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HARVARD UNIVERSITY. 




LIBR ATÎ. Y 



MUSEUM OF OOMPAEATIVE ZOOLOGY 



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REVUE 



DES 



SCIENCES NATURELLES 



îlontpellier. ~ Typogr. Boehm et Fils. 



REVUE 





PUBLIEE SOUS LA DIRECTION DE 

M. E. DUBRUEIL, 

Menil)re de plusieurs Sociétés savaules, 



AVEC LA COLLABORATION DE 

MM. Andouard, — Bâillon, — Barthélémy, — Baudon, — Bavay, — 
Bleicher, — Bonneau, — Gazalis de Fondouce (P.), — Collot, — 
Contejean, — Corre (A), — Dieulafait, — Doûmet-Adanson, 
— Drouët,— DucliampiG.),— Durand, — Duval- Jouve, — Ester, 

— Fabre (G.),— Faure (A.), — F. Fontannes. — Genevier, — 
Giard (A. :, — Godron, — Heckel, — Hesse, — Jobert, — Joly, 

— Jordan, — Jourdain,— Leymerie,— Lichtenstein (J.), — 
Loret, — Marchand (Li' ou), — Mares (P.),— Martins (Gh.), — 
Matheron, — Miergues , — Peccadeau de l'Isle, — Perrier, — 
Planchon (G.), — Planchon (J.-E), — Robin, — De Rouville, — 
Sabatier, — De Saint-Simon, —De Saporta, — De Seynes, 

— Sicard (H.),— Vaillant (L), -Valéry-May et, — Vieillard, 

— Vézian. 



TOME VIII. 



N» 1 -? 



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15 JUIN 1879. 



MONTPELLIER 

C. GOULET, LIBRAIRE-ÉDITEUR, (JRAXd'rUE, 5. 

PARIS 

SAVi', LIBRAIKE-ÊniTEUR , BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 77 



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DES SCIENCES NATURELLES 



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MÉMOIRES ORIGINAUX. 



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APSIDES DU TEREBINTHE ET DU LENTISQUE 

. Par M. L. COURCHET, Licencié ès-Sciences. 



Bieu que les anciens botanistes eussent connu les productions 
à formes quelquefois si étranges qui se développent sur les 
feuilles et les rameaux du Lentisque et du Térébinthe, on ignora 
jusqu'à Réaumur que des Pucerons étaient les auteurs de ces 
galles, et avant les travaux de Passerini on ne s'était jamais 
appliqué à observer ces petits insectes et les diverses phases de 
leur évolution. Mais, vivant dans une contrée où ne croissent pas 
ces deux végétaux et n'ayant pu faire ses observations que sur 
les échantillons que lui envoyait Pietro Savi (de Pise), le profes- 
seur Passerini ne put connaître toutes les espèces d'Aphidesqui 
vivent sur ces plantes et ignora même plusieurs des phases de 
celles qu'il avait pu voir par lui-même. Les observations de 
Giovanni Passerini furent reprises par le professeur Derbès, qui 
en fît connaître les résultats dans les Annales des Sciences natu- 
relles, en 1869 et 1871. Voici en quelques mots l'histoire de ces 
Aphides, telle que l'avaient fait connaître ces dernières études. 

M. Derbès distinguait cinq sortes de galles sur le Térébinthe 
et une sur le Lentisque ; chacune de ces galles est habitée par uno 
espèce spéciale de Puceron. Toutes les espèces d' Aphides habi- 
tant le Pistachier térébinthe appartiennent au genre Pemphigus 
d'Hartig, et quatre d'entre elles avaient été signalées déjà et 
décrites en partie par Passerini sous les noms de P. cornicularlus, 

VIII. 1 



2 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

P. utricularius , P. semilunarius, P. follicularius ; M, Derbès y a 
joint le P. pallidiis, dont les caractères sont parfaitement distincts 
et la galle toute spéciale. Quant au Puceron du Lenlisque, il avait 
été observé et décrit déjà en 1856, sous le nom à'Aploneura 
lentisci, parle professeur Passerini. 

D'après M. Derbès, on verrait arriver sur le tronc et les bran- 
ches du Térébinthe vers le mois de mai, mais à une époque que 
l'on ne saurait préciser d'une manière absolue, des Pucerons 
ailés qui déposeraient, par voie agame et vivipare, déjeunes indi- 
vidus aptères qui constitueraient la génération sexuée. Après 
accouplement, les femelles produiraient chacune un seul œuf, 
qui tantôt serait pondu par elles, tantôt demeurerait dans leur 
abdomen; dans ce dernier cas, le corps desséché de l'insecte 
formerait autour de l'œuf cette enveloppe protectrice ou kyste 
que M. Derbès avait observé sur le Térébinthe déjà en 1856. 
Ces œufs passeraient l'été et l'hiver sans éclore, mais au prin- 
temps suivant il en sortirait de petits Pucerons à couleur foncée 
qui seraient les véritables fondateurs des galles et s'y enfermeraient 
isolément. Là ils donneraient naissance, dans le courant de l'été, 
à deux générations asexuées et vivipares, dont la première (mdi- 
vidus de la première génération de M. Derbès), dépourvue d'ailes, 
produirait des individus vivipares et agames encore, mais pourvus 
d'ailes (individus de la seconde génération ou ailés d'automne). 
Ceux-ci quittent les galles vers la fin de l'été, et émigrent vers des 
lieux que les observations attentives de M. Derbès n'ont pu faire 
connaître. Ce naturaliste avait reconnu cependant que si l'on retient 
captifs les ailés émigrants, ils produisent par viviparité une troi- 
sième génération d'individus dont la forme et les allures ne rappel- 
lent en rien les individus qui leur ont donné naissance. Ces jeunes 
Aphides {troisième génération de M. Derbès), nés ainsi dans des 
conditions forcées et loin des lieux auxquels la nature les destine, 
n'avaient pu être étudiés qu'à l'état d'extrême jeunesse, et, par 
suite, d'une manière fort incomplète. M. Derbès avait été, en outre, 
conduit à supposer que les fondateurs des galles ne naissaient 
pas directement des individus sortis des œufs au printemps, mais 



APHIDES DU TÉnÉBINTHE ET DU LENTISQUE. 3 

qu'ils étaient produits par une génération intermédiaire, laquelle 
aurait habité de petites galles provisoires au sommet des feuilles. 

En résumé, d'après M. Derbès, le cycle évolutif des Pemphigus 
du Térébinthe serait le suivant : 

1° Ailés agames arrivant au printemps sur le Térébinthe et 
déposant les sexués (ailés du printemps) ; 

2" Sexués aptères déposés parles précédents, qui s'accouplent 
et pondent des œufs (un œuf), lesquels n'éclosent que l'année 
suivante au printemps ; il en sort : 

3o Les agames aptères, qui forment les galles provisoires; 

4° Les aptères agames, qui sortent des galles provisoires et 
forment les galles définitives ; 

5° Les agames aptères, qui restent et meurent dans la galle 
définitive, et produisent: 

6" Les ailés agames, qui s'envolent et déposent quelque part 
[ailés d' automne^) 

T Ceux qui sont peut-être les ailés du printemps. 

(( En tout, ainsi que conclut M. Derbès , deux années pour 
parcourir toutes les phases de l'espèce ; seulement, à chaque 
génération, il y a production d'un nombre variable d'individus.» 

J'ai repris, aumois d'août 1878, les observations de M. Derbès, 
et, bien que l'état trop avancé de la saison m'ait empêché de voir 
les premières phases évolutives de ces Aphides, j'ai pu cepen- 
dant étudier et décrire assez en détail leurs galles et les trois 
générations étudiées par J\î. Derbès, et ajouter à leur histoire 
quelques faits nouveaux assez intérevssants. 

Dans ce travail, j'ai tâché tout d'abord de grouper en un tableau 
synoptique les cinq espèces de Pemphigus qui habitent le Téré- 
binthe. Je me suis servi pour cela de la classification générale que 
donne Passerini du genre Pemphigus, en la modifiant légèrement 
pour y faire entrer le Pemphigus pallidus de M. Derbès, et une 
espèce ou variété nouvelle dont les caractères zoologiques sont 
très-voisins de ceux du P. pallidus^ mais dont la galle offre des 
caractères assez spéciaux pour que j'aie cru devoir distinguer 
cette forme, au moins provisoirement, sous le nom de A rétro flexus. 



MEMOIRES ORIGINAUX, 



Genre Pemphigus (Hartig). 



Antennes à six articles. Ailes antérieures à quatre nervures 
obliques toutes simples. Ailes postérieures avec deux nervures 
obliques. 



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Sixième article des antennes égal au 
précédent ou à peine plus long. Les 
deux premières nervures obliques réu- 
nies sur un court trajet 



P. utricularius (Pass.) 



Sixième article des antennes plus 
long que le précédent de toute la moitié. 
Les deux premières nervures obliques 
réunies à leur base sur un long trajet. P. cornicularius [Puss.) 



Sixième article des antennes de beau- 
coup le plus long P. semilunariiis (Pass 



Dessins des 
antennes ovales ; 
tubercules très- 
prononcés sur les 
quatre derniers 
articles P. follicularius (Pass. 



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Sixièraearticledes 
antennes presque 
égal au précédent en 
longueur. Troisième 
article égalant à peu 
près les deux sui- 
vants réunis. 



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APHIDES DU TÉRÉBINTHE ET DU LENTISQUE. ' 5 

Voici maintenant un résumé rapide des caractères distinctifs 
de chaque espèce et de leurs galles respectives. 

Pemphigus utricularius (Passerini). 

Galles utriculiformes, jaunes ou rouges, de grosseur variable, 
naissant non-seulement sur la nervure médiane d'une foliole, 
ainsi que l'indique M. Derbès, mais encore, comme je l'ai observé 
moi-même, sur le pétiole secondaire indépendamment de la 
foliole. J'ai trouvé quelques-unes de ces galles vides déjà à la 
fin d'août. 

Première génération. — Corps trapu, aptère, rouge orangé 
intense ; antennes de longueur médiocre, à cinq articles, dont le 
troisième est le plus long de tous, le cinquième fusiforme. 
Rostre atteignant ou dépassant même la deuxième paire de mem- 
bres. 

Deuxième génération. — Nymphe. — Corps ovale, d'un 
rouge moins intense ; antennes à cinq articles , d'épaisseur à 
peu près égale dans toute leur étendue. 

Ailé. — Corps ovale allongé ; tête et thorax noirs; antennes à 
six articles, dont le troisième est le plus long, le cinquième et 
le sixième à peu près égaux ; les quatre derniers articles , le 
troisième surtout , sont ornés de dessins ovales ou elliptiques, 
formant sur les bords des saillies assez prononcées. Ailes à ner- 
vures peu marquées; première et deuxième obliques des ailes 
antérieures unies parleur base sur un court trajet; stigma jaune 
verdâtre, à contour inférieur arrondi ; nervure infrà-marginale 
bordée, ainsi que le stigma, par une ligne sinueuse peu marquée. 

Troisième génération. — Corps ovale, comme tronqué en 
arrière ; antennes à quatre articles dont le troisième est le plus 
long ; le rostre ne dépasse pas la troisième paire de menDbres,, 
Pattes et antennes velues. 



6 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

Perapîîigus semilimarius (Passerini). 

Galles semi-lunaires sur les bords des folioles, qu'elles défor- 
ment; couleur jaune verdâtre ou partiellement rouge, surface 
plus ou moins bosselée. — Abondantes dans les environs de 
Montpellier. 

Première génération. — Caractères analogues à ceux qu'offre 
la génération correspondante du P. utricularius , mais la colo- 
ration du corps est moins intense ; les anteunes, moins épaisses, 
ont cinq articles, dont le cinquième et le troisième sont les plus 
longs. 

Deuxième génération. — Nymphe n'offrant aucun caractère 
bien spécial. 

Ailé. — Six articles aux antennes, le dernier aussi long que 
les deux précédents réunis; troisième article de longueur à peu 
près égale à celle des cinquième, quatrième, second et premier. 
Les trois articles médians sont ornés de taches claires, ovales 
transversalement, formant des saillies sur le bord. Ailes à nervures 
un peu plus accentuées ; première et deuxième nervures obliques 
largement séparées dans toute leur étendue ; stigma fauve, forte- 
ment coudé postérieurement ; nervure infrà-marginale et stigma 
bordés d'une ligne sombre sinueuse. 

Troisième génération. — Corps plus alloDgé que chez la forme 
correspondante du P. utricularius , de couleur vert foncé ; an- 
tennes longues à cinq articles, dont le troisième est de beaucoup 
le plus long. Rostre atteignant presque l'extrémité de l'abdomen. 

Cette génération m'a fourni la quatrième, dont j'indiquerai 
plus loin les caractères. 

Pemphigus follicularius (Pass.). 

Galles occupant, comme les précédentes, le bord supérieur du 
limbe, mais plus petites, non arquées, jaunes ou rouges, et gêné- 



APHIDES DU TÉRÉBINTITE ET DU LENTISQUE. 7 

ralement au nombre de deux ou plus sur chaque foliole. — 
Très-communes dans les environs de Montpellier. 

Première génération. — Elle offre les mêmes caractères géné- 
raux que le P. utricularius; cinquième article des antennes à 
peu près égal au quatrième; trompe atteignant à peine la deuxième 
paire de membres. 

Deuxième génération. — Nymphe. — Troisième article le 
plus long de tous; cinquième et sixième à peu près égaux. Les 
autres caractères comme chez les précédents. 

Allé. — Corps plus petit que chez les espèces précédentes; 
antennes à six articles, dont le troisième est le plus long et les 
trois derniers à peu près égaux. A l'exception des deux premiers, 
tous ces articles sont ornés de taches claires formant de fortes 
saiUies sur le bord. Ailes antérieures à stigma fauve, très-coudé 
postérieurement. Nervures très-marquées, les deux premières 
obliques très rapprochées, mais séparées à leur base. Une ligne 
sinueuse entoure le stigma et la nervure infra-marginale. 

Troisième génération. — Corps ovale de couleur fauve 
orangé; cinq articles aux antennes, le troisième de beaucoup le 
plus long, le cinquième fusiforme. Trompe dépassant l'abdomen. 

J'ai obtenu la quatrième génération de cette espèce. 

Pemphigus cornicularius(PASs.). 

Galles en corne à l'extrémité des jeunes rameaux, de grosseur 
variable, droites ou rerourbées; surface sillonnée longitudinale- 
ment, verte d'abord, puis rouge dans l'arrière-sai son. 

Première génération. — Antennes courtes à cinq articles, le 
dernier plus long que le troisième. Trompe courte atteignant à 
peine l'espace compris entre les deux premières paires de mem- 
bres. 

Les autres caractères comme chez les espèces précédentes. 



8 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

Deuxième génération. — Nyinj)he. — Corps petit; anten- 
nes à cinq articles, dont le troisième est le plus long. 

lies autres caractères comme chez les espèces précédentes. 

Ailé. — Antennes à six articles, dont le troisième est le plus 
long ; les trois médians sont ornés de dessins plus clairs, peu 
nombreux, transversaux, formant de légères saillies ; le dernier 
n'en porte qu'un seul. Nervures peu marquées; les deux premiè- 
res obliques des ailes antérieures sont réunies à leur base sur un 
assez long trajet; stigma formant en arrière un coude arrondi. 
Pas de ligne sombre sinueuse. 

Troisième génération. — Corps petit, ovale, blanc verdâtre; 
antennes à quatre articles, dont les deux derniers à peu près 
égaux. Trompe dépassant la troisième paire de membres. Pattes 
et antennes velues. 

Peraphigus pallidus (Derbès). 

Galles occupant le bord supérieur du limbe, aplaties, non ar- 
quées, d'un vert peu différent de celui de la feuille, dont la forme 
n'est presque pas altérée. — Trouvées en abondance au Jardin des 
Plantes de Montpellier, ainsi que dans les bois de la Valette. 

Première génération. — Corps aplati, trapu, d'une couleur 
fauve orangé; tronqué en arrière; antennes à six articles de 
longueur à peu près égale. Trompe atteignant à peine la deuxième 
paire de membres. 

Deuxième génération. — - Nymphe. — Corps ovale, vert pâle ; 
antennes à cinq articles, le troisième étant le plus long, les deux 
derniers presque égaux. 

Le reste comme chez les autres espèces. 

Ailé, — Antennes à six articles, le troisième étant le plus 
long, cylindrique; les deux derniers sont presque égaux. Pre- 
mier article lisse, le deuxième marqué de taches claires peu 
nombreuses, petites; les autres articles portent des dessins circu- 



APHIDES DU TÉRÉBINTHE ET DU LENTISQUE. 9 

laires à double contour , peu saillants sur les bords, au nombre 
de trente environ sur le troisième article. Nervures des ailes 
assez accentuées; les deux premières obliques des ailes antérieu- 
res naissent séparément de la nervure costale; stigma fauve, à 
coude arrondi; pas de ligne sombre sinueuse. 

Troisième génération. — Corps allongé, brun foncé; anten- 
nes assez courtes, à cinq articles, le troisième étant le plus long. 
Trompe dépassant un peu la troisième paire de membres. 

Pemphigus retroflexus. 

Je n'ai décrit cet insecte sous un nom nouveau que d'une ma- 
nière en quelque sorte provisoire. La galle occupe la face infé- 
rieure du limbe, et, de toutes celles qui naissent sur les folioles 
du Lentisque et du Térébinlhe, elle est seule à présenter ce ca- 
ractère. — Abondante au Jardin des plantes de Montpellier ; je ne 
l'ai point trouvée ailleurs. 

Les dessins des antennes, plus gros et moins nombreux, spé- 
cialement sur le troisième article, l'écartement moins considéra- 
ble des deux premières nervures obliques à leur naissance , enfin 
l'abdomen un peu plus élargi chez le produit de l'ailé, sont les 
seuls caractères distinctifs que j'ai cru remarquer chez cet insecte; 
les autres sont ceux du P. pallidus. 

Genre Aploneura (Passerini). 

Séparé du genre Tetraneura (Hartig), dont il ne diffère que 
par les ailes horizontales et les antennes, dont le sixième article 
est le plus long de tous. 

Les autres caractères communs avec les^ Tetraneura sont : 
quatre nervures obliques simples aux ailes antérieures, une seule 
oblique aux postérieures. 

Aploneura Lentisci (Passerini). 

Galle semi-lunaire occupant ordinairement toute une moitié de 
la surface supérieure du limbe, verte d'abord, puis rougeâtre ; 



10 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

ordinairement remplie d'une abondante matière laineuse que sé- 
crètent les Pucerons. 

Première génération. — Corps trapu, jaune foncé ; antennes 
à cinq articles, dont les trois médians sont à peu près égaux et le 
cinquième le plus long de tous. La trompe, assez épaisse, atteint 
à peine la moitié de l'espace compris entre les deux premières 
paires de membres. 

Deuxième génération. — Nymphe. — Corps allongé, jaune 
verdâtre ; cinq articles aux antennes, dont le troisième est le plus 
long de tous. 

Ailé. — Antennes à six articles, dont les quatre médians sont 
à peu près égaux, le premier court et large, le dernier le plus 
long de tous. Pas de tubercules saillants, mais de fines stries 
annulaires, et une tache claire à la partie antéro-inférieure 
de chaque article. Ailes posées à plat sur le corps, à nervures 
assez accentuées ; stigma fauve clair, anguleux ; les deux pre- 
mières obliques des ailes antérieures réunies à la base sur un 
espace assez considérable. Une ligne sombre sinueuse entoure 
le sligma et la nervure infrà- marginale. Les ailes postérieures 
n'ont qu'une seule nervure oblique. 

Troisième génération. — Corps petit, ovale, jaune verdâtre; 
antennes courtes à quatre articles à peu près égaux en longueur; 
trompe s'arrêtant à peu près au niveau de la troisième paire de 
membres. 

Voici maintenant les quelques observations que j'ai pu faire 
sur ces petits insectes dans le courant de l'été et de l'automne 
derniers. 

D'abord l'apparition des ailés émigrants est plus précoce que 
ne le supposait Passerini. Déjà, vers la fin d'août, j'ai trouvé des 
galles vides du P. utricularius dont j'ai aperçu les ailés dès la 
première quinzaine du môme mois. C'est vers le milieu du 
même mois que j'ai aperçu ceux dé Y Aploneu> a du Lentisque , 



APHIDES DU TÉRÉBINTHE ET DU LENTISQUE. 11 

mais ceux-ci sont peu nombreux jusque vers la mi-septembre. 
Le 30 août, j'en ai observé pour la première fois chez le P. pal- 
lidus ; le P. cornicularius m'en a offert à partir du 2 septembre. 
Ce n'est guère que dans la première quinzaine du même mois 
que j'en ai observé chez le P, retrofleœus \ mms comme ces 
galles sont relativement rares, je ne puis dire encore si les Pu- 
cerons qui les habitent sont réellement moins précoces que les 
autres. Quant au P. folUcularius , ce n'est qu'aux premiers jours 
de septembre que j'en ai aperçu d'ailés ; mais, d'après les rensei- 
gnements que je dois à M. J. Lichtenstein, on en trouverait déjà 
à la fin d'août. 

Pour ce qui concerne les phénomènes biologiques qu'ofîrent 
ces curieux insectes, j'ai déjà dit que M. Derbès avait essayé en 
vain de les suivre au-delà des ailés émigrants. Cependant 
M. J. Lichtenstein m'avait appris qu'il avait trouvé aux racines d'un 
Bromus sterilis un Aphidien ailé dont les caractères concordaient 
presque exactement avec ceux de V Aploneura du Lentisque, et qui 
produisit sous ses yeux des individus sans ailes ni rostre et 
sexués; il avait, d'après ses observations, émis l'opinion que les 
Pucerons ailés du Lentisque pourraient bien aller accomplir sur 
des Graminées les phases évolutives qui, jusqu'à ce jour, se dé- 
robaient aux yeux du naturahste. J'ai donc tenté de faire vivre 
V Aploneura du Lentisque sur des Graminées; je n'ai tout d'abord 
obtenu aucun résultat : les insectes ailés ont péri, et leurs pro- 
duits ont disparu sans que j'aie pu jamais les retrouver dans le 
vase où je les avais mis. 

J'ai tenté la même expérience sur les Pemphigus du Térébin- 
the. Le 28 septembre, j'ai déposé dans un vase, où j'avais fait 
germer de l'orge, des ailés du Pemphigus cornicularius. Un 
grand nombre d'entre eux se sont envolés le jour suivant ; quel- 
ques-uns seulement sont restés sur les tiges d'orge et y ont mis 
bas. Huit ou dix jours après, tous les jeunes aptères provenant 
des ailés ont disparu, sauf trois ou quatre qui, fixés au collet des 
tiges, avaient grossi considérablement ; mais ils ont péri avant 
d'avoir pu se reproduire : les tentatives que j'ai faites pour en 



12 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

élever de nouveaux ont été inutiles; la dispersion complète des 
ailés d'automne m'a empêché de faire de nouveaux essais sur 
cette espèce. 

A l'état complètement développé, ces aptères ont acquis à peu 
près la grosseur d'une nymphe à fourreaux d'ailes de la même 
espèce ; leur couleur est d'un gris verdâtre et les anneaux de 
leur thorax et de leur abdomen sont très-marqués. Ils ne m'ont 
offert aucune sécrétion laineuse, mais une goutte d'un liquide 
limpide sortait fréquemment de leur anus. 

J'ai été plus heureux avec les Pemphigus semilunarius et P. fol- 
licularius. Ayant retenu captifs des ailés de ces deux espèces afin 
delesforcerà mettrebasjeles ai déposés, ainsi que leurs produits, 
sur de jeunes Graminées. Beaucoup d'ailés se sont envolés dès 
que j'ai misa la lumière le vase qui les contenait; d'autres, qui n'a- 
vaient pas encore déposé leurs embryons, sont restés fixés au 
sommet des tiges, y ont mis bas et sont morts peu de temps 
après. 

Au bout de quelques jours, un certain nombre de jeunes ap- 
tères pondus par eux avaient enfoncé leur rostre au bas des 
tiges, cachés plus ou moins profondément dans le sol, et avaient 
déjà Qotablementaugmenté de volume; la sécrétion qu'ils faisaient 
fréquemmentsortirde leur abdomen dénotait une nutrition active. 
Nés dans les premiers jours d'octobre, les produits de l'ailé du 
Pemphigus semilunarius portaient déjà visiblement des embryons 
vers le milieu du mois. C'est le 24 que j'ai vu pour la première 
fois des jeunes Pucerons à côté d'eux. Ces derniers étaient de 
forme allongée et leur couleur était à peu près nulle. Sous le 
microscope, ils m'ont offert des caractères identiques à ceux qui 
distinguent leurs parents à l'état jeune; ils n'en diffèrent que par 
leur corps à peine teinté de vert, et l'exiguïté de leur taille. 

Quant aux P . follicularius , ils s'attachent aussi au bas des tiges, 
ordinairement enfoncés dans le sol. Leur grosseur augmente ra- 
pidement, et leur abdomen, ovale d'abord, devient presque glo- 
buleux. J'ai aperçu des embryons dans leur corps presque en 
même temps que chez l'espèce précédente. Le 25 octobre, j'ai 



APHIDES DU TÉRÉBINTHE ET DU LENTrSQUE. 13 

VU de jeunes individus jaunâtres à côté d'eux. Ils m'ont offert 
aussi les mêmes caractères que les individus de la troisième géné- 
ration peu de temps après leur naissance. Je me suis assuré 
d'ailleurs qu'ils étaient bien les descendants de ceux-ci, en met- 
tant à part dans un tube un produit de l'ailé du P. follicularius 
près de pondre, et en étudiant le jeune qu'il avait déposé. 

J'ai mis aussi en expérience les P. loallidus et P. retroflexus , 
mais les résultats sont loin d'être aussi satisfaisants. J'en ai pour- 
tant conservé quelques-uns vivants pendant dix ou quinze jours, 
et j'ai pu remarquer que ceux-ci se tenaient sur les parties vertes 
des tiges, et non au collet, comme les espèces précédentes. Leur 
couleur, au lieu de pâlir comme chez ces derniers, était de- 
meurée brun foncé et luisante; ils grossirent peu, et disparurent 
l'un après l'autre sans s'être reproduits. 

Je n'ai pu expérimenter sur le P. ùtricularius, ses galles étant 
vides au moment où j'ai commencé à nourrir les autres espèces. 

Ainsi que je l'ai dit déjà, j'ai mis en expérience V Aploneura 
du Lentisque ; mais une seule fois j'ai trouvé un aptère de la 
troisième génération fixé par sa trompe à une radicelle d'orge. 
Toutefois, dans un tube ouvert aux deux bouts où, le 8 octobre, 
j'avais déposé quelques ailés sur des tiges d'orge, j'ai trouvé, un 
mois après environ, fixés aux radicelles, trois ou quatre Puce- 
rons aptères, d'un jaune verdâtre, entourés de flocons blancs et 
de gouttelettes sécrétés par eux. Leur grosseur est celle des nym- 
phes prêtes à acquérir des ailes, mais les anneaux de leur corps 
sont plus marqués et leur abdomen plus distendu. Ces insectes 
ne s'étaient point encore reproduits lorsque j'ai rédigé mon tra- 
vail ; mais peu de jours après ils avaient mis bas dans le tube de 
verre. 

Il me reste à signaler un fait que je ne puis rattacher directe- 
ment à l'évolution de ces Aphides et qui est peut-être une sim- 
ple anomalie. J'ai trouvé, le 20 octobre, dans un vase où j'avais 
secoué des galles du P. pallidus au commencement du mois, un 
aptère appartenant à la première génération de ces insectes, dont 
l'abdomen s'était considérablement élargi. Ce sujet s'était donc 



14 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

nourri sur les Graminées. L'ayant écrasé sous le microscope, j'en 
ai fait sortir plusieurs embryons à divers états de développe- 
ment, fait qui m'a paru d'autant plus singulier qu'il se présen- 
tait à une époque de l'année où ces aptères ont depuis long- 
temps cessé de pondre, et oii leurs produits ont même déjà 
presque tous émigré. 

Des faits qui viennent d'être signalés, il me paraît légitime 
de conclure : 

lo Que les produits des ailés vivent sur les tiges ou les racines 
de Graminées, ou tout au moins de plantes herbacées, et non 
sur l'écorce des Térébinthes ou d'autres arbres; 

2° Que ces individus restent toujours aptères, et ne sont point 
ceux qui viennent au printemps déposer les sexués sur l'écorce 
des Térébinthes. 



ÉTUDES MORPHOLOGIQliES 

SUR 

LA FAMILLE DES GRAMINÉES 

Par M. D.-A. GODRON, 

Correspondant de l'Institut. 
{Suite et Fin.) 



Occupons-nous maintenant des épillets. Gomme nous l'avons fait 
dans notre Flore de France, à l'exemple de Desvaux, nous nous 
servirons, dans cette dernière partie de notre travail, des mots : 
glumes, glumelles, glumellules, termes dont la signification est 
bien connue, pour désigner les organes qui entourent les étamines 
et le pistil. Mais, en même temps, nous nous attacherons à recon- 
naître la nature morphologique de tous ces appendices, en nous 
aidant des observations faites parles savants éminents qui nous 
ont précédé dans celte étude. 

Nous avons déjà dit que les glumes et la glumelle inférieure 



ÉTUDES MORPHOLOPtIQUES SUR LES GRAMINÉES. 15 

sont de véritables bractéoles' ; elles ea ont tous les caractères, et 
comme les feuilles, dont elles sont une véritable réducîlion, elles 
sont alternes-distiques et embrassent par leur base l'axe qui les 
porte. Nous n'insistons pas sur ce point, qui n'est pas contesté. 
Mais ces bractéoles vont donner lieu à quelques observations nou- 
velles. 

Les épillets latéraux des Lolium n'ont qu'une seule glume , 
tandis que l'épillet terminal en a toujours deux. Suivant Aug. 
Saint-Hilaire, la seule glume qui existe « est une production 
» immédiate de l'axe commun de l'épi ^)). Il n'indique pas les 
motifs de son opinion ; mais si l'on examine avec attention 
l'insertion des épillets inférieurs, principalement sur les individus 
les plus robustes des Lolium strictum Prosl., perenne L., temu- 
lentwn L., on constate sans peine que cet appendice s'insère, 
non directement au rachis, mais à un très-court rauieau, attei- 
gnant quelquefois un à deux millimètres, peu visible toutefois 
dans les échantillons grêles. Ce rudiment du rameau naît du rachis 
commun, au-dessus d'une ligne saillante transversale, un peu 
déprimée en arc de cercle, et qui constitue, comme nous l'avons 
établi, la trace d'une bractée avortée; ce très-court rameau est 
ordinairement dégagé en arrière et sur les côtés. La glume unique 
appartient donc à un axe de second ordre, et l'axe de l'épillet 
forme le troisième ; ce qui le prouve encore, c'est que la glume 
persiste sur le second axe lorsque l'épillet mûr se détache. Les 
mêmes faits se voient aussi, et bien plus saillants, sur le Nardurus 
Lachenalii Godr. et surtout dans les espèces du genre Brachy- 
podium. J'ajouterai que le petit rameau peut s'allonger chez les 
Lolium pcrenne L. q[ strictum Presl., qu'il rend alors l'épi rameux 
et que ces rameaux peuvent porter de deux à neuf épillets. Nous 
en possédons des exemples en herbier. Dans ce cas, l'épillet infé- 

' Turpiu {Mém. du Muséum, tora. V, pag. 38) les nomme bractées, ainsi que 
Aug. Saint-Hilaire {La Morphologie végétale-, Paris, 1841, in-8o, pag. 288.) 
Nous les nommons bractéoles à raison de la bractée qui devrait exister à la base 
de l'inflorescence. 

2 Aug, Saint-Hilaire; Op. cit., pag. 289. 



16 MÉMOIRES ORIGINAUX. . 

rieur conserve sa position et le rameau s'allonge en dehors de 
lui, de telle sorte qu'il se trouve comprimé entre ce rameau et 
le rachis commun ; aussi est-il ordinairement moins développé 
que les autres. Chacun des rameaux se comporte, du reste, 
comme Taxe primaire, relativement à la présence d'une ou deux 
glumes aux épillets ' . 

Puisque l'épillet terminal de l'épi des Lolium possède deux 
glumes, dégagé qu'il est de toute pression contre un axe, on se 
demande pourquoi les épillets latéraux n'en possèdent qu'une. Si 
la seconde existait, elle serait en rapport immédiat avec l'échan- 
crure du rachis commun. Puisque la compression exercée par 
les gaines foliaires a déprimé celui-ci profondément, il nous 
paraît évident que la glume serrée entre lui et l'épillet n'a pu 
.se développer et a disparu par avortement. Kunth et Dôll ont 
reconnu des rudiments de cette glume sur le Lolium temulen- 
tum^ L. Quel est le rang qu'occupe, sur l'axe de l'épillet, la 
glume qui fait défaut ? Celle qui existe , étant alterne avec la 
glumelle inférieure de la première fleur placée contre l'axe 
commun, est nécessairement la supérieure, et celle qui manque 
l'inférieure : la symétrie l'exige. 

Les Nardurus, Agropyrum et Brachypodium ont deux glumes 
à tous leurs épillets, bien qu'ils soient aussi alternes-distiques 
et appliqués sur le rachis commun ; mais c'est par l'une de leurs 
faces qu'ils le sont, elles deux glumes, placées latéralement par 
rapport à l'axe, se développent en pleine liberté. 

Le Psilurus nardoïdes Trin., contrairement à ce qui existe chez 
les Lolium, montre une véritable bractée, très-petite il est vrai, 
mais s'insérant exactement au nœud (elle manque quelquefois). 
Au-dessus d'elle se trouve un très-court rameau ne mesurant 

1 Je possède aussi d'autres Graminées à épillets alternes-distiques sur le rachis 
commun, dont l'inflorescence est quelquefois rameuse, par exemple les Nardurus 
Lachenalii Godr. et tenellus Rchb., Agropyrum campestre Godr., Triticum 
vulgare Vill. On connaît depuis longtemps le Blé de miracle, race du Triticum 
turgidum L. à épis rameux, et j'ai vu le même fait sur le Secale céréale L. 

2 Kunth; Fl07\i berolinensis, édit. 1; Beroliai, 1838, in-8°, tom. II, pag. 404, 
— Dôll; Reinische Flora: Frankfurt ad M., 1843 , in-8o, pag. 62. 



ÉTUDES MORPHOLOGIQUES SUR LES GRAMINÉES. 17 

qu'un demi ou un tiers de millimètre ; il se prolonge parfois 
au-delà et porte à sou sommet un second épillet demi-avorté et 
stérile. La glumelle inférieure existe bien développée , ainsi que 
la supérieure, qui est fendue à son sommet. Les glumes man- 
quent absolument. Fant-il s'en étonner ? Les épillets de cette 
espèce, n'ayant qu'une seule fleur fertile, sont incarcérés très- 
étroitement, chacun dans une profonde gouttière; d'une autre 
part, leur base est fixée dans une petite cavité conique, qui ne 
laisse pas place au développement des glumes. L'épi lui-même est 
finement subulé. 

Les choses se passent à peu près de même dans le Nardus 
stricta L. 

Le Tripsacum dactyloïdesL. nous offre des faits plus curieux 
encore que les précédents. L'épillet femelle est aussi uniflore et 
logé profondément au centre d'un article épais et très-lâchement 
spongieux au centre '. 11 s'y est facilement creusé une cellule 
assez grande, fermée hermétiquement par une bractée coriace 
qui, au moment de la fécondation, s'entr'ouvre légèrement pour 
laisser passer les stigmates, puis se referme. Celte bractée appar- 
tient à l'axe commun de l'inflorescsnce ; elle s'insère sur un 
prolongement long de deux ou trois millimètres, placé à la base 
et sur le milieu du seuil de l'ouverture, isolé de chaque côté par 
une écbancrure qui est transformée en un trou rond par la base 
élargie de la bractée. Ces trous ronds pénètrent dans la cavité qui 
renferme l'épillet et au-dessous de lui. Seraient-ils destinés à 
lui fournir de l'air dans sa prison ? C'est sur ce même prolon- 
gement, en arrière de la bractée coriace servant de porte, que 
s'insère l'épillet, dont le développement est relativement assez 
grand. On y reconnaît très-bien les parties constituantes de l'épillet 
et de la fleur femelle. 

La glumelle supérieure des Graminées a des caractères qui la 
différencient des bractées et des bractéoles, dont il a été jusqu'ici 
question. Elle est scarieuse, mince, blanche, bifide ou échan- 



1 On peut constater facilement cet état spongieux dans les articles où la fécon 
dation n"a pas réussi. 

VIII. 2 



18 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

crée au sommet; elle possède deux carènes symétriques et dis- 
tantes l'une de l'autre, n'a pas de nervure médiane, naît au- 
dessous de la fleur etl'emhrasse par ses deux replis, qui partent 
des carènes et se croisent devant elle ; enfin elle est toujours 
adossée à l'axe de l'épillet. Elle joue donc le rôle d'enveloppe 
par rapport aux organes de la fleur, et c'est pour ce motif que 
Turpin lui a imposé le nom de spathelle, en la comparant à la 
spathe des Palmiers \ Cette assimilation ne nous paraît rien 
moins que rigoureuse; elle a dû être jugée telle par les bota- 
nistes , puisqu'ils ne l'ont pas acceptée en ce qui concerne les 
Graminées. Nous la désignerons sous le nom de bractéole double 
bicarénée^ car elle est réellement formée de deux bractéoles laté- 
rales soudées, comme l'admet Turpin, Ce qui le prouve, c'est 
qu'elle est parfois séparée en deux parties distinctes^. Robert 
Brown avait reconnu cette dualité avant Turpin; mais le savant 
anglais admettait que la glumelle inférieure appartient au même 
verticille, ce qui rendrait celui-ci ternaire et en ferait dès-lors 
un calice ^ Turpin n'admet pas cette opinion et différencie ces 
deux glumelles par ce caractère : « c'est que ces deux organes 
» n'appartiennent pas au même axe ou plutôt au même degré de 
«végétation, et qu'en conséquence on n'aurait jamais dû les 
y) accoupler ensemble ''». 

Dôll et Rœper admettent sur ce point l'appréciation de Turpin ^ 
Hugo von Mohl l'appuie de faits nouveaux observés sur le Poa 
alpma L., forma vivipara. Il a reconnu sur cette monstruosité 
que toutes ou presque toutes les glumelles inférieures de l'épillet 
se transforment chacune en une véritable feuille qui par sa 
base embrasse la circonférence entière de l'axe de l'épillet, mon- 
tre des traces évidentes de ligule et même de petites oreillettes 

i Turpin; Mémoires du Muséum, tom. V, pag. 448 et 449. 

2 Turpia; Op. cit., tom. V, pag. 450. 

3 R, Brown; General remarks geographical and systematical on the holany 
of Terra australis. London, 1874, ia-4o, pag. 58. 

■* Turpin; Op. cit., pag. 450. 

5 Dôll; Reinischô Flora. Frankfurt ad M., éd. I (1843), ia-S», pag. 58. — 
Rœper -, Zur Flora MecUenhurgs, 2 Thoil. Rôstock, 1844, in-8o, pag. 93. 



ÉTUDES MORPHOLOGIQUES SUR LES GRAMINÉES. 19 

latérales qui l'accompagnent, et enfin se termine par un limbe 
court et plurinervié. Si Ton examine l'aisselle de ces petites 
feuilles, on y découvre des débris de la glumelle supérieure, ce 
qui démontre avec évidence que cette dernière est insérée au- 
dessus de l'inférieure. L'épillet ainsi transformé montre à sa 
base son axe aussi grêle qu'à l'état normal; mais celui-ci s'é- 
paissit de bas en haut, ses entre -nœuds s'allongent et écartent 
ainsi ses petites feuilles les unes des autres. Dans cet état, il 
ressemble complètement à une petite tige de Graminée en voie 
de développement. Vers l'automne, la base de son axe se dessè- 
che et se rompt, absolument comme cela se produit dans l'épil- 
let normal portant graines. Cette petite tige tombe à terre; elle 
prend racine et multiplie ainsi l'espèce. Cette observation de Hugo 
von Mohl a sans doute été faite par les anciens botanistes, qui 
ont désigné ce Poa sous le nom de vivipara ', ^. 

Un autre ordre de preuves nous est fourni par les recherches 
organogéniques de Payer. Ce savant a constaté que la glumelle 
inférieure se développe la première sous forme d'un bourrelet 
qui embrasse l'axe de l'épillet; que la glumelle supérieure mon- 
tre, dès ses premiers développements, deux bourrelets plus 
petits, parfaitement distincts, et qui sont placés latéralement au • 
dessus du premier bourrelet. Mais en grandissant, la distance qui 
les séparait du côté de l'axe diminue de plus en plus, et il arrive 
un moment où ils sont connés et ne forment plus qu'une seule 
écaille bicarénée, bidentée au sommet, et qui est la glumelle 
supérieure. Les glumelles supérieure et inférieure sont donc de 
génération différente, la supérieure appartenant à l'axe floral, 
tandis que l'inférieure appartient à l'axe de l'épillet'. 



* Hugo von Mohl ; Ueber die Bedeutung der untern Blumenspelze des Graeser. 
(Botaniche Zeitung, 1845, pag. 36 à 38, tab. I, part. 2, fig. 1-8.) 

2 Le Poa bulbosa L. offre souvent la même anomalie, ainsi que le Dactylis 
glomerata L., le Cynosurm cristatus L. et Festuca nemoralis L. (Moquin- 
Tandon ; Éléments de tératologie végétale. Paris, 1841. in-8o, pag. 232.) 

3 Payer; Traité d'or g anogénie comparée de la fleur. Paris, 1857, gr. in-8°, 
pag. 701, tab. 148, fig. 4, 16, 17, 29, 30, 36 et 37. 



20 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

Il résults de tous ces faits, définitivement acquis à la science : 
1° que les glumes doivent être considérées comme de vraies 
bractéoles; 2" que les glumelles ne forment pas un verticille 
floral ; 3° que la glumelle inférieure est une bractéole au même 
titre que les glumes, avec cette différence toutefois que celles-ci 
ne produisent pas d'axe à leur aisselle ; 4° que la glumelle supé- 
rieure, formée de deux éléments d'abord libres, puis soudés, 
est toujours adossée à un axe contre lequel elle est comprimée ; 
5° que la pression, ne s'.exerçant pas sur les parties essentielles 
de la glumelle supérieure, c'est-à-dire sur ses nervures carénées, 
n'en produit pas l'avortement, mais soude habituellement les bords 
chevauchant l'un sur l'autre des deux parties qui la constituent. 
Nous ferons observer combien grande est la ressemblance de 
cette bractéole double bicarénée avec l'expansion bicarénée 
dont nous avons parlé. Ce sont certainement deux organes con- 
struits sur le même modèle. Si le premier enveloppe la fleur, le 
second embrasse les bourgeons axillaires du chaume et la base 
des rameaux qui en naissent. 

Nous trouvons dans l'embryon lui-même des faits qui ne sont 
pas sans quelque analogie avec les précédents. Le premier nous 
est fourni par l'organe que Mirbel a nommé piléole * ; il est conique 
et coiffe la gemmule. Cette enveloppe s'insère sur la tigelle im- 
médiatement au-dessus de l'éf^usson, ou un peu plus haut ; il se 
fend au moment de la germination, pour laisser passer la gem- 
mule, et cette déhiscence s'opère du côté opposé à l'écusson ^. 
Schacht constate que cette piléole est binerviée^ M. Van Tieghem 
explique ce fait en démontrant qu'elle reçoit deux faisceaux vas- 
culaires distincts, et il en conclut qu'elle est formée de deux 
feuilles autonomes*. D'une autre part, il existe dans quelques 

1 Mirbel; Éléments de physiologie végétale- Paris, 1815, in-8o, tom. I, pag. 64. 

2 Van Tieghem; Annales des Sciences naturelles , série v, tom. XV, pag. 248 
et 249. 

3 Schacht; Lehrbuch des Anatomie und Physiologie des Gewàchse. Berlin, 
1856-1859, tom. II, pag. 462. 

* Van Tieghem; Op. cit., pag. 250. 



ÉTcûDS MORPHOLOGIQUES SUR LES GRAMINÉES. 21 

Graminées un ou plus rarement deux bourgeons à l'aisselle de la 
piléole, du côté de l'écusson. Ces bourgeons ont pour appendice 
le plus extérieur une petite feuille binerviée et double, tournée 
vers l'axe et fen.iue vers la feuille mère '. 

S'il existe des verticilles floraux dans les Graminées, les glu- 
mellules, les étamines et jusqu'à un certain point le pistil, peu- 
vent seuls nous en montrer des exemples. 

Il est vrai qu'il n'existe, dans le plus grand nombre des espè- 
ces de cette famille, que deux glumellules, quelquefois irréguliè- 
res, libres ou soudées plus ou moins par leurs bords contigus. 
Elles sont toujours insérées à la même hauteur et placées du côté 
opposé à l'axe de l'épillet. Devant ce même axe elles laissent, au 
contraire, un espace vide qui pourrait en loger une troisième. Ce 
qui prouve que cet élément d'un verticille complet manque, c'est 
qu'il reparaît habituellement ou accidentellement dans un cer- 
tain nombre de Graminées. L'existence de trois glumellules ver- 
ticillées se voient toujours sur les espèces des genres Stipa, La- 
siagrostis, Plptatherum, Macrochloa, dont les épillets finement et 
longuement pédicellés ne possèdent qu'une seule fleur qui est 
terminale et hermaphrodite, de telle sorte que l'axe de l'épillet 
est remplacé par l'axe de la fleur, qui dès-lors ne peut, comme le 
ferait le premier, servir de point d'appui à une pression exté- 
rieure ; ce fait nous explique la présence de la troisième glu- 
mellule. Il en serait sans doute de même dans toutes les fleurs 
terminales des épillets multiflores, si celles-ci n'étaient pas, par 
suite de l'épuisement des sucs nourriciers de la plante, à peu prés 
complètement avortées. 

Le Trlpsacum daclyloïdes L. possède aijssi trois glumellules 
tronquées au sommet, comme je Tai constaté moi-même sur le 
vif. L'épillet uniflore de cette espèce, se développant dans une 
cavité remplie d'un tissu sans rés'stance et à parois dures, se 
trouve ainsi à l'abri de toute pression extérieure ou intérieure ; 
ses bractéoîes et sa fleur s'y développent librement, protégées 
qu'elles sont par leur prison. 

* Van Tieghem ; Op. cit., pag. 253. 



2? MÉMOIRES ORIGINAUX. 

Enfin, dans les Barabusées, la présence de trois glumelluies 
esl de beaucoup le cas le plus fréquent. Toutefois elles manquent 
complètement dans les genres Schyzostachyum Nées, Dcndroca- 
lamus'Nêes, Melocanna Trin., ce qui ne modifie pas la symétrie 
florale. Nous ferons observer que si les glumelluies ont disparu 
dans ces trois genres, ils sont pourvus de six étamines placées 
sur deux rangs et alternes d'un rang à l'autre. Il n'en faudrait 
pas conclure qu'il y a eu dans ce cas transformation des glu- 
melles en étamines. Dans d'autres genres, notamment dans les 
Bambusa Schreb., Nastus Jussieu, Gadua Kunth, Cephalosta- 
chyum Munro, il existe à la fois trois glumelluies et six étamines 
symétriquement disposées. 

Il résulte de ces faits, que là où l'une des glumelluies est 
adossée à l'axe de i'épillet et pressée contre lui , elle avorte 
presque toujours, et qu'elle se conserve, au contraire, quand elle 
échappe à cette compression. 

Les glumelluies manquent dans le Lygeum Spaitum Lœfl., 
dont les épillets uniflores, géminés ou ternes, sont soudés enlre 
eux et renfermés inférieurement dans un tube charnu. Dans le 
Cornucopi^ cucuUatum L., dont les épillets également uniflores 
sont fascicules et soudés par leur base au fond d'un involucre, 
il en est de même. Enfin, dans les espèces des ^quvqb Alopecurus , 
Cenchrus, Imperata^ dont les épillets sont serrés les uns contre 
les autres pour former une panicule spiciforme très dense, on 
trouve aussi les conditions les plus favorables aux avortemenls 
et aux soudurts. 

Il arrive que les glumelluies et même la bractéole double 
bicarénée peuvent se souder, mais tardivement, au pistil ou ca- 
ryops, probablement par la pression exercée contre ces parties 
par le développement rapide du pistil après la fécondation. On 
constate celte soudure chez les Vulpia, Festuca, Bromus, Serra- 
falcus, etc. 

Les glumelluies doivent donc être considérées comme repr'é- 
sentant le périanlhe de la fleur des Graminées. 

Les étamines sont généralement au nombre de trois ; elles 



ÉTUDES MORPHOLOGIQUES SUR LES CrRAMINÉES. 23 

alternentaveclesglumellules, et, lorsque l'une de celles-ci manque, 
l'alternance n'en existe pas moins avec le point qu'elle devrait 
occuper. Il en résulte également que les deux ctamines les plus 
rapprochées do l'axe de l'épiUet alternent toujours avec lui et 
échappent ainsi aux effets de la compression. 

On ne rencontre toutefois que deux étamines, au lieu de trois, 
dans quelques espèces, telles que le Crypsis aculeata Ait., le 
Glyceria Michauxu Kunth , qui appartiennent à des genres dont 
toutes les autres espèces sont triandres. Nous ne pouvons expli- 
quer cette anomalie ; elle est constante et doit constituer un avor- 
tement héréditaire. 

Nous n'avons pas compris, parmi les deux espèces dont il 
vient d'être question, les Hierochloa et les Anlhoxant/ium, qui 
n'ont aussi que deux étamines à leurs fleurs hermaphrodites, 
mais par constitution et non par avortement, comme nous l'éta- 
blirons plus loin. 

Il existe aussi quelques Graminées qui sont pourvues d'une 
seule étamine, celle qui est placée du côté de la glumeUe infé- 
rieure ; cette exception est fournie par les Vulpia myuros Rchb., 
pseudo-myuros Soy.-Willm., incrassata Pari, et par le Psilurus 
nardoïdes Trin. Toutes les espèces du genre Vulpia ont des ca- 
ractères morphologiques qui en font un genre très-naturel , et 
cependant les autres espèces possèdent trois étamines. Ce carac- 
tère distinctif est constant, et il en est de même dans le Psilurus 
nardoïdes Tnu. 

Il est beaucoup de familles naturelles où le nombre des 
feuilles carpellaires n'est pas en rapport avec celui des autres 
verticilles floraux ; on constate qu'il est souvent moindre. 

Ainsi, parmi les familles monocotylédones, nous citerons les 
Cypéracées, qui nous montrent un caryops uniloculaire et uni- 
ovulé par avortement de deux carpelles, dont il reste toutefois 
un ou deux stigmates. Chez les Palmiers, où l'ovaire est formé 
de trois feuilles carpellaires, comme le Cocos nucifera L., on ne 
trouve qu'un seul ovule ; le Lodoïcea moldavica Pers. en a habi- 
tuellement deux, rarement un, plus rarement le nombre primitif 

4 



24 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

trois. Dans le Phœnix doctylifera L., le pistil est pourvu d'abord 
de trois loges et de trois ovules, dont un seul se développe. Il 
est à noter que le noyau de cette espèce, comme le caryops de 
beaucoup de Graminées, est creusé d'un sillon longitudinal sur 
sa face interne. 

Dans les conditions où se trouvent placées les fleurs des Gra- 
minées, il ne faut pas s'étonner de ce qu'elles ne renferment 
jamais qu'un seul pistil et un seul ovule. Cependant il reste 
presque toujours chez elles des traces évidentes de deux ou de 
trois feuilles carpellaires. Dans les genres Bambusa Schreb., 
Ariindinaria Jussieu, h'astus Nées, la présence de trois stigmates 
indique^ si elle ne complète pas, la symétrie de tous les verti- 
cilles floraux. 

Toutefois, parmi les espèces qui n'en possèdent que deux, 
on en trouve accidentellement trois. Kunth l'a observé sur le 
Coïx LacrymaL., le Briza mœdia L., V Uniola latifoUa^ Mich., et 
Palisot de Beauvois sur le Psamma litioralis P. de B., et V Artha- 
lherumpungens P. de B. [Aristida pungens^ Desf.). Host a décrit 
un Phalaris trigyna qui n'est pas autre chose qu'une forme à 
trois stigmates du Pheum Michelii^ Ail. Mutel a signalé une 
fleur trigyne de VArundo Donax^ L. Le fait le plus curieux est 
celui que Nées von Esembeck" a observé sur le Schenodorus 
elatior P. de B. {Festucca elatior L.) ; — Il s'exprime ainsi : 
Ovarium inveni obovato-globosum , sulcis 3 divisum , tricoUe , 
stylis 3 stigmatibusque binis solitas formse prseditum. Positio col- 
liwm ea erat, ut 2 extrorsum spectaretit, tenus autem axin respi- 
ceret ; gui cuncti magnitudine seguales, in circulo positi, fructum 

1 Kuath; Agrostographia synop.^ tom. II, tab. IV, flg. n et p, et tab. XXV 
et XXVII. fig. 4 en a. 

2 Palisot de Beauvois; Essai d'une nouvelle agrostographie. Paris, 1812, 
atlas, tab. VI, fig. 1, et tabl. VIII, fig. 9. 

3 Host; Icônes et descript. Graminum austriac. Viadobonae, in-fol., tom. IV 
(1809), tab. XX, 

* Mutel ; Flore franc. Strasbourg, 1837, in-18, tom. IV, atlas, flg. 588. 

* Nées von Esenbeck; Etwas ilhcr die Anlange zu einer dreizàhligen Fruchi 
bd den Gràsern, in Linnœ2, tom, V, pag. 679 et 680. 



ÉTUDES MORPHOLOGIQUES SUR LES GRAMINÉES. 25 

completum numéro parlium ternario monstravere. Ad horizontem 
disseetum ovarium triloculare videbatur. 

Ces faits exceptionnels doivent, ce me semble, être consi- 
dérés comme un retour au plan primitif des Graminées, dont les 
Bambusées nous offrent plus ou moins des représentants. 

D'une autre part, Payer, en étudiant dans ses premiers déve • 
loppements l'ovaire d'un Panicum et du Triticum monococcum, 
croit avoir constaté que cet organe se montre à l'origine sous 
forme d'un bourrelet circulaire, au centre duquel on aperçoit 
l'ovule naissant du réceptacle. Ce bourrelet, en s'allongeant, se 
divise en deux saillies qui soat l'origine de deux stigmates 
écartés l'un de l'autre'. Nous nous demandons s'il est bien 
certain qu'il n'existe dans ce cas qu'une seule feuille donnant 
naissance à deux stigmates. Il nous semble difficile d'admettre 
cette division d'une fouille sur la ligne médiane pour former 
deux organes importants. N'y aurait-il pas plutôt ici deux 
feuilles carpellaires formant l'ovaire et devenant l'origine de 
deux stigmates plus ou moins écartés l'un de l'autre? L'obser- 
vation recueillie par Nées von Esembeck, et que nous venons 
de transcrire, peut être invoquée à l'appui de notre opinion. 
p]nfin, les Graminées elles-mêmes sur lesquelles Payer a fait 
ses ob ervations, ont leur pistil muni de deux lobes d-variqués, 
et le Festuca elutior L. a deux stigmates 5 un pist'.l encore plus 
profondément bilobé. 

Une dernière question se présente en ce qui concerne le pis- 
til des Graminées, et spécialement le nombre des stigmates et 
leur position relative. Dans les Barnbusa et les Nastus, qui por- 
tent deux rangs d'étamines, le stigmate, qui manque habituelle- 
ment à nos espèces européennes, doit être, dans ces deux gen- 
res, placé en dehors des deux autres par rapport à l'axe de l'épil- 
let, comme l'indique très-bien un diagramme de la fleur des 
Bambusa comparé à celui de la fleur des Liliacées, et que nous 

1 Payer; Traité d'organographie comparée de la fleur. Paris, 1857, gr. in-8", 
pag. 702, tab. 148, fig. 8, 9, 10, 11. 12 et 13. 



26 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

devons à M. Sachs ^ L'observation l'a conduit à ce résultat, et 
théoriquement il doit en être ainsi. Mais serait-il rigoureuse- 
ment logique d'en conclure qu'il en est de même dans les autres 
Graminées qui sont pourvues de deux seulement ou de trois 
stigmates? On n'a jamais constaté chez elles l'existence, même 
éventuelle, de deux verticilles d'étamines, et rien n'autorise à 
admettre que le second verticille de ces organes avorte constam- 
ment sans laisser aucune trace. On est dès-lors naturellement 
porté à conclure qu'un stigmate supplémentaire doit être, dans 
ces espèces, placé en sens inverse que dans les Bambusa et les 
Nastus^ c'est-à-dire du côté de l'axe de l'épillet. C'est précisé- 
ment ce que constatent deux figures dessinées par Kunth ^ et qui 
représentent sous deux faces un pistil de Coïx Lacryma L., por- 
tant accidentellement trois stigmates. 

Le supplémentaire est plus court que les deux autres. Ces figu- 
res montrent aussi la position relative de trois étamines courtes 
et demi-avortées, qui sont elles-mêmes accidentelles. On recon- 
naît nettement que le stigmate supplémentaire , ainsi que les 
deux stigmates normaux, alternent parfaitement avec l'androcée, 
formé de trois étamines réunies en un seul verticille ; par con- 
séquent ce troisième stigmate est placé en sens inverse que dans 
les Bambusa et les Nastus. 

D'une autre part, dans le travail sur les Bambusées que nous 
devons au colonel Munro^, on constate, dans une des figures de 
la table 1"'% représentant les organes floraux de V Arthrostylidium 
longiflorum, espèce décrite pour la première fois par lui, l'absence 
d'un des stigmates. Or celui-ci, s'il existait, alternerait avec les 
deux étamines et serait opposé à la glumelle adossée à l'axe de 
l'épillet. 

1 J. Sachs ; Traité de botanique, trad. par Van Tieghetn. Paris, 1873, grand 
in-8°, pag. 686, fig. 379, a. 

2 Kunth; Agrostogr. synop. Stutgardiae, 1835, suppl,, tabl. IV, fig. n et p. 

3 A Monograph of the Bimbusacse including Descriptions qf ail the Species, 
by Colonel Munro, in The Transactions of the Linncan Society, tom. XXVI. — Je 
dois à M. Eug. Fournier la commuaicalion de cet ouvrage et lui en adresse mes 
remercîments. 



ÉTUDES MORPHOLOGIQUES SUR LES GRAMINÉES. 27 

Dans le Festuca elatior L. observé par Nées von Esenbeck , 
donl nous avons parlé plus haut, ce savant indique de la ma- 
nière la plus précise que le stigmate supplémentaire est tourné 
aussi du côté de l'axe de l'épillet. 

Il résulte de tous ces faits que, dans les Graminées à deux 
stigmates, celui qui manque est précisément celui qui correspon- 
drait à Taxe de l'épillet. 

Les fleurs des Graminées dont il a été jusqu'ici question 
présentent donc, malgré un certain nombre d'avortements et de 
soudures , la symétrie florale ternaire. Mais deux genres euro- 
péens de cette famille ^ font exception, savoir : les Ànthoxa^i- 
thum et les Hierochloa , dont les fleurs hermaphrodites sont 
construites d'après le système binaire. 

luQS Antlioxanthum oui s,\y^ bractéoles stériles, alternes-disti- 
ques. En procédant de bas en haut, on constate que la première 
est plus petite que la seconde ; celle-ci dépasse et enveloppe les 
suivantes. Les deux médianes sont égales et émarginées ; l'une 
porte, au-dessous de son milieu , une arête dorsale tordue en 
spirale; l'autre montre vers son sommet une arête droite. Enfin 
les deux supérieures sont membraneuses , très-concaves, ovales 
obtuses, uninerviées, mutiques. Ces appendices ont-ils tous les 
caractères de simples bractéoles ? On serait tout d'abord porté 
à l'admettre, et on reconnaît comme telles, dans les genres JSas- 
tus GiBambusa, les quatre appendices stériles de leurs épillets. 
Cependant R. Brown, s' appuyant sur l'organisation florale de 
plusieurs genres voisins des Anthoxanthum , a été conduit à con- 
sidérer chacune des deux bractéoles médianes aristées comme 
représentant à elles seules deux fleurs avortées, dételle sorte que 
l'épillet, au heu d'être uniflore, serait primitivement triflore ^. 
Cette manière de voir a été admise par Palisot de Beau vois % par 

1 On pourrait ajouter aussi le genre Raynaudia de Kunth, et peut-être le genre 
Imperata. 

2 R. Brown ; General remarks geographîcal, etc., pag. 62. 

^Palisot de Beauvois; Essai d'ime noitv. agrostogr. Paris, 1812, ia-8° , 
pag. 65, et atlas, tab. III, fig. 15. 



28 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

Kunlh ', Endlicher '\ Rœper \ DôU \ etc. Nous ajouterons qu'il 
n'existe aucune trace d'un périanthe , que nous retrouverons 
dans les Hierochloa. Les étamines, toujours au nombre de deux, 
sont placées devant la nervure médiane de chacune des brac- 
téoles propres de la fleur terminale, c'est-à-dire dans le même 
plan que tous les appendices alternes-distiques de l'épillel. Les 
deux stigmates sont, au contraire, disposés dans un plan per- 
pendiculaire à ce dernier. La fleur terminale des Anthoxanthum 
présente donc la symétrie binaire. 

Les Hierochloa nous feront mieux comprendre la conforma- 
lion des épillets des Anthoxanthum el viennent donner raison à 
la théorie de Robert Brown, établie cependant sur des données 
moins précises. L'épillet des Hierochloa possède deux glumes et 
trois fleurs, dont une terminale hermaphrodite et deux latérales 
mâles. Chacune de ces dernières est entourée par une glumelle 
inférieure unicarénée, par une glumelle supérieure bicarénôe et 
par deux glumellules placées du côté opposé à l'axe de l'épillet; 
enfin les trois étamines sont disposées comme dans les fleurs à 
symétrie ternaire. Il en est tout autrement de la fleur terminale 
hermaphrodite: elle a deux glumelles uîiicarénêes , deux glumel- 
lules alternant avec les glumelles, et deux stigmates dirigés dans 
un plan qui coupe à angle droit celui des glumellules. 

Il existe donc des fleurs de Graminées dont les parties con- 
stituantes sont disposées suivant la symétrie binaire. 

Nous avons constaté, dans cette étude, l'action modificatrice 
exercée par la compression des gaines fohaires et qui détermine 
la dépression des axes, l'irrégularité, la soudure et l'avortement 
de plusieurs des organes constitutifs des inflorescences , des épil- 



1 Kunth ; Agrostographia synop. Stutgardiae, tom. I (1833), pag 37, ettom. II, 
pag. 28, tabl. VIII. 

2 Endlicher ; Gênera planlarum. Vindobonse, 1836-1840, gr. in-S",, pag. 81. 
^ Rœppr ; Zur Flora Mecklenburgs. Rostock, part. 2 (1844), pag. 120 et suiv. 
* Dôll ; Bcitrage zur Pfanzenkunde [Jahresbericht des Mannheimer Vereins 

fur Naturkunde). Manaheim, ia-8o, 1868, pag. 42). — Voir, pag. 33 du même 
travail, le diagramme de V Hierochloa borealis. 



ÉTUDES MORPHOLOGIQUES SUR LES GRAMINÉES. 29 

lets et des fleurs. Nous avons spécialement insisté sur les efFets 
produits sur ceux des organes appendiculaires directement oppo- 
sés à l'axe de l'inflorescence ou à l'axe de l'épillet. 

Ce n'est pas seulement dans les Graminées que la pression 
des fleurs contre l'axe de l'inflorescence en détermine l'irrégu- 
larité et provoque des avortements d'organes. On l'observe aussi 
dans d'autres familles naturelles à fleurs habituellement irrégu- 
lières. Lorsqu'elles échappent à cette action modificatrice, elles 
prennent la forme régulière et deviennent parfaitement symé- 
triques relativement à l'axe floral. C'est là ce qu'on constate 
lorsqu'elles naissent au somm^et de l'axe de l'inflorescence ou au 
sommet des axes latéraux étalés en dehors dès leur naissance, et 
qui dès-lors se sont développées en toute liberté. On dit ces 
fleurs péloriées. 

Il est à remarquer que les pélories les plus fréquentes se ren- 
contrent généralement dans les familles dont les fleurs sont le 
plus irrégulières, tant la cause que nous signalons est puissante. 
Est-il besoin d'indiquer les Labiées , les Scrophularinées , les 
Rhinanthées, qui reviennent à une régularité parfaite et retrou- 
vent une étamine qu'elles avaient perdue ? J'ai fait connaître aussi 
depuis longtemps d'autres exemples d'un retour parfait à la 
régularité, dans des familles à fleurs aussi irrégulières que les 
précédentes, par exemple sur le Corydalis solida Sm. , le Delphi- 
nium consolida L. , enfin, sur un vieux pied de Wistaria chinen- 
mDG. qui, au Jardin des Plantes de Nancy, a donné, en 1865, 
entre la floraison du printemps et celle d'automne, une florai- 
son intermédiaire. Celle-ci a livré à mon observation un assez 
grand nombre de fleurs isolées au sommet d'un long pédoncule 
représentant l'axe nu de l'inflorescence ; elles ont montré la 
transformation d'une fleur papilionacée en une fleur rosacée '. 

Nous concluons de tous les faits établis dans ce travail : 

1** Que les gaines des feuilles des Graminées exercent une 



1 Ces trois pélories ont été décrites dans les Mémoires de l'Académie de Sta- 
nislas, de Nancy, pour 1864, pag. 182, tabl. I; pour 1865, pag. 56 et pag. 371. 



30 MÉMOIRES ORIGIXAUX. 

compression sur les entre-nœuds des chaumes qu'elles envelop- 
pent et qui se montre surtout active sur la partie inférieure de 
ceux-ci, chez presque toutes les Graminées ; 

2° Que c'est par cette partie inférieure des entre-nœuds que 
se continue principalement l'accroissement du chaume en 
longueur ; 

3** Que, s'il se produit à l'aisselle d'une gaine foliaire un 
bourgeon qui, se développant sous la gaine, devient un rameau, 
il y a aux surfaces de contact dépression du chaume et du rameau ; 

4** Que si, au contraire, le bourgeon axillaire se fait jour direc- 
tement à travers le tissu de la base de la gaîne, ou s'il se déve- 
loppe après sa chute, le chaume et le rameau restent arrondis ; 

5" Que les inflorescences, encore rudimentaires, molles et en 
voie d'évolution, subissent l'action des gaines foliaires, qui 
empêche le développement des bractées qui devraient se déve- 
lopper à leur base et à leurs divisions principales; 

6° Que, dans ces conditions, les axes de ces inflorescences 
deviennent plus ou moins anguleux et que le rachis commun 
lui-même peut quelquefois subir des déviations brusques et 
alternatives dans le sens de sa longueur ; 

7** Que les épillets, leurs bractéoles et les organes floraux 
subissent souvent, par l'action de la même cause, soit des défor- 
mations, soit des soudures, soit des avortements ; 

8° Que ce sont les organes directement opposés au rachis 
commun ou à l'axe de l'épillet et pressés contre eux, qui avor- 
tent et masquent ainsi la symétrie des organes floraux; 

9** Que cette symétrie, ramenée à son type originel, est 
ternaire et bien plus rarement binaire ; 

10° Qu'il s'agit ici, en partie du moins, d'une véritable ques- 
tion de mécanique végétale fonctionnant sous l'empire de la vie, 
et dont la force principale réside dans les gaines foliaires. 



31 



SUR 

QUELQUES PLANTES RÉCOLTÉES EN 1877 

AUX ENVIRONS DE MONTPELLIER, 
Par M. DUVAL- JOUVE 1. 



Le Géranium molle L. est dans toutes nos Flores noté comme 
annuel; mais, aux environs de Montpellier, la plupart des pieds 
conservent les restes desséchés des tiges qui, l'année précédente, 
ont fleuri et fructifié, et ainsi il peut être considéré, sinon comme 
vivace, au moins comme bisannuel. 

Plus d'une fois déjà on a signalé les différences qui existent 
entre les feuilles « radicales » et les feuilles « caulinaires » des 
Lathyrus, comme dans le L. Ajjhaca, où les premières feuilles 
ont deux paires de folioles, tandis que les feuilles caulinaires 
sont réduites à de gigantesques stipules accolées à un pétiole se 
terminant en vrille et dépourvu de folioles. Le Lathyrus Nissolia 
L. m'a fourni un nouvel exemple de ces différences, et, sur 
cette espèce, la dimorphie affecte non-seulement les feuilles mais 
les tiges elles-mêmes. Les premières tiges, celles qui passent 
l'hiver, très- courtes et atteignant au plus 5 ou 6 centim., sont 
tortueuses, rampantes et toujours stériles (PI. l, fîg. i, a); les 
tiges du printemps sont droites, s'élèvent de 25 à 40 centim., et 
sont fructifères. Leurs feuilles (ou si l'on aime mieux leurs 
pétioles foliacés) sont espacées, longues, linéaires, efBlées-aiguës, 
de façon à ressembler à des feuilles de Graminées {fig. 1 , b); mais 
les feuilles des tiges inférieures, de moitié plus courtes que les au- 
tres, sont ovales-lancéolées, le plus souvent aiguës, quelquefois 
un peu obtuses ou même rétuses, avec des stipules trois ou 
quatre fois aussi longues que celles des tiges fructifères {fig. 1, c). 
Et ce qui est digne de remarque, c'est que les feuilles à l'aisselle 
desquelles naissent ces premières ramifications sont réduites à 

^ Cette Note a été présentée à l'Académie des Sciences et Lettres de Montpellier . 



32 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

leur nervure médiane, longue de 1 à 2 millim., entre deux sti- 
pules lancéolées quatre fois plus longues que cette pointe et que 
les stipules des feuilles des tiges florifères [fig. i, d). 

La dimorphie est tout aussi complète sur le Vicia gracilis Lois. ; 
ses premières tiges sont courtes, rampantes ; leurs feuilles, très- 
rapprochées, sont réduites à une paire, rarement deux, de folioles 
quatre ou cinq fois plus courtes et un peu plus larges que les 
folioles des autres, ovales, très-obtuses, sans vrille, à peine mu- 
cronées ; tandis que les feuilles des grandes tiges florifères ont des 
folioles « linéaires, étroites, allongées, très-aiguës' ». 

Au sujet de cette dernière plante, et à l'intention de ceux qui 
la distinguent spécifiquement de ÏErvum tetraspermum L., je 
ferai remarquer que le nom adopté n'est pas celui qui a droit de 
priorité. Voici en effet la synonymie chronologique. 

Ervum TENUissiMUM M*', de Bieb. Tahl. Casp., pag. 185, app. 55; 1798. 

— Georgi. Beschr. d. Russ., R., III, 4, pag. 1 171 ; 1802. 

— Pers. Syn., II, pag. 309; 1807. 

Vicia gracilis Lois., FL galL, ed 1% pag. 460, tab. 12 ; 1807. 
Ervum gracile BG.,H. m., pag. 109; 1813. 

— aristatum Raf., Préc , pag. 38 ; 1814. 

— gracile DC, FL fr., 5, pag. 581 ; 1815. 

— tenuifolium Lagasc, Gen. et spec.^ pag. 22; 1816. 
Vicia laxiflora Brot., FL /ws., I, pag. 123, tab, 52; 1816. 

Ervum tenuîssimum M.*' de Bieb. est donc le nom le plus an- 
cien et à conserver. 

Le 20 avril 1877, mon excellent ami M. Gourcière me fit 
récolter dans la mare de Grammont, près Montpellier, un Calli- 
triche qui nous a paru répondre au C, truncata Guss. Il rentre 
dans la section « Carpellis parallelis n , de Lebel ; ses pédicelles 
ont trois fois au moins la longueur des fruits mûrs ; les loges, ré- 
duites à deux, sont' soudées dans toute leur longueur et munies 
d'une très-large carène ; pour tout le reste, la plante répond à la 

1 Le spécimeu figuré par Loiseleur-Deslongchamps, FL galL, tab. 12, est déjà 
dépourvu de ses premières tiges et n'eu a plus qu'une intermédiaire et une florifère. 



QUELQUES PLANTES DES ENVIRONS DE MONTPELLIER. 33 

diagnose (leGussoue: ce Gaule radicante, îoVùs uni formi.b us WnQà- 
))ribus univerviis truncatis subconnatis, fruotibus inferioribus pe- 
» doDculaLis, superioribus subsessilibus» [FI. sic. syn., I, pag. 9); 
seulement tous les fruits sont longuement pédicellés sur notre 
plante. 

Elle croît au printemps sur le bord de la mare de Grammont; 
ses tiges raojpantes et radicantes se détachent et flottent quand 
le niveau de l'eau s'élève avec les pluies d'avril et que le mistral 
en agite fortement la surface. Cette plante figure dans l'herbier 
que M. Barrandon a fait pour la Flore de Montpellier \ mais les 
deux auteurs de cette Flore la considèrent comme une forme du 
C. hamulata Kutz. Ses fruits ne répondent à aucun de ceux que 
Mutel a figurés FI. fr. , pi. XVIII. 

Un Linaria qui croît abondamment entre les pierres des murs 
de soutènement aux environs de Ganges me paraît digne d'atten- 
tion. Il a été jusqu'ici rapporté au L. origanifolia DG. : il est en 
effet vivace comme ce dernier, mais l'aspect général est tout 
différent, ainsi que quelques caractères signalés dans les flores : 
l'éperon n'est point conique et les graines, au lieu d'être «oblon- 
gues, ridées par des côtes anastomosées » , sont en cône tron- 
qué, coupées carrément à chaque bout, munies de côtes longitu- 
dinales parallèles, non anastomosées, mais légèrement tubercu- 
lées. En attendant une étude plus sérieuse, je le désigne sous 
le nom de L. Ganyitls, dont on fera à volonté une dénomination 
de variété ou d'espèce. 

En 1753, Linné établissait son Sherardia muralis sur cette 
diagnose : ce foliis florabbus binis oppositis binis floribus y> {Sp. 
pL, éd. 1% pag. 103). Neuf ans plus tard, il confirmait l'espèce 
et ajoutait à la même diagnose la description suivante : 

« Gaules decumbentes. Folia ovato-lanceolata, inferiora sena, 
))media quaterna, summa bina. Flores bini propriis pedunculis, 
^)pallidi, plani. Fructus oblongi, hispidi. Semina subarcuata; vix 
))ac ne vix coronata » (Sp. pi., éd. 2% pag. 149). 

VIII. 3 



34 MÉMOIRES oraniNAUX. 

En 1761, Gérard, mentionnanl celte plante, la rapportait avec 
raison au genre Galium , en disant : « Huic corolla plana, quâ 
nota differt a Sherardiâ » [FL gall.-prov., pag. 228 ). En même 
temps, il citait la diagnose de Linné, mais en la ponctuant comme 
il suit : (( foliis floralibus binis, oppositis, binis floribus » (o. et 
/. c. ), ce qui en changeait complètement le sens. Le plus léger 
examen fait voir en effet qu'aux verticilles supérieurs de cette 
plante, où il n'y a plus que deux feuilles, elles sont rapprochées 
et situées sur un côté de la tige, et que le plus souvent les deux 
pédicelles sont à l'opposé sur l'autre côté ; et ainsi l'expression 
de Linné signifiant que les feuilles florales géminées étaient o/»- 
posées aux fleurs également géminées, se trouvait complètement 
changée par la ponctuation de Gérard. 

En 1785, Allione profite de l'observation de Gérard, et — 
sans en mentionner l'auteur — la reproduit pour établir son Ga- 
lium murale {FL ped., I, pag. 8, tab, 77, fig. 1). Il l'a de plus 
figuré et en est demeuré le père définitif, sans grande justice tou- 
tefois, puisque la figure qu'il en donne est inexacte et que, en 
citant la diagnose de Linné, il l'avait, lui aussi, détournée de son 
véritable sens par l'introduction d'une virgule après le terme 
« oppositis ^». 

Soit que Linné n'eût eu à sa disposition qu'un spécimen in- 
complet, privé de fruits aux verticiiles inférieurs ; soit que son 
attention ne se fût portée quesur les verticiiles supérieurs, il avait 
cru voir que les pédicelles des deux fleurs étaient opposés à 
deux feuilles florales, et avait fait de cette disposition un carac- 
tère constant, ce qui n'est plus tout à fait exact. En efl'et, cette 
espèce, sur tous les pieds qui s'étalent librement et sans être 
gênés par un gazon trop serré, porte des fleurs à toits les verti- 
ciiles de ses tiges, aux inférieurs qui ont six feuilles , à ceux du 
milieu qui en ont quatre, à ceux de la moitié supérieure qui n'en 
ont guère plus de deux. Aux verticiiles de six et de quatre feuilles, 

1 Est-ce pour ces raisons que De Gaadolle, après avoir, daas sa Flore française, 
IV, pag. 264, mentionné le nom et la figure d'AUioae, n'eu fait plus mention dans 
le Prodr., IV, pag. 610 ? 



« 



QUELQIES PLANTES DES ENVIRONS DE MONTPELLIER. 35 

les pédoncules sont constamment et rigoureusement axiUaires et 
opposés entre eux ; mais aux verticilles supérieurs il n'en est pas 
toujours ainsi. L'un d'eux est bien quelquefois axillaire, mais le 
plus souvent ils occupent la place des feuilles absentes, et ces 
pédoncules rapprochés, a géminés)), semblent ainsi opposés aux 
feuilles florales. Quelquefois aussi subsiste au-dessous de l'un d'eux 
une feuille plus ou moins réduite ou même abortive. 

Cette apparence a occasionné l'expression employée par 
Grenier : « Fleurs solitaires, géminées ou ternées sur un court 
» pédoncule extra-axillaire [terminal)))^ Gren, et Godr., /^/. Fr., 
II, pag. 46 ; expression dont, je l'avoue, je sais impuissant à 
me rendre exactement compte, attendu que chaque fleur a son 
pédoncule propre, et que le même a'deur place son G. murale 
dans le groupe « G. Fleurs axillaires, pédoncules unifloresy), de 
sa section « B. Plantes annuelles », pag. 15 et 41, tout en disant, 
par un lapsus, pag. 46, que le G. murale est vivace. 

Tous les autres auteurs attribuent au G. murale des pédon- 
cules axillaires, des fleurs solitaires et une durée annuelle 
(Jordan ; Obs. pi. nouv., 3** fragm., pag. 183, pi. VI, fij. F ; -- 
Pouzols; FI. du Gard, 1, pag. 472 ; — Willk ; Prodr. fl. Itisp., 
II, pag. 326) ; à l'exception de Gussone, qui dit aussi : « floribus 
extraxillaribus » {FI. sic. syn., ï, pag. 190). 

Cette revue des textes concernant le G. murale me fut imposée 

par la récolte d'un Galium trouvé en abondance sur les terrains 

salés de Gramenet, près Montpellier, le 27 mai 1877, et qui, à 

première vue et par vague souvenir, fut rapporté par moi au 

G. murale. Mais en consultant la Flore de France de Grenier et 

Godron sur le G. murale, mon regard tomba sur ces mots : 

« Nous ne l'avons pas vu du Languedoc s^ », II, pag. 46. Or, 

ma plante étant du Languedoc, étant annuelle, ayant la plupart 

de ses pédoncules axillaires, et d'autres caractères que ceux 

indiqués, le doute me força de recourir aux herbiers, aux figures 

et aux textes ci-dessus rappelés. Dans les herbiers, je trouvai 

tous les G. murale identiques au mien, et par suite en désaccord 



36 MÉMOIRES ORIGINAUX. ' 

avec les textes et les deuœ figures données de cette plante depuis 
Linné*. 

La première de ces figures est celle d'AUione, FI. ped., tab. 
77, fig. 1 ; l'ensemble de la plante est à peu près exact, mais la 
figure du fruit grossi est absolument mauvaise, en ce qu'elle 
reproduit un fruit glabre, à méricarpes accolés, tandis qu'à la 
diagnose on trouve: ccfructibus hispidis». Je reproduis cette 
figure, PI. I, fig. 2, G. a, b. 

La seconde figure est celle de M. Jordan (o. c, Pi. VI, fig, F); 
et c'est en l'examinant que me vinrent les doutes les plus 
sérieux sur ma détermination, car ma plante, déjà en désac- 
coid avec le texte de Grenier, ne répondait en rien, — sauf 
la gracilité de l'ensemble, - — à la figure donnée par un auteur 
qui , pour l'observation des détails, inspire à juste titre une 
confiance absolue. En effet, la figure d'ensemble représente tous 
les verlicillés supérieurs, sans exception, avec quatre feuilles au 
moins, et à ces verticilles ma plante n'en avait que deux, comme 
l'avait vu Linné ; les feuilles (grossies) sont représentées avec 
les bords garnis de nombreux poils étalés (reproduites Pi. I, 
fig. 2, D, c, c?), alors que ma plante a les siens si appliqués 
qu'ils simulent de petites dents. Le fruit (grossi) est figuré avec 
ses méricarpes « elliptiques oblongs», tous les deux également 
«hérissés d'aiguillons blancs, crochus au sommet », puis con- 
servant cette forme et continuant à être accolés après l'anthèse 
{[ig. F, 3, reproduite PI. I, fig. 2, D, b, a), tandis que sur ma 
plante et sur celles des herbiers mu seul des deux méricarpes est 
hérissé sur toute sa surface ; l'autre, tout à fait glabre, n'est 
hérissé qu'au sommet, et aussitôt après l'anthèse les méricarpes 
s'allongent jusqu'à devenir linéaires, se séparent et s'écartent 
même considérablement l'un de l'autre, le hérissé se courbant en 
arc de cercle, le glabre demeurant à peu près droit [fig. 2, 6, c). 
On eût douté à moins, ces derniers caractères n'étant ni figurés 
ni mentiounés dans les Flores précitées. 



1 Je n'ai pu consulter la figure donnée par Sibthorp, FI. grxc., tab. lia. 



QUELQUES PLANTES DES ENVIRONS DE MONTPELLIER. 37 

Mais De GandoUe avait constaté cetto élongalion des méri- 
carpes et l'avait même prise pour caractère distinctif da groupe 
« 13, AsPERiE. .. Mericarpiis angustis eloîigatlsy) , Prodr. IV, pag. 
610 ; 1830 ; — mais L. Reicheubach avait dit : ce G. murale.., 
fruclus oblongo-teretes, divisi, juniores conniventes », Fl.germ. 
cxc, pag. 506, et par suite Mutel : « fruits cylindriques, jeunes 
connivents, à la fin divisés », FI. fr., II, pag, 87; — mais dans 
la description qui suit la diagnose de Gussone , je trouvais : 
« Fractus jam perfecti incurvi et inter se parum remoli», (o. et 
/. c.) ; et enfin dans Lange: Mericarpiis singulis subcylindricls, 
apicem versus incurvo-conniventibus » (Willls. et Lange, Prodr. 
fl. hisp.y II, pag. 326). Linné lui-même avait dit : « Somina 
subarcuata ». J'en arrivai donc à conclure que ma plante pouvait 
en réalité recevoir la dénomination que j'avais soupçonnée. 

Je ne veux pas aiettre en doute l'exactitude des figures de 
1^1. Jordan, je crois simplement que ce savant et habile obser- 
vateur n'aura vu qu'une plante très-jeune, — à ce moment les 
méfjcarpes (sauf l'inégalité du vestimentum) répondent bien à 
sa figure,— et qu'il ne se sera pas arrêté à suivre les modifications 
du fruit. Gar, s'il existe un Galium dont les deux méricarpes, 
également hérissés d'aiguillons, demeurent accolés e7i mûrissant, 
au lieu de s'allonger et de se diviser, il faudrait admettre une 
espèce distincte du G. murale, et dont je n'ai pas trouvé de re- 
présentant dans nos herbiers méridionaux. 

La corolle répond à la description de la Flore de France.^ II, 
pag. 46 ; le calice est si réduit qu'on peut le dire presque nul ; 
les styles, très-courts, presque nuls, supportent deux gros stigma- 
tes capités. 

Les deux fleurs d'un même verticille ne fleurissent pas toujours 
en même temps, et, si l'une est axillaire,elle est toujours la pre- 
mière épanouie. 

Les méricarpes se séparent sans qu'il y ait apparence d'une 
déchirure des tissus ; deux petites ligues blanches, à peine 
saillantes, marquent les limites du plan de contact primitif. Et 
non-seulement ils se séparent et s'écartent après l'anthèse, mais 



38 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

la division s étend même un peu sur le pédoncule, de manière à 
simuler deux fruits isolés portés sur un rameau bifide, ayaot cha- 
cun im très-court pédicelle. Ne serait-ce point là ce qui a fait 
illusion à Grenier et l'a porté à dire du fruit qu'il esi subcylindri- 
que et que les fleurs sont géminées sur un court pédoncule, tan- 
dis que chaque fleur a son pédoncule propre? 

Il est à remarquer d'abord que dans son ensemble l'inflores- 
cence semble unilatérale, car toutes les fleurs sont tournées d'un 
même côté de la tige ; ensuite que, des deux méricarpes, le gla- 
bre est toujours à sa maturité et après l'inflexion du pédoncule, 
le plus éloigné de la tige (PI. 1, fig., 2, B, b, c). Mais comme alors, 
par suite de la courbure du pédoncule, sa position est inverse 
de celle que pendant la vernation il occupait par rapport à 
l'axe \ on voit qu'il était à ce moment appliqué contre l'axe 
(/tg. 2, A, b), [losition qui pourrait concourir à rendre compte 
du non-développement des poils sur ce méricarpe. 

La position des deux pédoncules fructifères, qui sur les verti- 
cilles supérieurs, au lieu d'être opposés entre eux el auxiliaires 
à des feuilles également opposées^ sont rapprochés et contigus, 
en correspondant ainsi précisément au point axillaire des feuilles 
non développées ou abortives^; cette position, dis-je, présente 
une véritable difficulté morphologique, laquelle s'ajoute aux 
objections élevées contre l'interprétation de De Gandolle. On sait 
que cet émineut botaniste, croyant que les «bourgeons des Ru- 
» biacées ne naissent qu'à l'aisselle de deux feuilles opposées 
» entre elles», présumait «que ces deux feuilles, munies de 
i) bourgeons, sont seules les vraies feuilles, les autres devant être 
» considérées comme des stipules foliacées». [Org.vég.^ l, pag. 
339 et 340; Prodr» reg. veg., IV, pag. 341. ■ — Voir aussi 
Duchartre, Élém,bot., 2' édit., pag. 448, 449 et 1175. 



1 Cf. Sachs; Élem. bot., trad. de Van Tieghem, pag. 739, fig. 416. 

2 J'ai constaté qu'un fait analogue se présente fréquemment sur les verticilles 
Jes plus élevés du Rubia pengrina L. ; les feuilles se réduisent à deux opposées ; 
à l'aisselle de chacune existe un rameau, puis un troisième rameau se présente 
intermédiaire, quelquefois à l'aisselle d'une troisième petite feuille, tout aussi 
souvent sans une feuille au-dessous de lui. 



QUELQUES PLANTES DES ENVIRONS DE MONTPELLIER. 39 

Au ré=îumé des caractères ci-dessus énoûcés, je joins quelques 
figures qui les ff^rorit mieux comprendre et, je l'espère, épar- 
gneront à autrui los doutes que j'ai eu à sublir. 

Galium murale. — Folia inferiora, sena, média quaterna, swmiyjj! 
saepissime bina (L.) et tune non semper opposita sed scepius in uno 
eodemquelatere contigua, lanceolata, ad marginem pilis raris appres- 
sisetdentes minimos mentientibns vestita. Flores bini sabuniiaterales, 
propriis pedunculis insiti (L,), rarius duo eidem pedunculo bifido, 
inferiores axillares, in saperioribus autem et diphyllis extraxillares 
et quasi foliis opposili (L). Fructus per anthesim erecti, oblongi, meri- 
carpiis tum coadunatis et omnino conjunctis, exterioreex toto hispido, 
altero glabro ad apicera vix pilis paucis coronato, post anthesim mox 
deflexi, mericarpiis tune elongatis (DC), subcylindraceis, inter se 
ysilderemolis incurvis (L. et Lange), prsesertimexteriore . 

Dans le courant de l'hiver dernier, MM. Biche et Triadou, de 
Pézenas, me communiquèrent un Wiamnus trouvé par eux au 
printemps de 1877, dans plusieurs localités de leurs environs. 
Comme à ces botanistes, il me fut impossible de le rapporter à 
aucune espèce décrite. Ses feuilles alternes et la forme de ses 
fruits le rapprochaient un peu du Rhamnus Alaternus, mais ses 
feuilles étroites, lancéolées, profondément dentées, et même lo- 
bulées (PI. Ij fig. 4, a), s'opposaient de prinie- abord à ce qu'on l'y 
réunît. Cependant, comme, d'une part, la Flore de France^ I, 
pag. 337, indique une forme de cette espèce «à feuilles ellipti- 
ques ou étroitement lancéolées», qu'elle rapporte au R. Clusii 
Willd. ; et que, d'autre part, la Flore de Montpellier mentionne 
une semblable forme et en fait une variété |3 du /?. Alaternus^ 
qu'elle rapporte au R. Clusii Willd, , ainsi qu'au R. Clusii Serres , 
[Bull. Soc. bot., pag. 274), je pensai que peut-être nous avions 
affaire simplement au R. Clusii Wûlà., que ce fût une espèce 
irréductible, ou une variété, ou une simple forme. Il était facile 
de s'en assurer, puisque Willdenovi^, qui n'avait fait de la plante 
qu'une variété du R. Alaternus [Sp. pi., I, pag. 1101) avant d'eu 
faire une espèce sous le nom de R. Clusii [Enum. Hort. beroL, 
pag. 250), cite dans l'un et l'autre cas, comme type do sa plante, 



■40 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

la fig. I de Clusius [Rar. pi. hist., pag. 50, Alaternus I). Or, celte 
figure, très-bien dessinée, est celle du R. Alaternus à feuilles qui 
ne sont pas plus alloîigées que celles de la figure II de la même 
page, AloAernus II, que Willdenow prend pour type du R. Ala- 
Wrnus. Et Clusius, comparant les deux plantes représentées par 
lui, dit que la seconde, Alaternus II {R. Alaternus L. et Willd.), 
n.:; diffère do l'autre qu'en ce que ses feuilles supérieures sont 
plus petites et plus arrondies : «folia illi superiora miuora magis 
circinatse rotunditatis», pag. 50. — Comparaison que notre 
plante n'aurait pas permise. 

Mais ce que Willdenow n'a pas remarqué (et cela surprend de 
sa part), c'est que Clusius a voulu représenter par sa fig. I un 
Alaternus qui ne porte pas de fruits: «NuUum in hac fructum 
vidi», pag. 50 \ c'est-à-dire un pied mâle, et par sa fig. II 
un Alaternus ^ovidiVii des fruits: «Fructus racematim cohserens 
lentiscini magnitudine, qui tribus nuscles constare videtur, etc.», 
pag. 51, c'est-à-dire un pied femelle. Le fait n'a pas échappé 
à J. Bauhin [Hist. pL, I, pag. 543, col. i), ni à Linné, qui le 
constate en ces termes : « Alaterni secundi Clusii omnes fœminae 
sunt et Alaterni primi Clusii omnes mares» [Hort. Cliff'., pag. 19). 

Notre plante n'a donc rien de commun avec le R. Clusii Willd., 
lequel, d'après la figure à laquelle se réfère Willedenow, ne 
constitue pas même une variété du R. Alaternus L., ainsi que l'a 
très-bien vu M. Godron {Fl.Fr.., I, pag. 337). 

Restait à examiner les herbiers. 

L'Herbier général du Muséum ne renferme aucun spécimen 
se rapportant à la plante des environs de Pézenas. 

L'Herbier de France du même établissement en contient un 
rameau mêlé à des rameaux du R. Alaternus, le tout provenant 
de l'abbé Porrret, sans indication de localité. 

L'Herbier de Montpellier en offre plusieurs spécimens, prove- 
nant des environs de cette ville (Saint-Jean-de-Védas, Mireval, la 
Roche de Fabrègues, etc.); ils sont rapportés au R. Alaternus 

* Clusius ajoute mêaie que c'est ce (i;ii l'a porté à doQuer à cet arbrisseau le 
nom d\ilaternus, imposé par Pline à un arbre- qui ne porte pas de fruits. 



QUELQUES PLANTES DE? ENVIRONS DE MONTPELLIER. 41 

comme var. B, /?. Clusii. C'est donc bien notre plante qui est 
mentionnée dans la Flore de MontpelUer ; mais cette plante n'est 
point VAlatenms I de Clusius, ni par suite le R. Clusii Willd.; sur 
ce point, la certitude est complète. Nous ignorons absolument à 
quoi se rapporte le R. Clusii Serres (/. c.) ; les caractères sui- 
vants : « tellement chargé de feuilles qu'on ne voit point les 
«rameaux...; ÎQmWQ^ luisantes "k dents spinescentes...; pédicules 
«plus courts que le calice...» (o. c, pag. 275), rendent le 
rapprochement très-diffîci)e, sinon impossible. 

Que les uns fassent de cette plante une espèce, les autres 
simplement une variété, peu importe. Mais, en tout cas, pour 
remplacer le nom de R. Clusii, absolument erroné, et pour faire 
éviter à autrui cette erreur d'un très-grand botaniste, un nom 
était à imposer à cette plante; nous avons choisi celui de R. 
Piscenensis, par reconnaissance pour les botanistes de Pézenas à 
qui nous la devions, et parce qu'elle croît en abondaoce près de 
la même ville, dans les parties boisées de la comuiune de Nizas. 

Le tableau comparatif suivant et les ftg. 3 et 4 de la PI. I per- 
mettent d'apprécier les différences qui séparent le R. Piscenensis 
du. R. Alaternus L. 



Rh. Alaternus L. 

Foliis ovatis aut etiam subro- 
tundis abrupte apioulatis, denta- 
tis ; bracteolis simplicibus ; flori- 
bns dioicis ; fructu subgiobulari, 
maturo nigro. 

— Arbrisseau de 2 à 5 mètres. 



— Feuilles persistantes, ovales 
ou arrondies, brusquement acu- 
minées, à dents rapprochées peu 
profondes ; stipules libres linéai- 
res, acuminées, très-caduques. 



Rh. Piscenensis J. Duv.-J. 

Foliis angusto- lanceolatis , 
utrinquô longe attenuatis, parce 
dentatis aut etiam profande lo- 
batis ; bracteolis trifidis ; floribus 
dioicis; fructu obovato maturo ru- 
bro. 

— Arbrisseau de 1"' à 1™,50, 
ayant l'aspect du Phillyrea angus- 
tifolia. 

— Feuilles persistantes, étroi- 
tement lancéolées, longuement 
acuminées, à dents très-écartées 
(2-3 de chaque côté), souvent 
très-saillantes ou prolongées en 
lobes ; stipules libres, linéaires, 



42 



MEMOIRES ORIGINAUX, 



— Bractéoles simples sans sti- 
pules, ou à stipules très-cadu- 
ques. 

— Fleurs dioïques ; fl. mâle à 
divisions réfléchies pendant l'an- 
thèse. 

— Fruit bacciforme subglo- 
buleux, noir à la maturité*. 

— Graine obovée, non carénée 
à la face i a terne, creusée à. la 
face externe d'un large sillon 
rempli jusqu'au-dessous du som- 
met par un raplié plana (sur le 
frais), et marqué à la base d'une 
saillie triangulaire égalant la 
moitié de la longueur de la graine. 



acuminées, persistant très-long- 
temps, même après la chute de 
la feuille. 

— Bractéoles tridentées par 
leur union avec les stipules. 

— Fleurs dioïques; divisions 
dressées l 

— Fruit bacciforme, presque 
sec, obové, rouge brun à la ma- 
turité^ 

— Graine ovale, carénée à la 
face interne, creusée à la face 
externe d'un sillon rempli par un 
raphé atteignant ou dépassant le 
sommet et profondément sillonné 
lui-même (sur le frais), marqué 
à sa base d'un double repli trian- 
gulaire n'atteignant que le 1/3 
do la longueur de la graine. 



En novembre 1869, je signalais à mes confrères de la Société 
botanique de France un© nouvelle espèce d'JEgilops que 
MM. Shuttleworth et Huet avaient trouvée près de Toulon, au 
nord du mont Faron {Bidl. Soc. bot. de Fr., XVI, pag. 381 et 
suiv.). Et depuis j'avais vainement recherché cette plante, 
lorsque, le 7 juin 1877, je l'ai retrouvée prés de Montpellier, à 
Castelnau du Lez, sur le coteau occupé par l'ancienne ville de 
Substantion, presque en face du moulin de Navitau, et en telle 
abondance que je puis en offrir à tous les botanistes qui peuvent 
la désirer. Elle y croissait péle-mêie avec les autres espèces 



^ La baie écrasée dans l'eau lui donne une couleur bleue qui passe ensuite au 
vert sale. 

2 « Semen sulco profundo raphe percurso externe notatum». (Brongniart ; Ann, 
se. nat., X, pag. 361.) 

'* Je me suis assuré, de vim, que cette plante est réellement dioïque. 

* La baie écrasée donne à l'eau une couleur jaune qui passe bientôt au rouge 
brun. 



QUELQUES PLANTES DES ENVIRONS DE MONTPELLIER. 43 

françaises: ^-Eg. ovata, trlaristata ei triimcialis . Elle est 'Je quinze 
jours plus précoce que V.E. ovata, et presque d'un mois en avant 
sur les deux autres espèces. 

Comme cette plante est encore peu connue, je crois utile de 
reproduire ici les principaux caractères par lesq-iels elle se 
distingue de ses ccngénères françaises : 

JE>. macrochseta ShutLl. etHuet. Spica lineari, brevi, e spiculis 
2 vel 3 ssqualibus et fertilibas, loagis, cylindrico-ovatis et vix iuflatis 
composita ; dente unico ad racheos basimspiculam abortivam gerente . 
Spicularum inferiorum gkimis lougissime bibarbatis et glumellis 
tridentatis, dente interiore brevissimo mutico, exteriore breviter, 
medio longissime barbato ; spiculas superioris glumis necnon glu- 
mellis longissime 3-barbatis. 

JE,, ovata. L... Spicse ad basim spicula una (rarissime 2) rudi- 
mentaria etabortiva; spicularum fertilium glumis ventricose inflatis, 
4 aut 5-barbatis ; glumella inforiore longe bibarbata, unde spiculis 
saltem 12-barbatis. 

JE. triaristata Willd... Spicse ad basim spiculis 3-4 rudimen- 
tariis et abortivis ; spicularum fertilium glumis 2 et 3-barbatis ; glu- 
mella inferiore brèves barbas aut unam longam barbam gerente, 
unde spiculis 5 aut raro 7-barbatis. 

iE. triuiîcialis L.... Spicfe ad basim spiculis tribus aut quatuor 
rudimentariis et abortivis... Le reste comme dans toutes les flores. 
[Bull. Soc. bot. deFr., XVI, pag. 385.) 
Montpellier, 15 avril 1879. 



EXPLICATION DES FIGURES DE LA PLANCHE I. 



FiG. 1. Partie inférieure d'un pied de Lathyrus Nissolia L. 
«, tige d'hiver. 
h, tige de printemps, 
e, feuille de la tige d'Mver. 

cl, stipules persistantes de la feuille abortive axiUant les tiges 
d'hiver. 

FiG. 2. Galium murale. 

A, Verticille supérieur, portant deux feuilles «, et deux 
fruits b, peu après l'anthèse : 5diam. 



44 MÉMOmES ORIGINAUX. 

B, Verticille du miiien de la plante, portant trois feuilles 
a, a, a, un rameau uniflore ô, et un rameau biflore c, à 
l'état de maturité : 5 diam. 

C, Reproduction des figures que donne AUione : à gauche, de 
la fleur ; à droite, du fruit déjà réfléchi. 

D, Reproduction des figures de M. Jordan [Ohs.^ 3^ fragm., 
pi. VI) ; a, fleurs grossies ; h, fruit grossi ; c, d, feuilles 
grossies. 

FiG. 3. Rhamnus Alaternus L. 
a, rameau : grand, nat. 
6, fleur mâle : 5 diam, 
c, fleur femelle fermée. 
cZ, fleur femelle étalée, 
e, graine, face externe. 
/*, coupe de la graine vers le milieu. 

FiG. 4. Ehamnus piscenensis J . Duv.-J. 
a, rameau. 

è^ fleur femelle encore jeune. 
c, fleur très-avancée, 
(i, fleur ouverte. 

e, graine, face externe. 

f, coupe de la graine vers le milieu. 



GA.TALOGUE 

DES 

MOLLUSQUES TERRESTRES ET FLUVIATILES 

DU DÉPARTEMENT DE L'HÉRAULT. 

(Suite^). 
Par E. DUBRUEÏL,. 



Genre XIX. — E^fmnsea (Lymnea), Brug., Encyclop., pag. 459, 1791. 

Note. — Ce genre est certainement, pour la coquille, très- 
bien caractérisé. Quant à l'animal, dans son entier ou dans 
ses différents systèmes, il a été étudié par divers savants au 

' Voiries numéros de juin, septembre el décembre 1877, mirs, juin, septembre, 
décembre 1878 et mars 1879. 



MOLLUSQUES UE l'hÉRAULT. 45 

nombre desquels nous citerons Guvier, van Beneden et Paasch; 
mais il faut se reporter aux travaux publiés en ces dernières années 
pour avoir des détails exacts sur les plus importants de ces 
systèmes : l'appareil générateur et l'appareil d'innervation. 
Baudelot', en 1863, a fait connaître ce premier appareil chez 
le Limnxa stagnalis , et en même temps donné des idées géné- 
rales sur les organes génitaux de tout le genre; plus récemment, 
M. de Lacaze-Duthiers^ a indiqué les particularités du système 
nerveux dans les Limnœa stagnalis^ auricularia et peregra, en 
prenant soin de noter les différences et les homologies qui se 
remarquent entre ces espèces et celles dts genres Phy sa, Planorbis. 
Nous appellerons surtout l'attention sur la description faite par 
cet auteur du nerf tentaculaire. Nous dirons en outre que M. de 
Lacaze-Duthiers a reconnu, chez les Planorbis, les Physa et les 
Limnœa, l'existence d'un organe nouveau d'innervation, avec 
des différences de structure, dans un ganglion pris jusqu'ici pour 
un ganglion respirateur et situé en arrière et au-dessus de l'ori- 
fice du pneumostome. C'est pour lui à la fois un organe de sécré- 
tion et de sensibilité spéciale , car « la sécrétion est toujours liée 
» à l'accomplissement des phénomènes d'impression ». Ne pour- 
rait-on pas dire aussi que, comme la glande placée au voisi- 
nage du pneumostome du Zonites algirus , il est destiné, en ce 
qui regarde sa fonction sécrétoire, à lubréfier le pneumostome? 
Toutefois, dans le genre Limnœa, comme l'ont fait Baudon^ 
et Moquin-Tandon'' et comme nous l'avons fait nous-même pour 
les deux genres précédents, nous n'adopterons que les espèces 
de création déjà ancienne ; en effet, celles établies par les con- 
chyliologistes modernes reposent sur des caractères trop variables 
pour pouvoir être acceptées; elles sont d'ailleurs dépourvues de 
particularités anatomiques, particularités si importantes à con- 

1 Recherches sur l'appareil générateur des Mollusques Gastéropodes, 18G3, 
pag. 5 6-63. 

'^ Arch. zool. expériment., tom. I, 1872, pag. 442-171-483-495. 

^ Nouv. Cat. Moll. Oise, 1862, pag, 33-35. 

'^ Hist. Moll. de France, II, 1855, pag. 461-480. 



46 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

naître dans un genre dont, suivant les expressions de Lamark 
relatives à la coquille, « les espèces n'offrent pour les caractériser 
» que des différences de proportion dans la grosseur et l'allon- 
» gement des tours de spire, différences qui se nuancent d'une 
» espèce à l'autre, et sont difficiles à exprimer ». 

Avec le genre Limnée et le genre Âncyle se termine l'ordre 
des Inoperculés pulmobranches de Moquin-Tandon. Le Limnsea 
truncatula nous paraît être l'espèce du premier de ces genres 
chez laquelle s'observe le mieux l'organisation de la poche pul- 
mobranche, et spécialement ces lamelles « très-allongées, oblon- 
» gués, étroites, disposées presque à angle droit par rapport à la 
» glande précordiale ' » (Moquin). La même faculté, consistant 
à supporter la privation d'air atmosphérique, a été aussi constatée 
par von Siebold chez les Limnxa stagnai is et auricularia^. 

Nous avons étudié avec soin les cœcums qui couvrent le canal 
de la glande hermaphrodite des espèces de ce genre, notamment 
chez le Limnsea palustris^, depuis l'endroit où ce canal éprouve 
une dilatation marquée jusqu'à celui oîi, se rétrécissant, il va 
rejoindre la base de la glande de la glaire. Le rôle du talon est, 
selon Moquin-Tandon " et selon nous ^ de servir à lubréfier la 
portion terminale du conduit ; le rôle des cœcums en question est 
de fournir une sécrétion destinée à lubréûer le même conduit, 
mais à partir d'un point plus avancé: ils remplissent une fonction 
identique à celle des glandes que nous avons signalées chez le 
Leucochroa candidissima et le Rumina decoUata. Ces cœcums 



1 Palaclilhe nous a aSirmé avoir coaservé vivant pendant deux mois un Limnsea 
truncatula, var. minor, dans un aquarium dont l'eau était exactement séparée 
de l'air par une fine toile métallique. Le Mollusque n'essayait même pas de 
remonter à la surface. 

2 Voir Rev. Se. natur., tom. IV, pag. 201. 

3 On sait que les mêmes cœcums existent dans les différentes espèces des 
genres Planorbe et Physe. 

^ Hist. Moll. de France, tom. I, pag. 191, 1855. 

^ Étude anat. et hist. sur l'app. générât, du genre Hélix, pag. 15, 1871. — 
Voir aussi Baudelot ; Recherch. sur l'appar. générât, des Moll. Gastéropodes, 
pag. 57, 1863. 



MOLLUSQUES DE l'hÉRAULT. 47 

présentent dans leur tissu une infinité de granulations ; ils affec- 
tent une couleur jaunâtre assez fréquente dans les glandes des 
Mollusques*. 

Baudelut explique anatomiquement le mode d'accouplement 
des Limnées : « Le Limnée qui doit remplir la fonction mascu- 
» Une, monté sur l'autre individu, développe sa verge, et l'intro- 
» duil dans l'oviducte de celui-ci en exécutant une demi-révo- 
» lution qui le place à son égard dans une position renversée; 
» de cette manière, l'animal fécondé n'a plus son pénis en rap- 
» port avec l'oviducte de celui qui le féconde ; mais chacun 
» d'eux peut s'accoupler réciproquement avec un troisième. » 

Toutes les espèces du genre en question qui habitent actuelle- 
ment le département de l'Hérault , à l'exception du Limnœa 
stagnalis, se rencontrent, ainsi que seulement une partie des 
espèces de Planorbes -, dans les tufs de Gastelnau. En 1818, 
Marcel de Serres avait signalé dans ces tufs la présence des 
Limnaea ovata , palustris et truncatula ; des recherches suivies, 
faites avec Paladilhe , nous permettent d'ajouter à cette liste les 
L. auriciolaria, peregra et glabra. 

Limnsea auricularia. 

Hélix auricularia, Linn., Syst. nat., éd. X, I, pag. 774, 1758. 

Limneus auricularius,, Drap. Tabl. Moll , pag. 48, 1801, et Hist., 
pag. 49, pi. ir, fig. 28-29, 1805. 

Limnaea auricularia, Dup. , Hist. Moll., pag. 480, pi. xxii, fig. 8- 
12, 1847. 

Limnsea auricularia, M.oq., Hist, Moll., II, pag. 462, pi. xxxni, 
fig. 21-31, et pi. XXXIV, fig. 1-10, 1855. 

Var. — minor, Moq., loc. cit., pag. 462, pi, xxxiv, fig. 1. 

— canalis, Moq., loc. cit., pag. 463, pi. xxxiv, fig. 2. 

— acronica? Moq., loc. cit., pag. 463, pi, xxxiv, fig, 4. 

— avipla, Moq., loc. cit,, pag. 463, pi. xxxiv, fig. 5 [Gulnaria 

ampla, Hartm., Gasterop.,pag. 69, pi, v, 1842.= Limnsea 
auricularia, Dup,, loc. cit., pag. 480, pi. xxii, fig. 8). 

' Par exemple, glandes de la prostate vaginale des Zonites algirus. 
2 Planorbis corneus, marginatus et carinatus. 



48 MÉMOIRES ORIGIXAUX. 

Hab. = Le type de cette espèce (de Moquin-Tandon) ainsi 
que la var. mmor, tout le département (les rivières, les bassins, 
les canaux, les mares) ; la var. canalis, l'Hérault, Lamalou, la 
rivière de Saint-Martin- de-Londres (préfère les eaux courantes); 
la var. ampla, Montpellier (Jardin des Plantes, la Piscine) ; 
Béziers (canal du Midi). Ce n'est qu'avec doute que nous indi- 
quons la var. acronica, àoni nous n'avons trouvé qu'un exem- 
plaire, très-peu caractérisé, dans la rivière de l'Hérault, auprès 
du Gausse-de-la-Selle. 

Note. = Nous ne saurions suivre l'exemple de Dupuy, qui a 
admis comme espèce le Limnœa canalis de Villa, en présence 
de la parfaite similitude de ses mâchoires et surtout des diverses 
parties de son appareil générateur avec les mêmes organes de 
son Limnœa auricularia. 

Limnsea ovata. 

Limneus ovatus, Drap,, Hist. MolL, pag. 50, pi. II, fîg. 30-31, 1805. 

Lmn«a om^a, Dup., Hist. Moll., pag. 425, pi. xxii, fîg. 11-13, 
pi. XXIII, fîg. 1-7, et pL XXV, fîg. 8, 1847. 

Limnsea limosa, Moq., Hist. MolL, II, pag. 465, pi. xxxix, fîg. 11- 
12, 1855. 

Var, — minor, Baudon, Nouv. Gat. Oise, pag. 34, 1862 (var. p, 
Drap., Hist., pag. 50). 

— fontinalis^ Moq., loc. cit., pag. 465 {Limneics fontinalis, 

Stud., Kurz. Verzeichn., pag. 93, 1820). 

— intermedia, Moq., loc. cit., pag. 465 {Limnea intermedia, 

Fer., in Lam., Anim. sans vertèbres , vi (2^ partie), 
pag. 101, 1822. = Limnea intermedia^ Dup,, loc. cit., 
pag. 182, pi. xxiii, fîg. 4). 

— vulgaris, Moq., loc. cit., pag. 465 {Limneus vulgarîs, 

G. Pfeifif., Deutschl. Moll., I, pag. 89, pi. iv, fîg. 22, 
1821. = Limnœa vulgaris, Dup., loc. cit, 477, pi. xxiii, 
fîg. 5). 

— pellucida, Gass., Moll. Agen, pag. 165, pi. ii, fîg. 5, 1840. 

— Trencaleonis, Moq., loc. cit , pag. 466 [Limnœa Trenca- 

leonis, Gass., loc. cit., pag. 165, pi. ii, fîg. 6). 



MOLLUSQUES DE LHÉRAULT. 49 

Hab. = Espèce très-coaimune dans tout le dëparlemenl ; le 
type et les var. minor et fontinalis sont extrêmement répandus ; 
la var. intermedia^ le Lez, le Verdanson, les fossés d'irrigation 
deMaurin, près Montpellier (Paladilhe); la var. vulgaris, Pézenas, 
BédarieuXj Saint-Ghinian, Gastries, les environs immédiats de 
Montpellier ; la var. Trencaleonis , Lieuran-Gabrières (Paladilhe). 
Quant à la var. peliucida , que nous n'avons jamais rencontrée, 
Moquin-Tandon la signale à Montpellier. 

Note. = V Hélix limosa de Linné' doit- il être considéré 
comme synonyme du Limneus ovatus de Draparnaud ? Nous ne 
saurions l'affirmer en présence de la définition de l'auteur sué- 
dois, qui pourrait se rapporter, non pas au type, mais tout au 
plus à une variété de cette dernière espèce. Drouët nous dit 
même que Môrch serait porté à y voir un genre différent. 

Limnsea peregra. 

Buccinum peregrum, MûlL, Verm. Hist., II, pag. 150, 1774. 

Limneus pereger, Drap., Tabl. Moll., pag. 48, 1801, et Hist., 
pag. 50, pi. II, fig. 36-37, 1805. 

Limnxa peregra, Dup., Hist. Moll., pag. 472, pi. xxiii, fig. 6, 1847. 

Limnsea peregra, Moq., Hist. Moll., II, pag. 468, pi. xxxiv, fig. 13- 
16, 1855. 

Var. — opaca, Moq., loc. cit., pag. 468 {Limneus opacus, Ziegl.). 

— /"w^mosa, Moq., loc. cit., pag. 468 [Limnseus fuliginosus, 

Ziegl). • ■ 

— callosa, Moq., loc. cil., pag. 468 [Limnœus callosus, Ziegl.). 

— minor, Nob, Coquille plus petite que le type. 

Hab. = Le type et la var. minor dans toutes les rivières du 
département; les var. opaca et fuliginosa, les environs de Saint- 
Martin-de-Londres (Lamalou) ; la \a.r. callosa, Saint-Pons (Poujol), 
Lieuran-Gabrières (Paladilhe). 



1 Testa imperforata oblongiuscula peliucida acuLa : apertura ovata. (Syst. nat., 
éd. X, I, pag. 774, 1758). 

VIII. 4 



50 MÉMOIRES ORIGINAUX. 



Limnœa stagnalis. 



Hélix stagnalis, Linn., Syst. nat., éd. X, I, pag. 774, 1758. 
Limneus stagnalis, Drap., Tabl. Moll., i^ag. 49, 1801, et Hist., 
pag. 51,pl. II, fig. 38-39, 1805. 
Var. — major, Moq. (var. /3, Goupil, Moll. Sarth., pag. 57). 

— mino}\ Nob. Coquille plus petite que le type, 

— roseolabiata, Moq. {Buccinum roseolahiatum , Wolf., in 

Sturm., Deutschl. Faun). 

— gallica, Bourg., Malac. Aix-les-Bains, pag. 59, 1807). 

Hab. = Espèce répandue dans les rivières, et surtout dans 
les eaux stagnantes d'une grande partie du département ; se 
trouve auprès de Montpellier (source du Lez, prairies de Lattes) , 
à Mireval, à Marsillargues, à Lunel (le Vidourle), à Saint-Glii- 
nian (fossés d'irrigation de la prairie) , à Lodève (affluents de 
l'Ergue). Nous possédons deux échantillons du L. stagnalis à 
columelle presque droite, recueillis par M. Aubouy dans les 
ruisseaux des prairies de Praigne, près de Lodève. 

Note. = Il est impossible, pour le département de l'Hérault, 
d'assigner, avec quelques auteurs, les eaux des terrains calcaires 
comme habitation de la Limnée des étangs. Ce mollusque, dans 
notre département, fréquente, aussi bien que ces derniers ter- 
rains, les terrains récents et les terrains primitifs. 

Nous avons indiqué, à la synonymie de cette espèce, l'Hélix 
stagnalis de la X^ édition, I, du Systema naturœ de Linné ; nous 
lui rapporterons encore VH. stagnalis de la XIP édition du même 
ouvrage, pag. 1249, en ayant soin d'écarter celui de la pag. 1248. 

Liimnœa truncatula. 

Buccinum tnmcatulum, Miill., Verm. Hist., II, pag. 130, 1774. 

Limneus minutus , Drap., Tabl. Moll., pag. 51, 1801, et Hist., 
pag. 53, pi. III, flg. 5-7, 1805. 

Limnxa minuta, Dup., Hist. Moll., pag. 469, pi. xxiv, fig. 1, 1847, 

Umnxa truncatula, Moq., Hist. Moll., II, pag. 473, pi. xxxiv, 
flg. 21-24, 1855. 



MOLLUSQUES DE l'hÉRAULT. 51 

Var. — maximella^ Colb., Mater. Faun. Malac. Belgiq., I, pag. 10, 
pi. II, fig. 3, 1859. 

— major, Moq., loc. cit., pag. 473 (Lîmneus minutus, var. i3, 

Drap., Hist., pag. 53). 

— niinor, Moq., loc. cit., pag. 473 (Limneus minutus, var. y. 

Drap., Hist., pag. 53). 

— 7ninima, Colb., loc. cit., pag. 10, pi. ii, fig. 1. 

— ventricosa, Moq., loc. cit., pag. 473. 

— oblonga, Moq., loc. cit., pag. 474 [Lymnea ohlonga, Put., 

Moll. Vosg., pag. 60). 

Hab. = Le type et les var. major, minor, ventricosa, oblonga, 
lout le département (rivières, ruisseaux, fossés); la var. maxl- 
mella, dont nous n'avons recueilli qu'un seul exemplaire (1868), 
un petit ruisseau près Saint -Jean-de-Buèges; la var. minima, la 
rivière de Lamalou, près de Rouet. 

Note. = Puton^ est porté à voir des différences spécifiques 
entre les var. major et minor. Il reconnaît toutefois que le 
L. oè/on^a semble être une var. du L. truncatula. 

