
Chants des félibres, par M. F. Delille (A. Roque- Fkrrier). ' 205 
Autres bèit telados, par M. Junior Sans (A. Roque-Ferrier). 254 
Littérature orale de la haute Bretagne, par Paul Sébillot (A. 
Boucherie). 305 

PÉRIODIQUES 

Remania (A. Boucherie, F. Castets, C. Chabaneau). 43-153-206 
Le Courrier littéraire de l'Ouest (Boucherie et Chabaneau). 255 

Chronique . 49-104-154-207-259-307 

Errata. 52-104-260-310 

Table des matières. 311 



REVUE 



DBS 



LANGUES ROMANES 




MONTPBLLIBR, IMPRIMERIE CENTRALE DU MIDI. — HâMELIN FRÈRES 



G 



REVUE 



DBS 



LANGUES ROMANES 



PUBLIEE 



PAR LA SOCIETE 

POUR L'ÉTUDE DES LANGUES ROMANES 



Troisième Série 
TOME SIXIÈME 



TOME XX DE LA COLLECTION 
I 




MONTPELLIER 

kV BUREAU DES PUBLICATIONS 

DE LA SOCIÉTÉ 
l*UI7K L'ftTUDII OBS LANaUBS ROICANBS 



PARIS 
MAISON NEUVE ET €*• 

LIBRAIRKS-ÉUITBURS 

*25, QUAI VOLTAIRE, 25 



M DG(X: I.XXXI 



REVUE 



DES 



LANGUES ROMANES 



Dialectes Anciens 



LE LANGAGE DE SA VIN ES EN 1442 



Le document que l'on transcrit plus loin est différent de celui qui 
fut lu dans la séance de V Athénée de Forcalquier du 14 juin 1880, 
et publié peu après *. Comme lui, cependant, il est relatif à divers 
droits féodaux que Jacques Giraut, collecteur des héritiers du noble 
Antoine Abriva, percevait, en 1442, dans le mandement de Savines, 
arrondissement d'Embrun (Hautes-Alpes). 

Il se conserve dans les archives départementales des Hautes- 
Alpes (E, 29), en un manuscrit, petit in-4o, de 22 feuillets en papier 
très-fort. L'écriture en est généralement belle et assez lisible, sauf 
quelques passages, d'une date un peu postérieure, qui seront imprimés 
entre parenthèses et dont la lecture est tcujours difficile, quelquefois 
même douteuse. On s'est efforcé de reproduire aussi scrupuleusement 
que possible le manuscrit original. 

Ce second spécimen du langage de Savines, plus considérable que 
le précédent, offre, à notre avis, un plus grand intérêt. Il peut surtout 



* Spécimen du langage de Savines en 1442. Forcalquier, Aug. Masson, 
1880; in-8o de 16 pages. 



6 LE LANGAGE DE SAVINB8 

fournir un plus grand nombre de données pour établir quelques ré- 
gies sur le dialecte parlé dans les Hautes-Alpes au milieu du XV® siè- 
cle. On le sait, les textes de la langue autrefois parlée dans ce dépar- 
tement sont extrêmement rares ^. 

Parmi les remarques qu'oa pourrait faire, signalons les suivantes : 

lo Le même mot est souvent écrit de plusieurs façons différentes : 
servisi[2f 17]^^ servizi [1, 4, 58], servisy [73], ères et^ere«[l], svoa 
[4] et cyva [46], etc.; 

20 Le total des revenus est marqué en chiffres arabes [16, 34, 41, 
52, 68, 74, 91 et 92]; 

3^ Les noms de lieu se rapportent tous à des localités du canton 
de Savines, lequel con'espond à peu près à l'ancien mandement de ce 
nom 2; 

4o Au nombre des personnes citées, on trouve un Odon de Rame 
[31], qui appartenait à une noble et ancienne famille dont le nom rap- 
pelle la station romaine de Rama, aujourd'hui détruite et qui se trou- 
vait entre Briançon et Embrun •; 

5o Enfin plusieurs des mesures et des monnaies qui sont nommées 
présenteront peut-être de l'intérêt. Parmi les mesures, on trouve le 
sétier [32, 44, 78], l'émine [4], le sivayer [47, 54], la quartière [44], 
le pichier [90], etc. ; et parmi les monnaies : les gros d'argent [15], les 
tournois [11], les deniers [4, 7], les mailles ou médailles [9, 15, 55, 
84], la poyza de Viannes [6, 26,43, 92], etc. 

L'abbé Paul Guillaume, 
Archiviste des Hautes-Alpes. 

ROLE DES CENS ET SERVICES 

APPARTENANT AUX HÉRITIERS DE NOBLE ANTOINE ARRIVA 
en la terre et mandement de Savines (Hautes-Alpes) en 1442 

(Archives départementales des Hautes-Alpes, E, 29) 
(ri). Segun c'en las censas et \j servizi que s'aparte- 

* Nous avons récemment publié dans la Revite un fragment en langue ro- 
mane de la fin du Xle ou du commencement du XUP siècle, provenant des 
Hautes-Alpes. (Voyez le n© de février 1881, p. 53.) 

< < Savines est un mandement du diocèse et du bailliage d*Embrun, et de 
» l'élection de Gap, à deux lieues de la première ville et à cinq de l'autre, 
» faisant vingt-un feux, et composé des paroisses de Savines, Saint-ApoUinard^ 
» Puy-Saint-Eusèbe, Prunières, Réallon, Ctiérines, Eygoire. » (Guy-Allard» 
Diction, du Dauphiné, Grenoble, 1864; in-8», t. II, p. 597.) 

> FoRTiA d'Urban, Recueil des Itinéraires anciens. Paris, Impr. royale; in-4o, 
pp. 101, 1»9, 221, etc. 



LE LANGAGE DR SAVINBS 7 

non halla senhoria des eres^dal noble Anthoni Abriva, los- 
quals prennon en la terra he al mandament de Savina; com- 
mandas a my Jame G-iraut de culhir per la lessencia des so - 
breditz here«. 

2. Liqual servisi se demostran esser peya entotz los luax 
hont per Tordre de Vabece séria senha. Et premierament, Tan 
de la nativita de nostre Senhor, que Ton contan mil. IIII.« 
XLIL, es senha per aquesta letra A, et los autres antz d'après 
seguentz, senhasperlas autras letras prosseyent secont lodich 
ordre. 

3i Primo, los homes leges dal Conh d'Eygoara, so eis assa • 
ber: 

4. PeyreBeraut fazent desensapersonal(a.6.),totz los antz, 
so is assaber : très sous de viannes ; idem, una emina de siva ; 
idem, doas coroas. Item, perservizi, la terssa part d'un denier 
de viannes. 

5. (Item aquestos doues antz, per A et per £ senias, non ay 
yo recobra maie li dich noble loco em quitance, cant Rovier 
se fe' lor home le', etc.) 

ô (v<>). Anthoni Beraut, de sensa personal, très sous de vian- 
nes ; idem, una emina de siva ; idem, doas coroas ; idem, de 
servizi, un denier, et demya poyza de viannes ; idem demy *si- 
veyer de siva. 

7 (fo 2). Marcellin Beraut, de senssa personal, Ireç sous 
viannes ; idem, una emina de siva ; idem, doas coroas ; idem, 
de servizi, très deniers; idem, lataysha d'un champ. 

8 (v**). Si»imont Faure, de senssa personal, très sous de 
viennes ; idem, una emina de siva ; idem, doas coroas ; idem, 
per servizi, un denier. 

9 (fe 3). Peyre Brunacha, de senssa personal, très sous de 
viennes ; idem, de servisi, una mealha de viennes ; idem, la 
quarta part dal frut d'un siou pra des Crozes. 

10 (P 4). Segon s'en li pheudai dal dich mas d'Eygoara ; 
et primo : 

11. Arnols Hunbert, de servizi, dos tornezes de monea cor- 
rent ; idem, nou deniers de viennes. 

12. Peyre Bernart, una emina de siva ; idem, una mealha et 
demya poyza. 



8 LE LANGAGE DE SAVINBS 

13 (v**). Rous Lagier, de servizi, dos deniers ; idem, un de- 
nier ; idem, per un ort, que a conpra de Johan Brocho, que 
fay de servizi, très sous. 

14. Mosser Ten curas de Savina, de servisi, una emina de 
siva. 

15 (r 6). Los bens posseurs de Florens Alraut, de servizi, 
dos deniers; idem, una mealha ; idem, un gros d'argent. 

16. Juanna, molher de Juan Broacha, un siveyer de siva ; 
d'aquella mesma, una mealha. 

(Somma : 19 g[rosses], 9 d[eniers] un ters et m[ealha].) 

(V«>) Savina 

17. Segon s'en los fendais de Savina ; et primo : 

Père Lagier, de servisi, una mealha;. idem, una poyza; 
idem, per una siena terra, la meita de la taysha. 

18. La confreyria dal Sant Sperit de Savina, dos deniers. 
19 (r 6). Peyre Huvan, de servizi, una emina de civa; 

idem, un denier. 

20. Los hères et ben posseurs de Gulhem Babol, de servizi, 
una emina de siva. 

21. Juan Lagier, de servizi, una poyza. 

22. Anthoni Beraut, scuylher, una mealha. 

23 (v°). Peyre Lambert, de servizi, dos deniers ; idem, una 
mealha. 

24. Rons Motet, una mealha. 

25. Hugo et Jame Motet, de servisi, un denier. 

26 (f* 7). Anthoni Alraut, de servizi, una mealha ; idem, 
dos deniers; idem, un denier ; idem, una mealha; idem, un 
denier; idem, dos deniers; idem, un denier; idem, demya 
poyza. 

27. Los hères de Pons Alraut, dos deniers. 

28 (v**). Los hères et ben posseurs de la molher que hera 
d'Arnols Lanbert, dos deniers. 

29. a. 6. La prebenda funda que era de Guilhem, dal Poant *, 
la quai ten mosser Peyre Conba, un gros he demy d'argent. 

30. Steve Alraut, un denier. 

* Lo poant de Durensa^ plus tard appelé la Charriera, est actuellet^®^ 
Je chef-lieu de la commune d« Savines. (Voy. Spécimen cité. p. 6.) 



LE LANGAGE DE SAVTNES 9 

31. Lo noble Odo de Ramma, doas siveyars de siva; idem, 
un gros d'argent. 

32 (f> 8). Johan Senhoret, al non de sa molher, un gros de 
moneacorrent; idem, un sestier de nozes. 

33. Los hères et ben posseurs de Bonet Brimya, un denier; 
idem, un denier ; idem, dos deniers. 

34. a. Los hères d'Alraut Alraut, una poyza ; (8er[vé?] per 
29 antz passats s[ens?] parts.) 

35. Alraut Rialon, la terza part de .mi. deniers. 

36 (v°). a. Bertrant Conba, una pojza; idem, demja pojza. 

37. Glaude Gontart, dos deniers. 

38. Glaude Chaval, dos deniers. 

39. Johan Raifart, una poyza. 

40. Mondon Dotra, un denier. 

41 [P 9). * Johan Ros, filh de Martin des Rosses, habitour 
de las Sanhiaras ', la quarta part de la taysha ; idem, un de- 
nier ; idem, demj cjvayar de siva. 

{Somma: 6 g[rosses], très d[eniers et] demj, un tiers. 

[Vo] Dal Pubt^ 

42. Segon s'en los homes leges de la perrocha dal Puej ; et 
primo : 

43. Guilhem Costan, filh de Rejmont(a.)de senssa personal, 
cinc SOS ; idem, un sestiar de civa; idem, doas coroas ; idem, 
de servizj, la terssa part de cinc deniers de viennes ; idem, la 
terssa part d'una quartiera de civa ; idem, la terssa part de 
dos deniers ; idem, una mealha, poysa he demjra ; idem, per 
doas terras, la meita de la taisha. 

44 (r 10). Steve Costan, filh de Rejmont, de senssa per- 
sona, cinc sous de viennes ; idem, un sestier de cyva ; idem, 
doas coroas ; idem, de servizi, un denier ; idem, una poyza ; 
idem, la terssa part de cinc deniers; idem, la terssa part d'una 
quartiera de cyva ; idem, la terssa part de las doas partz de 
dos deniers ; idem, per doas terras, la meyta de la tayscha ; 
idem, la terssa part d'una mealha ; idem, las doas partz de un 
denier. 

/ 
*Dans le haut de la page on lit: T[en ?] al Puey. 

• Le Puy-Sanièresy commune du canton de Savines. 

• Le Puy-Saint-Eusèbe, commune du canton de Savines. 



10 LB LâNGA^OB DB «AVINES 

45 (V®). Giraut Costan*, de sensa personal, cinc sos de 
viennes; idem, un sestier de cjva; idem, doas coroas. 

46. Marcellin Gostan, de senssa personaP, cinc sous de 
Viennes ; idem, un sestier de cyva ; idem, doas coroas ; idem, 
de servizi, nou deniers; idem, demya poyza ; idem, una mea- 
Iha ; idem, una poyza; idem, una mealha ; idem, una poyza ; 
idem, per doas possessions, la meita de la tayscha. 

47(r 11 ). Guilhem, Jame et Peyre Costan, frayres, de 
senssa personal, cinc sous de viennes ; idem, un sestier de 
cyva ; idem, doas coroas ; idem, de servizi, dous deniers ; 
idem, una poyza; idem, un denier [et] mealha; idem, un ras 
cyvaier de civa ; idem de doas possessions, la meita de la 
taysha ; idem, la quarta part àe la tayscha ; idem, la terssa 
part d'una mealha ; idem, d'una possession, la meyta de la 
taysha. 

48 (v*). Los hères de Poas Tassil, de senssa personal, xn de- 
niers de viennes ; idem, un sestiar de cyva ; idem, de servizy, 
dos deniers ; idem, una mealha ; idem, dos deniers ; idem, dos 
cyvaiers d'anona ; idem, un denier ; idem, dos deniers ; idem, 
per doas possessions, la meita de la tayscha. 

49 (f* 12). Francès Tacils, de sensa personal, doze deniers ; 
idem, un sestier de siva; idem, d'un champ, la meita de la 
taysha. 

50. Sperit Meanenc, de senssa personaP, cinc sos de vien- 
nes ; idem, un sestier de cyva ; idem, doas coroas. 

51 (v**). Blay Meanenc, de senssa personal, cinc sos de vien- 
nes ; idem, un sestier de cyva ; idem, doas coroas. 

52. Sperit et Blay Meanenc, fraires, de servisi, dos deniers; 
idem, dos deniers ; idem, un denier ; idem, dos deniers ; idem, 
per doas terras, la meita de la taysha. 

{Somma : 29g[rosses], un d[enier], m[ealha] et ters. 

Dal Puby 
53 (f» 13). Segon s'en los fendais dal Puey ; et primo : 
54. Anthoni, Guilhem et Jame Baridoan, frayres, de servizi, 
dos cyvayars de cyva; idem, un cyvayar de cyva; idem, la 

* En marge : Mortutis est. 

• En marge: Non la personal. 
î En marge : Non la personal* 



LB LANGA0E DB SAVINES 11 

quarta {a) part d'un cyvayar de cyva; idem, una mealha et 
un cyvayar d'e cyva ; idem, un denief et un cyvayar d-e cyva ; 
idem; demy cyvayar de cyva ; idem, un cyvayar d'annona. 
Item 11 dich fraire. mi. deniers [et] demy ; idem una mealha ; 
idem, un denier ; idem vni possessions, que fan la meita de la 
taysha exeta una, que non fay mas la quarta part. 

55 (v"). Jamme et Anthony Salva,frayreâ, de servi8i(a.),una 
mealha; idem, una mealha; idem, una mealha; idem, demya 
poyza ; idem, très poyzas : idem, un denier ; idem, cy vayai* 
de cyva ; idem, un cyvayar de cyvà ; idem, la terssa part d'una 
mealha ; idem, de très possessions, la meita de la taysha ; 
idem, d'una possession, la quarta part de la taysha. (Di que li 
dicha taysscha val un quartz per an.) 

56 (f* 14). Barda, molher que era d'Ësteve Salva, una mea- 
lha ; qu'er Juan Ros, de las Sanhieras, al Fualh. 

57. Anthony Berlant» altos Mdge,de servisy (a.), un cyvayar 
de cyva ; idem, un demy cyvayar de cyva et mealha ; idem, 
una mealha et poyza ; idem, la quarta part d'un cyvayar de 
cyva ; (v^) idem, de très possessions, la taysha. 

58. Peyre Berlant et Jama, sa nessa (a.), de servizi, demya 
poyza ; idem, un cyvayar et quart de cyva ; idem, un denier 
et poyza ; idem, una mealha et demy cyvayar de cyva ; idem, 
un denier ; idem, una poyza ; idem, demy cyvayar de cyva ; 
idem, una mealha ; idem, una poyza ; idem, las très partz 
d'una mealha ; idem, très poyzas ; (f* 15) idem, dos deniers ; 
idem, un cyvayar et demy de bla sensa annona; idem, un 
denier; idem, un denier; Item de .vi. possessions, la meita 
de la taysha ; Idem, d'una possession, la quarta part de la 
taysha. 

59. Peyre Thome, filh d'Anthony, mari de la sobre dicha 
Jamona, de servizi, una poyza. 

60. Juan Bonardel, de servizy, demya poyza (al pra hal 
Fraysher) ; idem, la quarta part de la taysha (en l'Alpello) ; 
idem, la quarta part de la taysha (en TAlo-Blachard); idem, 
una poyza ; idem, per un champ (en TUbac, la carta part de 
la taysha; idem, pra à la Cassa, per que fay demya poyza; 
idem, un champ al Goeng,per que fay la demya taysha; idem, 
un ostal al Puey, un syvayer de civa et la terce de cinc de- 
niers.) 



It LE LANGAGE DE SAVINES 

61 (v*). Johan Seart ah'as Caffa, de servisy, .xviii. deniers. 

62. Glaudo Navais, la quarta part de la taysha; idem, una 
pojza; idem, la quarta part de la tajsha. 

63. Juan Salva et Caterina, sa molher, la meyta de la tayshaî 
idem, la mejta d'un cyvayar et demy de cyva; idem, una 
mealha ; idem, un denier ; idem, la meita de la taysha ; idem, 
demya poyza; (f* 16) idem, la demya partia de las très partz 
de la taysha ; idem, un denier ; idem, una poyza ; idem, una 
mealha. 

64. Guilhem Garcin, la meita de la taysha. 

65. Martin dal Boasc, la meyta de la taysha. 

66 (v°). Johan Tassil, filh que era d'Esteve Tacil, de servizi, 
set deniers et mealha ; idem, la viii* part d'una jallina ; idem, 
la meita de la taysha; idem, una poysa ; idem, la meita de la 
tausha; idem, una poysa; idem, la demya part de la tayscha. 

67. Peyre Thome, de servisy, un sous he demy; idem, la 
quart et la .vm.* partia d'una jallina; idem, très deniers et très 
poyzas; idem, la .xvi.* partia d'una jallina; (f* 17) idem, un 
denier ; idem, la meita de la taysha ; idem, una mealha. 

68. Johan Brimya alias Boys, de servizi demy cyvayar 
d'annona ; idem, la meita de la taysha; idem plus, la meita de 
la taysha ; idem, una mealha ; idem, la meita de la taysha ; 
idem plus, la meita de la taysha. 

(Somma : 6 g[rosses] et 2 d[eniers]. 

(v**) Los Means et LOS Rosses* 

69. Peyre Salva, de servizi, una mealha. 

70. Peyre Lonbart, un denier mealha. 

71. Frances Ros, la meita de la taysha ; idem plus, la meita 
de la taysha; idem plus, dos deniers. 

72 (f* 18). Peyre Seart, la jove, la meita de la taysha, he 
una mealha. 

73. Peyre Seart, lo vialh, de servizy, un denier; idera, la 
meita de la taysha. 

74. Anthony Seart, sartor, la meyta de la taysha; idem, la 
meyta de la taysha ; idem, dos deniers ; idem, una mealha. 

(Somma: 7 d[eniers]. 

* Les Méans et les Rousses, deux hameaux de la commune de Réallon, 
c&ntOD de Savines. 



LB LANGAGE LE SAVINES 13 

(r 19) Db Sant Polknar* 

75. Segon s'en los homes leges de la dicha senhoria, li qaal 
son dal didh luac de Sant Polenar; et primo : 

T6. Pejre Brnnacha Clojssa, Mathieu et Glaudo Bruna- 
clia,frajres;ArnolsètGuigo,frayres; JorsetPeyre Brunacha, 
frayres ; Johantz et Steves Brunacha, frayres; Johan Bruna- 
cha, alias Guemon, devon de la senssa personal , videUcet : 
.XVI. sous de viennes; idem, per lo servizi, dos sous. 

77. Item, aquel mesmes Jors et Pejre Brunacha, videlicet: 
un sestier d'anona ; idem, per lo servizj, très pojzas. 

76 (vo). Item, Peyre Brunacha Cloyssa, Mathiouset Glaudo 
Brunacha, frayres ; Arnols he Guygo Brunacha, frayres, per 
la senssa personal, videlicet: dos sous de viennes ; idem, très 
sestiars de froment; idem, très sestier s de cyva ; idem, per lo 
pra La Font .mi. sous. 

79. Item, de Steve Brunacha, a/ias Ancian, videlicet : ào% 
deniers. 

80. Item, de Juan Brunacha Guemon, videlicet: una poyza. 

81. Item, de Peyre Brunacha Cloissa, videlicet: una poyza. 

82. (Item, Matieu Brunacha, per loco champ de Conba-Ch«i- 
nala, que tenon al non de sa conha Leyza que agu de Jan Mo- 
tet, dos deniers.) 

83 (r 20). Item, de Frances Giraut, per la senssa personal, 
dos sons, un sestier de cyva ; idem, doas coroas ; idem, de 
servizi, un denier; idem, una mealha. 

84. Item, de Juan Brunacha, lo vialh, (a. b,) per lo servizi, 
una mealha ; idem, très mealhas. 

85. Item, de Steve Brunacha Dalfin, videlicet, dos deniers. 
86 (v*). Item, de Juan Giraut, videUcet .iiii. deniers ; item, 

una poyza. 

87. Item, de Stene Dotra alias Pelet, videlicet, mealha et 
poyza ; idem, una mealha ; idem, sey deniers. 

88. Item, de Guilhem Andriou, (ho de Jame Andriou, son 
filh,) videlicet: una mealha et poya; idem, très poyzas ; idem, 
la quarta part d'una demya poyza. 

* Saint-Apollinaire^ commune du canton de Savines. 



14 LE LANGAGE DE SAVINBS 

89 (fo 21). Itein,'e Steve et de R[ous] Leidet, fraire s, vide- 
hcet, nna mealha. 

90. Item, de Pejre Bertier, vïdelicet: vm pichiers de vin ; 
pejar ha la Laussiera \ 

91. (Somma : 27 gros, 4 d[eniers, 1] mealha, 3 pojzas.) 

92. (Somma grossa de l'argent : 7 fl[orins], 1 gros, 3.4 d[e- 
niers] et ters, 1 ters de m[ealh]a, et très pojzas.) 

93 (v*). (Item, li servizi per my culhi, al non que de sobre, 
et senssas personal, monta en somma) : très s[estiars ?].) 

^ La Lauzière ou l'Ardoisière, ferme de la commone de Savines. 



Dialectes Modernes 



aLOSSAIRE DES COMPARAISONS POPULAIRES 

DU NARBONNAIS ET DU CARCASSEZ 

(Suite) 



Cabra. — Se cabra coumo un cbabal joust Tesperou. 
Cachats . — Cachais coumo d'ancboios ; — coumo d'alenca- 

doQs; — coumo de pansos. 
Cadaulo. — Es toujour en Faire coumo une cadaulo. 
Cadun. — Cadun sap ço que boulits dins soun oulo, coumo la 

fenno que fasiô bouli un calhau. 
Cagarau. — Fa coumo lou cagarau : porto tout susTesquino. 

— Coumo lou cagarau, canto quand soun oustal se brullo . 

— Tapât coumo un cagarau en temps de secado. — Laura 
couma un cagarau. 

PEB TBUFARIÈ 

Courrits coumo un cagarau . 
Cairbjât. — Cairejat coumo un Sant-Estèbe; — coumo un rei- 

nard qu'a panât de galinos. 
Calât ou endimenjat coumo un nobi sul trento-un. 
Calhau. — Dur coumo un calhau. 

SB DITS : 

Lous calhaus soun durs en pertout. 
Calhol. — Calhiil coumo margot ; — coumo de pa de ramou- 

netatge. 

Calici. — Daurat propre lusent coumo un calici. 

Callo. — Amourous gras caud tendre coumo uno 

callo. 

SB dits: 

Espèro que las callos i toumboun toutes roustidos coumo 
as enfants d'Israël. 
Callou. -- S'en ba coumo un callou. 
Cambarut. — Cambarut coumo un guiraud-pescaire ; — coumo 

uno giraflo. 



16 COMPARAISONS POPULAIRES 

Cambat. — Cambat coumo un poulhastre. 

CambiadIs ou chanjadIs coumo lou temps ; — coumo la©' fen- 

nos ; — coumo la modo ; — coumo las oundados. 

SB dits: 

De trop eambîa on n'a que godos.*- Cal pas cambia lous 
èls per la cougo. 
Cambos. — A de pecouls de cambos coumo debarros de presse; 

— de foutraus de cambassos coume de majouriès. 

PBR TRUFARIÎ : 

De cambos coumo uno fedo ; — coumo uno iraigno ; — 
coumo de flabutos. 
Camina. — Camînaà passes loungaruts coumo un arpentaire. 

— Camina lou darriè coumo un prélat à la proucessiu. 
Camiso. — Se souben d'acô coumo de sa première camiso. 

SB dits: 

S'aimats de plaideja, aurets pas lèu de camiso al tioul. 
Camus. — Camus coumo uno figo encabassado ; — coumo un 

gous artés. 
Cance.. - Es toujours aq[ui coumo un cance. 
Canchou. — Un canchou de pa coumo lou bèc d'un ase. 
Cande. — Cande coumo un liri;— coumo uno garlando de 

première coumeniu ; — coumo un jour poulit ; — coumo 

la âour das camps. 
Candelié. — Prèst coumo un candeliè. — Rette drèit.... 

plantât coumo un candeliè. 
Candélo. —Mouca la candèlo coumo lou diable mouquèt sa 

maire : i' arranquèt lou nas. — Ana al cèl tout dreit coumo 

uno candèlo. 
Canou. — Bourrât coumo un canou. — Un capèl coumo un 

canou. — Afrountà lou foc coumo un canou de bufet. 

I^BR TRUFARIÈ .* 

Sicrètous coumo un cop de canou . 
Canouna. — Canouna couma lou blad ; — coun:o un agassou; 

— coumo lous tirons : inetre plumo. 

Canta. — Canta coùmo uno oiirgiieno ; — coùino un dliramèl ; 

— coumo uno serineto ; — coumo un roussignol ;- coumo 



COMPAliAlsiNé POPliLA'lRHÎé 17 

la cigalo ; - coumo uno sereno; — coumo un Toulousin. 
— Canto que cantaras coumo uno bressairolo. — Ganta de 
boun mati coumo la lauseto. 

PER TRUFÂRIÈ: 

Cania coumo uno carrèlo roubilhouso ; — coumo uno cano 
asclàdo ; ■— coumo uno rassègo ; — coumo uno limo que 
griulo ;— coumo un poul joust uno quartièro ; — coumo 
un borgne ; — counîo un rôussignol d'Arcadio, qu*ape- 
larit boùrriquèt. 

SB DITS : 

Fa coumo la cigalo, que s'endourmits en cantant. — Can- 
tats à Tase^ bous fara de pets. 

Cap. - Cap gros coumo un semalou ; — coumo un souc de 
Nadal ; •— coumo un dourc ; — coumo uno bocho. — Cap 
lebat coumo uno carabeno ; — coumo un liri ; - coumo 
un coulobre. — Cap carrât coumo un Alemand; — dur 
coumo uno masso ascladouiro ; — aplatit coumo un Mô- 
roul ; — pelât coumo un ginoul de bièlho ou coumo uno 
coujo. — Cap dins pocho coumo uno prègo-Dius-Bernado 
ou uno gato-miaulo. — Doutmî cap-e-tioul coumo la carra- 
calho ou lous couàrroiis. 

Caparrut ou TBSTUT coumo un ase nègre ; — eoumo un miol 
relopi; — coumo uno masso on bourro. 

Capâl. — Un capèl coumo uno tourre ; — coumo un tuièu de 
pouèlo ; — coumo un cinquième au uno quartièro ; — 
coumo un estamaire ; — coumo un paro-plèjo ; ~ coumo 
un clarinetaire. — Un capelou coumo un cascarinet. 

Capurlat. — Capurlat coumo un pijou-patut ; -i- coumo uno 
poulo mahouno ; — coumo un calandre ou uno cûculhado; 
coumo un poul alambert. 

Caqueta. — Caqueta coumo unoagasso borgno ; — coumo un 
abucle ; ->- coumo dous borgnes. 

Car ou care coiimo lou foc ; — coutno la braso. 

Car. — Achat menut coumo car à pastis. — Es coumo la car 
de coumissari : car e pèis. — Las cars i trambloun coumo 
se beniè d'assassina paire e maire , 



18 gompàrajsons populaires 

PBR TRUFARIÈ: 

Caressa.— Caressa lou gousiè coumo d'aigo-ardent dito re- 
passe ; — coumo de tisane de guingassous. — Ma cares- 
sante Goumo une estrilho ; — ceumo un garrabiè ; — coumo 
un agragnoussiè. 

Cargat. — Coume une abelho ; — ceumo Tase dal Basacle. — 
Cargat de maladeccius coumo lou bouc d'Israël. 

PBR TRUFARIÈ : 

Cargat d'argent coumo un grapaud de plume ou las gra- 
gnotos de oougo. 

SB dits: 

Trop de cargo toumbo Tase, ou une palho toumbo Tase 
quand i'a prou de cargo. 
Carra. — Se carra coumo un gros moussu ; — coumo un ase 

qu'estreno une bride ou dejoust une embardo nobo. 
Carnut. — Carnut coumo une prune de cor-de-biôu ; — coumo 

un melou das raboulhuts. 
CARRBTiè. — Renega coumo un carretiè. — Enbloudat coumo 

un carretiè. — Fa peta la chasse coumo un carretiè. 

SB DITS : 

Fagues pas tant peta la chasse: babardejes pas tant, que 
Tase fout qui te cregnits. 
Carut, — Carut coumo un Jusiu; — coumo un Russe ; — coumo 

un Judas. 
Cascalheja. — Cascalheja coumo une campano fendudo; — 

coumo un test ; — coumo une galino que fa Tiôu. 
Cascarinbt. — Un capèl de doumaisèlo coumo un cascarinet. 
Catagan. — Un catagan coumo un salsiçot i batiô sus Tes- 

quinal. 
Caud. — Caud coumo lou foc ; — coumo la braso ; — coumo un 

carbou rousent; — coumo un tisou abrandat; — coumo 

un soulel agoustenc. — Abé caud coumo un sôu de pa-. 

tanos roustidos. — Bière caudo coumo de pis de cabale. 

— I fa caud coumo dins une jasso. — Caudet coumo une 

espelidouiro. 
Caufa. ^ Caufa coumo un brasas ; —coumo un four de caus. 



COMPARATSONS POPULAIRES 19 

Caumount. — Coumolou curât de Caumount: fa la demando e 
se respound. 

PBR TRUFARlà: 

Caussat. — Caussat coumo un goutous; — coumo un bièl sa- 
batiè. 

PBR TRUFARIÈ: 

Caussigoulbja. — Caussigouleja Tausido coumo uno rassègo; 

— coumo un gafou sans graisso. 

Cbrca. — Cerca quicon coumo uno espillo menudo. — Cerca 
Toumbro coumo un ase bermenous. 

SB dits: 

Bal mai un que sap que cent que cèrcoun. 
Chabal. — Parla coumo un chabal. — Arnescat coumo un cha- 
bal de batalho. — Un foutrau de chabal coumo uno moun- 
tagno. — Manja coumo un chabal descoufat. — Lou crin 
al bent coumo un chabal descabestrat. 

SB dits: 

Es coumo un chabal de troumpeto, a pas p6u dal bruch. 
Chawjant ou CHANJADis coumo lou temps; — coumo la luno ; 

— coumo lou sort ; — coumo un fafiè de pijou. 
Chapaire. — Chapaire de rabets coumo un Aubergnas ou un 

Sabouiard. 
Chebinga ou fusa coumo un couget ou coucoumbre d'ase ; — 

coumo un rasin fouirons. 
Cmc-A-OHic coumo qui pesso un passeradou. 
Chicanié coumo un bièl aboucat ; — coumo un sansignol ; — 

coumo un maquignoun de roussatalho. 
Chifra. — Chifra couma un sabent; — coumo un banquiè. 
Choc. — Faire choc coumo un pétard de fango. 
Chot. — Triste coumo un chot. — Retirât coumo un chot. — 

Biure coumo un chot. — Bèstio coumo uno choto banudo. 

— N'abé un sadoul couma un chot de grils. 
Chuca. — Chuca coumo unô sansugo ou uno sangairolo. 
Churla ou CHURLUTA OU PiNTA coumo uu trauc ; — coumo un 

amoulaire. 
Chut-chut. — a la chut-chut coumo qui pano ; — coumo qui 

dintro dins la crambo d'un ago^msant. 



20 COMP^RAiaONS POPULAIRES 

CiLWps.— Pe cill^99..çoumo defaucils; — n^gros coumode 

plumos de courbas ; — esturlufados coun^o un bouissou 

mal penchenat. 
CiMBOULAT. — Cimboulatcoumo uno miolo espagnolo ; — coumo 

un ase de mouliniè ; -— coumo un furet. 
Cinglât. — Cinglât coumo un capucin ; — coumo uno trousso 

de palho. 
CiRAT. — Cirât coumo un lignol ; — coumo un saloun de riche ; 

— coumo de pa de sial. 

Clapa. — Clapa coumo uno ruscadièro ; — couma un sourd.— 

Clapa quaucun coumo de mil. 
Clar. — Clar coumo Targ^nt; — coumo d'aigo de roc 

— coumo de cristal ; •;— coum o lou jour; — coumo Tel ; 

— coumo un cèl estelat. — Clar e gai coumo uno esca- 
^Ijado de soulel. — Cèl clar coumo un beire. — Estofo 

j claro^oumo de cjan^bas. 

PBR TRUFABJB : 

Clar coumo un estang* fangous ; — coumo un escut de 

pegp; — c,o,UQio,]Lin trippu ou coumo un boudin ;- coumo 

. uflo b,p.utelho d'anc^o. 

Closco-pblat.— Clo^co-pelat coumo Tanquiè d'une mounino; 

, — counçio un ginpul de bièlho ; — coumo un bièl mounge ; 

— coumo uno poumo de rampo d'escaliè. 

CLoyco. — Se rçmeua pas mai qu'uno clouco sus iôus. — Aima 
d'apara sa mainado coumo uno clouco sous pouletous. — 
Airissado co,\imo la clouco à la bisto dal falquet. 

Col. — Col loung coi^mo uno ganto ; — col toussit coumo uno 
flgo escrito. 

Cor, :— Cor p^tit coumo i^n aglan ; — couflat coumo un pa 
rousset; — treboulat coumo un gourg après uno aigas- 
. sado ;., — ^ur coumo un ençlumi . 

SB DITS : 

Fa mai de cor que de fetge. — Countro marrido fourtuno, 
boun cor. 
Couard. — Couard coumo un cagnot ; — coumo un capou ba 

gnat. 
Coucha ou ooulca. — Se coucha d'ouro coumo las galinos. 



COMPARAISONS POPULAIRES 21 

SB dits: 

Lou coucha de lapoalo e lou leba dal gorp 
Escartoun Tome de la mort. 
Se bous couchais amé lous gousses, 
Bous lebarets amé de piuses. 

Coupât. — Coufat coumo un apuput; — coumo un poul alam- 
bèrt ; — coumo ,uno cuculhado ; — coumo uno oounoulho 
ou fialadouiro. 

CoDPiT. — Coufit coumo uno pero-clouco. 

Couplât.— Confiât coumo uno boudègo ; — coumo un grapaud; 

— coumo un baloun ; — coumo un boutarèl ; — coumo un 
ouire ou embaisso ; — coumo un bouc ; — coumo un pa- 
^ou; — coumo un piot que falarodo; — coumo un pifaut; 

— coumo un pijou-patut; — coumo un rat sus un pa 
caud ; — coumo un bentre d'ègo sadoulho ; — coumo un 
rèc-mairal en temps d'auratge. — Confiât coumo uno 
crabo qu'a manjat d'èrbo bagnado. 

SE DITS : 

Qui trop se couflo peto coumo la gragnoto. 
Couple. — Confie coumo un pesoul. 
CouGA. — Couga l'amellat coumo uno fenno prens. 
CouiouN. — Couioun coumo la luno. — Couioun ou foutrai 

coumo Raubo-saumos. 
Coula ou raja coumo d'aigo olaro. 
Coulant. — Un abit coulant coumo de ciro. — Bragos coulantes 

coumo de caussous nous. 
CouLÉRous. — Coulerons coumo un Alemand ; — coumo un ase 

qu'a uno fusado al tioul. 
CouLou d'or. — Coulou d'or coumo uno fougasse àl'oli. 

PER TRUFARIÈ : 

CouMODE. — Coumode coumo uno banco despecoulhado ; — 

coumo un esclop estrèit. 
CouMPLASENT. — Coumplascut coumo uno porto de prison. 

PER TRUFARIÈ : 

CouMPLiMENS. — Es fait as coumplimens coumo un biôu à 



22 COMPARAISONS POPULAIRES 

mounta uno escalo ; — coumo un porc à rata ; — coumo 
un gous à canta bèspros. 

PBR TfiUFARIÈ: 

CouMPRENB. — Coumprene la rasou coumo un porc la musico. 
CouNBissB.-* Couneisse coumo un agnèl sa maire. — Couneisse 

quaucun coumo sa pocho. 
CoDNESouT. — Cîounescut coumo un loup blanc ou coumo un 

loup bièl. 

PER trufarib: 

GouNSCiENço. — Counscienço estreito coumo la margo d'un 

courdeliè. 
CouNSERBA. — Se counserba coumo uno toumio; —coumo de 

salmourro ; — coumo un salcissot dins las cendres. — 

Counserba quicon coumo uno relico ; — coumo Fanèl d'or 

de las espousalhos. 

PER TRUPARIÈ; 

Se counserba couma la sal dins Foulo. — Dius bous coun- 
sèrbe la bisto coumo m'a fait à iéu, disio 'n abucle pen- 
dard. 
CouNSBL. — Facille coumo de donna 'n counsel. — Ëscouto 
lous counsels coumo s'i cantaboun. 

SE dits: 

Qui soûl se counselho, soûl se pentits.— Qui counselho 
pago pas. 

CouNSUBiA ou coDNSUMi (sc) coumo uu tros dé boues. 

CouNTENT. — Countent coumo un paure ;— coumo un gus ; — 
coumo un pèrrou ; — coumo un perot ; — coumo un duc ; 
— coumo un rei, s'es bertat que lous reises siogoun 
countens ; — coumo un Dius ; — coumo un pèis dins sa 
gaugno ; — coumo un escoulan en bacanços ; - coumo un 
enfant que trobo un nits ou un coutèl. — Countent coumo 
un riatou ; — coumo un ase que se sentits uno embardo 
nobo ; — coumo un gat que ba fa per la braso. 

PER TRUFARIB : 

Countent coumo un repoutegaire ; — coumo s'i abion 
manjat soun dinna; — coumo un foundeire qu'a man- 



COMPARAISONS POPULAIRES 23 

cat sa campano. ^ Countent coumo un gous qu'a trapat 
uno clau. 
Coupa ou talha coumo un rasou ; — coumo un coutèl de mès- 

tre. 
Coupable. — S'amaga coumo un coupable. 
CouQui. — Couqui coumo la piusagno; 
CouRATJous. — Couratjous coumo un lioun. 

PER TRUPARIÈ: 

Couratjous coumo un souldat de la bièrjo Mario, que nèit 
e'jour prègo per la pax. — Couratjous coumo uno fedo 
ou un bourrée. 

SB dits: 

Couratge de bourrée, toujour lou nas à terro. 

Courre où courri coumo un derratat ; — coumo un lebriè ; — 
coumo un lebraut en mars ; — coumo lou bent ; — coumo 
las fedos à la sal ; — coumo un perdigalhou amé lou clèsc 
al tioul. — Courre lou crin al bent coumo un pouli sau- 
batge ; — coumo un chabal de course. — Courre à brido 
abatudo coumo qui lou diable bous bufo ; — coumo s'i 
abiè ûoc. 

Coursât, — Coursât coumo un brau ; — coumo un arculo. 

Court. — Court coumo de pasto de mil. 

Courtes. — Courtes coumo un Proubençal ; — coumo un Pou- 
lounés ; — coumo un chibalié serbicial. 

PBR TRUFARIÈ: 

Courtes conmo un gous que jaupo à la luno. — Courtes 
coumo lous gous dal jardinié, que bol pas faire ni daissa 
faire. 
CoussuT. — Coussut coumo un cambo-fi ; — coumo un lioun 

parisenc ; ~ coumo un grand moussu. 
CouTÈLO. —Fa coumo moussu Coutèlo : quand a prou manjat, 

dits que Tapetis s'en ba. 
Cracur (?) ou mbssourguiè coumo un cassaire ; — coumo un 

arrancaire de caissals ; ^-^ coumo un marchand d'enguent 

ou d'ourbiatan. 
Cranc. —Es coumo lous crânes: marche amai pudits. 



24 COMPARAISONS POPULAIRES 

Crassous. — Crassouscoumo un bièl arroubinat ; — coumo uno 

penche dentegado. 
Crbba. — Creba coumo un fabol ; — coumo un bièl mousquet. 

— Se creba coumo un flouroun madur. 

Cregne ou cregnI quaucun coumo lou foc ; — coumo la pèsto. 

— Cregne lou freà coumo un rat. 

Creire. — Creire en quicon coumo à soun Sant-patèr; — 
coumo un Jousiu à la santo Biblo ; — coumo Ton crei en 
Dius ; — coumo al soulel dins lou cèl. — Se creire coumo 
lou premiè moustardiè dal papo. 

Creissb ou CRBissi coumo la pasto dins la mait. — Creissi à 
bisto d'èl coumo la michanto èrbo ; — coumo lous boulets 
de bosc; — coumo lous espàrgouls. 

Cremal. — Enfumatat coumo un cremal ; — nègre coumo un 
cremal. 

SB dits: 

Cremal nou cregnits lou fum. 

Crentous. — Crentous coumo un rougnous. 

Crica. — Crica coumo uno amello-de-damo ou de trinco-dent. 
Fa crica las dents coumo de cliquetos. 

Cbida. — Crida coumo un auseliè ; — coumo un pelhaire ; — 
coumo un sourd; — coumo un aigo-ardentiè ; — coumo un 
diable salsat dins un benitiè ; — coumo un abucle qu'a 
perdut soun bastou ; — coumo un sanaire ; — coumo un 
perdut ; — coumo uno aclo que desplumassoun ; — coumo 
uno galino que bapoundre; — coumo un poussedat; — 
coumo unborni. — Crida pas mai qu'un gat qu'espèro la 
mirgo ; — coumo un pet quand nais. 

Cridalha. — Cridalha coumo las gragnotos que demandaboun 
un rei ; — coumo un encantaire ; — coumo un gous escau- 
dat ; — coumo un porc que sannoun. 

SB dits: 

La rodo la pus marrido 
Es toujour lo que mai orido. 

Croucut. — Croucut coumo un bèc d'aclo ; — coumo unes 
cèrcos de pouts ; — coumo uno roumano quintalièro ; -^ 
coumo Tarpo d'un usuriè. 



COMPARAISONS POPULAIRES 25 

Crousa. — Crousa coumo lous canards. — Crousa lou coumpte 

coumo lou pairoulié de la beuso e lou pourta sus un autre 

fui. 
Croutat. — Croutat coumo un barbet que sèrco soun mèstre 

amé la plèjo. 
CRuài.. — Cruel coumo un tigre ; ~ coumo la Mort ; — coumo 

la fam ; — coumo lou besoun ; — coumo un Cafre ; — coumo 

un Tartaro. — Cruel e fred coumo unbourrèu. 
Crus ou curât coumo un bue ; — coumo uno carbasso ; — 

coumo un bièl sause , — coumo un tioul de capèl ; — 

coumo un biouloun. 
CuNG. — Un cung de pa coumo lou bèc d'un ase. — Se tene 

rette coumo un cung ; — plantât, bandât coumo un cung. 
CuRBÈL. — Tene Taigo coumo un curbèl. — Traucat coumo un 

curbèl. — Round coumo un curbèl. 
CuRious. — Curions coumo un coufessiounal ; — coumo uno 

pooho; —coumo un pet; — coumo un pissadou. 

A. MiR. 
{A mhire.) 



Poésies 



LA FADETA D'EN'GARRIGA 

A LA MBMORIA d'uNA FELIBRESSA MORTA 

Couma raucelounetviajaire. 
Un jour de prima s'alarguet 
Abelugada, à través Taire ; 
Devistant noste bèu terraire : 

— « Farai ma pausa aqui », diguet. 

E la cigala e Talauseta, 
Emb un biaisset amistadous, 
Van au davans de la fadeta, 
E, bresilhant sa cansouneta : 

— « Sorreta, ie fan, aima-nous. » 

E la frigoula e la bouscalha. 
Tout ce qu'embaima de sentou ; 
Tout ce qu'en terra, en ciel varalha, 
Ou qu'en ribieira se miralha: 

— « Per tus, ie venoun,faren tout! » 

Tant lèu la fada d'en garriga, 
Embe sa vosseta de mèu : 

— « Aubre, flou, rieu, aussel, espiga, 
De toutes vautres siei l'amiga, 

Car n'aime que lou vrai, lou bèu. 

Fasès ressounti la ramada, 
Aussels, emb vautres cantarai ; 
De nioch mandas vosta bramada, 
Ventasses, gourgs, roca baumada, 
Embe gaud vous escoutarai. 

Zou, jeta tas audous, floureta. 
Las sentirai d'ama e de cor ; 
Lez, fai gourgoulhà toun aigueta, 
Jout tous ribieirèus, à l'oumbreta, 
Vendrai te countà moun maucori » 



POESIES 27 

Âdoanc, per coumplaire la noia, 
Tout s'afeciouna e s'agarris ; 
Jamai, dins Taire e jout la fiolha, 
S'es tant ausit de cants de joia, 
Jamai tant de flouses s'es vist ! 

Lou roc s'atapa de verdura, 
La ôgueîrassa de cabrau 
Reten e sa frucha amadura, 
E de Lez Taïga linda e pura 
Cascalha e ris dins lou baissau. 

A bêles cops de la cantada, 
Un soun d'ourguena triste e dous 
Trauca, e la cigala espantada 
Dis au roussignôu de la prada: 
— <( Es ela, siegues pas jalons ! » 

Ben lèu, dins touta Tespandida 
D'en Abitau fins à la mar, 
Tout ce qu'a Time, saba e vida, 
Per sa mestressa Ta causida 
E s'embraiga de soun regard. 

Mais lou bon ur sus nosta terra, 
Quand çai ven, es per quauques jours, 
El, tant pigre per quau Tespera, 
Quand lou cercàs ounte pioi era, 
De fes, Tatrouvàs que de plours ! 

Couma la flou de gironflada 
Que dins la nioch Torre vertel 
A coussit la verda matada, 
Clena, sus soun pecoul macada, 
As premiès dardais de sourel, 

Antau la magagnousa fada, 
Dins un mau long s'alangouris... 
Sans bruch,souleta, una vesprada, 
Paura alausetouna blassada, 
S'enfuch per mouri dins soun nis. 

Desempioi la garriga es muda, 
E sous trevaires esmouguts, 



28 POESIES 

En se vesent à la sournuda, 

Se disoun : — « De qu'es devenguda ? » 

Ah I paureSy la veirés pas pus ! 

Quand una nioch, nioch ben marcanta, 
Dins lou seren, couma un ilbau, 
Parei una estela fusanta 
Qu'emb grand redou, beluguejanta, 
Dralha e s'avalis amount-d'aut. 

— a L'ama d'un mort ! » clama Luseta, 

La galineta dau bon Dieu. | 

Aquela estela ? Ab ! pecaireta ! i 

Es Tama de nosta fadeta ' 

Que s'en retorna devès Dieu * ! , 
A. Langladb;. 



UN DE MAI 

A'n Ougbni Tavernibr 

Es na Veofant, Tenfant que teto. 

T. AUBANBL. 

Autant-lèu qu'es nascu, l'enfant 
Cèrco, vers lou teté s'aubouro : 
En intrant dins la vido a fam 
E pèr sa bènvegudo plouro. 

Crid de nistoun, joio d'oustau ! 
La maire es lasso uno passado.... 
Mai la maire ôublido soun mau 
En le pourgissènt si brassado. 

E, mereviho de l'amour, 

Lou paire doublo sa tendresse... 

Bel enfant nascu dins li plour, 

Empligues l'oustau d'alegresso *! 

Anfos Tavan. 
Marsiho, i^ de mai 1881. 

* Languedocien (Lansargues et ses environs). Orthographe montpelliéraine. 
2 Provençal (Avignon et les bords du Rhône). Orthographe avignonnaise. 



LA FEDO E LOU BARTAS 



FABLO 

Bufabo un ^and vent d'issalop, 
Coumensabo à pleure e trounabo ; 
Dins la jasso un pastre al galop 
Soun troupel, en cridant, butabo. 
Aviô dins aquel embarras, 
Sens Tausi, sens s'en prene gardo. 
Laissât uno fedo detras, 
Uno vielho fedo panarde. 

Quand, per rejougne lou troupel, 
A fach esperro sus esperro, 
Aquesto, per soustà sa pel 
Costro la pluèjo e lou tonnerre, 
Cerco dins lou bosc un abrie. 
Devisto al dejonst d'un garrie 
Un bartas, ount vei uno trido 
S'estremà toute espavourdido : 
(( — Joust aquel fuelhage abrigous 
Crentarai pas, sou dis, la raisso. » 
Mais pense pas qu'es espignous : 
Per i dintrà subran s'abaisse. 
Sentis adounc sousagulhous.... 

A cessât enfin la plu ej ado 
E luzis l'arc de sant Marti, 
La fedo al pus l eu de sourti 
Del bartas ount s' ère embarrado. 
Mais la pauro es toute pelade; 
Sa lano es restado as pounchous, 
Soun rèble es rouge e tout sannoua : 
Aimariô mai s'estre bagnado. 

Per se traire d'un marrit pas 
Mai d'un tombe dins un fangas. 
S'as facb quauque michant afaire 
Petasso-lou sens tarda gaire: 
Que plavidejo es un nigaud, 
Tombe de la fèbre en mal caud. 



80 POBSIËS 



La caforno de la chicano 
Es un souloumbrous espiaas ; 
Lou qu*i dintro ne sourtis pas 
Sens l laissa 'n plan-poung de lano *. 

G. AzAÏs. 



LA MORT DE L'AMOUR 

L'Amour va trespassa, coumo les autris Dieuses. 
Dins uno selvo negro ount se calhoun les rieuses, 
Las imos ', les aucels e las ramos en ûous, 
Se coulco peF secum', tourrat e sens coulous. 
Le sieu cor es traucat per uno matrassino *. 
Sanno à grosses pissols^; trémolo à Tescurino. 
Sa reumo * semble 'n bram de cervi que mouris ; 
' Soun bel cos rose e blanc se flapo e se péris 
As peds des grandis faus que sa roujo sang bagno. 
Se rantelhoun ' sous uels virats vès la mountagno 
Qu'a, darrè, le soulelh, coumo 'n flambe*, abrandat, 
E, dins un espefort, le Dieus jouve a cridat 
A 'spanta per jamai e le cel e la terro. 
Coumo al founze d'un cros*, de la coumbo à la serro, 
Tout s'enmudis, s'atudo e s'engruno*** en d'abord, 
La vido n'es pas mai, L'Amour es mort, es mort" ! 

Aguste FouRÉs. 



* Languedocien (Béziers et ses environs). Orthographe biteiroise. 

a Brises.— 3 Amas de feuilles sèches.— * Flèche.— b Jets. — « Râle.— ' Se 
ferment malgré lui. — « Incendie. — ^ Fosse. — i» S'égraine. 

1* Languedocien (Gastelnaudary et ses environs) . Orthographe montpellié- 
raine. 



VARIÉTÉS 



TERMES DE CHAPELLERIE 

Qui pour la plupart mb se trouvent pas dans lb dictionnaire de M. Littré 
ou n'y sont pas indiqués avec leur sens spécial 



Adhérent, m . — Chapeau formé d'une carcasse en carton ou cuir 
léger, que l'on habille d'une chemise de feutre. 

Apprêt. — Matière collante, qui est dite imper pour les chapeaux 
imperméables ou durs; souple, pour les chapeaux mous légèrement 
gommés. L'apprêt imper est fait avec de la gomme laque et des ré- 
sines dissoutes dans de l'alcool dénaturé. 

Apprêtàge. — Action d'apprêter. 

Appretbur. — Ouvrier qui apprête. 

Approprier.— Mettre le feutre à la forme du chapeau, après l'avoir 
dressé. 

Appropriâoe, m. —Action d'approprier. ' 

Arçonner. ^- Grouper les flocons de laine, de poils ou de coton, en 
forme de cône, pour leur donner une première forme et assez de con- 
sistance pour pouvoir les bastir. 

Arçon a la main. — Outil ressemblant à une harpe, à ime seule 
corde de boyau, qui sert à ouvrir les matières premières (laine, coton, 
poils) et à les disposer pour en faire des chapeaux. On fait vibrer la 
corde à l'aide d'un crochet en bois nommé coche. 

Arçon mécanique . — Machine en bois contenant un cylindre tour- 
nant (à la vapeur ou à la main) entouré de cordes de boyau bien ten- 
dues, qui sont dites batteurs ou diviseur^s, ouvrent le poil et le font 
tomber, par l'effet du vide, sur une forme en bois qui donne la pre- 
mière figure du chapeau. 

Arçonnagb. — Action d'arçonner. 

Arçonneur. — Ouvrier qui arçonne. 

Bastir. — Réunir les capades conformément aux dimensions d'un 
patron en carton et commencer à la feutrer dans une toile mouillée. 
Cette opération précède le foulage . 

Bastissage, m . — Rudiment du chapeau fait de la réunion des ca- 
pades . 

Bastissbur. — Ouvrier qui bastit. 

BioHON, m. ^~ C'est la pièce de linge qui sert à bichonner. 

Bichonner. — Passer un linge bien chaud, légèrement empreint 



82 VARIETES 

de gandin, sur le chapeau, et le finir au fer chaud pour lui donner de 
Téclat . 

Bridbr . — Action de relever, en les raidissant, les bords d'un cha- 
peau. I 

Brider cokde . — Roule^r les bords d'un chapeau autour d'une ' 

corde . ! 

Bos, m. — Maître chapelier. Le chef de l'établissement. 

BouRRK, f. — De quoi travailler. On dit: il y a de la bourre, pour ' 

il y a du travail. Avez-vous de la bourre à me donner? etc. 

Capade*, f. — Quantité de laine ou de poil déjà arçonnée. Il y a 
quatre capades : deux pour le fond du chapeau, deux pour les bords. 

Ghiquettb, f. — Petite agglomération de poils ou de laine qui se 
forme à la surface du feutre, lorsque la matière a été mal travaillée. 

.Cloche, f. — C'est le chapeau foulé, apprêté et teint, mais qui n'a 
pas encore été passé au fer ni disposé pour recevoir sa forme défi- 
nitive. 

DÉBOMBOiR, m. ^ Outil sur lequel on pose le chapeau pour le bi- 
chonner. 

DoRSB, m. — Nom d'une forme de tournure. Repli que forme le 
bord du chapeau à l'endroit où il se termine . 

Entrée, f.— -Mesure de la tête. On dit: un chapeau de cinq points 
d'entrée. 

FoRBflLLON, m. — Petite forme plate servant surtout pour les en- 
trées des chapeaux. 

FuMERETTE, f. — Morcoau de toile à deux poils; sorte de droguet 
sur lequel on passe le fer pour s'assurer de son degré de chaleur, 
avant de l'employer sur le feutre . 

Gandin, m. — Pommade faite d'huile de laurier et de cire, qu'on 
étend sur un bichon pour donner de l'éclat au feutre . 

Gniole, f. — Chapeau manqué ou à retaper. 

Gnioleur, m.—- Ouvrier qui s'occupe surtout de réparations à faire 
aux chapeaux. 

Gode, f. — Faux plis provenant d'une fabrication défectueuse. 

Jarre ^, m. — Poil blanc, dur, se feutrant difficilement, enlaidissant 
le feutre . Il tombe presque totalement au soufflage, étant plus lourd 
que le bon poil. 

< Indiqué par M. Littré, mais non avec ee détail. 

* Cet article complète ceux que M. Littré a consacrés à ce même mot dans 
son Dictionnaire et dans le supplément. 



YARlérJÉS 33 

Manchon, m. — Léger feutre de laine ou de poil, qui recouvre les 
formes en bois sur lesquelles on place les chapeaux pour les tra- 
vailler à l'appropriage ou à la tournure. 

Marcheuse, f. — Machine qui commence à donner aux capades une 
certaine consistance, immédiatement après Tarçonnage. 

MÉLANGEUSE, f. — MacMue servant à battre, à ouvrir et à mélanger 
diverses sortes de poUs. 

Pincé. — Terme de tournure. Les bords d*un chapeau sont pinces 
quand ils brident légèrement. Il est ouvert ou pincé. 

Potence, f. — Outil en bois ressemblant à une petite enclume, dont 
la surface est recouverte d'un manchon en feutre, et qui sert à appro- 
prier et à tournurer les chapeaux . 

Potencer. — Se servir de la potence. 

Souffleuse, f. — Longue machine en bois, de forme rectangulaire, 
précédée d'un mécanisme spécial et servant à souffler le poil pour le 
débarrasser de la poussière et du jarre qui s'y trouvent. Le poil, dé- 
posé sur une large bande de cuir, formant toile sans fin, est entraîné, 
puis chassé violemment dans l'intérieur de la souffleuse. Il va jusqu'au 
bout, et revient d'autant plus près de Tavant de la machine qu'il est 
plus fin et plus léger. Les produits éti'angers : poussière, jan-e, tom- 
bent dans des tiroirs placés dans les bas-fonds de la souffleuse. 

SÉMOUSSEUSE, f . — Machine qui sert à donner aux bastissages de 
laine un commencement de feutrage, sous la triple action de la pres- 
sion, de la friction et de la chaleur. 

Tournure, f . — Cette opération consiste à relever les bords d^ 
chapeau, de façon à lui donner l'aspect demandé par la mode. 

TouRNURiER», m. — Ouvriers spéciaux, artistes de la chapellerie, 
11 faut beaucoup d'habileté et surtout beaucoup de goût pour faire un 
bon tournurier. 

ZÉPHYR, m. — Terme de tournure. Pincé très-léger. Il s'emploie 
surtout pour les chapeaux souples, genre canotiers . 

G.-P, 
fabricant, à Laval (Mayenne). 

L'ESPOZALICI DE NOSTRA DONA 



M. Pio Rajna a donné, dans le dernier numéro du Giomale di 
filologia romanza (t. III, p. 106-9), une notice sur le mystère pro- 
vençal de la bibliothèque de Séville VEspozalici de Nostra Dona^ 
dont nous avons entretenu dernièrement nos lecteurs. Voy . Revue, 



34 VARIÉTÉS 

XVIII, 199 seq. La notice de M. Pio Rajna est un peu moins suc- 
cincte que celle de M. Francisque Michel, que nous avons transcrite, 
et les quarante-deux premiers vers du mystère y sont reproduits. 
M . Francisque Michel s'était arrêté au dixième {De Jessé e de son 
parage. Revue, ihid.y 201). Voici la suite, d'après M. Rajna: 

y. 11 Maria a nom per vertat 

Aquesta de que vos^ ay parlât, 
Et el temple trobaretz la, 
Horan tôt jom, qu(e)' ajtres * no fa 
15 Ë preguft Dieu Nostre Senhor 

Que l(a)' adumplisca de s(a)' amor. 

L'avesque dels Juzieus respos 

Bels Senher Dieus, grazitz ne sias 
Ë benezitz et adoratz, 
Quar vos es vengut a plazer 
20 Que nos fassatz, Senher, saber 
Quai es la verges ni que fa. 
Ni cum a nom ni on esta, 
Ë del linatge issamen ^ 

Lo avesque dis als Juzeus 

En Salamo e vos (en) Salvat, 
25 E bon Judas e Samuel, 

Filh de Dieu e filh d(e)'Israelh, 

Auzit(z) avetz lo mandamen 

Que adichl'angel vos auzen. 

Per nulha res que el mon sia * 
30 D'esta verges qu(e)' a nom Maria 

Aucitz^, baros, ades anatz, 

E mens de .un. non .siatz. 

Et aduzetz me la donzela. 

Gardatz que non vengatz ses ela, 
35 E pregatz la fort humilmens 

Qu'am vos venga cortezamens, 

* Lis. queus. 

2 al res. 

3 Lacune de deux vers au moins. 

* Il paraît y avoir ici une nouvelle lacune. 

