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Full text of "Revue des langues romanes"

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Toronto 

LiBRARV 




REVUE 



LANGUES ROMANES 



REVUE 



DES 



LANGUES ROMANES 



Tome XLVllI 



¥•= Série — Tome VIII 




SOCIÉTÉ DES LANGUES ROMANES 

MONTPELLIER 



2 

'RU 



REVUE 



DES 



LANGUES ROMANES 



LA SUITE DU PARTHENOPEU DE RLOIS 

ET LA VERSION HOLLANDAISE 



Le Parthénopeu de Blois, tel que nous le donnent les mss. 
français', nous est parvenu dans deux rédactions différentes : 
l'une («) qu'est seul à représenter le ras. A , l'autre (/3) que con- 
tiennent tous les autres mss. En 1834 Crapelet a publié le 
texte d'A^; pour l'autre version, nous devons la chercher 
dans les divers mss. français^ — dont le plus grand nombre 
se trouve à la Bibliothèque nationale de Paris — et dans les 
traductions étrangères. 

Pour leur première partie, ces deux rédactions sont à peu 
près identiques ; la divergence ne commence qu'après le vers 
9163 de l'édition de Crapelet. La question est donc de savoir 
laquelle des deux suites a été écrite par l'auteur de la pre- 
mière partie, et c'est à cette question que nous essaierons de 
répondre dans cet article. 

• Je ne parle pas de la version représentée par les traductions danoise 
islandaise, anglaise, espagnole qui forment un groupe à part. 

^ Pnvtonopeus de Blois, piihlié pour la première fois d'après le manus- 
crit de l'Arsenal , par G. A. Crapelet. Paris, 1S34. 

' E. Pfeiffer, Ueberdie Handschriften des altfranzôsischetiRoynansPar- 
tonopcus de Blois 1885, (Ausg. u. Abh. aus d. Geb. d. rom. Phil. XXV). 



6 LA SUITE DU PARTHÉNOPEU DE BLOIS 

Mais dès l'abord une difficulté se présente. Ni la version a 
ni la version /3 ne nous est parvenue dans un état complet. Je 
ne parle pas de la grande lacune de plus de 1200 vers qui se 
trouve dans le ms. A. ni des nombreuses petites lacunes que 
tous les rass. nous présentent — elles n'ont pas d'importance 
pour notre sujet — , ce qui rend notre problème particulière- 
ment difficile à résoudre, c'est que la fin manque aux deux 
versions également. 

Pour la versiona,la perte, je crois, n'est pas grave. Parthé- 
nopeu a tué son rival et reconquis sa Mélior ; chacun des 
personnages a trouvé sa dame, un triple mariage a lieu ; c'est 
au milieu de la description des noces que notre ms. s'arrête 
brusquement. Evidemment, il lui manque seulement quelques 
vers. 

11 n'en est pas de même de la version /3. Après le tournoi 
d'où Parthénopeu est sorti vainqueur le Soudan de Perse est 
parti furieux ; il revient avec une grande armée pour se ven- 
ger et pour s'emparer de Mélior ; de nombreux combats ont 
lieu près de Mal-Bréon, la demeure d'Ernol ; des pourparlers 
sont engagés de part et d'autre. Quelle en est l'issue ? Nous ne 
le savons pas. Tous les mss. français s'arrêtent au milieu des 
combats ; seul, le ms. de Tours nous mène beaucoup plus loin : 
il raconte la fin des batailles, la conclusion des trêves, puis 
ajoute, pour finir, quelques vers qui ne sont certainement pas 
de l'auteur de notre roman. A leur place, heureusement, une 
des versions étrangères, la traduction néerlandaise, continue 
le récit pendant 800 vers environ ; mais, elle aussi, s'arrête 
bientôt — l'original qu'elle suivait, n'allait pas plus loin ' — , 



• Hier indet in walsche ; vondics meere, 
le dichtet in mijns lieves eeve, 
Diet mi wel verghelden sal. 
God gheve haer ère ende goet gheval, 
Ende na dit leven hemelrikc. 
Ende mi met hare al die ghelike! (Bs. 8401-8406.) 

(Ici prend fia le texte français ; si j'en trouvais davantage, je le met- 
trais en vers en l'honneur de madame qui m'en récompensera bien. 
Que Dieu lui accorde (sur la terre) toute sorte d'honneur et de félicité, 
qu'il lui réserve une place dans son royaume après cette vie, en m'ac- 
cordant auprès d'elle la même faveur.) 



ET LA VERSION HOLLANDAISE 7 

et nous laisse dans l'incertitude sur le sort des principaux 
personnages. 

Cette circonstance rend très délicate une solution de notre 
problème. Il est certain pourtant que nous ne pouvons espérer 
le résoudre que par l'étude du ms. T — qui n'a guère été 
examiné jusqu'ici — et de la version hollandaise. Mais, 
avant de recourir à une version étrangère il est toujours 
nécessaire de se convaincre de sa valeur. Aussi y aura-t-il 
intérêt à l'examiner de plus près, à voir si la manière dont 
elle a été composée nous permet de nous en servir ou doit, 
nous mettre en garde, enfin il faudrait savoir quel est le ms. 
français qu'elle a pu suivre. 

Cette étude nous sera particulièrement facilitée par le tra- 
vail de M. van Berkum, de M iddelnederlandsche beiverking van 
den Parthonopeus -roman en haar v er houding tôt het oud-Fransche 
or i g ine e l (diss. Leide, 1897). 

La version néerlandaise ne nous est malheureusement par- 
venue que par fragments, ceux de Lejde,de Cologne, de Hoens- 
broeck, de Berlin, de Trêves, de Groningue, ceux enfin de 
Bruxelles qui sont de beaucoup les plus considérables. Ils 
n'appartiennent pas tous au même ms., mais à quatre mss. 
différents qui, comme on le voit quand on les compare entre 
eux et avec l'original français, doivent remonter aune version 
antérieure, aujourd'hui perdue. 

Les fragments jusqu'ici connus, représentant un peu plus de 
9.000 vers, ont été publiés pour la plus grande partie par 
Bormans, Ouddietsche fragmenten van den Parthonopeus van 
Bloys, Bruxelles, 187L De()uis cette édition, deux petits 
fragments ont encore été découverts et publiés, l'un par Eelco 
Verwijs dans les Handelmgen en Mededeeh'ngen der Ned. Lett. 
te Leiden, 1872, p. 11-24 ; l'autre par W. Seelmann dans le 
Jahrbuch des Vereins f. niederdeutsche Sprachforschung, 1885, 
XI, p. 170. Bien que l'éLlilion de Bormans ne réponde pas à 
ce qu'on peut exiger d'une édition critique, elle nous suffit 
pour le but que nous nous proposons. 

Ce but est d'examiner si la vt'rsion néerlandaise est fidèle et 
si donc nous pouvons nous reposer sur elle, quand l'original 
nous fait défaut. Mais puisque les mss. français sont nombreux, 
il faut d'abord tâcher d'établir quel est le ms. qui a été suivi 
par la traduction néerlandaise. 



8 LA SUITE DU PARTHÉNOPEU DE BLOIS 

Il va de soi que, pour une étude comme celle-ci, je n'ai pu 
comparer tous les mss. français, travail qui exigerait beaucoup 
de temps et dont pouvait me dispenser d'ailleurs la thèse de 
M. van Berkum. Ce savant a noté avec une rare exactitude 
toutes les divergences qui existent entre la version hollandaise 
et six des mss. français Malheureusement, il n'a pas eu l'occa- 
sion de comparer le ms. de Tours, qui, pourtant, est indis- 
pensable, si l'on veut bien juger de la suite du roman. J'ai 
donc tâché de combler cette lacune en comparant avec ce ms. 
tous les passades en question et en étudiant plus particulière- 
ment la seconde partie. 

Or, il n'est pas inutile de noter que, dans une pareille com- 
paraison, toutes les divergences n'ont pas la même valeur. 
Il peut j avoir des cas où l'auteur n'a pas bien lu, n'a pas bien 
compris le passage correspondant du français, où le besoin de 
la rime l'a obligé à modifier un peu l'original ; il peut même 
y avoir des omissions qui ne prouvent pas encore nécessaire- 
ment que l'auteur de la version ait eu un autre ms. entre les 
mains. Il faut regarder, examiner, peser chaque passage en 
particulier : une seule divergence importante vaut plus que 
dix autres contestables ; ce qui surtout doit être intéressant 
dans notre recherche, ce sont les passages où il y a plusieurs 
vers intercalés, en hollandais, qui ne se retrouvent que dans 
quelques mss. français '. 

Or, il me semble que M. v. B. a prêté trop peu d'attention 
à cela, quand, à la page 38 de son travail, il nous énumère 
tous les cas où la version néerlandaise correspond avec les 
divers mss. français et tous les cas où elle en difi'ère, puis 
soustrait le nombre de ces cas l'un de l'autre, croyant que, 
de cette façon, il nous offre exactement le degré d'affinité qui 



* Ainsi au vers 1921 G a totes gois, ABPT povres ijens. Le fait que 
le holl. a traduit rike ende arme (Bs. 1270) ne prouve rien. De même vs 5901 
B G aie et venu, A BT a/e et veu, holl. zoeken (Bs. 2642); vs 6025 G P Si faint 
une fahe nooelle, A B Si fait une fause novele, holl. Va7i eiie scoondev 
f/heveinsder loffhe?i Seide soe hein (Bs. 2775). Un peu plus de valeur peut- 
être ont les passages tels que vs. 2416 svv. où GPT nous donnent le dis- 
cours direct, AB le discours indirect, quoique l'argument ne soit pas 
concluant pour ceux qui savent combien de fois le traducteur a modifie 
l'un et l'autre. 



ET LA VERSION HOLLANDAISE y 

existe entre les mss. français et le ms. perdu qu'a suivi notre 
traducteur. Il saute aux yeux que cette méthode ne peut 
être la vraie et doit être blâmée, même si, par hasard, le 
résultat n'a pas besoin d'être rectifié ^ Mais, de plus, il me 
semble qu'il y a, dans le compte lui-même, une erreur consi- 
dérable. Voici, en eflet, ce que M. v. B. nous donne ; 

Nombre de fois que la trad. correspond avec diffère de 

ABGPFC ABGPFC 
Selon la différ. des leçons 17 26 31 24 4 19 10 11 17 2 
Selon les interpolations 50 43 65 42 4 5 9 35 13 36 3 

67 69 96 66 8 5 28 51 24 53 5 

ABGPFC 

Nombre des passages correspondants 67 69 90 66 8 5 
— — divergents 28 51 24 53 5 

39 18 72 13 3 5 

Le résultat de la soustraction doit donner, comme il a été 
dit, le degré d'affinité entre les mss. français et la source de 
la version néerlandaise. 11 est évident que ce résultat est 
inexact : en eff'et, M. v. B. a comparé cinq fois le ms. C avec 
la trad. holl. Les cinq fois il a trouvé qu'il y avait concor- 
dance entre ce ms. et la version. Pourtant sa conclusion est 
que ce ms. C n'est que très éloigné du ms. qu'a traduit le 
poète hollandais! Pour que le compte soit exact au point de 
vue mathématique, il ne fallait pas faire la soustraction, mais 
la division des deux nombres obtenus par la comparaison. 
Faut-il en conclure que C ait servi de modèle à la version 
hollandaise? Ce serait trop téméraire. Le peu de vers (189) 
de ce ms. ne nous permet pas de nous prononcer à ce sujet, 
il faut donc le laisser de côté et nous borner aux mss. qui 
off'rent plus de points de comparaison. 

Constatons d'abord qu'aucun de ces mss. n'est la source 
directe de notre traduction. Ce qui le prouve, c'est qu'aucun 
des ms.^. français ne va aussi loin qu'elle, sans que cette 



' Cp. la critique judicieuse de M. Salverda de Grave dans le Muséum, 
Leide 1897, p. 218 ss. 



10 LA SUITE DU PARTHÉNOPEÛ DE BLOIS 

omission puisse être attribuée à la perte de quelques feuillets 
d'un mss. français — un seul regard dans nos mss. nous 
convaincra de cette vérité *. Cette constatation nous permet 
de supprimer dans notre examen les divergences qui prou- 
veraient simplement que tel mss. n'a pas été la source directe 
de la traduction. Ainsi nous ne tiendrons pas compte des 
variantes du vs 4561, oîi tous les mss. donnent De Constant./- 
noble fu sire, leçon suivie par le traducteur, et P seul De 
Constantin fu nobles sire, faute qui s'explique aisément par la 
graphie De Constanti "^^^^^ sire et qui ne prouve nullement 
que le ms. que P a copié ne soit pas le modèle du néerlandais. 
De même vs 6773 AGP en paradis (Bs. 3273 paradise), B 
empereris qui n'est peut-être qu'une faute d'inadvertance facile 
à expliquer dans le contexte. Ces petites erreurs deviennent 
importantes, si elles sont communes à plus d'un ms., et il faut 
en tenir grand compte surtout quand elles ont été suivies par 
le traducteur. Je ne vais donc énumérer que les passages 
qui me semblent être d'une réelle valeur, quitte à renvoyer 
ceux qui désireraient des renseignements plus détaillés à 
l'ouvrage de M. van Berkum. 

Nous pouvons laisser de côté le ms . A. Le fait qu'il 
appartient à un autre groupe que celui dont la traduction 
hollandaise fait partie, prouve amplement que ni lui ni le ms. 
sur lequel il a été copié, n'est la source de notre traduction-. 

B présente quelques divergences importantes : 5124 GP 
las et maigre etmiserin, Bs. 2326 Magher ende arem ende onge- 
daen, B Ki moult est de bêle cofour ; 6320 G pomier, Bs. 2921 
appelboem, B pes^hier ; 7886 AGPP Corsable, Anfors as grans 
trésors, Bs. 43G4 Gondredes entie ric/ie An/rois, B Si est Corsabres 
et An fous ; (9959) PT Mais na terre qu'un sol conte, Bs. 5779 
Van enen lande es hi grave, BG Mais n'a terre que II contes. 



1 Ceci n'est pas vrai pour P qui, pour d'autres liaisons, ne peut pas 
être la source directe de notre version. 

' Voici pourtant quelques passages : vs 177 Tous les mss. ont serf trové, 
ce qui équivaut au néerlandais vondelinc (Bs. 37), A donne serf prové ; 
6320 G pomier, Bs. 2921 appelboem. A, comme tous les autres mss. 
pescfiier ; 7343 B Li rois Corsos de Quartagene, Bs. 3829 Kon Cartagene die 
coninc Cursout, A Li rois Corsols est ti premiers ; 5078 BGP sa?is or et 
sa)is argent, Bs. 2270 sonder selver ende sonder goût, AT a or et a argent. 



ET LA VERSION HOLLANDAISE 11 

P ne présente qu'un© leçon divergente qui ait quelque 
valeur : 1094 \'BT el palais, Bs. ()7o binien palayse, PG en la 
chambre *. 

Il en est autrement de G Nous pouvons d'abord citer le 
passage précédent, puis 5143 BPT Si vens lor faut ams que la 
veifjnent, Bs. 2350 Geviele ooc, dat hem wints gebrake , G Tant 
le servent qii il i veignent ; {99^9} PT Mais n'a terre cun sol conte, 
Bs. 5779 Van enen lande es hi grave, GB Mais n'a terre que II 
contes ; 7753 Dis lieues i a nient mes, Bs. 4225 Acht milen ofte 
mee, G Es II ts/es i a, riens mes'-. 

Par le petit nombre de ses vers (550), F se prête difficilement 
à la comparaison. Voyez pourtant vs 7815 ABGP Fils sui 
d'un riche vavasor, Bs.4287 Een heidin rudderioas mijn vader, 
F Fils fui d'un j'iche empereor. 

Voici les variantes importantes de T : 4354 AG Del cime 
dusquen la rais, Bs. 1950 al van den beghinne, T est en mains 
des ennemis; 5078 BGP sans or et sansargmt, Bs. 2270 sonder 
selver ende sonder g ont, AT a or et a argent; 6320 G pomier, 
Bs. 2921 appelboein, APT peschier •*. 

Jusqu'ici nous n'avons examiné que les passages où la dif- 
férence de leoon semblait prouver quelque chose. Examinons 
à présent les passages où les mss. français diâèrent par le 
nombre des vers. Pour cet examen je peux encore me conten- 
ter de me rapportera la thèse de M. van Berkum, qui, dans 
une :< Bijiage », nous donne une liste de tous les passages en 
question, liste que je reproduirai ici en y ajoutant le ms. T. 
La première colonne contient les vers selon l'édition de Cra- 
pelet, puis selon B, enfin selon G (voyez v. Berkum p. 27), la 



* Vs 247 Pa Au quint ont fu Hector ocis. Cette faute manifeste ne se 
trouvait pas nécessairement dans la source que P a copiée ; ou, si elle 
s'y trouvait, la traducteur a pu le corriger lui-même. 

* Ont peu d'importance : 11)72 ABFT près de B lois, Bs. i'olQ Bi Bolois, 
G deies I dois ; 7361 A « no?i NoJimede, Bs. 3848 Nomedes, G a ?iom 
Miinede. 

^ Ont peu de valeur : (9012) quanqu'ele veit, Bs. 5402 Haerre herlen 
wille, T 9156 quanqu'il li deult ; 9069 G et jurer, Bs. 5462 ende ziceren, 
T 9213 entier ; T CXXiv r Et Gautier a paor du bon roi Aupatris^ au 
lieu de De Gautier a paor ti bon roi Aupatris (G), Bs. 6467 Aupatrijf 
die coninc vri Bleef ombe Gantière sere vervaert. 



12 LA SUITE DU PARTHÉNOPEU DE BLOIS 

seconde liste les mss. où se trouvent ces vers, la troisième les 
mss. que suit la traduction hollandaise, la quatrième les rass. 
qui divergent. 



227-228 


AGPT 


AGPT 


B 


447 


ABGT 


P 


ABGT 


796' -7962 


P 


ABGT 


P 


889-804 


ABGT 


ABGT 


P 


939-940 


AGPT 


AGPT 


B 


947-950 


AGPT 


AGPT 


B 


988» -988* 


B 


AGPT 


B 


1026' -10262 


BGPT 


AGPT 


A 


1293-1294 


AGPT 


B 


AGPT 


1408' -14082 


BGPT 


BGPT 


A 


1569-1570 


AGPT 


AGPT 


B 


1824-1829 


AGPT 


AGPT 


B 


1865-1880 


AGPT 


AGPT 


B 


2441-2442 


AGPT 


AGPT 


B 


3414'-3414^ 


B 


AGPT 


B 


3433-3436 


ABT 


GP 


ABT 


4358» -4358-2 


B 


AGPT 


B 


4365-4366 


AGPT 


AGPT 


B 


4389 4390 


AGT 


AGT 


BP 


5073 5074 


AGPT 


AGPT 


B 


5125 5126 


GPT 


GPT 


B 


51261-51262 


B 


AGPT 


B 


5163-5168 


BGT 


BGT 


P 


5173-5178 


BGT 


BGT 


P 


5403'-5403-' 


BP 


AGT 


BP 


5448' -54482 


BGPT 


BGPT 


A 


5475-5506 


ABGT 


ABGT 


P 


6201-6224 


ABPT 


ABPT 


G 


6225-6232 


ABT 


ABT 


GP 


6233-6-^35 


AT 


BGP 


AT' 


6253-6266 


ABGT 


ABGT 


P' 



« Pour les vers 6201-6224, 6225-6232, 6233-6235 le ms. G n'oHre pas rie 
point de comparaison parce qu'à cet endroit il y a une lacune. 
' Ajouter Bs. 6428 qui ne se trouve qu'en T cxiv. 



ET LA VERSION HOLLANDAISE. 



13 



0463-6464 


ABGT 


P 


ABGT 


6468 


ABG 


ABG 


PT 1 


6869-6872 


ABGT 


ABGT 


P 


7087-7108 


ABGT 


ABGT 


P 


7165-7170 


ABGT 


ABGT 


P 


7187-7188 


AGPCT 


AGPCT 


B 


7201-7204 


ABGCT 


ABGCT 


P ^ 


7267-7278 


ABGCT 


ABGCT 


P 


7283-7326 


ABGCT 


ABGCT 


P 


7343-7366 


ABGDT 


ABGCT 


P 


7399-7400 


ABPT 


ABPT 


G 


7513-7520 


ABGFT 


ABGFT 


P 


7671-7672 


GFT 


GFT 


BP 


7686» 76722 


F 


ABGPT 


F 


7733-7734 


BGPT 


F 


BGPT 


79021-79022 


P 


ABGPT 


P 


7921»-792r- 


F 


ABGFT 


F 


8127-8128 


ABG 


PT 


PT* 


8140-8143 


ABPT 


ABPT 


G 


8257-8258 


AGPT 


AGPT 


B 


8320' -831 02 


P 


ABGT 


P 


83471-8347^ 


P 


ABGT 


P 


8352'-8352«^ 


PT 


ABGT 


PT 


8353-8356 


ABGT 


ABGT 


P 


8367-8394 


ABGT 


ABGT 


P 


8405-8424 


ABGT 


ABGT 


P 


8478» -84782 


PT 


ABG 


PT 


8911-8912 


ABGT* 


ABGT 


P 


89301-8930» 


BGPT 


A 


BGPT^ 



' T a oublié 2 vers; de sorte qu'il parle de Vempereur de France. 

■^ 7208-7210 sont supprimés enT; ils manquent également en hollan- 
dais où ils sont remplacés par une cheville. Mais une telle omission 
prouve peu de chose. 

^ Erreur de M. v. B. Les 2 vers se trouvent en ABG et manquent en 
PT. Ils manquent également en holl., à moins qu'on ne considère une 
cheville comme la traduction. 

' T a Salance au lieu de Valence. 

° Mais la tiaduction abrège tout ce passage, le manque de ces deux 
vers n'a donc rien d'étonnant. 



LA SUITE DU PARTHÉNOPEU DE BLOIS 



(8987-9002) 
(90G5-9066) 
(9169-9234) 

(9816»-9816*) 

(9889' -9889^8) 

( 10030' -100302) 

(10008'- 100682) 

(101241-101242) 

(10147-10148) 

9159-9100 

9163-10856 

[9196'-9196^] 

[9198'-9i98«] 

[9215-9216] 

[9227-9228] 

[9245-9246] 



BGT 

BGT 

BGT 

P 

PT 

GPT 

GPT 

GPT 

BP 

ABPT 

A 

GPT 

GPT 

BP 

B 

B 



P 

BGT 

BGT 

BGT 

PT 

GPT 

GPT 

GPT 

BP 

ABPT 

BGPT 

GPT 

GPT 

GT 

GPT 

GPT 



BGT 

P 

P 

P 

BG 

B 

B 

B 

G' 

G 

A 

B 

B 

BP 

B 

B 



L'examen de tous ces passages nous montre qu'il est diffi- 
cile d'arriver à un résultat certain. Il faut écarter les mss. F 
et C qui offrent trop peu de points de comparaison. Pour les 
autres mss., nous avons déjà vu — et les passages cités plus 
haut le confirment — qu'ils ne peuvent être la source directe 
de notre traduction. Cependant les mss. G et T, qui sur bien 
des points se ressemblent beaucoup, sont plus près du hollan- 
dais que B et F, ce qui ressort surtout de la comparaison des 
interpolations. Le cas où la version ne suit ni G ni T sont 
rares : 4 ou 5 fois elle a supprimé quelques vers, coïncidant 
ainsi avec un des autres mss., mais cela ne prouve pas grand' 
chose. Pour les variantes au vs 4569 le holl. suit AB fui petite, 
tandis que GT ont fu petis. Pour vs 5402 G a une lacune, 
T une leçon qui ressemble un peu à celle du hollandais: Uns 
est le père, uns est H fils, B Tu es verais pères et fils, Bs. 2470 
Warachtich sone, warachtich vader. Pour tous les autres pas- 
sages que cite M. v. B., c'est vraiment T que suit la version 
hollandaise. 11 est donc probable que le modèle de notre tra- 



* Ces deux vers qui manquent en G se trouvent en T, mais, comme 
il a supprimé les 8 vers précédents, il les a corrompus. 



ET LA VERSION HOLLANDAISE l5 

duction est un ms. perdu appartenant à la source conamuneàG 
et à T, mais se trouvant plus près de G à cause du vers G320 
où le hollandais suit G qui seul a pomier {pesckier APT). 
Cependant il j a quelques passages qui semblent s'opposer à 
cette conclusion : 5078 BGP sans or et sans argent, Bs. 'Z21Q son- 
der selver ende sonder goût, AT a or et a argent', mais T peut 
bien avoir corrigé une faute manifeste sans avoir vu A; 6433- 
6434 Et que dame de nul endroit Nul meillor honir ne pon oit, 
où T lit a?ner au lieu de ko ir, leçon que suit la traduction, 
mais qu'elle peut avoir trouvée elle-même. Ce qui est plus 
difficile à expliquer, c'est que T ait subi l'influence de F, et 
que la version en porte les traces. Ainsi (9889) elle traduit les 
46 vers qui se trouvent de plus en PT, tandis qu'au vers 
8352 elle supprime les 64 vers qu'on lit dans PT ; (9959) PT 
Mais n'a terre c'un sol conte, Bs. 5779 Van enen lande es In grave, 
B G Mais na terre que II contes (ici il est possible que G ait 
rectifié la leçon de son modèle : en effet, Partphénopeu avait 
deux comtés). Il est donc probable que la source de notre 
traduction a subi également l'influence de P. 

Dans le cours du précédent examen nous avons pu remar- 
quer que le traducteur néerlandais suit de si près son modèle 
que le plus souvent nous pouvons constater quel est le ms. qui 
a été suivi. Souvent il égale presque l'original, quelquefois 
même il le dépasse (voyez vs. 277 svv.). Il est assez rare qu'il 
ajoute quelques vers pour étendre une description, comme 
dans le passage que je viens de citer. Cependant il y a des cas 
où il abrège son modèle sans pourtant le modifier sensible- 
ment : c'est quand le poète français cède à sa haine contre les 
vilains ; alors, notre traducteur est assez consciencieux pour 
ne pas supprimer le passage tout à fait, mais il l'abrège de 
beaucoup : ainsi les vers 253-257, 2557 manquent. — La frivo- 
lité ne lui plaît pas ; aussi a-t-il changé et corrompu le passage 
où la scène nocturne est racontée (vs. 1277 svv.). — Il modifie 
également les vers où les Français se moquent des Allemands 
(8753 svv.). Qu'il ne fût pas fort en fait d'histoire et de géo- 
graphie, c'est ce que prouvent les noms propres supprimés ou 
corrompus. — Plusieurs détails des vêtements, des équipe- 
ments, des armes sont rendus incomplètement. — Enfin il 
modifie souvent les nombres donnés, quelquefois sans cause 



16 LA SUITE DU PARTHÉNOPEU DE BLOIS 

visible % parfois parce qu'il les trouve exagérés. Sur tout cela 
je renvoie au travail de M. van Berkum. 

Un passage a depuis longtemps attiré l'attention : c'est celui 
où, après le tournoi, les juges délibèrent pour décider à qui le 
prix sera donné. Clarin a plaidé pour le soudan, Ernol pour 
Parthénopeu, c'est à Corsol de dire son opinion. Celui-ci a été 
favorable à Parthénopeu pendant loute la durée du tournoi, 
mais il voit que les autres juges, soit par peur, soit par d'autres 
motifs, sont prêts à se ranger du côté du Soudan ; un seul 
espoir lui reste: c'est que Mélior demande à chacun en parti- 
culier son opinion, pour qu'ils puissent ainsi se prononcer sans 
craindre le Soudan. Dans son discours on lit : Je vois bien que 
li sis de nos Voellent le sodan a esti'os Doner a me dame a mari 
(vs. 9099 svv.). La traduction en changeant le mot soudan en 
Fransoys n'a pas modifié tout à fait le caractère de Corsol, 
comme le croit M. v. B.; il a simplement accentué Tironie de 
son discours. De même au vers (10045 svv.) Mais il est seul 
encontre tans. Pour c'en est encore taisans, ce qui correspond à 
Bs. 5802 svv.: 

Nochtan sprac hi niet een ivoert ; 
Omdat si aile ieghen hem ivaren, 
Woudire behendelike toe varen. 
Hier omme ivaest datti zweech, 
Niet door loon, no door gedreech'-. 

L'original nous montre Corsol se taisant encore parce qu'il 
sent que tous sont contre lui, mais ce mot encore nous indique 
qu'il veut profiter de la première occasion pour défendre son 
opinion. Le hollandais ne dit pas autre chose, seulement il 
l'explique clairement. Pour vs. 9039 Mais molt samble as 
autres estos Que si les a contredis tos^ c'est peut-être T qui a 
été suivi par la traduction : Que si a contredit debous, et le 



* C'est pourquoi nous n'avons pas tenu compte des leçons suivantes : 
1.338 GT et Bs. xx, d, c, A vint, deux cens et vi7it,B xx, d, d, P in, ce, c; 
16G5 AB et Bs. detix et dix, GTPx, xx; 5096 GTBP et Bs. d, A trois 
ce?îs. 

* Cependant il se taisait ; tous étant contre lui, il voulait agir avec 
habileté. Voilà le motif de son silence; ce n'était ni l'intérêt, ni la crainte. 



ET LA VERSION HOLLANDAISE 17 

hollandais aura de son mieux expliqué l'attitude de l'assem- 
blée. En tout cas je ne crois pas que ces passages prouvent 
que la traduction ait modifié de propos délibéré le caractère 
de Corsol et l'attitude du conseil. 

On peut donc dire que la version hollandaise est en général 
très fidèle, et faute de ms. français elle peut nous être utile 
pour la suite du roman qui est perdue, non seulement pour le 
récit lui-même, mais aussi pour la foriue dont il a été revêtu. 

Cet examen fait, nous pouvons passer à ce qui fait l'objet 
même de cet article : il s'agit de constater laquelle des deux 
suites de notre roman est la suite authentique. Voyons donc 
quelles sont les qualités, quels sont les défauts qu'on trouve 
dans la première partie, et examinons si nous retrouvons les 
mêmes caractères dans la seconde. Ciierchons à établir quelles 
sont les données présentées dans la partie commune, et tâchons 
de démêler laquelle des deux suites les continue. Enfin, un 
examen de la langue, basé sur l'étude des rimes, servira de 
contrôle aux résultats acquis. 

Notre roman est écrit dans un style élégant et aisé, vraiment 
français; le récit s'avance régulièrement, de sorte que l'intérêt 
reste toujours éveillé ; les entretiens auxquels l'auteur se plaît 
sont composés avec beaucoup d'art et nous donnent une idée 
vivante des personnes; de petits traits, insérés çà et là, ajou- 
tent souvent quelque fine nuance qui charme le lecteur. Ainsi 
les petites tracasseries de Clarin et de Corsol pendant le tour- 
noi enlèvent heureusement ce qu'il y aurait de trop monotone 
dans la description des combats. 

Les caractères, surtout ceux des femmes, sont finement 
dépeints : Mélior, la fière amante, qui a été trahie et que la 
fierté empêche d'avouer qu'elle aime toujours ; Urrake, sa 
sœur, désintéressée, qui s'efforce de réconcilier Parthénopeu 
et Mélior, sans ménager d'ailleurs les reproches à la cruauté 
de celle-ci ; l'aimable Persewis, dont le jeune cœur est encore 
plein d'un je ne sais quoi de vague et de mystérieux. On sent 
bien l'influence de la poésie courtoise, si habile dans l'analyse 
du cœur féminin. 

Le poète aime à faire de temps en temps des digressions sur 

amour: tantôt c'est le bonheur de Parthénopeu qui lui suggère 

2 



lO LA SUITE DU PARTHENOPEU DE BLOIS 

des réflexions amères sur son propre malheur ; tantôt il attaque 
les clercs qui n'aiment pas les femmes, tandis qu'il est évident 
que Dieu les aime pour les avoir faites si belles ; tantôt il 
trouve les dames trop chastes et trop sévères, estimant que 
ces qualités ne peuvent convenir qu'aux femmes laides; une 
autre fois il déclare qu'un simple signe de sa dame saurait lui 
faire quitter même le paradis. 

Une autre particularité de notre poète est sa haine contre 
les vilains. En laissant de côté le prologue oîi le poète nous 
expose à sa façon la cause de la guerre trojenne, nous trou- 
vons dans l'épisode de Sornegur de nombreux indices de ce 
sentiment. Ce n'est pas que le poète haïîise les vilains propre- 
ment dits ; c'est à ceux qui ont su entrer dans les bonnes grâ- 
ces des rois et qui profitent de leur pouvoir pour calomnier 
les nobles et trahir leurs maîtres, c'est à ceux-là qu'il en veut. 
Or, pour ne regarder d'abord que la suite de la version |3 — 
qui est de beaucoup la plus longue et qui a soulevé le plus de 
doutes — nous y trouvons les mêmes caractères que dans la 
première partie. Sans doute, i! j a une longue série de combats 
qui continue toujours et qui a donné à beaucoup de savants 
l'impression que cette partie n'est pas du même auteur que la 
première. Mais il ne faut pas oublier que le moyen-âge a 
aimé ces descriptions-là, et le récit même du tournoi dans la 
première partie en fait preuve. Mais quelle variété dans ce 
récit interminable des combats entre chrétiens et sarrasins : 
ce sont les messagers de Parthénopeu qui délivrent un païen — 
c'est le combat singulier entre Aupatris et Gautier qui devien- 
nent amiset qui se sauvent mutuelleaient la vie — c'est la sépa- 
ration d'Ernol et de sa femme Béatris, la captivité d'Ernol qui 
se plaint de son sort, mais qui est encore plus inquiet sur 
celui de Part., et tant d'autres traits dignes du poète de notre 
poème. On peut comparer l'amitié de Gaudin et de Parthéno- 
peu ([ui se secourent mutuellement dans le tournoi et l'attache- 
ment (i'Ancelot, l'écuyer de Part,, à son seigneur, pour se 
convaincre que c'est la même main qui a écrit les deux 
parties. 

Mais c'est surtout la continuation qui se trouve en T, puis 
ce que nous a conservé la traduction néerlandaise qui offrent 
des points de comparaison dignes d'être relevés. 



ET LA VERSION HOLLANDAISE 19 

Le Soudan a fait une invasion dans le pays où Part et Mélior 
régnent heureux. Ou n'y était pas préparé à la guerre. Il s'agit 
donc de gagner du temps. Aussi quand Lucius vient auprès de 
Mélior pour lui faire des propositions de la part du Soudan, 
elle jette d'abord les hauts cris et proteste énergiquement 
(Bs. 7642-7657) : 

Lucius, seghet si, Mélior, Noch dore carmeyi noch dore spre- 

Omme al te hebbene dien trésor, [ken 

Dien die icerelt hevel ùinnen, Noch dorescoonkeit, die doet bre~ 
Ende al mocktic al daer tnede [ken 

[ghewinnen Der liede lierte, noch door mmne 
Dat ivaler ende erdeh vet, Die tneesteres van allen sinne — 

Daer grote rijcheit ane leghet, Dit alen niochle nie t vol bring lien, 
Noch dore neghene ioesterie{ji) Dat ic mi in enghenen dinghen 
Noch doreneghenes rnans vrien, Verdorperen soude ieghen hem, 

Dien ic metrechte aleighen hem ' . 

Pourtant elle fiait par ces mots : 

, Mijn hère en es niet altoes bi mi (Bs. 7741) ^. 

C'est là un trait admirable et tous ceux qui ont remarqué 
l'attitude de Mélior pendant le tournoi, où elle fait semblant 
de préférer le soudan à Paît., la reconnaîtront facilement dans 
cette scène pleine d'esprit. 

Le Soudan apprend de Lucius la bonne nouvelle et le renvoie 
pour faire une trêve de quarante jours afin d'avoir l'occasion 
de voir Mélior. Il réveille Lucius de bonne heure afin que 
l'ardeur du soleil ne l'empêche pas de se mettre en route, 

Maer die sonne, door loelker hitle 
Dat l'ie soudaen dede ditte 



* « Lucius, dit Mélior, quand même j'obtiendrais tous les trésors que le 
monde possède et que je gagnerais tout ce que renferme la terre et les 
mers (ce qui est une grande richesse), ni joute, ni demande en mariage, 
ni le chant, ni la parole, ni la beauté qui brise les cœurs, ni l'amour qui 
est maître des sens, tout cela ne pourrait m'obliger à me rendre en rien 
indigne de celui à qui j'appartiens légitimement. » «, 

^ Mon seigneur n'est pas toujours avec moi. 



20 LA SUITE DU PARTIIÉNOPEU DE BLOIS 

Dat Lucius voer also vroe, 

Die sceen hem achler t lier te toe. * 

Vers pleins de grâce, parfaitement dignes d'un poète qui 
s'entend si bien aux sentiments d'amour. 

Alors le soudan consulte ses barons : à sa satisfaction 
Aupatris, dont l'autorité est peinte dans quelques vers expres- 
sifs, vote pour la paix. On va à Chief-d'Oire que le poète ne 
décrira pas, parce qu'il en est parlé auparavant ^1 là, le soudan 
voit Urrake qu'il prend pour Mélior-^ et Urrake ne le détrompe 
pas. Ici le poète trouve encore le mojen d'insérertout naturel- 
lement un petit épisode sur l'amour (Bs. 8155-8181), épisode où 
l'on reconnaît encore la fraîcheur et l'originalité de la première 
partie. 

Tous ces passages se trouvent seulement dans les 800 vers 
qu'ajoute la version néerlandaise. Mais on peut en trouver 
partout de semblables. Lisez le passage exquis où le soudan 
écrit sa lettre à Mélior : une première ébauche est déchirée, 
la seconde réussit mieux et le poète a choisi pour elle une 
rime particulièrement difficile. Voyez encore le personnage 
délicieux de Lucius, de ce messager d'amour qui, dans le 
conseil, rem|)orte sur tous les sages et nobles chevaliers ! Le 
voici à Chief-d'Oire : sa beauté excite l'admiration de tous; aussi 
Ernol décline l'honneur de lui donner l'hospitalité : un vieillard 
comme lui n'est pas une agréable compagnie pour un jeune 
homme admiré des dames ! 

.Je me suis arrêté un peu longtemps sur ce point ; c'est pour 
montrer que la seconde partie, tout comme la première, ne 
contient pas seulement des combats, mais présente encore des 
tableaux plus gracieux et cela surtout dans la suite de T et 
delà traduction hollandaise. 

Pour les combats eux-mêmes, j'ai déjà indiqué qu'ils contien- 
nent plusieurs traits remarquables, mais ce qui est surtout 



* Mais c'était dans le cœur du soudan que brillait le soleil qui l'obligeait 
à hâter le départ de Lucius. 

^ Int boec hirvoren (ms. hir tevoren). Le poète compte-t-il un hvre ou 
deux ? 

' Cette méprise ne peut laisser de nous surprendre un peu. 



ET LA VERSION HOLLANDAISE 21 

digne d'être signalé, c'est l'art avec lequel le poète sait résumer 
tous les détails antérieurs de la guerre dans les discours par 
lesquels Anpatris et Macabres s'attaquent dans le conseil con- 
voqué par le soudan (T cxii, lxxxix et xc, Bs. G830-7135). 
On peut y comparer les discours d'Anfors, de Clarin et d'Ernol 
après le tournoi dans la première partie. 

Quant aux idées politiques, les idées sur les vilains sont les 
mêmes dans les deux parties de notre roman ; c'est ce que 
prouve tout l'épisode d'Anceiot, qui n'est qu'une invective 
contre les vilains, — les discours de Part, après la nouvelle 
de l'invasion des païens, discours oîi il fait appel à ses barons 
qu'il n'a jamais négligés pour les vilains, — enfin les réflexions 
que fait le Soudan en écrivant à Mélior : Si les vilains le blâment, 
« ils ne s'entendent qu'à charrue et à blé >. 

Comme tous les héros de la vieille littérature, les nôtres 
sont très pieux : Mélior fait une profession de foi devant 
Part. (1535-1550), l'exhorte à croire en Dieu (1925) ; le roi de 
France ordonne une prière générale à l'occasion du duel de 
Part, et du roi Sornegur (2830 svv. 2903-2908); l'archevêque 
de Paris persuade Part, en invoquant la vraie religion (4373- 
4416) etc., etc. De même dans la seconde partie Ernol recom- 
mande aux chrétiens de se fier à Dieu, et Part, déclare que 
tel est son dessin, qu'il a fail de son mieux pour mériter sa 
grâce; on reprend Aies, quand, au lieu de se recommander à 
Dieu, il invoque l'aide de Maliomet. Egalement pour la con- 
naissance des armures et des vêtements, nous voyons que le 
poète delà seconde partie est aussi bien renseigné que celui 
de la première. 

Quant aux arguments émis contre l'authenticité de|3, ils me 
semblent peu solides. Car il esi évident qu'il ne faut pas faire 
attention à l'objection soulevée par Robert qui disait : « On 
est étonné du nombre des continuateurs, qui, ayant agrandi 
la carrière, ne peuvent la parcourir jusqu'au bouti. » Il n'y a 
qu'?in continuateur, notre poète lui-même ; le nombre des 
copies, plus ou moins achevées, ne prouve rien. Sans doute, 
au lieu de cesser brusquement comme A et Gr, T a de plus une 
fin de quelques vers. Mais comme dans ces vers il est dit qu'une 

* Grapelet, p. xlvi. 



22 LA SUITE DU PARTIIÉNOPEU DE BLOIS 

fois le Soudan retourné dans son pajs. Part et Mélior, restés 
en paix, menèrent grande joie, et que l'auteur lui-même 
exprime l'espoir de goûter un bonheur pareil avec son amie 
si belle et si bonne, cette fin ne peut être de la main de notre 
poète qui ne se vante pas particulièrement de la bonté de sa 
dame. Ces quelques vers ont été ajoutés plus tard et n'ont 
aucun intérêt pour la question qui nous occupe. 

Le changement dans la versification que présente la conti- 
nuation de (3 ne prouve rien contre son authenticité. Car 
d'abord le fait n'est pas unique '; d'autre part, ce n'est pas là 
où la divergence entre « et |3 commence, que ce changement 
apparaît; ce n'est que plus tard, en sorte que, si ce change- 
ment de versification indiquait en même temps l'interven- 
tion d'un autre auteur, il faudrait supposer deux ou même 
trois continuateurs, supposition qui n'aurait rien de vrai- 
semblable. 

Une objection plus grave a été faite contre ce récit de com- 
bats interminables qui se trouve dans la suite de p. Nous ayons 
déjà vu que ce récit n'est pas aussi fastidieux qu'on le dit et 
que le poète a su habilement varier son sujet. Cependant il est 
possible que cette partie de notre poème ne soit pas parvenue 
intacte jusqu'à nous ; l'épisode d'Ancelot en particulier me 
semble avoir été l'objet d'un remaniement très fâcheux : l'iiis- 
toire du lévrier Noon, sauvé par Ancelot et tué plus tard par 
le roi dans un accès de colère sauvage, quoiqu'il l'eût délivré 
d'un monstre qui ravageait le pays, semble étrangère à notre 
récit. Il serait intéressant de découvrir la source de cet épi- 
sode : on pourrait comparer celui de ïYstoù^e des Sept Sages 
où un chevalier tue, également dans un accès de colère, son 
lévrier chéri qui venait de sauver la vie de son enfant. Cet 
épisode d'Ancelot est d'ailleurs d'étendue différente dans les 
divers mss. : en P il compte 522, en G 1012, en T 884 vers 
(il manque un feuillet = 112 vers). T nous donne en outre 
quelques détails qui manquent dans les autres mss. 11 est donc 
possible que, çà et là, quelque versificateur ait inséré un petit 
épisode et modifié pour cela une partie du poème, cela me 
paraît même probable, mais pour le fond, et même pour la 

* Stengel, Rom. Verslehrc dans : Groeber Grundriss II, I, p S-74. 



ET LA VERSION HOLLANDAISE 23 

forme en général, rien ne s'oppose à ce que la suite de 3 soit 
sortie de la même plume que la première partie. 

Il me semble même qu'il y a quelques raisons positives qui 
invitent à le croire. Si Fauteur de la suite de ^ n'était qu'un 
continuateur voulant broder encore quelques milliers de vers 
sur le thème donné, il serait étonnant qu'il eût remplacé la 
brillante description du ge maria par les quelques vers que 
nous donne la version p. On peut faire la même remarque à 
propos de la reconnaissance de Part, par le roi de France, 
description qui est de beaucoup plus longue en a qu'en p. 

Par contre, la suite de ^ nous otïre quelques descriptions 
qui ne sont que le développement de ce qui est donné dans la 
première partie, développement qui manque en «. 

C'est d'abord l'histoire d'Aiicelot, l'écujer de Part., dont le 
poète a promis de nous raconter les aventures postérieures, 
passage qui a attiré déjà plusieurs fois l'attention des savants : 

.\e dirai plus ceste foiz Mais la avant quant ge dérai 

Ne ses dolors ne ses destroiz Ses aventures et devinai CôTolsvv .) 

Mais, dira-t-on, ces quatre vers ont pu être insérés par le 
continuateur lui-même pour justifier l'épisode d'Ancelot • ? 
C'est peu probable, parce que le poète nous a intéressé trop 
vivement a ce personnage pour l'écarter tout à fait dans la 
suite. 

Puis je voudrais attirer l'attention sur un passage qui, jus- 
qu'ici, n'a pas encore été suffisamment remarqué. Il s'agit de 
la description du pays que Mélior donne à Part. (1741 svv.) : 

Primes envient [VOive) par Mar- Emois ior toit tote lor proie 

berun, 

U Emois frema sa maison, Pris et loies le nies envoie -/ 

Qui de s'espouse Beatris Car il maint près de la coslierc, 

Ot cinq beaux cevaliers a fis. Qui est basse et si pleniere 

Quant galiot rorent par mer Que nés i puent ariver 

Et tornent cel sens por rober, Et sains tempeste sejorner. 

* Grapelet, p. xxiv. 

* Lisez avec P : Et pris et liés tes m'envoie. 



24 LA SUITE DU PARTHÉNOPEU DE BLOIS 

Or, dans la seconde partie on parle continuellement de Mal- 
Bréon, d'Ernol et de ses fils et de sa femnae Beatris. Il est 
certain que ce passaare n'a pas été ajouté plus tard, car il 
contient plusieurs traits dont on ne s'est pas servi dans la 
2" partie; d'ailleurs, cette narration cadre parfaitement avec 
la description que Mélior donne du pays. D'un autre côté il 
serait étrange que le poète eût mentionné tous ces détails 
sans avoir le dessein de s'en servir. 

La suite que nous oflfre la version a, au contraire, a laissé 
tomber plusieurs particularités importantes qui se trouvent 
dans la première partie; cette suite paraît avoir été ainsi 
abrégée dans le désir de finir enfin le roman, et il faut avouer 
qu'elle a été traitée avec une habileté qui montre une main 
de maître. Aussi ne serais-je pas éloigné de l'opinion déjà 
émise par Paulin Paris ' qui l'attribue au même poète. Mais 
pour les raisons que j'ai indiquées plus haut il faut qu'elle 
soit postérieure à la suite de /3. On pourrait admettre que le 
poète, ne se sentant plus de force à mènera bonne fin toute 
l'histoire, a laissé son poème inachevé, en retranchant la 
seconde partie, et en composant une autre fin. Cela explique- 
rait pourquoi aucun des mss. ne nous donne le poème tout 
entier; c'est qu'il n'a jamais existé. Seulement les mêmes pas- 
sages qui prouvent que le début a été composé par le même 
homme qui se proposait d'écrire la suite de p, contiennent un 
indice contre l'authenticité de la suite de a. En effet, on com- 
prend aisément qu'un remanieur ne se soit pas aperçu qu'il 
devait supprimer les vers se rapportant à Ancelot et à Ernol 
(ainsi qu'à la famille de celui-ci) ; on le comprend moins bien, 
si ce remanieur est le même poète qui n'avait écrit ces quel- 
ques vers qu'en vue des épisodes qu'il a supprimés ensuite. 

Nous pouvons donc constater qu'aucun argument sérieux 
ne s'oppose à l'authenticité de |3: qu'au contraire trois argu- 
ments semblent le prouver, que la suite de « est postérieure à 
celle de |3; qu'elle est peut-être du même poète, mais plus 
probablement l'œuvre d'un autre. 

Pour compléter cette étude, il faudrait faire un examen 
approfondi de la langue; mais le manque d'une édition cri- 

* Les manuscrits François III, p. 83 svv. 



ET LA VERSION HOLLANDAISE 25 

tique rendant tout contrôle difficile, si non impossible, je me 
suis borné à examiner si l'état des rimes ne présentait pas 
d'objection aux résultats acqui^^, sans vouloir insister sur les 
arguments que cet examen pourrait nous fournir. 
Voici ce que les rimes nous apprennent : 

Voyelles. . 

a e provenant de a ne rime jamais avec e ouvert, excepté 
VS.37 où il doit v avoir une faute. A donne ases: ades, 
G P ades : ades. 
e est toujours distingué de ié. 

an -\- cons. est rigoureusement séparé de en -\- cons. ; 
au vers 3075 A. a mescreans: tans ( •< tempus), mais 
GP présentent la vraie leçon païens: tens. 

e Riment ensemble e ouvert, e venant de ai et de i entravé 
(1061 ades: après ; 1777 ades : pes etc.). 
Un a s'est intercalé entre e ec / dans les rimes suivantes : 
cevals: beaus 7289 ; leax : beax 6539 (G.). 

i Fréquentes sont les formes analogiques comme conlra- 
lient : dient 5489 (cf 5949, 6659;. 

Notre poème présente les deux formes connues de foris. 
Ainsi cors: fors 1231 (2711, 5157, 7454), fuer: mer 
4533 (6069, 6303, 8525). La forme diphtonguée de 
homo n'est pas représentée dans notre poème. 
Demorl a o fermé ( : cort 6301, : retort 613), ajort : amort 
1258. mot a o ouvert (: sot 187, : ot 8089). II en est de 
même de escole : parole : escole 476 (H. Stock dans 
Ro7n. Stud. 1878, p 455). 
Les noms propres en — or ont o ouvert: Hector : or 1501, 
Melior: trésor 1763, etc. ; exception apparente Anfors 
(: ors 7359)'. 

ai ai s'est réduit à e ouvert : mestre : estre 929, GG73 ; 
Palestre : lionestre 7217; — terme : lerme 1723 ; presse : 
leisse 2249; — ver : werS35 ; pes : après 919 ; pes : ades 
1061 {pais : palais 885) ; fraites : legieretes 2955. 

• Anfors < Alphonsum. 



26 LA SUITE DU PARTHÉNOPEU DE BLOIS 

ei ei ne rime jamais avec où Au vers 143 A lit Troie: voie, 
G Troie : Troie , c'est P qui semble donner la bonne 
leçon Troie : ioie. 11 J a quelques passages où ei rime 
avec e ouvert : palois : dois 1685, pafois : manois 1887, 
palois: cois 5003 ; Albiges : après 1379, Albigeois : mais 
5661. Difficile à expliquer est la rime voie : argroie 
ISQôiagroie GP). 

ai Paucum donne poi. Ainsi poi : oi 9275. 

ui ouvert -\--y donne ui. Ainsi lui : anui 381. 

totti se trouve sous ses deux formes : tuit : anuit 9155 ; 
tout : moût 1053. 

Consonnes. 

l l s'est vocalisé devant s, comme le montrent les rimes 
suivantes : Menelaus : loiaus 201 ; Parlonopeus : teus 
3169, oslex : Partonopex 5349 (G), piez : rnielz 5795 
(P : iriez], carneus : Parlonopeus 6133 ; vos : sols 6411, 
Hernos : vos 6619. 
■ r r ne compte pas dans les passages suivants : estorse : 
rescouse 8733, envie : ocire 8953, Anfors : ors 7359. 

3 z semble s'être assimilé k s : fis : recoilUs 2041, p,s : dis 
3919, convers : desers 501, sens : i,ens. Pourtant les 
exemples sont rares. 

m m final précédé d'une voyelle rime avec n final : sornom : 
baron 439, traisson : nom 6009. 

Pour la flexion il y a peu de remarques à faire. La rime 
sire ; dire 1391 prouve que l's analogique ne s'est pas encore 
ajouté à des mots comme sire. Le vers 5843 homs : lions qui 
peut être dû au copiste ne prouve pas le contraire. Pourtant 
le poète semble déjà osciller entre les deux usages : au vers 
1007 nous avons la rime assises : servises, rime qui appuie peut- 
être celle du vers 1337 empires : sires. 

Verbe. 

haïr a has à la première pers. sing. de l'ind. : bas : solas 57. 
le t de la 3° pers. est tombé sans laisser de traces : lundi : 



ET LA VERSION HOLLANDAISE 27 

s"es/>am 1361, trah?' : issi 6^91 ; ça : manda 2803, la: amena 
2953, etc. 

La 3* pers. sing. à'aller est. toujours vait. Ainsi au vers 297 
vait : atrait (V. 1977, 3949, 4093 4605, 4839, 6279). 

Au vers 4849 on \\i : Apres celpoi resgardent plus, Moltparesl 
heavs se il lies fus. La forme fus ne peut pas être la vraie leçon ; 
aussi faut-il accepter celle de G:... mielz, Molt parfust beauss'il 
fust haitiez, qui écarte en même temps la mauvaise leçon est. 

11 ne se trouve dans cette partie-ci de notre poème aucun 
exemple des imparfaits rimant avec ot., sot, pot, mais cela peut 
être un pur hasard, car les imparfaits de la l""^ conj. sont 
rigoureusement séparés de ceux des autres conjugaisons : 
envoisoit ; sejownoit, cremoit : avait 2131-2134. Au vers 415 
svv. nous avons les rimes douloit : muçoit, cremoit : donoit, mais 
ces vers semblent être corrompus : G a cremoit : avoit , P lit 
ce passage tout à fait différemment. 

Sui(e de « 

La fin de notre roman, telle que nous la trouvons dans le 
ms. A, présente en général les [mêmes phénomènes^que la pre- 
mière partie. Je ne signalerai donc ici que queU^ues pas- 
sages qui méritent Tattention. 

Au vers 10271 nous trouvons la rime cuides : aves. 

Talent rime avec les mots en — ant et avec ceux en — ent. 
Ainsi (jrant : talent 9373, talent : ament 10085 (V. Suchier, 
Heimpred/gt, p. 69 sv.). 

Au vers 10403 la rime connue feme : règne. 

Comme dans la l""® partie les imparfaits de la V^ conj. sont 
séparés de ceux des autres conjugaisons. Il n\y a qu'une seule 
exception refusoit : avait 9339. Far contre au vers 9805 
vengot : pot. Mais pour bien juger de ces divergences il ne faut 
pas oublier que nous n'avons qu'un seul ms. pour cette partie 
de notre poème; la comparaison avec d'autres mss. nous 
manque complètement, de sorte qu'il est souvent difficile de 
distinguer la main du copiste de celle de l'auteur lui-même. 

Voici pourtant deux rimes qui s'appuient l'une l'autre et 
qu'on ne trouve pas dans la 1"^^ [)artie : place : sace 9169, 
France : mance 10781. 



28 LA SUITE DU PARTHÉNOPEU DE BLOIS 

Suite de |3. 

Quoique la suite de (3 soit beaucoup plus longue que celle 
de «, elle n'offre que peu de différences avec la i" partie. 

A la page cvr T, comme GP, lit : cuider : amer ; cxxviii v, 
où T est le seul ms. à consulter, humiliés et prisiés riment 
avec des mots finissant en — es. 

p. CI r nous remarquons la rime serans : frans. 

p. cii r Albiges : mes, rime que nous avons déjà trouvée dans 
la l""* partie. 

T cxLii r sai : voi, rime qu'on peut comparer à celle que 
nous avons trouvée dans la l''" partie : palois : dois, etc. 

G 166 r nées : mauves^ mais les vers sont corrompus ' . 

T cxL vr rose : enclose (V. H. Stock, Rom. Stud. 1878, p. 455). 

Pour la diphtongue iu vojez la rime liens: esckia T cvii v. 
Duo donne dous (: vous cxxxv r). 

Les imparfaits de la l""" conj. sont rigoureusement séparés 
de ceux des autres conj. On ne trouve que deux exceptions : 
tenoit : donnoit, T cm r ^, mais G renverse l'ordre des mots et 
fait rimer vis et amis, et G 160 r atendoit : iuenoit, passage qui 
ne se trouve ni en P ni en T. 

Cet examen nous montre que la langue des diff"érentes 
parties est essentiellement la même ; pourtant nous avons 
relevé plusieurs divergences dans le petit nombre de vers que 
contient la suite de a : refusait : avoit 9339 ; place : sace 9169 ; 
France : mance 10781. Il faut j ajouter la forme du pronom 
possessif vo et no, formes que nous ne trouvons pas dans la 
première partie : Qiien j'en fesisce vo voloir 9308, Mais n'ai 
soing de vo guerroier 9378, Tost nos aronl no loi guerpir 9020. 
Remarquons aussi la rime Urracle : miracle 1028, 10376 ; dans 
la première partie le nom de la sœur de Mélior revient, pour 
ainsi dire, à chaque page, sans jamais se trouver à la rime : 
dans l'intérieur du vers le nom s'écrit Urrake. Ces divergences 



* Tel ne faisait que il nées N'estait de gaires plus mauves. 
^ Les gentiex hommes viex tenoit A ses paretis grans fies donnoit 

G : Il tenoit (jentix homes vis Et fiez donoit a ses amis. 



ET LA VERSION HOLLANDAISE ^9 

ensemble avec l'indice d'orrlre littéraire mentionné plus haut, 
rendent invraisemblable (jue la suite de a soit de la môme main 
que le début. Quant à la suite de /3, il est fâcheux que le manque 
d'une édition critique rende le contrôle difficile ; cependant il 
était nécessaire dans une étude comme celle-ci de rechercher 
si la langue ne présentait pas de phénomènes phonétiques 
s'opposant à l'hypothèse émise ci dessus. Cela n'étant pas le 
cas, je peux maintenir ma conclusion, à savoir que la suite 
de |3 est la suite naturelle de notre roman. 

K. Sneyders de Vogel. 



DÉBAT DU CORPS ET DE L'AME EN PROVENÇAL 



Le poème qui suit, inédit jusqu'à présent, est conservé dans 
une copie unique et fort mauvaise du ms. 14973 (^fols. 1-26) 
de la Bibliothèque Nationale. Ce même ms. contient en outre 
une version du Chant de la Sibylle (fol. 26), bien connue, et 
aussi la Vie de Saint-George (fols. 27 v''-44 v°), publiée ici 
même (R. d. 1. r. 3^ série, t. xv, p. 246 et 4*^ série, t. 1, p. 129), 
il y a déjà bien des années, par M. Camille Chabaneau, Le 
savant provençaliste avait annoncé à cette occasion le projet 
qu'il avait de publier sous peu le Débat dont il est question 
ici, en y ajoutant une étude sur la graphie et la langue 
du ms. 14973, qui sont identiques pour les, trois compo- 
sitions; mais ce projet, pour une raison ou une autre, ne s'est 
pas réalisé. Comme cet ouvrage, qui du reste ne manque pas 
d'importance, est resté complètement inédit, j'ai pensé qu'on 
me saurait peut-être gré de le publier. Un coup d'œil suffit, il 
est vrai, pour se convaincre que la valeur littéraire de cette 
compilation est fort médiocie, cependant elle possède un 
intérêt tout particulier, comme étant la seule version proven- 
çale qui nous soit parvenue d'un thème fort répandu au moyen- 
âge, et dont il existe plusieurs rédactions en ancien français 
et autres langues. Ces différentes versions ont été étudiées 
par M. Kleinert(^(/e6er den Streit zwischen Leib und Seele, 1880), 
qui n'a pas connu le récit que nous publions, sauf par la men- 
tion très isommaire de Bartsch [Grundriss d. prov. litt., § 51), 
ainsi que le regretté Gaston Paris l'avait déjà fait remarquer 
dans un long et intéressant compte rendu sur la thèse de 
M. Kleinert {/{otnama, ix, p. 31). Bartsch, et Gaston Paris 
après lui, se sont tous les deux demandé si notre poème n'était 
pas une reproduction de la Visio Philiberti en latin. A moins de 
me tromper fort, je ne crois pas nu'il y ait de connexion entre 
les deux. Notre poème donne bien l'impression générale d'une 



DÉBAT DU CORPS ET DE l'aME EN PROVENÇAL 31 

traduction de quelque version latine, mais la source est encore 
à trouver. 

Quant à la date de la copie du ms. 14973, M. Stimming 
l'attribue au XIV^ siècle {Grundriss, § 48), tandis que le Cata- 
logue des mss. de la Bibliothèque Nationale lui assigne le 
XV siècle. Je crois qu'on peut partager la différence et opter 
pour la fin du XIV® siècle ou le commencement du XV». C'est 
ce que prouve du re.*te un examen des formes linguistiques 
et graphiques qui suivent. On peut également conclure de 
cet examen que le scribe était Catalan, mais la langue d'oc de 
cette époque présente en général tant de traits en commun 
avec le catalan de plus ancienne date qu'il est prudent de s'en 
tenir à cette observation. Bartsch a certainement eu tort de 
prétendre (op. cit.) que la Vie de Saint-George, dont la gra- 
phie et la langue sont identiques à ceWe^ An Débat, ainsi que 
nous l'avons dit, appartient plutôt au domaine catalan qu'au 
domaine provençal. 

I. Phonologie : Voyelles. (1) La diphtongaison de l'o bref se 
fait généralement en ue ; hueymais 29 ; puesc 48 ; luenh 85 ; 
cniiech \o6 ; uell 305; nuech 540. N. B. niech, rimant avec 
deliech 199. Suivi de /, il se conserve intact le plus souvent : 
voll 454, etc. 11 peut aussi se réduire à u (notamment devant / 
ou n mouillée) : vuilyas 3 ; ulls (oculos) 55; ull (voleo) 1G4 ; 
ullya 359 ; pusc 445 ; Lunlias 560 ; vuU 086 etc. Les mots locum, 
focum., sont traités d'une manière différente : on a constam- 
ment /woc 101, 488, 1145, 1152, etc., et luoc également, sauf 
au V. 216 où le ms. porte luac qu'il faut corriger en luec, forme 
qui à partir du XI V*^ siècle remplace luoc. 

(2) e protonique est remplacé par a dans : avangeli, et 
dans angres (ingressus) 674. On sait que ce fait est caracté- 
ristique du catalan. 

(3) L'a posttonique passe souvent à Ve après i surtout, 
particulièrement dans les terminaisons des verbes : avieyn 38; 
av/es 209 ; ausies 210 ; perdrien 269 ; prenien 515 ; sie 669, 879 , 
977 ; avien 860 ; folie 1004. Ce phénomène est également très 
commun en catalan, mais il ne prouve rien dans ce cas. puis- 
que de telles formes abondent, dès le XIV^ siècle, en Provence 
et en Languedoc. 

(4) Un autre trait qui est, comme le précédent, un des plus 



32 DÉBAT DU CORPS ET DE l'aME EN PROVENÇAL 

caractéristiques de notre texte, est l'absence de Ve prosthé- 
tique devant s suivie de consonne. Les exigences du vers 
montrent que bien que cet e ne fût pas écrit, il était prononcé. 
11 j a cependant plusieurs vers où on ne doit pas rétablir l'e 
initiale. C'est ce que Mussafia a constaté pour les Sept Sages 
(II, 67). 

Consonnes. (1) R devant y, surtout à la terminaison, tombe : 
cos 195, 229, 388, etc. ; flos 484 ; servidos 497 ; encolpados 
498; renovyes G45 ; denyes 646, 719 ; volenties 718 ; senyos 814; 
guastados 1034, etc. Cette chute de l'r, notée déjà par Jaufre 
de Foixa à la fin du XIIP siècle, comme une des particulari- 
tés du catalan, se répand sur toute la Provence au XIV"^ siècle, 
et j est de règle, pour ainsi dire, à cette époque. 

(2) Le d primaire entre deux voyelles se change en s, ô : 
guisardon 284, 423, 428 ; guasanyo 056 ; guasanyat 659, comme 
il est général dans tout le centre de la langue d'oc ; ou bien la 
consonne s'affaiblit jusqu'à s'efiacer complètement : guiardon 
226 ; creût {= crezut) (302 ; fiels 849 ; auyam 978 ; escaec 
[= escazec) 1116. 

(3) Le ty intervocalique peut aboutira is irayso) ou à y: rayon 
333, lequel y peut tomber : raon 506, 600; raonar 769, à côté 
desquels on trouve le plus souvent raso (n), rasonar. L'efface- 
ment de ty entre deux voyelles est caractéristique du catalan 
(Mussafia, Sept Sages^ ii, 50). 

(4) 11 en est de même de la chute de la sibilante c entre 
voyelles, dont on rencontre quelques exemples dans notre 
texte : plaera 952 ; coema 1154. 

(5) Le V dans la même position se vocalise en u dans aul 
(passim) ; ou bien il peut disparaître entièrement : paor., 528, 
870. 

(6) L'/ mouillée est représentée par les graphies ty, yll, yl, 
II, est aussi l, comme en catalan : filly 753 ; feyllz 736 : buylia 
158 ; treball 385 ; melor 320 ; mol (cf. Flamenca, 4684) 391. 

(7) L'w mouillée est représentée par les graphies yn: segynor 
374, et plus souvent wy, qui elles aussi sont caractéristiques 
de l'écriture catalane : luonya 91 ; vergonya 92 \ frany 547; 
soffany 548 ; tany 686. L'n mouillée est parfois rendue par 
n/i, comme il est usuel en Provençal : vergonha 82. 

(8) L7 mouillée ne représente pas seulement //, mais aussi 



DÉBAT DU CORPS ET DE LAME EN PROVENÇAL 33 

// parfois : afrevoUijant 410, nuhja 608 (cf. Sept Sages ii, 21). 

(9) V tombe souvent devant u dans ull (voleo) 163, etc.; 
ullya 359 ; ullijas 974. M. Paul Mejer a relevé quelques exem- 
ples de ce fait dans Daurel et Béton (vv. 57, 82j. Il n'est pas 
inconnu au catalan (cf. Documentas literarws en anligua lengua 
catalana, 111, 114, 132, etc.). 

(10) L's étymologique est fréquemment remplacée par c : 
cera 23, 325, 360 ; ceraij 185 ; acedar 20 i ; ciguiam 333 : pas- 
sacem 395 ; centiron 512 ; ecer 533. L'inverse a lieu éga'ement : 
sert 7 : serta 358 ; serions 188 ; sec (csecus) 502 ; mersse 549, etc. 

(11) Une autre particularité du copiste est le redoublement 
de Vs initiale : sson (514 ; ssa 722 ; ssera 754 ; ssi 810, etc. 

(12) L'A est placé au commencement de certains mots sans 
raison apparente : hi 326 ; hanc 621, etc. 

11. tlexion. — Sous ce chef, je me contenterai de quelques 
indications sommaires. 

(1) On remarque d'abord, ce qui du reste n'a rien d'extraor- 
dinaire à cette époque, que les lois de la déclinaison n'ont 
guère plus de valeur. 

(2) Au présent de l'indicatif, la première personne du sin- 
gulier prend assez souvent un i de flexion, même quand une 
voyelle d'appui n'est pas nécessaire : troOiSS, 908; valh' 4bl ; 
emporti 644 ; voly 656 ; ausi 744 ; laysi 787 ; demandi 883 ; 
teni 950 ; mori 1140. 

(3) La seconde personne du singulier dans ce même temps 
se termine presque invariablement en es au lieu de s dans les 
verbes suivants : sabes 129, 133, 139, etc.; podes 150, 331, 366; 
deves 300 ; mêles 330 ; queres 564, 579 ; voles 585, etc. 

(4) Un i vient s'njouter devant les terminaisons èi{y), est, 
i du parfait des différentes conjugaisons, paiticulièrement 
devant est de la première et de la troisième conjugaison faible. 
A la seconde personne de ces deux conjugaisons, il y a diph- 
tongaison de l'e, mais ailleurs il semble bien qu'on ait à faire 
à des formes analogiques : ausiy 1 ; boleyuiey 121 ; nasquiey 122 ; 
guardiey 172 ; ubeliy 204 ; prestiest 70, 73 ; bayliest 74 ; ven- 
diest 75 ; gardiest 138, 195, 197, etc. 

(5) Au présent du subjonctif de la première conjugaison 
faible, on remarque l'emploi fréquent de formes en es. r, à la 
seconde et à la troisième personne du singulier : tire 528 ; 

3 



C}4 DEBAT DU CORPS ET DE L AME EN PROVENÇAL 

pegue 610 ; ânes 637 ; cuyes 638 ; emporte 755 ; toques 773 ; 
juye 875. 

(6) A l'imparfait du subjonctif, la terminaison est le plus 
souvent en a au lieu de e : fosas 128 ; poyuesas 200 ; ausissas 
206 ; tastesas 382 ; volguessas 749 ; gitesan 925. 

(7) Il y a hésitation entre deux conjugaisons pour remaner ; 
à côté de la forme régulière (591, 601), on trouve romanir 533 
ou remanyir 537. On peut aussi noter veridre au lieu de venir 
au V. 337. 

III. Versification. — Outre ce qui a été dit de Ve prosthétique, 
la versification de notre poème ne donne lieu qu'à très peu 
d'observations. 

(1) L'e et Vi de que et de si peuvent être élidés ou non, 
comme d'habitude, même devant yeu. La voyelle élidée n'est 
pas supprimée ordinairement. 

(2) Plus exceptionnel est l'apocope de no aux vers 666 et682. 

(3) Dans que y 146, 782, il y a fusion des deux voyelles en 
une seule syllabe (crase). Il en est de même de y an 146, valli 
yeu 450, y an 604. 

(4) Ainsi qu'on s'y attend dans une composition de date 
aussi récente que la nôtre, les cas de synérèse, particulière- 
ment entre ï et a fe), ne sont pas rares : avieyn 38 ; diable 46, 
696 ; plasia 220 ; fayaaria 248 ; snvisia 440 ; daria 651 ; rauba- 
7na 658, 663; s/e 066 ; folie 1004; querias, à moins de faire 
posséda de trois syllabes au lieu de quatre ; fiels 849. 

[Fol. i] 1. L'autrier ausiy uua tenson. 
Say vos dire en quall rason, 
An que vuUyas estar en pas, 
E entendes es escoytas. 
5. Car a my non plas que yheu semen 
Sela terra que fruc non rent, 
Car avangeli dis per sert 
Qe om sas marguaridas per 
Quant las pausa als porcs davant ; 
10. El maystre per son enhant 
Que cant a las folas gens, 
E per que quar nulz non l'entent, 
Que si el es guarnit de bon sens, 
De bon saber, el o despent. 



DEBAT DU CORPS ET DE LAME EN PROVENÇAL 

15. Senjors, e yhu quon o faray ? 
Que tu sabes e yhu o say 
Quel sens el saber es perdut, 
Con argent cant es escondut, 
Per que my plas cant es enant, 

20. Mon saber die vos an aytant, 
Que cascun y poyres apendre, 
An que vulyas lo mot entendre, 
(El cant cera ma rason complida 
E aures la tenson auzida, 

25. Si mi sabes yugar per drech, 
Cal [en] a tort ni cal a drech, 
Ja non vos rendray per tan van 
C'ayas manyat en fol lo pan. 
Hueymais escoytas la tenson 

30. E entendes en cal [yeu] son, 
E non prenas entorn los ors, 
Car de l'arma es e del cors. 
L'arma dis al cors : mot m'es grieu 
Car tantost partem tu e yheu ; 

35. Lo temps es vengut [que^ partam. 
Que ben vey que romp le liam, 
Ses départir vivem ensepms. 
Que nos avieyn tengut lonc temps ; 
Aras vey que non an poder 

40. Que plus nos puyscan retener. 
Don suy dolenta e marrida, 
Quar es vengut a la partida ; 
Mot m'es mail lo departiment, 
Car tant es gran mon espavent, 
[F° 2] 45. Que cor ni boca non po dir, 
Car yehu vey un diable venir 
Que a l'iysir mi cuya pendre. 
Es yheu non li mi puesc défendre, 
E dis que ya non s'en part(i)ra 

50. Davant mi, entro que m'aura. 

Ni yehu non cre que may en parta, 
Que en sa ma porta una carta 



18. Le mot cant est répété dans le ms. — 19. Ms. azenant, aTec la syl- 
labe az en interligne. — 25. Ms. dyech. — 29. Ms. huey mâs escoctas. 
— 37. Ce vers est ajouté en marge, ainsi que le v. 42. 



36 DÉBAT DU CORPS ET DE l'amE EN PROVENÇAL 

On son [ejscriych tut li pecas 
En que tu as tan percassas. 

55. Escris i son tiens fais ausirs 
De que non volguist penedir ; 
Escris i sson tieus falls erguells 
Els falls semblans que an fagt tieus ulls ; 
Escrich y es ton odorar, 

GO. Que anc(t) non vollguist pendensa far 
?]n totas tas paraulas vanas 
Escrizas per yorns e (per) semanas ; 
Escrich y es to foll tener, 
Ton fais pensar, ton fais poder ; 

65. Escrichas tas falsas merses, 

Que anc (en) nullz ome en tant no si mes 
Que liall fe y artrobes, 
En lo falls anar de tos pes ; 
Tieus deliecli e (tieus) adulteris 

70. Son (e)scrich en aquest sauteri. 
Es anc non prestiest per ren uou 
Catre per V ni VIII per IX, 
Ni anc nulla ren non prestiest 
Per may cobrar que non bayliest, 

75, Ni anc non vendiest neguny diva 
Blat ni vin niays que non valia, 
Ni anc falyiment no fesist 
Parlant obrant nill consenstist, 
Non sia en aquest [ejscrich. 

80. E membra mi soven el liech 
L'enemic don ay gran pavor 
E gran vergonha e dolor 
Que yen non trobi negun amie 
Quem defeuda de l'enemic, 

85. May un angel que m'es de luenh 
Mot vergonchos e ten ell poenh 
Una carta ou son [ejscrich 
Tut li tieus benfach el (tyeu) bendich, 
May tant son mayors e plus grans 

90. Li mails qu'ells bens, e tant pesans, 



54. Ms. perserat. — 57. Les mots tieus falls sont en marge dans le ms. 
— 60. Ms. pnedensa. - 69. Ms. deliche. — 70. Ms. scrihc. — 84, Ms. que 
mi. — 85. Ms. luch. — 86. Ms, poch. 



DÉBAT DU CORPS ET DE l'aME EN PROVENÇAL 37 

Per que l'angell de iny si liionya, 
[F" 3.] Don ay pavor e gran vergonya. 

Que si m'emporta lo trefan 

Motz es cuech es rot tôt mon pan, 
95. Ay, cors, e tu pecas m'en mail ! 

(Car) tant an apoderat (li) tyeus mail 

Que si le ben apoderes 

El cel m'en pugera ades, 

Don fora de gyach coronada, 
100. May aras seray turmentada 

Enz enmyl fuoc perpetuall, 

Car tôt apoderan li mail. 

Le cors dis a l'arma : gran tort 

Ti conosc, car sus en la mort 
105, Mi tenssonas ny mi trebalyas, 

E dises quez (yeuch) ay fazt las falyas 

Per que tu seras turmentada, 

May non es paraula parada, 

E pos tu mi vas tensonant, 
110. E a mi mon drech rasonant, 

E puy siam iuyas per drech, 

Q'estiers ya non auray(s) mon drech. 

Arma tu mi vas encolpant 

De so de que tu as tort grant. 
115. Ver es que el ventre de ma mayre, 

Qu'estiers non si pogra fayre, 
Fuy cosseput et engendrât, 

E pueys quant fuy [e]smagenat, 

E Dieus me [ejspiret de ti, 
120. De mantenent que fust (de)dins mi, 

E yen fuy vyu e boleguiey ; 

E cant fom temps am tu nasquiey ; 

(E) avéra vescut anduy ensemps 

D'aquell yorn entro aquest temps. 
125. E pos (lu) fust dedins mi venguda, 

Ay yehu ren faz ses t'ayuda ? 

Ni ieu proga far nullya ren 
Euans quez fosas dedine me. 
E non sabes tu que vers no es 



94. Ce vers est écrit en marge dans le ms. — 110. Ms. mays a mi mon 
drech rasonar. 



38 DÉBAT DU CORPS ET DE l'aME EN PROVENÇAL 

130. Que cors ses arma rea no es, 
E n'es obs que tu mi desliure, 
Que cos ses arma non pot viure. 
Non sabes, que cant yeu partray 
De tu, que mantenant morray ? 

135. E ya puech non auray poder 
Que fassa enuech ni plaser. 
Don as tu tort, pos fust(de)dins mi. 
Car miells non gardiest mi e ti. 
[F° 4.] Tu sabes que l'arma es fren 

140. Del cors e lay ont es le ben 
Lo deu tôt per forssa menar, 
Si am grat non la vol amar. 
Diguas, si anc yorn mi forssiest 
Ni m'o mostriest ni m'o diyssist? 

145. Si yeu ay fallyit mi membres tut 
Y an tort que y an acoregut, 
E si yeu anc fis nuU falyment, 
Trastut y son agut consent. 
E tu que m'o degras vedar, 

150. Per que (non) m'en podes encolpar? 
Arma, e no fas tu ausir ? 
Arma, e no fas tu sentir ? 
Arma, e no fas tu veser ? 
Arma, e ses tu ay ieu poder ? 

155. Arma, e no fas tu parlar? 
Arma, e no fas tu anar? 
Arma, fis anc ren negun dia 
Ses tu, pus fuy en ta baylia ? 
Arma, guarda de quem encolpas ! 

160. Tu sabes que osses ni polpas 
Non podun far nuUya falyida, 
Pueys que l'arma s'en es [i]ssida. 
Arma, sitôt vols anc ren dir, 
D'aquest contrast mi ull départir. 

165. L'arma respondet amb aytant, 
E a dich al cors sospirant : 
Ay, cor, aul [ejscusacion ! 
A cel que la fa no ten pron. 
Tal [e]scusacion as faza 

165. respondet en interligne dans le ms. 



DÉBAT DU CORPS ET DE l'aME EN PROVENÇAL 39 

170. Que non deuliui'a[s] ni empacha[s]. 

Tu vas tos membres encolpant 

E mi, car non ti guardiey de dan, 

E tut li tieus membres egrosses. 

Non son formas de carn e d'oces ? 
175. Si son e tu de lur natura. 

(E) ensemps est una creatura, 

El tieus membres grans e menus 

(Non) son an tu créas e nascut. 

Per que t'en podon leu respondre 
180. E [t]a rason de leu confondre. 

E yeu, si puec, ti respondray 

La n'as may, si yeu far o say. 

De la colpa quez tu mi donas, 

Que an ton tort mon drech tensonas. 
185. Tant co (yeu) ceray dedins ton cos 

Tu viuras, e cant seray for(a)s, 

Tu morras, ayso es vers plans. 

D'aytant es mon parlar sertans. 

E pos per mi as tant vescut 
[F» 5.] 190. Quel pell n'as ferran e canut, 

Diguas mi l'amor que m'as fâcha 

Ni la onor quez m'as astracha! 

Per mi causist ti anc null dia 

D'erguell ni de far leuyaria ? 
195. Gardiest ti anc de cobeytat 

D'enveya ni d'autre pecat ? 
I Gardiest ti anc de trop manyar. 

Ni de beure ses acedar ? 

Causist ti anc yorn ni de niech 
200. Que poguesas aver deliech ? 

De lucsuria non ti causist 

Qu'aytant la fFaza con poguist. 

Anc uU yorn non laysiest per mi 

De null pecat pos t'abeliy ; 
205. Anc tant non 'styest a la gleyra 

Que ausissas la messa entiera. 

Que cant tu degras Dieus preguar 

Tu pensavas de ton afar, 



182. Ms. la n'ar. — 202. Ms. car aytant, — 207. Le mot dieus est en 
marge dans le ms. 



40 DÉBAT DU CORPS ET DE l'aME EN PROVENÇAL 

Et avies ton cor enic, 
210. Cant tu ausies lonc presix ; 
E en ton cor non ti plasia 
Lo ben quell capelan disia, 
Ni ne sabias moch retrayre, 
Tant pessavas de ton afayre. 
215. Mais en la plassa ails folls yuex 
Era tôt ton sens e tôt ton luec, 
On son dichas antas mot grans, 
De Dieus e de tos los siens sans. 
Aquo ausias volentiers. 
220. Mays ti plasia quez le mestiers 
Qu'om en la glesa disiya(n), 
An que fam ni set non ti destrenye, 
Ni pensavas de ben a fayre. 
Mos falymens ti puesc retrayre. 
225. Hanc iorn per mi non ti causist. 
Don resebras guiardon trist. 
Cor, malla t'ai vist, (per que) mal m'en ven ! 
Per tu auray mail e non ben. 
So dis lo cos a l'arma : que as ? 
230. Mal m'es car no estas en pas. 
Ben gran meravilyas mi don, 
Quar tu cuyas aver rason. 
Non sabes tu que ia li naus 
Que es faya de post e de claus 
235. Quant es de tôt sos obx complida, 
Si non es de nauchier garnida, 
Que aquyll que volun pasar 
En la terra de outra mar, 
Non en volun donar loguier, 
[F° 6.] 240. Si non son segur de bon nauchier? 
Cuias ti per vent ni per vêla, 
Ni per clerdat ni per [ejstella, 
Que la naus pusca mar passar, 
Ni sapia son viage far, 
245. Si lo nauchier non la governa, 
E non cerca e non [e]sterna 
La via per on deu anar ? 

216. Ms. liiac. — 221. Ms. que las gem en la glesa disiynn. — 229. On 
lit en marge e à côte de so. — 240. Vers trop long, ainsi que le v. .249. 



DÉBAT DU CORPS ET DE l'aME EN PROVENÇAL A\ 

Car cel que la laysaria 'stai- 

A la merce del vent, si briaria, 
250. E tota la gent ijerirya. 

Donx per lo nauchier es salvada 

La nau e tota la maynada. 

La nau quells pelegrins porta 

Non sabes tu que es cays morta. 
255. La nau [n'] a sens on deu anar, 

Ni sab lo port von deu intrar, 

Ni sab on es la mehor via, 

Ni vay rnays la (non) om la guisa 

Lo nauchier que l'a en poder. ,^ 

260. Arma, entent si yeuh die ver. 

Tu sabes que li marinyes, 

An lo bo conseil del nauchier, 

Fan venir a port de salut 

La nau per que son salivât tut, 
265. Que si cascun non en avia 

Cura, li naus leu si perdrya ; 

Li pelegrins els marinies 

Que son en poder del nauchyer 

Si perdrien es els meseys, 
270, Per qu'es semblant e apareys 

Que tu (que) yest aida per Ions ans 

De mi quez suy navy naveguant, 

E per ton tor sera vengut. 

Si tant es ques siam perduts. 
275. Arma, ques mal m'as governat, 

Els membres que y an ai(u)dat. 

Car si anc fesist ren contra Dyeu 

Tu en pecas mail els membres mieus. 

Tu els membres que degras guardar, 
280. E mi que no pogues foleyar. 

Li membres son myeus marinies, 

E Dieu det ti a mi per nauchier, 

E as tengut mail lo timon. 

Dieus t'en rendra mal guisardon ! 
285. Els membres auran mail zusisi 
[F° 7] Que m'an gualiat an lur visi. 



270. Ms. per quez semblant. — 272. Vers trop long. On doit peut-être 
lire nau au lieu de navy. — 282. Ms. e dieu det mi a li. 



42 DÉBAT DU CORPS ET DE LAME EN PROVENÇAL 

Mot foron li membres irat 
Que son per lo cos [ejscolpat. 
E responderon las aurelyas : 
290. Cor, mot avem gran meravilyas 
De so que (nos) avem ausit dire. 
Si tu as gitat a martire 
L'ai'ma, e qui en peca mail ? 
Nos non pas may (li) tieus fols yornals. 
295. Per que fas mail quar nos tensonas 
Ni del tieu tor nos ucaysonas. 
(Tu) sabes quez per ausir em fâchas 
E pausadas en luoc de guachas ; 
(E) mail e ben ti fasem ausir, 
300. E (tu) deves lo miellye causir, 
Que plus non avem de poder ; 
May tu as lo sens el saber, 
Per que degras laysar lo mail 
E prendre lo ben que may vall. 
305. L'uell responderon en après, 
Que de las aurellyas son près, 
E dison al cos en plorant : 
Cor, de que nos vas encoUpant? 
Si tu as an tos falymens 
310. L'arma gitada a torment, 

Per la cal rason em encolpas ? 
Non t'avem nos lonc temps mostrat 
So que es ben e so que es mail ? 
E si tu es ves l'arma falls, 
315. La falyda non es pas nostra. 
E non fa pro sel que ti mostra 
La via que ti pot damnar 
E la via quet pot sallvar ? 
Ben es malastruc qui non tria 
320. E non causis la melor via, 
E si tu as lo pies triât, 
Dieus ti o rendra per son grat. 
Las (na)naras parleron iradas : 
Cor, per que nos as encolpadas ? 
325. Si avem fatz toi quant ti tais, 

Tor n'[av]em (hi) si (nos) demandas mays. 
[F° 8]. Mal e ben nos ti fam sentir, 
K tu degras lo miellé causir, 
E si as mail causit ni lach. 



DÉBAT DU COR]>S ET DE l'aME EN PROVENÇAL 43 

330. Tu de que nos metes em plach 

(Ni) de que nos podes encoUpar, 

Ya qui ti laysara paiiar ? 

E si ciguiam la tiua rayon 

L'arma non y auria pron, 
335. Don cera gran tort si sufre pena 

Per tu, nil diable la emmena. 

Miels deuria av a tu vendre, 

Car de mail non ti yest pogut défendre. 

En après y parlet li lengua : 
340. Cor, de tu non say en que m'en prena. 

Volgist mi anc poder donar 

Maysscasadamens de parlar ? 

Si yeu ay parlât so que volguist. 

Garda del parlar que en fesist. 
345. Motas vegadas ay parlât, 

Qu'estera soau per bon grat. 

Car lo parlar non era vens, 

Si tôt lo [mieus] poders fos mens, 

Suau estera denfra ma boca, 
350. Per que la gran colpa ti toca 

Si [tu] m'as fag parlar on fol ; 

Ni tu fas lo fach que ti toll 

Que li colpa tiua non sia, 

Que en ti as tant de senyoria 
355. Que (si tu) ten[gues]es la boca clausa 

Per forsa "stac[ada] [ejs pausa. 

E mantenent que l'as uberta 

La boca, yeu suy tota seita 

De parlar, ni m'en uUya o non, 
360. E far so que ti cera bon ; 

E si l'arma [ejs turmentada 

Per ta colpa ni mallmenada, 

Seguon mon sens, tu n'as tor gran. 

Es illy fasa t'en demant. 
365. [Ar] las mans preron a parlar : 

Cor, de que nos podes encolpar ? 

Non a[vem] près so que volguist 

E laysat so ques tu diysist ? 

E si [nos] as faych lo mail pendre 

338. Vers trop long, ainsi que le v. 340. — 346. Ms. bon gran. 



44 DÉBAT DU CORPS ET DE l'aME EN PROVENÇAL 

370. El beu laysar, quit pot défendre, 
Ni call yuye dira per drech 
Que non ayas [lo] mail ellech? 
[F" 9]. Volentieras t'avem servit, 
Con a segynor obesit, 

375. Mas tu non o conoses guayre, 
Seguon que nos ar es veyayre. 
Que no es l'arma sens rason 
Tensonas de ta ucayson ? 
E si l'arma n'esta marida, 

380. Tu en pecas mail, mia partida, 
E si trobas yuye Hall, 
Non cuch anc (tu) tastesas d'aytall. 
Li pe parleron en après : 
Cor, con y es tu tan engres, 

385. Cant tots tas membres aysi treball ! 
Ben sembla que ton sens ti fall, 
Que tu as els membres poder, 
E si aquill fan ton plaser, 
De que les podes encolpar ? 

390. Motas ves nos a[s] fach anar, 

Per mol, per giladas, (e) per fane, 
E tu sabes si deysem anc : 
A nos non plas quez l[aj anem. 
Mas tôt cant anc volguist fezem. 

395. Si passacem tos (co)mandamens, 
Nos non foram fallys fortment. 
Tu [sa]bes quant as 'stat [ejstrech 
De gran callors e de grans frechs, 
De fam, de set e de dessayse, 

400. Quelh membres non donavan ayse. 
Cant tu avias malautia 
Cascun dels membres [o] sentia(n) ; 
Andos las aurelyas bondian, 
E las naras petit sentian ; 

405. Li uell eran cay[s] adormit ; 
E de la lengua non oblit 
Que tan gran marimen avia 
Que an penas parlar podia ; 
Las mas anavan tremolant, 



399. Ms. dessayrc. — 400. Ms. canct li membres. 



DÉBAT DU CORPS ET DE l'amE EN PROVENÇAL 45 

410. E nos tant fort afrevollyant. 
Que de tôt erani reliiuiuis, 
Tant eran li membres maris 
Per lo mail que ti destrenyie 
Que negun conort non fasia ; 
415. E si nos em jier drech yuyas, 
Tu nos as a tort encoUpat, 
[F» lOJ. E si Tarma n'es turmeutada, 

Par los tieus fags ni mallnienada, 
(Que) en tu sun totas las fallyas 
420. De que nos e l'arma treballyas. 
Cor, auyas que le savi a dich 
En son bon dechat e [e]scrich : 
De bon servisi bon guisardon quer. 
E a tu non deu esser fer. 
425. E cell que [lo] servisi pren 

Si cant la près puey non lo rent, 
Aul es ssegon liall yuzisi, 
Sil guisardon an lo servisi 
Non conpara, cant luoc en es, 
430. Garda qui yest ni con t'es près 

Ves nos ni ves l'arma que as fach, 
Car (tu) rendes de beufach coU frach. 
Li membres an lo cor cornes, 
El cor respon mot fermanes : 
435 Vos autri membres aves fach 
Aquo que li foll fan ell plach : 
Li foll ell plach dison lor dan, 
E li savi lur pron y fan. 
(E) vos autri e nos mail guardas. 
440. De savisia mânes foldat. 

Aures renyat mot longuamens, 
Es aras cuyas aver sens. 
Non a sens cell que son mayor 
Non lausa e non li fay ouor. 
445. Per que pose (a) dire verament 
Que vos autri non aves sens. 
An vos die que es folls naturalls, 
Car non onras sell que may vall. 
Cascun dises que tus estmieus, 

428. Ms. si le guisardo7i . 



46 DÉBAT DU CORPS ET DE l'aME EN PROVENÇAL 

450. Donx si yen suy senyer, may valli yeu. 
Yeu vali mays que vos non fas. 
Folls est, car onor nom portas, 
Car null savy non quer onor 
Ni la voll sobre son mayor. 

455. Très manyeras son d'orgueil. 

Fol! es qui las manten ni (las) ull. 
E diray las vos totas très 
En aysi quon venon da res : 
Le premier es de aull natura, 
[F" II.] 460. Qui plus fortfmen] si desmesura ; 
Le segon es de grau folia. 
De nonsens e de leuyaria, 
Qui desmesura son eguall, 
cell contrasta que mays vall ; 

465. Le te[r]s es de trascuyament 
Qui desmesuralh plus valent, 
E plus fort défi qui may vall 
Si tôt l'en pren ben e lo sal. 
Donx es vos autres tos fallys, 

470. Que sabes que yeu vos ay noyrit. 
Lo conduch ques yeu ay manyat 
Vos ay ben partit e donat. 
Que en ver non vos (en) podes clamar. 
Es pos yen puasc vos, o ben par, 

475. Cant yeu era plen de conduch, 
E vos eratz alegres tuch, 
E si yeu un yorn deyunes 
Que non bègues o non manyes, 
Tant flac e tan aul en eras 

480, Que null conseil non vos avias. 
Cascun de vos autres sabes 
Que cant l'arbre esta em pes 
De sa viguor muon las brancas, 
(A)donx porta fualas e flos blancas. 

485 . E si l'arbre [e]sta talyat, 
Tant que lo suc sia secat. 
Non an las brancas autre luoc 



456. Vers ajouté en marge dans le ms. - 468. Ms. si fos l'en pren 
ben e lli fallch. — 47G. Ms. e vos sias a. t. — 479. Ms. tant flac e tan 
aul sias. 



:)ÉBAT DU CORPS ET DE l'amE EN PROVENÇAL 47 

May que om las ieta ell fiioc. 

Gardas con est mors e vencus 
490. E vos mesesmes deysepus, 

Que yen suy albre e vos es brancas, 

Que anc nesuna non est francas, 

Que tant con (yeu) viuray) (e) vos viures, 

E cant morray, e vos morres. 
495. Non es pas meravillyas grans 

Si, par pasar los vostres dans, 

Vos tuch mi sias servidos. 

May aras m'est encolpados, 

Car veses que poder mi fall, 
500. E si l'arma a nul! treball, 

Vos dises tut que yeu mail en pec. 

E con tuch [est] agus tan sec. 

Quel ora que mail si fazia, 

Per que cascun non m'o disia ? 
505. Que si yeu adonx non m'en layses, 

Raon fora que yeu o compres. 

May vos tut membres volentier 

Es tôt agut pa[rjsonyiers, 

E per vos autres es tôt fach 
510. Lo mal de que me tenes plach. 

Las aurelhas lo mail ausiron, 
[F° 12.J E la[s] narras lo mail centiron, 

E quascuu dells uells l'esguardava, 

Li lengua de grat lo parlava, 
515. Las mas lo prenien soven, 

Li pes y anavan corrent, 

L'arma o consentia tôt, 

Carli nostre liam(es) son rros. 

Cascun vos cuyas [e]scusar, 
520. Ell vostre tort a mi donar, 

Per que yeuh non dey aver yusizi. 

E parra en qui son li vizi. 

Cascun dels membres près a dir : 

E nos en volem drech ausir. 
525. L'arma respondet mot irada : 

'-^or, tant suy [fort] espavantada 

C'am penas puesc ma rason dire ; 



521. Vers trop long. 



48 DÉBAT DU CORPS ET DE l'aME EN PROVENÇAL 

Tall paor ay que non m'en tire 
L'ennemie al partie de te, 

530. Que yenh ssay que si ar m'en mené 
Que cambiat tôt m'es mon afar. 
Per que mi plagra may l'estar 
Eli remanir si ecer pogues. 
May yeuh vey ben que ren non es, 

535. Que yssir m'en coven, vullyia o non, 
E laysar ostall per mason. 
Non puesc ronianyr ni yssir, 
Que yeu vey que ades voll m'assalyr 
L'enemic que mi vay entorn, 

540. E non si part de mi nuech ni yorn. 
Per mi pendre para sas mans. 
E say que ell es tan trefan 
Que si yeu li die ben (ell) m'es enie ; 
Sil clam(i) merce (el) m'es enemie. 

545. El pot en enfern es mon lyech, 
Von non a(n) on degun delyeeh, 
On plor ni marimentnon frany, 
Ni dol ni cris non la sofrany. 
Plorant, sospirant, clam mersse 

550. A Dieu, que li membre de me : 

Bell senyer Dieus, vostra merces, 
E li bontat ques en vos es, 
Ell vostre poder que es tan gran, 
De gran tort vos fas ieu demans. 
[F° 13.] 555. E cou vos pla ni vos sap bon, 
De pauc redes gran guisardon. 
Senyer, font de vera mersse, 
Dells fallymens que son en my 
Vos qnier merse, sus en la fy ; 

5G0. E lunhas l'enemic de mi 

Que tant es sallvage es fer. 

Anb aytan l'angell dis : ques quer[s] ? 

E l'enemic dis : que foll fas 

Que quer(e)s ayssi conort e yuas. 

5G5. L'enemic dis : (an) emporteray 



531. Ms. que cambiat tôt m'es amor afar. — ;535. Vers trop lon^. 
538. Ms. ades ml voll salyr. — 544. Ms. si li claml. — 550. Ms, de ml. 
554. Ms. de (jvan tort fadi pas demans. — 5G5. Ms. a l'enemic dis. 



DÉBAT DU CORPS ET DE l'aME EX PROVENÇAL 49 

Kst' arma quant m'en toniaray, 
E fa mi trop aysi [ejstar, 
E me y fai trop best[ensar], 
E si ades no yey[s] dell cor, 
570. Maatenent que sera defors, 
Hyeu la faray [ejstar irada, 
Can(c) l'auray en enfern gitada, 
En fuoc, en flama, en pudor, 
Aqui von la sabray mayor. 
575. Li daiay torment cascun dia, 
Que aytall es ma senyoria. 
L'angell respont a l'euemic 
E dis : que mot mallvays abric 
L'arma que (tu) queres trobaria 
580. En ton ostall, quant la ceria, 
Ja non sera en ton poder, 
Que tu sabes ben, e es ver, 
Ja n'auria pena e dolor, 
Si avia tu per senyor. 
585. Tu la voles (en poder), e non l'auras, 
E ja pusc tu non la tendras. 
E per que la cuyas (tuj aver 
Aquesta arma en ton poder ? 
Pus (que ella) conoys per senyor Dieus, 
590. Ny ren non a ni ten dell tieu, 
Ni el cor non voll roraanyer, 
Ni [ejstar plus en ton poder, 
Ten ta via e mou d'ayssi, 
Que ella s'en anara an mi ; 
595. E si tu as allrre a far 

Fay e laysa la [e]star. 
Vay t'en e ten ades ta via, 
Que yeuh ni tu nonavem paria. 
L'enemic respont mot irat : 
600. Angell, en tu no es pausat 
Mon anar ni mon remaner, 
Ni non es creut ton voler 
[F° 14] De l'arma que vas contrastant. 
E yeu y ay drech e tu tort gran. 



568. Ms. e m'y fai, etc. Ce vers est en marge. — 574. Ms. aqui non. — 
586. Ms. e ieu pusc. — 589. Les mots per senyor sont en marge. 

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50 DÉBAT DU CORPS ET DE l'aME EN PROVENÇAL 

605. Tu sabes que gran raon ay 

En arma que en pecat [e]stay, 

Que si yeu la trobi morent 

Nulya rason non la defent. 

Aquesta est en pecat morta, 
610. Per que es rason que ella sia nostra, 

E metrem la en tenebror, 

Von en aura pena e dollor. 

Dis l'angell an paraula plana : 

Enemic, la rason es vana. 
615. El mont non es anc creatura 

Que non pegue seguon natura ; 

E si poder a de pecar 

Poder li es donat d'esmendar. 

Hanc null hom tant fort no pe[ca]t, 
620. Si a penedensa tornat, 

Et an ios uells et an lo cor 

Lo plora, aquell pecat mor ; 

Et an que penedensa prena 

E que la fassa e que la tangua, 
625. Aquel pecat es penedit. 

En foll as fag lo tieu [ejscrieh. 

Aytant guastiest de parguamin. 

Per que podes tenir ton camin, 

Am aquil estrig en papier. 
G30. Die ti que non vall i denyer. 

Donx es reni[m]yc irascut 

E dis : angell, per que yest agut 

D'aquesta arma tant contrastant? 

Ton parlar non li es may dan. 
635. Ades li dobla son torment. 

Per tu n'aura may e non mens. 

Ja non la m'anes constrastant, 

Ni cuyes que yeu m'en vagua anc 

S[en]es ella en cuy ay cura, 
640. Per una ley que a nom usura. 

Trenta ans o plus y a'stat, 

616. La syllabe gue est en interligne dans le mot pegue. — 620. Ms. 
tornet. — 623. Ms. e au penede^isa que prena. — 628. Vei's trop long 
d'une syllabe. On pourrait facilement le ramener à la mesure en lisant 
potz ou podsy mais podes est la forme que notre copiste emploie cons- 
tamment. 



DEBAT* DU CORPS Et DE L AME EN PROVENÇAL 

Et en nostras obras obrat, 

Don yeuh per longua teneson 

L'emporti, e car n'ay rason. 
645. Tu sabes que li renovyes, 

Per (so) que lur abaston (li) denyes, 

Prenon mi e laysan [en] Dieu. 

Per que tut (li) renovyes son mieus. 

L'angell dis : demoni, ben par 
650. Que cor aurias d'emportar 

L'arma, qui t'en daria poder. 
[F° 15] May alors t'en coven querer. 

Si per aquesta arma ti p(l)ens, 

Tu vas querent gran defens, 
655. Et auras la enyaz trobada 

Que aquesta arma guasanya(da). 

Tu sabes que yen non ay cura 

De raubaria ni de usura, 

E (pero) si l'avers es guasanyat 
660. An ton sens ni an ton dechat, 

En aquell non ti fas contrast, 

Que yeu say ben qui ssa masou bast 

De raubaria ni de [u]sura 

Que tôt vay a malla [ajventura. 
665, Tu prens l'aver aqui von es, 

E tieu sie que yeu no eu voly ges. 

L'arma intret nusa ell cos, 

E nusa issira defors; 

Aver ni argent non emporta, 
670. Que tôt o laysa (de) tras la porta ; 

E pos non porta ren del tieu, 

Hieu la rasonaray à Dieu. 

L'anemic dis : [angell, que quers ? 

Tieus dichs sson angres e trop fers, 
675. Que per forssa de contrastar 

My cuyas [e]sta arma panar. 

Ar conosc que si aguessas drech 

Ben mo mèneras trop [ejstrech, 

Pos playdezant mi vas lo myeu, 
680. So es l'arma on non as fieu 

Ni auras ja qui non la forssa, 



645. Ms. U abaston. — 665. Ms. tu preny . 



52 DÉBAT DU CORPS ET DE l'aME EN PROVENÇAL 

Car drech non periy ni non amorssa. 
E si yen en suy yuyat per drech, 
Auray en so que aver en dech ; 

685. Lonc temps a [ejstat en erguell, 
Per que aquesta arma vull, 
D'auUtery, de leuyaria, 
Per que tany que en enfern sia ; 
Lonc temps a [e]stat en pecat, 

690. E lonc temps y a soyornat, 

Per que la faray [e]star trista, 

Lonc temps a que yeu l'ay conquista, 

En lo poder de Ssatanas, 

Que ya tu pron non l'en tendras. 

695. L'angell respondet [enj rient : 
Diable, petit as de ssens, 
Ni ti cuyas (que) per (tou) encollpar 
Que yeu t'en layssi l'arma portar. 
[F°l6]. Fort vas son pecat remembrant, 

700. E non cug que li tenguan dan ; 
E diray ti rason per que : 
Ver(i)tat es, e sabes o be(n). 
Que negun pecat non a forssa, 
Per que quar l'armorna l'amorssa. 

705. Auyas que dis Dieus el sanct luoc : 
Ayssi con aygua [e]stench fuoc, 
L'armorna Lejstench lo pecat. 
Per que tu as pauc [e]spleguat. 
Doas causas son naturalls. 

710. E si tu mi vols dire calls ? 
L'una es aygua que defors 
Lava e neteya lo cors ; 
L'autra es allmorna que monda. 
Ve ti que a l'arma aonda ; 

715. Per aygua es lo cor lavât, 
E per almorna esmondat. 
Aquest(i) resseup lo nom de Crist 
En aygua, per que tu yest trist, 
(E) puays fes allmorna volenties, 
De pan, de vin e de dénies. 

720. Ben say que pauc a fach de ben. 



700. Ms. cuyi. 



DÉBAT DU CORPS ET DE l'aME EN PROVENÇAL 53 

May aquell pauc li es granren, 
Can om o fay de ssa drechura, 

Auyas que retra l'escriptura : 
Que aquell fay almorna bona 
725. Que de sa drechura la dona, 

E aquel fay honor a Dieu 

Que dona almorna del sieu, 

E qui de usura ni de tort 

La dona, aquell fay sa mort. 
730- Aygua, almorna, penedensa, 

Trop en aquesta sens falyenssa, 

Per que tii as fach pauc de plaech, 

E uell n'esser yuyat per drech. 

L'enemic dis : a my plas fort. 
735. Ë qui dira lo drech nill tort? 

L'angell respoiit : lo feyllz de Dieu, 

Que tut tu es (em) el poder sieu, 

E tut poder li es donat, 

E per el es lo mont salvat. 
740. L'enemic gieta i sospir : 

Angell, si yeu ausessa dir, 

Mot amera mays lo yusizi 

De cell a cui yeu fac servisi. 
[F° 17]. Hyeu non ausi sonar lo yuge, 
745. Nill contradic ni lo refugy, 

May pendray l'arma, es anem, 

Es auzirerem on (que) serrem. 

L'angell dis : enemic, ben par 

Que mi volguessas gualliar, 
750. Que as dich que yeu l'arma ti lays. 

Si ren y as yeu y ay mays, 

Per que rason o voll que yeu 

La port(i) davant lo filly de Dieu ; 

E pueys quant yuiada ssera, 
755. La enporte ssell que drech y aura. 

L'enemic dis : so no es fach. 

Ar mi comenssas novell plach. 

L'arma que yeu ay guasanyada 

Sabra zo quant sera yuyada. 
760. (Aras) dises que yeu la ti layss portar. 

722. Ms. car om o fay. 



54 DÉBAT DU CORPS ET DE l'aME EN PROVENÇAL 

Ades t'ausy (plus) en foll parlai". 

Ben es foll e plen de fadesa 

Qui so que es sieu met en comunalesa, 

Ni so que yeu ay conquist. 
765. Angell, an ren miells non fallist. 

L'augell dis : ben parlas en foll 

Que l'arma, pos drech la ti toU, 

Per que l'en cuyas tu portar ? 

May yeu l'ay a raonar, 
770. La enportaray davant lesus. 

E [ar] tu non demandes plus. 

L'enemic dis : Ja ne entendas 

Que tu l'arma toques ni prenas, 

Ni ya ren de ma senyoria 
775. Non sera ya en ta baylia. 

Heu que l'arma ay guasanyada 

Ela en degra aver portada. 

Metray ti jeu en teneson ! 

Non jeu, mays saliva ta rason, 
780. La enportaray tro que ella sia 

Yuyada, puayes tengua sa via, 

Amb aquell que y aura rason. 

Or partam aquesta tenson. 

L'angell dis [en après] : ben grieu 
785. Nos acordarem tu e yeu, 

Que l'arma non mi vols laysar, 
[F° 18J. Ni yeu la t'en laysi portar, 

E si enaysi la arma reman, 

Ben nos em temsonas en van. 
790. Diy l'enemic : angel, yamays 

Non créas que yeu l'arma ti lays. 

An ti die que no m'en iray, 

Ses ela, que rason y ay. 

L'angel dis : tu fas lonc atent. 
795. Queram yuie que lialment 

Nos yuie aquesta tenson, 

E meta en posecion 

Aquel que plus aura de drech. 

L'enemic dis : (e) yeu [o] autrech. 
800. Senyors, la tensson ay retracha 

763. Ms. cuennalesa. Le vers est trop long. 



DÉBAT DU CORPS ET DE l'aME EN PROVENÇAL 55 

Tôt enaysi con ai' l'an fâcha 

L'arma e H membres [trasjtut. 

Non say si aves entendut 

En la tensson que l'angel fes 
805. Am l'enemic, e ssi tant es 

Que sapias lo drech triai- 

A mi non [anc] calra parlarr, 

E aures mi gitat d'afan, 

Pero non die que yen o say 
810. Lo treball ssi non sabes dir 

Lo drech que ieu faray ausir. 

Senyors, pos voles que yeu vos digua 

Del iusizi, sitôt vos trigua, 

Senyos, vos prec per Dieu auyas 
815. Lo yuzisi e l'entendas, 

Que le yuzisi est de pahor, 

De mariment e de dolor. 

L'arma non pot plus remaner, 

EU cos non a plus de poder 
820. Que en l'arma [e]stia plus. 

Ab (ay)tant lo fily de Dieu lesus 

Venc [tôt] clavelat en la cros, 

Tôt enayssi quom fom per nos, 

Tôt drech lo yorn de vendres sans 
825. Don parlet Lucas e loan, 

Es en après Marc e Matieu, 

Dell tonnent que fom fer e grieu 

Que Dieus sus en la cros ssufriy, 
[F° 19.] Cant a mort liuret es ufriy 

830. Son cos, per nos tos a sallvar. 

L'arma lo près a reguardar, 

EU cos atressis Tesguardet. 

En la cros clavelat [ejstet ; 

Per las mans ly corec le ssanc, 
835. Per los pes e per mi dells flancs, 

Blau per ventre e per [e]squinas, 

Coronat lo viron d'espinas, 

Dels cops que feron li félon, 
Can(c3 [ejstet liât al peyron. 

801. Ms. Vay fâcha. —808. II manque ici deux vers. — SU. Ms. quieu 
fasan, — 835. Ms. flaais. 



DEBAT DU CORPS ET DE L AME EN PROVENÇAL 

840. Ihesus lur dij : en (aqu)esta cros 

Fuy enaysi levât per vos, 

Per so moiiv que vos Irayces 

D'enfern e vida aguesses ; 

Pet" vos fuy aunit a gran tort ; 
845. Per vos ufriy mon cos a mort, 

(E) vos trayssiy dell fuoc enfernall, 

E vos dyey vida eternall. 

An los angel lay sus ell cell. 

Per que mi degras eser fiels. 
850. A mi diguas, cal guisardon 

Ay resseuput per tan rie don? 

Diguas, que aves fach per mi? 

Cascun d'andos en paleziy; 

Verguonya agron e pavor, 
855. Ira penedenssa la mayor 

Que yamais fos ni ymais sia. 

Ira agron car anc i dia 

Feron folia ni pecat. 

Pentenssa agron car obrat 
860. Non avien y tos temps en ben. 

Verguonyos forou d'uiia ren 

Ço es de la sancta passion 

Que Dieus sufriy en cros on fom, 

Abeurat de vin aygre en fell, 
865. On era agut plus cruell. 

Veuos los délies que on agut, 

Car amdos non o an rendut 

Sivall calacom guisardon 

De la passion e dell don. 
870. Paor agron car l'enemic 

Que es mal e fer e ynic 
[F° 20.] (Que non) es assesmatz de dar gran pena 

A larma si am si la mena. 
L'enemic dis : angels, huymas 
875. Es luoc quez si yuye le plags, 
Pos vostre yuye es vengut. 
L'angel non fom ges [ejsperdut 
E dis : enemic, ben mi plas 



856. Ms. que anc fos. — 862. Ms. car de la. — 872. Les mots no es sont 
en interligne dans le ms. 



DÉBAT DU COUPS ET DE LAME EN PROVENÇAL 57 

Qcl yuyaraent ssie donat. 
880. L'enemic dis : senyer, un pky 

Mi mou l'angel, e es li lay, 

Car mi vay playdeyant lo mieu, 

Pos nou deiiiandi ren del cieu. 

Est' arma que yeu ay guasanyada 
885. M'a per gran erguell coutrastada, 

Et ancat's la mi contrasta. 

Pos drech e rason me abasta, 

Voli-ia que ell seu reste ques, 

Que plus non la mi contrastes. 
890. Jésus dis : angel, vol(s)ren dir? 

Hieu suy aparelyat d'ausir. 

Senyers, a dis Tangell, ben say 

Qui pren l'autruy erguell y fay, 

Per que yeu del sieu non vuU, 
895. May a sell mon de gran erguell 

Car la demant ni (la) pens(a) [l'Javer, 

E sap que ia sieua no er. 

L'enemic dis : senyer, gran tort 

Mi sera fach, si yeu non la emport, 
900. Que en l'arma ay rason e drech, 

E vos saltes que aver o dech. 

Motz pecas e motz falliment, 

Que cascun mi es [tôt] giiarent, 

A dich e fach en lo mont nostre. 
905. E ve ti l'estrich que yeu ti mostre. 

Jésus dis : vist ay ton [ejscrich, 

E say tôt can es ell plach dich, 

E trobi que tu as vanat 

Yusizi, e l'as demandât, 
910. Es yeu may non t'en ausiria, 

May de so que rason séria. 

Jésus dis : angell, voll(s) plus dire ? 

L'angell dis, an semblant de rire : 

Senyer, rason es que yeu responda 
915. Per l'arma, pos drech mi aonda. 

Senyer, auyas que ti diray, 

881. Ms. mi movtj. — 887. Ms. mahasta. — 888. Ms. resta. — 896. Ms. 
car la demanda. — 897. Ms. ?zo ex. — 003. Ce vers est ajouté, au haut 
du feuillet. — 905. Ms. mostnj. — 915. Ms. aunda. 



t)S DÉBAT DU CORPS ET DE l'aME EN PROVENÇAL 

E veyas l'escrich que fach ay, 
[F''21]. E piieys diguas so que (dire) voiras, 

Car say qiielh tieus dich soû (tan) certa(n)s. 
920. Lo dia do l'acencion, 

Can t'en volguist puyar el tron, 
A tos dissipols comandiest 
Ta paraula e lur donycst 
Quels enemix que eran els cors 
925. Dels homes gitesan defors, 
E pueys l'enemix an perdut 
Lur poder, es ay conssegut 
En l'arma so que yeu i demant, 
Per que es rason c' ab mi s'en an. 
930, Per lo sant dich que tu diyssist, 

(L')ay (e)n' aquesta arma conquist. 
(Tu)diyssist qui cera batezat 
Ni creyra, aquell ssera salivât. 
Puays diyssist de null pecador 
935. Non uU sa mort, mas uU s'amor, 
An ques covertisca breumens, 
En fatz e en dics mantenent. 
Aquest, per la tieu gran vertut, 
Senyer, si es a tu rendut, 
940. Et en la fin t'a quist merce. 

Non voll d'autre senyor mas te. 
Tu diyssist aqui iuyaray 
L'arma en que latrobaray. 
Ve ti l'arma penedensada, 
945. E de ses pecas confessada. 
E t'a resepput per senyor, 
E reneguat aquel trachor 
Que la fes pecar e fallir. 
E non vull plus en l'arma dir. 
950. Mas l'enemic teni tôt per foU 

Car d'aquesta arma non si toll. 
Senyer, coras ti plaera, 
Aquest contrast si iuyara, 
Pueys mays es en lo tieu albir, 
955. Pos negun non voll plus ren dir. 

lehus respont : d'aquest [contrast] 

936. Ms. (ui (jue si. — 955. La mot re7i est ajoute en marge. 



DÉBAT DU CORPS ET DE l'aME EN PHOVENÇAL 59 

De que cascun son jjlach en bast, 

De l'arma que voles saber 

Cals de vos dos la deu aver. 
960. A my plas que yeu eu digua drech, 

E tôt cant dire [yeu] en deh. 

L'arma diys : Senyer Dieus que es 

Non faz blasmar, sitôt m'es fer[s], 

Que tant gran contrast a(y) agut 
965, L'angel per mi au lo cornut, 

E del cor no i es parlât 
[F<'22]. Que en degra aver la mitât, 

E plus si plus li cazegues, 

C'a mi es semblant que en el es 
970. Li colpa que a mi es donada. 

E uU n'esser per drech yuyada. 

Le cors respont : Senyer, si yeu ay 

Tort d'aquest fah, yeu en penray 

Tôt yuzisi ques tu ullyas, 
975. En que los membres y acuUyas. 

Dison li membres : Senyer Dieus, 

A nos plas ben que sie tieu 

Le yuzisi e que l'auyam, 

Que de cascun sabes lo clam. 
980. lesus Christ que tôt cant es 

El cos format e l'arma fes, 

A entendudas las tenson 

E los contrastz e las rason 

Que le cor e l'arma an dichas, 
985. E en a[)res las cartas 'strichas 

De l'angel e de l'euemic. 

E non li play que plus o trie 

Del yusizi que deu donar, 

E vol premieramens parlar 
990. Del cors e dells membres lo plach 

Que an tôt lo mail el ben fach ; 

E en après auran lur rason 

L'arma el cors de lur tenson ; 

Es en après cera juyat 
995. Le contrast que tant es menât 

Per l'angel e per Teneiiiic, 

%3. Ms. non faz. — 970, Ms. li colpa rjuez a mi. 



60 DÉBAT DU CORPS ET DE l'aME EN PROVENÇAL 

Que anc yorn non foron amix. 
lesus diys al cos : ar m'entient. 
leu t'ay format de drech nient, 

1000. Tu el tiens membres (tôt) en un temps 
Fost formas e créas ensepms, 
(E) ensemps en una creatura, 
E car fas dels membres rancura 
Folie fas gran, car tu encolpas 

1005. Los tiens osses e las tiens polpas. 
E vos membres est tut fallit, 
Quel cos vos a ensemps noyrit, 
E l'un ses l'autre non val guayre ; 
Si mor lo cor tnt y est frayres 

1010. De la mort, que negun non vin 
Pos la mort fa el cos son brin ; 
Per que le cos non pot pecar 
Ses vos autres ni (anc) ren far ; 
E ensemps aves lo ben ell mail 
[F" 23.] 1015. Fay[t], si que [tôt] per engnall 
Tut ensepms comprares lo tort. 
En lo gran poder de la mort. 
Cors, auyas de tu que sera, 
Tantost con la mor ti prendra : 

1020. Tiens parens seran mot cochos 
Que sias dedins el vas rescos ; 
Ta molyer e (tut) li tiens parens 
Ti segran tro al vas plorant, 
E tiens parens e tiens amix ; 

1025. Non y aura paure ni ryc 

Que ins el vas ti fasa companya ; 
An lur es la mort tan estranya. 
Non ti volran may encontrar, 
Ni en la via atrobar ; 

1030. Ta molyer anara pensant 
Con aya marit a cap d'an ; 
Tiens enfans serans yuguador[s] 
E de ton aver guastados ; 
On de tes parens seran guasiers 

1035. E preveyre de tos dénies ; 
E li autry seran tuador[s] 

1007. Ms. que le cos. — 1020. Ce vers est ajouté en marge. 



DÉBAT DU CORPS ET DE l'aME EN PROVENÇAL 61 

Dells enfans e de las ouos ; 

K so que tu as enduiat 

m o guastaran, mail ton grat ; 
1040. Ancuay t'en intraras el vas 

An ii canas de canabas, 

E tota l'autra manentia 

Remandra en lur senyoria 

De cell que non y an mail trach ; 
1045. E tornarian t'en en plach, 

Si a cap d'un an o de dos, 

Lur querias tas possecios. 

Cors, ar eguarda con t'es près ! 

[F° 24] L'aver reman, mail quez ti pes. 

1050. De l'aver que as en bailia agut 

Aras n'es autre elegut, 

E mènera t'o tan [e]scas 

Que ia null ben non i auras. 

Vol[s] ausir que t'es remasut 
1055. De tôt l'aver que as agut ? 

Aquo podes contar per tieu 

Que as donas per amor de Dieu, 

E so que as dat ni valgut 

A tos amix as retengut; 
1060. E so que as a Dieu donat 

De ton iust aco ressobras. 

Plus non as ni plus non auras. 

L'aver reman e tu t'en vas. 

L'aver reman non sab(e)s a cuy. 
1065. Tieu fom e aras es d'autruy. 

Tiens osses anaran poyrent, 

Petit en petit decasent ; 

De lay on yssist tornaras. 

Tera fust en tera tornaras. 
1070. Tre[s] sun cant hom y a (afar) partit, 

Diray ti con l'an devesit : 

Tiens parens auran ton aver. 

La carn auran verm(e)s en poder. 



1043. On lit valentia en marge, à la suite de manentia. — 105L Ms. de 
Vaver yest bayles agut. — 1059. Ms. ad dat. — 1068. A la suite de ce 
vers on lit en marge le vers isolé : ta carn cera many\a\da de vérms e 
defj[a]stada. 



62 DÉBAT DU CORPS ET DE l'aME EN PROVENÇAL 

L'enemic larma si mal fes. 
1075. Ve ti con an partit tut très ! 

Esguarda aqui as acampat 

L'aver ni ton cos engraysat, 

Ni l'arma aqui l'as donada ! 

Mal t'es près, car mal l'as guardada ! 
1080. A l'arma dis : e tu auras 

Aytal iuzisi con t'escas. 

Tu as lo cors fort encoUpat, 

May fort petit as [e]spleguat; 

Si tu as lo cos mail régit, 
1085. Qui n'a tort si le cos a faliyt? 

Tu, que non t'en podes 'scusar. 

Per que tany que o compres car. 

Tôt om[els a petit de ssens, 

Cant de son tort autre repren, 
1090. E gens per aytall non s'en 'scusa 

De son tort si autre n'acuza. 

Arma, tu sabes una rem : 

Que cos non pot far mal ni ben, 

Pos que l'arma s'en est iysida. 
1095. Donx as tu part en la falyda. 

Sil cos fes mail tu cosentist. 

Car tu lo creëst mal feïst. 

Es andui conprares o car. 

Mas tu quel cos degras guardar, 
1100. En sufreras mayor trument. 

Es ayso die per iuyament. 

Angel (tôt) so que m'as apausat, 

En ton [ejscrizt que m'as donat, 

Say ben que es tôt de lason, 
1105. E yeu iuyaray la tenson 

Que tu as ab l'enemic fâcha. 

Ben as [tu] la rason retracha 

Que deyliura orne de mort, 

Per que yehu non ti conosc gran tort, 
1110. (E) si aquesta arma, deizent ver. 

Contrastas ni la vols aver. 
[F° 25]. E si aquesta arma pecet, 

Pueys del pecat si penedet 

1097. Ms. si le cos. — 1098. Ms. creist. 



DÉBAT DU COUPS ET DE l'aME EN PROVENÇAL 63 

E fes n'aquo que far en dec, 
1115. Ben say que a tu [ejscaec 

Que la poguesas demandai', 

Es al diable contrastar, 

Que iysida es de son destiech. 

Per que l'enemic non y a drech. 
1120. Cant lo pecador es fallyt, 

An très causas es penedit : 

L'una es que son pecat plor, 

L'autra que o digua a son pastor, 

L'autra os que fasa de grat 
1125. So que le pastre a comandat. 

E cant aquo aura complit, 

E aurai pecat penedit 

Anb aquestos iii [ejscalons, 

L'arma s'en puya sus el tron. 
1130 lehus dis : arma, tu auras 

Aytal iusizi con t'escas, 

Es aytall iusizi ti don, 

Car [yeu] say beu que es rason. 

Tu as agut temps de pecar, 
1135. E non t'en vollguist esmendar, 

Entro que fust sus en la fin. 

AU partir que faïas d'aysi. 

Tu intraras en porquatoii, 

On tu diras : las ! con mori ! 
1140. Per que non mori a una man ! 

May aytant parlaras en van, 

Que en fuoc e en fîarna (ben) ardent 

Sufreras pena e torment. 

Can seras de! fuoc tormentada, 
1145. Vendras en una aygua gilada, 

Es aqui tu t'en intraras, 

Que es plus frega que [lo] glas. 

Plus freya es segun freyor 

Que le fuoc caut segun calor, 
1150. E cant yssiras d'aquel luoc, 

E tu t'en intraras ell fuoc. 

E en aysi (tu) faras penedensa. 

Ira n'aui'as e gran coensa, 

1128. Ms. e aura son pecat. 



64 DÉBAT DU CORPS ET DE l'aMÉ EN PROVENÇAL 

Car vivent ell cos non l'as fâcha. 
1 155. [E]stranya pena auras tracha, 
Enans que tu la as conplida, 
L'esmeuda de ta gran fallyda. 
Cant ins ell fuoc seras paguada, 
E en l'aygua freya (ben) lavada, 
[F° 26]. 1160. Adoncas l'angel, ses tensson, 
T'en porte, e que ti rason 
La on auras vida vivent. 
Per secula seculorurn. Amen. 

Finito libre. 
Sit laus et gloria Christo. 

Explicit liber. 

Aberystwylh, nov. 1904. L.-E. Kastner. 



CONTES LENGADOUCIANS 

Dau pioch de Sant-Loup au pioch de Sant-Cla 

(Suite) 



7. — Una Responsa de Prunac 

Couma toutas las gens de vila, raèstre Prunac, lou vièl 
felibre cetôri, quand s'encapitava avedre un moumen de libre, 
aimava ben d'anà faire un tour dins lou carapèstre, maniera 
d'envalà una boucada d'er. 

Un vèspre qu'embé sa fenna s'en revenièn das Mases, 
crousèrouu, dins lou Garrigou, un ase que pasturgava tran- 
quillamen. E l'ase, seloun la moda das nses de tout, peu e de 
tout pais, issèt lou mourra e se planlèt couma un cigàrou per 
lous veire passa. 

Or Prunac travalhava de testa. En vanc, saique, d'assegutà 
quaucarima galimanda que de-longa s'enfugissiè, d'enti'eveire 



7. — Une Répartie de Prunac 

Comme tous les habitants des villes, Maître Prunac, le vieux feli- 
bre cettois, aimait bien d'aller faire une promenade à la campagne, de 
temps en temps, afin de respirer quelques bouffées d'air pur. 

Un soir, il s'en revenait des Métairies. Sa femme l'accompagnait. 
Et voilà qu'en traversant le Garrigou nos deux promeneurs passèrent 
à côté d'un âne qui paissait tranquillement. Et l'âne, pour se confor- 
mer à l'usage en cours chez ses pareils de tout poil et de tous pays, 
releva la tête aussitôt, se planta comme une borne et les regarda 
marcher. 

Or Prunac travaillait du cerveau. Au pourchas, sans doute, de 
quelque rime mutine qui le fuyait sans cesse, il entrevit un être vague 

5 



66 



CONTES LANGUEDOCIENS 



quicon se remenà ras d'el, creseguèt un crestian e, bounamen, 
lou saludèt d'un : 

— Adissiàs, l'amie. 

Un grand cacalàs de sa fenna lou faguèt davalà dau nivou 
ounte vougava soun esprit. 

— Oi,tron ! ie diguèt ela, moun paure onie,couma siès vengut 
ounèste!... Saludes lous ases, ara, tamben?... 

— Aco t'estouna ? Prunac ie rebequèt : m'es arrivât, pamens, 
quau sap quant d'autres cops !. . . 



8. — Una bona Renda 

Parlavoun de la vendémia, sus lou plan de i'Ouliviè, dins 
un roudelet ounte moussu Lança-Cracas teniè lou iet. Se 
capitava per aq":i un marchand de taps, tranchetas, e paiin e 
coufin, estrangè au païs, que, tout en plegant soun basacle, 
escoutava sans n'avedre Ter e que finignèt per dire : 



qui remuait tout près de lui. Il crut avoir affaire à quelque chrétien et 
bonnement, le salua d'un : 

— Bonsoir, l'ami. 

Un grand éclat de rire de sa femme le fit redescendre des nues où 
voguait sa pensée. 

— Ah! mon Dieu, lui dit-elle, mon pauvre maii, comme tu pousses 
loin la politesse !... Tu salues les ânes, maintenant ? 

— Comment? cela t'étonne, lui répondit Prunac : la chose m'es^ 
arrivée, pourtant, bien d'autres fois !... 



8. — Une bonne Récolte 

On parlait vendanges, sur le plan de l'Olivier, dans un petit cercle 
de vignerons. M. Lance-Craques tenait le crachoir. 

Il se ti'ouvait là un marchand de bouchons, lobinets, serpettes et 
autres engins de semblable farine, un ambulant (jui, tout en repliant 
son étalage, écoutait sans en avoir l'air et qui finit par prendre part 
à la conversation. 



CONTES LANGUEDOCIENS 67 

— Aub'aco n'aurés una renda espectaclousa, aqueste an. 
Sabe pas, per môia ! ounte cabirés vostre vi. 

— Amai digues! faguèt moussu Lança-Cracas. Per iéu aurai 
pas prou de boutas : mas soucas soun cargadas à s'espalancà. 
E quand se dis de las annadas ! . . . Iraaginàs-vous que, l'an 
passât, avièi mes quaucas fagotas de gavèls darriès moun 
grand foudre. Quand ai vougut lous tira d'aqui, aquestes jours, 
me siei avisât qu'èroun claflts de rasins : i'aurà, perlou mens, 
una semau de vi. 

— Aco m'estouna pas, rebequètlou marchand. Iéu que vous 
parle, l'an passât, en venguent de fair.; ma tournada, me 
devignèi'e un vèspre qu'avièi prou set. Intrère dins una vigna 
e, couma aime fossa lous rasins, n'tn mangère ben una sou- 
cada. Me travallièroun un pauc ; talamen qu'en arrivant à 
Toustau me canguèt lèu, — e vitamen, — soiirti dins la cour 
per... me soulajà. Eh! be, aqueste an, au même recantou, 
contra la muralha, i'es vengut utia treltia qu'a fach de rasins 
e de rasins!.. . à n'en vos aqui-n'as !... Sèn pas que la fenna e 
iéu, e, soulide, i'auren nostra prouvesioun de vi, amai dau 
bon vous assegure !... 



— Eh ! bien, vous l'aurez, cette année, la récolte miraculeuse ? 
dit-il. Je ne sais pas, par ma foi, comment vous logerez votre vin, 

— Ah! vous pouvez bien le dire, fit M. Lance-Craques. Moi, il me 
manquera des tonneaux : mes ceps sont chargés à se rompre. Et 
quand on parle des années !... Imaginez-vous que, l'an [lassé. j'avais 
serré quelques fagots de sarments derrière mon grand foudre. Quand 
j'ai voulu les tirer de là, ces jours-ci, je les ai trouvés couverts de 
raisins. Il y aura, pour le moins, une comporte de vin. 

— Ça ne m'étonne point, réplique le marchand. Moi qui vous parle, 
l'an passé, un soir que je rentrais de ma tournée, je fus pris d'une 
grande soif. J'entrai dans une vigne. J'aime beaucoup les raisins. 
J'en mangeai toute une cépée. Ils me... tracassèrent un peu. A tel 
point qu'en arrivant à la maison, je dus me hâter de sortir dans la cour 
pour... me soulager. Eh ! bien, cette année-ci, dans le même coin, au 
ras du mur, il est venu une treille qui a fait des raisins, et des rai- 
sins !... c'est inimaginable! . . Nous ne sommes que la femme et moi : 
nous aurons notre i)rovision de vin ; et du fameux, je vous assure!... 



68 CONTES LANGUEDOCIENS 



9. — Lou Brètou 

Aco fasiè pa'u plec : chaca fes qu'estrelhava una raiola ou 
touta autra bèstia un pauc reguinnaira, lou Brètou re... e... 
enegava, re... e... enegava couma un varlet d'estable qu'èra. 

— Vie... èl-ba... astard-d'aiço ! Tro... on-de... e-sort- 
dau-rèsta!... N'en vos-aqui-n'as. S'un cop Faviàs ausit, très 
jours après las aurelhas vou'n siblavouu encara. 

— Malurous ! ounte anarà toun ama?... ie diguèt un jour 
moussu lou Curât. 

— Mi... i... ila-miliards-de... e-noum-de noum-de ..e-Dieu!... 
Se... egués tranqui... qui... quille, bou... outàs. Sa., sa... sa... 
sa... saique, s'e... es pas u... una sauma, se... e... e... gui- 
guirà be la .. la., la-las autras?... 



10. — Quanta Pôu !... 

Es mai de Niqueta que s'agis. Aici lou fèt. 

Velhavoun, el embé Nichoula, lou Panard de Sabatou, de 



9. — Le Bègue 

Ca ne faisait pas un pli : toutes les fois qu'il étrillait une mule ou 
toute autre bête un peu difficile et rueuse, le Bègue ju...u...rait, 
sa...a...crait, comme un valet d'écurie quM était. 

— Bâ...â...âtard de ceci ! To.. .o....onnerre de cela! En veux-tu ? 
en voilà. Si vous aviez eu ie malheur de l'entendre une fois, trois jours 
après les oreilles vous en cuisaient encore. 

— Mais, malheureux! où donc ira ton âme? lui dit un jour M. le 
Curé ! 

— Mi. ..i...ille mi...i. .illiards de. ..e nom de. . .e nom du Diable! 
Soy...a...yezsa...ans crainte, a. ..allez ! sa...an.s dou. . .oute, si è... elle 
n'est pa... as u...une anè...nè...nesse, è...elle sui...ivra bien les. ..les,.. 
les au. . .autres ! ... 

10. — Quelle Peur! 

C'est encore de Niquette qu'il s'agit. Voici l'histoire. 

Ils veillaient à deux, Niquette et Nicolas, le Boiteux de Sabatier, 



CONTES LANGUEDOCIENS 69 

la Counfrai'iè das Penitents-blancs couma eles, qu'èra mort 
dins la journada sabe pas trop de dequé. 

Era au tems das prumiès rasins, e fasiè una d'aquelas niochs 
d'agoust que la calou vous amaluga. 

— Que se fourre ! diguèt Nichoula de-vers las mièja-ûiocli . 
diran ce que voudran : ai vist dins lou jardi unatrelha clafida 
de muscats; eau aue n'ane querre quauques uns, quand lou 
diable ie série !... 

Couma-de-fèt i'anèt. E dins lou tems que i'èra, Niqueta, 
— hou creirés ou hou creirés pas, — agèt lou cor de leva lou 
mort, de l'assetà à sa plaça sieuna, sus la cadièira, e de se 
mètre, el, sus lou lièch per lou ramplaçà. 

Cau vous dire, s'hou sabès pas, que, quand mourissiè un 
Pénitent, tant lou mort couma lous dous que lou velhavoun 
pourtavoun soun abilhage blanc. De maniera que, quand 
Nichoula revenguèt embé las mans plenas de rasins : 

— Tè ! diguèt, mèstre Niqueta s'es laissât toumbà per lou 
Pichot-Ome. Hôu ! couUèga, te derevelhes que manjaràs un 
muscat? 



de la Confrérie «les Pénitents-Blancs comme eux, décédé dans la 
journée de je ne sais plus trop quelle maladie. 

On était au temps des premiers raisins. 11 faisait une de ces nuits 
d'août où la chaleur est accablante. 

— Ma foi, tant pis! fit Nicolas vers l'heure de minuit^ l'on dira ce 
que l'on voudra : j'ai vu dans le jardin une treille toute chargée de 
muscats ; il faut que j'aille en cueillir quelques-uns, quand le diable 
y serait!... 

11 y alla, en effet. Et pendant qu'il y était, Niquette, — vous le 
croirez ou vous ne le croirez pas, — eut le courage de lever le mort, 
de l'asseoir à sa propre place, sur la chaise, et de se mettre lui-même 
sur le lit pour le remplacer. 

11 faut vous dire, si vous ne le savez pas, que, lorsqu'il mourait 
un Pénitent, tant le mort que les deux qui le veillaient étaient revêtus 
de leur robe et de leur cagoule blanches. 

Or donc, Nicolas s'en revint du jardin les mains pleines de raisins. 

— Tiens ! dit-il, maître Niquette s'est laissé tomber par le Petit 
Homme '. Ouste ! camarade, réveille-toi que tu mangeras un muscat? 



Morphée. 



70 CONTES LANGUEDOCIENS 

Pas res. 

— An! bota, fagues pas Tase. N'en vos ou n'en vos pas? 
Pas mai. 

— Oi ! tron-de-noum d'un goi ! te ficariès pas de iéu per 
asard, saique ?.. . Te lous empegue sus lou nas se te derevelhes 
pas lèu. 

Es aladounc que, dau lièch, una voués bassa e raufelousa 
ie dis : 

— Se quitaves lou mounde tranquille, que? Veses pas que 
n'en vôu pas ges ? .. 

Ah! secous! misericôrdia!... auriàs vist Nichoula sauta lous 
escaliès!... Amai belèu couris encara. 



11. — Davaas lou Juge 

Lou Juge. — Aladounc, Mos de Guirauda, réclamas à mèstre 
Francés cinquanta francs per de terralha que soun ase vous 
auriè coupât? 

GuiRAUDA. — Ni mai, ni mens, oui, Moussu. 



Rien. 

— Allons ! allons ! ne fais pas la bête. En veux-tu ou n"eu 
veux-tu pas ? 

Pas davantage. 

— Tonnerre d'un Boiteux ! tu ne te ficherais jias du monde, par 
hasard?... Je te les colle sur le nez, si tu ne te réveilles pas bientôt. 

Alors, du lit, une voix basse et rauque s'éleva. 

— Si tu laissais les gens tranquilles, à la fin? Ne vois-tu pas qu'il 
n'en veut point? 

Ah ! miséricorde, mes amis !... vous eussiez vu Nicolas franchir les 
marches quatre à quatre ! Peut-être même court-il encore. 



11. — Par devant le Juge 

Le Juge. — Donc, dame Guiraude, vous réclamez à maître Fran- 
çois 50 francs pour de la vaisselle que son âne vous aurait brisée? 

Guiraude. — Ni plus, ni moins, oui, Monsieur. 



CONTES LANGUEDOCIENS 71 

Lou Juge. — Eh! be, mèstre Francés, dequ'avès à dire? 

Frangés. — Ai à dire, Moussu lou Juge, que ie demandés, 
sieuplèt, quoura moun ase i'a ges coupât de terraliia. 

GuiRATTDA. — La terralha, Moussu, es ma sauma que la 
poui'tava, ben tranquilleta couma à l'acoustuma, quand Tase 
de raèstre Francés la faguèt reguinnà e sauta. Vous demande 
un pauc se lous plats, las siètas e lous toupis agèroun la 
broda! 

Lou Juge. — Mes l'ase de mèstre Francés n'es pas l'encausa 
se vostra sauma sauta e reguinnà? 

GuiRAUDA. — Aco, presemple, si-fèt. 

Lou Juge. — Outre ! E coussi, diànsis, el n'es l'encausa? 

GuiRAUDA. — Tenès, Moussu, una supausicioun : que iéu 
seguèsse la sauma e que vous seguessiàs... l'ase. Cresès que 
se veniàs... sentinejà mous couiilhouns, la coupèssen pas la 
terralha?... 

... Sabe pas dequé lou Juge n'en diguèt. 



Le Juge. — Eh bien ! maître François, qu'avez-vous à dire? 

François. — J'ai à dire, Monsieur le Juge, que vous lui demandiez, 
quand et comment mon âne lui a brisé de la vaisselle. 

Guiraude. — La vaisselle, Monsieur, c'est mon ânesse qui la 
portait, bien tranquillement, comme à Taccoutumée, quand l'âne de 
maître François la fit ruer et sauter. Je vous demande un peu si les 
plats, les assiettes et les pots la dansèrent, la sarabande? 

Le Juge. — Mais l'âne de maître François n'en peut mais, si votre 
ânesse saute et rue. 

Guiraude. — Ça, par exemple, si fait. 

Le Juge. — Oui-da ?.., Et comment, diable, y peut-il quelque 
chose ? 

Guiraude. — Tenez, Monsieur le Juge, une supposition: que moi, 
je sois l'ânesse, et que vous, vous soyez... l'âne. Si vous veniez four- 
rer votre nez dans mes cotillons, croyez-vous que nous ne la briserions 
pas la vaisselle ? 

... Je ne sais pas ce que le Juge répondit. 



72 CONTES LANGUEDOCIENS 



12. — S'aco's pas dau malur!... 

— Eh! be, Longa-Dent, as soupat? 

— Ne vène. 

— Boudieu ! tant lèu?... Dequé tron siès estât tant pressât, 
ioi, un jour de festenau? Avèn un foutrassau do guindard que 
vira à Faste, nous auriès bailat un cop de man per Tesfatà... 

— Oh! sacre-noum-de-sort! roundinètentre el Longa Dent, 
quanta una que ne manque !... se me ie pescoun mai à dire 
qu'ai soupat, vole que la testa me saute! 

Aviè pasbelèu fach quatre passes que soun camarada Ris- 
Quand-Beu, lou rescouutrant, ie dis : 

— As soupat, coullèga? 

— Pancara. 

— Pancara? Chaval de Dieu! e dequ'espères ?. .. T'aurièi 
pagat lou café, mes s'as pas soupat... Bona apetis!... iéu lou 
tène. 



12. — La Malechance 

— Eh bien, Longuedent, as-tu dîné ? 

— J'en viens. 

— Bon Dieu ! sitôt? Que diable as-tu été si pressé, aujourd'hui, 
un jour de fête? Nous avons un superbe dindon qui tourne, à la bro- 
che, tu nous aurais prêté la main pour l'achever... 

— Oh I sacré-nom d'un sort! marmotta à part soi Longuedent, 
quellj occasion je manque ! Si l'on m'y repince encore à dire que j'ai 
dîné, je veux que le crique me croque !.., 

A peine eut-il fait quatre pas que son camarade Rit-Quand-Boit, 
l'apercevant, lui dit : 

— As-tu dîné, collègue ? 

— Pas encore. 

— Pas encore? Et tonnerre de Dieu ! qu'attends-tu donc ?... Je 
t'aurais offert un café, mais si tu n'as pas dîné... Bon appétit... moi, 
je le tiens. 



CONTES LANGUEDOCIENS 73 



13. — A la Cassa 

Anfin, per acabà aquel pongnat de galejadas, — un bon 
pougnat, — n'en vejaici una de mai que la dougena. Es lou 
camarada Amat que me la prèsta. Parlen pas se ie la rendrai. 

Blagaben e Parlantin, dous cassaires de m'as couiounat 
quand t'ai vist, partissoun un dimenche de bon mati per la 
cassa. E, s'on lous escouta, paure gibiè gara de davans ! 

Arrivoun àBalaruc. Introun dins una vigna. Sus unafiguièira, 
Blagaben devista un passeiou. L'afusfa, quicha, pan !... 

— Cou-icl fai lou passerou que s'euvoula. 

— Presemple ! dis Parlantin, a parlât!... 

— Oi?... e dequ'a dich? 
— ^ A dich : a Es pas fort. » 

Caminoun un pauquet, mai. Sus un ouli>^iè, Parlantin, àsoun 
tour, devista un passerou. L'afusta, quicha, pan!... 

— Pi'Ouitl fai lou passerou que se sauva. 



13. — A la Chasse 



Enfin, pour compléter cette poignée de bonnes histoires, — une 
bonne poignée, — en voici une en sus de la douzaine. C'est le cama- 
rade Amat qui me la prête. Ne parlons pas si je la lui rendrai. 

Blaguebien et Parletoujours, deux chasseurs de « tu m'as badiné 
quand je t'ai vu », partent pour la chasse un dimanche de bon matin. 
Et, à les entendre, pauvre gibier ! gare de devant. 

Ils arrivent à Balaruc. Ils entrent dans une vigne. Sur un figuier, 
Blaguebien aperçoit un moineau. 11 vise, il presse, pan !... 

— Cou-icl fait le moineau qui s'envole. 

— Par exemple ! dit Parletoujours, il a parlé !... 

— Oui?... et qu'a-t-ii dit? 

— 11 a dit : « Il n'est pas fort ! » 

Ils cheminent encore un peu. Sur un olivier, Parletoujours, à son 
tour, aperçoit un moineau. Il vise, il presse, pan!... 

— Pi-ouit ! fait le moineau qui tire de long. 



74 CONTES LANGUEDOCIENS 

— Ma mia ! crida Blagaben, a parlât ! 

— Mai?... e dequ'a dich? 

— A dich : « Es lou même qu'a tirât. » 



Gustàvi Theround. 



— Miracle! s'écrie Blaguebien, il a parlé!... 

— Encore?... et qu'a-t-il dit? 

— 11 a dit : « C'est le même qui a tiré !» 

Gustave Thérond. 



Fin de la 1" série des Contes Laiiguedociens. 



L'APOCALYPSE EN HAUT-ENGADINOIS 



Cap. 1 



(1) La palantêda da lesu Cliristi, quajla che deus ho dô agli, 
par chel fascha appalais â ses famalgs aquellas chiôses chi 
stouuan duantêr bôd : et ho laschôâ sauair, cura chel tramtét 
Vg cuniandamaint â ses famalg lohoaiini, (2) qusel chi ho dô 
testimuniaunza alg plêd da dieu, et de la testimuniaunza da 
lesu, et da tuot aquellas chiôses chel ho uis. (3) Biô es aquel 
chi lijgia et ôda la uerua de la profetia et salua aquellas chiôses 
chi Sun scrittas in aquella par che Fg tijmp es ardaint. (4) 
lohannes â las set baselgias quselas chi suu in Asia. La gracia 
â uus et la paesth da quel chi es et da quel chi era et da quel chi 
uain â gnir, et dais set spierts, quasls chi sun in la ueziida da 
sieu siz, (5) et da lesu Christo, qusel chi es fidela pardiitta, l'g 
priim genuieu (éd. genuien) dais muorts et princip dels araigs 
de la terra, ad aquegli chi ho amô nus : et ho lauô nus da 
pchiôs très sieu saung, (6) et ho fat nus araigs [819] et sacer- 
dots â dieu et â sieu bab aquegli saia glœrgia et imperi et 
saimper mae Amen. (7) Uhe el uain cun las nuflas, et scodùn 
œilg uain alg uair, et aquels chi haun piitin el. Et tuottas las 
generaciuns de la terra uignen â plaunscher, Schi, Amen. (8) 
Eau Sun alpha et oméga, Vg principi et la fin, disth l'g signer : 
aquel chi es, et aquel chi era, et aquel chi uain â gnir omni- 
putaint. (9) Eau lohannes uos frêr et personseuel îlg astijnt, 
et îlgariginam, et in la pacijncia in Christo lesu, sun stô in 
risla, qusela chi uain anuranêda Patmos, parmur dalg plêd da 
dieu, et de la testimuniaunza da lesu Christi. (10) Et sun stô 
iig spiert ilg di d'dumengia, et hse udieu dauous me iina 
granda uusth sco dad'ùna tiiba, (11) dschant : eau sun al[iha 
et oméga, l'g prûm et l'g plii dauous, Aqué che tii uais schi 
scriua îlg cudesth, et trametta â las set baselgias quselas chi 



76 APOCALYPSIS DALG BIÔG lOHANNIS DUGTUR 

Sun in Asia, Epheso et Smjrnae, et Pergamo et Thvàtiras, et 
Sardis, et Philadalphise, et Laodicese. (12) Et eau sun uuot 
inauous par uair la uusth chi faflêua cun me, et siand uuot 
inauous schi hse eau uis set chiaudalijrs d'or, (13! et in meza 
l's chiandalijrs d'ôr iin sumgiaunt alg fllg delg hum, uesiieu 
cun iina arassa lungia infina giu als pes, et schintô sii â las 
tettas cun iina schiuta d'or. (14) Et sieu chiô et ses chiauels 
eran alfs seo la launa [820] alua et sco ia naif. Et ses oeilgs 
SCO la flamma delg fœ, (15) et ses pes sumgiaunts alg fin 
bruons chi uain culô îlg fuorn, et la sia uusth sco la uustli da 
bgierras ouuas. (16j Et hauaiua in sieu dret maun set stailas. 
Et da sia buochia gniua oura iina spêda taglainta dad amman- 
duos mauns. Et la sia fatscha liiischaiua sco l'g sullailg in sia 
uirtiid. (17) Et sco eau Vg hse uis, schi sun eau tumô giu als ses 
pes sco muort. Et el mattét l'g sieu dretmaun sur me, dschant 
â me : Nu tmair, eau sun l'g priim et, l'g plii dauous, (18) et uif 
et sun stô muort, et uhé, eau uif saimper et saimpermse : Et 
hse las clefs dalg infiern et da la mort. \19) Scriua dimê aquel- 
las chiôses che tii hses uis, et aquellas chi sun, et aquellas chi 
stouuan duantêr dsieua aquaistas. (20) L'g segret da las set 
stailas, quselas che tii hses uis in mieu maun et l's set chianda- 
lijrs d'ôr. Las set stailas sun l's set aungels de las baselgias : 
et l's set chiandalijrs che tii hses uis, sun las set baselgias. 

Annotatiuns 

Apocalypsis] reuelaciun. appalantêda. Al//ha et oinetja] l'g 
principi et la fin. 



Cap. II 

(1; Scriua alg aungel de la baselgia da Epheso : aquaistas 
chiôses disth aquel chi [821] tain las set stailas in sieu dret- 
maun, aquel chi chiamina in miz l's set chiandalijrs d'ôr. (2) 
Eau sse las tias houres, et tia lauur, et tia pacijntia, et che tii 
nu pous indiirêr l's raêls : et hsest appruô aquels chi dian che 
saien apostels, et nu sun, et l's hsest achiatlô mansnêrs, (3) et 
hsest cumpurtô. Et hsest pacijncia, et hsest jcumpurtô parmur 



APOCALYPSIS DALG BIÔG lOIIANNIS DUCTUR 77 

da mieu num, et nun ist gnida alg main. (4) Mu eau lise incun- 
ter te, clie tu haes abandunô la tia priimma chiaritsed. (5) T'al- 
gorda dimê, innunndei' c.he tii ist tummô, et hègiast arii- 
flijnscha, et fo las tias priiramas houres. Schi nun, sclii uœlg 
eau gnir bôd, et uœlg amuautêr tieu chiandalijr oui* 
d'sieu lœ, upœia che tii iragiuras. |6) Mu aquaist hsest lii, 
che tii nous mêl als fats dais Nicolaiters, ad aquaels er 
eau uœlg mê'. (7) Chi ho uragliaô la, che l'g spiert disth â las 
baselgias. A chi uainscha, uœlg eau dêr da mangiêr delg lain 
de la uitta, quasi chi es in raeza l'g paruis da dieu. (8) Et alg 
aungel de la baselgia da Smjrna scriua : aquaistas chiôses disth 
l'g prûm et l'g plii dauous, qusel chi es stô muort et uiua. 
(9) Eau sse tias houres et tieu astijnt, et tia puerted, mu tii ist 
arick : et la blastemma da quels chi dian che saien liideaus et 
nu Sun, mu é sun la sjnagoga dalg satanse. (10) Nu tmair iin- 
guotta da quellas chiôses che tii uainst ad indiirêr.Uhé l'g diauel 
uain â met [822] ter qualchiiins d'uus in praschun, par che uus 
uignas apfiruôs, et gnis ad hauair paschun par dijsth dijs. Saiast 
fidel infina â la mort, et eau uœlg dêr â ti la curuna de la 
uitta. (11) Chi ho uraglia ôda che l'g spiert disth â las baselgias. 
Aquel chi la uainscha, nu uain ufais da la seguonda muort. 
(12) Et alg aungel de la baselgia Pergamo scriua : aquaistas 
chiôses disth aquel chi ho la spêda tagliainta da amanduos 
mauns. (13) Eau fse las lias houres, et innua che tii stês, et 
innua che es l'g siz dalg Satanse, et tii tains mieu num et nun 
haes schnaiô mia fe. Et in Is mes dijs Antipas mia fidela par- 
diitta, quel chi es amazô tiers uus, innua chi habitta Satanas. 
(14) Mu eau hse incunter te pouchias chiôses. Perche che tii 
hees allô aquels chi tignan la ductrina da Balaam, qusel chi 
amussêua in Balac da trametter sckiandel auaunt l's fiigs da 
Israël, che mangiassen da quellas chiôses chi gniuan hufertas 
als Idols, et da ruffianêr. (15) Usehia hsest er tii aquel[s], chi 
tignan la ductrina dais Nicolaiters, ad aqué ch'eau uœ'g mêl. 
(16) T'iragiura, uschigliœ uœlg eau gnir bôd, et uœlg cum- 
batter cun la spêda de la mia buocchia. (17) Chi ho uraglia, 
ôda che l'g spiert disth â las baselgias. Ad aquel chi uainscha, 
uœlg eau dêr de la manna azuppêda, et uœlg dêr agli ii[823]- 
na balotta alua, et in la balotta iin num nuof scrit ch'iingiiin 
nu so ôter co quel chi arschaiua. (18) Et alg aungel da la 



78 APOCALYPSIS DALG BIÔG lOHANNIS DUCTUR 

baselgia da Tjatira scriua : Aquaistas chiôsas disth ïg fîlg da 
dieu, qusel chi ho l's œiljjrs sco la flararaa dalg fœ, et Ts pes sum- 
giaunts ?d<j: bruons chi uain culô îlg fuocii. (19) Eau ?ae lias 
heures, ettiâ chiaritaed, et tieu seruezzeii, et tia fe, et tia paci- 
jncia, et tias heures, e las plii dauous sun plii bgierras co las 
prûrarrjas.(20) Mu eau hœ pouchias chioses incunter te : per che 
elle tu laschas la duonna Hiezabel, quela chi disth chella saia 
iina profeta, amasser et surmnêr mes famalgs, ruffianèr et 
mangiêr da quellas chiôses chi sun hufertas als Idols. (21) Et 
hse dô agli tijmp clie la s'possa imgiurêr da sieu pittanœng, né 
es imgiurêda. (22) Uhé eau la met ella in lijt,, et aquels chi 
s'maistden cun adulteri cun ella, in granda tribulaciun, upoeia 
chelshêgian aiiïflijnscha da las lur heures. (23) Et uœ'g ama- 
zêr ses filgs cun la mort : et tuottas baselgias uignen â sauair, 
ch'eau sun aquel, chi examna l's gnirunchiels et Ts cours : et 
uoelg dêr â scodûni d'uus suainter sias houres. (24) Mu eau 
dich â uus et als ôters chi isches â Tjatirae : tuols queels chi 
nun haun aquaista ductrina, et chi nu cugniouschen la basezza 
[824] dalg satané (sco aquaists dian) schi nu uœlg eau metter 
sur uus ôter pais, (25j imperscho aquel che uus hauais tgné 
infina ch'eau uing. (26) Et aquel chi la uainscha, et salua infina 
â la fin las houres, schi uœlg eau dêr agli pusaunza sur l's 
paiauns, (27) et uain ad arischer aquels cun una perchia d'fier, 
et uignen â s'arumper sco la uaschella d'terra cuotta.(28) Daco 
ch'eau he er eau arfschieu da mes bab et uœlg dêr ad els la 
staila diauna. (29) Chi ho ui agi a, ôda che l'g spieit disth â las 
baselgfias. 



Cap. III 

(1) Et alg aur.gel de la baselgia qusela chi es â Sardis scriua 
aquaistas chiôses : disth aquel chi ho set spierts da dieu et 
set stailas : Eau sse tias houres, per che che tii hses num che 
tu uiuas et ist muort. (2) Saias uigiaunt et enferma las ôtras 
chiô«es chi sun par mûrir. Per che eau nun hse acchiattô las 
tias houres plainas auauiit dieu. (-5) Hégias dimê îlg sen, in 
che guisa che tii hes udieu, et [t'] salua et t'imgiura. Schi tii nu 
(ua) uaglias dimê, schi uing eau tiers te sco iin lêdar, et tii nu 



APOCALYPSIS DALG lîlÔG lOIIANNIS DUCTUR 79 

uainsl â sauair l'hura ch'eau uing â prnir tiers te. (4) Tu hses 
poiicliias [)ersuiias in Sardis quaels clii nun hêgian irapalô lur 
uesckimainta : et els nu uignen à chiaminêr cun me cun alua, 
per ciie els nu [825] sun dengs. (5)A(iiiel clii uainscha, daiain 
a(juella guisa gnir uestieu in uesckimainta alua : et eau nu 
uing â chiassêr sieu num our delg' cudesth de la uitta, et 
uing â cufesser sieu num auHunt mes bab, et auaunt ses 
aungels. (6) Chi ha uraglia, ôiia che Tg spiert disth â las basel- 
gias. (7) Et â Taungel de la baselgia da Philadelfo scriua : 
Aquaistes chiôses disth l'g saenc et l'g ursest, qusel chi ho la 
clef da Dauid : quel chi êura, et iingiua nu serra chi serra, 
et ungiûn nu êura. (8) Eau se las tias heures. Uhé eau hœ dô 
auaunt te fg hùsth, et iingiiin nu po sarêr aquel : per che tu 
hes pouchia fuorza. Et hsest saluô mieu plêd et nun hsest 
sthueiô mieu num. (9) Uhé, eau dun aquels de la sjnagoga da 
Satanse, qusels chi dian che saien lùdeaus, et nu sun, dimperse 
els mainten.Uhéeau uœlg strainscher els, che uignen et aduran 
auaunt tes pes, et sappian ch'eau uœlg bain â ti, (10) per che 
tu hses saluô \'g plêd de la mia pacijncia, et eau t'uœlg saluer 
da Thura dalg attantamaint, quaela chi uain â gnir in Vg 
uniuers rauond, par chel approuua aquels chi stauu in 
teria. (11) Uhé eau uing bôd. Tain aqué che tii hsest, ch'iingiûn 
nu prenda tia curuna. (12) Aquel chi uainscha, uœlg eau fêr 
el iina culuonua îlg taimpel da mieu dieu, et nu uain ad ir 
oura plu. Et eau uœlg scriuer sur el Tg num da mieu dieu, et 
l'g num da cîttsed [82G] nuoua lerusalem da mieu dieu, qiiœla 
chi es gnida giu da schi da mieu dieu, et mieu nuof num. (13) 
Chi ho uraglia, ôda che l'g spiert disth â las baselgias. (14) Et 
alg aungel de la baselgia da Laodicea scriua : aquaistas chiôses 
disth Amen la pardûtta fidela et uaira, principi de la creatùra 
da dieu : (15) Eau sae tias heures, che tii ist né fraid né 
bugliand : fiist gieuar fraid u bugliant. (16) Mu per che che tii 
ist tijui, et né fraid né bugliaint, schi uœlg cunianzêr â 
d' biitêr our d' mia buocchia, (17) per che che tii disth : eau 
suii arick, et sun arichieu, et nun lise b?iing d'ûngiiin : et tii 
nu saes, che lii ist miser, et da gnir pchiô d' te, et pouuer, et 
orf et niid. (18) Eau cuselg à ti che lii cumpras our da me ôr 
afuô our delg fœ, par che tii duaintas arick : et che tii uignas 
trat aint cun uesckimainta alua, che nu pera la tuorp da tia 



80 APOGALYPSIS DALG BIÔG lOHANNIS DUCTUR 

nûdezza: et unscha tes œilgs cun Tg hût dad œilgs, par che tu 
uezas. (19) Eau tuot aquels, ch' eau am, schi arprend eau et 
chiastich, T'inischa dime et imgiura. (20j Uhé eau stun anaunt 
hûsth et pick. Sch' alchiûn ôda la mia uusth, et êura Vg hiisth, 
schi uœilg eau ir aint tiers el, et uœilg schnêr cun el, et el cun 
me. (21) Aqnel chi uainscha uœlg eau dêr agli da ser cun me 
in mieu siz, daco ch'er eau lise uit, et sun aschantô cun mes 
bab in sieu siz. (22) Aquel chi ho uraglia, ôda che Tg spiert 
disth â las baselgias. 