Liimnsea palustris 

Buccinum imlusire^ MiilL, Verm. Hist., II, pag. 131, 1774. 
Limneus 'palustris, Drap., Tabl. Moll., pag. 50, 1801, et Hist., 
pag. 52, pi. III, fig. 1-2, 1805. 

Limnxa palustris, Dup., Hist. Moll., II, pag. 465, pi. xxii, fig. 7, 
1847. 

Limnœa palustris, Moq., Hist. Moll., II, pag. 475, pi. xxiv, fig. 25- 
35, 1855. 
Var. — corvus, Moq., loc. cit., pag. 475, pi. xxxiv, fig. 29 [Hélix 
corvus, GmeL, Syst. nat., pag. 3665, 1788. 'c: Limneus 
palustris, var. «, major, Drap., loc. cit., pag. 52, pi. ii, 
fig. 40-41. = Limnssa corvus, Dup., loc. cit., pag. 466? 
pi. xxii, fig. 6). 

— data, Baud., loc. cit., pag. 34. 

— abbreviata, Baud., loc. cit., pag. 34. 

— minima, Baud., loc. cit., pag. 34. 

1 Essai sur les Moll. terr. et fliniat. des Vosges, pag. 59, 1847 



52 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

Hab. ^= Le type et les var. elata et surtout abbreviata très- 
abondamment répandus dans tout le département, et spéciale- 
ment dans les régions Sud et Sud-Est; la var. corvus, Montpel- 
lier (grand bassin du Jardin botanique), Lodève (Aubouy), 
Lieuran-Gabrières (Paladilhe); la var. minima , Montpellier. 

Note. = Le Limnœa palustris présente souvent des variations 
de degré de torsion et d'obliquité du bord columellaire. 

Limnaea glabra. 

Buccînum glahrum^ MiilL, Verm. Hist., II, pag. 135, 1774. 

Limneus elongatus , Drap., Hist. MolL, pag. 52, pi. m, fig. 3-4, 
1805. 

Limnœa glabra, Dup., Hist. MolL, pag. 462, pi. xxii, fîg. 9, 1847. 

Limnœa glabra^ Moq., Hist. MolL, II, pag. 478, pi. xxiv, ûg. 6-7, 
1855. 

Hab. = Nous avons recueilli cette Limnée, peu commune 
dans le département, à Marsillargues et à Lunel (dans leVidourle). 

Genre XX. — Ancyîus, Geoffr,, Coq. Paris, pag. 122, 1767. 

Note. = Les recherches de Moquin-Tandon* sont venues 
confirmer le rapprochement des Ancyles avec les Limnées , 
rapprochement basé sur l'analogie des principaux organes de 
l'animal, notamment de l'appareil respiratoire. Les observations 
de ce savant sur VAncylus fluviatilis ont, en effet, démontré 
que ce Mollusque jouit d'une respiration aérienne qui n'exclut pas 
une respiration « aquatique ». 

Les cœcums de nature glandulaire qui tapissent une partie 
du canal efférent des autres Pulmobranches existent aussi sur le 
canal efîérent des Ancyles, au point où ce conduit éprouve une 
dilatation et une sorte d'entortillement. Ces cœcums, de gran- 
deur inégale, sont moins nombreux que ceux des Limnées, et 
ajffectent, en général, à leur sommet une forme plus aiguë. 

Comme pour les genres précédents, nous n'adopterons aucune 

1 Journ. de Conch., pag. 7, 121, 1852. 



MOLLUSQUES DE l'hÉRAULT. 53 

espèce de création récente, et nous nous bornerons à admettre 
les espèces établies par Linné et Millier, en y joignant toute- 
fois une foroae, qui nous paraît caractéristique, décrite en 1845 
par Morelet, 

Dans sa Monographie de VAnôijlus Jani, M. Bourguignat dé- 
montre le peu d'importance qu'il faut attacher aux caractères 
tirés du faciès de la coquille, tels que la « grandeur, la dépres- 
» sion, la couleur, la solidité, l'épaisseur, les stries. .. du test ». 
Il reconnaît que « s'il est un genre qui doive être soumis à 
» l'intluence des milieux, c'est à coup sur le genre Ancyle, dont 
» la locomotion lente, difficile, l'empêche de s'y soustraire. » 
Le même auteur va encore plus loin : il rejette, pour la distinc- 
tion des espèces, « Tovalisme plus ou moins symétrique de l'ou- 
» verture, comme un caractère offrant encore moins de constance 
» que les autres. » Suivant Baudon, ces espèces « prises isolé- 
)) ment ont une certaine valeur ; mais l'examen de séries d'exem- 
•» plaires démontre l'identité qui existe entre eux. » 

Dupuy ne paraît pas avoir tenu compte de ces sages observa- 
tions; il érige en effet au rang d'espèce VAncylus cajndoïdes, 
Jan, A. deperdilus^ Dup., A. striatus, Quoy et Gaym., et éta- 
blit deux formes spécifiques nouvelles sous le nom d'A. Fabrei 
et à' A. Frayssianus. 

Moquin-Tandon, dans son Histoire des Mollusques de France, 
publiée huit ans après le livre de Dupuy et deux ans après le 
travail de M, Bourguignat, n'accepte aucune des espèces nou- 
velles à la création desquelles a donné lieu VAncylus fluviatilis, 
et n'admet qu'à regret Y Ancylus costulatus de Kiister. 

On a mentionné dans le département cette dernière espèce. 
Mais que la forme indiquée dans l'Hérault soit ou non le véritable 
Ancylus costulatus, Kiist., que nous ne connaissons pas suffisam- 
ment, il nous est impossible d'y voir même une bonne variété 
de V Ancylus fluviatilis. 

(( Dents linguales 37-1-37 sur 120 rangées, les centrales petites, 
les latérales à longs crochets recourbés. » (Woodward.) 



54 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

Ancylus fluviatilis. 

AJicylus fluviatilis, MûlL, Verm. Hist., IT, pag. 201, 1774. 
Ancylus fluviatilis, Drap., Tabl. MolL, pag. 47, 1801, et Hist., 
pag. 48, pi. II, fig. 23-24, 1805. 

Ancylus fluviatilis, Dup., Hist. MolL, pag. 490, pi, xxvii, fig. 1, 
1847. 

Ancylus fluviatilis, Moq.; Hist. MolL, II, pag. 484, pi. xxxv, fig. 5- 
38, etxxxvi, fig. 1-49, 1855. 
Type. — simplex, Moq., loc. cit., pag. 484, pi. xxxvi, fig. 8 [Aîicylus 
simplex, Bourg., Cat. AncyL, in Journ. Gonch., pag. 
187, 1853). 
Var. — riparius^ Moq., loc. cit., pag. 484, pi. xxxvi, fig, 15 (in- 
cylus riparius, Desm.,in Bull. Soc. Philom., pag. 19, 
pi. I, fig. 2, 1814). 

— capuliformis, Moq., loc. cit., pag. 484, pi. xxxvi, fig. 17 

(Ancylus capuloïdes, Jan, in Porro, Malac. Gom,, 
pag. 87, 1838). 

— gibbosus^ Baud., Nouv. Gat. Oise, pag, 36, 1862 [Ancylus 

deperditus, Dup., loc. cit., pag. 494, pi. xxvi, fig. 4. = 
Ancylus gibbosus, Bourg., Gat. Ancyl., in Journ. Gonch., 
pag. 186, 1853. 

Hab. = Le type {simplex) presque tout le département; la 
var. ri'parius, très-bien caractérisée, les mares d'Uglas et de la 
Conque, près du Gausse-de-la-Selle ; la var. capuHformis , les 
ruisseaux se rendant à l'Hérault, près de Brissac, de Saint- 
Bauzille-de-Putois , de Cazilhac , de Ganges, et spécialement la 
Fontaine des Plages, près de Frouzet; la var. gibbosus, mal 
caractérisée, le ruisseau de Fobie, à Lieuran-Cabrières (Paladilhe), 
à Lodève (Aubouy). 

Ancylus strictus. 

Ancylus strictus, Moral, Descr. Moll. Portugal, pag. 88, pi. viii, 
fig. 4, 1845. 

Ancylus fluviatilis, var. ij strictus, Moq., Hist. MolL, II, pag. 485, 
pi. xxxvi, fig. 25, 1855. 

Hab .= Montpellier (grand bassin du Jardin des Plantes) ; Frouzet 
(fontaine des Plages) ; eaux thermales de Foncaude (Paladilhe). 



MOLLUSQUES DE l'hÉRAULT. 55 

Ancylus lacustris. 

Patella lacustris, Linn., Syst. iiat,, éd. X, I, pag. 783, 1758. 

Ancylus lacustris, MûlL, Verni, Hist., pag. 199, 1774. 

Ancylus lacustris^ Drap., Tabl. MolL, pag. 47, 1801, et Hist., 
pag. 47, pi. ir, fig. 25-27, 1805. 

Ancylus lacustris, Diip., Hist. MolL, pag. 497, pi. xxvr, fig. 7, 1847. 

Ancylus lacustris, Moq., Hist. MolL, II, pag. 488, pi. xxxvi, 
fig. 50-55, 1855. 

Hab. = Presque tout le département, notamment les régions 
Sud et Sud-Est; se trouve aux environs de Montpellier. En 1841, 
nous en avons recueilli un assez bon nombre d'exemplaires dans 
les fossés d'irrigation de la campagne de Rondelet. 

{A continuer.) 



LA THOMISE FOUQUE 

(THOMISUS FOKA, Vinson») 
Par M. J -E. PARA, 

Vice-Secrétaire de la Société Royale des Arts et des Sciences 
de l'île Maurice, etc. 



On sait généralement qu'aucune des Aranéides de Maurice n'a 
jusqu'à ce jour produit d'accident appréciable. La grosse Epeire, 
qui est armée de fortes mandibules, n'a jamais donné occasion 
de constater les effets de sa morsure. L'Olios leucosie, Aranéide 
nocturne qui se tient ordinairement derrière les rideaux, aux 
angles des murs, au coin des boiseries, fait une morsure qui n'est 
en aucune façon dangereuse, et ne se révèle le lendemain que 
par un léger gonflement accompagné d'un peu de rougeur. 

Mais il n'en serait peut-être pas de même si quelqu'un venait 

1 Cette Note, que l'auteur a bien voulu nous adresser, est le résumé d'une com- 
munication faite par lui à l'une des séances de la Société Royale des Arts et des 
Sciences de l'île Maurice. 



56 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

à être piqué par la Thomise fougue, Araignée très-venimeuse que 
l'on rencontre à Maurice et dont parie le D'" Auguste Vinson dans 
son ouvrage sur les Arancides des Mascareignes^ . L'auteur de ce 
beau travail nous apprend que Bourbon ne possède aucune 
espèce appartenant à ce genre. Il est porté à croire que cette 
Aranéide aurait été importée de Madagascar à Maurice. Voici la 
description qu'il lui a consacrée : 

« Longueur: IS""* 1/2, — femelle. 

» Aspect général : — Couleur brun rougeâtre ; corps tuberculeux. 

» Tète large, arrondie, mamelonnée, avec un bandeau très- 
évasé qui présente de chaque côté deux dentelures proéminentes. 

» Corselet bombé, très-large (7™™), et incliné sur ses faces 
latérales, où l'on découvre quelques vestiges de sillons qui se 
dirigent transversalement en avant ; il est brun fauve avec deux 
taches d'un fauve rougeâtre; il est semé de rugosités dont les 
principales sont disposées en long sur trois lignes. 

» Abdomen trapézoïde, inégal et rugueux, surtout sur les 
côtés. Légèrement incliné en arrière, étroit sur l'avant, très-di- 
laté vers sa partie postérieure, où il mesure 8'"™; il offre des sil- 
lons courbes et profonds, qui supportent deséminences tubercu- 
leuses, ce qui lui donne un aspect rugueux et chagriné ; sa cou- 
leur est brune, les saillies sont rougeâtres. Vers son extrémité 
postérieure, l'abdomen paraît comme s'il était composé de plu- 
sieurs segments séparés par des sillons. 

» Supérieurement, l'abdomen est évasé sur les côtés, mais il 
se dérobe en dessous par une inchnaison rapide, et présente sur 
cette face latérale des plis superposés et plusieurs rangées de 
tubercules qui ont l'apparence de petits mamelons. 

)) Les filières sont jaunâtres, placées à l'extrémité postérieure. 
Les pattes, rangées latéralement, sont ramassées, courtes et 
fortes : elles sont rougeâtres et semées de tubercules, dont 
quelques-uns, sur le fémoral de la première paire de pattes, ont 
l'apparence d'épines courtes et coniques. 



Histoire des Aranéides de Maurice, Bourbon et Madagascar, 1863. 



THOMrSE FOUQUE, 57 

» Les yeux sont petits et disposés en demi-cercle ou en 
croissant. Les deux intermédiaires postérieurs sont les plus 
gros. » 

Les Malgaches disent que la morsure de la Thomise fougue 
donne lieu à une tuméfaction qui commence par la partie lésée 
et s'étend dans tout le corps ; elle leur imprime une véritable 
terreur. 

On trouve également à Madagascar une autre Aranéide veni- 
meuse que les indigènes appellent Ména-voudi. M. Vinson l'a 
décrite sous le nom de Latrodectus menavodus, en la classant 
parmi les Latrodectes malmignattes de l'île d'Elbe et les Laro~ 
dectes assassins de la Martinique, dont la piqûre est aussi très- 
dangereuse. 

Ces jours derniers, en traversant une charmante campagne à 
la Grand'Rivière, je fus heureux de rencontrer une Thomise 
fougue entre les feuilles d'un m'àgmG.(inG Spathodea, où elle s'était 
fait une retraite. 

Je la recueiUis avec précaution et l'enfermai dans un flacon , 
afin de me hvrer à une série d'expériences. Imitant alors M. 
Vinson, je présentai à l'Araignée plusieurs insectes, entre autres 
des Papillons, des Sauterelles et une Cigale, qui furent tués in- 
stantanément par sa piqûre. 

Le lendemain, ayant trouvé le petit animal mort dans sa prison, 
j'ai voulu profiter de la circonstance pour le disséquer et faire un 
examen microscopique des glandes de venin, qui sont situées, 
chez certaines Aranéides, à la partie supérieure et latérale du 
céphalothorax. Elles consistent en deux poches sinueuses munies 
d'un conduit qui s'engage dans le corps de l'antenne-pince, gagne 
le crochet et débouche près de son souimet, sur sa partie con- 
cave, par un très-petit trou. Mais, à mon grand regret, la puis- 
sance des objectifs de mon microscope ne m'a pas permis d'exa- 
miner l'appareil venimeux. 

Mon collègue et ami, M. A. Daruty, a obtenu le même résul- 
tat que moi avec deux de ces Araignées qu'il avait recueillies sur 
la propriété Mon Trésor, au Grand-Port. Il leur a livré de grosses 



58 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

Sauterelles vertes, qui ont été tuées sur-le-champ. En présence 
de ces faits et de ceux relatés par le D"" Vinson, je crois qu'on ne 
saurait prendre trop de précautions pour éviter la piqûre de la 
Thomise fougue, car elle est si venimeuse qu'elle pourrait exer- 
cer chez l'homme une action profonde sur le système nerveux 
qui se terminerait fatalement par la mort, si elle n'était com- 
battue à temps. 

Les Malgaches, pour combattre les accidents que déterminent 
ces Aranéides, ordonnent des infusions de plantes du pays, et 
recommandent d'exposer le malade près d'un grand feu ; celui-ci 
aurait sans doute pour action d'éliminer le poison par la transpi- 
ration. A Tananarive, dit M. Vinson, on assure que l'on peut 
conjurer toLis ces graves phénomènes en agrandissant la morsure 
par une incision cruciale et en cautérisant ensuite avec un fer 
rouge. Le docteur pense qu'avec l'ammoniaque liquide, comme 
pour la piqûre de la Vipère, etc., on parviendrait au même résultat. 



DES MATIERES A INCLUSION. 

EMPLOI DU GOLLODION 

POUR 

LA PRATIQUE DES COUPES MICROSCOPIQUES ^ 
Par M. Mathias DUVAL. 



Les études d'anatomie microscopiques rendent souvent néces- 
saire l'usage de matières diverses sur lesquelles ou même dans 
la masse desquelles on dépose et fait adhérer les objets qui doi- 
vent être débités en coupes microscopiques. — L'emploi de la 
solution de gouime, solidifiée par l'action de l'alcool, est d'un 
usage bien connu à cet effet, lorsque les parties sur lesquelles 
doivent être pratiquées les coupes forment une masse relative- 
ment résistante et homogène, comjne un fragment de moelle épi- 

1 Une Note sur ce procédé a été aussi insérée par l'auteur dans le Journal de 
l'Anatomie de MM. Robin et Pouchet. 



DES MATIÈRES A INCLUSION. 59 

nière, une portion des parois stomacale, etc.; mais lorsqu'il s'agit 
de jeunes embryons ou de portions d'embryon, et plus particu- 
lièrement encore de blastodermes; lorsqu'il s'agit surtout de 
pratiquer des coupes sur des organes embryonnaires creusés de 
cavités à parois minces et fragiles, la gomme doit être remplacée 
par une substance solide, sans être friable, et capable de former 
un milieu homogène dans lequel on plonge les petites pièces 
préparées pour les coupes, en même temps qu'on s'efforce de 
faire pénétrer cette substance dans les cavités de la pièce anato- 
mique, de manière à en maintenir la forme en en soutenant les 
parois. C'est dans ce but qu'on a employé successivement, sous 
le nom de masses à inclusion, des mélanges de cire et d'huile, de 
savon et d'huile, de savon, de gélatine, etc., etc.; nous avons 
essayé tous ces mélanges, mais aucun ne nous ayant donné les 
résultats qui nous paraissaient désirables, nous avons pensé à 
essayer le collodion. 

Ce qui nous paraît le plus désagréable dans l'emploi de la plu- 
part des mélanges sus-indiqués, c'est d'abord le défaut de trans- 
parence, ne permettant pas à l'opérateur de se rendre exacte- 
ment compte du niveau et de la direction selon laquelle il dirige 
sa coupe, quelque soin qu'il ait pris d'indiquer par des points de 
repère la situation et l'orientation de l'embryon ou du petit organe 
inclus dans la masse solidifiable ; c'est ensuite la nécessité de dé- 
barrasser de ce mélange la coupe obtenue, avant de pouvoir la 
monter entre lame et lamelle, ce qui nécessite des lavages com- 
pliqués dans la série desquels les coupes les meilleures et les plus 
complètes conservent rarement leur intégrité. C'est enfin le peu 
d'adhérence de ces mélanges à la substance même de la pièce 
anatomique , de telle sorte que si cette pièce est de très-petite 
dimension, si elle ne présente pas des saillies par lesquelles elle 
s'engrène pour ainsi dire avec la masse solidifiable, le passage 
du rasoir détermine dans cette pièce de petits déplacements qui 
sont incompatibles avec la régularité nécessaire à une série de 
coupes successives. 

La ténacité, la transparence du collodion, devaient attirer sur 



60 MÉMOIRES ORIGINAUX = 

celte substance l'attention des microtomistes ; mais en même 
temps sa rétractilité et sa dureté à l'état sec n'en indiquaient 
guère l'usage que pour les coupes à pratiquer sur des parties résis- 
tantes et relativement dures. 

Pour des parties aussi délicates que le blastoderme ou l'em- 
bryon de Poulet dans les premiers jours de l'incubation, il ne 
saurait être question d'employer le collodion sec, c'est-à-dire au- 
quel on laisse exercer toute sa force de rétractilité. C'est pour- 
quoi nous avons cherché à utiliser celte substance à l'état humide. 

Une expérience très simple nous a montré, dès le début de 
nos recherches dans ce sens, combien cette condition était facile- 
ment réalisable : en laissant tomber dans une cupule pleine d'al- 
cool à 36° une goutte de collodion soumis seulement à quelques 
secondes d'évaporation, nous avons constaté que cette substance 
restait dans ce liquide sous la forme d'une petite sphère, ne chan- 
geant pas de volume et présentant la consistance et l'élasticité 
d'un morceau de caoutchouc, en même temps qu'une transpa- 
rence parfaite. L'élher diffuse dans l'alcool et s'évapore, et la 
partie solide du collodion (^fulmi-coton) demeurant imbibée d'al- 
cool forme, à la condition de ne point perdre cet alcool par des- 
siccation, la masse la plus propre à l'inclusion des pièces délicates 
destinées à passer par le microtome. 

Les détails techniques se rapportant à cet emploi du collodion 
humide peuvent être donnés de la manière suivante, en prenant 
comme exemple les manipulations nécessaires pour l'étude du 
blastoderme de l'œuf d'Oiseau, objet sur lequel nous appliquons 
dtjpuis près d'un an ce mode de préparation : les blastodermes 
avec embryons destinés aux coupes sont, après durcissement par 
l'acide osmique et l'alcool, ou après tout autre mode de durcis- 
sement, colorés au carmin, puis immergés de nouveau dans l'al- 
cool; pour les placer dans le collodion comme masse à inclusion, 
on sort ces pièces de l'alcool et on les plonge quelques minutes dans 
del'éther; on les place ensuite dans du collodion liquide (collodion 
normal, non riciné), où elles peuvent demeurer un temps plus 
ou moins considérable (de dix minutes à vingt-quatre heures ou 



DES MATIÈRES A IXCLUSIOX. 61 

plus) selon qu'on désire voir la masse solidifiable pénétrer toute 
l'épaisseur de la pièce et en remplir les cavités. Nous avons pu, 
avec un plein succès, prolonger presque durant cinq et six mois 
ce séjour de la pièce dans le coUodion. Retirée du collodion li- 
quide, la pièce, si elle a une forme et un volume qui la rendent 
maniable sans adjonction de support, est jetée dans l'alcool; si 
elle est formée, comme un blastoderme au premier jour de l'in- 
cubation, par une mince et délicate membrane, on l'applique 
sur la surface plane d'un fragment de moelle de sureau, et le tout 
est jeté dans l'alcool ; dans l'un comme dans l'autre cas, la pièce 
est dès-lors englobée dans la masse élastique du collodion, qui 
se solidifie sans se rétracter, et en fixe toutes les parties, de 
même qu'elle en fixe l'ensemble au fragment de sureau, dans le 
cas où ce support a été jugé nécessaire. La pièce ainsi préparée, 
incluse dans le collodion, peut alors être coupée le jour même, 
ou conservée indéfiniment dans l'alcool, pour être, à un moment 
donné, soumise aux coupes par le rasoir. 

Gomme les coupes au microtome se font en mouillant rasoir 
et pièce avec de l'alcool, on voit que le collodion reste toujours 
à l'état humide, et nous n'avons pas à indiquer ici les détails de 
la pratique des coupes sur le microtome ; nous devons par contre 
insister sur la manière dont sont traitées ensuite les coupes obte- 
nues, ou, pour mieux dire, montrer combien l'usage du collodion 
simplifie ou supprime toutes les manipulations ultérieures, si 
laborieuses avec les autres masses à inclusion. 

D'abord la coupe n'a pas à être débarrassée de la lamelle de 
collodion avec laquelle elle a été enlevée par le rasoir, et dans 
laquelle elle est incluse : en recevant la coupe dans un godet plein 
d'eau, on peut aussitôt la faire glisser sur la lamelle porte-objet, 
et cette opération ne produit, quelque délicate que soit la prépa- 
ration, aucune déchirure, les parties les plus fines, les portions 
même sans connexion les unes avec les autres étant conservées 
exactement dans leurs rapports réciproques par la présence du 
collodion, qui remplit tous les vides. — Sur la lame porte-objet, 
la coupe est recouverte d'une goutte de glycérine, puis d'une 



62 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

lamelle ; examinée alors au microscope, elle ne traduit par aucune 
apparence optique la présence de la mince lame de collodion 
dans laquelle elle est incluse; ce n'est qu'en portant l'examen 
vers les bords de cette lame qu'on reconnaît sa présence, abso- 
lument comme on ne constaterait celle d'un fragment de lamelle 
couvre-objet qu'en ayant l'image de ses bords. — On peut donc 
dire qu'en emprisonnant la pièce, et en laissant ses coupes em- 
prisonnées dans le collodion, on a employé comme milieu une 
substance dont les propriétés optiques sont comparables à celles 
du verre, mais dont les propriétés physiques sont celles du caout- 
chouc; le collodion est, à ce point de vue, du verre élastique et 
très-facile à couper régulièrement au rasoir. 

On pourrait craindre que la lamelle du collodion, conservée 
dans la glycérine avec la préparation elle-même , entre lame et 
lamelle de verre, ne perdît sa transparence au bout d'un certain 
temps ; il n'en est rien : du moins nous avons constaté que des 
préparations de ce genre datant de six mois n'avaient rien perdu 
de leur transparence et de leur netteté. 

Mais ce n'est pas là le seul avantage du collodion humide, 
employé comme nous venons de l'indiquer ; cette masse à inclu- 
sion peut encore être utilisée pour des pièces qui n'auront pas 
subi la coloration avant d'être débitées en coupe, par exemple 
pour l'étude du cerveau de l'embryon. Nous avons principale- 
ment eu à nous louer de l'usage de cette substance dans des 
études sur le développement des hémisphères cérébraux chez les 
Mammifères (Lapin, Mouton) : ces vésicules cérébrales sont con- 
stituées par une paroi très-mince circonscrivant une cavité rela- 
tivement grande; aussi, avant d'avoir trouvé l'emploi du collo- 
dion, nous était-il presque impossible d'obtenir des coupes bien 
complètes, d'autant que ces parties sont très-délicates à durcir 
et deviennent facilement friables. Après imbibitionpar le collo- 
dion, les hémisphères les plus minces et les plus friables se débi- 
tent régulièrement en coupes : c'est que la solidité donnée par 
cette substance aux pièces qu'elle pénètre est si grande , qu'on 
pourrait par son emploi arriver à flxer en place et à débiter en 



DES MATIÈRES A IXCLUSION. 63 

coupes une masse quelconque formée de molécules très-peu adhé- 
rentes naturellement les unes aux autres, comme une tige de 
végétal calcinée dont les cendres ont conservé la forme du frag- 
ment primitif. C'est assez dire comment nous avons pu obtenir 
par ce moyen, relativement à la disposition des minces lamelles 
cérébrales de l'embryon, relativement à la formation des plexus 
choroïdes, relativement à la détermination des parties intra et 
extra-ventriculaires, des résultats que nous avions vainement de- 
mandés à tous les autres procédés de recherche. 

Ces coupes, une fois obtenues, peuvent être colorées par le 
carmin, tout en restant maintenues parla mince lamelle de col- 
lodion, qui les maintient et les enchâsse : en effet, par l'immer- 
sion dans l'eau, le collodion, comme dans l'alcool, ne subit au- 
cune rétraction ; et tandis que la coupe du tissu animal exerce 
son élection sur le carmin, le collodion ne se colore que peu ou 
pas, et se décolore du reste ultérieurement quand la pièce est 
montée dans la glycérine. Dans le cas où le picrocarminate est 
employé, la lamelle de collodion se colore un peu en jaune ; mais 
un léger lavage dans l'eau acidulée d'acide acétique, en fixant le 
carmin sur le tissu animal, rend au collodion son aspect primitif 
de lamelle transparente et incolore. La pièce peut donc être mon- 
tée tout entière, comme précédemment, dans la glycérine. 

Nous avons insisté ici sur les avantages que nous a présentés 
cette technique pour l'étude des embryons et de divers organes 
en voie de développement; il est facile de prévoir les services 
qu'elle peut rendre dans les recherches sur certaines parties très- 
délicates de l'adulte, comme par exemple sur le globe de l'œil, 
l'oreille, et enparticuUer sur les éléments si délicats du Limaçon 
et de sa lame spirale : c'est cette considération qui nous a décidé 
à donner avec quelques détails les indications techniques qui 
précèdent. 



64 MÉMOIRES ORIGINAUX. 



NOTE SUR LA DECOUVEBTE 

d'un 

GISEMENT DE MARNE A LIMNÉES 

A CELLENEUVE, PRÈS MONTPELLIER 
Par M. F. FONTANNES. 



Lofsqu'en 1877 j'étudiai, pour la première fois, les forma- 
tions tertiaires qui forment le sous-sol de la ville de Montpellier 
et de ses environs immédiats, je découvris dans le lit même de la 
Mosson, à peu de distance du gisement bien connu de Celleneuve, 
un dépôt marneux que je m'empressai de signaler à M. le pro- 
fesseur de Rouville, et dont mon savant confrère a clierché, dans 
un travail récent, à établir le niveau stratigraphique ' . 

La tâche n'était pas facile. Les marnes de la Mosson apparais- 
sent sur une faible étendue, sous les alluvions de la rivière, à 
quelques centaines de pas en aval du pont de Juvignac. Toute 
relation avec les assises tertiaires appartenant à la série du cal- 
caire moellon qui plonge sous le pont, aussi bien qu'avec celles 
qui constituent, sur la rive gauche, les berges de Celleneuve, est 
absolument cachée par des dépôts récents. D'un autre côté, il 
était à craindre que ces marnes ne fussent pas en place et se 
fussent détachées, soit de l'assise marneuse qui recouvre en amont 
le calcaire moellon de Juvignac, soit des couches fluvio-lacustres 
de Celleneuve. Enfin, la position de ce dépôt au milieu de la 
Mosson, en connexion apparente avec les alluvions modernes, 
pouvait faire naître l'hypothèse qu'il fût de formation récente ou 
tout au moins quaternaire. 

En présence des difficultés que ce gisement présentait aux 
observations slratigraphiques, j'ai pensé qu'il était utile de recher- 
cher s'il ne renfermait pas des débris organiques propres àfour- 

1 Notice sur le sol de Montpellier. [Rev.des Se. nat., mars 1879.) 



MARNE A LI.UNÉKS DE CELLENEUVE. . 65 

nir quelque éclaircissemeot sur l'horizon auquel il convenait de 
le rattacher. 

Un caractère paléontologique tout à fait anornnal pour les 
formations fluvio-lacustres des environs de Montpellier, m'avait 
frappé dès la première inspection de ce nouveau gisement, et 
ajoutait encore à l'intérêt qui s'attache à tout problème strati- 
graphique : c'était la présence de nombreuses Limnées paraissant 
se rapporter à deux types principaux bien différents. Il est à 
remarquer, en effet, que ni M. de Serres, dans sa description de 
la faune des marnes du Palais de Justice', ni M. le D'Paladilhe, 
dans son étude si consciencieuse des fossiles de Gelleneuve % ne 
font mention d'une seule espèce représentant le genre Limnsea 
dans ces divers gisements, que M. de Rouville a rattachés à un 
même horizon. 

Malheureusement, les recherches auxquelles je me suis livré 
ne m'ont pas fourni des matériaux aussi abondants ni aussi par- 
faits qu'un premier examen me l'avait fait espérer. Dans les marnes 
de la Mosson, comme dans celles de Gelleneuve, les fossiles sont 
rares, le plus souvent brisés et déformés ; presque tous sont d'une 
fragilité excessive et d'une taille minuscule. Sur une dizaine 
d'espèces déterminées avec quelque certitude, neuf ne dépassent 
pas 2-4 millim. dans leur plus grand diamètre. Leur étude 
présente donc de nombreux obstacles, surtout en ce qui concerne 
les détails de l'ouverture, si caractéristiques pour la plupart des 
espèces continentales, et si difîciles, dans la plupart des cas, à 
dégager delà marne qui les recouvre. Néanmoins, je crois avoir 
réussi à reconnaître quelques espèces dont voici la liste, en atten- 
dant que de nouvelles et plus fructueuses recherches me per- 
mettent de reconstituer une faune plus complète. 

Succinea , sp .?.... , r. 

Hélix, sp. ? — aff. Victoris^ Michaud ac. 

Cœcilianella, cf. eburnea, Risso rr. 

Piùpa bacillus, Paladilhe rr. 



1 Académie des Sciences et Lettres do Montpellier, !851. 

2 Revue des Sciences naturelles, 1873. 

VIII. 5 



66 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

Vertigo Pulaclilhei , Fontannes c. 

Carychium tetrodon, Paladilhe ce. 

Planorbis submarginatus, Crist. et Jan ar. 

— geniculatus, Sandberger ce. 

— affinis, MiCHAUD c. 

Limnœa Duhrueili, Fontannes c. 

— Rouvillei, Fontannes r. 

Ancylus, sp. ? r. 

Sphœrium, cf. Normandi, Michaud, in Sandberger. ar. 

Cette faunule est assurément insuffisante pour qu'il soit possi- 
ble de classer définitivement, d'après elle, les marnes à Limnées 
delà Mosson, mais elle fournit cependant des éléments qui per- 
mettent de les rattacher, avec quelque certitude, à l'un deshori- 
zons les mieux connus aujourd'hui des environs de Montpellier. 

Et d'abord, il paraît certain que ces marnes appartiennent à 
l'époque tertiaire et ne font nullement partie des alluvions de la 
rivière, \e Carychium tetrodon,\Q Vertigo Paladilhei, les Planorbis 
geniculatus et affinis^ les Limnœa Duhrueili et Rouvillei, se dis- 
tinguant facilement de leurs analogues vivants. 

Déplus, le nombre des formes que j'ai pu rapporter aux types 
de Celleneuve est relativement assez important pour rattacher 
ces deux gisements à un même niveau. En effet, en outre des 
fossiles dontles déterminations ne peuvent être considérées comme 
certaines, par suite du mauvais état des matériaux sur lesquels 
elles sont basées, les marnes de la Mosson m'ont fourni huit 
espèces représentées par des exemplaires qui m'en ont permis 
une étude suffisante et dont voici le résultat. 

1, PuPA BACiLLUS, Paladilhe, 1873, Coq. foss. des marnes pliocènes lac. 
de Montpellier, pag. 13, pi. I,fig. 16-18. — Sandberger, 1870-75, 
Land.-und Sûsswasser-Conch. der Vorwelt, pag. 728. 

Le seul exemplaire que je puisse rapporter à cette espèce est 
un peu plus grand que le type et se rapproche ainsi du Pupa 
biplicata, Michaud, celle des espèces vivantes qui offre le plus 
d'analogie avec le Pupa baciUm. Cependant les sinuosités du bord 
droit, l'absence de plis palataux et surtout la forme de l'ouver- 



MARNE A LIMN'ÉES DE CELLEXEUVE. 67 

Lure, qui est presque quadrangulaire, ne permettent guère de con- 
fondre ce dernier avec le type actuel. 

Le Pupa bacillus n'est encore connu que des marnes de Gel- 
leneuve. Le Pupa biplicata est une espèce assez rare, qui n'a 
été signalée avec certitude que dans les alluvions du Rhône. 

2. Vertigo Paladilhei, Fontanues — ? Vertigo pseudoantivertigo, Pala- 
dilhe, loc. cit., pag. 30, pi. I, fig. 25-27, Var. 

D'après M. Paladilhe, le Vertigo pseudoantivertigo se disi'mgne 
du V. antivertigo par sa taille plus forte, sa forme plus globuleuse, 
ses tours plus aplatis, ses sutures moins accusées, son ouverture 
plus large, plus évasée par le haut, la distribution et les dimensions 
relatives de ses dents, son bord libre commençant vers le haut 
par une échancrure anguleuse, rectiligne, en forme de V, dont 
l'ouverture serait rectangulaire et regarderait directement à gau- 
che, tandis que la partie correspondante chez le Vertigo antiver- 
tigo présente seulement une excavation régulière, bien arrondie. 
Or il m'a été impossible de reconnaître ce dernier caractère 
différentiel sur les exemplaires des marnes à Limnées de la 
Mosson, qui, sous ce rapport, diffèrent peu de l'espèce actuelle. Il 
en est de même des détails de l'ouverture, qui m'ont paru plus 
conformes à ce qu'on observe chez le Vertigo antivertigo qu'il ne 
ressort de la figure publiée par M. Paladilhe, figure dont l'exacti- 
tude me paraît d'ailleurs assez douteuse. 

Ces différences, jointes au nom peu correct imposé par l'au- 
teur, m'ont engagé à donner une nouvelle dénomination à cette 
forme, qui est certainement une variété bien marquée du type 
de Celleneuve, ou même une espèce distincte, si la figure qui a 
été donnée de celui-ci est'parfaitement exacte. 

Bien que plus voisine du Pupa antivertigo, l'espèce des mar- 
nes de la Mosson s'en distingue facilement encore par des tours 
proportionnellement plus larges, par une spire plus obtuse au 
sommet, par une columelle plus droite, plus courte, par un labre 
plus sinueux, par une ouverture notablement plus large, moins 
allongée, par des dents moins longues, laissant plus libre l'in- 



68 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

térieur de rouveiiure. En outre, je n'ai remarqué, sur aucun des 
exemplaires que j'ai examinés, des tubercules aux angles formés 
par la paroi nperlurale avec le bord columellaire et le bord droit, 
dents supplémentaires qui manquent parfois d'ailleurs chez le 
Vertigo antivertigo. 

3. Garychium tetrodon, Paladilhe, 1873, loc. cit., pag. 19, pi. I, 
fig. 28-30. — Sandberger, 1870-75, loc. cit., pag. 728. 

Le Carychkim commun dans les marnes de la Mosson répond 
exactement à la description que M. Paladilhe a donnée dnC. te- 
trodon de Gelleneuve, et s'éloigne par contre assez sensiblement, 
au moins comme forme générale, de la figure qui l'accompagne. 
Mais dans ce cas, comme dans le précédent, je suis plutôt dis- 
posé à donner raison au naturaliste qu'au dessinateur, et voici 
pourquoi. 

î\L le D"" Paladilhe, après avoir énuméré les caractères qui 
permettent de distinguer le Carychium tetrodon du Co minimum 
actuel, ajoute : « Cette espèce, parfaitement typique, se trouve 
également en assez grande abondance dansles marnes deHauteri- 
ves (Drôme), où notre ami Michaud l'a prise pour le Carychium 
minimum. » 

De son côté, M. Sandberger, dans son étude comparative des 
faunes de Gelleneuve et de Hauterives , a reconnu que l'espèce 
de l'Hérault avait élé à tort assimilée par M, Paladilhe à celle 
qui abonde dans les marnes à lignite de la Drôme, et qui ne pré- 
sente jamais qu'une seule dent, lamelleuse, sur la paroi aper- 
turale, espèce bien différente d'ailleurs à.\i Carychium minimum, 
et à laquelle il adonné le nom de C. pachychilus . 

Mais cette confusion seule prouve, à mon avis, la grande ana- 
logie delà forme générale du Carychium tetrodon avec celle du 
C. pachychilus, analogie qu'on serait bien loin de supposer si l'on 
se bornait à comparer les figures que les auteurs de ces deux es- 
pèces en ont données, et qui cependant existe bien réellement, 
ainsi que j'ai pu le constater, entre le Carychium des marnes de 
la Mosson et celui de Hauterives. La distinction de ces deux espè- 



MAP.NE A LIMXÉES DE CELLENEUVE. 69 

ces paraît uniquement basée sur certaines divergences dans les 
détails de l'ouverture, le Carycliium tetrodon différant da C. pa- 
c/iycf ilios par une ouverture un peu moins triangulaire, une cal- 
losité et un péristome plus épais, par les dents de la columelle 
et du labre qui sont un peu plus fortes, etsurtout parla présence 
d'une seconde dent pariétale. Ce dernier caractère le dislingue 
en même temps de tous les Carycliium décrits jusqu'à ce jour, et 
en particulier du C. mini'Sium, vivant actuellement dans le dépar- 
tement de l'Hérault, qui présente, du reste, une spire beaucoup 
moins allongée. 

Il est donc permis de conclure de ces divers rapprochements: 
1" que le Carychilun des marnes de la Mosson , quoique peu 
conforme à la figure citée plus haut, et dont l'original a été mal- 
heureusement égaré, est bien cependant le môme que celui des 
marnes de Celleneuve, décrit par M. Paladilhe; 2° qu'il est dis- 
tinct de l'espèce qui se rencontre communément dans les marnes 
à lignite de Hauterivcs, laquelle, d'après M. Sandberger, se trou- 
verait aussi à Celleneuve. 

4. Planorbis submarctLvatus, Gristafoii et Jan, 1832, Caf. J/tnU., XX, 
u° 9 |. — Dupuy, 1847, MolL terr. et d'eau douce de France, 
pag. 446, pi. XXV, fig. 7. — Paladilhe, 1873, loc. cit., pag. 21. 
— Michaud, 1878, Coq. foss. de Haulerives, 3^ fasc , pag. 9. 

Oe Planorbe, pour la grande majorité des auteurs, n'est qu'une 
yariélé du. Pla?iorbis complanatus L., spéciale jusqu'ici au midi 
de la France ( Auch, Toulouse, Grasse, Bastia, Bonifaccio, etc.), 
et qui se distingue du type par une taille plus petite et l'absence 
de filet carénant. M. E. Dubrueil, dans son excellent Ccttcdogue des 
Mollusques de l'HérauU\ la cite de Mireval, Gastries, Lunel, Pé- 
zanas, etc. Je crois néanmoins devoir conserver la dénomination 
employée par M. le D"" Paladilhe, le PI. complanatus type n'ayant 
pas encore été rencontré dans les marnes fluvio-lacustres des en- 
virons de Montpellier. 

C'e.-t aussi sous le nom de Planorbis suhmarginalus que M. Mi- 

' Catalogue des Moll. terr. et fluv. de FHérault, pag. 53, 1869. 



70 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

chaud a signalé cette espèce à Hauterives, d'où je possède quelques 
exemplaires absolument identiques avec ceux des marnes de la 
Mosson. Quant à la présence de cette espèce dans les sables à Nassa 
Michaudi du plateau d'Heyrieu , je dois avouer, après un nouvel 
examen des matériaux d'après lesqaels je l'avais établie', qu'elle 
ne saurait être encore définitivement admise. 

5. Planorbis CtEniculatus, Sandberger, 1870-75, loc. ci7., pag. 713 , 
pi. XXVII, fig. 8. — PL nautileus, Michaud , 1862, Coq. 
foss. de Hauterives, 2^ fasc, pag. 22. — PL imfertcaîws, Paladilhe, 
1873, loc. ciî.,pag. 21. 

M. Sandberger a reconnu l'identité de l'espèce de Hauterives 
désignée par M. Michaud sous le nom de Planorbis nautileus, 
L., avec celle de Gelleneuve rapportée par M. Paladilhe au PL 
imbricatus , Millier, mais il a cru devoir donner un nom nou- 
veau au type tertiaire, qui diffère du PL nautileus actuel (var. 
cristatus) par la forme arrondie de ses tours et l'accentuatioQ , 
surtout sur les premiers, des côtes principales. 

En outre d'exemplaires assez nombreux qui ofi'rent tous les 
caractères dislinctifs du Planorbis geniculatm , les marnes de la 
Mossoa m'en ont fourni quelques autres présentant une forme gé- 
nérale très-semblable, mais sur lesquels on ne reconnaît plus 
aucune trace des côtes principales. Cette ornementation, très-fra- 
gile d'ailleurs, a-t-elle disparu ? Est-ce une variété ecostata? C'est 
ce dont il ne m'a pas encore été possible de me rendre exacte- 
ment compte. 

G. Planorbis affinis, Michaud, 1862, loc. cit., 2^ fasc, pag. 22, 
pi. II, fig. 13. — PL Thiollierei, jun., Sandberger, loc. cit.., 
pag. 711. — PL affinis, Paladilhe, loc. cit., pag. 21. 

Cette espèce présente de telles afBnités avec les exemplaires 
jeunes du Planorbis Thiollierei. Michaud, que M. Sandberger a 
cra pouvoir la mettre en synonymie du PJanorbe le plus caracté- 

^ Le vallon de la Fuly et les sables à Buccins des environs d'Heyrieu, pag. 20, 
1875. 



MARNE A LIMNÉES DE CELLENEUVE, 71 

ristiquG de l'horizon de Hauterives. Bien qu'elle en soit évi- 
demment très-voisine, les caraclères sur lesquels M. J\lichaud a 
basé la distinction de ces deux formes me paraissent cependant 
assez constants pour justifier sa manière de voir. 

Quoi qu'il en soit d'ailleurs, c'est bien avec le Planorbe figuré par 
cet auteur sous le nom de Planorbis affînis que l'espèce des mar- 
nes à Limnées de la Mosson présente le plus d'analogie, les tours 
étant plus arrondis extérieurement, moins distinctement carénés 
que chez la plupart des jeunes du PL Thiollierel. 

Le plus grand exemplaire que j'ai recueilli de cette espèce 
mesure 6 millim. de diamètre; c'est la taille indiquée par M. Pa- 
ladilhe pour les individus des marnes de Celleneuve , taille qui 
est sensiblement inférieure à celle du type, du moins si l'on 
s'en rapporte à la description, carie trait qai indique la longueur 
de l'exemplaire figuré ne dépasse pas 5 millim. 

7. LiMN.^A DuBRUEiLi, FontanuGs. 

Testa minuta, tenuis, fragilis. ovata, spira brevissima, apice obtiisa, 
striis incrementi tenuissimis, densissimis notata; — anfractus 4 convcxi, 
suturis profundis sejuncti, ultimus inflatus, valde latior ; — apertura 
oblonga, Yoô ^"^'^^■^ allittidinis œquans ; columella subrecta, labrum 
acittum, arcuatum, margines callo subcrasso uniti. 

Long.: 2-3 miU.', lat.: 1-1 | mill. 

Cette intéressante espèce, de beaucoup Ja plus abondante dans 
les marnes delà Mosson, diffère notablement de toutes les espè- 
ces décrites jusqu'à ce jour par sa petite taille, par la forme ob- 
tuse de ses premiers tours, par l'accroissement rapide du der- 
nier, qui est sensiblement en saillie au-dessus du pénultième, par 
la profondeur des sutures, etc. 

L'exiguïté de la taille du Liimisea Dubrueili m'a fait craindre 
tout d'abord de n'avoir recueilli que de jeunes exemplaires pou- 
vant se rapporter à quelque espèce, vivante ou fossile, déjà con- 
nue. Je crois cependant aujourd'hui qu'il n'en est rien, et puis 
invoquer à cet égard le témoignage de M. E. Dubrueil, qui a bien 
voulu en comparer quelques exemplaires avec de très-jeunes in- 
dividus des LimnsBa minuta, palustris, glabra , etc. Les tours 



■"2 MÈMOmES ORIGINAUX. 

très-neltement marqués, la proportion entre le dernier et l'avant- 
dernier, la columelle bien formée, l'épaisseur de la callosité qui 
unit les deux bords, permettent en effet d'admettre que l'espèce 
est parfaitement adulte. 

La petite Limnéede la îilosson qui, d'après le savant raalacolo- 
gisteauquelj'ai le plaisir de la dédier, n'a pas d'analogue parmi les 
coquilles vivantes de France, vient donc s'ajouter aux Carijchium 
telrodon, Vertigo PaJadilhei, Pianorbis affinis, etc., pour témoi- 
•juer de rage tertiaire des marnes de la Mosson et faire écarter 
l'hypothèse d'une formation récente, que pourrait suggérer leur 
présence dans le lit même de la rivière '. 

8. LiMN^A RouviLLEi, Foutanues. 

Testa magna, ovato-oblonga, imperforata: spira acuta, regulariler 
conica^ apice acuminata; striœ incrementi subtilissimœ, conferlissimœ; 
— anfractus 7-8 vix convexi, prope suturam plerumque depressiiisculi, 
suiuris obliquis, pariim profundis scd bene notatis separati, lente crcs- 
cenîes \ idtimus magnus, elongatiis, convexio)\ dimidiam partem testse 
superans ; — aperiura ovato-angiista, posterius angulata; columeUa 
tennis, in medio contorta, exVus reflexa; labrum acutum; margines callo 
tenui juncti. 

Long.: 42 milL, lat.: 15 mill. 

Le Lininœa Roitvillei, dont les individus adultes sont très-rares, 
mais auquel je rapporte un certain nombre d'exemplaires de petite 
taille, est encore une de ces espèces qui, sans être identiques avec 
aucune de celles de Hauterives, rappellent cependant les types 
de cette dernière station. Il est en effet assez voisin du Limnxa 
EoulUcli Michaud", auquel cependant il ne saurait être assimilé. 
Les tours s'accroissent moins rapidement; ils sont plus nombreux 
pour une même hauteur, le dernier ne montrant jamais les mar- 

' CeUe espèce, ainsi que le Limnœa Rouvillei et le Vertigo Paladilhei, sera 
figurée dans un des prochains fascicules de mes Études slratigraphiques et 
paléontologiques . 

2 Limna:a Eouilleti, Michaud, 1854, loc. cit., !'''■ fasc, pag. 21, pi. IV, lig. 7-8. 
— Sandberger, 1870-75, loc. cit., pag. 715, pi. XXVII, fig. 1 l. — Fontannes, 
1879. Description de quelques espèces nouvelles du buisin du Rhône, pag. 3?, 
pi. II, fig. 5. 



MARNE À LIMNÉES DE CELLENEUVE. 7Ô 

tel Lires qu'on remarque chez la Limnée deHauLerives; les sutures 
sont moins obliques, presque toujours bordées par une dépression 
plus sensible; l'ouverture est proportionnellement plus haute, etc. 
L'affinité de ces deux espèces est cependant un fait dont il 
faut tenir compte dans les conclusions à tirer de l'étude compa- 
rative des faunes de ces deux gisements. 

En résumé, la présence des Carychium tetrodon, Pupa bacil- 
lus, Planorbis submarginatus, a f finis , geniculatus^ celle û.' Hélix. 
de Cœcilianelta, de Sphœrium , probableoient identiques avec 
leurs congénères des marnes deCelleneuve, l'affinité, sinon l'iden- 
tité du Vertigo Paladilhei avec l'espèce désignée par M. Paladilho 
sous le nom de V. pseudoantivertigo, rattachent étroitement, sui- 
vant moi, le gisement de la Mosson à l'horizon fluvio-lacustre qui 
couronne les sables à Ostrea undala de Montpellier , et dont 
il ne représente vraisemblablement qu'un nouveau faciès. 

Aussi m'est-il difficile d'admettre, avec M. deRouville, que ces 
marnes aient été entiaînées de l'assise qui repose en amont sur le 
calcaire moellon du pont de Juvignac, et cela pour d' ux raisons: 
la première, c'est que, d'après la coupe publiée dans le dernier 
numéro de la Reuuc (PI. XIV, fig. 8), cette assise repose en stra- 
tification concordante sur le calcaire moellon, et que la faune des 
marnes à Limnéesneme parât pas indiquer un niveau géologique 
aussi ancien ; la seconde, c'est que j'ai recueilli dans cette même 
assise (MB de la coupe susdite) des fragments de petits Pecten, 
qui, s'ils étaient bien en place, rattacheraient indiscutablement ces 
couches marneuses au groupe complexe du calcaire moellon. 

Il est donc plus probable que, si les marnes à Limnées de la 
Mosson ne se sont pas formées sur le point où je les ai décou- 
vertes, elles ont dû glisser des berges qui s'élèvent à l'ouest de 
Gelleneuve, sur larivegauche de la rivière, et qui sont, en partie, 
constituées [lar des dépôts se reliant à la formation continentale 
superposée aux sables à 0. undata. 

Quelle place fa^til assigner à cet horizon fluvio-lacustre de 
Montpellier dans la série des formations tertiaires du Sud-Est ? 



74 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

M. Paladilhe et M, Sandberger, deux conchyliologues d'un grand 
mérite, qui ont comparé avec soin les faunes de Gelleneuve et de 
Hauterives, ont été conduits à formuler la même conclusion. Ces 
savants, en effet, tout en reconnaissant qu'un assez grand nombre 
d'espèces sont spéciales àl'un ou à l'autre de ces deux gisements, 
ont admis- leur synchronisme et attribué les divergences fauni- 
ques àl'éloignement de ces deux localités, aux conditions d'ha- 
bitat différentes qu'elles pouvaient offrir aux Mollusques. 

Or, à la suite de longues recherches, après bien des discussions, 
Hauterives vient d'être définitivement classé dans le miocène su- 
périeur par la Direction du service de la Carte géologique de 
France, — opinion que j'ai soutenue dans mes dernières Études. 
Il s'ensuivraitdonc que les sables à 0. undata eiPot. Basieroti, qui, 
d'après M. de Rouville, sont directement subordonnés à l'horizon 
de Gelleneuve, représenteraient dans l'Hérault les sables kNassa 
Michaudi, Arca Turonica du Dauphiné, les marnes à Cardita 
Jouanneti du Gomtat et de la Provence. 

Cette classification est-elle compatible avec les notions que 
nous possédons sur le niveau ordinaire du Pot. Basteroti? — Sur 
tous les points où il m'a été donné de reconnaître exactement la 
position de ce Potamide et des Auricules qui l'accompagnent, j'ai 
trouvé ces fossiles dans des couches marno-sableuses superpo- 
sées à un mince banc d'Huîtres, reposant lui-même sur les mar- 
nes à Cerlthiu m viùlgatum , Nassa semistriata , TurrUclla subangu- 
lata, etc., — horizon qu'il est absolument impossible deparalléli- 
ser avec les dépôts littoraux qui, dans le bassin du Rhône, cou- 
ronnent les formations miocènes marines. 

Les conclusions de MM. Paladilhe et Sandberger sont-elles du 
moins conciliables avec les indications fournies par les débris de 
Mammifères recueillis, soit dans les sables à 0. undata, soit dans 
les marnes à Hélix Gaspardia?ia'! — Je ne le pense pas, la faune 
mammalogique de Montpehier caractérisant le 14e étage de 
M. Gaudry \ c'est-à-dire la partie inférieure du pliocène, et étant 

1 Les enchaînements du Monde animal dans les temps géologiques, 1878. 



MARNE A LIMNÉES DE CELLENEUVE. 75 

considérée par l'éminent professeur du Muséum comme plus ré- 
cente d'un degré que celle des limons à Ossements du Mont- 
Lubéron, superposés à l'horizon des marnes de Hauterives *. 

Cette impossibilité de pouvoir établir, — du moins en l'état 
actuel de nos connaissances, — soit l'homotaxisme dessubstrata 
géologiques, soit la contemporanéilé des faunes mammalogiques 
qui les caractérisent, semble donc venir à l'appui de la ma- 
nière de voir que j'ai déjà exprimée touchant l'âge respectif de ces 
deux gisements classiques, — à savoir: qu'en l'absence de preuves 
contraires, il est permis de considérer les formations fluvio-lacus- 
tres de Montpellier comme occupant, dans la série des assises 
tertiaires du bassin du Rhône, un niveau plus élevé que les 
marnes à lignite qui , à Hauterives comme dans toute la 
région subalpine du Sud-Est , recouvrent les derniers dépôts 
marins de l'époque miocène. 



APERÇ U 

DES 

I^YRÉNÉES DE L'A.XJDB 

Par M. LEYMERIE, 

Correspondant de rinstitut=. 

(Suile). 



Les hautes régions des Pyrénées, dans la partie orientale de 
cette chaîne, sont formées par un massif granitique qui s'étend 
principalement sur le versant français, avec quelques interrup- 
tions causées par la présence du terrain de transition, depuis l'A- 
riége jusqu'au Canigou et au-delà. Ce massif, le plus considé- 

1 Le Mastodon hrevirostris, Gervais, cité par M. de Rouville, a été identifié 
par M. Gaudry, loc. cit., pag. 183, avec le M. Arvernensis , qui caractérise, dans 
la partie moyenne du bassin du Rhône, les sables immédiatement superposés au 
niveau de Hauterives. 

- V. Revue sciences naturelles , tom. YII, pag. 449. 



76 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

rable de ceux qui se montrent dans la chaîne entière, occupe un 
très-grand espace dans le département des Pyrénées-Orientales. 
Le département de l'Aude n'en comprend qu'une assez faible 
partie, qui constitue une sorte de plateau que nous désignons par 
le nom de village de Roquefort, chef-lieu du canton qui s'y 
trouve situé. 

Ce plateau est loin de mériter ce nom d'une manière absolue, 
car d'un côté il est creusé en un vallon oîi coule toute la partie 
supérieure de la Guette, dans laquelle se rend une autre dépression 
descendant du Bousquet, et de l'autre il est accidenté par quel- 
ques éminences aux petites crêtes, comme celle de Gasteldos, dont 
les découpures sont si bizarres, et par la préseijce de plusieurs 
amoncellements de blocs volumineux de granité; cette région, dont 
l'altitude moyenne reste entre 1,200 et 1,300 mètres, est déprimée 
relativement à son enceinte, qui au Sud et à l'Est^'offre des masses 
granitiques protubérantes, lesquelles, dans les Pyrénées-Orientales, 
s'élèvent jusqu'à2, 000 mètres et plus. Du côtéduNord, les monta- 
gnes, consiluées parle terrain de transition, s'élèvent au-dessus de 
son niveau moyen d'une centaine de mètres en un certain nom- 
bre de points. J'ai cherché à déterminer aussi exactement que 
possible la ligné qui sépare ce massif du terrain de transition qui 
l'entoure. Après avoir passé par Auxières et laissé au Nord une 
partie de la montagne qui, au sud de Montfort, se trouve entre le 
ruisseau de la Margarido et laBoulsane, cette ligne suit à peu près 
le fond de cette rivièrej d'où elle passe parle col de Jau ou vallée de 
la Guette, dont elle occupe à peu près le fond jusqu'à Counozouls, 
d'où elle se dirige vers la forge de Roquefort; de là, elle remonte 
au bord du plateau en le contournant vers la base des montagnes 
de transition au-dessus de Baillac et du Bousquet. A partir de ce 
point, elle descend derrière le village d'Escouloubre pour aller 
couper l'Aude au château d'Usson, où elle passe dansl'Ariége en 
remontant le ruisseau de Mijanière. 

Le plateau de Roquefort se termine au col de Caravel, par lequel 
on descend toujours sur le granit, dans une région accidentée, au 
vallon d'Escouloubre et de là à l'Aude, où se trouvent les bains sul- 



APERÇU DES PYRÉXÉES DE l'aUDE. 77 

fiireux qui portent lo nom de ce village, à la limite du départe- 
ment de l'Ariége. 

Toute cette région est composée d'un granit franc, homogène, 
très-vif en certaines parties, mais très-sujet à la désagrégation en 
beaucoup d'autres. Le granit vif est composé généralement de 
grands noyaux de feldspath blanc avec des grumeaux de quartz 
gris et de mica habituellement noir ou d'un brun très-foncé, 
assez uniformément distribué. Il ressemble beaucoup à celui de 
Molitg et de la Gerdagne française, qui dépendent du même 
massif; mais il y a ici, surtout dans la gorge de l'Aude, une va- 
riété où le mica se trouve placé à d'assez grands intervalles, en 
lamelles souvent hexagonales, seules ou plus fréquemment assem- 
blées par petits paquets. Les éléments de ce dernier granit sont 
très-distincts, et il pourrait avantageusement être pris pour type 
dans les établissements d'instruction publique. 

L'abondance du feldspath a quelquefois déterminé la formation 
de longs cristaux de ceminéral qui sont abondants et très-nets dars 
certaines régions, notamment au bord de l'Aude, dans les escarpe- 
ments des bains d'Escouloubre et de Garcanières, et dans les parties 
du plateau qui dominent la contrée de Montfort. Il y a aussi dans 
la région des bains quelques variétés où le mica devient verdâtre 
et passe au talc; on cite enfin quelques variétés renfermant de 
l'amphibole. Ge granit offre cette particularité, si fréquente dans 
les roches du même genre d'autres régions, notamment dans les 
Pyrénées-Orientales, de montrer à sa surface des taches noires, 
nettement limitées, formées par une concentration du mica en 
très-petites lamelles et des autres éléments réduits à de petits 
grains. Les accidents de ces granits sont des filons ou plutôt des 
masses limitées de feldspath lamellaire blanc passant à la leptynite 
qui renferment souvent des lameUes disséminées de mica noir 
ou vert (forges de Roquefort), et des veines d'un quartz hyaloïde 
passant au silex grossier meuliériforme ou jaspoïde. Nous avons 
dit que le granit du plateau de Roquefort était sujet à la désa- 
grégation. Nous devons insister sur cette sorte d'altération, 
très-prononcée à la descente du col à Escouloubre, où Ton ne voit 



78 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

le granit vif qu'en gros blocs éboulés, la contrée consistant prin- 
cipalement en une arène où les eaux ont creusé de profonds 
ravins. On remarque aussi ce fait sur le plateau même, notamment 
au-dessus de Buillac, où la roche que nous étudions est convertie 
en un sable à gros grains d'une blancheur remarquable. 

Celte tendance à la désagrégation du granit nous semble pou- 
voir fournir une explication assez naturelle pour les accumula- 
tions ou groupes de blocs qui forment des monticules isolés sur 
le plateau. En effet, ces blocs, composés d'ungranit vif et solide, 
pourraient bien être des noyaux qui auraient été d'abord mis à 
nu par des eaux diluviennes. Ces eaux auraient enlevé l'arène 
qui les entouraient, et les blocs se seraient alors éboulés lès uns 
sur les autres et accumulés aux points où nous les voyons au- 
jourd'hui en cet état. Les nombreux fragments déroches quart- 
zeuses qui jonchent le sol du plateau, seraient des débris des fîlcns 
ou amas de ces anciens granits actuellement décomposés, qui par 
leur consistance et leur dureté auraient résisté à l'action désa- 
grégeante. 

Le terrain granitique dont il est ici question est massif sur 
d'assez grands espaces ; mais en certaines localités où la roche 
saine paraît à nu, comme sur lesbords de l'Aude aux bains d'Es^ 
couloubre et de Carcanières, les escarpements rocheux et ruines 
de granits porphyroïdes accusent une stratification sous la forme 
de bancs parallèles fortement inclinés au Sud-Est. On serait assez 
porté à croire que le massif granitique dont nous nous occu- 
pons devait servir de base et d'appui aux terrains sédimentaires 
avec lesquels il est en contact. C'e^t le contraire qui a eu heu. Ces 
terrains semblent plonger sous lui, ainsi que cela arrive d'ailleurs 
presque habituellement dans les Pyrénées. D'un autre côté, nous 
n'avons remarqué nulle part que la roche massive exerçât sur les 
couches sédimentaires aucune action directe, soit mécanique, soit 
chimique. Elle ne pénètre jamais dans ces couches sous forme de 
filon ou de toute autre manière. Enfin elle semble jouer un rôle 
passif ou indifférent à l'égard du terrain qui l'entoure. 

Le granit du plateau, même le plus vif, est impropre à la taille, 



APERÇU DES PYRÉNÉES DE l'aUDE. 79 

el dans les contrées qu'il occupe on est obligé, lorsqu'on a besoin 
depierres d'appareil, d'aller cherchera Qaérigat(Ariége) une va- 
riété particulière de la même roche, de couleur rousse, à petits 
éléments assez tendres pour se laisser facilement tailler. C'est cette 
pierre notamment que l'on a employée pour la construction d'une 
tour sur l'Aude à Usson pour le passage de la nouvelle route natio- 
nale. La description qui précède ne s'applique qu'au plateau gra- 
nitique de Roquefort, composé d'un granit normal qui ne se mêle 
jamais d'une manière marquée au gneiss ni au schiste cristallin; il 
existe en outre, ainsi que nous l'avons annoncé en commençant, 
un autre granit d'une couleur terne, peu consistant, assez varia- 
ble dans sa composition, mélangé de schiste sur lesbords, qui se 
montre rarement en roches vives saillantes et qui forme quel- 
ques îlots dans la zone marmoréenne. Nous en parlerons en trai- 
tant de ce dernier terrain, sur les caractères duquel il paraîtavoir 
exercé une influence indirecte; si nous en faisons mention ici, 
c'est pour avoir l'occasion de dire qu'une roche analogue se mon- 
tre quelquefois dans le massif de Roquefort, notamment à la des- 
cente aux bains d'Escouloubre et au sud de Montfort, où ce granit 
terne et mélangé de schiste forme une bordure en dehors du 
granit franc qui caractérise le plateau. 

2° Zone du terrain de transition. 

Le terrain que nous croyons pouvoir considérer comme appar- 
tenant à l'époque primaire ou de transition forme une bande d'une 
largeur très -inégale apppliquée contre le granit normal, au-dessous 
duquel elle semble passer, et limitée au Nord par une ligne dirigée 
à peu près de l'Est à l'Ouest, passant par Montfort, Sainte-Colombe 
et do là sur la rive droite de l'Aude. Elle coupe cette rivière vers 
Gesse,, passe au-dessus de Fontanes pour se porter à Mériai et 
de là non loin et au sud de Gamurac, d'où elle passe dans l'A- 
riége. Cette limite diffère en quelques parties de celle qui se 
trouve tracée sur la Carte géologique de France, que M. d'Ar- 
chiac a reproduite dans la sienne. La différence porte principale- 
ment sur la partie orientale, où ces auteurs ont fait avancer le 



80 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

granit assez loin dans le domaine du terra'n de transition. Dans 
tout cet espace que nous avons assigné dans notre Carte a la 
formation dont il s'agit, elle offre des caractères qui indiquent 
l'âge que nous lui avons attribué; mais ces caractères sont varia- 
bles, peu prononcés, et laissent souvent l'observateur dans l'in- 
certitude, à cause de leur similitude avec ceux de la bande mar- 
moréenne, et ce n'est qu'à un point de vue élevé et général que 
l'on peut arriver à embrasser l'ensemble du terrain dans ses 
véritables limites. A part quelques perturbations locales peu impor- 
tuntes, il se présente avec une régularité qui n'est pas habituelle 
pour des couches aussi anciennes. 11 offre, notamment dans son 
ensemble, une inclinaison générale qui le porte aux environs du 
Sud, et dont la valeur varie du modéré au fort, en atteignant quel- 
quefois celle de 90" en vertu de laquelle ses strates prennent la 
position verticale. 

LMuégal développement du terrain dont il s'agit ne permet 
pas d'en fixer précisément la puissance. En adoptant le chiffre de 
3,000 mètres, il y a lieu de croire que l'on serait au-dessous de 
sa valeur moyenne. 

Il serait difficile, dans l'état actuel des observations , d'aller 
jusqu'à distinguer des étages dans cette formation. On y trouve 
çà et là des traces des trois systèmes cambrien, silurien et dé- 
vonien; mais ces traces ne constituent pas des zones distinctes, 
comme dans les Pyrénées centrales. 

Toutefois, on peut dire que le type dévonien domine. Dans cet 
état de choses, nous représenterons cette bande sur la Carte par 
une seule teinte, conforme à celle qui a été adoptée pour la Carte 
géologique dR France . 

L'étage cambiien est indiqué par des schistes cristallins qui 
sont maclifères au-dessus de Montfort, au contact du granit, et où 
ils sont suivis au Nord par un système schisteux en partie ardoi- 
sier. Il y a d'un autre côté des schistes ardoisiers, des schistes 
noirs carbures et des calcaires que l'on peut regarder comme si- 
luriens, notamment ceux qui existent dans le ruisseau de Sainte- 
Colombe, en amont d'une crête dévonienne dont il sera question 



APERÇU DES PYRÉNÉES DE l'aUDE. 81 

plus loin. Il y a aussi, dans la montée de Sainte-Colombe à Ro- 
quefort, et sur les rives de l'Aude en amont des bains d'Usson, au 
contact du granit, des schistes et des calcaires rubanés qui doi- 
vent être de celte époque. 

Enfln, les ramifications du Rebenti au fond de la forêt de Lafajole 
coulent dans des schistes noirs carbures, chargés de pyrite, qui 
ont nn faciès silurien très-prononcé. 

Mais ces indices cambriens et siluriens ne forment pas des zo- 
nes suivies que Ton puisse colorier sur une Carte. Il n'en est pas 
de même du système dévonien, qui laisse percer dans toute l'é 
tendue de la bande les traits caractéristiques qu'on observe dans 
les terrains de cet âge occupant des régions classiques dans 
les Pyrénées, parmi lesquels nous citerons la vivacité des couleurs 
verte et rouge des schistes, la structure amygdahne de quelques 
calcaires et l'association de teintes blanches à la couleur rouge 
clair, qui est prononcée dans le marbre de Gaune portant le 
nom ù-'incarnat. 

Nous n'avons du reste aucun fossile pour appuyer nos déterrai- 
nations, et nous nous estimons heureux que les propriétés litholo- 
giques, jointes au rapport de position, puisseutnous permettre d'é- 
tablir notre zone de transition , bien que sa caractérisation rest'3 
encore dans un vague qui dépend en partie de la nature même 
des choses. Cette circonstance nous trace la marche à suivre dans 
ja courte description que nous allons donner du terrain dont il 
s'agit. Il ne peut être question de le décrire étage par étage, mais 
bien d'en faire connaître l'ensemble et la composition dans lis 
principales régions où nous l'avons observé, savoir, en procédant 
de l'Est à l'Ouest: 

1° Au sud de Montfart; 

2° Au sud de Sainte-Colomba -sur-Guetto; 

3" A la montée de Cesse au Bousquet; 

4*" A Usson, dans les escarpements de l'AuJe; 

5° Dans la vallée du Rebenti. 

[A continuer. ) 

VIII. 6 



82 



POliRQCOI L'ON RENCONTRE QUELQUEFOIS 

LES 

PIAITES m CALCAIRE ASSOCIÉES A CELLES DE LA SILICE 

Par M. Ch. CONTEJEAN', 
Professeur à la Faculté des Sciences de Poitiers. 



Dans une série de publications dont les principales figurent 
dans les Annales des sciences naturelles'^, je croisavoir démontré 
que la répartition spontanée des végétaux dépend de la nature 
chimique du sol, qui admet ou repousse certaines espèces 
suivant qu'il contient ou non telle substance soluble. Sans mé- 
connaître l'indispensable nécessité de la potasse, du fer, du 
phosphore et des autres principes minéraux habituels, je fais 
voir que les faits de dispersion s'expliquent par l'hypothèse de 
l'action prépondérante, sinon exclusive, de la soude et de la 
chaux. Si l'on met hors de cause les espèces indifférentes à la 
nature du milieu, il ne reste plus, en effet, que des plantes amies 
de la soude ou maritimes (halophytesdes auteurs), et des plantes 
terrestres, repoussées par cette substance, et, parmi ces der- 
nières, des plantes calcicoles ou amies de la chaux, et des cal- 
ci fuges, repoussées par cette substance. Il en résulte que les 
~ halophytes occupent les lieux salés, que les calcicoles s'attachent 
aux sols calcaires, et que les calcifuges se trouvent reléguées sur 
les terrains qui ne renferment pas de chaux. Comme ces der- 
niers sont presque toujours siliceux, on désigne quelquefois les 
calcifuges sous le nom de plantes delà silice ou silicicoles. 

Cette répartition des végétaux spontanés soufFre très-peu 
d'exceptions. Les plus habituelles consistent dans un véritable 

* Cette Note a été présentée à la réunion des Sociétés savantes. 

^ De Vinjluencedu terrain sur la végétation, dans Annales des Sciences natu- 
relles, Botanique, 5^ série, tom. XX, pag. 266 ; et (deuxième Mémoire) 6° série, 
tom. II, pag. 222. 



PLANTES DU CALCAIRE ET DE LA SILICE. 83 

mélange des calcicoles et des calcifuges, qui croissent ensemble 
dans un môme sol, et souvent côte à côte. Citons quelques 
exemples. 

r Le sable siliceux pur de la forêt de Châtellerault (Vienne) 
nourrit quelques calcicoles, notamment le Cynanchum Vlncetoxi- 
cum, assez abondant mais toujours rabougri. 

2*^ Le diluvium du Poitou et de l'Angoumois est occupé par 
la flore de la silice {Ulex, Sarothamnus , Erlca, Jasione, Aira 
flexiiosa, etc.), mais il accueille çà et là des calcicoles telles que 
Helleborus fœtidus, Heliatithemum pulverulentum , H. salicifoHum, 
Cytlsus suplnus, Hippocrepis comosa, Buplevrum aristatum, Teu- 
crium monlanum, T. chamasdrys, Globularia vulgaris, Phleum 
Boehmerl, etc. Il est vrai que ces plantes n'apparaissent qu'à l'ex- 
trémité fort amincie des charriages diluviens, au milieu desquels 
la roche calcaire se montre fréquemment à nu. 

30 Sur le granité de Garslbade (Bohême), M. le professeur 
R. Braungart signale' , avec les Sarotha7nnii^ scoparius, Orobus 
tuherosus, Calluna, Jasione, Dlgitalis purpurea, Aira flexuosa, 
Asplenium septentrionale, et autres plantes de la silice, une très- 
nombreuse cohorte de plantes du calcaire, parmi lesquelles : 
Thalictrum aquilegifolium, Arabis hirsuta, Orobus vernus, Coro- 
nilla varia, Cojiyza sguarrosa, Cynanchum Vincetoxiciwi, Daphne 
Mezereum, Mercurialis perennis, Melica nutans. La liste des 
espèces de ce granité est très-longue, et partant très-concluante ; 
on y remarque tant de calcicoles que de calcifuges. 

4° L'îlot granitique de Ligugé (Vienne), de toutes parts dominé 
par les assises calcaire de l'oolite inférieure et du lias, offre une 
association de calcicoles et de calcifuges comparable à celle de 
Garlsbade, à cette différence près que les plantes de la silice 
dominent ici de beaucoup. Ce sont entre autres : Teesdalia nu- 
dlcaulis, T. lepidium, Arenaria rubra, Spergula pentaiidra , 
Mœnchia erecta, Ulex, Sarothamnus, Orobus tuberosus, Ornitho- 
pus perpusillus, Fllago minima, Andryala sinuaia , Jasione , 

^ Geobotanisch-landwirtschafftliche Wanderungen in Boehmen (Jahrbuch fur 
œsterer Landwirthe, 1879). 



84 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

Ërica, ùigitalis purpurea, Rumeœ acetosella, Aiia caryophyllea, 
A .prœcoœ, Vulpia sciuroides ^ Nardurus Lachenalii, Asplenium sep- 
tentrionale. Mais on y voit aussi: Aquilegia vulgaris, Arahis hir- 
suttty CoïoniUa varia ^ Seseli montanum, Cirsium eriophorum^ 
Asperula cynanchica, Stacliys recta ^ Teucrium cham3edrys,Phleum 
Boehmeri, toutes calcicoles à divers degrés. 

Il faut avouer que le botaniste qui se trouve subitement en 
face de telles promiscuités éprouve un singulier étonnement ; 
le doute ne tarde pas à envahir son esprit, et il se demande avec 
anxiété si le terrain exerce une influence réelle et si les lois aux- 
quelles on a cru si longtemps n'existeraient que dans l'imagina- 
tion de ceux qui les ont inventées. Cependant l'explication de ces 
anomalies apparentes est bien simple; la voici en peu de mots : 
dans tous les cas analogues, le sol renferme assez de chaux 
pour suffire aux calcicoles et n'en contient pas assez pour repousser 
les calcifuges. 

La plupart de ces dernières, en effet, ne sont exclues que par 
une proportion de 4 à 5 centièmes de chaux, et les plus délicates 
en tolèrent encore 2 à 3 centièmes, tandis que les calcicoles s'in- 
stallent fort bien sur des terrains siliceux où l'analyse n'en dé- 
couvre que des millièmes et même des dix-millièmes. A Garls- 
bade, le granité renferme de l'oligoclase, qui donne du calcaire 
en se décomposant, et le sol, analysé sur trois points diff'érents, 
contient 109,80 et 51 dix-millièmes de chaux. Plusieurs essais 
du diluvium du Poitou ont indiqué une quantité de cette base 
oscillant entre 76 et 41 dix-miUièmes. Le sable de Châtellerault 
en accuse 9 dix-millièmes, mais c'est là une limite extrême, 
les calcicoles qu'on y rencontre, et notamment le Cynanchum, 
restant toujours déprimées et rabougries. A Ligugé, le granité 
renferme également du feldspath ohgoclase. Un morceau du poids 
de 79^'',5, qui commençait à s'altérer, a fourni 54 milligram. 
de carbonate de chaux. Mais il devait en produire davantage 
en réalité, parce que la pulvérisation, gênée par les grains de 
quartz et les cristaux de feldspath non décomposés, était assez 
grossière , parce que l'altération de la roche se trouvait peu 



PLANTES DU CALCAIRE ET DE LA SILICE. 85 

avaucéo, enfin parce que les plaies avaient dû entraîner une 
certaine portion du calcaire au far et à mesure qu'il se formait, 
le fragment analysé ayant été ramassé à la surface. La terre 
même du massif granitique, prise sur sept points différents, m'a 
donné une proportion de chaux variant de 40 à 27 dix-millièmes. 
Chose remarquable, c'est toujours au milieu des calcicoles qu'il 
y en avait le moins, comme si ces plantes eussent déjà épuisé un 
sol qui ne leur fournil qu'avec une extrême parcimonie un de 
' leurs aliments les plus indispensables. 

On ne doit pas être surpris qu'une proportion aussi minime de 
chaux suffise pour fixer certaines calcicoles, si l'on considère 
qu'en somme cette chaux existe dans les moindres parcelles du 
terrain, et si l'on songe qu'il faut encore bien moins de soude 
pour fixer les plantes maritimes. Sur nos plages du Sud-Ouest, 
beaucoup d'halophytes ( Mathiola sinuata , Cakile maritima , 
Arenaria peploides, Crithmum maritimum, Eryngium mariti' 
mum, Convolvulus soldanella, Salsola kali, Atripleœ crassifoUa, 
Euphorbia Paralias, etc.) croissent dans des sables qui ne trou- 
blent pas la dissolution de nitrate d'argent, et où l'analyse optique 
a peine à découvrir de la soude. Cette même analyse montre que 
beaucoup de plantes de la flore terrestre renferment de la soude 
dans leurs racines et que celles des eaux douces en contiennent 
dans toutes leurs parties immergées, et cependant le sol n'en 
accuse pas le moindre vestige. La quantité de chaux qui peut 
suffire aux calcicoles est donc énorme, en comparaison de celle 
de soude que trouvent les halophytes sur certaines plages mari- 
limes et surtout en comparaison de celle que les plantes de la 
flore terrestre savent extraire de miheux non salés en appa- 
rence. On voit, en dernière analyse, que plus les principes mi- 
néraux nécessaires à l'installation des plantes sont solubles, pins 
minime peut en être la proportion dans le sol. 

Une dernière remarque. Ce serait une erreur de croire que la 
végétation du ealcaire s'introduisit dans les régions granitiques 
dès que la roche fournit quelques milUèmes de chaux. Les plantes 
de la silice, qui se multiplient avec une profusion sans égale, 



86 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

opposent un obstacle invincible à l'installation des calcicoles, 
lesquelles d'ailleurs ne s'aventurent pas volontiers sur des 
terrains ne pouvant leur offrir qu'une maigre alimentation. 11 
faut un concours de circonstances particulières pour déterminer 
un établissement durable, et ces circonstances ne se présentent 
que dans les localités où, comme à Ligugé, un granité nu et 
compacte (dysgéogène) se trouve étroitement enclavé dans le 
calcaire. Donc, rien d'étonnant si l'on n'observe que les plantes 
de la silice dans l'intérieur du plateau central de la France, où 
il existe sans doute des granités à oligoclase, produisant autant 
et plus de chaux que ceux de la Garlsbade et de Ligugé. 



Nous recevons la lettre suivante de M. le Professeur 
P. de Rouville, à qui nous avons, sur sa demande, communiqué 
l'article de M. Fontannes. 

Monsieur le Directeur, 

Vous avez bien voulu me communiquer l'intéressant travail de 
M. Fontannes, qui fait connaître la faune du dépôt de marne bloue 
marqué K dans ma Note sur le sol de Montpellier. Je suis heureux 
de ce complément paléontologique d'une note exclusivement strati- 
graphique ; je me permets seulement de réclamer contre une affir- 
mation trop absolue que me prête M. Fontannes, à l'endroit delà 
provenance des marnes du dit dépôt. Je n'ai pas affirmé qu'elles 
fussent entraînées de l'assise qui repose en amont du pont de Juvignac; 
j'ai simplement dit : ces masses sembleraient au premier abord avoir été 
entraînées du gisement de marne que supporte en amont le calcaire 
moellon. 

N'aimant pas àdépasser les limites de l'observation, je tiens à cette 
rectification et je vous serai reconnaissant, Monsieur le Directeur, 
de vouloir bien l'introduire dans le présent numéro. 

Votre tout dévoué, 
P. DE Rouville. 



REVUE SCIENTIFIQUE. 

TRA.VAUX FRANÇAIS. — Zoologie. 



— Des recherches sur le foie des Mollusques céphalopodes (Compt. 
rend. AcacL, 10 février 1879) ont été entreprises par M. Jousset de 
Bellesme. Chez ces Mollusques, la glande appelée foie « est une 
glande digestive destinée à transformer uniquement les matières 
albuminoïdes dont » les Céphalopodes font leur aliment habituel, « et 
sans action sur les matières grasses et amylacées». Cette glande 
n'offre aucune analogie avec le foie des Vertébrés. Nous devons dire 
que la présente Communication vient confirmer les faits signalés par 
l'auteur, il y a quelques années, pour le Carcinus mxnas et YAstacus 
fluviatilis ^ et établis par M. Plateau dans ses recherches sur les 
Arachnides et les Myriapodes. 

— Nous mentionnerons [Compt, rend. Acad., 10 février 1879) la 
Communication de M. Aug. Charpentier sur la sensibilité de l'œil à 
l'action de la lumière colorée plus ou moins additionnée de lumière 
blanche, et sur laphotométrie des couleurs^ et celle de M. Laulanié sur 
l'ossification soiùs-périostique, et particulièrement sur le mécanisme de la 
formation des systèmes de Havers, dans l'os périostique. 

— Depuis longtemps [Compt. rend. Acad., 17 février 1879) déjà, cer- 
taines analogies entre un muscle et l'appareil d'un Poisson électrique 
avaient frappé les physiologistes; mais les mêmes analogies existent- 
elles entre leur fonctionnement intime? Les expériences de M. Marey 
démontrent l'homologie des fonctions électrique et musculaire. 

Pour constater si la multiplicité des flux électriques s'observe chez 
toutes les espèces de Poissons à décharges, M. Marey a opéré sur un 
Gymnote. Les résuUal;s obtenus par le tracé graphique ne diffèrent 
en rien de ceux enregistrés chez la Torpille. 

De plus, M. Marey a eu recours au téléphone pour analyser la dé- 
charge des Poissons électriques : « la décharge de la Torpille donne 
lieu à un son perceptible à distance, mais dont la tonalité est difficile 
à déterminer»; elle semble voisine de mi. 

Nous pensons avoir donné une idée suffisante de la discussioa entre 
MM. Pasteur et Berliielot au sujet de la Note poslliume de Gl. Bernard ; nous ne 
les suivrons donc pas dans leurs Communications. 



88 REVUE SCIENTIFIQUE. 

— C'est, d'après M. L. Frédéricq, de même que pour M. P, Bert 
'(Compt. rend. Acad., 17 février 1879), dans une Note sur l'innervation 
respiratoire chez le Poulpe, la masse nerveuse sous-œsophagienne qui 
est le centre de cette innervation ; de cette masse, en effet, se détachent 
les nerfs moteurs des muscles respiratoires. Les mouvements respi- 
ratoires « semblent être purement réflexes, c'est-à-dire consécutifs 
à des impressions sensitives transmises au centre respiratoire par les 
nerfs viscéraux. » 

— Continuant ses recherches [Compt. rend. Acad., 17 février 1879), 
M. E. Yung a étudié les fonctions de la chaîne ganglionnaire des 
Décapodes [Homard, Écrevisse , Crabes, etc.). Il a constaté qu'une 
égale sensibilité existe sur toute la longueur et sur toutes les faces des 
masses ganglionnaires et des connectifs,« et que les racines des nerfs 
irradiant de la chaîne sont à la fois sensibles et motrices. « Chaque 
ganglion est un centre de sensibilité et de mouvement pour le seg- 
ment du corps auquel il appartient »; toutefois, si on l'isole des gan- 
glions qui le précèdent, la sensibilité est rendue inconsciente et les 
mouvements réflexes; le ganglion sus-œsophagien ou cerveau est le 
centre moteur et sensitif pour les appendices céphaliques, tandis que 
le ganglion sous-œsophagien remplit le même rôle pour toutes les 
pièces masticatrices et les pattes-mâchoires. La moitié droite des 
ganglions de la chaîne, y compris le cerveau, agit sur la moitié droite 
du corps; il en est de même de la moitié gauche, qui agit sur la partie 
correspondante ; les fibres nerveuses ne s'entre-croisent pas dans 
leur parcours. 

La volonté et la coordination des mouvements reconnaissent pour 
siège le cerveau. Aussi, si l'un des lobes de celui-ci est lésé, voit-on se 
produire des mouvements de manège du côté lésé vers le côté sain, 
mouvements qui se changent en mouvements de culbute en avant 
par l'ablation de cet organe. Le cerveau n'a pas d'action directe sur 
les mouvements du cœur ; « ils sont accélérés par une excitation élec- 
trique portée sur les connectifs de l'anneau œsophagien, d'où le cou- 
rant dérive sur le ganglion stomato-gastrique et le nerf cardiaque 
(nerf décrit par Lemoine ). Ils sont retardés par l'excitation électrique 
des ganglions thoraciques. » 

—M. Joliet [Compt. rend. Acad., 24 février 1 879) dérritcomme organe 
de segmentation, dans tout le groupe des Bryozaires endoproctes, le 
canal vibratile signalé, en 1877, par Hatschek et comparé par lui aux 
organes vibratiles des Rotateurs. 



TRAVAUX FRANÇAIS. ZOOLOGIE. 89 

— Il faut, d'après M. L.-C.-'E. Gosmovici [Compt. rend. AcacL, 24 
février 1879), et nous appellerons l'examen des zoologistes sur sa 
Communication, distinguer deux parties dans les poches glandulaires 
qu'on trouve à l'intérieur du corps des Annélides polychœtes séden- 
taires : l'une glanduleuse, débouchant au dehors par un pore propre 
et contenant des cristaux d'acide urique : c'est un organe urinaire ou 
corps de Bojanus ; l'autre, non glandulaire, formée d'un pavillon à 
deux lèvres terminé par un canal venant s'appliquer sur un point de 
la surface de la première partie : c'est l'organe segmentaire. Ces deux 
parties possèdent une communication dans le point d'attache. Le 
nombre de poches varie avec les genres. 

Quant aux œufs et aux spermatozoïdes, ils se produisent dans des 
glandes spéciales en relation intime avec des vaisseaux sanguins. A 
l'époque des repos, on ne remai-que dans ces glandes qu'un certain 
nombre de petits acini, d'une structure peu distincte; mais, vers le 
commencement de la belle saison, les glandes commencent à entrer 
en travail. Par suite de ce travail, « la glande prend la forme d'une 
grappe et les œufs les plus mûrs arrivent à la périphérie » ; ils tom- 
bent dans la cavité du corps. Les mêmes phénomènes s'observent 
pour les testicules : les spermatozoïdes suivent l'évolution bien con- 
nue. La ponte s'accomplit par les organes segmentaires. 

— Une Note de M. G. Carlet (Compt. rend. Acad., 24 février 1879) 
a pour objet l'étude des écailles des Poissons osseux. Il a eu recours 
pour cette étude à la coloration des écailles par le picrocarminate 
d'ammoniaque et à l'action de la lumière polarisée. 

— Chez le Tatou à neuf bandes [Compt. rend. Acad. ,3 mars 1879), les 
fœtus, au nombre de quatre, sont tous logés dans un chorion 
commun. M. Alph. Milne-Edwards nous dit que ce fait peut être 
expliqué de plusieurs manières ; l^par la pluralité des ovules pouvant 
être renfermés dans la vésicule de Graaf : « ces ovules pourraient 
être tous englobés sous une même couche granuleuse; puis cette cou- 
che, accompagnant ce groupe d'ovules dans l'oviducte et enfin dans 
l'utérus, pourrait s'organiser en chorion primitif commun »; 2° par la 
disparition de la couche granuleuse de chaque ovule et par l'inclusion 
des quatre ovules fécondés dans un dépôt plasmique fourni par les 
parois de l'oviducte ou de l'utérus, en supposant toutefois un non-dé- 
veloppement ou une résorption du chorion secondaire ou amnioti- 
que ; 3° par la confusion des faux amnios des quatre embryons dans 
leur point de contact, puis par leur résorption partout ailleurs qu'à la 



90 REVUE SCIENTIFinUE. 

périphérie, là où ils auraient été logés à la face du chorion primitif. 
M. Alph. Milne-Edwards incline à adopter cette dernière solution. 

— On comprend [Com'pt. rend.Acad.^ 3 mars 1879) tout l'intérêt qu'il 
y aurait à obtenir, ce qui n'a pu être fait jusqu'à aujourd'hui, des pré- 
parations permanentes d'Infusoires. C'est pour leur conservation 
qu'un procédé, reposant sur l'emploi des vapeurs d'acide osmique, 
est indiqué par M. A. Certes. Diinker, de Berlin, a gardé le secret 
des moyens qu'il emploie pour obtenir un résultat semblable; M. Cer- 
tes croit devoir « faire connaître une méthode de conservation simple, 
que chacun peut employer avec succès, et qui s'applique aux Rota- 
teurs, aux Anguillules, à certaines Algues, aussi bien qu'aux Infu- 
soires » . 

— Les recherches de M. Ch. Rouget {Compt. rend. Acad., 20 jan- 
vier et 17 mars 1879) qui ont eu pour objet le développement des 
œufs et de l'ovaire chez les Mammifères, après la naissance, l'autori- 
sent à conclure à « l'existence dans l'ovaire d'un appareil représen- 
tant les cordons séminifères du testicule » et au rôle important qu'il 
joue dans le développement des ovules avant et après la naissance. 

M. Rouget établit ensuite que « la présence d'ovules, comme élé- 
ments essentiels du testicule, constatée d'abord par Balbiani chez les 
Plagiostomes et récemment, par le même observateur, chez des em- 
bryons de Mouton de 9 centim., apparaît comme une condition 
constante de l'organisation de la glande mâle chez les Mammifères, 
chez l'homme, et, selon toute probabilité, chez tous les Vertébrés ». 

— Les conclusions {Compt. rend. Acad., 17 mars 1879) résultant des 
observations de M. Couty sur la non-excitabilité de l'écorce grise 
du cerveau peuvent se résumer ainsi : la substance de cette écorce 
ne joue aucun rôle dans les phénomènes produits par l'excitation de 
la surface du cerveau, a L'influence de l'irritation ou des lésions de 
certains points de l'écorce grise cérébrale est transmise par les fibres 
blanches à des éléments situés plus bas, dans le bulbe et la moelle, 
éléments qui sont seuls en rapport direct avec les appareils muscu- 
laires, et c'est par l'intermédiaire des modifications passagères ou 
durables de ces éléments bulbo-médullaires que les lésions corti- 
cales peuvent quelquefois déterminer des troubles des mouvements 
des membres. » 

— Une Note {Compt. rend. Acad., 17 mars 1879) pour servir à 
l'histoire des expansions pédonculaires est présentée par M. Bitot. 



TRAVAUX FRANÇAIS. — ZOOLOGIE. 91 

— MM. Ch. Legroset E. Magitot {CompL rend., 17 mars 1879) ont 
étudié la morphologie du follicule dentaire chez les Vertébrés. 

— L'existence de granules amyloïdes dans le jaune de l'œuf (Compt. 
rend. Âcad.^ 17 mars 1879), signalée en 1866 par M. G. Dareste, est 
confirmée par le même embryologiste. Les réactions chimiques pré- 
sentées par les granules qui existent dans le jaune avant l'incubation 
sont celles de l'amidon ; leur insolubilité dans l'alcool et dans l'éther 
ne permet pas de les confondre avec la lécithine. M. Dareste n'a 
jamais pu isoler complètement ces granulations des substances coexis- 
tant avec elles dans les globules jaunes dans lesquels on les ren- 
coutre ; il rapporte le procédé qui lui réussit le mieux pour leur étude. 

— M.Poincaré (Compt. rend. Acad., 24 mars 1879) signale la pré- 
sence dans le sang et les tissus, sous forme sphéroïdale, de certains 
liquides non miscibles à l'eau et ayant pénétré par la voie pulmo- 
naire: sulfure de carbone, essence de térébenthine , nitro-benzine. 

— Pour M. Dastre [Compt. rend. Acad., 7 avril 1879), les granules 
de rœuf sont des concrétions cristallines de corps gras, particulière- 
ment de corps gras phosphores, de lécithine; ces granulations ne 
renferment pas d'amidon. A cette occasion, M. Dastre reproche à 
M. Dareste d'avoir, en signalant la présence de cette dernière substance, 
invoqué le bleuissement par l'iode comme principal caractère de l'ami- 
don, car l'amidon animal ne bleuit pas, mais rougit par l'action de 
ce corps. Il faudrait donc voir dans les prétendus granules amyloïdes 
de l'amidon végétal qui passerait de l'ovaire de la Poule et des Rep- 
tiles dans le vitellus de l'œuf. 

— M. Arm. Moreau [Compt. rend. Acad., 7 avril 1879) lit à l'Aca- 
démie un Mémoire intitulé : Analyse physiologique de l'action des sul- 
fates de magnésie et de soude. 

— Nous avons déjà dit que des poches contractiles excrétoires 
Ann. Se. nat., 6^ sér., tom. VII, n"' 5 et 6) ont été rencontrées 
par les R. P. Rathouis et Ij. Heude, sur les Trionyx de Chine et sur 
l'Emys Reevesii. 

Les poches, dans le premier genre, «sont au nombre de six, trois 
de chaque côté, deux latérales et une antérieure, appuyées contre la 
paroi interne du bouclier ». Chacune d'elles est pourvue d'un canal 
excréteur qui débouche au dehors par un trou généralement très- 



92 REVUE SCIENTIFIQUE. 

petit, situé à l'angle de bifarcation des deux apophyses antérieures 
et postérieures de la paire double ; leurs canaux, excepté le canal de 
celle de devant, qui s'ouvre sur le bord même du bouclier, pénètrent 
avant leur terminaison dans un petit canal de l'os. Les conduits qui 
reçoivent le sang d'une branche de la sous-clavière permettent, en les 
injectant, de remplir les poches de liquide ; le P. Rathouis les a tou- 
jours trouvées complètement vides. 

Chez VEmys Reevesii, les deux poches antérieures font défaut; cette 
espèce n'en possède que quatre. « On les rencontre fortement adhé- 
rentes au périoste, dans de petites logettes situées dans les angles 
rentrants du plastron, à l'endroit où il s'appuie sur le bouclier. Une 
forte plaque de graisse grise et molle les masque d'ordinaire et les 
dérobe à la vue». Leur canal excréteur est entièrement plongé dans 
le canal osseux et son tour d'ouverture est placé «près de la ligne où 
s'arrête la peau et sur le bord de la plaque inguinale en arrière, de la 
plaque axillaire en avant». 

Le R. P. Rathouis nous dit ne pouvoir fournir une interprétation 
de l'humeur sécrétée par ces organes. 

— M. Alph. Milne-Edvvards (Ann. Se. nal., 6^ sér., toni. VII, 
n"' 5 et 6) donne la description d'une nouvelle espèce de Pera?ne/e5, 
provenant de la Nouvelle-Guinée, qu'il désigne par le nom de P. 
Raffrayana. 

— La présence des dents armant le gésier du Carpophaga Goliath, 
de la Nouvelle-Calédonie, déjà signalée par Verreaux, est confirmée 
par M. H. Viallane [Ann. Se. naî., 6" sér., n°' 5 et 6) dans une Note 
sur le tube digestif de ce représentant des Golombides. Il a constaté 
que le gésier du Carpophaga en question « présente intérieurement 
deux surfaces garnies de dents et mobiles l'une sur l'autre, grâce aux 
muscles qui les doublent: ce sont les parois antérieure et postérieure; 
deux surfaces garnies de dents et immobiles : ce sont les parois supé- 
rieure et inférieure». Ces dents sont portées par un revêtement corné, 
jaunâtre, garni de replis longitudinaux, qui tapisse le gésier dans 
toute son étendue ; elles ont la forme de petits cônes mesurant 0"',003 
à leur base , hauts de 0'",003, aplatis et un peu recourbés et offrant 
ime dureté comparable à celle de la corne de bœuf. Gomme le revête- 
ment corné qui les supporte et dont elles ne sont qu'un épaississe- 
ment, ces sortes d'épines sont formées d'une substance sans structure 
et disposée en lits stratifiés. 



TRAVAUX FRANÇAIS. — ZOOLOGIE. 93 

— Les plumes {Aiin. Se. nat., 6e sér. , tom. VII, n°' 5 et 6) de l'occi- 
put et de la gorge da Lophorina superba e.xécatent, comme on le sait, 
des mouvements très-étendus. Il a paru intéressant à M. H. Viallano 
d'étudier les muscles peauciers de cette espèce d'Oiseaux; elles lui ont 
présenté une disposition tout à fait curieuse. Il décrit au nombre des 
muscles peauciers du cou, région qui possède ces muscles dans leur 
plus grand développement et leur plus grand nombre, en entrant 
dans des détails très-précis sur leur forme et leur trajet: 1° un muscle 
dont l'analogue se rencontre cbez le Goëland et qu'on doit assimiler 
à un sterno-hyoïdien dont les fibres de la portion moyenne seraient 
venus s'accoler à la peau. Les plumes de la base du cou sont profon- 
dément implantées sur la surface de ce muscle nettement circonscrit, 
grâce aux contractions duquel elles peuvent exécuter des mouve- 
ments étendus ; — 2" un muscle latéral désigné par le nom de tem- 
poro-alaire, mettant en mouvement les plumes de la région latérale 
du cou : l'auteur n'a trouvé nulle part l'analogue de ce muscle pré- 
sentant les dispositions les plus curieuses ; — 3° le cléïdo-métacar- 
pien, très-peu développé; — 4° lecléïdo-épicondylien, beaucoup plus 
développé : il est à noter que «le tendon de ce muscle ne contracte 
aucune adhérence avec la membrane alaire et ne lui envoie aucune 
expansion fibreuse; — 5" le fronto-iliaque, n'atteignant son entier dé- 
veloppement que chez le Lophorina et mettant en mouvement les 
plumes do la région postérieure du cou; — 6° enfin, un muscle assi- 
milé par quelques anatomistes, chez plusieurs Oiseaux dans lesquels 
lia été depuis longtemps signalé, à la portion inférieure du sterno- 
cléïdo-mastoïdien des Mammifères, et que l'auteur est porté à consi- 
dérer par sa disposition comme un analogue du trapèze claviculaire . 
Le rôle principal de ce muscle ne semble pas être d'agir sur les tégu- 
ments. 

Quant à la rangée de plumes plus longues et plus profondément 
implantées que les autres (les parures), elles sont mises en mouvement 
par un peaucier décrit depuis longtemps sous le nom de muscle des 
parures. On observe aussi, chez le Lophorina, la présence du tenseur 
de la membrane axillaire ; mais, chez cet Oiseau, aucun de ces deux 
derniers muscles n'acquiert un développement remai'quable. 

— Les caractères individuels des Crustacés nouveaux des côtes de 
France décrits par M. Hesse dans les mêmes livraisons des Annales 
sont assez différents « pour que l'on soit embarrassé de choisir parmi 
eux un type sur lequel on puisse s'appuyer pour établir leur déter- 
mination». Mais tous ont le corps entièrement renfermé dans les val- 



94 REVUE SCIENTIFIQUE. 

ves d'une carapace conchiforme, de telle sorte qu'il paraît certain 
qu'ils appartiennent à la légion des Branchiopodes et à l'ordre des 
Gladocères. M. Hesse a cru devoir créer pour eux une nouvelle 
famille sous le nom de Copêchétiens et un nouveau genre sous celui 
de Copechœte. Cette famille se distingue de celle des Bosminidiens, 
créée par Baird, avec laquelle elle offre les plus grands rapports, par 
l'absence d'une tache oculiforme précédant les yeux, comme chez les 
Lyncéens, les Monospi liens et les Drépanotrichiens ; par la confor- 
mation des pattes thoraciques, « larges et plates, armées de griffes 
robustes, de pointes de poils ciliés et garnies de longues soies crini- 
formes divergentes et remplissant les fonctions de rames natatoires », 
particularités qui n'existent pas chez les Bosminidiens; parla forme 
delà coquille, ovale-allongée ou arrondie postérieurement, mais ja- 
mais tronquée, unie ou rugueuse et ne présentant pas d'épines fortes 
et saillantes à la partie postérieure; enfin et surtout par la terminai- 
son de l'extrémité abdominale, qui « est brusquement tronquée au 
bout, et est entourée d'un bourrelet circulaire armé d'une rangée de 
griffes longues et légèrement recourbées » . 

M. Hesse fait rentrer dans le genre Copechœte quatre espèces qu'il 
a récemment découvertes sous les pierres du rivage, aux environs de 
Brest, parmi les Fucus ou dans l'estomac des Poissons et des Acalè- 
plies; ce sont : C. elongata , C. af/înis , C. fissa et C. armoricana. 
Ces espèces, sauf le C. a/finis, qui est un peu plus grand, ont 4 millim. 
de longueur sur 2 de largeur. 

— Chez le Pseudope de Pallas (inn. Soc. nat., 6^ sér,, tom. VII, 
n"^ 5 et 6) les membres antérieurs font entièrement défaut, mais il 
possède un sternum et une épaule rudimentaires. La région cer- 
vicale du Pseudope «étant très-courte, nous dit M. H.-E. Sauvage, 
et composée seulement de trois vertèbres, comme chez beaucoup de 
Sauriens du reste (Lacerta ocellata, Uromastix spinipes^ Draco lineatus, 
Phrynosoma cornutum^ Plestiodon Aklrovandi, Agama colonorum, etc.), 
l'appareil sternal est rapproché de la tête; la région dorsale est, par 
-contre, fort longue : 51 vertèbres; la région lombaire ne se compose 
que d'une seule vertèbre ; la région sacrée est formée de deux os. Le 
nombre des vertèbres caudales est considérable et s'élève jusqu'à 122, 
ce qui fait que la colonne vertébrale comprend 179 vertèbres. 

L'appareil sternal du Pseudope se compose, suivant la nomencla- 
ture adoptée par M. K. Parker, de deux pièces impaires, un intercla- 
vicule et un sternum, et de six pièces paires, les clavicules, les scapu- 
laires, les supra-scapulaires, les coracoïdiens et les précoracoïdiens. 



TRAVAUX FRANÇAIS. — ZOOLOGIE. 95 

M. Sauvage énumère les dispositions spéciales des diverses pièces 
de l'appareil sternal, et remarque que parmi elles la clavicule et 
l'interclavicule seules sont osseuses ; le coracoïde est à demi osseux, 
les autres pièces restent à l'état cartilagineux. Le méso-sternum 
et le xiphisternum manquent complètement. 

Les pièces que nous venons d'énumérer fournissent insertion à des 
muscles qui d'autre part s'attachent à l'appareil hyoïdien, et qui 
sont innervés par les deux premières paires cervicales. L'hyoïde est 
réduit aune partie triangulaire donnant a un grêle et court prolonge- 
ment antérieur, et à deux cornes longues et arquées, divergeant sous 
un angle prononcé du corps de l'hyoïde, auquel elles sont réunies 
par une articulation assez lâche». 

Parmi les muscles hyoïdiens, on peut compter : un muscle analo- 
gue du géni-hyoglosse, décrit par M. Sanders chez le Phrynosome 
cornu; puis le mylo-hyoïdien, qui ne tarde pas à être recouvert par 
le maxillo-hyoïdien. De son côté, l'appareil sternal donne insertion 
à cinq muscles : un muscle que l'on doit considérer comme l'analo- 
gue du sterno-hyoïdien, que l'auteur cité plus haut a signalé toujours 
chez le Phrynosome cornu; un coraco-hyoïdien, assimilable à l'omo- 
hyoïdien, un cléïdo -mastoïdien , un muscle désigné sous le nom de 
scapulo-hyoïdien, et un costo-claviculaire paraissant être l'analogue 
d'un sous-clavier. 

Enfin, M. Sauvage signale, bien que ne faisant point partie de l'ap- 
pareil sternal, «la présence d'un muscle long et de forme pyramidale, 
étendu de chaque côté de la colonne vertébrale et profondément situé». 
Quant au plexus brachial, il va sans dire qu'il n'existe pas. 

— Un Mémoire du D' Mathias Duval [Ann. Se. nat., 6^ sér,, 
tom. VII, n°^ 5 et 6) a pour titre Études sur la ligne primitive de V em- 
bryon du Poulet. 

Tous les embryologistes ont désigné sous le nom de ligne 'primitive 
l'épaississement linéaire qui apparaît sur le blastoderme dès les pre- 
mières heures de l'incubation et qui prend bientôt la forme d'une 
gouttière {gouttière primitive ; mais tous paraissent avoir confondu en 
une seule et même chose cette gouttière primitive q\. la gouttière plus 
large et plus profonde dont l'involution donnera naissance au système 
nerveux central, et qu'on a nommée pour cette raison gouttière méditl- 
/aire. Cependant ces deux formations sont parfaitement distinctes; 
elles se succèdent et coexistent pendant un certain temps, la gouttière 
primitive étant placée en arrière delà gouttière médullaire, sur son 
prolongement ; l'une donne lieu à l'origine d'organes tout à fait dif- 



96 REVUE SCIENTIFIQUE. 

férents de ceux qui se forment dans la région de l'autre ; bien plus, le 
blastoderme, dès le début, présente une constitution tout à fait diffé- 
rente dans la région de la gouttière primitive et dans la région de la 
gouttière médullaire (dite aussi région îergale). 

Il résulte en effet des recherches de l'auteur que la gouttière pri- 
mitive se développe dans la région postérieure de l'aire embryon- 
naire, et que, apparue environ à la quatorzième heure de l'incubation, 
elle atteint tout son développement à la dix-neuvième heure, c'est-à- 
dire déjà bien avant la fin du premier jour, tandis que la gouttière 
médullaire commence à apparaître seulement après la vingtième 
heure et seulement dans la partie antérieure de l'aire embryonnaire ; 
dès-lors, la gouttière médullaire poursuivant son évolution pour 
donner lieu à la formation du tube encéphalo-rachidien, la gouttière 
primitive au contraire commence à s'atrophier. 

Les Planches qui accompagnent ce Mémoire représentent parallèle- 
ment les blastodermes de divers âges yus en surface et vus en cou- 
pes, de sorte qu'elles permettent de lire directement par l'inspection 
des figures l'état du développement dans les diverses régions du 
blastoderme. On constate ainsi que les connexions des trois feuillets 
blastodermiques sont très-différentes dans la région de la gouttière 
médullaire et dans la région delà gouttière primitive : dans la pre- 
mière, le feuillet externe est nettement délimité, sans connexions avec 
le feuillet moyen, tandis que le feuillet moyen et le feuillet interne y 
sont à peu près soudés et confondus ; au contraire, dans la région de la 
ligne primitive, c'estle feuillet internequi est nettement limité, tan- 
dis que le feuillet moyen adhère au feuillet externe. Cette disposition 
permet de penser que le feuillet moyen se forme par des processus 
différents dans chacune de ces régions, aux dépens du feuillet externe 
dans l'une, aux dépens du feuillet interne dans l'autre. Bien plus, la 
corde dorsale, ce premier rudiment du futur squelette vertébral, se 
forme uniquement dans la région de la gouttière médullaire, et, 
comme le feuillet moyen de cette région, elle provient très-nettement 
du feuillet interne. 

Ainsi, la région de la gouttière médullaire devient la région dorsale 
de l'embryon, ayant pour axe la corde dorsale. Mais quel est le sort 
delà gouttière primitive? Elle est destinée à former l'orifice cloacal, 
l'anus, dont l'apparition est par conséquent très-primitive, précédant 
celle de toute autre partie du corps de l'embryon. C'est là du reste un 
point d'embryologie que l'auteur doit reprendre dans un Mémoire 
ultérieur, dont l'embryologie comparée doit fournir les principaux 
matériaux ; «peut-être, dit-il, la ligne en gouttière primitive du Poulet 



TRAVAUX FRANÇAIS. — ZOOLOGIE. 97 

n'est-elle pas sans analogie avec ce qui est connu sur le blastoderme 
des Batraciens sous le nom d'anus de Rusconi ». 

Les Planches, indispensables pour l'intelligence du texte, qui sui- 
vent le Mémoire, sont sorties des ateliers de la maison Boehm, de 
Montpellier, et dues à l'habile crayon de M. L. Combes. 

— Il résulte (in«. Se. nat., 6e sér., lom. VII, n»' 5 et 6) des expé- 
riences de M. N. Gréhant sur l'endosmose des gaz à travers les 
poumons détachés, que, dans cet état, le poumon « se comporte 
comme une somme de petits réservoirs membraneux agissant chacun 
isolément et se laissant traverser par les gaz, bien que les vésicules 
pulmonaires soient séparées de l'extérieur par une partie du paren- 
chyme pulmonaire et par le feuillet viscéral de la plèvre». 

— M. F. Bocourt [Aim. Se. nat., Q% sér., tom. VII, n°' 5 et 6) 
décrit trois espèces nouvelles de Sauriens scincoïdes : Lygosoma 
nigropunclaiuvi, Etimeces Fischeri, Euprepes ocellatiis. La première de 
ces espèces a pour habitat Whampoa, la seconde et la troisième sont 
d'origine américaine. 

— Enfin sont aussi insérés dans le même fascicule des ^;ina/e.j, 
des Mémoires de MM. J. Pérez [Sur la ponte de l'Abeille reine et la 
théorie de Dzierzon], André Sanson {Sur la parthénogenèse chez les 
Abeilles] et E. de Gyon [Fonctions des canaux semi-circulaires). Nous 
avons déjà donné un aperçu de ces travaux dans le Compte rendu 
de l'Académie des Sciences publié dans la précédente livraison de la 
Revue. 

— M. Stricker [Jotirn. de l'anat. et de la physiol.., jauvier et février 
1879) a publié, dans le courant de l'année 1877, une étude sur la 
structure intime des noyaux des cellules ; ses observations portent sur 
les éléments du sang du Triton. M. G. Pouchet saisit cette occasion 
pour faire connaître, de son côté, chez le Triton cristatus et le T. alpes- 
tris, les résultats auxquels l'ont conduit des études poursuivies déjà 
depuis longtemps sur les mêmes éléments et desquelles découlent les 
conclusions suivantes, que nous reproduisons textuellement : «1<» Les 
hématies et les leucocytes chez les ovipares dérivent d'un seul et 
même élément anatomique; — 2° Le noyau des leucocytes subit une 
segmentation complète l'amenant à l'état d'amas nucléaire. Celui-ci 
est toujours concentrique à l'élément; — 3° La segmentation des leu- 
cocytes n'a jamais lieu tant qu'ils sont en suspension et en mouve- 

vm. 7 






98 REVUE SCIENTIFIQUE. 

ment dans le sérum; — 4* Les prétendus faits de segmentation 
observés sur les leucocytes adultes eu dehors des vaisseaux ne sont 
que le partage (se produisant sous l'iofluence des mouvements du 
corps cellulaire) d'un amas de noyaux préalablement individua- 
lisés; — 5"* Les hématies sont des formes élémentaires ultimes. — 
Dans les hématies du Triton, le prétendu réticulum* n'est qu'une 
apparence résultant du sectionnement partiel de la substance nu- 
cléaire; — 7*» Le noyau de l'hématie atteint au cours de son développe- 
ment un volume maximum, puis diminue jusqu'à la période d'état de 
l'élément; — 8" Les hématies disparaissent par dissolution dans le 
sérum ambiant. — 9*» Il n'y a jamais, chez le Triton, de multiplication 
des hématies par scissiparité, dès que le corps de celles-ci a com- 
mencé à renfermer de l'hémoglobine. » M. Pouchet ajoute qu'il 
« existe peut-être une relation entre l'état moléculaire de l'hémo- 
globine existant dans les hématies (mais non telle que nous l'extrayons) 
et les deux formes régulières ovoïdes ou discoïdes, sous lesquelles 
celles-ci se présentent suivant les espèces animales.» 

— Des phénomènes {Journ. de l'anat. et de la physioL, janvier et fé- 
vrier 1879) tout aussi complexes que ceux des types à formes larvaires 
se présentent, suivant M. J. Barrois, dans l'embryogénie de YAstdis- 
cus verruculatus ; il y a cependant une différence essentielle : tandis 
que chez VAsleriscus se constate un accroissement de l'endoderme 
en un sac spacieux, d'où se différencient directement les différents 
systèmes d'organes (intestin, sacs péritonéaux, système aquifère), on 
remarque, chez les types précités, la transformation de l'endoderme 
tout entier en intestin ; les autres organes (sacs péritonéaux et sys- 
tème aquifère) naîtront d'une petite vésicule qui bourgeonne sur ce 
dernier. 

a L'étude du passage à la jeune Etoile peut se faire ici avec facilité, 
et nous montre en particulier le fait intéressant de la division initiale 
du corps en trois parties (dorsale, ventrale, latérale), ainsi que de 
l'asymétrie qui existe à la même époque. » 

Nous pouvons enfin constater que la loi qui préside à la division en 
zonites chez les Annélides préside également ici à la multiplication 
des paires d'ambulacres. «De plus, la comparaison avec les jeunes 
Oursins nous montre que ces derniers peuvent se ramener, pendant 
l'état jeune, à un type qui diffère peu de celui de l'Astérie. ;> 

1 « Dans les hématies du Triton, nous dit M. Poucliet, le réticulum, quoique invi- 
sible pendant la vie, n'est pas une formation cadavérique. » 



TRAVAUX FRANÇAIS. — ZOOLOGIE. 99 

— Valenciennes (Journ. de l'anal, et de la p/iy^io/., janvier et février 
1879), se borne à signaler deux Truites à bec faisant partie de la collec- 
tion du Muséum. M. Garlet a eu la bonne fortune de pouvoir étudier 
une Truite femelle présentant la même anomalie, prise dans un des 
lacs de la vallée de Sept-Laux (Isère) , à plus de 2,000 mètres d'altitude. 
Elle offre « une déformation de la tête assez semblable à celle des Car- 
pes qu'on a décrites depuis longtemps déjà, sous le nom de Carpes à 
visage humain, de Carpes à bec, Cyprini rostrati et mieux encore de 
Ca:-pes mopses ( 3/op5/£arp/gn des Allemands). » Chez la Truite ordi- 
naire, la bouche étant fermée, la mâchoire d'en haut dépasse légère- 
ment celle d'en bas ; chez la Truite mopse, au contraire, la mandibule 
inférieure s'avance à la manière d'un bec, en avant de la supérieure. 
Le raccourcissement de la mâchoire supérieure nous porte à nous 
demander si la saillie du bec reconnaît ce raccourcissement pour seule 
cause, la mâchoire inférieure ayant son développement habituel, ou 
bien s'il est dû à un allongement de cette dernière mâchoire. « La 
mensuration permet de répondre que la mandibule ne s'est pas allon- 
gée, puisqu'elle est même un peu peu plus courte que celle d'une 
Truite normale de même dimension. » 

Les orifices des fosses nasales sont portés, en avant et en bas, par la 
région frontale arrondie en forme de genou, au dessous duquel on voit 
l'entrée de la bouche. La lèvre supérieure limite celle-ci en haut, 
tandis qu'en bas elle est bornée par la langue, et latéralement par la 
réunion des maxillaires et des sus-maxillaires « qui descendent à 
la façon des moustaches verticales sur la base de la mâchoire infé- 
rieure, au lieu de se diriger très-obliquement vers celle-ci, comme 
d'ordinaire. « 

M. Carlet n'a rien trouvé d'anormal en dehors de la tête ; mais, 
naturellement, des modifications dans les os de cette dernière sont la 
conséquence de la difformité en question. Ainsi, les frontaux, au lieu 
d'être rectilignes, « s'insèrent au niveau des apophyses orbitaires, de 
façon à former par leur réunion un os bombé en avant, comme le 
frontal de l'homme» ; ainsi encore, l'ethmoïde médian n'occupe pas 
sa position normale en avant des fi-ontaux: il se trouve au-dessous, et 
une semblable déjection s'observe pour les ethmoïdes latéraux et les 
orifices des fosses nasales. Enfin et entre autres, nous mentionne- 
rons la réduction en longueur du système ptérigo-palatin, en faisant 
remarquer que «le raccourcissement porte moins sur les ento etecto- 
ptérygoïdes que sur les palatins, qui sont courts et presque tranversaux, 
comme chez les Batraciens. «'Aucune particularité n'a été rencontrée 
dans la mâchoire inférieure. 



100 REVUE SCIENTIFIQUE. 

De cet examen ostéologique résulte la preuve que ce ne saurait être 
un accident, accident suivi d'une cicatrisation qui, par l'enlèvement 
d'nne partie de la mâchoire supérieure, aurait produit la difformités! 
exactement décrite par M. Carlet. « Quant à la manière dont la défor- 
mation s'est produite, on ne peut faire à cet égard que deux hypothè- 
ses : ou le frontal s'est courbé en arc, et les os sous-tendus se sont 
ensuite raccourcis, étant arrêtés dans leur développement en avant; 
ou bien, au contraire, il y a eu d'abord raccourcissement, atrophie 
partielle de ces os, et la diminution de la corde a entraîné une plus 
grande courbure de l'arc, c'est-à-dire du frontal. » Tout porte à croire 
que cette seconde hypothèse est la véritable. 