8 Corr. auzetz ? Ce peut être une forme catalane ou gasconne, introduite par 
le copiste. Cf. auzitz, quatre vers plus haut. Celui-ci, en écrivant ce dernier 
mot, avait peut-être dans l'idée plutôt auditis que auditum. 



VARIETES 35 

Car fort leu la deuretz trobar, 
Que no vos cal aires ponhar, 
Que el temple esta ades, 
40 Segon so que auzit aves. 

Dis *n Abraam al avesque 

Senher, vostre comandamen, 
Farem ses tôt alongamen 

L'ouvrage se compose de 850 vers environ, selon M. Rajnai. 

C. C. 

^ Puisque cette occasion se présente de parler ici de nouveau de Tancien 
théâtre provençal, signalons à nos lecteurs un article du Bulletin historique 
de Vaucluse, mars 1881, dans lequel M. P. Achard énumère, avec d'intéres- 
sants détails, diverses représentations dramatiques qui eurent lieu à Avignon 
et dans les environs aux XVe et XVIe siècles. 11 est à supposer que la plupart 
des pièces représentées, sinon toutes, étaient en langue d'oc. Mais M. Achard 
est muet sur ce point important. Nous savions déjà, par des notices anté- 
rieures dues à MM. Arnaud, Albanés, Mireur et Petit de Julleville, que plu- 
sieurs de ces pièces, ou du moins des pièces portant les mômes titres, furent 
aussi représentées à Foroalquier, Toulon, Draguignan ou ailleurs. 



BIBLIOGRAPHIE 



Festenan de Santo Bstello à Marsiho. Brinde ei tradatonr en Ters 
irancés deis obro dei felibre, emé doues cansoun : lou Tambourinaire» 
— la Marsiheso dei Latin (traductions par MM. F. Delilie et C. Hennion; e 
lou sounet la Mignardo en apoundoun, pèr Francés Vidal. Ais, Remondet- 
Aubin, 1881, in-8o, 16 pages. 

M. François Vidal est un des rares félibres qui, au culte de la 
poésie, associent celui de l'érudition locale et de Thistoire littéraire. 
Son livre sur le tambourin est une monographie aussi curieuse qu'inté- 
ressante de l'instrument provençal '; la traduction de la loi des Douze 
Tables^ lui valut un des prix de la section de prose au deuxième con- 
cours de la Société pour Vétvde des langues romanes, tenu en 1878 à 
Montpellier. Lou Bèu Premier Acamp de Vescolo de Lar^ est le récit, 
écrit avec goût et distinction, d'une réunion félibrique qui eut lieu 
dans l'ancienne capitale de la Provence, à l'occasion d'un voyage qu'y 
avait fait M. Mistral. M. V. nous donne aujourd'hui dans le Brinde ei 
traduUmr francés une courte énumération de ceux qui ont «translaté 3> 
en vers français des œuvres provençales. La liste en est plus nom- 
breuse qu'on ne croirait ; à côté du premier président Rigaud et de 
M. Constant Hennion, traducteurs de Mirèio l'un et l'autre, de MM. F. 
Delilie, le colonel Dumas et Jules Saint- Rémy, qui ne sont pas in- 
connus à nos lecteurs, l'auteur a soin de signaler le nom de celui qui 
depuis dix ans surveille l'impression de la Revue, M . Ernest Hamelin, 
à qui l'on doit des traductions extrêmement remarquables de laPerh* 
d'Aubanel et du Dies irœ d'Albert de Quintana. 

L'analyse littéraire a depuis longtemps contracté l'habitude d'ac- 
compagner ses éloges de quelques restrictions. Elles constituent, a- 
t-on dit avec un peu trop de complaisance, les épines de la rose et le 
signe certain de l'impartialité de la critique. Pour me conformer à 
cet usage, je reprocherai à M . V.de n'avoir pas nommé un des maîtres 



* Lou Tambourin, istàri de Vestrumen prouvençau^ seguido de la metodo 
dôu galoubet e dôu tambourin e deis ér naciounau de Prouvènço. Avi- 
gnoun, Roumanille; in-8o, 300 pages. 

* La Lèidei Bouge Taulo^revirado.kis, Remondet-Aubin.An de Roumo, 
MMDGxxxti; in-8o, 48 pages. 

Wno felibrejado à-z-Ais, Bèu premier acamp de Vescolo de Lar. A l'ous- 
tau dei Laren, 1879; in-8o,'24 pages. 
^ Celle-ci paraît à Tinstant dans le t. 1 (90-93) d'un charmant et minuscule 



BIBLIOGRAPHIE 37 

traducteurs de ce temps, M. Léopold Sergent, dont M. Boucherie a 
signalé ici même les premières poésies *. Le Jowi^iial de Forcalquier^, 
où les historiens de la littérature méridionale trouveront un jour 
tant de textes provenço-alpins et d'utiles indications, contient (numéro 
du 2 novembre 1879) sa magistrale et harmonieuse traduction des 
Fahre d'Aubanel. 

Nous la reproduisons ici, afin de signaler en même temps, et quel- 
ques-unes des innovations que M . S. voulut introduire dans la poésie 
contemporaine' et la note française, le parfum de bonne langue — 
— s'il est permis de parler ainsi — que gardent constamment ses 
vers : 

Pareil au cavalier pressé, 
Regardez donc le jour passer. 
L'ombre eûvahit la route grise ; 
Comme un brigand du bois touffu. 
La nuit traîtresse est à Taffût. 
Du soir déjà fraîcnitla brise. 

recueil imprimé à Leipzig, avec une correction typographique que beaucoup de 
presses françaises envieront : Poésies françaises, provençales et wallonnes, 
Leipzig, Otto Lenz, 1881; ia-18, 176 pages: 

A ta fresco e poulido auriho, A ta fraîche et mignonne oreille, 

Pastado de roso e de blanc, Pétrie et derosi^eet de blanc, 

Pèr pendent uno perlo briho Pend une perle sans pareille, 

Coumo un plour d'aubo tremoulant. Comme un pleur de Taube tremblant. 

A soun entour se recauquiho Spirale d'or qui l'ensoleille, 

Toun peu d'or en anèu galant ; Tes blonds cheveux vont l'entourant, 

Me semble vèire uno couquiho ^ Comme une coquille vermeille 
Ounte la mar a mes plan plan Où la mer aurait doucement 

Sa perlo fino la plus raro. Posé sa perle la plus fine. 

Leisso-me clina sus tacaro! Permets que vers toi je m'incline; 

Oins li couquihage, d'abord Dans la nacre qui resplendit, 

Que Ton entend ço que dis l'oundo, Si l'on entend ce que dit l'onde. 
Vole iéu, divine bloundo, Moi je veux, ô divine blonde, 

Escouta ço que dis toun cor I Ecouter ce que ton cœur dit. 

La Perlo, d'Aubanel, a pour la première fois paru en 1873, dans la Revtie des 
langues romanes, 

* La Complainte de Jlfai,par Lao. Paris, Vanier; in-i2, 36 pages. L'article 
de M. Boucherie se lit, Hevue, 2^ série. II, 156-157. 

2 Journal hebdomadaire, qui a M. Masson, de Forcalquier, pour imprimeur. 

^«^11 a pensé, non sans quelque raison, qu'il fallait se rapprocher le plus 
possible de la prononciation courante, de la vraie prononciation. En consé- 
quence, il tolère l'hiatus, fait rimer des singuliers avec des pluriels {éclore, 

3 



38 BIBLIOGRAPHIS 

EUe fraîchit et fait plier 
Plus d'an frémissant peuplier. 
La sombre nue en pièces tombe, 
L'or jaillit splendide, laissant 
Un long rideau couleur de sang, 
Qui flotte, fouetté par la trombe. 

Voici l'incendie au couchant 
Qui s'allume et va s'épanchant* 
Sont-ce des démons qui se battent 7 
On croit, dans la nue en lambeaux. 
Voir de terribles maréchaux 
Forger le soleil écarlate. 

Droits et se courbant tour à tour, 
Brusques, fiévreux, frappant toujours, 
Dans les cieux les géants façonnent. 
Pour le matin jeune et riant. 
Les rayons d'or et de diamant 
Qui du soleil sont la couronne. 

Etincelles, gerbes de feu. 
Font un grand et terrible jeu ; 
La braise, elle, retombe en pluie ; 
Tout brûle : ce sont des .tisons 
Que pour feuilles les arbres ont ; 
Les petits des oiseaux s'enfuient. 

Sur les monts bleuis, doucement, 
La lune, depuis un moment. 
Guette, peureuse fiancée. 

multicolores; Cybèle, belles, etc.), des troisièmes personnes du pluriel en 
ent avec des noms ou adjectifs féminins en es ( gentilles, scintillent; ac. 
cueillent, feuilles). Une de ses pièces, intitulée la Légende de V oiseau invi- 
sible j est en vers de quinze syllabes, qui se partagent en deux hémistiches: 
le premier de huit avec la huitième atone, et le second de sept avec la septième ^ 
masculine. Ce rhythme est harmonieux, mais il aurait fallu indiquer la césure 
par un tiret: c'eût été plus commode pour le lecteur. D'un autre côté, puis- | 
que M. L. S. a voulu faire un seul vers de ces deux longs hémistiches, il au- 
rait dû conserver toute sa valeur à la huitième syllabe atone du premier, en ' 
ne mettant à cette place que celle dont l'e muet final est précédé d'une con- 
sonne. Toute autre combinaison fausse la prononciation ou compromet la 
mesure du vers. Ainsi, que l'on compare ces deux vers où la huitième syllabe | 
n'eat pas précédée d'une consonne: « Au zénith rouge est la nue; tout à 
l'est est calme et clair. — Nous suivons ta loi sacrée, nous demeurons tes I 
fléatixa, avec ceux-ci dont la césure s'appuie, au contraire, sur une consonne j 

antérieure: c // s'en va pensif et triste, le pâle bénédictin^ — dire au loin i 
dans la campagne sa prière du matin », et l'on comprendra la valeur de | 

cette observation. » Boucherie, Revue, 2e série, II, 156 



BIBLIOaRAPHlB 39 

Dans son beau sentier argenté 
Je crois qu'elle n'ose monter, 
Tant cette fougue est insensée ! 

Noirs deviennent les forgerons ; 
Le marteau lasse leurs bras prompts ; 
Tout flambait^ maintenant tout fume ; 
Renversé, l'astre furibond 
Dans la mer qui hurle, d'un bond. 
Se jette de Thorrible enclume *. 

Ils sont rares ceux qui, placés en présence d'un texte quelconque, 
ne plient pas leur version à des exigences que répudient la langue, 
Thabitude ou l'oreille. Ni l'une ni les autres, au contraire, ne me sem- 
blent blessées dans la traduction que l'on vient de lire . 

M. V . trouvera, du reste, dans le Journal de Forcalquier, une pièce 
originale de M. L. S, (les I»é{(jrew^, 17 février 1878) et la traduction 
de VAiHouna de M. Charles Gros. 

A. ROQUE-FfiBBIEB. 



Congrès scientifique de France . Quarante-quatrième session, tenue à Nice 
(Alpes-Maritimes) en janvier 1878 . Nice, Malvano-Mignon, 1879; 2 volumes 
in-8o, 368-408 pages et planches. 

Ces deux volumes renferment quelques travaux qui intéressent les 
études romanes et plus spécialement la philologie provençale. En voici 
rénumération : 

Tome !•', p. 71-81. F. Brun, Étude sur l'origine des habitants des 
Alpes-Maritimes . Dans la partie linguistique de son mémoire, l'auteur 
cite une trentaine de mots du dialecte parlé à Nice ; il les rapproche 
de leurs équivalents en breton moderne, et il y voit la preuve que ce 
dernier idiome a laissé beaucoup de traces dans les Alpes-Maritimes. 
M. B. ne paraît pas se douter que cette opinion n'a plus aujourd'hui 
pour elle que M. Mary-Lafon {Tableau de la langue romano-proven- 
cale, 1842, in-12), et qu'il est meilleur de considérer ces analogies 
comme le témoignage de la source commune des langues entre les- 
quelles il veut établir des relations d'un ordre différent . ce Jaina ou 
giaina, pièce de bois reliant un plancher avec les murs», se dit à Cler- 
mont-l'Hérault chasena, terme que nous n'avons pas trouvé dans le 
Dictionnaire de M. Mistral. 

* Comme la Perlo, H Fabre ont paru tout d'abord dans la Revue. 

La traduction que nous publioQs diffère un peu de celle qui a paru dans 
le Journal de Forcalquier. La direction de cette feuille fit, en effet, subir à 
M. S. diverses retouciies qui atténuèrent largement la liberté de ses rimes. 



40 BIBLIOGRAPHIE 

T. II, p. 358-360. Origine de l'idiome niçois, son passé littéraire 
son état actuel^ réformes urgentes. Généralités à propos de l'ouvrage 
de M. Sardou sur VIdiome niçois, qui obtint une médaille au second 
Concours de la Société des langues romanes, tenu en 1878 à Mont- 
pellier. 

La dernière partie du titre de cette note fait allusion à un travail 
imprimé depuis : Exposé d'un système rationnel d'orthographe niçoise, 
terminé par une application de ce système à une fable inédite de Ran- 
cher et par une déclaration approbative de feu Eugène Emmanuel, 
poëte niçois (Publication de l'^nEscolafelibrenca de Bellanda^ »;, Paris, 
Champion, 1881; in-8°, 32 pages. Ce système, élaboré au moment 
même où la Commission orthographique de Montpellier préparait le 
travail que lui avait confié la maintenance du Languedoc, consacre 
l'abandon de l'orthographe italienne, appliquée jusqu'ici au sous-dia- 
lecte de Nice. Sauf le maintien de la finale féminine a, il n'est guère 
à un autre point de vue, que l'acceptation de la graphie des félibres 
d'Avignon . 

P. 339-347. Ed. Blanc, c?e« Stations des époques paléolithiques, néolithi- 
ques et de l'âge du bronze dans les Alpes-Maritimes. M. Bl. dit en trois 
1 ignés, p . 345-346, que la plus ancienne description que l'on ait des 
murs néolithiques d'Agel se trouve dans Ig, Vida de sant Honorât. 
poëme de Raymond Féraud, troubadour provençal du XIII«-XIV« siè- 
cle*. Quelques explications complémentaires, que nous allons essayer 
de donner, n'auraient pas ét<é inutiles au lecteur. On voit, en effet, au 
haut de la montagne d'Agel, -qui domine le village de la Tnrbie, des 
restes de constructions préhistoriques que Raymond Féraud décrit 
dans son quarante-neuvième chapitre ^, mais dont il semble exagérer , 

l'importance et les dimensions. Elles furent, ainsi que la tour de la 
Turbie (le fameux trophée d'Auguste), élevées par le géant ApoUo ou 
Apollin, le même qui plaça dans la tour une idole rendant raison de 
tout ce qu'on lui demandait. M. Bl. aurait dû nous faire connaître si ' 

l'ensemble des murs d'Agel concordait avec la description du poëte, i 

qui, sur ce point comme sur bien d'autres, a été probablement le co- | 

piste de la Vie latine qu'il avait sous les yeux^. La tradition locale < 



1 Bellanda était, au moyen âge, le nom 4u château de Nice, et ce nom 

s'appliquait parfois à la ville elle-même. ' 

* La Vida de sant Honorât, légende en vers provençaux, publiée pour la i 
première fois en son entier, par M. A.-L. Sardou, Nice, Caisson et Mignon, i 
S. D.; in-8o, xx-216 pages. ■ 

» P. 91 de l'édition de M. Sardou. 

* M. B. ne signale pas une tradition d'origine plus directement érudite que { 
celle dont parle Raymond Féraud, et suivant laquelle la construction des murs j 



BlBL10GRAÏ*niE 4l 

attribue ces constructions à des ouvriers gigantesques, et la région où 
elles sont situées porte, en outre, le nom de quartier dujayant (géant). 
n est curieux de trouver dans la Vida de sant Honorât, qui fut com- 
posée à la fin du XIII© siècle, la variante, embellie et augmentée, d*un 
récit aujourd'hui réduit à sa plus simple expression. Au reste, ce n'est 
pas seulement dans les Alpes-Maritimes que Ton attribue à des popu- 
lations de taille extraordinaire les murs et les tombeaux de l'époque 
mégalithique. Le département de l'Hérault possède un certain nombre 
de dolmens qne le peuple persiste à nommer taula dau gigant on dut 
giant*. 

Raymond Féraud avait écrit, probablement après la Vida de sant 
Honorât, un autre poëme intitulé Vie de saint Armentaire, qui exis- 
terait encore, si j'en croyais l'analyse d'un travail communiqué par 
M. Poulie à la trente-troisième session du Congrès scientifique de 
France, tenue à Aix en 1866, et une monographie locale dont il sera 
parlé plus loin. Le seul fragment qu'en ait cité M. Poulie est emprunté 
à une traduction française, et il contient justement la description 
sommaire d'un dolmen situé près de Draguignan (Var) : « Et audit 
lieu de Dragoniam, qu'on nomme aujourd'hui Draguignan, au terroir 
d'iceluy, assés loin et séparé de la ville, y avoit emmy d'un bois une 
fée nommée Estserella^, et le lieu se nommait Cyclopera, où les femmes 
des lieux circon voisins, abusées de superstition, alloient boyre quelque 

abrevage que leur estoit administré par les prestros de cette fée 

Saint Hermentaire y alla, accompagné des principaux de la ville, et 
trouvèrent quelques femmes voylées le visage d'ung voyle rouge et 
vestues d'habits incogneus et inhusités, auxquelles les prestres et sa- 
crificateurs de la Fée administroient leurs guinaudes, estant assizes 
au dessoulxd'ugne grande et grosse pierre soubstenue de trois grosses 
pointes en forme d'obélisques f aicts et composés à la rustique ... Et il 
parla aussi avec une telle sévérité aux sacrificateurs de la Fée, les com- 
mandant de n'y retourner jamais plus, et s'ils faisoient le contraire, 
il les faisoit chastier ' » 

d'Agel serait l'œuvre d'Hercule. (Carlone, Étude sur les premiers temps his- 
toriques des Alpes-Maritimes, insérée dans le t. III du Congrès scientifique 
de France, trente-troisième session. Aix, Remondet-Aubin, 1868, p. 260 
262.) 

* L'abbé Léon Vinas, Mémoire sur les monuments druidiques de l'arron- 
dissement de Lodève. Lodève, Grillières, 1867; in-8o, 20 pages. 

2 Cette fée a donné son nom à l'héroïne du Calendau de M, Mistral. Voyez 
la dixième note du premier chant, où l'auteur en parle, d'après le Voyage 
dans le midi de la France de Millin. 

3 Congrès scientifique de France, trente-troisième session. Aix, Remondet- 
Aubin, 1868; t. IL 212-213. M. Poulie a eu le tort de ne pas dire qu'il avait 



42 BIBLIOGRAPHIE 

On voit par cette citation que l'histoire de la constraction de la 
tour de la Turbie par le géant ApoUo n'est pas le seul passage où 
Raymond Féraud ait parlé des constructions mégalithiques qui exis- 
taient en Provence au XI Ile siècle*. 

M. Poulie croit pouvoir identifier le dolmen mentionné dans la Vie 
de scdnt Armentaire avec un monument de même nature existant, à un 
kilomètre de Draguignan, sur l'ancienne voie romaine qui se dirigeait 
de Fréjus sur Draguignan, et aboutissait à Riez 2. Le peuple lui donne 
encore le nom de pierre de la Fée (peiro de la Fado) . 

P. 360-364. En réponse à la question supplémentaire du programme 
de Nice : Faire connaître Us divers dialectes de la Provence, leurs ca- 
ractères distinctifs et leur périmètre, M . de Berluc-Perussis soumit au 
Congrès une carte des dialectes et des sous-dialectes provençaux, la- 
quelle a figuré à l'Exposition universelle de 1878, dans l'envoi col- 
lectif de la Société anthropologique de France, Le résumé des p. 360- 
364 mentionne avec éloge le travail publié par MM. de Tourtoulon 
et Bringuier, à la suite de la mission que leur confia, en 1873, 
M.Jules Simon, alors ministre de l'instruction publique, et il donne, 
en outre, quelques indications sur le critère que M. de B.-P. a eu plus 
particulièrement en vue dans son œuvre de délimitation. Il existe 
en Provence trois manières tranchées de conjuguer la première pre- 
sonne du singulier des principaux temps : àmou, amàvou, amérou 
{f aime f j'aimais, j'aimai), dans les Alpeg ; àmi, amàvi, améri, dans la 
Basse-Provence ; ame, amave, amere, dans leComtat. Cette différence 
a été le point de départ des recherches de M. de B.-P. « Chose cu- 
rieuse, ajoute l'auteur, elle correspond, dans son ensemble, à la vieille 
et traditionnelle distinction de notre pays en trois régions ou comtés 
indépendants. 1» 

On ne peut que souhaiter la prompte publication de cette carte, 
qui par ses autres divisions contribuera largement à la classification, 

emprunté ce curieux fragment à une Étude sur les origines de Draguignan^ 
par M. l'abbé Barbe, insérée dans le t. II (p. 237-257) du Bulletin de la 
Société d'études scientifiques et archéologiques de la ville de Draguignan. 
Nous avons rectifié sur le travail de ce dernier quelques erreurs de copie de 
M. Poulie, entre autresMa substitution de guirlandes kguinaudes, 

* Cette citation a échappé à M. B. De même que celles du post-scriptum 
de cet article, elle ne semble pas avoir été plus connue de M . Sardou que de 
M.Paul Meyer, qui, d'ailleurs, n'avait pas à s'en occuper dans les deux notices 
qu'il a consacrées à la Vida de sant Honorât {Remania, V, 237, et VIII, 481). 

^ Cette identification paraîtra problématique, si l'on songe que Raymond 
Féraud donne trois supports au dolmen d'Estérelle, tandis que celui dont 
parle M. Poulie en a quatre. 



BIBLIOGRAPHIE 43 

souvent très-difficile, des dialectes de la Provence. Le nom de Tau- 
teur dit par avance la précision et l'exactitude qu'il aura mises au 
service d*un pareil travail . 

Le t. II du recueil du Congrès de Nice contient, enfin, p. 387-392, 
une communication sur les Ligures et leur rôle dans les Alpes-Mari- 
times, où l'auteur, M. Ed. Blanc, relève un exemple curieux des éty- 
mologies auxquelles on se laisse parfois aller en province. Un con- 
tradicteur, qu'il ne nomme pas, combattant son opinion sur Horrea, 
proposait d'identifier cette localité avec le village des Adrets : Ad 
SCorrea =sAd rets. L'analogie lui paraissait absolue, indiscutable. 
M. Bl. répondit avec raison qu'aÉ?rcfe, adrech, adré, était un mot qui, 
signifiant coteau exposé au midi, désignait un village du versant mé- 
ridional de l'Esterel . Le rappel des proverbes suivants compléta la dé- 
faîte du malencontreux étymologiste : 

Lauso Tubach (nord) y ten-ti à Tadrech. 

Se lou couguou canto à l'uba, 

Deman pleura ; 
Se lou couguou canto à l'adré, 

Fara tems dré. 

Quand sauras pas que faire, 

Pren de terre dins toun bounet 

Et pourta(sec)-la de l'ubach a l'adret. 

Ce dernier proverbe nous était inconnu, et nous ne serions pas éloi- 
gnés de le croire inédit ; mais le premier est incomplet, et il doit être 
rétabli sous la forme ternaire suivante, donnée par la Bugado, p. 63 : 

Lauzo l'ubac, et ten te à l'adrech ; 
Lauzo la mar, et ten te en terre ; 
Lauze leu ment, ten te à la piano. 

On ajoute parfois: 

Lause la Franco e demere en Preuvenço. 

VArmana prouvengau de 1865 donne, p. 79: 

Lause la mar, 

Ten-te à la terre 

E neun ânes en guerre^. 

A. Boqub-Febbibb. 

* Nous aurions à signaler encore un excellent morceau de critique littéraire 
et biobibliographique: Laugier de Porchères et Arbaud de Porchères, deux 
des quarante premiers de l'Académie française, par M. de Berluo-Perussis, 
si nous ne nous étions interdits d'empiéter sur le compte rendu que doit en 
faire bientôt M. ]e docteur Espagne 



44 BIBLIOGRAPHIE 

P. 'S. — L'existence de la Vie de saint Armentaire est si peu con- 
nue, si douteuse même pour les provençalistes, que je reproduirai ici 
trois autres fragments de ce poëme, insérés déjà dans Tétude de 
M . Barbe. Les deux premiers sont en français, et le troisième en pro- 
vençal. 

Après sa victoire sur un énorme dragon qui désolait le quartier de 
ce nom, à quatre ou cinq kilomètres de Draguignan, le saint bâtit une 
chapelle en l'honneur de saint Michel. M. Barbe cite à ce propos le 
passage suivant de la version française : 

c Quoique de longue main le christianisme f ust planté en ce quar- 
tier-là, encore y fust-il mieux affermi par la doctrine et bons exemples 
de saint Hermantaire, et ne faysoient lors que bien peu d'estat de la 
loy payenne et des Juifs, qui y estoient, depuis que les Romains, jadis 
seigneurs de tout le monde, leur avoient permis vivre en leur loy * . 3> 

Ce fragment a été peut-être dénaturé par la traduction, car on n'y 
aperçoit rien de la métrique du texte, laquelle semblerait encore sen- 
sible sous la prose du fragment où il^est question de la fée Estérelle. 

Plus loin (p . 253) se lisent les mots suivants, empruntés à la même 
version : 

« A la baulme obscure et noyre, où estoit vis-à-vis une grande 
forest.]» 

Voici enfin (p . 257) le fragment qui intéresse le plus directement 
les provençalistes . Il constitue le chant d'actions de grâces que Ray- 
mond Féraud place dans la bouche du peuple après la mort du dra- 
gon. Le tour en est coulant et tout à fait de nature à compléter la 
bonne opinion que Ton avait déjà du poëte: 

Diou sia grazit, que nous a fach 
La grazia de veire des fach 
Lou Dragon que nous destruzia 
Et que tant de mal nous fazia ! 

5 Diou sia grazit a grand soûlas, 
El que a romput lou double las 
Del quai lou Dragon menassava 
Nous mangearal luec ount estava! 

Diou sia grazit, car sa bountat 
10 Non nous a jamay desfautat, 
Mais nous a fach luzir sa cara 
Tant sancta, preciousa et cara ! 



* L'abbé Barbe, Étude sur les origines de Draguignan [Bulletin de la 
Soc, d*étud. se. et arch, de Draguignan, II, 252). 



PEKIODIQUES 45 

Diou sia grazit, car a vougut 
Que lou Dragon non a pougut 
15 Nous engoullar dedins sa goulla, 
Que jamay non era sadoulla ! 

Diou sia grazit qu'es pouderous, 
Car nous deven teni huroux 
D'estre escapats d'aquella ruda 
20 Fiera bestia. traita et plaucuda * ! 

On voit que le manuscrit et la traduction de la Vie de saint Ar- 
mentairej auxquels ces divers fragments ont été empruntés, doivent 
appartenir au XVIe siècle. M. Azam, secrétaire de la Société d'études 
de Draguignany que j'avais prié de faire quelques recherches à l'effet 
de les retrouver, a bien voulu, par l'intermédiaire du savant archiviste 
du Var, M.JMireur, me dire que M. Barbe avait probablement obtenu 
communication d'une copie de la Vie de saint Armentaire qui se trou- 
vât en 1858 dans la bibliothèque du regretté M. Doublier. Il serait à 
souhaiter que l'on pût en retrouver la trace et que la littérature des 
troubadours ne fût pas plus longtemps privée d'un texte de cette 
importance. 

A. R.-F. 



PERIODIQUES 



Bulletin archéologique et historique de la Société ar- 
chéologique de Tarn-et-Garonne, t. VI. — P. 235-240. L'abbé 
Pottier, Proclamation lue à Piquecos, sur la place publique et dans les 
rues, le dernier jour de novembre 14iS5. Texte en langue d'oc, conservé 
dans les archives du château de Piquecos et publié par M. P., avec 
quelques remarques historiques et critiques. Il renferme certaines ex- 
pressions qui manquent au Lexique rom>an de Raynouard, entre au- 
tres 77Mimpo/ite (bas-latin rr^nipolium), conspirations, rassemblements, 
agissements illicites: per fa neguna congregacion (réunion) ilUdta 
ny manipolits, — P. 324-329. Le Lièvre de la Morinière, Penne et 

* Tai introduit quelques corrections' dans le texte, afin de le ramener à la 
forme probable du manuscrit du XVI* siècle qui nous Ta conservé. Voici les 
leçons élaguées : 

2, deffach; 3, destuzia; 6, Et que a; 10, deffoutat. On pourrait, à la ri- 
Sueur, corriger: desfoutat. 

Le seul mot difficile de ce cantique est plauguda, qui manque au Lexique 
roman de Raynouard et qu'il faut traduire par pesante, lourde ou difforme. 
Cf. le plauchut^ uda d'Honnorat, qui a la môme signification. 



46 PÉRIODIQUES 

Bruniquel. L'auteur dit en note: <iLa fonne étroite et aDongée du 
rocher qui constitue rassise de la ville et du château a fait croire que 
Tétymologie de Penne était Pmna, plume de l'aile, et a donné aux 
armes du seigneur et de la ville une ou plusieurs plumes comme 
pièce principale. Le nom de Penne paraît être d'origine celtique : pen, 
hauteur, sommet. » M. de la M. a raison ; mais il est inutile de re- 
courir au celtique pour expliquer un terme qui existe en provençal e* 
en béarnais avec un sens absolument semblable : 

Que la vilo di Baus, sus si peno quihado, 

a dit, par exemple, M. Bonaparte- Wyse dans une pièce de poésie im- 
primée en 1876 par la R&oue^ 2e série, II, 92. —P. 330-333. Guirondet, 
Notes sur Parisot (canton de Saint- Antonin) tirées d'un vieux manuscrit 
de Cahrol, généalogiste de Villef ranche-de- Rouer gue. Ces notes sont 
au nombre de deux. La seconde est la copie d'un inventaire des re- 
liques de Parisot fait en langue d'oc en 1622. 

A. Roque-Ferrier. 

Bulletin archéologique et historique de la Société ar- 
chéologique de Tarn-et-Garonne,t. VII (année 1879). — P. 63- 

68. L'abbé Pottier, les Armes de la ville de Grenade-suf*- Garonne 
{villa Granata) . La petite ville de Grenade est une bastide fondée au 
XIII* siècle par les moines de l'abbaye cistercienne de Granselve . 
Plusieurs auteurs croient que son nom se rattache au souvenir de 
Grenade (Espagne). M. Tabbé P. démontre le contraire par le blason 
de la communauté, enregistré en 1696 dans l'armoriai manuscrit con- 
servé à la Bibliothèque nationale et par les armes d'une cloche fondue 
en 1623. Grenade doit sa dénomination à l'abondance en grains des 
terres qui Tentourent*. Le blason de 1696 est d'azur semé de graines de 
froment et de fleurs de lys d'or. Ces dernières sont au nombre de huit, et 
les grains qui alternent de dix, chiffre qui, dans la langue héraldique, 
indique ce que l'on appelle sans nombre. 

Les grains ont été, en outre, jetés à profusion dans les armes figu- 
rées sur la cloche de 1623. La grenade du blason actuel est d'intro- 

^ Ainsi que le remarque, d'ailleurs, M. P., les Cisterciens aimaient c les 
noms fournis par la nature elle-même. Sans chercher au loin, nous trouvons 
Grandselve, la grande forêt ; Bellepercbe, le beau domaine >; Beaulieu, Beau- 
mont, etc. 

La bastide de Pampelonne, où l'on pourrait, à meilleure raison^ voir un sou- 
venir d'Espagne, a été nommée ainsi en mémoire d'Eustache de Beaumarchais, 
sénéchal de Toulouse et d'Albigeois de 1272 à 1294, de son gouvernement 
de Navarre et de son séjour à Pampelune. 



PERIODIQUES 47 

duction postérieure ; on pourrait même ajouter exclusivement fran- 
çaise. C'est, qu'on me passe la définition, un gallicisme en fait d'armes 
parlantes . 

P. 69-80. Henry de France, la Cour de Toulouse. Intéressant tra- 
vail sur une ancienne rue de Montauban. On avait supposé qu'elle de- 
vait sa dénomination à un massacre de huguenots fait à Toulouse en 
1562, et dont les survivants se seraient réfugiés à Montauban dans la 
rue ainsi désignée. Des terriers signalés par M. de F. constatent que 
le nom de Cort de Tohza existait bien avant, en 1431, par exemple 
M. de F. le rattache à rétablissement d'un viguier qui rendait la 
justice au nom du comte de Toulouse, et qui résidait dans un château 
bâti par ce dernier, tout près de la rue en question. Les droits et les 
devoirs de ce viguier sont énumérés d'une manière fort explicite dans 
les coutumes dont Rajrmond VI dota, en 1195 (nouveau style), la pre- 
mière de ces deux villes. 

P. 97-112. E. Forestié neveu, Étymologie du nom de Montauban et 
origine de ses armoiries. Les Sceaux de l'abbaye de Montauriol et des 
chapitres de Montauban, L'étymologie de Montauban, fondée comme 
on sait en 1144, a été fort discutée depuis le XVII® siècle. On l'a ex- 
pliquée par Mons Albanus, en langue romane Mont-Alban (Mont- 
Blanc). Adrien de Valois et M. Mary-Lafon avaient surtout accrédité 
cette étymologie. Guillaume Catel, au contraire, attribuait à Alban le 
sens de saulcy et il fut suivi par Pierre Leclerc, à qui l'on doit V inven- 
taire des archives municipales de Montauban. Comme on avait remar- 
qué que le saule n'affectionne que les terrains bas et humides, Leclerc 
répondit à l'objection en disant que cet arbre « croissait naturelle- 
ment à l'entour du mont, arrosé d'eau de trois côtés, à savoir : au 
levant d'été, couchant et septentrion, le ruisseau de la Garrigue ; au 
midi, le ruisseau du Tescou, et entre le midi et le couchant, la ri- 
vière du Tarn. . . » 

M. F. pense que l'explication de Catel et de Leclerc est la seule ac- 
ceptable. Il l'appuie principalement sur le blason de Montauban, dont 
le plus ancien spécimen remonte aux premières années du XIII® siè- 
cle. Un saule, — étrangement figuré, il est vrai, — et planté sur un 
mont d'or, figure depuis cette époque dans les armes du chef -lieu du 
département du Tam-et-Garonne. M. F. aurait pu compléter son tra- 
vail par le relevé d'un certain nombre de mots qui se rattachent à 
Valbà delà seconde partie de la forme locale Montalbà, Cette expres- 
sion signifie saule dans le Quercinois, et Honnorat mentionne aubà 
dans le dialecte bordelais. Aubar Qt aubàs se sont aussi maintenus. 
M. Mistral, dans son Trésor dâu Felibrige, I, 169, cite un vers de 
Jasmin dont je n'ai pu contrôler l'orthographe : 
Un vièl setut sur un fautul d'auba. 



AS PERIODIQUBS 

Aubaret, aubareda, albareda, sont restés courants, comme substan- 
tifs, noms de famille et noms de lieu. 

La fin de la curieuse dissertation de M. F. est consacrée à Montau- 
riol, souvent expliqué par Mons aureolus, en roman Montourioî (mont 
doré ou jaune), tandis que le sceau de l'abbaye porte, comme armes 
parlantes: «de gueules à un auriol d'argent (le loriot) sans œil, perché 
sur un mont de sinople, au chef cousu d'azur. j> 

P. 145-153. Guirondet, Notices biographiques: Isam, évêque de Tou- 
louse; Raymond- Jov/rdain, troubadour. 

P. 257-278. L'abbé Galabert, l'Église et les Vitraux de Caylus. Ce 
travail renferme un certain nombre de citations en langue d'oc, et 
parmi celles-ci des formes qui manquent à Raynouard: piala, pile, 
pilier ; sequestrania, sacristie, etc. 

On trouve sacrestania et secrestania dans la traduction rouergate 
d'une bulle de Clément VI, publiée par M. Constans [Essais sur le 
sous-dialecte du Rouergue, Montpellier, 1880; in 8®, p. 156 et suiv.). 

P. 296-299. H. de Froxice, Bibliographie. Dictionnaire patois -/rancis 
du département de l'Aveyron, par M. l'abbé Vayssier. Compte rendu 
où la Revue et la Société des langues romanes ont été mentionnées . 

A. Roque-Febribb. 

Bulletin archéologique et historique de la Société archéo- 
logique de Tarn-et-6aronne. T. VTII (année 1880).— P. 13-36, 
104-123, François Moulenq, Corbarieuet ses seigneurs. Cette localité est 
actuellement un modeste village de l'arrondissement de Montauban, 
mais elle eut autrefois une très-grande importance ; elle possédait de 
vastes faubourgs, et l'une de ses voies porte encore le nom significatif 
de rw€ des Orfèvres. Sa décadence date surtout du XI Ve siècle. Son 
nom lui vient, dit M. Moulenq, d'un «ruisseau aux courbes capri- 
cieuses, curbus rivus» (?), appelé aujourd'hui de St-Germain ou de la 
Guitardie. M. M. donne des détails historiques sur les seigneurs de 
Corbarieu, et il imprime à la fin de son travail le texte des coutumes 
et privilèges qu'ils concédèrent en 1265 aux habitants de cette ville. 
La publication en est faite d'après « une copie produite (en 1458) par 
les consuls, devant Nicolas de Rousergues, lieutenant de Guillaume 
de Courcelles, maître des eaux et forêts en Languedoc, à l'effet de voir 
maintenir le droit de la communauté à pêcher librement dans les 
eaux du Tarn. M. M. a publié, de plus, une curieuse lettre du XV® siè- 
cle où l'on pourrait relever certains caractères de la langue actuelle 
(emploi partiel du b pour le t?, finale féminine en o (?), substitution de 
VhkVfj etc.), si malheureusement d'évidentes fautes typographiques 
n'imposaient une grande réserve au point de vue de l'interprétation 
philologique de ce document. 



PERIODIQUES 49 

P. 85-103, 183-194, L.Taupiac, Villelongue, judicature, circonscrip- 
tion et origines. Un mot du langage local : gaure (canal où Feau est 
devenue stagnante), est signalé^ p„.. 95. On peut le rapprocher de 
gaulha (Honnorat, Dict prov.-fr., II, 330), qui désigne en bas-limou- 
sin un creux où séjourne Teau. Cf. gaulhas^ amas d'eau dans les rues 
ou les chemins. 

P. 195-209, l'abbé Galabert, les Prêtres dans les campctgnes au 
moyen âge. Travail aussi neuf qu'intéressant; il a été lu aux réunions 
des Sociétés savantes à la Sorbonne, en 1880, et il contient quelques 
courts extraits en langue d'oc. On remarque, p. 204, note 1, un mot 
qui manque à Honnorat et qui est encore usité dans les campagnes du 
Tarn-et-Garonne : encantage, c'est-à-dire le chant d'un nocturne, suivi 
de la messe et de l'absoute. 

P. 226-227. L'abbé Galabert, Fanc^. D^ôt d'armes fait par Jean 
de Solatges, gouverneur de Caussade (1467). Comptes des dépenses faites 
par les deux envoyés de Caylus en lUb pour aller prendre à Cahors le 
mande delà communauté. — Compte pour une représentation de mystère à 
Caylus au XV^ou XVI^ siècle. Trois extraits en langue d'oc ; le der- 
nier, ainsi que les huit vers qui l'accompagnent, a été publié presque en 
même temps pai- M. Petit de Juleville, qui, dans son ouvrage sur les 
Mystères {t. II, p. 98), en a déterminé la date exacte (1510), d'après une 
communication de M . Dumas, archiviste de Tain-et-Garonne * . Les 
deux textes présentent des différences de détail assez nombreuses ; 
celui de M. Dumas est, d'ailleui*s, préférable à celui de M. l'abbé G. 

Le procès-verbal de la séance tenue le 10 novembre 1880 par la 
Société archéologique de Tam-et- Garonne renferme, p. 329, le texte 
d'une inscription romane qui existe à Lavit et permet de fixer d'une 
manière certaine la date de l'incendie de Lectoure et de la mort du 
comte Jean d'Armagnac : 

LO VI lOBN DEV MARS MOOCLXXIl 
LAYTOBA FOC COMBUS 

(Le sixième jour du mois de mars mccclxxii, Lectoure fut brûlée.) 
M. le docteur Gardelle a communiqué dans la même séance un 
sceau orbiculaire de Guillaume de Corbarieu sur lequel on lit : 

S. GUILLBM DE COBBABIOU 

A. Roqub-Pebbier. 
* Cf. Revue des langues romanes, 3» série, IV, 204-205. 



CHRONIQUE 



CÎOMMUNICATIONS FAITES EN SÉANCE DE LA SOCIÉTÉ. —27 juillet. 

— Sonnet provençal (Avignon et les bords du Rhône), traduction du 
sonnet français placé en tête des Vies des troubadours de Jean de 
Nostre-Dame, par M. de Berlue- Perussis ; 

Li Dos Estello, — Cantinello de santo Aulaio, poésies provençales 
(Avignon et les bords du Rhône), par M . l'abbé F.-Xavier Rieux ; 

VAtlantiday poëme catalan de Tabbé Hyacinthe Verdaguer, étude 
littéraire, par M. Albert Savine ; 

Comédie en vers en langage de Bessan (Hérault), par M. H. Bous- 
quet. 

♦ 

Livres et manuscrits donnés a la Bibliothèque de la Société. 

— Counseils à la Junesso, cansou coumiquo . aïre de la première scho - 
tisch. Castelnaudary, Labadie, S. D.; 1 feuille in-8<* à 2 col. (don de 
M. le vicomte de Vallat); 

El cantare di Fierabraccia et Uliuieri, italienische bearbeitung der 
chanson de geste Fierabras. Herausgegeben von E. Stengel. Voraus- 
geschickt ist eine abhandlung von G. Buhlmann : die gestaltung der 
chanson de geste Fierabras im italienischen. Marburg, N. G. El- 
wert'sche 1881; in-8o, XLiv-192 pages (don de M. Elwert'sche); 

Inauguration d'un monument à la Fontaine d'Arre (Gard) (20 juin 
1880). Montpellier, Imprimerie centrale du Midi, 1880 ; in-8o, 12 pages 
(contenant une poésie provençale par M. l'abbé Malignon) (don de 
M. l'abbé Malignon) ; 

La Cançun de saint Alexis und einige kleinere Altfranzôsîsche ge- 
dichte des 11. und 12. Jahrh. Lief. I. Texte. Marburg, Elwert'sche, 
1881; in-8°, 80 pages; 

L'Escoumesso, conte. S. L. ni date, ni nom d'imprimeur; in-8<*, 
8 pages (don de M. le vicomte de Vallat); 

Lou Fouel d'Amour, romance provençale, dédiée à M. Vernier et 
chantée par lui le jour de son bénéfice. M!arseille, 1847; in-8o, 4 pages 
(don de M. le vicomte de Vallat); 

Lou Gala de Moussu Flari, pouèmo prouvençau en cinq trouas (dia- 
lecte d'Apt), per l'ooutour doou Boujaroun. Apt, J.-S. Jean, 1853; 
in-16, 40 pages (don de M. le vicomte de Vallat; ; 

Poésies provençales. Recueil naanuscrit copié vers 1857 etcompre^ 
nant: L'Aï bel esprit, lou Ménoun et lou Troupeou, Chichois, Jean 
deïs Pettos. In-12, 56 pages (don de M. Charles Gros); 

Baissac (G.): Étude sur le patois créole mauricien. Nancy, Berger- 
Levrault, 1880; in-12, LViii-234 pag. (don deMM.Maisonneuve et Ce); 

Beaulieu (D.): Mémoires sur quelques airs nationaux [béarnais, 
poitevins, bretons et flamands] qui sont dans la tonalité grégorienne. 
Niort, Favre [1858]; in-S^, 16-8 pages (don de M. Clair Gleizes); 

Bigot (A . ) : li Boutoun dé guèto, poésies patoises. Nimes, Manlius 
Salles, 1855 ; in-12, 24 pages (don de M. le vicomte de Vallat); 

Bonnet (Pierre) : la Carlamusou, poésious patoisous, dialectou dé 
Béoucaïre. Tomou I<^^ Nimes, Durand-Belle, 1846 ; in-8°, 16 p. (l'e li- 
vraison, la seule parue) (don de M. l'abbé C. Malignon); 

Bonnet (Pierre) : lou Rhosé dé 1841, cousin doue gearma doue 



CHRONIQUE 5t 

déluge, poème patois. Tarascon, Aubanel, 1842 ; m-8**, 16 pages (don 
de M. Tabbé C. Malîgnon); 

Bonnet (Pierre): la Touré-Caradou de Beoucaïré et la Villon, ou la 
Médayou et lou Rêver, poème patois. Nimes, Durand-Belle, 1846; 
in-8", 16 pages (don de M. l'abbé MBlignon); 

Bonnet (Pierre) : lou Picho Mount-Ceni, ou leis Escayé deis bras- 
sur, cansoun. Nimes, Ballivet et Fabre, S. D.; in-8o, 4 pages (don de 
M. le vicomte deVallat); 

Boucherie (A.): Additions au Dictionnaire de Littré (Lexicologie 
botanique), d'après le de Compositione medicamentorum de Bernard 
Dessen (1556). Paris, Maisonneuve et C*, 1881; in-8», 36 pages; 

Briol (Joseph) : lou Jacot indiscret. Morseille, Imprimerie Saint- 
Ferréol [1875]; in-8o, 4 pages (don de M. le vicomte de Vallat); 

Briol (Joseph): lou Portrait dé Nourado. Marseille, Camoin, S. D.; 
in-8®, 4 pages (don de M. le vicomte de Vallat); 

Brossard: lou Proucèsdé Coudair, scène provençale. Jean Lafluto, 
chanson. Marseille, Samat, S. D. ; in -8®, 4 pages (don de M. le vicomte 
deVallat): 

Cardona (Enrico): dell' Antica Letteratura catalana, studii seguiti dal 
testo e dalla traduzione délia vita di Giacomo I, tolta dalla Oronaca 
catoZano di Ramon Muntaner. Napoli, Gargiulo, 1878; in-8o, 240pag.; 

Cénac-Moncaut : Dictionnaire gascon-français (dialecte du départe- 
ment du Gers), suivi d'un abrégé de grammaire gasconne. Paris, 
Didron, 1863; in-8o, viii-144 pages (don de M. le Ministre de l'instruc- 
tion publique); 

Chastan (Auguste): Chansons, Satires nouvelles et Poésies en patois 
valréassien. Valréas, Jabert, 1858 ; in-12, 190 pages (don de M. le vi- 
comte de Vallat); 

Daveau : las Pasquos d'uno bierjo martyro. Toulouse, Bonnal et 
Gibrac, 1848; in-8», 16 pages (don de M. le vicomte deVallat); 

Delpech (Henri) : Un dernier mot sur la bataille de Muret, avec 
trois plans topographiques. Montpellier, Firmin et Cabirou, 1878; 
in-8o, 1 6 pages ; 

Désanat (Joseph) : la Festo de Nostro-Damo de Casteou (parla de 
Tarascoun). Marseille, Barlatier-Feissat et Demonchy, S. D.; in-8°, 
8 pages (don de M. Clair Gleizes); 

Desanat : lou Travai et la Finiantiso, sermoun dou cura Rufi, mes- 
cla de prouverbi, sentences, maximos et mouralos, en vers prouven- 
çaous; segoundo editien, ooumentado de cin-cent prouverbi. Tarascon, 
chez l'auteur [1847]; in-8°, 32 pages (don de M. le vicomte de 
Vallat); 

Dossi (Carlo) : l'Alti-ieri nero su bianco, terza edizione. Roma, Pe- 
relli, 1881; in-16, xiv-140 pages ; 

Guiraud (Auguste): Jacques Cœur à Montpellier, ou la Font-Puta- 
nella, pièce en deux actes, en vers français, languedociens et proven- 
çaux, mêlée de chants et de danses du pays. Ms. autographe de l'au- 
teur. S. D.; in-8o, 68 pages (don de M. Charles Gros); 

Lejourdan (Jules) : la Plainte de Misé Meutte, suivide de l'interro- 
gatoire daou Nervi. Marsilho, Librarié prouvençale, 1850 ; in-8°, 16 p. 
(don de M. le vicomte de Vallat); 

Long jLéen) : lou Siéglé dé lumière. Marseille, Vial, S. D. ;in-8o, 
4 pages (don de M. le vicomte de Vallat) ; 

Mallard (Stanislas): leis Peds de Pinateou, cansoun. — Paouse ta 



58 CHRONIQUE 

chîqao e fai lou mouor. Marseille, Doucet [1878]; in-8°, 4 pages (don 
de M. le vicomte de Vallat); 

Mary-Lafon : Tableau historique et comparatif de la langue parlée 
dans le midi de la France et connue sous le nom de langue romano- 
provençale, l^«î édition . Paris, René et Ce, 1841; in-8% 56 pages (don 
de M . le vicomte de Vallat); 

Mayan aîné : Pu rédé qu'un claveou vo pago degun, cansouneto. 
Marseille, Vial, S. D.; in-8o, 4 pages (don de M. le vicomte de Vallat); 

Michel (Anfos): Discours prounouncia à Tassemblado generalo de 
la mantenénço de Prouvenço. tengudo en vile de Touloun lou 6 de 
febrié 1881. Draguignan, Latil. 1881; in-12, 8 pages ; 

Michel (Anfos): Discours prounouncia en vilo de Draguignan lou 
19 de mai 1881, à la taulejado de Tescolo dôu Var. Draguignan, Latil, 
1881; in-12, 8 pages; 

Olive (Paul): lou Centenari de Voltairo. — Belzunço. — L'Amnistie. 
Marseille, Doucet, S. D.; in-8', 4 pages (don de M. le vicomte de 
VaUat); 

Payan: Boueno-Voyo, declamatien. Marseille, Cayer et O, S. D.; 
in 8o, 4 pages (don de M. le vicomte de Vallat) ; 

R. . . . (H.). Leissa leis poumos eis poumiers, imitation de Laissez 
les roses aux rosiers. Marseille, Arnaud et O, S. D.; in-8«, 4 pages 
(don de M. le vicomte de Vallat); 

Trente et un journaux renfermant des textes méridionsaux, des 
travaux publiés par des membres de la Société et des articles sur les 
études philologiques ou l'histoire de la littérature du midi de la France, 
donnés par MM. V. Alecsandri (l),de Berluc-Perussis (2), Jules Blan- 
card^l), Rodolphe Burgues (2), Alexandre Catargi (2), Alfred Chailan 
(1), François DeliIle/2), Clair Gleizes (4), Frédéric Mistrsd (5), Roque- 
Ferrier (9) et le vicomte de Vallat (2). 



Errata du numéro de juin 

Les manuscrits provençaux db Chbltknham, par M. Constans. 
P. 287-9. Les notes supplémentaires de M. Chabaiieau ayant 
été rédigées sur une épreuve insuffisamment corrigée et non 
conforme au manuscrit, il y a lieu d'y supprimer, pour les re- 
porter dans le texte, les corrections indiquées pour les vers 8, 
9, 13, 15, 19, 22, 26, 28, 33, 40, 50 et 55 de la pièce de Raim- 
baud d'Orange, et celle qui est donnée pour le dernier vers 
de la pièce du vicomte de Saint-Àntonin . — P . 266, note 3, 
au lieu de 4, /mc2 7 (deux f ois) . — P. 268, 1. 27, effacez («te).— 
P. 280, note 7. au lieu de pour, lisez par. — P. 286,1 . 23, lisez 
enveiosa. L. Constans. 



Le gérant responsable : Ernest Hamblin. 



Dialectes anciens 



POÉSIES INÉDITES D'ARNAUT DE MAREUIL 

I 
(Ms. XC. 26 de la Bibliothèque Laurentienne, à Florence)* 

. [F» 26, po] Tant m'abellis em platz 

Jovenz e amistaz, 

Cui per jasse m'autrei, 

Nul' autra re non vei 
5 Don aia soing ni cura, 

Qu'aitals es ma ventura. 

Pero la manentia 

Q'eu ai de druderia 

Es mos majers tesors *, 
10 E fes e verais cors, 

E ma bona esperança, 

Don, si Dieus m'o enansa, 

Crei que venga al plus ; 

Ch'aisi o fai chascus 
15 Qis vol d'amor jauçir. 
[V**] Obs^ Tes sapcha sofrir 

Las penas els afans, 

Las iras els bobans, 

L'orgoill el [ejspaven 
20 Q*amors mostra soen ; 

EU vet ell escondig 

No sio e mal es[c]rig*. 

Ab gen sofrir en paz 

Esta rorgoill[s] damnaz, 
25 E ab beîlas preguieras, 

En diversas manieras^. 

* Copie de M. A. Boucherie, collationnée par M. A. Thomas, de l'Ecole fran- 
çaise de Rome, qui a bien voulu aussi transcrire pour nous, sur le même ms., 
les trente derniers vers de Razos es e mesura. Voir ci-après, p. 59, note 5. 

* Il y a d'autres exemples, dans de bons textes, de cette forme. L'o, là 
comme dans or (aur), peut-être sous l'influence du français, a fini par préva- 
oir. — ' Ms. Vbs, — * Ms. es rig. — ^^ Ms. mairteras, 

TOMB VI OB UL TROISIÈME SBRIB — AOUT 1881 . 5 



54 POESIES IN DITES 

Qi s'entremet d'amar 

E jen non sap preguar 

Enquer fa gran damage *, 
30 Q'amors vol en corage * 

Ardit cortes e franc, 

Sol que non sia estanc. 

Nulha fol a vanansa 

Retorne en balansa 
35 Amors maintas saços, 

A cui non es nuls pros ; 

Ans val moût mais assaz 

Jocs on es mais celaz, 

Qe pos el es espars 
40 Non es tenguz en cars. 

Segon aqest saber 

Se devon^ captener 

Cel qu'amon finament, . 

Seguon mon essient. 
45 Mais de me s'endeve, 

Qe mais am d'autra re, 

Q'aissi com eu am plus 

Tem plus fort que negus. 

Q'a penas aus* cujar 
50 En mon cor, ni pensar, 

Qe seF amar mi deing 

Per q' amors mi destreing. 

Ans n'ai lonc temps de sert 

Mon deçier cubert, 
55 Q'anc no lin û semblant ; 

Mas des er en avant 

Conosca be, sel plai, 

Qe, tant qant eu viurai. 

Serai vas leis aclis, 
60 C ab un amoros ris 

Qem fec qan m'esgardet, 

M'ubri em trasforet 

* Ms. damaçe. — *'M8. encoraçe, Corr. Qe amors vol corage? — ' Ms. 
Deu ho» — * Ms. aug. 



d'aRNAUT de MAREUIL 55 

Mon cor juesqa en mei loc. 

Adonc m'o* tenc a joc 
65 E paregrom leugier 

D'amor li cossier ; 

Mas er son tan cregut 

Q'aissi m' an destolgut 

De nulh' autra facenda* 
70 Nom plaz que m'i entenda, 

Ni, se tôt me volia 

Entendre, noi poiria; 

Q'ades tenc en corage 

Lo doue el bel estage 
75 Qe sela sab aver, 

Qe m'a en so poder, 

On es tota ma sortz. 

Ma vida e ma mortz. 

La vida i es, selh plaz, 
80 A far sas volentatz ; 

M'a rentengut per ceu 

Q'eulh jur elh don a feu 

Qe ja no pens ni fassa 

,Mas 80 qe a leis plassa. 
85 Bella domna corteça, 

Ensenhada e apreça, 

La vostra grans beutaz, 

El déport el solaz. 

Donc avec entier laus, 
90 Mi fan tener enclaus 

Ins el cor un désir 

Donm'avenra morir, 

Se nous en pren merces. 
[F® 26] A ! dousa franca res, 

95 Per vos art e aflam. 

Tan de bon cor vos am ; 

Ë se merces nom val 

Ab vos, jamais non cal 

Qe m'esforce de viure, 

* Ms. me, — ^ 11 faut ici sous-entetidre que. 




56 POÉSIES INÉDITES 

100 Qe non poria escriure 

Uns clers a son viven 

Lo[s] mais q'eu per vos sen ; 

Ni non crei qel[s] pogues 

Mais sufrir nulla res. 
105 Mas Amors mi fai creire 

Qe jes nom dei recreire 

D'amar vos a ma vida, 

Qeus es tant echernida 

E pros e conoichens 
110 Pe[n]raus en chausimens 

De mi e pietaz. 

Por * aissi soi lassaz 

E près de vostr' amor, 

Domna, per gran dousor 
115 Vos voill merce ciamar, 

Si nom degnaz amar, 

Consentez me qeus am. 

Per gran merceus o clam, 

C ab sol(a) bella semblansa, 
120 Mi podez d'esperansa, 

De so q'eu plus deçir, 

Lonc temps suau noirir ; 

Qe mais am, fe qeus dei, 

Domna, com quem n'estei, 
125 De vos lo bon esper 

Qe d'autra tôt aver. 

Qe, si Deus mi secora, 

Pueis vos vi, nulh[a] ora 

Nos poc ^ de vos partir 
130 Mos cors, don vos remir 

En pensan, car estiers 

No puesc, ke volontiers 

Vos vira de mos oils. 

Jes no m'o tolg orgoils, 
135 Mas failh m'en ochaiços, 

Domna, maintas saços, 

' Ms. For. Por, ea quoi je corrige ce for, est pourpos. — * Ms. pos. 



d'aRNAUT de MAREUIL 57 

Qe non pose venir lai 

On vostre cors estai. 

Pero, Domna, on k'eum sia, 
140 Vos m'aves en bailia, 

Aisises part d' autrui. 

No fez ren Dieus ab cui 

Vos m'aias a devire ; 

Nous me pot contradire 
145 Negun'autr' amistaz ; 

Q'anc, Domna, ço sapchaz, 

Non fo neguns amans 

Qe tant be ses engans 

Ames com eu am vos, 
150 Neih Leander* Eros, 

Ni Paris Elenan, 

Ni Pirramus Tisban S 

Ni Floris Blanchaflor, 

Q'en traich mainta dolor, 
155 Ni Lavina Eneas, 

No * neich Cleopatras 

Cel qe fo reis de Tyr 

Non ac tan ferm désir, 

Ni crei qe tant âmes 
160 Lo reis Etiocles ♦ 

Salamandra tan be, 

* Ms. leandier {Vi en interligne au-dessus de Ve). — * Ms. titban, — 
3 Corr. Ne ves? Cleopatras serait alors le régime indirect de ac du vers 158. 
Mais, outre que la forme serait surprenante (il faudrait au moins Cleopatran, 
et la rime s'y oppose), on ne voit pas figurer dans l'histoire, si goûtée au 
moyen âge, d'Apollonius de Tyr (car c'est de lui évidemment qu'il s'agit ici), 
de personnage de ce nom.— Peut-être dans le Cleopatras du ms. faut-il cher- 
cher deux noms dont le dernier, masculin, serait le sujet. Mais quels seraient 
au juste ces noms et à quel roman appartiendraient-ils? Dans ce dernier cas, 
il suffirait de corriger Ne, et il faudrait mettre un point-et-virgule à la fin du 
vers. — Peut-être encore, en admettant que l'auteur ait en effet employé 
Cleopatras dans le r Ole de régime singulier, faudrait-il corriger No neich en 
N'Antonhs» Mais les amours d'Antoine et de Cléopâtre étaient-ils assez con- 
nus au moyen âge pour qu'un poëte y ait pu ainsi, en passant, faire allusion? 
— * Ms. ociocles. Allusion à une épisode du Roman de Thèbes, sur lequel 
voy. Constans, Légende d*CEdipe, p. 227. C'est la seule mention que je con- 
naisse dans la littérature provençale de Y amie d'Etéocle. 



58 POESIES INEDITES 

Ni tan per bona fe, 

Ni anc Yseut Tristan, 

Q'en sofri maint afan, 
165 Ni Berengaiers Quendis ' , 

Ni Valensa Seguis*, 

Ni, pel meu* essien, 

Absalon Florissen*, 
[V**] Ni anc Itis ^, ço cre, 

170 No amet Biblis re, 

Avers so q'eu am vos, 

Ni nuls amans q'anc fos 

No amet tant s'amia. 

Ni no crei ke mais sia 
175 Cors d'aman tant verais, 

K'eu, Domna, no m'irais. 

Tant dousamen mi seinch 

E tan gen mi destreinch 

Lo vostr' amor[s] em lassa 

< S'agit-il du Beringuier de Tors, mentionné comme enchanteur par G. de 
St-Gregori*? Voyez Fauriel, 111,500. Le nom de Quendis (= Coindis?), ici as- 
socié à celui de Berenguier, n*a été encore, à ma connaissance, relevé nulle 
part. 

' On a souvent cité l'allusion de la comtesse de Die au même roman, d'ail- 
leurs encore inconnu. Voy. Fauriel, III, 508. 

* Ms. me un. — * S'agit-il d'Absalon, flis de David? Une autre allusion au 
même personnage, ou du moins à un personnage du même nom, se trouve 
dans la pièce bien connue de Bertran de Paris (Ni no sabes las novas de 
Tristan Ni del rey Marc ni d'Apsalon lo bel) . Giraud de Cabreira, de son 
côté, nomme une Florisen (De Florisen No sabs nient Ni de las ganas de 
Milon). Mais ce ne doit pas être la même que celle qui figure ici. 