Cap. IIII 

(1) Dsieua aquellas chiôses hse eau uis, et uhé iin hiisth auert 
in schil, et la prûmma ch' eau hse udieu, sco iiua tiiba chi faflas 
cun me, dsciiant : Vij aqui sii, et eau uœlg amussêr â ti quellas 
chiôses chi stouuan duantêr dsieua aquaistas. (2) Et irapes- 
tiaunt Sun eau stô îig spiert. Et uhé iin thrun era mis in schil, 
et sur l'g thrun iin chi sezaiua. (3) Et aquel chi sezaiua era 
sumgiant cun la uaisa â la pedra laspidi et Sardio, et Vg arch 
celestiêl era intuorn l'g thrun suragiaunt da uair ad iin Sma- 
ragdino. (4) Et eran intuorn l'g thrun uainc e quater sizs, et 
sur Fs sizs uainc e quater seniours, chi sezaiuen, chi eran 
trats aint cun uesckimainta alua, et hauaiuen siin lur cliiôs 
curunas d'or. (5) Et dalg thrun gniuan liiischernas, et thuns, 
et uusths, et set aumplas d' fœ chi ardaiuen auaunt l'g thrun, 
quselas chi sun l's set spierts da dieu. (6) Et in la ueziida dalg 
thrun SCO iin mêr d'uaider sumgiaunt alg Christalg, et in meza 
l'g ihrun et dintuorn l'g thrun quater alimeris plains d'œilgs 
dauaunt et dauous. (7) Et l'g priira alimeri era suragiaunt ad 
iin liun, et l'g seguond aliraeri sumgiaunt ad uni uidilg, et l'g 
ters alimeri hauaiua ùna fatscha sco iin hum, et l'g quart 
alimeri era sumgiaunt ad iini eaula chi stluiola. (8) Et l's 
quater alimeris scodiin hauaiua sijs elas dintuorn, et [828J aint 
dadains eran plainas d'œilgs. Et nun haun pôs né d' di né d' 
net, dschant : Saenc, ssenc, ssenc signer deus omniputaint, 
qusel chi tu eras, quael chi tii ist, et qusel chi uain â gnir. 
(9) Et cura clu; quels alimeris daun glœrgia et hunur et 
bendischun ad aquel chi seza sur l'g thrun, aquel chi uiua 



APOCALYPSIS DALG BIÙG lOIIANNIS DUCTUR 81 

saimper mœ, (10) schi croudan giu l's uainc e quater seniours 
auaunt aquel chi scza îlg Ihrun, etaduran el, chi uiua saimper 
mae : et bittan lui' curunas auaunt Vg thrun, dschant : (11) 
Signer, tii ist deng dadarschaiuergloergiaet hunur etpusaunza: 
par che tii hses creô tuottas chiôses, et parmur da tia uœglia 
Sun é et sun stêdas creêdas. 



Annofatiuns. 
Trun] siz u suppia da grand siguuors, u chiadrica. 

Cap. V 

(1) Ethse uisîlg dret maundaquel chi sezaiua siilg thrun iin 
cudesth scrit dadainset dadoura, isaglô cun set sagels. (2) Et 
hse uis iin aungel pussaunt, chi dsehaiua cun hôta uusth : Chi 
es deng dad aurir Tg cudesth, et dad arumper sii l's ses segels? 
(3) Et iingilin nu pudaiua, né in schil né in terra né suot terra, 
aurir l'g cudesth, né l'g guardêr. (4) Et eau cridêua fick 
ch'iingiiin nu fiis acchiattô deng dad aurir et da lijr l'g cudesth 
né dalg guardêr. (5] Et iin dais seniours [829] dis â mi : Nu 
cridêr : Uhé l'g liun chi es da la sclatta du luda, la risch da 
Dauid ho uit chel éura l'g cudesth, et arurapa sii Ts set segels 
da quel. (6) Et he uis, et uhé in miz l'g thrun et l's quater ali- 
meris, et in miz l's seniours, iin agnilg chi stêua sco amazô, 
chi hauaiua set cornas, et set œilgs : qusels chi sun l's set 
spierts da dieu, tramis par tuotta la terra. (7) Eh uen et pran- 
dét l'g cudesth qui dalg dret mauu da quel chi sezaiua îlg 
thrun. (8) Et cura chel hauét prais l'g cudesth, sclii sun crudôs 
giu auaunt l'g agnilg l's quater alimeris et l's uainc e quater 
seniours, hauiand scodiin citras et tazas d'ôr plainas d'chiôses 
sauuridas, quselas chi sun las uraciunsdals ssencs,(9) et chiaun- 
teniina chianzun nuoua,dschant:Tii ist deng dadarschaiuer l'g 
cudesth et dad aurir sii ses segels : per che che tii ist amazô, 
ethsest spendrô nus très tieu saung, da scodiina sclatta, et 
da scodiina leaungia et da scodiin pœuel, et da scodiina naciun. 
(10) et hsest fat nus araigs â nos dieu, et sacerdots, et gnins â 
régner sur terra. (Il) Et hae uis et ha udieu la uusth da bgier 

6 



82 APOCALYPSIS DALG BlÔG lOHANNIS DUGTUR 

aungels, dintuorn Vg thrun et l's alimeris, et l's seniours, et 
migliera da migliera. {12] dscliant cun granda uusth : Vg 
agnilg quîBl clii es araazô es deng dad arschaiuer la pusaunza, 
et l'arichiezza, la sabbijnscha, et la furtezza, et la g'œrgia, 
et la bendischun. (13) Et scodiiua creatûra, [830] quela chi es 
in schil, et quEela chi es sur terra, et qusela chi es suot terra 
et îlg mêr, et qusela chi es in aquellas chiôses, tuottes chiôses : 
hse eau udieu dschant : ad aquegli chi seza îlg thrun, et agi 
agnilg : la bendischun et l'hunur, et la glœrgia, et la 
pusaunza saitnper et sairaper mse. (14) Et l's quater alimeris 
dschaiuen : Amen. Et Ts uainc e quater seniours sun tumôs 
sii lur fatschas et haun adurô aquel chi uiua saimpermse. 



Cap. VI 

(1) Et hse uis cura che Tg agnilg ho auiert sii iin dels segel;?, et 
hee udieu iin dais quater alimeris, dschant sco iina uusth d'iin 
thun : Vitten et uaia. (2) Et eau lise uis. Et uhé iin chiaualg 
alf, et iin chi sezaiua siin el, et hauaiua iin balaist et es agli 
dô iina*curuna, es ieu oura uanschand, et par chel uanschés. 
(3i Kt cura ch-1 hauét auiert l'g seguond sagilg, schi hse eau 
udieu Vg seguond alimeri, dschant : Vitten et uaia. (4) Et es 
ieu oura lin ôter chiaualg cuotschen, et aquel chi sezaiua sur 
el et es :^gli dô, chel aluâs uia la paesth de la terra, et che 
s'amazassen traunter pêr, et es agli dô iina spêda. (5) Et cura 
chel aurit Vg ters sagil, schi hse eau udieu Vg ters alimeri 
dschant : uiti en et uaia. Et eau hse uis, et uhé iin chiaualg nair, 
et hauaiua iina stadairain sieu maun,(0) et hse uiiieu iina uusth 
in miz l's quater alimeris, dschant : iina imziira d' furmaint 
par iin danêr, et trais imziiras d'hœrdi par iin danêr, et nu 
fêr dan ilg uin et ilg [831] œli. [l] Et cura chel hauét auiert sii 
l'o- quart sagilg schi hse eau udieu la uusth dalg quart alimeri 
dschant : Vitten et uaia. (8j Et eau ha; uis. Et uhse iin chiaualg 
falck,etun chi sezaiua siin el,et sieu num era Mort, et l'g ifiern 
ua dsieua el, et es agli dô pusaunza da mazêr la quarta part 
sur terra, cun la spêda, et cun la fam et cun la mort da las 
bestchias da la terra. (9) Et cura chel hauét auiert sii l'g quint 
sagilg, schi hae eau uis suot l'g hutêr las hormas da quels chi 



APOCALYPSIS DAL.G BlÔG lOIIANNIS DUGTUR 83 

eran amazôs parmur delg uierf da dieu, et parraur de la testi- 
muniaunza chels hauaiuen. (10) Et clamêuan cun granda uusth, 
dschant : Signer iiifina cura, qtiœl chi ist sseric et urest, nu 
giiidicliias tu et fsest uandetta da nos saung, da quels chi 
habittan sur la terra ? (11) Et es dô â s ■oJiin dels uesckimainta 
alua, et es stô dit ad els, che pusassen auncliia un po d'iin 
tijmp infina che fûssen curaplieu lur cumpagniuns famaigs ; 
et lur frars qusels chi eran aunehia dad aiiiazôr sco er els, 
(12) Et hse uis cura chel aurit su l'g sijsceuel sagilg, et uhé 
elg es duantô iina granda terra tritubla, et rgsullailg es gnieu 
nair sco iin sack d' peaus n;iirs, et tuotta laliiina es gnidasco 
saung, (13) et lasstailas sun tummêdas giu da schil in terra, 
sco Vg boestc da âgs bitta giu ses figs uscherfs cura chel uain 
amuantô che treia fick d' i'ora, (14) l'g schil dsthsô inauous 
sco lin cudesth chi s' uuolua intuorn et tuots !'■< [832] rauns et 
tuottas islas sun amuantôs our d' lur lous. (15) Et l's araigs 
de la terra, et l's princips, et l's aricks, et l's chiapitaunis, et 
l's pusauns, et scodiln famalg et liber s' azuppaun in las spelun- 
chias et in la crappa dais muns. (16) Et dian al:^ muns et â la 
crappa : tummô sur nus, et azuppo nus de la fatscha da quel 
chi seza sur l'g thrun,et da Tira dalg a,unilg : (17) perche che 
l'g es gnieu aquel grand di da la sia ira. Et chi p6 stêr ferm ? 



Cap. VII 

(1) Dsieua aqué has eau uis quater aungels stand sur quater 
chiantuns de la terra, tgniand quater ôras de la terra : par che 
I'ora nu sutiâs in terra, ne ilg raêr, ne iniingiiin bœstc. (2) Et 
hse uis un ôter aungel giand sii dalg aluêr dalg sullailg chi 
hauaiua l'g sagilg dalg uif dieu : et ho clammô cun granda 
uusth als quater aungels, ad aqusels chi es stô dô-da nuosther 
âla terra etagli mêr, (3) dschant : Nu nusthê â la terra né agit 
mêr né â la buosttchia, infina che nus nun hauain nudô l's 
famaigs da nos dieu in lur fruns. (4j Et hse udieul'g innumber 
da quels chi sun nudôs schient quaranta quater milli, nudôs da 
scodiina selatta dais fligs da Israël. (5) Da la solatta da luda 
dudesth milli nudôs. Da la selatta da Ruben dudesth milli 
nudôs. Da la selatta da Gad dudesth milli nudôs. (6) Da la 



84 APOCALYPSIS DALG BIÔG lOIIANNIS DUCTUll 

sclatta da Aser [833J dudesth milli nudôs. Da [laj sclatta da 
Neptalin dudest[h] milli nudôs. Da la sclatta Manasse 
dudest[h] milli nudôs. (7) Da la sclatta da Sjmeon dudestli 
milli nudôs (éd. mudôs). Da la sclatta da (éd. ad^ Leui dudesth 
milli nudôs Da la sclatta da Isachar dudesth milli nudôs. (8) Da 
la sclatta da Zdbulon dudesth milli nudôs. Da la sclatta da 
loseph dudesîh milli nudôs. Da la sclatta Benianim dudesth 
milli nudôs. (9) Dsieua aqué hse eau uis, et uhé iin grand 
pœuel, qusel ch' iingiùn nu pudaiua innumbrêr, da tuot paiauns, 
et da tuot pouuels, et da (tuot) tuottas leaungias, chi stêua 
auaunt Tg thrun, et in la uezii la dalg agnilg, uestieus cun 
uesckimainta alua, et uliuas in iur mauns, (10) et clamêuan 
cun granda uusth, dschant : Saliid ad aquegli chi seza sur l'g 
thrun da nos dieu, et alg agnilg. (11) Et tuot aungels stêuan 
dintuorn l'g thiun, et als seniours, et als quater alimeris : et 
s'haun rais giu sii lurfatschas in la uezii la dalg thrun : et hauri 
adurô dieu, (12j dschant: Amen Bendi (n)schun, et glœrgia et 
sabbijnscha, et ingrazchiamaint, et hunur et uirtùd, et 
furtrzza â nos dieu sainipermse. Amen. (13) Et iin dais seniors 
arespundét et dis à mi : Aquels chi sun uestieus cun uescki- 
mainta alua, chi sun é, innuonder sun é gnieus ? (14) Et eau hse 
dit aoli : Signer, tii sses.Etel(s) dis â mi : aquaistsun aquels chi 
SUD gnieus [334] dalg grand astijnt, et haun sthiargiô oura Iur 
uesckimainta, et V haun sthblaunchida ilg saung de l'agnilg. 
(15)Três aquè sun els aua[unt] l'g thrun da dieu, et seruan agli 
d' di etd' net in sieu taimpel, et apiel chi seza îlg thrun aefda 
sur els. (16) Et nun haueraun p'ii fam né sait, né Vg sullailg 
do sur els, né iingiiina skialmauna : (17) per che l'agnilg quael 
chi es in meza l'g thrun aritscha aquels, et l's cundiiia â las 
uiuas funtaunas da Touua, et deus uain â terschar giu da Iur 
oeilgs scodiina larma. 

Cap. VIII 

(1) Et cura chel aurit sii l'g setteuel sagilg, schi es é duantô 
iin taschair quaid in schil bunamang meza iina hura. (2) Et hse 
uis duos aungels stant auaunt dieu, et sun dùdas ad els set 
tubas. (3) Et es gnieu iin ôter aungel, et es stô auaunt l'g hut- 



APOCALYPSIS DALG BIÔG lOUANNIS DUCTUR 85 

ter, quael chi liauaiua (in thurribel d'ôr et agli es dô bgier 
inschais, chel mettes â las uraciuns dais ssencs sur i'g hutlêr 
d'ôr, qusel chi es auaunt l'g- thrun. (4) Et es ieu Vg film dais 
inschais da las uraciuns dais ssencs our da maun dalg aungel 
auaunt dieu. (5) Et l'g aungel ho prais l'g thuribel, et l'g ho 
implieu da que fœ delg hutêr, et l'g ho tramis in terra, et sun 
duantô thuns et uusths et liùschernas et terra trimbla. (6) Et 
l's set aun[835]gels, qusels chi hauaiuen las set tubas, s'haun 
parderts par sunêr cun las tiibas. (7j Et l'g priim aungel ho sunô 
cun la tiiba, et es fat tempesta, et fœ mastdô cun saung, et sun 
tramis in terra, et la terza part da la buostchia es arsa, et tuot 
fain uerd es abrilschô. (8) Et i'g seguond aungel ho sunô la tiiba 
et es bittô sco lin grand munt d'fœ chi ardaina îlg mêr. Et la 
terza part dalg mêr es duantêda saung, (9) et es muort la terza 
part de las creatiiras quaslas chi eran îlg mêr, quselas chi 
hauaiuen uitta et la terza part (éd. pars) de las nefs es prida. 
(10) El l'g ters aungel ho sunô cun la tiiba, et es tumô glu da 
schil iina granda staila, chi ardaiua sco iina faccla, et es tum- 
mêda in la terza part dais fiiims et da las funtaunas, (llj et l'g 
num de la staila nain anumnô asijnt. Et la terza part es miidêda 
in asijnt, etbgierra lieud es rauorta da las ouuas, par che che 
malagiêuan. (12) Et i'g quart aungel ho sunô cun la tiiba, et 
es battieu la terza part dalg sullailg, et la terza part de la 
liiina, et la terza part de las stailas : da sort che la terza part 
da quels s'insckiiiriua, et l'g di nuu era clêr la terza [)art, 
sumgiauntamang er da la not. (13) Et lise uis et he udieu iin 
aungel athuuland par meza l'g sehil, dschant cun granda uusth : 
Vee, use ad aquels chi staun in terra, par las uusths de la tiiba 
dais [836^ ôters t;ais auiigels, qusels chi uignen à sunêr cun la 
tiiba. 



Cap. IX 

(1) Et l'g quint aungel ho sunô cun la tiiba, et eau hse uis 
iina staila, chi es tummêda giu da schil in terra, et agli dô la 
clef delg puez delg abijss. (2) Et el ho auiert l'g puoz delg 
abijss, et es giiieu sii delg puoz fiim, sco l'g fiim d'iin grand 
fuorn : et l'gsulailg es isckiiirieu et av l'g Iser, dalg fiim delg 



86 APOCALYPSIS DALG BlÔG lOHANNIS DUGTUR 

puoz. (3) Et delg fiirn sun ieu oura sagliouz in terra, et es dô 
ad els pusaunza, da co che l's scorpiuns haun in terra. (4) Et 
es cumandô ad els, che nu guasten Vg fain de la terra, né ad 
iingiûna chiôsa uerda, né ûngiiin bœsth : dick suUamang la 
lieud, qusels chi nun haun Vg signêl in lur fruns. (5) Et es dô 
ad els, chels nun l's amazen, diraperse che schinc mais che l's 
apaschiunan. Et lur martoiri es sco l'g martoiri delg scorpion, 
cura ched haun punscliieu un hum. (6) Et in aquells dis scher- 
chian la lieud la mort, et nun l'acchiatten, et agragien da 
mûrir, et la mort fiigia our dad els, (7) Et las sumaglies dais 
sagliouz Sun sumgiauntas als chiauals chi sun parderts in la 
battaglia, et sur lur testas sun sco curunas, sumgiauntas alg 
ôr, et lur fatscha sco fatschas d' lieud, (8) et hauaiuen chiaut-ls 
sco chiauels de las duna[837Juns, et lur dains sco dains d' 
liun. (9) Et hauaien curaschinas, sco cuiaschinas d' fier, et la 
uusth da lur êlas era sco la uusth dais chiars dabgier chiauals 
chi cuorren â la guerra. (10) Et haun cuas chi sumaglien â 
aquellas dais scorpiuns, et l's aguegls eran in lur cuas. Et lur 
pusaunza era da nuoscher â la lieud schinc mais. (11) Et haun 
sur els iin araig, l'g aungel delg abijss, ad aqueli es nura in 
Hebreiast abaddon et in Graec Apollion aqué es iiu chi metta 
â perdar. (12) Un uae es tirô uia et ubé dsieua aquaistas chiô- 
sas uignen aunchia duos use. (13) Et l'g sijsseuel aungel ho 
8U0Ô (ed.suna) cun la tiiba, et eau hœ udieu iina uusth dais 
quater corns dalg huttser d'ôr, qusel chi es auaunt l's œilgs da 
dieu, (14) (ischant agli sijsseuel aungel, qusel chi hauaiua la 
tiiba : dsthlia l's quater aungels, quaels chi sun liôs îlg grand 
fliim Eupht-ate (15) Et l's quater aungels sun dsthliôs qusels 
chi eran parderts in l'hura et îlg di et îlg mais et îlg an, par 
amazêr la terza part de la lieud. (16) Et l'g inumber dalg exer- 
cit da chiauals era uainc uuotes mîlli dijsth milli. Et eau hae 
udieu lur itinumber. (17) Et uschia hse eau uis l's chiauals in 
la uisiun: etaqueischi sezaiuen sur els hauaiuen guargimaintas 
d' fœ, et melnas, et d' suolper : et las testas dais chiauals eran 
sco las testas dais liuns, et our da lur buochia gniua fœ, fiim 
et suol[838]per. (18) Da quellas trais plêias fiit amazô la terza 
part da la lieud delg fœ et delg fiim, et delg suolper, quaelas 
chiôses gniuan our da lur buochia. (19) Per che lur pusaunza 
era in lur buochia et in lur cuas. Per che lur cuas eran sum- 



APOCALYPSIS DALG BIÔG lOHANNIS DUGTUR 87 

giauntas ad aquellas dels serpains, chi hauaiuen testas, et très 
(éd. tret) aquellas nuscliaiuen é. (20) Et Tôtra lieud, quaîla 
chi nun es aniazêda cun aquellas plêias, né s' ho imgiurô da las 
heures da lur niauns, che nun adurassen l's dimunis, et las 
imeginas d'or et d'argient, e d'iuttun et d'pedra, d'Iainam, 
quaelas chi nu paun né uair né udir né cliiaminêr, (21) et nun 
hagieu arùflijnscha da lur humicidis, et da lur zœbers, et da 
lur pittanœng, et da lur iuœls. 



[839] Annntaciuns 

Sco Ig martoiri dalg sco7'piun\ chi uain pitzchlô d'un scorpiun 
indiira grandisthera turmaint, par che elg es iin dal pijrs 
uinins. Sco7'/nun] es iin alimeri [)lain d'iin raêl uinin chi suraa- 
glia iin arugnun in grandezza d'iina chiastagna qusel chi sto in 
LurabarJia, mu brichia in Alraagna. 

(A suivre.) J. Ulrich. 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE DES REVUES 

La Tradition, novembre 1904, — A Perbosc : Mimologismes 
populaires d'Occitanie ("fin), p. 303. 

Bulletin du parler français au Canada, III, 3 et 4. — A. 
Rivard : Le superlatif dans notre parler populaire, p. 71 ; — Lexique 
canadien-français (suite), p. 80 et 125. 

Giornale storico délia letteratura italiana, XLIV, 3. — 
A. Foresti : Per la storia di una lauda, p. 351. 

Romania, n» 132, cet. 1904. — A. -G. van Hamel : « Cligès » et 
« Tristan », p. 465 ; — L. Constans : « Le songe vert», p. 490; — 
A. Thomas: Notes et documents inédits pour servir à la biographie 
de Pierre de Nesson, p. 540 ; — A. DelbouUe : Mots obscurs et rares 
de l'ancienne langue française (suite), p. 556 ; — A. Jeanroy: a. fr. 
«frenf^ier», — a. fr. « aengier, onger», fr. mod. « enger», p. 601 ; — 
A. Thomas: a. fr. « chalemine », it. « giallamina», p. 605. 

Romanische forschungen, XVI, 3. — P.-M. Huber : Visio 
Monachi de Eynsham. Zum ersten Maie kritisch herausgegeben, p. 
641 ; — P. Ma7-chol : Etymologies, p. 734; — L. Jordan : Peros von 
Neele's gereimte Inhaltsaugabe zu einem Sammelcodex. Mit Einlei- 
tung und Glossar zum ersten Maie herausgegeben, p. 735 ; — J. Luzi: 
Die sutselvischen Dialekte (Lautlehre), p. 757; — A. Reiff : Histo- 
rische Formenlehre der Dialekte von Bournois-Besançon, p. 847. 

Zeitschrift fiir romanische philologie, XXVIII, 6.- C. Nigra: 
Note etimologiche e lessicali, p. 641 ; — R Orliz : 11 «Reggimento» 
del Barberino ne' suoi rapport! colla letteratura didattico-morale degli 
« ensenhamens », p. 649; — S. Puscariu : Rumanische etymologien II, 
p. 676 ; — H. Tiktin : Die bildung des rumanischen konditionalis, p. 
691 ; — H. Vaganay -. Le vocabulaire français du seizième siècle, p. 
705 ; — H Sc/iuchardt : Zu lat. « fala, favilla, pompholyx » im Roma- 
nischen, p. 737. 

Revue hispanique, VI, 4. — /. Jung fer: Noms de lieux hispa- 
niques d'origine romaine, p. 269. 



BIBLIOGRAPHIE 89 

Revista lusitana, VIII, 2. — J. Leite de Vasconcellos : Notas 
philologicas, p. 63 ; — J.-A. Tavares : Romanceiro trasmontano, p. 
71 ; — P.-A. cVAzevedo: Testamento, eiii portugiiès, de D. Alfonso II, 
p. 80 ; — /. Leite de Vasconcellos: Adagiario inanuscrito, p. 84 ; — 
A.-Th. Pires : Vocabulario Alemtejano, p. 92 ; — J. Leite de Vascon- 
cellos -. Fabulario portugués, p. 99. 

Revue du Béarn et du pays basque, I, 12. — E. Bourciez ; 
Navarrot et ses chansons béarnaises, p. 529. 

Revue de Gascogne, janvier 1905. — J. t/d 5rtrc?ac : Dépenses 
pour une exécution à I.ectoure en 1518, p. 39. 

Archîv fiir das studium der neueren sprachen und litera- 
turen, CXIII, 3 et 4. — C. Haa(j : Antoine de la Sale und die ilim 
zugcschriel)enen werke, p. 315; — H. Diibi : Cyrano de Bergerac, 
sein ieben und seine werke, p . 352. 

Revue de philologie française et de littérature, XVIII, 3 

et 4. — L.-E. Kastiier : L'infinitif liistorirpie au XVI'- siècle, p. 161 ; 
— R. Harmand : Observations critiques sur le Tournoi de Chau- 
vency, p. 168; — /. Désonnaux : Mélanges savoisiens, IV : contri- 
bution à la phonétique des consonnes, p. 189 ; — E. Casse et E. C/ia- 
minade : Vieilles chansons patoises du Périgord (suitej, p. 195; — 
L. Viynon : Patois de la région lyonnaise : pronom de la "à^ per- 
sonne, régime direct féminin pluiiel, p. 212, — L. Clédat : Essais de 
sémantique, III : la famille du verbe >< dire », p. 259; — L. C. : 
« Aspect » et >< égard », p. 301 ; — L. C. : ^' Ne pas laisser que de », 
p. 304. 

COMPTES RENDUS CRITIQUES 

Louis-P. Betz. — La littérature comparée^ essai bibliographique, 
introduction par Joseph Texte. Deuxième édition, augmentée, pu- 
bliée, avec un index méthodique, par F. Baldensperger; Strasbourg, 
Tiùbner, 1904; iû-8° [xxviii — 410 p.], (uix, 6 mark. 

Aucun de ceux qui s'intéressent aux études de littérature com- 
parée n'ouvrira ce volume s-ins émotion. La première édition venait 
à peine de paraître quand une mort prématui'ée emporta Joseph Texte, 
qui avait écrit l'introduction, et au moment où paraît la deuxième édi- 
tion, l'auteur lui-même, Louis Betz, n'est plus là pour la présenter au 
public. Une mort déconcertante nous l'a enlevé à son tour avant que le 
volume fût imprimé, et c'est M. Baldenspergei', successeur de Texte à 
Lyon, ami de Betz, qui sert de tuteur à ce livre doublement orphelin. 



90 BIBLIOGRAPHIE 

La rapidité avec laquelle la première édition a été épuisée est la 
meilleure preuve du besoin qu'on avait d'une bibliogra[)hie de ce 
genre et des services qu'elle a rendus. La deuxième édition ne sera 
pas moins bien reçue, car elle marque sur la précédente un progrès 
considérable. Des subdivisions toutes nouvelles ont été créées, par 
exemple des chapitres indépendants pour la Hongrie et les Etats-Unis. 
Le nombre des études citées a été plus que doublé. 

Cette bibliographie aurait-elle pu être plus riche encore? Oui, si Betz 
avait reçu de ses lecteurs tous les renseignemenis qu'il était en droit 
d'attendre. Au reste, certaines parties sont bien près d'être complètes. 
Eu disant ceci, je songe surtout aux chapitres sur l'Italie, pour 
lesquels j'ai plus de compétence que pour d'autres. Betz ne s'était 
pourtant pas occupé spécialement de l'Italie; mais il avait trouvé, 
pour les choses d'Italie, un très précieux auxiliaire dans M. Farinelli, 
professeur à l'Université d'innsbruck. 

Dans la section l'Espagne et la France j'ai vainement cherché 
V Alexandre Hardy de M. Rigal (1889). 11 entrait, sans doute, dans le 
plan de Betz de ne citer les ouvrages qui n'avaient pas la littérature 
compai'ée comme objet principal qu'autant qu'ils contiendraient des 
pages intéressant à un haut degré la littéi'ature comparée. Mais c'est 
bien le cas du livre de M. Rigal : car, en démontrant qu'aucune pièce 
de Hardy n'a été empruntée au théâtre espagnol, il a modifié profon- 
dément ce qu'on enseignait jusque-là sur les rapports du théâtre 
espagnol et du théâtie français ; tout le monde enseignait que l'in- 
fluence du théâtre espagnol sur le nôtre datait de Hardy lui-même, et 
rien n'était plus faux . 

Dans la même section, mon nom figure sous le numéro 3466. Il n'y 
a aucun droit, car la brochure indiquée ici, Deux sources inconnues 
de Roirou, est celle-là même qui figure — et cette fois à sa place — 
sous le numéro 2788 dans le chapitre de l'Italie; il n'y est question 
que d'imitations italiennes. 

L'ouvrage de Betz doit à M. Baldensperger deux excellentes inno- 
vations. Au chapitre sur le Christianisme dans la littérature que Betz 
avait préparé et qui rentrait assez mal dans le cadre du livre a été 
substitué un chapitre sur les Motifs, Types et Thèmes littéraires. A 
l'index des noms d'auteurs a été substitué un index méthodique, qui 
rendra beaucoup plus de services et qui sera d'autant plus utile qu'une 
étoile placée devant certains numéros signale immédiatement à 
l'attention les ouvrages généraux sur la matière. Ces signes seront par- 
ticulièrement commodes à ceux qui ne font de la littérature comparée 
qu'occasionnellement. Ceux-là sont nombreux, et je tiens à dire, en 
lei'minant, que la bibliographie de Betz a sa place marquée non seule- 
ment dans la bibliothèque de tous les spécialistes de la littérature 



BIBLIOGRAPHIE 91 

comparép, mais aussi dans celle de tous les travailleurs qui étudient 
d'un i)oint de vue quelconque les littérature-! modernes. 

JOSKPH VlANEY. 



L'abbé Li.-Cl. Delfour. — Catholicisme et Romantisme. — Paris, 
Société française d'impriinerie et de librairie, 1905, in- 12, 3 fr. ijO. 

Peut-être M. l'abbé Delfour me déniera-t-il le droit, puisque je suis 
universitaire, de parler ici de son livre Catholicisme et Romantisme. 
A plusieurs reprises, en effet, il déclare s'adresser aux « revues catho- 
liques, aux Collèges libres et aux petits séminaires », qu'il s'agit de 
préserver du virus romantique, et, à plusieui's reprises aussi, il s'en 
prend à «Messieurs les Universitaires », coupables de déserter la cause 
classique pour propager l'étude de la détestable littérature l'omantique. 

Cependant, « Messieurs les Universitaires » sont gens moins mal 
intentionnés que ne le croit M. l'abbé Delfour. S'il sont résolus à ne 
pas fermer les jeux sur tout ce qui s'est écrit et |)ensé depuis un siècle 
— depuis deux siècles, devrais-je dire, car le XVIil<' u'est pas non 
plus pour plaire à M. Delfour, — la plupart aiment les lettres clas- 
siques et voient avec plaisir le retour partiel et raisonné au classicisme, 
qui paraît s'annoncer de divers côtés. D.u romantisme, ils n'admirent 
pas tout, et tant s'en faut Ils sont prêts à applaudir aux critiques 
justes qui en seiont présentées. Us admettent fort bien qu'on veuille, 
comme M. Delfour, se poser au sujet du romantisme quelques questions 
importantes, et par exemple les suivantes : 

— Quelle est, chez les romantiques qui se disent catholiques, la part 
du catholicisme vrai, celle d'un catholicisme frelaté, celle même d'une 
sorte d'anticatholicisme ? 

— Quels sont les défauts et les dangers littéraires du romantisme? 

— Quels en sont les défauts et les dangers moraux? 

— Quelles précautions y a-t-il lieu de prendre en étudiant dans 
nos établissements d'instruction la littérature lomantique? 

Mais ce que « Messieurs les Universitaires » ne sauraient approuver, 
c'est la méthode critique de M. Delfour : elle est trop tranchante, trop 
partiale et trop commode. 

De principe d'autorité employé hors de propos, des affirmations 
hautaines, des généralisations hâtives, M. Delfour fait partout un 
étrange usage. Le romantisme, sans cesse opposé au catholicisme, 
devient dans son livre une sorte de bête de ra[)ocalypse, qui, en son 
monstrueux ensemble, comprend le l'enanisme, le matérialisme, le 
dreyfusisme, le « bloc »..., le protestantisme surtout: pour M. Delfour 
tout ce qui est romantique ou protestant est haïssable, mais tout ce 



92 BIBLIOGRAPHIE 

qui est haïssable est romantique et protestant. On comprend quels 
jugements sommaires doivent résulter d'une pareille conception. 

Si les romantiques n'ont eu — presque par définition — ni sen- 
sibilité vraie, ni sincérité, ni foi littéraire, ni patriotisme, les clas- 
siques, au contraire, ont eu toutes les qualités et ne font courir aucun 
danger. Corneille ne risque point d'exalter l'orgueil et la volonté 
désordonnée . Racine n'est point troublant, même dans Bajazet, 
et Iphigénie (qu'une citation de la p. 71 nous montre cependant plus 
capable de renoncer à la vie qu'ià l'amour d'Achille) « est une jeune 
religieuse qui ne recule pas un seul instant devant l'immoiatiou ». 
Molière n'a sans doute composé ni George Dandin ni Amphitryon. 
La Fontaine est sans doute innocent des Contes . Horace et Virgile ne 
célèbrent point d'étranges amours*... Est-il nécessaire de poursuivre? 
Pour donner un exemple de l'impartiale critique de M. Delfour, citons 
une comparaison entre la Phèdre de Racine et l'Infante de Victor Hugo 
(p. 95). 

« Collectionneurs, les éci-ivains du XIX"^ siècle se révèlent encore 
costumiers, et toujours en vertu du même principe. Ils ne voient pas 
la vie de l'âme, parce qu'ils portent toute leur attention sur la beauté 
des choses. Victor Hugo dit de la jeune Infante : 

Sa basquine est un point de Gènes ; sur sa jupe 
Une arabesque, errant dans les plis du satin, 
Suit les mille détours d'un lit d'or florentin... 

)) Un homme qui n'est pas un tailleur ou un reporter ne fait pas de 
ces remarques, il les laisse d'ordinaire sux femmes. Encore les fem- 
mes les plus distinguées trouvei'ont-elles le moyen de faire comprendre 
qu'elles n'attachent à la beauté de leur toilette qu'une importance 
relative. Que ces vains ornements, s'écrie Phèdre, que ces voiles me 
pèsent! Tout à l'heure elle réclamait pour sa parure les soins de 
toutes ses servantes ; maintenant elle ne songe ni aux rubans, ni aux 
chiffons, elle analyse son état d'âme, elle se regarde souffrir. Phèdre 
est humaine, avec distinction et intensité. L'Infante de Victor Hugo 
ne pense à rien, elle ne regarde rien, elle remplit avantageusement 
l'office d'une poupée décorative magnifiquement vêtue, à laquelle le 
fabricant-artiste n'aurait pas su donner une expression de physionomie 
intelligente, » 

Voilà qui est jugé, au moins! et, s'il existe un lecteur de M. Delfour 



1 II serait bon de ne pas dire que, pour Virgile, « les choses avaient 
des larmes » (p. 92), — bon aussi d'éviter les vers estropiés ou dénaturés 
(p. 84, 115, 266, 271...)». 



BIBLIOGRAPHIE 



93 



qui ignore coinijlètement le magnifique et profond poème la Rose de 
l'hifanli', celui-là pourra croii'o que l'Infante, « qui ne pense à 
rien», jouant un rôle analogue à celui de Phèdre, « qui se regarde 
souffrir», Victor Hugo, ridiculement, a voulu singer les psychologues 
et n'a abouti qu'à être un « collectionneur » et un «costumier ». 

Ailleurs, un chiffre, qu'on exHmine supeifîciellement, un jeu de mots, 
qu'on lance à tout hasard, déterminent un jugement littéraire ou moral. 
Ainsi, veut-on dire que Lamartine copie Chateaubi'iand : (( 11 a lutté 
deux fois avec Milton sur le terrain épique {Jocelyn et la Chute d'un 
ange), deux fois exactement, comme fauteur des Martyrs et des Nat- 
chez» ; — M. Delfourne sait-il pas que laChute d'un ange et Jocelyn 
sont des épisodes d'une grande épopée qui en devait comprendre un 
beaucoup plus grand nombre? — Veut-on caractériser ensemble Vol- 
taire et Rousseau : « Voltaire est une franche canaille, au lieu que 
Rousseau est une canaille qui n'est pas franche >-; — M. Delfour avait- 
il l'intention de proclamer la franchise de Voltaire? ce n'est pas pro- 
bable ; il l'a fait cependant. pointes, voilà de vos coups ! 

C'est dommage, en vérité. Car le sujet, on les sujets traités par 
M. Delfour étaient intéressants ;etM. Delfour lui-même fil le montre 
çà et là) ne manque ni d'érudition, ni de verve, ni de talent. On ne 
perdra pas son temps à lire Catholicisme et Romantisme : seulement, 
les réflexions qu'on fera chemin faisant ne seront pas toujours celles 
qu'aura voulu suggérer l'auteur. 

Eugène RiGAL. 



OUVRAGES ANNONCES SOMMAIREMENT 

Henri d'Alméras. — Les Romans de l'histoire; Emilie de Sainte- 
Amaranthe (Les chemins rouges. Le demi-monde sous la Terreur). 
— Paris, Société française d'imprimerie et de librairie, 1904, in- 12, 
3 fr. 50. 

Le deuxième des Romans de l'histoire que nous conte M. d'Almé- 
ras est beaucoup moins étrange que le premier, et la vie d'Emilie de 
Sainte-Amaranthe est moins faite pour piquer la curiosité que celle de 
Cagliostro. Les alentours du sujet sont aussi moins riches : au lieu de 
« l'occultisme et de la franc-maçonnerie à la fin du XVI1I'= siècle » 
l'auteur — non sans encourir çà et là le reproche de se livrer à des 
digressions — étudie rapidement les théâtres, les tripots, le rôle poli- 
tique du Palais-Royal et le demi-monde sous la Révolution. 

C'est au demi-monde, en effet, qu'appartenait Mme de Sainte-Ama- 
ranthe, qui fut l'ornement et, en quelque façon, la directrice d'une des 



94 BIBLIOGRAPHIE 

maisons de jeu les plus achalandées du Palais-Royal; sa fille, la belle 
Emilie, beaucoup plus réservée qu'elle, n'en fut pas moins Vainie, 
d'abord d'un don Juan assez vulgaire, le comte de Tilly, puis (quoique 
mariée à M. de Sartine) de l'illustre chanteur de l'Opéra, EUeviou. 
Compromises, on ne sait trop pourquoi, dans la disgrâce de Danton, 
les deux femmes fui'eut enfermées à Sainte-Pélagie le 12 germinal 
an 11 (1" avril 1794). Impliquées, contre toute raison, dans la préten- 
due « Conspiiation des Etrangers » avec Admirai, qui avait attenté à 
la vie de Collot-d'Herbois, et Cécile Renault, accusée d'avoir attenté 
à celle de Robespierre, elles moururent sur l'échafaud, afi'ublées de la 
chemise rouge des pari-icides, le 29 prairial an II (17 juin 1794). 

Le roman de la belle Emilie et d'Elleviou est intéressant. Peut-être 
seulement ne voit-on pas assez dans le récit de M. d'Alméras ce qu'il 
a de certain et ce qu'il a d'hypothétique '. 

Eugène Rigai.. 



Albert SoubLes. — Almanach des spectacles, année 1903. — Paris, 
Flammarion, pet. in -12, 5 fr. 

Nous avons dit à plusieurs reprises combien est riche en renseigne- 
ments de toutes sortes ÏAlmanach des spectacles de M. Soubies. Le 
volume qui vient de paraître et qui est orné d'une eau-forte de Lalauze, 
est le trente-troisième de cette charmante collection. Il y a trente ans 
que M. Soubies l'a entreprise ; il y en a quarante qu'il exerce les fonc- 
tions de critique musical. On ne saurait désirer plus de garanties de 
zèle et d'expérience. E- R- 

C. Salvioni. — Gli statuti volgari délia confraternita dei discipli- 
nati di S. Marta di Daro (Estratto dal BoU. Stor. d. Svizzera ita- 
liana, XXVI, p. 81 sqq), BelUnzona, 1904. 

L'exposition d'Art sacré qui a eu lieu l'an dernier dans l'église Saint- 
Jean à BelUnzona, a eu, entre autres avantages, celui de faire con- 
naître un vieux manuscrit sur [jarcheuiin contenant, en langue vul- 
gaire, les statuts de la confrérie de Sainte-Marte de la commune de 
Daro (vicariat de Bellinzona). M Salvioni publie ce texte et en exa- 
mine la langue au point de vue du dialecte, de la fonétique, de la mor- 
fologie et du glossaire. M. G. 



* P. 153, milieu, lire Mme et non Mlle de Sainte-Amanintlie. — P. IGl, 
milieu, lire Sucjj, non Saci/. — Ne manque-t-il pas quelques lignes, p. 
131, avant les alinéas sur M. de Maupeou et M. de Sartine? 



BIRLIOGRAPIHE 95 



RAPPOllT SUK LK CONCOUHS POUK LE PRIX BOUCHERIE 

Deux mémoires seulement ont été envoyés cette année au concours 
pour le prix Boucherie, l'un imprimé, l'autie manusci'it. 

Le mémoire imprimé est intitulé : Etudes sur la langue populaire 
du Gapençais et signé F.-N. N/collet. C'est une série d'articles parus 
antérieurement dans le Bulletin de la Société d'études des Hautes- 
Alpes, et que l'auteur a réunis en une brochure de 90 pages iii-S". 
Chaque question traitée contient tiois parties : les formes et leur em- 
ploi, leur histoire, leur origine. Les formes sont classées et leur 
emploi exposé avec la méthode des vieilles grammaies dont on a 
sans profit fatigué notre enfance; c'est dire en même temps qu'elles 
sont à peu près inutilisables. L'historique, qui a la prétention de nous 
donner l'état ancien du patois, ou du moins celui du XVI'' siècle, est 
dépourvu de critique. La partie consacrée aux origines nous montre 
que l'auteur est un érudit : le gaulois, l'irlandais, l'anglo-saxon, 
l'islandais, l'ombrien, le sanskrit viennent sans effort sous sa plume. 
Malheureusement M. Nicoilet ignore totalement la valeur des formes 
qu'il cite, et lorsqu'il croit établir qu'une bonne partie du patois de 
Gaj) est de l'anglo-saxon ou du gaulois, son étalage de fausse éru- 
dition ne fait qu'accentuer la faiblesse de ses hypothèses. 

Le mémoii e manuscrit est un vocabulaire, celui du canton de Ludion, 
réuni par M. Sarrieu. II y a lieu de distinguer dans ce vocabulaire deux 
parlers principaux : le luchonnais proprement dit et le larboiistois, et 
dans chacun de ces deux parlers il y a lieu encore d'introduire des 
subdivisions, puisque, comme on sait, les patois varient dans une cer- 
taine mesure d'un village à l'autre. Aussi l'auteur s'est-il efforcé d'in- 
diquer autant que possible, pour chaque vocable ou pour chaque 
forme, la provenance exacte. 

L'al[ihabet employé est rigoureusement phonétique et aussi précis 
qu'on peut le désirer. La valeur de chaque signe est d'ailleurs nette- 
ment défin'e au début. 

Cet ouvrage ne se borne pas à relater les bizarreries et les particu- 
larités du parler Luchonnais; l'auteur a fait tout ce qu'il a pu pour 
être complet, c'est-à-dire (|u'on trouve dans son travail non seulement 
les mots du vieux fonds, mais encore lus mots empruntés, soit qu'ils 
viennent du français, de l'espagnol, de quelque patois voisin, ou aient 
été tirés artificifllement du latin. Il n'y a à cela aucun inconvénient, 
puisque l'auteur indique la provenance de chaque vocable, et il y a au 
contraire des avantages trop nombreux et trop évidents pour qu'il soit 
utile de les énumérer. 



96 BIBLIOGRAPHIE 

En outre rautour nous a donné dans la mesure où il l'a pu, c'est-à- 
dire dans une très large mesure, l'étymologie de chaque mot. Ces 
étymologies sont piésentées d'une manière très simple et très pratique, 
soit jiar l'indication delà forme du latin vulgaire ou de quelque autre 
langue qui a servi de point de départ au vocable luchonnais, soit, 
quand l'étymologie est très claire, pour ne pas répéter ce qui est connu 
de tous, par la simple indication de l'équivalence du mot luchonnais 
avec le mot français qui lui correspond et qui, dans ce cas-là, lui sert 
presque toujours en même temps de traduction. Comme M. Sarrieu 
est au courant des méthodes scientifiques de travail, il est rare que 
ses étymologies ou ses autres indications soient contestables. 

La sémanticpie n'a pas été négligée non plus. Lorsqu'un mot a plu- 
sieurs acceptions l'auteur essaie d'en établir la filiation ; lorsque son 
acception actuelle diffère de sa valeur originaire, il cherche à en recons- 
tituer l'évolution. De plus il nous fournit de nombreux renseignements 
sur les usages locaux, jeux, construction^ agriculture, outils, instru- 
ments et ustensiles, et les accompagne de figures lorstju'il le juge utile. 

Les particularités de morphologie et de syntaxe, formations plus ou 
moins iriégulières, mouvement vocalique des verbes, emploi de l'article, 
des pronoms, conjonctions, etc., sont indiquées en quelques mots. 

Enfin le vocabulaire proprement dit est suivi de deux appendices. 
Dans le premier sont groupés quelques refrains et quelques dictons, 
intéressants par les formes insolites ou curieuses qu'ils présentent, et 
qui peuvent être utiles pour la lexicologie. Le second comprend la 
liste des suffixes et des pseudo-suffixea avec leur origine. 

M. Sarrieu se propose, dit-il, d'ajouter d'autres appendices à ceux- 
là et en particulier une liste des noms propres de personnes ou de lieux, 
en en donnant autant que possible l'étymologie et en y recherchant les 
noms communs disparus de la langue actuelle ; mais, pressé par le 
temps, il n'a pas pu les achever pour le concours. 

Ce résumé succinct de ce que contient l'envoi de M. Sarrieu suffit 
pour faire comprendre quelle en est l'importance : c'est un monument 
digne d'admiration que l'auteur a élevé au patois de son pays natal, 
et l'on peut dii'e qu'aucun patois jusqu'à présent n'a fait l'objet d'un 
travail de celte étendue et de cette valeur. 

Nous proposons donc que le prix Boucherie soit décerné à ce 
mémoire et que la Société le publie dans la Revue des langues 
romanes. 

[Ce rapport, lu devant 1'» assemblée » de la Faculté des I^etties de 
l'Université de Montpellier, a été approuvé à l'unanimité]. 



Le Gérant responsable : P. Hamklin. 



ETUDE SUR LA LANGUE DE FOURES» 



Qu'avec une langue populaire — et pai' là nous entendons 
une langue (tels nos « patois » méridionaux) ([ui n'est guère 
plus parlée que par le [)euple, — qu'avec les faibles ressources 
qu'offre une telle langue, des auteurs, épris pour elle d'un 
pieux amour filial, puissent aspirer et réussir à faire mieux que 
conter avec esprit quelque grosse farce ou avec agrément 
quelque légende naïve et touchante, qu'ils puissent enrichir, 
relever, ennoblir un tel idiome au point d'en faire un instru- 
ment suffisamment riche, souple et délicat pour leur permettre 
de manier avec aisance les idées abstraites et de suivre jus- 
que dans le détail le plus fouillé les finesses de sentiment et de 
pensée dont vit la littérature, personne, j'imagine, ne songe 
plus à le contester depuis qu'ont paru les poèmes de Mistral 
et de ses amis, d'une grâce et d'une perfection si achevées 
qu'ils font songer aux plus purs chefs-d'œuvre de la Grèce, 
aux beautés inégalées d'un Homère, d'un Anacréon, d'un 
Théocrite. 

On reste véritablement émerveillé lorsque, au sortir d'une 
conversation avec des gens du peuple, on ouvre Mirèio, pour 
ne citer que la plus connue de ces œuvres, la plus fraîche de 
ces fleurs qu'ont fait éclore à force d'art et de soins jaloux les 
sept félibres de Fontsegugne et qui semblent garder du ciel qui 
les a vu naître comme un reflet de grâce sereine et de lumi- 
neuse beauté. Et l'on est à se demander jiar quel miracle, d'un 
idiome sonore, vibrant et pittoresque certes, mais aussi inca- 
pable d'exprimer les abstractions ou de suivre les raccourcis et 
les détours du raisonnement que l'esprit des paysans qui le 
parlent, Mistral est arrivé à faire un outil merveilleux de 
finesse, de grâce et de délicatesse, par quel art tenant de la 

' Le présent travail a été couronné par l'Académie des Jeux Flo- 
raux (concours de 1900). 

7 



98 ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 

magie il a réussi à changer en or pur le plomb vil dont se 
contentaient les ânaes et les intelligences populaires. 

Une étude minutieuse et approfondie de sa langue pourrait 
aider à expliquer ce tour de force. On verrait, en regardant 
de très près, en examinant comme à la loupe la trame de son 
stjle, comment la langue mère et les langues soeurs, com- 
ment la langue des ancêtres et celle des dialectes voisins ont 
été appelées tour à tour à l'enrichissement de la langue mater- 
nelle du poète et aussi à l'aide de quels habiles procédés de 
dérivation et de composition, Mistral a su comme infuser un 
sang généreux, une sève nouvelle à un idiome qui allait s'ap- 
pauvrissant, s'anémiant et, sous la lente infiltration du français, 
s'altérant de jour en jour davantage. Et l'on aurait l'occasion 
de constater une fois de plus que les poètes qui, 

Pro'pter egestatem lingtiae etrerum novilatetn, 

éprouvent le besoin de perfectionner leur langue, d'enrichir 
leur vocabulaire, ont recours à des procédés toujours les mêmes, 
que Mistral et ses amis n'en ont pas usé d'autre façon que 
n'ont fait, à leur époque, Lucrèce ou Ronsard. 

Mais une étude de ce genre pour être menée au degré de 
précision scientifique exigée dans un pareil travail, devrait 
être faite par l'auteur lui-même. Ces mots rares, ces expres- 
sions peu habituelles, ces locutions quasi inusitées, quel autre 
que celui qui les a si habilement remis en honneur et fait 
rentrer dans le courant de la langue, en les enchâssant avec 
tant d'adresse et d'à propos dans son style, quel autre pourrait 
dire avec certitude où le poète les a entendus, s'ils sont encore 
en usage, et, s'ils sont tombés en désuétude, de quels ouvrages 
il a rapporté ce butin linguistique, ou, s'ils n'ont jamais été 
employés, de quelles analogies il s'est autorisé pour se hasar- 
der à les créer et à s'en servir ? Mais, outre qu'ils auront 
toujours mieux à faire qu'à dresser l'état civil de chacun des 
mots qu'ils emploient, les poètes seraient sur ce point, j'ima- 
gine, d'assez mauvais philologues. Je m'assure que, soit pour 
éviter le reproche d'archaïsme, soit — et ceci serait plus 
excusable — pour laisser croire leur langue maternelle plus 
riche qu'elle ne l'est en réalité, ils succomberaient... mettons 
souvent — à la tentation de donner comme vivants des voca- 



ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 99 

bles aujourd'hui disparus ou même que leur dialecte ne con- 
nut jamais. 

Cette étude assez terre à terre que les poètes ne font pas 
ni qu'ils n'aideraient peut-être pas très volontiers les autres à 
faire en leur fournissant toutes les in Hcations utiles, c'est aux 
érudits à l'entreprendre à l'aide des ressources assez précaires 
encore dont ils disposent ou, au défaut d'érudits, aux simples 
amateurs des parlers méridionaux. C'est à ce titre que nous 
avons cru pouvoir nous hasarder à faire vaille que vaille et à 
soumettre à la critique le présent travail. 



Nous nous proposons d'étudier ici les procédés d'enrichis- 
sement de la langue populaire dont s'est servi le poète du Lau- 
raguais, Auguste Fourès, l'auteur des Grilhs, des Cants del 
Soulelh, et de la Muso Silbestro '. 

Notre choix pourra paraître singulier à qui songera que de 
bien plus grands noms s'offraient à nous et que l'œuvre d'un 
Mistral par exemple, dont nous proclamions tout à l'heure les 
réelles beautés, semblait un champ d'études autrement intéres- 
sant et peut-être aussi autrement fécond. Mais, d'une part, 
notre origine toulousaine et, de l'autre, notre connaissance 
exclusive ou à peu près du seul dialecte « moundiri nous ont 
dissuadé d'aller chercher si loin de chez nous le sujet de notre 
travail. Il nous a paru impossible d'étudier avec quelque com- 
pétence un dialecte aussi différent du nôtre que l'est celui que 
l'on parle à Maillane et pour lequel, en cas de doute sur la 
forme ou sur le sens, nous n'aurions pu re^^ourir aux sources. 
Et nous n'avons certes pas à regretter d'avoir eu cette défiance 
de nos forces. Le «lauraguais» est déjà bien assez différent du 
toulousain et, au souvenir des difficultés qui nous ont si sou- 
vent arrêté au cours de notre étude, à la vue des imperfections 
de toute nature que nous apercevons dans notre travail, nous 
nous félicitons de n'avoir pas eu la témérité d'aller chercher 
notre auteur sur les bords du Rhône. 

* On a cru devoir conserver l'orthographe de Fourès, en se bornant 
à rétablir la lettre b partout où le poète l'a arbitrairement remplacée 
par V. 



100 ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÉS 

Pas plus en effet que la faiblesse de nos connaissances 
en patois, nous ne nous dissimulons le vice fondamental de la 
méthode que nous avons suivie. Nos recherches n'ont pas eu 
toute l'ampleur, toute la variété que nous aurions désiré 
pouvoir leur donner. Notre travail eût dû être précédé d'une 
large enquête faite dans tout le Lauraguais auprès des paysans, 
des ouvriers, de tous ceux qui parlent le dialecte que Fourès 
illustra. Il nous paraît qu'une consultation de ce genre, outre 
qu'elle eût facilité notre tâche, nous eût permis d'arriver à 
des conclusions sinon inattaquables, du moins plus précises 
et plus solides que celles que nous présentons. 

Quoi qu'il en soit, nous n'avons rien négligé pour suppléer, 
dans la mesure du posr^ible, à l'enquête sur les lieux à laquelle 
nous n'avons pu nous livrer. Il serait déplacé de citer ici les 
noms des personnes à la bienveillance desquelles nous devons 
d'avoir pu mettre sur pied notre travail'. Qu'il nous suffise 
de (lire que la plupart de celles que nous avons consultées 
sont de Toulouse ou du Languedoc. Nous avons ajouté à ce 
système de contrôle celui des dictionnaires : les ouvrages de 
l'abbé Garj, de Boucoiran, de Visner et le petit lexique que 
M. Mâzuc a annexé à sa récente grammaire du dialecte de 
Pézenas, ont été fouillés avec le plus grand soin. Nous n'avons 
consulté le Trésor dôu félihrige que pour les mots que nous 
n'avions pas trouvés dans les dictionnaires précédents. Cet 
ouvrage est en effet si complet qu'il n'y a presque aucun des 
mots employés par Fourès qui n'y soit mentionoé. 

Malgré tous les efforts que nous avons tentés pour abouti rades 
conclusions fermes et décisives, no us avons, malgré tout, l'impres- 
sion que bon nombre de mots signalés par nous comme inusités. 



^ Il y aurait toutefois injustice et ingratitude à ne pas dire ici que 
nous devons à notre ancien maître, M. le professeur Jeanroy^ non 
seulement quelques utiles indications de détail, mais l'idée même de 
cette étude. Nous n'aurions garde non plus d'oublier quel précieux 
concours nous avons trouvé auprès de notre mère, pour le toulousain, 
pour le rouergat, de Mlle Chauzy (de Salles-Curan), pour le gascon, de 
M. Adher (Jean), enfin de nos collègues MM. Balasc (de St-Paul) 
(Ariège),. Ronmieu (de Carcassonne) et Gayraud (de Fanjeaux, Aude), 
pour l'ensemble de notre travail. 



ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 101 

sinonincompris, doiventêtre connuset employés dans certaines 
parties du Lauraguais par des personnes sachant mieux que les 
autres leur langue maternelle. Nous avons estimé préférable 
de laisser figurer ces mots dans notre travail, nous réservant 
de confesser et de réparer notre erreur, dès que l'on en aurait 
fait la preuve . Mais si nous ne citons pas uniquement des mots 
inconnus aux compatriotes de Fourès, du moins pouvons-nous 
assurer que, à l'exception des mots calqués sur le français, 
(qu'il eût été fastidieux et sans intérêt de relever tous), nous 
n'avons exclu de nos listes que des mots bien connus de tous 
ceux qui parlent le patois entre Toulouse et Carcassonne. 

I 

Mots repris a l'ancienne langue 

A l'exception de quelques mots qui sont manifestement 
archaïques, tels par exemple que autiu, -ibo (altier), troubai- 
ris (poétesse), verges (vierge), nous ne pouvons pas affirmer 
avec certitude qu'aucun des mots cités ci-dessous n'est plus 
connu dans le Lauraguais. Plusieurs, en effet, nous ne l'igno- 
rons pas, sont encore en usage dans certains pays (Rouergue 
ou Haute-Ariège),oti. l'influence du français s'est moins exercée 
que chez nous, et il se pourrait que ces mots se fussent 
conservés dans certains coins de notre région. Il nous semble 
cependant que presque tous sont inconnus de nos comjia- 
triotes. On remarquera que la plupart ont été employés par 
les écrivains languedociens ou gascons des XVIP et XVllP 
siècles et c'est chez eux, vraisemblablement, que Fourès est 
allé les reprendre V 

• Abréviations. G, = les Grilhs; — G. S. = les Cants del Soulelh; 
— M.S. = Muso Silbestro . (Le chiffre qui suit renvoie à la page.) 

M. = Trésor du Félibrige de Mistral. 

B.= Dictionnaire analogique et étymologique des idiomes méridio- 
naux, par L. Boucoiran. Nimes. 5 fascicules (1875-1886). 

P. = Dialecte de Pézenas (d'après la gr""^ languedocienne de M. 
Mâzuc.Toulouse, 1899). 

V. = Ditciounari moundi de Jean Doujat empeutat per G. Visner. 
Toulouse, 1897. 



102 ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 

Abeluc =■ ardeur au travail. B. 

Ahet = sapin. V. B. 

Abouquieu (cami) = rapide, très incliné. V, B. 

Agati =z amadouer, allécher. V. B. 

Agradiboul = agréable. V. 

Alamelo et alumelo = lame. 

Alupairez^ convoiteur V. B. 

Apostoul=- apôtre. V. B. 

Arbôut = voûte. V. B. 

Archibanc zn haut fauteuil de bois. B. 

Armaduro = armure. 

Ai^mo = âme. V. B. 

Assoulant = consolant. M. 

Astrat = prédestiné. B (v. 1.). 

Audous :=: odorant. V. 

Aule, zz: méchant, sauvage. V. B. 

Auleso = méchanceté, barbarie. V. B. 

Aus = toison. V. 

Autisme = très haut personnage. B (v. 1.). 

Aulourous = insolent, orgueilleux. V. 

Auzent = calme (en parlant du temps). M. 

Azalbra (s') = monter, s'élever, apparaître. V. B. 

Azir = haine. V. 
Bandièro = bannière. V. B. 

Bandissomen = bannissement. B. 

Bel = voile (parure). V. 

^6'Z2adMro = délicatesse. V. B. 

Biro = broche. V. 

Blous = pur. V. B. 

Boubbouso [à la) = eu folâtrant. M. 

Bourrèlo =: bourrelle. V. 

Bragard, ardo zn aimable. V. B. 

Brustio = boîte. V. B. 

Caramel zn chalumeau. B. 

Cazenso = chute. B. 

Clamatiè =■ crieur public. M. 

Clatissa = crisser. V. 

Cossoul = consul. V. 

Coubezenso = convoitise. V.B. 



ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 103 

Counil zz. lapin. V. B. P. 
Counquista = conquérir. P. 
Cousselh HZ assemblée, conseil. 
Coutelhèro = fourreau d'épée. 
Custodio •= squelette. V. 

Dalfi z=z fils chéri (Goudelin : lou dalfi del cèl zz J. Ch.) 
Deminja = diminuer. B. (v. 1.) 
Dibo et dibesso = déesse. V. 
Dono = dame. V. B. 
Égo = jument. V. B. 
Bmaugut'TZ ému. V. 
Embahne. = éboulement. V. 
Encoulerit ^=. 'wv'xié , V. B. 
Emperi = empire. V. B. 
Engauzit = réjoui. B. (v. 1.) 
Escadafal = échafaud. 
Escapoula = façonner à la hache. B. V, 
Escardenc = d'un rouge ardent. M. 
Escoundre {s') = se coucher (soleil). V. 
Escumenjat = excommunié. V. B. 
Espefort r= effort. V. 
^s/ïér = espoir. V. B. 
Espleit =• exploit V. B. 
Esquèrro (V) = la main gauche. 
Faidit = proscrit. V. B. 
Pamo = renommée. V. 
Feramio = bête fauve. B, 
Flume = fleuve. B. (v. 1.) 
Fourreduro = fourrure. B, 
Fraudi = faner. M. 
Fu^t ^ bois. M. (Goudelin .-= fusto). 

Futo zn fuite . B. (fa Ihours futos =■ les mettre en fuite 
(M. S. 158). 

Gaito= sentinelle. B. 

Gauch = joie V. (pluriel, gauches). 

Gaudina {se) = se réjouir. B. 

Glabi = glaive. 

Grèu^grèbo ziz grave, pénible. V. B. 

Grima = gémir, grincer. B. (v. 1.) 



104 ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 

Iscariol = traître., déloyal. V. 
Iro = colère. V. B.; irat = irrité. V. B. 
Lauza = \onev {laudnre) . B. 
Lièro z:z Loire. 
Mamois = violette. V. B. 
Matrassino = flèche. V. B. 

Mau (se):^il se meut; maw6en^= mouvant, (de s<??na?«'e.V.B). 
Moud {sens} = (sans) mot dire V. B. 
Mousti = mâtin. V. 

Ops {pi^ene sous) = (prendre ses) ébats. V. 
Orb, = aveugle. V. B. 
Palpugo = tentacule (Goudelin = palpuga). 
Pamparrugo ^= perruque. V. B. 
Parti [se) = se séparer, se diviser. B. M. 
Poudestatziz pouvoir. V. B. 

Pouls zz: poussière. B. [poulset := même sens [abbé GarjJ). 
Pourpouro = pourpre. V. B. 
Pugnal= poignard. V. 
Pugnido 1= piqûre. V. B. 
Quatren = quatrième. 
Regino := reine. V. M.. (Gondelin). 
Itiquesso = richesse, rie = riche. B. 
Boire = manger. V. B. 
Sagel nz sceau. V. B. 
Sageto = flèche. V. B. 
Sartre = tailleur. V. P. 

Segnouro M. et segnouresso B. = seigneuresse. 
Secle = siècle. V. 
Senet {lene) = (tenir) conseil. V. 
Sorni = songe. 

Sou/nran, ano = souverain. B. 
Slaire rr faire halte, rester debout. B. 
Trahidourici = traîtresse. V. (Goudelin = trahison). 
Traire = attirer. V, 
Trinfla = triompher. V. 

[/s = huis. (B. ussa = fermer, usset = bonde). 
Verges:^ vierge (Raynoiiard). 

Nous avons retrouvé : à Toulouse, l'expression crida coumo 
uno clamatièro, sans doute une « crieuse publique » ; — dans 



ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÉS 105 

le Tarn (abbé Garj) courreà futo = courir en toiite hâte; dans 
l'Av-eyron (à Salles-Curan) les naots : armo (las armas del Pre- 
catori = les âmes du Purgatoire) ; ans = toison ; coutelkèro = 
gaîne de la coût (pierre à aiguiser la faulx) ; escu7nenjat=: 
excommunié ; gauch (dans les locutions fa (/ai(ch= faire envie 
et gran gauch ziz c'est un grand bonheur que...) ; — puqnal 
au sens de haclioir, couperet ; — à Carcassonrie : apôstou 
(apôtre); dans le Gers : mamois = violette. 



IL 

Mots présentamt une forme irrégulière 

Avant d'aborder l'étude des mots actuellement en usage dans 
le Lauraguais, signalons en quelques-uns qui présentent chez 
notre auteur une forme peu habituelle ou irrégulière. 

Citons d'abord un pluriel irrégulier : camises (M. S. 108| = 
chemins, créé par analogie avec les |)luriels des subtantifs ter- 
minés au singulier pai' un s. Cf. chez Fourès même : les diuses 
(C. S. 204) = les dieux. 

L'adjectif ma5c/e semble bien n'avoir pas de féminin. Fourès 
a dit, conformément à l'analogie des autres adjectifs dont la 
finale est un e au masculin et un o au féminin : masclo bèutat. 

Par contre, il a dit bierje au7ibo{vierge sauvage) [C. S. 272], 
au lieu de bierjo^ sans doute pour se rapprocher de la forme 
étymologique. 

Il a tiré de auberjo{^QchQ) l'adjectif masculin auberje [C.S.92], 
(couleur de fleur de pêcher), qui nous semble une création et 
pour la forme et pour le sens. 

Quelques autres mots ont une forme rare ou peu explicable. 
Citons : 

i4Mze/Ae (auditeur) [C, S. 192]. Ce mot, peu explicable pho- 
nétiquement, se présente dans un passage de sens douteux. 
Auzelhé, dérivé rf'aw^ï (écouter), ne peut signifier qu'«auditeur». 
Or, on ne peut, dans notre passage, lui conserver ce sens 
qu'en donnant à brico, qui le précè le, le r^ens de «un peu », 
sens que l'étymologie, sinon l'usage, ne s'oppose pas à ce qu'on 



106 ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 

lui donne, mais qui n'est guère ici appelé par la suite des 
idées. 

Ardei^ecio (hardiesse) [C. S. 186]. M. etV. àonneni ardelecio, 
à côté de ardelous (ardent). Faut-il corriger l'r en /? ou 
admettre que Fourès a tiré arderecio de arderous, qui existe 
(V. B. M.)? Nous préférerions cette deuxième explication. 
Arderecio serait à arderous ce que ardelecio est à ardelous. 

Allegrarzit [bfsatge) = {y\sa.ge) plein d'allégresse (C. S. 118.) 
offre un /■ inexplicable. Il faut peut-être corriger en alfegrazit 
{allegrezit existe en Limousin. B.M.) ; peut-être (et nous pré- 
férerions cette correction) en allegranzit du substantif alle- 
granso . 



III. 

Mots du langage courant employés dans un sens peu habituel 

Un procédé, très légitime, dont s'est servi Fourès pour 
enrichir sa langue a été de prendre les mots du langage usuel 
dans un sens légèrement différent de celui qu'ils ontd'ordinaire, 
tantôt en remontant au sens primitif par delà le sens dérivé, 
quand celui-ci a survécu à son aîné, tantôt en employant au 
sens figuré des mots qui n'ont que le sens propre. Nous ne 
relèverons que les exemples les plus intéressants. 

Mais, au préalable, nous voudrions citer ici — faute d'un 
endroit plus convenable — un certain nombre de mots dont 
Fourès n'a certainement pas altéré le sens habituel, mais qui 
ont chez lui un sens assez curieux pour mériter d'être signalés . 
On remarquera que certains ont un sens directement opposé à 
celui qu'ils ont dans les dialectes voisins. 

Acowa = donner du cœur. — Sens habituel : zr ôter la 
force B.(ASt-Paul(Ariège), s'acowran: perdre tout son sang). 

Assoula = raffermir, consolider. — Sens habituel : = pré- 
parer une aire. B *. 

Aiguièro = aiguière. — Sens habituel : = ruisseau. 

* Dans certains endroits s'assoula signifie tomber par terre. 



ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 107 

Balandran = glas, sonnerie funèbre. — Sens habituel : = 
balancement. V. 

Barho-blanc = sorte de gros nuage. — Sens habituel : =r 
1°) barbon ; — 2°) jeune caille. M. 

Baira = avoir des couleurs changeantes. — Sens habituel : 
= commencer de mûfir(en parlant de fruits). 

Campanal = carillon. — Sens habituel : = 1") porche 
d'église ; — 2°) clocher. 

Canaulo = clarine des vaches.— Sens habituel : :^ 1") sorte 
d'échaudé. V. B ; — 2°) sorte de collier. M . 

Canilhat =r perce-bois (chenille). — Sens habituel : = les 
chenilles en général. M. 

Canouna =r mettre la tige (blé, etc.). — Sens habituel : = 
faire des canons à une coiffe. V. 

Can{arèlo= appeau. — Sens habituel : = 1") qui fait profes- 
sion de chanter, qui aime à chanter. B ; — 2») qui est agréable, 
facile à chanter. V. (adjectif). 

Coto = queue de gouvernail. — Sens habituel : = cale 
pour arrêter les roues. 

Desafouat = qui a perdu le morfil (lame).— Sens habituel : 
= P) dont le feu est éteint; — 2°) qui a perdu son entrain. 

Desasourgat =: désaltéré. — Sens habituel : ^ privé d'eau, 
séché, tari. B. 

Escoiirro= rouleau portant la meule. — Sens habituel : = 
1°) rigole, — 2") courant d'eau entre deux bancs de sable'. M. 

Estriba = se serrer contre le timon de la charrue. — Sens 
habituel : = 1°) soutenir. B ; — 2°) mettre ou avoir le pied à 
rétrier. M. 

Fâchai = batitures, éclats de fer sous le marteau. — Sens 
habituel : m 1"; torchon ; — 2°) importun. M. 

Fihla = fouetter. (G. S. 210). — Sens habituel : = 1°) cour- 
ber (transitif), ou 2°) se courber, fléchir (intr.). 

Grumilhou =: goutte de sueur. — Sens habituel : = larme . B. 

Merilho-zz merveille. — Sens habituel : = sorte de raisin 
(Jasmin). A Toulouse, merilhou = lentille. 

Naissent = surgeon. — Sens habituel : :zz source nais- 
sante. B. 

1 Rapprochons cependant le verbe escourra, soutenir (Jasmin). 



108 ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 

Pugneire m épinoche. — Sens habituel : = celui ou celle 
qui pique (adjectif). M. 

Rampoino = convalescence. — Sens habituel : = 1") rechute 
(dans une maladie) ; 2°) discussion. P. 

Beume = râle. — Sens habituel : z= 1°) rhume; 2") chassie 
des yeux. M. 

Sounsi ■= user.^ — Sens habituel : =: 1°) fouler, tasser; 2°) 
combler. P.; 3°) battre. P.; 4°) gémir. B. 

Teroun = essor. — Sens habituel : = source jaillissante. 

Trelima = peiner, travailler. — Sens habituel : -= s'im- 
patienter, sens que donne aussi Fourès. 

Tî'elus = vif éclat (la luno es al trelus). — Sens habituel : 
zr faible clarté, jour vu par transparence. 

Trescamba = vaciller comme un homme ivre. — Sens habi- 
tuel : = courir très vite. [Pot pas trescamba = il ne peut pas 
mettre un pied devant l'autre, en parlant d'un homme ivre). 

Avant de donner la liste des mots dont Fourès a renouvelé 
le sens en le modifiant légèrement, nous tenons à signaler ceux 
qu'il a empruntés à l'argot et auxquels il n'a pas craint de 
donner droit de cité dans ses pièces, dans celles mêmes qui 
sont loin d'être du ton familier. Nous passons condamnation 
sur le mot brama (pleurer) [M. S. 100], que le poète emploie 
au sens transitif. Ce verbe qui signifie proprement « braire», 
ne s'applique aux personnes que lorsqu'oaveutleur faire injure. 
Mais il est trop expressif et trop bien amené au surplus pour 
que nous songions à élever la moindre critique. Nous ne pou- 
vons pas avoir la même indulgence pour les mots : coujo 
(citrouille) au sens de u crâae », desclusca (écosser des 
fèves etc.) au sens de ufrapper à la tête », gwè/' (cuir, peau) au 
sensde «vie», 7'usco (écorce) au sens de apeau», enfin lugres et 
toucho, mots des plus trivials qui signifient «jeux» et «mine». 
Nous ne pouvons non plus, pour le dire en passant, nous empê- 
cher de trouver peu heureuse l'expression de pouesw grandasso 
au sens de a poésie épique». Le suffixe augmentatif as a un 
sens péjoratif si nettement accentué qu'il déprécie, bien loin 
de le relever, le sens des mots auxquels on l'ajoute. 

Donnons maintenant la liste des mois à sens détourné : les 
remarques précédentes nous ont permis de l'alléger un peu. 



ÉTUDE SUll LA LANGUE DE FOURÈS 109 

A ùia zz: mettre en fuite, disperser [C. S. 100] au lieu de 
mettre en train, lancer (une roue, par ex.). 

Abranda (s') = devenir rouge comme la braise, en parlant 
d'un fruit qui mûrit (M. S. 204) au lieu de s'embraser. 

Abrasa = embraser [G. 142] au lieu de souder. 

Agit [binot) = facile (à boire) [G. 136] en parlant du vin. 
Cet adjectif a deux sens : 1) un sens actif : adroit, agile; 
2) un sens passif : commode, aisé. C'est dans le sens passif 
que Fourès le |)rend ici, avec une nusinoe prégtimite qui n'est 
pas habituelle, mais que l'esprit saisit sans peine toutefois, et 
qui est peut être en usage dans le Lauraguais. Cf. esclots agits 
= sabots faciles, aisés (à porter). 

Anaira (s') = s'élever dans les airs. Sens habituel zz se 
secouer, réagir contre le mal (en parlant d'un malade). 

Aram zr airain (C. S. 330). Le sens habituel est fil d'archal 
ou de laiton, et quelquefois fil defer. B. 

Aterrat = tombé à terre. Ce verbe n'a plus que le seus 
figuré comme en français. 

Airissa{s') =zse dresser sur ses pieds, se mettre debout (sens 
dérivé de celui de se hérisser). Le sens actuel le plus fréquent 
est celui de « se disputer violemment » . 

Barratz^ rajé (en parlant d'une étoffe) au lieu de : fermé avec 
des barres, enfermé. 

Belet = rajon (de soleil) au lieu de : éclair. 

Boulatum = volée d'oiseaux. Sens habituel : les volatiles en 
général, l'ensemble des volatiles, (d'une ferme par ex.). 

Bourdon = vers (poésie) au lieu de rehaut d'église, refrain 
liturgique. 

Cap = chef, guide au lieu de ((tête». 

Cansadoiamo) =(ârae) triste au lieu de : fatiguée, harassée. 

Caro = visage (G. 46), sans nuance péjorative au lieu de : 
mine renfrognée Ifa la caro). 

Couberlo nr pont de vaisseau au lieu de : couverture de lit. 

Crariiizit = brûlé au lieu de ; cramoisi (cf. creinezinozn poire 
d'été d'un rouge vif. B.) 

Croutou = fiente, guano (coUectit) au lieu de : petite crotte. 

Doulenl = triste, dolent, qui se plaint. C'est un retour au 
sens archaïque (se dole = se plaindre). 



110 ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 

L'adjectif rfoM/en^ n'a plus dans nos régions que le sens de 
douloureux (au physique) ou de espiègle, vicieux, mauvais. 

Degoiilhat = séparé en plusieurs tronçons (en parlant d'un 
peuple au lieu de luxé (articulation);cliez Goudelin = dévorer. 

Se desasupi z= sortir (par ex. se desasupi de soun oustal) au 
lieu de : s'éveiller. 

Descahel/iat :=z échevelé (en p triant du vent) au lieu de : 
écimé (en parlant des arbres). 

Desfardo^ dépouille mortelle au lieu de : vêtements enlevés 
du corps. 

Enfiala = prendre dans un filet (ou attendrait enfialatd) au 
lieu de : enfiler (une aiguille par ex ). 

Emhejant = digne d'envie, alléchant au lieu de : envieux, 
qui envie. 

Embrimat= venimeux, plein de venin (en parlant d'un 
serpent) au lieu de : qui a reçu du venin à la suite d'une morsure- 

Endegnatzz. meurtri (en parlant du cœur) au lieu de : enve- 
nimé (en parlant d'un mal qui suppure). 

Englanda (s')=s'engloutir, s'effondrer au lieu de : se meurtrir, 
s'assommer. (Ex.: s'englanda les dits.) 

Enlugra = aveugler (par suite d'interposition d'un objet 
opaque entre l'œil et la lumière). (Ex.: cette épaisse voilette 
t'aveugle) au lieu d'aveugler au sens d'éblouir. V. Paraît 
forgé. 

Enrouza ^s')=se teindre en rose au lieu de s'habiller de rose, 
sens rare du reste. (Le sens habituel est : se couvrir de roséej, 

Escalpra = sculpter au lieu de entailler le bois avec l'es- 
calpre (bédane des charpentiers). 

Escapoul = ébauche au lieu de : billot, tronc brut. 

Escarralnlha (s')=s'ouvrir (en parlant des fleurs) au lieude : 
s'évertuer, se démener (personnes). 

Esperta (s') = se dresser au lieu de : se réveiller. 

^s^ué?' rz mal fait, de travers au lieu de : effrayant, peu sûr 
(en parlant d'un lieu). Le sens archaïque de ce mot est : gauche. 

Estirat = grandi (par ex. grandi dans la débauche). Le 
réfléchi seul a le sens de grandir. Le passif dans ce sens est 
un peu forcé. 

Padet = feu follet substantif au lieu du sens adjectif = 
léger, frivole (diminutif de fat). 



ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 111 

Falquetn = prendre, saisir (comme un faucon) au lieu de 
chasser au faucon. 

Grattât ~ griffé (G. 46) au lieu de : labouré. 

Gourg = gorge (de montagne) (C. S. 12) au lieu de grand 
trou plein d'eau. 

Gandi [se) = sortir (du bain) au lieu de : se préserver, échap- 
per à (avec l'idée de danger évité). 

Ibersenc {l')= le Nord au lieu de : la chose d'hiver, qui naît, 
pousse ou se montre en hiver. 

Jas=^ race, souche, au lieu de : gîte. 

Mage, majo = grand, grande au lieu de : plus grand, plus 
grande (comparatif). 

Marna r= recevoir un fleuve (en parlant d'un autre fleuve) 
au lieu de : boire involontairement (à la baignade par ex.). 

Ou7nbrenc{r)=\e Nord a.u lieu de: la chose sombre, ombragée. 

Pacan = citoyen libre au lieu de : paysan, rustre, vaurien. 

Palet =1 dolmen au lieu de : galet plat et rond (pour jouer 
au bouchon par ex.). 

Pairolo = chaudière de machine à vapeur au lieu de : gros 
chaudron. 

Peirado^i chaussée, chemin au lieu de : tas de pierres. Les 
deux sens sont du reste très voisins. 

Rameja = faire remuer le feuillage au|lieu de : cueillir les 
jeunes pousses. 

Rai =: rayon de soleil, au lieu de : rayon de roue. 

fta/a=rayonner, étinceler au lieu de : rayer, faire des raies. 

Rega= faire des raies sur une étoffe {raya] au lieu de : faire 
des raies (en creux) sur un corps dur. 

Siètl := siège, assiègement au lieu de : siège, chaise. Exten- 
sion de sens légitime et peut-être ancienne. 

Tièro = famille au lieu de : rangée, enfilade (de vignes 
notamment). 

IV. 
Mots formés a l'aide de suffixes ou de préfixes. 

Fourès, qui connaissait toutes les ressources de sa langue 
maternelle, eu connaissait tous les procédés d'enrichissement. 
11 avait remarqué avec quelle facilité, à l'aide de certains suf- 



112 ÉTUDE SUR LA LANGUE DEÎOURÈS 

fixes OU préfixes, le peuple crée des mots nouveaux : il sut 
profiter de cet avantage. Le détail seul est ici intéressant. 
Etudions donc Tun après l'autre les suffixes de dérivation. 



I. Substantifs dérivés 

Suffixe — at. — Eissarnat =: un essaim tout entier, (cf. un 
teulat (une toiture), tin bentrat (une ven- 
trée) vji pugnnt (une poignée). 
Suffixe — ado. — Dérivé de substantif: à bntalhados ^^k tonte 
volée (de batalh = battant de cloche). 
Dérivés de verbes : firassejadoz^ grand geste 
des bras (de brasseju); 
Ensannado = ensanglan- 

tement (de ensanna); 
Fendasclado = crevasse 
[se fendascla = se cre- 
vasser;; 
Lougado = maison (de 
louga = louer). 
Suffixe — adis. — Baralliadis = tapage \àQ barallia-=tdAve du 
tapage) ; 
Estenalhadis = tenaillement (de estenalha= 

tenailler); 
Mourmouladis = murmure (de mourmouln=^ 
murmurer) . 
Suffixe — adi'sso. — Sounndtsso = sonnerie (de soima = sonner). 
Suffixe — al. — Bascaial = éclat de rire (de bascala = rire 
aux éclats); 
Carbenal= roselière (de crtr/»eno^= roseau); 
Endebinal=i'm\gme (de endebina= deviner); 
Sarrat^= serrement (de sarra = serrer). 
Suffixe — anso. — Allegranso = allégresse (de allegro) cf. 

remenibranso (de remembra). 
Suffixe — ard. — Auzelard = gros oiseau (de auzèl). 

Citons ici le diminutif (alpari = petite taupe (de talpard = 
grosse taupe). 

Suffixe —arèlo. — Bairarèlo = petite barque (de barco); 
Micarèlo t= miette (de mico = mie); 



ÉTUDE oUR LA LANGUE DE FOURÈS 113 

Sounarèlo = sommeil (lie .son = sommeil); 
Toumbarèlo = disposition à tomber ( de 
ioumba) 
Suffixe — as. — Aclas z= gros aigle (de aclo^ aigle); 

/Jentalhas =z gros éventail (de bentalli = éven- 
tail); 
Capas = grosse tête (de cap — tête); 
Fauras — forgeron sans idée péjorative (de 

faure = forgeron); 
Liounas = grand lion (de lioun = lion); 
Mari'as = bélier (de marre = bélier); 
Mourras = gros museau ('de mo^lr = museau); 
Trouncas := gros tronc (de trounc =^ tronc); 
Suffixe — asso. — Fournasxo = fournaise ; 

Cintasso (de cinto =: ceinture); 
Ancrasso [de ancro = ancre) ; 
Balhadasso = grosse fosse (de balhat = fossé, 
où Ih est peu explicable phonétique- 
ment); 
Couqidlhassos = coquillages. 
Suffixe — aire. — Absintaire ^= buveur d'absinthe (M. S. 134); 
Agranaire = ^reneuv de grains, ivrogne*; 
Assoiistaire =■ protecteur (de assousta = 

assister); 
Aimnire = aimeur (de aima = aimer); 
Bermenaire = chercheur de vers (cf. se 

bermena = se remplir de vers); 
Counqnistaire=conquéva.nt (de counquista= 

conquérir); 
Crentaire •^= qui craint (de cren^fl=craindre); 
Goubernaire=^ gouverneur (de gouberna = 

gouverner); 
Emperaire ^ empereur (C. S. 332) par subs- 
titution du suffixe patois - aire au suffixe 
français — eur. 
Suffixe — dou. 

1 Remarquer le sens opposé du verbe agrana = ]etev des grains, 
etc., ou des vers, pour attirer le poisson. 

8 



114 ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 

A)Suffixe — adou. — Dérivés de verbes de la l''" conjugaison: 

Troutadou = trottoir (de troufa = trotter), 

l'endroit où Ton trotte; 
Tustadou = heurtoir (de tusta = heurter), 

ce qui sert à heurter. 
Penchenadou = peignoir (de penchena = 
peigner). D'après les deux exemples pré- 
cédents, on voit que ce mot peut aussi 
bien signifier l'endroit où Ton se peigne, 
que la chose dont on se sert quand on se 
peigne. C'est dans ce dernier sens que 
le poète l'emploie. 
Poulsadou = respiration (G. 70) ne peut 
signifier que l'organe de la respiration (de 
poulsa = respirer). Ce dernier sens est du 
reste le seul que donne Visner. 
B)Suffixe — idou. — Dérivés de verbes de la 2® conjugaison : 

Proubezidou = proviseur (de proubezi = 

pourvoir); 
Bincendou — vainqueur. 
Fourès a-t-il formé ce mot d'après l'analogie du nom propre 
Bincens (Vincent)? ou d'après celle du participe latin : vincen- 
dust mais ce dernier a le sens passif. 

Ajoutons haledou (de haie = valoir) qui est employé par 
Fourès comme adjectif (valeureux). 

Suffixe — enso. — Agidenso = aisance (de agit, ido:=: aisé, ée). 
/iegaudissenso = réjouissance (de se regaudi 

= se réjouir); 

Memourenso = souvenir. On attendrait soit 

membranso (forme populaire de membra), 

soit ïïiemouranso (formation savante), 

puisque le verbe est de la l''^ conjugaison. 

Le suffixe — enso est dû sans doute à 

l'analogie de soubenenso, qui est régulier. 

Suffixe •— esso. — Ai'didesso = hardiesse [de ardi(,ido ^^ha,rdi]; 

Embriaiguesso = ivresse (de embriaic, aigo 

= ivre); 
)5'/ï:w^esso = enfance (de efant^= enfant); 
Lingesso = sveltesse (de linge = mince); 



ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 115 

Liounesso = lionne; outre qu'il paraît bizarre 
à côté de la forme si connue de liouno, 
ce mot est irrégulièrement tiré du subs- 
tantif lioun; Fourès s'est autorisé pour le 
créer de l'analogie de tiyresso. 
Suffixe — et. — Bhadjet = Tpeiii visage; 

B ourdounet = petit vers (de bourdon). 

Dinset = petit dieu (diuel, chez Goudelin); 

Filhoulet = petit-filleul (de filhol ^= filleul); 

Mountet = petit mont; 

Raijet ■= petit rayon. 
Suffixe — eto. — Ameto r= petite âme. 

Calourelo — faible chaleur, tiédeur; 

Merilheto = petite merveille ; 

Oub7'eto = petite oeuvre ; 

Pamparuguelo = |)etite perruque ; 

Tampeto = petite porte (de tampo = porte, 
volet); 

Trembleto ^= petit tremblement (de trembla), 
par l'intermédiaire d'un mot treinblo, qui 
a existé ou existe peut-être au sens de 
tremblement. 
Suffixe — ido. — Druzido ^ bourdonnement (de bruzi = 
bourdonner). 

Ansidos {las) (G. lG6)=les ouïes (??). 
Suffixe — iè. — A). Noms d'êtres animés (agents) : 

Cliabaliè = chevalier (de chabat); 

Carrassiè= charrieur(de carras, gvand char); 

Pabouniè = gardeur de paons (de pabou = 
paon); 

Malfattiè =■. malfaiteur. Très régulièrement 
reformé. (Cf. s'en ana à la malofaito). 

B). Noms de choses (lieu) : 

lia(juie ^ coffret à bagues ; 

Palounibiè = colombier (de paloumbo); 

Pownariè = verger. Paraît bien être savant 
et tiré du latin : poniarium. 
Suffixe — ièro. — liessièro = champ de vesces (de besso = 
vesce); 



116 ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURES 

h'anjièro = bois d'orangers (de iranje = 
orange); 

Miriièro = mine. Est-ce parce qu'il y a plu- 
sieurs mines dans une exploitation minière 
que Fourès a employé ce collectif? 

Les mots bermenièro (verminière), beyrièro 
(verrière), lagremfero (larmier du cerf), 
sont les mots français habillés à la laura- 
guaise. Nous étudierons plus loin cette 
reformation de mots. 
Suffixe — «7//. — Bestilh{le)= Tinfiniment petit (M. S. 160); 

Sauniilli = petit ânon. Cf. en toulousain : 
hiturril (de bourro)\ — courdil (de cordo), 
et les noms propres Annil^ Ft'ançounil, etc. 
Suffixe — ino . — Escurino = obscurité (de escur^ obscur). 
On trouve aussi la forme escurezino ; 

Oumbrino = ombre (de ownbro). 
Suffixe — iso . — Belîso =■ embellissement, parure (de bel ^= 
beau); 

Salbatjiso = sauvagerie (de salbatje = 
sauvage). 
Suffise — men. — A). Dérivés de verbes de la P*^ conjugaison : 

Airissomen = hérissement (de airissa = 
hérisser); 

Baisomen =^ baiser (de baisa = baiser); 

Castiomen = châtiraent(de caslia = châtier); 

E sparrabiasonien = é[)di,vpi\lement (de espar- 
rabissa = éparpiller); 

Estelomen = étoilement (de estela= étoiler); 

Fusomen = essor (de fusa = partir comme 
une fusée); 

Lizomen = glissement (de lïza = glisser); 

OMn(/romen = ornement (de oundra = orner); 

Raugnomen = grognement (de raugna = 
grogner); 

Heinoulinomen = tournoiement (de remoulina 
= tournoyer); 

Begrilhomen = renouveau, renaissance 
(de regrilha = reverdir); 



ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 117 

CJflomen^= gonflement (de ufln — enfler). 
B). Dérivés de verbes de la 2^ conjugaison : 
Abalimen = effondrement (de s'abali ^^ 

s'effondrer); 
Aplaudimen =. applaudissement (de aplaudi 

= applaudir); 
Enluzimen = clarté (de enluzi = faire 

briller); 
Esplandimen z= é[)anouissement (de esplandi 

= étaler); 
Fugimen = fuite (de fugi = fuir); 
Frezimen = frisson (de frezi ■=. frémir); 
Nouinmen = nourriture (de nouiri = 

nourrir) ; 
Trefouzimen = tressaillement (de trefouzi 

= tressaillir). 
Suffixe ~ ou. — Aciou et Aylou = petit aigle (de acle et 
(latin — onem) aussi agio). 

Loubatou =^ louveteau (de loubat = gros 

loup). 
M/'/scoM = petit masque (de ?/iasco = masque); 
Merilhou =^ petite merveille (de met^lho = 

merveille); 
Pendoun = pennon (drapeau), (G. 142) ^de 

pe7idre); 
Bourdicou = petite bordo (métairie). Le 

suffixe — icou a dû être emprunté à des 

diminutifs de mots en — ico, tels par 

exemple que bourricou (de bourrico = 

bourrique). 
Suffixe — ou. — Rouzentou ■=■ chaleur brûlante (de rouzent 

(latin — orem) = incandescent). 
Suffixe — um. — falbrum = les arbres en général (B. donne 

alhrun = aubier) (de albre); 
Le balum = la force, Fardeur (de ba/e = 

valoir); 
Le lelrum = les lettres en général (de letro 

= lettre). 
Suffixe — wo. — Bestiduro = vêtements (de besti = vêtir); 



118 ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 

Emboucaduro = embouchure (de embouca 

= emboucher); 
Parladuro = parler, façon de parler (de 

parla =^ parler); 
Jenduro = tenture, a été reforgée d'après 

le français *, 

Il nous faut citer ici, la liste des substantifs formés à l'aide 
de suffixes étant épuisée, un certain nombre de noms qui no 
sont que le radical verbal pur, sans l'addition d'aucun suffixe. 
Cette formation est bien connue du français: cf. départ, retard, 
écart, renfort, port (et ses composés a[)porL, etc.). 

L'œuvre de Fourès présente les mots suivants : 

I. Masculins. — Buf= souffle (de bufa = souffler); 

Chapot = hourhier {de chapouta= barboter); 
Clous .^— plainte (de cloussi = gémir); 
Desbord = débordement (de desbowda = 

déborder); 
/^/flm^e = incendie (de /?am 6a = flamber); 
, Pertrat = portrait (de perlraire (v. 1.) = 

faire le portrait); 
Record =1 souvenir (de se recourda (v. 1.) = 

se souvenir); 
Respir = souffle (de respi?'a = respirer); 
Truch = travail (de trucha = faire un 

travail pénible); 
(Jscle = hâle (de uscla = 1° éblouir ; — 

2" hâler). 

II. Féminins. — Engano = tromperie (de engana = trom- 
per, duper); 
Perturba = perturbation (de perturba (mot 

savant) = troubler); 
Tanco = barrière (de tança = fermer); 

1 Citons à part le substantif groumandèu (G. 90), gourmand. Ce mot 
présente sans doute le suffixe — eu, qu'où retrouve dans harbeu, 
carrèu, drapèu, etc., et autres mots calqués sur le français. Nous 
n'osons affirmer toutefois que Fourès l'a forgé. 



ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 119 

Trobo = imagination (de trouba = imagi- 
ner). 

Les deux mots aisspjo (envie) et manejo ;manie, folie) 
[M. S. 186] nous paraissent se rattacher à la catégorie précé- 
dente. Ils doivent vraisemblablement remonter, Tun à aisseja 
(haïr), tiré du vieux mot ais ou aisse (ennui, tristesse); l'autre 
à maneja (manier, remuer). Mais si le sens du premier ne 
répugne pas à cette dérivation, celui du second, en revanche, 
s'y oppose absolument. Il n'y a aucun rapport pour le sens 
entre : manie (folie) et manier (remuer avec la main). Fourès 
leur aurait-il, par inadvertance, trouvé un lien de parenté ? 

II. Adjectifs dérivés 

Suffixe — able. — Z)e.sa^rarfa6/e=désagréable (de desagrada = 

déplaire); 
Espantable = épouvantable (de espanta = 

épouvanter); 
Estounable=zsanprensint (de es touna=: éton- 
ner); 
Mirable ■^= admirable (de mi7'a = admirer); 
Suffixe — adis. — Boulefjadis^remn&nt (de boulego=vemuev). 
Suffixe — al. — Gî'yrtn^a/ = gigantesque (de ^(9an^ = géant); 
A/own(//a/ = du monde (demounde = monde); 
Patrial = de la patrie (de pati^io ■=■ patrie); 
P()urpowal^= couleur de pourpre (de pour- 

pouro = pourpre); 
(7man«/ = humain (de aman, mot français 

à suffixe retouché qu'on trouve aussi chez 

Fourès); 
Suffixe — el, èlo.— 1°) Dérivés de verbes : 

Bressarèlo ^= berceuse (de bressa = bercer); 
Tindarèl = tintant (de tinda = sonner); 
Encantarèlo = enchanteresse (de encanta= 

charmer). 
2") Dérivés d'adjectifs : 
Rougel, èlo=^ rouge (cf. roussel, èlo, de roux, 

550); 



120 ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 

Clarmel, èlo =: clair (de cla7\ par Tinter - 
médiaire du diminutif clan', ino). 
Sufûxe-enc^enco — Auzelenc ^= frétillant comme l'oiseau (de 
auzèl); 
Azurenc = azuré (de azur); 
Bestialenc = bestial (de bestial = bétail); 
Bimounenc = souple comme rosier(deéimoM 

= osier); 
Divenc = divin (du thème div — ) par subs- 
titution de suffixe {■ — enc au lieu de i, ino)\ 
Ibersenc (/')= le Nord (de ibèr = hiver); 
Niboulenc = nuageux (de niboul = nuage). 
Ce suffixe a paru si vivant à Fourès qu'il a cru pouvoir 
l'ajouter à des noms propres. Il dit par exemple : cicloupenc 
(cyclopéen), courbiérenc (des Corbières), fouissenc {(nxéen), 
iounenc {iomeii), /j^ranenc (pyrénéen), sisyfenc (de sisjphe). Il 
nous semble à nous plutôt archaïque : les mots où il s'est 
conservé sont assez rares. 
Suffixe — et. — Bermelhet = vevmeïWet; 

Cabifoulet = fou (de cabifol. V. B.); 
Embriaigiiet = un peu ivre (de embriaic = 

ivre): 
Maurelet =^ brun (de 7naurèl= brun comme 
un maure); 
Pour frescoulet (frais), c'est le suffixe — oulet qui a été ajouté. 
L'analogie a dû partir d'un adjectif en — ol (cî.piroletpiroiikt, 
cabifol et cabifoulet. 

Suffixe — iè. — Grouliè (le pè gr.) = (le pied) en savate (de 
groulo =^ savate); 
Lar^assz(î= généreux (de largas, augmen- 
tatif de large)', 
Paziè=fa.\ovs,h\e à la paix (de /)a^s = paix); 
Poutouniè = qui donne et reçoit des baisers 
(de poutou = baiser). 
Suffixe — ieu. — Uoumbrieu = la chose ombragée, l'ombre 
(de oumbro = ombre); 
Planhieu = plaintif (de planh (archaïque)= 
plainte). 
Suffixe — in. — Iborin = d'ivoire (de ibori (ivoire) reforgé 



ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 121 

d'après l'analogie des mots comme Pur- 
(jalori); 
Diamanfin = de diamant. On eût désiré un 
suffixe en — z, — ino. cf. bezi, couqui, etc. 
On sait que Ronsard et son école avaient essayé de redonner 
à ce suffixe en français une nouvelle vie. 
Suffixe — ous. — Aissejous = envieux (de aissejo = envie). 
Azifous = haïssable (de azir = haine); 
Baudous = hardi (de baud (vieux mot) =vif, 

hardi, enjoué); 
^s/vefac/oMS:^ superbe (de espetacle= spec- 
tacle); 
Garbous =galbeux (de ^ari6e:^adresse, gen- 
tillesse. M. (marseillais); 
J/éT^Y/îows = merveilleux (de mei'illio = mer- 
veille); 
lioucous = rocheux (de 7'oc]; 
Souloumbrous = ombreux (de souloumbra= 
ombrager, mot provençal) 
Ajoutons les mots savants : merabilhous (merveilleux) qui 
paraît avoir été créé d'après l'analogie de l'espagnol maravilla, 
et baierons, qui semble un calque du français u valeureux » 

Nous n'avons pu nous expliquer d'une façon satisfaisante 
la formation des mots : artilhous (artificieux), (jvadalous (allé- 
chant, qui plaît), et moulinous (mou, mollasse) . 
Suffixe — ut. — Alut = ailé (de alo); 

Boumbut :=: bombé (de boumbo = bombe); 

Courbut (de courbe., o r= courbe). 

Gnarrut = renfrogné (de gnarrn =z mine 

renfrognée); 
Nerbiut = nerveux (de nèrbi = nerf). 
Ajoutons un dérivé d'adjectif : coumoulutz=[)\Q[n (de couinout 
= même sens). 

III. Verbes dérivés 

1°) Dérivés directs, c'est-à-dire sans addition de préfixes ni 
de suffixe. 

A. Dérivés de substantifs : 



122 ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 

Alerta = tenir en alerte ; — albrat = couvert d'arbres ; — 
belat = voilé ; — baudufat = qui a la forme de la toupie [bau- 
dufo); — boutioula zi: former des boutons [boutiolo] ; — courat 
= évasé en forme de cœur; — crambat = divisé en chambres 
[crambo)\ — ilmouina = faire l'aumône (de l'imouino); — frutat 
= plein de fi'uit (d'après l'analogie de flourat = couvert de 
fleurs). 

Marsa = ()Ousser, croître en mars (de ma^'s] [M. S., 86]; 

Mouiiarca = régner {de tnounarco^ mot calqué sur le fran- 
çais); 

Perpelha r= faire aller les cils (de perpelh = paupière). On 
attendrait le fréquentatif /jer/je/Z^e/a. 

Sarlra rz: repriser (une étoffe) (de sartre = tailleur); 

Uelhat = couvert d'jeux, ocellé (de uelh zzz œil). 

Citons enfin bato cuga{de bato-cugo^ihergeronnetie)=fa.\re 
aller la queue comme la bergeronnette. 

B. Dérivé d'adjectifs : 

Gayant = réjouissant (de gay =gai, réjoui); 

C. Dérivé d'onomatopées : 

C hic hila :^fa,ire chi-chi-chi (en parlant des oiseaux); 
Chieuta = piauler (G. 120). 
2'') Dérivés à l'aide de préfixes : 
Préfixe a — A. Dérivés de substantifs : 

Assoura [s'] = se faire la sœur de (de sor) 

[s'afraira (de fraire = frère) existe); 
Acoura = donner du cœur (de coi') ; 
Ayoressan: serrer, tasser (de p?'esso=presse); 
Agruna (s') = se réunir (de ^rM = grain). Le 

contraire est degruna. 
Acela = recevoir d'en haut (de cel =■ ciel) 

(M. S., 260); 
Ateulit = devenu dur comme une tuile (de 

tetilo = tuile); 
Atroupela (s') =z s'attrouper (de troupel = 

troupeau); 
Afoundi (s')i=aller au fond (de founs =fond); 
B). Dérivés d'adjectifs ou de participes : 

Abalenla 3= rendre vaillant (de baient = 
vaillant); 



ETUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 123 

An'izc'nta{s') i= devenir riant (de rizenl = 

riant) ; 
Alanguienti (s') r= s'alanguir (de languient 

(forme archaïque pour languissent ) =z 

languissant. 
Préfixe de — Demezoulha = ôter la moelle [mezoïilh zz. 

moelle); 
Descarrassa = émotter {carras = motte de 

terre): 
Desselba = déboiser [selho =: forêt). 
Deseltela (se)z:z. perdre ses étoiles (C.S.,208); 
Desempan/ena = ôter du filet {panteno = 

nlet à [)oche. B. — Cf. mio panlo de rirezz 

une ventrée de rire). 
Préfixe em — 1°) Dérivés de substantifs : 

Einbelugat. m enveloppé d'étincelles, de 

bluettes (de belugo zz. étincelle); 
Emmitenat = ganté de mitaines (de mitèno 

calqué sur le français); 
Embabarilha = éblouir, mettre dans l'état 

d'une personne à qui les yeux « fan ha- 

barilhos » ; 
Empantena= mettre dans un filet [àe panteno 

= sorte de filet); 
Empalanquit = porté sur le pavois (de 

palanco =r planche à passer un ruisseau); 
Emparadisanto [albo] = (aube) céleste, 

rayonnante (de paradis); 
Empapierat zz couvert de papier (de papiè); 
Empourpoura {$') = s'empourprer (de /^owr- 

pohro^ mot savant); 
Encatela = mettre en écheveau (de catel = 

écheveau); 
Engaiaa mettre dans la gaîne (de gaïno = 

gaîne); 
Ennebat zz couvert de neige (de nebo = 

neige); 
Entahinat zz ennuyé (de tahino =■ souci, 

profond ennui). 



124 ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 

2*) Dérivés d'adjectifs : 

Enjoubenit = rajeuni (de joube =; jeune); 

Emmudi =z rendre muet (de mut = muet); 

Enrouzenlit = devenu incandescent (de rou- 

zenl = incandescent). 

Préfixe es — Espelsat = échevelé (de pelses = cheveux). 

Préfixe m — Indoundat =. indompté (et indoundable) de 

dounda = dompter. 
Préfixe re — Rejiscla = retentir (de jiscla = pousser des 
cris aigus et perçants); 
liecounquista = reconquérir (de counquista 

= conquérir); 
Regaudi (se) = se réjouir (de se gaudi. B. 

(béarnais) = se réjouir); 
liegaudina {se)zz: se réjouir (de se gaudina. 

B. V. n: se réjouir); 
Respeli [se] := éclore de nouveau (de s\speli 
r= éclore). 
3") Dérivés à l'aide de suffixes : 
Suffixe — eja. — C'est le seul que nous ayons rencontré : 

A). Dérivés de substantifs : 

C/asse'/a=sonnerleglas(/(?s c/asses = leglas); 
Cugeja = faire aller la queue {cugo); 
Foulzeja = foudroyer, frapper de la foudre 

(fou/ze) ; 
Fuilheja zn feuilleter [fulh = feuille) ; 
Mourmouleja = murmurer (de mourmoul rr 

murmure M.); 
Mourreja = fouir du museau (de mour = 

museau); 
Pifreja r= jouer du fifre (de pifre = fifre). 

B). Dérivés d'adjectifs : 

Rluejant, o = bleuissant (de blu); 
Dureja =: durcir (de dur). 
Les deux suivants sont [)lutôt irréguliers : 
Fousgueja = rendre trouble, violer, a un sens transitif peu 
correct : on s'attendrait au sens « de devenir 
trouble » [fousc =z trouble); 



ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 125 

liauqueja = dire d'une façon rauque, (que le poète emploie 
d'ailleurs au sens transitif), n'était guère 
une création nécessaire. Rauquillieja existe, 
en effet, et a pour lui les formes très usitées 
de rauquilh (enrouement) et rauquithous 
(eni'oué). 

C). Dérivés de verbes: 

Miralheja = miroiter (de miralha = mirer, 
refléter); 

Pai'latt'Jd := parler beaucoup (de pailla, avec 
l'addition d'un t euphonique comme dans 
chichita); 

Tinduurleja zz sonner (de tindourla, venu 
lui-même de tïnda, plus le suffixe légère- 
ment péjoratif — ourla, cf. penjourla de 
penja) ; 

Tindineja zz sonner (de tindina = tinter 
(tintinnare); 

Enfin, vibreja, qui n'est autre que le français 
« vibrer », augmenté de la terminaison 
des verbes fréquentatifs patois. 

D). Dérivés d'onomatopées : 
De même qu'il avait forgé des verbes en donnant à des 
onomatopées les terminaisons verbales, Fourès en a créé en 
ajoutant à des onomatopées le suffixe eja. Citons balinha- 
leja = brimbaler (de ba/in-balan), et pat-pabateja = chanter 
[en parlant de la caille] (de patpabat, cri de la caille). 

IV. Adverbes dérivés 

Africomen = ardemment (de ofric := ardent); 

Doulentomen = en se plaignant (de doutent zz. plaintif (sens 
archaïque); 

Espantaljlomen = épouvantablement (de espantable = épou- 
vantable); 

Fadomen = follement (de fui, fado = fou); 

Paribornen zz pareillement (de pariu^ ibo (pareil), qui semble 
un vieux mot); 



126 ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURES 

Pouderousomen = puissamment (de pouderous =^ puis- 
sant. V.B.); 

Tempestousomen = tempêtueuseraent (de tempestous. B. = 
tempétueux). 



V. Mots composés 

Le patois connaît les mots composés, tout comme le fran- 
çais, et semble même à cet égard plus hardi que lui. Fourès 
en a fait son profit. 

1°) Substantifs : 

A. Substantif et substantif. — Ceux que nous avons relevés 
chez notre poète sont calqués sur le français, et du reste très 
savants. Ce sont: ort-pouesîo =1 jardin-poésie, et lauzeto-poue- 
sïo = alouette-poésie. Ce genre de composés, on le sait, fut 
cher à Victor Hugo, surtout vers la fin de sa carrière. Peut- 
être faut-il ranger ici le mot nouzèl courredou (nœud coulant), 
où le second terme semble bien être le substantif courredou 
(couloir, corridor). 

B. Adjectif et substantif. — Nous n'avons trouvé chez notre 
auteur que le mot mièck-abalimen = presque disparition (tra- 
duction de Fourès) (cf. mièjo-litro = demi-litre), et l'antrièr 
(avant-hier), calqué sur la locution archaïque Cautran (Tan 
passé). 

C. Verbe et substantif. — Cette sorte de composés est aussi 
fréquente qu'en français. Fourès a créé espandis-tramo = 
étale-trame, gardo-erbos = herbier. Quant aux expressions : 
rodo-cantous (rôdeur) et tourmenlo-coumunos (brouillon), elles 
doivent être du langage courant, bien que nous ne les ajons 
trouvées nulle part. 

2°) Adjectifs. — Plaçons ici palle-mort zn pâle comme un 
mort (C.S., 148|, qui est, peut-être composé d'adjectif plus parti- 
cipe, peut-être d'adjectif plus substantif. Nous n'avons relevé 
que deux adjectifs composés de deux adjectifs: ils sont calqués 
sur le français, le langage du peuple ne connaissant [>as ces 
raffinements de nuances. Ce sont : bert-negras =: vert- 



ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURES 127 

noirâtre, et {mar) berdo-hluo zz. (mer) verte-bleue. Nous ne 
parlons pas de hispano-viauresc, qui est, entre tous, un mot 
Siivant, 

3°) Verbes : 

A. Substantif et verbe. — Se graifoundre (se l'ondre, sentir 
sa graisse se fondre^i est de formation très régulière. Rappro- 
chons les expressions bien connues de corfendre =■ fendre le 
cœur, calleba = lever la tête, ou encore captiva = s'éloigner 
du timon de la charrue (nous citons ce dernier à cause du sens 
spécial qu'il a chez Fourès). 

B. Adverbe et verbe. — Nous avons rencontré la forme 
plufazent, — o. C'est le seul exemple que nous connaissions 
de composé avec }>la. Il en existe cependant avec bel [per 
belesUi = pour la montre, {)Our la parade (mot à mot pour 
bien être) et avec mal {malcourat = qui a le cœur triste). 

VI. Autres créations de mots 

Autant et plus que le français, le patois connaît l'emploi de 
l'infinitif comme substantif. Fourès s'en est autorisé pour 
hasarder quelques substantifs nouveaux. Relevons : le boula = 
le vol ; — moun désira = mon désir ; — soun jaupa = son 
aboiement ; — moun pensa = ma pensée ; — le l'elrouni =^ le 
grondement; — le ruyi = le rugissement, etc.. 

Enfin, signalons l'emploi comme substantifs d'onomatopées 
ou d'interjections : le richieuchieu = le richichi (des oiseaux); 
— un ai = un hélas ! — le mè è-è = le bêlement ; — les gui-yuit 
= les gui guits (des hochequeues); — un zi-zim (de bigart) = 
un bourdonnement (de moustique). 

VII. Mots étrangers au dialecte 

Nous classons sous ce titre une assez grande quantité de 
mots que nous crojons inconnus des habitants du Lauraguais. 
Nombre d'entre eux appartiennent à cette langue littéraire, 
aux frontières très larges et à l'âge très douteux, où viennent 
puiser à pleines mains nos auteurs méridionaux lorsque leur 
dialecte ne possède pas le mot dont ils ont besoin. Dans cette 



128 ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURES 

langue, dont on pourra un jour, nous l'espérons, démontrer la 
bigarrure, des mots des siècles passés et depuis longtemps hors 
d'usage sont rappelés à la vie active et trouvent le meilleur 
accueil auprès de leurs cadets du XIX^ siècle ; des mots du 
Limousin voisinentfamilièrement avec des mots de la Provence, 
et lies expressions marseillaises y coudoient fraternellement 
des locutions gasconnes ou béarnaises. 

Nous aurions voulu pouvoir faire le départ entre les mots 
qui appartiennent à cette lau:-''ue si artificielle et si déconcer- 
tante, surtout pour le lecteur qui n'en a pas l'habitude, et ceux 
qui sont vraiment eu usage chez le peuple, en indiquant pour 
ceux-ci leur origine exacte. Nous avons dû y renoncer : ce 
travail, nous semble-t-il, ne pourra être fait de longtemps 
encore et la carte dialectale des parlers méridionaux n'est 
pas près d'être dressée. On peut toutefois avancer que c'est 
dans l'œuvre de iVIistral que Fourès est allé surtout puiser. 

Abadesso ^ abesse. B. 
^^e/a (s') := s'embellir. B. 
Abelh = essaim. M. 
A ieZ/mw = essaim. M. 
AôïV/rt = nourrir de. R, 
Acara (s') zn s'affronter. B. 
Ac/enca (s') = s'incliner. B. R. 
A (jouta (s') = tarir. B. 

A/ado =: air de feu, un peu de chaleur. B. R. 
Alaga = abattre, coucher. B. 
Alussa zz battre brutalement. B. 
Amagestra = instruire. B. 

Amaira = nourrir, réconforter. (St-Paul (A.riège)=allaiter). 
Ancesfious rz ancêtres. B. 
Aplanta (s') = s'arrêter, B. 
A7'iè = sorte de crible. R. 
Arleri zz: fanfaron, extravagant. B. 

Arrounta = lancer une pierre avec force. M. (Pyrénées). 
Astre {de ^cr/) = d'aventure (M. per tal astre). L'expr^^ssion a 
été mal comprise par Fourès : d'astre suffisait. 
Aufega (s') = se pâmer à force de crier. B. R. 
Auzidou zz oreille. B. R. 



ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 129 

Badalhol = bâillon. B. 

Baragno = haie. B. (A Toulouse : barrallio) 

Bnlaga = palpiter. B. 

Bais = baiser. B. 

Belholo = veilleuse. B. 

Bezourdo = buccarde (coquille). M. 

Blnga = sauter. M. 

Biscountour = détour. M. 

BitaUio = victuailles. B. 

Bouche = bouge (de tonneau). M. (Hérault). 

Boulhou = boulet, (M. contre-poids d'une romaine). 

Hourdeja = côtoj'er, border. B. 

Brezilk = gazouillis. B. 

Bribent = courant. M 

Brouit =■ brouet. B. 

Bruelh = taillis. B. 

Cabeladuro = chevelure. B. 

CaAro/ = chevreau. B. 

Cacio = acacia. B. 

Cafowno =:trou. M. (marseillais). 

Calijre = charme (arbre). B. 

Cals = chas d'aiguille. B. 

Caliimel = chalumeau. B. 

Capelli et capelko = cioae d'arbre. M. 

Cascalha=^ gazouiller. B. R. 

Cairou = morceau . R . 

Cezelho = Cécile. M. (Castres). 

Chif= sable. M. (Tarn). 

Clapardo = sonnaille. B. 

Clarou = clarté. B. 

Clina ^= baisser, abaisser. B. 

Colo = troupe. B. P. La forme habituelle est colho, 

Cordouan = de Cordoue. B. 

Coumpeirè = amas de rocs. M. 

Coundreit = en bon ordre. M. (catalan). 

Counquista = conquérir. P. 

Counsumil = passé écou é (temps). B. 

Coup = chapeau haut de forme, R. 

Coural = cordial. V. 

9 



130 ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 

Cousteja = côtoyer. B. R. (Existe en gascon). 
Cros = trou. B. (Existe (gasc.) avec le sens décachette, silo, 
souterrain). 

Crudèl = cruel. B. 
Dagueja =-■ poignarder, V. B. 
Dejousterra = déterrer (P. = dessoustarra] . 
Delenc = fièvre, dépérissement. M. (Tarn). 
Bogoul = dogue. B. 

Doublenc = agneau qui prend deux dents. B. 
Doumege = plus âpre, moins doux. M. R. 
Dragu = fée. (P. drac). 
Eni'pensa ^= rendre songeur. V. B. 
Encaleillia = illuminer. V 
Encarrat = attelé. B. 
Encoura = donner du cœur. B. 
Engoulidou = goufire. B. P. 
Ennegrezi {s') = se noircir. B. 
Enniboula (s') = se couvrir de nuages. B. R. 
Enrabiat = enragé. B. 
Erme = terrain inculte, lande. B. 
Escabot = groupe. B. 

Escalabra [s') ^=: se dresser, se cabrer. B. R 
Escarpina =^ galoper. V. B. 
Escourcoulh = perquisition. M. (Tarn). 
Espansa = éventrer. B. 
Espeti = éclater. B. R. 
Espeut=^ épieu. B. 
Estrado= rue, chaussée. B. 
Fado = fée. P. 
Far ce j aire = farceur. V. B. 
Febrous= fiévreux. B. 
Fèr, fèro = sauvage. B. 
Ferromentos = ferrures. P. R. 
F/amina^ flageller. M. 
Flaquiso =: faiblesse. B. (P. = flaquiche). 
Flar [à] = en grande quantité. M. 
Fogo = fougue. B. 

Fougagno = plaque de fonte (des cheminées). M. (marseil- 
lais). 



ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 131 

Founs = profond. B. 

foimtanèlo :;:= creux de l'estomac. R. 

Frust, = fruste. B. 

Gabian = goéland, mouette. B. 

Garagnoun = étalon. B. M. (rhodanien). 

Gent = gentil. B. 

Gieulo = geôle. M. 

Grandesso = grandeur. B. 

Graniboul=:-ié(ionA en grains. P. 

Gram'u, ibo = fécond en grains. B. 

Gras = grès (pierre) (B. graso). 

Grepitat = misère. M. (Tarn). 

Grequeja=: saccager. V. B. 

Grussanotos = coquilles de Gruissan. M. 

Imo = brise. M. 

Jau7'èl, èlo = rieur. M. 

Jouvent = jeune homme. B. 

Lamp = éclair. B. 
Leste = terminé. M. 

Lux = lumière. V. B. 

Magestral, alo = magistral. B. 

Majour, ouro = grand. B. 

Malancounic = mélancolique. M. 

Mande =: délégué . R. 

Matiifaciè = adroit. M. 

Marineja = vaciller. B. 

Marrela (se) = se serrer (en parlant des brebis). B, 

Massolo = masse tte. R. M. 

Mege = médecin. B. P. 

Mejan = moyen. B. 

Meissouniè ==. moissonneur. B. R. 

Nizoulo = île. M. (Tarn), 

Naula = voguer. M. (béarnais). 

Ouferto = offrande (V. uferto). 

Oumbrenc = sombre, ombrageux. B. 

Ourfanèu, èlo = orphelin, ine. B. 

Payan = païen. B. 

Se palaissa ^ se prélasser. M. 

Paratge = côte, abri. B. 



132 ÉTUDE SUR LA LANGUE DE POURÈS 

Pasturga = paître P. 

Pabo = paonne B. 

Pertus = trou, fente. B. 

Pichoulino = olive de conserve. P. 

Pindourla = pendiller. B. R. 

Plo = plateau (B. billot de boucher). 

Plounchoun = pichet. B. 

Pounent [le) =■ le couchant, B. 

Poutouno = baiser. B. 

Pregutèro = prière. B. 

Puai =1 dent (de râteau, de peigne, etc.). M. 

liabiat = enragé. B. 

Recouire = tournant B. 

Relieu = relief. B. 

Retipa zn ressembler à. M. 

Retraire = rendre par la peinture (R. ressembler à). 

Ri bal = rivage. B. 

Ribeja = être ou marcher au bord de l'eau, côtoyer. B. 

Sautenbanc = saltimbanque. M. 

Siynoco = balafre. M. (Tarn). 

Soulenco = fête des moissons. B. R. 

Sourdens = sortant de terre. B. 

Sourgo = source. B. 

Subrejoun = milieu du jour. B. 

Succi = ambre. B. 

Talholo = ceinture. M. 

Topios = torchis. B. 

Tebes, ezo = tiède. B. R. 

Teleto = toilette, parure. B. 

Temegut = redouté. B. 

Terraire = champ, domaine. B. 

Tourre = tour. B. 

Tourtouro = tourterelle. B. 

Trantalha [se) = se mouvoir avec peine. B. 

7Ve = dès. M. (dès la mort = tre la mort). 

Treboulino := piquette, petit vin (B. fond, lie). 

Trebnulum = trouble, confusion, B. R. 

Trèn = trace. M. (Hérault). 

Tuadou = abattoir. B. 



ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 133 

Ufanous := orgueilleux. B. 

fjtriè =^ homogène. M. (Tarn). 

Vergiè = verger. 

Vetat •= barré, rayé. B. 

Voulastreja = folâtrer. B. (abbé Gary := boulateja). 

Zinzouh'n, ino = violet rougeâtre. B. 



VIII. Mots calqués sur le latin ou sur les langues sœurs 

P) Latin. — Fourès a eu le tact de n'emprunter au latin 
qu'un très petit nombre de mots : il eût mieux fait, toutefois, 
de s'en abstenir complètement, car plus encore qu'au français 
ces mots donnent au patois un vernis savant et une couleur 
artificielle. 

Citons les substantifs : bacco [frut en) = fruit bacciforme ; 

— espir = spirale ; — capso = calice (des fleurs) ; — gent = 
nation ; — joubentnt = jeunesse ; — lar = lare ; — Ous- 
trio = Autriche ; — pagino = page ; — poutencio = puissance ; 

— poutestat ^ pouvoir ; 

les adjectifs : almo = bienfaisante ; arcano = secrète ; — 
eterne = éternel ; — soulemne = solennel ; 

les verbes : s'apta = s'adapter ; — bibifîca = vivifier ; — 
magnifîca = magnifier ; — jugula = soumettre ; — perturba 
== troubler ; — resurgi = faire revivre, ressusciter. 

Relevons ici un mot grec: melisso (abeille) [M. S., 152J;deux 
mots espagnols : amir (émir) et atalayo (tour d'observation, 
château); enfin un verbe: rengraciar (remercier), qui paraît 
calqué sur l'italien, ringraziare. 

2°) Français. — Les emprunts au français sont beaucoup 
plus nombreux. En général, avant de nous les présenter, le 
poète a tenu à leur donner une livrée languedocienne, mais 
pour la plupart le travestissement est insuffisant ; pour quel- 
ques-uns, il tourne à la mascarade. Nous faisons allusion ici à 
des mots comme envincut (invaincu), à quelques autres qui, 
appartenant au langage purement scientifique, ont je ne sais 
quel air gauche sous leur habit patois (tels oucello (ocelle), 
lanceoulat (lancéolé), marliroulouge (martyrologe), nouctiluco 



J34 ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 

(noctiluquel, et surtout à ce néologisme que Fourès, plus hardi 
que nos savants, n'a pas hésité à forger, à ce monstre de la 
lexicologie patoise : ahelhoufage = mangeur d'abeilles. 

Quand le peuple va chercher dans le français les mots qui 
lui manquent, il calque purement et simplement, se bornant à 
suivre quelques règles empiriques des plus simples. Etu- 
dions-les et comparons-les à la pratique suivie par notre 
auteur. 

Le peuple change le son — e muet des finales françaises 
en — muet si le mot est féminin [lampo = lampe) , en e muet 
(ou demi-muet si l'on veutl si le mot est masculin [espace = 
espace). Fourès se conforme à la première de ces règles : 
il dit anc7-o (encre), cathedralo (cathédrale), etc., mais il sup- 
prime très souvent IV semi-muet des finales du masculin. Par 
suite, les adjectifs français en — ique se terminent chez lui 
en — ic {antic, crounic, metallic, pacifie)^ traitement conforme 
du reste à Tétymologie; ceux en — esque finissent en — esc 
(gigantesc^ elefantesc) et d'autres mots tels que fidel (fidèle), 
celt (celte), 70//' (golfe), etc., perdent leur finale (alors que le 
peuple la leur maintient), ou en changent ^espaci = espace) 
pour se rapprocher de la dérivation régulière. 

Lepeuple changeen owleso protoniques du français(Ex.èou/a 
z= voter). Fourès suit exactement cette règle et dit : bowenlo 
(boréalei, /anreou/ai (lancéolé), oiicello (ocelle). Il va même 
plus loin dans cette voie, et même trop loin, quand il dit 
martyrouloxxgp. (cf. pour l'analogie seulement : elotge (éloge), 
relotge (horloge). 

Le peuple change Vx du français en ts (Ex. fitsomen::= fixe- 
ment). Fourès le change en — ss, non d'après l'analogie des 
mots qu'on calque actuellement sur le français, mais d'après 
celle des mots de création populaire, tels que eissarn, frarsse ^eic. , 
qui ont été régulièrement dérivés du latin. 11 dit, par suite, 
essil, essectiltty fîloussera, fissomen, sassoufone. 

Le peuple ajoute un e prosthétique devant tous les mots 
français commençant par le groupe se, sp, st : il dit par exem- 
ple escultur (sculpteur), espahi (spahis), estatuo (statue). Fourès 
dit comme lui esfînx (sphinx), esplendou (splendeur), estroubiles 
(strobiies), etc. De plus, ayant remarqué que le préfixe latin 
ex ou deex s'était réduit à é ou dé en français, tandis qu'il 



ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 135 

était resté es ou des dans le patois (comparer : ému et esmaii- 
gut, déterrer et destetTa], Fourès restitue par analogie cet s 
aux mots escrin, esmalh. Il tire ainsi très régulièrement 
esquisl de exquïsitns, mais il ajoute, contre toute analogie et 
contre toute logique, un s au mot descuriouu (décurion), qui 
n'en eut jamais en latin. 

Ce souci de se rapprocher le plus possible de la dérivation 
populaire, se trouve dans le traitement de certains suffixes. 
Le peuple dit ancien, toiilousèn, Santo-Germèno ; il dit aussi 
calkèro (calcaire), ôzYfowèro (victoire), ci bouèr o [cihoivo], ne modi- 
fiant guère que les deux finales françaises — eur (ou teur) 
(comme dans bounur, emperur] et — on (comme dans citroun, 
baloun). Fourès, remontant à l'étyraologie, les modifie pres- 
que toutes. C'est ainsi qu'il change la finale française — encc 
en — encio [essistencio, innoucencio,p7'uubencio ^independencio etc .) 
la finale — en (ou ain] (du latin anus) en an et dit : ancian, 
foucean, judean, marroucan, oustrasian, piranéan^prussian, tou- 
lousan etuman. Il dit : calcàri comme bicâri; — bilôrio comme 
glorio; — cibôri, labom^atôri, lerrilori, comme Purgatori; — fàcio 
(face) comxn.e grâcio ; — cerveso (cervoise), galeso (gauloise) 
comme albigeso (albigeoise), — lasqualos (lesquelles) comme 
esra/os (échelles ; — bouiafjou, escultou, emperatou, comme l'itou 
(curé). Remarquons toutefois que pour le mot equatour, il n'a 
pas osé appliquer sa règle jusqu'au bout, et craignant sans 
doute que le mot ne fût méconnaissable sous la forme equatou, 
il a conservé 1'?*, contrairement à la phonétique de son dialecte. 

Mais il a fait plus encore que reforger par analogie les suf- 
fixes ; il a opéré des permutations entre eux. Certains mots 
chez lui ont ainsi deux et trois formes ; outre la forme 
allegresso, par exemple, qui est calquée sur le français, on trouve 
tantôt alleyranso (C , S. ,290) et tantôt allegretat (C . S. , 112 et 192): 
nous avons déjà vu emperaire à côté de emperatou, pirancnc à 
côté de piranéan. Tous les mots nés de cette reformation ne 
sont pas également heureux et l'on peut trouver inutile, à 
tout le moins, la création du mot barbaritat (M. S., 70). 

Fourès n'a pas retouché que des suffixes : il s'est attaqué 
aux mots racines eux-mêmes. C'est ainsi que les mots suivants 
qui seraient dans la bouche du peuple : ourfèbre (orfèvre), 
peirifiado (pétrifiée), roiyoutat (roj^auté), equèstro (équestre) 



136 ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 

ont dû mettre bas leur habit français et se déguiser en orfaure^ 
peirificado, reyetat, eguestro. Personne dès lors ne saurait plus 
s'étonner si Pierre est devenu Pe^jre et Rouhesfnèrre Rouhes- 
peire, ni même si auréoler, oriflamme, concitoyen et terraqué 
se présentant à nous sous les traits un peu étranges de auriou- 
leja (cf. auriol = loriot), auriflnmbo, councieutadin et terraigat. 
Enfin notre auteur, tirant de l'analogie tout ce qu'elle peut 
donner, est allé jusqu'à créer le substantif boyo (voie) [C. S., 
240], s'appuyant soit sur le mot proyo (proie) qui existe, soit 
sur une forme comme emboyo (il envoie) qui existe également. 



IX. Mots inconnus 

Notre étude ne serait pas complète si nous ne donnions en 
terminant les mots sur lesquels nous n'avons pu recueillir 
aucun renseignement précis. Tout au plu5 nous a-t-il été pos- 
sible, pour quelques-uns, de rapprocher certains mots de l'an- 
cienne langue ou des dialectes voisins. On comprend que nous 
ayons dû renoncer à les faire rentrer dans une des classes 
précédentes. 

Aml= aquilon (C. S., 210). 

Arguelh = coin à encoche pour soulever les meules. M. (C. 
S., 86). 

Adraisa [s") =- se réunir. (C. S., 290). 

Antes = corde d'une cloche (G. S., 328) 

Babarilkos [les èh fan) [G. S., 108] = avoir des éblouis- 
sements (de varius^.] Cf. éabarot, cacarot, mtaroto, paparaugno. 

Brezelk [G . ,10A) et fi/eze/Ao (C.S.,324) = réseau, nasse. Cf. 
bretz (anc. langue) = piège à oiseaux. 

Brezilk ^ proyer, sorte d'oiseau. M. (0. S., 224). 

Bessairou = fossé au pied des coteaux (C. S., 176] (M. besa- 
liero = rigole d'arrosage). 

Brenguièro =bourdalou, vase de nuit. (C. S., 286). 

^?rmo = berge. M. (C. S., 324). 

Barncaudo = petit ravin. (M. S., 112) (M. barricau = voi- 
rie, lieu où l'on enfouit les animaux morts). 

Caprous = étraves d'un vaisseau. M.(C. S., 44). 



ETUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 137 

Carcados (d) = à pleines barques. M. S., 128. 

Clascassa = clapoter en parlant de l'eau. 

Calabrit = calciné (C. S., 222) (B. calabrun = crépuscule) . 

Ch'se = chardon (M. S., 70). 

Dauros = accrues du sureau (C.S., 108). 

Embadaga = prendre dans ses mailles. (C. S., 211). Cf. 
bagado = baguelette, rosette. 

Escamussa (s'^=se cacher. (M. S., 202). Cf. l'ancien français 
a se musser » . 

Flaume == fléau . (M . S . , 162). 

Fagnagou — foetus. (C. S., 286). 

Fregalh = véron (poisson) [C. S., 326]. Cf. frega = frayer 
en parlant des poissons. 

Fi^eula = frôler. 

Gieuletat (aquaduc) = fait en briques. (On trouve C. S., 150, 
gienleto = brique). 

Galech = ruisseau. (C. S., 112). 

6^a/en7o^ alouette. (C. S., 158). 

Gradino = outil de sculpteur. M. 

Lanisses = cheveux frisés. 

Luscre =■ crépuscule. M. 

Lin(os= persintes d'un vaisseau. M. 

Languno = lagune. (M. S., 172). 

Matatruc = lourd. M. (M. S., 16). [Patatruc existe à Carcas- 
sonne). 

M anr ouco (coug a là)=: convev une peine intérieure. (C. S. ,148). 

Manno = groupe (C. S. 218) (M. manoun = poignée). 

Mestrairolo ■=. métayère, (C. S., 178). Ci . Mestreyrot =■ petit 
maître. 

IVoi = petit gitano. Mot d'argot sans doute. (C. S., 140). 

Ourens = lambin M. (Q-., 70 ; — M. S., 138) sans doute de 
ouro (heure). Cf. en français heure et désheuré. 

Olze -= clavette d'un essieu. M. 

Pinat = perché. 

Paissi (se) =: se faner. (C. S., 40). 

Raibe = rêve, Raibous = rêveur. 

Rapou = tampon de bois pour caler la meule. M. (C.S.,86), 

/?azùo = friche. M. (C. S., 110). 

/?es^rassî (sens) =: complètement. M. (C. S., 214). 



138 ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 

Bau {à] = àsec, à vide (G. S., 218). M., qui écrit raus et 
rapproche de raus (roseau) en bordelais. 

Riffado {(le) = de champ. M. (G. S., 254). 

iSw/7ros ^ saillie, nervure des ailes des grillons. M. [G., 8]. 

Sieuse ' (peiro) = (pierre) dure, roc-sieure ' = quartz. (G. S. 
218). M., qui donne comme étjmologie : sitiaca. 

Samoustaire ■= fouleur de vendanges. (M. S., 238). 



CONCLUSION 

Il nous reste à dire quelles conclusions nous semblent se 
dégager de cette étude. Nous craignons, en effet, qu'elles 
n'apparaissent au lecteur, non seulement un peu confuses, 
mais encore peu favorables à notre poète. Que dire au sortir 
d'une telle avalanche de mots et de mots rares ou parfois 
étranges, sinon que Fourès semble s'être forgé une langue 
quasi incompréhensible? Le jugement serait par trop som- 
maire. Quelque longues que soient les listes citées, gardons- 
nous d'oublier que bien plus dense et plus longue serait celle 
qu'on ferait avec les mots que nous n'avons pas relevés, parce 
qu'ils sont du langage courant. Une première remarque 
s'impose donc à nous : la richesse du vocabulaire chez notre 
poète. 

Hâtons-nous d'ajouter que la plupart des mots qui figurent 
sur nos listes sous les titres : mots à sens détourné ou mots 
formés par dérivation et composition, seraient sans doute 
compris dans la patrie de Fourès, même par les illettrés. Il y 
a là, en effet, tout un système d'enrichissement de la langue 
qui est rigoureusement conforme aux règles que suit incon- 
sciemment le peuple, lorsqu'il crée pour ses besoins des mots 
nouveaux. Nous aurions pu, à la rigueur, nous dispenser de 
relever et les diminutifs en — et [eto) ou en — ou {ouno), et 

' Ces deux mots doiveat être une double forme d'un seul et même 
mot : la permutation de s et de r est assez fréquente. 



ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 139 

les augmentatifs en — os [asso) et les noms d'aj^ents en — aire 
et les verbes à suffixe — eja ou à préfixe en-. Tous ces 
mots, à l'exception de ceux que le poète a tirés soit de mots 
tombés en désuétude, soit de mots étrangers à son dialecte, 
seraient, le contexte aidant du reste, aisément compris de toute 
personne parlant le patois du Lauraguais. J'en dirai autant 
de plusieurs mots arcliaïiiues qui, s'étant conservés dans des 
proverbes ou des locutions toutes faites ou parfois dans de 
simples comparaisons (nous avons relevé, à Toulouse, l'expres- 
sion crida coumo wio clamniièro), seraient peut-être compris 
par des lecteurs connaissant à fond leur langue maternelle. 

D'autre part, en ce qui concerne les mots étrangers au 
dialecte, n'oublions pas que les dialectes voisins ne sont pas 
sans se faire de mutuels emprunt'?. De plus en plus, aujour- 
d'hui, grâce à la facilité des communications, à l'émigration 
soit temporaire (nous songeons ici surtout au service militaire), 
soit définitive, des paysans dans les villes, dans les villes où se 
coudoient et se lient des gens venus des quatre coins de nos 
provinces méridionales, il n'est pas rare d'entendre employer 
dans nos campagnes des mots appartenant aux dialectes les 
plus divers. En sorte qu'il se peut bien faire que plusieurs 
d'entre les mots cités par nous comme étrangers au Laura- 
guais y soient cependant compris ou peut-être même employés 
par certaines personnes ayant plus voyagé que leurs compa- 
triotes. 

Il n'est pas inutile enfin de remarquer que toutes les pièces 
de Fourès sont loin d'offrir les mêmes difficultés lexicologi- 
ques. Toutes celles — et elles forment un bon tiers de son 
œuvre — où le poète se borne à nous parler des hommes et des 
choses de son pays, à nous présenter, dans leur pittoresque et 
leur réalisme les métiers, les travaux, les usages bien connus 
dans le Haut-Languedoc, tels ces petits tableaux de geni'e qui 
s'appellent le Barricou traucat^ les Tirounels, A-n-un Noi, la 
Glourieto, V Ensdlain, les Bermenaires^ les Flairons — pour ne 
citer que les plus connus, — toutes ces oeuvres sont écrites en 
une langue très pure, très simple, très claire, dont le charme 
et la saveur ne sauraient échapper à quiconque parle couram- 
ment le dialecte du Lauraguais. 

Ce n'est que dans les pièces où le poète, présumant un peu 



140 ÉTUDE SUR LA LANGUE DE FOURÈS 

trop des ressources de son patois, sinon de ses forces, ne 
craint pas d'aborder des sujets moins populaires et s'essaie à 
manier les grandes idées générales, ce n'est que dans ces 
morceaux que sa langue, rebelle à ses efforts et comme réfrac- 
taire à d'aussi hauts desseins, perd, avec sa belle simplicité, ses 
réelles qualités de naturel et de pittoresque. Lorsque, par 
exemple, — et c'est ainsi que finissent bon nombre de ses 
pièces, — il entonne son hymne à la sainte Liberté, à la Paix, 
à la Fraternité humaine ou qu'il poursuit de ses imprécations 
les tjrans et les ennemis, quels qu'ils soient, du Progrès et de 
la Justice, quand il chante les géniales découvertes d'un 
Pasteur ou qu'il dit son admiration pour l'œuvre de Hugo ou 
celle de Balzac, quand il envoie un salut fraternel aux Cana- 
diens, aux Jersiais, aux trouvères de Belgique, à la ville de 
Mulhouse, il nous semble que sa langue change d'aspect, 
devient ti'ouble, confase et comme un peu fangeuse, semblable 
à un ruisseau qui, enflant son cours et devenant torrent, 
emportant dans ses eaux des alluvions de toute provenance et 
de toute nature, n'a plus la grâce calme et la limpidité cris- 
talline qui faisaient son charme et son originalité. 

Gabriel Clavelier. 



SUR LE DEBAT PROVENÇAL DU CORPS ET DE L'AME 



La récente publication dans cette Revue * de la version 
provençale du Débat du corps et de Vume n'a pas résolu le 
double problème littéraire et linguistique que ce texte posait 
à notre curiosité. 

Il y avait en effet une question littéraire, et l'on peut 
s'étonner que l'éditeur, M. Kastner, n'y ait même pas fait 
allusion. Sans doute, s'il s'agissait uniquement d'apprécier 
le mérite et la valeur propres du poème, on pourrait se con- 
tenter du jugement qu'il porte. C'est une œuvre médiocre 
qui ne se distingue en rien de tant d'autres poèmes mo- 
raux ou didactiques que nous a légués le Moyen-Age. L'au- 
teur a mis en vers des idées et des croyances dont la naïveté 
touche parfois à la puérilité et qui étaient celles de ses con- 
temporains. Il ne relève nullement par la forme qu'il leur 
donne la banalité de ces idées, ni celle du thème lui-même 
qu'après bien d'autres il s'est proposé de traiter. Mais, à 
d'autres égards, le poème provençal se distingue de toutes 
les versions qui nous sont restées du Débat^ et c'est ce qui 
en fait l'intérêt. Non seulement il est la seule version 
provençale, mais il est le seul à nous présenter ce débat sous la 
forme particulière qui est la sienne. C'est ce qui ressort avec 
évidence de la comparaison faite par BatiouchkolF des diffé- 
rentes versions. Malheureusement M. Kastner n'a pas connu 
cette étude ^ plus récente que le travail de Kleinert^ auquel 
il nous renvoie et qui en dépasse de beaucoup la portée. Elle 
nous montre que le poème provençal occupe une place à part 
dans la tradition du Débat du Corps et de rAme. Non seule- 
ment il s'oppose aux versions oîi la légende est présentée sous 
la forme d'une vision, mais il se distingue de toutes par le 
plan et les développements que seul il donne au débat. En 

< Cf. Numéro de Janvier-Février 1905, pp. 30-64. 

2 Cf. Romania, XX, pp. 1 sq. et 513 sq. 

^ Kleinert. Ueber den Streit zwischen Leib und Seele. 1880. 



142 SUR LE DÉBAT PROVENÇAL DU CORPS ET DE l'aME 

réalité il nous rapporte non pas un mais trois débats. Lalenso 
proprement dite du corps et de l'âme est suivie d'un débat 
entre les membres et le corps, suivi lui-même d'une dispute 
entre l'ange et le diable. Le tout se termine par le jugement 
que prononce le fils de Dieu. La complication de ce plan et 
divers autres indices avaient amené Batiouchkoff à concevoir 
rhjpothèse d'un Débat antérieur et plus simple dont celui-ci 
ne serait qu'un remaniement développé. La question se posait, 
donc de savoir si a\ec le poème actuel nous avons affaire à 
une œuvre vraiment une, ou s'il faut y distinguer deux parties, 
un premier fonds analogue à telle ou telle version étrangère 
et une suite qui aurait été ajoutée plus tard. 

A cette question se rattachait également celle de savoir si 
notre Débat provençal a un rapport quelconque avec ce Con- 
tract del Cors et de l'Arma dont parle Jean de Nostre-Dame ' 
et qui, commencé d'après lui par Peire d'Alvernhe, aurait été 
achevé par un troubadour moins connu qu'il nomme Ricard 
Arquierde Lambesc. Quelque défiance que l'on doive toujours 
avoir à l'égard de cet historien fantaisiste de la poésie pro- 
vençale, il eût été intéressant de rapprocher ce renseignement 
de l'hjpothèse émise par Batiouchkoff'. 11 se pourrait, en eff'et, 
que suivant un de ses procédés habituels, il eût sur ce point 
altéré en partie un fait du reste exact. Peut-être dans ses 
affirmations n'y a-t-il d'arbitraire et d'erroné que l'attribution 
à Peire d'Alvernhe et à ce Ricard Arquier des deux parties du 
texte auquel il fait allusion. Peut-être a-t-ii en effet connu un 
Contract del Cors et de iArma, et peut-être ce Contract nest- 
il autre que notre Débat. Il pourrait l'avoir connu comme le 
remaniement d'un poème antérieur moins développé. Et ainsi 
l'hypothèse de Batiouchkoff pourrait trouver sa confirmation 
dans le témoignage de Nostre-Dame. La question en tout cas 
méritait d'être examinée, et pour toutes ces raisons, plus 
encore que ne le pensait M. Kastner, l'étude de ce Débat ïaté- 
ressait l'histoire de la littérature provençale. 

Elle intéressait également celle de la langue et c'est ce qu'a 
compris l'éditeur quand il a fait précéder son texte d'une intro- 
duction grammaticale. L'étude linguistique devait en eff'et 

* Cf. Vies des plus célèbres et anciens poètes provençaux, p. 1G2, 



SUR LE DÉBAT PROVENÇAL DU CORPS ET DE l'aME 143 

mettre hors de doute que nous avions bien affaire à un poème 
primitivement écrit en provençal et non en catalan. Le ma- 
nuscrit seul qui nous l'a conservé est l'œuvre d'un Catalan et 
il eût été intéressant d'examinor la langue des deux autres 
poèmes qu'il contient, la Vie de Saint Geor(jes et le Chant de la 
Sibylle. Cette étude comparative, dont M. Chabaneau avait 
jadis compris la nécessité, s'imposait à l'éditeur du Débat. 
Elle eût mis en évidence que les catalanismes de ces trois 
poèmes n'y ont été introduits que par le copiste. Même elle 
nous eût amenés à cette constatation curieuse que les trois 
textes paraissent inégalement catalanisés et que d'eux tous 
c'est le Chant de la Sibylle qui l'est le plus. Cette différence 
ne tiendrait-elle pas à ceci, que ce poème a été transcrit de 
mémoire par le scribe catalan ', sans qu'il eût sous les yeux 
le modèle provençal, qui pour les deux autres a empêché une 
introduction plus complète des formes dialectales? 

Il eut également fallu contrôler les catalanismes de notre 
Débat par la comparaison avec des textes purement catalans 
et contemporains, notamment avec ces Nour elles catalanes de la 
fin du XIV* ou du commencement du XV* siècle qu'a publiées 
M. Paul Meyer^ et qui ont été écrites sensiblement à la même 
époque. 

Enfin, si l'on ne devait pas chercher à rétablir dans sa pu- 
reté la langue de l'original, on ne devait par contre conserver 
des formes catalanes introduites par le scribe que celles qui 
n'altéraient ni la rime ni la mesure du vers. Or, à parcourir 
le manuscrit, on s'aperçoit bien vite que ce scribe, non seule- 
ment semble ignorer ce qu'est un vers, mais encore ne com- 
prend pas parfois ce qu'il écrit. Le sens, qui, en raison de la 
simplicité et de la banalité des idées, devrait toujours être 
facile à saisir, est en réalité très souvent obscurci et dénaturé 
par l'ignorance du copiste. La première tâche qui s'imposait 
avant tout à l'éditeur était donc d'établir un texte intelligible 
et cor"ect au double point de vue de la grammaire et de la 
métrique. Seul un tel texte pouvait servir d'une base solide à 
l'étude linguistique. 

* Cf. Suchier, Denkmader der provenz. Literatw\ p. 568 sq. 

* Romania, XX. 



144 SUR LE DÉBAT PROVENÇAL DU CORPS ET DE l'aME 

Le plus grave défaut de l'étude grammaticale de M.Kastner, 
c'est en effet de porter sur un texte mal établi. Son édition 
ne semble pas avoir été conduite avec une méthode suffisante*. 
Ce n'est pas une édition diplomatique puisqu'elle corrige 
parfois le manuscrit. Ce n'est pas non plus une édition critique 
puisqu'elle ne reproduit pas toutes ses variantes et qu'elle 
laisse subsister ses fautes les plus manifestes. Dans le texte 
publié, ni les vers faux ne manquent, ni 1-es passages inintel- 
ligibles. Sans doute, quelquefois, M. Kastner nous signale-t-il 
les vers faux comme tels. Il eut mieux valu chercher à rétablir 
partout la rime, la mesure et le sens. Les corrections, en effet, 
étaient le plus souvent aisées à trouver et parfois même la 
bonne leçon ou la forme véritable étaient dans le manuscrit 
qu'il eût suffi de mieux lire. 

C'est à ce meilleur établissement du texte que nous nous 
proposons de contribuer. N'ayant pas en ce moment le loisir 
d'entreprendre la double étude qu'attend encore le débat pro- 
vençal du Corps et de l'Ame, nous croyons utile de publier les 
remarques suivantes au texte qu'en a donné M. Kastner. Nous 
avons utilisé une copie que nous avions du manuscrit et des 
notes que nous avions rassemblées en vue d'une édition jadis 
projetée. 

2. Msc. : Say vos dir en quall rason. L'altération provient, 
sans doute, d'une erreur du copiste qui a pris say pour la P'^p. 
s. Ind. pr. de Saber, au lieu que nous avons sans doute affaire 
à l'adverbe say =r ici. Dès lors, on préférera corriger Smj vos 
dirai, qui du reste s'accorde mieux avec le reste de la phrase. 

4. Entendes et escoytns ne pouvant être des subjonctifs ne 
peuvent par conséquent se construire avec an que. Le manus- 
crit donne du reste : E s'entendes et escoytas. 

6. Msc. : frus, forme curieuse pour frucs et qu'il fallait 
conserver comme attestant la chute de c devant s flexionnelle. 
— Corriger : ren. 

8. Corriger pert. 

* Même au point de vue matériel on y relèvera certaines incon- 
séquences. Les élisions certaines n'y sont pas toujours résolues. L'in- 
convénient réel de ces hésitations est de rendi-e peu sûre la lecture du 
texte. 



SUR LE DÉBAT PROVENÇAL DU CORPS ET DE l'aME 1-^15 

11. Rétablir la riine, la mesure du vers et la correction 
grammaticale en corrigeant : Que canta a la fola gent. 

12-14. 11 faut faire de cette phrase une question et mettre 
après le vers 14 un point d'interrogation. — Au v. 13 on 
lira : Si el es guarnit de bon sen et au v. 14 on cor rigera : despen. 

16. 7u sabes est impossible. Le poète s'adresse à tous 
ses auditeurs. Le manuscrit donne du reste : tut sabes et sabes 
est la 2" p. pi. de l'ind. pr. de sabe?-. Cf. v. "J5 si vii sabes. 

18. Msc: Con argent e aur cou es l'escondut. Lire : Con argent 
cant es rescondut et arrêter la phrase avec le vers. 

19. Msc. : Per que mi plas cant es azenant. Lire : Per que'ni 
jjlas cant es azenant et entendre : « C'est parce que je le veux 

bien que je chante, et maintenant je vous dis ». On 

relèverait cette forme azenant = adenant. 

22. Mettre un point après entendre. 

2G. Au Heu de rétablir le vers en introduisant en, je serais 
d'avis de rétablir / qui dans le manuscrit se trouve au vers 
suivant où il n'a que faire. 

27. Msc. : Ja inon vos tendra»/. Le mot i fausse le vers et 
doit être supprimé, mais tendraij est de beaucoup préférable à 
rendray qu'a cru lire M. Kastner. 

30, La conjecture faite pour rétablir le vers est bien peu 
satisfaisante surtout pour le sens. Lire plus probablement : 
E entendes ben en cal son. 

31. La forme jO?'ewas pourrait bien n'être qu'un barbarisme 
pour la forme et une absurdité pour le sens. Le manuscrit a 
du reste fernas qu'on corrige aisément en fermas. 

34. J'ai lu dans le manuscrit : car ja tost. 

37-38. Les deux vers sont intervertis sans raison par 
M. Kastner. De plus, le vers 38 est fautif et introduit une 
incorrection grammaticale qui n'était certainement pas dans 
l'original. Le liam sujet de romp étant un singulier, sou relatif 
ne peut être le sujet d'un verbe au pluriel. On lira donc : 

Que ben vey que romp le liam 
Que nos a rnantegut lonc temps 
Ses départir virent ensemps. 



39. Corriger ; non a poder. 

40. Msc: puyscam. 



10 



146 SUR LE DÉBAT PROVENÇAL DU CORPS ET DE l'aME 

42. Msc: em vengut. 

49. On peut également con}ect\iver : E di.^ que ja no's partira. 

53. Corriger : pecat. 

54. Msc: En que tu as perserat. La correction En que tu as 
tan percassas e.-t purement arbitraire et n'offre aucun sens. Il 
suffisait de compléter perserat en persévérât. 

55. Corriger : lieu fais ausir. 
57. Corriger : ergulls. 

60. On peut conjecturer aussi bien: quanc no'n volguist pen- 
densa far. 

61. Corriger évidemment en en e. 

66. Msc: Que sieu nullz orne entant non si mes que je serais 
d'avis de corriger en : Que nullz om en tant non s'i mes. 

67. Msc: atrobes. — Mettre un point à la fin du vers. 

68. Corriger e au lieu de en et remplacer le point et virgule 
par une simple virgule. 

69. Corriger : 

Tieu deliech e tien adulteri 
Son esc7'ich en aquest psauleri. 

71. Corriger évidemment : per re^iou = par usure. 

79. La rime n'exige-t-elle pas esrriech? 

80. E memhra mi soven el liech peut difficilement donner 
avec ce qui suit un sens satisfaisant. Le manuscrit porte En 
ombra qui est la bonne leçon. Il n'y avait qu'à relever l'emploi 
de sovenir avec son sens propre de se présenter à, s'' offrir, etc. 

83. Msc : degun. 

85. Corriger : que vei de. — A la fin du vers, le manuscrit 
donne luch qui ne rime pas avec poch du vers suivant. L'édi- 
teur corrige, mais (uenh et poenh ne riment pas davantage. Ne 
doit-on pas lire lunh et punh ? 

94. Msc: Mortz es cuech es tôt mon pan qu'on pourrait lire : 
Mori e cuech es tôt mon pan. 

96. Corriger : Tant apoderan li tyeu mail. 

101. Lire avec le manuscrit : Enz en un fuoc. 

102. Msc: Car o poderan li mail qu'on corrigera en : Cara 
apoderan li m.all. 

106 Corriger : E dises qu'yeuch ay faszt las fallyas. 
108. Msc: paraula pada qu'il faut lire paraula proada. 



SUR LE DÉBAT PROVENÇAL DU CORPS ET DE l'aME IW 

109-110, Corriger comme suit les deux vers : 

E pus lu mi vos tensonar 
Lai/sa mi mon drech rasonur 

116. Corriger : Que estiers. 

125, \Ave : E pos lu fusl dins mi venguda. 

126, Corriger : Non aij yehu ren faz ses t'tiyuda et supprimer 
le point d'iriterrogatiou, 

127, Msc: pogra à corriger en poc ja. On corrigera égale- 
ment re. 

128, Corriger : dedins. 

129, Corriger : E non sabes tu que vers es. 

131. La leçon E nés obs que tu mi desliure n'est pas dans le 
manuscrit. Elle n'est acceptable ni pour le sens ni au point de 
vue de la grammaire. J'ai lu dans le manuscrit : E ay no 
ses desliure que je proposerais de corriger en : 

E aijs no l'es si nés desliure 

134. Corriger : niantenent . 

142 Msc: /a yo/ana»' qu'on pourrait corriger en lai vol anar. 

144. Corriger : diyssiest. 

146. Msc: ISun tort. 

148. Supprimer la virgule après consent. 

150. Corriger: no'm podes. Su[)primer le point d'interro- 
gation après encolpar . 

154. Su[)priiner ieu qui n'est [)a3 dans le manuscrit et (jui 
fausse le vers, 

163-164. Pour le premier de ces vers j'avais lu dans le 
manuscrit : Arma si tu rtn dir. On corrigera : 

Arma si tu no vols ren dir 
Aquest contrast vull départir. 

107. Supprimer le point d'exclamation. 
169. Corriger : fâcha. 

171. Ici et partout ailleurs le manuscrit donne nembres au 
lieu de membres. C'était une forme à respecter. 

172. (Corriger : E mi car no't gunrdieij de dan. 

173. Msc : E tut litieus nembres primps e grosses, à corriger 
par la simple suppression de tut. 

178. Corriger : n«sct<s. 



148 SUR LE DÉBAT PROVENÇAL DU CORPS ET DE l'aME 

180. Msc. : E ara% son de leu cofondre. La leçon très satis- 
faisante devait être respectée. 

182. Msc. : Raonar may. Maintenir cette leçon et relever 
cette forme décomposée du futur dont il y a plus d'un exem- 
ple en ancien provençal. 

185. Corriger : Tant co yu ceray dins ton cors. 

202. Msc. : l'as faza. 

205. Corriger : estye&t. 

210. Corriger : yDresîc. 

213. Msc. : ni non à lire : ninon. 

216. Luec ne donnant pas grand sens, ne faut-il pas corriger 
fuecs et l'entendre au sens de ardeur^ désir, etc. ? 

220. Corriger : Mays ti plasia que'ls mestiers. 

221. Msc. : Que las gens en la glesa disiyan qu'on corrigera 
en : Que la gens el gleisa disie. 

222. Corriger : An que ren no ti destrenye. 

223. Corriger : Mo pensavas. 

225. Supprimer le point après causist. 

226. Msc. : Cor malla ta vist per que mal m en ven. A la 
correction de l'éditeur on préférera : Cor mail C ai vist que mal 
m'en ven. 

229. Vers faux à rétablir, sans doute, par la suppression de 
so. — Le manuscrit donne cor. 

231. Corriger : grans et de même au v. 290. 

234. Msc. : postz. 

235. Corriger : iSon es. 

240. Rétablir le vers en corrigeant : Si non son segur del 
nauchier. 

248-249. Corriger ces deux vers et lire : 

Car, qui la laysari 'estar 
Almerce del vent., briaria. 