Les particularités du système myologique se rattachent à la tête, 
et encore n'existent-elles pas, pour ainsi dire. Non-seulement le 
système musculaire se rapportant à cette partie du corps a conservé 
son entier développement, preuve certaine qu'il ne reste pas iuactif, 
mais, de plus, le muscle allant d'un dentaire à l'autre, et désigné 
sous le nom d'interden taire, a acquis un plus grand développement 
que le même muscle d'une Truite un peu plus volumineuse. 

Les faits quenous venons d'exposer vont servira M. Carlet à expli- 
quer la préhension des aliments. La proie est saisie et retenue par la 
mandibule inférieure et par la langue, qui, par sa situation tout 
entière au dehors, remplit un rôle très-actif dans cette préhension; 
l'une et l'autre sont garnies de crochets aigus. Ajoutons à cela l'ac- 
tion du muscle interdentaire et celle des mouvements énergiques 
d'élévation de la mâchoire inférieure. 

Enfin, la disposition de la mâchoire inférieure, plus longue que la 
supérieure, tout en faisant repousser l'idée que la Truite mopse ait pu 
se livrer à la chasse des Insectes au-dessus de l'eau ou à sa surface, 
nous conduit à accepter l'opinion, émise par le professeur de Grenoble, 
que cette disposition sera favorable à la chasse en pleine eau, si la 
Truite nage obliquement, k car alors les substances alimentaires 
viendront frapper le plan incliné de la mâchoire inférieure et seront 
dirigées, par l'effet delà composante parallèle à celle-ci, vers l'orifice 
buccal. 

— On sait {Journ. de l'anal, et de lapliysioL, 1879, mars et avril) que 
chez beaucoup d'animaux les bâtonnets de la rétine sont colorés en 
rouge, coloration qui se reproduit par une génération continue. Quelle 
est la nature de cette coloration et la source de sa régénération conti- 
nuelle? L'une des hypothèses de Boll,'pour son origine, paraît à 
M. H. Beauregard devoir être adoptée : cette coloration serait pro- 



TRAVAUX FRANÇAIS. — ZOOLOGIE. 101 

duite par une matière pigmentaire rouge. Mais il en est autrement au 
sujet de la régénération de ce rouge ; l'opinion de BoU ne semble pas 
h l'auteur suffisamment justifiée. Boll «croit pouvoir admettre que, 
chez les Grenouilles, les gouttelettes jaunes qui siègent dans l'épithé- 
liura pigmenté de la rétine constituent la matière première aux dé- 
pens de laquelle le rouge rétinien consumé par la lumière se repro- 
duit incessamment». Le résultat des expériences de M. Beauregard 
est tout à fait difFérent et paraît démontrer que la lumière, contrai- 
rement à ce qui a lieu pour le rouge rétinien, est indispensable pour 
reformer les globules jaunes qui disparaissent à l'obscurité. 

De plus, M. Beauregard établit que la comparaison ne paraît pas 
possible entre le rouge rétinien des Mammifères et des Grenouilles 
et le pigment rouge des Oiseaux; le dernier est localisé dans certains 
cônes à boule rouge, tandis que le premier siège dans toutes les 
parties de la rétine. Cette comparaison est, au contraire, intéressante 
à établir entre les teintes diverses de la rétine des Oiseaux et les colo- 
rations par lesquelles passe le rouge rétinien des Mammifères et des 
Grenouilles sous l'action de la lumière; ces dernières teintes, en 
ayant recours à certaines précautions, sont précisément « les trois 
couleurs que présente la rétine des Oiseaux, envisagée dans ses diffé- 
rentes régions, par la réunion de ses divers agents de colorations 
(globules et pigments), » et viennent à l'appui delà conclusion émise 
par M. Beauregard, conclusion contraire à celle admise par Boll, à 
savoir : qu'au lieu «de chercher le rôle physiologique du rouge rétinien 
dans ses altérations», il serait plus simple « de la rechercher dans la 
couleur rouge elle-même ». 

— Parmi les parasites qui habitent les organes et les tissus des Verté- 
brés [Journ. del'anat. et de taphysioL, mars et avril 1879), on rapporte 
aux Articulés ceux qui sont superficiels ou cutanés, et aux Vers ceux 
qui sont internes ou entozoaires. Le Filaire de Médine, qui déter- 
mine des lésions cutanées, et un autre Helminthe du même genre, par- 
ticulier à Siera-Leone et causant l'apparition d'une gale pustuleuse, 
constituent, pour les auteurs classiques, les seules exceptions à la pre- 
mière partie de cette règle générale. Quant aux exceptions à la seconde 
partie, on ne cite que les larves d'OEstrides et la Linguatule, consi- 
dérée par certains Helminthologistes comme une Arachnide , par 
d'autres comme un Grustacé. Cependant, le tissu cellulaire sous- 
cutané ou qui entoure les muscles et les organes respiratoires chez 
les Oiseaux, les réservoirs aériens de ces derniers, sont le siège 



102 REVUE SCIENTIFIQUE. 

d'autres parasites entozoairesqui y passent toute la durée et y accom- 
plissent toutes les fonctions de leur vie. 

- Nous sommes redevables à M. P. Mégnin d'un très-intéressant 
Ménaoire sur ces derniers parasites, qui appartiennent tous à l'or- 
dre des Acariens. M. Mégnin nous donne d'abord un aperçu histori- 
que et critique sur les auteurs qui ont indiqué la présence d'un Aca- 
rien dans le tissu cellulaire et daos les sacs aériens des Oiseaux, et 
ajoute aux espèces déjà décrites une espèce nouvelle pour laquelle il 
établit le genre Cytoleichus, dont voici la diagnose : Un corps large, 
orbiculaire, convexe en dessus^ plat en dessous, dépassé en avant par un 
rostre mobile incliné^ conique, tubiùlaire, recouvert à la base seulement, 
et en haut par l'épistome, qui ne fournit aucun prolongement en forme 
déjoues ou autrement,. Pattes coniques allongées, tarses sans crochets, 
terminées seulement par un ambulacre à ventouse à pédicule cylindrique 
simple. » La seule espèce connue de ce genre, C. sarcopîoides, habite 
les réservoirs aériens des Gallinacés, et notamment des Phasianidés, 

— La Revue internationale des Sciences, de M. J.-L. Lanessan 
(15 janvier 1879), contient la traduction d'une Note de M.Karl Mœbius* 
sur les mouvements aériens des Poissons volants. M. Karl Mœbius 
a eu l'occasion d'observer des Exocets, en 1874, dans l'océan Indien, 
et nous explique la cause de ces mouvements aériens : il faut, selon 
lui, rechercher cette cause dans «les mouvements de projection qu'ils 
impriment à toute la masse de leur corps au moyen des muscles 
latéraux du tronc, très-fortement développés, absolument comme 
d'autres Poissons se propulsent dans l'eau». 

D'après cette explication, les nageoires pectorales n'agiraient que 
comme parachute quand les Poissons retombent dans l'eau, et non 
pas comme les ailes des Oiseaux, des Chauves-souris et des Insectes. 

— Les expériences de M. F. Henneguy [Soc.phil. de Paris, 11 mars 
1878, et Journ. de micrograph., mars 1879) l'ont conduit à admettre 
que l'œuf des Batraciens abandonne Tovaire par un mécanisme par- 
ticulier et sans analogue chez les autres Vertébrés. «Lorsque la Gre- 
nouille est arrivée au moment de sa ponte, il se produit, dit M. Hen- 
neguy, une destruction de l'enveloppe péritonéale de l'ovaire, au 
niveau de chaque capsule ovulaire; l'œuf fait peu à peu saillie à la 
surface externe de l'ovaire, en passant à travers le pédoncule de la 
capsule qui le renferme». De nombreux petits orifices, très-appa- 



CetteKotea été publiée dans Zeitsch. fur wissensch. Zoologie, XXV, pag. 34î 



TRAVAUX FRANÇAIS. — ZOOLOGIE. 103 

rents si l'on colore par le carmin la surface externe de l'ovaire, se 
voient parsemant cette surface, après la chute des œufs, qui sont 
quelquefois accompagnés pendant leur sortie de la capsule ovarique. 
Ce mode d'expulsion des œufs est analogue à celui des Araignées, 
des Coccides et des Apus. 

— M. L. Martinet [BuU. Soc. Anthrop., mars et juillet 1878), en 
expérimentant sur des Poulets, a réussi à fixer la pentadactylie pen- 
dant trois ou quatre générations. «Au bout de ce temps, le doigt sur- 
numéraire commençait lui-même à se diviser en deux doigts.» Il est 
donc possible de réaliser artificiellement par voie de sélection l'hérédité 
des anomalies. Nous n'avons pas besoin d'insister sur l'importance 
anthropologique des observations recueillies par M. Martinet, car 
«l'hérédité des anomalies», comme le dit M. Broca, «se rattache à la 
formation des races». 

— Le chiffre {Bull. Soc. Anthrop. de Paris, juillet à décembre 
1878) des variations en volume du crâne dans l'espèce humaine est 
bien plus élevé qu'il ne le semble lorsqu'on se contente de comparer 
des moyennes ; ces variations, si marquées dans les différentes races, 
sont très-considérables, même dans une seule race. La capacité du 
crâne peut varier du simple au double, « en confondant ensemble 
toutes les races et tous les sexes ». Ces variations sont déterminées 
par plusieurs facteurs, dont le premier est l'intelligence. Le caractère 
de supériorité des races supérieures sur les races inférieures consiste 
moins dans la capacité moyenne plus grande du crâne de celles-ci sur 
le crâne de celles-là que dans la grande majorité chez les premières 
de crânes volumineux. Notons qu'il faut, dans l'estimation de ce 
volume, tenir un compte très-minime de la taille, dont l'influence est 
excessivement faible; mais le sexe a une influence considérable sur 
le poids du cerveau, influence en faveur du sexe mâle. 

Il est facile de constater une inégalité constante de développement 
entre les deux moitiés du crâne, inégalité qui se produit, soit du côté 
droit, soit du côté gauche, sur lequel la race ou l'état de l'intelligence 
ne semblent pas exercer une influence manifeste. «L'inégalité de déve- 
loppement n'est pas de même sens pour chacune des parties du crâne.» 

Telles sont les principales conclusions déduites par le D' Gustave Le 
Bon d'un Mémoire su?- les variations de volume du cerveau et du crâne., 
qu'il soumettra prochainement à la Société d'Anthropologie de Paris. 

E. DUBRUEIL. 



104 REVUE SCIENTIFIQUE. 

— M. le D'' Priant, Maître de conférences à la Faculté des Sciences 
de Nancy, a présenté à cette Faculté une thèse de doctorat ès-sciences 
naturelles ayant pour titre : Recherches anatomiques sur les nerfs tri- 
jumeau et facial des Poissons osseux. 

Ces deux paires crâniennes sont encore mal connues chez les Télé- 
ostéens : les descriptions que les anatomistes en donnent sont loin 
d'être concordantes et le même nerf se trouve indiqué sous des déno- 
minations différentes. 

M.Friantadonc été bieninspiré de reprendre, au point de vue ana- 
lytique, l'étude de ces deux nerfs importants, et nous nous plaisons à 
reconnaître la persévérance et le zèle consciencieux qu'il a apportés à 
l'accomplissement de cette tâche ardue. 

Le trijumeau et le facM ont été étudiés par lui dans le Brochet, la 
Carpe, le Barbeau, la Tanche, la Chevaine, le Nase, la Perche, la 
Lote et le Merlan noir. 

M. Priant s'attache d'abord à préciser avec exactitude l'oiigine 
apparente du trijumeau. Il a constaté que ce nerf naît par deux raci- 
nes distinctes: l'une antérieure, constituée par un faisceau unique ; 
l'autre postérieure, se décomposant habituellement en deux faisceaux, 
lesquels, dans certains cas, peuvent eux-mêmes se disjoindre. 

Dans l'intérieur du crâne, ces deux racines se réunissent en un 
plexus ganglionnaire dont émanent les branches ophthalraiques, 
maxillaires, mandibulo-hyoïdiennes et sphéno-palatines, auxquelles 
il faut joindre, dans les Cyprins, la branche récurrente crânienne. 

M. Priant étudie dans le plus grand détail la distribution de ces 
diverses branches dans les Poissons que nous avons énumérés,cequi 
lui donne l'occasion de redresser plusieurs erreurs commises par 
ses prédécesseurs et presque toujours de compléter leurs descriptions; 

Il a reconnu que « la branche ophthalmiqite se distribue aux mem- 
branes d'enveloppe du globe de l'œil, à l'iris, à la peau de la région 
frontale et à celle du museau, aux téguments qui entourent l'orifice 
nasal. 

»La branche maxillaire supérieure se répand dans la peau de la jone, 
dans les tissus du museau et de la lèvre supérieure, dans la muqueuse 
buccale. 

»La branche maxillaire inférieure innerve les muscles des mâchoires, 
la peau delà joue et de la région temporale, l'articulation du suspen- 
sorium avec la mâchoire inférieure et la peau qui recouvre la face 
externe de celle-ci, les canaux muqueux de la mâchoire inférieure, la 
muqueuse buccale et celle de la lèvre inférieure. 



TRAVAUX FRANÇAIS. — ZOOLOfrlE. 105 

» La branche mandibulo-hyoïdienne répand ses filets clans la peau de 
la joue et du museau, dans les muscles et les canaux muqueux de 
l'opercule, dans les téguments qui unissent et recouvrent les pièces 
operculaires, dans l'appareil branchiostége, dans la peau delà face 
externe et inférieure delà mâchoire inférieure, dans ses canaux mu- 
queux et les tissus de sa symphyse, dans les muscles qui unissent 
entre elles ses deux branches, dans les muscles génio-hyoïdiens, dans 
la muqueuse du plancher buccal, dans le barbillon de la mcâchoire 
inférieure de la Lote. 

«La branche sphéno-pakitine se rend dans les tissus flbro-musculaires 
constituante voûte palatine, dans la muqueuse de cette région, ainsi 
que dans celle de la lèvre supérieure, dans les barbillons des Cyprins. « 

La détermination du facial chez les Téléostéens présente de sérieuses 
difficultés ; aussi les auteurs sont-ils loin de tomber d'accord sur la 
branche à laquelle il convient d'appliquer ce nom. Celle que M, Priant 
considère comme telle n'a même pas été mentionnée comme distincte 
par les anatomistes. 

Elle naît sur les côtés du bulbe, au-dessus du point d'émergence 
du trijumeau, par deux racines : l'une supérieure, confondue avec 
l'ophthalmique par Buchner et Stannius; l'autre inférieure, rattachée 
par Stannius au maxillaire supérieur et désignée par Baudelot sous 
le nom de faisceau grêle supérieur de la racine postérieure du triju- 
meau. 

Ainsi compris, le nerf facial se distribue « aux méninges, à la peau 
et aux canaux muqueux du sommet de la tête et de la région sous-or- 
bitaire, aux téguments d'enveloppe de l'œil et de l'orifice nasal, à la 
peau et aux téguments fibro-musculaires du museau, aux muscles 
peauciers de la joue, et, chez la Perche, à la peau de la région dorsale 
et aux muscles des nageoires dorsales ». 

L'opinion de M. Priant sur la détermination du facial des Télé- 
ostéens mérite d'être prise en sérieuse considération. Toutefois, nous 
pensons qu'un des meilleurs moyens de résoudre cette question 
obscure est d'entreprendre une étude comparative du facial dans toute 
la série des Vertébrés et de la suivre pas à pas, depuis l'Homme, où 
il atteint son maximum de déveloxDpement, jusque dans les types oîi il 
perd graduellement de son importance, au point de devenir une bran- 
che dont l'identité, sans cette étude préliminaire, peut être aisément 
méconnue. 

Le Mémoire de M. Priant est accompagné de six Planches contenant 
des figures demi-schématiques du trijumeau et du facial dans les es- 
pèces qu'il a disséquées. 



106 REVUE SCIENTIFIQUE. 

— Au mois de janvier dernier, M. leD'' Viguier a soutenu devant la 
Faculté des Sciences de Paris, pour obtenir le grade de docteur ès- 
sciences naturelles, une thèse ayant pour titre : Anatomie comparée du 
squelette des Stellérides. 

Ainsi qu'on peut s'en convaincre par l'exposé historique qui précède 
ce travail, la science était assez pauvre en documents sur l'agencement 
des parties solides des Stellérides. En soumettant, avec certaines pré- 
cautions, ces animaux à l'action de la potasse caustique, pour détruire 
toutes les parties molles, M. Viguier a pu mettre en évidence les 
diverses pièces du squelette et les étudier dans leur configuration et 
leur agencement. Il s'est proposé, par cette étude, de poser les hases 
d'un arrangement méthodique des Stellérides, sujet traité déjà avec 
une grande compétence par le professeur E. Perrier, du Muséum 
d'Histoire naturelle de Paris. 

Le squelette des Etoiles de mer est constitué par un assemblage de 
petites pièces calcaires à structure aréolée. Les aréoles sont occupées 
par une matière organique vivante, qui sert à la nutrition de ces élé- 
ments solides. 

A la face ventrale, celle sur laquelle s'ouvre la bouche, on peut aisé- 
ment distinguer, sur les bras ou rayons, deux séries régulières de 
pièces. 

La première est formée d'éléments juxtaposés, disposés transversa- 
lement, se correspondant exactement de chaque côté de la ligne mé- 
diane du rayon et diminuant graduellement de dimensions de la base 
au sommet de celui-ci. On désigne ces éléments sous le nom de 
pièces ambiilacraires {pièces principales de Meckel), parce qu'elles lais- 
sent entre elles des intervalles, régulièrement disposés, par lesquels 
font saillie au dehors les pieds ambulacraires ou ambulacres, tubes 
contractiles à l'aide desquels l'Etoile se fixe et se déplace. 

La seconde comprend une succession de pièces en nombre rigou- 
reusement égal aux précédentes et en rapport direct d'alternance avec 
les extrémités inféro-externes de celles-ci : ce sont les plaques adam- 
bulacraires] interambulacraires Auct., pièces inférieures de Meckel). 

En dehors de ces deux séries, formant au-dessus de chacun des bras 
quatre rangées parallèles parfaitement définies comme position et 
comme nombre, on ne trouve la plupart du temps rien de constant 
et de régulier. En définitive, tous les autres ossicules du squelette 
échappent à une sériation méthodique, et nous croyons avec M. Vi- 
guier qu'il convient de les distinguer simplement, d'après leur situa- 
tion, en pièces ventrales^ marginales ou dorsales. 



TRAVAUX FRANÇAIS. — ZOOLOGIE. 107 

L'auteur entre dans une description détaillée des pièces ambula- 
craires et adambulacraires dans les Astéries à deux et à quatre séries 
d'ambulacres, et fait connaître les petits muscles qui les unissent en- 
tre elles et leur permettent d'exécuter quelques mouvements. 

L'étroite ressemblance que présentent entre elles les pièces amba- 
lacraires et les pièces adambulacraires dans le groupe des Stellérides, 
ne permettent pas de rechercher dans des modifications de forme 
une base quelconque à leur classification. L'auteur recherche donc do 
quel secours peut être l'étude des autres pièces squelettiques. 

Il existe à l'extrémité du bras une plaque impaire^ correspondant à 
l'organe de la vision, et que pour cette raison on a nommée plaque 
ocellaire. Elle fournit parfois des caractères qui ne sont pas à 
négliger . 

De peu d'utilité au contraire est l'examen de la plaque madrépo- 
rique, tantôt unique, tantôt multiple, laquelle est en rapport avec un 
lube flexueux, ressemblant à une trachée en miniature, connu sous 
le nom impropre de canal du sable, et mieux nommé tube hydrophore. 

Dans sa thèse inaugurale, M. le professeur Perrier a montré tout 
le parti qu'on peut tirer de l'étude comparative des ambulaires et des 
pédicellaires, dans la classification des Oursins en particulier. Il a dit. 
peu de chose de ces mêmes organes chez les Astéries, où d'ailleurs ils 
ont une bien moindre importance. On y rencontre bien parfois des 
parties solides; mais, comme s'en est assuré M. Viguier, l'examen 
de ces ossicules n'est que d'un mince secours pour les zoologistes 
classificateurs. 

On peut tirer encore quelques éléments pour la classification de la 
présence et des modifications de l'aire interbrachiale, c'est-à-dire de 
l'espace , fréquemment divisé par une véritable muraille d'ossicules, 
qui est compris entre la bouche et l'angle de division des bras. Cette 
aire, à vrai dire, n'existe que dans les Astéries adambulacraires. 

L'auteur consacre un chapitre spécial à l'étude approfondie d'une 
région très-importante à considérer dans les Astéries : nous voulons 
désigner la bouche. 

Le mode de constitution du cadre buccal a été diversement com- 
pris par les anatomistes. 

D'après M. Viguier, l'orifice buccal est circonscrit par des pièces 
solides en nombre égal au nombre des bras multiplié par 4. Ces pièces 
sont disposées par paires : les unes correspondent à l'extrémité des 
sillons ambulacraires, ce sont les paires am6w^ac?^ai?'es; les autres sont 
intercalées entre les précédentes, ce sont les paires adambulacraires. 

Dans le voisinage de la bouche, mais ne contribuant pas à en for- 



108 REVUE SCIENTIFIQUE. 

mer le contour, existe toujours ïodontophore, qu'il importe de consi- 
dérer. C'est une pièce impaire, située e.vactement sur la ligne de 
séparation de deux bras contigus et dont l'homologie est encore pro- 
blématique. 

La bouche est établie sur deux types distincts : le type ambulacraire 
et le type adambulacraire. 

Dans les Astéries du premier type, que l'auteur, pour abréger, 
nomme Astéries ambulacraires, les pièces ambulacraires horizontales 
s'avancent plus vers le centre de la bouche que les pièces adambula- 
craires tronquées et limitent le pourtour de l'orifice buccal. On peut 
ajouter à la caractéristique de ce premier sous-ordre que les pédicel- 
laires pédoncules sont droits ou croisés et les tubes ambulacraires or- 
dinairement quadrisériés. 

Dans les Astéries a(:/«wi&u/flcra;'re5, les pièces ambulacraires réduites 
et relevées verticalement demeurent éloignées du centre, tandis que 
les paires adambulacraires s'avancent à l'intérieur de la bouche. En 
outre, les pédicellaires sont sessiles, en pince ou valvulaires, et les 
tubes ambulacraires ordinairement bisériés. Enfin l'odontophore, 
dépourvu d'apophyses dans le premier sous-ordre, en possède ici de 
plus ou moins saillantes, permettant des mouvements des pièces 
adambulacraires. C'est à ces dernières pièces, n'importe quelle que 
soit leur forme, qu'il convient de laisser le nom de dents, quand elles 
entrent dans la composition de la bouche. Celle-ci est pourvue d'une 
musculature spéciale que l'auteur décrit pour la première fois. 

M. Yiguier se livre à une revue critique des homologies que l'on a 
tenté d'établir entre les pièces de la bouche des Astéries et celles des 
autres types d'Echinodermes, et, montrant ce qu'elles ont de contes- 
table, il demeure dans une sage réserve. — Enfin, discutant incidem- 
ment les relations qu'on se plaît à établir entre les Echinodermes et 
les Annélides, il oppose à ces vues théoriques deux arguments prin- 
cipaux : l'un tiré de la segmentation irrégulière du corps dans les pre- 
miers, l'autre du défaut de concordance entre les segments de l'ap- 
pareil ambulacraire et les divisions des cœcums radiaux. 

Après avoir donné un tableau général de la nouvelle classification 
qu'il propose, M. Viguier passe à la description des familles, des 
genres et des espèces dont il a pu faire l'étude. 

Au Mémoire que nous venons d'analyser sont jointes douze jolies 
Planches, qui font honneur au crayon de M. Viguier. 

S. Jourdain. 



TRAVAUX FRANÇAIS. BOTANIQUE. 109 

Botanique. 

L'appareil complémentaire d'attache [Compt. rend. Acad. 10 février 
1879) ou appareil préhenseur^ d'une espèce parasite à son hôte peut être 
« constitué par le développement d'un tissu qui, partant du parasite 
vers la base du suçoir, s'étend autour de celui-ci en embrassant la 
plante nourricière»; d'autres fois, cet appareil se prolonge en forme de 
gouttière ; mais, d'autres fois encore, au lieu d'appartenir en propre au 
parasite, il est fourni par la plante nourricière dont les tissus se relèvent 
autour du suçoir qu'ils embrassent. Un grand développement hyper- 
trophique commun à la plante parasite et à son hôte contribue dans 
certains cas à compléter l'adhérence entre les deux végétaux. 

Mais l'adhérence est quelquefois suffisamment établie par des 
moyens d'ailleurs très-variables ; alors l'appareil préhenseur ne se 
forme pas : dans la discuta epithymum, par exemple, cette adhérence 
est assurée par des tours rapprochés et étroitement serrés. 

Le sol, en enveloppant le parasite dans la région voisine des points 
d'attache, sert aussi quelquefois cà remplir, pour les racines, le rôle 
dévolu à l'appareil complémentaire ( Pédiculariées , Orobanchées). 
Enfin le même appareil est rendu inutile par l'enchevêtrement réci- 
proque des tissus ou par un engagement complet des racines nour- 
ricières dans l'espèce parasite. 

• M. Ghatin complète sa Communication par4es détails sur la nature 
histologique de l'appareil préhenseur, qui le plus souvent est formé 
en entier par du « tissu fondamental, continuation du parenchyme 
cortical delà plante parasite». 

— M. E. Faivre [Compt. rend. Acad., 10 et 24 février 1879) commu- 
nique des recherches sur la formation du latex et des laticifères pendant 
l'évolution germinative chez l'embryon du Tragopogon porrifolius. 

— « A la fin de l'été [Compt. rend. Acad., 10 février 1879) et au 
commencement de l'automne, la végétation suspend de plus en plus 
ses effets, les tissus sont cuticularisés, et, par suite, la transpiration 
diminue; mais la sève continue à monter dans les faisceaux vasculai- 
res, et, n'étant plus utilisée parle travail d'assimilation, son excès se 
déverse au dehors par les ouvertures stomatiques et les canalicules, si 
particuliers aux cellules et aux fibres des Conifères . » Telle est l'ex- 
phcation donnée par M. Ch. Musset à l'occasion de quelques Taxas 
baccata Tilia platyphijUos et Althœa fruta qui ijroduisirent , le 23 
août 1878, sous forme de pluie fine, un nombre considérable de 



110 REVUE SCIENTIFIQUE. 

limpides gouttelettes, « qui, traversant les rayons du soleil tamisés 
par les branches feuillues des ftapinettes, devenaient visibles. 

— M. Max Cornu (Compt. rend. Acad., 17 mars 1879) a observé, 
chez quelques Crassulacées, un type de tige anomale qui ne lui semble 
pas avoir été encore signalé etqui constitue un ensemble de modifica- 
tions plus profondes du type primitif que celles offertes par cette fa- 
mille en général. Au milieu du parenchyme cortical, un certain nom- 
bre de cordelettes ligneuses, sans ordre apparent, entourent le cylin- 
dre ligneux. Une ligne brunie et très-mince de tissu contracté repré- 
sente sur les échantillons secs, seuls étudiés par M. Cornu, la zone 
génératrice de ces cordelettes, qui sont une véritable réduction de la 
tige. Ces corps ligneux sont en nombre variable suivant les espèces ; 
ils peuvent même manquer. Déplus, dans le même individu, «la 
structure anatomique peut affecter deux types qu'on serait tenté de 
considérer comme fort différents ; on conçoit qu'ils puissent se mon- 
trer séparément sur des espèces voisines.» 

M. Cornu se demande si ces corps sont simplement des rameaux 
foliaires ou s'ils ne constituent pas plutôt de sortes de cambiums 
supplémentaires analogues à ceux des autres Cyclospermées. 

— Une maladie {Compt. rend. Acad., 24 mars 1879), inconnue jus- 
qu'à ce jour, qui s'est déclarée au mois de février dans les serres, a 
été étudiée par le même botaniste. Jusqu'ici ce sont certaines Rubia- 
cées qui en ont été attaquées ; elle a pour siège les racines et «est 
caractérisée par la formation de renflements sur le chevelu et même 
sur les grosses racines». M. Cornu, par le moyen de coupes prati- 
quées à travers ces renflements et soumises au microscope, a constaté 
la présence de kystes renfermant, en nombre très-considérable, des 
œufs d' Anguillules, et a reconnu que cette affection offre les plus gran- 
des analogies avec celle décrite par M. le D' Jobertchez les Caféiers, 
au Brésil. 

— Des recherches expérimentales [Compt. rend. Acad., 24 mars 
18791 sur les conditions de développement des poils radicaux ont été 
entreprises par M. E, Mer, qui en tire la concJusion «que l'apparition 
des poils est, dans une certaine mesure, liée à l'allongement des raci- 
nes. Il en est de même de l'accroissement en diamètre de ces derniers 
organes et de l'apparition des radicelles. Lorsque les substances plas- 
tiques ne sont pas entièrement utilisées par l'extrémité végétative, 
ainsi que cela arrive quand l'accroissement de cette dernière est en- 



TRAVAUX FRANÇAIS. — BOTANIQUE. 1 1 [ 

travé par une cause quelconque, elles se portent sur les éléments voi- 
sins et principalement sur les cellules épidermiques, dont les parois 
libres peuvent se développer plus facilement.» Il en résulte l'appari- 
tion de renflement de radicelles et de poils. 

— Contrairement aux idées (Compt. rend. Acad.^ 24 mars 1879) de 
Ch, Darwin, H. Millier, Lubbock, Delpino, etc., M. Bonnier est 
amené à établir « que les dimensions delà corolle, le développement 
des pigments colorés dans les organes floraux, des parfnms dans la 
fleur, des taches et des stries sur la corolle, ne sont pas corrélatifs de la 
formation du nectar, etqu'ils sont indépendants de la visite fréquente 
des insectes », Ceux-ci ne vont pas d'abord sur les fleurs mâles dans 
les plantes dioïques nectarifères. Le nectar des fleurs peut être très- 
souvent récolté par les insectes sans que la fécondation soit opérée, 
et les faits observés n'autorisent pas à conclure «que la couleur des 
fleurs, leur parfum, les formes diverses des corolles, soient disposés 
pour exclure les insectes non adaptés à la fécondation croisée », Mais 
en outre, chez certaines plantes, les nectaires sont sans nectar externe; 
de même de nombreux tissus nectarifères se montrent en dehors de 
la fleur, sur les divers organes de la plante. En somme, leur rôle 
demeure inexpliqué. Ne pourrait-on pas les considérer, quelle que 
soit leur position, qu'ils soient doués ou non doués delà propriété 
d'émettre en dehors un liquide, comme constituant des réserves nutri- 
tives spéciales, en relation directe avec la vie de la plante ? M. Bonnier 
adopte cette manière de voir, basée sur de nombreuses expériences. 

— La non-existence ( Compt. rend. Acad., 7 avril 1879 ) de l'amidon 
dans les Champignonsest généralement admise. Toutefois M. L. Crié 
a constaté la formation d'un globule composé d'une matière amyloïde 
spéciale contenue dans les asques du Sphseria Desmazierei Berk. La 
même particularité avait déjà été signalée par M. Tulasne dans le 
Sphœria pedunculata Dicks. Gomme les grains d'amidon, cette 
matière, à laquelle M. Crié donnne le nom d'amylomycine, s'accroît 
par intussusception, mais elle s'en distingue par sa formation dans une 
obscurité profonde, par un protoplasma dépourvu de chlorophylle, 
ainsi que par son insolubilité dans le liquide cellulaire. Nous ajou- 
terons que l'étude faite de la même espèce de Sphérinées [Compt. 
rend. Acad., 20 avril 1879) par M, J. de Seynes lui a montré l'obser- 
vation de M, Crié sous un jour différent, Ilaconstaté, en examinantle 
globule dont parle M, Crié, sous l'eau pure, à un fort grossissement, 
qu'il a tous les caractères d'un épaississement des parois de la thèque. 



112 REVUE SCIENTIFIQUE. 

L'étude du développement laisse encore indécise, pour M. de Seynes, 
(i la question de savoir s'il faut attribuer l'origine de cet épaississement 
cellulosique au sac interne, à la membrane externe de la thèque, ou 
peut-être à tous les deux» ; au moment de la dissémination des huit 
spores, ce globule est expulsé le premier parle sommet des thèques. 

— L'existence {Compt. rend. Acad., 14 avril 1879) des Pyrénomycèles 
déjà connus, dont le nom suit, a été reconnue par M. L. Crié aux îles 
Saint-Paul et Amsterdam : Pleospora herbaruniTul., Sphœria Desma- 
zierei Berk., Peslalozzia monochœta Desm., Phoma, Dilophosphora 
graminis Desm. A ces espèces vient se joindre le SphxriaFillioli, qui 
constitue une forme nouvelle. 

— Les taches ihalloïdes (Aiin. Se. nat., Bot.,&'' sér.,tom. VII, n"' 1 
et 2) servant de support à leurs appareils reproducteurs distinguent 
aisément, entre toutes les Sphéries foliicoles, les Pyrénomycètes 
réunissons le nom de Dépazées par M. L Crié, l'auteur de recherches 
sur ces organismes ; l'état naissant du Depazea, dont les filaments du 
mycélium sont logés dans le parenchyme de la feuille qu'il attaque, 
se révèle par un point noir qui apparaît sur cette feuille, apparition 
bientôt suivie de la formation d'une matière rouge ou brunâtre; il 
est facile de constater dans ladite matière un phénomène pathologique, 
et d'y voir un signe manifeste de dépérissement : la chlorophylle est 
détruite dans toutes les cellules envahies par les Dépazées, qui em- 
pruntent une coloration grisâtre ou souvent d'un blanc éclatant à l'air 
introduit dans le parenchyme par suite delà dissociation des cellules. 

Après avoir établi que cette coloration n'est point produite par les 
larves de quelques insectes de très-petite taille, ainsi que le croyait 
Léveillé, M. Crié s'occupe des appareils reproducteurs multiples des 
Dépazées. Cette étude rappelle«le rapport intime constaté depuis long- 
temps entre les spermogonies et les appareils thécasporés des Lichens» . 
En outre, les taches thalloïdes dont nous avons déjà parlé rapprochent 
les Dépazées beaucoup des CeUdiiù77i Tu\. «Or, si ces productions ambi- 
guës peuvent être également revendiquées par les Lichens et les 
Pyrénomycètes, personne ne songera, ce me semble, à distraire de 
la classe des Lichens les Strigules de M. Fries... Les Strigules re- 
présentent les De/ja^ées des Licliens , elles élahlissentle point de passage 
entre les Pyrènocarpes de M. Nylander et nos Sphéries foliicoles du 
groupe des Depazea. » 

Les Dépazées se rencontrent sous toutes les latitudes ; certaines, 
celles de nos pays tempérés, se développent chaque année à la chute 



TRAVAUX FRANÇAIS. — BOTANIQUE. 113 

des feuilles ; d'autres se montrent, soit dans les pays chauds, sur les 
feuilles des Végétaux qui ne se dépouillent pas, soit dans nos régions, 
sur celles persistantes de Hedera Hellx^ Buxus sempervirens^ Ruscus 
aculcatus, etc. ; le développement de ces Dépazées peut être suivi 
pendant plusieurs années. Du reste, cette diffusion de ces végétaux 
d'une infime petitesse s'est aussi manifestée à l'époque tertiaire, riche 
en Erables, Peupliers, Chênes, Smilax, Nerium, en Launis, etc., et 
leur développement ne différait en rien de leur développement des 
temps actuels. 

M. Crié consacre la dernière partie de son Mémoire à l'étude des 
espèces de Dépazées. Telles qu'il les comprend, « les Dépazées présen- 
tent chacune : 1° un type ascophore bien défini; 2° des appareils 
multiples à spores acrosporées (spermogonies, pycnides), issus du même 
mycélium. Le cycle du développement de chaque espèce étant connu, 
il s'est basé, pour établir ses diagnoses, « sur des caractères puisés 
dans l'organisation même de la spore endothèque», et en donne la 
description suivante : ^.Sphxriis llcheniformibus^ folhcolis.ascis prxcU- 
tis. Peritheciis erumpentibus ex diversis maculis et comitatis concepla- 
culis secundariis [Spermogoniis, Pycnidibus, — Ascls cyiindraceis, cla- 
vatis, octosporis Sports — œ septatis, iodo flavescentibus, necnon et 
per ammonium aqua solutain facescenlibus demumque nigrescentibus, 
ascorum et sporarum tegumenlis non tinctis. » 

— Suivant M. G.-E. Bertrand {Ann. Se. natur., Bot., 6« sér., tom, 
VII, nos 1 et 2), chez les Végétaux phanérogames gymnospermes, les 
ovules sont toujours orthotropes, et chacun des ovules présente un 
nucelle volumineux longuement adhérent au tégument unique qui le 
protège. L'apparition de l'ovule gymnosperme est marquée, au point 
qu'il doit occuper, par l'apparition d'un mamelon cellulaire arrondi, et 
sur le pourtour duquel se forme un bourrelet aussi arrondi, s'accroissant 
rapidement. Deux points opposés de ce bourrelet offrent souvent une 
épaisseur plus grande: ils sont destinés à former les cornes dumicro- 
pyle, dont parfois le canal s'allonge beaucoup avant la fécondation. Ce 
canal est parcouru dans toute sa longueur par les grains de pollen des 
plantes phanérogames gymnospermes; ces grains» tombent dans 
une chambre située au sommet du nucelle que Brongniart a nommé, 
en raison de ses fonctions, la chambre polHnique, et qui existe chez 
les gymnospermes tant vivantes que fossiles. 

L'ouverture de la chambre poUinique est le résultat de la dissocia- 
tion des cellules du sommet du nucelle et de la rupture des couches 
cuticulaires de leurs cellules épidermiques. Sa formation se produit 
VIII. 8 



114 REVUE SCIENTIFinUE. 

de très-bonne heure, «bien avant l'élongation de la région de l'ovule, 
commune à la fois au tégument ovulaire et au nucelle, avant, par 
conséquent, que la cellule mère du sac embryonnaire soitreconnais- 
sable.» M. Bertrand, avec Ad. Brongniart, considère cette chambre 
comme un des attributs caractéristiques de la gymnospermie. 

La fermeture du canal micropylaire a lieu bientôt après l'arrivée 
des grains de pollen dans la chambre que nous avons indiquée, soit 
en général par suite d'un faible accroissement de ses cellules, soit 
même «par un simple épaississement de leurs couches cuticulaires 
antérieures. » 

Le système vascalaire ne se rencontre que chez un petit nombre 
d'ovules de plantes gymnospermes. Lorsqu'ils sont développés, ce qui 
se produit seulement quand la graine a atteint près de la moitié de sa 
taille définitive, « tous les faisceaux de l'ovule sont primaires, car tous 
possèdent des trachées ». 

Enfin, pour terminer l'étude des ovules des Végétaux gymnosper- 
mes, M. Bertrand fait « connaître la nature morphologique de l'ovule, 
du nucelle et du tégument ovulaire dans les principaux groupes de 
ces Végétaux ; puis il s'occupe de la transformation des téguments des 
végétaux phanérogames gymnospermes en téguments séminaux. 

La transformation des téguments ovulaires en téguments sémi- 
naux présente quelques faibles différences suivant que le tégu- 
ment séminal de la graine est presque nul, mince, membraneux, 
mi-partie sec et mi-partie ligneux, mi-partie charnu et mi-partie 
lio-neux. Le professeur de Lille décrit ainsi la formation du tégu- 
ment séminal réduit des Gnétacées : «Pour suivre l'augmentation de 
l'ovule fécondé, les cellules du tégument ovulaire, surtout dans la 
région où ce tégument n'est pas distinct du nucelle, se divisentradia- 
lement et transversalement un certain nombre de fois, puis tous les 
éléments formés croissent en conservant des dimensions à peu près 
isodiamétriques; mais bientôt elles sont comprimées entre la paroi 

du sac embryonnaire et la coque protectrice solide de la graine 

En se développant, le sac embryonnaire écrase tous les tissus qui se 
trouvent entre lui et la coque protectrice de la graine, tous ces tissus 
passent à l'état de parenchyme corné. La lame cornée qui revêt 
l'amande est simple dans la plus grande partie de son étendue; ce n'est 
que vers le sommet de la graine qu'elle est double, le feuillet extérieur 
représentant la partie libre du tégument ovulaire, le feuillet profond 
étant dû au mamelon d'imprégnation. On rerouve dans ce dernier 
la chambre polUnique et les grains de pollen qui y sont accumulés. » 
M. Bertrand nous fait ensuite observer que sous l'ovule de plusieurs 



TRAVAUX FRANÇAIS. — BOTANIQUE. 115 

Gymnospermes, le parenchyme cortical du pédoncule multiplie ses 
cellules et forme des enveloppes accessoires, désignées par lui sous 
le nom d'arilles. « Après la pollinisation, les cellules du tissu fonda- 
mental de ces arilles se divisent un grand nombre de fois ; elles 
conservent leurs parois minces, gorgent leurs cavités de matières 
gommo-résineuses et forment ainsi des organes de dissémination indi- 
recte souvent fort utiles ». 

Un chapitre spécial du Mémoire est réservé à indiquer les dis- 
positions des téguments séminaux dans les principaux "groupes de 
Végétaux gymnospermes ; un second, à décrire les enveloppes acces- 
soires des graines de ces Végétaux et les organes disséminateurs des 
graines. Le but de M. Bertrand, en écrivant ces deux derniers 
chapitres, a été de faciliter la comparaison des graines des genres 
actuels des Gymnospermes avec les graines fossiles silicifiées. 

— On sait (Ann. Se. nat.. Bot., 6" sér., tora. VII, n°= 1, 2 et 3) 
que la distribution des plantes et leurs variations tiennent à des in- 
fluences qu'on a appelées historiques, se rapportant à des phénomènes 
géologiques ou à des circonstances purement accidentelles, et à des 
influences physiques actuelles. Ces dernières , seules susceptibles 
d'une obserration régulière et entraînant par leurs variations des va- 
riations correspondantes chez les Végétaux, ont fourni à MM. G. Bon- 
nier et Ch. Flahaut le sujet d'une longue étude. 

— La Géographie et l'Archéologie forestières de l'Amérique du 
Nord ont formé le sujet d'une conférence faite par le D'' Asa Gray, le 
18 avril 1878, à l'université d'Harvard. Les Annales des Sciences natu- 
relles [Bot., 6® sér., tom. VII, no 3) publient la traduction de cette 
conférence. 

— Plusieurs rubologues [Bull. Soc. Bot. de France, n°3, 1877) ont 
signalé le mode de reproduction des Rubus par implantation de l'ex- 
trémité de leur tige foliifère. Aces observations, qui ont été faites, 
entre autres, sur les Rubus fruticosus Lin., R. cordifolius W. 
etN.,/î. rhamnifolius W. etN., viennent s'ajouter celles de M. Lefè- 
vre : l°sur le Rubus discolor W. et N.; cette dernière espèce s'enra- 
cine toutes les fois que son extrémité touche la terre dans des condi- 
tions favorables à la végétation ; la tige qui s'est enracinée donne 
des rameaux l'année suivante, «puis elle meurt, tandis que l'extré- 
mité enracinée produit une tige foliifère qui peut également s'enra- 
ciner» ; 2" sur le Rubus thy rsoideus Wim., chez lequel on voit fré- 



116 UKVUE SCIENTIFIQUE. 

quemment. plusieurs scions inférieurs s'allonger autour de la tige 
mère et s'enraciner par leur extrémité, à l'automne ; 3° sur les Riibus 
Gravii etMeratii, Lef., R. c^sius^ Lin., R. agreslis, Wal. 

Toutefois il ne faudrait pas croire que si l'on détache et l'on replante 
isolément avant l'hiver le sommet d'une tige mère enracinée en au- 
tomne, ce sommet soit capable de reprendre vie : l'expérience a dé- 
montré le contraire à M. Lefèvre. « Il a été à même de s'assurer que 
les parties enracinées, en communication avec la tige mère, avaient 
une végétation luxuriante dès la fin d'avril suivant; d'où l'on peut 
conclure que pour réussir à obtenir des sujets par implantation, il ne 
faut les détacher des plantes qui les ont produits que lorsque les 
racines sont bien développées et capables d'absorber les sucs nour- 
riciers nécessaires à leur existence, et que la tige qui doit naître de 
ces racines a déjà atteint un certain développement.» 

— M. Max Cornu {Bull. Soc. Bot. de France, n" 3, 1877) a recueilli 
dans une excursion faite cà Montmorency un Agaricus [Collybia) cir- 
ratus se développant aux dépens d'un sclérote. Il a aussi rencontré 
sur une branche de Chêne le véritable A. cirratus né sans sclérote. 

— Jusqu'à ces derniers temps (Bull. Soc. Bot. de France, n^S, 1877) 
n'avaient été signalés, parmi les espèces du genre Lilium ayant donné 
naissance à des variétés à fleurs plus ou moins doubles, que le L. can- 
didum Lin., lel. elegansUhunb. (E. Thunbergianiim RcBm. etSchult.) 
etleL. Marlagon Lin. M. P. Duchartre ajoute à cette liste le L. tigrmum 
Gawl., dont la fleur double «offre cette particularité remarquable 
que dans sa formation interviennent une multiplication du périanthe 
et une pétalisation partielle de l'androcée ; les deux sortes de pétales 
additionnels dont la production est due à l'une ou l'autre de ces deux 
causes, diff'èrent entièrement entre elles, et ceux qui proviennent de 
la multiplication du périanthe prennent la part de beaucoup la plus 
importante à ce doublement». 

M. Duchartre se hâte de dire que la fleur du Lis tigré, importé du 
Japon il y a quelques années, ne mérite pas la dénomination de 
L. Tigrinum /?o?'ep?e?20 qui lui a été donnée par M. Regel. 

— L'enveloppe (5ii^/. Soc. Bot. de France, n° 3, 1877) dure de la 
graine des DapJvie Laureola, D. Gnidium et D. Mesereum est formée 
par la secoudine. Cette particularité, pour M. Beauregard, paraît être 
caractéristique du genre Daphne. 



TRAVAUX FRANÇAIS. BOTAXIQUE. 117 

— Aroccasion (Bull. Soc. Bot. de France, n° I. 1878) d'un articlo pu- 
blié par M. F. Gazzuola dans le cahier pour septembre 1877 du Bulletin 
de la Société royale toscane d'horticulture, M. Duchartredit qu'il sem- 
blerait établi, non-seulement en Italie, mais encore en x\llemagneet 
en France^ « que les fleurs des deux sexes sont produites, sur le Melon, 
en proportions inégales, suivant l'âge des graines qui ont servi au 
semis » : ainsi, les pieds de Melon venus de graines récemment récol- 
tées porteraient un grand nombre de fleurs mâles et un petit nombre 
de fleurs femelles, tandis que l'inverse se produirait chez ceux prove- 
nant de graines vieilles. M. Duchartre ne voit aucune explication 
plausible pour expliquer cette particularité, qui pourtant paraît cer- 
taine; mais, en tout cas, « il lui semble, que ce serait se payer uni- 
quement de mots que de dire, avec M. F. Gazzuola, que les graines 
passent par différents degrés de maturité, après lesquels elles finis- 
sent par perdre la faculté de germer ». Le savant botaniste se 
demande en quoi consisteraient ces différents degrés de maturité, et 
quelles relations ils auraient avec la production de fleurs mâles et fe- 
melles en proportions très-différentes. 

— LiC Ligularia sibirica Gass. [Bull. Soc. Bot. de France, n° 1, 1878) 
n'a été signalée que dans le plateau central (Gantai, Puy-de-Dôme et 
Gôte-d'Or), ainsi que dans la partie orientale de la chaîne des Py- 
rénées, et encore l'indication de cette dernière région comme habitat 
de cette plante a été, dans ces dernières années, révoquée en doute. 
Cependant Gouan, Pourret, Lapeyrouse, De Gandolle, Grenier et 
Godron, enfin Gompanyo, sont unanimes à mentionner cette espèce 
dans des localisés diverses, mais peu éloignées, des montagnes en 
question. MM. Timbal-Lagrave, Gaston Gauthier et Jeanbernat ont 
retrouvé le L. sibirica dans la plaine de Gapsir. 

— M. Townsend [Bull. Soc. Bot. de France, n° 1, 18781 a découvert 
une nouvelle espèce de Véronique qui avait été probablement jus- 
qu'ici confondue avec le Veronica bellidioides, Lin. Gette plante, dési- 
gnée sous le nom de V. lilacina, a été abondamment récoltée sur le 
Bel-Alp, dans le canton du Valais, et aussi au sommet du Rieder- 
horn. 

— Les Diatomées marines [Bull. Soc. Bot. de France, n" 1, 1878) de 
la baie de Saint-Brieuc et du littoral des Gôtes-du-Nord sont énu- 
mérées par M. Leuduger-Fortmorel, qui adopte la classification pro- 
posée par M. Paul Petit et fait rentrer dans quarante-cinq genres les 
Diatomées recueillies dansles localités précitées. 



118 REVUE SCIENTIFIQUE. 

— Nous ajouterons à la Communication à l'Académie de M. Pril- 
leux. Communication développée à la Société Botanique de France 
(n° 1 , 1878), la remarque de M. Duchartre, à savoir : «que les observa- 
tions les plus nombreuses qui rattachent les altérations des fruits à la 
présence de Champignons parasites viennent à l'encontre de la théorie 
de Neith. D'après cette théorie, les horticulteurs, voyant dans les al- 
térations des variétés fruitières des symptômes de dégénérescence 
dus à la reproduction exclusive par greffes^ pensent que ces variétés 
sont fatalement condamnées à périr par vieillesse et épuisement. » 

— Dans une Communication {Bull. Soc. Linn. deParis, 1^'mai 1878) 
sur le Mathurina et son arille, M. H. Bâillon appelle l'attention sur les 
poils surmontant la semence de cette plan te, poils sur lesquels le profes- 
seur nous donne les renseignements suivants : «Ils forment au sommet 
de la graine droite, dont la forme est ovoïde-allongée, une couronne 
complète qui rappelle par son mode d'insertion l'aigrette du fruit de 
certaines Composées, mais dont les filaments sont extrêmement longs 
et flexibles. Ce qu'il y a de plus intéressant à connaître dans l'histoire 
de cette sorte d'aigrette, c'est son développement, dont l'observation 
est très-facile. Les ovules du Mathurina sont anatropes, étroits et al- 
longés. Les deux petites dépressions circulaires qui répondent au hile 
et au micropyle sont très-voisines l'une de l'autre. Autour de Tune et 
l'autre, et simultanément, le tissu superficiel de l'ovule grandit en 
forme de bourrelet circulaire, et les cellules qui constituont ce bour- 
relet s'accroissent d'abord toutes ensemble sans s'abandonner par 
leurs parois latérales. Ce n'est que plus tard que le bourrelet se dé- 
coupe supérieurement en un certain nombre de petits lobes qui indi- 
quent que les cellules de la primine, tout en continuant h grandir, ont 
en certains points cessé de demeurer unies latéralement les unes aux 
autres. Au premier aspect, on prend donc ici pour des poils les divi- 
sions très-ténues d'un arille qui est entier à sa base et un pou plus 
haut très-profondément déchiqueté en lanières étroites. » Il est inutile 
de remarquer que ces faits sont entièrement conformes à la manière 
de voir de M. Bâillon sur les arilles. 

— Une Aroïdée grimpante [Bull. Soc. Bot., 3 juillet 1878) a été 
appliquée par le même botaniste contre un mur, où elle s'est fixée 
par de nombreuses racines adventives. Son extrémité feuillée a 
été supprimée. De plus, à mesure que les bourgeons à feuilles se 
montraient sur la tige, ils ont été l'objet d'une mesure semblable. 
L'atmosphère dans laquelle était la plante a toujours été maintenue 



TRAVAUX FRANÇAIS. ROTANIQUE. 119 

chaude et très-humide. Depuis deux ans que dure l'expérieucc, l'ac- 
croissement de la plante a été continu, et cependant elle n'a déve- 
loppé aucune feuille qui pût élaborer la sève, a L'accroissement en 
épaisseur de cette tige dépourvue de feuilles a été», pendant cette 
durée, «de 0,08 c-^ntim. en haut, de 0,05 centim. au milieu, etde 0,02 
en bas ». 

— ïjHydrocleis et le MenyaiUhes {Bull. Soc. Linn. de Paris, 5 juin 
1878) sont rangés par M. Van Tieghem parmi les plantes dans la 
tige desquelles les « faisceaux libéro-ligneux sont enveloppés indi- 
viduellement par une gaîne de cellules pîissées » ; le cylindre central 
de la plupart des autres tiges est, au contraire, tout entier séparé de 
l'écorce par luie gaîne protectrice simple, qui n'est en général que 
la couche la plus interne de l'écorce et la dernière assise du périblème 
qui se difFérencie. Les recherches de M. Dutailly établissent que 
cette observation, exacte pour l'Hydrocleis, ne l'est pas pour le 
Menyanlhes. lia « constaté, en efTet, dans la tige de cette plante, entre 
le cylindre central et l'écorce, une gaîne unique, annulaire, con- 
tinue, que la teinture d'iode colore en jaune avec plus d'intensité que 
les cléments voisins, et qui, par conséquent, devient très-nettement 
visible sous l'infl-uence de ce réactif ». 

Une particularité des bourgeons de l'Hydrocleis consiste dans la pré- 
sence, au milieu des jeunes feuilles , de membranes translucides, en 
forme de lanières longues de un centimètre au plus, larges vers la base 
de près de un millimètre, s'atténuant graduellement de la base au 
sommet, qui se termine en pointe. « Ces languettes, qui n'ont qu'une 
rangée cellulaire en épaisseur, se distribuent entre les feuilles super- 
posées, de manière à figurer des sortes de collerettes qui les envelop- 
pent, et dans le bourgeon les débordent même par le haut, pour 
former au-dessous d'elles une houppe caractéristique... Ce sont des 
formations épidermiques qui, par leur aspect tout au moins, rappel- 
lent les poils scarieux des Fougères, o) 

E. DUBRUEIL. 



120 KEVUE SCIENTIFIQUE. 

Géologie. 

M. Hermite (Compt. rend. AcacL, 3 et 24 mars 1879) présente la 
suite de ses Communications sm- l'Unité des forces en géologie; entre 
autres questions , il discute l'hypothèse de la fluidité ignée de la 
terre à son origine. 

— Les recherches de M. A. Gaudry [Compt. rend. AcacL, 17 février 
1879) viennent attester la présence des Saïgas en France à l'âge du 
Kenne. « Il n'est pas douteux que nos pères ont vu les Saïgas en vie 
sur les hords de la Tardoire et de la Vézère. . . » Les mâchoires de 
ces Ruminants quaternaires ont passé inaperçues parce qu'elles ont été 
confondues avec celles des Bouquetins, dont on trouve les débris dans 
les mêmes gisements quaternaires; cependant leurs mandibules peu- 
vent être distinguées : par la compression plus prononcée desdenticules 
internes des arrière-molaires que chez les Bouquetins ; par le nombre 
de deux auquel les prémolaires sont réduites, tandis que le nombre est 
de trois chez les Bouquetins; par l'accroissement notable de la dernière 
prémolaire à la première arrière-molaire, de celle-ci à la seconde 
et de la seconde à la troisième. Des différences moins prononcées se 
remarquent aussi dans la mâchoire supérieure. Mais toujours « l'in- 
termaxillaire est très-raccourci, le maxillaire est abaissé et le nasal 
ne s'avance qu'au milieu de la première arrière-molaire «. 

— M. L. Dieulafait (Compt. rend. Acad., 17 février 1879) a fait 
l'étude géologique des terrains traversés par un tunnel de 14,400 met. 
destiné à mettre en communication directe avec la mer le bassin à 
lignite de Fuveau. Il a pu s'assurer que les différents bassins à lignite 
du groupe de ce dernier qui existent en Provence, loin d'être séparés 
dès l'origine, ne constituaient qu'un bassin unique ; leur séparation 
actuelle doit être rapportée à des actions mécaniques de l'ordre de 
celles qui ont soulevé à 1200 ou 1500 le muschelkalk de Simiane. 

— Il résulte des études très-intéressantes du même géologue 
[Compt. rend. Acad. ,2^ mars 1879), que la lithine, déjà signalée dans 
un grand nombre d'espèces minérales, « est aussi répandue que la 
soude et la potasse, et qu'elle accompagne ces deux bases dans toutes 
les roches de formation primordiale ». Sa présence a été constatée en 
quantité considérable par M. Dieulafait, non-seulement dans les 
eaux de la mer, où elle avait déjà été indiquée par Bunsen, mais aussi 
dans les eaux minérales de la formation primitive et dans les eaux 



TRAVAUX FRANÇAIS. — GÉOLOGIE. 121 

minérales salines. Il importe de remarquer que la lilhine se concentre 
en quantité notable dans les boues des marais salants ; c'est en parti- 
culier le cas pour les boues des gypses. 

— On peut remarquer [Compt. rend. AcacL, 31 mars 1879), au 
milieu des nombreuses cassures qui travei sent les falaises de la Nor- 
mandie, certaines de ces cassures qui se distinguent par leur netteté 
et leur continuité. Deux systèmes sont constitués par ces joints -, leur 
ensemble représente un réseau. Cette disposition, n'ayant aucune 
ressemblance avec des cassures qu'aurait opérées un simple retrait, 
oiTre l'analogie la plus complète avec celles que l'on aurait produites 
dans une plaque, au moyen d'une faible torsion, et rappelle ainsi le 
système de cassures obtenues expérimentalement par M. Daubrée. 

Personne ne méconnaîtra (Compt. rend. Acad., 7 avril 1879) l'impor- 
tance de ce genre d'études au point de vue comparatif, en présence 
de la reproduction assez fidèle dans les cassures artificielles des traits 
orographiques de divers ordres : les moyens employés pour les obtenir 
se sont naturellement produits, de toutes parts, dans l'écorce ter- 
restre, a Dans les unes comme dans les autres de ces cassures, dans la 
n. ture comme dans les expériences, à côté d'une tendance manifeste 
à des formes similaires d'une régularité géométrique apparaissent 
des perturbations de même nature»; l'expérimentation peut seule 
éclairer l'histoire de leur formation. 

M. Daubrée {Compt. rend. Acad., 31 mars 1879) observe qu'il con- 
viendrait d'employerdes dénominations spéciales pour les divers ordres 
de cassures de l'écorce terrestre : pour les cassures produites par retrait, 
glissement et pression, il propose de substituer le mot de diaclases à 
celui, fort inexact, de joints; pour les cassures accompagnées d'un 
déplacement, il réserve le nom de paraclase, indiquant par sa simili- 
tude avec la première désignation une relation intime et originelle 
qui unit les joints aux failles ; enfin, il comprend les diaclases et les 
paraclases sous la dénomination générale de lithoclases. 

— La présence d'anciens glaciers {Compt. rend. Acad., 7 avril 1879) 
dans les Alpes-Maritimes est signalée par M. G. Desor. Après avoir 
vainement cherché leurs traces dans les environs de Nice et le long 
du littoral de la Ligurie, il les a rencontrées « à une vingtaine de kilo- 
mètres dans l'intérieur, au pied des massifs de calcaire jurassique 
qui forment ici les contre-forts des Alpes-Maritimes ». C'est à une 
altitude de 520 met. que se trouvent les preuves du séjour des gla- 
riers; toutefois l'auteur ne voudrait pas en conclure que ce soit là leur 
limite extrême, et qu'ailleurs ils n'ont pas atteint de niveaux plus bas. 



122 REVUE SCIENTIFIOUE. 

— Plusieurs carapaces de Tortues {Compt. rend. AcacL, 14 avril 
1879) ont été découvertes par M.Garaven-Gachin dans les grès écocènes 
de Castres. Des grès àplaquettes renfermant des tiges et des sporanges 
de Chara destructa de Sap., ont été recuellies autour d'un bassin d'eau 
siliceuse qui contenait ces carapaces. Enfin, au même horizon géogno- 
slique, se sont présentés six dents, un fragment de mâchoire de 
Lophiodon appartenant à un individu plus petit que le L. Lautricense, 
puis de nombreux restes d'autres animaux, plusieurs espèces de Pal- 
miers et des empreintes de Dicotylédonées. 

M.Caraven-Gachin vient encore de rencontrer les marnes gypseuses 
sur lesquelles reposent les grès que nous avons mentionnés plus 
haut ; elles couronnent les calcaires fossilifères de Castres, dont les 
terrains sont contemporains delà formation lacustre éocènede Paris, 
de la Loire, des Bouches-du-Rhône et de Vaucluse, del'Hérault et de 
l'Aude. 

— La publication [Compt. rend. Acad., 14 avril 1879) des Echinides 
jurassiques et crétacés de l'Algérie a été^ comme on le sait, entreprise 
par MM. Pérou, Gauthier etCotteau. Le quatrième et le cinquième 
fascicule sont consacrés à l'étage cénomanien , « et renferment une 
Notice stratigraphique de M. Pérou sur cet étage et la description 
des 86 espèces d'Echinides qu'on y rencontre». Au nombre de ces es- 
pèces un certain nombre se trouve en France ; comme types nou- 
veaux et très-intéressants au point de vue zoologique , nous citerons : 
Cardiaster piostulifer Pérou etGauthier, HeterodiademaLibycum Gotteau, 
Coptophyma problematicum Pérou et Gauthier. 

— M. Victor Lemoine(i/i/i. Se. nat., 6* série, tom. VIII, n" 1) ren- 
voie à une autre époque la publication des études qu'il a entreprises 
dans les environs de Reims sur les terrains crétacés et sur le calcaire 
pisolithique, pour s'occuper, pour le moment, des terrains tertiaires 
au point de vue paléontologique. Les débris des Vertébrés attirent 
d'abord son attention ; il reconnaît dans ces débris soixante-quinze 
types nouveaux pour la plupart, au moins spécifiquement. Les 
Mammifères paraissent pouvoir se rapporter aux genres Arctocyon, 
Proviverra , Lophiochœrus , Plesiadapis , Pleuraspidotherium , Pachy- 
îiolophus, Lophiodon, Dichobune, Sciurus, Paloplotherium, Pliolophus, 
Hyracotherium , Camotherium , et d'autres types du groupe des 
Porcins. Pour les Oiseaux, cinq espèces de taille différente, dont une 
comparable au Gastornis , semblent être indiquées par les divers 
débris, Quant aux Reptiles, on rencontre dans les mêmes terrains les 



TRAVAUX FRANÇAIS. — GÉOLOGIE. 123 

genres Crocodile, Gaïaian, Varan, Simœdosaunis, Eniyde, Tryonix; 
quelques vertèbres de très- forte taille révèlent à cette époque Texis- 
tencedes Serpents et plusieurs: humérus celle du genre Bufo. Enfin les 
Poissons paraissent rentrer plus spécialement dans les groupes des 
Sparoïdes, des Siluroïdes, des Lepisosteïdes, des Pycnodontes, des 
Squalides, des Myliobatides. 

Avant d'entrer dans la description des ossements des Vertébrés des 
environs de Reims, en commençant dans le présent fascicule par ceux 
des Mammifères, M . Lemoine croit utile de donner les principales 
listes de ces derniers animaux recueillis jusqu'ici dans les sables de 
P>racheux, les sables et le calcaire de Killy, le conglomérat de Meudon 
et les argiles à lignites. La plupart des ossements que l'auteur 
énumère ont été fournis par ces terrains : les ossements de Lophiodon 
ont été rencontrés seuls dans le calcaire grossier. Nous renvoyons 
aux ouvrages bien connus de P. Gervais, Pictet et Stanislas Meunier : 
il semblerait résulter des listes qui y sont contenues « que la faune 
éocène proprement dite, considérée jusqu'ici comme ayant débuté avec 
le calcaire grossier, serait d'une date antérieure et aurait commencé 
avant l'extinction de la faune orthrocène,dont l'apparition est mani- 
festement bien antérieure». La solution de cette question découlera 
des recherches de M. Lemoine. 

La première partie du travail est consacrée à la description du 
genre Arctocyon, de Blainville. Dans ce genre sont indiquées deux 
espèces nouvelles [A. Gervaisii,et A. Diieilii) : la première, trouvée à 
Nogent, caractérisée par ses trois prémolaires biradicalées; la seconde, 
recueillie à Gernay, ayantpour signe distinctif ses quatres prémolaires 
biradiculées. 

E. DUBRUEIL. 

— Pendant la réunion extraordinaire de la Société géologique de 
France à Ghâlon-sur-Saône et à Autun , M . Delafond a fait une 
Communication sur les terrains jurassiques supérieurs et crétacés de 
la côte Châlonnaise {Bull. Soc. GéoL, 3^ série, tom. IV, pag. 641), 
ô'est-à-dire le corallien, l'astartien et ptérocérien, le virgulien, le 
portlandien, le néocomien, l'albien et enfin la craie chloritée et la 
craie blanche. • 

Le corallien présente trois zones bien distinctes, chacune d'une 
trentaine de mètres de puissance; il est formé de bas en haut par : 
1" des calcaires oolithiques rouges, chargés d'entroques, avec Cidaris 
florigemma^ etc., etc.; ces calcaires sont confusément stratifiés, leur 
couleur rouge est d'ailleurs particulière au Ghâlonnais; 2" des calcaires 



124 REVUE SCIENTIFIQUE. 

compactes, en lits régaliers, qui sont exploités comme dalles ; à la 
partie inférieure de cette deuxième zone, les calcaires alternent avec 
des Qiarnes d"abord très-épaisses, mais qui plus haut diminuent 
rapidement; — 3" des calcaires blancs oolilhiques ou compactes, qui 
sur certains points sont très-riches en Polypiers. 

La formation calcaire qui surmonte cette dernière zone corallienne 
est rapportée par M. Delafondà l'astartien et au ptérocérien, quoique 
la Rhynchonella inconstans soit le seul fossile que l'on y rencontre en 
abondance ; ce géologue rapproche ces calcaires des calcaires à Astarte 
bieu caractérisés qui surmontent le corallien dans la Gôte-d'Or, Au- 
dessus de ces couches se trouvent des calcaires marneux et des cal- 
caires compactes caverneux, d'une puissance totale de trois à quatre 
mètres, que de très-rares fossiles déterminables permettent de rappro- 
cher du virgulien. Enfin le jurassique se termine par une épaisse zone 
«de calcaires offrant la particularité singulière de prendre sur certains 
points la texture d'une brèche empalant des fragments anguleux de 
calcaire noir, ce qui lui donne un faux air du purbeckien» . Quoique 
les fossiles soient rares dans ces couches et difficiles à déterminer, 
M . Delafoud croit pouvoir rapprocher ces calcaires du portlandien 
delà Gôte-d'Or. 

Pour la série crétacée, son premier terme néocomien ne s'observe 
qu'à la montagne de Saint- Hilaire; ses couches, dont l'épaisseur to- 
tale atteint 26 mètres, ne contiennent de fossiles que dans la partie 
supérieure, où dominent des calcaires marneux; la partie inférieure 
est constituée par des marnes sableuses. Au-dessus de ce néocomien se 
trouve un lambeau de terrain albien représenté par une dizaine de 
mètres de marnes sableuses. Quant à la craie chloritée et à la craie 
blanche, elles ne se montrent qu'àl'état de restes peuimportants con- 
servés dans les fentes des calcaires coralliens. 

—Pendant la même réunion, la Société s'est spécialement occupée de 
la question des argiles à silex, et plusieurs Mémoires ont été présentés 
sur ce sujet important. 

On sait que les argiles à silex sont considérées par les uns comme 
des produits geyseriens, par quelques autres comme résultant de phé- 
nomènes chimiques; certains géologues même les regardent comme 
une formation crayeuse en place. Mais, en somme, pour le plus grand 
nombre, elles résultent de l'action mécanique des eaux diluviennes 
sur les éléments du terrain crétacé. Aucune de ces explications n'est 
admise par M. Jules Martin {Bull. Soc. GéoL, 3« série, tom. IV, 
pag. 653) ; pour lui, les argiles cà silex ne peuvent être attribuées qu'à 



TRAVAUX FRANÇAIS. — GÉOLOGIE. 125 

une aclioii glaciaire ayant ea lieu probablement aux premiers temps 
de la période tertiaire. Les objoclions puisées contre cette théorie dans 
l'examen delà faune et de la flore tertiaire ne sont pas plus irréfuta- 
bles, selon M. Martin, que celles ayant trait à l'absence complète de 
roches striées dans les argiles à silex; il a, du reste, trouvé à Dijon 
des cailloux polis et striés dans un conglomérat inférieur aux dépôts 
à Hélix Ramondi contemporains des argiles à silex delà côte Ghâlon- 
naise. 

—M. Collenot (Bull. Soc. GéoL, 3^ sér., tom. IV, pag 656 ) partage 
complètement les idées de M. Martin ; ses observations sur les phé- 
nomènes glaciaires dans le Morvan l'ont conduit à adopter cette 
théorie. 

— M. Delafond considère (Bull. Soc. Géol., 3e sér., tom. IV, pag. 
666) la théorie précédente, d'après laquelle les argiles à silex ne se- 
raient en résumé que des moraines glaciaires, comme insuffisante 
pour expliquer tous les faits observés, et^ entre autres objections, il ne 
s'explique pas pourquoi ces glaciers n'auraient charrié que des frag- 
ments empruntés au terrain crétacé et non aux autres formations. 
L'hypothèse de la destruction des éléments de la craie blanche à la 
suite de phénomènes sidérolithiquesne satisfait pas davantage ce géo- 
logue : pourquoi dans ce cas les substances éruptives qui ont traversé 
toute la série des terrains n'ont-elles exercé aucune action sur les élé- 
ments des formations autres que la craie blanche ? M. Delafond est 
amené à regarder les argiles à silex comme des argiles éruptives 
provenant de phénomènes sidérolithiques, qui, dans Saône-et-Loire, 
auraient remplacé le dépôt de la craie blanche qui s'efTectuait à la 
même époque avec son faciès normal dans d'autres contrées. 

— M. de Lapparent combat aussi (Bull. Soc. Géol.^ 3^ sér., tom. IV, 
pag. 671 ) l'hypothèse de l'origine glaciaire des argiles à silex; il 
constate l'identité absolue qui existe entre l'argile à silex, dont la 
couleur rouge ne se voit jamais dans les moraines glaciaires, et l'ar- 
gile rouge à silex qui s'étend sur les plateaux de la Haute-Normandie, 
argile qu'il a démontré provenir delà craie sous-jacente modifiée par 
des eaux acides. 

— M. Arcelin [Bull. Soc. GéoL, 3^ série, tom. IV, pag. 675) partage 
l'opinion de M. de Lapparent : pour lui, l'argile à silex du Maçonnais 
et du Ghâlonnais résulte de la modification des éléments du terrain 
crétacé par des phénomènes chimiques en même temps qu'avaient lieu 



126 REVUE SCIENTIFIQUE. 

« des émissions de sables granitiques , d'argiles kaoliniques et de 
matières siliceuses. » 

— M. de Gossigny {Bull. Soc. GéoL, 3« série, tom. IV. pag. 673) 
n'admet pas que les argiles à silex puissent provenir d'anciennes 
moraines, mais pense cependant qu'elles sont le résultat de phéno- 
mènes glaciaires ayant pris dans des régions faiblement accidentées 
des caractères particuliers que nous ne connaissons pas exactement. 

—M. Gaudry fait à la Société (Réunion de Chalon-sur-Saône , 3® sér., 
tom. IV, pag. 682) une Gommunication sur les animaux quaternaires 
de la montagne de Santenay. 

— Déjà, en 1875, M. de Ghan courtois avait montré que certaines 
failles ont joué plusieurs fois, souvent à des intervalles de temps 
très-éloignés. M. Tombeck donne un nouvel exemple de ce phéno- 
mène intéressant {Bull. Soc. Géol., 3^ sér. , tom. V, pag. 114), qu'il 
a observé dans une petite faille du terrain corallien à Vouécourt (Haute- 
Marne). Les lèvres de cette faille sont séparées par un filon de spath 
calcaire dans l'épaisseur duquel on remarque une surface polie et 
striée qui a été autrefois en contact avec la paroi de la faille; puis 
celle-ci s'est élargie, de nouveaux dépôts sont venus la combler, en se 
superposant aux premiers, et enfin, une troisième fois, l'oscillation 
ayant recommencé, la surface externe de ce nouveau dépôt s'est trou- 
vée polie et striée comme l'ancienne; cette faille aurait donc joué au 
moins à trois époques distinctes. 

— Les terrains du bois delà Bâtie, près Genève, déjà étudiés par plu- 
sieurs géologues, font encore le sujet des recherches de M. Ebray {Bull. 
Soc. Géol., 3° sér. , tom. V, pag. 115). 

— Dans une Note sur la stratigraphie de l'époque miocène (Bull. Soc. 
Géol., 3^ sér., tom. V, pag. 122), M. Tardy cherche à concilier les 
deux systèmes de classement adoptés pour les dépôts antérieurs à 
VHelix Ramondi^ l'un par M. Renevier, l'autre par M. Pareto. D'après 
M. Tardy, la classification de M. Renevier étant applicable lorsque 
l'Hélix Ramondi est surmonté par des couches marines , celle de M. 
Pareto l'étant lorsque ce recouvrement n'a pas lieu; on pourrait faire 
concorder ces deux classifications en « admettant que dans les régions 
lacustres, comme à Aurillac, la faune du Planorbis cornu s'est perpé- 
tuée assez haut dans la série, jusqu'à ce qu'un dépôt marin ou une 
coulée de basalte ou un autre agent l'aient éteinte ». 



TUAVAUX FRANÇAIS. GÉOLOGli:. 127 

— M. Gottoau, qui a publié dans les Mémoires de V Académie des 
Sciences de Suède la description des Echinides que le D' Glève a 
recueillis dans les terrains tertiaires des îles Saint-Barthélémy et 
Anguilla, aux Antilles , communique à la Société de Géologie une 
analyse de ses recherches [Bull. Soc. GéoL, 3° sér., tom. V, pag. 126). 
Les échantillons qu'il avait entre les mains, an nombre de plus de 
trois cents, lui ont fourni trente-trois espèces réparties en vingt-trois 
genres; dix-huit espèces ont été trouvées dans l'éocène, seize dans le 
miocène, une seule est commune à ces deux étages. Sur ces trente- 
trois espèces, vingt-huit sont nouvelles et un certain nombre d'entre 
elles sont particulièrement intéressantes au point de vue zoologique; 
elles sont d'ailleurs toutes, sauf le Cidarls Melitcnsis Wright, propres 
aux Antilles. 

— Un gisement d'ossements fossiles a été découvert au nord de 
Paris, dans la tranchée du chemin de fer d'Epinay à Luzarches; dans 
ce gisement, correspondant aux alluvions des hauts niveaux du bassin 
de la Seine et qui datent du commencement de l'époque quaternaire, 
ont été trouvés un certain nombre d'ossements que M, Alf. Desnoyers 
présente à la Société de Géologie [Bull. Soc. Géol.. 3^ sér., tom. V, 
pag. 132). Ces ossements on tété rapportés aux genres Eléphant, Rhi- 
nocéros, Gheval et Cerf, et reposent dans une couche d'argile vôrte 
remaniée. De ce que ces débris n'ont pas été roulés et paraissent avoir 
été brisés avant leur enfouissement, et de la présence de silex taillés 
non loin de là, on pourrait tirer quelques arguments assez contesta- 
bles en faveur de lacontemporanéité de l'homme. 

— M. Goquand continue à soutenir contre M. Hébert l'origine ju- 
rassique de la Terebratula janitor [Bull. Soc. Géol, sér. III, tom. V, 
pag 148). A la montagne de Lémenc, dit le géologue, la Terebratula 
janitor est située dans l'argovien à Amm. tenuilobatus et au-dessous 
d'un étage que M. Hébert lui-même considère comme corallien vrai. 
La place de la Terebratula janitor est la même en Algérie qu'au Lémenc 
et aux Voirons, ou tout au moins est inférieure au Cidaris glandifera 
de rÉchaillon. D'après M. Pérou lui-même, la faune échinologique 
contemporaine de la Tr. janitor est, non pas crétacée, mais possède 
un caractère éminemment jurassique et est certainement voisine de 
celle de la zone h Amm. tenuilobatus. Le Mémoire de M. E. Favre mon- 
tre que dans les couches des Voirons la Terebratula jaiiitor se trouve 
accompagnée d'espèces exclusivement jurassiques. Enfin, en Sicile, la 
Terebratula janitor se rencontre recouverte parle corallien à Terebra- 
tula Moravica et à Diceras Lucii. 



128 REVUE SCIENTIFIQUE. 

— Le callovien et l'oxfordien du versant méditerranéen de la Côte- 
d'Or ont été l'objet d'un certain nombre de travaux; c'est à ses tra- 
vaux incomplets et déjà anciens que M. Jules Martin vient joindre un 
certain nombre d'observations ( Tw/L Soc. Gèol.^ 3^ sér,, tom. V, 
pag. 178). 

Le massif qu'il a étudié, et dont l'épaisseur totale varie de 30 à 
90 met. , est compris entre la dalle nacrée à Pernosùrea Pellati et la zone 
à Cidaris florigemma et Glyptlcus hieroglyphicus; il est subdivisible en 
cinq zones d'inégale valeur : 1° Assises marneuses ou maruo-calcaircs 
à Ammoniles atlileta et A. Lambcrti (callovien), dont l'épaisseur varie 
deO à 5 mètres; — 2^ Couche d'oolitlie ferrugineuse h Ammonites corda- 
tus (oxfordien), d'une épaisseur moyenne de 2 mètres; — 3» Calcaires 
hydrauliques à Pholadomyes et marnes et calcaires rognoneux, gris 
cendré, à Spongiaires, d'une épaisseur moyenne de 22 mètres; — 
4° Calcaires marno-compactes, pseudo-lithographiques, dont l'épais- 
seur varie de 5 à 25 mètres; — 5° Marnes et calcaires gris marneux 
à Pholadomya cor et Ostrea caprina, épaisseur de 5 à 30 mètres. 

M. Martin étudie chacune de ces zones en particulier et les compare 
ensuite dans un paragraphe spécial aux dépôts correspondants des 
pays voisins (Haute-Marne, Haut-Jura, Jura, Suisse). 

Tous ces dépôts présentent entre eux une concordance évidente de 
leurs faunes et de leurs caractères pétrographiques. Le caractère fer- 
rugineux de la zone à Amm. macrocephalus et de celle h Amm. cordatus 
est surtout d'une généralité remarquable dans toutes ces régions. 

Enfin l'auteur fait ressortir de son travail les données suivantes : 

La partie orientale de la Côte-d'Or, d'abord émergée, a été peu à 
peu envahie parles eaux vers la fin de la période callovienne ; à cette 
époque correspondent les calcaires marneux contenant les fossiles du 
callovien supérieur. Des sources ferrugineuses très-abondantes sont 
Venues ensuite s'ajouter aux eaux de la mer, et pendant leur activité 
s'est déposée l'oolithe ferrugineuse à Ammonites cordatus. Enfin une 
époque de calme et de repos a succédé à l'agitation de la période pré- 
cédente: des colonies de Spongiaires, des Echinodermes, des Crinoïdes 
et des Brachiopodes ont pu vivre et se développer. 

—M. Rey-Lescure fait à la Société géologique(6ii/7. Soc. Gêol.,3^ sér., 
tom. V, pag. 199) une Communication sur les dislocations des 
terrains du sud-ouest de la France. L'auteur pense qu'un système 
de dislocations perpendiculaires, orientées N.-N.-O.etE.-N.-E., pour 
lequel il propose le nom de système du Quercy, a affecté le côté 
ouest du plateau central. Ce système pourrait peut-être être rappro- 



TRAVAUX FRANÇAIS. — GÉOLOGIE. 129 

ché synchroniquement au. système du Sancerrois de M. Raulin. L'éta- 
blissement d'an système {système d'Auvergne^ du Rouergue ou du Can- 
tal) perpendiculaire à celui des Pyrénées et datant probablement 
d'une époque peu éloignée de celle de ce dernier, résultera probable- 
ment aussi de l'examen des failles des bords du plateau central. 

— A propos de la présentation à la Société géologique de l'ouvrage 
de M. Grand'Eury sur la Flore carbonifère du département de la Loire 
et du centre de la France^ M. Gruner fait une rapide analyse de la 
seconde partie de cet ouvrage, celle qui a trait à la botanique strati- 
graphique [Bull. Soc. GéoL, S'user., tom. V, pag. 214), 

Entre le carbonifère supérieur ou houiller proprement dit, auquel 
correspondent les bassins houillersdu nord de la France, d'une part , 
et l'étage permien, d'autre part, existe en général, en Angleterre et en 
Allemagne, une grande lacune : c'est à celle-ci que correspondent le 
bassin houiller de Saint-Etienne et les bassins houillers secondaires du 
plateau central. Tandis que le carbonifère supérieur ou houiller pro- 
prement dit, que M. Grand'Eury, dans sa classification, dé signe sous 
le nom de houiller moyen, est formé de strates régulières de schistes 
et de grès schisteux, et où les couches de houille sont nombreuses, 
régulières, mais peu puissantes , l'horizon houiller de Saint-Etienne 
(houiller supérieur, Grand'Eury) présente des masses de grès et de 
poudingues et de houilles souvent puissantes, mais faisant partie de 
dépôts circonscrits et irréguliers. Comme flore, les Nevropteris et les 
Sphenopteris dominent dans le houiller moyen; les Dicotylédones 
gymnospermes, les Calamodendron, les Pecopteris^ les Odontopteris, les 
Schizopteris dominent dans le houiller supérieur de la Loire, qui pré- 
sente une dernière analyse et de bas en haut les zones suivantes : 
\° Étage houiller de Rive-de-Gier : Caractérisé parle développement des 
Stigmaria et des sigillaria, et auquel correspondrait peut-être le sys- 
tème houiller du Briançonnais ; 2" Étage stérile : Cet étage, d'une 
grande puissance, sépare les couches de Rive-de-Gier de celles de 
Saint-Etienne, et présente des couches exploitables à Bességesdans le 
Gard, à Graissessac, Epinac, La Mure et Petit-Cœur dans les Alpes. 
Les Stigmaria y sont encore très-développées ; 3" Système houiller 
inférieur de Saint-Étienne : A ce système, caractérisé par le grand dé- 
veloppement des Cordaïtes, correspondent les couches de la Grand'- 
Combe (Gard), de Brassac et de Blanzy, etc. ; 4° Système houiller 
moyen de Saint-Étienne : Les Cordaïtes commencent à être remplacées 
graduellement par les Calamodendrons. Les Fougères abondent en 
individus, espèces et genres. Les houillères de Portes (Gard), de 
VIII. 9 



130 REVUE SCIENTIFIQUE. 

Saint- Pierre-Lacour (Mayenne), de Champaguac (Gaulai), etc., se rap- 
portent à ce niveau ; 5" Système houiller supérieur de Saint-Étienne : 
Les calamodendrons y arrivent à leur maximum de développement. 
A ce système correspondent les couches d'Aubin et de Decazeville 
(Aveyron), de Gommentry (Allier), de Bourganeuf (Greuse) ; ^'^ Étage 
stérile supérieur (permo-carbonifère) : Dans ce système, formé de pou- 
dingues rougeâtres à galets de quartz, et qui couronne le bassin de la 
Loire, commencent à apparaître les genres de la flore permienne. 
Les schistes d'Autun et de Gharmoy, les schistes et les bancs houil- 
1ers de Fréjus (Var), se rapportent à ce niveau ; 7° Permien proprement 
dit : A cette partie inférieure du permien correspondent les dépôts 
houillers de Bert (Allier) , les schistes ardoisiens de Lodève et les 
schistes permiens de Nefïiez (Hérault). La présence de nombreux vé- 
gétaux du houiller supérieur démontre le passage graduel du houiller 
au permien. 

Enfin, à la suite de ses recherches, M. Grand'Eury a été nécessai- 
rement conduit à formuler les résultats où elles l'avaient conduit re- 
lativement à la théorie du transformisme ; les conclusions de M. 
Grand'Eury sont très-nettes, on peut en extraire les passages sui- 
vants : « On ne voit pas les espèces se modifier à la longue dans le 
sens des espèces voisines et plus récentes »... « D'un côté, tous les 
faits sont en faveur de la création indépendante ; de l'autre, ils ne sont 
pas moins contraires à la transmutation. » 

— M. Meugy présente à la Société géologique [Bull. Soc. GéoL, 
3® sér., tom.V, pag. 223) une Note sur le terrain quaternaire du nord 
de la France, que, par suite d'observations recueillies en divers lieux, 
il croit pouvoir diviser en six périodes. 

— M. Alph. Pérou publie {Bull. Soc. GéoL, 3" sér., tom. V, pag. 
469 et 499) deux Notes intéressantes sur les calcaires à Echinides de 
Rennes-les-Bains (Aude) ; la première de ces Notes a pour objet la 
classificalion de ces calcaires dans la série des couches du crétacé su- 
périeur -, la seconde est une étude particulière du gisement et des ca- 
ractères des fossiles sur lesquels l'auteur base ses conclusions. 

D'après M. Péron, les calcaires à Echinides représentent exacte- 
ment les grès à Micraster Matheroni du Beausset ; ces deux formations, 
comprises du reste l'une et l'autre entre deux zones de Rudistes, 
appartiennent incontestablement au sénonien pour leur faune et 
doivent par conséquent être séparées du turonien supérieur. 

— Xe calcaire grossier d'Arthon (Loire-Inférieure) contiendrait, 



TRAVAUX FRANÇAIS. — GÉOLOCrlE. 131 

d'après M. Dufour {Bull. Soc. GéoL, 3" sér., tom. V, pag. 541), de 
nombreuses empreintes végétales qui n'avaient pas encore été aper- 
çues, et qu'il a découvertes en examinant l'intérieur des nodules argi- 
leux qui se trouvent à la partie supérieure de la paroi des carrières. 
D'après un premier examen, ces plantes sont peut-être des Algues et 
des Zostéracées, et rappelleraient les empreintes du calcaire gros- 
sier de Bagneux, près Paris. Il y aurait peut-être aussi en même 
temps des restes de Vertébrés. 

— Remarquant l'absence du kimméridgien et dQ portlandien dans 
les localités où se développe l'étage valanginien de M. Desor, M. Ebray 
se demande {Bull. Soc. GéoL, 3^ sér., tom. V, pag. 567) si cet étage, 
mal défini à tous les points de vue, ne serait pas synchronique des 
deux premiers. Un exemplaire, malheureusement unique encore, 
diOstrea Bruntrutana trouvé dans les carrières de Monestier vient 
appuyer cette manière de voir, qui n'a rien d'extraordinaire si l'on 
réfléchit aux cas bien constatés d'un même étage ayant en divers 
points un faciès pétrographique et paléontologique bien différent. 

— La stratigraphie du bassin silurien de Mortain n'avait été étu- 
diée jusqu'ici d'une manière précise que par M. Dalimier. M. de Lap- 
parent vient rectifier et compléter les observations de ce géologue 
(Bull. Soc. GéoL, 3' sér., tom. V, pag. 569). 

— M. Cornuel décrit {Bull. Soc. GéoL, 3^sér., tom. V, pag. 604) 
les restes de Poissons fossiles qu'il a découverts dans le néocomien de 
de la Haute-Marne, et appartenant aux genres Egertonia, Lepidotus 
Ag., Pycnodus Ag., Ellipsodus Cornuel. 

— Dans une Note complémentaire sur les lafs quaternaires de la 
Celle, près Moret [Bull. Soc. GêoL, 3' sér., tom. V, pag. 646), M. Tour- 
noiier établit les relations du tuf avec les dépôts quaternaires de la 
Vallée et complète la paléontologie de ce dépôt à l'aide des fossiles 
bien conservés qu'il a pu découvrir. M. Tournoiier conclut de ses 
nouvelles recherches : que le tuf est dû à des eaux incrustantes pro- 
venant du calcaire lacustre ou de sa surface; qu'il est postérieur aux 
alluvions anciennes et aux anciens graviers fluviatiles, et qu'il est un 
peu plus récent que le diluvium gris, sans pour cela appartenir à 
l'époque des alluvions modernes; que sa faune et sa flore accusent 
plutôt un climat tiède et humide, ainsi qu'une plus grande diffusion 
des espèces, qu'un climat réellement méridional, comme il avait été 
porté à le supposer d'abord. 



132 liEVlîE SCIENTIFIQUE. 

— M. Collenot, dans un intéressant Ménaoire sur le phosphate de 
chaux de l'Auxois [BulL Soc. GéoL, 3" sér., tom. V, pag. 671) croit 
pouvoir attribuer la formation de ce phosphate à des émissions hy- 
drothermales. 

— M. Hermite {Bull. Soc. GéoL, 3" sér., tom. V, pag. 687) présente 
quelques rectifications sur les caractères génériques des Trochotoma , 
chez lesquels il ne croit pas trouver de différences assez importantes 
pour autoriser la création de deux genres, comme l'a fait M. E. Des- 
longchamps. M. Hermite fait en même temps la révision des espèces 
connues et décrit une espèce nouvelle qu'il a recueillie dans l'oolithe 
inférieure. 

— M. Tardy publie (Bull. Soc. Gèol., 3* sér., tom. V, pag. 698) un im- 
portant Mémoire stratigraphique sur la région sud-est du bassin de 
la Saône. 

— Les gisements de Y Ammonites tenuilohatus ont été étudiés par 
M. Tombeckdansla Haute-Marne [Bull. Soc. Gèol., 3« sér., tom. VI, 
pag. 6). D'après ce géologue, VAmmonites tenuilobatus offre dans 
cette région un exemple remarquable de récurrence, et se trouve dans 
deux horizons : l'un inférieur, l'autre supérieur au corallien propre- 
ment dit; ce fait important est mis en lumière par deux coupes prises, 
l'une à Vouécourt, l'autre à Maranville. 

Il est probable, pense M. Tombeck, que lorsque l'on aura pu bien 
constater, ailleurs que dans la Haute-Marne, la présence de ces deux 
zones, on reconnaîtra que les géologues du Midi, qui placent l'Am- 
monitcs tenuilohatus entre le corallien et l'argovien, ont eu affaire à 
l'horizon in fra- corallien de ce fossile; au contraire, les géologues 
suisses et allemands, qui le rapportent à l'étage séquanien, n'ont vu 
que sa récurrence suprà-corallienne. 

— La géologie du sud-ouest de la Grimée, déjà entreprise par plu- 
sieurs géologues, fait l'objet des recherches de M. E. Favre [Bull. 
Soc. Gèol., 3^ sér., tom. VI, pag. 19), qui vient de publier sur ce 
sujet un volume accompagné de coupes et d'une carte géologique. 

La Grimée se rattache au groupe géologique du versant méridional 
du Gaucase, de l'Arménie et des montagnes de la Turquie d'Europe , 
en particulier des Balkans. Un affaissement, quia probablement eu 
lieu à l'époque miocène^ a fait disparaître dans la mer Noire, depuis 
le cap Emineh jusqu'au cap Saritscli, la chaîne qui reliait les monts 



TllAVAUX FRANÇAIS. — GÉOLOCtIE. 133 

Tanriques aux Balkans ; la portion de la mer située au nord de la 
ligne qui joint ces deux caps présente en effet peu de profondeur et 
correspond à l'affaissement de la steppe. On trouve dans le sud de la 
Crimée les formations suivantes : 

1° Terrain jurassique. — Il constitue une bande plus ou moins large 
limitée au Sud par la mer , au Nord par les dépôts postérieurs, et 
correspond, de bas en haut : 

a. Marnes et schistes argileux de l'oolithe inférieure et du lias; ces 
schistes sont sur certains points très-contournés et pénétrés par 
des éruptions de porphyres, de mélaphyres, etc.; les fossiles ma- 
rins y sont assez rares, mais on y trouve des débris de végétaux et 
des bancs de lignite. 

b Grès et conglomérats du jurassique moyen. 

c. Calcaires brèches et calcaires marbres avec Diceras , Nérinées, 

Cérites. 

Le soulèvement de la chaîne aeu lieu entre les époques jurassique 
et crétacée; en effet , les terrains postérieurs au jurassique reposent 
en stratification transgressive sur ce dernier. 

2" Terrain crétacé. — a. Grès et conglomérats néocomiens ri- 
ches en fossiles, parmi lesquels M. Favre a reconnu la Terebratula 
janilor. 

b. Massif de marnes blanches et de couches glauconieuses, crétacé 
moyen. 

c. Couches correspondant à la craie de Meudon. 
3" Terrain tertiaire. — a. Nummulitique, 

b. Marne blanche. Etage sarmatique inférieur? 

c. Couche à Eelix. Etage sarmatique inférieur ? 

cl. Calcaire lumachelle abondant en Maclra de la baie de Sébastopol. 

Etage sarmatique. 

Pendant que ces couches se déposaient, des éruptions volcaniques 
ont eu lieu, et l'on trouve dans l'épaisseur de certaines d'entre elles 
des cendres et des scories. 

4" Dépôts quaternaires et récents. 

— M. Pilide a reconnu dans le bassin néogène de la région située 
au nord de Pleesci (Valachie) les étages suivants [Bull. Soc. GéoL, 
S^sér., tom. VI, pag. 22) : 

Premier étage méditerranéen : Constitué en général par des marnes 
et des argiles avec de beaux gisements de sel gemme. M. Pilide rapporte 
ces couches au niveau du schlier. 

Deuxième étage méditerranéen : Nettement caractérisé par des fossi- 



134 REVUE SCIENTIFIQUE. 

les marins ; cet étage est représenté par des argiles, marnes, sables, 
grès et calcaires. 

Étage sarmatique : Calcaires compactQS ou oolithiques, riches en 
fossiles, conglomérats sableux ou coquilliers. 

Étage à Congèries : Atteignant une puissance de 200 mètres et consis- 
tant en couches d'argiles grises, sables, marnes sableuses et calcaires 
remplis de fossiles dont la plupart ont été trouvés en Grimée; dans 
cet étage, les gisements de lignite et de pétrole sont bien plus dévelop- 
pés que dans tous les précédents. 

M. Pilide croit qu'il y a lieu d'établir dans cette région les mêmes 
groupements que ceux reconnus depuis longtemps dans l'Autriche- 
Hongrie. 

— Dans une (Communication sur la vallée de la Vesle, aux environs 
de Courcelles (Aisne) [Bull. Soc. Gèol., 3«sér., tom. VI, pag. 32), M. de 
la Moussaye rapporte avoir trouvé dans des grès qu'il rattache à 
l'époque pliocène des empreintes de feuilles qui lui ont paru provenir 
de Lauriers et de Chênes-verts , fait nouveau qui a besoin d'être 
vérifié. 

— L'étude des volcans de la Haute-Loire, entreprise depuis plu- 
sieurs années par M. Félix Robert [Bull. Soc. Géol., 3® sér., tom. 11, 
pag. 245, et tom. IV, pag. 355), se termine [Bull. Soc. Géol., S"- sér., 
tom. VI, pag. 40) parla description des volcans à scories de l'époque 
pliocène et des volcans basaltiques modernes. Les premiers, parmi 
lesquels nous citerons ceux de Courant, Peyre, Amont, Boury, Bar, 
Sainte-Anne, Solilhac, Doue, forment une sorte de cercle autour du 
Pny. Les autres constitueïit une chaîne principale s'étendant de Fix 
à Pradelles, et qui comprend. : Durande, Vergezac, le cratère du lac du 
Bouchet, Breysse, Grand-Breysse, Petit-Breysse et Denive. 

— Les gisements de plusieurs roches, et en particulier de la jadéïte, 
que l'homme préhistorique employait à divers usages, nous sont au- 
jourd'hui inconnus pour ce qui regarde l'Europe occidentale; cepen- 
dant, par suite de diverses considérations, on est à peu près forcé 
d'admettre que ces gisements devaient se trouver fort près du point 
où la roche était travaillée et employée. M. de Mortillet (Biùll. Soc. Géol., 
3* sér., tom. VI, pag. 38) pense qu'on pourrait peut-être découvrir 
la jadéïte dans les montagnes de la rivedroite du lac de Bienne, limi- 
tant le Valais au Nord ; il se base pour cela sur Texamen d'une hache 
en jade provenant de Locras et qui porte sur son extrémité laissée 



TRAVAUX FRANÇAIS. — GÉOLOGIE. 135 

fruste les stries si caractéristiques des cailloux glaciaires. M. Daubréc, 
il est vrai, ne voit rien qui prouve que les sillons en question pro- 
viennent d'un phénomène glaciaire, et pense qu'ils peuvent fort bien 
provenir d'un commencement d'usure et de polissage laissé inachevé 
par l'ouvrier. 

— On trouvera dans le Bulletin de la Société géologique {3^ sér., 
tom. V, pag. 166, et tom. VI, pag. 50) d'intéressantes Etudes de 
MM. Vasseur etDufour sur les dépôts éocènes de la Loire-Inférieure 
{Campbon, Arthon Ckemerè, ifac/iecow/), dontla position dans l'échelle 
des couches du calcaire grossier n'est pas encore exactement déter- 
minée. 

— M. de Zigno [Bull. Soc. GéoL, 3^ sér., tom. VI, pag. 66) pré- 
sente une Note sur les Siréniens fossiles d'Italie. D'après les individus 
découverts jusqu'à ce jour, on peut dire que les Siréniens tertiaires 
vivaient comme les Siréniens actuels, près des côtes, dans les golfes 
et les embouchures. Des restes fossiles de Siréniens se rencontrent 
en Italie, dans tout le tertiaire. On y a distingué huit espèces, distri- 
buées de la manière suivante. 

A. Eocène : Halitherium veronense Zigno^ H. angustifrons Zigno, 
H. curvideus Zigno, dans le Véronais. 

B. Miocène: Halitherium bellunense Zigno, dans le Bellunais. 

C. Pliocène: Felsi7iotlienum Forestii Gsl])., F. Gervaisii Gap., F. sub- 
apenninum Gap., et N. Sp., dans les environs de Bologne, le Piémont 
et la Toscane. 

D'après les crcânes qu'il aeus jusqu'ici entre les mains, M. de Zigno 
croit pouvoir déterminer la période du tertiaire à laquelle appartient 
un Sirénien, à l'aide de la forme du plan supérieur de la région pa- 
riétale. 

— M. Gotteau, qui vient de publier, en collaboration avecM. Locard, 
une description de la faune des terrains tertiaires moyens de laGorse, 
en donne une rapide analyse [Bull. Soc. GéoL, 3^ sér., tom. VI, 
pag. 71). Les trois îlots de Bonifacio, d'Aleria et de Saint-Florent 
appartiennent, quoique étant pétrographiquement bien distincts, au 
groupe miocène de la Méditerranée. Ges dépôts miocènes, étudiés on 
particulier dans le bassin de Bonifacio, donnent, de bas en haut : 

i" Zone composée de calcaires compactes saccharoïdes oubréchifor- 
mes, avec nombreux Polypiers, Lepralia, OpercuUna^ etc., et rares 
Clypeaster; 



136 REVUE SCIENTIFIQUE. 

2" Molasse de couleur variable avec Clypeaster crassicostalics, C. inter- 
medius^ etc., etc.; 

3° Couches de calcaires blancs compactes à Peclen Bonifaciensis, 
espèce épineuse, de forme oblique, spéciale à ce niveau de la Corse 
et de la Sardaigne. On trouve en outre dans ces couches de nombreux 
Gastéropodes et de nombreux Oursins ; 

4" Marnes argileuses micacées à Pecten cristatus et peu d'autres 
fossiles; 

5° Zone à Fusus et à Pleurotoma ; 

6° Molasse blanche atteignant 100 mètres de puissance, contenant 
des dents de Poissons et d'autres fossiles, parmi lesquels le Cidans 
avenionensls. 

M. Cotteau a trouvé dans les dépôts miocènes de la Corse quarante- 
cinq espèces d'Echinides ; toutes, sauf une, sont propres au terrain 
miocène et appartiennent à 19 genres, dont? sont éteints, 7 habitent 
aujourd'hui la Méditerranée et 5 ne vivent plus que dans des mers 
éloignées. Parmi ces quarante-cinq espèces, dix-neuf sont particu- 
lières à la Corse ; on peut citer : Arupkiope Hollandei Cott., Linthia Lo- 
carrfi Tournoiier, Echinocardiun Peroni Cott., Macropneiùstes Peroni 
Coit. ^Brissus corsicus Cott., Lovenia Peroni Cott., etc. 

— On sait le bruit que fit, il y a peu de temps, le Mémoire de 
M. Kerviler , sur le Chronomètre de Penhouêt ; M. de Mortillet 
{Bull. Soc. GéoL, 3" sér., tom. VI, pag. 99) combat vivement les con- 
clusions qu'on avait cru pouvoir en retirer. D'après ce savant, M. Ker- 
viler lui-même est loin d'être fixé sur ]a valeur même des nombres 
qu'il prend comme base de ses calculs, en apparence seulement d'une 
grande précision . Les conditions dans lesquelles se sont faits les dé- 
pôts sont bien différentes de celles qu'admet M. Kerviler : en réalité, 
à l'âge du bronze, la couche qui contient des restes de cette époque 
était à sec et a été plus tard recouverte sous les eaux, à la suite d'un 
affaissement du sol, par des dépôts successifs ne correspondant nulle- 
ment aux alluvions annuelles de la Loire pendant les différentes 
époquesde l'année; comme le suppose cet ingénieur, ces dépôts ont été 
produits simplement par les grandes marées et les inondations du fleuve 
qui formaient le feuillet sableux pendant leur maximum d'intensité, le 
limon pendant leur décroissance, et enfin la couche de débris vé- 
gétaux lorsqu'elle achevait de se retirer en lavant en quelque sorte les 
champs environnants. Si cette explication donnée par M. de Mortillet 
était exacte, ou voit qu'il faudrait regarder les dates fournies par 
M. Kerviler comme beaucoup ti-op faibles. 



TRAVAUX FRANÇAIS. — GÉOLOGIE. 137 

— M. G. Vasseur fait connaître (Bw//. , Soc. GéoL 3^ sér., tom. "VI, 
pag. 82) un nouveau gîte fossilifère qu'il a découvert au hameau du 
Bois-Gouet, près de Saffré, à 31 kilomètres au nord de Nantes ; ou 
trouve là, dans des sables gris, de nombreux fossiles admirablement 
conservés, parmi lesquels M. Vasseur cite plusieurs espèces de Géri- 
tes, d'abondantes Auricules et Néritines, des Arches, des Pétoncles, 
des Vénus, des Lucines, etc., des Scutellines, des Alvéolines, des 
Nummulites, etc. ; parmi ces fossiles, un certain nombre se trouve 
dans les sables de Beauchamp, d'autres sont particuliers au nouveau 
gisement, gisement que M. Vasseur se propose de démontrer corres- 
pondre à la partie supérieure du calcaire moyen de Paris. 

— En 1867, M. Goquand avait étudié (Voy. Bull. Soc. Gèol. 2" sér., 
tom. XXIV, pag. 505, et tom. XXV, pag. 20) le gisement de bitume et 
de pétrole de la Moldavie, la Valachie, l'Albanie et l'Ile de Zante ; 
aujourd'hui ce géologue continue [Bull. Soc. GéoL, o" sér., tom. VI, 
pag. 86) ses recherches par l'étude des terrains à pétrole et à ozoke- 
rite du versant septentrional du Caucase ; il a reconnu dans les ter- 
rains tertiaires de ces régions la série suivante : 

Pliocène : Dépôts horizontaux de sables, marnes et argiles de la 
presqu'île de Taman, rapportés au quaternaire par 
M. Abich; ces couches représentent plutôt, pour M. Go- 
quand, l'étage astien du bassin méditerranéen. 
Miocène Assises à Gongéries, dont, contrairement à l'opinion de 
SUPÉRIEUR. Verneuil, le dépôt s'était déjà effectué lors du soulève- 
ment du Gaucase, ce que prouve la direction verticale 
de ces couches près de Maritza. 
Miocène Galcaires marins, marnes gypseuses, calcaires à Bryo- 
INFÉRIEUR. zoaires de Kadadji, de la presqu'île de Taman, etc. 
Oligocène Niveau des pétroles et des bitumes correspondant aux 
SUPÉRIEUR, gypses d'Aix. Ges gisements pétrolifères sont échelon- 
née depuis la presqu'île de Taman jusqu'à Bakou ; le 
plus intéressant d'entre eux est celui de Kadadji, au 
sud-est d'Ekaterinoder ; quoique très-important, il est 
d'une exploitation très-limitée à cause de son éloigne- 
ment des voies de communication. 
Oligocène Les terrains pétrolifères reposent près de Kadadji en 
INFÉRIEUR, stratification concordante sur des grès et des calcaires à 

Fucoïdes correspondant aux gypses de Montmartre. 
Eugène. Galcaires et marnes à Nummulites. 



138 REVUE SCIENTIFIQUE. 

— A propos d'une Note de M. Torcapel sur la géologie de la ligne 
d'Alais au Pouzin, M. Hébert appelle l'attention {Bull. Soc. GèoL, 
3^ sér., tom. VI,pag. 108) sur les gisements de la. Ter ebratulajanitor. 
Dans l'Ardèche, de puissantes couches calcaires séparent les couches 
jurassiques à Ammonites polyplociùs des calcaires à Terebralula janilor 
que M. Torcapel place à la base du néocomien. C'est en effet là, d'après 
M. Hébert, le gisement typique de ce fossile, qui est très-rare et qu'il 
n'a pour sa part jamais rencontré dans le jurassique supérieur, sauf 
dans le tithonique supérieur; mais, pour lui, il rattache cet étage au 
crétacé inférieur. Si souvent la zone à Amm. polyplocus supporte 
les couches à Ter eb.jaiiitor. quelquefois^ et'c'est le cas des observations 
de M. Torcapel, on trouve entre les deux zones une formation cal- 
caire presque toujours assimilable au calcaire à Tereb. moravica. Ré- 
cemment M. E. Favre a constaté qu'en Grimée la Tereb. janitor est, 
sans doute possible, néocomienne; enfin les observations de M. Ebray 
et de M, Neumayer, au sujet du gisement de ce fossile dans les assises 
jurassiques, ont, d'après M. Hébert, trop d'incertitude pour être pri- 
ses en sérieuse considération. 

— M. Dieulafaita étudié [Bull. Soc. GéoL, 3«sér., tom. VI, pag. 3) 
les étages qui en France et en Suisse sont compris entre l'horizon de 
ï Ammonites transversarius et le ptérocérien, c'est-à-dire l'ensemble des 
étages qui correspondent au corallien des géologues du Jura. D'après 
M. Dieulafait, ces dépôts sont loin d'être exceptionnels, comme on l'a 
répété; ils se sont au contraire effectués dans des conditions parfai- 
tement normales, 

M. Dieulafait a observé les superpositions suivantes: 
Dans tout le Jura, la zone à Amm. ienuilobatus est inférieure au 
corallien des géologues de ce pays (en y comprenant le glypticien) ; 
cette zone correspond au pholadomien supérieur et aux couches à 
Belemnites Royeri de la Haute- Marne, 

La coucheh He7niciclaris crenularis, étudiée par M. Ghoffatà Monté- 
pile, n'est pas le glypticien des géologues du Jura et est plus an- 
cienne que le Crenularisschichten de M. Mœsch. Dans la classifica- 
tion des terrains jurassiques de l'Argovie donnée par ce géologue, 
M. Dieulafait relève trois erreurs : la première est la fausse position 
relative attribuée à la zone Amm. ienuilobatus., qui est en réalité infé- 
rieure au Crenularisschichten; la seconde est un parallélisme erroné 
entre les divisions du Jura occidental et celle de l'Argovie ; enfin la 
troisième est de n'avoir pas reconnu la grande lacune qui existe en 
Argovie au-dessus du jurassique. 



TRAVAUX FRANÇAIS. — GÉOLOGIE. 139 

D'après M. Dieulafait, les auteurs de l'Echinologie helvétique, 
ayant pris les divisions de M. Mœschpour cadre de distribution, ont 
forcément commis une suite d'erreurs, parmi lesquelles on peut citer 
le mélange de faunes en réalité parfaitement distinctes et l'admission 
de cas de récurrence qui n'ont jamais eu lieu dans la nature. 

— Le granit du mont Saint-Michel, jusqu'ici peu étudié par les 
géologues, est d'après M. de Lapparent [Bull. Soc. GéoL, S'user,, tom. 
VI, pag. 143) un granit stratiforme, à mica blanc, à quartz granuliti- 
que et à feldspath rosé, contenant des tourmalines en abondance; il 
est par conséquent parfaitement distinct du granit de Vize ou du Go- 
teutin et identique au contraire à celui que M. Lapparent a rencon- 
tré à Saint-Hilaire de Haucouet et à Braffais. Les filons de ce granit 
traversent le massif granitique du Gotentin et sont par conséquent 
plus récents que lui. 

— Dans une Note sur l'âge des civilisations d'après les alluvions 
de la Saône {BulL Soc. GéoL, 3" sér., tom. VI, pag. 248), M. Tardy 
attribue aux Gaulois, dont l'invasion date du vi^ siècle avant J.-C., 
l'importation de la civilisation de l'âge du bronze. Suivant l'étude des 
mêmes alluvions, le fer aurait pénétré en Gaule entre le troisième et 
le deuxième siècle avant J.-G., importé sans doute par les Grecs. 
Enfin, la civilisation néolithique aurait appara, près de Mâcon, vingt- 
trois siècles avant J.-G. 

— D'après M. Michel Lévy^ les ophites des Pyrénées présentent 
une constance remarquable de certains caractères de structure et de 
composition minéralogique {Bull. Soc. GéoL, 3^ sér,, tom. VI, pag. 
156). Le diallage y existe toujours et «moule des cristaux allongés de 
feldspath triclinique;... le tout englobe habituellement des cristaux an- 
ciens de fer titane». L'analyse microscopique appuie l'opinion d'après 
laquelle les ophites seraient de nature éruptive. Quant à leur âge, sa 
détermination présente de grandes difficultés, et, de toutes les observa- 
tions faites jusqu'ici, il est seulement permis de conclure qu'il varie 
depuis le trias jusqu'au miocène. 

— Dans une Note sur la présence de fossiles marins dans les sables 
do Rilly-la-Montagne {Bull. Soc. GéoL, S" sér., tom. VI, pag. 179), 
M. Léon Garez admet le synchronisme des sables de Bracheux et de 
toute la série comprise à Rilly entre la craie et les lignites. 

— D'après le même géologue (BulL Soc. Gèol.., 3° sér., tom. VI, 



140 REVUE SCIENTIFIQUE. 

pag. i 83) , les marnes marines de l'étage du gypse existent presque dans 
les environs de Château-Thierry , et par conséquent jusqu'aux limites 
duLassin de Paris, ce qui démontre, dit l'auteur, que ce gypse n'est 
pas un accident minéralogique produit au sein delà mer des Phola- 
domyes et des Lucines. La faune qui accompagne ces derniers fossiles, 
regardée com.me entièrement miocène par M. Deshayes, ne contient 
au contraire, d'après M. Garez, que trois espèces de cet étage; les quatre 
autres sont d'un niveau inférieur (sables de Beauchamp et calcaire 
grossier) . 

— Des dépôts entièrement identiques au loess glaciaire de la 
Suisse et de l'Allemagne ont été découverts sur l'île Bréhat, en Bre- 
tagne, par M. deTribolet(5ii^/.5oc. GéoL, 3^sér., tom. VI, pag. 198). 

— M. de Mercey communique à la Société géologique une Note sur 
la détermination de la position du calcaire lacustre de Mortemer entre 
les sables de Bracheux et les lignites, et sur les sables marins de la 
rive droite de l'Oise compris entre les lignites et les sables de Guise. 
{Bull. Soc. Géol., 3' sér. tom . VI, pag. 198.) 

— M. de Mercey présente encore quelques observations sur la for- 
mation du limon glaciaire du département de la Somme par le rema- 
niement des sables gras ou alluvions de rive des alluvions anciennes 
(BiolL Soc. Géol., o' sér., tom. VI, pag. 201). 

— D'après M. H.Arnaud (Bull. Soc. Géol., S'' sér., tom, VI, pag. 
205), on peut, contrairement à l'opinion de M. Hébert, établir un pa- 
rallélisme entre la craie du nord et celle du sud-ouest de la France. Les 
idées de M. Arnaud sont résumées dans un tableau trop détaillé pour 
être reproduit ici en entier. Nous dirons seulement que, d'après ce 
géologue, le dordonnien correspond exactement au danien de d'Or- 
bigny; le santonien supérieur et le campanien inférieur au sénonien 
moyen, c'est-à-dire à la craie à Ananchytes de Villedieu et à la craie 
supérieure de Châteaudun ; le coniacien à la craie de Villedieu à 
Micraster hrevis ; le provencien à l'angoumien ou turonien supé- 
rieur; leligérien au turonien inférieur (craie de Touraine) etc. 

— La classification donnée par d'Orbigny pour les Foraminifères 
est, d'après M. Terquem {Bull. Soc. Géol. ,3" sér., tom. VI, pag. 211), 
très-rationnelle et très-facile à appliquer; celte classification serait, 
d'après lui, bien supérieure à celle adoptée, en Angleterre, par Car- 
penter. 

M. Dollfus s'élève contre les conclusions de M. Terquem. 



TRAVAUX FRANÇAIS. — fiÉOLOGIE. 141 

— Une intéressante Note de M, Porae] (Bull. Soc. Géol.^ 3" sér., 
tom. VI; pag. 213) nous apprend la découverte de déhvis à' Il ipp a?- ion 
au puits Karouli, prèsd'Oran, en Algérie; ces débris correspondent à 
une espèce probablement distincte, plus récente que celle d'Europe, 
mais toujours antérieure au quaternaire. 

M. Tournoiier pense que les marnes du puits Karouli appartiennent 
à un horizon voisin de celui des marnes jaunes de Montpellier ou 
des lignites de Casino (Toscane) . 

— M. Pomel fait une Communication sur la géologie de la petite 
Syrte et de la région des Chotts tunisiens (Bull. Soc. Géol., 3® sér., 
tom. VI, pag. 217) et montre qu'il n'y a jamais eu pénétration 
de la Méditerranée dans la région des Chotts, un banc constitué par 
des roches crétacées s'opposant à leur envahissement. Ceux-ci sont 
constitués par une mer de terrain quaternaire diluvienne contenant 
absolument que des coquilles terrestres, et les reliefs du sol sont 
des îlots crétacés. Les coquilles marines que l'on observe dans les 
roches dont est bâtie la tour do Menara, et qui, prises pour des litho- 
phages, avaient servi à prouver que le sol avait été affecté d'oscillations 
importantes à une époque très-rapprochée de la nôtre, sont simple- 
ment des fossiles faisant partie de la roche. 

M. Tournoiier fait observer qu'il est incontestable aujourd'hui que 
des coquilles marines aient été trouvées dans le Sahara algérien, 
mais on peut toujours admettre leur transport par l'homme. 

— Le grès de Bagnoles (Orne) appartient, d'après les recherches de 
M. Morière [Bull. Soc. Géol., 3" sér., tom. VI, pag. 225), à l'horizon 
des couches à Lingules (silurien inféiieur); il repose en stratification 
discordante sur les phyllades cambriennes, et est recouvert par les 
schistes à Calimene Tristani. 

M. Morière a recueilli dans ces grès des Tigillites, des Lingules, 
des Cruziana, des Rhysophyciùs, des Dœladus, etc. 

— M. H. Arnaud, dans une Note sur le synchronisme de l'étage 
turonien dans le sud-ouest et dans le midi de la France {Bull. Soc. 
Géol., o" sér., tom. VI, pag, 233), arrive aux conclusions suivantes : 

« 1 . Les bancs à Radiolites cornu pastoris du midi de la France cor- 
respondent à l'angoumien moyen du sud-ouest; 

»2. L'étage mornasien au provencien inférieur et probablement au 
provencien moyen ; 

»3. Les bancs supérieurs à Rudistes au provencien supérieur ; 



142 REVIE SCIEXTIFIQUE. 

B-i. Les marnes de Sougraigne, Moulin-Tiffon, etc., au coniacien 
inférieur. * 

— MM. Doilfus et Vasseur font une étude détaillée d'une coupe 
géologique du chemin de fer de Méry-sur-Oise, entre Yalmondois et 
Bessaucourt (Seiue-et-Oise) [Bull. Soc. GéoL, 3"^ sér., tom. VI, 
pag. 269). Cette étude se compose de deux parties : la première com- 
prend la description minutieuse des couches rencontrées; la seconde, 
les comparaisons et la classification. Il serait beaucoup trop long 
d'entrer dans le détail de ce travail, mais nous croyons intéressant de 
reproduire le tableau général de la classification et du groupement 
des couches observées. 

I. Oligocène supérieur. Meulières de Montmorency , grès de 

Fontainebleau . 

II. OliCtùcèxe motex. Sables d'Eîampes et de Fontenay, mar- 

nes à Ostrea et molasse marine, cal- 
caire de Brie, marnes vertes à 
Gyrènes . 

III. Oligocèxe intérieur. Gypses palustres^ mai-nes blanches à 

Limnées, mai-nes bleues supra-gyp- 
seuses, F° masse gypseuse. 
lY. Eugène supérieur. Gypse, marin, deuxième masse gypseuse, 

marnes à Lucines, troisième marne gyp- 
seuse, marnes à Pholadomyes. 
Sables moyens, sables verts de Monceaux, calcaire 
de Saint-Ouen, sables de Montefontaine, sables 
du Guespel et de Beauchamp, sables d'Anvers. 
V. ÉocÈNE MOYEN. Calcaire grossier supérieur, moyen, à Millioles, 

inférieur glauconieux. 
YI. ÉocÈNE INFÉRIEUR. Sablcs de Cuise, partie supérieure. 