* Ms. iris. Je corrige d'après Giraud de Cabreira et Aimeric de Belenoi, 
qui l'un et l'autre associent à Biblis un personnage du nom d'Itis {Ytis, 
Hytié). Il y avait sans doute au moyen âge un roman où, à côté de Caunus, 
objet de l'amour Incestueux de Byblis, on avait introduit un Ithys, amoureux 
de Byblis. Cf. G. de Cabreira: 

Ni sabs d'Ytis, 
Ni de Biblis, 
Ni de Caumus {lis, Caunus) nuilla faisson. 

Arnaut de Mareuii a fait encore ailleurs allusion à Biblis. C'est au vers 161 
du beau salut qui comm,ence: Domna genser que no sai dir, et qui a été 
publié maintes fois. 



d'aRNAUT de MARBUIL 59 

180 No sen mal qe nom plassa. 

Ë donc, Dompna, cum er 

D'est vostr' home qeus quer 

Uns dons qe vos li deç ? 

Nous * aus * dir qe m'amez, 
185 Ni nous aus ^ dir aitan, 

Mas *, seus plaz, lo semblan. 

Dompnam podez far be, 

E nous greva de re ; 

Ë sab q'a pauc d'afan 
190 Podez tan fin aman 

Com eu so retener; 

Moût o devez voler. 

Dompna, nous pose plus dir, 

Qar tôt lo mon consir, 
195 Mas ben podez mon mal 

Ë ma dolor coral 

Conoicher e saber. 



(Per q'eu de toz mos bes 
Vos rent laus e merces, 
200 Eus graçisc ades 

Q'al corm'estaz plus près). 

* Ms. Noug. — * Ms. aug.— ^ Ms. aug. — *Ms. Mous, Cette dernière forme 
n'est pas possible ; mais mons le serait à la rigueur, car on connaît d'un côté 
mos et de l'autre mans. On peut être sûr. dans tous les cas, qu'Arnaut de 
Mareuil n'a employé ni Tune ni l'autre de ces formes . 

^ Lacune non indiquée dans le ms. Elle ne doit pas être très-considérable. 
Les quatre vers suivants sont les derniers d'un autre ensenhamen, depuis 
longtemps publié, de notre poëte, Razos es e mezura (Raynouard, Choix, IV, 
406; Mahn, Werke der Troubadours, I, 176). Le copiste du ms. de Florence, 
ou plus probablement un copiste antérieur, venant de transcrire ce dernier 
poëme et l'ayant sans doute encore sous les yeux, en aura, par erreur, repro- 
duit ici de nouveau la fin . J'attribue plutôt l'erreur à un copiste antérieur, 
parce que, dans le ms. de Florence, le dernier vers de Aazos es e mezura, 
à sa vraie place (fo 23 r©), diffère assez sensiblement de ce qu'il est à celle 
(fo 26 vo) où il a été indûment répété. On y lit: Qar m*es al cor plus près. 
Le vers précédent est identique des deux parts. Les deux aiAres ne prés en 
tent que des variantes de graphie. 



60 POESIES INEDITES 

II 

(Bibliothèque nationale, ms. 22543) 

[pô 134, r**] Dona, cel que no pot aver 
Joj s'a vos no ven a plazer, 
L'oms e Tamlcx vers e corals 
Que non pessa d'autres jornals 
5 Mas com pogues so far e dîr 
Don vos pogues en grat servir, 
Sel que per vos languis e mor 
£ queus ama de tan bon cor, 
Del melhor que anc non amet 

10 Nulhs amans pueis quel mon[s] renhet, 
Vos envia .M. salutz lay* 
E manda vos que reman saj^, 
Aisi destreg per vostr' amor 
Que, si nol val e nol secor 

15 L'umilitatz per chauzimen, 

Que tant' es la dolor qu(e)' el sen 
E la pena greus per sofrir 
Mens preza vieure que morir ; 
Car vieure es trop pietz de mort, 

20 Pus c'om non a joy ni déport. 
Dona, vos es aisela res 
Que sobre can qu'el segle es 
Me plazetz e m'atalentatz, 
E yeu soy, dona, so sapchatz, 

25 Sel hom el mon que pus vos am 
E que per autra nom reclam ; 
Vostre soi per queus plassa far, 
E nous poiria tôt comtar 
Lo fin cor e la voluntat 

30 Que m'avetz vos et amors dat 
Del dezir, com queus fos afans, 
Que nom aondaria .i. ans. 
Si no crezetz que sia ver, 
Aujatz com o podetz saber: 

Ms, say. — ^ Ms. lay. 



DARNAUT DE MARKUIL 61 

35 Bona dona, sol non diatz^...; 

Mandatz me tôt can vos vulhatz, 

Nom recreirai de vos amar ; 

Que res als nom podetz mandar 

Qu'ieu no segua vostre voler, 
40 Mas so don non ai ges poder. 

Perquem meravilh mot de vos, 

Bêla dona, cortez' e pros, 

Per que reman, cant n'avetz aitz, 

Car major amistat nom faitz, 
45 Sieus endeve per non amar 

Ous en fa temensa laissar; 

Car, segon so quem es parven. 

Si maj m'aimassetz finamen, 

En pauc d'ora mi pogratztan 
50 Far d'amor e de bel semblan 

Don visquera tota[s] sazos 

Alegres e bautz e joios. 

Bona dona, per que reman, 

Seran tos temps tug miej prec van. 
55 Dieus ! ta mal estet car anc fo 

En mon cor tan gentil faisso ' I 

Dona, per Dieu e per merce, 

Adossatz vostre cor vas me, 

Sostenetz me lo ters ol cart 
60 Del dezir quem destruy em art ! 

Dossa dona, per qu'ieu me clam, 

S*aisi finamen co jeus am 

Eus tenc sobre tôt cant es car, 

Vos pogues mon oor demostrar, 
65 Ab aitan me fora ben près, 

Que non cre nim albir nim pes, 

Cane tan non amey luenh ni prop, 

Dona, ne mon cor non T atrop, 



^ Il doit manquer ici au moins deux vers, plus probablement quatre, qui 
étaient le complément de diatz : « pourvu que vous ne me disiez pas (de cesser 
de vous aimer?). > 

« Corr. gentils faissos et, au v. précédent, /bs? 5* 



62 POESIES INEDITES 

Que ieu nulha res tant âmes 

70 Co yeu am vos, sim ajut fes I 
Ane, pus vos vi, ni nueg ni jor, 
Nous aie mas bon eor e melhor. 
Tant es ûna ma voluntatz 
Vas vos, dona, que res nom platz 

75 Si nom pes c^a vos sia bo ; 
Ni ja Dieus senes vos nom do, 
Q'ieu no vuelh, dona, joy ni be, 
Mas segon la vostra meree, 
On avetz pausat et assis 

80 Mon eor, qu'es mot liais e fis ; 
Si que mos majers pessamens 
Bêla dona, doss' e valens, 
Es tôt per far vostre plazer. 
Que d'als non puesc cossir aver. 

85 Ieu nous poiria ges comtar 
Ni per negu escrig mostrar 
Com ieu vos am veraiamen, 
Car, so sapehatz certanamen, 
Non auria us escrivas, 

90 Ja no séria tan certas, 
Eserig lo ters ni la mitât 
De la dossa, fin' amistat 
Don mon cor es lassatz per vos ; 
Qu'ieu non cre que nulhs homs c'anc fos 

95 Pogues sofrir los mais qu'ieu traj 
Per vos, dona, quem tenes lay 
Mon cor, que nos pot ges partir 
De vos, sin sabia morir ; 
E pus mon cor tenetz en gatje^ 

100 Car nous vey noi aia dampnatje. 
Car sapehatz, sitôt m'estau say. 
Lai on vos es mon cor estay. 
Vers es que los cors * son essems 
E ja nos partiran nulh temps ; 
105 A calque part lo vostres vir, 

* Corr. H cor. 



DARNAUT DE MARBUIL 03 

Lo mieu[s] nos vol de vos partir. 
Dona lo foc[s] qu'ieu ai d'amor, 
Quem fai blasmar a cascun jor, 
. Me toi c'aras nous puesc may dir, 
110 Per quem n'aven si a gequir. 
Dieus sal vos, en cuy es assis 
Mos joys, mos deportz e mos ris. 
Yalham chauzimens e mer ces ! 
Non puesc may dir ; falh me Taies . 

m* 

(Bibliothèque nationale, ms. 22543) > 

[P* 134, p**] Totas bonas donas valons 

Cuy joy[s] [e] deportz e jovens, 
Ensenhamen[s] e cortezia, 
Jent[z] aculhir[s], bella paria, 
5 Certes respos e bel[sl solatz, 
Cuy bel[s] ris agrada e pi atz, 
Creis[sa] Dieu[s] de pretz e d'onor, 
Bona dona, per vostr' amor. 
En cuy joy[s] e jovens ^ s'atura 
10 May[s] c'ab nulh' autra creatura *; 
E sels que de joy so amicx 
Sal| e baisse • . s mou destricx 
E los enuios els engres*^. 

> Raynouard (Choix, V, 47-49) a publié seulement des fragments de cette 
pidce(66 vers en tout), qui ont été reproduits par Mahn, Werke, I, 174-176. 
— Raynouard n'a non plus donné que des extraits {Ihid., 46-47) d'un autre 
iàlut d'Arnaut de Mareuil [Cel om vos etz al cor plus près); mais ce der- 
nier a été depuis publié m extenso dans YArchiv de Herrig, t. XXXIV, 
p. 429, d'après le ms. 3207 du Vatican. On ne devra donc pas s'étonner de 
ne pas le trouver ici. — % Le ms. est d'une lecture très-difficile en certains 
endroits, par suite de l'effacement des caractères, surtout à la fin du folio 134, 
r». Il y a là quelques fins de vers que ni moi, ni M. Boucherie, qui a bien voulu 
revoir ma copie sur le ms., n'avons pu réussir à déchiffrer. 

* Mot rétabli par conjecture. Le ms. ne laisse lire que la première lettre (j) 
et la dernière, qui paraît plutôt être un c qu'un s, 

* Ms. a,.. a (j'indique par les points trois lettres illisibles) cata^ avec le 
signe abréviatif de ur au-dessus du dernier a, 

» Corr.: Salv, e baisse mova destricx , 

Àls enuios e als engres ? 



64 POESIES INEDITES 

Mas VOS, que m'etz* al cor pus près, 

15 Salv e gart sobre totas res 

Eus don cor queus prenda merces. 
Dona ', d'aisso qu'ieu vos dirai 
Nom sia dans si pro noy ai. 
Uzatjes es e dreitz, som par, 

20 Qu'en bona cort deu ben parlar 
Messatje[s] tôt asseguratz 
De tôt aco que es mandatz. 
Mas pero, sitôt s'es uzatje, 
E no m'en forses senh coratje', 

25 Nin pogues escapar estiers, 
No volgra esser messatgiers 
D'aisso que eras vos dirai. 
E doncx, bona dona« sieus plaj, 
Pus per forsa soi sai trames, 

30 Aiso que vos dirai nous pes ^, 
Que amors c'a la senboria 
De tôt cant que el segle sia ^ 

Me guida segu 

Que nom siatz de breu^ 

35 D'ayso qu'es ben leu per... 

Car sabetz que nostra^ 

[Po 134, V*] Ni faratz* ni o faretz 

A totz los jovns que [vos] vieuretz, 
Denan vos me tramet aisi 

40 Mon cor, que sap liai e fi, 



* Mot illisible dans le ms. et rétabli par conjecture . Cf. la fin de Razos es 
e mesura et le premier vers du salut mentionné dans la note i de la page 
précédente. 

* Lecture très-incertaine. Le d initial seul est sûr; la seconde lettre paraît 
être plutôt a que o . 

* Ms. coratje senh. Corr. Si no m* en ? ou, mieux, Si nom forses sens 

e coratje? 

* Mot illisible, rétabli par conjecture. 

^ ff segle sia. » Leçon probable, mais lecture incertaine. 
•Corr. brau? Le moi qui doit suivre est peut-être respos, 
7 Ou nostre. Trois lettres plus loin, on distingue un h, 
^ Corr. feratz ou feiratz ? 



d'arnaut de MARBUIL «5 

De bon engenh ad ops d'amar, 

Per servir e per tener car, 

E per selar e per sofrir, • 

Per honop ^ e per aculhir, 
45 Per tôt cant aman[s] deu aver, 

Que res noj falh de son poder, 

E qui de son poder es bos, 

Nol deu pus demandar razos. 

E ditz que vos es sela res 
50 Guy cove maj honors e bes 

Etobesirse carsteners, 

Servirs et honors * e temers, 

C'a nulh' autra ses contenso ; 

Per so vol e manda que[mj do 
55 Aisi a vos per bona fe 

Que res no y aia part en me 

Mas vos sola, foras de Dieu ; 

E si Dieus deg[u]es tener ûeu, 

De vos tengra la sua part. 
60 Per so que non agues regart 

Qu'ieus fos de mi forfatz pariers, 

Mas que fos ûs e drechuriers, 

Que ja non er contrarios 

Que no fassa totas sazos 
65 Com del tôt al vostre voler, 

Aisim comanda remaner 

Amors ab vos e m^o ensenha ; 

Car el a poder que destrenha 

Trastot cant es e pot o far ; 
70 Per qu'ieu no vuelh fols contrastar, 

Ni o faria que pogues, 

Mas d'aitan qu*ieu nous o disses 

El bon coratje qu'ieu vos ay, 

Si m'ajut Dieus, ver vos dirai 
75 Me platz, dona, que nulha res 

Nom plac mays tan quem avengues, 

E grazisc o de mon poder^ 

• Corr. honrar. — ' Corr. honrars. 



d6 POâsiBS INBDITBS 

Car m'a donat tanc rie voler 
Amors ab sol que nom forses 
80 Que per paraulas o mostres, 
C'amors me ditz que vostre sia 
E no m'en parta nneg ni dia, 
Que nous o disser' a nulh for, 
Ans selera tostemps mon cor, 
85 E fora vostre coma suy . 

Mas amors, dona, nous enuj, 
Vas cuy non pot valer esfortz 
Que non destrenhalos pus fortz. 
Non cossen pas amors selar 
90 Enans lom faj a vos mostrar. 
Car tresaur[s]* se pert a senhor 
Sitôt ses dan sia honor ' 
Trol senhor sap lo loc on es. 
Atressi, bella franca res, 
95 Fora lo mieus fis cors perdutz. 
Si per vos no fos conogutz . 
Mas ara vos ai demostrat 
Aisi com amors m'a mandat ; 
E pus mon cor [ara sabetz], 

100 Per la valor e per lo pretz. 

Que ieu, dona, vos clam merce, 
Quel fin cor e la bona fe 
Qu'ieus ai non getes a non cura ; 
Franca res, fina, car' e pura, 

105 Res nous quier de tôt quant avetz 
Mas so que tolre nom podetz ; 
Tolre nom podetz que nous am, 
Neys s'ieu e vos o voliam, 
Que no m'o cossentri 'amors 

110 Ni no m'o tolria paors ; 

Qu'ieu nous quier autre guizardo 
Mas solamens queus sia bo 
Qu'ieus am, e sitôt bo nous es, 
Sivals faitz semblan que nous pes. 

* Ma. treiaur.^ * Ms. ?iôr. 



DARNAUT DE MAREUIL 67 

115 Si per m'amor non o sufretz 

Sufretz endreg vostre pretz ; 

Car mot l'es ops sapcha sofrir 

Qui vol a gran honor venir; 

Si m'avetz mal cor, no me * lais; 
120 Greu m'es, dona, mas non puesc mais, 

Que no m'en sai venjar estiers, 

Mas d'aitan vos serai gueriers 

A vos aurai amor coral 

Et a mi meteys voirai mal 
125 E laissarai chant e déport 

E marrai trist ab desconort, 

Si vej que vos plassa mos dans 

E nous sia bos mos enans. 

Aquesta venjansan penrai 
130 Que jes autra penre non sai. 
• Mi ejs puesc ieu ben azirar, 

Mas ja vos non puesc dezamar, 

Ja per res del mon quem fassatz . 

Tan m'es plazens vostre solatz 
135 Non er jorn[s] a tota ma vida, 

Dona cortez, e issernida, 

Que per uzatj'e no sopley 

On lo vostre gen[s] cors estey, 

G'amors m'a ins el cor enclaus 
140 Vostra valor e vostre laus, 

L'ensenhamen e la beutat, 

La franqueza, l'umilitat, 

La cortezia el gen parlar, 

Lo jen solatz el domneyar, 
145 La vostra bêla captenensa, 

Lo saber e la conoissensa, 

Lo dos semblan gay amoros, 

Lo plazen avinen respos, 

Lo vostre jen cors cuend 'e gay, 
150 Ab tan cos cove ni s'eschay 

De tôt sen e de tôt saber 



*eorr. m'en? 



POESIES INÉDITES d'aRNAUT DE MARËUIL 

Que bona dona deu aver. 

Tug aquest avinen plazer, 

Que negus no s'en pot mover, 
155 Guardon a la vostra honor 

Mon cor per mandamen d'amor, 

El tenon si assolassat 

Ab aitan fina voluntat 

Que noy intra autre voler 
160 Ni auzaria remaner. 

E pus de vos nom puesc partir. 

Si autre be nom deu venir, 

Per Dieu e per merce vos clam 

Que nous sia greu car vos am, 
165 Que no me puesc partir ni au s, 

C'amors a près de mi las claus ; 

Aisi a vostre salvautôn 

Tôt' autr' amistat mi defen : 

Cal quem fassatz, o mal o be, 
170 Vos am eus amarai jasse ; 

E fin' amor[s] per sa merce 

Metaus en cor que ametz me. 

Digatz tug amen per amor 

La donas e 11 amador. 
175 Dona. 

(A suivre,) 



PARAPHRASE 
DES PSAUMES DE LA PÉNITENCE 

(Ms. 308 de la bibliothèque d'Angers*) 



[po 300, r«J 1. Una 'spina cruzel 

Dedans mon cor demora, 
Plus amara que fel, 
4 Qui neyt e iorn m'acora, 
Don fem languir 
He esbayr 
7 Per sa punctura. 

2. Lo broc quim fe languir, 
So es lo iutyament, 
Au quai ey comparir 
11 Sens nulh defalhiment, 
Don mot sospir 
Me fe sofrir 
14 Quant mi re corda. 

, 3. De tôt mon estament 
Aure io redre conte, 
En aquel iutyament, 
18 Ho syay rey o conte, 
Au rey très gran, 
Diu sobiran, 
21 Vertaderiutge. 

4. Iorn sera de iusticia 
He plen de gran furor. 

iorn de gran tristicia 
25 He plen de gran dolor I 
Tôt hom maubat 
Sera dampnat 
28 Sens plus remedi. 

5. Tôt home peccador 
Deu aver gran temensa 

* Copie due à l'obligeance de M. L. Constans. 



70 PARAPHRASE 

[V*] De quet iorn de tristor, 

32 He deu sa consciensa 
Ben [esjpurgar 
He Dias pregar 
35 Que lo perdone. 

6. Exemple nos donec 
David gran peccador, 
Car a Dius demandée 
39 Merce, fasen gran plor, 
Set saumps disen 
Devotamen, 
42 Los qui s'en seguen. 



[Saum VI] 
Domine ne [in furoré] J. 

1. Ihesus, mon Diu he mon désir, 
Assi me volhas corregir, 

No pas lo iorn de iutjament 
46 Lo quai faras yradamen. 

2. Ihesus, mon sen he ma rason 
Passan granda turbation ; 

So es car io Vej offendut ; 
50 Per ta merce, donam salut. 

3. Ihesus, a ma inôrmitat 
Donar tu podes sanitat ; 

Prec te donc sens plus demorar 
[po 301] 54 Volhas me garir e sanar. 

4. Ihesus, volhas me convertir 
De mos peccatz he fer salhir ; 
Mon anima volhas salvar, 

58 Per ta merce, no pas dampnar. 

5. Ihesu9, degun, can mort sera, 

Convertir no se podera, 



DES PSAUMES DE LA PENITENCE 71 

Ni fer penitensa plasent, 
62 Quan vendra en ton iutyament. 

6. Ihesus, per so io yolh purgar 
Ma consciensa he lavar, 

Fasen gran plor he gemiment 
66 Estan en la vita présent. 

7. Ihesus, io sonc envelhesit 
Per mos peccats don ej faJhit ; 
Turhat es mon entendemen, 

70 Car ej venir au iutjament. 

8. Ihesus, Sathan he Beljal 
[Vo] M'an donat conselh de fe mal. 

Preg te, fe los de my fugir 
74 He mon plor volhas exausir. 

9. Ihesus, mot grans defalhimens 
Ey cometutz verajamens ; 

Preg te me syan remetutz 
78 He garnes me de tas virtutz. 

10. Ihesus, volhas illuminar 
Los peccadors he enclinar 
Per se convertir soptament, 

82 Dabant vengan au yutyamen. 



[Saum XXXI] 
Beati quorum 

1 . Ihesus, baptisme ordenes 
Au quai tu gran virtut don es, 
Car tôt peccat es remetut 

86 Lo iorn que hom Ta recebut. 

2. Ihesus, aquetz son ben huratz 
Qui seran estatz baptizatz, 

[po 302] Mas que se garden de peccar 

90 Ho que se volhan confessar. 

3. Ihesus, per so io ey peccat 



72 PARAPHRASE 

Car ben fasen me sonc vantât ; 
Mos peccatz no ej conegut 
94 Ne confessatz per ma salut. 

4. IhesuS; io t'ej mes en oblit, 
Car eus peccatz me sonc dormit, 
He tu m'as batut asprament, 

98 Per me dona recordament. 

5. Ihesus, per so quan m'as batut, 
Mos peccatz io ej conegut, 

Los quais voli denunciar 
102 Devotament he confessar. 

6. Ihesus, io ey délibérât 
No plus demorar en peccat ; 
Penitensa voli portar, 

106 Per que me volhas perdonar. 

[Vo] 7. Ihesus, tôt sant o peccador 

Te deu pregar ab gran dolor 
Merce Io temps expédient, 
110 So es en la vita présent. 

8. Ihesus, los qui auran perdon 
De tu, estan en aquest mon, 
Seguramens poyran venir 

114 Au iutyament he comparir. 

9. Ihesus, tu has auctoritat 
De remete cascun peccat : 
Preg te volhas me perdonar 

118 He gardam de no plus peccar. 

10. Ihesus, a totz los penitens 
Tu as promes seguramens 

De los ensenhar los camys 
122 Per venir en ton paradys. 

11. Ihesus, tais camys has mostrat 
Quascun fugisque tôt peccat, 

[F* 303] Ho que se volha corregir 

126 Humilment he plus no falhir. 

12. Ihesus, los qui nos corregiran 



DBS PSAUMES DE LA PENITENCE 73 

Per tu greument punitz seran 
De fams, guerras, oppressions , 
130 Malautias, vexassions. 

13. Ihesus, major mau los daras 
Quan lo iutyament tu faras : 

En infern totz seran botatz 
134 Hon tostemps seran turmentatz. 

14. Ihesus, qui se corregiran 
He merce te demandaran 
Poden estar alegrament, 

138 Car tu los daras saubament. 



Saum XXXVII 
Domine ne in fu[rore] .ij, 

1 . Ihesus, tu qui es mon désir, 
Preg te volhas me corregir 
Segon ta merce dossamen, 

[Vo] 142 He nom dampnes yradamen. 

2. Ihesus, grandas afiietios 
Passi he greus punicios 

Deu cos he de mon esperit, 
146 Car contra tu io ej falhit. 

3. Ihesus, ne ma carn ne mos os 
Non han sanetat en mon cos ; 
Totz mos esperitz sonflaquatz 

150 Per causa de mos grans peccatz. 

4. Ihesus, mon arma vexament 
Passa he mot gran turbament ; 
Be sonc en grans penalitatz, 

154 Per mas grandas iniquitatz. 

5. Ihesus, deus peccatz gariment 
Agu en mon baptizament ; 

Puys ey grans vicis cometut 
158 Dont sonc pudent he corrumput. 



PARAPHRASE 

6. Ihesus, car io non ey servat 
[F® 304] Tos mandamens tu m'as curvat ; 

Sens dolor sens afiigiment 
162 No serej en vita présent. 

7. Ihesus, grandas illusions 
Passi he grans temptacions^ 
Neyt he iorn per mos enemicx, 

166 Los diables vilhs he anticx. 

8. Ihesus, ma carn, mon esperit 
Per mos mais tu has affligit ; 
Mon cor plora fort he gémis, 

170 Desiran lo ton paradys. 

9. Ihesus, ab lo ton gran regart 
Tu beses en cascuna part ; 
Mon désir ves he gemiment, 

174 Lo quai es que volh salvament. 

10. Ihesus, mon cor es ben turbat, 
Car per mon deshonest (ey) peccat 
Lutz e virtut me defalhis, 

[V^] 178 Per venir hen ton paradis. 

11. Ihesus, per que lum io agos, 
A mort crusel morir volgos ; 

Los lusyus don tu es salhit 
182 Ligueren te puys t'an ferit. 

12. Ihesus» temensa de morir 
Tos apostols fec totz fugir ; 
Grans obprobris, escarnimens 

186 Tu sofris en totz sentimens. 

13. Ihesus, quan fos lyurat a mort, 
Faus testimonis fon d'acort ; 
Iniustamens fos iudicat 

190 He sens causa crucificat. 

14. Ihesus, per ta gran la virtut 
Lavetz tu fos cum sort he* mut, 
Car sofris pacientamens 

194 Totz obprobris he totz turinens. 



DES PSAUMES DE LA PÉNITENCE 

15. Ihesus, cum fossas filh de Diu, 
[Fo 305] Home te monstres ben humiu ; 

Cum Tanhel sofris passion 
198 Senz fer nulha rébellion. 

16. Ihesus mon Diu he mon sorelh, 
Ma 'speransa he mon conselh, 

Preg te volhas me exausir, 
202 Pus que bas tant volut sofrir. 

17. Ihesus, mos vicis he peccatz 
Preg te me syan perdonatz ; 

De mi nos puscan alegrar 
206 Mos enemicx ne s'en trufar. 

18. Ihesus, cum te sera plasent, 
Volh sustenir flagellament. 

De mos peccatz ey gran dolor 
210 Per so que soj gran peccador. 

19. Ihesus, io volh denunciar 
Mos peccatz he los confessar ; 
Deus vicis me volh corregir 

rv°] 214 He hobras de virtutz complir. 

20. Ihesus, vins son mos enemicx, 
La carn, los demonis anticx, 

He lo mon qui me fen peccar 
218 Neyt e iorn qua[s]i sens cessar. 

21. Ihesus, après confession 
Etz me donan temptation ; 
Fen me leyssar virtutz plasens 

222 He tornar aus vicis pudens. 

22. Ihesus, mon Diu he mon Senhor, 
Mos enemicx ban gran valor : 

De my not volhas espartir 
226 Per que los poscay resestir. 

23. Ihesus, mon Diu he ma salut, 
Mon senhor qui m'as redemut, 
Dam secors he aiudament 

230 Per venir en ton saubament. 



76 PARAPHRASE 

[Saum L] 
Miserere 

[F® 306] 1. Ibesus mon Diu he Salvador, 

lo soj gran he vilh peccador; 
Preg te volhas me perdonar 
234 Per ta merce, no pas dampnar. 

2. Ihesus, tu has donat perdon 
Ans qui sos peccatz conegon : 
Prec te donc per ta pietat 

238 Perdones ma iniquitat. 

3. Ihesus, peccat ey doblament 
Per obra he consentiment ; 
Prec te volhas me tu lavar 

242 De tôt peccat he netejar. 

4. Ihesus, ma gran iniquitat 
lo coneg he mon gran peccat ; 
Desplatz me quar Tej cometut, 

246 Preg te volhas me dar salut. 

5. Ihesus, en ton regardament 
Peccat ey deshonestament ; 

[V®] Preg te volhas me perdonar 

250 Cum tu has feyt prophetizar. 

6. Ihesus, quan io fu engendrât 
Encontinent fu en peccat, 

Puys ey peccat actualment ; 
254 Preg te, dgnam perdonament. 

7. Ihesus, mon Diu he mon Senhor, 
Tu as bertat en gran amor ; 

Preg te que[m] dones donc salut 
258 Ayssi cum tu has prometut. 

8. Ihesus, per mon defalhiment 
lo soy meset, vilh he pudent ; 
Lavar me volhas en ton sanc, 
262 He tornare plus que neu blanc. 



DBS PSAUMES DR hL PENITENCE 77 

9. Ihesus, mos génois enclinatz, 
Preg te remetas^os peccatz ; 
Pujs estare ioyosament, 
266 Demoran lo ton iutyamen. 

[F® 307J 10. Ihesus, no volhas regardar 

Mos peccatz ne los recordar ; 
Preg te syan totz desfaâSatz, 
270 He totas^mas iniquitatz. 

11. Ihesus, yolhas novelament 
Mon cor fe.nete he plasent, 

He mon [e]sperit dreturer, 
274 Que tu sjas son desyrer. 

12. Ihesus, deu gracies regart 
De ton visatge donam part ; 

En aquest mon syay complit 
278 Deus doos de ton sant [e]sperit. 

13. Ihesus, peccan io ey perdut 
Lo gran plaser de ta salut ; 
Preg te volhas lom retornar 

282 He gardam plus de no peccar. 

. 14. Ihesus, quan serey perdonat, 
Aus peccados sera donat 
[V®] Exemple de se convertir 

286 He tos commandamens complîr. 

15. Ihesus, mon Diu he ma salut, 
Penas d'infern ey encorrut ; 

Preg te que m'en volhas gardar 
290 Affin que iot posquay lausar. 

16. Ihesus, per mos defalhimens 
Totz son barratz mos sentimens ; 
Obre los per ta gran dossor 

294 He disere ta gran lausor. 

17. Ihesus, los anticx sacramens 
Haras no te son plus plasens ; 
Plus perfeytz los has ordenatz, 

298 Per nos purgar de totz peccatz. 



78 PARAPHRASE 

18. Ihesus, a tu es mot plasent 
Lo cor contrit he pénitent ; 
Prec te sya donc acceptât 
302 Mon cor per sa humilitat. 

[po 308] 19. Ihesus, volhas benignamens 

Tractar he graciosamens 
Totz peccados he perdonar 
306 He puys ton paradys donar. 

20. Ihesus, quan nos ab tu seram, 
Perfeytamens te lausaram, 
Sens defenir eternalmens, 
310 De lausors quet seran plasens. 



[Saum CI] 
Domine exaudi .j. 

1. Ihesus, fasen mot gran sospir, 
Preg te que volhas exausir 

Mas de votas oratios, 
314 Clamors he supplicatios. 

2. Ihesus, preg te io de présent, 
Ab cor humil he pénitent. 

Ver my tu vires ton regart, 
318 De ta merce fasen me part. 

3. Ihesus, tôt iorn sonc tribulat, 
[V ] Mas so es per mon gran peccat ; 

Preg te volhas me consolar 
322 Soptamens sens trop demorar. 

4. Ihesus, trist es mon esperit 
Car contra tu io e j falhit ; 
Morir me falh sopt[os]ament 

326 He venir en ton iutyament. 

5. Ihesus, mon cor es sens virtut, 
Gum es lo fen quan es rumput, 
So es per mos defalhimens 



DES PSAUMES DE LÀ PENITENCE 
330 Romput ey tos comandamens. 

6. Ihesus, lo djable perdut 
Mos sentimens ha decebut, 
He ma rason ha consentit 

334 Aus sentimens don ey falhit. 

7. Ihesus, per t(ayamor sobiran, 
Feyt has cum fe lo pellican 

Ton costat precios traucar, 
[F** 309] 338 Per nos autres beneficar. 

8. Ihesus, très iorns tu has dormit 
Cum niticorax sepelit ; 

Apres lo passer tu semblés 
342 Car valentmens resuscites. 

9. Ihesus, mot granda passion, 
Derrisimens, turbacion, 
Obprobris he escarnimens 

346 Tu sofris per mos falhimens. 

10. Ihesus, pan de penalitat 
A(d) dolor per mi has minyat, 
Begut potatge fort amar ; 

350 Preg te volhas me perdonar. 

11. Ihesus, tu es mon creator, 
En après fos mon Salvador ; 
Puys tant' honor me as donat, 

354 Preg te que no siay dampnat. 

12. Ihesus, per so quan ey falhit, 
[V°] Lo meu temps tantos es complit, 

Mos iorns passan leugeramens, 
358 Cum- fen la umbra he los vens. 

13. Ihesus, tu no has mudament, 
Ans demoras eternalment ; 

Totas causas ve ton ulh gran 
362 Estadas que son he vendran. 

14. Ihesus, merce tu has agut 
De nos, quan a tu [a] plagut, 

He te demostres en Syon, 



80 PARAPHRASE 

366 Sas las mas de sent Sjmeon. 

15. Ibesus, primer fes predicar 
Tos apostols he explicar 

Aus lusjus ton adveniment, 
370 Per los menar a salvament. 

16. Ihesus, après etz convertin 
Los gentils, motpoble mesquin ; 
Rejs he grans senhors an doptat 

[F® 310] 374 Ton nom sant he ta podestat. 

17. Ihesus, ta fes lo firmament 
De nostra fe he bastiment 

En Sjon, la on prediques 
378 He grans miracles demonstres. 

18. Ihesus, ab gran humilitat 
Los anticx pays t'an supplicat 
En lo mon volossas venir, 

382 He tu as complit lor désir. 

19. Ihesus,lo gran reparament 
Que has feyt he consolament 
Scriure se deu he nunciar 

386 A totz, per te remerciar. 

20. Ihesus, per ta benignitat, 
Prees has nostra humanitat, 
He cum fossas Dius eternal, 

390 Es de feyt home temporal. 

21. Ihesus, tu per sot'encames 
[V®1 Per nos deljurar presones ; 

Tôt hom era près he estacat, 
394 Per causa deu primer peccat. 

22. Ihesus, aquest misteri gran 
Que tu fes he tan sobiran 

Tu bos que sya prédicat, 
398 He lo ton nom glorificat. 

23. Ihesus, rejs he pobles petitz, 
Tu vos que totz sjan unitz 



DhS PSAUMES DE LA PBMTBNCE 81 

En ta fe [he] tos sacramens 
402 He te servescan sanctamens. 

24. Ihesus, perfeyta es ta ley 
En la quai fermamens io crey, 
He darara sens aver fin 

406 Entre que sera segleôn. 

25. Ihesus, fem viure iustamens 
He tenir tos comandamens, 

En m os petitz iorns tempérais 
[F* 31 1] 410 Per venir eus tos eternals. 

^ 26. Ihesus, primer tu as créât 

La terra, la quai es débat; 
Los cens crées parelhament 
414 He tôt quant es verayament. 

27. Ihesus, quan lo mon desfaras, 
Los cens qui son tu mudaras; 

Plus no faran lor movement 
418 Apres lo iorn deu iutyament. 

28. Ihesus, lavetz mudatz seran 
Totz helemens he cessaran ; 

Tu duraras sen feniment, 
422 Car tu es Dius eternalment. 

29. Ihesus, los crestians fiseus 
Habitaran ab tu eus cens, 
Apres la vita temporau, 

426 En ton paradis eternau. 



[Saum CXXIX] 
De profundis 

[V**] 1 . Ihesus, en grans profunditatz 

Sonc de mos vicis he peccatz ; 
Preg te, mon Diu he mon Senhor, 
430 Volhas exausir ma clamor. 

2. Ihesus, ab lo ton ausiment 



S2 PARAPHRASE 

Pietados he ben clément, 
Auyas ma depreoation, 
434 Fejta dab grau devocion. 

3. Ihesus, mon Diu he mon Senhor, 
Si tu voles ab gran rigor 

Totas iniquitatz punir, 
438 Degun no pojre sostenir. 

4. Ihesus, en tu es tôt poder 
De perdonar he lo voler, 

Car ta lej nos ditz claramens 
442 Merce auras deus penitens. 

5. Ihesus, car tu as prometut 
A us penitens donar saluh 

fP"312] Mon arma he mon [e]sperit 

446 Confisan en so que has dit. 

6. Ihesus, despujs lo nascement 
Fins a la mortverayament 

Vos que en tu nos confisem 
450 He merce nos te demandem. 

7. Ihesus, de totz maus he périls 
Tu podes delyurar tos filhs, 

Car tu as habundosament 
454 Merce per donar salvament. 

8. Ihesus, misericordios 
Tu seras de totz peccados 
Que son vertades penitens; 

458 Perdonam mos defalhimens. 



[Saum CXLII] 
Domine exaudi .ij. 

1. Ihesus, pietadosament 
Ausir me volhas de présent 
He perdonar ab gran dossor, 
[V**] 462 No pas punir segon rigor. 



DBS PSAUMBS DE LA PENITENCE 83 

2. Ihesus, non volhas playdejar 
Encontra my ne disputar, 

Car io confessi clarament 
466 Haver peccat yjlanament. 

3. Ihesus, contra tu ey falhit, 
Lo diable m'a perseguit 

He feyt amar bées terrenaus 
470 He leyssar los celestiaus. 

4. Ihesus, en las obscuritatz 
De totz vicis he de peccatz 
M'a coUocat he sepelit ; 

474 Lo cor n'ey trist he Tesperit. 

5. Ihesus, quan ey recordament 
De so que fes antiquament 
Contra los peccados passatz, 

478 Mos sentiments io ey turbatz. 

6. Ihesus, de paor soy rumput, 
[W^ 313] Cum terra quan no ha plagut ; 

Las mas expandi humilment 
482 A tu quem dones salvament. 

7. Ihesus, quasi m'es defalkit 
Degran paor mon esperit ; 
Preg te, mon Diu he mon désir, 

486 Tantos me volhas exausir. 

8. Ihesus, lo ton visatge clar 
Contra my no volhas virar, 
Ayas merce de mos peccatz, 

490 No ressembli los desperatz. 

9. Ihesus, perdonam soptamens 
Mos vils peccats he falhimens ; 
Ma 'speransa he ma salut 

494 Tu es, car tu m'as redemut. 

10. Ihesus, monstra me los camis 
Per venir en ton paradis ; 

Ver tu levi mon esperit, 
[V°] 498 Donam perdon, car ey falhit. 



84 PARAPHRASE 

11. Diesus, Yolhas me deliurar 
Deus enemicx he defensar ; 

Cum syas mon Dius de vertat, 
502 Monstram complir ta voluntat. 

12. Ihesus, yolhas me fe régir 
Au bon esperit sens falhir ; 

La mort d'infern io ey dessus, 
506 Fem viure per ton nom, Ihesus. 

13. Ihesus, Yolhas me consolar 
Per ta merce he dely[u]rar, 

He fe mos enemics fugir, 
510 Nom fassam per tos temps périr. 

14. Ihesus, tu es mon Salvador 
He yo ton humil servidor ; 
Preg te volhas me donc salvar 

514 He mos enemicx descipar. 



1 . O Vergis plena de dossor, 
[F* 314] Mayre de nostre Salvador, 

Vostre car filh volhas pregar 
518 Ihesus quens volha perdonar. 

2. O sancs he sanctas, de présent 
Pregui vos totz devotament 
Ihesu Crist volhatz totz pregar 
522 Que totz nos volha perdonar. 



Oratio Manasse 

Payre, Filh, Sant Sperit, très personas .j. dius eternal, 
inmortal, senhor tôt poderos, plan de misericordia. Tu Sen- 
hor, per la tua gran bontat, ordenes penitencia per los pec- 
cados, no pas per los sancs homes cum son Abraham, Ysaac 
he lacob qui no han contra tu peccat en deguna maneyra. Tu 
Senhor, per la tua gran misericordia, feyt has permission de 



DBS PSAUMES DE LA PENITENCE 85 

donar perdon, salut, remission [V**] atotz peccados qui peni- 

tencia fer voleran, he ha lor fin paradis on es la tua gloria. 

Tu, Senhor, per mj has donc ordenat penitencia, que sonc 

vilh peccador he sus totz plus abhominable, car mos peccatz 

sobermontan lo nombre de las arenas que son en la mar, per 

los quaus no sonc digne veser ne regardar lo ceu ne las es- 

telas. Senhor, mos grans vicis me tenenligat, greumens pre- 

mut et estaquat, he de lor no podi salhir ne estre delyurat 

sens de ton adjutori. Senhor, a causa de mos grans peccatz io 

ey encorrut la tua yra he ta endignation, he sonc digne de 

dampnacion ; per so , mos génois enclinatz, monstran humili- 

tat, recorry a la tua gran bontat [P° 315], cridan misericor- 

dia. Senhor, contra tu ej peccat, Senhor, contra tu ey falhit, 

Senhor io coneg mon peccat, preg te donc no siay dampnat, 

ab los dampnatz ne collocat, qui son dejus la terra. Senhor, 

no sonc pas digne de haber ton paradis, per causa de mos 

grans peccatz ; mas preg te volhas me salvar, segon ta gran 

bontat, per ta misericordia ; he io lausare lo ton sanct nom en 

la vita présent, he après ab los angels qui td lausan devota- 

ment m secula seculo9*um. Amen. 

NOTES 

Vers 5. « fem. «Ms. son ou Ion? 

13. « Me. » Ms. oxf 

108. « pregar. » Corr. cridarf ou merce est-il ici, non pas le régime 
direct du verbe, mais une préposition gouvernant lo temps f 

127. «corregiran^ » Covt. pentiran? On pourrait encore rétablir la 
mesure en supprimant los. Cf. v. 135. 

134. « seran. » Ms. seram. 

218. « qula\si. «Cf. v. 483. 

256. « tornare. » Ms. tornaxe. 

310. «seran. »Ms. seram. 

318.«beneficar.)) Lecture incertaine ; il parait y avoir buuficar dans 
le ms. 

348. Ms. Ad c^o/or, ainsi divisé, sans doute pour addolor =a dolor; 
ou corr. Ah dolor? 

Page 84 dernière 1. <( senhor. » Ms. henhor, 

— 85 1. 14. « mon. » Ms. mot. 

— 85 1. 16. Corr. ne ab los dampnatz collocat, ou simplement 
ne en nof 

(A suivre.) 

7 



Dialectes Modernes 

POÉSIES LANGUEDOCIENNES 

DE LÉON ROirVIÈRE 

(Suite et fin) 
PROVERBES 1 



1 . Qé rébéia lou chi can dor, 

Se lou mor, 
N'a pas tor. 

2. Që boou à touta peira soun coutel aguza, 

A tout balat soun chibal abuoura, 
A touta ûeira sa fenna passécha, 
A la fin de Tan noun a qu'un coutelou, una rossa e una 
p... 

3. Qé fai las pars é qé s'engana mérita de pati. 

4. Qé per aze se loga, per aze caou que serbighe. 

5. Qé boou de pei, moia l'arpa. 

6. Q'émbé d'enfans s'en bai dourmi, 
M. . • se léba lou mati. 

7 . Qan-t-un bilén s'alarga, tout jé bai. 

8. Qé mestres bolou é qé barlés plourou, aco 's de larmas 

estrassadas. 

9. Qan-t-on mancha, caou faire un es. . . 

10 . Qan-t-un aoubre es toumbat, tout lou mounde couris à 

las brancas. 

11. Cassaire à las pantas, pescaire d'aiga doussa, 

Ohamai n'acampou moussa. 

12. Faou estacaTaze ounte lou mestre lou boou. 

13. Seloun lou ben, faou métré la bêla. 



* Ils ODt été transcrits par Rouvière sur quatre pages cgoutées à la fin du 
Dictionnaire de l'abbé de Sauvages (Alais, Martin, 1820, 2 v. in-S"). 



POESIES DE ROUVIÉRK 87 

14 . So que poun, 

Roun. 

15. Se metes toun bi dins una michanta tina, sentira à maou 

net. 

16. On a beoa sibla, qan Faze bôu pas buoure. 
17 De rassa, 

L»ou chi cassa. 

18. Lous cas fan pas dé chis. 

19. P...écMs 
Ménou pas qé rebaladis. 

20 . Adrech couma lou c. . . . d'un por qé se bara sans cour- 

dils. 
21 ^ Boou mai suza qé trambla. 

22 . Cocha-te tar é léba-té mati, 

Faras enracha toun bézi. 

23. Qan papiés parlou, 

Barbas calou. 

24. Boou mai un qé sap qe cen qé cercou. 

25. Peira qé roUa n'acampa pas moussa. 

26. Nostra-Dama de Goura-goura, 

Qé yé quita pas de peou, yé quita de boura. 

27 . Fenna morta, 
Archen porta. 

28. Fenna biba, 
Archen tira. 

29. Couma las castagnas daou Bigan, una bona emV una 

michanta. 

30. Se vos pa perdre, té caoupas chouga. 

31. Aco se plaidecha à Bedarious. 

32. Chacun soun escot, lou bi es pas cher. 

33. San li fremos, leis omes sian d'ours maou lipas. 
34 Voou peta pus naou qe lou ki. . . . 

35. L'aze de moussu Berge roun, d'oun mai es cargat, d'oun 

mai tira. 

36. Lous enfans de Jhérusalem, 
D'oun mai anan, d'oun men balen. 

37. A fach couma lous toupis de sen Qinti, s'es perdut per 

la coueta. 

38. Las paraoulossounde fumeloS; lous cos soun de mascles. 



88 POÉSIES DE ROUVIÈRE 

39. Lamesso es dicho, lou capélan s'es enana. 

40. Troubarié pa d'aigo à la mar. 

41. Quicon ja, can lou chi chapa. 

42. A la porto d'un jhougadou, 
Tantô choio, tantô doulou. 

43. Q'a mâla fénna, la deou batre ; 
Qe Ta bona, la deou léca. 

44. Fenna blassada 

Es mitât empregnada*. 



* Les qo» 14, 33 et 34, — peut-être même 30, où Bouvière emploie, con- 
trairemeut à son habitude, le v pour le à {vos pour bos) — appartiennent au 
provençal (provençal-nimois?). 

Les finales féminines en o des n»* 38, 39, 40 et 42, ainsi que l'article fé- 
minin pluriel las et masculin pluriel lous (Proverbe 38), indiqueraient une 
provenance cévenole. 

Les autres numéros relèvent du langage de Montpellier. (C. de Vallat.) 



Poésies 



PEIRE ROGIER * 

A M. MâRSAL SOULLIER 

L'an de Nostre Senhour mil e très cenz e trenta : 
Es tart, e^ negra nueg ; defora plueu e venta. 
Countr' un chalel de couire, a sa clartat mourenta, 
Un prestre velha, soûl ; ia'n pauc que la serventa 
Es anada dourmir: la vielhessa es dourmenta... 
Toc ! — « Qu's aco?)) — «Drubetz! » dig una voutz doulenta. 
Cour drubir ; e subran requiula d'espaventa ! 
Un home es devans ilh, nut coum' un verme : « Oh I senta, 
Senta maire de Dieu ! . » — «Boun prestre, siatz sens crenta ; 
En gracia, sauvatz-me ! 

» En gracia, sauvatz-me ! More de freg, d'esfrai ; 
More mais que mais d'ounta !... Apueija vous dirai 
So qui m'es arribat'l... » — « Intratz viste , moun frai ! 

PIERRE ROaiER 
A M. Martial Soullier 

L'an de Notre Seigneur mil et trois cent et trente : — il est tard ; 
il est nuit noire ; dehors il pleut, il vente . — Devant une lampe de 
cuivre, à sa mourante clarté, — un prêtre veille, seul ; il y a un mo- 
ment que la domestique — est allée dormir : la vieillesse dort volon- 
tiers. . . — Toc ! « Qui est-ce?» — « Ouvrez! » dit une voix plaintive. — 
Il court ouvrir ; et soudain il recule d'épouvante ! — Un homme est 
devant lui, nu comme un ver de terre: —«0 sainte, — sainte mère de 
Dieu! . ...» — « Bon prêtre, soyez sans crainte; —en grâce, sauvez- 
moi! 

3> En grâce, sauvez-moi! Je meurs de froid, de frayeur; — je meurs 
surtout de honte ! . . . — Après, je vous dirai — ce qui m'est arrivé !.. » 
« — Entrez vite, mon frère ! — Tout ce qui est à moi est à vous ! Entrez 

' Cette histoire se lit dans Baluze {Vie des Papes d'Avignon) et dans F. 
Marvaud (Hist. du bas Limousin). 



90 POESIES 

Tout aco meu es vostre ! Intratz viste ! » Adounc vai 
Querre una soua soutana en raz de Tala, e fai 
Un fueg de branda sécha...: — « Apraumatz-vous mais, mai ! . . . 
Estatz-vous mielhs abaura?.... E be, countatz, si us plai, 

— E vous escoutarai, e me destranharai ! — 

Vostra mesaventura , 

» Vostra mesaventura e voslra malachansa ! 
Crejatz qu'am vous lei vau sens deguna doutansa ; 
Tout, vostre biais, vostre aire e vostre maluransa, 
Tout so que pareissetz me ganha per avansal » 
L'oste, amb' una doussour plena d'asseguransa : 
« Counesse ma proumessa emais vostr' esperansa. 
Vous deve la vertafc, Tavetz'qui sens balansa; 
Escoutatz e saubretz. 

» Escoutatz e saubretz qui sui Peire Rogier, 
Mounge benezitin, nulamen estrangier, 
Quar a la Chieza-Dieu m'esperon. Passagier, 
Me couchava soulet, sens pensar al dangier , 
Quan, alen, dins la costa, en pais bouscagier, 
Très ou quatre lairous m' an tan boutât leugier 
Que me sobra res pus, aprep vostre fougier, 
Mas aquelabit vostre. 

vite ! » Alors il va quérir une de ses soutanes en drap de Tulle 

et fait — un feu de broutille sèche :« Approchez-vous encore,encore !..., 
— Vous vous trouvez mieux à présent?. . . Ehl bien, contez-moi, s*il 
vous plaît — (et je vous écouterai, et je me distr airai) votre mésa- 
venture, 

» Votre mésaventure et votre malechance !.. — Croyez que je vais 
avec vous sans méfiance aucune ; — tout, votre façon, votre air et 
votre malheur. — tout ce que vous paraissez me gagne d'avance !...> 

— L*hôte, avec une douceur pleine d'assurance : — « Je connois ma 
promesse et votre attente. — Je vous dois la vérité, la voici sans ba- 
lancer ; — écoutez et vous saurez. 

» Écoutez et vous saurez que je suis Pierre Roger, moine bénédic- 
tin, nullement étranger, — car je suis attendu à la Chaise-Dieu* 
Passager, — je me hâtois seul, sans penser au péril, — lorsque, là- 
bas, dans la côte, en pays de bois, — trois ou quatre larrons m'ont 
mis si léger — qu'il ne me reste plus rien, après votre foyer, — que ce 
vêtement qui est également à vous. 



POËSIBS 91 

» Mas aquel abit vostre !... Ingrat! me resta enguera 
Una recounessensa inmourtala e sencera 
Per vous, qu'avetz pietat de ieu dins ma misera; 
Vous, moun samaritan ! vous ma vita!.. Ai coulera 
De mas pagar aital en paraulas !... Ah ! s'era 
Rei de Fransa, ou dalfin d' Auvernhe ! . . d — « Persévéra ! 
Digiou prouverb, auras mais que toun cor n'espéra; 
Perseveratz, moun fraire ! e si tout vous prouspera ; 
S'apouderatzlou sort couma n'an Tapoudera, 
Seretz Papa, segur ! » 

Siguet Papa, segur!.... Clemens sieis, noble noum, 
Que Rouma benezis aitan coum' Avenhoun !.. . 
Un cop Peire Rogier amplanat al pinhoun, 
Sens doute qu'oublidet lou boun prestre? Oh! que'noun ! 
Mandat pel sacre, agacha, afourtunat temoùnh ; 
Pueislou Papa lou sona ;« A Toulousa an besounh 
D'un evesque... vai lei ! » E lou prestre respoun 
» Lauvat siaDieus ! » (un pounh)*. 

XV. de Genier. m. d. c.o.c. lxxx. 
Josep Rous. 

3> Rien que ce vêtement, qui est à vous aussi ! . . Ingrat ! Il me reste 
encore— une reconnoissance immortelle et sincère .— pour vous, qui 
avez pitié de moi dans ma misère ; — vous, mon samaritain! vous, 
ma vie!. . . . J'ai dépit — de ne payer ainsi qu'en paroles!. ..Ah! si 
j'étois — roi de France ou dauphin d'Auvergne ! . . . » — « Persévère, 
dit le proverbe, tu auras plus que n'espère ton cœur. >» — Persévérez, 
mon frère I Et, si tout vous réussit ; — si vous surmontez le sort comme 
on le surmonte, — vous serez Pape, à coup sûr! » 

Il fut Pape, à coup sûr ! Clément VI, noble nom, — que Rome 

bénit à l'envi d'Avignon !.... — Une fois Pierre Roger arrivé au pi- 
nacle, — sans doute qu'il oublia le bon prêtre ? Oh ! que non pas ! — 
Mandé pour le sacre, il regarde, témoin heureux. — Puis le Pape 
l'appelle : « A Toulouse, il faut — un évêque. . . vas-y ! « Et le prêtre 
répond : « Dieu soit loué ! » (un point) . Joseph Roux. 

15 janvier 1880. 

* Pierre-Roger de Beaufort, petit-fils de ce chevalier dont Geoffroi de Vigeois 
raconte la présence d'esprit, lors de la visite inattendue du comte de Poitiers 
au château de Ventadour, naquit au château de Maumont, sur la paroisse de 



L'ESTATUETO 



A MOUN AMIC L.-SaVIÈ DE RiCARD 

La nueit, dins les canvalhs e les gourgs, s'es rejunto. 
L'albo clarejo al frount d'un bel maitl de mai 
E, per un camp planiè, le parelh fa 'no junto, 
Sens estriba'n boussl, sens captira jamai. 

LA STATUETTE 

A MON AMI L.-XaVIER DE RiCARD 

La nuit, dans les précipices et les gouffres, s'est cachée. — L'aube 
brille au front d'un beau matin de mai, — et, par un champ uni, la 
paire [de bœufs] fait une arure, — sans se serrer un peu [contre le 
timon de la charrue], sans s'en éloigner jamais. 

Roziers-d'Egletoiis, en bas Limousin. D'abord moine bénédictin à l'abbaye 
de la Chaise-Dieu, près Brioude, il devint évéque d'Arras, puis archevêque de 
Sens et de Rouen, puis cardinal, et enfin pape. Il régna dix ans, du 7 mai 1342 
au 6 décembre 1352 . 

Clément VI redisait volontiers ce mot d'un empereur romain : « Personne 
ne doit se retirer mécontent de la présence du prince. » Sa magnificence resta 
proverbiale: «Ah ! répondait-il gracieusement à ceux qui lui reprochaient ses 
largesses, mes prédécesseurs ne savoient pas être papes ! » 

Il aima et honora Pétrarque. 

Clément VI ne fut jamais oublieux de son pays ni de ses compatriotes. Un 
jour, parlant de son cher Limousin, il s'écria: <( Je y planterey un tel rozier 
» des gens de nostre nation que il ne sera de chi à chent ans que il y en oit 
des rachines et des boutons! » Ingénieuse allusion à son nom de Roger (Rogier), 
à sa paroisse natale de Roziers et à ses armes parlantes, composées de six 
roses. 

Il tint parole. Innocent VI et Grégoire XI, l'un du village de Monts, pa- 
roisse de Beyssac, l'autre du château de Maumont, comme son oncle Clé- 
*ment VI, ceignirent la tiare; Birel, le chartreux de Glandier, faillit l'obtenir; 
Hugues-Roger la refusa. Les Legugie, du Lonzac ; les Selve et les Cipière, de 
Donzenac ; les Laporte, d'Allassac; les Fabri, de Tulle; les Sudre, de La- 
guenne; les Dumoulin et les Daumar, de Lagarde; les St-Martia), les Roberty, 
les Besse, lesLestang, les Cros, les Vergue, les Chanac,etc., portèrent la pour- 
pre cardinalice. Un gros volume contiendrait à peine les noms de patriarches^ 
primats, archevêques, évéques, abbés, sortis d'une terre depuis longtemps de- 
venue stérile. Les nations jalouses chantoient: a Credo. ... in unam sànctam 
catholicam et lemovicam Bcdesiam ! • (Joseph Roux.) 



POESIES 93 

Quand se pauso, V bouiè, plounchoun en Faire, s'unto 
De vi la gargamelo e s'en va tourna mai. 
Les dous biôus lauroun lins, e V gazelh de la punto 
Dejousterro un quicon que lusls dins un rai. 

La rego flairou bou, — ne partis la lauseto. 
L'ome s' es acatat; — levo uno estatueto 
Cuberto de pertout d'un verdet lis e vieu : 

Es un brounze rouman, — un pichounet dieus Terme. 
Sur punh del gazalha, pla quilhat, rete e ferme. 
Semble dire : « Tenets coundreit le camp granieu *. » 

Auguste FouRÊs. 
24 mai 1879. 

Quand elle se repose, le bouvier, pichet en l'air, s'humecte — de 
vin le gosier et part de nouveau. — Les deux boeufs labourent pro- 
fond, et le coutre de la pointe — déterre un objet qui luit dans un 
rayon . 

Le sillon sent bon, l'alouette s'en échappe. — L'homme s'est baissé; 
il lève une statuette — couverte des pieds à la tête d'un vert-de-gris 
lisse et vif : 

C'est un bronze romain, un petit dieu Terme. — Sur le poing du la- 
boureur, bien quilleté, raide et ferme, — il semble dire : u Tenez en 
bon ordre, bien aligné, le champ fécond. » 

Auguste FouRÈs. 

* Laa^dedocieo (Gastelnaudary et ses enviroas). Orthographe montpellié- 
raine. 



BIBLIOGRAPHIE 



Les Deux Entrées et Séjoars du trôs-chrétien roi de France en la 
cité de Vienne, les années 1491 et 1494, publiés d'après les manuscrits 
de Grenoble, de Montpellier et de Vienne, par le chanoine Ulysse Chevalier. 
— Vienne, Savigné, 1881 ; in-S», 20 pages. 

Le théâtre méridional fut asspz florissant au XIV®, au XV® et au 
XVI® siècle, si Ton en juge par les mentions nombreuses de mystères 
ou de moralités jouées à Arles, Avignon, Grenoble, Montpellier, etc., 
que l'on rencontre dans les textes et les livres de cette époque. Les 
petitesvilles, les villages même, suivant l'exemple qui leur était donné, 
contribuèrent à généraliser le goût des exhibitions scéniques. Malheu- 
reusement l'idiome local n'était pas le seul à en bénéficier, et des 
représentations purement françaises ou à peine coupées de rôles dans 
le parler vulgaire, comme le Mystère de Védification et de la dédicace de 
l'église de Notre-Dame du-Puy, de Claude d'Oléson, comme celui des 
Trois Rois de Jean d'Abondance, notaire royal au Pont- Saint-Esprit*, 
en discréditant peu à peu les habitudes dramatiques du moyen âge, 
ouvrirent la voie, d'abord à la seconde période du théâtre méridional, 
celle où écrivirent Bonnet et Michaille (de Béziers), Fizes (de Mont- 
pellier), les Provençaux Brueys, Tronc de Codolet et Jean de Cabanes, 
et enfin aux œuvres de Corneille, de Racine, de Molière et de Rotrou. 

Le Dauphiné fut, parmi les provinces de langue d'Oc, une de celles 
où le français prit le plus facilement racine. Une publication de 
M. Giraud fit connaître en 1848 les frais de composition, de mise en 
scène et de représentation du Mystère des trois Doras*, les martyrs 



* Il existe de ce mystère, encore inédit, des copies qui paraissent parfois 
dans les ventes. Un catalogue de la librairie Jean-Fontaine, à Paris, en men- 
tionnait une, il y a cinq ou six mois : 

« 17. Le Joyeux Mystère de Trois Rois, à dix-sept personnages, composé 
par Jean d'Abondance, bazochien et royal notaire de la ville de Pont-Saint- 
Esprit; ms. sur vélin, maroq. bleu, tranch. dor. (Bozerian), 100 fr. i» 

Cet exemplaire a été acheté par la Bibliothèque nationale. Un membre de 
la Société en a fait prendre une copie, afin de la publier dans la Revue. 

2 Composition^ mise en scène et représentation du mystère des trois 
Doms, etc., d'après un manuscrit du temps, publié et annoté par M. Giraud. 
Lyon, Perrin, 1848; grand in-8o, 132 pages. 



BIBLIOGRAPHIE 95 

Severin, Exupère et Félicien, patrons de TégUse et de la ville de Ro- 
mans, joué aux fêtes de la Pentecôte de Tan 1509, les 27,28 et 29 mai. 
Ce mystère, qui était divisé en trois journées, comprenait environ 
trois mille vers aujourd'hui perdus, mais qui existaient encore en 1787. 
Lie chanoine Pra, de Grenoble, en fut Tauteur ; il eut comme coad- 
jutewr ou, pour parler plus exactement, comme correcteur littéraire de 
certaines parties de son œuvre, maître Antoine Chevallet, fatiste on 
poëte de Vienne, qui touchait déjà à Tapogée de sa réputation, et à 
qui Ton doit le Mystère de saint Christophe, représenté à Grenoble en 
1527 et imprimé dans la même ville en 1530. 