253. Rétablir le vers en corrigeant : que los. 

254. Mettre un point d'interrogation après morta. 

257. Msc. : melyor. 

258. Corriger : on ben la guia. 

261. Corriger : marinyer et de même aux vers 267 et 281. 
269. Corriger : es el. 

271. Msc. : que tu que y est aguda per loncs ans, qu'on cor- 
rigera en : que tu yest aguda loncs ans. 



SUR LE DÉBAT PROVENÇAL DU CORPS ET DE l'aME 149 

271. Corriger : En mi qvez suy naus nuveguans. 
274. Corriger : perdut. 
27G. Msc. : Fis nemhres que y an ajudat. 
277-280. Nous proposons de lire comme suit ce passage qui 
dans le manuscrit est manifestement altéré : 

Car SI anc fi ren contra Dieus 
En pecas mail e'is nembres mîeus. 
Tu e'is nembres derp'as gvardar 
Ml que no pogues foleyar. 

282. Malgré la correction de M. Kastner le vers reste faux. 
Corriger : E Dieus mi det tu per nauchier. 

290. Corriger : grans meravelyas. 

294. Msc. : Nos non podon mays H tiens fols yornals. — Cor- 
riger : Nos? Non, mays li lieu fol y ornai. 

300. Il nous paraît préférable de corriger : E tu deves lo 
miels causir. 

310. Corriger : toi^mens. 

311. Le vers est faux et doit être lu comme suit : Per cal 
rason em encolpat. 

313. Corriger : mais. 

314. Msc, : yest. 

322. Msc. : Dieus to rendra per ton gran. On peut conjectu- 
rer : Dieus ar fo rendra per son grat. 

325. De tût quant ti tais il est impossible de tirer un 
sens acceptable. Il faut sans doute lire Cirais. — Comme le 
vers se rattache au précédent on supprimera le point d'inter- 
rogation du v. 324 et on mettra un point après irais. 

326. Nos est à maintenir au moins sous sa forme appuyée. 
Lire : Si 'ns. 

327. Msc. : Mal e ben ti fan sentir. Il suffit de corriger fan 
en fafem. Cf. v. 299. Mail e ben li fasem ausir. 

328. Rétablir le vers en corrigeant miels. 

329. Msc. : fach. 

331. M doit rester dans le texte et, de préférence, l'on cor- 
rigera /)ocîes en potz. La phrase doit se terminer avec le vers. 
C'est après encollpar que doit se placer le point d'interrogation. 

332. Msc. : Ja qui — Corriger : laysava et remplacer le point 
d'interrogation par une simple virgule. 



150 SUR LE DÉBAT PROVENÇAL DU CORPS ET DE l'aME 

333. Rétablir le vers en supprimant E . 
335. Rétablir le vers en supprimant gran. 

337. Il nous paraît difficile d'à 1 mettre une forme vendre = 
vew/r. Nous serions d'avis de corriger: Miels deuria ara ti pendre. 
Cf. V. 47. Que a Ciysir mi cuya pendre . 

338. Corriger : Car de mal no't poguist défendre. 
340. Corriger : en que-m prengua. 

342. Ecrire : May s scasadamens . 

347. Msc. : non era beus. 

348. Msc. : E si tôt lo poder fos meus. 

353, Corriger : Ni si tu no tas fach ti toll. 

354. Msc. : quen mi. 

3.55. Corriger : Que si lenes la boca clausa. 

356. Corriger : Per forsa s'estanca e's pansa. 

357. Maintenir la leçon du manuscrit : C'a parlar mi ven, 
ullya non. 

364. Corriger : Que silh fnsia ton deman. 

365. Corriger : Las mans prezeron a parlar. 

366. Corriger : Cor de qiie'ns podes encolpar? 

374. Corriger avec le manuscrit : E con n segmjor obesit. 

377, Corriger : Que nos e t'arma sens rason. — Le vers se 
rattache au précédent qui ne doit pas se terminer par un 
point. 

380. Rétablir le vers en supprimant en. 

382. Corriger : l'absterzas. 

384. Corriger : Cor, e con j/es tu fan engres. 

385. Msc. : cant tost tos nemhres nyn^ Ireball. Corriger : 
c'an tos nemhres ai/as treball. 

389. Msc. : los. 

393. Il nous semble préférable de corriger : quez i anem. 

395. Corriger : passecem. 

396. Msc. : nos i foram. 

397. Corriger : estrechs. 

400. Msc. : Cane H nembres non donavan ayse. Corriger : 
Cane II nembres no's davan ayse. 

414. Corriger : fasie. 

415. Corriger : yuyat. 

419. La correction qui consiste à supprimer que a pour 
effet de rendre le vers faux. 



SUR LE DÉBAT PROVENÇAL DU CORPS ET DE LAME 151 

423. Corriger : Bon servisi guism^don quer. 
429. Msc. : non s?' qu'il faut écrire no's. — La phrase doit 
se terminer avec le vers. 
431. Corriger : ves nos ni l'arma. 
434. Corriger : fer mânes. 

439-441. Ce passage est certainement altéré dans le manus- 
crit, et, tel que le donne M. Kastner, ne peut offrir un sens 
acceptable. Nous serions d'avis de corriger et de ponctuer 
comme suit : 

Vos autri vos es mal guardat, 
De savisia moven foldat 
Aures renyat mot longuamens. 

AAl. Msc. : est — Corriger : naturall. 
449. Corriger : tut et mieu. 

451. Corriger : E s'ieuvall mays que vos non fas. — Sup- 
primer le point à la fin du vers. 

455. Corriger : de ergull. 

456. Corriger : ni'ls. 

458. Corriger : darres. 

459. Corriger : d'aidl. 

4G4. Rétablir la leçon du manuscrit : cell c'atrestant pot 
e vall. 

468. Corriger : fenpren. 

473. Lire : quen ver no- us en podes clamar. 

474. Msc. : E syn puasc vos o ben par. Corriger : Es yu ne 
puasc vos., ben par. — La phrase doit se terminer avec le 
vers. 

476. Msc. : E vos sias. — Corriger : Vos estavasalegres luch. 
479-480. Msc. : Tan flax e tan aul sias 

Que null conseil non vos davas. 

La leçon donnée pour le second vers par le manuscrit est 
assurément la bonne, mais davas oblige à corriger sias du vers 
précédent. On conjecturera avec vraisemblance : 

Tan flux e aul estavas . 

483. Msc. : vivon. 

484. On peut maintenir adonx et corriger fuolhs, 
488. Msc. : meta. 



152 SUR LE DÉBAT PROVENÇAL DU CORPS ET DE l'aME 

491. Msc: est. 

492. Corriger : que anc enves mi non est francas. 
503. Lire : quel. 

508. Msc. : En est agut pasonyers. Corriger : En est et par- 
sonyers. 

510. Msc. -.mi. 

512. Msc: Elanarras lo centiron. Corriger: Esi las narras lo 
centiron. 

518. Corriger : E car et rot. 

528-531. Ces vers doivent être rétablis comme suit : 

Tall paor ay que no m'en tir 
Eenemic de tu al partir, 
Que yeuh ssay, si m^emnena ar, 
Que cambial sera mon afar. 

.533. Corriger : S'ecer. 

537. Msc. : puasc. 

540. Corriger : no's part. 

541. Msc. : An per pendre 

544. Corriger : ^, si' l clam inerce., enemic. — Le vers fait 
suite au précédent dont on supprimera le point et virgule. 
554. Msc. : De grand tort fach petis demans. 
556. Corriger: rendes. 

560. Corriger : Elunhas. 

561. Corriger : fers. 

564. Corriger : conort et vas. 

568. Corriger : E mi fai mot trop beslensar. 

579. Corriger : que tu quers. 

583. Msc. : Ili nauria = Ilh nauria. 

587. Corriger : que cuyas tu. 

589. Corriger : pus ilh et Dieu. 

591. Corriger: romaner. 

610. Corriger : que sia. 

616. Msc. : peque. 

618. Corriger : dat. 

619. Corriger pecel pour rimer avec tornet du vers suivant 
qui est la leçon du manuscrit. 

623. Msc. : E an penedensa que prena. On corrigera simple- 
ment prengua. 



SUR LE DÉBAT PROVENHAI. DU CORPS ET DE l'aME 153 

628. Corriger: tenir camin. Cf. l'expression sy non jme /ener 
via = s'en aile)'. 

629. Msc. : Assi slrig en papier. Corriger que assel escrig en 
papier . 

639. Corriger : ant. 
641. Corriger : y ai estât. 

651. Le vers est faux, alors que le manuscrit donnait très 
correctement : l'arma qui t'en dava poder. 

654. On peut conjecturer pour rétablir le vers : mot gran. 
655-656. Corriger comme suit ces deux vers : 

Et auras lanya anz trobada 
Que aquest' arma guazanyada. 

661. Msc. : fas. 

666. Corriger : qu'yen no -n voly ges. 

667. Corriger : cors. 

670. Corriger : que tôt laysn detras. 

674. Msc. : Aygres. 

682. Corriger : ni n'amorssa . 

685. Corriger : ergulh. 

686. Supprimer la virgule après vull. 

691-692. Les deux vers doivent être intervertis comme ils 
le sont en effet dans le manuscrit. 

697. Corriger : Si cuyas per ton encolpar. 
700. Corriger : tengua 'n dan. 
707. Msc. : almorna. 

713. Supprimer le point après monda. 

714. Corriger : vici. 
721. Msc. : guanren. 
723. Msc. : retras. 
732. Supprimer tu . 

737. Msc. : que tut très em el poder sieu. 
740. Corriger : Venemic gieta un sospir. 
747. Auzirerem ne peut être qu'un barbarisme. Corriger : 
Es auzirem on que. 

755. Corriger : L'enport ssell. 

759. Corriger : Sabras o quant sera yuyada. 

760. Corriger : Ar dises qv' yeu la-t layss portar. 

761. Corriger : faus plus quen foll. 



154 SUR LE DÉBAT PROVENÇAL DU CORPS ET DE l'aME 

763. Corriger : quel sien met en comunalesa. 

764. Corriger : Ni so quel avia conquist. 

765. M se. : e?i ren. 

767. Corriger : De l'arma. 

769. Rétablir avec le manuscrit que Cay et supprimer le 
point après raonar. 

770. Corriger : Lenportaray et de même au vers 780. 

771. Rétablir avec le manuscrit : E tu non i demandes plus. 
773. Corriger : pt^endas. 

777. Corriger : E l'en degra. 

781. Corriger : puays. 

1S7 . Lire avec le manuscrit : Niyeu no la t'en laysportar. 

788. Corriger : E s'enaysi Varma reman. 

799. Corriger : E yeu Vautrech. 

801. Corriger : coma fan. 

802. Corriger : Varni' e-l cors e H nembres tut. 

806. Corriger : que vos sapjas. 

807. On corrigera plutôt : A mi pus non calra parlar. 

809. Il est inutile de supposer ici, comme le fait M. Kastner, 
l'existence d'une lacune dans le manuscrit. On peut assez aisé- 
ment rétablir dans ce passage le sens et la rime qui, en effet, 
sont altérés dans le manuscrit. 11 suffit de corriger le rersOOO 
et de le lire : Pero non die que mi afan. « Pourtant je ne veux 
pas dire que ce travail (que je voudrais éviter) doive me fati- 
guer à l'excès. )) On peut supposer qu'après le substantif afan 
du vers 808 le poète se sert à dessein du verbe afanar. C'est ce 
qui expliquerait la singularité de la rime. 

811. Msc. : Lo drech qu ieu vos faray ausir. 

822. On corrigera avec plus de vraisemblance : Venc clave- 
lat sus en la cros . 

848. Corriger : angels. 

849. Corriger : que'm. 
855 Corriger : pentenssa. 

856. Msc. : Que anc fos ni ya mais sia, à corriger : Que anc 
ya jos ni ya mais sia. 

857. Corriger : un dia. 

858. Corriger : iVo /ero?? folV e pecat. 
8G0. Msc. : I\on avieyn tos. 

864. Msc. : an fell. 



SUR LE DÉBAT PROVENÇAL DU CORPS ET DE l'aME 155 

866. Msc. : an agut. 

874-875. Corriger : hueymais et plays. 

886. Msc. : ancaras. 

894. Msc. : ren delsieu. 

895. Corriger : asell mou de. 

896. Corriger : Car la demand' e pens" aver. 

902-903, Ces deux vers doivent être intervertis. — Corriger : 
a mi n'est guarent. 

920. Msc: de. 

031. L'accord du participe exigerait conquista. Aussi préfè- 
rera-t-on corriger Af/ en aquesC arma conquist. 

941. Mso.: voll autre. 

945. Msc: sos. 

954. Msc: Hueymais. 

061. Corriger : dech. 

963. Corriger : fer m'es. 

980. Msc: que sab tôt cant es. 

982-983. Corriger : tensons : rasons. 

985. Corriger : E après las cartas escrichas. 

995. Msc: s" es menât. 

1004. Corriger : Folia fas gran car encolpas. 

1005. Corriger : e' Is tteuas polpas. 

1014. Supprimer E. 

1015. Corriger : Fayt, si que aras per enguall. 

1021. Corriger : sias dins. 

1022. Corriger : e U tieu enfant. 
1032. Corriger : yuguàdos. 

1034. Corriger : L'un dels parens. 

1035. Corriger : preneyre . 

1036. Corriger : tuados. 
1041. Lire : an dos. 

1048. Corriger : areguarda. 

1050. Maintenir la leçon du manuscrit : De Vaver yest bayles 
a§ut. 

1052. Msc: menara. 

1057. Corriger : qu'as donat. 

1068. Insérer ici les deux vers altérés qui sont en marge 
dans le manuscrit. On peut conjecturer : 



156 SUR LE DÉBAT PROVENÇAL DU CORPS ET DE l'aME 

La tieua carn sera manyada 
De verms e tota deguastada. 

1069. Corriger : en ter' anaras. 

1070. Corriger : Très sun qu'an ton afar partit. 
1076. Corriger : a qui as. 

1078. Corriger : a qui l'as. 

1085. Corriger : si •/ cos. 

1086. Corriger : potz escusar. 

1088. Corriger : tôt oms a mot petit de sen. 

1090. Corriger : no s'escuza. 

1139. Corriger : las, con len mori. 

1142. Corriger : qu'en faoc e flama hen ardent. 

1152. Corriger : E enaysi faras pendensa. 

1156. Corriger : tu l'ajas. 

1158. Corriger avec le manuscrit : purr/uada. 

IIGI. Cori'iger : e que tires on. 

Jules COULET. 



DOCUMENTS SUR LES RELATIONS 

DE 

L'EMPEREUR MAXIMILIEN ET DE LUDOVIC SFORZA 

EN l'année 1499 
(Suite) 



36 

Ludovic Sforza à. Agostiuo Somenza ' 

(Milan, juin à août 1499) 
(7 juin) 

Augustino, el desiderio nostro de veder la Maestà Cesarea, sic- 
corne è grandissime, cossi l'effecto non ponia se non piacere; ma essendo 
le cose présente in li suspecti che se vedono, maxime de Francesi, el 
partir-nostro da quisaria fora de proposito, e pero, rispondendo a quello 
ne scrive essere per te dicto alla Cesarea Maestà circa lo abbocamento 
nostro, te diremo che non essendotene altramente parlato da la Maestà 
sua, tu anchora te ne debii passare seuza farue parole. 

(Milan 19 juin 1499 ") 

Augustino, dal cancellero di Lorenzo Mozanica (quale se trova de 
présente in Ast per la praticha chel ha manezato del accordo de Astesani 
cum Genoesi), havemo havuto lettere continente li capituli vederai per 
l'incluso exemplo : ce lo mandamo acio lo monstri alla Cesarea 
Maestà, perche possi uielio cognoscere l'animo de Messer Jo. 
Jaconio, quanto el sii iuiquo e perverso. Ma speramo in Dio et 
in la Cesarea Maestà Sua, che questi designi che se hano facto cossi 
alti e depincto a suo modo, presto debiano cognoscersi senza quello 

' Milan. Ibid. Id. Minute Orig. : « Augustino Somenzio ». 
^ Milan. Ibid. Minute originale (au même). 



158 MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA 

fundamento che si jacta... In epso exemplo vederai etiam quello è 
dicto per non havere voluto concedere el transite per il dominio nostro 
aile victualie voleva mandare M. Jo. Ja. Triultio a Grisani, como non 
havemo anche permesso ad altri che gli ne volevano condure, e ne 
sono state tolte ad alcuni gli ne condticevano senza permissione. 

Haverai insiema summario de lettere del cancellario nostro mandato 
al duca di Savoia, quale similmente participarai alla Cesarea Maestà, 
perche la veda chel predicto duca non porria demonstiare mazor reve- 
rentia et affectioue verso lei e constantia con tante offerte del re di 
Franza per tirarlo alla volta sua, e pero essere tanto più a proposito 
che la Maesta sua li mandi uno per tenerlo ben ferino in questo, como 
la soUicitarai ad fare. 

(Milan 24 juin 1499*) 

... Quanto al duca di Savoia, epso ha mandato duy oratori a 
nuy a farne intendere che dal Ré de Franza l'è stato ricercato 
de passo e victualie per le sue 'gente per lo dominio suo, e chel 
voglia tuore da lui pensione e conducta, perche lo tractara bene; 
e che quando el récusasse, se passaria cum la forza ; e che a questo 
è parso respondere ch'el sara contento de acceptare la pensione e 
conducta cum Sua Maesta cum darli passi e victualie ; salvando pero 
l'honore e debito suo, per el quale se non vole inferire, che dependendo 
dal iniperio, el non sia ancora per mancare a quello che dal serenis- 
simo Re li fosse commandato. 

Riferiscono esser per la Cesarea Maestà parlato a li oratori suoi 
favorevolmente de nuy et de le cose nostre, quale non intende aban- 
donare; laquale cosa mha portato piacere,e de questo haray ringratiare 
la predicta Maestà. 

M. Ludovico Bruno m'ha, sotto una lettera credentiale, parlato in 
nome de la Cesarea Maestà raccomandando le cose de D. Gaspare di 
Sanseverino. Volemo per questo che tu preghi la predicta Maesta ad 
esser contenta de non farne più parlare de luy, perche li deportamenti 
soi cum nuy ricercano che più non se impazamo de facti soi, non 
havendo mai voluto cognoscere el bon grado haveva con nuy, anzi 
volendo convertire a maleficio contra nui se non li havessimo provisto. 

(3 juillet') 

Desyderamo che, quanto più presto sii possibile, se mandi il prevosto 
de Brissina, como è dissignato, al duca de Savoya et in Monferrato, e 
pero, quando non fusse expedito, soliiciteray chel sia presto expedito. 

' Milan. Ihid^ Minute originale, fragment. 
^ Milan. ILid. Minutes originales, fragments. 



MAXIMILIEN ET LUDOVIC SPORZA 159 

Essendo avvisati che quelii, quali la Cesarea Maestà ha mandato a 
levar le dinar! de M. Baldassar, non hanno levato se non 13500 fioreni 
et hano lassato el reste per non essere la valuta como loro volevano, 
dicendo che li ducati se perderia troppo, e lo portare inante sia troppo 
incoramodo ; tu farai intendere alla Cesarea Maestà che qnesto resto 
sara mandato a Ispruch in mani de Jo. Colla; dal quale loco la Maestà 
sua lo potera mandare a tore con più sicurezza chel non se poteria 
dal canto di qua. 

Nuy siamo pur da loco (sic) cerlificati chel Re di Franza è omnino 
disposto fare de présente la impresa contra nuy, ed, oltra le gentedarnie 
quale manda de qua, expedira ancora molti fanti ; el che harai fare 
intendere a la Cesarea Maestà, Siamo ancora avvisati chel duca de 
Lorena è partito mal contento da la corte di Franza, ed essere andato 
a casa ; laquale cosa poria servire a qualche proposito de la Cesarea 
Maestà e nostro, cercando de havere qualche intelligentia cum epso ; 
e perô glilo ricordamo, acio le possa fare qualche bon peusiero. 

(8 juUlet) 

Havemo ricevuto le lettere tue de 27, 28, et 29 et, inteso tutto quelle 
ne scrivi, comendamo nel tutto l'officio tuo e respondendo aile parte 
necessarie, te dicemo che : quanto aile victualie che sono in Valtellina, 
non se movera cosa altra, ma se segua l'ordine de Sua Maestà; quanto 
a le cose de Firentini, epsi ce hano sempre facto pregare che essendoli 
periculoso el declararsi de présente, vogliamo essere contenti de sopra- 
sedere, finche habino Pisa,e stare alla fede loro; e per questo se è parso 
de consentirli e dimonstrare de rimanere de lor ben contenti, perche 
cossi ricercano le occorrentie présente. Circa el particolare del pontefice, 
ne placera che la Cesarea Maestà eseguisce quanto ha dicto de fare 
per licenliare el legato, ma vorassimo chel proposito de Brissina desi- 
gnato a venire in Monferrato et in Savoia venisse più presto fosse pos- 
sibile, perche cosi ricercano li presenti bisogni, e pero tu solicitarai 
l'efFecto. 



A Angelo de Fiorenza et Agostino Somenza 

(Milan 25 juillet) • 

Cum gran piacere havemo inteso la grata recolienza che la Cesarea 
Maestà ha facto a vuy M . Angelo, e la libérale resposta quale ha facto 
alla expositione de la commissione vestra ; laquale, se ben non è stata 

' Milan. lùid. Minute originale. Les mots en italique sont des additions 
interlinéaires, d'une main diflerente et hâtive. 



160 MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA 

aliéna da la expectatione nostra, ne porta pero tanto niazore conforto 
quanto chel bisogno se appressa, havendone Francesi rotto la guerra, 
coino havrete inteso per altre nostre ; e per questo, toccando el parti- 
culare de li faiiti, non vedemo che li Boerai [lossino essere a tempo del 
bisogno nostro, quale è présente. Pero pregareti la predicta Maestà a 
volere Irovare modo de farne havere fin a quattro mila Todeschi, per- 
che, oltia che siino valenti nel ministero de le arme, a noi importa 
molto el nome de li Todeschi contra Francesi; e quando non possa man- 
darne quattro mila ne manda tante quante po, e de quai sorte se volia, 
purche siino Todeschi, importando ancora a nuy e dandone repuia- 
tione che se intenda cJie la Maestà sua ne tnanda fanti. 

De li homini darme burgognoni, attenderemo la resolutione che 
l'havera facto sopra quelle che l'ha nominato, e che la daghi ordine che 
o de luy o de altri se possiamo valere, ne se habii a tardare ad inviarsi 
de qua, perche da nuy se accepta queilo ha nominato o altro, purche 
se facia meltere presto a viaggio. 

Quanto alli bombarderi, desideramo e pregamo che anche s'usi pres- 
teza in far venire quelli de lo illustrissiino archiduca suo fiolo como 
ha dicte de fare o qualcuni altri. 



A Agostino Somenza' 

(Milan 31 juillet 1449) 

Dux Mediolani. — Augustino, se ha da M. Galeaz Vesconte como 
Suiceri sono benissimo dispositi alla pace cum la Cesarea Maestà ne 
sono per discostarse de le cose honeste e che in la dieta facta a Znrico 
hanno facto libéra resolutione, nemine contradicente, de venire a questa 
pace. E questo, per quelle ne scrivesti H di passati de la doglianza che 
la fece in concilio de non essere aiutata. Queilo che ad noy occorre 
séria che quando la Maestà sua se vedesse si uiunita e galiarda de gente 
che la potesse in tuto debelare li soi inimici, che la seguisse l'impresa; 
ma quando lacognoscesse anchora che li fosse difficile, per non havere 
da queilo canto tutti quelli adiuti seriano necessarii, como noy dubitano, 
a noi andaria per animo chel fosse bene che epsa Maestà applicasse 
l'animo alla pace aut saltem ad uaa honorevole tregua al manco 
de uno anno, ne la quale noi fossimo inclusi, e che la Maestà Sua 
tolesse depsi Todeschi e Suiceri per fare l'impresa contra Venetiani; e 
noy anchora ne havessimo per usarli contra Francesi ; e cosi epsa 
Maestà se voltasse contra Venetiani, li quali se vedeno che, per satisfare 

' Milan. lôid. Ccirteg. Générale. Minute originale. En marge, cette 
indication de la chancellerie milanaise : Zifra tutta. 



MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA 161 

al Ile di Franza e per la insatiabile cupidità loro, ne moveno guerra; 
et a fare guerra contra Venetiani, crederno la Maestà sua havera 
li soi più disposti che non ha a questa guerra ; e noy acciù possa intrarli 
honorevolmente, saremo contenti donarli venticinque milia ducati ; e 
cosi facendo, se trovara a loco de reportare più honore ed utile, e dara 
ad noy in taiita oppressione gi'andissimo sublevamento e se conservara 
questo stato, del quale sa che in mane nostra ne po dispunere conio 
li piace. 

E perché la Maestà Cesarea porria pensareche in questo ne movesse 
più el particulare nostro cha quello de Sua Maestà, tu li hara a dire 
che, como servitore che li siamo, ne proponemo sopia ogni altra cosa 
Ihonore suo, e che quaudo la se trovasse in quella impresa in termine 
de potere reportare Victoria de li inimici soy, la confortaressimo a 
seguire la impresa; et a questo noy li meteressimo ogni nostro 
potere, ma quando la sii in termine che la non veda potere fare quelli 
efFecti che la desidera, ma sii necessitate starsene in difesa cum fare 
poco fructO; in questo caso judicamo sii più honorevole a Sua Maestà 
el fare la pace o tregua honorevole, cum questo obgecto de voltarsi 
alla impresa contra Venetiani; perche parira che como prudente che la 
è, Ihabia saputo honorevolmente cavarsi da quella guerra per voltarsi 
ad una altra, dove venera la castigatione de chi adversa continuamente 
a Sua Maestà, ed ultra l'honore, gli ne reuscira ancora grandissima 
utilitate. 

Appresso accadendo che la Cesarea Maestà venga o ad pace o ad 
tregua cum Svizzeri ne la quale anchora non siamo inclusi, crederiamo 
chel non fosse in proposito el concludere de présente la lega che si 
è praticata. Perù tu dirai che in caso se facesse tregua, séria bene facto 
se tenesse sospesa dicta pratica, perche stando ne li tei mini che stiamo, 
non saria a pi'oposito nostio se scoprissemo, e che essendo Suiceri 
bene dispositi verso noy, se le provocassimo contra. E perche la 
Maestà sua non se credesse che in questo ne movessimo per 
non pagaro li trentatre mila fîorini, essendo noi contenti donarli li 
venticinque raila ducati per fare guerra a Venetiani, pô da questo 
cognoscere che non lo facemo per questo ; e poy quando iu altro tempo 
li pare che questa liga sia a proposito nostro e se facia, sempre la 
obediremo, tutavolta siamo fora de Francesi ; che adesso trovandone 
in mezo de Francesi e Venetiani, e se tirassimo anchora Sviceri contra 
noy, non credemo fosse a proposito nostro. 

Te scripsemo per altre nostre del venire per mare del Reverendissimo 
ed UlustrissimoMonsignore vicecancellaro nostro fratello; hogi havemo 
havuto lettere como è dismontato a salvamento alla Speza cum tuti 
li soi. 

Mediolani, die ultime Julii 1499. 

11 



162 MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA 



(Milan 17 août) ' 

Anchora che da M. Vesconte habiamo havuto prima tutto quello clie 
ne hai significato per la tua de 5 del présente, nondimeno ne è stato 
gratissimo che anchora tu ne habii avvisato del tuto, e poi più oltra la 
expedicione de le lettere al re di Franza et instrumento per Venetiani ; 
el tutto ne ha portato grandissimo conforto, et in tempo che ne troviamo 
molto afflicti et travaliati per la perdita de la Rocha de Arazo, et hora 
de Anono, como vederay per l'extracto de le lettere de Messer Galeazzo. 
E perô, ringraciando la Cesarea Maestà de la bona resolucione facta, 
l'officio tuo sara de demonstrarli el grandissimo periculo nel quale ne 
troviamo, e la nécessita che havemo de esser soccorso cum presti effecti; 
e cossi la soUicitarai ad mandare de le gente de pede e de cavallo più 
che la po; che nuy, perche Ihabia modo per potere inviare de li fanti, 
atteso el ricordo che tu ne fasesti de mandare mille sin in due milia 
fiorini, havemo expedito Paulo Bilia, quale vene in diligentia e 
porta quella summa; ed a Tirano se dara ordine de potere dare la 
paga a quelli trecento, quali ne scrive che se mandeno per la predicta 
Maestà per liquali hai impinudato li cento fiorini dal conte Philippo; 
li quali cento fiorini mandamo per questo cavallaro per potergli resti- 
tuire et ad epso conte scrivemo una bona lettera juxta el ricordo tuo, 
quale te mandamo a parte accioche prima lavedi. 

Quanto alli mille fanti, quali la piesente Maestà ha dicto volere 
expedire e mandare per la via de Savoia, el che ne è de grandissimo 
conforto, tu 11 ricorderai chel è necessario che, volendoli mandare per 
Savoya, epsa sia quella che ricerchi el transite sicuro al dicto duca, 
perche a nuy non saria più prestato audientia per esserse in tutto facto 
Francese e col stato et colla persona. 

De li fanti Boenii e del duca de Brosvich, il caso nostro è in termine 
chel ricerca de li adiuti presentanei e non che vadino alla lunga como 
sariano quesli ; e po poy intendere quello che sia l'officio tuo de fare. 

Et ne dole e rincresce più a noy che ad altri che li due mila fiorini, 
quali restino de li 6.500, non sieno pagati, perche non è cosa al mundo 
che faciamo più volunteri cha quelli dove se concerne el beneficio e 
piacere de la Cesarea Maestà; ma la grande premura che ne è sopra- 
giunta de essere guerezato da due cossi gran potencie ne ha posto in 
une abisso de spesa chel ne convene impegnare quanto habiamo e da 
gran tempo causato che non si sono possuti pagare cosi presto, ma 
non se mancara perô de trovarli modo e de pagarli più presto che sara 
possibile. 

' Milan. Ibld. Minute originale. 



MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA 1G3 

Ne sara grato che faci opéra che la serenissima regina ne rico- 
manda alla predicta Maestà, perche hora è tempo di recognoscere 
l'amore che la me porta. 

Del cavallaro regio preso da Venetiani ne havemo anchora nuy 
havuto noticia como haverai inteso per altra nostra; ne de questo se ha 
molto a meravigliare, ma se ha bene a presupponere che sieno per 
fare tutto quello maie che poterano contra Sua Maestà e contra noi. 

Da M.Vesconte havemo havuto como le [)oi stato li ed esser in bona 
speranza de la pace, laquale concludendo ce da oinnioue che saremo 
aiutati de la Cesarea Maestà de la guardia de Burgogua e de altri 
adiuti li quali tu haverai a sollicitare, 

La lettera scripta al re de Franza con la instructione per Venetiani 
a nuy sono piaciute ; è vero che haverenio desiderato che dove se li 
ricerca risposta fusse dicto che non cessaudo loro da le offese nostre, 
Sua Maestà cum sacio imperio faria contra loro; e questo poteria esser 
causa de farli andare più ritenuti; perô quando accadesse replicare non 
se vole omettere quella parte e monezarli a la predicta de fare taie 
efFecto, perche el ricevere risposta non è altro che darli materia de 
respondere parole e fra tanto fare el facto loro contra nuy ; pero el 
bisoguo nostra sia se li replicasse o mandasse Ambr.o como è dicto. 

(28 août) 

Milano, 28 augusti 1499. — Augustino Somencio. — Augustino, 
Nuy credemo facilissimamente che la Cesarea Maestà senta afFano 
grande de la perdita de li lochi nostri, ma magiore lo sentiria se 
La vedesse cum l'ochio lo periculo grandissimo nel quale hora siamo, 
essendo dopo la perdita d'Aunona seguita la perdita de Valenza e poi 
de Tortona e de tuti li lochi del Tortonese fîno a Voghera, che è 
ancora ley perduta, per modo che l'exercito nostro se trova serrato in 
Alexandria, essendoli Francesi adosso acampo. 

6 [Che si la disgracia nostra volesse che Alexandria si perdesse cum 
quella nostra gente, poriano Francesi venire de longo fin qui a Milano, 
como po la sua Maestà andare per Alamania, in modo che le cose 
nostre stano a mal loco, ne sia più reparo a la totale ruina nostra] '. 

Et havendo Venitiani rotto e già occupato Aliojamon (?) et alcuni 
altri lochi, per non poterli tenere alcuno contrasto. per attendere cum 

la geute haveriamo al opportuno loco, - 

per modo che si po dire che tutta Geradadda 

' Le paragraphe entre crochets est eliacé sur la minute originale, et 
remplacé par le dernier paragraphe de la dépêche, Ponatur, etc. 
^ Quelques mots barrés et illisibles. 



164 MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA 

habia in tracto de otto di pervenire in mani de Venetiani, e perô si po 
cognosceie il malo stato nel quale siamo e como a la salute nostra 
niuna cosa sia più necessaria che la céleri ta de la venuta de S. M. 
cum la gente ; tu adunche te trovarai tosto cum epsa, e cum lo 
discorso predicto li dirai che nuy siamo fîrmi a li primi capitoli ; e per 
la instantia facta de pagare li 16.500 fiorini e cosi le due milia havere 
inteso che tosto li facessino pagare, e Dio volesse che li fanti fiis- 
sino cosi presto, como nuy havemo pagato li dinari ; perche el rompere 
adosso in Franza non sia el bisogno noslro, al quale non vedemo 
altio rimedio che la venuta de S. M. como è dicto. E cosi la pregarai 
e supplicarai cum ogni instantia che la voglia venire, senza metterli 
più tempo, perché de quello ha ricercato per li primi capitoli, non se li 
ha maucato d'iino iota, e non solo se li dara Bormio e Tirano como 
ricerca per pegno, ma tuta Valtellina e Como in le mane; ne {illisible) 
de havere a quello ne ad alcuna altra cosa contradicione, pur che la 
venga cum el numéro de la gente che ha dicto de venire, e che nel 
venire usa celerita, perche soli non possemo resistere a la forza de Fran- 
cesi e de Venetiani. Se la observantia e devotione nostra verso lei non 
basta a moverla, lo mova lo interesse suo de non lassare andare in 
man de Francesi uno tanto stato che tuto ordiria a diminutione e forse 
ruina de la dignità impériale, che tanto ne doleria per la jactura di 
S. M. et de l'imperio como per la nostra. 

E perche questa benedetta pace cum Svizeri non habia tardare la 
venuta sua, la pregarai posseudo concludere sia contenta la se con- 
cluda presto ; quando ancora non si possa o vero si havesse ancora 
andare a qualche giorni a concludersi, voglia lassare qualche capitolo 
a l'opposito loro e non mancare ley de venire cum celerita et presto 
presto, tanto che ce resta ancora qualche lume, perche, per quanto 
saremo adiutati, non dubitamo che non se reduranno ancora presto 
in bono termino e cum grande contenteza e gloria de Sua Maestà, 

L'andata sua ad Argentina, se la sara stata per benefîcio nostro, 
come ogni rasone vole che pensiamo, ben sara, ma lo dilongarsi da 
nuy non si porta gia favore, alongandosi ancora pur lo venire. Pero 
l'haverai a pregare ad adattarse presto e voltare la persona sua in 
qua, perche si como la fama del venir suo ce portara favor grande, 
molto più pare lo portara lo effecto ; far fare qualche mossa da quelli 
di Carinthia e Carniola verso Venetiani, che hora hanno rotto come è 
dicto, sia a gran proposito, e cosi desideramo facia; ponatur pero che 
per cosa ch'epsa facesse fare da quello canto, non se implicasse e 

tardasse lo venire, perche el principale è che lei venga. [ ], 

Ilaverai ringratiare la serenissima regina de la bona opéra fa cum 
la Maestà Cesarea acio siamo adiutati. Tu li farai intendere che hora 
è tempo La ne demonstra l'amore ne porta, e che La ne ricomanda a 



MAXIMILIEN ET LUDOVIC RFORZA 165 

la predicta Maestà ; altramente qiiesto stato se perdera e andara fora 
de la casa nostra, che doveia cosi dolere a lei como a niiy. 

[Ponatur hoc intus ubi sig Q] : Che fa che non se possiamo adiutare 
de quello exercito, se ben non siamo raancati de levare il conte de 
Caiacio dal opposite da Venetiani per dare faldo a M. Galeaz, ma 
per non potersi conjungere senza periculo de fare facto d'armi che 
hora sia periculoso, non sia cosi se Sua Maestà venera, perche a la 
gente sue se coajungerano le uostre, e se potra molto bene farsi 
incontro ali inimici e liberare Messer Galeazzo ; e poi uniti tuti se 
poteriano moite bene cazare per tuto ne li sara loco dove possino 
expectare, per la galiardeza ne la quale sera la Maestà sua cum le 
gente sue e nostre; che hauto el poter necessario, che epsa venga 
presto, perche quando non venessi o tardasse tropo, poterano revol- 
tarsi verso nui, e perche li nostri stati de la non si poteressino 
defendere. 



37 
Ludovic Sforza à Tempereur Maximilien 

(Milan, 19 juillet 1499) • 

Dilatum est in hodiernum diem, ab astronomo meo electum ut 
auspicato res fieret, Maximiliano filio meo Majestatis Vestrae litteras 
et principatus Pavie privilegium reddere, et quamquam ipse ei per litteras 
gratias agat, et ego, reverso proximis diebus ad me Marchesino, 
Majestati Vestrae scripserim, et ab Augustino Somencio significari 
jusserim quse intellexisse ipsam arbitror ad testandum quantopere me 
devinxisset, nihilominus quod hodie perlectis Majestatis Vestrae litte- 
ris et privilegio coram omnibus apud me agentibus et aulae meae 
primatibus, R. D. Petrum Bonohomum rogavi Majestati Vestrae 
scriberet, denuo ei, quum tanta benignitate quottidie sua in nos 
immortalia bénéficia magi s augeat, gratias ago, non quas.debeo, sed 
quas possum, e cum jamdiù ego cum liberis et fortunis omnibus 
Majestati Vestrse deditus sim quod amplius ei spondere possim non 
video, nisi me nihil magis optare quam pro Majestatis Vestrae ampli- 
tudine et gloria grati auimi officium praestaie posse, nullum unquam 
status nec mei ipsius discrimen reeusaturum, sicuti et Maximilianum 
et reliquos liberos meos, patris vestigia et mandata sequentes, facturos 
confido. Commendo mea ac eos Majestati Vestrse. 

* Milan, Ibid. Minute orig. : « D. régi Romanorum. > 



166 MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA 

38 
Maximilien à Louis de Rippol, résident napolitain à Gênes ^ 

(27 juillet 1499) 

Maximilianus divina faveale clementia Romanorum rex semper Au- 
gustus. Dilecte, scripsimus alias ad te ut illa quatuor millia ducatorum 
quœ sereiiissimus Federicus Sicilise Rex, frater noster, carissimus,Genupe 
pro redimendis argenteis nostris in manibus tuis deposuit nostro et 
imperii sacri fideli dilectoMarchesinoStangse, iilustris Mediolaui ducis 
secretario, respondere velles ; quod etsi uon dubitemus te secundum 
scripta et commissioiiem nostram pleae fecisse, nichiloniinus te et 
denuo hortamur seriose requirentes, ut si ipsa quatuor millia ducato- 
rum nondum ipsi Marchesino per te exhibita essent de continenti 
exhibeantur. Quoniam vei'o nuper intelleximus ipsum Sicilia^ regeni 
alia sex milia ducatorum Genuam ad manus tuas misisse propter 
supradictam causam, ex te cupimus magnopere ut illa sex millia et 
aliara omnen pecuniam quam ipse Rex ad te nobis exhibendam 
transmiserit prefato Marchesino respondeas, vel cuicumque quem pro 
ea miserit cum quitantiis nostris. Misimus euim ad ipsum Marchisi- 
num omnes quitantias et commissionein nostram quid de predicta 
pecunia facturus sit : faciès in illo nobis rem gi'ntam, erga te gratia et 
benevolentia nostra recognoscendam. Datum in oppido nostro impe 
riali die 27 Julii anuo Domini 1499, Regni nostri Romani quarto 
decimo. 

Ad mandatum domini régis. 



39 
Ludovic Sforza à Baldassare Pusterla 

Commissaire général de l'armée Milanaise- 

(Milan, 30 juillet 1499) 

M. Baldesar, quello che cum boni effecti de continuo ce havete 
demonstrato in le imprese quale ve havemo date, ne ha inducto ad 
elegervi de présente commissario générale nostro del felicissimo exer- 
cito nostro, quale preparamo ad l'opposito de Franzesi; essendo certi 

' Milan. Ihid. Original, suscription : « Dilecto Aloysio Rapole seV^' régis 
Sicilie oratori Genue. » 
^ Milan. Ibid. Minute originale. 



MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA 167 

che pcr lafede e devotione portate ad noi e stato nostro, le cose che 
ve occorrerano le exegiiiroti cum taie sincerita e fede che non ce las- 
sareti loco alcuno de desiderio, como de continuo havete facto in 
l'altre imprese quale ve havemo date. 

E perche la impresa, ultra che la sia de importantia, è ancora labo- 
riosa e grande, adcio più expeditamente possiate dare expeditione a le 
cose ve accaderano, in compagnia vestra havemo deptitato D. Petro 
Martiro Stampa quale ve havera ad adiutare, e de Topera sua ve 
havereti ad valere in le occurrentie de l'impresa. 

Ed ultra le cose che ve accaderano pertinente allô stato, haverete 
ancora ad havere principale cura ad provedere che victualie non 
manchino in campo ; e per essere l'impresa grave e grande, adcio che 
più expeditamente la possiate exeguire, havemo facto electione délie 
infrascripte persone, quale de continuo haverano ad assistere presso 
voi et obedirue in tutto quello pervoi gli sara imposto ; e gli havemo 
a tutti facto scrivere se retrovano da voy a l'impresa ; siche voi li 
deputarete separataraente ciaschuno de loro ad quello servi tio e pro- 
posito de l'impresa che ve parira ; cun tenerli poy a la giornata soli- 
citati, adcio non manchino del effecto ad el quale li havereti deputati. 

Perche potria accadere qualche piogie quale sariano de qualita che 
li mercadanti se renderiano difficili ad condure le victualie in campo, 
accio non occorresse qualche desordine, ve havemo facto provvedere 
de denari da li deputati nostri. Quali denari havereti ad usare ad 
questo bisogno quando accadesse, cum provedere che essi denari non 
vadino in sinistro. Ma havereti ad fare limitare el pretio de le victualie, 
tanto più quanto sara la spexa de la conducta che li sara sopragionta, 
e dicti denari farli retrare, in modo che noy non ne habiamo ad por- 
tare senon el scorto et aspecto del tempo dessi denari. 

E perche è necessario stabillire qualchi fornari, quali de continuo 
faciano lavorare li forni per el bisogno de una bona parte de le gente 
se retroverano a l'impresa, ad questo havereti ad usare la solita dili- 
gentia e prudentia vostra in firmarne e stabilirne qualchuno , adciô 
non se habia a stare in tutto a ventura e descriptione (sic) de merca- 
danti superadventii, e bisognandoli scorto ne de grano ne de altro, 
el tutto praticarete ; e secondo el besogno ne darete aviso alli 
deputati nostri, adciô che li possiamo far consideratione e dare 
modo al tutto. Ma questo non lo potrete considerare e praticare 
finche non siate sopra el loco e che habiate notitia de la qualita e nu- 
méro de le persone sarano in campo e condictione de li paesi ; perho 
gionti sareti ad l'impresa, soUicitareti de havere noticia del tutto e ben 
considerato che haverete la cosa, ne dareti del tutto aviso cum el parère 
vestro alli deputati ut supra. 

Per omne caso che potesse occorrere, ne pareria che con effecto ope- 



168 MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA 

rassero ehe in li loci e terre più accommodate ad l'impresa, se li tenesse 
per quelle persone che ve paresseno juxta la descriptione de le victua- 
lie che haveraao doa mille moza de fnimenti e qualtro inillia somme de 
biade da cavalli; facendo coramandare ad li sollari piu grossi che sotto 
pena de la confiscalione de li loro béni non moveno le victualie che 
li ordinarete senza vostra licentia ; facendo questa ordiuatione e 
provisione ed in Alexandria e Lumellina ed inNovarese cum farne tenere 
bonoconto del tutto, adcio accadendo el bisogno ve ne possiate valere. 
Ultra la irapresa de le victualie, volemo ancora asistate de continue 
ad le expedictione pertinente al stato predicto che per el sopradicto 
Messer Galeazio sarano ordinate. Facendole exeguire per le infras- 
cripte persone, lequale havemo ordinato stiano de continuo ad la 
obedientia vestra per fare questi effecti, et ad tutti se li fara dare li 
denari de la cavalcata : 

Thomasino Torniello. 

Paulo da Lode. 

Jo. Baptista Gusperto. 

Bartholomeo da la Croce. 

Gonradino de Vimercato, 

Baldesar da Gaserate. 

Filippo Guascono. 

Francisco da Gremona. 

Danesio Grivello. 

Benedicto de Gallarate \ 

Paulo Impériale { cancellieri al officio de lo biade. 

Francesco da Regio i 



E perche la irapresa ha in se cellerità, volemo che ve mettiate ad 
ordine, ita che mercoldi proximo ve possiate partire per andare ad 
l'impresa ; e cosi havemo advertito tutte le predicte persone, quale 
hanno asistere de continuo ad l'obedientia vestra, farano el medesmo. 

Havemo ancora advertito tutte quelle persone, quale sono mandate 
per fare le descriptione delli vini e biade da cavalli, che se expedis- 
cano presto e mandano le note del tutto in mane vostre ; adcio, inteso 
havereti el tutto, possiate provedere e dare modo de farne condure 
dove cognoscerete sia el bisogno. 

E perché non potemo ancora sapere dove el predicto felicissimo 
campo nostro se habii ad firmare, e decernere el loco dove se habii ad 
stabilire la fabrica de la monitione del pane, volemo che faciate pro- 
vedere che li forni de Abbiate e Viglevano, quali solevano lavorare ad 
altri tempi, maxime al tempo del exercito de Novaria, che siano missi 
ad ordine, in modo che bisognando se possano operare ; e per non essere 
forni commodi ad simili besogni in la cita nostra de Novaria, volemo 



MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA 169 

che subito faciate provedere che siano fabbricate quattro bocho de 
forni in el loco più accommodato de quella cita ad l'impresa ; ita 
che occoiTendo el bisoj^no se possino fare lavorare et ad questo non 
li perderete tempo alcuuo per farne l'efFecto. 

Havereti ancora ad provedere che in le terre e loci dove sono facti 
redure li frumenti e che sono fortificati per conservarsi al bisogno de 
le occurrentie del stato nostro, sia macinato tanto gran che sia abas- 
tanza per el vivere de li habitanti per sei mesi, et uUerius per omne 
soUaro grosso che se ritrovera in cadauna terra, ultra el bisogno del 
vivere de le persone habitante. Ne farete ancora macinare quella quan- 
tita che ad voy parira ricercare el bisogno, quale ordinarete se conservi 
et se tenghi in monitione per omne bisogno che occorrera per pro- 
vedere al campo de victualie, cum fare fare le descriptione delli fru- 
menti in cadauna terra e loci predicti, e provedere non ne sia cavato 
fora alcuna quantita senza licentia vostra, facendo punire ognuno che 
contrafacia seconde che ad voy parira. 

E perche ad dovere tenire il campo abondante de victualie la prin- 
cipale cosa è ad intendere quantô numéro de gente li serano, cossi da 
pede como da cavallo ; ad questo haverete ad usare la débita diligentia, 
cum fare limitare el pretio de le biade e victualie, havendo respecto e 
consideratione che li conductori gli ne possino condure voluntieri e li 
soldati se ne habiano anche loro ad contentai'e, ne possano dolersi che 
le siano vendute troppo caro. 



40 

Giovani Colla â Ludovic Sforza ^ 

(Du 3 au 13 août 1499) 

(3 août 1499) 

Illustrissimo et excellentissimo Signor mio observandissimo, M. Anz 
Kungsegh è giunto hogi in qiiesta terra; al quale havendo domandato 
de le nove, mi ha affirmato che pace o tregua si fara cura Sviceri col 
mezo de M. Vesconte, e che la Maestà Cesarea se li inclina per potere 
aiutare la Excellentia Vostra, e che li oratori francesi si sono partiti 
da Constantia senza licentia ne saputa de la Maestà Cesarea, e sono 
andati a Lindo, el che è stato molestissimo alla Maestà Cesarea, e se 
pensa siano andati per interrompere la praticha de la pace : questo 
medésinio m'hanno dicto questi regenti. 

* Milan. Ibid. Dépêches originales, fragments. 



170 MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA 

Esso Messer Anz m'a dato la alligata delà quale expectara la ris- 
posta quale desidera che la E. V. mandi in mani mie, e me ha parlato 
assai del desiderio de venire a servire la E. V. e spera scrivendo 
quelle alla Maestà Cesarea ed a luy di proponere a Sua Maestà tali 
partiti per fantarie che lo lassara venire. In bona gratia de la E. V. 
humilmente ml ricomando. Ispruch, 3 augusti 1499. 

Fidelissiraus servitor, Joannes Colla. 



(Inspruch, 7 août 1499) 

L'ambassalore spagnolo, quale vene de la Maestà Cesarea licentiato 
per ritornare a li Catolici Re soi, è giunto qui hogi, ed havendolo 
visitato, medesimamente me ha affirmato la speranza se ha de la peca 
ch'abbia succedere col mezo de la Excellentia Vostra, e che la disposi- 
tione de la Maestà Cesarea verso la E. V. non porria esser meliore, 
e che per poterla adiutare fara la [)ace cum Suiceri, e che la Maestà Sua 
non lo voleva licentiarlo (^s/cj, desiderando retenerlo questa invernata-, 
ma havuto haviso de la roptura de Francesi in Alexandria, mandi per 
lui e li dissi che adesso era necessario per beneficio de la E. V. che 
l'andasse, e cosi l'ha expedito ; e partira da qui lunedi ed audara 
prima a Venetia. dove demonstra esser per pai'lare galiardo a Vene- 
tiani ; dopoi venera a la E. V. ed expectara qui alcune instructioni de 
la Maestà Cesarea de quello bavera a far cum la E. V. Me dice 
ancora la Maestà Cesarea propria haverli dicto che rompendo Vene- 
tiani contra la E. V. ha deliberato farli rompere a loro dal canto de 
Austria, e per questo manda uuo suo capitano ch'è venuto in compa- 
gnia sua in Austria per condure duemila fanti Boemi e cinquecento 
cavalli legeri. Ma M. Ans me dice che questo capitano doveva venire 
in Italia per servire la E. V. se chiama M. Enrigo Weispach, ch'è 
venuto novamente ambasciatore de Hungaria ; cum il quale parlando 
me questa sera insiema cum l'oratore spagnolo, dove erano ancora 
alcuni altri capitanei e consiliarii vecchii e de auctorita, feceno uno 
discorso che la Maestà Cesarea e la E. V. habiano al présente più 
comodita che mai havessino de fare contra Venetiani, essendosi 
securo, como loro affirmauo, de ' Turchi ed Unghari e promettendosi 
havere cum loro Suiceri ; che mettino per certo, succedendo pace cum 
Suiceri e M. Anz, che la E. V. scia la praticha ha cum Sviceri, dice 
che sarano cum Sua Maestà e la E. V. havendo exhosi Francesi. 
Questi regenti, cum li quali particularmente nho parlato, concorraao in 
medesinia sententia, e me pare comprehendere in loro gran desiderio 
de pace cura Suiceri e rompere cum Venetiani; e se ne rasona assai 
qui, cum modo che pare dir la cosa si habia mettere al présente, e 



MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA 171 

volendomi [ ] tal impresa, facile dicono che haverano 

contra Venetiani le fanterie senza pagamonto perche anderano spoQ- 

taneamente sperando a guadagnare el che [ ] che 

olim siano feroci, non hanno che perdere se non la lance, e gia dicono 
qui che voleno andare a Venetia a mensurare quelli drapi de seda cum 
le lance. In bona gratia de la E. V. humilinente mi ricomando. Ispruch, 
7 augusti 1499. 

Fidelissimus servitor, Joannes Colla ' . 



(10 août 1499) 

Essendosi stato sel giorni in continua expectatione de l'aviso che 
la tregua fosse conclusa, ch'era grandcmente desiderata da questi 
regenti, hogi hanno havuto aviso, non da la Maestà Cesarea, ma da 
altri, corne in tuto la praticha è dissolta, e che la Maestà Cesarea non 
vole più ce ne parla, delibei'ando continuare la giierra. La quale deve 
essere partita da Constantia per andare al loco dove fo morto el conte 
de Furstembergha. De laqnale nova se ne sta qui di rnala voglia, et 
expectino M. Polo Liettestanai'o et M. Mancoaldo, da chi intendarano 
quanto se havera a fare e le difficiiltate che haveriano irapedita la 
tregua; li quali andarono poi a Marrano a una dieta, che se ha a 
fare venere proximo a li 16: ne laquale principalmente se trattara de 
remandare la gente in carnpo da questo canto, e l'ordine se havera 
servare. Nondimeno da alcuni di questi primi consiglieri m'è dicto che 
non sono ancora senza speranza di pace o di tregua, che se tracta 
secretamente, e per quai mezo non posso iutendere. 

Li oratori del papa, hispano e napolitano, sono ancora qui; quello 
del papa per ordine de la Maestà Cesarea, che l'ha rimesso ad expec- 
tare qui ; Napoli, per non havere modo di dinari da levarse. Lo His- 
pano expecta le instructione ecinquanta marchi d'argento in dono che 
li debe dare li Fochari (sic) ; havuto questo argento se partira. 

In bona gratia, &c. Ispruch, 10 augusti 1499. 

(12 août 1499) 

Questa nocte é venuto el spazo al oratore Hispano de le scripture 
expectava da la Maestà Cesarea, e qui li sono stati dati li cinquante 
marchi d'argento. Domane se inviara per venire al drito a la Excellen- 
tia Vostra, havendo mutato pro|)Osito del camino de Venetia per andare 
più presto a li Catholici Re soi, dove demonstri essere per operare ad 

' Suscription : lUmo principi et ex"° D»° meo oss""" Domino D. Mediolani. 



172 MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA 

gran profite de la E. V., como da lui a hocha intendera ; a laqiiale ho 
più volte dicto chel è affectionato servitore ; e cosi al présente gli ne 
facio ricorilo, acio la possi accarezarlo che certo lo mérita. Prega 
la E. V. ad fare scrivere a Genoa par provededi de qualche bono 
passazo, et essendone alcuno preparato, potendosi, farlo soprasedere 
fin a la venuta sua qiiale accelei'ara. 

In bona gratia, &c. Ispruch, 12 augusti 1499. 

(13 août 1499) 

Doi di qnesti cousiglieri sono andati alla dieta di Marrano dove 
sara ancora el conte Joanne Siiniber, capitano del cauipo, e M. Mar- 
coaldo. lo era per andarli, ma essendo giunto qui M. Raimondo de 
Inghilterra questa matina, che andava per il camino de Marrano, ho 
preso ordine cura lui chel satisfara, perche la dieta, como intendo, non 
durara se non uno giorno. 

El capitano che andava in Austria per condure li cavalli e fanti 
Boemi è revocato da la Maestà Cesarea, dicendo non esser più biso- 
gno : el che da alcuno se tôle per segno di speranza di pace o tregua. 

In bona gratia, ec. lsj)ruch, 13 augusti 1499. 

(13 août 1499) 

La Cesarea Maestà ha scripto a questi regenti vadino al Legato e 
li dicano da parte de Sua Maestà, che, per quanto lui li parlo li giorni 
passati de la pace cum Suyceri a nome del Papa, l'ha deliberata mau- 
dare soi ambassatori al Papa per rispouderli, e perô che lui fra questo 
mezo se voglia transferire a Roma et andare in compagnia cum l'ora- 
tore Hispano in Italia ; e cosi li sono audato hogi a farli l'ambassata ; 
la quale l'ha bevuta amaramente e ha risposto che obedira, excusan- 
dosi non potere partire cum l'oratore Hispano, ch'è partilo hogi, per 
havere le robe sue a Olma, quale mandara a tore; poi se inviara in 
Italia, e non poria esser più maie visto da costoro, che dicono che è 
spiono del Papa, del quale non potriano havere pegiore opinione. 

In bona gratia, etc. Ispruch, 13 augusti 1499. 



41 
Ludovic Sforza à, Giovani Colla ' 

(Vigevano, 5 août 1499) 

Con le lettere tue de 26 et 27 havemo ricevuto quelle di Augustino 
et essendo arrivato il cavallaro in lo termino datoli, se satisfara de 
quello li hai promisse. 



MAXIMILIEN ET LUDOVIC SFORZA 173 

El spazamento facto al proposito de Brixina ce è piaciuto laudando 
che tu lo soliciti al accelerare, e se fusse stato più jiresto, corne taute 
volte havemo instato, saria stato più al proposito. 

[Se de la deliberatione facta de li populi di Austria de succorrer la 
Cesarea Maestà de 1.000 cavalli sara poi havuto altra cei'teza, ce ne 
avisarai, e cosi sel thesoro sai'a stato conducto ad ley] ^. 

A M. Andréa Lietestanar dirai che in l'amorevole ofFerta facta rico- 
gneseino quello che sein[)re ha dimonstrato, una grande affectione 
verso noi, e che non solo acceptamo l'ofFerta, ma ne sera summamenle 
grato quando vengi e ne coiiducha 2.000 boni fanti Per facilitare 
questo affecto scrivemo ad Augustino Somenzo che operi con la 
Maestà Cesarea chel concedi licentia de posserli levai-e e coudurli, e te 
mandamo una lettera qui alligata simile a quella havemo mandata noy 
per cavalleri ad epso Augustino. Gli la darai accio possi sollicitare 
questo affecto cum la Cesarea Maestà. 

De quello intervenuto aile gente Cesarea verso Basylea ne havemo 
havuto prima aviso, et in el maie ne place chel sii stato pocho. 

Havemo commisso alli deputati che per ogni modo provedano al 
bisogno tuo con efFecto. 

Ringratiarai quelli signori regenti de quello hano scripto alla Maestà 
Cesarea in ricomendaiione nostra [e li pregarai ad volere continuare 
et in particularità acio la Maestà sua ne proveda de fanti per li nostri 
dinari como havemo ricerchatij. 

De le nove di qua non havemo altro che possemo significare se non 
che Francesi attendano ad ingrossare de geute d'armi da cavalo e da pe. 
Perfin qui non è facto altro. Noi etiam attendemo continuamente a 
provvedersi al meglio che possemo. 

El signor vicecancellaro nostro fratello è giouto a Borgo Santo 
Donnino e credemo intrara zohia proximo in Milano. 

' Milan. Ibid. Minute originale. La date a été modifiée: d'abord Medio- 
lani 2, puis Vigevani 5 Augusti. 
* Les § entre [] sont en chiii're dans l'original. 

L.-G. PÉLISSIHR. 



LA CHRONIQUE FRANÇAISE DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 

{Suite) 



B. N. fr. 2818. 

Les premiers feuillets contiennent d'abord « la table et recollection 
de tous les sommaires de ce présent et second volume », ensuite 
un prologue sans intérêt, où l'écrivain résume les événements qu'il 
se propose de relater. Après avoir invité sa plume (1 r°) à n'être ni 
médisante ni flatteuse, il se décide à entrer en matière. 

2 r". I. Clotaire demande à l'Eglise des subsides, mais comme l'ar- 
chevêque de Tours lui monti'e l'inconvenance de ses prétentions, il se 
résigne à respecter la richesse des serviteurs de Dieu. 

Et fit bien. Oncques homme 

2 v° Chargeant l'Eglise (assez le pujs prouver) 
A tard sceut il du cas bien se trouver. 
Je ne dy pas pour cause raisonnable, 
Qu'a debeller la perverse et damphable 
Paganerie, on n'eust raison et droit 
Lever argent par ung chascun endroit : 
Mais employer le sacré patrimoyne 
Du crucifix, levant sus prestre et mojne 
Exaction, pour faire sang crestien 
Espendre ainsi, — certes, je croj et tien 
Que si ung prince argent d'Eglise(s) touille 
Avecq le sien, enfin ceste despouille 
Fera verser son aff"aire a nyent, 
Et trouvera tel inconvénient 

3 r°- 7r°. Guerre entre Clotaire et Cran. Après diverses péripéties, 
celui-ci est vaincu, pris et tué. Sa famille subit le môme sort, et c'est 
là un excellent exemple pour les enfants qui n'obéissent pas à leur 
père. Cette affaire terminéeàsa satisfaction, le roi se rend àTours, et 
remercie le bon saint Martin qui l'a assisté dans cette circonstance. 
De Tours il se dirige vers Soissous, afin d'y goûter le repos qu'il a 
si bien gagné. 

8 r°. 11. Sa femme Ingonde le prie de chercher pour Ragonde, sa 
sœur, un riche et noble mari. Clotaire, qui n'a rien à refusera son 
épouse, va voir Ragonde, la trouve belle... et la prendpourlui.il 
annonce lui-même à Ingonde cet arrangement. 



CHRONIQUE FRANÇAISE DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 175 

(Comme fortune a gentz nujre s'avance) 
Qu'il j perdra vie, honneur et chevance. 
«... Ma mye, il ne fault t'esbahir 
De ce qu'aj fait. Te voulant oheyr, 
En maintes partz aj je tourné ma veue 
Ajffin de veoir la tienne seur pourveue 
Bien a son gi é et selon ton désir ; 
Mais je n'ay sceu duc nj comte choysir 
A. beaucoup près m'approuchant en noblesse, 
8 v° Honneurs et biens. Par ainsi je ne blesse 
Le renom d'elle, et non fais je le tien, 
Et si tu fais de ce cas bonne enqueste. 
Bien trouveras qu'en sujvant ta requeste 
Je l'ay pourveue avecq le plus puissant 
De mon rojaulme. » Or, cela congnoissant, 
S'en fut troublée et eut tristesse d'ame, 
Non sans raison : mais ceste bonne dame 
Faciemment le porta sans monstrer 
Semblant du deuil, dont pourroit femme oultrer 
De fier despit, en voyant qu'on la laisse 
Contre la loy d'honneur et gentillesse. 

Ragonde se retire dans un cloître, et mène une sainte vie. 

9 1° et v°. Vers cette époque, il y avait à la cour un prud'homme 
nommé Gautier d'Yvetot : il jouissait d'une rare faveur, mais les 
jaloux firent si bien qu'ils le rendirent suspect au prince, et qu'il fut 
contraint de s'éloigner. 

faulse envie, est ce la fois première 
Qu'as fait de maulx sourdre feu et fumiere ? 
Non ! En Genèse exemple y en a bel : 
Par toy Caym occist son frère Abel, 
Par toy Joseph fut vendu en Egipte, 
Par toy receut Absalon maulvais giste, 
Par toy Saiil perdit sens et raison, 



Par toy le filz de la Vierge Marie 
Pendit en croix, et par toy mal varie 
La mauvaistié des envieux en court. 

Quant verrons nous, a prendre un terme court, 



176 LA CHRONIQUE KRANÇAISE 

Envie a fin ? Quant nous pourrons conguoistre 
Religieux n'avoir murmure eu cloistre, 
Quant on veiTa lojaulté aux meuniers, 
Quant uzuriers seront grandz aulmonniers, 
Quant les chartiers n'auront fierté si haulte 
Et ne vouldront jurer que par « Sans faulte ! » 
Quant advocatz servii'ont povres gentz 
Plus par pilié que riches pour argentz, 
Quant on verra clorre et fermer la bonde 
Des détracteurs dont tant de mal habonde. 
Il sera doncq bien tard quant ce sera. 
Ce sera lors que désir cessera 
10 r° Toucher les cueurs pour aniasser finance, 
Ou aurons potz de terre a si fine ance 
Que, pour tumber, ne seront ja cassez. 
C'est trop resvé! Nous n'en parlons qu'assez. 
Mais, a propos, ne pensons point qu'envie. 
Tant que le monde aura son cour:', desvie 
Ou preigne fin. Envie, a ung mot rond, 
Ja ne mourra, — rcais envieux mourront. 

Pendant dix ans, Gautier lutte, pour la foi catholique, contre les 
Turcs, « car il estoit ung bien gaillard gendarme ». — 10 v°-12 v". 
Puis il songe au retour, et passe par Rome, où il obtient du pape une 
lettre qui le recommande à l'indulgence du roi de France. Cette lettre 
fut présentée à Clotaire un vendredi (jour de pardon) et dans une 
église, mais Gautier n'en fut pas moins égorgé. Il est vrai que le 
meurtrier témoigna beaucoup de repentir, et qu'il accorda au pays 
d'Yvetot quantité de privilèges. 

13 r". III. Clotaire veut, un jour, prendre le plaisir de la chasse. Il 
rassemble ses veneurs, et voilà le cerf lancé. 

13 V C'est ung plaisir oujr les belles voix 

Des chiens courans retentir en ces bois; 

C'est ung dedujt, quant cors et trompes sonnent, 

Du plaisant son que forestz en resonnent; 

C'est passetemps d'oujr aux chiens parler: 

« Va cy, Clabault ! Va, vé le cj aller! 

La, la, ira, Rigault, Bruyant, Fricaude, 

Marteau, Grongnard, Brifault! Par cj, va, Baude! 

La, cher amy ; va, vé le cy fuyant! » 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 177 

La bête, qui finit cepeudant par être forcée, avait déployé de telles 
ruses et fait de si longs détours, que le roi, d'ailleurs âgé, sentit une 
extiême lassitude (14 i") : il lui fallut s'aliter; ni les drogues ni les 
sirojis ne le purent rétablir, et bientôt s'approcha du malade Celle qui 
loge » a moins que dire picq! Povres humains a la pelle et au picq ». 

— 14 v^-lS r°. Clotaire prononça un acte de foi (des plus longs), et 
trépassa. 

1.5 v°-17r°. IV. Partage du royaume entre les quatre fils de Clotaire. 

— 17 v°-18 r". Mauvaises mœurs d'Aribert et de Contran. — 19 r°. 
Sigebert épouse la fille du roi d'Espagne, Brnnechilde. Elle abjure 
l'arianisme. — 19 v''-21 ro. Récit de son premier crime. 

21 v°. V. Chilpérich se marie avec Galsonde [Galeswinthe], et son 
peu[)le espère que cette union le retirera enfin des amours illicites. 

22 v° Mais ja pourtant n'en laissa le mesnaige, 
Car il fut tant emburelucocqué, 
Coeffë, bridé, affublé et tocqué 
Des doulx attraictz et façons affettées 
De cinq ou six vilaines afettées, 
Qu'honneur foulant de son liet nupcial, 
Autres souilla, et, par especial, 
(Ainsi qu'amour desordonnée enchante 
Folz amoureux) tant fut d'une meschante, 
Qui Fredegonde avoit nom, fort espris 
Qu'il eut sa femme en merveilleux despris. 
Or Fredegonde estoit belle au possible, 
D'œil attrayant, de caquet invincible. 
Et de maintien si safFre et advenant 
Que nul trouvoit, fust allant ou venant, 
Qui tost n'entrast en la flamme et fournaise 
D'ardant désir 

22 v°-23 r". A l'instigation de Fredegonde, le roi ordonne que sa 
femme soit étranglée, puis (23 v"), après avoir apaisé les colères que 
cette noire action soulève, il a, « mectant playes sur bosses », l'audace 
de pi'endre une nouvelle épouse, nomuiée Audouaire [Audowère]. — 
24 r» et v°. Il en eut trois fils, et elle était sur le point de devenir 
mère encore, lorsqu'il fut contraint d'aller en guerre. — 25 r»-26 v". 
VI. Une fille lui naquit pendant qu'il était absent, et Fredegonde con- 
seilla à la reine de tenir elle-même son enfant sur les fonts. Lorsque 
Chilpérich apprit, à son retour, que sa femme était mère et marraine 

12 



178 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

de sa propre fille, chose très défendue par l'Eglise, il « eut tel despit 
qu'il en cuyda crever ». 11 répudia Audouaire, chassa de sa cour l'évê- 
que qui avait fait le baptême, « puys espousa la mauvaise truande », 
Frédegonde. 

27 r°-28 Y". Vil. Lutte de Sigebert contre les Huns. Chilpérich 
profite de l'embarras de son frère pour lui ôter la ville de Reims. 
Sigebert rend « chou pour chou » et s'empare de Soissons Un arran- 
gement intervient, mais qui ne sera pas durable. — 29 r"-30 v°. VIII, 
La guerre recommence ; plusieurs provinces sont dévastées. Si grande 
est la misère publique qu'une nouvelle trêve est enfin conclue. 

31 r°-32r°. IX. Alliance de Chilpérich et de Sigebert contre Gontran. 
Les trois frères ennemis se décident à parlementer, et ils échangent 
des serments pacifiques qu'ils n'ont pas l'intention d'observer. — Et 
la preuve, c'est que Sigebert attaque Chilpérich, l'enferme dans les 
murs de Tournai, et le réduit à une telle détresse qu'il ne songe plus 
qu'à mourir. Heureusement pour lui, Frédegonde va entrer en scène, 

A deux paillardz truans afetardiz, 
Promptz a mal faire et a beau faict tardifz, 
Secrètement les tirant de eoste elle, 
Tant blasonna par subtile cautelle, 
Et tant y eut par elle avant marché, 
Que ces peudardz conclurent le marché 
D'aller meurdrir Sigebert en sa tente ; 
En quoy faisant, esperans grosse actente 
De biens mondains, leur jura et promist 
Foy de princesse, ou cas que Dieu permist 
Qu'ils fussent la occis [lar malencontre, 
Faire pour eulx tant de biens a rencontre 
De ce beau faict, tant de fondations, 
Tant d'oraisons et tant d'oblations, 
Que vray pardon de l'utille homicide 
Leur seroit faict. Moyennant tel subside, 
Les malheureux, follement abusez 
Par allaitez langaiges si rusez 
32 v° De ceste faulse et maie créature, 

S'allèrent mectre ainsi a l'adventure. 

Tant sceurent ilz tournoyer, topier 

Et l'ost du roy Sigebert espier, 

Q'entour mynuict, au droict point que le somme 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 179 

De plain repoz l'homme abat et assomme, 

Comme aucteurs faulx du criminel délit, 

Soudainement l'occii'ent en son lict : 

Mais les meurdriers, en presse et grosses tourbes 

Cujdans foujr, coups y receurent ourbes, 

Et feurent la detranchez, a pas telz, 

Aussi menu comme chair a pastez. 

C'est la raison : qui fiert de glayve, certes, 

Requiert que glayve en paje les dessertes. 

33 1° et v°. Les soldats de Sigebert éprouvent un amer chagrin. 
Mais que faire ? lis finissent par demander la paix à Chilpéi'ich. 

34 vo-36 r». X. Après la mort de son mari, Brunechilde est exilée à 
Rouen. Chilpérich ordonne à Mérovée, son fils, d'aller visiter les 
peuples qui habitent les bords de la Loire. Le jeune homme profite 
de ce voyage pour se rendre chez sa mère, Audonaire. Pathétique 
entrevue. L'adolescent i)rononce à son départ les pieuses paroles que 
voici : 

« Madame, il fault tousjours vous monstrer saige : 

Qui souffre il vainct et n'est jamais vaincu. 

Je vous supplj, armez vous de Tescu 

De vertueuse et bonne pacience ; 

Prenez en gré. Je ne croj pas, si en ce 

Persévérez, que Dieu, en regardant 

Vostre bon droit, ne le vous soit gardant. 

Luj mesme a dit que par peines diverses, 

Douleurs, travaulx et pénibles traverses, 

Convient entrer au royaulme des cieulx ; 

De ses amys est tousjours soucieux. 

Et se le corps pour luj souffre, il mérite 

Le bien parfaict dont enfin l'ame hérite. » 

36 v°. Guidé par son mauvais génie, Mérovée se dirige vers Rouen, 
où il tombe dans les filets de sa tante Brunechilde. 

Or, Mérovée estoit gaillard, plaisant. 
Beau, gracieux, bien disant et faisant 
Ce que peult faire ung jeune gentilhomme 
De telle sorte et taille, que Ton nomme 



180 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

Ung verd galand, sus le point d'enraigec, 
Qui plus ne peult ses appetitz ranger. 
Ja sentoit il les amoureuses mousches 
Sus luy donner sauvaiges escarmouches ; 
Feu le touclioit qui de bien près semont 
37 r° Filz de telle aage, assault et presse tnonlt 
Quant l'aiguillon de la chair se rebelle. 

Et luj voyant sa tante entière, belle, 
Fresche de tainct et en aussi bon point 
Qu'est jeune fille a qui le tetin poingt, 
Toute gaillarde, honneste, fort friande, 
G-entile, gaje et saffre a la viande, 
Yeulx esveillez, guilleretz, soubrianz, 
Promptz a gecter leurs traictz et dardz frians 
Pour tenir rencz d'amoureuse castille, 
(Comme l'on dist les dosnes de Castille) 
Estre d'accueil et gracieux attraict ; — 
Et tout ainsi que, pour boyre ung grand traict, 
On verse vin cleret de gourde pie 
En verre ou tasse, et qu'il tourne, touppie, 
Saulte et frétille, appelant son buveur : 
Ainsi advient que, pour donner saveur 
Et goust friant aux viandes secrettes, 
Sçavent dresser ung tas de vinaigrettes 
Dames de cueur et couraige legier 
Qui du bancquet d'amours veullent mengier ; — 
La, Brunechilde avecqnes Merovée 
Ayant chascun forme a son pied trouvée, 
Furent soudain leurs cueurs liez ou laz 
Dont longz ennuyz passent legiers soûlas. 
37 v° Lors de l'affaire ensemble disposèrent 

Par tel marché que l'un l'autre espouserent 
Sans garder loy n'ordre de parenté. 

Pensez se, luy , fat bien apparenté 
D'ardantz désirs pour servir a la jouste ; 
Elle, en façon qu'affection adjouxte 
Frais appétit au vouloir lors qu'on bat, 
Délibéra d'actendre le combat, 
Disant : « S'il pense avoir bonne victoire, 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 181 

J'auray confort. » Par ainsi est notoire 
Que chascun fut le bon droit soustenant, 
Tant (le la part du venant (|u'au tenant. 
Si au tournoy se firent grandes armes, 
Cela demeure a ceulx qui les vacarmes 
Du pas friant ont a force exploictez, 
Car ramener par escript exploictz telz 
N'est bien mon cas ; ce me sont lectres closes. 
A texte rond n'est besoing mectre gloses. 

Chilpérich est instruit de ce mariage, et il accourt à Rouen, fort 
irrité contre son fils. — 38 r°-39 v". XI. Ils ont, les deux amoureux, 
mangé «leur pain blanc le premier '>. A l'arrivée du roi, ils cherchent 
asile dans un monastère : on les en tire par de belles promesses, puis 
on conduit de force Mérovée à Paris. Il s'échappe, se réfugie à Saint- 
Martin de Tours, en sort bientôt pour son malheur, et passe dans la 
province de Champagne. Ses ennemis parviennent à le cerner, et il 
commande à l'un de ses serviteurs de lui donner la mort. 

40 r° et \°. XII. Siège et prise de Soissous par Chilpérich. — Son 
fils Clovis porte la guerre sur le territoire de Gontran. — 41 r°-42 r". 
Celui-ci confie son armée à l'habile général Mommolin [Mummolus] 
qui, après une bataille ou l'on ouït les canons tonner, repousse l'en- 
vahisseur. — 42 ^-43 r°. Chil|iérich cherche querelle au duc de Bre- 
tagne Varracon [Waroch], mais ses troupes sont surprises, et il lui 
faut accepter un traité désavantageux. 

44 r» et V. XIII. Frédegonde excite son mari contre l'évêque de 
Rouen, Prétexte. Il est cité devant une assemblée ecclésiastique, 
comme ayant consacré le mariage incestueux de Mérovée. On produit 
en outre de faux témoins qui l'accusent d'avoir distribué de l'argent 
pour pousser à la révolte les sujets du roi. — 45 v°. Prétexte répond 
aux faux témoins ainsi qu'il suit : 

« . Pervers sedicieux, 

Langues d'aspic, venimeuses vipères, 
Presentz le ro_y et ces* reverendz pères, 
Ozez vous bien soustenir rapportz telz ? 
Quant au regard du point ou rapportez 
Qu'ay fait des dons, vostre dire conferme, 
Car maint povre homme et souffreteux enferme 

Ms : ses. 



182 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

Aj je nourry etsubstanté de dons. 
Que puys je mieulx fors, de mesmes guerdons 
Receuz de Dieu par très amples largesses, 
Faire a autruj presentz de mes richesses ? 
J'aj plusieurs biens de l'Eglise donnez, 
Distribuez, livrez et aulmosnez, 
L'ordre tenant qu'a Dieu, ce pense, agrée : 
Mais de toucher la majesté sacrée, 
S'ay entrepris, par dict, pensée ou faict, 
Luj nuyre en riens, pugnj soye et deffaict ; 
Et si aucun homme vivant sur terre 
Veult maintenir qu'onc de moy receust erre, 
Don ou présent pour toucher vie, honneur 
Et biens du roy mon souverain seigneur, 
Icy le die et publie a voix hauite! 
45 v° Et si en moy se treuve quelque faulte, 
Je me soubmectz a la discrétion 
De ceulx auxquels gist ma correction. » 

Chilpérich s'engage à ne pas se montrer rigoureux envers l'accusé 
pourvu qu'il confesse ses torts. — 46 r°-48 r". Hésitations de Tévê- 
que : il se résout à feindre d'avoir été coupable. Grégoire de Tours 
plaide inutilement sa cause. Le parti du roi triomphe, et Prétexte 
est exilé. 

XIV. Gontran adopte sou neveu Ghildebert. — 48 v". Discours qu'il 
hii tient en cette circonstance. — 49 v°. Réponse de l'enfant par la bou- 
che de l'un de ses gouverneurs. — Démêlés de Gontran et de Chil- 
périch. — 49 v°-51 r°. Indigue conduite de celui-ci : ses pilleries en 
Bretagne ; assassinats ; exactions. 

52 i'\ XV. Signes et prodiges advenus, en ce temps, au pays de 
France. 

Aquarius, grand ministre des eaux, 

Ouvrant du ciel les conduitz et tuyaux, 

En France fist, celluy an, tel déluge 

Que, puys le temps du bon Noé, ne leu je 

Sur le climat françoys avoir esté 

Ung si divei'S et merveilleux esté. 

Pluye en septembre a très grosse habon lance 

Survint, par quoy sonna piteuse dance : 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 183 

Car Eolus fist Auster tant soufler 
Qu'il contraignit les gros fluves enfler, 
Et tellement partout se desborderent 
Que bestiaux et maisons emportèrent. 
Par ce déluge et soudain apport d'eaux 
En divers lieux, a Lion et Bordeaux, 
Tumberent grandz et puissans ediffices. 
Nature adoncq n'usa de ses offices 
Quant a germer semences, dont poureux 
Devindrent tous les povres laboureux, 
Car la saison n'eurent bien opportune 
De povoir mectre et semer graine aulcune. 
Lors j)euple fut [)lus que jamais troublé 
Voyant si grande enchère mectre ou blé. 
Puys quant les eaux peu a peu s'escoullerent 
Et qu'au droit cours de leurs places couUerent, 
On veit assez arbres couvers de fleurs, 
52 v° La terre aussi de diverses couleurs 

Moult enrichie et fort belle pour veue 
Rassasier, — mais de fruictz non pourveue. 

Les Tourangeaulx, par admirations 
De grandz esclairs et fulgurations, 
Furent esmeuz de frissons redoubtables. 
Cris merveilleux, très fort espoventables. 
En divers lieux menèrent tel sabat 
Comme quant vent arbres froisse et abat. 
A Bordeaux client du ciel horrible fouldre 
Qui grandz manoirs fist consommer en pouldre. 
Tel tremblement de terre y eut que tous 
Les citoyens, humiliez et doulx, 
Tindrent les champs pour lors maintesjournées. 
Ces mouvementz, vers les montz Pyrénées, 
En cet instant s'allèrent présenter, 
Sans les plus haultz en permectre exempter. 
Car grandz rochiers, par terribles tempestes, 
En trébuchant meurdrirent gentz et bestes. 
Ceulx d'Orléans, Berruyers et Chartrains, 
En lieux profondz et bas feurent contrainctz 
Faire séjour ; par l'espesseur des gresles, 



184 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

Tonnerre, esclair et fouldres très cruelles. 
Trouvèrent fort leurs biens endommaifrez. 



53 r° Longtemps n'avoit esté ouj ne veu 
Le ciel donner si mauvaise influence. 
Dont procedast une telle affluence 
D'estranges maulx et accidens divers 
Pour faire humains tant gésir a l'envers : 
Car fiebvre et flux tindrent comme en souflrance 
La plus grand part du royaulme de France, 
Mal d'estommach, esvanoujssemens, 
Douleurs de cueur, soudains vomissemens ; 
Testes et reins souffrirent peines telles 
Que font porter afîlictions mortelles. 
C'estoit pitié d'ouyr plaindre et gémir 
Les pacientz, par force de vorajr 
L'infection a pleine gorge ouverte, 

53 v" Comme pojson de couleur jaulne et verte. 
Par tous endroictz ceste mortalité 
Rendit alors maint corps mort alitté, 
Dont peu de ceulx qui venins telz receurent. 
Hors du dangier, marcher par terre sceurent. 

Le fléau atteint Chilpérich et son lignage. Frédegonde est prise de 
remords, et (54 r») elle se rend chez son mari pour l'engager à se 
repentir. — 54 v''-56 r''. XVI. Discours de la reine. — Chilpérich est 
ému; il s'efforce de soulager son peuple, multiplie (56 v°) les bonnes 
œuvres. Par malheur, la crainte seule le faisait agir, et l'on ne pou- 
vait pas compter sur cette conversion intéressée. 

57 r° et \°. XVII. La femme de Gontran, Austrigilde, qui n'avait 
pas échappé, elle non plus, à la maladie régnante, demande à son 
mari d'égorger, une fois qu'elle aura passé le dur pas, les médecins 
qui l'ont soignée. Son vœu est respecté [jieusement. Guillaume Crétin 
blâme cette reine féroce et (58 r°) ce roi trop complaisant. 

XVIII. Guerre contre les Lombards. — 58 v°-59 v°. Les Français 
entrent en Italie, mais ils se lassent vite de chercher un ennemi 
qui se dérobe, et, grassement payés pour cela, ils consentent à se 
retirer. 

60v°-62v°. XIX. Histoire d'Ingonde et d'Hermehilde [Herméne- 
ghild]. — Projet d'une nouvelle expédition en Italie. — 63 r°. Elle 
n'a pas lieu. 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 185 

64 r° et v". XX. Chilpérich travaille à répandre, en ce qui concerne 
la Trinité, une opinion hérétique. Protestations de Grégoire de Tours 
et (65 r°) de Salvius d'Albi. 

65 v°-68 r°. XXI. Frédegonde, qui veut perdre Clovis, commence 
par livrer aux bourreaux la concubine de ce prince et la mère de 
ladite concubine. Chilpérich abandonne, sans témoigner le moindre 
regret, son fils à la fureur de la reine. Mort de Clovis. Le chroniqueur 
réprouve l'indifFérence du père. 

68 v° cueur cruel, trop plus dur qu'aymant, 
Est il belistre ou monde et cajrnant 
Qui de son sang, selon deu de nature, 
Ne prist pitié ? Mais est il créature 
De bon advis, voyant meurdrir sa chair, 
Qui ne se fist Tame du corps sacher 
Ains qu'endurer faictz si abhominables ? 
Ne voyons nous bestes irraisonnables 
Leurs faons garder par naturel instinct ? 
En congnoist on qui fort près ne se tint 
Pour sa portée a son povoir deffendre? 
Je croy^que non. — Humain cueur devroit fendre 
Quant il congnoist son sang propre asservy 
A souffrir mal qu'il n'a pas desservy. 
Celluy est doncq pire que beste brutte, 
Et plus cruel, qui d'amour se rebutte 
Jusqu'à laisser son enfant au dangier 
De cueur si chault a se vouloir vengier, 
Ainsi que fist ceste faulse deab]esse 
Contraire a ioy el ordre de noblesse. 

(.4 suivre). Henry Guy. 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE DES REVUES 

Romanische forschungen, XIX, 1. — G. Wenderolk : Estienne 
Pasquiers poetische Theorieu uud seine ïatigkeit als Literatuihisto- 
riker, p. 1 ; — R. Reis : Die Sprache im u Libvre du boa Jehan, Duc 
de Bretagne» des Guillaume de Saint-André (14 Jahr.), p. 76 ; — P.-C. 
Juret : Etude grammaticale sur le latin de s. Filastrius, p. 130. 

Annales du Midi, n" 65. — Dejecmne : Le troubadour Cercamon, 
p. 27; — 6r. Steffens : Fragment d'un chansonnier provençal aux 
Archives royales de Sienne, p. 63; — V. de BarLholomaeïs : Une 
nouvelle rédaction d'une poésie de Guilhem Montanhagol, p. 71 ; — 
A. Jeanroy : Gascon « lampournè », p. 75. 

Revue historique, scientifique et littéraire du départe- 
ment du Tarn, sept.-déc, 1904. — A. Vidal : A travers les lau- 
simes de Saint-Salvi, XIV-XV'^ siècles, p. 257 et 353. 

Revue du Béarn et du pays basque, II, I. — E. Bourciez : 

Navarrot et ses chansons béarnaises, p. 6. 

Bulletin du parler français au Canada, 111, 5, 6 et 7. — 
Lexique canadien-français (suite), p. 153, 181, 221. 

Studi medievali, I, 2. — A. Sepulcri : Le alterazioni fonetiche e 
morfologiche nel latino di Gregorio Magno e del suo tempo, p. 171; — 
G. Berioni : Un rimaneggiamento toscano del « Libro » di Uguçon 
da Laodho, p. 235 ; — R. Sabbadini : Frammento di gramraatica 
latino-bergamasca, p. 281. 

Zeitschrift fur franzôsische sprache und litteratur, 

XXVUl, 1 et 3. — E. Brugger : Beitriige zur erklàruug der arthu- 
rischen géographie 11, p. 1 ; — E. Stengel : Die refrains der Oxforder 
ballettes, p. 72; - G. Baist : Wortgeschichtliches : Cerneau, p. 79; 
— D. Behrens : Wortgeschichtliches : 'afrz. crinque, wall. ringuèle, 
p. 81. 

Romania, XXXIV, n" 133. — G. Huet : La version néerlandaise 
des u Lorrains ». Nouvelles études, p. 1 ; — P. Meyer : Notice du 



BIBLIOGRAPHIE 187 

ms. 9225 de la bibliothèque royale de Belgique (légendier français), 
p. 24 ; — V. de Bartholomaeis : « De Rambaut e de Coine «, p. 44; 

— A. Thomas : Le roman de Goufier de Lastours, p. 55 ; — J.-T. 
Clark : L'influence de l'accent sur les consonnes médiales en italien, 
p. 66 ; — P. Meyer : De quelques manuscrits français conservés dans 
les bibliothèques des Etats-Unis, p. 87; — Id. : La chanson des 
« clowechons », p. 93; — Id. : L'inscription en vers de l'épée de Gau- 
vain, p. 98 ; — J.-L. Weston : Wauchier de Denain and Bleheris, p. 
100; — A. Thomas : Pour un « dictié » de la Vierge Marie, p. 105 ; 

— Id. : Ane. franc. « loirre, loitre, — rousseruel, roseruel, — rovent», 
p. 108 ; — J. Desormaux : Savoyard « viorba, viorbes», p. 113. 

Revue de philologie française et de littérature, XIX, 1, 

— P. Meyer : La simplification orthographique, p. 1 ; — H. Yvon : 
L'idée de l'usage en matière de langue et d'orthographe, p. 27 ; — 
E. Casse et E. Cliaviinade : Vieilles chansons patoises du Périgord 
(suite), p. 48 ; — F. Baldensperger : Notes lexicologiques, p. 63 ; — 
P. Horluc : « Faire la fête », — « Epaille », p. 69 ; — Chronique sur 
la réforme de l'orthographe, p. 75. 



COMPTES RENDUS 



Emile Faguet, de l'Académie française. — Propos de théâtre, 
deuxième série — Paris, Société française d'imprimerie et de librai- 
rie, 1905, in- 12, 3 fr. 50. 

« Lorsque le critiquea excité, pour sa petite part, le public à discu- 
ter, à réfléchir, et surtout à venir au théâtre pour juger par lui-même, 
il me semble qu'il n'est pas loin d'avoir rempli son petit office. » Ainsi 
se termine Y Examen de co^iscience du critique placé en tête des 
Propos de théâtre, deuxième série. 

La conscience de M. Faguet peut être tranquille, car il a fait et il 
fait tous les lundis beaucoup plusqueson « petit office» ne comporte. 
11 excite le public à penser, en lui proposant lui-même des idées nom- 
breuses et piquantes; il lui permet de discuter, en lui indiquant tous 
les éléments des questions à résoudre; il l'amène à réfléchir utilement, 
en fournissant à ses réflexions la base solide d'une histoire dramatique 
approfondie. A ceux qui ne peuvent aller au théâtre pour juger par 
eux-mêmes, il donne jusqu'aux moyens de s'en consoler. 

Réunis en volumes, il arrive que ses articles se ressentent un peu 
trop de leur origine — et nous avons dit comment, à propos d'un 



188 BIBLIOGRAPHIE 

volume antérieur — , mais ils restent charmants et utiles, et leur rap- 
prochement même leur donne une valeur nouvelle. 

La deuxième série des Propos de théâtre nous entretient de Vlphi- 
génie d'Euripide traduite par M. Moréas, puis aborde le théâtre fran- 
çais class'que avec l'examen du livre de M. Joannidès sur la Comé- 
die Française. Parmi les principaux chapitres qui suivent, citons : 
L'Abbé d'Aubignac; — La mise, en scène du théâtre classique et le 
théâtre classique populaire; — Rodogune ; — La Chaussée et la 
Coynédie larmoyante ; — Le centenaire d'Alfred de Vigny au théâtre; 
— Casimir Bonjour ; — La comédie et les mœurs sous la Restau- 
ration et la Monarchie de Juillet . 

Dans l'article sur l'Abbé d'Aubignac se trouve une erreur que 
l'autorité de M Faguet pourrait accréditer et qu'il importe de relever. 
Remarquant avec raison que les Discours sur le poème dramatique 
et les Examens de Pierre Corneille sont une réplique à la Pratique 
du Théâtre de l'abbé d'Aubignac, et que certaines assertions hasar- 
dées du grand poète doivent être considérées comme de simples exa- 
gérations de polémique, M. Faguet ajoute : 

« Par exemple, on connaît cette idée de Corneille que le poème dra- 
matique doit être invraisemblable, et n'est vraiment digne de ce nom 
que quand il s'écarte de la vraisemblance, et est d'autant plus une 
vraie tragédie qu'il s'en écarte davantage. 'Voilà qui inquiète. On sent 
très.bien qu'il y a là une vive lumière jetée par Corneille sur Corneille 
lui-même, et qu'en effet il y a chez Corneille un goût de l'extraor- 
dinaire qui tend évidemment versTinvraisembl ^ble et dont, tout compte 
fait, il se fait à lui-même un mérite plutôt qu'une erreur. Mais la 
forme manifestement paradoxale de cette doctrine, d'où vient-elle? 

» De ce que cette doctrine est une réplique, ce qui fait qu'elle prend 
naturellement un air de défi... » (p. 56-57.) 

Cette ingénieuse explication est infirmée parla chronologie. C'est en 
1647 — dix ans avant la Pratique du Théâtre — que Corneille écrit, 
dans l'avis Au lecteur à' Héraclius , la phrase fameuse : « J'irai plus 
outre ; et quoique peut-être on voudra prendre cette proposition pour 
un paradoxe, je ne craindrai pas d'avancer que le sujet d'une belle 
tragédie doit n'être pas vraisemblable.» Trois ans après la Pratique, 
en 1660,blason. Barbeau, poisson 
fréquent en armoiries en pal et un peu courbé. 

— Etjm. Barbe nom du barbeau. 

f BARS (bar; l's ne se lie jamais), s. m. Poisson do 
mer dont la chair est très estimée, dit aussi loup de 
mer (labrax lupus. L.). 

— Etym. AUem. Bars ou Barsch. 

Je crois qu'il ne s'agit ni d'un seul et même mot ni de trois 
mots différents, mais plutôt de deux mots, l'un d'origine en 
effet germanique, l'autre d'origine toute latine. 

L'allemand moderne Barsch au sens de perche [perça fluvia- 
tilis) remonte à une forme bars- . Il est clair que bars- em. 
prunté en français a subi l'arnuïssemant de l's final et que la 
graphie, au lieu de rester stationnaire comme dans la plupart 
des cas [épars, etc.) a hésité entre bars qui représentait la 

13 



194 LE MOT BAR 

prononciation ancienne et bar qui exprimait plus exactement 
la nouvelle. 

Pour la signification, il résulte de l'étude des sens que pré- 
sente l'anglo-saxon baers et ses dérivés en anglais que le mot 
a servi pour indiquer non seulement la perça fluvfatilis, mais un 
autre poisson de la même famille, le labrax lupus, très vorace 
et très commun sur les côtes de la Grande-Bretagne et de la 
France. 

Pour affirmer l'équation baers = lupus, W sniûi de lire les 
anciennes gloses anglo-saxonnes'. Elles montrent clairement 
que dés les plus anciens temps, baers a eu le sens de loup de 
mer, luhin (labrax lupus). Baers se présente |plus tard sous 
trois formes dont les deux premières ne s'emploient plus 
guère que dialeclalement. Ce sont barse d'une part, base 
(ou bace] de l'autre. Tout en gardant le sens attesté par les 
anciennes gloses, elles ont en même temps celui de perça flu- 
viatilis '. La troisième forme, la forme actuelle du mot anglais, 
bass (quelquefois éasse), a toujours les deux sens ^, s'appliquant 

• Early Englisli Text Society. The Oldest English Texts, éd. H. Sweet, 
Lond. 1885, pp. 74-5. — Les glossaires d'Epiiiai et d'Erfurt expliquent 
lupus par baers, celui de Corpus Gliristi (Cambridge) par 6?'e[)']s. — 

Dans Th. Wright, Anglo-Saxon and 0. English vocab', 2"'^ ed". (éd. 
Wulcker). 2 vols. 8vo, London 1884: — 

(a) 180. Aelfric gloss. lupus vel scardo, baers 

(b) 2U3. A. Sax. Vocab, lypus, baers. 

^ Pour l'emploi dialectal de baise = perclie, Murray donne deux 
exemples : 

1753 Ghambers, Cycl. Supp. barse, in ichthyology, an English name 
for the common pearcli ; 

1860 H. Riley, Liber Custum, Gloss,, Barcius a pcrch, which in 
Cumberland and Westmoreland is still known as barse. — 

Pour base Murray donne un exemple de 1513 où l'on fait une difl'érence 
entre base et percli : 

1513 BkKerving in BabeesBook (1878) 281 : base, molet, roche, perche. 

Pour base = perche il donne l'exemple dialectal suivant : 

1851 Gumbld. gloss. : base, a perch. 

^ Pour bass :^ perch 

1801 Gouvr. Morris in Sparks, Life et Writ. (1832) iii, 140 : Trout 
and perch, called. by the Dutch name of barsch or bass. 

Pour bass distingué deperch, (Murray se trompe en donnant cet exemple 
sous la rubrique bass r= perche) : — 

18G6 Intell. Observ. N" 56. 101 : Sticklebacks, perches, basses. 



LÉ MOT BAR 195 

tantôt à un poisson de rivière [perça fluviatilis) tantôt à un 
poisson de mer [labrax lupus) '. 

Il semble donc bien établi que ce mot a eu les deux sens. Or 
il serait curieux que le mot français emprunté au germanique 
n'ait jamais eu la signification />erca fluviatilis qui est commune 
à l'allemand et à l'anglais. 

Il est naturellement difficile de démêler le sens exact qui se 
présente dans un texte particulier 2. Dans une série de noms 
de poissons, par exemple, comme on en trouve dans les vers 
d'Hélinand sur la Mort : 

mules, salmons, esturjons, bars (v. XLVi), 

comment démontrer qu'il s'agit àe perches, de loups de mer, ou 
bien encore — car nous allons voir que bars peut très bien 

Pour bass = sea wolf (labrax lupus) : 

1880. Giinther, Introdn to the study of fishes, 376-7 : The hass are 
fishes common on the coasts of Europe.... The best known European 
species is Labrax Lupus. 

* Le nom de bass s'est étendu de nos jours à d'autres espèces rap- 
prochées, mais sans jamais sortir de la famille des perches. Ainsi on 
appelle black bass un poisson du lac Huron {Huro nig)'ica7is) : 

1840. Denny cycl. xvii. 432 : the black bass.... one of the best-flavoured 
fishes of that lake. — 

On emploie aussi l'expression sea-irtss pour indiquer d'autres poissons 
de mer que le labrax lupus. 

Bass a-t-il jamais touIu dire autre chose, le sciaena aqiiila, par 
exemple? Je n'en trouve pas la plus légère indication. — Quand Murray à 
l'article bar (mot dont il reconnaît l'origine française), dit : a large 
acanthopterygious European fish [sciaena aqiiila) also known as the 
maigre, il ne fait que copier l'information donnée par Littré à son 
deuxième article bar (imprimé au commencement de notre article). Je 
n'ai pu trouver rien qui permît de confirmer l'équation bar = sciaena 
aquila, soit en français, soit en anglais. Le maigre est déjà fort éloigné 
des Perches puisqu'il appartient à la famille des Sciaenidae. 

- Voici encore deux textes où l'on trouve bar comme nom de poisson : — 

(a) Manquent les bars 

Les saumons et les truites. 
Dans La Curne de S'e Palaye qui renvoie à Fabl. MSS. du R. 
N° 7615, T. ii, f" 141 R» col. 2 et qui ajoute que le mot est 
épelé bart au T. i, f° 104 V, col. 2. 

(b) Anguilles, carpes, bars, bêches. 

Ex de 1487 donné par Godefroy, ap. Louvrex. Edits et ord' 
p' le pays de Liège, i. 427. 



196 LE MOT BAR 

vouloir dire autre chose — de barbeaux? Si encore il y avait 
moyen de prouver qu'il était question soit d'une part de pois- 
sons de rivière, soit d'autre part de poissons marins, on pour- 
rait serrer le sens de plus près; mais dans les quelques textes 
que nous fournissent les dictionnaires, cela n'est pas possible. 
Palsgrave, en 1530 nous dit : bace, fysshe ung bar ; Cotgrave, 
en 1611, ajoute bar, the fish called a base. Cela prouve que 
pour eux bar a le sens de l'anglais base (bace), mais comme 
base veut dire perche et loup de mer à la fois, il est difficile d'en 
tirer quoi que ce soit. 

Avant de quitter ce premier mot bar^ je voudrais attirer 
l'attention du lecteur sur l'article bar (comme nom de pois- 
son) qu'on trouve dans le Oxford Dictionarj, de Murray. 
Celui-ci ne donne que deux exemples du mot. Le premier, 
de 1724, est tiré de De Foe, Tour G' Brit, iii. 41 : — 

(In Jersey is foimd) the bar, an exquisite 
fish, sometimes two feet in length. — 

Le second, de 1863, se trouve dans un ouvrage dont le titre 
(Life in Normandy) trahit les origines françaises : 

I sold them ail except one nice har 
and a brill (i 166.), — 

On le voit, c'est le mot français bar qui vient faire fonction 
de doublet littéraire des formes barse, base, bass dont nous 
avons traité. Quant à l'identification du bar avec le sciaena 
aquila, elle n'est pas du fait du dictionnaire de Murray qui se 
laisse guider ici par le premier des trois articles de Littré que 
j'ai imprimé au commencement de cet article ^ — 

Venons maintenant au second mot ^ar qui s'emploie comme 
terme de blason et qui est d'origine latine. Il dérive de barbus 
et veut dire, comme l'a déjà affirmé Littré ^, sans toutefois en 
indiquer clairement l'origine, tout simplement barbeau., ou, 
pour employer la nomenclature ichthyologique, le Cyprinus 
barbus, poisson de rivière appartenant à la famille des Cypri- 
rioïdes et à l'ordre des Physostomiens. 

* V. aussi ci-dessus, p. 195, note 1. — 

2 Bar =r barbeau d" Dict. Hist. de l'Ane. Lang. Fr. de La Gurne de 
Sto Palaye, éd. 1876. 



LE MOT BAR 197 

Ce mot barbus a été tiré de barba (cf les composés Aheno- 
barbus, Aenobarbus, cognoraen gentis Domitiae Romanae; 
Mjrobarbus d'' Ausone, Epigr. XXX.) en raison des barbil- 
lons qui garnissent la mâchoire du baibeau. On n'en trouve 
pas d'exemples avant le quatrième siècle de notre ère, mais 
il est employé dans la dixième idjUe d'Ausone (Mosella) dans 
le passage où cet auteur énumère les poissons dans les eaux 
de la Moselle'. 

Barbus est d'ailleurs représenté sous une forme régulière 
par barbo en italien, en espagnol et en portugais, et toujours 
avec la même signification, celle de barbeau. L'allemand barbe 
(bart/isch), bien que féminin remonte à une forme barbo du 
vieux haut- allemand quiétaitmasculine et semble bien emprun- 
tée du latin, importée sans doute, comme le prétend le Dic- 
tionnaire de Moriz Heine -, par les moines (jui voyaient dans 
le barbeau la plus délicate des viandes de carême. 

Enfin, pour le français, le développement barbum > barbo 
>• * barp >> bar nous semble parfaitement régulier. Les seuls 
mots qu'on puisse mettre en regard de barbus pour le traite- 
ment phonétique de RB. final sont les adjectifs orbus et *cûrbns 
(latin classique cûrvus) et le substantif *cÔrbus^ forme secon- 
daire de côrvus, car pour sorbus, verbum, turbo et autres ils 
n'ont pas eu de développements populaires dans notre langue *. 



* Le mot barbus revient deux fois : 

(a) Tuque per obliqui fauces vexate Saravi, 

Qua bis terna fremunt scopulosis ostia pilis, 
Cum defluxisti famae majoris in amnem, 
Liberior laxos exerces, barbe, natatus. 
Tu melior pejore aevo : tibi contigit omni 
Spirantum ex numéro non illaudata senectus. (vv. 91-6). 
(b) Tu quoque flumineas inter memorande cohortes, 
Gobio, non major geminis sine pollice palmis, 
Praepinguis, teres, ovipara congestior alvo, 
Propexique jubas imitatus gohïo bar bi. (vv. 131-4). — 
^ Deutsches Wôrterbuch, Liepzig, 1890, 3 vol. 

' Voici la liste des mots en RB — final qui n'ont pas subi l'évolution 
phonétique dans la langue populaire pour ce qui concerne le français • 
Les nominatifs : càrbo, turbo. 

Les accusatifs : curbem^ môrhum, ûrbem, ôrbem, sôrbum, zirbum. 
,Les premières pers. du sg. du présent : curbo (1. cl. ciirvo), turbo. 



198 LE MOT BAR 

Godefroy donne quelques exemples de orp (<; ôrbtim ou 
orbi), remplacé comme masculin par le féminin orbe (<; ôrba) 
qui persiste toujours dans les expressions stéréotypées : mur 
orbe, coup orbe. *C6rbum de même a donné corp à côté de corf 
(jui représente phonétiquement côrvum. Le Lateinisch-Roma- 
nisclies Worterbuch de Kôrting donne le vieux français corp 
comme dérivé de *cûrbum. D'après ces trois exemples barbum 
deviendrait *barp. Quant à l'évolution de barbos, on ne trouve 
pas, du moins dans le Dictionnaire de Godefroy, la graphie ors 
(•< ôrbus, ôrbos), cors (<; côrbus, côrbos), mais il ne peut y 
avoir aucun doute sur l'équivalent phonétique en vieux fran- 
çais de orbes, côrbos quand on compare avec corpus ( >• v, f, 
cors) et nervos (> v. f. ners). On doit donc avoir en vieux 
français bars (-< barbos) et c'est bien la forme attestée par 
tous les textes. 

Pour *barp on n'en trouve pas d'exemples. Dès le XIIP siècle 
il y a toujours bar. Nous n'avons malheureusement pas de 
mots latins avec RP — flnal qui aient subi une évolution pho- 
nétique régulière', et les mots orp, corp qui représenteraient 
l'évolution parallèle de RB ~ final étant perdus' depuis 
longtemps, il se trouve que bar {= barbeau) reste le seul mot 
qui nous offre le développement continu et probablement tout 
à fait régulier de RP — , RB — finals. 

Il ne peut y avoir aucun doute sur l'équation bar (terme 
héraldique) == barbeau. L'on sait que les armes parlantes qui 
figuraient symboliquement le nom d'une ville ou d'une famille 
ont eu une grande faveur au Moyen-Age. Eh ! bien, le barbeau 
se retrouve dans les armes d'un certain nombre de villes et de 
familles dont le nom contenait la syllabe bar. Il suffit d'indi- 
quer les villes de Bar-le-Duc, Bar -sur -Seine, Montbard, Bar- 



' Liste de mots avec RP — final qui n'ont pas de représentants popu- 
laires en français : 

Les accusatifs : carpum (xajorôç), ' serpem (pour serpentem) et 

stïrpem. 
L'adjectif : turpem, turpe. 

Les premières pers. du sg. du présent : cavpo (excarpo), sarpo, 
'tarpo . 
' On sait que corp persiste dans le mot cormoran. 



LE MOT BAR 199 

flem\ les familles Bartet, Barharin, liernieres (Barnières), et 
d'autres encore*. 

Enfin l'expression héraldique équivalente en anglais est 
/>iar/>e/ (c'est-à-dire barbeau), 11 est possible que le mot bar lui- 
même ait passé en anglais avec le sens de barbeau. En effet, 
le dictionnaire de Charabaud ^ traduit bar [terme de blason — 
poisson ordinairement courbé et adossé] par : bar or barble. 
Cependant les ouvrages anglais qui traitent plus particulière- 
ment du blason, dictionnaires et grammaires héraldiques, ne 
connaissent pas d'autre terme que barbel et bar (= barbel) 
n'existe dans aucun des grands dictionnaires récents de la 
langue anglaise. 

Nous croyons en avoir dit assez pour établir que dans la 
nouvelle édition du Dictionnaire général il conviendrait de 
faire les deux articles suivants : 

1. BAR ou *BARS [bar] s. m. 

[Etjm. Emprunté du germanique bars — , perche. 
Il 1530. Palsgi'ave 196 [ : bace, fjsshe, ung bar. — 
1611 Gotgrave bar, the fish called base]. 
Il Loup de mer (labrax lupus). 

2. BAR [bâr], s. m. 

[Etjm. Du latin barbus (Ausone) = barbeau. 
Il XllI s*. En sa baniere ot un grand bar d* 
Barbazan, Recueil de Fabliaux fv; 90]. — 
Il (Blason). Barbeau (Cjprinus barbus). — 

II serait bon aussi d'ajouter dans la troisième édition du 
Lateinisch- Romanisches Worterbuch de Kortlng au n° 1231, 
parmi les dérivés du mot barbus le français bar (zz: barbeau) et 
d'intercaler entre les numéros 1248 et 1249 un nouvel article 
donnant les dérivés romans du germanique bars— et entre 
autres le français bar (zz loup de mer). 

Paul Barbier fils. 
Leeds, février 1905. 



' V. Le Dictionnaire héraldique de Grandmaison, Paris 1852, p. 75 à 
l'article Bar (poisson qui paraît dans l'écu en pal et de profil, mais un 
peu courbé). 

* Ed. des Carrières, Lond. 1815, 4 vol. 



« JANA DE MOURMEIROUN « 

ESSAI DE RESTITUTION d'uN CHANT POPULAIRE MONTPELLlÉnAlN 

à M. Antonm Glaize 



L'histoire du soldat que la guerre retient loin de sa famille 
et qui, au retour, trouve sa femme infidèle ou remariée, eut 
d'assez nombreux exemples sous la République et le premier 
Empire. Elle en a trouvé encore en 1870-71 dans les hostilités 
franco-allemandes. A plus forte raison devait-elle se produire 
au cours des Croisades, des expéditions d'outre-mer, des colo- 
nisations de l'Amérique du Nord ou du Sud et généralement 
de toutes les circonstances qui conduisent un homme au delà 
des mers ou des frontières de son pays. 

Le premier époux acceptait rarement d'être éconduit; sa 
colère avait parfois des éclats tragiques ; l'épouse reprenait 
le lien momentanément rompu ; en d'autre cas, lorsqu'il y 
avait eu des enfants, et que la femme semblait heureuse d'avoir 
contracté le second mariage, lorsque ses fils du premier lit y 
avaient trouvé bonheur et sécurité, le revenant se sacrifiait et 
reprenait le cours des pérégrinations lointaines. On devine, 
qu'il n'y portait pas toujours le courage et l'entrain du début 
et qu'une fin quelquefois désespérée clôturait l'aventure en 
régularisant d'une façon définitive les liens qui lui avaient fait 
fuir le sol natal. 

C'est le récit d'une histoire semblable que raconte une chan- 
son depuis longtemps populaire dans l'ouest de la France, sous 
le titre du Retour du marin et sous celui de la Belle Hôtesse; la 
Normandie, l' Aunis, la Saintonge et le Poitou, en possèdent des 
versions presque semblables. Bujeaud Ta comprise dans son 
recueil' ; Anatole Boucherie, qui eut au plus haut degré le 

' Chants et clianson^ populaires des provinces de VOuest [Poitou, Sain 
tonge, Aunis et Angoumois), avec les airs originaux recueillis et annotés par 
Jérôme Bujeaud. Niort, L. Clouzot, 188G, 2 vol. gr. in-8°, 332-364 pages 
(p. 89-90 du tome 1). 



JANA DE MOURMEIROUN 201 

sentiment des délicatesses de la poésie rustique, la préférait 
à toutes celles de son pays natal. Oscar Havard la cite élogieu - 
sèment dans une chronique de la Libre Parole*., mais ne 
remarque pas qu'elle s'ap[)arente d'assez près à rOdyssée, où 
après vingt ans de guerre et de courses sur les mers, le héros 
aborde l'île d'Ithaque, la veille du jour où Pénélope sera forcée 
de choisir un nouvel époux ^. 

Quand le marin revient de guerre, 

Tout doux. . . 
Tout mal chaussé, tout mal vêtu : 

— « Pauvre mai'in, d'où reviens-tu ? 

Tout doux ! » 

— « Madame, je reviens de guerre, 

Tout doux. . . 
Qu'on m'apporte ici du vin blanc, 
Que le marin boive en passant, 

Tout doux ! » 

Brave marin se mit à boire, 
Tout doux . . . 

' Numéro du 28 février 1902, sous le pseudonyme de Gallus. 

^ Une famille cettoise qui s'est fait un nom fort honorable dans les 
fonctions électives et les lettres locales, celle des Doumet, en fournit un 
exemple à la fin du premier Empire. La femme remariée reprit sa place 
au foyer du premier époux. 

Avant l'amendement voté par la Chambre des députés sur la proposition 
de M. l'abbé Lemire, la jurisprudence avait depuis longtemps prévu les 
cas où la femme pouvait se considérer comme veuve et contracter une 
seconde union, mais elle n'avait pas réalisé l'unité de législation : une 
divergence notable en était la cause. Les cours du Midi n'admettaient 
pas que la mort de l'époux pût être déduite de son absence prolongée. 
Les tribunaux du Nord étaient autrement faciles, et la raison en est 
simple. L'Océan, pour ainsi dire sans limites précises, était, par voie de 
conséquence, plus fertile en naufrages et en pertes de navires, alors que 
sur la mer Méditerranée, la piraterie barbaresque tendait moins à la mort 
qu'à l'esclavage de l'homme. La facilité relative des évasions et la rédemp- 
tion des captifs, très fortement organisée en Languedoc, étaient encore 
un argument dans la bouche des juristes méridionaux. 

Grâce à M. Lemire, la législation et la jurisprudence française sont 
d'accord aujourd'hui pour interpréter les cns où la femme sans nouvelles 
de son mari, a le droit de se considérer comme veuve et de convoler en 
secondes noces. 



202 JANA DE MOURMEIROUN 

Se mit à boire et à chanter, 
Et la belle hôtesse a pleuré, 
Tout doux ! 

— (' Ah ! qii'avez-vous, la belle hôtesse ? 

Tout doux ! . . . 
Regrettez-vous votre vin blanc 
Que le marin boit en passant? 

Tout doux ! 

— C'est point mon vin que je regrette, 

Tout doux . . . 
C'est la perte de mon mari. . . 
Monsieur, vous ressemblez à lui. . . 

Tout doux ! 

— Ah ! dites-moi, la belle hôtesse. 

Tout doux. . . 
Vous aviez de lui trois enfants, 
Vous eu avez six à présent, 

Tout doux ! 

— On m'a écrit de ses nouvelles. 

Tout doux. . . 
Qu'il était mort et enterré 
Et je me suis remariée, 

Tout doux! » 

Brave marin vida son verre, 

Tout doux... 
Sans remercier, tout en pleurant. 
S'en retourna au régiment, 

Tout doux. 

« Quelle discrétion! quelle sobriété! quelle douceur! dit 
avec raison M. Havard. Tandis que le rythme des premiers 
vers, alerte et fringant, tressaille comme une ronde d'avril, 
le rjthme des derniers chemine, douloureux et lent, et s'éteint 
mouillé de larmes dans le crépuscule des soirs. Voilà le 
lyrisme populaire !.. Toute l'histoire d'une âme — des espoirs 
cueillis au matin et des sanglots qui se brisent au seuil de la 
nuit — se déroule dans cette chanson sans art, se déploie dans 
ce symbole, calme et pur, que ne pollue aucune description 
savante, que n'alourdit aucune rhétorique raisonneuse... » 

Le Languedoc, pays maritime comme l'Aunis et la Nor- 



JANA DE MOURMEIROUN 



203 



raandie, doit avoir eu et peut-être a-t-il encore des exemples 
du thème qui nous occupe. Dans tous les cas, j'ai cru devoir 
en essayer la restitution luontpelliéraine. Heureux si je 
donnais à mes couplets la poésie exquise, mais un peu trop 
condensée de l'original français ! J'ai imaginé, sur le rythme 
des berceuses, le refrain [)resque partout diminutivé qui les 
termine. 

M. Gustave Michel-Quatrefages a bien voulu, avec sa science 
et sa compétence accoutumée, noter l'air complet de cet 
essai : 



E^53^jEj: 






=p:=P= 



:^=i=t==^=y==g= 






:t: 



m 



Coun-tent de vei - re sa moun - ta -gna, Pei-roun-pei- 






ret, ri-boun - ri - ba-gna, La be - la Ja - naelous en- 




fants— Qu'a-viè lais - sat dem-pioi set ans, — Pei-roun-pei- 



ret, — Ri-boun-ri - ba-gna, 



Ri-boun-ri - ba - gna. 



Les luttes qui ont existé entre les pays riverains de la chaîne 
des Pyrénées justifieront la plupart des mentions géographi- 
ques de l'imitation montpelliéraine. 

LaCerdagne est le nom d'un ancien comté presque toujours 
uni au Roussillon. 

Saint-Jean-Pla-de-Cors est aujourd'hui un chef-lieu de 
canton de l'arrondissement de Céret (Pyrénées-Orientales) . 
Le même département compte deux Caudiès, l'un dans l'arron- 
dissement de Prades, l'autre dans celui de Perpignan. 

Mormoiron est un chef-lieu de canton de l'arrondissement 
de Carpentras (Vaucluse). Sa population est d'environ trois 
mille âmes et le provençal qu'elle parle possède, si j'en crois 



204 JANA DE MOURMEIROUN 

des renseignements qui m'ont été autrefois donnés par M. For- 
tunat Martellj, des finales féminines en a. 

Le nom propre de Guilhermenc, Guillermin, Guilhemin, 
Guillemin, existe à Montpellier au même titre que celui de 
liamondenc (Rajmondin) à Toulouse et sur beaucoup d'autres 
points du Languedoc. On sait que tous les seigneurs de Mont- 
pellier ont porté le nom de Guilhem et que les comtes de 
Toulouse se sont presque tous nommés Raymond. J'ai cru 
pouvoir déduire de la première forme le nom de Guilherme, 
qui peut-être n'est pas tout à fait périmé dans la région médi- 
terranéenne. 

Il était et il est encore d'usage de boire du vin blanc sur les 
châtaignes rôties. 

On dit communément vi à Montpellier, quand il s'agit de 
vin rouge ou de vin en général, et vin blanc. L'n final du 
substantif ne se prononce que dans ce dernier cas. 

Ainsi que je l'ai fait dans le Medeci et le Députât de Balhar- 
ijuef, dans le Merlussat de Pampalibourna et la plupart des 
contes publiés par VArmanac mount-pelieirenc, je me suis 
efforcé de n'employer que des termes connus de tout le monde 
à Montpellier. Font seuls exception les substantifs cantagna. 
malamagna et tristagna^ qui n'existent que dans sa langue 
littéraire. 



JANA DE MOURMEIROUN' 

En guerra quaii perd e quau gagaa, 
Peiroun-{)eiret, i-ibouii-ribagua ; 
Quau demora en presou long tenis 
Dins la pena e lou languimeut, 
Peirouu-peiret, ribouu-ribagua, 
Ribouu, ribagua ! 

Countent de veire sa mountagna, 
Peiroun-peiret, riboun-ribagna, 



• Cette imitation a été composée à la demande d'un Montpelliérain, le 
jeune Campet, qui voulait pouvoir chanter du languedocien en réunion 
de camarades et d'amis. Le cas était trop rare pour n'être pas noté. 



JANA DE MOURMEIROUN 205 

La bêla Jana * e lous enfants 
Qu'aviè quitat dempioi très ans, 
Peiroun-peiret,. . . 

Guilherme partiguet d'Espagna, 
Peiroun-peiret, riboun-ribagna, 
Prenguet lou cami dau pais 
E, passa, passa, que t'ai vist, 
Peiroun-peiret,. . . 

Sans capità de raalamagna, 
Peiroun-peiret, riboun-ribagna, 
Per Narbouna, en Ate, Avignoun, 
S'agandiguet à Mourmeiroun, 
Peiroun-peiret,. , . 

Drecha en travès de sa barragna, 
Peiroun-peiret, riboun-ribagna, 

— (( D'ounte, dis Jana, tournàs-ti. 
Tant mau caussat, tant pau vestit?» 
Peiroun-peiret,.. . 

— « De lion, mai que lion, d'en Cerdagna, 
Peiroun-peiret, riboun-ribagna, 
Pourtàs-ine 'n pichè- de vin blanc 

E de castagnas sus lou banc. » 
Peiroun-peiret,... 

* En Languedoc, et surtout aux environs de Montpellier, la bêla Jana 
n'est connue que par la couiparaison populaire : Parla mai que la hela 
Jana^ Parla couma la hela Jana^ identifiée par la Rèmo Jano de Mistral 
avec Jeanne 1'"= (1325-1382), reine de Naples, comtesse de Provence. 

Au contraire de cette œuvre dramatique, le Dictionnaire (II, 153) du 
poète de Maillane ne donne à pai'lo coume la ùello Jano que le sens de 
« babiller comme une vieille commère ». 

^ Le picfié {pechié en Provence et peccarium, picarium, en bas latin) 
est une petite cruche à une ou deux anses contenant, selon Mistral, un 
peu plus d'un litre de vin blanc; deux litres en Béarn. 

On dit communément aneroun heure soun pichè de vi, Begiieroun 
foulheta (ils burent une feuillette de vin). 

Se faire set pichès de michant sang, c'est avoir beaucoup de chagrins. 

Le DiC</o««a»'e montpelliérain, encore manuscrit, de Raymond Martin 
précise mieux la contenance de la foulheta et du pichè : 

« Fouïéta ; ancienne mesure pour les liquides. C'était la moitié d'un 
pichè. Voy. ce mot ». 

On trouve à pichè les mentions suivantes : 

'(Pichè, ancienne mesure pour les liquides. A Montpellier unpicnè d'oli 



206 JANA DE MOURMEIROUN 

Tout beguent faguet sa cantagna, 
Peiroua-peiret, riboun-ribagna, 
Emé fossa dichs e redichs, 
La bêla Jana ploura e ris, 
Peii'oim-peiret, . .. 

— <i De qu'es que vous mes tant en lagna, 
Peiroun-peiret, riboun-ribagna, 

Me planiriàs-ti lou'il a emprun- 
tées. Mais que vaut cette affirmation, et n'y faut-il pas voir seulement 
la marque du désir de se concilier la confiance de lecteurs habitués à 
croire à la réalité historique des faits qui leur étaient contés ? Le cha- 
pitre premier seul rattache le Guerino à la tradition épique ; tout le 
reste semble dû à l'imagination de l'auteur, personnages et aventures. 

Le succès de ce roman, son immense etdurable popularité, demeurent 

' Naturalimente pare de co7isueti(dine che H homini se delectano de 
udb^e novelle li aventuri et cose anlic(jiie fosseno no7i siano stati palisati 
alla volgare (jente, peixhe cose anticque et non palesate pari7io nove alla 
mente di i/iielloro che no le anno piu udite, per questo me sono delectato 
declar[are] moite ystorie ?iovelle avendo piacere, de moite ystorie trovai 
questa leqenda che molto mi piacque.... 



I DODICI CANTI 511 

inexplicables, quand on se borne à la connaissance de sommaires où 
l'on n'a guère qu'une sèche onumération de noms propres et d'aven- 
tures dont se dégage une impression d'ennui. 11 en est autrement 
quand on lit patiemment le vieux chroniqueur. On passe rapidement 
sur les endroits où il étale une science géographique de très mauvais 
aloi, et l'on s'attache aux récits, aux peintures de caractères, aux 
observations morales. L'histoire de Guérin est la biogr.iphie d'un 
personnage qui n'a de commun avec les vassaux de Charlemagne que 
sa parenté; c'est un pur roman, et si la nature des aventures et des 
exploits qui lui sont attribués est empreinte encore du goût du temps 
pour les narrations chevaleresques, un autre goût très nouveau d'ordre 
tout psychologique commence à s'y faire jour. 

Guérin, à la recherche de sa famille, parcourt le monde. Dans ce 
cadre immense, plus encore que dans les Reali, l'auteur avait l'occa- 
sion de faire parade de ses connaissances ; mais le personnage de 
Guérin est toujours au premier plan, attirant sur lui les regards et 
l'intérêt. Souvent l'auteur lui cède la parole, et le chevalier raconte ce 
qu'il a vu et ce qu'il a fait. A en juger parle texte dont j'ai dû me 
servir, Andréa ne s'inquiète guère de ménager la transition : brusque- 
ment du genre historique on passe à celui des Mémoires. Le caractère 
lui-même du héros est composé avec soin ; c'est un mélange de cou- 
rage et de dévotion, de persévérance et de bon sens, de courtoisie et 
de finesse. S'il a pour devoir essentiel de ne rien épargner pour 
découvrir de qui il est né, il n'en a pas moins conscience de son rôle de 
chevalier chrétien, et il mettra partout son épée à la défense de la 
justice. Quand le traître Alfumet le questionne indiscrètement sur sa 
religion, il répond seulement : Adoro la fortana ! et un peu plus 
loin : Alla guerra vado ijo ! voulant se faire passer pour un merce- 
naire en quête d'un seigneur qui accepte son service. Mais quand il 
reproche aux Médiens de défendre mollement les droits de leur jeune 
reine Amidan, il se présente sous uu autre aspect : « Vous voyez que 
je suis fils de l'Aventure, que je n'ai point de père et que je secours 
les peuples et les seigneurs dans le besoin. Je combats pour la jus- 
tice, et pour cela je suis venu à votre aide et à la défense de cette 
dame abandonnée et trahie par ses sujets. » 

C'est l'attitude du chevalier errant, mais les motifs qui le guident 
n'ont rien de commun avec l'étalage orgueilleux de la force : sa 
pensée est d'un âge moderne. 

Dans toutes les guerres auxquelles il prend part, il est promptement 
choisi comme chef, et fait preuve de la connaissance de la stratégie 
du temps. Qu'il ait affaire à des géants, à des monstres ou à des 
Sarrasins, c'est à son adresse plutôt qu'à sa vigueur qu'il doit la 
victoire. 



212 I DODICI CANTI 

Il parle volontiers et prononce de vrais discours, tantôt militaires, 
tantôt dévots. Il est d'ailleurs d'une piété qui ne se dément jamais, 
et il professe le plus grand mépris pour la croyance et les mœurs des 
mahométans. Une des choses qui le choquent le plus en Orient est 
que l'on s'asseoit à terre sur des tapis et que l'on mange au même 
plat, alla porcescJia. Il impute volontiers à ces peuples des penchants 
détestables, qu'il attribue à l'influence du signe du Scorpion qui 
excite les passions luxurieuses. 

Quand Pantifero, roi de Solta, lui témoigne une admiration malhon- 
nête, il répond d'abord qu'il est homme et non femme, puis interdit 
nettement au priuce toute familiarité indiscrète. Ceci est bien. Mais 
pour sortir de la prison où Pantifero l'a jeté, il ne s'en résignera pas 
moins à écouter les conseils de ses compagnons, à épouser la fille du 
roi avec l'arrière-pensée de lui être infidèle. Il prêtera serment sur les 
livres sacrés de Mahomet, d'Apollon et de Rilis, en se touchant la 
dent', mais il comptait bien s'enfuir au plus tôt. Et l'auteur d'ajouter 
que ce serment ne valait pas mieux que les idoles invoquées, et que, 
dans la suite, le Prêtre-Jean consulté jugea qu'il ne pouvait lier un 
chrétien. La jeune abandonnée eut un fils, Peliones Lapares, qui fut 
de plus grande prouesse que son père '-. 

C'est d'ailleurs le seul exemple de f;iiblesse que l'on puisse repro- 
cher à Guérin, faiblesse bien excusable, puisque Pantifero le laissait 
mourir de faim et de soif dans son cachot : sa chasteté n'échoua sur 
aucun autre écueil. Il portait sur lui des reliques destinées à le 
protéger contre les tentations mauvaises. Quand il était parti de 
Constantinople, l'impératrice lui avait donné une petite croix d'or en 
ajoutant les plus sages recommandations : ?ma crocelta cVoro cKegli 
Vavesse al collo. Nella croce era commesso dentro del sangue di 

Christo, e-Ua de Noslra Dompna, e de lu ligno de la croce de 

Christo, e dixili : Omne voila che lu [V] abbi adossa, nessuna fan- 
tasia non ti potra nocere ; ma giiardati de non peccare carnalimente 
cum essa adosso, et piu che tu jjoi riguarda de peccare in peccato 
mortale cum essa adosso. 

' Maugis d'Aigremont^ v. 2949 : 

Son doi fiert à sa dent por Maugis miex fier. 

Cf. le combat d'Ogier et de Braihier, dans Ojier de Dannemarclie. 

^ Era la terra in grande didore^ ma sopra a tucti era adolorata la 
diriiicella, la quale romasa gravida d'uno fanciullo masculo el qiialeehhe 
nome PelioJie Lapares, et foy di maiore prudeza che non foi il pâtre, et 
feci grandi buctalie [cum] multi franchi si?ignori, specialimente cum soi 
fratelli nati in Taranto, corno la storia dicc seqiiendo per ordine. Il Mes- 
chino cavalco 



I DODICI GANTI 213 

Guérin, vivant au milieu d'infidèles, est obligé souvent de dissimuler 
sa qualité de chrétien; il en prend son parti, mais se dédommage de 
cette contrainte, soit en protestant dans sou for intérieur, soit en tour- 
nant en dérision les usages auxquels il feint de se conformer. 

Lorsqu'il consulte les Arbres du Soleil et delà Lune et que le prêtre 
l'invite à prier Apollon et Diane, il les conjure au nom de la Sainte 
Trinité, et débite une profession de foi toute chrétienne, voulant ainsi 
atténuer son tort de recourir à des divinités païennes. 

A la Mecque, il est admis dans la mosquée, où, d'après la légende, 
le cercueil de Mahomet demeurait suspendu en l'air par suite de l'at- 
traction des pierres d'aimant dont la voûte aurait été formée '. 11 se 
rit de la naïveté des infidèles qui ignorent la raison du prétendu 
miracle, et blâme surtout leur façon de se prosterner la face contre 
terre. Ainsi ils font à Mahomet tout l'honneur qu'il mérite, puisqu'au 
lieu de lui présenter la plus belle chose que Dieu ait faite, « ils lui 
montrent...., c'est-à-dire la partie malhonnête de la personne. » L'idée 
lui vient aussitôt de mettre à profit cet usage pour insulter Mahomet. 

' D'après Guérin, 'la Mosquée consacrée à Mahomet est beaucoup plus 
petite que l'église de Sa7ita Maria RUoJida qu'il a vue à Rome. L'alman- 
zor se déchausse avant d'y entrer. A l'intérieur se tenaient l'Archaliffe et 
ses prêtres. Jusqu'à mi-hauteur les murs étaient blancs et noirs au- 
dessus : il y avait deux fenêtres et deux portes, au levant et au cou- 
chant ; au milieu était un autel avec un cercle d'albâtre et une bordure 
d'or. Autour de l'autel des prêtres criaient, mais Guérin ne put com- 
prendre ce qu'ils chantaient. Sous la coupole était une cassette de fer 
poli, longue d'une brasse et un peu moins large, qui demeurait suspendue 
et ne touchait à rien : Je connus alors la tromperie du faux Mahomet, car 
je sus que cette église à partir du milieu de la liauteur était toute en 
calamité, laquelle est une pierre marine d'une couleur entre le noir et le 
gris (hiagio), qui a pour propriété d'attirer le fer par sa fraîcheur. Et 
cette calamité a encore une autre plus grande vertu qu'en touchant la 

pointe d'un fer léger si l'on met le fer en équilibre, la partie qui aura 

touché la calamité se tournera vers la Tramontane, et pero H 7iaviga?iti 
vanno securi per lo mare cidla stella e col partire de la carta et de bos- 
secta de la calamita. Et per qi/esta raione Carea dl Magomecto cK eni di 
ferro sta susspesa perche la calamita la tene. » — Andréa connaissait donc 
l'usage de la boussole. Quant à l'église Santa Maria Rofonda, surnom dû 
à la forme du monument (dans les vieux textes français: Nostre Dame 
de la Ronde), c'est le Panthéon d' Agrippa que Boniface IV consacra en 
610 à la Vierge et aux martyrs, d'où le vocable : chiesa di S. Mai-ia ad 
Martyres. Raphaël, Balthazar Peruzzi (le peintre architecte, l'auteur de 
la Farnesina et du Palais Massimi), Jean d'Udine (par qui Raphaël fit 
exécuter la décoration des pilastres et des murs des Loges), Annibal Gar- 
rache, d'autres artistes y ont leur sépulture. 



214 I DODIGI CANTI 

Il s'agenouille, levant les hanches aussi haut qu'il peut, mais tour- 
nant le dos au cercueil, et prononce l'oraison suivante : maldecto 
seminalore di [s]candoli, la divina iusticia dega ad te aviauiento 
de li anime cJii tu ai facto et fai perdere per la lua falsa operacione ! 

Cette attitude parut étrange à l'Archaliffe, c'est-à-dire au Pape des 
Sarrasins, et Guérin eût payé cher la liberté qu'il avait prise, s'il ne 
se fût tiré habilement d'affaire. Il allégua que malheureux pécheur il 
était indigne de tourner ses regards vers le cercueil de Mahomet, et 
qu'il s'était comporté de même eu présence des Arbres du Soleil et de 
la Lune. L'explication parut suffisante et dès lors on le considéra 
comme un saint homme et un vrai croyant : fui/ yhiamato santo di 
loro fede. 

Malgré tout lesoinque l'auteurapporte à faire ressortir la dévotion de 
son héros, et bien qu'il lui fasse réciter son credo ou les psaumes de 
la pénitence, toute la partie des voyages qui précède le départ pour 
le Purgatoire de saint Patrice, est entachée d'irrégularités graves au 
point de vue chrétien. Le voyage aux Arbres du Soleil et de la Lune 
a été conseillé par les devins de l'empereur, et c'est eu fait un pèle- 
rinage païen que Guérin entreprend. C'est tellement vrai que lorsqu'il 
arrive au sommet de la montagne d'où son regard plonge sur la mer 
des Indes, il nous dit que par cette mer on se rend au pardon aux 
Arbres du Soleil comme on le fait pour le pardon à Rome, et que l'on 
y va avec un plus grand espoir de se sauver que ne font les chrétiens quand 
il s'agit d'aller au sépulcre de Jérusalem. 11 repart, mécontent de 
la réponse qu'il a reçue, et se venge en raillant les Arbres du 
Soleil qui ne sont que des cyprès moins beanx que ceux de Grèce; 
mais arrivé au rivage il reconnaît qu'il y trouve des navires chargés 
de pèlerins arabes et persans qui se rendaient aux Arbres du Soleil 
'< par la dévotion qu'avaient les chiens de Sarrasins. » Le mot inju- 
rieux n'excuse point sa démarche : il a fait ce qu'il reproche aux 
païens, et il partira pour l'Occident, comme il lui a été ordonné par 
l'oracle. 

En Occident, un devin de Tunisie complète le renseignement qu'il 
avait reçu, et lui apprend qu'il doit consulter la Sibylle de Cumes i. Il 



1 Avendo udito Guerino che in sullo monte era une indivino et quale 
nvea nome Galgibat, si mose da Tunisi cum certe guide et ando ad 
f/uello monte et trovo quello vecchio7ie, et illo lu adimando si li sappesse 
insuiqhiare chi fosse stato suo pâtre e-lla sua mndve. Respose che no. 
E-llo Mischino lu adimando si in Africa piu verso Ponejite si trovaria 
che li lo saperia a dire. [Respose] : Andando ad monte Adtalente elli 
altri canoscuno certi corsidi stelle et quelli de la natura secundo il curso 
de li cieli dehia alcuna volta pvoducere, ma cheilli ti possano a dire el 



I DODICI CANTI 215 

s'engagera donc dans une entreprise tout aussi répréhensible que la 
première. Mais il n'a pas la conscience tranquille, et de même qu'au 
seuil du pays consacré à Apollon et à Diane il s'était confessé au prêtre 
chrétien qu'il emmenait avec lui, de même il se confessera aux moines 
qui gardent le chemin conduisant au séjour de la Sibylle. A toutes les 
objections qui lui sont faites, il répond qu'il n'agit point dans des 
vues intéressées, qu'il a le devoir de retrouver sa famille, mais il ne 
sera |)leinement rassuré que lorsque le Pape l'aura béni et lui aura 
imposé comme pénitence d'aller à St- Jacques- de-Compostelle purger 
le pays des voleurs qui l'infestent, et en Irlande où il devra des- 
cendre dans le Purgatoire de saint Patrice d'où il rapportera au 
Saint-Père l'exacte relation de ce qu'il aura vu. 

L'équilibre est ainsi rétabli, ces pèlerinages chrétiens effacent la 
faute commise, à la grande joie des âmes naïves qui depuis des siècles 
s'intéressent aux aventures de Guérin. 

Parmi les faits qu'il observe dans ses voyages, les plus curieux sont 
peut-être les exemples de tolérance religieuse qu'il rencontre en 
Orient et qu'il rapporte sans se risquer à aucune appréciation. 

Le royaume de Tigliaffa, situé à dix jours de marche avant le pays 
des Arbres du Soleil, est peuplé d'hommes noirs, de haute taille, s'en- 
tendant très bien au commerce et tous chrétiens. Guérin y avait été 
fort bien accueilli parce qu'il était chrétien et qu'homme de guerre il 
pouvait être très utile à un moment où certains Sarrasins se révol- 
taient contre l'autorité de Tigliaffa. Grâce à l'emploi du feu suggéré 
par Guérin, les éléphants de l'ennemi sont mis en fuite, les Sarrasins 
perdent 24,000 hommes, tandis que les chrétiens n'en perdent que 1000. 
Pendant dix joui's on poursuit la conquête; toutes les villes remet- 
taient leurs clefs aux vainqueurs. «Je demandai pourquoi on ne les 
faisait pas baptiser. Gariscopo répondit : Parce que ce n'est point 
l'usage; chacun peut garder la foi qu'il veut, pourvu qu'il obéisse à 
son seigneur.» Quand il revient par la mer des Indes de son pèlerinage 
aux Arbres du Soleil, il a la curiosité de visiter l'île de Parlobania où 



taie fu tuo padre, questo non sanno ; ma perche viiy [siete] gentile et da 
bene, yo vi mette/'o in bona via. Nui trovamo per scriptiira che la Sibilla 
Umana non e ancora morta et non deve morire dacqui ad in finem 
mundi, et questo trovamo ca ellaey in Ytalia nelle montanghie de Penino 
le quale venyono per lo mezo de Ytalia, e sentiamo ca ella eni in 7iel mezo 
de Italia. Se vuy andate allei, ella vi sapera directo adiré perche ella sa tucte 
le cose passate e-lli presenti, et si tu non vai allei yo non saperia insin- 
ç/hiare dove tu possi sapere nel mundo. — Dans mon Introduction j'ai 
omis de dire comment Guérin apprend qu'il doit consulter la Sibylle de 
Gumes. 



216 I DODICI GANTI 

l'on compte dix villes et cent châteaux-forts. La capitale est Galabis. 
«Je leur demandai quelle est leur foi. On me dit qu'il y a des chrétiens, 
des sarrasins et des païens, et que la religion n'y est l'objet d'aucune 
dispute. Chaf'.un garde la foi qu'il lui plaît, mais il est interdit sous 
peine du feu de renier sa religion*dans l'île... Leur loi a pour but de 
permettre aux gens de toute croyance de faire le commerce chez 
eux. » 

Rapporter ainsi les faits revient à les approuver. Dans nos Chan- 
sons de Geste, on sait comment les choses se passent. A la fin du 
Maugis d'Aigreniont (v. 9489 sq.), Vivien l'Amachour, frère de Mau- 
gis, se convertit et abandonne Mahon, Jupitel 

Et la mauvaise foi que fist Luciabel. 

11 revient à Monbranc, emmenant avec lui deuxévêques; ses sujets 
sont baptisés d'office, 

Et qui ne le volt fere, si ot le chief copc. 

A propos de la confusion des musulmans et des païens et de l'asso- 
ciation du nom de Mahomet à ceux de Jupiter, Trivigante, Belfagor, 
Ranke cite un document qui prouve que cette confusion était dans 
tous les esprits : « On se souvient que le duc Conrad de Masovie, lors- 
qu'il chargea les chevaliers Teutouiques de combattre les païens prus- 
siens, leur accorda tout ce qu'ils pourraient conquérir sur ces Sarra- 
sins : quklquid de personis velhonis omnium Sarracenorum adipisci 
potuerint *.» 

Ranke constate que dans les Reali les conversions sont faites par 
les armes, qu'elles ne sont jamais obtenues par la mission ou la prédi- 
cation. Mais si Andréa se conforme à la tradition des Chansons de 
Geste, nous voyons par les traits que nous avons relevés dans le Gué- 
rin, que la conception d'un régime de tolérance lui paraissait justi- 
fiable. 

Le chapitre qui suit l'exorde du Guerino est un court résumé de 
VAspromonte et ne sert qu'à placer dans la descendance de Girard de 
Fratta Milon de Tarente, père de Guérin. Cette descendance est d'ail- 
leurs conforme à la généalogie constituée par l'auteur des Reali. Ce 
fait confirme dans la pensée que le Guerino a été une des dernières 
œuvres, sinon la dernière, d'Andréa da B:irberino. 

Le courage de Guérin se soutient parmi les mille épreuves qu'il 
traverse. Une seule fois il est sur le point de renoncer à sa tâche. En 

1 L. Ranke, Zu dev italienischen Poésie, mémoire lu à 1" Académie 
royale des Sciences. Berlin, 1837, pag. 3, note. 



I nODICI CANTI 217 

se rendant au pays du Prètre-Jean, il avait eu à combattre un terrible 
dragon dont le souffle l'avait laissé à demi-empoisonné. Il est obligé 
de prendre huit jours de repos. Kn commémoration de sa victoire, on 
cloue la tête du dragon à la [)orte de l'église du lieu avec cette ins- 
cription : Guerino, vocato Misdiino . cercando per Ia[mia] sangui- 

viu 
nita, neW anni del nostro signore Ihesu CrisLo c xxx'^ arriva in 

questo paesCj yo iiccisi guesto dragone. 

On avait dû le frotter d'onctions diverses, et ainsi l'on découvrit la 
petite croix, don de l'impératrice auquel il devait sans doute sa victoire 
sur le monstre. Mais une fois guéri, quand il dut reprendre son 
voyage, il ressentit un profond découragement. 

« Quand je voulus partir de ce village, j'étais pensif, et sans grand 
effort j'en serais demeuré là de mou entreprise, me plaignant de ma 
mauvaise fortune. Un prêtre, qui était attaché au temple de ce lieu, me 
prit par la main, me mena à l'église et commença à me parler en grec. 
Il raisonna avec moi et me demanda pourquoi j'étais ainsi pensif. Je 
le priai de me confesser, ce qu'il fît. Je lui racontai toutes mes actions 
depuis le commencement jusqu'à la fin, toutes les choses que j'avais 
promises ou faites. Et il me réconforta de cette manière : noble 
homme, celui qui commence une chose noble, et qui d'un bon principe 
la conduit jusqu'à mi-chemin, et puis l'abandonne, n'acquiert point 
de gloire de son entreprise ; mais s'il agit bien au commencement, au 
milieu et à la fin, sa fatigue ne lui est pas un dommage. Et il me 
demanda : Sais-tu ce qu'est la foi ? Le Mischino dit : La foi est une 
parfaite et ferme croyance en Dieu qui est la souveraine Trinité, Père, 
Fils et >'aint-Esprit, sans aucun doute ; elle consiste à croire aux dix 
commandements de la loi et à y obéir, à croire aux douze articles de 
Il foi et aux sept du Saint-Esprit, à suivre et à accomplir les sept 
œuvres de miséricorde. C'est ainsi que je crois. 11 me demanda : 
Qu'est-ce que la charité ? Je lui répondis : Aimer Dieu et son prochain. 
Alors le prêtre : Si la charité est ce que tu dis, et si ton père et ta 
mère sont plus que ton prochain, car tu sais que c'est le premier des 
sept commandements qui ont été faits à nous pour nous, dis-moi, fils : 
qu'as-tu fait jusqu'ici pour ton père en ne suivant pas l'œuvre com- 
mencée? Si tu voulais dire que la fatigue en est grande, je te le 
concède ; mais tu as cherché en Asie et dans l'Inde Majeure, qui sont 
les parties les plus redoutables et les plus sauvages de tout le cercle 
do la terre, car non seulement il y a des animaux sauvages, mais la 
nature même des hommes y est sauvage. En Afrique et en Europe, les 
hommes sont raisonnables, et s'il y a aussi beaucoup d'animaux féroces, 
la nature en est autre qu'en Inde et en Turquie. Que l'espérance te 
gouverne, va jusqu'à bonne fin, aie confiance en Dieu, aime ton père 



218 I DODIGI CANTI 

et ta mère : l'espérance en Dieu t'aidera. Poursuis ton entreprise 
avec toute ta force en la modérant par la prudence. — Je me jetai, 
dit Guérin, à ses pieds, je lui baisai les pieds et les mains ; il me fixa 
une pénitence, me donna sa bénédiction, et je lui dis : mou père, 
vous m'avez remis dans mes premières forces, que Dieu vous le rende 
pour moi ! Je pris congé de lui et de tous ceux qui étaient là, et nous 
prîmes notre chemin vers la cité dite Dragonda où j'avais appris que 
le Prêtre- Jean se trouvait. )/ 

Tout en chevauchant, le chevalier commente longuement et théolo- 
giquement ce que le prêtre lui a dit des devoirs des fils envers leurs 
parents, et il conclut en promettant à Dieu de ne jamais se reposer 
tant qu'il n'aura pas retrouvé sa famille. 

Guérin, à vrai dire, s'attarde volontiers en route, soit qu'il accepte 
toutes les occasions de montrer sa valeur, soit qu'il examine curieu- 
sement les lieux qu'il traverse : c'est un chevalier errant, c'est un 
condottiere, c'est dans quelque mesure un explorateur. Au pays du 
Prêtre-Jean, parmi les choses (jui provoquent son admiration, deux 
surtout sont à noter : les sources de la richesse du roi-pontife, et la 
raison pour laquelle cette contrée est dite la Terre de Vérité, 

A Dragonda, Guérin se rend au palais du Prêtre-Jean: « Les che- 
vaux une fois attachés, nous entrons dans l'escalier pour monter au 
palais. Cet escalier était pour la plus grande partie d'albâtre, et les 
l'ampes où l'on pose les mains, étaient toutes dorées avec beaucoup de 
pierres précieuses qui y étaient incrustées, et le mur était tout d'une 
mosaïque historiée. Au-dessus c'était également une mosaïque couleur 
d air, semée d'étoiles d'or. Je demandai comment il pouvait y avoir une 
telle richesse dans ce pays, et les guides m'enseignèrent quatre raisons. 
La première est que l'on n'a point de guerre ni de soldats à payer; la 
seconde est le grand tribut que lui versent les Sarrasins pour qu'il ne 
perde pas l'eau du Nil ; la troisième est le grand péage qui se paie au 
détroit de la Mer Rouge où le Prêtre-Jean possède trois cités avec des 
ports très beaux et sûrs; la quatrième est que toutes les marchan- 
dises de ce royaume paient un certain droit au Prêtre-Jean. Pensez la 
grande recette et la petite dépense durant tant de centaines d'années, 
dites-vous s'il doit posséder de grandes richesses ! Et ce pays est 
appelé la Terre de 'Vérité. » 

L'auteur du Guerino transforme la légende du Prêtre-Jean en la ren- 
dant plus vraisemblable, en y diminuant la part du merveilleux et en 
augmentant celle des raisons naturelles. Cette tendance a été notée 
déjà dans les Reali. Mais à propos du tribut payé par les Egyptiens, 
il parait avoir inventé. 

A plusieurs reprises, pendant qu'il est au pays du Prêtre-Jean, 
Guérin parle de Portes-de-Fer établies sur le Nil et séparant ce 



I DODICI GANTI 219 

royaume de celui des Rgyptiens. Quand il reprend son voyage et se 
rend en Egypte, il rencontre d'abordées Portes et en explique l'usage 
en se trompant sur la valeur des termes. 

« Ici sont les Portcs-de-Fer. Je passai le fleuve du Nil : entre ces 
montagnes (les monts Camerat) sont les Portes-de-Fer. Ces Portes, je 
les voulus voir, et jamais je ne vis rien de plus fort. 11 y avait là un 
mur fait de très grandes pierres en travers du Nil, à l'endroit où le 
fleuve passe entre ces montagnes et par le milieu arrive en P^gypte. 
Ce mur est large de trois cents brasses, et à côté du mur, sur une 
montagne, de toutes parts, est une forteresse si terrible et si forte 
que je m'en émerveillai. Au dessus du mur du côté de l'Inde, c'est un 
mur très fort avec viagt tours, c'est-à-dire vingt en haut et vingt du 
côté de l'Egypte ; le grand mur qui est fondé Haus le lit du fleuve, est 
long de mille brasses et il a trois ouvertures très grandes où passe 
l'eau du Nil, et à ces ouvertures il y a des sarracinesques très grandes 
que l'on peut faire descendre de sorte que l'eau ne puisse pas venir en 
Egypte. Je demandai où se répandrait l'eau du Nil si ces herses 
{caleracte) étaient fermées. On me répondit qu'une partie s'écoulerait 
le long des montagnes de la Mer Rouge, que l'autre irait vers le cou- 
chant dans la mer de Lybie, et que toute l'Egypte, qui forme un seul 
royaume, périrait faute d'eau parce qu'il n'y pleut jamais et que 
deux fois l'an le fleuve baigne leurs terres; par suite de cette frayeur, 
ils paient un grand tribut au Prêtre-Jean. » 

De là Guérin se rend à Syène (Senesi) où était une garnison du 
Soudan d'Egypte. 

On voit que j'ai traduit caleracte par herses, sens justifié parce qui 
précède et ce qui suit. Le mot a eu ce sens dans notre langue elle- 
même : « Herse sarrasine ou cataracte est une contreporte suspendue, 
faite de grosses membrures de bois à quarreaux pour empescher l'effori 
du pétard, ou bien pour arrester une surprise par sa cheute. » Traité 
des Fortifications ou Architecture militaire, parle P. Georges Four- 
nier, 2* éd., Paris, Jean Henault, 1654, p. 38. Mais dans le texte 
lui-même du Guerino, l'on a un autre exemple du mot pris dans ce 
sens. La porte par laquelle la fllle du roi Pantifero passe pour aller 
s'entretenir avec Guérin dans la tour où il est tenu prisonnier, est 
munie d'une cataracte. 

J'imagine que notre chroniqueur, ayant entendu parler de Portes 
de fer et de cataractes du Nil, a cru qu'il s'agissait de vraies portes et 
de herses. La forteresse qu'il décrit complaisamment, aurait pour base 
de simples contre-sens. 

L'on ne peut éviter deux remarques. L'idée que TAbyssinie pourrait 
détourner en partie les eaux du Nil au détriment de l'Egypte parait 
ancienne, et naguère en Orient elle prit une consistance nouvelle. 



220 I DODICI CANTI 

D'autre part, l'administration anglaise, pour assurer la régularité de 
l'irrigation de l'Egypte, a réalisé ce que le moyen âge avait rêvé : un 
barrage imuieuse emmagasine les eaux du Nil à l'endroit dont parle 
Guérin. Mais les clefs du barrage ne sont point aux mains des succes- 
seurs du Prêtre-Jean. Les archéologues se sont émus de cette mesure 
si utile en elle-même : ils craignent que le joli temple de Fhihe ne 
soit submergé. 

Parmi les mérites que Guérin reconnaît aux sujets du Prêtre Jean, 
la véracité est celui sur lequel il insiste le plus'. Il en parle longue- 
ment dans sa descrijition de la ville d'Antona, séjour habituel du 
Prêtre-Jean : « Bien que j'aie vu les terres, les cités, les palais et les 
logements des pays de Grèce, de Syrie, d'Italie et de toutes les parties 
du monde, non, lecteur, je n'ai troiivé nulle part tant de beaux édi- 
fices ni dans une cité tant d'hommes riches de toute richesse mon- 
daine et temporelle; je n'ai point trouvé au monde de peuple qui 
gardât sa foi comme eux, je n'ai point trouvé de peuple plus véridique, 
où il y eût moins de mensonge. Chez eux les menteurs sont plus mépri- 
sés que les usuriers en Grèce ; ils ignorent ce que c'est que l'usure, 
et l'on fait chez eux justice sévère des malfaiteurs et en particulier de 
ceux qui sont contraires à la foi du Christ. » 

Il semble que l'auteur ait eu une antipathie particulière pour les men- 
teurs et les usuriers et qu'il ait ainsi jugé bon de donner en exemple 
à ses concitoyens un pays d'Utopie où régneraient la vérité et le 
désintéressement. Mais lorsque Guérin a triomphé des Cinnamoniens, 
ennemis du Prêtre-Jean, et que celui-ci consulte sa cour sur la récom- 
pense qu'il convient d'attribuer au vaillant étranger, il se produit des 
désaccords qui prouvent bien que l'exacte Justice n'est pas plus de ce 
monde au Pays-de- Vérité qu'ailleurs. L'euvie, dit Guérin, se donna 
libre carrière. L'un disait: c'est un étranger; une petite récompense 
lui suffira : des armes et des chevaux le contenteront, car c'est un 
homme qui ne pense que batailles. Un autre proposait qu'on lui 
donnât un ou deux des châteaux conquis et une petite pension. D'autres 
dirent qu'il ne fallait pas lui donner de châteaux, parce que si le pou- 
voir lui plaisait, il était si vaillant homme qu'il lui serait aisé de se 



1 L'expression Pays-de-Vérité, employée plus haut, semble de l'invention 
de notre auteur. Pour le fond, il s'inspire de la lettre fameuse attribuée 
au Roi-Pontife : 51. Inter nos nullus mentifw, nec aliquis potest men- 
tiri. Et si quis ibl mentiri coepefit, statim moritur i. quasi mortuus inter 
nos reputatuv, nec eius mentio fit apud nos i. nec honorem ulterius apud 
nos co)isequifur, 52. Omnes sequimur veritateyn et diligimus nos invicem- 
Adulter non est inter nos. Nullum vicium apud nos régnât. Friedrich 
Zarncke, der Priester lohannes, erste Abhandlung, p. 90. 



I DODICI CANTI 221 

faii'e seigneur fin pays. Qu'on lui dunne un navire chargé de richesses 
et qu'on l'adresse au Soudan de Babylono ', à Alexandi'ie. D'autres 
conseillaient qu'on lui donnât des chameaux sans navire et qu'on lui 
fit avoir du Soudan la paie d'un mercenaire. Ceux-là enfin, par jalou- 
sie, voulaient le renvoyer sans plus. Un dit néanmoins : Nous avons 
besoin d'un capitaine. D'autres étaient d'avis de lui accorder un loge- 
ment avec des terres et du bétail. 

L'équité et la reconnaissance étaient négligées à peu près par tous 
dans cette délibération qui rappelle les entretiens du roi Yon et de ses 
conseillers au sujet de Renaud fils d'Aymon. Mais le Prêtre-Jean est 
sourd à ces invitations dictées par l'ingratitude et la jalousie : il 
demande à Guérin d'accepter la moitié de son empire. Le chevalier 
refuse, car il doit repartir à la recherche de ses parents 

L'auteur, pour accroître l'intérêt du récit et pour faire valoir le côté 
affectueux du caractère de Guérin. lui donne souvent un compagnon 
de route et d'aventure. C'est d'abord Brandis. Ce chevalier gascon 
et un autre chevaliei', l'Ameri de Oriensis {sic), s'étaient vantés à 
Paris, devant la cour du roi de France et pour répondre aux vanteries 
d'autres chevaliers, de faire le tour du monde par terre et par mer, 
s'engageant à ne point s'abandonner jusqu'à la mort. Ils avaient par- 
couru tous les pays d'Europe, étaient venus de Constantinople en Col- 
chide et de là en Arménie, où le géant sauvage tua le compagnon de 
Brandis et enferma celui-ci dans la caverne d'où il fut tiré par Guérin. 
Dès lors les deux chevaliers vivent dans une étroite amitié, et se 
séparent seulement quand Brandis épouse Amidan, la jeune reine de 
Médie dont Guérin a restauré l'autorité. Elle s'était d'abord épiise de 
Guérin, mais il ne songeait point à s'airêteret lui donna Brandis pour 
mari. 11 exigea seulement que l'on prît des sièges au repas, que l'on 
mangeât à la façon des Grecs et qu'Amidan reçût le baptême. 

Dans son voyage aux Arbres du Soleil et de la Lune, Guérin a pour 
compagnon, à partir de TigliafFa, ua capitaine, Cai'iscopo, né à Saba 
dans l'Arabie Heureuse, mais qui s'était converti au christianisme et 
avait servi en Grèce. 

Quand il quitte Alexandrie et entre dans le désert de Lybie, il sauve 
des mains d'une bande de malandrins un chevalier anglais, Diamone, 
né dans la cité de Norgalles et descendant de Joseph d'Arimathie -. 



• Dans le Guerino, comme dans Joinville et dans la carte catalane 
de 1375, par Babylone il faut entendre le Vieux-Caire. 