Des dents appartenant à l'flippan'on gracile ont été découvertes dans 
la formation tertiaire supérieure d'eau douce de la province de Cons- 
tantine (Bull. Soc. Géol. 3* sér., tom. YI, pag. 305 . 

— M. Yirlet d'Aoust combat l'opinion de A. de Humboldt, qui ne 
voyait dans les trois Amériques qu'une chaîne de montagne unique 
qui serait la prolongation de la grande Cordillère des Andes {Bull. 
Soc. Géol., 3* sér., tom. YI, pag. 307) . 

— M. Pellat (5m^Z. Soc. Géol. 3* sér., tom. lY. pag. 313) persiste à 
penser que le calcaire à Astarte se rattache au kimméridgien plutôt 
qu'au corallien. 



TRAVAUX FRANÇAIS. — GÉOLOGIE. 143 

— Les Nummulites des environs de Nice et de Menton ont été étu- 
diées par M. Ph. delà Harpe (Bull. Soc. Géol.. 3*= sér., tom. VI, pag. 
313) et distribuées entre onze espèces; d'après M. de la Harpe, il faut 
distinguer trois zones dans ces localités : 1° les couches de Vence ; 
2° les couches supérieures delà Mortola ; 3" les couches des carrières 
de la Mortola. 

Toutes ces couches appartiendraient au nummulitique moyeu. 

— Un nouvel horizon de phosphate de chaux a été découvert dans 
l'étage oxfordieu (zone à Amm. athleta, d'Oppel), près de Nevers, par 
M. de Grossouvre [Bull, Soc Géol., 3* sér., tom. VI, pag. 315). M. de 
Grossouvre pense que ce phosphate de chaux provient d'un dépôt de 
sources minérales ; il se présente sous la forme de rognons de cal- 
caire et de fossiles roulés plus ou moins richement phosphatés. 

— M. Maurel, médecin de la marine, a pu utiliser son séjour à la 
Guyane française pour réunir des matériaux intéressants relatifs à 
l'histoire de l'homme préhistorique dans notre colonie (Bull. Soc. 
Aîithropol., 3^ sér., tom. I, pag. 173}. 

La partie superficielle du sol, dont l'épaisseur varie de 1",50 à 
4 mètres, comprend de haut en bas : l°une couche de terre végétale; 
2° une couche d'argile ferrugineuse ; 3° une couche de graviers ou de 
sable fin assez aurifère ; 4° une couche d'argile aurifère. C'est à la 
base de cette dernière couche qu'ont été trouvés en différents points 
de la colonie les objets, peu nombreux encore, que M. Maurel a entre 
les mains ; ils consistent en sept haches, de forme variable, appar- 
tenant à l'époque de la pierre polie (M. Maurel croit qu'elles pou- 
vaientservir. soit tenues directement dans la main, soit emmanchées! ; 
un bloc sillonné ayant servi pour polir et aiguiser les haches et pro- 
venant du Sinnamary: enfin un mortier primitif et son pilon trouvés 
dans le placer de Saint-Phlour. 

M. Maurel ajoute que, dans un voyage dans l'intériem", il n'a. 
trouvé entre les mains des Indiens aucun instrument de pierre ; ils 
se servent tous aujourd'hui d'ustensiles de fer. 

— il. Prunières, qui depuis plusieurs années fait exécuter des fouilles 
dans les cavernes de Beaumes-Ghaudes (Lozère), communique à la 
Société d'Anthropologie les résultats qu'il a obtenus jusqu'à ce jour 
[Bull. Soc. Anthrop., 3® sér., tom. I, pag. 205). 

Ces cavernes, situées sur la paroi de rochers qui limitent perpendi- 
culairement la vallée du Tarn en face de Saint-Georges de Lévejac, 
se divisent en deux groupes : le premier, composé de cavités suffisam- 



144 RKVUE SCIENTIFIQUE. 

ment sèches et aérées pour pouvoir servir d'habitation, est situé à la 
partie supérieure ; le second, placé au-dessous du précédent, est trop 
humide et obscur pour avoir servi à autre chose qu'à des sépultures. 
C'est dans la grotte la plus au sud du groupe supérieur qu'a été dé- 
couvert un ossuaire des plus importants, comprenant plus de trois 
cents squelettes, dont les os, souvent admirablement conservés, sont 
dans un désordre complet ; certains crânes présentent des perfora- 
tions et des ci(^atrisations intéressantes pour l'étude de la trépanation. 
La race qui a habité ces cavernes était de taille moyenne, plus doli- 
chocéphale encore que celle de la caverne de l'Homme-Mort; la face 
est très-généralement orthognathe; les tibias très-platycnémiques, les 
cubitus incurvés ; la perforation de la cavité olécrânienne ne se ren- 
contre que sur un petit nombre d'humérus. Un fait excessivement 
intéressant est celui de la découverte d'un certain nombre d'os hu- 
mains logeant des flèches en silex dans des blessures faites pendant 
la vie. Or, ces flèches ne sont nullement celles dont se servaient les 
habitants des Beaumes-Ghaudes, mais sont au contraire celles des 
peuplades qui ont construit les dolmens que l'on rencontre tout près 
de là, sur le plateau des Causses. Ce fait vient achever de démontrer 
l'hypothèse de M. Broca, qui, en comparant les restes des anciens 
habitants delà caverne de l'Homme-Mort à ceux des dolmens, avait 
pensé que les hommes des cavernes descendants de la race de Croma- 
gnon avaient résisté longtemps contre la race conquérante, mais 
agricole, qui a construit les dolmens, et n'avait cédé que pied à pied le 
terrain en se réfugiant dans des retraites de plus en plus inaccessibles. 
M. Prunières publiera, lorsque ses fouilles seront achevées, le résul- 
tat complet de ses recherches dans les Mémoires de la Société. 

— On sait que M. Topinard pense que les Celtes, les Slaves et les 
restes delà race Iranienne dans le Turkestan sont des subdivisions lo- 
cales d'un même type brachycéphale qui aurait apparu en Europe à 
l'époque de la pierre polie; le crâne d'un Tadjyck deTashkend (Tur- 
kestan oriental) qu'il présente à la Société d'Anthropologie (3® sér., 
tom. I, pag. 247) vient prouver ce fait d'une manière complète: ce 
crâne est en eïï'et entièrement. identique au crâne du Savoyard des 
hautes vallées, qui, daprès les recherches de MM. Broca et Hovelac- 
que, représente plus purement encore le type celtique que le crâne 
auvergnat. Le Savoyard et l'Iranien ont conservé leur caractère 
grâce à leur isolement, et « il y a lieu de les dire de la même race et 
d'ajouter que le Savoyard est venu du Turkestan», théorie que la lin- 
guistique appuie complètement aujourd'hui. 



TRAVAUX FRANÇAIS. — GÉOLOGIE. 145 

— Tous les silex taillés trouvés en Egypte pcaraissaient jusqu'ici se 
rapporter à l'époque néolithique ; M. Haynes, professeur à Boston, a 
recueilli tles échantillons acheuléens en deux localités très-éloignées 
de Louqsor et les environs du Caire. M. de Mortillet en présente un 
certain nombre, de la part de ce savant, à la Société d'Anthropologie, 
et donne en même temps la traduction d'une Note de M. Haynes [Bull. 
Soc. Anlhrop., 3'' sér., vol. [, pag. 339) à propos de silex. 

— Les Papouas de la côte Maclay^ à la Nouvelle-Guinée, présen- 
taient, il y a peu d'années encore, un exemple remarquable de la civi- 
lisation de l'âge de la pierre ; c'est ce qu'a constaté, en 1871 , Nicolas 
de Miklucho-Maclay : avec le bois, la pierre, l'os et la coquille, ils fa- 
briquaient un grand nombre d'instrumeuts, savaient se construire 
des habitations relativement confortables, des embarcations, etc., etc. 
M. de Miklucho-Maclay croit que l'industrie des Papouas pourrait se 
développer si l'on mettait à leur disposition des outils plus perfection- 
nés, et il ne doute pas qu'à la suite de son séjour sur la côte, le fer 
s'étant introduit dans la peuplade, une ère nouvelle neremplace bien- 
tôt l'âge de la pierre. 

M'='= ViGUIER, 
Préparateur à la Faculté des Sciences. 



Sociétés des Sciences naturelles de Province. 



Note sur la mâchoù-e et le ruban lingual de quelques Vertigos du 
sud-ouest de la France, par M. A. de Saint-Simon (Bull. Soc. Hist. 
natur.de Toulouse, 1877). — Les Vertigo muscorum,piosilla,angustior 
[Venetzii] et antivertigo, qui sont l'objet de cette Note, appartiennent à 
deuxtypes : les deux premiers rentrent dans le type, Carnivore, caractérisé 
par une mâchoire lisse et une armature linguale dont les dents sont allon- 
gées (les dents rachiales sont plus petites que les latérales, les plus rap- 
prochées); les deux derniers appartiennent au second type qui, « par sa 
mâchoire côtelée, ses dents marginales moins simples, ses latérales plus 
courtes et plus trapues, et celles du rachis plus grosses, rappelle celui 
qui caractérise» un certain groupe à' Hélix {H. carthusiana, ericeto- 
rum, Pisana.^ hispida, etc) . 

Un caractère important est la terminaison en pointe des deux bouts 
de la mâchoire des quatre Vertigos précités. 

M. de Saint-Simon signale la ressemblance étonnante qui existe entre 
VIII. 10 



1 46 IIEVIE SCIENTIFIQUE. 

les dents du Vert/ go muscorum et celles àeV Hélix j)ygmœa \3.r. Sùno- 
niana, dont les mœurs sont les mêmes; elles sont seulement un peu plus 
grandes. « La langue est beaucoup plus allongée. La forme générale est 
celle du P. muscorum, mais, dans cette dernière espèce, il existe des 
modifications très-apparentes, car les dents marginales se composent de 
quatre cuspides; les deux externes de celles-ci sont plus grandes , les 
deux latérales sont plus inégales et celles du rachis sont à peu près 
aussi grandes que celles-ci. » Les recherches dont nous rendons compte 
ont été faites pour le ruban lingual à un grossissementde 700 diamètres. 
M. de Saint-Simon a aussi publié dans le Bulletin de la même Société 
une Note sur Y Hélice signata de Rossmassier; pour lui, les H. signata 
muralis et ser'pentina, bien que voisins les uns des autres, présentent 
«dans leurs organes des différences qui permettent de voir dans ces trois 
tj^pes des différences bien tranchées». 

— Catalogue des Mammifères des Pyrénées , par M. E. Trutat 
[Bull. Soc. Hist. nat. de Toulouse, 1877-1878). — M. Trutat a cru 
qu'il y aurait de l'intérêt à publier le résultat de ses observations sur 
les Vertébrés de la chaîne des Pyrénées; il commence la série de Cata- 
logues qu'il se propose de faire paraître, par celui des Mammifères, y 
compris, peut-être à tort, l'ordre des Cétacés, qui rappellent une 
distribution géogi'aphique soumise à des conditions bien différentes. La 
bibliographie se réduit, sur la première classe des Vertébrés, aux Tables 
méthodiques des Mammifères et des Oiseaux de la Haute-Garonne , 
par Philippe Picot de Lapeyrouse (1799); à V Histoire nuturelle des 
Pyrénées- Orientales, par Companyo (1863), enfin à une Note sur les 
Mammifères des Pyrénées, insérée par M. A. de Bouille dans le tome I 
des Comptes rendus du Congrès scientifique de Pau ( 1873) . Aucun de 
« ces travaux ne peut être considéré comme faisant connaître la faune 
mammalogique des Pyrénées». 

Dans son Catalogue, M. Trutat énumère 56 espèces de Mammifères 
qui sont les suivantes : 

Rhinolophus unihastatus Schinz, , R. bihastatus Geoffr,, Ves~ 
pertilio murinus Daub., F. pipistrellus Daub., F. serotinus Daub., 
Plecotus auritus Geoffr., Erinaceus europœus Lin., Sorex are- 
naceuslAn., S. tetragonurus Herm., S. lineatus Geoffr., S. alpinus 
Schinz., S. Dauhentonii Trutat, Mygale pyrenaica Geoffv . , Talpa 
europœa Lin. , Ursus arctos Lin,, var. pyrenaicus Cuv., Genetta 
vulgaris Cuv., Canis lupus Lin., Chien des Pyrénées, Vulpes 
vulgaris Briss., Felis catus Lin. , F. lynx Lin., Mêles taxus Schreb., 
Mustela martes Lin., M. foina Lin., Putorius fœtidus Cuv., P, 



SOCIÉTÉS DE PROVIXCE. 147 

Jienninus Cnv., P. vulgaris, Cuv., Lutra vulgaris Stow. , Lepus ti- 
mi dus 1 An., L. cuniculus Lin., Scmrus viUgaris lAxi., Se. alpùius 
Desmar, Myoxus glis Schreb., M. nitela Gmel., M. avellanarius 
^c\\TQb. ., Ai'vicola arvalis de Selvs, ^. Savii de Selys, A. fulvus 
Desmar,^. n ivali s Ma,vtins, A, amphibius Schreb., A. monticola 
de Selys, Mus musculus Lin., M. sylvaticus Lin., M. rattus Lin., 
M. decumanus Pall., M. Alexandrinus Geoffr., Sus scrofa Lin., 
Antilope ï'upicapî^a Pall., Ihex pyrenaicus Schinz., Cervus capreolus 
Lin., Phoca monacus Gme\., Ph. vituïina Lin., Delphinus delphis 
Lacép.,Z). phocena Lacép., D. orea Lacép., D. tursio Bonnat., Phy- 
seter macrocephalus Lacép., Balœna Biscayensis V. Ben., Balœno- 
ptera musculus Cuv. 

M. Trutat prend soin de nous dire qu'il ne doute pas qu'il y ait encore 
plusieurs espèces à ajouter à cette liste, qui n'est pas seulement un 
Catalogue énumératif, mais critique et raisonné. En comparant, en effet, 
cette énumération au Catalogue, si soigneusement fait par M. Dépéret, 
des Chéiroptères des Pja^énées-Orientales, on peut voir que le nombre des 
espèces de cet ordre se rencontrant dans les Pyrénées-Orientales est 
bien plus considérable que celui indiqué par M. Trutat pour les Pyré- 
nées en général. Nous ferons observer que le même auteur réunit, sous 
le nom de Sorex Dauhentonii, le S. fodiens Pallas et le S. ramiger 
Geoffroy; enfin nous remarquerons que dans l'énumération des espèces, 
il en indique certaines sur le seul témoignage de Companyo. 

Les naturalistes liront avec intérêt les articles de ce Catalogue relatifs 
auDesman, à l'Ours des Pyrénées, à l'Isard des mêmes montagnes, au 
Bouquetin et au Cachalot, dont un seul sujet a été pris à Collioure sous 
Louis XV. 

— Perdix petrosa dans les emnrons de Toulouse, par M. Adrien 
Lacroix [Bull. Soc. Hist. nat. de Toulouse, 1877-1878) . — Deux sujets 
de cette espèce ont été, en 1877, tués aux environs d'Auriac, près 
Carsmau (Haute-Garonne). L'existence de cette Perdrix dans le dépar- 
tement est un fait nouveau. «Elle habite d'une manière fixe le nord de 
l'Afrique, qui est sa véritable patrie, et semble s'être naturalisée en 
Sardaigne, en Corse, en Sicile, le sud de l'Espagne; elle aurait étéobser- 
vée tout à fait accidentellement et de loin en loin dans la France méri- 
dionale et jamais dans la région pyrénéenne. » 

— Catalogue des Mollusques terrestres et fluviatiles vivants obser- 
vés dans le département de la Lozère, par MM. P. Fagot et Gaston de 
Malafosse ( Bull. Soc. Hist. nat. de Toulouse). — « La faune malaco- 



148 REVUK SCIENTIFIQUE. 

logique du département de la Lozère n'ajamais encore été l'objet d'une 
étude sérieuse. Aussi était-il intéressant de dresser pour la première 
fois le Catalogue des Mollusques qui vivent dans ce département, dont 
la nature géologique est ainsi retracée : « Région montagneuse , b 
Lozère est formée dans toute sa partie septentrionale par les vastes 
plateaux basaltiques et granitiques de la Margeride et de l'Aubrac. Au 
Sud-Ouest, on voit de larges étendues de marnes et de calcaires juras- 
siques, s'appuyant en général sur une formation de roches schisto- 
cristallines. Là s'élèvent les causses, énormes et arides massifs ooli- 
thiques ondulés à leur surface et limités par des falaises souvent ver- 
ticales. Enfin, au Sud-Est, se dresse le mont Lozère', chaîne granitique 
au pied de laquelle s'étendent vers le Sud les gorges profondes des 
Cévennes, creusées dans les micachistes. » — Le nombre des espèces de 
Mollusques énumérées se porte à quatre-vingt-cinq. 

— Matériaux pour une étibde préhistorique de l'Alsace, par les 
D" Bleicher et Faudel {Bull. Soc, Hist. natur. de Colmar, 1877-1878). 
— Depuis une trentaine d'années, les musées et les collections particu- 
lières de l'Alsace se sont enrichis d'un grand nombre de documents pré- 
cieux relatifs à l'archéologie préhistorique de cette contrée, armes, 
ustensiles, bijoux, etc., provenant de fouilles régulières ou dedécouvertes 
dues au hasard. La mise au jour de ces éléments, dont beaucoup sont 
restés ignorés jusqu'ici^ offre un grand intérêt qui a été le mobile du 
travail que nous mentionnons. Ce travail, dont la première partie a paru 
et dans lequel MM. Bleicher et Faudel ont cherché à rester toujours 
dans la stricte réalité, en ne mentionnant que des observations positives, 
est surtout une énumération, un catalogue descriptif des spécimens attri- 
bués aux époques préhistoriques et recueillis en Alsace. Il est précédé 
du relevé des publications préhistoriques relatives à ces époques dans la 
région indiquée. 

— Catalogue des Orthoptères observées en Alsace et dans la chaîne 
des Vosges, par M. D. Pierret (Bull. Soc. Hist. natur. de Colmar, 
1877-1878). ^— Le Catalogue de cet ordre d'Insectes, qui a été négligé 
jusqu'ici en France, comprend cinquante-deux espèces. 

— Catalogue des plantes phanérogames qui croissent spontanément 



1 Une excursion géologique au mont Lozère vient d'avoir lieu sous la direction 
de notre collaborateur, M. G. Fabre, sous-inspecteur des ibréts. Cette excursion 
empruntait un vif intérêt aux études spéciales de M. Fabre sur la région. 



SOCIÉTÉS DE l'IlOVIXCE, 149 

dans la ville de Rome, par M. le D'' liarro [Bull. Soc. Se. de Nancy, 
1878). — Pendant un séjour de trois années dans la ville de Rome, 
l'auteur a pu recueillir intra muros plus de quatre cents espèces de 
plantes^ ce qui est un nombre assez imposant pour une flore urbaine. 
Les endroits, en commençant par les plus favorisés sous ce rapport, où 
on rencontre le plus grand nombre d'espèces végétales sont: le Coljsée, 
le mont Testaccio, les jardins de Salluste, les thermes de Caracalla, le 
mont Palatin, les therme? de Titus, le mont Janicule, le mont Vatican, 
le mont Aventin. 

— Notice sur la flore de la Bresse Chàlonnaise et Louhannaise, 
par le D''Gillot [Mém. Soc, Se. nat, de Saône-et-Loire, 1878). — Quoi- 
que dans ce travail l'autear n'ait eu en vue que la partie septentrionale 
de la Bresse appartenant aux arrondissements de Châlon et de Lou- 
hans, sa Notice peut nous servir à nous renseigner sur la flore de toute 
la Bresse. « Le sol de cette région, dit l'auteur, appartient exclusive- 
ment àc3 que l'on désignait autrefois sous le nom qq terrain diluvien. 
Les couches profondes remontent à l'époque tertiaire et sont recouvertes 
d'alluvions récentes. Au-dessus des argiles et des assises de sable et de 
cailloux, auxquelles on adonné le nom de congloynèrat bressan, s'éta- 
gent des boues glaciaires, du limon jaune ou rougeâtre, ou leh^n, mé- 
langé d'éléments ferrugineux, qui forme une couche imperméable, retient 
les eaux à la surface du sol, et contribue à la formation des étangs et 
des marais disséminés en grand nombre dans toute la région ». La Saône, 
le Doubs et leurs affluents alimentent le sol, dont la surface est peu 
accidentée; il est partout couvert de pâturages et de culture; les bois y 
sont d'une étendue médiocre. Le flore revêt un caractère silicicole. 

— Classification du Règne animal, parle professeur A. Giard(5w^^. 
Scientif. du dè'part. du Nord.^ 1878;, et Rev, internat, des Scienc, 
27 juin 1878). 

f Craniota (Vertébrés des anciens). 

1 . Vertebrata. . . . < Acrania [An-qihio.vus) . 

[ Protochordata (Tuniciers). 
Crustacea. 
Insecta. 
Arachnida (avec Merosfomata (Trilobites, Eury- 

2. Arthropoda . . .'I ptérides et Limules), Tardigrada, Pycnogo- 
nida eiLinguatulida.] 

Myriapoda. 
Malacopoda [Peripaius). 



150 



3. Gj'mnoteca. 



4. Nematelmia. ., 



5. Echinodermata. 



6. Vernies 



7. Cœlenterata. . 



8. Infusoria. 



9. Rhizopoda.. . , 

10. Amœboida.. 

11. Gregarinida 

12. Flagellifera. 



REVUE SCIENTIFIQUE. 

Mollusca [o^yec Neomenia ^Polyplacoi^hora (Chitoii), 

Scha'phopoda (Dentale).) 
Annelida (avec Hirudinea, Gymnotoma (Polygor- 

dius et Rhamphogordius) , Chœtognatha (Sa- 

gitta), Gejphyrea (avec Cbsetoderma), £'n^ero- 

pneusta (Balanoglossus) et Myzostomida], 
Bracchiopoda. 

Ciliata {Bryozoa et Rotifera.) 
Nematoida (avec le genre Sphœrularia) . 
Desmoscolecida [Desmoscolex et Trichoderma] . 
Gordiacca. 
Acantocephala. 
Nematoryncha [Qastrotricha (Chsetonotus, etc.) et 

Atricha (Echinodèresj.) 
Actinozoa [Echinoidea, ^teroidea). 
Scytodermata {Holothuridea (avec Rhopalodina] , 

Apoda.) 
Pelmatozoa (Crinoidea., Cystidea, Blastoidea]. 
Platyelmia {Turbellaria (Planaires , Rhabdocèles 

et Némertes) , Trematoda et Cestoida] . 
Dicyemida, 

Orthonectida [Rhopalura^ Litoshid). 
Ctenophora. 
Hydromedusa. 
Anthozoa. 

Porifera [Spooigiaria et Physeniaria] . 
Suctoria (Acinétiens) . 
Trichophora (Ciliés). 
CsitsdlaiCidi,{Magosphœra]. 

Monera. 

Radiolaria. 

Foraminifera. 

Labyrinthulida. 

Protoplasta (Protamœba). 

Amœboida. 

Myxastrea [Myxastrum, Protoniyxa] 

Gregarinida. 
Ncctilucida. 
[ Flagellata. 
, Peridinea. 



SOCIETES DE PROVINCE. I 1 

— Sur les Cysticerques, par R. Moaiez ' Bull, scient, du départ, du 
Nord, novembre 1878). — Si on est d'accord sur leur provenance, il 
existe encore des doutes sur les développements des Cysticerques. Dans 
le cours de ces dernières années, les idées de Stein, Siebold et Meissner 
sur le mode de formation des animaux qui nous occupent ont été géné- 
ralement remplacées par celles de Leuckart. M. Moniez apporte des faits 
nouveaux qui sont de nature à modifier ces dernières idées. «Ces faits sont 
empruntés à l'histoire du Cjsticerque pisiforme du Lapin.» 

Les vrais rapports du jeune Tasnia avec la vésicule qui le renferme se 
montrent de la façon la plus évidente sur les coupes microscopiques des 
Cysticerques ; l'animal sort de son enveloppe à la manière d'une Tortue 
qui aurait rentré la tête dans sa carapace : tel est le résultat d'une pre- 
mière inspection, entièrement contraire au retournement complet décrit 
par Leuckart, à propos du Cysticerque de YArion empiricorwn. «La 
tête, formée en même temps que la dépression, se perfectionne et se dé- 
veloppe conjointement avec elle, et les parois de celle-ci lui forment 
une enveloppe qui est naturellement interne à la vésicule. » 

On voit, sur la paroi interne de la cavité d'invagination entourant la 
tète du Tsenla, de nombreux plis semblables à ceux qu'oflTriront plus 
tard les anneaux ; M. Moniez explique la présence de ces plis en faisant 
observer qu'ils sont dus « à ce que le cercle décrit pa.r la paroi externe 
est de plus court rayon que celui de la paroi interne. Cette paroi interne 
plissée se continue, d'une part avec la paroi externe de la vésicule, et 
d'autre part elle se rattache à la partie de nouvelle formation qui suit la 
tête du Taenia». Quant à la paroi externe de l'invagination, elle n'est 
autre chose que le receptaculum capitis de Leuckart, qui, selon ce 
darnie.% serait constitué par une enveloppe limitant l'invagination. 

M. Moniez a de plus observé chez les Lapins et ailleurs, lorsque le 
Tasnia est déposé dans un intestin qui lui convient et qu'il se dévagine, le 
renversement de la paroi interne de l'invagination et la solution de con- 
tinuité dont est entaillée sa partie inférieure, solution de continuité «qui 
va en diminuant vers le haut, ce qui établit un passage insensible à la 
vésicule, qui n'est plus séparée que par un repli ». La forme du Taenia 
résultant de ce Cysticerque sera bien celle décrite par Siebold, Leuckart 
etc., comme celle d'un corps « relativement gros et large qui, à partir 
de la tête, augmente assez rapidement de largeur et se termine par la 
vésicule»; mais avec la vésicule se détache aussi la portion susmen- 
tionnée faisant partie de l'enveloppe de la tête. Les diverses formes qui 
se rencontrent fréquemment trouvciit leur explication dans les degrés 
très-divers de développement auxquels le Cysticerque peut arriver chez 



152 REVUE SCIENTIFIQUE . 

son hôte : moins il sera développé, plus il aura d'adhérence avec la partie 
dans laquelle il est invagioé.» 

. Les faits fournis parle Cysticerque de l'Arion, étudiés par Siebold et 
Meissner, sont comparables à ceux que fournit le Cysticerque du Lapin ; 
il en est de même des phénomènes présentés par le Cjsticerque du Tene- 
hriomolitor\ sur lequel ont porté les recherches de Stein, car sa queue 
correspond à la vésicule. 

L'auteur ajoute qu'il est facile de rattacher, par l'intermédiaire du 
Cysticerque du Caryophyllé, le Cysticercoïde du Tœnia cucumerina 
avec le Cysticerque si différencié du Lapin, et, en comparant ces ani- 
maux au Scoleoc 'polymor'phus, de former une intéressante série à la- 
quelle se rattachent les Échinocoques et le Cœnure cérébral ; chez ces 
derniers, en effet, «la disposition de la tête invaginée se trouve la même, 
en réalité, que chez le Cysticerque du Lapin, si l'on tient compte de l'état 
si différent des tissus dans les deux cas ». La division en Cysticerques 
et Cysticercoïdes cesse donc d'avoir une raison d'être,, en réservant toute- 
fois la question de l'hydropisie des premiers. 

En résumé, la vésicule des Cysticerques est formée par le corps de 
l'embryon hexacanthe qui a produit le Taenia, Ce fait permet à M. Mo- 
niez d'interpréter rationnellement ce qui a trait à la question qui nous 
occupe. 

— Un Vertébré annuel^ d'après R. Collett ; parle prof. G. Giard 
[Bull, scient, du départ, du Nord, novembre 1878). — Le premier 
exemple d'un Vertébré annuel nous est signalé par Collett pour un 
Poisson Gobioïde, le Crystallogohius pelluoidus, dont le corps est trans- 
parent comme Q.e\\x\ àeV Am'phioxus ou des jeunes Congres. Ce Poisson 
« pond en juin et juillet ; les œufs éclosent en août, ils acquièrent toute 
leur taille d'octobre à décembre. A ce moment, les sexes sont tout à fait 
identiques »; aussi ont-ils été décrits par quelques auteurs comme des 
espèces différentes. En avril commence la transformation des mâles, dont 
les mâchoires deviennent plus longues et plus robustes, en même temps 
que le corps s'épaissit ; «les femelles ne changent pas. En juillet et août, 
tous les adultes meurent et, en septembre, on ne trouve que des jeunes». 
Sans vouloir insister sur une particularité d'ordre purement physiolo- 
gique, M. Giard remarque que les espèces de Tuniciers qu'on a le mieux 
étudiées sont aussi annuelles, et qu'en 1874 il a indiqué ce fait pour le 
Molgula socialis, et qu'il serait désirable que l'on possédât de sembla- 
bles renseignements biologiques sur YAmphioœus. 

— Particularités de reproductiooi de certains Échinodermes en 



SOCIÉTÉS DE PROVINCE. 153 

raipport avec l'èthologie de ces animaucc, par le professeur A. Giard 
(Bull, scient, chc dé^iart.du Nord, novembre 1878). — Dans ce Mémoire 
très-intéressant, M. Giard nous fuit observer que « le nombre des Échino- 
dermes appelés vivipares est plus grand qu'on ne l'avait supposé jus- 
qu'ici». Pour ne parler que des Ophiures, étudiées par lui plus spéciale- 
ment, le professeur de Lille croit pouvoir affirmer « que, dans les mers 
tempérées ou froides, les formes à larves pélagiques constituent l'excep- 
tion». 

De plus, M. Giard a observé un fait très-curieux dans la reproduction 
des Ophiures : ce fait consiste dans la présence d'enjbryons, à un cer- 
tain moment de l'année, dans toutes les Ophiures non infestées par les 
Orthonectida, que l'on ouvre indistinctement. L'idée de l'hermaphrodi- 
tisme se présente naturellement : c'est vers cette idée qu'incline M. Giard ; 
elle est confirmée prr l'existence d'un mouvement très-vif, d'apparence 
vibratile, qui se voit dans les vésicules situées au milieu des pièces cal- 
caires, placées elles-mêmes aux points des bords de la cupule où s'insè- 
rent les bras. Ces vésicules renferment un contenu granuleux assez ana- 
logue k des éléments testiculaires : seraient-elles les glandes mâles ? 
Metschnikoff n'hésite pas à l'affirmer pour des organes semblables qu'il 
a figurés chez YAmphiura squamtnata ; il a même vu les sperma- 
tozoïdes plus nettement que M. Giard. Ces testicules ont une origine 
exodermique, ce qui vient à l'appui delà loi sur l'origine des organes 
génitaux émise par Ed. Van Beneden . 

— Note sur un Cyclamen nouveau pour la flore du Gard , par 
M. G. Féminier [Bull. Soc. Étud. Se. nat. de Nimes, 1878). — Une 
seule espèce de ce genre, Cyclamen repandum Smith in Sibth,, était 
connue dans notre région : déjà, dans le département de l'Hérault, cette 
espèce était mentionnée en 1676, par Magnol, aux Cambrettes, où on la 
recueille encore; dans le Gard, le même Cyclamen se rencontre à La- 
motte, Anduze et dans les fissures des rochers qui bordent la route de 
cette dernière ville à Saint-Jean-du-Gard, enfin aux abords du moulin de 
Labaume. 

Au C. repandum.^ on devra ajouter le C. neapolitanum Tenore, dé- 
couvert à Nozières (Gard) par leD'' Reiihe. C'est dans un bois de Chênes- 
verts, au milieu d'un vallon assez sauvage et peu cultivé, que se trouve 
la plante qui fait l'objet de la Note que nous analysons; sa spontanéité 
ne saurait faire l'objet d'un doute. « La région de Nozières se rattache 
par sa flore à la région moyenne du département (zone du Chêne-vert), 
et les plantes qu'on y rencontre sont celles que l'on peut récolter sur 
toutes les garrigues néocomiennes de la partie inférieure du Gard. » 



154 . REVUE SCIENTIFIQUE. 

— Essai sii/V les Cheiroittères dudéjiartement des Py rénées-Orientales ^ 
par le docteur Ch. Dépéret [Soc.agr. scient, et litt. des Pyrén. -Orient., 
tom. XIII, 1878). — La détermination spécifique des Chéiroptères, né- 
gligée en France, a été en Allemagne poussée jusqu'aux dernières limites 
dans la seconde moitié de ce siècle, par les travaux de Blasius, de Key- 
serling et surtout de Kolenati, sur les Chéiroptères de l'Europe centrale. 
Sans chercher si Ton a plus ou moins exagéré les caractères différentiels, 
reposant souvent sur une valeur mathématique attachée à la mesure de 
certains organes, M. Dépéret donne la liste suivante, accompagnée d'ob- 
servations critiques des Chéiroptères qui habitent les Pyrénées-Orientales. 
Plecotus auritus Ij. , Synotus harbastellus Daud. Schreb., Miniopterus 
Schreibersii^Bi^. exN&tterer, Vesperus serotinusDsnxh . Schreb. Vespe- 
rw^o wocî^wteDaub. Schreb., V. KuhUi^StXierev, V . pipistrellus Daub. 
Schreb., F. A^a^Aw^îï Blasius, Vespertiliomurinuslj., V. Cappaccinii 
Bp., Rhinolophus ferrum equimoniDaLub. Schreb., R. EuryaleBldiSius, 
R Uipporideros Bechston. Nous devons dire que l'auteur de ce Catalogue 
n'a jamais rencontré dans le département Plecotus aurttus, Synotus 
barbatellus^ Vesperugo serotinus et le Rhinolophus hipporideros, et 
qu'il les énumère d'après Companyo. Quant au Vespertilio emarginatus 
de Geoffroy, indiqué aussi par Companyo et dont la détermination scien- 
tifique est encore loin d'être rigoureuse, M. Dépéret ne le cite qu'avec 
djute. Enfin il remarque qu'il est le premier à signaler en France la pré- 
.«ence du Vesperugo Nathusii, que Blasius avait découvert dans les 
environs de Berlin et qui a été depuis retrouvé dans presque toute 
l'Europe. 

— Notes sur la distribution géographique des Oiseaux dans quelques 
archipels de VOcéanie, par M Henri Jouan (^Mém. Soc. nation. Se. 
natur. de Cherbourg ., tom. XXY). — Quelques auteurs, pour expliquer la 
formation de l'Océanie, admettent que les îles qui la constituent sont les 
points culminants d'un continent effrondré. D'autres, au contraire, tout 
en acceptant l'existence de ce continent à une autre époque géologique, 
« sont d'avis que les îles actuelles, surtout dans la partie orientale appe- 
lée Polynésie par la généralité des géographes, au lieu d'être des poirts 
de ce continent restés émergés, ont surgi depuis sa disparition sous les 
eaux à la suite de poussées de bas en haut, quelquefois très-violei tes, 
des éruptions volcaniques puissantes paraissant dans certains cas avoir 
eu lieu en plusieurs leprises, après de longs temps d'arrêt.» On rencon- 
tre en outre, dans l'Océanie, des attuls madréporiques, à la formation 
desquels l'hypothèse de Darwin semble à M. Jouan être seule applica- 
ble : cette hypothèse repose sur les oscillations de la croûte terrestre, les 



SOCIÉTÉS DE PROVINCE. 155 

afFaisseraents dans certaine • localités d'une part, de l'autre la croissance 
des Polypiers pour atteindre la surface des eaux. 

Pour résoudre cette question d'oiigine, il n'est plus possible d'invoquer 
la communauté de race et de dialecte des hommes habitant les îles situées 
tant au ncrd qu'au sud de l'Equateur, sur un espace mesurant 1500 
li ues du N.-E. au S.-O, et 1700 lieues de l'Est à l'Ouest ; il est aujour- 
d'hui prouvé que c'est par suite de migrations, dont le point de départ 
était le grand archipel d'Asie, que ces terres ont été peuplées. 

Mais si la formation des îles de l'Océanie et surtout de la Polynésie 
est due à des actions volcaniques, les germes des corps organisés y ont 
été nécessairement apportés du dehors, « à moins que chaque île ou au 
ip.oins chaque archipel n'ait été un petit centre de création ». C'est sur 
ces points difficiles, encore bien loin d'être résolus, que portent les 
considérations de M. Jouan qui, dans ce Mémoire, se rapportent à la 
distribution géographique des Oiseaux dans quelques archipels du con- 
tinent en question. 11 a naturellement choisi les archipels où il a pu 
observer directement et voir ses observations contrôlées par celles dô na- 
turalistes compétents, les îles Sandwich, les îles Marquises, les îles de 
la Société, la Nouvelle-Calédonie et même l'archipel Néo-Zélandais. Les 
travaux de naturalistes faisant autorité ont servi à M. Jouan de moyens 
de comparaison pour les terres qu'il n'a pas visitées. Ses études l'ont 
conduit à constater que la faune ornithologique, relativement riche et 
variée sur les terres occidentales de l'Océanie tropicale, perd de sa 
richesse et de sa variété à mesure qu'on s'avance vers l'Est, jusqu'à 
devenir très-pauvre sur les îles situées à l'extrémité orientale de la 
Polynésie.» Des espèces d'oiseaux identiques ou présentant des différences 
minimes, dans lesquelles on doit voir des variations locales, se retrouvent 
dans les divers groupes d'îles, quelquefois à des distances considérables. 
Toutefois il existe un caractère bien particulier dans la faune ornitholo- 
gique de l'archipel Hawaii (îles Sandwich), situé à la limite du Tro- 
pique, à l'extrémité du N.-E. de l'Océanie : «on y retrouve entre autres 
des espèces voisines des types européens, sinon les mêmes». M. Jouan 
ajoute que, «à l'autre extrémité de l'Océanie, au S.-O., la Nouvelle- 
Zélande montre des espèces terrestres qui lui paraissent propres, et 
quelques-unes des îles tropicales, même des îles Sandwich, ou ne présen- 
tant, avec des espèces de ces îles, que des différences insensibles, malgré 
une distance de 1500 lieues ». 

M. Jouan a aussi publié, dans les Mémoires, tom. XXI, de la Société 
nationale des Sciences naturelles de Cherbourg des considérations swy 
la faune ichthyologique de la côte nord-est d' Australie et du détroil 
de Torrès, comparée d celle de la Nouvelle-Calédonie. 



156 REVUE SCIENTIFIQUE. 

— Mouvement du sol de la Flandre depuis les temps géologiques, 
par MM. J. Q-osselet et Henri Rigaux [Soc. Gêol. du Nord, 1878). — 
Les auteurs rapportent à l'époque quaternaire toutes les couches infé- 
rieures à la tourbe sur le littoral flamand. Elles sont constituées par de^ 
sables et des argiles avec coquilles marines, d'une épaisseur de 36 met. à 
Dunkerque, 38 à Calais, 22 à Bourbourg et 22 à Ostende : à la base de ces 
Sables on a rencontré, à Calais comme à Ostende, une couche de cailloux 
roulés; dans ce dernier lieu, cette couche contenait le Cyrena fliimi- 
nalis, aussi trouvé dans le terrain diluvien d'Angleterre. C'est sur l'argile 
de Flandre que lesdits sables reposent directement. « Comme les cailloux 
roulés qui sont à la base indiquent une profondeur peu considérable, il en 
résulte que le littoral flamand s'est afluissé de plus de 30 mètres pendant 
l'époque diluvienne. » Pendant l'époque néolithique, ainsi que pendant 
les périodes gauloise et gallo-romaine, ce mouvement d'affaissement fut 
interrompu, pour recommencer vers le iv* siècle de l'ère chrétienne; 
« puis, après un nouvel arrêt accompagné peut-être d'un exhaussement, 
il a repris sa marche progressive ». 

— Mémoire sur le terrain crétacé des Ardennes et des régions voi- 
sines, parle D'' Ch. Barrois [Soc. Géol. du Nord, 1878). — Le terrain 
crétacé des Ardennes fait, comme on le sait, partie du bassin de Paris; 
c'est à indiquer les changements qui ont eu lieu dans chaque subdivision 
du terrain dont s'agit qu'est consacré l'important Mémoire de M. Ch, 
Barrois. lien a suivi les couches au Nord, dans les départements de l'Aisne, 
du Nord et du Pas-de-Calais jusqu'à la mer; puis au Sud, en Champa- 
gne, dans les départements de la Meuse, de la Marne, de l'Aube et de 
l'Yonne : les Ardennes ont été son centre d'étude. Le cadre de ce travail 
est donc la même que celui que d'Archiac s'était proposé, en 1836, dans 
son Mémoire sur le groupe 'moyen de la formatioyi crétacée. 

Par l'eff'et d'affaissements dont l'inégalité est certaine, affaissements 
survenus à cette époque, on peut distinguer dans le massif crétacé arden- 
nais, en allant du Sud au Nord, trois régions naturelles, déjà tracées par 
d'Omalius d'Halloy : l'Argonne, le Réthelois et le Thiérache. « L'Ar- 
gonne n'est qu'une petite bande étroite qui forme la continuation 
septentrionale du Perthois et qui est caractérisée par la présence de 
la gaize; ce petit pays est en général couvert de forêts; les couches 
crétacées supérieures à la gaize forment, à l'ouest de l'Argonne, le pla- 
teau aride de la Champagne. D'Omalius restreint le Rhételois aux parties 
centrale? du département des Ardennes, formées de terrains jurassique 
et crétacé moyen. » M. Ch. Barrois comprend dans sa description «les 
couche? crayeuses situées à l'Ouest et qui font encore partie de la Cham- 



SOCIETES DE l'ItOVmCE. lin 

pagne. La Thiérache est la subdivision la plus orientale de la Haute- 
Picardie; on s'accorde généralement à lui donner pour borner, au N. le 
Hainaiit et le Cambrésis, au S. le Laonnais, à l'E. l'Ardenoe pàléozoïque 
et ù, ro. le Vermandois. » 

Telle est la région que M. Barrois a étudiée, en prenant pour base de 
ses recherches la série stratigraphique adoptée par M. d'Orbignj et par 
M. Hébert dans leurs travaux sur le terrain crétacé de l'est du bassin de 
Paris; ses premières publications sur le terrain crétacé des Ardennes, 
qui remontent à 1873, le rendaient apte plus qu'un autre à mener à bonne 
lin un pareil travail. 

— Les Myxogastres, par leD'' L. Qi\é\ei[Rev. mycolog.,ja,nr. 1879). 
— On sait que, de tous les Champignons , les Myxogastres ou Myxo- 
mycètes sont ceux qui s'éloignent le plus du règne végétal. Avec 
Berkeley et Brongniart, M. Quélet pense qu'ils doivent former une fa- 
mille de l'ordre des Péridiés. 

« Privés de thèques ou de basides, ils se montrent d'abord sous l'aspect 
d'une pulpe ou gangue muco-gélatineuse. . . . qui joue le rôle de mycé- 
lium, se convertit par une transformation rapide en péridiums isolés, 
groupés ou adnés, de forme et de couleur très-variables. Ces derniers 
sont remplis d'une glèbe diffluente, opaline puis colorée, qui, par la for- 
mation du capillin ou des élatères et des spores, devient floconneuse et 
pulvérulente. » Les péridiums ainsi formés, à mesure que la gangue 
acquiert de la consistance, peuvent être uniques, recouverts d'un voile 
furfuracé ou composés d'une croûte épaisse et vernissée , commune à 
toute la masse (l'intérieur de la gangue étant divisé en cellules qui 
sont autant de péridiums connés ou soudés ensemble ), ou enfin ils peu- 
vent être propres à chacun des individus de l'agglomération. Le premier 
mode se remarque dans les espèces s[m^]es (Lycogala, Dydimium], 
le second dans les espèces composées (Licea), et le troisième dans les 
espèces libre? ou espacées, mais réunies par un mycélium maliculiforme 
[Trichia)^ ramifié [Physarum) ou réticulé [Diachœa) . 

Une couche, souvent très-délicate, que tout porte à considérer comme 
le résultat de la concrétion de la gangue, com^pose le péridium, qui peut 
adopter diverses formes et diverses colorations, mais qui prend «à la 
maturité une teinte irisée et un éclat métallique tout à fait propres à ce 
groupe de Champignons ». 

La déhiscence et la dissémination varient avec les genres : « le péri- 
dium s'ouvre à la maturité : 1° par un orifice irrégulier [Lycogala)-^ 
2° par une déchirure en éclats ( Physarum] ; S'' par un opercule qui 
tombe de bonne heure [Craterium); 4° par la chute de la moitié supé- 



158 REVUE SCIENTIFIQUE, 

rieure, la base persistant sous forme de cupule [Arcyria] ; 5° enfin, il 
tombe en entier ainsi que le voile, au plus léger frottement, en fragments 
très-menus et souvent impalpables [Stemonitis] . » 

La transformation de la glèbe a lieu pendant que se forme le péridium; 
on voit apparaître les spores avec le capilîin ou les élatères, ressorts 
destinés à projeter les spores au loin. La glèbe est souvent traversée 
par un autre organe, le stilidium, continuation du stipe et servant 
de point d'attache au capilîin qu'il relie au péridium. 

Des formes variées sont adoptées, lorsqu'elle s'affaisse, par la spore 
sphériqueou ovale; cette spore est « munie d'un véritable bile par lequel 
le capilîin ou l'élatère la porte et la nourrit. L'épispore est coloré et ocellé; 
il en sort des boyaux ciliés comme les zoospores (de Bary), se contrac- 
tant et rampant à la manière des Amibes. Ces cils disparaissent bientôt, 
le germe s'accroît en une masse muqueuse irrégulière ou plasmodium 
(de Bary), sorte de pseudo-mycélium » que M. Quélet appelle encore 
mycélium, pour simplifier le langage mycologique. 

— Cordonslittoraux méditerranéens [Bull. Soc. Languedoc, de Géo- 
gt^aphie, ma,vs 1879). — Émilien Dumas a distingué les cordons anciens 
très-caillouteux et les cordons supplémentaires sablonneux ; il a reconnu 
que ces cordons ne sont pas au nombre de quatre, moins encore au 
nombre de huit à dix. Dans cette étude, un élément nouveau a été 
apporté par M. Martins ; cet élément est « l'influence exercée par la 
Durance lors de sa direction ancienne, qui était autre que l'actuelle, et 
dont il est facile de retrouver les traces par la nature toute spéciale 
des roches qu'elle entraîne ». Aux faits déjà connus, il faut joindre 
robservation de M. Pag^zy, consignée dans son ouvrage sur Aigues- 
mortes , démontrant la formation , postérieure au xiii^ siècle d'une 
partie du dernier cordon littoral. 

Aux indications précédentes, le professeur?, de Rouville ajoute «que 
les grès qu'on trouve sur le littoral dans les cordons sablonneux ont été 
arrachés à d'anciens cordons». Encore aujourd'hui, du reste, se forment 
les concrétions qui se formaient aux époques géologiques ; quelquefois 
même un examen très-attentif permet seul de distinguer les produits 
anciens des produits modernes. Tous les âges géologiques, ont vu se 
former des concrétions analogues ; c'est ainsi qu'il faut rapporter au si- 
lurien supérieur un spécimen énorme recueilli aux environs de Gabian, 
dans l'Hérault, et conservé à la Faculté des Sciences de Montpellier. Des 
pyrites sont quelquefois renfermées dans de telles concrétions, mais jamais 
dans celles de la Pompignane. «Le silex présente souvent pour centre 



VARIA. 159 

d'attraction des Polypiers. On sait d'ailleurs que la matière organique 
aitne la silice, comme le prouvent les Oursins fossiles, qui se sont silici- 
fiéà, tandis que l'enveloppe est restée calcaire. » 

E. DUBRUEIL. 



Notre collaborateur M. Fontannes, 7ious adresse la Note additionnelle 
suivante à son Mémoire inséré dans la présente livraison. 

Le gisement des marnes à Limnées delà Mosson est représenté 
(lac. cit.,) comme une lentille intercalée dans les alluvions. J'ai Lien 
en effet constaté, au-dessus de ces marnes, la présence d'un cailloutis 
qui les ravine et supporte lui-même des alluvions récentes, mais il 
m'a été impossible d'en observer le substratum. Je ne sais si d'autres 
ont été plus heureux; mais en attendant de pouvoir contrôler un 
premier examen, je crois devoir faire toutes mes réserves à l'égard 
d'une disposition stratigraphique dont je n'ai reconnu aucun indice 
sur le terrain. 

Quant aux marnes grises M B, qui reposent sur le calcaire moellon 
de Juvignac, elles ne peuvent être comprises eu amont, entre ce der- 
nier et les assises qui supportent la grangedeCaunelle, celles-ci étant, 
non pas superposées, ainsi qu'il est figuré sur ladite coupe, mais bien 
subordonnées aux couches qui plongent sous le pont de Juvignac. 



Notre collaborateur L. Collot s'était embarqué sur la Junon pour 
faire des conférences aux passagers réunis par la Société des Voyages 
d'études pendant les longues traversées de leur voyage de circumna- 
vigation. Actuellement il est rentré depuis peu parmi nous, sans que 
les circonstances lui aient permis d'aller aussi loin qu'il l'espérait. 
Dans ce voyage rapide autour de l'Amérique du Sud, M. Collot a 
exploré, autant que ses moyens d'action limités le lui permettaient, 
tout ce qui lui était immédiatement accessible au point de vue de 
l'histoire naturelle. Il a rapporté une collection de roches , des 
animaux marins et des reptiles destinés à la Faculté des Sciences de 
Montpellier. Il a donné ses insectes à un spécialiste distingué, 
M. Valéry-Mayet, et il a réparti des graines à semer entre le Jardin 



160 VARIA. 

botanique de Montpellier, celai de l'Ecole de Pharmacie et celui de 
M. Mazel, à Anduze. Des coquilles et des plantes ont aussi été 
ramassées partout sur son passage par notre zélé collaborateur. 
M. Gollot a commnniqué à la Société Languedocienne de Géographie 
le résumé de ses observations météorologiques et des remarques sur 
les colorations accidentelles de la mer. Pendant son voyage, M. Gollot 
avait déjà écrit à l'Académie des Sciences (janvier 1879) une lettre 
sur la découverte du Phylloxéra sur des vignes sauvages à Panama. 
Nous enregistrons d'autant plus volontiers la rentrée de notre col- 
laborateur et ami qu'il a failli nous être enlevé à son retour, entre 
Rio et Marseille, par la fièvre jaune. Son cas, d'ailleurs, n'était pas 
isolé; il s'agissait d'une véritable épidémie, et avant d'avoir à se 
soigner lui-même et après l'avoir fait, M. Gollot, médecin improvisé, 
a soigné ses compagnons de voyage avec une constance et un dévoue- 
ment c[ui lui ont valu du Ministre de la Marine une médaille d'or de 
première classe. E. D. 



La flore du département de l'Hérault vient de s'enrichir d'une nou- 
velle espèce. M. Bonneau, notre collaborateur, a trouvé, le 22 juin 
1879, dans la commune de Villetelle, sur les confins des départe- 
ments de l'Hérault et du Gard, le Tordylium apukùmL. Gette plante 
croissait en quantité considérable sur une contenance assez étendue, 
et tout porte à croire qu'elle y est naturalisée depuis longtemps. 

E. D. 

Le Directeur: E. DUBRUEIL. 



Montpellier. — Typogr. Boehm et Fils. 



REVUE 

DES SCIENCES NATURELLES 



■ ^^ ^■♦• Cr^ « 



MÉMOIRES ORIGINAUX. 



DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES POISSONS DE MER 

Par M. L. TILLÎER, Lieutenant de vaisseau. 



Différences, au point de vue de la distribution géogra- 
phique, ENTRE LES PoiSSONS DE MER ET d'eAU DOUCE. On 

a essayé quelquefois d'établir une distinction fondamentale entre 
les Poissons suivant qu'ils habitent les eaux salées de l'Océan ou 
les eaux douces de nos fleuves et de nos rivières. Ces tentatives 
ont toutes échoué, car, si l'on voit quelques familles dont tous 
les genres et toutes les espèces ne vivent pas à la mer, il n'est 
pas rare, par contre, de rencontrer dans un groupe marin bien 
naturel des genres entiers habitant exclusivement dans l'eau 
douce, et quelquefois dans le même genre des espèces marines 
et d'autres fluviatiles. On peut même citer des exemples, plus 
concluants encore, de formes spécifiques marines vivant indis- 
tinctement à la mer et en rivière, soit suivant les époques, comme 
tous les Poissons migrateurs de la famille du Saumon et du genre 
des Aloses, soit en tout temps, comme certains Muges et certains 
Gobies. Il ne serait même pas impossible de trouver quelques 
espèces qui, sans qu'on en puisse donner les raisons, vivent par- 
faitement dans l'Océan sur certaines côtes, et seulement au sein 
des fleuves dans d'autres régions. Si l'on ajoute à cela que beau- 
coup de formes paraissent habiter de préférence les eaux sau- 
mâtres de l'embouchure des grands cours d'eau et remontent plus 
ou moins dans l'intérieur suivant les cas, il faudra convenir que 

11 



162 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

rien ne serait plus arbitraire qu'une division des Poissoas en deux 
classes, suivant leur habitat. Ces faits sont du reste trop connus 
pour qu'il soit utile d'insister beaucoup. 

Mais on pourrait peut-être conclure, de celte impossibilité 
d'établir une ligne de démarcation bien nette entre les espèces 
marines et fluviatiles, qu'elles ont eu un lieu d'origine commun, 
et il serait alors logique de penser, si l'on réfléchit à la formation 
géologique des bassins fluviaux, que ce heu d'origine est la mer. 
Vraisemblablement, les formes ancestrales des Poissons actuels 
vivaient dans l'Océan, et ce doit être à la suite d'adaptations suc- 
cessives à la vie dans les eaux douces que celles-ci se sont pro- 
gressivement peuplées. Ces adaptations, du reste, sont aujour- 
d'hui même plus ou moins complètes : nous voulons dire que , 
suivant les espèces, les Poissons supportent plus ou moins facile- 
ment un changement d'habitat. On voit en effet des formes 
marines périr très-rapidement dans l'eau douce, tandis que d'au- 
tres paraissent y souff'rir assez peu> et des phénomènes analogues 
se produisent pour les formes fluviatiles que l'on transporte à 
la mer. Si nous pouvions avoir sous les yeux une collection géné- 
rale de toutes les espèces ayant vécu à la surface du globe, il 
faudrait s'attendre à trouver parmi celles ayant habité les mers 
voisines de l'embouchure des fleuves les ancêtres directs des 
formes spécifiques habitant actuellement ces mêmes fleuves. 

Il ne doit donc pas y avoir de différence essentielle entre l'en- 
semble des lois de distribution géographique des deux groupes 
de Poissons de mer et d'eau douce ; mais il n'en est pas de même 
pour les résultats actuels de ces lois. Et en effet, dans le cours 
des siècles, lorsque les espèces fluviatiles ont assez différé de 
leurs formes parentes pour ne plus pouvoir supporter les eaux 
salées de l'Océan, de nouveaux éléments sont intervenus. Les 
bassins fluviaux étant définitivement séparés les uns des autres 
par d'infranchissables obstacles, les espèces non marines ont dû 
trouver, s'opposant à leur extension, des barrières qui n'exis- 
taient pas pour les formes marines ; d'autre part, les différences 
sensibles dans la composition chimique des eaux des différentes 



DISTRIBUTION DES POISSONS DE MER. 163 

rivières n'ont sans doute pas été sans influence sur les Poissons 
qui y vivaient plongés, et, enfin, les causes accidentelles, qui 
jouent un si grand rôle dans la dispersion des êtres, ont cessé à 
ce moment d'être les mêmes et d'agir de la même façon. Il en 
est résulté, en somme, une localisation beaucoup plus grande 
pour toutes les formes spécifiques d'eau douce. Nous voyous 
souvent certains groupes abonder dans l'affinent d'un grand 
fleuve, par exemple, et ne se retrouver nulle part ailleurs, malgré 
des communications directes avec les cours d'eau voisins. Il 
semble en résulter, en dernière analyse, qu'il faudrait faire entrer 
en ligne de compte, dans la distribution géographique des espèces 
non marines, la nature des bassins fluviaux, autant et plus peut- 
être que leur position géographique. Quoi qu'il en soit, du reste 
et que les considérations dans lesquelles nous venons d'entrer 
soient ou non conformes à la réalité des faits, il nous paraîtra 
toujours bien difficile, à moins de rester dans des généralités 
très-vagues, de traiter, dans un même sujet, de la distribution 
géographique des Poissons de mer et des Poissons de rivière ; et 
ce sera, dans tous les cas, par les espèces marines qu'il faudra 
logiquement commencer l'étude de la question. 

Histoire naturelle des Poissons de Guvier et Valenciennes . 
— Nous croyons qu'il est possible d'arriver à des résultats suf- 
fisamment exacts en basant les raisonnements et les calculs que 
l'on peut faire sur les seuls faits contenus dans l'histoire de 
Guvier et Valenciennes. Sans doute^ ces mêmes résultats eussent 
été incomparablement plus complets si nous eussions pu catalo- 
guer la classe entière des Poissons, et profiter en même temps 
des travaux qui ont dû être publiés récemment sur toutes ces 
questions de distribution géographique ; mais n'ayant pu, à cause 
de la nature de nos occupations, nous procurer tous les rensei- 
gnements bibliographiques de nos bibliothèques, et obligé de 
nous restreindre au seul ouvrage que nous ayons eu à notre dis- 
position, nous pensons qu'il est utile, avant d'entrer en matière, 
de dire quelques mots du nombre total des espèces que nous 



164 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

avons envisagées et de présenter un résumé succinct des règles 
qui ont été suivies pour la répartition de ces espèces. Le lecteur 
pourra juger, en toute connaissance de cause, du degré de certi- 
tude que présentent nos conclusions. 

Dans son plus récent Mémoire sur l'état actuel des connais- 
sances ichthyologiques , le prince Charles Bonaparte porte à 
6, 500 le nombre des formes spécifiques de Poissons vivant actuel- 
lement dans nos eaux. Guvier et Valenciennes, dans les vingt-deux 
volumes de leur ouvrage, en décrivent, presque toujours d'après 
nature, 4,023 appartenant aux deux grandes divisions des Acan- 
tlioptérygiens et des Malacoptérygiens abdominaux ; c'est, sur 
le nombre total des espèces connues, une proportion de 62 p. 100 
environ. Cette proportion paraîtrait peut-être déjà suffisante; 
mais il faut remarquer que beaucoup de formes que nous avons 
dû négliger appartiennent vraisemblablement à des genres dont 
nous tenons compte, et qu'en les faisant entrer dans nos calculs 
elles ne pourraient les modifier qu'à un point de vue purement 
relatif. Il en est de même, parmi les formes laissées de côté, de 
toutes celles assez nombreuses qui habitent les rivières. En ré- 
sumé et en tenant compte de ces deux considérations, on trou- 
verait peut-être que les 4,023 espèces dont il sera question 
représentent à peu de chose près, du moins au point de vue où 
nous nous plaçons, 75 p. 100 ou les trois quarts environ des 
Poissons connus. On peut sans erreur, croyons-nous, considérer 
comme exacts dans leur ensemble les résultats acquis en raison- 
nant sur un aussi grand nombre de faits. Ceci étant admis, nous 
dirons quelques mots des règles suivies pour la répartition des 
groupes dans le Catalogue général que nous présentons à la fin 
de ce Mémoire, et duquel ont été extraites toutes nos données. 

On a dressé une liste complète de toutes les espèces de Cuvier 
et Valenciennes, en inscrivant en regard de chacunes d'elles son 
lieu d'origine et tout ce qu'on sait de ses mœurs et de ses habi- 
tudes. Afin d'introduire le moins possible d'éléments incertains, 
toutes les formes données comme douteuses ou mal connues ont 
été retranchées tout d'abord, et il en a été de même de celles 



DISTRIBUTION DES l'OISSONS DE MER. 165 

dont on ignorait la provenance exacte. Aucune supposition, quel- 
que probable qu'elle puisse être d'ailleurs, n'a été fuite à cet 
égard. 

En ce qai concerne les Poissons d'eau douce, qui, comme nous 
l'avons dit, sont en dehors de notre sujet, les doux grandes fa- 
milles des Silures et des Cyprins, et celle des Pharyngiens la* 
byrinthiformes, ont été laissées de côté. Elles n'ont, en effet, que 
par exception quelques-unes de leurs espèces à la mer, et peuvent 
être considérées comme ayant au plus haut degré le caractère flu- 
viatile. 

Les genres des autres familles ont été divisés en catégories, 
suivant la proportion de leurs espèces vivant dans l'eau douce. 
Lorsque toutes ou presque toutes les formes spécifiques sont 
marines, le genre est considéré lui-même comme marin ; lors- 
qu'au contraire toutes ou presque toutes les espèces sont d'eau 
douce, le genre est considéré comme fluviatile, et, à ce titre, ne 
paraît pas dans notre Catalogue. 

Les formes génériques qu'on peut appeler mixtes, c'est-à-dire 
qui contiennent à la fois en proportion presque égale des espèces 
marines et fluviatiles, sont classées parmi les genres marins si la 
moitié des espèces vivent à la mer, et parmi les genres d'eau 
douce si le fait inverse se produit. 

Dans quelques cas assez rares, lorsque ces groupes mixtes sont 
très-pauvres en formes spécifiques, on a tenu compte du carac- 
tère général de la famille naturelle dont ils font partie. 

Toutes les espèces vivant exclusivement dans l'eau douce, à 
quelque genre qu'elles appartiennent, ont été naturellement mises 
de côté; celles, assez peu nombreuses, qui vivent à la fois dans 
nos fleuves et dans l'Océan, mais en tout temps et non par pé- 
riodes régulières, sont considérées comme marines. Enfin, les 
formes vivant dans l'eau saumâtre des embouchures des grands 
cours d'eau ont été classées parmi les formes marines. Ceux qui ont 
quelque pratique de la pêche à la mer comprendront les motifs de 
cette détermination, car ils auront sans doute remarqué, comme 
nous l'avons fait nous-même, qu'il arrive fréquemment de pren- 



166 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

dre au large et dans l'eau complètement salée des Poissons d'eau 
saumâtre, tandis qu'il est assez rare de prendre ces mêmes Pois- 
sons dans l'eau tout à fait douce. 

Nous avons hésité longtemps relativement à la place qu'il 
fallait assigner aux Poissons migrateurs, analogues par leur genre 
de vie aux Saumons et aux Aloses ; mais il nous a paru qu'en 
dernière analyse il fallait les laisser parmi les Poissons d'eau 
douce. Nous avons été guidé, pour les Saumons et genres voi" 
sinSj par le caractère général de la famille où les espèces nette- 
ment fluviatiles sont en grand nombre, et, pour les Aloses, par 
le motif que ces Poissons habitent plus longtemps les fleuves que 
la mer. Toutefois , nous nous serions peut-être décidé à consi- 
dérer comme marines toutes celles de ces formes spécifiques qui 
descendent à l'Océan, si nous eussions pu avoir des renseigne- 
ments exacts sur les pêches que l'on en fait à la mer et sur les 
habitudes de ces formes lorsqu'elles se sont éloignées du rivage. 

Après tous les retranchements dont nous venons de parler, 
nos calculs porteront encore sur 2,283 espèces, se répartissant en 
289 genres et en 19 familles'. 

Des notes prises par nous-même sur des pê':hes que nous 
avons pu faire dans différents pays et dans de nombreuses tra- 



' Voici une récapit lalion générale delà répartition des 4,023 espèces de Guvier 
et Valenciennes, ainsi que des genres dont elles font partie : 

Genres marins, c'est-à-dire dont toutes ou presque toutes les espèces 

vivent à la mer 289 

Genres d'eau douce, c'est-à-dire dont toutes ou presque toutes les es- 
pèces vivent dans l'eau douce 141 

Genres mixtes, c'est-à-dire ayant des proportions variables d'espèces 
d'eau douce et d'eau salée 1 1 

Genres dont le lieu d'origine est inconnu 2 

Total des genres , . 443 

Espèces marines appartenant à des genres marins , 2 .447^ 

Espèces marines appartenant à des genres d'eau douce 36) 

Espèces d'eau douce appartenant à des genres d'eau douce. . . 1.286) 

Espèces d'eau douce appartenant à des genres marins 45) 

Espèces douteuses ou d'origines inconnuues 209 

> Total des espèces , 4 . 023 



disthibution des poissons de mer. 167 

versées ont été aussi utilisées dans le cours de ce Mémoire. 
Nous en indiquerons l'origine chaque fois que nous aurons l'oc - 
casion de nous en servir. 

Aucun changement, quelque léger qu'il soit, n'a été introduit 
dans la classificaLipn suivie par les auteurs de l'Histoire naturelle 
des Poissons. Il peut, croyons-nous, y avoir un intérêt majeur à 
ce que les caractères sur lesquels se base le groupement des 
espèces en genres et en familles soient toujours les mêmes, et à 
ce que leur importance relative soit subordonnée à un plan fixe, 
conçu par le même esprit. On admettra sans doute que les deux 
naturalistes célèbres sur les travaux desquels nous nous appuyons 
ont toujours su, mieux que personne, saisir les rapports des êtres 
entre eux. 

Leur classification, il est vrai, principalement en ce qui con- 
cerne les familles, a été fortement discutée dans ces derniers 
temps. Sans prendre parti ni pour ni contre, ce que du reste 
nous ne saurions faire, nous ferons remarquer simplement que, 
dans le cours de ce travail, nous n'avons pas eu à nous occuper 
de la répartition des familles, et que, quels que soient les change- 
ments qu'on ait à introduire à l'avenir dans la fixation de ces 
grands groupes naturels, ils ne pourraient en rien modifier nos 
résultats. 

Enfin, il ne faudra point s'étonner de trouver dans notre Cata- 
logue général des genres une subdivision en tribus. Ces subdi- 
visions n'ont pas été étabUes pour les besoins de notre cause en 
suivant nos idées personnelles : elles sont l'œuvre de Cuvier 
lui-même, et on les trouve, soit dans les récapitulations qui sui- 
vent les monographies des familles, soit dans les tables des 
matières de chaque volume. Malheureusement, on ne peut pas 
toujours s'appuyer suffisamment sur cesgroupes, car lorsque, après 
la mort de son illustre maître, Valenciennes continua la publica- 
tion de l'ichthyologie générale, il ne crut pas devoir faire suivre 
l'étude des familles de tableaux dichotomiques analogues à ceux 
de Cuvier. Dans des préfaces plus ou moins étendues, on voit 
bien un résumé des idées qui ont présidé à l'établissement des 



168 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

genres, mais on ne trouve pas toujours les éléments nécessaires 
à la réunion des formes analogues dans des groupes importants. 
Dans ce cas, nous avons laissé les genres isolément à la suite les 
uns des autres , .et nous nous sommes borné à envisager les 
familles dans leur ensemble, 

RÉGIONS ZOOLOGIQUES DU DOCTEUR SCLATER ET IMPOSSIBILITÉ 
DE RÉPARTIR LES PoiSSONS DE MER DANS CES RÉGIONS. On a 

depuis longtemps constaté que la terre se divise, au point de vue 
de la distribution géographique des espèces, en un certain nom- 
bre de régions bien distinctes les unes des autres, et que des 
groupes particuliers d'animaux et de plantes peuvent servir à 
caractériser chacune do ces régions; mais c'est en 1859 seule- 
ment que la première Carte approximativement exacte des grandes 
provinces zoologiques a été dressée par le D'' Sclater. 

En étudiant les Oiseaux ( les genres et les familles plutôt que 
les espèces), ce naturaliste est arrivé à établir six divisions prin- 
cipales, et il a été prouvé depuis que ces zones de distribution 
s'appliquent, à part des exceptions peu nombreuses, aux Quadru- 
pèdes, aux Reptiles, aux Insectes et aux Mollusques terrestres. 

Les divisions du D"" Sclater sont les suivantes : 

lo La région néo-tropicale, comprenant l'Amérique Sud, le 
Mexique et les Indes Occidentales; 

2" La région néo-arctique, renfermant tout le reste de l'Amé- 
rique ; 

3° La région paléo-arctique, composée de l'Europe, de l'Asie 
septentrionale jusqu'au Japon et de l'Afrique au nord du Sa- 
hara ; 

4° La région éthiopienne, qui contient le reste de l'Afrique et 
Madagascar ; 

5" La région indienne, comprenant l'Asie méridionale et la 
moitié occidentale de l'archipel Malais ; 

6° La région australienne, comprenant la moitié orientale 
de l'archipel Malais, l'Australie et la plupart des îles du Paci- 
fique. 



DISTRIBUTION DES POISSONS DE MER. 169 

On voit que ces délimitations sont en général l'expression de 
faits géographiques. Chaque zone est assez largement séparée des 
autres, soit par des barrières naturelles ( larges océans, mers pro- 
fondes, hautes montagnes), soit par des différences de climat, pour 
qu'il soit facile de comprendre combien leurs faunes et leurs flores 
doivent être nettement distinctes. Nous avons dû tout d'abord, 
dans l'étude qui nous occupe, rechercher si ces régions, établies 
par le D"" Sclater pour les espèces terrestres, ne s'appliquent point 
aux espèces marines habitant les mers environnantes, ou du 
moins (car nous ne prétendons pas aller plus loin) aux Poissons 
d'eau salée. 

Une première difîîculté se présente relativement aux zones in- 
dienne et australienne. 

Ces deux zones, d'après les travaux de Wallace , sont nette- 
ment séparées par une ligne traversant le détroit de Lombock et 
laissant à gauche les grandes îles hollandaises, la partie occi- 
dentale de la Malaisie et l'Inde , et à droite le reste des îles 
mala'.ses, l'Austrahe, et tous les archipels du Pacifique, En clas- 
sant les Poissons de mer séparément dans ces deux régions, 
nous voyons que 169 genres ont des espèces dans toute l'étendue 
de mer qui sépare l'Afrique de l'Amérique du côté de l'océan 
Indien. 

Laissant de côté les formes qui ne comptent qu'une seule 
espèce, ce total de 169 se réduit à 151, sur lesquels 50 genres 
seulement sont locahsés dans une région ou dans l'autre, et 
encore faut-il remarquer que la plupart de ces genres localisés 
sont très-pauvres en formes spécifiques, tandis que les 101 
genres restants sont au contraire représentés par de nombreuses 
espèces. Presque tous parmi ces derniers habitent depuis la mer 
Rouge jusqu'à Taïti et même aux Sandwich, c'est-à-dire de la 
côte d'Afrique aux confins vers l'est de la Polynésie. 

D'autres, quoique occcupant une étendue moins considérable, 
empiètent largement de chaque côté de la ligne idéale qui devrait 
servir de limite. On ne peut pas, pensons-nous , trouver de dé- 
monstration meilleure de l'obligation où l'on est de réunir en une 



{"O MÉMOIRES ORIGINAUX. 

seule les deux zones indienne et australienne, ni de preuve 
plus évidente du peu de différence qu'il y a entre les faunes 
ichthyologiques du Pacifique et de l'océan Indien. 

D'un autre côté, il existe, comme nous le verrons, un certain 
nombre d'espèces habitant la haute mer se rapprochant rarement 
des rivages et organisés de manière à pouvoir accomplir de très- 
grandes traversées. Ces Poissons, dits pélagiques, à cause de leur 
genre de vie même, ne sont point confinés dans une région 
spéciale, mais peuvent se retrouver indistinctement sur tous les 
rivages ; il faudra donc créer pour eux une zone particulière 
comprenant presque toutes les mers. 

Lors même donc que nous n'aurions plus rien à dire pour 
les autres divisions, on voit que la classification du D"" Sclater ne 
s'appliquerait point dans tous ses détails aux Poissons de mer, et 
qu'il faudrait la modifier, au moins sur les deux points particu- 
liers dont il vient d'être question. Mais il est facile de faire voir 
en outre que la séparation en quatre zones qu'on devrait établir 
pour l'océan Atlantique, en suivant cette classification, ne con- 
corde point, non plus, avec les faits. Pour cela, il suffit d'essayer 
de répartir dans les provinces du D"" Sclater et d'après leur habi- 
tat marin tous les Poissons de l'Atlantique, et de voir quels sont 
les résultats auxquels on arrive. Ces résultats sont consignés dans 
le tableau ci-dessous : 

Genres paléoarctiques 29 

Genres néoarcliques 3 

Genres néotropicaux 19 

Genres éthiopiens 6 

Genres indo-pacifiques 77 

Total des genres localisés. . . 134 
Genres appartenant à plus d'une région. . 131 

Il faut remarquer que dans celte récapitulation nous avons 
laissé de côté tous les genres pélagiques, qui ne peuvent, ainsi 
que nous l'avons dit, appartenir à aucune région en particulier. 
Nos calculs portent encore sur un total de 2,317 espèces, ce qui 



DISTMÎBUTIOX DES lOîSSONS DE MER 171 

paraîtra sans doute suffisant, surtoutlorsqu'ils'agit d'une preuve 
purement négative. 

Le total des formes génériques localisées, c'est-à-dire n'occu- 
pant qu'une seule région, est de 134; celui des formes plus ou 
moins cosmopolites, c'est-à-dire occupant à la fois plusieurs pro- 
vinces, serait de 131. La moitié des genres, à peu près, ne ser- 
virait donc point à caractériser les régions ; mais ce qui doit 
surtout frapper dans l'examen de notre tableau, c'est ce fait que 
l'Amérique du Nord n'a que trois genres qui lui soient absolu- 
ment propres, et que l'Atlantique africain n'a également que six 
formes génériques indigènes. Ces deux rivages cependant sont 
fort ricbes, comme nous le verrons, et en espèces et en indivi- 
dus, et un tel résultat doit forcément tenir à ce que les lois qui 
ont régi la distribution des espèces terrestres, lois qui nous per- 
mettent aujourd'hui de trouver des dissemblances remarquables 
entre les faunes des deux Amériques, de même qu'entre celles 
d'Europe et d'Afrique, n'ont point pu produire les mêmes effets 
en ce qui concerne les Poissons de mer. 

Nous croyons être parvenu à démontrer ce qu'il fallait faire 
tout d'abord : que les régions terrestres ne peuvent pas servir à 
la répartition des espèces marines qui en habitent les rivages, et 
nous pouvons maintenant rechercher s'il n'est point possible de 
délimiter d'autres grandes provinces ichlhyologiques rendant un 
compte sufiisamment exact des faits de la distribution géogra- 
phique des formes, marines. 

Conditions nuisibles ou avantageuses a la migration des 
Poissons de mer. — Aux causes nombreuses qui s'opposent à la 
dissémination indéfinie des êtres, causes qui rentrent toutes dans 
ce que Darwin a appelé la concurrence vitale, il faut ajouter pour 
les espèces terrestres des obstacles matériels souvent insurmon- 
tables : tels que les fleuves, de hautes montagnes, la mer elle- 
même ; ou bien encore des différences de climat quelquefois 
très-brusquement tranchées. A la mer, ces divers obstacles 
n'existant pas, l'on pourrait croire à priori que les groupes 



172 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

d'êtres semblables ont dû plus facilement se répandre, ou du moins 
occuper chacun un espace fort étendu, surtout en tenant compte 
de cette circonstance que les climats marins sont beaucoup plus 
constants et varient beaucoup moins rapidement que les climats 
de la terre ferme. Il n'en est rien cependant, el le fait que fort 
peu d'espèces sont communes aux deux côtes de l'Atlantique, 
par exemple, côtes qui ne sont éloignées que de 500 lieues ma- 
rines, du cap Saint-Roch auxBissagos, attire forcément l'attention 
du naturaliste. (Nous laisserons de côté provisoirement, et pour y 
revenir bientôt, les Poissons que nous avons nommés pélagiques 
et dont l'habitat normal est la haute mer.) Pour expliquer ce qui, 
à première vue, peut paraître une anomalie, il faut admettre 
qu'une vaste étendue de mer très-profonde constitue pour les 
Poissons un obstacle difficilement franchissable, analogue par 
exemple à ce que ce serait un fleuve pour des animaux terrestres 
incapables de le traverser. Sans doute, les raisons qui s'opposent 
à ce qu'une espèce des côtes d'Afrique franchisse de l'Est à l'Ouest 
l'Atlantique du Sud, pour venir habiter le rivage du Brésil, sont 
nombreuses, et nous ne pouvons pas les connaître toutes, du moins 
dans l'état actuel de la science; mais il semble cependant que, dés 
aujourd'hui, on peut admettre que ces raisons tiennent à trois 
causes distinctes : 

r Les difficultés qu'auraient les Poissons à trouver leur nour- 
riture pendant le trajet ; 

2" L'impossibilité oîi ils seraient de se reproduire ; 

3° Les différences dans la constitution physique de rivages 
très-éloignés. 

1" Nous avons peu de chose à dire relativement à la première 
cause. La plupart des Poissons se nourrissent à la côte, soit de 
Crustacés, soit de Mollusques, soit de plantes marines, soit enfin, 
et c'est le plus grand nombre, de Poissons plus faibles. Ainsi que 
peuvent le constater tous ceux qui ont fait des traversées assez 
nombreuses, on ne voit, loin de terre, que les espèces que nous 
avons nommées pélagiques, et en dehors de la mer Sargasse, où 
les immenses amas de Fucus natans abritent une population ma- 



DISTRIBUTION DES POISSONS DE MER. 173 

rine variée et considérable, nous avons rarement rencontré à la 
mer, et plus rarement encore ramené dans les petits filets traî- 
nants, les animaux des côtes que l'on trouve en général dans 
l'estomac des Poissons. 

Les nouvelles découvertes viennent de démontrer, il est vrai, 
que la vie était possible dans les plus grandes profondeurs, et on 
pourrait objecter que les Poissons trouveraient peut-être les ali- 
ments nécessaires à leur subsistance en suivant l'une des rives 
de l'Océan à l'autre. Il y a quelques années, une semblable 
question n'eût été discutée par personne, car il semblait résulter 
des travaux de E. Forbes que la vie était impossible à une 
certaine profondeur, et tout le monde admettait avec lui un 
zéro de la vie animale au-dessous duquel aucun organisme ne 
pouvait subsister. 

Los draguages du Lightning, du Porcupine et du Challenger 
viennent de démontrer d'abord qu'on avait exagéré la profon- 
deur des Océans, et ensuite que certains êtres ont pu s'adapter aux 
conditions d'existence des eaux les plus profondes; mais les ani- 
maux que les dragues ont ramenés à la surface sont d'une orga- 
nisation de plus en plus simple à mesure que l'on descend. A 
200 mètres, toutes les plantes ont disparu ; vers 2000 mètres, on 
ne trouve plus en grande quantité que des Protozoaires, et les na- 
turalistes du Porcupine affirment que les êtres vivant au-delà de 
1000 brasses doivent, pour subsister, pouvoir se nourrir par 
simple absorption. Les Poissons, s'il en est ainsi, ne pourraient 
vivre à partir d'une certaine limite, et toute traversée d'une mer 
profonde et large en suivant le fond leur devient impossible. 

On doit donc admettre, en résumé, que les Océans d'une 
grande étendue opposent une barrière à la dissémination des 
espèces, car il serait, ou bien difficile ou impossible à la plupart 
d'entre elles de subvenir à leur subsistance pendant la traversée, 
soit au fond, soit à la surface. 

2" Si l'on envisage le problème au point de vue de la repro- 
duction, on se trouve en face d'impossibilités plus grandes encore. 
Il est difficile de nier, en effet, que presque tous les animaux 



174 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

dont nous nous occupons ne viennent à la côte pour frayer. Les 
pêcheurs de l'Ouest qui draguent au chalut, par conséquent sur 
le fond, sont obhgés pendant l'hiver, malgré les dangers auxquels 
ils s'exposent, d'aller jeter leurs filets par 120 ou 150 mètres, 
c'est-à-dire fort loin du rivage. Au commencement du printemps, 
les instincts de reproduction amènent presque toutes les espèces 
dans les fonds moindres, et la pêche n'est réellement productive 
que par 50 à 60 mètres. Il devient à cette époque à peu près inu- 
tile d'aller plus au large, et aucun fait n'est mieux connu et 
mieux démontré par une expérience de tous les jours. Il serait 
en effet bien difficile de comprendre comment les œufs pourraient 
être fécondés, et ensuite se développer au fond des mers, sous 
les pressions énormes d'une colonne d'eau qui atteint quelque- 
fois cinq kilomètres, avec la température assez basse et surtout 
avec l'absence de lumière naturelle qui doit résulter de ces 
pressions et de ces profondeurs. Aussi peut-on conclure que les 
instincts seuls de la reproduction, instincts en général si puis- 
sants chez tous les êtres, doivent retenir les Poissons à une dis- 
tance de la côte variable, il est vrai, mais ne dépassant jamais 
une certaine limite, afin qu'ils puissent à chaque ponte atteindre 
facilement le rivage, et trouver au moment voulu les conditions 
qui leur sont indispensables pour l'accomplissement de cette 
fonction. Sans doute, il est quelques exceptions à cette règle ; 
mais elles se rapportent en grand nombre, et peut-être toutes, à 
des espèces ayant un mode particulier de reproduction. On peut 
citer, comme exemple de ces exceptions apparentes, le cas du 
Requin de Setubal, que l'on pêche, même à l'époque de la ponte, 
par des fonds de 800 mètres, et qui précisément, comme beau- 
coup de Plagiostomes, se reproduit autrement que la majorité 
des Poissons. 

3° Nous pouvons dire maintenant quelques mots de l'influence 
que doit avoir sur la distribution géographique la constitution 
physique des rivages eux-mêmes. Considérons une espèce en 
particuUer : si elle est adaptée aux conditions de la vie sur une 
côte rocheuse, formée de falaises abruptes tombant perpendi- 



DISTRIBUTION DES POISSONS DE MER. 175 

culairement dans la mer avec de grands fonds à toucher le 
rivage, elle trouvera difficilement des conditions favorables le 
long d'une plage de vase ou de sable s'avançant graduellement 
vers le large, avec des profondeurs presque constantes sur de 
larges espaces, et semée de bancs à fleur d'eau. Nous voulons 
dire, en prenant un exemple, qu'il est facile d'admettre que la 
faune de notre côte de Bretagne puisse différer sensiblement de 
celle des Landes. On comprend dès-lors qu'une espèce africaine 
qui, en raison de circonstances favorables, serait parvenue à 
émigrer sur les côtes du Brésil, y trouverait peut-être des condi- 
tions d'existence trop différentes et changeant trop brusquement 
pour pouvoir vivre dans son nouvel habitat. 

Nous devons aussi étudier, avant de conclure, les obstacles 
qui pourraient s'opposer à la dissémination des espèces le long 
d'un rivage continu sans interposition de mers profondes, c'est- 
à-dire infranchissables. En envisageant une très-grande étendue 
de côte, toutes les conformations naturelles dont nous venons de 
parler, conformations qui résultent de phénomènes géologiques, se 
reproduisent, en s'alternant, à des distances quelquefois très- 
petites. Les falaises s'interrompent brusquement pour donner 
naissance aux grandes plages des embouchures des fleuves ou 
pour former des baies de sable ou de vase. Les plages sablon- 
neuses elles-mêmes sont de temps en temps coupées par des 
pointes rocheuses plus ou moins abruptes. Sans donc accomplir 
en une seule fois de bien longues traversées, une espèce peut 
retrouver, si elle y est forcée par son organisation, ses conditions 
normales d'existence, du moins au point de vue de la configu- 
ration des fonds, ensuivant une ligne de côte ininterrompue. 

Le climat, il est vrai, intervient si le déplacement est consi- 
dérable en latitude ; mais il faut remarquer que son influence est 
infiniment moindre, toutes choses égales d'ailleurs, que sur la 
terre ferme voisine de cette même côte. En effet, on doit tenir 
compte de l'action constante des courants océaniques qui, trans- 
portant sans cesse les eaux froides des pôles à l'équateur et 
inversement, tendent à établir un certain équilibre. Vraisembla- 



176 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

blement du reste, les Poissons doivent suivre ces courants dans 
leur migration. Il faut remarquer aussi que la température de 
l'Océan est, à cause de sa nature même, infiniment plus indé- 
pendante de la latitude que celle de la terre, et qu'en tous les 
cas les espèces marines peuvent, en s'enfonçant plus ou moins 
dans les profondeurs, trouver facilement à ce point de vue l'ha- 
bitat qui leur convient. 

En résumant ces différentes considérations, on peut conclure 
que les espèces trouveront relativement peu d'obstacles à leur 
dissémination le long d'un rivage continu, et qu'elles en trouve- 
ront probablement, au contraire, d'insurmontables dans la traver- 
sée de grandes étendues d'eaux profondes. 

Etablissement de six grandes régions ichthyologiques. — 
Si ces conclusions, qui sont, il faut bien le dire, de simples hypo- 
thèses dont nous aurons à démontrer la vérité, se trouvaient jus- 
tifiées par des faits, nous pourrions nous attendre à trouver des 
différences notables entre les faunes ichthyologiques des rivages 
suivants : 

l** Côtes ouest d'Europe et d'Afrique. 
2" Côtes est des deux Amériques. 
3° Océans Indien et Pacifique. 
4° Côtes ouest des deux Amériques. 
5" Régions circumpolaires. 

On comprend, pour ces dernières zones, que, dans des pays 
soumis pendant la plus grande partie de l'année à un froid rigou- 
reux, les conditions de l'existence soient assez différentes de ce 
qu'elles sont dans les mers chaudes ou tempérées, pour donner 
dans tous les cas naissance à une faune bien spéciale et bien 
caractérisée. Toutefois, nous remarquerons qu'en ce qui concerne la 
régioQ polaire antarctique les renseignements nous font presque 
absolument défaut. Cette partie du globe a été très-rarement 
explorée au point de vue de l'histoire naturelle, et elle était, 
dans tous les cas, fort peu connue au moment où furent 



DISTRIBUTION DES POISSONS DE MER. 177 

publiés les ouvrages sur lesquels nous nous appuyons dans celle 
étude. Nous nous sommes donc trouvé dans l'obligation de la 
négliger complètement. Il est permis de croire, du reste, que la 
vie animale y est peu abondante, car les terres du pôle Sud 
sont constamment recouvertes d'une très-grande épaisseur de 
glace dont les banquises presque ininterrompues s'avancent en 
tout temps fort loin vers la haute mer. 

11 faudrait, en outre, créerpourles espèces vivanthabituellement 
au large, une région particulière qu'on pourrait appeler pélagique, 
et qui comprendrait à la fois toutes les mers loin de la côte. 

En résumé, on peut diviser la terre entière en six grandes ré- 
gions ichthyologiques : 

l*' Région de l'Atlantique oriental, comprenant tous les riva- 
ges de cet océan , depuis les mers froides du Nord jusqu'au cap 
de Bonne-Espérance, avec le golfe méditerranéen et les îles océa- 
niques les plus rapprochées des continents; 

2° La région de l'Atlantique américain, s'étendant du nord 
des Etals-Unis jusqu'aux environs du cap Horn; 

3° La région Indo-Pacifique, renfermant tout l'immense espace 
semé d'Iles qui s'étend de la côte occidentale d'Afrique aux li- 
mites Est de la Polynésie, bornée au Nord par le parallèle du Ja- 
pon et au Sud par les mers froides des deux Océans; 

4° La région du Pacifique américain, formée par les côtes des 
deux Amériques, du côté du Pacifique, depuis Quadra et Vancou- 
ver jusqu'au Sud; 

5** La région circumpolaire, dont la hmite serait, dans l'At- 
lantique, une ligne inclinée allant de New-York à l'Angleterre, et, 
dans le Pacifique, le parallèle de la Cahfornie septentrionale ; 

6° La région pélagique, empiétant à la fois sur toutes les au- 
tres, en ce sens qu'elle comprendrait toutes les mers du large 
sans exception. 

Nous pouvons rechercher maintenant , en répartissant les fa- 
milles, les genres et les espèces, si les considérations presque 
complètement théoriques qui nous ont amené à établir six ré- 
gions sont justifiées par les faits, c'est-à-dire si chacune de ces 

12 



178 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

grandes zones est suffisamment caractérisée par une faune ichthyo- 
logiqua spéciale. 

Distribution des familles. — Les 22 familles d'après la 
répartition desquelles nous essayons d'établir nos régions n'of- 
frent pas toutes, au point de vue spécial de la distribution géo- 
graphique des espèces marines, la même importance. Deux d'en- 
tre elles et des plus riches en genres et en espèces, les Silures et 
les Cyprins, ne contiennent presque que des formes d'eau douce 
et peuvent être laissées complètement en dehors de celte étude, 
et il en est de même du groupe bien naturel des Pharyngiens 
labyrinthif ormes. Les autres se classent de la manière suivante : 

1° Famille dont tous les genres et toutes les espèces habitent 
la mer : Spares, Ménides , Squammipennes, Teuthies, Tsenioï- 
des, Athérines, Pectorales-pédiculées et Labroïdes. 

2° Familles marines ayant une faible proportion d'espèces 
d'eau douce : Mulles 3 7o > Sciènes 5 7o > Joues cuirassées 
7 o/o » Percoïdes 11 "/o • 

3*^ Familles marines ayant une forte proportion d'espèces d'eau 
douce : Gobioïdes 13 7o > Mugiloïdes 16 "/o > Ésoces 23 ^o > 
Clupes 24 7o. 

4" Familles d'eau douce ayant des espèces marines : Salmo- 
noïdes et tribus intermédiaires entre les Ésoces et les Clupes. On 
pourrait peut-être, sans beaucoup d'inconvénients, ne pas s'occu- 
per des deux familles dont il est question en dernier lieu. Ces 
deux groupes, en effet, comptent plus d'espèces d'eau douce que 
d'espèces d'eau salée, et comprennent en outre la plupart des 
Poissons à instincts migrateurs, vivant tantôt dans les fleuves et 
tantôt à la mer. Cependant, comme les résultats de l'ordre de ceux 
que nous voulons obtenir sont d'autant plus sûrs que les raison- 
nements sont basés sur plus de faits certains et bien démontrés, 
nous avons cru qu'il fallait faire entrer dans nos calculs toutes les 
formes spécifiques de ces deux divisions habitant à la mer et ne 
se trouvant jamais ailleurs. Les familles sont presque toutes, du 
reste, représentées dans plus d'une région, et il n'en a été ques- 



DISTRIBUTION DES POISSONS DE MER. 179 

tien ici qu'au point de vue de la répartition de leurs formes dans 
les eaux douces et salées, sans qu'on ait voulu tirer de leur dis- 
tribution géographique aucune preuve sur la distinction des fau- 
nes par régions. On peut toutefois remarquer, dès à présent, que 
les Tseuthies et les Squammipennes sont Indo-Pacifiques, tandis 
que les Tœnioïdes et les Salmonoïdes marins sont caractéristiques 
de la région Atlantique oriental^ et que les Scombéroïdes ont un 
caractère pélagique bien marqué. Nous renverrons du reste, 
pour les détails, à la description parliculière de chaque région, où 
sont envisagés les groupes de genres analogues , groupes aux- 
quels nous avons donné le nom de tribus, sans attacher à ce mot 
de sens bien précis ni de valeur bien exacte, et nous enta- 
merons immédiatement l'étude de la répartition des genres pro- 
prement dits. 

Distribution des genres. — Les genres se distribuent dans 
les régions de la manière suivante : 

Genres propres à l'Atlantique oriental 39 

— à l'Atlantique américain 27 

— à la région Indo-Pacifique 78 

— au Pacifique américain 5 

— à la région circumpolaire 15 

Genres pélagiques , , 28 

Total des genres localisés 192 

Genres appartenant à plus d'une région à la fois. . 95 

Total 287 

On voit, par la seule inspection de ces chiffres, que chaque 
zone est, en somme, suffisamment caractérisée par un certain nom- 
bre de formes indigènes qu'on ne retrouve pas ailleurs, et que la 
proportion totale de ces genres, relativement à ceux que Ton pour- 
rait appeler cosmopolites, est assez grande. On peut, il est vrai, 
faire des restrictions en ce qui concerne les zones Pacifique et 
Polaire, et nous allons entrer dans quelques détails à ce sujet. 

L'Océan septentrional a été moins exploré, relativement, que 
toutes les autres parties du globe, et il n'est point étonnant que, 



180 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

surtout à l'époque où écrivait Guvier, peu d'espèces fussent en- 
core connues. Peut-être aussi la faune de l'extrême Nord est- 
elle pauvre en formes spécifiques et les découvertes, à cause de 
cela même, plus difficiles qu'ailleurs. Mais si les groupes sont 
peu nombreux, ils sont d'un autre côté bien distincts et bien par- 
ticuliers à la région. Il faut remarquer, du reste, que le petit 
nombre des formes arctiques indigènes données ci-dessus comme 
caractéristiques des zones glaciales, tient en grande partie à ce 
que les calculs ne portent que sur deux grandes divisions des 
Poissons, et que cette zone serait sans doute mieux déterminée si 
l'on avait envisagé la classe entière. Nous n'avons pas pu tenir 
compte de la grande famille des Gades, par exemple, et l'on sait 
que de nombreux genres dans cette famille habitent les parties 
froides de l'océan Atlantique nord. En résumé, nous sommes 
convaincu que là, comme partout ailleurs, il sera toujours indis- 
pensable d'établir une région spéciale pour les formes arctiques. 

Pour le Pacifique américain, on se trouve en face des mêmes 
difficultés. L'immense étendue de côté qui se développe du nord 
des États-Unis aux environs du cap Horn n'avait point, tant 
s'en faut, été mise à contribution par les naturalistes du com- 
mencement de ce siècle autant que le reste du monde ; sauf les 
espèces découvertes par Dorbigny, qui sont en grande partie d'eau 
douce, et les envois de quelques autres naturalistes, on ne trouve 
pas trace, dans Guvier, d'une collection complète et générale 
faite dans ces parages. Cette lacune est sans doute comblée 
aujourd'hui, et de nombreux ouvrages ont dû être publiés sur 
cette partie du monde ; mais nous n'avons pas pu nous procurer 
ces travaux, et c'est par analogie avec ce que nous avons démontré 
pour l'Atlantique, que nous avons établi une région Pacifique 
américaine. On aura du reste à revenir sur ce sujet dans le cours 
de ce travail. 

On pourra peut-être trouver que le nombre des genres appar- 
tenant à plusieurs régions, 95 sur 287, c'est-à-dire 33 % j est 
un peu élevé, et que nos zones, à cause de cela même, ne sont 
point suffisamment distinctes les unes des autres ; mais si l'on 



DISTRIBUTION DES POISSONS DE MER. 181 

veut bien étudier attentivement le tableau général de la répar- 
tition des espèces , on verra en face de quelles difficultés Ton se 
trouve en chercliant à établir de grandes divisions géographi- 
ques rendant un compte aussi exact que possible de la différen- 
ciation des faunes ichthyologiques. Le milieu dans lequel vivent 
les Poissons est si pénétrable, les facilités d'émigration et même 
d'adaptation si grandes, qu'un mélange plus complet encore ne 
devrait pas nous étonner. 

On voit du reste, dans ce même tableau, que beaucoup des 
genres que nous avons dû classer parmi les cosmopolites, parce 
que leurs espèces appartiennent à différentes régions, sont pour 
la plupart cependant localisés, en ce sens que la majeure partie 
des formes spécifiques qui les composent vivent dans une région 
particulière, tandis que quelques-unes seulement, et en très- 
petit nombre, quelquefois une ou deux dans un genre très-riche, 
ont pu émigrer et s'adapter ailleurs sans se différencier beaucoup. 
Si l'on voulait se borner à considérer comme localisés dans une 
province tous ceux de ces genres qui n'ont pas plus de deux 
représentants, par exemple, sur un grand nombre dans les zones 
voisines, on arriverait à réduire de 95 à 77 le total des formes 
génériques réellement cosmopolites, et par conséquent la propor- 
tion dont nous parlions tout à l'heure, de 33 à 27 ^jo. 

Distribution des espèces. — Si, laissant de côté les genres, 
on envisage seulement les formes spécifiques, on voit qu'en 
dehors des Poissons du large, sur 2,483 espèces, 33 seulement 
occupent plus d'une région à la fois, et encore de ce petit nom- 
bre faudrait-il peut-être retrancher quelques formes que des 
observations ultérieures rattacheront aux espèces pélagiquesV 

1 Les espèces cosmopolites se répartissent ainsi : 

Espèces traversant complètement l'Atlantique < . . . 7 

Espèces traversant l'Atlantique, de la côte américaine aux îles 7 

Espèces communes aux deux côtes du continent américain 8 

Espèces communes à l'Atlantique et aux océans Indien et Pacifique. 12 

Total 33 



182 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

Ce fait, étonnant au premier abord, ne surprendra point ceux 
de nos lecteurs habitués aux recherches qu'entraîne l'étude 
de la distribution géographique des êtres. Toutefois, il est bien 
évident que, plus on étend les régions, uioins il doit y avoir 
d'espèces communes ; c'est seulement en rapprochant ce résultat 
du précédent que nous nous croyons autorisé à considérer notre 
division en six zones comme concordant suffisamment avec les 
faits. En un mot, et pour résumer en même temps les considé- 
rations et les calculs précédents, il nous paraît probable que les 
six grandes régions dont il vient d'être question correspondent 
à des différences réelles et suffisantes dans les faunes ichthyolo- 
giques. On en jugera mieux, du reste, après les descriptions 
suivantes de chacune des zones adoptées. 

Région de l'Atlantique oriental. 

(Côtes Est d'Europe et d'Afrique.) 

Limites de la région. — Notre première région se compose, 
comme nous l'avons dit, de toutes les côtes Est de l'Atlantique, 
depuis les mers froides du Nord jusqu'au cap de Bonne-Espé- 
rance, et comprend en outre le golfe méditerranéen et les îles 
océaniques. Elle s'étend donc du 47" parallèle Nord jusqu'au 36^ 
de latitude Sud, et présente un développement de rivage d'envi- 
ron 1,700 lieues marines. Il est difficile de fixer ses limites en lon- 
gitude, ou en d'autres termes sa largeur; mais on peut dire d'une 
façon très-générale qu'elle s'avance vers l'Ouest à des distances 
variables de la côte, suivant les fonds, et qu'elle s'arrête aux 
profondeurs où les Poissons, pour une raison ou pour une autre, 
ne trouvent plus les conditions nécessaires à leur existence*. 

Une première difficulté se présente relativement à la fixation 
de la limite méridionale de la région. Nous avons admis que 



1 II faut toujours avoir présent à l'esprit, dans ce qui va suivre, le fait que 
nous établissons pour les Poissons vivant au large, et par conséquent habitant 
plusieurs régions à la fois: une zone particulière dite pélagique, que nous étudions 
spécialement plus loin. 



DISTUIDUTION DES POISSONS DE MEH. 183 

cette limite était le cap de Bonne-Espérance ; mais la latitude du 
Cap n'est pas assez élevée (36o Sud), ni les mers environnantes 
assez froides pour que l'on puisse comprendre quels obstacles 
insurmontables s'opposeraient, du fait seul de la température, à 
ce qu'une espèce des côtes Est d'Afrique doublât le banc des 
Aiguilles pour se transporter du côté de l'Inde, ou inversement. 
Cependant, si l'on se place à un point de vue très-général, c'est- 
à-dire si l'on envisage l'ensemble des formes, on voit que sur 
289 genres, 55 seulement ont des espèces à la fois du côté de 
l'océan Indien et du côté de l'Atlantique. En admettant même, 
ce qui n'est point le cas, que ces 55 genres soient représentés 
tout près de l'extrémité méridionale de l'Afrique à l'Est et à 
l'Ouest, la proportion serait encore assez faible pour qu'on puisse 
considérer le Cap comme le point précis où s'effectue le mé- 
lange des deux faunes. Mais il n'en est pas ainsi: les formes 
spécifiques propres aux mers du Cap appartiennent en majorité 
à des groupes européens ou africains, et le petit nombre seule- 
ment à des groupes indiens. Toutefois, la ligne de démarcation, 
comme on doit le comprendre, n'est point bien nettement ni bien 
brusquement tranchée, et on pourrait, sans crainte de commettre 
une grave erreur, considérer comme indienne une espèce qui 
serait isolée au cap de Bonne-Espérance, tandis que le genre dont 
cette espèce fait partie serait très-nombreux dans les mers de 
l'Inde. 

Il en est de même pour la limite de la région vers le Nord; elle 
ne peut point se fixer d'une façon absolue à tel degré de latitude. 
Les formes circumpolaires s'avancent plus ou moins au Sud, 
quelques-unes jusqu'à la Manche, d'autres jusqu'à l'Irlande, et 
les mêmes faits se reproduisent sur la côte des États-Unis. Cepen- 
dant une ligne joignant New-York au sud de l'Angleterre servi- 
rait à peu près de ligne de séparation du côté du pôle aux régions 
atlantiques. 

Espèces méditerranéennes. — Nous ne faisons point une 
province particulière de la Méditerranée, et, comme on pourrait 



184 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

être tenté de croire, à première vue, qu'un golfe aussi étendu et 
aussi nettement séparé de l'Océan doit avoir une faune distincte, 
nous croyons utile de répondre à cette objection : Sur 104 
genres représentés par des espèces dans la région atlantique, 
56, c'est-à-dire plus de la moitié, se trouvent à la fois dans l'Océan 
et dans la Méditerranée ; 48 par conséquent seulement sont 
propres à cette dernière mer. lî y aurait peut-être des raisons 
suffisantes, malgré ce petit nombre, pour établir une zone médi- 
terranéenne, si l'on ne remarquait pas en même temps que ces 
genres sont très-pauvres en espèces, 21 sur 48 n'en ont qu'une 
seule, et surtout si, en poussant plus loinl e calcul, on ne s'aper- 
cevait point que sur 217 formes spécifiques de la Méditerranée, 
68 passent le détroit de Gibraltar et se retrouvent plus ou moins 
loin, vers le Nord ou vers le Sud, sur le littoral de l'Océan. C'est 
surtout en comparant ce nombre de 68 espèces communes aux 
deux mers à celui des espèces habitant plus d'une région à la fois, 
partout ailleurs 33 sur 2,483, qu'on peut voir combien les formes 
méditerranéennes sont peu localisées, et comprendre pourquoi 
il n'est pas possible d'établir une région spéciale pour cette mer 
intérieure. 

Iles océaniques. — On trouve dans la région atlantique 
orientale un certain nombre d'archipels et d'îles isolées dont les 
rivages sont habités par d'assez nombreuses espèces, et que nous 
devons forcément faire entrer dans notre cadre, ne serait-ce 
qu'à cause de l'importance toute particulière de leur faune 
lorsqu'on s'occupe de la distribution géographique des espèces 
terrestres. Ce sont les îles des Açores, de Madère, des Canaries, 
du Cap- Vert, de Sainte-Hélène et de l'Ascension. 

Il serait peut-être possible d'envisager séparément celles qui 
sont très-éloignées du continent, comme Sainte-Hélène et 
l'Ascension ; mais, dans une division en zones fort étendues, 
nous ne croyons pas qu'il y ait beaucoup d'inconvénients à 
étudier les faunes de tous les groupes d'îles en même temps ; les 
éléments nous manqueraient du reste pour spéciahser davantage. 



DISTRIBUTION DES POISSONS DE MER. 185 

En faisant un relevé exact des espèces qu'on indique comme 
ayant été pêchées sur le rivage des îles, on voit qu'à une seule 
exception près toutes leurs formes appartiennent à des genres 
qu'on retrouve la plupart sur les côtes d'Afrique ou d'Europe, 
quelques-uns sur celles de l'Amérique du Sud ou des Antilles. 

Ce fait d'un seul genre réellement indigène paraît une preuvo 
bien évidente de l'impossibilité où l'on est de créer une province 
spéciale pour les îles océaniques. 

Les formes spécifiques réellement insulaires, c'est-à-dire 
trouvées dans les îles^ sont au nombre de 54 ; on peut en ajouter 
11 autres qui traversent l'Atlantique Sud, d'Amérique en Afrique, 
et qui, quoique n'ayant pas été vues dans les environs des îles 
elles-mêmes, doivent vraisemblablement s'y arrêter dans le 
trajet. Ces 65 espèces peuvent se répartir de la manière suivante: 

I Espèces appartenant kun genre indigène insulaire. 2 
Espèces appartenant à des genres presque tous eu- 
ropeens ou africains et ne se trouvant que sur les 
rivages des îles 28 

Espèces /Espèces habitant l'Atlantique Est et traversant des 

communes côtes d'Europe ou d'Afrique aux îles 27 

aux îles \ Espèces habitant l'Atlantique américain et traver- 

et aux deux \ sant de la côte d'Amérique aux îles 8 * 

régions f ""^ 

atlantiques \ Total 65 

On peut conclure de ces quelques chiffres que la faune des 
îles océaniques appartient à notre première région, mais que 
leurs rivages, isolés dans l'Océan, offrent jusqu'à un certain point 
le caractère de station intermédiaire pour les espèces qui ont pu 
traverser l'Atlantique . 

Faune de l'Atlantique Est. — Si les différentes conclusions 
qui résultent des renseignements précédents sont admises, il faut, 

' Le vapeur le Raphaël, qui pêche aux îles du Cap-Vert, vient de rapporter d© 
Ténérife le ChModonharré, quin'avait été vu jusqu'ici que sur la côte arnériçaiae. 
Il y aurait donc 9 espèces traversant des Antilles aux îles océanique^. 



186 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

comme nous l'avons fait, réunir dans la région Atlantique Est 
toutes les côtes de l'Océan et de la Méditerranée, en y ajoutant 
les îles océaniques. Cette région est habitée, en ne considérant 
toujours, bien entendu, que les Acanthoptérygieas et les Malaco- 
ptérygiens abdominaux , par 378 espèces appartenant à 105 
genres et à toutes les familles , à l'exception de celle des Teu- 
thies. Sa faune, sur les rivages d'Europe, est à peu près complè- 
tement connue, et, sauf peut-être quelques espèces vivant sur les 
fonds inaccessibles aux filets de pêche ordinairement employés, 
on peut croire qu'il restait, au moment oî,i écrivait Cuvier, peu de 
découvertes à faire. Il n'en est pas de même pour les plages de 
l'Afrique; Gorée, le Gap et les îles étaient à cette époque les seuls 
points réellement et complètement explorés. Nous ne trou- 
vons dans l'histoire naturelle des Poissons que peu d'espèces de 
toute la côte comprise entre le Sénégal et les environs du cap de 
Bonne-Espérance. Il est probable qu'en s'appuyant sur les cata- 
logues les plus récents, on trouverait à ajouter un assez grand 
nombre de formes spécifiques à celles que nous avons pu réunir; 
mais il est probable aussi que les résultats généraux ne seraient 
pas sensiblement modifiés, vu les nombres déjà considérables 
sur lesquels sont établis nos calculs. 

Quoi qu'il en soit, il est facile de voir dans le tableau général 
des genres que les groupes ou tribus qui peuvent servir à carac- 
tériser la région de l'Atlantique sont les suivants : 

1° Joues cuirassées à une dorsale et à tête iJarallélipipédique 
(Trigles et Malarmats). — Sur quinze espèces de Trigles dont le 
lieu d'origine est bien connu, quatre seulement sont étrangères. 
Le plus grand nombre habitent les mers d'Europe, quelques-unes 
le Gap, sans qu'on en ait trouvé sur la côte de l'Afrique tropicale. 
Le Malarmat est propre à la Méditerranée. 

Ge genre des Trigles est représenté en Amérique par les Prio- 
notes, qui n'ont que des différences de dentition avec le groupe 
qui les remplace en Europe ; aussi Guvier peut-il les appeler 
avec raison des Trigles américains. 



DISTRIBUTION DES POISSONS DE MER. 187 

2** La famille tout entière des Sparoïdes. — Les 14 genres ex- 
clusivement marins qui composent cette famille ont tous des re- 
présentants en Europe, à l'exception d'un seul. Quelques-uns de 
ces genres ont, il est vrai, des espèces dans l'Inde et d'autres 
en Amérique, mais l'Atlantique oriental est la seule région où 
tous soient représentés, et c'est ce fait qui, à notre avis, donne 
à cette grande division son caractère nettement européen. 

' 3° Première tribu de la famille des Ménides. — (Picarels et 
Mendoles).— Deux espèces de Picarels sont étrangères, mais elles 
ressemblent à tant d'égards à la deuxième tribu de cette famille 
que Cuvier hésite à les y ranger. 

4° Tœnioïdes. — Ce groupe a un caractère nettement atlanti- 
que Est ; sur 19 espèces, on n'en trouve en dehors de la région 
que 3, et un seul genre, ne comprenant qu'une seule forme spé- 
cifique, est américain. Nous remarquerons que celte grande divi- 
sion naturelle, comme celle des Spares et celle des Ménides, n'a 
pas une seule espèce d'eau douce. 

5'^ Blennies et Pholis. — On se trouve, pour diviser la famille 
des Gobioïdes, en face des difficultés dont nous avons parlé. Le 
petit groupe qu'on peut former avec les Blennies et les Pholis 
est de l'Atlantique Est, sauf 5 espèces qui passent aux Etals- 
Unis par la mer de Sargasse, où on trouve parmi les fucus un 
' certain nombre de ces petits Poissons adaptés à la vie du large. 

^'^ Labres et genres voisins. — Si les Cossyphes qui habitent 
dans l'Inde n'étaient pas, d'après les propres expressions de 
Cuvier, intermédiaires entre les Labres et les Grénilabres, on au- 
rait là un bon exemple d'un groupe riche en espèces et bien 
caractéristique des mers atlantiques Est. Malgré cette exception, 
il reste encore 57 espèces appartenant à 4 genres bien analogues 
et propres à notre région. 

7" Salmonoïdes. — Cette famil'e compte 15 genres et 52 espè 
ces à la mer, contre 36 genres et 219 espèces d'eau douce. En 



188 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

l'envisageant dans son ensemble, on peut, malgré d'assez nom- 
breuses exceptions, la considérer comme circumpolaire ; c'est 
aussi l'opinion de Valenciennes, mais les genres marins sont plu- 
tôt des mers tempérées d'Europe. 

Si l'on recherche quels senties caractère? de l'Atlantique Est 
que l'on pourrait appeler négatifs, caractères qui offrent une 
certaine importance, on voit que cet Océan ne possède aucune 
espèce de Teuthies ; 3 Squammipennes seulement sur 140, et 
enfin 4 espèces de Sciénoïdes sur 181. 

En dehors des groupes qui servent, comme ceux dont il vient 
d'être question, à spécialiser la région, la plupart des genres très- 
nombreux en espèces sont représentés dans les eaux de l'Atlan- 
tique Oriental. 

On trouve dans ce cas : les Serrans, les Scorpenes, les Caranx, 
les Muges, les Clinus, les Gobies, les Girelles, les Hémiramphes 
et les Orphies. Le nombre des formes spécifiques de ces genres 
habitant cette zone est de beaucoup inférieur à celui des formes 
étrangères, et on ne peut, dans aucun cas, les considérer comme 
indigènes. 

Les espèces cosmopolites appartenant sûrement à l'Atlantique 
Est, c'est-à-dire celles qui peuvent être considérées comme origi- 
naires de cet Océan, mais qu'on retrouve sans changement dans 
d'autres parages, ne sont qu'au nombre de deux : un Trigle et 
un Clinus. En dehors de ces deux exceptions, toutes les formes 
cosmopolites émigrent au contraire des autres rivages vers ceux 
d'Europe et d'Afrique, ainsi que le prouve le seul examen de 
l'habitat principal des genres dont elles font partie. 

(A continuer.) 



189 



LA SOUDE 



LE SOL ET DANS LES VÉGÉTAUX 

Par Ch. CONTEJEAN, 

Professeur à la Faculté des Sciences de Poitiers. 



Ayant essayé d'appliquer l'analyse optique à la recherche de 
la soude, dans le but de reconnaître si certaines plantes appar- 
tiennent à la flore terrestre ou à la flore maritime, j'arrivai tout 
de suite à des résultats qui me surprirent tellement que j'élargis 
aussi tôt le cercle de mes investigations. Pendant plus d'une année, 
j'examinai des milliers de spécimens représentant plus de 700 
espèces, et mes analyses portèrent indifféremment sur des plan- 
tes fraîches et sur des plantes d'herbier, de toutes provenances. 
Mais l'instrument que je maniais est d'une telle déhcatesse, qu'on 
est porté à lui attribuer les défauts de ses qualités. Publiées na- 
guère* , mes premières conclusions furent accueillies avec une 
circonspection qui frisait l'incrédubté. De nombreuses objections 
me furent adressées, portant pour la plupart sur le procédé 
d'analyse et sur la manière d'opérer, a La soude existe partout, 
m'écrivait un savant membre de l'Institut; elle est en suspension 
dans l'air, nos vêtements en sont imprégnés au point qu'il suffit 
de frapper la manche de son habit à côté d'un bec Bunsen pour 
en colorer vivement la flamme. Incessamment exposés aux pous- 
sières atmosphériques, les végétaux sont recouverts d'un véri- 
table enduit de soude, principalement dans leurs parties velues. 
Vous voyez cette soude superficielle, mais vous ne savez pas s'il 
en existe dans l'intérieur, et vos résultats sont pour le moins 
suspects.» 

^ La Soude dans les végétaux {Comptes rendus hebdomadaires des séances de 
l'Académie des Sciences, tom. LXXXVI, pag. 1151, 6 mai 1878). 



190 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

Toutes ces choses, je les sais aussi bien que mon éminent con- 
tradicteur; je les sais mieux, peut-être, car je doute qu'il ait fait 
autant d'analyses que moi. Comme les inconvénients qu'il signale 
existent dans une certaine mesure, je dois faire connaître les 
précautions à employer pour y obvier, ainsi que ma manière 
d'opérer. 

Mon but n'étant point de doser la soude (ce qui est d'ailleurs 
extrêmement difficile), je me suis borné à soumettre les plantes 
à l'action du chalumeau à gaz, au moyen duquel on peut appré- 
cier la teneur relative en soude d'après l'intensité de la colora- 
tion de la flamme, et qui décèle encore d'autres bases, telles que 
la chaux, la potasse, la lithine. Ce mode d'étude offre le grand 
avantage d'être fort expéditif, de permettre d'isoler les diverses 
parties d'un végétal, et de laisser voir si la soude ou toute autre 
substance réside à la superficie ou dans l'intérieur des tissus. Il 
est d'ailleurs d'une délicatesse et d'une sûreté que dépasse seule 
l'analyse spectrale. Cette dernière a été aussi employée, mais 
seulement pour rechercher la soude dans des terrains qui n'en 
donnaient aucun indice au chalumeau. 

Mes expériences ont eu lieu dans le laboratoire de chimie de 
la Faculté des Sciences de Poitiers et dans des conditions défa- 
vorables en apparence. L'a'r y est, en effet, chargé de soude ; 
mais dès qu'une parcelle sodée tombe dans la flamme, celle-ci 
jette un éclat vif et passager dont il est bien facile de reconnaître 
la cause. C'est donc absolument comme si rien n'était arrivé. 
J'ajouterai que, dans presque tous mes essais, j'ai été assisté par 
mon excellent ami A. Guitteau, dont les yeux, non daltoniens, 
savent, beaucoup mieux que les miens, distinguer les couleurs 
et les nuances. 

La plupart de nos analyses ont porté sur des plantes d'herbier 
qui peuvent avoir pris de la soude à l'air et au papier employé 
à la dessiccation. Celui dont je me sers en renferme. Néanmoins, 
cela n'influe en rien, le plus souvent, sur les résultats. Beaucoup 
de plantes, même parmi les plus velues et les plus hérissées 
{Galium anglicum, Erigerum Canadensis, Filago avensis, F. ger- 



SOUDE DANS LE SOL ET LES VÉGÉTAUX. 191 

manica, Andryala sinuatay Stachys alpina, etc.), n'ont donné 
aucun indice de soude. Un bien plus grand nombre en accusent 
seulement dans la racine et dans le bas de la tige. Or, il serait 
merveilleux que les poussières atmosphériques ou le papier à des- 
sécher eussent respecté une partie du végétal plutôt qu'une autre. 
Dans tous les cas analogues, la plante sèche vaut la plante 
vivante. 

Si l'on trouve la soude uniformément distribuée, on peut ne 
pas tenir compte de la première coloration produite par la com- 
bustion de Tépiderme et des téguments ; mais, dès qu'un organe 
est complètement carbonisé, il n'y a plus lieu d'hésiter : jamais 
la cendre incandescente n'indique de la soude quand il n'y en a 
pas dans les tissus profonds. 

Il arrive réellement, surtout pour les plantes littorales, que la 
poussière sodée de l'atmosphère adhère à l'épiderme végétal et 
colore la flamme, quand bien même la plante ne renferme pas 
de soude. Chose remarquable, le fait a été principalement con- 
staté sur des spécimens vivants (surtout Luzerne, Lotus et autres 
Légumineuses). Avec un peu d'habitude, on distingue aisément 
cette cause d'erreur et l'on en tient le compte qu'il convient. 