En apportant un nouvel élément à l'histoire du théâtre français parmi 
les pays de langue d'oc, une des relation s publiées par M. l'abbé Che- 
valier offre aux érudits d'assez nombreux extraits des histoires jouées 
devant Charles VIII, lors de son entrée à Vienne en 1491, mais le si- 
lence des narrateurs ne nous permet pas de connaître l'auteur de 
ces histoires. On sait cependant que Chevallet fut chargé de la compo- 
sition de la pièce représentée en 1494, à l'arrivée du même monarque* 
à Lyon. M. Ch. conjecture que les Viennois utilisèrent ses talents 
dès 1491 et qu'ils lui confièrent les allégories dont ils voulaient 
régaler leur royal visiteur. Il est, en effet, vraisemblable de supposer 
que le fatiste dauphinois dut faire preuve de talent parmi ses conci- 
toyens, avant que les Lyonnais songeassent aie mettre à contribution. 
L'autorité qui s'attache au savoir de M. Ch. ne peut que fortifier une 
supposition d'ailleurs tout à fait natmelle. 

A. Roquê-Ferbieb. 

* C'est la plus ancienne mention connue de Chevallet. 



PÉRIODIQUES 



Bulletin de la Société d'études scientifiques et archéolo- 
giques de la ville de Draguignan. t. XI (1876-1877). — P. 109- 
183. L'abbé Dupui, Monographie de la paroioaedu Beau88et(VKr), Ce 
travail est intéressant et il a été méthodiquement exécuté. Mais Tau- 
teur se trompe, dès ses premières pages, en disant que le Beaussetfut 
ainsi appelé « parce qu'il faisait partie des terres de la puissante fa- 
mille des Baux. j> Le nom de cette petite ville vient, au contraire, du 
provençal baus, colline, monticule, escarpement ; diminutif, batisaet. 
L'auteur rend sa méprise d'autant plus inexplicable qu'il écrit les li- 
gnes suivantes à la page 1 15 : cLe mamelon sur lequel est établi au- 
jourd'hui la ville du Beausset non loin de la pointe inexpugnable 

du rocher du Beausset-Vieux, ce mamelon, dis-je, était une de ce» po- 
sitions avantageuses qui ne pouvaient manquer d'être remarquées. » 
L'emploi de l'article aurait dû le mettre encore plus en garde contre 
une erreur déjà démontrée par les formes Balcetum (1 153), Baucelum 
(1164) et Baussetum (1601), où il est difficile de ne pas voir les équi- 
valents bas-latins du provençal bausset. 

M. D. mentionne, p. 172, « les Gaudes (Gaou)de sainte Barbe », et 
il ajoute que l'auteur en est inconnu, mais que ses vers ne manquent 
pas de mérite. Ils relèvent probablement de cette catégorie de poésies 
à demi populaires, à denli savantes, qui, sous le nom de joieSy sont 
très-répandues en Espagne, en Catalogne, en Boussillon et dans l'île 
de Sardaigne. Les romanistes auraient désiré lire ces gaudes parmi les 
pièces justificatives qui terminent le travail de l'auteur. On les chante 
tous les ans à la fête de sainte Barbe. 

P. 185-631. Robert Reboul, Anonymes, pseudonymes et supercheries 
littéraires de la Provence ancienne et moderne. L'auteur avait publié, en 
1877 (Bulletin du Bibliophile (241-296 et 390-419) une Bibliographie 
des ouvrages imprimés en patois du midi de la France et des travaux 
sur la langue romano-provençale qui lui valut dans la Remania (t. VU, 
p. 347) une appréciation sévèrement justifiée de M. Banquier. Le nou- 
veau répertoire de M. Reboul manque de méthode, et les ouvrages 
qu'il y décrit sont classés, tantôt par l'ordre alphabétique des titres, 
tantôt par celui des noms d'auteur, confusion qui rend les recherches 
très-difficiles. Les romanistes y trouveront cependant des indications 
utiles sur une foule d'ouvrages provençaux, français et languedociens, 
car — il importe de le remarquer — l'auteur entend parfois le mot de 
Provence dans son sens le plus général, et l'origine provençale ou 



PERIODIQUES 97 

comtadine d'un anonyme absolument français lui vaut presque tou- 
jours l'honneur d'une inscription raisonnes. 

Nous mentionnerons ici quelques-unes des rectifications que com- 
porterait le travail de l'auteur. 

P. 261. La deuxième édition du Carya Magalonemis, cette spiri- 
tuelle supercherie littéraire de Moquin -Tandon, n'a pas été imprimée 
cliez M. Bochone, à Montpellier, — ce nom est totalement inconnu 
dans notre ville, — mais chez MM. Boehm et Oie. 

P. 333. La Felibresso dôu Cauloun n'est pas M"« Rose-Anaïs Eou- 
manille, mais M^® Valère-Martin, depuis M™«d'Arbaud. 

L'auteur oublie de signaler le très-remarquable recueil de poésies 
provençales que cette dame publia en 1863 sous le titre: Us Amourode 
rihas. Avignon, Roumanille; in-8o, xxx-312 pages. 

P. 338. M. R. parle des poésies provençales de Moquin-Tandon. Li«e^ 
«montpellîérainesD, en dépit des modifications orthographiques qu'elles 
subirent dans l'^rmana prouvençau. Aux recueils où l'on peut trouver 
des vers de l'auteur du Carya Ma^alonemiSy il faut ajouter le t. V 
(p. 693-695) des Mémoires de la Société des lettres de l'A veyron (pièces 
justificatives des Proverbes patois de M. Duval),et li Nouvè de Micou* 
lau Saholy, em* uno ckarradisso de F. Mistral, segul d'un pau d'aquéU 
de l'abat Lambert emai d'aquéli di troubaire moudeme (Avignon, 
Aubanel, S. D., in-12), où se lit, p. 116, lenoël charmant de la Caiari- 
neta: 

Et d'ount te vèn toun èr tant viéu, 

Catarineta, 

Catarineta? . . 

Et d'ount te vèn toun èr tant viéu, 

Catarineta dôu bon Dieu*? 

P. 342. luAknanach du Sonnet, publié à Aix sous la direction de 
M. A. de Gagnaud (Léon de Berlue- Perussis), compte non pas un seul, 
mais quatre volumes (années 1874, 1875, 1876 et 1877). Les dialectes 
de la Provence et du Languedoc y sont représentés par plus de quatre^ 
vingts sonnets. 

P. 363. Nous citerons en entier l'article consacré au roman de 
Pierre de Provence et de la belle Maguelone : 

« Un poëte provençal, Bernard de Trevies, avait composé sur ce 
héros un poëme qui n'a pas été publié (Raynouard, Poésies des Trou^ 
badours, t. II, p. 317), mais qui, mis en français, a eu de nombreuses 
éditions. Voyez Brunet, Manuel du libraire, 5© édition, t. IV, col. 643 
à 648, Barbier, Dict, des anon. Il paraîtrait que l'œuvre originale re- 

1 Ce noël se trouve peut-être aussi dans VArmana prouvençau de 1857. Je 
ne puis vérifier le fait. 



98 PERIODIQUES 

monterait au XIV* siècle et que Pétrarque n'y serait pas étrangler. 
C'est l'avis de Barbier. » 

Il ne devrait plus être permis d'écrire d'aussi singuliers à-peu- près, 
lorsqu'il s'agit d'une des œuvres les plus agréables de la littérature 
méridionale . 

P. 506. L'auteur demande si Le Sage ne serait pas l'auteur du 
PrtmcezdeCoTTneniran, On ne trouve rien dans les Folies qui soit de 
nature à autoriser une semblable supposition . 

A. Roque-Febrier. 

Bulletin de la Société d^études scientifiques et «rcliéo- 
logiques de la ville de Draguignan. T. XII (1879-1880), xvi- 
456 p., l'abbé J.-H. Albanés, le Couvent royal de Saint-Maximin, en 
Provence, de l'ordre des frères Prêcheurs, ses prieurs ^ ses antudes^ ses 
écrivains y avec un cartulaire de quatre-vingt-cinq documents inédits. 
« La ville de Saint-Maximin, dit l'auteur, p. 1, doit son existence à 
l'église et aux reliques de sainte Marie-Madeleine, qui ont groupé 
autour d'elles les habitants des plaines voisines, et, en y attirant de 
toutes les parties du monde d'innombrables pèlerins, lui ont donné une 
célébrité hors de proportion avec sa population et son importance. . .» 
Le travail que M. l'abbé A. consacre à Saint-Maximin et à ses prieurs 
n'est pas un des moins importants qui aient paru depuis quelques an - 
nées dans les départements du Midi, et ses pages apportent beaucoup 
d'éléments nouveaux à l'histoire religieuse et artistique du Var. a: Tous 
les écrivains qui ont eu à s'occuper de l'église de Saint-Maximin et 
se sont demandé quel était l'architecte qui avait bâti ce temple, le 
premier parmi les monuments de la Provence, ont été contraints de 
s'avouer impuissants à satisfaire ... la légitime curiosité de leurs lec- 
teurs. . . . 3> Les recherches de M. A. lui ont fait découvrir le nom de 
cet architecte, Jean Baudici, qui avait élevé quelques années aupara- 
vant le palais des Comtes de Provence à Aix < . Dans les notes de son 
travail, M. A. cite parfois des fragments en langue d'oc, entre autres, 
p. 233, un reçu d'Antoni Rozen, — un second nom jusqu'ici ignoré, — 
à qui l'on doit les curieuses peintures de l'autel du Crucifix à Saint- 
Maximin: « -j Jésus. A di 14 octobre [1520], io Antoni Rozen, pin- 
tre, confessi d'aver, receudo* da^ Monsur lo prior de San Maximin 

* Ce palais a été démoli à la fin du dernier siècle. 
2 Sic. 

* Da pour de, forme en vigueur sur certains points de l'ancien comté de 
Nice. Raynouard et Honnorat ne l'avaient pas mentionnée. M. Mistral vient 
de lui donner place dans son Dictionnaire. Elle se rencontre sporadiquement 
dans la Vida de sant Honorât de Raymond Féraud ; 



PERIODIQUES 99 

cinqiie scus dal solel, in dîminucion de major suma, per la pîntura e 
danradura del retaule del Crucifix. Et, par milior cautela, io li f azi * la 
présent podîza ^ de ma man proprîa. Ita est, Antoni Bozen, pîntre 
(^Arch. des B.'du-Rh., p. 718».) 

La principale contribution que le livre de M. A. apporte à la litté- 
rature provençale consiste en diverses indications sur la Scala Ccdi, 
écrite entre les années 1322 à 1330, par Jean Gobi le jeune, et dédiée 
à Hugues de Couloubrières, prévôt de l'église d'Aix. Cet ouvrage qui 
a été imprimé plusieurs fois au XV® siècle, à Lubeck, Ulm et Stras- 

Gomandamentz fom fatz tantost da part le rey (II* chapitre) . 
Amtant el vi venir da Tautra part son frayre (X® cli.). 
Qu'en aut cridavan rfa totz latz (LXXXVe ch.). 
Qu'estay sus en la brasà, qu'era grant da toz las (LXXXVIe ch.) 

P. 7, 24, 135 et 137 de réditiondeM. Sardou. 

1 Cf. une forme céveno-alaisienne : 

Moussu trovo, bélèou, que lou fasé langui, 
dans lotLS Jardignès de M. Paul Félix» Alais, Martin, 1879; in-S», p. 40. 

2 Manque au Lexique roman de Raynouard, qui donne seulement polissia, 
police, engagement, contrat. Honnorat mentionne le substantif jDoc^ma^ quit- 
tance, mais en le classant dans le vieux langage. Il est probable que cette 
forme existe encore, car la mutation de 17 en d n'est pas inconnue en Pro- 
vence. J'ai pu constater, dans un poëme inédit sur l'histoire du patriarche 
Joseph, donné à la bibliothèque de la Société par M. Maurice Faure, la forme 
paraudo pour paraulo: 

paraudo ben amaro 

Qu'entendes d'aquelle enfans (Ire part., str. 43). 

Lou pero vesen la raubo 

Coumencet a si ploura, 

Disent aquesto paraudo (l'e p., str. 51). 

Noun cresi pas la paraudo 

Que venés me dire eissi(4'e p., str. 15). 

Des indications écrites sur les marges de ce poëme permettent de supposer 
qu'il a été composé, ou tout au moins transcrit, pendant le XYIll® siècle, à 
Rians, petite ville du département du Var. Cela ne nous éloigne guère de 
Saint-Maximin. 

On dit à Montpellier dintrà et lintrà (entrer), daissà et laissa (laisser), 
escedent et escelent (excédant), etc. Notre r se changeant, comme on sait, en 
d, araire (charrue) et aramqun (aramon, espèce de raisin), sont prononcés 
adaide et adamoun, qui, à leur tour, deviennent souvent alaide et alamoun. 
Cf. encore dentillos pour lentillos et densouol pour lensouol, dans le Dic- 
tionnaire rouergat de feu M. l'abbé Vayssier. 

3 II est appelé Antoine le Vénitien dans un autre document. Son origine 
italienne peut être présumée jusqu'à nouvel ordre. 



300 PËHIODIQUES 

bourg, mais qui est aujourd'hui à peu près inconnu, est un recueil 
d'exemples moraux, de récits et d'extraits des Pères, des historiene, 
des philosophes et des poètes, qui ont pour but de porter à la pratique 
de la vertu. « On y rencontre un certain nombre de moralités tirées 
des fabulistes. . . .le Corbeau et le Renard, le Singe priant le Reaard 
de lui céder un morceau de sa queue, le Loup qui se fait ermite. 
l'Ane essayant de voler, la Révolte des membres contre l'estomac, le 
Lion et le Rat, l'Aigle composant sa cour, la Guerre des oiseaux et de» 
animaux, le Cerf se mirant dans la fontaine, le Loup et le Chien, le 
Corbeau paré des plumes des autres. La gracieuse fable de la Laitier v 
et le Pot au Zatfy esttout au long. . . .* » Quoique cet ouvrage soit ré- 
digé en latin, quelques-unes de ses pages montrent que l'auteur s'est 
parfois souvenu de son origine méridionale, circonstance qui nous a 
valu un certain nombre de phrases et de vers qu'il serait intéressant 
de réunir dans un opuscule spécial. « Ainsi, après avoir raconté l'his- 
toire de celui qui avait donné son bien à ses enfants, et qui, méprisé 
par eux, avait dû simuler, pour en obtenir un meilleur traitement, 
qu'il possédait encore un gi*and cofEre rempli d'or . . . . , il termine en 
disant qu'à sa mort on n'y trouva que de lourdes pierres et un marteau 
sur lequel était écrit : 

D'aquest martel aiat lo cap trussai 

Qui par ses filz sera deseretat. ^ » 

< La Scala Cœli contient aussi une version de VAnge et l'Ermite, lé- 
gende religieuse qui, partie d'une source hébraïque, s*est transformée en une 
multitude de textes, pour trouver sa dernière expression dans le Zadig de 
Voltaire. 

M. le docteur Noulet a publié ici même {Revue, 3e série, IV, 261) la version 
méridionale de cette légende, telle qu'on la lit dans lo Doctrinal de Sapiensa 
en lo lengatge de Tholosa; Toulouse, 1504, in-fol. Il serait utile de la com- 
parer à celle de Jean Gobi et de constater les affinités qui peuvent exister entre 
Tune et l'autre . 

On trouvera quelques indications sur la dernière dans l>xcelient travail de 
M. Gaston Paris sur VAnge et l'Ermite {Revue politique et littéraire de la 
France et de l'étranger, 13 novembre 1880. Paris, Germer-Baillière, in-4o) . 

* On pourrait voir ici le verbe trucat, frappé, si trussat, écrasé, broyé, ne 
donnait un sens plus énergique et mieux en rapport avec la douleur du père, 
devenu la victime de l'ingratitude de ses enfants. 

Me sera-t-il permis de signaler à cette occasion une devise languedocienne 
inscrite sur le marteau qui figure comme armes parlantes dans la marque d'im- 
primeur de la maison Martel, de Montpellier, la jplus ancienne de cette ville : 
May servis, 
May lusis. 

Avant de s'établir à Montpellier, en 1692, les Martel imprimaient à Béziers 
dès 1628. 



PERIODIQUES 101 

Plus loin^ on reDcontre un sortilège à signaier à cenz qui étudient 
leB superstitionB populaires : 

Lo cap ti dol 
E dolre no ti sol ; 

Dol livenga 

Qui ben ti vol. 

5 Vai à ta mayre 

E fara-t'en 
E trante dyables 

[Tijportaran. 

Ces huit vers ont leur intérêt, car ils constituent, à ma connais- 
sance, le plus ancien exemple d'un sortilège populaire en langue d'oc. 
Traduire un texte semblable est une entreprise d'autant plus témé- 
raire, que l'on peut se demander si mayre a ici le sens de mère ou celui 
de siège, lieu où se tient habituellement le mal qu'il s'agit d'exorciser. 
Sous le bénéfice de cette observation, on pourrait hasarder la ver- 
sion suivante : 

« La tête te fait mal — et n'a pas coutume de te faire mal. — Que la 
douleur lui vienne — à celui qui te veut du bien ! — Va à ta mère (ou 
bien à Vendrait où tu gis, ou à ta matrice) — et elle t'en fera (?) — et 
trente diables— te porteront. » 

Les deux premiers vers semblent s'adresser au malade, tandis que 
le troisième et le quatrième contiennent une malédiction à l'égard de 
la douleur de tête*- 

Peut-être serait-il bon de corriger [fo*] portaran en [t'em]portaran- 
Jean Gobi, d'Alais, oncle du précédent et prieur de Saint-Maxi- 
min de 1304 à 1328, est l'auteur des Miracles de sainte Marie-Made- 
leine, ouvrage en latin sur lequel M. A. donne d'utiles indications, 
d'après un manuscrit qui appartient aujourd'hui à M . le marquis de 
dappiers. Ce manuscrit comprend trois appendices ajoutés après coup. 
Le deuxième est presque exclusivement composé de poésies latines, 
et, parmi celles-ci, il s'en trouve une en provençal, dont le Père Reboul 
a publié seulement huit vers dans son ouvrage sur la Madeleine 2, 

1 Nous aurions voulu pouvoir contrôler le texte de Jean Gobi sur Tim- 
primé. Malheureusement la ville de Montpellier ne possède aucune des édi- 
tions de la Scala Cœli. M. A. lui-même ne paraît pas les avoir connues, car 
il cite ce sortilège d'après le manuscrit 3506 de la Bibliothèque nationale, et il 
i^oute que le copiste n'en avait pas compris le sens : Supplico lectori ut me- 
lius ista inteUigat, quia non intelligo, nec quo ydiomate dicta fuerint.. 

* Le Pèlerinage de Saint-Maximin et de la Sainte^ Baume, etc. Aix, Char- 
les Nemos, 1662; in-24, 214-45 pages. La première édition de cet ouvrage 



10? PKRIODIQUES 

mais sans indiquer qu'elle avait été traduite librement du latin, parti- 
cularité qui ressort de la comparaison qu'en a faite M. A. avec la qua- 
trième pièce d'un des appendices du manuscrit de Clappiers. 

Le Père Reboul n'est pas le seul qui ait parlé de cette poésie, car 
le Père Qavoty * a reproduit à son tour la citation du Pèlerinage de 
Saint-Maximifiy en la diminuant, il est vrai, d'un vers. Elle doit aux 
idées qui y sont exprimées une élévation que son allure décousue, ses 
répétitions et ses chevilles, ne lui enlèvent pas tout à fait. 

Sans en avoir fait un texte irréprochable, la version de M. A. a no- 
tablement amélioré celles de Reboul et de Gavoty : 

Aquest luoc glorios d'esta confession 
Es de tan gran vertut e de devocion, 
Que nuls comtes , ni reys, ni autres principat 
Non sa ausa entrar, tant i es loc< sagrat, 
5 Am nulhas armaduras, tro que sia désarmât. 
E quant es désarmât, am gran contricion, 
Puesca entrar e am devocion 

Pregar la Magdelena, 
Que fon de vertus plena, 
10 Li acabe perdon e vera penedensa 

Aysi con fes a[i]ssi3 , so es nostra cre[e]nssa. 
Nulha dona que sia, per niuguna santesa, 
Per riquesa que aiha, ni per nulha noblesa, 
Ni petita ni grans, sayns non deu entrar. 
15 Àysso Sant Maximin mot manda esquivar. 
E si nulha la intra, perdra en aquelh an 
Lo mielh amie que ayha, o penra mot gran dan 
Aquest luoc d'esta vila, on jac 11 Magdalena, 
A nom Sant Maximin, e es vileta pleua ; 
20 Et en Tarciviscat d'Ax, sitat sa Durensa. 

Qui à la Magdalena ven am grand conftsansa 

A cent jorns de' perdon, quascun jorn, ses dubtansa ♦. 



parut en 1661 , sous le titre de V Histoire de la Vie et de la Mort de sainte 
Marie Madeleine, que xM. A. « s'abstient de rapporter intégralement, ne 
l'ayant que de seconde main. » 

t Histoire de sainte Marie Magdeleine, divisée en quinze chapitres, etc. 
Marseille, chez la veuve de Henry Martel, 1701; in-i2, 144 pages. Elle a eu, 
comme celle du Père Reboul, un grand nombre d'éditions. 

2 On lit luoc aux vers 1 et 18. 

» [Il faut rétablir assi, c'est-à-dire a 5i = à soi (à elle-même)] . C. C. 

* P. 411-412. Les deux derniers vers de cette inscription rappellent invo- 
lontairement ceUes qui, d'après le Dictionnaire de la Provence et du comté 



CHRONIQUES 103 

a II serait difficile de nier, ajoute M. A., que nous ayons là la véri- 
table inscription placée, dès l'origine, à l'entrée de la confession de 
sainte Madeleine . On sera convaincu qu'elle appartient au commen 
cernent du XIV® siècle, si l'on considère qu'elle annonce seulement 
l'indulgence de cent jours accordée par Bonif ace VIII, indulgence qui 
dès l'année 1343, fut augmentée par le pape Clément VI. y> 

On ne connaît ni le nom de l'auteur latin, ni celui de son traduc- 
teur provençal. L'un et l'autre, — si tant est que les deux textes ne 
soient pas l'œuvre d'une même personne, — appartenaient probablement 
au couvent de Saint-Maximin et à l'ordre qui l'occupait. 

Le cartulaire de documents inédits qui devait accompagner le tra- 
vail de M. A. a dû, faute de place, être renvoyé au treizième volume 
de la Société d'études scientifiques et archéologiques de Draguignan. 

A. Boque-Febribb. 



CHRONIQUE 



L1IVBB8 DONNÉS à LA Bibliothèque de la Société. — Alart (B.-J.): 
Documents sur la langue catalane des anciens comtés de Roussillon 
et de Cerdagne. Paris, Maisonneuve et Ce, 1881; in-8°, 236 pages ; 

Azaïs (Gabriel): Amfos de Balbastre, retipe d'un conte rouman. 
Montpellier, Imprimerie centrale du Midi, 1881; in-8° 12 pages; 

Bladé (Jean-François) : Poésies populaires en langue française, re- 
cueillies dans l'Armagnac et l'Agénais. Paris, Champion, 1879; in-8% 
xii-132-12 pages (don de M. le Ministre de l'Instruction publique); 

Venaissin (Marseille,. Mossy, 1786) se lisaient dans la coupe du roi René. La 
première était ainsi conçue : 

Qu ben beura 
Dieu veira. 
La seconde, qui, de môme que la première, était en lettres d'or, ajoutait : 
Qu me beura de tota son halena 
Veira Dieu e la Madelena. 
Au fond de la coupe se trouvaient, en effet, l'image de Jésus-Cbrist et de la 
Madeleine. 

Ces vers étaient-ils un jeu d'esprit, ou bien faudrait-il y voir quelque chose 
du naturalisme mystique qui perce souvent à travers les banquets des félibres ? 
La coupe existait encore au XVlIe siècle, dans la collection d'un amateur 
d' Aix-en-Provence . 

Les deux inscriptions précitées ont été l'objet d'une note (Armana prouv, 
de 1867, p. 66) et M. Mistral les a citées en 1878 dans le discours qu'il pro- 
nonça à Montpellier, au moment où il remettait à M. de Quintana la coupe 
que les félibres de France offraient aux félibres d'Espagne. ' 



104 CHRONIQUE 

Eys(J.-W.-J. van): Grammaire comparée des dialectes basques. 
Paris, Maisonneuve, 1879 ; in-8o, xii-ô36 pages (don de M. le Ministre 
de rinstruction publiai ue); 

Fabre (Albert) : Histoire de Caussignojouls (arrondissement de Bé- 
ziers), avec une notice géologique par M. Paul de Rouville et une no- 
tice sur la Flore par M. Sabatier-Désamaud. Nimes, Clavel-Ballivet, 
1881; in-8o, 32 pages ; 

Fabre (Albert): Histoire de Mèze (arrondissement de Montpellier), 
avec une notice géologique par M. Paul de Rouville et une notice but 
la Flore par M. Barrandon. Nimes, Clavel-Ballivet, 1881 ;in-8o, 144 p.; 

Gaidan (Jean):lou Oarretde Nimes (cycle carlovingien), dialecte des 
bords du Rhône et des félibres d'Avignon. Nimes, Clavel-Ballivet, 
1880 ; in-8o, 8 pages ; 

Gazier (A.) : Lettres à Grégoire sur les patois de France (1790- 
1794), documents inédits sur la langue, les mœurs et l'état des es- 
prits dans les diverses régions de la France, au début de la Révolu- 
. tion, suivis du rapport de Grégoire à la Convention et de lettres de 
Volney, Merlet-Laboulaye, Pougens, Domergue, etc., avec une intro- 
duction et des notes. Paris, Durand et Pedone-Lauriel, 1880 ; in-8**, 
354 pages (don de M. le Ministre de l'Instruction publique); 

Guillaume (l'abbé Paul): le Langage de Savines au milieu du 
XVe siècle (1442). Montpellier, Imprimerie centrale du Midi, 1881; 
in-8o, 16 pages; 

Luchaire (Achille): Etudes sur les idiomes pyrénéens de la région 
française. Paris. Maisonneuve,1879; in-8®, xii-374 pages et carte (don 
de M. le Ministre de l'Instruction publique); 

Mistral (Frédéric) : lou Trésor dôu Felibrige, ou Dictionnaire pro- 
vençal-français. Aix, Remondet-Aubin, 1879-1881; t. I (livraisons 1 
à 20 inclus), iv-800 pages (don de M; le Ministre de Tlnstruction pu- 
blique); 

Rampai (J.)* ^eis Councerts Favettos. Marseille, Arnaud et C*, S. D.; 
in-8*, 4 pages (don de M. le vicomte deVallat); 

Robert (E ): les Nervis en partido de casso, poésie provençale, en 
deux parties. Marseille, Arnaud, S. D.; in-8<», 16 pages (don de M. le 
vicomte de Vallat) ; 

Thouron (V.-Q.): Une pastorale et un dialogue en vers provençaux, 
avec la traduction en regard. Toulon, S. D.; in-8o, xvi à XLvm pages 
(don de M. le vicomte de Vallat); 

V[estrepain] (L.) : Cansou burlesque et fantastique. [Toulouse], La- 
garrigue, S. D.; in-8°, 4 pages (don de M. le vicomte de Vallat); 

Vizanti (A.): Fragment din istoria civilisatiunei Romanilor. Ve- 
niamin Costaki, mitropolit Moldovei si Sucevei, Ëpoca, Viatia si ope- 
rile sale. 1768-1846. Jasi, 'i'ipo-litografia Buciumului Roman, 1881; 
in-8o, 168 pages ; 

Six journaux renfermant des indications sur la littérature méridio- 
nale, donnés par MM. V. Alecsandri (1), A. Arnavielle (1), Roque- 
Ferrier (3) et l'abbé Joseph Roux (1). 



Le gérant responsable : Ernest Hamblin. 



Montpellier, Imprimerie centrale du Midi.— Hamelin frères. 



Dialectes Anciens 



LES MANUSCRITS PROVENÇAUX DE CHELTENHAM 

I 

UN NOUVEAU CHANSONNIER PROVENÇAL 

Additions 

Depuis la publication de notre première notice, nous avons pu nous 
procurer la copie de quelques passages des biographies contenues 
dans le Chansonnier de Cheltenham, que nous soupçonnions devoir 
apporter de nouveaux renseignements à l'histoire littéraire des trou- 
badours ; nous les publions ici sans commentaire. Le passage qui con- 
cerne Peire Yidal àoii être rapproché du n° xxiii de Mahn; il donne 
le nom de deux amis intimes de ce troubadour, et quelques variantes 
intéressantes. 11 y a également des détails curieux dans les biogra- 
phies de Bernard de Ventadour et de Folquet de Marseille. Cette der- 
nière contient en propre une analyse de Tappel à la croisade contre 
les Maures et la ra^o de la pièce Uns volers outracuidaz. 

Peire Vidal '(/b/. 21, r% col.2) 
«• >•••.•••.•.••••••.«.•.• •••••••••••••.••••••••••••• 

Per la mort del bon comte Raimon de Tolosa, Peire Vidais 
s** esmarri molt es det gran tristessa e vestis ^ de nègre ; e tail- 
let las cozas' e las aureillas a totz los sieus cavals, et a si et 
a totz los sieus servidors fez raire los cabeils de la testa ; mas 
las barbas ni las onglas no se feiren taillar. Moût anetlonga 
sazon a lei de fol e d'home dolen. Et avenc se en aqella sai- 
son q'el anava enaissi dolens qel reis Amfos d'Aragon venc en 
Proensa, e venguen con lui Bascols Romeus, en Martis dau 

* Ce passage termine la Vie de Paire Vidal et vient dans le ms. après la 
dixième pièce citée par le premier vers : Cant hom honratz torna en gran 
paubrieira (Revue, ']xï\xi 1881, p. 281, 1. 2). Les articles de Bernart de Venta- 
dour et de Folquet de Marseille, qui suivent immédiatement, sont reproduits ici 
in extenso, sans égard au peu que nous en avons déjà donné. Le tout est la 
copie ininterrompue des fol. 21, r», col.2 à 23, r», inclusivement du îns., moins 
la valeur des quatre premières lignes de la page 282 de la Revue, et doit 
prendre la place de la page 281, dont les deux premières lignes seulement sont 
à conserver. 

2 Ms. vestif, 

3 Ms. cazas, 

TOMK vu DE LA TROISIÀMB SÉRIE , — SEPTEMBRE 1881 . 



106 MANUSCRITS DE GHELTEMHÂM 

Carret, en Michelz de Lusia, en Fas d'Antilon, en Guillems 
d'Alcalla, en Albertz de Castelveill, en Raimons Gauzerans de 
Pinos, en Guillems Raimon[8 de Monjcâda, en Arnautz de 
Castelbon, en Raimons de Zeviera. E trobeiren Peire Vidal(s) 
enaissi tris e dolens et enaissi appareillât a lei de dolen(s) e 
de fol. E lo reis lo preget, e tôt li soi baron, e Bascols Ro- 
meus e 'n Guillems d'Alcalla qu'eren sei amie spécial, que 
s'entendion molt en chansos, q'el se degues alegrar e chantar 
e laissar la dolor el vestir(s) [nègre], e q'el degues far una 
chanson q'eill portessen en Aragon. Tan lo preget lo reis e ii 
seu baron qeil dis d'alegrar se e de laissar lo dol e de far 
chanson. 

Et el si amava la Loba del Puoinautier, e madomna Ste- 
phania de Son q'era deSardaigna, et aras de novel s*eraena- 
moratz de madompna Roembauda de Bioil q'era moillier d'en 
Guillem Rostaing, q'era seignor de Bioil. Biols si es en Pro- 
ensa, en la montaigna qe part Lombardia e Proensa. La Loba 
si era de Carcases, si con vos ai die en autre loc, e Peire Vi- 
dais si se fasi' appellar Lop per ella, e portava armas a lob ; 
et en la montaigna si se fez cassar als pastors con los mastios 
e con los lebriers, si con se cassa lop, et en la montaigna el 
vestiuna pel de lop per semblar lop. Don li pastors con lor 
cans lo casseren el bateren si qel en fo portatz per mort al 
alberc de la Loba. El maritz lo fez medegar* e guérir. 

E si con vos ai comensat a dire de Peire Vidal, el promes al 
rei(s) et al[s] barons de chantar e de far chanson. El reis fez 
far armas e vestirs a si et a Peire Vidal, e vesti se e s'agenset, 
e fez aqesta chanson qe diz : De chantar rrCera laissât Per ira 
e per dolor, 

Bernartz de Ventador (/° 21, <;% col. 1) 

Bernartz de Ventador si fo de Lemoisin, d'un chastel de 
Ventador, de paubra génération, fils d'un sirven e d'una for- 
neyeira, si con dis Peire d'Alvergne ^ de lui en son chantar, 
quan dis mal de totz los trobadors : Lo terz Bernartz de Venta- 

* Le manuscrit ajoute e bainhnar ; mais ces mots sont annulés par des points 
placés sous chaque lettre. 
2 Ms. dal vergne. 



Manuscrits db cheltenham io7 

dor[n]y Q'es meindre d'en^ Borneil un dom, [Mas] en son paire 
ac bon sirven, Qe portava des arc d'alborn *, E sa mair' escau- 
daval forn, FI paire dusia Vessermen. Mas de qi q'el fos fils, 
Dieus li det bella persona et avinen e gentil cor, don fo el 
comensamen gentilessa ; e det li sen e saber e cortesia e gen 
parlar, et av(e)ia sotilessa et art de trobar bos motz e gais 
sons. Et enamoret se de la vescomtessa de Ventador, moillier 
de so seingnor. E Dieus li det tant de ventura per son bel 
captenemen e per son gai trobar q'ella li vole ben outra me- 
sura, qe noi gardet sen ni gentilessa ni honor ni valor ni 
blasme, mas fugi son sen, e seget sa voluntat, si con dis n'Ar- 
nautz de Maruoil : Consir^ lojoietoblit la fondât y E fuc mon 
sen, e sec ma voluntat; e si con dis Gui d'Uisel : Q'enaissi s'a- 
ven de fin aman Qel sens non a poder contrai talan. Et el fo ho- 
noratz e presiatz per tota bona gen, e sas chansos honradas 
e grasidas, e fo vesuz et ausiz e receubuz moût volontiers, e 
foron li faich grand honor et gran don, et anava en gran ar- 
nes et en gran honor. Moût duret lor amors longa sason enans 
qel vescoms sos maritz s'en aperceubes. E qan s'en [fo] aper- 
ceubut,moutfo dolens e tris. E mes la vescomtessa soa moillier 
en gran tristessa et en gran dolor, e fez dar cumjat a Bernât 
de Ventador q'el issis de la sua encontrada. Et el s'en issi, e 
s'en anet en Normandia a la Dukessa q'era adonc domna dels 
Normans, et era joves e gaia e de gran valor e de prez e de 
gran poder, et entendia moût en honor et en prez. Et ella lo 
receub con gran plaiser e con grant honor e fo moût alegra 
de la soa venguda e fetz lo seignor e maistre de tota la soa * 
cort. Et enaissi con el s'enamoret de la moillier de so sei- 
gnor, enaissi s'enamoret de la duchessa et ella de lui. Lonc 
temps ac gran joia d'ella e gran benanansa, entre q'ella tolc 
lorei Snricd'Angleterraper marit e qelan mena outra lobras 
de(l) mar d'Angleterra, si q'el no la vi mai ni so mesatge, don 
el puois de duol e de tristessa qe ac de lei si se fetz monges en 
raba[d]ia de Dalon, et aqui persévéra tro a la fin. 

* Ms. dun. 

' Ce vers, d'ailleurs corrompu, se lit ordinairement: Per traire ah arc ma- 
nal d'albom, 
3 Ms. confir. 

* Ms. sai. 



108 MANUSCRITS DBS CHELTËNHAM 

1. Non es meravilla s'ieu chan. 

2. Bel m'es q'eu chant en aqel mes. 

3. Ara non vei luzir soleill. 

4. Ab joi mou lo vers el comenz. 

Bernartz de Ventador si ama[va] una domna gentil e bella, e 
si la servi tant e la honret q'ella fetz so q'el vole en dics et en 
faichs. £ duret longa sason lor jois en leieutat et* en plasers ; 
mas puois cambiet voluntatz a la domna q'ella vole autr'ama- 
dor. Et el o saup, e fo tris e dolens, e creset se partir d'ella; 
car moût Fera greus la eompaignia del autre. Puois s'en 
penset, eon hom veneus d'amor, qe miels li era q'el agues en 
leis la meitat qe del tôt la perdes; puois, cant era davan lei, 
lai on era lautr' amies e Tautra gens, a lui era semblans q'ella 
guardes lui plus qe tota Tautra gen, e maintas ves descresia 
so qe avia eresut, si eon deven far tuit li fin amador, qe non 
deven creser so qe vesen • dels oils qe sia faillimenz a soa 
domna. Don Bernatz de Ventador si fez aqesta chanson qe 
dis; Ar m'acanseillaZy seignor^, 

5. Ar m'aconseillaz, seignor. 

6. Can vei la lauzeta mover. 

7. A tantas bonas chansos. 

8. En consirier et en esmai. 

9. Tant ai mon cor plen de joîa. 

10. Lonc temps aqu'ieu non chantiei mai. 

1 1 . Per descobrir lo mal pes el consire * . 

12. Conort era saieu ben. 

13. Pos mi preiatz, seignor. 

14. Lo gen temps del pascor. 

15. Ben m'an perdut en lai ves Ventadorn. 

' Ms. en7 
2 Ms. ne sen. 

* [Cette raso^ qui manque dans toutes les éditions et sans doute aussi dans 
les autres mss. (du moins n'a-t-elle été jusqu'à présent signalée nulle part), ne 
nous en apprend malheureusement guère plus que la chanson elle-même sur 
ce nouvel (et dernier?) objet de l'amour de Bernard. On aurait voulu savoir le 
nom de la dame qui put inspirer à notre tendre et délicat troubadour des sen- 
timents si peu dignes de lui. Peut-être était-ce la même, comme Fauriel et d'au- 
tres l'ont conjecturé, que cette dame de Narbonne à laquelle est adressée la 
chanson: La dousa votz ai auzida.-^C C] 

* Ms. pel el confire. 



MANUSCRITS DE CHELTBNHAM 109 

16. Can vei la flor l'erba vert' e la fueilla. 

17. Lancanvei la fueilla. 

18. Estât ai com hom esperdut[z] . 

19. Can parla flor[s] jostal vert fuo(eJill. 

20. Cau l'erba frescal fueilla par. 

21. Lo rossignols s'esbaudej a. 

22. Tuit sil qem preion q'eu chan. 

23. Ja mos chantars non m'er * honors . 

24. Lancan vei per miei la landa. 

25. Bel m'es cant eu ^ vei la broilla. 

26. Pel dous chant qel rossignols fai. 

27. A mors, e qeus es vejaire. 

28. Jes de chantar nom pren talan[s]. 

29. Lo temps vai e ven e vire. 

30. Amors enqueraus ^ preiera . 

31. Bem cugei de chantar sofrir. 

32. Chantars non pot gaires valer. 

33. Cant l'aura douza venta. 

34. Quant la vert fueilla s'espan. 

35. En abril qan vei verdejar * . 

36. La douza voiz ai auzida. 

37. Cant la fueilla* sobre l'arbre^ s'espan. 

FoLQUET DE Marsceilla (/<> 22, r°, coL 1) 

Folquet de Marsceilla si fo de Marceilla, fils d'un me[r]cadie 
qe fo de Genova, et ac nom seir Amfos ; e qant lo paire mûrie, 
sil laisset molt rie d'aver. Et el entendet en pretz et en valor, 
e mes se a servir als valens barons et als valenz ornes et a bri- 
gar com lor et a dar et a servir et a venir et anar, E fort fo 
graçitz et onraz per lo rei Ricbart e per lo comte Raimon de 
Tolosa e per en Baral, lo seu seignor de Marceilla, Molt tro- 
bava ben e molt fo avinenz om de la persona ; et entendet se 

* Ms. mei, 

* Ms. del meschaut ou, 
3 Ms. en que a tans. 

* [Cette pièce a été publiée par Raynouard, ainsi que celle qui porte le no 37, 
sous le nom de B. de Ventadour. Mais M. Bartsch attribue la première à Peire 
Bremon lotort (Grundriss, 331, 1), la seconde àGaucelm ï'aidit (ibid., 167, 
49), sur l'autorité de mss. à peu près égaux en nombre à ceux qui la donnent 
à B. de Ventadour. — C. C] 

5 Ms. fusilla. 

* Ms. al arbre. 



110 Manuscrits db ghbltbnham 

en la muiller del sieu seignor en Baral, e pregava la e fasia 
sas chansos d'cUa. Mas anc per precs ni per chansos noi poc 
trobar merce q'ella li fezes nuill ben en dreit d'amor, per qe 
totz temps se plaing d'amor en soas chansos. E avenc si qe la 
domna mûrie, et en Barals lo maritz d'ellael seingnor de lui, 
qe tant li fasia d'onor, el bons reis Richartz, el bons coins Rai- 
mo[n]s de Tolosa, el reis Amfos d'Arago, don el per tristesa de 
la soa* domna e del[s] princes qe vos ai diz abandonet lo mon, 
e si s'en rendet a Torde de Sistel cum sa muiller e cum dos fillz 
qu'el avia. E si fo faichs abas d'una richa abadia q'es en Pro- 
ensa, qe a nom lo Torondet ; e puois el fo faichs evesqes de 
Tolosa e lai el mûrie. 

Folqetz de Marceilla si ama[va] la muillier d'en Baral so 
seingnor, madomna n'Alaïs de Roca Martina, e chantava d'ella 
e fasia(s) soas chansos e guardava s'en moût c'om nol saubes, 
per so q*ella era moillier de so seingnor, qar li fora* tengut 
a gran felonia. E la domna si sofria sos pretz e sas chansos 
per la gran lausor q'el fasia d'ella. En Barals si avia du as se- 
rors de gran prez e de gran valor. La una avia nom na Laura 
de Saing Jolran, l'autra avia nom na Babilla de Ponteves. 
Andoas e(a)staven con en Baral. En Folqetz avia tan d'amis- 
tat(z) com amdoas qe semblans era q'el entendes en qual- 
quna per amor. Et madomna n'Alaïs si creset q'el a na Laura 
entendes e qeil volgues ben, e si l'encuset; e sil fon dit per 
mantz cavalliers e per mantz d'autres omes, si q'ella li det 
comjat, qe no volia plus son prec ni sos diz, e qe se pênes de na 
Laura, e qe de leis non espères mais bens ni onor. Folqetz fo 
molt tristz e dolens quant sa domna l'ac dat comjat, e laiset 
solaz e chant errire ; et estet longa saison e gran marimen, 
plainnen se de la desaventura qeil era venguda, q'el perdia sa 
domna qe amava mais qe ren del mon per leis a cui el no vo- 
lia ben si no per cortesia, e sobr' aqel marimen el anet veser 
l'eraperariz^, la moillier q'era d'en Guillem de Montpellier, qe 
fo filla de l'emperador Manuel, qefo maestros e caps e guiz* de 
tota valor e de totz esegnamenz e de tota cortesia. E recla- 

* Ms. son. 

* Ms. fom. 

* Ms. le petariz. 
Ms. gez. 



MANUSCRITS DB CHBLTBHHAM 111 

me[t] se ad ella de la desaventura qeil era venguda, et ella lo 
comforta fort el preget q'el nos degues marir ne disesperar, 
e q'el per la sua amor deges chantar e far chanson ; dont el 
per lo prec de Temperairiz si fez aqesta cha[n]son qe dis: Tan 
mou de cortes(i)a rason Mos cantars que noi puosc faillir, 

1 . Tant mou de cortesa rason. 

2. Amors, merce, non moira tan soven. 

3. Moût i fes gran pechat amor[s]. 

4. A pauc de cantar nom recre. 

5. Ben an mort mi e lor. 

6. S'al cor plagues ben fora oimais sasos. 

7. Tan m'abellis Tamoros pensamenz. 

8. Chantan volgra mon fin cor descobrir. 

9. Per Dieu, amors, ben sabetz veramen. 

10. Chantars mi torn' ad afan. 

Apres non gaire lonc temps qu'en Foiqet fo caseguz en ira 
et en dolor de la domna qe se fo anada e partida de Mon- 
pellier, en Barals lo seus seingnor de Marceilla, lo cal el 
amava plus q'om del mon, mûri, don li dopleren las greus do- 
lors q'el avia de la muillier d'en Baral so seingnor q'era morta, 
e de la emperarlz qe s'en era anada : e fetz aqest plainch que 
dis: Si con sel q'es tan grevatz Del mal qe non sen dolor, JSon 
sent ira ni iristor, 

11. Si con sel qu'es tan grevatz. 

12. Si tôt mi sui a tart aperce[u]butz . 

13. En chantan m'aven a membrar. 

14. Meravil me con pot nuls hom çantar. 

15. A qan gen venz et ab qan pauc d'affan. 

16. Greu fera nuls hom faillensa. 

17. Ja nos cug hom q'eu camge mas çansos. 

Quant lo bons reis Anfos de Castella fon estatz desconfitz 
per lo rei de Maroc, lo cals era appellaz Miramamolin, elli 
ac to[l]ta Calatrava e Salvaterra e[l] castel de Donans, si fo 
grans dolors e grans tristessa per tota Espaina e per totas las 
bonas gens qe o ausiren, per so qella crestiantatz era estada 
desonrada e per lo gran dan qel bons reis de Castella era es- 
tatz desconfiz e avia perdudas de las soas terras. E soven in- 



112 MANUSCRITS DB GHBLTEMHÀM 

traven en [lo] seu règne raubar e [bresar* et aisaillion a To- 
leta, don lo bons reis Anfos mandet sos mesages al papa qel 
degues far socore, et als baros del regisme de Fransa e del 
regisme d'E[n]gleterra, et al re d'Aragon ^ Anfos, et al conte de 
Tolosa. En Folqetz de Marceilla, q'era moût amies del rei de 
Castella e non era ancara rendutz al orde de Sistel, si fez 
una preiganssa per conortar los barons e la bona gen qe de- 
guessen socorre al bon rei Anfos, mostran lo honor(s) qe lor 
séria lo socors que farion al rei, el perdon q'eil n'aurion de 
Dieu, el gaszaing q'eil farian d'aver, e con li rei refarien los 
dans e las perdas, et con no lor besoingnava a temer mar 
ni ven, ni no lor avia ops naus ni ma[ri]niers, e qe toz hom qe 
dell anar aguesbonavoluntat, non estes per paubertat d'aver, 
qe Deus lor en daria asatz, e con Dieus nos fasia plus d'amor, 
qar el sofria qe Sspaigna si perdes^, qe s'el fos vengutz morir 
autra ves per nos, per so qar si près de nos podiam trobar 
perdon e remision. E comenset 'naisi la preicansa: Oimais noi 
conos\c\ rasonAb qe nos puoscam cobrir, Sija volent Dieu servir y 
Qe tant enqier nostre pron. 

18. Oi mais noi conosc razon. 

D'en Folquet de Marceilla vos ai ben dich chi el fo ni don, 
ni con montet en pretz et en valor e con reinet al mon, ni 
con s'en parti, e con el amet la moillier de son seingnor en 
Baral, e con el fez de leis maintas bonas cbansos de pretz e 
de rancuras, e con el anc non ac joi ni plaser ; e aras voil vos 
dire con el puois s'enamoret de la emperariz qe fo moillier 
d'en Guillem de Montpellier, la qal fo filla del emperador de 
Constantinopol que ac nom Manuel, la cals fo mandada al rei 
Anfos d'Aragon * si con vos ai dich en l'autre scrit, don el fez 
aqesta chanso qe dis : Uns volers outracuidaz S'es ins e[n] mon 
cor aders. E si fo aisi desaventuraz q'en aqela sason qe s'en fo 
enamoratz, la domna si fo encusada q'ella agues mal fait de 
Guillem de Monpellier so marit ; e fo crezut^ per el, si qu'el la 

* Ms. breson. Cf. bresat, pièce 11, v. 66, p. 126^ et le v. fr. baiser. 
' Ms. deragon. 

3 Ms. Berdes, 

* Ms. de Ragon. 
^ Ms. crefsit. 



MANUSCRITS DE GHBLTBNHAM 113 

mandet via e la parti de si, et ella s'en anet*. Don Folquet re- 
nias tr(e)is e grans e dolens, si con el dis que mais no séria 
jausenz, Puos qenera mens Uemperariz, cui^ Jovens A pojad[r]a 
els a[u^sors gratz ; E si\l] cors non fos forsaz, Ben feira parer 
Com fols si sap decazer. 

19. Hus volers outracuidatz. 



Gausems Faidits ' {fol, 24, 7'*^, col. 1) 



D'en Gauselm Faidit vos ai dich qi el fo ni con venc ni com 
estet, el comensament de las soas chansos. Mas si ac tan cor 
qel s'enamora de madomna Maria de Ventador, de la meillor 
domna e de la plus valen c'om en aquella sason saubes en 
nuilla part, e chantava d'ella e[n] fasia soas chansos, ella pre- 
gava en chantan, et en chantan la presiava e lausava sa gran 
valor. Et ella To soffria per la gran lausor q'el fasia d'ella, 
mas anc noil fetz mais amor nil promes. Et enaissi duret 
Tamors qe il li avia ben .vij. ans c'anc non ac plaser en 
dreich damor; e si venc un dia Gauselms denant ella e sil dis 
o ella li faria tal plaser d'amor don el se tengues per pagatz, o 
ella lo perdria, e q'el servira autra domna don li venria bens 
en dreich d'amors. E si près comjat d'ella. E si s'en anet ira- 
damen . E madompna Maria si mandet per una dompna q'avia 
nom n'Audiarz de Malamort, q'era gentils e bella, e sil dichlo 
faich de Gauselm Faidit e de se e q'ella la degues aconseillar 



* [Si Ton ne voit pas là clairement quelle, était au juste l'accusation portée 
contre V impératrice, on peut, ce semble, ne fût-ce que par le contexte, assez 
facilement le deviner. Aussi cette raso paraît-elle de nature à jeter quelque jour, 
et un jour tout nouveau, sur le fait qui y est mentionné, de la répudiation 
d'Eudoxie par son époux Guillaume VIII, répudiation qu'on a expliquée jus- 
qu'ici par divers motifs, dont aucun n'est celui que notre raso laisse entendre. 
-C.C] 

8 Ms. qui. 

* Ce long fragment de la Vie de G. Faidit, qui remplit à peu près en entier 
le fol. 24 du ms., se place entre la troisième et la septième des chansons citées 
par leur premier vers. 11 faut, par conséquent, le substituer à ce qui forme, 
dans la Revue (juin 1881), les huit dernières lignes de la p. 284 et les quatre 
premières de la p. 285. 



114 MANUSCRITS DE CHELTENHÀM 

corn lo pogues retener ses far amor. E ella li dis q'ella no la 
conseillaria del retener ni del laissar, mas ella lo faria partir 
del amor de leis, si q'el non se rancuraria d'ella, ni no séria 
sos enemics. Madompna Maria si fo moût [ajlegra e si la pre- 
guet moût q' allai complis. Madomna n'Audiarz s'en anet e 
s'en parti de madomna Maria ; e pren un son cortes message 
e mandet disen a Gauselm Faidit q'el âmes mais un petit au- 
zel en son poing c'una grua volan al cel. Gauselms qant auzi 
a<|est man, monta a caval e venc s'en a madomna N'Audiarz. 
Et ella lo receup fort amorosamen. E si, la demandet per q'ella 
li avia mandat disen delpauc ausel e de la grua. Et ella si li 
dis moût amorosamen q'ella avia gran pietat dellui, car sabia 
q'ell amava madomna Maria, e q'ella non amava lui, si no 
per cortesia, e per las grans lausors q'el fasia de' leis, e per lo 
gran rie reson en qe il l'avia messa per tôt lo mon.« E sapchaz 
q'ella es la grua volans al cel, e eu son l'ausels petitz qe vos 
tenetz el poing per far e per dir tôt so qe a vos plasa, e sabez 
ben q'eu son gentils e auta de riquesa e jovens d'ans. E ditz 
hom q'eu son fort bella ; e anc mais no donei ni promesi ni en- 
ganei ni fui enganada e ai gran [vojluntat de valer e d'esser 
amada p[er] tal don eu gasang prez e valor et [o]nor et hon- 
radas amistatz, e sai qe vos es aqel per q'eu cre e sai q'eu 
puos gasaignar totz aqest bes. E eu son aqella qui puos guier- 
donar totz bonratz servis, e voil vos per amador et per servi- 
dor eper maistrador,e faz vos don de me e de m'amor,ab tal 
coven, qe vos deviatz penre comjat de madomna Maria de 
Ventedorn, e q'en fasatz una chanson rancuran d'ella corte- 
samen, e dizen qe pos ella nous vol qe vos seguetz autr'amia, 
qe vos avez trobada francha domna e leial e gentil qe vos re- 
ten franchamen. » En Gauselms Faiditz, qant ausi lo[s] plai- 
sens plaisers q'ella li disia e vi los amoros semblanz q'ella li 
mostrava els dous precs q'ella li fasia, els grans be[sl q'ella 
li prometia, e vi las grans beutas e las frescas colors, fo si so- 
bre près d'amorq'elperdetlo veser e l'audir; e retornan a se, 
el comensa regrasiar madomna n'Audiarz aitan cant el poc ni 
saub, e de far et de dir tôt ço q'ella comandava, e de partir 
son cor e s'amor de madomna Maria, e de mètre sos precs 
e son chan en l'amor de madomna n'Audiarz, con aqesta pro- 
mession qe l'uns fez a l'autre. Gauselms s'en anet pies de j ci 



MANUSCRITS DE CHBLTENHAM 115 

e cargatz (e) de legressa, pensan q'el pogues far tal chanso qe 
roadomna Maria saubes ben q'el s'era partitz de leis, e q'en 
avia trobada autra qe Tavia retengut ab se, prometen de far 
grans plasers e grans honors. E fetz aqesta chanson qe ditz : 
Tant ai sofert lonjamen gran afan Qcy s' estes mais qe no rnaper- 
ceubes, Morir pogra tost e leusim voigues. Aquesta chansos se 
chantet e se dis. [E na Maria alegret s'en moût], e madomna 
n'Audiarz [atressi], qant ausiren aqesta chanson, e q'el avia 
partit son cor e son chan de madomna Maria, e q'el avia cres- 
zudas las falsas promessas de madomna n'Audiarz. E a cap 
d'una longa sason qella chanson fofaitae retraita, Gauseims si 
venc veser madomna n'Audiarz con gran legressa, si concel qe 
cresia ades venir en chambra ; et ella lo receup fort ; en Gau- 
seims si fo ape d'ella e sil discom el avia faichtot son coman- 
dament e com s'era partitz de madomna Maria per ella e con 
el avia portât lo cor el sen el saber e ditz e chan el mon ad 
ella, e q'ella li avia promes tant don el fos meritatz d'aiso q'e^ 
avia fait per ella. E madomna n'Audiarz sil dis : « Gauseims, 
vers es qe vos es(tes) trop valons e trop presiatz, e non e[s] 
domna qe amar voigues qe no se degues tenir per pagada de 
vosaver per amador e per servidor, e qe no se degues alegrar 
si vos aviaz [ajlegressa, e nos degues [ejsmarrir si vos aviaz 
marrimen, car vos es paire e maistre de valor e d'onor e de 
cortesia ; e so q'eu vos promis ni dis non o fesi per voluntat 
q'eu agués de vos amar per amor, mas per vos traire d'aqella 
preison on vos eraz e d'aqella esperansa qe vos aviaz aguda 
plus de vij ans son passatz, e q'eu sabia la voluntat de ma- 
domna Maria de Ventador. q'ella vos menava per paraulas e 
per promessas ses voluntat d'entendre en totz autre[s] faichs. 
Eu vos sera[i] amiga e ben volens en tôt cant vos comandez 
ni a vos plaisa.» Quant Gauseims ausi aqellas paraulas, fon tris 
e grams e dolens, e comensa clamar mers'e a la domna q'ella 
nol voigues ausire, ni trair ni enganar. Et ella li dis q'ella no 
l'ausizia ni l'enganava, q'an[s] l'avia traich d'engan e de mort. 
Gauseims si se levet e si sen anet con hom desesperatz e trist, 
per so q'el vi q'el era en aisi traiz et enganatz, qell avia faich 
partir de madomna Maria e q'ella li avia dich per engan de 
lui amar e retener. El si penset ancaras tornes a merces cla- 
mar a madomna Maria e fetz la chanson qe dis : No rnalegra 



116 MANUSCRITS DB GHBLTENHAM 

chantz ni critz D'aucels mon fel cor engres, Ni non sai per qem 
chantes, Mas an[c] per prec ni per chansos mais non poc tan 
dir ni far qe anc madomna Maria li volgues sos precs escou- 
tar ni ausir. 

4. Tant ai sofert lonjamen gran afan. 

5. Nom alegra chanz ni critz. 

6. Al semblan del rei ties. 

Gauselms Faiditz, qant fo parti tz del entendemen de ma- 
domna Maria de Ventador per lo sen de madomna n'Audiars 
de Malamort, si estet longamen marritz e dolens per lo grant 
engan q'el avia près e recebut. Mas madomna Margarita dal 
Buson si lo fetz alegrar e chantar q'ella li dis tans de plasers 
eil mostret tans de semblans amoros per q'el s'enamoret d'ella 
e la preget d'amor. Et ella, perq'el la meses en prez e chantes 
d'ella, si receup sos precs els entendet, eil promes de far 
plaser en dret d'amor. Longament duret lo precs de Gauselm 
e Tamor q'el avia a madomna Margarita dal Buson ; moût la 
lausot e la presiet ; mas ella, cum so fos causa qe s'alegres de 
las lausors qeil fasia d'ella, noUavia nuill amor ni mais noil 
fez plaser en dret d'amor, mas una vez qant prendia comjat 
d'el[a], q'el li baizet lo col, et ella o sofri amorosamen, don el 
visquet longamen con gran legressa. Mas ella si amava 'n 
Ugo de la Signa q'era fils d'en Ugo lo Brun, del comte de la 
Marcha, et era moût amies d'en Gauselm. La domnasi estava 
el chastel del Buson, on ella [no] podia veser 'n Ugo de la Si- 
gna ni far plaser, per qe ella s'amalla de mal de mort, e vodet 
se a Sainta Maria de Rochamador, e mandet disen a 'n Ugo 
de la Signa q'el venges a Uszerca a un bore on estava Gau- 
selms Faiditz, e qe vengues a furt, e qe desmontes en Talberc 
d'en Gauselm e q'ella desmontaria en aqel alberg, e q'ella li 
faria plaser ; e desseinet li quai jorn el i fos. El s'en ven lai, 
e la moillier de Gauselm lo receup fort el honret en gran 
creszensa, si con el comandet. E la domna venc e desmontet 
laintre e trobet 'n Ugo de la Signa en l'alberc, rescost en la 
chambra on ella dévia jaser. Aqui stet el dos jorns al anar 
de Rochamador, e l'atendet tro qe venc, e pois estet autres 
dos jorns qan fo venguda. E chascuna noit jasion ensembre. 
E no tarset gaires qant s'en foron tornat q'en Gauselms venc, 



MANUSCRITS DE GHBLTENHAM 117 

e la moillier de Gauselm li comtet tôt lo faich, don el fo si 
trist q'el volia morir, per so q'el cresia q'ella no volgues [be] 
sino ad el, e per q'ella el sieu leit Favia colgat, don el fes una 
mala chanson qe dis : Si anc nuls hom per aver fin corage, Ni 
per amar ses falsura. Et aqesta fo la dereana chansos q'el fez. 



. La pièce Assotz sai d'amor ben parlar, mentionnée sous le n° 12 
dans notre notice, à l'article Roemrauç d'Aurenga (i^evwe, juin 1881, 
p. 271), attribuée dans tous les manuscrits à Rambaud d'Orange, 
soulève une intéressante question d'histoire littéraire. Elle a été pu- 
bliée dans VArchiv fur das Studium der neueren Sprachen de Herrig 
(t. XXXVI, année xix, p. 447, Brunsweig, 1864), d'après le Chanson- 
nier de la bibliothèque St-Marc, à Venise, coté App. Cod. xi. Nous 
donnons ici le texte du manuscrit n9 1910 de Cheltenham, en le cor- 
rigeant, mais seulement quand le sens l'exige absolument, à l'aide du 
texte publié par VArchiv (C) et des manuscrits n®^ 854 et 856 de la 
Bibliothèque nationale {A et B). Pour faciliter la comparaison, nous 
donnons en note toutes les variantes de ces trois manuscrits . 