* Norgalles, dans le cycle d'Artus, est un pays limitrophe des royaumes 
de Logres et de Sorelois. — Arimuthle : le texte donne di Brama, mais 
Arimathie s'était déjà transformé en Baramachie, Lùseth, Le roman en 
prose de Tristan^ etc., p. 498, 1. 39. L'on a Joseph di Barimatlia dans le 



222 I DODICI CANTI 

Les deux chevaliers vivent fraternellement ensemble jusqu'au moment 
où, arrivés en Sicile, Guérin doit se diriger vers l'Italie pour y con- 
sulter la Sibylle, et Diamone s'embarque et reprend son pèlerinage 
au Saint-Sépulcre. Leurs adieux sont touchants. Diamone dit : « Frère 
chéri, je t'aime plus que si nous étions nés d'un même père et d'une 
même mère... Si vous arrivez en Angleterre à ma cité appelée Nor- 
galesse, réclamez-vous de moi, car il vous sera fait honneur et je 
veux que vous la considériez comme vôtre. Portez de mes nouvelles à 
ma dame et à mes parents. » Puis ils s'embrassèrent, se baisèrent et 
allèrent au vaisseau; quand leur pleur eut pris fin, ils payèrent le 
patron. 

Ce dernier détail est tout à fait dans le ton général d'un récit où 
l'auteur s'applique à ne rien dire que de vraisemblable. Quand l'hôtelier 
demande au héros de Cervantes s'il a de l'argent sur lui: « De l'ar- 
gent! répond Don Quichotte tout surpris de l'indiscrétion de ce lan- 
gage, je n'y ai pas même songé. Je n'ai jamais lu qu'aucun chevalier 
errant s'en soit muni pour aller aux aventures». Mais Guérin a un 
sentiment plus précis des réalités pratiques de la vie, et s'il refuse de 
partager le pouvoir d'Amidan et du Prêtre-Jean, il ne part jamais en 
voyage sans prévoir qu'il lui faudra payer son écot aux hôtelleries où 
il s'arrêtera '. Quand le pape lui a donné des instructions qui im- 
pliquent un voyage à Saint-Jacques et un autre en Irlande, le bon che- 
valier ne peut s'empêcher ijle s'écrier : « Saint Père, je ferai tout cela 
si je vis assez pour arriver là-bas ; une seule chose m'embarrasse et 
me sera d'un grand ennui. Il me demanda quelle était cette chose qui 
m'embarrassait. Je lui répondis : La pauvreté. Et il me fit donner 
trois cents deniers d'or.» Cette simplicité plaisait d'autant plus qu'elle 
était une nouveauté. 

En Afrique, Guérin se lie d'amitié avec le roi Artilaffo. En Calabre, 
l'hôtelier chez lequel il descend, s'éprend également pour lui d'une 
vive affection. Ce n'est pas seulement un chevalier avide d'aventures 
ou un voyageur curieux, ce n'est pas seulement un homme de guerre 



Volgarizzamento toscnno des Voyages de Mandeville, éd. Zambrini, I, 
p. 98. — Dans son voyage en Angleterre et en Irlande, Guérin, après 
avoir vu Antona et Londras^ se rend à la hâte à Norgalles où il trouve 
son ami Dinamon (et non plus Diamon). Celui-ci voudrait lui faire accepter 
en mariage sa sœur âgée de quinze ans ; mais Guérin refuse et reste 
fidèle à la belle Antinisca. Dinamon s'ofl're à lui pour l'accompagner en 
Irlande. 

1 Quand Guérin prend congé de l'empereur, celui-ci voulait lui don- 
ner une escorte; il la refusa et n'accepta qu'une somme d'argent : egli 
nolla vole, ma certi danari indi porto. 



I DODIGI CANTI 253 

habile et courageux : il a le don de se concilier l'estime et le dévoue- 
ment de tous ceux ijui ont l'occasion d'apprécier sa droiture et sa 
bonté. 

Dès le commencement du roman, l'amitié de Guérinet d'Alexandre, 
fils de l'empereur de ConstantiiiO|)le, est un puissant élément d'intéi'ét, 
sans lequel le long récit de tournois et de combats serait d'une fati- 
gante monotonie. 

La susceptibilité qui lui fait refuser la main d'Eliséna, malgré les 
prières de son ami Alexandre et de tonte la famille impériale, est le 
trait le plus heureux : par la dignité de son attitude plus encore que 
par les services qu'il leur a rendus, il se place au niveau de ses pro- 
tecteurs. 

Sa fidélité à sa fiancée Antinisca ne subit point d'éclipsé. Un mo- 
ment, il est près de succomber aux provocations sensuelles de la 
Sibylle, mais il a recours à la prière et triomphe. 

Partout où il paraît, il se place au premier rang par son intelli- 
gence et sa générosité autant que par sa valeur. 

Ce n'est pas la reproduction banale d'un type ancien et usé, c'est un 
personnage vraiment original et nouveau. 

La lourdeur et la prolixité du récit, le caractère historique et dévot 
auquel l'auteur a visé, s'ajoutent au pédantisme des descriptions pour 
rendre difficile la lecture d'un tel ouvrage •. Mais ceux pour qui il a 
été composé étaient séduits par cela même qui nous fatigue. L'auteur 
s'est inspiré de la méthode du Pseudo-Turpin qui, de nos légendes 
héroïques fit un amalgame à prétentions historiques et à leçons pieuses. 
Il a placé son héros dans la Geste des Reali, lui a donné les vertus que 
Turpin attribue à Roland, et, suivant l'exemple de l'Entrée de 
Spagne, l'a mené, comme Roland, en Orient. Dans une certaine me- 
sure, comme le Roland du poème franco-italien et de la Spagna en 
vei's, Guérinest donc un chevalier ei-rant, mais il est aussi un voyageur 
possédant ce bagage de connaissances pseudo scientifiques dont 
Andréa est fier, et décrivant les pays et les peuples. Les Grecs, grands 
navigateurs, admiraient surtout dans Ulysse celui qui « avait vu les 
villes et connaissait les mœurs de beaucoup d'hommes ». 

Le merveilleux des voyages d'Ulysse est en bien des points de 
même famille que les histoires étranges qui passionnaient la curiosité 

1 M . Rajna, dans son étude sur les Renli, analyse avec une précision par- 
faite les procédés de l'auteur et juge la valeur littéraire de son œuvre. 
Je ne puis que renvoyer à ces paj^es magistrales. V. surtout p. 289-309. 
Je solliciterai néanmoins quelque indulgence pour le Giieri?io, où le 
désaccord est bien moindre entre la nature du sujet et la manière de l'au- 
teur que dans les Reali, où c'est la matière de France qui est en cause. 



224 I DODICI CANTI 

naïve de nos pères, et l'on reconnaît volontiers une parenté entre 
Polyphi'^me et le géant qui avait mis en réserve dans une sorte de silo 
le chevalier gascon et le prêtre arménien afin de les manger à loisir. 
Giiérin rencontrera tous les animaux légendaires et tous les hommes 
monstrueux dont depuis Hérodote l'Orient et l'Afrique sont peuplés. 
L'érudition de l'auteur n'omettra ni la licorne, ni l'extraordinaire 
récolte du poivre, ni les mœurs de l'éléphant, ni les pygmées, ni rien 
en un mot de ce qu'il a pu recueillir d'étoimant et d'incroyable. Mais 
il allie à ce respect de la tradition légendaire des préoccupations nou- 
velles; quand il entre sur le territoire d'un peuple, il donne la stature, 
la couleur, la chevelure des gens, leur beauté ou leur laideur, leurs 
mœurs, leur religion, parfois leurs institutions, leui's relations commer- 
ciales. En tout cela, il met une précision minutieuse, comme il l'a fait 
dans les Reali, où M. Pio Rajna l'a remarqué. Ainsi il suppose 
que la crédulité du lecteur sera satisfaite et rassurée. Les énuméra- 
tions géographiques, souvent d'une sécheresse de manuel, plus encore 
que les itinéraires des Reali, tendent au même but, et sont mieux jus- 
tifiées puisque le Guerino est essentiellement un récit de voyages, un 
véritable tour du monde, 

L'Italien du XIV'' siècle s'intéressait à tout ce qu'on lui contait 
des pays lointains, où l'on n'allait plus seulement dans l'espoir do 
reconquérir Jérusalem, mais avec lesquels on nouait des relations de 
plus en plus fréquentes. 

La conception d'Andréa vaut surtout par la décision avec laquelle 
elle est traitée et conduite. Elle n'est pas restée sans attirer l'atten- 
tion de poètes infiniment supérieurs comme science et comme génie à 
l'auteur des Reali, et elle a exercé une réelle influence sur l'évolution 
de l'épopée romanesque en Italie. La belle Antinisca est le prototype 
d'Angélique, princesse du Cathay ; le séjour enchanté de la Sibylle, les 
moyens de séduction qu'elle emploie, ont ouvert la voie où l'on ren- 
contrera Falérine, Morgane, Alcine, Armide ; mais ces parties de 
l'œuvre n'en font pas toute l'importance : elle résulte de l'ensemble 
des éléments dont j'essaie de donner quelque idée. 

La première partie est bien composée. L'enfance de Guérin, sa liai- 
son avec Alexandre, les sympathies qu'il inspire à tous, sa légitime 
ambition, les difficultés qu'il rencontre pour être admis à prouver sa 
vaillance, ses premiers exploits dont d'abord il ne peut réclamer la 
récompense, sa douleur quand Eliséna lui reproche la bassesse de 
son origine et l'accuse de lâcheté, la défaite finale des Turcs due à 
lui seul, forment une introduction où l'intérêt va croissant. Elle mo- 
tive en outre fort heureusement la décision de Guérin, il ne peut se 
résigner à rester sans nom et sans famille; son amour-propre blessé 
par Eliséna et par un des champions tuics qu'il a vaincus, le rend sourd 



I DODICI CANTI 225 

à toutes les caresses et à toutes les prières : il est nécessaire qu'il 
parte, qu'il tienne la parole qu'il a donnée à Brunor, le Sarrasin. 
Celui-ci, fils d'Astilladoro, s'était écriée quand la paix avait été con- 
clue : « maudite fortune, comment peux-tu souffrir qu'un esclave 
revendu ait vaincu le sang Troyen, lui qui ignore de qui il est fils et 
ce qu'est son père ! Le Meschino l'entendit, s'avança et dit : Bru- 
noro, fils d'\stilladoro, tu as dit ces paroles pour rae déprécier, mais 
je te jure parce Dieu qui fit le ciel et la terre, que je ne me reposerai 
jamais et ne cesserai point de chercher jusqu'à ce que j'aie trouvé 
mon lignage, et je te jure que s'il est noble, pour ces paroles tu 
mourras de mes mains. » 

Quand l'empereur sut que Guérin avait pris un tel engagement, il 
fit chercher partout les corsaires qui avaient vendu l'enfant àEpidonio. 
mais toutes les recherches furent vaines, et l'on dut recourir à l'art 
des nécromants : « On ne put rien découvrir, si ce n'est qu'un enchan- 
teur d'Egypte ayant évoqué un esprit et l'ayant questionné sans rien 
en obtenir, lui demanda finalement de quel côté il devait aller pour 
retrouver son père et sa famille. L'esprit dit à haute voix : Aux Arbres 
du Soleil et de la Lune où Alexandre de Macédoine alla, et dont il 
sut où il devait mourir' : là il saura de son père et de sa parenté, 
mais pour s'y rendre il supportera de grandes fatigues, de grands 
travaux, s'il peut survivre à ces épreuves. Le Meschino se réjouit 
fort de cette réponse et demanda de quel côté se trouvaient les 
Arbres du Soleil. 11 lui tut répondu : A la fin de la terre^ vers l'Orient 
d'où se lèvent le Soleil et la Lune. » 

Ainsi renseigné, Guéria n'a plus qu'à partir, il ira par le monde, 
du Levant au Couchant, de l'étoile du Midi à la Tramontane -, jusqu'à 
ce qu'il soit éclairé sur son origine. 

Il peut sembler futile de déterminer les analogies que présentent 
les introductions du Rolayid Amoureux et du Guerino. i*A cependant 
le plus beau diamant n'est d'abord qu'une pierre sans éclat, enveloppée 

• La légende de ces arbres prophétiques est plus vieille que le Guérin. 
Mandeville décrivait V Arbre du Souleil et r Arbre de la Lune qui parlè- 
rentà Alexandre et li annoncèrent trépas (Denis, Monde Enchanté, p. 114); 
texte du volgarizzarnento antico coscano : Da questa riviera, a XV. qior- 
nute dilungi, si va pe deserti, e sonvi gli alberi del sole e délia luna, e 
quali parlarono ad Alessandro Re e predicerono a lui la morte sua. Ed. 
Zambrini, II, 188. 

2 D'après le Guerino., les montagnes qui s'étendent vers l'Inde finissent 
par cacher la Tramontane (l'étoile polaire), et sur la mer des Indes on 
navigue en se guidant d'après la Stella Ostra, l'étoile australe ou du midi. 
Andréa savait que l'Hindoustan est borné au Nord par les plus hautes 
montagnes du Monde. 

15 



256 I DODICI CANTI 

d'une gangue grossière. L'essentiel, dans ces rapprochements d'œu- 
vres de valeur si différente, est qu'ils soient fondés sur une étude 
attentive des textes. 

L'empereur de Constantinople, dans le Guerino, donne un tournoi 
auquel prennent part chrétiens et sariasins : son intention est de 
marier Eliséna, bien qu'il s'engage seulement à décerner au vainqueur 
le prix ordinaire de ces luttes courtoises. Plus tard, lorsque les Turcs 
assiègent Constantinople, et que le sort de la guerre est confié à 
cinquante champions pour chacun des deux partis, l'empereur jure que 
si sa bataille a le dessous, il livrera à Astilladoro sa ville et toutes ses 
terres, partira avec une seule galère chargée de ce qu'il lui plaira d'eu- 
lever et emmènera sa dame et sa fille. Prince chrétien, il ne pouvait 
faire d'Eliséna le prix d'un tournoi ou d'une bataille. Mais les deux 
éléments de ce tournoi et du mariage de la princesse n'en étaient pas 
moins associés à un moment : Boiardo n'hésite point, et Angélique 
s'offrira comme prix au vainqueur de son frère. 

La lance d'or finit par tomber aux mains d'Astolphe, et c'est ce 
chevalier sur lequel [)ersonne ne comptait, qui triomphe de Grandoine 
et rend à la liberté tous les plus vaillants champions chrétiens. De 
même c'est grâce aux succès inespérés de Guérin qu'Alexandre est 
échangé contre les prisonniers sarrasins. 

Tel détail, tout au commencement du Roland Amoureux, procède 
directement de la lecture du Guerino. Quand les princes mahométans, 
répondant à l'invitation de Charlemagne, prennent place à sa table : 

A la sua fronte furno i Saracini 
Che non volsero usar banco ne sponda : 
Anzi sterno a glacer corne mastini 
Sopra a tapeti, come è lor usanza, 
Spregiando seco il costume di Franza. 

L'on a vu plus haut avec quelle sévérité Guérin condamne l'habi- 
tude qu'ont les Orientaux de s'asseoir sur des tapis. Boiardo n'eût 
pas songé de lui-même à relever si durement cet usage. 

Dans les tournois qui ont lieu à Constantinople et dans les combats 
proprements dits qui mettent fin à la guerre, Andréa s'est plu à convo- 
quer en quelque sorte les représentants de tous les peuples sarrasins 
qu'il connaissait par le roman et par l'histoire. Que fait Boiardo sinon 
d'imiter cet exemple? J'en dirai autant de la fécondité avec laquelle 
il multiplie dans la suite du poème les princes mahométans. Le pro- 
cédé est le même, mais il est employé avec une habileté, une aisance 
et un agrément dont le vieux roman est par trop dépourvu L 

1 Le mont de Carène, situé au-delà du désert de sable, grand outre 
mesure, dont la cîme atteint au ciel et sur lequel s'étend une plaine de 



I DODICI CANTI 227 

Dans son dessein de transformel' les légendes françaises en romans 
historiques et de donner à sa narration le caractère de la vraisem- 
blance, Andréa da Barberino, substitue volontieis des raisons natu- 
relles au merveilleux des récits qu'il utilise. 

La Dame du Lac dérobe Lancelot à sa mère. La scène est poétique, 
l'on est en plein pays de Féerie. Le Maug'is (VAirjremont, œuvre mixte, 
où est tentée une fusion du roman breton et de la Chanson de geste, 
était connu d'Andréa qui s'en est servi dans son Rinaldo '. L'on y 
trouve une première adaptation des Enfances de Lancelot. Les Sarra- 
sins surprennent le duc Beuves d'Aigremont en rase campagne, au 
moment où la duchesse mettait au monde deux fils qui devaient être 

cent milles {Orl. Inn. IL 16, ott. 15, 16), est-il emprunté à la géographie 
du Guerino ? Notre chevalier, dans son voyage aux Arbres du Soleil et 
de la Lune, rencontre des montagnes appelées Coronas ou Corone, les 
plus hautes montagnes du monde, qui s'étendent de l'Arménie aux Indes. 
A un endroit, le guide dit : Ora siamo nuy in Persia in uno reame chi 
a nome Parlhioma Mawiticha. Cette étrange qualification de la Par- 
thiène a pu créer une confusion dans l'esprit de Boiardo qui place en 
effet sa montagne de Carène en Tingitane (II, 16, ott. 14). D'autre part 
l'on a vu que le vieux Galgibat apprend à Guérin qu'il y a en Afrique sur 
une montagne qui parait située entre le Couchant et le Midi, des astro- 
logues savants. Le protecteur de Roger ne serait-il pas du nombre? — 
Guérin en descendant des montagnes traverse l'Arachosie qui, dans les 
cartes da géographie ancienne, confine à la Chaarène. Peut-être a-t-on 
là l'origine du nom des montagnes Corone, puis Carène. 

1 Dans mes Rechei-dies sur les rapports des Chansons de Geste et de 
V Épopée chevaleresque italienne, enive autres choses, j'ai tâché de démon- 
trer : 1° que dans le Maugis d\4.igremo)it l'on a le trait d'union entre le 
récit épique de nos trouvères et les romans du cycle breton : 2° que le 
Rinaldo da Montalbano, si important dans la formation de l'épopée 
italienne, utilise les données essentielles du Maugis. L'épisode lui-même 
de l'enchanteur déguisé en cardinal que M. Rajna jugeait invenzione 
italiana senz altro, est emprunté pour le fond au Maugis français 
(V. P. Rajna, Rinaldo da Montalbano, p. 21 ; mes Recherches, p. 201, 
215, et Maugis d'Aigremont, v. 4452-4627). Cette Chanson de Geste me 
paraît donner déjà en France l'orientation que la légende des Fils Aymon 
prendra définitivement en Italie. Dans une œuvre médiocre se cachait 
un germe qui fut d'une fécondité merveilleuse. Je me permets d'insister 
sur cette position du Maugis dans l'histoire littéraire, parce que Renaud 
de Montauban, comme M. Rajna l'a si bien montré, est le protagoniste 
du roman chevaleresque en Italie et que par suite c'est dans les récits 
dont il est l'objet, que l'on doit et l'on peut étudier les transformations 
de la matière épique transmise à l'Italie par les Jongleurs français. 
Rinaldo, p. 97. Or, c'est dans le Maugis que l'histoire des fils Aymon 
prend les allures du roman. 



228 I DODICI GANTI 

Vivien et Maugis. Vivien est enlevé par un espion et porté au roi 
Aquilant de Majorque. Maugis, dérobé par une esclave que des ani- 
maux féroces dévorent, est recueilli par la fée Oriande qui en fera un 
magicien. Plus tard, la fée lui révèle son origine, et il est aussitôt 

en friçon 
De son père veoir le riche duc Beuvon 
Et la gentil duchoise à la clère façon : 
Ne sera mes aèse, si verra Aigrement. 

Le chroniqueur paraît s'inspirer du commencement du Maugis, car 
c'est à la suite d'une victoire des Sarrasins que le fils de Milon est 
emporté loin de son pays par Sefferra; celle-ci et sa compagne dispa- 
raissent comme l'esclave de la duchesse d'Aigremont, et l'enfant n'a 
plus auprès de lui personne qui sache de qui il est né. Mais il ne 
sera point recueilli par une fée : des corsaires le vendent à Epidonio. 
Oriande, dès la première heure, a su à quelle famille il appartenait : 
son neveu Espiet avait assisté au combat, il reconnaît la tête de 
l'esclave qui jadis lui avait rendu service, et conclut immédiatement 
que l'enfant est un des deux fils de Beuves. En tout ceci il n'y a rien 
de merveilleux que le séjour où Oriande élève Maugis après l'avoir 
fait baptiser. Son frère Baudri qui avait appris les Sept Arts à Tolède 
et qui avait plus de cent ans, est chargé d'instruire l'enfant : 

Oriande la fée o la viaire cler 
Entendi moult forment à Maugis alever, 
A mestre le fesoit jor et nuit doctriner. 
Puis que vint en eage et que il sot parler 
E que il sot cheval et poindre et galoper, 
Des eschez et des tables li fist assez mostrer 
E trestoz estrumenz li aprist a soner, 
Et par ordre de game sot trestoz cbanz chanter. 
Et quant il fu d'aage que pot armes porter, 
La fée Fadoba et li çaint le brant cler, 
Si en fist son ami que moult le pot amer; 
Son cors li abandone besier et acoler, 
Desoz son covretor ensemble o li joer; 
Rien ne li contredit que voeille demander. 
Mes dont il ert venus li fist moult bien celer 
Que ne se puist de li partir ne dessevrer. 

Guérin, devenu le fils adoptif d'Epidonio, reçoit également l'éduca- 
tion la plus soignée. Outre le grec et le latin, il apprend plusieurs 
langues, l'arabe, le turc, qui pourraient lui être utiles pour faire le 
commerce et naviguer. Ce programme répondait à la condition de 
Guérin; l'auteur ajoute qu'il était bien de sa personne, robuste et 



I DODICI CANTI 229 

adroit. De là à l'emporter sur tous les chevaliers de la cour dans les 
exercices du corps les plus difficiles, il y a loin, et Maugis, en ceci, 
recevait une éducation mieux calculée. Et cependant, une fois intro- 
duit à la cour, Guérin est le plus vigoureux et le plus habile des 
jouteurs : sans y penser, Andréa donne ainsi dans l'invraisemblable. 

Maugis et Guérin sont tous les deux munis d'un talisman contre les 
sortilèges. Celui de Guérin était la petite croix dont il a été parlé plus 
haut Maugis était protégé par un anneau d'or que sa mère lui avait 
mis à l'oreille; c'est grâce à lui qu'il triomphe dans la conquête de 
Bayard, le cheval faé qu'un diable, un serpent et un dragon gardaient 
dans l'île de Bocau, Ce détail est d'ailleurs emprunté de l'endroit où 
la Dame du Lac donne à Lancelot, quand elle se sépare de lui, un 
anneau qui conjure tous les sortilèges et qui sera utile au chevalier 
dans l'aventure du Val sans retour. 

Maugis , pour tromper le diable de Bocan, se déguise lui-même en 
diable, revêt une peau d'ours, se garnit de queues de renard et de 
quatre cornes. Ainsi « enharnaché », muni de son anneau, sachant 

de la clergie assez plus qu Ypocraz, 

Le deable conjure tôt bellement en baz 
De Damedex de gloire et de S. Nicolas. 

Roenarz s'endort sur une pierre. Maugis 

III. des noms Damedeu a sor le perron paint 
Qu'il ne se puet movoir, ainz se dolose et plaint : 
La grant force de Dieu einsi le tient et vaint. 

Mais le serpent ne peut être vaincu comme l'a été le démon, par 
des enchantements. Maugis, en le conjurant « de Dieu le glorieux», 
obtient seulement qu'il s'étende un instant sur le sol. Après un long 
combat, le serpent est tué, mais son corps enferme le chevalier dans 
un creux de roche où il avait dû se réfugier. 

Quant l'a veii Maugis, moult se va esmaiant, 
Forment reclaime Deu le père tôt poissant 
Qui de la sainte Virge nasqui em — Beliant, 
Que d'ileques le gete par son digne cornant. 

Ainsi bloqué, entouré de serpents, de scorpions, de lézards, de vers 
félons 

Qui ont les escharbocles enmi les eulz devant, 

Maugis passe la nuit dans une grande frayeur, implorant Dieu, 
priant 

docement la vertu soveraine 

Qu'à sauveté le mete et jeté de cel paine. 



230 I DODICI CANTI 

Le jour paraît, Maugis en loue Jésus-Christ; il dépèce le corps du 
serpent et sort ainsi de la grotte. Mais il rencontre alors le dragon qui 
gardait Bayard : 

James plus fière beste hom mortiex ne vera, 
Et est chose faée. 

Maugis prononce doucement le nom de Jésus-Christ, puis il a recours 
à sou art magique : 

11 sot moult d'ingromance, le dragon conjura 
Que il de lui mal fere nule poeste n'a : 
Tost et isnellement sus en l'air s'envola. 

Maugis dès lors se rendra maître, sans peine aucune, de Tillustre 
cheval que plus tard il donnera à son cousin Renaud: 

N'avoit un tel destrier jusqu'en Ynde major 
Ne jusqu'à l'Arbre Sec en l'ille Tenebror. 

Déjà dans le Maugis, à l'emploi de la magie ou « nécromancie », 
est associé l'appel fréquent à la protection de Dieu. Des trois éléments 
de merveilleux de la Chanson de Geste, féerique, magique et chrétien, 
les deux derniers subsisteraient seuls dans le Guérin, si à certains 
égards la Sibylle ne tenait de la nature des Fées. Dans le Maugis, la 
conjuration purement chrétienne est si fréquemment employée que 
l'usage qu'en fait Guérin aux Arbres du Soleil, chez la Sibylle ou 
ailleurs, ne peut être considéré comme une nouveauté. 

Je ne sais si l'Arbre Sec du Maugis n'a point rappelé à Andréa les 
Arbres du Soleil, qu'il connaissait d'ailleurs. Quant à l'expression 
hide Majeure, désignant l'Inde proprement dite, elle est de la géo- 
graphie du Moyen Age, et Andréa l'emploie couramment. 

C'est à sa conjuration que Maugis doit d'être débarrassé du dragon 
faé; de même Guérin, se rendant à Dragouda, triomphe du dragon, 
grâce à la croix-reliquaire qu'il porte sur lui. 

La part du merveilleux romanesque se réduit (en laissant de côté 
le Purgatoire de saint Patrice, dont je n'ai point à m'occuper ici) aux 
incidents de la visite de Guérin à la Sibylle de Cumes ; mais, pour 
l'auteur, la Sibylle est un personnage historique, consacré non seu- 
lement par l'autorité de Virgile, mais par la légende chrétienne elle- 
même. L'inspiration ici serait de nature purement classique, si la 
Sibylle n'avait les dons magiques et n'était tenue de se métamorpho- 
ser régulièrement en serpent. Et cependant quand Guérin, la croyant 
une fée ou un démon, essaie de l'exorciser, elle se rit de son erreur et 
lui affirme qu'elle est de chair et d'os comme lui. L'imitation de Dante 
est notable à plusieurs endroits de ce curieux épisode, mais le soin 



I DODIGI GANTI 



231 



«vec lequel Guérin se munit de tout ce qui lui sera nécessaire pour 
voyager la nuit en cette région dangereuse, le briquet, les allumettes 
soufrées et les flambeaux, u'oot rien de commua avec la poésie. 

Le Guerino marque le terme de l'évolution de l'épopée française 
transplantée en Italie. Le genre, en tant que représentation d'un idéal 
sérieux, est désormais épuisé. Des essais franco-italiens aux Reali, il 
n'avait pu s'élever au-dessus d'une médiocrité qui satisfaisait et satis- 
fait encore aujourd'hui les goûts populaires, mais qui ne pouvait inté- 
resser ni la société cultivée de Florence, ni les cours brillantes de 
Ferrare ou de Milan. Quand Pulci, pour amuser les bourgeois Tos- 
cans, et Boiardo, pour égayer les seigneurs du temps, reprirent les 
thèmes archaïques, la grande refonte à l'italienne que les éléments 
français avaient subie dans les Reali et l'exemple de création indé- 
pendante donné dans le Guerino servirent de point de départ à leurs 
inventions où la matière de France, associée dans Boiardo à la galan- 
terie et à la courtoisie de la cour d'Artus, atteignit à la beauté d'un 
genre vraiment littéraire, mais en perdant de sa grandeur primitive 
au profit de la variété et du ch:irme. Dans Arioste enfin, l'épopée 
romanesque n'est souvent qu'un jeu d'esprit, mais c'est l'œuvre d'art 
la plus exquise. 

L'auteur des Dodici Canti a fait une bien petite place à Guérin. Au 
chant I, oct. 13, il l'annonce comme l'ancêtre des Délia Rovere. Peut- 
être l'idée de le choisir pour cet emploi lui a-t-elle été suggérée par 
le passage suivant. Guérin est arrivé sur la place où s'élève le temple 
d'Apollon : era 'nchi una grande rovora, zo e una grande quercia, et 
inturno alla piazza el alla mosc/iea, zo e al tempio, avea uno grande 
hosco folto d'alorû. Aller a mi tornarono a mente le antique storie de 
nohili Tiomini valenii et virtuosi incoronati d'aloro, perche A polio foy 
c/iia))iato idio de la sapiencia, el quale albero dissino i poeti essere 
istraforniato délia bella vergine Penisa filliola di Pinea^ , per la 
carita di Febo, zo e del sole chiamato Apollo. 

Ce grand rouvre, placé là sans autre explication, dans le voisinage 
du bois sacré d'Apollon et tout près des Arbres du Soleil et de la Lune, 
a pu retenir l'attention du lecteur. Trouver en lieu si romanesque les 
armes parlantes des Délia Rovere n était pas chose ordinaire et il était 
aisé, avec quelque adresse, d'en tirer parti dans son poème. Il ne nous 
a donné que des parcelles de la vie de Guérin et ne revient à lui qu'au 
chant VIII (oct. 121-150), où, après la mort de la reine des Amazo- 
nes, Guérin commence avec Renaud un long duel dont nous n'avons 



1 Peneia nympha ou Peneis, fille du fleuve Peneus, plus ordinairement 
Daphné (laurier). Ov. Metamorph. I, 452 sq. 



232 I DODICI GANTI 

pas la fin, bien qu'il soit repris chant IX, oct. 1-14, 104-128; chant X, 
oct. 1-82; chant XI, oct. 65-127 ; chant XII, oct. 1-70. 

Il est à noter que, de parti-pris, l'auteur arrête les aventures de Gué- 
rin au moment où il revient de son voyage aux Arbres du Soleil. 11 
suppose que le chevalier a été fait prisonnier par les Amazones et 
qu'il a dû suivre leur reine en Espagne. Il raconte l'enfance de Guérin, 
en ayant la malencontreuse idée de transformer Sefferra en une magi- 
cienne qui le plonge dans les eaux du Styx et lui fournit des armes 
enchantées que seul il pourra porter. 11 est à présumer qu'il avait dans 
la pensée d'intercaler dans son récit la reconnaissance de Guérin et de 
ses parents et, par conséquent, une partie du roman, tandis que Syl- 
vana aurait eu pour mission de renseigner Guérin '. 

Ce personnage, aimable et gracieux, est heureusement substitué à 
la Sibylle de Cumes, mais il n'était point nécessaire de lui imposer la 
dure obligation de la métamorphose en serpent. 

Mieux eût valu que l'auteur des Doclici Canti eût posé dès le com- 
mencement, d'une manière définitive, le personnage de Guérin et que 
tout en le mêlant, j)uisque c'était la règle, aux héros ordinaires de 
l'épopée, il l'eût montré, sans autre délai, en quête de son père et de sa 
geste. Mais l'exemple et l'autorité de Boiardo, où Roger n'apparaît que 
tard dans le récit, l'ont sans doute détourné du plan qui était le plus 
naturel et le plus conforme à son désir de flatter l'amour-propre de la 
famille délia Rovere. 



Il 

Tullia d'Arago7ia , Béatrice Pia dvgli Ohizzi et l'Alamaniii, d'ap 
Sperone Speroni. 

Dans les quelques pages où Gaspary traite de Tullia (II, p. 509- 
513), il ne pouvait que mentionner brièvement le dialogue de Speroni 
sur l'Amour qui est consacré tout entier à célébrer la beauté et les 
mérites de Tullia-. Les interlocuteurs sont Niccolo Grazia, Tullia et 

1 II fallait pour cela que Guérin vînt à son tour aux Jardins de Syivana 
où est le chêne d'émeraudes chargé de glands d'or, etc. (ch. IV, oct. 38, 
sq.). Syivana eût alors révélé à Guérin l'avenir de sa race {ifjid., oct. 41-42). 
Pour les armoiries et le chêne symbolique, cf. I, oct. 6 ; VI, oct. 36 ; 
XI, oct. 90; XII, oct. .37, 86-89, 96-97. 

' Tous ceux qui dans ces derniers temps se sont occupés de Tullia 
d'Aragona, ont traité du dialogue de l'amour. L'édition des dialogues de 
Sperone Speroni dont je me suis servi, est celle des fils d'Aide : Dialogi 
di M. S. Speroni novamente ristampati et con molta diligenza riveduti et 



I DODICI GANTI 533 

son amant, Bernardo Tasso, le père de Torquato. 11 est parlé d'abord 
de la jalousie, parce que Bernardo est sur le i)oint de quitter sa maî- 
tresse pour répondre à l'appel du pi'ince de Salerne', puis, par une 
suite naturelle, l'éloge de TuUia et de Bernardo, la définition plato- 
nicienne de l'amour fournissent matiôre aux discussions et aux distinc- 
tions les [)lus délicates. Les opinions de Molza et de Pétrarque, et 
celle dft Broccardo, véritable et folle apothéose de la courtisane en 
général, sont présentées incidemment. L'attitude de TuUia est dis- 
crète et modeste. On ne saurait traduire ces subtilités raffinées. Pour 
ceux qui n'ont pas sous la main le volume de Sperone Speroni, je 
citerai le passage qui suit l'éloge de la courtisane que fait Grazzia 
d'après le Broccardo : Tullia. Queuta vostra ragione èsimile moUo aile 
dipinlure, le quali noi vulgarmenle appelliamo lontani : ove sono 
paesi, per H quali si vedono caminare alcune piccole figuretle, che 

correctif Vinegia, 1543. M. Angelo Solerti, entre autres renseignements 
qu'il avait eu robligeance de me communiquer, m'indiquait l'ouvrage de 
M. Bottari : Dei dialoghi morali di Sperone Speroni, Cesena, 1878, mais 
je n'ai pu me le procurer à temps. 

* Les poésies de Bernardo Tasso, publiées en 1531 à Venise, lui valu- 
rent la faveur de Ferrsieurs jours, jusqu'à cette aventure comique des deux poètes 
trouvant sous leur lit l'horrible serpent que l'on occit à grand'peine, 
me paraissent nous introduire dans l'intimité du poète et de celle qu'il 
honorait de ses vers. Dans ces conditions, je ne pouvais négliger d'in- 
diquer une source où l'on puiserait encore avec profit, et d'apporter 
une modeste contribution à l'histoire des belles dames du XVl"^ siècle 
et de leurs adorateurs ou de leurs protégés. 

M. Hauvette a emprunté à Benvenuto Cellini un court portrait 
d'Alaraanni : era bello cVnspetlo e di proportion <ii corpo e con suave 
voce'^. Sperone permet d'ajouter à ces traits, d'ailleurs si bien choisis 
par le grand artiste : << il est non seulement poète, mais il est beau et 
délicat outre mesure ». L'excès de beauté dont la délicatesse est un 
des caractères, paraît un trait tout féminin, et le dessin de la physio- 
nomie de l'aimable poète gagne sûrement en vérité à être ainsi achevé. 

Le portrait que M. Hauvettiî reproduit en tête de son livre, d'après 
l'édition de ÏAvarchide (1570), date évidemment de la vieillesse 



1 Op. 1. p. 166. Dans les lignes qui précèdent, M. Hauvette dit : « Béa- 
trice Pia, seconde fille de Lodovico Pio, était issue d'une famille prin- 
cière qui, dans une résidence de troisième ordre, Carpi, avait donné à 
la Renaissance quelques-uns de ses Mécènes les plus distingués. » 

Cette tradition se continuait dans la famille, car je vois que l'Atanagio, 
dans le commentaire de l'un de ses sonnets adressés à Ridolfo Pio, car- 
dinal de Carpi, dit de lui qu'il était un des plus anciens et plus aima- 
bles seigneurs et bienfaiteurs qu'il avait eus à Rome. 

Telle que Béatrice nous apparaît dans les dialogues de Speronî, son 
attitude tient en effet du Mécène, de même qu'il y a une nuance particu- 
lière dans les louanges qui lui sont offertes. Le sonnet de Varchi que 
M. H. cite page 168, après avoir énuméré en un quatrain les autres fem- 
mes aimées par Alamanni, finît par une image grandiose en l'honneur 
de Béatrice : De même qu'une source abondante, après avoîr embelli 
tour à tour ses deux rives (ici les noms des simples mortelles), 

Poscia raccolte în un sue forze al fine 
Per dar suo dritto a Tetî, con dorate 
Arène entra nel mar carco di prede ; 

E voi raccolto ogni sapere e fede, 
Neir ampio e cupo mar délie divine 

Lode di Béatrice entrate. 
' Op. 1. p 113. 



I DODICI GANTI 239 

d'Alamanni ^ : les traits sont nobles; les yeux, très beaux, grands et 
doux, atténuent le caractère de sévérité qu'imprime à cette figure d'une 
régularité classique le nez droit et fort qui s'était sans doute accentué 
avec les années. Le charme d'une beauté délicate s'était effacé avec la 
jeunesse, ce charme qui rendait, comme le dit Morosini à Portia, si 
dangereux de l'aimer : cosa pericolosa il volerli bene. 

Ferdinand Castets. 
[A suivre). 



' 0]). 1. p. 95. M. Hauvette a essayé de peindre, non seulement, la 
physionomie morale du poète républicain et patriote, mais sa physiono- 
mie proprement dite : « Si son visage reflétait exactement son àme, ses 
traits devaient avoir une expression grave et douce, d'une gravité 
qu'avaient accentuée les mécomptes et les tristesses d'une vie agitée, d'une 
douceur qui était innée.... Causeur aimable dont le regard devait sou- 
vent se voiler de mélancolie... ». Ce n'est pas le portrait complet d'un de 
ces poètes de la Renaissance qui consacraient à l'amour une bonne part 
de leur temps et de leur talent. Alamanni a aimé beaucoup et a su se 
faire aimer : il plaisait aux dames parce qu'il était hello et delicato oltra 
misiira. Et ses amours pour Flora, Cynthia, la Ligura planta, la Vermi- 
glia Rosa, Béatrice Pia lui ont dicté tout un Cayizoniere. L'expression 
mélancolique me paraît très contestable. 



LES DELIBERATIONS 

DU 

CONSEIL COMMUNAL D'ALBI 

DE 1372 A 1388 
{Suite) 



L'an MCCCLXXXI, a IIII de dezembre... 

Sobre aisso que dissero los senhors cossols que Ivan de 
Bearn, bastart, filh que es del comte de Fojss ', ha tramezes 
dos escudiers e moss. Bertrau Frotier atn letras de cresensa 
a lor ; laquai crezensa es aital que los digs escudiers han dig 
als senliors cossols que lo dig Ivan los saluda e fa lor asaber 
que, [en la venguda que feiro las gens d'armas que preiro, 
davan Rabastenxs, Benezech e d'autras gens] ^, el e sos com- 
panhos so mal a caval, quar per las guerras, seguen la def- 
fensa del pays, bo aviau [jerdut; e que el lor pregava que Ihi 
volguesso donar et ajudar de que pogues ajudar a si et a sos 
companlios ; e que fazesso en manieira que fos lor honor e el 
que ne agues profieg. E dissero maj los senhors cossols que 



» h'IIist. de Lanr/. le nomme Ivain. Gaston Phébus l'aimait tellement 
qu'il voulait lui laisser, à sa mort, le comté de Foix, IX. p. 961. 

- Les mots compris entre les crochets sont cancellés. C'est sur ce mem- 
bre de phrase que M. Gabiô s'appuie pour établir l'authen Licite du com- 
bat de Rabastens. Cf. L'Albig. pend, la quer. du comte de Foix et du duc 
de Berry. M. Cabié^ dans Notes et documents sur les différends des com- 
tes de Foix et d'Armagnac en 1381, publiés dans les Annales du Midi 
(1901 pp. 500-29) est revenu sur cette question qu'il élucide de façon 
définitive. 

Le Benezech dont il s'agit, plus connu sous les noms de Benezat Chip- 
parel, était un chef de routiers, florentin d'origine. Cf. Hist. de Lang. 
IX pp. 803, 871, 878, 891, 897. 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 241 

los digs escudiers lor aviau may dig e preguat que els vol- 
guesso ajudar e donar al dig Ivan en manieira que lor agues que 
grazir, quar el los ho poJia be servir. It. dissero may los 
senhors cossols que lo dig Ivan a trainezas letras semblans a 
moss. d'Albi e que els ero anatz parlar am moss. d'Albi sus 
aquestas causas, et aviau sus aquo agudas motas de paraulas. 
Par que los senhors cossols demandero cosselh als singulars 
que fariau sus aisso. Et auzidas per los sobreescrigs las cau- 
sas desus dichas, totz tengro que se mossenher hi vol contri- 
buir e pagar la meitat que entra la vila e moss. d'A.lbi Ihi 
dono L franxs, autramen no. 

Et en après fo saubuda la voluntat de moss. d'Albi que el 
ne paguera la meitat dels digs L franxs ; e fo aponchat per 
los senhors cossols, atendut [lo] cosselh desus dig, que la vila 
pague l'autra meitat. 

L'an dessus, a XVI de dezembre.., 

Sobre aisso que dissero que Hue de Laval, estan bada per 
la vila, sus lo pueg de Caslucet \ era estât et encaras es près 
per los Engles de las Plancas ; loqual no podia issir ses fi- 
nanssa, e que, segon so que aviau entendut j>er alscunas gens, 
Ihi covenia paguar raager finanssa, quar era bada, que no 
feira ; et aviau sopleguat, alsculs amicxs del dig Hue, que, 
per amor de Dieu, hom Ihi vuelha ajudar a paguar sa finansa. 
Per que demandero cosselh los senhors cossols als singulars 
que deviau far sus aquo. Et auzidas per totz los cossols e sin- 
gulars las causas sobredichas, totz tengro que, atendut que, 
estan bada el avia près aquel dampnatge, et que creziau que 
Ihi calgues far major finansa que no feira, tengro totz et 
acosselhero que la vila Ihi ajudes delters de sa finansa. 

L'an MCCCLXXXI, a XIX de dezembre... 
Sobre aisso que dissero los senhors cossols que Bertran 
de Baretge ^ capitani de alscunas gens d'armas dels Poissenxs, 

1 Caslucet, qu'on écrit encore Gaylucet, aujourd'hui Gariucet, est aux 
portes d'Albi. Ce détail montre l'audace des Anglais. 

^ UHist. de Lang. est muette sur ce capitaine fuxéen. Nous verrons 
(délibér. du 12 févr. 1382 nouv. sty.) qu'il tenait garnison à Paulin, dans 
le voisinage même de St-Jean-de-Janes. 

16 



242 DÉCEMBRE 1380-JANVIER 1381 

lor ha trameza una letra en laquai lor escriu que el es en lo 
pays, am sas gens d'armas, per gardar lo pays de las gens 
d'armas, las[quals] so Engles segon que ditz, que au près lo 
loc de Jenas ', e que els hau mestiers de vieures, e que Ihin 
vuelho donar afi que non ajo razo de far autres dampnatges 
per lors vieures, Per que demandero cosselh quen fariau. 
Sus aisso totz tengro que hom Ihi done una pipa de vi e XXV 
Ibr. de candelas de seu. 

L'an MCCCLXXXI, a V de jenoier. . . 

Sobre aisso que aissi fon dig que Mondi Gasc avia bailat en 
paga al filh del senher de Lescura lo loc de la Rajnaudia ^, 
e que lo filh del dig senher de Lescura hi volia mètre alscu- 
nas gens d'armas ; et era estât mogut que, entre las gens del 
comtat de Lamarcha ^ e de esta vila paguesso lo pretz per 
que lo dig loc era estât bailat al filh del [senher de] Lescura, 
e que esta vila pagues lo ters, e que en après lo dig loc se 
deroques e que de la terssa part e de la materia esta vila se 
pagues de so que hi auria paguat ni prestat. Per que deman- 
dero cosselh los senhors cossols als singulars que s'en deuria 
far. Sobre [aquo] totz tengro que non hi mezes hom denier, 
quar pro avia la vila d'autras bezonhas. 

L'an dessus, a VI de jenoier... 

Sobre aisso que dissero los senhors cossols que, coma lo loc 
de la Raynaudia fos estât bailat en pagua ad Escura per la 
soma de 111'= francxs, et lo dig Escura lo volgues bailar ad 
alscunas gens d'armas, segon que era estât reportât ; e las 
gens del comtat de Lamarcha ne aguesso aguda sentida ; e 
vezen perlas dichas gens del comtat que, se en lo dig loc se 
metiau gens d'armas, pogra esser gran dampnatge del pays, 
aviau fag dire als senhors cossols que els volguesso prestar 



• Aujourd'hui St-Jean-de-Janes, comm. de Paulinet, cant. d'Alban, 
arr. d'Albi. La prise de ce fort doit donc remonter à la première quin- 
zaine de décembre. 

2 II existe aux environs d'Albi deux lieux dits de ce nom. Le fils du 
seigneur de Lescure Sicard III était Jean. 

3 C-à-d. le comté de Castres. Bouchard VII était comte de Castres et 
de Lamarche. 



\ 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 243 

los digs C franxs, que la terra de Lamarcha pag-uera lo de- 
rnoran entro la soma dels di^s IIIc franxs, \)ev laquai soma 
lo dig Escura volia donar e bailar a las gens del dig eomtat 
lo dig loc de la Raynaudia '. E per so los senhors cossols de- 
mandero cosselh als singulars quen fariau. Et auzidas per 
totz los sobredigs las causas dessus dichas, totz dissero e 
tengro que lo loc d'esta vila es tant afazendat que non poiria 
prestar I d. ; per que hom no lor preste ponh. 

L'an MCCCLXXXl, a VII de jenoier... 

Sobre aisso que dissero los senhors cossols que lo ves- 
conite de Paulinh lor avia tramez unas letrasclausas per las- 
quais lor fazia saber que el avia tuestiers de balestiers e de 
artilharia ; per que lor pregava que Ihin volguesso prestar 
IIII balestiers XV jorns, e may una caissa d'artilharia, Per 
que demandero cosselh los senhors cossols que fariau sus 
aisso. Et auzidas per los sobredigs las causas dessus dichas, 
totz tengro que, atendut que los balestiers e l'artilharia fa be 
mestiers per la defFenssa de la presen ciutat, (que) hom no 
Ihin baile pong. 

L'an MCCCLXXXl, a XVIII de jenoier... 

Sobre aisso que aissi fon dig per los senhors cossols que a 
lor era estât mogut per alscus se fora expedien que hom ânes 
a Carcassona sus aquo que los senhors de Carcassona aviau 
escrig per letras que los capitols de Tholosa et els ero prestz 
de anar al rey, aissi coma era estât aponchat al cosselh dariei- 
ramen tengut a Mazeras per los cornus, per explicar al rey los 
dampnatges quesufertalo pays, e se los senhors cossols d'esta 
vila hi voliau anar ni traraetre, (|ue s'en aparelhesso e que la 
anesso ; e quant hom séria a Carcassona hom ubris se séria 
expedien que moss. d'Albi la ânes per los comus coma aquel 
que auzaria miels dire totas causas al rey et a moss. d'Anjo 
que I autre. Per que los senhors cossols demandero cosselh 
als singulars que séria sus aisso expedien de far. Sus aisso 



1 11 est utile de savoir que St-Juéry, dont le lieu de la Raynaudié est 
voisin, faisait partie du comté de Castres. C'est ce qui explique l'im- 
portance des sacrifices consentis par le comté. 



244 FÉVRIER 1382 

totz tengro, atendut que la vila d'Albi es vesina e propdana 
dels comtes d'Armaiihac e de Fojss, e que tais causas se poy- 
riau explicar al rej, que se la presen ciutat era en causa de 
trametre ne poiria aver gran malvolensa, e per consequen 
sufertar grans dampnatges, e que aitant be se fara ses nos que 
am nos, totz tengro que hom non hi ane ni lu trameta. It. 
dissero may les senhors cossols que els aviau a segre, e nom 
de la presen universitat, e far motas de bezonhas coma a la 
liligi dessus [d'ei dig G™ Colobres] e d'autres, et a la repara- 
cio de la muralha et a pagar badas e motz d'autres despens 
que covenia far per lo profieg e garda de la dicha universitat 
e que els non au denier de que ho fasso ; per que dissero de 
que ho fariau. Sus aquo totz tengro que se lève e se empauso, 
per segre e far las causas desus dichas, XXX cornus, losquals 
aqui meteiss los senhors cossols, am cosselh e voluntat dels 
singulars, (aqui meteiss) empausero. 

L'an dessus, a XII de febrier... 

Sobre aisso que aissi fon dig per los senhors cossols que Ber- 
tran de Baretge, capitani de las gens d'armas que so a Pau- 
linh, avia trameza una letra clausa als senhors cossols en 
laquai lor escriva que el avia estât en !o dig loc, am sos com- 
panhos per gardar que los enemicxs del rey nostre senhor no 
coreguesso ni raubesso lo pays, e que, de aitant coma hi avia 
estât, negus non avia donat dampnatge en esta vila ; e que el 
ni sas gens no podiau pas estar aqui per gardar lo pays ses 
qualsque cortezias que lo pays Ihi fassa de que vins ; per que 
lor pregava que els Ihi volguesso donar e far qualque plazer, 
afi que poguesso miels defFendre lo pays. E sus aquo los sen- 
hors cossols demandero cosselh que fariau sus aquo. Et auzit 
per los cossols e singulars las causas desus dichas, totz tengro 
que hom Ihi donc doas pipas de vi e I cartairo de candelas de 
seu. 



Aissi es lu letra que fn autriada a Johan Dommainil, 
al[ias] lo Moyne, juponier. 

Sapian totz que l'an MCCCLXXXI, a XIIII del mes de 
febrier, fo acordat entre los honorables senhors m^ Bernât 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 245 

LoDC, Ar. del Port, Frances Donat, Isarri Redon, R. Vidal, 
P. Soelli, P. Isarn, Johan del Pueg, cossols de la ciutat d'Albi, 
per lor coma cossols e per los autres senhors cossols lors 
companhos, e per tota la universitat de la présent ciutat, d'una 
part, e Johan Donmainil, juponier, d'autra; que lo dig Johan 
Donmairiil fos e sia per totz temps may d'aissi avan, tant que 
viura, veray babiran e ciutada de la dicha ciutat, am aital 
condicio que los senhors cossols del dig loc devo tener quiti 
lo dig Johan de totz cornus e talhs que so estatz empausatz 
saentras, ni se empausariau d'aissi avan per l'espazi de dos 
ans propda venens, comensans lo premier dia del mes de 
mars propda venen, per los senhors cossols del dig loc, de la 
testa de si e de sa molher e de totz sos bes mobles, seno que 
conquistes possessori penden lo dig terme, per loqual possessori 
fos tengut de paguar, coma I autre talhiable per lo dig temps 
que lo tenria, a totz los cornus e talhs que se empausariau 
per tôt lo dig temps. E non re mens sia tengut lo dig Johan 
de gardar e gachar, de nuegs e de dias, d'aissi avan, en la 
presen ciutat coma I autre veray habitan e talhiable de la 
dicha ciutat E se cas era que ]o dig Johan s'en ânes, penden 
lo dig terme o aorep, per mudar son habitacio en autre loc 
foras de la presen ciutat, que en aquel cas fos tengut de 
pagar, per sa persona e per sos bes mobles e no mobles, totz 
los cornus que seriau empausatz del dia presen tro lo jorn que 
s'en anaria. Et en aissi ho promes lo dig Johan, juran sus los 
S. de Dieu Evangelis de ssa propria ma drecha corporalmen 
tocatz. Et en testimoni de las causas dessus dichas, los sobre- 
nompnatz senhors cossols, e nom que dessus, autriero aques- 
tas presens letras, del sagel del dig cossolat sageladas, escri- 
chas ad AIbi, de la ma de mi G™ Prunet, notari del dig loc, 
de voluntat de las partidas desus dichas, Tan el dia dessus, en 
testimoni d'en Galhart G-olfier e d'en Peire Clergue d'Albi *. 



1 II est intéressant de comparer cette charte de bourgeoisie avec celle 
dont M. Ch. Portai donne une reproduction phototypique dans son 
Histoire de la ville de Cordes. Les consuls de cette localité s'engagent 
seulement à assurer le plein usage de leurs coutumes et à prendre fait 
et cause pour le sollicitant. La charte de bourgeoisie d'Albi est, comme 
on le voit, beaucoup plus large. 



246 FÉVRIER-MARS 1381 

L'an dessus, a XXI de febrier... 

Sobre aisso que dissero los senhors cossols que, en aquesta 
sepmana, lo senher de Venes ' avia tranaezas très lettras, una 
als senhors cossols, autra a m° d'Albi, autra al capitol de S'* 
Cezelia, en lasquals en effieg se contenia que el avia pessada 
una via per la quai Ihi semblava que, se los cornus de la viga- 
ria e del comtat e las gens de la glieia hi voliau socorre, los 
enemicxs del pays que teno occupât lo loc de Jenas s'en ana- 
riau ; e que els volguesso anar o tremestre, dimergue propda 
venen, a Rialinon, en loqual loc foro los cossolatz del comtat 
e las gens del comte de Lamarcha e del avesque de Castras ', 
per penre provisio e donar cosselh sus la dicha bezonha ; e 
que sus aquo era estât aponchat que los senhors cossols hi 
tramezesso I o dos bos homes. Per que dissero que els no 
trobavo negus que hi volgues anar seno al perilh e despens de 
la vila ; per que ordenesso quai volriau que hi anaria ni se 
aquel ho aquels que hi anariau hi anariau al despens e péril 
de la vila. Sus aquo tots tengro que razo era e que ad els pla- 
zia que los senhors cossols hi trameto aquel ho aquels que lor 
plazera al perilh e despens de la vila. 

L'an MCCCLXXXI, a II de mars \.. 

Sobre aisso que, coma moss. d'Albi agues azempratz los 
senhors cossols, coma cossols, que els Ihi prestesso Il« 
franxs, el lor assignaria de bos deutes de que los cobrariau. 
Per que dissero los senhors cossols als singulars e demandero 
cosselh quen fariaue, se Ihin diziaud'oc, d'on los auriau, quar 
els non aviau I d. Sobre aisso totz dissero et acosselhero que 
hom Ihin disses d'oc, atendut que hom trobava hom que los 

1 Philippe. Ce seigneur joua un certain rôle dans la querelle du comte 
de Foix et du duc de Berry. Son alliance avec le premier valut à Gaston 
Phébus la soumission de toute la partie de l'Albigeois située au sud du 
Tarn (Hist. de Lang., Hist. des Lang . IX. p. 894, note). Philippe était 
fils d'Isarn et de Jeanne de Laroche. Il était mineur en 1355; en 1364, il 
épousa Marquise de Lomagne et mourut en 1402. Cf. Le Château de 
Venés, dans Rev. du T. Il p. 134. 

^ Le siège était alors ocuppé par ElieN. de Donzenac (1380-1383). 

3 En marge on lit : A quest cosselh fo escrig a relacio d'en P. Clergue, 
thesourier. Cette délibération fut prise dans la salle capitulaire du cha- 
pitre de S' Salvi. 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 247 

prestera e preira en paga los deutes que moss d'Albi volia 
bailar ; mas que hom Ihi dones per sos trebalhs II s. par Ibr., 
que so XX Ibr; loqual home era G™ Condat. 

L'an dessus, a III de mars... 

Sobre aisso que dissero que lo senhor de Venes era vengut 
en esta vila et avia dig a moss. d'Albi, al capitol et als senhors 
cossols que, vezen que los Eagles que teno lo loc de .Jenas 
dono grand dampnatge al pays, el avia agut tractamen am las 
gens del comtat e d'autras de la vigaria d'Albi que hom fezes 
certas gens d'armas am que hom vis se los ne pogra gitar ; 
lasquals gens Ihi aviau repost que els hi contribuiriau volun- 
tiers se lo loc d'Albi e la vigaria hi volia[u] contribuir; per que 
avia pregat,lo senher de Venes, als senhors cossols d'esta vila 
que hi volguesso contribuir. Per que demandero cosselh los 
senhors cossols als singulars se hi contribuiriau ; losquals 
respondero que no voliau que hom hi ajudes de I d., seno que 
hom agues licencia del rey o de son loctenen. 

L'an dessus, a XV de mars... 

Sobre aisso que lo senher de Venes demandava als senhors 
cossols d'ilbi IX gros per fuoc que dizia que dévia hom donar 
e pagar a las gens d'armas que ero estadas ordenadas per 
mètre lo seti a Jenas; quar, segon que dizia, los autres locxs 
del comtat de Castras e de la vigaria los aviau pagatz. E sobre 
una demanda que fazia I home d'armas de Jenas de VI franxs 
que dizia que Ihi dévia G™ Gautbert per fermanssa que avia 
fâcha per Peire de Causac ; losquals dizia que hom Ihi fezes 
paguar, ho autramen el no douera dampnatge a la vila. Fo 
aponchat per totz los sobre escrigs que hom no dones re al 
senher de Venes per razo del digs IX gros per fuoc, quar 
moss. de Barri avia mandatz los comus per mètre provisio al 
regimeii del pays; e que G°> Gautbert trameta, a son despens, 
a Jenas per acordar sus la demanda dels digs VIfranxs, en tal 
manieira que la vila non puesca penre dampnatge. 

L'an dessus, a XVIII de mars \.. 

Sobre aisso que aissi fou dig que moss. d'Armanhac deman- 

' Fin marge on lit ; Aquest cosselh fo escrig a relacio d'en P. Clergue, 
ihesaurier. 



248 MARS-AVRIL 1382 

dava que la vila Ihi pagues II«XLVIII franxs per I franc per 
fuoc per una assignacio a luj fâcha per moss. de Berri. Fo 
aponchat per totz los sobreescrigs que hom trameta una letra 
de escuza al dig moss. d'Armanhac en que Ihi fassa hom sa- 
ber que d'aco maj non ausitn parlar ni jamay non hi cossen- 
tim ; e que en esta vila non ha mas VIP^ fuocxs; et otra 
aquo que hom trameta a Carcassona per saber la vertat, e 
que escriva hom a m''^ Arnaut Paya que nos escuze al dig 
moss. d'Armanhac, e que hom escriva a m** G" Chatbert que 
era a Bezers que hi meta lo melhor cosselh que poira, e que 
hom sapia am Rialmon el am Castras eossi s'en regisco. 

L'an dessus, a XXIIII de mars... 

Sobre la demanda que faziau las gens d'armas que teniau 
lo loc de Tersac ^ per lo comte de Cumenge desquais ero 
capitanis Johan Guiot e Johan de Vilanova *, que demandavo 
que la vila d'Albi lor dones viures. Fo aponchat per totz los 
sobreescrigs que hom lor dones aitant coma la vila avia pré- 
sentât a Bertran de Baretge, capitani de la establida de Pau- 
linh, so es asaber doas pipas de vi e I cartairo de candelasde 
seu. 

L'an MCCCLXXXII, a II d'abril... 

Sobre aisso que dissero que moss. Bertran Frotier ^ era 
vengut en esta vila parlar am los senhors cossols alsquals avia 
dig, per manieira de cosselh, que el se duptava que la presen 
ciutat elshabitans d'aquela presesso dampnatge gran per razo 
quar hom reculhia en la dicha ciutat las gens d'armas que 
estan al loc de Tersac, que ero enemicxs de moss. de Foiss ; 
e que el avia entendut que se hom los reculhia plus que lo 
loc d'esta vila fora coregut per los Foissenxs e dampnegat ; 
mas que acoselhava que, ad evitar aquel dampnage, (que) 
hom no permezes que negun home d'armas ni de companhas 
d'aquels de Terssas ni d'autta part, sian Foissenxs ho Ar- 
manhagues, intres dins esta vila, mas que se voliau neguna 



' Gant. d'Albl, à 5 kilom. de cette ville sur le Tarn. 

2 Du parti des d'Armagnac. 

^ C'était le sénéchal du comte de Fois à Lautrec. 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 249 

autra causa d'esta vila, que hom loi* ne fezes aver per lor 
argen, e que lor ho bailes foras la vila e que no sa intresso 
pong, It. dissero maj que Pei'sona, que derriora al loc de Flo- 
rentinh ', volia dampnejar esta vila e las gens que hi so per 
merca que demanda per so fraire, que ditz que fo près per 
los Armanhagues et aprionat e menât en esta vila, e le aviau 
fag fiuar, estan en la |)resen ciutat e que so que enten a 
demandar, el se era ufert de far so que moss. Bertran Fro- 
tier ne ordenaria. It fo maj dig que alscunas gens aviau 
reportât que moss. d'Armanhac volia venir en esta vila e, se 
venia, se hom lo laissara intrar. it. fo maj dig que fraire 
Amaniau, governador [de] l'aveseat per moss. d'Albi, avia dig 
que G™ Colobres se era rancurat a luy, dizen que los seuhors 
cossols Ihi passo los covienhs que Ihi aviau de tener quiti dels 
comus entre lo jorn que fo acordat que revendes la renda 
que avia sus la vila; e que lo dig fraire Amaniau acosselhavo 
que dreg ihi fos fag e que se mezes en via d'acordi. It. avia 
maj dig lo dig fraire Amaniau que lo débat que es entre 
moss. d'Albi e la vila per las taulas del mazel novelamen 
fâchas, (que) se acordes afî que la vila uonagues questio ni plag 
am moss. d'Albi. Per que demandero cosselh los senhors cossols 
als singulars que feiro sus las causas dessus dichas. E sus 
aquo fo aponchat et acosselhat que expedien era que hom 
seguis lo cosselh del dig moss. Bertran Frotier sus aquo que 
ditz que no sa intro ne Foissenx ni Armanhagues, mas que so 
que lor fara mestiers de la vila, lor fassa hom aver per lor 
argen deforas la vila. Quant a'n aco de Persona, tengro que, 
puejs que el ho vol mètre en moss. Bertran Frotier, que 
aitant be ho hi meta la vila e que se acorde, quar miels séria 
que, se covenia a far, (que) la vila Ihi dones qualque causa, 
al mens que hom poiria, que se las gens ne prendiau damp- 
natge, quar I home ho poiria tôt pagar e maj. It. sus aquo 
de la intrada de moss. d'Armanhac, totz tengro que se moss. 
d'Armanhac ho de Foiss voliau venir en esta vila amiablamen, 
ses armas e ses autras gens d'armas, que hom lor fezes tôt lo 
plazer que hom lor poiria far; mas se far se podia, per neguna 
via, teniau maj aprofechable que no sa intresso, quar perilh 

' Gant, de Gadalen, arrond. de Gaillac. 



250 AVRIL 1382 

era que, per aitals intradas, lo loc presen s'en perda. It. sus 
aquo d'en Colobres e de las taulas tengro que se acorde al 
miels que acordar se poira. 

L'an dessus, a VIII de abril. G™ Blanc e P. Albert, juratz 
de la ciutat d'Albi, feiro relacio que els ero auatz vezer, 
de mandamen dels senhors cossols del dig loc, I débat 
que es entre R. Sivalh, de una part, e B, Rata, d'au- 
tra, de una paret que es entre II airals que so sobre S. An- 
ton!, losquals so, la I del dig R. Sivalh, e l'autre del dig B. 
Rata, que sténo, so es asaber aquel del dig B. Rata am Fort 
de Jacme Miquel et am lo cami oominal ; e aquel de R. Sivalh 
te se am la voûta ({ue va vas la Greba del lop et am la carieira 
cominal : en laquai paret lo dig R. Sivalh, afferman que era 
sua, diss que lo dig B. Rata donava gran darapnatge. E sus 
aquo los digs juratz, segon que dissero, ero anatz, a requesta 
del dig R. Sivalh e de mandamen que dessus, sus lo dig débat 
e reconogro que tota la dicha paret era del dig R. Sivalh, e 
que lo dig B. Rata avia fossa e curada la dicba paret al pe, 
per l'espazi de II canas o may, davas la paret del airal del 
dig B. Per que ordenero e dissero que lo dig B. Ihi causse e 
Ihi fassa caussar la dicha paret descaussada, de terra e de 
peira, en tal manieira que esta en segur, et aquo al propri 
des(pes)pens del dig Bernât, e que d'aissi avan lo dig B. no 
deia cavar lo pe de la dicha paret. 

L'an dessus, lo mecres a XXIII d'abril... 

Sobre aisso que aissi fon dig per los senhors cossols que las 
gens d'armas Foissenxs aviau ademprat(z) lo loc d'esta vila 
que hom lor fezes aver viures per lor argen. It, dissero maj 
los senhors cossols que a lor era estât reportât per aiscunas 
gens que Persona se volia perfossar a donar dampnatge al loc 
et a las gens d'esta vila e levar merca per aiscunas querelhas 
que fa per so fraire, contengudas en lo cosselh tengut a II dias 
d'aquest presen mes. It. que hom dones e fezes qualsque ser- 
vizis a las gens que teno lo loc de Tersac K It. dissero may 



1 Terssac venait d'être pris par les gens d'armes du comte de Foix; 
il faut sans doute placer au 20 ou au 21 la prise de celte localité. Le 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 251 

que a lor era estât reportât que los Foissenxs voliau requerra 
lo loc d'esta vila que hom gites de la vila B. de Bordas e G™ 
Guitbert, quar so Armanhaguezes, dizens que els lors procuro 
dampnatge. It. dissero maj que a lor era estât reportât que 
Isarn Ebral se perforssava de mètre en coratge a las gens 
d'armas dels Foissenxs de corre sobre esta vila, quar la vila no 
paga los VIII<= franxs que so degutz a so fraire [)er la renda 
que avia en esta >ila. Per que demandero cosselh los senhors 
cossols aïs singulars cossi s'en regiriau. Totz tengro que hom 
lor fassa aver viures per lor argen. Quant a'n aco de Persona, 
tengro totz que, atendut que es home desrazonable e poiria 
donar e /ar subdamen gran dampnatge, non obstan que la 
vila nolh aja negun tort, (que) veja hom se se poira tractar am 
Persona, que hom Ihi doue qualque causa, no fazen mencio 
d'aquela merca ni de sso que demanda, mas afi que demore 
amie de la vila e non hi fassa ni hi procure negun dampnatge, 
e que Ihi sia donat so que los senhors cossols conoisseran ; e 
se causa era que lo dig Persona demandes causa trop exces- 
siva que en aquel cas hom trameta a moss. de Foiss, sople- 
gan que, en aquo et en las autras causas, nos done remedi que 
sas gens no nos dam[)nejo, e Ihi diga hom ho ihi fassa saber 
que se lo dig Persona ho autres se rancuravo de la vila d'Albi, 
que la vila ne estara a sa conoissensa. It. sus aquo de donar a 
las gens que teno de presen lo loc de Tersac, tengro que hom 
no lor done encaras neguna causa. It. sus aquo de Isarn 
Ebral, totz dissero que no creziau que lo dig Isarn sia tan nessi 
que fezes ni procures aquo ; e sus acjuo no fo fag autre apon- 
chamen. It. sus aquo de gitar foras de la vila B. de Bordas e 
G"" Guitbert, totz tengro que non es fazedor, ni d'aquo no los 
deu hom auzir, quar en cas semblan, poiriau far las gens 
d'armas dels Armanhagues d'autres homes que demoro en 
esta vila que se dizo esser Foissenxs, e se aquo se fazia, la 
vila se poiria despopular de gens ; per que no se deu far. 

L'an MCCCLXXXII, a XXVII d'abril... 

Sobre aisso que los senhors cossols dissero que lo senher del 

22 avril, en effet, la ville paya du vin donné à Bertrand Frotier qui 
venait du siège de Terssac. Comptes consulaires de 1382, CG. 156. 



252 MAI 1382 

Castelar de la garniso de Tersac, avia mandat als senhors 
cossols d'esta vila que la vila lor dones viures per las gens 
que aviau près lo dig loc de Tersac. Sus aquo fo aponchat que, 
quant a presen, no lo fo res donat. 

L'an dessus, a I de maj... 

Sobre la cavalgada que aviau fâcha las gens d'arraas de la 
garniso de Tersac quant preiro P. Olier, mazelier d'Albi, e 
d'autras gens d'esta vila. E fo aponcliat que hom escriva a 
fraire Amaniau que era anat al comte de Foiss per expliquar 
ganre de greugz que las dichas gens d'armas faziau et enten- 
diau a far contra la vila d'Albi, e que hom Ihi mande la dicha 
cavalgada el dam{)natge que aviau donat e que ho diga al dig 
comte de Foiss ; et issamens que hom ne escriva al dig moss. 
de Foiss que hi vuelha remediar, e que lo gardia de fraires 
menors ane a Tersac per parlar am las dichas gens d'armas et 
aver siguranssa de lor a II bos homes que puesco anar e tor- 
nar pertractar am lor sus las causas que entendiau demandar 
a la presen ciutat ; losquals dos homes foro Frances Picart e 
Miquel Hugat. 

L'an dessus, a II de raay. . . . 

Sobre aisso que, coma P. Olier e d'autres homes e bestials 
d'esta vila fosso estatz preses et aprionatz perlas gens d'armas 
de moss. de Foiss que estau a Tersac, fo aponchat que hom lo 
seguis e lor tractes lors finanssas ; lasquals finanssas se 
paguesso de lors propris bes, e que Frances Picart e Miquel 
Hugat ho seguisso. 

L'an dessus, a III de may. . . 

Sobre aisso que P. Olier dizia que el era estât aprionat per 
las gens d'armas que ero en establida en lo loc de Tersac per 
moss. de Foiss, per la merca que demandava Persona a la vila 
d'Âlbi, am loqual avia finat lo dig P. Olier a VP^ franxs et 
una quantitat de viures, los(|uals dizia que la vila Ihi dévia 
setisfar. Fo aponchat que lo dig P. Olier pague sa finanssa de 
SOS propris bes ; et en cas que la vila fos tenguda al dig Per- 
sona de so que demandava a la vila, que en aquel cas la vila 
ne sia tenguda al dig P. Olier. It. fo may aponchat per totz 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 253 

los sobreescrigs que dels viures que lo dig P. Olier els autres 
prioniers que ero estatz aprionatz per las dichas gens d'armas, 
que la vila lor hi ajude de doas pipas de vi e de detz sestiers 
de sivada ' . 

L'an dessus, a XIIII de ju'.h... ^ 

Sobre aisso que aissi fon dig que lo Pauco de Lantar, que 
demora capitani per moss. de Foj^ss en lo loc de Tersac, 
avia mandatais senhors cossols que Ihi pretesso una bombarda 
garnida de polveras. Per que deraandero cosselh los senhors 
cossolhs als singulars quen fariau. Sus aquo totz tengro et 
acosselhero que hom no Ihi trarnezes pong la dicha bombarda 
ni las polveras, quar en esta vila era grandamen necessaria. 

L'an dessus, a XIII de may... 

Sobre una letra que avia trameza lo senher de Venes que hom 
Ihi pagues IX gros per fuoc que dizia que ero estatz ordenatz 
per pagar a las gens que deviau mètre lo seti a Jenas ; e coma 
d'aisso agues d'autras vetz escrig et hom Ihi agues fâcha res- 
postaquehomno Ihi avia re promes,per sso Ihin pagariadenier; 
e coma G™ del OLer e d'autres d'esta vila passes a Venes am 
bestias carguadas de mercadarias, e lo dig senher de Venes 
las agues presas de fag per la demanda que fazia dels digs IX 
gros per fuoc, fo aponchat que iiom Ihi escriusses que el redes 
aquo que avia près de las dichas gens, atendut que lo loc 
d'esta vila no Ihi avia re promes, e que hom requeregues la 
cort del rey quen fezes enformacio. 

L'an dessus, a XXX de may... 

Sobre aisso que dissero los senhors cossols que P, de Sas 
Ribieiras, que esta en establida a Paulinh " ; lor avia escrig 



» Le 10 mai, le Conseil vota 20 francs pour participation à la finance 
d'Olier et de ses compagnons. 

* La délibération qui précède et celle qui suit sont du mois de mai. Il 
y a donc erreur, non de date, mais de transcription. Le secrétaire de la 
maison commune rédigeait les délibérations sur feuille volante, puis les 
transcrivait sur le registre. 

* Capitaine inconnu. Nous allons voir qu'il était sous le commande- 
ment de Pauco de Lantar. Il était donc Fuxéen. 



254 JUIN 1382 

que Ihi volguesso donar certas provesios de vi, de farina, de 
carn salada et d'autras cauzas, o miels es speciôcat en las 
letras que sus aquo lor avia tramezas, autramen no se poirau 
tener que no se avitalhesso dels bestials qne trobariau d'Albi. 
It. aviau maj receubut autras letras del Pauco de Lantar en 
que lor escrivia que Bernât de Bordas • era son prionier e que 
el Ihi avia donada la fe, e sus aquo s'en era anat ses sa licen- 
cia; per que demandava que Ihi fos relaxât Po aponchat que 
hom escriva al Pauco que, atendut que quant la vila donec a 
luy et a sos companhos, estans en lo loc de Tersac, darieira- 
men, dels viures, els promeiro tener segurs la villa d'Albi e 
las gens d'aquela; que el aja a mandar al dig F, de Sas Ribiei- 
ras que no nos done negiin dampnatge ni no nos demande re. 
Quant d'aco de Saliers*, que hora Ihi escriva que los cossols 
d'esta vila non au neguna juridiccio ni poder de relaxar negun 
home. 

L'an dessus, a IX de jun... 

Sobre aisso que lo Pauco avia mandat als senhors cossols 
que els fezesso paguar I escudier de sa companha de très 
francxs que Ihi dévia I macip que era près en la cort del rey, 
autramen el ne lèvera merca sus la vila.E sus aisso fo dig que 
lo dig massip era foras de la dicha cort et esta va en la presen 
ciutat, mas raay era expedien que la vila pagues los digs très 
francxs que se ne era correguda ni ne levabo merca; per que 
fo a[)onchat que la vila lors pagues e que entretan hom vis se 
hom los poiria cobrar del dig masip. 

L'an dessus, a XVIII de jun.,. 

Sobre aisso que fo dig que lo Pauco de Lantar amenassava 
totjorndefar guerra en esta vila, segon que per alscunas 
gens era estât reportât. It. cossi regiria hom de saber las 
cauzas aponehadas al cosselh de Limos e de Cabestang tengut 
per los comus ^. It. cossi se regirau sus la relaxacio fâcha per 

' C'est le personnage dont les Fuxéens demandaient l'expulsion d'Albi. 
Cf. délibération du 23 avril 1382. 

* Surnom de Bernard de Bordes. 

^ Les communes étaient assemblées le 30 mai ; dans cette réunion inter- 
vint un accord entre les trois sénéchaussées. On voit qu'Albi n'y avait 
pas envoyé de délégué. Cf. bist. polit, et adm., p. 676. 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 255 

las gens de moss. d'Albi de Hobat. Fo aponchat, quant a'n 
aco del Pauco que, afi que sia may aimable a la vila, (que) hom 
lo servisca d'aucatz e de galinalz. Quant ad aco del cosselh, 
fo aponchat que hom trameta a Beze[r]s per saber lo apon- 
cliameu del cosselh tengut a Cabestaiih. Quant de la relaxacio 
de Obat que hom s'en apele. 

L'an dessus, a XXIX de jun... 

Sobre aisso que aissi fon digque lo vescomte dePaulinh avia' 
escrig als senhors cossols que els Ihi volguesso ajudar e donar 
doas pipas de vi e XII Ibr. de cera obrada. Fo aponchat que 
la vila Iho done, mas que ho trameta querre. 

L'an dessus, a IX de julh, los senhors M^ Helias de Vesplau, 
M*" B. Lonc, Isarn Redon, P. Soelh, R. Vidal, P. Isard, 
M*" G" Chatbert, Frances Donat, Johan Golfier, Johan del 
Pueg, cossols, tengro cosselh am los singulars que s'ensego, 
am : 

en Galhart Golfier. NoBertranGarrigas,Guirautde Labroa, 
P. del Noguier, Duran Daunis, No Sicart Nicolau, Brenguier 
de Varelhas, No Emeric Fabre, NP Johan Duran, No Bertran 
Prunet, Johan Rofiac, No R. de Montelhs, Domenge de Mon- 
nac, G"" Montagut, P, Vinlias, B. Esteve, especier, No Felip 
Vaissieira, G™ Rofiac, No G™ Senhe, No Ar. Blanquier, 
M" Azemar Grasset, No Pos Galaup, Pos Picart, Pos Renhas, 
B. Col, Ar. Azemar, No Johan Artois, Lombart Segui, 
M" Johan Augier, P. Maestre, No Frances Gui, No M" Isarn 
de Rius, Dorde Komanhac, R. Vinhal, No P. Boyer, No G" 
Condat, B. Esteve, Hug Viguier, R. Imbert, No Johan Pa- 
raire, M* Dorde Gaudetru, Jolian Bélier, No B. de Brinh, 
No P. Olier, P.delSolier, Berthomieu Gausit, No G» Valeta, 
Johan Guilabert, No P. Costa, No G"' Alric, G" Brandier, 
No R. Roquas, Johan Jorda, No Johan Ros, No G™ Fontanier, 
No R. Massabuou, P. Sabaiier, G"» Isalguier, Johan Pradier, 
R. Robi, Guiraut Marti, Frances Picart, No Ar. Arufat, B. 
Andral. Johan Segui, M^P. Rigaut, Sicart Lobat, Johan Mathiu, 
No Johan Cambares, No P. Paraii-e, P. Giri. 

Sobre lo débat que G"" Colobres avia am la vila de sso que 
dizia que la vila Ihi dévia quitar totz los talhs que poiria dever 
tro lo dia que fe la reira venda de la renda. Totz los sobres- 



256 JUILLET 1382 

crigs que no so ponchatz al cap : No, volgro que lo dig débat 
se acordes, els autres en que ha eserig al cap : No, dissero 
que hom Ihi fassa razo et el a la vila. It. d'aquels que se teno 
greugatz del aliuramen del moble novelamen fag, fo aponchat 
que les senhors cossols, una essemps am los aliurados, ho 
répare. 

L'an dessus, a XXV de julh. . .. 

Sobre aisso que aissi fo dig per los senhors cossols que lo 
Pauco de Lantar lor avia trames, lo dia presen, I escudier, 
companli seu, am una letra de crezensa, laquel crezensa es 
aital, so es asaber que lo dig escudier diss que lo Pauco pre- 
gava als senhors cossols d'Albi que Ihi volguesso donar lo rossi 
maurel del coUector del Papa que es ad Albi. Per que deman- 
dero cosselh que fariau sus aquo. Et auzidas las paraulas 
dessus, totz tengro que atendut que el a soen preses ganre 
d'autres plazers e servizis de la vila, e que, qui Ihol donava, 
poiria tornar en prejudissi de la vila, quar covenria per aven- 
tura que hom ne dones en autras partz, totz ho la majer par- 
tida tengro que hom nolh done re. 

L'an dessus, a XXX de julh. . . 

Sobre aisso que dissero los senhors cossols que non ha gajre 
que lo Paucolor avia escrig una letra de cresensa. aissi coma es 
explicat al cosselh contengut en aquest libre, tengut a XXV 
d'aquest presen mes, de que encaras no Ihi avia hom fâcha 
neguna resposta, et aras, lo dia presen, el avia trameza P 
autra letra en que raandava que el se miravilhava que hom lo 
preses tant pauc que de so que el avia mandat no Ihi (Ihi) 
agues hom fâcha resposta, e que hom lolh fezes, lo dia presen. 
Dissero may los senhors que a lor semblava que, segon la 
ténor de las letras per lo Pauco, lo dia presen, tramezas, las- 
quais foro legidas en presencia dels sobrescrigs, (que) qui no 
fazia so que volia, que se perforsses de donar dampnatge; per 
que demandero cosselh que deviau far sus aisso. Sus aquo 
totz tengro que, atendut que moss. d'Armanhac, am ganre de 
gens d'armas, so davant Rosieiras assetiatz, no séria savieza 
que hom Ihi dones re, quar perilh séria que, se ho sabia, ne 
portes mala voluntat a la vila, mas que hom Ihi trameta 
Johan del Luc, ho 1 autre que ho sapia dire, que escuze la 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 257 

vila, dizen que de so que ha mandat dels buous ni del 
rossi del collector que dizia que mal de luy, lo avian fag 
vendre; que diga que nul temps n'en sabem re ; quant d'aco 
qu'avia mandat de Saliers, que Ihi diga que non avem neguna 
juridiccio de so que demanda que hom Ihi done ; que Ihi diga 
que, quant a presen e que poguesem, non auzaram, atendut 
lo temps quai es els vesis que avem entre nos quant ne parlam; 
e que la vila Ihi es bona ad amie et el a la vila, e que ho 
vuelha esser, quar totz temps la vila Ihi fara plazer e Ihin ha 
fagz, estan a Padiers ', a Rosieiras et a Tersac. 

L'an dessus, a III de aost, G™ Blanc e P. Albert, juratz de 
la ciutat d'Albi, feiro relacio, en la raayo cominal, que els ero 
anatz vezer I dampnatge donat per fuoc en una ca[na]bieira 
que es de Azemar Calvet, laquai es en I terra del dig Azemar, 
assetiada a la Greba del lop, que ste am la terra de G™ Guit- 
bert et am lo cami cominal; loqual fuoc, segon que dissero, 
era estât mes en la rastolha que era en la dicha terra del dig 
G™ Guitbert, e d'aqui, continuan lo dig rastolh, lo dig fuoc se 
era près en la dicha canabieira ; per loqual dampnatge, dis- 
sero los digs juratz, que aquel que ha mes lo fuoc en lo dig 
rastolh, del quai se es près a la dicha canabieira, fassa amassar 
la dicha cambetz arssa e mètre en manolhs e que sia tengut de 
setisfar al dig Azemar Calvet aitans de manolhs de bona cam- 
betz, ben avenguda, coma n'i aura de la arssa e maj la meitat 
de m. carto de grana de cambetz, e que so que costara de 
amassar la dicha cambetz arssa se pague mieg e mieg per 
aquel que ha mes lodig fuoc e per lo dig Azemar; e que aquel 
que ha mes lo dig fuoc pague per lor salari II s. 

L'an el dia dessus. G™ Blanc e P. Albert, etc., que els ero 
anatz vezer, etc. utia tala fâcha per bestial boj en l'erba 
johanenca de I prat de R. Bona, mazelier, que es dejotz lo 
cami de Fon morta, que ste am la terra de B. Giladieu; laquai 
tala estimero a IIII quintals de fe, e per lor salari II s. 

L'an dessus, a IX d'aost, G" Blanc e P. Albert, etc., que els 
ero anatz vezer, etc. una tala fâcha per porcxs en una milhieira 



* Cant.de Valence, arrond. d'Albi. 

17 



258 AOUT 1382 

que es de Johan Regort, que ste am la terra de Johan Rascalo 
et am lo riu de Bondidor, laquai estimero a I carta de milh, 
e per lor salari lis. 

L'an dessus, a XXIII d'aost,etc., una tala fâcha per bestial 
en una quantitat de pezes en costolha que ero trags, que ero 
de Mathieu del Pueg, mazelier d'Albi ; et ero en una terra del 
dig Mathieu, etc.; laquai tala estimero a mieja carta de pezes 
e per lor salari II s. 

L'an dessus, a XXX d'aost, etc., una tala fâcha per bestial 
en una milhieira que es de Johan Regort, que es a Bondidor, 
que ste am lo riu de Bondidor ; laquai tala estimero ad una 
emina de railh e per l'or salari II s. 

L'an el dia dessus [XXX d'aost MCCCLXXXII]... 

Sobre aisso que dissero los senhors cossols que lo prebost 
els canonges de S. Salvi lor au dig que els fasso adobar lo 
cloquier de S. Salvi en que sta la bada, loqual esta en perilh 
de cazer, autramen els ho plegariau ad esquivar major damp-... 
natge, Per que demandero cosselh quen deuriau far. It. sobre 
aisso que dissero may los senhors cossols que lo vicari de moss. 
d'Albi lor avia dig que, qui pogues far qualque acordi am 
totas las garnisos de las gens d'armas, Engles o Frances, que 
son entorn esta vila, afi que hom pogues reculhir las vende- 
mias e far las autras bezonhas seguramen, que a luy semblava 
que séria expedien que la vila lor dones qualque causa, al 
mens que hom pogra, que se tôt se perdia. Per que deman- 
dero cosselh los senhors cossols als singulars quen fariau. Sus 
aquo totz tengro, ho la major partida, quant a'n aco del clo- 
quier, que la vila hi ajude de XXX francxs. Quant a las gens 
d'armas tengro que lo dig moss. lo vicari podia far lo dig 
acordi, am una que hom per la vila ne fezes acordi sus aquo, 
mas am lo dig moss. lo vicari. 

L'an dessus, a X de setembre.... 

Sobre aisso que dissero que P. de Lautrec avia escrig als 
senhors cossols que el era a Vilafranca et avia près XXVIII 
homes d'armas dels Engles que teniau Castel Panis, laquai 
causa avia fâcha per lo profieg del pays, e coma el e sos com- 



DÉLIBÉRATIONS IST'^-ISSS 259 

panhos aguesso mestiersde socors del pays, pregava que hom 
Ihi volgues donar de que pogues sostener si e sos companhos 
per estar e gardar lo pays. Sus aquo totz tengro que hom nolh 
doue re, quar aitant be los faria finar e pueiss los ne tra- 
meta '. 

Ici se termine le premier registre des délibérations du conseil de 
ville d'Albi, inventorié BB 16. Il reste quatr<'. folios qui ont été 
utilisés pour des procès-verbaux de dégâts, des rapports de jurés 
sur des différends survenus entre voisins, etc. Nous reproduisons 
les parties les plus intéressantes. Notons que le registre a été ren- 
versé, le dernier folio devenant le premier. 

Sec se lo eventari fag per los senhors eossols de l'an LXXIII, 
de las causas que ero en Testai de la mayo cominal ; e fo fag 
a XVI de jun, l'an desus. 

Premieyramen, a la sala, una taula de noguier clavelada et 
una cayssa granda en que estau los encartamens; 

It. una autra taula e taulier; 

It. VIII bancx ; 

It. al corredor del dig ostal, P taula et una cayssa ; 

It. entre tôt l'ostal, XXXV balestas e I albrier, que avols 
que bonas; 

It, a la cambra de la sala, VII torns de balesta apelatz azes, 
ab dos que n'a al cortil ; 

It. IIII jaques e VI canes e IIII pavezes e IIII ginoezas que 
avols que bonas, las doas no valo; 

It. IX cayssas en lasquals ria, eu una partida, una quan- 
titat de virâtes am garetz ; 

It. II crocz de balesta e dos bancals e I torn, apelat caval, 
de plom que es d'aygueira ; 

It. II cavilhas de fer que so de la brida; 

It. IIII frachissas de fer ad obs de baux; 

It. III espazas. 

Conoguda causa sia a totz homes presens et endevenidors 
que ieu, Duran Sobira, et ieu, Johan Bélier, eossols de la 

1 Cette délibération est sur feuille volante. 



260 SEPTEMBRE 1373-1380 

ciutat d'Albi e coma espondiers de la malautia del Vigua 
d'Albi, e nom de la dicha malautia, donam e lausam a vos. 
P. Gasquet, affanaire d'Albi, et a totz homes als cals vos o vol- 
riatz, etc., una terra que es a Milhasola, que ste am la terra 
de Bertran Covert e am la terra que fo de Johaa Arnaut, sir- 
ven, et am lo cami cominal, etc.; ab una emina de seguiel de 
ces que devetz donar cadans en la festa de S. Jolia, ses tôt 
autre servisi, et ara XII d.r[amondenx] de reiracapte; e tenem 
nos per paguatz, etc. Et ieu, P. Gasquet desus dig, de grat e 
de bona voluntat, prend! e reseubi de vos autres, senhors 
cossols, la sobredicha terra, al ces et al acapte sobredig, e 
promet! a paguar cadans lo ces el reirecapte, etc. Actum 
Albie, die IX mensis junii. anno Dn! M'CCCLXXIII. 

It. foro en conviens entre los senhors el dig Peire Gasquet, 
que del terme de S. Jolia venen, no deu paguar re de ces, 
mas promes per adenan e per cadans. 

L'an MCCCLXXIIl, aXIlI de setembre, Ar. Lumbart e'n 
Cabede, etc., ero anatz vezer e regardar, etc,, una tala de 
II feniers de B. Malacosta, fabre de S. Ginieis *, en I prat 
seu que es en la ribieira de Carofol ; local fe es estât talat per 
bestial boy; et estimero la dicha tala a VI quintals de fe e 
per lor maltrag a II s. 

L'an M»CCC°LXXX, a XXI de setembre, en Bernât Bru, 
G™ Taurinas, fustier, G™ Engilbert e R. Engilbert, massoniers, 
juratz et prevezedors, dissero que els ero anatz. . vezer I débat 
que era entre en P. Molinier, d'una part, e'n Galhart del 
Faro, d'autra, sobre un toat que part de una dobla que es a la 
Costa en Gieissa ^ ; laquai dobla es mejeira entre lo dig 
Galhart el dig P. Molinier e Gairaut Viguier; sobre aisso que 
lo d!g P. Molinier dizia quel suffertava gran dampnatge per 
fauta dels autres dessus nompnatz, parceniers en la dicha 
dobla, quar no la teniau cnrada e neta, e per fauta quar la 
dicha dobla non estava neta e curada, las aygas que partis- 
siau de la dicha dobla no podiau passar per lo dig toat la on 



1 Comm. de Puygouzon, cant. d'Albi. 
s Aujourd'hui rue d'Engueysse. 



I 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 261 

dévia, et que, per razo d'aquo.las aygas aviau près autre 
cami, on tant que veniau donar en l'ostal en que lo dig 
P. Molinier esta de presen, et en l'ostal de moss. Bernât de 
Montât, capela: de laquai cauza sufFertavo gran dampnatge, 
segon que lo dig P. Molinier dizia. E sus aquo los sobredigs 
prevezedors ero anats sus los digs debat[z], e reportero que la 
dicha dobla se deu curar o far curar la dieha dobla et adobar 
tôt lo dig toat que puesca Taigua passar dreg que no done 
negun dampnatge ; et aquo se deu far al despens dels sobre- 
digs Galhart del Faro, del dig P. Molinier e del dig Guiraut 
Viguier, e que de tôt so que costaria, lo dig Galhart del Faro, 
atendut que loseu hostal se servis naaj de la dobla que ambi- 
dos los autres, e que lo compendi el orezier que era vengut 
ni cazeg en la dicha dobla era vengut, la major partida, del ostal 
del dig Galhart, pague la meitat, et entre lo dig P. Molinier e 
Guiraut Viguier, l'autra meitat per engals partz. It. dissero 
maj [que] lo dig Guiraut avia caussada la paret del seu hostal, 
que es davas la boea del dig toat, de terra, que far non dévia; 
que la dicha caussada de la terra se voste de dia en dia, e que 
la hi fassa de teula, al despens del dig Guiraut. It. dissero may 
que los digs Galhart P. e Guiraut meto may II fiais de teula 
sobre lo dig toat e que lo fasso cubrir be e perfiechamen, 
que neguna bestia ni autra cauza non hi puesca penre damp- 
natge, et aquo sian tengutz de far encontenen. En après, Tan 
dessus, a XXIIII de setembre, constituit[z] personalmen en 
la mayo cominal del cossolat d'Albi, los discrets senhors en 
Sicart Nicolau, m*' P. de Rieus, Bertomieu Prunet, Johan 
Segui, Hue Viguier, cossols de la ciutat d'Albi, auzida pre- 
mieiramen la relacio per los sobredigs juratz e prevezedors 
dessus fâcha, ordenero que las cauzas contengudas desus en 
la dicha relacio se fasso e se complisco de pong en pong o 
miels dessus es contengut. 

Testes : P. Goelh, Poncius Galaubi, Johannes Baldini. 

Conoguda causa sia a totz homes presens et endevenidors 
que coma fos questio e débat entre Guiraut de Labroa, habitan 
d'Albi, de una part, e Johan Ros e sa moiher, habitant del dig 
loc, d'autra part, sobre aisso que lo dig Guiraut de Labroa 
dizia e prepausava que lo dig Johan Ros e sa moiher avia 



262 SEPTEJIBRE 1380 

I hostal en la ciutat d'Albi, en la carieira apelada de l'Ort de 
S. Salvi \ que ste am l'ostal del dig Guiraut et am la carieira 
cominal et am sas autras cofrontacios; en loqual ostal del dig 
Johan e de sa mollier ha, en la part en déferas, davas la 
carieira, I escalier que se aperte al dig hostal del dig Johan e 
de sa molher, e que dejotz lo dig escalier a una sot que ste 
am lo dig escalier, en laquai sot lo dig Johan e sa molher tero 
porcxs, losquals fau gratis foliis, femps et aigas, iasquals Ihi 
dono gran dampnatge al dig seu hostal que es en la dicha 
carieira, que ste am l'hostal del dig Johan e de sa molher, 
coma dessus es dig, et am Postal de moss. Bertran de Caus- 
sieras et am la carieira cominal etam sas autras cofrontacios ; 
per que ditz lo dig Guiraut que la dicha sot es aqui fâcha en 
prejudici del dig seu hostal; per so ditz que la dicha sot se 
deu vostar. It. era maj débat e questio, entre las dichas par- 
tidas, sobre aisso que lo dig Johan Ros e sa molher diziau que 
lo meja que es entre los digs hostals de las dichas partidas, en 
loqual meja, de presen, ha una porta per laquai lo dig Gui" 
raut intra e iejss en lo dig seu hostal, et issimen ha, de presen, 
en lo dig meja una fenestra, es mejanssier de las dichas par- 
tidas; e que en lo dig meja no deu aver neguna porta ni 
fenestra; per que requeriau lo dig Johan e sa molher que la 
dicha porta e la dicha fenestra fos vostat e sarrat', coma era 
anticamen, el tems que no hi avia porta ni fenestra. E sus aquo, 
segon que aissi fon dig, ad evitar plag e questio entre lor, 
aviau requeregutz los senhors cossols d'Albi que els, una 
essemps am B, Serras, P. Riquait, fustiers, et am.G. Engil- 
bert, massonnier, juratz de la ciutat d'Albi, anesso sus lo dig 
débat pervezer e declar[ar] lo dreg de cascunadelas partidas 
desus dichas. Per que, constituitz personalmen en la mayo 
cominal del cossolat del dig loc los sobrenompnatz B. Serras, 
P. Riquart, G" Engibbert, juratz dessus digs, dissero e feiro 
relacio que els ero anatz, essemps am m^ Helias de Vesplau, 
P. Soelh, R. Vidal, P. Isarn, cossols de la ciutat d'Albi, vezer 
lo dig débat e lo loc ont era; e vista e regardada la causa del 
dig débat ad huelh, dissero e feiro relacio, e de presen dizo e 



Aujourd'hui l'Ort on Salvi. 
Gorrec : fosso vostadas e sarradas 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 263 

fau [relacio] que la sot sobredicha es fâcha en la propria poses- 
sio dels sobreiiigs Johan Ros e de sa molher e que ladicha sot 
no se deu vostar del loc ont esta, seno que lo dig Johan Ros 
e sa molher o sos successors lan volguesso de lor voluntat 
vostar, exceptât que, dissero los digs juratz, (que) los pals de 
la dicha sot se tiro en ins, en tal manieira que non hiesco mas 
aitant comahieiss la branca del escalier on las digs pals de la 
dicha sot so clavelatz. It. dissero que lo dig Johan e sa molher 
fasso far I rec que partisca de dins la dicha sot en foras, vas 
la carrieira, per on l'aiga que se faria dins la dicha sot puesca 
issir e rajar vas la dicha carieira, e que los digs Johan e sa 
molher fasso adobar la passada oominal que es razen la dicha 
sot, en tal manieira que las gens que hi au passada puesco pas- 
sar ses effangar, aissi coma se deu far per una carieira publica. 
It. sus lo débat del meja dessus dig en que era la dicha porta e 
fenestra, loqual los digs Johan e sa molher diziau que era me- 
janssier, dissero los digs juratz e feiro relacio, e de presen fau, 
que lo dig meja es mejanssier de las dichas partidas, e que la 
porta e la fenestra desus dichas, que so en lo dig meja,, per 
lasquals lo dig Guiraut ha plechieu, non hi devo esser, ans se 
devo vostar, e sarrar lo loc en que so de tortis o de autra 
paret, al despens del dig Guiraut; e que d'aqui avan neguna 
de las dichas partidas no devo far neguna porta ni fenestra 
veirial en lo dig meja seno que lo dig Guiraut ho autra per- 
sona per lui pogues mostrar, per carta o per autras degudas 
proaussas *, lo contrari ; e se en lo dig meja, d'aissi avan, 
calia neguna causa reparar, que las dichas partidas lo ajo a 
reparar mejanssieiramen. Et aquesta relacio feiro los digs 
juratz, segon que dissero, e de presen fau, per regardamen 
dels locxs on lo dig débat era ; e quar els ero enformatz, am 
mossen Johan Cantamerle, capela, del quai fo saentras lo dig 
hostal del dig Guiraut, loqual moss. Johan lor avia depausat e 
dig, segon que dissero, que, el temps que lo dig hostal del dig 
Guiraut era seu, el, am licencia de Riguel Doat, del quallo dig 
hostal dels digs Johan Ros e de sa molher fo saentras, fe far 
la dicha porta que es en lo dig meja majanssier etam conviens 
de aquela vostar e sarrar e tornar en Testamen d'avan, a la 

' La vraie lecture est paussas, avec tilde d'usage au p. 



264 FÉVRIER 1380 

requesta del dig Riguel o de sos successors ; e maj quar vist 
et auzit legir I insturmen public, receubut, l'an MCCLXXII, 
el mes de septembre, per la ma de m'' Bernât Fabre, notari 
d'Albi saenreires, en local fa mencio, segon que dissero, que 
lo dig raeja es mejanssier e no s'i deu far porta ni fenestra, 
ni trauc, ni autra vista. De quibus omnibus, etc., etc. Acta 
fuerunt hec Albic, die XIII mensis Julii anno Dni MCCCLXXX 
secundo, etc., etc. 

G. Prunet notari. 

Le registre contient encore quelques délibérations sur feuilles 
volantes qui ont été collées sur les quatre derniers folios, ainsi 
qu'un état des communs imposées de septembre 1573 à octobre i585. 
Nous reproduisons les deux plus intéressantes de ces délibérations 
et le relevé des impositions . 

Lo darrier dia de febrier. Fan LXXX... 

Sobre aisso que fon dig que alcuns aviau ubertas paraulas 
que hom fezes servizi a moss. d'Armanhac aô que per las gens 
d'armas no fos hom dampnegat, e que hom prezes qualque 
patu am los Engles de Turia. Toz tengro que hom ne aja 
miels son cosselh, e que, de presen, no s'en aponche re, mas 
que los affanaires totz obro essemps vas una part del vinhier. 
It. que lo capitol avia requeregut que hom garnis la paret nova 
de S'® Cezelia aissi quant hom avia promes. Sus aquo totz ten- 
gro que no se garnisca pong, seno que lo capitol e la clercia 
se obiigues de gardar. ït. de una letra de moss. lo senescalc, 
empetrada per moss. B. Bona, per laquai afermava que alcus 
cossols, en la dicha letra nompnatz, amagademen aviau fags 
intrar e vendre dins la vila d'Albi, amagadamen e contra la 
libertat de la vila, vis de la Ribieira, e que hom enebis a'n 
aquels que, en prejudici de las dichas libertatz e de las gens 
de la vila, no sa fezesso intrar negus vis dels locxs de la 
Ribieira, et otra aquo que fosso citatz, sobre fag enjurios, a 
Carcassona. Per que demandero cosselh se hom sostenria 
que...' 

* Délibération inaclievée. 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 565 

L'an LXXXI, a XVI d'abriL... 

Sobre aisso que fon d'ig que Johan A.laraan e I autre escu- 
Hier ero vengutz en esta vila, aru letras de crezensa de moss. 
P. Arnaut de Bearn que se endressavo als senhors cossols 
d'esta vila ; laquai crezensa ara que el era alotgat, am ganre 
de gens d'arraas, a Buset e que el no podia viure am sas gens 
se[s] far dampnatge, seno que lo pays Ihi ajudes, per razo 
quar els no prendriau negus gatges de moss. de Foyss, per 
que era aqui ; per que ne soplegava als senhors cossols que 
els Ihi volguesso ajudar de viures, de que el e sas gens 
poguesso viure et estar ses far nagiin dampnatge. 

Fo demorat en eosselh que hom Ihi escriusses que moss. de 
Foiss avia mandat los cornus a certana jornada per tener eos- 
selh sobre alscunas auzas que el lor volia dire e que los sen- 
hors cossols d'esta vila hi deviau anar, e que Ihi plagues, 
atendut que encaras hom no sabia que volgra moss. de Foiss, 
que el(s) volgues agardar que lo eosselh fos tengut, quar ven- 
gutz que fosso aquels que anero al dig eosselh, hom Ihi feira 
la melhor resposta que hom pogra. 



Etat des communs imposés de 1373 a 1383 

L'an MCCCLXXIU, en setembre foro empausatz, XVI 
cornus. 

L'an meteiss en dezembre, XII cornus. 

L'an LXXV, en jun, XX comus. 

L'an meteiss, en febrier (nouv. stij. 1576), XII comus. 

L'an LXXVI, en jun, IlII comus e m. 

L'an meteiss, en aost, XVI comus. 

L'an meteis, en novembre, VI comus. 

L'an meteiss, en febrier [nouv. sty. ^577), XIX comus. 

L'an LXXVII, IIII^VI comus. 

L'an meteiss, XIIII comus. 

L'an LXXVIII, XXVI comus. 

L'an LXXX, a XIII d'abril, levatz per Vidal Guini e R. 
Conchart, IIII comus. 



266 ÉTAT DES COMMUNS IMPOSÉS DE 1373 A 1383 

L'an meteiss, a XXIX de jun, levatz per Vidal Guini e R. 
Conchart, XII cornus. 

L'an meteisss, a IX de febrier [nouv. sly. '/55/), levatz per 
R. Vinhal, IlII cornus. 

L'an LXXXI, aXVII de may, levalz per R. Vinhal, I cornus. 

L'an meteiss, a VII de julh, levatz per P. Rorssa e per R. 
Vinhal, VIII cornus. 

L'an meteiss, en febrier [nouv. sty. 1582], levatz per P.Alric 
Sartre, e perR. de Landas, IIIl cornus. 

L'an LXXXII, en julh, levatz per Ar. Clapissa, VI cornus. 
L'an LXXXII, en julh, levatz per Isarn Redon, I comus. 
L'an meteiss, a VIII d'octobre, levât [z] per Ar. Clapissa, 
IIII comus. 

L'an meteiss, a XXVI de novembre, levat[z] per Ar. Cla- 
pissa, un comus. 
L'an meteiss, a X de mars {nouv. stij. 1383], VIII comus. 

L'an LXXXIII, en julh, levatz per Azemar de Brinh e per 
G"" Montagut, X comus. 

L'an meteiss, en octobre, levatz per Vidal Guini e per 
P. Malhol ', VI comus. 

L'an LXXX, a XIII d'abril, IIII comus. 

L'an meteiss, LXXX, a XIX de jun, XII comus. 

L'an meteiss, LXXX, a X de febrier, IIII comus. 

It. l'an LXXXI, a XVII de maj, I comus. 

It. l'an meteiss, LXXXI a VII de julh, VIII comus. 

It. l'an meteiss, LXXXI, a {blanc) de febrier, IIII comus. 

It. l'an LXXXII, a (blanc) de julh, VI comus. 

It. l'an LXXXII, a [blanc) de julh, 1 comus. 

It. l'an meteiss, a VIII d'octombre, IIII comus. 

It. Tan meteiss, a XXVI de novembre, IIII comus. 

It. l'an meteiss, aX de mars, VIII comus, 



• L'état était incomplet. Le scribe laisse quelques lignes et poursuit, 
dans l'ordre chronologique, la liste des impositions. 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 267 

It. l'an meteiss ', a {blanc) de julh, X cornus. 
It. Tan meteiss, a {blanc), d'octombre, VI cornus. 

REGISTRE BB 17 2 

L'an LXXXII de setembre... 

Dissero les senhoi's cossols que [2 mots effacés) Castel Pugo ^ 
lor avia escrig de Florentinh en foras (jue el era vengut, de 
presen, de moss. de Foyss, et avia trobat son hostal ses pa 
e ses vi ; per que lor pregava que Ihin volguesso donar e far 
plazer de so que lor plazeria. E sus aquo, auzidas per totz los 
sobredigs las causas dessus dichas, totz tengro que, atendut 
que em sus las vendemias, e qui Ihi dizia [un mot effacé] séria 
perilh de sufertar gran dampnatge, (que) hom Ihi donc de pa 
e de vi, al mens que hom poira e so que als senhors cossols 
sera vist. 

L'an LXXXII, a XXIIII de setembre... 

Dissero los senhors cossols que alscus ero vengutz a lor 
[nombreux mots illisibles) moss. lo vicari de moss. d'Albi e dire 
e mostrar lo dampnatge que [tnots illisibles) los Engles de 
Thuria per las gens e per los bestials que au [mots illisibles) 
de presen, en la corssa que au fâcha en esta vila, e que Ihi 
plagues {mois illisibles) a penre qualque remedi, o per manieira 
de escriure an aquels {mots illisibles] o en autra manieira que 
hom pogues cobrar las gens que au {mots illisibles) que ho 
fezes. It. dissero raay que sus aquo els ero anatz parlar am 
moss. lo vicari, loqual lor resporidec que el non avia ueguna 



* Il faut lire LXXXIII, ainsi quà l'art, suivant. Ces deux communs 
font double emploi avec ceux de juillet et octobre que nous avons déjà 
rencontrés. 

2 Le premier folio de ce registre a disparu ; le second est à peu près 
illisible, riiumidité ayant fuit disparaitre un certain nombre de mots sur 
les bords extérieurs. 

■' Ce personnage est-il le fils du Castel Pugon qui, le 14 février 1338, 
livra au comte de Foix le château d'Aire, moyennant la somme capitale 
de 1000 liv. tour, et une rente viagère de 50 liv.? Cf Hist. de Lang. IX, 
p. 506, note 3. 



268 SEPTEMBRE 1382 

conoissensa am los digs Engles de Thuria, mas tant solamen 

am I que apelo Amanieu Brengier e que el volontiers Ihin 

escriura; totas vetz ad el semblava que se hom fazia quelque 

acordi ara lor, a cert terme, que pogues hom aver vendemiat 

e cubert, que tôt jorn nos farian aitals o majer[s] damp- 

natges, seno que hom fezes de manieira que hom agues X 

homes d'armas e que aquels, am los autres companhos de la 

vila que poii'ian esser L o raaj, lor yssisso en cas que sa cor- 

reguesso, e que hom vendemies per cartiers del vinhier, que 

enaissi hom se poiria salvar e reculhir los frugz, autramen no. 

It. dissero may los senhors cossols que non hagajre, darriei- 

ramen, mossenher lo senescalc de Carcassona mandée cosselh 

a Carcassona per mètre provesio per ' las gens d'armas de 

Jenas, e que en lo dig cosselh anec, per lo loe d'esta vila, 

B, Esteve, cossol, loqual reportée [que] lo cosselh se era ten- 

gut e lo aviau prolongat q(ie hom hi tomes a S. Miquel propda 

venen, e que en lo dig cosselh era estât dig que als Bretos que 

ero vengutz al comte de Foiss era estât ^ per tal que totz s'en 

anesso e voguesso las très senescalcias, VI milia franxs ' 

se apertenia a la senescalcia de Carcassona II m. franxs, 

que montava per fuoc de la dicha senescalcia IlII gros. 

Per que demandero cosselh los senhors eossols "* per esta 

vila tornaria al dig cosselh e se hom hi an...^ la contri- 

bucio. Fo aponchat, quant a'n aco de la... ^ que may era 

expedien que hom agues aquels homes o may, coma 

sobre dig es, que qui fazia negun acordi am los Engles. 

Quant a la anada del dig cosselh de Carcassona, tengro que 

hom la ane e que lor explique los mais que sufertam per las 

garnissos que so entorn nos e que se els volo contribuir a gitar 

las gens d'armas que so entorn nos, que hom contribuisca als 

digs II m. franxs, autramen no. 



' Déchirure. Il faut sans doute lire gitar. 

* Déchirure ; le mot disparu doit être prepausat ; on voit un p avec le 
signe d'abréviation. 

* Déchirure et mots etfacés. 

* Mots effacés : et si l'on y va si l'on accordera la contribution. 

5 d" d° 

6 ^o ^o 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 269 

L'an MCCCLXXXII, a VII d'octombre... 

Tengro cosselh sobre la correguda que avia fâcha e fâcha far, 
lo dia propda passât, lo Pauco de Lantar, sus esta vila, perla 
merca de IIII'^-^X franxs que demanda a la universitat de la 
pt'esen ciutat per Bernât (le Bordas, loqual ditz que t'o son 
prionier e s'en anec e Ihi rompec la fe ; en laquai correguda 
ero estadas aprionadas diversas gens e ganre de besHal gros e 
menut d'esta vila. E sus aquo la era anat moss. lo vicari de 
moss. d'A.lbi, en Domenge de Monnac e'n G™ Coudât, cossols, 
per vezer se hom se pogra acordar amb el ; losquals reportero 
aissi meteiss que el demandava los digs IIIF'^X franxs per lo 
dig B. de Bordas, e denaaiidava inay que la vila Ihi dones, otra 
aquo, o en deniers o en viures, la valor de C franxs d'aur, et am 
aquo voliaredre tôt quant era estât près en la dicha correguda, 
antratnen lo dig Pauco dizia que el corregra sus esta vila e 
preira gens e bestial e hi donera tôt lo dampnatge que pogra, 
e que no redra re que agues près. E sus aquo fo de cosselh de 
la major partida que de tôt aquo la vila se acorde am el e que 
se ne poc re aver de Bernât de Bordas dessus dig, que hom 
aja tôt quant aver ne poira *. 

It. aqui meteiss volgro e cossentiro, una partida dels singu- 
lars, que, per pagar las causas davan dichas, que devo esser 
donadas e pagadas al dig Pauco, e per pagar so que ha costat 
per las gens d'armas, a pe et a caval, que au gardât en las 
presens vendemias las gens els bestials que vendemiavo, (que) 
los senhors cossols empauso très o quatre cornus, aquels que 
eonoisserau que hi farau mestiers. 

L'an dessus, a IX d'octombre — 

Sobre aquo que Johan del Luc avia dig als senhors cossols 
que lo senher de Monferran, que era a Florentinb, los pregava 
que Ihi volguesso donar e trametre dos lensols e I par de botas. 
E sus aquo totz tengro que no Ihi done hom re. 

L'an dessus, a XU d'octombre... 

Tengro cosselh sobre aisso que aissi fo dig per los senhors 

' Les consuls invitèrent de Bordes à payer ces 90 francs ; mais il s'y 
refusa, disant qu'il n'était tenu à rien. Cependant il consentit à payer 
30 francs en cinq annuités. Délibér. du 8 octobre 1382. 



270 OCTOBRE-NOVEMBRE 1382 

cossols que lo Pauco de Lantar demanda a la universitat de 
la presen ciutat que Ihi done I corssier de Y]^^ franxs, autra- 
men el dampnejara la presen ciutat els habitans d'aquela. Per 
que demandero cosselh los senhors cossols als singulars se la 
vila Ihi donaria aquels VF^ franxs o no. E sus aquo la major 
partida tengro que lo Pauco ha agut, motas vetz, dos e ser- 
vizis de la presen ciutat, et ha agut IIIl'^'^X franxs per merca, 
e de tôt aquo no se te per paguat, e que per so non esta que 
las gens de sa garniso no danjpnejo las gens de la presen ciu- 
tat, e prendo e raubo et aucizo las autras gens que so dels 
locxs entorn nos quant veno ni parto d'esta vila, tengro que 
hom no lor done re ni permeta que negus d'aquelas gens 
d'arœas sa intro. 

L'an MCCCLXXXIl, a II de novembre, los senhors cossols 
loguero Pos Donarel per bada de dias e de nuegz, al cloquier 
de S. Salvi, del dia presen tro lo dia de la festa de Totz Sanghs 
propda venen, lo dia de la dicha festa enclus, per pretz de 
XXIII franxs ; e lo dig Pos jurée esser bo(s) e lial(s) en lo dig 
offici. 

L'an dessus, a VII de novembre... 

Tengro cosselh, en la majo cominal, sobre unas letras que 
lor avia, lo dia presen, tramezas en Bernât Esteve, que era a 
Garcassona, al cosselh que s'i te am los autres cornus', en 
lasquals avia escrig que los cornus aviau aponchat que deviau 
anar en Fransa, a nostre senhor lo rej, per explicar e dire 
las causas que ero estedas aponchadas en lo dig cosselh ; e 
deviau partir lo jorn de S. Marti ^, e que, se era vist que de 
esta vila hi ânes persoua, (que) hom aparelhes e provesis quai 
hi anaria e de so que mestiers aura. E sus aisso totz o la major 
partida tengro que [d'Jesta vila non hi ânes persona, et aco 
per motas razos que aissi foron dichas. 

L'an dessus, XIII de novembre... 

Tengro cosselh, en la mayo cominal, sobre una letra clauza 
que avia trameza lo comte d'Armanhac als senhors cossols, 

* Outre la décision dont parle Estève, les communes octroyèrent au 
duc de Berry 2 francs par jour. Cf. Inst. polit et adin. p. 616. 

* 11 novembre. 



I 



DÉLIBÉRATIONS 1375-1388 271 

en laquai escrivia e raandava que mossenher de Berri Ihi avia 
assignat, sobre la universitat de la presen ciutat, 11^ III franxs. 
It. raandava may, en las dichas letras, que el era en lo loc de 
Castelnou de Monmiralh * ara ganre de gens que ero vengudas 
amluy; en loqual non avia vitalhas de quel [e] sas gens, que 
aqui ero, poguesso viure, e que el avia mestiers de viures e que 
hom Ihi tramezes qualque home per acordar am luy de so que 
horo Ihi poiria valer de viures, afi que las dichas sas gens non 
agiieso razo de far mal ni desplazer a la presen ciutat. Sus 
totas las cauzas sobredichas totz tengro que hora aja una segu- 
ransa del dig moss. d'Arnianhac per aquel o per aquels que 
hom Ihi trametia per parlar am luy sus las cauzas sobredichas, 
et, aguda que hora la aja, que hom hi trameta qualque home 
que ho sapia far, loqual escuze la vila sus los IF III franxs, 
dizen que nulh temps no fo proraes a moss. de Berri neguna 
[soma] per que el deia aver fâcha aquela assignacio ; e que 
dels viures Ihin done hora, o en vitalhas o en argen, en tal 
manieira que hom ne demore acordan am luy, al miels que 
hom poira. 

L'an MCCCLXXXII, a XXIII de novembre... 

Tengro sobre aisso que los senhors cossols dissero que mos- 
senher lo comte d'Armanhac lor avia mandat per sas letras 
que la vila d'Albi Ihi pague IF III franxs, e may que, quar lo 
loc de Castelnou de Monmiralh, que ha agut de novela con- 
questa, es mal provesit, (que) hom Ihi tramezes calacom per 
acordar am luy dels viures de que hom Ihi poiria valer ni 
socorre, afi que las gens d'armas (jue so aqui am luy non ajo 
razo de mal far. E sus aquo, vistas las dichas letras, fon de 
cosselh que hom la tramezes, am letra de crezensa, fraire 
Bernât Grimai, del orde [de] Presicadors, per explicar a luy 
e dire, sus la cauzas que avia mandadas, tropas cauzas, losquals 
hom Ihi diss; et aras lo dig fraire Bernât era tornat et avia 
reportât que el era estât de part delà e que non ha pogut par- 
lar am lo dig mossenher d'Armanhac, mas que Ihi mandée que 
se porta[vaJ letras que las bailes; e te ho ; e bailadas que las 



' Chef- lieu de cant. de l'arrond. de Gaillac Nous allons voir que le 
comte venait d'acquérir cette place. 



272 NOVEMBRE 1382 

ac, après tornec a luj son secretari, e dis Ihi que el no podia 
pas parlar am lo dig moss. d'Armanhac que Ihi mandava que 
el Ihi mandes la crezensa que volia dire ; e non re mens may 
Ihi diss se portava los 11'^ III franxs ; et el respondec que no ; 
et en après, dichaque ac la crezensa al secretari, el Ihi tornec 
resposta, dizen que lo covenia que la vila d'Albi pagues los 
digs IF e III franxs e may gran quantitat de viures et al res 
no s'i faria ; e quant Ihi demandée prolongui de la asseguransa, 
el Ihi diss que non agra pong. Per que demandero cosselh los 
senhors cossols als singulars que fariau sus aisso. E sus aquo, 
totz tengro que, atendut que el(s) nos podia donar mot gran 
dampnatge, (que) hom se acorde ara luy de tôt so que deman- 
dava als miels que hom poira. 

L'an dessus, a XXI de novembre... 

Sobre aisso que aissi fon dig per los senhors cossols que, 
atendut que fraire B. Grimai que era [a]nat, non ha gaire, am 
letras de crezensa de la vila a moss. d'Armanhac, non avia 
pogut parlar am el, mas avia aguda avol resposta per son 
secretari, els hi aviau trames areire G™ Guitbert am letras de 
crezenssa ; loqual G™ Guitbert era vengut, lo dia presen, et 
avia portadas letras de mossenher d'Armanhac, en lasquals 
escrivia als senhors cossols d'Albi que, d'aissi a dimergue 
propda venen ^ els o un de lor siau estât a luy per acordar 
ara luy dels 11*^ III franxs e dels viures que deraanda a la vila, 
et ha donada seguransa tro alaras, aulramen el non agarda 
plus que no fassa so quelh semblara. Per que demandero cos- 
selh los senhors cossols als singulars que fariau sus aquestas 
causas ni se la anariau los senhors cossols ni quans. Sus aquo 
la major partida tenc que la ano II cossols e que se acordo 
am el als miels que poirau. 

L'an dessus, a XXVI de novembre... 

Sobre aisso que dissero los senhors cossols que alscus de 
lor, so es asaber sen Galhart Golfler e'n Duran Daunis, cos- 
sols, ero anatz a moss. d'Armanhac per parlar am luy et acor- 



' Le délai accordé par le comte n'était que de deux jours : le 21 novem- 
bre était, en 1382, un vendredi. 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 273 

dar sus las demandas que fa a la vila, coma es contengut als 
cosselhs tenguiz a XVllI e XXI d'aquest presen mes de novem- 
bre; e dissero que aprop motas de paraulas, els acordero am 
moss. d'Arraanhac que per la assignacio que Ihi avia fâcha 
raoss. de Berii sus esta vila, e per autras demandas que lo dig 
moss. d'Armanliac fazia a la vila de diversas causas, demorero 
en acort am luj que liom Ihi dones, per totas demandas la 
soma de IIIFfranxs pagadors, II'' a la festa de S'"' Lucia, e C a 
la festa de Nostra Dona Candelieira, et C a la festa de Pascas 
propdamen venen. E per so los dessus nompnatz, essemps am 
los cossols, volgro e cossentiro que liom fezes et endisses 
IIII comus, losquals aqui meteiss feiro et endissero. 

L'an MCCCLXXXII, a XXV de dezembre... 

Sobre la ambaissada que era estada ordenada al cosselh ten- 
gut dariejramen a Carcassona perles comus de las IllI senes 
calcias, so es asaber que IIII^'^ bos homes dels comus deviau 
anar en Franssa per far la reverencia a nostre senlior lo rey 
et a luy explicar e dire los mais e las tr ibulacios d'aquest pays 
e motas d'autras causas, losquals hi deviau anar al despens 
comu de las dichas senescalcias. E demandero los senhors 
cossols als singulars se d'esta vila hi trametia hora qualque 
bos hom ni quai. E sus aquo la major parlida tengro que, 
atendut que aitant be pagariau hom sa part dels autres que hi 
anariau (que) d'esta vila hi ânes hom, so es asabar aquel que 
als senhors séria vist fazador. 

L'an dessus, a XII de jenier... 

Sobre aisso que dissero los senhors cossols que per alscus 
era estât dig que expedien foro que hom notifhque a moss. 
d'Armanliac las corregudas e lo damptnage que an donat e 
dono de tôt jorn los Engles de Turia en esta vil;i, en las gens 
et en los bestials que au preses. Per que demandero cosselh 
qui hom hi trameira qualque home ni per quai forma. E sus 
aquo totz tengro que hom hi trameta qualque home am letra 
de cresensa, loqual home sapia parlar e sia tal que Ihi diga los 
digs dampnatges, e Ihi pregue, de part dels senhors cossols, 
que Ihi plassa [que] vuelha far tan que las gens que so presas 
sian relaxadas, e que d'aissi avan no nos coresco. 

18 



274 JANVIER 1382 

L'an dessus, a XIIII de jenier... 

Sobre aisso que los senliors cossols dissero que els aviau 
tengut cosse'h, am moss. lo vicari et ani las autras gens de 
moiS. d'Aibi e de la Gleia, sur los dampnatges que suiferta la 
j)resen ciutat e las gens d'aquela que non ausa[n] issir de la 
vila ni far sas fazendas seguramen, ses perillis de las personas 
e dels bes ; et era estât vist e dig, en lo dig cosselh, que, se 
hom volia far sas fazendas, covenia que hom apatues am 
totas las garnisos de Engles e de Frances que so en aquest 
pays, que hom se aparellies a far bona guerra a tota manieira 
de gen que nos darapneges; e fo raaj vist en lo dig cosselh 
que raaj era expedien que hom fezes guerra a'n aquels que 
nos venriau dampnegar que qui se apatuava am lor, quar !o 
patu costaria trop e que séria causa de mal isample ; e fo dig, 
en lo dig co>?elh, per lo dig moss. lo vicari que moss, d'Aibi e 
las gens de la Glieja feiro certas gens d'armas, en cas la vila 
ne volgues far aitans e contribuir segon sa cota. Per que sus 
aisso demandero cosselh los senhors cossols als singulars que 
voliau que fezesso, afi [que] las gens fezesso las besonlias. 
E sus aisso totz tengro que se fassa provesio que hom fassa 
bona guerra a tôt home que nos porte dampnatge, e que hom 
no fassa patu am neguna garniso, ni lor dons pauc ni pro de 
vitalhas, ni am lor argen ni ses argen, ni ajo d'esta vila jupos, 
ni jaques, ni fers, ni clavels, ni neguna autra causa; e se 
negus hi trametia re, que hom lor voste qui ho poc trobar; e 
sus aquo que los senliors cossols provezisco aissi quant lor 
sera vist. 

L'an dessus, a XXVI de jenier... 

Sobre aisso que aissi fon dig que lo senher de Maria avia dig 
als senhors cossols que el era estât près per los Engles de 
Jenas et era estât defardat e Ihi costava trop, e lor avia pre- 
guat que Ihivolguesso ajudar e donarde que se pogues mètre, 
el e ses companhos, en arnes. Per que demandero cosselh 
los senhors cossels als singulars se Ihi donariau ho neni. Sus 
aquo tôt totz tengro que ad el ni a d'autres de aitals compa- 
nhos no donesso re. 

L'an dessus, lo premier dia defebrier... 

Sobre aisso que aissi fon dig per los senhors cossols que las 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 275 

donas parentas de raoss. d'Albi ero vengudas en esta vila, e 
semblava lor que, atendut que de novel ero vengudas, (que) 
per honor de moss. d'Albi, hom lor dévia far qualque presen ; 
et aviau parlât entre lor que, se la vila lor donavallll entor- 
cas, cascuna de III Ibr., e II Ibr. de doblos e quatre Ibr. de 
cofîraens, (que) estaria be fag. Per que demandero cosselh als 
cosselhiers e singulars se els lor semblava ni voliau que fezesso 
aquel presen a las dichas donas bo no. Sus aquo totz tengro 
que lor fo donat lo dig presen. 

L'an dessus, a XXI de febrier... 

Sobre aisso que dissero los senhors cossols que mossenher 
lo senescalc de Carcassona lor avia dig que el era en tractât 
am Bertran de Monclar que te lo loc de la Rajnaudia que el 
vogues lo loa am ceria fiuanssa que hom Ihi done, en laquai 
contribujra tôt lo comtat de Castras, se lo loc e la vigai'ia 
d'Albi hi vol contribuir. E sus aquo demandero cosselb aïs sin- 
gulars se voliau que lo loc d'esta vila lii coniribuisca. Sus aquo 
totz tengro que esta vila hi contribuisca, mas que lo loc de la 
Rajnaudia se deruisca en manieira que plus gens que puesco 
donar dampnatge en lo pays '. 

L'an dessus, a XXV de febrier... 

Sobre aisso que aissi fon dig que las gens d'armas que ero en 
establida en esta vila, als gatges cornus de las senescalcias-, 
aviau dig e preguat als senhors cossols d'esta vila que els lor 
volguesso prestar viures tro que fosso paguatz de lors gatges, 
quar autramen no poiriau demorar en la presen ciutat. Per que 
los senhors cossols demandero cosselh se hom lor ne prestaria 
no. E sus aquo fon dig que, atendut que hom ha a far las 



' La phrase est incorrecte ; il faut supph'cr quelques mots comme : 
non hi fasso lor establida, ou bien construire ainsi la fin de la phrase ; 
que plus ge7is no puesco donar. 

2 II est probable que cette garnison avait été établie à Albi à la suite 
des décisions prises par les communes convoquées par Arnaut d'Espa- 
gne, au mois de janvier, pour protéger le pays contre les Tuchins et les 
Anglais. Les délégués des communes avaient voté un subside au séné- 
chal pour l'entretien d'un certain nombre de gens d'armes. Cette délibé- 
ration prouve qu'on négligeait de pourvoir à leurs besoins. Gf Uiat. de 
Long. IX, p. 913. 



276 FÉVRIER-MARS 1383 

obras, e que, se gens d'armas correguesso en las pertenenssas 
d'esta vila, hom lor resestigra plus tost am las gens d'armas 
que demoravo en esta vila en esfablida que no faria se no sa 
ero, tengro totz e fon de cosselli que hom lor prestes viures tro 
que fosso e siau paguatz de lors gatges. 

L'an dessus, a III de mars... 

Sobre aisso que aissi fo dig que las gens d'armas que estavo, 
de mandaraen de rao?s. lo senescalc, en establida en esta vila 
als gatges cornus de las senescalcias, disiau que els no podiau 
viure ni tener lor estât en esta vila per los gatges que pren- 
diau ; per que demandavo que hom lor fezes avantatge. Sus 
aquo fon de cosselh de la major partida qne hom no lor fassa 
negun avantatge ni lor dones re per avantatge ; mar que se 
s'en voliau anar d'esta vila que hom aja recors a moss, lo 
senescalc que nos provezisca d'els o d'autres ', 

L'an MCCCLXXXIII, a XXV de mars. . ^ 

Dissero los senhors cossols que totz los cornus de la senes- 
calcia de Carcassona so mandats a Carcassona el dilus propda 
venen per aver cosselh sus lo tractât que se mena per moss. 
lo senescalc, que las gens d'armas de totas las garnisos 
d'Albeges hi esto foras dels locxs que teno, ara finanssa,e que 
a lor semblava que, atendut que lo loc d'Albi suffertava majs 
de darapnatge que loc de tota la senescalcia, era expedien e 
necessari que, se moss. lo vicari de moss. d'Albi, que es savia 
persona et a la beson[li]a al cor e saubra miels far que autre 
que los autres comus de la dicha senescalcia contribuisso en 
la dicha finansa fazedoira, hi volia anar per la presen ciutat, 
Ique) fo be fag e profleg a la vila d'Albi. Per que dissero e 
demandero cosselh aïs singulars que lor semblava sus aisso. 
Et aqui meteiss los cossols e singulars toiz essemps tengro 
que se liom podia acordar am lo dig moss. lo vicari que, per 
certa causa, non pas que pogues montar lo despens que el ni 

* La garnison ne se laisse pas rebuter par ce refus ; elle l'ail intervenir 
le vicaire général, qui n'est pas plus heureux. Dèlib. du 25 mars. 

^ La délibération précédente, 3 mafs, est de 1382; celle-ci, 25 mars, 
est de 1383. C'est une nouvelle preuve que, dans l'Albigeois, l'année ol'fi- 
cielle commençait le 25 mars. 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 277 

sas gensfariau, mas raenre causa razonabla e sertana cauza, 
estia la pauc o pro, tengro que la ane e que es expedien de 
neguu autre *. 

L'an desius, a VI d'abril... 

Sobre aisso que los senhors cossols dissero que los Praires 
del Carme del coven d'Albi ero vengutz a lor e loi- aviau dig 
que els teniau capitol gênerai, e que, per amor de Dieu, lor 
volguesso donar e ajudar de que poguesso sostener lo despens 
que lor ne covenia de sufeitar. Per que demandero cosselh 
als singulars qwen deviau far. Sus aquo totz tengro, o la 
major partida, que hom lor done quatre franxs. 

L'an dessus, a XXII d'abril... 

Sus aisso que aissi fou dig per los senhors cossols que moss, 
d'Armanhac avia mandat que, coma el agues assignat sus esta 
vila al Bore de Corn C. franxs per so que redes lo loc de 
Rosieiras al dig moss. d'Armanhac, e sus aquo el agues tra- 
mes el dig loc de Rosieiras Barba per penre la possesio del dig 
loc que lo dig Bore llii dévia perbailar e nom de moss. d'Ar- 
manhac ; e lo dig Bore non agues volgut bailarlo dig loc al 
dig Baiba tro fos paguat dels digs C francxs, e lo dig Barba 
agues setisfag la dig Bore del digs C franxs, e per la dicha setis- 
faccio Ihi agues bailat I corssier que Ihi avia costat Yi^^ franxs 
per pretz de IIIl'''^ franxs, en que perdia XL franxs ; e lo dig 
Barba demandes que lo loc d'esta vila llii setisfezes e Ihi pagues 
los digs XL franxs que perdia en lo dig corssier, per fauta quar 
la vila non avia paguat avan los digs C franxs . Demandero cos- 
selh les senhors cossols als singulars se los digs XL franxs pa- 
gariau al dig Barba, e que tumbe sobre aquels que non an pa- 
guat los comus empausatz per setisfar lo deute que era degut 
a moss. d'Armanhac, de que los digs C franxs dissendiau. 
It. fo maj dig que lo dig Barba demanda que esta vila Ihi dones 



' VHist. de Lang. ne mentionne pas cette réunion des communes de 
la sénéchaussée de Carcassonne. Nous allons assister à l'exécution des 
décisions qui y furent prises, c'est-à dire l'évacuation du pays par les 
An^dais et les routiers 



278 AVRIL-MAI 1382. 

viures. Sus aquo fon de cosselh de la major partida que liom 
Ihin done al mens que hom pojra. 

L'an dessus, a XIII de maj — 

Tengro cosselh, en la majo cominal, sobre aisso que moss. 
Bertran de Lantar, avia escrig als senhors cossols que el e sos 
compaiihos de Tersac ero mal provezitz de viures e pregava 
lor [que] Ihin volguesso donar o de que ne aguesso. It, que 
sus las causas per que lo procuraire del rey ha litigadas e 
litiga am lo scindic de la vila et am m® Isarn de Rius per so 
que dizo que hom a vexât los sirvens et autras gens am la 
cort del officiai per so que deviau dels comus, las gens de 
moss. d'Albi ne aviau parlât am los senhors cossols e lor aviau 
dig que se los seijhors cossols ni los autres de la vila no 
])odiau vexar qualsque gens que fosso per so que lor foro 
degut am la cort del officiai, que fora gran prejudici a la vila, 
e que se hom se volia adhunir am moss. d'A'bi que prezesso 
la causa ess^emps e la menesso, els voluntiers fariau e'n paga- 
riau la meitat de so que costaria. It. sus aisso (jue dissero los 
senhors cossols que Johan Talhafer, encantaire, era tais que 
no s'en podiau be ajudar a lor plazor, ni los servia aissi quant 
degra, e que els Iho aviau dig e Ion aviau reptat, e per so re 
non aviau acabat, ans ero de voler, se era de cosselh, que lo 
gitesso de lor servizi el cassesso de gatges. E sus tôt aisso 
tengro, la major partida, que, ad evitar majors danipnatges, 
sus aquo de moss. Bertran de Lantar, (que) hom Ihi done viu- 
res aquels que als senhors cossols sera vist. E quant ad aco 
que hom puesca citar las gens en la cort del officiai, tengro 
que la vila se adhunisca am moss. d'Albi e que hom obtenga 
aquela libertat. E quant sus aquo de Johan Talhafer, tengro 
que el non era sufficien a tener lo offici, quar non ho sabla far, 
que hom ne aja I autre que hi sia sufficien. 

L'an dessus, aXX[ de raay... 

Sobre aisso que los senhors cossols dissero que per alscus 
bos homes era estât mogut que expedien foro que hom trame- 
zes qualque bos hom en Franssa per vezer se hom pogra aver 
del rej neguna gracia, e per far passar la reparacio en Cambra 
de Comptes, e per motas d'autras bezonhas que la vila ha. Per 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 270 

que los senhors cossols demandero cosselh quen deviau far. 
Sus aquo totz tengro que hom hi tramezes qualque bos hom e 
savi que ho sapia far. 

L'an dessus, a IX de jun... 

Sobre lo tractât que se mena entre moss. d'Armanhac els 
cornus de la vigaria d'Albi, de la jutjaria d'Aibeges e del com- 
tat de Castras sus la vueja dels locxs de Thuria, de Jenas, de 
las Plancas, de Rosieiras, de Gaycre', de la Bofia, de S. Sir- 
guet -e de autres locxs, que moss. d'Armanhac ne vol gitar 
las garnisos de las gens d'armas que son en los digs locxs e 
vol proraetre de gardar lo pays de tota pilharia per certa 
soma de pecunia que hom Ibi done. Fo aponchat, en aquest 
cosselh, que los singulars tengro que se fassa, e remeiro als 
digs senhors cossols que ho fezesso al miels que poirian. It. 
sobre aquo que lo Pauco demanda C carradas de viures, tengro 
que los senhors cossols, am cosselh de moss. lo vicari de moss. 
d'Albi, ne fasso so que lor ne semblara. 

Aug. Vidal. 
f/1 suivre.) 



* Comm. de Cadix, cant. de Valence d'AUjigeois. 

^ M. Ed. Gabic a définitivement identifie ces deux dernières localités. 
St-Sirguet ne serait autre que St-Girq ou St-Cirguet, cant. de Caussade 
(Tarn-et-Garonne), et la Bofîa, I-altouiïie ou St-Paul-de-Labouffie, cant. 
de Gastelnau (Lot). Cf. Campaçjntj de Gaucher de Passac contre les routiers 
du Sud-Ouest de la France, dans Rev. du Tarn, XVIII, p. Gl et suiv. 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE DES REVUES 

Boletin de la Real Academia de la Historia, XLVI, 4. — 
F. Fila : El jubileo del aâo 13U0. Su recuerdo iiioniimental en el 
Rosellôn. Observaciones sobre la métrica rimada de aquel tiempo, 
p. 301. 

Butlleti del Centre excursionista de Catalunya, XV, 

n"^ 120 et 121. — J. Pecanins : Fum, fum, fiim y L'Escolta, cançons 
populars catalanes, p. 21 ; — V. Bosch : La reina euvejosa, cançô 
popular, p. 57. 

Bulletin du parler français au Canada, III, 8. — P. Potier : 
Façons de parler proverbiales, triviales, figurées, etc. des Canadiens 
au XVIII*^ siècle, p. 252; — Lexique canadien-français (5Ui7e), p. 256. 

Giornale storico délia letteratura italiana, XLV, 2-3. — 
y. Pirazzoli : Sopra due framinenti poetici dell' Ariosto, p. 315; — 
li. Benjadani : Nota suUa questione délie a Filippiche», p. 332. 

Archivio glottologico italiano, XVI, 3. — Salvioni : Appunti 
suir autico e moderno luccheso, p. 395, — cremon. « scutunuija », 
lomb. «rierât», p. 477, — « bugliôlo, Li'igno », ven. « vanéza », friul. 
« puinte », p. 487, — « boulanger », p. 516, — « Sauthià », p. 548, — 
Poésie in dialetto di Caverguo, p. 549; — Scuiian/jclo : 11 vocalismo 
del dialetto d'Adernô, p. 479 ; — Guarno-'w : 11 sardo e il côrso in 
iiua uuova classificaziono délie lingue romanze, p. 491 ; — Toppïno : 
11 dialetto di Castelliualdo, p. 517. 

Revue de TUniversité de Bruxelles, X, 5-6. — 0. Grojean' 
Notes sur quelques jurons français, p. 401. 

COMPTES RENDUS 

Œuvres complètes de Victor Hugo, édition de l'Iuiprimerie 
Nationale, Paris, Paul Ollendorff, grand in-S" à 10 fiaucs le 
volume. — Roman, tome II; Théâtre, tome III, 

Exécuteur testamentaire de Victor Hugo, dont il avait été pendant 



BIBLIOGRAPHIE 281 

de très longues années l'ami intime et fidèle, le poète l'aul Mcurice a 
beaucoup fait — et ne croit pas avoir assez fait encore — pour la 
gloire du grand écrivain qui a été l'honneur des lettres françaises au 
XIX° siècle/Après les œuvres posthumes, après les deux éditions 
dites définitives, voici qu'il publie une édition nouvelle, plus complète 
qu'aucune des précédentes et qui, le cédant en luxe typographique à 
la seule édition nalioixale, l'emportera de beaucoup sur toutes et par 
la correction de son texte et par l'abondance de sa documentation. 
Deux volumes ont paru, comprenant, l'un Notre-Dame de Paris, l'autre 
Marie Tudor, Anyelo, In Esiaeralda, Ritij Blas et les Durgraves. 
L'édition complète en contieudra quarante, et il en paraîtra chaque 
année de six à huit. ~\ 

C'estrimprimerie~Nationale qui s'est chargée dupremier tirage, el elle 
a voulu se montrer digne de sa vieille réputation(L'impression a toute 
la beauté grave qui convient à un monument littéraire. Chaque œuvre 
est accompagnée d'une sorte d'album contenant : en fac-similés, la 
première page du manuscrit de Victor Hugo (quand ce manuscrit a 
été conservé), les dessins que le j-oète y a semés çà et !à, et la cou- 
verture de la première édition ; — puis, des gravures enqiruntées aux 
diverses éditions illustrées ; — enfin des documents artistiques fournis 
\)av la Maison dcYictor Hurio, les archives de la Comédie-F]ançaise,etc7) 

Nous avons ainsi sous les yeux, outre le beau portrait de Victor 
Ilugo peint par Devéria en 1829, de curieuses illustrations signées 
Tony Johannot, Célestin Nautcuii, Louis Boulanger, RafFet, Meis- 
sonnier, Viollet-Leduc, Brion, Luc-Olivier Merson, Carolus Duran, 
Roybet, Rochegrosse. Les amis des beaux livres auront lieu d'élre 
satisfaits. 

(yEi les lettrés le seront davantage encore, car, si l'édition nouvelle 
n'est pas vraiment une édition critique, elle mettra du moins à la dis- 
position des travailleui's [)lus de textes nouveaux, plus de variantes, 
plus de renseignements de toute soite qu'ils ne se permettaient d'en 
espérer ; 

Les textes nouveaux formeront environ quatre gros volumes, et de 
quelle importance ! Lettres à Juliette, lettres à Louis Blanc, à 
M. Paul Meurice, à Vacquerie, à Noël Parfait, articles iné<lits pour 
LiUéraLure et pliilosoplde mêlées, etc., etc.. Mais contentons-nous 
d'examiner les deux volumes parus . 

(pous le titre de reliquats {reliquat de Ituy Blas, reliquat dos Misé- 
rahles...) Victor Hugo a laissé des dossiers pi'écieux contenant des 
notes préparatoires, des plans, des rédactions abandonnées, des 
témoins variés de son labeur acharné et si fécond. Rien de plus ins- 
ti'uctif que ces documents aujourd'hui mis à notre disposition par 
M. Meurice/" ; 



282 . - BIBLIOGRAPHIE 

Pour Notre-Dame, on possède environ vingt-cinq feuilles, où Victor 
Hugo a noté des traits de mœurs, des détails sur le vieux Paris, les 
divers noms qu'il a successivement songé à donner au sonneur 
(Malenfant, Mardi-Gras, Babylas, Quatre-Vents, Quasimodo....) des 
bouts de phrases et des images, qui n'ont pas toujoui's été utilisés pourla 
rédaction définitive, et surtout deux canevas qui, écrits côte à côte à des 
dates différentes, constituent un inestimable témoin de la façon dont 
le livre a été conçu. Vers 1828, eu effet, Victor Bugo écrit un pre- 
mier scénario, où le beau gendarme Phœbus de Châteaupers n'existe pas 
encore, où la Esmerald.i n'est aux prises qu'avec " l'amour de l'ai'chi- 
diacre et du sourd muet », où Claude Frollo fait intenter à l'Egvp- 
tienne uu simple procès en sorcellerie. Vers 1830, le drame se corse 
dans un scénario complémentaire. Phœbus de Châteaupers entre en 
conquéi-ant dans cette sombre histoire, et la scène de nuit où Phœbus 
est poignardé par l'archidiacre est conçue de toutes pièces. Mais la 
chai'])ente de l'œuvre n'a pas encore pris sa dernière forme : Jehan 
Frollo n'est pas précipité du haut des toui-s de Notre-Dame, il est 
ti-aîtreusemeut assassiné dans le bouge d'isabeau la Thierrje. 

Quelques remarques, qui ont plusieurs fois été faites, sont confir- 
mées par l'étude de ces scénarios. D'abord, dès la constitution som- 
maire d'un de ses plans, Victor Hugo voit nettement tel ou tel menu 
détail de l'œuvre qu'il s'agit d'écrire, et il éprouve le besoin de noter 
tel ou tel trait qui sera plus tard mis en belle lumière : « Faut-il passer 
outre et pendre? — Je n'y vois pas d'inconvénients, dit le juge. — J'en 
vois beaucoup, dit Gringoire. » — « Quelqu'un à sa place. — Et qui? 
— Vous. — Tiens, dit Gringoire en se grattant la tête, cette idée ne 
me sei'ait jamais venue. » Ensuite, quand Victor Hugo renonce pour 
une œuvre à l'une de ses inventions, il est rare qu'il la sacrifie complè- 
tement, il la réserve pour une œuvre postérieure. Ce prodigieux inven- 
teur est aussi un profiteur, ce prodigue est économe. On lit dans le 
scénario de 1830 : « Isabeau la Thierrj'e. Phébus lui fait voir son poi- 
gnard. — Jean livré mort à l'archidiacre au lieu de Phébus. La scène du 
bord de l'eau. — C'est mon frère » ; on reconnaît la scène de Le Roi 
s'amuse où Isabeau, devenue Saltabadil, livrera à Claude, devenu Tri- 
boulet, au lieu de Phébus, devenu François P""^ son frère Jehan, devenu 
sa fille Blanche. 

''"Pour la Esmeralda le reliquat nous gardait un scénario qui diffère 
beaucoup de la pièce représentée et deux versions du dernier acte. 

Pour Ruy Blas, on nous fait connaître une longue variante du début 
de la pièce. 

Pour Marie Tudor, Victor Flugo rédige, du 7 au 10 août 1833, un 
premier acte fort intéressant, mais qui n'est qu'une façon de prologue: 
Fabiano y commence à peine sa fortune, il n'est encore ni le favori de 



BIBLIOGRAPHIE 583 

la reine ni ramant de Jane, l'action n'est pas engagée. Le 11, le dra- 
maturge réfléchit et comprend que son premier acte n'amorce pas suf- 
fisamment l'action. Le 12, il laisse décidément de côté ce prologue, 
sauf à s'en inspirer plus tard quelque peu pour l'exposition de liuy 
Blas,et, avec sa merveilleuse souplesse, il se met à écrire le premier 
acte définitif. — (Le prologue abandonné nous est donné tout entier 
par M. Meui'ice". 

j^Pour les Burgraves, on nous donne aussi un remarquable prologue, 
dont quelques vers sont passés dans la rédaction définitive du diame, 
dont quelques autres traces étaient visibles sur le manuscrit de la 
Bibliothèque Nationale, mais que tous les lettrés auront grand plaisir 
à lire d'un bout cà l'autre. Et ce n'est pas tout. Ce hardi chof-d'œuvre 
des Burgraves est un de ceux qui comportaient de la part du poète le 
j)lus de tâtonnements; à ces tâtonnements nous assistons maintenant 
avec une curiosité passionnée. Nous voyons les rôles de Régiua, 
d'Otbert (primitivement George) et surtout de Guanhumara se trans- 
former sous nos yeux; nous nous demandons même pourquoi Victor 
Hugo n'a pas conservé une mystérieuse et troublante scène entre le 
Mendiant-Donato et Guanhumara. Le reliquat des Burgraves est ainsi 
singulièrement riche : il ne forme pas moins de six cents vers inédit^. Et 
quand il a achevé de nous le livrer, ]\L Meurice pose ces deux questions 
importantes [Thcâire, 111, p. 615) : 

« Ici se termin'i le manuscrit préparatoire, où le poète puisera, pour 
sou travail définitif, des vers ou des groupes de vers, des récits, des 
scènes importantes ébauchées, d'autres entièrement achevées. On a jiu 
observer cette façon suiiérieure de procéder : composer le plan, le cor- 
riger, le compléter, eu écrivant le drame. L'action privée était ainsi 
déjà solidement établie. L'action héroïque, celle de Barberousse, dont 
il ne reste aucun brouillon, était-elle préparée de même? 

« Autre question plus générale. Victor Hugo, avant de s'isoler pen- 
dant quelques jours, comme c'était sa coutume, pour écrire et pai'a- 
chever son manuscrit définitif, a-t-il fait pour ses autres drames, sans 
qu'il en soit resté trace, ce même travail de préparation? et le manus- 
crit-brouillon des Burgraves a-t-il été seul conservé parce qu'il con- 
tenait des morceaux non employés qui valaient ti'op pour être 
détruits ? » 

Après les dossiers conservés par M. Meurice, les manuscrits 
déposés à la Bibliothèque Nationale éclairent aussi d'une vive lumière 
les procédés de travail de Victor Hugo. 11 est inutile que nous insis- 
tions sur ce point, puisque nous avons rendu compte, ici-même, des 
deux remarquables volumes de MM. Paul et Victor Glachant : Essai-' 
critique sur le théâtre de Victor Hugo.ÇSi le plan de l'édition nouvelle 
ne comportait point les innombrables variantes relevées dans VEssai 



284 BIBLIOGRAPHIE 

critique, ]M. Meurice pouvait cependant nous donner plus de spé- 
cimens choisis des corrections du poète que n'en contenaient les deux 
éditions définitives, et c'est ce qu'il a fait avec raison. D'ailleurs, ses 
lectures différent parfois de celles de MM. Glacliant^_et les remarques 
dont il accompagne ses notes sont souvent précieuses.] Signalons un 
simple détail, mais qui a bien son intérêt. Dans leuféTude svw Angelo, 
t. II, p. 133, MM. Glachant avaient écrit: << D'après le Témoin de la 
vie de Victor Hugo (t. 11), «le drame, dans son état primitif, avait 
cinq actes. La mort d'Homodei, au lieu d'être en récit, était en action. 
Rodolfo allait punir l'espion dans un bouge de bandits, où se mêlaient 
le vin et le sang. » L'on craignit que le bouge d'Homodei ne fît tom- 
ber Anrjelo, comme le bouge de Saltabadil avait fait siffler Le Roi 
s'amuse, et Victor Hugo se i-ésigna à couper l'acte. — Qu'est devenu 
ce curieux morceau? Il n'en existe pas trace dans le manuscrit de la 
Bibliolhèque. Mais il serait bien étonnant que l'auteur l'eût détruit. « 
L'auteui' ne l'a pas détruit, en effet, mais ce curieux morceau est tout 
au long dans le manuscrit comme dans les éditions. 11 résulte des 
explications de M. Meurice (p. 252 et 257) que M""^ Victor Hugo a 
visé la troisième journée, première partie ^ ; seulement elle a employé 
quelques expressions inexactes, et c'est ce qui a trompé MM. Glachant. 
Je viens, sans m'en apercevoir, d'emprunter un renseignement — et 
combien en pourrais-je emprimter d'auti-es, des plus dignes d'intérêt? 
-t- sl une section non encore signalée de l'édition nouvelle. Chaque 
œuvre est suivie : 1° d'un historique du livre ou de la pièce; 2° d'une 
revue de la critique; 3" d'une notice bibliogia[>hique ; A" d'une notice 
iconographique. Pour les drames, on nous donne en outre un tableau 
des distributions successives des rôles. De toutes ces indications les 
curieux sans doute seront fiùands et les travailleuis feront le pKis 
grand [)rofit. Mais ceux-ci prieront M. Meurice de leur être de plus en 
plus utile en donnant à ces renseignements une précision de plus eu 
plus grancTë7\< En 1832, dit"]\L Meurice, Notre-Dame de Paris fut 
liubliée enflais volumes au prix de vingt-deux francs cinquante, aug- 
mentée de trois chapitres, dont le fameux chapitre Ceci tuera cela » 
(p. 450). Pourquoi ne pas ajouter les titi-es des deux auties : Impopu- 
larité et Abbas beatï Martini ? — Plus loin, un article du Journal des 
Débats est signé N.: pourquoi ne pas dire qu'il est de Désiré Nisard 
et qu'il a été reproduit dans les Essais sur l'Ecole romantique, Cal- 
mann-Lévy, 1891, in-16? — Pour beaucoup d'articles, le nom de l'au- 
teur et le titre du journal sont cités, mais la date manque; une étude 
de I\I. Filon sur Marie Tudor est môme mentionnée sans autre détail, 

1 La première journée, la dnixiènie journée et les trois parties de la 
troisième, voilà qui fait bien les cinq actes. 



! 



BIBLIOGRAPHIE 285 

p. 132: il s'agit d'un aiticlo sur lefi Drames de V/clor Ilugo et 
l'Hisloire d'Angleterre paru dans \c Journal des Vcbats le 24 déccin- 
bre-1902. ^ 

/ Oserai-je adresser à M. Mcurice deux autres demandes? Victor 
Hugo est un classique et, dans les éditions, si belles soient-elles, des 
classiques les vers sont d'ordinaire numérotés. Pourquoi ne pas per- 
mettre aux historiens de la littérature, aux critiques, aux philologues 

, de citer Victor Hugo avec la même facilité qu'Homère, Virgile ou Cor- 
neille? 11 n'a été jusqu'ici publié que trois œuvres en vers : la Esnie- 
ralda, Ruy Blas et les Burgraves ; la petite réforme que je propose 
est donc encore possible et facile. — A coup sur, il serait moins aisé 
de faire suivre les textes de l'appareil complet des variantes; mais ce 
serait là un tel enrichissement de l'édition, et qui rendrait aux lettres 
un si grand service, que nous ne craignons pas d"ap[)eler sur ce point 

[^'attention du pieux éditeur de Victor Hugo. 

Ç Souhaitons la publication régulière de la très belle et très utile édi- 
tion de l'Imprimerie Nationale; nous tiendrons d'ailleurs nos lecteurs 
au courant de ses progrès. 

Eugène R(GAL. 

Paul Stapfer. — Victor Hugo à Guernesey, souvenirs personnels. 

Paris, Société française d'Imprimerie et de Librairie, 1905, in-lG. 

Peut-être ce livre, qui est orné de nombreuses et curieuses photo- 
gra[)hies de Victor Hugo, de sa famille, de Hauteville-House, mais qui 
contient aussi des autographes de Victor Hugo élogieuxpourM. Stapfer, 
des photographies des élèves et d'un volume de M. Stapfer, enfin 
celle du professeur de littérature française M. Stapfer lui-même, 
— peut-être ce livre devrjit-il avoir pour titre : M. Sta^ifer et Victor 
Hugo à Guernesey . Mais ma remarque n'est pas un reproche, car, si 
le u moi » de M. Stapfer se montre volontiers, il n'est pas haïssable, 
et tant s'en faut, étant celui d'un homme d'espi'it, auquel vont natu- 
rellement la curiosité et la sympathie de ses lecteurs. D'ailleurs, ce 
sont ici souvenirs personnels et, pour que l'auteur pût dire : Telle 
chose m'advint », force lui était bien de commencer par dire : <( J'étais 
ta.. » 

Ces souvenirs personnels nous étaient déjà connus en grande partie, 
car, parlant de Victor Hugo dans plusieurs de ses ouvrages, M. Stapfer 
n'avait pu se refuser le plaisir et l'avantage de rappeler des conver- 
sations du poète lui-même, de citer de lui des jugements et d'éclairer 
ses œuvres par ses déclai'ations à demi confidentielles. « J'avais sou- 
vent eu l'impression, dit-il p,211, que l'exilé de Guernesey comptait 
un peu sur mon intermédiaire pour faire entendre ses paroles en 
France, et que, loin d'appréhender mes indiscrétions, il versait dans 



286 BIBLIOGRAPHIE 

mon oreille des discours pour tout l'univers. Cet immortel a toujours 
pris soin de la publicité de l'heure présente ; il ne dédaignait nulle- 
ment pour la construction du temple de sa gloire la petite pierre cpie 
j'y [)Ouvais apportei'. » 

Mais, pendant la vie de Victor Hugo ou au lendemain de sa mort 
triomphante, mais dans des ouvrages de critique littéraire où l'anec- 
dote ne devait se glisser que timidement, les souvenirs de M. Stapfer 
ne pouvaient se produire avec toute leur ampleur, comme ils le font 
aujourd'hui. Victor Hugo à Guerjieseij est donc, en somme, un litre 
nouveau, amusant, instructif, après la lecture duquel l'illustre exilé 
sera mieux connu et l'auteur de tant de chefs-d'œuvre à certains 
égards mieux compris. M. Stapfer, avec raison, a voulu présenter ses 
souvenirs dans l'ordre — ou dans le désordre, comme on voudra — 
où ils ont été recueillis, et l'impression de vie et de vérité est ainsi 
plus forte. Mais il eût rendu service à bien des lecteurs en groupant 
ensuite dans un index les hommes et les choses dont Victor Hugo l'a- 
vait entretenu. 

Eugène Rigal. 

Emile Faguet, de l'Académie française. — Propos Littéraires, 
(troisième sévie\ . Par is , Société française d' Imprimerie et de Librairie 
1905, in-18, 

La troisième série des Propos littéraires commence par des études sur 
Malherbe et sur la Poésie française de 1600 à 1620,da.ns lesquelles sont 
démêlés avec finesse les caractères d'une période de transition, où, au 
milieu d'efforts très divers et quelque peu anarchiques, l'humanisme 
cependant s'acheminait vers le classicisme. — Puis, brusquement, 
M. Faguet nous parle des deux Faust, si différents, de Gœtheet de 
Leuau et caractérise les deux poètes. — Enfin, le reste du volume 
(sauf le dernier article, consacré à Nietzsche, et qui n'ajoute rien au 
remarquable ouvrage, d'ailleurs écrit postérieurement : En lisant 
Nietzsche) est consacré au XIX" siècle français. Il y a des articles 
amusants, et qui n'en font pas moins penser, sur un certain nombre 
de poètes et de romanciers, de romanciers surtout : Balzac, Flaubert, 
Anatole France, Loti, Barres, etc. Les plus importantes de ces études 
ont été écrites au lendemain de la mort de quelques écrivaius : Renan, 
Taine, Edmond de Goncourt, Guy de Maupassant, Emila Zola. Est-il 
utile d'ajouter que ce ne sont pas des éloges ou des pamphlets de 
circonstance? et que les jugements de M. Faguet, s'ils ne peuvent 
prétendre à rallier toutes les opinions, sont toujours sincères, motivés, 
et très dignes d'un critique dont nous avons maintes fois signalé ici 
les éminentes qualités. 