J'ai beaucoup expérimenté sur les plantes fraîches, pour savoir 
quelle confiance je devais accorder à l'analyse des plantes sèches, 
et aussi pour étudier séparément les organes superficiels et les or- 
ganes profonds. Tantôt les spécimens étaient passés au chalumeau 
immédiatement après avoir été cueillis, tantôt ils ne subissaient 
cette épreuve qu'après une immersion de plusieurs jours dans 
l'eau distillée. J'évitais de tenir à la main les parties à essayer, car 
les doigts humides laissent de la soude sur les objets qu'ils ont 
touchés. Les scalpels et les pinces employés pour isoler les or- 
ganes intérieurs avaient été rougis dans la flamme et ne servaient 
que lorsqu'ils ne donnaient aucun indice de soude. Ces précau- 
tions minutieuses étaient d'ailleurs en grande partie inutiles, 
car, je le répète, après quelques tâtonnements préliminaires, rien 
n'est plus facile que de discerner et d'écarter les causes d'erreur. 
Mais on doit comprendre que je tienne à donner tous ces détails 



192 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

Je n'hésite donc pas à déclarer que mon procédé d'analyse est 
irréprochable : c'est ce que reconnaîtra sans peine toute personne 
qui voudra expérimenter, avec un bec Bunsen, sur les premières 
plantes venues. 

Voici maintenant les résultats de mes recherches. 

1. La soude n'existe d'une manière apparente que dans les 
terrains salés, qui, en France, ne se trouvent guère que sur les 
bords de la mer. En général, la zone salée maritime est extrême- 
ment étroite, surtout quand le rivage est rocheux ou qu'il con- 
siste en plages et en dunes sablonneuses. Autant, en effet, la 
chaux se maintient avec obstination dans les sables, autant la 
soude s'empresse de les délaisser. Gela s'explique aisément par 
la différence de la solubilité des sels qui servent de véhicule à 
ces deux bases. Le carbonate de chaux ne cède que lentement à 
l'action dissolvante des pluies, et subsiste presque partout en 
plus ou moins grande abondance ; au contraire, le chlorure de 
sodium est immédiatement entraîné, et ne se montre d'une 
manière permanente que dans la zone recouverte par les marées. 
A quelques pas plus loin, le sable de la ligne des premières 
dunes, et même celui du haut des plages, ne précipite plus le 
nitrate d'argent, et c'est à peine si le chalumeau à gaz y décèle 
quelques traces de soude. Plus loin encore, dès qu'on pénètre 
dans la région des dunes proprement dite ou dès qu'on aborde 
les premiers gazons à Ephedra, l'analyse optique n'indique plus 
rien. Et cependant la soude est portée beaucoup plus loin par les 
embruns de l'atmosphère. Toutes ces circonstances, j'ai pu les 
constater bien souvent sur nos côtes de TOcéan, entre Arcachon 
et la Rochelle. 

2. A plus forte raison la soude fait défaut dans l'intérieur du 
pays. Jamais, en effet, la flamme du chalumeau n'a été colorée 
par la terre que retenaient entre leurs racines des plantes re- 
cueillies dans presque toutes les contrées de l'Europe. L'analyse 
spectrale, que nous avons appliquée à une quinzaine d'échantil- 
lons déterre végétale provenant de la Saintonge, du Limousin, du 



SOUDE DANS LE SOL ET LES VÉGÉTAUX. 193 

Poitou, du pays de Montbéliard et des Vosges, a toujours donné 
des résultats négatifs. Cependant, comme la plupart des espèces 
non maritiaies renferment de la soude, cette base existe évidem- 
ment partout, mais en proportions infinitésimales, qu'elle ait 
d'ailleurs son origine dans le sol ou dans l'atmosphère. Il en 
résulte que les végétaux sont des appareils d'analyse d'une mer- 
veilleuse subtilité, puisqu'ils savent trouver de la soude dans des 
milieux où les procédés les plus délicats de la physique et de la 
chimie sont impuissants à en découvrir. 

3. Toutes les eaux douces des environs de Poitiers que nous 
avons essayées (et nos analyses sont nombreuses), renferment de 
la soude, principalement celles des rivières. De l'eau pluviale 
prise dans le creux d'une roche granitique à Ligugé (Vienne) a 
constitué une exception unique. 

4. Toutes les plantes de la flore maritime (halophytes des au- 
teurs) renferment de la soude ; plus des trois quarts de celles de 
la flore terrestre en renferment également ou peuvent en renfer- 
mer, et quelquefois en proportion notable. 

5. Les plantes qui vivent dans les eaux douces sont à peu 
près saturées de soude dans toutes leurs parties immergées, 
mais n'en contiennent pas toujours dans leurs parties aériennes. 

6. La quantité de soude que peut absorber une même espèce 
dans les terrains non salés varie suivant les lieux, je dirai pres- 
que suivant les individus. Sur 168 plantes non maritimes re- 
présentées chacune par des spécimens de diverses localités, j'en 
ai trouvé au plus 50 où la teneur en soude fût pareille chez tous 
les individus d'une même espèce, et où les divers organes en 
continssent respectivement une égale proportion. L'écart peut 
devenir très-grand. Ainsi, des Filago germanica de Brest et de 
Belgique étaient gorgés de soude, tandis que d'autres échantillons 
récoltés dans les environs de Paris n'en laissaient apercevoir 
aucune trace. 

7. Dans les terrains non salés, la composition chimique et 

13 



194 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

minéralogique du milieu exerce, au moins en apparence, une 
influence appréciable sur la richesse en soude des végétaux. 
Élimination faite des régions littorales, j'ai pu connaître la nature 
du sol de 262 localités différentes. Dans les unes (granité, 
gneiss, argile, sable siliceux, diluvium et alluvions), la terre végé- 
tale ne contient pas de chaux ou n'en contient que des traces ; 
dans les autres (calcaires et dolomies), elle en renferme une 
énorme proportion. Les premières sont au nombre de 130, et les 
secondes au nombre de 132. Les plantes des sols privés de chaux 
n'ont pas de soude ou n'en accusent que de faibles indices 32 
fois; la teneur est médiocre 18 fois, elle devient très-grande 
80 fois. Sur les calcaires et les dolomies, il n'y a pas de soude 
ou il n'y en a que des traces Si fois ; il y en a médiocrement 16 
fois, il y en a beaucoup 41 fois. Les proportions sont presque 
exactement inverses. Le contraste est assez sensible pour qu'on 
ne puisse hésiter à regarder le sol calcaire comme le moins favo- 
rable aux plantes sodées. En s'appuyant sur un très-petit nom- 
bre d'analyses, MM. Malagutti et Durocher* arrivent à des résul- 
tats opposés, et pensent que la même plante absorbe plus de 
soude sur le calcaire que sur le schiste ou l'argile. Il me semble 
que les chiffres ci-dessus tranchent la difficulté. Néanmoins, je 
me garderai d'en déduire aucune loi, ne sachant si le terrain 
agit par lui-même, en tant que milieu calcaire ou granitique, 
ou si plutôt les plantes amies de la soude ne recherchent pas 
les sols argileux ou granitiques, parce qu'étant imperméables, 
ils entretiennent les eaux stagnantes et les marécages. Or, nous 
avons vu que les végétaux aquatiques sont particjhèrement riches 
en soude. J'incline à penser qu'en réalité la nature minéralogi- 
que du sol est sans grande influence, parce que, bien que cer- 
tains granités renferment du feldspath albite et du feldspath oli- 
goclase, qui fournissent, en se décomposant, du carbonate de 

^ Recherches sur la répartition des éléments inorganiques dans les princi- 
pales familles végétales {Annales de chimie et de physique, 3^ série, tom. LIV, 
pag. 282 ; et Annales des sciences naturelles^ Botanique, 4^ série, tom. IX, 
pag. 245). 



SOUDE DANS LE SOL ET LES VÉGÉTAUX. ^95 

soude assimilable, la comparaison des localités granitiques avec 
celles où le terrain consiste en sables, schistes ou alluvious, 
fait voir que les plantes de ces dernières ont de la soude peut- 
être plus souvent que celles du granité. 

8. Dans les terrains inégalement salés, la proportion de soude 
absorbée par les représentants d'une même espèce est en géné- 
ral d'autant plus grande que le sol en contient davantage. 
Ainsi, des Silène Portensis recueillis par moi-même sur la plage 
du cap Ferret, près d'Arcachon, renferment une quantité notable 
de soude dans toutes leurs parties; d'autres, que j'ai pris à Sou- 
lac (Gironde) et à la Goubre (Gbarente-Inférieure), beaucoup plus 
loin de la mer, n'en ont plus guère que dans leurs racines ; 
d'autres, enfin, provenant du département de Yaucluse, n'en 
laissent apercevoir aucune trace. De même, les Trifolium resu- 
pinatum, Rosmarinus offtcinalis, Armeria planta g i7iea, Daphne 
Gnidium, Salsola Kali, Polygonum maritimum, Euphorhia pa- 
hcstris, Carex arenaria, Polypogoyi iVo7ispeliensis, Hordeum maj'i- 
timum des régions littorales, ont donné beaucoup de soude, tandis 
que d'autres échantillons des mêmes espèces récoltés dans l'in- 
térieur en contiennent à peine ou n'en contiennent pas du tout. 
J'ai pu constater aussi que les plantes de Bretagne, de Norman- 
die, de la Gironde, sont quelquefois plus chargées de soude que 
leurs similaires continentales. 

9. Cependant la richesse relative en soude provient surtout 
des aptitudes particulières des espèces. Il y a, en effet, des plan- 
tes constamment riches ou pauvres en soude, quels que soient 
le terrain et les pays d'origine. Dans un milieu non salé, les 
Linum Radiola, L. gallicum , Lohelia urens, Cicendia fdiformis, 
C. pusilla, Juncus pygmœus de Goulombiers (Vienne), renferment 
beaucoup de soude , à côté des Trifolium Isevigatum, Spiranthes 
autumnalis, Juncus bufoniiis, /. capitatus, Carex glauca, qui 
n'en ont point ou n'en ont que fort peu. Dans un milieu salé, 
les Tribuhis terrestris, Linaria thymifolla, EupJiorbia Peplis, E, 



196 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

polygonifolia^ , Ccnchrus racemosus, se refusent obstinément à la 
soude, ou tout au plus l'aclnaeltent dans leurs parties souterraines 
par une sorte d'imbibition mécanique et comme malgré elles, 
tandis que les plantes aquatiques savent la trouver partout. 

10. Quelquefois même, dans une localité déterminée, la ri- 
chesse relative en soude paraît dépendre de l'individu, tel pied 
absorbant plus d'alcali que son voisin. D'ailleurs, le fait est assez 
rare, et peut trouver son explication dans la nature du sol, dont 
la composition chimique n'est jamais absolument identique, même 
aux distances les plus faibles. 

11. La teneur en soude ne peut être regardée comme un 
caractère qui permette de distinguer les végétaux maritimes des 
végétaux- terrestres que dans le cas où l'espèce en litige habite 
un terrain salé et n'absorbe point de soude. On ne doit pas crain- 
dre d'exclure de la liste des halophytes les Trihulus, Linaria, 
Euphorhia, Cenchrus, dont il vient d'être question, et l'on n'y 
admettra qu'avec réserve les Silène Portensis, Erijngium mariti- 
mum'^f Artemisia maritima, EupJiorbia Paralias, toujours moins 
chargés de soude que beaucoup de plantes exclusivement terres- 
tres. 

12. Certaines espèces maritimes fortuitement introduites dans 
des milieux non salés, sont inhabiles à assimiler de la soude, à 
côté de plantes terrestres qui savent en extraire du même sol. 
Par exemple, plusieurs Salsola Kali provenant, les uns du dépar- 
tement de Vaucluse et les autres des sables de la Luire, près 
d'Orléans, ont à peine laissé entrevoir la soude dans leurs raci- 



* Plante américaine signalée, il y a quelques années, sur un point unique aux 
Sables-d'OIonne, et que j'ai trouvée, en 1877, dans les sables maritimes des deux 
côtés de la Gironde, entre Soulac et l'embouchure de la Seudre. Elle est certai- 
nement plus répandue, dans ces limites, que Y Euphorhia PepHs, avec lequel on 
pourrait la confondre. 

2 MM. Malagutti et Durocher constatent déjà cette pauvreté en soude de l'Eryn- 
gium maritimum {Annales de chimie et de physique, loc. cit., -p^g. '282; et 
Annales des sciences naturelles, ibid., pag. 244). 



SOUDE DANS LE SOL ET LES VÉGÉTAUX. 197 

lies, tandis que la potasse abondait dans tous les organes aériens, 
d'ailleurs moins fermes et moins succulents que chez les indivi- 
dus nés sur le littoral. Un Carex arenaria des environs de Berlin 
renfermait très-peu de soude; plusieurs autres des environs de 
Bordeaux en manquaient absolument. De nombreux pieds d'Hor- 
deum maritimum qui s'étaient développés à la gare des Lour- 
dines, près de Poitiers, ne montraient la soude dans aucune de 
leurs parties; au contraire, les TrifoUum maritimum et T. resu- 
pinatum, qui croissaient pêle-mêle avec eux, en accusaient des 
quantités notables. 

13. L'affinité pour cette base varie suivant les familles, les 
genres et les espèces. On peut désigner comme amies de la soude 
les Linées, les Légumineuses, les Composées corymbifères, les 
Ericinées, les Gentianées, les Lentibulariées, les Plumbaginées, 
les Plantaginées, les Alismacées, les Potamées, les Joncées, cer- 
tains groupes d'Alsinées, de Ghénopodées, de Gypéracées et de 
Graminées; et en particulier, abstraction faite des halophytes, 
les genres Batrachium, Linum, Inula, Gnaphalium^ Helichry- 
sum, Lohelia, Erica, Erythrœa, CicencUa^ Pinguicula, Littorella, 
Plantago, Atriplex, Alisma, Potamogeton, Juncus, Cyperus, Soir- 
pus, Crypsii-. On peut signaler comme rebelles à la soude fab- 
straction faite des halophytes et des espèces aquatiques) les 
familles des Renonculacées, des Crucifères, des Cistinées, des 
Géraniacées, des Rosacées, des Paronychiées, des Crassulacées, 
des Saxifragées, des Ombellifères, des Rubiacées, des Composées 
cynarocéphales et chicoracées, des Borraginées, des Rhinantha- 
cées, des Labiées, des Primulacées, des Ghénopodées {sauf les 
Atriplex), des Polygonées, des Euphorbiacées, des Urticées, des 
Amentacôes, des Conifères, des Orchidées, des Asparaginées, des 
Iridées, des Liliacées, des Graminées et des Fougères; et en 
particulier les genres Helianthemum , Silène, Genista, Sedum, 
Saœifraga, Galium, Euphrasia, Linaria, Veronica, Teucrium, 
Lysimachia, Primula, Che7io podium, Rumex, Polygonum, Buxus, 
Euphorbia, Quercus, Jimiperus, Pinus, Ophrys, Epipactis, Iris, 
AUium, Luzula, Panicum, Eragrostis, Festuca, Bromus. Ces 



198 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

énuméralions, beaucoup plus longues que celles des plantes amies 
de la soude, sembleraient prouver le contraire de ce que j'avance, 
si je n'avais hâte d'ajouter qu'il s'agit ici de l'abondance plutôt 
que de la fréquence de cet alcali. 

14. Rien de plus irrégulier, de plus imprévu, que la réparti- 
tion de la soude dans les genres d'une même famille et les espè- 
ces d'un même genre. Il est bien rare que les groupes les plus 
homogènes ne présentent çà et là des disparates, et l'on recon- 
naît partout l'indépendance de l'espèce, sinon de l'individu. 
Néanmoins, les plantes aquatiques, à quelque famille qu'elles 
appartiennent, sont les plus riches en soude, et celles des lieux 
azotés (quelquefois chargées de nitrates au point qu'elles fusent 
et crépitent dans la flamme) sont les plus pauvres. A l'égard de 
ces dernières, j'indiquerai les genres Solaniwi, Lycium, Ama- 
rantus, Chenopodiiim, Rumex, Polijgo7ium, Urtica, Parietaria, 
Selaria, Panicum. On dirait une réelle antipathie entre la soude 
et l'azote, ou tout au moins entre cette base et les composés ni- 
treux ou ammoniacaux'. 

15. Tous les organes du végétal n'ont pas une égale aptitude 
pour la soude. Presque toujours elle s'accumule à la base de la 
plante, principalement dans la portion souterraine, et diminue 
d'abondance au fur et à mesure qu'on s'élève dans la portion 
aérienne. Sous le rapport de la teneur en soude, les organes se 
succèdent dans l'ordre suivant, à commencer parles plus saturés : 
racine et rhizome; base de la tige et feuilles radicales ; tige 
moyenne et feuilles moyennes; sommet des tiges, avec rameaux 
et feuilles supérieures; pédoncules et bractées; fleurs et fruits. 
Souvent la fleur, avec les pédoncules et les bractées, et même la 
tige feuillée, n'indiquent aucune trace de soude, quand la racine 
et quelquefois le bas de la tige et les feuilles inférieures en ren- 
ferment beaucoup. Les Crucifères, les Rhinanthacées et les Labiées 

' M. Peligot signale cet antagonisme de la soude et des azotates [Observations 
sur une note de M. VcUer, etc., dans les Annales de chimie et de physique, 
4« année, tom. XVITl, pag. 353). 



SOUDE DANS LE SOL ET LES VÉGÉTAUX. 199 

sont surtout remarquables à cet égard. Il semble donc que la 
soude répugne aux végétaux terrestres, qui l'acceptent, malgré 
eux, plutôt par tolérance que par sympathie, qui en prennent le 
moins qu'ils peuvent, et l'éloignent autant que possible des or- 
ganes delà reproduction. Ces remarques s'appliquent aussi, dans 
une certaine mesure, aux végétaux maritimes, qui renferment 
quelquefois plus de soude à leur base qu'à leur sommet. C'est ce 
que j'ai constaté chez les espèces suivantes : Aster Tripoliumt 
Chrijsanthemum maritimum, Convolvulus soldanella, SalsolaKali, 
Polygonum maritimum, Euphorbia PortlancUca, E. Paralias, 
Carex arenaria, C. extensa, Hordeum maritimum, Lepturus in- 
curvatus. 

16. Cette tendance de la soude à se concentrer à la partie 
inférieure des végétaux et cette difficulté à s'élever se remarquent 
jusque dans les organes isolés. Les feuilles de plusieurs Chênes 
renferment de la soude dans le pétiole et à la base des grosses 
nervures, mais n'en accusent aucune trace vers les extrémités des 
mêmes nervures ainsi que dans le parenchyme. Un Osmunda 
regalis de Terre-Neuve et un Pteris aquilina de France ont offert 
de la soude, le premier en grande abondance, mais uniquement 
dans les pétioles et les nervures principales : au fur et à mesure 
que la combustion gagnait les ramifications de ces nervures et le 
pourtour du limbe, on voyait la coloration de la soude dimi- 
nuer d'intensité, puis s'évanouir complètement. 

17. Presque toujours les diverses parties de la fleur sont 
exemptes de soude au même degré : c'est ce que j'ai pu consta- 
ter même sur des Nénuphars blancs, fortement sodés dans tous 
leurs organes submergés, mais dont les pétales, les étamines et 
le pistil ne coloraient pas la flamme du chalumeau. Le fruit a 
toujours paru se comporter comme la fleur. 

18. La soude fait défaut dans les jeunes organes, et, en géné- 
ral, dans les tissus en voie de développement rapide. On a vu, 
en eS"et, que l'extrémité des axes n'en donne le plus souvent au- 
cun indice. J'ajouterai que cette particularit se remarque sur- 



200 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

tout chez les plantes à évolution centripète. Des pousses de Lau- 
rier-cerise, de Lierre, de Sureau, de Cornouiller sanguin, de 
Troëne, de Bruyère à balai, de Viorne boule-de-neige, de Laurier- 
rose, de Buis, de Romarin, exan:iinées à diverses dates pendant 
toute la période de leur développement printanier, ont constam- 
ment fourni des résultats négatifs, tandis que les axes de l'année 
précédente, dentelles émergeaient, ont toujours coloré la flamme 
du chalumeau. Le moment de l'année où l'on récolte une plante 
influe donc beaucoup sur sa richesse en soude, et l'on peut sou- 
vent observer des différences du tout au tout. 

19. La soude se tient à l'intérieur plutôt qu'à la périphérie. 
Abstraction faite de la racine, dont toutes les parties sont d'ha- 
bitude également imprégnées, ce sont les faisceaux fîbro-vascu- 
laires qui en contiennent le plus, toutes les fois qu'il est possible 
de constater une différence entre les divers éléments anatomiques. 
Ensuite vient l'écorce, puis la moelle centrale, et en dernier lieu 
l'épiderme. J'ai déjà dit que le parenchyme des feuiUes en man- 
que fréquemment. Les tubercules farineux la repoussent de même. 
La grande voie de circulation de la soude est donc le système 
vasculaire. Les organes voisins s'en imprègnent quelquefois, 
mais lorsqu'elle ne peut plus les gêner ; ehe fait défaut dans les 
cellules où s'élaborent les produits nécessaires à la nutrition et à 
la reproduction : on peut donc la regarder comme une substance 
nuisible. Je dois ajouter que ces résultats n'ont cependant rien 
d'absolu; ils résument un très- grand nombre d'analyses, dont 
ils représentent une sorte de moyenne, mais les exceptions ne 
sont pas rares, et il nous est même arrivé de trouver moins de 
soude dans la racine que dans d'autres organes. 

20. Les végétaux les plus riches en soude, tels que les halo- 
phytes et les plantes aquatiques, sont également ceux où cette 
base se trouve le plus uniformément répartie entre les divers 
organes. 

21. Les espèces qui ne donnent pas de soude au chalumeau, 
et tous les organes où la soude ne pénètre pas dans les plantes 



SOUDE DANS LE SOL ET LES VÉGÉTAUX. 201 

qui en conlienneiit ailleurs, accusent toujours la potasse et sou- 
vent la chaux, plus rarement la lithine et peut-être la strontiane. 
Mais je n'ai voulu et je n'ai pu me préoccuper que de la soude, 
qui est toujours facile à reconnaître sans qu'il soit nécessaire 
d'avoir recours au spectroscope, tandis que les autres alcalis se 
superposent et se confondent dans la flamme du chalumeau, quand 
ils ne sont pas masqués par la soude. 

22. Ce n'est donc qu'à titre de renseignement que je cite 
les espèces suivantes, qui nous ont donné la coloration non équi- 
voque de la lithine: Helianthemum salicifolium (Poitiers), 
Tnhulus terrestris (Fouras), Seclum acre (Poitiers), Buplevrum 
aristalum (Fiume), Galium Cruciata (Vaucluse), Euphorhia 
Peplis (île d'Aix) , Parletaria officinalis (Poitiers) , Juniperus 
Sabina (Dauphiné), Ephedra monostachya (Hongrie), E. Villarsii 
(Dauphiné). 

23. On vient de voir que la soude est absorbée par les racines 
et transportée jusque dans les nervures des feuilles, sinon dans 
le parenchyme. Dans les plantes aquatiques, l'introduction de 
cette base a lieu, en outre, par tous les organes immergés, dont 
le tissu spongieux à grandes cellules et l'épiderme rudimentaire 
favorisent singulièrement l'absorption par endosmose. Néanmoins 
cette absorption n'est point un fait purement mécanique, elle ne 
s'opère que sous l'influence de la vie. Du papier, diverses étof- 
fes n'ont donné aucun indice de soude après avoir séjourné plu- 
sieurs semaines dans les eaux Q\xà.Qi Potamog^ton^ des Hippuris, 
des Hottonia, en accusaient de fortes proport.'ons. Comme la 
richesse en soude est à peu près constante chez les végétaux im- 
mergés, à quelque famiUe qu'ils appartiennent, et que, dans les 
genres les plus rebelles à la soude, les espèces aquatiques obéis- 
sent à la loi commune, il semble évident que la nature spéciale 
du tissu en contact avec l'eau est la cause principale de l'égalité 
et de la constance de l'imbibiticn sodée pour tous les organes, 
quels qu'ils soient; d'où il résulte que l'aptitude de ces espèces 
pour la soude tient uniquement à la nature de leurs tissus. 



202 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

24. Cette conclusion doit s'étendre aux végétaux aquatiques 
non flottants et même à ceux des lieux secs, II est clair, en effet, 
que la nature spéciale du tissu plongé dans le sol doit influer 
sur la teneur en soude des plantes terrestres, qui trouvent plutôt 
cet alcali dans les eaux et les terres imbibées que dans les sta- 
tions arides, où les principes solubles n'ont pu être aussi com- 
plètement saisis par les liquides du sol. 

25. La plante est donc une sorte de machine vivante, mais 
inconsciente, dont la capacité d'absorption et de sélection dépend 
en réalité de la structure fortuite de ses organes et du milieu où 
ils sont plongés. 

26. Tous les faits ci-dessus justifient l'opinion des auteurs 
qui pensent que la soude est nuisible, sinon inutile, à la plupart 
des végétaux ; que les racines absorbent sans discernement 
tous les principes solubles qu'elles rencontrent, mais que plus 
tard il s'opère une sorte de tirage empêchant certaines sub- 
stances délétères de pénétrer dans les organes où leur présence 
pourrait devenir funeste. 

27. Il est probable que plusieurs plantes maritimes admet- 
tent la soude par tolérance plutôt que par nécessité, et qu'elles 
occupent surtout les lieux salés, parce que la végétation conti- 
nentale leur laisse le champ libre. Ce qui peut justifier cette 
manière de voir, c'est que la soude refuse de monter dans les 
organes supérieurs de ces plantes, dont la fleur ne renferme que 
de la potasse ; d'où il semble résulter que la soude ne peut 
remplir les fonctions de la potasse, non plus que la remplacer 
dans l'organisme, chez quelques-unes, sinon chez la tolahté des 
halophytes. 



SUR LES AMMODYTES 



COTES IDE LJk. l>s/d:.A.XTai^E 

Par S. JOURDAIN, 

Professeur à la Faculté des Scieuces de Nancy. 



Giinlher [Catalogue of tJie Acanthop. Pharyngognathi and Ana- 
canL, m the collection of the Brltish Muséum^ tom. IV, pag. 384) 
caractérise ainsi le genre Am^nodytes : 

Corps allongé, bas, subcylindrique, convert de très-petites 
écailles. 

Peau avec des plis longitudinaux s'étendant dans toute la lon- 
gueur de l'abdomen. 

Une dorsale et une anale longues, composées de rayons flexi- 
bles et courts, pouvant être reçues dans un sillon. 

Mâchoires dépourvues de dents ; l'inférieure proéminente. 

Ouïes largement ouvertes; membranes branchiostéges non 
réunies en dessous, à sept ou huit rayons. 

Une fente en arrière du quatrième arc branchial. 

Pseudobranchie lamelleuse. 

Point de vessie natatoire. 

Un appendice pylorique. 

Pendant longtemps les zoologistes ne reconnurent qu'une seule 
espèce de ce genre. Ce ne fut qu'en 1825 [Bull, des Scieno. nat., 
IV® part.) que le D*" Lesauvage, de Gaen, étudiant de plus 
près les Ammodytes, abondamment répandus sur certaines grèves 
du Calvados, démontra l'existence de deux espèces, confondues 
sous la même dénomination. Pour l'une, il proposa la dénomination 
spécifique de lanccolatus, et conserva à l'autre celle de tobianus. 

Gunther admet avec raison les deux espèces de Lesauvage. Il 
est même porté à considérer la forme lanceolatus comme type 
d'un sous-genre auquel il applique le nom de HyperopluSj mais 
auquel, dans son ouvrage, il joint la mention m. 



204 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

Nous nous proposons, dans cette Notice, de donner quelques 
renseignements complémentaires sur la caractéristique du genre 
Ammodijtes , et de décrire une troisième espèce [Ammodytes seini- 
squamatus) que nous avons rencontrée sur les côtes françaises 
de la Manche. 

Le corps des Ammodytes n'est pas toujours recouvert d'écaillés 
sur toute sa surface; dans notre semisquamatus, et c'est même 
à cette particularité que nous avons emprunté la dénomination 
spécifique, les écailles n'existent que dans la région caudale. 

Dans tous les cas, les écailles sont comprises dans 1 épaisseur 
des téguments. 

Dans ÏAmrnod. Icmceolatus el tobianus, elles sont disposées en 
séries obliques d'une parfaite régularité, séparées par des lignes 
déprimées. 

Sur la région abdominale, de chaque côté de la ligne médiane 
ventrale, règne un mince repli membraneux, saillant, d'un mil- 
limètre environ sur les grands individus dJAmmod. lanceolatus 
[fig. 17, rr). — Ce repli va s'etfaçant graduellement en arrière de 
l'orifice anal. 

k la surface de la peau viennent déboucher les orifices d'un 
très-grand nombre de follicules glandulaires, bien visibles en par- 
ticulier dans les espèces à corps strié [Ammod. lanceolatus et 
tobianus). 

Ces orifices sont distribués en séries d'une assez grande régu- 
larité. 

Dans l'espace compris entre les deux replis membraneux 
(fig. 17, rr), et qu'on peut appeler zone sous-abdominale, on en 
voit trois séries longitudinales. L'une, impaire {figAl,om), 
s'étend depuis la symphyse coracoïdienne jusqu'à l'anus. L'autre 
paire est peu distante de la précédente et a la même hmite en 
arriére {fig. 17, asm) . 

Une autre série paire, longitudinale également (/i^. 17, ou), 
se trouve un peu au-dessus des replis membraneux {rr, fig. 17). 

Enfin, mentionnons une dernière série, parallèle aux précé- 
dentes, occupant la ligne des flancs {fig. 17, al). 



AMMODYTES DE LA MANCHE. 205 

Ces deux dernières séries régnent dans toute la longueur du 
corps. 

Outre ces séries longitudinales, il existe des séries obliques 
correspondantcomme direction aux interstices aponévrotiques des 
muscles latéraux, c'est-à-dire obliques de bas en haut et d'arrière 
en avant au-dessous de la série latérale ol [fig. 17) et ayant au- 
dessus de cette série une obliquité en sens opposé. 

Ces orifices multipliés, irrégulièrement répartis sur les séries 
que nous venons de décrire, ont probablement pour usage de 
verser une grande quantité de mucus à la surface du corps, de 
sorte que le Poisson, ainsi lubréfîé, glisse avec une admirable 
facilité dans le sable mouillé, dont les particules n'exercent sur 
ses téguments aucune action nuisible. 

La ligne latérale [fig. il, I) est très rapprochée de la ligne 
médiane dorsale. 

Elle est droite. 

Sa structure n'est pas la même dans toutes les espèces de nos 
côtes. Dans les deux formes à corps obliquement strié [Ammod. 
lanceolatus et tobia7ms), elle consiste en une série de tubes portés 
chacun par une écaille, comme c'est le cas ordinaire {fig. 14), 
et munis chacun d'un orifice. Dans VAmmod. semisquamatus, la 
ligne latérale se compose d'un tube cylindrique d'où naissent 
supérieurement, à angle droit, de courtes tubulures {fig. 13, h) 
ouvertes à leur extrémité, tandis qu'inférieurement on voit une 
série régulière de proj^ongements coniques (/?(?. 13, Z^) percés à 
leur sommet et en nombre double de celui des tubulures supé- 
rieures. 

La bouche est très-dilatable, seulement le jeu des mâchoires 
n'est pas le même dans toutes les espèces. 

BdiUS VAmmod. semisqîmmatus ei ï Ammod. tohianus, l'abais- 
sement du maxillaire inférieur détermine mécaniquement un 
mouvement de glissement des intermaxillaires sur le vomer, 
comme nous l'avons expliqué dans noive Note sur les muscles de 
l'appareil maxillo-mandihulaire de quelques Poissons osseux 
[Revue des Scienc. nat., juin 1878). 



206 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

Dans VAmmod. lanceolatus, le cintre de l'arc formé par le 
maxillaire supérieur et l'intermaxillaire exécute au-dessus de 
l'éperon vomérien un mouvement de charnière, de telle façon 
que le point z [fig. 1 et 3), qui correspond aux extrétnités de cet 
arc, se trouve porté en avant. La bouche ainsi ouverte représente 
un large infundibulum et permet aux saillies dentaires du vomer 
d'agir efficacement. Ce mouvement de projection en avant du 
point :s est limité par l'existence de deux cordons fîbro-cartilagi- 
neux, l'un rattachant le point ;: à l'apophyse coronoïde [cordon 
onaœillo-coronoïdien (fig. 3, le), l'autre reliant ce même points 
à la portion symphysaiue de la mandibule (cordon maxillo- 
gênien, fia. 3, Ig). 

Il existe un cœcum pylorique {fig. 12). 

Les Ammodytes vivent par troupes sur les fonds de sable. A 
mer haute, on peut les prendre au filet. A mer basse, on a re- 
cours fréquemment à un autre procédé de pêche assez singulier. 
On trace, avec un instrument approprié, un sillon dans le sable 
mouillé, comme le ferait un laboureur dans un champ. Les Pois- 
sons mis à découvert doivent être saisis avec une grande prestesse, 
sinon ils se dérobent dans le sable avec une merveilleuse agilité. 

Leur chair est déhcate, et de plus ils constituent un appât 
très-apprécié des pêcheurs. 

Nous distinguerons trois espèces, ainsi que l'indique le tableau 
suivant : 

Des écailles / Vomer armé de deux 
sur toute la surface | saillies dentiformes. Ammod. lanceolatus. 

du corps : V Vomer sans dents.... Ammod. tobianus. 

Des écailles dans la région caudale seulement : Ammod. semisquam. 

Ammodytes lanceolatus Lesauvage. 

Vulg. orhrune, à Saint-Malo; — cigare, à Saint- Vaast-de-la- 
Hougue. 

The greater Sand-Eel or Launce des Anglais. 

Corps à peu près cylindrique, présentant à sa surface un grand 
nombre de sillons obhques parallèles. 



AMMODYTES DE LA MANCHE. 207 

Mâchoire inférieure plus longue et plus saillante que dans les 
deux autres espèces^ 

La dorsale commence, chez les adultes, à une certaine dis- 
tance en arrière de l'extrémité de la pectorale [fig. 18). 

Les intermaxillaires {fig. 4) portent à leur point de jonction 
deux courts stylets apophysaires articulés avec eux et représen- 
tant l'apophyse montante ou vomérienne de l'inlermaxillaire d'un 
grand nombre de Poissons. (Voir \B.fig. que nous avons donnée 
de l'intermaxillaire du Zeus faber dans la note ci-dessus citée.) 
L'arc formé par les intermaxillaires est uni à son sommet avec le 
vomer, de manière que la protractilité de ces os est presque nulle. 
La mâchoire supérieure exécute, lors de l'ouverture de la bouche, 
un mouvement de charnière que nous avons décrit [fig. 3). 

Le vomer est pourvu en avant de deux saillies dentiformes 
{fig. 11). 

Le dos de cette espèce, qui atteint jusqu'à 40 centim. de lon- 
gueur, est coloré en vert foncé ou en bleu sombre ; les flancs et 
le ventre sont argentés, très-brillants et à reflets irisés. La 
couleur du dos disparait dans l'alcool. 

Le lanceolatus est très-vorace; il avale tout entiers des indivi- 
dus des deux autres espèces, et probablement de sa propre espèce, 
mesurant plus de lO centim. 

Sa chair est moins estimée que celle de l'espèce suivante. 

Au mois de mai, les organes génitaux étaient bien développés. 

(Voir fig. 1, 2, 3, 4, 5, 9, 11, 12, 14, 15, 17 et 18***.) 

Ammodytes tobiaiius Lesauvage. 

Lançon, à Saint-Malo ; 

Equille, sur les côtés du Calvados ; 

The lesser Sand Eel or Launce des Anglais. 

Coupe du corps elliptique. Téguments à stries obliques. 

^ Pour cette espèce, ainsi que pour les deux suivantes, nous ne mentionnons 
point les proportions relatives de la tête et du corps, de la mandibule et de la tête 
le nombre des rayons des nageoires, etc., parce que ces divers éléments varient 
avec iage, et que, pour la diagnose spécifique dans le genre Ammodytes, ils n'ont 
qu'un intérêt très'secondaire. 



"208 MÉMOIRES ORIGIXAUX. 

Dorsale commençant un peu en arrière du milieu de la pec- 
torale {fig. 18***) 

Intermaxillaires à apophyses vomériennes plus développées 
(Jig. 6) et par suite protractiles. 

Vomer dépourvu de dents {fig. 10). 

La coloration est assez semblable à celle de l'espèce précédente. 

Il est beaucoup plus commun que le lanceolatus et atteint une 
taille beaucoup moindre (environ 15 à 17 centim,). 

Sa chair est très-estimée. 

Il paraît se reproduire plus tard que le lanceolatus. 

(Yoir/<.(/. 6, 7 et 10.) 

Ammodytes semisquamatus S. Jourdain. 

La nouvelle espèce que nous proposons est parfaitement dis- 
tincte des deux précédentes. Elle est plus rare. Les pêcheurs de 
Saint- Malo, qui la recherchent beaucoup comme appât, la nom- 
ment communément Jolivet. 

A en juger par la description que Gunther donne de YAmmo^ 
dijies sicul'us de Swainson [Zool illust. 2nd. sér. , 1, pi. 63), elle 
est très-voisine de l'espèce méditerranéenne. Nous n'avons pu 
comparer nos spécimens à ceux du British Muséum, mais nous 
ne serions pas surpris qu'il y eût identité'. 

Les téguments sont dépourvus de stries obliques. 

Le corps, nu antérieurement, ne montre des écailles que dans 
la région caudale ; encore celles-ci sont-elles très-petites (un tiers 
de millimètre chez les individus adultes). Elles sont en outre pla- 
cées à distance les unes des autres, et se distinguent des écailles 



I La synonymie des espèces 6! Ammodytes est très-embrouillée. 

II V a des raisons de penser que ïAmm. cicerellus de Rafinesque n'est autre 
que VA^nmod. siculusàe Swainson. 

D'autre part, Canestrini regarde comme une même espèce l'Ammod. tobianus, 
Ammod. cicerellus de Rafinesque. Ammod. argenieus deRisso, eiAmmod. sicu- 
lus de Swainson. 

Il est difficile de décider à laquelle des trois espèces que nous décrivons il 
convient de rapporter le Short-snouted Launce de Couch (vol. III, pag. 144). 



AlIMODYTES DE LA MANCHE. 209 

des deux espèces précédentes par la réduction de leur champ 
postérieur. Elles appartiennent du reste au même type {fig. 16). 

Nous avons indiqué, aux généralités, la disposition caractéristi- 
que de la ligne latérale (fig. 13). Nous devons ajouter que celte 
ligne s'interrompt brusquement à une certaine distance de l'ori- 
gine de la caudale (18 millim. sur un individu dont la longueur 
totale est de 155 millim.). 

L'origine de la dorsale correspond à peu près à l'extrémité de 
la pectorale {fig. 18*). 

Les intermaxillaires {fig, 8) sont pourvus d'une longue apo- 
physe vomérienne comprimée en lame de sabre; aussi jouissent- 
ils d'une protractilité étendue. 

L'extrémité articulaire des maxillaires supérieurs est conformée 
sur le même type que celle du tobianus ; cependant elle s'en distin- 
gue par un plus grand développement de ses apophyses antérieure 
et postérieure, ainsi qu'on peut s'en assurer en comparant la fig. 1 
(extrémité articulaire du maxillaire supérieur de VAinmod. tobianus) 
à la fig. 8 bis (même partie dans VAmmod. semis quamatus. 

Le vomer est dépourvu de dents. 

Le dessus du corps est le plus souvent brun, plus ou moins 
-sombre'; le ventre et les flancs surtout sont argentés, avec des 
reflets irisés. 

Au mois de mai, les organes de la génération étaient bien 
développés- 

EXPLICATION DE LA PLANCHE. 

Fig. 1. — Tête de VAmmod. lanceolaius, vue de profil (Grand, nat.). 

Fig. 2. — Tête de la même espèce, vue en dessus (Grand, nat.): c, 
ligne suivant laquelle s'exécute le mouvement de char- 
nière de la mâchoire supérieure au-dessus de l'éperon 
vomérien ; r, rostre formé par la portion symphjsaire 
du maxillaire inférieur. * 



< Comme chez beaucoup de Poissons dont la peau renferme de nombreux chro- 
moblastes, la couleur est difficile à préciser. 

14 



FiG. 


4. 


FiG. 


5. 


FiG. 


6. 



2Î0 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

FiG. 3. — Tête de la même espèce, vue de profil, la bouche ouverte 
(Grand, nat.): ^, intermaxilJaire; m, maxillaire supérieur; 
ma, maxillaire inférieur ; le. cordon ligamenteux maxillo- 
coronoïdien ; Ig, cordon ligamenteux maxillo-génien ; 
6.,., membrane buccale; gh^ muscle génio-hyoïdien. 
Inter-maxillaires de la même espèce (Grand, nat.). 
Maxillaires supérieurs du même (Grand, nat.). 
Inter-maxillaires de VAminod. tobiamos, vus en dessus 
(Gross.: 4 diam.). 

FiG. 7. — Partie articulaire du maxillaire supérieur gauche de YAm~ 
niod. tobianus, vue par la face interne (Gross.: 9 diam.). 

FiG. 8. — Inter-maxillaires de YAmmod. semisquamatus, vus de 
profil (Gross.: 9 diam.), 

FiG. 8 bis. — Partie articulaire du maxillaire supérieur gauche de 
VAmmod. lanceolatus^ vue par la face interne (Gross.: 
9 diam.). 

FiG. 9. — Rostre formé par la portion symphysaire du maxillaire 
inférieur de VAmmod lanceolatus (Gross.: 5 diam.). 

FiG. 10. — Éperon voméiien de VA'}nmod. tobianus (Gross.: 9 diam.). 

FiG. 11. — Même partie de YAmmod. lanceolatus ; dd, saillies denti- 
formes (Gross.: 9 diam.). 

FiG. 12. — Région pylorique du tube digestif de YAmmod. lanceo- 
latus: e, estomac; e, intestin grêle. 

FiG. 13. — Portion de la ligne latérale de YAmmod. semisquamatus : 
h..,, tubulures supérieures; b..,, saillies coniques infé- 
rieures. (Gross.: 15 diam.). 

FiG. 14. ■ — Portion de la ligne latérale de YAinmod. lanceolatus 

(Gross.: 12 diam.). 
FiG. 15. — Écaille de YAmmod, tobianus (Gross.: 50 diam.). 

FiG. 16. — Écaille de YAmmod. semisquamatus (Gross,: 80 diam.). 
FiG. 17. — Coupe transversale (région abdominale) du corps de YAm- 
mod. lanceolatus (Grand, nat,): d , nageoire dorsale; 
l, ligne latérale; r, repli membraneux longitudinal; ol, 
ligne d'orifices latérale; or, id. ventrale; osm, id. 
sub-médiane; om, id . médiane. 

FiG. 18. — ■ Diagramme des rapports de l'origine de la dorsale d avec 
l'extrémité de la pectorale p: * Ammod. semisquamatus; 
** Ammod. tobianus ; *** Ammod. lanceolatus. 



ÉTXJIDES 

SUR 

LA SPERMATOGÉNÈSE CHEZ LA PALUDINE VIVIPARE 

Par M. Mathi. s DUVAL. 



L'élude qae nous avons précédemment publiée sur la Sper- 
matogéuèse chez quelques Gastéropodes^ nous avait amené à penser 
que les deux formes de spermatozoïdes signalées, depuis les travaux 
de G.-V, Siebold (1836), chez la Paludine vivipare, ne représen- 
taient sans doute que des étals successifs du développement 
d'une seule et même espèce de filaments spermatiques. Les pre- 
mières recherches bibliographiques que nous entreprîmes à ce 
sujet, et notamment la lecture des Mémoires de Kœlliker et de 
Baudelot^, paraissaient devoir nous confirmer dans cette idée, et 
nous nous attendions, avec les nouvelles notions aujourd'hui 
acquises sur la spermatogénèse, à pouvoir facilement retrouver, 
dans ce que Baudelot décrit sous le nom de tubes ciUfères, de 
simples grappes de spermatoblastes, ne difî'érant que par la lon- 
gueur de leur pédicule des grappes de spermatoblastes si faciles 
à étudier, chez les Hélix, dans toutes leurs périodes d'évolution. 

Il n'en fut rien cependant. Grâce aux précieuses indications 
que voulut bien nous donner M. E. Dubrueil, sur l'habitat elles 
mœurs de la Paludine, nous avons pu nous procurer en abon- 
dance ce MoUusque^ soit en le recueillant aux environs de 



^ Voy. Revue des Sciences natiir elles, iom.YU,[n° 3, décembre 1878, pag. 277, 
et planches X, XI. 

^ Voyez ci-après les indications bibliographiques dans la Revue historique qui 
termine ce Mémoire. 

3 Tous les auteurs qui ont parlé des spermatozoïdes de la Paludiue n'ont, pas pu 
se procurer ce Mollusque et en étudier directement la glande mâle. Ainsi Kœlliker, 
habitant alors Zurich, n'a pu se procurer la Paludine vivante, et s'en rapporte 
aux figures de Siebold. (Voy. ci-après la Revue historique . ) 



212 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

Paris, soil en le recevant de plusieurs points de la France à di- 
verses époques de l'année. Dans ces circonstances, nous avons pu 
suivre l'état de ses éléments spermatiques aux diverses saisons, 
et saisir chez lui toutes les phases de la spermatogénèse. Nous 
avons ainsi constaté que cet animal possède bien réellement c^e-wa? 
formes distinctes de spermatozoïdes ^ qui évoluent l'une à côté de 
l'autre indépendamment et à peu près parallèlement, et que, 
malgré l'opinion émise par Kœlliker et par Baudelot, les sper- 
matozoïdes vermiformes de l'un (tubes cilifères de l'autre) ont 
leur existence parfaitement indépendante, et ne représentent pas 
une phase du développement des autres filaments spermatiques, 
ces derniers ayant été de tout temps reconnus comme tels, vu 
leur forme pour ainsi dire classique, c'est-à-dire semblable à 
celle des spermatozoïdes des autres Mollusques (comme du reste 
à cehe des spermatozoïdes de divers Vertébrés']. 

Ce résultat, qui ne répondait pas à notre attente, n'en était 
pour nous que plus intéressant, car il nous permettait d'étudier 
parallèlement la spermatogénèse de deux formes de spermato- 
zoïdes chez un même animal, de voir si pour les deux formes le 
développement procède d'une manière analogue ; il nous per- 
mettait enfin de rectifier une opinion qui, appuyée sur des noms 
comme ceux de Ivœlliker et de Baudelot, semblait devoir être 
définitivement acquise à la science. 

En reprenant à ce sujet les recherches bibliographiques, en 
consultant notamment un Mémoire publié par Leydig en 1850, et 
que M. E. Dubrueil avait tout particulièrement signalé à notre 
attention, nous avons constaté que cet auteur, et Siebold avant 
lui, avaient déjà insisté sur la réelle indépendance de ces deux 
formes de spermatozoïdes, et cherché dans l'étude de leur déve- 
loppement les arguments propres à démontrer que l'une ne 
dérive pas de l'autre, mais qu'elles naissent et évoluent chacune 



^ Tréviranus , qui l'ua des premiers a examiné au microscope le produit de la 
glande mâle de la Paludine, n'avait vu que les gros spermatozoïdes vermiformes 
{tubes cilifères de Baudelot). — (Trevirauus ; Vêler die Zeugimgslheile der 
Mollusken. Zeitsch. f. Physiologie, Bd 1. Hft 1, pag. 3i,Tab., IV, fig. 2 bis.) 



SPERMATOGÉNÈSE CEIEZ LA PALUDIXE VIVIPARE. 213 

de leur côté, sans que rien permette de considérer les tubes 
cilifères comme un état imparfait des autres filaments spermati- 
ques. Malheureusement ce travail de Leydig paraît être demeuré 
complètement inconnu de Baudelot, qui n'y fait aucune allusion 
dans le courant de sa monographie et ne le comprend pas dans 
sa Uste bibliographique. 

Telles sont les circonstances qui nous ont amené à donner au 
présent Mémoire une étendue plus considérable que ne semblait 
le comporter tout d'abord l'étude d'une question aussi restreinte. 
Sans entrer dans les détails de l'anatomie descriptive de la glande 
mâle de la Paludine, étude pour laquelle nous renvoyons au 
Mémoire de Baudelot, nous avons dû décrire avec tout le soin 
possible l'évolution des produits figurés de cette glande : ici nous 
avons trouvé, d'une part des faits qui confirment simplement les 
résultats de nos études précédentes sur la spermatogénèse chez 
les Gastéropodes, et d'autre part des faits qui donnent une 
signification plus générale aux résultats précédents. Enfin, nous 
avons dû exposer d'une manière complète l'historique de cette 
question, historique dont quelques points des plus essentiels 
paraissaient avoir échappé aux auteurs les plus récents. 

Nous suivrons dans cette étude l'ordre suivant : 

1" Description des deux espèces de spermatozoïdes à l'état de 
complet développement ; 

2" Étude du développement de ces deux ordres de filaments 
spermatiques, et plus spécialement des filaments dits tubes 
cilifères. 

3° Etude historique et critique de la question. 



I. 



Les deux espèces de spermatozoïdes de la Paludine vivipare 
se distinguent par leurs formes, leurs dimensions, leurs mouve- 
ments. 

Les uns, qu'on peut nommer, avec Siebold et Le.^à\g, sperma- 
tozoïdes vermi formes ^ se présentent sous l'aspect d'un long tube 



.Vi4 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

{fig. 18, A) dont une extrémité plus mince [a] se renfle légè- 
rement en une sorte de tête, tandis que l'autre exlrémilé, un 
peu plus épaisse , donne implantation à un bouquet (6) de cils 
vibratiles. Ces spermatozoïdes vermiformes ont en moyenne 
une longueur totale de 180 ^ , dont 150 ^ pour le corps (cy- 
lindre et tête) et 30 y. pour le pinceau de cils. Les mouve- 
ments de ces spermatozoïdes diffèrent complètement de ceux 
qu'on est habitué à observer sur les filaments spermatiques des 
divers animaux : ce sont de véritables mouvements de reptation, 
c'est-à-dire que des ondulations lentes et régulières parcourent 
le corps du spermatozoïde, en même temps que les cils sont 
agités d'oscillations irréguliéres, et que l'extrémité céphalique se 
porte alternativement à droite et à gauche ; au premier abord, 
en présence de ce mode de mouvements, on est tenté de se croire 
en présence d'un parasite et non d'un simple élément anatomi- 
que ; il faut toutefois remarquer que ces spermatozoïdes, du 
moins dans les préparations entre deux plaques et même en 
chambre humide, s'agitent presque entièrement sur place, c'est- 
à-dire que malgré l'activité de leurs mouvements ils ne se dépla- 
cent que très-peu et très-lentement dans le champ du microscope. 
Les autres, qui parleurs analogies avec les filaments sperma- 
tiques des autres animaux peuvent recevoir le nom de sperma- 
tozoïdes filiformes (8,fig. 18), sont immédiatement reconnaissa- 
bles à leur extrémité céphalique (c) contournée en tire-bouchon 
ou en pas de vis ; ce pas de vis présente cinq tours com- 
plets et se continue au niveau du sixième tour avec une portion 
droite (corps du spermatozoïde : B), laquelle se termine insen- 
siblement (en d, fig. 18) par une partie à bords moins nets que 
nous nommerons queue de spermatozoïde filiforme. — Ces sper- 
matozoïdes filiformes sont de moitié moins longs que les vermi- 
formes, leur longueur totale étant au maximum de 90 //, dont 
15 pour la tête et 75 pour le reste du filament (corps et queue). — 
Leurs mouvements, très-vifs et presque insaisissables, consistent 
surtout en une rapide rotation de leur extrémité céphalique, 
accompagnée d'oscillations vibratiles de la partie caudale. 



SPERMATOGÉNÈSE CHEZ LtV PALUDINE VIVIPARE. 215 

II. 

Si, après avoir rappelé ces faits, relatifs ù la morphologie dos 
deux éléments spermatiques complètement formés, nous passons 
à l'étude des phases successives de leur développement, nous 
verrons ces deux ordres de spermatozoïdes prendre naissance 
indépendamment l'un de l'autre, quoique d'après des modes 
entièrement analogues de genèse. 

Nous ferons d'abord remarquer que la Paludine ne présente 
pas les mêmes facilités que V Hélix au point de vue de l'étude de 
la spermatogénèse ; tandis que chez V Hélix \\ nous avait été facile 
de saisir, à la fin de l'automne et au commencement de l'hiver, 
un moment où la glande sexuelle ne contient pas de spermato- 
zoïdes, mais seulement les formes initiales qui vont se développer 
en spermatoblastes et ultérieurement en spermatozoïdes ; chez la 
Paludine, au contraire, le testicule est toujours plus ou moins 
rempli de spermatozoïdes complètement développés. En automne 
et en hiver, ces éléments voilent presque complètement les for- 
mes plus jeunes, dans lesquelles on peut alors difficilement 
rechercher les divers stades du développement ; en avril, la 
sécrétion continue, mais rémittente, reprenant avec une plus 
grande intensité; on peut rencontrer en abondance dans le testicule 
les formes diverses des cellules mères et des spermatoblastes en 
voie de développement ; mais, ici encore, on ne peut réussir à 
trouver, comme chez V Hélix, cette glande sexuelle ne renfermant 
que des spermatoblastes à un même degré de formation ; tous 
les stades de développement sont mêlés , et c'est grâce aux 
connaissances empruntées à l'étude de la spermatogénèse chez 
Y Hélix qu'il devient possible de reconnaître chez la Paludine les 
formes qu'il faut considérer comme plus jeunes, et celles qui 
représentent un état plus développé des premières. Ainsi, les 
fîg. 1, 2, 3 et 4 de la PI. III, reproduisant les éléments du tes- 
ticule de la Paludine en avril, nous montrent à la fois des cellules 
mères [fig. 3), des grappes de spermatoblastes {fig. 1 et 2), 



216 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

et même des faisceaux de spermatozoïdes presque complètement 
formés [flg. 4, en a). 

Parmi ces formes, il nous est facile de reconnaître dans la 
fig. 3 des cellules mères telles que nous en avons déjà rencontrées 
chez V Hélix ; ces cellules mères se composent d'une masse de 
protoplasma, sans membrane d'enveloppe distincte, masse dans 
laquelle on distingue : 1® un gros noyau (NP, fig. 3) de forme 
ovalaire s'il est vu, comme ici, en coupe optique ; c'est ce que, 
pour les cellules mères (ou ovules mâles) des spermatoblastes de 
y Hélix ^ nous avons appelé lenoyau principal ; - 2° un plus ou 
moins grand nombre de jeunes noyaux, provenant d'une forma- 
tion endogène. — Les deux cellules mères (ou ovules mâles) que 
nous avons figurées ici (a et b, fig. 3) sont manifestement de 
dimensions différentes: la cellule a est, ainsi que son noyau prin- 
cipal, moins volumineuse que la cellule h et que son noyau ; 
nous allons voir, dans la série de l'évolution, se poursuivre cette 
même différence de volume entre les spermatoblastes et les 
grappes de spermatoblastes provenant de chacune de ces cellules 
jusqu'à ce que nous arrivions, par les éléments de petites dimen- 
sions, aux petites spermatozoïdes ou spermatozoïdes fihformes, 
et, par les éléments de grandes dimensions, aux grands spermato- 
zoïdes ou spermatozoïdes vermiformes. 

La transformation des cellules mères en grappes de spermato- 
blastes, pour laquelle nous renvoyons du reste à notre Mémoire 
précédent, nous est représentée par les fig. 1 et 2. 

La fig. 1 est un fragment de coupe d'un testicule durci par 
l'acide osmique : les granulations graisseuses qui remplissent le 
protoplasma de la cellule mère ont été (en x, x) fortement colo- 
rées en noir par ce réactif, et voilent complètement le noyau 
principal de cette cellule ; on voit seulement les spermatoblastes 
rattachés, sous forme d'une grappe peu saillante, à une masse 
noire granuleuse par laquelle est établie leur adhérence avec la 
paroi propre du cul-de-sac glandulaire. — Mais si Ton examine 
une coupe analogue pratiquée sur une glande durcie par l'alcool 
absolu, on voit très-nettement correspondre au point d'implan- 



SPERMATOGÉNÈSE CHEZ LA PALUDINE VIVIPARE. 217 

tation [fig. 5) des spermatoblastes un grand noyau ovale ( noyau 
principal), c'est-à-dire que ces grappes de spermatoblastes sont 
en tout comparables aux grappes que nous avons décrites chez 
l'Hélix ; elles sont seulement un peu moins saillantes et plus 
étalées en surface : c'est du reste un caractère qui se montrait 
déjà dans la forme aplatie des cellules mères de la flg. 3. 

Dans la flg. 1 comme dans la flg. 2, nous avons représenté deux 
grappes de spermatoblastes: l'une [a] petite et composée de petits élé- 
ments, l'autre {b) , plus considérable et composée de spermatoblastes 
relativement gros. Or, tandis que les grosses grappes ne subissent 
que lentement leur évolution pour donner naissance aux sper- 
matozoïdes vermiformes, les petites, au contraire, marchent très- 
vite vers leur achèvement en spermatozoïdes filiformes, de 
sorte que déjà à la fin d'avril on trouve [flg. 4) des faisceaux de 
ces spermatozoïdes (en a) complètement constitués, à côté de 
grosses grappes de gros spermatoblastes parvenues seulement aux 
premières phases de leur évolution [bh). — Nous ne nous arrêterons 
pas ici sur la formation des sparmatozoïdes filiformes : elle a lieu 
d'une manière identique à ce que nous avons observé pour les 
spermatozoïdes de V Hélix, mais d'une manière bien moins facile 
à étudier, vu les petites dimensions de ces éléments ; de sorte 
que l'Hélix et la Limace sont encore les meilleurs sujets d'obser- 
vation pour l'évolution des spermatozoïdes de forme ordinaire. 

L'étude des grosses grappes de spermatoblastes et leur trans- 
formation en faisceau de spermatozoïdes vermiformes doit au 
contraire nous arrêter tout spécialement. Cette transformation est 
représentée successivement par les fig. 1, 2, 4, 5 et 6. Tandis 
que dans les fig. 1 et 2 les bourgeons dits spermatoblastes (en b) 
sont encore peu isolés, c'est-à-dire attenants à la cellule mère 
par des pédicules très-courts, peu visibles, dans la fig. 4 nous 
voyons se produire un allongement qui donne aux spermato- 
blastes (en bb) un aspect piriforme. Dans leur portion la plus 
large se trouve le noyau du spermatoblaste. La fig. 5, empruntée 
à- un animal étudié vers la fin de mai, nous montre des grappes 
[b) identiques aux précédentes et des grappes (c et d) beaucoup 



218 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

plus avancées en évolution : 1° Dans la grappe c, les spermato- 
blastes sont très-allongés, en raquette, remarquables par la dimi- 
nution de volume et de netteté de contour de leur noyau (tou- 
jours situé dans la partie la plus large), remarquables surtout par 
l'apparition de petits appendices ciliés à leur grosse extrémité. 
Nous reviendrons dans un instant sur ces transformations intimes 
du spermatoblaste, mais n'étudions en ce moment que la grappe 
ou le faisceau qu'il forme ; 2° Cette grappe présente en effet 
déjà l'aspect d'un faisceau, en d {fig. 5) : ici, les spermatoblasles 
sont très-allongés, presque cylindriques, seulement un peu renflés 
à leur extrémité libre, qui contient toujours une trace du noyau 
et porte plus nettement encore que précédemment les appendices 
ciliés. Entin la fig. 6 (juin^i,' qui, vu l'inégal développement de 
grappes voisines, nous présente des éléments dans le même état 
que précédemment (en a, b, c,), nous montre aussi un faisceau 
(en (i) de spermatozoïdes vermiformes complètement développés, 
c'est-à-dire formé de filaments à peu près régulièrement cylin- 
driques, sans traces de noyau à l'extrémité libre. — Dans toutes 
ces préparations, faites à l'aide de l'acide osmique, le corps de la 
cellule sur laquelle sont implantés les éléments des grappes ou 
des faisceaux est représenté par un amas de fines granulations d'un 
noir foncé (o;ranulations graisseuses colorées par l'acide osmique). 
Cette rapide étude des grappes de spermatoblasles et de leur 
transformation en faisceaux de spermatozoïdes montre déjà clai- 
rement qu'il n'y a pas à chercher, comme l'avaient supposé nom 
bre d'auteurs, une transformation des spermatozoïdes vermifor- 
mes en spermatozoïdes filiformes, puisque nous voyons ces deux 
ordres de spermatozoïdes se développer indépeadamment les uns 
des autres, et même les filiformes précéder les autres dans leur 
évolution. Cette première conclusion, qui en somme est la plus 
importante de celles où nous voulons arriver, va résulter égale- 
ment de l'étude plus intime de la formation du spermatozoïde 
vermiforme dans son gros spermatoblaste, étude qui de plus 
confirmera les principaux points que nous avons établis pour la 
spermatogénèse chez V Hélix. 



SPERMATOGÉNÈSE CHEZ LA PALUDINE VIVIPARE. 219 

Ce n'esl pas sur des coupes, c'est-à-dire sur des grappes ou 
faisceaux conservés en place , et où les éléments se recouvrent 
et se voilent réciproquement, que cette étude peut être entreprise, 
c'est sur les éléments dissociés de testicules pris successivement 
aux époques précédemment étudiées ( mai et juin). Les pièces 
fraîches, simplement placées par fragments entre deux verres, 
sont déjà très-bonnes pour cette étude, parce que le contenu du 
testicule se dissocie facilement; mais, pour faire de ces éléments 
des préparations qui puissent être conservées en séries et sou- 
mises ultérieurement à une étude comparative, il est préférable 
de se servir d'acide osmique ou de chlorure d'or. 

Déjà, sur les éléments dissociés d'une glande prise au mois 
d'avril, nous avons été assez heureux pourvoir quelques éléments 
s'isolant d'une grappe de gros spermatoblastes et se présentant 
sous la forme représentée dans la fig. 1. On voit ici le sper- 
matcblaste piriforme avec une extrémité légèrement effilée , il 
contient son noyau ; de plus, chose remarquable , il est déjà 
pourvu de cils vibratiles : il est donc tout à fait comparable à une 
cellule à cils vibratiles ; il en diffère cependant en ce que ces 
cils pénètrent assez profondément dans le corps cellulaire et 
semblent s'implanter sur une petite masse plus foncée que le 
protoplasma ambiant. Que représente cette petite masse, point 
de convergence des cils ? C'est ce qu'il nous serait difficile de 
préciser. Quoique l'aspect représenté dans la fig. 7 ait été observé 
par nous avec précision un certain nombre de fois, c'est cepen- 
dant une forme qu'il est assez rare et difficile de bien réussir à 
isoler, et il est surtout difficile de rencontrer les stades de déve- 
loppemenl qui succèdent immédiatement à celui-ci. Ce que nous 
avons observé le plus souvent comme état plus avancé d'évolution, 
c'est la forme représentée par la fig. 8, où, dans le spermato- 
blaste conservant encore son noyau, est déjà apparu le corps 
cylindrique du futur spermatozoïde , avec les cils adhérents à 
l'une de ses extrémités. La petite masse sombre qui dans la 
fig. 7 formait le point de convergence des cils était-elle donc le 
premier rudiment du corps du spermatozoïde ? Mais alors où est 



220 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

le globule céphalique, dont on conslate si facilement la présence 
précoce dans les spermatoblastes de l'Hélix ? Ce sont là des ques- 
tions auxquelles nous ne saurions répondre, voulant ici rappor- 
ter uniquement des faits observés et non émettre des hypothèses; 
nous pouvons cependant remarquer que sur le spermatozoïde ver 
miforme achevé, la tête est relativement assez peu distincte, et 
que par suite il n'est pas étonnant que le globule céphalique, pre- 
mière trace de son apparition, puisse demeurer complètement in- 
visible. 

C'est par l'acide osmique, parfois aussi avec le chlorure d'or, 
et toujours en colorant les préparations par l'hématoxyline, que 
nous avons obtenu les aspects représentés fig. 7 et 8. Dans les 
préparations dissociées sans réactif, on ne distingue, dans l'inté- 
rieur du spermatoblaste plus ou moins allongé, aucune partie 
en dehors du noyau (^p». 9). De sorte qu'on serait tenté de 
croire que le spermatozoïde vermiforme se produit purement 
et simplement par une élongation successive de la substance 
même du spermatoblaste; mais, toutes les fois qu'après avoir 
fixé l'élément avec un réactif approprié on le colore conve- 
nablement, on voit que le corps du spermatozoïde se forme, 
comme du reste nous l'avons vu pour les spermatozoïdes de V Hé- 
lix, dans l'intérieur da spermatoblaste (/ip'. 18); on rencontre du 
reste souvent des aspects tels que celui représenté par la /?^. 11, 
et où le spermatozoïde, bien distinct dans le spermatoblaste, dé- 
passe celui-ci par chacun de ses bouts. 

Enfin, en opérant la dissociation sur des testicules pris en mal 
et juin, on obtient sur des spermatoblastes plus avancés (enferme 
de raquette très-allongée) des préparations encore plus démon- 
stratives et telles que nous les avons représentées dans la fig. 12. 
A cette époque il suffît, pour obtenir l'aspect que nous allons 
décrire, de dissocier des testicules macérés pendant vingt-quatre 
heures dans l'alcool étendu de deux fois son volume d'eau, puis 
de colorer parle picro-carmin. Ici nous voyons {fig. 12 , a et b) le 
spermatozoïde bien distinct dans le spermatoblaste, et d'autant 
plus distinct que, par l'effet du réactif, il s'est contourné en une 



SPERMATOGÉNÈSE CHEZ LA PAI-UDINE VIVIPARE. 221 

série d'ondulations irrégalières; le spermatoblasle qui le contient 
renferme encore une trace de noyau, lequel ne prend donc,' 
bien évidemment, aucune part à la formation du spermatozoïde. 
Dans ces mêmes préparations, on rencontre des spermatozoïdes 
vermiformes à peu près achevés (c, fig. 12), c'est-à-dire qu'ils 
émargent par les deux tiers de leur longueur (portion antérieure) 
des faibles restes de protoplasma du spermatoblasle, restes accu- 
mulés en une masse piriforme vers l'extrémité oîi s'implantent 
les cils. Que ce reste de proloplasma du spermatoblasle soit en- 
tièrement résorbé, et nous nous trouverons en présence du sper- 
matozoïde vermiforme à l'état qu'on pourrait appeler adulte, c'est- 
à-dire achevé, et tel qu'il est représenté dans la fig. 18, en h. 

Avant de tirer de ces faits, relatifs à l'évolution des sperma- 
tozoïdes vermiformes, les conclusions qui en découlent, nous de- 
vons encore exposer les résultats de quelques expériences sur 
l'action comparée de divers réactifs sur les spermatozoïdes ver- 
miformes et filiformes. On sait que, d'une manière générale, on 
produit avec l'eau distillée, les acides, les alcahs, des modifi- 
cations plus ou moins spéciales des diverses parties dont se com- 
pose un spermatozoïde^ Nous avons, pour chercher par ces 
moyens à établir une homologie entre les diverses parties des 
spermatozoïdes vermiformes et filiformes, examiné parallèlement 
sur chacun d'eux l'action de divers réactifs, et nous signalerons 
plus particulièrement celle de l'eau, de l'acide acétique et de 
l'acide chromique. 

Par l'action de l'acide acétique {fig. 14), les spermatozoïdes fili- 
formes sont très-modiûés; la base de la tête se renfle fortement 
[fig. 14, c), de telle sorte que, des cinq ou six tours de spire que 
présente normalement la partie céphalique, les deux tours extrê- 
mes restent seuls intacts, les autres étant remplacés par une dila- 
tation plus ou moins globuleuse, que le carmin colore ensuite 
fortement; le corps (a, fig. 14) du spermatozoïde présente des 
contours plus distincts; enfin son extrémité, la portion caudale 

* Voyez ; La Valette Saint-Georges (tn Stricker, tom. I). 



222 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

proprement dite (b, fig. 14), devient diifuse et comme à demi dis- 
soute. — Cette dernière modification est la seule qui se produise 
bien distinctement sur le spermatozoïde vermiforme : en effet, à 
peine peut-on dire que sa tête [d, fig. 14) se soit un peu gon- 
flée; son corps (<-) a peut-être acquis des contours plus distincts, 
mais ses filaments vibraliles (/") sont devenus diiïus et souvent 
ne forment plus qu'un léger nuage floconneux. — Gomme com- 
plément à ces indications, ajoutons que souvent le spermatozoïde 
filiforme se contourne doublement (a?, fig. 14), et au point de 
jonction entre la tête et le corps, et au point de jonction avec 
le corps et la partie caudale proprement dite. 

Pour bien mettre en évidence la portion céphalique des sper- 
matozoïdes vermjformes, nous n'avons obtenu de bons résultats 
qu'avec le chlorure d'or; ce réactif dessine très-nettement les 
contours de la tête, et, accentuant le rétrécissement qui la sépare 
du corps, il lui donne, peut-être selon la position d'où est vu l'é- 
lément, la forme d'une petite palette droite ou parfois courbe 
{fig. 15). 

Ces faits nous montrent déjà que les deux ordres de sperma- 
tozoïdes sont tous deux composés de trois parties distinctes, que 
nous avons déjà nommées dans les descriptions qui précèdent : 
tête, corps et partie caudale ; la partie caudale des spermato- 
zoïdes vermiformes n'est autre chose que leur pinceau de cils 
■vibratiles ; c'est une queue composée de plusieurs filaments (8 à 
10); mais on sait que chez nombre d'espèces animales les sper- 
matozoïdes ont une queue multiple et notamment composée de 
deux filaments ^ 

Le corps (c, fig. 14) du spermatozoïde vermiforme est aussi 
l'homologue du corps {a, fig. 14) du spermatozoïde filiforme; 
c'est du moins ce que tend à démontrer l'action de l'eau distillée: 
ce réactif produit sur les spermatozoïdes fihformes une double 

1 Notamment chez le Crapaud. (Voyez les Leçons de Balbiani publiées dans le 
Journal de Micographie-, et G. Balbiani, Leçons sur la génération des Vertébrés, 
1879, pag. 150.) 



SPERMATOGÉNÈSE CHEZ I,A PALUDINE VIVIPARE. 223 

brisure ou courbure qui amène souvent an enroulement plus ou 
moins complet (comme du reste en x, fig. 1 4) , par l'action de l'acide 
acétique; l'unedeces courbures se pruduitaa niveau delà jonction 
delà tête avec le corps, et l'autre au niveau de la jonction du corps 
avec la partie caudale. Or, on examinant ces poiuts de courbures 
et d'enroulement, on voit qu'ils sont le siège (a, a, fig. 16) d'un 
gonflement particulier des parties correspondantes (les deux ex- 
trémités du corps du spermatozoïde); ces points se dilatent en une 
vésicule très-transparente et qu'il devient facile de distinguer 
lorsque la courbure va jusqu'à l'enroulement (formation d'une 
boule). — Or, dans les mêmes circonstances, les mêmes aspects 
de brisure, n'allant cependant que rarement jusqu'à Tenroulement, 
se produisent, par la même dilatation vésiculaire [h, h, fig. 16), 
aux deux extrémités du corps des spermatozoïdes vermiformes. 

Par l'action de l'acide chromique dilué (3 sur 1000 d'eau), il ne 
se produit qu'une seule courbure avec enroulement (boucle) sur 
les spermatozoïdes filiformes et vermiformes; cette courbure 
[fig. 17) siège à la jonction delà tête avec le corps, sur l'une 
comme sur l'autre espèce de spermatozoïdes. 

Il est encore une circonstance dans laquelle nous devons indi- 
quer les modifications des spermatozoïdes : c'est celle de leur 
mort naturelle dans la chambre humide. A cet effet, nous dispo- 
sons sur une lame porte-objet un mince anneau de moelle de su- 
reau; cet anneau est imbibé d'eau, de telle sorte que, recouvert 
d'une lamelle couvre-objet, il constitue par son espace central, li- 
mitéd'autre partentre lame et lamelle, unechambre humide. Quand 
on dépose sur la face inférieure delà lamelle, avant d'en recou- 
vrir l'anneau de sureau, une goutte du liquide blanc crémeux 
exprimé du testicule de la Paludine, on peut voir pendant plu- 
sieurs heures les deux espèces de spermatozoïdes se mouvoir 
sous le microscope, leur dessiccation étant empêchée par le fait de 
leur disposition en chambre humide. Or, si l'on conserve de vingt- 
quatre à quarante-huit heures une semblable préparation, en ayant 
soin de prévenir la dessiccation de l'anneau de sureau, on constate 
qu'environ au bout de trente-six heures tous les spermatozoïdes 



224 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

vermiformes sont morts, et qu'on a peine à en retrouver trace, leur 
corps s'étant comme dissous clans le liquide; les spermatozoïdes 
filiformes sont au contraire encore très-reconnaissables, quelques- 
uns sont encore agités de faibles mouvements; les autres, quoique 
immobiles et morts, ont encore conservé toutesleurs parties carac- 
téristiques, comme le montre la fig. 13; on voit même que dans ces 
conditions quelques parties de leurs contours se sont plus accen- 
tuées [fig. 13~1. Ce fait de la disparition, pour ainsi dire par 
fonte et dissolution, des spermatozoïdes vermiformes, n'est pas 
sans importance, car nous verrons bientôt que Baudelot s'ap- 
puie sur ce fait même, observé dans d'autres circonstances, pour 
considérer les spermatozoïdes filiformes comme la seule forme 
définitive, dont les tubes cilifères n'auraient été qu'une phase 
de développement. 

III. 

Les opinions émises sur la nature des deux ordres de sperma- 
tozoïdes de la Paludine, et plus particulièrement sur la significa- 
tion des filaments vermiformes, présentent les plus singulières 
fluctuations. 

Le premier auteur qu'il convient de citer, et dansl'ordie de date 
et dans l'ordre d'importance, G. Siebold, pensa d'abord à voir 
dans les spermatozoïdes vermiformes une phase du développe- 
ment des filiformes ; puis, dans un Mémoire publié en 1836 * et 
dans lequel il étudie avec soin l'action des différents réactifs sur 
les spermatozoïdes {Op. cit., pag. 247) et l'évolution des fila- 
ments vermiformes {Ibid., pag. 249), il s'attacha à démontrer, 
par l'étude de l'évolution, l'indépendance de ces deux ordres de 
spermatozoïdes^; mais, il faut le dire, les figures sur lesquelles il 

* Cari voa Siebold; Ueber die Spermatozoen der ivirhellosen Thiere. {Archiv. 
f. Anat., physiol. von J. MuUer, 1836, pag. 245.) 

" Cari Siebold; Op. cit., pag. 250. 

« Peut-on suivre le développement des spermatozoïdes filiformes ? Au début de 
mes recherches, je fus tenté de penser que ceux-ci proviendraient des spermato- 



SPERMATOGÉNÈSE CHEZ I.A TALUDINE VIVIPARE. ' 225 

s'appuie ne sont rien moins que démonstratives, et telles que 
quelques auteurs, s'en tenant à l'examen de ces figures, ont pu at- 
tribuer à SieboW ime opinion contraire à celle dont il s'est à cette 
époque fait le premier défenseur'. Du reste, Siebold n'était pas 
lui-même bien convaincu par sa propre démonstration, car quel- 
ques années plus tard, dans son Traité d'Anatomie comparée, il 
revient sur cette question, et cette fois il veut voir dans les fila- 
ments vermiformes, non pas des spermatozoïdes, mais des sper- 
matophores^. 

zoïdes vermiformes, qui représenteraient une sorte de tube contenant les sperma- 
tozoïdes filiformes ; les mouvements de leurs cils vibratiles semblaient confirmer 
cette opinion, et ces cils auraient été considérés comme une extrémité déjà libre 
des éléments filiformes. Cette interprétation erronée se présente surtout lorsqu'un 
spermatozoïde filiforme, mort et immobile, se trouve accolé à un spermatozoïde 
vermiforme, et, par les mouvements de ce dernier, semble se détacher suc- 
cessivement au milieu des cils de l'extrémité libre ; on dirait alors que le pre- 
mier spermatozoïde émerge du second. Mais une observation plus attentive m'a 
permis de constater que tous les aspects de ce genre ne sont que des apparences 
trompeuses. Du reste, les considérations suivantes me paraissent propres à réfu- 
ter toute idée de parenté entre ces deux formes. Les filiformes se meuvent avec 
vivacité et en serpentant , tandis que les spermatozoïdes vermiformes n'ont 
que des mouvements d'oscillation pendant lesquels ils présentent toujours une 
certaine raideur ; d'autre part, jamais je n'ai pu apercevoir dans le corps trans- 
parent des vermiformes la moindre apparence qui rappelle la partie contournée 
en vrille des spermatozoïdes filiformes. Enfin, avec quelque attention qu'on examine 
le produit séminal, on n'y rencontre jamais de tubes vides, c'est-à-dire de sper- 
matozoïdes vermiformes ayant perdu leurs cils vibratiles. « 

* Notamment les flg. 9 et 10 de son Mémoire (Arch. f. Anat. Physiol von J. 
MùUer, 1836) sont telles qu'elles ont pu être cause qu'on lui ait attribué l'opinion 
que les filiformes proviendraient des vermiformes. 

^ Nous pensons devoir donner ici intégralement le passage en question : 
« L'existence de deux espèces de spermatozoïdes dans le sperme de la Paludiaa 
vivipara est un fait très-remarquable. Outre les spermatozoïdes capillaires men- 
tionnés plus haut, il existe encore de longs cils cylindriques, à l'une des extrémi- 
tés desquels font saillie plusieurs filaments grêles qui exécutent des mouvements 
très-vifs. Ehrenberg [SymholsB physic. Anim. Vertebr. Decas, I, appendice) les 
a décrits comme des parasites sous le nom de Phacelura pahidinss. Paasch les re- 
garde, au contraire, comme des faisceaux de spermatozoïdes de forme normale, et 
Kœlliker a pris ces deux formes pour des états différents d'une seule espèce de 
spermatozoïdes; il considère la seconde comme étant des cellules mères allongées 
renfermant plusieurs spermatozoïdes ordinaires. Pour ma part, je ne sais trop com- 

15 



226 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

En 1850 parut le Mémoire de Leydig sur l'anatomie et le dé- 
veloppement de la Paludine ; l'étude histologique de l'appareil 
génital de ce Mollusque est une des parties les plus complètes de 
ce travail*. Après avoir rappelé les travaux de Siebold et de 
Paasch ^, lequel avait considéré les spermatozoïdes vermiformes 
comme un faisceau de spermatozoïdes filiformes, Leydig déclare 
{Op. cit., pag. 182) que pour sa part il n'a pas pu suivre complè- 
tement le développement de ces derniers; pour ce qui est des 
premiers, il décrit avec soin tout ce que peuvent donner, relati- 
vement à leur formation, les préparations faites par dissociation. 
Dans ces conditions, il est évident que Leydig n'a pu voir en 
place les grappes de spermatoblastes, et que par suite il parle de 
cellules filles devenues libres ^ A part celte interprétation, résul- 
tant fatalement du mode de préparation, sa description est par- 
faitement exacte, si ce n'est toutefois encore lorsqu'il parle (voyez 



ment expliquer ce fait, et je rangerais volontiers la seconde forme dans la catégorie 
des spermatophores s'il n'y avait pas à objecter contre cette opinion, de même que 
contre celle de Paasch et de Kœlliker, qu'on ne rencontre jamais sur la seconde 
forme les extrémités épaissies et contournées en spirale qui sont propres à la 
première, et que toutes deux se développent simultauément dans le testicule.» 
Siebold ( in. Anat. comp., par Th. de Siebold, et H. Stannius, trad. fr. , 1850, 
tom. I,pag. 339.) 

1 Franz Leydig; Ueber Paludina vivipara. Ein Beitrag zur Kenniniss disses 
Thieres, in emhryologischer , anatomischer und histologischer Beziehung. (Zeil- 
schrift. f. wissenschftl. Zoologie, Bd. 2, 1850, pag. 128.) 

2 Paasch ; Veher das Geschlecht syst. einger Zwitterschnecken — {Wiegman's 
Arch. f. Naturgesch., 1843, pag. 49.) 

3 Leydig {Op. cit., pag. 183) : « Les spermatozoïdes vermiformes dérivent d'une 
vésicule renfermant un grand nombre de petites cellules entremêlées de granula- 
tions d'un jaune orange, souvent si nombreuses qu'elles rendent toute la prépa- 
ration opaque. Cette vésicule mère des spermatozoïdes vermiformes ressemble du 
reste à la cellule mère des spermatozoïdes filiformes, mais elle est au moins deux fois 
plus volumineuse; les cellules filles qu'elle contient sont aussi plus grosses que 
les cellules filles des autres vésicules. Ces cellules filles, devenues libres., chan- 
gent de forme; de sphériques, elles deviennent allongées , présentant d'abord un 
prolongement dans un seul sens, puis un second prolongement dans le sens opposé, 
le noyau demeurant dans la partie moyenne. Ce noyau s'atrophie successi\ement, 
le corps de la cellule devient cylindrique, et l'une de ses extrémités se fendillepour 
former le pinceau de cils vibratiles.» 



SPERMATOGÉMÈSE CHEZ LA PALUDINE VIVIPARE. 227 

la note ci-dessus) de la formation des cils caudaux par fendille- 
ment d'une extrémité allongée de la cellule ; nous avons vu, au 
contraire, que ces cils apparaissent de très-bonne heure sur le 
spermatoblaste dont ils émergent, de manière à donner à celui- 
ci l'aspect d'une cellule à cils vibraliles. Toujours est-il que 
Leydig arrive à cette conclusion (pag. 185) : «Qu'il se développe 
deux espèces distinctes de spermatozoïdes , et que les études 
faites sur l'appareil femelle montrent ces deux espèces toutes 
deux présentes dans V enveloppe albumineuse de Tœuf ; les sper- 
matozoïdes vermiformes ne sont donc pas une forme non mûre, 
un stade de développement des autres spermatozoïdes. » Ce 
dernier fait est important à noter ; il suffira pour réfuter l'hypo- 
thèse de Baudelot. 

Quoique Kœlliker n'ait pas étudié directement les spermato- 
zoïdes de la Paludine , le nombre et l'importance de ses travaux 
sur la spermatogénèse sont trop considérables pour que nous ne 
rappelions pas ici son opinion : « La Paludine vivipare, dit-il', 
est célèbre par ses deux formes de spermatozoïdes, décrits pour 
la première fois d'une manière complète par Siebold. Quoique 
je n'aie pas eu occasion d'étudier ce Gastéropode, qu'on ne ren- 
contre pas dans les environs de Zurich, je suis de plus en plus 
confirmé dans l'opinion déjà émise par moi [Ueber die Samen- 
flussigkeit wirbelloser Thiere, pag. 63), puis par Paasch, à savoir: 
que toutes les formes décrites par Siebold ne sont que des stades 
de développement d'une seule et même espèce de spermatozoïdes; 
les derniers doutes qui m'étaient restés à ce sujet, notamment 
eu égard aux dimensions de ces spermatozoïdes, me paraissent 
faciles à résoudre. En effet, je considère les prétendus gros sper- 
matozoïdes comme des cellules mères allongées renfermant 
plusieurs spermatozoïdes proprement dits, déjà libres par leurs 
extrémités caudales ; c'est là un aspect que les cellules mères 
montrent souvent chez les Heliœ, dans les stades intermédiaires 

■• A. Kœlliker; DieBildung der Samenfœden in Blsschen, als allgemeine Ent- 
wicklungsgeselz, pag. 41 et 42. 



228 MÉMOIRES ORIfilNAUX. 

de leur développement. Il est cependant étonnant de trouver à 
ces cellules mères allongées une configuration si uniforme, et de 
les rencontrer dans les femelles fécondées ; mais ce fait, excep- 
tionnel chez les Gastéropodes, ne saurait suffire pour faire consi- 
dérer ces cellules comme représentant une véritable espèce de 
spermatozoïdes simples.» — Ce que nous avons dit précédemment 
suffit pour réfuter l'interprétation de Kœlliker. 

Nous terminerons par le passage que Baudelot consacre à 
cette question. Quoique le travail de Baudelot soit plus connu 
que les précédents, il importe de reproduire ici ces lignes ^ 

«Le testicule, en se déchirant, laisse écouler un liquide 

jaunâtre assez épais. -~ Lorsqu'on soumet ce liquide au micros- 
cope, on y distingue deux espèces de corps sur la nature desquels 
on est loin d'être tombé d'accord jusqu'ici. Parmi ces corps, les 
uns ressemblent à de petits filaments dont l'une des extrémités 
est contournée en spirale ; les autres, beaucoup plus gros, 
offrent l'aspect de tubes effilés par un bout et surmontés à l'autre 
d'un petit pinceau de cils vibratiles. Pour faciliter la description, 
je désignerai désormais les premiers sous le nom de filaments à 
tête spirale et les seconds sous celui de tubes cilifères. Ces deux 

espèces de corps se meuvent avec une extrême rapidité 

Ehrenberg a décrit les tubes cilifères comme de? parasites, sous 
le nom de Phacelura paludinœ. Paasch les regarde au contraire 
comme des faisceaux de spermatozoïdes de forme normale. 
Kœlliker a pris les deux formes pour des états différents d'une 
seule espèce de spermatozoïdes, les tubes cilifères étant des 
cellules mères allongées renfermant plusieurs spermatozoïdes 
ordinaires ; contrairement à cette manière de voir, Gratiolet 
pense que ce sont les filaments à tête spirale qui donnent 
naissance aux tubes cilifères en subissant une espèce de méta- 
morphose. Enfin quelques savants ont regardé ces deux produits 
comme deux espèces différentes de spermatozoïdes. — D'après mes 

* E. Baudelot; Recherches sur l'appareil générateur des Mollusques Gastéropodes. 
(Thèse Faculté des Sciences de Paris, 1863, pag, 80.) 



spekmatoCtÉnèse chez la paludine vivipare. 22 'J 

propres observations, j'ai acquis la certitude que ni l'opinion 
d'Ehrenberg ni celle de Gratiolet n'ont pour elle l'appui des faits, 
et je vais donner ici les raisons qui militent contre elles : 1» La 
présence constante des tubes cilifères dans le testicule doit écarter 
l'idée de parasitisme; 2" Il est facile de suivre toutes les phases 
du développement des tubes cilifères, depuis l'état de simple 
cellule jusqu'à celui où ils se présentent habituellement, ce qui 
prouve d'abord que ces corps ne sont pas des parasites, et 
ensuite qu'ils ne proviennent pas des filaments à tête spirale ; 
3" J'ai examiné souvent pendant l'hiver le sperme contenu dans 
le réservoir séminal de la Paludine femelle : il m'est arrivé trois 
fois de ne plus trouver dans ce sperme que des filaments à tête 
spirale, l'autre espèce de filaments avait complètement disparu. 
Or, en l'absence de preuves directes, cette disparition des tubes 
cilifères dans un organe où le sperme doit nécessairement revêtir 
ses qualités défiuitives, nous indique clairement qu'ils ne sont 
qu'une forme transitoire et que le filamentà tête spirale représente 
bien le zoosporme à l'état parfait. Rt^ste maintenant à savoir si le 
tube cilifère renferme seulement un ou bien plusieurs sperma- 
tozoïdes ; c'est là, je l'avoue, un point encore douteux.» 

En présentant, sur l'hypothèse de Baudelot , les observations 
critiques qui résultent de l'exposé des faits précédemment étudiés, 
nous donnerons en même temps nos conclusions: 

ioSi les deux ordres de spermatozoïdes ne se trouvent pas 
toujours dans les organes de la femelle, c'est que les vermiformes 
se détruisent et disparaissent facilement, tandis que les filiformes 
résistent à la destruction). Du reste, l'observation de Leydig 
iijonlre qu'on peut retrouver les deux formes dans l'enveloppe 
albumineuse de l'œuf. 

2° En étudiant, aux diverses saisons de l'année, le développe- 
ment des spermatozoïdes de la Paludine, on voit que les vermi- 
formes et les filiformes se développent indépendamment les uns 
des autres (faits déjà bien entrevus par Siebold et par Leydig). 

3° Pour acquérir cette démonstration, il ne saurait sufiire de 



230 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

préparations faites par dissociation, mais il faut, sur des pièces 
convenablement durcies , suivre la formation des grappes de 
spermatoblastes, qui, avec des caractères distincts dès le début, 
se transforment, les uns en spermatozoïdes filiformes, les autres 
en spermatozoïdes vermiformes (.tubes cilifères deBaudelot). 
Telle est la recherche à laquelle nous nous sommes plus spéciale- 
ment appliqué dans le présent travail * . 

EXPLICATION DE LA PLANCHE III. 

FiG. 1. — Fragment d'une coupe du testicule de Paludina vivipara 
en avril; pièce durcie par l'acide osmique : b, grosse grappe de gros 
spermatoblastes; — a, petite grappe de petits spermatoblastes; — a,a, 
cellule mère représentée par d'abondantes granulations graisseuses 
noircies par l'acide osmique. 

FiG. 2. — Même objet, pièce durcie par l'alcool absolu ; aussi voit-on 
( en NP, NP), le noyau principal de la cellule mère de la grappe de 
spermatoblastes. 

FiG, 3. — Cellules mères contenant un noyau principal (NP) et une 
abondante génération de jeunes noyaux. L'une de ces cellules [à] est 
moins volumineuse et composée d'éléments plus patits que la cellule b. 

FiG. 4. — Fragment d'une coupe du testicule de la Palndine à latin d'a- 
vril; — a, un faisceau de spermatozoïdes filiformes déjà constitués ; 
— b, b, grappes de gros spermatoblastes. 

FiG. 5. — (Fin mai) ; a, petite grappe de petits spermatoblastes ; — 
a\a\ faisceaux de petits spermatoblastes; — c, grappe de gros sper- 
matoblastes; — b, ibid., à un état plus avancé. 

FiG. 6. — (Juin); a, faisceau de spermatozoïdes filiformes; — b^b, grap- 
pes de gros spermatoblastes ; — c , faisceau de gros spermatoblastes 
très-allongés; — d, faisceau de spermatozoïdes vermiformes. 

FiG. 7 et 8. — Gros spermatoblastes obtenus (en avril) par dissociation 
et coloration avec l'hématoxyline. 



* Depuis le Mémoire de Baudelot, les spermatozoïdes delà Paludine n'ont été, à 
notre connaisance, l'objet d'aucune recherche particulière. La Valette Saint- 
Georges, qui s'est spécialisé dans l'étude des spermatozoïdes, n'accorde à ceux de 
la Paludine qu'une courte mention, et en donne une très-mauvaise ûgi\re{Handb. 
de Lehrev. Geioeben, v. Stricker. Bd. 1 , pag. 178, fig. 532), dans laquelle les 
cils caudaux sont représentés aussi épais que le corps du spermatozoïde. 



SPERMATOGÉNÈSE CHEZ LA l'ALUDlNE VIVIPARE. 231 

FiG. 9. — Spermatoblastes (mai) obtenus par dissociation sans réactif 
(dans la lymphe de l'animal). 

FiG. 10. — Même objet, mais après l'action de l'acide osmiqne. 

FiG. il. — Id. — — — 

FiG. 12. — Spermatoblastes (mai-juin ) obtenus par dissociation après 
macération de vingt-quatre heures dans l'alcool au tiers ( Eau : 2; al- 
cool à 36 : 1); coloration par le picro-carmin. 

FiG. 13. — Spermatozoïde filiforme examiné après mort naturelle dans la 
chambre humide. (Dans les mêmes conditions, les spermatozoïdes ver- 
miformes finissent par se dissoudre et disparaître à peu près complè- 
tement.) 

FiG. 14. — Action de l'acide acétique, — ( Coloration ultérieure par le 
carmin.) 

FiG. 15. — Action du chlorure d'or. 

FiG, 16. — Action de l'eau distillée et des alcalis forts, 

FiG. 17. — Action de l'acide chromique. 

FiG. 18. — Spermatozoïdes intacts : A , spermatozoïde vermiforme [a-, 
tête; ô, cils caudaux vibratiles); — B^ spermatozoïdes filiformes (c, tête 
en pas de vis; d, extrémité caudale). (Gross. 500.) 



DES STIPULES 

A L'inflorescence: et dans la fleur 

Par le D' D. CLOS. 



A. — Des stipules a l'inflorescence. 

Dés 1827, De Gandolle reconnaissait la nature des bractées 
slipulaires. « Les bractées, dit-il, sont souvent triples ou trifîdes, 
et, dans ce cas, les deux latérales ou les deux lobes latéraux de 
la bractée, unique en apparence, sont les rudiments des stipules; 
ainsi, dans les plantes où les stipules sont distinctes du pétiole, on 
trouve souvent, soit à la base des branches florales, soit à la base 

1 Ce Mémoire est le résumé d'une Commuaication fiiLe par M"" D. Clos à l'Aca- 
démie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse. 



232 MÉMOIRES ORIGINAUX, 

des pôdicelles, trois bractées distinctes dont l8'5 deux latérales 
senties plus petites. Dans les plantes où les stipules adhérent au 
pétiole, on trouve souvent des bractées à trois lobes ; quelque- 
fois les stipules conservent dans cet état de bractées un assez 
grand développement, et la vraie feuille avorte en tout ou en 
partie. » De Candolle constatait aussi dans le Cliffbrtia l'exis- 
tence de deux stipules remplaçaut une bractée [Organogr. , 1, 400). 
Douze ans après, Steinheil écrivait : « Dans les Géraniums à pé- 
doncules biflores , on voit très-bien des bractées formées par 
deux stipules dont la feuille a avorté»; et encore : ce Pour moi , 
fort de l'appui que je trouve dans l'opinion émise par M. De 
Candolle, je reconnais que dans les Papillonacées chaque fleur naît 
à l'aisselle d'une bractéole solitaire représentée le plus souvent 
par deux petites stipules (in Ann. Se. nat., Bot., 2'' série, XII, 
186). De son côté, M. Bcntham proclamait ainsi cette origine 
des bractées des Légumineuses : « It is far more fréquent in Legu- 
minosse thaï ihe bracts are formed by stipules, than the main 
leaves» (in London Journ. of Bot., VII, 585-586) . 

Mais l'observation démontre que le nombre de plantes à brac- 
tées stipulaires est très-considérable; en dehors des Papillonacées, 
des Géranium, des Cliffortia, on les trouve réunies en stipuliuin 
(calicule des auteurs) chez la plupart des Malvacées^ et des 
Géraniacées, chez les Hélianthèmes, plusieurs Rosacées^, et dans 
une revue récente des familles de plantes envisagées sous ce 
rapport ^ j'ai pu me convaincre de la fréquence des bradées sti- 
pulaires : elles existent chez plusieurs Rubiacées appartenant 
notamment aux tribus des Cinchonées {Cincfiona), Rondélétiées 
[Rondeletia) , Hédyotéos ' (Olde7ila?idia ramosa) , Muyœndées 

' Voy. le Bull, de la Soc. Bot. de France, tom. I , pag. 298-303. 

2 Ibid. ,iom. II, pag. 5, tom. IV, pag. 185-192. 

■* Travail inséré dans les Mémoires de l'Académie des Sciences , Inscriptions 
et Belles- Lettres de Toulouse pour 1878, pag. 117. On y trouvera la preuve i!es 
assertions émises dans cette Note, relativement aux genres ou aux espèces cités 
dans chaque famille. 

^ Dans le genre Hedyotis, l'involucre de la section Involucrella ( iu Benth. et 
Hook , Gênera, II, 57) paraît être formé par des stipules. 



STIPULES A l'inflorescence ET DANS LA FLEUR. 233 

{Isertia coccinea, Urophijllu'in, Sabicea), Haméliées [Bcrteria), 
lKOvées{Ixora), CoussSLréées [Faramea), Psychotriées (PsycJwtria), 
Antbospermées {Coprosma). Dans presque toutes les tribus des 
Légumineuses, les épis ou les grappes, inflorescences les plus 
fréquentes, ont desbiaclées stipulaires, les feuilles disparaissant 
le plus habituellement au voisinage des fleurs ; je crois superflu 
de reproduire ici les exemples que j'ai cités dans le travail men- 
tionné, le fait ayant été, comme il a été dit d'abord, reconnu par 
De Candolle, Steinheil et M. Bentham. Chez les Poraacées, la 
nature stipulaire des bractées est manifeste dans Amelanchier , 
Eriohotnja japonica, P ir us Pollveria, Malus baccata, Cydonia vul- 
gariSj C. chinetisis, Sorbus terminalis, S. scandica, plusieurs Ra- 
phiolepis, Cratssgus et Cotoneaster, Stranwsesia glaucescens, etc. 
Les familles suivantes ofl'rent encore, notamment dansquelques 
genres ou espèces, des bractées stipulaires : Guttifères {Tourou- 
lla)j Sapindacées [Paullinia, JSatalia), Ma'pighiacées iColcosta- 
chys, Bunchosla, Echinopteris, Heteropteris, Triaspis, Byrsonima, 
Galphimia, Peiscotoa, etc.), Erythroxyléôs [Erythroxylon), Sa- 
mydées [Homaliuin), Balsamifluées [Liquidambar], Hamaméli- 
dées [Corylopsis, Parrotia, Distylium), Passiflorées (les Passiflora 
orbÏGuldta , Muruoida , biflora , rotu7idifolia , quadrangularis ^ 
holoserixea, où les bractées sont réunies en stipulium), Bégoniacées 
[Bégonia Galeotliana , bulbillifera, angustiloba) ^ Rosacées {Rosa^ 
Ancisirum repens, Frogariacollina, F. virginica, Geum triflorum, 
de nombreuses Potentilles), Trigoniacées (rr/j^onza Ce/io), Gélastri- 
nées [Elœodendrum australe), OchndiCéQS {Li(Xemburgia), Tiliacées 
[Sparmannia, Greff'xa, Lulica rufescens, Triumfetta Fabreana, 
Microcos (omentosa, le stipulium étant pluriflore dans le premier 
genre, uniflore dans les trois autres espèces), Ghlénacées {Schi- 
zolxna rosea, à stipuliums dimères), Bombacées [Adanso?iia, 
Chelrostemonj munis aussi, pièsdelafleur, de bractées verticillées), 
Sterculiacées [Sterculia Ivira), Hélictérées [Helicteres brevissima, 
Myrodia, Pterospermum semisagittatum) , By thnériacées {Gommer- 
sonia), Dombeyées [Trochelia triflora), Biébersteiniées (Bieber- 
st^inia), Hagoniacées {fitogonia), Magooliacées [Magnolia puniila, 



234 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

M. Figo) , Garyophyllées-Alsinées (Spergularia), Garyophyllées- 
P o\^ carpées (Polycarpœa, Microptiyes), Paronychiées [Paronychia, 
où la ressemblance des bractées et des stipules a été signa! ée par 
plusieurs phytographes), Polygonées {Polygonum, Bumex), Eu- 
^hoTh'mcées {A manoa bractcosa), Urticées [Pouzolzia, Margaro- 
carpus), CauDabinées (Écailles des cônes du Houblon), Ulmacées 
(« stipulas... nunc in inflorescentiis in bracteas conversas », écrit 
M, Planchon de cette famille ). 

Les Pomacées et les Amygdalées méritent à cet égard une 
mention particulière. 

C'est un phénomène d'un haut intérêt que de pouvoir constater 
des modifications analogues dans les bourgeons foliaires et flo- 
raux, quant aux rapports des écailles et de leurs stipules. De 
Gandolle a figuré dans son Organographie^ tab. XXI, les transi- 
tions que montre l'écaillo du Pirus hybrida dans son passage à la 
feuille et aux stipules; ce n'est d'abord qu'une écaille ovale, 
fusion de la gaine et des stipules {fig. 7), écaille qui ne larde pas 
à offrir au sommet trois pointes, représentant les stipules avec un 
premier rudiment de feuille {fig. 8); et enfin la pointe médiane se 
détache sous la forme de feuille pétiolée [fig, 9). J'ai pu suivre ces 
mêmes phases de développement sur les rejets du Kerriajaponica. 

Les bourgeons floraux ou boutons les montrent aussi chez 
quelques arbres avec une entière évidence. Le Goignassier de la 
Chine a les boutons à fruits formés d'écaillés bilobées, et, entre les 
lobes des écailles internes, on trouve un rudiment de feuille plus 
développé qu'entre les lobes des écailles extérieures : «On 
reconnaît, ditPoiteau, ces rudiments de feuilles en ce qu'ils sont 
sensiblement velus, tandis que les écailles, qui ne sont que des 
stipules, sont glabres» {Pomo'ogie ). 

Dans les boutons du Cerisier, les écailles les plus intérieures 
se rétrécissent, deviennent trifides, le lobe médian étant parfois 
remplacé par une petite feuille pétiolée, les deux lobes latéraux 
formant des stipules. 

Enfin, M. Rossmann a fait sur plusieurs plantes, et notamment 
sur le Prunus Padus, des observations pleinement confirmatives 



STIPULES A l'iNFI.ORESCEXCE ET DANS LA FLEUR. 235 

des précédentes, constatant que les bractées do cet arbre sont des 
phyllodies formées du pétiole et des stipules soudées avec lui '. 

Modes de formation des bradées stipulaires. — Il convient de 
distinguer sous ce rapport les plantes à stipules caulinaires de 
celles qui les ont pétiolaires ; chez les premières, tantôt les 
feuilles s'atténuent pour former avec les stipules trois bractées, 
soit distinctes, soit connées (nombre de Légumineuses, de 
Rosacées, de Malvacées); tantôt la feuille disparaît, et il ne 
reste surl'axe que les stipules (nombreux Géranium et Pelargo- 
nium); chez les secondes , ces deux modes se présentent avec 
cette modification que les deux stipules deviennent connées dans 
toute leur longueur, par suite de l'avortement total du limbe de la 
feuille (plusieurs Rosiers, les Potentilla alba , caulescens, crassiner- 
via, petiolulata, etc. ) ou que, connées à leur base, elles divergent 
au sommet, laissant sortir de l'angle de séparation un rudiment 
de feuille (quelques Ro.^iers et la plupart des Poim^i//a à feuilles 
digitées, les P. potentilloïdes , alpestris^ collina, hirta^ inter- 
media, etc.). ces deux dispositions pouvant se présenter sur une 
même espèce [P. Fragariastrum). 

M. Millier, dans sa Monographie des Euphorbiacées, écrit: 
1° Des Amanoa bracteosa et strobilacea : «Bracteae... dorso sub 
apice breviter stipulari-bilobse, secundse et ulteriores, tota V. 
fere t')ta longitudine stipulares. . binerviae, se. e stipulis duabus 
bracteae ipsius obsolelse formatas... (in DC, Prod., XVI, 220) ; 
2° Dans la description du genre Brldelia : « Bracteaî stipulares, 
S-. limbo destitutae, profunde bicuspidatae, interdum rudimento 
limbi praeditae et tune tricuspidatae. » {Ibid., 492.) 

B. — Des stipules dans la fleur. 

J'ai montré jadis {loc. cit.) que les c&lices des Géraniacées sont 
formés par les stipules. M. Fermond dit avoir vu deux verticilles 



1 « Es siad Phyllodiea, bestehend aus dem Blattstiele und dea ganz mit hiiii 
verwachsenen Nebenblaettern » (Phyllomorphose, pag. 29 ). 



23 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

calicinaux, au lieu d'un seul, chez le Géranium Uohertianum et 
l'Erodknyï alpinum [Essai de Phytomorph. , I, 177); il aurait été 
bien intéressant de constater si ces organes floraux supplémen- 
taires étaient intermédiaires de forme entre les stipules ou brac- 
tées et les sépales normaux, ou s'ils ressemblaient en tort à 
ceux-ci. L'identité des stipules et des sépales se retrouve dans le 
genre Monsonia et dans plusieurs petites familles étroitement 
alliées aux Géraniacées : Biébersteiniées, Hugoniacées, Oxalidées, 
Nitrariées, Zygophyllées (quant aux genres Rsepera, Tribulus), 
Même résultat pour deux genres d'Élatinées {Merimea, Bergia). 
Dans les Violariées et les Sauvagésiées, dans les deux tribus de 
Caryophyllées désignées sous le nom de Polycarpées et Alsinées, 
dans quelques Tiliacées ( Triumfetta cordifolia, Prockia Crucis , 
Corchorus humilis, Greffœa calyculata^)^ on peut suivre les modifî 
cations des stipules en sépales et aussi dans les Helianthemum, 
quant aux deux sépales extérieurs. On a décrit comme sépales , 
chezle Magnolia Figo, deux paires de stipules, et si, avec Payer et 
M. Bâillon, on tient pour des stipules les quatre divisions exté- 
rieures de la fleur dans le genre Alchemilla, pourquoi ne pas les 
appeler plutôt sépales stipulaires que bractées stipulaires ? Dans 
les Malvacées, le calice des CalUrhoe paraît avoir la même ori- 
gine. 

La ressemblance des sépales et des stipules s'observe chez plu- 
sieurs Urticées etRubiacées [Hedyotis Lopeyronsii in Dum'-Durv. , 
Astrol., PL 23, Stylocorina corymbosa LabiW., Sert., tom. 48). 
Dans certaines plantes do la dernière famille, on voit parfois une 
feuille pétiolée occuper tout entière , avec son pétiole, la place 
d'un sépale [Pinckneya pubens in Mich., Flora boreali-amer^ l, 
tom, XIII, Mussœnda luteola in Caillaud, Voy. àMeroë, PL LXII, 
fig.\),\QS autres sépales reproduisant parfois (comme dans le 
Mussxnda) la forme des stipules. 

M. Bâillon a essayé de déterminer [sar l'organogénie la nature 



< La figure de cette espèce donnée par- Seeman ( Flora Vitiensis, tom. VI) ne 
peut laisser aucun doute sur la nature siipulaire des bractées et des sépales chez 
cette espèce. 



STIPULES A l'iNFLORESCEXCE ET DANS LA FLEUR. 237 

de la couronne des Pcliosanthes, des Narcisses, des Pancratium, 
el la, voyant naître après tous les autres organes de la fleur, il 
s'est cru en droit de la ranger dans les disques {Adam., 1 ,90-100). 
Dès 1848, Hochstetter n'hésitait pas à assimiler la couronne 
florale des deux derniers genres à la ligule des Graminées. La 
même opinion, relativement aux Narcisses, a été soutenue par 
M. Doell, et aussi par J. Gay et par M. Fournier (in Bull. Soc. 
Bot. de Fr., VI, 132). On a même voulu voir des stipules dans 
les fornices des Silène, opinion combattue par Alexandre Braun, 
qui tient cependant pour des stipules les écailles des filets stami- 
naux des Cuscutes. 

Turpin déclarait «stipules d'étamines » les deux appendices 
en croissant placés à la base de trois des étamines de VOrnitho- 
galum thyrsokles {Esquiss. d'organogr., 36), et Kiitzing les dents 
des filets staminaux des Âllium et des Pancratium, dents qui se 
soudent dans ce dernier genre [Grundz., II, 196). M. Planchon 
énonce à son tour que chez les Simaroubées l'écaillé du filet, ne 
faisant qu'un avec lui, est ce que sont les stipules aux feuilles (in 
Mém. Soc. d'Orléatis, VII), el il est notable que les Zygo 
phyllées à stipules aient seules des appendices aux étamines. 

Pour M. Van Tieghem, toutes les étamines des Malvacées ap- 
partiennent à cinq feuifles, dont elles sont autant de ramifications 
latérales, les pétales eux-mêmes n'étant que les «dépendances 
stipulaires soudées deux par deux de ces cinq feuilles « [in Sachs, 
Traité de Bot.., trad. fr., pag. 622, note). 

On a voulu retrouver les stipules jusque dans l'organe femelle; 
d'après Aug. de Saint-Hilaire, le pistil à style basilaire des 
Alchemilla est formé par la soudure de deux stipules avec le pé- 
tiole {MorphoL, 519). Enfin, M. W.-G. Smith, professant que tous 
les organes de la fleur peuvent ofl'rir des stipules florales libres ou 
confluentes, a considéré comme telles les branches stigmatiques 
des Iris [The internat. Congres, held inLondon)» 



CATALOGUE 

DES 

MOLLUSQUES TERRESTRES ET FLUVIATILES 

DU DÉPARTEMENT DE L'HÉRAULT. 

(Suite). 

Par E. DUBRUEIL. 



Tribu IL — CÉPHALÉS OPERCULES, Moq., Hist. MolL, II. 
pag. 490, 1855. 

Ordre I. —OPERCULÉS PULMONÉS, Moq., loc. cit. 
Famille V. — ORBACÉS, Lam., PhiL zooL, I, pag. 320, 1809. 

Gknre XXI. — Cyclostoma, Drap., Tabl. Moll., pag. 30, 37, 1801. 
Cyclostoma elegans. 

Nerita elegans, Mull.,Verm. Hist., II, pag. 177, 1774. 

Cyclostoma eleg ans, Drap., Tabl. Moll., pag. 38, 1801, et Hist., 
pag. 32,pl. i,fig. 5-7, 1805. 

Cyclostoma elegans, Dup.,Hist. Moll., II, pag. 504, pi. xxvi, fîg. 8, 
1847. 

Cyclostoma elegans, Moq., Hist. Moll., Il, pag. 496, pi, xxxvii, fig. 
3-23, 1855. 

Var. — fasciatum, Moq., loc. cit., pag. 496 (var. y, Drap., Hist.). 

— maculosum, Moq., loc. cit., pag. 496 ( var. |3), Drap., Hist.). 

— pallidum, Moq., loc. cit., pag. 496. 

— picrpurascens, Moq., loc. cit., pag. 496 (var. 4, Gratel.). 

— violaceum, Moq., loc. cit., pag. 497 (Des Moiil., Moll. 

Gironde, pag. 56, 1827). 

— ochroleucum, Moq., loc. cit., pag. 497 (Des MouL, loc. 

cit., pag. 56). 

— albescens, Moq., loc. cit., pag. 497 (Des Moul., loc. cit., 

pag. 56). 



1 Voir les numéros de juia, septembre et décembre 1877, mars, juin, septembre, 
décembre 1878, mars et juin 1879. 



MOLLUSQUES DE l'hÉRAULT. 239 

Hab.=: Celte espèce, des plus communes dans le département, 
se trouve indistinctement dans la région des plaines et dans la 
partie montagneuse; on la rencontre au sommet du pic Saint- 
Loup, de la Sérane, de l'Escandorgue, aussi abondamment 
répandue qu'à Montpellier, à Castries, à Pézenas, etc., etc. La 
var. violaceum, assez rare, habite surtout la région septentrionale. 
Le C. elegans est indiqué dans toule la France. 

Note. ■=■ Aucun individu sénestre de cette espèce n'a été, 
à notre connaissance, trouvé dans le département de l'Hérault. 
Cette monstruosité est indiquée par M. Moitessier comme ayant 
été rencontrée aux environs de Toulouse. 

Genre XXII. — î»oiiiatîas, Hartm., Syst. Gasterop., pag. 34, 1821. 
Pomatias patalus. 

Cyclostoma patulum, Drap., Tabl. MolL, pag. 39, 1801, et Hist., 
pag. 38, pL I, fig. 9-10, 1805. 

Poinatias paiulum, Christ, et Jan., Calai., XV, n» 2, 1832. 

Pomatias patuluni, Dup., Hist. MolL, pag. 520, pi. xxvi, fig. 16, 
1847. 

Cyclostoma patulum, Moq., Rïst. MolL, II, pag. 505, pi. xxxvii^ 
fig. 59-41, 1855. 

Var. — albinos, Nob. 
— labiatum, Moq., loc. cit., pag. 505. 

Hab. ^= Montpellier, Saint-Pons, Saint-Chinian, Bédarieux, la 
Salvetat, Saint-Martin-de-Londres, Ganges, le Gaylar, etc., etc.; 
la var. albinos, dont nous n'avons vu qu'un exemplaire, les 
environs de Montpellier; la var. labiatum, La Valette, près 
Montpellier, Montarnaud (Moquin) , Saint-Bauzille (montagnes 
du Thaurax). 

Pomatias septemspiralis. 

Hélix septemspiralis, P»azoum., Hist. nat. Jor., I, pag. 278, 1789. 

Cyclostoma patulum, var. b, Drap., Tabl. MolL, pag. 39, 1801. 

Cyclostoma maculatum^ Drap., Hist. MolL, pag. 39, pi. i, fig. 12, 
1805. 

Pomatias maciilatum^ Dup., Hist. MolL, pag. 518, pi. xxvi, fig. 15, 
1847. 



240 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

Cyclostoma septemspirale, Moq.,Hist. Moll., II, pag. 503. pi. xxxvii, 
fig. 37-38, 1855. 

Ya-r. — ImmaciUatus (Cyclostoma immaculatum), Moq., loc. cit., 
pag. 503. 

Hab. =: Nous n'avons trouvé le type de cette espèce qu'une 
seule fois dans les environs de Ganges ; la var. immaculatus, 
Saint-Martin-de-Londres, Sainfc-Bauzille, Ganges, le Gausse-de- 
la-Selle, Sainl-Guilhem-le-Désert, Saint-Maurice, le Gaylar. 

Monstruosités sénestres des environs de Montpellier et de 
Saint-Martin-de -Londres. 

Note. — Le genre Cyclostome * a été créé par Lamarck vers 
la fin du siècle dernier , mais les espères groupées ainsi par 
l'auteur étaient marines. Plus tard, Draparnaud et Stlider élimi- 
nèrent celles-ci et ont constitué le genre Cyclostome tel qu'il a été 
adopté depuis. Il comprend des Mollusques pulmonés et pourvus 
d'un opercule calcaire. Le Cyclostoma e/et^an^ peut être pris pour 
type de cette coupe, qu'on a subdivisée depuis quelques années, 
par suite (ieîa découverte d'un grand nombre d'espèces, presque 
toutes étrangères à l'Europe. 

En 1821, Stiider et Hartmann séparèrent des vrais Gyclostomes 
les operculés terrestres, caractérisés par une coquille conoïde 
allongée, striée, et dont l'opercule présente des tours assez nom- 
breux. Ils créèrent ainsi un nouveau genre, auquel ils donnè- 
rent le nom de Pomatias. Cette nouvelle coupe a été adoptée par 
plusieurs auteurs, mais d'autres ne l'ont admise qu'à titre de sous- 
genre. Il appartenait aux anatomistes de trancher cette question. 
L'histoire de leurs travaux va faire le sujet de cette Note. 

Les premières observations sérieuses dont j'ai eu connaissance 
sur l'enatomie des Gyclostomes et des Pomatias, remontent à 
1856. Mon regretté professeur et ami Moquin-Tandon , qui a 
étudié avec soin le cartilage lingual desPaludines dans l'ouvrage 



* Celte note est entièrement due à M. A. de Saint-Simon, dont tous les mala- 
cologistes connaissent la compétence en cette matière. 



MOLLUSQUES DE l'hÉRAULT. 241 

fondamental connu de tou-^, n'a parlé qu'en passant du radula 
du Cycloslome élégant. Il donne en outre quelques détails sur 
l'appareil reproducteur mâle de cet operculé. 

En 1856, Troschel découvre celte pièce buccale très-intéres- 
sante que l'on appelle lorica palatina. A mon avis, on doit lui 
donner le nom de mâchoire, car sa position est la même que celle 
de la pièce cornée que possèdent les Gastéropodes terrestres 
dépourvus d'opercule ; elle ne diffère de colle -ci que par le peu 
d'épaisseur de la membrane chitineuse qui en est l'élément con- 
stitutif. En outre, le bord libre est plus ou moins dentelé. Cet 
appareil n'existe pas chez les Cyclostomes. Le même auteur a 
décrit et figuré les dents linguales des Cyclostomes et des Poma- 
tias. 

Le D"" René Glaparède a étudié le Cyclostoma elegans dans une 
Thèse qui est le travail anatomique le plus complet que je con- 
naisse sur les operculés de ce genre. L'abbé Joseph Stabile a 
publié, en 1864, une excellente analyse de ce Mémoire dans 
l'ouvrage intitulé : Mollusques terrestres da Piémont. Il a eu pour 
collaborateur Sordelli, anatomiste de Milan. Je me bornerai à faire 
connaître ce qu'il y a de plus important, sous le rapport anato- 
mique, dans le travail original et dans le compte rendu de Sta- 
bile et Sordelli. 

Le système sensitif du Cyclostoma elegans se compose de l'an- 
neau central ou collier médullaire ; celui-ci est constitué par trois 
paires de ganglions : les sus-œsophagiens antérieurs ou pharyn- 
giens supérieurs, les latéraux, les inférieurs ou pharyngiens infé- 
rieurs. Chaque ganglion latéral donne naissance à une commis- 
sure qui se termine par un petit ganglion. 

Le fait le plus remarquable qui a été observé à cet égard par 
Claparède, c'est l'existence d'un chiasma que présentent les deux 
nerfs. Le ganglion latéral droit est en communication avec le 
ganglion accessoire gauche; il en est de même pour les deux 
autres ganglions. 

Il existe encore deux paires de ganglions beaucoup plus petits 
que les précédents ; ce sont : les viscéraux nerveux et les auditifs. 

16 



242 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

L'organe de l'ouïe renferme un nucléus central formé par les 
olûlithes, qui sont réunies en une seule masse. 

Le conduit qui met en rapport la poche auditive avec l'exté- 
rieur est très-apparent. 

L'œil du Cyclostome élégant a été décrit, en 1851, par Charles 
Lespès. Glaparède donne, de son côté, de nombreux détails sur 
cet organe. Toutes ces observations démontrent que l'œil des 
Cyclostomes est un des appareils sensitifs les plus parfaits qui 
■ existent chez les iMolluscJues et qui rappellent le plus ceux des 
Vertébrés. Lespès a décrit en outre l'appareil olfactif du même 
operculé- ÇVoiv le Joicrnal de Conchyliologie, iom. III, pag. 299.) 