Rambaud d'Orange n'était point originaire du comté de ce nom. « Il 
était fils, dit l'abbé Millot, de Guillaume d'Omelas, de la maison de 
Montpellier, et de Tiburge, fille unique de Rambaud, comte d'Orange, 
mort dans une expédition à la Terre Sainte. Tiburge, par son testa- 
ment, fait en 1150, institua héritiers ses deux fils, Guillaume et Ram- 
baud, qui partagèrent entre eux le comté d*Orange. Le dernier en 
prit le nom, au lieu de celui d'Omelas, qu'il portait auparavant. La 
petite ville de Courteson, dans ce pays, devient le chef-lieu de sa ré- 
sidence. » Ainsi Rambaud est probablement né à Montpellier on aux 
environs. Cependant trois manuscrits, sur les quatre qui, à notre con- 
naissance, contiennent la pièce que nous publions, donnent l'envoi de 
deux vers, qui semble indiquer clairement que notre troubadour était 
ûé à Rodez. La leçon corrompue de C, qui est un manuscrit de valeur 
médiocre (Arodeus), ne saurait d'ailleurs admettre d'autre correction 
que celle qu'indiquent et le manuscrit de Cheltenham et le ms. 854 
de la Bibliothèque nationale (a Rodes). Il reste à se demander si le 
mot naiuraus signifie que Rambaud était né à Rodez, ce qu'il semble 
impossible de prouver, ou si, au contraire, il ne faut pas le traduire 
par «vassal », et admettre, ce que nous croirions plus volontiers, qu'il 
devait hommage au comte de Rodez pour quelques-uns des domaines 
qu'il possédait du chef de son père. Alors la pièce en question serait 
adressée à la femme d'Hugues l^, Ermengarde de Creyssels, qui, en 
1170, se fit religieuse à Nonenque, ou plutôt à la première femme 



llg MANUSCRITS OB CHELTENHâM 

d'Hugues II, qui était fils du précédent et mourut en 1208, c'est-à-dire 
à Agnès, fille de Guillaume, comte d*Auvergne. Nous livrons ce petit 
problème à la curiosité de ceux qu'intéressent l'histoire de nos pro- 
vinces méridionales et la littérature provençale. 

ASSATZ 3A1 d'aMOR BBN PARLAR 

Manuscrit de Paris, B. N., fs.fr. 854, f» 146 ro, col. 1 = A; Ms. 
de Paris, B. N., fs. fr. 856, f» 197 vo, col. 2= B; Ms. de Venise, St- 
Marc, App. Cod. XI, fo 111 r«, col. 1 = 0; texte de Raynouard, qui 
reproduit B, sauf correction (Lexique romarin I, 324) = R. 

Roembàuç d'Aurenoà 

(/•o 16, r% col. 1) 

I. Assatz sai d'amor ben parlar. 
Ad obs dels autres amadors ; 
Mas al mieu pro, que m'es plus car, 
4 Non sai ren dire ni comdar ; 
C'a mi non val bes ni lauzors, 
Ni malditz ni [laitz] mot[z] avars ; 
Mas ar soi vas amor aitaus, 
8 Fis e bos e frans e liaus. 

II. Fer qu'enseingnerai ad amar 

Los autres bons domnejadors; 

E sim creçon mon enseingnar, 
12 Lur farai d'amor conquistar 

Tôt aitan con volran de cors ; 

E si' ogan penduz o ars 

Qui no m'en croira, car bon laus 
16 N' auran oeil quen tenran las claus. 

V.2, R ops, C dautres; 3, Clo meu.... pus; 4,Afs. rem, fi contar, R com 
tar; 5, BR qua, C came no ualbe; 6, À mais ditz, B motz, C ni mal dir ni 
mos adirrars, R ni los; 7, AR soi, C leyaus; 8, A liais, C lis e frans e fis 
esuaus. 

9, BR ensenharai, C sejnharaj ; 10, C vos, BCR bos, A dompneiadors ; 11, 
B sin, ABR crezon, C e si cressetz, B essenhar, C essejnar, R ensenharj 
12, B far lor a, C vos fara; 13, C can uuillatz, R quan ; 14, C esia, B oguan. 
A pendutz; 15Bfl quar, C cab bos; 16, BR selhs, ifcfs. ten nan, B creiran, 
C qui men crejra tenra lasiclaus. 



MANUSCRITS DE GHËLTBNHAM ll9 

III. Si volez domnas gasaingnar, 
Que querez queus fassan honors, 
Sias fan avol respos avar, 

20 Vos las prenes a menassar ; 
E si vos fan respos [pejors], 
(col. 2)Das lur del pong permei sa(r)s nars ; 
E si son br[a]vas, sias braus : 
24 Ab gran mal n'aures gran repaus. 

IV. Ancar vos voil mais enseing[n]ar 
Ab que conqueres las meillors : 
Ab malditz et ab lag cantar, 

28 Que fassas tut, et ab vanar, 

Et que honres las sordejors, 

Per lur anctas las levés pars, 

E que guardes vostres ostaus, 
32 Quenonsemblon gleisas ni naus. 

V. Ab aisso n'aures pro, som par, 
Mas ie[u]m tenrai d'autras colors, 
Per zo car no m'agrad' amar, 

36 Que ja mais non voil castiar 

Que s'eron totas mas serors ; 

Per so lur serai fi(l)s e cars, 

Humils e simples e liaus, 
40 Dous, amoros, fis e coraus. 



17, CR voletz, B dompnas guazanhar, R gazanhar; 18, BR quan querretz, 
C can uolretz qeus fazoa amors ; 19, B avols, C respost, Ms . respecs ; 20, 
BR prenetz, Cprendetz amenazar; 21, A laisse, comme notre manusciHt^ le 
mot pejors en blanc ; 2Z, BR datz lor del ponh, C les del pujn, BR mieg, 
CR las nars ; 23, A supprime, comme notre manuscrit, le premier a de 
bravas, BR siatz ; 24, C cab, B nauretz. 

25, B anquaras, R enquaras, BR vos vuelh mais mostrar, C ancar vos uuil ; 
26, BR conquerretz, C conqueretz, BR melhors ; 27, BCR mais, A laig, B 
iagz, C mais chaotars; 28, C qen fazatz tuit et amars, BR fassatz tuyt; 29, 
BCR honretz; 30^ ABR lor, B anças, C lurs ontas eleuetz pars, A leuers 
B leufttz; 31, BR giiardelz, C e que garetz ; 32, B ni croys ni maus. 

33, C azo, BR nauretz, C rom; 34, C gem; 35, C zo, BR quar no m'a grat 
d'amar, C nom agrada araors; 36, A uuelh; 37, A sieron, C qeseron, A masse- 
ros, Ms. masseiros, BR mas serors, C mas sorors; 38,£jR lor, Cper zo lor séria 
plus cars, ^1 fis ; 39, £ leyaus, R leiaus, C suaus ; 40, C amoroz. . . sers. 



1?0 MANUSCRITS DB CHBLTENHAM 

VI. Mas d'aissous sapchatz ben gardar, 

Que so qu' ieu farai e[r] folors ; 

Non fassaz ver que [non] si par, 
44 Mas so qu'eu enseng tenes car, 

Si non volez sofrir dolors, 

Ab penas et ab loncs plorar[s]; 

C'assi lor for' envers e maus, 
48 Si mais m'agrades lor ostaus. 

VIL Mas per som puesc segur gabar, 
Qu*eu, et es me granz deshonors, 
Non am ren, ni sai qu'es ancar, 

52 Mas mon anel, am que m ten clar, 
Carfon el det. Ar son trop sors : 
Lenga, non mais que trop parlars, 
Fai pietzque pechatz criminaus ; 

56 Per qu'ien tenrai mon cor en[c]laus. 

VIII. Mas bel sabra, mos belhs jocglars, 
Qu'ilh val tant e m'es tant coraus, 
59 Que ja de lieys nom venra maus. 

IX. E mos (e) vers tenra, qu'eral paus, 
61 Arrodes, don son naturaus. 

41, i4 et Ms. dais dus, C daizous sapchatz tug; 42, A qu {avec u barré)^ 
B quien, A er foUors, BR er folhors; 43, A fassatz, BR nescis par, C uon 
fazatz uns cusipars ; 44, BR qu'ieu, A enseing, BR ensenh, C queu sim tenes 
vos cars ; 45, C no, BR voletz ; 46, B locs, A plotais, CR plorars ; 47, A caissi, 
BR qu'aissi, C caixi, BR for' envers, C fora ferms; 48, Clur esclaus. 

VII. R supprime ce couplet. — 49, C per zo no puesc. Ms. puecs, B gua- 
bar: 50, B quieu, C qeu adesme, BC grans, C desonors; 51, C quem so cars, 
B enquar ; 52, B det clar, C quim ten dar ; 53, C e car foel de tal serors ; 
54, C lenganon, B lengua non; 55, B piegz. Ms. pretz, A peccatz crîminals, 
C sapchatz ques pecatz; 56, Ms. qui em, B quieum, C qeu tenc, BC enclaus. 

VIII. Ce couplet manque dans le Ms. — 57, C sabran mon bel joglars; 58, 
C quieu lame ; 59, C qeia deleis. 

IX. Ray?îouard emprunte les deux derniers vers, qui manquent dans B, 
à un autre manuscrit, sans doute à A. Voici la leçon de C: Mon vers uenra 
can filipaus Arodeus de son naturaus. — 61, i? a Rodes. 



MANUSCRITS DE GHBLTENHAM 121 

II 

LE CHANSONNIER MAC-CARTHY 

L.^ Chansonnier Mac-Carthy est un de ceux qui renferment le plus 
de pièces uniques. Il a été assez souvent décrit pour que nous soyons 
dispensé de le décrire à notre tour : nous nous contenterons donc 
de donner quelques indications sur les pièces que nous publions ici. 
Quant au choix que nous avons fait de ces pièces, on pourra le trouver 
bizarre et nous objecter que certaines d*entre elles sont moins inté- 
ressantes que d'autres que nous négligeons. Ce reproche, fondé en 
apparence, disparaîtra quand nous aurons déclaré que nous avons 
tenu à ne publier que celles dont la publication n'avait pas été an- 
noncée par M. Suchier, afin d'éviter le reproche d'aller sur les brisées 
de qui que ce soit. Nous estimons d'ailleurs que les poésies des trou- 
badours, telles qu'elles nous ont été conservées, sont trop peu con- 
sidérables pour qu'on ne profite pas de toutes les occasions d'éditer 
ce qui est encore inconnu, ou de rééditer les pièces dont le texte peut 
être amélioré par l'emploi de manuscrits non encore utilisés. 

La première pièce que nous donnons ici, Dompna c*aves la segno- 
ria, vient, dans le manuscîrit, immédiatement après la pièce d'Arnaut de 
Mareuil, Bompna, genser quHeu non sai dir, sans indication d'auteur, 
comme il arrive pour un certain nombre de pièces de ce Chansonnier. 
Rien ne prouve donc qu'elle soit de ce troubadour*. D'ailleurs, nous 
n'en avons que le commencement; la pièce suivante est également in- 
complète du commencement et se trouve en tête du feuillet 26, sans 
aucune indication, ce qui semble prouver que le manuscrit a perdu un 
ou plusieurs feuillets, peut-être même un cahier. Cette seconde pièce, 
écrite en vers de dix syllabes sur une seule rime, est une espèce de 



* [Les mots que tan m'es prés Del aor (v. 10-11) autoriseraient peut-être 
à la lui attribuer. C'était là une expression familière à Arnaut de Mareuil. Cf. 
ce début d'un de ses saluts : Cel eut vos etz al car plus près, ce vers d'un 
autre salut: Mas vos que rr^etz al cor plus près, la fin de Razos es e me- 
szura: Carm*etz al cor /)to près, et encore, dans la chanson Vs gais amoro- 

orgoils : Beffa domna m'etz ades del cor plus près. Il convient pour- 

tani d'ajouter que l'un des mss. dont Giovanni Maria Barbieri s'est servi, celui 
qu'il appelle lihro in assicelle, attribuait, paraît-il, cette pièce à Alegret. M. Sn- 
chier en a déjà fait l'observation. Voyez Mussafia, Ueàer die prov, Lieder- 
handsch.des G. M,Barbieri,pp. 25 et 37, et Barbieri lui-même, Origine délia 

10 



122 MANUSCRITS DE GHBLTBNHAM 

dialogue assez animé entre une grande dame et un amoureux qui se 
plaint de sa cruauté^. 

Les pièces que nous publions sous les n°" 4, 5 et 6, surtout la der- 
nière, offrent d'intéressantes combinaisons au point de vue de la rime 
et de la mesure': elles sont anonymes, comme les précédentes. Dans 
le manuscrit, elles viennent immédiatement après la pièce Qi la vi en 
ditÇt que la plupart des manuscrits attribuent à Aimeric de Peguil- 
lan (Cf. Bartsch, GrrMndrm, 103,55), laquelle suit la Cour d'Amour ^ 
nouvelle fort intéressante, que nous publions à part dans notre troi- 
sième partie. 

Nous joignons àces pièces inédites, sous le no 7, une pièce déjà pu- 
bliée, Ai con m'aven, Dieus nCajuty et nous en empruntons le texte 
au Chansonnier Mac-Carthy, qui n'avait point encore été utilisé ; le 
premier vers (il est vrai, défiguré ; A comanc dieus maint) est cité 
dans la Vie de Girautde Borneil du manuscrit n<^1910 de Cheltenham 
décrit ci-dessus, et y porte le n° 12. 

Enfin, sous le no 8, nous donnons un relevé des variantes du Chan- 
sonnier Mac-Carthy, pour la pièce QiJa ve enditz, d'Aimeric de Pe- 
guillan, par rapport au ms. de la Bibliothèque nationale no 856, re- 
produit par Mahn (Gedichte, 1171). 

Pour finir, un mot sur la façon dont le texte de nos pièces a été 
constitué, en ce qui regarde celles qui sont représentées par un seul 
manuscrit. Le texte du Chansonnier Mac-Carthy, quoique bien peint, 



poesia rimatà, p. 130 ;« Alegretche fece. . . délia sua donna più yersi di rime 
accopiate a due a due corne : 

Domna c^avetz la senhoria 
De Joven e de cortesia.» 

Mais ce libro in assicelle aurait bien pu ne pas mériter ici plus de con^ 
fiance qu'en un autre endroit, où il attribuait à Bertran de Born (Barbieri, 
p. 98, Mussafia, p. 40) une pièce qui ne peut aucunement être de lui, et que 
le seul ms. qui nous l'ait conservée place en effet sous le nom d'un autre 
troubadour, Raimon de Tors, de Marseille. C'est le sirventés Ar es ben dretz 
que valha mos chantars (Bartsch, Grundriss, 410, 2). — C. G.] 

* [Ce morceau est probablemcRt un extrait d'un roman perdu, dont il for- 
mait, ou à peu près, une laisse entière, comme, dans le même ms., un dcg 
morceaux précédents (f 9) est un extrait de Jaufre, Il est bien fâcheux que 
ce roman, qui devait offrir, par la forme, d'une part, et de l'autre par le siyet, 
ou du moios par la manière dont l'auteur y avait traité certains détails, les ca- 
ractères réunis de la chanson de geste et du roman d'aventure, ne nous ait pas 
été conservé. — G. G.] 

* [Ce sont des descorts, comme M. Suchier l'a déjà constaté. — C. G] 



MANUSCRITS DE CHBLTBNHAM 123 

offre d'assez grandes difficultés aux éditeurs, non-seulement à cause 
des fautes graves qui s'y rencontrent, comme dans la plupart des 
Chansonniers, mais surtout à cause de la façon plus que fantaisiste 
dont les mots et les syllabes y sont séparés ou réunis. D'ailleurs, 
quelques-unes des pièces que nous publions appartiennent au genre 
obscur, et il est quelquefois difficile d'y trouver un sens, sans trop 
faire violence aux règles de la paléographie et au texte réel du ma- 
nuscrit. Nous avons, du reste, marqué d'un point d'interrogation les 
mots ou vers où nous ne trouvions aucun sens convenable, et nous 
les livrons aux méditations des provençalistes. 

V DoMPNA, o'avbs la Segnoria 

(Fo 25, tjo, coh 2, hauU) Grande lettre (D) rouge, bleu et or, de 0,045™ 
de hauteur et autant de largeur, encadrant un personnage debout, 
vêtu de rouge, avec un manteau doublé de blanc à carrés bleus, le- 
quel tient de sa main gauche le cordon qui agrafe son manteau, et 
de la droite son poignet gauche ; à droite et à gauche, une fleur d'or 
ronde . 

Dompna, c'aves la segnoria 

De joven e de cortesia 

E de totas finas valors, 

Onrada sobre las meillors, 
5 Fons de totas finas beutatz. 

Cul Die us a totz bons aips donatz, 

Per Dieu e per Franca Merce, 

Sens oui hom non pot valer re, 

E pueis per Cortesi'apres, 
10 E per amor, que tan m'es près 

Del cor quem fai languir sovent, 

E pueis, bella dompna, eissament, 

Per tôt zo c'az amor ataing, 

Car neguns bens no vos sofraing, 
15 Vos prec que zo qu'eu vos vueil dir 

Deignes escoutar e auzir; 

E s' al re ihos dires nom val, 

Al mentz no mo tengas per mal ; 

Que tant es granz vostra valenza, 



V. 14, ms. nous, }li^ situ 



124 BiANUSORITS DE GHBLTBNHAM 

20 E Yostra beutatz c'ades genza, 
Q'eu non cre que si'homs viventz, 
Tant es granz mos fols ardimentz, 



2° Que cil que a tan ric prez comenzat 

(F« 26, r'^^col. 1.) « Que cil que a tan rie prez comenzat 
Nol deu retraire, tro que Taj' acabat ; 
Com acabat massa n'aves cabat, 
C'atretant vei que n'aves deslivrat, 
5 Col premier jorn quel aguest conquestat. » 
— « Dompna, fai sel, mal m'aurias pagat ; 
Car se ieu ai d^una part mescabat, 
E vos m'aves a gran tort decazat, 
S'en m'enconsir sens drezurier unat *, 
10 Cui sapcha bon e cui n'aja mal grat ; 
De vostra mort ai fag ja la meitat. » 
— a Per Crist, dis ela, de trie aves parlât, 
Ans en mentir aves bec aôlat ; 
Ja aquest mot non vos er perdonat. » 
15 — « Ni s'ieu die zo, non dei esser blasmat. 
Jeu li respont, cant zo ac consirat. 
De (?) dire ver e respondre menbrat, 
S'ieu vos am fort de ric cor afinat, 
E vos mi pauc, non es donx meitadat : 
20 De vostra part son menudier li dat, 
E de la mia drechurier entaillât. » 
— Ella li dis, can vei[l] enrazonat : 
« Mal mi voles, car non vos ai amat. » 
— « Non faz, ma dompna, anz ai mil ven virât, 
25 Qu'est la meillor et ab mais de beutat, 
E la plus gaia e de major rictât, 
E plus cortesa ab sen amesurat, 

{Col 2.) Cane vestis porpra ni samit(?) ni cendat ; 

V. 2, m^., aja; 13, es mentir auos ; 28, porpra ne cirs. 
Vers difficile, que je ne sais comment rétablir. 



MiOïUSORITS DB CHBLTENHilM 125 

E car tenes tôt bon prez revivat, 
30 El vostre faig son totz jornz mellurat, 
Ë mi aves mot fort enamorat. 
Men prec lo rei seignor de Trenitat 
Que vos dones tan fin cor enterrât 
D'aici enant, quen tenguesses onrat. » 
35 — « Oc ben^ dis ella, zo cuig a vostre grat. » 

— a Dompna reïna, digas m'en caritat, 
Car mi tenes tostems trist e lazat, 
Temes n'aver vergoingna ni peccat ? 

— « Com se de que beus tenc per afaitat, 
40 Retenc vos ren que m'ajas comandat? 
Ai vos promes ren que [non] aja dat? 
Ni ai vos tout castel ni richetat? 
Ni ai vos mort nul vostre parentat ? » 

— « Pietz m' aves faig, can m' aves consirat ; 
45 Et ieu de que tenes m'asegurat? » 

— a Si n'aves tort quen sias enblasmat ; 
Digas, dis ella, la vostra voluntat. » 

— « Dompna reïna, tal ren m'aves emblat, 
Car sim donavas lo tesor l'amirat, 

50 Non m'aurias la quinta amendât. » 
% — (( Com zo, dis ella, ai vos ieu ren 

emblat? » 

— a Oc vos, mon cor, c'aves encadenati 
Que per mon vol Taves si ostejat, 
Qu'el non vol far mondig ni mon pensât, 

( V«, col, 1 .) 55 Ni nuUa ren mais sol vostre ma[n]dat. » 

— a Dieus ! et ieu com? De ren non l'ai 

pregat, 
Ni nol conosc ni mot non Tai sonat, 
Ni anc non vi cor de nul home nat : 
' Ieu com lo puesc tener emprisonat?» 
60 — « Per Crist, reïna, sil tenes afrenat, 
Quel jorn en son mil sospir redoblat, 
Que no me plaig, que ne sen la clartat, 
En ai cent vez en plorant sospirat ; 

V 36, dopna; 50, aman dat; 62, que en plaig que en. 



126 MANUSCRITS DB CHBLTBNHÂ 

Que, can s'avinc joves a pauc d'état, 
65 En ma terra laissiei mon parentat : 

Mieilz mi fora qu'el col m'ague[s] bresat*, 
que mei oil fossan enbacinat, 
Que ren non vissan ; oc, miels agr' espleitat, 
Qu'el m'an trait d'aizo c'ai désirât, 
70 Que tôt cant ai eu sempre sompniat, 
Beltat; plazer, merce, ai a celât, 
Ar, cant retorn per ne toUer mon grat.» 

30 BONA DOMPNA, PROS EZ ONRADA 

(F® 26, t?o, col. 1.) La pièce commence par une grande majuscule 
ornée, dans le genre de celle que nous avons précédemment décrite. 
Elle est formée de deux figures superposées : celle du bas rappelle 
celle du D du f" 25, v»; celle du haut représente un homme vêtu d'une 
robe rouge brun, qui semble montrer la lettre avec l'index levé. 

Bona dompna, pros ez onrada, 
Humils, ferma ez ensegnada, 
Valens e gaia e corteça, 
Amezurada e ben apreça, 
(Col. 2.) 5 Gent parlanz, savia e valens, 
Leial, adrecha e conosens, 
E qu'est de tos bons aips complida, 
E de ôna beltat garnida, 
Lo vostre verais ancessis^ 
10 Que cre conquestar paradis, 
Per far toz vostres mandamens, 
Et amies vos obediens, 
E tant tem enves vos faillir, • 
Que nous auça son talent dir; 
15 Mas en esta carta ha escrig 
Son pensament e tôt son dig, 

V.69, ql {avec un sigle entre les deux lettres) man; 70, en s. gopniat; 71, bel 
det. . . . ai acelar; 72, pretoller. 

V. 2, ms, fra {avec r barré); 9, ancessis {avec i ban^é); 12, Et a (a barré) 
mies. 

Bresat = ipercé d'un trait; cf. v. fr. bersei\ 



MAlïUSGRITS DB CHBLTBNHÂ.M 127 

Ni non a ges tant d'ardiment 

Que el la carta vos présent 

Per si ni per negun mesage, 
20 Can hanc non mostret son corage 

A nuilla persona fors(?) Dieu, 

Mais a vos de cui ten en fieu 

Sa volontat e son saber, 

Son sen e tôt -son ferm voler ; 
25 Ë s'el agues la segnoria 

Del mont, pur de vos la tenria ; 

Ë ges trametre ni mandar 

Nous auça Tescrig ni portar, 

Mas sel metra en un bel loc, 
30 En caminada, prop del foc, 

Ë dira li : a Reman aisi, 
{F° 27, f*, col. l)Tro ma do[m]pna n'aja merci. » 

E vos, do[m]pna, Tatrobares, 

E prec vos que, cant lo veires, 
35 Que lo lejas tro al fenir. 

Ez escoutas so que vol dir : 

Bona dompna, lo cor el sen 

Ë la volontat el talen 

Ai mes en far vostre placer, 
40 Ë per vos lais tôt mon valer ; 

Car, cant vos disses q'hîeu dicia 

Asatz, e molt petit fazia. 

Mi dest delz fagz tal volontat. 

Que s'ieu agues Rolantttrobat, 
45 Sanson, cel que fo tan forz, 

Cascus d'elz fora près o morz. 

Ë pueis après non tarça gaire 

Que nas fom az .i. pauch d'affaire, 

Ëz heu i fis, mais nous die que, 
50 Que nos coven qu'hon^lauçe se; 

Qu'eu ai trobat mez el Salmistre 

Queil obra lauca lo maïstre. 



V. 21, soz; 34, la; 41, q (surmonté d'un trait) hu; 45, que so; 50, vos. 



i 



128 MAI|IU9CRi:r$ PS CHai^TBi^A^ 

Deoans m' era daz .j. pretans, 

Quen fo dig quel vostre corçi gens, 
55 DompDa, lo m'ayia[s] trames, 

Ez azoraval totas ves. 

Si Pavia pendut al col ; 

Mas cant vos m'en tenguea per fol, 
{Col. 2.) Em mez est lo don per nient, 

60 Heu lo gitei el foc arçent, 

Tant fui angoisos ez iraz. 

Mas vos dissest pueis per solaz 

Quem darias ses par[t] d'autrui 

Jaias ses navr' e senes brui, 
65 Cant el vos pjairia de faire. 

Per queus prec, dompna de bon aire, 

Queus plasa que tais jaismen vegna, 

Que joi[o]s e gai me mantegna ; 

Qu'ieus vos a^m tant que tôt cant es 
70 Oblit per vos, si m'ajut Fes. 

Ni n'ai aitan coral amie, 

Qu'eu nol tengues per enemic, 

Dompna, pur vos m'o disseses ; 

N'en lo mont tan grans homs non es, 
75 Que, si vos m'o deignavas dir, 

Qu'eu no l'anes ades aucir ; 

Ni anc homs non fo naz de maire , 

Que, si el m'agues mort mon paire, 

E vos disseses qu'eu l'ames, 
80 Qu'ieu nol servis e non l'onres 

Plus que s'el me des tôt l'onor 

Del mont, e m'en feçes segnor. 

Non creças queus port amistat 

Per lo vostre gran parentat, 
85 Ni per vostra granda ricor, 
( F% col, 1.) Can(s) laus port ben per fin' amor; 

Que si fosez dompna d'Espagna, 

emperariz d'Alamagna, 

V. 52, laDça; 56, azaraual; 57, perdut; 61, fui; 62, folaz; 71, ni nan ; 
75, sius; 76, at aucir; 81, sol. 



H»U8GRlTa DB CHEILTB»HAM 129 

Noos amapia tan ni cant 
90 Per 80 pins, negou mon senblant. 

E se ieu fos reis d'Englaterra, 

£ segners de tant cant Mars serra, 

E deges chausir la meillor. 

No» pe[n]ria attra en dreç d'amor, 
95 Mas vos, que teneç en poder 

Mon cor, mo» son e mon saber, 

Queus ai tan bona voluntat 

£1 cor tan ferm es aônat, 

Que tug 11 altre amador 
100 Non saupron ren ves mi d'amor, 

Queus am per yostra cortezia, 

E per Yostra plazen paria, 

Eus am per vostre enseignamen, 

E per vostre dols^ parlamen, 
105 £ per vostra gran conoisensa, 

E per vostra vera valensa, 

E per toz los ben[s] cb'on pot dir, 

Que son en vos, senes faillir ; 

E car per amor vos a me 
1 10 Da bel eisam rendez merse. 

Segon lu veire Testament, 

Que dis : a Hoi(e)ll per huelj, dent per dent », 
(CoL 2.) Atresi mi deves vos dar, 

Si la razon volez gardar, 
115 Prez per prez, amor per amor, 

Joi per joi, valor per valor ; 

Car s'agu[ejses] denan cercat, 

Non trobares tan afinat, 

Tan fin ni tan ferm servidor 
120 Enportar a vostra lauçor ; 

Ni quel cent an de fin' amansa 

Vos partes qu'eu a ma semblansa; 

Que ieu vos am tan finament. 

Que tôt lo mont met per nient , 

V. 83, croças; 97, ahitan; 109, ambe;114, laraxon; 117,dinon; 118,troba- 
ras ; 121-2, ces deux vers me sont obscurs; 123, quieu. 



130 MANUSCRITS DB CHELTBNHAM 

125 E vos sola met d'una part, 

Ez en vos ja tôt mon esgart ; 

E pueis heu vos am mais que ren, 

E plus queil autre, so sai ben, 

Dei aver major guizardon ; 
130 Que Dieus dis : c Cel que m'amera 

Plus que tôt so qu'el mo[n]t sera 

Aquel sera de mi amaz, 

Ez aquel er plus mos privaz. » 

E Salamons sau[p] ben retraire, 
135 Com âmes mais Tamic quel fraire, 

Eiija servidor ieiali, 

Que noil lais aver negun mal, 

Ni non lo laisa sofraitos 
(A'** 28, 7'°,co/. l)De ço don sera poderos. 
140 E si vos creçes Salamon, 

Gesu Crist nil segnor del mon, 

Que det lo veire testament^ 

Vos^aures de mi causiment. 

Car de vos sui amies cabals, 
145 E serveire fins es leiais ; 

Car eu am trop mais vos be me, 

Per que, dompna, eus quer merce, 

Anz que m'auçian li désir, 

Ni li afan nil(i) greu sospir ; 
150 E s' aras non avez merce. 

Pois serai morç, noi valra re, 

Dompna. 

La fin de la page, le v» et le f* 29, r® etv*, sontvides; puis vient la 
Cour d'amour, £« 30. (Voir plus loin, troisième partie.) 

4* Lai uns fins preç nais e floris e grana 

(F* 46, t?o, col. 1, milieu,) 

Lai un[s] fin[s] preç nais e floris e grana, 
A bels plaisers es ab valor certana, 

V. 125, dona; 131, fera; 134, romaire; 138, sofrai ços; 141, cesu; 142, la; 
144, duo sui; 145, serveiros; 148, mal çian; 150, sanas. 



MANUSCRITS DE CHELTBSNHÂJf 131 

Vol greu eser ab lei que [es] subrana, 
De toc los bens franca, dolç' e umana ; 
E se tôt s' es faita de mi loindana, 
6 Lai un prim eis (?) no fui ne no desana ; 
Que sovença 
La captenença 
El plasenç visaje 
10 Port en mon cor, per qu'eu non vir estaje. 
Merce la vença, 
Que gran temença 
M'en pren, que damnaje 
{CoL2.) 14 Me fai tal mal que fai anar a raje ; 
E cognosença, 
Que tôt ben gença, 
Prec quel don coraje, 
18 Que, s'en die beu, que nol sia salvaje ; 
Que con remire, 
Ni pens ni consire, 
Lo sgardar el rire, 
El plaiser qu'eu vi faire, 
23 E plus amors mi fai vas lei atraire ; 
Ë sei désire 
Mi volon au cire, 
Con serai sofrire 
De tan greu maltraire, 
28 Fol car sofren conque r los fins amaire ; 
Cal meu albire, 
Ni tan quel cor vire, 
Anz mi pois aucire 
Noi val pauc ni gaire, 
33 En ben amar lialmenç senç cor vaire ; 
Amicx • sez bausia 
E senç tricharia 
Li sui a m'amia. 
Tant quel cor me dis que d'autra non estia 
38 Sol ab als que li a mon saber chastia, 
E dis qu'eu séria 

V. 26, fofrire ; 37, mor estia ; 38, sol . . . lia munsa ber. 



132 MANUSCRITS Di} GHBLTBMHAIf 

40 Pals, e a la merce de lei non atendia ; 
L'atendrem plaria, 
Stella consentia, 
Per sa cortesia, 
44 Que mon cor Pauses dir e plus n'u queria. 
Non aja dotança 
Qu'eu faça sQnblança 
(F047, fO^coL 1.) Quel n'aja pesança', 
Ne torn' a nxermança, 
Mais Andreu de França 
50 Se[m]bla desperança, 
Que mori ses lança 
Per un dolç désire. 
N'aja anc enança(?) 
D'est preç et honrança, 
Per que la mesclança 
56 Descorda fiança. 



{F^ 47, r% col. 1.) 



5<> JOI B CHANÇ E SOLAÇ 

I. Joi e chanç e solaç, 

Et amors certana, 

E cortesiaro platç, 
4 Em reviu em sana ; 

E car nous sou delatç, 

Domna, per cui granda 

Valormot son iratç, 
8 Car m'es tan londana ; 

E prec Dieu que m'aujaç 

Em sias umana, 

Que nuill autre solatç 
12 Nom platç un' avlana, 

IL Qu'en vos es ma vida, 
Pros domn' ai servida, 
Car no m'es aisida, 

V. 48, inermançaj 51, senes; 53, naio anc nança {avec un sigle entre les 
deux derniers mots); 55, teslança. 
V. 9, dies. 



MANOSCRIIA DB CHBLtBNHAM 133 

Mes joiafaillida; 

Car la plus grasîda 

Est, cant fos vestida. 

Per que merceus crida 
20 Mon cor, car chausîda 

Vos ai entre las bellaçors, 

Car sai qu'es de beutaç flors. 

Siu platç eu cre queus er honors, 
24 S'ueimais mi fatç calque secors. 

{Col. 2.) III. C'atendut ai 
E atendrai, 
27 Cane non caniei per re(n), 
Ni o farai, 
Tant con viurai ; 
30 Car en vostra merce 
Son e serai ; 
Que tôt verai 
33 Si m fares calque be(n), 
si morai, 
Car per vos ai 
3Ô Sufert gran mal ancse(n). 
Mais per mal qu'eu n'aia, 

Ni per afan, 
Mos cors non s'esmaia, 
40 Ni ai talan 

Qu'eu d'elam'estraia, 
Per nuil se[n]blan ; 
Apres, domna gaia, 
44 No veillas mon dan. 

IV. Car servir 
E obecir 
Vos voill, quom albir, 
Can vos remir 
Ab oilç, que gracir 
50 Dei, can sospir ; 
Nin dueill 

V. 18, cane; 2S, eo cre; 39, mon; 41, queo de. 



134 MANUSCRITS DB CHBLTENHAM 

Per vos, mais rasons 
Fora, corn sius mi feçes jois, 
Qu'engoisos 
55 Soa, car no ven tais bes. 

6" coN u PLUS fin' amor mi destbenq 

I. com u plus fin' amor mi destreug, 
Em conort em vauc alegran, 

E soven ne joc e[n] chan, 
El cor plang e plore et estreng I 

5 Mas per lauzengiers de mal gein 
Nom lais qu'eu no m' an conortan, 

7 Qu'il an gaug can vezon mon dan. 

IL Entra s' ap joi mi capteing, 
Per qu'eu atein(z) 
Et esdevein, 
Mal {col. 2) grat d'enoios plen d'enjan, 
12 Qui si ben fan fais e truan ; 

Uns non sap la ren qu'eu plus deing, 
Qu'en totunreing 
Jenser non seing, 
16 N'i a près ni valor tan gran. 

III. Al meu cenblan, 
18 Ar patz abran(?) 

Qu' ab lauzar dis hom con si feing, 
Que tan d'engen fatz deveing 
21 Contra fin aman, e non vein 

Un[s] jorn[s] qu'es tratz c'us 
Quex, on plus 
24 Pot, sin preng. 

IV. Q'ieus m'en ensein 

Tal entreceing, 
Don sion dolen lurenfan. 
Ben seran can cantarzam, 

V. 53, cornais ; 55, cals bes ; 5, gien ; 6 et 9, queo ; 13, quio ; 17, meo 
19, que ab ; 24, sien; 25, qjeos. 



MANUSCRIT DB GHBLTBMHâM 135 

29 Qu'eus non torn tut qui contra mor teing ; 

S'il van, eu veing, 

En joi me tein, 
E dezir la menda prezan(t), 
33 Don sospiran mor e aman. 

V. Car del[sj sieus bel[s] bras non m'estreing, 
Cals non dezir e 
Mas del martire^ 
37 Don soi sofrire, 

Non puesc' estraire. 
Vos de bon aire, 
Quis la bellaire 
Cane fos (F® 49, r°, col. 1) de maire, 
42 Vejas mon martir. 

VI. Eprendaus de mi cura, 

44 Que negus joi nom po[t] venir 

Ses la vostr' aventura, 

E sem aisi(z) laisas morir^ 

Vostr* erla forfaitura. 

Pero jamai gans etcentura 



49 Don mos fis cors s'acegura. 

VII. E'cant remir la stiba (?) dura, ^ 
51 Non sen dolor ni rancura ; 

Per so lais om deg esbaudir, 

Sitôt n'ai fag longu'endura, 

Del vostre jen cors a tenir ; 

Ben far.m'ez de vestedura; 

Mas eu non o aus jes dir, 
57 Tan " gran temensa m' a tura . 

VIII. Es ieu, per [ma] sobretemensa. 
Nous aus plainner ma rancura ; 
La vostra fina conoisensa 
61 M'esgart merce o mezura, 

V. 30, eo; 34, sieos; 38, pusec; 44, non ; 45, ces ; 46, sen ; 48, après ce 
verSt il y a sans dovte une lacune d'un vers; 49, mon fin; 50, vers cor- 
rompu; 51, cen; 55, devesce dura; 56, eo; 57, natura; 58, es jeo. 



i 



136 MANUSCRITS DB CHALTBNHAM 

Qui tôt jorns oreis, vostra y&lensa 
Dieu laus' e puia e mesura. 
Per qu'eu vos port obeziensa 
Mas c'a nuilla oreatura, 
G'ab bon es ménda e s'atura 
67 Mos cors', que d'als non a cura. 

7« Ai con m'avbn, Dieus m'ajut 

GiRAUT DE BrUNEIL* 

(/'^° 183, r>, col. 2, bas.) 
I. Ai cou m'aven, Dieus m'ajut, 

C'aras, cant cug chantar, plor I 

Séria ja per amor 

Que {r% col, 1) m'a sobrat e vencut, 

E per amor non ven jais, 

Si fais doux per que mi rais, 
Ni quem fai marrit* 
8 Que non lo sabria dir. 
IL C'aissi m'es esdevengut 

Tôt leu que perc ma valor, 

E solaz non m'a aabor ; 

E devenc anc mais adrut. 

Son ieu drutz, ni nom m'o Ms 

S'ades am forceis e mais 
Envej' e désir, 
16 Non sui drutz quim poi sofrir. 
III. C'aras, car sol ai yolgut, 

Me teing per on amador, 

Amai res, si Dieu azor, 

Sui ieu uns, e nom remut 

Lo corage nil biais 

D'amar lei per cui son gais, 

Nim volvi nim vir, 

V. 63, dieo. . . paie ; 64, queo ; 65, créature ; 67, mon. 
V. 13, non ni ; 15, euueil ; 18, tenig. 

> Dans le manuscrit, le vers précédent est séparé ici seulement du dernier 
vers de la pièce. 

^ Alias: burnel, bornel. Ce Chansonnier estropie, du reste, la plupart des 
noms des troubadours. 



UAMUBQHUS DE CH&LTBNHAM 1$7 

24 Nim part lo cor nil cossir. 

IV. E con non ai receubut 
Massa de ben e d'onor 

De las mans de mon seignor, 
Si a mas an retengut, 
E que un coven me frais, 
Car cel que Tira m'atrais 
E faram morir, 
32 Per ques una cor nol (col, 2) vir. 

V. Desvol zo qu'il a volgut, 
Non sai ja mar meilor; 

Si n'ai mal com al greu jor, 
Desiran plus de salut 
N'antic (?), e nos par assais. 
Auaz ? — Oc, car si jam bais, 
Segur pot plevir 
40 C'aucir me pot o guérir. 

YI. Mas zai m'a(n) mon dol cregut 

Uns dams que fan entre lor 

Cil d'Urgel, per quel plusor 

Seran mort e dechaigut, 

Quel comtessa, on prez nais 

E sabers e jois verais, 
S'en cuida eissir, 
48 S'il volon consentir. 

VU. Bels tenrai totz per savais, 

S'elan lez eissir, 
51 El rei, s'o vol consentir. 



8° Qui la ve en ditz 

Variantes du Chansonnier Mac-Carthy par rapport au ms. B. N. , 
fs. fr., 856, qui a été employé par Mahn, Gedichte, 1171. Nous lais- 
sons de côté les variantes purement orthographiques, du moins celles 
qui sont sans importance. 

V. 31, faran; 38, oûaz ; 43, eil durgel. 

11 



138 MANUSCRITS DB CHBLTBNHÂM 

Ver$l^vi. — 2, pos.... tanç. — 4, e nabia trie. — 7, gen. — 
ll,gaug. — 13,1e sieus. — 17,rendriel parlais. — 22, ors autç. 
— 24, con deiars. — 27, deua. — 28, si en.— 29, dellei*. — 
33', lei. — 45, pos. — 46, nom mesdaç. — 49, son. — 51, vol- 
gre acort. — 53, son agoisos. — 57, nam gran sas faisos. — 
58,Vqueu. — 62, oilç neus. ^ 64, man lo bel. — 66, ses seto- 
blança. — 67, cors fi. — 68, vi. — 70, que nom lança. — 71, 
SOS oilç ni nom ri. — 78, mamer mança. — 80, eli. — 81, pos. 
• - 82, que ren. — 84, lei el son. — 85, dais no mapais. — 88, 
es dels.' — 95, lur. — 99, so que. — 104, gaser. — 105, fer. — 
106, que. — 108, li son e liais. — 111, non puesc faire. — 114, 
sesals. — 115, carça (avec un sigle sur k seconda) gaire. — 
117, son. — 119, ues jaire. — 122, ni mais. —123, labelaire. 
— 125, es al bos. — 126, chaptals. 

L. CONSTANS. 

{A suivre.) 

* Après le vers 32,pe Chansonnier Mao-Carthy donne les quatre vers sui- 
vants: 

La bella caman 
Blan 
Quel varia 
Si en (lis. sin) perdia, 
< Noas maintenons les naméros d'après le ms. 856. 



CHANSON INÉDITE DE PEIRE ROGIER 
(Ms. XC-a6 de la Bibliothèque Laurentienne, à Florence, fo 84*) 



I. Dousa amiga, non puesc mais ; 
Moût me pesa qar vos lais, 
E ye dol[s] m'en ' et esmais, 
Et teng m'o a gran pantais 
Qar nous abras et|nous bais 
6 E departem' nostr' amor. 

IL D'aitan sabeos ^ mon talan(t) 
Q(eyanc femna non amei tan(t), 
E nous [en] aus far semblan(t), 
Ni trob per^cui vos o man. 
Vac m'en, a Dieus vos coman, 
12 Al espirital senhor. 

III. Non puesc mudar que nom plagna, 
Qar se part nostra compagna. 

Eu m'en vauc en terra estragna ; 
Mais am freidura et montagna 
No(s) fas ûga ^ ni castagna, 
18 Ni ribeira ni calor. 

IV. Lai s'en vai mos cors marritz, 
E çai reman l(es)' esperitz, 

Et ai tant los uls froncitz 
Qe m'en dolon las raitz. 
Ma[s"| so * fai qins "^ a partitz 
24 E non puesc aver baudor, 

V. Sans e sais fora eu gueritz, 
Qant serai acondormiz, 

Si fos d'ela(s) tant aisiz 

* Cette pièce ne se trouve pas ailleurs. Elle est publiée ici diaprés une copie 
de M. Boucherie, que M. A.. Thomas, de TÉcole de Rome, a eu Tobligeance de 
collationner sur le ms. — • Ms. redolmen, — ^ Ms. departen,-^ ♦ Sabeos est 
pour sabeus = sabetz vos. Il y a d'autres exemples de pareilles contractions. 
— * Ms. figu. — 6 Ms. Zo. — 7 Ms. qi us. 



140 CHANSON DB PBIRB ROGIBR 

Q'en semblant d'una perniz ^ 
Li baises sos oîls voltitz 
30 E la fresqetta color. 

VI. Dous estars lai m'es ardura, 
Ë bons conortz desmesura 
E saziontat[z] fraetura^, 
E dias clars (et) noit oscura. 
Per mon jovent qar pejura 
36 Ai marriment et dolor. 

VIL Parlan vauc fasc(?) forsatz... 

Suivent dix lignes en blanc, puis vient une autre pièce de Peire 
Rogier, Ges non puesc en bon vers faillir. 

C. C. 



* — Ma. peruiz. Cf. l'italien pemice. Le tottlousain a perlitz. Voy. la 
Chanson de la Croisade, v. 4026, et ma note sur ce vers {Revice, IX, d58) . 

^ a Et satiété dénuement, d Raynouard n'indique pas cette signification de 
fractura ou frachura. ponrtant si commune. Quant à saziontat, ce mot man- 
que dans le Lexique roman. C'est un dérivé de saxion, qu'on y peut voir. 



Poésies 



ENTOURAS-ME D'ENFANT ! 
A Ventura Ruiz de Aguilera 

MOUN COUNFRAIRE B AMI 

Entouras-me d'enfant, de pichots innoucènt 

Qu'an lou cèu dins lis iue — d'acô sarai countènt! 

Siéu malaut, siéu malaut, e moun cor se desgorgo 

I trahisoun dis home, e di femo i^messorgo ! 

Siéu triste, mai que triste, en vesènt à tout pount 

Lou sourrire qu'es faus, la caresso que poun ! 

M'es en ôdi sens noum l'entrigo que matrasso, 

E labasso émbicioun e si façoun negrasso! 

Lou mounde n'es pèr iéu qu'un bos plen de cat-fèr. 

Un palunas afrous plen de siblànti serp. 

Mai, Vautre à moun constat, o troupo jougarello, 

Moun courage" es en flour, moun amo es cantarello. 

Emé Vautre à l'entour, o bèlli caro d'or, 

Ai gagna lou calanc, me trove dins lou port. 

Liuen de tout ço qu'es laid, me repause tranquile 

Au mitan di rouseto, au mitan di blancs ile . . . 

Liuen di negro revôu, liuen dis abisme amar. 

Oh! qu'es dous d'espincha dins lou mirau d'un clar, 

Que retrais au fin founs lis estello divine, 

Lis auceloun, li flour, li nivopuro e fino! 

Oh^I qu'es dous d'ôublida loubatas e leioun, 

E d'ausi soulamen de tèndris agneloun, ^ 

Quand l'iver es passa, que la vido boutouno, 

Que la terro e lou cèu se fan de caranchouno ! . . , 

Venès donne, bèus enfant, blancleissame d'anjoun 

Qu'as leissa tis aleto au paradis amount ! 



142 POÂSIBS 

Venès m^envirouna, mi pichot, mi piohoto, 
mi r6si gauteto, o mi sedoùsi floto I 
Vôsti rire'argentin, vôsti mot beluguet 
Me soun verbe d'Amour, d'Esperanço, de Fe*! 

WiLUAM-C. Bonaparte- Wtse. 

Manor of St. Jobn^s, Waterford, abriéa 1881. 



MOUN ENFANTOUN 

S'entourtouvihon en anèu 
Si peu mai brun que la castagno ; 
Franc de déco emai de magagno, 
Soun front es rose e palinèu ; 

Sa parpelo es telo d'aragno, 
Sis usso soun coulour de mèu; 
E, quand lou belan de cantèu, 
Sis iue bandisson toute lagno. 

Si bouqueté soun de courau, 
A sa barbo i'a 'n pichot trau : 
Es un bèu drôle de tout caire. 

Mais subre-tout m'es agradiéu 
De trouba'n eu lou retra viéu 
De sa poulido e gento maire ^ ! 

P. Chassary. 
Moant-pelié, 21 de setembrel881. 

• Provençal (sous-dialecte d'Avignon et des bords du Rhône). Orthograph 
des félibres d'Avignon. 



BIBLIOGRAPHIE 



La Roumanie dans la littératnre dn midi d« la France.— Album ma- 
cedo -roman, sub direclionea lui V.-A. Urechia ; Bucuresci, Socecu, Sander 
et Teclu, 1880; in-fol. à 2 col., Ym-144 pages ; — Ion Vêla e l'Anel^legeiida 
roumana, par' A. Roux ; Montpellier, Imprimerie centrale dujMidi, 1880; 
in-8046 pages ;— la R08O e Ion Soulëu, legendo roumano, pèr Louis Rou- 
mieux; Mount-pelié, Empremarié centralo dôu Miejour, 1880;in-8o, 6 pages; 

— riôu de Pascas, armanac per Tannada 1881; Mount-peliè, Empremarié 
centrala daa Miejour ; in-80, jcl-100 pages ; — Blinde pourta à 'n Baseli 
AlecsandrijpèrA.Roque-Ferrier; Montpellier, Imprimerie centrale du Midi, 
1881; in-80, 4 pages ; —Brinde pourtat à la Roumanio, etc., per Camille 
Laforgue; Montpellier, Imprimerie centrale du Midi, 1881; in-80, l^pages; 

— On occasion of Ronmania constituting*herself a kingdom, an ode 
byWilliam-C. Bonaparte- Wyse, with a french version by Constant Hennion. 
Plymouth, Keys, 1881; in-4o, 12 pages;— A Toucasioun de la Roumanio 
coustituïdo en self-reiaume, revira de W.-C. Bonaparte- Wyse, pèr A . de 
Gagnaud, dans lou Bnisc d'Aix-en-Provence, n* du 21 août 1881; — le 
Petit Rameau, poésie française de B. Alecsandri, dans le Monde lyonnais, 
de Lyon, no du 29 mai 1881; etc. 

L'idée du Chant du Latin, le concours qui en fut la conséquence 
et Tadmission à ce concours de l'universalité des langues et des 
dialectes néo-latins, l'attribution de la coupe de M. de Quintana à 
M. Alecsandri, ainsi que les fêtes de Montpellier au mois de mai 
1878, ont développé dans le midi de la France de vifs sentiments de 
fraternité littéraire à Tégard de la Roumanie et des populations vala- 
qnes de FOrient austro-hongrois, turc et moscovite. M. Camille La- 
forgue, un de ceux qui, par leur exemple et leur initiative, ont su le 
mieux faire pénétrer ces sentiments en Languedoc et en Provence, di- 
sait, le 3 septembre 1879, en parlant des Roumains à l'assemblée de la 
Maintenance languedocienne du Félihrige : 

« Lous Roumans, plassats sul bord dal mounde lati, davant las por- 
tos dal mounde barbare, sousteroujloung temps Temperi ounte Trajan 
lous faguet dintra. An aparat mai loung temps encaro TEuropo ambé 
Tespazo d'Esteve lou Grand e de Miquel lou Brave. 

» Va savez, mais savez pas toutes qu'en foro de las mountagnos 
de Roumanio, de sas coumbos e de sas pianos, i a d'autros pianos e 
d'autres coumbos que nourrisson d'homes de mémo rasso, d'homes 
qu'an uno lengo, uno religioun e d'habitudes parieiros. e qu'en des- 



144 BIBLIOGRAPHIB 

piech das mestres de soun sotoul, podou dire, coumo aqueles de 
Bucarest, de Galatz e de Mircesti : « Sem Roumans^ 1 » 

Et, en effet, si les anciennes principautés danubiennes éveillent 
dans Fesprit public des notions précises et certaines, on ignore assez 
généralement que des populations de langue roumaine existent en 
Autriche, dans la Transylvanie, la Hongrie, la Bucovine, la Dalma- 
tie et même l'istrie^; en Russie, dans la Bessarabie et le gouver- 
nement de Kherson; en Turquie, dans la Macédoine, la Thessalie et 
l'Épire'; enfin en Grèce, dans TAcarnanie, l'Étolie, TEubéeet quel- 
ques-unes des îles de la mer Egée. Les rives bulgares et serbes du 
Danube comptent aussi des groupes semblables, et les cbevriers vaia- 
ques, — car c'est ainsi qu'on les nomme aux environs d'Athènes, — 
descendent journellement dans cette ville pour y crier en roumain le 
lait de leurs troupeaux. 

De ces diverses agglomérations, celles de Flstrie et de la Dalmatie 
disparaîtront bientôt, pénétrées par les éléments étrangers qui les 
isolent des régions où leur langue est aujourd'hui parlée. Un pareil 
sort n'est pas à craindre pour celles de l'Austro-Hongrié et de la Rus- 
sie, défendues qu'elles sont par le nombre relativement considérable 
de leur population, l'importance de leur rôle littéraire, — c'est le cas 
de la Transylvanie, — et le contact immédiat de la Roumanie. Les 
agglomérations de l'Epire, de la Thessalie et de la Macédoine sont 
celles qui préoccupent le plus les Roumains; car aux tentatives déna 
tionalisatrices dont elles sont l'objet de la part de l'élément hellé- 
nique, àla rareté des écoles nationales, est venue se joindre la récente 
attribution à la Grèce d'une fraction de la Thessalie, celle-là même où 
la population de langue grecque est manifestement inférieure à la 
population valaque (!!), Une Société {Societatea de culturà macedo- 
rom^wa) s'est constituée à Bucarest, au mois de septembre 1879, sous 
la présidence de Mgr. Callinic Miclescu, primat métropolitain de 
Roumanie, afin de répandre, comme l'indique son nom, la culture ma- 
cédo-roumaine de l'autre côté du Danube. Elle a choisi pour secré- 
taire M. le député Alecsandrescu-Urechia , depuis ministre de l'in- 
struction publique et des cultes du royaume, et s'est immédiatement 
efforcée d'établir des relations suivies avec les groupes de la Turquie 

* Brinde à la Roumarào, p. 4-6. 

* Voyez, sur les Roumains de Tlslrie et de la Dalmatie, l'excellent travail bi- 
bliographique de M. Urechia: Incercare bibliografica pentru Istria si Dal- 
matia. Bucuresci, 1878; in-S», 20 pages. 

3 Celles-ci sont assez connues en France, grâce à la brochure de M. Emile 
Picot: Les Roumains de la Macédoine, Parix, Leroux, 1875; grand in-8o, 
48 pages. 



BlBLlOaRAPHlB 145 

d'Europe, de créer et de développer parmi eux des écoles primaires et 
des établissements d'instruction. Le Parlement l'a déclarée personne 
juridique et lui a voté des subventions considérables. Un journal heb- 
domadaire, rédigé en grec moderne et en macédo-roumain, — la phi- 
lologie des dialectes latins de l'Orient y trouverait souvent d'utiles 
indications, — un journal hebdomadaire, dis-je, est devenu, sous le 
titre de Fratilia intru Dreptate', l'organe de la nouvelle association, 
comme aussi parfois le messager des idées de panromanisme, qui ne 
pouvaient manquer de s'y produire, ne fût-ce que par l'imitation des 
théories similaires en faveur parmi les Slaves, les Grecs et les Alle- 
mands. On décida enfin qu'un Album conçu à l'imitation duParis- 
Murciede la presse parisienne, mais autrement important par le nom- 
bre de ses pages et la variété de leur composition, serait publié à Bu- 
carest, sous la direction de M. Urechia, et que la circulaire suivante 
serait adressée aux principaux écrivains de la France, afin de solli- 
citer leur collaboration : 

u Monsieur, 

» Permettez à une Société roumaine, essentiellement philanthro- 
pique, de vous faire connaître son existence, puis la mission qu'elle 
poursuit, mission difficile, pour le succès de laquelle elle implorera 
votre bienveillant concours . 

» Au delà du Danube vivent deux millions de nos frères, derniers 
représentants, dans la péninsule balcanique, de la race latine. Épave 
de l'ancien empire romain d'Orient, les Roumains de la Turquie d'Eu- 
rope ont pu émerger de l'inondation des barbares, grâce à leur admi- 
rable vitalité. Au milieu de tant de peuples différents de race, ils ont 
lutté pendant cinq siècles pour la conservation de leur langue et de 
leurs mœurs nationales, et jusqu'ici leurs efforts et leur persévérance 
admirable ont vaincu les périls qui les menaçaient. Mais le danger a 
grandi et leurs forces ont diminué. Ils sont engagés, à cette heure, 
dans une lutte dont l'issue leur sera fatale, si nous ne leur apportons 
un prompt secours : ils devront oublier leur langue, ils devront cesser 
d'appartenir à la race latine, race qui nous est chère, parce qu'elle est 
la nôtre ; race qui vous est également chère à vous. Français, que 
nous appelons avec un juste orgueil nos frères aînés de l'Occident. 

» Il existe à Bucarest une Société (Societatea de culturà macedo- 
româna) dont le but est d'empêcher cette dénationalisation de tout un 
peuple par la construction et l'entretien d'écoles où il apprendra la 
langue, la religion, l'histoire et les mœurs de ses pères. Mais la con- 
struction et l'entretien de ces écoles est une lourde charge pour no- 
tre Société, et, quoique le peuple roumain ait favorablement accueilli 
notre appel, nous ne pouvons faire face aux dépenses énormes que 



146 BIBUOOIUPHIB 

cette mission nous impose. C'est pour venir au secours de notre im- 
puissance et pour faire triompher notre entreprise que nous nous 
adressons à la France, pays généreux qui aime à soutenir le faible, à 
défendre Topprimé et à faire part aux pauvres de ses grandes ri- 
chesses. 

» Un district espagnol a été envahi par une inondation, ses habi- 
tants ont été ruinés. Mais ce coup terrible les avait à peine frappés, 
que déjà la France leur envoyait des secours . La presse française, 
toujours unie pour faire le bien, a organisé un journal : Paris-Afureie, 
et, grâce au concours bienveillant de personnages éminents de toute 
opinion, des ressources considérables s'entassent pour consoler les 
malheureuses victimes de l'inondation espagnole. 

» Et quand nous. Roumains, amis dévoués et reconnaissants de 
votre belle et généreuse France, nous viendrons faire appel à ses plus 
illustres écrivains; quand nous implorerons l'aide de leur talent pour 
nos frères qui succombent, envahis par une inondation dénationalisa- 
trice, et sans espoir, si l'on n'y prend garde, nos prières ne seraient 
pas écoutées ! Non, cela ne peut être, cela ne sera pas ! Vous qui 
n'avez pas refusé de prendre la plume pour donner à Paris-Murcïe 
la gloire d'une œuvre inédite et l'honneur de votre signature, vous ac- 
corderez la même gloire et le même honneur à un Album macédo- 
roumain, que la Société de ce nom publiera en faveur des écoles d® 
nos frères opprimés de la Macédoine. Oui, vous aurez à cœur de faire 
tous vos efforts pour qu'ils puissent conserver leur langue qu'on veut 
anéantir, leur dernier titre de noblesse au sein de tant de populations 
étemelles ennemies de la race latine. 

» C'est dans cet espoir que nous vous adressons notre humble et 
fervente prière de nous envoyer un article inédit et signé, qui sera à 
la fois une preuve nouvelle de la philanthrophie française et de son 
attachement à notre ancienne et immortelle race, aussi bien qu'un 
gage du succès que nous désirons ardemment obtenir. 

Alecsandrescu-Urechia . » 

Le souvenir des Fêtes latines détermina l'admission du provençal et 
du languedocien dans les colonnes de l'Album que l'on allait éditer. 
C'était là un [fait marquant pour le Félibrige, et c'eût été aussi un 
motif sensible d'étonnement pour les personnes qui s'obstinent encore 
à désigner les idiomes méridionaux par la qualification péjorative de 
patois, si le peu d'intérêt dont témoigne l'emploi de cette expression 
leur avait permis de s'occuper du recueil où les successeurs de Gou- 
delin et de Jasmin allaient recevoir une si large hospitalité. 

Voici, par ordre alphabétique de noms d'auteur, les pièces qu'il ren- 



ferme. Elles sont tontes aceompagnées dHane vsatOA €ft pix^se frB&> 
çaise* : 

1. Amx^rmuJE (Albert): As Manidets de Rmnmimw (Aux. Jeones 
EjtifaLsts de Ronmaiûe}, 8-9 ; 

H . AtTBJLJŒL (Théodore}: laSereno (la Sirène), 11; 

III. Ba&be (Paul): a *oî« Fr aires halahos, laCigalo m(nmdinù{A 
ses Frères ralaques, la Cigale toulonsaine), 16-17; 

IV. BoxApjkETE-WTSE rWîlliam-C.): Dif^ ^a fourèst de la Scunto 
BcittnM (Dans la forêt de la Sainte-Baume)^ l$-22'; 



* Aiitérieoreiiwnt à U publicatioD de cet Album, on aTvt pa remarquer 
dans la poésie do midi de la France une sorte de tecdanoe en fitTenr de la 
Romnanie. Le plus aDcien texle où elle soit secsîble^ ane pièce de H. Ch. 
Folie-Desjardins dans les Lys et Pervenches (Avignon, Roumanille^ 1877 ; 
io-8», p. 37) : Â rw^fris fraires de Balakio, a même précédé les Fêtes latÎDe^, 
??otoas ensuite : la traduction en vers toulousains, par M. Paal Barbe, de 
YHora Unirèi (le Chœur de ITni on), celle d^une Dôme d'Alecsandri : Blowid*- 
neto ou la Pourtairo d'aiguo de Veniso, par M. Gabriel Azaîs, insérée dans 
le journal VUnion nationale, de Montpellier, à la fin du mois de mai 1S79, et 
reproduite, p. 74-75, de Flou de Pascas; un sonnet de M. de Berluc-Penissis : 
/ Latin de la Rotananio, p. 44 de YÀmutna prour^ençau de 1880; la tra- 
dnction du Voile et F Anneau, devenue entre les mains de M. Antoine Roux 
un véritable poème; des versions du Chant de la race latine, en vers lan- 
guedociens, par M. A. Langlade; provençaux, par M. V. Lieutaud, et fran> 
çais, par M. Ernest Hamelin. Celle de la Petite Brebis, que Ton doit à M. Paul 
Goordon {Reuue, 3e série, 111,260), est peat-étre la meilleure du languedocien 
moderne. A ces témoignages d'une des préoccupations littéraires du midi de 
la France en 1877-1880 doivent être ajoutées to Roso e lou Soulèu^ ainsi qu'un 
commeneement de traduction des chants populaires de la Roumanie^ par 
M. Roumienx, et enfin quelques pièces de M. Bonaparte- Wyse, destinées à 
prendre place dans li Piado de la Princesso, recueil qui contiendra toutes les 
oeuvres que son auteur a disséminées en divers périodiques, depuis la publica- 
tion des Parpaioun blu. 