Eugène Rigal. 



BIBLIOGRAPHIE 287 

Henri d'Alméras. — Les Romans de l'IIistoii'e. — Los dévotes de 
Robespierre. Catlierine Théot elles Mystères de la Mèie de Dieu. Le 
déisme et le culte de la Raison pendant la Révolution. — Paris, 
Société française cVintprinierie el de librairie, 1905, in-lG. 

La multiplicité des titres que 1\L d'Alméras a donnés à son nouvel 
ouvrage en accuse le défaut, qu'elle a pour office d'excuser, La «Mère 
de Dieu», Catherine Théot, et les pauvres mystiques qui l'entouraient 
méritaient-elles vraiment le nom de << dévotes de Robespierre» ? Kn 
tous cas, leur histoire i'ern[)]issait mal un J((i-<(? volume. M. d'Alméras 
a commencé par l'étendre en citant entièrement dans son texte des 
documents qu'il eût suffi d'analyser, sauf à les joindre aussi aux pièces 
intéressantes qui sont reproduites dans l'Appendice. Il aensuite insisté 
sur les fêtes de la Raison et de l'Etre supiême, où la Mère de Dieu 
et ses fidèles n'ont pourtant joué aucun rôle. 

Ajoutons, pour être juste, que ce défaut a été assez habilement 
pallié et qu'un lien visible rattache ici les «les Mystères de la Mère 
de Dieu », perfidement exploités par les ennemis de Robespierre, à 
l'histoire de la gi'andeur et de la chute du dictateur déiste. 

L'ancien chartreux dom Gerle, à la fois le sectateur et le directeur 
spirituel de Catherine Théot, était un ancien collègue de Robespierre 
à la Constituante et avait obtenu de lui un certificat de civisme : cette 
curieuse figure a été peinte dans le livre de M. d'Alméras. 

Comme le premier des Romans de V Histoire, consacré à Caglios- 
tro, celui-ci montre jusqu'où est allée la crédulité humaine à la fin 
d'un siècle qui avait tenu ;',vant tout à être raisonnable et à combattre 
la superstition '. 

E. R, 

M. Roustan et C. Latreille. — Lyon contre Paris après 1830. 
Le mouvement de décentralisation littéi'aire et ai'tistique. — Paris, 
Champion, 1905, 71 pages, 8°. 

Curieuse étude, dont le titre et le sous-titre font bien pressentir 
lintéiêt. Après un examen rapide, mais animé, des revendications 
lyonnaises, des Revues, de l'Académie, des sociétés littéraires et 
artistiques fondées à Lyon, en un mot des efforts faits par les vail- 
lants fils d'une originale cité pour secouer le joug intellectuel de 
Paris, MM. Roustan et Latreille étudient successivement la musique, 
la peinture, la poésie et la littérature lyonnaises après 1830. Les mor- 

' P. 46, 1. 9, il faut sans doute lire firté au lieu de pitié. — P. 135, 
qu'est-ce que : «Je poussais de rage» ? — P. 199, pouvait-on dire que 
« le Comité de sûreté générale s'affirmait j)ositiviste » ? 



288 BIBLIOGRAPHIE 

ceaux cites n'ont pas toujours un accent bien personnel et prouvent 
que l'influence parisienne s'exerçait toujours; mais il est intéressant 
de voir ce que devenait le Romantisme en un tel milieu et quel était 
pour cette pai'tie de la province le rôle d'un Lamartine, d'un Victor 
Hugo ou d'un Béranger. E. II. 

R. Michalias. — Rrs de lous Suts, Amhert, iinpr. J. Mlgcon, 
1904 f avec traduction française). 

C'est un recueil de vers en langage d'Ambert qui présente un grand 
intérêt dialectologique et dénote un réel talent de poète sentant et 
comprenant la vie des choses (voir notamment la pièce de la page 01 
sur la vie et la mort des arbres). Une analyse développant ces deux 
points de vue m'entraînerait trop loin : il me suffira de dire que ces 
clianls des montagnes, reprenant une tradition littéraire perdue depuis 
VOme content de Pasturel, assurent à leur auteur, — son maître et ami 
Arsène Vermenouze appartenant à une autre famille dialectale — , la 
première place parmi les écrivains du paider d'Auvergne. 

J. R. 

P. Roman. — Lou Gai-Sabé. Antonlouglo prouvençalo pèr l'an 1905. 
1° annado. Avignouyi, Aiihancl fraire, 1905. 

Cette anthologie contient une trentaine de morceaux choisis en vers 
ou en prose, groupés sous quatre titres : lei troubadour, lei Iroubaire, 
lou flourege, lei felibre. La plupart des pièces, sauf celles des félibres, 
sont accompagnées d'une notice biogra[)hique et bibliographique sur 
leur auteur. C'est une petite chrestomathie, commode et élégamment 
publiée, qui permettra aux amateurs de parcourir à grandes enjambées 
et sans fatigue la littérature provençale eu commençant par Bortran de 
Born pour finir par Marins Pelabon. 

J. Angîade. — Deux troubadours narbonnais : Guillem Fabre, 
Bernard Alanhan. Narhonne, F. Caillard, 1905, in-8", 35 p. 

Cette brochure de notre coUaborateiu' est une étud3 consacrée à 
deux compatriotes — et deux contemporains — de Guiraut Riquier. 
Les documents sont assez abondants sur le premier ; il n'en est pas 
de môme du second, dont le nom n'apparaît pas dans les documents 
narbonnais de l'époque. Les textes des poésies sont publiés avec tra- 
duction et commentaire. A propos iïavalssa, qui se trouve dans B. 
d'Alanlian, M. A. propose de le rattacher au latin uascus, a, uni. 

Le Gérant responsable: P. IIamelin. 



GOiNTENANGES DE TABLE EN VERS PROVENÇAUX 



A M. Frédéric BRAUN 

14. IL 1905 



Il y a Iongtem[)S que j'avais copié à Florence le petit poèn.e didacti- 
que ^ qui suit et que j'en avais promis la reproductiou à la Revue des 
langues romanes. L'édi.tion de M. L. Biadene^ (ainsi que le compte 

' Je préfère ce terme français à 1'» Ensenhamen » provençal, qui 
s'appliquait, à ce qu'il paraît, à des compositions didactiques d'un 
caractère spécial. V. J. BaUie. Der Begrifl des provenzalischen « Ensen- 
hamen />, dans VArcliiv fur das Studium der neueren Sprachen, vol. 113 
(1904), p. 394 ss.; cf. W. Bohs, l'introduction à son édition du poème de 
Rainion Vidal, Abrils issi' e maijs intrava, dans les Romanische For- 
schiingen, XV, 1, p. 204 ss. Sur la littérature des « Ensenhamen» v. 
aussi l'article de Ramiro Ortiz, Il « Reggimento » del Barberino ne' suoi 
rapport! colla letteratura didattico-morale degli Ensenhamen, Zeitscitr. 
fur roman. PhiloK, vol XXVIII (1904), p. 550 ss. et 679 ss.— Nos Conte- 
nances ont reçu de M. Biadene (v. ci-dessous) le titre suivant: Com hom 
se deu tener a taula. — Les questions de ce genre ont été traitées souvent 
dans la littérature du moyen-àge. Toute une série des « Contenances » 
en prose et en vers nous a été signalée par K. Weinhold, Die Deutschen 
Frauen im Mittelalter^, I (1882), p. 160 ss.; ajouter le teste latin publié 
par M. Biadene (ms. Ambrosianus 95 Sup. c. 33r-v) qui n'est qu'un 
remaniement du poème publ. par M. Novnti (Carmina medii aevi p. 49), 
le texte italien imprimé dans la Rivisfa di filol. rom. 11,45 ss., un autre 
signalé dans la ZsfrPh, III, 126, Chastiement des dames de Robert de 
Biais (v. Méon, Fabliaux et contes, Paris 1808, II, p. 184 ss.) ; v. aussi 
Montaiglon, Recueil de poésies franc., I, ?• 186; Domostroï (Ménager) 
russe du XVI s. (Etudes critiques sur le D. de /. Nekrasov, Tchteniya 
Obchtchestva istorii i drevnosteï ross., 1872, II, p i ss.. A. Mikhaïlov, 
Journal du Ministère de l'Instruction publ., 1889, II, p. 294 ss., 111, p. 
125 ss.; ibd., 1889, VI, P- 372 et 1890, VIII, p. 332 ss. Sur les «Conte- 
nances » suédoises v. H. Schùck, Svensk literaturhistoria, (Stockh. 1890) 
I, p. 352 ss. 

* Il a été signalé pour la première fois par M. P. Meyer, qui en a 
imprimé de petits fragments, v. Romania XIV (1885). p. 519. 

^ Cortesie da tavola in latino e in provenzale. Nozze Cassin-D'Ancona. 
Pisa XXI gennajo MDCCCXCIII. 

19 



290 CONTENANCES DE TABLE EN VERS PROVENÇAUX 

rendu qu'en a donné M. Tohler^) m'avait échappé alors. Je n'ai eu 
connaissance de ce travail qu'après avoir mis la dernière main à mon 
texte'. J'espère qu'on voudra bien excuser cette inadvertance en pen- 
sant qu'il est difficile de se tenir au courant des publications de ce 
genre. 

Si je me permets de remplir la promesse faite à la Revue des 
Langues Romanes, en pul)liant un texte déjà mis au jour, c'est que je 
pense que la nouvelle reproduction de ce petit document littéraire 
pourra être utile, les « Cortesic » de M. Bladene étant peu accessibles 
et, par conséquent, peu connus. ■^ 

V. Chichmarev 

1. Quan tu a la taula seras, fol. 16 v°. 

la vianda tu senharas. 

Avan que manges pensaras 

dels paoures e los serviras, 
5. que a Dieu deu donar la flor 

de son condug, da la milhor, 

c' aysel servir Dieus vol en grat 

2. ms. scnhasras. — 4. M. P. Meijer imprime: paures ; je garde 
la gra[ihie du ms., où Vou représente Vu de la diphtongue au, confor- 
mément à l'usage du temps ; v. P. Meijer, Mémoires de la Société 
de linguistique, 1, p. 157, et \V. Miishache, Geschichtliche Entwicke- 
lungder Mundart von Montpellier, Heilbroun, 1884, p. 42. — 5. Corr.: 
que a Dieu deu [hon] donar la flor. ... ou : que a Dieu deu[s]. ... de 
ton condug? M. Biaden". intercale hoti et traduit les vv. 5 et ss. : chè 
a Dio si deve dare la parte più scelta del projirio cibo, la migliore, 
chè quel serviie Dio ha a grado più che non il rilievo.gli avanzi, délia 
mensa. — 7. Corr. avec M. P. Meyer : col en grat ? 

* A rcJiiv fiir das Stiidium der neucren Sprache?i, vol. 90 (1893), p. 326 ss. 

* J'exprime ici ma plus vive reconnaissance à M. Pio liajna, qui a bien 
voulu me communiquer son exemplaire des « Cortesie ». 

* Sur les détails techniques des Contenances v. A. Schultz, Das hôfische 
Leben im Mittelalter; M. Bartsch, Die Formen des geselligen Lebens im 
Mittelalter, dans ses Gesammelte Vortriige und Aufsiitze, Freiburg i. B, 
TUbingen, 1883, p. 272 ss.; Mûller, Die tàglichen Lebensgewohnbeiten in 
den altfranzôsischen Artusromanen, Marburg, 1889 ; ^. Franklin, La vie 
privée d'autrefois — Les repas, Paris, 1889; Laura Torretta, Il « Wâscher 
Gast » di Tommasino di Celclaria e la poesia didattica del secolo XIII, 
dans les Studl rnedievali, vol. I (1904), fasc. 1, p. 35 ss. 



CONTENANCES DE TABLE EN VERS PROVENÇAUX 291 

plus que non fay del relevât. 

E quant a taula maniaras, 
10. de trop rieyre ti gardaras, 

car tost homs si faj escarnir 

en tôt luoc hon el vol trop rir. 

Non comens premier a maniar, 

tro autre veias comensar. 
15. Non vullias a sobre parlar 

sobre taula a ton maniar, 

quar faj si hom tenir per fol 

e cuia hom que vin Tafol. 

Bon guardar fay am qui maniaras 
20. e con captenir ti deura?, 

car sil honras el t' onraraf^n] 

de so que davan lur tenran. 

Ni non vullias trop enconb[r]ar 

sobre taula a ton maniar, 
25. que semblarie fosas glot 



8. relevât — n'est pas dans Raynouard {Lexique) ; le mot doit 
avoir ici le sens de Fit. rilievi, fr. reliefs, prov. releu, cf. la note de 
M. P. Meyer. — 10. rieyre, v. Mistral, Lou trésor, s. v. rire : reire, 
en rouerg. moderne ; reire, rieire. — 12. ms. trupiri. M. P. Meyer 
imprime : crupir, en marquant le mot d'un point d'interrogation. 
M. Biadene garde : crupir, leçon du ms., et l'explique par (( avvilii'si » 
(marqué d'un?). Mais cet « avvilir.si » est loin de donner au passage 
un sens satisfaisant. Du reste, l'explication paraît ne pas satisfaire 
M. Biadene lui-même. J'accepte la correction (trop rir) proposée 
par M. Tabler, qui est très simple et donne un sens bien meilleur. 
— 17. ms. quan. M. P. ilfet/er préférerait : qu'auz. — • 19. Sur la 
locution : fay bon, fr. fait bon, v. Tabler, Vermischte Beitriige zur 
franz. Grammatik, Leipzig, 1886, p. 179 ss. — 21. ms. tonrara ou 
tenrara ? — 23. ms. enconbar. — 25. semblarie. Notre texte nous 
oifre plusieurs exemples de l'affaiblissement de ia en ie : v. tenrie 
30, poyrie 51, Normandie 61. La Vie de Ste Marguerite et Lo Gar- 
dacors que contient le même ms florentin, offrent tonte une série de 
formes analogues: crezie à coté de benezia, sie — sia, vie - via, 
Marie — Maria, Lucia, etc., nous rencontrons aussi sien à côté de 
sian, tenrien, etc. 



292 CONTENANCES DE TABLE EN VERS PROVENÇAUX 

e d'ayso esser escarnit tantost. 

Ni digas (ges) : « D'ayso vuel maniar », 

mas d'aquo que ti voiran dar. 

Ni (non) digas ges : «D'ajso [non] vuelh », 
30. que tenriet o liora as erguelh, 

mas cubri gent si not sap bon, fol. 17 ?'° 

digas que tôt es bel e bon. 

Ni [non] digas : « Aj per engal », 

qui que partisca ben ho mal. 
35. E garda sobre ton maniar, 

non vulhas en l'autruj badar. 

]Ni non ti vuelhas escaudar 

ta boca, (per) cochos de maniar, 

que vergonha es de retrayre 
40, mosels que veia hom atrayre. 

Jamays non vulhas comensar 

de vin heure ans el maniar. 

Laysa comensar lo milhor 

e aysi tu auras lauzor. 
45. Tos vestimens vuelhas gardar 

que non calha de maniar, 

que cant tos vestimens en layses, 

2G. ms. escarnit ou e?carnir? Corr. : d'ayso ers esc. t.? ou, comme 
le propose M. Biadene : e d'ayso escarnir t'an tost il y a beaucoup 
d'exemples de cette forme décomposée du futur en ancien piovençal. 
— 29. ms. Ni non digas ges d'ayso vuelh. — 31. ms. non. — 33. 
ms. per golut. Per engal — est la correction proposée par M. Pio 
Rajna. La copie de Pierre de Serras donne : Ni digas non ay etc., 
mais le manuscrit original poi'tait, probablement, — « Ni non 
digas » etc., qui aura contribué, eu ce cas-là, à l'altération du v. 29- 
40. mosels, cf. mocel 50 et tesor 72, où le groupe rs protonique 
s'est réduit à s. — 42. ms. en sel maniar. M. Biadene met une vir- 
gule après maniar. — 44. ms. E aysi. M. Biadene lit : c'aysi et cor- 
rige: que avsi. — 46. Corr. : y calha del maniar? Du reste, le vers 
n'est pas très clair. M. Tabler propose de corriger — no i caia. Sur 
calhar (coagulare) v. A'. Slichel, Beitiâge zur Lexicographie des 
altprovenz. Verbums, Marburg 1890 = Ausgab. & Abhandl. hrsgb. 
von K. Stengel, Lxxxvi, p. 24 ; Stimmlng, Bertran de Born, 2, 30 
note; Chabaneau, Revue des langues romanes, ix, p. 203. — 47. ms. 
Que cane. 



CONTENANCES DE TABLE EN VERS PROVENÇAUX 293 

ben es senhal que lag te payées. 

Ni ia non vullias per ton grat 
5'). heure, trol mocel aias pasat, 

car mal Icu pojrie avenir 

d'est[r]anguolhar e de morir. 

Ni ia non vulhas convidar 

ni de heure ni de nianiar 
55. [s]els que a la taula seran, 

car he leu a mal so tenran, 

si donc de costa non ti se. 

Ni non tencgas enap pel pe, 

car non pot hom tan gen pauzar 
60 

Ni non vulhas heure nulha via 

a costuma de Normandie, 

car ellos heuran a una taula 

sinquanta ves ses tota faulha. fol 17 v° . 
65. Suau heura?, auzaut e gent, 

non a signe de motas gens 

que heven ara gola hadada, 

la goria par que aion trencada. 

A r enap non vulhas toccar, 
70. quant seras plens de hon vin clar, 

50, Le copiste a mis au commencement des vv. 50-61 des paroles 
qui se trouvent au commencement des vv. 52-62, et qu'il a biffées 
ensuile. Au v. 60, qui manque dans notre texte, correspondent les 
paroles Si donc. Appartenaient-elles vraiment à ce vers? Il est bien 
plus probable que ce Si donc ait été mis tout simplement par erreur, 
puisqu'il se trouve au v. 55 à côté de Ni non au vers suivant, de même 
qu'au V. 58 à côté de Ni non au v. 50. — 50. Le vers est trop long. 
M. Tabler, en s'appuyant sur le vfr., propose de lire: mors, au lieu de 
mocel. — 55. ms. els, sels est eu marge. — 57. Le sens n'est pas 

bien clair : «N'invite pas , excepté ceux qui seront assis à côté de 

toi»? — 58. ms. tencgas en appelpe. — 59. Corr. : nol pot? — 61. 
ms. penre. M. Biadene garde la leçon du ms. — 65. auzaut, cf. le 
v. 84. La diphthongne au de la première syllabe s'est développée 
sous rinfluence de celle de la seconde. — 67. ms. : verien am gola ; 
— 69. ms. A leuar. M. Tabler corrige : A l'enap. M. Biadene irn- 
piime : A levar. 



294 CONTENANCES DE TABLE EN VERS PROVENÇAUX 

am tos det grases ni honglas, 

tro al tesor los aias torcat ; 

ni am la man que sie orezada 

non bevas, tro Taias torcada. 
75. E quant lo vin voiras levar, 

non vu'has las hongîas ficar, 

que si la hongla es ficoza, 

elasera enverinosza. 

De cals ti vuelh ieu castiar 
80. que non los vulhas lag maniar, 

an[z] los prenguas cortesamens 

an los très det tan solaraens. 

De sopas quant maniaras, 

auzaut e gent ti pajseras, 
85. e sien ben amezuradas, 

que non las mordas dos vegadas. 

Ni ia no(n) t(i) fasas escarnir 

nulh temps per masal cajs implir, 

ni non i metas per mon grat, 
90. tro l'autra n[on] aias passât. 

E beuras ton vin ben temprat 

que non fasas parlar de fat : 

la colpa non es ges del vin, 

mas de tu quel baves (en)aysi. fol. 18 r°. 
95. Motas vegadas li ven dol 

qui vol beure a tôt son vol, 

71. honglas ( : torcat) = honglatz — ongle. M. Tobler propose 
de lire : onchas = onchatz. — 77. ms. sicoza. — 78. ms . enveri- 
noszo. — 79. cals — n'est pas dans le Lexique roman. C'est le 
lat. coagulum (cf. it. caglio, qualio, gaglio, etc.). E. Levy, Proven- 
zalisches Supplément- Wôrterbuch: calh := saure Milch, Quarkkaese, 
V. Mistral, calh, cai = matière coagulée, partie caséeuse du l^it, 
lait caillé ; matière qui sert à faire cailler le lait, présure. — 81 . 
ms. an los. — 83. ms. sopar. Sopa — soupe, sont des tranches de 
pain destinées à être trempées dans le bouillon (V. G. Paris, Ro. x, 
p. 60; Littré, Dictionnaire), cf. esp. ptg. sopa, l'it. zuppa = pane 
intinto nel vino ou pane intinto in qualsivoglia altro liquore, minestra 
fatta di pane messo nel brodo (Fanfani). — 88. ms. masas cays. — 
92. ms. denfans. Corr. : de fat ou en fat? 



CONTENANCES DE TABLE EN VERS PROVENÇAUX 295 

la non vulhas nulh temps parlar 

am lo cay plen de to maniai', 

e garda que non t(i) esca vent 
100. de nulha part ton ejsient, 

la non vulhas ton nas torquar 

am la man nuza ni mocar. 

En aital luoc tu ti cejras 

que ia vergonha non auras 
105. que diga hom : « d'aqui levas! » 

e (ti) i sejras quan (que) plus onrat. 

Mezura es bona per tôt 

e a taula sobre que tôt, 

car sel que masa maniara 
110. lo cors e l'arma nafrara : 

lo cors per so quar se fendra, 

l'arma per so car peccara. 

Non ti oblides per ton gran ben, 

si as amor de Dieu ni fe. 
115. A Dieus lauzor deias donar 

can de taula voiras levar. 

Tôt homs ejsemple penra en te 

de laysar mal e faran ben. 

Amen. 

100. ms. eysient, M. Biadene : ensient. — 105. levas = levatz, 
M. Biadene corrige: levât. — 111. ms. fordra ou fondra? J'accepte 
la conjecture de M. Pio Rajna proposée à M. Biadene. — 115. ms. 
en tu, cf. le v. 94. 



UNE VARIANTE ALLEMANDE 



« APRES LA BATAILLE » 



Victor Hugo, passé au rang des classiques, subira de plus 
en plus leur sort commun : son œuvre s'augmentera de com- 
mentaires et d'appendices, et un jour viendra où les écrits de 
ses interprètes formeront une bibliothèque, comme il est 
arrivé pour Dante, Shakespeare et Gœthe. On recherchera 
les sources de son inspiration, on établira des rapprochements : 
on le fait déjà, et en vérité cette érudition est le meilleur 
hommage rendu au génie. Tout ce travail m'encourage à 
reproduire un récit que j'ai rencontré dans le Livre allemand 
de lecture pour les écoles bourgeoises et populaires du D"" Karl 
Wagner : La bouteille à demi-pleine. 

« Dans une guerre entre la Suède et le Danemark, un Alle- 
mand de Flensburg, ville qui appartenait alors aux Danois, 
avait pris part comme simple soldat à une bataille où les 
Danois avaient eu la victoire. Après le combat, placé en sen- 
tinelle, il avait obtenu, non sans peine, une bouteille de bière 
pour étancher sa soif brûlante. Comme il la portait à sa bou- 
che pour se restaurer, tout près de lui retentit l'appel suppliant 
d'un Suédois qui, privé de ses deux jambes, demandait avide- 
ment à boire. Cédant à la compassion, notre guerrier se 
penche vers celui qui l'implorait, et, oublieux de sa pro[)re 
souffrance, lui tend la pleine bouteille. Au même instant, le 
perfide Suédois, pour assouvir une dernière fois sa haine 
nationale contre les Danois, dirige un pistolet sur son doux 
bienfaiteur. Mais celui-ci a le Seigneur Dieu pour bouclier : 
l'arme rate. L'Allemand saisit tranquillement la bouteille, boit 



UNE VARIANTE ALLEMANDE 597 

la moitié du contenu, et la tend au mourant désarmé, en 
disant : Maintenant tu n'auras que la moitié. Pour cette raison, 
les descendants du brave homme portent dans leurs armes une 
bouteille à demi-pleine » '. 

En Allemagne, il serait possible de retrouver la source et 
de déterminer l'authenticité historique de cette anecdote qui 
paraît tout d'abord une variante d'Api^ès la Bataille, le mor- 
ceau si connu de la Légende des Siècles ; mais la priorité de la 
forme allemande ne prouverait point que Victor Hugo Tait 
imitée. Dans toutes les armées européennes, des exemples 
analogues de compassion pour les blessés sont nombreux, et 
l'un ne fait point de tort à l'autre. L'idée de punir le traître 
en réduisant sa part est un mouvement d'humeur naturel chez 
un simple soldat. Mais nulle part comme à la guerre ne se 
dessine avec vérité le tempérament de chaque peuple : la 
bonhomie elle-même des races du nord s'y nuance très diver- 
sement. Le soir de Vitoria, le caporal anglais Lawrence ren- 
contre un blessé français auquel, comme au Danois de Flens- 
burg, un boulet avait enlevé les jambes. Le malheureux, 
craignant d'être tourmenté par les Espagnols, supplie le 
caporal de ne pas l'abandonner. Lawrence consent à lui tenir 
compagnie «mais aussi longtemps qu'il le juge bon», et 
aussitôt pense à bien employer son temps. Il fouille le sac du 
mourant, y trouve un morceau de porc cuit et trois ou quatre 
livres de pain. Il découpe un peu de pain et de viande qu'il 
laisse au Français et prend le reste. Sur les sept dollars espa- 
gnols et les sept shillings que le blessé avait dans sa poche, 
il lui rend un shilling et repart rejoindre sa compagnie. 
Lawrence est un excellent homme, mais il n'oublie jamais son 
intérêt, qu'il s'agisse de sa bourse ou de son estomac-. 



' Deutsches Lesehuch fur Biirger iind Yolkschulen, v. Dr. Karl 
Wagner, 23= éd., Stuttgart, 1873, p. 89. — P. 105-107, l'on a une 
narration assez longue portant sur les privations que les soldats 
prussiens s'imposaient pour désaltérer les blessés autrichiens, le soir 
de la bataille de Nachod (27 juin 1866). 

2 Les Mémoires d'un grenadier anglais (1791-1867), traduits par 
Henry Gauthier-Villars, ont paru dans la Revue hebdomadaire, année 
1897. 



298 DE « APRÈS LA BATAILLE » 

Le ton du récit allemand n'a rien de l'allure épique et che- 
valeresque de la Légende : c'est celui d'une Morale en action. 
Mais procéder à une comparaison terme à terme de deux 
pages d'un caractère si différent, serait imposer à soi et au 
lecteur un labeur stérile. 

Ferdinand Castets. 



DISCOURS 

PROUNOUNCIA AU FE3TENAU DE SANTO-ESTELLO 

lou i2 de jun 1905 

EN Arle 



Gènti Dono e car Felibre, 

Eici sian dins la noblo ciéuta d'Arle, au mitan d'aquelo 
planuro superbo qu'es lou caire-fourc soubeiran di pople latin, 
lou nous ilustre d'aquéli grand camin de meraviho qu'espan- 
diguèron, autre-tèms, la civilisaeioun et lou renoum dis àvi. 

Arle! Gallula lloma Arelas ! Vilo de Constantin, capitaio 
de la Pas Roumano ! Es la leiçoun de ti rouino passade e de 
toun nouvelun prssènt que venèn teta vuei coume lou la de 
nosto raço. 

Gerto, Midamo, lis ensignamen d'Arle mancon pas, e lou 
proumié de tôuti es aquéu de la Bèuta. Despièi lis antiqui 
Venus e li dansairis de pèiro que fan l'amiracioun dôu mounde, 
enjusqu'i chato inmourtalisado pèr Mirèio, la tiero est ramudo 
e flourido, di rèino de belesso qu'enlusiguèron aqueste pais 
prestigious. Arle, « ove'l Rodano stagna», coume dis lou 
grand Dante; Arle, ounte lou Rose s'espalargo, pèr veni, dins 
soun amplitude, «embrassa l'iscle inmènse de Camargo», 
Arle es la terre d'elèi de tôuti li pantai d'alegranço e de 
malancounié, e lou mai agradiéu di pres-fa sarié seguramen 
de segre emé vautre un d'aquéli draiôu de délice esperitau 
que van dôu Teatre antique esbarlugant de lumière à la pre- 
feundo douceur d'un calabrun is Aliscamp. 

Mai, vuei, vous n'en demande escuso, es une leiçoun un pau 
sévère bessai, mai necite à nèstis amo, une leiçoun d'enavans 
e de fe que venèn cerca dins l'istôri d'Arle. 

La grand planuro roudanence que, de Nimes à-z-Ais e 



300 DISCOURS PROUNOUNCIA 

d'Aurenjo à Marsiho, servo li soubro li mai estounanto di 
tèms passa, aquéu centre geoulougi dôu « Bacin prouvençau » 
que li serriero ceveneso e lis Aup dôufinenco e niçardo enclau- 
son coume un nis de perfum e de joio, aquéu mesouioun de 
la naciounalita prouvençalo a jouga dins Tistôri di Gaulo un 
rôle capitau. 

Emé lou Bacin de Toulouse e lou Bacin de Paris, lou Bacin 
d'Arle es l'un di très grand centre pouliti que se disputon au 
courrènt di siècle la prepoutènci en Gaulo, es l'un di très 
grand pôle d'atracioun di pople, l'un di très grand fougau 
ounte s'atubon à-de-rèng li reneissènço e s'ourganisou li forço 
vivo di civilisacioun. 

La Naturo ansin l'a raarca, e l'Istôri ansin lou counfiermo. 

De tout segiir, lou passât de tôuti li terraire nostre s'amerito 
l'estùdi e l'afecioun, car lôuti an vist se debaiia de triounfle e 
de mau-parado, et tôuti aboundon en ensignamen souciau 
fruchié. Mai l'on pou dire que lis evenimen essenciau, aquéli 
qu'an muda prefoundamen lou destin di pople de la Gaulo, 
de-longo an agu pèr fougau aquéli très centre pouliti majour : 
lou païs d'Arle, Toulouso, Paris. 

Es pas besoun de faire d'alôngui pèr rapela l'empèri de 
Toulouso au tèms di Vesigot, e, plus tard, emé la dinastio 
naciounalo di poupulàri Comte Ramoun, que segnourejavon 
sus quasimen tout lou Miejour. L'impourtariço istourico de la 
planuro roudanenco es encaro mai esclatatito : capitalo 
au tèms di Rouraan, Arle demoro pièi long-tèms la capitalo 
ideiouso de l'ideious Reiauœe d'Arle. Lou Bacin d'Arle vèi 
flouri li pouderôusi republico d'Avignoun, de Marsiho e d'Arle 
que tenon tèsto loungatnen is assaut di prince fourestié d'Uba. 
Es d'Avignoun, dins lou Bacin d'Arle, que, setanto an à-de- 
rèng, la Papauta vèn dita si lèi au mounde crestian. Enfin, 
pèr mousti'a l'impourtanço majouro d'aquéli pôle d'atracioun, 
d'aquéli pivèu geoulougi, estrategi, couraerciau, d'aquéli cen- 
tre soubeiranamen istouri de Toulouso e d'Arle, basto proun 
de raarca que dins la guerro naciounalo dôu siècle tregen, 
quand la barbarie trioutifio de la civilisacioun et que la pre- 
poutènci poulitico vai passa definitivamen à Paris, es encaro 
dins li piano de Toulouso e d'Arle que se debanon lis evenimen 
majour, aquéli que decidon di resulto finalo. Es à Muret, es à 



AU FESTENAU DE SANTO-ESTELLO 301 

Toulouse, es à Bèu-Caire, e, finalanien, souto li barri d'Avi- 
gnoun, que lou nous de la guerro se trenco e que l'Astrado de 
la patiio miejournalo se dcrruno de façoun decisivo. 

Li piano deToulouso e d'Arlo, vaqui dounc, pèriiàutri Mie- 
journau, lou teatre di respelido e di casudo, la terro di rouino 
e di flourido, vaqui li cros ornai li brès de nosto naciounalita. 

E, aro, aquéli causo estent segiiro e bèn entendudo, vole, 
pôr la pensado, me repourta 'iné vous au mitan dôu siècle 
dès-e-nouven, en 1850, alor que la boulegadisso felibrenco 
èro pancaro araoudado, e, à supausa qu'à-n-aquelo epoco la 
counsciènci di naciounalita fugue estado poussiblo emai assa- 
bentado coume l'es vuei, vole nie demanda quétis idèio, quéti 
desiranço apassiounado aurieu alor coumpli la courado d'un 
lèime enfant de nosto terro d'O poussedissènt aquelo coun- 
sciènci. 

Vaqui, me sèmblo, ço que se sarié di : 

Se lou Miejour dèu respeli, lou fougau de sa respelido 
s'atubara seguramen dins li païs de Toulouso o d'Arle, car 
ristôri atoustèras counfierma laNaturo. Mai, se l'on counsidèro 
pausadamen li causo, es de souveta vuei que lou Destin elegi- 
gue de preferènci lou païs d'Arle : la situacioun de noste 
Miejour au mitan dis àutri nacioun lou destine en efèt, coumo 
au tèras de Roumo, à servi de liame i pople latin. Or, la 
planuro d'Arle es la grand crousiero d'aquéli pople, en même 
tèms qu'un di caire-fourc majourau dôu ixiounde entié pèr lou 
trafé e lis escàmbi de touto raeno. Aquéu grand caire-fourc di 
pople poussedis sus la mar nostro un port soubeiran qu'es lou 
jouièu lou mai requist di nacioun rnarino, acjuelo « porto dôu 
Levant », aquelo flour dis âge, Marsiho^ que resisto despièi 
dous milo an,gaiardo e que mai pouderouso, is assaut de tôuti 
li pèsto, que vèngon de l'adré vo de l'uba .. 

E, pèr marca li rode ounte s'atubon fourçadamen li reneis- 
sènço, dequé i'araai? l'a lou lustre de l'istôri e di tra iicioun... 
Or, vous lou demande, queto istôri e quéti tr.idicioun podon 
se coum[iara en lustre à-n-aquéli di vilo dôu relarg d'Arle, 
d'Avignoun, de Marsiho, de Nimcs, di Baus, d'Aurenjo ?. . . 
Ounte soun lis espandidou capable de coungreia mai de fierta 
naciounalo qu'aquéli de la Roco de Dom, di palais d'Arle, 
dôu Lacidoun marsihés?... 



302 DISCOURS PROUNOUNCIA 

E, aro, quente es lou pres-fa niajour de tôuti H pople 
qu'aparon soun èirae, que defèndon sa persounalita? Tout lou 
mounde lou saup: es, en subre de tout, de garda jalousairien 
sa lengo, de Tenlusi, de la mètre à l'ounour dôu mounde. Car 
la lengo, acô's l'amo mémo d'un pople, sa tradicioun vivènto, 
la cadeno aubenco e trignoulejanto que ligo li vivent i mort, 
H felen is aujôu, Tome à la raço... Aqui-dessus, poudès inter- 
rouga lou passât emai lou présent, vous respoundran d'uno 
souleto voues que la lengo es lou substraturu même d'uno 
raço. Tant que la lengo viéu, la raço vléu, e se la lengo tre- 
lusis, la raço mounto. 

Or, s'en-liô mai jamai s'es prouvado une lengo mai vivènto 
que nosto lengo d'O, dins tôuti si manifestacioun dialeitalo; 
p'en-liô mai jamai s'es escampihado une flourido de parla 
naiurau mai fougous, mai entimamen fraire que li nostre, en- 
liô mai, tambèn, se rescontro, dins touto la terro d'O ,un dia- 
lèite mai evidentamen elegi de l'Astrado qu'aquéu de la pla- 
nuro d'Arle. 

E pode n'en parla libramen, à cor dubert, car siéu pas, iéu, 
d'Arle nimai d'Avignoun. Davale di mountagno aupenco ounte 
ai teta un parla vièi, rufe e sanitous. Enfant, ai gaubeja li 
parla de Toulouso ; jouvènt^ ai pantaia dins aquéli dôu Len- 
gadô e dôu NiçarJ. E s'ai ansin pouscu prépara dins iéu, pèr 
l'esperiènci dirèito, la counsciènci, vuei pousitivamen coun- 
quistado, de l'unita de nosto lengo, es donne pas un sentiraen 
de particulari-sme estré que me buto, mai bèn la forço de 
l'esclatanto verita que m'em[iaraulo irresistiblamen quand dise 
la vertu soubeirano dôu parla d'Arle. 

Certo, li caratère essenciau di dialèite astra pèr douna lou 
vanc i respelido literàri di lengo soun proun clar e proun 
couneigu pèr que sufigue de li rapela : aquéli dialèite soun 
parla pèr de poupulacioun noumbrouso de pacan soulidamen 
enracina dins lou terraire, vivent dins un relarg vaste e drud, 
facilamen dubert is escàrabi, semena de vilo abourgalido e 
richo... Or, aquéli coundicioun se rescontron meravihousa- 
men dins la grand planuro roudanenco, ounte, di Sànti-Mario 
à Mountelimar e de Niraes à Seloun, tout un pople de mei- 
nagié gaubejo vigourousamen,e quasi sènso nuanço dialeitalo, 
la lengo agusto de nùsti rèire. 



AU FESTENAU DE SANTO-ESTELLO 303 

Enfin, pèr li coundicioun mémo de aoun séjour, de souii 
estage, lou parla d'Arle poussedis la fourtuno uMcnco d'èstre 
l'un di mai evouluï, valènt-à-dire l'un di mai moudeiTio 
di parla d'O; e acù's taml)èii — ristôri nous l'ensigno — uno 
di coundicioun essencialo di parla que l'Astrado elegis pèr 
cap-d'oustau dins li familio lenguistico que .se destressounon 
vers la glôri dôu Verbe. 

Mai es pas lou tout qu'uno lengo fugue vivènto e vigou- 
rouso dins tôuti si parla, nimai qu'elo poussedigue un dialèite 
gaiard e mouderne coume lou paria d'Arle. La voues de TIs- 
tôri es unenco aqui-dessus tambèn : pèr qu'un pople re- 
prengue, dins sa lengo, counsciènci d'éu-meme, fau de touto 
nécessita qu'un pouèto naciounau s'auboure. Tôuti li raço ma- 
trassado lou cridon loungamen dins si doulènci : « Ço que nous 
fauto, cridon, es un pouèto naciounau... Ah! nasque enfin un 
grand pouèto pèr noste sauvamen, qu'acô nous vaudra miés 
que cent bataio gagnado !... » 

Es pèr ac6, Midamo e car Felibre, que lou pensaire 
de 1850, counsciènt dôu deveni di naciounalita, aurié segu- 
ramen claus sa dicho coume seguis : 

Pèr qu'uno respelido miejournalo ague l'astrado la meiouro, 
es de souveta qu'elo chausigue pèr fougau la terro d'Arle, 
ilustre caire-fourc di pople e mesouioun de la naciounalita 
prouvençalo; es de souveta que lou sentimen de la lengo vèngue 
ressuscita l'enavans de la raço; es de souveta, pèr compli tau 
pres-fa, que lou dialèite d'Arle fugue elegi dôu Verbe e qu'un 
grand pouèto s'auboure pèr l'ilustra magnificamen. . . 

Quentojoio, o Felibre! quento fe, quento esperanço indes- 
trutiblo dèvon-ti pas enarta nôstis amo, quand vesèn que lou 
pantai naciounau de 1850 s'es coumpli pan pèr pan... quand 
vesèn que l'asard i'es pèi' rèn, e que, segound soun èirao per- 
sounau, se d'uni dison qu'èro uno causo escricho, d'àutri 
podon facilamen cerca li resoun pousitivo e determinanto 
d'aquéu miracle esmouvènt, d'aquéu miracle iinen que raarco 
la respelido miejournalo pèr la mai glouriouso dis astradol... 
Es toujour que, dôu terraire d'Arle, en 1859, un cop de cam- 
pano a restounti sus l'univers entié, sonnant i quatre vent la 
neissènço de Mirèio. Es toujour qu'uno lengo secutado cinq 
siècle à-de-rèng, e mespresado de si fiéu éli-meme, a, tout 



304 DISCOURS PROUNOUNCIA 

d'un vanc, remounta vers li cimo de la glèri. Es toujour que, 
perla vertu de l'engèni, vounge milioun d'ome esparpaia, des- 
natura, isoula mouralaraen, an représ, en cinquanto an, coun- 
sciènci de sa lengo et de sa raço, e que, vuei, li pensaire dôu 
mounde entié regardon versMaiano coume de-vers la Mèco di 
Tèms avenidou. 

Gènti dono e car Felibre, uno raçoque, dôu prefound de si 
fruchaio, coungreio au soulèu de Dieu un miracle tau que 
Mirèio, acô's uno raço que se sauvo e que s'ilustro pèr l'eter- 
nita. 

Es pèr acô que, de tout caire e cantoun de nosto terro d"0, 
touti li mascle d'aquelo raço, tôuti lis ome de bon voulé, d'en- 
avans e de fe, qu'an l'estrambord de la patrio, de la grando 
patrie, — car la pafiio es toujour granio, — es pèr acô que, 
tôuti, nous sian vuei acaraina vers Arle, de cors e d'amo, pèr 
veni rendre ôumage au pouéto soubran que nous a tira dôu 
sourne, car tôuti' coumprenèn e sabèn que la coumunioun dins 
Mirèio es la coundioioun essencialo de tout ome se disent 
leimamen Felibre. 

Mai, se tôuti couneissèn dins nosto amp lou camin glourious 
de Maiano, ounte lou grand raistèri de la raço s'es coumpli, 
se tôuti coumprenèn la [lourtado avenidouiro d'aquéu nou- 
velun literàri que, desfourrelant coiirae un glàsi la lengo 
mistralenco, a fa fiouri dins cinquanto au mai de cap-d'obro 
que ges d'autro lengo d^'Europo, se tùuti nourrissèn pèraquelo 
lengo mistralenco la mai fihalo amiracioun, es-ti, pèr acô, de 
dire que lou Mistralisiiie de nosto aino nous coumande d'aban- 
douna li parla luro terrenalo qu'an bresilia sus nôsti brès!.... 
Ah! fiéu despietalous e desnatura, aquéu que lou pretendrié ! 

Liogo lie coundana c )urae de patoues abastardi e mespresable 
li parladufo terr.idour, nco que souii lou rajinun vivent e lou 
fuiun fougous de nosto lengo d'O, lou Mistralisme, tout au 
contro, ajustamen destressouna pertout l'amour, lou respèt 
e lou culte d'aquéli parladuro. Es eu qu'a pertout prouclama 
lou dre à la vido de tôuti li manifestacioun de l'amo peire- 
nalo. Es eu que dis au pastie, au pacan, à Toubrié, au boui-gés, 
es eu que dis en tôuti : c< Parlo la lengo de ta maire, ilu-tro- 
la pèrtoun obro, pèr toun acioun, pèr l'eisèmple de touto ta 
vido, à touto ouro, en tout liô ». Es eu que, pèr la voues dôu 



AU FESTENAU DE SANTO-ESTELLO 305 

Trésor mistialen, nous etisigiio H règlo et lou bon biais de 
tôuti iiôsti parla. Es eu quo saludo de-longo, coume un bon 
fraire einat, la flourido di pouèto de toute la lengo d'O. Es 
eu que vai cerca li Vennenouzo, lis Arnavielle, li Mir, li Cas- 
tela, li Roubert Benoit, lis IsidorSalles, li Camelat, li Lacoarret, 
li Michalias, li Fe(lières,e tôuti, e tôuti lis autre, autant bèn li 
Biarnés que li Perigourdin e li Limousin, autant bèn li Tou- 
lousen que lis Auvergnas et li Cevenôu, es eu que li recarnpo 
tôuti dins uno mémo couraunioun calendalo e que ié dis : 
« Salut à vautre, lôimis enfant de la Terro-Maire, que revihas 
l'enavans naturau, que deseadenas lou libre èime de la Patrio ! 
Beven ensemble lou vin de nôsti plant ! 0, touquen lou got 
coume de fraire que se retrobon, car rebastissèn tôuti lou vièi 
casau de lafamiho, à passa tèms rouina pèr Tenenii coumun!» 

Vaqui,Midamo e car Felibre, l'essènci mémo de la dôutrino 
felibrenco. Vaqui lou Mistralisme éu-meme. Aquelo dôutrino 
a pèr elo de s'apieja sus li fa vivent, sus lis èime naturau 
vivent, sus Fengèni espountaniéu vivent, e noun pas sus li 
farfantello vuejo di principe a priori, e noun pas sus li litera- 
turo d'imitacioun e de coumando. 

E, aro, en espérant l'obro dôu tèms, dins l'asseguranço 
qu'avèn de nosto respelido e di lèi de soun endeveni ; en 
espérant lis escasènço fatalo que, belèu à la subito, nous four- 
çaran d'intra dins li bataio decisivo, nous unissèn tôuti eici 
dins la ciéutamistralenco pèr eicelènci, à constat dôu Museon 
mistralen, dins l'esmeraviliamen de la bèuta de Mirèio. 

E tôuti, couneissènt que sian dôu Felibrige vertadié, cou- 
neissènt qu'eu soulet destressounolis èime e li parla terrenau 
de tout lou Miejour, qu'eu soulet nous adraio e nous enauro 
vers l'unita prefoundo de nostolengo, couneissènt enfin qu'un 
tau Felibrige es aquéu di Primadié, aquéu de Font-Segugno 
e de iMaiano, iéu vous demande d'apoundre vôsti voues à la 
miéuno pèr crida d'un soulet alen : a Vivo lou Felibrige que 
viéu et qu'a de viéure ! Vivo lou Felibrige mistralen ! » 

Pèire Devoluy. 



20 



L'APOCALYPSE EN HAUT-ENGADINOIS 

(Suite et fin) 



Cap. X 



(1) Et eau hae uis un ôi^er aungel pusaimt gniand giu da 

schil, uostieu cun iina niifla, et lin arch celestiêl su sieu chiô ; 

et sia fatscha era sco l'g sulailg, et haiiaiua pes 8co culuonnas 

d'fœ : (2) et liauaiua in sieu maun tin cudeschét auert : et 

matét sieu pe dret stilg mêr, et snister su la terra. (3) Et 

clamô cun granda uusth, sco cura ch'iin liun brtigia. Et cura 

chel hauét clamô, schi faflaun set thuns lur uusths. (4) Et cura 

Ts set thuns liauessen [840j faflô lur uusths, schi er'eau par 

scriuer. Et hse udieu tina uusth da schil dschant â mi : Isigla 

las chiôsas chi haun faflô l's set thun?, et nu scriuer aquellas. 

(5) Et l'g aungel qusel ch'eau hae uis stand sur Vg mêr et sur 

terra, ho aluô sieu maun â schil, (6) et ho gitirô très aquel chi 

uiua saimper me, quel chi ho creô l'g schil et aquellas chiôses 

chi Sun in aquel, et la teria et aquellas chiôses chi sun in 

aquêl : che nu uigna ad essor plu tijrnp. (7) Mu îls dis de la 

uusth dailg setteuel aungel, cura chel curaainza ê sunêr cun 

la tuba, alhura uain â s' cumplijr l'g segret da dieu : daco chel 

ho predgiô très ses faraalgs protêts. (8) Et, hae udieu tina uusth 

da schil darchiô faflant cun me, et dschant : Vo et prain l'g 

cudesthét, chi es auert in maun delg aungel, chi sto stilg mêr 

et su la terra. (9) El eau sun ieu tiers l'g aungel dschant agli 

chel dés â mi l'g cudesthét.Et el dis â mi : Prain l'g cudesthét 

et l'g trauuonda, et el uain â fêr malagiêr tieu uainter, mu in 

tia bnochia uain el ad esser dutsth sco un mel. (10) Et eau lise 

prais l'g cudesthét giu delg maun delg aungel et l'g hae trauun- 

dieu, schi malagiêua mes uainter. (11) Et el dis â mi : Tu 

stouuas aunchia profetizêr ils paiauns, et in las [841] leaungias 

et ils pouuels et bgier araigs. 



APOCALYPSIS DALG BIOG lOHANNIS DUCTUR 307 



Cap. XI 

(l)Et es â mi stô dô iina chianna suragiaunta ad iina perchia 
et es stô dit â mi : Sto sii et imziira Vg taimpel da dieu, et Tg 
huttêr, et aquels chi adiiran in aquel. (2) Et la cuort chi es 
traunter l'g taimpel, bitta our dadoura, et nun imziirêr aquella, 
par che ch'ella es dêda als paiauns, et la cittêd ssentauignen 
els â zappignêr quaraunta duos mais : (3) et eau uœlg dêr â 
duos mias pardiittas : che profetizan, uesiieus cun sacks, milli 
et duaschient sasaunta dijs. (4) Aquels sun las duos uliuas et 
l's duos chiandalijrs stand in terra in la ueziida da dieu. (5) Et 
sch' iinqualchiiin uuol nuoscher ad els, sclii uo our da lur 
bouchia fœ, ettrauuonda lur inimichs, et sch' iinqualcliiiin l's 
uuol uffender, schi stouua el gnir amazô in aquella guisa. 
(6) Et aquels haun pusaunza da clogier l'g schil che nu ploua 
ils dis da lur profetia : et haun pusaunza sur las ouuas da las 
miidêr in saung, et da batter la terra cun inmlinchia plêia et 
inmiiQchia uuota che uœglian. (7) Et cura l'g haun glijfrô lur 
testimuniaunza, la bestchia quœla chi uain sii delg abijss nain 
â fêr incunter els gueira, et uain à l's uainscher et â l's amazêr. 
(8) Et lur corps uignen â giaschair par las [)lazzas da la cittêd 
granda, qusela chi spirituelmang uain anuranêrla [842] Sodom 
et Aegyptus, innua ch' er nos signer es crucifichiô. '9) Et 
aquels da las sclattas et dais pœuels et da las leaungias et 
dais paiauns uignen â uair lur corps par trais dijs e miz, et nu 
uignen â l's laschêr metter lur corps ils mulimains. (10) Et 
aquels chi sefdan in terra uignen â s'allegrêr sur els et ad esser 
leeds et â s' trametter duns liiin liôter, per che aquels duos 
profets apasc[h]iunêuan aquels chi habitêuan sur terra. 
(11) Et dsieua trais dijs et miz l'g spiert de la uitta da dieu es 
ieu in aquels. Et sun stôs sii lur pes, et es gnieu iina granda 
temma sur aquels chi l's haun uis. (12) Et haun udieu ûna 
granda uusth da schil dsehant ad els : Gni sii aqui. Et els sun 
ieus siin schil in iina niifla et lur inimichs l's haun uis. (13) Et 
in aquella hura es gnieu iina granda terra trimbla, et la 
dijsthma part de la cittêd es crudêda : et sun amazô in aquella 
terra trimbla set milli persunas : et l's ôters sun astramantôs 



308 APOCALYPSIS DALG BlÔG lOHANNIS DUCTUR 

ethaun dô glœrgia â dieu da schil.(14) L'g seguond useestirô 
uia. Et uhé l'g ters use uaiii â gnir bôd. (15) Et l'g setfseuel 
aungel ho sunô cun la tuba, et sun duantêdas grandas uusths 
in schil, dschant : L' [s] ariginams da quaist muond sun fats 
ses da nos signer et da aieu Christ, et uain â reguêr saimper et 
saimpermae.Amen. (16) Et l's uainc e quater seniours qusels chi 
sezan auaunt dieu in lur sizs .sun tumraôs sii lur fatschas, et 
haun a[843]durô dieu, (17) dschant : Nus dschain gracias âti, 
signer deus omniputaint, quae! che tu ist et che tii eras et che 
tli uainst â gnir : per che che tu lises arfschieu latiagranda 
pusaunza et haest aregnô. (18) Et Ts paiauns sun irôs, et es 
gnieu la tia ira, et l'g tijrap dais morts che uignen giùdgiôs : et 
che tii dettas la mersché â tes famalgs préfets et â tes sencs et 
ad aquels chi temman tieu num als pitsthens et als grands, et 
che tii mettas à gippiri aquels chi mettan â perdar la terra. 
(19) Et l'g taimpel da dieu in schil es auert, et es stêda uisa 
l'archia da sieu testamaint aint in sieu taimpel : et sun duantô 
liiischernas et uusths et tliuns et terras trimblas et granda 
tempesta. 



Cap. XII 

(1) Et es parieu in schil iina granda isaina. Una duonna 
uestida cun Tg sullailg et la liiina suot ses pes et in sieu chiô 
iina curuna da dudesth stailas. (2) Et siand purtaunta, schi 
bragiu' ella par parturir, et ho dœglias par parturir. Et es 
uaisa iin' ôtra isaina in schil. (3) Et uhé lin grand drauun 
cuotsthen,chiho set testas et dijsth corns, et sii sias testas set 
curuna?, (4) et la sa cua treia la terza part de las stailas 
dalg schil, et ho tramis aquella in terra. Et l'g drauun es stô 
auaunt la duonna, qusela chi era par parturir, che cura chella 
haués parturieu sieu fllg, chel l'g trauundés. (5) Et ella partu- 
rit iin masckièl, qusel chi gniua ad arischer tuot pouuels cun 
iina perchia d'fier. [844] Et l'g ses filgs es stô dô d'maun tiers 
dieu et tiers sieu siz. (6) Et la duonna es fiigida in iin deserd, 
innua che l'g era agli appinnô iin lœda dieu, innua chella uain 
nudriêda milli diiaschient sasauiita dis. (7) Et es duantô iina 
granda battagliain schil. Michael et ses aungels cumbattaiuen 



APOCALYPSIS DALG BIOG lOUANNIS DUCTUR 309 

cun Vg drauuu, et l'g drauun er cun ses aungels cunbattaiuen, 
(8) et nun haun pudieu stêr scunterné haun pudieu acchiatêr 
plu lœ in scliil. (9) Et es dsthchiatschô oura aquel grand drauun 
la uyglià zerp, quselachiho nura l'gdiauel etsatanas, quœl chi 
surmaina tuotelg muond, et es bittô in terra, et cun el sun 
bittôs oura ses aungels. (lOj Et eau lise udieu iina granda 
uusth. dschant: Huossa es duantcTg salùl et la uirtiiJ, et Vg 
ariginam da nos dieu et la pusaunza da sieu Christ : perche 
elg es chiatschô oura l'g aechiiisêdar da nos frars, quœlchi 
acchiùsêua els auaunt dieu d\ii et d' not : (11) et els Vg haun 
uit très l'g saung de .^l'g agnilg, et parmur dalg plêd de la 
sia testimuniaunza, et nunhaun amô lur uittainfinaâ la mort. 
(12) Par aqué 's allegro uus schils et uus chi stses in els. Vse â uus 
chi stses in terra et îlg mêr, [)ar che l'g diauel aquel es gnieu 
giu tiers uus, qusel chi ho iioa grand'ira, sauiand chel ho aun- 
chia poick tijmp. (13) Et dsieua che i'g drauun ho uis chel es 
stô bittô in terra, schi ho el perseguittô la duonna quela chi 
hauaiua parturieu l'g masckie! [845]. (14) Et â la duonna 
Sun stêdas dêdas duos êlas d'iina granda eaula, chella sthuulàs 
îlg désert, in sleu lœ, innua chella uain nudriêda par tijmp, 
et par tijmps, et par meza l'g tijmp our da la fatstha da la 
zerp. (15) Et la zerp ho bittô our de la sia buochia dsieua la 
duonna un 'ouua co lin fliiin, par chella gnis pigliêda dalg fliim. 
(IG) Et la terra ho agiiidô la duonna, et la terra ho auiert 
sia buochia et ho asuruieu l'g fliim, quel che l'g draun hauaiua 
bittô our da sia buocchia. (17) Et l'g drauun es stô irô incunter 
la duonna : et es tirô uia par fêr battaglia cun l's ôters. 
L'g sem da quella, quaels chi saluan l's cumandamains da 
dieu, et haun la testimuniaunza da lesu Christi. Et stet su l'g 
sablun delg mêr. 



Cap. XI ri 

(1) Et hee uis gniand sii delg mêr iina bestchia quœla chi 
hauaiua set testas et dijsth corns, et sur ses corns dijsth curu- 
nas, et sur sias testas l'g nura de la blastemma. (2) Et la best- 
chia quasla ch'eau hae uis suragiêua lia Liunpard, et ses pes 
eran sco l's pes d'iin huors, et la sia buochia sco la buochia 



310 APOCALYPSIS DALG BlÔG lOHANNIS DUGTUR 

d'un liun. Et Tg drauun ho dô agli sia uirtiid et sien siz et sia 
granda pusaunza (éd. pusaunaa). (3) Ethse uis iin dases chiôs 
amazô sco da mort, et la sia plêia da mort es guarida. Et es 
stô ûna mûraueglia par l'uniuersa terra [846] dsieua la best- 
chia. (4) Et haun adurô l'g drauun qusel chi ho dô pusaunza â 
la bestchia, dschant : chi sumaglia â quaista bestchia et chi po 
cumbatter cun ella? l5) Et es agli dô iina buocchia da faflêr 
grandas chiôses et blastemas. Et es agli dô pusaunza da fêr 
[guerra] mais quaraunta duos. (6) Et ho auiert sia buocchia in 
blastemnias incunter dieu, par blastmêi' sieu num et sieu 
tabernacquel et aquels chi staun in schil. (7) Et es agli dô da 
fêr guerra incunter l's ssencs et da l's uainscher. Et es agli dô 
pusaunza in scodùna sclatta, in scodiin pœuel, in scodiina 
leaungia, in scodiina lieud, (8) et uignen à l'aduiêr tuots 
aquels chi habitten sur la terra : da qnœls lur nura nun es 
scrit îlg cudesh de la uitta delg agnilg, quse chi es amazô dalg 
priim cumanzamaint delg muonrj. (9) Schi qualchiiin ho ura- 
glia, schi ôJa. (10) Chi maina in praschun, uo in praschun : et 
chi amaza cun la spêda stouua er mûrir cun la spêda.Aqui es la 
pacijncia et la fe dais ssencs. (11) Et hse uis iin' ôtra bestchia 
gniand six de la terra, quse'.a hauaiua duos corns, qusels chi sum- 
giêuan aquels delg agnilg. etfaflêuasco l'g drauun. (12) Et fo 
tuotta la pusaunza de la priimma bestchia in sia ueziida, et l'o 
che la terra et aquels chi staun in ellaaduran la priimma best- 
chia, da quaela fiit guarieu la plêia da mort. il3) Et fo grandas 
isainas, chella fo er gnir l'g fœ giu da schil in la ueziida da la 
lieud. (14) Et surraaina aquels chi staun in terra très las isai- 
nas chi sun dêdas da fêr agli, in la ueziida de la bestchia, 
dschant ad aquels chi staun in terra, che faschen l'inmêgina 
de la bestchia, qusela chi ho la plêia de la spêda, et es uiuida. 
(15) Et es agli dô chella dés l'g spiert â l'imêgina délia best- 
chia, et che l'imêgina délia bestchia fauella, et fascha che 
tuots aquels chi nun aduran l'imêgina délia bestchia che 
uignen amazôs. (16) Et fo che tuots pitschens et grands et 
aricks et pouuers, libers et famalgs prendan l'g signêl sii lur 
maun dret, â sii lur fruns. (17) Et ch'iin nu possa né cum- 
prêr ne uender upœia cliel hêgia l'g signêl u l'g num de la 
bestchia u l'g inn[u]tuber da sieu nura. (18) Aqui es la sabijn- 
scha, chi ho intellét fo araschan [548] delg innumber de la 



APOGALYPSIS DALG BIOG lOIIANNIS DUGTUR 811 

bestchia, perche elg es Tg innumber delg hum, et l'g sieu 
innuiïiber es sijsschient et sasaunta sijs. 



Cap. XIIII 

(1) Et he uis, et uhé un agnilg chi sto sûlg munt da Sion, et 
cun el schient quarauiita quater milli chi haun l'g )ium dalg 
ses bab scrit in lur fruns. (2) Et hae udieu ûna uusth da schil 
SCO la uusth da bgierrcis ouuas, et sco la uusth dad iiu grand 
tliuu, et hse udieu la uusth dais chiantaduors chi sunêuan cun 
lur citras. (3) Et chiauntan sco iina nuoua chianzun auaunt l'g 
thrun, et auaunt Ts quater alinueris et l's seniours : et ùngiun 
nu pudaiua imprender quella chianzun ôter co aquella schient 
quaraunta quater milli, quœls chi sun cumprôs de la terra. 
(4) Aquaists sun aquels,chi nu s'haun brudgiôs cun las dunauns : 
per che che sun vergins. Aquasls uaun partuot sieua l'g agnilg 
innua chel mad uo. Aquels sun cumprôs de la lieud l'g prûm 
friit â dieu et agli agnilg (5) et in lur buocchia nun es acchiattô 
ingian. Per che els sun sainza macla auaunt Tg thrun da dieu. 
(G) Et hse uis un ôter aungel schuuland par meza l'g schil, chi 
hauaiua l'g perpetusel euangeli, par predgiêr ad aquels chi 
staun sii la terra, â tuotta la lieud, â scodiina sclatta, et â 
scodùna leaungia, et â scodùni [849] pœuel, (7) dschant cun 
granda uusth : Tmé dieu et dêd agli hunur, per che elg es 
gnieu l'hura da sieu giiidici : ei aduro aquel chi ho fat l'g schil 
et la terra et l'g mêr, et las funtaunas da l'ouua. (8) Et iin ôter 
aungel es gnieu sieua, dschant: Ella es tumêda, Babylon, 
aquella granda cittêd : per che ch'ella ho dô da baiuer dalg uin 
da l'ira da sieu ruffianseng â tuotta la lieud. (9) Et l'g ters 
aungel es gnieu dsieua aquels, dschant cun granda uusth: 
Sch' iinqualchiiin adura la bestchia et la sia imêgina et prain 
l'g signêl in sieu frunt u in sieu maun, (10), er aquel uain â 
baiuer deig uin da l'ira da dieu, quel chi es mastdô cun l'g 
spiir uin in l'g bacchiêr de la sia ira. Et uain â gnir apaschiunô 
cun fœ et cun suol[)er in la ueziida da ses saines aun,i:re]s, et 
auaunt la ueziiiia dalg agnilg. (11) Et l'g fiim da lur turmaint 
uain ad ir sii saimper et saimpermœ. Né haun pôs né d' di né 
d' not aquels chi aduran la bestchia et la sia immêgina, et 



31 '2 APOCALYPSIS DALG BlÔG lOHANNIS DUCTUR 

sch' unqualchiûn arschaiua la nuoda dalg sieu nura. (121. Aqui 
es la pacijncia dais ssencs. Aqui aquels chi saluan Ts cuman- 
daraains et la fe da lesii. (13) Et hse udieu iina uusth da schil 
dscbant â mi : Scriua : Bios l's morts chi muoren îlg signer da 
quinder inuia. (14) Schi schert l'g spiert disth : par chels 
hêgian pôs da lur fadias, mu lur heures uaun dsieua els. 

(14) Et lise uis, et uhé [850] iina niifla alun, et sur la niifla iin 
chi sezaiua, chi era sumgiaunt alg filg del hum, chi hauaiua sii 
sieu chiô iina curuna d'ôr et in sieu maun iina fôtsth agiiizêda. 

(15) Et iin ôter aungel es ieu our delg taimpel clamand cun 
granda uusth ad aquel chi sezaiua sii la niifla : metta la tia 
fôtsth et seia : per che elg es gnieu (éd. gnien) l'hura â ti, che 
tii seias, per che che la mes de la terra es guida secchia. 

(16) Et aquel chi sezaiua sii la niifla ho mis sia fôtsth in terra 
et la terra es sgiêda. (18) Et un ôter aungel es gnieu our delg 
huttêr, qusel chi hauaiua pusaunza sur l'g fœ, et ho clamô cun 
granda uusth ad aquel chi hauaiua la fôtsth agiiizêda, dschant: 
metta tia fôtsth agiiizêda et nindemgia l's punchiêrs de la terra, 
per che las sias hiiias siin madiiras. (19) Et l'g aungel ho rais 
sia fôtsth agiiizêda in terra et ho uinderagiô : la uigna de la 
terra, et ho mis aint îlg grand tuorohiel da Tira da dieu. 
(20) Et l'g luorchiel es chialchiô our dadour la cittèd, et es ieu 
saungour delg tuorchiel, inflna sii als frains dels cliiauals da 
lung inûna milli et sijs schient stêdis. 



Gap. XV 

(1) Et hse uis iina ôtra granda et miirafgliusa isaina in 
schil, set aungels, quels chi [851] hauaiuen set las plii dauous 
plêias, per che in els es glifrô Tira da dieu. (2) Et hse uis sco 
iin mêr d'uaider mastdô cun fœ, et aquels chi mnêuan la uic- 
toria de la hestchia, et de la sia immêgina, et dalg innumber 
da sieu num, stand t-ii l'g mêr d'uaider, et hauaiuen las citras 
da dieu, ^3) et chiantêuan iina chianzun da Moysi famalg da 
dieu, et la chianzun dalg agnilg, dschant : Grandas et miiraf- 
gliusas las tias houres, signer deus omniputaint, giiistas et 
uairas sun las tias nias, ô araig del.s ssencs. (4) Chi nu daia 
tmair, signer, et nu daia glurifichiêr tieu num ? Per che tii 



APOCALYPSIS DALG BlÔG lOHANNIS DUCTUR 313 

sul ist bun. Per che tuots pouuels uignen â gnir et alurêr te 
in tia ueziida, per che che tes giiidicis sum manifestôs, (5) Et 
dsieua aqué hse eau uii*:, et uhé elg es auert l'g taimpel dalg 
tahernaquel da la testimuniaunza in schil, (6) et sun ieu oura 
set aungels, chi hauaiuen set plêias, dalg tairapel, uestieus 
cun linzœl net et alf, et schintôs intuorn lur bruosths cun 
schintas d'ôr. (7) Et iin dais quater alimeris det als set aun- 
gels set tazzas d'ôr, plainas da Tira dalg uiuaint dieu saimper 
et saimper mte. (rS) Et Vg taimpel es implieu d' fûm de la 
maiestêd da dieu, et da la sia uirtiiJ, et uiigiiin nu pudaiua 
antrêr îlg taimpel, infina clic nu f'iissen glifrêdas las set plêias 
dais set aungels. 



[852] Cap. XVI 

(1) Et eau hse udieu iina granda uusth delg taimpel, dschant 
als set aungels : Izen et spandé oura in terra las set tazzas da 
Tira da dieu. (2) Et es tirô uia l'g piiim aungel, et ho spauns 
la sia tazza in terra, et es fat iina mêla plêia et nuschaifla â la 
lieud, quels chi hauaiuen la nuoda de la bestchia, et in aquels 
chi adurêuan la sia immêgina. (3) Et l'g seguond aungel ho 
spauns la sia tazza îlg mêr, et es duantô saung sco da iiu 
muort, et scodùna huorma chi uiuaiua îlg mêr es muorta. 
(4) Et l'g ters aungel ho spauns la sia tazza îls fliims, et in las 
funtaunas da l'ouua, et sun duantêdas saung. (5) Et hae udieu 
iin aungel dschant : Signer, (ii ist quel chi ist et chi eras, et 
ssenc, per che che tii haest giudichiô aquaistas chiôses, (6) per 
cho els haun spauns l'g saung da tes ssencs et da tes profets, 
et tu hses dô ad els saung da baiuer. Per che els sun vengiauns. 
(7) Et hae udieu iin ôter schant : Schi, signer deus omniputaint, 
l's tes gïlilicis sun uairs et giiists. (8) Et l'g quart aungel ho 
spauns sia tazza î'g sullailg et es dô agli da apaschiunêr la 
lieud cun la sckialmauna très l'g fœ. (9i Et la lieud haun 
hagic-u chiôd cun granda sckialmauna, et haun blastmô l'g 
num da dieu, qusel chi ho la pusaiinza sur aquaislas plêias, 
né haun hagieu ariiflijnscha da lur putrœgnas, par dêr agli 
[853] glœrgia. (10) Et l'g quint aungel ho spauns la sia tazza sii 
l'g siz da la bestchia, et sieu ariginam es gnieu sckiùr, et haun 



314 APOCALYPSIS DALG BlÔG lOHANNlS DUCTUR 

murdieu lur leaungias par gramezchia, (11) et haun blastmô 
Vg dieu da schil par lur duluors et par lur bignuns, né sun 
imgiurôs da las lur houres. (12) Et Tg sijsseuel auiigel ho 
spauns la sia tazza in aqué grand fliim Euphratem, et l'ouua 
es sùtta, par che gnis appinô la uia dels araigs da leuant, 
(13) Et eau he uis gniand our da la buochia dalg drauun et 
our da la buochia de la bestchia et our de la buoehia dalg 
fuos profet trais mêlnets spierts in mœd da raunas. (14) Per 
che é sun spierts dais dimunis chi faun isainas par che giessen 
tiers l's araigs da tuotta la terra als araspêr à la battaglia da 
quel grand di delg omniputaiiit dieu. (15) Uhé eau uing sco 
iiu lêdar. Biô es aquel chi uaglia et chiiira sia uesckioiainta, 
chel nu uigna ad ir niid et che uezan sia tuorp. (10) Et ho 
araspô aquels îlg lœ chi uain anutnnô in liebreasth Armagge- 
don. (17) Et l'g setteuel aungel ho spauns sia tazza îlg Iser. Et 
es ieu oura ûna granda uusth da schil dalg thrun, dschant : 
Elg es fat. (18) Et sun gnieu liiischernas et uuslhs, et ihuns et 
iina granda (éd. grauda) terra trimbla, talla chi mse nun es 
stêda, dapœia che la lieud es stêda sur terra lin talla taunt 
granda terra trimbla. (19) Et la granda cittêd es fatta in trais 
pars [854] et las cittêds dais paiauns sun aruinèdas. Et la 
granda Babijlon es gnida in memœrgia aiiaunt dieu, per dêr 
agli l'g baccliiêr dalg uin dalg desthdeng de la sia ira. 

(20) Scodûna isla es fiigida et l's munts nu sun acdiattôs. 

(21) Et es gnieu ûna granda terapesta giu da schil sco un 
talent in la lieud, et la lieud haun blastmô dieu par la plêia de 
la tempesta, par che la sia plêi.i es siêda fatta fick granda. 



Cap. XVII 

(1) Et uen lin dais set aungels, qusels chi hauaiuen set tazzas 
et ho faflô cun me dscliant â mi : Vitten ch'eau vœlg amussêr 
â ti la cundannaschuii de la granda pittanna, qusela chi seza 
sur bgierras ouuas, (2; cun aquaela haun aruffianô l's araigs 
de la terra, et sun inauriôs aquels chi staun sur terra cun l'g 
uin da sieu pittanœng. (3j Et l'g spiert m'ho purtô îlg deserd. 
Et, lue uis iina duonna seziand siin iina bestchia cuotsthna 
plaina d'nums de la blastemma, chi ho set testas et dijsth(s) 



APOCALYPSIS DALG BIÔG lOIIANNIS DUCTUR 315 

corns. (4) Et la duonna era uestiila d' purpur et d' sckiailatta, 
et era sardurêda (sic) cun our, et cuti pedra preciusa, et cun 
perlas, et hauaiua in sieu maun iin bachiêi* d'ôr, plain d'iiuri- 
bles chiôses e d' spurcliijn.sclia de la sia luxiirgia. (5) Et in 
sieu fîunt era scrit l'g nura : L'g Secret, Babijlon granda 
mamma deig pittanœng, et da las horibias chiôses de la terra. 

(6) Et hae uis ûna [855] duontia aiura dalg saung dais sasncs, et 
dalg saung dais marters da lesu. Et eau m'hse straiii-afgliô 
cura eh' eau hœ uais aquella cun ùna gianda miirauseglia. 

(7) Et i'g aungei dis â mi: per che hsest miiraueglia? Eau uœlg 
dir â ti I'g segret de la duonna, et da la bestchia chi port' 
aquella, qusela chi ho(t) set testas et dijsth corns. (8) La 
bestchia, qusela che lii lises uis, es stêda et nun es, et uain â 
gnir sii delg abijs, et uain ad ir in perdizun, et uigiien â 
s'astmiirafgliêr tuot aquels chi staun in terra : da qusels lur 
nums nu sun scrits îlg cudesth de la uitta, dalg mund creô 
itinô, ueziand la bestchia, qusela chi era et nun es. (9) Et aqui 
es Tg inclijt, qusel chi ho sabbijnscha. Las set testas sun set 
munts, sur qusels chi seza la duonna, et sun set araigs. 
(10) Schinc sun tumôs, et un es aunchia, et liôter nun es 
aunchia gnieu. Et cura chel uain, schi stouua el stêr poick 
tijrai). (11) Et la bestchia qu^la chi era et nun es, et aquel es 
I'g utta3uel, et dais set, et uain ad ir â gippiri. (12) Et Ts 
dijslh corns qusels che tii lises uis sun dijsth araigs qusels chi 
nun haun aunchia arfschieu i'g aiiginam. Mu els uignen ad 
arschaiuer la pusaunza sco araigs in iin' hura cun la bestchia. 
(13) Aquels haun tuot iin cuselg et daun lur uirliid et pusaunza 
â la bestchia. (14) Aquels uignen â cumbatter cun I'g agnilg. 
Et I'g agnilg uain â l's uainscher : per che el es I'g signer dais 
signuors, et araigs dels araigs. [^56] Et aquels chi sun clamôs 
cun el, et elets, et fldels, (15) Et el dis â mi : Las ouuas, quselas 
che tii bœs uis, innua chi seza la pittauna, sun l's pouuels et 
la lieud, et l's paiauns et las leaungias. (16) Et l's dijsth corns, 
qusels che tii hses uis in la bestchia, aquels chi uignen ad 
hauair in œdi la pittauna, et uignen à fêr eila déserta et niida, 
et uignen â raagliêr sia chiarn, et uignen â la briischêr cun 
fœ. (17) Per che deushodô in lur cours, che faschen aqué chi 
plêscha agli, et che faschen iina uœglia et che detten lur ari- 
ginam â la bestchia, infina che uain cumplieu la uerua da dieu. 



316 APOCALYPSIS DALG BlÔG lOHANNIS DUGTUR 

(18). Et la duonna che tii haes uis es la cittêdgranda, qiijela chi 
ho Vg ariginam sur l's araigs de la terra. 



Cap. XVIII. 

(1) Et dsieua aqué hse eau uis lin ôter aungel gniand giu da 
scliil, chi hauaiua granda pusaunza, et !a terra es gnida clêra 
de la sia splendur. (2) Et ho clamô cun forza ad huôta uusth, 
dschant : ella es tumêda, la granda Bahijlon, et es fatta iina 
habitaunza dais diraunis, et ûii salf da scoduu mêl spiert, et un 
salf da scodûn brudi et iriêluuglieu utschilg : (3i per che che 
delg uin da Tira da sieu pittanseng haun bauieu tuot pouuels. 
Et l's araigs de la terra haun aruffianô cun ella, et Ts rnerchia- 
dauns da la terra sun gnieus aricks de la pusaunza da lur 
delets. [857] (4) [Et] hse udieu iina ôtra uusth da schil 
dschant : Izen our da quella, mieu pœuel, che uus nu saias 
personêuels da lur pchiôs et che uus nun arschaiuas da lur 
plêias. (5) Per che lur pchiôs sun arriuôs infina siiu schil, et 
deus s'ho algurdô da lur nusthdsets. (6) Arendé agli suainter 
chella ho fat â uus, et indublô agli l'g dubel suainter sias 
houres. Maté aint agli l'g dubel in aqué baechiér chella ho 
mis aint â uus. (7) Quaunt sco ella s'ho hundrô se suessa et es 
stêda iu delets, taunt matté aint agli turmaint et plaunt; per 
che ella disth in sieu cour : Eau sez aregina, et nu sun uaidgua 
et nu uing â uair plaunt. ^8) Très aqué in iin di uignen â gnir 
sias pleias, la mort, l'g plaunt et la fam, et uignen abriischôs 
cun fœ : per che che l'g signer deus es pusaunt, qusel chi 
uain â giiidichiêr aquella. (9) Et l's araigs de la terra uignen 
â cridêr aquelîa, et fêr mel uiers par aquella, qusels chi haun 
aruffianô, et sun uiuieus in delets cun ella, cura che uignen â 
uair l'g fiim da sieu arder, (10) stand dalsenslh parmur de la 
temma da sieu turmaint, dschant : Vse, uae ad aquella granda 
cittêd Babijlon, aquella pusaunta cittêd, per che in iin' hura 
es gnieu l'g tieu giudici. (11) E l's merchiadouns da la terra 
cridan et piaunschan sur ella, par che chella nu cumpra plii 
la lur merchantia (12) d'ôr, d'argient, d'peJra preciusa, né 
d"per[858] las né d' bucchiaschin, né d' sckiarlatta né d'saida 
né d'iingiiin.lain sauurieu né d'iiûgiiiu uaschilg d'auœri, né 



APOGALYPSIS DALG BlÔG lOHANNIS DUGTUR 317 

d'iingiiim naschilg d' lain prccius né d'iutun, né d'fier né 
d'raarmel (13) né cinamonura, né d'chiôia sauurida, né d'hiit, 
né inschais né uin né œli né da la flur d' farina né furmaintné 
giumaiiis né nuorsas né chiauals né chiarettas né d'sckiefs né 
da las liormas da la lieud. (14) Et l's pums deig ariginam de la 
tia horma sun partieu our da te. Et tuotta grascha et tuottas 
bellas chiôsas sun passé Jas uia â ti, et nu uainst huossa plu â 
las acchiatêr. (15). L's merchiadauns da quaistas chiôses, 
qusels chi sun fats arieks, uiguen â stêr da lœnsth dad ella, 
par temma da sieu turraaint, cridant, planschant, (16) et 
dschant : Vae, use ad aquella granda cittéd, quela chi era uestida 
cun buchiaschin, cum sckiarlatta et era cun saida, et era sai- 
durêda cun or et cun pedra preciusa et cun perlas, (17) Per 
che in lin' hura sun é abandunê las tauntas arichezzas. Et 
scodiin guuernadur da nefs, et la cumpagnia tuotta tla las nefs, 
etnautijrs, et chi lauuran îlg mêr, sun stôsda lœnsth : (18j et 
haun clamô ueziand l'g l'g fiitn da sieu arder dschant: 
Quela era sumgiaunta ad aquella granda cittêd ? (19) Et hauu 
mis puolura su lur chiôs et haun clamô ciidant et planj^chant : 
Vae uae, aquella granda cittêd, in aquela che sun gnieus 
aricks, tuot aquels chi [859] hauaiuen nefs îlg mêr da lur 
pritsths, per che in iin' hura es ella abandunêda (éd. abundu- 
nêda. (20) 'S'allegrô sur aquella, l'g schil, et saines apostels 
et profets, per che deus ho giûdichiô uos giiidici dad ella. 
(21) Et iin ferm aungel prandét su iina pedra sco iina granda 
muola et la bittô îlg mêr dschant : cun aquaista frtiza uain â 
gnir bittêda aquella granda cittêd Babjlon, et nu uain plii mse 
â s'acchiatêr. (22) Et la uusth da quels chi sunan las cytras 
et dais chiantaduors et da quels chi sunan tiuels, et la tiiba, nu 
uain â gnir udida plii in te, et scodiin artischaun, da qusel art 
chi saia, nu uain â s'acchiatêr plii in te. Et la uusth dalg 
mulin nu uain â gnir udida plii in te. (23) et la liiislh da la 
glimijra nu uain â dêr plii clêr in te, et la uusth dalg spus et de 
la spusa nu uain aqui dsieua â gnir udida in te : par che tes 
merchiadauns eran princips de la terra : par che tuots pouuels 
Sun sur[u]ieus in tes zœbers, (24) et in ella es acchiattô l'g 
saung dais profels et dais ssencs et da tuots aquels chi sun 
stôs amazôs sur terra. 



318 APOCALYPSIS DALG BlÔG lOHANNIS DUCTUR 



Cap. XIX 

(1) Dsieua aquellas chiôses he eau udieu lina granda uusth 
da bgierra lieud in schil, chi dschaiua : Alléluia Tg salûd et 
l'hunur et la glœrgia et pusauiiza â dieu nos signer (2) per 
che ses giûdicis sun uairs et giiists, per che el ho gividichiô 
da la gratida pittauna, qusela chi ho cun sicu pittanœng guastô 
la terra, et ho fat uandetta [860] dalg saung da ses fanialgs 
car dalg maun da quella. (3) Et darchiô dissen é : Alléluia. 
Et l'g fûm giet sii saimper et saimpermse. Et s'bittaun giu Ts 
uainc e quater seniours et Ts quater alimeris, et aduran dieu 
chi sezaiua sûlg trun, dschant : amen, alléluia. (5) Et es ieu 
iina uusth our delg thrun dschant : dsché lôd â nos dieu, tuots 
sœncs, et aquels chi tmais dieu, pitschens et grands. (6) Et 
hae udieu la uusth dad lin grand pœuel, sco la uusth da bgier- 
ras ouuas, et sco la uusth da grand thuns, dschant : Alléluia, 
per che nos signer deus omniputaint ho regnô. (7) N's aile- 
grain et stain lêds et dain glœrgia â dieu, per che é sun gnieu 
las nuozzas dalg agnilg et la sia mugliêr s'ho parderschida. 
(8) Et es agli dô, chella s'uijsta cun buchiaschin l'g plii net et 
l'g plii fin, per che l'g buchiaschin sun las giiistiflcatiuns dais 
S8encs.(9} Et dis â mi : scriua : biôs sun aquels chi sun clamôs â 
Ia[s] nuozzas dalg agnilg. Et dis â mi : Aquaista uerua da dieu 
Sun uaira. (10) Et eau sun tumô giu auaunt ses pes per l'g adu- 
rêr. Et el dis â mi : guarda che tu nu faschas. Eau sun famalg 
cun te et cun tes frars, quels chi baun la testimuniaunza da 
lesu. Adura dieu. Per che la testimuniaunza da lesu es l'g 
spiert de la profecise. (11) Et eau hse uis l'g schil auert, et uhé 
lin chiaualg alf : etiin chi sezaiua siin el : chi hauaiua num 
fidel et uraest, et cun iusticia giiidichia et cumbatta. (12) Et 
ses œilgs er-[8Gl]-ran sco flamma delg fœ, et in sieu chiô eran 
bgierras curunas, et hauaiua un num scrit d'ingiun nu so ôter 
00 el, (13) et era uestieu cun iina uesckimainta titta cun 
saung. Et l'g num uain anumnô l'g plêd da dieu. (14) Et l's 
exercits chi sun in schil giaauen dsieua el cun chiauals alfs, 
uestieus cun bucchiaschin alf et net : (15) et our da sia buoc- 
chia gniuaiina spêda tagliainta dad amauduos mauns, par chel 



APOCALYPSIS DALG BIÔG lOHANNIS DUCTUR 319 

batta cun aquella l's paiauns. Et uain ad arischer aquels cun 
ûna perchia d'fier, et el sues uain â chialchiêr Yg tuorchiel 
da la fiirgia et da Tira delg- omniputaint dieu. (16) Et ho in sia 
uesckimainta et in sia cuossa scrit lin iiura : Araig dels araigs 
et signer dais signuors. (17j Et lise uis iin aungel stand îlg 
suUailg, et claraand cun granda uusth dschant â tuot utschels 
quœls chi sthuolan par mezal'g schil : Gni et 's araspô â la 
scliaina da dieu, (18) che uus maglias las chiarns dels araigs 
e las chiarns dels chiapitaunis e las cliiarns dels pusaiins, et 
las chiarns dels chiauals et da quels chi seza[n] sûn els, et las 
chiarns da tuot libers et famalgs, et d'pitschens et grands. 
(19) Et hae uis la bestchia et l's araigs de la terra, et lur exer- 
cits araspôs par fer battaglia cun aquel chi sezaiua sùlg 
chiaualg et cun sieu exercit. (20) Et la bestchia es appiglièda 
et cun ella l'g pseuloprofet qusel chi hauauia fat isainas 
auaunt ella, [862] cun aquaelas chel hauaiua sufmnô aquels chi 
hauaiuen arfschieii l'g signêl de la bestchia, et aquels chi 
haun adurô sia immêgina. Et aquels duos sun bitlôs uifs îlg 
leich del fœ, chi arda cun suolper, (21) et T.s ôters sun amazôs 
cun la spêda da quel chi seza sii l'g chiaualg, quasla chi uain 
ourdasiabuo-jchia, et tuot uschels sun as adu'ôs dalur chiarns. 



Cap. XX 

(1) Et hae uis vin nungel gniand giu da schil chi hauaiua la 
clef delg Abjs, et iina granda chiadaina in sieu maun. (2) Et 
appigliù l'g drauun Tg uijig sorpaint, quœlchi es Tg diauel, et 
salarias, et l'g lié par milli ans, (3) et l'g bittô îlg abjs, et l'g 
s^arrô alaint, et isaglô sur el, chel nu surmaina plu la lieud, 
influa che gnissen curaplieus l's milli ans. Et dsieua aqué 
stouua el gnir un po d'un tijmp dslhliô, (4) et eau he uis Ts 
sizs et sun sazieus sur aquels, et es ad els dô giudici, et las 
hormas da quels chi sun sckiauazôs parmur de la testimu- 
niaunza da lesu, et parmur dalg plêd da dieu, et aquels chi 
nun haun adurô la bestchia né la sia imêgina né arfschieu la 
sia nuoda in lur friins u in lur mauns, et sun uiuieus et haun 
aregnô cun Christo milli ans. (5) Aquaista es la priimma are- 
sùstaunza. (G) Biô et ssenc es a-[803]-quel chi ho part in la 



320 APOGALYPSIS DALG BIOG lOHANNIS DUCTUR 

priimma aresûstaunza. Et in aquels la seguonda mort nun ho 
pusaunza, dimperse els uignen ad esser sacerdots d:i dieu et 
da Christi, et uignen ad aregnêr cun el milii ans. (7) Et cui'a 
che Sun cumplieus Ts milli ans, schi uain satanas alargio da 
sia prascliun, (8) et uain ad ir oura par chel surmaina la liend, 
qusela chi es sii l's quater chiantuns de la terra. Gog et Ma- 
gog et chel araspa aquels in battaglia, da (|iiels lur inunaber es 
SCO l'g sablun deig mêr, (9) et sun ieus su l'g laed delà terra, 
et incrasaun aint l'g chiamp dais ssencs et la cittêd chiêra. Et 
es gnieu giu l'g fœ da dieu da schil, et ho traundieu aquel>\ 
(lO)etrg diaue! qusel chi surmnêua aquels, es bittô îig leich 
delgfœ et delg suolper, innua che la bestchia et l's fôs profets 
uignen appaschiunôs d'di et d'not saimper et saimpermse. 
(11) Et bas uis iin grand thrun et alf, et un chi seza siin el, da la 
ueziida da qusel chi fiigia la terra et l'g schil, et nun es 
acchialtô ad els lœ. (12) Et hse uis grand morts et pischens 
stant in la ueziida da dieu et l's cudesths sun auerts, et iin 
ôter cudesth de la uitta es auert, et l's morts sun giiidichiôs 
our da quellas chiôses chi eran scrittas ils audesths suainter 
lur houres : (13) l'g mêr ho dô (do) l's muorts, quels chi eran 
in el, et la muort et l'g infiern haun dô aquels chi eran in els, 
et [804] es da scodiin da quels giiidichiô suainter lur houres. 
Et l'g ifiern et la mort sun bittôs îlg leich delg fœ. Aquaist es 
la mort seguonda, (15) et aquel chi nun es acchiattô scrit ilg 
cudesth de la uitta, aquel es bittô îlg leich delg fœ. 



Cap. XXI 

(1) Et hse uis l'g schil nuof et la terra nuoua. Per che l'g 
priim schil et la priimma terra era sinida et l'g mêr nun era 
huossa. (2) Et eau lohanues hse uis la ssenchia cittêd nuoua 
Hierusalem guiand giu da schil parderta dadieusco iina spusa 
affiteda â sieu marid. (3) Et hse udieu dalg thrun iina granla 
uusth, dschant : Uhé l'g tabernacquel da dieu cun la lieud, et 
uain ad habiter cun els. Et els pouuels uignen ad esser ses. 
(4) Et deus uain âterscher scodiina larma giu da lur œlgs. Et 
lamort nu uain ad esserplii né plaunt né bragizzi, néplû dulur, 
per che las priimmas sun tirêdas uia. (5) Et aquel chi sezaiua 



I 



APOCALYPSIS DALG BlÔG lOHANNIS DIIGTUR 321 

îlg- thrun dis : Uhé eau fatsth tuottes chiô-a>î nuoiias. Et dis 
à mi : Scriuri, per che aquaisia uerua es fîdela et uaira. 
(6) Elges fat. Eau sun alplia et oméga, l'g cumainzamaint et 
la fin. Eau uœlg dêr par amur ad uni chi ho sait da lafuntauna 
de rouua uiua. (7) Aquel chi la uainscha uain â possidair tuot, 
et eau uœlgesser ses deiis et [865] el uain ad esser â mi filg . 
(8) Mu als tmuos et als mel crettaiuels et als horribals et als 
humicidiers et als [littanijrs et als zoebers et idolaters et â 
tuots mansnôrs, lur part uain ad esser îlg leich chi arda cun fœ 
et suolper, qusel chi es la mort seguouda. (9) Et uen tiers me 
iin dais set aungels, da quels chi bauaiuen las set tazzas plai- 
nas da las set las plii dauous plêias, et ho faflô cun me, dschant. 
uitten et ea[u] uœlg amussêr â ti la spusa muglier delg agnilg: 
(10) Et l'g spierl m'purtô sûn un grand munt et hôt, et 
mussô â mi la granda citêd Hierusalera ssenta, guiand da dieu 
giu da schil, (11) chi hauaiua la claritsed da dieu. Et la sia liiisth 
era sumgiaunta â ha pedra la plu preciusa sco â laspidi chi 
trêia â christalg : (12) et hauaiua iin grand rniir et hôt, et 
hauaiua dudesth aungels : et l's nums scrit[s] su sura, quœls 
chi sun Ts nums da las sclattas dais filgs da Israël, (13) da 
damaun uard trais portas, dad' iingiiin' hura trais portas, da 
mezdi trais portas, da saira uard trais portas : (14) et l'g miir de 
la cittêd, chi ho dudesth fundamains, et in aquels fundamains 
dudesth nums dais apostels delg agnilg. (15) Et aquel chi 
faflêua cun me hauaiua iina imziira, iina chianna d'or, par 
imzurêr la cittêd et las sias portas et sieu miir. (16) Et la 
cittêd es [860] missa in quêdar, et la sia lungeza es inguœl 
taunt SCO la ledezza : et el ho imziirô la cittêd cun la chianna 
d'ôr par dudesth milli stôdis, et la sia lungezza et hutezza et 
ledezza eran inguêlas. (17) Et ho imzurô l'g miir da quella, 
schient quaraunta quater bratsths rauots, l'iraziira e[r]a d'iin 
hum, quselachi es dalg aungel. (18) Et la miirêda delg raiir era 
d'iaspide. Mu ella cittêd era d'ôr net, sumgiaunt ad iin net 
uaider, (10) et l's fundamains delg miir de la cittêd eran hûr- 
nôs sii cun imiinchia pedra preciusa. L'g priim fundamaint 
/éd. — ains) era laspis : l'g seguond Saphir : l'g tersCalcedo- 
nius : l'g quart Smaragdus : (20) l'g quint Sardonjx : l'g 
sijsajuel Sardius : l'g settseuel Chrysolitus : l'g uttreuel Beril- 
lus : l'g nuêuel Topazius : l'g dijsthaeuel Chrysoprasus : l'g 

21 



322 APOGALYPSIS DALG BlÔG lOHANNIS DUCTUR 

ùndasclieuel Hjacintus : Tg dudastheuel Ametjstiis. (21) Et 
dudesth portas sun dudesth perlas, in imunchia porta era iina 
perla. Et la plazza de la citêd era ôr net, sco un uaider liûs- 
chaint. (22) Et eau nu lise uis taimpel in aquella : per che Vg 
signer deus omniputaint et l'g agnilg es l'g taimpel da quella 
(23) Et la cittêd nun ho bsiing né d' sullailg né d' liûna par 
fêr dêr in aquella : per che la claritsed da dieu fo liûsth in ella 
et la sia glimijra es l'g agnilg. (24) Et l's pouuels chi sun 
saluôs uignen â chiaminêr in aquella cun la sia liùsth, et l's 
araigs de la [867] terra uignen â ranèr aintin ella la lur glœr- 
gia. (25) Et làs sias portas nu uignen â gnir sarrêdas traunter 
di. Per che allô nu uain ad esser net. (27) (')Etnu uain ad ir 
aint in aquella iinqualchiôsa chi la brudgia u chi fatscha 
sthgrischur, et manzœgnia : mu suiettamang aquels chi sun 
scritsîlg cudesth de la uitta delg agnilg. 



Cap. XXII 

(1) Et amussô â mi lin fliim piir d'ouua uiua chi liiischiua 
sco un crjstalg, qusel chi gniua oura dalg agnilg. (2) In miz 
la sia plazza, et dad amanduos uards dalg fliim l'g lain de la 
uitta, chi purtêua dudesth frïits, dant sieu friit inmunchia 
mais, et la fœglia delg lain â la sandsed délia lieud. (3) Et 
ûngiiina chiôsa maledida nu uain ad esser plii : mu l'g thrun 
da dieu et del agnilg uignen ad esser in quella et ses seruiains 
uignen â seruir agli. (4) Et uignen â uair la sia fatscha, et sieu 
num in lur fruns. (5) et nu uain ad esser plii net. Et las gli- 
mijras nun haun bsiing d' liiisth né da la liiisth del sullailg : 
par che l'g signer deus fo liiisth ad els, et uignen ad aregnêr 
saimper et saimpermse. (6j Et dis â mi ; Aquaista es uerua 
fidela et uaira. Et l'g signer deus dais ssencs et dais prophets 
ho tramis sieu aungel ad amussêr â ses famalgs aquellas chiô- 
ses chi stouuan duantêr bôd. [868] (7) Et uhé eau uing praist. 
Biô es aquel chi salua la uerua de la profetia da quaist cudesth. 
(8) Et eau loannes quœl chi hœ udieu et uis aquaistas chiôses. 
Et dsieua ch' eau ha3 udieu et hae uis, schi m' Ime eau bittô giu 

* Le verset (26) manque. 



APOCALYPSIS DALG BlÔG lOHANNIS DUCTUR 323 

par adurêi' auaunt Ts pes delg aungel, quel clii amussêua â nii 
aquaistas chiôscs. (9) Et dis â mi : Guarda che tu nu fatschas, 
per che er eau sun famalg cun te et cun tes frars profets et 
cum aquels chi saluan la uerua de la profetise da quaist 
cudesth. Adura dieu. (10) Et dis â mi : Nun isaglêr la uerua 
de la profetise da quaist cudesth. Per che Vg tijmp es ardaint. 
(11) Aquel chi nuostha, nuosth' aunchia : e aquel chi es brudi, 
brudgi' auDchia : et chi es giûst, uigna auuchia giijstischô : et 
l'g ssenc uigna aunchio santifichiô : (12) et uhé eau uing bôd, 
et mia paiaglia es cun me, par ch' eau detta â scodiini, suain- 
ter che uain ad esser la sia houra (éd. huora). (13) Eau sun 
(sun) alpha et oméga, Tg priim et l'g plii dauous, l'g principi 
et la fin. (14) Bios aquels chi saluan ses cumandamains, che 
lur pusaunza saia îlg lain de la uitia, et che giaien aint in la 
cittêd très las portas. (15j Mu our dadoura Fs chiauns et l's 
zsebers, et l's spourgs et l's homicidiers, et chi seruan als 
idols, et scodiin chi amma et fo la manzœgna. (16) Eau lesus 
hae tramis mieu aungel, chel detta â uns testimuuiaunza in 
las baselgias da [869] quaistes chiôses. Eau sun la risth et la 
sclatta da Dauid, la staila starliiischainta et diauna. (17) Et l'g 
spiert et la spusa dian : uitten. Et aqusel chi ôda, dia : el uain. 
Et chi ho sait, uigna : et chi uuol, d' prend' ouua de la uitta 
par dun. (18) Per che eau protest â scodiini chi ôda la uerua 
de la profetia da quaist cudesth. Sch' iinqualchiiin metta tiers 
ad aquaistas chiôsas, che deus uain â metter sur el las plêias 
scrittas in aquaist cudesth. (19) Et sch' iinqualchiiin inminues- 
cha de la uerua da quaista profetia, deus uain ad aluêr uia la 
sia part our delg cudesth de la uitta, et de la ciltêd ssenta, et 
our da quella[sj chiôses chi sun scrittas in aquaist cudesth. 
(20) Disth aquel chi do testimuuiaunza da questes chiôses : 
Schert eau uing bôd. Amen, Schi, uitten, signer lesu. (21) La 
gracia da nos signer lesu Christi saia cuu uus tuots. Amen. 

ET EAV STEVAN ZORSCH 

CHIATAUNI DA CHIAMUASTHCH H.E AGIUDO 

STHQUISCHER DELG 

AN. 1560 

J. Ulrich. 



LA CHRONIQUE FRANÇAISE DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 

(Suite) 



G9 \°-l\ v°. XXII. Childebert se brouille avec Gontran, et demande 
l'alliance de Chilpérich. — Apiès une première bataille gagnée par 
Gontran, les armées se trouvent derechef en présence, et une affreuse 
mêlée semble inévitable. La paix est cependant conclue grâce à 
l'entremise de quelques hommes sensés. — 71 v°. Chilpérich déclare 
qu'il punira de mort ceux de ses gens qui enlèveront leurs biens aux 
campagnards. — 72 \°. 11 tue de sa propre main un seigneur qui n'a 
pas tenu compte de cet ordre. Réflexions du poète à ce propos. 

Si n'affiert pas qu'ung roj de noble cueur 
Soit du meffait luy mesme exécuteur, 
Mais quant il est question que gensdarmes 
Sus peuple font si terribles vacarmes, — 
Jusques a tout leur bien prendre et piller, 
Batre, fouUer aux piedz et houspiller, 
Et beaucoup pis que raortelz adversaires, — 
Je dis qu'on doibt ordonner commissaires, 
Hommes feaulx et notables, pour veoir 
Les grandz excès qu'on fait et y pourvoir, 
A ce que bruyt de tel murmur s'efface,.. 
On dit assez, mais querez qui le face ! 

7.3 r°. XXIII. De sinistres présages annoncent l'approche d'une 
épidémie. — 73 v". Le fils de Chilpérich succombe, et le roi impute 
son infortune aux maléfices de Mommolin, qui avait, la chose est 
notoire, des rapports avec les sorcières. 

Si m'esbahis qu'homme de tel crédit 
Tant forvoya, veu ce que l'escript dit, 
Qu'il s'accointa de truandes sorcières, 
Et leur donna force rentes foncières 
Affin d'avoir le sang des innocens 



LA CHRONIQUE FRANÇAISE DE GUILLAUME CRETIN 325 

Pour le servir, hors l'aison de bon sens, 
A charmes, sortz, mixtions de bruvaiges, 
Dont il usoit en façons moult saulvaiges. 
Lors, pour le faict de caste mesprison, 
Fut détenu en estroicte prison. 
Puys, veuz les cas si énormes, infâmes 
Et excessifz de ces vilaines femmes, 
Par le récit de leurs confessions, 
On avança les exécutions, 
Et entre mains des bourreaux délivrées 
74 r° Furent par force a chevaulx desmembrées. 
Sur ce, le roy Mommolin fist lier 
Estroictement et batre a ung pillier, 
L'interroguant de la faulte commise 
Dont luy estoit fort grande coulpe mise, 
Et, par exprès, luy enquist quelz prouffitz 
Avoit receuz a la mort de son filz : 
A quoy rendit response vaine et crue, 
Disant qu'au faict de ceste mort mescreue 
N'y entendoit aulcun mal ne sçavoit. 
Mais, quelques fois, sortz et charmes avoit 
Bien praticquez, affin d'avoir sa grâce 
Pour enrichir luy et toute sa race. 
Sans autrement l'affaire discuter, 
Voult Chilperich le faire exécuter. 
Et si ne fust la prière humble et doulce 
De Fredegonde, il avoit la secousse ; 
Mais tant requist pour luy et supplia 
Qu'en sa faveur le roi a ce plia, 
Et le remist a pleine délivrance. 

Si n'eut il pas pourtant la recouvrance 
De sa santé, car ses membres cassez 
Des maux receuz furent trop plus qu'assez ; 
Partant d'ennuyz, tristesses langoureuses, 
Tourmentz et griefz de peines douloureuses 
74 v° Qu'eut en prison, en trois ou quatre pas 
Franchit le sault de l'extrême trespas. 

XXIV. Fredegonde donne le jour à un autre fils. — 75 r°. Il reçoit 



326 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

le nom de Clotaire. — Réjouissances publiques. — 75 v°-76 r°. La 
naissance de cet enfant n'empêche pas le roi dêtre accablé de soucis. 
Il cherche de la distraction, et se rend à Chelles pour y goûter les 
plaisirs de la campagne... Malencontreuse inspiration ! 



77 r°. XXV. Advint un jour, comme désir pourchace 
L'homme au plaisir et dedujt de la chace, 
Ce roy voulut a l'assemblée aller 
De grand matin, pour luj mesmes bailler 
Le cerf aux chiens et le veoir courre a force. 
Or de malheur (ainsi qu'on se parforce 
Aulcunes fois quelque chose esprouver 
Qu'on ne devroit vouloir jamais trouver) 
Passant parmy une chambre seconde. 
Il veit couchée en son lict Fredegonde 
Qui devers luy le doz tourné avoit. 
Mais estre la présent ne le sçavoit. 
En se jouant, sans mot dire, luy gecte 
De sa houssine et legiere vergette 
Ung petit coup seuUement sur le doz, 
Par quoy lascha de sa bouche ces motz: 
« Laisse, Landry. Qui te donne, dist elle, 
De me frapper la hardiesse telle ? » 
Sur ce le roy passe oultre et aux tesmoings 
Ne sonna mot, si n'en pensa pas moins, 
Car il entra en une frenaisie 
De grosse, lourde et forte jalousie, 
Dont, pour passer tel ennuy, s'en alla 
Courre le cerf. 

Or, entendez cela 
Que Chilperich, contre le loz et famé 
77 v** De preudhommie, entretenoit la femme 
De ce Landry du palais gouverneur. 
Et luy aussi la royne par honneur, 
Sans regarder au cas de griefve coulpe, 
Faisoit au roy de mesme et tel pain souppe. 

Lors Fredegonde, ayant en soy pensé 
Avoir très fort son mary offensé. 
Secrètement par une damoyselle 



DE MAITRE GUILLAU3IE CRETIN 327 

Manda Landrj' soudain venir ver.s elle. 
Luy arrivé, aregretz, plainctes, pleurs 
Et grandz souspirs, descouvrit ses douleurs, 
Disant: a Landry, si ores plaings et pleure, 
C'est a bon droit. Bien doibz mauldire l'heure 
Qu'oncques me veis. Le fier dard qui tout mord, 
Par mon deffault, te rendra tantost mort ; 
N'avise plus vivre au monde, mais pense 
De ton sepulchre! quelle recompense 
As tu d'avoir accomply mon désir: 
C'est dure mort qui ton cueur vient saisir. 
Las, aujourd'hui ! Je, povre malheureuse, 
Ay dicte au roy parolle douloureuse ; 
J'ay dict un mot, cuydant parler a toy. 
Duquel congnoist la foy queje lui doy 
Par mariaige avoir esté brisée, 
Dont je seray a tousjours desprisée. » 
78 r° En recitant ce qu'avoit dit au roy, 
Tumba Landry en piteux desarroy ; 
Triste, tremblant, pale, piteux en face 
Et douloureux au cueur, ne scet qu'il face ; 
Attainet de dueil, comme prest de pasmer, 
Ne peult parolle ouvrir ny entamer, 
Et bien long temps en la place demeure 
N'actendant fors le coup dont fault qu'il meure ; 
Hors de propos, perturbé en son sens, 
Ses vertueux effors renduz absens. 
Tout eslongné de sa force virile. 
Et joincte a luy foiblesse puérile, 
Ja sembloit mort et a demy transy. 

Lors, le voyant ceste femme estre ainsi, 
Luy entrouvrit son arrière bouticque 
De criminelle et meurdriere praticque, 
Et dit : « Amy, se voulons esviter 
Péril de mort, force est gentz inviter 
Et conrier par presentz de pecune 
A nous ayder: manière n'y voy qu'une. 
C'est que le roy, quant il va quelque part, 
(Mesmes chasser) tousjours retourne tard 



328 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

Pource te fault praticquer gentz de care 
Qui coups mortelz donnent sans dire gare, 
Ausquels feras ouffres, a plains bandons, 
78 v" De grandz trésors, richesses etbeaulx dons, 
A ce qu'au soir leurs forces esvertuent 
Et que celluj, a son arriver, tuent 
Par qui nous sont telz dangiers présentez, 
Desquelz serons, ce jour propre, exemptez. 
Soit or qu'on parle ou qu'on s'en vueille taire, 
Par le moyen de nostre filz Clotaire, 
Nous deux pourrons du rojaulme jouyr 
Paisiblement et nos cueurs esjouyr. » 

Le conseil pris de ceste desloj'alle 
Trop desrogante a majesté rojalle, 
Soudainement Landry trouva marchantz. 
Mais quelz? Helas ! vains, lasches et meschants, 
Gentz duitz a sang et acharnez pour telles 
Effusions mener a fins mortelles. 
Marché tranché, fut complot pris et fait 
Rendre a ce soir le roy mort et deffait ; 
Et tout ainsi que les paillardz promirent, 
Luy arrivant, bien attistrez se mirent 
Au propre lieu ou descendre debvoit. 
La, congnoissantz que peu de gentz avoit 
Auprès de luy pour l'emprise defîendre. 
Et qu'estoit nuict, de glayves luy vont fendre 
Et entamer les trippes et boyaulx. 
Luy tombé mort, les traistres desloyaux 
79 r° Et faulx raeurdriers, affin qu'improperée 
Ne leur fust faulte, a voix désespérée 
Crièrent tous en courant ça et la : 
« Le roy est mort ! Son nepveu a cela 
Le renge et mect ! » Par parolles semblables 
Ne furent veuz estre du faict coulpables. 

La court esmeue a ce bruit grand et fort. 
Tout plain de gentz firent entier effort 
D'aller après les aucteurs de ce crime, 
Dont maintz d'entre eulx jusques lendemain prime 
Coururent, mais, nonobstant leurs affustz, 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 329 

Sans rien trouver retournèrent confuz. 

Si tost que fut la chose révélée 
A Fredegoiide, en sorte escervelée 
Alla criant, gémissant, souspirant, 
Tordant les braz et ses cheveulx tirant, 
Comme a raonstrer, parplairicte violente, 
Estre très fort angoisseuso et dolente, 
Mais de cela mentoit, voire a veue d'œil. 
Quoj que la bouche en raonstrast avoir dueil. 
Si en rioit son cueur, pensant l'emprise 
Avoir * sortj effect de bonne prise. 
Aussi Landry, en faisant l'ignorant. 
Mena grand dueil pour l'avoir a garand 
Et luj donner convenable subside 
79 v° Contre ce vil et horrible homicide. 

Guillaume Crétin insiste sur la méchanceté des assassins, puis il 
confesse que la victime n'avait, somme toute, que trop mérité son 
sort. — 80 r°-81 v°. Vices de Chilpérich. Son épitaphe. 

82 r° et v°. XXVI. Contran accepte la tutelle de son neveu Clo- 
taire, et il promet aux Parisiens de respecter leurs franchises. — 83 
r°. Childebert lui envoie une ambassade pour réclamer des places 
qu'il prétend siennes. Violente réponse de Gontran. — 83 v°-84 v°. 
Suite et fin de la réponse. Les députés répliquent aigrement. — 85 r". 
On les chasse. — Frédegonde, qui voit avec douleur la prospérité de 
Brunechilde, dépêche, mais inutilement (85 v°], un meurtrier à sa 
rivale. — 86 v". L'un de ceux qui ont tué Chilpérich est puni. 

87 r°-88 r". XXVIl. Gondouault [Gondowald], qui se prétendait 
fils légitime de Clotaire [l*""], encore qu'il ne fût que bâtard, réclame 
à Gontran, par ambassade, une part de l'héritage paternel. Au mépris 
du droit des gens, Gontran maltraite les messagers, et recherche 
ensuite (88 v°-89 v"), pour repousser l'usurpateur, l'alliance de Chil- 
debert. Les deux rois s'engagent à agir ensemble. — 90 v°-92 r°. 
XXVlll. Ils assiègent Gondouault dans une forteresse réputée impre- 
nable, mais ils le décident, au moyen d'une fausse lettre, à quitter 
cette citadelle, à partir pour Bordeaux. Là, il est pris et massacré. 
— Quelque temps plus tard, Gontran s'éteint, plein de gloire. 

93 ro-94 v". XXIX. Childebert déclare la guerre à Landry et à 



Ms: Avoit. 



330 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

Frédegonde, qui habitaient alors Soissons. La reine lève des troupes, 
et les anime par une harangue. — Bataille. 



La, Frédegonde entre ses braz porta 
Le roy son filz, ou bien se comporta 
Selon vertu de femme encouraigée, 
Car, comme estans a bataille rengée 
G-ensdarmes prestz ungs sus autres charger. 
Marcha devant pour les encouraiger. 
Est il vivant a qui le sang ne mesle 
Voyant son roy alaictantia mamelle 
Ja au conflict de bataille estre mys. 
Contre le choc de si fortz ennemys? 
Homme ne sçay, sans porter quelque honte, 
Qui lascheté luy fist. 

Or, dit le conte, 
95 r° Qu'après avoir maint souldart abatu 
Et tout le jour vaillamment combatu 
Jusqu'à soleil couchant, de plaine traicte, 
Fist commander Landry sonner retraicte 
En la forest qui assez près battoit 
Du lieu ou l'ost de Childebert estoit. 
La séjourna ceste nuict son armée, 
Non pour debvoir estre en riens desarmée 
Ny a long somme aulcun laisser fléchir, 
Mais pour ses gentz et chevaulx refreschir. 
Lors Frédegonde, a heure non suspecte, 
Fist desloger gensdarmes sans trompette 
Et, sans ouyr d'aulcunes voix le son, 
De main a main chanta ceste leçon 
Que de tout l'ost n'y eust personne franche 
Qui ne portast de ramée une branche, 
Voulut aussi que tout homme l'aval 
Une campane, au col de son cheval, 
Pendist affin des ennemys surprendre 
En desaroy, et tous vaincuz les rendre. 



Ainsi tout doulx approucherent du parc 
95 v" Des ennemys, n'en restant qu'ung traict d'arc 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 331 

Sans ce que ceulx du guect les apperceussent, 
Rien ne doubtans comme si de vray sceussent 
N'j avoir fors la forest et chevaulx 
Prenans pasture. Or, pour les grandz travaulx 
Qu'au jour devant ceulx du partj contraire 
Avoient portez, fort bien les sceut attraire 
A longuement dormir le dieu Sumpnus ; 
Et, ce matin, comme geutz qui sont nudz, 
Non esperans avoir aulcuns alarmes, 
Tous despouillez de leurs meilleures armes, 
Si très soudain se trouvèrent surpris 
Qu'au descharger, tant morts, navrez que pris, 
De gentz y eut merveilleuse defïaicte. 

L'invention de telle sorte faicte 
Donne a congnoistre a quelle utilité 
Tourne esperit plain de subtilité : 
Subtilité (dit on) vault mieulx que force. 
Qui n'a bon sens ses forces ja n'efforce 
A guerroyer, s'il n'y va bien d'aguet. 
Homme endormy jamais ne fist bon guect. 
La, Fredegonde et Landry (dit l'histoire) 
Par bonne astuce y obtiendrent victoire, 
Et Childebert (non luy, mais mieulx ses gentz) 
Par trop dormir comme sotz negligentz, 
96 r" Ainsi deffaictz sans eulx povoir deffendre, 
Se veirent lors membres et testes fendre. 
Bien peu ou nulz du conûict eschappez, 
En ung instant furent touchez, happez 
Et butinez leurs trésors, biens et tentes. 
Tout au plaisir et selon les ententes 
De Fredegonde et du seigneur Landry, 
Qui, pour ne veoir leur honneur amoindry, 
Egallement a tous les départirent, 
Dont fort contentz et joyeulx se partirent. 

Childebert tourne ses armes contre la Lombardie, puis (96- v") con- 
tre la Bourgogne. — La mort le frappe en chemin. — 97 r°. Toutes 
les chroniques ne lui donnent pas le nom de Childebert, mais Crétin 
s'est conformé à la tradition la plus générale. 



332 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

98 r»-99 r°. XXX. Frédegoude s'empresse d'attaquer Théodebert et 
Théodorich, les deux fils de Childebert, et ils sont vaincus par le 
jeune Clotaire aidé de Landry. Mais ce fut le dernier triomphe de 
cette reine terrible. Elle ne tarda point à expirer, et on l'ensevelit 
auprès de son mari Chilpérich. Sont-ils, se demande notre auteur, en 
paradis l'un et l'autre ? 

Se leurs corps sont falerez, diaprez 
Et préservez de caducques molestes, 
Et âmes sont aux royaulmes célestes, 
C'est un grand cas ! Dieu est misericors, 
Mais, veuz les maulx par eulx mjs en recordz, 
Je suys d'avis qu'il est bien difficile 
Qu'en leur salut nostre espoir ne vaxile. 
De ceste femme on escript tant d'excès 
Qu'ilz font doubter l'ame, après son décès, 
Avoir souffert grand peine en purgatoire,... 
Se pis n'y a. Peu d'œuvre méritoire 
Et beaucoup vice en sa vie a commys; 
Son cueur cruel ne souffrit homme mys 
Et loinggecté hors la saincte amour d'elle 
Qu'il n'en receust playe afflicte et mortelle; 
Cruelle en ire, ireuse en cruaulté, 
Traytresse en dol, double en desloyaulté. 
Tant estoit qu'oncq ne fut rassasiée 
D'espendre sang; elle, fantaisiée. 
Peuples et gentz innocens tourmentoit, 
99 v" Et lourd travail sus leur mal augmentoit. 
Ung cas commist que grandement déteste 
Quant flst navrer l'archevesque Prétexte 
Disant la messe au sainct temple de Dieu, 
Lors que d'exil fut remys en son lieu : 
Mort en receut, dont le tiens mys au roolle 
Des sainctz martirs méritans l'aureolle. 
Maintz autres maulx fist elle, et ne sçay pas 
Si bien en fut contricte a son trespas. — 
Celluy Seigneur qui de tous faictz dispose 
Le vueille ainsi, affin qu'au ciel repose ! 

100 v°-103 r°. XXXI. Poussés par Brunechilde, Théodebert et 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 333 

Théodoricli (iéclareiit la guerre à (Uotaire, et lui imposent uu ti'aité 
onéreux. — Luttes de Landry et de Berthault [Herthoald]. Ce der- 
nier finit par succomber, mais ses comi)agiions le vengent. 

104 i"-106 r°. XXXIL Hrouille entre Thcodorich et son frère. On 
les réconcilie au moment où leurs armées étaient sur le point de se 
heurter. — Meui'tre de Prothadius. 

107r°-112r". XXXIIL Théodorich épouse, puis répudie la fille du 
roi des Goths. Justement indigné, le père de cette princesse s'unit, 
pour punir son gendre, non seulement à Clotaire et à Théodebert, 
mais aussi au roi des Lombards Apres s'être résigné à un accord qui 
lui ôte deux provinces, Théodorich s'efforce d'obtenir la neutralité du 
roi Clotaire, puis, marchant contre Théodebert, il le défait, s'empare 
de lui, l'égorgé ainsi que ses deux, {sic) fils. — Le poète ne semble 
pas croire à cette vengeance atroce. 

112 v° Si c'est mensonge ou pure tragédie 

N'afferme pas. Quoj' que rédige et die. 

Ce n'est qu'api'ôs autres plusieurs aucteurs : 

Doncq si je mentz, qu'on les tienne menteurs. 

Ibid. et 113 r°. Des dissentiments s'élèvent entre Brunechilde 
et Théodorich. — 113 v°. Celui-ci se prépare à de nouvelles con- 
quêtes, lorsqu une soudaine maladie l'emporte. Certains prétendent 
qu'il fut empoisonné ; d'autres qu'il succomba à un flux du ventre. 
Crétin ne se prononce pas, et il se borne à constater : « Fust par poi- 
son ou flux, il est notoire Qu'il deceda ». — Conclusion du second 
livre. 

Gravons dit etteu, depuys Clotaire *, 
Ce qu'a semblé bon estre a dire et taire, 
Car il suffist, tant du bel que du let, 
Cueillir sans plus la cresme sus le laict ; 
Et pour autant que nostre présent livre 
A coninieucé sus l'un, l'offie se livre 
Mectre icy fin, pour commencer le tiers 
A l'autre aussi : ce que fais volunliers, 
111 1° Carmes espritz demandent reposée, 

Par quoj la plume au séjour ay posée. 



* Entendez depuis Clotaire /". 



334 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 



B. N. fr. 2819. 

[Fos l-C] Table des matières, — [7 r".] Frontispice, — [7 \'°-8 r».] 
Prologue : L'auteur avoue, une fois de plus, que la tâche qu'il a 
acceptée passe ses forces. Il est vieux, il est ignorant, et il ne possède 
aucun des mérites qui reluisent chez les grands écrivains. De là sa 
lenteur, ses faiblesses. 

Se Cicero, ains du monde partir, 
[8 \°] Par testament m'eust voulu départir 

Quelque élégance et doulceur de sa muse, 
L'œuvre fust faict ou la et deçà muse ; 
Se Juvenal, que mort vif a cité, 
M'eust resigné une vivacité 
De motz subtilz couchez en ses satyres, 
Telle couleur couverte cessast yres 
Aux cueurs de ceulx qu'on picque, sans couvrir, 
Aucunesfoiz jusques au sang ouvrir ^ ; 
Se Perse, Omere, Ovide avec Therence, 
Ou mieulx Virgile, eussent loy ne taire en ce 
Leurs doulx escriptz, et Terre susciter (?), 
En mon endroict, de les ressusciter, 
On y trouvast tare fort différente, 
Car en leurs champs n'ay povoir d'y faire ente 
Qui porte fruict, veu qu'on treuve en moy sons 
Mal resonantz ; par quoy (comme en moyssons 
Vont simples gentz pas a pas, non grand erre, 
Cueillir petitz espiz de grain en terre) 
Suivre les fault de loing pour assembler 
Ce qu'après eulx bon me pourra sembler. 
A tout le moins se j'eusse en Poge prise 
[9r°] Quelque leçon, l'escript que pou je prise 
Fust embelly de motz facecyeux. 

1 Le sens paraît être : Si Juvénal m'avait transmis le secret des tour- 
nures subtiles qu'il employait dans ses Hutires, j'éviterais, en mettant un 
voile sur mon sti/te, d'irriter les espjnts de mes lecteurs, ta72dis qu'il 
m'arrive, it moi qui ne sais ]ias habiller la vérité, de les piquer jusqu'au 
sang. 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 335 

Regrets stériles !... Lorstjue l'ou manque de talent, et que l'on doit 
néanmoins produire une œuvre, le seul remède est de s'adi-esser à 
Dieu, d'implorer son assistance. Guillaume Crétin demande, en consé- 
quence, au ciel de rendre le 3'' livre de la Chronique plus digne d'être 
lu que les précédents. 

[9 v"] . 

Mais se deflfault notoire y est prouvé, 
Ainsi que l'or en fournaise esprouvé, 
Offre je fays (sans que grâce on me face) 
De l'amender. Si ne craings d'homme face, 
Fors de celuy qui peult bien mes defîaullz 
Rompre et trencher de congnée ou de faulx. 
Si luj supplye, avant que sermon œuvre 
[10 r"j Pour en ses mains faire adresser mon œuvre, 
Son plaisir soit accepter le caz tel 
Comme s'il fust composé de Castel, 
De Sainct Gelajs, Molinet, du grand Georges 
Ou Meschinot. J'ay mis en ma grange orges, 
Non purs fromentz dont pain ont distillé 
Doulx a gouster, et ne me dj stillé 
En l'art comme eulx, mais aj plume apprestée 
Selon que Dieu grâce plus m'a prestée ^ 

1 r°-5 v°. I. Après un vain essai de résistance, Brunechilde tombe 
entre les mains de Clotaire. — 6 v°-7 v°. II. Celui-ci, dans un ample 
réquisitoire, énumère à la captive tous les crimes commis par elle. — 
8 T". Elle est condamnée à mourir par l'assemblée des barons. 

8 v° Adonc le roy, pour rendre humiliée 
Sa grant fierté, voulut que fust lyée 
Et garrottée a la queue au destryer. 
Le plus mauvais et rude a mestryer 
Qu'on sceust trouver. Lors, nue en sa chemise, 
Braz et cheveulz liez, tout ainsi mise, 
Fut le bourreau par contraincte monté 
Sur ce cheval farouclre et mal dompté. 

» Ce prologue est l'une des rares parties du poème qui présentent une 
suite de rimes équivoquces. 



336 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

Mais, au picquer, r|uand sentit a ses trousses 
Pendre le fex, tant donua de secousses 
Et tant rendit ce chetif corps escoux 
De course?, saultz, grandz ruades et coupz, 
Qu'adjoustant playe a navreure nouvelle, 
Du chef rompu i'eyt voiler la cervelle, 
Et, traversant par buissons et sentiers 
Fort espineux, nulz des membres entiers 
Restèrent sains, mais, trainnée et tyrée 
La malheureuse en tel point martjrée, 
Nerfz, veynes, oz, tous ensemble nombrez, 
Piteusement luy furent desmembrez, 
9 r° Sans y laisser sur son corps pel entière. 

La rigueur de ce supplice a dû rendre le ciel indulgent pour cette 
femme infortunée. — 9 v°. Elle eut, du reste, quelques vertus, et la 
tradition ne lui est pas unanimement hostile. 

Aucuns autheurs, personnes vénérables, 
En leurs esczùptz luj furent favorables, 
Mesmes Bocace et Grégoire de Tours. — 
Or, plaise a Dieu, après mondains destours 
10 r° De mort receue et peyne temporelle, 
Luj donner vie en la gloire éternelle ! 

lOv-llr". III. Eloge de Clotaire. — llv°-12v°. Intrigues et 
trahisons. — 13 r". L'un des coupables est mis à mort. — Naissance 
de Dagobert. 

13 V-IS r". IV. Pour rintelligence des chapitres qui vont suivre, 
le poète revient en arrière et raconte la légende de saint Denys. — 

15 v°. Cet homme de Dieu accomplit en France force miracles. — 

16 ro-I7 r°. Mais, par ordre de l'empereur de Rome, il est emprisonné, 
torturé, puis décapité à Montmartre avec deux de ses disciples. Denys 
ramasse sa tète coupée, et s'en va, la tenant à la main, chez une 
chrétienne nommée Catulle. — 17 v°. Cette dame éprouve une surprise 
que Guillaume Crétin ne trouve pas déplacée. 

A dire vray, ce povoit transporter 
Ung esperit, voyant homme porter 
Sa teste ainsi, C'estoit chose admirable! 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 337 

18 v° et v°. Catulle ensevelit l'apôtre des Gaules, et exhale des 
plaintes, hélas ! abondantes. — 19 r°-20 r". Tandis qu'elle exprime sa 
douleur, passent des truands qui conduisent à la voirie les cadavres 
des disciphis. La pieuse femme appelle ces vilaines gens, les enivre, 
et substitue les corps de deux porcs aux restes mortels des martyrs 
qu'elle enterre honorablement auprès de leur maître. — 20 v°. Depuis 
lors, le tombeau de ces trois saints fut le théâtre de nombreux 
prodiges. 

21 v''-23 v°. V. Maintenant le chroniqueur nous ramène à l'époque 
de Dagobert. — Un jour que ce prince était en chasse, un cerf qu'il 
poursuivait chercha un asile dans la chapelle où se trouvait le sépulcre 
de Denys et de ses comi)agnons. Les veneurs tentèrent de franchir le 
seuil sacré, mais ils furent comme rivés au sol, car les bienheureux 
avaient pris sous leur protection la bête... A partir de cette heure, la 
chapelle parut singulièrement vénérable au fils de Clotaire. 

24 v°-28 v°. VI. Il avait pour gouverneur un certain Sadregisille, 
qui ne le prisait « ung ongnon », et le traitait fort durement. Mais 
son élève, pour lui enseigner quelle révérence est due aux rois, le fit 
étriller des mieux, et lui coupa, en outre, la barbe. Dès que Clotaire 
connut la mésaventure du pédagogue, il montra un déplaisir si vif que 
le coupable jugea à propos de s'absenter, et qu'il courut au tombeau 
des trois martyrs. Aussitôt son père ordonna qu'il fût arraché à ce 
refuge. — 29 v°-31 v°. VIL Les saints apparaissent à Dagobert pen- 
dant son sommeil, et s'engagent, pourvu qu'il leur construise un beau 
temple, à terminer vite et bien cette affaire si fâcheuse. Là-dessus 
arrivent les gendarmes de Clotaire. Un mystérieux pouvoir les retient 
à l'entrée de la chapelle ; une nouvelle troupe est semblablement 
arrêtée. — 32 r°-33 v°. Le roi accourt en personne. Il était, en route, 
d'une humeur de loup, mais, en approchant du sanctuaire, il devint 
un a doulx aignel ». — Entrevue du père et de l'enfant ; réconcilia- 
tion, attendrissement, joie partout. 

34 v". VIIL Mariage de Dagobert. — 35 r°-36 r°. 11 obtient le 
royaume d'Austrasie, et lutte contre les Saxons. — 36 v"- 39 r". Clo- 
taire amène du renfort, et les ennemis sont vaincus. 

39 v''-40 \°. IX. Ordonnances établies par Clotaire. — Il songe à 
abdiquer, puis, ému par la douleur de ses barons, il renonce à ce 
dessein, — 41 r''-43 v°. Réunion d'un concile. Vertus des prélats qui 
gouvernaient l'Eglise à cette époque. Arnoul [Arnulfj, Eloy, Fiacre. — 
Portrait de Clotaire; sa mort; son tombeau. 

44 v°-46 r". X. Lorsqu'on lui apprend que son père n'est plus, Da- 
gobert s'afflige en tant que fils, et se réjouit fort en qualité d'héritier. 
— Il est sacré à Reims. — 11 cède, par bonté d'âme, une partie du 
royaume à son frère Aribert. 

22 



338 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

46 v°-b2 1°. XI. Construction de l'église Saint-Denys ; elle est riche 
ment dotée et décorée avec soin. — Remarquables mérites de Dago- 
bert. — Ses voyages eu Bourgogne, en Austrasie. — Ses mariages 
successifs. 



53 r". XII. Dagobert lors très fort se desplaisoit 
Que Genyus ' a luj ne complaisoit, 
Disant : « Par trop vers moj se desnature, — 
Veu qu'on le tient ministre de nature 
Pour labourer, semer et cultiver 
Tant en printemps, autumpne, esté qu'yver, 
Et, par liqueur d'amoureuse rozée, 
Rendre la terre amplement arrozée — 
Qu'ores ne m'a de tant favorizé, 
Et mon labeur si bien autorizé, 
Que, par regard de céleste influence, 
•Je n'ay produyct des fruictz en affluence. » 

Après ces motz, se voyant demeuré, 
Qui jour et nuyct avoit tant labouré, 
Et son labeur trouvant comme inutile, 
Délibéra terre avoir plus fertile : 
Par ce moyen, Raguetrude a plaisir 
Choisit pour faire a ses costez gésir. 

Mais a sçavoir s'excuse légitime 
Eut en ce cas ? Pour response j'extime 
53 v° Qu'offensa Dieu, car on ne doibt jamais 

Commettre ung mal pour bien quelconque, mais 
Les princes ont aultre loy, ce leur semble, 
Que simples gentz. Le tout meslé ensemble, 
Entre eulx et nous ne gyst exception, 
Car Dieu n'entend avoir acception 
D'homme vivant, en tant que touche offense 
Contrevenant a ce dont faict deffense. 
Or passons oultre. 

Advint, touchant cela, 



1 Personnage du Roman de la Rose. — Dans les vers qui suivent, 
Crétin expose, d'une manière pudiquement allégorique, les attributions 
de Genius. 



DE MAITRK GUILLAUME CRETIN 339 

Que cesie fleur sou germe ne cela, 
Car, sans doubter estre a ce mal luenée, 
Fejt ung beau fllz en celle raesrae année. 
A Orléans elle acoucha et geut, 
Le roy présent, et si a point escheut 
Que la survint Aribert. Lors grand feste 
Pour la venue et de l'enfïent fut faicte. 
De frère a frère y eut tout tel reccueil 
Qu'en pareil caz cueur doibt penser, et qu'œil 
Peult adviser personne estre pourveue 
D'ample soulaz, quant voit a pleine veue 
Le sien amj, et prochain d'elle sent 
Ce qui long temps avoit esté absent. 
54 r° L'appareil faict qu'au baptesme on doibt faire, 
Le bon preudhomme Amand, en ceste affaire, 
Pour baptiser l'enffent fut depputé, 
Cai" il estoit sainct homme repputé, 
Et, a bon droict, l'Eglise tel l'approuve. 
(C'est sainct Amand qu'au Cathalogue on trouve.) 
L'enffent tenu sur fontz par Aribert, 
Le dénomma en son nom Sygibert. 
Or, retenez qu'a ce divin oracle 
Sur l'heure j eut un évident miracle, 
A extimerplus sans comparaison 
Que je ne dj : car, après l'oraison 
Que sainct Amand disoit, n'eut personnaige 
Qui mot sonnast, l'enffent (tenant en aaige 
Quarante jours sans plus, comme examen 
Fut sur ce faict) seul respondit : « Amen ! » 
A pleine voix fort haulte et bien ouje, 
Dont les deux roys et la tourbe esjouye 
Se deurent fort, comme croyre se doibt, 
Esmerveiller et dire que c'estoit. 
Pour l'advenir, presaige et asseurance 
De tel enffent avoir bonne espérance. 
54 v" Les piestres la furent ce ver chantantz 

Qui dit de bouche aux enffentz alaittantz : 
o tu, Seigneur, que sans cesse loue ange, 
As huy parfaicte icy digne louange ! » 



340 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

Je laisse a dire et au penser remetz 
Quels appareils on feyt de divers metz, 
Quels feux de joje et quelles rondes tables 
Dressèrent peuple et personnes notables 
De toute France. Il ne fault pas doubter 
Que tout compter sembleroit radotter. 

55 r° et v°. Dagobert donne à son fils nn gouverneur; il se propose 
ensuite de parcourir celles de ses provinces qu'il n'a pas encore 
visitées, mais un changement déplorable se produit en lui à ce moment. 

56 r" et v°. Xlll. 11 éloigne de sa cour les gens de bien et lâche la 
bride à ses passions. 

Pour lors estoit si fort exercité 
A exploicter vaine lubricité 
Que par pays tenoit concubiuaige 
De sept ou hujt putains en son mesnaige, 
Sans le surplus qu'en reserve laissoit 
En plusieurs lieux. Pensez combien let soit 
A ung grand prince et chose mal honneste, 
Quant l'aiguillon d'amours tant l'admonneste, 
Et l'appétit sensuel le contrainct 
De forvoyer, qu'au moins ne se restrainct 
Jusques sa honte a raison rendre esgale, 
Pour caultement esviter le scandale, 
Comme en conseil l'apostre a bien cotte : 
Si non casle^ dit il, tamen caute. 
57 r° Aux princes, grandz, prelatz et gentz d'Eglise 
S'extend le mot; mais chascun scandalize 
Fort son estât, parles traictz gracieux 
De Cupido, qui tant bende les yeulx 
Aux enyvrez de ceste mère goutte 
Qu'advis leur est le monde ne veoir goutte. 

Autres vices de Dagobert. — 57 v". Il ravage la ville de Poitiers. 
— 58 r° et v°. 11 chasse, puis rappelle saint Amand. — 59 r". Bonheur 
des princes qui ont de sincères conseillers. 

59 vo. XIV. Mort d'Aribert et de son fils. — 60 r". Retour du roi de 
France à la sagesse. — 60 v''-61 v". 11 fait la guerre aux Esclavons 
et conclut avec les Saxons une alliance peu profitable. — 62 r°-63 i°. 



DE MAITRE GUILLAUME CRÉTIN 3''ll 

Il cède l'Austrasie à Sygibert et réserve la Neustrie et la Bourgogne 
pour un autre enfant (Clovys ou Loys), qui lui était né depuis peu. 
Les deux fils s'engagent à vivre toujours d'accord. — 63 y". Institution 
de la foire du lendit. Crétin remarque qu'on devrait l'appeler foire de 
Vesdict. 

65 r° '. XV. Dagobert est vainqueur des Gascons. — 65 v°-66 v°. Il 
se prépare à envahir la Bretagne, mais le chef de ce pays, Nydicahil 
[Judicaël], vient à Clichy et obtient, par sa soumission, la paix. 

67 v°-69 r°. XVI. Consécration de l'église Saint-Denys. Elscorté 
a des deux benoistz apostres , Pierre et Paul », d'une multitude de 
dignes martyrs et d'une « belle tourbe d'anges », Jésus descend du 
ciel pour bénir le monument. Depuis lors, le 23 février de chaque 
année, les fidèles viennent en foule à ce sanctuaire pour obtenir le 
pardon de leurs péchés. Le chroniqueur regrette que ce pardon soit 
accordé (ou plutôt vendu) par des prêtres avides, ignorants, sans 
scrupules. 

Bien est il vray que la se peult commettre 
Maint grand abuz qu'on ne devroit permettre, 
Et mesmement d'ung tas de confesseurs 
Qui n'ont sçavoir pour rendre confèz seurs 
De leurs péchez, car plusieurs n'ont ententes, 
En confessant personnes pénitentes, 
69 v° Sinon de prendre argent a toutes mains : 
Quant au salut des âmes, c'est du mains. 
Si grand abuz maint cueur d'homme en infeste, 
Qui tourne a honte apperte et manifeste 
A ceulx ajantz l'auctorité sur eulx, 
Et deussent bien d'examen rigoureux 
Les esprouver. Mais diray je? On leur gette, 
Pour trois grans blancs, en main une vergette 
Et le billet de papier par dessus, 
Sans veoir s'ilz ont les sainctz ordres receuz. 
C'est grand pitié comme avarice aveugle 
Ainsi les gentz! Livrer a un aveugle 
Ung aultre aveugle a condujre et mener ! 
On entend bien, helas! qu'au cheminer, 
Veuz les chemins pleins de trous ou s'embuschent, 

* Le feuillet 64 est blanc au r°, et porte, au v°, une vignette. 



342 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

(Qu") Au creux d'enfer tous deux vont et trebuschent. 
Gentz aveuglez, pensez vous estre absoulz 
Pour desbourser deux, trois ou quatre souldz? 
Mais cuidez vous, simples bestes, soubz umbre 
De telz pardons, qu'en portant la ung nombre 
De gros péchez, sojez nectz et curez, — 
Et les petits portez a vos curez ? 
70 r° Confession doibt estre pure, entière 

Et toute vraye. — Or, c'est une matière 

Ou ne me vueil fonder quant a présent. 

Car d'en toucher voj mon sens propre exempt. 

70 v°-74 i'°. XVII. Harangue solennelle de Dagobert à ses fils et 
aux trois états du royaume. Considérations politico-religieuses. Le 
prince sent sa fin prochaine : il prêche la concorde, récite son testa- 
ment et demande des messes. 

75 r". XVIU. De fait, la mort, cette furye fatale, a résolu de l'en- 
lever à la teire. 

75 v° Il fut saisj d'excessif mal de flux, 
Dissenterye appelé en praticque 
De médecine. Et dit l'histoire antique 
Qu'a Espyney, près de Paris, estoit 
Lors que ce flux si fort le molestoit, 
Dont, meu de crainte et pensée esbahje, 
De la se feyt porter en l'abbaye 
De Sainct Denys, pour son mal aleiger; 
Mais congnoissant sadouUeur rengreger, 
Et tous les artz d'abusifves praticques 
Aux médecins (drogues de leurs bouthiques 
Et restaurantz dont uzent en ce cours) 
Ne luy porter efFect de bon secours, 
Plus n'espéra faire longue demeure. 

76 r''-77 Y". Il mande son chambellan et ses amis, déplore ses 
égarements, et fait une prière de deux pages. 

Après ces motz si fort accès l'esprit 
Que tost fut mys en l'agonie extresme. 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 343 

Adone Cloto, ourdissant chesne et tresme 

Du fil de vie, endura sans propos 

Tout detrencher par la fiere Attropos 

Qui, gloutte a prendre en ce plat souppe grasse, 

Clouyt le paz au bon roy, l'an de grâce 

Six centz quarante et cinq *, moysde febvrier. 

78 l'^-TO v°. Le peuple est inconsolable ; on conduit le défunt à 
Saint-Denys. — Vision de Jean l'anachorète : les diables emportent 
en bateau l'âme du pauvre Dagobert ; elle appelle à son secours 
Denys, Maurice et Martin ; ils se présentent aussitôt, fendent « vagues 
et undes >', arrachent aux démons leur proie, et remontent vers Dieu 
en chantant. Guillaume Crétin affirme que l'histoire est authentique, 
et la preuve, dit-il, c'est qu'elle a été racontée par Audoeuus (saint 
Ouen), personnage grave, notable preudhomme, et qui n'avançait que 
les choses dont il était sûr. 

80 r°-81 r». XIX. Partage du royaume. — 81 v''-82 r°. Luttes entre 
Flocate, gouverneur de Bourgogne, et Vuyllebault^; celui-ci est tué 
dans une rencontre. «L'histoire dit ce combat près Authun Avoir esté: 
du lieu ce m'est tout ung. » — 82 v°. Mort de la femme de Dagobert. 

83 r° et v°. XX. Famine en France. — Clovys épouse Bathilde. — 
84 r" et v°. Privilèges accordés au monastère de Saint-Denys. — 
Réflexions sur la vie des moines : elle est souvent peu édifiante. — 
Clovys ordonne que la châsse de saint Denys soit ouverte, et il vole 
l'un des bras du martyr. — 85 r". Cette profanation excite le cour- 
roux céleste. Clovys perd l'usage de la raison ; il se décide à restituer 
le bras, « mais quoy qu'après sentist amendement. Si fut tousjours 
foible d'entendement ». — 85 v°-86 r". Sa mort — Bathilde entre 
au couvent et y mène une existence exemplaire. 

86 v°-87 v". XXI. Histoire de Grimouauld [Grimoald] et de son fils 
Hildebert. 

88r°-90r°. XXII. Règne stérile de Clotaire 111. Ce prince, d'ail- 
leurs, ne vit guère. « Laissons le la : ce n'est pas grand dommage ! » 

90 v°-93 ro. XXIII. Autres rois fainéants : Théodorich et Childé- 
rich. Celui-ci est tué ; celui-là tondu, puis chassé, mais, après quel- 
que temps, la couronne lui est rendue. — 93 v°-95 r". XXIV. Il est 
vaincu et banni par Ebroin, qui accapare le pouvoir comme maire du 
palais, et accomplit (95 v°-96 \°) beaucoup d'actions indignes. 

97 yO-QS r". XXV. Il rétablit Théodorich sur le trône, et arrête, par 

* La date est fausse. Dagobert mourut en 638. 
2 Flaokhat et Willibald. 



344 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

une belle victoire, les entreprises des ducs Martin et Pépin [de Héris- 
tall], Martin est occis; Pépin, plus heureux, se sauve. — 98 v°. 
Assassinat d'Ebroin. — 99 r^-lOl r°. La mairie du palais échoit d'abord 
à Varracon [Waratte], qui a son fils pour rival, puis à Berquaire 
[Berther], personnage inepte et lâche, que ses propres soldats égor- 
gent après une bataille gagnée par Pépin. 

102 r'-lOS re, XXVI. Dagobert [111] n'a de la royauté que le titre. 

— La veuve de Pépin, Plectrude, aspire à gouverner les Français. — 
Un seigneur nommé Raganfrède [Raghenfrid] se distingue par quel- 
ques expéditions guerrières. — Mort de Dagobert; les enfants qu'il 
laisse sont en bas âge, et son sceptre est dévolu à Daniel [Chilpérich]. 

103 v°. C'est à ce moment qu'entre en scène Charles-Martel. — 
104 r'-lOS v°. Plectrude, sa marâtre, le retenait prisonnier à Cologne, 
mais il réussit à se sauver. — (Ici Guillaume Crétin s'interrompt, et 
rac mte comment fut fondée l'abbaye du Mont-Saint-Michel.) 

106 v^-lOS v°. XXVII. Victoires remportées par Charles-Martel sur 
Chilpérich et Raganfrède. — 109 r" et v". Défaite des Saxons et des 
Allemands. — Un accord est conclu avec Eudes, roi des Gascons. 

— 110 r». Mort de Chilpérich. 

111 r° et vo. XXVIII. Les Turcs envahissent la France méridio- 
nale ; ils s'emparent de Bordeaux et saccagent cette ville, dont les 
habitants sont plongés dans la douleur et l'effroi. 

On ne sçauroit d'ung jour avoir escrjs 
Les pleurs, clameurs, souspirs, plainctes et crjs 
Dont se plaingnit la cité douloureuse, 
Au jour dolent et heure malheureuse. 
112 r" Qui lors ouyst getter crjs et sangloutz, 
En la fureur de ces Turqz au sang gloutz 
Des povres gentz, ce fust assez pour dire 
Estre sur eulx allumé le feu d'jre. 
Loupz affamez a travers grandz troppeaulx 
D'aigneaulx petitz, pour griffes mettre aux peaulx 
Et a leur col les emporter et pendre, 
Ne sont point tant cruels a sang espendre. 
Qui vejst adonq grandz et petitz crier, 
A joinctes mains mercy a Dieu prier, 
Voyantz sur eulx fondre telles tempestes, 
Gorges coupper, abattre et coupper testes *,... 

* Anacoluthe. Parmi ceux qui auraient pu entendre les supplications 
de ce peuple et assister à son égorgement, il ne se serait trouvé personne 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 345 

Trouveroit on au monde cueurs si durs 
Qui, par pitié, n'eussent erreur veoirTurqz 
D'austérité severe et incivile 
Tjrannizer et traicter ainsi viile ? 
A.insi que feu ardant qui en four est, 
Ou flamme esprise eramy une forest 
Consomme et ard ce que peult encontrer, 
Les chiens mastins, tous/orcenez d'entrer, 
A feu et sang ainsi la cité misrent, 
Et nul vivant en eschapper permisrent. 
112 v° Qui d'œil verrait telles occisions, 
Faire des corps grandes incisions, 
Membres trenchez, testes escervelées, 
Femmes courir toutes deschevelées, 
Les cueurs navrez, desja presque transsiz 
Pour leurs marjs auprès d'elles occiz, 
Pères, enffentz, frères, seurs et parentes,... 
Diroit on pas causes estre apparentes 
Pour en mener, tant de cueur comme d'œil, 
Fort, excessif, grand et extrême dueil? 
Certes je tiens, a franchement respondre, 
Cela devoir a raison correspondre. 
Considéré le mal qui en deppend 
Et qu'a nous tous autant a l'œil en pend. 

Les Turcs se dirigent vers Poitiers. 

Les cloches dont, lors, sonnèrent matines 
Furent canons, faulcons et serpentines; 
Respons, versetz, hjmpnes, motetz et chantz 
Portèrent crys despiteux et trenchantz ; 
113 r° Processions, de Mars sont avantgardes ; 

Chappes aussi, harnojs cliquantz et bardes; 
L'eau benjste est pleine de sang bouillant. 
Et l'aspergés, glaive a mortel taillant ; 
En lieu de croix, picques ; et pour banieres, 



qui eût l'âme assez dure pour ne pas prendre en pitié une ville ainsi 
traitée. — Le début du f" 112 v° offre une construction toute semblable. 



346 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

Fiers estendardz de sauvaiges manières ; 
Quanta Tencens, il est certain qu'a nom 
Souffre, salpestre et pouldre de canon '. 

Prise de Poitiers. — 113 v- 115 r». Les infidèles s'approchent de 
Tours, mais Charles-Martel se porte à leur rencontre. Bataille. Les 
Français tuent 385,000 Turcs. Crétin célèbre cette magnifique vic- 
toire. 

115 v°-117v°, XXIX. Charles-Martel réprime une révolte en Bour- 
gogne; il triomphe des Frisons; il enlève Avignon aux Arabes, et 
accomplit des exploits si nombreux (118 r")que le chroniqueur renonce 
à les narrer tous parle menu. — 118 v°-119 r°. Malheureusement, ce 
héros adjuge à ses barons les biens ecclésiastiques, atl'on a le droit, 
en conséquence, de se demander s'il est présentement au Paradis. 
Crétin n'en est pas sûr, et il constate que, dans le tombeau de cet 
homme qui avait mis la main sur l'argent des prêtres, un serpent fut 
découvert. C'est là un signe inquiétant. — 119 vo-120 r». Charles par- 
tage le royaume entre ses fils, puis il meurt. 

121 r°-124-v". XXXI. Griffon [Grippo] est vaincu et emprisonné par 
ses fières. — Après d'heureuses campagnes contre les Bavarois et les 
Germains, Carloman est touché de la grâce, et se fait moine. — Grif- 
fon recouvre la liberté ; il attaque son frère Pépin le Bref, et finit par 
succomber. 

125 vo-127 ro. XXX. Le pape Zacharie déclare que le titre de roi 
de France appartient légitimement à Pépin et non pas à Childérich. 
Celui-ci est déposé et tondu ; la lignée de Pharamon est éteinte. — 

127 \o. Guerre avec les Saxons. — Le pape Etienne vient en France. — 

128 r»-129 v°. Pépin est sacré par le pape; il lui promet son aide contre 
les Lombards, et se prépare à passer les Alpes. — 130 r''-131 v". 
Expédition victorieuse. Gratitude du saint-père: il accorde à son libé- 
rateur un privilège notable. — Mort du roi des Lombards. 

132 r°-133 v°. XXXII. L'empereur de Constantinople envoie une 
ambassade à Pépin. — Les Saxons éprouvent de nouveaux revers. — 
Fondation du Parlement de Paris. 

134 r" 0, le grand bien que feyssent telles gentz 2, 

1 Cf. Molinet, Le Temple de Mars : « Le chant de ce temple est 
alarme, | Les cloches sont grosses bombardes, | L'eaue benoiste est sang 
et larme, | L'espergès ung bout de guisarme, | Les chappes sont har- 
nas et bardes, | Les processions avantgardes, | Et l'encens pouldre de 
canon. » 

* Les personnages chargés de rendre la justice. 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 347 

Si quelque peu fussent plus diligentz 
D'expédier les procez qu'on intente, 
Car, sans mentir, trop longue en est l'attente ! 
C'est grand pitié d'oujr les attendantz 
Faisantz regretz dont il y a tant d'ans 
Qu'ilz sont après. Souvent si longue suytte 
Cause plusieurs mourir a la poursuytte. 
Soliciteurs, en ce rojal manoir, 
Vojt on courir sur pavé blanc et noir, 
Soirs et matins, pour présenter requestes 
A presidentz et seigneurs des enquestes ; 
Genoulx flechiz, de main, de bouche et d'jeulx, 
Les vont ainsi adorant comme dieux. 
Leur hault sçavoir. grand sens, langue hebrayqu e, 
Grecque, latine, et vertu(z) heroyque 
Au vif semblant des sénateurs romains, 
Font qu'après eulx courent et courront maintz. 
134 v° Telz hommes sont droictz comme joncz oucjerges, 
Patrons d'honneur, de justice concierges, 
Pilliers de paix, arches de vérité, 
Qui — sans faveur, heyne ou sévérité — 
Font leur renom luyre comme en verrière 
Luyt le soleil, et n'ont huys de derrière. 
Le droit gardé parleurs fermes arrestz. 
Jugent despendz, dommaiges, interestz, 
Myses et coustz, a aulcuns bien propices. 
Aux aultres mal : car trop y a d'espices ! 
C'est incident. Mais, tous propos hors mys, 
Bien heureux est qui n'a plait n'ennemys! 
Qui a repos d'esperit vie affecte 
Achepte paix tousjours, et maison faicte. 



135 v°- 136 v*. XXXIII. Campagne de Pépia en Aquitaine. — Sa 
mort. 

137 r°-138 r". Histoire du saint homme Gengoul, le modèle des 
maris patients. Après l'avoir beaucoup trompé, sa femme l'expédie 
dans l'autre monde, mais, là, il prend bien sa revanche, et il afflige 
soudain son épouse d'une maladie étrange... et sonore. Le miracle est 
édifiant, quoique sale. L'enseignement qu'il renferme mérite d'être 



348 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

retenu : les fenames risquent beaucoup en bafouant « Les bons 
marys que Dieu veult colloquer La sus au cieL.. « — 138 v°. Gen- 
goul ne fut pas, en son temps, le seul personnage digne de figurer 
au calendrier. Crétin en cite quelques autres. Et je pourrais, dit-il, 
faire une liste plus étendue : 

Mais je m'en tajs : assez ont exemplaire 
Jeunes prelatz, si a Dieu veuUent plaire, 
Ediffier peuples du bon endroict. 
Suffise a tant. Quant chacun yra droict, 
Lors charité, qui zèle aux cueurs alurae, 
Les esmouvra. — C'est fin du tiers volume. 
Mieulx que pis. 



B. N. fr. 2820. 

[1 v°,] Frontispice. — [2 r".] Prologue. Guillaume Crétin se regarde, 
tant qu'il n'aura pas achevé son ouvrage, comme le débiteur du roi. 
Par bonheur, c'est là un créancier de bonne composition et qui sait 
attendre. — [2 \°-A r".J L'auteur de la Chronique va aborder un sujet 
non moins difficile que magnifique, et il nous raconte un songe qu'il 
prétend avoir eu à ce propos. Un matin de mai (c'est le cadre du 
Roman de la Rose), le bon Guillaume, qui s'était endormi dans la 
campagne, crut voir un chevalier combattant, pour une très belle 
dame, contre une vieille personne fort désagréable. La belle dame 
s'appelait Foi Catholique ; la femme laide et revêche figurait l'hérésie 
des Sarrasins ; quant au chevalier, il était empereur et roi. A son 
réveil, Cretia devine que ce champion de l'orthodoxie n'est autre que 
Charlemagne, et il se propose de le célébrer dignement. — [4 v°.] Excel- 
lence de ce prince. — Le poète s'accuse, une fois encore, de travailler 
trop lentement. 

Très humblement, Sire, je vous supplje, 
Se plus tost n'aj ma promesse acomplye, 
Excusez l'aaige et foible antiquité. 
J'espère bien me trouver acquicté 
[5 r»] A l'advenir, et mieulx vous satisflFaire, 
Si a Dieu plaist ceste grâce me faire 
La santé, vie et aviz me prester, 



I 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 349 

Et que veuillez œil et cueur apprester 
Tendre vers moy votre main libérale, 
En excusant ma parolle rurale. 



1 ro.4 ro. I. Les deux fils de Pépin furent Charles et Carloman. — 
Le premier triomphe du roi d'Aquitaine Hunulphe (Hunald). 

5 V-l v°. II. A la requête du pape Adrien, Charles va combattre les 
Lombards. — 7 v°-9 i°. 11 remporte une victoire éclatante ; il met le 
siège devant Pavie, laisse une partie de ses gens autour de cette place 
et se dirige vers Rome. — 9 v°-10 v". Ou l'accueille comme un libé- 
rateur; il reçoit du saint-père maints privilèges, puis il reprend la 
route de Pavie. — 11 v°-12 v». 111. Cette ville, qui est désolée par la 
famine, se décide à capituler. — 13 ro-14 v». Campagne contre les 
Saxons ; les troupes françaises les dispersent, et regagnent leurs 
foyers. 

15 v°-16 v» IV. Les douze pairs. — 17 r"-l9 r". Heureuse guerre 
en Espagne ; les Gascons trahissent et sont punis. 

19 v°-24 vo. V. Le duc des Bavarois, Tassillon, se prépare à attaquer 
Charlemagne ; la peur le pousse ensuite à demander humblement la 
paix ; il l'obtient, mais il continue à nouer de ténébreuses intrigues, 
dont il aura plus tard sujet de se repentir. — Révolte et châtiment 
des Bretons. — Louable activité du roi. — II ordonne aux Normands 
de respecter ses frontières. 

25 vo-27 r". VI. Il passe en Italie, où il désarme le duc de Béné- 
vent. — 27 v°. Ambassade de l'empereur Constantin. 

28 ro-30 r". Tassillon supplie le pape de le réconcilier avec Charles, 
mais lorsque le saint-père invite les députés du Bavarois à donner 
des garanties, ils répondent qu'on ne les a point chargés d'en fournir. 
Ils sont, en conséquence, éconduits, et les Français se disposent à 
marcher contre le duc. — 31 v°-33 \°. VII. Celui-ci, à l'approche 
de l'armée, fait une soumission entière et consent à être jugé par 
l'assemblée de la noblesse. Le tribunal le déclare coupable de trahison 
et le condamne à mourir. Le roi adoucit l'arrêt, et il acquiert une 
grande réputation de clémence en se bornant à ordonner que Tassillon 
soit tondu. 

34 v°-37 v°. VIII. Préparatifs contre les Huns. Charles habitue ses 
troupes à la discipline, et Crétin constate avec mélancolie que l'on ne 
voit jdus dans les armées l'ordre qui y régnait alors. — Les Huns 
éprouvent de graves échecs. — 38 r<* et v". La peste désole le camp 
des vainqueurs. — Digression : Pourquoi les princes français ne meu- 
rent-ils jamais ni de la peste, ni victimes de l'artillerie ? Discussion 
de ce problème. — 39 v°-40 r». IX. Les Huns reprennent courage et 



350 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

obtiennent même quelques succès. — 40 v°. Imprécations contre la 
guerre. — 41 r». Fermeté du roi dans les revers. — 41 vo-42 ro. l^es 
ennemis continuent à prospérer, et Crétin à maudire la guerre. — 
42 v"-43 r°. A la fin, Charlemagne est vainqueur, et des richesses 
inouïes tombent entre ses mains. 

43 v°-45 v°. Nouvelle agression des Normands ; le grand roi les 
repousse, puis retourne à Aix. 

47 ro ij-49 r°. X. Indignement violenté par quelques seigneurs 
romains, le pape Léon vient demander secours à Charles, qui le 
rétablit sur le trône pontifical. — 49 v°-51 r". Par gratitude, Léon 
donne au roi de France le titre d'empereur. 

52 l'O et v°. XI. Guillaume Crétin, qui va tracer le portrait de Char- 
lemagne, déclare qu'il se contentera de reproduire les renseignements 
que fournit la Chronique de Turpin '-. Après avoir fait l'éloge de ce 
personnage pieux, il nous dépeint le grand Charles comme suit : 

Or donq, ainsi que Tulpin nous informe 
De la beaulté corporelle et la forme 
Du magnanime empereur, ses recordz 
Sont lelz qu'il fut puissant homme de corps : 
D'iiujt piedz des siens fort longs portoit stature, 
Et tant longueur contenoit la ceinture 
53 r° Dont se ceygnit, oultre ce qui pendoit 

Du reste a bas, lors que ceynct en estoit^; 
Ample de reins, le ventre convenable; 
Cuysses, braz, mains de grosseur raisonnable 
Selon le corpz ; d'ung espan et demy 
La face avoit *, couUeur vifve parmy ; 
Nez, yeulx, sourcilz bien longs ; le front très large, 
Comme on diroit d'ung demy pied en marge ; 
Barbe d'ung pied monstrant virilité 

* Le ms. présente, à cet endroit, deux vignettes successives. 

* Il est vrai qu'il emprunte beaucoup à Turpin, mais il ne doit guère 
moins à Eginhard. — Cf. Tiirpi7ii Historia CaroU Magni et Rotholandi, 
XX, p. 39-40, (édition F. Gastets, Montpellier et Paris, 188U); (Euvres 
complètes d'Eginhard, t. I, Vita Caroli impei^atovis, XXII-XXVII, p.72-87, 
(édition A. Teulet, Paris, 1840). 