Quant au système digestif du C. elcgans, il est caractérisé par 
l'absence de mâchoire. Brard a signalé le premier les deux pièces 
calcaires qui favorisent la mastication. Le ruban lingual [radtila) 
présente des dents pectinées; les rangées sont assez nombreuses. 

L'estomac est terminé à la partie supérieure par un petit 
cœcum . 

L'intestin se compose de trois couches : un épithélium, une 
couche médiane cellulaire, enfin un tissu composé de cellules 
graisseuses. Glaparède entre dans de nombreux détails sur la 
constitution des éléments divers dont le tube digestif est formé : 
fibres musculaires, glandes, cellules, etc. 

Les glandes saHvaires sont petites; on y remarque un grand 
nombre de foUicules qui aboutissent à un canal; celui-ci traverse 
l'organe dans toute sa longueur. 

Le foie renferme trois éléments : des globules colorés (ceux-ci, 
soumis à l'action des alcalis, ne prennent pas une teinte plus 
foncée, mais ils se dissolvent complètement), des cellules hépa- 
tiques, des globules arrondis et adipeux qui réfractent les rayons 
du soleil. 

Le cœur ne présente pas de particularité notable. 

Le rein (sac de Bojanus) est triangulaire ; les cellules parais- 
sent arrondies et transparentes; elles sécrètent des corpuscules 
jaunes, agglomérés et inégaux. 

Glaparède .signale une glande volumineuse particulière au 



MOLLUSQUES DE LHÉRAULT. 243 

Gyclostomo élégant, et qui probablement sert à éliminer certains 
produits de la digestion do la même manière que le sac de Boja- 
nus. Un autre organe, glanduleux aussi, se trouve au-dessous de 
la bouche et à la partie antérieure du pied. D'après Glaparède, le 
mucus sécrété par cette glande sertàlubréfîer la partie antérieure 
de ce pied. Je crois qu'il doit aussi servir à lubréfîer les parties de 
la coquille qui sont en contact avec l'opercule. 

L'appareil générateur mâle de la même espèce se conapose 
d'un testicule assez volumineux, d'un canal défèrent, d'une vési- 
cule ovoïde (prostate) située a quelque distance de la verge, dont 
elle est séparée par la prolongalion du canal excréteur des sper- 
matozoïdes. 

L'appareil femelle présente un ovaire grêle et contourné, un 
oviducte assez semblable au canal déférent, une glande ovoïde 
qui ressemble au talon des Hélices ; celle-ci vient s'appliquer à 
une poche vaginale très-grande et qui se rétrécit à mesure qu'elle 
se rapproche de l'ouverture vaginale. L'utérus contient des cor- 
puscules semblables aux corpuscules sanguins des Grenouilles, 
et qui sont solubles dans les alcalis. La membrane de ces corpus- 
cules n'a pas pu être observée. 

Je ne ferai qu'une simple réflexion sur le remarquable Mémoire 
de Glaparède. Il n'y est question qu'en passant des différences qui 
existent enlre les Gyclostomes et les Pomatias. Or, chez ceux-ci, 
il existe une mâchoire ; les dents du cartilage lingual sont sim- 
ples au lieu d'être pectinées; enfin, les corpuscules auditifs sont 
isolés au lieu de former un nucléus presque compacte et arrondi. 

L'auteur de cette Note s'était donc aperçu que de nombreuses 
lacunes existaient relativement à l'anatomie des Pomatias. En 
outre, il ne savait pas si l'organisation interne du C. sulcatum 
différait de celle du C. elegans. Afin de résoudre ces différents 
problèmes malacologiques, il a publié trois Mémoires successifs : 
le premier en 1866, le second l'année suivante, et enfin le troi- 
sième en 1868. 

Le peu de détails anatomiques contenus dans le premier de 
ces travaux se rapporte au lorica (mâchoire) et au ruban lingual 



244 MÉMOIRES OniGIiNAUX. 

[radula) des Pomatias. La partie anatomique du second et du 
troisième Mémoire est plus importante. Voici les observations les 
plus dignes d'être citées. 

Le ruban lingual du C. sulcatiim est composé de dents pecti- 
nées qui se soudent en partie vers la partie antérieure de la plaque, 
de sorte qu'il n'en existe plus que trois rangées, tandis qu'on en 
observe onze à la postérieure du ruban. Le C. ferrugineum ^ 
espèce d'Espagne dont la coquille ressemble à celle des Tudora 
des Antilles, est caractérisé par un ruban lingual plus simple, car 
il ne présente que sept rangées de dents. 

Le système nerveux du C. sulcatum se compose des mêmes 
éléments que celui du C. elegans, mais les ganglions pharyngiens 
supérieurs sont cordiformes, tandis que ceux représentés par 
Claparède se composent de deux lobes inégaux et arrondis. Les 
pharyngiens inférieurs du C. sulcatum sont crochus au lieu d'être 
ovoïdes, comme ceux du C. elegans. Le curieux chiasma existe 
dans le Cyclostome provençal comme dans l'autre espèce. 

L'anatomie des Pomatias tient une place assez large dans les 
deux Mémoires publiés en 1867 et 1868. Les détails sur les 
différentes pièces buccales y sont assez nom.breux. Troschel, 
Claparède, Slabile et Sordelli avaient fait connaître les lorica 
palatina et les radula des Pomatias paiulus et septemspiralls. 
L'auteur de cette Note a étudié ces appareils chez les espèces sui- 
vantes de France : Pomatias carthusiantis, Nouleti, crassilabris, 
Arriensis. 

Toutes ces espèces sont munies d'un lorica composé de deux 
pièces visiblement soudées , le bord libre forme une ligne con- 
tinue de denticules cornées, nombreuses et arrondies. 

Le ruban lingual est armé de cinq rangées d'épines semblables 
aux crochets marginaux des Vitrines et des Zonites hyalins. Il est 
très-long et très-grêle. Les pièces buccales et les pièces linguales 
suppléent au défaut du développement du rar/'i^/a. Celles-ci varient, 
pour la forme, selon les espèces de Pomatias. 

Les systèmes reproducteurs mâle et femelle ressemblent à ceux 
du C. elegans, mais leur description est incomplète. Il est ques- 



MOLLUSQUES DE L HÉUAULT. 2io 

tion delà matrice. Se confond-elle avec le vagin ? C'est ce que des 
recherches ullérieures feront connaître. L'anatomie des Pomatias 
est difficile à compléter, par suite de la nature des tissus, qui sont 
consistants, et du peu de largeur des tours de la coquille sur 
lesquels l'animal est moulé. 

L'anneau nerveux a été l'objet (l'une étude plus conscien- 
cieuse. Il en est de même pour les principaux ganglions du 
système médullaire. Les pharyngiens supérieurs sont bilobés 
dans le P. Nouleti, contournés chez le P. crassilabris ; il exista 
un chiasma qui rappelle celui des Gyclostomes, mais il est formé 
par des nerfs qui parlent de la partie interne des ganglions que 
je viens de citer. Les anses des ganglions latéraux sont assez 
longues et ceux-ci sont trigones ; les pharyngiens inférieurs m'ont 
paru très-allongés. Enfin, les ganglions auditifs, qui sont séparés 
dans le C. elegans, se touchent chez le P. crassilabris. 

Ces ganglions, observés chez le P. Nou/eti, sont petits et très- 
peu distincts. Quanta l'appareil visuel du même genre, étudié 
chez la môme espèco, il présente une cornée mince, un grand 
cristallin paraissant tombé, ovoïde allongé, un peu tronqué à 
l'un des bouts, légèrement granuleux et transparent, et offrant 
une légère teinte brune, On remarque dans l'œil une sclérotique 
épaisse, la pupille est grande et l'iris paraît noir. 

Il résulte des observations qui viennent d'être énumérées que 
les différences de structure interne qui séparent les Pomatias des 
Gyclostomes sont assez grandes pour que les deux genres ne 
soient pas réunis. Des observations comparatives ultérieures 
viendront probablement justifier cette manière de voir--. 



1 L'auteur de cette Note a publié en 1869. dans la Revue cla Zoologie, un tra- 
vail sur les Pomatias', mais, à part quelques descriptions de pièces buccales, ce 
Mèn:oire est presque entièrement étranger à l'anatomie. 



REVUE SCIENTIFIQUE. 

TRAVAUX FRANÇAIS. — Zoologie. 



Les phénomènes {Compt. rend. Acad., 28 avril 1879) de contraction 
musculaire chez les Invertébrés ont été peu étudiés. M. Ch. Ricbet a 
cru intéressant «d'examiner si les muscles de l'Ecrevisse ditîèrentpar 
leurs propriétés de ceux de la Grenouille ». Il résulte, entre auties 
choses, de ses expériences que la secousse musculaire des muscles de 
la queue de l'Ecrevisse est très-hrève et semblable à celle du gastro- 
cnémien de la Grenouille, tandis qu'au contraire la secousse du muscle 
de la pince est très-allongée, « beaucoup plus longue que celle des 
muscles des Vertébrés (en exceptant lemuscle cardiaque) ». Cesdeux 
muscles s'épuisent très rapidement; mais l'un s'épuise aux excitations 
électriques rapprochées, l'autre aux mêmes excitations isolées, touten 
restant extrêmement sensible aux excitations de la première nature. Ces 
faits sont, pour M. Richet, en rapport avec les mœurs de l'Ecrevisse : 
elle est, en effet, incapable de parcourir en nageant de très-grandes 
distances ; d'autre part, dès qu'elle tient une proie entre ses pinces, 
elle « ne la lâche pas, et meurt presque plutôt que de la lâcher». 
Une différence au moins aussi considérable que celle qui existe entre 
les muscles lisses et les muscles striés des Vertébrés se rencontre 
donc entre les deux principaux muscles de l'Ecrevisse. 

M. Ch. Richet [Compt. rend. Acad., 12 mai 1879) a aussi étudié 
l'influence de la chaleur sur les fonctions des centres nerveux de 
l'Ecrevisse. Il est possible de voir ces diverses fonctions disparaître, 
eu soumettant des Ecrevisscs vigoureuses à des températures de plus 
en plus élevées, à mesure que la température s'élève. L'asphyxie pro- 
duit aussi des résultats semblables. 

— M. J. Lichtenstein {Compt. rend. Acad., 28 avril 1879) a découvert 
une nouvelle Cochenille vivant sur l'Ormeau. Par sa forme bizarre et 
les circonstances particulières de son évolution biologique, cette Co- 
chenille doit être rapportée à un « genre à part, très-tranché, for- 
mant la transition entre les Coccidiens et les Phylloxériens». L'ha- 
bile entomologiste a donné à cet Insecte le nom de Ritsennia pupifera, 
désignation spécifique rappelant le mode de reproduction, anthogé- 
nèse, dans lequel intervient une forme donnant des pupes mâles et 
femelles d'où sortent les sexués pour s'accoupler immédiatement. 



TP.AVAUX FRANÇAIS. — ZOOLOGIE. ZU 

— Le même auteur (Compf. rend. Acad., 26 mai 1879) fait une Com- 
munication très-intéressante sur les métamorphoses delà Cantharide 
Lytla vesicatoria, Fab., jusqu'ici inconnues. Les œufs, pondusdelafin 
de mai au commencement de juin par la Cantharide, éclosent quinze 
jours après et donnent la larve connue sous le nom de Triongulin, qui 
change de peau du cinquième au sixième jour; elle perd ses soies 
caudales et sa couleur brune: «c'est un petit Ver blanc, hexapode»; 
cinq jours après, nouveau changement de peau avec accentuation des 
premières modifications, qui ont surtout porté sur les yeux et sur les 
mâchoires. Enfin, au bout de cinq autres jours se produit une nou- 
velle mue, à la suite de laquelle se remarque la disparition complète 
des yeux; la forme de l'Insecte rappelle une petite larve de Scarabée: 
il est destiné à fouir la terre. Cette larve scarabéoïde s'enfonce dans 
la terre immédiatement, et subit au bout de cinq jours une nouvelle 
mue; «mais cette fois-ci ce n'est plus une larve qui se présente, c'est 
une pupe, assez semblable aune pupe de Muscide, et sur laquelle se 
détachent quatre petits mamelons au sommet et trois paires de petits 
mamelons à la place où étaient les pattes». Cet état dure l'entier 
hiver ; mais le 15 avril cette pupe brise son enveloppe, une larve 
blanchâtre apparaît de nouveau, larve ressemblant beaucoup à celle 
que M. Lichtenstein a appelée scarabéoïde, mais différant surtout de 
cette dernière par l'absence des ongles et des mâchoires, et par les 
pattes, qui ne sont que rudimentaires. Elle ne tarde pas, du reste, à 
se métamorphoser, et, le 30 avril, une nouvelle mue nous donne un 
Insecte rentrant dans «les formes connues de toutes les nymphes de 
Coléoptères ; enfin , le 19 apparaît la Cantharide, qui a donc mis un 
an à accomplir son évolution complète. 

— M. Ch. Rouget [Cojnpt. rend. Acad., 5 mai 1879), l'auteur d'une 
Communication sur la contractilité des capillaires sanguins, établit 
a que, chez tous les Vertébrés, une même tunique contractile, modi- 
fiée seulement dans la forme de ses éléments, enveloppe tout le système 
de canaux vasculaires sanguins, y compris le cœur jusqu'aux capil- 
laires inclusivement, et que la contractilité, modifiée aussi dans les 
caractères do ses manifestations suivant les régions, est une propriété 
essentielle de toutes les parties du système vasculaire sanguin ». 

—Les recherches de M.E. Heckel [Compl. rend. Acad., 5 mai 1879) 
sur l'action des sels de strychnine (sulfate etoxalate) sur les Mollusques 
gastéropodes, lui permettent de conclure à l'immunité remarquable de 
ces Mollusques eu ce qui concerne lesdits sels. Chez ces animaux, 
comme chez les Vertébrés sur lesquels on a expérimenté, le degré 



248 REVUE SCIENTIFIQUE. 

de nocivité du poison est en raison inverse du poids de l'animal. 
Comme chez les animaux supérieurs, la strychnine exerce son action 
sur le système nerveux. 

— A l'occasion des observations précédentes , M. Vulpian 
l^Compl. rend. Acad. , 23 juin 1879) donne le résultat de ses recherches 
relatives à l'action des poisons du cœur chez V Hclix pomatia : l'extrait 
alcoolique d'inée produit chez cette Hélice des effets analogues à ceux 
que ce même poison entraîne chez la Grenouille. On sait que chez 
ce dernier animal le ventricule reste en systole, tandis que les deux 
oreillettes demeurent en diastole. Le dépôt de quelques gouttelettes 
d'une solution aqueuse de sulfate d'atropine sur le cœur de l'Hélice 
vigneronne a été impuissant à rappeler le moindre mouvement. Ces 
mouvements ont pu être rappelés par ce dernier sulfate après l'injec- 
tion, au travers du pied, dans la cavité viscérale, d'une solution 
aqueuse de muscarine; comme chez la Grenouille, dans ce dernier 
cas, les mouvements du cœur sont arrêtés, le ventricule restant en 
diastole. De l'antagonisme de la muscarine et du sulfate d'atropine 
chez les Mammifères, les Batraciens et les Mollusques, M. Vulpian 
est porté à conclure à une certaine analogie entre le mode d'inner- 
vation du cœur de ces dilTérents animaux. 

— Au nombre [Compt. rend. Acad.^ 5 mai 1879) des parasites qu'hé- 
berge l'intestin des Batraciens anoures d'Algérie, M. E. Maupas a ren- 
contré une espèce d'Opaline qui lui parait ne pas avoir été décrite; cette 
Opaline, que l'on peut considérer comme le géant des Infusoires, car 
sa longueur dépasse quelquefois un millimètre, «ressemble beaucoup 
h l'Opaline trouvée par Siebold chez Planaria torva, et figurée par 
Max Schutze sous le nom de Opalina polymorphay) . Adoptant les 
coupes génériques établies par Stein dans la famille des Opalines, 
M. Maupas la désigne sous le nom d'Haptophrya gigantea. 

— Les expériences de M. Ranvier (Compt. rend. Acad., 12 mai 
1879), qui ont porté sur des Lapins, tendent à démontrer que la repro- 
duction et la nutrition du revêtement épithélial de la cornée sont 
indépendantes du système nerveux, car la régénération des cellules 
de l'épithélium de la cornée précède celle des nerfs. 

Cette Communication est terminée par l'exposé d'une conception 
systématique reposant sur les faits rapportés par M. Ranvier et sur 
quelques expériences qu'il publiera ultérieurement. Cette conception 
est appelée par le savant physiologiste ^théorie du développement con- 
tinu du système nerveux. «Le plexus sous-épithélial et les nerfs intra- 



TRAVAUX FRANÇAIS. — ZOOLOGIE. 249 

épithéliaux no jouent pas un rôle nécessaire dans la conservation de 
la cornée. La preuve en est dans ce fait que, après leur extirpation 
complète, l'animal défend encore parfaitement son œil contre toutes 
les injures extérieures». M. Ranvier «pense donc qu'il ne faut pas 
voir la raison de l'existence de ces petits appareils nerveux dans un 
but physiologique qui leur serait spécial. Cette raison serait tout 
autre : il faudrait la chercher dans un fait de morphologie très- géné- 
ral. Les dernières ramifications nerveuses, tout en suivant le plan 
qui leur est imposé par leur organisation, auraient une tendance à 
végéter continuellement à la périphérie, et elles ne seraient arrêtées 
dans leur croissance que par les obstacles qu'elles rencontrent, comme 
les racines des plantes dans l'intérieur du sol.» 

Les recherches expérimentales de M. Banvier sur la signification 
physiologique du plexus nerveux terminal de la cornée luiont prouvé 
qu'il n'y a pas de nerfs trophiques dans la cornée, sanutrition conti- 
nuant à se faire régulièrement après que l'on a supprimé tous les 
ne rfsqui s'y rendent; que les fibrilles nerveuses entrant dans la consti- 
tution de son plexus terminal forment un plexus et non pas un réseau, 
elles conservent jusqu'au bout leur individualité physiologique et 
anatomique; que la disposition plexiforme des nerfs delà cornée pa- 
raît uniquement relative à la transparence de cette membrane ; enfin 
que les nerfs de la cornée sont des nerfs de sensibilité générale, dont 
la fonction n'est pas indispensable. 

Enfin, M. Ranvier [Compt. rend. ÂcacL, 30 juin 1879) fait une Com- 
munication sur une substance nouvelle de la cornée et sur le procédé 
de kératinisation des nerfs épidermiques. 

— Il est aujourd'hui hors de doute [Compt. rend. Acad., 12mai 1879) 
que les AmpuUaires possèdent une branchieet un© poche comparable 
au poumon des Gastéropodes terrestres. Notre collaborateur et ami 
le profeôseur Jourdain revient sur cette démonstration et nous fait 
connaître les rapports de ces deux organes de respiration. 

C'est à la face interne de la voûte de la chambre palléale, située, 
comme chezles Pectinibranches, à la région dorsale antérieure, qu'est 
placé l'appareil respiratoire : « comme chez un grand nombre de Pecti- 
nibranches, il consiste en une double branchie, l'une normalement 
développée, l'autre avortée. Entre la branchie normale et la branchie 
rudimentaire existe un espace irrégulièrement elliptique, occupé parla 
chambfe pulmonaire. Celle-ci paraît être un dédoublement de la voûte 
palléale donnant naissance à un sac aplati, dans le feuillet inférieur 
duquel est pratiqué le pneumostome. Sur le plancher de la chambre 



250 REVUE SCIENTIFIQUE. 

palléale on voit un repli saillant, courbe, qui, loi-sque ce plancher se 
trouve en contact avec la voûte qui le recouvre, vient se placer dans 
le sillon de même courbure qui sépare la grande branchie du sac pul- 
monaire. Il paraît pouvoir se constituer de la sorte, comme l'a remar- 
qué. M. Bavay, un double compartiment palléal, l'un situé du côté 
droit, qui renferme la branchie normale, l'autre placé du côté gau- . 
che, correspondant au poumon et à la branchie avortée ». C'est avec 
le compartiment droit ou branchial qu'est en rapport le siphon rudi- 
mentaire, tandis que le grand siphon établit une communication en- 
tre l'extérieur et le compartiment gauche ou pulmonaire. Enfin la 
glande rénale est placée en arrière de la branchie . 

Mais il était très-intéressant de savoir comment se comportent les 
vaisseaux à l'égard de cet organe de respiration si exactement décrits 
par M, Jourdain, et devoir si leur disposition concordait avec l'exis- 
tence de cette respiration aérienne et aquatique. C'est sur ce point que 
porte la seconde partie de la Communication que nous analysons. 

Le sang veineux qui revient de diverses parties du corps se rend 
par deux troncs, l'un à droite, l'autre à gauche, dans une arcade 
veineuse placée dans la voûte de la chambre palléale, à une cer- 
taine distance du bord libre de celle-ci. D'une part, cette arcade 
reçoit le sang veineux du bord antérieur de la voûte, et, d'autre 
part, distribue son contenu au rein, à la grande branchie et au pou- 
mon ; pour cela, elle émet une veine rénale afférente, une veine bran- 
chiale aussi afférente qui reçoit les branches afférentes du rein , 
enfin plusieurs branches qui se ramifient dans le poumon. Quanta la 
branchie rudimentaire, c'est un organe sacrifié, car le sang qui en re- 
vient se déverse dans l'arcade palléale. Ainsi, la branchie et le poumon 
fonctionnent comme organes d'hématose, seulement la comparaison 
du degré de perfectionnement organique des deux appareils porte à 
regarder la branchie comme jouant le rôle le plus essentiel. Hâtons- 
nous d'ajouter qu'après avoir traversé le réseau pulmonaire et le ré- 
seau branchial, «le sang hématose se rend dans un tronc situé dans 
l'intervalle des deux organes de respiration. Ce vaisseau aboutit à 
l'oreillette, dans le voisinage de laquelle il reçoit une certaine quan- 
tité de sang veineux revenant de la glande dite de la pourpre » . 

— Cette Communication est suivie d'une Communication du pro- 
fesseur Sabatier sur le même sujet {Compt. rend. Acad., 25 juin 
1879). Dans la circulation de l'Ampullaire est signalé un sinus 
rectal, qui est un diverticulum de la cavité générale du corps et dont 
les affluents sont reçus par le vaisseau afférent de la branchie, ainsi 



TRAVAUX FRANÇAIS. — ZOOLOGIE. 251 

qu'un vaisseau profond, à parois musculaires, se ramifiant dans l'é- 
paisseur d'une grosse glande indiquée par M. Sabatier comme un 
organe intermédiaire entre le foie et le rein, et reconnue par le 
professeur Giard comme étant morphologiquement en rapport avec 
ce dernier. Ce vaisseau, après avoir formé un réseau, donne nais- 
sance au vaisseau profond du rein qui est propre aux Ampullaires. 
Quant au vaisseau superficiel du même organe, «correspondant à 
tous égards au vaisseau afférent unique des autres Pectinibranches », 
il reçoit les autres vaisseaux naissant de la grosse glande. Le sang 
qui a traversé cette glande n'arrive au cœur qu'après avoir traversé 
le rein d'abord, et les organes respiratoires ensuite. 

Une disposition spéciale est celle du gros tronc aboutissant à l'oreil- 
lette, sur le bord gauche de la branchie, entre celle-ci et le poumon. 
Les vaisseaux provenant des orifices efférents de la voûte et afférents 
du plancher pulmonaire qui garnissent ce tronc, convergent en un 
tronc spécial débouchant dans l'oreillette. L'oreillette reçoit donc, et 
ce fait est en relation avec la double respiration des Ampullaires, 
deux veines afférentes : l'une branchiale et pulmonaire, l'autre exclu- 
sivement pulmonaire. 

Enfin, une sorte d'arcade résulte de l'abouchement en avant du 
vaisseau de la branchie et du vaisseau afférent propre du poumon. 
C'est sur cette arcade que vient s'aboucher le tronc intermédiaire, 
très-obliquement et suivant un angle très-aigu ouvert à gauche. Il 
se produit ainsi un éperon valvulaire qui explique, selon M. Sabatier, 
la fonction des deux organes respiratoires pendant le séjour des 
Ampullaires dans l'air et pendant leur séjour dans l'eau. 

— Un nouveau genre {Compt. rend. Acad., 12 mai 1879) de 
Batraciens anoures d'Europe est signalé par M. F. Lataste. Quel- 
ques exemplaires du genre dont s'agit, confondu jusqu'ici avec 
l'Ahjtes obstetricans, ont été capturés à Mérida (Espagne). 

— D'après une Note de M. François Franck (Compt. rend. Acad., 
19 mai 1879), la théorie «qui subordonne les variations du diamètre 
de la pupille aux différents degrés de réplétion des vaisseaux sanguins 
de l'iris» , est applicable aux changements de diamètre delà pupille 
suivant les attitudes ; mais quant aux variations durables de l'orifice 
pupillaire produites en excitant certains nerfs par voie directe ou 
réflexe, elles résultent, non pas seulement de cette cause, mais de 
l'action des muscles de l'iris. 

— M. P. Picard [Compt. rend. Acad., 19 mai 1879) explique les 



252 BEVUE SCIENTIFIQUE. 

conlracLions de la rate, dans la vie régulière, par l'effet d'une « action 
seiisitive qui parvient aux centres en suivant les troncs des deux 
nerfs pneumogastriques , tandis que l'action centrifuge qui lui fait 
suite passe par la moelle et les nerfs splanchniques.» Mais si la con- 
traction de la rate peut être obtenue expérimentalement, il n'en est 
pas de même pour sa dilatation, et tout porte M. Picard à attribuer 
ce dernier étal aux actions nerveuses exercées sur le tube digestif. 

— L'emploi de l'éosine hématoxylique [Compt. rend. Acad., 19 mai 
1879) en histologie est indiqué par M. J. Renaut. A l'aide de ce 
réactif , il a pu constater que les cellules des glandes salivaires de 
YHelix pomatia appartiennent à deux variétés différentes. 

— M. W. Sôrensen ( Compt. rend. Acad , 19 mai 1879) a été à 
même, pendant son séjour à l'embouchure du Riacho del Oro, dans 
le Paraguay, de faire des recherches sur la manière dont plusieurs 
Poissons de ces rivières, notamment ceux des familles des Siluroïdes 
et des Gharacins, font entendre des sons particuliers ; il a constaté 
que ces sons ont pour principal organe la vessie natatoire, et que c'est 
chez les Siluroïdes que cette vessie acquiert son plus grand dévelop- 
pement comme organe du son. Chez ces Poissons, on remarque 
qu'avec des particularités suivant les genres, la vessie est divisée, 
par des cloisons incomplètes, en plusieurs chambres restant en com- 
munication libre entre elles; on observe en ore que « les apophyses 
transverses des deux ou trois premières vertèbres, et souvent une 
de l'arceau de la première vertèbre, sont partie liées non-seulement 
entre elles, mais encore avec la partie postérieure du crâne et les 
apophyses des premières vertèbres, par des membranes élastiques 
très-fortes.» Enfin, sont liées aussi à la vessie natatoire les apo- 
physes transverses de la seconde et de la troisième vertèbre, taillées 
en forme de ressort. Le son est dû à l'action des muscles qui s'in- 
sèrent, soit directement à la vessie natatoire, soit à l'apophyse trans- 
verse de la troisième vertèbre. Il importe de noter que chez les 
Siluroïdes une certaine élasticité à peu près égale existe dans toute 
l'étendue de la vessie natatoire qui n'est pas ossifiée, et que la même 
élasticité se rencont're chez les Gharacins, mais dépendant surtout de 
bandes plates ou de cordons ronds dans la paroi. M. Sôrensen 
ajoute qu'aucun des nombreux genres de Poissons qu'il a pu étu- 
dier sous ce rapport ne respire par la vessie natatoire. 

— M. Gosmovici {Com.pt. rend. Acad., 26 mai 1879) présente une 
Note sur la cavité du corps des Annélides sédentaires et leurs organes 



TRAVAUX FRANÇAIS. — ZOOLOGIE. 25o 

segmenlaires. Quelques remarques sur le genre Phascolosoma accom- 
pagnent cette Note. Le Phascolosoma vulgare offre, « sur la partie anté- 
rieure des deu.x longues poches noirâtres, un tube pourvu d'un pavillon 
à deux larges lèvres ciliées ». La structure des poches nous montre des 
« corps rénaux auxquels sont annexés les organes segmentaires «. 

C'est à la base de la paire des muscles ré tracteurs de la trompe 
qu'est placée la glande génitale mâle ou femelle. Un filet élastique, 
qui probablement doit être un vaisseau sanguin, retient fixée la 
glande en forme de grappe. A la surface de la membrane vitelline de 
l'œuf on observe la présence de cils. Les papilles de la trompe pa- 
raissent jouer un grand rôle dans la respiration. «En effet, toute la 
couronne est en communication avec l'appareil circulatoire. Les glo- 
bules montent le long des parois et descendent par le centre de la 
papille. Des prolongements des parois, à l'intérieur de la cavité 
papillaire font que les globules restent un certain temps en conEact 
avec la paroi si mince de ces organes et facilitent ainsi un échange 
de gaz.» 

— Une espèce nouvelle de Tcenia [Compt. rend.Acad.^ 26 mai 1879), 
qui a été créée par M. R. Meniez sous le nom de T. Giardi, et qui se 
rencontre assez fréquemment chez le Mouton, « se caractérise très- 
nettement par la position de ses produits mâles, situés au-delà des 
vaisseaux, entre ceux-ci et les faces étroites, et par l'arrangement 
des œufs, groupés au nombre de six à dix dans des sortes de coques 
^ fibrillaires qui donnent un aspect grenu tout particulier à la cassure 
des anneaux.» Dans cette espèce, une marche particulière se remarque 
dans l'évolution des produits femelles. 

Ajoutons que «trois courants de spermatozoïdes partent du recep- 
taculicm seminis chez le T. Giardi; deux d'entre eux se perdent dans 
l'ovaire voisin ; le troisième parcourt tout l'anneau et va féconder 
l'ovaire de l'autre côté. » 

M. Moniez a vu à plusieurs reprises «des spermatozoïdes du même 
côté se joindre au troisième courant au lieu de sortir avec les autres 
par la poche péniale» , et il lui a semblé parfois «que le troisième 
courant était uniquement formé de spermatozoïdes nés dans la 
môme moitié de l'anneau, à côté de l'utérus, et non de spermato- 
zoïdes de fécondation. On peut assez souvent observer la fusion de 
la troisième branche d'un côté avec celle du côté opposé. Cette fé- 
condation adjuvante d'un ovaire par les spermatozoïdes arrivés en 
excès au côté opposé a lieu probablement chez toutes les espèces à 
organes génitaux doubles.» 



254 REVUE SCIENTIFIQUE. 

— D'après les expériences de M. Gadiat [Compt.rend. Acad.^2 juin 
1879), la digitaline, donnée aux animaux en proportion toxique, agit 
comme poison du cœur. Une tétanisation du ventricule et une 
diastole de l'oreillette résultent de son action sur cet organe, action 
qui ne se manifeste, ni sur les centres nerveux, ni sur les nerfs péri- 
phériques, ni sur les muscles. 

— Des œufs {Compt. rend. Acad., 2 juin 1879) mis en incubation 
dans l'eau chaude et ouverts après deux ou trois jours d'immersion, 
ont tous présenté à M. Dareste des faits d'évolution. Un seul embryon, 
décomposé au bout déco temps, avait atteint un certain degré de dé- 
veloppement; il offrait la modification tératologique découverte par 
M. Dareste et décrite par lui sous le nom à'omphalocéphalie. Sans 
pouvoir résoudre actuellement la question, le savant embryogéniste 
se demande si c'est là la forme extrême de l'évolution embryonnaire 
dans l'eau chaude. 

Dans certains cas (Compf. T^nfL Acad., 23 juin 1879) on remarque 
un défaut complet d'amnios ; mais l'embryon est frappé d'une mort 
précoce, ou, s'il vit quelques jours, tout porte à croire qu'il mourrait 
prochainement, car la présence de l'amnios est indispensable dans 
la vie embryonnaire : c'est, pourl'embryon, un moyen de protection 
contre toutes les actions mécaniques qui tendraient à le comprimer. 

— Un cas de trichinose {Compt. rend. Acad., 2 juin 1879) a été 
observé par M, E. Heckel chez un jeune Hippopotame du Nil, mort 
en captivité au Jardin zoologique de Marseille. 

— M. E. Maupas {Compt. rend. Acad., 16 juin 1879) range, avec 
Gohn et la grande majorité des auteurs, les Volvocinées parmi les 
Algues, à côté des Palmellacées, des Conjuguées et des Zoosporées, 
et revient sur la question débattue des limites entre les deux 
règnes organiques. Pour Stein, la présence simultanée de cils ou 
flagellum vibratiles, de vacuoles contractiles, et d'un nucléus réunis 
chez un seul être, est un critérium certain pour distinguer un Proto- 
zoaire d'un Protophyte, le premier seul réunissant ces trois organes, 
aucun végétal bien caractérisé ne les possédant ensemble ; pour 
M. Maupas, cette caractéristique «est sans valeur et elle se retrouve 
chez les Algues, sur la nature végétale desquelles Stein lui-même 
n'oserait pas élever des doutes». 

— Une Note (Compt. rend. Acad., 14 juillet 1879) sur la ponte des 
Amblystomes au Muséum est présentée par L. Vaillant. On ne peut 
plus contester aujourd'hui la fécondité des Axolotls transformés, et «on 



TRAVAUX FRANÇAIS. ZOOLOGIE. 255 

est conduit à reconnaître qu'il faut les considérer, non comme une 
forme aberrante résultant en quelque sorte d'une modification patho- 
logique, — mais bien comme une métamorphose normale conforme au 
cycle habituellement connu chez les Urodèles ». La reproduction de 
ces animaux, dans certaines conditions biologiques, s'effectue sous 
deux états, l'état larvaire et l'état de complet développement, mode 
de reproduction qui, suivant la remarque de M. Blanchard, faite 
en 1868, présente des analogues chez les Vertébrés inférieurs et 
certains Articulés. 

— Sa ressemblance extérieure {Compt. rend. Acad., 14 juillet 1879) 
et sa vie en parasite sur un Batracien d'Algérie, le Discoglossus pictus, 
avaient fait prendre pour le Glossiphonia algiraune petite Hirudiniée 
rapportée par M. G. Viguier au genre Batrabdocelle, sous le nom de B. 
Laiisii.La. disposition du système nerveux et de l'appareil circu- 
latoire est bien celle que l'on observe chez les Glossiphonies, mais celle 
des organes génitaux est plutôt la disposition qu'on remarque chez 
les Pontobdelles. Enfin la disposition des cœcums et la présence 
d'un renflement hépatique différencient le tube digestif de ce qu'on 
observe chez les autres Hirudiniées. 

— Chez les Vertébrés à sang froid (Compt. rend. Acad., 24 juillet 1879)^ 
la portion antérieure du ventricule du cœur «séparée par une section 
ou par une ligature du reste de l'organe demeure inerte, tandis que 
l'autre segment du cœur (base du ventricule et oreillette) continue 
ses battements rhythmiques pendant un certain temps. La pointe du 
cœur est dans les conditions d'un muscle ordinaire muni de ses termi- 
naisons nerveuses, puisque, comme celui-ci, il ne se contracte qu'au- 
tant qu'on l'excite». Cette circonstance a permis à MM. Dastre et Mo- 
rat d'étudier méthodiquement le muscle cardiaque en comparaison 
avec les muscles volontaires, de préciser l'action que les divers sti- 
mulants produisent sur ce muscle, et de vérifier les lois de l'excitation 
électrique. Dans la présente Communication, les auteurs se bornentà 
signaler les particularités relatives à l'action du courant continu et 
des courants induits se succédant à court intervalle; ils établissent 
qu'une succession de courants induits très -rapprochée peut avoir sur 
le cœur l'effet d'un courant continu, effet qui doit être assimilé à 
celui du courant de pile. 

— Il résulte (Compî. rend. Acad., 21 juillet 1879)entre autres choses, 
des recherches expérimentales de M. J.-L. Prévost sur l'action phy- 
siologique du bromhydrate de couine, que «la paralysie produite par 



256 REVUE SCIENTIFIQUE. 

ce sel est le résultat de la paralysie des nerfs moteurs, qui perdent 
aussi leur excitabilité». La paralysie du nerf pneumogastrique se 
remarque avant celle des autres nerfs, mais aussi on observe que son 
excitabilité réapparaît plus promptement que celle de ces nerfs 
dans la période d'élimination du poison. En outre, le bromhydrate de 
conine produit une excitation sur les sécrétions urinaire , salivaire 
et lacrymale ; il ne modifie en rien la contractilité musculaire , et 
il est fort douteux qu'il agisse directement sur les centres nerveux, 

— On doit rapprocher [Compt. rend. Acad.^ 21 juillet 1879) la sé- 
crétion biliaire de la sécrétion rénale, quant aux conditions physio- 
logiques qui la déterminent, et établir avec M. P. Picard ces diffé- 
rences entre ces deux sécrétions, que la première est fournie par un 
système vasculaire veineux, tandis que la seconde est donnée par un 
système vasculaire artériel ; de plus, dans la sécrétion biliaire, le mou- 
vement de sortie du liquide entraîne certaines substances formées 
dans le foie. 

— La Revue a déjà rendu compte de deux Communications à 
l'Académie de M. Villot, sur les Tréuiatodes (13 septembre 1875 et 5 
juin 1876) *. Ces Communications sont le i-ésumé du Mémoire sur 
V organisation et le développement des Trématodes endoparasites marins 
inséré par le même auteur dans le tom. VIII, n°' 2 et 3 (VI'"^série\ 
des Annales des Sciences naturelles. Fidèle à son principe, qui « consiste 
à rechercher par l'observation et en s'aidant des corrélations harmo- 
niques les divers animaux successivement habités par le parasite, et 
à établir ainsi la série de ses métamorphoses», M. Villot nous fait 
connaître d'abord le Distome parasite de Y Echinorhinus spinosus, en 
nous faisant remarquer que bien des points sont encore à con- 
naître dans son histoire. Les Cercaires dont proviennent ce Dis- 
tome, comme tous les Dis tomes nourrissent les Squales, s'enkys- 
tent dans les tissus des Poissons qui leur servent de nourriture. 
M. Villot a eu recours, pour l'étude du Distomum insigne Risso, au 
procédé indiqué par Flemmiug, et qui consiste à plonger des in- 
dividus entiers, durcis dans l'alcool absolu, dans une solution de 
savon à la glycérine, obtenue à l'aide de l'alcool et du bain-marie; au 
moyen de cette préparation, il a pu obtenir de fort belles coupes et 
étudier successivement les téguments, les parenchymes, les ventouses, 
l'appareil digestif, le système nerveux, les organes delà génération et 

1 Tom. IV, pag, 362, et tom. V, pag. 231.' 



TRAVAUX FRANÇAIS. — ZOOLOGIE, 257 

l'appareil vasculaii-e. Il a constaté que la couche externe delà peau, 
se composant de deux couches, est fort mince, et que la couche interne 
est foiiuée de petits granules réfringents; que le parenchyme com- 
prend trois sortes de fibres musculaires disposées d'une façon qu'il 
signale, et des éléments aussi musculaires qui conservent, pendant 
toute la vie de l'animal, leur caractère primordial ; que la ventouse 
buccale estpetite. orbiculaire, tandis que la ventouse ventrale est très- 
grande, à rebords saillants. Après avoir examiné la charpente des 
ventouses, M. Villot étudie l'appareil digestif, qui se divise chez 
le D. insigne en trois parties bien distinctes: la ventouse buccale, 
déjà décrite, le bulbe œsophagien et les deux branches intesti- 
nales. Pour le système nerveux, dont la disposition générale avait été 
parfaitement reconnue par Blanchard, en 1S47, l'auteur a pu consta- 
ter l'existence d'une masse ganglionnaire formée de fibres et de cel- 
lules, située au-dessous de la ventouse buccale et de chaque côté du 
bulbe œsophagien. Une commissure passant sur la base de ce bulbe 
réunit les deux ganglions, dont chacun émet en outre un gros cordon 
longitudinal se dirigeant sur le côté du corps, vers les parties inférieu- 
res. LeD. insigne, hermaphrodite comme la plupart de ses congénères, 
ne possède ni vésicule séminale interne ni pénis; quant à la soi-di- 
sant [ioclie du cirre, elle n'est autre chose « qu'une armature muscu- 
laire quia pour fonction essentielle de produire l'éjaculatiou; elle em- 
brasse la vésicule séminale externe, et le conduitéjaculateur est consti- 
tué par une trame très-serrée de fibres longitudinales et transverses. 
Des détails nous sontfournis sur le pseudovitellogène, qui, avec l'ovaire 
etl'oviducte, compose l'appareil génital femelle: un grand nombre de 
vésicules glandulaires, à contours polyédriques, entrent dans la consti- 
tution de cet organe, formées elles-mêmes par des cellules qu'on peut 
considérer comme endothéliales; une cavité représentant sans doute 
son canal excréteur occupe le centre de la vésicule. L'orifice génital 
commun «présente une structure tout à fait analogue à celle d'une 
ventouse». C'est par juxtaposition que l'accouplement doit avoir 
lieu. 

On sait que les fonctions du système vasculaire sont très-contro- 
versées ehezlesTrématodes; M, Villot ne le considère ni comme un 
appareil circulatoire ni comme un appareil excréteur, mais bien 
comme l'équivalent physiologique de ces deux sortes d'organes. En- 
fin, à l'occasion de la portion périphérique de cet appareil vasculaire, 
il nous signale l'erreur de quelques observateurs qui ont pris pour 
des cellules les dilatations produites parles vaisseaux qui, en s'anas- 
tomosant, forment de véritables sinus. 

17 



258 REVUE SCIENTIFIQUE. 

En second lieu, M. Villot décrit deux Trématodes rencontrés par 
lui dans l'intestin du Tournepierre [Strepsilas interpres] : l'un est le 
Monostomum petasaturriy l'autre VHolostomum sguamosum; l'embryon 
contenu dans l'œuf de cette dernière espèce possède une tache oculi- 
forme analogue à celle que l'on observe chez certaines Cercaires et 
beaucoup d'embryons de Distomes ; tout porte à croire « que l'em- 
bryon de ÏH. squamosum, au sortir de l'œuf, vit pendant quelque 
temps à l'étatlibre dans l'eau de mer avant de s'enkyster; cet enkys- 
tement doit s'opérer chez quelque Mollusque. 

Le Distomum brachysomum, nom proposé par Greplin, se trouve fré- 
quemment dans les appendices cœcaux du Tringa variabilis et aussi 
du Strepsilas inlerpres; mais l'espèce la plus remarquable qui habite à 
l'état adulte le tube digestif des Oiseaux aquatiques, et notamment du 
Bécasseau brunette, est le Distomura leptosomum, appartenant au sous- 
genre i'c/unosio.'Tiwm, dont toute la surface du corps est tapissée de 
nombreuses épines en bandes transverses. 

Enfin, un fait très-intéressant nous est révélé par M. Villot : il a 
pu constater que la Gercaire parasite de l'Anthura gracilis Leach, 
Grustacé qui sertde nourriture au Tringa variabilis^ devient dans l'in- 
testin de cet Oiseau un Trématode sexué, le Bistomum brachysomum^ 
doni il a donné plus haut la description. 

Un autre Isopode, le Lygia oceanica, qui par son mode de nourriture 
remplit a sans doute des conditions d'existence très-favorables au 
parasitisme », a présenté à M. Villot deux espèces de parasites péri- 
viscéraux. La plus curieuse de ces dernières, hébergée souvent par 
une seule espèce eu nombre très-considérable, est un nouveau Néma- 
toïde, de forme rhabditique, à tête obtuse, sans armature spéciale, à 
extrémité postérieure très-acuminée, à sexes séparés [C. ovata). 

Les Mysis sont aussi habités par une belle Gercaire enkystée, dé- 
signée sous le nom de C. megacotylea , remarquable par la di- 
mension de ses deux ventouses. 

Ce n'est pas seulement le passage du Cer caria brachysoma au 
Distome du même nom qu'il a été permis à M. Villot d'observer, mais 
aussi celui du Cercaria leptosoma au Distomum leptosomum. Gette 
Gercaire vit à l'état d'enkystement dans le pied du Scrobicularia 
tennis, Mollusque qui est pour les Gercaires marins une pépinière 
aussi abondante que l'est le Bythinia tentaculata pour les Gercaires 
d'eau douce. Ghez ce Mollusque, en effet, outre de nombreux pa- 
rasites, une Infusoire ciliée, un Rhabdocœlien, etc., et la Gercaire 
dont nous venons de parler, on retrouve le Cercaria setifera, espèce 
décrite, en 1850, par J. Muller. Et, à ce propos, hâtons-nous de dire 



TRAVAUX FnANÇAIS. ZOOLOGIE. 259 

que, en constatant sa présence dans la cavité viscérale du Scrobicu- 
laria, contenue dans un Sporocyste, M. Villot a comblé une lacune 
qui régnait parmi ses devanciers sur le point de savoir si cette Ger- 
caire sort d'un Sporocyste ou d'une Redie, et quel est l'hôte qui 
l'héberge sous cette première forme. 

Lq Cer caria 5ei?/cra, dont la queue n'acquiert que tardivement les 
soies qui doivent constituer son armature, se rencontre, enfermé dans 
son Sporocyste, avec une Gercaire inédite, provenant aussi d'un Spo- 
rocyste que l'auteur nomme C. myocerca, à raison de sa queue, qui 
est une véritable queue de rat; ces deux espèces doivent aussi se trans- 
former en Amphistome, en passant dans le corps de quelque Poisson 
marin. 

Chez les Mollusques de mer existent aussi, mais en nombre moins 
considérable que chez les Mollusques d'eau douce, les Gercaires for- 
mant le groupe des Gercaires à queue fourchue. A ce groupe appar- 
tient le Cercaria désigné par le nom de fissicauda^ trouvé, enfermé 
dans son Sporocyste, dans la cavité viscérale du Scrohicularia. 

Le Mémoire est accompagné de six planches dues [au crayon de 
M. Villot. 

— Dans un Mémoire inséré dans le même numéro des Aniiales^ 
le même auteur développe les Gommunicalions qu'il a déjà présentées 
à l'Académie 5Mr les Métamorphoses des Tœnias des Musaraignes *. 

— La Revue des Sciences naturelles a déjà inséré un très-intéres- 
• saut article de M. Marion, intitulé : deux jours de draguages dans le 

golfe d'Alger^. Justement persuadé que de pareilles recherches sont le 
seul moyen de nous éclairer sur le mode de distribution des animaux 
marins, notre savant collaborateur a continué ses draguages en fai- 
sant, cette fois, porter ses opérations sur lamer, au large de Marseille 
et sur la région Sud-Est, qui offre un mélange de vase, de graviers et 
de sables vaseux : la faune de ce rivage revêt un caractère tout spécial. 
Déjà, du reste, dans le golfe de Marseille, sur les fonds coralligènes 
deRiouet de Podesta, M. Marion avait rencontré, à des profondeurs 
moyennes, plus de deux cents espèces, sans tenir compte des Spon- 
giaires, et seulement après seize draguages. La liste de ces espèces, 
déterminées par le professeur avec une parfaite compétence, mal- 
heureusement bien rare de nos jours, devait certainement lui offrir 



1 Voir Rev. Se. nat., tom. IV, pag. 184, 299, et tom. VII, pag. 67. 

2 Tom. VII, pag. 137. 



260 REVUE SCIENTIFIQUE. 

d'excellents termes de coaiparaison pour les dragnages qu'il se pro- 
posait d'effectuer au large de cette localité, en dehors du golfe de 
Marseille. 

En effet, malgré les orages fréquents de l'été de 1877, ces draguages 
ont été entrepris; M. Marion a pu indiquer la nature des associations 
animales qui se succèdent depuis 60 jusqu'à 350 mètres, et constater 
la diminution des espèces à mesure qu'on descend, sur nos côtes, 
à de telles profondeurs. 

Le Mémoire de M. Marion est principalement un Mémoire de 
zoologie pure, comme nous n'avons pas assez souvent l'occasion d'en 
analyser; pour cette raison, on nous permettra d'insister sur le compte 
rendu de ce travail lors de son entière publication. 

— Le Mémoire de M. Alph. Milne-Edwards, inséré dans le même 
numéro des Annales^ est aussi un Mémoire de zoologie pure. lia pour 
sujet les Crustacés décapodes du genre Dynomene. Ce genre, établi en 
1829 par Latreille, rentre dans la famille des Dromiens, de la tribu 
des Crustacés Brachyures, famille ainsi décrite par Clans : « La 
dernière ou les deux dernières pattes raccourcies et tout à fait insé- 
rées sur le dos. Céphalothorax arrondi, subtriangulaire ou quadran- 
gulaire, » 

L'organisation du genre Dynomene était jusqu'ici peu connue. 
«Pendant longtemps le Muséum n'en possédait qu'un seul exem- 
plaire, provenant de l'île de France. » Une nombreuse collection est 
venue combler cette lacune et a permis à M. Alph, Milne-Edwards 
d'étudier ce genre. Il y admet les espèces suivantes : D. hispida Des- 
marest, D. ursula Stimpson, et y ajouta D. prœdator, facile à distin- 
guer du D. hispida « par sa couleur, par la forme de la caparace et 
des pinces, et par la nature des poils qui revêtent le corps et les 
pattes ». Le D. prœdator a été trouvé aux îles Samoa et à la Nouvelle- 
Calédonie. 

E. DUBRUEIL, 

M. le D'Osman Galeb, professeur à l'Ecole de médecine du Caire, 
a soutenu devant la Faculté des Sciences de Paris une thèse de doc- 
torat es sciences naturelles ayant pour titre : Recherches sur les Ento- 
zoaires des Insectes; organisation et développement des Oxyures. 

Depuis longtemps on connaît les Oxyures, dont une espèce habite le 
gros intestin de l'homme et avait déjà fixé l'attention d'Hippocrate. 

On n'avait d'abord observé ces Entozoaires que chez les Vertébrés; 
c'est à Dugès qu'appartient le mérite de les avoir signalés chez les In- 
sectes. 



TRAVAUX FRANÇAIS. — ZOOLOGIE. 20 1 

Les recherches de Léon Dafour, Hammerschmidt, Leidy, Schneider 
n'avaient amené hi découverte que d'un très-petit nombre de ces para- 
sistes dans les Insectes. M. Galeb, en portant ses investigations sur une 
grande quantité d'Ortlioptères et de Coléoptères (Blattides et Hydro- 
philides) , a reconnu l'existence de plus de quarante espèces nouvelles. 

M. Galeb rétablit d'abord la caractéristique du genre Oxyure rec- 
tifiée et complétée par ses recherches personnelles, puis il décrit les 
espè "es par lui observées dans les Blattides et les Hydrophilides. 

Il s'est assuré qu'à chacune de ces familles correspond un groupe 
naturel d'Oxyures. Il pense même qu'on pourrait créer pour les for- 
mes vivant dans les Hydrophilides un sous-genre particulier, auquel 
il propose d'appliquer la dénomination d'Helicothrix. 

Après avoir fourni quelques détails sur les mœurs et l'habitat des 
Oxyures , qui ne sont pas soumis à ces curieuses migrations qu'on 
observe chez d'autres Entozoaires, M. Galeb aborde la partie anato- 
mique de son travail. 

Les téguments se composent de deux couches. 

La couche superficielle, la cuticule, est anhiste et sillonnée par de 
nombreux plis annulaires , s'efTaçant sur les tlancs dans certaines 
espèces. Cette première enveloppe se prolonge en un appendice eau • 
dal en forme de cône plus ou moins aigu et de longueur variable, 
suivant le sexe et l'espèce. Chez beaucoup d'Oxyures, la cuticule 
constitue des expansions latérales , en forme d'ailes ou de bour- 
relets, qui paraissent propres au sexe femelle. Enfin les prolonge- 
ments sétacés, de dimensions variables, qui se voient sur le corps de 
certains de ces Entozaires, sont encore une dépendance de ce revête- 
ment cuticulaire. 

^ Au-dessous de la cuticule se trouve la couche hypodermique à 
structure cellulaire plus ou moins reconnaissable. 

Les muscles sont groupés en quatre colonnes longitudinales, appli- 
quées immédiatement contre la face interne de l'enveloppe tégumen- 
taire. Chaque colonne est formée par deux rangées de cellules mus- 
culaires losangiques, en partie juxtaposées, mais parfois séparées par 
une bande submédiane. 

Le champ dorsal (intervalle compris entre les deux bandes muscu- 
laires supérieures ou dorsales), le champ abdominal ( intervalle com- 
pris entre les bandes musculaires inférieures ou abdominales), et les 
aires latérales ( intervalles compris do chaque côté entre la colonne 
dorsale et la colonne ventrale correspondante ) sont occupés par une 
substance homogène, contenant de très-gros noyaux et de unes gra- 
nulations. 



262 REVUE SCIENTIFIQUE. 

Dans l'épaisseur des aires latérales sont logés quatre longs tubes 
en cœcum, convergeant vers un point du champ abdominal et débou- 
chant dans un réservoir commun (sacculo), lequel s'ouvre à l'extérieur 
parmi orifice (pore). 

Le nom d'appareil gastro-vasculaire, sous lequel i'auteurdésigne ce 
système de tubes, paraît peu lui convenir; il s'agit plutôt d'un appa- 
reil excréteur. 

Dans la cavité générale sont enfermés le tube digestif elles organes 
de la génération. 

Le tube digestif qui en occupe l'axe et la traverse dans sa longueur, 
est pourvu de deux orifices et est divisé par des étranglements en trois 
régions : l'œsophage, le bulbe dentaire et l'intestin. 

La bouche possède des replis cuticulaires dont le nombre ordinaire 
est de trois dans les Oxyures des Blattides, et de six dans les Oxyures 
des Hydrophilides. 

L'œsophage, de longueur variable, avec ou sans dilatations, se com- 
pose d'une charpente de fibres à direction transversale et d'une masse 
granuleuse à fins noyaux, contenant dans son épaisseur un grand 
nombre de 'vacuoles. Cette charpente est tapissée extérieurement 
et intérieurement d'une couche cuticulaire d'une épaisseur variable. 

Les mêmes éléments anatomiques entrent dans la constitution du 
bulbe dentaire, dans lequel on distingue un col et une partie dilatée. 
Le revêtement cuticulaire interne de cette région forme des pièces 
chitineuses d'une structure assez complexe, fonctionnant comme appa- 
reil triturateur. 

L'orifice qui établit la communication entre le bulbe et l'intes- 
tin est pourvu d'un appareil valvulaire composé de tigelles chiti- 
neuses. 

L'intestin débute par une dilatation. Simple d'ordinaire, il est muni 
parfois, mais chez la femelle seulement, d'un diverticulum ou poche 
latérale. Il se compose d'une charpente musculaire à fibres longitu- 
dinales et transversales, associées à un tissu à cellules polygonales 
pourvues de noyaux visiblement nucléoles . Cette charpente est tapissée 
à l'extérieur et à l'intérieur par une couche cuticulaire. 

La portion rectale est séparée de l'intestin proprement dit par un 
étranglement entouré de grosses glandes unicellulaires. 

L'anus est situé à la base de l'appendice caudal, sur la face ven- 
trale. 

Les recherches de M. Galeb lui ont permis de constater que le tube 
digestif naît de deux bourgeons : l'un antérieur, qui donne naissance 
à l'œsophage, au bulbe dentaire et à la première partie de l'intestin; 



TRAVAUX FRANÇAIS. — ZOOLOGIE, 263 

l'autre d'où procède le reste da tube intestinal avec le rectum. Ces 
deux bourgeons, en se réunissant par leurs extrémités, établissent la 
continuité du tube digestif. C'est au point de soudure que s'en- 
gendrent les nouveaux tissus qui permettent à ce tube de croître eu 
longueur. 

La couche cuticulaire externe et interne ne se constitue que tar- 
divement; par contre, avant i'éclosion, l'appareil masticateur est déjà 
visible. 

Le diverticulum intestinal n'apparaît qu'avant la dernière mue, 
sous forme d'un bourgeon plein qui s'allonge et se creuse graduelle- 
ment. 

L'auteur a fait diverses observations curieuses sur la digestion et 
la nutrition. L'Oxyure se nourrit des matières mêmes qui traver- 
sent la tube digestif de l'Insecte : c'est donc un commensal plutôt qu'un 
parasite. 

Dans les Oxyures, les sexes sont séparés. 

L'appareil femelle se compose habituellement d'un ou de deux 
cœcums enroulés autour du tube digestif, et qui débouchent au dehors 
par l'intermédiaire d'un canal vaginal. L'orifice externe est sujet à 
varier déposition : on le voit tantôt dans le voisinage de la bouche, 
tantôt dans celui de l'anus. 

Le cœcum génital, relié par un réticulum aux parois de la cavité 
générale, est pourvu de muscles qui sont surtout apparents dans la 
portion vaginale. Il est tapissé par un épithélium pavimenteux. 

A son extrémité aveugle on remarque une grosse cellule pourvue 
d'un noyau. 

Dans l'intérieur du tube génital, les œufs se disposent en file, 
comme dans un grand nombre de Nématoïdes. 

L'œuf est ellipsoïdal ou ovoïde. Arrivé à maturité, il se compose 
essentiellement: 1° d'unvitellus granuleux qui présente en un point 
variable de sa masse une vésicule germinative ; 2° d'une matière 
fluide comparable à l'albumen de l'œuf d'Oiseau ; 3" d'une membrane 
vitelline ; 4=^ d'un chorion dont la surface présente parfois des appen- 
dices remarquables, tels, par exemple, qu'un prolongement en spirale 
s'enroulant autour de l'œuf et servant à le fixer. Cette coque ou cho- 
rion peut être d'une seule pièce ou de deux. Elle est en outre traver- 
sée par une multitude de fins canalicules. 

Comment se forme l'organe génital femelle ? Les observations des 
naturalistes ne sont pas concordantes sur ce point. Voici ce que 
M. Galeb a observé. 

Le rudiment de l'organe femelle, qui ne devient visible qu'après 



264 REVUE SCIENTIFIQUE. 

le complet développement des organes de la vie végétative, se montre 
sous l'apparence d'une cellule enfouie dans le champ abdominal, au 
voisinage de l'intestin. Cette cellule est le siège d'une prolifération 
qui la transforme en un bourgeon^ lequel se bifurque pour constituer 
les deux tubes ovariques, acquérant plus tard une tunique propre. 

Les cellules terminales des tubes ovariens prolifèrent de façon que 
ces tubes se trouvent remplis de cellules nues qui deviendront autant 
d'ovules. Peut-être même ce travail de prolifération est-il limité à la 
grosse cellule qui en occupe le fond. Ce qui est certain, c'est que 
tous les ovules proviennent de ce fond et qu'il n'y a point trace de 
rachis. 

D'où vient la matière vitelline?M. Galeb ne croit pas à l'existence 
d'un vitellogène ; pour lui, le protoplasme de l'ovule est primitive- 
ment limpide, et l'apparition des granulations vitellines dans sa masse 
est un simple phénomène de nutrition de celle-ci. 

Ces ovules n'acquièrent de membrane vitelline que postérieure- 
ment à la fécondation. 

Les organes mâles se composent du testicule et de l'appareil 
copulateur. 

Le testicule est un tube aveugle, à peu près rectiligne, dont la 
partie profonde est affectée à la production des spermatozoïdes, tandis 
que l'autre sert de conduit déférent et débouche dans une sorte de 
cloaque où s'ouvre aussi le rectum. 

L'appareil copulateur consiste en un crochet chitineux, unique, 
qui peut faire saillie au dehors du cloaque. Les bords de celui-ci sont 
munis de trois paires de tubercules dont le rôle est mal connu. 

Les spermatozoïdes sont à peu près cunéiformes et ne jouissent 
que de mouvements amœboïdes, visibles surtout lorsque l'élément 
mâle est déposé dans le réceptacle séminal de la femelle. 

Les mâles sont de plus petite taille et moins nombreux que les 
femelles. 

L'auteur n'a pu observer le développement de l'organe mâle, mais 
il fournit des renseignements sur la spermatogénèse. 

Les cellules mères des spermatozoïdes sont constituées par un amas 
de protoplasme contenant un noyau nucléole : ce sont des gymnocy- 
todes. Ces masseS^de protoplasme acquièrent une enveloppe et devien- 
nent de véritables cellules dont le contenu se segmente en un grand 
nombre de petites pyramides. Chacune de celles-ci correspond à un 
spermatozoïde dont l'appendice caudal est dirigé vers le centre de 
la cellule mère. 

L'accouplement est de longue durée. 



TRAVAUX FRANÇAIS. — ZOOLOGIE. 265 

Le sperme est transporté jusqu'au réservoir séminal par les con- 
tractions an tipéristaltiques du cœcum génital femelle. 

Les œufs sont fécondés au passage. M. Galeb a vu le spermatozoïde 
s'accoler à l'œuf et se fusionner avec sa couche la plus superficielle. 
L'œuf n a pas encore acquis à ce moment de membrane vitelline ni 
de coque : celle-ci paraît sécrétée par les cellules de la face interne de 
l'oviducte. 

La ponte est antérieure à la segmentation. Ce dernier phénomène 
est précédé d'un fractionnement de la vésicule germinative, lequel est 
accompagné d'un retrait de la masse vitelline, qui devient le siège de 
mouvements amœboïdes. La vésicule se partage d'abord en deux por- 
tions inégales, autour desquelles se groupent les granulations vitel- 
lines, de manière à constituer les deux premiers blastomères. Ceux-ci 
se subdivisent à leur toui- pour produire en définitive une morula 
avec une petite cavité centrale (cavité de Baër). Cette cavité s'a- 
grandit, et la couche unique qui la circonscrit se divise en un double 
feuillet. Cette morula devient une gastrula par un processus que 
l'auteur n'indique point. 

M. Galeb a constaté que les œufs des premières pontes donnent 
naissance à des mâles, et que chez ces derniers la durée de l'évolution 
embryonnaire est plus longue. 

Il restait à parler de la propagation des Oxyures; c'est ce que l'au- 
teur a fait dans un chapitre terminal. 

Les œufs expulsés avec les matières fécales doivent passer dans le 
tube digestif d'une Blattide ou d'une Hydrophilide, suivant les cas, 
pour trouver les conditions nécessaires à leur évolution future. Beau- 
coup d'œufs périssent évidemment, faute de rencontrer ces condi- 
tions ; cependant il faut remarquer que, d'une part, l'habitude qu'ont 
les Blattides de vivre en société facilite la transmission, et que, d'autre 
part, le fil spiral à l'aide duquel les œufs des Oxyures des Hydrophi- 
lides s'accrochent aux plantes aquatiques les expose à la voracité des 
Insectes herbivores. 

M. Galeb est parvenu à infester très-aisément de jeunes Blattes 
qu'il avait élevées, en leur donnant à manger des substances aux- 
quelles il avait mêlé des œufs d'Oxyures. 

Le nombre de ces Entozoaires est parfois tellement considérable 
dans un même individu, qu'on est en droit de se demander si tous les 
individus sont issus d'œufs venus du dehors, et si un certain nombre 
ne provient point d'une reproduction surplace. L'auteur se croit auto- 
risé à déclarer que les choses se passent effectivement ainsi. 



266 REVUE SCIENTIFIQUE. 

Le Mémoire de M. 0. Galeb , qui est accompagné de 10 Planches 

d'une bonne exécution, constitue un début encourageant pour ce jeune 

professeur. Nous l'engageons à poursuivre sur les Entozoairos des 

Insectes des études qui ne peuvent manquer de fournir des résultats 

d'un haut intérêt. 

S. Jourdain. 



Botanique. 

M. le professeur Gontejean a bien voulu nous adresser l'entier 
Mémoire dont est extraite sa Communication à l'Académie (28 avril 
1879). Ce Mémoire a été inséré dans le dernier fascicule de notre 
Revue. 

— M. E. Mer (Compt. rend. Acacl., 16 juin 1879) croit pouvoir 
attribuer les différences qu'offrent les racines, suivant les milieux où 
elles se développent, aux variations d'allongement des racines prin- 
cipales. Parmi les causes multiples d'où peuvent provenir ces va- 
riations, est rangée en première ligne la quantité d'eau mise à la 
disposition de ces organes. 

— On peut, d'après M. J. Vesque (Compt. rend, icad., SOjuin 1879), 
reconnaître les types suivants dans le sac embryonnaire des Phanéro- 
games angiospermes : 1° Deux cellules mères spéciales ; antipodes, 
sans anticlines (Fluviales, Renonculacées^ Crucifères, etc.) ; — 
2" Trois ou quatre cellules mères spéciales ; deux tétrades, des anti- 
podes ; une ou deux anticlines inertes (la plupart des Liliacées et 
familles voisines ; les Euphorbiacées, Papavéracées, Résinées, Ca- 
prifoliacées, etc.); — 3® Trois ou q\iatre cellules mères spéciales; 
une seule tétrade; pas d'antipodes; une ou deux anticlines inertes 
Onograriées, Saxifragées, Borraginées, Solanées, Apocynées, Com- 
posées, etc. ); — 4° Quatre ou cinq cellules mères spéciales ; une 
seule tétrade ; pas d'antipodes ; une ou deux anticlines actives, une 
anticline inerte ou cotyloïde (Aristolochées, Santalacées, Scrofula- 
rinées, Labriées, Ericacées, etc.)». 

— L'étude des corps gélatineux singuliers [Ann. Se. natur., Bot., 
6^ sér., tom VII, n°' 3 et 4, 1878) que déjà depuis longtemps les fa- 
bricants de sucre ont observés sur les sacs où l'on presse la Betterave 
râpée, ne date que de l'année 1874. C'est en effet à cette époque que 
Scheibler analysa ces corps pour la première fois, et indiqua le pro- 



TRAVAUX FRANÇAIS. — BOTANIQUE. 267 

toplasma des cellules delà Betlerave comme leur provenance directe. 
Suivant lui, «ces cellules ne seraient autre chose que ce protoplasma 
lui-même, concrète en grumeaux pendant le râpage et la compression». 
Vers la fin de la même année parut un travail de M. Jubert, qui, 
s'appuyant sur des expériences très-simples, rapporte la production 
des gommes de sucrerie (c'est le nom qu'on donne en France à ces 
corps), production végétale, au sucre de Canne ; une fermentation 
spéciale avec dégagement de gaz y est provoquée par leur développe- 
ment. Peu de mois après, M. Texeira Mendès donna la première 
étude microscopique des mêmes corps, et, trompé par l'apparence, y 
distingua six espèces , dont l'une est tout à fait comparable à un 
Nostoc, ou assimilation très-inexacte à un Myxomices ; ils sont voi- 
sins du QQVLTQ Ascococcus, établi par Cohn en 1875, et doivent être 
rapportés à la famille des Bactéries. 

La sdlution de la question, qui semblait définitive, a été inutilement 
retardée par l'apparition de deux Mémoires : l'un de M. Borscow, 
l'autre de M. Durin, tous les deux publiés en 1876. Pour M. Borscow, 
«les corps gélatineux sont tout simplement un précipité ternaire qui 
tire son origine des cellules de la Betterave»; ils ne sont pas, comme 
le croyait Scheibler, son protoplasma concrète, et ne renferment, 
contrairement à l'opinion de ce dernier, aucune combinaison azotée. 
Pour M. Durin, ces corps «sont de nature inorganique, de composi- 
tion exclusivement ternaire», et «dérivent passivement du sucre de 
Canne au même titre que la glycose etpar un simple dédoublement». 

M. Van Tieghem a entrepris de vérifier cetle question ; ses obser- 
vations ont porté d'abord sur des organismes rencontrés par lui dans 
des macérations de Dattes et de Carottes, qu'il a reconnus identiques 
aux gommes de sucrerie et voisins du genre Ascococcus, puis sur des 
gommes de sucrerie véritables. 

En même temps que le savant français s'occupait de ces recherches, 
Cienkowski, professeur à l'Université de Kharkow, reconnaissait la 
nature organisée de ces productions , et afîirmait «que par leur na- 
ture et leur développement elles présentent la plus grande analogie 
avec V Ascococcus BiUrothii de Cohn. Cependant il croit devoir les en 
séparer sous le nom à' Ascococcus mesenteroïdes ». Mais, tout en créant 
une espèce pour ces organismes, Cienkowski n'en reste pas moins 
convaincu qu'ils peuvent provenir de Bactéries de formes les plus 
diverses (Micrococcus, Torula, Bacterium, Baclllus et Vibrio). Sur ce 
point important, M. Van Tieghem est d'un avis contraire. 

M. Van Tieghem examine les caractères morphologiques de l'orga- 
nisme en question, et prouve que c'était avec raison que Scheibler 



268 REVUE SCIENTIFIQUE. 

avait accusé dans ces corps la présence de principes azotés. Ces prin- 
cipes sont, en effet, contenus dans les cellules génératrices de la gan- 
gue gélatineuse, laquelle , à son tour, représente seule le principe 
immédiat décomposition appelé dextr a ne -gsiV Scheibler; mais celui-ci 
commettait l'erreur de croire ces corps homogènes, entièrement 
«formés d'un protoplasma mêlé de de.xtrane, et surtoutde faire dériver 
ce protoplasma delà Betterave ». 

Pour M. VanTieghem, l'appréciation de ces sortes de masses géla- 
tineuses a été exacte quand on les a comparées à un Nostoc, avec cette 
seule différence que les cellules, beaucoup plus petites , sont dé- 
pourvues de chlorophylle ; aussi croit-il devoir en faire un genre 
distinct sous le nom de Leuconostoc, qui diffère notamment du genre 
Ascococcus; la découverte des cellules reproductives n'a pas tardé à 
convaincre M. Van Tieghem de ces différences. 

Voici la diagnose du nouveau genre : ^<.CùlliUw achromaticœ minimse 
globosse, in catenas laxas flexuoso-curvatas et ùnplicatas, vagina gelati- 
noso-cartilaginea lobata crassissima circumdatas, consociatœ. Vaginse 
in thallunigelatinoso-cartilagineum, subglobosum, vel crassissime mem- 
branaceum, irregulariter expansum, cxlus cerebroideum, intus pseudo- 
parenchymaticum aggregalse. Sporœ singulx, globosse, majores, termi- 
nales vel interstitiales, pachydermaticse, intus homogènes. y> 

Ce Leuconostoc reçoit le nom spécifique de wf.^-eiUerozrffs; «c'est une 
plante qui n'a pas le caractère ferment, mais qui, dans les sucreries 
dans lesquelles elle se développe dans le jus de Betterave avec le con- 
cours de l'oxygène dissous, en intervertit le sucre, et se nourrit en- 
suite de ce sucre interverti. » 

—Les Stylidiurn[Ann. Se. natur , 6'" sér., tom. VII, n° 4, 1878) four- 
nissent un exemple d'un camhiun unilatéral, formant de nouveaux 
éléments; M. J. Vesque n'y a jamais observé de liber secondaire. 

— Al'occasion des expériences de Francis Darwin que la Revue a. déjà 
relatées*, M. Duchartre (5w/i. Soc. Bot. de France, tom. XXV, n° 2 
1878) fait remarquer qu'avant d'admettre comme rigoureuse la con- 
clusion à laquelle arrive le physiologiste anglais, « il resterait peut- 
être à prouver que c'est par les feuilles qu'a été opérée cette absor- 
ption, et qu'il n'y a pas eu, pour une cause qui a pu échapper à 
l'attention de l'expérimentateur, arrivée du résultat de la digestion 
jusqu'à hi mousse dans laquelle les Droscra étaient plantés, puis de 

1 Tom. Vtll, pag. 186. 



TRAVAUX FRANÇAIS. ROTANIQUE. 269 

làjnsqu'aux racines...». M. Duchartre ajoute «que, désirant s'éclairer 
à cet égard, il s"est mis en mesure de provoquer des expériences 
semblables à celles de M. Francis Darwin, mais dans le courant des- 
quelles l'expérimentateur tâchera de reconnaître si l'absorption se 
fait par les feuilles ou par la voie normale des racines» . 

— La preuve [Soc. Bot. de France, tom. XXV, n°2, 1878) résultedes 
observations du professeur Brun, de Genève, rapportées par M. P. Pe- 
tit, et faites en janvier 1878 dans la vallée de Ghamounix et dans le 
Valais suisse, à 2.600 mètres d'altitude, que la vie et même le déve- 
loppement des Diatomées peuvent s'effectuer dans de l'eau àO degré, 
avec une température ambiante de 9 à 18 degrés au-dessous de 0, 
Toutefois quelques rayons de lumière sont indispensables. Parmi les 
espèces qui ont été communiquées par M. Brun à M. Petit, figurent 
les Melosira arenaria, Cymbella Ehrenbergii, Cyclotella Kuhzingiana, 
Epilhemia turgida, E. gibba. Or, ces espèces habitent, en même temps 
que les eaux des lieux précités, la plupart des eaux des environs de 
Paris. 

— Il y a déjà plusieurs années (Bull. Soc. Bot. de France, tom. XXV, 
n° 2, 1878), M. de Seynes recueillit au mois de janvier, dans un jardin 
aux environs de Montpellier, sur une brindille de bois, un Ghampi- 
gnon delà famille des Sphériacés, ne pouvant se rapporter à aucune 
des espèces connues. Ce Ghampignon, désigné par M, de Seynes sous 
le nom générique d'Euritheca et sous le nom spécifique de Monspelien- 
sis, peut être considéré comme un intermédiaire entre la famille des 
Sphériacés et celle des Tubéracés , avec laquelle il a plusieurs ca- 
ractères communs ; l'absence d'apothécies ne permet pas de le ran- 
ger parmi les Myriangiés. 

— En présentant à la Société (Bull. Soc. Bot. de France, tom. XXV, 
n''2, 1878) le premier fascicule d'un ouvrage de MM. André et Joseph 
Rebauças, intitulé : Ensaio de indice gérai des madeiras do Brazil 
(1877), M. P. Duchartre attire l'attention sur l'Introduction, qui peut 
fournir les remarques suivantes : Parmi les 213 bois brésiliens énu- 
mérés dans cet ouvrage, de densité très-différente, celui dont la 
densité est la moindre est le Cordia excelsa, puis en seconde ligne 
l'AspidospomiùmPeroba, et en troisième rang, Enterolobium lutescens, le 
Pindahiba et le Rabugem. Quant à ceux dont la densité est la plus 
grande, on peut citer : Peltogyne Guarabù, Cœsalpiniia ferrea, Brosimum 
Aublelii, Guaiacum officinale, etc. Notons que par une particularité 
singulière, les auteurs attribuent à plusieurs bois des densités varia- 



270 REVUE SCIENTIFIQUE. 

bles, et cela dans des limites très-grandes, par exemple au Guaiacum 
officinale ei auMimusops elata, etc. A quelle cause faut-il rapporter 
ces variations? C'est ce qu'on nepeutdire, en l'absence de tout rensei- 
gnement. « Aurait-on pesé dans certains cas le bois d'arbres en- 
core assez jeunes pour n'avoir que de l'aubier, tandis que dans d'au- 
tres cas ce serait précisément le seul bois de cœur dont la densité 
aurait été déterminée? Les différents échantillons examinés provien- 
draient-ils d'arbres venus dans des conditions de sol, d'humidité, 
d'altitude, etc., très-dissemblables. On ne peut former à cet égard 
que des conjectures très-vagues. » 

— M. J. Poisson [Bull. Soc. Bot. de France, lom. XXV, 3, 1878) a 
constaté que pendant l'épanouissement de la fleur mâle du Dloon edule 
se produit une élévation de température d'au moins 10 degrés, et que 
«le dégagement de chaleur est favorisé par la lumière; il est par con- 
séquent plus marqué du côté éclairé que du côté qui est dans 
l'ombre ». 

— Une Note (Bull. Soc. Bot. de France, tom. XXV, 3, 1878) sur 
quelques plantes du midi de la France est communiquée par M. Ed. 
Bonnet. Ces plantes sont: Brassica fructiculosa Gir. (Perpignan), 
Bellis Bernardi Boiss. et Reut. (Corse), Coniza Naudini sp. nov. (pa.- 
tvie inconmie), Echium pyreiiaïcum L. Suivant M. Bonnet, cette der- 
nière espèce, confondue par la plupart des auteurs avecr^E". iialicum, 
a se reconnaît à ses tiges dressées, simples, tachées de pourpre, cou- 
vertes de poils nombreux blancs ou jaunâtres, raides et piquants ; 
à ses rameaux courts, étalés ou légèrement recourbés, s'allongeant 
peu après la floraison ; à ses fleurs réunies en cymes denses ; à ses 
corolles carnées avec des veines plus foncées, infundibuliformes, à cinq 
divisions presque régulières; à ses étamines, toutes longuement 
exsertes, àanthères globuleuses bleuâtres... Les deux plantes fleui-is- 
sent à la même époque et croissent en société dans les lieux incultes 
secs et pierreux du midi de la France. » Toutefois M. Delacour a re- 
marqué queVE. italicum se rencontre seul aux environs d'Avignon et 
dans la plus grande partie du département de Vaucluse. 

— Une monstruosité très-remarquable ( Bull. Soc. Bot. de France, 
tom. XXV, n" 3) est offerte par un pied de Croccus sativus AIL, pré- 
senté par M. P. Duchartre à la Société botanique. Les segments du 
périanthe de la fleur sont transformés en autant d'organes de repro- 
duction ; on voit dans cette fleur, de dehors en dedans : « 1° trois 
stigmates ; 2'^ trois étamines d'origine anormale surmontant le tube 



TRAVAUX FRANÇAIS. BOTANIQUE. 271 

du périanthe; 3° les trois étamines normales; 4° au centre, le pistil 
normal. » Il importe de remarquer que depuis cinq ou six ans tous 
les pieds venus de la multiplication de celui sur lequel elle s'était 
montrée àl'origine ont étéaffectésde la monstruosité sus-indiquée : ce 
n'est donc pas un fait isolé, ainsi que le sont la plupart des transfor- 
mations tératologiques. M. Duchartre donne des détails sur les deux 
sortes d'organes anormaux qui proviennent de la transformation des 
segments du périanthe, et se demande si la continuation de la culture 
et la sélection pourraient « faire franchir à cette remarquable mon- 
struosité le faible intervalle qui la sépare encore de l'état caractéristi- 
que des stigmates du Safran ». 

Toutefois, dans le pied vivant de Croccus sativus pvésealé par M. Du- 
chartre, ainsi que dans quelques fleurs desséchées, les caractères d'é- 
tamines, d'une part, de l'autre les caractères de styles stigmatifères, 
ont été revêtus par des verticilles distincts. Or, cette distinction 
n'existe plus dans une fleur sèche de Croccus grsecus soumise par le 
même botaniste à l'examen des membres de la Société. « Ici, le 
périanthe et le gynécée ont conservé leur état naturel ; même l'une 
des trois étamines normales ne présente rien de particulier, si ce 
n'est que son connectif se termine, au niveau du sommet des loges, 
par un petit bouton ou mamelon coloré en rouge vif; mais sur les 
deux autres le connectif s'est prolongé , au-delà des loges non 
modifiées, en un processus long de 4 ou 5 millim., charnu et assez 
épais , coloré en très-beau rouge vif, que termine un entonnoir à 
bord évasé et chargé de papilles, c'est-à-dire en un stigmate. Cette 
monstruosité offre ainsi deux exemples d'étamines devenues stigma- 
tifères sans que leur constitution propre ait été altérée. » Moquin- 
Tandon, d'après Spach, indique un exemple de cette dernière mon- 
struosité dans le Thalictrum minus, tandis que la monstruosité pré- 
cédente a été signalée sur le Sempervlvum lectorum elnionùanum, des 
Pavots, le Cheiranthus Cheiri, des Saules, etc.; toutefois, elle n'a été 
rencontrée qu'une seule fois, par Moquin-Tandon, dans le genre 
Croccus^ et encore l'aireclion tératologique était moins avancée et 
seulement partielle. 

E. DUBRUEIL. 

On sait qu'après la Communication de M. Trélat à l'Académie des 
Sciences, Communication d'après laquelle les lenticelles seraient des 
productions de suber au-dessous de l'épiderme, M. Stahl fît paraître 
plusieurs Mémoires dont il découlait : Que chez les végétaux où le 
liège a une origine profonde, ce n'est qu'après la chute des couches 



372 REVUE SCIENTIFIQUE. 

corticales extérieures que les lenticelles se développent dans le péri- 
derme, ce qui exclut toute idée de relation avec les stomates; que 
chez les végétaux où le liège a une origine superficielle, les lenticelles 
sont dues à une production de suber au-dessous du stomate, et alors 
trois cas peuvent se présenter : ou bien il se développe isolément une 
lenticelle sous chaque stomate, ou bien une lenticelle se développe 
sous un groupe de stomates ,ou bien il ne se développe de lenticelles 
que sous une partie des stomates. 

Dans un Mémoire publié dans le Bulletin de la Société botanique de 
France, tom. XXIV, 12 et 16 janvier 1877, et sur lequel on nous per- 
mettra de revenir, M. d'Arbaumont signale un quatrième mode de 
formation de lenticelles observé par lui sur le Cissus ou Ampélopsis 
quinquefolia, et qui est en quelque sorte intermédiaire aux trois 
modes que désigne M. Stahl. 

Dans une première partie de son Mémoire, M. d'Arbaumont décrit 
les stomates du Cissus, dont il distingue trois formes : 

1° Les uns prennent naissance tout près du sommet végétatif, aux 
dépens d'une cellule encore indifférente, mais qui bientôt se fait 
remarquer par sa grosseur (cellule prostomatique) et se remplit de 
granulations amylacées. D'abord sphérique, cette cellule ne tarde pas 
à prendre la forme d'un tronc de cône sous la pression qu'exercent 
sur elle les cellules voisines qui la soulèvent, même au-dessus de 
l'épiderme ; en même temps ses deux faces de troncature s'arron- 
dissent en forme de calotte. Le stomate se forme aux dépens de cette 
cellule par le procédé normal. 

Le tissu sous-stomatique entre alors en voie de multiplication et 
produit une plaque composée de cellules à chlorophylle laissant 
entre elles des méats en communication avec la chambre respira- 
toire. Tout en conservant un maximum d'épaisseur sous le stomate, 
cette plaque verte émet ensuite tout autour des prolongements fusi- 
formes sur lesquels repose le phellogène. C'est la plaque prolenti- 
cellaire. 

2° C est sur les prolongements de la plaque prolenticellaire que 
naissent les stomates de seconde formation, aux dépens de cellules 
déjà spécialisées, mais de la même manière que les premières 
naissent des cellules prostomatiques, avec cette différence qu'ils de- 
meurent plus petits. Au-dessous de chacun d'eux se forme une 
plaque prolenticellaire qui s'unit par confluence aux plaques prolen- 
ticellaires voisines, en sorte qu'il se produit une grande plaque verte 
sous un groupe de stomates ayant un grand stomate pour centre. 
3° Ceux de troisième formation naissent aussi de cellules bien 



TRAVAl'X FRANÇAIS. — BOTANIQUE. 273 

spécialisées ; mais ils demeurent plus petits, et souvent même le 
dédoublement de la cloison d'où doit résulter l'ostiole ne se produit 
pas ou reste incomplet. Le stomate se formant au-dessus du phello- 
gène et du collenchyme déjà bien développés, la chambre respiratoire 
est à peine indiquée, et il ne naît point au-dessous de lui de plaque 
prolenticellaire. Bien qu'on doive attribuer cet avortement des 
stomates à leur apparition tardive, on pourrait aussi le considérer 
comme une conséquence du trouble fonctionnel résultant de la pré- 
sence, au-dessous d'eux, d'un tissu déjà bien spécialisé ; ce trouble 
fonctionnel aurait ici une cause interne, inhérente à l'organisation 
même du végétal. 

Quand la prolifération des cellules à chlorophylle cesse, celles-ci 
se décolorent en commençant par les plus voisines des stomates ; 
ses éléments profonds, entrant en voie de division centripète, consti- 
tuent alors ce que Stahl nomme couche de rajeunissement. lien résulte 
une sorte de suber dont les cellules sont plus petites et moins 
tabulaires que celles du suber proprement dit, et laissent entre elles 
quelques méats. D'autre part, fait spécial à signaler, la chambre res- 
piratoire persiste jusqu'au moment où les tissus voisins se détruisent. 
Enfin le stomate disparaît par déchirement des cellules épidermiques, 
et il se forme une crevasse qui s'étend sur le suber, qui repose sur les 
prolongements de la plaque prolenticellaire. Le tissu pseudo-subéreux 
fait alors saillie par la crevasse, que bordent deux petits mamelons 
bruns de tissu cicatriciel. Sous les prolongements de la crevasse, le 
tissu vert prend déjà, à la fin de la première période végétative, et plus 
encore dans les années suivantes, les caractères du collenchyme. 

Rarement on voit deux gros stomates servira la fois de centre aux 
plaques prolenticellaires ; quant aux stomates de deuxième formation, 
ils ne servent jamais qu'au développement des prolongements fusi- 
f ormes. 

On trouve encore de ces plaques vertes sur les pétioles, nerrures 
principales des feuilles, vrilles, pédoncules floraux; mais elles ne sont 
abondantes que sur les pétioles. Elles se forment là absolument comme 
sur la tige; mais on n'y trouve pas d'autres stomates en dehors de 
ces plaques prolenticellaires, si ce n'est sur les bords du canalicule 
des pétioles, où ils se trouvent en deux rangées parallèles, chacun 
d'eux surmontant une masse de lissu chlorophyllien. Au moment de 
la chute des feuilles, ces plaques prennent une coloration d'un rouge 
intense sur lequel se détachent en vert les stomates de seconde for- 
mation ; les gros stomates sont alors détruits et remplacés par des 
lenti celles. 

18 



274 BEVUE SCTEXTIFIQUE. 

M. d'Arbaumont termine son Mémoire en signalant une modifica- 
tion singulière du mode de formation de ces lenticelles. Souvent, sur 
les jeunes pousses deCissus, la couche de rajeunissement donne nais- 
sance à un tissu pseudo-subéreux dont les cellules restent réunies en 
une masse qui sans rompre l'épiderme le soulève peu à peu, de façon 
à constituer bientôt un corps ordinairement globuleux et pédicellé, 
rarement cylindrique, lequel est formé : à l'extérieur, de l'épiderme 
qui se moule sur lui et conserve sa cuticule ; à l'intérieur, de cellules 
incolores qui passent vers le bas à des files de cellules à parois plus 
épaisses, qui semblent naître, en divergeant, du pédoncule. Le sto- 
mate reste à la partie supérieure de ce corps et la chambre respira- 
toire est conservée. 

Ces excroissances se détruisent de bonne heure et sont remplacées. 
par un tissu charbonneux, lequel l'est bientôt à son tour par une vé- 
ritable lenticelle. 

D'après l'examen du contenu des cellules, M. d'Arbaumont n'est 
pas éloigné d'attribuer à ces corps une nature glanduleuse. 

La production de ces corps est-elle normale, ou bien n'a-t-elle lieu 
que sous certaines influences de végétation ou de culture ? Les ren- 
contre-t-on sur le Cissus dans son pays d'origine (l'Amérique sep- 
tentrionale)? Ce sont là des points sur lesquels M. d'Arbaumont ne 
saurait se prononcer, n'ayant expérimenté que sur des rameaux tenus 
dans des conditions de culture toute spéciales. 

— A l'occasion du travail publié par lui, e*n 1877, dans le Bulletin de 
laSociétéde Botanique, M. d'Arbaumont vient de faire paraître un nou- 
veau Mémoire intitulé : Contribution à l'histoire des racines adventices 
à pî^opos des lenticelles du Cissus quinquefolia [Bull. Soc. Bot. de France, 
tom. XXV, n° 3, 1878.) 

Il a expérimenté sur des boutures de Cissus dont le pied plongeait 
dans l'eau. Ses observations ont tout d'abord une fois do plus con- 
firmé qu'il n'existe aucun rapport d'origine entre les lenticelles et les 
racines adventives, mais que celles-ci avaient simplement une ten- 
dance à profiter des lenticelles pour apparaître au dehors. 
■ Quant à leur point d'origine dans les tissus de l'axe générateur, 
c'est dans le premier type, signalé par Beinke, que doivent être 
rangées les racines adventives du Cissus, car elles naissent sui- le 
prolongement d'un rayon médullo-ligneux, entre deux faisceaux fihro- 
vasculaires. Commencé dans locambium, le travail de prolification 
gagne le parenchyme, qui unit le liber mou de deux faisceaux conti- 
gus, et peut mêoïc atteindre, mais sans le dépasser, le niveau des 



TliATATIX FRANÇAIS. BOTANIQUE. 275 

faiscnaux libériens.. La racine tire ici son origine première à la fois du 
cnm])ium et du tissa interfasciculaire primordial ; c'est en quoi co 
mode de formation diffère du premier type de Reinke. Les cel- 
lules du tissu interfasciculaire s'arrondissent, subissent d'abord une 
division cruciale; puis leur mode de multiplication devient beaucoup 
plus confus; en avançant toujours, la jeune racine pénètre, après avoir 
écarté les faisceaux du liber , dans la couche herbacée, dont les élé- 
ments se détruisent sur sou passage ; elle fait éclater enfin le collen- 
chyme et le suber, qui d'abord, par leur résistance, l'ont forcée à pren- 
dre une forme ramassée, étranglée à sa base. 

C'est au moment où elle atteint le liber que se forme la pilorhize; 
la différenciation première des vaisseaux à sa base semble avoir lieu 
en même temps. Peu après, tous les tissus dépendant de la pilorhize, 
du plérome et du périblème se montrent spécialisés, ce dernier n'étant 
bien développé en largeur que dans le parenchyme cortical. 

Origine des tissus. — Cylindre externe. — a. Pilorhize. — La pil- 
orhize résulte tout d'?bord de la segmentation et de la différenciation 
du tissu interfasciculaire primordial ; la couche calyptrogène et le 
massif initial du périblème ont une origine plus profonde, bien que 
toujours extérieure au cambium. 

Primitivement en connexion, sans aucun doute, avec le liber mou, 
le cylindre cortical s'en isole plus tard, en sorte qu'il est assez difficile 
d'en saisir les rapports , qui, du reste, sont prouvés parla présence des 
grandes cellules à raphides qui ont été mécaniquement entraînées du 
tissu interfasciculaire par les assises extérieures de la jeune pilorhize. 
Celle-ci forme une petite calotte brune, à cellules remplies de tannia 
et d'amidon, qui se désagrègent extérieurement à la manière ordi- 
naire, tandis qu'elles se régénèrent à l'intérieur par division centripète 
de la couche calyptrogène , qui latéralement se confond avec le 
dermatogène. 

b. Dermatogène. — N'offre rien de bien spécial. Ses cellules , nées 
par division interne de la couche calyptrogène, se revêtent d'abord 
d'une cuticule, mais elles ne sont que transitoires. Be même, les for- 
mations pileuses n'apparaissent pas ou sont incomplètes et éphé- 
mères, phénomènes dus vraisemblablement à l'influence du milieu. 

c. Périblème. — Se développe rapidement aux dépens des couches 
profondes du tissu interfasciculaire. Les grandes cellules à parois 
minces et plissées, rangées en files, dont il est composé, se montrent 
mêlées à quelques grandes cellules à raphides. Les cellules de la gaine 



276 REVUE SCIENTIFIQUE. 

protectrice qui se développe immédiatement contre le cylindre cen- 
tral sont plus petites et n'offrent des plis que dans la portion interne 
de leurs parois latérales. 

Cylindre central. — Leplérome, qui à rencontre du cylindre ex- 
terne prend naissance dans un tissu normalement générateur, le 
cambium, se divise bientôt en deux zones concentriques: lepéricam- 
bium en dehors, en dedans le cylindre axile de la racine. 

a. Corps axile et faisceaux vasculaires. — Les premiers rudiments 
des faisceaux apparaissent à la base même de la racine, où ils 
forment, autour du cylindre ligneux, une sorte d'épatement. De ce 
massif se détachent bientôt d'autres groupes de constitution analogue 
qui, s'anastomosant, forment une sorte d'entonnoir ou de cône ren- 
versé, dont la charpente est constituée par des cellules vasculaires con- 
tractées et que M. d'Arbaumont considère comme un tissu de consolida- 
tion. L'anneau qu'elles forment autour des faisceaux fibro-vasculaires 
les sépare du cambium. L'intérieur du cylindre est occupé par un 
parenchyme qui n'est qu'un prolongement du rayon médullaire, et 
dont les éléments, en dehors du cône, se spécialisent en cellules cam- 
biformes, ce qui vient à l'appui de l'opinion émise par M. Trécul , 
« que le cylindre central d'une racine est toujours de même nature 
que le tissu de la tige sur lequel il s'appuie, à la base de l'organe au 
moins. » M. d'Arbaumont a constaté dans quelques cas des vaisseaux 
contractés se développant isolément dans le cylindre cambial radicu- 
laire, pour s'étendre ensuite à la fois vers l'extérieur et vers l'anneau 
basilaire. 

Le nombre des faisceaux primaires, normalement de trois ou de 
quatre, est quelquefois de deux, de cinq ou de six ; peut-être, dans ce 
dernier cas, y avait-il eu soudure de deux bourgeons radicellaires. 

Les faisceaux primaires ne se rejoignent pas au centre, et c'est dans 
leur prolongement que se forment les rayons médullaires primaires. 

Le liber est très-volumineux ; ses faisceaux s'insinuent dans l'écorce 
parenchymaleuse, et le groupe libérien unique de chaque faisceau est 
situé, dans une racine à deux couches de cellules subéreuses, vers le 
miUeuou le tiers externe du faisceau. 

b. Couche rhizogène. — Ses cellules forment quatre ou six assises 
concentriques ; les radicelles et les formations secondaires y prennent 
naissance par des cloisonnements de la zone externe qui tôt au (ard 
deviennent centripètes : il se produit ainsi un cylindre subéreux autour 
du cylindre central, demeuré seul dans la racine adulte. 



TRAVAUX FRANÇAIS. — BOTANIQUE. 9.11 

c. Radicelles. — 1° Elles prennent normalement naissance, chez 
le Cissiùs, en face d'un faisceau primaire, 

2° Limitée d'abord dans l'assise externe de la couche rhizogène, 
l'activité de prolifération s'étend ensuite aux couches internes. Le 
développement des groupes fibro-vasculaires se fait comme dans les 
racines adventives. 

3** Les faisceaux des radicelles, souvent au nombre de deux, nais- 
sent dans le même plan, à peu près vertical, au contact des faisceaux 
primaires, et sont très-rapprochés les uns des autres à la base. 

4" Les éléments figurés du bourgeon radicellaire ont en général un 
calibre un peu plus grand que celui des racines adventives. 

5° Rencontrant moins de résistance, la radicelle ne forme point 
d'épatement avant d'apparaître au dehors. 

6° Un seul tissu homogène, le péricambium, donne naissance à la 
radicelle. 

Cette dernière différence entre la radicelle et la racine adventive 
pourrait du reste n'être qu'apparente, car la relation de la zone 
génératrice avec le liber de la racine à l'extérieur, et à l'intérieur avec 
l'aire cambiale qui se constitue de chaque côté des faisceaux, relation 
bien évidente quand le tissu fibro-vasculaire secondaire commence à 
se constituer, pourrait bien être contemporaine de l'origine même du 
bourgeon. 

L'assise externe primitive de la pilorhize se fait aux dépens de la 
gaine protectrice , mais jamais ses cellules ne présentent de divisions 
tangentielles. Elle ne peut donc se régénérer ni engendrer la couche 
calyptrogène qui provient de l'assise externe du péricambium. 

La gaine protectrice est continue autour de la jeune racine, puis 
elle se sépare à la base, par rupture, du tissu qui lui a donné nais- 
sance. Son rôle est de protéger la jeune racine tant que les assises 
véritables de la pilorhize ne se sont pas consolidées, fait que M. d'Ar- 
baumont rapproche de celui signalé par M. Janczewski dans le Fago- 
pyrum. 

L'auteur fait ensuite remarquer combien sont nettes les différences 
qui séparent les radicelles des racines adventives, et propose de dis- 
tinguer ceiles-ci en deux groupes : 1" celles qui se développent norma- 
lement sur certains points des axes ; 2° celles qui se développent 
anormalement sur des tronçons d'axes ou d'appendices isolés. 

Quant aux modifications que subissent les tissus de l'axe générateur 
au contact de la jeune racine adventive, elles consistent, d'après 
M. d'Arbaumont, surtout dans la production d'un parenchyme parti- 
culier, peu consistant, fugace et promptement mortifié, qui se déve- 



278 REVUE SCIENTIFIQUE. 

loppe au-devant d'elle, par suite d'une multiplication des cellules de 
la couche du phellogène et des cellules parenchymateuses sous- 
jacentes. Ce parenchyme, qui ne peut être comparé au suber, que 
M. Arloing a vu se développer dans les mêmes circonstances chez les 
Cactées, est surtout abondant lorsque la racine adventive sort par une 
lenticelle ; il fait alors hernie en forme de bourrelet autour de l'organe 
naissant, qui paraît entouré d'une double coléorhize. 

Les racines adventives des Cissus ne se forment guère qu'à l'extré- 
mité des fragments de tige plongés dans l'eau, et surtout au niveau 
des nœuds. 

Lorsque la tige a été coupée h la hauteur d'un nœud, c'est surtout 
sur les bords de la section qu'apparaissent les racines; jamais elles ne 
naissent sur la surface même de la section. Cette section, quand l'ex- 
trémité de la tige ne se désorganise pas, se recouvre ordinairement 
d'un tissu cellulaire provenant de la prolifération de tous les tissus, 
à l'exception delà moelle; ses cellules ont une tendance à la subéri- 
fication. 

M. d'Arbauraon ta observé un de ces fragments de tige chez lequel 
le cambium avait encore formé quelques couches ligneuses, bien que 
la moelle fût désorganisée et le vieux bois pourri par endroits. 

L. COURCHET. 



Géologie. 

Au mois d'avril 1878 [Compt. rend. AcacL, 12 mai 1879), M. F. Cai- 
rol a rencontré dans les gypses d'Aix une mâchoire à peu près com- 
plète de Cainotherium, qu'il rapporte au C. Courtoisii, signalé par 
M. Gervais dans les lignitesdela Débruge, près d'Apt (Vaucluse); il 
conclut à l'existence de ce genre à l'époque de ces gypses. On n'avait 
jusqu'ici, et d'une manière certaine, en fait de débris de Mammifères, 
trouvé dans les gypses d'Aix ({u'nne aile de Chauve-Souris apparte- 
nant à l'espèce pour laquelle M, de Saporta a proposé la désignation 
de Vespertilio aquensis. 

— Un petit groupe d'Echinides (Co??i,jj^. rend. Acad., 9 juin 1879), 
composant la familJe des Salénidèes, est caractérisé « parla présence, 
au milieu de l'appareil apical, d'une ou plusieurs pièces snranales qui 
rejettent le périprocte, soit directement en arrière, soit adroite ». Six 
genres sont compris dans cette famille : Aci-osalenia Agassiz, Pscudo- 
salcnia Cotteau, Helerosalenia Cotteau, PcUastes Agassiz, Goniophorus 



TRAVAUX FRANÇAIS. — GÉOLOGIE. 279 

Agassiz etSalenia Gray. Il résulte d'une Communication de M. Colteau 
que, sur les dix-neuf espèces do Salénidées qui ont été trouvées dans le 
terrain jurassique de la France: 1° quinze sont propres aux divers 
étages dans lesquels on les rencontre, et doivent être regardées comme 
essentiellement caractéristiques de ces terrains; 2° quatre passent 
d'un terrain dans un autre, mais ces passages se produisent presque 
toujours dans des terrains en contact immédiat. 

E. DUBRUEIL. 

— M. Gh. BaiTOis (Ami. Se. GéoL, tom. X, 3" sér., 1879) vient de 
faire paraître un important Mémoire- sur le terrain crétacé d'Oviédo 
(Espagne), Mémoire complété par M. Gotteau pour la description des 
Echinidesde cette contrée. 

Le terrain crétacé de la province d'Oviédo ofTre de grands rapports 
avec le crétacé de la région pyrénéenne ; il se présente sous deux as- 
pects : 1° sur la côte, sous la forme de lambeaux isolés par dénuda- 
tion, qui ont reçu le nom d'outliers et qui sont au nombre de trois : 
celai de Lianes, celui de Luanco et celui du cap Prieto, découvert 
par M. Barrois et rapporté au carbonifère par les cartes géologi- 
ques d'Espagne; 2° sous forme d'un grand bassin central. 

h'oiUlier crétacé de Lianes, qui est analogue à Voutlier de Luanco, 
est constitué par des calcaires gris compactes, alternant avec des cou- 
ches marneuses inclinées à 10° vers l'Est, et reposant sur les strates 
du carbonifère inclinées à 60°. On y rencontre principalement, de 
haut en bas, des grès à Orbitolines, parmi lesquels se trouvent desli- 
gnites; des couches calcaires avec Ostrea,Nerinœa, Caprina Verneuili; 
des calcaires compactes à Rliynchonella clepressa; des calcaires et des 
schistes ligniteux; des grès et des calcaires à Gérithes; des grès calca- 
rifères blancs et rouges sans fossiles. D. G. Schulz cite à Lianes des 
Hippurites que M. Barrois n'a pu retrouver. 

Au cap Prieto, à l'ouest de Lianes, se trouve un lambeau crétacé 
très-riche en fossiles, reposant sur des grès blanchâtres paléozoïques, 
comprenant, de haut en bas : des grès calcareux de 15 mètres d'épais- 
seur, à fossiles peu nombreux, parmi lesquels nous mentionnerons 
Wiynchonella Gibbsiana, Ostrea BoussingauUi, et divers Crustacés; des 
marnes sableuses, d'une épaisseur de 2 mètres, avec Echhiides, Orbi- 
tolines; des grès calcareux contenant en grand nombre Ostrea macro- 
ptera, des Mollusques dimyaires, des fragments roulés de roches pri- 
maires, de houille. Outre un Grustacé macroure, l'auteur y a rencontré 
Vennicularia Phillipsii Rcem., Serpula antiquata Sow., Belemnites'!, 
Ammonites fisskostatus Phillips (identique à l'i. consobriiius <ÏOi-h.)., 



280 REVUE SCIENTIFIQUE. 

Ancyloceras 'pulcherrimus ? , Scaphites?, moules de Dimyaires, 3Iytilus 
Morrisii Scharpe (plus petit que le type) , Janira atava d'Orb. , Pecten 
nov. sp., Plicatula placunea Lk., Ostrea macroptera Sow. , 0. Cassan- 
dra Coq., 0. Boussingaulti d'Ovh., variétés, Spondylus Rœmeri'Desh.l, 
Terehratella Verneuiliana'DaLV.. Terehratula prxlonga Sow., Waldheimia 
pseudo-jurensis Leym., W. TamarmdusQow., Rhynchonelia Gibbsiana 
Sow., R. regularis Leym., R. depressa Sow., Pentacrinus annulalus 
Rœm., Polypiers hexactiniaires , Distheles inflata de Fromentel, 
Manon peziza Golf., Scyphia furcata Golf., Orbitolina conoidea A. 
Gras, Orbitolina discoidea A. Gras. Les Échinides suivants ont été 
déterminés par M. Cotteau : Cidaris iMalion A. Gras, C. Mac-Phersoni 
Cotteau, C, baculina Gauthier, C. Barroisi Cotteau, Rhabdocidaris 
Cortazari GoUesLU, Pseudodiadema Malbosi Cotteau, P. dubium Cotiea.u. 

Quant à YoutUer de Luanco, il est formé de couches calcaires dont 
l'inclinaison est très-variable et qui peuvent avoir une puissance 
totale de 40 mètres. Ces couches calcaires, dans la série desquelles 
la faune reste la même d'une manière générale, sont composées d'une 
alternance de calcaires compactes bleu clairet de bancs argilo-sableux 
plus tendres; dans les premiers abondent les Polypiers, les Nérinées 
et les Caprotines ; dans les seconds se trouvent les Orbitolines, les 
Brachiopodes et lesEchinodermes. 

Luanco a fourni à M. Barrois : Neritina nov. spec, Neritopsis navis? 
Land., Trochus logarithmicus ? Lsiud., Trochussp., Tylostomapunctatum 
Sharpe, Amnœa Hton Sharpe, N. Archimedi d'Orh., N. Coquandiana? 
d'Orb., N. Coimbrica Sharpe, Turbo sp. , 5^row6^w sp., moules indéter- 
minables de Dimyaires. Avicula sp., Caprotina Lonsdalei, Caprina 
Verneuili Bayle, Janira atava d'Orh. ^ Ostrea Boussingaulli d'Orb., Tere- 
bratulaprcelong a ^ow., T. Moutoniana d'Orh., Waldheimia Tamarindus 
Sow., Rhynchonelia parvirostris Sow., Astrocœnia radiata Meneghini, 
Pseudodiadema sp. indet., Echinocojiuss]^. indet., Cidaris s^., Orbitolina 
conoidsea A. Gras, 0. discoidea A. Gras. 

Les couches de Luanco sont encore bien développées dans les falai- 
ses d'Antromero, entre Luanco etCandas. 

L'élude des trois ouUiers que nous venons de mentionner permet 
d'établir la composition du terrain crétacé sur la côte d'Oviédo: c'est 
ce qu'a fait M. Barrois dans une portion spéciale de son Mémoire. 
D'après lui, le terrain crétacé de la côte cantabrique peut se subdi- 
viser en deux groupes : le groupe inférieur, constitué par le calcaire de 
Lianes à Ccrithium; le groupe supérieur, représenté parle calcaire de 
Luanco à Caprotina Lonsdalei et qui correspond à l'urgonien des 
Pvréuées, décrit par Leymerie, Hébert et Magnan. 



TRAVAUX FRANÇAIS. — GÉOLOGIE. 281 

Pour le bassin central de la province d'Oviédo, il est formé de 
couches crétacées souvent profondément dérangées par les mouve- 
ments du sol, et dont l'inclinaison peut varier de la verticale à l'hori- 
zontale. Ce bassin est limité en grande partie par des failles que 
M. BaiTois n'a pas eu le loisir d'étadier, malgré l'intérêt qu'elles pré- 
sentent; on y rencontre, en commençant par les couches les plus infé- 
rieures du terrain crétacé : 1° Des bancs de poudingue calcaire alter- 
nant avec des lits de sable rouge marneux , à petits cailloux de 
quartz. Cet ensemble peut être suivi dans la plus grande partie du 
bassin, sauf au Sud, et repose indifféremment sur tous les terrains 
antérieurs. Ce poudingue, que M. Barrois désigne sous le nom de 
■poudingue de Posada, s'étend beaucoup dans l'ouest de l'Espagne; 
c'est du reste incontestablement le représentant du conglomérat de 
Camarade des Pyrénées, que Magnan a décrit et rapporté au céno- 
manien : la mer cénomanienne était donc plus étendue que la mer 
urgonienue, dont les dépôts se sont arrêtés aux outliers de la côte, 
disordance se rattachant à un mouvement général de la région Pyré- 
néenne déjà reconnue par d'ArchiaCjGarrigouet Magnan;— 2° Immé- 
diatement au-dessus du poudingue de Posada, des sables marneux 
passant au tuffeau avec fossiles très-nombreux, mais peu divers et peu 
variés [Ostrea africana Coq., Orbitolina concava, etc.), qui permet- 
tent de ranger ces couches dans le cénomanien. Ces sables ferrugi- 
neux peuvent être facilement observés à l'ouest de San-Bartholome 
de Nava ; — 3" Le tuffeau de San-Bartholomé, supportant des calcaires 
sableux passant au tuffeau avec des nodules ou des bancs de calcaires 
plus homogènes qui se développent avec une épaisseur de plus de 
cinquante mètres sous le village de Ceceda, mais qui sont surtout 
fossilifères à Castiello, à l'est du bassin; dans les couches inférieures 
dominent le Periaster Verneuili, les couches supérieures contiennent 
Vlnoceramus labiatus. Les fossiles suivants ont été recueillis par 
M . Barrois dans la tranchée de la grand'route : Ammonites Roche- 
bruni Coq., Amm. cf. Deverianus, Amm. cf. Lewesiensis, Amm. speç., 
Clienopus spec. , Turritella?, Eulima?, Cardium?, Arca Noueliana? d'Orb. , 
Inoceramus labiatus Schlt., In.undulatus? Mant., Spondylus trunca- 
tus d'Ovl)., Pecten nov. spec, Ostrea Hippopodium'! Nilss., Ostrea de- 
cussata, 0. Caderensis, 0. columba Lk. , 0. Mermeti?., Terebratula inversa 
Arnaud, Waldheimia sp., Periaster Yerneuili, Pseudodiadema Ver- 
neuili?, Trochosmilia compressa'! EdW. et H. C'est la faune du turo- 
nien du sud-ouest de la France. Ces couches sont recouvertes vers 
Ceceda, et plus au Sud vers Lozano, par des calcaires plus compactes 
avec Strombus abondants el où on trouve en outre : Hippurites orga- 



282 REVUE SCIENTIFIQUE. 

nisans^ Nerinœa monilifera, Orbiiolina spec; ils paraissent appartenir 
à l'angouinien etpeut-être au provencien. Au nordd'Oviédo, le turo- 
nien n'apparaît que vers Lugones, mais cet étage est très-développé 
à l'ouest du bassin de Loriana ; — 4° Enfin le turonien, supportant en 
stratification concordante dans tout le centre du bassin d'Oviédo des 
couches à peu près horizontales de marnes et de calcaires à couleurs 
roses brillantes sans aucun fossile et d'une épaisseur totale d'une 
quarantaine de mètres : on peut les rapprocher avec doute du séno- 
nien des Pyrénées. 

Le tertiaire n'a pas encore été nettement reconnu dans le centre 
de la province d'Oviédo. Le gypse des Pozo ciel Yeso^ qui repose en 
couches horizontales et concordantes sur le crétacé, ne contient pas 
de fossiles. Cependant M. Barrois a rencontré sur la route de Lugones 
des blocs de calcaire avec Planorbes et Limnées, qu'il ne peut attri- 
buer qu'au système des marnes et gypses d'Oviédo. Ces fossiles, étu- 
diés par M. Tournouër, appartiennent, d'après ce savant, probablement 
àl'éocène supérieur. A Golombres , au contraire, à la limite des pro- 
vinces d'Oviédo et de Santander, on trouve au-dessus de la craie le 
terrain nummulitique, qui la recouvre en stratification concordante. 
De ces faits et du manque complet du miocène dans la province 
d'OviédO;, on est conduit à rattacher la formation du bassin synclinal 
de cette province à la fin de la période éocène. 

Les recherches de M. Barrois viennent appuyer l'opinion de 
M. Hébert, tendant à admettre qu'à l'époque du néocomien il y avait 
eu seulement deux golfes, l'un à l'est, l'autre à l'ouest de la chaîne 
des Pyrénées^ au lieu d'un canal continu, comme pourrait le faire 
croire la Carte de MM. de Verneuil et CoUomb. En efiet, les couches 
à Orbitolines de la province de Teruel et de Biscaye ne se sont pas 
déxDosées dans les régions qui séparent ces deux contrées. De plus, le 
néocomien supérieur, composé dans les Pyrénées de marnes et de 
calcaires schisteux noirs à Ostrea aquila, s'avance au plus, d'après 
M. Barrois, jusqu'à Santander, tandis que M. Hébert le faisait suivre 
des Pyrénées jusqu'aux Asturies. 

ïl résulte encore de l'étude de M. Barrois que la faune du terrain 
crétacé d'Oviédo est une faune de mer peu profonde, et qu'à cette 
époque géologique les eaux urgoniennes de la dépression atlantique 
ne se sont pas avancées jusque dans le bassin central d'Oviédo, qui 
partage avec les bassin^ de l'Ecosse, de l'L'lande, de la Loire et du 
sud-ouest de la France, le caractère de ne pas présenter le gaultet 
le néocomien, et de n'avoir été recouvert par les eaux crétacées qu'à 
Tépoque cénomanienne. 



TRAVAUX FRANÇAIS. — GÉOLOGIE. 283 

— Dans une JNote sur le terrain nummulitique de la Mortola, près de 
Menton, M. F. Fontannes (Bull. Soc. Géolog. de France, 3" série, tom.V, 
1877) fait l'étude des couches qui affleurent sur les flancs du petit 
vallon de la Sorba, sans toutefois comparer les résultats de cette coupe 
avec ceux qu'a fournis l'étude du même horizon sur d'autres points. 
M. Fontannes signale du reste dans cette localité une faune beaucoup 
plus abondante et plus variée que celle qui était coimue jusqu'à ce jour. 

De la route de Gênes au Monte-Bellinda, ce géologue a rencontré : 
1"^ le terrain crétacé sur lequel passe la route, représenté probable- 
ment parle sénonien et le danien; — 2» des bancs de calcaires num- 
mulitiques plus ou moins marneux, d'une quinzaine de mètres d'é- 
paisseur, remplis à la base de cailloux siliceux, à arêtes vives, de tou- 
tes dimensions, et très-riches en fossiles, au nombre desquels nous 
citerons: Nummulites perforata d'Orb., N. Lucasana Defrance, N. 
Guettardi d'Arch. , Trochocyathus cyclolitoïdcs Bellardi, Troch. Van den 
Heckei, J. H. — 3° une assise de calcaires marneux gris foncés peu fos- 
silifères; — 4" des calcaires marneux avec Orbitoides i^orîisi d'Arch., 
qui, réunis à la zone précédente, occupent une trentaine de mètres d'é- 
paisseur; — 5° une alternance de lits de marnes foncées d'aragonite; — 
6° des marnes feuilletées alternant avec des bancs plus compactes. Cette 
dernière couche forme la berge occidentale du ruisseau de la Sorba. 

De l'autre côté du ruisseau, sur les pentes du Monte-Bellinda, on 
rencontre successivement : 7» des marnes argileuses avec bancs degrés 
fins, argilo-micacés, d'une épaisseur totale de vingt mètres; — 8° une 
dizaine de métrés de grès fins argilo-micacés, schisteux; — 9° une 
alternance de marnes et des grès qui précèdent, de cent trente à cent 
quarante mètres de puissance, ne présentant comme fossiles que quel- 
ques débris de végétaux sans aucune empreinte d'x\lgues, et qu'il 
est difficile d'attribuer avec certitude au flysch; — 10° au-dessus 
de ces marnes et dé ces grès se rencontre une épaisseur de qua- 
rante à cinquante mètres d'un calcaire nummulitique très-fossi- 
lifère , débutant par une brèche de cailloux siliceux noirâtres, qui 
diffèrent par certains caractères de ceux des couches numéro 2, mais 
que M. Potier n'hésite pas attribuer à un retour de ces calcaires nu- 
méro 2, déjà rencontrés sur la roule de Gênes. La faune estdu reste ici 
plus variée, et, malgré le mauvais étatdes fossiles, M. Fontannes peut 
donner la liste d'une trentaine d'esxièces bien déterminées [Turritella 
imbricataria Lk., Ostrea gigantica Brander, Pectunculus striatissi- 
mus Bellardi, Nummulites perforata d'Orb., N. Lucasana D^ivimcQ, 
N. striala d'Orb., etc., etc.); — 1 1° après ces couches reparaissent des 
alternantes de marnes et de grès micacés qui surmontent enfin au 



284 REVUE SCIENTIFIQUE. 

sommet du Monte-Bellinda de nouvelles couches de calcaires àNum- 
muliles qui ne sont encore, d'après M. Potier, qu'un nouveau retour 
des assises numéro 2. M. Fontannes ne peut s'empêcher cependant 
de constater dans ces nouvelles couches de légères différences dans 
les caractères pétrographiques et surtout paléontologiques. 

— ha. Revue viternationale des Sciences au. 15 mai 1879 contient la 
traduction d'un remarquable Mémoire du D' Th. Kjerulf sur l'épo- 
que glaciaire. 

— Les grottes des environs de Gagliari ont été fouillées par M . Or- 
soni, qui a chargé M. Chantre de faire connaître le résultat de ses 
fouilles (Bull. Soc. AnthropoL, 3' sér., tom. II, i" fascicule, 1879) ; parmi 
ces grottes, celles de Saint-Barthélémy et de Saint-Elye sont parti- 
culièrement intéressantes par les rapports qu'elles ont avec les dolmens 
et les grottes de l'époque néolithique dans le midi de la France. La 
première présente trois niveaux : le premier et le plus bas, se rapportan t 
probablement à l'époque paléolithique, a fourni des outils d'obsidienne, 
des ossements de bœufs et des ossements humains ; dans le niveau 
moyen, on a découvert des débris de colliers faits avec des dents per- 
cées de carnassiers et des coquillages; enfin, dans le niveau supérieur, 
des dents percées, des débris d'obsidienne, une petite hache plate en 
bronze, des poignards de même métal et des ossements humains. La 
seconde grotte de Saint-Elye a donné des résultats analogues; ou y a 
trouvé de plus des perles et des poinçons en os et des haches en diorite. 

— M. S. D. d'Acy {Mater, pour l'hist. de l'Homme, 2^ sér., tom. X, 
liv. IV, 1879) fait observer que le gisement quaternaire avec silex taillé 
de Thennes (Somme) est beaucoup moins élevé au-dessus du fond de la 
vallée que ne l'est celui de Saint-Acheul, et que le type acheuléen y 
«paraît très-sensiblement plus prépondérant qu'à Saint-Acheul même » . 