* D est de mon devoir de signaler ici certaines irrégularités signographiques 
qui mettraient à la torture Tesprit des futurs Saumaises de la littérature méri- 
dionale, si même elles ne devenaient des présomptions d'inauthenticité k] l'en- 
droit de quelques-unes des poésies insérées dans V Album macédo-roumain. 
Sauf la première et la troisième, toutes celles qui étaient destinées à y figurer 
furent centralisées à Montpellier, au secrétariat de la Société des langues ro- 
manes, où la vérification de leurs manuscrits fit constater que le numéro IV 
n'avait pas été signé, et qu'il en était de même des numéros Vil, YIII et IX, qui 
avaient été préalablement recopiés. Les noms de MM. Bonaparte-Wyse, Adel- 
phe Espagne, Clair Gleizes et Laforgue, furent en conséquence cloutés au bas 
de ces quatre pièces par celui-là même qui écrit le présent article. Il était, lors- 
qu'il agissait ainsi, loin de se douter que ces mentions lui reviendraient auto- 



148 HIBLIOaRâPHia 

V. Boarrell/ (Mànus): Lou Reire e lou Felèn (rAïeul et le Petit- 
Fils), 22 ; 

VI. EsPAGNK (Adelphe): Au Pople de Roumanta{kn Peuple de Rou- 
manie), 43; 

VIL Ga6na.ud(A. de): A-n-uno Jouvo Escoulano latino (Ten Ma- 
cedôni (A une Jeune Ecolière latine de la Macédoine), 47-48; 

VIII. 6LEizBs(Clair;: la Culido defigo (la Cueillette de figues), 48; 

IX. Laforgue (Camille): Sounet (Sonnet), 57; 

X. Langladb (Alexandre): A la Mata escabartada {A la. Touffe 
égarée), 57-58; 

XI . Mistral (Frédéric): A la Roumanio (A la Roumanie), 82-83 ; 

XII . Roque-Fkrribr (Alphonse): hu Bialoc de Clarmount (le Dia- 
logue de Clermont), 1 19 ; 

XIII. RouMiEUx (Louis) : Floureto (Fleurette), 126-127; 

XIV. Roux ^Antoine) : VEstela de Roumania (l'Étoile de Rouma- 
nie}, 127; 

XV. Le Frère Savinien (des Ecoles chrétiennes) : J i?ot*man (Aux 
Roumains), 128-129; 

XVLTavan (Alph.): A Mirèio Gleize (A Mireille Gleizes), 131-132 *. 

On peut y ajouter, pour compléter le lot du Félihrige^ une page 
de M. de Quintana, animée par le souffle lyrique des paroles qu'il 
prononçait à Montpellier, le 24 mai 1878, quelques instants avant .que 
Ton décernât à M. Alecsandri le premier prix du Chant du Latin. 
Sous l'uniformité de la prose, vibre la strophe de l'ode que le poëte 
catalan sentait bouillonner en lui. 

Salut, pople valhent, nosta prima avant-garda, 
De l'asempre latin subre aimât caga-nis ; 
Lou sourel amourous de looga t'arregarda 
Que dins la oegra nioch sen encara endourmits ! 

a dit M. le docteur Espagne dans le premier des deux quatrains qui 
forment sa pièce Au Pople de Roumania, et ce salut, d'une concep- 
tion tout orientale, résume assez bien la pensée que MM. Arnavielle, 
Barbe, Langlade, Roux et le frère Savinien, ont plus longuement 
développée, celle que M. Mistral a exprimée dans le sonnet suivant, 

graphiées, sans que le moindre erratum fût possible. Ainsi que les précé- 
dentes, la. signature de la traduction française de la Sirène, par M. Théodore 
Aubanel, ne représente que l'écriture'du secrétaire de la Société des langues 
romanes, 

* Quelques-unes de ces pièces ont été reproduites en des publications méri- 
dionales. Ainsi, celles de MM. Tavan et Arnavielle se Wseni, Armana prouven- 
çau de 1881, p. 25 et 42. Le sonnet du frère Savinien figure dans lou Cacho- 
fio, annuari prouvençau pèr Van 1881. Avignon, in-t2, p. 46. 



BIBLIOaRAPHlB 149 

avec la simplicité et la magistrale netteté que lui seul pouvait y met- 
tre : 

Quand lou chaple a près fin, que iou loup e la rùssi 

An rousiga lis os, Iou soulèu ilamejant, 

Esvalis gaiamen Iou brumage destrùssi, 

E lou prat bataié tourno lèu verdejant. 

Après Iou long trapé di Turc emai di Rùssi, 
Tan visto ansin renaisse, o nacioun de Trajan, 
Coumo l'astre lusènt que sort dôu nègre esclùssi 
Emé lou Douvelun di chato de quinge an I 

E li raço latino, 
A ta lengo argentino. 
An couneigu Tounour que dins toun sang i' avié ; 

E fapelant germano, 
La Prouvènço roumano 
Te mando, o Roumanlo, un rampau d*ôulivié. 

M. Clair Gleizes a fait de la Culido de figo un petit tableau d'une 
grâce anacréontique ; le sonnet de M . Laforgue est d'une réelle am • 
pleur de poésie ; M. Bonaparte- Wyse exalte dans ses vers la forêt de 
la Sainte-Baume, ses « ckênes à mille feuilles, ses hêtres à tronc 
lisse »,ses taillis « remplis de rossignols, de fleurs et d'ombrages », 
et il raconte comment son grand-père, Lucien Bonaparte, lou sublime 
inchaiènt dôu scètre dis Espagne, parvint à les sauver en 1793 de la 
hache des clubistes de Saint-Maximin. Les pièces de MM. Aubanel, 
Bourrelly, Roumieux et Tavan, ne diminueront pas la réputation de 
ces maîtres-poëtes, toujours en quête du mieux littéraire et linguis- 
tique. Celle de M. de Berluc-Perussis est l'opposition, obscure peut- 
être en première lecture, mais à coup sûr fort heureuse, des paroles 
prophétiques que sainte Anne, l'aïeule du Christ, fait lire à la Vierge, 
dans le beau groupe de la basilique d'Apt, et des pensées d'une jeune 
écolière latine du Pinde, sous le regard de laquelle l'auteur croit lire 
l'espoir, non pas d'un Alexandre macédonien, mais d'un Alexandre 
néo-latin, qui réunirait en un seul faisceau les populations roumaines 
aujourd'hui dispersées, celles-là mêmes que M. Camille Laforgue, usant 
du langage métaphorique des poètes moldaves et valaques, comparait 
aux « rameaux éparpillés du chêne » qui fut jadis le roi de la con- 
trée*: 



^ tt Soueti que la Roumanlo veje mai s'acampa, seloun l'image felibrenco de 
soun pople, «lous ramels esparpalhats dal garric»; soueti qu'oumbrajou tourna 
soun viel trounc e querefagou Taure majestous, Iou rei antique de Tencoun- 
trado. » {Brinde pourtat à la Roumanlo^ p. 6.) 



150 BIBLIOGRiPHIS 

Dintre Santo-Ano d'At, vièio glèiso qu'aman, 
Ounte la grand d6u Crist bresso, aseolo, acourajo, 
S'amiro an maubre pur, qu'un Fidias rouman 
Tremudè 'm' un cisèu d'or, en divino pajo. 

Sus la Biblo duberto Ano pauso uno man ; 
Mario, afeciounado, en un saume s'assajo 
A legi qu'un Sauvaire es proumés is uman : 
Demando ounle déu naisse; e le sourris la miy'o. 

Aièr, davans la Vierge, istere pensatiéu : 
Aquéu front clin e siau me semblavo lou tiéu, 
Levantesco en flour e digno dôu carraro I 

Sout riue meirau de Roumo, au libre d'aveni, 
Te vesiéu destriha lou noum d'un que, tout aro, 
Nous rendrié l'Aleissandre e li tems avani^. 

Ce sonnet est écrit dans le langage d'Avignon et non d'Aix et de Marseille, 
comme l'indique, par erreur, l'attribution dialectale de VAlbum. 

Les fautes d'impression de ces diverses pièces sont moins grandes qu'on ne 
le supposerait d'abord. Voici la table de celles que l'on pourrait y relever. 

La Sbreno. — P. 11, col. i, 1. 10, la Sirène, /. la Sereno ; — 1. 16, d'où, /. 
dôu ; — 1. 19, sièro, l. fièro. 

A soDS Praires balakos. — P. 16, col. 1, 1. 50, autan, /. antan; — 1. 5J, 
ponderouso, /. pouderouso ; — 1. 56, qu'auttes, /. qu'autres ; — 1. 58, apilonta, 
/. apilouta. 

DiNS LA FOURÈST DB LA Santo Bauho. — P. 19, col. 1, 1. 22. Ce draiôu, /. 
draiôu;— 1. 30, autan, /. antan; — 1. 44, Lieu per bono escascènço, /. Siéu 
pèr bono escasènço ; — 1. 46, Erné, /. emé; — 1. 52, teu, /. ten ; — 1. 53, si 
fiéu, /. li fiéu. — Col. 2, 1. 10, l' amours, /. l'amour; — 1. 14, roussignôn, /. 
roussignôu; — 1. 18, is me, /. is iue; — 1. 20, tan, /. tau; — 1. 23, serre, /. 
resso. 

Lou RimE B LOU Felen.— P. 22, col. 2, 1. 10, l'éis, l. leis; —1. 12, digne, 
/. digue ; — 1. 15, euo, /. acô ; — 1. 16, ni a' nearo, l. n' l'a 'ncaro : — 1. 17, 
détour, /. de tout; — 1. 18, ai, /. an ; — 1. 20, signes, /. signés. 

A-N-uNO Jouvo EscouLANO LATiNO.— P. 47, col. 2, 1. 44, sur, l. sus. — P. 48, 
col. 1, 1. 1, devans, /. davans. 

La CuLiDO DE PiGO. — P. 48, col. 2, 1. 10, voules, /. voulès. 

SouNET. — P. 57, col. 2, 1. 14, mirgacho, L mirgalho ; — 1. 15, boissons, /. 
bouissous; — 1. 17, drachau, l, dralhau. 

A LA Mata escabartada. — P. 57, 1. 40, mato, /. mata ; — 1. 44, l'aubo, . 
l'auba; — 58,1. 3, lau, l lèu; — 1.6, lo malo erboulho, es encaro, /. la mala- 
erboulha, es encara; — 1. 7, Ion, /. lou. 

Lou DiALOc DE Clarmount. —P. 119, 1. 10, coscut, /. cosent ; — 1. 11, éclai- 
res, l. esclaires; — 1. 13, m,rcis, ^mercis;— 1. 14, aloudats, /. aloubats; — 
1. 22, je, /. ie ;— 1. 26, je, /.se ; — 1. 29, uz, /. ur. 

Floureto. — p. 126, col. 2, 1. 38, das mai, /. pas mai.— P. 127, col. 1, 1. 2 
escampers, /. escamperes. 



BIBLIOGRAPHIB 151 

JJ Album maeédo-roumain possède, en outre, un intérêt qu'il ne 

nous serait pas permis d'oublier dans la Revue. Le Chant de la race 

latine d'Alecsandri * y a été imprimé avec sa notation musicale, et le 

premier de ses vers: Latina ginte-Vo reginaî (La race latine est la 

reine [de toutes les races]) figure sur le haut de TArc de Trajan, qui, 

entouré de divers débris de l'architecture romaine et gardé par un des 

jeunes soldats de Plewna,fait un beau frontispice à l'œuvre de M. Ure- 

cbia. On lit encore dans TAlbum une intéressante étude de M. Nie. 

Densusianu sur les Macédo- Roumains dans la Croatie et VEscla- 

vonie; une poésie populaire recueillie à Cruso va (Macédoine), par 

M. Vangeliu Petrescu, et accompagnée de notes philologiques; des 

articles sur les Roumains de la Turquie d'Europe, de la Hongrie et de 

la Grèce, par MM. Maniu, Melidon, Misail, Odobescu, etc., et enfin 

de curieux et navrants extraits, par M. de Marcy, des dépenses d'Ab- 

beville, de Compiègne et de Rouen, où l'on peut constater l'accueil 

que la France faisait, pendant les XVe, XVI» et XYII® siècles, à ceux 

qui fuyaient la domination ottomane. Le chapitre de Notre-Dame de 

Rouen donne, en 1467, une obole d'or à deux chevaliers grecs, Dimi- 

trius Gommocy et Dorosionus Cantacosino ; le même chapitre accorde, 

en 1582, un secours à son petit « et afligé serviteur Stamati, pauvre 

gentilhomme du pays de Macédoine, que les Turcs avaient enlevé 

pour servir de genissaire. » En 1458, la ville de Compiègne alloue 

vingt-deux sous parisis en don, pour leur rédemption, « à Ysaachius 

et Alixis, son fils, cousin germain de l'empereur de Constantinople, 

ainsi qu'il est apparu par bulles de N. S . le Pappe et par mandement 

royal, lequel a été prins parles ennemis de la foi et détenu prisonnier 

au dit lieu de Constantinople, dont il est élargy aux cautions de deux 

de ses filles, ainsi que portent les dites bulles. » L'éloquence de Bos- 

Buet ne pàlit-elle pas auprès de cette aumône de vingt-deux sous pa- 

AMiRÈio Glbize. — p. 131, col. 2, 1. 17, au, /, an. 

C'est peu, si Ton songe que ces pièces ont été imprimées à quatre cents lieues 
du Languedoc, sur des manuscrits d'une écriture difficile et sans qu'il ait été 
possible aux auteurs de réviser eux-mêmes leurs épreuves. 

1 La poésie de M. Alecsandri a obtenu un des plus grands succès que Ton 
puisse ambitionner. Nous avons retrouvé l'œuvre de celui que ses compatriotes 
nomment avec raison le poète de la latinité dans le Risorgimento de Turin 
(15 juin 1878); dans la Raza latina de Madrid; la Llumanei^ade New- York; 
le Repertorio colombiano de Bogota, etc. Indépendamment des trois versions 
signalées plus haut, p. 147, elle a été traduite à Bucarest en vers français, par 
M. Frédéric Damé ; en vers italiens, par M. Domenico Muti {Gazzeta di Na- 
polij 16 juin 1878); en vers magyares, par M. Vulcan {la Familia, de Pesth, 
juin 1878); en vers espagnols, latins, etc., dans divers journaux qui ne nous 
sont pas parvenus, et, enfin, ce qui semble à peine croyable, en vers hébraïques. 



152 BIBUOGRÂPHIB 

risis, votée par le corps de ville de Compiègne aux derniers représen- 
tants de l'empire de Trajan et de Théodose? 

Les indications qui précèdent ne s'appliquent qu'à une partie de 
V Album macédo-roumain, mais elles suffiront à montrer que la va- 
riété de sa rédaction, le nombre plus considérable de ses pages, les 
indications géographiques et linguistiques qu'elles renferment, don- 
nent au recueil dont je parle une supériorité marquée sur le Raris- 
Murcie de la presse parisienne. 

La publication que M. Urechia menait à si bonne fin complète à un 
point de vue plus spécial, et dans un milieu différent, la conclusion qui 
se dégage des réunions où la Maintenance du Languedoc a marqué, 
par le langage de plusieurs de ses membres, et notamment par celui 
de MM. Laforgue, Boucherie, Achille Mir, Donnadieu, l'adhésion que 
les efforts des Roumains et l'œuvre de la Société macédo-roumaine 
rencontrent chez elle . Cette adhésion a été fortifiée par une représen- 
tation donnée le 5 juin de cette année sur la petite scène du Théâtre 
Roman de Montpellier, au bénéfice des établissements d'instruction 
primaire de la Macédoine. Détail à noter: le répertoire de la soi- 
rée appartenait exclusivement à la langue d'oc, et les œuvres de 
MM. Azaïs, Aubanel, Roumieux,Chastanet, l'abbé Joseph Roux, Paul 
Gaussen, Bigot et Charles Gros avaient contribué à le fonner*. La 
même journée avait vu la Maintenance du Languedoc, réunie sous 
la présidence de M. Laforgue, décider, à l'unanimité des membres 
présents, que son bureau solliciterait de tous les poètes méridionaux 
le don d'autographes inédits en vers ou en prose, et que ceux-ci consti- 
tueraient le lot unique et vraiment inappréciable d'une sorte de loterie 
philologique en faveur du but poursuivi par l'association de Bucarest. 
On peut se demander si l'ensemble de ces manifestations ne sera pas 
le point de départ d'une période nouvelle dans l'histoire de la poésie 
méridionale de la France. A la suite de l'exil de M.Victor Balaguer, 



* Voici les litres des pièces qui furent dites ou représentées : 

Lous Destorbis del mariage de Bibal, coûte en vers languedociens, par 
M. Gabriel Azaïs; 

EstivencOy poésie provençale» par M. Paul Gaussen ; 

La Liçoun de francés, saynète en un acte et en vers provençaux, par 
M. Louis Roumieux ; 

Lis Estello, poésie provençale, par M. Théodore Aubanel; 

Bernât de Ventadourn, poëme limousin, par M. l'abbé Joseph Roux; 

Lou Chavau de Batistou, conte en prose limousine, par M. Auguste Cha.s- 
ranet ; 

VOurs e li dotes Tafaiaire, — li Granouio, fables en provençal-nimois, 
par M. Bigot; 



BIBLIOGRAPHIE 153 

du voyage de M. Mistral à Barcelone et de son Ode aux Catalans, le 
Félibrige remit en honneur les souvenirs communs de la Catalogne 
et de la Provence ; la vieille fraternité des deux pays fut maintes fois 
célébrée dans les félibrées de Saint- Rémy, d'Avignon et de Montpel- 
lier. 11 est probable qu'une évolution d'un caractère plus général sera 
le fruit de la publication de V Album macédo- roumain et des mar- 
ques de sympathie que la Maintenance languedocienne du Félibrige a 
multipliées à l'endroit de la Roumanie. Non contente de mettre en 
lumière les points communs de la pensée méridionale et de la pensée 
roumaine, cette évolution les fera probablement tourner au profit de 
la conception du duc de Choiseul et de M. de Quintana, c'est-à-dire 
de l'idée confédérative, respectant, au sein d'un Latium plus vaste et 
plus libre que l'ancien, l'autonomie, les tendances et les intérêts des 
différents peuples de l'Europe et de l'Amérique latines. C'est là un 
point qui ressort avec discrétion, mais avec une netteté déjà signifi- 
cative , de la publication que nous entreprenons de faire connaître aux 
lecteurs de la Revue, 

La constitution de la Roumanie en royaume indépendant a donné 
naissance à diverses poésies, parmi lesquelles nous emprunterons deux 
strophes à une pièce anglaise de M. Bonaparte-Wyse, traduite en 
vers provençaux par M. de Berluc-Perussis, avec une habileté qui est 
loin d'être commune, même en ce temps de poètes à l'affût de tous 
les secrets de la rime et de la versification : 

nacioua, que d'uno nôvio urouso 

As la frescour, 
L'espèr a mes sus touD front la mai blouso 

De si lusour ! 
Li pople vièi, soun libre de memôri 

De pôusso es plan ; 
Tu, tout bèu just touD pouèmo de glôri 

Seduerb seren*. 

Mais la plus remarquable et la plus originale de ces pièces, aussi 
bien par la saveur légèrement étrangère, mais néanmoins très-litté- 
raire, de sa langue, que par l'origine populaire de son thème, est une 
poésie française intitulée le Petit Rameau, et dédiée à M. de Berluc- 

Magalouna, — Meste Nicoulàs, — Babau-Coucou, etc., poésies langue- 
dociennes, par M. Ch. Gros. 

Les pièces de MM. Azaïs, Bigot et Chastanet, furent dites par M. Martin 
(de Nimes), YïmmiinYAt jouglaire de la moderne langue d'oc. 

* Lou Brusc, n© du 21 août 1881. 

12 



154 



BIBLIOGRAPHIE 



Perussis par M. Alecsandri * . Elle a été traduite en provençal par ce- 
lui-là même àqui elle était offerte, et nous pensons ne pouvoir mieux, 
faire que de donner la version à côté de l'original : 



petit rameau 
Qui descends le fleuve 
Où nage et s'abreuve 
Le royal taureau, 
Ce flot qui scintille, 
Où t'a-t-il surpris? 
Quel est ton pays ? 
Quelle est ta famille ? 

Par le ver séché, 
Du poirier sauvage 
La main de l'orage 
T'a-t-elle arraché, 
Comme en sa colère 
La mort, triomphant, 
Ravit un enfant 
Aux bras de sa mère? 

Pour bâtir ses nids 
Sur la roche aride. 
Dans sa serre avide 
L'aigle t'a-t-il pris? 
Et des sombres grottes, 
L'autan irrité 
T'a-t-il emporté 
Sur l'onde où tu flottes ? 

petit rameau. 
Perdu, solitaire. 
Ainsi qu'un oiseau 
Chassé de son aire ! 
Triste et ballotté 
Sur la plaine verte, 



pichoun rampau 
Carreja pèr l'oundo 
Qu'abéuro prefoundo 
Lou majestous brau, 
Aquéu flot qu'esbriho 
Ounte t'a susprés? 
Toun pais, ounte es? 
Quinte es ta famiho ? 

Au perussié fer 
Seca pèr lou verme, 
L'aurige , dins Terme, 
T'a-ti près pèr l'èr, 
Coume, traite laire, 
La mort, trioumflant, 
Derrabo un enfant 
Di bras de sa maire? 

L'aiglo, pèr basti 
Soun nis sus II roco, 
Dins sis ôrri croco. 
Ai! te raubè-ti? 
Di baumo negrasso 
Quauque veut catiéu 
T'a-ti pourta 'u riéu 
Qu'aro te tirasse? 

Pichot ramelet. 
Perdu, soulitàri, 
Coume un aucelet 
Coucha pèr l'auvàri I 
Triste e sagata 
Sus la piano verdo, 



^ M. Alecsandri est depuis longtemps coutumier du français. C'est à lui que 
l'on doit la traduction des Ballades et Chants populaires de la Roumanie, 
que M. Ubicini fît précéder d'une introduction (Paris, Dentu, 1855,in-12). Le 
Messager de Vienne, journal [hebdomadaire] français d* Autriche-Hongrie, 
a publié , au mois de juillet dernier, un récit roumain, Balta Alba, écrit en 
notre langue avec une rare correction de style. On peut voir de lui, dans le 
Journal de Forcalquier (n© du 10 août 1879) et dans Ylàu de Pascas, p. xiii- 
XIV et suiv . , une lettre et des fragments de lettres françaises qui ont dû exer- 
cer une large partd'influencesur la phase littéraire à laquelle la présente étude 
est consacrée. 



BIBLIOGRAPHIE 



155 



Dans rimmensité 
Ta cours à ta perte ! 

Ne crains pas pour moi 
Le flot qui m'entraîne : 
Je sois fils de roi, 
J'appartiens au chêne. 
Atouclierleciel 
Dieu me prédestina ; 
Ma' sève est latine, 
Mon nom immortel. 

Un jour, hors de l'onde, 
Sur ce bord sacré, 
Je redeviendrai 
Grand comme le monde. 
Et comme autrefois 
J'aurai des couronnes, 
Car je suis du bois 
Dont on fait les trônes I 



Dins rinmensita 
Courres vers ta perdo ! 

— Cregnes pas pèr iéu 
S' emé lou flot courre : 
D'un rèi siéu lou fiéu, 
Apartene au roure. 
A m'aaboura naut 
Lou cèu me destino ; 
Ma sabo es latino, 
Moun noum inmourtau. 

Passa lou desbounde, 
Sus 'quest bord sacra, 
Moun brout greiara 
Plus grand que lou mounde. 
Coume antan, aurai 
Un reiau diadeime ; 
Car moun bos soûl fai 
De trône à bel eime ! 



Le chêne recouvrera-t-il ses rameaux, si étrangement dispersés 
loin de la forêt natale ? En d'autres termes, les petites Romanies de 
rOrient se grouperont-elles un jour autour de la grande Romanie da- 
nubienne, comme Fespèrent et l'appellent de leurs vœux bon nombre 
de Roumains? Le poetaet levâtes de leurs ancêtres d'Italie ont parlé 
souvent par la même bouche, et, malgré des tentatives récentes, leurs 
noms ne sont pas près de devenir synonymes du moderne *polititia- 
nus. Il ne nous est donc pas interdit de parler de ces espérances, et 
d'adresser à ceux qui nous en apportent l'expression les vers où 
M. Albert Amavielle les complète par l'affirmation d'un idéal encore 
plus vaste et non moins légitimement naturel : 

Creissès, croisses, o pichot mounde, 
Per lou grand mounde que revan » î 

(Croissez, croissez, ô petit monde, — pour le grand monde que nous 
rêvons!) 

A. Roque-Ferrikr. 



• Album macédo-roman, p. 9. 



CHRONIQUE 



Noas sommes heureux d'annoncer aux lecteurs de la Revue des lan- 
gues romanes que M. Camille Chabaneau, membre résidant de la So- 
ciété, a été nommé officier de Tinstruction publique. 



La Société vient de faire distribuer la dixième de ses publications 
spéciales : Muereglie, traduction en dialecte dauphinois de Mireille, de 
Frédéric Mistral^ précédée de notes sur le langage de Saint-Maurice- 
de-VEodl et suivie d'un appendice, par M. Maurice Rivière -Bertrand. 
Cette publication forme un beau volume in-8® de 200 pages. Son prix 
a été fixé à la somme de 6 fr. 



Livres donnés a la Bibliothèque de la Société. — Comput en 
vers provençaux, publié, traduit et annoté par Camille Chabaneau . 
Paris, Maisonneuve, 1881; in-8*, 28 pages; 

Traduction des Psaumes de la Pénitence en vers provençaux, pu- 
bliée pour la première fois, d'après le manuscrit d'Avignon, par Ca- 
mille Chabaneau. Paris, Maisonneuve, 1881;in-8»,40 pajçes; 

[Deloncle (Charles)]: Festo de Calderon. Espagno e Franco, remem - 
branço histourico, per un felibre toulousenc. Tullo, Mazeyrio, an 1881 ; 
in-8o, 8 pages ; 

Gagnaud (A. de): Moun Oustalet, pouësio prouvençalo, em' uno tra- 
ducioun en rimo italiano, pèr l'abat J . Spera. Montpellier, Imprimerie 
centrale da Midi, 1881; in-8°, 12 pages ; 

Laforgue (Camille): Brinde pourtat à la Boumanio, lou vu de sep- 
tembre MDCCCLXxix. Montpellier, Imprimerie centrale du Midi, 1881; 
in-8°, 16 pages ; 

LaiEorgue (Camille) : Brinde pourtat à Mistral e Bonaparte-Wy8e> 
lou VI de jun mdccclxxx ; in-8o, 16 pages; 

Laforgue (Camille) : Discours tengut davans la Court d'Amour de la 
Lauzo,lou xxvi de septembre mdccclxxx. Montpellier, Imprimerie cen- 
trale du Midi, 1881; in-8o, 16 pages ; 

Laforgue (Camille) : la Filho dal Moulinier, cansou. Montpellier, Im- 
primerie centrale du Midi, 1881; in-8o, 16 pages; 

Rivière-Bertrand (Maurice): M uereglie, traduction en dialecte dau- 
phinois de Mireille, de Frédéric Mistral, précédée de notes sur le lan- 
gage de Saint-Maurice-de-l'Exil et suivie d'un appendice . Paris, Mai- 
sonneuve, 1881; in-8o, viii-188 pages; 

Rouvière (Léon): Poésies languedociennes, publiées par C. de Val- 
lat. Montpellier, Imprimerie centrale du Mdi, 1881; in -8**, 44 pag. 



Le gérant responsable : Ernest Hamelin. 



Dialectes Anciens 



LES MANUSCRITS PROVENÇAUX DE CHELTENHAM 

in 

Lk COUR d'amour 
{Seinor vos que rofes la flor) 

Nous croyons devoir donner une place à part, dans ces glanures 
provençales, à une pièce du Chansonnier Mac-Carthy, malheureuse- 
ment incomplète de la fin, qui mérite toute l'attention des provença- 
listes, autant par son étendue que par Tintérèt du 8i\jet traité. Cette 
espèce d'Art d'aimer est certainement antérieure au Roman de la 
Rose^ et peut fournir matière à une comparaison intéressante avec la 
partie de cette curieuse composition qui est due à Guillaume de Lorris. 
On la comparera aussi utilement avec le Sonffc vert, poème (rançais 
que nous nous proposons de publier incessamment d'après fe manu- 
scrit unique de Spalding (AngleteiTe), ce qui nous fournira Tocoasion 
de revenir sur le poëme provençal . 

Nous n'osons nous flatter d*avoir toujours réussi à dissiper les obs- 
curités qu'il est naturel de rencontrer dans un sujet allégorique ; la 
difficulté était d'ailleurs augmentée par cette circonstance, que nous 
ne disposions que d'un manuscrit. Nous avons cependant fait tous 
nos efforts pour rendre le texte intelligible, sans toutefois nous aven- 
turer bien loin dans la critique conjecturale, et nous avons marqué 
d'un point d'interrogation les mots ou les vers qui ne nous paraissaient 
pas offrir de sens acceptable. 

La Cour d'amour 

{Po 30,ro,coi.l.)[S*]einor vos que volez la flor 
E la corteszia d'amor, 
E non avez soing dautr'aver, 
Mas ab joi voletz remaner, 
5 Auzatz un romanz bon e bel, 
Bastit de joi fin e novel, 
E gardatz, quant Tauresz auszit, 

* On a laissé en blanc, pour le rubricateur, la grande lettre initiale S; de 
même au vers 125 et à chaque alinéa. 

TOMS VI DB LA TR018IÈM1 SÉRIE. — OCTOBRE 1881. 



158 MANUSCRITS DB CHBLTBNHÂM 

Non metatz los motz en oblit: 
Que za negus hom no fara 
10 So quel romanz comandara, 
No sia plenz de cortezia, 
E que non queira villania. 
Que lo .be que lo romanz di 
Fasson las dompnas el drutfi, 
15 E gardon se de la folitf 

Quel romanz deveda e castia : 
Que vos sabetz qu'ab desmezura 
Per amors a cors sa dreitura, 
Que malvestat e putaria 
20 NoUaisson tener dreita via. 
Per so han fag novella amor 
(Col. 2.) D'una dompna de gran valor 

.viij. XX. quedonasqe pulsellas, 
Q'an trobat lurs raszons novellas, 
' 25 Coment amors sia liais, 

Fuguon s'en las falsas els fais, 
Q[e] a tant amors parlament, 
Nos taing haza galiament. 
Ora zuzatz com araszona 
30 Sa gent Amors la dousa el bona. 
Mas premieramens vos dirai 
Sos conpainons, ni bon estai 
Ab oui faz[ia] acordament, 
D'amor lo liai zutgament. 

35 [Bjl temps qel roissignol faz nausa, 
Que de nueit ni de zor no pausa 
Desotz la fuella de cantar, 
Pel bel temps que vei refrescar, 
Aven que Fin Amors parlet 

40 Ab SOS barons en son rescet, 
En son del puei de Parnasus ; 
Zoi e Solaszforon laisus, 



V.12,ms., querrez ; 18, damorâ ; 29,orazuzatz cornent; 30, e la ; â2, estaz; 
6, Dueut. 



MANUSCRITS DE CHBLTENHÀM 159 

E Ardimens e Corteszia, 
Qe de flors Ten zonchon la via ; 
45 Bon' Esperancha e Paors 

Li porton de denant las flors ; 
D'autra part, Larguesza e Donneis 
Lo meron en un leit d'orfrels ; 
( F*, col. 1 .) Celars e Dousa Conpania 

50 Geton (de)sus idesa floria. 

Lo cortes pueih, de Tautra part, 
Delfuoch d'amor relusz es art: 
D'aqui mon[ta] tota la joza 
Qu'Ajnors permet lomond' envoza. 
55 E d'autra part son las floretas, 
La[s] ruosas e las violetas, 
Qi trameton lor gran douszor 
Denant Toleil de Fin'Amor. 
E d'autra part ha cent pulsellas, 
60 Q'anc negus hom non vi plus bellas; 
E chascuna ha son amador, 
E son vestu d'una color, 
[Ez] baison ez braisson soven, 
E mantenon pretz e joven ; 
65 [E] totz temps han aital desdug, 
* Ad aital gen vai be, so cug. 
E d'autra part hac un ombrage. 
On hac maint [bel] auzel saulvatge. 
Que canton la nueit e lo zor 
70 Voltas e lais de gran dousor. 
[E]z el mei loc ac un castel, 
Q'anc negus om non vi plus bel, 
Que non ha una peira el mur 
Non luisza con d'aur o d'azur. 
75 D'aqui guerezon Vilania, 

Las clauson Pretz e Drudaria, 
El gaita q'es el castel cria : 
« Esta lo drutz contra s'amia, 
E l'amia contra son drut: 

46, portent; 54, pennes; 69, cantent; 71, Zel; 76, Las clans son preti 



160 MANUSCRITS DB CHBLTBNHAM 

80 Ëranon sera ja sauput. 
Ar es lo luochs e la saiszos 
Qu'ieu haz endormitz los gilos. » 
Davant la porte hac una font, 
E non a tan bella el mon, 
85 Qi sortz en una conca d'aur; 
De tôt lo mont val lo tesaur ; 
N'a om el mont, si n'a begut, 
Que, cant qe es e cant [qe] fut, 
Non sapchza de be e d'onor, 
90 Qe non oblit ira e dolor. 

Claus'es de laurie[r]s e de pis, 
E de pomiers de paradis ; 
De flors de lizs es coronada, 
Que nais menudet en la prada. 

^ 95 Aqi sasis a parlament 

Amors, e pari et bellament, 
(En)aissi con deu far lo seingner 
Q'a tôt lo mont a destreigner. 
Esgardet vas terra un petit, 

100 Con sabis om, e pueis ha dit : 

« Seinors, eu me lau be de vos, 
Mas vos sabetz qe totz om pros 
(f^31,r%co/.l.)Deu gardar q'en sa seinoria • 
Passa om sen e lais folia ; 

105 Qe vos sabetz q'ad obs d'amar 
No val re que vol follejar, 
Que Tautrer nos dis Johanitz 
Que leons aucis la formitz ; 
Don ieu aisso dig contra vos 

110 Que vos faitz aitant fort joios: 
« Us vassal qe no er cellatz, 
Si donna li fai sos agratz, 
Si a el non s'ennanara, 
E lo blasme li remanra. » 

115 Vec vos la fromitz el leon, 

La donna es morta pel garchon^ 

98^Qet. 1. m. ha a destreigner; 109, Don iois. 



MANUSCRITS DB GHELTBNHAM 161 

Eus comanc non fassatz mais re , 
Mas donatz zoi lai on conve ; 
Ais enfantz fatz con a d'enfans, 
120 Alsparladors donatz parlans, 
E metetz en tôt tal meszura 
Q'eu no i perda ma dreitura, 
Que pros om i a grand onor, 
Qan fai be Tafar son seinor. » 

125 [A]pres araiszonet Solaz, 

Tota la cort estet en paz : 

« Seinor, moût si deura sofrir, 

Qe moût deu om son cors cobrir, 

Qe non diga tôt son coratge, 
(CoL2.) 130 Ni non mostre grand alegratge ; 

Mas lai on es luechs e meszura, 

Q'amors per be cellar meillura, 

Qe Tauzel, cant el ve lo latz, 

S'en fui d'aqi tost e viatz; 
135 Tôt altretal fai de mânes 

Vilans, qant vei orne cortes, 

Que yiu de joi e de solatz 

E porta trezador ni laz, 

Quant el lo ve serra[r] sa porta, 
140 Ë sa moiller es pesz qu*a morta. 

Aisso die per vos, don Solatz, 

Qu'ez mos amig[sl e mos prevatz, 

Ez affî vos la mia fe 

Qe tôt lo mon non am tan re ; 
145 Mas voill que laissetz la gaies(s}a, 

Qan non es luechs que si beus pesa. 

Vos ensegnarai vostre pro, 

Qar eu n'ai fort bel gaszardo, 

Qe vos faitz amors comenssar, 
150 Vos faitz Tun a l'autre agradar. 

Vos non voletz enuei ni plors, 

Viulas [e] dansas e tanbors 

E joventz vos fan compania ; 

127, si de uro, avec un sigle sur V\i; 150, agardar. 



m MANUSCRITS DE GHELTBNHAM 

Seigna vos qi no s'ablavia 
155 D'amor, qe vos lo metretz lai, 
On om non moissonna mas jai. » 

(F% col. 1.) [Ajpres parlet ab Ardtment: 

« De vos me lau eu ben e gent, 
Que vos faiz toszeta ardida, 

160 Q'a paors neis d'aucel qant crida ; 
Pueis laffasseitz vos tan segura 
Q'a son drut vaz de nueit oscura, 
Qe non tem marit ni parent 
Batre ni menassar sovent ; 

165 E faitz a paubre drut enquerre 
Donna q'a gran ôeu e gran terre, 
Qel ditz : c Se non laissas estar, 
Eu te farai ton envei far x> ; 
E cel, que de re non s'esfreda, 

170 Sitôt s'a petit de moneda, 
S'adoba ades de ben servir, 
Pueis [el] la fatz tant enardir 
Qu'ela oblida son lignatje, 
Sa riquesa e son paraje, 

175 E torna tôt son cor en lui, 
£ son bon amie ambedui, 
E per vos vai a parlament 
Drutz a si donz [ab] ardiment. 
En amor non val re paors, 

180 Ardiments es la claus d'amor. 

[C]ort€szia, de vos non sai 
Dir[e] lo[s] bons qe de vos hai, 
Ni non sai grazir las onors 
(CoL2.) Q'ieu hai de vos ni las lauszors, 

185 Q*ab plana razon de sofrir 
Me fatz a tot(z) mon abellir ; 
Ab lo sofrir avetz mesura, 
Per qe vostre bon pretz meillura ; 
Vos metetz mesura en parlar, 

163, ten ; 176, ambeduz. 



liÀNUSCRITS BB CHBLTBMHAM 163 

190 Envez no sabetz vos ja far ; 
Ni janegus om non erpros, 
Si non ha compania ab vos, 
Que aqel que i a compania 
Non fara orguoill ni foUia. 

195 [B]on* Esperansa, grand ajuda 

Me fatz, qar vostre cor nos muda 

Q'al premier que vol faire druda, 

El ven a lois, si la saluda, 

E pueis commens'a la pregar 
200 Per Deu q'ella lo déjà amar. 

Bon' Esperansa la lo guida, 

E sitôt noncha Tes gracida 

Sa pregueira al commensar, 

Ades lo faz ben esperar; 
205 Qe greu verreis jiovella amia, 

Q'a[l] premier non se fassa enia. 

Donna, per q'es q'altr' amie hai, 

Qel dira : a ges nous amarai » ; 

dira : « ges nous amaria, 
210 Q'onor e marit eu perdria »; 
(/^ 32,r*», col.l.) dira qe « plens es d'engan 

Vas amador, per qeus soan. » 

Bonesperansa ditz c'aiso(n) 

Non cal tôt prejar un boto(n), 
215 Qant el se desditz ne s'orguella, 

Q'adoncs se descausa e despuella. 

lP]aors, vos siatz benedeita ! 

Per vos vai drutz la via dreita, 

Qe, quant vai a si dons parlar, 
220 Qe el li cuida desmostrar 

E dire qe per s'amor mor, 

E vos li donatz ins el cor, 

Si qel non sab dire razo. 

Ni sab detriar oc ni no, 
225 Qe quant ha trestot jorn parlât, 

198, Eluen; 206, (al premier), cf. v. 197; 207, vers obscur. 



164 MANUSCRITS 0E CHBLTBMHAM 

Non cuja aver dit mas foudat ; 
E qant Ta trames son message, 
Et el pensa en son corage : 
(( Las ! aisol mandes solamen, 
230 Ben sabra q'ieu hai pauch de sen ; 
Jamais non virara sol Fuel, 
Aiso se tenra az orguel. 
CatieuM qe faras, sit forana, 

si tos messages t'engana? 
235 qe faras, si de tis lonja, 

01 messages te dis mensonja ? 
Ben saz q'e[la] m'escanara, 

(CoL 2.) E mon message me batra. 

Non fara, qe tan es cortesa, 
240 Ja non fara aital malesa. 

Caitieu ! mala la vi enanch, 

Sa plaja me toi tôt lo sanch; 

Bem pesa qar loi ai trames, 

Que SOS maritz es malares. 
245 E dieus I com aura vergoinat, 

Si mon message auci ni bat ! » 

Aici vos die : « on nos estem, 

Ren non ama om qe non tem.» 

[L]arguez[a]f vos voell castiar, 
250 E sim fatz vos tôt mon afar, 

Qe greu pot haver gran proesa 

Negtts om, si non ha larguesa, 

Ni causa no pot om trobar 

Qi tant vailla ad obs d'amar. 
255 Mais nott[s] cell qe vostra proesa 

Metas en orda cobet[e]sa, 

Niu[s] cell qe dones largament 

A neguna dompna qes vent, 

Qe qant il vos atrai nius tira, 
260 Ni del cor ne prec en sospira, 

229, mandetz; 233, sit sorma (sit forana =si elle te chasse? Ce mot man- 
que dans Raynouard); 253, ben; 256, orba ; 260, de prec sospira (prec a un 
trait horizontal sur le c) . 



MAMUSCRIDS DB CHBLTBNHAII 165 

Il non o fai mas feintament, 
Per 8o quel dones de Targent, 
El jois, qan cobeesa ajuda, 
Non es res mas amor venduda. 
( F% coL 1.) 265Per q'ieu vos prec qel fais sospir 
Nous puoscan Faver escotir ; 
Mais qant veires donna de pretz, 
Digas li vos eissa en privetz 
270 Qe, sil donas, il vos dara, 
E de confundreus gardara ; 
E pueis dara vos largament 
Joj e proesa e ardiment. 

[D]omneù, quius vol mal sia onitz : 

Per vos vai paubres drat[z] garnitz, 
275 E vai en ivern a la bisa 

Qe non ha freig en sa camisa, 

E conten se plus bellament 

Qe tais qe ha trop mais d'argent. 

E s'el es richs, el fara cort 
280 E torneiament e beort, 

E parla[ra] plus bellament 

Ab lo paubre q'ab lo manent, 

Per so que [ja] chadaus om diga 

Ben de lui a sa dousa amiga. 

285 [C]elamens, vos es [ben] la flors 
Don nais e creis lo joy d'amors : 
Vos non voles envei ni bruda, 
Ni ja donna no er batuda 
Per re qe vos digatz en fol; 

290 Vos non li viratz sol lo col, 

Qant om ve, ni fatz semblant 
{Col, 2.) Qe de ren mens alatz calant ; 

E quant es la sasons nil loc(s), 
Vos fatz pareiser vostre joc(s). 

295 Qan es partitz, cuza cascus 
Qe siatz monges ou resclus. 

279, £ cel; 289, qi vos. 



166 MANnSGRITB DB CHBLTBNHAM 

Vos Yoletz vostre joi en pasz 
Vos mantenez joi e solasz ; 
Per cortesia e per onor, 
300 Vos doin la baneira d'Amor. 

[D]olsa Compatna, fîna druda 

Es soven per vos ben venguda ; 

E cela res qi plus 11 platz, 

Son bel amie entre sos bratz, 
305 El baisza mil ves en la boca, 

Qe, qant sos bel cors alsieu toca, 

Ella li ditz per plan solaz : 

« Amies, enveja vos mos braz. » 

— El li respon : a Donna, el non 
310 Tan qan vos mi faitz m'es tan bon, 

M'arma, mos cors, so m'es avis. 

Es el met luec de paradis. 

Bels amies coindes e joios, 

Se ieu ren vaill, so es per vos, 
315 Q'anch Gai vains no saup re d'amors. 

Ni anch Floris ni Blanchaflors, 

Ni Tamors Ysolt ni Tristan, 

Contra nos dos non valg un gan ^ 
(/^33,r>,co/.l.)^®llft donna, tant qant viurai, 
320 Sachas de fi vos servirai, 

Q'ieunonvoellq(e)'amortni a vida 

La nostra amors sia partida. » 

E volrion mais esser mort> 

Q' entre lor agues un descort. 

325 [P]fnidaria, vos es dons près, 
Qe del castel las claus tenes ; 
Car das qes aquest dui baron 
Vos adviszon negun preszon, 
Qe lo metas en fuec d'amor, 

315, ni sore damors ; 327, dez barons. 

* Cf. Arnaud de Mareoil, Domna genser que no sai dir, et la pièce du 
même troubadour récemment publiée dans la Revue des langues romanes 
(août 1881), TarU m*abelis em platz, v.l46 et suiv. 



MANUSCRITS DE GHBLTBNHAM 167 

330 Gardan lo la nueit e lo zor, 
E zamais non hajon [nul] be, 
Tro lor donnas n'ajon merce, 
(Si) prenon donnas dos tans plus fort, 
Las conduisetz trus q'a la mort, 

335 Tro que mandon a lur amies 
Qe non lor ajon cor enics, 
Qe fort fer deu om tormentar 
Las donnas, car se fan pregar. 
E si chai venon amador, 

340 Donnas ni drutz de gran valor, 
E vos lo[r] fatz fort bel ostal, 
Asetzes los al deis rial, 
E colgas los lai dins la tor. 
En la mia cambra de flor. » 

345 [Q]ant Amors hac a gran leszer 
(Co/. 2.) Comandat e dit son plaszer. 

Las donnas Fan ben autreiat 

Qe d'aco qe ha comandat 

Li faran de tôt son talan, 
350 Qe ja mot non traspassaran; 

Mais de leis volrion saber 

Qal amor deu hom mais tener, 

E preigan lo^ com lor seignor, 

Q'el las engart de desonor, 
355 Qe, tant pros donnas coma son, 

Non hajon blasme per lo mon, 

Ni qe lor pretz ni lor valor 

Non lur destrua Fais" Amor, 

E qe lur diga soltiment 
360 Per razon e per jugament 

So qe fai d^amor a gardar, 

E aco q'hom en dei ostar. 

[S]o dis Amors: « Bon conseil sai 
Na Cortezia, q'ieu vez lai ; 



390, la nuetit; 333, vers obscur; 335, qz avec un trait horizontal au-des- 
sus; 337, fort sers; 345, bacs; 355, com ellas son. 



168 MANUSORIIB DB CHEOLTENHàM 

365 Voell qen fassa aquest jutgament, 

Qe sab per on monta e disent 

Amors. Ë qar sab ben q'il es 

Del mont la plus adreita res ; 

Il lo fera be ses engan. » 
37(i Cortesia pleigua son gan 

E [a]doba se de jugar : 

Qom certes, se fai pauch pregar, 
(F% coL 1.) Qant vei qu'ez luecs es avinents, 

Molt es grantz e preon son sens ; 
375 Puis parlet com savis e pros, 

Gent fon auszida sa razos : 

«[S]einors, per dreig e per usage 

Deu Amors gardar son parage, 

Qe paubrezta ab gentilesa 
380 Val mais que orgueill ab riquesa, 

Ni a sa cort non a(m) res at 

Mais servir ab humilitat. 

Eu vos o dirai breu e bon, 

E breviar voshai la raszon. 
385 Fin' Amors [dis] de qatre res: 

La premieira es bona fes, 

Ë la segonda li altatz, 

Ë SOS afars si a cellatz, 

E la terza si es mesura 
390 De parlar per la grant tafura, 

E la qarta sapchas es sens, 

Ab q'amors fai tots sos talons. 

Aquesta devem mantener 

E gardar de nostre poder ; 
395 Mais la falsa via bastarsa, 

Qe sec la gent q'el fuec fos arsa, 

Las trairitz e las venais, 

Las cantaritz els comunals, 

Que lor femmes (?) e lor(s) amors 
(C0/.2.) 400 Es tôt chaitiviers e dolors, 

369, nie ; 387, cegona, avec un trait horizontal sur Vo ; 398, canzaritz 
las. 



MANUSCRITS DB GHBLTEaSHÀM 169 

D'aqellas non deven pariar, 
Mas qant solament de blasmar. 
Aquest jutgament fait d'amor, 
Dreitz es c'om nol pot far meillor; 
405 E qi desdire io volia, 

Ben sapchas q*ieu loil defendria, 
En rendria mon cavalier, 
' Sin trobava encontra guerier. » 

[Las] donnas han ben entend ut, 
410 E an en lor cor retengut, 

Lo zutgament e mes en brieu, 

Per so que roblide[n] plus greu. 

Amors lo lor ha sajellat 

Ab son anel d'or niellât ; 
415 E segnet lo de sa man destre, 

Met ii non Paradis terestre. 

La Cortesa d'amor lo pren, 

En una caisa dousamen 

L'a mult bellament estuzat, 
420. El mei loec d'un samis plejat ; 

E dis als barons en rient : 

« Aves auszit lo jutgament 

Qe adreitaments an jutgat; 

Mas — qar saz qe m'en sabreitz grat 
425 Vos dirai d'amor de tal loc, 

Don maint plor tornaran en joc, 
(/^ 34, r°, coLl.) E maint joc tornaran en plor, 

Q'aital usatge han amador, 

Qe gai son qant be lor estai, 
430 E qant han tant ni qant d'esmai, 

Li plaint e li plor eill sospir 

Lur adviszon truesq'al morir. 

Mas drutz q' Amors vol conqistar 

Deu de mantenent demonstrar 
435 A si donz son cor s'esta[l]via(?), 

S'era plus rica qel reïna, 

415, man désire ; 435-6, la fausse rime montre que le premier vers est 
corrompu. 



170 MANUSCRITS DB GHBLTBMHAlf 

Q'una non trobares en mil 
Qe nous en tengna per gentil, 
Ë q'el cor nous en sapcha grat, 

440 Si ben non fai semblant irat, 

Q'il pensara : a Ges non soj laida, 
Pos aqest s'en vol metra en faida, 
E molt faria que felnesa, 
S'aquest gentils om de mi pensa, 

445 Se ieu non pensava de lui, 

Caisse non sap re mas nos dui, 
Q'el es coberts en son coratge, 
Q'anch nonvolgtrametre messatge, 
Ants m'o dis totz sols de sa boca : 

450 Ben conosch que m'amors lo toca. 
Ben ai pus dur cor d'un leon, 
S'el m'ama ez eu no voell son pron; 
E molt fazia gran pecat, 
(CoL 2.) S'el moria per ma beltat ; 

455 Q'el non sembla ges traidor, 
Qe, qan mi demonstret Tamor, 
Mudet très colors en una ora, 
Q'el devenc pus vers d'una mora ; 
Aqi eus devenc pus vermels 

460 Qel matj qan leva solels ; 

Aqi eus devenc [tan] pus blancs 
Qel color li fugi el sancs. » 
— Vec la vous entrada en consir: 
Adoncs s'adobe de servir 

465 Lo drutz ; e si plus non Teschai, 
El li soplei' ab cor verai, 
E digua q'il o puosca auszir, 
E fasa semblant de morir : 
« Donna, ben vous dei adorar 

470 Per la gran beltat q'en vos par, 
El tera es santa, q'ieu o sai, 
Qar anc sostenc(s) vostre cors gai.» 
E las lacremas iescan for, 

439, uosis; 440, sai ; 451, dru; 467-8, ces deux vers semblent interverti. 



MANUSCRITS DB GHELTENHAM 171 

Per so quel puesca embla r locor ; 
475 £ giet s'als pes de genoilos 

E digua : « Dieus, reis glorios, 

Salva mi dons la gran proesa 1 

Ë la beltat q'en lei s'es mesa, 

E voillatz q'el haza merce 
480 Del caitiu qe vez denant se. 
■ l^°, coL 1.) Dompne Dieus e merces mi vailla ! 

Gitas me d'aquesta batailla. 

Non yezes que denant vous mor, 

L'uel(s) mi volon saillir del cor, 
485 Tant vos hay(z) cellada Tamor. 

Mais s'un pauch d'aquesta dolor 

Sentis lo vostre cors certes, 

Ben sai que mi valgra merces. 

Las ! qu' hai dit ? Be fas a blasmar; 
490 Bella dompna, Dieus vous enguar 

Que za per mi laisor color 

Vezas en vostre mirador: 

De me non podes haver tort. 

Mais Toill traidor que m'an mort 
495 Veiramen son ill traidor ; 

Mais aimon nous que lor seinor, 

Mais ill se raszonon vas me 

Q'enquera mi fares gran be, 

Que tan bel cors com m'han mostrat 
500 No fo anch ses humelitat. 

Dompna, aisi soi per Tasajar, 

Ab un mot mi podez rie far, 

Que sol que m'apelletz amie, 

Vas mi son paubre li plus rie. d 

505 [La] dompna responda causida : 
« D'una re non soi ges marrida, 
Q'al mieu semblant be fora mesa 
{Col. 2.) En voz, sill cor al re no pe(n)sa 

L'amors de meillor qu'eu non soi ; 

510 Mais, sieus o die, no voz enoi, 

481, Dompna ; 489, que hai. 



172 MANUSCRITS DB CHBLTQNHAM 

Ni me perpens que vous dirai 
Ab altra voz, quan vos verai ; 
Que vous, drutz, quan vos es jauszit, 
Metes las dompnas en ublit, 

515 E tota dompna fora druda, 
Si non fos per aquella cuda. 
A altra vez, nous veiren be 
Ëz el mez membre vous de me, 
Queus farai de vostre plazer 

520 Quem plaira, sim venes vezer. » 
Que pro ha drutz ab donnejar 
De si dons et ab gen parlar ; 
"E quant Ta un lonc temps servit, 
El baisa ben la en riquit; 

525 Qel menre amors que si dons fassa 
A son drut, es qant vol que jiassa, 
Que drutz de si dons aidzinatz, 
El deve vilas e malvatz, 
E ublida se de donar^ 

530 De servir e dar mas portar. 
E si lo vol tener vaillent, 
Ab respeig lo fasa jausent; 
E qant li dara son bel don, 
Fassa aquel [11] sapcha tan bon, 
(f^35,r°,co/.l.)Que, qantTaura entre sosbraz, 

536 El non cug que(l) sia vertatz. 
Aiso queron li drut(z) leial : 
Qui pus en demanda fai mal. 

[A]pres aqist hom convinent, 
540 Conve q'il tenga sor cor gent, 
E que se gart de fol parlar, 
Q'hom non puesca en lui re blasmar; 
E d'una causa sia tricx: 
S'es paubre que se fengua ricx, 
545 Q'ab un petit de bel garnir 
Pot hom sa paubreza cobrir; 

525, si dompna; 533, so avec le sigle de os sur Vo; 534, oqael. 



MANUSCRITS DB GHELTBNHAM 173 

E gard, dom(m)entre q'er iraz, 

Sa dompna nol veja en Tafaz ; 

Q[e] totz hom, men[tre] q'es joios, 
550 N'es trop plus bella sa faisso(n)s. 

Als messages de sa maison 

Serva e prometa e don, 

Qels acuella plus bellament 

Qe s'eron sei privât parent, 
555 Per so que sa dompna la bella 

Aja de lui bona novella, 

E haja message certes ; 

Mais gart que hom non sia ges, 

Que miels dis dompna son talent 
560 A fem(i)na que ad autra gent. 

E fassa a si dons cembel, 
(Co/. 2.) Manjas e cordon et anel. 

Que tuit sabem ad esient 

Q'amistat creis per lausiment. 
535 Vj una causa non oblit, 

Ausen leis lause son marit, 

E digua que molt fora pros, 

Si non fos un petit gilos ; 

E s'ill s'en blasma tant ni qant, 
570 Cel li pot be dir al[tre]tant : 

« Dousa dompna, fei qu'ieu dei Deu; 

Vous lo conoissetz mielz que eu ; 

Mais totz temps creirai qu'el es pros, 

Qar Dieus vole ait en qu'es a voz. » 
575 E anso ven lai on estai, 

E si per aventura eschai 

Qu'el Tatrob sola mantenent, 

La bais e Tembraspe] sovent ; 

E sill se suffre à forsar, 
580 Prenda son joi ses demorar.' 

Or dompna vol per dreita escorsa 

Q'hom li fasa un petit de forsa,, 

Q'ill no dira ja: « Faces m'o »; 

560, belle; 563, Cacuella; 566, avia; 561, ci; 564, lausimet ; 573, que les. 

14 



174 MANUSCRITS DB CHSLTBOmAM 

Mais qui la força, sofris o. 

585 Soven deu a si dons parlar, 
Si pot o de loing esgardar, 
E mostre semblant cellador, 
Q'ill sapeha qu'el viu de s'amor ; 
( F", coL 1.) Enaisi deu son joi noirir 

590 Drutz que d'amor se vol jausir. 

[La] dompna que vol esser druda 
Deu enansi esser tenguda, 
Con gentils om se dona soin 
Del sparvier, qant Ta en son poin, 
595 Que garda quel plu(s)ma non fraina; 
Deu ill gardar que non remaina 
En sa cara q'il desconveigna, 
Mas, tota causa qez aveigna, 
Noi meta causa que i nosa ; 
600 Mais be pot gitar aigua rosa, 
Que quil baisza per gran dousor 
Cug q'haja l[o] cors plende flor. 
De si meteissa sia gilosa, 
Tant vol esser coinda e ginnosa, 
605 Que tota dompna es bella e cara, 
Ques ten cointamen et esgara, 
' E es de tôt en tôt perduda, 
Si car e gent non es tenguda. 
E loing sapchon retener grat 
610 D'aco q'il aura esgardat ; 
Ab vertat e ses tricaria, 
Demostro bella compainia, 
E ill paresca sotz la gimpla 
G[au]dire, cortetsa e simpla ; 
615 E qui ven a lois cortejar, 
{Col. 2.) Sapeha gen respondr' e parlar ; 

E gart per plana gentilesa 
Que no diga mot de malesa, 
Ni de folia ni d'orgueil : 
620 Qui gent parla semena e cuell ; 

584, sofre so ; 593, dompna ; 599, no iemeta ; 601, qui la ; 606, que s 



5] l'.LtiJ .lut}* * ir*nî rtj jt 4^a\ 
•Sîf JLJ 'ïïf ira;: * «« 'rvr.iruik 

S mj3l rksi irei^ f» jiA icr$\ 

<535 El saTidΣ^ai:«rs>a$i n$$^ 

Moh es Totscre cors de joi pl*s; 
Moh sabes mes%£l;ur coiai^àiih^ii 
Coftesda, foadat mb sen* A 

El orgueil mb bomililat* 

640 Ancbeîs bauriboii lait privât 
Un roissinol, c*om to8 mv^es^ 
Par ni dir quensdesconTeiges. 
(F*36,r*, coLl.) Yostre dit ban aitan d'onor, 

L^nn son bon e lantre meiUor* » 

645 [E] son amie non tricha ges, 
Nil digua mais so qne yers es. 
Que dompna e polpra e samit 
Trobares al ques d'un aquit, 
Que la porpra, pois es solada, 

650 Non pot esser jamais gensada, 
On plus la non la i sez6s(?), 
E dompna, puis engans i es, 
N'i pot esser d^engan represa, 
Jamais non pot esser oortosa ; 

655 Ni, pus com pot estain durar, 
Non pot jamais son prez oobrar. 
EiU cabeill ssion coindament 

62Bj gars; 626f et coindia; 642, que vos. 



176 MANUSCRITS DB CHBLTBNHAM 

Estretz ab fil d'aur o(n) d'argent ; 
Une sotilleta garlanda 
660 Gart q'uns pel front no sen espenda, 
E sion per plana gardât 
Ab vel de porpra e de cendat, 
Mais un sol petit c'om en veja 
Qel mons digua de fina enveja : 
665 « Ben ha(n) Tonor e la proesa, 

Dompna, del mon qi vos adesa. » 
E anon droit e per un fil, 
E coindament sion sotil 
Li sobrecil sotz lo bel front ; 
{CoL 2.) 070 Lo mentonet bel et redont, 

Las dents paucas e menudetas. 
Bel nas et bocas vermelletas, 
Ben faitas ad obs de baisar, 
Oui Deus volria tan onrar ; 
% 675 Blanc col, e port(e) sas bellas mans 

En gans, que nos veza vilans ; 
Bella borsa, bella centura, 
Com s'era tôt fait en peintura ; 
£ paresca bella e delgada 
680 Sotz la bella boc[lla daurada. 
D'una re se deu donar cura, 
Com Teste! be savestidura: 
Gent vistent (?) e gent afublans, 
Amorosa en totz son sembia[n]3. 
685 Bel sion li vestit defors, 
La camisa que tocal cors 
Sia bella, sotils (s)e blanca, 
Col neus en ivern sor la branca. 
Gent se cals e gent port sos pes ; 
690 Can[t] [es] ab dompnas de gran près, 
Am gentils ornes, qi qen gronda, 
Parle gent e digua e responda. 
La gimpla non sia ges mesa 
El cap a guisa de pagesa, 

658, sil daur; 662, e volt de; 6*79, dolguda ; 688, uuern. 



XàlîOSCRnS DB GHBLTBNHAM 177 

6d5 Am^s] sîa coindamen pausada,* 

Sobre las bellas crins planada; 
( V^, coL\S) E si deu anar en coasa {?), 

D^un cordonet daurat la fasa ; 

Que Taurplpel e li boton 
700 Rescemblon tuit d'una faison. 

Gent si tengua, sovent se baiu^ 

Eab nedesa s^acompain ; 

Yes (tôt) lo mon cuberta e cellada, 

Mais son amie sia aizinada, 
705 Quant sera luecs ni d'avinent. 