^ « Cingulum namque, quo ipse cingebatur, octo palmis extensum 
liabebatur, praeler illud quod dependcbat. » Turpin, XX, p. 39. 

* « Habebat in longitudine faciès eius unum palmum et dimidium. » 
Id., ibid. 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 351 

Portoit tousjours, et, a la vérité, 
Ce mot latin vir (qui est a dire liommo) 
Pris de vi'rtus, dont vertu se dénomme, 
Denotte bien qu'homme est deffectueux 
S'il ne se monstre en tous faictz vertueux. 

Vertueux fut, lessant faictz puerilles 
En jeunes ans, et, par actes virilles, 
Obtint grandeur de magnanimité ; 
Grand cueur eut il en la sublimité 
Des faictz ardus, quant, d'aaige primeraiue, 
Tant exaulsa, par pitié souveraine, 
La saincte loy qu'onq homme plus avant 
Ne fut, ce croj, tel affaire suyvant. 
53 v° Science ajma, et tant myct cueur en elle 
Que, non content de langue maternelle 
Dont usent gros eutéuderaentz ruraulx, 
Se feyt instruire es sept artz liberaulx, 
Et (pour parler en saine conscience) 
Tant se monstra jaloux de la science 
Qu'aveq le nom de preux et belliqueur 
Il savoura ceste doulce liqueur, 
Et, pour avoir ses volluntez complectes, 
Tant jour que nuyct eut quant et luj tablectes 
Pour rédiger par escript promptement 
Ce qui s'otfroit a son entendement. 
Considérant qu'homme n'est si habile 
Qui n'avt mémoire oublieuse et labile, 
Et par cela ne voulut demourer 
Qu'il n'eust de quoy le tout remémorer. 

Hommes plusieurs estrangiers eut a gaiges 
Pour l'introduyre a differentz langaiges. 
A ce propos deubt il pas s'esjoujr 
D'ambassadeurs en tout passaige ouyr? 
Je dy cela devoir bien correspondre 
A prince grand d'escouter et respondre 
54 r" Sans truchement ; raison a ce consent 

Qu'ung mot de luj, sans doubter, en vault cent. 
En langue grecque, hebrayque et latine 
Fut bien instruict, mais, entre sa doctrine, 



352 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

Grec entendit mieulx qu'il ne sceut parler. 
Pierre de Pize,au bruit voilant par faer, 
Son précepteur fut premier en gramaire, 
Et Alcuyn, pour directeur sommaire. 
Lors père abbé de Sainct Martin a Tours, 
Des aultres artz les argumentz et tours 
huy sceut monstrer, si très bien le conduyre 
Dresser, mener, fonder et introduire 
Qu'entre les clercz fut dit la grâce avoir 
D'homme extimé en bon et grand sçavoir ^ 

En ses repaz avoit souvent lecture 
D'histoire honneste; en la Saincte Escripture 
Se delectoit, et j prenoit plaisir. 
Par temps de paix, qu'il estoit a loysir, 
Il ayma fort, entre aultres, le volume 
Jadiz passé parla volante plume 
Sainct Augustin, pour lire en temps et lieu. 
Intitulé de la Cité de Dieu ^. 
54 v° Fervent estoit au sainct divin office, 
Journellement assistant au service 
Lorsqu'on chantoit, toutes heures du jour, 
Et finnamment luy estant a séjour ^. 
Aulmosnier fut, piteux et débonnaire. 

Quant au manger, pour repaz ordinaire, 
Aux jours de chair (se ne faulx en mon ton) 
Souvent mangeoit ung quartier de mouton, 

* « Nec patrio lantum sermone cotentus, etiam peregrinis linguis 
ediscendis operam impendit ; in quibus latinumita didicit, ut aeque illa 
ac patria lingua orare sit solitus ; graecam vero melius intelligere quam 
pronuntiare poterat... In discenda grammatica Petrum Pisanum, diaco- 
num, senem audivit. in caeteris disciplinis Albinum, cognomento Alcoinum, 
item diaconum,... praeceptorem Labuit. » Eginhard, vita Car. imp., XXV, 
p. 80. 

^ « Inter coenandum aut aliquod acroama, aut lectorem audiebat. 
Legebantur ei historiae et antiquorum res gestae. Delectabatur et libris 
sancti Augustini, praecipueque his qui de Givitate Dei praetitulati sunt.» 
Ibid., XXIV, p. 78. 

^ « Ecclesiam et mane et vespei'e, itemnocturnis horis et sacrificii teni- 
pore, quoad eum valetudo permiserat, impigre frequentabat.., •» Ibid., 
XXVI, p. 82. 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 353 

D'ung porc Tespaulle; aussi avoit de crue 

Lyevre, ojson gras, ung paon ou une grue, 

Sans le gybier, pour redoubler en tiers, 

Et venoysons dont mangea volluntiers. 

Nul doibt pourtant esbahy par trop estre 

Du compte ouyr : s'il sçavoit bien repaistre, 

Sobre fut il en boyre toutesfoys, 

Car au repaz ne buvoit que deux foys 

Ou troys au plus; bien raangeoit pomme ou poyre 

L'après disnée, et peu vin a son boyre. 

Une heure après, tout nu prenoit délit 
A reposer quelque temps en son lict. 
Cela faisoit, car, ainsi qu'on traveille, 
La nuyctmectoit son esperita veille : 
55 r° Souvent trois foys ou quatre se levoit, 
Devocion vers la mynuyct avoit 
Faire envers Dieu oraisons acceptables, 
A une aultre heure escripvoit a ses tables 
Ce qui venoit en mémoire au resveil. 
Ainsi mesloit aveq repoz traveil, 
Sachant nature avoir mys en ouvraige 
L'oysel au vol et l'homme au labouraige. 

Et voilà l'exemple que Crétin propose aux princes de son temps. 

— 55 v°-56 v°. 11 critique les gentilshommes qui penseraient déroger 
en s'instruisant, et plaide avec quelque vigueur la cause de la science. 

— Il revient ensuite à Charlemagae, et déclare que sa force physique 
égalait son énergie morale. 

Si grande force eut celuy empereur 
Qu'en guerre, estant aux combatz, de fureur, 
Par le povoir de sa dextre bruyante. 
Joyeuse en main, l'espée flamboyante, 
Ung homme armé de cuyrace et armet 
Tout pourfendoit en deux, puis le sommet 
Jusqu'à donner sur l'arçon de la selle 
De son dextrier. L'escript aussi ne celle 
57 r" Qu'ensemble joinctz quatre fers de cheval 
Facillement (comme l'eau court a val) 

23 



354 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

A ses deux mains les sçavoit tous extendre 
Ainsi qu'eust faict ecljsses de boys tendre. 
Force de braz si grande et telle avoit 
Qu'ung homme fort et puissant enlevoit, 
Ayant les piedz posez sur sa main dextre, 
De terre en hault. C'estoit ung tour de maistre! 

58 r° et v"^. XII. A cette époque, les chants liturgiques n'étaient 
pas les mêmes dans toutes les églises. Le pa|)e, à la prière de l'em- 
pereur, décide que cette diversité doit prendre fin, mais il ne sait à 
quel genre de musique il convient d'accorder la préférence. Son choix 
est fixé par un prodige. 

Advint ung soir, la journée acomplye, 
Que luy estant en re^lise,a complye, 
Feyt apporter le livre sur l'aultier 
Ou contenu estoit l'office entier 
Dont sainct Grégoire avoit, en consonance, 
Faict lectre et chant de douice résonance ; 
Celuy aussi fut la mesmes posé 
Par sainct Ambroise escript et composé. 
Les livres cloz et portes bien fermées 
Pour rendre au vray les doubtes affermées, 
Le jour pongnant venu du lendemain 
(Sans ce qu'on eust myse aux livres la main), 
Signes fort grandz donnèrent bien a croire 
Que Dieu vouUoit l'office sainct Grégoire 
Estre a jamais célèbre toutes partz : 
Car les feuilletz en divers lieux espars 
59 r° Furent trouvez, demonstrantz devoir celle 
Forme tenir l'Eglise universelle. 
Celuy de sainct Ambroise, la trouvé 
En son entier et ouvert, fut prouvé 
Devoir tenir la cité mylannoyse : 
Et par ainsi a bout se myct la noyse. 

Pour enrichir le martyrologe, Charles fait rechercher les noms des 
saintes personnes qui ne figurent pas encore sur la liste officielle des 
bienheureux. — 59 v. Institution de la leçon lue à prime en l'hon- 
neur des saints connus et inconnus. 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 355 

60 r''-G2 v. Doux relij^ieux très doctes arrivent d'Kcosse. Ce sont 
Rabamis et Gléinent, que parfois l'on nomme Claude. Ils annoncent 
(qu'ils communiqueront la science à qui voudi'a, et ils passent d'abord, 
à cause de cette promesse, pour « esventez du cerveau». Jugement 
fort téméraire ! Clément [le Scott] professe avec beaucoup de succès 
à Pavie. Quant à son compagnon, il resta en France, assista de ses 
lumières Alcuin, et fut, en somme, l'un des fondateurs de l'Univer- 
sité parisienne. — Crétin la célèbre sur le mode dithyrambique. 

63 r° quel grand bien, quel plaisir de bon heur 
Receut Paris, quel prouffitet honneur 
Lorsqu'ainsi futl'estude translatée, 
Dont science est en tous lieux dilatée! 
Ce fut un bien, encore est ce ' et sera. 
Qui, Dieu aydant, jamais ne cessera, 
Et par lequel l'Eglise militante 
Se maintiendra en foy ferme et constante. 

Pour décider toutes difflcultez, 
Dedans Paris, en maintes facultez, 
Se produit fleur d'excellente clergie. 
Et, mesmement, (la) saincte théologie 
Tant y flourit qu'en plusieurs régions 
Gentz séculiers et de religions 
Portent le fruict de vertueux mérite, 
Qui aux sainctz cieulx des justes l'ame hérite, 
La, rudes sens, par l'estude adextrez. 
Sont tost renduz fort sçavantz et lectrez ; 
Les esperitz tardifz d'apprendre et rares 
Deviennent promptz ; ceulx de langues barbares, 
63 v° Par très expers regentz leurs directeurs, 
Se font a temps eloquentz orateurs. 

C'est a Paris ung chef d'œuvre admirable, 
Comme extiraé trésor innumerable, 
Veuz tant de biens qu'en sa diversité 
Porte et contient celle université; 
C'est une mer qui va, flue et redonde 
En tant de lieux, et court par si rojde onde 

1 Ms. : esse. 



356 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

Que les ruysseaulx, fluantz en toutes partz, 
Sont aujourd'huy parmy le monde espars ; 
C'est ung soleil de divine lumière, 
Prenant clarté de la cause première, 
Dont clairs engins, en vertuz relujsantz. 
Sont envers Dieu et les hommes plaisantz ; 
C'est de tout bien ung si profond abisme 
Qu'a peine puis en escrire la dixme, — 
Par quoy vueil bien a tant m'en déporter. 

64 v°-65 v". XIII. L'empereur donne des noms aux douze vents et 
aux douze mois ' ; il édifie plusieurs temples, élève, à Aix-la-Cha- 
pelle, une cathédrale somptueuse, et veille à la restauration des égli- 
ses déjà existantes... — 66 r" et v°. Ici le chroniqueur s'interrompt pour 
reprocher aux abbés et aux prêtres de son siècle leur incurie, leur 
égoïsme. — 67 r". Charlemagne, au contraire, réunit cinq conciles 
afin de réformer le clergé. — 67 v". Et, de nouveau, notre auteur 
prend à partie les ecclésiastiques, ses contemporains. 

J'en vueil a vous, bestes bruttes, peccores, 
Gentz ignorantz, pervers et dissoluz ! 
J'en vueil a vous, ce sont motz absoluz ! 
Et si on dit, veu que je suis d'Eglise, 
Qu'en ce caz trop mon estât scandalise, 
A ce respondz : Vice qui notoire est, 
L'honneur de Dieu touchant, et l'interest 
Du bien commun et la chose publique, 
Se doibt blasmer a réplique et duplique. 
08 r" Est il vivant qui n'ayt doubte et orreur 
Voyant l'Eglise aveuglée en l'erreur 
De telz suppostz et si pervers ministres, 
Tenantz les partz obliques et sinistres? 

Ou songez vous, nos révérends prelatz ? 
Le caz va mal. C'est chose impropre, helas ! 
Ordres donner a hommes inutilles 
Qui n'ont sçavoir, maintien, façons ne stilles 
D'honnestetez. Prenez la chose a cueur, 
Et commandez tenir forte rigueur 
A l'examen. Ce n'est pas conscience 

1 Egiuhard, VUu Car. itnp., XXIX, p. 91-3. 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 357 

De les passer, s'ilz n'ont bonne science, 
Tiltre vallable et suffisant pour eulx 
Entretenir. 

chetifs, malheureux, 
Prestres voUantz, qui donnez exemplaire 
Si scandaleux, comment pensez vous plaire 
Au Créateur ? Bien monstrent vos semblantz 
Que célébrez pour Tame de six blans, 
Car, plusieurs jours, ne dictes messe aulcune 
Si de quelcun ne recevez pecune, 
D'amour de Dieu est tout homme indigent, 
S'il n'a le cueur a luy plus qu'a l'argent. 
68 v° On ne deust mectre aux divins sacrifices 
Fort ceulx qui sont pourveuz de bénéfices. 
Tant on en fait ! C'est trop de la moictié 1 
Et n'est ce pas une grosse pitié 
Que gentz d'Eglise exercent de la sorte 
Ce digne estât, dont fault que rumeur sorte ? 
Pour le bruit tel que d'ung et aullre avez 
Qu'ilz sont si folz, legiers et despravez ', 
On ne leur porte honneur ne révérence. 
Je ne voy point qu'il y ait différence 
Entre l'habit des gentz lays et le leur : 
C'est caz estrange, et qui cause douUeur 
Aux cueurs des bous personnaiges et graves ! 
Mais le parler n'y proffite deux raves. 
Car non, sans plus, les moyens et petitz 
Suivent leurs vains sensuelz appetitz : 
Les cardinaulx, prelatz et grosses testes 
Causent mouvoir merveilleuses tempestes^, 
Et, par ce, sont simples prestres engrandz 
Vices]ensuyvre, ainsi que font les grandz. 
De cela vient que peuple, en tout affaire, 
Fait hardiement ainsi qu'il leur voit faire. 



* Ms. : destravez. 

' Comprenez : Ce ne so7it pas seulemejit les moyens et les petits qui 
suivent leurs appétits sensuels, mais les cardinaux et les prélats causent 
de 77ierveilleuses tempêtes.... 



358 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

69 v° Mais qui en parle, on dit qu'il est resveur ; 

Pour ce m'entays. Plaise au benoist Saulveur 
Ordre y donner, tellement que le monde 
Vertu eslise, esvitant vice immunde ! 

L'empereur comble de ses grâces les cités de Florence et de Gênes. 

— 69 v^-TO r". Sa renommée pénètre jusque cbez les infidèles. 

71 i"'-72 v°. XIV. 11 comptait achever son existence en repos, mais 
saint Jacques de Galice lui apparaît une nuit, et lui ordonne d'aller 
guerroyer contre les Turcs '. — 73 r"-77 v°. Départ pour l'Espagne. 

— Siège de Pampelune : les murailles de la ville tombent d'elles- 
mêmes ^. — Pèlerinage à Compostelle. — Les Turcs sont baptisés en 
masse. — Charles regagne ses états. 

78 v°-79 ro ^. XV. A peine de retour, il apprend que le roi païen 
Aygolaad '' est sorti de l'Afrique pour envahir l'Espagne. 11 s'agit de 
réduire ce nouvel adversaire, et les Français accourent, infatigables. 
(Laissons-les, dit le poète, passer les Pyrénées à leur aise, et, pen- 
dant qu'ils passeront, je vous conterai, moi, une histoire. — 79 v°-81 \°. 
Il y avait une fois un gendarme qui n'était pas riche, puisqu'il ne pos- 
sédait rien au monde que son cheval. En mourant, il recommanda à 
un sien parent de vendre la bête en question et de distribuer aux pau- 
vres l'argent qu'il se procurerait de la sorte. Le cheval fut vendu cent 
sous, mais le parent du charitable gendarme garda la somme pour 
lui. Aussi qu'arriva-t-il ? — Des diables !... Ils emportèrent cet homme 
indélicat. Morale : Si vous ne respectez pas les testaments, vous vous 
en trouverez mal ^.) — 82 r". Maintenant nos troupes ont franchi les 
monts; Aygoland et Charles sont eu présence. — 82 v''-85 r". L'un 
consulte les sorts, et ils lui jiromettent la victoire ; l'autre voit les 
lances de ses soldats se couvrir d'une jeune verdure. — Terrible 
mêlée! — Charles triomphe, et son ennemi quitte l'Espagne. 

86 v" ^-89 r°. XVI. Oui, mais il ne reste guère en Afrique, et il 
revient même d'un tel élan qu'il ne s'arrête que devant Agen. — Prise 

* Turpin; I, p. 2-4. 
2 Id., II, p. 4-5. 

' Le ms. porte 78 par erreur. 

* Turpin, VI-XIV, p. 10-25. — Par la suite, Aygoland est devenu l'un 
des personnages épiques du moyen âge. Cf. E. Langlois, Taljle des noms 
propres de toute nature compris dans les ChaJisons de geste imprimées. 
Paris, 1904. 

» Turpin, VII, p. 10-11. 

* Les {"' 85 vo et 86 r" sont occupés par une peinture compliquée, et 
qui tient toute la largeur du volume. 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 359 

de cette ville ; les Sarrasins s'y établissent, mais Charlemagne y entre 
sous un déguisement, étudie à son aise les ressources de la place, et 
la recouvre peu de temps après. — Fuite du roi païen ; il se dirige 
vers Saintes, et l'empereur chevauche derrière lui. — 89 v^-OO v°. 
Bataille. Aygoland est vaincu, et il se retire à Pampelune. — 91 r" et 
v". Charles veut l'y aller chercher ; il rassemble des forces imposantes : 
124,000 hommes, « sans les piétons, aventuriers etaultres ». — 92 v"- 
96 v. XVII. Les infidèles se préparent de leur côté, et voici les deux, 
armées front contre front. — .A.près plusieurs escarmouches qui se 
terminent toutes à la confusion des Turcs, Aygoland vient trouver l'em- 
pereur, se déclare prêt à recevoir le baptême, puis renonce brusque- 
ment à ce dessein. — 96 v''-97 r°. Dès lors, il faut combattre. 

— Défaite et (enfin!) mort d'Aygoland. 

97 v°-98 v". Massacre de mille chrétiens qui pillaient sans vergogne 
durant la nuit*. — Le duc de Navarre attaque les Français : il est 
repoussé, puis occis. — Récit d'un notable miracle et réflexions du 
chroniqueur sur les jugements de Dieu. 

99 v". XVIII. (Crétin s'excuse des erreurs qu'il a pu commettre.) 

— 100 r°-101 r". L'amiral de Babyloue arrive en face de l'empereur 
avec une nuée de païens, parmi lesquels on remarque le formidable 
géant Ferracut. Il défie les barons de Charlemagne, et déconfit en 
champ clos Ogier le Danois, Arnoul de L'Aubespine et quelques 
autres. — 101 v°-103 r". Alors se présente Roland. 11 assène à Fer- 
racut, qui l'a soulevé bien haut, un coup de poing sur le menton. Les 
deux champions roulent à terre, et se gourment si longtemps qu'à la 
fin « le grand riflard » est contraint de demander une trêve. — 104 v- 
106 r°. Le lendemain, Roland se hâte vers le lieu du combat. Arrive 
le colosse, «...faisant plus grand bruit en sa marche Qu'une grosse 
eau passante en estroicte arche ». Le duel recommence, et telles sont 
l'adresse et la vaillance du paladin que son adversaire se sent las et 
dit : Reposons-nous. — 106 v°-108 v. 11 se couche sur l'herbe et 
s'endort. Toujours courtois, Roland lui place, en guise de coussin, 
une grosse pierre sous la tête. — Ferracut se réveille, et il se met à 
causer très gentiment. Son corps, déclare-t-il, est invulnérable : seul 
le nombril ne repousse pas le fer. Cette naïve confidence ne tombe 
point, écrit le poète, « en oreille de veau », et Roland note le rensei- 
gnement. Ensuite le Turc et le chrétien vantent leur religion respec- 
tive ; chacun affirme que la sienne est la bonne, et, comme ils ne se 
persuadent pas l'un l'autre par la parole, ils conviennent, en saisis- 
sant leurs armes, que la meilleure religion sera celle du vainqueur. 



1 Turpin, XV, p. 25-6. 



360 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

— 109 l'o-UO v. Le géant succombe après une ardente résistance, et 
la foule des infidèles est dispersée ou massacrée '. 

lllv°-113v°. XIX. Mais il reste à vaincre deux princes païens. 
Charlemagne leur présente la bataille sous les murs de Cordube. Les 
Sarrasins placent à l'avant-garde des gens déguisés en diables et qui 
agitent des campanes. Ce spectacle, ce carillon effarouchent les des- 
triers des Français, mais on reprend l'avantage après avoir bouché 
les yeux des chevaux et leurs oreilles. Les ennemis reculent, se 
débandent^. — 114 r^-IlS v°. Prise de Cordube. — Partage des terres 
conquises. — Pèlerinage à Compostelle. 

116 r"-! 17 v°. XX*. Le catholicisme commence à s'établir en 
Espagne. — L'église de Compostelle est splendidement dotée, en 
sorte qu'elle s'élève au rang de Rome et d'Ephèse, qui sont les plus 
vénérables sièges du monde chrétien. 

118 v. XXL L'auteur revient et insiste sur ce qui précède, et il 
continue ensuite son récit. — 119 r" et v°. Au moment de rentrer en 
France, Charlemagne envoie un messager aux deux rois de Saragosse 
(Béligand et Marsire) pour leur enjoindre de se convertir. Le messa- 
ger, c'est Ganelon. 11 trahit. — 120 v° et v". Invectives du poète. — 
121 r°-122 v». Apportant de mensongères promesses, Ganelon regagne 
le camp. Afin que l'empereur ne conçoive aucun soupçon, les Sarrasins 
lui offrent des présents infinis. 11 consent à repasser les monts, et 
confie l'arrière-garde à Roland. — Ganelon engage Béligand et Mar- 
sire à attaquer le paladin dans les défilés de Roncevaux. On écoute ce 
conseil, et l'on dresse une embuscade à cet endroit. — 123 r° et v°. 
L'arrière-garde est presque anéantie. Les quelques chevaliers qui 
survivent cherchent un refuge parmi les bois. 

124 v° XXII. Si en ce jour, veu l'excez violent, 
Rolland sentit son cueur triste, doUent 
Et desplaisant, ce ne fut de merveille. 
Tant plus homme a grand cueur, et plus travaille 
Quant il se vo_yt en périlleux danger, 5 



• Cet épisode est emprunté entièrement à Turpin (XVII, p. 27-34.) Le 
géant Ferracut est cité ou joue même un rôle dans quelques chansons de 
geste, mais, d'ordinaire, on le nomme Fernagu. 

2 Turpin, XVIII, p. 34-6. 

' Dans le titre de ce chapitre, Crétin invoque, pour tout ce qui va 
suivre, l'autorité de « Vincent Thistorial ». Néanmoins, en ce qui concerne 
la bataille de Roncevaux et la mort de Roland, notre chroniqueur conti- 
nue à s'inspirer de Turpin (XXI-XXIII, p. 41-49.) 



DE MAITRE GUILI.AUME CRETIN 361 

Dont n'a moyen qui le puisse aleiger. 

Ainsi perplex, triste en pensée et face, 

Loing^ du moj'en dont son ennuy efface, 

En la forest, comme errant chevallier, 

Fut regardant s'il sçauroit raljer 10 

Aulcuns des siens, affin qu'a l'eschappée 

Eulx quant et luj, au trenchent de Tespée, 

Sceussent vanger le sang de leurs aniys : 

Car mieulx aimoit en honneur ostre mys 

A dure mort que voulloir vivre en honte. 15 

Lors en tel soing, comme nous dit le conte, 
Ung pajan seul trouva qu'humilja 
Et a quelque arbre estroictement lya ; 
Puis, désirant sçavoir d'heure abrégée 
Ou la payanne armée estoit rengée, 20 

125 r® En certain mont, sur ung arbre assez hault 
Alla monter, ou son œil, de plein sault, 
Sceut explorer une fort grande plaine, 
De Sarrazins terre ' couverte et pleine. 
Lors le sien cor, en reprenant son vent, 25 

Sonna longz motz, les redoublant(z) souvent, 
Et a tel son, comme si ce fust prise, 
Vindrent a luy cent chevalliers d'emprise. 
De ce joyeux et eulx d'amour espriz 
Reprindrent cueur et forces d'esperitz, 30 

Délibérez, sans plus longue demeure 
Sur le péril que chacun d'eulx y meure, 
Faire l'essay d'eschapper les destroitz. 
En priant Dieu leur donner telz octroys 
Que, se contre eulx Sarrazin qui vive entre, 35 
Force leur doint luy passer sur le ventre. 

Rolland, après la bende ralyer, 
Alla celuy Sarrazin deslyer, 
Puis l'advertit que, s'il avoit envye 
Avoir de luy beneffice de vie 40 

Et recouvrer liberté à son vueil. 
Se delivrast, a vue et plein gect d'œil, 

' Toute ? 



362 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

125 v" Luy demonstrer le roj Marsire en place. 
« Sinon, dit il, ains que d'icy desplace, 
Je te feray sortir l'ame du corps. » 45 

L'espée au poing, faisant ces durs recordz, 
Luj présenta en barbe toute nue, 
Dont eut Taecès de fièvre continue, 
Doubtant venir jusques au chef trencher : 
A tant promict Marsire remercher. 50 

Sur ce les franoz champions se serrèrent 
Et, en partant de celle i)lace, errèrent 
Tant et si fort qu'ilz furent près du lieu 
Ou triumphoit Marsire au beau meiilieu 
De grosse trouppe en bataille rengée, 55 

Signe monstrant de chiennaille enraigée. 
Ce Sarrazin, l'ordre contreroulant 
De la bataille, alla dire a Rolland 
Si son regard au roj Marsire gecte 
Estre celuy portant ronde targette, 60 

Sur roux bayard monté, le bon cheval 
Acom[)aré au coursier Bucifal 
Ou aux destriers Montaigne et Galatée '. 
Après ouyr l'enseigne relatée, 
126 r° Les chevalliers, des armes revestuz 65 

De nostre foy, reprinses les vertus 
Force et prouesse, en sorte que leur semble 
Mourir grand gaing, joinctz et serrez ensemble, 
Chargèrent boys gros, pesant, ferme et rond, 
Donnantz le choc, fendirent de plein front 70 

Ceste orde, vile et meschante canaille 2. 
Sur ce Rolland, a quelque pris qu'en aille, 
VouUant du tout appliquer son désir 



• Cf. Romania, VI, 271. 

2 La phrase est atrocement chevillée et, par suite, peu intelligible. 
Essayons de l'éclaircir : Api-ès avoir entendu le signalement du roi Mar- 
sire, les chevaliers, revêtus des armes de la foi, et ayant si bien reconquis 
leur force et leur prouesse que mourir leur semblait un gain, se réunirent 
en un groupe compact, mirent en arrêt leur lance, dont le bois était gros, 
pesant, ferme et rond, puis, donnant le choc, fendirent, etc. — Le v. 69 
m'est obscur, et je ne suis pas certain de l'interpréter comme il faut. 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 363 

A bon exploict, ungTurq alla choisir 
Grand et puissant, excédant d'apparence 75 

Les aultres tous : mais, pour la différence, 
Ne délaissa l'aller tost affronter. 
Se la endroict se sceurent bien frotter, 
Ja n'est besoing le ramener a doubte. 
Pensez chacun y mjct sa force toute, 80 

Et se l'ung fut aux coupz donner hastif, 
L'aultre monstra estre en revenge actif. 
Si ne dura longuement leur bataille, 
Car, du fort braz a Rolland, telle taille 
De Duranda sur ce Turq deschargea 85 

Que le tarder du combat abrégea. 
126 v° Et tout ainsi que le boucher acoustre 

Mouton en deux, il pourfendit tout oultre 

Et départit son corps profondément 

Depuis le chef jusques au fondement, 90 

Si qu'une part alloit pendant a dextre 

Sur le cheval, et l'aultre a la senestre. 

Lors Sarrazins furent effarouchez; 
Non seulement souldardz, mais les gros chefz, 
Du grand exploict tellement s'estonnerent 95 

Que plusieurs d'eulx leurs rojs habandonnerent, 
Dont fut Rolland plus chauld de batailler. 
Corps cravanter, trencher et détailler. 
Comme ung fauscheur qui de sa faulx aterre 
L'herbe du pré et la mect loute a terre, 100 

Tout ainsi fut, par l'affilé trenchant 
De Duranda, de part en part fauschant 
Ce qu'il trouva, et tant fendit la presse 
Qu'au roy Marsire alla de dure aspresse, 
Lequel fuyant mort par terre abatit. 105 

La Beligand assez mal combatit, 
Et ama raieulx de fuytte avoir envje 
Que, pour venger son frère, y perdre vie. 
127 r° Luy et les siens, tous mellencolieux. 

Las et craintifz, partirent de ces lieux, 110 

Doubtantz encor l'empereur par Gascongne 
Povoir tourner sur eulx a leur vergongne. 



364 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

Si estoit ja oultre montz, sans sçavoir 
L'affaire tel qu'on fejt aux siens avoir. 

Or entendez (que je ne m'entretaille 115 

Sur le propoz) au fort de la bataille 
Noz chevalliers tous cent furent occiz, 
Fors Bauldouyn, Thierry et cinq ou six 
Qui tout espoir de résister perdirent, 
Pour ce fuitifz par les boys se rendirent. 120 

Si vaillant n'est, se voyant estre ainsi, 
Qui près ne soit demy mort et transy. 

Quant a Rolland, neantmoins ses vaillances, 
Environné de quatre grosses lances. 
Tant fut navré, en cestuy oultre paz, 125 

Que plus n'actend fors l'heure du trespaz. 
Si évada du conflict et print voye. 
Suivons le; il vault qu'en dueil on le convoyé. 
128 r" ' Triste, dolent, foible, pesant et las, 

S'en va Rolland, ja entrepris es las 130 

D'acceleree, excessifve agonye, 

Sans ayde avoir de nulle compagnye. 

Dolent, que dy je? Hellas, voire a bon droict, 

(Qui bien le caz considérer vouidroit) 

Tant pour raison de la mort regrettée 135 

Des chevalliers catholiques — traictée 

Par faulseté conficte en faction 

De fiel amer et putréfaction — 

Qu'a cause aussi de sçavoir la dampnable 

Secte payanne, orde et abhominable, 140 

Estre esjouye en prenant vengement 

Des chevalliers. Ce fut rengreigoment 

De mal sur mal, adjoinctes les mors telles 

Au corps navré de playes si mortelles. 

Ainsi afflict, selon certains rapportz, 145 

Jusque[s] au pied des cysereans portz, 

Près Roncevaulx arrivant soubz un arbre, 



* An fo 127 v°, renlumineur a représenté Roland qui tâche de briser 
son épée. 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 365 

Se rajct a pied jouxte ung perron de marbre * . 

128 v° Vuide de sang, tout afFoibly et las, 

En plaingtz, regretz et très piteux helas, 150 

Disoit : a Mon Dieu, fault il qu'icj demeure, 

Et que tout seul, comme une beste, meure 

Sans nul espoir de remède et secours? 

Francz chevalliers qui vivez en ce cours, 

Et qui voz corps exercitez aux armes, 155 

Fondez en pleurs, plourez a chauldes larmes 

Le vraj patron de prouesse et valleur. 

Passant le paz en extrême doulleur ! » 

Lors le vaillant chevallier sans reproche. 
Comme celuy qui de sa fin approche, 160 

Eut bien en luj consideracion 
Qu'en telle fièvre et alteracion 
N'estoit possible avoir longue durée, 
Veu la grand soif qu'il avoit endurée 
Par excessifve extrémité d'ardeur. 165 

Considérons des vertus la grandeur 
Du si vaillant chevallier magnanime ; 
Tout homme, ayant voulloir pusillanime, 
Devroit souvent la constance admirer 
De ses haultz faictz et en eulx se mirer. 170 

129 r° Estant assiz sur la fresche verdure, 

En telle ardeur que bien deubt trouver dure 

Veu ce qu'avoit navreures et coujjz tant. 

Il se monstra pacient et constant. 

Sur Duranda, l'espée interprétée 175 

Donne dur coup-, tint sa veue arrestée 

Bien longuement. Quoj plus? la tira hors 



* » Tune Rotholandus tanto bello fatigatus, de nece Christianorum et 
tantorum heroum dolens, Sarracenorum ictibus magnis et percussioiiibus 
acceptis affliclus, usque ad pedem portuum Cisere per nemora solus 
pervenit, et ibi sub arbore quadam, juxta lapidera marmoreum qui ibi 
erectus erat in prato optimo super Runcievallem, equo desiliit. > Tur- 
pin, XXII, p. 44-5. — Le mot Cisere est écrit Sizre dans la Chans. de 
Roi., 583, 719. 

2 « Durenda interpretatur durum ictum cura ea dans, quia prius defi- 
ciet brachium quam spata. » Turpin, uôi sup. 



366 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

De son fourreau toute nue, et allers 
Luy dit ces motz : 

« espée admirable, 
Chef d'œuvreexquiz fait d'art incomparable, 180 
Plus tost beaucoup de touz hommes les braz 
Fauldront que toy, car jamais ne fauldras ! 
Du signe grand de la croix es signée, 
Ou Jesuscrist rendit vie assignée 
A tous humains. Je voj sur toy (r)escript 185 

Alpha et w ' qui, pour vray, me descript 
Commencement de toutes choses estre 
Du seul motif dont procède leur naistre : 
C'est Dieu sans fin et sans commencement, 
Qui aultrement le dit ou pense ment. 190 

O reluysante et triumphante espée, 
La chair payanne as souvent decouppée 
129 v° De poincte ayguë et acéré trenchant ! 
Maint lasche Juif et Sarrazin meschant 
As detrenchez ! Tu as esté forgée 195 

Divinement, a ce que fust vengée 
La digne mort du benoist Rédempteur. 
La larme a l'œil et triste ennuy au cueur, 
Par dolentz plaingtz te regrette et lamente, 
Et ma douleur de durs regretz augmente, 200 

Tant suis doubtant que tumbes en la main 
De quelque Turq Sarrazin inhumain, 
Ou d'homme plein non de noble paraige, 
Mais de villain, lasche et meschant couraige^.» 

Ses regretz faictz, voullant qu'homme n'usast 205 
De celle espée et qu'il n'en abusast, 
(Comme en challeur homme de cueur s'efforce) 



1 Ms. : 0. 

^ « mucro pulcherrime et semper lucidissime,... litteris clarissimis 
inagno Dei nomino «m insculpte,... quis amplius tua fortitudine utetur?... 
quotiens Doinini nostri lesu Christi sanguinem per te vindicavi ! . . . 
quotiens Christi inimicos pereml ! quotiens Sarracenos trucidavi! quotiens 
ludaeos ac perfidos pro cliristianae fidei exaltatione destruxil... spata 
felicissima,... si miles ignavus aut timidus te habuerit, nimis ex hoc 
doleo ; si Sarracenus aut alius perfidus, valde Holeo. » Turpin, ubi sup. 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 367 

Guidant la rora[)i'e y employant sa force, 

Trois fort graudz coupz sur le perron dressa 

Et en deux partz promptement le froissa. 210 

Ce fut grand caz, fendre dure matière, 

Et celle espée estre saine et entière! 

Voyant cela, print sonner le sien cor 
Bien longuement, affin que si encor 
130 r° Quelqu'nng, après celle desconficture, 215 

Estoit caché par les boys d'aventure, 
Qu'a luy survint pour luy donner confort. 
A force vent feyt lors si grand effort 
Qu'on dit avoir fendu le cor d'yvoire. 
C'est bien soufflé ! Créez ce qu'en dy, voire, 220 
Et en regretz |)renez compassion 
Du chevallier qui telle passion 
Lors endura (sont ce paroUes vaines?) 
Quant il rompit de son col nerfz et veynes. 

Tant et si fort a celle heure sonna 225 

Qu'a l'empereur le son en resonna, 
Quoy que de la y eust longue distance ; 
Pour ce voulut tourner a toute instance, 
Et pensa bien la matière s'offrir 
Que son nepveu devoit peine souffrir. 230 

Le desloyal traytre Gannes, pour rendre 
Sur ce raison, la parolle alla prendre : 

(( Sire, dit il, ja ne vous esmayez 

Touchant Rolland ; doubte de lui n'ayez. 

Je suis bien seur qu'il faict très bonne chère. 235 

Souvent, pour une occasion legiere, 
130 v° Sonne sa trompe. En la forest s'esbat, 

Car de la chace ayme tousjours l'esbat. 

Cause n'y voy qu'on s'en dueille et courrouce. 
Si, en ces boys, de quelque beste rousse 240 

A rencontré, et loysir de courre a, 

Soyez certain qu'a force la courra.» 

Cela disoit de bouche menteresse, 

Et la pensée en fiction traytresse 

Sçavoit le neu du poinct ou tout gysoit, 245 

Qui aultrement alloit que ne disoit : 



368 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

Mais homme au droict ne fut pour contredire, 
Qui causa foy adjouxter a son dire. 

Lors Bauldoujn, par tel son entendu, 
Alla trouver plat sur l'herbe estendu 250 

Rolland, ainsi peu près qu'homme trespasse, 
Qui, le voyant, luy prie de voix basse : 
(( Franc chevallier que j'ay ayraé tant cher, 
Trouve façon de tel sang m'estancher, 
Et s'en moy as vraye amour et certaine, 255 

Cherche de l'eau en ruysseau ou fontaine, 
Dont puisse ung peu, par moderacion, 
Réfrigérer mon alteracion. » 
131 i" Grand devoir feyt par toute l'estendue 

D'en recouvrer, qui fut peine perdue, 260 

Car goutte d'eau ne trouve en mont ne val ; 

Pour ce saisit Tespée et le cheval 

Du bon Rolland; comme ayant vie extaincte 

11 le laissa, car il doubtoit l'actainte 

Des ennemys et leur aygre fureur, 265 

Gaignant pays vers l'ost de l'empereur. 

Au mesme lieu Thierry survint a l'heure. 
Qui, prins de dueil, lamente, plaingt et pleure. 
Voyant Rolland avoir membres retraictz 
Et ja tirer, ce semble, aux derniers traictz. 270 
Lors doulcement l'exorte et admonneste 
De son salut. 

Or, par coustume honneste, 
En l'ost françoys la reigle s'observoit 
Qu'avant combactre ung chacun recevoit 
Son Créateur. C'estoit loy ordonnée 275 

De bonne part. Rolland, ceste journée, 
Se confessa et feyt administrer 
Avant vouUoir en la bataille entrer, 
Dont croy qu'estoit, selon bon vray semblable. 
En seur estât. La coustume louable 280 

131 v° Se deubt en guerre observer mesmement 
Quant on se voyt en péril eminent, 
(Comme en bataille on se fourre et contourne) 
Car tel y va qui jamais n'en retourne. 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 369 

Qu'ost ce de ceulx, en tel conflict, surpris, 285 

Qui lors ne sont confessez ne contrictz ? 

Extimez vous que la plus part ne verse 

De mal endroict? Gentz de faulse et perverse 

Condicion ainsi circonvenuz, 

D'oeuvre, mérite et grâce trouvez nudz, 290 

Ont ilz avis ne mémoire sensible 

D'eulx repentir? Il est comme impossible. 

Se mort les prend en l'obstinacion, 

Je croj que tous vont a dampnacion. 

A tant m'en tajs, et aultrement n'en juge : 295 

Tout gist en Dieu qui est le juste juge. 

Thierry, voyant son amy labourer 
Aux derniers trectz, a force de plourer 
Luy arrouza de ses larmes la face, 
Dieu suppliant que vray pardon luy face. 300 

Adonq Rolland, de foible et basse voix, 
Ainsi parla : 

« Mon Rédempteur, tu voys 
132 r° Qu'ay délaissez parentz, pays et terre 
Pour debeller celle gent qui tant erre, 
Et, exaulsant ta saincte loy, ay faictz, 305 

Soubz ton povoir, armes de grandz effectz, 
Dont mon corps a souffertes peynes dures, 
Playes, gratidz coupz,faim, soif, challeurs, froidures, 
Et tellement que l'angoisse de mort. 
Après telz maulx, me navre, pique et mort ! 310 
Mon facteur es : regarde ta facture ; 
Mon Créateur, je suis ta créature. 
Vertu de vie en raoy fault et peryt; 
Le corps se meurt. — Te plaise a l'esperit. 
Après ce dur passaige transitoire, 315 

Donner repoz en seur repositoire ! 
Tu es celuy qui les très bonnes partz 
A tes servans et bons amys dépars. 
Jesuchrist, filz de la doulce mère 
Vierge Marie, honteuse mort amere 320 

Souffris pour moy, par trois jours pris séjour 
Au tien sepulchre, et au troisiesme jour 

24 



370 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

Ressuscitas, puis montas a la dextre 

De Dieu ton père. Or suis je prochain d'estre 

132 \° Au paz mortel. Si croy, mon Rédempteur, 325 

Que je, pécheur et povre viateur, 

Au dernier jour me fei'as, comme espère, 

Ressusciter pour vie avoir prospère, 

Sans ce que mort ja me puisse empescher. 

Je te verray en ceste mienne chair, 330 

Et de mes jeulx auraj a [pleine veue 

La vision dont saincte ame estpourveue. » 

Ces propres niotz trois foiz rejterez, 
Ses membres froidz et sens tous altérez. 
Très instamment voulut Dieu prier a ce 335 

Qu'en cest endroict il lui pleust de sa grâce 
Avoir pitié des siens chevalliers fi'ancz, 
En celuy jour corps et vies ofFrans 
Pour le soustien de sa foj, contre ceste 
Dampnée, inique et malheureuse secte 340 

Des mescreans ; qu'il voulsist pardonner 
Tous leurs meffaictz, et ample part donner 
De ses trésors, mectant au ciel leurs âmes 
Hors le péril des infernales fiâmes. 

Son oraison parfaicte, vers les cieulx 345 

Tendit les braz, et, en levant ses jeulx, 

133 r° En termes telz dit ce que vous recorde : 

« Maintenant voy,par la miséricorde 

Du doulx Jhesus, ce qu'œil onq ne sceut veoir. 

Oreille ouyr, ne cueur d'homme, pour voir, 350 

Comprendre sceut : les biens que Dieu prépare 

Aux siens amjs. » — Lors, ainsi que se pare 

Bon et lojal catholique au partir 

Du cours présent, ce glorieux martyr, 

Armé de foy vraye et saine doctrine, 355 

Les braz en croix posez sur sa poictrine, 

Thierry présent (comme l'histoire dit). 

Terre eut le cor[)S, et l'ame au ciel rendit. 

134 i'o-135 1". XXXlil. En célébrant la messe dans le camp de 
rempercui', Tuipiii, ravi eu extase, voit; Marsire en enfer et Roland au 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 371 

ciel '. — Arrivée de Thierry : il raconte, bieu affligé, le drame de 
Koncevaux. — L'année rebrousse chemin. — 135 v"-137 v». Charles 
pleure devant le cadavre de son neveu et ébauche une oraison funè- 
bre. Beaucoup de Français reconnaissent leurs parents parmi les 
morts. La désolation est générale. — 138 r° et v°. On s'élance à la 
poursuite des païens, et, pour qu'on ait le temps de les atteindre, le 
soleil arrête sa course. (Certaines gens nient ce prodige, mais le chro • 
niquear les renvoie à Vincent et à Turpin ''. Du reste, pourquoi 
Dieu n'aiderait-il pas ses amis? Lisez les saints livres, et vous veirez 
que les miracles ne lui coûtent rien.) — 139 r"-140 v°. Ecrasement des 
vilains Turcs. — Jugement de Ganelon : Pinabel descend dans la lice 
pour cette méchante cause, mais il est vaincu parTliierry, et le traître 
est écartelé. 

141 v°-142 r». XXIV. Obsèques de Roland et de tous les preux tués 
à Roncevaux. — 142 v". Licenciement de l'armée. — 143 r°. L'empe- 
reur va à Saint-Denys. — 143 v". 11 travaille à établir l'équité dans ses 
états. — 144 r°. Il se rend à Aix-la-Chapelle, où il entre à grand 
triomphe. — 144 v^-HS r". (Crétin place ici la relation d'un joli 
miracle qu'il avait oublié de consigner.) 

146 r° et v". XXV ^. Signes qui annoncent la mort de Charlemagne'*. 

— 147 r° et v". Il mande son fils auprès de lui, et partage ses trésors. 

— 148 r". Beauté de son œuvre. — 148 v°. Le pape Léon célèbre 
l'office funèbre de l'empereur. — 149 r". Celui-ci est très sûrement au 
nombre des élus : Turpin l'affirme ^, et l'on doit le croire, car il a eu, 
à ce sujet, une révélation d'en haut. 

Excuses du poète : il a omis certaines choses, il en a exprimé 
d'autres faiblement, mais il s'est, en somme, fort appliqué : 

Et pource, ceulx qui verront ou je faulx 
Vueillent sans plus corriger mes defîaultz : 
Se feu d'amour a ce leurs cueurs alume, 
Tout ira bien. — C'est fin du quart volume. 
Mieulx que pis . 

B. N. fr. 2821. 

[1 r°.] (i Prologue sur le quint volume. » — La science est très 

» Turpin, XXV, p. 50. 
" XXVI, p. 52. 
' Ms. : XXIV. 

*■ Eginhard, Vita Car. imp., XXXII, p. 96 sqq. 
" XXXIL p. 60 sqq. 



372 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

nécessaire à un prince. — [1 v°-3 r°.] Opinions des anciens à cet 
égard. — [3 v''-4 i°.] François l"'', qui aime à s'instruire, deviendra 
un roi incomparable. - Le poète lui demande d'être indulgent pour 
ses vers. 

Très humblement, Sire, je vous supplje 
Considérer combien la force plye 
De moy qui suis le moindre des petitz, 
Voz escoUiers et simples apprentifz ; 
Et mon labeur recepvez en raesme ordre 
D'acception que s'il donnoit a mordre 
Fruict savoureux, de bon et friant goust. 
Vous plaise aussi avoir esgard au coust, 
Ou mjse est forte et recepte afïoiblje : 
Celuy est sot, comme on dit, qui s'oublje*. 

1 r". 1. D'un père excellent ne saurait naître un mauvais fils. — 
1 V". Louis le Débonnaire fut, en conséquence, vertueux. — 2 1°. Il 
exécute le testament de Charlemague. — 2 v°. Diverses ambassades 
qu'il reçoit. — 3 r° et v°. 11 tâche de rendre meilleures les mœurs des 
prêtres, et impose aux laïques des lois utiles. — 4 r° et v". Ses trois 
fils (Lothaire, Pépin et Loys) furent ingrats, et lui causèrent mille 
tribulations. — Après la mort de sa première femme, il épousa la 
belle Judith, et en eut un enfant appelé Charles [le Chauve]. 

5 v°-6 v°. II. Louis rend aux Saxons et aux Frisons les franchises 
que le grand empereur leur avait ôtées. — 6 v". Révolte des Gascons 
et des Esclavons. — 7 r° etv°. Un grave dissentiment s'élève entre 
Louis et Bernard, roi de Lombardie. Celui-ci est poussé par trois 
prélats (Anseaulme, Walfiède et Théodulphe), qui cherchaient seule- 
ment leur intérêt pi'opre. 

Quant vent d'orgueil, en une teste raze, 
Feu d'avarice attise et fort embraze, 
Dieu scet comment, soit par phas ou nephas, 
Faiucte amytié d'Annas a Cayplias - 

* Guillaume Crétin semble solliciter ici la munificence royale. A 
l'entendre, son œuvre, qui lui coûterait toujours beaucoup, lui rappor- 
terait moins qu'autrefois. En vertu du proverbe Fol qui s'oublie, il 
demande ingénument que la recette ne baisse pas, puisque lu mise n'a 
point changé. 

» Jean, XVIII, 13, 24. 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 373 

Est proumenée ; il n'est riens qu'on ne face 
Soubz semblant mjs en jpocrite face . 

8 r°-d v°. Le Débonnaire lève une grosse armée. Bernard comprend 
que la résistance est impossible ; il se livre à l'empereur, qui le punit 
très cruellement, ainsi que ses complices. — Les Bretons se soulèvent. 

— 10 r°-ll r'^. On porte chez eux la guerre. — Nouvelle rébellion en 
Gascogne. — Incursions des Normands. 

12 r°. III. Les frontières méridionales de la France sont menacée 
par le roi païen Azon (Aizo). On se dispose à le refouler dans ses 
états, mais (12 v*^) les capitaines chargés de ce soin s'en acquittent 
avec nonchalance. — - 13 r" et v°. Louis est obligé d'envoyer à la 
rescousse Lothaiie et Pépin : ils arrivent trop tard; l'ennemi s'est 
retiré avec un riche butin'. — 14 r°. Mort du roi des Bretons. — 
14 v^-lS r". L'empereur choisit Bérard (Bernhard) comme Prévôt du 
Palais, et lui donne une si grande puissance que l'on ne tarde guère 
à conspirer contre ce favori et contre son maître. 

16 r°. IV. Le poète adi-esse des malédictions aux adversaires de 
Louis. — Ils vont trouver le roi Pépin et parviennent (16 v») à l'atta- 
cher à leur cause. — 17 r" et v°. Le Débonnaire destitue Bérard; 
Judith, à qui l'on attribuait toutes les fautes de son mari, est obligée 
de s'enfuir à Laon, mais, tombée entre les mains des conjurés, elle 
doit s'engager à prendre le voile. — 18 r". Réflexions de l'auteur : 
il faut qu'un prince se garde également de la dureté et de la faiblesse. 

— 18 v"-19 r°. Ap'ès avoir annoncé à son époux qu'elle renonce aux 
grandeurs, Judith se rend à Poitiers et se retire au monastère de Sainte- 
Radegonde. 

{A suivre) Henry Guy. 

1 Eginhard, Hludoivicus, p. 386 sqq. 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE DES REVUES 

Romanische forschungen, XIX, 2. — Sechchaye : L'imparfait du 
subjonctif et ses concurrents dans les hypothétiques normales en 
français, p. 321 ; — Fiset : Das altfranzôsische Jeu- Parti, p. 407; — 
Fehse : Sprichwoi't und sentenz bei Eustache Deschamps uml dichtern 
seiner zeit, p. 545 ; — Ulrich : Drei romanische fassungen der beiden 
Jakobsbrûder, p. 595; — Baist : Banse ; bouleau; bride; buiron ; 
cagot ; caraffa ; conjogle ; corma ; guige ; hot, hocq, ho; piéton; 
royaume ; toenard ; triege, p. 633. 

Revista de Aragon, 'VI, abril 1905. — P. Meneii : Influencia 
de la lengua espahola en el arabe vulgar de Marruecos, II, p. 178, 
231. 

Neuphilologische Mitteilungen, 1905, 3. — A. Wallenskôld: 
La simplification de l'orthographe française, p. 41. 

Bulletin du parler français au Canada, III, 9 et 10. — 
A . Rivard : La simplification de l'orthographe, p. 270 ; — Le P . 
Palier : Façons de parler proverbiales, triviales, figurées, etc. des 
Canadiens au XVllI^ s-iècle, p. 291 ; — Lexique Canadien-Français, 
p. 294 et 324. 

L'Hermine, XXXII, 2. — G. Saint-Mieux : De la formation des 
noms de lieux du Poulet (suite), p. 47. 

Bulletin hispanique. Vil, 2. — J. Saroïhandy : Remarques sur 
la conjugaison catalane, p. 128 ; — C Michaelis de Vasconcellos : 
Algumas palavras a respeito de pûcai'os de Portugal, p. 140. 

Romania, n» 134. — A. Thomas : Gloses provençales inédites 
tiiées d'un ms. des « Derivationes » d'Ugucio de Pise, p. 177; — 
G. Huet : Sur quelques formes de la légende du « Chevalier au 
cygne », p. 206 ; — P. Meyer : Notice du ms. 305 de Queen's Col- 



BIBLIOGRAPHIE 375 

lege, Oxford (légondicr français), p. 215 ; — R. Weeks : P^tudes sur 
« Aliscans » (suite), p. 237 ; — P. Meyer : L'inscni)lioa en vers de 
l'épée de Gauvain, p. 278 ; — G. Raynaud : Une nouvelle version du 
fabliau de « La Nonnette », p. 279; — A. Thomas : Ponthus de La 
Tour-Landri, — Normand ;< caieu », — Franc. '< milouin », — F^rov. 
(( colonhet » et « colonhier », p. 283; — A. Daiizat : Provençal 
bodosca, bedosca, p. 298 ; — G. N'njra : « trekawda .> (Haute-Savoiei, 
« trekawdé, trakudé » (Aoste), p. 301 ; — A . Mussafia : Per il « Tris- 
tano i> di Beroul, éd. Muret, p. 304. 



COMPTES RENDUS 

Hugo Schuchardt aa Adolf Mussafia, Gniz, ira friihjahr 1905, 
in-f de 42 p. 

Au moment où M. Mussafia quitte l'enseignement après une car- 
rière brillamment remplie, M. Schuchardt adresse à son ami une sorte 
de lettre ouverte, qui est le présent ouvrage. Voulant lui faire on- 
neur non seulement par le fond, mais encore par la forme, il l'a 
richement éditée en un superbe caïer in-f", très soigneusement 
imprimé et orné de belles illustrations. 

Ne se sentant pas, dit-il, à même d'apprécier comme il convient 
tous les travaux de M. Mussafia, il se borne à déclarer que le plus 
important pour lui est le Beitrag zur kunde der nordUalienischen 
mundarten im XV. jahrhunderte, paru en 1 873. Les remarques de 
cette étude contiennent en effet une riche collection de sinonimes 
éclairés par la lumière de l'étimologie; or on a peu travaillé dans 
cette voie, la sinonimique istorique des langues romanes n'a guère 
reçu que des contributions isolées, et M. Schuchardt le regrette. Il 
n'est pas moins important, dit-il, de savoir comment se nomme tel 
objet que de savoir ce que signifie tel mot. Deux vocables différents 
pour exprimer une même idée ne la rendent généralement pas avec la 
même nuance, et ces nuances correspondent à des points de vue 
divers ou dénotent de la part du sujet parlant une autre condition 
sociale, un autre tempérament. La multiplicité des noms d'un objet ou 
d'un instrument tient non seulement à ce qu'on a pu l'envisager d'un 
autre biais, mais aussi à ce qu'il n'a pas partout et toujours la même 
forme extérieure, ni le même fonctionnement. De là la nécessité pour 
les filogogues, les étimologistes, les linguistes de bien connaître les 
objets qui sont désignés par les mois dont ils s'occupent. Et il cite 
des exemples, qu'il empruntera de préférence aux sinonimes recueillis 
par M. Mussafia, Après quelque ésitation, après un développement sur 



376 BIBLIOGRAPHIE 

le « fuseau » et la « quenouille » que bien des gens confondent, après 
un autre sur les « chenets », « landiers » et objets analogues, il s'ar- 
rête définitivement aux « dévidoirs », Il i a deux espèces principales 
de « dévidoirs » que l'on prend trop souvent l'un pour l'autre et que 
M. Mussafia dans son travail avait avec raison nettement distingués : 
celui qui sert à mettre en écheveaux le fil que l'on tire du fuseau, et 
celui qui sert à mettre en bobines ou en pelotons le fil que l'on tire 
des écheveaux. Le premier est vertical, le second orizontal. M. Schu- 
chardt décrit toutes les formes de ces deux objets, depuis les plus 
simples jusqu'aux plus compliquées, depuis les plus anciennes jus- 
qu'aux plus modernes, en éclairant son développement par de très 
nombreuses illustrations qui reproduisent les objets ; il donne leurs 
divers noms dans les différentes régions et cherche à établir l'étimo- 
logie de ces noms 

Après cela, laissant de côté les mots pour l'istoire desquels 
le Beitrag de M. Mussafia lui fournit les premiers éléments, il aborde 
une catégorie d'objets vers lesquels il a été amené par son propre 
dada (zu der ich vielmehr auf eigenem Steckenpferd gelangt bin). 
Or, quand M. Schuchardt enfourche son dada, on sait où ce dernier 
le conduit : à la pêche et aux engins de pêche, à cause de turbare et de 
trovare. Ici c'est d'une certaine classe de filets que nous entretient 
l'auteur, et dans cette seconde partie ce n'est plus l'examen des objets 
mais celui de leurs noms qui est au premier plan, sans toutefois que 
leur description et leur représentation soient négligées. 

Tout cela ]>eut paraître assez décousu, et rien n'est plus naturel 
puisque c'est une lettre et que M. Schuchardt, pour l'écrire, a laissé 
aux dadas qu'il montait la bride sur le cou. 11 i a pourtant une unité 
qui règne sur le tout : elle se trouve dans la métode, dans l'idée 
chère à M. Schuchart et qui fait le fond de ses Romanische etijnio- 
logien; nous l'avons déjà signalée deux fois dans cette Revue (XLIl, 
p. 564 etXLIV, p. 181 sqq.) : ne pas étudier les mots sans bien con- 
naître les objets désignés par eux et l'istoire de l'application de ces 
mots aux objets qu'ils désignent. 

Ajoutons que l'on retrouve tout au long de ce travail les qualités 
abituelles de l'auteur : précision, finesse et pénétration appuyées sur 
une érudition qui n'est limitée ni en étendue ni en variété ; toutes 
les langues du monde, tous les ordres d'idées sont à l'occasion appe- 
lés à la rescousse. Comme d'ordinaiie, l'ouvrage, est émaiilé d'étimo- 
logies généralement excellentes : les unes sont franchement neuves, 
les autres, anciennes mais mal établies, avaient besoin de confir- 
mation. Citons celles de fr. écheveau p. 8, port, sarilho p. 9, fr. 
happe p. 10, fr. travouil p. 12, lat. alabrum p. 13, it. hicocca p. 22, 
it. corlo p. 23, it. negossa p. 36, etc. 



BIBLIOGRAPHIE 377 

Sans doute toute la partie non linguistique de son érudition ne lui 
est pas toujours personnelle; il a mis à contribution les connaissances 
des nombreux amis et correspondants qu'il possède un peu partout. 
Mais tous ces documents épars et décousus, il se les rend propres et 
les vivifie par la manière dont il les groupe et par les observations 
de profonde psichologie que lui suggère leur rapprochement. 11 faut 
ajouter d'ailleurs qu'il n'utilise jamais un document étranger sans dire 
qui le lui a fourni et sans remercier celui à qui il le doit; parfois 
même, on l'avouera, l'ampleur du remerciement passe de beaucoup la 
valeur du renseignement communiqué. Est-ce à ce sentiment de recon- 
naissance exagérée qu'il faut attribuer l'éloge outré que fait M. Schu- 
chardt de l'atlas de MM. Gilliéron et lùlmont? Il le qualifle tout sim- 
plement d' « admirable » (beioundernswert) et M. Fôrster n'en parle 
pas d'un ton plus modeste dans la Gr'ôbers ZeilschnfL (XXVIll, 495 
et XXIX, 13). Il est vrai que M. Gilliéron a obligeamment fourni à 
M. Schuchardt des renseignemtnts qui lui ont été utiles; mais M. 
Schuchardt ne pense pas sans doute que la gratitude doive dispenser 
de l'exactitude. Que demandent en effet avant tout MM. Schuchardt 
et Fôrster à V Ailas-Gillièronl la forme exacte du mot qui est usité à 
tel endroit pour rendre telle idée; et ils ne sont ni l'un ni l'autre gens 
à se contenter d'à peu près. Or, si nous avons fait voir [Indogerma- 
nische Forschungen, XVI, Anz, s. 12 iF.) quels services peut rendre 
cet atlas et quelle est l'étendue de ces services, nous n'avons pas moins 
nettement montré que pour ce qui est des mots et de la forme des 
mots tout doit être considéré a priori comme faux. Rien ne saurait 
être accepté qu'après une minutieuse vérification. Ce qui est «admi- 
rable », c'est que deux simples particuliers aient conçu et entrepris 
avec leurs seules ressources personnelles une œuvre aussi colossale, 
qui, en raison de l'utilité qu'elle devait avoir, aurait dû être accomplie 
aux frais nationaux. Mais ce qui est déconcertant et lamentable, c'est 
que ce grand effort n'ait pas été mieux dirigé et que les deux auteurs 
aient obéi à des principes aussi saugrenus. On n'imagine pas, pour 
faire une enquête sur les patois de France, d'envoyer par toute la 
France la même personne avec une liste de 1800 mots ou bouts de 
frases, surtout quand cette personne, bien qu'ayant une oreille déli- 
cate et exercée, ne possède qu'une préparation scientifique et linguis- 
tique à peu près nulle; elle est obligée de poser partout ses questions 
en français et par conséquent de s'adresser à des gens qui savent 
d'autant moins de patois qu'ils connaissent plus de français ; elle est 
incapable, dans un très grand nombre des patois explorés, de com- 
prendre un seul mot de ce qu'on lui répond, si bien que lorsque la ré- 
ponse consiste en plusieurs mots l'interrogateur ne sait pas quels sont 
dans cet ensemble les fonèmes qui correspondent au mot qui Tinté- 



378 BIBLIOGRAPHIE 

resse ; il ne peut couper qu'au asard, et quant il arrive que l'interrogé 
n'a pas compris la question et par suite fait un contre sens dans sa 
réponse, l'interrogateur ne s'en doute même pas. M. Schuchardt, qui 
rêve de cartes dans le genre de celles de M. Gilliéron, mais illustrées, 
qui voudrait voir sur une même planche non seulement tous les sino- 
nimes, tous les divers noms qui désignent un même objet, mais en 
même temps la représentation par l'image de la forme ou des diverses 
formes de cet objet, croit-il trouver satisfaction dans le présent Allas 
pour la première partie de ses desiderata? Pense-t-il rencontrer une 
riche moisson de sinonimes, alors que l'enquêteur a eu pour prin- 
cipe de ne jamais revenir sur une même question, parce qu'il avait 
peur « d'extorquer » une réponse qui ne se présentait pas spontané- 
ment, qui n'était pas « une traduction de premier jet»? Qu'est-ce donc 
que la traduction de premier jet quand la question est posée en fran- 
çais à des gens qui savent le français à côté du patois? C'est dans 
certaines cartes (il est facile de s'en rendre compte) deux fois sur trois 
du français patoisé ; la vraie forme patoise ou, quand il i a des sino- 
nimes dans la même localité, la seconde forme ou la seconde locution, 
auiait souvent pu être enregistrée si l'on avait accordé un instant de 
réflexion à l'interrogé; mais on s'est gardé de l'attendre ou de la lais- 
ser surgir, ne voulant accueillir que des réponses de prime saut, 
comme si la spontanéité n'était pas supprimée par le fait seul qu'il i a 
traduction et interprétation . 

Maurice Grammont. 

E, Modigliaui. — Il Ganzoniore di Fraucesco Petrarca riprodotto 
letteralmente dal Cod. Vat. Lat. 3195, cou tre fotoincisioni, Roma, 
Societù ftlologica ro7nana, 1904. XXXI, 1G5, iu-4'', L. 15. 

La Società filologica romana vient de publier une reproduction 
diplomatique du Canzoniere de Pétrarque d'après le célèbre manuscrit 
du Vatican. M. Ettore Modigliani a donné ses soins à ce travail délicat 
pour lequel il a droit aux remerciements de tous les romanisants et de 
tous ceux qui conservent le culte de la littérature italienne classique. 

Dans sa préface, véritable introduction, M. Modigliani mentionne 
les diverses études dont ce manuscrit a été l'objet et celles où il a été 
utilisé : Nolhac, le Canzoniere autographe de Pétrarque, Paris, 1886; 
Mestica, il Canzoniere del P. a riscontro col nis. del Bembo, etc., dans 
le Giornale storico délia Lelt. /toZ. XXI, 1893; Nolhac, Fac-similés 
de V écriture de P , et Appendices an « Canzoniere ^■> autographe, Rome, 
1887: le Rime di Petrarca.. . . da Giov. Mestica, Firenze, Barbera, 
1896; Nolhac, Pétrarque et V humanïs)ne, Paris, Bouillon, 1892, etc. 
Mais il ne me semble pas dire de façon expresse que l'autographe de 



BIBLIOGRAPHIE 379 

Pétrarque a été découvert par M. de Nolhac, et ne renvoie nette- 
ment ni à son article de la Revue Critique (188G, p, 469 sq.) ni à sa 
lettre publiée dans le Giornale storico d. Lett. ital. Vil, p. 466. Pour 
les hommes du métier, ces indications n'étaient point indispensables, 
mais tel des lecteurs qu'aura la Préface de l'éditeur italien, sera 
sûrement hors d'état de deviner que M. de Nolhac a eu le mérite de 
cette découverte. Les sirrqiles mots : In storia esterna fiel codice 3195 
è oramai abbaslanza nota, sont vraiment insuffisants quand il s'agit 
d'un manuscrit précieux entre tous, qui pour un tiers est de la main 
de Pétrarque. 

La description donnée par M. M. entre dans tous les détails que 
l'on peut souhaiter et paraît de la plus minutieuse exactitude. 

Le manuscrit comprend d'abord un index qui n'est pas de la main 
de Pétrarque et qui n'a pas été corrigé par le poète : certaines formes 
dialectales paraissent indiqueruu scribe ombrien, peut-être de Pérouse. 

Le texte lui-même est divisé en deux parties : « la première com- 
mence au f* 1 et se termine par trois feuilles blanches, 50, 51, 52; la 
seconde va du f° 53 recto au f° 72 verso, le dernier du manuscrit. Dans 
chacune des deux parties, le texte a été écrit par deux mains distinctes, 
celle du copiste et celle du poète. Dans la première partie, le scribe a 
transcrit toutes les compositions depuis le sonnet Uvi chalcostate, le 
premier du manuscrit, jusqu'au sonnet Una candida cerva ( f» 38 
verso) inclus, moins le madrigal Or vedi amor (f" 26, recto) et le 
sonnet Geri quando talor écrits tous deux par Pétrarque, l'un sur la 
rature de vers qui étaient de la main du copiste, l'autre sur un espace 
laissé en blanc; dans la seconde partie, les compositions, depuis la 
canzone I vo pensando, par laquelle elle commence, f" 53 recto, jus- 
qu'au sonnet Al cader duna planta {{° (S2, recto) inclusivement. Les 
deux fois, lamainde Pétrarque suit celle du copiste et continue jusqu'à 
la fin des deux parties. » 

M M. suppose que Pétrarque commença par faire copier dans ce 
manuscrit et peut-être en même temps les premières poésies des deux 
parties, et qu'il n'avait pu calculer avec précision quel espace était 
nécessaire pour la première, de sorte qu'il laissa finalement sept pages 
en blanc, entre les deux parties. 

Bien que l'écriture de Pétrarque ait un caractère calligraphique, à 
certains endroits, elle perd quelque peu de sa régularité, et l'on n'en 
peut être surpris ; mais ce qui intéresse le plus et ce que l'on avait 
déjà remaiTjué, « les ratures sont très nombreuses, ratures de lettres, 
de syllabes, de mots, même de vers et de compositions entières, pres- 
que toutes dues à la main de Pétrarque, qui non seulement revoyait 
la copie du scribe, mais en plusieurs endroits revenait sur ce qu'il avait 
transcrit lui-même, soit pour corriger quelque lapsus calami, soit pour 



380 BIBLIOGRAPHIE 

modifier la forme, toujours dans l'intentioa d'atteindre à plus d'élé- 
gance et d'harmonie ». 

D'autres que Pétrarque ont laissé dans le manuscrit des traces de 
leur main ; des lettres, des mots, sans doute devenus illisibles, ont 
été écrits à nouveau. M. M. attribue ces retouches à Bembo dont il 
croit reconnaiti'e l'écrilure. 

M. M. a eu l'idée excellente de faire impiimer en caractère ordi- 
naire le texte dû au copiste et en italiques ce qui est de la main de 
l'auteur. 11 a d'ailleurs fidolement reproduit la ponctuation employée 
par Pétrarque et le copiste, ponctuation conforme à celle qui est indi- 
quée dans VAi's jjutictandi attribué à Pétiarque, et à celle que Pétrar- 
que a suivie dans deux manuscrits autographes, ceux du BucoUcum 
Carmen et du De sui ipsiiis et mulloriim ignormitia) Vat. lat. 3358, 
3359), que M. M. a examinés. 

Une édition diplomatique n'est pas une simple reproduction maté- 
rielle, telle que l'est une photographie d'un texte; elle pose certains 
j)roblènies, oblige à divers compléments. Pour la séparation des mots, 
M. M. a tâché de s'inspirer de l'usage suivi dans le manuscrit. Il a 
intercalé dans le lexte, à leur place, les mots ajoutés, il a donné en 
note les lettres exponctuées ainsi que toutes les remarques diverses 
que lui suggérait l'aspect du manuscrit. Le seul Errata, à la fin du 
volume, prouverait à lui seul avec quelle attention et quelle compétence 
M. M. s'est acquitté d'une tâche très difficile. 

On ne saurait être trop reconnaissant envers ceux qui consentent à 
se couiber sur les vieux manuscrits et à nous les faire exactement con- 
naître. Tel mot a été mal lu bien des fois qui, une fois fidèlement 
copié, met à même de résoudre une question douteuse. Si l'on me 
permet un souvenir si lointain qu'il en devient impersonnel, je rappel- 
lerai qu'en 1880 je préparais une édition du Pseudo-Turpin pour la 
Société des Langues Romanes d'après les sept manuscrits de la Biblio- 
thèque de l'Ecole de Médecine de Montpellier. Au chapitre 32, je fus 
arrêté par le mot aucona, qu'aucun éditeur n'avait reproduit; on le 
remplaçait au hasard par arcus ou arca, ce qui ne donnait point de sens. 
Je le maintins néanmoins, vu l'accord des manuscrits, Or, pendant que 
je corrigeais les épreuves de la Préface, je trouvai dans VAcademy 
(14 août 1880) une note sur des articles du P. Fedel Fita dans VIlus- 
tracion catôlïca de mars et mai de la même année, portant sur un 
manuscrit de Turpin, conservé à Compostelle, où l'on a une liste de 
22 mots basques, dont aucona signifiantJaveZoi. Ainsi le chapitre XXXII 
du Turpin a été rédigé par un moine espagnol, ce qui exclut l'hypo- 
thèse de G. Paris qu'à partir du chapitre VI (sauf les interpolations 
dues aux religieux de Saint-Denis) l'on a l'œuvre d'un moine de Saint- 



BIBLIOGRAPHIE 381 

André de Vienne. La célèbre Chronique, pour l'unsemble et jusqu'à la 
fin, est définitivement d'origine espagnole. 

Mais, il faut l'avouer, peu de chose suffît [)our dérouter un œil 
ine.Kpérimenté et pour certains, le Pétrarque ainsi reproduit, demeui'e 
lettre morte. Ils s'en consoleront, sans doute, comme fit l^étrarque 
lui-même, quand, en 1363, le grec Nicolas Sigeros lui envoya un 
manuscrit d'Homère ; il le mit dans sa bibliothèque et ne sachant point 
le grec, il se contentait d'en tirer, de contempler, de couvrir de baisers 
le texte immortel. La plupart n'en useront que pour le comparer à 
leur édition ordinaire, mais tous auront du moins la certitude que les 
vers de l'amant de Laure nous sont arrivés sans altération à travers 
les siècles et que l'on en possède un exemplaire authentique; ils sau- 
ront gré à la Société romaine de philologie et à M. Modigliani d'avoir 
consacré à Pétrarque ce très beau volume, chef-d'œuvre de typographie, 
à l'occasion du sixième centenaire de la naissance du poète. 

Ferdinand Castets. 



Edgar EAving Brandon, professeur à l'Université Miami. — 
Robert Estienne et le Dictionnaire français au XV!*^ siècle. — 
Baltimore, J.-H. Furst Compagny , 190-i, 133 pages, in-8°. 

Ce travail consciencieux explique bien les principaux caractères et 
le développement de l'oeuvre lexicographique de Robert Estienne. 11 
montre comment, après s'être séparé de son beau-père et établi à son 
compte, Estienne fut poussé par son ami Budé à imprimer de préfé- 
rence des livres classiques; comment il fut amené, dès lors, à entre- 
prendre un dictionnaire latin ; comment son Thésaurus, conçu uni- 
quement en vue de développer la connaissance de la bonne latinité, 
lui inspira l'idée de composer un dictionnaire latin-français, puis un 
dictionnaire français-latin; comment en s'occupant du vocabulaire 
latin il fut conduit à s'intéresser presque davantage au vocabulaire 
français et finit par réunir tous les éléments d'un dictionnaire fran- 
çais, qu'il n'eut pas le temps de finir; pourquoi, cependant, l'œuvre 
lexicographique d'Estieune joue un rôle peu important dans l'histoire 
de la langue française. 

Les citations qui éclairent les thèses de M. Brandon sont générale- 
ment bien choisies, mais elles sont un peu trop rares, et l'on est 
étonné qu'elles soient toujours rejetées dans les notes. 

Les deux ou trois maigres pages consacrées aux dictionnaires latins 
qui ont précédé le Thésaurus sont vraiment par trop insuffisantes pour 
nous permettre de bien comprendre quelle fut l'originalité de Robert 
Estienne. 



382 BIBLIOGRAPHIE 

Il est fâcheux qu'un volume si bien imprimé soit déparé par un 
assez grand nombre de fautes d'accentuation. Il est plus fâcheux 
encore qu'on ait à y relever quelques fautes de français. P. 84, dessin 
pour desnein n'est peut-être qu'un lapsus. Mais p. 54, il est parlé du 
style profus d'Estienne. P. 52, conformément à l'usage du XVI* siè- 
cle, mais contrairement au nôtre, dont n'est précédé d'aucun antécé- 
dent (dont on ne peut pas être sûr). P. 49, au lieu de « lui qui provoque 
la critique», on lit cette chose barbare : « lui qui ailleurs invite des 
criticismes^ semble les redouter ici». 

Il faut, enfin, reprocher à M. Brandon d'avoir plus d'une îo'xs, mal 
disposé ou mal choisi ses titres. Ainsi, dans l'appendice bibliogra- 
phique, aucune espèce de titre ne précède l'énumération des éditions 
du Thésaurus publiées du vivant de l'auteur. Mais un titre en capitales, 
précédé et suivi d'un espace blanc, annonce les Editions posthumes. 
Cependant, sept lignes plus loin, un simple titre en italiques, mis sur 
la même ligne que le commencement du texte, annonce que l'on passe 
aux éditions du Dictionarium Latlno-galUcum . A la page suivante, un 
titre en capitales, mis en relief par des blancs, annonce Detx autres 
ÉDITIONS. Deux pages plus loin, le Dictionnaire français-latin est 
annoncé par un titre du même genre, et c'est encore un titre du même 
genre qui annonce dans la même page les Editions posthumes de ce 
dictionnaire. On voit combien toute cette disposition manque de logique 
et de clarté. 

Le chapitre III, qui est annoncé à la table des matières, ne 
l'est pas à l'endroit où il commence, p. 46 : on n'a là qu'un .simple 
sous-titre en italiques qui semble annoncer une subdivision du cha- 
pitre II; cependant, p. 55 commence bien un chapitre IV, sans qu'on 
ait eu un chapitre III. 

Le chapitre II est intitulé, p. 30, la Publication du Thésaurus : ce 
titre mal choisi n'indique qu'une partie, et la moindre, de ce qui fait 
l'objet du chapitre. A la table des matières, le même chapitre est 
intitulé le Thésaurus de Robert Estienne, titre meilleur, quoiqu'il ait 
le tort de convenir aussi au chapitre III. 

L'ouvrage serait mieux intitulé ainsi : Robert Estienne et son œuvre 
lexicograp hique. 

Disons, en terminant, que l'exemplaire envoyé à la Revue des lan- 
gues romanes est incomplet des pages 101 à 109. 

Joseph ViANEY. 

Jules Lemaître, de l'Académie Française. — En marge des vieux 
livres, Contes. — Paris, Société française d'imprimerie et de librai- 
rie, 1905, iu-16 Jésus, avec couverture illustrée, 3 fr. 50. 



BIBLIOGRAPHIE 383 

Un fia lettré lit V Odyssée, V Iliade, le Zend-Avesla, V Enéide, les 
Evangiles, la. Légende dorée. Et d'abord il les lit respectueusement et 
sans arrière-pensée, afin de les goûter comme il convient. Mais ensuite, 
ayant l'espiit curieux et l'imagination prompte, sentant vivement les 
contrastes et les ressemblances entre les sentiments antiques et les 
sentiments modernes, aimant surtoutà réfléchir et à philosopher, il se 
lî'.isse aller à combiner des suites aux incidents qu'il vient de lire, à 
fondre les idées d'autrefois avec celles d'aujourd'hui, à chercher quelles 
déformations diverses ont dû subir dans des âmes diverses les mêmes 
enseignements, les mêmes prédications, la même « Bonne Nouvelle». 
Il se demande si la fidèle Pénélope n'a jamais eu le cœur troublé par 
les paroles flatteuses ou les regards attendris qui lui ont été prodigués 
pendant l'absence de son époux : — comment s'est apaisé le désordre 
jeté parmi les ombres de l'Hadès par le sang que leur a fait boire 
Ulysse; — ce qui serait advenu du désespoir de Didon si elle n'était 
pas morte sur son bûcher. 11 se raconte l'histoire attendrissante et 
comique à la fois de la onze millième vierge, toujours zélée pour faire 
son devoir, n'arrivant jamais à le faire à temps, obligée, pour ne [las 
renoncer au martyre, de se faire tuer un jour après sainte Ursule et 
ses pudiques comi)agnes. Il invente d'ingénieuses et profondes légen- 
des, qui montrent la complexité du cœur humain et le trouble jeté dans 
les âmes, non pas seulement par la Folie de la Croix, mais par ce 
qu'on pourrait appeler la Folie de VEvangile. Et il arrive ainsi à écrire 
en marge des vieux livres une série de contes, où le modernisme et la 
couleur antique ne s'accordent pas toujours d'une façon pleinement 
satisfaisante, mais qui sont tous intéressants, dont la plupart font 
penser, et dont quelques-uns sont purement exquis. M. Jules 
Lemaître avait déjà donné un certain nombre de contes de ce genre 
dans le volume intitulé Myrrha ; on lira avec un grand plaisir ceux 
qu'il a réunis dans son nouveau volume. 

Eugène Rigal. 



Ant. Chansrouz. — Le vin de la Coupe-Sainte, br. de 17 pages, 
Nirnes, Imprimerie générale, 1905 (extrait de la Revue du Midi). 

Mon confrère Chansroux (couverture) ou Champ-Roux (p. 3, et note) 
se plaint aimablement et longuement que mon meilleur ami le FcUbre 
di Laiiselo, dans sa Crounico felihrenco de VArmanaprouvençau de 
cette année, ait commis un regrettable /a/)SMS-co^am«(!)ea donnant pour 
Genestet le vin que nous bûmes l'an passé eu fêtant le cinquantenaire 
du Félibrige. Ce vin fut gracieusement offert aux Félibres par Chans- 
roux (ou Champ- Roux). 11 était délicieux. Mais il n'était pas de 
Genestet, 11 venait du Pià-Rouge, la colline Rouge voisine de Beau- 



384 BIBLIOGRAPHIE 

caire, « par covrui>tion j^hylologique : \e Pied- Rouge, sRns doute parce 
» qu'on en revient avec la chaussure rougie : donc : Pio ou Pioch- 
» Rouge, c'est-à-dire la colline d'un ocre-vif». A la bonne heure ! 

J. R. 



Armanac de Gascougno, Auch, impr, Cocharaux, 1905. 

J'ai déjà dit tout le bien que je pensais de V Armanac pour 1904. 
Celui-ci continue très heureusement la même tradition, tant parla 
valeur des pièces qu'il contient que par la claire simplicité de la gra- 
phie employée. 

J . R. 

Armana prouvençau pèr lou bel an de Dieu 1905, Avignoun, 
J. Roumanille. 

Le plus félibréen des almanachs régionaux. Oni fait l'istoire du féli- 
brige depuis la fameuse assemblée de Font-Ségugue (21 mai 1854), et 
l'on i relate les derniers événements intéressant cette tentative de 
décentralisation linguistique et littéraire. Mais c'est là seulement une 
petite partie de l'almanach, qui est essentiellement une collection de 
poésies et de récits en prose, anecdotes, contes populaires, gale- 
iades, etc. On i lit les signatures de Mistral, de Tavan et surtout celle 
du « Felibre di Lauseto » et de « Lou Cascarelet» qui désignent un 
même auteur. [,a bonne moitié de ce petit livre est sortie de sa plume, 
mais il l'a taillée assez fine et il lui a confié une langue assez souple 
et assez pure, pour que beaucoup de confrèies en félibrige puissent 
en être jaloux. Il ne manque à cette brochure que quelques illus- 
trations umoristiques pour qu'elle devienne le lesehuch des veillées pro- 
vençales. 

M. G. 

A. del Sourelh. — Nostres bourgés : Per un Riban. Toulouse, à 
la Terro iVOc, 1905. 

Amusante comédie en un acte et eu prose (parler d'Agen) mettant 
en scène les ridicules des bourgeois parvenus et leur goût pour les 
décorations. 

Lemouzi, 13'' année. — Le n° d'avril du Lemouzi est consacré tout 
entier à la mémoire de Josep/i Roux. Nombreux sont les auteurs qui 
y ont collaboré. 

Le Gérant : Paul Hamelin. 



LES VERSIONS FRANÇAISES INÉDITES 



DE LA 



DESCENTE DE SATNT PAUL EN ENFER 



I. — Version d'Henri d'Arci 

Je me propose de publier dans une série d'articles les diffé- 
rentes versions françaises inédites de la Descente de Saint 
Paul en Enfer, auxquelles j'ajouterai quelques remarques 
linguistiques là où il y aura lieu. On trouvera ces dif- 
férentes versions réunies et étu liées, avec de précieux 
renseignements bibliographiques, dans un intéressant mémoire 
du tome XXXV (p. 131 sqq) des Notices et Extraits des 
Manuscrits * par M. Paul Mejer, dans lequel les résultats de 
H. Brandes ^ et aulres sont résumés et considérablement 
amplifiés. Ces versions sont au nombre de six, dont deux 
seulement ont été publiées en entier jusqu'ici ^. Après l'étude 
de M. Paul Meyer mentionnée ci-dessus, les divers articles 



* Notice sur le ms. français 24682 de In Bilil. nat., concernant divers 
onvra'ies composés ou écrits en Angleterre. 

2 Visio S. Pauli. Ein Beitraq znr Visionslitteralur, mit eineni denfs- 
cfien und ztvei tateinisclien texten, von H. Brandes, Leipzig, 1885. 

3 Une version du commencement du XI V" siècle en vers de huit syl- 
labes, dont on possède deux copies (l'une à la Bibliothèque municipale de 
Toulouse, et l'autre à Cambridge), a été publiée par M. P. Meyer dans le 
t. XXIV (p. 355 sqq) de la fiom7?î/a. Une seconde version, celle du trou- 
vère anglais Adam de Ros. conservée dans quatre mss (outre un fragment 
à Oxford) a été publiée d'après un seul ms (celui de Paris) et d'une façon 
très peu satisfaisante par Ozanam, dans la quatrième partie de son livre 
intitulé : Dante et ta plutosophie catholir/ue an XIII" siècle (Paris, 1835). 
Elle paraîtra sous peu. d'après tous les mss, dans la /ts fur fr. Sfjr. 
u» d Lift. 

25 



386 LES VERSIONS FRANÇAISES INÉDITES 

que ce savant a consacrés au même sujet dans la Homanin 
(VI, p. 11 sqq, etXXIV, p. 355 sqq), et le travail de M. Brandes, 
il serait superflu de revenir sur les origines de la légende de 
la descente de Saint Paul en enfer, ou d'en discuter les nom- 
breuses traductions ou imitations françaises. Il suffit ici de 
rappeler que l'importance de cette pieuse légende réside sur- 
tout en ce qu'elle est la source principale des idées qu'on se 
faisait au mojen-Age des peines et des tourments réservés 
aux damnés dans l'autre monde. 

La version anglo-normande qui suit de la Descente do 
Saint Paul en enfer, conservée dans le ms. fr. 24862 (f° lOP 
à 103*^) de la Bibliothèque Nationale, a été signalée pour la 
première fois, je pense, par M. Paul Mejer (op. cit., p. 27 sqq). 
M. P. Mejer en a imprimé le début et la fin (une cinquantaine 
de vers environ) et a également donné maint intéressant 
détail sur l'auteur de notre poème. Cet auteur s'appelait 
Henri d'Arci et était templier de l'établissement de Bruern ou 
Bruer Temple dans le Lincolnshire. Il nous fournit lui-même 
les deux premiers renseignements dans les vers qui terminent 
sa Vie de Sainte Thaïs et que je reproduis ici d'après la trans- 
cription de M. P. Mejer : 

Henri d'Arci, frère del temple Salemun , 
• Pur amur Deu vus ai fet cest sermun ; 
A vus le présent e as frères de la maisun. 
Ne quer loer de vus si bone volenté nun, 
Mes ore larrai d'escrire, par le vostre congié, 
Ke le mielz del essaraplaire ai enromancé ; 
Mes asquanz des cliapitles ai je entrelessié, 
Ces en qui je ne vi gères d'utilité. 
E si ceste translaciun vus vient rien a gré, 
Prest sui en autres choses a vostre volenté. 
Mes ore, a ceste feiz, voil un poi reposer. 
Nequedent, ainz que je leisse del tut ester. 
De la venue Antecrist voil traiter, 
U neistra e cumbien devra régner 
E les granz merveiles qu'il fra voil remembrer, 
E u murra e comenttrestut voil comter ; 
E del fjur] de juise e del grand jugement 



DE LA DESCENTE DE SAINT PAUL EN ENFER 387 

Dirrai aucune chose pur Deu ensement. 

Puis dirrai, par la grâce del seint Espirit, 

Des peines que seint Pol l'apostle en enfert vit, 

Oez dune le sermun ententivement, 

Ke, si bien l'escotez, si avrez amendement. 

Notre poème a été écrit vers le milieu du XIIT' siècle, et 
san3 doute composé à une époque un peu plus ancienne. Il 
présente les traits linguistiques auxquels on s'attend dans une 
composition faite de 1 autre côté de la Manche vers cette date. 
Voici les principaux faits qui caractérisent la langue d'Henri 
d'Arci, ou au moins celle du copiste : 

(1) A précédé d'une mouillure aboutit à e au lieu de ie : lais- 
sèrent 20, chens 103, mangèrent 121, manger \22^ treschere 130, 
preez im, chef 20Q, derech>^f2Çi\, fichez 2\Q. On constate la 
même mutation pour le suflixe. ~ arius : manere 29, 114, 
131, musterQb^ nsurers^O, deners SI, mester 202, volenters 215, 
ascer 264 . 

(2) Le suffixe — atorém devient — iv\ au lieu de eor ou 
— eeur comme en français : pecchurs 20, 125, 184, etc., lechurs 
119, 211. 

(3) La terminaison — ère des infiniiifs est rendue par — er 
au lieu de eir [air) : saver 5, aver 6, 71, 89, etc. 

(4) L'ê latin est parfois représenté par e au lieu de ie : 
pez 210. 

(5) L'o fermé est régulièrement rendu par u : vus 1, etc, 
mustrai 1, 15, cum 1, unt 3, mustré 18, ti'estuz 11, anumbrer 13, 
pur 16, 36, etc., dunt 17, dune 19, colurs21, mult 32, puiïr 33, 
dolur 34, peissuns 42, lus 44, etc. On lit plora au vers 53, et 
home (105, 130, 202) à côté de urne 170. 

(G) Enfin, on peut noter les formes liu (locus) et ciu (cecus^ 
qui se rencontrent également dans le Voyage de Saint Brandan 
et autres ouvrages anglo normands. 

Quant à la versification, elle est très défectueuse, même 
pour une composition écrite en Angleterre; la moitié, ou peu 
s'en faut, des vers sont ou bien trop longs ou trop courts 
d'après les exigences de la métrique française. On peut, il est 
vrai, supposer que quelques-uns sont corrects selon la mé- 
trique anglo -normande qui pouvait négliger Ve féminin ou 



388 LES VERSIONS FRANÇAISES INÉDITES 

bien aussi Ve protonique; mais même en admettant cette pos- 
sibilité, il j a encore un bon tiers des vers qui clochent. Le 
fait est que Henri d'Arci, pas plus que beaucoup de ses con- 
frères qui composaient en Angleterre, ne savait ce qu'il fallait 
ou ce qu'il ne faUait pas compter dans un veis français; il 
semble s'être contenté du coup de sonnette, pour ainsi dire, 
de la rime, pourvu que chaque vers eût à peu près la même 
longueur sur le papier. 

Notons enfin que le poème d'Henri d'Arci[ suit d'assez près, 
en la condensant toutefois, la rédaction latine que Brandes 
appelle la quatrième rédaction et dont le texte se trouve à la 
fin de sa dissertation (p. 75 sqq). 



De PENIS INFERNI QUAS PaULUS VIDIT ET REMISSIONE MISERORUM 
QUAM IPSE QUESIVIT. 

F°.101c.Si vus musterai cum jol trovai escrit 

Des peines que Saint Pol la (sic) apostle vit, 
Les aimes d'enfer unt repos al dimeine, 
Car de ço traiin le livre atestimoine. 
5. E si vus volez véritablement saver 
Qui feiseit as aimes icel repos aver, 
Jel vus dirrai ben ainz que jo parole d'el : 
Ço fu Pol li apostle, li archangle Michael, 
Car Deu voleit que Saint Pol veïst les turmenz, 
10. Eles peines d'enfer li a tut mu.stré. 

Metez ore entente trestuz, ço vus pri, 
Mes tuz sanz prière si frez vus, ço qui, 
Car quant vus orrez ja les peines anumbrer 
N'y aura nul, ço quid, n'ait la'ent de plorer. 
15. Oez dune les peines que ci vus musteray, 
Car pur warnnissement a vus le.^ conteray . 
Quant Saint Michel et Saint Pol, dunt jo vus dei 

[conter], 
Furent venu a emfer et durent entrer, 
Dune vit Pol devant les portes aibres ardanz, 
20. E pecchurs pendirent sur els forment i)lainanz : 

Les uns pendirent par les mains chaitifment assez, 



DE LA DESCENTE DK SAINT PAUL EN ENFER 389 

Les uns par les chevols, et les uns par les piez, 
Les uns parles oreilles atachez esteient, 
E les uns par les langes, [les] uns par braz pendoient; 
25. Puis laissèrent ces pendre, si alerent avant. 

Lors vit Saint Pol un [f]u mult durement ardant, 
E la flambe que issi fu de set colurs, 
E en celé furneise ardeient les pecch(e)urs, 
E set peines, cheiine de diverse manere, 
30. Erent entur la furneise : neif fut la premere ; 
La secunde iert fu, la tierce serpenz esteit, 
La quarte sanc, la quinte glace qui mult par iert freit ; 
La siste peine iert fuldre, e la setme puiir. 
Ces qui la enz penerent assez orent dolur : 

c5. Co furent cels qui mururent senz repentance, 
Pur ço suffrirent illoec mult griefe pénitence. 
Iloec ardent et plurent mult dolurusement ; 
Mort deniandeut mult suvenerement ; 
Mes pur nient le désirent : ja aime ne murra, 

40. Mes en peines u en joie tuz jurz vivera. 
Puis vit un fluvie qui horrible ert a veer 
Et les diables y noent cum peissuns en mer, 
E denvoroient les aimes qui en cel ewe furent, 
Cum lus funt, berbiz, et unques merci n'urent, 

45. E sur cel fluvie ot un punt par unt passèrent 
Les aimes de cels qui dreiturels erent ; 
Cheiine aime ultre cel puncel passer poeit, 
Sulunc que cheiine deservi aveit ; 
Iloec vit Saint Pol les aimes tuimentées, 

50, Les unes tresqu'al genuil y furent plungées, 

E les unes tresqu'al lèvres, les unes tresqu'al surciz 
E les unes furent plungées tresqu'al umbliz. 
Quant Pol vit ces turmenz si plora tendrement, 
E puis demande al angle si faiterement : 

55. Pur Deu dites, ço pri, si nel celez nient, 

Purquei sunt les aimes plungées si diversement. 
Dune diseit li angle: bien monterai quel sunt 
Cels qui tresqu'al genuil en cel ewe estunt : 
Envius furent mult, dctracions amerent ; 

60. Deriere lur prosme e frères mal parlèrent; 



390 LES VERSIONS FRANÇAISES INÉDITES 

Iceus tresqu'al umbliz en cel ewe sunt rais ; 
Avutres e forniceres furent quant erent vis, 
E pur ço sunt ore en ceste damnaciun. 
Cels qui plungé sunt as lèvres si faitement 
65. Tancer soleient entre sel al muster suvent, 
E quant parvindrent relment al iglise 
Ne voleient unques entendre al servise, 
Et de la parole Deu ne tindrent unques plait, 
Mes a fable tindrent que li prestre diseit ; 
70. Ices tresqu'as surcilz sunt plungé aval. 

Heité furent quant virent lur prosme aver mal, 
E mult furent joins enz en lur curages, 
Quant virent à lur prosmes avenir damages. 
Dune plora Pol e dist : mar furent unques nez 
75. Ces a qui si granz turmenz sunt aparailliez. 
D'iloec l'amena l'angle en un altre liu, 
Qui mult ert tenebrus e escuenta e cria e mult grant doel feiseit. 
Dune crient les angles encuntre la chaitive : 
Allas î que feisistes pur tant cum fus en vie ? 
Ore irras en peine, ja ne repeireras, 

105. Pur les comandemenz Deu que ne guardas. 
Dune li fu sa chartre de ses peccliez baillée ; 
Celé la list ; sei meïsme juga a dampnée. 
Dune pristrentles diables la chaitive erraument 
Si la mistrent en peines, sulung sun jugement. 
170. Dune dist l'angle : cres tu que l'ume recevera 
Sulun ço qu'il al siècle deservi aura? 
Puis vit Saint Pol les angles Deu iloc dejuste, 
Qui portèrent vers le ciel une aime juste; 
Dune vindrent plus de mil angles contre lui, 
175. Qui feiseient mult grant joie e disaient issi : 
tu, sainte aime cum tu es boneiirée ! 
Car en grant joie serras ja alevée, 



I 



DE LA DESCENTE DE SAINT PAUL EN ENFER 393 

Car les comraandemenz wardas de Jesu Crist ; 

Puis reçut la chartre ; ses bons ovres list. 
180. Lores Saint Michel la salua en parais, 

U les sainz nostre sire en joie sunt mis, 

E si grant cri fu feit cuntre sa venue, 

Cum si ciel e terre fust tute cummeû[e], 

E les pechurs qui furent en erafer ensement 
185. Crièrent tuz et distrent issi faite(re)ment : 

Michel li archangles e Pol l'atni Jesu 

Requérez Dampnedeu pur la nostre salu ! 

Preez Deu pur nus anidui ensemblement 

Que des peines nus doinst aukun alegeraant ! 
190. Dune lur respondi l'angle : issi faiterement : 

Plurez trestuz et jo plurarai ensement, 

E Po! urez od nus ensemble, saverun 

Si Deus nus volssist faire u relais u pardon. 

Quant ço oïrentqui en les peines erent 
105. Od haute voiz tuit ensemble à Deu crièrent ; 

E Saint Michel et Saint Pol crièrent ensement ; 

E mil milliers des angles od eles ensemblement. 

Dun fu le sun de lur cri 1res qu'ai quart ciel oï 

Cum distrent : Deu aiez de pechurs merci ! 
200. Deu descendi del ciel od curune en sun chef. 

Quand les pechurs le virent si distrent derechef : 

Aiez merci de nus, car gfant mester en avun ! 

Aez merci de nus sire cum vus prium! 

Dune fu la voiz Deu partut les peines oïe : 
2i»5. Quel ben feïstes pur me quant fastes en vie ? 

Jo fu mis en croiz e pur vus mort suffri. 

E que feïstes pur mei quant vus criez merci? 

Li Gosté oi percié pur vus. Que feistes vus pur mei? 

E fiel me donastes pur estancher ma sel. 
210. Pur vus oi e mains e pez fichez de clos. 

Et vus fustes el secle et lechurs e fols, 

Avutres forniceres fustes e envius, 

Larruns, roburs, avers, maldisanz^ orgoillus. 

Juine ne wardastes, n'almosne ne feïstes, 
215. Mes partut trichastes e volenters mentlstes. 

Trestuit feïstes quanque votre char voleit. 



394 LES VERSIONS FRANÇAISES INÉDITES 

De pénitence ne tenistes nul plait. 

Dune chaï Michel devant Deii, e Pol altresi, 

E rail milliers d'angles, e crièrent merci : 

220. Repos eiissent cil al dimeine, suvaus non, 

Tuz cels qui furent en enfernal dampneisun. 
Dune parla notre sire, disant si faitement : 
Pur Michel e pur Pol qui ci sunt en présent, 
E pur les miens angles qui ci sunt ensemeut, 

225. E pur la meie bunté, ce sacez nomeënaent, 
Repos vus durrai del none al samadi 
Tresque vienge la prime ure del luendi. 
Dune furent mult lié cels qui en emfer penerent, 
E mult loerent Deu e sil glorifièrent. 

230. Pur ço cels qui le dimeine ben guarderunt 
Compainie od les angles Deu al ciel averunt, 
Car le dimeine est plus haut que ne sai dire, 
Car en dimeine fn né Jesu Crist nostre sire, 
E en dimeine Jesu Crist de mort releva. 

235. En dimeine le saint espirit en terre envea. 
Al dimeine converti Deu Tewe en bon vin, 
A unes neces u fu maistre Architriclin. 
En dimeine mil homes put Deu plenierment 
De cinq pains d'orge e dons peissuns sulement. 
240. Et en dimeine serra le dorein jugement. 
Et en dimeine jugera Deu trestute gent. 
Pur ço commanda Deu e warda la dimeine 
En la lei de checun servil overaine. 
Ço est d'iveresce, que de checun mal est rascine, 
245. D'avuterie, de larecin, de plait, de tençun, 
De tote luxurie, de tote fornicatiun. 
E ne devun al dimeine fors aler à l'aglise 
Pur urer, pur entendre al Dampnedeu servise, 
E pur oïr la parole Jesu Crist del prestre. 
250. Les malades devun reviser e pestre. 

Les morz pur amur de Deu devun ensevelir, 
Les fameillanz saiiler, et les nuz vestir. 
Rachater devun cels qui sunt en chaitiveisun, 
E reguarder devun cels qui sunt en prisun. 
255. Les povres, les estranges devun herberger. 



DE LA DESCENTE DE SAINT PAUL EN ENl-'ER 395 

Les orphanius, les vedves devum conforter. 
Les descordatit devum a concorde treire, 
Teles oevres devum al dimeine fera. 
E qui tuit issi le dimeine wardera 

260. Od les angles de! ciel tuz jiirz régnera. 

Puis demanda Saint Pol si faitemenfc e enquist 
Quantes peines a enfer, e li angle li dist : 
Si cent homes fassent parlant dès le commencement, 
Puis que Adam fu fait en parais primerement, 

260. E cheûn d'ous eust cent langes de fer u d'ascer 
Entre eus tuz ne puissent les peines anumbrer. 
Pur ço, vus ki m'nvez oi des peines parler 
Werpissez vosz pecchez, si les leissez ester. 
Ore larrai atant, que mes n'escriverai, 

270, Car arivé sui al port là u jo desirai, 
E bien dei estre quite, ço m'est avis, 
Quant ai enromancé ço que vus pramis. 

L.-E. Kastner. 
Déceiiibi'e 1904. 



I DODICI CANTI 

COMPLÉMENTS A l'iNTRODUGTION 

[Suile et fin) 



iir 

De fauteur des Dodici Canti 

Dans mon introduction (V, VI), api'ès avoir décrit le manuscrit où 
a été conservé le texte des Dodici C«jiii, j'avais jugé que la mention 
suivante inscrite à la [iremière feuille de garde, Manoscritto originale 
di alcune poésie inédite di Luiyi Alamanni et del Susio, obligeait à 
se demander si les Dodici Canti pouvaient être attribués à l'Alamanni. 
J'avais d'ailleurs noté déjà qu'un paraphe qui revient deux fois dans 
le manuscrit me semblait réunir les initiales L. A. Je me bornais 
finalement à citer deux pièces de l'Alamanni où sont exprimés des 
sentiments que l'on rencontre aussi dans les Dodici Canti, et je 
disais : « Je ne me crois pas autorisé à tirer une conclusion des indi- 
cations que j'ai rapidement réunies; mais je ne pouvais éviter, engagé 
que j'étais à le faire par le titre même du manuscrit, de les soumettre 
au lecteur. D'autres plus compétents, si l'objet leur paraît méiiter 
quelquo intérêt, décideront avec sûreté s'il n'y eut entre Alamanni et 
l'auteur des Dodici Canti qu'une communauté de sentiments, une 
haine éga'e pour le nom des Médlcis. » 

Donc, je n'avais point d'oi)inion faite, je m'en remettais à celle des 
plus conqiétents. 

M. Henri Hauvette, qui [jréparait alors son ouvrage sur Alamanni, 
s'émut de l'hypothèse, si discrètement présentée, et, dans le Giornale 
siorico délia Letteralura italiana (t. XXXV, p. 171-172), se hâta 
d'annoncer qu'il serait « bien aise de couper court, sans plus tarder, 
à l'hypothèse extraordinaire, grâce à laquelle M. Castets croit avoir 
découvert l'auteur de ces Dodici Canti ». 

Pourquoi dire que je crois avoir fait une découverte, quand je ne le 
dis pas moi-même ? Avant la publication de l'ouvrage de M. Hauvette, 



I DODICr CANTI 397 

je lie soupçoiiuais point (luo l'un no jiouvail, [lailer d'Alamaïuii sans 
entrer dans une chasse icscrvée. 

A propos de celui des titres du nianiisci'it (jue je viens du cilcr, ji; 
remarquais : « I.a men ion de inannscrit original, donnée au titre du 
recueil, pouvant s^ippUqucr à la première parlie, m'amenait à exami- 
ner si nous ne posséderions jias un texte autograiihe de Luigi 
Alamanni. » ' 

M. Hauvette réplique : » Tout d'abord^ il n'est pas exact que le 
ms. 8583 de l'Arsenal atti-ibue ce poème à l'Alauianni. » 

Mais je ne l'avais pas dit ! 

Dans sa thèse, M. Hauvette se borne à dire que lattribulion à 
Luigi Alamanni est « une supposition absolument gratuite, et à 
l'appui de laquelle on ne saurait faire valoir même l'ombre d'un argu- 
ment : aussi échappe-t-elle à toute discussion » -. 

S'il en est ainsi, il était donc supei'flu d'exiii<ser une discussion si 
développée dans le Giornale. Je réponds à la pensée, et ne m'anête 
pas à la forme qui cependant n'est point sans intérêt 

M. Hauvette a d'ailleurs raison d'écarter l'attribution à Luigi Ala- 
manni. Il connaît l'écriture de ce poète et elle ne ressemble point à 
celle du manuscrit des Dodici Canti. Kn second lieu, la biographie de 
l'Alamanni, telle que M. Hauvette l'a minutieusement établie, ne 
permet point d'accepter que l'auteur de la Coliivazione ait vécu à la 
cour d'Urbin. 

Mais il est fâcheux que les réserves que j'avais si clairement 
exprimées aient paru indignes de l'honneur d'une simple mention. 

J'avoue encore que j'ai vu avec quelque surprise que les brèves 
indications que j'avais données sur les sentiments de l'Alamanni, aussi 
bien que les citations de vers caractéristiques, aient été purement 
négligées, soit dans l'article du Giornale, soit surtout dans la thèse de 
M. Hauvette. Je lis dans celle-ci : « Le souvenir de l'Arno remonte 
ù sa mémoire lorsqu'il regarde d'un œil d'envie le calme avec lequel 
la Seine serpente au milieu d'heureuses et libres campagnes ; lorsqu'il 
voit le laboureur français creuser paisiblement son sillon, c'est encoie 
vers la Toscane terrorisée par l'étranger que se reporte sa pensée ))^. 

1 Le mot inédite n'était pas absolument injustifié, et je constate 
aujourd'hui que d'après M. Hauvette lui-même, si d'une manière générale 
les nombreuses poésies données dans le ms. de l'Arsenal comme de 
l'Alamanni, sont empruntées à une édition, il en est une assez importante, 
qui lui a paru in(idite, sur l'authenticité de laquelle il hésite à se pro- 
noncer, et qu'il a imprimée dans sa thèse, comme j'avais imprimé les 
Dodici Canti. 

' Op. 1., ]). 421. 

'' Op. 1., p. 1S(J, n° 3. 



398 I DODICI CANTI 

J'avais ciLé, avant M. Hauvette, les quatrains auxquels il renvoie 
en note: mais, en elfot, rien ne l'obligeait à mentionner autre chose 
que l'hypothèse dont il avait été choqué. 

M. Hauvette s'étonne que j'aie pu seulement concevoir la pensée 
qu'Alamanui ait jamais écrit un poème aussi « détestable » que les 
Dodici C'anli. Mais il avoue lui-même que dans le Gijrone « la versifi- 
cation même et le style accusent une négligence surprenante chez 

l'autoui- de la CoUivazione^ il est visible aussi que l'obligation 

de rimer l'a souvent gêné, lui a suggéré des expressions impropres et 
l'a parfois conduit à écrire des phrases à peu près incompréhensibles, 
à force d'inversions et de périphrases '^. ... Il est sans doute possible 
de parcourir sans ennui un ou plusieurs morceaux bien choisis du 
Gyrone, mais non p;is l'ensemble de l'œuvre » "*. Je ne disais guère 
autre chose. 

M. Hauvette ne se rend peut-être point compte que d'autres que 
lui jugent plus sévèrement encore le Gyrone, moins sévèrement les 
Dodici Canti, et trouvent par conséquent qu'attribuer à l'auteur du 
premier de ces romans la paternité du second n'était pas en soi 
chose tellement irrévérencieuse. On serait d'ailleurs en droit d'être 
moins rigoureux pour l'œuvre qui n'a pas été achevée et revue que pour 
celle que l'auteur a imprimée. 

Dans l'article du Giornale, M. Hauvette déclare qu'il serait étrange 
qu'Alamanni, « dont l'évolution classique s'accentuait de plus en plus 
avec les années, se soit avisé de composer vers quarante ans le détes- 
table poème dont on veut le rendre responsable*. C'est avec des prin- 
cipes bien différents qu'il devait entreprendre, quelques années plus 
tard, de traiter la matière de Bretagne ». 



' Op. 1 , p. 328. 

- Op. 1., p. 32'J. M. Hauvette cite à ce propos une octave qui eût dû le 
rendro plus indulgent pour les Dodici Canti: 

Non vedete voi ben, signer mio caro, 
Clie amor lu prima et la natura al monde 
Che aspra legge facesse il nodo avaro 
Del sponsalitio cluro et ingiocondo? 
Che i padri empi et le madri a paro a paro 
Ne congiungesser, lassi! et non seconde 
Il naturale desio che ne sospinge, 
Ma seconde che 'I cemmodo dipinge. 

L. V, st. 130. 
■' Op. 1., p. 331. 

* Un auteur est responsable de ce qu'il publie, non des notes, des 
ébauches plus ou moins réussies, plus ou moins informes que l'on trouve 
dans ses papiers. 



r DODICI CANTI 390 

Je note en passant qu'Alnmanni, né en 1495, avait exactement 
quarante ans en 1535, que ia composition des Dodici Canli se place 
entre 1534 et 1538, et que l'auteur de ce l'oman était âgé de 40 ans 
quand il l'a commencé, ce qui prouve qu'il était exactement contem- 
porain d'Alamunni ; mais je ne prétends rien induire de cette concor- 
dance de dates. J'admiie plutôt comment M. Ilnuvette, dans sa thèse, 
a pu si complètement oublier ce qu'il avait écrit dans le Giornalc. 
Il y professe en effet, au sujet du G//rono, une opinion très différente. 
Il dit que « c'est un ariêt, presque un recul, dans l'évolution de plus 
en plus classique qui le portait vers la reconstitution des genres cul- 
tivés par les anciens » '. A la page 326, M. Hauvette déclare que la 
seule intention classique que l'on dccouvi'e dans le Gyrone est que 
ce poème est divisé en livres et non en chants, et que « ce n'est 
guère ». 

Mais le Gyrone est de 1548. Il n'y avait donc pas lieu de parler, 
dans l'article du Giornale, de l'évolution classique d'Alamanni à pro- 
pos des Dodici Canli, qui sont antérieurs de dix ans au Gyrone, où 
le goiît classique d'Alamanni se trahit uniquement par la .substitution 
du mot Livres à celui de Chants. 

« Le seul crime du poète italien », dit M. Hauvette, à propos de ce 
malheureux Gyrone, it et il serait difficile d'en imaginer un plus grave, 
est de n'avoir pas essayé d'être lui-même ; c'est d'avoir reproduit, avec 
une exactitude presque mécanique, un roman assez médiocre, sans 
que, à aucun moment, son tour d'esprit particulier y ajoutât i-ien 
d'essentiel » -. 

Tout cela est, en effet, très exact, et Alamanni est un grand cou- 
pable d'avoir rimé ce poème aussi ennuyeux que long. Mais pourquoi, 
si d'autres raisons ne s'y opposaient, Alamanni, avant de se résigner 
à imiter un vieux roman pour faire plaisir à François I", n'aurait-il 
pas essayé de composer une épopée romanesque sur les traces de 
Boiardo et d'Arioste ? Cette hypothèse n'est point justifiée par les 
faits, soit, mais en soi elle n'avait rien dont pût s'effaroucher la 
conscience de critique la plus scru[)uleuse. 

Le domaine des lettres doit être une Terre de Vérité, comme 
l'empire du Prêtre-Jean, mais ce doit être aussi un pays de liberté et 
d'échanges faciles. J'avais soumis un cas aux gens compétents : plus 
heureux que Guérin consultant les Arbres du Soleil et de la Lune, j'ai 
eu une réponse immédiate et que je crois définitive, et j'aurais mau- 
vaise grâce à raisonner davantage sur les termes de l'oracle. Je 



♦ Op. 1., p. 332. 
^ Op. I., p. :«8. 



400 I DODICI CANTI 

n'ajouterai qu'un mot. Dans ces compléments à mon introduotion, j'ai 
dû parfois me sép irer de M. Hauvette sur quelques points dont je ne 
m'exagère pas l'importance. Je crois avoir rempli ce devoir sans 
ressentir aucune joie à redresser mon prochain, sans permettre à ma 
plume aucun écart qui pût l'appeler ces zanzare du Cathaio qui, pun- 
gendo aspramente, troublaient les nuits de Beatiice Fia et des poètes 
ses hôtes. 

En relisant les Dodici Canti, j'aurais aimé à trouver enfin quelques 
indications précises sur la personne de l'auteur. Je vois qu'il faut me 
borner à l'envoyer à ce que j'avais dit d'abord et à mieux présenter 
les dates sur lesquelles je viens d'appeler l'attention. 

L'auteur parle toujours de François-Marie comme d'un personnage 
vivant, et fait allusion au pontificat de Paul 111, qui ceignit la tiare 
en 1534. François-Marie mourut en 1538. L'on a donc une période de 
quatre ans où l'on peut placer la composition du roman. L'auteur l'a 
commencé à l'âge de 40 ans. La mort de François-Marie suffirait à 
expliquer pourquoi les Dodici Canti sont restés à l'état d'ébauche 
incomplète'. 

Je sais qu'il doit m'être difficile d'apprécier avec impartialité un 
roman auquel j'ai fini par m'intéresser, en raison de la peine et du 
temps qu'il m'a coûtés. Cependant, je n'en suis pas moins tenu de 
dire ce que j'en pense. Je tiouve odieuse et abominable toute l'histoire 
imaginée par yVlfégra pour tromper Roland. L'anneau de Gygès est 
prétexte à détails erotiques, dont l'on est justement froissé. La scène 
où la fille de l'hôtelier, une fois détrompée par Bradamante, va cher- 
cher une consolation auprès de Serpentin, a été suggérée par le 
passage du Guerino, où le chevalier renvoie la fille de la maison à 
Brandis, son compagnon de voyage. Le personnage de Sylvana est 
d'une heureuse invention, et les aventures de Renaud et de Guerino à 
la cour de Gi'enade ne manquent pas d'intérêt. Pour le reste, il me 
semble que l'auteur conte agréablement, pose bien ses personnages, 
sait conduire le dialogue, emploie assez heureusement les éléments de 
la Fable, place à pi'opos ses l'éflexions morales. Je tiens compte évi- 
demment de rét;it d'imperfection où le texte nous est parvenu. En 
matière épique, même dans ce genre romanesque, dire que les deux 

' Dans une lettre aimable et encourageante (mars 1900), M. Emilio 
Teza, tout en m'engap;eant, avec sa bonne grâce ordinaire, à renoncer à 
l'hypothèse de l'attribution à l'Alamanni, et en m'indiquant diverses 
fautes du texte ou de l'imprimô qui avec d'autres auront leur place à 
Vevrata, me proposait pour ce poème le titre de VA?igelica : il me tenterait 
fort; mais je crois plus sûr de conserver la simple désignation du cata- 
logue: celle-là du moins échappera à toute critique. 



I nODICI GANTI -'lOl 

tiers d'un poème supporLciit la lecture, est en somme un élot^c. 
Mon opinion est que les Dodici Canti le méritent ; mais, je le ié[>ùlo, 
cette opinion est à priori suspecte. Resterait à faire le (lé[)art des 
emprunts faits à Boiardo et Arioste et de ce qui est de l'invention 
propre de l'auteur, mais ce serait le traiter en classique et dépasser 
la mesure. 

Que dire de l'iiomme lui-même, si ce n'est qu'il fut un des pension- 
naires des ducs dUrbin, qu'il chantait avec d'autres dans la volière 
dorée, où ces princes riches et généreux appelaient les beaux esprits? 
Cette domesticité brillante ne leur pesait point, à en juger par ce 
qu'en ra|i[)orte avec admiration un de ceux qui la partagèrent à Urbin, 
un peu plus tard que l'auteur des Dodici Canti : lUtrovaronsi Vanno 
1558, a la carte d'Urbino, antico ricetto di tutti gli huomini valorosi, 
molli grandi et iUustri j^oeti, cio furono M. Bernardo Cappella, 
M. Bernardo Tassa, M. Girohtmo Mutio, M. Antonio Gallo, et jnu 
altri ; i quali non facevano altro, che, quasi candidi et dolcissinii 
cigni, cantare a (tara, et celehrare co loro versi la eccelsa bellezza et 
la niolto piu eccelsa virta de la Ilhtstrissinia Sig. Duchessa '. 

Ainsi, à l'ombre des délia Rovere, se continuait la fêle de la 
Renaissance. 

Les formes dialectales éparses dans le texte et le long et enthou- 
siaste développement en l'honneur de Venise, permettent, semble-t-il^ 
de supposer que l'auteur était originaire de la Vénétie. Peut-être des 
recherches dans cette région aboutiiaient elles à écarter le voile qui 
cache à nos regards curieux un des << cygnes mélodieux et très blancs » 
qui chantaient les louanges de François-Marie. 

IV 

EXTRAITS DU GUERINO IL MESCHINO 

Les extraits du manuscrit 101 de la Bihliotlièque Nationale que j'ai cru utile 
de donner ici, malgré l'état du texte qui est reproduit tel quel, se rapportent à 
quelques-uns des endroits intéressants du récit. Ils achèveront de donner une 
idée de la manière de l'auteur dans le Gnerino. 

A 

Antenisca devant le Soudan de Perse 

Essendo tornato in sullo palazo l'almauzore a lo Misehino cuu 
molti baroni foi data lacqua alli mani, et una damicella ionse in suUa 
sala como lu Amansore soldano di Persia foi posto assidere, la quale 

* Dionigi Atanagio, op. 1. I, note au f" 196, h. 

26 



402 I DODICI CANTI 

damicella era realimente vestita la qnale non mostrava non avère 
XIII anni compiuti, cnn capilli biiindi et tanto bella ch'ella parea 
uno angelo cli paradiso, et ingenuchiossi dinanli allô snldano cum 
diricto pianto. Ella avea ad secu dai geatili cavallieri et dui gentil! 
cammarieri et facea si grande il pianto ch'ella non potea parlare. 
Dice il INIischino : Ad me indi increscie molto tanto che j'o dissi : 
singnore, yo vi prego che vuy habiate pieta di qnesta damicella 
che vuy vedete che per dilore non puo parlare. Fate che parla uno 
di quelli cavallieri per lei di qiielli ch'ella ae cun seco. Et illo 
commando ad uno che parlasse per lei et illo dixe : Santa curona, 
questa damicella ene fîlliola de! re di Pers[ep]oli el quale fue Filisteno 
el quale FiIiste[n]o ave doy fiUioli masculi e questa femina, e-lli 
Turchi sotto la singnoria del re Chalismarte li sono venuti adosso 
cun IIIC milia arniati et anno morto il re Filisteno culli dui soi fillioli 
et anno presa la cicta de Pers[ep]oli, Erabacta, Cessafia et tucte le 
terre di Persia del fiume KeguU in fine al fiume Ulano, et non e da 
maravelliare donde era il re Galismarco avia taata potenza, impero 
ch'egli e singnore di Damasco, teni Asalta e Gudea Pulistina to 
spinando Saria et Ermunia, jNIedia, Cilica, Panfilia, Isavera, Liconia, 
Pastigonia et Tribusuuda ; et a uno fiatello che a nome Astilladoro 
chi tene tucto lo resto de Turchia et inolti altri provincie et reami; et 
dichi : Mi singnore, corauuca fo morto el nostro re si nuy non 
avessimo campata questa fanciulla, ella sarebbe mala capitata, et 
sapiati che Turchi si moveano et per la Pei'sia cuU' armata si veneauo 
contra ad viiy, per la Felice Persia, si vuj non riparati. Per dio 
siavi recommandata questa pupilla, la quale pupilla, si per lu vostro 
aiuto non e vendicata, convien ch'ella vada mendicando. Como scacciata, 
ella si recommanda ad [vuy] che slti soldano di Persia. 

Avendo il cavallieri compiuta la sua diceria, oinne uno sussperava 
et cossi il soldano corne li altri, dice il Mischino : Ad me incresse di 
quella damicella che sempre piangea et non era alcuno conforto ne 
speranza di aiuto; yo mi levai in pie et feci riverentia allô Amansore 
nostro soldano et dixi : per lo dio Magomecto, questo ene grande 
peccato et pregovi per la fede grande de lo Apollono di cui o viduto 
li alberi, che vuy li dati aiuto. 

B 

GuÉRIN ENGAGE SA FOI A AnTENISCA 

Tornata la bella Anteuisca alla cicta de Persopoli, li fecéro li citatiui 
grande allegre/.a et grandi piaciri di tinireza, et quando Guerino la 
vede si acciese tucto de ardente amore et disse inverso allô cielo : 



I DODIGI CANTI 403 

vero dio, donnmi gratia che yo mi difenda da questa nostra fi-agile 
carne tanto che yo ritrovo il padre mio et la inia generatione ! et 
reciputa la dimicella cuni «grande honore et reverenza renderili la 
singnoria et delli per Goveniamento tre citatini, el maiore di tiicti tro 
fiie Pei'midesse. Et non passarino cinque imni che Persenico nepote 
de lu Amansore se innamom de Antenisca et incomminciao secreta- 
mente ad odiare Guerino, et per timenza de la sua spada non si 
demost;ava et anche timea la gente di l'oste, perche Guerino era 
molto amato da tucta la genta di arme. Et essendo uno di Guerino 
nella sua cammera infra se stesso si lamentava et doleasi del camino 
chi avea alfare secundo la ressposta ch'egli ebbe delli arberi del 
Sole che in Ponente saperebbe chi fosse la sua generatione. Essendo 
in questo pensiero, ionse allui qnello citatino chiamato Permidesse et 
poi ch' i-l'ebbe salutato si presero per mano, et de moite coae 
raionando Permidesse infra l'altre cose che illo raiuno, fue che illo lo 
cominincio a prégare che-lli fosse da piacere di pilliare Antenisca per 
mullie et egli si facesse singnore del leame de Persopoli. Guerino li 
resspose : nobile amico, ad me convene primo cercare li parti di 
Ponente per comniandamente di Apollo, ma prima cacciaremo li Turchi 
da tucta Suria. Et Permadesse torno culla ressposta ad Antenisca la 
quale udita la ressposta mando a dire ad Guerino che li andasse ad 
parlare. Et illo inchi ando et ella lo commincio a pregare dolcimento 
che-lli fosse di piacere de non si paitire da Persopoli et che illo 
pilliasse la singnoria de Persopoli ; et Guerino resspose suspirando 
ch'egli non potea al présente perche egli avea ancora a-ccercare mezo 
il mundo et ella comincio a-llac:imai-e et disse : singnore mio, yo sus- 
perava ('sicj socto la vostra spada vivere securanel regno che vuy mi 
havite renduto, et per questa cagione ve iuro et per tucti li dei, como 
yo sentiro che vuy siati partito, yo culli mie proprie mane mi occidero 
per vostro amore, se vuy non mi promectite, fenito vostro viaio, che 
vuy tornareti per me, et yo vi iuro asspectarivi dechi anni che mai 
non tolliero marito. Disse Guerino : nobile dumpna, non dire, per 
dio, che tu saresti vecchia Et ella resspose : Di questo non mi euro, 
puro che vuy iurati di tornare ad me et di non torre altra dompna. Et 
mentre che queste parole erano tra loro, ionse Permidesse el citatino 
et Amidiosca l'ostieri et missere Amorrecto filliolo de l'ostieri, facti 
richi per la virtu di Guerino, et quistoro disgero a-Uoro secreto parlare 
et seppino corne egli circava il padre suo et la ressposta ch' egli avea 
udito d'Apollo e da Diana; et recommandata loro Antenisca jurolla 
per sacramento per sua dompna et légitima sposa in presentia de 
quistosro tre, et promisi di tornare infra X anni et che si in questo 
tempo non tornasse, ch'ella fosse libéra et potesse tollere marito ; et 
iuro per la fede del summo Dio non tollere altra dompna clie le! per 



404 I DODICI CANTI 

[moglie et] questa iuro per tucti li dei non torre altio marito, et questi 
tre fossino testimonii et jurarano de noUa abandonare mai, et [che] 
la guai'dia de la sua bella persona remanesse [a] li tre, et cossi basa- 
rano in Locca cullo Mischino che ssi ghiamava Giierino impalnnati, et 
inrati la fe tucti li quatro ussirino da la camniera et l'altra matina 
fecero radiinari tucti li maiuri de la cicta et molti altri gentili homini 
del regno soctoposti allei et foi jier tucto delibeiato che la doinpna 
Antenisca fosse reina del reame ma ch'ella non portasse curona da 
quello di insino ad X anni, che Permidesse e Aminigra fossero bali 
da la fauciuUa; e appresso ordinai'ano che-lla gente si mictesse in 
punto per cavalcare et cacciare li Turchi di tucto il paese di Persia et 
de Soria, et passati dechi iurni, si parti da Persopoli cum cinquanta 
milia Persiani, et Antenisca lasso piangendo, et andaiono verso de 
una cicta di Pei'sia Tinticha, e corne savio cupitauo iuchi posse il 
campo perche ancoi'a la tinevano li Tui'chi. 



C 

Portrait de la princesse Rampilla 

Essendo partito il famiglio de Rampilla la quale era grande de 
jiersona et bene informata, et era negra quanto uno carbone 
spento, cullo capo ricienuto e-lli capilli incresspati, la bocca grossa 
de multi dienti tucti bianchi, occhi rossi chi pareano de foco, disse il 
misso : Diciti ad Guerino che yo li servo la mia virginecta. 



Entrée de Guérin chez la Sibylle de Gumes 

Aperta la porta, lo Mischino entra dentro a di settanta una di 
cansei'e et ad hora XII* del di, et questi dimicelle dissero : Ben sia 
venuto missere Guerino ; nuilti dissero che nuy sapiamo la vostra 
venuta. Et questi erano tre damicelle tanto polite et belle che lengua 
mia noUo [)oria dire, t;into era la loru belleze; et quando intrava 
dentro mi dava lu sole alla faccia, et achiusa la porta, l'una de loro 
mi disse cun uno falso riso: Custui sera nostro singnore. Ma yo li dissi 
tra me stesso : Tu non pensi bene. Et una mi levo la borrecta et la 
tasca et l'altra prese lu donpieri ; la terza mi prese per mano, et yo 
possi la spata alla vagina, et colloro mi iiibi.inmio et passammo una 
altra porta, et iongemo ad uno grande iardino sottu ad una bellissima 
logia tucta storiata,et-cqui erano piu di cinquanta damicelle l'una piu 



I DODICI CANTI ■'1O5 

bella et l'altra piii, et tiicte se rovolsino vorso me, et in niezo di loro 
era una dompna allô mio parère la piii bella che yo havesse mai 
viduta, et iina di quelle tre ch'ei'ano ciim inico mi dissiuo : Quella ene 
madompna Sibilla. Mt inverso lei andavaino, etella venia verso noi, et 
iuiito presso a-llei mi iiichinai, et ella si inchino ad me et presimi per 
mano et disse: Ren venga missere Guerino. Et yo la salutai in questa 
forma : Quella virtu che vuy aviti piu speranza ve aiuta. Et rnentro 
che yo favellava, ella si sforzava di farimi belle sombianti, et tanto 
era la sua vacheza ad videre che omne corpo humano inde séria ingan- 
nato, et cum dolci solazi di risi et di belli recollentie, et data in lei 
tucta belleza et honesta, et li membri sono de smisurata gentiliza et 
di grandeza piu comunale et tanto colurita che quasi del mio prepo- 
sito mi cavo, et era smarrito tra multi rosai pieni di spine, se Dio, 
per la sua gratia non mi avesse facto tornare la mente al pecto, et 
dixi tre volte : Ihesu Nazareno, liberami di questa incantacione ! et 
dixili tra me nel mio core. Et ragionando cullei, la falsa mi rivolta si 
parlio da me, et ella mi incomenza a dire tucte le pêne ch' i avea sus- 
tenute da quel punto che Alexandro mi avea fatto libero per fine ad 
questo lamento che yo facea cullei, tucto lu viagio che yo avea facto 
tuctu mi disse, et poi [disse] : Voghio che tu venghi et vidi se yo one 
de lu thesoro quanto il Presto lohanne. Et menommi in una sua cam- 
mera del palazo sue ch' era uno palazo grande et reale, et mostrommi 
tanto horo e tanto argento et tante perne et tante petre preciose et 
tanti iohelli et tanti richeze che ss'elli non fossero eose false, tucto 
questo mundo che yo havea cercato, non valea la terza parte. Et poi 
tornammo in una sala multa ricca cqua inchi foi apparechiato da man- 
giare et posto ad m.mgiare da tante daiiimicelle ch' inchi serviano 
ch' era una cosa maravelliosa ; et quando aveamo mangiato mi meno 
in uno iardino che mi parea essiri intrato in uno paraviso novello nel 
quale erano de tucti li fructi chi per lengua humana .si poctessero 
contare, et per questo conobbi ch' eiano cose [fatate] ^ perche erano 
multi fructi fore de stagione. 



E 

Gor.KIN RÉSISTE AUX SÉDUCTIONS DE LA SiBYLLE 

La sera foi minato in una ricca cammera e-lla Sibilla venne ad 
tucti quelli piachiri di iochi et di solazi chi ad uno corpo humano si 
potesse fare per farilo innamorare. Et quando yo foi intrato nel letto 

' Ms. Fatale. 



406 I DODICI CANTI 

ella mi si culco al lato mostrandomi la sua bella persona e-lli soi 
blanchi carni e-lli memelle chi proprio pareano de avolio ; et yo Mis- 
chino da capo ripriso foi da hi ardente amore, et factomi il signo de 
la croche pcr questo nou si paitiva la Sibilla, ma per venire allô 
effecto de lu suo desiderio piu ad me si accostava, et yo ricordato de 
li parole de li tre romiti dissi tre volte : Ihesu Nazareno Christo, tu mi 
aita. Dissi celatamente dentro lo mio core questo nome ; eni di tanta 
vii'tu che como yo l'ebbe dicto, ella si levo foro de lu lecto et partiosi, 
et nou sapea quale era la cagione che la facea partii'e ; et yo rimaso 
sulo tucta la nocte dormivi in pace senza essiri combactuto da ley 
ne de altre fate, et nissuna sappe la-ccagione. Ad questo si videa che 
lu aniuio de lu homo non posano sapere elle, si parlare nollo fa 
manifesto. 

Culla gratia de Dio, dice il Mischino, yo dormivi tucta la nocte 
e-lla matina a bona hora la Sibilla mi veune ad visitare cum moite 
damicelle : et quando foi levato mi fo ap|)arichiato una bella robba di 
seta, et uno portante leardo, et montai a-ccavallo cuUoro et fo quello 
di menato per una bella pianura et vidi questo ch'era il mercoridi, et 
questo di mi fo mostrato tucto lu paesi de la sapia Sibilla, et promic- 
teami de farimi singnore; et vidi moite castelle et ville, et viddi molti 
palaggi et molti iardeni ; ma yo inmaginai tucto questo essere incante- 
simi, perche in poco loco de la montanghia non era possibile che tante 
cose capessei'o, et pero imaginai che tucte erano cose [fatate] ', et 
mostravami quello che non era e pareami fare quello che yo non facea. 



F 

La Sibylle a raconté à Guérin s-on liistnire, lui a expliqué savamment comment 
l'homme est composé de trente-quatre éléments, et lui a dit les raisons de la 
diversité des formes que ses sujets prennent lors de leur métamorphose en 
serpents. L'extrait suivant comprend les faits depuis cet entretien jusqu'au 
jour où Guérin recouvre sa liberté, après avoir passé un année entière dans 
le séjour de la Sibylle, En sortant, il retrouve Marco, personnage condamné 
au supplice de servir de pont pour pénétrer chez la Sibylle. — Je re[)roduis 
le manuscrit sans essayer de le corriger, car il en est d'autres certainement 
infiniment meilleurs. Le livre de la Sibylle est cependant celui où le copiste 
paraît s'être le plus appliqué à ne pas gâter le texte 

Poy che yo ebbe intiso la ccagione de li sopradicti vermini e '1 
perche illi deventavano de divariati condicioni, et como erano appro- 
priati ad secti peccati mortali, rendivi gratia a Dio et pregaillo che 
mi guardasse da tanta miseria et pregaillo che mmi desse gratia che 
yo eusisse suno de l'anima et de lu corpo, et che yo ritrovasse il pâtre 

1 Ms. fatale. 



I DODICI CANTI 407 

mio e lia mia matrc et alla fine mia mi diga gratia de mi salvari 
l'anima mia, et dicoti, luectore, che in quolla septimana yo foi miilLo 
stimulato et molestato et tnntato de luxuria cuin omne modo de inten- 
cione ch'clli sapeauo o pothiano sapere, ma yo sempre mi recomandai 
ad Ihesu Nazareno Cristo, et lui mi aiiitava. Et omne matino yo diceva 
li septi salmi pcnitenciali et multi orationi ; et cum questi fatighe yo 
passai quella septimana tanto che yo li vidi iina altra volta tramutare 
in figura prava et pessima, et quando foruno tornati in loi'o, yo la 
pregai multo per la virtu in clic piu speranza avea ch'ella mi dicesse 
ch'era il padi-e mio poi ch'ella mi lo avea decto ca lu sajjcva. Et ella 
mi ressposi de luxuria si lo volea sapere, e yo intacecti et nolli 
ressposi. Ella si adiro che tucto lo [ajuno passe, et mai non appi da 
lei altra ressposta ch'indi havessc havuta insiuo ad questo di essendo 
presso ad tre iurni alla fine de l'anno le fate tucti erano deventati 
vermi secundo che la divina iusticia havia ordinato, et yo imaginai 
como poétesse sapere chi era il padre mio, et pensando como mi avea 
perduto uno anno, multo mi confortai et deliberaimi di pregare da 
capo la Sibilla, et s'elia non mi lo volesse dire per preghieiri, di scou- 
giurarila, et como ella fo tornata in sua figura humaaa andai a llei et 
in questa foima li parlai : savissima Sibilla, yo ti prego per la tua 
virtu, ti sia di piacerede dirimi chi foruno limei antiqui et che ene de lu 
padre et de la matre mia ad zio che non abia perduta tanta fatiga indanno. 
Ella risspose : Ad me incresse che t'o dicto quello che t'o dicto, impero 
che tu si nato de gentile linghiaiu et si tanto villano cavallieri. Quando 
yo intisi la sua rissposta tucto turbato cum ira parlai verso lei : Per 
quella virtu che soleano avère le foghie che tu ponivi insullu altare, 
almeuo per quelle cosi vanne forme mostrando vora la tua proficia et 
non curavano il suffiare del vento ', ti prego che tumiinsinghi il pâtre 
mio. E-Ua Sibilla s'inde rise et disse : El duca Enea Troyano fo de 
piu gentile condiccione di te, et per o lu condussi per tucto lo Inferno 
et mostraili lu sua padre Anchise e (piale gentili Romani che di lui 
doveano nassire, profetaiidoli il poniiuentn di Roma, como car disso 
Carmenta matre del Re, et v'ando pailando d'ICreule-, et trasi lo a 
salvamento da lu Inferno. Ma tocc.ii a stare tre iurni et si tu remane- 
rai assai in captivita per te far anno, et dicoti che da me et de altra 
persona chi in questo loco sia, non poterai sapei'e che tu sappi di tua 
schyaeta. Dice Guerino : Yo avendo puro la volunta di trovare lo mio 
padre, vinci la mia ira, et da capo li conmenciai ad promectere ch'ella 

1 Foliis tantum ne carmina manda, 

Ne turbata volent, rapidis ludibria ventis. 

^n. VI, 74. 
^ ^n. VIII, 339, 193. 



408 I DODICI GANTI 

mi lo insinghiasse che allô muiido yo li daria boiia fama, decia la 
sua nobilita et tenei'ia celato la loro tramutacione di figura umana in 
bructi vermi, ma snlo la sua nobilita et belleza dirai. Non altra mente 
ella nii l'esspose [eu m] [iropria inteacione femininile che non curano 
ne honore ne pareutato ne richeza per contentare lu loro appetito e 
abandonano lu amoi'e de Dio e del pioximo per questa dureza che yo 
vidi in lei, mi ionse ira sopra ira et dissi verso lei : Oy iniquissima et 
rinigata fata maldecta da lu eterno Dio, yo ti sconiuro per la divina 
potencia Pâtre et Filio et Spiritu Santo che tu mi dici chi e il pâtre 
mio sincomo tu mi dicisti che sa[)ivi chi ei'a. Et ella mi respose : 
falso cristiano, le tue seoniure non possiuo offendere ad me, impero 
che yo n,;n sono cor[>o fantasco ma sono et foi di carne et osse como 
si tu, solamente per lo mio difecto lo divino iudicio mi ave cossi con- 
dingnata. Va ad scougerare le demotiii li quali non auno coi'po et li 
spirti inmun-li, che da me non pot[r]osti alcuna cosa sapere piu 
innanci, et nanti che tu lo sapia, tu provarai Tultime [jai-ti di Ponenti 
e-lli secti circhi de lo Inferno et Ha ti serra mostrato tua padre 
per figura. Per queste parole, o lectoi'e, yo molto inpagurai temendo 
non trovare mai il mio padre siuo di po la mia morte dampnato alli 
pêne infernale. Non dimeno feci bono core et dissi : 11 tuo iudicio non 
serra vero perla gratia de Dio. Allui per confessione posso alla peni- 
tenciu toi'nare, et cossi faro. Or fammi rendere tucte li cose che yo 
arricai in questo maldecto loco. Et ella conmando che mi fossino dati, 
et fommi renduta la mia tasca, et la mia spata, cum doi pani dentro 
et lo figile e Ui solfanelli et l'esca, uno dopiere intero e M muzicone. 
E lia Sibilla mi disse : Non creda la tua ira potere offondere ad me 
che tu ne altii persuni mortali non mi po fare ni maie ni bene. ludicato 
eue di quello chi di me debbe essere. Et sparimmi da nanci. Et da 
questo punto in qua nolla vidi mai piu, et conobbi tucte li loro figure 
essire adirate et disg[razi]ate inverso di me. Et immaginai non essere 
per altro si no per la invidia et jier dilore clio non aveano potuto mec- 
tere [mi| nel loro numéro dovo loro vicii, et da po che yo ebbe avuto 
tocte li mie cose ch'inchi stecti tre iurni, et oume matina yo rengra- 
ciava Dio et dicea li se[)ti salmi peuitenciali et multi orationi et 
sempre : Ihesu Nazareno, tu nii aiuta. Et cossi stecti infine il terzo 
iurno, et la matina dicti li mie orationi, conminciai a cercare la porta 
donde yo era intrato, ma nienti mi venia a dire. Per questo cominciai 
ad avère pagura, et ricomandai mi a Dio i)er la sua gratia et miseri- 
cordia non mi lassasse perire. Veramente parea ad me essere ad uno 
forte [IJaberinto \nn scuro che quello chi fo facto i[n] Greti al Minu- 
tauro divuratore de 11 Antenaxi tribntati per lo iudicio de Minos. 

Essendo l'ultirao di, ail' ora di noua, dice il Mischino, venne ad me 
una doncella, et dissimi : cavallieri, perche ti stormenti ? forza ene 



I DODICI GANTI 409 

a nnni per la diviua potciicia di inostrare ti l'ora et lo paiiLo cho tu 
indi devi ussii-e, et peio non ti sbagottiri et vieni presso ad me et yo 
ti inostraro la porta et la nscita di questa habitacione. Et yo li andai 
dircto et appresso a lloi se(piitai picno do alligreza perche mi cnuvenia 
inostrai-c- a dire l'ora el lu [)Uuto. Klla mi mono per uno cortiUio per 
lu quale yo canossivi esseià passato quando entrai; et iunto, Lectorc, 
in verita tucto quelle anno ch' inchi erastato mai non vidi quille cor- 
tillio ne la porta alla quale noi lungeinino, et avca li viduti multe 
volte in anima, ma la l'orza di loro [fu] raiom; non mi lassiar [e] videre; 
etquesta damicella mi disse remanirc, mi f,n-ia perdonare de la Sibilla, 
et ancora si ingenghiava de ingannai-i me. Yo ressposi clie voi-ia |;iu 
tosto la morte ca essii'e iudicato in quelle loco eulloro. Ancora mi disse: 
nobile Guerino, di te mi renci-esse, et dirocti quelle chi ovo nell'animo. 
Sappi si in qiiesto tenqjo chi tu si stnto in (piesLa habitacione tu havissi 
j)assato il punto de la morte per (piesta stancia. [icrche in questo 
loco non more mai j)ei'sona, si no como tu ai viduto per fine al di de 
lu ludicio div no, ma si tu in questo anno fossi stato allô mundo, tu 
havissi devuto morire. Mectere la mano oy lo digito da fore di questa 
porta, subito toruavi tanto quanto da foie ne mecterai in ceunere. Et 
yo li ressposi : Non ti venga pieta di me che ad me midesmo impero 
che la fede, la speranza et la carita chi one in Dio mi cavera ail' anno 
sauto di quisto bructo et laido loco che vollio stare innanti alla mise- 
ricordia de Dio che stare in tanto obrobrio [ej vituperio quanti stati 
vuy. Oi-a a|)eriini la |)()rta. Et ella asspito i;no i>ocu et poi mi apei'se, 
e disse : Te i)rova cullo digito. Yo gridai : Yo voghio andare ad ti'ovare 
Marco cambiato de si bella figura a bructo verme figuiato serpente. 
Et ella aperse la posta, et yo comenzai ad al ta voce: Domme ne in 
flore (sic) tuo ariijuas me neque in ira tua corripies me, et saltai fore 
de la porta. Et ella d sse : Va, che tu non pochi trovare scacta lua. 
Et yo la intisi et dissi : Va et di alla Sibilla che yo so vivo et campato 
et viviro sano et alegro per la gratia de Dio, et salvero 1 anima mia. 
Et vuy in questa scelerata perduta vita vivere omne iurno morendo, 
deventando de belli figure bructi vermini et pessime bestie irraionevole 
per li peccati [che] mutano la vostra figura et laida [la fannoj. Et ella 
inserro la porta et yo acciesi il dompieri et poi fichi oratione a Dio 
et allui mi recommeudai et poi mi mossi. 

La damicella da [)0 li i^aiole riserro la porta, et yo facta la oratione 
intrai in camino per la scura tomba, et quando mi parse essere dovo 
yo trovai Marco comenciai a gridare : Ihesu Nazareno Cristo, fammi 
salvo. Et poi ghiamai Marco ad alta voce diceado : Yo m'inde vao. 
Alloia yo sentivi mughiere et gridare piu di centoper dolore ch' ebbino 
di me chi m' inde andava. Yo mi fermai et ghiamai Marco. Et illo mi 
resspose et disse : Che adunandi ad me? Et yo li disse ; Marco, yo 



410 I DODICI CANTI 

ritorno ad videre la tua citate; che novelle voi che yo dica di te? Non 
ne dire ni maie ne bene. Yo lu aderaandai si avea speranza de partirisi 
da quello loco. Et illo mi resspose : AUo dl de lu iudicio pa[i']teremo 
de dolore pieni et afflicti piangend > di questo loco tuctj quanti, et non 
asspecta[m]o la secunda morte. Et yo 11 dixi : Adunca |si tu raorto, 
po che aspect! la secunda morte. Resposimi : Yo non sono morto 
ma so piu peiu che morto, considerando dovu yo sono per quello 
peccato de accidia e di pigricia et di negrigencia Et dicte queste 
parole si percuotea in terra; et cossi faceano multialtri chi stavano in 
questo miilesmo loco per simile peccato. Et yo li dissi : Perche non 
vi occiditi l'uno Taltro et usseriti da questo tenebroso loco. Ressposirai: 
La morte noi serebbe vita ma nuy non jjossiamo perche lo divino 
iudicio e terminato che nuy stamo cqua cossi in fine a tanto ch' egli 
venera a iudicare al mundo et che li tronbe soneranno et diceranno : 
Veniti allô iudicio; et allora inchi sera tolta le vita naturale, et resus- 
sitati anderimo allô iudicio. Ancora ademandai : Haviti vuy veruno 
amore in Dio oy in nui oy inverso nissuna altra creatura ? Ressposimi 
Marco : Nissuno amore régna in nuy, ma nuy portamo odio et invidia 
alli bructi vermini chi sono allô mundo; non e si bructa cosa allô 
mundo che nui non volessimo essire piu tosto che cqui. Or pensa se 
nuy portamo invidia alli altre cose piu belle et quanto invidia portu ad 
te, che puro mi era uno pocu de allegreza pensando che tu chi ai 
cercato tucto lo mundo, etfatigato tanto, disse, cum tanta virtu, fosse 
i-emaso lia dentro culla Sibilla avendo facto tante bactallie, et una vile 
et vana femmina, piena de iniquitate, te avesse vinto. Et sappi per vero 
che per la tornata che tu fai in direto mi dai tanto acressimento de 
dolore che lo mio dolore si invene radoppiato. Et yo li ressposi : 
Ancora ti voghio aiongere maiore dolore, impero che yo m'inde audero 
ad Roma et pilliaro confescione da lu santo Papa pâtre di Roma, et 
renderommi in culpa de li mi miei peccati, et conmunicarommi. Et 
vuy remaneti in questo bructo loco. Promecto vi de farivi scomunicare. 
Allora tucti si incominciaro a ffare beffa di me, et cominciarono multi 
de li altri a dire : el indice che ss' a iudicati e ssi grande che sua 
sentencia non si po appellare. Per questo nonni curamo d' essiri scom- 
rnunicati, che nuy non potuno avère peiu che habiamo. Et yo li 
ressposi : Et cossi vuy maledicti ve remaniti. Et prisi mio camino, et 
quando passai il fîumicello [Marco grido] : Va, che non trovi mai il 
padre tuo ne lia tua generacione, et mai non possi avère posa. Yo 
m' inde rise, perche tanto mi possono nocere la loro biastema quanto 
po iuvare a Uoro li mie orationi, si lo divino iudicio 1' a iudicati. Cossi 
montai l'erta per le ténèbre socto, et in capo di quella [salita] vene 
meno il dompieri et yo acciesi l'altro et misimi in camino. 

Ferdinand Castets. 



SUR LA LANGUE DE FOURES 



Notre Revue a récemment i)ub'ié un article de M. Clavelier 
sur La langue de Fourcs. Le sujet est assez intéressant et 
assez complexe pour que j'y puisse revenir, prenant texte des 
déclarations de Fauteur sur « la faiblesse de nos connaissances 
en patois » et de la phrase qui clôt son avant-propos : 
« Malgré tous les efforts (jue nous avons tentés pour aboutir 
à des conclurions termes et décisives, nous avons, malgré 
tout, l'imiiression que bon nombre de mots signalés par nous 
comme inusités, sinon incompris, doivent êtte connus et em- 
ployés dans certaines parties du Lauragais par des |)ersoniies 
sachant mieux que les auties leur langue maternelle. » 

Ma connaissance du [>arler lauragais, tel ([ue le parlent les 
gens du cru, sans aucune adjonction de mots abstraits ou de 
dérivés autres que ceux qui sont strictement nécessaires à une 
causerie etitre paysans, est sans doute inférieure à celle que 
possède M. Clavelier, et j'aurais mauvaise grâce à me vanter 
d'une information supérieure à la sienne en ce qui concerne 
les autres [)arlers populaires du Midi. Je me bornerai tlonc à 
faire ici quelques rectifications, à suggérer là quelques doutes, 
sans autre prétention que d'inciter le lecteur à une recherche 
décisive, en suivant l'ortlre adopté par M. Clavelier pour 
classer les mots considérés comme étrangers à ce que j'appel- 
lerai, pour exprimer en deux mots la définition donnée p'us 
haut, le vulgaire lauragais. 

I 

Mots repris a l'anciennk languk — M. Clavelier note lui- 
même que nombre de mots ainsi classés sont actuellement 
vivants dans d'autres dialectes, et à la liste qu'il donne 



412 SUR LA LANGUE DE FOURÈS 

p. 104-105 il faudrait sûrement ajouter abel , qui est le 
nom du sapin dans nombre de pays où abonde cet arbre; èfjo, 
nom courant de la jument en Camargue, pajs d'élevage. 
Escoimdre est courant un j>eu partout au sens de cacher; 
esquerro se lit à chaque instant dans des publications 
essentiellement populaires, comme les almanachs [latois de 
l'Ariège et de Lavaur; em/)èri e»i très vivant en Provence, au 
moins dans la locution faire l'empèri^ triom[»her, faire le 

maître, etc ; h/oiis et l/ragard, sauf erreur, ne sont pas non 

plus partout défunts; quant à coubsel/i (avec /A peut-être réduit 
soit à / soit à yj, je ne vois guèi'e d'autre mot par lequel les 
gens du Lauiagais pourraient désigner un conseil municipal, 
chose dont ils parlent sûrement en leur langage. Lièrol ou 
Ll'irol les gei.s du Velay, où la Loire prend sa source, l'ap- 
pellent plutôt Lèye ou Aè/, qui continue plus régulièrement 
l'ancien Liger, Liijeris. Futo est une sira()le adaptation du fr. 
fiiilc, et sa place serait plutôt à la section VIII. 



II 

Mots présentant uniî forme irrégulière. — Camises n'est 
pas un pluriel irrégulier: les pluriels redoublés, rèises, pelses, 
oustalses, etc... de sg, rè/, pel, oustal, etc... sont extrêmement 
fréquents à Mont{)ellicr, Béziers, Toulouse, AIbi, etc... et 
dans tout le Lauragais, et en ouvrant au hasard Les Gril/ts, 
j'j trouve (préface, p. VIII) //a/ses, plur. de fiai. «L'adjectif 
mascte semble bien n'avoir pas de féminin. » Pourquoi? Même 
en français on dit bien une perdrix mâl(', une fleur mâle. Bierge, 
au lieu du vulgaire birrjo (o par imitation du fr. e) se rappro- 
che non seulement de la « forme étymologique », mais des 
mots très usités dans le langage populaire comme fèbre, 
lèbre, etc... où l'e final continue régulièrement e latin. 



III 

Mots nu langage courant employés dans un sens peu 
HABITUEL. — « As)>oula = raffermir, consolider. — Sens habi- 
tuel : pré[»arer une aire (B). Dans certains endroits s'assoula 



SUR TA LANGUE DE FOURÈS M^ 

signifie tomber par terre. » Esl-ce bien le même verbfi ? 
« Merillio = merveille. — Sens habituel : = sorte de raisin 
(Jasmin). A.Toii\ouse, merilhou =: lentille.» Est-ce bien le même 
mot? Je verrais dans merillt) = merveille une crase de mera- 
bilko — mirabilia. et dans ynerilho = sorte de raisin un conti- 
nuateur du neutre * melicula = petites [)ommes, avec dissimi- 
lation régulière do /. Quant à Irelus, il eût été intéressant de 
noter que ce mot, en beaucoup de pays, a pour sens principal 
ou même unique le sens indiqué ici comme peu hi-tbituel ; 
observations analogues pour curo^ pairolo, rai, placés parnji 
les mots à sens détourné avec anaira dont « s'élever dans les 
airs » est le sens primitif plutôt que détourné, cap qui, au 
moins en composition, s'emploie couramment au figur/', cou- 
berto qui, sous réserve des modifications dialectales, s'emploie 
communément au sens de pont, lillac, dans divers pays de 
navigation maritime ou fluviale. « ^S'iè/i = siège, assiégement, 
au lieu de : siège, chaise. Extension de sens légitime et peut- 
être ancienne. » Peut-être est de trop. 



IV 

Mots formés a l'aide de suffixes ou de préfixes. — Empe- 
raire n'est pas créé « par substitution du suffixe patois - aire 
au suffixe français - eur i^ : c'est une restitution d'un mot 
ancien qui trouverait sa place naturelle à la sect, I. — « Din- 

cevdou zzz vainqueur par analogie du nom propre Bnicens'^ 

ou d'après celle du participe latin : vincendus'i Mais ce der- 
nier a le sens passif. » N'est-ce pas une simple coquille pour 
le dérivé très régulier bincedou ? 

Pour justifier mewowrenso (au lieu de membranso ou memou- 
ranso), il est inutile de recourir à l'analogie de soubenenso : le 
mot rime probablement avec quelque autre en - enso régu- 
lièrement issu d'un thème verbal en - e ; d'ailleurs beaucoup 
de parlers font en - e«/ les participes présents oi les adjec- 
tifs verbaux, ou font en - en les 1. pers. plur. des verbes en 
- a, et confondent aisément les désinences des substantifs 
verbaux des deux thèmes, — confusion aidée par l'usage du 
français, où - ance et - ence ont abouti à un son unique. 



414 SUR LA LANGUE DE FOURÈS 

« Chabaliè = chevalier, » Sauf erreur, ce mot veut dire 
également cavalier. 

Poumariè n'est probablement pas un mot savant, et ne sau- 
rait en tout cas représenter \dX. poynarium, qui a déjà donné 
régulièrement poumiè, ma,i s pomarariuyn ou * pomariurium, avec 
réduplication du suffixe - arium, lequel plus ordinairement 
s'unit à un suffixe différent, p. ex. - etum, - eta, - o/utn : 
Poiimaret^ Poumaredo, Poumairol. 

Parmi les noms déverbatifs (p. 11^, 119), il eût été peut-être 
utile de distinguer ceux que Fourès a imaginés, comme per- 
turba, manejo, de ceux qu'il trouvés tout faits dans le fontis 
de sa langue, comme bnf, uscle. Tanco ne paraît point tiré du 
verbe tança comme Irobo de trouba ; c'est bien plutôt tança 
qui dérive de tanco, comme fr. barrer de barre. C'est à tort 
que figure dans cette catégorie de mots le ppa. pris substan- 
tivement pertrat (on attendrait d'ailleurs plutôt périrait, 
comme fait, lait, - et - latin donnant - it - en Lauragais). 



V 

Mots composés. — Les gens du Lauragais ont sûrement un 
composé usuel pour désigner un nœud coulant; est-ce nouz^l 
conrredou, employé par Fourès? Ce qui est sûr, c'est que 
courredou est ici non un substantif signifiant couloir, corridor, 
mais un adjectif veibal ou un substantif pris adjectivement, 
désignant en général un être ou un objet qui court, et tiré du 
radical verbal qui donne l'infinitif courre : le suffixe - dou, 
auquel aboutissent lat. - torem et - torium , fournit des 
adjectifs aussi bien que des substantifs. En Provence on dit 
nous courrènt, avec le pprés. de verbe courre. 



VIT 

Mots étrangers au dialecte. — Il faudrait s'entendre 1 1 
distinguer. Coumpeirè {ou coumpeirés'l) , gabian, pichoulino, pour 
prendre trois exemples caractéristiques, sont des mots légiti- 
mement empruntés aux parlers des pays où abondent et sont 
usuellement dénommés les pierriers, les goélands, les olives, 



SUR LA LANGUE DE FOURÈS 415 

choses rares ou inconnues en Lauragais, Ahadesso, crudH, 
mejan, pagnn (je pense qu'il faut lire ainsi, et non juii/rm), 
preguièro sont des termes abstraits oi!i savants, légitJmemenl 
construits suivant les lois de la phonétique lauragaise, et 
dont la place serait aux sect. I et VIII. Je serais surpris si 
fado n'était pas couramment usité ; à coup sûr, febrons est 
compris de tous les gens (jui disent fèhre, et calpre est le seul 
légitime et vivant continuateur lauragais du hit. cnrpinum^ à 
moins que l'arbre ne soit devenu rare en Lauragais et que 
son nom indigène n'ait été supplanté par le fr. charme. 



VIII 

Mots calqués sur le latin ou sur les langues sœurs. — 
M. Clavelier estime que les mots empruntés au latin don- 
nent au patois, plus encore qu'au français, «un vernis 
savant et une couleur artificielle ». Affaire de goût. En tout 
cas il est permis de parler de l'Autriche en dialecte lauragais, 
et il est légitime de l'appeler Ouslrio (ou plutôt, sans doute, 
Austno). 

C'est affaire de goût également que de décider si certains 
emprunts au français constituent un fravesdssement ou une 
mascarad".. Mais on peut regretter qu'à des mois comme oucello, 
noucttluco, abelhoufage, etc., Fourès n'ait pas préféré des 
vocables du terroir dont la recherche eût été intéressante et 
l'emploi — même en un sens légèrement détourné — éminem- 
ment légitime : bien souvent tel dialecte de la langue d'Oc 
fournit un mot du cru, simple ou composé, excellent pour 
nommer bien des choses que le français ne peut désigner que 
par formation savante ou emprunt au dehors (p. ex. terrenau, 
autochtone; sistre, poudingue; mau/o-crtr, Carnivore, etc.). 

Pèire n'est pas un déguisement du français Pierre, mais bien 
le continuateur légitime de Petrum en Lauragais, comme 
pèiro de petram Cette restitution louable ne saurait d'ailleurs 
légitimer Roubespèire pour Robespierre : les noms propres, 
sauf les noms très usités de pays, de villes, de personnages 
antiques, ne se traduisent pas. Councieutadin est aussi légitime 
que Pèire. 



41G SUR LA LANGUE DE FOURÈS 



IX 



Mo'js INCONNUS. — Aial {"aqua/em) est le nom rouergat [aio 
= aqua) du vent qui amène la pluie, Teau ; airjnl serait la 
forme proprement lauragaise. 