— L'exploitation de la carrière du Champ de Mars, à Abbevillo 
(Somme) (¥at. pour Z'Msî. rfe /'/fomme, 2" sér., tom. X, liv. IV, 1879), a 
donné comme fossiles, dans le banc situé un peu au-dessus de Moulin- 
Quignon : des dents de l'Elephas primigenius, un fragment de l'El. 
antiquus, une dent d'Hippopotame, des ossements de Bœuf, Cerf, etc. 

— Le déparlement des Côtes -du-Nord doit, d'après M. Lemoine 
{Mat. pour l'hist. de l'Homme, 2« sér., tom. X, lix. IV, 1879), être 
ajouté à la liste des lieux où ont été trouvés des objets enjadéitc. 

M'' ViG-UIER, 

Préparateur à la Faculté des Sciences. 



285 
TRAVAUX ÉTRANGERS. 



Revue Allemande et Italienne. 

Vienne, 31 décembre 1878 et 10 mai 1879. 
Zoologie. — Dans ses Matériaux 'pour la faune vénitienne [Inst. 
se. de Venise] , le comte Nini donne la liste des Chéiroptères des pays 
vénitiens. Ces Chéiroptèi'es appartiennent aux genres suivants: Rhino- 
lophus(A espèces), Plecotus (1 espèce), Synotus (1 espèce), Vespertilio 
(7 espèces), Vesperugo (6 espèces), Miniopteris (1 espèce). — L'auteur 
donne ensuite la description de quelques Poissons de l'Adriatique: Zeus 
faher^ Z. pungio^ Gadus euxinus^ Callionymus lyra, C.maculatus, 
C. fasciatus ; cette dernière espèce est nouvelle pour la faune italienne, 

— De Betta [loc. cit.] parle du Tiliguerta de Celli; c'est le Lacerta 
tiliguerta Auctor, de la Sardaigne, considéré généralement comme iden- 
tique au Podarcis muralis ; après avoir exposé les opinions de Came- 
rano, de Gênée, de Philippi et autres, il coïic\x\iaYaQ\Qà\i Tiliguerta du 
Celli n'est autre qu'une variété locale du Podarcis muralis ; que le 
Tiliguerta de Philippi de la vallée du Pô est la variété campestris du- 
dit Podarcis et le Tiliguerta de Gamerano est identique au Podarcis v. 
lineata de Betta ou Gênée, et par conséquent une variété de coloration 
du P. muralis. — De Betta, dans ses Notes erpétologiques [loc. cit.], 
donne des détails sur la distribution géographique du Phylleodactylus 
europeus, Pelodytes punctatus,Salamandra atra, Triton Blasii, etc. 

— Le docteur Fitzinger [Ac. des Se. de Vienne] a composé un traité 
sur les Poissons qui habitent les deux lacs de Lunz et Erlaph, dans l'Au- 
triche inférieure. On trouve dans le premier : Sahno salvelinus, Trutta 
lacustris, Tr. fario, Cephalus dobula, Phoxinus Marcilii et Cottus 
gohio ; dans le second : Esox lucius, Salmo salvelinus, Cephalus 
dobula, Phoxinus Marsilii et Cottus gohio. — Dans les lacs de l'Au- 
triche supérieure se rencontre un plus grand nombre d'espèces (de 17 à 
27 esp,). La cause du moindre nombre des espèces des lacs de l'Autriche 
inférieure dépend, d'après Fitzinger, de leur plus grande altitude au- 
dessus du niveau de la mer et aussi du mode de leur connexion avec les 
fleuves. 

— Notre Société ornithologique, qui est dans la seconde année de son 
existence, fait tous ses eiforts pour propager dans le public la connais- 
sance de l'ornithologie de la monarchie austro-hongroise. Le nombre 



286 REVUE SCIENTIFIQUE. 

de ses savants collaborateurs et de leurs écrits s'étend de plus en plus. 
Dans les derniers numéros de son journal, on trouve des discussions 
mtiques sur le Vultur cinereus et sur VAquila fxdva\ — le D"" Brelim 
décrit le Passer roseus, donne des détails sur sa distribution géogra- 
phique et fait aussi mention de l'invasion des Sauterelles à Villafranca 
(Vérone), qui attira à cette occasion près de 10,000 de ces derniers Oi- 
seaux, qui nichèrent dans le pays même ; — Rûdiger traite du Chryso- 
mitris spinus et de sa manière de vivre en captivité ; — Talsky décrit 
un Circaëtus hrachydactylus assez rare en Moravie ; un individu tué à 
Neutittchein avait une longueur de 0'",67. Il décrit aussi un .Aquila 
chrysaetoa qui avait une longueur de 0'^,82. — Rowland donne l'énu- 
mération des Oiseaux du comté d'Arva et de la partie limitrophe de la 
Tatra (Hongrie) , basée sur sa propre collection ; — Neweklowsky fait 
observer que VAnas hosclias est l'espèce typique de VAnas domestica, 
et que les changements dépendent essentiellement d'une vie toute parti- 
culière, puisque le premier donne des signes de vivacité et de prudence, 
dont manque l'espèce domestique, etc. ; — Fournes a fait un Traité sur 
la manière de recueillir, préparer et conserver les œufs des Oiseaux ; — 
Givanner s'adresse aux ornithologistes des pays orientaux, auxquels il 
demande des détails sur le GypaeHos europœus, dont il voudrait avoir 
des individus vivants ou morts, ainsi que des œufs, dans le but de faire 
.un travail critique sur cet Oiseau. Ce savant possède une riche collec- 
tion d'individus des Pyrénées, de l'Espagne, de l'Italie, de la Suisse, de 
la Grèce, etc.; il voudrait se procurer des sujets de pays orientaux. 

— Il a été adressé par de Tschusi à la Société zoologique et botani- 
que de Vienne, pour être inséré dans les Actes de cette Société, un ma- 
nuscrit sur la bibliographie de la faune ornithologique de la monarchie 
austro-hongroise. 

— Un essai [Soc. Entom. de Florence) sur la faune des Lépidoptères 
de la Sicile est l'œuvre de Failla Tedaldi ; à cause du climat et de la flore 
de ce pays, cette faune est fort riche et a beaucoup de rapports avec 
celles de l'Espagne, de l'Egypte et de la Barbarie ; quelques espèces y 
présentent une double et quelquefois une triple génération, etc. 

— Hôfner [Musée de Rlagenfurt) donne l'énumération systématique des 
Lépidoptères des vallées de Lavant et des Alpes, dites de Kor et Saualpe, 
dans la Carinthie ; cette faune, qui est très-riche, renferme dès représen- 
tants de divers autres pays de l'Europe, tels que : Licœna optilete, 
Jaspidea celsia, Catocala conversa, Euzophora Welseriella, etc., etc. 



TRAVAUX ÉTRANC.EnS. 287 

— Le D^'Ragazzi [Soc. Ent. de Florence ei Soc. oiat. Modène) donne 
une liste des Coléoptères qu'il a récoltés lai-même dans la province de 
Modène. 

— Présentation est faite parle D''Kuh, h la Société holanico-zoolo- 
(//jw^ de Vienne, d'un talDleau des Arachnides récoltés par le D'' Finsch 
dans la Sibérie occidentale. 

— Le professeur Canestrini et Fanzago [Inst.Sc. de Venise) donnent 
rénumération systématique desciiptive des Acariens italiens ; il y en a 

150 espèces, parmi lesquelles beaucoup d'espèces nouvelles et figurées 
sur six ]:)lauclies jointes à ce travail^ dans lequel on trouve des détails 
historiques sur ces Insectes. 

— Les Etmice [Soc. Sc.nat. de Breslau] doivent, d'après le D"" Grube, 
être divisés en trois classes : Lahidognatha [Eunicea, Lysidicea, 
Onuphœa ] , Lumhriconereidea ( Oenoidea , Lysaretea , Ninoidea, 
Lumbriconeroidea, Loidea, Larandidea] et Staurocephalidea [Stau- 
rocephahis). — Le D"^ Grube [loc. cit.) décrit aussi quelques Annélides du 
Japon [Serpula diplocJione, Sabella suavis, Samytha oculata, etc., et 
enfin il fait observer que la Pontoh délia de l'océan Indien pourrait bien 
être V Hirudo indica de Linné. 

— D'intéressants détails sur le développement des Chétopodes [Acad. 
Se. de Fz'ewîte} sont donnés par le professeur Michel Stossich. Ses obser- 
vations ont eu pour objet des œufs de Serpula uncinata et de S. glo- 
raerata obtenus par fécondation artificielle; une granderégularité et une 
extrême promptitude ont présidé à la formation des premiers stades, 
puisque le second jour après la production on pouvait déjà observer la 
gastrula; au cinquième et sixième jour, les larves prirent une forme 
anormale ou moururent. Les germes se produisent dans certaines 
glandes à la paroi interne de la cavité du corps, et, au temps de la ma- 
turité, se rassemblent dans celle-ci pour sortir ensuite par de petits 
trous qui se trouvent dans chaque segment. — Stossich rapporte aussi 
les observations de Schenk, qui^ en partie, diffèrent des siennee pro- 
pres. On trouve ensuite la description de la blastula et gastrula 
avec les caractères qui leur sont pariiculiers. 

— Le D'" Gasco [Soc. des Lettr.de Gênes) donne les caractères généraux 
des Cétacés vrais, qu'il distingue des Sirénéides et subdivise en Cetodonti 
et Misticeii ; aux premiers il rapporte le Dauphin, le Marsouin, l'Orque 
et le Narval; au second, les Baleines et les Baléinoptères, les Mégaptè- 
res, etc. — Gasco fait mention de la Baleine basque, qui pourrait bien 



288 REVUE SCIENTIFIQUE. 

être une espèce distincte de celle du Groenland^ mais qui est la raêmeque 
l'espèce des Baleines basques émigrées dans les régions septentrionales. 

— Le D"" Rosenhauer [Soc. zoolog. et minéral, de Ratisbonne] décrit 
un nouveau Coléoptôre qui vit dans les poils de V Ewphorhia characias 
en Espagne, et que l'on pourra sans doute trouver dans d'autres pays où 
croît cette Euphorbe. Ce Coléoptère est le Tamnurgus characiœ^ sembla- 
ble au Tham. varipes, mais plus petit, plus délié et plus cylindrique, etc. 

— La description [Inst. Se. de Venise) est présentée, par le prof. Ca- 
nestrini, de quelques nouvelles espèces du genre Dermaleichus, dont 
quelques-unes vivent sur les ailes des Oiseaux, d'autres sur des Insectes. 
Le Berm,^ Parzanœ vit sur VOrtygometra Parzana-, il est voisin du 
Derm. acredulinus^ mais Canestrini le regarde plutôt comme une forme 
juvénile que comme une espèce distincte: le Derm. Ceramhycis sur le 
Ceramhyx cerdo; le Derm. Colymbi sur le Colymhus minor, etc. On 
observe que les femelles des diverses espèces sont assez ressemblantes 
entre elles, ce qui rend leur classification impossible, à moins de connaître 
les mâles respectifs. Quelques auteurs ont décrit des formes avec un 
appendice caudal et les ont présentées comme étant des espèces distinctes, 
quoique devant être rapportées à d'autres espèces. 

Botanique. — Le D' Pantoczek [Journ. bot. de Skofltz à Vienne] 
donne la description d'un nouveau Trifolium de la Hongrie qu'il nomme 
Trif. Haynaldianum, et qui se rapproche en partie du Trif. pratense 
et en partie du Trif. médium. Il fait mention du Teucrium scorodonia, 
espèce nouvelle pour la flore hongroise. 

— De Vucotinovic fait connaître [loc. cit.] quelques plantes nouvelles 
pour laflore de la Croatie, telles que : Astrantia croatica, voisin de VAstr. 
carniolica, Lilium martagon albifiorum^ etc., et fait mention des 
diverses formes de Quercus pubescens, pedunculata^ sessilifolia, etc. 

— Quelques hybrides [loc. cit.) observés près de Budapesth sont énu- 
mérés par Borbas : Polygonum bicolor [P. tomentocumX mite), 
Centaurea hetniptera (C. rhenana 'X solstiiialis) ^ Cirsium Sepe- 
liense ( C. arvense X lanceolatum, v. nemorale ou C. nemordle 
lanceolatum), Linaria oligotrica [L. italica'Xvulgaris]^ etc. Il parle 
ensuite de Y Astrantia major L,, v. illirica Borb., identique à V As- 
trantia saniculœfolia Stur, regardé comme un échantillon défectueux. 

— Deux lettres écrites de Sumatra par Beccari et insérées dans le 
Bulletin de la Société d'horticulture de Florence font mention d'une 



TRAVAUX ÉTRANGERS. 289 

Aroïdée de grandeur démesurée, queBeccari considère comme un Cono- 
'phallus et nomme C. titanum. Le tubercule d'un individu avait l'",40 
de circonférence et donnait naissance à une seule feuille dont le pétiole 
atteignait à la base une circonférence de 0°\90 cent., s'amincissant vers 
le haut et ayant une hauteur de3'",40 ; la feuille, lisse à la superficie, 
était de couleur verte et parsemée de petites taches blanches ; les trois 
divisions du pétiole, à son extrémité supérieure, avaient la dimension 
d'une jambe humaine et se subdivisaient plusieurs fois, en soutenant 
chacune une expansion longue de S"", 10 ; la feuille entière couvrait 
une surface de 15 mètres de circonférence. La hampe d'un individu 
fructifère avait la dimension du pétiole ; la partie fructifère était cylin- 
drique, de 0'",75 cent, de circonférence et longue de 0'",50 cent.; les 
fruits, en forme d'olives, étaient de couleur rouge; la fleur ressemble 
à celle de Y Amorphophallus campanulatus; le spadice est long de 
1°',75 et de 0",18 à0'°,20 de diamètre à la base, de couleur jaune sale 
dans le bas et presque livide vers le sommet, etc. 

— On doit aussi faire mention du Catalogue de plantes publié tout 
récemment par l'Inspecteur du Jardin botanique d'Insbruck, Stein.Dans 
ce Catalogue sont représentées les flores de la France, de la Belgique, 
de l'Angleterre, de la Norvège, du Danemark, de la Finlande, de la 
Germanie, de l'Autriche, de la Hongrie, etc. — Il contient des espèces 
d'un grand intérêt pour beaucoup de botanistes, telles que : Bellevalia 
Wehhiana, Anémone haldensis, Aquilegia Einseliana, Campanula 
Morettiana^ Grossehu, Waldstemiana, Centaurea Sadleriana^ my- 
riotoma , Dianthus Felsmanni, D. Helluigii, Hieracium Gandini, 
H. tyrolense , Primula Fachinii, Portœ, Florkeiana, Ranunculus, 
Traunfellneri, Rosaaustralis, Stroehleri, Uechtritziana, Saxifraga^ 
Zimmeteri , Hausmanni , montafoniensis , arachnoidea , Viola ba~ 
densis, Haynaldi, mollis, et beaucoup d'autres. Quant aux Salix, y 
est énuraérée la collection de défunt Wimmer, en 103 exemplaires. Vient 
ensuite la liste des Lichens, Mousses, Champignons, etc. — Ce Catalogue 
sert aux savants de la Société d'échange mutuel de plantes pour les 
besoins de leurs demandes et de leurs offres, moyen fort commode pour 
enrichir leurs herbiers. Ceux qui ne voudraient ou ne pourraient pas 
faire des échanges peuvent se procurer les plantes qu'ils désirent, au prix 
de 10 marks la centurie. 

— Le Prof. Reichardt [Soc. bot. zool. Vienne) décrit un Champignon 
fort rare, le Clathrus corallioides, trouvé dans les environs de Lubiana ; 
Reichardt fait ensuite mention d'un travail de Thûmen et Voss sur la 
flore des Champignons de la basse Autriche. 

19 



290 REVUE SCIENTIFIQUE. 

— Schulzer de Mûggenburg [Journ, bot. de Skofitz] décrit quelques 
espèces de son nouveau genre Kalchbrenneria, qui, en ©fFet, est un 
Ozonium fertile dont on n'avait aucune connaissance jusqu'à ce jour. 

— Une Communication de M. Eidam [Soc. Se. natur. de Bresïau] a 
trait au développement de V Helicosporangium parasiticum, observé 
par Karsten sur une Carotte tenue dans une humidité constante ; ce 
Champignon, quant à la formation des spores, ressemble à VUrocystis 
et forme le passage entre les Ustilaginées et les Erisiphées. " 

— Le Prof. Cohn [loc. cit.) donne une Notice sur quelques parasites 
végétaux qui vivent sur divers Insectes, 'comme VEmpusa muscœ, Jassi, 
aulicœ ; le Tarichium megaspermum, qui couvre pendant l'hiver la 
chenille de YAgrotis segetum; VIsaria farinosa, qui se développe sur 
les chrysalides du Sphinx galii, eonvolvuli, sur le Dianthœcia alhi- 
maculata ; le Gymnascus Rossii, que l'on observe à la partie inférieure 
de la chrysalide du Sphinx galii, pendant que l'on voit VIsaria farinosa 
sur la partie supérieure, etc., etc. 

Cohn [loc. cit.] parle aussi de ce qu'on appelle Fleur d'eau, qui est 
ordinairement formée parles Phycochromacèes (Oscillariées, Nostocées, 
Chroococcacées), et qui donne à l'eau une teinte verte, brune ou rouge. 
Sur le fleuve Leba, en Poméranie, on a observé que cette Fleur d'eau 
était formée par un Rivularia que Cohn nomme fluitans, et qui com- 
munique à l'eau une couleur verte. Cette même couleur est aussi donnée 
à l'eau par un Anabœna circinalis. 

— Une intéressante Notice [loc. cit.] est présentée par le D' Thalheim 
sur les Bacillaires artificielles construites par lui avec de la paraffine et 
du savon de glycérine. Après avoir exposé les diverses méthodes qu'il a 
expérimentées, il fournit quelques observations sur chaque espèce ; il 
remarque, par exemple, que la variété du Campylodiscus costatus figu- 
rée par W. Smith n'est autre que la partie interne du même Campylo- 
discus ; que Campylodiscîis surizella et tryhionella, ne doivent pas 
être séparés ; que Amphora et Cymbella sont alliés, etc. 

— Le D'' Peter [Journ. bot. Skofitz] donne une esquisse de la flore 
de la Babiagora, un des plus hauts sommets (1770 met.) des Beskides, 
en Hongrie. Au milieu des grès carpathiques dont se compose cette mon- 
tagne, on trouve : Catnpanula Scheuchzeri, Arabis arenosa var. com- 
pacta, Rhodiola rosea , Rosa urbica, Kiiautia carpatica, etc. 

— Dans la séance de V Académie des Lyncéens, à Rome, de décembre 
dernier, présentation a été faite par le D'' Lanzi d'un travail publié dans 



TKAVAUX ÉTRANGERS. 291 

les Actes de la Société de Microscopîe de Bruxelles, dans lequel il 
démontre que, parmi les Diatomées (chaque individu quoique étant consi- 
déré comme une Algue unicellulaire), quelques espèces sont réunies par 
groupes au mo^^en d'une subs'tance plasmatique qui les unit et en consti- 
tue une greffe. Lanzi parle de l'origine de cette substance et de sa for- 
mation, etc. 

— Nous devons aussi mentionner dans la même séance une Commu- 
nication du comte Castracane sur la distinction de la flore des Diatomées 
marines en littorale et pélagique ; sur la relation des divers types des 
Diatomées avec les circonstances de climat; sur la localité et les con- 
ditions dans lesquelles se présente chaque forme. Cette distinction pourra 

' intéresser le géologue, qui reconnaîtra dans un banc de Tripoli ou dans un 
dépôt de Diatomées, non-seulement si la formation a été marine ou la- 
custre, mais aussi si une formation marine a eu lieu près du rivage ou 
au large dans les profondeurs de la mer. 

— De Thiimen [Jour. bot. de Skofitz] décrit un nouveau genre, 
Vogessia, appartenant aux Ustilaginées et assez voisin du genre Tilletia. 
L'espèce F. Moliniœ se trouve sur l'ovaire du Molinia cœrulea. 

— Le D'' Lorinser [loc. cit.] décrit un nouvel Agaric, le Lepiota ru- 
goso-reticulata, qu'il faut ranger près du L. amianthina. 

— Le premier volume des Actes de la Société cryptogamique, dirigée 
par le Prof. Ardissone, à Milan, vient de paraître. Cette publication fait 
suite à celle du défunt professeur Notaris. Il faut observer que les mem- 
bres de cette Société, ne payant aucune cotisation, doivent contribuer, 
par leui^s écrits, à la publication des Bulletins. Les dépenses de publi- 
cation et celles de l'entretien de l'herbier sont à la charge du directeur. 
Nous trouvons dans ce volume la description faite par le comte Castra- 
cane d'une nouvelle forme de Melosira Borrerii- la liste des Diatomées 
récoltées à Ostie par le D'' Lanzi ; le genre Pyrenomycetumhypocreao- 
ceorum, par le Prof. Saccardo ; les Algues italiennes [Rodomelacées] par 
Ardissone ; des notices bibliographiques, etc. Six planches accompagnent 
le volume. 

— Je dois faire aussi mention du Journal botanique T^nhlié cette 
année par le Prof. Kanitz, à Klausenburg, en Transylvanie. Ce journal 
doit contenir sans aucun doute des faits et des notes botaniques d'un 
grand intérêt ; malheureusement il ne pourra être lu à l'étranger que par 
bien peu de botanistes, étant écrit en langue hongroise. Il gagnerait 
beaucoup à donner un résumé en français ou en allemand, etc. 



292 REVUE SCIENTIFIQUE. 

GÉOLOGIE ET Paléontologie. — Le prof. Stoppani avait déjà 
soutenu, dans son Cours de Géologie, en 1869 : 1° que la période 
glaciaire avait succédé sans aucun intervalle à la période pliocène; — 
2» que les sables jaunes subapennins superposés aux argiles bleues de la 
période pliocène étaient contemporains des terrains glaciaires ; — 
3° que, pendant l'époque glaciaire, la mer ne s'était pas retirée des 
Alpes et pénétrait encore dans les baies qui les découpent profondément 
jusqu'au moment où ces baies ou vallées alpines furent occupées par les 
anciens glaciers : ceux-ci obstruèrent l'embouchure de ces antiques 
fiords, interceptèrent le cours des eaux et les forcèrent à se convertir 
en glaciers. 

Ces idées de Stoppani ont été combattues par plusieurs géologues ; 
aujourd'hui, dans son Mémoire intitulé : Caractère marin des grands 
amphithéâtres morainiques de la Haute-Italie , Stoppani démontre 
et soutient ces mêmes idées basées sur des études fondamentales relati- 
ves à deux des principaux amphithéâtres morainiques de la Haute-Italie, 
celui de Côme et celui d'Ivrée. 

Stoppani établit qu'il a rencontré dans le bassin pliocène glaciaire de 
Balerna^ parmi les argiles bleues pliocènes, des blocs et des cailloux 
glaciaires , d'où il conclut que la mer avait occupé le bassin de Balerna 
lorsque le glacier y atteignit et y déposa ses galets. Traitant ensuite du 
caractère littoral marin de la moraine située près de Cassina Rizzardi, il 
fait savoir qu'il a trouvé dans cette localité, parmi les cailloux striés et 
les blocs, des coquilles marines possédant encore leur couleur et leur 
brillant primitif. 

A l'appui de son opinion, le professeur donne quelques notions sur les 
glaciers polaires, et présente un catalogue des fossiles marins de l'époque 
glaciaire recueillis dans les moraines de l'ancien glacier du lac de Côme. 
La conclusion tirée par Stoppani est que le terrain glaciaire de la Lom- 
bardie est contemporain ou équivalent du pliocène supérieur (sables 
jaunes subapennins), et que l'on doit considérer la faune glaciaire de la 
Lombardie comme très-récente parmi les faunes fossiles ; quant à la 
faune glaciaire marine de l'emplacement morainique du lac de Côme, 
c'est une faune littorale qui dénote un climat doux, un climat méditerra- 
néen. Enfin les caractères également marins de l'amphithéâtre morai- 
nique du lac Majeur et de celui de la Dora Balsea sont expliqués par 
le même savant. 

Hâtons-nous de dire qu'il existait déjà dans les Actes de la Société des 
Sciences naturelles de Milan (tom. XVIII, 1875-1876) un travail de 
Va.uiei\v ■précité sur les rappo7^ts du terrain glaciaire avec le pliocène 
dans les environs de Côme. Le regretté A. -G. Bianconni avait aussi 



TRAVAUX ÉTRANGERS. 293 

inséré sar ce même sujet, dans les Mémoires de la Société des Sciences 
de Bologne (1875), un article sur les preuves de la contemporanéité de 
l'époque glaciaire avec la période pliocène à Balerna et à Monte-Mario, 
sur le Réno. Dans les Actes de la même Société, on trouve aussi des 
Mémoires de Spreaflco,5i^r ^es coquilles marines du terrain erratique 
de Cassina Rizzardi, de F. Sorvelli [loc. cit.^ XVIII), sur la faune 
marine de Cassina Rizzardi. En outre , nous mentionnerons les 
ouvrages de Rûtimeyer : JJeber die Eisperiode aufiheiden Seiten der 
Alpen (Basel, 1876), Desor, ScMmper, Gastaldi, etc. 

— Une courte Notice [Acad. de Vienne) est faite par le D'' Bresina 
sur une météorite qui tomba à Dhulin (Hindoustan) en 1877. Cette mé- 
téorite, analysée à Bombay, contenait 32,62 de matières métalliques (fer 
nickelé, fer magnétique), 34,73 d'acide silicique, 24,17 de magnésie, 
6,66 de fer oxydé, 3,82 de chaux carbonatée. 

— C'est en préparant un Asterophyllites présenté par une plaque de 
schiste que le sous- directeur de l'Institut géologique de Vienne, Stur, 
y trouva incorporée un rameau de Sphenophyllwn. Déjà, dans sa Flore 
de Culm, ouvrage que nous avons eu déjà l'occasion de citer^ Stur avait 
démontré que de vraies Calamités portaient des épis de Bruckmannia 
et de Volkmannia, et que ces espèces devaient être considérées comme 
étant une seule plante. La découverte précitée prouve en effet que le 
Sphenophyllum forme un rameau d'un Asterophyllites, et porte un épi 
de Volkm,annia. Ainsi donc le genre Sphenophyllum,^ sensu proprio, 
est constitué par un rameau qui porte les macroscopores d'un Astero- 
phyllites, genre équivalent à une Calamité. 

Des observations sur les Neggerathiœ sont aussi fournies par Stur, au 
sujet d'un Mémoire du comte de Saporta, sur la nature des Végétaux 
réunis dans le groupe des Neggerathiœ. Ses observations portent aussi 
sur un Mémoire du défunt Professeur Visiani, qui a pour titre : De quel- 
ques genres d.e plantes fossiles. 

— M. Zwanziger [Mus. se. nat. de Klagenfurth] est l'auteur d'une 
énumération systématique et descriptive des plantes fossiles miocènes de 
Liescha, en Carinthie. Ladite énumération est accompagnée d'une es- 
quisse géologique de la localité. — La première Notice sur cette flore , 
dans laquelle furent décrites onze espèces de plantes, a été composée, en 
1857, par feu Unger ; Star fit connaître, en 1874, deux nouvelles espèces: 
Schumacheria Weherniana et Dillenia 'Lipoldi, que Zwanziger rap- 
porte au Castanea atavia Ung. — Dans la flore fossile de Liescha, on 
rencontre en grand nombre: Taxodiumdistichum^ miocenum, Carpinus 



294 REVUE SCIENTIFIQUE. 

gi^andis et Ficus tiliœfolia. Ces espèces, d'après Zwanziger, ont dû 
constituer des forêts miocènes ; les représentants des deux premières se 
trouvent dans la Louisiane et dans la Caroline; il esta noter qu'un Car- 
pinus [C. betulus] vit, avec des feuilles de moitié plus petites, dans la 
localité même de Liescha, et un autre [C. americaitus] en Amérique. 
Pour le genre Ficus, il a son représentant dans le F. nymphœfoUa du 
Brésil ou dans le F.populifolia de l'Afrique. La flore de Liescha indique 
donc que deux climats différents ont régné pendant cette période, puis- 
qu'on y rencontre des espèces du type européen septentrional et des es- 
pèces du type de celles de l'Amérique septentrionale, de la zone froide 
et de la zone chaude, avec des mélanges de forme subtropicale. A la fin 
de ce travail est un tableau comparatif de la flore de Culm avec les 
.autres flores tertiaires et leurs représentants respectifs actuellement 
existants. — L'ouvrage est orné de 28 Planches. 

— Le professeur Kusta (Inst. géol. de Vienne] donne des détails 
d'un grand intérêt pour la flore fossile sur diverses plantes qu'il a trouvées 
dans le bassin de Rakonitz, en Bohême ; — il fait mention de V Annularia 
radiata^ Sphenopteris obtusiloba, Sigillaria alveolaria, Alethopteris 
Mantelli (en tout identique à la figure de la partie supérieure de Pecopïi?- 
ris Mantelli, dans la flore fossile de Lindlej^ et de Hutton). Il parle en- 
suite d'un tronc àe Sigillaria alternans^ en position dressée, d'un demi- 
mètre de haut et d'un quart de mètre de grosseur, d'un autre tronc de 
Sigillaria d'un demi-mètre de longueur avec une couronne de longues 
feuilles, etc. 

— Divers Mollusques [Journ. de Conchyl. de Paris) tertiaires de la 
Slavonie, de la Croatie et de la Dalmatie, sont décrits par le professeur 
Brusina. 

— Le prof. Sylvestri [Bull, vulcan. ital., Rome] fait connaître 
une éruption de boue survenue dans les annexes de l'Etna. Dans un 
large bassin il s'est formé de nombreux cratères qui vomissent avec 
force des torrents del oue salée d'une température de 40" à 45°, à laquelle 
se trouvent mêlées des matières grasses contenant de l'acide carbonique, 
de l'hydrogène et des hydrocarbures liquides constituant une espèce de 
pétrole. On croit que ces phénomènes dépendent des diverses secousses qui 
ont eu lieu dans la province de Catane en octobre et novembre derniers. 

Le Vésuve avait déjà donné en avril quelques signes d'éruption; on 
avait ressenti de fortes secousses de tremblements de terre ; on avait 
observé des flammes, des projectiles; ces phénomènes s'accrurent, etc. 

Ici, je dois faire meation d'une importante découverte du profes-" 



TRAVAUX ÉTRANGERS. 295 

seur Rossi (consignée dans son Bulletin du viUcanlsme italien] qui 
consiste dans l'application du microphone à ce travail intérieur du vol- 
can, de manière à pouvoir connaître les phases et la nature de ce travail. 
Cet instrument révèle la durée des ondes, il reproduit le phénomènes des 
tremblements de terre, donne la raison de la mobilité de certaines ré- 
gions terrestres, etc., etc. 

Paléoethnologie.— Le D'^Engelhardt [Soc. Isis de Dresde), en parlant 
de l'homme fossile, fait la description des dolicocéphales, subdolicocé- 
phales, brachicéphales, etc., et discute ensuite sur les races do l'homme 
diluvien. Il distingue la race de Canstatt, de Cromagnon et de Furfooz. La 
première est connue par ledit crâne de Néander, qui se distingue par sa 
dolicoplatycéphalie. Elle habita en Europe, depuis la Germanie jusqu'en 
Espagne. La race de Cromagnon était dolicocéphale , mais cependant 
avait le diamètre vertical bien développé; la grandeur du cerveau dénote 
une grande intelligence. La race précédente vécut au temps du déluge 
moj^en et existait encore à la fin de ce déluge. La troisième race, de Fur- 
fooz, dont Dupont trouva encore des restes dans les cavernes du Belgio, 
était de moindre stature, subbrachicéphale ou mésaticéphale ; elle était 
moins intelligente que la race précédente et vivait à la fin de la période 
diluvienne. 

— Parlons du Bulletin paléoethnologique italien, dont nous avons fait 
mention plusieurs fois, et qui fait connaître les progrès toujours croissants 
de l'étude des sciences préhistoriques en Italie. Le dernier numéro de ce 
Bulletin qui nous est parvenu contient, dans ses nombreux articles, 
une Notice du professeur Chierici sur l'importante découverte de divers 
silex mégalitiques (javelots, haches, coins, couteaux, etc.) opérée, dans 
les graviers d'alluvions, sur le mont Chieti , peu éloigné de la ville du 
même nom. Nous y trouvons des observations critiques faites par le 
professeur Strobel au sujet d'un travail du D'' Regazzoni, Su?^ l'homme 
'préhistorique dans la province de Corne. Regazzoni fait remarquer 
que pendant l'ère préhistorique l'homme a habité plusieurs localités du 
territoire de Côme , principalement la partie méridionale ; dans l'âge 
néolithique, l'homme s'établit de préférence sur les palafittes lacustres 
habitées aussi dans l'âge du bronze; mais à cette époque, comme à 
celle du fer, l'homme préhistorique habita les régions plus élevées, les 
collines morainiques et les vallées du bassin du Lario ; l'homme pré- 
historique était chasseur et pêcheur, il était d'une nature inerte, etc. 
Le professeur Strobel critique le travail de Regazzoni, sur divers points, 
par des raisonnements basés sur ses propres études et des faits entière- 
ment contraires à ceux exposés par l'auteur. 



296 REVUE SCIENTIFIQUE. 

— Enfin, nous devons parler de la perte douloureuse faite pour la 
science de trois éminents naturalistes italiens : le 25 avril 1878 est mort 
le D"" Jean Zanardini, remarquable par ses études sur les Algues ; le 
travail sur les Fucacées nouvelles et les plus rares des mers Adriatique 
et Méditerranée, qu'il publiait dans les Mémoires si remarquables de 
l'Institut des Sciences de Venise^ accompagné de planches précieuses, 
rendra son nom illustre dans les annales de la science. 

— Le 4 mai 1878 a succombé le professeur Robert Visiani, à l'activité 
duquel laflore seule de la Dalmatie suffit pour élever un monument impé- 
rissable; il faut joindre à ses travaux la description de plantes nouvelles 
de la Servie, faite en collaboration d'un botaniste distingué, le professeur 
Pancic, de Belgrade ; parmi ses travaux antérieurs, n'oublions pas celui 
sur la fécondation et fructification de la vanille, etc. Visiani s'était aussi 
appliqué aux études phyto-paléontologiques en s' aidant de sa riche col- 
lection de plantes fossiles du Véronais et du Vicentin. Mais ce qui était 
l'objet le plus constant de sa prédilection, c'était le Jardin botanique, au- 
quel il avait voué toute son activité: il ne reculait devant aucun sacrifice 
pour l'enrichir d'espèces nouvelles et de variétés, afin de le tenir con- 
stamment au niveau actuel de la science. Ce jardin sera un monument 
éternel pour Visiani. 

— Le 14 décembre 1878 est décédé, à l'âge de 74 ans, à Bologne, le 
professeur Joseph Bertoloni, botaniste et entomologiste distingué, 

» Senoner. 



Revue Botanique Hollandaise. 

Hugo de Vries ; Sur la 'perméabilité des membranes précipitées 
{Archives néerlandaises des Sciences exactes et naturelles, tom. XXIII, 
pag. 344-355) . — Les difi'érends qui sont venus surgir récemment à 
propos des cellules artificielles de M. Traube, ont engagé M. de Vries 
à publier les résultats de recherches faites, en partie, il y a quelque 
temps déjà. L'auteur admet d'avance que les propriétés des mem- 
branes précipitées, comparées par M. Traube à celles des parois des ce^- 
Zw^es vivantes, «ne peuvent être retrouvées dans les parois cellulaires, 
mais tout au plus dans le protoplasme ». 

Pour qu'un précipité puisse, d'après M. Traube, prendre la forme d'une 
membrane, il faut que les interstices entre ses molécules soient si étroits 
que les molécules des composants ne puissent pas y passer. Ainsi, les 



TRAVAUX ÉTRANGERS. 297 

membranes précipitées doivent être imperméables pour les membrano- 
gènes. C'est à cette assertion de M. Traube qu'ont rapport les expé- 
riences et les considérations critiques de M. de Vries. 

Lorsque la membrane précipitée n'est pas perméable, elle continuera 
à rester hyaline et à ne pas s'épaissir; lorsque, au contraire, sa perméa- 
bilité n'est pas douteuse, il se pourra qu'un des membranogènes seule- 
ment la traverse, ou bien qu'elle soit perméable pour ses deux compo- 
sants. 

Dans les cas qui sont possibles dans notre seconde hypothèse, la 
paroi de la c§llule, dès sa première constitution, devra constamment 
s'accroître en épaisseur, et cet épaississenient ne pourra s'arrêter que 
lorsqu'un des membranogènes sera entièrement consommé. 

M. de Vries arrive à ces déductions théoriques : 

« 1° Si la conclusion de M. Traube est juste, et que la membrane pré- 
cipitée soit imperméable pour les deux membranogènes, cette membrane 
conservera indéfiniment son épaisseur primitive. 

» 2° Si la membrane précipitée est perméable pour l'un des membra- 
nogènes ou pour tous les deux, son épaisseur devra augmenter conti- 
nuellement, jusqu'à ce que l'un des membranogènes soit complètement 
épuisé. » 

L'auteur a fait ses principales expériences sur des cellules flasques 
de ferrocyanure de cuivre, obtenues de la manière connue (le chlorure 
cm\rique dans la. cellule). La goutte bleue commença par être recouverte 
d'une membrane extrêmement flexible; la cellule ne grossit pas, mais 
au bout d'une demi-heure la membrane hyaline présenta quelques 
taches d'un aspect brun clair et floconneux; la paroi entière prit en- 
suite une teinte brun clair. 

Après vingt-quatre heures, la cellule n'avait pas grandi du tout, elle 
avait perdu sa flexibilité et était devenue raide et fragile ; sa paroi était 
brun foncé et complètement opaque ; elle ne renfermait plus de sel de 
cuivre dissous. M. de Vries ajoute : «Je pouvais voir d'ailleurs, distinc- 
tement que son contenu était coloré en jaune, qu'elle était par con- 
séquent remplie de ferrocyanure de potassium ». 

Cette expérience donne lieu, à M. de Vries, aux conclusions suivantes : 

« La paroi de la cellule de ferrocyanure de cuivre était perméable 
pour l'un des membranogènes ou pour tous les deux, — En tout cas, il 
est certain que l'assertion de M. Traube, concernant l'imperméabilité 
de la paroi pour chacun des deux sels, est inconciliable avec le fait que 
je viens de décrire. » 

L'expérience a été répétée plusieurs fois, avec diverses modifications : 
toujours le même résultat a été obtenu. Aussi l'auteur considère, d'après 



298 REVUE SCIENTIFIQUE. 

ses expériences, l'accroissement continu en épaisseur comme propriété 
générale des membranes précipitées; il a vu se produire cet épaississe- 
ment tant chez les cellules flasques de ferrocyanure de cuivre que chez 
celles qui croissaient. 

M. de Vries a fait en outre plusieurs expériences avec des membranes 
précipitées formées par d'autres composants, entre autres avec diffé- 
rentes cellules siliceuses : un épaississement progressif des membranes se 
présentait toujours. 

L'auteur termine son article en disant : « Il est clair que, par ces ré- 
sultats, la prétendue analogie entre les membranes précipitées et le pro- 
toplasme vivant est réduite à une simple apparence, dépourvue de toute 
signification. » 

— F.-J. Dupont ; Nog een paar opmerkingen naar aanleiding van 
het nieucoste werh van C. von Nàgeli {Maandhlacl voor Natuurwet, 
S^^ année, pag. 115-124). — Depuis longtemps M. Dupont étudie 
tout ce qui concerne la putréfaction et la fermentation. Dans le présent 
article, il s'occupe des vues récentes de M. Nâgeli sur l'unité morpho- 
logique des Schizomycètes : on sait que le célèbre professeur de Munich 
admet cette unité, en s'opposant par là aux opinions de M. Cohn. 

M. Nâgeli considère même les Bactéries qui affectent la forme de 
bâtonnets et de filaments comme constituées par de courtes cellules 
disposées en rangée longitudinale ; ces éléments cellulaires deviendraient 
plus distincts à l'aide de plusieurs réactifs. 

Les recherches de M. Dupont se sont surtout portées sur les Bacillus 
du foin, qu'il a étudiés avec les plus fortes lentilles, entre autres avec les 
nouveaux systèmes à immersion homogène de M. Zeiss. Malgré tous 
ses efforts, l'auteur n'a jamais réussi à découvrir dans ces bâtonnets, 
quatre à cinq fois plus longs que larges, la moindre trace de cloisons 
transversales. Dans plusieurs expériences, M. Dupont a opéré la coloi^a- 
tion des Bacillus, notamment par l'iode, la fuchsine, le brun d'aniline 
et le violet de méthyle, sans obtenir un meilleur résultat ; en séchant 
les Bactéries, comme le conseille M. Nâgeli, M. Dupont n'a pas non 
plus pu constater la présence de cloisons transversales. 

Traités par l'iode ou le brun d'aniline, les Bacillus deviennent plus 
ou moins toruleux ; d'après M. Dupont, cela n'indique pas cependant une 
nature pluricellulaire des baguettes, comme le pense M. Nâgeli. Les 
légers renflements que peuvent présenter les Bactéries après un traite- 
ment par des solutions d'iode ou de brun d'aniline ne tiendraient qu'à 
une coagulation du protoplasme en masses plus ou moins distantes, 
causées par l'influence de ces réactifs. 



TRAVAUX ÉTRANGERS. 299 

M. Dupont a étudié encore de grandes Spirilles et le Leptothricc huc- 
calis, sans obtenir d'autres résultats qu'avec les Bacillus du foin ; aussi 
l'ensemble de ses recherches ne l'a nullement conduit à se déclarer par- 
tisan des vues de M. Nâgeli sur la morphologie des Bactéries. 

— O.-A.-J.-A. Oudemans ; De ontwihkeling onzer kennis aan- 
gaande de Flora van Nederland [Nederl. Kruidk. Arehief^2^ Reeks, 
III, 1, 1878, pag. 1-75). — Dans cet article, M. Oudemans publie la troi- 
sième partie de ses recherches historiques sur la Flore des Pays-Bas. 
Cette partie est consacrée aux travaux de Hondius, Knijf et Vorstius. 

PeiriHondii, Dapesinemptœ, Of de Moufe-Schans... Fot Leyden, 
1621. — Dans ce travail, Hondius a fait la description poétique d'une 
soixantaine de plantes sauvages ; cinq d'entre elles sont citées pour la 
première fois comme indigènes aux Pays-Bas. Deux plantes dont les 
descriptions ne peuvent avoir rapport, d'après M. Oudemans, qu'aux 
Samhucus oiigra, var, leucocarpa, et Physalis Alkekengi^ n'ont 
jamais été retrouvées ici. 

G. J . Knijf ^ doctoris niediei , Goylandiœ Libri duo, seu, Vera 
ej'usdem Regionis descriptio historia rerumq. inemorabilium in ea 

eœaetarum Amstelodami, A° 1521. — Ce livre, qui n'est pas cité 

par Pritzel dans son Thésaurus^ renferme une liste de 195 espèces indi- 
gènes, décrites en vers latins. Les plantes suivantes sont indiquées pour 
la première fois : Ornithopus perpusillus^ Comarum palustre, Vale- 
rianella olitaria, Crépis biennis, Calluna vulgaris, Hydrocliaris, 
morsus Ranœ. 

Adolf van Voorst (Vorstius), nommé directeur du Jardin botanique de 
Leyde en 1624, publia cinq fois de suite un catalogue du Jardin, suivi 
d'une énumération des plantes croissant dans les environs de Leyde. 
Vorstius cite 300 espèces, dont 43 reconnues pour la première fois 
comme indigènes. 

— W.-K.-J. Schoor ; Onderzoeknaar de afscheiding van zuren bij 
de hieming van tarwekorrells [Nederl. Kruidk. Archief, 2® Recks, III, 
1, 1878, pag, 104-107). — M. Schoor s'est proposé de déterminer la 
nature de l'acide sécrété par les racines du froment pendant la germi- 
nation ; dans ce but, il place sur les bords d'un plat en porcelaine un 
triangle en verre traversé par des fils de platine ; le fond du plat est re- 
couvert d'un mélange d'eau et de-carbonate de calcium. Des grains en 
voie de germination sont déposés, dans de l'asbeste humide , sur le 
triangle ; bientôt les racines atteignent, en s'allongeant, le liquide qui 
recouvre le fond du plat. Chaque matin, ce liquide est versé dans un 
autre vase et remplacé par de l'eau fraîche. Ce liquide, dans lequel 



300 REVUE SCIENTIFIQUE . 

avaient crû pendant vingt-quatre heures les racines, en présence du sel 
de calcium, a servi à M. Sclioor dans ses recherches chimiques. Il serait 
possible, d'après ces recherches, que l'acide sécrété par les racines fût 
l'acide arabique ; ce qu'il y a de sûr, c'est que l'acide en litige peut pro- 
duire, en se décomposant, de l'acide acétique. Malheureusement, l'auteur 
n'a pas pu continuer ses investigations assez longtemps pour obtenir des 
résultats plus positifs ; toutefois, ces données fournies par lui peuvent 
être d'utiles indications pour des recherches ultérieures. 

— K.-W. van Gorkum; De ziekte der Kina-plant op Java (Fer- 
slagen en Mededeel. d.Koninkl. Académie^ Afd.Natuurk.^ 2® Recks, 
pi. XIII, pag. 25-38, 1878). — En 1868, une maladie inconnue est venue 
menacer de dévastation les plantations de Quinquinas à Java. La maladie 
commence par se manifester aux feuilles. Dans quelques endroits de la 
feuille, il y a une augmentation pathologique de tissu cellulaire, et l'ac- 
croissement de la feuille est entravé localement. Le parenchyme envi- 
ronnant continue à s'accroître, et par suite la feuille prend un aspect frisé. 

La maladie avance jusqu'aux jeunes sommets des plantes ; ces som- 
mets semblent être morts et totalement subérifiés. Seulement, lorsqu'on 
les casse, ils se trouvent être encore frais et verts à l'intérieur. 

Heureusement les Quinquinas paraissent mieux résister qu'on ne le 
croyait d'abord, car les plantes, quoique affaiblies et endommagées, res- 
tent en vie ; elles peuvent même à la rigueur redevenir très-vigoureuses. 
Cependant, la maladie continue encore maintenant, de manière à causer 
de sérieux dégâts dans les plantations: il n'y a, à ce qu'il paraît, qu'une 
taille énergique qui puisse rendre les plantes plus résistantes. 

On s'est longtemps donne beaucoup de peine pour découvrir la nature 
de l'agent dévastateur, sans obtenir des résultats positifs. Ce n'est que 
dans les derniers temps qu'on a cru pouvoir attribuer la maladie, avec 
certitude, aux piqûres d'un petit Hémiptère. 

M. van Gorskum, qui a adressé à l'Académie des Sciences d'Amster- 
dam la Communication dont je viens de faire l'analyse succincte, est 
Inspecteur général des cultures, autrefois Directeur des plantations de 
Quinquina à Java. 

— M. Treub ; Quelques recherches sur le rôle du noyau dans la 
division des cellules végétales {^"gxùAié par l'Académie Royale Néerlan- 
daise des Sciences, 35 pages in-4o, avec IV pi. ; Amsterdam, 1878). 
— L'aperçu historique qui se trouve entête de ce travail se termine par 
ces mots : 

« En rappelant les phases principales dans l'historique de la division 
des cellules végétales, j'ai eu pour but de faire ressortir comment on a 



TRAVAUX ÉTRANGERS. 301 

pu, jusqu'à nos jours, ne pas remarquer que c'est le partage du noyau 
qui initie et qui détermine généralement cette division. Il me semble que 
deux causes ont concouru à ne faire attacher, jusqu'en 1875, qu'une 
médiocre importance au noyau dans ce phénomène : 

!>1° Une réaction contre l'hypothèse si peu fondée de M. Schleiden 
(Beitr. zur Phytogenesis)^ réaction inconsciente pour ainsi dire, quel- 
quefois se montrant plus distinctement ; 

» 2° La préférence, très-naturelle d'ailleurs, qui s'est toujours mani- 
festée pour les Algues lorsqu'il s'agissait de recherches sur la division 
des cellules végétales, tandis qu'on admettait à 'priori une grande ana- 
logie, quant à la division cellulaire, entre ces végétaux d'ordre inférieur 
et les plantes supérieures (Pringsheim, Planzenzelle). C'est M. Stras- 
burger qui a prouvé que cette analogie, admise théoriquement, fait dé- 
faut en réalité. » 

Dans mes propres recherches, je m'étais proposé d'étudier en premier 
lieu la division cellulaire, dans les Phanérogames , sur des cellules vi- 
vantes-^ de suivre ainsi toute la question sous le microscope, de la même 
manière que cela a été fait par M. Strasburger et d'autres pour les 
Spirogyra, Cladophora, Ulothrix, etc. Dans le cas où j'obtiendrais de 
la sorte des résultats présentant des différences avec ceux auxquels est 
arrivé M. Strasburger, j'avais l'intention d'étudier ensuite différentes 
plantes, afin de pouvoir juger de la généralité des diflPérences constatées. 

G'estdans les Orchidées que j'ai pu étudier la division sur les cellules 
vivantes, notamment dans les suspenseurs des embryons àeVOrchis 
latifolia, et dans les cellules qui constituent la couche externe des ovules 
de YEpipactis palustris. 

A l'exception de ce qui se rapporte à la formation de la membrane de 
cellulose, mes résultats s'accordent, quant aux points essentiels, avec 
ceux obtenus par M. Strasburger dans ses recherches sur les cellules 
tuées par l'alcool. Il paraît que dans les plantes supérieures le noyau 
cellulaire se compose , avant la formation de la plaque nucléaire, de 
gros granules qui se dirigent ensuite vers un plan équatorial pour con- 
stituer ensemble cette plaque. Pendant que les deux moitiés de la plaque 
nucléaire sont en train de s'éloigner, le noyau s'étend en sens latéral 
d'une manière très-prononcée; cette extension est suivie d'un rétrécisse- 
ment tout aussi considérable, atteignant son maximum au moment où 
les moitiés de la plaque nucléaire ont pris la forme de noyaux. On voit 
alors un faisceau de fils parallèles unissant leS' deux jeunes noyaux. De 
nombreux petits granules, à un mouvement très-vif, se dirigent alors 
vers le milieu de ce faisceau pour aller former la plaque cellulaire ; 
le faisceau commence ensuite à s'élargir de tous les côtés, en formant 



302 REVUE SCIENTIFIQUE. 

ainsi un tonneau partagé en deux par la plaque cellulaire transver- 
sale. Quant aux stries et fils protoplasmiques entre et dans les noyaux en 
voie de division, je suis induit à leur attribuer une moindre impor- 
tance que ne le fait le savant professeur de léna. 

J'ai inséré dans mon travail plusieurs tableaux où se trouve indiquée 
la durée des stades successifs que parcourt le noyau en se divisant. 

Pour ce qui concerne la formation de la membrane de cellulose et de 
la plaque cellulaire, mes opinions diffèrent essentiellement de celles de 
M. Strasburger. 

D'après M. Strasburger, la plaque cellulaire , une fois formée, ne 
s'accroîtrait pas ; le tonneau ne ferait que s'étendre latéralement autant 
que possible ; aussi les bords de la plaque cellulaire resteraient d'or- 
dinaire séparés des parois de la cellule par une partie de la cavité cel- 
lulaire. La plaque cellulaire serait complétée alors par un anneau s' éle- 
vant sur le protoplasma pariétal ; il se produirait d'abord une fente dans 
l'anneau, et dans cette fente serait sécrétée la cellulose. Aussitôt que 
l'anneau aurait atteint la plaque cellulaire du tonneau, le reste de la 
cloison de cellulose se formerait en une fois (simultanément). Ainsi 
le nucléus n'aurait, selon M. Strasburger, qu'une médiocre importance 
pour la formation de la jeune cloison. 

Tant pour les cellules vivantes que pour celles tuées par l'alcool 
que j'ai pu étudier, je suis arrivé moi-même aux deux résultats sui- 
vants : 

« 1" La plaque cellulaire formée dans le tonneau entre les deux jeunes 
noyaux, s'aecroiipar ses bords jusqu'à ce que de tous les côtés elle tou- 
che aux parois de la cellule ; 

» 2° Jamais je n'ai vu la plaque cellulaire formée dans le tonneau, 
complétée par un anneau s'élevant à partir de la paroi cellulaire; jamais 
non plus je n'ai vu de membrane annuliforme de ceîlulose croître à la 
rencontre de la plaque cellulaire. » 

Avant d'entrer dans plus de détails, il me faut distinguer tout de 
suite deux cas : ou bien le noyau reste, en se divisant, au centre de la 
cellule, ou bien il se trouve tout près d'une des parois cellulaires. Dans 
le premier cas, la plaque cellulaire s'accroît partout par ses bords, le 
tonneau s'étend de tous les côtés, et la plaque cellulaire touche partout, 
à peu près en même temps, aux parois de la cellule-mère. Je n'ai pu dé- 
cider si la membrane de cellulose ne se forme qu'alors, en une fois, ou 
bien si d'avance il y a déjà un disque de cellulose au milieu de la pla- 
que cellulaire ; ce disque devrait, dans ce cas, s'accroître par ses bords, 
à mesure que la plaque s'avance, et finir par se rattacher partout aux 
parois de la cellule. 



TRAVAUX ÉTRANGERS. 303 

Dans le second cas, lorsque le noyan, en se divisant, se trouve d'abord 
tout près d'une des parois de la cellule, la plaque cellulaire touche, tout 
de suite après sa formation, à cette paroi , tandis que de l'autre côté 
elle est séparée de la paroi opposée par la plus grande partie de la ca- 
vité cellulaire. J'ai pu constater qu'alors le tonneau se dirige vers ce 
côté opposé de la cellule, en même temps que la plaque cellulaire s'ac- 
croît. J'ai très-distinctement vu la plaque se fendre à mesure qu'elle se 
complète , à partir du lieu où elle touchait, dès le commencement, à la 
paroi cellulaire; dans cette fente, il se forme une membrane de cellulose 
serattachant à laparoi delà cellule : cette memhrane se forme ainsi 
successivement, son agrandissement suit de 'près l' accroissement de 
la plaque cellulaire', un peu après que celle-ci a atteint la paroi cel- 
lulaire opposée, la membrane de cellulose s'y rattache aussi et la cloison 
séparatrice est complète. 

Ainsi, pour les cellules que j'ai étudiées, le rôle du noyau est beau- 
coup plus important que ne l'admet M. Strasburger. Le noyau com- 
mence par se diviser ; entre les deux jeunes noyauï résultant de cette 
division, il se forme d'une manière ou de l'autre une plaque cellulaire 
complète, et cette plaque fournit la membrane de cellulose. Ainsi, c'est 
par l'intervention directe des Jeunes noyaux que toute la plaque 
cellulaire, et par conséquent toute la membrane de cellulose, est 
formée. 

— Phanérogames reconnus indigènes aux Pays-Bas [Nederl. Vor- 
nik. Archief, 2' Reeks, III, 1878). 
Senecio sylvaticus L., var. dentieulatus. 
Utricularia neglécta Lehm. 
Juncus conglomeratush., var. e/fusus, 

— Nouvelles Muscinées des Pays-Bas [loc.cit., pag. 101): 
Bryum Warneum Bland. 
Brywn luridum Ruthe. 
Hymenostomum tortile B. S. 

— C.-A.-J.-A. Oudemans ; Aantoinsten voor de Flora Mycologica 
van Nederland {Nederl. Kruidk. Archief, 2" Reeks, III, I, pag. 142- 
161, 1878). — Dans cet article, M. Oudemans fait connaître une cinquan- 
taine d'espèces devant être rangées parmi les Champignons indigènes 
aux Pays-Bas ; l'énnmération complète de ces espèces se trouvera dans 
le Jahresbericht de M. Just, pour 1878. 

Je fais suivre ici les descriptions des quatre nouvelles, établies à cette 
occasion par M. Oudemans. 



304 REVUE SCIENTIFIQUE. 

Coniothyrium Ptnaslri Oud. Perithecia membranacea, sublilissima, atra, sub 
microscopio saturale violacea, e cellulis minutissirais coraposita, irregulariter 
rumpeatia, sparsa vel caespitose cresceotia, hiuc vario modo compressa. Pulpa 
achroma e sporis mucilagine coajuactis conflata. Sporae minimœ, ovales, utrinque 
obtusae. continuae, 0,003 mill. longse, 0,0015 mill. latee. — Ad squamas slrobilo- 
rum maturorum Pini Pinastri e pineto quodamNeerlandico. m. Martio. ao 1877. 

Septoria Porm Oud. Perithecia sparsa, minutissima. Sporee achromse, 1 — 
septatse, laaceolatae, 0,0012 mill. iongœ, 0,0023 mill. latae. — la caulib. siccat. 
PoîB nemoralis. 

Discella Platani Oud. Perithecia in ramis junioribus mortuis sub peridermate 
in sirato corticali externo nidulantia, tandem prominula et, peridermate supra 
verlicem eorum rupto, sporas suas emittentia. Ipsse sporaî achromse, continuée, 
ovales vel ovatee, majores quara in. D. microsperma minores quam in D. platyspora. 

Longitude sporarum... in D. Platani 0,007 — 0,012 mill. 

» » D. platyspora. . 0,003 — 0,035 » 

Platitudo » » D. Platani 0,0035 — 0,007 » 

» » D. platyspora.. 0,0125 » 
la ramis Platani orientalis. 

Ramularia Prismatocarpi Oud. Caespites densissime stipati totam faciem infe- 
riorem foliorum tomenti subgrisei ad instar obtegunt. Hyphse conidiifersein quoque 
caBspite numéros», brevissimee, achromae. Ipsa conidia variée forma3 (ovalia, 
oblonga, ovata) et magaitudinis (longa 0,012 — 0,023 mill., lata 0,0045— 0,008 
mill.). achroma, indivisa, soluta una éxtremitate pristinse conjuactionis cicatrice 
insignia, altéra intégra, rotundata. — In fol. Prismatocarpi Speculi. 

Voosrchoten, près Leyde. 
Juillet 1879. 

M. Treub. 



Le Directeur : E. DUBRUEIL. 



Montpellier. — Typogr. Boehm et Fils. 



xrj \ u il 

DES SCIENCES NATURELLES 

; .i3«,,_=i, 

MÉMOIRES ORIGINAUX. 



DISTRIBUTION GEOGRAPHIQUE DES POISSONS DE MER 

Par M. L. TILLIER, Lieutenant de vaisseau, 
{Suite^) 



Région de l'Atlantique Américain. 

(Côtes Est des deux Amériques.) 

Limites DE la région, — Nous regardons comme comprises 
dans cette région les côtes des deux Amériques, depiiisles mors 
septentrionales jusqu'aux environs du cap Horn. Les Antilles, 
qui forment une chaîne d'îles ininterrompue et continuent pour 
ainsi dire le rivage de la Floride au Venezuela, fontnaturelie.r.ent 
partie de cette zone et ne peuvent, à aucun point de vue, être con- 
sidérées comme océaniques. Loin delà, beaucoup des formes qui 
les habitent se retrouvent vers le Nord jusqu'à New- York, et au 
sud de la ligne jusqu'à Rio. Il n'est presque pas un seul genre, 
du reste, qui n'ait des espèces à la fois aux Antilles et au Brésil, 
et rien n'est vraisemblablement plus nettement démontré, en fait 
de distribution géographique, que le caractère absolument amé- 
ricain de ces îles. 

Il n'en est peut-être pas de même des Bermudes et de la Tri- 
nité, qui, situées beaucoup plus au large et se trouvant, de ce fait, 
dans des conditions toutes différentes, doivent présenter des phé- 
nomènes analogues à ceux des archipels de l'Atlantique africain. 
La faune de ces deux stations est, à ce point de vue, des plus 



1 V. le no de septembre 1879. 

2« sér., tom. i. 20 



306 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

intéressantes à connaître, et il serait vivement à désirer qu'on pùl 
faire une comparaison attentive entre les espèces qui habitent 
leur rivage et celles du continent voisin. On ne trouve malheu- 
reusement aucun des éléments nécessaires à cette comparaison 
dans, l'histoire naturelle de Cuvier, et nous sommes obligé de 
négliger complètement cette question. 

Nous donnons comme limite septentrionale de la région amé- 
ricaine les mers froides de l'océan Atlantique Nord , et, sans 
qu'on puisse, là plus qu'ailleurs, établir une ligne de démarcation 
bien tranchée, c'est, à notre avis, dans les environs de New-York 
que les faunes américaines et circumpolaires commencent à se 
séparer suffisamment. On trouve, en effet, un grand nombre d'es- 
pèces propres aux Antilles et au Brésil remontant jusqu'à 
New- York et presque aucune ne dépassant cette latitude. La 
zone arctique descend ici sensiblement plus au Sud qu'en Eu- 
rope; cela tient sans doute à cette loi générale, bien connue quoi- 
qu'en partie inexpliquée, d'après laquelle les côtes Ouest des 
continents sont, à latitude égale , plus chaudes que leurs côtes 
Est. Il est probable même que, sans l'influence bien évidente, et 
sur laquelle nous aurons à revenir, du courant du golfe, la zone 
circumpolaire descendrait plus au Sud encore. 

En ce qui concerne la limite méridionale de la région, on ne 
se trouve pas en face des difficultés que présente le cap de 
Bonne-Espérance, car le cap Horn est à une latitude assez basse 
(56° Sud) pour que les formes habitant les eaux environnantes 
soient sûrement circumpolaires. Mais il faudrait, pour pouvoir 
déterminer l'extension vers le Sud de la zone antarctique, con- 
naître exactement les espèces de la côte depuis Montevideo jus- 
qu'aux environs des détroits, et, du temps de Cuvier, cette 
grande étendue de rivage n'avait pas encore été explorée. Nous 
ferons toutefois remarquer que par le parallèle de 49° et un peu 
au large des Malouines, nous avons pris en grande quantité des 
Poissons dont nous n'avons pu déterminer l'espèce , mais qui 
certainement étaient très-voisins des Morues, du banc de Terre- 
Neuve, et se péchaient do la même façon et dans les mêmes cir- 



DISTiUBfJTION DES POISSONS D2 MER. 307 

constances. Si l'on admet que les formes spécifiques de ce genre 
sont caractéristiques des pays circumpolaires, il faudra admettre 
en même temps que la région américaine ne descend pas plus au 
Sud que le 49° de latitude. 

Faune de l'Atlantique américain. — L'Atlantique améri- 
cain est habité, en ne considérant toujours, bien entendu, que 
les seuls Poissons décrits dans notre ouvrage, par 380 espèces 
réparties dans 95 genres, c'est-à-dire, à peu de chose près, par 
le même nombre déformes que l'Atlantique Est. En entrant dans 
le détail des familles et des tribus propres à la région, on trouve 
que ceUes qui peuvent jusqu'à un certain point servir à la carac- 
tériser, sont les suivantes : 

1° Sciénoïdes à une dorsale. — Cette tribu comprend 14 genres 
et 47 espèces. Tous les genres, sauf un, sont représentés dans 
la région, et la plupart même ne se retrouvent nulle part ailleurs; 
ceux qui ne sont pas dans ce dernier cas, c'est-à-dire qui ont 
quelques-unes de leurs formes spécifiques dans d'autres parages, 
ont toujours la majorité de leurs espèces en Amérique. 

2° Hxmulons (de la tribu des Sciénoïdes à deux dorsales). — 
Ce genre, assez riche en espèces, est propre aux côtes de l'At- 
lantique américain, qu'il habite exclusivement et depuis New- 
York jusqu'à Buenos-Ayres. Aucune des espèces pouvant y être 
rattachées ne s'est rencontrée sur d'autres points. Un certain 
nombre des genres du groupe dont les Haemulons font partie ont 
aussi des représentants américains. 

3° Sparoïdes à molaires arrondies, — Les Daurades et les 
Sargues, les Pagres et les Pagels, se distinguent des autres formes 
génériques de la même tribu par le nombre et la forme de leurs 
dents tuberculeuses; ce sont aussi les seuls de ce groupe qui aient 
des espèces en Amérique. Les Sargues et les Pagels sont à peu 
près également répartis des deux côtés de l'Atlantique. 

4° Pomacanthes. ■ — Ce genre de Squammipennes à préopercule 



308 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

épineux compte 5 espèces, toutes de l'Atlantique américain; ils 
représentent dans cette mer les Holacanthes indo-pacifîques. 

5° Malthées. — 5 espèces ayant des analogies avec les Baudroies 
et habitant de New- York et même de Terre-Neuve au Brésil. 

6" Lachnolaimes. •— Ces Poissons représentent, dans les mers 
d'Amérique, nos Labres et genres voisins ; ils font partie de la 
même subdivision. 

7" Anchois. — Le genre est cosmopolite ; mais, comme sur 
10 espèces 7 sont américaines, on peut le considérer comme 
américain. 

Les groupes que nous venons d'énumérer sont propres à la 
région que nous éludions, mais ils sont loin d'en former à eux 
seuls toute la faune. Comme dans l'Alantique Esl, nous avons un 
grand nombre de formes appartenant aux genres cosmopolites 
riches en espèces, tels que : les Serrans, les Mésoprions, les 
Plectropomes, les Holocentres, les Upéneus, les Scorpènes, les 
Gerres, les Chetodons, les Chironèmes, les Caranx, les Athé- 
rines, les Muges, lesGobies, les Chironectes, les Batracoïdes, les 
Girelles, les Scares et les Orphies. 

Nous trouvons aussi, comme caractères négatifs, que les trois 
grandes familles des Teulhies, des Salmonoïdes et des Taenioïdes 
n'ont chacune qu'une seule espèce dans les mers d'Amérique. 

En résumé, cette faune américaine n'est pas parfaitement ca- 
ractérisée ; on trouve bien, ainsi que nous venons de le voir, un 
certain nombre de genres réellement indigènes, mais ils appar- 
tiennent à des groupes d'autres régions, et, sauf les Sciénoïdes à 
une dorsale, qui sont nettement américaines, on ne voit pas qu'au- 
cune autre tribu soit exclusivement propre à cette zone. Il peut 
être, en ce cas, utile de rechercher quelle est la faune dont celle 
de l'Atlantique Ouest se rapproche le plus, et il suffit pour cela 
de voir quels sont les caractères des formes génériques auxquel- 
les appartiennent les espèces américaines non localisées. Un 
simple coup d'œil jeté sur le tableau général de répartition 



DISTRIBUTION DES POISSONS DE MER.' 309 

permettra de s'assurer que presque toutes ces formes habitent la 
région Indo-Pacifique. Il s'ensuit qu'il paraît y avoir un certain 
mélange auquel on ne devait pas s'attendre, d'après la configu- 
ration des continents, entre les groupes indiens et américains. Les 
quelques hypothèses qu'il est possible de faire pour expliquer 
ces faits, rentreraient dans l'étude de la migration des espèces. 
Un fait particulier dont nous devons dire quelques mots se 
présente relativement à la dispersion des formes génériques et 
spécifiques le long du littoral américain tout entier. Dans la liste 
des Poissons propres à l'Atlantique Est, nous avons vu, comme 
Guvier en avait déjà fait la remarque, que souvent des genres ou 
même des espèces méditerranéennes se retrouvaient sans chan- 
gement au cap de Bonne-Espérance, et n'habitaient pas cependant 
le littoral intermédiaire. Il y a entre les côtes de l'Europe et 
celles de l'Afrique, où la houle du large crée une barre pour ainsi 
dire perpétuelle, assez de différences de configuration pour qu'il 
soit inutile de chercher ailleurs l'explication de ce phénomène. 
Rien de semblable ne se produit sur les rivages des deux Amé- 
riques ; aussi voyons-nous un grand nombre de genres répandre 
leurs espèces sans interruption sur le littoral, depuis les Etats- 
Unis jusqu'au Brésil, et même beaucoup de formes spécifiques 
habiter tous les points de cette immense étendue : sur les 95 
genres représentés dans cette région, 27 se retrouvent de Nev^- 
York à Rio et à Buenos-Ayres, et 22 plus particuhèrement des 
mers chaudes, sans occuper un aussi vaste espace, vivent à la 
fois au Brésil, aux Antilles et à Bahama. Les courants, comme 
on le verra, doivent avoir une certaine influence dans le cas qui 
nous occupe; mais vraisemblablement la remarquable similitude 
de conformation physique des côtes des deux Amériques n'est 
pas étrangère à ce résultat. Il y a, au Nord comme au Sud de la 
ligne, de grands fleuves avec de vastes estuaires, des golfes et des 
baies assez profondément séparés du large pour jouir d'un 
calme relatif, et en général des circonstances analogues à la 
môme distance de la terre. Dès-lors il peut paraître moins éton- 
nant, toutes choses égales d'ailleurs, que des êtres semblables 



310 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

puissent trouver des conditions qui leur conviennent dans toute 
la partie de l'Océan baignant à l'Est les côtes du Nouveau- 
Monde. 

Il ne reste plus maintenant, pour compléter ce que Ton peut 
dire de la zone atlantique américaine, qu'à citer les espèces 
cosmopolites qui lui sont particulières. On en trouve deux seule- 
ment appartenant à des genres sûrement américains ; ce sont les 
suivantes: un Anchois, traversant complètement l'Atlantique 
Nord, et un Savonnier, qui habite à la fois le Brésil et les îles 
Océaniques, mais qui n'a pas encore été recueilli sur la côte 
d'Afrique. 

Nous laissons provisoirement de côté les formes communes à 
l'Atlantique et au Pacifique américain, sur lesquelles nous aurons 
à revenir. 

Région Îndo-Pacifique. 

(Océans Indien et Pacifique.) 

Limites DE LA RÉGION. — Cette région comprend tout l'im- 
mense espace semé d'îles et de bancs qui s'étend depuis la 
côte occidentale d'Afrique jusqu'aux dernières îles polynésien- 
nes, c'est-à-dire jusqu'au méridien des Pomotou. La limite sep- 
tentrionale est donnée par le parallèle de 40" environ du Ja- 
pon au nord de la Californie. La limite méridionale, plus diffi- 
cile à fixer, serait une ligne sinueuse partant des environs du cap 
de Bonne-Espérance, remontant assez loin au Nord dans l'océan 
Indien, redescendant du côté de l'Australie, contournant ce 
continent et longeant ensuite, à une certaine distance dans le 
Sud et par le parallèle de SC, toutes les îles de la Polynésie. 

Au point de vue de la configuration géographique des rivages, 
cette zone se divise en deux parties bien distinctes que nous al- 
lons passer en revue: la première, à l'Ouest, comprend les mers 
de l'Inde; la seconde, plus à l'Est, tout le Pacifique. 

L'océan Indien, qui baigne à la fois les côtes d'Afrique, l'Aus- 
tralie, Sumatra, et, dans le Nord, les rives méridionales de l'Asie, 
renferme un certain nombre d'îles, surtoutvers l'orient de Mada- 



DISTRIBUTION DES POISSONS DE MER. 311 

gascar à rHia.Joustaa. Dans ces parages, les archipels des Ami- 
rantes, des Seychelles, des Chagos et des Maldives forment une 
espèce de chaîne, du canal de Mozambique à l'Inde. Maurice et 
Bourbon, avec Rodrigue et les Gargados, constituent un autre pe- 
tit groupe situé à deux cents lieues à peine et au vent de Mada- 
gascar. Du reste, on trouve çà et là, entre ces îles, quelques 
bancs où la sonde rencontre le fond à d'assez faibles profon- 
deurs. Assez au-dessous delà surface pour être sans importance, 
en général, au point de vue de la navigation, ces bancs sont ha- 
bités par de nombreuses espèces marines et ont pu servir de 
station aux Poissons traversant d'une île à l'autre; on peut citer, 
parmi les plus remarquables, celui que les Portugais ont nommé 
Saya de Malha, à 80 lieues des Seychelles, et où nous avons fait 
nous-même des pêches extraordinairement abondantes, par des 
fonds variant de 20 à 60 mètres et plus. 

La partie non insulaire de cette subdivision indienne de notre 
région Indo-Pacifique se compose du littoral africain, de la mer 
Rouge, des côtes de l'Arabie, de celles de l'Inde anglaise et de la 
Chine ; elle ne présente rien .de bien particulier au point de vue 
de la conformation des rivages, et toutes les configurations possi- 
bles de plages, de falaises, de récifs ou de bancs s'y trouvent à 
peu près reproduites, sans que, sauf en de certains endroits, 
l'une de ces formes l'emporte beaucoup sur l'autre. 

La zone Est du Pacifique, qui s'étend des Pomotou aux grandes 
îles hollandaises et à la Chine, est semée dans toute son étendue 
d'une quantité innombrable d'archipels, de récifs et de coraux. 
Entre l'Australie et le continent asiatique, les îles sont si serrées 
et si rapprochées les unes des antres qu'on a pu les considérer 
dans leur ensemble comme une terre coupée en tous sens par des 
canaux nombreux et étroits ; vers l'Orient, à partir des Viti, les 
groupes sont plus clairsemés, et cependant, sauf de rares excep- 
tions, il serait difficile de trouver une terre qui soit à plus de 
cent lieues de la terre la plus voisine. Des bancs restant en 
général au-dessous du niveau des basses mers s'intercalent 
aussi entre les archipels et viennent encore diminuer l'étendue 



312 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

d'eau profonde qui les sépare les uns des autres. Tout à fait à 
l'Ouest, une ligne oblique joignant les Sandwich aux derniers 
groupes des Pomotou, laisse entre elle et la côte d'Amérique un 
espace assez large où les îles sont peu nombreuses et fort éloi- 
gnées l'une de l'autre. Cotte ligne sert de limite à la zone dont 
nous nous occupons et la sépare du Pacifique américain. 

Toute cette partie du monde avait été, à l'époque où fut écrite 
l'histoire naturelle des Poissons, suffisamment explorée par les 
naturalistes voyageurs, à l'exception toutefois du littoral de la 
Chine. Il est probable que sur cette côte, et par analogie avec ce 
qui se passe en Amérique, les formes circumpolaires doivent 
s'avancer assez loin vers le Sud. Dans des pêches faites aux 
environs de Shang-Haï, à l'entrée du Yang-tsé-Kiang, nous avons 
en général trouvé des espèces plutôt des mers froides. Quoique 
nous n'ayons malheureusement point gardé de catalogue exact 
des genres, nous n'hésiterons point, en ce qui nous concerne, 
à rapporter la majorité des Poissons de ces parages à la faune 
arctique. Des recherches ultérieures plus sérieuses et plus com- 
plètes pourront éclaircir ce point douteux. Les mêmes remarques 
faites sur les Poissons du Japon, péchés, soit à Yokohama, soit à 
Nagasaki, nous portent à croire que cette grande île est sur la 
limite des deux régions Indo-Pacifique et circumpolaire. Il est 
hors de doute, dans tous les cas, quele Nord, dans les environs 
d'Hakodadé, a une faune essentiellement arctique. 

Quoi qu'il en soit, la région, dans son ensemble, est suffisamment 
connue pour que des découvertes nouvelles ne puissent plus 
sensiblement changer les résultats généraux actuellement acquis. 

On peut remarquer incidemment que les formations dont le 
corail est la base abondent dans les deux mers Indienne et Paci- 
fique. On en trouve en quantité prodigieuse entre le 30" paral- 
lèle, de chaque côté de l'Equateur, et beaucoup aussi dans les 
golfes Asiatique et Persique, ainsi que dans cette partie de la mer 
des Indes qui s'étend entre la côte de l'Hindoustan et la grande 
île de Madagascar. 

Nous croyons avoir démontré déjà d'une façon indiscutable 



DISTRIBUTION DES POISSONS DE MER. 313 

que ces dilïérenoes dont nous avons parlé dans les conflguraLions 
physiques des deux Océans n'ont point donné naissance à des 
faunes ichthyologiques spéciales et distinctes. En eSet, en cher- 
chant à établir que les provinces indienne et australienne du 
D"^ Sclater ne pouvaient s'appliquer aux espèces marines ou du 
moins aux Poissons de mer, nous avons vu que 101 genres sur 
151 ont des espèces, soit depuis la mer Rouge jusqu'à Taili, soit, 
dans tous les cas, beaucoup en deçà et en delà do la ligne de dé- 
marcation que M. Wallace a tracée entre les faunes terrestres de 
l'Inde et de l'Australie. 

Nous eussions pu ajouter qu'un très-grand nombre d'espèces 
se retrouvent sans changement dans la mer Rouge, à Bourbon, 
dans rinde et aux Pomotou, en même temps que dans tout l'es- 
pace intermédiaire. Cette similitude entre les deux faunes ichthyo- 
logiques de deux provinces ayant au contraire des faunes terres- 
tres bien distinctes, est un fait indiscutable et des mieux prouvés 
de tous ceux qui ont trait à la distribution géographique. Du 
reste, ceux de nos lecteurs qui auront admis ce que nous avons 
essayé de démontrer relativement aux dilBcultés que les Poissons 
éprouvent lorsqu'ils ont à traverser de très-grandes étendues 
d'eau profonde, et aux facilités extrêmes de la dispersion le long 
d'un rivage continu, n'auront pas de peine à comprendre, après 
ce que nous venons de dire sur les conformations des océans In- 
dien et Pacifique, comment une forme, même spécifique, peut ha- 
biter à la fois tout l'immense intervalle séparant Madagascar des 
Sandwich. On peut, en effet, considérer comme formant un ri- 
vage presque ininterrompu, ces îles sans nombre qui, sans parler 
des bancs intermédiaires, ne sont presque jamais éloignées de plus 
de cent lieues l'une de l'autre. 

Faune Indo-Pagifique. — La région Indo-PaciQque est peu- 
plée par 1395 espèces réparties dans 169 genres, Sur ce nom- 
bre, comme on l'a vu, 78 sont exclusivement indigènes et ne se 
retrouvent nulle pari ailleurs. Malgré cela, la faune est un peu 
moins nettement caractérisée qu'on ne pourrait le cvo'ivg à priori. 



314 MÉMOIRES ORIGLN^AUX. 

Il y a, il est vrai, beaucoup de tribus el mêaie des familles 
entières réellement propres à la région ; mais il faut remar- 
quer que les formes génériques assez riches en espèces Indo- 
Pacifiques pour pouvoir être considérées comme originaires de 
cette zone et ayant, malgré cela, un petit nombre de représentants 
étrangers, sont très-nombreuses aussi. 

La nomenclature enseraitlongue, car elle comprendrait la ma- 
jeure partie de 94 genres non localisés (il est inutile que nous la 
donnions ici, nous nous bornerons à renvoyer le lecteur au Ta- 
bleau général). 

On doit en conclure que les mers de l'Inde et du Pacifique ont 
été, pour beaucoup de genres, un centre de création, et qu'un cer- 
tain nombre d'espèces appartenant à de nombreuses formes géné- 
riques ont pu ensuite émigrer et s'adapter définitivement ailleurs. 
Si même on généralise davantage et si l'on tient compte de ce fait 
considérable que, sur 261 genres non pélagiques d'Acanthopté- 
rygiens et de Malacoptérygiens abdominaux vivant à la mer, 
92 seulement n'ont pas de représentants dans les mers de l'Inde, 
on pourrait peut-être en venir jusqu'à considérer la région Indo- 
Pacifique comme un centre de création général pour la classe 
entière des Poissons. C'est là, à la vérité, une simple hypothèse 
que nous n'avançons qu'avec la plus extrême réserve, mais qu'il 
est permis de faire en face des résultats obtenus d'après la répar- 
tition des êtres. 

Quoi qu'il en soit, les groupes caractéristiques sont si nom- 
breux et se retrouvent si souvent ailleurs sous des formes voi- 
sines, qu'il est inutile de les citer, et qu'il est peut-être préférable 
de rechercher les caractères négatifs, c'est-à-dire de voir quelles 
sont les principales tribus complètement étrangères à la région ; 
ce sont les suivantes : 

1° Les deux tribus de Sciénoïdes à deux dorsales . — La première 
est en majeure partie européenne et la seconde circumpolaire. A 
l'exception d'un Trigle de la Nouvelle-Zélande et de quatre 
autres habitant les environs du Gap, mais ne dépassant guère ces 



DISTRIBUTION DES POISSONS DE MER. 315 

parages, toutes les espèces de ces deux tribus sont étrangères 
aux océans Indien et Pacifique. 

2° La tribu des Sciénoïdes à une dorsale. — Sur 14 genres et 
47 espèces, 4 genres et 1 i espèces seulement sont Indo-Pacifiques. 

3° Famille des Txnioïdes. — Cette famille, qui est de l'A-tlanti- 
que Est, n'a que trois représentants dans l'Inde : ce sont deux 
Cépoles assez mal connus jusqu'ici et un Gymnètre. 

4° Famille des Salmonoïdes. — L'absence des Poissons de celte 
grande famille dans les mers de l'Inde est un fait fort remarqua- 
ble ; parmi les espèces marines, nous n'en trouvons que 6 sur 53 
dans la région Indo- Pacifique, 

La plupart des Poissons cosmopolites appartiennent , comme 
on devait s'y attendre, à des genres dont la majorité des espèces 
sont indiennes. Dans un certain nombre de cas sur lesquels nous 
reviendrons, on voit une forme générique nombreuse en espèces 
Indo-Pacifiques avoir quelques représentants dans l'Atlantique 
américain, et une de ces dernières espèces sortir de la région et se 
retrouver, soit sur la côte africaine, soit dans les îles océaniques. 
D'autres fois le genre à forme indienne est fortement cosmopolite 
lui-même et une de ses espèces le devient tout à fait. 

Région du Pacifique américain. 

(Côtes Ouest d'Amérique.) 

Impossibilité de caractériser la région du Pacifique 

AMÉRICAIN avec LES SEULES ESPÈCES DE CuVIER. On ne 

trouve dans l'Histoire des Poissons que 35 espèces dont le lieu 
d'origine appartient d'une façon certaine aux rives des deux 
Amériques, du côté de la mer du Sud. Ces 35 espèces se répar- 
tissent en 21 genres, parmi lesquels 5 seulement sont indigè- 
nes, c'est-à-dire n'habitent nulle part ailleurs. Les 16 autres 
se divisent de la manière suivante : 10 genres cosmopolites, 
4 genres américains ou indiens ayant des formes améri- 
caines ; enfin, 2 genres réellement indiens. Vraisemblablement 



31G MÉMOIRES ORIGINAUX. 

le nombre des espèces Pacifiques actuellement décrites ou réunies 
dans les collections est considérable, et il doit être facile à ceux 
qui peuvent se procurer ces renseignements de décider aujour- 
d'hui ce qu'il en est de la région Ouest américaine ; mais avec le 
seul ouvrage de Guvier nous n'avons pu , comme on vient de le 
voir, réunir qu'un nombre insignifiant d'espèces , et par consé- 
quent le résultat auquel nous sommes arrivé, étant basé sur des 
faits trop peu nombreux, ne peut mériter toute confiance; c'est 
seulement par analogie avec ce qui se passe dans l'Atlantique, 
que nous avons admis une faune ichthyologique distincte pour les 
eaux du Pacifique américain. Les découvertes modernes peuvent 
tout aussi bien démentir que confirmer cette supposition. Il s'agit 
de savoir en effet si l'intervalle de mer profonde qui sépare les 
Pomotou et les Sandwich de la terre ferme constitue pour les 
Poissons un obstacle réellement infranchissable. 

À considérera i-lementla distance, qui est de 800 lieues, c'est- 
à-dire beaucoup plus considérable que la largeur de l'Atlantique 
entre l'Afrique et le Brésil, il ne peut y avoir aucun doute, et il 
faudrait admettre immédiatement que les espèces restent en 
général confinées dans une des régions Indo-Pacifique ou Amé- 
ricaine. Mais si l'on jette un coup d'œil sur les cartes actuelles, 
on voit qu'un certain nombre de récifs s'étendent au large de 
l'île de Salas y Gomez assez loin vers l'Est, c'est-à-dire du côté 
de l'Amérique. Ceux de ces récifs qui peuvent gêner la naviga- 
tion, et dont la position géographique a dû par conséquent être 
déterminée, ne sont pas éloignés de 100 lieues les uns des autres. 
Les marins pensent, en outre, que tous les écueils n'ont pas encore 
été découverts, et que, de plus, il existe entre eux des bancs où 
les profondeurs sontassez faibles, quoique bien supérieures à celles 
qui sont dangereuses pour les bâtiments. Qu'elle soit ou non assez 
continue pour permettre la migration des espèces marines, la 
ligne des hauts fonds s'étend au moins jusque dans les environs 
du méridien de 97, et on compte 240 lieues de ce méridien à 
l'île de San-Félix, qui est assez rapprochée de la côte du Chili. 
D'un autre côté, de l'île Salas y Gomez qui sert do point de dé- 



DISTRIBUTION DES POISSONS DE MER. 317 

part à cette espèce de chaîne soas-marine aux derniers groupes 
des Pomolou, à faune sûrement Indo-Pacifique, il y a environ 
200 lieues. 

Si cette conformation particulière des fonds de l'océan Paci- 
fique vers le 30^ parallèle crée réellement une communication 
entre les archipels polynésiens et la côte ferme, on ne devra 
point s'étonner de trouver un certain mélange entre les faunes 
des deux régions voisines ; mais le problème, pour nous, reste 
entier, et nous ne pouvons actuellement le résoudre. 

Hypothèse de sir Charles Lyell sur le mélan&e des fau- 
nes MARINES des DEUX CÔTES DE l'iSTHME DE PaNAMA. LeS 

genres indiens ne sont pas les seuls qu'on puisse rencontrer en 
grand nombre parmi les formes de la mer du Sud. Il résulte 
d'un calcul du D"" Gunther, cité par sir Charles Lyeli dans ses 
Éléments de géologie, que 48 espèces sont propres à la fois à 
l'océan Pacifique et à la mer des Antilles. L'illustre savant cite 
ce fait excessivement remarquable dans un très-court chapitre 
consacré à la migration des Poissons, et paraît admettre que les 
Oiseaux d'eau (au plumage desquels le frai peut rester attaché, 
ainsi que le prouvent d'assez nombreuses observations) doivent 
jouer un certain rôle dans cette circonstance, en transportant les 
œufs des espèces marines d'un côté à l'autre de l'isthme de 
Panama. 

Nous voyons là, d'abord, une preuve bien évidente de l'im- 
perfection des connaissances acquises au temps où écrivaient 
Cuvier et Valenciennes, sur les formes des côtes Ouest d'Améri- 
que, car en compulsant attentivement l'histoire naturelle des 
Poissons, qui ne traite, il est vrai, que des Acanthoptérygiens et 
des Malacoptérygiens abdominaux, on ne trouve pas plus de dix 
espèces communes aux eaux américaines orientales et occiden- 
tales. 

L'hypothèse de sir Charles Lyell relative à la migration pos* 
sible par un transport aérien des œufs fécondés, demanderait 
avant d'être admise qu'on puisse étudier en détail les quarante- 



318 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

huit espèces cosmopolites du D'' Guntlier et surtout leur frai. 
Nous croyons qu'il existe peut-être une autre explication d'un 
fait aussi remarquable que celui bien démontré, paraît-il, d'une 
aussi forte proportion (un tiers) de formes spécifiques commu- 
nes à deux mers si nettement séparées. Les Poissons peuvent 
en effet éviter de doubler le cap Horn, et traverser cependant 
d'une mer à l'autre en prenant la route actuellement sui- 
vie parles vapeurs, c'est-à-dire les canaux latéraux. Ces canaux 
débouchent dans le Pacifique à la latitude de 43o, tout près de la 
Conception, dans des mers déjà très-tempérées ; du côté de l'At- 
lantique, il est vrai, leur embouchure est beaucoup plus au Sud^ 
mais des Poissons même indigènes des pays chauds trouveraient 
pendant la belle saison des conditions de température peut-être 
suffisantes, et dans tous les cas infiniment plus favorables que 
celles qu'ils pourraient rencontrer en doublant le cap Horn. 

Les différentes considérations qui viennent d'être présentées 
sont, jusqu'à nouvel ordre, de simples hypothèses, et nul plus que 
nous ne reconnaît combien elles sont sujettes à discussion. On 
peut toutefois résumer en quelques mots tout ce qu'il est pos- 
sible de dire sur la région dont nous nous occupons : si, au mé- 
lange probable des faunes Indo-Pacifiques, il faut ajouter encore 
une certaine similitude entre ces dernières et la faune Atlanti- 
que Est, on doit avouer que les mers baignant les côtes Ouest des 
deux Amériques ne présentent pas de caractères bien distinctifs . 
Mais, d'un autre côté, les analogies indiscutables entre les con- 
ditions particulières à cet Océan et celles de l'Atlantique per- 
mettent de croire qu'il sera toujours possible de trouver les élé- 
ments nécessaires à l'établissement d'une zone Pacifique. En tout 
cas, et comme nous l'avons déjà dit, l'étude des seuls faits connus 
du temps de Guvier ne permet pas de résoudre le problème. 

Région Gircumpoînire. 

Faune circumpolaire et limites de la région. — Les con- 
ditions^'difficiles faites dans la lutte pour l'existence aux êtres 
organisés habitant les climats rigoureux des pôles ont donné nais- 



DISTRIBUTION DES POISSONS DE MER. 319 

sance en général à des groupes de formes bien caractérisées et 
bien distinctes de ceux de leurs congénères vivant dans les pays 
chauds ou tempérés; aussi, dans toutes les branches delà géo- 
graphie zoologique et botanique, trouvons-nous toujours une 
région spéciale pour les espèces circumpolaires. Les naturalistes, 
qui n'attachent point une importance bien grande à l'influence 
du climat sur les espèces animales, expliquent par l'action spéciale 
de la période glaciaire les remarquables ressemblances des faunes 
alpines et septentrionales; mais il semble que cette manière 
d'envisager les choses revient, en dernière analyse, à dire que 
l'action propre du climat a été fort importante au moment où les 
glaces ont envahi une grande partie des régions aujourd'hui tem- 
pérées, et à avouer, par conséquent, qu'il existe réellement une 
relation entre la faune et la température. 

Quoi qu'il en soit , du reste, on doit reconnaître que les pro- 
vinces ichthyologiques circumpolaires ne sont pas moins nette- 
ment accusées que celles correspondantes de la terre ferme; et si 
au lieu d'être réduit, par la nature des documents à notre dispo- 
sition, à l'étude des Acanthoptérygiens et des Malacoptérygiens 
abdominaux, nous eussions pu ajouter à nos calculs les divisions 
des Malacoptérygiens subbrachienset apodes, le résultat eût été 
beaucoup plus concluant encore. C'est, en effet, dans la grande 
famille des Gades qu'on pourrait trouver les groupes ayant au plus 
haut point le caractère arctique. Malgré cela, et quoiqu'il ne nous 
reste qu'un assez petit nombre de genres bien nettement cir- 
cumpolaires, la faune de la région a un caractère si spécial qu'il 
est possible de la bien délimiter avec ces seuls éléments. 

Nous avons déjà fait remarquer et nous devons répéter ici 
qu'il ne nous a pas été possible de comprendre dans ce travail 
les mers du pôle Sud, dont presque aucune espèce ne nous est 
connue; peut-être les formes de ces mers sont-elles analogues à 
celles du Nord, mais peut-être aussi sont-elles suffisamment dif- 
férentes pour conduire à l'établissement d'une région antarctique 
spéciale. Il paraît difficile de rien préjuger à cet égard, et dans tous 
les cas il ne sera question ici que de la zone circumpolaire arctique. 



320 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

Nous y trouvons 15 genres indigènes, comprenant 75 espèces. 
Toutes les formes génériques, sauf deux, sont exclusivement pro- 
pres à la région , et on comprend aisément qu'il en doive être 
ainsi, et que des organismes adaptés à la vie dans le Nord ne 
puissent que difficilement s'avancer beaucoup dans les mers 
chaudes. Ceux des genres qui sont nombreux en espèces sont 
répandus, soit dans l'Atlantique, soit dans le Pacifique, et même 
quelques formes spécifiques vivent dans les deux Océans à la fois. 
On est donc autorisé à comprendre dans la région toute la calotte 
sphérique avoisinant le pôle. 

L'extension de la zone vers le Midi est variable suivant les 
longitudes. Des circonstances locales font souvent que les espèces 
s'avancent plus ou moins au Sud : ainsi, tandis que certains Cha- 
boisseaux ne se trouvent qu'au Groenland et au Kamtschatka, 
d'autres espèces peuvent vivre sur nos côtes de l'Océan, tout en 
devenant plus nombreuses en individus à mesure que l'on remonte 
plus au Nord. Mais, comme on l'a vu, on peut toutefois affirmer 
qu'à part de rares exceptions, la Manche en Europe et les 
environs de New- York en Amérique servent de limites plus ou 
moins fixes à la région. 

Dans le Pacifique, les espèces américaines sont trop mal con- 
nues pour qu'il soit possible d'indiquer d'une façon exacte jus- 
qu'où descendent les formes arctiques du côté de la Californie. 
Mais en Asie, le Japon est certainement sur la limite des zoneg 
Indo-Pacifique et circumpolaire, et le mélange entre les deux 
faunes est déjà assez grand dans les environs de Nagasaki; les 
espèces au Nord de cette grande île sont au contraire plutôt arc- 
tiques. Il est probable qu'il faudrait encore descendre de quel- 
ques degrés le long de la côte de Chine pour trouver une majorité 
déformes Indo-Pacifiques. Nous avons vu du reste le même phé- 
nomène se produire dans l'Atlantique. 

Près du pôle, les espèces s'étendent jusqu'aux limites extrêmes 
où la mer, toujours recouverte d'une épaisse couche de glace, 
rend vraisemblablement la vie animale impossible. On peut du reste 
considérer comme formant un rivage continu toutes les côtes des 



DISTRIBUTION DES POISSONS DE MER. 321 

mers glaciales. Le nord de l'Amérique septentrionale est en effet 
composé de grandes terres à peine séparées les unes des autres 
par d'étroits canaux, et dont l'extrémité orientale n'est qu'à 50 
lieues du Groenland. Ce dernier pays est éloigné de l'Islande 
d'environ 40 lieues, et il n'y en a pas plus de 80, de cette île aux 
Fseroë. De là, par les Schetland, le nord de l'Ecosse et la Norwége, 
on ce trouve plus d'interruption jusqu'au Kamtschatka et au 
détroit de Behring. La mer de Behring elle-même est semée de 
nombreux archipels, et, d'après les baleiniers américains, les fonds 
y sont en général très-peu considérables. 

Le nombre des espèces que nous avons pu réunir est assez 
petit pour qu'il paraisse inutile d'entrer, comme nous l'avons fait 
au sujet des autres régions, dans le détail des groupes indigènes; 
mais on peut remarquer d'une manière générale que si les formes 
ne sont pas très-nombreuses, les individus le sont au contraire 
extrêmement : le Hareng et la Morue en sont une preuve pour 
les parties sud de la région, et la grande abondance des Phoques 
dan^ l'extrême Nord prouve aussi que les Poissons de ces lati- 
tudes élevées, dont ils se nourrissent, multiplient en général pro- 
digieusement. 

Région Pélagique. 

Poissons pélagiques. — Tous les marins savent que l'on 
prend loin de terre certaines espèces de Poissons vivant à la 
surface, oîi on les aperçoit en assez grandes troupes, animant par 
des bonds répétés sur les flots les immenses solitudes du large. 
Ces espèces, appelées pélagiques, sont, comme nous le verrons, 
assez nombreuses, et peut-être en reste-l-il encore quelques-unes 
à découvrir. Si en effet, dans l'état actuel de la science, on doit 
présumer que les Poissons ne peuvent plus subsister sur le fond 
lorsqu'il est à plus de 1,000 brasses, rien ne s'oppose à l'exis- 
tence, loin des côtes et entre deux eaux, de formes spéciales ne se 
rapprochant jamais de la surface des mers, et se reproduisant 
dans les profondeurs qu'elles habitent. On doit dire toutefois que 
ces formes, si elles existent, sont aujourd'hui absolument incon^ 

2^ sér., tom. i. 21 



322 MÉMOIRES ORICtIXAUX. 

nues et le resteront longtemps encore, puisque aucun dessytè- 
mes de pêche en usage ne permet de les recueillir. Il ne pourra 
donc être question ici que des formes spécifiques vivant au- 
dessus des abîmes de l'Océan, mais à de très-faibles profondeurs, 
et qu'on capture, à cause de cela même, plus ou moins facilement. 

Ces Poissons océaniques sont sans doute, en général, moins 
connus que ceux du littoral, qui font l'objet des pêches ordinaires ; 
cependant on a pu se les procurer presque tous par différentes 
méthodes que nous passerons rapidement en revue. 

Tout d'abord, un certain nombre d'entre eux se rapprochent 
des rivages à un moment donné, vraisemblablement à l'époque 
du frai, et peuvent être alors péchés en même temps que les 
espèces côtières. 

D'autres, qui sont d'assez grande taille et appartiennent en 
général à la famille des Scombres, se prennent, soit au harpon, 
soit à la ligne de traîne que la plupart des bâtiments accom- 
plissant de longues traversées installent à leur arrière. Cette 
ligne, toujours très-forte et plus ou moins longue, suivant que 
le navire est à la voile ou à la vapeur, se termine par un hame- 
çon à une ou deux pointes dissimulé dans un morceau de toile 
bourrée d'étoupe, imitant autant que possible la forme d'un Poisson- 
Volant. L'appât, entraîné par la marche, sautille dans le sillage 
d'une crête de lame à l'autre, et, grâce précisément à la vitesse, 
peut tromper les Poissons qui poursuivent leur proie. C'est ainsi 
que nos marins de l'Ouest, surtout ceux de Groix, font au prin- 
temps la pêche au Maquereau et en été celle du Germon et du 
Thon, qu'ils chassent depuis le fond du golfe de Gascogne jus- 
qu'à la hauteur de Belle-Ile. Un système analogue, également 
en usage et réussissant mieux avec certaines espèces, consiste 
en une petite ligne tenue à la main que l'on fait sauter h l'avant 
du navire, en employant toujours comme appât un simulacre 
d'Exocet. Les Poissons-Volants eux-mêmes, qui ne mordent jamais 
à aucune espèce de ligne, tombent souvent pendant la partie 
aérienne de leur trajet sur le pont des navires les plus élevés au- 
dessus de l'eau (on en a vu se précipiter sur la dunette d'un 



DISTRIBUTION DES POISSONS DE MER. 323 

vaisseau à deux ponts), et on réussit en outre, comme nous 
l'avons fait, à en prendre d'assez grandes quantités dans des 
trémails installés verticalement du bout du beaupré à l'extrémité 
de la guibredes grands bâtiments. 

Quant aux espèces d'assez faible taille et nageant moins bien 
que les Scombres, elles viennent quelquefois en troupes autour 
des navires quand il fait calme, et on peut, quoique ce soit en 
général difficile, les prendre avec des ligues ordinaires. 

Les très-petits Poissons de la mer de Sargasse sont facilement 
capturés par des filets traînants, ramenant de grandes quan- 
tités de raisins des tropiques, au milieu desquels on les trouve 
embarrassés. 

Enfin quelques formes pélagiques ont été découvertes dans 
l'estomac des grandes espèces ou de Cétacés de la famille du 
Marsouin. 

Ce qui vient d'être dit suffit pour faire comprendre combien 
quelquefois il peut rester d'indécision lorsqu'il s'agit de décider 
si une espèce est certainement de haute mer. A côté i^e formes 
spécifiques qui semblent préférer la vie du large et qu'on ne 
rencontre jamais près des côtes, d'autres, tout en paraissant 
organisées de manière à pouvoir habiter loin du rivage, s'en 
rapprochent cependant plus ou moins dans certains cas. Entre 
les deux extrêmes, il y a place pour de nombreux degrés de 
transition, et on se trouve en face de difficultés analogues à celles 
de toute classification. On entrera plus loin dans quelques détails 
sur les considérations par lesquelles on peut avoir été amené à 
considérer les genres et les espèces comme appartenant au 
groupe pélagique. 

Nous donnons ci-après une liste, qui présente un certain in- 
térêt, des espèces que nous avons prises à la mer, en indiquant 
pour chacune d'elles les lieux de pêche et la distance à la .terre la 
plus voisine pour les individus qui ont été pris le plus loin de la 
côte. 



324 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

Bonite. — Mer Rouge, parages de Socotora, des 

Seychelles, l'Atlantique Sud 300 lieues. 

Thon. — Golfe d'Aden, parages de Poulo-Gondore, de 

Ceylan, du Cap-Vert , 200 — 

Tassard. — Détroit de Banca, parages de Madagascar, 

de Gorée 40 — 

Dorade. — Golfe d'Aden, Socotora, Atlantique Sud, pa- 
rages du cap Fris 200 — 

Bécune. — Mer Rouge, golfe d'Aden, parages des Antil- 
les. 20 — 

Poissons-Volants. — Dans toutes les mers chaudes. . 310 — 

Requin. — Dans toutes les mers chaudes 300 — 

Pilote. — Avec les Requins 300 — 

PiMÉLEPTÈRE. — Atlantique Nord , remous du gulf- 

stream 200 — 

Ghironèctes. — Mer de Sargasse 300 — 

Blennies. — Mer de Sargasse 300 — 

Nutrition et reproduction des Poissons pélagiques. — Les 
espèces océaniques, comme on peut le comprendre d'après ce 
que nous avons dit des différents genres de pêche au moyen des- 
quels on se les procure, peuvent être partagés en trois groupes 
distincts : 

1° Les Poissons de grande taille, appartenant pour la plupart à 
la famille des Scombres ; 

2° Les petites espèces, peu différentes par leur organisation 
générale de tous les autres Poissons et réparties dans différents 
genres du littoral ; 

3" Les Poissons- Volants, que Cuvier classe : les Exocets parmi 
les Esoces, et les Dactyloptères parmi les Joues cuirassées '. 

Les formes spécifiques de la première catégorie, qui sont tout 
particulièrement adaptées à la vie en pleine mer, doivent être 
comptées parmi les meilleurs nageurs de l'Océan. Il nous est 
arrivé de prendre des Thons dans la mer de l'Inde et avec des 

1 Nous n'avons pas à nous occuper ici des Squales, qui sont essentiellement pé- 
lagiques et qu'on rencontre au milieu de toutes les mers ; mais leur présence seule 
est une preuve de l'existence au large d'autres espèces pouvant leur servir de 
nourriture. 



DISTRIBUTION DES POISSONS DE MER 325 

lignes de traîne sur des navires filant plus de 12 nœuds (23 kilo- 
mètres à l'heure), et nous avons vu à bord d'une frégate à voiles 
une Dorade ordinaire {Conjphena hippurus) suivre pendant liuit 
jours le sillage du bâtiment, qui dans cette période atteignit et 
dépassa même souvent des marches de 10 nœuds (18 kilomètres 
et demi à l'heure). Il n'est pas rare non plus de rencontrer sous 
les tropiques des troupes de Goryphènes et de Bonites faisant avec 
la plus grande facilité le tour des bâtiments à grande vitesse. Il 
est probable, du reste, qu'une très-grande rapidité de locomotion 
est indispensable aux Poissons de cette classe pour la poursuite 
de leur proie, et qu'ils sont tous organisés de manière à pouvoir 
accomplir en très-peu de temps de prodigieuses traversées. Vrai- 
semblablement la plupart d'entre eux peuvent en outre, comme les 
Squales, supporter de longs jeûnes sans en souffrir outre mesure. 

On ne peut faire que des conjectures qui resteront encore quel- 
ques temps hasardées, sur les moyens qu'emploient ces espèces 
pour subvenir à leur subsistance, mais il est à croire que les 
Poissons-Volants forment la base de leur nourriture ; du moins, 
n'ayant jamais négligé d'ouvrir tous les grands Scombres que nous 
avons pris à la mer, nous avons presque toujours trouvé dans leurs 
viscères des débris reconnaissables de différentes formes d'Exo- 
cets. Il est certain aussi que quelques-uns d'entre eux arrivent 
sur nos côtes en même temps que les bancs de Sardines et d'An- 
chois, car c'est au moment où ces petites dupées quittent les 
grands fonds pour se rapproclier du rivage que nos marins de 
l'Ouest commencent la pêche du Germon de l'Atlantique, et c'est 
à la suite des bancs de Sardines qu'ils le poursuivent jusqu'à la 
latitude de Belle-Ile, mais en se tenant à près de soixante milles de 
la côte en moyenne. 

On peut remarquer, ce qui rentre dans notre sujet, que les 
Germons paraissent préférer le séjour de la surface des mers pro- 
fondes à celui des petits fonds du littoral. Près de Saint-Jean-de- 
Luz et de Biarritz, oîi les falaises descendent à pic à la mer, on 
pêche avec succès assez près du rivage ; mais le Poisson s'éloigne 
de terre à mesure qu'il remonte au Nord , et les chaloupes de 



32G MÉMOIRES ORIGINAUX. 

Groix doivent elles-mêmes, pour obtenir des résultats satisfai- 
sants, se tenir d'autant plus au large qu'elles se rapprochent plus 
du parallèle delà Loire. C'est précisément ce qui se passerait si 
le Germon, quoique vivant à la surface, ne trouvait pas les con- 
ditions nécessaires à son existence dans des parages où les fonds 
seraient inférieurs à 200 mètres environ. 

Pour les espèces Je moindre taille, à moins qu'elles n'habitent 
la mer de Sargasse, si riche en petits Crustacés, ou que, comme 
les Pimeleptères, elles ne suivent les troncs d'arbres couverts de 
coquilles, il est assez difficile de savoir par quel moyen elles peu- 
vent se procurer leur nourriture. 

Il en est de même des Poissons-Volanls, sur lesquels ou ne sait 
rien de suffisamment démontré. M. Valenciennes ne cite pas un 
seul exemple d'examen des viscères dans sa Monographie des 
Exocets. 

On est encore plus ignorant , s'il est possible, du système de re- 
production des espèces pélagiques. Comme cependant il n'est pas 
rare de rencontrer à la mer de larges bandes jaunâtres flottant à 
la surface, et qu'on a pu, dans certains cas, reconnaître ces ban- 
des pour du frai de Poisson , il est logique d'admettre que les 
œufs ainsi abandonnés sur les eaux appartiennent à des formes 
spécifiques habitant la haute mer. Mais il est hors de doute aussi 
que quelques-unes des espèces océaniques se rapprochent de terre 
au moment où elles ressentent .le besoin de se reproduire; les 
jeunes habitent alors le littoral et ne gagnent le large que lors- 
qu'ils sont parvenus à l'état adulte. Dans ce cas, comme dans les 
questions relatives à l'ahmentation des Poissons pélagiques, des 
observations bien faites et nombreuses sont indispensables pour 
qu'on puisse décider ce qu'il en est; on trouvera sans doute 
beaucoup de difQcultés à acquérir une certitude absolue , mais 
ces difficultés mêmes ne peuvent qu'augmenter l'intérêt des dé- 
couvertes à faire. 

Limites de la région. — On doit, croyons-nous, conclure 
des quelques remarques qui précèdent, que certains Poissons sont 



DISTRIBUTION DES POISSONS DE MER. 327 

organisés de façon à pouvoir vivre aussi loin que possible de 
tonte terre, et, dès que ce fait sera admis, il faudra reconnaître 
immédiatement la nécessité de créer pour ces espèces une région 
spéciale en comprenant forcément plusieurs autres. 

Pour nous borner à un seul exemple, comment comprendrait- 
on qu'une forme spécifique trouvant les conditions nécessaires à 
son existence dans les alises du sud-est de l'Atlantique, ne les 
trouvât pas au?si bien du côté de l'Afrique que du côté du Brésil, 
puisque les circonstances sont, autant que nous en pouvons juger, 
absolument analogues? L'Atlantique méridional tout entier serait 
alors la région propre à cette espèce, tandis que nous avons vu 
les formes littorales différer profondément sur les deux rivages de 
la Guinée et du Brésil. 

Il n'est plus possible de donner ici de limites régionales dé- 
terminées comme pour les autres zones. Les Poissons océaniques, 
étant précisément organisés pour la vie loin de toute terre et 
pouvant, en général, se transporter très-facilement et très-rapide- 
ment d'un point à un autre, doivent occuper une aire très-éten- 
due, et c'est précisément ce qui arrive. Sans les obstacles que 
les mers froides entourant le cap Horn et le cap de Bonne-Espé- 
rance opposent à la migration des individus, il est probable que 
l'on pourrait constater une diffusion plus complète encore dans 
toutes les mers des Poissons de celte catégorie ; mais cet obstacle, 
auquel il faut probablement ajouter quelques différences dans la 
nature des eaux et dans les conditions physiques de l'Atlantique 
et du Pacifique, est assez grand pour que nous puissions, même 
ici, constater une certaine différence entre les formes de ces deux 
Océans. Nous ne trouvons en effet, sur 169 espèces qui peuplent 
la région pélagique, que 24 Poissons communs à la fois aux 
deux mers * ; mais si d'un autre côté on envisage la répartition 

1 II faut tenir grand compte, dans ce petit nombre d'espèces pélagiques com- 
munes aux deux Océans, de ce que nous disons plus loin des difficultés que l'on 
rencontre à se procm-er les collections de Poissons de haute mer. Nous n'avons 
pu parler que de ceux dont il est question dans Guvier et Valenciennes, mais 
vraisemblablement le nombre des formes cosmopolites est bien plus considérable. 



328 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

des formes génériques, on voit que, sur 35 genres, 28 sont ab- 
solument cosmopolites , ce qui suffît pour faire admef.ro l'im- 
possibilitéde créer deux régions pélagiques distinctes, et en même 
temps faire comprendre combien est grande la ressemblance des 
formes océaniques atlantique et indo-pacifîque. 

Faune de la région pélagique. — En nous plaçant au point 
de vue spécial où nous nous mettons, nous avons dû, dans la liste 
générale des espèces, ne classer dans la zone océanique que les 
seules formes indiquées comme ayant été sûrement prises au 
large et dans des conditions ne laissant aucun doute sur leur 
genre de vie. Les formes génériques appartenant en totalité ou 
en partie à la région se sont alors trouvées réparties en trois ca- 
tégories : les unes composées tout entières d'espèces pélagiques, 
d'autres ayeant une forte proportion de ces espèces, d'autres enfin 
renfermant, au contraire, une majorité d'espèces littorales et quel- 
ques formes de haute mer seulement. 

Pour le premier cas, il ne peuty avoir d'hésitation, et le genre 
entier doit être considéré comme pélagique. 

Dans la catégorie suivante, où les genres renferment, d'après 
des renseignements indiscutables, des espèces recueillies en 
plein Océan, et d'autres, en plus petit nombre, décrites d'après des 
individus pêches sur les côtes, il est plus difficile de trancher la 
question. Afin de mieux fixer les idées, prenons, par exemple, le 
groupe des Goryphènes. Sur 12 espèces, 9 sont indiquées par 
Guvier et Valenciennes comme ayant été sûrement prises au large, 
et pour les 3 autres on donne comme lieu d'origine l'Hindoustan, 
la Martinique et le littoral du sud de la Méditerranée. On n'entre 
du reste à leur sujet dans aucun détail, on ne dit pas si les natura- 
listes qui ont fait les envois de ces trois pays avaient pris leurs 
individus à une certaine distance de terre ou tout près du rivage. 

En tenant compte des difficultés qu'on éprouve à se procurer 
des Poissons en plein Océan, il est possible d'admettre que ces 
trois Goryphènes, quoique habitant le large comme leurs congé- 
nères, n'y aient pas encore été découvertes par les navigateurs. 



DisrninuTiON des poissons de mer. 329 

et, en rétiéchissant aux grandes analogies de stniclure de toutes 
les espèces d'un même genre, c'est probablement cette manière 
de voir qu'il faudrait adopter. Les probabilités sont donc pour 
que le genre entier soit pélagique. Beaucoup déformes généri- 
ques rentrent dans cette catégorie, et nous avons en général 
raisonné comme nous venons de le faire pour les Corypliènes, 
c'est-à-dire que dans la plupart des cas nous avons considéré 
toutes les espèces comme océaniques. 

Il nous reste à envisager les groupes, assez peu nombreux 
composés d'une forte proportion d'espèces côtières et de quelques 
formes seulement prises à la mer. Sans entrer dans le détail de 
toutes les considérations dont on peut tenir compte pour la répar- 
tition des espèces de ces genres, nous dirons simplement que 
nous Qous sommes borné à rattacher chaque forme à la région 
dont elle fait partie, en plaçant parmi les Poissons pélagiques tout 
ceux qui ont été recueillis au large. De cette façon, aucune con- 
jecture trop hasardée n'a pu être faite. Il est possible, pour ce 
cas, que des découvertes ultérieures viennent infirmer quelques- 
unes de nos données, car beaucoup de petits Poissons de haute 
mer sont peut-être encore à découvrir, et les habitudes du plus 
grand nombre d'entre eux sont aujourd'hui totalement inconnues. 
Actuellement, en tenant compte des faits certains rapportés dans 
l'histoire naturelle des Poissons et de quelques observations 
personnelles, les différents genres se répartissent de la façon 
suivante : 

Genres ne renfermant que des espèces pélagiques 16 

Genres renfermant une forte proportion d'espèces sûrement péla- 
giques et dont toutes les autres le sont probablement Il 

Genres littoraux ne comprenant que fort peu d'espèces pélagiques 8 

Ces 35 genres comprennent ensemble 169 espèces, si l'on admet 
notre manière de voir relativement aux groupes renfermant une 
majorité de formes sûrement océaniques, et 121 seulement, si 
l'on ne veut compter que les Poissons péchés jusqu'ici loin de 
toute terre. Nous en donnons ci-après le détail . 

2« sér., tom. i. 22 



330 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

1" Scombéroïdes à fausses nageoires. — Cette tribu se compose 
de 12 genres et de 57 espèces non douteuses ; sur la totalité, 
2 genres seulement, ne comprenant que 3 espèces, sont indiqués 
(les Lépidopes et les Trichiures) comme étant des Poissons litto- 
raux, et encore faut-il remarquer que deux de ces formes spéci- 
fiques sont fortement cosmopolites. Le seul Lépidope connu habite 
en effet la Manche, la Méditerranée et le Gap, et un Trichiure 
traverse l'Atlantique, puisqu'on en a reçu à la fois du Brésil et 
du Sénégal. Tous les autres genres ont un caractère pélagique. 
On pourrait toutefois faire quelques réserves en ce qui concerne 
les Maquereaux et les Tassards. Les premiers sont peut-être des 
Poissons voyageurs plutôt qu'océaniques. Mais la distance delà côte 
à laquelle nous en avons vu à la mer et à la surface, le système 
de pêche employé spécialement pour eux dans l'Atlantique, et 
aussi leur analogie avec les Thons, nous portent à croire qu'ils 
peuvent parfaitement habiter au large; ce serait cependant une 
erreur de les assimiler complètement aux grands Scombres : ils 
sont certainement plus hltoraux et font partie de ces groupes in- 
termédiaires entre les formes vivant très-loin de terre et celles qui 
s'éloignent assez peu du rivage. Il en est de même des Tassards. 
Guvier n'en indique aucun comme ayant été pris au large ; mais 
nous pouvons suppléer à ce manque de renseignements, en 
ayant péché nous-même cinq, appartenant à trois espèces, dans 
différents parages et à une certaine dislance de la côte. 

Il n'y a rien de particuher à dire sur les autres genres, dont les 
espèces sont, d'après Guvier lui-même, en majorité pélagiques. 

2" Scombres sans fausses nageoires ni épines dorsales. — Le 
choix de caractères purement négatifs pour cette tribu a forcé- 
ment produit comme résultat la réunion dans un même groupe 
d'un assez grand nombre de genres fort différents les uns dès 
autres. Cinq de ces formes génériques, les Nauclères, les Porth- 
mées, les Pterachs, les Goryphènes et les Lampuges, sont océani- 
ques, c'est-à-dire que la plupart de leurs espèces ont été vues en 
pleine mer. Deux autres genres, les Genlrolophes et les Psènes, sont 



DISTRIBUTION DES POISSONS DE MER. 331 

peut-être dans le même cas, quoique nous ne les ayons pas com- 
pris dans nos groupes du large. Enfin, nous trouvons trois Sérioles 
sûrement pélagiques dans un genre qui compte en tout 1 4 espèces. 
Il faudrait peut-être ajouter, à la suite de nouvelles observa- 
tions, quelques formes spécifiques appartenant aux Stromatées et 
aux Rhombes, et deux genres connus jusqu'ici par de très-rares 
échantillons. 

3° Pimeloplères et Castagnoles [Squammipemies) . — Les Pime- 
loptéres ne sont peut-être pas précisément des Poissons de haute 
mer; mais l'habitude qu'ils ont de suivre, soit les navires, soit, 
ainsi que nous l'avons constaté nous-même, les troncs d'arbres 
recouverts de coquilles, prouve qu'ils peuvent aisément s'adapter 
à la 'vie du large. On en compte en tout 9 espèces, dont 4 
au moins ont été prises en plein Océan. 

On ne connaît actuellement que trois espèces de Castagnoles, 
Poissons très-voisins des précédents. Celle de la Méditerranée est 
probablement littorale ; mais les deux formes étrangères ont été 
recueillies dans l'estomac de Germons péchés loin du rivage. 