Eu haz ben dig al parlament 

So que li bon drut tenran car, 

E faral gilos enrabchar. » 

[Cjortesia ditz : « Dompn[a] pros, 
710 D'aiso m'acort en ben ab vos. 

Que molt es gQos en gran pena, 
Que, s'el bat sa moiller, forsena. 
Adoncs pens'ella : ce Ar amarai, 
Pois atrestant de blasme i bai. a 
715 E puis c'ave tôt entr[es]ait 

Que dis :« Mais esma, part e fait » , 
Cel la baisa e la percola, 
Adons la destrui e Tafola. 
Q'ella pensa : « Molt m'aima fort, 
720 Ben sufriria dreig e tort, » 
Per nient serion gellos, 
Batre ni blandir n'es ges bos ; 
Mais lais lor on anarlor pe, 
{Col. 2.) E venjalui bonamerce. » 

725 Amors aiso qel ven agrat, 
E ha devant se esgardat, 
E vi Merce venir corrent, 
Que volg esser el parlament. 
E quan Tan vista li baron 

702, so compain ; 714, ei; 716, es ma parte fait (ce vers m'est obscur); 717, 
perdola; 722, n {surmonté d'un trait); 725, qls, avec un trait sur /e q; il' 
faut sans doute admettre avaot ce vers une lacune de deux vers. 



178 MANUSCRITS DE CHBLTBNHAM 

730 No i a cel non sapcha bon, 

Montpolsa son cavallo flancs, 
Per un pauc que non es [ejstancs : 
Aquest tramonto Tamador 
Per faire clam a Fin'Amor 
735 De las dompnas, des cominals, 
Molt cuitas c'a tost li vasals 
Atant es a cort desendutz. 
Tuit diçon: «Ben siaz vengutz. » 
E el respon kcE Deu[s] sal vos, 
740 Amors, e tots vostre baros, 

E confonda aquiels qes eu vei, 
La cobezesa ez orguei, 
Q' entre c' aici m'an encausat, 
A qant loncs temps m'an trabaillat î 
V45 Amors, tôt lo mont han délit 
Dompnas, vos an mes en oblit, 
Qe s'era fils d'emperador, 
Ses paupre gens non a d'amor ; 
Mais aqell es onratz ses failla, 
750 Que promet lor diniers ei[s] bailla ; 
(/^37, r^,coLl.)E qant ha lo(r)s diniers pagat, 
El fausa los ha estuchat. 
Il dis : «Enqer non es saso(n)s, 
Autra ves trametren per vos »; 
755 E{1) ten l'en aquellabalansa 
E confont la bona esperansa ; 
E qant non ha plus que donar, 
Il lo gaba e laissa Testar. 
L'orgoilosza, oui Deus abata, 
760 Qant vei lo mantel d'escarlata, 
E lo var e lo cenbelin, 
La pois que mena lo train, 
LafiUa d'un villan caitiu 
Vos fara de mil drutz esqiu. 
765 E Amors deu esse umils. 

On plus es rica e plus gentils ; 

736, li;747, cera; 750, los. 



MANUSCRITS DB GHELTENHAM 179 

E s'ep filla'd'un cavaler, 

£ negas autra om Tenqer, 

Ela dira : a Ges nom eschai ; 
77Q Ne ja vilan non amarai. » 

E fai pecat s*enaisi (i)clama, 

Que totz om val lo rei qez ama. 

Aici intrameton Tamador 

Que vos regardetz lur dolor ; 
775 Per vos son mort et enganat , 

De lor avetz torts e pecatz ; 

E fares mal vostra fasenda, 
(^Col. 2.) Si de vos non han bella esmenda ; 

E c'om digua q'a bon signer 
780 Han servit, membre vos de lor. 



780, membreus. 



(A suivre.) 



Dialectes Modernes 



KATLANTIDE 

Lors delà publication de rAtlantida, le chef-d'œuvre le plus 
complet jusqu'à ce jour de la littérature de Catalogne, la Re- 
vue des langues romanes annonça brièvement le succès et l'im- 
portance du poëme; il nous a semblé qu'il convenait d'insister 
et, dans un travail de quelques pages, de mettre au courant de 
cette œuvre ceux que des études plus abstraites ou d'un at- 
trait moins immédiat et moins général absorbent tout entiers . 

L'abbé Verdaguer, qui est un des collaborateurs de la Bé- 
vue dont nous recevons l'hospitalité, n'a point débuté par ce 
grand eflEbrt lyrique. S' exerçant, même lorsqu'il s'asseyait en- 
core sur les bancs de l'Université de Barcelone, à des jeux 
poétiques bien indignes de sa gloire présente, couronné main- 
tes fois aux Jeux Floraux, présenté à Frédéric Mistral comme 
l'un des jeunes étudiants qui donnaient les plus belles espé- 
rances, il était resté, s'il faut l'en croire, un peu villageois 
et un peu rustique sous l'enveloppe d'érudition qui voilait 
son génie. Un jour, enfin, il dépouille ses souvenirs de viga- 
tan* : sa santé ébranlée le contraint à voyager loin du vallon 
natal. Brusquement, les montagnes, qui lui cachaient le monde 
et ses phénomènes naturels, disparaissent à ses yeux: seul, 
sur cette mer sans fin, sur cet océan sans bornes, il songe au 
passé du gouffre qu'il traverse. Les théories de Platon, les 
réminiscences du mystique Nieremberg, charment son ima- 
gination. Son sujet est trouvé : il redira la catastrophe qui dé- 
truisit le continent mythique chanté par Selon, ouvrit les co- 
lonnes d'Hercule, découpa la côte Atlantique, fit sortir la 
Grèce du sein des flots, renversa l'orgueil des Titans et ruina 
leur tour gigantesque. A la Havane, il s'approche du tombeau 
de Colomb et, sur la dernière couche de ce héros, qui donna 

* M. Verdaguer est né à Vich. 



l'aTLANTIDB 181 

an inonde àFEspagne et ne put obtenir d'elle un monument 
digne de son génie, il rêve de couronner son poëme par une 
large échappée sur les destinées de ce continent que TAtlan- 
tide, comme un pont d'or, unissait à l'Europe . 

Le sujet, par cela même qu'il était d'une grandeur déme- 
surée, présentait des dangers multiples: c'était d'abord la 
disproportion du cadre à l'action. Au milieu de cette nature 
chaotique, quels êtres faire vivre et agir qui ne fussent trop 
petits ? Il fallait des géants ; mais les géants ne sont plus des 
hommes, et les monstres n'intéressent pas longtemps. Tous 
ces personnages, qui n'ont rien d'humain que la parole, dont 
le cœur est un abîme de vertus et de vices mêlés en amalgame 
confus, n'ont point le charme des héros d'une Mirèt'o ; mais à 
ces défauts, qui sont ceux des épopées indoues, s'opposent des 
qualités que M. Y. a multipliées dans les pages de son poëme. 
Avec son art de peindre la nature à larges traits et à grands 
coups de pinceau, il la fait palpiter sous nos yeux, vivante 
sans réalisme outré: elle seule nous captive, et c'est à cette 
cataracte, à cette houle, à cet incendie, à cet écroulement, 
que nous nous attachons avec un attrait qui tient plus de Tad- 
miration et del'éblouissementque de l'intelligence absolue du 
détail. 

L'expression est digne du sujet ; grandiose, elle aussi, d'un 
goût point toujours très-sévère, d'un coloris étrange, mais qui 
semble convenir à cette nature antédiluvienne; car Mistral a 
trouvé l'expression juste en comparant VAtlantida à ces mons- 
tres reconstruits par Cuvier. Ce que le naturaliste avait fait 
scientifiquement, M. V. l'exécute dans le domaine de la littéra- 
ture, avec une force de poésie qui arrache toutes les sympa- 
thies et rend ses inventions vraies, alors qu'elles ne sont que 
vraisemblables. 

De l'idiome, je ne veux rien dire. On ne peut juger une 
œuvre à ce point de vue que dans le pays même où elle fut 
effrite, ou bien par une puissance de savoir que je ne possède 
pas. On dit en Catalogne que la langue de VAtlantida est l'idiome 
le plus purde toute intrusion d'éléments étrangers, le plus con- 
forme à l'antique tradition de son génie. De là vient, ajoute- 
t-on, les hésitations de ceux qui parlent le catalan abâtardi des 
Barcelonais. 



182 l'aTLâNTIDB 

Je vais copier ici, ne pouvant analyser tout le poëme, les 
strophes qui décrivent F Atlantide quelques heures avant la ca- 
tastrophe fatale: 

No hi hà sorrenques vores, ni rônegues carènes, 
Tôt l'herba ho encatifa rosada à bla ruixim, 
Gronxanthi entre lianes de nuadisses trenes 
La palma escabellada son ensucrat rahim . 

Encinglantse, la cabra esbrota un olm menjivol 
Des de un cayrell de timba penjada sobre '1 riu, 

Y Ifl bissonts s'arramadan ab ayre germanivol 
Dels Uimoners y mangles al régalât ombriu. 

Lo Pyrineuy l'Atlas, titâniques barreres 
Ab que mura rAltissim dos continents fronters, 
Agermanats embrancan aquî ses cordillères, 
Dant al condor neus altes, al ros&inyol vergers. 

Cervos gegants rumbejan ses banyes d'alt brancatge 
Que pren Taucell per arbres d'exelsa magnitut ; 
Astora les gaceles lo mastodont selvatje, 

Y als mastodonts esglaya lo corpulent mammuth. 

Semblava que, géloses, del mon â la pubilla 
Europa y Libia dassen, com noys petits, lo bras, 

Y que ella al foch del geni, estel que al front li brilla, 
Amunt, per la escalada dels segles, les guiâs. 

Il n'y a ni plages sablonneuses, ni collines vagues ; l'I^erbe mouillée 
d'une tiède rosée couvre tout, et le palmier échevelé balance entre des 
lianes aux tresses flexibles ses grappes sucrées. 

En grimpant, la chèvre broute un orme savoureux, au bord d'un 
précipice, suspendue sur la rivière, et d'un air de frères, les bisons s'y 
groupent à l'ombre délicieuse des citronniers et des mangliers. 

Les Pyrénées et l'Atlas, barrières titâniques par lesquelles Dieu 
mura deux continents frontières, y abouchent leurs cordillières sœurs, 
donnant au condor des crêtes neigeuses, au rossignol des vergers. 

Des cerfs géants portent fièrement des bois si hauts que l'oiseau les 
prend pour des arbres d'une grandeur supérieure ; le mastodonte sau- 
vage effarouche les gazelles, et le naammouth corpulent épouvante les 
mastodontes. 

Il semblait que, jalouses, la Lybie et l'Europe, comme des fillettes, 
donnaient la main à l'héritière du monde, et que celle-ci, à la flamme 
du génie, étoile qui brille sur son front, les guidait pour gravir l'esca- 
lier des siècles. 



L ATLANTIDE 183 

Guadiana, Duero y Tajo que l'or y plata escolan 
Vessants de les planicies d'Iberia àgrossos dolls, 
Per llits de pedres fines aDgiiilejant rodolan, 

Y dauran y perlejan deveses yayguamolls. 

Ab libîques rieres s'aplegan en Uurs vies, 
Ab lo Riu-d'-or capdella ses aygues lo Genil, 

Y si du aqueix de Bètica rumors y mélodies, 
Dunhi l'altre de Costa de Palmes y Marfil. 

Vestida, enmirallantshi, de pôrfir y de marbres, 
Entre *ls dos nus, com fêta de borrallons de neu, 
Mitx recolzada al Atlas y à Tombra de ses arbres, 
Del Occident cofada la Babilonia seu. 

Alla d'allâ, per entre falgueres ge^antines, 
De SOS menhirs y terres blanqueja Tample front, 
De marbres sobre marbres pirâmides alpines 
Que volen ab llurs testes omplir lo cel pregon. 

De 808 inmensos règnes la mar no ha vist Tamplaria, 

Y dormen tots à Fombra del seu gegant escut ; 

Y Tângis, Casitérides, Albion, Thule y Mel-laria 
Per cada riu envianlibarcades d'or batut. . . . 

Los cînamoms â rengles y poncemers altlvols. 

Le Guadiana, le Douro et le Tago, qui absorbent For et l'argent, 
coulant à gros bouillons des plaines dlbérie, serpentent comme des 
anguilles sur des lits de pierreries, dorent et emperlent les prés et les 
marais. 

En leur cours, ils se joignent aux fleuves de Lybie ; le fleuve d'or et 
le Génil mêlent leurs eaux, et, si l'un apporte les rumeurs et les mé- 
lodies de la Bétique, l'autre lui en amène de la côte de Palmes et 
* d'Ivoire. 

Comme formée de flocons de neige, vêtue de porphyre et de marbre, 
entre les deux fleuves et s'y mirant, à demi couchée sur FAtlas et à 
l'ombre de ses arbres, s'assied l'orgueilleuse Babylone de l'Occident. 

Dans le lointain, entre de gigantesques fougères, blanchit le large 
front de ses menhirs et de ses tours, pyramides alpestres de marbres 
sur marbres, qui de leur cime prétendent envahir le ciel. 

La mer n'a jamais vu l'immensité de ses vastes royaumes, et tous 
dorment à l'ombre de son écu géant; et Tangis, Cassiterides, Albion, 
Thulé et Mellaria, lui envoient par chaque fleuve des batelées d'or 
battu. . . . 

Les cinnamomes en files et les cèdres altiers, fléchissant sous le 



184 L ATLANTIDB 

Al dois pes ajupintse de llur novella flor, 

De dos en dos s*acoblan, en porxes verts y ombrivols, 

Hont guayta '1 rai g de Talba per reixes de fruyts d or. 

Los cirerers s'hi gronxan, de flors viventes toyes 
Ahont vessaren tota saflayre Maig y Abril, 

Y '1 fruyt ja bermelleja fent goig, entre les joyes 
Que s'enfila â penjarhi d'un cep toria gentil. 

Rieronets hi lliscan y fonts arruixadores, 
Llurs aygues adormintse sovint entre les flors, 
Mentre eixes mitx desclouhen los Uabis à ses vores 
Per dar à les abelles lo nectar de sos cors. 

Los brolladors escupen un riu per brochs de marbres, 

Y esbrinadîs al ploure lo ram de fos argent, 
Jugant l'iris corona lo cimeral dels arbres, 

Y 's veu entre ses tintes mes blau lo firmament. 
Cascades mil esqueixan ses ones de bromera 
Per esgrabons de pôrfir y balmes de cristall, 

Y estols de blanques ninfes desfan sa cabellera 
Pels remolins d'escuma, seguintlos riu avall. 

Pels riberenchs herbatges, corn un ruixat de perles, 
Festivol saltirona l'aucell del paradis, 

poids de leur floraison nouvelle, s'accouplent deux à deux en porches 
verts et ombreux, où le rayon de l'aube guette par le treillis des fruits 
d'or. 

Les cerisiers se balancent, 'vivants bouquets de fleurs, où Mai et 
Avril versèrent toutes leurs senteurs, et déjà le fruit rougit à faire 
plaisir entre les joyaux que d'un cep la vigne superbe vient y sus- 
pendre. 

Ruisselets et fontaines y sourdent : souvent ils endorment leurs flots 
entre les fleurs, tandis qu'elles entr'ouvrent sur la rive leurs pétales 
pour donner aux abeilles le miel de leur cœur. 

Par des bouches de marbre, les sources rejettent un fleuve en jet 
d'eau, et, tandis que le bouquet d'argent liquide se dissout en pluie 
menue, l'arc-en-ciel, en se jouant, couronne la cime des arbres, et en- 
tre ses nuances l'on entrevoit le firmament plus bleu. 

Mille cascades brisent leurs flots écumants sur des escaliers de por-. 
phyre et dans de*grottes de cristal, et des pléiades de blanches nym- 
phes détnessent leurs cheveux dans les tourbillons d'écume qu'elles 
suivent au gré du courant. 

Parmi les herbes de la rive, comme une pluie de perles, sautille 



l' ATLANTIDE 185 

Oushi glosar joyosos sinsonts y esquives merles, 
Y à estones gemegarhi lo tort anyoradîs. 

Voilât une description pleine de couleur et de vie que nous 
empruntons au deuxième chant du poëme ; les autres parties 
ne sont pas moins brillantes. L'espace nous étant mesuré, nous 
ne pouvons citer ni le récit de T Atlante assassin, qui est une 
ode d'un souffle très-puissant ; ni la romance d'Isabelle, qui, 
d'ailleurs, est à peu près intraduisible ; ni tout le chant de la 
naissance de la Grèce, œuvre sculpturale, taillée dans le mar- 
bre de Paros. Il est aussi un côté du talent de M. V. que nous 
devons mettre en lumière : c'est sa facilité à toucher aux su- 
jets grandioses, comme s'il lui était tout naturel d'exprimer 
des idées surhumaines. Je n'en veux pour exemple que ces 
pages de la Cataracte (chant V), dont je ne donne qu'une pâle 
traduction : 

<x Le Calpé n'a pas plutôt cédé à l'impulsion des flots, que 
par cette porte ils se précipitèrent en cascade, mugissant 
comme des fauves, et à chaque bras de sierra que la vague 
pelotonne avec elle, le goufre pour l'engloutir ouvre plus large 
sa gorge. 

» Un enfant s'écrie: — Qu'est-ce qui descend en troupeau 
de Gibraltar ? Ce ne sont pas les agneaux qui venaient paître 
les pousses nouvelles : ce sont des monstres rugissants, les 
crins hérissés : ma mère ! ô ma mère chérie ! ils vont nous écra- 
ser tous. 

» Tous! répète -t- elle, cette parole me brise le cœur: viens 
dans mes bras, mon flls, la fuite est inutile. Fuyez, fuyez vous 
autres, oiseaux qui avez des ailes ; moi, j'attends ici, avec qui 
j'aime le plus, qu'ils viennent me dévorer. 

» Le Volga, le Rhône, le Gange et cent autres fleuves avec 
leurs sables et leurs quartiers de rocs, semblent s'abîmer ici 
en tourbillons confus ; ainsi, ténébreuse éternité, sans limites 
et sans fond, ainsi tu engloutis, famélique, les générations et 
les siècles. 
» Et ils s'entassent, et ils reculent, et ils s'abîment comme 

gaiement Toiseau de paradis: Ton entend glousser les joyeux sanson- 
nets et les merles craintifs, et le tourdre plaintif gémir par intervalles. 



186 L* ATLANTIDE 

une trombe, après avoir tourné sur eux-mêmes; ils se préci- 
pitent, frénétiques, mer sur mer, dans ces creusements de la 
vague ou dans les vents et Técume qui luttent de rage. Le 
chaos semble renaître, le chaos, berceau et linceul du monde. 

» Il semble que la mer se précipite au fond de Tabt^ie, rou- 
lant de cordillière en cordillière, pêle-mêle avec les brouillards, 
Fouragan et la foudre, à la recherche des os de la terre, pour 
les donner à ronger à ces vautours du ciel. 

» Et là-bas, couvrant les plaines d'Hespéris, par moments 
elle soulève, ravine et ensevelit. Les sierras s'éboulent et tom- 
bent; les tours qui touchaient au ciel baisent la poussière, o 

Nous voudrions que ces quelques citations pussent inspirer 
le désir de lire le poëme, non pas dans la traduction inévita- 
blement trop faible que nous en donnerons prochainement, 
mais dans le texte, dans ces vers pleins et sonores, 
De l'antique beauté vision solennelle. 

Albert S aviné. 



Poésies 



urxEXOo 

A t&,ajo- un îour, à Siiiii-Cri$i<»xi, 
Èt'oii, li dûiio, àeis sus douce: 
Yesif qï^elo, nioim eor en don ; 
Quaiid me parlavo, Teniéu rouée. 
Anêi-mn. p^èl, long di calainc. 
Au jardin oerca deTiouleto; 
Frusî^ron, si det fres e bl&nc^ 
lia man brulanto e tremouleto. 

Èron belèu vint dins li biad. 
Mai pèr iéu Tenfant èro soulo : 
Un rai de sis lue m^'a giscla 
Coume on lamp an founs di mesoulo. 
Fasié 'n bouquet : dins la rumour 
Don blad que la caud amaduro, 
Iéu m^ avance, e, pale d^amour, 
Mete un blavet à sa centuro. 

Èron cinquante dins li prat : 
N'aviéu d'iue que pèr la mignoto; 

LA SEULE 

A Madame E. Parrocbl 

A table, un jour, à Saint-Chnstol, — les dames étaient six sur douso : 
— il Dévoyait quelle,moD cœur en deuil; — quand elle mo parlcdtjo 
devenais rouge. — Nous allâmes, puis, le long des abris, — au jardin 
chercher des violettes ; — ses doigta frais et blancs frôlèrent — ma 
main brûlante qui tremblait. 

Elles étaient peut-être vingt dans les blés, — mais pour moiTenfant 
était seule: — un rayon de ses yeux. m*a jailli — comme un éclair au 
fond des moelles. — Elle faisait un bouquet: dans la rumeur — du 
blé que la chaleur mûrit, — moi, je m'avance, et, pâle d'amour, — jo 
mets un bluet à sa ceinture. 

Elles étaient cinquaute dans les prés : — je n'avais d'yeux que pour 



188 POÉSIES 

Fifre e Tionloun fasien vira 
Li dansarello de la voto. 
Mat, pantaiave.,.. Yen à iéu : 
felibrel pèr que sias triste? 
Au soulèu, canto tant que viéu, 
Lou cardelin, qu'es un artiste. 

Ami, vole dansa 'mé vous. 

Ë soun front vers moun front se clino : 

Sentiéu d'un feraimen bèn dous 

Plega sa taio mistoulino. , 

E sounjave qu'emé Zani 

Dansère uno fes de la vido, 

E dins mi bras cresiéu teni 

Ma pauro bello amourousido. 

Dins la glèiso èron mai de cent, 
Entre tôuti n'envesiéu qu'uno ; 
Li fin revoulun de Tencèns 
Courounavon sa tèsto bruno. 
S'arrestè vers lou benechié 
Pèr me donna d'aigo signado. 
Ohl qu'èro bravo! sourrisié... 
E me brulè sa man bagnado \ 

Teodor Aubanel. 

la mignonne ; — fifres et violons faisaient tourner — les danseuses de 
la vote. — Muet, je rêvais. . . Elle vient à moi; — félibre! pourquoi 
êtes- vous triste? — Au soleil, il chante tant qu'il vit, — le chardon- 
neret, qui est un artiste. 

Ami, je veux danser avec vous. — Et son front vers mon front s'in- 
cline; — je sentais d'un frémissement bien doux — plier sa taille frêle. 
— Et je songeais qu'avec Zani — je dansai une fois de la vie, — et 
dans mes bras je croyais tenir — ma pauvre belle énamourée. 

Dans l'église elles étaient plus de cent, — entre toutes je n'en voyais 
qu'une; — les fins tourbillons de l'encens — couronnaient sa tête brune. 
— Elle s'arrêta vers le bénitier — pour me donner de l'eau bénite. — 
Oh ! qu'elle était bravette! elle souriait. . . — Et sa main mouillée me 
brûla. Théodore AubalNEL. 

* Provençal ( Avignon et les bords du Rhône ). Orthographe des félibres 
d' Avignon. 



VARIETES 



LA COMPARAISON POPULAIRE 

ES POULIDO COUMO.UN SÔU 

La traduction française de cette comparaison offre plusieurs va- 
riantes. La première qui se présente à Tesprit, et la plus communé- 
ment adoptée, est celle-ci: jolie comme un sou. C'est ainsi que 
M . François Delille, dans son recueil récemment paru sous le titre 
de Chants des Félibres, poésies provençales modernes traduites en 
'oers français^ a rendu, d'après la traduction en prose de l'auteur lui- 
même, pou/tV^ couwA) un sàu, par gentille « comme un sou » (p. 282). 

Avant cette publication, nous connaissions une autre version, meil- 
leure à notre avis, et sans doute la seule exacte. Disons d'abord que 
les dictionnaires ne nous fournissent aucune lumière à ce sujet. Sau- 
vages, Honnorat et M. G. Azaïs, sont muets à cet égard. C'est en li- 
sant, il y a déjà longtemps, le volume de M. Crousillat, la Bresco. 
que nous fûmes agréablement surpris en y rencontrant une explica- 
tion qui a le mérite d'avoir un sens logique, tandis que la traduction 
usuelle n'en offre aucun. 

Voici donc ce que renferme le glossaire de cet ouvrage, p. 310: 
« SÔU, s. m. (lat. sol.), soleil. Ce mot n'est usité en ce sens que dans 
cette locution proverbiale : hèu coumo un sdu, poulit coumo un sdu. 
On trouve encore en français sol pour soleil dans les mots : parasol, 
tournesol. » 

Et, en note, M. Crousillat ajoute: « M. Marins Trussy, l'auteur de 
Margarido, semble avoir ignoré cette signification lorsqu'il traduit : 
Va vias, lou foutissoun ero gent coumo un soou, par Vous voyez, le 
petit drôle était gentil comme un sou. » 

Cette erreur continuant son chemin, malgré l'avertissement de 
M . Crousillat, nous croyons devoir la signaler aux lecteurs de la Rc 
vue des langues romanes 

M. Delille, à qui j'avais indiqué cette note rectificative, me répon- 
dit: « Le sens que donne M. Crousillat au mot sdu dans ce proverbe, 
me semble bien plus juste », tout en constatant que la plupart des 
gens de Provence, — et dans tout le Midi, aurait-il pu dire, — le tra- 
duisent par sou. Aussi se demande-t-il si la traduction de sbu par sou 
n'aurait pas sa raison d'être. « En Provence et à Marseille spéciale- 
ment, dit-il, j'ai entendu souvent des gens dire, en riant, à une petite 
fille : a Sies poulido coumo un sbu nbu (Tu es jolie comme un 

15 



190 VAR1BTB8 

o sou neuf) . Et, en effet, un des sous actuels, tout neuf et brillant 
M comme de Tor, est vraiment joli, etc. » 

Pour nous, nous ne voyons dans cette adjonction, probablement 
récente, du mot nou à la comparaison : poulido coumo un sou, que le 
besoin de motiver, de justifier aux yeux de ceux qui remploient , une 
locution qui sans cela ne présenterait aucun sens. 

La question est d'une bien minime importance. Cependant, comme 
cette locution est assez fréquemment employée dans les idiomes mé- 
ridionaux, et que les poètes et les littérateurs s'en servent couram- 
ment, il ne serait peut-être pas inutile d'en fixer le sens. L'explica- 
tion de M. Crousillat est, à notre avis, la seule rationnelle. L'objection 
qu'on pourrait faire peut-être consisterait à contester l'existence du 
mot sàu pour sol, soleil. Mais, sans recourir à des exemples anciens 
du mot sdu employé dans le sens de soleil (voyez le glossaire de la 
Chrestomathie provençale de Karl Bartsch), n'est-il pas bien simple 
de remarquer qu'il n'y a là qu'un changement de terminaison, tel 
qu'il en existe de très-nombreux dans nos divers dialectes : bètt pour 
bel, capèu pour capely etc. 

Quoi qu'il en soit, j'appelle sur ce petit détail l'attention de mes 
confrères de la Société des langues romanes, persuadé que, s'ils 
n'adoptent pas la traduction que j'indique, ils sauront en trouver une 
meilleure, avec de bonnes raisons à l'appui. 

Frédéric Donnadieu. 

Le soleil est, en Languedoc, le terme de comparaison le plus élevé 
et le plus courant, en fait de beauté : Es bèu couma un sourel se dit 
partout, et il serait facile d'en signaler l'emploi fréquent dans les 
textes littéraires des deux derniers siècles^. On ne peut donc opposer 

1 Bouto I acô DouD m'estouDO, 

Tu sies bèu 
Coume lou soulèu ; 
Ta novio es galantouno 
Coume un anjounèu. 

(Roumieux, dans VArm. prouv., 1867, p. 49.) 
On lit dans un noël français très-connu en bas Languedoc : 

— Est-il beau, bergère, 

Est-il beau? 

— Plus beau que la lune 
Et que le soleil , 
Jamais dans ce monde 
On n*a vu son pareil. 

On dit aussi bèu ou poulit couma un astre. Poulif couma una estela est 
bien moins répandu . 



VARBàTés Wl 

de question préalable à la thèse que défend M. Frédéric Donnadieu, 
11 resté à examiner quelques-uns des points de détail qu'elle sou- 
lève. 

M. Crousillat est bien le premier, mais il n'est pas le seul qui ait eu 
l'idée de traduire bèu ou poulit coumo un sbu par beau comme le 
soleil. Dans un toast provençal qu'il porta en 1875, à la fin du banquet 
qui suivit le premier concours philologique et littéraire de la Société, 
M . V. Lieutaud, parlant des origines légendaires de Montpellier, a 
dit : « Enterin dos gènti piéucello se mostron, bello coumo un sàu, 
poulido coumo dos Driado : iue blu, caro angelico, courouno d'or sus 
la tèsto e cantant coumo d'Ourgueno ...» 

Ce passage est rendu en français de la manière suivante : 
« Pendant ce temps, deux jeunes filles apparaissent, belles comme 
un soleil, jolies comme deux Dryades: yeux bleus, visage angélique, 
couronne d'or sur la tête et chantant comme des Sirènes*. . . » 

* Le Concours philologique et littéraire de Vannée 1875. Paris, Vieweg, 
1875; in^o, p. 67. 

Rien n'est plus persistant qu'un terme fictif, lorsqu'il a été enregistré dans 
un dictionnaire. Les ouvrages de même nature qui le suivent ne manquent 
pas de se l'approprier et, par cela même, de lui donner quelquefois la réalité 
dont il était dépourvu. On ne trouvera donc pas inutile que je rectifie ici une 
méprise qui se rattache assez facilement à la communication de M. Donna- 
dieu. Auguste Tandon, de Montpellier, a dit dans une de ses fables : 

Lou sourél se maridava: 
Las granoûïas qu'où savièn 
Gnoch et jour né gémissièn, 
« Se, soûl, nous éndaoumageâva; 
Se, tout soûl, èra prou fort 
Per sécà nôstras démôras, 
Nostres valas, nôstras bôras... » 
(Fables, contes et autres pièces en vers patois. Montpellier, 
1813; in-8o, p. 4.) 
Les trois derniers de ces vers ont été cités par Honnorat (Dict.prov.-fr.^ I, 
295, art. bora) de la manière suivante : 

Se lou soûl era prou fort (lou sourel) 
Per seca nôstras demoras, 
Nostres valas, nôstras boras, etc. 

Qu'elle provienne d'une coquille typographique ou d'une distraction d'Hon- 
norat lui-même, cette erreur pourrait, à raison de l'autorité qui s'attache à son 
dictionnaire, prévaloir sur le texte de Tandon, qui n'est guère connu en de- 
hors de Montpellier, et faire entrer un prétendu terme soûl (soleil) dans le 
vocabulaire languedocien. 

Il est probable que l'imprimeur est ici le seul coupable, car la forme en ques- 
tion n'a pas été reproduite à son rang alphabétique. 



m VARIBTâB 

Ainsi que le remarque M. D., la langue des troubadours employait 
le mot sol; solel était aussi en usage (Raynouard, Lexique roman. Y, 
250), et il a presque exclusivement survécu dans les dialectes mo- 
dernes. On peut cependant constater la persistance du premier dans 
le gascon soulan, terrain exposé au soleil, ainsi que dans les mots 
rouergats soulauri, pavillon placé à peu de distance d'une église, 
pour abriter une croix ou une statue, quelquefois vestibule, porche ; 
soulcouc, soleil couchant, à Villefranche (Aveyron),et soulenco\ fête 
du soleil, repas collectif que Ton fait après la moisson ^. 

*% 

* Soulelhan, soulelhauri, soulel-couc eisoulelhenco, auraient été employés 
dans le cas contraire. Feu l'abbé Vayssier {Dict. pat.-fr. du dép. de L'Avey- 
ron) voit, à tort, ce me semble, le radical solum {sol) dans soulenco. 

Il est difficile de dire jusqu'à quelle époque s'est maiotenu le sol (soleil) 
de l'ancienne langue. Les deux exemples qu'en cite le Lexique roman de 
Raynouard sont de Pons de Capdueil et de Bertrand de Born. Cette forme dut 
probablement disparaître d'assez bonne heure, tout en persistant plus long- 
temps dans la langue monétaire. On frappa, jusqu'à une époque relativement 
récente, des écus portant le soleil sur une de leurs faces. Or nous voyons, en 
1520, le peintre Antoine Rozen donner quittance au prieur de Saint-Maximin 
de cinque scus dal solel, sur le montant de ses peintures dans Téglise de cette 
localité (l'abbé Albanés, le Couvent royal de Saint-Maximin, Ballet, de la 
Soc. de Draguignan, XII, 233), tandis que le mot sol reste en usage à For- 
calquier jusqu'en 1546, au moins . Le fait résulte d'un curieux récépissé pro- 
vençal publié par le Journal de Forcalquier {o9 du 25 septembre 1881). Le 
prêtre Germain reconnaît avoir reçu du trésorier du corps municipal de cette 
ville la somme de deux écus au soleil, émoluments de diverses messes dites 
à l'église paroissiale: 

« Ay agut en pagament per las dictas messas dal cosin Francés Bandoli, 
thesaurier, toutas pagas inclusas, dont ly en ay fach quitansas, florins 18. 
gros 8. 

» Plus, ay agut d'aquellos qu'avion promés per lo sermonaire, oultra so que 
ly ay beilat, dos escus sol, que son florins 7, gros 6. » 

On voit par là que le soleil qui figurait sur les louis d'or de Louis XIV (an 
1709) ne provenait pas uniquement de la devise de ce monarque. 

* Para^sol (parasol) et tourna-sol (tournesol) ne peuvent être allégués. Le 
languedocien les a probablement oxopruntés à l'italien ou au catalan, surtout 
towna-sol, qui désigne une plante originaire du Pérou et, par conséquent, in- 
connue dans nos régions avant le XV' siècle, époque à laquelle les Méridio- 
naux la reçurent sans doute des Espagnols. 

Le nom de tournesol est, il est vrai, donné dans le commerce à une espèce 
de teinture que Ton obtient du suc d'une plante du genre croton, laquelle est 
indigène dans le midi de la France, et plus particulièrement au Grand-Gallar- 
gues (Gard), mais elle n'y est connue que sous le nom de maure la, en sorte 
que nous n'avons pas à nous en occuper. 

Toutefois le mot en question peut, à la rigueur, avoir été emprunté à la 



YÀBX&riS 193 

Sàu (soleil) serait ^bmc, dans le cas qui nous occupe, un archaïsme 
à joindre à ceux que conserve souvent la langue des proverbes et des 
formules populaires. La mention de la comparaison elle-même (pouly 
coume un sau) dans le recueil de Rulman*, qui a dû être formé aux 
environs de 1620, permettrait de le rattacher jusqu'à un certain point 
au sol de Tidiome des troubadours. 

On pourrait justifier la traduction de M. D. par l'existence d'autres 
formules renfermant le même mot. Une des plus communes est celle- 
ci: Es brave cauma un sàu*, où il ne faut pas traduire Tadjectif par 
bravey mais par bon: 

Es brave coume un sou. (Roumanille, dans VArm, prouv. de 1855, 
p. 47.) 

Avèn aro un curât qu*es jouine e de bon biais : es brave coume un 
8ÔU {Àrm. prouv. de 1868, p. 64). 

Ero bravo, èro misloano 
E poulido coume un s6a. 

'^ (Croasillat, dans VArm. prouv, de 1872, p. 25.) 

Le peuple répète ces comparaisons par habitude ; mais il en com- 
prend si peu la raison d'être, qu'à l'exemple des Marseillais, disant 
es poulido coume un sàu nàu, il les entend parfois dans un sens iro- 
nique,* et que Brave couina un sàu est ordinairement commenté par 
vau pas una piastra (Il est bon comme un sou, il ne vaut pas un® 
piastre*). 

Une troisième comparaison : Es galhard couma un sou, est pres- 
que aussi commune que la précédente en bas Languedoc. L'abbé 
Favre s'en est servi avec beaucoup d'esprit, dans le passage suivant 
de son Trésor de Substantion : 

« Dau tems de moun paure ome, ère galharda couma un sbu^ par 
ça que l'on aviè toujour quauque pau de garguil; e despioi qu'es 



angae d'oil, qui en a des exemples à partir du XV« siècle (voyez le Diction- 
naire de M. Littré). L'emploi du verbe tourna^ au lieu de virà^ serait même 
une raison à invoquer en faveur de cette origine. 
Remarquons que, dans les deux cas, soleil est exprimé par sol et uoq sou, 

1 Les Proverbes du Languedoc, de Bulman, annotés et publiés par le 
docteur Mazel. Montpellier, Imprimerie centrale du Midi, 1880; in-S", p. 21. 

3 La substitution de un à lou est normale et n'a rien qui doive surprendre. 
On dit à Montpellier : pordit couma un jour, bèu couma un amour, courrï 
couma un vent, aussi communément quepoz^/zY couma lou jour, bèu couma 
V amour et courrï couma lou vent. 

3 Pièce de deux liards. 



194 VARlÉTâs 

morti soui vengada seca cooma una broca.Vesès pas que semble?*» 
L'idée de bonté et de vigueur se justifie mieux par le sens de soleil 
que par celui de sou, à moins que, par une subtilité tout à fait con- 
traire au sens naturel, que le peuple préfère ordinairement, on n'aimât 
mieux appliquer la gaillardise de la dernière comparaison à Teffigie 
du souverain, à la monnaie peut-être, que la circulation n'altère qu'à 
la longue et d'une manière insensible . 

Si, d'ailleurs, le sens de beau comme un sou est la traduction véri- 
table de notre formule, on a le droit de demander pourquoi l'on ne 
dit pas bèu couma d'or, poulit couma d'argent, comparaisons bien 
rares, si tant est qu'elles existent, alors qu'on emploie très-fréquem- 
ment les suivantes : Es rous couma d'or, lis couma d'argent, lusent 
couma un floc de loutou ^ . 

La valeur de ces raisons s'accroît, en outre, par l'existence de cinq 
formules à sens identique auxquelles le sou, le denier, la piastre, le 
liard et le pin, ont donné lieu en bas Languedoc : 

Vau pas un sàu, 

Vau pas un deniè 

Vau pas una piastrat 

Vau pas un liard, 

Vau pas un pin *, 

* Œuvres complètes de l'abbé Favre, publiées sous les auspices de la 
Société des langues romanes. Montpellier, Goulet, 1878, t. I, p. 190-191. 

> Voici les formules auxquelles Tor et Targent ont donné naissance en bas 
Languedoc : Es rous (ou roussel) couma Vor, ou bien couma un fieu d'or;— 
Es franc couma Vor, — ^5 lusent couma d'or,~~ Vau soun pesant d*or, — 
Aco's parla d'or, — Parlariàs d'or, s'aviàs lou bec jaune (V. la Bugado, 
p. 74); — Es en or, qui s'emploie en parlant d'une personne orgueilleuse. 

On dit en Rouergue, courajous couma l'or, M. le docteur Mazel me si- 
gnale à ce propos le passage qui suit de dom Guérin, de Nant {lou Testament 
de CoitchardJ: 

Quand yeu fau reflectieu sur Thomme en son néant 

Ë q'ieu ay vist doux cops déjà remuda Nant, 

La fraiou me saisis, et tout esquas ma vene 

De ne fa lou récit me vol fourni l'alêne. 

Quand yeu sérié cent cops pus couratjoux que l'or, 

Jamay non m'en souven qu'on tge mal de cor. 

Helas I qu'ay yeu souffert de ma pichote vide l 

Es estade toujour d'un grand malheur seguide. 

Es blanc couma d'argent, — Lusis couma d'argent, — Es lis couma d'ar- 
gent, — Es vieu ou proumte couma d'argent^ — A d'argent vieu dins la 
testa (la Bugado, p. 15),— il pas ges d'argent per se faire fouità (la Bu- 
gado^ p. 68), — A d'argent couma un chi de nieiras, etc. 

3 On dit aussi Vau pa' 'n sou et vau pa' 'na piastra. 



TARIBTB8 195 

qiii, les unes et les autres, signifient II ne vaut rien. Une sixième for- 
miale : Sanjar un sbu per un deniè, changer un sou pour un denier, 
donner peu pour recevoir encore moins, témoigne également du peu 
d.' estime du sou proprement dit dans les termes de comparaison de la 
Istngue populaire. 

Un cas à peu près semblable nous est fourni par le proverbe : A 
cJta sbu leis escuts se fan (Sou par sou les écus se font), cité par le 
T>ïct, prov.'fr. d'Honnorat, II, 1192, et où le sens de sou est presque 
péjoratif. 

Les observations qui précèdent s'appliquent surtout au bas Lan- 
guedoc. Quelle que soit leur portée, il faut se demander si, en dehors 
du rayon de Montpellier, les comparaisons beau comme un soleil et 
beau comme un sou n'ont pas simultanément existé jusqu'au jour où 
l'on n'a plus eu la notion exacte du mot sàu (soleil) et où, pour parler 
plus exactement, la valeur de ce dernier a disparu devant celle de son 
synonyme de son et de figuration scripturaire, 5ôm (sou). C'est un point 
que la curieuse note de M. D. n'a pas soulevé. 

Raisonnons donc en vue de cette hypothèse, et, en nous souvenant 
du sens méprisant qui s'attache souvent au sou ( Es poulida couma 
un sàu, . . . nàu; — Es brave couma un sbu, vau pas una piastra; 
— Sanjar un sbuper un deniè, — Yau pas un sbu), rendons-la plus 
acceptable en supposant que le peuple n'y a pas visé notre vulgaire 
sou de cuivre, mais le sou d'or, ce qui reporterait l'origine de la com- 
paraison à quatre ou cinq siècles avant l'époque où Rulman notait le 
premier exemple que la littérature languedocienne nous en offre. 
Cette hypothèse n'aura rien d'invraisemblable, si l'on songe qu'une 
part notable des proverbes actuels se retrouve dans les poëmes et les 
poésies de l'âge classique * . 

* C'est ce qu'a mis en lumière un curieux travail sur lei Prouverbi prou- 
vençau de Jan de Cabano^ inséré en 1879 dans lou Trelus de VAubo prou- 
vençalo, journal qui partageait à Marseille la publicité du Tron de Vèr ( no» 
du 3 août et suivants). Voici quelques proverbes pris parmi ceux que n'ont 
pas remaniés les troubadours cités dans ce travail : 

El fuec no s fai tant preon 
Que lo fum non ane fors. 

(Bertrand Garbonnel, de Marseille.) 

En petit d'ora, Deus laora. 

(Roman de Flamenca^ v. 5137.) 

Qui tôt vol tener, tôt ho perd. 

(Folquet de Romans.) 

Digas li qu'en i. jorn Paris non fo obrat. 

(Guilhem Anelier, Guerre de Navarre.) 



196 VARIBTÉS 

Avaat la découverte des mines de TAustralie et de la Californie, la 
monnaie d'or était si peu commune dans certains départements du 
Languedoc, et probablement aussi dans les autres parties du Midi, 
que plusieurs personnes nous ont assuré avoir vu des paysans con- 
server pendant des années les pièces de vingt francs qui leur étaient 
tombées entre les mains. On ne s'en défaisait qu'en présence d'un 
besoin pressant et inéluctable. Une rareté plus grande dut exister 
certainement à la fin du XV« siècle, antérieurement à l'exploitation 
des mines du Mexique et du Pérou. Il ne serait donc pas étrange que 
le désir de richesse, qui est naturel à tous et plus particulièrement 
aux classes rurales, joint à l'extrême rareté des monnaies d'or, ait 
fait naître la comparaison : Es poulit couma un sàu ( Il est beau 
comme un sou d'or). Ne dit-on pas encore aujourd'hui: Es poulit, es 
bèu couma un loui-d'or (Il est joli, il est beau comme un louis 
d'or)? 

On trouve dans le Dict. pat,-fr. de VAveyron, de feu l'abbé Vays- 
sier (Rodez, Carrère, 1879 ; in-4*), une formule : « gagnât un poulit 
sàu, Il a gagné une belle somme d'argent », qui est en usage à Saint- 
Affrique, et dont l'emploi non péjoratif pourrait s'expliquer par ce 
maintien des significations anciennes, qui est général à tous les pays 
montagneux. M. Vayssier semble partager cette idée, car il fait sui- 
vre sa citation du rappel étymologique suivant : « lat. solidus, pièce 
d'or. )) 

Enfin il existe peut-être une formule intermédiaire entre le sou d'or 
et le sou de cuivre dans la comparaison : Il est joli comme cinq-sous^ 
qui, d'après le glossaire du comte Jaubert *, se dit dans le centre de 
la France. Elle se rapporterait aux pièces de cinq sous qui avaient 
cours sous le premier Empire et la Restauration. 11 est, toutefois, per- 
mis de demander pourquoi la langue populaire a pu adopter la pièce 
de cinq sous comme type de comparaison. Et, si la forme monosylla- 
bique du mot n'y a pas été étrangère, pourquoi n'a-t-elle pas choisi 
plutôt le dix-sous ou le vingt-sous, qui devaient être bien plus beaux, 
puisqu'ils étaient d'une valeur deux fois et quatre fois supérieure? 

Mais la difficulté se complique tout à fait, lorsqu'on voit le fabuliste 
limousin Foucaud dire, dans son imitation de la Laitière et le Pot au 
lait : 

Peirouno pourtavo 6 marcha 
Un toupi de la sur so teito. 
Sur un piti couessi lo l'ovio bien jucha ; 
Guessâ di qu'ô lî-èrio eitocha, 

^ Glossaire du centime de la France, Paris, 1856, 2 v. in-S». 



YARIÉTBS 197 

Biliado coumo un jojor.de fQitç, 
Reveliado coumo un cin-sô, 
Legeiro coumo un parpoliô* 

M, Ruben fait suivre ces jolis vers de la glose suivante : « Cin-so, 
cinq-sous. Nous appelons ainsi le carabus auratus (Fab.)» nommé 
encore jardinière, petit coléoptère vif, net et luisant. On dit aussi 
prope coumo un cin-sô, M . le comte Jaubert, qui cite le glossaire 
de Laisnel de la Salle et qui éoxiijoli comme cinq- sous y semble ne pas 
s'être #rendu compte de l'expression. Ce^ijoli comme un cinq-sous 
qu'il fallait dire. » 

Il nous reste à conclure et à dire, à notre tour, que nous admettrions 
volontiers deux sens : le premier et le plus ancien, de sou (soleil); le se- 
cond, de sdu (sou d'or), qui aurait bénéficié des formules du premier, 
lorsque le mot solel et ses variantes se substituèrent presque partout 
au sol, qui leur avait disputé les préférences des poètes de l'âge clas- 
sique. Iklais la disparition des sous d'or ne dut pas tarder à compro- 
mettre la fusion des deux formules, et la rapidité avec laquelle les 
sous de cuivre salissaient ^ fit naître le besoin de motiver l'ancienne 
comparaison, en l'appliquant aux sous qui venaient d'être frappés {Es 
poulido coumo un sbu nbu), ou de la nuancer dans un sens ironique, 
par l'adjonction de vau pas una piastra, La fprmule nettement péjo- 
rative de vau pa' 'n sdu dut prendre cours et se généraliser presque 
en même temps. 

Il est probable que le cin-so de Foucaud et le vinq-sous du comte 
Jaubert, loin de se rattacher à la pièce de cinq sous du système mo- 
nétaire de Napoléon !«»■ représentent un terme local mal compris. Il 
est impossible de supposer que le carabus auratus fût dépourvu de nom 
vulgaire au commencement du XIX* siècle et que, le nom en ques- 
tion lui ayant été appliqué à cette époque, il soit, dans l'espace de 
quelques années, devenu courant, au point de s'étendre sur une grande 



* J. Foucaud, Poésies en patois limousin, édition Ruben. Paris, Didot, 
1866; in-«o, p. 72. 

(Pétronille portait au marché — un pot de lait sur sa tête. — Sur un petit 
coussin elle l'avait bien juché ; — (vous) eussiez dit qu'elle l'y avait attaché, 
— Habillée comme un jour de fête, — éveillée comme un dnq-sous, — légère 
comme un papillon. . . . ) 

' Les sous actuels, assez brillants au moment de la frappe, gagnent en 
quelques jours une enveloppe qui est loin de justifier la comparaison populaire. 
Ceux de Louis XV et de Louis XVI, retirés de la circulation au commence- 
ment du règne de Napoléon III, étaient beaucoup plus épais, et une composi- 
tion moins inférieure leur donnait une couleur jaunâtre qui n'avait rien de 
désagréable à l'œil. 



198 YARlâTB 

partie de la France centrale et d'être proverbialement employé par le 
fabuliste limousin qui Favait vu se former. 

Le sens revelhat, propre OMpoulit couma un cinq-sdu, s'explique- 
rait parla beauté et la vivacité de Finsecte qu'on désigne sous ce nom. 
L'analogie populaire aura, surtout dans les villes, étendu la compa- 
raison aux pièces de cinq sous de l'ancien système monétaire fran- 
çais ^ 

Les explications qui précèdent ont un inconvénient réel : celui de 
supposer que pouZt7 couma un sbu remonte au temps où les sous d'or 
avaient cours en France, tandis que le premier témoignage écrit de la 
comparaison dont il s'agit est tout au plus de l'an 1620, époque à 
laquelle cette monnaie avait absolument disparu de la circulation. 
Nous ne donnerons donc nos conjectures que sous bénéfice d'inven- 
taire, en demandant au lecteur compétent de vouloir bien les rectifier, 
s'il y avait lieu . 

A. Boque-Ferrier. 

* La netteté du denier au moment où il venait d'être frappé a-t-elle motivé la 
comparaison que me signale M. Ghabaneau, dans ce vers de Régnier (Sa^ X): 

Claire comme un bassin, nette comme un denier; 

ou bien est-elle une modification de la formule qui nous occupe ? 

La question que soulève l'étude de M. D. se pose jusqu'à un certain point à 
l'égard du français, à moins que l'on ne considère propre comme un sou, 
mentionné par le Dictionnaire de M. Littré, comme une variante de la for- 
mule de Régnier, ou comme un emprunt à la langue d'oc. 



BIBUOGRAPfflE 



laou Garret de Nime (cycle carlovingien), dialecte des bords du Rhône et 
des félihres d'Avignon, par Jean Gaidan. Nimes, Glavel-Ballivet, 1880; in-8o, 
8 pages, (Extrait des Mémoires de l'Académie de Nimes, année 1880.) 

Les Catalans excellent à faire revivre en de courts poëmes les faits 
marquants de leur histoire particulière, les prouesses de sa période che- 
valeresque surtout. Leur littérature contemporaine en a de vivants 
modèles dans la Cansô delpros Bernât et la Complanta d'En Guillem^ 
de M. Milâ y Fontanals ; dans la dramatique geste du comte d'Urgel, 
Javme lo Desditocat, de M. Albert de Quintana, et le Pero AhoneSy qui 
fut une des dernières productions de M. Philippe Pirozzini y Marti, 
mort il y a quelques années en plein épanouissement de talent et d'ave- 
nir poétique. 

Si le midi de la France a, dans Mirèio, Càlendau et H Carbounié, 
trois œuvres d'une valeur capitale, on exagère peut-être en ajoutant 
qu'il a bien peu de chose à opposer aux nombreuses chansons épiques 
de la Catalogne, Il serait plus exact de dire que, sauf une exception 
unique et vraiment remarquable*, il n'a rien qui rappelle cette résur- 
rection dés formes de la poésie populaire et de la poésie littéraire du 
moyen âge, si caractéristiques et si heureusement généralisées parmi 
les poètes barcelonais et mayorquins. 

L'époque médiévale semble, au demeurant, médiocrement goûtée 
en Languedoc, dans la Provence et le Limousin. On lui a emprunté 
peu de sujets. Quelques pièces à demi historiques, à demi légendaires» 
de MM. Mistral ^ et Marins Girard 3, ont ouvert la voie où devaient 
les suiyre M. Gabriel Azaïs avec Roubert hu trouhaire *, M. Octavien 
Brînguier avec lou Roumieu^, M. l'abbé Joseph Roux avec Vaifre 
d'Aquitanha, Goulfier de Lastowra ^,S, Esteve dOhasina, hu Mownge de 



1 11 s*agit de M. Tabbé Joseph Roux, qui, dans Gondoval, Sent Marsal à 
Tula, Peire Rogier, etc., s'est approprié la laisse monorine de Fierabras et 
de la Chanson de la Croisade albigeoise, 

> Voyez lis Isclo d*or, 

3 Voyez lis Aupiho, poésies et légendes provençales (traduction française 
en regard du texte). Avignon, Roumanille, 1877; in-12, 512 pages. 

* Ce petit poëme a été compris par M. Azaïs dans la^ Vesprados de Clairac, 

5 Publié dans la Revue des langues romanes, !'• série, et tiré à part in-8o. 

6 Chansou limousina. Goulfier de Lastours (avec la traduction française). 
Tulle, Crauffon, 1879; in-8»>8pages. 



200 BIBLIOaRAPHIB 

Gkmdier* et Peire Rogier; M. V.Ldeutand avec Saumano, M. Jean 
Laurès avec Jano d'Arc^y et. enfin le frère Sayinien (des Écoles chré- 
tiennes) avec une épopée de Liov/nèu qui se développe pendant la pé- 
riode sarrasine de la Provence *. ^ 

Le premier thème de ces poëmes n'existant plus * ou ayant été créé 
de toutes pièces 5, les auteurs ont fait œuvre originale en les écrivant ; 
mais il n'en est pas de même de quelques autres, et nommément de 
M. Mistral dans l'épisode de Guilhem au Court-Nez, qui constitue 
une des plus belles parties de CaUndau et qui a été emprunté à la 
geste française à'AliscaMy publiée en 1854 par M. Jonckbloet; de 
M. Félix Gras, qui, dans son épopée de Toloza^, consacrée à la guerre 

* Ce poëme et celui de Sent Esteve d*Ohasina ont paru d'abord dans lou 
Brusc, d'Aix-en-Provence. Ils ont été tirés à part, le premier en 1879, le deu- 
xième en 1880. 

* Compris par l'auteur dans lou Campestre, poésies languedociennes, sui- 
vies d'un glossaire (dialecte des environs de Béziers), avec une letUiS de 
Frédéric Âfistral et une préface de Z'aw/ewr. Montpellier, Imprimerie centrale 
du Midi, 1878 ;in-12. 

3 Lou CachO'fio, Annuàri prouvençau pèr fan de gràci 1881, etc., en a 
publié un fragment, p. 59-60. 

* C'est le cas du Goulfier de las Tours. Le poëme provençal que Bécbade 
écrivit sur le même sujet n'existe plus qu'à l'état de souvenir bibliographique. 

5 Les principaux traits de la légende du Roumieu sont déjà précisés ce- 
pendant dans YHistoire et Chronique de Provence, de César de Nostredame, 
p. 204-205. 

6 L* Alliance latine en a publié un fragment en 1878, p. 30-33 de son tome 
premier, le seul qu'elle ait fait paraître. Le titre du poëme était alors la Can- 
soun latino,ei l'auteur a dû en reconnaître l'impropriété, car il l'a transformé 
en celui de Toloza dans une sorte de prospectus distribué en 1880 : Toloza, 
geste provençale, fragment-spécimen tiré à cinquante exemplaires, le 12 fé- 
vrier 1880. Montpellier, Imprimerie centrale du Midi, 1880; in-8o, 28 pages. 

On me permettra de signaler ici, puisque l'occasion s'en présente, la parité 
de situation et, jusqu'à un certain point, de sentiments, qui existe entre Guibour, 
parlant à son époux du haut des murs d'Orange, bh il voudrait se réfugier 
après avoir perdu la bataille d'Aliscamps contre les Sarrasins, et celle de Ray- 
mond de Toulouse, passant avec l'armée des Croisés devant la porte narbon- 
naise de Carcassonne, sur laquelle se trouve placé le vicomte Roger Tren- 
cavel. 

Voici l'imitation de Mistral : 

« Douço mouié, lou cor. me manco; 
E, se fas pas leva la tanco, 
Toun Guihèn vai plegasouto lis estramas 
Di Maugrabin. »—■« N'as menti ! crido 
Guibour, de la raço abourrido, 



albigeoise et à la mort de Simon deMontfort, n*a pas craint de choisir 
un sujet où il rencontrera maintes fois la redoutable concurrence litté- 
raire de la Canso, mise à jour par Fauriel et rééditée par M. Paul 
Meyer il y a quelques années. Dans lou Chapladis de sont Pouhiàri de 
Zéerins e de ses cinq cent mouine en 732 ^^ M. Charles Descosse, de For- 
cal quier, a eu à lutter, — et cette lutte a été tout à Tavantage du trou- 
badour du XIII» siècle, — avec un petit poëme que Raymond Féraud 
avait écrit sur le même fait *. Comme le fragment précité du Calen- 
iiaUf le Carretde Nime, dont nous avons à rendre compte aujourd'hui, 
a été emprunté à la vie poétique de saint Guillaume, mort en 812 à 
Tabbaye de Gellone, où il s'était retiré quelques années auparavant. 
On sait la multiplicité des transformations que la littérature des 
trouvères a fait subir au duc de Toulouse, les anachronismes sans 
nombre et les inventions tour à tour étranges et héroïques qui ont per- 
mis de créer plus de vingt gestes autour de sa famille et des souvenirs 
.historiques de sa vie . La principale de ces modifications est celle qui 



Bessai que sies, lengo marrido 1 
Mai tu noun sies Guibèn lou comte dôu Court nas ; 

Guihèn, à vôsti ctiourmo vilo, 

Cafèr, noun laisse brûla vilo, 
Si sôci, près o mort, Guihèn noun quito ansin ; 

Contre l'audàci di coursàri, 

Guihèn aparo miéus qu'un barri 

L'ounour di vierge ; e Guihèn, àrri I 
Noun a jamai fugi davans lou Sarrasin I » 

(Calendau, p. 258-260.) 

Le fonds de l'apostrophe de Roger Trencavel est presque identique dans le 
poëme de M. Gras : 

Entre lou vèire, s'enfenestro, 
Lou vicomte Rouger, e ie crido d'amount : 
f De que veson mis iue? Sarié-ti vous, Ramoun ? 
Nàni 1 Ramoon es mort o sarro soun penoun 

Dintre sa valènto man destro ! 
Ramoun es à Toulouso e gardo si pourtau. 

Nàni! Ramoun noun es crousairel... 

Ounte as rauba 'quel escut, laire ? 

T'alasso de faire vijaire : 
Te déu pesa l'arnesc, car sies un Ramoun fau î 

* Forcalquier, Masson, 1879; in-8o, 16 pages. 

8 M. Sardou Fa publié en appendice à la Vida de sant Honorât. Nice, 
Caisson et Mignon, S. D.; in-»8o, p. 191-208; mais peut-être M. Descosse n'en 
a-t-ii pas eu connaissance. 



20« BmUOaRÀPHIB 

a fait du lieutenant de Gharlemagne une sorte de maire du palais de 
Louis le Débonnaire, continuellement occupé à défendre Fempire con- 
tre des assauts multipliés, et ne recueillant de ces luttes que l'ingrati- 
tude d'un maître inintelligent de ses premiers devoirs. 

Le tableau de rinsouciance du successeur de Gharlemagne constitue 
le début du petit poëme de M. Gaidan: 

Lou sucessour dôu Grand Rarle emperaire 
Fugue Lovys, que noua ie semblé gaire 
Ë que mené pas trop ben lis afaire. 

Ere un foulas que viravo à tout vent, 

Coumo savès, e que passé souvent 

Dôu jour à l'oumbro e dôu trône au couvent. 

Or, d'aquéu téms que chascun poutiravo 
Lou bèu mantéu de Karle e Testrifavo, 
Lou fier Court-nas pèr Lovys bataiavo. 

Après avedre en jusque li dos mar 
Fa grand Tempéri e paga de sa car, 
Au bon Lovys digue : « Vole ma part. 

» Vous ai counquîs TAquitano e TEspagno; 

» Que l'a pèr iéu ? » — Lou fléu de Karle-Magno 

le respoundè : « Pèr tu, l'a la Tourmagno 

» E lis Areno e Nime, moun cousin ; 
9 Vai-t'en II prene 1 Moro-Sarrasin . » 
— Souvénti-fes lou rèi pagavo ansin. 

La Canso se continue ainsi, en strophes d'allure familière, énergique 
et concise, jusqu'à la prise de Nimes par Guilhem, au moyen d'un stra- 
tagème qui a de nombreux équivalents dans la littérature des contes 
populaires et de la poésie épique elle-même. En condensant en traits 
rapides et précis les éléments essentiels de la geste française du 
Charroi y publiée en 1864 par M. Jonckbloet, l'auteur a le mérite de 
ne lui avoir rien emprunté. A parties brèves indications que V Histoire 
de la langue française de M. Littré a consacrées au thème du Charroi, 
tout appartient à M. G. dans lou Carret de Nime, les détails narratifs, 
les indications locales et la versification décasyllabique à rimes alter- 
nativement masculines et féminines, mais disposées tantôt par trois 
vers et tantôt par quatre. 

L'auteur adopte cette dernière division à la quatrième partie de son 
poëme, celle où il montre les compagnons de Guilhem cachés dans 
des tonneaux, et entrant à Nimes conduits parleur chef, déguisé lui- 
même en marchand et la tête à demi dissimulée sous les pans de son 
manteau : 



BIBLIOGRAPHIB 203 

Sus lou planas, li càrri s'arranjavon ; 
Li Maugrabiiif que lis envirounavon 
Coumo de mousco à Tentour vounvounayon. 
Lis abiha de ferré espinchouDavoun. 