Babarilhos se dit bavariho à l'E. du Rhône et désigne une 
bavure, des filaments baveux, spécialement ceux des escar- 
gots : fa babarilhos, ÎAire un miroitement comme la bave d'es- 
cargot sèche, d'où : éblouir. 

Brengidèio est pour berenrjuiero^ comme cranfo pour qua- 
ranto. Berenguièro et berenguiè désigiient communément ce 
vase domestique en divers parlers : il est difficile de ne pas 
y voir le nom propre de même forme, nom de fabricant ou 
prénom employé plaisamment comme en fr. Thomas ou Jules. 

Bermo est sans doute emprunté au fr. benne, emprunté lui- 
même au néerlandais brème. 

Caprou (pi. caprous) paraît, bien être un dérivé de cap — capu, 
peut-être un doublet de capeirou, chaperon, comme brenguièro 
de berenguièro. 

Carcados a pu être importé par des bateliers de la Gascogne 
occidentale disant carca pour laur. carga. 

Clascassa semble bien une onomatopée. 

Gradino est le fr. gradine, it. gradina, de grado^ degré ; 
l'outil est une spatule-grattoir à coches étagées en degrés. 

Il est difficile de ne pas voir dans lanisses {ou lanissosl), 
cheveux ftisés, un dérivé de lano — lana par le suffixe -is, 
f. -isso — -ûius, -ilia. 

IJnlos, préceinte, bordage de navire, est peut-être limites 
passé à *limilas, avec t pour d comme dans les doublets atife 
— ande, branda — branla., etc., ou comme dans béarn. enta 
= inde - ad. 

Languno est visiblement laguno avec nasale adventice; cf. 
les doublets sagagna — sangagna, grousello — grounzello, etc. 

Matatruc [)araît bien une variante du composé mato Iruc, 
litt. « abat-coups », d'où a brutal, lourd ». 

Noi est en catalan noy, au sens de « jeune garçon», 
lequel doit être parent de novi — nobi, fiancé, jeune marié. 

Se paissi e^i xxn doublé de se passif comme maili de mali. 



SUR LA LANGUK DE KOUHKS 417 

Siigros, pi. su'/rosses, «nervure d'aile (\o. p-rilloii «, pourrait 
s'expliquer [tar la prép. sus ou su?' et l'adj. c//os ; cf. les subst. 
fr. surdent, smy'ct, etc. . 

Siéuse [pèiro-sieuse ; roc-sieure est [)eut-être une coquille 
pour sieiise, plutôt (|u'un rhotacismo qui n'est pas appuyé 
d'autres exemples) ou séuse continue régulièrement silïcem en 
Provence, comme éusc — ilïceni et féuse — fdïcem : Fourès a 
dû emprunter le mot tel quel à ses confrères d'outre Rhône, 
sans réfléchir que la forme strictement lauragaise eût été 
seize, comme e/ze et felze, sans vocalisation tic /. 

Sanioustaire dérive de samousl ', variante de seinousla, su- 
mousla, «surmoûter», ôter le surmoût de la cuve, et, par 
extension, fouler le raisin. 



Je n'ai pas grand mérite à présenter ces compléments à 
l'intéressante étude de M. Clavelier : je les ai presque tous 
trouvés du premier coup dans le Trésor doa Feiibrige ou dans 
le dictionnaire de Hatzfeld et Darraesteter. M. Clavelier n'eût 
pas eu grand peine à les y trouver avant moi. Le recueil 
Sacaze aurait pu lui fournir d'autres indications intéressantes 
sur les formes de la langue de Fourès, dont il a examiné 
presque uniquement le vocabulaire. Ce recueil contient, de la 
main de Fourès lui-même, la transcription en vu g aire laura- 
gais des deux récits que M. Sacaze avait fait traduire par les 
instituteurs de toutes les communes des départements entre 
Garonne, Océan et Pyrénées. Dans ce document, Fourès écrit 
l'article maso. plur. /es devant les consonnes dures, lei ilevant 
les consonnes molles, les 3. [)e\:f. plur. du prétérit -èoun, aiô = 
il avait, saià = il savait, tandis que dans ses œuvres littérai- 
res il écrit constamment les, -èroun, aviù, sabià, de même qu'il 
emploie des y étymologiques et rend par ieu la diphtongue in\ 
Je n'ai sous la main que ces quelques notes prises sur le 
recueil Sacaze (à la Bibliothèque de Toulouse) ; en les 
complétant par le dépouillement complet de la transcription 
donnée par Fourès et par une enquête orale sur les formes 
du bulgaire lauragais, on connaîtrait exactement les modifi- 
cations que la graphie littéraire de Fourès a fait subir à ce 

•^1 



418 SUR LA LANGUE DE FOURÈS 

vulgaire pour le rapprocher de ses origines ou d'autres dia- 
lectes précédemment cultivés. 

M. Clavelier donne à son étude une conclusion déjà annoncée 
dans l'avant-propos, et parfaitement juste, sinon bien d'accord 
avec toutes les prémisses : après avoir déblayé une « avalanche 
de mots, et de mots rares et parfois étranges » (je viens d'aug- 
menter ce déblaiement), il nous dit que la plupart des mots 
des sect. III, IV et V a seraient sans doute compris dans la 
patrie de Fourès, même par des illettrés ». Je le crois sans 
peine : un peuple qui, laissant tomber n fin. rom., dérive sans 
difficulté, de bouci\ aboucina, ne saurait hésiter à sentir quun 
orne fcbrous est un orne qvHa la febre. Qui peut le plus peut le 
moins. 

Ce peuple, évidemment, doit peu goûter, s'il les lit, les 
hymnes de Fourès à la sainte Liberté, à la Paix, au Progrès, 
à la Justice, etc.. *. Sa langue, rebelle à ses eff'orts et comme 
réfractaire à de si hauts desseins, perd, avec sa belle simplicité, 
ses réelles qualités de naturel et de pittoresque... Sa langue 
change d'aspect, devient trouble, confuse et comme un peu 
fangeuse... ». Non. La langue n'y est pour rien : ce sont les 
idées qui sont troubles et confuses. Quand, dans un langage 
très voisin de celui de Fourès, Paul Froment médite [Pensndos 
itibèr) sur les mystères d'après la mort, il sait trouver des 
vers d'une forme aisée et magnifique pour exprimer clairement, 
avec la précision saisissante du véritable poète, des idées au 
moins aussi abstraites que la sainte Liberté, la Paix, etc.. Jo 
pourrais sans peine multiplier les exemples, mais celui-là est 
suffisamment probant. 

Le démon intérieur de Fourès lui fournissait d'exquises 
impressions de nature, des vues nettes et jolies sur la vie des 
bêtes et des choses, et Fourès a tiré de ces sensations des 
vers délicieux. Les hasards de l'existence avaient égaré Fourès 
dans ce qu'on appelle communémexii la politique : étant poète, 
il s'est cru obligé de mettre la politique en vers, en verslaura- 
gais, mauvais; beaucoup de poètes français ont mis la poli- 
tique en vers, en vers français, mauvais également pour la 
plupart. Il ne s'ensuit nullement que le parler du Lauragais, 
ou celui de France, soit incapable d'exprimer en vers des 
idées abstraites. 



SUR LA LANGUE DP: FOURÈS 419 

M. Clavelier a donc tort quand il impute à la langue de 
Fourès les péchés de Fourès méconnaissant sa véritable per- 
sonnalité poétique. Mais il a cent fois raison quand il dit — et 
le patient relevé de mots rares qu'il nous apporte, à l'exami- 
ner de près, appuie cette conclusion ultime — que l'auteur 
de la préface des Gr//As, de La Poiiitno,>\e ISoslris sabucSy etc., 
a écrit, en une langue très intelligible pour ses compatriotes, 
des poèmes excellents. 

Jules RONJAT. 



LES DELIBERATIONS 

DU 

CONSEIL COMMUNAL D'ALBI 

DE 1372 A 1388 
{Suite et fin) 



L'an dessu?, a XIII de jun... 

Sobre aisso que aissi fon dig que las gens que ero venguiz 
en esta vila, el cosselh que se te sus lo tractât que se mena 
que moss. d'Armanhac gite las garnisos de las gens d'arinas 
del pays, acosselho que moss, lo vicari de moss. d'Albi e 
i home de cascun loc d'aquels que so vengutz al dig cosselh, 
una essemps am moss. Alrie de Mejanel, jutge de Roergue, 
ano a moss. d'Arraanhac per vezer se poirau acordar lo dig 
tractât. Per que los senhors cossols demandero cosselh als 
singulars i-e els voliau que negus hi ânes per esta vila. E sus 
aquo totz tengro que expedien era que hom la ane, e que los 
seuhors cossols hi trameto aquel que lor semblara et hi prengo 
lo melhor cosselh que poirau. 

L'an dessus, a XXI de jun... 

Sobre aisso que los senhors cossols dissero que moss. lo 
vicari de moss. d'Albi era vengut de moss. d'Armanhac ont 
era anat, essem[)S am los cornus de la jutjaria d'Albeges, del 
comtat de Castras e de la vigaria d'Albi, per tractar ara lo dig 
moss. d'Aimanhac que las gens d'arraas que so sus lo pays ne 
hi esto ; loqual moss. lo vicari ha l'eportat segon que aissi fon 
dig, que moss. d'Armanhac ne vol gitar e vejar los locxs de 
Jana*, de las Plancas, de Rosieiras, de Trevas, ' e de ganre 

' Trébas, cant. de Valence d'Alliigeois. 



DÉLIBÉRATIONS 1 37'?- 1388 'j'^l 

d'autres locxs norapnatz en lo dig tractât; mas (|iie vol que 
hom Ihi done 1 rejre deyme en la forma que la Gleja lo leva. 
It. dissero may que mojanssan lo dig tractât, lo dig moss. 
d'Armanhac ha fag raetre lo seti davan Turia; et es estât dig 
per alscus senhors qiie hom done a las gens que so al dig seti 
qualsque viures, losquals se pago de cornu de iota la vigaria 
d'Albi, del comtat de Castras e de la jutjaria d'Albeges. Per 
que demandero cosselh los senhors cossols als singulars que 
voliau que se fezes sus tôt aisso. E sus aisso tot[z], o la major 
partida, tengro que lo dig reire [dejme] llii sia donat per las 
cauzas dessus dichas, ara aital con Jicio que se coraunique en 
tal manieira que tota per,«oiia pague per sol e per Ibr., segoii 
la valor de sos bes e que en aquels que auriau trop pagat del 
dig reyre deyuie, lorsia restituit ; e que om s'en regisca en la 
manieira que los autres cornus dels locxs del comtat e de la 
jutjaria e de la vigaria s'en regirau. It. tengro may sus lo do 
dels viures dessus que hom lor ne doneaissi quant aïs senhors 
cossols d'esta vila sera vist. 

L'an dessus, a VI de julh... 

Sobre aisso que dissero los senhoi's cossols que la cort de 
moss. d'Albi ha requeregutz los senhors cossols que els vuelho 
provesir de far 1 hostal que sia bordel de foras la vila, en que 
estiau, de dias, las avol femnas, et. autre hostal diiis vila en 
que estiau la nueg, ho en lor défaut els hi provesirau. Per 
que demandero cosselh als singulars quen fariau ni quen 
deviau far. Sus aquo la major parti la tenc que la vila fasca lo 
dig bordel. 

L'an MCCGLXXXIII, a XII de julh... 

Sobre aisso que dissero los senhors cossols que, lo dia pre- 
sen, lo rey lor avia trameza uiia Ittra clausa en que el lor 
mandava que els fosso a Léo sus lo Rozer, lo dia de la festa 
de la Magdalena. en loqual loc aladonc seriau alscus grans 
homes de son cosselh, sobre ceitauas causas tocan lo profleg e 
la honor de son realrae '. It. dissero may que semblans letras 

' Ces grands personnages étaient : l'évéque de Laon, le chancelier de 
France, Pierre de Ghevreuse, Philippe de Saint-Pierre, trésorier de 
France. Le but delà réunion des communes était le vote des aides, telles 



422 JUILLET-AOUT 1383 

so esfadas tramezas a motz d'autres cornus del realrae. Per que 
dissero se lii irametiau. E sus aquo totz tengro que hom hi ane 
ho hi tratneta. Item sus lo acort fag ammoss. d'Armanhac sus 
la vueja dels locxs, fo aqui dig et explicat lo dig tractât ; e fo 
dig que covenia que subdamen hora provesis per pagar la 
quota, tocau en esta vila, de la dicha finansa, ques tota la 
finansa XII " francxs. Sus aquo totz, exceptât Ar. Arufat e 
Johan Luj^rier, tengro que hom talha la quota apertenen en 
esta vila, e que se partisca per gâchas, e que cascuna gâcha 
responda de sa part e que se love en la melhor forma que 
poira*. 

L'am MCCCLXXXIII, a XI de aost. 

Sobre aisso que dissero los senhors cossols que liom avia 
saentras fag presen e do als senhors avesques d'esta vila, en 
lor novela intrada, e que moss. l'avesque d'esta vila, que huej 
es, deu intrar aras novelamen en esta vila. Per que dissero se 
era cosselh que hom Ihi fezes presen e do, aissi quant hon ha 
fag saentras als autres. E sus aquo totz tengro que hom Ihi 
fassa presen e do aquel que als senohrs cossols sera vist faze- 
dor *. It. dissero may les senhors cossols que G™ Arnaut, ser- 
vidor de moss. d'Albi, es vengut a lor et lor ha sopleguat que, 
atendutque el es servidor castela del dig senhor e voira gardar 
lo be e la honor d'esta vila a tôt son poder, (que) los senhors 
cossols de la presen ciutat Ihi fezesso gracia que lo tenguesso 
quiti del cornu de sa persona. Per que dissero los senhors cos- 
sols e demandero cosselh als singulars quea deviau far. E sus 



que celles qui avaient été établies dans les communes de langue d'oil. 
L'assemblée consentit la levée de 12 deniers par livre sur toutes les mar- 
chandises vendues, du huitième du vin vendu au détail et de 21 francs 
pour chaque muid de sel. Le Languedoc protesta généralement contre 
cette décision. Cf. Ilist. de Lang. IX, p. 914. 

1 Une délibération du 16 juillet modifia, sur ce dernier point, celle 
du 12. Sur 80 conseillers ou notables présents, 70 furent d'avis de lever, 
sous forme de prêt, la quote-part de la ville et de s'imposer d'un nombre 
suffisant de communs pour rembourser les sommes prêtées. 

* Le nouvel évéque était Jean de Saya. Il fit son entrée solennelle 
le 12 août. Le 16 août le Conseil décide de lui faire cadeau de 150 flo- 
rins et de 4 pipes de vin. Cf. Gartulaires d'Albi, dans cette Revue, 
ann. 1902, p. 458. 



DÉLIIÎKRATIONS 1372-1388 423 

aquo totz tengro que Ihi sia fâcha la dicha gracia, mas que se 
fassa en riianioiraquo los autres que venriau après luj non ho 
puesco demandar per costuma. 

' L'an el dia desus dig, en lo dig cosselh, dissero may los 
senhors cossols que m* G'" Prunet se era complang a lor dizen 
queel avia arendat, Tan MGCCLXXXI, fiuen en l'an LXXXII, 
lo pon de Tarn, en la forma que s'era acostumat de arenda als 
autres arendados ; enloqual arendamen el avia perdut maj de 
la mejtat del just pretz, es aco per cauza de las gens d'armas 
que, dins lo temps del dig arendamen, preiro los locxs de las 
Plancas e de Padiers e de Rosieiras e de Gênas e motz d'au- 
tres locx, e que la vila li dévia estar en la perdua que i avia 
fâcha en lo dig arendamen, per razo car als autres arrendados 
que avian, davan luj, arendat lo dig pon, avia hom estât en la 
perdua que avian fâcha per la guera. Per que demandero cos- 
selh los senhors cossolhs als singulars que devo far. E sus 
aquo totz tengro que hom li remeta e li quite de so que deu de 
resta del dig arendamen, per razo de la perdua que i a fâcha 
per la guera, so que als senhors cossols seravist. E en après, 
lo diameteit, los senhos en Galhart Golfier, en Duran Daunis, 
m^ Dorde Gaudetru, en Berthomiau Garigas, en G™ Colobres 
m^ Azemar Grasset, m^ Isarn de Rius, m" P. Costa, en Bren- 
guier de Varelhas e'n G™ Condat, cossols, atendut lo cosselh 
sobredig, remeiro e quitero al dig m" G" Prunet et a sos com- 
panhos, per la perdua que avian fâcha en lo dig arendamen, 
per cauza de la guera, quatre Ibr, e sine s. Escrig per mi 
Johan Lujrier, de voluntat dels digs senhoz cossols. 

L'an dessus, a XVI d'aost... 

Sobre aisso que fon dig aissi que en la novela intrada de 
moss. d'Albi, moss. P. Podat avia ferit maliciosamen en G" 
Condat, am 1® verga, en tal partit que Ihi trenquet la verga 
dessus, de que enjuriec lo dig cossol e per consequen tota la 



1 Toute cette fin de délibération est d'une autre main. Il est à remar- 
quer que le G" Prunet dont il va s'agir est précisément le secrétaire 
des consuls II n'a pas cru devoir intervenir, même en qualité de scribe, 
dans une affaire qui l'intéressait personnellement. 



424 AOUT-SEPTEMBRE 1383 

vila. Perqiie dissero los digs senhors cossols que s'en dévia 
far. Totz tenj.TO que, se tort ha, quen sia punit, se far se poc. 

L'an MCCCLXXXIII, a XXV d'aost... 

Sobre aisso que dissero les senhors cossols que rnos?. d'Ar- 
raanhac lor ha escrigs que els vuelho trametre al seti, davan 
Thuria, XX raanobras am picos et am aissadas et am marras ; 
que cascus dones cosselh quen fora fazedor. Sus aquo totz ten- 
gro que liom n'i tratnela X o XII. 

L'an dessus, a I de setembre... 

Sobre aisso que los senhors cossols dissero que moss. d'Albi 
lor ha diii' que moss. Bertran de Lmtar llii a escrig que los 
senhors cossols d'esla vila Ihi aviau, saenti'as nonhagayre, 
prouiesas et ufert de donar V pipas de vi e XXV sestiers de 
sivada e que el non ho avia volgut penre, quar era tant pauc ; 
empro aras Ihi escrivia que el e sas gens non aguesso raso 
quen presesso. Per que demandero cos?elh quen feira. Sus 
aquo, la major partida tenc que hom Ihi dones aquo que Ihi fo 
promes, per estalbiar major dampnatge. It. dissero maj los 
senhors cossols que moss. d'Albi lor avia dig que fezesso bas- 
tir lo loc que era triât per bordel ho lo relaxesso. Sus aquo fo 
de cosselh que la vila lo bastisca et aja lo profieg. 

L'an MCCCLXXXIII, a XXIIII de setembre... 

Sobre aisso que dissero los senhors cossols que mo-s lo 
vicari de moss. d'Albi lor avia dig que el era vengut de moss. 
lo comte d'Armanhac, ont era anat sus lo tractât que se era 
menât am luj, per los cornus, sus la vueja dels locxs que leno 
las gens d'armas ocupatz ; et era deraorat am lo dig moss. lo 
comte que encoutenen se pagne so que es empres de pagar de 
sse ; e de las pagas en levenidoiras, lo dig moss. lo comte vol 
que Albi ihi obligue tôt so que s'en deu per AIbi e per los 
autres locxs de la vigaria, e Castras, per los locxs del comtat. 
Per que dissero los senhors cossols als singulars se els voliau 
que els fezesso la dicha obliganssa. Sus aquo, totz tengro que 
may era expedien que se fas.-a que se no se fazia, mas, aitant 
quant hom poira, ne desduga los locxs de la vigaria ijue no so 
solvables, afi que la dicha vueja se fassa ; quar, se no se fazia, 



DÉLIBÉRATIONS 137^-1388 ''i25 

tant gran seiia lo dampnatge que lo puys sufertaria que non 
auria comte ; e tengro may totz (ine hotu s'en regisca am lo 
cosselh del tlig inoss. lo vicari. 

L'an dessus, a II d'octonibre. . 

Sobre aisso que dissero los senhors cos.-ols que lo Pauco de 
Lantar demandava als senhors cosiols et a la luiivcrsilat del 
dig loc (jue hom liii pague et Ihi done III parelhs de biious, so 
es assaber I parelh losquals e', de presen, ha fags penre i)er 
sas gens de Tersac, que so d'alcus homes d'Albi, per setis- 
faccio de una carreta que ditz que Ihin ha nienada lo macip 
de G"" Guitbert. It. I autre parelh per lo parelh dels buous 
que ditz que ihin menée lo dig masip am la carreta, et l'autre 
parelh que vol que sian donatz al regen d'Albi. It. demanda 
maj que hom Ihi done C francxs et 1 ({uintal de torchas; e per 
toi aquo el prometra que nul temps may el no demandara 
neguna causa al loc d'esta vila. E sus aisso, los senhors cossols 
dissero e demandero cosselh ais siogulars que deviau far. Sus 
aquo tot[z] tengro que hom no ihi done re. 

L'an dessus, a VI d'octombre... 

Sobre aisso que aissi fou dig que m^ Arnaut Paya que era 
anat, una cssemps am los autres cornus, a moss. d'Armanhac, 
avia trameza una letra ais senhors cossols en que lor avia 
escrjg que los cornus de Carcassona e de Bederres aviau por- 
tada tota lor quota de sso que lor monta la finanssa fâcha am 
moss. d'Armanhac sus la vueja dels locxs de Thuria, de Janas, 
de Gurvala ' e dels autres locxs en lo tractât sus aquo fag 
contengutz; et avia mandat que hom fezes de guiza que non 

* Gant. d'Alban et arrond. d'Albi. Voir dans les Chroniques: de Frois- 
sart (II, p. 439, 4i4 et suivantes) le récit que le chroniqueur fait de la 
prise de Curvalle, qu'il appelle Gréniale, par Espaignolet de Paperan. 
Ce chef des routiers, a la solde des Anglais, probablement en 1382, 
s'était emparé du château par escalade; il le garda pendant un an. 
Espaignolet y avait fait creuser une galerie qui de l'extérieur aboutissait 
à la grande salle. Ce travail, exécuté secrètement, étant terminé, il rendit 
Curvalle à son seigneur Raymond, moyennant 2,000 francs. Mais quinze 
jours après, Espaignolet, utilisant, avec ses routiers, la galerie souter- 
raine, reprit le château et fit Raymond prisonnier. Celui-ci paya 
2,000 francs pour sa rançon personnelle; mais il dut laisser son château 
aux mains des routiers. En 1384, Gaucher de Passac prit d'assaut le 



426 OCTOBRE 1383 -FÉVRIER 1384 

estes per lo loc d'Albi ni per los locxs de la vigaria, quar, se ho 
fazia, les locxs per que demorarieu ne sufririau mot gran 
dampnatge. It. avia may mandat que moss. d'Armaiihac era 
mot corrossat, quar hom fazia aver viures a las gens d'armas 
de Tersac, quar d'aqui en fora^ los porto als Engles de Tliuria, 
e que sus aquo moss. d'Armanhac escriura. It. dissero maj los 
senhors cossols que estai era tengut cosselh per moss. d'Albi, 
ara ganre de bos e notables homes, sus las gens d'armas de 
Tersac e de Paulinh, que hom los ne gite, qui poc, am finanssa 
per guerra, e que hom no lor done ponh de viures d'aissi 
avan. E sus aisso los senhors cossols demandero cosselh als 
singulars. E sus aisso, tengro totz que hom levé tôt quant 
levar se poira dels detz cornus darieiramen empausatz, de que 
pague hom la causa sobredicha, e se aco non abasta, que los 
senhors cossols empauso may cornus aque)[s] que mestiers hi 
fariau, Tengro may que, se per finanssa razonabla hom poc 
far que los locxs de Tersac e de Paulinh se vuejo de las gens 
d'armas, (que) se fassa, autramen que hom lor fassa tal guerra 
que convenga e que d'aissi avan non trago ni a.jo ponh de 
de viures d'esta vila. 

L'an MCCCLXXXIIII, a IX de febrier... 

Sobre aisso que los senhors cossols dissero que m^ Gorgori 
de Corbieira, viguier d'Albi ', lor avia reportât que per alscus 
senhors era estât mogut ti*actat que las gens d'armas de las 
garnisos de Tersac e de Paulinh vogesso, mejanssan certa 
finansa per los locxs del comtat e de la vigaria donadoira, et 
avia lor may dig, se lo tractât anava avan, se lo loc d'esta vila 
hi volria contribuir^ ; et per so los senhors cossols demandero 

château de Curvalle et fit pendre Espaignolet de Paperan et tous les 
routiers qui n'avaient pas péri dans le combat. 

Cf. aussi Campagne de Gaucher de Passac el délibération du 2 octo- 
bre 1384. 

* Il occupa la charge de 1377 à 1384. Cf. Liste des vigiiiers dWlbi. 

'^ Il n'est plus question du terrible Pauco de Lantar qui avait fait de 
Terssac le centre de ses fructueuses opérations. Cette place allait être 
rachetée. Dom Vaissete nous apprend que, le 29 mars 1384, la viguerie 
d'Albi fut autorisée à s'imposer de 1,600 livres pour le rachat de Terssac 
et de Paulin. Hist. de Lang., IX, p. 919. Cf. aussi délibôr. des 5 et 
20 mars 1384. 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 427 

cosselh als singulars se voliau que lo loc d'Albi contribuisca 
a'n aco. Sus aquo, totz los sobrenonipnatz, exceptât aquels 
que al cap de lor nom ha escrig no, losquals no voliau que 
lor fos re donat, tengro que, obtenguda premieirainen licencia 
de moss. lo senescalc de Carcassona, (que) hom, per lo loc 
d'esta vila, contribuisca a la dicha fmarisa, en cas que los 
digs dos locxs se voja, autramen no '. 

L'an dessus, a V de mars... 

Sobre aquo que Peyre Clergue, cossol, cra anat à Castras, 
essemps am moss. B. de Goi'ssolas et am lo officiai de moss. 
d'Albi, sus lo tractât coraensat am los cornus del comtat e de 
la vigaria sus la vueja dels locxs de Tersac e de Paulinh, que 
avia escrig que els aviau mogut tractât que, en la fiiians!?a que 
se faria per !a bueja dels digs locxs, Albi pagnes per sa quota 
e respondes per lo ters de la vigaria; et avia escrig que, sus 
aquo, los senhors cossols li mandesso lor voler. Fo aponchat 
que lo loc d'Albi no se cargue de pagar a la contribucio dessus 
dicha ni ad autra, mas per sa quota. 

L'an MCCCLXXXllII, a XI de mars .. 

Sobre la provesio que las gens del afan no se perdo n'i sian 
preses per las gens d'armas, tengro totz et accosselhero que 
hom aja dels piscos del pays, e que lor done hom qualque 
causa per que vuelho demorar en esta vila e gardar las gens, 
e que tôt home que hi esta foras la vila, sia affanaire ho autre, 
que porte son arnes, e que entretant hom veja, am los senhors 
en cuj es lo poder, que se hom poc aver X o XV o XX homes 
d'arma? per la garda de la vila, losquals se pago de Fargen de 
las emposicios d'aquest avescat, que hom los aja. 

L'an dessus, a XX de mars... 

Sobre aisso que aissi fon dig que Bertran de Baretge avia 
escrig a moss. B. de Gorssolas que el hi volgues bailar e tra- 
metre II rossis que lo dig moss. Bernât lia, per cert pretz, en 
deduccio de so que la vila et la vigaria d'Albi Ihi deu per la 
finaiissa fâcha per los cornus de la vigaria d'Albi e del comtat 

' Vingt-quatre conseillers ou notables seulement assistent à cette déli- 
bération ; quatre se prononcent contre la proposition du viguier. 



428 MARS-AVRIL 1384 

de Castras per la bueja del loc de Paulinli, de la paga faze- 
doira dinienge propda veiien; e sus aquo, raoss. Bernât davan 
dig avia trames querre los senhors cossols e lor avia dig se 
voliau que el llii tramezes los digs rossis ni se els Ihi respon- 
driau del pretz per que los bailaria al dig Bertran. E dissero 
los senhors cossols que los covienhs fags sus la dicha bueja so 
aitals : que los cornus del comtat e de la vigaria deu ' paguar, 
dimenge, la meitat de la dicha finanssa, e l'autra nieitat d'aqui 
a Pascas, et en cas que no se pagues als termes, que Tacordi 
sia per no fag. Per que demandero cosselh se séria expedien 
de bailar de presen en pagua los digs rossis. Sus aquo, tolz 
tengro que hom s'en regisua aaj cosselh de moss. Bernât de 
Gorssolas, e que se causa es que baile los rossis, que los sen- 
hors cossols, e nom de la universitat, Ihin respondo e s'en 
acordo amb el. 

L'an MCCCLXXXIIII, a XVIII de abril... 

Sobre la letra que avia trameza moss. Plielip Bona, als sen- 
hors cossols, en laquai lor avia escrig que el volia far son ma- 
trimoni am sa fermada, a XXVU d'aquest presen mes d'avril, 
e que lor plagues [que] hi volguesso esser per far honor a luj. 
Tengro I partida que I deis senhors cossols, ara I singular, 
hi ane, e que la vila done e fassa presen al dig moss. Piielip 
de quatre marcxs d'argent en tassas; autra partida dels cos- 
sols e singulars tengro que lo dig presen se fas-^a, mas que 
non hi ane negun cossol per lo [)erilh dels camis, mas que 
trameta hom qualque home entendut de part delà a moss. Ar. 
Paya que hi es e que lo encargue hom que fassa lo presen 
per la vila -. 

L'an MCCCLXXXIIII, a XX il'abril. 

Sobre aisso que aissi fo dig que moss. Bernât do Gorssolas 
era vengut de Lautrec ■' e de Castras ont era anat per lo fag 
de la bueja de Paulinh, loqual ha reportât que las gens de la 
garuiso de Paulinh volo dezemj'arar voluiitieiramen lo loc de 

' Gorrec : devo. 

2 Le 19 avril, le Conseil clé(ùde que deux consuls iront iiorter les tasses 
d'argent à Philippe Bonne. 
^ Chef-lieu de cant. de l'arrond. de Castres. 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 429 

Paulinli e bailar al vescomte dti Faulinh et al stMihei' d'Arifat ', 
mas que lo senlier d'Arifat ni lo vescomte no la volo penre en 
garda, quar non an gêna que lo pogucst^o gardai-; e que lor 
era vengut a noticia que las gens de Curvala lo volian venir 
combatre e penre, raas que his gens d'armas lo aguesso dezam- 
parat; e que sus aquo se era aponcliat, atn los cossols de Cas- 
tras, ([ue Castras hi trameta XX homes et Albi, par la viga- 
ria, X, que gurdo lo loc e debaio la borgada tro que sia 
debatut. Et auzit aisso per totz los sobredigs, to(z tengro que 
sus aisso hom aja eosselh am las gens del rej et am moss. B. 
de Gorssolas e que hi ane hom be e saviarnen et am bon eos- 
selh. 

L'an dessus, a XII de may. 

Sobre aquo que los senhors cossols dissero que lo coUector 
del papa avia preguat a lor et a las gens de moss, d'Albi, que 
lor plagues [que] volguesso consentir que el fezes sarrar la 
voûta que es entre la sua fenial del Fia de S' Salvi et Tort de 
m^ G™ Bestor o de sa molher. It. que moss. Bernât de Gors- 
solas lor avia dig que, a lor requesta, el avia seguit, per 
la part de la vigaria, lo fag de la bueja de Paulinh, en que 
avia ganre despendut del seu, e demandava que del despens 
hom Ihin fezes setisfaecio. Sus aisso, totz los sobredigs tengro 
que, aitant quant es del fag de la voûta, que hom ane sus lo 
loc e que ses poc sarrar, ses prejudici ni dampnatge, que hom 
ne fassa plazer al dig collector. E quant a'n aco del dih moss. 
Bernât de Gorssolas, fon dig que el avia agut mot granda 
diligencia e trebalh e despens per lo fag de la dicha bueja; 
per que hom s'en acorde am luy de so quen demandara^ 

L'an MCCCLXXXIIII, lo premier dia dejun... 

Sobre aisso que m^ Johan Oalmetas avia traajez(es) I maestro 
en ariz per tener las escolas, en cas que als senhors plagues; 
e fon dig que lo dig maestro no volia demorar seno que hom 
Ihi doues de que se pogues sustentar e Ihi agues hostal tro que 

' Tous deux étaient coviconites de Paulin. Aril'at, comm. du can(. de 
Montredon-Labessonié, arrond. de Castres. 

^ Dans une délibéi-ation du 15 mai, l'indemnité l'ut fixée à 2 francs par 
jour du vacation. 



430 JUIN 1384 

las escolas se sian assetiadas. E fon aponchat que en cas que 
vulha deraorar e vulha aver am si qualque bachalier, que liorn 
Ihi done tant solamen VI sestiers de fromen e doas pipas de 
vi, e que llii aja hom ostal perl an '. 

L'an dessus, a V de jun. . 

Sobre aisso que aissi fon dig que lo capitani trames per lo 
rej sur la garda del pays, loqual era a Galhac 2, dévia venir, 
lo dia presen en esta vila, una esseraps am los senescalcs de 
Toloza e de Carcassona et am moss. Beneduc^ et am P. de 
Lautrec et amganre d'autres grans senhors, am ganre de gens 
d' armas ; se hom lor faria presen ni lor dévia re donar. E fo 
aponchat que los senhors cossols servisso e donesso als sobre- 
digs senhors, als quais lor semblara, so que lor séria vist 
fazedor. 

L'an dessus, a XII de jun. . 

Sobre la letra que lo comte d'Armanhac e de Cumenge avia 
trameza als senhors cossols d'Albi, contenen que els fosso, lo 
dia presen, a Castras am so que deviau paguar per la bueja de 
Gurvala e dels autres locxs contengutz en lo tractât per los 
cornus am son pajre, comte que era d'Armanhac*. E fon de 

* C'est la première mention qui soit faite des écoles de la ville Mais 
Albi était doté, depuis des siècles, d'une école épiscopale; on trouve, en 
eflet, le nom d'un cabiscole ou capiscole {caput schole) dans l'acte de 
naissance du pont vieux, qu'on date généralement de 1035, Au concile 
qui se tint à Albi en 1070 figurait le capiscole de la cathédrale. Cf. notre 
Histoire des riœs du vieil Albi, dans Rev. du Tarii, XX, p. 68. 

' Ce capitaine était Gaucher de Passac. Cf. Campagne de GaucJier de 
Passac et Chroniques de Jean Froissart (II, p. 439 et suiv. seconde 
édition de Buchon). M. Cabié complète très heureusement le récit de 
Froissart. 

3 Probablement le Benedict de la Faignole du récit de Froissart. Le 
sénéchal de Toulouse était alors Hugues de Froideville, et celui de Car- 
cassonne, Roger d'Espagne. Parmi les grands seigneurs qui accom- 
pagnaient Gaucher de Passac et que la délibération ne désigne pas, 
devaient se trouver ceux qui sont nommés dans la Chronique : le sénéchal 
de Rouergue, Arnaut de Landorre, le comte d'Astarac, Guillaume Can- 
deron. Selon Froissart, l'armée de Gaucher, qui se trouvait à Albi le 
5juin 1384, comprenait « environ 400 lances et bien 1000 portant pavois 
que gros varlets ». 

* Jean d'Armagnac était mort à Avignon le 20 mai 1.384, d'après les 
Memorias de Jacme Mascara (p. 84), et le 25 du même mois, d'après 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 431 

cosselli que m« Ar. Paja e'n P. Glergue auo al digloc de Gas- 
ti-as, e que, se aqui ha persona am sufficien poder, (que) hom 
se acorde am el d'aitant quant montara la quota tocati a la 
vifjai'ia, foras dels locxs do Rialinou e de Senegatz ', que per 
aquels non obligiies re ; e que hom Iho prorueta e Iho obligue 
de pag'uar al terme melhor que poyrau ; autramen se non hi 
avia persona sufficien per lo dig comte, que hom demore acor- 
dan am los cornus que hi seran, disen que hoB s'en acordara 
am lo comte ; e non remens que hom ane vas luy e Ihi soplegue 
que el se vuelha cargar per uos e per la dicha vigaria, e que 
hom Iho encarte e Iho prometo paguar al terme que Ihi pla- 
zera. 

L'an MCCCLXXXIIII, a XV de jun... 

Sobre una letra clausa que avian trameza en P. Clergue, 
cossol, e m® Ar. Paya, que eio à Castras, als senhors cossols 
d'esta vila, que els aviau agut parlaraen am los cossols de 
Rialmon, quar recuso a paguar lor quota a lor apertenen de 
la bueja tractada am lo comte d'Armanhac, disons que no 
volo paguar mas certa causa, so es asaber Ile francxs. Sus 
laquai causa fo aissi aponchat per la major partida dels cossols 
e singulars, que hom no fassa negun autre acordi am lor, mas 
que pago tant solamen lor quota. 

Ite tengro may cosselh sobre alscus comessaris que ero 
vengutz novelamen sus la emposicio de la saP que demando 
que lot home pague la emposicio de la sal que ha gastada ho 
veududa que non era e^tada gabelada per lo mes de seterabre, 
e per lo doblamen de la sal per lo mes d'abril ; e per aquo 
demanda'^ que se la vila vol finar per tôt lo comu que els pen- 
rau fînanssa ; de que demanda* IIIP^ francxs. E fo aissi 
aponchat que se los digs comissaris voliau penre qualque 
petita causa tro en la soma de IIII a VIII francxs, (que) per 



Vffisf. de Lang. (IX, p. 920). Le nouveau comte d'Armagnac était 
Jean III qui succéda à son père dans les comtés d'Armagnac, Fézensac 
et Rodés, et les vicomtes de Lomagne etd'Auvilar. 

' Réalmont, chel-lieu de cant. de l'arrond. d'Aibi; Sénégas, comm. de 
Si Pierre de Trivisy, canton de Vabre, arrond. de Castres. 

^ Cf. délibération du 12 juillet 1383. 

^ et * Correc: demando. 



432 JUIN 1384 

comprar fatiga, hom los lor done, autraraen que seguisco lor 
comessio aissi quant deuran ; empro tengro tolz que se los 
digs comissaris greugavo las gens otra la forma de lor coraissio 
que la vila ho prenga et ho defFenda. 

L'an dessus, a XXI de jun... 

Sobre aisso que dissero los senhors cossols que Pos Gliej-as 
e R. Borralh, encantaires e servidors de! cossolat, se ero 
motas vetz rancuratz a lor, dizens que liom lor avia donat 
saentras a cascu per lor penssio e gatge per an XII floris e 
las raubas, et aras lor ho avia raermat que los XII floris e las 
raubas acostumadas lor avia [hom] tornat ad VIII floris, otra 
lor voler e cossentimen ; e que se hom no lor donava los digs 
XII floris, otra las raubas, que els no demorariaii plus al ser- 
vizi dels senhors cossols. Et aqui meteiss, auzidas per los sin- 
gulars aqueslas causas, totz tengro e acosselhero que hom no 
lor done a cascu mas hueg floris e las raubas acostumadas, e 
se non ho volo penre que hom aja autres servidos. 

L'an dessus, a XXVI de jun... 

Sobre aisso que aissi fon dig per los senliors cossols que 
m'' Ar. Paya, que era a Rodes sus lo tractât de la bueja dels 
locxs que teno las gens d'armas, avia trameza una letra que 
estât era tractât et acordat am que hom pague ', d'aqui a 
dimergue propda venen, a moss. d'Armanhac IV[.V'= francxs e 
V* après 1 mes ; e per aquo far encartar et obligar, hom hi 
ânes ho Ihi tramezes I scindicat que el agues poder de obligar 
la causa ; autramen qui non ho fazia, lo loc d'Albi els autres 
de la vigaria ne sufertariau gran dampnatge. Per que sus 
aisso demandero cosselh los senhors cossols als singulars ; 
losquals acosselhero que hom fassa en raanieira que tant del 
argen dels XVIII comus, tant de raaleu d'aqui ont hom ne 
])oira aver, ho fassa tôt l'argen que hom poira per paguar las 
causas sobredichas ; e que hom prenga dels singulars de la 
[vila] certa soma de vi et aja hom letra de devet, o miels en 
lo cosselh tengut pro[)danamen davant aquest es contengut, e 



* Pour la régularité de la phrase, il faudrait supprimer am, ou bien 
éci'ire : am nioss. d'Armcmhac. 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 433 

que se venda, e de l'argon que ne issira e de aquel que hora 
levara tant dels XVIII cornus davant digs, tant de so que devo 
los cornus de la vigaria per lo fag de la bueja, que boni setis- 
fassa a'n aquels que prestarau la monedaper paguar de presen 
e a la resta que sera deguda al dig moss. d'Armanhac ; e que 
hora fassa I scindicat. Aqui meteiss fo fag, aissi quant en I 
insturmen receubut per m^ G" Prunet es contengut. It. tengro 
maj totz que se fassa devezio per gâchas de totz los deutes 
que la vila deu e de so que liom deu a la vila. 

L'an dessus, a I de julh... 

Sobre aisso que fo dig que la vila ha diversas jornadas a 
Carcassona am los cossols de Rialmon e de S. Gauzen \ quar 
recuso a paguar lor quota de las buejas dels locxs que teno e 
teniau las gens d'armas, et issimen am las gens de Saliers' 
que recuso a paguar los talhs empausatz per los senhors cossols 
d'Albi del temps que an habitat en la presen ciutat. It. sobre 
aquo que Ar. Paja avia escrig per sas letras que Guilhamot 
de Saunhac dévia esser, dema o dimergue propda, a Castras 
per recebre l'argen delà bueja, e que hora hi ânes peracordar 
am luy de la quo[ta] apertenen ad Albi et a la vigaria, de que 
Ihi dévia hora bailar lo dig dimergue M.V" francxs e V dins 
1 mes. Tengro totz que hom ane tener a Carcassona las dichas 
jornadas e que I dels senhors cossols ane a Castras per acordar 
am lo dig Guilhaumot de Saunhac de la diclia moneda; e que 
tôt home pague totz los XVIII comus novelamen empausatz ; 
e se mestiers es, per suplir l'argen que se deu paguar per la 
dicha bueja, que hom fassa prestar aquels que prestar pojrau. 

L'an MCCCLXXXIIII, a VI de julh. . . 

Sobre aisso que dissero que lo prebost de S. Salvi era ven- 
gut aras novelamen ^, et avia fag gran covit tant dels canonges 
de S''* Cezelia, tant de las gens de moss. d'Albi, quant dels 
senhors cossols totz e de motz d'autres bos homes de la presen 
ciutat; e que per alscus bos homes era estât dig que los 
senhors cossols d'esta vila Ihi deviau far presen. Sus aquo 

1 Gant, de Graulhet, arrond. de Lavaur. 

^ Gomm. du cant. d'Albi. 

* Le nouveau prévôt était Guillaume Maître, un Albigeois. 

28 



434 JUILLET 1384 

tengro totz et acosselhero que los senhors cossols ihi fasso 
presen de una bona pipa de vi de IIII sestiers o entorn. 

L'anMCCCLXXXIIII, a XVI de julh... 

Sobre aisso que aissi fo dig que raoss. Felip Bona dévia 
venir, lo dia presen, en esta vila, una essemps am lo conesta- 
ble de Carcassona et ara ganre d'autras gens per far deliurar 
la moneda que la vigaria d'Albi deu pagwar per lo fag de la 
bueja acordadaam lo comte d'Armanliac; loqual moss. Felip, 
estant a Paris et en autras partz, fegs, per la vila d'Albi, grans 
profiegs et houors. Per que dissero se, per sa venguda novela, 
hom Ihi dévia re donar. E sus aquo totz tengro et acosselhero 
que hom Ihi deu donar, e que los senhors cossols Ihi dono e 
trameto una pipa de vi, aital quant lor semblara, et entorcas 
tro en la soma que lor sera vist f^zedor. 

L'an MCCCLXXXIlir, a XVIII de julh... 

Sobre aisso que aissi fon dig que los jutjes deputatz a conois- 
ser de las merv;as que demande los Engles de Thuria e d'Aigo ' 
aviau fag ajornar Padier d'Albi e I Presicador d'Albi, ad ins- 
tancia dels digs Engles. E sus aquo los senhors cossols d'Albi 
aviau trames per tener la dicha jornada, per excusar lo dig 
Padier que non era en esta vila, e per saber que voliau deman- 
dar, so es asaber Bertran Baldi d'Albi, loqual Bertran, en 
après, avia reportât que Ar. Guilhamet de Lustrac, conestable 
de Thuria, demandava al dig Padier II francxs I quart per los 
dregs de 1 prionier que près sobre si que era près a Thuria. 
It. Doraergo, de la dicha garniso de Thuria, demanda a Salvi 
de Labroa que fon tengut per lo filh d'en Bernât Bru e per 
R. Atbert, al[ias] de Vaurs, d'Albi, de très francxs d'aur ; e 
que a la dicha jornada era estât ordenat et aponchat per los 
digs jutges que lo dig Bertran aja a presentar, lo dia presen, 
los sobredigs Padier e Salvi, autramen declaravo e teniau per 
declarada esser deguda la causa ad sobredigs Engles e la 
raerca a lor esser justa. Per que fo aissi dig per los senhors 
cossols que cascus dones cosselli sus aisso, que s'en dévia far. 

' Aygou, dans la comm. de Sl-Cirgue, cant. de Valence d'Albigeois, 
le seul fort occupé par les Anglais ou les roiiliers dans ces parages. Cf. 
Camp, de Gaucher de Passac, p. 70, note 1. 



DÉLIBÉRATIONS 137^2-1388 435 

E sus aisso la major partida tengro que, alemlut que los sobre- 
digs Padier ni Salvi no son en esta vila e la jornada es tant 
brev, e séria perilh que los digs Engles correguesso sus esta 
vila per aquo, de que poiria issir gran dampnatge, (que) la 
vila pague per los sobredigs Padier e Salvi las causas dessus 
dichas, e que entretant lioin fassa compellir los sobredigs Padier 
e Salvi o lo dig en Bernât Bru per las causas dessus dichas. 

L'an MCCCLXXXIIII, a XIIII d'aost . . 

Sobre aisso que fon dig en lo dig cosselh que las gens d'ar- 
mas de la garniso de Razissa* demandava^ en lo loc d'esta 
vila una merca i)er I home de Galhac que fo lor prionier el 
temps que moss- de Berri era en aquest pajs; e las dichas gens 
d'armas ero alotjadas als Piesicadors ^, dizens que lo dig home 
avia finat a L francxs et en après el s'enfugic e se reduss en 
esta vila, e que alscunas gens de la vila Ihol avian amagat ; 
per que els demandavo los digs L francxs^ autramen se la 
vila no los lor pagues, els corregro e levero merca sus lo loc 
d'esta vila. It. fo dig per los cossols e singulars sobredigs que 
vertat era que lo dig prionier se gandic en esta vila e avans 
que s'en partis, el e sonpajre e Peire de Causac d'Albi encar- 
tero e se obliguero e proraeiro pagar tôt lo dampnatge que lo 
loc d'Albi ni los singulars d'aquel ne sufFertesso per aquela 
causa. E sus aisso fo aponchat perles senhors cossols e singu- 
lars que hom se acorde als miels que hom poyra d'aquela 
causa e que entretant hom compellisca lo dig P. de Causac els 
autres obligatz que pago aquo que costara, e se paguar non 
ho podo de i)resen, que la vila d'Albi ho pague e que lo dig 
P. de Causac els autres obligatz o encarto a la vila a paguar e 
cert jorn. 

L'an dessus, a XX d'aost. . . 

Sobre aisso que dissero que en esta vila ero vengutz sobre 
la vila comessaris per la meitat dels VIII " L francxs* que son 

' Gomm. du Travet, cant. de Réalmont, arrond. d'Albi. 

2 Correct : demandavo. 

^ Au couvent des frères Prêcheurs d'Albi, situé en face de la porte de 
Ronel. 

* Un grand nombre de villes de Languedoc avaient été condamnées à 
une amende de 80.000 francs d'or, à payer au roi en commun, pour leurs 



436 AOUT-SEPTEMBRE 1384 

degutz al roj nostre ss. et a raoss, de Berri, losquals ero 
venguiz a paga lo premier dia d'aquest presen mes ; e que los 
comessaris no s'en volo anar tro que aquo sia pagat ho ajo 
revocatoira del thesaurier que lor a donada la diclia comessio. 
Per que lengro cosselli quen fariau. E sus aquo tolz tengro 
que horn la trarneta C francxs e que hom veja homse lo thesau- 
rier voira donar sosta tro ad I jorn,afi que los digs comessaris 
no gasto la vila. 

L'an MCCCLXXXIIII, a XXIX de setembre, ad Albi, en la 
majo Gominal del cossolat del dig loc, costituitz personalmen 
davan lo honorable e discret senhor m^ R. Ychart, savi en 
dreg, jutge de la cort temporal de rnoss. Tavesque d'Albi, et 
en presencia de rai notari e dels testimonis sotz escrigs, so es 
asaber los discretz senhors en Duian Daunis, en Felip Vais- 
sieira, en Dorde Romanhac, en P, Borssa, en Vidal Guini, 
m® G" Chatbert, m^ P. de Ri us, en Guiraut Marti, n'Azemar 
Blanquier, cossols de la ciutat d'Albi, losquals aqui meteiss, 
essemps e cascu de lor coma cossols, dissero e prepausero al 
dig raoss. lo jutge que, coma els aguesso mestiers de aver 
I recebedor en lor cossolat, aissi quant es acostumat, et 
aguesso helegit en Johan Gaudetru, cossol del dig loc, loc ' 
Gompanho aqui presen, coma maj sufficien, segon [que] lor 
«emblava, en lo dig offici que 1 autre que els poguesso trobar, 
e lo dig Johan ho agues récusât de penre, i)er so sopleguem, 
los digs senhors cossols, que el volgues pronunciar, declarar 
et ordenar lo dig Johan esser recebedor de lor e de lor presen 
cossolat, e lo volgues condempnar a penre lo dig offici. Et 
aqui meteiss lo dig raoss. lo jutge, auzida la relacio a luy fâcha 
per los digs senhors cossol*, que lo dig Johan era maj suffi- 
cien en lo dig offici que autre que els poguesso trobar, ordenec, 
protiunciec et déclarée que lo dig Johan Gaudetru fos recebe- 
dor dels digs senhors cossols e de lor presen cossolat et a lor 

rébellions préccdentes. Quelques-unes d'enlre elles, parmi lesquelles 
Albi, avaient été dispensées du paiement de coLle amende, par lettres du 
duc de Berry du 28 avril 1384, données à Béziers. Mais le duc leur fit 
payer cette faveur. D'après dom Vaissete, Allii dut donner 850 francs. 
C'est de cette somme qu'il s'agit ici. Cf. fli<if. di; I,a>ig., IX, pp. 918-919. 
* Correc. : /o)\ 



DÉLiBÉnATioNS 1372-1388 437 

perilh; et ad aquo lo dig Johan aqui presen condampnec. De 
quihus superius nominali..., etc., etc. 

L'an MCCCLXXXniI, a II d'octombre... 

Sobre I mandamen que avia trames moss. lo senescalc de 
Tliolosa que hom trameses la meitat dels homes d'esta vila ni 
seti de Curvala e may dels viures per las gens que hi anariau 
e per venre a las gens que so al dig seti. Tengro que hom la 
trameta homes be a pong, scgon lo mandamen, tro al nombre 
de L o LX, e que hom hi trameta dels viures aissi quant al 
mandamen se conte. 

L'an MCCCLXXXIIII, aXXIIII d'octombre... 

Sobre aisso que aissi fon dig que moss. lo prebost de S. 
Salvi avia preguat als senhors cossols que fezesso gracia al 
loc de Cambo * de so que hom lor demanda per causa de la 
bueja, que lor demanda hom XVIII francxs e que hom los 
quites per IX francxs. E fo de cosselh sus aquo que hom no 
lor fassa neguna gracia seno de espéra. 

It. fo dig se hom tengra plus las badas a Caylucetni aFoyss. 
E fon aponchat que se encaras. 

It. fo aissi aponchat que hom fassa do e presen a moss. 
d'Albi per sa novela venguda^, en las causas que los senhors 
cossols volrau tro en la valor de IIII^^ francxs. 

It. fo aissi aponchat que hom aja licencia del senhor que 
hom puesca coraprar del arendador que ho a com|)rat del 
senhor la emposicio del vi, e que, obtenguda la licencia, (que) 
la vila ho compre et ho torne al XIP ho ad aco que los senhors 
cossols volrau; e que la vila ho verida ho se baile a levar, e se 
s'i pert, que tôt lo cornu d'esta vila pague la perdua, empro 
no s'i fassa negun merme, mas per las gens talliables. 

L'an MCCCLXXXIIII, a XII de novembre... 

Sobre aisso que aissi fon dig per los senhors cossols que 
moss. Bernât Bona lor avia trames unas letras clausas en las- 
quais lor escrivia que, lo jorn de S»''' Cezelia propda venen, 

1 Gomm. du cant. de Valence d'Albigeois. 

* Guillaume de la Voûte, d'abord administrateur de l'église de Toulon, 
ensuite évoque de Marseille, do Valence et de Die. 



438 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1384 

P. Ramoa, viguier de Carcassona, so filb, dévia penre sa 
raolher, e que lor plagues que hi vuellio esser. Eper so deman- 
dero cosselh los senhors cossols als singulars que voliau ni 
que acosselhavo quen deviau f ir. E sus aquo totz tengro que 
los senhors cossols hi ano e fasso en la manieira metelssa que 
feiro a moss. Phelip Bona quant près sa molher. 

L'an dessus, a XVIII de novembre... 

Sobre aquo que lo sotz viguier de Tholosa avia trames 
I bailet am una letra del cancellier de moss. de Berri contra 
los senhors cossols d'Albi que paguesso al dig sotz viguier 
IX francxs a luj degutz per lo loc d'Albi e per tota la vigaria 
per SOS trebalhs que fe en anar penre alscus homes que ero de 
las companhas que ero preses a Rocacorba ' e los menée ad 
Albi, a la cort del viguier ; quar autramen las gens de Razissa 
no voliau vejar ; e per so lo dig sos viguier ton députât per 
moss. lo cancellier a far aquo. Sus aisso, tengro totz que per 
lo loc d'esta vila bom pague la terssa part del despens e que 
aja recors [)er las II partz contra los autres locxs de la 
vigaria. 

It. sobre lo deu degut a moss. Meno de Castelpers, tengro 
que, afi que negun despens non venga, (que) qualque bos 
home que ho sapia far ane vas lo dig moss. Meno, e que am 
luy, se lo troba, autramen am Johan d'Autraigas, son procu- 
raire, se acorde, se far se poc, que, fazen alcun servizi, alon- 
gue lo terme de la pagua tro ad I terme competen que hom lo 
puesca paguar. 

L'an MCGCLXXXIIII, a XXIII de dezembre... 

Sobre aisso que aissi fo dig que en Peire de Lautrec^ avia 
dig e preguat als senhors cossols que Ihi volguesso ajudar e 
donar qualques viures ati que el pogues miels gardar, am sas 



' Roquecourbe, chef-lieu de cant. de Tarrond. de Castres. 

2 Le chevalier Pierre de Lautrec, que nous avons déjà rencontré est 
célèbre par le duel qu'il eut à Toulouse, le 11 janvier 1385, par suite, 
moins d'un mois après sa demande de vivres aux consuls d'Albi, avec 
l'écuyer Arnaud de la Motte, et auquel le duc de Berry assista comme 
témoin. Cf. Hist. de Lang., IX, p. 925. 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 439 

gens, lo loc de Curva'a que llii ara estât bailat en garda per 
las gens del rej nostre senlior. E sus aisso, totz tengro que 
hom nolli done re. 

It. tengro maj cosselh sus lo ajornamen que ha fag far lo 
senescalc de Tholosa contra los cossols els capitanis de l'an 
passât, per la rebellio que ditz que Ihi fe hom, quar nolh tra- 
mes[ero]balestiers que ditz que mandet[z] que hom Ihi trame- 
zes, se la causa se dévia segre al despens de la vila. E sus 
aquo totz tengro que al despens de la vila se mené. 

L'an dessus, a XXX de dezembre .. 

Sobre aisso que aissi fo dig (|ue moss. Enric de Mejanel avia 
escrig e fag asaber als senhors cossols d'Albi que el sabia I bo 
metge que vengra eslar en esta vila, se la vila Ihi volgues 
donar certa pencio. It fo maj dig aissi que sus aquo los senhors 
cossols ne aviau parlât am moss. l'ofâcial d'Albi, et lo dig 
moss. lo officiai lor avia dig que el lo conoissa et que Ihi 
sembla que sia home sufficien, e que se el vol venir estar ad 
Albi, moss. d'Albi el ca[)itol Ihi donnarau certa causa. Per 
que dissero los senhors cossols se la vila Ihi donaria ni quant. 
Sus aquo, tengro la major partida que, per lo terme de I o de 
II ans, la vila Ihi done, cascun an, X o XII francas ses al res, 
en cas que sia sufficien. 

L'an dessus, a XIX de jenier... 

Sobre la finanssa que aviau fâcha los cossols et capitanis de 
l'an propda passât, ajornatz non ha gajre davant lo senescalc 
de Tholosa, per alscus bans que aviau tiencatz alcus singulars 
de la villa et del Cap del [)ont, segoti que dizia. Tengro la 
major partida que la vila d'Albi pague la dicha finanssa •. It. 
sobre uiiacrida que aviau facha(s) far las gens de moss. d'Albi 
que negun revendedor non auzi * comprar neguna mercadaria 
victual, coma lebres, conilh?!, perlitz, (lebres), cabritz, galinas, 
ni autras mercadarias serablans tro sia passât hora de tercia. 
Tengro la major partida que tôt home e totafempna compre e 
puesca comprar totas las horas que se voira. 



' Une délibération du 27 du même mois nous apprend que cette finance 
avait été fixée à 30 francs 
^ Gorrec. : auze. 



440 JANVIER-FÉVRIER 1385 

L'an MCCCLXXXIIII, a XXX de jenier... 

Sobre aisso que aissi fo dig que los officiers de la cort tem- 
poral de moss. d'Albi cro anatz a Tostal en que demora 
Bertran de S. Antoni, bada de Foiss, per intenta de penre sa 
filhastra ses negima colpa et ad horas sospecbosas, volens, 
segon que se ditz, enjuriar et envilanir la dicha filhastra; e 
quar lo dig Bertran no los laissava intrar, aviau près de fag 
lo dig Bertran e Ion avia menât, baten et feren et per forssa, 
e apelan al viguier; de laquai causa era estada fâcha rancura 
per alscunas gens, dizens que aisso es causa de mal issimple, 
et que aital poirian far d'autras fempnas et d'autras gens. Per 
que demandero cosselh los senhors cossols que se dévia far en 
aisso. Et auzidas per los cossols et singulars las causas sobre- 
dichas, totz tengro que los senhors cossols ano a moss. d'Albi 
e Ihi notiffico aquesta causa, e Ihi digo que hi prenga remedi 
e'n fassa punicio d'aquels que ho an fag; et se far non ho vol 
que hom s'en rancure a la cort del rey et que la cort ne fassa 
dreg. 

L'an MCCCLXXXIIII, a III de febrier... 

Sobre aisso que dissero los senhors cossols als singulars que 
moss. lo senescalc de Carcassona lor avia trameza una lettra 
clausa, en que lor escrivia que el dévia far la honor de son 
pajre que fo saeutras, lo XII join de febrier, al loc de S. Gauden 
jotz Tholosa' e que lor plagues [quej hi volguesso far la honor 
que lor plairia. Per que demandero cosselh que deviau fcir. 
Et sus aisso totz tengro que hi ano dos bos homes, cossols ho 
autres, e que hom hi donne I drap d'aur e VIII entorcas de 
terna Ibr,, e se hom podia far que, per certa causa se cobres 
lo drap que ho fassa, autramen hom lo done. 

L'an MCCCLXXXIIII, a XXI de febrier... 

Sobre aisso que dissero que los giuliers de la cort del rey 
d'Albi deraando setisfaccio de las gens que teno arrest dins la 
cort del rey d'Albi, quant veno comessaris per lo senhor per 
los deutes en que lo cossolat Ihi es obligat e que, segon que 
aissi fon dig, per aitals causas los digs gieuliers no devo re 

* Chef-lieu d'arrond. de la Haute-Garonne. 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 441 

aver ni levar. Per que demandero cosselli los senhors cossols 
als singulars se la vila deffendria afî que no vengues en conse- 
quencia. E sus aquo, totz tengro que se deffenda de manieira 
que se paguar no s'en deu, que no s'en pague re. 

L'an dessus, a XV de mars... 

Sobre aisso que dissero los senhors cossols que moss. d'Albi 
avia dig que la paret que es al pe del cloquier de S'^ Cezelia, 
laquai era casecha, se refezes per la segurtat de la vila; et 
era estât aqui dig que, atendut que aiscus diziau que, per 
colpa de B. Serras, fustier, que avia fâcha la dicha paret e no 
la avia fâcha perfiecha, aissi quant degra, la dicha paret era 
casecha, e que el la dévia refar a son despens ; e d'autres 
diziau que non era casecha per colpa del dig m'* B. Serras, 
mas quar hom no las avia cubertas aissi quant degra ; e totas 
aquelas causas atendudas, era estât dig que la dicha paret se 
fezes e que de sso que costaria lo dig B. Serras pagues lo ters, 
et entre la vila e la Glieya las II partz. Per que los senhors 
cossols demandero cosselh als singulars que voliau que fezesso 
d'aquo. E sus aquo, tengro la major partida e dissero que la 
dicha paret se era perduda per colpa del dig B. Serras, e que 
se aparia que per sa colpa fos perduda, que se refassa a tôt 
son despens. 

L'an MCCCLXXXV, a XVII de jun... 

Sobre aisso que dissero los senhors cossols que en G"" Colo- 
bres los avia amonestatz per L Ibr. que Ihi ero degudas a la 
festa de Pantacosta propda passada e demandero cosselh se 
Ihi fariau sospendre la amonicio o se laissariau escumengar, 
atendut que hom no ha de presen de que lo pague. Sus aquo, 
totz tengro que se de son bon grat no la vol sospendre, que la 
fasso sospendre en manieira que no demoro escumengatz, 
exceptât lo cossol els singulars de la gâcha de las Combas 
sobre escrigs que dissero que els se hufrian de pagar la quota 
apertenen a la lor gâcha de las Combas de so que era degut 
al dig G™ Colobres et a'n Ar. Ferran. 

L'an MCCCLXXXV, a XXIIII de jun... 

Sobre aisso que los senhors cossols dissero que moss. 



442 JUIN-JUILLET 1385 

l'avesque de Cosserans ' avia mandat per sas letras als cosso- 
latz d'Albi e de la vigaria et als autres de la jutjaria d'Albeges, 
que el avia près tractât am los Engles de Pena^ e que los digs 
cossolats anesso parlar amb el a Rabastenxs, per auzir las 
causas que sus aquo el lor volgro ^ explicar ; a laquai jornada 
ero estat[z] et avia lor explicat [que] tractamen se menava 
que los digs Engles dezamparesso lo dig loc mejanssan certa 
finanssa que monta entorn XLIIII milia francxs ; de lafjual 
caus I, se se fazia, covenria que tôt lo pays hi ajudes de XXX 
milia e la resta pagaria lo rey. E sus aquo, agudas motas 
paraulas entre los senhors cossols e singulars, totz tengro 
que, se la dicha bueja se poc far, (que) tant solaraen per lo loc 
d'esta vila hom Ihi ufrisca donar dos francxs per fuoc, e se 
hom ho [poc] passar per mens que hom ho fassa, e que hom 
no se cargue per negun loc de la vigaria ni per autre, seno 
tant solamen per lo loc d'Albi. It. fo maj dig que lo dig raoss. 
de Cosserans demandava que lo pays ajudes [de] IIII^^ sestiers 
de fromen per avidar los prioniers que prendiau las gens 
d'armas els piscos del senhor; quar era estât fag aponchamen 
que totz aquels que hom preira los gardes hom e que no los 
aucizes, quar en major loc pogro tener los. Sus aquo, totz 
tengro que hom no lor done re plus, mas coma dessus es dig. 

L'an MCCCLXXXV, a XXVIII de julh, los senhors en Felip 
Vaissieira, B. Col, Johan Gaudetru, Guiraut Marti, P. Borssa, 
Vidal Guini, Azemar Blanquier, m" G™ Chatbert bailero a'n 
Frances Picart e a'n Isarn Redon los comptes de la aminis- 
tracio fâcha per Johan Luyrier, recebedor dels senhors cos- 
sols, Tan propda passât, per auzir e comptar e far relacio(r) 
d'aquels. 



1 L'évèque de Gouserans était conseiller général du roi en Languedoc. 

* Gant, de Vaour, arrond. de Gaillac, sur l'Aveyron. Gette imprenable 
forteresse avait été prise, vers le mois d'octobre 1383, par le capitaine 
Ranronet del Sort, qui commandait aux troupes de LabouHie et d'autres 
forts. Cet exploit d'un des plus redoutables capitaines des compagnies 
jeta l'épouvante dans tout le pays. Cf. Histoire de la province de Qtierci/, 
par Lacoste, III, p. 276. Revue du Tarn, XVIII, p. 66, dans Camp, de 
Gaucher de Pessac, et Hist. de Lang.^ IX, p. 923, note 1. 

' Corrcc: vol. 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 443 

It. bailero maj los sobrenompnatz seiihors cossols, per auzir 
e palpar los comptes de la presa e mesa fâcha per n'Azemar 
Blanquier, l'an LXXVIII, fie la emposicio de la raanganaria, 
a P. Clergue et a P. Boyer. 

It. deputero maj auzidors dels XVI cornus endigs Tan LXXX, 
levatz per Vidal Guini e per R. Conchart, so es asaber lo dig 
P. Clergue e P. Bojer. 

L'an MCCCLXXXV, a XXIII d'aost... 

Sobre aisso que dissero los senhors cossols que lo pi-ebost 
de S. Salvi los avia requeregutz e preguatz (jue volguesso 
ajudar a la reparacio del cloquier, alssi coma d'autras vetz 
es estât parlât. Sus aisso, tengio que hom lor done XL francxs, 
mas meto lo cloquier e la bada en bon estât, 

It. sobre aquo que dissero que a lor semblava que expedien 
fora de tornar lo nombre dels cossol«, que so a XII, que tornes 
a VI, am certs cosselhs, e que se hi mezes qualque bon apon- 
charaen que se ajustesso per las bezonhas de la vila. Sus aisso, 
tengro, una partida, que torno a VI, et autra partida que lo 
nombre no se moga. 

It. sobre aquo que dissero que esta vila non avia negun 
metge, que hi era be necessari, e que els trobavo I bon metge 
que sa volia venir, mas que hom Ihi done pencio. Sus aisso, 
tengro, una partida, que hom aja lo metge e que Ihi done, la 
vila, pencio de [blanc], et autra, que se vol venir, hom lo 
tenga quiti e que autra pencio non aja. 

It. sobre aisso que, en lo temps d'aquest presen cossolat, lo 
senescalc de Tholosa fe ajornar m" G™ Chatbert et Johan 
Gaudetru, coma capitanis de la presen ciutat, e d'autres, que 
lor empausava que hom Ihi avia fâcha rebellio en sa intrada, 
e que, anan a Tholosa, lo dig m® G"' Chatbert perdec, en lo 
dig viatge, una mula e deraandava que la vila lalh pague. Sus 
aisso, tengro, la major partida, que los senhors cossols ajo lor 
cosselh que, atendut que lo dig m* G" Chatbert no prendia en 
lo dig viatge mas lo despens, se hom lalh deu setisfar, e se 
far se deu, que Ihi sia setisfacha, e se hom no ihin es tengut 
de dreg, que hom Ihin setisfassa de qualque partida, que hom 
no perda de tôt. 

L'an dessus, a VIII de setembre, los senhors... cossols 



444 SEPTEMBRE 1385 

ordenero i\\\e, atendut que sobre la l'estitucio que demandava 
m" G™ Chatbert de la mula que avia perduda, coma al cosselh 
dessus es contengut, los digs seiihors oossols aviau agut, 
segon que dissero, lor cosselh am savis en dreg et am autres, 
et ateududas motas autras causas justas qu'^ movo lor coratge, 
dissero et ordenero que al dig m® G™ Chatbert sia paguat, dels 
bas de la universitat, per la dicha mula hueg francxs d'aur. 

L'an MCCCLXXXV, lo premier jorn de cetembre...'. 

Sobre aquo que I comessari de Franssa, trames per lo rey, 
loqual avia ajornatz los oossols a dissapde propda a Carcas- 
sona, a Tostal de la Corona, loqual comessari ha nom Marti de 
Folques, maestre gênerai de las raonedas. E fo aponchat que 
los senhors cossols hi trameseso I home suficien amb I massip 
e que saubes que demandera lo comessari, e saubuda que aja 
sa demanda, que s'en aeoselhe am moss. de crims^ et am los 
cossols de Carcassona ; et acosselhat que s'en sia, que se 
acorde al miels que poira de las causas que lo dig comissari 
demandara. 

L'an MCCCLXXXV, a IIII del mes de cetembre... 

Sus aquo que en la vila d'Albi avia comessaris contra totz 
los gentils homes aven cesses en la viguaria d'Albi, e de totz 
autres homes e femnas aven cesses ni rendas en la dicha 
viguaria, que moss. de Berri avia endigs sobre cascu tenen 
fieu noble e sobre tôt autre singular aven rendas en la dicha 
viguaria, XII d. m® per Ibr. per XV homes d'armas que avia 
tengudas el dugat de Guiana^. Totz tengro que hom se acor- 
des am los digs comessaris als miels ([ue pogra e que totz 
aquels que avian fieus ni rendas en la ciutat d'Albi ni en la 
pertenensa que paguesso lo despens. 

L'an MCCCLXXXV, a XXVII de setembre... 
Sobre la ufra fâcha per ajutori de bastir lo cloquier de 
S. Salvi que foro ufertz XL francxs, fo dig que lo prebost 



* Les deux délibérations qui suivent sont d'une autre main. 
^ C'est-à-dire le juge criminel, Bernard Bonne, coseigneur d'Hautpoul. 
' h'IIist. de L'UKj. ne contient aucune allusion à cette imposition de 
12 deniers et 1 maille sur les l)iens nobles et sur les rentes. 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 445 

de s. Salvi la avia exceptada {^raciosarnen ; totas vetz avia 
dig que, atendut ([ue el entendia far la obra ]»ona e bêla e 
perfieclia, Ihi semblava que la huefra ara pauca e pregava que 
lioni hi volgues ajudar de major sorna. 

It, que al pont de Tarn fa mestiers gran reparacio e may a 
la muralha. Fer que dissero se hom ho faria reparar ni de que. 

It. que per lo trespassamen de las nionedas, quar hotn avia 
presas raonedas denedadas, hom avia fâcha, am lo maestre de 
las monedas que era trames per lo rej a Carcassona, una 
finanssa de XL francxs. Per que demandero cosselh de que se 
pagariau. 

It. sobre las letras que hom empêtrée del rej contra los 
clercxs que contribuisso per lo possessori que teno, que avia 
acostumat de contribuir per los anticxs possessors, se voliau 
que se enseguisso. 

Fo aponchat, quant a'n aco del cloquier, que hom lor pague 
los digs XL francxs e que hom meta en esperanssa lo prebost 
que, el cas que el fassa la obra tant perfiecha coma ditz, (que) 
hom Ihi fara causa de que se deura tener per content. 

Quant a'n aco del pont de Tnrn e de la muralha, tengro que 
se repare, e que los XL francxs degutz per lo trespassamen 
de la moneda que se pago, e que hom enseguisca las dichas 
letras contra los clercxs. E per far las causas sobredichas, una 
partida tenc que hom fassa I o II comus, et autra partida, que 
no s'en fassa potig de cornu, mas que de las restas dels comus 
se levé de que se pague. 

Et aqui meteiss, l'an el dia dessus, los sobrenompnatz 
senhors cossols endissero per las causas sobredichas, II comus. 

L'an dessus, a III d'octombre... 

Sobre aisso que aissi fon dig que lo vigaier que aras es ' es 
vengut ad Albi, e se enformava de las gens d'esta vila dels 
quais moss. de Berri poiria aver prest ; et era estât dig per 
alscus bos homes als senhors cossols que savieza fora qui ser- 
via lodig viguier, a'n aquela fi que fezes bona relacio a moss. 



1 Guillaume de Lurciac, damoisel, sergent d'armes. Il avait succédé 
à Grégoire de Corbière que nous avons quelquefois rencontré. Cf. Lisle 
des viyuiet's, dans Annuaire ibi Tani, 1875, p. 352-356. 



446 OCTOBRE 1385 

de Berri afi que, se far se podia, lo dig moss. de Berri no vol- 
gues levar negun prest de las gens d'esta vila. Per que deman- 
dero cosselh los senhors cossols que s'en dévia far. Esusaisso, 
totz tengro que hom done al dig viguier per servizi lasomade 
ving floris o mens qui podia. 

L'an el dia dessus [MCCCLXXXV, a VIII d'octombre], los 
senhors cossols, costituit[z] personalmen en la mayo cominal, 
en presencia de mi notari e dels testiraonis sots escrigs, bai- 
lero a Johan Lujrier lo offici de la recepta gênerai de lor 
cossolat, aissi quant es acosturaat de aministrar per los autres 
recebedors gênerais dels senhors cossols del dig loc saentras 
passatz, exceptât que fo expressaraen dig que lo dig Johan 
Lujrier deia e siatengut de far bona diligencia de far lo 
compte als singulars e taliiables de la dicha ciutat de so que 
deuriau per las restas dels cornus a la diclia universitat, e, 
déclarât so que deuriau los digs singulars, far [paguaij. 

L'an dessus, a XI d'octombre... 

Fo aissi dig que lo rejre gag de la presen ciutat es mot 
avol, perso quarhom no los provezis de candelas. E sus aisso, 
fo aponchat e fo de cosselh que [la] universitat de la presen 
ciutat provezisca lo dig reyre gag de candelas, afi que lo rejre 
gag sia bo e fassa bona diligencia, e que d'aissi avan hom no 
demande pong de candelas a las donas veusas. 

L'an dessus, a XIII d'octombre... 

Sobre aisso que fon dig que non ha gayre, so es asaber l'an 
presen, m* G™ Chatbert anec a Caroassona, al mandamen que 
avia fag lo maestro de la moneda que era aqui vengut, per lo 
rey nostre senhor, loqual mandava a las universitat[z] dels 
lo'^,xs que meto certa soraa d'aur a la seca de la moneda de 
Tholosa, et aquo quar las gens de la universitat d'Albi aviau 
presa moneda denedada per lo rey nostre senhor e per sas 
gens; e quant venc lo m* G",el reportée que el avia fag acordi, 
e nom de la universitat d'Albi, que dins cert terme, so es asa- 
ber d'aqui al terme de Totz Sanhs propda venen •, C marcxs 

1 II faut suppléer ici, par exemple : hom Iramelria a la dicha seca. 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 ^i\l 

d'aur e XX d'argen ; et a'n aquo far se encartée coma cossol 
e ne obliguec lo3 bas de la universitat. It. reportée may (jue, 
se la universitat de la presen ciutat volia donar e paguar al 
dig maestre de la moneda Xfj fraucx^, (que) la dicha univer- 
sitat séria quitia de mètre los digs C raarcxs d'aur e XX d'ar- 
gen en la dicha seca, It. fo aissi may dig [)er los senliors cos- 
sols que els, volens |)aguar los digs XL francxs al dig maestre, 
aviau encargat en Guiraut Marti, que era aras novelamen 
anat a Tholosa, que saubes se lo dig maestre de la moneda hi 
era e que parles amb el e saubes se hom llii portera aqui los 
digs XL francxs o en quai loc ; loqual en Guiraut Marti avia 
reportât que el avia parlât am lo dig maestre et el Ihi avia dig 
e repost que el no penria pong los digs XL francxs ni re, mas 
volia que hom raeses los digs marcxs d'aur e d'argen en la 
dicha seca, aissi quant era encartât, e sus aquo, el avia saubut 
am diverses cambiadors de Tholosa se els se volgro cargar de 
mètre los digs marcxs d'aur e d'argen en lo dig loc, et avia 
trobat qui ho volia far, dins cert terme, mas costaria LXX 
francxs o may. Per que demander© cosselh los senhors cossols 
als singulars que feiio d'aisso. E sus aisso, totz tengro que 
m* G™ Chatbert, que fe lo dig aeordi, ho seguisca et ane al dig 
maestre e fassa tant, se poc, que prenga los digs XL francxs, 
aissi coma Ihi avia promes ; autramen que hom fassa al miels 
que poira. It. tengro que l autre bon home ane am m" G" a 
Tholosa per segre lo dig negoci e que, en cas que non ho 
poguesso acabar am lo dig maestre, que vejo s'en pogro aver 
remessio de mossenher de Berri, e que seguisco que los locxs 
que contradizo a paguar so que devo per lasbuejas pago *. 

L'an dessus, a X de novembre... 

Sobre aisso que aissi fon dig que lo jutge d'Albeges era 
vengut et era de presen en la presen ciutat per far paguar so 
que es estât endig per la bueja de Pena, et es perilh que el 
vuelha greuar aquels que Ihi semblara; e sera miels que hom 
mesesprovesio de que se pagara so de que la presen ciutat ne 



' Le maître des monnaies se laissa attendrir par l'offre de 120 francs. 
(Délib. des 23 octobre et 10 novembre 1385.) Ce fait, entre beaucoup 
d'autres, en dit long sur l'élasticité de conscience des agents royaux. 



418 NOVEMBRE 1385 

deuria paguar, que negus no era trop greujal. Fo aponchat 
que hom sapia so que demandara lo dig jutge d'Albeges, e 
saubut que hom ho aja, que hom endisca los talhs que mes- 
tiers ho fariau par aquo paguar, e que hom trie cer!z homes 
d'esta vila que, per mauieirade compra ho autramen, levo los 
digs talhs e que se cargo de paguar so de que lapresen ciutat 
deura paguar per lo dig fag de la dicha bueja. 

L'an dessus, a XX de novembre. . . 

Sobre aisso que aissi fon dig que lo jutge d'Albeges el jutge 
de Lauragues, comessaris, segon que diziau, deputatz per 
moss. de Berri, losquals ero verigutz en esta vila per levar 
prest dels singulars de la presen ciutat, et aquels entendia[u] 
compellir a prestar al dig moss. de Berri II™ francxs ; losquals 
comessaris voliau que los senhors cossols de la presen ciutat 
norapnesso aquels que poiriau far lo dig prest, e recebedor a 
levar aquel, lo recebedor nom[)no al perilh delssenhors cossols; 
e de aquo far los compelliau per arestacio de lors personas. 
Per que demandero cosselh que fariau. Sobre aisso totz tengro 
que davant totas causas hom aja copia de lor comessio, e vista 
aquela, hom aja son cosselh, e se la denegava^ a bailar, o 
autramen los voliau forssar ad elegir, a lor perilh, recebedor, 
que s'en apelo ; totas vetz dissero que, aitant quant hom ho 
poira alongar, que se alongue tro que hom veja se aquels 
d'esta vila que so anatz a Tholosa a moss. de Berri, per veser 
se sus aisso poira hom aver remedi, se lo aurau agut. 

L'an dessus, a XXII de novembre. . . 

Sobre aisso que dissero que l'avesque de Cosserans era ven- 
gut en esta vila, se hom Ihi dévia far presen ni quai. Sus aquo, 
totz tengro que, atendut que el es tal senhor que en lo prest 
ordenat a levar per lo jutge d'Albeges e per lo jutge de Lau- 
ragues dels habitans d'Albi, el podia per aventura donar bon 
remedi, acosselhero que la vila Ihi donc II sestiers de sivada 
e IIII entorcas, cascuna de très Ibr. e doas o très Ibr. de doblos 
de cera. 



* Correct. : denefjavo. 



DÉLiBÉnATioNS 137-2-1388 449 

L'an dessup, a XXV de novembre. . . 

Sobre aisso que disserolos senhors cossols [(jue els] aviau 
obstengudas unas letras clausas del cosselh de mosg. de Barri 
que s'eiidressavo a! [s] jutge[sj d'Alheges e de Lauragues, 
comissaris deputatz per moss. de Berri a far presiar o levar 
prest dels singulars dels locxs de la vigaria d'Àlbi e d'autres ; 
lasquals letras hom avia agudas afi que hom agues remedi del 
prest que los digs comissaris aviau endig als singulars d'Albi, 
jasia que los senhors cossols no sabiau que bi avia escrig ; 
totas vetz demandero cosselh qual[s] las lor portarian. E sus 
aquo, totz tengro que expedien era que qualque bos hom hi 
ânes, et helegiro per anar hi m** Azemar Grasset. 

L'an dessus, a XXV de novembre, . . 

Sobre unaletra que avia tramesa en Frances Picart, cossol, 
que era a Tholosa, per segre remedi am moss. de Berri sus lo 
prest que avia[u] empausat lo jutge d'Albeges e lo jutge de 
Lauragues, comissaris deputatz per moss. de Berri ; en laquai 
leira, entre las autras causas, avia escrig als senhors cossols 
que hom Ihi tram zes XX parelhs de perlitz am que servis as 
aquels que Ihi poiriau ajudar ad expedir la besonha per que 
ella es. E sus aisso, totz tengro que hom los Ihi trameta'. 

L'an dessus, a XX de dezembre. . . 

Sobce aquo que dissoro los senhors cossols que moss. de 
Berri avia autriadas unas letras que las gens de la Glieya e la 
clercia ajude* a paguar los 11"^ franxs que novelamen ha 
endigs per prest als singulars d'Albi, e que els aviau presenta- 
das las dichas letras a moss. d'Albi et a las gens de la Glieja. 
E sus aquo aviau agutz essem[)S diverses tractatz ; en losquals 
tractatz era presen moss. raves(iue de Cosserans; e que après 
motas paraulas, las gens de la Glieja aviau repost que per 
aquelas letras no donariau I petit denier; mas atendens e 

* Malgré démarches et cadeaux, la ville ne put échappei" à ce prêt 
forcé. Le 13 décembre, les consuls firent porter l'argent à Toulouse par 
le juge royal d'Albi, un des consuls et le receveur Luyrier. (Délib. du 
13 décembre 1385.) 

- Correct. : ajudo. On voit ici un des nombreux cas où l'accord du verbe 
se fait avec une partie du sujet. 

29 



450 JANVIER 1386 

vesen la paubrieira de las gens de la presen cintat, el[s] dona- 
riau par ajutori del dig prest IP francxs, am piotestacio que, 
en cas que moss. de Berri compellis et endisses negun prest 
novelamen a las dichas gens de la Glieya, que los senhoi's 
cossols lor ne fezesso desdure los digs IP francxs o los lor 
restituisso ; et en aquo far voliau [que] se obliguesso. Per que 
demandero cossclh se es expedien de penre, am aquela condi- 
cio, los digs IP francxs. E [sus] aquo, totz tengro que, atendut 
que autra causa non hi [déchirure portant sur un mot) hom far, 
(que) expedien es de penre. 

L'an MCCCLXXXVI, a XIX de jenier. . . 

Sobre aisso que aissi fo dig per los senhors cossols que per 
alscus senhors lor era estât dig que expedien fora de segre 
moss. de Berri que fezes assignar so que an paguat los singu- 
lars d'esta vila per la bueja del loc de Pena, e que, se far se 
podia, hom ne aja letra. It. quj segues hom lo dig moss. de 
Berri a Carcassona e d'aqui tro Avinho, se mestiers es, que 
nos fassa gracia de so que es eucaras degut per los digssin;:;u- 
lars de resta del dig prest o de so que liora ne poiria aver. It. 
dissero maj los senhors cossols que los heretiers de Frances 
de Lagrava son tengut[z] a la universitat per diverses cornus: 
et era estât parlât per alscus que, atendut que la vila non ha 
pong d'hostal per mayo cominal (que) fora expedien, se se podia 
acordar, que la vila preses l'ostal de la Galinaria en que hom 
ha tenguda lonc temps majo cominal, per covenhable prest', 
que se fezes. Per que sus tôt aisso demandero cosselh quen 
fariau. Sus aisso, totz tengro, quant a segre la gracia e la assi- 
gnacio dessus dicha, que hom ho(m) seguisca, e se mestiers hi 
a de servir, per miels e plus tost aquo obtener, que hom ho(m) 
servisca. Quant ad aquo del hostal, tengro, la major partida, 
que se volo bailar lo dig hostal en [>aga per causa razonabla, 
(({ue) hom lo aja, e que pueiss la vila lo repare. 

L'an dessus, a XXIX de jenier... 

Sobre la provesio de paguar la resta deguda dels II"" francxs 
endig[s] per moss. de Berri als singulars d'esta vila per la 

1 Correct. : pretz. 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 -iSl 

bucja de Fena. Tengro que tôt lo dig prest se comunique, se 
far se poc ses perilh, e que se indisco i)er aquo XX cornus, 
losquals se levo per via de prest, e que se paguo segon lo 
aliuramen novelamen fazedor, loqual aliuramen volgro totz 
que se fassa de novel del possessori e del moble, et que tota 
persona pague per tôt quant aura valen ; et que entretan, quar 
lo dig aliuramen no poiria tant siibdamen esser fag, coma quai 
paguar lo dig deute, que los digs XX cornus se levo segon que 
monta lo cornu de presen, segon lo aliuramen de presen dariei- 
raraen fag, e que quant lo dig aliuramen novelamen fazador 
sia fag, que los digs XX cornus sia[u] comptat[z] al cascu 
segon aquel novel. E aqui meteiss helegiro aliuradors, so es 
asaber: de la gâcha de Verdusiia, m* G™ Garnier, del Viga, 
Miquel Hugat, de S"" Marciana, Johan Gaudetru, de S. Africa, 
Isarn Redon, de S. Stephe, P.Clergue, de las Combas e d'otral 
pon, Bertomieu Prunet ; losquals jurero, sus los S. de Deu 
Avangels, de be e lialmen, cessan tôt frau, aliurar cascuna 
persona segon la valor dels bes que trobar lor poyran. 

L'an dessus, a XVIII de mars... 

Sobre aisso que aissi fo dig per los senhors cossols que lo 
senher de Lescira es tengut a la universitat d'AIbi en la soraa 
de Iin<= francxs d'aur, et que per alscus excequtors amicxs de 
la dicha universitat era estât dig als senhors cossols d'AIbi, que 
se els voliau que la excequcio se fassa contra lo dig senher 
de Lescura per la dicha soma, que els segriau la excequcio e 
non demandariau re de las despessas tro que la excequcio fos 
eomplida. Per que demandero cosselh los senhors cossols als 
singulars so hom feira excequtar lo dig senher de Lescura per 
lo dig deute ho no. E sus aquo, tengro que atendut que la uni- 
versitat de la presen ciutates mot cargada de deutes, losquaU 
110 poc paguar ses mot gran despens, que hom veja se lo dig 
senher de Lescura volia {)aguar amigablamen lo dig deute, e 
se far non ho vol, que hom Ion fassa compellir et excequtar. 

L'an MCCCLXXXir, a VI de maj... 

Sobre la paret nova del pe del cloquier de S'"' Cazelia que 
covenia que se fassa, quar [era] estât comandat per moss. 
d'AIbi. It. que per alscus era estât dig que la porta de la Tre- 



45'2 MAI-JUIN 1386 

balha se desmure et que la teula que hi es se meses a la paret 
sobredieha. It. de aver I raetge en esta vila sufficien e que 
hom Ihi done pencio. Tengro, la major partida, que, atendut 
que cove [que] la dicha paret se fassa, (que) se fassa e que la 
dicha porta se desmure, atendut que aras non es negun perilh 
de gens d'armas, et que la materia se meta la on los senhors 
cossols volrau, It. que del metge veja hom se hom poiiia aver 
m® P. del Bruelh de que d'autras vetz es estât parlât, e se vol 
venir estar en esta vila que hom Ihi done pencio per I an ses 
plus, XVI francxs et so que costaria lo loguier de I hostal per 
I an tant solamen ; se aquo no vol penre, que los senhors 
cossols ne ajo autre, aquel que lor sera vist. E quaraissi fon 
dig que los senhors cossols non aviau de que pogues?o far 
Tobratge de la dicha paret ; tengro que los senhors cossols 
empauso lo talh que lor semblara de que se puesca far. 

L'an dessus, a XVIII de maj... 

Sus aquo que aissi fou dig(s) que los mazelier[s] del gran 
mazel demande als mazeliers que au logadas las taulas de la 
vila que lor fasso I dinar aissi quant entre lor es acostumat. E 
sus aquo ajo comeiisat plag en la cort tempe rai ; e los digs 
mazeliers de las taulas de la vila ajo requeregutz los senhors 
cossols que lor prengo la causa, dizens que, quant els loguero 
las dichas taulas, lor senhors cossols lor promeiro que, en cas 
que los autres mazeliers los demandesso la dicha festa,que els 
los ne deffendero, et que autramen els non agro donati denier 
de loguier a las dichas taulas, Tengro totz que los senhors 
cossols, al despens de la vila^ ior prenga » la dicha questio e 
plag e la raeno diligenmen e la defFendo 

L'an dessus, a X de jun... 

Sobre aisso que aissi fo dig per los senhois cossols que, en 
esta vila, cro venguts comissaris sobre totz los fabres, que 
cascuu fabre pague al menescalc del rey certa soma de pecunia; 
6 aviau raaj entendut que issinien veniaii may comissaris 
sobre totz los autres mestiers; laquai cau^a msy no fo fâcha, 
que saubes ; et era estât dig pei' aUcus que hom se empauses 

* Correct. : prengo. 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 453 

a la excequcio e trameses a Carcassona per vezer cossi s'en 
regisso. It. dissero raay los senhors cossols que els aviau 
entendut que Feli[)s de S. P. ' et d'autres grand senhors per 
lo rey veniau en aquest pays e deviau esser brev a Carcassona 
per endire alcun subcidi; e que per alscus lor era estât dig 
que fora savieza que ânes [hom] a lor et lor expliques la pau- 
brieira de la vila, afi que se neguna endicio faziau, que ne 
agues hom quabiue gra[cia], se far se podia. Sobre a\sso, totz 
tengro que los senhors cossols se hopauso en la excequcio 
sobredicha, e trameto a Carcassona o la on lor sera vist per 
sentir cossi s'en regisso als autres locxs et per segre et far 
las autras causas. 

L'an dessus, a XII de juin... 

Sobre las letras que ha tramesas lo rey nostre senhor e sos 
coselhier? als senhors cossols en que se contenia que dos dels 
senhors cossols e f o II dels plus notables singulars fosso, lo 
XX^ jorn d'aquest mes, a Bezers, per auzir certanas causas 
que los digs cosselhiers entende a dire de part lo rey. Tengro 
que hi ano I cossol e I singular aquels que los senhors cossols 
helegiriau -. 

L'an dessus, a XXVII de juu... 

Sobre aisso que dissero los senhors cossols que aquels que 
ero anatz a Bezers, al cosselh mandat per lo rey nostre senhor 
e per sos deputatz ero vengutz et aviau reportât que lo rey 
avia fâcha sa empresa de anar, an gran multutut de gens 
d'armas en Englaterra, e per so voila que hom Ihi soccore- 
gues sublamen de IIII francxs per fuo;; ; losquals aviau endigs, 
pagadors la meytat a la fi d'aquest presen mes, e l'autra 

' Philippe de St-Pierre, trésorier génÔT-al de France, que nous avons 
déjà rencontré. Parmi les hauts personnages que la délibération ne dési- 
gne pas, citons Philii)pe Bonne, Jean Omart, Guiraut Malepue, gouver- 
neur de Montpellier. Cf. Hist. de Lang.^ IX, p. 928, note 7. Sur le vi-ai nom 
de Jean Omart, voir note de la délibération du 1'"' mars qui suit. 

2 Les Mémoires de Mascaro ne contiennent aucune allusion à cette 
réunion. h'Hisf. de Lnng. est également muette sur ce point. Nous 
allons voir, dans la délibération qui suit, que les conseillers du roi y 
entretinrent les délégués des communes d'un projet d'invasion de 
l'Angleterre. 



454 JUIN-JUILLET 1386 

meitat, a la fi del mes de julh propda venen ; per que hom vis 
de que se pagaria, que dépens n'en vengues. E sus aquo, totz 
tengro que se las gens de la Glieja hi volo cossentir, que hom 
empause certa emposicio sus lo blat que hom molra, e se cos- 
sentir non hi volo, que hom empause reyre dejme sobre los 
blatz e que se venda, e que hom empause los comus que hi 
fariau mestiers per comunicar lo dig rejre deyme'. 

L'an dessus, a X de julh... 

Sobre la provesio de paguar los IIII francxs per fuoc novela- 
men endigs, tengro que se vendoX comus al may ufren,als quais 
ha hom ufert V^LX Ibr., e que qui may n'o s'en troba que 
s'en dono, e que cascus pague segon lo liuramen en que huey 
es ; e se, segon lo aliuramen novelamen fazedor, negus mer- 
mava, que los compradors dels digs comus prometo pagar ad 
aquels que mermaran ad I terme, et que en après la vila o deu 
redre als digs compradors, e se creissiau d'aliurameu, que 
aquel creiss sia de la vila -. 

L'an dessus, a XXV de julh... 

Sobre aquo que los digs senhors dissero que, per alcus 
amicxs de la universitat de la presen ciutat era estât dig que 
expedien fora de tornar lo nombre del cossolat, que non hi 
agues mas VI cossols e XXIIII cosselhs, so es asaber de cas- 
cuna gâcha IIII cosselhs ; per que demandero cosselti als sin- 
gulars que voliau que s'en fezes. Sus aquo, totz tengro que 
torno a VI cossols et a XXIIil cosselhs. 

L'an el dia dessus... 

Sobre aisso que dissero los senhors cossols que moss. d'Albi 
lor avia dig que lo senher de Lescura se era tirât a luy et lo 
avia preguat que el fezes tant, am pregarias am los senhors 
cossols d'esta vila, que lo volguesso sufertar 1 pauc de temps 



* On sait que Charles VI projetait une descente en Angleterre avec 
une armée à la tète de laquelle il mettait Olivier Glisson. Les Anglais 
brûlèrent les provisions rassemblées, et la tempête détruisit les bâtiments 
réunis à l'Ecluse. Ce fut là Torigine de l'expédition des Flandres. 
Cf. Mémo, de Jac. Masc, p. 88, et Hist. de Lang., IX, p. 930. 

- Ce fut Jean Luyrier qui acheta les 10 communs au prix de 560 livres. 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 ^155 

de so que el dévia a la universitat d'Albi ses far neguna exce- 
qucio contra luy ni coutia sos bas, quar el era en tractât de 
penre molher, et aver bona cabenssa ; e séria perilli que, se 
hom lo fazia excequtar ni penre sos bes, (séria perilh que) 
perdes sa cabenssa. E sus aquo, lo dig moss. d'Albi los avia 
preguatz que lio fezesso, e lor avia dichas tropas razos per era 
expedien de far [sic). Per que demandero cosselh als singulais 
que voliau quen fezesso. Sus aquo, totz tengro et acosselhero, 
aitant quant es en lor, que hom meta en bona esperanssa lo 
dig senher de Lescura de sostar per alcun terme, e que los 
seuliors cossols digo e fasso resposta a moss. d'Albi que, per 
honor de lu}^ hom lo tenra encaras en sostar, ses far neguna 
excequcio contra luy ni contra sos bes. 

L'an dessus, a IIII de setembre... 

Sobre aisso que aissi fo dig per los senhors cossols d'Albi 
que moss. Jacme de Nogaret, viguier d'Albi \ lor avia dig que 
el avia fag alcus (rebalhs per la universitat de la presen ciutat, 
sobre una comissio que avia aguda per visitar la clausura, et 
una autra a far paguar a moss. lo senescalc de Carcassona 
XII d. m° per Ibr. per certanas gens d'armas e diverses autres 
trebalhs, que la vila Ion voJgues setisfar. It. fo may dig que 
m* Johan Pradal avia dig, de part del jutge del rey que huey 
es, que los senhors cossols d'Albi aviau acostumat de donar e 
servir als jutges del rey que so estatz saentras d'Albi, e que 
el se meravilhava que hom no lo servis coma los autres, e que 
hom lo volgues servir. Sus tôt aisso, tengro totz, quant ad 
aquo del viguier, que los senhors cossols ne fasse so que lor 
sera vist; quant ad aquo dol jutge, tengro que no Ihi sia donat 
denier, quar perilh es que per temps pogues tornar en con- 
sequencia. 

L'an MCCCLXXXVI, a XXVI de setembre... 

Sobre aisso que dissero los senhors cossols que, coma d'au- 
tras vetz era estât parlât que le [sic] prebost de S. Salvi no 
volia acabar de far o far far la gachola novelamen comensada 



* 11 venait de succéder à de Lurciac. 11 occupa la charge jusqu'en 1405. 
11 signait: Jacuiers de Nogaret. Cf. Liste des viguiers. 



456 SEPTEMBRE 1386 

al cloquier de S. Salvi, disen que hotn Ihi avia en coviens o Ion 
avia mes en esperanssa de donar LX francxs, de que non avia 
agut mas XX; e que se los senhors cossols, e nom de la uni- 
voFàitat, no llii pagava^ las - XL que restavo, el no la acabaria 
ni la faria acabar; e dizia raay que el volia que los senhors 
cossols, e nom de la universitat, Ihi fezesso carta cossi la vila 
se servizia de la dicha gacliola de sa precaria, e que se, par 
temps venen, coras que fos, el o los canonges del dig mones- 
tier no voliau gitar de la dicha bada que ho poguesso far. E 
los senhors cossols, e non de la diclia universitat, Ihi aguesso 
repost que eis e la dicha universitat ero en pocessio e saysina, 
per tant de temps que memoria de home non era en contra, 
que en la gachola del dig cloquier esta la gâcha e la bada per 
cornar e gachar, de nueg e de dias, per la garda del loc^, per 
que no Ihi fariau ni Ihi autriariau carta d'aquo ; e sus a([uo 
espères a movre gran litigi. Et era estât mogut per alscus 
amicxs de la dicha universitat que, en cas que lo dig prebost 
volgues far complir la dicha gachola aissi quant avia promes 
et hom demores en segur que per temps avenidor no pogues, 
el ni lo dig monestier, vedar que la gachola non hi estes, 
coma es acostumat, que dels XL francxs que la vila Ihi dévia 
donar, per ajutori de la dicha gachola, Ihin fezes hom LX 
francxs, se per mens no se podia far. E sus aisso, los senhors 
cossols demandero cossolh als cosselhiers e singulars. Et après 
motas paraulas, tengro totz los cossols, coselhiers e singu- 
lars que, per evitar plag e despens, en cas que lo dig prebost 
vuelha(r) far acabar la dicha gachola, aissi quant ha promes, 
et hom demore en segur que per temps no poguesso vedar que 
la gâcha e bada non hi estes, coma es acostumat, que la vila 
Ihi done may, otra los digs XL francxs, X o XV o XX francxs, 
als miels que los digs senhors cossols poirau acordar. It. fo 



* Correc : pagavo. 

^ Correc : los. 

^ Dans le Bulletin de la Société archéologique du Midi de la France 
de 1901, N" 28, pp. 37- 'i7, nous avons consacré une étude à la cons- 
truction de cette tour de guet. 11 y est constaté, d'après une transaction 
du 14 aoiit 1387, que la coutume de tenir un guetteur communal dans la 
gachola remontait à 500 ans environ. 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 457 

majdig en lo dig cosselh que lo senlior de Florenssac ' avia 
escrig a raoss. d'Albi que lo rey lo avia mandat per anar al 
passatge que deu far otra mar en Englaterra; e coma el agues 
presa jornada am hiy, al jorn de Totz Sangs propda venen, 
per declarar lo débat que era comensat de la johanada mesa 
novelamen siis lo pueg de Gaslucet, et el covengues anar al 
raandamen del rey, que Ihi plagues de proloiigar la diclia jor- 
nada al jorn que Ihi plazeria. E sus ai]U0, mos.*. d'Albi agues 
mandat uls senhors cossols que anesso parlar am lu_y per coii- 
sultar essemps quai resposta Ihi faiia; per so deiuandero cos- 
selh los senhors cossols als cosselhiers e singulars se era 
expedien de prolongar la jornaila. Sus aisso, tetigro totz que, 
puejss que lo rey lo avia mandat, el covenia que hi ânes; per 
que dissero que la dicha jornada se pro'.ongue aissi quant a 
moss. d'Albi plazeria. 

L'an dessus, a III d'octombre. . . 

Sobre aisso que dissero los senhors cossols que els aviau 
cobradas las letras del rej e de moss. de Barri e dels senhors 
de Cambra de comptes, en lasquals mando a'n Johan Ohau- 
chat, thesaurier gênerai 2, que pague o fassa pagar als cos- 
sols et habitans d'Albi tôt so que appara que aura paguat per 
lo prest en dig per la bueja de Pena, et aquo del argen que 
recebra de so que devo las universitatz al terme de Martero 
propda venen, per las condampnacios ; se era expedien que 
los senhors cossols ho seguisco. E sus aijuo, aprop raotas pa- 
raulas, totz tengro et acosselhero que los senhors cossols ho 
seguisco e qui ^ hi ano, per segre la dicha causa, m'' Dorde 
Gaudretru e'n P. Clergue, cossols, e que los senhors cossols 
costituisso scindicxs e procuraires los digs m^ Dorde e P. 



' Il s'agit certainement de Bertrand II, seigneur de Florensac, tuteur 
de Philippe IV de Lévis, seigneur de Graulhet, qu'en récompense de ses 
services Charles VI fit gouverneur du château de Montargis et son con- 
seiller. Cf. Biotjraphie deu seigneurs de Graulhet, depuis 061 jusqu'à 1793, 
par L. M. Toulouse, A. Chauvin et fils, 1880, p. 41. 

- Ce trésorier général laissa, à son décès, les comptes de sa gestion 
assez embrouillés, et ses héritiers furent, en 1388, poursuivis comme rede- 
vables de fortes sommes. Cf. Hist. de Larig., IX, p. 935, note 2, 

' Correc : que. 



458 NOVEMBRE 1386, MARS 1387 

Clergue, e lor dono plenier poder de recebre e quitar de tota 
la dicha soma que apara que pet- los digs cossols e singulars 
d'Albi sera estada pagada ; et acosselhero maj que hom ser- 
visca lo dig Johan Ghaucliat de C o de II"^ fraiicxs, o de may o 
de mens, al meus que poyrau, los(]ua!s se desdugo de la dicha 



L'an dessus, a XX de novembre... 

Sobre lo débat dels raazeliers que demande que los mazeliers 
que talha * a las taulas de la vila que so a la pila no devo aqui 
talharseiio que fasse la festa acostumadade far per los autres 
mazeliers novels que tallio a l'autre grau mazel ; que, segon 
que aii«si fo dig, au ufert de estar a dreg. ïengro los senhors 
e singulars que se ho vole mètre al cosselh del rej o de Car- 
cassona que se fassa, autramen que la vila ho defïeuda. 

L'an dessus, a XV de mars. . 

Sobre lo subcidi novelamen endig per lo rej nostre senhor 
6 per sas gens sus aque deputatz, de que es venguda manda 
aras novelamen, que se pague dins lo presen mes*. 

It. sobre aquo que moss. Felip Bona escrig que la univer- 
sitat de la presen ciutat s'era excequtada de paguar lo subciili 
saentias endig per lo passatge d'otra mar, segon lo nombre 
dels fuocxs aiitic, quar las letras de la reparacio darieiramen 
fâcha no son excequtadas ni registradas a la thesauraria. 

It. sobre aquo que demanda moss. B. R. Isalguier, de que es 
venguda excequcio centra los senhors cossols et es jornada 
assignada ad allegar a la fi d'aquest presen mes. 

It. sobre las letras autriadas per lo rey que lo prest fag per 
la bueja de Pena sia redut, se hom ho segra. 

It. sobre la prevesio de que se segrau las causas sobredichas. 

Tengro, quant al subcidi novelamen endig, que hom ane a 
Cai'cassona saber am los cossols de Carcassona cossi s'en 
régisse e que s'en regisca hom cerna els. 

It. que hem fassa excequtar e registrar al libre dels thesau- 
riers las letras de la reparacio darieira. 

' Gorrec : talho. 

- Nous verrons (délib. du 27 mars 1387) que ce subside, dont les 
auteurs ne fixent pas la quotité, fut de 2 francs par feu. 



DÉLIBKUATIONS 1372-1388 459 

U. que hom parle am moss. B. Ramon Isalguier e que lioiu 
seguisca la causa be a pong. 

It. que hom seguisca las diclias letras del rej qiio houi cohre 
lo dig prest endig e fag par la bueja do Pena, se far se poc. 

It. que per segre las causas dessus dichas que se endisco 
talhs aquels que hi serau necessaris ; e que entretant, quar la 
endiccio séria trop longa de levar, (que) les senhors cossols 
vejo se poirau trobar, am las gens que lor sera vist, prest am 
que subdamen hom seguisca las causas sobredichas e que sa|)io 
que deuran paguar de las causas dessus dichas, e quaut ho 
aurau saubut, que se endisca so que hi fara mestiers. 

L'an MCCCLXXXVII, a XXVII de mars... 

Sobre aisso que aissi fo dig que en P. Clergue, cossol d'Albi, 
era vengut de Carcassona ont era anat per saber se lo subcidi 
dels II francxs per fuoc novelamen per lo rey nostre senhor 
endig se pagaria. Et avia reportât que covenia que se pagues 
e subdamen, autramen hom ne sufertaria gran despens. E sus 
aquo, auzida la relacio sobredicha, tengro totz los cossols e 
singulars que, per paguar lo dig subcidi, hom endisca e levé 
"V cornus, otra lo cornu al cosselh preceden contengut; losquals 
V cornus se vendu e se meto a l'encan e se liuro al maj ufren. 
Et aqui meteiss, atendut lo voler dels sobredigs, los senhots 
cossols endissero los digs "V cornus. E fo aissi dig que se vendo 
e se levo am la protestacio contenguda a la venda dels X 
cornus propdanamen vendutz. 

L'an dessus, a XXIX de mars... 

Sobre aisso que aissi fo dig que los V cornus propda endigs 
so estatz meses a l'encan public, aissi quant es acostumat, et 
encaras no s'en trobo mas CL Ibr. de tor[nes]. Per que deman- 
dero los senhors cossols cosselh als singulars se voliau que se 
donesso per las dichas CL Ibr., qui may non trobava. E sus 
aquo, totz los cossols e singulars tengro et acosselhero que 
hom los fassa maj tornar a l'encan e criJar qui los voira com- 
prar, e que se liuro e se vendo ad aquel qui maj ho voira 
douar al ium de la candela. 

L'an MCCCLXXXVII, a XXVII d'abril... 

Sobre aisso que dissero los senhors cossols que lo fi'aire 



460 JUILLET 1387 

Menor que es filh de R. Roquas, una essemps am I autre fraire 
Menor, ^on oncle, ero veugutz als senhors cossols e lor aviau 
dig que ententa era al dig fiih de R. Roquas de anar a Paris 
estudiar e far el maestre en taulagia ; e quar era paubre, ses 
socors de sos senhors e de sos amicxs non lu podia anar, lor 
avia soplegat be et huniilmen que los senhors cossols, e nom 
de la universitat del dig loc, Ihi volguesso ajudar. It. dissero 
raaj que Guiraut del Mur avia dichas alscunas enjurias a'n 
Miquel Hugat coma cossol(s) capitani et issimen als raazeliers 
generalraen, que tocavo a dezonor de tota la vila. Per que 
demandero cosselh quen fariaii. E sus aquo, totz tengro, quant 
ad aco del dig fraire Menor, filh de R. Roquas, que la vila Ihi 
done, per socorre a las causas que enten far, coma dig es, 
siejs francxs ; e que d'aquo de Guiraut del Mur, que venga a 
la mayo cominal et, en presencia de ganre de bos homes, 
humilmen querisca perdo de las dichas enjurias al dig Miquel 
Hugat et als senhors cossols. 

L'an MCCCLXXXVII, a VIII de julh... 

Que estât era aponchat et en cosselh tengut entre los senhors 
cossols e diversses singulars de la presen ciutat, que hom 
seguis en Franssa la remessio dels 11^X1111 francxs que 
demanda en Johan Chauchat, thesaurier gênerai, de resta del 
subcidi endig per lo viatge d'Espanha ', e que, segon lo dig 
aponchamen, els aviau demandât prest ad alscus singulars del 
dig loo, dels quais non podiau encaras aver I denier; per que 
protestavo et excusan lor dissero als singulars que se els 
aguesso de que ho seguisco, (que) els ho seguero voluntiers, 
e que se negus hi vol prestar e mètre provesio de que se 
seguisca, els se prestz de segre. 

L'an dessus, a XVII de julh... 

Tengro cosselh en la mayo cominal sobro aisso que P. 
Clergue, cossol, e m* G™ Bestor, singular, dissero que els ero 
anatz, de voluntat dels senhors cossols de la presen ciutat a 
Tholosa, per parlar am lo sen Johan Chauchat, thesaurier 
gênerai, et am los autres senhors gênerais del rey nostre 

' Sur ce viatge d'Espanha, cf. Hist. de Lang., IX, p. 933. 



DiS^LinÉRATioNS 137M388 /i61 

senhor, que ero a Tholosa, per avor reraedi e remessio dels 
11'= XIIII francxs que demanda lo sobredig thesaurier a la 
universitat de la presen ciutat per lo viatge d'Lî'spaniia, otra 
los II francxs per fuoc darieiramen endigs, losquals II francxs 
per fuoc la dicha universitat ha paguatz. K dissero que els non 
au pogut trobar negun remedi am lo dig thesaurier ni am los 
autres senhors gênerais, seno que hom pague los digs 11*= 
XIIII francxs. E tengro totz los senhors e singulars sus aisso 
que, atendut que, per lo dig viatge d'Espanha, no foro endigs 
a totz los cornus mas los digs II francxs per fuoc, e los autres 
cornus non au plus paguat, e sian estatz paguatz ; et atendut 
que, qui pagava los II" XIIII francxs, poyria tornar en autras 
causas en gran consequencia e dampnatge a la dicha univer- 
sitat, (que) hora se apele del dig thesaurier e de sas excequ- 
cios que fa per los digs IP XIIII francx, e quehomane intimar 
la dicha appellacio al dig thesaurier que deu esser a Carcas- 
sona, e que hora seguisca en Franssa la diclia appellacio al 
plus subde que hom jioyra. Et aqui meteiss los senhors cos- 
sols dissero als singulars que els ero prestz de segre lo presen 
aponcharaen, mas que ajo de que, totas vetz dissero que els 
non aviau denier de que ho seguisco ; mas que cascus dones 
cosselh de que se faria ; sobre laquai causa no fo re aponchat, 
quar cascus s'en anec ses donar negun cosselli sus aquo '. 

L'an MCCCLXXXVII, a XXV de setembre, los senhors 
cossols m*^ G"" Bestor, sen Duran Daunis, n'Uc Viguier, R. de 
Montalasac, Azemar de Brinh, m* G" Chatbert, e'n Bertho- 
mieu Garigas, meyro en sosta a'n Johan Guilabert lo cornu 
de sa testa per lo temps de lor cossolat e de l'an LXXXIII 
enssa, car el n'avia aguda letra dels senhors d'aquel an, e 
d'aqui enssa e de tôt lo temps de lor presen cossolat, e 
may d'aitan quant [)lazera als autres senhors cossols que ven- 
ran apreslor; et ajsso feyroper honor de Dieu, car es persona 
mizerabla e enpoten e vielha. Fah fo Tan el dia dessus, e que 
pague per tôt son possessori '. 

> Dans la délihcr. du l'J juillet, lo conseil autorisa rimioosilion de 
2 communs dont la perception fut confiée à Guiraut Marti (pii dut avan- 
cer 50 livres Marti reçut 2 sous par livre perçue. 

" Cet article est d'une autre écriture. 



402 OCTOBRE 1387, janvier 1388 

L'an MoCCCLXXXVII, a VI d'octembre .. 

Sobre aisso que fon dig per los senliors cossols que lo 
senhor avia trameza una manda que hom Ihi pagues, de fag, 
las II paitz de ia endicio del viatge d'Espanlia; laquai endicio 
era a major somaque non dévia, segon la reparacio ; et aysso 
demanda per tener las frontieyras als Engles '. Et aqui metejs 
dissero e teugro totz que hom fezes cornus de que se pagues, e 
que se devezis[co] per gâchas <anses de cornus que sufisca a 
pagar la pura e vera sort el despens que d'aqui se ensegra. 
E may fon dig que hom tramezes al cosselh del sentior per 
tornar la ssoma demandada per lo senhor en razo ; et el cas 
que non ho volguesso far, d'apelar e segre en Fr^nsa; e may 
que aqtiel que hi anara demande e fassa son poder, am lo dig 
cosselh del senhor et am lo tezaurier del dig senhor, de cobrar 
e de far assincnar lo prest que an fag las gens d'esta vila-. 

L'an MOGGLXXXVII, a XII de jenier... 

Sobre la manda que ha portada aras novelamen moss lo 
viguier d'Âlbi de paguar los III francxs perfuoc endigs per la 
bueja gênerai novelamen fazedoira ^, que ditz que se pago 
d'aissi al premier jorn de febrier propda venen. Dissero los 
senhors cossols e singuiars que els aviau enlendut que los 
senhors de Carcassona aviau trames al rey per saber se el vol 
que losdigs III t'rancxs per fuoc se pago o no ; per que tengro 
que hom trameta a Carcassona per saber se los cossols de 
Carcassona hi an trames, e, se trames hi au, que hom agarde 
qiijil resposta auriau del dig nostre senhor lo rey, e se trames 
non hi aviau que hom hi tramezes subdamen en Franssa per 
saber se lo dig nostre senhor lo rey vol que se pago ; et entre- 

1 L'imposition pour la garde des frori libres fut de 1 franc 1/4 par feu. 
Les habitants d'Albi ne payèrent ce subside qu'à raison de 140 feux. Cf. 
Hist. de Lang., IX, p. 933. 

^ Cette délibér. est encore d'une autre main. 

^ Voici comment s'exprime Jacques Mascaro au sujet de ce subside 
que ne mentionne pas VHist. de Lang . « Pus aquel an meteis [1387], 
» paguet la dicha viela e tôt lo pais très franx per fuoc, que dizie hom 
» e farie entendre que lo comte d'Armanhac dévia far hoiar las plassas 
» e los lox que tenian los Engles en Roergue e en autre pais, e los dévie 
» gitar foras del reaime de Franssa, malalag s'es enseguit » P. 91. Cf. 
aussi délibér. du 10 février ci-après. 



DÉLIlîKHATIONS 1372-1388 -^163 

tan que hom fassa resposta al dig moss. lo viguier que lo loc 
d'esta vila fara coma los autres locxs notables de la son'-' 
farau. 

L'an MCGGLXXXVII, a X do febrier.., 

Sobre aisso que dissero I0.9 senhoi'S cossols que moss. lo 
viguier d'Albi era vengut ain iinas letras de comissio a luy 
(loriada(s) pei" moss. P. Es[)i, comissari députât per lo rey 
nostre senhor a far levar los III francxs per fuoc novelamen 
endigs per paguar a las buejas dels loc[xs] tractada per raoss. 
lo comte d'Armanhac; en las quais letras so contengudas las 
letras reals en las quais lo dig nostre senhor lo vey manda que 
los digs III franaxs {)er fuoc se pago e se levo, per vigor de 
lasquals lo dig moss. lo viguier volia compellir la universitat 
de la présent ciutat a pagar lo dig subcidi.Tengro totz que hom 
fassa tant, se [lOC, am lo dig moss. lo viguier, que el doue sosta 
deVIIIoXjorns, et entretant que hom aura bist e saubut 
cossi s'en regisso a Garcassona et als autres locxs : et aladonc 
se los autres locxs pago, que aquest fassa coma los autres. 

L'an dessus, a XXVIl de febrier... 

Que moss. d'Albi lor avia dig que el volia que quitesso tôt 
lo deute que dévia lo senher de Lescura per très cens francxs 
pagadors so es asaber, en contenen Vil l'"' francxs, e lo pre- 
mier dia del mes d'aost propda venen la resta dels digs III^ 
francxs, am aitals covienhs que, en cas que lo dig senher de 
Lescura no pagues la dicha resta dels digs très cens francxs, 
(que) la gracia e remessio que hom Ihi faria per raso de so 
que dévia a la vila fos nulla; que lo dig senher de Lescura 
deu piometre de far la devesio de las terras et juridiccio de 
Lescura e d'Albi, totas vetz que per lo dig moss. d'Albi ne 
sera requeregut; et en cas que non ho fezes, que la gracia e 
remessio del dig deute fos nulla„ E sus aisso los senhors cos- 
sols demandero cosselh als singulars se voliau que la vila fezes 
aquel acordi am lo dig senher de Lescura ; los quais senhors e 
singulars, o la major partida, tengro que, am las condicios 
sobredichas, lo dig acordi se fassa, atendut que la moneda 
que vol paguar encontenen es ben necessaria per paguar 
als deutes que la vila deu e tropas de autras rasos aissi dichas 
e recitadas. 



464 MARS-AVRIL-MAI 1388 

L'an dessus, lo premier dia de mars... 

Tengro cossc-lh sus las caus?!S que era expedien(s) de donar 
als serihors que veriiau de presen per tener cosselh en esta 
vila. E dissero que fos donat : 

Prenaieiramen a moss. d'Arraanhac II pipas de vi, VI ses- 
tiei's de sivada, IIII entorcas de terna Ibr. am los II doblos 
que s'i aperteno ; 

It. a moss. de MaUiares ' I pipa de vi, II entorcas, III ses- 
tiers de sivada ; 

It. a moss. de Cosserans, I vaissel de vi, III sestiers de 
sivada; 

It. al governador de Montpellier ^ IIII sestiers de vi, Il ses- 
tiers de sivada; 

It. a moss, Johan Aujart^ coma al governador sobredig; 

It. a moss. Felip Bona II Ibr. de cofimens, II entorcas am 
los doblos. 

L'an MCCCLXXXIII, a V d'abril. . . 

Sobre la ordenanssa fâcha novelamen per moss. d'Albi, 
laquai fo aissi legida. E tengro totz que en la dicha orde- 
nanssa avia ganre de greus; per que acosselbero e tengro que 
hora se tire a moss d'Albi e Ihi diga que, per la dicha orde- 
danssa, no vuelha re ennovaren prejudici del cossolat ni dels 
habitans de la dicha ciutat tro que hom aja vist et agut cos- 
selh sus la dichas ordenanssas, e que entretant hv)m aja son 
cosselh sobre aquo cossi s'en régira hom. 

L'an dessus, a V de maj... 

Sobre so que era degut al senhor(s) II francxs e quart per 

1 Quelques mois après, le dimanche 5 juillet, l'évèque de Maillezais, 
ainsi que l'écrit M. Aug. Molinier, assistait, avec l'évèque de Conserans, 
à la consécration de la chapelle de la Mai/re de Dieu de la Pieta, au cou- 
vent des Carmes de Béziers . Cf. Mémor. de Jac. Mascara, p. 92. 

' Guiraud Malepue. 

3 Le nom de ce conseiller du roi est bien tel que nous l'écrivons. La 
confusion est d'autant plus difficile que, contrairement à l'habitude du 
scribe, Aujart s'écrit ici, non avec un i, mais avec un j. Il faut donc 
lire Aujart ou Oujart, comme écrivent dom Vaissete et Ménard, et non 
Omart, comme le veut M. Aug. Molinier. Cf. Hist. de Laïuj., IX, p. 928, 
note 1. 



DÉLIBÉRATIONS 1372-13(88 'jGS 

fuoc novelamen e darieiramen endig, que monta IIP XV 
francxs', e so que es degut a'u Felip Vaissieira, que monta 
CL francxs. Tengro totz que se negun home se vol encargar 
de paguar les sobredigs deutes, que monta entre tôt Illl" 
LXV francxs e may tôt despens que la universitat de la pre- 
sen ciutat ne suffertes, de dimergue proda venen enla, que 
hom Ihin done ho Ihin fassa venda de VIII comus, losquals 
sian vendutz e se deio levar en la manieira contenguda en la 
carta de la venda fâcha saentras deU detz e dels V cornus 
darieiramen vendutz. Et atendut lo dig cosselh, aqui meteiss 
les sobrenompnafz senhors cossols, de cosselh e de voler dels 
sobrenompnatz singulafs, eiidissero, per paguar los sobredigs 
deutes, VIIT comus. 

L'an MCCCLXXXVIir, a XIII de jun . . . 

Dissero que tôt jorn ara granda dissensio sus lo aliurameu 
dels mobles, que alscus teniau que hom los allures, agut sagra- 
men e revelan los mobles; autres teniau que fosso aliurat[z] 
adalbiri dels senhors cossolf^, aguda enformacio am sabedors. 
Tengro sus aquo que, fâcha enformacio per los senhors cossols 
am sabedors, que fasso lo aliuramen dels mobles a lor albiri. 

L'an dessus, a XX de julh. . . 

Les senhors m^ G" Bestor, en Duran Daunis, B. Col, R. de 
Montalazac, Azemar de Brinh, Dorde Romanhac, cossols, orde- 
nero e donero mandamen a'n Frances Donat, lor recebedor, 
de paguar e comptar a'n Felip Vaissieira, per lo viatge que fe 
a Rodes, quant moss. Felip Bona hi fe anar luy e m*^ Dorde 
Gaudetru e d'autres d'esta vila per tener arest de part de la 
tro que moss. d'Armanhac fos paguat de so que la vila Ihi 
dévia per la bueja, so es asaber, per cascun jorn que vaquée 
en lo dig viatge, aitant que ne es estât comptât e paguat, per 
cascun jorn, al dig m" Dorde Gaudetru. 

L'an dessus, a XXV de julh. . . 

Sobre aisso que aissi fo dig que los cossols de Pueg Gozo* 



' Le nombre de feux est de 315/'2 l/4--=140. C'est, ainsi que nous l'avons 
vu, le nombre fixé par VHist. de Long., IX, p. 933. 
* Puygouzon, cant. d'Albi. 

30 



466 AOUT 1388 

aviau fags bandir e mètre en las mas de la cort de Pueg Gozo 
aiscus blatz et outres t'rugs d'alscus habitans d'esta vila per 
los talhs e cornus que dise que so empausatz de en lo dig loc 
{sic) de Pueg Gozo, dizens que, sego[n] que aissi fo dig, (que) 
los senliors cossols d'Albi aviau fag bandir aiscus blatz e frugs 
de gens de Pueg Goso que ero en la senhoria d'AIbi e que els 
non lio debandirau seno que hom lor reraoga los bans que 
hom ha fags mètre a las gens de Pueg Gozo. Per que deman- 
dero cosselh cossi s'en regiiau. E dissero que, atendut que am 
la lor senhoria an bandit e mes bans en los frugs que so en la 
senhoria d'Albi, (que) hom se tire a las gens de moss. d'AIbi 
et a las gens del rej, e que lor ho diga [que] en fasso enfor- 
macio et en nutra raanieira seguisca hom son dreg aitant 
qunnt poira. 

L\an MCCCLXXXVIII, a XVIII de aost. . . 

Sobre ais^o que aissi fo dig que moss, l'avesque d'AIbi ha 
traraezes querre los senhors cossols d'esta vila e lor a dig e 
comandat, en pena de L marcxs d'argen, que hom repare la 
clausura de la vila. It. que lo coven dels Carmes avia preguat 
los senhors cossols que lor ajudesso a far lo cor, de so que lor 
plazeria. P. que lo viguier d'Albi avia dig e fag dire als senhors 
cossols que el, segon que dizia, [avia fags] aiscus trebaUi[s] 
per la vila, e que hom Ihi volgues donar e remunerar de qual- 
que causa. It. que, coma hom voIgu^s far mètre a la torrela 
del cloquier de S. Salvi que fa bastir la vila lo senhal de 
S. Salvi e de moss. d'Autpol, e la emagena de S. Salvi, que lo 
prebost de S. Salvi hi metia débat que los digs senhals de la 
vila ni de moss. d'Autpol no s'i meto. E sus tôt aisso ten;.'ro 
totz. quant als comandamens que ha fag[s] moss. d'Albi am 
pena, atendut que non ho ha fag en la forma que deu, segon lo 
acordi fag saentras entre moss. Hue A'bert, avesque d'Albi e 
los senhors cossols, que hom s'en apele en cas que revocar 
non ho vuelha, e que hom ho seguisca, e que per so non estia 
que la dicha reparacio se fassa. E sus aco dels Carmes, tengro, 
la major partida, que non ajo re. It. sus aquo del viguier, 
tengro que se hom Ihi deu re quel pague, autraraen que no 
Ihi sia re donat. It. quant a'n aco de S. Salvi, tengro que los 
digs serhnls s'i meto, vuelha lo senhor o no. 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 467 

L'an dessus, a XXIII d'aost... 

Sobre aisso que aissi fo dig que moss. d'Albi, o alscus de 
SOS officiers, avia dig als seiiliors coï-sols que los seus molis 
de la pre?en ciutat e la pai«sieira hau mestiers de reparacio ; 
et avia los adempratz que li volguesso ajudar e donar ara que 
los pogues far reparar. Par que demaiidero cosselh los senhors 
cossols als sirigulars cossi s'en regiriau, ni se voliau ni acos- 
selhavo que bon Ihi done ho no. Et auzidas per los singulars 
las causas sobredichas, totz tengro et, acosselhero que, aten- 
dut que la vila ha pro a far en reparar la clausurH, (que) hom 
no Ihi done re. It. sobre los comandaraens que moss. d'Albi, o 
SOS officiers, avia fags als senliors cossols am grans penas, 
que reparesso la clausura de la viln, dissero et acosselbero 
que hom veja se moss. d'Albi els digs sos officiers volrau 
revocar los digs comandamens, et se non ho volo far, que hom 
s'en apele e que [liom] seguisca la appellacio. It. sobre lo 
nombre dels senhors cossols fazedors novelamen, tengro, la 
major partida fiue torno al nombre de VI, e que prengo, cascu, 
detz Ibr. de gatges, losquals meto en far rauba del cossolat. 

Ici se clôt le registre des délibérations proprement dit. Les 
quatre derniers folios sont occupés par des actes d'accord, des 
procès-verbaux de dégâts, etc. , etc. iXoas en reproduirons quel- 
ques-uns. 

L'an MCCOLXXXin, a XXIX dias del mes d'aost, costi- 
tuitz personalmen, ad Albi, en la majo comina', B. Serras, 
fustier, G™ Engilbert e Ramon Engilbert, massoniers. Repor- 
tero e feiro relacio que els ei-o analz vezer, de mandamen 
dels senhors cossols del dig loc, una essemps am los senhors 
en Durau Daunis, m° Dorde Gaudetru, m^ Azemar Grasset e'n 
G™ Colobres, cossols del dig loc, I i.'ebat que era entre na 
Peirona Engilberta d'Albi, de una part, e m*^ R. Prevenquier, 
notari del dig loc, d'autra part, sus una paret que es entre los 
hostals de las dichas partidas, assetiatz dins la ciutat d'Albi, en 
lacarieira de Rocalaura, que se cofronto, so es asaber l'ostal de 
la dicha Peirona am l'ostal del dig m*^ R., de una i)art, e d'autra 
part, am l'ostal d'en Guiraut de Not e de sa molher, et am la 
carieira cominal et am sas autras cofrontacios ; et l'ostal del 



468 PIÈGES DIVERSES 

dig m* R. cofronta se am Tostal de la dicha Peirona, d'una 
part, e d'autra part, am l'ostal de moss. Johan Lamesoa, 
capela, et am la dicha carieira cominal et am sas autras 
cofrontacios ; sobre aisso que la dicha Peirona dizia, segon 
[que] aissi fon dig, que le dig m^ R. Prevenquier cavava o 
fazia cavar dins lo dig seu hostal, razen lo pe de la dicha 
paret, en gran prejudici e dampnatge de la dicha Peirona e 
del dig seu hostal, e que par causa del dig cavamen, la dicha 
paret se poira perdre e cazer, e per consequen tôt lo dig son 
hostal darapnegar e desruir ; lo dig m* R. dizen lo contrari, 
motas causas encontra prepausan. E sus aquo, los juratz * sian 
estat[zj, coma sobredig es, sus lo débat, et au reportât e dig e 
fâcha relacio que lo dig m® R. poc cavar dins lo dig seu hostal, 
razen lo pe de la dicha paret, aissi quant ha comensat, ses 
far negun prejudici a la dicha Peyrona ni al dig seu hostal ; 
mas afi que la dicha paret demore uiaj en segur e sia may 
forta, dissero los digsjuralz que lo pe de la dicha paret, davas 
casouna de las dichas partida>!, per tôt l'ample de la dicha 
paret, sia entrepeirada, al despens cornu de las dichas partidas; 
loqual entrepeiraraen monte en aut entro que la dicha paret 
demore e puesca demorar en segur, am aital condicio que, fag 
que sia lo dig enlre[)eiramen o davant, encontenen que la 
dicha [)aret sera uberta per far lo dig entrepeiramen, se maes- 
tres experts ad aquo conoissiau o podiau conoisser que la una 
de las dichas partidas degues may j'agar que l'autra per causa 
del dig entrepeiramen, que aquela partida que séria coiiogut 
que deuria raaj paguar pague e sia tenguda de pagar lo dig 
sobreplus que per los digs maestres séria conogut. De quibus 
omnibus di'ctl jurati, etc., etc. 

i;an MCCCLXXXIIII, a XXIII de julh, G-" Blanc e Peire 
Albert, juratz de la ciutat dWlbi, feii'o relacio en la mayo 
comitial del cossolat del dig loc, que els ero anatz, de manda- 
men dels senhors cossols, vfzer un débat que era entre Azemar 
Blanquier, d'una part, e'n Bernât Gavauda, d'autra ; que dis- 
sero, los dig[s] juratz que lo dig Bernât Gavauda ténia a parso. 



' Au manusc. : jurarat. 



DÉLIBÉRATIONS 1372-1388 469 

so es asaber a miejas, del dig Azemar doas pessas de prat 
assetiadas el Ga de Lescura, que sténo, so es asaber la una 
am lo prat de R. Sarr^izi et ara l'autre prat del dig Azemar et 
am lo fluvi de Tarn ; e l'autra pessa te se e se cofronta am la 
terra del dig Bernât Gavauda et am lo dig prat de R. Sarrazi 
et am lo fluvi de Tarn. K lo dig Azemar ditz, segon que los 
digs juralz reportero, que lo dig Bernât Gavauda ilii fa, cascun 
an, paisser los digs pratz c que no los governo ai.-si quant 
deuria, en tal manieira que el non poc aver la part, ni lo pro- 
fieg que deuria ni ad el se aperte. K sus aquo, los di;.'[s] jurat[z] 
reportero que els ero anatz vezer los pratz e los aviau be e 
diligenmen regardalz, et aviau irobat rjue los digs pratz non 
ero govetnatz aissi (juant deuria, ])er so quar son estatz pas- 
cutz per bestials e no se sego en temps degut, ni, l'erba 
segada, lo dig Bernât non aresa ni fag aresar en la forma que 
deuria ; e que en lo dig [irat ba traucxs et autras causas per 
fauta d'aquel que lo te, quar no los governa be, aissi quant 
deu ; e que lo dig Azemar es damnejat de la sua part de Terba 
dels digs pratz de l'an presen tant solamen que ba mav agut 
que non ba ni aura, so es asaber XII quintals de fe, so es 
asaber, en la pessa del prat(z) que ste am lo dig Azemar et am 
lo dig R. Sr^rrazi, VII quintals, et en l'autra pessa, V quintals. 
Et a' Il aco los digs juratz ho estimoro e de presen bo estimo, 
e per lor salriri II s. 

It. reportero may los sobredigs juratz que els ero anatz 
vezer... una tala Cacha per bestial en una quantiiat de milh 
que es en las terras del dig Azemar Blaiiquier, assetiadas al 
Ga de Lescura, que sieno am las terras de B. Gavauda et am 
la barta del dig Azemar e lo pi at cominal ; laquai tala estimero 
a una cartieira de milb, e per lor salari II s. 

L'an MCCCLXXXlIll, a III de may, Frances Be o Guilhem 
Blanc, jurats... feiro relacio que els ero anatz vezer... una 
tala fâcha e dampnatge fag per bestial en una quantitat de 
pajlieira en grana, (jue es en una teira de Peyrona, molher 
que fo de P. Duro, sirven saentras habitan d'Albi, assetiada 
otral pon de Tarn, el loc apelat al Toron vielh, que ste am 
los ortz de Vidal Calmet et ara lo fluvi de Tarn ; laquai tala e 
dampnatge estimero a una emiiia de grana, e per lor salari II s. 



470 PIÈGES DIVERSES 

L'an dessus, aXXIIII d'aost, G™ Blanc e G" Guitart juratz... 
feiro relacio... que els ero anatz vezer... una tala fâcha per 
bestial en una milhieira que es de P. Viguier, que es aFalgai- 
rac, que ste(no) ara las terras de Azemar Calvet et ara las 
terras que foro de G" Miquel et am lo cami cominal ; laquai 
tala estimero a très e[iïi]j[n]as de milh, e per lor salari II s. 

Aus". Vidal. 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE DES REVUES 

Revue hispanique, année 1904. — Floresta de philosophes, 
p, 5 ; — G, Baisl: << Hispanioliis? », \\. 155; — A.-R. Gonçalves 
Yianna : Etymologies porttigaises.p. 157; — P . Groussac : Le com- 
mentateur du « Laberiuto », \). lOl; — R. Foulchè-Delbosc : Note 
sur le sonnet « Superbicolli », p. 225; — J. Puyol y Alonso : Una 
puebla en el siglo XllI, p. 243, 

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Guillaume IX, p. .361 ; — E. Aude : Les plaintes de la Vierge auprès 
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Zeitschrlfc fiir franzôsische sprache und litteratur , 

XXVlIl,5et7. — C. Friesland : Franzôsische sprichworter-bibliogra- 
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— F. Codera : Algo de dialectos es[ianoles â pi'incipios del siglo XIII, 
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Per un verso dell' Ariosto e par una particolare forma sintattica 
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472 BIBLIOGRAPHIE. 

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Journal des Savants, aoiit 1905. — M. Roques : Méthodes éty- 
mologiques, p. 419. 



COxMPTES RENDUS 

Henri Chardon. — Nouveaux documents sur les comédiens de 
campagne, la vie de Molière et le théâtre de collège dans le Maine. 
Tome second. — Robert Garnier, sa vie, ses poésies inédites, avec 
son véritable portrait et un fac-similé de sa signature. — Paris, 
Champion, 1905, 2 vol. in-S". 

Longtemps interrompu dans ses travaux par la maladie, M. Chardon 
a repris, avec une étonnante activité, la série de ses recherches fécon- 
des ; et, comme il avait déjà fort avancé la préparation d'un cei't.nin 
nombre d'ouvrages, il peut maintenant les publier coup sur coup, sans 
qu'on ait le droit de l'accuser de publications hâtives. Nos lecteurs se 
souviennent peut-être qu'il y a quelques mois, nous leur avons signalé 
deux importants volumes sur Scarron inconnu. Voici deux volumes 
encore, tous deux inspirés par le même souci du Maine et de son his- 
toire, mais dont les sujets, cette fois, sont foncièrement différents. 

A vrai dire, le sujet du premier de ces volumes manque singulière- 
ment d'unité, et le titre même adopté par l'auteur le fait entendre. Dans 
sa chasse ardente aux documents, M. Chardon s'était successivement 
lancé sur les différentes pistes qui s'offraient à lui, et de ces pistes 
successives il nous avait vite entretenus. Restait à nous dire jusqu'où 
chacune des pistes pouvait le conduire ; restait à nous donner une 
sorte d'appendice général ou de conclusion générale, et c'est l'affaire 
de ce volume. 

M. Chardon, en 1876, nous avait appris quelle était la troupe 
d'acteurs nomades dont Scarron s'était fait l'historiographe plus ou 



BIRLIOGRAPIIIE. 473 

moins fidèle dans le Roman Comique : en 1905, il nous donne quelques 
renseignements encore sur Filandre, sur les Longchamp, etc. 

En 1876 et en 1S8R, il avait suivi foi'ce ti-oupes de campagne dans 
leurs pérégrinations, même liors de France: en 1905, il complète ses 
informations et nous donne des indications nouvelles sur les Raisin, 
les Villiors et d'autres, qui ne sont pas [)armi les membres les moins 
notables de « l'ordre vagabond des comédiens de campagne » ; il 
groupe les divers détails (pii uiit fin être recueillis sur les voyages des 
comédiens français hors do France. 

Comment s'enquérir des comédiens nomades s;ins s'informer du plus 
grand d'entre eux, de Molière? 11 avait été fort question des pérégrina- 
tions de ]\Iolière dans le volume de 188G : dans celui de 1905, les 
découvertes des vingt dernières années sont résumées et classées avec 
clarté. 

Mais comment se résoudre à parler de Molière sans s'arrêter à 
examiner, à résoudre quelques-uns des problèmes que sa vie offre à 
notre curiosité? De là, les l'évélations sur Tristan de Vauselles et 
Marie Courtin, sur Madeleine de l'Hermite et ses deux mariages, sur 
M. de Modène, sur Madeleine Béjart : les études de M. Bernardin 
sur ces pei'sonnages amènent M. Chardon à nous les présenter de nou- 
veau une dernière fois. 

Enfin, l'historien du théâtre au XYI*", au XVI I*', voire au 
XVIII* siècle ne peut complètement négliger les représentations des 
collèges. N'est-ce pas dans les collèges que Jodelle et ses successeurs 
ont cherché et parfois trouvé des interprètes? Les pièces religieuses 
des collèges n'ont-elles [)as eu leur influence sur l'éclosion de 
Pohjeucte, de Samt-Genest, à'Esfher et à' A thalie ? Et n'est-ce pas dans 
un collège que La Mort de César, de Voltaire, a été jouée en 1735? 
De tous côtés, dans ces dernières années, des historiens se sont 
trouvés pour le théâtre scolaire. M. Chardon a joint ses efforts aux 
leurs. Il a étudié les fêtes et les représentations des collèges du 
Mans, il a reproduit des affiches et des programmes curieux ; il a 
monti'é même l'influence des événements politiques sur le théâtre des 
collèges. Que dites-vous, par exemple, de ce titre savoureux : Pasto- 
rale en deux actes et en vers sur la victoire remportée auprès de 
Nantes par les armées de la République, par Michel Boyer, profes- 
seur au collège national du Maim, représentée dans Vacle de la distri- 
bution des prix du collège, en présence des autorités constituées le 
6 août 1793 et iinpriiuée par ordre de l'administration du département 
de la Sarthe. 

A moins d'entrer dans des détails minutieux, pour lesquels la place 
me manquerait, je ne puis analyser plus complètement un volume 
comme celui de M. Chardon. J'aurais seulement bonne envie de 



474 BIBLIOGRAPHIE. 

répondre à une question posée p. 189 sur l'influence des tragédies de 
Jacques de la Taille et du Père Musson, dont Darius est le héros, et 
sur les traditions de la tragédie classique au XVI» et au XYll» siècle ; 
mais, outre que le passage de M. Chardon est un peu obscur, ceci 
encore m'entraînerait bien loin. 

Je regrette qu'une œuvre aussi touffue, où tant de noms sont pro- 
noncés, ne soit pas terminée par un index. M. Chardon ne croit-il pas 
qu'un index général de ses principaux ouvrages serait fort utile aux 
chercheurs et empêcherait ces erreurs de faits et de dates, dont il a 
une horreur légitime, de se conserver religieusement ? 

L'unité qui ne pouvait se trouver dans le tome second des Nouveaux 
documents sur les comédiens de campagne. . . . est, au contraire, fort 
nette dans le volume sur Robert Garnier. 

Robert Garnier, né à la Ferté-Bernard, dans le déparlement actuel 
de la Sarthe, est le plus grand nom de l'histoire littéraire du Maine; 
mais les Manceaux jusqu'ici ne s'étaient pas fort appliqués à l'étude 
de leur grand homme, et M. Hauréau lui-même, dans son Histoire 
littéraire du Maine, n'avait pas évité les erreurs graves à son sujet. 
Hors du Maine, on avait étudié de près dans Garnier le dramaturge; 
mais on avait négligé le poète lyrique; et sur l'homme même, sur sa 
vie, on se contentait de renseignements traditionnels, fort peu nom- 
breux et fort peu sûrs. Contre cet état de choses, M. Chardon a jugé 
qu'il était temps de réagir, et il l'a fait, avec la conscience et la sûreté 
ordinaires de son érudition. 

Con)mençons par indiquer les lacunes, volontaires ou non, de cet 
ouvrage. 

Tout d'abord, c'est à peine une étude littéraire. M. Chardon, modes- 
tement, a pensé qu'après MM. Bernage, Faguet, Fœrster et le signa- 
taire de ce compte rendu, il n'aurait rien d'important à dire sur les 
œuvres dramatiques de l'auteur Ae's, Juives et de Bradamante. Il s'est 
contenté de quelques indications de détail, et c'est ici sans doute que 
les connaissances de M. Chardon sont le plus souvent en défaut. 11 
n'est pas exact que la Didon de Jodelle ait été accueillie avec succès 
six ans après la Cléopâtre (p. V)2j; — il ne faudrait pas, parmi les 
ouvrages sur les comédiens italiens en France, oublier celui de Baschet 
(p. 132 n.) ; — une phrase comme celle-ci donne une idée tout à fait 
erronée : « quant à Bradamante, on a de nombreux témoignages de 
ses représentations au commencement du XVII'^ siècle» (p. 143); — 
et de même celle-ci, sur le huguenot v'-O Montchrestien (p. 225; : 
n Montchvest'ien vit rejn'ésenter de son vivant 2)lusieurs de ses œuvres.» 
Je n'ai garde d'insister, et, puisque M. Chardon a fait allusion aux 
polémiques sur les représentations des tragédies au XVI'= siècle, je me 



BIBLIOGRAPHIE. 475 

contente de le renvoyer à mes articles de \a. Revue d'histoire littéraire 
de la France, 1905 : la mise en scène dans les tragédies du XV/« siècle 
(janvier à mars et avril à juin); les trois éditions de la « Sophonisbe » 
de Montchreslien et la question de la mise en scène dans les tragé- 
dies du XVI^ siècle (juillet à septembre). Notons seulement que les 
recherches persévéï'antes de M. Chardon ne lui ont fait découvrir de 
représentations de pièces de Garnier ni dans les collèges du Mans, ni 
ailleurs *. 

Le poète lyrique étant beaucoup moins connu en Garnier que le 
dramatique, M. Chardon s'est attaché à lui avec plus d'amour, et il 
lui a rendu plus de services. Si les Plaintes amoureuses, publiées à 
Toulouse en 1565, ont échap|)é à ses recherches, comme à celles de 
Tamizey de Larroque (et peut-être en effet n'existent-elles plus, et 
peut-être Garnier a-t-il travaillé lui-même à les faire disparaître), en 
revanche M. Chardon a pu nous donner d'autres poésies de jeunesse 
qui ont été couronnées aux jeux floraux ou qui ont été composées 
pour une entrée à Toulouse du roi Charles IX; il a reproduit, presque 
en fac-similé et d'après un exemplaire unique, VHymne de la Monar- 
chie, réfutation anticipée du Contrun de la Boétie, dédiée en 1567 à 
Guy du Faur, seigneur de Pibrac. Enfin il a appelé l'attention sur ce 
qui est, à son sens, le chef-d'œuvre du poète, VElégie sur le trépas 
de Pierre de Ronsard. 

Mais c'est surtout la biographie de Robert Garnier qui a occupé 
M. Chardon. Et toutes les obscurités n'en ont pas disparu, car beau- 
coup viennent, soit de hasards divers, soit de la disparition rapide 
des descendants du poète, soit du silence volontaire qui a été gardé 
sur un magistrat ligueur après le triomphe d'Henri IV. Mais voici 
que, grâce à M. Chardon, bien des confusions sont dissipées entre 
Robert Garnier et ses homonymes Claude ou Sébastien ; les dates 
essentielles de sa vie sont maintenant établies ; ses fréquentations 
sont mieux connues, sa physionomie est plus distincte. 

Le chapitre premier de l'ouvrage est consacré aux Premières années 
et aux premières poésies. Un passage de Vauquelin, dont on n'avait 
pas tiré parti, fixe la naissance du poète à l'année 1545 ou à l'an- 

' P. 140-1, M. Chardon écrit : « S'il fallait en croire Henri Duval, les 
pièces de la Renaissance auraient été jouées par les basochiens, voire par 
les confrères de la Passion. M. Faguet a ajouté foi à ces dires... » Ce 
n'est pas aux dires d'Henri Duval (Bibliothèque nationalmeure du père nourricier de Simplicius : a On commença 
par ôter les pierres des pistolets et par serrer à leur place 
les pouces des paysans, et l'on tortura ces pauvres diables 
comme s'il s'agissait de brûler des sorcières. Ils prirent un de 
ces paysans prisonnier-*, le fourrèrent dans le poêle et y mirent 
le feu, quoiqu'il n'eût encore rien avoué. A. un autre, ils cei- 
gnirent la tête avec une corde et la serrèrent avec un garrot, 
à tel point que le sang lui sortit par la bouche, le nez et les 



melshausen est de 1882, postérieure de trois ans à la première forme de 
l'article ci-dessus. M. Antoine n'a pas remarqué d'analogie entre Simpli- 
cius et Candide. Le titre du roman allemand est bien Sùnplicissimus, 
quoique le héros y soit dit Simplicius. 

1 Gœdeke, Grundi'iss, tom. I, L. 5, p. 509, Simplicissimus redivivus, 
s. 1. 1743, 8». 



488 CANDIDE, SIMPLICIUS ET CANDIDO 

oreilles. Chacun inventait un nouveau genre de torture pour 
ces pauvres paysans, et chaque victime avait son supplice 
particulier. Mais mon Knan (mon père), d'après ce que j'en 
jugeais alors, fut le plus heureux et le mieux partagé. Car il 
avoua en riant ce que les autres avaient dû avouer au milieu 
des tourments et des cris de douleur. Sans doute on lui accorda 
cet honneur parce qu'il était le chef de la maison. Ils le mirent 
auprès d'un grand feu, le garrottèrent de manière à ce qu'il 
ne pût remuer ni bras ni jambes, lui frottèrent la plante des 
pieds avec du sel humide, et les lui firent lécher par une chè- 
vre, ce qui le chatouilla tellement qu'il faillit crever de rire. 
Comme je n'avais jamais vu mon Knân rire aussi longtemps, 
je trouvai cela si gentil et si charmant, que, pour lui tenir 
compagnie, ou plutôt parce que je n'en comprenais pas davan- 
tage, je ne pus m'empêcher de rire avec lui. C'est en riant de 
la sorte qu'il avoua ce qu'on voulait savoir de lui, et dit où 
était caché son riche trésor qui consistait en perles, en or et en 
bijoux, et qu'on n'aurait pas soupçonné dans la maison d'un 
paysan. Des femmes, des servantes et des jeunes filles prison- 
nières, je ne saurais rien dire, parce que les soldats ne me 
laissaient pas voir comment ils les traitaient. Ce que je sais 
bien toutefois, c'est que de temps à autre on entendait dans 
les coins des cris déchirants ; et j'imagine que ma Meuder 
(ma mère) et notre Ursele n'ont pas été plus épargnées que 
les autres. Au milieu de cette désolation, je tournais tranquil- 
lement la broche, sans me soucier de rien, parce que je ne 
comprenais pas encore bien ce que cela voulait dire. J'aidai 
aussi à faire boire les chevaux, ce qui me donna l'occasion de 
voir notre servante dans l'écurie. Elle était si drôlement ajus- 
tée et chiffonnée que je ne la reconnus point; mais elle me dit 
d'une voix faible et dolente : mon garçon, sauve-toi, sinon 
les cavaliers te prendront avec eux. Arrange-toi pour t'esqui- 
ver ; tu vois bien comme ils m'ont,.. Elle ne put en dire davan- 
tage. )i Livre P', chap. 4 *, 

La pauvre Ursule deviendra Pâquette, mais les conséquen- 
ces de l'intimité de celle-ci avec Pangloss me paraissent déri- 



1 Je cite d'après l'exacte traduction donnée de ce passage dans le 
livre de M. Antoine, p. 122-123. 



CANDIDE, SIMPLICIUS ET CANDIDO 489 

ver des chapitres où Simplicius, le Beau Alemand, a de peu 
honorables succès auprès des dames de Paris. 

Le ton des deux romans est celui de l'ironie, incisive et 
maligne dans Candide, brutale dans Simplicius. Un pauvre 
enfant, sans connaissance aucune du monde, est jeté au milieu 
des horreurs de la guerre de Trente Ans : il les décrit sans 
paraître les comprendre, avec une vérité qui fait dresser les 
cheveux. L'ironie voltairienue est de meilleure compagnie et 
d'un plus grand style, mais elle atteint dans Candide à des 
effets d'une intensité qui me paraît peu explicable chez l'au- 
teur de Zadig,s[ Ton suppose qu'il a complètement ignoré le 
livre de Grimmelshausen. 

Comme Candide, Simplicius parcourt le monde, mais en 
suivant un autre itinéraire. Ainsi il ne va point en Amérique 
où l'élève de Fangloss me semble quelque peu entraîné par 
l'exemple de certains personnages de Lesage. Mais dans 
Grimmelshauseii les voyages du héros sont une addition inu- 
tile : Simplicius quitte sa métairie où il vivait heureux, 
tente fortune en Russie, se met au service du tsar, est en- 
levé par des Tartares, vendu à des Chinois, donné par 
ceux-ci au roi de Corée. Celui-ci, en reconnaissance de 
ses services, lui rend la liberté, et l'adresse, par le Ji^pon, aux 
Portugais de Macao. Il tombe plus tard entre les mains des 
corsaires mahométans de la mer des Indes, est vendu à des 
marchands d'Alexandrie, expédié à (îoustantinople où il rame 
sur les galères du Grand Turc, jusqu'au jour où le navire est 
pris par un vaisseau vénitien. Redevenu libre, il part de Venise 
avec d'autres pèlerins allemands, visite Rome et Lorette, et 
revient dans la Forêt-Noire par le Gothard, sans rapporter 
rien cliez lui de ces voyages que la longue baibe qu'il avait 
laissé pousser à l'étranger. 

Dégoûté du monde, il finira en ermite daus une île déserte 
près de Madagascar. Comme plus tard Robinson Crusoë, Sim- 
plicius est un bon chrétien. Candide, au contraire, quand il est 
au terme de ses aventures, passe de l'optimisme au scepti- 
cisme : « Mais cultivons notre jardin. » 

Dans Voltaire, on reconnaît ç:i et là des souvenirs du 
voyage à Postdam : ainsi les traits contre la province de 
Westphalie, la scène de l'enrôlement où est dépeinte la ma- 
nière dont procédaient les recruteurs de l'armée de Frédéric, 



490 CANDIDE, SIMPLIGIUS ET CANDIDO 

par-dessus tout le hobereau, frère de Cunégonde, dont rien 
ne peut corriger l'arrogance et qui garde sa moi'gue vaniteuse 
dans les forêts du Paraguay et jusque sur les galères turques 
où, comme Simplicius, il est contraint de ramer. 

Faut-il ajouter quelque importance à des détails tels que la 
mention de Venise dans les deux romans, le rôle des deux 
anabaptistes?... On ne sait, et c'est vraiment d'une impression 
d'ensemble que se dégage la supposition que Voltaire a connu 
le roman allemand avant d'écrire le sien. 

Pourquoi le héros chez lui est-il Candide et non Simplice? 
Certainement pour ne pas encourir le reproche de plagiat qui, 
dans le cas eût été très mal fondé ; mais peut-être aussi parce 
qu'il avait rencontré dans la comédie anglaise un personnage 
de ce nom, ayant, avec l'amant, de Cunégonde, une ressem- 
blance de caractère. 

Dans son étude sur /^Honnête Courlhane, de Decker et 
Middleton {The Honest W/iore, 1604), Hazlitt, gr;ind admira- 
teur de cette pièce, trace ainsi le portrait d'un des personnages : 
(( Candido, le brave homme du drame, est un caractère d'une 
simplicité et d'une originalité (quaint ness) inconcevables. Sa 
patience et sa bonne humeur ne peuvent être troublées par 
rien. L'idée (car ce n'est rien qu'une idée) est drôle et très 
bien soutenue. Il n'est pas seulement résigné aux injures, mais 
((il les transforme», comme dit Falstaff, des maladies ((en 
avantages» *. Ce Candido qui prend toutes choses par le bon 
côté, n'est-il pas un optimiste, et à ce titre n'a-t-il pas pu 
arrêter l'attention de Voltaire? 

Il est aisé d'accepter que les aventures de Cunégonde et de 
la vieille doivent beaucoup à la nouvelle de Boccace, où l'on 
voit la fiancée du roi de Garbe passer de main en main avant 
d'arriver à son légitime possesseur. Il est plus difficile, je le 
reconnais, d'admettre que la lecture de Voltaire se soit étendue 
jusqu'à l'œuvre de Grimmelshausen ou au vieux théâtre anglais, 
mais en soi la chose n'a rien d'impossible, puisque Voltaire a 
eu l'occasion, en Allemagne et en Angleterre, de feuilleter le 



' Hazlitt, Lectures on the Lilerature oj the arje of Elizabftk, lecture 3 
on Marston, Chapman, Decker and Webster. 



CANDIDE, SIMPLICIUS ET CANDJDO 491 

Simplicius eiVHonest Whore^. Les titres, à eux seuls, étaient 
dénature à solliciter sa curiosité. 

Tout d'abord, j'étais porté à voir dans l" Ingénu un second 
Simplicius, élevé non au Spessart, mais chez les Hurons, ce qu^ 
diffère peu. Mais c'est des Mémoirei^ de Uobert Chevalier, dit 
de Beauchesne, publiés par Lesage (1732), que Voltaire s'est 
inspiré ici. Il ne leur doit d'ailleurs que le caractère du per- 
sonnage -. 

Ferdinand Castets, 



1 C'est à son séjour en Angleterre que Voltaire doit d'avoir connu Piler- 
mite de Parnell (1679-1717), dont il a intercalé une imitation dans Zadig, 
ce que Fréron lui reprocha durement. 

* L'enfance de Beauchesne chez les Iroquois, sa violence et son courage 
indomptables, la vigueur extraordinaire du « gros garçon d'assez bonne 
mine, blanc et blond », son embarras naïf quand les dames, chez M. de 
Remoussin, le prennent pour cible de leurs coquetteries, sont des traits 
qui ont pu intéresser Voltaire. D'après Dunlop [History of Fiction, IIP, 
p. 327), la principale situation est tirée de la Baronne de Liez, roman 
de Duclos. 



DEUX FAUTES DANS LE DISCOURS DE BOSSU KT 

SUR L'HISTOIRE UNIVERSELLE 



Dans les éditions du Discours sur l'Histoire universelle que 
j'ai pu voir \ on lit^ : « 11 (Alexandre le Grand, aux Indes) fut 
contraint de céder à ses soldats rebutés qui lui demandaient 
du repos. Réduit à se contenter des superbes monuments 
qu'il laissa sur le bord de l'Araspe, il ramena son armée», etc. 

L'Araspe, quelle est cette rivière? En vain vous le deman- 
derez aux commentateurs, aux lexicographes^ aux géogra- 
phes. Nul ne connaît un cours d'eau de ce nom. La rivière au 
bord de laquelle Alexandre dut arrêter sa marche victorieuse 
est l'Hjphase ou Hypase^ (Vipaça, aujourd'hui Béyah). 

Un peu plus loin les éditions portent : « Mais ce qu'il j avait 
de plus funeste pour sa maison et pour son empire, est qu'il 
laissait des capitaines à qui il avait appris à ne respirer que 
l'ambition et la guerre. Il prévit à quels excès ils se porte- 
raient quand il ne serait plus au monde : pour les retenir, et 
de peur d'en être dédit, il n'osa nommer ni son successeur ni 
le tuteur de ses enfants. » 

On comprend : a de peur d'en être dédit, il n'osa nommer 
son successeur.» Mais que peut bien signifier ceci : « pour les 
retenir, il n'osa nommer son successeur? » Le beau moyen de 

* De l'édition princeps, Paris 1681, à celle de M. A. Gasté, Paris 1885, 
qui reproduit « aussi fidèlement que possible » la troisième, «revue par 
l'auteur», Paris 1703, laquelle, d'après M. Gasté, « présente le texte 
définitif» de Bossuet. 

2 Troisième partie, chapitre 5, près de la fin. 

3 Yyao-iç, Arrien ; Hypasis, Quinte-Gurce, Pline; YTravtç, Straboa, 
Diodore de Sicile. Cette dernière variante est curieuse (Strabon 15, 1, 17, 
p. 691, parle d'un peuple rTrxTÎwv dans les mêmes parages), mais ne nous 
intéresse pas ici. 



DEUX FAUTES DANS LE DISCOURS DE ROSSUET 493 

retenir des généraux ambitieux et batailleurs : ne pas oser ! 
Et à supposer que Bossuet, par une sorte de zeugnae, ait voulu 
dire : « pour les retenir, il ne nomma pas sou successeur», 
c'eût été une étrange précaution à prendre contre eux. Pour- 
quoi, si chacun avait un droit égal à prétendre au trône, se 
battraient-ils moins entre eux que si un seul l'avait ? N'insis- 
tons pas. Il suffit d'un moment de réflexion pour voir que 
Bossuet a dû écrire : « Il prévit à quels excès ils se porteraient 
quand il ne serait plus au monde pour le^ retenir : et de peur 
d'en être dédit, il n'osa nommer ni son successeur ni le tuteur 
de ses enfants. » 

Conviendra-t-il de corriger ces deux fautes dans les éditions 
à venir du Discours? La seconde, oui; mais non la première. 
C'est pour cette différence et dans l'intérêt de la méthode cri- 
tique qu'il valait la peine de les relever. 

Gomment Hjphase ou Hypase ' est-il devenu Araspe?Ce 
n'est pas par une erreur visuelle du compositeur; on ne peut 
prendre Hjpase pour Araspe, si mal que le mot soit écrit ; et 
Bossuet avait une bonne écriture. C'est bien plutôt et sans 
aucun doute par une confusion qui se fit dans l'esprit de Bos- 
suet entre THyphase (affluent de l'Acésine, qui se jette dans 
rindus), l'Hy daspe (autre affluent de la même rivière) etl'Aruxe 
(fleuve de Perse), trois noms souvent mentionnés par les his- 
toriens d'Alexandre. Peut-être aussi Araspe, nom d'homme 
qu'il avait pu rencontrer dans la Gyropédie ou chez Phitarque, 
se mêla-t-ilaux trois autres noms dans les souvenirs flottants 
de l'orateur. Et c'est Araspe qu'il jeta sur le papier. Mais 
précisément parce qu'elle suppose tant de réminiscences clas- 
siques, la confusion doit être attribuée à l'auteur et non à 
l'imprimeur. Il y a donc eu un moment où Bossuet a cru que 



* C'est là, en eft'et, l'orthographe qui lui était fournie par les «Maté- 
riaux du Discours sur l'histoire universelle » qui sont conservés dans un 
manuscrit de la Bibliothèque Nationale, fonds français 12834, et dont les 
éditeurs du Catalogue général des manuscrits français, MM. Omont et 
Couderc, disent (t. II, p. 607) : « Très peu de ces matériaux sont auto- 
graphes, mais beaucoup portent des corrections de la main de Bossuet.» 
Dans ce manuscrit, on lit au f° 58 \- : « 11 subjugue toutes les Indes jus- 
qu'au fleuve Hypase ou il est contreint de s'arrester voyant son armée 
rebutée»; et les trois derniers mots sont corrigés en «ses soldats rebutez». 



494 DEUX FAUTES DANS LE DISCOURS DE BOSSUET 

la rivière qui marqua la limite de la marche cF Alexandre vers 
l'orient s'appelait Araspe. L'erreur est de lui, il l'a commise 
au moment où il écrivait cette page ; et comme il ne Ta corri- 
gée dans aucune des éditions soi-disant revues par lui, il 
paraît qu'il ne s'en est jamais aperçu ; nous n'avons pas le 
droit d'y toucher. 

Tout au contraire, la seconde faute est du fait de l'impri- 
meur et non de l'auteur. Comment celui-ci ponctua-t-il sa 
phrase ? On ne le saura probablement jamais, puisque le manus- 
crit autographe paraît être perdu. Mais sa pensée, nous l'avons 
vu, ne peut être que celle ci : « ...quand il ne serait plus au 
monde pour les retenir : et de peur d'en être dédit, il n'osa 
nommer», etc. C'est l'imprimeur qui la défigura en plaçant le 
double point après « monde ». Si Bossuet, dans trois éditions 
successives ' laissa subsister cette fausse ponctuation, c'est 
évidemment par inadvertance; jamais cette ineptie : « pour 
les retenir, il n'osa nommer son successeur» n'entra dans gon 
esprit ; jamais elle n'a été qu'une simple faute d'impression. 
Nous avons le droit et le devoir de la faire disparaître ^. 

En note cependant, si l'on dispose de ce mojen, on avertira 
le lecteur que Bossuet, dans ce passage, a eu deux défaillan- 
ces : Tune de mémoire, sur un nom géographique, en compo- 
sant; et l'autre, d'attention, sur un signe de ponctuation, en 
corrigeant les épreuves. Deux péchés assurément véniels, 
mais qui contribuent, pour leur faible paît, à caractériser sa 
manière de travailler. 

Max Bonnet. 



• 1681 ; 1682 ; 1703. 

* Après "monde», au lieu de deux points, certaines éditions ont un 
point final ; d'autres, point et virgule. Réaume, Histoire de Bossuet, I, 
p. 460, citant toute la page, écrit : « pour les retenir, ou de peur d'en 
être dédit ». Est-ce une nouvelle faute d'impression ou une conjecture 
malheureuse ? 



UNA NUOVA GRAMMATICA LATINO-ITALIANA 

DEL SEC. XIII 



lo ho fiducia di recare, con la présente publicazione, nu 
modesto contributo alla storia degli studi di grammatica nei 
seooli XIII e XIV. 

Tutti sanno che la produzione linguistica delT età di mezzo 
si présenta, a seconda che venne suggerita da intendimenti 
pratici o da intendinaeiiti teoriei, sotto una doppia espressione 
letteraria. Alla prima categoria dei tcattati di rettorica pra- 
tica si riferiscono le famose artes dictandi e i non meno noti 
formulari^ che miravano ad agevolare, per via di proposizioni 
fatte , Tespressione dei propri sentimenti in buona lingua 
latinaa coloro che per Tiiso délia favella volgare erano venuti 
perdendo la consuetudine dell' antica' ; alla seconda apparten- 
gonoinvece iglossariele graminatiche,destinate afare appren- 
dere il latino ^. 

Queste grammatiche, rimaneggiamenti in génère di quelle 
classiche antishe, di Donatoe di Prisciano sopratutto, e degne 
ad ogni modo di attirare Tattenzione degli studiosi délia 



1 Su le artes e sugli antichi dettatori si vedano gli studi seguenti : 
Grôber. : Ueberdcht ûber die lateinische LitLeratur von der Mitte des 

6 Jahrhunilerts bis 1350, ia Gnindriss /'. roman. Philol. II Bd. p. 352-3. 
RocKiNOER. : Briefsteller imd For)neUjûcher, iu Quellt?i. z. bayer. 
Gesch. IX, 1. 

F. Casini. : La cultura bolognese dei secoli XII e XIII, in Gior}i. stor. 
délia Letlerat. ital. I, p. 9, ss. 

A. Gaudenzi. ; Guidonis Fabe dictamica'' rhetorica , in Propugnatore. 
N. S. T. V. P. 1, p. 109. 

G. Bkrtoni — E.-P. ViciNi. : Gli sliidi di grammatica e la rinascenza 
a Modena, 1905, p. 103, ss. 

2 et. Grober, Z. c. p. 251. 



496 UNA NUOVA GRAMMATIGA LATINO-ITALIANA 

cultura médiévale, non offrirebbero grande interesse per 
il filologo, se un certo numéro di esse, composte in tempi a 
noi più vicini, specialmente se indirizzate ai laiei presso i 
quali riutelligenza délie significazioni latine andava ottene- 
brandosi, non si fossero fatte eco del linguaggio volgare. 

Precisamente a questo gruppo di grammatiche, le quali 
fanno alla parola latina seguire la traduzione in volgare ed 
adoperano eserapi in volgare, appartiens il documento che io 
sto per rendere, in parte, di pubblica ragione. 

Esso acfiuista maggiore importanza per il fatto che, meno 
fortunate dei trattati di Guido Faba e di Buoncompagno da 
Signa di altri, coteste grammatiche ci pervennero in numéro 
cosi scarso, o sono almeno cosi poco conosciute, che non saprei 
mettere accanto alla présente altro che il frammento lalino- 
bergamasco, edito dal Sabbadini '. 



La nostra graramatica trovasi nel cod. lat, mss. 23503, 
appartenente alla R. Biblioteca di Monaco in Baviera. 

È pergamenaceo ; rilegato in robuste assi con dorso in pelle ; 
misura cm. 23 1/2 X 17. 

Comprende 31 carte, di cui l'ultima serve di guardia ; la 
scrittura si estende dalla c. 1 ■■ sino alla c. 28'" (=30"'); la 
numerazione è récente e anche inesatta : saranno segnate 
rispettivamente con c. Q bis e c.16 bis, due carte saltate dal 
numeratore. 

Il codicft è scritto in chiara, regolare e bella scrittura semi- 
gotica. Le iniz:ali dei capoversi sono più grandi e in lettere 
rosse. Le iniziali dei capitoli sono aiicora assai più grandi ; 
pure in rosso e ornate di fregi. 

Assai difficile è precisare Tepoca in cui sarebbestato scritto 
il codice; i caratteri esteriori dc\ codice lo fanno oscillare tra 
la fine del sec. XIII e la prima parte del sec. XIV. 

Se è stato colloca'o da noi, nel titolo di queste pagine, addi- 
ritiura nel sec. XIII, egli è perché esso appare una copia 
e non un testo originale; contiene infatti alcuni errori che 

1 In Studi medievali, 1904, fasc. II, p. 282-292. 



DEL SEC. XIII 497 

piuttosto che auna semplice svista delT araanuense sembrano 
doversi attribuire a una cattiva lettura del testo : scieis cl" 
per sciera; procui cl"; 'unorum c 24 "" per tuorum-^ quarte, 
cl' dicetuare, c.24'" ; ecc. Molti altri esernpi ci offre anche il 
testo sopratutto nella parte non riprodotta. 

Prima di dare il soraraario del contenuto del codice occore 
rilevare che questo, cosi corne ci è pervenuto, appare fram- 
mentario. Il primo quaderno e forse anche i prirai due ' deb- 
bono essere stati asportati dal codice. Questo sospetto infatti 
ci vien sûggerito sia dalla mancanza di alcune trattazioni, ad 
es. quella délie declinazioni, ecc; sia dalT assenza di un inci- 
pit; sia dalla identità délia prima lettera iniziale con quelle 
degli altri capitoli. 

Dei capitoli rimastici, il primo (c. l'"-c.7") tratta dei nomi 
eterocliti 2. 

Il seconde (c. 7-'-c 10'), délie proposizioni relative. 

Il terzo (c 10 ''-c 15'), degli avverbi di luogo. 

Il quarto (c. IS'-c IG»"), dei partitivi. 

Il quinto (c 16'"-c 17"), dei participi. 

Il sesto (c 18''-c. 26'"), dei comparativi. 

Il settimo e ultimo (c. 2Gr-c. 28''), dei superlativi. 

Seguono, nella stessa carta 28'", altre 14 righe,'_nelle quali si 
tratta dei nomi patronimici ; probabilmente sono un' aggiunta 
posteriore, sia perché scritte in carattere corsivo, sia perché 
è lasciato in bianco lo spazio in cui il rubricatore avrebbe 
dovuto disegnare la lettera iniziale. 

Tempo è ormai di mettere in rilievo le particolarità lingui- 
stiche principal! : 

Per quanto spetta alla grafia, notevole è Tuso di se per 
sch : sciera, c. P; sciata, c 1". 

L'n finale é rappresentato spesso per m;plem, c 24''; piera, 
0.24''; um, c24r; mem, c25"; ecc 

ch^ sta talvolta per il semplice c . : chanta, c ^bis^ : 

Aggiungo due casi nei quali non sarà certo a vedersi un 
semplice fatto di trascrizione : 



' Ogni quaderno del codice consta di 8 carte. 

* Questo capitolo, comprendendo la maggior parte délie parole in vol- 
gare, verra stampato integralmente. 

32 



498 UNA NUOVA GRAMMATICA LATINO-ITALIANA 

c, intervocalico rappresentato talvolta da s : piase, e. 6"" ; 
talvolta da ç: tenace, c.3'; talvolta con x : piaxe, c. 2', paxo, 
cl'. 

s intervocalico rappresentato da x : caxa, P, ecc. 

VOCALI TONICHE : 

Apofonesi : capilli, c. 6bis^; quisti, c. 2"^; baruni, c. 5^/s''; 

Nulla da osservare per quanto spetta ad u e i lunglii e tonici ; 
infatti: fumo, c. l'; padulo, c.4'' (Meyer-Lubke, Gram. I, 60 
e 483); vita, c. 1'; viso, c. 1^ 

i brève e È lungo rappresentati da e : vêla, c. 2''; sete, cl''; 
tevaro, c 5^ Da aggiungersi il solito : libro, c 4". 

il brève et ô lungo son dati per o .• torre, c 3"^; tosso, c3''; 
rove, c 4'. 

Uû è conservato nei latinismi : mundo, c. V; pulvero, 
c Sr. 

Abbiamo qui anche il difficile : lupo c 4^. 

ô, brève è rappresentato generalmente da o : homo, c. 16', 
ecc; logo, c 6'; scola, c. 24'' ; bone, c. 1". 

Ma anche dal dittongo uo: scuole, 5èîs''; suoçera, c S"" ; 
çuoghi, c G", 

Da citarsi anche : nuora, c 3^ 

È brève, generalmente conservato anche in sillaba libéra : 
Pero, c 2P', ecc; ma abbiamo anche spesse volte : Piero, 
c. 21', ecc. 

Non si dittonga in sillaba chiusa. 

SuFMSso : ARius : maneria, c 1''; già in latino volgaro, 
maneries, c P. 

DiTTONGHi. Abbiamo, cielo, con Vi, c. 6"; celo, senza 1'?', 
c 7'. 

au, si risolve per o : cosa, c. 1''; povero, c. 2"; meloro, se 
viene da 7nalus laurus, c 3"". 

un au in al in aldù (udito), c. 25'. 

VOCALI ATONE : 

Il fatto più importante è che caduta le vocali e, quasi 
sempre figura sostituita con o : 

onoro, c ô^ ; salo, aero, maro, c 1 "■ ; famo, c 1 ■■, morto, 
sauguo, 0.2'; tosso, c. 5 ' ; vallo, c. 3 ', ecc 



DEL SEC. XIII 499 

Qualche volta perô resta Ve : seto, c. 5' ; odore, c 5''; fine, 
c. 4'"; nuxe, c. 4 "■ ; torre, c. S"". 

I, postonico, non finale, dinanzi a r dà a; dataro, c, 4''; 

in altii casi, e ; portego, c. S'; femena, c. 16". ecc. 

Per le vocali protouiche in sillaba iniziale debbo citare 
dinanzi a nasale lo svolgimento die par o : somente, c. 4'. 

Vocale estirpatrice di iato : aiero, o. l '', accanto a : aero, c. l"". 

CONSONANTl : 

p, protonico, e postonico si risolve per v ; cevôla, c. 14^; 
scove, c. 5 bis" ; pavolo, c. 7 '' ; pevere, c. 4 '' ; povero, c. 2''. 

B, protonico e postonico si ritlette per v : fave, c. S"" ; rove, 
c, 4 ■■; tavola, c. 3 ' ; avero, c. 1 ". 

V, postonico cade in : ua, c. 3 "■ ; si conserva in : nave, c. 2 ". 

T, postonico, si conserva in : sete, vita, satute c. 1 ■". 

Si digrada in : desarraado, c. 5 bis" ; amado, c. 16" ; fadiira, 
c. 5"^, menaçadi, c. IT'; protonico, tra voc.,si digrada e scom- 
pare : leamo, c. 1 ""; bateura, c. 2^; albergaoro, c. 2'' ; hospeali, 
c. 2", accantoalle forme hospetali, c. 2" ; aibatura, c.7^ 

c, postonica, si digrada: figo, c. 4''; segura, c. 5''; logo, 
c, 6' ; çuoghi, c. 6 " ; portego, c. 3 ''. 

j, iniziale, si svolge per z : zoventù, c. 1 "■; zuatio, c. 21 " ecc; 
zudei, c. 5 bis" ; zove, c. 5"; çogolari, c. 5 Ois". 

nei nessi : 

Dj, postonico, : orzo, cl"; verça, c, 5 ■" ; nieço, c 24 ^ 

NJ, protonico, : signoria, c. 2''; e post : bagao, c.7 "■; vigne, 
c. 5 bis^; castagna, c 4^ 

TJ, postonico, : piaza, c. 1(5 bis ". 

LJ, protonico, : meioro, c. 24", miiari, c. 6''; ôiolo, c 5 ô« ', 
accanto a filioli, c. 5 bis". 

cj, postonico, : faça c 1'. 

L, tra vocali, dà r in : dataro, c. 4 ^ 

V, iniziale per g : gumero, c 5 ^ 

N, intercalato, davanti una fricativa : insivam, c l"". 

Gruppi : 

CL, GL, PL, BL, FL, iniziali, si risolvono corne di consueto: 
biancho, cl"; chiave, c 5''; piaza, c. 10 bis"; flore, c 3"^^, ecc 



500 UNA NUOVA GRAMMATIGA LATINO-ITALIANA 

Rileviamo il notevole : biava, c. S""; e lo svolgimento dioL : 
ianda, c. 4 ■', dove, probabilmente, è da vedere nient'altro cbe 
un segno grafico per g palatile. 
CL, postonico, : vermeio, c. l''. 

TL, postonico, : vechia, c. 3^ Citi<mo anche : scoglio, c. 2". 
CR, dà gr : ale2:ro, c. 4 ""i agro, c. 4 ''. 
Metatesi : prea, c. 4 ""'. 
Articoli : 
sing. masch. : lo, c. l'', ecc. ; el. c. S"", ecc. 
genit. : de lo, c. ô"", ecc; del, c. S*", ecc. 
ablat. : dal, c. S'', 
féminin, : la, c. 1 ■■ ; ecc. 
plur. : i, c. 16 bis"' ; li, cl' (de li c. 1 "), ecc. 

NUMERALI : 

maschile : due, cl"; dui, c. P ; du, c 24'" ; ecc. 
fem. : doa, c 25'. 
a tre a tri, c. 5 bis''. 
seto, c 25^ 

Pronomi : 

io, c 1"; eo, c. 2" ; me, c. 2'"; lo, lu e lui, c 22'". 
tu, ti, c 25^ 

Aggettivi possessivi : 

masch. plur. : mei, cl"; toj, c 24 ^ 

SOSTANTIVI : 

Il plurale e per i, fenomeno assai fréquente nel veneto • : 
vestiraente, c 5 bis" ; reprensione, c. 5 bis''. 

ScAMBio Di DECLiNAZioNB : vcsta, C. 3"; segura, c. 5''; 
sanguo, c. 2'". 

ScAMBioDi suFPisso : salutevelo, c. 4' ; volevole, c 4". 

Verbi : 

PRES. iNDic. : vago, c. 6"'; ô, c 1 ' ; sono, c. 2"; sum, c. 21", 



1 Cf. l'introduzione del Mussafîa all'edizione del « De regimine rectoris » 
di Ira Paolino. 



À 



DEL SEC. XIII 501 

ecc; cito anche : voio, c. ^^5 ■"; soio, c. 24'" ; vécu, c. 2" ; leço, 
c.23^ 

Infinito : daro, c. 25 ' ; araaro, c. 16 ". 

Particip. passati; (0, caie qualche volta, : amà, c. 16'; aldu 
c. 25"', abiu, c. 1", accanti ad, abiudo, c. 5 bis" ; amado, 
c. 16"; al plurale: vegnuj. c. I6ô«s''; batuj, c. IQbis"; accante 
a menaçadi, c. 17'. 

Va rilevato anche il diffuso : fir, infinito, da fiein, c. iQbis''; 
ecc. 

SiNTASSI. 

Riguardo alla sintassi, mi basti richiamare l'attenzione su 
l'impiego délia terza persona singolare con soggetto plurale. 
Tuttavia : insiuam, c. l"' ; correno, c. 24 ■". 

Un ultimo punto rimane ancora a chiarirsi : il luogo, cioè, 
di provenienza del codice. 

Le caratteristiche linguistiche, riprodotte più sopra, dirao- 
strano in maniera évidente che il testo deve essere stato scritto 
neir Italia settentrionale : basta, infatti, fare attenzione al 
digradamento délie sorde intervocaliche, al trattamento délia 
consonante j, délia vocale e postonica finale, ecc. Ora, quanto 
facile riesce questa constatazione generica, altettanto diffi- 
cile è poter fissare con precisione aquale determinata regione 
il testo appartenga. 

A questa difflcoltàsi urta serapre nella piiblicazione di testi 
antiihi. 

Il Mussafla, publicando i testi antichi veronesi, accortosi 
che alcuni tra essi avrebbero potuto attribuirsi benissimo cosi 
alla Lorabardia come al Veneto, propose a fine di spiegare 
questo notevole fenomeno una sua teoria secondo la quale nella 
Lombardia e nel Veneto si sarebbe verificata una tendenza 
artificiale a darci una lingua litteraria e comune, risultante 
di forme proprie alT una o ail' altra regione. 

Altriinvece vollero spiegare il fenomeno ricorrendo ail' ipo- 
tesi di un adattamento al proprio vernacolo effettuato dagli 
amanuensi. 

L'Ascoli' fece ragione di tutte queste ipotesi dimostrando 

1 Arch. Glott. Ital., I, p. 309, ss. 



502 UNA NUOVA GRAMMATIGA LATINO-ITALIANA 

che alcune forme linguistiche similari (le apofonesi, peres.) 
sono oiiginarie ed indigène tanto alla Lombardia che al Veneto 
e vanno anche !=pesso spiegate con il reciproco influsso Ira 
i vari dialetti, durante il période délia loro costituzione orga- 
nica, per cui forme diverse venivano assunte a esprimere lo 
fetesso fatto linguistico. Di queste, ciascun dialetto, man mano 
che andava specificandosi, ritenne quelle che più rispondevano 
air indole propria, eliminando a poco a poco le altre. 

Qualunque siano ad ogni modo i cocfficienti produttori di 
questo livellamento, la difficoltà creata dall' assenza di diflfe- 
renziazione nella struttura primitiva dei dialetti settentrio- 
nali è taie che il Salvioni afferma che senza il sussidio di testi- 
monianze storiche è pressochè impossibile, nella generalità 
dei casi, determinare con esattezza la provenienza di un 
testo *. 

A questa legge comune non si sottrae neppure il nostro : il 
SUD volgare si ritrova pressochè tutto, cosi nel pianto veneziano 
délia Vergine publicato dal Linder -, o nella « Cronica degli 
Imperatori », édita dal Cerruti ^, corne nella parafrasi lora- 
barda dei a Neminem iaedi nisi a se ipso », di san Giovanni Cri- 
sostomo publicata dei Fërster ''. Nouostante perô Tincertezza 
générale délie forme, la maggior parte dei testi racchiudono 
in se alcuni sottili fenomeni rivelatori, che perraettono allô 
studioso di fissarne i caratteri specifi. 

Cosi anche riguardo al nostro testo io credo di poter fare 
ancoia un passo innanzi aff'ermando che nel Veneto bisogna 
rintracciarne la patria. 

Infatti non solo Tautore appare dagli esempi de! capitolo 
terzo (c. 10''-c. 15'') avère grande famigliarità con i paesi dei 
Veneto, non solo l'affinità tra il nostro e gli antichi testi vene- 
ziani sembi'a più intima, ma abbiamo ancora délie forme che 
sono caratteristiche al dialetto veneto o per lo meno vi sono 



» Giorn. stor. délia letterat. ital., XLIV, 1905, p. 420, ss. 

^ A. Linder., Plainte de la Vierge en vieux vénitien. Upsala, 1898. 

=* Arch. Glott. Ital., vol. III, p. 177, ss. 

* Arch. Glott. Ital., vol. VII, p. i, ss. 



DEL SEC. XIII 503 

più diffuse che altrove ; cosi l'impiego délia terza persona 
singolare [)er la plurale *, la forma pi per plus 2, ecc. 

Arrivato a questo punto, non mi sembra temerario fare 
ancora un ultime pas^so, afïermando che Torigine del nostro 
testo è da ricercarsi in Verona. lufatti non solo tutri i feno- 
meni linguistici dà me accennati sono corauni al dialetto 
veronese, mail nostro testo volgare ci offre alcune forme che 
possono considerarsi quasi come caratteristiche di quel dia- 
letto; cito : il fenoraeno dolT-o postonico finale^ e la termi- 
nazione aro degli infiniti verbali''. 

Di più a Verona ci richiama lo stesso autore il qualo nei 
suoi esempi la cita di preferenza. Più che venti volte è citata 
Verona nel capitolo terzo ed è generalmente nominata la 
prima nelle série di nomi di città ^; appresso viène Vicenza, 
citata nove volte. 

A Verona finalmente ci riporta un' indicazione esteriore del 
codice, Infatti nella parte interna dell' ultimo riguardo si tro- 
vavano scritte due righe, destinate probabilmente a indicare 
il proprietario del manoscritto. Disgraziatamente, ail' epoca 
forse del suo trafugamento in Gerinania, sono state profonda- 
mente raschiate, di maniera che appena, è oggi possibile di leg- 

gere : Iste libe^'fuit ; e poi al principio délia seconda riga 

si intravede : de verona 

Dopo ciô, diquesta grammatichetta, che possiamo chiamare 
addirittura latino-veronese, riproduciamo tutti quel frammenti 
che contengono le parti volgari ^. 

c. P]. 

Nota, quod sunt quedam nomina masculini generis non 
declinata in plurali que in bis uersibus continentur: 

» Cf. Arch. Glott. Ital. I, 137; Linder, /. c. p. cxv. 

* Cf. K. von Ettmayer, Lombardisch-Ladinisches au6 Siidtirol. Estratto 
dalle Romanische-Forschungen, vol. XIII, 2: p, 570. 

3 Cf. Arch. I, p. 307. Meyer-Ltibke, I, 807. 

* Cf. Arch. I, p. 424, note 2; Oehlert, Alte-Verones. Passion. 
Halle, 1891, p. 58. 

^ Cf. mss. c. 11', li''', ecc. 

"^ Ho tralasciato di trattare délie relazioni tra la nostra grammatica 
e gli altri analoghi componimenti del medio evo, perché intendo occupar- 
mene più diffusarnente a proposito délia publicazione intégrale del testo 
che spero fare tra brève. 



504 UNA NUOVA GRAMMATIGA LATINO-ITALIANA 

Cura fumo fimus, sanguis cum puluere, limus, 
Aer, sol, pontus, cum mundo uisus et ether. 

Hic fumus, huiusfumi, lo fumo. 

Hic fimus, huius fimi, lo fango sive lo leamo. 

Hic sanguis, huius sanguinis, lo sanguo. 

Hic puluis vel puluer, huius pulueris, la poluero. 

Hic limus, huius limi, el luamo. 

Hic aer, huius aeris, taero. 

Hic sal, huius salis, lo salo. 

Hic pontus, huius ponti, lo maro. 

Hic mundus, huius mundi, lo mundo. 

Hic uisus, huius uisi, lo viso. 

Hic ether, huius etheris, lo aiero. 

Et nota quod quando datur thema per supradicta nomina ia 
Dominatiuo plurali, quo carent, debemus récurera ad hoc no- 
men maneries et ponere in illo casu quem uult uerbum et pre- 
dicta nomina in genitivo, uel ad nomina adiectiua ponderalia 
et ponere ipsa cura predictis nominibus in eo casu quem 
requirit uerbum ut in hoc exemplo : dui fumy msiuam de caxa 
toa debemus dicere : duplex fumus exibat domum tuam, vel 
dicere : maneries fumi exibat domum tuam. 

Nota, quod sunt quedam nomina femini[nij, generis que de 
usu non declinantur in plurali numéro et sunt ista que in his 
uersibus continentur : 

Lux, sitis vel labes, mors, uita, famés, quoque, tabès, 
Gloria, fama, salus, humus, paj, cum lue tellus, ; 
Adde senecta senectus, adde iuuentus iuuenta, 
Hiis iungas soboles, societur eis quoque proies. 

Hec lux, huius lucis, la luso. 
Hec sitis, huius sitis, la sete. 
Hec labes, huius labis, la brutura. 
Hec mors, huius mortis, la morto, 
Hec vita, huius, uite, la vita. 
Hec famés, huius famis, la famo. 
Hec tabès, huius tabis, la brutura. 
Hec gloria, huius glorie, la gloria. 
Hec fama, huius famé, la fama. 



DEL SEC. XIII 



i05 



Hec salus, huius salutis, la salute. 
Hec humus, huius hurai, la terra. 
Hec pax, huius pacis, la paxo. 
Hec lues, huius luis, la brutura. 
Hec telus, huius teluris, la teira. 
l Hec senectus, huius senecte. 
( Hec senectus, p. eodem. 
[ Hec juuentus, huius iuuentutis, la zouenth. 
\ Hec juuenta, p. eodem. 
Hec proies, huius prolis, la sciata. 
Hec soboles, huius sobolis, p. eodem. 

Et nota quod quando datur thema in plurali numéro, quo 
carent, debemus facere la [c. 1''] tinum sicut dictura fuit supra 
in anteriori régula. Ut in hoc exemple : 20, à abiu due sete, 
débet dicere : ego habui duas maneries sitis, vel duplicem 
sitis {sic). 

Nota, quod sunt quedam nomina neutri generis que carent 
tribus casibus in plurali, scilicet genetiuus, datiuus et ablati- 
uus et sunt ista que continentur in istis versibus. 

Era seu maria, uina, dant, ordea, mêla, 
Très, casus iura tibi prebent oraque thura. 

Hoc es, huius eris, lauero. 

Hoc mare, huius maris, lo inaro. 

Hoc vinum, huius uini, lo vino. 

Hoc ordeum, huius ordei, torzo. 

Hoc mel, huius melis, lo melo. 

Hoc lus, huius iutis, lo brodo. 

Hoc os, huius oris, la bocha. 

Hoc thus, huius thuris, lo incenso. 

Et nota quod quando datur thema per predicta nomina in 
illis casibus quibus carent debemus facere sicut dictum fuit 
superius in antecedenti régula, ut in hoc exemplo : de H met 
uini Vuno h uenneio e l'altro h biancho; debemus dicere : mane- 
ries mei uini una est alba, reliqua vero vermilia, vel debemus 
recurere ad casus quos habent et rautare constructionem, 
ut inter mea aliquid est album aliquid est vermilium. Et 
nota quod lus habet plures significationes, sed in predicta 
régula capitur p. lo brodo. Unde uersus : 



506 UNA NUOVA GRAMMATICA LATINO-ITALIANA 

Jus, aqua, ius rectum, lus locus, atque potestas. 
Jus ad caponem, ius pertinetad racionera, 
Jus cum brodescit genètivo dativo carescit. 

Nota, quod omnia nomina quarte {sic) declinalionis carent 
tribus casibns scilicet : genetiuo, datiuo et ablatiuo, prêter 
ista que continentur in istis uersibus : 

Sunt res atque dies, acies, facie-, speciesque, 
Is quoque nianeries addatur materiesque, 

Hec re?, huius rei, la cosa. 

Hic vel liée dies, huius diei, lo <li. 

Hec acies, huius aciei, lo laio del ferro. 

Hec materies, huius materiei, la materia. 

Hec faciès, huius faciei, la faça. 

Hec maneries, huius maneriei, la maneria. 

Hec species, huius speciei, la qualità over la beça^ over le 
specie. 

Et nota quod quando datur thema quinte declinationis in 
illis casibus quibus carent, debenius edere latinum ut dictum. 
fuit superius in precedenti régula, ut in hoc exemplo : De le 
sporinçe alc'iuneè bone, alchune e rie: Manerierum spei aliqua 
est bona, aliqua e<t mala. Et nota quod hoc nomen acies quod 
est (est) in precedenti régula invenitur per lo taio e per lo 
veâere c per la sciera -. Et hoc nomen speeies inuenitur per la 
beleça e per la potentia e per la sapientia e per lacidenie par- 
tium^ omnium. Unde versus : 

c.2^J 

Est acies oeuli, feri bellique furentis, 

Accidit atque potest, species et prédicat ornât, 

Signât arroraata^ quidetn ista vocanda tibi. 

Nota, quod omnia nomina meiallorura et umidorura non 
declinantur in plurali nisi : es et metallum et nisi fanpasum, 



' Cosi nel cod. Evidenternente va letto : he[lé\ça. 
^ Nel ms. scieis. Circa al suono duro sci, si cfr. più sopra sciata 
(schiatta). 
' Nel m. pro cui. 
* -ta pare abraso. 



DEL SEC. XIII 507 

ordeum, fiirnientum et lujiinup^ faba, melapopo, unda ' strec- 
tara (?) liquor, uis et mare. El iK^ta quod quarulo datur thema 
in phirali numéro per siipradicta nomiiia que carent ipso, 
deberaus coraponere latinum ut dictum fuit superius in pre- 
cedentibus regulis, ut in lioc exem[)lo : de li olij a/cliuni dulci 
alchuni amari : Manerierum olei aliqua est dulcis, aliqua 
amara. 

Nota, quoi sunt quedam nomina que in singulari numéro 
carent nominatiuo et uocatiuo et sunt ista : vioisi, necis, pré- 
cis, dapis, contis, opis, fori^', fVigis, dicionis, lateris, quam- 
pluris, uisceris, uerberis, et tabi, non habent in singulari 
numéro nisi genetiuum et ablatiuum et omnia sunt feminini 
geneiis nisi lateris et tabi, que sunt masculini generis et w'ui 
visceris et uerberis, que sunt neutri generis et quampluris 
quod est neutri generis. 

Genetivo : huius uicis, la volta. 

— huius précis^ la preçjera. 

— huius dapis, la viuanda. 

— huius foris, la porta. 

— huius frigis, la biaua. 

— huius quampluris. 

— huius uisceris, lo enteriore. 

— huius necis, la morto. 

— huius contis, la scoglio. 

— huius opis, la uitorio. 

— huius dicionis, /a Sf^norw. 

— huius lateris lo quarello. 

— huius uerberis, la bateura. 

— huius tabi, /a sanguo fiacido. 

Et nota quod quando jdatur theaia [)er predicta nomina in 
nominatiuo casu quo carent, vel in illis casibus quibus carent, 
debemus recurere ad hoc nomen maneries etponere in eo casu 
quera uult uerbum et predicta nomina in geuetiuo casu et 
possuraus etiam alio modo, scilicet recurere ad dictum singu- 
larem si habent et ad infiniturn illius udi'bi quod datur thema, 
ut in hoc exemple : quesia noUa me piaxe. Istam uicem est pla- 
cere michi, vel maneries istius vicis placet michi : 

• Ms. uuda. 



508 UNA NUOVA GRAMMATICA LATINO-ITALIANA 

Nota, quod sunt quedam nomina apud antiquos que erant 
omnis generis sed apud nos perdiderunt neutrum genus et 
sunt comuuis generis et continentur in istis versibus. 

Degener et sospes, pauper quoque diues et ospes 
Omnis erant generis que sunt coraunia nuper 
-Tem vel -tes fugiunt neutrum, sed cetera sumunt. 
c. 2^] 

Hic et hec degener, huius degeneris, lo vilano. 

Hic et hec sospes, huius sospitis, sano e saluo. 

Hic et hec pauper, huius pauperis, Comopouero. 

Hic et hec diues, huius diuitis, romn richo. 

Hic et hec hospes, huius hospitis, Como albei^gaoro. 

Hic et hec incolumis, et hocincolume, l'omo sano e saluo. 

Hic et hec ignobilis, et hoc ignobile, /owo yz'/ano. 

Nominatiuo egenus egena egenura, t'ojno pouero. 

Et nota quod licet predicta nomina sint comunis generis 
possunt taraen iungi cum norainibus neutri generis in quolibet 
casu, prêter quam in genetiuo singulari et prêter quam in 
accusatiuo nominatiuo et vocatiuo, in quibus casibus non pos- 
sunt iungi cum neutro génère quia quoad uocem et quoad 
intelleclum sunt tamen comunis generis in predictis casibus. 
Unde si detur thema taie : eo ueçu uno bello hospeale, non pos- 
sumus dicere : video unum hospitalem pulcrum, imo debemus 
dicere per latinum et hoc potest fieri per latinum et sum, es, 
est, ut egouideo unum hospitale quod est diues, et si datur 
thema in hoc exemplo quisti dui hospitali sono richi, debemus 
dicere : istorum duorum hospitalium utrumque est diues, vel 
uolumus dicere per ista vocabula : ista duo hospitalia sunt 
locuplecia. 

Nota, quod omnia nomina secunde declinationis sunt mas- 
culini generis desinentia in-MS, ut hic dominus et hic deus prê- 
ter illa que continentur in istis versibus que sunt feminini 
generis et sunt ista : 

Artus, diptongus, nardus, costusque, fasellus, 
Aluus, cristalus, sjnodus, balamus, quoque uanu?, 
Carbasus, atque colus, abisus, humus quoque botrus, 
His crinusbisus iungantur et ipsa papirus. 



DEL SEC. XIII 509 

Hec artus, liuius arti, una Stella. 

Hec diptongus, liuius diptongi, lo ditongo. 

Hec nardus, liuius nardi, unguento. 

Hec costus, huius costi, una herba. 

Hec faselus, huitis faseli, una pizola naiie. 

Hec aluus, huius aluui, lo uentre. 

Hec cristalus, huius cristali, lo cristalo. 

Hec sjnodus, huius synodi, la congregalione dei chierexi. 

Hec vanus, huius vani, lo nalo. 

Hec balamus, huius balami, vna generatiom. 

Hec carbasus, huius carbasi, la uela de la naue. 

c. 3>-] 

Hec colus, huius coli, la rocha da filare. 

Hec abisus, huius abisi, /' abiso, 

Hec humus, huius humi, la terra. 

Hec botrus, huius botri, el gram de Tua. 

Hec eremus, huius eremi, uno uechio. 

Hec bisus, huius bisi, la purpura hiancha. 

Hec papirus, huius papiri, la ckarta, ouer el çogelo. 

Nota, quod omnia nomina quarte declinationis desinencia 
in-ws sunt masculini generis, ut hic uisus ; prêter ista que 
continentur in istis uersibus que sunt feminini generis et sunt 
ista : 

Porticus atque tribus, nurus, manus, aut annus, idus, 
Acus atque specus, penus, domus excipe socrus. 
Et pinus cum quercus, ficus quoque dicito laurus. 

Hec porticus, huius porticus, elportego. 
Hec tribus, huius tribus, la sciata. 
Hec nurus, huius nuri, la nuora. 
Hec manus, huius manus, la mano. 
Hec annus, huius annus, la vechia. 

Et pluralis nominatiuo hec idus genetiuo harum idus una 
parte del mundo. 
Hec acus, huius acus, fauchia. 
Hec specus, huius specus, la beltresca. 
Hec penus, huius penus, la chaneua dal uim. 
Hec domus, huius domus, la chaxa. 
Hec socrus, huius socri, la suoxera. 



510 UNA NUOVA GRAMMATICA LATINO-ITALIANA 

Hec pinus, huius pini, lo pino. 

Hec quercus, huius quercus, larouere. 

Hec ficus, huius ficus, lo figo. 

Hec laurus, huius laurus, lo meloro. 

Et nota quod omnia nomina desinentia in(h)is, hahentia du- 
plicem consonantem ante -is vel habentem mm duplicis vel 
unam ex liquidis vel n ante -is et corripientia penultimam cres- 
centis genetiui sunt masculin! generis, ut hic piscis et hic lapis, 
prêter ista que in his uersibus continentur que sunt feminini 
generis : 

Dyplovs et cassis, cuspis, capis et clamis, assis, 
Aspis, glis et febris, erinis, eumenis, ebris, 
Lis, neptis, lactis, pelis, piscisque parassis, 

c. 3^] 

Piramis et peluis, tussis, pelis, malapestis, 
Restis et oressis, turris, uallis quoque uestis. 

Hec clamis, huius clamidis, lo mantello. 

Hec asis, huius asidis, la tauola. 

Hec aspis, huius aspidis, Vaspro sordo. 

Hec glis, huius glitis, la lapola ouero lo apio. 

Hec glis, huius glissis, la terra tenace. 

Hec febris, huius febris, la fehre. 

Nec ( erinis, \ huius j erinis, la furia infernale. 

Nec ( eumenis, ( huius ( eumenis, p. eodem. 

Hec edris, huius edridis, la loriachet^sa. 

Hec lis, huius litis, la briga. 

Hec neptis, huius neptis, la neça. 

Hec lactis, huius lactis, la rosella ouero lo flore. 

Hec polis, huius polis, la cita, vel planta. 

Hec pissis, huius pissidis, la busula. 

Hec parasis, huius parasidis, la scudella. 

Hec piramis, huius piramidis, lo anello. 

Hec peluis, huius peluis, la choncha ouer lo baçino. 

Hec tussis, huius tussis, la losso. 

Hec pellis, huius pellis, la pelle. 

Hec pestis, huius pestis, la pestilentia. 

Hec restis, huius restis, la soga. 



DEL SEC. XIII 511 

Hec orresis, huius orresis, la incendia de la gola, 

Hec turris, huius turris, la torve. 

Hec uallis, huius ualli.s, la uallo. 

Hec uesti.'?, huius uestis, la uesla. 

Nota, quod orania iioraina fructuum arboruin sunt neutritis 
generis et secunde declinationis, ut sucinura et hoc malum, 
prêter ista que contineutur in his uer^ibus : 

Aiboris est omnis fructus générique neutralis, 
Prêter auelana, nux, glans, castauea, ficus, 
Uua, galla, grasuUa, amigdula, cnrica, bâcha, 
Hic datilus, cedrus, gariofalus atque racemus, 
Femina lumea, piper neutrale tenes, 
c. 4'] 

Cucumer cum pepo simul dicuntur esse melones. 

Hec auelana, huius auelane, lanoxela. 

Hec nux, huius nucis, la nuxe. 

Hec glanis, huius glandis, la ianda. 

Hec castanea, huius castanee, la castagna. 

Hec ficus, huius ficus, lo figo. 

Hec uua, huius uue, l'uua. 

Hecgalhi, huius galle, la galla. 

Hec grasula, huius grasule, quedam maneries uuarum. 

Hec amigdula, huius amigdule, lamandola. 

Hec caricha, huius eariche, la figa sécha. 

Hec bâcha, huius bâche, l'orbaga. 

Hic datilus, huius datili, lo dataro. 

Hic cedrus, huius cedri, lo cedro. 

Hic garifolus, huius garifoli, logarofalo. 

Hic recemus, huius racemi, lo 7'aspo de tuua. 

Hec limea, huius lume, la lumea. 

Hoc piper, huius piperis, lo peuere. 

Hic cucumer, huius cucumeris, lo popone. 

Hic pepo, huius peponis, lo melone. 

Nota, quod omnia nomina arborum sunt feminini generis 
et secunde declinationis, ut : hec auelanus,-ni ; prêter dumus, 
rubus, oleaster et piaster, que sunt masculini generis et prê- 
ter : pinus, ficus, quercus, laurus, que sunt quarte declina- 
tionis. Unde uersus de génère : 



512 UNA NUOVA GRAMMATICA LATINO-ITALIANA 

Feminini generis genus arboris omne teneto 
Ni dumus et rubus, oleaster siue piaster. 

Hic dumus^ huius diimi, to caslagno. 

Hic rubus, huius rubi, lo roue. 

Hic oleaster, huius oleastri, toHuo saluaticho. 

Hic piaster, huius piastri, lo pino salualicho. 

Nota, quod omnia nomina incerti generis sunt ista que 
coûtinentur iu isto uersu : 

Di, cor, si, fi, bu, li, cru, car, ser, pau, tal, dar, mar, bidens 
et semeiitis. 

Hic uel hec dies, huius diei, lo di. 

Hic uel hec cortex, huius corticis, la scorca ouer la buça. 

Hic uel hec silex, huius silicis, la prea. 

c. 4^]. 

Hic uel hec finis, huius finis, la fine. 

Hic uel hec bubo, huius bubonis, lo guffo. 

Hic uel hec linx, huius lincis, lo lupo çeruero. 

Hic uel hec crimis, huius criminis, la groppa. 

Hic uel hec cardo, huius cardonis, lo carichano. 

Hic uel hec serpens, huius serpentis, lo serpente. 

Hic uel hec panthera, huius panthère, la pantera. 

Hic uel hec talpa, huius talpe, la talpa. 

Hic uel hec dalraa, huius dalme, lo dajno. 

Hic uel hec margo, huius marginis, lo spacio de lo libro. 

Hic uel hec bidens, huius bidentis, la pegora ouer lo folcone. 

Hic uel hec sementis, huius sementis, la somente. 

Nota, quod undecim sunt nomina adiectiua que in nomina- 
tiuo et acusatiuo singulari uariantur per très articulos diuisis 
uocibus et diuisim et sunt ista que in his uersibus continentur : 

Cauipester, uolucer, alacerque, saluber, quoque equester, 
Siluester, celeber, acerque, celerque, pedester, 
In his bis quinque tenet hic -er hec -is es hoc-e, 
Ut summam teneas his omnibus adde paluster. 

Hic campester, hec-stris et hoc campestre, dicampo. 

Hic uolucer, hec -cris et hoc uolucre, uoleuole. 

Hic alacer, hec -cris et hoc alacre, alegro. 

Hic saluber, hec -bris et hoc salubre, saluteuelo. 



DEL SEC. XIII 513 

ITic eqncster, liec-stris et hoc équestre, dn cntialo. 
Hic siluoster, hec -stris et hoc siluestre, (Je sehia. 
Hic celeber, hec -bris et lioc célèbre, honorenelo. 
Hic acer, hec -cris et hoc acre, agro. 
Hic celer, hec -ris et hoc celere, prei^lo. 
Hic pedester, hec -stris et hoc pédestre, da pe. 
Hic paluster, hec -stris et hoc palustre, da })adul(). 
Nota, quoil suiit quelara noinina habentia duplicein termi- 
nationem in nominatiuo et uocatiuo casu singulari in bis uer- 
sibus coiitinentur : 

Est arbor, honor, o lor et siuiul a !iie labor, 
Ciner uel uomis, cucuraer gernitianlia puluis. 
Bis duo sunt or et os rectos facieutia casus. 
c. 5']. 

Hec arbor uel arbos, l'arbore. 

Hic odor uel odos, l'oiore. 

Hic ciner uel cinis, la cenere. 

Hic cucumer uel cucuniis, lo cocumern. 

Hic honor uel honos, tonoro. 

Hic labor uel labos, la fadiga. 

Hic uomer uel uomis, lo gumero. 

Hic puluer pel puluis, lapuluero. 

Nota, quod oraiiia noinina propria locorum sutit feraitiini 
generis uel neutri, prêter viens, quod est masculin! generis et 
nomina coraposita qiie tenent quod habeiit in siniplicitate . 
Unde versus : 

Femina uel neutra sunt nomina qnoque locorum, 
Excipiuntur uicus et nomina compositorum. 

Nota, quod sunt quedam nomina terminantia acusatiuutn 
singularein -em et in -im et quedam in -im tantura et (pie faciunt 
in acusatiuo iu-em et in-im faciunt in ablatiuo in-e et in-i et 
que faciunt in acusatiuo in-im tantum, faciunt in ablatiuo iui 
tantuna. Versus : 

Turrira, maguderim, burim, tiberimque securim, 
Vim, peluim, nauim, tussim, pupim quo(|ue clauim, 
His adiungas sitim, cui iungas ()ostmolum rostim, 
Inuenies turrem ueruntamen atque securem, 
Et peluem, nauem, tussem, pupem quoque ciauem. 

33 



514 UNA NUOVA GRAMMATICA LATINO-ITALIANA 

Hec turris, huius turris, la torre. 

Hic maguder, huius maguderis, la lorso de la uerça. 

Hec buris, huius buris, la bora de In aratro. 

Hic tiber, huius tiberis, la teuaro de roma. 

Hec securis, huius securis, la s''(jura. 

Hec uis, acGusatiuo uim, vocatiuo vis, ablatino ab hac vi, 
la força, et non habet plus in singularn numéro, in plurali uero 
habet omnes casus. 

Hec pelui-i, huius peluis, la concha. 

Hec naui>\ liuius, nauis, la nnue. 

Hec lussisj huius tussis, la tosso. 

Hec pupis, liuius pupis, la popa. 

Hec clauis, huius clauis, la chi'aue. 

Hec sjtis, huius sitis, la sete. 

Hec restis, huius restis, la soga. 

Nota, quod omnia nomina que faciunt in nominatiuo in 
neutre génère in-e, faciunt in abiatiuo singulari in -i, ut: hoc 
mare, abiatiuo : ab hoc mari; et hic et hec utilis et hoc utile, 
abiatiuo ab lioc et ab hac et ab hoc utiii; prêter : gausape, 
presepe, cèpe et nomina [)ropria locorum; ut uignale casti- 
lione, que faciunt tantum in-e; unde versus: 

c. 5'] 

Nomen in -e neutrum sextum dat in-i modo casum, 
Gausape, piesepe non mutant eneque cèpe, 
Gausai)e cum proprijs et non mutare iubeto. 

Hoc gausape, huius gausapis, la louaia. 

Hoc presepe, huius presepis, la magnaora. 

Hoc cèpe, huius cèpe, indeclinabile : la ceuola. 

Nota, quod omnia nomina feminini generis desinenfia in -a, 
descendentia a masculinis mutata-us in -a in datiuo et abia- 
tiuo pluralibus, ad diferentiam suorum mascolinorum, in -abus 
ut equa, equabus et sic de aliis, prêter quara si esset nomen 
adiectiuum, ut albus, alba, album, quod non facit albabus. Et 
prêter quam si esset res inanimata, ut banchui», bancha, quod 
non facit banchabus. Et prêter quam si esset res que cognosci 
non posset per sexurn^, ut columbu, -ba, quod non facit colum- 
babus. Unde uersus : 



DEL SËG, XIII blo 

A ueniens ex-us, sine neuti'o, transit in abus. 
Hcc animatoruiu sunt discernentia sexus. 

Nota, quoil siuit qiiedam tioraina substantiva, a quibus 
deriuantur adiectiua pi'ime et secuntle declinationis et tei'cie 
tt sont ista : 

Cera, iugum, limu?, animiif', colus, aima, bacilus, 
Cura norraa neruus, cuiu freno colige frenum. 

A cera deriuatur sincerus, -ra, -rum ; et hic et hec sinceris 
et hoc sincère, quod estdictu : chiarn. 

A iugum deriuatur bimgus, -ga, -gum, et iiic et hec bongus 
et lioc bonge, quod est dictu : de dui zoue : 

A limus deriuatur sublimu^i, -ma, -nium, et hic et hec subli 
mis et hoc sublime, quod est dictu : alto. 

Ab animus deriuatur magnanimus, -ma, -ranm, et liic et hec 
magnaniraus et hoc magnanime, ([uod est dictu ; de grande 
animo. 

A colus deriuatur columus, -ma, -mum, et hic et lioc colu- 
mis et hoc colume, quod est dictu : snno et salao. 

Al) arma deriuatur inermus, -ma, -mura, et liic et hoc inermis 
et hoc inerme, quod est dictu : desarmado. 

A bacilus deriuatur inbecilus, -la, -lum, et hic et hec inbecilis 
et hoc inbecile, quod est dictu : débile. 

A norma deriuatur enorraus, -raa, -mum, et hic et hoc enor- 
mis et hoc énorme, quod est dictu : sença régala. 

c. h (bis)'] 

A neruus deriuatur eneruus, -ua, -uuni, et hic et hec eiie- 
ruis et hoc enerue, quod est dictu : delnle. 

A freno deriuatur efrenus, -na, -nura, et hic et hec efreni.'J 
et hoc efrene, quod est dictu : sfrennto. 

A cliuus deriuatur decliuus, - ua, -um et hic et hoc decliuis et 
hoc decliue, quod estdictu : inclinato. 

Nota, quod nullum nomen proprium declinatur in plurali 
nisi istis modis, scilicet, diuisione, ut, duo galee; institutione, 
ut, pise euenta; ut, ecce duos petres; oppinione, ut, duos 
soles ; translatione de una significatione ad aliara, ut, salo- 
mones idest sapientés : cognatione, ut, gualas (?). Unde uersus : 



516 UNA NUOVA GRAMMATICA LATINO-ITALIANA 

Diuidit, instituit euentam, oppinio transfert, 
Pluralis numeri signât cognatio riomen. 

Nota, quod sutit quedatn nomina masculini generis, que 
apud modernos tantum pluraliter declinantur et sunt ista sci- 
licet : fori, liberi, mânes, pénates, etc. 
Plurali nominatiuo : hi fori, fororum, tabulata nauium. 

— — hi liberi, liberorum, /?' /?//«//. 

— — hi mânes, manium, le anime infernale. 

— — hi pénates, penatum, furie infernales. 

— — hi sales, salium, li çogolarij. 

— — hi cani, canoruni, li capelli canudi. 

— — hi cases, casium, le reti. 

— — hi uepres, ueprium, le uepre. 

- — hi sentes, sentium, le spine. 

— — hi fasces, fasciura, li onori. 

— hi canceli, cancelorura, li canceli. 

— — hi gemini, geminorum, uno segno celés- 

tiale . 

— — hi superi, su perorum, /« (/e2 (il soMwra. 

— — hi inferi, inferorum, li dei di sotla. 

— — hi terni, -ne, -narum, a tre a tri. 

— — hi quaterni, -ne, -narum, a 5'2<a^ro a çwa- 

tro. 

— — hi proceres, procerum, li baruni. 

— — hi antes, antium, li cavipi de le w'gne. 
Et nota, quod quedam ex predictorum nominum in fre- 

quenti usu inveniuntur in singulari numéro, ut, nomina bipar- 
tita, scilicet, terni, quaterni, et casses et sentes, [c. b(ljis)''] 
Unde licet uteremur talibus nominibus in singulari numéro 
peccaremus et alia autem tanlum in usu plurali. Unde si datur 
thema in numéro plurali per predicta nomina debemus recu- 
rere ad alia uocabula in singulari numéro declinata, ut in hoc 
exemplo : io ô abiudo uno fiiolo, debemus dicere ; ego habui 
unum filium et non liberos. 

Nota, quod sunt quedara nomina feminini generis tantum 
pluraliler declinata, scilicet, anchie, brache, cerimonie, 
delitie, diuitie, argutie, blanditie, exequie ; et nomina ciuita- 
tum, ut, pise, tebe, etathene; et nomina librorum, ut, decre- 
tales et ysagoge. 



DEL SEC. XIII 517 

Plurali nominatiuo : he ^nchie, -a.r\\m, H /)enduni delà ouetula. 

— — he brache, -arum, le brache. 

— — he cerimonic, -arum, le obseruantie de U 

zudei. 

— — lie delicie, arum, le delicançe. 

— — he a.r'fiiit\e,-'Aruïo, le reprens/'one. 

— — he diuitie, -arum, le richeçe. 

— — he bhitulitie, -arum, /(? /osen^/Ae. 

— — he exequie, -arum, // offitij de le sépul- 

ture. 

— — he exiraie, -arum, le spollie. 

he exquilie, -arura, 
- — he excubie, -arum, le guardie . 

— — he fasimie, -arum, le chançone che se 

chanta a H puti de fassa. 

— — he gades, -diuiu, li ter mini de hercules. 

— — he iaducie, -arum, le induxie. 

— — he indume, -arum, le uestimente. 

— — he insidie, -arum, ti aguati. 

— — he kalende, -arum, /e ca/e;7c?e. 

— — he ferie, -arum, le ferle. 

— — he mine, -arum, le menace. 

— — he manubrie, -arum, le mnneglii. 

— — he nundine, -âvum, li merchati. 

— — he noue, -arum, la nona. 

— — he nuptie, -arum, le noce. 

— — he [nimïtie, ■àrnïû, le primitue cosse. 

— — he scole, -arum, /e scMo/e. 

— — he scale, ■ arum, le scale. 

— — lie seope, -arum, le scoue. 

— — he teuebre, -arum, le ténèbre. 
c. 6'] 

Plurali nominatiuo : he illeeebre, -arum, i falsi delecti. 

— — he bige, -arum, lo carro de doe rote. 

— — he trige, -arum, lo carro de tre rote. 

— — he (juadrige, -arum, lo carro de quatro 

rôle. 

— — lie dire., -a.rnm, le furie infertiale. 

— — he ydus^ -duum, una parte del tempo. 



518 UNA NUOVA GRAMMATIGA LATINO-ITALIANA 

Plurali nominatiuo : he facie,-arum, li belli costtimi. 

__ — he fallere, arum, le corierte. 

— — he letariie, -arum, le letanie. 

— — he quisquilie, -arum, le gusse de le f'aue. 

— — he îlecretales, -lium, lo decrelale. 

— — he jsagoge, -arum, lo libro de aristotile. 
Nota, quod quedani predictorum nominum, licet inuenientur 

in siûgulari numéro, non debent uti, et si datur thema in 
singulari, possumus facere per predicta nomina, ut, io iiago a 
la scola, ego uado ad scola?. 

Nota, quod sunt quedam nomina neutri g-eneris apud moder- 
nos tautuin pluraliter declinata, sciiicet, ylia, arma, açima, 
castra, chochjlia, carmiua, menia, milia, magalia, magnalia, 
papalia, séria et cartesia, tempe, bachanalia et saturnalia. 
Plurali nominatiuo : liée jlia, yliura, li fianchi. 

— — hec arma, -orum, le arme. 

— — hec açima, -orum, le case açime. 

— — hec castra, -orum, le schùre. 

— — hec conchilia, -orum, li calcine li. 

— — hec carmina, -num, li reuolçementi del' 

aqua. 

— — hec menia, -nium, li raurt. 

— — hec esta, -orum, liinteriori. 

— — hec milia, -lium,, li miiari. 

— — hec magalia, -liura, le campane^' 

— — hec magnalia, -liura, le grande cosse. 

— — hec mapalia, -lium, le capanne. 

— — hec verria, -orum le nouelle oiier cosse 

utile. 

— — liée charchasia, -orum, lemaçarole. 

— — hec tempe, iudeclinabile, li luogld de- 

leteueli . 

— — hec bachanalia, -lium, la f esta de Bacho. 

— — hec saturnalia, -lium, /a /es/a rfe .S«r<«'no. 
c. 6^] 

Et nota, quod predicta nomina in predictis significationibus 

' Nel ms., tra, Va e la n, c'è inscritta in alto una piccola g, a modo di 
correzione. 



DEL SEC. XIII 519 

non inueniunUir declinari in singulari numéro, et quando datur 
thema in sinj^iilari numéro debemus facere per pluralem et 
debemus recurere ad alla nomina singulariter declinata, ut in 
hoc exemplo : la viia arma me piase; mea arma placent michi. 

Nota, quod ï>unt quedam nomina etheroclita quoad genus que 
in singulari numéro sunt masculini generis,et in plurali neutri 
scilicet : locus , iocus, sibillus, menalus, tartarus, supparus, 
infernus, auernus, balteusJ, pilleus, jsmaru3 et didimus. Et 
tria ex predictis nominibus, scilicet, locus, iocus et sibillus, 
possunt et inueniri masculini generis in plurali, ut hi loci et 
hoc loca. Et, quedam sunt que in singulari numéro sunt neutri 
generis et in plurali sunt masculini, scilicet : porrum, filum, 
frenum, rastruni, celum, pellagus et uulgus; potest tamen 
inueniri, lu fi i et hoc fila, lil freni et bec frena. Et quedam 
sunt que in singulari numéro sunt feminini generis et in plu- 
rali sunt neutri, scilicet, suppelex, tilis, altilis, arbatus, perga- 
mus, garbasus, intumus, topesta, digesta, retorica, cantica, 
pascua, georgica, bucolica, oiçania, potest et inueniri çiçanie 
in plurali. Et quedam sunt in singulari numéro neutri generis 
et in plurali feminini, scilicet : epulum, cèpe et balneum, potest 
tamen inueniri hec balnea in plurali. 

Hic locus, --îi, plurali nominatiuo :hi loci et hec loca /o logo. 

Hic iocus, -ci, — — hi ioci et hec ioca, li 

çuoyhi. 

Hic sibillus, -li, plurali nominatiuo : hi sibilli et hec sibilla, 
li fischi. 

Hic menalus -li, plurali nominatiuo : hi et hec menala, une 
monfe. 

Hic tartarus -ri, plurali nominatiuo : hi et hec tartara, 
la mferno. 

Hic supparus. ri, plurali nominatiuo : lii et hec suppara, 
l'ornamenlo de H maneged. 

Hic infernus, -ni, pluraU nominatiuo : hi et hec inferna, 
p. eodem. 

Hic auernus, -ni, plurali nominatiuo : hi et hec auerna, 
p. eodem. 

Hic trenarus , -ri, plurali nominatiuo : hi et hec trenara, 
p. eodem. 

Hic balteui, tei, plurali nominatiuo : hi baltei, lo scaçiale. 



520 UNA NUOVA GRAMMATICA LATINO-ITALIANA 

Hic pilleus,-i, — — hec pillea, w?îo ??îon/e. 

Hic ysmarus, ri, — — hecj9ma.ra.,uno tnonte. 

Hic didimus,-mi, — — hec diàimsi, uno 7nonte. 

Hoc porrum, ri, — ^ hi porri, /i porri. 

Hoc fllum, -li, — ■ — hi fili et hec fila, /o/?/o. 

Hoc frenum, -ni, — — hi freni et hec frena, 
lo freno. 

Hoc rasti'um, -ri, pi irali nominatiuo : hi rastri, lo raslello. 

Hoc celum, -li, — — hi celi, lo ci'elo. 

Hec pellagus, gi, — — hi pellagi, lopellago. 

Hec uulgus, gi, plurali nominatiuo : hi uulgi, lo pouolo. 

Hec suppelex, -lis, — — hec su[)pelectilia , la 

masarni. 

Hec altilis, lis, plurali nominatiuo : hec altilia, lo celo. 

Hec arhatus, ti, — — hec arbuta, l'arbatura. 

Hec pergamus, -mi , plurali nominatiuo : hec pergama , li 
mûri di troia. 

Hec garbasus, -si, plurali nominatiuo : hec garbassa, lauella 
de la naue. 

Hec intubus, -bi, plurali, nominatiuo , hec intuba, quedam 
erba. 

Hec toi)ica-ce, plurali nominatiuo : hec topica, lo libro de 
aristolile. 

Hec digesta, ste, pluia!i nominatiuo : hec digesta, lo dignsto 
de la leye. 

Hec retorica, -ce, plurali nominatiuo : hec retorica, lo libro 
de Tulio. 

Hec cantica, -ce, plurali nominatiuo : hec cantica, lo libro 
de Salamone. 

Hec pascua, -e, plurali nominatiuo : hec pascua, la pastura. 

Hec georgica, -ce, plurali nominatiuo : hec georgica, lo libro 
de Virgilio. 

Hec bucolica, -ce, plurali nominatiuo : hecbucolica, lo libro 
de Virgilio. 

Hec çiçania, -e , plurali nominatiuo : hec çiçania et hec 
cicanie, la çincania. 

3 3 ' J J 

Hoc epulum,-li, plurali nominatiuo : he epule, le iduande. 
Hoc cèpe, -pe, — — he cèpe, le çeuole. 



DEL SEC. XIII 521 

Hoc balneum, -nei, plurali norainatiuo : lie balriee vel hec 
balnea, lo bagno. 

Nota, qiiod noruen etherocliturn potest dici quatuor modis, 
pfimo modo, ([uoad genus, ut uisura est supia. Secundo 
modo, quoad tuitnerum, utquando iiuinerus pluralis non deriua- 
tur a singulari ut norainatiuo ego et plurali nominatiuo nos. 
Tercio raolo quoad declinationem, videlicet quando nomen est 
unius declinationis in singulari et alterius in plurali, ut hoc 
uas, -sis et plurali nominatiuo, hec uasa, -sorum, secunde decli- 
nationis et in singulari tercie. Quarto modo, quoad casus, 
scilicet quando unus casus regulariter non formatur «b altero, 
ut hic Jupiter, genetiuo huius iouis. Dicitur etiam uerbum 
etheroclitum quoad personam, scilicet quando secunda per- 
sona non forraatur a prima, ut sum, es ; et dicitur quoad tem- 
pus, scilicet quando preteritum non formatur a presenti, ut 
fero, tuli. Unde uersus : 

Est genus et numerus et declinatio casus 
Nomen etherolitum reddit tempusque personam. 

Nota, quod deriuatio in arte gramatice fit septem modis. 
Primo modo uoce tantum, ut a lacertus, lacerta. Secundo 
significatione tantum, ut ab uno, semai. Tercio uoce et signi- 
flcatione, ut ab amo, amor. Quarto adiectione ut a iustus, -sti, 
addita -tia, fit iustitia. Quinto diminutione, ut a consulo, 
remota-o, fit consul. Sexto per traslationem de greço in lati- 
num, ut a theus, deus. Septimo per contrarium, ui a luceo, 
lucus. 

c. 7^] 

Et nota, quod sunt quedam nomina que deriuantur per con- 
trarium, etsunt ista que in istis uers bus continentur. 

Lucus et officium, bellum, libitinaque parca, 
Ista per antifresim sunt dicta nomina quinque. 

Expliciunt etheroclita. Deo gratias. Amen. 

c. 16"] 

Nota, quod participium desineus in -ans uel in -ens tria 
habet vulgaria, ut amans, idest, roino e In femena e la cosa, 
amatido ouer che amaua ouer che ama. Participium vero desi- 



522 UNA NUOVA GRAMMATIGA LATINO-ITALIANA 

nens in -tus, in -sus et in -xus et in -us tr ia habet vulgaria, ut 
amatus, idest lo liomo e la fcmena e !a cosa canado, che ama, ouer 
che sta amà. Participium vero desinens in rus habet etiam 
tria vulgaria ut amaturus, ide.«-t, l'omo e la femena e la cosa da 
douer amaro ouer che amara ouer che dera amaro. Pariicipium 
vero desinens in -dus habet etiam tria vulgaria ut amandus, 
idest, l'otno e la femena e la cosa da fir ama, ouer che ftr ama, 
ouer che dera fir amà. 

c. 16 bis ^] 

Si non inuenitur participium latinum potest fieri duobus 
modis, ut pero amà coi'e, petrus (juem aliquis amauit uel amaue- 
rat cuiit. 

Nota, quod quaudo datur thema per participium desinens 
in -dus, si participium reperitur latinum potest fieri ini'"'modis. 
Primo modo per participium, ut Pero da fir amà core, petrus 
amandus curit. 

Nota, quod quando datur thema per participium quo care- 
mus, aut participium ponatur in consequentia, aut si non 
ponatur in consequentia tune débet rasolui in uerbo indicatiui 
modi cum ista coniunctione dum uel postquam uel subiunctiui 
modi in coniunctione ut in hoc exemplo : Vegnuy i scolari 
a la scola el maistro lege ; die : postquam scolares uenerunt ad 
scolas magister legit. Si vero illud participium non ponatur in 
consequentia tune recurendum est ad uerbum et hoc relatiuo 
qui, quod potest esse duobus modis uel verbum et partici- 
pium habent idem uulgare et tune relatiuum débet poni in 
supposito uerbi, ut in hoc exemplo : i scolari baluj ua a la piaza. 
Si veio participium et uerbum non habent idem uulgare tune 
relatiuum débet poni in supposito, ut in [c. l?""] hoc exemplo : 
i scolari nienaçadi ua a la piaza, die : scolares, quibus uapula- 
tus fuit magister uadunt ad plateam. 

c. 21 "] 
. Nota, quod quando datur thema in urio accidente ad unum 
terminum, illic est unica comparatio et debemus componere 
latinum hoc modo ; quia debemus ponere latinum inter termi- 
nes si inuenitur et si non inuenilur, positiuum et magis aduer- 
bium, ut sum fortior te et sum magis plus quam tu uel te; et 
si datur taie thema in uno accidente ad duos terminos, ut si 
dicatur : io sumpiii forte de piero che de martim, illic sunt très 



DEL SEC- XIII 523 

comparationes que sic dernonstrantuf, quia primo uolo dicere, 
che siapiù forte de piero et sic est una. Secundo, uolo dicere, 
c/ie sia piu forte de mariim, et sic suut due. Tertio, che sia più 
forte de pero che de marthti et sic sunt très, quarurn due sunt in 
latine et altéra inteiligitur quia primo ponitur nomea compa- 
ratiuum, postea magis quam inter duos termiiios [)Ositos in 
ahlatiuo casu et magis quam inteiligitur comparatiuus prece- 
dens. Unde débet dici ego sum fortior petro magis quam raar- 
tino et !?i delur ihema in uno accidente ad très terminos ut si 
dicatur : io sum piUforlo de zuano che de piero che de niartim, illic 
suntseptein comparationes que sic demonstrantur (juia primo 
uolo dicere, che sià pm forte de zuano, et sic est una. Secundo, 
che sia piu forte depero et sic sunt due. Tertio, che sia più forte 
de marlim, et sic sunt très. Quarto, cAs sia più forte de zuano 
che de martim, et sic sunt quatuor. Quinto, che sia più forte de 
zuano che de piero, et sic sunt quinque. Sexto, che sia piic forte de 
martim che de pero, et sic sunt sex. Septimo, che sia più forte de 
zuano che de pero che de martim, et sic sunt septem. 

c. 22 '] 

Et nota, quod ternaini qui sunt copulati reputantur pro uno 
etsi dicatur: loswnpiù biancho de piero de martim, \\\\ç, estunica 
comparatio quia duo termini copulantur pro uno et débet dici 
sic, ego sum a'.bior peiro et sum altior martino. 

c. 22'-] 

Nota, quod datur theraa in uno accidente ad uuura terminum 
illic est utiica comparatio sicut dictum fuit superius, etsi datur 
thema in duobus accidentibus ad unum terminum, ut si dica- 
tur: io sum più biancho che forto de pero, illic sunt très compa- 
rationes, que sic demonstrantur, quia primo uolo dicere, che 
sia pjiù biancho de pero, et sic est una. Secundo, che sià più forte 
de lu, et sic sunt due. Tertio, che sia più biancho che forto de Io, 
et sic sunt très et débet ïic fieri latinum, quia debent poni illa 
duo nomina comparatiua que sunt in themate et in medio 
unum magisquara ut ego sum albior petro magisquam sim for- 
tior eo, et si non inuenitur nomeu comparatiuum ponere 
debemus loco comparatiui positiuum et magis ut ego sum 
magis pius magis quam rubens petro. Et nota quod si 
datur thema in tribus accidentibus ad unum terminum, 
ut si dicatur : îo sum più biancho che sauio che forlo de pero. 



524 UNA NUOVA GRAMMATIGA LATINO-ITALIANA 

illic sunt septem comparationes, que sic demonstrantur, quia 
primo uolo dicere, che sm più biancho de piero^ et sic est^una. 
Secundo, che sia più sauio de hd, et sic sunt due. Tertio, che 
sia pni forte de lui, et sic sunt tre«!. Quarto, che sia piîi biancho 
che sauio de lui, et sic sunt quatuor. Quinto, che sia più che forto 
de lui, et [c. 22^] sic sunt quinque. Sexto, che sia più sauio che 
forto de lui, et sic sunt sex. Septirao, che sia più biancho che 
più sauio che piû forte de lui, et sic sunt septem. 

c. 22^] 

Et nota, quod si datur thema in duobus accidentibus ad 
unum terminum, illic sunt très comparationes, ut dictum fuit 
superius, nisi quod loco eomparatiui debemus ponere uerbum 
et magis siue minus, ut ego niagis quam magis oneror raar- 
tino et sic de a'ijs. Et not-i quod in talibus comparacionibus 
terminus potest esse duplex, ^cilicet, terminus uerbi et termi- 
nus comparationis, terminus uerbi est qui déterminât uerbum^ 
ut amo più piero che marlim. tune est unica comparatio quia 
est absque termino eomparatiui et débet sic dici ego magis 
amo petrum quam martinum. 

c. 22^] 

Nota, quod si datur thema in duobus accidentibus ad duos 
terminos, ut si dicatur : io sum più forte che sauio de piero che de 
niartim, illic possunt esse septem comparationes ; très sunt in 
diuersos respectus, nam si uolumus intelligere quod ambo illi 
termini redantur utri(iue comparatiuo etunt septem, quod sic 
demostratur, quia primo uolo dicere, che io sia più forte de 
piero, et sic est una. Secundo, che sia più sauio de lu, et sic 
sunt due. Tertio, che sia più forte che sauio de lui, et sic sunt 
très. Quarto, che sia piîi forte de martim, et sic sunt quatuor. 
Quinto, che sia più sauio de martim^ et sic sunt quinque. Sexto, 
che sia [c. 23''] più forte che sauio de lu. Septimo, che sia piû 
forto che sauio de pero che de martiin, et sic sunt septem. Et 
débet fieri s>ic latinum, quia primo debent poni illa nomina 
comparatiua in eo casu quem uult dicio re^ens et inter ea 
unum magis quam et ambo termini in ablatiuo et in medio 
unum magis quam et sic erunt quatuor et très intelliguntur 
quia post magis quam ponitur inter terminos intelliguntur illic 
très comparationes et [lonuntur unum intelligitur sic, ego sum 
sapientior magis quam fortior, magis quam sapientiormartino, 



DEL SEC. XIII 5^5 

et si uolutnus intelligere primus terminus reddatur primo 
comparatio et secundus secundo tercio et erutit très coiupH- 
rationes, que sic deraonstrantur, quia primo uolo dicere, cke 
io sia più sauio de pero, et sic est una. Secundo, che sia piii 
forto de martim, et sic sunt due. Tertio, c/ie sia piu sanio che 
forto de biaxio che de marlun, et sic sunt ti es 

Nota, quod quando datur thema in uno accidente ad unum 
terminum per minus, iilic est uniclia comparatio, ut dictura 
fuit superius et débet fîeri latinura per positiuum et minus, 
quod valet tantum quantum tuum compaiatiuum, et hoc fit 
quia comparatiuum significans minus non inuenitur-, ut, io sum 
incm biancho de piero, débet sic fieri latinum, ego sum minus 
albus petro; et si datur thema in duobus accidentibus ad 
unum terminum, ut si dicatur, io sum mem biancho che mem 
forto de pero , illic sunt très comparationes, ut dictum fuit 
superius in comparacionibus per magis 

c. 28^ J 

Nota, quod si datur thema in duobus accidentibus sine in 
duobus actibus per magis siue per minus absque terraino, illic 
est unicha comparatio ut si dicatur, io sum più biancho che 
forlo, et io amo mem che non ieço, et tune débet componi lati- 
num per positium et raagis siue per minus aduerbia. Unde 
debemus dicere, ego sum magis albus et ego raagis amo quam 
legam. Et si datur thema in talibus coraparationibus siue in 
talibus actibus, ut si dicatur, io sum più biancho che forte che 
sauio, et io leço pm che non amo che non corro, illic sunt très 
comparationes que sic demostrantur, quia [)rimo uolo dicere, 
che io sia più forto che sauio. Secundo, volo dicere, che io sia pm 
biancho che forto. Tertio, uolo dicere, che io sia pih biancho 
che non sum forto e piîi sauio, et sic débet fieri latinum quia 
debemus ponère tria ina-^ns quara ut ego sum magis sapiens 
magis quam diues magis ijuam albus et sic de alijs. 

c. 24^] 

Nota, quod si datur taie thema : iosum più richo che nonsoio, 
isiud latinum potest fieri per istam dicionem : solito , cum 
comparatione absque termino, illic est unicha comparatio et 
possumus uti nomine comparatiuo, quia fit comparatio res- 
pectu diuersorura temporum, ut patet dicendo, io sum più ri- 
cho che non soi'o, illic est unicha comparation, quia volo facere 



556 UNA NUOVA GRAMMATIGA LATINO-ITALIANA 

comparatiotiem de meis diuitijs pi'esentibus ad meas diuitias 
preteritas et possum dicere duobus modis ut ego sum dicior 
solito et tune intelligitur ego sum dicior me solito esse diuite, 
idest dura eram solitus esse diues, uel alio modo scilicet ego 
sum dicior quam solito, idest quam preterito tempore. Et si 
datur thema cum termino ut si dicatur, io sum pih forlo de 
pero che non soio, hic sunt très comparationes, que sic deraos- 
trantur, quia primo uolo dicere, che da gui endre era pm forte 
de pero. Secundo, uolo dicere, che sùi pih forto de lai, et sic 
sunt due. Tertio, uolo dicere, che sia piii forto de pero che da 
qui endre et sic sunt très et débet sic fieii iatinum quia primo 
débet ()oni istud nomeu comparatiuum cum suo termino et 
inter terminum et solito unum magis quam et taliter illud 
comparatiuum non precesit, ut ego sum fortior petro magis 
quam solito, et sic intelligitur, ego sum fortior petro magis 
fuerim fortior eo solito. 

c. 24 '] 

Nota, quod si datur laie thema : qucslo vasello è pih de meço 
mem che plein, hic unum comparatiuum est excessus alterius 
et potest intelligi duobus modis, scilicet, che lo plus sit exces- 
sus de lo niem, ut dicatur, istud uas est plénum pluri medie- 
tate sua minus toto siue sua totale, et possumus intelligere 
che /o minus sit excessus de lo plus ut dicatur, istud uas est 
plénum magis quam ad médium sine medietate minorumquam 
ad sumum uel minori toto. Et possum etiam facere per uerba 
secundiim diuersos respectus siue intellectus , ut istud uas 
superhabundat a medio quam uacet a toto, uel istud vas 
magis vacat a toto quam superhabundet a medio. 

Et nota, quod dum volumus intelligere che lo plus sit exces- 
sus de li mem intelligitur, quod modica quantitas uini sit in 
uase et dum volumus intelligere che el mem sit ex [c. 24 ^] 
cessus del plus intelligitur, quod modica ijuantitas vini deficiat 
in vase et patet recte in cunctibus. 

Nota, quod si datur taie thema : um pih de um home corre. 
débet sic fieri Iatinum, quia primo debemus capere unum 
noraen comparatiuum quod est in themate et postea suam deter- 
minationem cum qua semper est de dre alche [sic), et illud 
quod remanet debemus ponere in ablatiuo (juia est excessus, 
ut plureshomines homo currunt; et si datur taie thema : du pih 



DEL SEC. XIII 527 

de du homini correno, istud latinutn potest intelli;:! iIuobiH 
modis, quia primo potest inteiligi che lo du sit terminus com- 
paratu'^, ut duo plures homines uno ('urrunt, alio modo potest 
inteiligi che lo ^/u sit excessus, et liunc debemus dicere, duobus 
plures homines uno currunt, et si dicatur, uno mem de du 
homini corro, non possumus dicere, uno pauciores homines 
duobus currunt, quia non de du uno est unu3 et de uno non 
potest dici pauciores, sed debemus dicere pauciores in plurali 
numéro dum modo illud de quo dicitur sit pluralis numeri. Et 
si datur taie thema : Ui pin de quatro sette homini corre, debe- 
mus capere neutrum et ponere in illo casu quem unit ver- 
bum et sibi dicetuare {sir) nomen eomparatiuum et ilium neu- 
trum cum quo semper est de che vel et debemus ponere in 
terminatione comparatiui et aliu 1 quod remanet debemus 
ponere in terminatione comparatiui et aliud quod remanet 
debemus ponere in excessu; ut septem homines plures qua- 
tuor tribus currunt. 

Nota, quod nomen eomparatiuum quando ponitur istud 
vulgaro ly le lo uel la semper importât particionem dum non 
sint illa que requiruutur in particione, ut in hoc exemple, 
prestame lo meioro de li toy cauagli, et, io sum lo meioro scolaro 
de la mia scola, et débet tune nomen eomparatiuum determi- 
nari per genetiuura, uel per ablatiuum mediante de uel e uel 
ex, uel per acusatiuum mediante inter, ut, concède mihi 
meliorem tuorum equorum, et, ego sum melior scolaris nos- 
trarum scolarum, et intelligitur sic : presta mihi unum equum 
tuorum ' equorum meliorem aliis, et si diceretur per abla- 
tiuum tuuc esset dictuni quod tu prestares unum de tuis. 
Et nota quod huuis modi latiiium est abuxio in comparatione 
de qua dicetur inferius et est consequens et intelligitur sco- 
larium. 

Nota, quod si datur thema : io leço piuche non posso, non de 
c. 25 *■] bet dici latinum, ego lego plus quam posum, quia 
sequerelur falsa sententia, sed debemus ponere illud quam 
huic aduerbio comparatiui et illud aduerbium capitur in vi 
sui positiui et cum abiuxio (?) in significatioue, ut ego lego 
quam plus posum, et sic intelligitur ego lego tam plus, idest 

1 Ms. Vnoruni. 



528 UNA NUOVA GRAMMATIGA LATINO-ITALIANA 

tam multum quam plus, idest quam raultum posura, et de aliis 
intelligitur, sic ego ueniara qnam citius potero, et si datur 
taie theuma : 20 uoio inançi una sperma cite hum caiialo, non 
bene diceretur par magis nec per prius quia sequeretur, quod 
uelem utrumque, sed débet dici per potius quia est aduerbium 
eligendi et inuenitur etiam nomine et deriualur ab isto nomine 
potis, ut ego uolo potius unam paltnatam quam unurn equum 
et possumus etiara dicere per istara dictionera quam, ut uolo 
palmatam quam equum et tune est coniunciio electiua quia 
quam potest esse aduerbium temporis et aduerbium quanti- 
tatis et nomen relatiuum et coniunctio electiua. Unde uersus : 

Si quam sequteris désignât tempus et ista, 
Comperat et nomen quam tamen uocat eligit atque. 

Nota, quod si datur taie theuma : dame h dhiari che tu me d'i 
daro 10 non te H domandaro pi, non débet (débet fieri latinum 
per plus siue per magis, quia sequeretur falsa sententia, vide- 
licet competere contra illos sed non plures, sed debemus dicere 
per amplius. Et si diceretur, l'o à aldîi la lectiom pi che scto 
uolte, posumus dicere per aduerbia scilicet ego audiui lectio- 
nem plures quam septies, et taie latinum potest dampnari quia 
adverbia non posunt determirare uerbum modo non détermi- 
nât, quia maie ad hoc dicimus quiod (sic) quantum ad modura 
significandi la septies déterminât verbum sed quantum ad signi- 
ficationem déterminât lo plures qui tantum ualet lo septies 
quantum septem uicibus et erit compositio sic dicendo bene, 
maie. Sed nota quod uolendo figure {sic) esse dubium debemus 
interponere isrtud adverbium; quam, ut legi lectionem plures 
quam septies et curit septies déterminât unura uerbum legi ' 
quod subintelligitur. 

Nota, quod quando datur taie theuma : io à pi che doatanti 
dtnari d't ti, débet dici latinum ego habeo plures denarios 
duplo illorum quos tu habes siue duplo sui, [c. '^5"] et tune 
intelligitur denariorum habitorum a se et talis sensus quod si 
tu habes duos denarios ego habeo plures quatuor, sed non dico 
quod et si dicatur, io à doa tanto pi dinnri de ti, tuiic istud doa 
tanto est exoesus et, debemus dicere ego habeo duplo plures 

* Mss. legu. 



DEL SEC. XIII 529 

denarios illis quos tu liabes, et est sengus quod si tu habes 
duos denarios ego habeo sex Unde iîcito numéro tuorurn dena- 
riorum statim scitur ' meus numerus, et sic dicatur absquo 
nomine comparatiuo, ut io 6 doa tanti ilenari de (i, non potest 
dici per quam quia ipse non baberet ad cuius determinationum 
ueniret, sed debemus dicere isto modo, ego babeo diiplum illo- 
rum denarioruiu quos tu liabes uei ego bubeo denarios in 
duplo tui. 

Nota, qnod si datur taie theurua : io à x soldi et du dinari pi 
ouer du dinari mem, non possumus dicere per plures nec per 
pauciores ponendo copulam, quia sequeretur falsa sententia, 
quia si diceremus ego habeo decem solidos et duobus plures 
sequeretur quod haberes ^ solidos additis duobus denarijs et 
si dicatur in temate meno non debemus dicere per plus nec per 
minus, sed debemus dicere per citerior quod sunt nomina cora- 
paratiua, ut ista hora est ulterior ora tertie et citerior (ora) 
hora uespertina. 

c. 27'] 

Nota, quod nonien superlatiuum uult determinari per gene- 
tiuum pluralem uel singularem norainis colectiui et sui generis 
quando respectiue ponitur, ut ego sum fortissimus horaino- 
rum {sic) siue istius populi et non bene diceretur ego sum for- 
tissimus petro. Et hoc est quia nomen superlatiuum habet uim 
nominis comparatiui et de uno non potest fleri comparatio sed 
debemus dicere quando non habet genetiuura pluralem uel sin- 
gularem nominis colectiui et sui generis et comparatiuum et 
multo, ut io sum fortissimo de marti, ego sum multo fortior 
raartino et io sum fortissimo di lioni, ego sura multo fortior 
leonibus et non bene diceretur ego sum fortissimus leonum, 
quia ego non sum de génère leonum. 

Antonino de Stefano. 
Fribourg (Suisse). 



< Mss. sitîir. 



34 



LA CHRONIQUE FRANÇAISE DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 

{Suite et fin) 



20 1'°. V. Lothaire se joint aux révoltés. — 20 v". Violences exer- 
cées contre les parents de Bérard. — 21 r°. On décide que la querelle 
de Louis et de ses fils sera soumise à une assemblée plénière. Les 
mutins demandent qu'elle se réunisse en France; l'empereur souhaite 
qu'elle ait lieu en Allemagne. — 21 v". Son désir, à la fin, prévaut. 
On enjoint aux nobles et aux prélats d'assister sans armes au plaid. 
L'abbé Hildo, qui ne tient pas compte de cet ordre, est chassé. — 

22 r° et v°. Menées des deux partis. — Après la première séance de 
l'assemblée, Louis mande Lothaire auprès de lui. Le père et le fils pa- 
raissent ensemble à une fenêtre. La foule, qui les juge réconciliés, se 
livre à des transports de joie et se range du côté de l'empereur. — 

23 r". Les conspirateurs sont punis. L'un d'eux, l'évêque d'Orléans, 
Théodulphe, est emprisonné à Angers '. 

Mais, par après, Dieu qui jamais n'oublye 
Homme contrict, quant de cueur le supplye, 
23 v° L'exercita en occupation 

Telle qu'on eut de luj compassion, 

Comme entendrez s'avez la pacience 

De l'escouter. Homme plein de science 

Estoit celuy prélat. Or, comme espris 

D'affliction en ce qu'avoit mespris, 

La exposa son sçavoir en chant d'iiympnes 

Et beaulx respons. Entre aultres choses dignes 

D'acception, il feyt Gloria laus 

Qu'au jour nommé dimanche des rameaulx 

1 Les événements que Crétin relate dans ce chapitre eurent lieu en 830, 
et l'incarcération de Théodulphe est, en réalité, antérieure de douze ans. 
Cf. Gall. Christ., t. VIH, col. 1420. 



LA CHRONIQUE FRANÇAISE DE GUILLAUME CRETIN 531 

En saincte Eglise universelle on chante. 
Je ne croj point personne si meschante 
Et indevote, en contemplant TefFect 
De ce beau chant [tant doulcement est faict!) 
Qui, par pitié, de l'œil ou cueur ne pleure. 

Advint qu'ung jour des rameaulx, a telle heure 
Que se faisoit celle procession 
Par le clergé d'Angers, la stacion 
Ou l'empereur assistoit en personne 
Fut faicte au lieu, comme le plus consonne, 
Tout droit devant la prison ou, captif, 
Estoit celuy povre evesque, actentif 
24 r° D'ouyr etveoir l'adoracion faire 

Devant la croix. Ce faict, pour satisfaire 

A son désir, de haulte et doulce voix 

Print a chanter ces beaulx vers, toutesvojs 

Ce ne fut pas sans arrouzer sa face 

De larme chaulde. Ainsi veult que se face 

Tout cueur piteux, désirant avoir d'œil 

Signe duquel demonstre en porter dueil. 

Ce mot diray affin qu'on le retienne : 

Le bon prélat, en chantant celle aothienne, 

Ayde receut des esperitz divins. 

Parle récit d'aucteurs vrays, non devins; 

En leurs escriptz bien autentiques disrent 

Qu'anges du ciel a son chant respondirent : 

C'est reigle vraye et sans exception 

Qu'il fut trouvé digne d'acception. 

Quant l'empereur eut la louenge ouye, 

Donnée a Dieu de pensée esjouye, 

Fut si contrict qu'ains aultre chose ouvrer 

Le prisonnier envoya délivrer. 

Quoy plus? luy fut toute faulte coramyse 

Entièrement pardonnée et remyse. 

24 v°-26 r". VL Lieux communs : Lorsque la Discorde laisse en 
paix les hommes, ce n'est jamais pour longtemps. La fortune varie et 
nos joies ne durent point. L'histoire du Débonnaire le démontre. — 
26 ¥"-27 v°. 11 vivait tranquillement sur son trône reconquis, recevait 



532 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

des ambassades qui lui apportaient de beaux présents, instituait, 
en dévot personnage qu'il était, la fête de la Toussaint, et ne songeait 
à nul mal, lorsque, de nouveau... — 28 r°. ses fils se levèrent contre 
lui. 

Pères, gardez de lascher trop la bride 
A voz enfFentz, car il n'y a remvde : 
28 v° S'un pied laschez, ilz en gaigneront deux, 
Et ja n'aurez honneur ne plaisir d'eulx. 

Le pape Grégoire IV passe les monts. — 29 v°. Il déclare, en 
arrivant en France, qu'il veut ramener l'union dans la famille impé- 
riale. — 29 v°. Réponse de Louis. — 30 r°-31 v°. Le pape se rend 
chez les mutins, et négocie avec eux. Us débauchent les partisans de 
leur père, qui se trouve bientôt sans armée. Il est réduit alors à 
demander une entrevue à ses fils. Ils consentent. Grégoire devine que 
cette conférence ne produira rien de bon, et il se hâte de retourner 
à Rome. — 31 v''-32 v°. L'empereur est reçu par ses enfants d'une 
façon en apparence respectueuse, mais ils ne laissent pas de le sépa- 
rer de sa fernme, qu'ils exilent à Tortone, et de l'envoyer lui-même 
au couvent de Saint-Médard, à Soissons. — 32 \° . Crétin déplore 
cette rigueur. 

33v°-39r°. VII. Plaintive élégie du Débonnaire. Le chroniqueur 
lui cède la parole, et il en abuse cruellement. 

40 ro-4I v". Vlll. Lothaire réunit une assemblée à Compiègne, et 
y traîne son malheureux père. Les états décident que l'empereur sei'a 
tondu. Faute d'avoir les moyens de résister, il consent et prend le 
froc. — Lothaire, bien joyeux, s'achemine vers la ville d'Aix. 

42v"-44r°. IX. Mais la prospérité des méchants est passagère. 
Effrayé par une faction puissante, et qui juge odieuse sa conduite, 
Lothaire remet son père en liberté, puis s'éloigne en déclarant n'avoir 
agi que d'après l'opinion des évoques et des gentilshommes qui 
assistaient au plaid de Compiègne. 



44 V^ 



Et par ainsi la besogne acomplye, 

Fut entre mains l'empire restablye 

Du bon Loys, qui, pour habit cloistrier, 

De chevallier print ceinture et bauldrier, 

En lieu de froc et gonne moniale, 

Sceptre receut et robe impériale, 

Et, pour couvrir la tonsure du chef 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 533 

Tripple couronne affublant derechef, 
45 r° En belle, grande et notable assemblée, 
A crj public et non de force emblée, 
(Comme de Dieu et tout le peu{)le amé) 
Vray empereur fut allors proclamé, 
Au gré, plaisir, confort, joye et lyesse 
Des bienveillantz 

Lothaire, qui est parti plein de courroux, met le siège devant 
Chalon, s'en empare, pille l'église de cette ville, et se livre (45 v°) à 
beaucoup d'autres excès. — 46 r°-47 v". Pendant ce temps, l'empe- 
reur accueille avec bonté ses fils, Loys et Pépin, qui se montrent fort 
repentants ; il remercie le Seigneur qui lui a rendu le sceptre; il se 
divertit quelquefois en chassant. (N. B. Il avait du goût pour ce 
sport, mais il ne s'y adonnait point d'une manière exclusive, pas- 
sionnée.) 

48 v°. X. Revenu de Tortone, Judith est tourmentée par un gros 
souci : son époux est déjà vieux ; il a partagé son héritage entre les 
trois enfants du premier lit; le jeune Charles n"a donc rien à attendre. 
Afin de lui ménager un protecteur, sa mère eût désiré le placer sous 
la tutelle de Lothaire. Mais celui ci prêterait-il les mains à un tel ar- 
rangement ? — 49 1" et v". Le Débonnaire écrit à son fils et l'invite à 
venir traiter cutte question avec lui. Lothaire, qui ravageait pour lors 
l'Italie, ne se presse pas d'obéir. — 50 r°. 11 se décide enfin à se 
présenter à la cour, et accepte la tutelle de Charles. — 50 v°. Nouveau 
partage de l'empire. — 51 r" et v°. Il lèse les intérêts de Loys, roi 
de Bavière, qui se prépare à soutenir ses droits par les armes. Néan- 
moins, comme il apprend que son père lève contre lui de grandes 
troupes, il feint adroitement de se soumettre. 

52 v°. XL Mort de Pépin, roi d'Aquitaine. — A qui donner sa 
couronne? On ne tombe pas d'accord sur ce sujet, et l'on choisit 
l'empereur comme arliitre. — 53 r° Pour traiter ce point litigieux, il 
convoque une assemblée à Clermont, maison ne peut, faute de temps, 
arriver à une solution, car, sur ces entrefaites, le roi Loys excite les 
Germains à la révolte. — 53 v°. Le Débonnaire conduit son armée 
contre ces méchantes gens. . Hélas! il était vieux, il était malade, 
et cette campagne l'acheva. 

54 i" Ses pavillons et tentes feyt dresser, 

Près la cité de Mayence, en quelque isle 
Ou esperoit avoir repos tranquille, 



534 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

Mais, nonobstant la doulce humanité 
De l'aer si doulx, tout plein d'aménité, 
Tant fut saisj de l'ajgre amaritude, 
Qui tost se tourne en amere egritude, 
Que la perdit toute force et vigueur, 
Par quoy tumba en si forte langueur 
Qu'il n'eut de vie espérance certaine, 
Et demoura toute une quarantaine 
De jours et nuictz en l'extrême danger 
Du paz mortel, sans boyre ne manger 
Fors le repaz de divine bouthique 
Qu'on dict et tient le très sainct viatique 
Du sacré corps et sang très précieux 
De Jesuchrist, souverain roy des cieulx, 
Pour restaurant a l'ame salutaire. 

54 yo-BB 1'°. Le mourant adresse à Lothaire ses recommandations 
ultimes, puis, l'ayant couronné de ses propres mains, il se met à sou- 
rire doucement, en homme que visitent les esprits divins. — 55 v°. 
Peu après il rendit l'âme, et une comète parut, juste à ce moment, 
dans le ciel. — 56 r°. Imitez l'empereur Louis! Il fut patient, dévot, et 
certains de ses .ictes honorent beaucoup sa mémoire. On doit notam- 
ment se souvenir qu'il fit transférer à Saint-Denys les corps des mar- 
tyrs Hippolyte et Tiburce. 

57 r°. XII. Il est notoire que les enfants des rois enterrent avec 
plaisir leurs parents. — 57 v°. Lothaire se conforme à cette coutume ; 
il ne pleure point le Débonnaire, et s'empresse de chercher querelle à 
Judith et à Charles. — 58 r". Bientôt la guerre s'allume entre les 
quatre frères. Us forment deux camps, mais de quel côté Loys et 
Pépin [II] s'étaient rangés, voilà ce que le chroniqueur ne sait point 
du tout. 

Je suis perplex pour la diversité 

De noz autheurs : en controversité 

D'oppinions, les ungs Lothaire tiennent 

Joinct a Pépin d'Aquitaine, et maintiennent 

Charles avoir Lojs avecques luj. 

Sur ce ne suis pour desmentir nuUuy, 

Mais plusieurs ont escript tout le contraire '. 

1 Ils ont eu grand tort. 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 535 

58 V». Charles réunit des troupes, et il les exhorte à bien combattre. 
— 59 r°. Elles lui jurent fidélité... On va partir; on s'équipe, 

59 v" Or est saison, quant la trompette sonne, 
De préparer les marsiaulx tournoys, 
Gentz et chevaulx adextrez au liarnojs, 
Trousser chanfrains, selles d'armes et bardes, 
Mectre en charroy faulcons, canons, bombardes, — 
Cloches d'enfer, vulcanistes bastons, 
Non pour sonner matines en baz tons, 
Mais tant tonner qu'aer fende, terre tremble. 
Et que le coup vie a l'ung ou l'aultre emble, — 
Lances en main, javelines, passotz, 
Picques, pongnars, cuyraces et cuyssotz, 
Armetz au chef, gorgerins et barbuttes, 
Fortz hallecretz, halbardes, haquebuttes, 
Haches, estocz, arbalestes et dardz, 
Suyvre guydons, enseignes, estendardz : 
60 r° Car il est temps que chacun s'appareille 
Monstrer d'eflfect se la force a pareille 
A son heyneux, pour soustenir combact. 

Lorsque l'on prétend acquérir de la renommée, il s'agit de ne s'é- 
pargner point et de ne pas craindre les horions. — 60 v». Les deux 
armées vont à la rencontre l'une de l'autre, et elles traversent les pro- 
vinces à grand tumulte. 

Onques le brujt de fouldres et tempestes 
Ne rendit son pour estonner tant testes 
Que le strepit merveilleux et tonnant 
Pour l'heure fut tout le monde estonnant, 
Car il sembloit que deubst terre a coup fondre, 
Et le pajs en abisme confondre, 
Comme se lors fust sur champs Lucifer, 
Accompaigné des sattrappes d'enfer 
Aveq Megere et toutes les furyes. 
Certes ce sont merveilleuses faeryes 
D'infiniz maulx que train de guerre accroist : 
Qui ne le voyt bien a peine le croyt! 



536 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

' 61 v. Dans la plaine de Fontenay [Fontenailles], voici les adver- 
saires en présence. — 61 vo-62 r». Les gens de Charles reculent d'a- 
bord, mais il les rallie, les ramène... — 62 v°. Parenthèse : Crétin 
déplore les querelles des rois. 

Princes, helas ! vous acquérez renoms 
D'estranges.ioz, et, par ces deux pronoms 
Qui sont meum et tuum, menez guerre 
Pour les pays ungs sur aultres conquerre. 
Or plaise a Dieu si bien vous accorder 
Qu'en brief puissiez l'unjon recorder 
Qui mecte fin a voz querelles telles, 
Et qu'alliez tous contre les infiJelleiS ! 
Dirajje ung mot? Seigneurs, bien mestier est 
Que de lafoj querellez l'interest ; 
63 r° Le temps S3 perd et l'heure ja moult tarde. 
Vous arrestez icj a la moustarde, 
Et différez, pour voz telz quelz proffitz, 
Garder l'honneur du benoist crucifix. 

Description de la bataille. — 63 v". Suite de la description. Jamais 
une mêlée ne fut à ce point sanglante. — 64 r°. 11 y eut des deux côtés 
un carnage presque égal. Néanmoins Charles demeura vainqueur. 
— Et c'est là, note le bon Guillaume, un événement considérable, en 
sorte que, l'ayant conté, il est à propos de poser la plume un instant, 
de souffler avant d'aller plus loin. 



B. N. fr. 2822. 

65 r° '. XIII. Après la victoire, Charles le Chauve poursuit Lothaire. 
— 65 v"-68 r°. Ici, un passage très confus : les frères ennemis 
bataillent quelque temps encore, puis se décident à conclure un accord. 
C'est assurément du traité de Verdun que le chroniqueur a voulu nous 
parler, mais il le place en 84G. 

68 v°-69 r°. Lothaire partage son royaume entre ses enfants ; il se 
retire du monde et prend « monial habit». L'un de ses fils, qui por- 
tait le même nom que lui, ti'ansgresse la loi de Sainte-Eglise, et veut 
avoir deux épouses à la fois. Cette prétention plonge Guillaume 

1 Ce volume continue la pagination du précédent. Même observation 
pour les numéros des chapitres. 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 537 

Crétin dans une sorte de stupeur; il qualifie ce prince de grand folas- 
tre, et ne peut assez admirer qu'un homme souhaite deux femmes, 
alors qu'il est déjà si dosagréahle d'en avoir une. — 69 v°. Les pré- 
lats, qui avaient autorisé cette bigamie, furent déposés. Quant à 
Lotliaire [II], il fut puni par le ciel de sa conduite incivile, et ne 
tarda pas à mourir misérablement. 

Diray je ung mot sur ce qu'ores en sens ? 
Désir me prend qu'au propos assooye 
70r°Icy endroict forme de facecje : 

Il n'est que bon, sans trop papelarder, 
Aulcunesfoiz termes entrelarder 
De motz joyeux, pour matière pesante 
Aux auditeurs rendre guaye et plaisatite. 

Entendez donc, vous aultres mariez 
Qui en mesnaige estes tant hariez, 
Vous seroit bien a gré la fascherye 
Deux femmes prendre, obstant la tricherye 
Qu'aulcunes ont ? Sans propoz varyer, 
Se l'ung de vous estoit a marier 
Vouldroit il pas, estant hors de servaige, 
Le reste user de ses jours en veufvaige ? 
Tant d'hommes voy que c'est pitié jaloux, 
Plus desirantz tumber en piège a loups 
Que retourner en celle forte nasse 
Dont sont sortys ' : plusieurs en amenasse. 
Qui les vouldroit recevoir a tesmoings. 

Nottez pourtant, de femmes n'en dy moings. 
Maintes en scay si mal apparyées 
Que si souhet de n'estre mariées 
A heure et temps leur estoit imparty, 
70 v° Cent foiz le jour tiendroient ce party, 
Car marys ont de si villaine race 
Qu'en eulx n'a bien, beaulté, bonté ne grâce. 

Mais s'ainsi est (ce qu'advient bien a tard] 



1 L'idée de cette nasse symbolique paraît appartenir à l'auteur des 
Quinze joyes de mariage, mais celui-ci déclare, plus subtil que notre 
rhétoriqueur, que l'homme, bien « embarré» dans le piège, ne demande 
qu'à y rester, et que «s'il n'y estoit, il se y mectroit a grande haste ». 



538 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

Qu'ajent tous deux voulloir de telle part 
Jusques garder paix et amouT* ensemble, 
Je croj que l'an tout entier ne leur semble 
Durer ung jour. Au contraire, quant sont 
Si malheureux que riotte et noyse ont 
De tel endroict qu'il faille, par l'amorse 
Du goust hejneux, désirer le diverse, 
La sont logez près les faulxbourgs d'enfer. 
Quant femme auroit quatre testes de fer, 
On les pourroit plus tost casser et fendre 
Qu'elle ne fejst ce qu'on luy veult deflfendre. 

Femmes en rue et en l'église veoir 
Scayvent d'attraictz fort doulx monde pourveoir 
D'humains plaisirs; ce sont belles noblesses : 
Mais a l'hostel semblent estre deablesses. 
Marjs aussi se montrent fort doulcetz 
Devant les gentz, mais infinis procès 
Se meuvent lors que, hors de compagnie, 
71 r° Sont a privé. Dieu scet la letanje 

Qu'on chante! Mais, pour serrer huys et pontz, 
A tous versetz sontserviz de respons. 
Se le marj sur sa femme crie, elle 
Lui scet chanter si haulte kyrielle 
Qu'il dict le mot que Villon ne nya. 
Quel mot ? Heureux VJtomme est qui rien ny a ! ' 
Les jouyssantz des belles Quinze joy es 
De mariaige entendent les raontjoyes 
De telz plaisirs trop mieulx que ne les scay. 
Or reprenons l'endroict que je laissay. 

72 r°-73 v°. XIV. A peine Charles le Chauve a-t-il appris la mort 
de Lothaire II qu'il entre dans le royaume d'Austrasie et s'y établit. 
Peu après, il consent à partager l'héritage avec Loys le Germanique. 
En fait, cette dépouille ne revenait ni à l'un ni à l'autre, mais à leur 
neveu, l'empereur Louis [II]. Ce dernier, dont les droits sont défendus 
par le pape Adrien d'une manière véhémente, meurt pendant les négo- 
ciations. Alors Charles se dispose à passer les monts afin d'obtenir du 
Saint-Siège la couronne impériale désormais sans maître. 

* Grand Testament (édition Jannet), p. 4o et suiv. 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 539 

Or, cependant qu'il sçaura préparer 
Son appareil sans rien desemparer, 

74 r° Puisque du vray l'hjstoire nous informe, 
Icy endroict entendz mectre, par forme 
De passetemps, ung petit incident. 

Advint ce temps merveilleux accident : 
Comme ung estât parfoiz se scandalize, 
Les moynes, lors desservantz a l'église 
De sainct Martin, en la ville de Tours, 
L'amour de Dieu ayantz mys aux destonrs 
Par vanité mondaine et orgueilleuse, 
Menèrent vie infâme et scandaleuse. 
Ces appostatz pervers, irregulievs, 
Prindrent habitz pareilz aux secuUiers. 
Que diroit on se tel vice laissoye 
A reprimer? Moynes porter la soye, 
Boucles d'argent pour soulliers falerer, 
Bagues aux doigtz, esse ordre a tollerer ? 
Porter, au lieu d'estamine en chemise. 
Fine hollande a corps et manche myse ? 
Pour la tonssure, acoustrer les cheveulx 
En perruquetz, sont ce point lasches veux? 
Pour livres veoir, manier dez et cartes, 
Et pour jeusner, pastez, flascons et quartes? 

74 v" Pour continence et chasteté tenir, 
A pain et pot putains entretenir, 
Et, pour chanter au chœur la psalmodye, 
Rire et baver? — Je supplye qu'on me dye 
S'il advenoit qu'en cestes régions 
Tel train fut veu en nos religions, 
Se devroit pas impugner celle chose ? 

Excusez moy s'escripre une touche oze : 
Ce fut bien faict mendiantz reflformer, 
Mais cause y eut de matière former 
Sur possidentz, et mieulx desserrer bourses 
Que les bissacz. Ce sont choses rebourses 
Moynes souffrir, ainsi apostatantz, 
Matins et soirs tant estre a potz tastantz 
Qu'aulcuns ont nez a fleur et poulce d'aulne, 



540 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

Si djappré du vermillon de Beaulne, 
Qu'onq ne fut mieulx (cela puis bien pleuvyr) 
Enluminé B de Beatus vir. 



75 r° et v°. La justice divine ne laissa pas impunie une aussi fâcheuse 
dissolution. Excepté un, tous les moines de Tours eurent la peste et 
moururent. C'est là un fort bon enseignement pour les ecclésiastiques. 
Puissent-ils ouvrir les yeux à temps! 

76 v°-77 v°. XV. Ce chapitre commence par une confession ingéaue 
de l'écrivain. Il sait beaucoup mieux coudre que tailler, ce qui revient 
à dire qu'il a plus de peine à ordonner son plan qu'à versifier. C'est 
pourquoi il lui arrive de mettre la charrette avant les bœufs, et la pièce 
à côté du trou. 11 y a, dans son œuvre, des omissions. Et, justement, 
il en a remarqué une ici même, et il va remédier à ce défaut. Ainsi le 
lecteur chagrin n'aura plus sujet de critiquer, attendu qu'un mal réparé 
n'est pas un mal, et que ceux qui perdent, et puis retrouvent, n'ont 
rien perdu... Qu'avait donc oublié le candide rhétoriqueur? l'eu de 
chose,... seulement les invasions normandes. 11 se hâte de les relater, 
et nous apprend que le roi Charles renvoya dans leur pays ces bar- 
bares qui s'étaient emparés de presque toute la terre angevine. 
Quelques-uns d'entre eux se firent chrétiens; les autres aimèrent 
mieux « vivre en l'abuz de leurs sectes infectes ». 

78 r"-79 r°. Tranquille du côté des Normands, Guillaume Crétin 
reprend le fil de la narration qu'il avait abandonnée au i° 73 v°. et il 
rejoint Charles en Italie. Ce piince met en déroute les deux fils du roi 
de Germanie, son compétiteur, et la dignité impériale lui est conférée. 
11 donne la lieutenance de l'empire à son beau-frère. 

80 r°-81 \°. XVI. Réflexions morales : les rois qui aspirent à s'em- 
parer de l'héritage d'autrui doivent s'attendre à maintes tribulations. 
Cette vérité est rendue manifeste par l'histoire de Charles le Chauve. 
Il voulut dépouiller de sou domaine l'un de ses neveux', et il leva, 
dans cette intention, de nombreuses troupes. Mais elles arrivèrent 
exténuées et toutes trempées de pluie en face d'un adversaire attentif 
et résolu, qui les accueillit si rudement qu'elles furent contraintes de 
s'enfuir. Charles lui-même tourna le dos. — (82 r°. Parenthèse!... Le 
chroniqueur déclare que la couardise est chose méprisable, et il flétrit, 
par voie d'allusion, l'uu de ses contemporains, qui, « puis une coup- 
pie d'ans», conseilla à la gendarmerie française de ne point livrer 
bataille, alors que l'on avait toutes les chances d'obtenir la victoire, 



' Le Germanique venait de mourir (août 876), et il s'agit ici de son fils 
Louis, qui eut, en effet, à défendre ses terres contre Charles. 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 541 

puisque l'on se trouvait au milieu d'une très vaste plaino, que nos sol- 
dats brûlaient d'un beau zèle, et qu'ils étaient (82 v") huit fois plus 
nombreux que l'ennemi '.) — Rejoignons maintenant Charles et les 
siens : lui, il s'éloigna sain et sauf, mais ses gens (S3 r°) furent mas- 
Faci'és en foule; ceux qui perdirent seulement leurs bagages et leurs 
habits durent s'estimer heureux. 

Nouvelle incursion des Normands. 

83 vo-85 r". Mariage de Judith, fille de l'empereur, avec Baudouin, 
forestier de Flandre; cette province est érigée en comté. 

85 v°-87 v". XVll. Le pa[»e demande à l'empereur du secours contre 
les Turcs. — Démêlés entre Charles le Chauve et l'un de ses neveux, 
Chariot^. Les deux adversaires entrent en campagne, mais, mal ren- 
seignés sur leurs forces respectives, ils s'enfuient chacun de leur côté. 

Quelz vaillantz corps ! Leur doibt on reprocher 
Trop fcstre ar lanlz pour l'ung l'autre approcher? 
A ceulx ne doibt, qui marchent de mesrae ordre, 
Estre imputé eulx voulloir entreraordre : 
Ceulx font ainsi qui, doubtantz estre escoux, 
S'en vont fuyantz pour mieulx charmer les coups. 

88 r°-89 r°. L'empereur tombe malade à Mantoue; un médecin juif 
lui donne un remède empoisonné, qui le tue en douze jours. Le cada- 
vre se décomposa si vite qu'on ne put le transporter que beaucoup 
plus tard à Saint-Denys. — 89 v. Charles avait offert à cette abbaye 

* Guillaume Crétin ne se montre pas tendre pour le personnage qui 
avait retenu, dans la circonstance dont il est ici question, l'ardeur guer- 
rière des Français, et il le nomme brutalement cazamiiei\ asnier et ceti- 
drier. Cette véhémence, bien rare chez notre poète, est d'autant plus 
étrange qu'il adresse cette invective à un seigneur de marque, au maré- 
chal de Châtillon. Ce fut lui, en effet, qui engagea François I", à l'heure 
où, sur la rive de l'Escaut, il aurait pu écraser l'armée de Charles- 
Quint, à ne pas commander la charge. (22 octobre 1521.) Si ce déplorable 
avis n'avait pas été écouté, l'empereur eût perdu honnew^ et chevaiice à 
la fois, car « ce jour là Dieu nous avoit baillé noz ennemis entre nos 
mains , que nous ne voulûmes accepter, chose qui depuis nous cousta 
cher». (Martin du Bellay, collection Petitot, 1" série, t. XVII, p. 327.) — 
En notant que l'affaire dont il parle a eu lieu « puis une coupple d'ans », 
le rhétoriqueur nous fournit, en ce qui concerne la date à laquelle il écri- 
vait, une indication utile, et qui nous permet de placer, vers la fin de 
l'année 1523, la rédaction de cette partie de la Chronique. 

^ Ce nom désigne Karioman, le fils aîné de Louis le Germanique. 



54^ LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

des reliques très insignes, et c'est peut-être par lui, et non par Dago- 
bert, que la foire du lendit avait été fondée. Crétin ne s'embarrasse 
pas de savoir auquel des deux princes il faut attribuer le mérite de 
cette institution. Une chose très sûre, c'est que l'Eglise en profite : le 
reste n'importe guère. — Un peu avant sa mort, l'empereur (et il l'a 
raconté lui-même) eut une vision : il crut être entraîné dans l'enfer, et 
là (90 ro) il aperçut au milieu des flammes ceux de ses prédécesseurs 
qui avaient livré leurs sujets à l'insolence de la soldatesque, et quan- 
tité de prélats, coupables d'avoir, en leur temps, poussé à la guerre 
les rois. — 90 v°-9l V. Charles construit le monastère de Saint-Cor- 
neille; il compose un répons que l'on chante encore à l'office des 
« benoistz sainctz apostres »; il accepte de bon gré une Vie de saint 
Germain écrite en vers héroïques par un religieux nommé Henri. 

92 vo-93 r". XVIII. De ses deux femmes Hermeutiude et Richante 
[Rikhilde], Charles le Chauve eut plusieurs enfants : trois moururent 
très jeunes, et un autre, qui s'appelait Chai'les, voulut se mesurer 
avec un gentil gendarme fort expert à la lutte, et fut jeté à terre si 
lourdement qu'il rendit l'âme. — 93 v°. Charlemaine [Karloman], qui 
fut, lui aussi, fils de l'empereur, reçut les ordres sacrés : cependant il 
mena une vie si déréglée, il ourdit tant de complots, que son père 
le fit dégrader, et ordonna ensuite — car il ne s'amendait point — que 
ses yeux fussent crevés. Le poète se demande s'il y a lieu d'approu- 
ver, ou non, cet acte de paternelle justice. On a le droit d'hésiter, 
attendu que l'histoire fournit, à cet égard, des précédents fort con- 
tradictoires. Et voici d'abord un exemple qui ne plaide pas en faveur 
de Charles le Chauve : 

Tel tour ne monstra pas 

L'homme de bien qui, aux juges d'Athènes, 
Fort suppljade souUaiger en peynes 
Le sien filz lors condempné les deuxyeulx 
Avoir crevez, pour ung caz vicieux 
94 r° Par luj commis. Ce dolent et las père 

Leur dit : « Seigneurs, touchant ce mal aspere, 
Faictes, sans trop mon filz voulloir grever, 
A luy et moj chacun ung œil crever : 
Ainsi sera, sur la loj discutée, 
Vostre sentence entière exécutée, 
Et n'y aura matière de retour.» 
Charles le Chauve obmyct faire ce tour. 

Oui, mais il peut citer pour sa décharge et le Romain Manlius qui 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 543 

condamna son enfant à être tranché et détaillé, et Saiil qui eût sacrifié 
Jonathas, si les Hébreux (94 v°) n'avaient pas intercédé pour lui, et 
Romulus qui tua Réinus, et Salomon qui, lui non plus, n'épargna point 
son frère... Tout cela prouve que Charles le Chauve n'a pas montré, 
en somme, une sévérité excessive. Et qui sait même (95 r°) s'il n'a 
pas, en le privant de la vue, rendu service à son lil.s ? Celui-ci, une 
fois aveugle, a pu changer de mal en bien sa conduite ', car les yeux 
no sont que trop souvent la cause de nos criminelles passions. 

L'empereur avait un autre enfant, nommé Louis. Ce fut lui qui eut 
la couronne. A vrai dire, il craignait grandement l'opposition de 
Richante et du roi de Provence, Bosso, mais il manœuvra sifuieii;ent 
(95 v°) qu'il finit par être sacré à Reims. — (96" r°. Discussion d'un 
point historique : est-il exact qu'un certain Lothaire régna après 
Charles le Chauve et avant Louis? Guillaume Crétin repousse cette 
opinion.) — 96 V. Deux factious se forment en Italie : l'une se déclare 
en faveur du l'oi d'Allemagne, l'autre soutient le roi de France. Les 
deux rivaux leçoiveut des sobriquets désobligeants. Le prince ger- 
main est appelé 

Charles le gras pour ce qu'estoit ventru ; 
Aultres, de cueur et vouUoir malostru, 
Le roy Lojs surnommèrent le bègue. 
Nulle raison y saiche qu'on allègue, 
Fors qu'au parler povoit balbucier. — 
Si ne me vueil de cela soucier. 

97 r°. Le pape Jean VIII se résout à déférer l'empire au roi fian- 
çais, et il irrite, de la sorte, le parti contraire, qui l'oblige à chercher 
un refuge de ce côté-ci des Alpes. 

97 v°-99 v°. XIX. Jean VIII tient un concile en France. — Consi- 
dérations sur la politique du Saint-Siège; elle devrait toujours être 
tournée vers la concorde. — Après avoir placé sur la tête de Louis le 
Bègue la couronne impériale, le pape retourne à Rome. — 100 r» et v". 
Il fait de Charles le Gros un empereur, pour le récompenser d'avoir 
chassé de l'Italie les Turcs. Voilà donc deux empereurs à la fois. 
N'était-ce pas un de trop? Cretia pose ce problème, et il finit par 
conclure (101 r") que la situation n'était pas trop anormale. 

Le roi de France envoie des ambassadeurs demander la paix aux 

* Cette ingénieuse hypothèse soull're une difficulté: c'est que le pau- 
vre Karloman mourut peu de mois après la peine qu'il avait subie, en 
sorte que le temps lui manqua pour en recueillir le bénéfice. 



544 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

Germains. — 101 v°-I02r°. Un traité est signé; ses clauses. — Rien 
n'est plus avantageux pour un prince que d'être représenté par des 
personnes modérées et conciliantes. 

102 v°. Louis le Bègue meurt en l'année 881 [sic). 

103 r° et v°. 11 laissait sa femme enceinte et deux fils bâtards, en 
sorte que l'on discuta longuement avant de lui désigner un succes- 
seur. Le poète résume les diiFérenles opinions que Ton produisit alors, 
puis il déclare : 

Ce m'est tout ung, mais, ainsi comme ainsi, 
Le ventre seul estant lors roy de France, 
Tout alla mal 

Une assemblée réunie à Meaux décida que « ce qui estoit a naistre» 
ne pouvait être regardé comme roi, puisqu'on ignorait à quel sexe 
appartiendrait l'enfant attendu. 

104 y°. XX. Loisqu'Alexandre mourut^ sa femme était grosse, et 
l'un des chefs Macédoniens, iSIéléagre, invita le conseil des généraux 
à élire un régent sans plus tarder^ : mais cet avis ne prévalut point. 
— 105 r°-106 r". En France, beaucoup de seigneurs et de prélats pen- 
sèrent comme Méléagre ; ils commencèrent par offrir le sceptre au 
roi de Germanie, et ils résolurent ensuite, cette combinaison ayant 
échoué, d'élever au trône les bâtards. — 106 v°. Du reste, ils vécu- 
rent peu : 

Car nous trouvons Charlemaine, en ung val, 
Comme il courut a course de cheval 
Pour efforcer une jeune pucelle 
Qui devant luy s'enfuyoit, comme celle 
Ayant désir garder la dignité 
El tendre fleur de sa virginité, 
107 r° Gaigna Thostel par une basse porte : 
Et luy, ainsi que désir charnel porte 
Folz amoureux, le cheval tant brocha 
Des espérons que la porte approcha. 
Et, la entrant a force et par contraincte, 
Receut de mort la douloureuse estraincte, 
Car tout son corps fut rompu et brisé. 



' Tout ce passage est médiocrement exact. Voyez Quinte-Curce, X, vi, 
ad fin. 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 545 

Porte sa fin devoir estre prisé ? 

Non. — Mal finit qui tel acte pourchace. 

Quanta Louis, il périt d'ua coup d'épieu qu'ua veneur lui donna par 
maladresse, en essayant de frapper un sanglier; le fer entra comme 
dans du beurre. . 

107 v°-110 \°. Odo [Eudes] s'empare du pouvoir souverain et s'illustre 
dans une guerre contre les Normands. La naissance de Charles [le 
Simple], fils posthume de Louis le Bègue, ne le décide nullement à 
renoncer à la couronne. Soutenu par ses fidèles, il résiste aux parti- 
sans du jeune roi. Très longue fut la guerre, et le menu peuple eut 
infiniment à souffrir de la brutalité des soudards. Mais, au bout de 
neuf ans, l'usurpateur tomba malade, et, sentant que son heure allait 
sonner, il manda tous ses amis afin de leur adresser une sujjrême allo- 
cution. 

111 v°-113 r°. XXI. Odo commence son discours par un lieu com- 
mun : Nous mourrons tous ! et il le continue en avouant quo Charles 

est le vrai, le seul roi «... Lors bouche et yeulx clouyt | Si que 

depuis parler on ne l'ouyt. » Les assistants s'engagent à respecter 
dorénavant le prince légitime, mais Odo avait un frère, du nom de 
Robert, qui prononce (113 v°-l 14 i°; un plaidoyer pro domo sua, et ne 
cache point aux auditeurs qu'il ne serait pas fâché d'être leur maître. 
On l'écoute froidement, et il n'y a pas lieu d'en être ébahi, car les 
Français (114 v°; ont une naturelle aversion pour ceux qui jettent le 
trouble dans les successions dynastiques. 

Les Normands envahissent la France. — Prise de Rouen par Rollo. 
Le chroniqueur nous fournit (115 r°), sur la patrie de ce chef barbare, 
quelques renseignements géographiques : 

Cestuy Rollo, comme par escript voj je, 
Estoit natif du lieu nommé Nort Wojge 
En Dannemarque 

115 v°-116 v°. Autres conquêtes des Normands. — La province de 
Sens est ravagée. — Un miracle de saint Benoît. — 117 r»-118 v«. 
Rollo sème partout la terreur. — Siège de Chartres : la ville est sauvée 
grâce à la très excellente chemyse de Nostre-Dame. — 119 r» et v°. 
Charles le Simple se résigne à traiter avec Rollo. — (120 r°. Et ici se 
placent, on ne sait trop pourquoi, quelques vers sur l'origine des Nor- 
mands et sur l'étymologie de leur nom : 

Le nort est dict vent de Septentrion; 

35 



546 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

Man aussi vault autant a dire qn homme. 
Assemblez donq, c'est JSormandye, et comme 
On trouve escript aux vrajs oi'iginaulx, 
Normans ce sont gentz septentrionaulx.) 

120 v''-121 r". Guillaume Longue-Epée et le duc Robert. — Lutte de 
ce dernier contre Charles. — (Je pauvre roi était uu « homme de doulce 
lance », et il tâchait en vain de se défendre contre ses adversaires. — 
121 v°-123 v°. De même que les arbres ne produisent pas indéfiniment 
de bons fruits, et que des rameaux tordus poussent souvent sur un 
tronc bien droit, ainsi il arrive qu'un père excellent ait une progéni- 
ture indigne. Charlemagne siège au point culminant d'une lignée : 
après lui on va de chute en chute, et l'Histoire passe, avec un chagrin 
croissant, de Louis le Débonnaire à Charles le Chauve, de Charles le 
Chauve à Louis le Bègue... Enfin, on rencontre Charles le Simple : il 
marque, celui-là, le terme de la décadence, car il est impossible d'aller 
plus bas. 

124 v"-125 v". XXll. Fin de l'histoire du duc Robert : il rassemble 
une grosse armée et meurt dans une bataille. — Hébert [HéribertJ de 
Vermandois offre l'hospitalité au roi Charles dans l'un de ses châteaux, 
et l'y retient prisonnier. — 126 r" et v". La femme du captif, Edith 
[OdgiweJ, cherche un refuge en Angleterre. — Raoul de Bourgogne 
monte sur le trône. — Mort de Charles le Simple à Péronne, en 926 
[sic). 

127 r^ et v". Digression : les rois français [Est-ce une consolation à 
l'adresse de François I^""?] n'ont que faire du titre d'empereur... Othon 
s'empare de la couronne impériale. 

Les pa'ïens envahissent la Bourgogne. — 128 r". Sanglante bataille. 
— Mort de Raoul. 

128 v''-129 v". Edith revient d'Angleterre avec son fils, Louis le 
Transmarin. On accueille ce jeune prince d'une manière enthousiaste ; 
on le fait roi, et il épouse une sœur d'Othon, Eugeberge [Gerberge]. 

130 v°-132 r**. XXIll. De terrifiants présages annoncent une immi- 
nente calamité. — Quelques seigneurs d'importance se révoltent 
contre Louis, mais, soutenu par Othon, il force à l'obéissance les mu- 
tins. — 11 convoque une assemblée plénière — 132 v*'-l34 v". Aper- 
cevant, au milieu de l'assistance, son ennemi Hébert de Vermandois, 
et résolu à punir la trahison commise envers Charles, il feint d'avoir 
reçu, du roi de la Grande-Bretagne, une lettre sur ce sujet : quel trai- 
tement faut-il infliger à un vassal qui invite son suzerain à dîner chez 
lui, et l'égorgé pendant le repas? .. Louis consulte, à ce propos, tous 
ceux qui se trouvent présents au plaid, et ils répondent d'une seule 
voix que le meurtrier mérite d'être pendu, et tel est l'avis d'Hébert 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 547 

lui-même. Alors le roi lui crie : Tu viens, par ta propre sentence, de te 
condamner ! 

Se tel dictum fut dur a escoutter 
Aux assistentz, plus amer le gouster 
Luy deubt sembler, en avalant la pojre 
D'estranguillon. Au mont, ce dit rhjstoiro, 
On le pendit, et encor, comme appert. 
Est cestuy lieu nommé le Mont Hébert. 
Ainsi au roj ses terres confisquées 

Furent des lors au dommaine appliquées 

Mais neantmoins aucuns hjstoriens 
De tout cela trouvent n'en estre riens. 

135 r°. Crétin avoue qu'il ignore si cette anecdote est véiitable ou 
non. Que chacun en croie ce qu'il voudra! Lui, il s'en lave les 
mains. 

Assassinat de Guillaume de Normandie. 

135 ^-136 v". Son fils Richard est en butte aux violences de Louis 
le Transmarin, qui aspire à le dépouiller de son héritage, mais le 
Danois Aigrot [Haigrold ou Haroldj embrasse la cause de l'orphelin, 
et, débarquant avec de grandes forces, il fait prisonnier le roi de 
France. Sa femme obtient sa liberté ; il livre son fils en otage. 

\M r». Richard épouse la fille de Hugues le Grand; elle était dans 
la fleur de la jeunesse et pouvait «... tenir rencz au pas j Ou coupz 
mortelz ne se recoyvent pas ». 

Mécontent de ce mariage, le Transniarin charge le comte de Flan- 
dre, Arnoul [Arnolfe], de pousser contre les Normands le roi de Ger- 
manie, Othon. — 137 v°-138 v. Celui-ci entre en campagne, mais il 
essaie inutilement de s'emparer de Rouen : son neveu est tué devant 
cette ville, et il en conçoit un tel chagrin qu'il pense à se venger sur 
la personne du comte de Flandie. Ai noul prend la fuite eu toute hâte. 

Mort du roi Louis. Les chroniqueurs ne savent pas bien si c'est en 
950 ou en 955 qu'il expira *. 

Quant a cela, n'ayez soing quelle ou quante 
Datte ce fut : ce ne vault ung bouton, 
Car de chercher cinq piedz en ung mouton 
Est temps perdu ; on ne s'en fait que rire. 

* C'est en 954, le 10 septembre. 



548 LA CHRONIQUE FRANÇAISE 

139 r° et v. Il y eut, en ce temps-là, une grande famine dans le 
royaume. — Louis laisse deux fils, Charles et TiOthaire : celui-ci reçoit 
la couronne, et fait inhumer son père à Saint-Remi de Reims. 

140 v°-141 r°. XXIV. La famille de Hugues le Grand; il partage 
son héritage entre ses trois fils, Hugues-Capet, Othon, Henri. 

141 \°. Guillaume Crétin doit à la lecture attentive des textes une 
connaissance exacte de la généalogie des princes. Seul, un homme 
d'étude peut acquérir, sur un tel sujet, des notions claires. 

Celui le sçet qui ce baston manye, 
J'entendz celuy qui souvent livre tient 
Pour lyre au long l'histoire, et la retient. 
Homme lisant, ou bien escoutant * lyre 
Sans retenir, semble son d'une lyre 
Qui d'armonye une oreille est persant 
Et va, parl'aultre, en l'aer se dispersant. 
Qui ne prend goust a ce que lyt, oublye 
Aussi léger que vent emporte oublye. 
142 r° Soit que lysez ou oyez, eslisez 

Loysir pour bien gouster ce que lysez. 

Othon [le GrandJ s'applique à établir la concorde entre les siens ; il 
les invite tous à se rendre à Aix, et il leur offre (142 v°) un somp- 
tueux banquet, où il fut largement bu. On se sépara très amis. — 
143 r" et \°. Et la tranquillité régna jusqu'au moment où un différend 
vint mettre aux prises Richard de Normandie et Thibaut, comte de 
Chartres. Ce dernier va trouver la reine Eugeberge, et la supplie de 
détruire son adversaire par trahison. 

proditeur chestif et malheureux, 
Mieulx t'eust valu, comme chevaleureux, 
Estre en honneur occiz en la bataille 
Que vivre en honte I Or fault que le bruit aille 
Te reprochant le remors qui te mord 
Duquel cherchas ton heyneux mectre a mort. 
144 1° Qui tant la foy de sa noblesse blece, 

L'honneur et pris de gentillesse lesse. 
Quant, par tel crime et foriïait, efiort fait 
Rendre en ce poinct homme d'effect deffait. 

• Ms. : escoute. 



DE MAITRE GUILLAUME CRETIN 549 

Lothaire, qui seconde les desseins de Thibaut, lève des troupes en 
Bourgogne, envahit la Normandie et assiège Bayeux [Evreux]. — 
144 v°-146v°, Richard ne tarde pas à ressaisir l'avantage; il repousse 
le comte de Chartres, puis il appelle les Danois, et ces barbares dévas- 
tent la France si férocement que le roi Lothaire est trop heureux de 
conclure la paix, en payant les frais de la campagne. — 147 r° et \o. 
Ah ! l'excellente chose que la paix ! Ceux qui la conseillent aux puis- 
sants du monde doivent être bénis. Quant aux hommes qui poussent à 
la guerre, ce sont, pour les peuples, des artisans de ruine... Le rhé- 
toriqueur ne vise point, en éci-ivant cela, telle ou telle personne en 
particulier : « et se quelqu'ung est rongneux, si se gratte. » 

148v«-149 vo. XXV. Mort d'Othon [le Grand]. Son fils, Othon [II] 
lui succède et révèle tout de suite ses instincts belliqueux, car il cherche 
querelle à Lothaire, et décide Charles, le frère de ce roi, à venir en 
Germanie. — 150 r"- 151 r". Il lui cède la Lorraine, que Lothaire envahit 
aussitôt. Mais, après une guerre où la Fortune se plut à faire éprouver 
ses caprices aux combattants, cette province fut rendue à Othon. 

151 \°. Mort de Lothaire eu 986. Louis, son fils, ne lui survit pas 
longtemps, et passe le bac sans aviron. — 152 r** et v*'. La couronne 
appartenait, après ce double trépas, légitimement à Charles, mais, 
comme il avait accepté la tutelle d'un souverain étranger, les seigneurs 
refusèrent de lui donner le sceptre, et ils l'offrirent à Hugues- Capet. 
Charles essaya de défendre ses droits. En vain! Assiégé dans la ville 
de Laon, il finit par être livré à ses ennemis, — et voilà Hugues-Capet 
qui règne tout seul en France. 

153 r° Or donq, après avoir sçeu diffinir 
Une lignée, aj pensé d'y finir 
Propoz tenu, pour celle mectre en œuvre 
D'Hue Capet: mais, avant que j'j oeuvre, 
Requier delay et ung peu de repoz 
Pour rendre plu.^ mes foibles sens dispoz. 
Par trop souvent bender l'arc et l'estendre 
Au long tirer, devient débile et tendre. 
Selon le mot vulgaire que plyer 
Vault mieux que rompre. — Atant vueil supplyer 
Mon souverain maistre et seigneur, qui ayme 
Lecture ouyr, ce volume cinquiesme 
Ore accepter de gré aussi affect 
Que d'humble vueil le sien Crétin l'a fait. 
Selon son rude et maternel langaige. 



550 LA CHRONIQUE FRANÇAISE DE GUILLAUME CRETIN 

Ou faillentbledz pour argent mect l'en gage, 
Si rendent grain gerbes trop mieulx qu'espis 
Selon raison. C'est pour fin. Mieulx que pis. 



Ici se termine la Chronique française due à Guillaume Crétin. Ella 
a été continuée par un poète dont nous ne savons rien, sinon qu'il 
avait comme devise: «Autant ou plus. » Voulait-il signifier par ces 
trois mots qu'il se montrerait au moins l'égal de son très illustre devan- 
cier? Je l'ignore, mais une cliose est sûre, c'est que si cet inconnu 
nourrissait, au fond de l'âme, cette prétention qui pouvait paraître, en 
ce temps-là, exorbitante, il a, par contre, affecté la modestie dans les 
quelques vers qu'il a écrits en manière de préface. 11 confesse qu'il est 
« trop foible n pour suivre la route dit chantre à langue cVor, et il con- 
jecture que si le roi lui a commandé, à lui indigne, de mener à sa fin 
l'œuvre interrompue, il ne doit pas cet honneur à son bien mince talent, 
mais à ce fait que, depuis plus de deux années, il remplissait auprès 
de Crétin, fort âgé et presque aveugle, le rôle d'un humble collabora- 
teur. Je le secourais un peu, déclare-t-il, et, de la sorte, j'ai vu de 
quelle façon il nouait les parties de son histoire, et je me suis rendu 
compte de sa. procédure ^ . 

Constatons, pour finir, que la Chronique française et le recueil édité 
par François Charbonnier ne constituent certainement pas l'œuvre 
entière de Guillaume Crétin. Si jamais il se rencontre un érudit qui ait 
assez de loisir et d'abnégation pour consacrer au roi de la rhétorique 
une étude complète et détaillée, il faudra qu'il s'attelle au dépouille- 
ment des manuscrits, et ils lui fourniront des pièces que Charbonnier 
n'a pas connues ou bien qu'il a dédaignées. En voici trois que l'on peut 
signaler dès à présent. Ce sont 1°) une lettre laudative adressée à Jean 
Lemaire de Belges^; 2") une sorte de satire dirigée contre les dames 
de Lyon 3; S**) une épître à maître François Robertet^. Ces morceaux 
ont tout juste la même valeur que les autres productions de cet écri- 
vain, attendu qu'il les a rimes selon son immuable méthode, — labo- 
rieusement et /Jis que mieux. Henry Guy. 

' Notices et Extraits des mss. de la B. N. et autres biblio- 
thèques PUBLIÉS PAR l'Institut de France, t. 33, 2° partie ; E. Langlois, 
Notices des mss. fr. et 'provençaux de Rome antérieurs au XVI' s., 
p. 71-72. 

' Elle a été publiée par Stecher, Œuvres de Jean Lemaire., IV, 187-8. 

' B. N. fr. 1721, i"' 48 r^-SO r». 

* B. N. fr. 1717, l"' 67 r'>-68 v». — Suit la «Responce dudit Robertet 
audit Grestin». 



LA GORRESPONDANGE DE LA VILLE DE PERPIGNAN 
DE 1399 A 1450 

(Recherches dcuvi les archives municipales de Barcelone) 



Depuis longtemps la ville de Perpignan ne possède plus aucun 
registre de correspondance remontant au moyen âge. Cette corres- 
pondance n'a pourtant pas péri tout entière : un bon nombre d'ori- 
ginaux subsistent dans les archives des villes catalanes avec lesquelles 
les consuls perpignanais étaient en relation, notamment dans la riche 
collection des Carias Comunas conservée aux archives municipales 
de Barcelone. Il m'a paru intéressant de relever, dans ce dépôt, les 
lettres adressées de Perpignan au Sage Conseil pendant la première 
moitié du XV« siècle ^ 

Ces textes, que je transcris ci-après, ne sont pas seulement précieux 
pour l'étude de la langue catalane à une époque où elle se présente 
encore dans toute sa pureté. L'historien y trouve à glaner aussi bien 
que le philologue, et, si l'histoire locale peut y faire son profit de 
maint détail nouveau, l'histoire générale elle-même ne saurait s'en 
désintéresser. C'est que l'extension et la vitalité du régime municipal 
en Catalogne au XV' siècle donnent aux missives des villes catalanes 
une portée à laquelle les documents français du même genre ne 
sauraient prétendre. Le Principal de Catalogne est alors constitué en 
un véritable Ktat, sous la forme éminemment originale d'une fédération 
de communes, dont le Sar/e Conseil de Barcelone exerce, pour ainsi 
dire, la présidence. Dès lors, la cortespondarice du Sage Conseil et 
des municipalités catalanes d6i)as.se souvent l'horizon étroit des inté- 
rêts locaux; c'est l'intérêt du Principat lui-même qui est en jeu, rien 
de moins que la vie politique et économique de l'Etat catalan dans les 
multiples manifestations de son activité. Ce qui frappe dans les lettres 

' La première lettre est de 1399 : c'est la plus ancienne qu'il m'ait été 
donné de retrouver. Les Cariai Comunas sont rangées chronologique- 
ment et sans classement de provenance dans des portefeuilles dépourvus 
de numérotation. La date sert donc de cote et en tient lieu. 



552 CORRESPONDANCE DE LA VILLE DE PERPIGNAN 

des Consuls de Perpignan aux Conseillers de Barcelone, c'est justement 
la cohésion et la solidarité des villes catalanes, et l'on aperçoit, en 
toute circonstance, le souci de gérer les intérêts communs par l'en- 
tente et par l'union, soit qu'il s'agisse de veiller à la défense de la 
frontière nationale, de sauvegarder le commerce national contre les 
corsaires, ou encore de maintenir l'intégrité des privilèges et des cons- 
titutions séculaires contre les entreprises de la reine et de ses agents. 

Joseph Calmette. 



I 

Envoi de commissaires pour délibérer sur les intérêts 
du commerce catalan 

1399, 30 octobre. 

Molt honorables e raolt savis senyors. Sobre lo loable pro- 
veyment que vostres saviesas, axi corn de aquelles es propi, 
ban proposât e continuen fer, en reparaclo de la œeroaderia, 
massa en les présents terres desusada, segons en vostres 
lettres a nos destinades es largament exprimit, havem haut 
nostre gênerai conseil e acort, per loqual tots, de .j. voler, a 
vostres dites savieses notifficam qu'en lo die e loch que per 
vosaltres seran sobre asso assignats trametrem sens dilacio 
aliunas persones en tais causes expertes per fer e ordenar, 
per part nostra, tôt quant sera util e necessari en la reparaclo 
e maiiteniment de la dita mercaderia. E lo Sant Sperit, molt 
honorables senyors, sia en vostra garda. Scrit en Perpenja 
a .XXX. de utubre del anj M. CCCXCVIIIJ. Los consols de la 
vila de Perpenya a vostre honor e plaser aparellats. 

II 
La ville de Perpignan se recommande a Benanat Geli 

1402, 2 août. 

Molt honrat e savi senyer. Nos scrivim als honorables 
conseilers de aquexa ciutat per ardues afiers de aquesta vila 



DE 1399 A 1450 553 _ 

al présent posada, como degut, en massa gran destruccio, - .j> 
spgons aço veurets en les letres que trametem als dits honora- 
bles consellcrs. E per tal, corn a nostra salut liavein mester 
bon sforç e presta ajuda de aqiiexa honorabla ciutat, pregam 
vos afïecituosament que porets e sius plaura sia [)rest, com la 
triga sia massa a nos uociva. E sia, molt honrat senjer, lo Sant 
Sperit vostra garda. Sciita a Perpenya a dos d'agost de! any 
M. GCCC dos. Los consuls de la vila de Perpenya a vostra 
honor aparellats. 

Al molt honrat e savi sonyer Benanat Geli, scriva de la 
casa del conseil de la ciutat de Barcelona. 



III 

La situation municipale a Perpignan, la mission di<: 

BÉRENGER d'OmS. 

1404, 26 mars. 

Molt honorables et savis senyors. Vostres savieses certi- 
ficham que, segons havera entés, es donat entenent, per alguns 
qui han cabut en lo régiment d'aquesta vila en lo temps 
passât, que aci ha gran dems a colpa nostra, tinentse per 
agreviat.s de la raisatgeiia que havem tramesa al senyor rey 
per be e utilitat d'aquesta univer'sitat e bo e sa enteniment: 
els se sforcen dir moites paraules en contrari ; pero cresem 
que sens informacio ledesma noy dariets fe. E après, senyors, 
es vengut assi mossen Berenger d'Olms, qui, per part del dit 
senyor, bavent de a^so e d'altres fets spécial carrech, se es 
interposât entre nosaltres, qui, apresent, havem carrech 
del regimen de aquells qui fan part e instancia contre aquell, 
e hauts sobre aço molts rahonaments, es stat offert bestant- 
ment per nostra part ab voler del conseil, per squivar totes 
divisions e discordies, de mettre los dits débats, que ells hi 
pretenen, en mans e poder del dit mossen Berenger e al 
strenyer : ells ho han desviat, segons se potmostrar clarament, 
e, attenent que sta per ells e que lo dit mossen Berenger, per 
part del dit senyor, nos satisfa, en la major part de les coses, 



554 CORRESPONDANCE DE LA VILLE DÉ PERPIGNAN 

perque havem fêta la dita misatgeria, havem délibérât de 
ferne tornar de présent los misatgés,e, de fet, los ne scrivira, 
e axi mateix, per tolre e cessar per tôt nostre poder tota 
manerade occasio de divis quis pogués seguir entre nos e ells, 
oferinsnos apparellats d'estarlos a tota ralio e justicia, con- 
fiants fermament que vosaltres, senjors, sots d'aquesta 
intencio, perço vos placia que, pus nosaltres fem tal provisio 
d'escriure en aquells qui son stats trameses al dit senyor per 
part dels regidors e cessant tota discordia, pusquem tractar 
e finar de amistat e de bona concordia entre nosaltres, de 
laquai se spere molts bens a la comunitat o als singlars per 
ells, e de aço nos offerim apparellats, segons dites. Molthono- 
rables e savis senjos, vos plasen que fer puxam, som appa- 
rellats de complir. E lo San Sperit, molt honorables senyors, 
sia vostra garda. Scrita en Perpenya a .XXVI. dies de marc 
del any .M. CGC. IIIj. Los consols de la vila de Perpenja, 
apparellats a vostre plaser e honor. 



IV 

Le (( Pariage » et les privilèges. Appel a la municipalité 
DE Barcelone 

1404, 12 juillet. 

Molt honorables e savis senjors. Segons ténor de alcunes 
letres per los honrats consols de mar d'aqueixa ciutat particu- 
larment dirigides als honorais en Père Redon, deffenedor e 
clavari del pariatge, e consols de mar de la présent vila, vosal- 
tres, senjors, corn cap del Principat de Cathalunja, segons 
lohablemeiit liavets acostumat, preservar les altres ciutats e 
viias, menbres del dit Principat, de totes inquietacions e 
greuges a ells imposât? contre degut, havets aquests dies com 
no lunj passais provehit que l'honrat en Frances Fojs, havent 
sobre aço comissio del senjor rej, ha aci traraesa ab carta 
revocacio île tôt ço (|ue de part sua, en nom del senjor rej, 
era stat aci provehit en la fet del dit pariatge, per forma que, 
oltre très aujs, segons per les forces dels capitols del dit 



DE 1399 A 1450 555 

pariatge ser nos podia, lo dit di[n]er no sia exigit ni cuUit, 
notifflcants los dits honrats consols de mar ah lurs sobredites 
letres, que per la quantitat quis diu resta a pagar dels .XXM. 
florins assi[gnats] per lo se[oors] de Cerdanja, vostres savieses, 
en nom de tota la ciutat, havets assegurat de mètre... tôt ço 
que per lo dit Principat sia degut en lo damuntdit subsidi, per 
forma que les ciutais a viles del meteys... o defenedors e cla- 
vai'is del dit dret no sien inquietats per la dita raho, conclusins ■ — 
los dits honrats consols, ab les lurs dites letres, que prestament 
totes quantitats pecouniarios pervengudes del dret del dit 
pariatge, en la collecta del dit deffenedor de aquesta vila, sien 
als dits honrats consols trameses o en lur nom en certa per- 
sona per ells sobre aço eleta en tal forma que prestament 
pugem finalraent e justa provehir, tant en lo fet de la resta 
del dit secors de Gerdanja, cotu eu sntisfer alcutis doutes 
que son deguts a alguns qui son stats dampnificats tant en 
Cerdenya com en altra manera per lo dit subsidi. 

E considerades les dites choses en les dites letres contengu- 
des, e vits e reconeguts los capitols del dit pariage, havem 
atrobat que, satisfet e pagat, per lo deffenedor de aquesta vila, 
la part provenjent a la sua collecta en los dits .XXVI. florins, 
la res'a deu assi roman[dre ..] en defensio de la mercaderia e 
ordinacio dels consellers del dit fenedor, affermant que perço 
en lo dit secors son stades paga les majors qu[an]titats quels 
dits honrats consols de mar... de voler haver la resposta 
di[ta], la quai [per] les dites rahons deu assi romandie spe- 
cialment com... raolts assi que satisfaccio... dels dans a ells 
donats en les man de Cerdanja en lo temps del dit pariatge. 
Nos empero, honorables senjors, som aparellats fer obligacio 
ab tota la universitat de aquesta vila, semblant que, per 
vosaltres... stada fêta sobre les dites coses e a vosaltres, per 
indempnitat de la [di]ta ciutat, per tôt ço e quant hi fos 
[dejgut per [par]t de [ajquesta collecta, en manera que vos- 
tres savieses conegen que en aço volera vostres vestigies del 
tôt seguir e préservant la dita ciutat... de la forma que havets 
fêta. E la Deitat increada, molt honorables senyors, sia conti- 
nuadament vostra garda. Scrita en Perpenya a .Xlj. de juliol 
del any M. CCCC. quatre. Los consols de Perpenya apparellats 
a vostre pler e honor. 



556 CORRESPONDANCE DE LA VILLE DE PERPIGNAN 



V 

Commission franco-ca.talane pour la réglementation 
des <( marques ». 

1404, 15 septembre. 

Molt honorables e molt savis senyors. Vostra letra havem 
reebuHa ensems ab un mémorial interclus en aquella, per 
Tonrat en Johan Fabre, sobre lo fet de les marques. E segons 
vostre letre, apar quel senyor rej, ha supplicacio vostra, ha 
anuUades les primeres commissions fêtes a mossen lo 
governador de Rossello tôt sol, a atorgala o ja fermada, 
servant la pratica antigua, novella comissio al dit mossen lo 
governador e a dos juristes, .j. de Barcelona per vosaltres, 
senyors, e. j, d'esta vila per nosaltres elegidors, segons en 
vostra letra aque.-<tas e altres cos s sobre aquest negoci larga- 
ment son contenguiies. Don, honorables senyors, r^ponents a 
vostres letra e mémorial, vos sertifieam que nosaltres, haut 
conseil e acort sobre aquestes affers, havem elegit de nostra 
part per jurista l'avocat Enric Guillem Vilanova, licenciât en 
leys d'aquesta vila, loqual es ja entervengut en aquestes 
affers, e, haut vostre assentiment, havem acordat ab lo loctinent 
de mossen lo governador Jornada de les revistes ab lo senescal 
de Carcassona sia en altre terme alongada, segons ell vos 
n'escriu per sa letra largaraent. Perque, senyors, placlaus 
traballar en ferespatxar la dita commissio bastant a conclusio 
final del negoci e tramettre aci per certa persona per tal quen 
puxa esser trames translat al dit senescal, que la haura 
ab semblant poder del rey de França. Del fet, senyors, de 
que escrivits, qu'en Francesch d'Alçamora sia scriva d'aquest 
negoci, nos plau, pus a vosaltres es placient que y intervynga, 
Mas nos apar, parlant ab honor de vosaltres, sia a aquest molts 
qui hi han cabut e encara han entervenir necessariament 
en los afers, qu'en déjà esser remogut en P. dez Camps, 
notari d'aquesta vila, loijual de molt de temps ensa ha molt tre- 
ballat e dins e defora en los dits afiers, qui son novell acte. 



DE 1399 A 1450 557 

e es estât tostemps présent e ha preses tols los processes e 
scripturessens proffit aigu, que encara no han liant, re.^. E sia, 
senyors, lo San Sperit en vostra garda. Scrita a Per|)enja a. 
.XV. de setembre l'any M. CCCC quatre. Ijos consols de Per- 
penya a vostre lionor apparellals. 



VI 

Même sujet 

1405, 12 août. 

Molt honorables et savis senyors. Dies ha que scriviem a 
les vostres honorables savieses, notiflcantsvos la jornada quel 
senescal de Caicassona o son loctinent deve-i esseren aquesta 
vila ab los diputats per part dels sotmeses del rey de Françi 
persospendre e levar lo fet de les marques. E coni la jornada 
sia lo .XIX. dia del présent mes e sia cert que, si en aquest 
fet se dona bona fi, axi com créera que fara, si a Deus plau, 
que s'en seguira profit gran als sotsraeses del senyor rey e 
del rey de França, e cessaran raolts dans e inconvénients que 
prr fet de les marques se porien seguir, per tant, molt hono- 
rables e savis senyors, vos pregam que, jui-isla que devets 
elegir o qualsevol altre persona per entervenir en aquest 
negoci elegiats, provehiu que sia aci à la jornada, E ab tant, 
molt honorables senyors, sia la Santa Tritiitat vostra guarda, 
Scrita en Perpenya a .Xlj. dies d'agost del any .M. CCCC. V. 
Los consols de Perpenya apparellats a vostre pler et honor. 



VII 

MÊME SUJET 

1405, 13 août. 

Molt honorables e molt savis senyor.s. Apres que vuy vos 
haguem scrit queus plagués eligir la persona que trametriets 
a aquesta vila per lo fet de les marques e que cuytas sa ven- 
guda (car lo .XVIIIj. dia del présent mes hic séria per la dita 



558 CORRESPONDANCE DE LA VILLE DE PERPIGNAN 

ralio lo senescal de Carcassona ab aquells qui per la part del 
rej de França son a aço ordenats), havem reebuda una letra, 
ti'ellat de laquai vos trainetem dins la présent, e aparnos que 
los dessusdits, per la causa en la dita letra contenguda, han 
mudada la jornada a .XV. de setembre. Pregani vos, raolt 
honorables senjors, que a la jornala vos tingats per dit de 
trametreich persona certa. E ab tant, sia la Sancta Trinitat 
vostra guarda. Scrita en Perpenja a .XIIj. de agost del any 
.M. CCCC. V. Los consols de la vila de Perpenja a vostre 
plaer e honor. 



VIII 
Mesures a prendre contre les Corsaires 

1405, 3 décembre. 

Molt honorables et savis senyors. Notirlcam a vostres hono- 
rables savieses que a nos es stada molt dezplasent e couguxosa 
la relacio quens han fêta los honorables consols de raar de 
aquesta vila de les noves per los honorables consols de mar de 
aqueixa ciutat a ells nolificades, contenent corn diverses cor- 
saris, ab fictes, falses e colorades maneres, han robades moites 
mercaderies e robes, sens alguna justa causa o raho, de 
sotsmeses del seuyor rey, e que les dits corsaris fan prepara- 
toris de envasir, combatre, pendre e robar totes fustes que 
pusquen trobar dels dits sotsmesos, e les mercaderies, robes 
e altres bens que en aqaelles sien a ells raatexes apropriar. 
Per laquai raho, les dits consols de mar, haut sobre las dites 
coses ab nosaltres ample rahonament, per lo gran, évident e 
manifest dan e scandol ques segueix per les mais e reprovades 
obres que fan los dits corsaris, de que son dignes de gran e 
greu punicio, han convocat conseil en loqual son stats pré- 
sents quaix tots los meroaders e prohomens de la dita vila, 
losquals han, procèdent a matura delliberacio e coloqui entre 
ells, concordat que son stades eletes .VI. notables persones 
d'ells raatexes, dues de lesquals trametem à les vostres 
savieses, ço es en Bernât Joan, e N'Johan Tallant, mercaders, 
per delliberar ab vostres savieses e mètre en algun orde que 



DE 1399 A 1450 559 

sia fêta pro[visi]o \)ei' obviar a [l]a malvada entencio e pro- 
posit dels dits corsaris, induits de diabolicil sperit, on tant 
que, migençant vostra bona ordinacio, les fustes dels dits 
sotsmeses e lurs persones, mercaderies, robes e bens naveguen 
e pusquen navegar segurament, e ajtals ma'vats corsaris, si 
fer se pora, Iiagen e porten la pena que naerexen, de fer sem- 
blants maies obres, e altres n'en prenguen exerapli. E corn 
aquexa ciutat sia membre pidncipal de la raorcaderia ques fa 
dins la senjoria del senyor rey, per laquai mercaderia molts 
bens procehexen a vosaltres, se pertanya assenyaladaraent, 
per moites rahons, consellar e donar e posar tais remedis qui 
en semblant coses per utilitat de la co-a publica de dit Princi- 
pat de Cathalunya se pertanye, laquai pren e prindra gran 
dan si en aquest tan greu c énorme acte nos provesia, sia 
posât remedi. Per tant, raolt honorables senyors, aflfectuosa- 
ment vos pregam que ab los dits Bernât Joan e Joan Tallant 
vullats ymaginar, provehir e mètre en orde e donar e adnii- 
nistrar les vostres san e bon e proficos conseil que en lo dit 
fet sia donat e posât tal remedi que les dits navilis, persones, 
mereaderies, robes e bens puxen segurament e sens perill e 
temença dels dits corsaris navegar. Certificam vostres hono- 
rables savieses que nosaltres, en ajudar e donar conseil e 
favor en les dites coses, farem ço que puscam e a nos sia pos- 
sible e permes, car de aço sera fet servey a Deu e repoitara 
sens tôt dupte assenyalat e gran be la dita cosa publica. E ab 
tant, molt honorables senyors, sia la Santa Trinitat vostra 
guarda. Scrita eti Perpenya a .IIj. dies de dehembre del any 
.M. CCCC V. Los consols de la vila de Perpenya apparellats a 
vostre plaher e honor. 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE DES REVUES 

Revue du Béarn et du pays basque, 11,9. — H. CourleaiiU : 
]i& plus ancien cahier des Etats de Béarn, Marsan et Gaba