Court-nas aten que tout siègue dedin ; 
Quand dôu Palai, dis Areno vesin, 
Marchon vers el li prince Sarrasin, 
E l'un Tarresto e lou rambaio ansin : 

c Hôu, lou marchan, veire un pau ta figuro. 
Ount' as perdu tounbè? — Pèr avanturo, 
Dins la Calabro o dins TEstramaduro? 
As de Court-nas toute Testampaduro I 

Pèr Mahomet, parlaras-ti, moun bèu? » 

— E dôu mentoun ie derrabo lou peu. 
Guilhèm se viro, a fa dous pas e, lèu. 
Brandis Durando, un ihau dins lou cèu : 

<t Ous as permés, Jésus, bounta divino, 
Que m'estrifesse, aquéu rèi de mounino ! 

— Regardo-me, siei bèn Court-nas, vermino, 
M'as vist? » E, vlan! lou fend jusqu'is esquino. 

Afin que la critique ne perde pas tout à fait ses droits, même dans 
les œuvres où elle a le moins à dire, signalons quatre vers que nous 
aimerions et que tous les appréciateurs du talent de M. G. aimeraient 
à voir disparaître du Carret: 

La ruso es vieio e d*Ulisso es un trè 

Que Guielin renouvelé dôu grè. 

Es proun verai, siblas, n'avès lou dré. 

n n^est personne qui ne soit disposé à répondre par le contraire et 
à souhaiter que l'auteur entreprenne la traduction provençale de quel- 
ques-unes des parties de cette geste de Guillaume, qui est peut-être 
d'origine méridionale sur certains points, mais qui, dans tous les cas, 
reste une des plus hautes manifestations de la littérature épique de la 
France. 

A. Eoque-Febbieb. 



PÉRIODIQUES 



Zeitschrift mr romanische Philologie.— IV Band, 2-3 Heft. 
— P. 196, F. Scholle, la Critique de la Chanson de Roland, C'est sur- 
tout par la tradition orale que les chansons de geste se sont transmises 
d'une génération à l'autre et ont pénétré dans le peuple. L'auteur 
croit que, pour la Chanson de Roland en particulier, beaucoup de va- 
riantes sont dues, non aux copistes, mais aux jongleurs. — P. 223, 
Wamke, Sur T Époque de Marie de France. L'auteur croit pouvoir 
placer Marie vers 1150; si la date de 1250, que j'avais donnée, d'après 
M. Ed. Mail, dans mon édition de l'Évangile aux femmes (PaniB, Vie- 
weg, 1876), est évidemment trop rapprochée, il me semble, comme 
à M. G. Paris {Romania^ X, 299), qu'il serait imprudent de l'avancer 
d'un siècle entier. 

Nous profiterons de l'occasion qui se présente pour déclarer que nous 
ne tenons pas plus que de raison à notre hypothèse de l'identification 
de Marie de France et de Marie de Compiègne. Le petit mémoire en 
question, qui nous a servi de début dans les études romanes, a été 
composé à Compiègne et imprimé dans les Mémoires de la Société his- 
torique de cette ville : cela explique suffisamment la tentation que nous 
avons eue de faire naître Marie de France vers le confluent de FOise 
et de l'Aisne. Il est cependant à peu près certain que Marie était, non 
de Normandie, comme le veut M. Warnke, mais de l'Ile-de-France, 
et que c'est dans ce sens restreint qu'il faut entendre Texpression : si 
sui de France, dont elle se sert elle-même. 

P. 248, Foth, les Verbes auxiliaires dans la formation des temps fran- 
çais. Critique de la théorie de M. Chabaneau sur le même sujet. — 
P. 256, A. von Mugi, Poésies historiques en langue ladine. L'auteur, 
dans deux précédents articles, avait fait connaître la poésie dramati- 
qu£(Zeit8chrift, II, 515 sqq.) et la poésie lyrique {Zeitschrift, III, 518 
sqq.) de ce petit pays, dont la langue est si intéressante pour les ro- 
manistes. — P. 266, Breymann,Ze« Altspanîsche Romanzen de Diez 
(remaniements qu'a fait subir Diez en 1821 à ses traductions de vieilles 
romances espagnoles parues en 1818). — P.278, Jacobstbal,ie Texte du 
Chansonnier de Montpellier, H. 196 (avâte et fin).~^P. 318, BeÀst^V ersion 
catalane de la Visio Tundali. — P. 330, Apfelstedt, Poésies religieuses 
des Vaudois, Reproduction diplomatique de la Barca et du Novel Ser- 
mon d'après le manuscrit de Genève 207. 

MÉLANGES. — I. Histoire littéraire, P. 347, C. M de Vasconcellos, 
Découverte sm la question d'Amadis. Il s'agit d'une chanson de Jean 



PERIODIQUES 205 

de Lobeira, poëte portugais du temps du roi Denis, qui se retrouve 
dans le roman en prose à'AmacUs, dont la rédaction primitive est gé- 
néralement attribuée à un autre Lobeira, du nom de Vasco. — II. Bi- 
bliographie. P.351,Grœber, Lesmss, B.N.fs./r, 24429 {La Vall., 
41), et Sainte Geneviève, fr.fol.H. 6. Ces deux mss. n'en formaient 
qu'un à Torigine: la table de la seconde partie (ms. B. N.) se trouve 
à la fin de la première partie (ms.Sainte-Gen.). — III. Textes. 1° P. 363, 
Bartsch, le Chansonnier provençal f. — 2° P. 362, Suchier, Fragment 
d'une Madeleine en anglo-normand. — 3o P. 364, Stengel, Fragment 
É^'Aspremont (Bibliothèque nationale de Florence, VII, 932). — 4° P. 365, 
Stengel, la Deputeison entre Vame et le cora (additions à un précé- 
dent article, voir Zeitschrift, IV, 74 sqq. — 5° P. 368, Stengel, Frag- 
ment d'un glossaire latin-français du XIII^ siècle (un seul feuillet, ap- 
partenant au docteur Emile Pfeiffer de Wiesbaden). — IV. Exégèse. 
P. 371, IJebrecht, Sur la Chanson de Roland. Conjectures étymologi- 
ques, souvent risquées, la plupart sur des noms propres. — V. Re- 
cherches étymologiques. 1° P. 373, Tobler, Éiymologies: \t. paragone = 
Trapaxôvïj, pierre de touche ; — fr. ponceau (v. fr. ^onceZ), diminutif de 
poon=pavone, ou ]^hït6t de pavo(t) ^= papaver; — fr. acariâtre, a été 
formé à Taide du grec a^apiç, auquel on a ajouté une terminaison, sur 
le modèle de opiniâtre {Gî.. G. Paris, JRom., X, 302, qui donne une 
étymologie plus vraisemblable); — es^.cachalote (d'où le fr. cachalot), 
augmentatif de cachuelo, qui se rattache à catultis. — 2° P. 377, Fœrster, 
Éiymologies romanes (VoirZeitschrift, 111,661): 26, it. pitnale = lat. 
pluviale; — 26, fr. p<mture=^ pultura {Cf. Joret et G. Paris, Remania, 
IX, 579); — 27, it. vello = veUus; — 28, fr. pluriel = v. fr. plurél, 
puis pktrier, prononcé plurié (Cf. ménestrel, d'où menestrier), et enfin 
pluriel, par réaction étymologique ; — 29, v. fr. faire m^sseant = faire 
[à quelqu'un] quelque chose de désagréable (Cf. Tohler, Mittheil., 264, 
et G. Paris, i2o?»., VIII, 289, qui approuve l'explication de M. Tobler; 
M. Fœrster donne à l'appui de cette même opinion de nombreux 
exemples); — 30, fr. verve = verha f (Cf. G. Paris, Rom, , X, 302, qui 
regarde cette étymologie comme certaine. — 3<> P. 383, Ulrich, it. as- 
8e8tare,eBp. sesgar, dérivés de sexus^ participe de secare parallèle à 
secius. — 4® Suchier, fr. crevette, chevrette (Cf. Zeitschrift, III, 611, et 
Romania, VIII, 441; IX, 301, et X, 238).— VI. Grammaire. P. 384, 
Schuchardt, Note additionnelle à son article du numéro précédent 
(Zeitschrift, IY,U3). 

Comptes rendus. — P. 386, Scheler, Anhang zu Diez' Étymol. Wœr- 
terbuch der roman Sprachen (Vollmœller, indication de quelques omis- 
sions). — P. 387, Ad. Bartoli, Storia délia Letteratura itaUana, I-III 
(Gaspary, article important, favorable). — P. 393, Cari von Reinhard- 

16 



206 PERIODIQUES 

Btœttner, TheoreHscTi-practiscke Grammatih der itaîienischen Sprcushe 
(Mussafia, très-défavorable). — P. 394, Salomone-Marino, Leggende 
popolari siciliane (Liebrecht, long article très-élogieux). — P. 401, 
Koschwitz, Sécha Bearheitungen des altfr, Gedichts von Karls des Gros- 
sen Reise nach Jenualem wnd Conêtantinople ; et Karls des Grossen 
Reise, etc. (Suchier, long article) (Cl, Bévue, XVIII, 196). L'auteur ne 
croit pas que le poème soit du XI* siècle, comme le veut M. G. Paris. 
(Voir rintéressant mémoire de ce dernier, Rom., IX, 1). — P. 415, 
Fœrster, De Venus la déesse d'amor (Suchier, Cf. Boucherie, Revue, 
XVIII, 286).— P. 420, Weber, Ueher den Gehrauch von devoir, laissier, 
pooir, savoir, soloir, voloir, im Alifranzcesischen (Stinmiing) —P. 422, 
Lachmund, Ueher den Gehrauch des reinen und des prœpositionalen Infi- 
nitifs im Altfiranzôsischen(Foth, favorable). — P. 424, Lubarsch,JFVan» 
Verslehre f'Foth, Diejranz, Metrik{LampTecht).^Gh.de Tourtoulon et 
0. Bringuier, Étude sur la limite géographique de la langue d'oc et de la 
langue d'oïl (Breymann, reproches au dessinateur de la carte). — P. 430, 
Clédat, du Rôle historique de Bertrand deBom (Stimming). — P. 438, 
Levy, Guilhem Figueira (Bartsch, favorable; Cf. Rom., X, 261). — 
P. 443, Hartmann, Ueher dos altspanischs Dreikœnigspiel ( Baist, ar- 
ticle rectificatif important, en somme défavorable) . — P. 456, A. Morel- 
Fatio, l'Espagne au XVI*' et au XVII^ siècle (Baist, corrections nom- 
breuses au Cancionero de Wolf enbiittel) . — P. 459, Ulysse Robert, In- 
ventaire sommaire fies manuscrits des hihliothèques dé France (Bartsch; 
M. Grœber ajoute des détails précieux sur divers mss. contenant des 
textes français du moyen âge). — P. 464, Romanischs Studien, Heft> 
XIV-XV (IV, 2-3) (Grœber, Gaster, Seeger).— P. 468, Rom4mia,3S- 
34 (Grœber, Baist, Bartsch, Flugi. M. Tabbé Aymeric répond de son 
mieux à M. Meyer, qui a parfaitement raison contre lui, quand il lui 
reproche d'avoir fait entrer dans la phonétique du rouergat cano, mot 
purement français au sens de bâton ; cano, cana, au sens de mesure, est 
particulier au sud -est du département, sur les confins du Gard et de 
l'Hérault, et par conséquent en dehors du domaine du vrai rouergat . 

L. CONSTANS. 



CHRONIQUE 



Dons faits a la Bibliothèque de la Société . — A l'honneur de 
Dieu et au salut du monde, etc. Kécit de la Passion de Jésus-Christ. Aix, 
Xieydet, S. D.; in-8°, 8 pages (don de M. Clair Gleizes); 

L'Aube, prose et poésies françaises et provençales publiées par 
l'Agora de Provence. Marseille, au siège de la Société, 1881; in-8®, 
16 pages (don de M. Clair Gleizes); 

Banquet de la f elibre jada dau vint-e-cinq de setembre mdccîclxxxi . 
— A. Chastanet : lous Dous Cuberts, poésie limousine. Montpellier, 
Iniprimerie centrale du Midi, 1881; in-8o, 2 pages; 

Pierre Bellot, poète provençal. Epitaphes. Marseille, Boy, 1861; 
iii-8<>, 88 pages (don de M. Clair Gleizes); 

AiTiaud (Joseph): Nouveau Recueil de noëls provençaux, l'e édition. 
Carpentras, Gaudibert-Penne [1815]; in-12, 88 pages (don de M. Clair 
Gleizes); 

Bard (Louis): Nourado [poésie provençale]. Montpellier, Imprimerie 
centrale du Midi, [1881]; in-8°, 4 pages; 

Bellot(Pieire):Nai8sance de Notre- Seigneur Jésus-Christ, ou Cièche, 
pastorale en quatre actes et sept tableaux, en vers français et proven- 
çaux. Marseille, Boy, 1851 ; in-8o, 48 pages (don de M . Clair Gleizes); 
Bonaparte-Wyse (William-C.) : Dos Fantasié felibrenco : lou Cant 
de ciéune de Bellaudoun e la Deïficacioun dôu vènt-terrau. Montpel- 
lier, Imprimerie centrale du Midi, 1881; in-8o, 16 pages ; 

Boudin (Augustin): Angelo, poëme provençal, précédé d'une Notice 
sur Touvroir de la bienfaisance d'Avignon, Avignon. Bonnet, S. D. ; 
in-8o, 16 pages (don de M. Clair Gleizes); 

Boudin (Augustin): Garbeto de fablo, avec une préface de M. Pa- 
trice Rollet. Avignon, Bonnet, 1853; in-8°, 62 pages (don de M. Clair 
Gleizes); 

Cazalis (le docteur Frédéric) et Foëx (G,): Essai d'une ampélogra- 
phie universelle, par M. le comte Joseph de Rovasenda, traduit de 
l'italien, annoté et augmenté, avec l'autorisation et la coopération de 
l'auteur, par M. le docteur F. Cazalis et le professeur G. Foëx, avec 
le concours de M. H. Bouschet de Bernard, A. Pellicot, PuJliat, To- 
chon, etc. Montpellier, Camille Coulet, 1881;in-4®, xx-242 pages (don 
de M. le docteur F. Cazalis); 

Chailan (Fortuné): leis Quichiés, sceno histouriquo. Marseille, Es- 
tellon, 1846; in-8o, 16 pages (don de M. Clair Gleizes); 

Courdouan (Biaise): Mes Délassements. Poésies françaises et pro- 
vençales, publiées par Courdouan Biaise, de Marseille. Marseille, Olive, 
1871; in.8«, p. 73-104 (don de M. Clair Gleizes); 

Crousillat (A.): Adam de Craponne, ode en vers provençaux à l'oc- 
casion du monument inauguré à Salon le 22 octobre 1854, suivie 
d'une notice biographique par J,-B. Sardou. Salon, Gounelle, 1864; 
in-8o, 16 pages (don de M. Clair Gleizes); 

Dauphin (Casimir) : leis Vieils Camins, poëme en vers provençaux. 
Marseille, Gueidon, 1861; in-8°, 16 pages (don de M. Clair Gleizes); 

purbec(F.-H): la Tourré de Babeou ou la Franco en réyoulutien, 
suivido dé la Guerre émé la Prusso, dialogue en très partidos. Mar- 
seille, chez les principaux libraires, 1874; in 8o, 36 pages (don de 
M. Clair Cleizes); 



208 CHRONIQUE 

Granier fA.-L.): Remounto-dégun vo leis amours d'un nervi, épi- 
sode coumiquo. Marseille, Arnaud, S. D.; in -8®, 4 pages (don de 
M. Clair Gleizes); 

Grimaud (l'abbé): Ode à Notre-Dame de Mont-Serrat (Catalogne), 
pièce qui a obtenu au concours de Mont-Serrat, pour la langue pro- 
vençale, un premier prix décerné par Mgr l'évêque de Barcelone. 
Avignon, Séguin, 1880; in-8o, 16 pages (don de M. Claii- Gleizes); 

Lejourdan (Jules): lou Rei dei Marchands, cansoun coumiquo. 
Marseille, Boy, 1867 ; in-8','4 pages (don de M. Clair Gleizes); 

Maurel (A.): l'Antéchrist, leis Pescairea, poésies provençales, ré- 
ponse, au nom de la classe ouvrière, à la Vie de Jésus et aux Apôtres, 
de M. Renan. Marseille, Olive, 1866; in-8°, 16 pages (don de M. Clair 
Gleizes); 

Mazière (P.): le Gros Souper, ou les Fêtes de Noël à Marseille; étude 
locale. Marseille, Crespin, 1873; in-12, 80 pages (don de M. Clair 
Gleizes) ; 

Roque-Ferrier (A.) : Brinde pourta à 'n Basèli Alecsandri dins Tas- 
semblado mantenencialo dôu xxv de mai mdccclxxix. Montpellier, 
Imprimerie centrale du Midi, 1881; in 8», 4 pages ; 

Roux (l'abbé Joseph): Peire Rogier, poëme en langue limousine. 
Montpellier, Imprimerie centrale du Midi, 1881 ; in-8o, 8 pages ; 

Utato Fuçi : Hyms and Tunes in Japanese. Yokohama, printed at 
the Mission printing press, 1876; in-12, viii-92 pages (don de M. Clair 
Gleizes); 

Vianés (Eugèna): Récréatiouns d'un cassaïre. Mounpéyé, Ricard 
frèras, 1870 ; in-8*', iv-115 pages (don de MM. A. Vianès et F.Vianès, 
fils de l'auteur); 

Onze journaux donnés par M. Olair Gleizes (3), Charles <jrros (1) et 
Roque-Ferrier (7). 



Le gérant responsable : Ernest Hamellx. 



Montpellier, Imprimerie centrale du Midi. — Hamelin frères. 



Dialectes Anciens 



LES MANUSCRITS PROVENÇAUX DE CHELTENHAM 

m .. 

LA COUR d'amour 

{Suite) 

[S]o dis Amors : a La[s] dompnas son 

Total(s) plus dousa res del mon ; 

Eu soi lor et ellas son mias, 

E be conois que lur follias 
785 Lor tolon ganre de lur pron ; 

Que quant om dis : « A vos me don, 

Bella dousa res, ses engan, 

A Dieu e ab vos mi coman ; 

Dompna, vezas ma bona fe ; 
790 Si nom retenes, morai me. 

Caitiu, qu'hai dit ? Dompna, nous pes 

Q'el grans deszirers qem tenpes (?) 

Me fai lo maltrait descobrir ; 

E si vos mi fazes morir, 
795 Mi plaz, mas noi haures honor, 

S'auciez vostre servidor ; 

Q'eu sai be que per vos servir 

Nasqiei, e qant li dous sospir 

Me coiton tan que per vos plor, 
800 Beu las lagremas de dousor. 

E die : a Oillz, bon(a) fosses anc nat, 

Qar baves per mi donz plorat, 

Qen val mens. » — S'ellal respont gent, 

E ce mercei(r)a coindament, 
( P,co/. L) 805 E dis : a Amicx, eu vos sai grat 
De ço que m'avetz présentât. 

Eu voell que per me siaz pros, 

V. 785, garen; 793, ne fai; 801, feses. 

TOMS SIXIÈMB DE LA TROISIÈME SÉRIE. — NOVEMBRE 1881. 1 



210 MANUSCRITS DE CHELTENHAM 

Ë VOS tenrai gai e joios. » 
Ez haura(i) son près retengut, 

810 E l'autra aura fait coinde drut ; 
E pueis s'il en conois s'onor, 
Pot en faire son amador. 
Merces, aitant farai per vos, 
Que dompnas metran orguel jos, 

815 Mais amaral plus orguilosa 

Son drut que cel cui [es] esposa, . 
E li drut seran lur senior ; 
E portas lur aquesta flor, 
Per entresenia q'ieu lur man, 

820 QMli auran tôt so qill voran. 

Las cobe(ze)sas, don vos clamaz, 
Jamais non vos entremetaz, 
Corteszia, las atzinadas, 
Aquellas qui queron soldadas, 

825 Ez getat de ma compania; 

Non voell c'om lur son en la via, 
Que dompna que diniers demanda 
Es traitris e mercaanda, 
E non saubon tant de raubar 

830 Li galiot de sobre mar. 

E s'ela me faz mon plazer, 
[CoL 2.) AJs diners en dei grat saber; 

A leis non dei portar onor, 
Segond lo jutgament d'Amor. » 

835 [A]mors levet dei parlament, 
E tuit li baron eissament. 
La cortesa cTamor lo sona : 
« Senier, qar non portes corona, 
Que reis es de trastota gent, 

840 Apres Christus l'omnipotent. » 
La corona Ihan aportat, 
Jois Ta mantenent coronat. 
La fontania près a bruir, 

V. 816, qar; 843, bruiz 



MANUSCRITS DE CHELTENUâM 211 

E la conca a reten[t]ir, 
845 G'om no sap negun estrument 

El mo[n] qe s'acordes tan gent. 

L'arbre Tencoron (a)soplejar. 

Que ravia[n] vist coronar ; 

Del prat 11 sailon per lo vis 
850 Violetas et flor de lis, 

E en tôt lo mon non a flor 

Nol fasa tant qant pod d'onor. 

Qant venc al intrar del castel, 

Comenson a cantar Taucel, 
855 El foc d'amor ad abrasar, 

E las donzellas a dansar, 

E Famador canton dons lais : 

Tan rica cort no er jamais. 
(/^38, 7^, col. l.jPels deis s'asezon ma[n]tenent, 
860 Las flors els ausels mesclament ; 

El mon no es volta ni lais 

L'ausel non canto en palais. 

Del manjar ja no er parlât, 

G'om no sap poison ni dintat, 
865 Que a cors d'orne fasa ben, 

Noi aja tan quan i coven. 

Quant son asis, la gaita cri[d]a : 

« Cobezesa es morta e aunida, 

E haven Orguel abatut : 
870 Ara si guardon li cornut, 

Que mossenior porta corona, 

A(l)quel han joi cui el en dona; 

E totz om es malaiiros, 

Que non s' acompaina ab vos. 
875 Nos haven fag lo jugament 

D'Amor : fols es qui non l'aprent. » 

Amors comencet a seinnar, 

E anceis que volges manjar, 

El dis : a Senior Deu glorios, 
880 Tôt aquest joi teng eu de vos ; 

V. 845, sat negus; 846, qa sa cordes; 854, li aucel , 859, si asezon; 871, 
monsenior. 



212 MANUSCRITS DE GHBLTBNHAM 

Seiner, la vostra gran merces 
De Tonor qu'ieu hai e del[s] bes. » 
[QJuant han lo premier mes a[u]jutz. 
Ris e Deport[z] i es vengutz:. 

885 Joglar foron a Fin' Amor, 
(Col. 2.) Ab na Coindia sa seror, 

Qui vai per sol molt coindament, 
Dansan ab un cimblos d'argent. 
Tan gai son que lor cor lu r vola; 

890 Kus ag arpa, l'autre viola: 
Per las taulas viras los drutz 
De la gran dousor esperduiz ; 
Las donzellas cujon sautar 
Fors de las taulas per dansar. 

895 Mais Amors o ha conogut, 

Q'ha per rire son cap mogut : 
Pel seneschal lur a mandat 
« Qel joglar sion escoutat, 
Q'el vol pueis a tôt lur plaszer 

900 Se deporton a lur voler ; 

E[l] fe[s] qu'il devon non lur pes, 
Qu'ami soffrir vez om lo certes. » 
[L]i joglar s' aprochon del rei, 



905 Rire parle t enantz Déport: 

a Amors, molt vos fan estrain tort 
Li lausengier(s) de linvitas(?), 
Oui mal[sj fuecs las lenguas abras, 
Que li phylosof el doctor 

910 Jutguon lausengier(s) per traidor; 
Sia breus sa raszon ou longa, 
Lo tôt ol plus sera mensonga. 
Ai Dieus ! con lait han desconfit, 
( V°y col. 1 .) Com han dompnas e drutz partit I 

915 Qel drutz dis : « Dousa res causida, 

V. 883, le premiers ; 896, por; 902, qainl li cortos; 903, se proschon ; 

912, mensoDJa. 
1 Vers oublié par le scribe. 



]fAKI36CRITS DB GHBLTBKHAM S13 

Moat vos avia ben servida ; 

Totz mos avers e mos tesors 

Era lo vostre gentil cors. 

Et non seretz jamai Fardida. 
920 E doncs, dompna, quem val ma vida ? 

Ben m>r dura rez ez amara(i) 

Sella * vostra convinent cara, 

Qae fai lot lo mon resplandir, 

Se laissa que vas me nos vir. 
925 Fait o an li lauze[n]jador, 

Com aqel que damnia la âor 

Del vergier que vol solde jar. 

Que [ja] non puesca pois frug far, 

Zois era floritz antre nos, 
930 Mais lausengier(s) Ten han secos. 

Que noi han laissât flor ni foilla : 

Per que Faigua del cor mi moilla 

Mos oills. Mas cant a trop tengut 

Lais temps, et que za feit plogut, 
935 Plaz mais lo sole(a)ls el bels jorns, 

Ez es a tota cens sozorns ; 

Atressi creis e dobla zais 

Apres lo maltraig, e val mais. 

Fer q'eu, dompna, nom desesper, 
940 Ni ja Dieus no m'en don lezer, 
(Col. 2.) Que de vos sparton mei deszir. 

Nés lo zorn que voirai morir. 

Que qan per aventura ven 

Q'[e]u dorm[i] ez estau tan ben, 
945 Dompna, q'adonc soi eu ab vos, 

E remir las vostras^faisos, 

E cug ades ab vos parlar 

Privadamens, si com soil far, 

E cug q'ades siatz enblada 
950 De la cambra en que es gardada, 

V. 922, convinens ; 924, nos jur ; 925, fart aan ; 935, bels Iods 
* StlJa =: 6en la = sine illa. 



2U MANUSCRITS DB CHBLTfiNHAM 

Lo grans zol me fai rie e dar(?); 
E quant eu non vos puosc trobar, 
Tan granda dolor men deven 
Q*ieu me mervell qar non forsen. 

955 E Dieus ! que me pod conortar? 
Qan mi soven del embrasar 
E del dous baiszar e(l) del rire, 
Âmiga, ben devria ausire ; 
Que vos estaz ma dousa amiga, 

960 Aisi com la raza ab ortiga ; 
Que vos es dousa e plazens, 
Ez es pausada entr'avols gens. » 
Enaisi plaing lo drutz, el druda 
Es mil aitans morta e venduda, 

965 Q'el non ausa ab ome parlar, 
Ni gen vestir ni gen causar ; 
Ni s' ausa deportar ni rire 
(/'" 39, r«, co/.l.)Que non haja paor d'aucire; 
Ez esta en gran penssamen, 

970 E ditz en son cor moût soven : 
(( Bels amies, haurai jamai aisze, 
Que vos percoUe ni vos baisze. 
Eu non (?) faillit son mei déport, 
Me e vos han lauzengier(s) mort.» 

975 Amors, penren en ja venjansa, 
Nin portaren escut ni lansa, 
Sobrels lausengiers traidors, 
Que tolon las dousas amors. x> 

Plasers, lo senescals d'Amor, 
980 Parlet en luoc de son seinor. 

Moltfopros e certes e vi(a)stes, 
E savis hom e bon légistes. 
[E] li ha dit: a Bels amies bos, 
Gent aves dig vostras razos ; 
985 Mais tôt quant aves devizat, 



V.953,em deven;957, dons (dos avec un sigle sur Vo)\ 959 et 978, donsa; 
966, ome (avec un sigle sur /'e); 983, ha liz. 



MANUSCRITS DE CHELTSNHAM )tlb 

Ha hoi Cortezia jugat, 

Q'ill ditz q'ab sen et ab mesura 

Pot hom aver amor segura ; 

E si lausengier son Marcos, 
990 Hom lur deu esser Salamos . 

Ja no er que gilos non sia, 

Mais ieu die que re non enbria, 

Que mosseihner es poderos, 

Que ia l[a]uzengiers ni gelos , 
995 Non feran dan a drut certes, 
{Col. 2.) Ans [tôt] lur pro mas be lur pes; 

Qar en luoc fan tan gran paor, 

Q'el non parlara, aujen lor. 

E si con Taurs el f(l)uec s'escura, 
1000 Aques(i)ta paor los meillura, 

Q'el si gara de fol parlar, 

E fai ab sen tôt son afar ; 

E sil van si don[s] espian, 

E ill fan vezer lur bel semblan, 
1005 Ab tal don gaire no li cal, 

A que cobre son joi coral. t 

[AJpres ditz Deportz : « Gran faillida 

Fai aquel que si donz oblida, 

Quan de son gen cors on[o]rat 
1010 El non Ta trait ni galiat, 

Antz Ta tengut gai e jausen. 

Fait [de| tan envejos prezen 

Coves, de son bell acuillir, 

E Ta volgut tan enreqir 
1015 Que, si ag maltrait de s' amor, 

Ar loi ha tornat en dousor ; 

E donat de sas bellas res, 

Mangas [e] cordes et orfres ; 

V. 995, ceran; 1005, gaere. 

* AllusioQ aux Dits de Marcoul et de Salomon, recueil de proverbes don 
la première rédaction en français remonte au Xlle siècle. A chaque sentence 
de Salomon, Marcoul, une espèce de Sancho Pança, répond par un proverbe 
populaire et souvent licencieux. De là l'idée de réciprocité exprimée par nos 
deux vers; mais les rôles sont ici renversés, et l'attaque est attribuée à Mar- 
coul {Marcon), 



216 MANUSCRITS DB GHELTBNHAM 

E s'il mostra puei cor truan, 
1020 No se pot desfendre d'angan, 

Antz contrafai lo traidor 
( P, col, 1.) Qu'es ries de l'aver son seinhor ; 

E pueis met contra luei l'aver, 

Es pena de lui decacer. 
1025 Ges non deu haver cor volatge, 

Antz deu [el] tenerferm coratge, 
, Que bona dompna non peijura, 

Antz enancha ades e meillura ; 

Qu'eu prez mai la valpr el sen 
1030 De dompna, non faz lo joven ; 

E si com frugs val mais que flor, 

Val mais que beltat lavalor. 

Mais cant es bona la canchos, 

La laissai joglar enoios ; 
1035 Aital fai que tota sazon 

Non fai si donz quel sapcha bon ; 

E si fai après autr' amia, 

Ni autra cosa cui si fia. 

EU' apella son amador \ 



1040 



Que totz temps es de joi de l'una, 
La boca qez enqier mas una. » 

— a [S]i m'ajut Dieus, so dis Coindia, 
Ben fai mal que si donz oblia ; 

1045 E mal fai dompna que de lonja 
Son amie pois per lui esconja, 
Que ja non sera tan zinnosa, 
Dans pueis que si fai vergoinosa 
{Col, 2.) D'aquel que volria aver près, 

1050 Non faza lo vilan cortes, 

E perja(z) son ben et s'onor, 
Qu'enantz que li lauzenjador 
hajon saubut ni sentit, 

V. 1019, uuostra; 1037, e fi; 1038, qicosapchatz si fia: 1045, lonza. 
* Lacune d'un ou] plusieurs vers. 



IfÂMUSCRTEB DE GHBL'raSNHAM 217 

Deurian haver son joi complit. 
1055 Car tost passon lî mercadier 

Lo pas on torna[D] li stradier ; 

E qan (ill) son en via segura, 

lU van bellament Tanblaûra. 

Atressi dompnan deu, alen 
1060 Penre son joi, mas tome (son) gen ; 

(E) deu gardar que Fin' Amors gaia 

Per lonc en plaidar non dechaia; 

E nos deporton [de] nos (oi)mais, 

Eir auzell movan tut lur lais. 
1065 Envejan si s'acordon gen 

L'auzell e nostri estrumen, 

Qi après aisso aulaz voz 

El joi que menon entr' els totz. 

Ben ha pus dur (lo) cor d'aziman *, 



1070 



Onorse Vahrs e Batllessa 
D'Amor, que re mas joi non pessa, 
Son vengudas (ad) auzir lo(s) chan, 
Ë son vestudas, d'un semblan, 

1075 D'un blanc samit ambe floretas 
D'aur; capelz han de violetas. 
(f^40, ro, coL l.)Qant ellas entron el palais, 

Sapchatz que la cortz en val mais. 
La Baillessa d' Amor a presa 

1080 Honor, de jost Amor l'a mesa. 
El ac gran joi qan l'ag veszuda: 
Vas si la streing, baisar la cuda : 
Mais sas gen[s] lo feiron suffrir, 
Per paor qen fezes mûrir 

1085 De plan' enveja dos o très, 

Que la dompna es tan bella res. 
E ditz : (( Dompna, ben fos onrada 

V. 1059, dompna non ; 1075, ab floretas. 

* Lacune dont il est difficile de déterminer l'importance ; elle doit compren- 
dre la fin du discours de Coindia, et peut-être d'autres encore. 



21K MANUSCRITS DE GHVLTBNHÂM 

Ma bocca, sîus hages baisada^ 



109() QMeu non soi dignes, dons' amiga, 
Que tanha d'Onor vostra boca, 
Que tôt es sans qant a leis toca. 
Vos mi tenes en tal liam, 
Gon pus m'aucises, no m'en clam. 
Per qu'auciretz vos, dompna bella, 
1095 Celui que vas vos nos revella ? 

Vostra dousa amors m'esperona ; 
Pos bella es, siatz me bona ; 
E non fassatz Tauszellador, 
Q'apella e trai ab dousor 
1100 L'auszel, tro qe Ta en sa tela, 
Pueis Tauci el destrui el pela. 
Dompna, Tuell pus luszent qu'estela 
Regardon, pus son cor nous cela 
{Col. 2.) 1105 Lo votre sers, que tant vos ama, 
Per Dieu e per vos se reclama ; 
Per mil vez siatz ben venguda, 
Qran joia m'es al cor creguda, 
Qar es tant ôna e tant liaus, 
1110 Ja mos cors non haura repaus, 
Tro qem digas coment sera, 
Sill vostre bel cors m'amera ; 
Q'ieu soi vostr' hom en tota guisza. 
Que Fin' Amor el cor m'atisza 
1115 Un fuec don m'es suaus la flama, 
Que del vostre bel cors m'aflama. 
E regardatz lo vostre bon or, 
Que diguen li un amador 
Q'en vos non sap om blasmar re, 
1120 Que beir es e de gran merce. 
De paor nous aus dire pus, 
Mais vostr' amor mi don Christus, 
Aissi con ieu, per bona fe, 

V. 1120, bella; 1121, paur. 

* Ici nouvelle lacune, de peu d'importance. 



MANUSCRITS DE GHBLTBNHÂM 219 

Laus qn'er mi don el de vos be ; 
1125 Q'ieu nom puesc ges de vos défendre, 

Enguazar mi podes o vendre ; 

Faitz en faire carias e brieus, 

Mos cors prenc de vos e mos fieiis, 

E qar eu soi sener d'amor, 
1130 Ai causit lo pus rie seinhor. » 

Amors respon: a Eu soi ben vostra, 
( y**, col, 1.) Q'ieu non soi ges aquel que mostra 

Orgueil, montre q'es jovencella, 

Q'a la color fresca e nov^lla ; 
1135 E qant aqU colors li fail 

Ez el se vei en son mirail 

E conois que trop s^es tarzada, 

111 qier so don era pregada, 

E ditz : a Ben ai mon tenps perdut, 
1140 Jamais non poirai haver drut. » 

Adoncs oing sa cara e la fréta 

E cuida se faire toseta ; 

E on pus se gensa, el peizura, 

Qel beutat non ven per natura. 
1145 Que donnas i ha d'autre fuel, 

Que paron laiden de novel. 

Que negus gentils hom si ô 

En dompna que laidura di ; 

Ants se devon(t) d'aitant venjar 
1150 Que francs hom non la deu baiszar. 

Dompna non deu parlar mas gent 

E suau 6 causidament, 

E deu tant gent sos motz assire, 

Que totz hom son solatz désire, 
1155 Que las paraulas qe son fors 

Demostran los talens del cors ; 

Per que non deu dire folor 

Dompna que s'enten en valor. d 

(CoL 2). [L]a Baillessa d'Amor s'assis 

Y. 1125, non; 1131, flors respon eia; 1146, laide ande non nuel. 



eSO MANUSCRITS DB CHBLTBNHAM 

1160 Davant las pnlsellas, e dis: 

a Sabetz que deu faire doncella, 
Qant SOS bos amicx es ab ella, 
E Fin' Amors Ta tant onrada, 
Q*ab son bon amie Ta colgada? 

1165 Lor coven q'al comensamen 
Li fassa d'un baisar presen, 
Ë pueis ab rire et ab solaz 
Qel faissa coisin de son braz, 
Ez ab l'autre ves si l'estrenja, 

1170 E diga(s) : t Grans onors vos venja, 
Amors e gran bonaventura ! 
Fols es que de vos se rancura ; 
Que, s'anc me venc maltrac[z] de vos, 
Bon[s] m'en es rendutz gazardos. 

1175 Bels amies, vos podez veder 
Q'ieu soi tota al vostre plazer; 
Que vesetz qu'eu nom gard de vos, 
E vos es tan bels e tan bos, 
Que gardaretz de vilania 

1180 Vostre bel cors et vostra amia. 
Endroit vos non désir lo rei. 
Al vostre causiment m'autrei ; 
E vos sabetz que de toseta 
No i ha onor cel que l'abeta. 



V. 1169,lautra, 



{A suivre.) 



Dialectes Modernes 

GLOSSAIRE DES COMPARAISONS POPULAIRES 
DU NARBONNAIS ET DU CARCASSEZ 

(Suite) 

Dago. — Fi à daura coumo uno dago de ploumb. 
Dalicat. — Dalicat coumo uno roso muscadèlo; —coumo uno 
garlando de c^umeniu. 

PER TRUFARIÈ: 

Dalicat coumo de car d'ase. 
Damnât. — Damnât coumo Gain ; — coumo Judas ; — coumo 

uno rabo (per Arabo); — coumo uno asclo. 
Dangêrous. — Dangèrous coumo Caribd e Sciila. 
Dansa. — Dansa coumo un Bourdelés ; — coumo un Bàscou. 
Daurat. — Daurat coumo un calici de catedralo ; ~ coumo 

Tabit d'un gênerai. 

PER TRUFARIÈ: 

Dbberti.— Se deberti coumo un cofre ; — coumo un capèl 

defounsat; — coumo un croustet de pa dins un tiradou. 
Dbboucassat. — Deboucassat coumo un porto-fais ; — coumo 

un gaupas ou gourdimando. 
Debrembat. — Debrembat coumo uno bièlbo crousto de pa 

mousit. 
Défait, Abalat. — Coumo la semano penouso ou santo. 
Deplourado. — Deflourado coumo uno bièlho cranco ; — coumo 

uno rusco de sacamando. 
Degairit. —Degairit coumo un bièl moble dins un galatas; — 

coumo uno bièlho semai après bendemios. 
Degalhé. — Degalhè coumo un taro-cebos ; — coumo uno talpo; 

— coumo un rat-griule. 
Degarlandat. — Coumo uno pipo dessauclado. 
Degbsti ou Degeri coumo un canard (à mesure que manjo). 
Dégourdit. — Dégourdit coumo un furet ; — coumo uno clau- 

de-Sant-Peire ou de Sant-Jordi; — coumo un perdigalhou; 



223 COMPARAISONS POPULAIRES 

— coumo un crabit de très meses ; — coumo un courdou- 
niè d'aigo; — coumo un lausèrt; — coumo un esquîrol. 

PER TRUFARIÈ: 

Dégourdit coumo un parel de bargos; — coumo un rosse. 
Dboouteja. — Degouteja coumo lou tioul d'unpescaire. 
Demoura. — Demeura aqui coumo untanoc. 
Deju. — Deju coumo un coumeniant. 
Dbmbsi. ~ Se demesl coumo un gratèu; — coumo *un gra de 

sucre dins Taigo. 
Demoura. — Demoura lous brasses crousats coumo Jocrisse ; 

— coumo Fabasso; — coumo un planto-portos; — coumo 
toumbat de las nuos. 

SB dits: 
Demoro pla pertout coumo Toli à toutes las salços. 

Dents. — De dents coumo de perles; — coumo de gras de mîl- 
grano ; — fines apuntados coumo las d'un rat-bufou ; — 
blancos e pounchudos coumo las d'un cagnot. 

I PER TRUFARIÈ: 

De dents blancos e grossos coumo d'amellos pelades ; — 
coumo de touches de piano ; — coumo de trissous ou de 
pilo-sal; — loungos coumo de cabilhos de biouloun ou 
coumo la famine ; — claros coumo de pugos de raspino; 
— larjos coumo de pales de foc. 

Derranca ou se derraba coumo un porre ; — coumo de pau- 

moule ; — coumo de crin de porc escaumat. 
Desanat. — Desanat d'argent coumo un grapaud de plumo. 
Désargentât. —Désargentât coumo un bièl cibori ou calici ; 

— coumo la creux das capucins. 

Descarnat. — Descarnat coumo une cambo d'agasso. 

Désert. — Desèrt coumo un cementeri. 

Desirat. — Désirât coumo tout ço qu'es defendut ; — coumo 

lou Messie ; — coumo lou printemps. 
Desparrabissat. — Desparrabissat coumo une bièlho tourre; 

— coumo une paret bastide en terro-giro. 

Dessaba. — Dessaba coumo un tutuit ou flabut de Semano 

Santé ; — coumo une caramèle de sause. 
Destrussi.— Destrussi coumo laratugne; — coumo une talpo; 



COMPARAISONS POPULAIRES 223 

— coumo un taro-cebos ; — coumo un furetaire.— Manja 

coumo un destrussi. 
Détestât. — Détestât coumo un gous rougnous ; — detestado 

coumo la pèsto. 
Dets.— -De dets coumo de malhetos ; — afilats coumo de fuses ; 

— moufles coumo de coutou; — couflats coumo de tripous. 

— Dets à croc de roumano coumo lou diable ; — coumo un 

sarro-piastros. 
DiFiciLLE. — Dificille coumo d'arrapa la luno amé las dents ; — 

coumo d'atari un pouts am' un paniè sans tioul ; — coumo 

de se fréta lous èls amé lous couidçs ; — coumo de trouba 

la source dal Nil ; — coumo d'escarlimpa la draio dal Pa- 
radis. 
Dire. — Dire coumo Tautre ; — se dire de soutisos coumo de 

luquetiès ; — coumo de faissiès. 
Diligent. — Diligent coumo Tabelho ; — coumo la fourmigo. — 

Diligent e matiniè coumo lou poul ; — coumo un boun 

paire cargatde familho. 

SE DITS : 

Diligence passe sapienço. 
DiNTRA. — Dintra 'n dacon coumo la tempèsto ; — coumo un 
ouragan; — coumo une audenco. — Dintra aisidoment 
coumo dins de burre. 

PER TRUFARIÈ : 

Dintra coumo un cung de burre fresc dins uno fendo de 
nouguiè, ou d'ausi, ou de casse. 
DiSPARi. — Dispari coumo uno muscade; — coumo un fum ; — 

coumo uno pôu ; —coumo un esprit; — coumo un lausset. 
Disputa. — Se disputa coumo de peissounièros ; — coumo de 

ruscadairos que se nègoun lou bacèl ; — coumo de repe- 

tièros à la plaço ; — coumo dous gousses per un os. 
Doubert ou Alandat coumo un libre ; — coumo un arcèli ; — 

coumo uno milgrano ; — coumo la gibecière d'un aboucat. 
DouLBNT ou Marrit coumo uno esteringlo ; — coumo lou mal 

de dents ; — coumo Taigo boulhento ; — coumo uno caus- 

sido ; — coumo un resquit de soulpre. 

PER TRUFARIÈ: 

Doulhbt. — Pas mai doulhet qu'un biou ou qu'un bièl ase fait 
à la trico. 



»4 COMPARAISONS POPULAIRES 

DouNA.. — Es à n-uu douna coamo Taigo-signado ou coumo 
Taigo de la fount. — Douna dins loa panèu coamo un la- 
pinou. 

SB DITS : 

Quand lou paire douno al û\, rits lou paire, rits lou fil ; 
mes quand lou fil douno al paire, plouro lou fil, plouro 
lou paire. 

DouRBi. — Dourbi d'èls coumo un crestaire; — coumo de pour- 
tanèls ; — coumo de bochos ; — coumo un mainatge en 
fièro. — Dourbi de narres coumo de plats-barbiès ; — 
dourbi la maisso à *nfila mièch nousel de biôu. 

SB dits: 
A toujour la ma doubèrto coumo la Caritat. 

DouRici. — Dourmi coumo un juste ; — coumo un paure ; — 
coumo un mounge al salut,; — coumo uno marmoto ; — 
coumo uno missarro ; — coumo uno baudufo ; — coumo 
unopèiro ; — coumo unsouc ; — coumo un esclop; — coumo 
uno turro ; — coumo un mort; — coumo un sourd. — 
Dourmi de boun goust coumo un inoucent ; — coumo s'èro 
lou rei de la terro. — Dourmi d'aploumb coumo un mar- 
chand de bounetos. — Dourmi que d'un èl coumo las lè- 
bres. — Dourmi sus las dos aurelhos coumo un sans- 
soucis. 

SE dits: 

Que per dourmi, segur, 
Fa res de tal qu'un bentre dur. 
Qui dourmits à soulel lebat 
Mourira paure coumo un rat. 



Qui dourmits grasso matinado 
Troutara toute la journado. 

Dous. — Dous coumo mèl d'abelho ou coumo de mèl narbounés; 
— coumo un muscat daurat ; — coumo de tourrou en 
barro ou un cabirou de nougat. — Dous al touca ou al palpa 
coumo de belous de sedo ; — coumo uno pèl de talpo. — 
Dou» al cor coumo lou soubenl d*uno bonne acciu ; -— 



COMPARAISONS POPULAIRES 225 

coumo un poutounet de toustè ; — coumo uno caresso 
d'amigaeto. 

PBR TRUFARIÈ: 

Dous al gousiè coumo un sirot de tachos ; — coumo de 
tisano de guingassous. 

SE DITS : 

Douço es la peno 
Que nous rameno, 
Après toui'men, 
Countentomen. 

DouTous ou Pauc sbgur coumo Fabeni ; — coumo lou temps ; 

coumo Tamour d'une gourrairo ou serco-pistolos. 
Drapât. — Drapât dins soun mantèl coumo un grand d'Es- 

pagno. 
Dreit.— Dreit coumo un quilli de palama;— coumo uno bou- 

zolo ; — coumo un liri ; — coumo uno brouqueto ou luquet; 

— coumo un jounc de mar ; — coumo uno quilho ; — coumo 
uno candèlo ; — coumo un I; — coumo un plaussou de 
sause; — coumo un piboul dltalio ; — coumo un pal-se- 
maliè. — Dreit e biu coumo un cop de froundo ; — dreit 
e fi coumo un pel ; — coumo uno filato. — Dreito e fîèro 
coumo uno estatuo. — Enregat dreit coumo un cop de 
courdèl. —Dreit plantât coumo un cèdre ou supressiè. 

FER TRUFARIÈ: 

Dreit coumo Tesquino d'un boussut ; — coumo un oulan ; 
— coumo un faucil-bartassiè ou talho-bartos ; — coumo 
de cordos dins un sac ; — coumo lou caçni de Dabeja, 
tout rebirets ; — coumo un ariscle de tambour. 

SE DITS : 

Marchen lou dreit cami 
E daissen jaupa lou mounde. 

Dur. — Dur coumo un gabre ; — coumo une bano ; — coumo un 
nèrbi de biôu ; — coumo uno bato d'ase ou de car d'ase j 

— coumo uno gransolo d'esclop ; — coumo uno bièlho ba- 
sano ; — coumo un calbau ; — coumo un tourol d'ameliè ; 

— coumo de car d'ausino ;— coumo un correjou ; — coumo 

18 



226 G0MPARÀIS0M8 POPULAIRES 

un enclami; — coumo un martel testut; — coumo Tamo 
dal diable; — coumo un carrai ; — coumo un croc de calel; 

— coumo uno lasceno ou rabuscle ; — coumo un coudoun ; 

— coumo de tijos de boto de gendarme en retrèto. — Dur 
coumo lou sort ou destin. — Dur coumo uno porto de pri- 
son. 

SB dits: 

Pa dur, lèit dur e bi 'scaudat, 
Es la bido d'un bièl souldat. 

Dura. — Dura coumo Teternitat ; — coumo un parel de souliès 
tachats à dos aigos. 

SB dits: 

Argent duro 
Sans ourduro. 

Quand bouldrets croumpa 'n bestit nôu, fasèts la resoulu- 
ciu de faire dura lou bièl un pauc mai loungtemps. 

A* Mm. 
{A suivre,) 



Poésies 



MOUN TOUTOUN GIRAUMOUN 

Er: Vaut ben mieux moins d argent 

Monn toutoun 
Giraumoun, 
Que pipava 
E qu'eituflava ; 
L'autra net, 
Paubre che, 
A mourit dîns soun liet. 

L*aîga vai dins la baissa ; 
Loa fam vai dins lou cèu ; 
L*ome vai au toumbèu, 
Goueijat dins una orra caissa. 
Moun toutoun, etc. 

N'i a qu'un ôubleuda vite : 
Mas tu, paubre toutoun, 
Qu'eras 'n orne si boun, 
Em tu sirai jamai quite. 
Moun toutoun, etc. 

MON ONCLE JEROME 

Mon oncle — Jérôme, — qui fumait la pipe — et qui sifflait, — l'au- 
tre nuit, — pauvre chien, — est mort dans son lit. 

L'eau va dans le vallon ; — la fumée va dans le ciel ; — l'homme va 
au tombeau, — couché dans une laide caisse. 
Mon oncle^ etc. 

Il y en a qu'on oublie vite ; — mais toi, pauvre oncle, -^ qui étais un 
homme si bon, — je ne serai jamais quitte avec toi. 

Mon oncle, etc. 



tt8 POâsiBS 

Aura que deurt jous terra, 
Me veiqui, Dieu marcet, 
Eiretié de soun be 
E meitre couma-t-èu era. 
Moun toutoun, etc. 

Qu' ei iou, ne vous deiplase, 
Qu'ai Iou gouvernament. 
Culirai soun froument 
E mountarai sur soun ase. 

Moun toutoun etc. 

Ai lard, blat, fe mai palha, 
Moutons, vedèus mai bious. 
Pode cassa sous iôus 
E fricassà sa voulalha. 

Moun toutoun, etc. 

Au diable la piqueta, 
Lou pa de meitatun, 
Keipurjun, lou retrun !. . . 
E chantan à plena teta : 

Moun toutoun, etc. 

Farai fa 'na levita 
Per prene lous dimens; 



A présent qu'il dort sous terre, — me voilà, Dieu merci, — héritier 
de son bien — et maître comme il était. 

Mon oncle, etc. 

C'est moi, ne vous déplaise, — qui ai le gouvernement. — Je cueil- 
lerai son froment — et je monterai sur son âne. 

Mon oncle, etc . 

J'ai lard, blé, foin et paille, — moutons, veaux et bœufs. — Je peux 
casser ses œufs — et fricasser sa volaille. 

Mon oncle, etc. 

Au diable la piquette, — le pain moitié maïs, moitié froment, — les 
fruits mal mûrs et le rebut! — et chantons à tae-tôte: 

Mon oncle, etc. 

Je ferai faire une redingote, — que je prendrai lesdimahches. — Je 



POBISIES S29 

Pourtarai daus pendents 
E m'en irai en visita. 
Moun toutoni), etc. 

Aurai gilet de lana, 
Calotas de drap fi, 
Cravata de sati, 
E surtirai pas sans cana. 
Moun toutoun, etc. 

Las fllhas dau vilage 
Deijà me fan de Tei. 
Eiperan d'être viei 
Per parla de maridage. 
Moun toutoun, etc. 

Vau fa na la votura 
E petà lou fusil, 
E chanta lou dousil, 
E pissa la chanta pura. 
Moun toutoun, etc. 

Aura, viva las trufas, 
Lous dindaus, las perdris, 
La joiae lous amis 
Toujour rounds couma baudufas ! 
Moun toutoun, etc. 

porterai des boucles d'oreilles, — et j'irai en visite. 

Mon oncle, etc. 

J'aurai gilet de laine, — pantalons de drap fin, — cravate de satin, 
— et je ne sortirai pas sans canne. 

Mon oncle, etc. 

Les filles du village — me font déjà de l'œil. — Attendons d'être 
vieux — pour parler de mariage. 

Mon oncle, etc. 

Je vais faire rouler la voiture — et partir le fusil, — et chanter la 
clef du robinet du vin — et couler la chantepleure. 

Mon oncle, etc. 

A présent, vivent les truffes, — les dindons, les perdrix, — la joie 
et les amis —toujours ronds comme toupies! 

Mon oncle, etc. 



230 POÉSIES 

Margarita mignouna, 
Antd ei lou parçaclau ? 
Co nous farô pas mau 
De goustà d'una autra touna. 

Moun toutoun 
Giranmoun, 
Que pipava 
E qu' eituflava; 
L' autra net, 
Paubre che, 
A mourit dîns soun liât . 

A. Chastanet. 

Charmante Marguerite, — où est la vrille? — Cela ne nous fera pas 
mal — de goûter d*un autre tonneau! 

Mon oncle — Jérôme, — qui fumait la pipe — et qui sifflait, — l'au- 
tre nuit, — pauvre chien, — est mort dans son lit. 

A. Chastanet. 



^ Périgourdin (Mussidan et ses environs) . Orthographe montpelliéraine. 
Dans ce dialecte, on prononce o Va de la finale féminine du singulier des sub- 
stantifs et des adjectifs {aigo, baisso, caisso,autro,orro, etc.) et Va des troi- 
sièmes personnes de Tindicatif présent et de Timparfait {ôubleudo, eitufiavo, 
pipavOy etc.). 



VARIÉTÉS 



LES MANUSCRITS PROVENÇAUX DB CHBLTENHAM 

Corrections 

Les textes publiés par M. Constans, dans le second de ses intéres- 
sants articles*, réclament un assez grand nombre de corrections. Nous 
en proposons ici quelques-unes. 

Pièce no 2, p. 124: 

V, 3. « n'aves cabat. » Corr. n'a mescahat? 

9. Corr. S' eu m'en consir^ son drechurier li datf Cf. v. 20-21 . 

11 . « de vostra mort. » Corr. de nostr' accort ? 

22. Corr. ve V enrazonat, 

24. Corr. mil vez jurât et supprimez la virgule. 

29. Corr. reviu[d\at, 

32. «Men. » Corr. leu? 

34 . « quen. » Lis. quem. 

39. J'écrirais Coms, e de que? 

41. « [non].» not<5 vaudrait mieux. 

44-47. Je lirais : 

— « Pietz m'aves faig can ra'aves consirat. » 

— « Et ieu.de que?» — « Tenes m'asegurat, 
Sin aves tort *, (pie n[on] sia(s) cmblasmat ? » 

— a Digas, disella, la vostra volontat. » 

62. Corr. plai[n']g que no ? 

64. Lis. sa vinc, 

65. Suppl. Et au commencement du vers. 

66. Manque une syllabe, peut-être a devant mi. Je lirais quel col, 

69. Lis. QuHl m' an traït, 

70. Lis. ensempre (= ensemble). 

71. Lis. aja. 

72. « per ne tôlier. » Lis. plutôt avec le ms. (en supposant le p 
barré) : per re tôlier. La phrase n'est pas terminée. 

Pièce no 3, p. 126 : 

V. 9. Remarquer ancessis, au sens pur et simple d'esclave dévoué» 
séide. L'allusion aux fidèles du Vieux de la montagne est évidente. 

^ Revue, node septembre 1881, p, 121-138. 

* On pourrait lire aussi si n'ai jes tort, où n* serait pour no. 



232 VARlâTBB 

20. Coït. Car . 

21 . Rétablir sotz Dieu, C'est une locution connue. 

48. Corr. Qu*eu assomaz (pour assomas == assomes)! Cf. 51, tnez 
pour mes, 

53. Lis. precens, pour presens, 

54. Lis. Quem. — 55. Lis. m*avia, sans ajouter d's, 
69. Lis. mezest en un seul mot. 

64. Corr. Jotas ses naus ^e, 

86. Lis. Cans, 

92. Lis. mars, sans majuscule. 

109. Rétablir am be (amo bene). 

110. Lis. Dab el ( = avec lui); eisam, qui suit, est ipsa mihi. Il 
faut une virgule, au lieu d'un point, à la fin du vers . 

111. Remarquer ve?re=: veterem. Même forme au vers 142. Ce 
mot manque dans Raynouardet dans Rochegude,ôt je ne me rappelle 
pas l'avoir jusqu'ici rencontré. 

117. « denan. mMs. dinon. Je corrigerais lo mon ou tôt la mon^ en 
conservant agses, 

118. Rétablir trobaras (vous trouveriez ), qui convient, ici, mieux 
que le futur. 

121 . Corr. Ni que cen tan. 

122. Corr. parles. 

125. Je mettrais un point après ce vers, et une virgule seulement 
après le suivant. 

129. Manque au moins un vers après celui-ci. 
135. Lis. Corn. 
146. Lis. qe me. 
151. « nol. » Corr. noi. 

Pièce no 4, p. 130: 

M. Constant n'a introduit dans ce descort aucune division. Les ri- 
mes y laissent pourtant reconnaître cinq strophes ou coWa^; première, 
du vers 1 auv. 16; deuxième, 7-18; troisième, 19-33; quatrième, 34- 
44; cinquième, 45-56. 

V. 2. Corr. Ab bels, 
* 3. Lis. Volgr* eu. Je corrigerais i^luiàt qu'e[s] sob[ei\rana. Suppri- 
mer la virgule à la fin du vers. 

6 . Lis. primeis (= primeirs)! Le dernier mot du vers paraît devoir 
être dosana. Je ne sais que faire de ce qui précède. 

7. Corr. Qu'en sovlen]ença. 

14. Corr. que[m]. —24. Corr. sel ou seil. — 26. «Con. «Ce mot ne 
paraît guère convenir ici. On attendrait quelque chose comme sim ou 
ieum, — 27. Lis., en deux mots, mal traira. — 28. Corr. Sol, ... lo 



VàRIBTBS 233 

/în5. — 31. Corr. potf—31. Suppr. TantfSS. Corr. qu'eljaf Je 
ne sais que faire de ab dis, — 40. Corr. Fais se, — 44. «n'u. » Corr. 
^o ou nol ou not. — 47. Corr. Ouï/. — 48. Corr. iVi7 et mettez un 
point à la fin du vers. — 50. Corr. Semble (ou Sembli) d^esp, — 53. 
€ anc. » Corr. doncf 

Pièce no 5, p. 132 : 

Y. 6. « granda. » Corr. grana, comme le veut la rime, et mettez une 
virgule après valor du vers suivant. 
12. lis. aulana, 

14. Lis. domna isernida et mettez deux points (ou seulement un 
seul) après ce mot. 

16. Lis. M'es. 

18. o Est, cant. • lÀ'&.Estc^anc. 

23. Corr. iSim[5] et effacez la virgule à la fin du vers . 

27. Lis. camjei, 

32. Corr. to[s]t. 

36. Après ce vers devrait commencer le quatrième couplet (vv. 37- 
44). Le cinquième (quatrième de M. Constans) doit peut-être se ter- 
miner au V. 50. La pièce en aurait alors six au lieu de quatre que lui 
donne la division de notre confrère. 

47. « quom. »Corr. quemt 

51-55. Ce dernier couplet de la pièce, s'il faut en effet le détacher 
du précédent, se compose, à mon avis, de six vers (et non de cinq), et 
doit se lire : 

Nim dueill per vos, 

Mais ra&os 

Fora co {corr. que ?) mais mi feçes 

Joios ', 

Qu'engoissos 

Son car nom yen tais bes. 

Pièce no 6, p. 134: 

M. Constans donne huit couplets à ce descort. Peut-être n y en faut- 
il compter que trois : le premier se composerait de 34 vers ; le deuxième, 
de 23 (35-57), et le troisième de 10 (58-67). 

V. l.Corr. Mn(où). 

12. Corr. si bes fan et mettez une virgule à la fin du vers. 

15. Corr. nos. 

16. Lis., en un seul mot,iVt. 
18. Corr. auran. 



* Ou mieux, peut-être : Fora qe mi feçes 
Mais joios. 



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yASsàrÛB 



19. Lis. c*om, 

20. Ce vers doit probableaient en former deux, et peut-être aussi le 
avivant. 

22-24. Je crois que eus, qui termine, chez M. Gonstans, le v. 22, 
et les deux suivants, n'en doivent former qu'un seul, qu'il faut lire : 

' C*usquez on plus pot sin preng. 

trats, qui terminerait alors le v. 22, doit être une faute de copiste. 
Mais je ne vois pas la restitution . Il faudrait une rime en an . Du 
reste, tout ce passage m'est obscur, aussi bien que ce qui suit immé- 
diatement. 

28. Corr. cantaran? 

33. Il faut une virgule, au lieu d'un point, à la fin de ce vers, et un 
point après le suivant, qui termine évidemment la v strophe, au lieu 
d'en commencer une, comme l'a cru M . Gonstans, induit peut-êt