4o Gobioïdes de la mer de Sargasse. — La famille des Gobies 
et celle des Pectorales-Pédiculées ont quelques représentants qui 
semblent habiter exclusivement au milieu de l'immense amas de 
fucus que le remous du gulf-stream accumule dans l'Atlantique 
Nord : ce sont 2 Blennies, 1 Blennechis et 2 Chironectes. Nous 
avons pris nous-même trois de ces espèces dans de petits filets 
traînants disposés à l'arrière d'un navire. 

5" Ésoces. — Cette famille ne compte que 6 genres marins 
comprenant 87 espèces. Deux des formes génériques, les Micro- 
stomes et les Stomias, qui ne sont composées chacune que d'une 
seule espèce, n'ont pas de représentants océaniques. Dans les 
Hémiramphes et les Orphies, qui viennent ensuite, on ne trouve, 
relativement au nombre total, que peu déformes spécifiques sûre 
ment capturées en haute mer; mais les découvertes ultérieures 
pourront apporter à cet égard quelques modifications aux chiffres 



332 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

que nous donnons. Quant aux deux genres restants, lesScombré- 
soces et les Exocets, ils sont tout entiers pélagiques. Ces derniers 
sont même, si Ton peut s'exprimer ainsi, les plus pélagiques de 
tous les Poissons. Nous pouvons sans inconvénients, quoiqu'ils 
appartiennent à une famille bien différente, rapprocher des 
Poissons-Volants le groupe des Dactyloptères, dont le genre de vie 
est analogue, et qui sont, au même degré, sûrement océaniques. 

Çf" Sphyrènes . _ — Gavier ne cite pas d'exemple de Bécune prise à 
la mer, mais nous en avons poché nous-même plusieurs à la li- 
gne de traîne et à des distances de terre variant entre 3 et 20 lieues 
marines, dans la mer Rouge et au large de la Martinique. En 
Chine, où l'on a fait des pêches considérables, elles se prennent 
assez loin du rivage et toujours à la surface, et, quoiqu'il nous soit 
arrivé d'en ramener quelques-unes dans la seine au Sénégal, nous 
sommes porté à croire que le genre est pélagique, à peu près 
comme le sont les Maquereaux et les Tassards. Ce qui est certain, 
c'est qu'elles mordent à l'appât figurant un Poisson- Volant. 

7° Salmonoïdes. — Trois genres de Salmonoïdes marins ont un 
caractère très-nettement océanique : ce sont les Ghauhodes, les 
Argyropelecus et le Sternoptyx; c'est à propos de ce dernier Pois- 
son que Valenciennes dit quelques mots des difficultés que l'on 
éprouve en général pour se procurer les espèces vivant exclusi- 
vement au large. Il faut ajouter aux sept formes spécifiques de ces 
genres trois Scopèles recueillies en pleine mer, mais faisant partie 
d'un groupe dont presque toutes les formes se prennent à la côte. 

Poissons absolument cosmopolites. ~ Il nous reste à parler 
de quatre genres composés chacun d'une seule espèce, et qu'on 
retrouve partout, sans qu'il soit possible de trouver de difi'érences 
spécifiques entre les individus et sans qu'ils paraissent cependant 
avoir un genre dévie océanique : ce sont les Saurels, les Temno- 
dons et les Vomers, appartenant à la famille des Scombres, el 
l'Élope, du petit groupe des Élopiens. 

Ces Poissons n'ont jamais été vus au large, et il nous est, au 



DISTRIBUTION DES POISSONS DE MER. 333 

contraire, arrivé fréquemment de prendre sur nos côtes le Saurel 
à la ligne de fond; mais il semblerait résulter de la dispersion 
même de ces espèces qu'elles doivent pouvoir à un moment 
donné traverser, comme leurs congénères de la région pélagique, 
de grandes étendues de haute mer en s'adaptant temporairement 
à une existence spéciale. Ce serait un fait analogue à celui que 
nous avons vu de formes spécifiques pouvant habiter à la fois 
l'eau douce et l'eau salée. 

RÉSUMÉ. — Le lecteur peut juger maintenant, en toute connais- 
sance de cause, de l'exactitude des résultats qui viennent d'être 
présentés. Nous n'avons pas la prétention de croire que tous soient 
indiscutables, et nous n'avons point non plus dissimulé dès le début 
l'imperfection forcée d'un travail de ce genre, alors qu'il nous a été 
impossible de faire entrer dans notre cadre tous les Poissons connus. 
La question est de savoir si le nombre des faits sur lesquels nous 
nous appuyons est suffisant pour que l'adjonction de faits nou- 
veaux ne puisse pas apporter de modifications essentielles. 

Nous pensons qu'au contraire la répartition dans les zones 
ichthyologiques des espèces dont il n'a pas été tenu compte, 
ne ferait qu'apporter une preuve de plus à l'appui de notre clas- 
sification. Nous pouvons du moins affirmer qu'il en est ainsi pour 
la famille des Raies de Duméril, que nous n'avons pu malheu- 
reusement faire entrer dans notre travail, n'ayant pas eu assez 
longtemps à notre disposition les deux premiers volumes de l'ou- 
vrage intitulé : Suites à Buffon. 

Quoi qu'il en soit, il nous paraît établi qu'il faudra toujours 
tenir grand compte, dans la géographie ichthyologique, des diffi- 
cultés que les espèces rencontrent pour traverser de grandes 
étendues d'eau profonde, et au contraire des facilités qu'offrent 
à leur migration les rivages ininterrompus sur de longs espaces. 
Il nous semble aussi hors de doute qu'un certain nombre de 
formes spécifiques se sont adaptées ou peut-être sont restées 
adaptées à la vie en plein Océan et loin de toute terre. 

(A continuer,) 



334 MÉMOIRES ORIGINAUX. 



NOTE ANATOMIQUE 

SUR 

QUELQUES POMATIAS 

Par M. A. de SAINT-SIMON. 



Le lorica du Pomatias $triolatus est assez large, médiocrement 
atténué aux extrémités. Sa forme est très-voisine de celle du P. 
crassilahris des Pyrénées, mais les appendices membraneux du 
ruban lingual sont atténués antérieurement et le biseau paraît 
moins obtus que celui de cette dernière espèce. 

La mâchoire et le ruban lingual du P. Partioti ne diffèrent des 
mêmes organes du crassilahris que parles denticules du bord libre 
maxillaire et parles crochets linguaux qui sont plus développés. 
Quant au P. Hidalgoï,\diT. Laburdensis Crosse {P. BerilloniFagoi) , 
l'analogie deces pièces dans cet operculé et chezle P. Partioti est 
si grande qu'il est bien difficile de les distinguer. Si ce sont deux 
espèces distinctes, ce qui me paraît douteux, elles sont bien voi- 
sines l'une de l'autre. 

Il est utile, à mon avis, de donner la description du lorica et 
du radula qui se rapportent au P. crassilahris. 

La plaque maxillaire de ce Pomatias paraît assez grande, en 
forme d'écusson, élargie et fortement échancrée antérieurement, 
faiblement échancrée en arrière, mince et flexible ; elle se compose 
de deux pièces, dont la soudure divise l'appareil en deux parties 
égales ; celui-ci est d'un jaune ambré, rugueux; on voit au mi- 
croscope composé qu'il présente des lignes parallèles de spinules 
qui forment des chevrons dont la pointe est dirigée vers la partie 
postérieure delà plaque ; les extrémités libres de celle-ci sont 
médiocrement atténuées et le devant du bord hbre présente un re- 
bord linéaire sans trace de soudure, d'un roux presque noir, à 
denticulations nombreuses (20 environ), serrées et arrondies). 
Le ruban lingual est long, très-étroit, transparent ; il présente 



NOTE ANATOMIQUE SUR QUELQUES POMAÏIAS. 335 

cinq rangées longitudinales d'épines crochues, dirigées d'avant 
en arrière et qui s'enchevêtrent. La partie antérieure de cette pièce 
est flanquée de chaque côté d'une pièce mince, cartilagineuse et 
transparente, à laquelle j'ai donné le nom de plaque linguale, et 
qui supporte, à son bord interne, une ligne de crochets extrême- 
ment petits et espacés. Cette disposition se retrouve chez tous les 
Pomatias que j'ai eus à ma disposition. 



QUELQiS mu FOSSILES DIS mum... ». ™n.i^Lu.n 

Par M. Ph. THOMAS, vétérinaire en le^ au lO^ Hussards. 



I. 

S'il est une contrée du vieux monde où le Cheval, en tant 
qu'auxiliaire de l'homme, a joué un rôle politique et social im- 
portant , c'est assurément l'Afrique septentrionale. De l'Arabie 
aux colonnes d'Hercule, depuis l'invasion des pasteurs Hyksos en 
Egypte jusqu'à celles des Vandales et des Arabes, le Cheval a 
toujours servi de véhicule aux torrents humains poussés par la 
main de Dieu ou par la fatalité dans le nord de l'Afrique ; de 
même, entre les mains de ses autochthones, le Cheval a été le 
principal élément de la résistance opposée par eux à ces inva- 
sions. Et pourtant c'est à peine si nous savions, il y a quelques 
années seulement, qu'il existe une espèce chevaline essentielle- 
ment africaine, liée à l'histoire la plus reculée de ce pays, 
inhérente à son sol et soudant, à travers les âges, sa noble gé- 
néalogie aux êtres des temps géologiques. C'est à M, André 
Sanson, professeur de zootechnie à l'Institut agricole de Ver- 
sailles, que nous devons la connaissance scientifique de cette 
espèce africaine dont les descendants, plus ou moins aUiés au 
Cheval oriental, couvrent aujourd'hui tout le nord de l'Afrique, 
l'Espagne et le sud-ouest de la France, sous les noms de races 



336 iMÉMOIRES ORIGINAUX. 

Barbe , Andalouse , Navarrine et Limousine ' : détermination 
basée, non sur de simples vues théoriques ou systématiques, 
mais sur des caractères anatomiques des plus importants , tels 
que la brachycéphalie, la forme bombée du frontal, et surtout 
l'absence d'une vertèbre dans le rachis. 

Les recherches de ce savant zootechnicien ont en effet établi 
qu'il existe dans le nord de l'Afrique un type spécifique de 
Cheval dont le nombre des vertèbres lombaires n'est que de cinq, 
tandis que toutes les autres espèces connues en ont six. Et, chose 
remarquable, ce même caractère ostéologique est également propre 
à deux autres espèces d'Équidés essentiellement africaines : l'Ane 
d'Afrique [Equus asinus africanus) et le Zèbre [Equus zébra). 

D'après l'hypothèse du célèbre paléontologiste F. Pictet, les 
Équidés du vieux et du nouveau monde auraient été entièrement 
détruits par le grand cataclysme diluvien quaternaire , sauf en un 
point privilégié du continent asiatique, d'où ces espèces auraient 
ensuite , par la voie de migrations successives et parallèles a 
celles des races humaines, repeuplé le vieux monde d'abord, 
puis, beaucoup plus tard, le nouveau monde*. Mais si cette 
hypothèse est admissible pour l'Amérique, où, en dépit de ses° 
richesses en Équidés fossiles % ces êtres semblaient complètement 
inconnus au moment de sa récente découverte, et pour une 
vaste portion du vieux monde presque entièrement submergée 
par les grands courants diluviens , il ne paraît pas qu'elle soit 
applicable au continent africain. 

En effet, si celui-ci avait participé au repeuplement préhistori- 
que provenant du centre unique admis par Pictet, il n'y aurait 
aucune raison pour que ses Equidés ne fussent spécifiquement 
semblables à ceux provenant de ce centre unique. Mais il n'en 
est pas ainsi, car, ainsi que nous venons de le voir, TAfrique 
septentrionale possède au moins trois types spécifiques d'Équi- 

^ A. Sanson; Traité de Zootechnie, 2<^ édition. J'accorde au mot espèce, dans 
ce travail, le sens donné à ce mot par cet autem-. 

2 Pictet; Traité de Paléotitologie, vol. I, pag. 316. 

3 G. -0. Marsh; Discours à l'Association scientifique américaine, 1877. 



ÉQUIDÉS FOSSILES DE CONSTANTINE. 337 

dés nettement séparés des types asiatiques par un caractère 
ostéologique des plus importants. Il faut donc admettre que le ca- 
taclysme diluvien a laissé subsister un centre zoologique africain, 
lequel a dû contribuer pour sa part au repeuplement du vieux 
monde à l'aide des espèces qui y avaient pris naissance aux temps 
géologiques. C'est ce que ne manqueront pas de démontrer les 
recherches paléontologiques, quand elles seront suffisamment 
encouragées, sur le riche sol africain, et c'est seulement à 
titre de simple contribution à ces futures recherches que je consi- 
gne ici les quelques observations que j'ai pu faire. . 

II. 

Les environs de Constantine sont sillonnés par des vallées 
larges et profondes sur les flancs desquelles s'étagent, jusqu'à 
une altitude qui ne dépasse guère 600 mètres, les lambeaux 
d'une formation fluvio-lacustre pliocène caractérisée à sa base 
par des marnes gypsiféres et à son sommet par des conglomérats 
gréseux, des sables et des poudingues. Dans le sud et dans le 
sud-ouest de Constantine, ces dépôts reposent en partie sur les 
escarpements d'un vaste plateau triangulaire dont les grands cô- 
tés sont limités par les vallées des Oueds-Rhummel et Bou 
Merzoug;ce plateau est essentiellement constitué par des dé- 
pôts lacustres anciens, consistant en de nombreuses alternances 
da travertins vacuolaires ou sub-compacts très-durs et de mar- 
nes calcaires sanguines, dont l'ensemble réguhèrement stratifié a, 
sur quelques points, une puissance atteignant cent mètres. Cette 
dernière formation lacustre ne m'a livré comme Vertébrés fossi- 
les que quelques fragments d'une dent ayant pu appartenir à un 
Mastodonte et un maxillaire de Suillien dans lequel M. A. Gaudry 
trouve des caractères indiquant une tendance vers la forme des 
Phacochœres ' , Avec ces débris de Vertébrés, j'ai recueilli dans ces 
dépôts lacustres de UQmhve\i\ Limnées et Planorhes appartenant 
aux types pachygaster et solidus du miocène, ainsi que des Hé- 

* A. Gaudry; Enchainemenis du Monde animal, pag. 73. 



338 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

lices et des Dulimes très-voisins, mais différents, de ceux du 
pliocène algérien ; cette faunule semble indiquer, par ses carac- 
tères mixtes, que ces terrains appartiennent à la fin du miocène 
et sont peut-être des équivalents terrestres et lacustres du sahé- 
lien algérien de M. Pomel, outortorien des Italiens'. 

Le fluvio-lacustre, en contact avec ce lacustre ancien, se sub- 
divise en deux étages bien distincts et directement superposés : 
1» un étage inférieur, dont la puissance est très-variable, formé 
découches marneuses dont quelques-unes renferment du gypse 
cristallin en grande quantité et d'autres parfois lignitifères ; 
2o un étage supérieur à éléments détritiques, constitué à sa base 
par un conglomérat gréseux à éléments petits et ronds, souvent 
siliceux et solidement soudés par un ciment calcaire, conglomé- 
rat surmonté de lits irréguliers de sable et de cailloux roulés pas- 
sant en quelques points à un poudingue assez dur. 

Cet ensemble fluvio-lacustre a été profondément raviné et 
démantelé par les grands courants diluviens ; il ne présente 
plus, sur les flancs des anciennes vallées d'érosion qu'il avait 
primitivement comblées, que quelques corniches éparses surmon- 
tant des couches meubles et mamelonnées, profondément ravinées 
par les cours d'eau actuels. Les plus inférieurs de ces dépôts ne 
m'ont Uvrés que quelques rares ossements de Mammifères indéter- 
minés et une nombreuse faune lacustre et terrestre parmi laquelle 
je citerai Hélix suhsemilis , Jobse , Semperiana , Vanvi7wqui3e , 
Desoudiniana , UnioDubocqui, Bulimus Jobœ (Grosse), Melanopsis 
Thomasi (Tournouër), etc.; les plus supérieurs présentent à leur 
base une riche faune de Vertébrés parmi lesquels : un Hipparion, 
un Cheval, plusieurs Antilopes et Bovidés, mêlés à une faune 
terrestre et fluviatile composée d'Hélices différentes des précé- 
dentes, à'Unio cirtanus, de Néritines, etc. Ces dépôts ont été 
classés par MM. Goquand et Hardouin dans le pliocène ; les pre- 
miers semblent correspondre assez exactement aux couches b, c, d, 
des dépôts fluvio-marins d'estuaires à dents d'Hippario7i et à 

1 Pomel ; Le Sahara, pag. 47. 



ÉQUIDÉS FOSSILES DE GONSTANTINE. 339 

Pûtamides Basteroti, Hélix acicta et Melanopsides. des environs 
d'Oran (puits Kharoubi), décrits par MM. Pomel et Bleicher' et 
classés par eux à la base du pliocène algérien ; quant aux 
seconds, je les considère, principalement à cause du caractère 
de transition de leurs faunes de Vertébrés et de Mollusques, 
comme appartenant à l'étage le plus supérieur de ce pliocène. 

Les débris de ces terrains sont recouverts par les plans étages 
d'un vaste manteau d'atterrissement quaternaire, constitué par des 
bancs assez irréguliers de galets incohérents ou faiblement cimentés. 
Ces bancs alternent avec des lits de graviers et des limons terreux, 
rougeâtres ou jaunâtres, souvent recouverts par une croûte de cal- 
caire grumeleux, ou en certains points par des corniches traverti- 
neuses renfermant des carapaces d'une Tortue voisine de l'Emys 
sigriz actuelle, et une flore étudiée par M. G. de Saporta et appar- 
tenant, d'après ce savant paléontologue, au quaternaire ancien. 

A une altitude constamment inférieure à celle de ce quaternaire 
ancien gisent, dans le fond des vallées, des dépôts limoneux et 
tourbeux plus récents qai forment sur plusieurs points les berges 
des cours d'eau actuels. Ces dépôts ont dû se former à l'époque 
où, les grands fleuves diluviens ne suffisant plus à remplir leurs 
vastes lits, un régime tourbeux s'établit dans le fond des vallées 
sillonnées par les eaux plus calmes, régime qui ne cessa sans 
doute que lorsque ces eaux se furent entièrement canalisées. 
Dans ces dépôts plus ou moins tourbeux se trouve une riche 
faune de Vertébrés herbivores, parmi lesquels des Équidés et de 
grands Bovidés associés à des MoHusques semblables à ceux 
actuels ; au-dessus d'eux se succèdent des alternances, à stra- 
tification assez diffuse, de graviers et de limons dont la formation 
se continue jusqu'à l'époque actuelle, et n'a dû cesser qu'avec le 
tarissement des grands fleuves quaternaires. Les rives du 
Rhummel, en amont de Constantine, et cehes de son affluent 
rOued-Seguen, sont particuHèrement favorables à l'étude de ces 
dépôts quaternaires. 

* Bulletin Soc. GéoL, 1874, pag. 258 et 295; Ibid., Compte j'etidu de la séance 
du 17 juin 1878. et Revue des Sciences naturelles, mars 1875. 



Lacustre ancien 
(Sahélien ?) 



Fluvio - Lacustre 
Pliocène. 



340 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

Afin do ne pas excéder les limites de cette simple note, je 
résume dans la coupe idéale ci contre les relations stratigra- 
phiques des terrains dont il vient d'être question : 

LÉGENDE. 

A Travertins et marnes calcaires rouges, à Heliœ 
du type Semperiana, BuUmus du type Bavouœi, 
Limnées du type pachygaster, Planorhes du type 
solidus, à dents de Mastodonte (?) et d'un Suillien 
voisin des Phacochœres . 
B Marnes brunes gypsifères et lignitifères (Pliocène 
inférieur?) à Hélix suhsemilis, Johœ, Vanvine- 
quiœ, Semperiana et Desoudniana^ à BuUmus 
Bavouœi et Johœ , Unio Dubocqui, Melanopsis 
Thomasi, etc., etc., et à ossements de Vertébrés 
indéterminés. 
C Conglomérat gréseux, sables et poudingues (Plio- 
cène supérieur) à Hélices^ Bulimes, Unies, Mêla- 
nopsides et Néritines indéterminés, à Hipparion, 
Equus caballus, Antilopes et Bovidés à leur base , 
C'est vraisemblablement dans ce terrain qu'a été 
trouvé, par M. Papier (de Bône), V Hippopotamus 
Hipponensis (Gaudry) '. 
D Alternances de marnes rougeâtres ou jaunâtres 
et de galets. J'ai trouvé parmi les galets quelques 
fragments di'Ostrea crassissima et Villei. 
E Corniche de travertin très-dur à Tortues du genre 
Emys et à empreintes très-nombreuses de végé- 
taux. 
F Marne.^ tourbeuses à Mollusques terrestres et 
fluviatiles semblables à ceux actuels, à nombreux 
ossements de très-grands Bœufs semblables au 
Bos taurus primigenius d'Europe, de Buhalus 
antiquus (Duvernoy), d'Équidés et d'Antilopes. 
G Marnes grises entrecoupées de lits de cailloux 
roulés, à silex taillés et à Vertébrés et Mollus- 
ques semblables à ceux actuels. 
H Terre végétale. I Terrains anciens (néocomien et suessonien ?). 



Quaternaire 
ancien. 



Quaternaire 

récent. 



Compte-rendu Soc. Géol. !«'■ avril 1878. 



342 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

C'est aux couches G et F de cette coupe idéale, c'est-à-dire au 
pliocène supérieur et au quaternaire récent, qu'appartiennent les 
Équidés que je vais décrire. 

m. 

ÉQUIDÉS DU PLIOCÈNE. 

M. le professeur A. Gaudry, à qui j'ai communiqué le produit 
de mes recherches, a reconnu parmi les fossiles de ce terrain des 
ossements appartenant aux genres Hipparion et Cheval [Equus 
caballus) . 

A. V Hipparion de Gonstantine est représenté dans mes col- 
lections par six à sept dents et par quelques os des membres. 
On sait que les déterminations spécifiques des Hipparions repo- 
sent à la fois sur le plus ou moins de développement des doigts 
latéraux , lesquels correspondent aux deuxième et quatrième 
doigts du groupe pentadactyle, et sur la forme du denticule 
et de l'émail d'encadrement des molaires. Malheureusement je 
n'ai pas pu trouver d'ossements des membres assez bien con- 
servés pour pouvoir me rendre compte du développement des 
doigts latéraux dans cette espèce africaine ; seule ses molaires 
supérieures sont assez bien conservées pour fournir les éléments 
d'une détermination. L'émail d'encadrement de ces molaires, 
ainsi que l'émail qui entoure leurs croissants centraux, présen- 
tent des plissements assez simples ; sur le milieu de leur face 
interne, ces matières portent un fort denticule solidement soudé 
au corps de la dent, mais indépendant et situé endehors de l'é- 
mail d'encadrement : l'extrémité de cet îlot, usée par le frotte- 
ment, présente une forme ovoïde, allongée d'avant en arrière 
et comprimée latéralement. La forme et les dimensions de ces 
dents, ainsi que celles des quelques os connus, semblent indi- 
quer une taille analogue à celle d'un Zèbre et des proportions 
plutôt légères que lourdes; enfin, la compression latérale du 
denticule des molaires supérieures de cet Hipparion doit le faire 
ranger parmi les types qui, comme les genres américains Proto- 



ÉQUIDÉS FOSSILES DE CONSTANTINE. 343 

hippus (Leidy), et Pliohippus (Marsh), ont des tendances vers les 
formes chevalines. 

B. Parmi ces ossements 6! Hipparion et dans des conditions de 
gisement et de fossilisation identiques, j'ai recueilli une molaire 
supérieure, un métatarsien, un calcanéum, un astragale et une 
première phalange, ayant incontestablement appartenu à un 
Equus caballus ou Cheval proprement dit. 

Les dimensions de la molaire, qui est très-usée, sont celles des 
dents de nos Chevaux d'Afrique actuels, c'est-à-dire bien supé- 
rieures à celles des Hipparions, La disposition de son émail d'en- 
cadrement et des croissants centraux est analogue à celle des 
Chevaux actuels : comme chez ceux-ci, l'émail d'encadrement 
est soudé à celui du denticule Interne , lequel se trouve ainsi 
réuni au centre de la dent par un isthme d'ivoire. Mais cette dent 
diffère essentiellement de celles des Chevaux actuels par la forme 
de son denticule interne, qui, au lieu d'être comprimé latérale- 
m^ent, a une forme très-arrondie. Par ce dernier caractère et 
aussi par la grande simplicité des plissements de son émail cen- 
tral, cette dent se rapproche beaucoup de celles de V Equus Ste- 
nonis (A. Gaudry) du pliocène supérieur de France. 

Non loin de cette molaire gisait dans les mêmes couches un 
métatarsien principal de Cheval. Cet os est entier, mais malheu- 
reusement roulé et un peu fruste ; ses dimensions correspondent 
à la taihe de 1",45 centim. de nos Chevaux actuels; sa forme 
générale est élancée, sa diaphyse cylindrique; les parois de 
celle-ci sont remarquables par leur forte épaisseur, ce qui réduit 
à un faible diamètre son canal médullaire. Ce métatarsien ne pré- 
sente aucune trace de soudure avec les péronés ou deuxième et 
quatrième métatarsiens rudimentaires, lesquels, à en juger par l'é- 
tendue encore visible de leur surface de contact avec le métatarsien 
principal, ne devaient pas avoir des dimensions sensiblement 
différentes de celles des mêmes os de nos Chevaux actuels. Seule- 
ment, si l'on admet que ce métatarsien et la molaire ci-dessus 
décrite ont appartenu au même animal, ce qui parait probable, 
l'âge indiqué par ceile-ci étant supérieur à 14 ans, d'après 



344 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

nos données actuelles, il faudrait admettre que dans cette espèce 
la soudure des métatarsiens rudimentaires au métatarsien prin- 
cipal s'effectuait beaucoup plus tard que chez nos espèces actuel- 
les, chez lesquelles ces os sont toujours soudés à l'âge de 6 ans. 

J'ai omis de dire que tous les ossements dont il est ici question 
sont complètement fossilisés. 

Ainsi donc, nous trouvons vivant côte à côte, dans le pliocène 
de Gonstantine : !« un Équidé ayant à peu près la taiUe d'un Zèbre, 
appartenant au genre Hipparion ; 2° un Cheval d'une taille de 
1",45 centim. environ, très-rapproché par sa dentition de VEquus 
Stenonis du pliocène d'Europe, espèce que M. A. Gaudry consi- 
dère comme l'ancêtre probable de nos Chevaux*. 

Le rapprochement de ces deux espèces, dans des conditions qui 
ne permettent pas de douter de leur contemporanéité, semble 
constituer une contradiction avec l'hypothèse de la descendance 
directe généralement admise entre V Eq uns caballus et V Hipparion. 
Ce fait contradictoire n'est d'ailleurs pas isolé dans les annales 
paléontologiques, car déjà Cautley et Falconer ont cité plusieurs 
espèces de Chevaux vrais dans les terrains tertiaires supérieurs 
de l'Himalaya, à côté de leur Hippotherium ou Hipparion Ante- 
lopinum^, et d'autre part M. Aymard a trouvé de véritables Che- 
vaux associés aux Mastodontes et aux Tapirs dans le pliocène de 
la Haute-Loiret AConstantine, V Hipparion et le CAeva^ vivaient 
donc côte à côte, au milieu d'une faune de transition dans la- 
quelle dominaient les Bovidés et les Antilopidés. Faut-il tirer de 
ce fait la conséquence que Y Hipparion, ayant reculé vers les lati- 
tudes Sud, pour une raison ou pour une autre, s'y serait perpé- 
tué assez longtemps pour y avoir été associé au Cheval pliocène et 
aux premiers Bovidés, ou que le Cheval y a fait plutôt son appa- 
rition? Ces questions ne peuvent être élucidées que par des faits 
plus nombreux. 

1 A. Gaudry; Enchaînements du Monde animal, pag 129. 

2 Fauna antiqua Sivalensis. 

3 Pictet; Paléontologie, tom. !«■■, pag. 315, la Note au bas de la page. 



ÉQUIDES FOSSILES DE CONSTANTINE. 345 

ÉQUIDÉS DU QUATERNAIRE. 

Leurs débris proviennent de la couclie tourbeuse F, qui affleure 
on quelques points au-dessus du niveau actuel des Oued-Seguen 
et Rhummel, et des marnes grises G qui la surmontent immédia- 
tement (voir la Coupe ci-dessus). 

A. Équldés des alluvions tourbeuses F. — Ils consistent en un 
ma.xillaire supérieur d'Equics caballus, en un maxillaire inférieur 
d'Équidé asinien, lequel présente un caractère particulier qui 
rappelle les Hipparions; enfln, en une série complète de six mo- 
laires inférieures provenant probablement d'un Cheval. 

a. Le maxillaire supérieur d'Equus caballus gisait à la limite 
supérieure de l'argile tourbeuse, au point à peu près où com- 
mence la marne grise. Un éboulement récent de la berge l'avait 
misa découvert, et il avait beaucoup souffert du contact de l'air; 
aussi ai-je eu beaucoup de peine à en conserver quelques parties. 
Cependant, bien que la presque totalité du crâne ait disparu, je 
pus encore en voir quelques fragments dans leurs rapports 
physiologiques, avec le maxillaire, ainsi que l'os du nez du côté 
droit en place : il me sembla que le frontal et le sus-nasal avaient 
une forme bombée; mais ces os tombèrent en poussière dés 
que j'y voulus toucher, et je ne pus vérifier l'exactitude de cette 
observation. 

Ce qui reste du maxillaire supérieur consiste dans la moitié 
droite de la voûte palatine, les deux arcades molaires au complet, 
la moitié droite de l'arcade incisive avec la barre du même côté ; 
cette dernière est pourvue d'une forte canine ou crochet dont le 
développement complet étabht avec certitude que ce maxillaire a 
appartenu à un individu mâle et adulte. Je pus prendre sur place, 
avec toutes les précautions nécessaires, quelques mesures que 
voici : la longueur totale de ce maxillaire, mesurée de sa tubé- 
rosité postérieure ou mastoïdienne droite au bord antérieur de 
la pince du même côté, était de 0™,312 ; sur cette longueur 
totale, l'arcade molaire occupait un espace de 0", 173, la barre 

2» sér., tom. i. 23 



346 MÉMOIRES ORIGINAUX, 

mesurait 0™,052, et la distance totale qui séparait la première 
avant-molaire du coin ou incisive externe correspondante était 
de 0°',074;la largeur de la voûte palatine, mesurée entre les 
bords alvéolaires internes des deux premières arrière-molaires, 
égalait 0™,080. Or, en comparant les dimensions de ce maxil- 
laire supérieur avec celui d'un étalon barbe actuel âgé de 5 ans 
et ayant une taille de i"',50j de la race dite du Hodna, j'ai trouvé 
les éléments de comparaison suivants : 



Cheval quaternaire 
Cheval barbe actuel 


LONGUEUR 

totale 

du maxillaire 

supérieur. 


LONGUEUR 

de Tarcade 
molaire. 

0'°,173 


ESPACE 

séparaut l'incisive 

externe 

de la première 

avant-molaire. 


LARGEUR 

de la voiite 
palatine. 


0°^,312 


0'^,074 
0™,103 


0",080 
0'",Û73 



Les dents incisives et molaires ne présentent pas, au point de 
vue de leur structure , de différences notables avec celles du 
Cheval africain actuel ; elles paraissent seulement un peu plus 
longues et un peu plus épaisses, toutes proportions gardées. J'ai 
remarqué que l'échancrure postérieure delà voûte palatine s'étend, 
dans le fossile, presque jusqu'au niveau du bord antérieur de la 
deuxième arrière-molaire, tandis que, sur le spécimen actuel que 
j'ai examiné, cette échancrure atteint à peine le bord postérieur de 
la même molaire. 

De ces comparaisons, il semblerait résulter que la région faciale 
de l'espèce quaternaire était beaucoup plus courte, plus large, 
plus massive, en un mot, que celle du Cheval barbe actuel ; que 
la dentition du premier était relativement plus puissante que 
celle du second et l'ouverture postérieure de ses cavités nasales 
plus grande. 

b. La seconde pièce provenant de ce gisement est un maxil- 
laire inférieur d'Equidé ayant appartenu à un individu âgé d'un 
an au plus. Elle gisait dans l'épaisseur de la couche tourbeuse ; 
aussi sa conservation est-elle plus parfaite que celle de la précé- 



ÉQUIDÉS FOSSILES DE GONSTANTINE. 347 

dente. Ses deux branches sont réunies par la soudure de lasyra- 
phise mentonnière ; ses arcades molaires se composent chacune 
de trois avant-molaires caduques rasées, plus d'une première 
arrière-molaire faisant à peine saillie outre les bords écartés du 
maxillaire et n'ayant pas dû percer les gencives ; les six alvéoles 
de l'arcade incisive sont largement ouvertes, mais elles sont 
vides ; la portion ascendante du bord refoulé des branches, les 
deux condyles, ainsi que l'extrémité dés apophyses coronoïdes, 
manquent. Notons l'existence, en avant de chacune des premières 
avant-molaires caduques, d'une petite alvéole vide n'ayant pas 
plus de 0™,003 de diamètre, ayant dû servir à l'implantation 
de pré-molaires. 

La longueur totale de cette pièce, mesurée de l'extrémité con- 
servée d'un des bords refoulés au bord alvéolaire antérieur de la 
pince du même côté, est de 0™,185. 

Les surfaces de frottement des avant-molaires caduques ne 
paraissent pas, tout d'abord, différer de celles des Équidés actuels, 
mais un examen plus attentif y fait découvrir un caractère très- 
intéressant, qui, je crois, n'a pas été signalé jusqu'ici. Ce carac- 
tère consiste dans la présence, sur la table de frottement de 
chacune des deuxièmes avant-molaires, d'un denticule supplé- 
mentaire dont l'émail est parfaitement indépendant de l'émail 
d'encadrement de la dent. Ce denticule est situé à l'angle pos- 
térieur-externe de la dent, en dehors de l'émail d'encadrement 
et comme noyé dans le ciment qui l'entoure ; sa section supé- 
rieure, due au rasement, est légèrement ovale et mesure trans- 
versalement 0in,002 de diamètre. En face de ce denticule, c'est- 
à-=dire à l'angle postérieur-interne delà dent, l'émail d'encadre- 
ment de celle-ci dessine une boucle étroite et très-allongée, 
formant une pointe qui domine notablement le niveau de la sur- 
face de rasement du denticule. 

Comparé aux maxillaires inférieurs d'un Poulain barbe âgé de 
1 an et demi et de trois Anons âgés de 1 an, l'un appartenant à 
la race dite saharienne et les deux autres à la race dite kabyle 
ou de montagne, ce maxillaire m'a paru présenter des caractè- 



348 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

res asiniens incontestables, mais je n'ai retrouvé sur aucune des 
espèces vivantes le denticule si remarquable que présente sa 
deuxième molaire de lait, denticule qui rappelle par sa forme, 
sinon par sa position, ceux qui ornent les molaires inférieures des 
Hipparions. On sait en effet que, chez ces derniers, les molaires in- 
férieures présentent, comme caractères constants, des colonnettes 
ou denticules dont la position et même le nombre sont variables 
selon les espèces, variations sur lesquelles le regretté P. Gervais 
avait basé sa classification des Hipparions en : 

1° H. prostylum, dont le denticule est situé à l'angle antéro- 
externedu premier lobe de chaque molaire inférieure^; 

2® H. mesostylum, dont le denticule est situé entre le premier 
et le second lobe de chaque dent ; 

3o H. diplostylum, qui présente deux denticules à chaque dent, 
disposés comme dans les deux espèces ci-dessus*. 

Tous les autres caractères de ce maxillaire inférieur me parais- 
sent asiniens. Ces caractères sont les suivants : 1° des dimen- 
sions générales qui, pour un animal de cet âge, ne peuvent cor- 
respondre qu'à un développement ultérieur analogue à celui de 
nos Anes africains actuels; 2" l'étroitesse excessive de l'inter- 
valle compris entre ses deux branches ; 3° l'étroitesse de l'ar- 
cade incisive, et surtout la direction presque horizontale de ses 
alvéoles; 4o l'épaisseur relativement considérable de ses molaires, 
épaisseur due à l'abondance du cément qui les revêt. D'après les 
travaux de MM. Goubaux , Sanson et Arloing sur les caractères 
différentiels des Équidés, ceux qui viennent d'être énumérés sont 
essentiellement asiniens; mais je n'ai pu trouver chez ces au- 
teurs aucun renseignement sur la signification du denticule sup- 
plémentaire de la deuxième avant-molaire caduque. Je ne tirerai 
donc aucune conclusion relative aux indices de filiation directe ou 
par atavisme que semblerait indiquer ce dernier caractère, sa- 
chant combien, en pareille matière, il faut être réservé et pru- 

1 Voir Comptes rendus hebdomadaires Académie des Sciences, tom. XXIX , 
pag. 285. , 



ÉQUIDÉS FOSSILES DE CONSTANTINE. 346 

dent; s'il y a là un indice précieux au point de vue de la théorie 
de la descendance, il convient de ne rechercher sa confirmation 
qu'à la source positive des faits que recèlent sans doute en 
grand norabrelos riches alluvions des Oued-Seguen et Rhummel. 

c. Les mêmes dépôts m'ont livré, dans le voisinage du maxil- 
laire précédent, une série complète de six molaires inférieures 
d'Equidé, molaires encore en contact dans leur ordre normal. Elles 
proviennent d'un adulte de taille peu élevée; relativement, elles 
sont moins épaisses, moins cémenteuses, mais plus longues que 
les précédentes; la longueur de l'arcade qu'elles forment, étant 
placées dans leurs rapports normaux, n'excède pas 0™, 160; 
leur structure et les dessins de leurs surfaces de rasement ne 
paraissent pas différer de ceux des Chevaux africains actuels. 

Avec ces débris d'Equidés gisaient, dans la même couche, de 
nombreux ossements appartenant à des espèces éteintes et à d'au- 
tres encore vivantes, telles que: 1" un grand Bœuf très-voisin, si 
ce n'est lui, du Bos taurus primigenius (Bojanus), espèce dont 
j'ai trouvé un astragale et probablement aussi un tibia dans le 
pliocène à Hipparions; 2" le Bubalus aniiquus (Duvernoy), Buffle 
colossal dont j'ai signalé l'existence, il y a quelques années, dans 
des alluvions touibeuses de l'Oued-Djelfa (département d'Alger), 
semblables à celles du Rhummel et de l'Oued-Seguen' ; 3'' des 
Antilopes Bubale (Pallas) et Corinne [Ici.). Quant à la faune ma- 
lacologique de cesaUuvions, eUe ne paraît pas différer de celle 
actuelle. M. Tournouër a reconnu les espèces suivantes dans 
celle de l'Oued-Djelfa : 



Succinea debilis (Morelet). 

Zouites (conulus) Mandralisei (Bivoaa). 

Hélix pulchella (MûUer). 

— PoLipilIeri (Bourguigaat). 

— lanuiginosa.va/'.denudata (Boissy) 

— aspersa (Miïller). 

— lacertarum (Bourguigaat). 

— Reboudiana, var. zonata [Id.]. 

— subcostulata (Id.). 



Buliminus decollatus (Linné). 
Pupa granum (Draparnaud). 
Ferrussacia indéterm. 
Limnsea limosa. var. petite (Linné). 
Planorbis cristatus (Draparnaud). 
Amnicola Dupotetiana (Forbes). 
Hydrobia dolichia (Bourguigaat). 
Ancylus Peraudieri {Id.) 
Pisidium cazertanum (Poli). 



* Voir Journal de Zoologie, tom. IV, 1875, pag. 72. 



350 MÉMOIRES OniGINAUX. 

B. Équidés des marnes grises A. -^ Ces marnes surmontent 
directement lesalluvions précédentes; elles sont parsemées délits 
irréguliers de graviers plus ou moins roulés et supportent, à 
leur sommet, une couche de terre végétale brune. Leur puis- 
sance peut atteindre 5 à 6 mètres et même plus. Sur une berge 
de rOued-Seguen, j'y ai vu, à 1 mètre au-dessous de la surface 
du sol, de nombreux tessons de poteries romaines; 1™,50 plus 
bas, j'y ai recueilli quelques éclats de silex dont quelques-uns 
ont été grossièrement, mais manifestement taillés parla main de 
l'homme; 3 mètres plus bas encore gisait, à la limite supérieure 
de l'alluvion tourbeuse, le maxillaire supérieur de Cheval qui a 
été décria ci-dessus. 

Dans toute l'épaisseur de ces marnes j'ai rencontré de nom- 
breux ûéhvisd' Équidés et de Bovidés que je n'ai pu distinguer des 
mêmes ossements des espèces actuelles. Je citerai seulement un 
tibia de Cheval adulte, dont la longueur est de 0"',382 et qui se 
distingue par ses proportions massives, surtout parla largeur de 
ses surfaces articulaires: son plateau mesure 0'°,95 sur O'^^Sô; 
cet os gisait à 4 mètres au-dessous du niveau du sol-, 

RÉSUMÉ. 

Ce n'est point le désir de conclure qui m'a porté à rédiger 
cette Note : c'est celui de montrer quelles richesses recèlent nos 
terrains tertiaires et quaternaires algériens, et d'engager les cher- 
cheurs à diriger leurs investigations de ce côté. Les produits de 
mes recherches dans les environs de Constantine sont d'ailleurs 
en ce moment entre les mains de deux savants compétents, 
MM. Gaudry etTournouër, auxquels il appartiendra, mieux qu'à 
moi, d'en tirer les conclusions scientifiques qu'ils seront suscepti- 
bles de fournir. Je résumerai seulement en quelques mots ce qui 
précède : 

V II existe dans les environs de Constantine des dépôts fluvio- 
lacustres appartenant probablement au pliocène supérieur, et 
contenant une faune de transition composée de grands Verte- 



ÈQUIDÉS FOSSILES DE GONSTANTINE. 351 

brés, parmi lesquels il y a lieu de distinguer deux espèces 
d'Équidés, savoir : 

a. Un Hipparion ; 

b. Un Cheval très-voisin, si ce n'est lui, de l'Ëquus Stcnonis 
(Gaudry) du pliocène d'Europe. 

2° Dans le fond des vallées de la même région, à la base des 
berges des grands cours d'eau, existe un dépôt tourbeux apparte 
nant, selon toute probabilité, au quaternaire récent, dans lequel 
gît une faune se reliant à la précédente par quelques caractères, 
mais cependant plus semblable à celle actuelle. Cette faune se 
distingue surtout par ses grands Bovidés et par quelques Équidés, 
savoir : 

a. Un Cheval (Equus caballus), ne paraissant pas différer que par 
des caractères secondaires du Cheval africain actuel ; 

b. Un Equidé asiniforme de petite taille, présentant un carac- 
tère particulier dans sa dentition qui rappelle le genre Hipparion, 
disparu depuis l'époque géologique précédente. 

3° Dans les marnes grises qui surmontent directement ces 
alluvions tourbeuses et qui semblent appartenir autant à l'épo- 
que actuelle qu'à l'époque quaternaire, on trouve, de leur base à 
leur sommet : 

a. Des Equidés, des Bovidés et des Mollusques qui ne paraissent 
pas différer des espèces actuelles ; 

b. Des silex taillés (à 2'", 50 au-dessous de la surface du sol) ; 

c. Des vestiges de l'occupation romaine (à l mètre au-dessous 
de la surface du sol). 



352 



APERÇU 

DES 

Par M. JLEYMERIE, correspondant de l'Institut. 
(Suite*.) 



I. — Massif ou plateau granitique normal de Roquefort. 

1° Coupe du terrain de transition au sud de Mont for t. — 
Le granité du plateau de Roquefort descend à une certaine 
distance (3 kilonoètres) au sud de Montfort, où il se trouve abordé 
par un granité pâle à petits grains mêlé de schiste. Ce schiste est 
assez brillant, satiné, et se charge de petits cristaux bruns très- 
visibles, surtout sur la tranche, d'un minéral considéré générale- 
ment comme mâcle. Ce schiste, que les habitants appellent à 
écailles de Poissons, à cause du reflet argenté de ses fragments 
écailleux, et qui pourrait être regardé comme cambrien, occupe 
kl protubérance qui sépare la Boulsane du ruisseau de Margarida, 
et s'étend delà à l'Est et à l'Ouest. Si l'on revient maintenant à la 
Boulsane, en continuant à descendre cette petite rivière au-delà 
de l'assise des schistes précédents, on rencontre, après être 
descendu de la région granitique et avoir traversé ces schistes 
cristallins, une assise de schistes argileux bleuâtres, en partie 
ardoisiers, associés à quelques couches de calcaire gris. Ce 
sont les schistes que l'on suit en direction en montant au col de 
l'Hommenet, par lequel on peut se rendre à Sainte-Colombe, 
et là, on les voit passer du schiste ardoisier exploité à un schiste 
gris un peu rayé et comme xyloïde, et l'on y remarque, de rare-s 
accidents quartzo-ferrugineux. Ces derniers schistes pourraient 
être siluriens; toutefois j'ai cru y voir quelques parties offrant 
la couleur verte habituelle aux schistes dévoniens. Entre l'étage 



1 Voir le n" de mars 1879.. 



APERÇU DES PYRÉNÉES DE l'aUDE. 353 

schisteux que nous venons de décrire et qui traverse la Boulsane, 
notamment à la scierie, et Monlfort, existe une assise calcaire 
d'un genre particulier, d'une teinte sale, à stratification troublée, 
irrégulière en partie, caverneux et probablement ferrugineux, où 
Ton a recherché et exploité des gîtes de minerais de fer hydroxydé. 
Cette assise m'a rappelé celle qui, au nord d'Amélie-les-Bains, 
offre à peu près le même aspect, qui renferme également des 
gîtes ferrugineux, et que j'ai cru devoir considérer comme devo- 
nienne. 

Elle s'étend jusqu'à Montfort, où commence une assise très- 
épaisse composée d'un calcaire noir en partie dur et siliceux, que 
nous rattachons à la zone marmoréenne. 

2° Sud de Sainte-Colombe. — La petite rivière de Guette, qui 
descend du plateau de Roquefort, reçoit à Sainte-Colombe un 
ruisseau qui coule au fond d'une petite gorge dont l'origine est 
au Sud-Est, dans les hauteurs de Frontflde. Cette gorge est tout 
entière dans le terrain de transition, dont la largeur atteint deux 
kilomètres au sud de Montfort, au point de donner naissance à une 
baie qui s'avance considérablement dans le plateau granitique. La 
partie supérieure de cette gorge est probablement, dans les schistes 
argileux fissiles, en partie ardoisiers, de Montfort, et, à partir des 
Bergeries, elle coupe une crête calcaire précédée par des schistes 
noirs carbures. Cette crête, qui s'élèveà 1259 mètres aucastel de 
Binai, nous paraît devoir être considérée comme devonienne. En 
effet, ces tranchées vives pratiquées pour le chemin de Sainte- 
Colombe, sur la droite du défilé et que ce chemin traverse, accusent 
des calcaires marmoréens à pâte très-fine, blanche ou gris-clair 
nuancé, prenant parfois des parties roses qui lui donnent l'aspect 
du marbre incarnat. En sortant du défilé, on voit ce calcaire alterner 
avec des schistes de transition qui sont exploités même comme 
ardoises sur le côté gauche du ruisseau. Au-delà, en vue de 
Sainte-Colombe, les berges du chemin offrent des alternances de 
calcaires et de schistes, et le tout se termine par une assise de 
calcaire irrégulier, de couleur sale, qui n'est qu'un prolongement 



354 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

de celui de Montforl. Le village de Sainte-Colombe se trouve sur 
le calcaire, vers sa limite. 

Du village même, on voit le même calcaire passer de l'autre 
côté de la Guette, ainsi que les schistes, et enfin la crête de 
Binai qui se dessine à droite de la route de Roquefort comme un 
cordon saillant légèrement recourbé. Il y a donc lieu de s'atten- 
dre , lorsqu'on monte à Roquefort par cette route, à couper ce 
rocher. C'est en effet ce qui arrive : on rencontre successivement 
diverses assises schisteuses et enfin d'autres schistes avec des 
calcaires non marmoréens, mais en partie rubanés, qui rappellent 
ceux du terrain silurien de la Haute-Garonne (voir la Coupe géné- 
rale déjà citée). 

Cette série de transition, où l'on remarque à la fois des traits 
de ressemblance avec les étages silurien et devonien des Pyré- 
nées centrales, offre d'ailleurs une régularité que l'on trouve 
rarement ailleurs, ce qui peut tenir en partie à l'absence des 
accidents quartzeux. Elle affecte dans son ensemble une incli- 
naison générale au Sud, même au contact du granité, dont elle 
est séparée par une salbande de terre jaune. 

3** Montée de Gesse au Bousquet, jjar le col de Malagrède. 
— Cette montée permet de couper encore une série réguhère 
inclinée en masse vers le Sud, large de 3 kilomètres environ, 
qui est presque entièrement formée par des calcaires gris-bleu 
d'apparence secondaire. Ce n'est qu'après être sorti de la forêt, 
en montant au col, que l'on voit quelques schistes doni la cou- 
leur vert clair semblerait indiquer le type devonien. Près du col, 
les calcaires deviennent cristallins, blancs et bleuâtres, comme 
ceux de la zone marmoréenne, et présentent des dolomies blan- 
ches et rousses. Cette coupe est assez insignifiante , mais elle 
acquiert un certain intérêt si on lui rapporte certaines couches 
que j'ai rencontrées, en 1866, en descendant du même col de la 
Malagrède à la chapelle de Bourbel, par un sentier différent de 
celui qui nous a fourni la coupe précédente. En effet, je trouve, 
dans les notes prises à cette époque, que la descente se termine 



APERÇU DES PYRÉXÉES DE l'aUDE. 355 

de ce côté par des schistes avec grauwacke passant au poudin- 
gue d'un gris verdâlre, auxquels succèdent des schistes verts et 
rouges et des grès de la même couleur associés à des bancs de 
talschistes subamygdalins, caractères où l'on ne saurait mécon- 
naître l'indice certain de l'étage devonien (partie supérieure). 

' 4" Escarpement de l'Aude [E.-O) etFontanes. — Nous avons dit 
que la ligne de séparation et de transition passait au milieu du 
château d'Usson, dont les dépendances sont assises sur la tranche de 
grandes couches presque verticales d'un calcaire bleuâtre rubané. 
Si, à partir de ce point, on continue à descendre le défilé de 
l'Aude, sur la rive gauche de cette rivière, on voit succéder 
à ce calcaire des calcschistes veinés de spath et de nouveaux 
calcaires rubanés par une matière brune qui se dessine sur un 
fond noir ou bleuâtre. Il y a aussi du calcaire ordinaire assez 
compacte et un peu de schiste carburé, et le tout rappelle les 
roches siluriennes de la Haute-Garonne. C'est dans ce système 
que sort l'eau minérale d'Usson, exploitée dans un petit établisse- 
ment, et qui, malgré sa température basse, possède d'une 
manière très-prononcée la saveur caractéristique des sources 
sulfureuses. Ce système, dont l'inclinaison, ordinairement forte, 
est encore constamment au Sud, ne subit pas de variations bien 
notables jusqu'à la métairie de Lafargue ; mais, en montant à 
Fontanes par un nouveau chemin pratiqué en écharpe sur le flanc 
de la berge escarpée de l'Aude (rive gauche), un voit succéder 
aux couches précédentes de nouvelles roches qui portent quelques- 
uns des caractères propres à l'étage devonien. 

Ce sont d'abord des calcschistes sub-satinés, puis des calcaires 
et d'autres calcschistes bleuâtres en couches presque verticales, 
mais cependant portées au Sud comme à l'ordinaire. Plus haut, 
vers l'endroit où le chemin passe sous un petit tunnel, les cal- 
caires compactes prennent des teintes assez vives, rouges et lie 
de vin, et passent même au marbre incarnat par l'association 
avec le blanc de parties d'un rouge clair. Il y a aussi, dans cette 
montée, des schistes verts et lie de vin qui ont été également 



356 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

signalés par M. Yène, de l'autre côté de l'Aude, au nord d'Esca- 
louche. En montant directement à Fontanes, on coupe une série 
de calcaires gris en partie esquilleux, en partie sub-cristallins et 
dolomiliques ; enfln, l'étage paraît se terminer par une assise de 
teinte sombre qui s'élève en talus au-dessus du village et qui est 
composée d'une grauwacke schisteuse assez terreuse et de pou- 
dingue à galets ovoïdes ou nodules de grès gris ou jaune, sys- 
tème qui est couronné au Nord par un chapeau calcaire. Cette 
dernière roche règne, en effet, sur les hauteurs qui séparent le 
vallon de Fontanes de la plaine d'Aunat, où elle commence à 
entrer dans le système marmoréen. 

5" Coupe du Haut-Rebenti. — La zone, après avoir conservé 
une largeur moyenne assez uniforme dans la région que nous 
venons de traverser, s'élargit en passant à l'Ouest dans la contrée 
arrosée par le Rebenti. La partie supérieure de la longue gorge 
au fond de laquelle coule cette petite rivière est tout entière, jusqu'à 
Mérial, dans le terrain que nous étudions, terrain dont la régularité 
n'y est troublée que par quelques irrégularités secondaires qui 
laissent dominer une inclinaison générale assez forte dans le Sud. 
Les travaux de la nouvelle route que l'on construit pour monter 
à travers les forêts du fond delà vallée au coldePradelles, parlequel 
on peut passer dans l'Ariége, sont en grande partie dans un puissant 
étage de schistes carbures alumineux où la pyrite se trouve dis- 
séminée en abondance et même en cristaux dans certaines 
veines. Il n'est pas douteux que ces schistes appartiennent à 
l'étage silurien. Entre cette assise silurienne et le village de 
Lafajole, le faciès devonien semble se prononcer par la couleur 
vert clair des schistes. Il y a là aussi des calcaires de couleurs 
variées et même assez hyalins, et d'autres qui n'offrent rien de 
caractéristique. Entre Lafajole et Mérial, les roches devoniennes 
s'accusent d'une manière encore plus prononcée. Ce sont encore 
des marbres blancs purs ou tachés de rouge et passant à l'in- 
carnat, et d'autres associés à des schistes verdâlres. L'étage finit 
par des calcaires compactes en partie marmoréens, et enfin par 



APERÇU DES PYRÉNÉES DE l'aUDE. 357 

une grauwake sombre, qui n'esl sans doute qu'un prolongement 
de l'assise de même nature que nous avons indiquée précé- 
demment, en bas du col de Malagrède , près de l'Aude, et 
au-dessus de Fontanes. 

La bande que nous venons de suivre depuis Montfort jusqu'à 
Mérial se continue à l'Ouest jusqu'à une petite distance au sud 
de Camurac, oii se trouve, au moulin del Bosc, un relèvement 
granitique qui a amené au jour des schistes satinés et d'autres 
mélangés de quartz ferrifère que l'on a cherché à exploiter 
comme minerai de fer. Il y a là aussi un peu de schiste car- 
buré , mais la roche dominante est un schiste argileux ordi- 
naire. Nous n'insisterons pas d'ailleurs sur ce gîte, qui n'est 
qu'une lisière de la région primaire de l'Ariége. 

II. — Indication des matières utiles offertes par la bande 

DE transition. 

Le terrain de transition des Pyrénées de l'Aude ne' renferme 
pa? de gîte métallifère réellement exploitable ; quelques-uns ont 
été autrefois l'objet de recherches et de travaux assez considé- 
rables. Nous en dirons quelques mots d'après les renseignements 
que nous avons trouvés dans les notes de M. Vène. 

Au nord d'Escalouche, non loin du granité normal, on a 
essayé d'exploiter des filons de quartz ferrugineux pyriteux mêlés 
de schiste, dont l'un courait dans une assise de schiste carburé 
et contenait des traces de carbonate vert et d'oxyde de cuivre. 
Plusieurs galeries de recherches avaient été creusées suivant la 
direction de ces filons, notamment dans le second ; l'une de ces 
dernières a élé poussée jusqu'à 43 mètres. 

Un gîte un peu plus sérieux consiste en une masse bréchiforme 
d'apparence jaspoïde, en partie dolomitique, avec fragments de 
quartz et de calcaire gris compacte, traversée par des veines de 
galène mêlée de spath calcaire, avec du cuivre carbonate vert 
et du cuivre oxydé. Le minerai est disséminé dans la masse 
d'une manière irrégulière. Ce gîte, qui semble traverser le ruis- 
seau - d'Escalouche, est séparé du précédent par un ravin et est 



358 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

précédé par un système de schistes, les uns ardoisiers, les autres 
verdâtres et lie de vin, avec de la dolomie siliceuse qui appar- 
tient probablement au système devonien. 

Nous rappellerons ici le minerai de fer et de manganèse qui a 
été cité dans notre description, vers le haut de la montagne du 
Galvairon, près Montfort, et qui gît au sein d'un calcaire irrégu- 
lier d'un blanc sale un peu jaunâtre. L'exploitation de ce mine- 
rai a eu heu pendant quelque temps , mais eUe a dû cesser avec 
les forges catalanes qu'il pouvait contribuer à alimenter. Il faut 
ajouter ici pour mémoire le schiste quarlzo-ferrugineux, sur 
lequel on a essayé une recherche au moulin del Bosc, un peu au 
sud de Camurac, à la lisière de la zone de transition, où l'oxyde 
de fer semble avoir été infiltré sous l'influence d'une petite éru- 
ption granitique. 

Enfin, quelques veines de minerai de fer ont été indiquées 
par Gensane (tom. IV, pag. 360) dans la forêt deLafajole, en haut 
du val de Rebenti, où il dit avoir retrouvé des traces considéra- 
bles d'anciens travaux. Le même auteur fait aussi mention 
(pag. 363) d'un filon de cuivre panaché dirigé du Sud au Nord, 
qui passerait un peu en aval de Lafajole, à la tête du pont, près 
d'une scierie. 

Les calcaires devoniens de la région qui nous occupe offrent 
des bancs marmoréens blancs ou colorés qui seraient susceptibles 
d'être utilisés comnae marbre, si la concurrence des grandes 
exploitations à la proximité des voies de communication faciles 
ne venait pas arrêter les efi'orts que l'on serait tenté de faire dans 
ce sens. 

Le Haut-Rebenti, notamment,, offre, dans la commune de 
Lafajole, des espèces d'incarnat et même un marbre vert d'un 
effet agréable, et il existe au N.-O. du village, au sommet de la 
montagne de Montcalmp, des bancs presque verticaux d'un cal- 
caire saccharoïde à très-petits grains, doux à la taille, qui serait 
probablement susceptible d'être employé pour la sculpture et 
même pour la statuaire, 

11 y a aussi quelques gîtes gypsifères insignifiants dans le même 



APERÇU DES PYRÉNÉES DE l'aUDE. 359 

terrain, notamment de part et d'autre de la métairie de Lafar- 
gue, dans la vallée de l'Aude, sur le chemin de Campagne à 
Rouze et dans le ravin qui descend à l'Aude, du côté droit de 
cette rivière. 

Enfm les schistes de transitiou fournissent d'assez bonnes 
ardoises dans la partie orientale de la zone, notamment près de 
Montfort ; ou se rappelle que nous avons signalé une ardoisière 
au fond du ravin qui monte au col de l'Hommenet, une en amont 
de la métairie de Gortal. Il en existe deux encore dans le ruisseau 
de Sainte-Colombe : l'une assez près du village, en aval du massif 
de calcaire devonien, et l'autre plus haut dans le valion; toutes les 
deux sur la rive gauche. La dernière paraît fournir des ardoises 
de meilleure qualité. 

III. — De la grande région secondaire. 

Nous avons déjà indiqué plus haut les principaux caractères 
orographiques de cette région, qui constitue la partie la plus éten- 
due et la plus essentielle des Pyrénées de l'Aude. Il nous reste à 
estimer sa largeur et la puissance des terrains qui la composent. 

La largeur est assez uniforme dans toute l'étendue de la zone, 
et diffère peu par conséquent d'une valeur moyenne qui serait 
comprise entre 13 et 14 kilomètres. La région se termine 
d'ailleurs d'une manière nette et prononcée par une ligne d'es- 
carpements calcaires assez droits du côté oriental, s'nueux dans 
le sens opposé, qui forme la limite naturehe qui sépare les Pyré- 
nées des Corbières,. et qui correspond à une faille, ainsi que nous 
le verrons plus loin. 

La puissance de cette grande masse de calcaires et de schistes 
est plus difficile à évaluer, parce qu'on ignore jusqu'où peuvent 
aher les inflexions ou ondulations de la stratification, surtout 
dans la bande septentrionale. En supposant que les choses soient 
réellement ainsi qu'elles paraissent l'être, nous serions plutôt en 
deçà qu'au-delà de la vérité en adoptant le chiffre de 8,000 
mètres. 

Dans nos Considérations générales, nous avons fait compren- 



360 MÉMOIRES ORIGIXAUX. 

dre l'opportunilé de diviser cette région en deux zones à peu 
près parallèles, qui, liées entre elles par d'assez grandes ressem- 
blances, offrent cependant des différences qui permettent de les 
distinguer. Nous examinerons plus loin jusqu'où ces différences 
peuvent nous entraîner ; mais, quant à présent, elles nous pa- 
raissent suffisantes pour que nous soyons autorisé à les décrire 
chacune particulièrement. Nous trouvons d'ailleurs dans cette 
manière d'agir une plus grande facilité pour l'exposition. Nous 
nous occuperons d'abord de la zone la plus ancienne, que nous 
appelons marmoréenne; nous décrirons ensuite le grès vert, qui 
est beaucoup plus développé. 

A. Delà zone marmoréenne . — Nous avons déjà dit d'une manière 
générale pourquoi nous avons établi cette zone. Le nom que nous 
lui donnons ne signifie pas qu'elle se compose entièrement de cal- 
caires cristallins, mais que ces calcaires yjouent un rôle important, 
tandis qu'ils manquent absolument danslabandesuivante, que nous 
appelons grès vert. Nous rappelonsd'ailleurs que la zone que nous 
allons étudier diffère du grès vert par l'absence de fossiles détermi- 
nables, et est la seule qui offre des gîtes dispersés ou sporadiques 
de roches anciennes, principalement granitiques, qui semblent 
avoir exercé une influence générale sur les calcaires, dont les 
caractères marmoréens pourraient leur être attribués au moins 
indirectement. 

Limites. — La zone dont il s'agit n'est nullement accusée sur 
la Carte géologique de France ni sur la Carte des Corbières de 
d'Archiac. Elle se trouve confondue, dansl'une et dans l'autre, dans 
une seule teinte représentant le terrain crétacé inférieur. M. Vène 
seul l'a distinguée ; mais ses limites s'éloignent notablement de 
celles que nous avons adoptées et laissent au dehors certaines 
contrées marmoréennes, par exemple celle de Salvizines, dans 
la vallée de la Boulzane, qui comprend un îlot granitique très- 
remarquable. 

La hgne par laquelle nous séparons, un peu arbitrairement, la 



APERÇU DES rVRÉNÉES DE l'aUDE. 361 

zone dont il s'agit de celle dagrés vert, au-delà de laquelle il n'y 
a plus de marbres ni d'îlots granitique, suit d'abord la direction 
Est-Ouest au sud de Puylaurens; mais à partir du point où elle 
vient cojper l'Aude, au nord des gorges de Saint-Georges, elle 
se dirige obliquement vers les rochers d'Âple, vers le coude du 
Rebenti. Après avoir traversé cette rivière à la plaine de Sault, 
elle passe au norJ de Belcaire, entre deux petites montagnes cal- 
caires, pour aller couper la rivière de l'Herz au-dessus du point 
où elle commence à devenir la gorge sauvage qu'on appelle la 
Frau, laissant au Sud, en dedans, toute la contrée de Cornes et de 
Gamurac. 

Cette région, moins irrégulière que la ban le de transition, est 
loin cependant d'avoir partout une largeur égale. On peut y 
considérer sous ce rapport deux tronçons, dont l'un, oriental, 
s'arrête, à l'Aude, à Saint-Georges et à la Guette, au-dessous de 
Sainte-Colombec Celui-ci a une largeur assez uniforme de cinq 
kilomètres environ et une direction régulière de l'Est à l'Ouest. 
L'autre tronçon va en s' élargissant à partir de l'Aude, où il a le 
minimum de largeur de trois kilomètres, jusqu'au Rebenti, où il 
atteint le maximum, plus de six kilomètres. 

Orographie. — Le premier tronçon participe delà régularité des 
crêtes des Pyrénées-Orientales et sa direction Est-Ouest lui est 
imprimée par celle de sa crête septentrionale, qui passe au sud de 
Puylaurensetqui, à l'Ouest de ce village, formele bord d'un plateau 
élevé dont le point le pus élevé (pic d'Eslable) atteint 1512 mètres 
d'altitude. L'autre partie a bien quelques éléments dans cette direc- 
tion, qui domine dans l'ensemble de ces montagnes depuis leur 
extrémité orientale; mais généralement son relief, composé de 
crêtes calcaires découpées laissant entre elles des évasements 
linéaires ou irréguliers correspondant à des roches peu consis tan tes, 
particulièrement schisteuses , est irrégulier et inégal. Les points 
culminants sont le mont Durrieu (1248™), au nord du village 
du Glas, et le pic d'Ourdrizet (1482), au sud-est de Niort. 
C'est dans celte section principale de la zone que se trouvent, à 

2e série, tom. i. ^^ 



362 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

900 ou 950 mètres d'altitude, ces plateaux cultivés et qui res- 
semblent à des plaines qui auraient été transportées à cette 
hauteur, où elles sont néanmoins entourées d'une enceinte for- 
mée parles parties les plus élevées des montagnes. 

La principale, la plaine de Sault proprement dite, se trouve 
à gauche du Rebenti de Niort, qui la sépare d'une autre plaine 
beaucoup plus restreinte, que l'on désigne par le nom du village 
de Rodome, qui en est comme le chef-lieu, et qui devrait être 
dans le prolongement de la précédente avant la rupture ayant 
donné naissance à l'étroit vallon du Rebenti. (]es plaines, plus ou 
moins fertiles et fort bien cultivées en céréales, à une hauteur de 
400 mètres au-dessus de la véritable plaine au niveau de Nebiac, 
forment un étage de cultures tout à fait insolites et très-remar- 
quables. 

La zone rocheuse qui nous occupe est coupée à pic et tra- 
versée en trois endroits différents par des gorges ou défilés qui 
sont étroits, abruptes et sauvages dans les parties qui correspon- 
dent aux crêtes calcaires, qui semblent avoir été fendues par une 
action violente exprès pour le passage des rivières. 

La principale de ces fentes, bien connue pour ses beautés sau- 
vages que les touristes visitent et admirent, est comprise dans notre 
coupe générale, et consiste dans les gorges de Saint-Georges, où 
l'Aude, réunie à la Gesse, prend une direction méridienne, après 
avoir coulé jusque-là de l'Ouest à l'Est, et qui sert de séparation 
entre les deux tronçons que nous avons ci-dessus distingués. 
— Une deuxième fente plus sinueuse consiste dans la vallée de 
laBoulsane, entre Montfort etPuyIaurens. La troisième, dirigée au 
Nord- Est, plus étendue que les deux autres, consiste dans l'étroite 
vallée de Niort, comprise entre Mérial et Belfort. Ces coupures, 
où les terrains de la zone marmoréenne se montrent coupés à 
neuf, sont très-favorables pour les observations; c'estlà surtout que 
nous irons reconnaître les caractères régionaux de ces terrains, 
mais il convient préalablement d'en donner une notion générale. 

Aperçu géologique. — La première chose à distinguer dans l'en- 
semble des terrains qui constituent notre zone, c'est d'un côté 



APERÇU DES PYRÉNÉES DE LAUDE. 363 

rélément calcaire, celui qui conslilue essentiellement les crêtes, et 
l'élément schisteux, qui correspond aux dépressions. Celui-ci est 
subordonné au premier, qui joue le rôle principal. Enfin il y a 
l'élément adventif, qui consiste dans les îles et îlots granitiques. 

Les calcaires peuvent eux-mêmes être répartis dans trois caté- 
gories, au moins au point de vue lilhologique. Il y a d'abord les 
calcaires gris compactes ou sub-compactes, souvent à pâte très- 
fine, esquilleux, élément banal qui s'était déjà présenté dans la 
bande de transition et que nous retrouverons encore dans celle 
qu'occupe le grès vert. Les deux autres genres sont au contraire 
caractéristiques. Le premier consiste dans des calcaires marmo- 
réens le plus souvent blancs et même saccharoïdes ou bleuâtres, 
lamellaires, avec dolomies subordonnées, accompagnés habituel- 
lement de brèches cristallines à teintes pâles avec fragments 
de marbre blanc, bleu et jaune, en tous points semblables à la 
brèche romaine de Saint-Béat. L'autre genre, le plus curieux 
peut-être, se compose de calcaires noirs ou noirâtres, plus ou 
moins bitumineux, tanlôt solides et compactes et se laissant di- 
viser en fragments rhomboïdaux ou rectangulaires, tantôt grenus 
ou sub-grenus, passant à la dolomie, ayant une tendance à se 
réduire en une poussière de cendre d'un gris foncé associée à des 
schistes de même couleur. 

Les schistes sont ordinairement terreux, d'un gris bleuâtre qui 
pasae à une teinte sale ou terne grisâtre ou jaunâtre, par les in- 
fluences atmosphériques, et sont très-sujets à se décomposer en 
une matière terreuse de cette couleur. Il en est cependant qui 
conservent mieux leur consistance et leur couleur. 

Ces schistes constituent les dépressions au sein de la zone où 
les calcaires forment des saillies rocheuses; ces dépressions peuvent 
d'ailleurs être allongées entre les crêtes ou entourent des 
rocs isolés qui semblent ainsi sortir de la masse schisteuse sans 
régularité. C'est ce schiste notamment qui forme le principal 
élément de la plaine de Sault, où il a dû être facilement demeuré 
au-dessous du niveau des crêtes environnantes, à cause de sa 
friabilité. Nous répétons ici que ce terrain ne nous a offert aucun 



364 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

fossile (léterminable propre à nous fixer sur son âge, et qu'il 
offre dans son ensemble une forte inclinaison au Sud, qu'il par- 
tage avec les autres étages des Pyrénées de l'Aude. Sa puissance 
est considérable, il est difficile de l'évaluer exaclennent, et nous 
ne pouvons donner à cet égard qu'une évaluation assez vague de 
sa valeur moyenne, qui ne nous paraît pas devoir s'éloigner beau- 
coup de 4000 mètres. 

Nous ne ferons que mentionner, dans cet aperçu général, l'élé- 
ment granitique, qui ne fait pas essentiellement partie du terrain 
et dont il sera question d'une manière particulière à la ûu de 
cette description. Nous ferons observer que la présence de ces 
roches primordiales au sein du terrain dont il s'agi'. doit apporter 
une difficulté de plus à l'évaluation précise de sa puissance. 

Les divers éléments que nous venons de reconnaître ne sont 
pas Fuperposés dans un ordre constant : il ne faut donc pas son- 
ger à y distinguer des étages; il y a lieu néanmoins de recher- 
cher le rôle géologique que joue chacun d'eux dans les diverses 
parties de la zone. 

Calcaire noir bitumineux . — Nous commencerons par le calcaire 
noir bitumineux, qui joue un rôle très-important dans la région 
occidentale à droite duRebenti.Ce calcaire est surtout très-carac- 
térisé et développé dans la plaine de Rodome, qui peut être regar- 
dée, ainsi que nous l'avons déjà dit, comme un appendice de la 
•grande plaine de Sault. Il constitue là, vers le milieu de la zone, 
une bande entre une île granitique allongée et les crêtes des calcaires 
gris et marmoréens qui dominent au Sud, bande qui elle-même se 
compose de la plaine proprement dite de Rodome et d'une longue 
colline qui s'étend au Nord dans la direction Ouest-Nord-Ouest à 
partir d'Aunas et même de Bessède, en passant par Mazuby, jusqu'au 
Rebenti, qu'elle traverse même pour allerse terminer sur la rive 
gauche, à trois ou quatre kilomètres en aval de Niort. Le village 
de Mazuby lui-même est sur ce terrain, séparé de la plaine par 
un profond ravin noir creusé dans le calcaire et les schistes qui 
en dépendent. Rodome, chef-lieu de la région, est situé sur une 



APERÇU DES PYRÉNÉES DE l'aUDE. 365 

protubérance formée par le même calcaire en bancs iaclinôs 
d'abord au Nord-Nord-Ouest, puis au Sud-Sud-Est. Cette dernière 
inclinaison domine dans le chemin de Rodome au hameau de 
Munès, chemin très-favorable pour l'étude du terrain dont il s'agit, 
et qui met en évidence un fait très-instructif: je veux parler de 
l'intercalation de calcaires blancs et bleuâtres lamellaires très- 
cristallins et même saccharoïdes qui, non-seulement forment des 
bancs entre les couches de calcaire noirci, mais qui paraissent 
même s'y trouver par taches ou flammes dans un seul et même 
banc; état de choses qui est bien propre à imposer une certaine 
réserve aux géologues qui seraient portés à expliquer la marmo- 
risation si fréquente dans la zone que nous étudions, par une ac-, 
tion métamorphique exercée directement par le granit. 

Les roches de la région de Rodome consistent, ainsi qu'il a été 
dit plus haut, en calcaires argilifères finement aréneux d'un noir 
terne, qui laissent dégager par percussion une odeur bitumi- 
neuse, tantôt durs, sub-corapactes et divisibles en fragments 
rhomboïdaux ou rectangulaires, et tantôt grenus, moins consis- 
tants et même assez altérables pour se réduire par les influences 
atmosphériques en une couche noirâtre qui se mêle à la terre 
végétale et semble lui communiquer une certaine fertilité. Il y a 
là aussi une partie schisteuse qui passe insensiblement au cal- 
caire. Les calcaires friables doivent être considérés en partie 
comme magnésiens ou dolomiliques, ainsi que l'indiquent leur 
aspect, leur consistance et la modération de l'effervescence qu'ils 
font au contact de l'acide nitrique normal. Quant au principe 
qui leur communique la couleur noire, et qui est sans doute le 
même qui les rend bitumineux, il doit être de nature organique, 
car l'action du feu fait disparaître en même temps la couleur et 
l'odeur. 

M. Vène a signalé dans plusieurs de ces calcaires des prismes 
de couzeranites. La région de Rodome est tellement caractéri- 
sée par la présence de ces roches noires, qu'elle est connue 
généralement dans le pays et qu'elle a été distinguée de tout 
temps par les rares auteurs qui ont eu à en parler. Cet aspect 



366 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

sombre du vallon de Rodome avait frappé Genssane, l'auteur de 
V Histoire naturelle du Languedoc, d^M point de lui suggérer (tom. IV, 
pag. 170 et 171) l'idée que les roches de ce pays avaient une ori- 
gine volcanique, idée radicalement fausse, qui a été adoptée néan- 
moins par l'abbé Soulavie. M. le baron Trouvé, qui relate cette sin- 
gulière opinion dans son excellente statistique (tom. II, pag. 65), 
lui oppose avec juste raison l'opinion de Bayeu, qui fait remar- 
quer avec beaucoup de justesse que les Pyrénées françaises 
n'offrent aucun vestige de volcan. 

Ce terrain de Rodome nous a singulièrement rappelé les cal- 
caires noirs cendrés du même genre que l'on trouve sur le plateau 
dePorlet (Haute-Garonne), qui déjà d'ailleurs offre en miniature 
un spécimen du pays de Sault. Ces calcaires sont associés 
là également à des dolomies bitumineuses et passent par place, 
localement, à des marbres blancs et bleuâtres qui se dévelop- 
pent aussi à part, notamment à la descente de ce plateau à Arbes. 

En cherchant dans la partie orientale de notre zone un repré- 
sentant du terrain que nous venons de décrire, nous pensons l'a- 
voir trouvé dans l'étage noirâtre schisteux calcaire que traverse la 
Boulsane, entre Ginela et Montfort. Toutefois ces dernières ro- 
ches sont plus dures, passent au calcaire sihceux et même à une 
roche noire trapéenne non effervescente. Le phénomène marmo- 
réen s'y monlre aussi, mais à un moindre degré. 

Calcaire marmoréen. — Le calcaire marmoréen se montre un 
peu partout dans la zone. Nous l'avons signalé ci-dessus au sein 
del'assise noire, dont les caractères cependant sont presque opposés. 
Le calcaire ordinaire gris compacte passe souvent çà et là à l'état 
de marbre simple ou bréchiforme; mais cet état devient habituel 
et presque continu pour certaines régions, surtout dans la partie 
occidentale de la zone. Dans le tronçon oriental, il s'accentue 
toutefois d'une manière remarquable de part et d'autre de l'Aude 
et de la Guette et dans la partie la plus voisine du défilé de 
Saint-Georges. 

L'Aude particulièrement, avant de former le coude qui la fait 



APPERÇU DES PYRÉNÉES DE LAUDE. 367 

entrer dans la gorge, coule de l'Ouest à l'Est dans une fente entre 
des escarpements verticaux de calcaire cristallin blanc, presque 
saccharoïde, et le chemin de Sainte-Colombe à la gorge qui 
monte sur la rive gauche de la Guette, sans aucune autre inter- 
ruption que celle qui est occasionnée par quelques assises schis- 
teuses rouillées d'apparence ancienne, de marbres lamellaires 
d'une parfaite blancheur, accompagnée do brèches marmoréennes 
qui offrent les caractères que nous avons signalés et qui rappel- 
lent singulièrement les brèches romaines de Saint-Béat. — Dans 
le tronçon occidental de la zone, l«s mêmes marbres blancs accom- 
pagnés de calcaires cristallins bleuâtres, lamellaires, très-brihants 
les uw^ et les autres, en partie magnésifères, forment une arête 
au sud d'Aunat, de part et d'autre du col des Archides; même 
roche avec des brèches très-caractérisées dans la crête de Mar- 
journal sur la plaine de Sault et sur le col et le vallon que l'on 
traverse avant de franchir cette crête, sur le chemin direct de 
Niort à Belcaire. Les mêmes roches enfin constituent essentiel- 
lement la protubérance au pied de laquelle Belcaire se dispose 
en amphithéâtre, et presque toute la partie occidentale du dépar- 
tement, qui consiste dans la contrée de Gomurac et de Gomus, oii 
se trouve encore une petite plaine surélevée d'environ 200 mè- 
t:es relativement à la plaine de Sault. De ce côté, les calcaires 
blancs saccharoïdes, associés par parties ou taches en bandes au 
marbre bleuâtre lamellaire, sont fréquemment accompagnés de 
brèches grossières à grands éléments et d'autres en pièces 
moyennes ou petites, assez finement empâtées pour donner nais- 
sance à un marbre bréchoïde, 

Ge terrain semble avoir été souvent atteint par des causes per- 
turbatrices venant de l'intérieur, qui y ont été accompagnées 
d'émissions d'argiles colorées et de matières ferrugineuses et 
même de roches grauitoïdes accompagnées de kaolin et de stéatite 
terreuse d'une étendue extrêmement restreinte. 

Schistes. — L'élément schisteux occupe, ainsi que nous l'avons 
dit, les intervalles laissés entre les crêtes, colhnes ou roches calcai- 



368 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

res. Il correspoDcl naturellement aux dépressions, parce que sa faible 
consistance l'a rendu plus sujet à la désagrégation atmosphérique 
et à sa réduction en une terre détritique facilement enlevable 
parles eaux. Tantôt ces schistes paraissent former des assises 
parallèles aux crêtes entre lesquelles ils sont intercalés ; tantôt 
ils semblent disposés tout autour de protubérances rocheuses qui 
s'élèvent comme des îles ou îlots au milieu d'eux. 

Dans tous les cas. on essayerait en vain d'en former un étage 
ayant une place distincte dans la série des roches qui nous occu- 
pent. Quelques-uns de ces schistes, en s'intercalant entre les 
massifs calcaires, conservent l'aspect et la rigidité de ceux du 
terrain de transition ; mais les grands amas schisteux sont 
terreux, gris bleuâtres, passant au gris clair café au lait par l'in- 
fluence de l'atmosphère, et très-sujets à la décomposition. Ces 
derniers se montrent, notamment, dans la région de Niort, eu 
amont de ce village, de part et d'autre de Rebenti ; mais ils sont 
beaucoup plus développés plus bas, aux environs de Belfort. Ils 
constituent notamment toute la côte escarpée où se trouve tracée, 
à partir de Gazelle, le route qui monte à Espezel (plateaux de 
Sault), et celle par laquelle on s'élève du fond de la gorge au 
même plateau, dans la direction de Condon et de Quillan. Ils 
jouent probablement un grand rôle dans la composition de cette 
haute plaine, quia dû être formée par une dénudalion qu'atteste 
la présence d'un véritable terrain d'alluvions terreuses et grave- 
leuses sur son sol. C'est probablement à l'argile due h la décom- 
position et au délaiement de ce schiste qu'il faut attribuer la 
stagnation de certaines eaux, et d'un autre côté on peut expli- 
quer l'engouffrement de cerlaines autres par la structure du sous- 
sol, rendu perméable par l'association des couches relevées de 
schistes alternant et de bancs calcaires. C'est sans doute par cette 
disposition que certaines parties du plateau, notamment la com- 
mune d'Espezel, se trouvent privées d'eau, explication qui vient 
appuyer puissamment l'opinion, assez généralement répandue 
dans le pays, que les eaux qui se perdent dans le sous-sol du 
plateau vont se rassembler à une certaine profondeur et couler 



APEUGU DES PVIIÉNÉES DE i/aUDE. 369 

vers le Nord ou le Nord-Ouest, où elles viennent sortir sous l'orme 
de sources volumineuses, à la base des escarpements calcaires 
qui bordent la plaine de ce côté ; telle sérail l'origine de la source 
du Blan au-dessus de Lescale. La fontaine intermittente deBelesta 
serait due à une cause analogue. Il y a aussi des assises schisteuses 
daus les tronçons orientaux de la zone ; mais ceux-ci sont plus 
bleuâtres, moins terreux, et plus voisins des roches semblables que 
nous avons déjà trouvées dans la bande de transition. Nous allons 
les rencontrer en parcourant les défilés qui coupent la zone mar- 
moréenne aux endroits qui ont été indiqués plus haut. 

(4 continuer.) 



REVUE SCIENTIFIQUE. 

TRAVAUX FRANÇAIS. — Zoologie. 



M. Marey {Compt. rend. Acad., 28 juillet 1879) reconnaît que les 
faits constatés par MM. Dastre et Morat, dans la Communication dont 
nous avons rendu compte, sont parfaitement exacts, mais il propose une 
autre interprétation de ces phénomènes ; cette interprétation repose 
sur un fait découvert par le savant professeur: « C'est que le coeur, 
pendant chacun de ses mouvements rhythmés, présente une phase 
où il est inexcitable : c'est la phase de raccourcissement de ses fibres 
musculaires. Plus l'intensité du conrant est grande, plus cette phase 
est courte; elle se réduit aux premiers instants des périodes systo- 
liques, puis disparaît complètement si l'excitation est plus forte 
encore. » 

— Nous devons dire que MM. BasU-e elMorai (Compt. rend. Acad., 11 
août 1879) présentent quelques observations critiques sur la précé- 
dente Communication, 

—Suivant M. Ch. Richet {Compt. rend.Acad., 28 juillet 1879), l'exci- 
tabilité du muscle est plus grande dans l'état de contraction que dans 
l'état de repos, et son relâchement n'est pas brusque, mais lent. Les 
poids tendant le muscle masquent la véritable forme de la secousse 
musculaire. Il y a pour les muscles, à une pareille tension, une pé- 
riode de contractilité latente, période pendant laquelle le muscle est 
plus excitable. 

— La connaissance [Compt. rend. Acad., 28 juillet 1879) des glandes 
œsophagiennes, que M. Renaut propose de nommer organes lympho- 
glandulaires, a conduit naturellement cet anatomiste à la connais- 
sance du pancréas. C'est une glande dont la constitution s'est mon- 
trée iamême chez le Poulet, le Cheval, le Chien, le Lapin et le Rat, 
« composée de cordons caverneux irrégulièrement divisés en loges 
pseudo-aciniques communiquantes. La paroi de ces cordons est for- 
mée de tissu réticulé, leur aire est cloisonnée par le même tissu.» 

—Les faits {Compt. rend. Acad., 26 juillet 1879) de multiplicité des 
noyaux dans une cellule ont, on le sait, été interprétés différemment par 
les auteurs qui s'occupent de morphologie cellulaire. Pour les uns, 



TRAVAUX FilA.xr.AIS. — ZOOLOGIE. 371 

ces noyaux indiquent par leur multiplication un état multicellulaire; 
pour les autres, ce sont desimpies fragments n'affectant on rien l'in- 
dividualité et l'unité de la cellule. M. E. Maupas pense que cet état 
multinucléé est beaucoup plus répandu qu'on ne semblait le croire ; il 
l'a en effet retrouvé chez un Champignon (Empusa muscarina)^ qua- 
tre Algues (trois Cladophora et un Vauclieria), quatre Infusoires (des 
genres Euchehjodon, Euchelys, Uroleptus et Oxytricha), enfin chez un 
très-beau Rhizopode d'eau douce. M. Maupas se demande quelle est la 
conséquence qu'il convient de tirer de ces faits. Faut-il, avec Ed. Van 
Beneden, ne leur attribuer aucune importance, ou, avec Hfeckel, 
considérer ces organismes comme composés de cellules distinctes 
par leurs noyaux, mais encore fusionnées entre elles par leur corps 
sarcodique? La première manière de voir est difficile à adopter , en 
présence de la division qui peut s'opérer dans ces prétendus frag- 
ments, division s'effectuant par la série de phénomènes révélés, 
ces dernières années, dans la division des cellules animales et végé- 
tales. La deuxième opinion paraît aussi inadmissible que la première, 
car, dans l'état actuel de nos connaissances, nous ne voyons encore 
aucune trace, dans ces organismes multinucléés, de ces difïérencia- 
tions et localisations de fonctions qui caractérisent les Métazoaires 
même les plus simples. Or, la solution indiquée tendrait à nous faire 
voir dans les susdits organismes une structure intermédiaire, for- 
mant le passage entre les êtres unicellulaires et polycellulaires. En 
somme, les observations nouvelles que M. Maupas a fait connaître 
dans la Note que nous venons d'analyser, indiquent la voie à suivre ; 
mais pour le moment, c'est, de son avis, tout ce qu'on peut en tirer. 

— M. A. Vulpian [Compt. rend. Acad., 4 août 1879) fait une Com- 
munication sur les effets sécrétoires et circulatoires produits par la 
faradisation des nerfs qui traversent la caisse du tympan. 

— Une autre communication (Compt. rend. Acad., 18 août 1879) du 
même auteur et do M. Journi;ic, a pour objet les phénomènes d'excita- 
tion sécrétoire qui se manifestent, chez le Lapi7i, sous Vinfluence de la 
faradisation de la corde du tympan. 

— Une Note complémentaire [Compt. rend. Acad., 4 août 1879) est 
présentée par M. Bouillaud, note relative à la théorie des battements 
du cœur et des artères et à leur enregistrement. Dans ce travail 
sont exposées les deux théories qui régnent sur cette question : celle 
de Harveyet une autre appelée înoderne par l'auteur, et seulement sur 
laquelle nous nous appesantirons. 



372 REVUE SCIENTIFIQUE. 

D'après cette théorie, «chez l'homme et chez les animaux dont le 
cœur est à deux ventricules et à deux oreillettes, une révolution de 
cet organe se compose de deux mouvements et de deux repos. Dans 
Tun des mouvements de ces quatre parties du cœur, connu sous le 
nom de systole ou de cont7-action, le sang est expulsé des cavités qui le 
contiennent; dans l'autre de ces mouvements, connu sous le nom de 
diastole ou de dilatation, le sang est aspiré dans ces mêmes cavités. 
Les mouvements de systole ou de contraction des ventricules et des 
oreillettes du cœur sont ordonnés de telle sorte, que les systoles des 
uns sont isochrones aux diastoles des autres (et réciproquement), et 
que les systoles et les diastoles des deux moitiés ou côtés du cœur 
sont également isochrones». Le même rhythme, suivant lequel sont 
ordonnés les mouvements, règle aussi les repos du cœur sous le rap- 
port de leur succession. — La durée totale d'une révolution de cet 
organe et celle de chacun de ses éléments, a pour des conditions don- 
nées, sont constantes et fixes et ont été soumises au calcul». Un dou- 
ble mouvement de systole et dediastole et un double repos sont pré- 
sentés parles artères, comme par les ventricules du cœur, mais, par 
rapport au temps dans lequel ils s'effectuent, inverses l'un de l'autre ; 
pour le cœur, la diastole est d'une force bien inférieure à la systole ; 
le contraire se remarque pour les artères. 

M. Bouillaud fait un appel à M. Marey, relatif à l'application du 
sphygmogra/phe, appareil inventé par ce dernier pour la détermination 
des battements artériels. On devra constater uneerreur dans la théorie 
précédemment exposée, ou un vice dans l'instrument, dans le cas où 
le pouls artériel normal ne donnerait qu'un signe unique de batte- 
ment. Mais si M. Marey affirme que le sphygmographe représente 
exactement les mouvements artériels et qu'il n'existe pas de dicro- 
tisme à l'état normal, il condamnerait la théorie moderne au profit de 
la théorie d'Harvey. 

— Toutes les propriétés (Compî. rend. Acad., 4 août 1879) vitales es- 
sentielles de l'organisme complet se retrouvent dans les cellules, pour 
M. E. Ranvier,qui fournit l'explication d'un fait mystérieux jusqu'ici: 
l'apparition des noyaux dans certaines cellules après leur mort. 

Il faut chercher cette explication dans la cause suivante : pendant 
la vie, la réfringence des noyaux étant très-voisine de celle du proto- 
plasma environnant, ces noyaux ne se montrent pas, tandis qu'ils ap- 
paraissent après la mort, parce que des modifications du protoplasma 
cellulaire sont survenues sous son influence. «Or, si l'on veut bien ad- 
mettre que les sucs digestifs, emmagasinés dans la cellule quand elle 



TRAVAUX FRANÇAIS. — ZOOLOGIE. 373 

est vivante, diffusent quand elle est morte et déterminent la diges- 
tion des substances organiques qui la composent, on concevra sans 
peine qu'il en résulte une diminution de réfringence du protoplasma.» 

— De la description ( Conipt. rend. Acad., 4 août 1879) des lymphati- 
ques du périchondre, faite par MM. G. et Fr.-E. Hougan, ressort la 
vérité de ce principe que les lymphatiques ne sont propres à aucun 
tissu spécial, « mais qu'ils sont simplement des canaux d'écoulement 
appartenant aux surfaces périphériques où s'étalent les réseaux d'ori- 
gine, tandis que les lymphatiques afférents qui en sortent traversent 
les parties plus profondes. » 

—En 1865 [Compt. rend. Acad., Il août 1879 ), M. Ch. Robin a dé- 
montré que l'appareil électrique de la queue des Raies fonctionnait 
comme celui des Torpilles et des Gymnotes. Ce fait, sur lequel le gal- 
vanomètre et les Grenouilles galvanoscopiques ne laissent aucun 
doute, a été de nouveau constaté par le savant professeur, d'après les 
indications de M. Marey, à l'aide du procédé dont ce dernier s'est 
servi pour ses observations sur les Torpilles. On sait que le caractère 
fourni par ce procédé est tiré du son que chaque décharge fait ren- 
dre au téléphone. Or , le son produit sur les grosses Raies, bien 
vivantes et maintenues sur une glace reposant sur mie table, est un 
son strident, d'un timbre sourd particulier. Ce son a peu d'intensité, 
à cause du petit volume, chez les Raies, de l'appareil électrique. 

— Un prochain travail ( Compt. rend. Acad.., 11 août 1879) de M. 
Maurice Mendelssohn sera consacré à développer les conclusions ti- 
rées par lui dans une Note sur l'excitation latente des muscles chez la 
Grenouille et chez l'Homme dans Vétat sain et dans les maladies, à 
savoir : dans l'Homme à l'état normal, « que la durée d'excitation 
latente n'est pas constante, et n'est en rapport direct ni avec la force 
musculaire, ni avec le volume des muscles». 

— Les ganglions {Compt. rend. Acad., 11 août 1879) sus-œsophagiens 
des Insectes, construits sur le même plan que les sous-œsophagiens, 
offrent parleur rôle bien connu une structure histologique plus com- 
pliquée. Leur périphérie est occupée par des cellules nerveuses, tandis 
qu'au milieu se trouvent des faisceaux défibres nerveuses. Le centre 
du ganglion présente trois groupes de petites cellules , dont celui si- 
tué en avant «peut être considéré comme ayant les rapports les plus 
intimes avec les circonvolutions ( ou les organes en forme de fer à 
cheval) particulièrement développées chez les Hyménoptères, les plus 



374 REVUE SCIENTIFIQUE. 

intelligents des Insectes. Le développement plus ou moins grand da 
ces parties du système nerveux coïncide avec le développement intel- 
lectuel. » Mais il est à remarquer que la vie sexuelle et surtout la 
production des œufs et du sperme s'opposent à leur développement; 
ainsi, les mêmes parties du système nerveux, très-développées chez 
les Fourmis ouvrières et chez les Abeilles ouvrières, sont moins ac- 
cusées chez les femelles des premières et chez la reine-mère des se- 
condes, et deviennent rudimentaires chez les mâles. En outre , des 
côtés des ganglions partent les lobes qui se rendent aux yeux com- 
posés. Ces lobes, très-prononcés chez les Faux-Bourdons, sont con- 
stitués, dans la partie médiane, par de courts cylindres disposés en 
série. De ces cylindres naissent des fibres qui pénètrent dans la base 
du cerveau et s'entrecroisent dans la partie extérieure des lobes opti- 
ques : « de la sorte, les fibres du côté gauche apparaissent sur le côté 
droit, et les fibrcsinîérieures deviennent supérieures». Chacune d'elles, 
« en changeant ainsi de direction, entre dans la constitution du nerf 
optique qui se porte à chacun des yeux formant l'ensemble des yeux 
composés». ]1 résulte de cette description que l'entrecroisement existe 
entre les yeux du même côté de la tête, mais non pas entre les deux 
yeux opposés, comme dans le chiasma des Vertébrés, 

— Les effets du venin {Compt. rend. Acad. , 1 1 août 1879) du Bothrops 
jararacussu, espèce de Serpents assez répandue au Brésil, sont signalés 
dans une Note de MM. Gouty et de Lacerda. Après l'injection de ce 
venin surviennent des phénomènes très-variables d'excitation des 
organes abdominaux ; cette variabilité paraît tenir à la localisation du 
poison, tantôt dans un appareil, tantôt dans un autre. Mais toujours, 
dans leurs expériences, une période de paralysie complète dumyélen- 
céphale a précédé la mort, paralysie accompagnée de la résolution 
des membres, de la chute de la tension, de Taccélération du cœur et 
de la perte des réflexes médullaires, puis sympathiques. 

— M. d'Avsonvol {Compt. rend, icarf., 25août 1879) est l'auteur d'une 
Note ayant pour titre: Recherches sur la chaleur animale; et M. François 
Frank [Compt. rend. Acad., 25 août 1879) de Recherches sur le rôle des 
filets nerveux contenus dans l'anastomose qui existe entre le nerf laryngé 
supérieur et le nerf laryngé récurrent. 

— M. G. Jourdan {Compt. rend. Acad., 25 août 1879) nous promet 
un travail spécial, que nous serons heureux d'analyser, sur les parti- 
cularités visibles à l'œil nu qu'offrent au plan anatomique des Acti- 
niades certains types des côtes de Marseille. Pour le moment, nous 



TRAVAUX FRANÇAIS. — ZOOLOGIE. 375 

nous bornerons à rappeler avec lui que ce plan «est comparable à un 
corps cylindrique muni à une extrémité d'une ouverture buccale 
entourée d'une couronne de tentacules et creusé d'une cavité mésen- 
térique (cavité gastrique de la larve) qui est eu rapport avec la bou- 
che par une région œsophagienne d'origine eclodermique, formée par 
un tube court et large. Entre le tube œsophagien et les parois du porps 
se trouvent les cloisons qui vont se terminer librement, parla partie 
inférieure de leur bord interne, dans la cavité mésentérique. » Nous 
dirons encore, avec M. Jourdan, que c'est dans une sorte de dédouble- 
ment de la couche fibreuse des cloisons que, chez le Gériantheet chez 
les Actinies, naissent les éléments de la reproduction. 

— Des Recherches [Compt. rend. Acad., l»'' septembre 1879 )anatomi- 
ques et morphologiques sur le système nerveux des Insectes ont été effectuées 
par M. Brandt, qui nous en fait connaître les résultats, parmi lesquels 
nous nous bornerons à mentionner les plus importants. Quelques 
Insectes n'ont pas le ganglion sous-œsophagien séparé des ganglions 
suivants. Chez tous les individus de cette classe se rencontrent les 
circonvolutions du cerveau. Des différences de développement peuvent 
bien exister, et existent en effet, chez les sujets de la même espèce ; 
mais l'assertion, plus haut relatée, de M. Wagner, que les mâles de 
l'Abeille en sont dépourvus, est inexacte. Pour ce qui est du développe- 
ment du système ganglionnaire sus-œsophagien, il n'est pas en 
rapport avec le degré de développement des instincts et des mœurs; 
toutefois il en est ainsi pour ce qui regarde la portion nommée les 
hémisphères. On trouve dans le thorax de quelques Insectes {Tenthredo, 
Bombus), un système nerveux sympathique, correspondant par sa 
constitution à celle de l'abdomen de ces Insectes. Un fait curieux 
est celui-ci : deux types différents peuvent être assignés à la transfor- 
mation du système nerveux ; dans l'un, a il se raccourcit et le nom- 
bre des ganglions se réduit chez l'adulte (Hyménoptères, Coléoptères, 
Lépidoptères, etc.) ; dans l'autre, il n'existe, outre le ganglion sus- 
œsophagien, qu'une masse unique au thorax qui se décompose en un 
nombre variable d'autres. M. Kiinckel a déjà démontré, pour le Volu- 
cella, cette dernière particularité constatée par M. Brandt pour un 
grand nombre d'espèces (fim^a/w, Volucella, Stratiomys , etc). 

— La Communication de M. J. Kiinckel (Compt. rend. Acad.^ 
1" septembre 1879) porte sur le même sujet, mais envisagé seule- 
ment chez les Diptères. Déjà, depuis longtemps, s'attachant à faire 
une étude approfondie de l'appareil sensitif d'un Insecte de cet ordre 
à l'état de nymphe et à l'état d'adulte, il avait constaté, « pendant le 



376 REVUE SCIENTIFIQUE. 

développement post-embryonnaire, un phénomène de réversion nme- 
nant chez l'adulte une disjonction des ganglions des plus accusées »; 
mais M, Kûnckel a aussi constaté que, contrairement à ce qu'on 
admettait pour toute la classe des Insectes, il y a, dans cinq familles 
de Diptères, pendant la transformation en nymphe, allongement de 
la chaîne nerveuse de la larve. 

Se basant sur l'évolution que subit le système nerveux, l'habile 
entomologiste divise les Diptères en trois groupes : « ceux qui sui- 
vent la loi commune et dont quelques ganglions se fusionnent pen- 
dant le passage à l'état de nymphe ; ceux dont les ganglions se sépa- 
rent les uns des autres pendant la métamorphose, de telle sorte que 
certains d'entre eux », fait que M. Kiinckel avait déjà remarqué, se 
a trouvent rejetés dans l'abdomen ; ceux enfin dont les ganglions tho- 
raciques et abdominaux restent confondus comme dans les larves». 

— La Revue a rendu compte d'une Communication du professeur 
A. Giard sur « l'existence d'une classe nouvelle d'animaux qui pré- 
sentent, d'une façon permanente, la forme ordinairement transitoire 
appelée jjlanula par les embryogénistes ». M. Giard avait créé pour 
eux la classe des Orthonectida. De nouvelles recherches {Compt. 
rend. Acad., 22 septembre 1879) lui permettent aujourd'hui, en com- 
plétant l'histoire de ces animaux, de préciser la place qu'ils doivent 
occuper dans l'embranchement des Vers, embranchement auquel 
M. Giard les rapportait déjà. 

Le double mode de reproduction, par voie de sexualité et par voie de 
gemmiparité, des Orthonectida les rapproche des Dicyemida. Par suite, 
l'embranchement des Vermes se composera des classes suivantes : 
Orthonectida^ Dicyemida, Trcmatoda , Cestoda, Turbellaria (Planaires 
et Némertiens). Pour M. Giard, les Orthonectida sont des Gastrœades 
« ramenés par le parasitisme à l'état de planula ; leur importance au 
point de vue de la théorie de la gastrœa est bien plus grande que celle 
des Physemaria. Ces derniers, en effet, ne conduisent qu'au rameau 
des Cœlentérés, qui se termine en cul-de-sac, tandis que les Orî/io- 
necîfda représentent la souche des Vei^s et appartiennent par consé- 
quent au tronc de l'arbre généalogique des Métozoaires. » 

—MM. Coutyet de Lacerda (Compt. rend. Acad., 29 septembre 1879) 
ont obtenu avec le Strychnos triplinervia des extraits qui présentent 
toutes les propriétés du curare complexe préparé par les Indiens et 
quiproduisent tous les symptômes caractéristiques de la curarisation. 
L'effet de ce nouveau curare, beaucoup moins toxique que celui du 
curare déjà connu, apermis d'étudier certaines phases de son action. 



TRAVAUX FRANÇAIS. — ZOOLOGIE. 377 

— Des travaux {Compt. rend. Acad . 13 octobre) aboutissant à un 
résultat semblable, fait observer M. G. Jobert, ont été déjà commu- 
niqués par lui, à la Société de Biologie eu décembre 1878, et au Con- 
grès de Montpellier en août 1879. Il ajoute «que les Strychnées 
américaines du Sud agissent d'une façon identique. Elles ne sont 
point tétanisantes, atteignent les muscles de la vie de relation, agis- 
sent sur le sy^^tème nerveux moteur, respectent la sensibilité, les 
organes des sens et l'appareil circulatoire. » 

— Les recherches expérimentales de M. Laffon [Compt. rend. 
Acad., 13 octobre 1879) prouvent qu'il existe dans la mamelle des nerfs 
dilatateurs types, ainsi que des nerfs dont l'excitation provoque une 
augmentation dans la quantité de lait excrété. 

— M. Joannes Ghatin [Compt. rend. Acad., 13 octobre 1879) a 
étudié l'origine et le rapport morphologique des différentes pièces du 
labium chez les Orthoptères, dans lequel il a pu distinguer assez 
facilement les parties fondamentales de la mâchoire. 

— Les recherches de M. Bvown-SQqimvd [Compt. retid. Acad. ,20 
octobre 1879) montrent la puissance, la rapidité d'action et les variétés 
de certaines influences inhibitoires (influences d'arrêt) de l'encéphale 
sur lui-même ou sur la moelle épinière, et de ce dernier centre ner- 
veux sur lui-même ou sur l'encéphale. 

— M. Ranvier [Compt. rend. Acad., 20 octobre 1879) fait une Gom- 
munication de laquelle il résulte que les cellules du corps muqueux 
de Malpighi, forméesdemasses de protoplasma munies de noyaux, ne 
sont pas complètement individualisées et qu'elles sont confondues et 
non soudées par des filaments protoplasmiques qui leur sont com- 
muns . 

— La Communication, à l'Académie, de M. G. Carlet, sur les écailles 
des Poissons Téléostéens, est suivie d'un Mémoire sur le même sujet 
(Ann. Se. nat.,^'' séi'., iom, VIII, n°4), dans lequel les recherches 
du professeur de Grenoble ont porté, à l'aide des pi-océdés déjà men- 
tionnés, sur les points qui n'ont pas encore attiré l'attention et dont 
voici les conclusions générales. 

«Les écailles sont monoréfringenles ou biréfringentes , suivant 
qu'elles sont jeunes ou âgées. — La matière organique des écailles est 
monoréfringente. Celles-ci doivent leur biréfringence aux sels terreux 
qu'elles renferment ; mais encore faut-il que, par le progrès de l'âge, 

2« sér., tom. I. 25 



378 REVUE SCIENTIFIQUE. 

il y ait une certaine épaisseur de substances inorganiques ou une 
certaine compacité du tissu squamulaire pour qu'il devienne bi- 
réfringent.» L'emploi du picrocarminate d'ammoniaque rend tout à 
fait évidentes les hypothèses du remaniement de la région focale des 
écailles avec l'âge et de l'acalcie des sillons rayonnants. 

Ce sont des poches prismatiques et hexagonales, essentiellement 
fibreuses, qui renferment les écailles des Poissons à écailles imbri- 
quées. « Chacune des faces de ces prismes fibreux se dédouble de 
façon à former un angle dièdre dont l'un des plans va se fixer au 
bord postérieur de l'écaillé située au-dessus, tandis que l'autre passe 
sur le champ postérieur de l'écaillé sous-jacente et va rejoindre, sur 
le bord libre de celle-ci, la lame qui recouvre sa face postérieure. 
L'angle de ce dièdre est tapissé par le derme etl'épiderme, qui coiffent 
ainsile sommet de chaque poche squamulaire en se réfléchissant de 
l'une sur l'autre.» 

M. Carlet constate que les spinules ne sont jamais des productions 
épidermiques, car, comme le reste de l'écaillé, elles se développent au- 
dessous du derme, et qu'au point de vue anatomique les écailles ne sont 
nullement comparables aux poils des Mammifères ou aux plumes des 
Oiseaux, «puisque aucune de leurs parties n'est une production de 
l'épiderme». 

— La continuation des études de M. Hesse (vingt-neuvième article) 
sur les Crustacés des côtes de France, est insérée dans le tom. VIII, 
n''4 (6" série) des Annales des Sciences naturelles. — Il est question, 
dans ce Mémoire, de petits Crustacés appartenant à la nombreuse 
famille des parasites qui vivent aux dépens des Poissons et se 
logent sur leurs branchies. 

La première espèce décrite par M. Hesse, Cycnus Crenilabri, 
a été rencontrée sur les branchies du Crenilabrus Melops, où elle 
n'est point rare. La deuxième espèce, très-petite, très-agile, apparte- 
nant au même genre, et nommée Cycnus Labri mixli, a été trouvée 
sur les branchies du Labrus mixtus. Les branchies du Labrus Bonovaini 
sont habitées par le Cycnus Labri Donovaini Hesse. Le mâle, connu 
seulement de la première de ces trois espèces, possède deux petits 
globules blancs qui sont des yeux ; quant aux femelles de ces trois 
formes, elles en sont privées^ et la même absence d'organes oculaires, 
entre autres caractères, se remarxie chez les femelles du Cycnus 
Acanllwlabriexoleti Hesse, du C. Labri trimaculati Hesse, du C. Pagelli 
BogneraveiKesse, eià\i C. Cantharigrisei, recueillies sur les branchies 
des Poissons dont elles portent le nom. 



TRAVAUX FRANÇAIS. — ZOOLOGIE. 379 

Au genre Kroijcria Van Beneden doivent être rapportées les espèces 
suivantes, que M. Hesse nous fait connaître: K. Scylli Caniculœ, 
K. Carchariœ glauci, K. Acanlhiasvulgaris. 

M. Hesse fait remarquer, en terminant le présent Mémoire, que les 
Kroyeriens, à raison de l'étroitesse et de l'épaisseur de leur bouclier 
céphalique, lui sembleraient mieux placés parmi les Pachycéphaliens 
que parmi les Peltocéphaliens de la tribu des Galigiens, auxquels 
Van Beneden les a rapportés et qui semblent avoir avec eux peu de 
rapports, tandis qu'au contraire il croit, s'il en juge par la descri- 
ption qui en est donnée, qu'ils en auraient bien pins aveclesDicheles- 
tiens qu'avec les Galigiens, 

— La distribution géographique des Chéiroptères [Ann. Se. natur., 
6 sér. tom. VII, n" 4) a été « singulièrement négligée jusque dans ces 
derniers temps par la plupart des naturalistes qui se sont occupés de 
géographie zoologique. » Cette répartition à la surface du globe est 
esquissée par le D"- B.-L. Trouessart, qui prend pour guide la mono- 
graphie publiée récemment par G.-E. Dobisson, sous le titre de Cata- 
logue of Cheiropteram British Muséum, (1878). Ce Mémoire emprunte 
un vif intérêt à la relation de ce qu'on sait aujourd'hui des migrations 
des Chauves-Souris, connaissance qui a produit une véritable révo- 
lution dans leur histoire et qui est le propre, non-seulement des espè- 
ces insectivores, mais aussi des grandes espèces frugivores, le Ptero- 
pus médius de Madras, par exemple, et surtout le Cynonycteris amplexi- 
caudata. La conformation des Chéiroptères qui ont été signalés par 
M. Alph. Milne-Edwards à la Nouvelle-Zélande et dans les archipels 
de la Polynésie dépourvus de tout autre Mammifère terrestre, peut 
seule nous rendre compte de ce fait de dispersion bien plus rapprochée 
de celle des Oiseaux que de celle des autres Mammifères terrestres. 

Les Chauves-Souris existent partout où elles trouvent des Insectes; 
les contrées où on n'en a pas encore signalées sont : l'Irlande, l'île de 
Sainte-Hélène, celle de Kerguelen, et les archipels les plus l'eculés vers 
l'est de l'océan Pacifique. Les îles Gallapagos paraissent également 
en manquer. 

Mais il ne faudrait pas croire que les Chauves-Souris échappent 
complètement « aux lois générales qui permettent de caractériser si 
nettement, par leur répartition géographique, la plupart des familles 
de Mammifères terrestres. » En effet, deux seulement des six familles 
dont se compose l'ordre des Chéiroptères, les Vespertilionidœ e\, les Ejn- 
hallonuridce, sont communes aux deux continents, et, même encore, 
a toutes les espèces et même le genre (à l'exception du seul genre 



380 REVUE SCIENTIFIQUE. 

Nyctinomus) sont-ils distincts, on Amérique, de ceux de l'ancien 
monde»; trois des quatre familles restantes, les Pleropodidœ, les Rlii- 
7iolophidœ, et les Nycteridse^ sont propres à notre hémisphère ; une, celle 
des Phyllostomidae, est spéciale à l'Amérique. Le fait que nous signa- 
lons est d'abord confirmé par les renseignements paléontologiques, 
peu nombreux il est vrai, que nous possédons sur les Chéiroptères. 

Il esldoncpermisàM. Trousseartde conclure, avec M. Alph. Milne- 
Edwards , que la répartition géographique des Chauves-Souris est 
soumise, comme celle des autres types zoologiques, à quatre conditions 
principales : « 1° Le mode de locomotion auquel ces animaux sont 
appropriés ; — 2° les relations géographiques du foyer zoogénique 
avec les parties circonvoisines du globe; — 3° l'aptitude de ces régions 
(suivant les conditions de climat, de nourriture, etc. ) à être habitées 
par dos immigrants; — 4° l'époque géologique à laquelle remonte le 
type zoologique réalisé par ces êtres, » type qui date du commence- 
ment de l'époque tertiaire, sinon déplus haut. L'auteur ajoute que, 
malgré son ancienneté, les caractères de son intégrité première sem- 
blent s'être conservés dans l'ordre des Chéiroptères, et entre autres, 
les grandes Roussettes exceptées, ce cerveau lisse, signe d'infériorité 
parmi les Mammifères, et qui , joint à quelques autres caractères, 
«serait de nature à les faire déchoir du rang que depuis Linnée on leur 
assigne à la suite des Primates... » 

E. DUBRUEIL. 

Ohscrvalions sur la déglutition et la vitalité des Caryophyllie de Smith 
et Balanophyllie royale, par M. H. de Lacaze-Duthiers [Arch. zool. expé- 
rim. et génér. ,lom. VI, pag. 371, 1877). — M. H. do Lacaze-Duthiers a 
pu observer vivants plusieurs individus de Balanophyllie et de Caryo- 
phyllie péchés à Roscoîî et conservés dans des bocaux pendant qua- 
tre années. 

En donnant à des Caryophyllies des fragments d'animaux marins 
qu'il laissait tomber avec précaution sur le péristome, le savant obser- 
vateur a constaté que les tentacules ne jouent aucun rôle dans la pré- 
hension des aliments. C'est par le jeu combiné des fibres contractiles 
de l'ouverture buccale et du tube qui lui fait suite que la proie se 
trouve introduite dans les voies digestives. Les matières alimentaires 
ne font que traverser ce tube, qui fonctionne comme un œsophage et 
non comme un estomac. Les aliments s'accumulent et séjournent 
pour être digérés dans la cavité générale, où font saillie les entéroïdes 
et les mésentéroïdes. 
Dans la Balanophylla régla, les tentacules concourent h l'introduc- 



TRAVAUX FRANÇAIS. — ZOOLOGIE. 381 

tien des matières alimentaires dans le tube buccal, dont les fibres 
d'ailleurs se comportent comme dans les Garyopbyllies. 

La vitalité de ces animaux est réellement surprenante, car pen- 
dant quatre nnnées les spécimens observés par M. de Lacaze-Duthiers 
sont demeurés à jeun, ou du moins n'ont pu se nourrir que des 
petits organismes qui se trouvaient dans l'eau des bocaux. 

Sous l'influence de l'inanition, l'une des Balanophyllies avait aban- 
donné son polypier, qu'elle eût peut-être reproduit dans la suite, si 
elle avait été replacée dans des conditions normales. Du reste, des 
fragments d'individus accidentellement mutilés ont continué à vivre 
pendant deux mois. 

Des Gorynactis soumis à l'inanition se sont résorbés, de telle sorte 
que, mesurant un centimètre au début, ils ont été réduits à la grosseur 
d'une tête d'épingle. 

L'auteur a remarqué que lesGaryophyllies se décolorent aussi bien 
par l'excès de lumière que par l'absence de celle-ci. La couleur ne se 
conserve sans altération que dans les spécimens soumis à un éclai- 
rage d'intensité moyenne. Aussi les rencoutre-t-on associées aux Bala- 
nophyllies, moins impressionnables cependant, dans des stations 
abritées contre les rayons directs du soleil. 

A la vérité, toutes les Balanophyllies ne sont pas dans ce cas, car 
une espèce magnifique de Mahon vit en plein midi, dans les endroits 
les plus vivement éclairés. 

— Histoire des Ascidies simples des côtes de France; par M. H. de 
Lacaze-Duthiers; 2"® partie: Étude des espèces. {Archives de zoologie 
exp. etgén., tom. Vï, 1877, pag. 457). 

La première partie de cette importante monographie, qui a paru 
précédemment dans les Archives et dont nous avons entretenu les 
lecteurs de la Revue, était consacrée à une élude anatomique complète 
d'une Ascidie simple, prise comme type du groupe. 

L'auteur se propose de passer successivement en revue les familles 
suivantes : Molgulidés, Gynthiadés, Ascidiadés et Phallusidés. 

Après avoir parlé des principaux et des plus récents travaux pu- 
bliés sur les Ascidies simples, M. de Lacaze-Duthiers s'occupe de la 
famille des Molgulidés, 

Nous ne rappellerons pas la façon spéciale dont l'auteur oriente 
l'Ascidie, les ouvertures bucco-branchiales et anales dirigées vers le 
bas, non plus que la structure générale de ces animaux. Tous ces 
points avaient été déjà traités avec détails dans le premier numéro. 



382 REVUE SCIENTIFIQUE. 

L'ancien genre Molgule doit être démembré en plusieurs autres 
constituant la famille des Molgulidés. 

' Après un examen critique des diagnoses de cette famille proposées 
par les auteurs récents, M. de Lacaze-Duthiers en énumèreles carac- 
tères distinctifs, tels qu'ils résultent de ses études. 

Voici les plus importants: 

L'orifice antérieur ou bucco-brachial possède six festons, l'orifice 
postérieur ou anal quatre seulement, ce que l'auteur exprime par le 
symbole 6 -{- 4. 

L'anse intestinale, visible adroite, est située dans l'épaisseur du 
manteau. 

Le corps rénal est très-nettement circonscrit et situé à gauche et 
en avant du cœur. 

Les glandes génitales des deux sexes sont rapprochées, sans être 
confondues et toujours logées dans l'épaisseur du manteau : à droite, 
dans la concavité de l'anse intestinale; à gauche, en arrière et en des- 
sous de la glande rénale. 

La branchie a des méridiens saillants et est formée d'infundibu- 
lums dont les trémas sont coordonnés circulairement autour des 
centres de figure de la base des infundibulums. Cette disposition se 
répète très-régulièrement dans tous les méridiens, qui eux-mêmes 
sont symétriques et très-semblables. 

On peut diviser la famille des Molgulidés en deux sous-familles 
comprenant quatre genres, comme l'indique le tableau suivant : 

„ /à mouvements amœboïdes à leur nais- \ 

Sans queue Lance. Les méridiens branchiaux sont i 1 

», , °-/'^'^- icomplexes, les infundibulums compliqués ( G. Anureila. 
Molguhdw anurw ^^^ ^^^ ^^.^^^^ ,,^,^g _ ^ ^ J 

Icomplexes, soulenus\ / 2 

par des côtes multiples! les [simples, G. Molgula. 
à infundibuhims com-f bords des \ 
pliqués, à trémas re-l festons des S 
lativement courts et | orifices sont f 3 

variables. / \laciniés G. Ctenicella. 

Les méridiens simples, à peine soutenus par une seule 
branchiaux sont côte peu adhérente; infundibulums simples; 
"^ trémas longs et circulaires, spiraux autour ^ G. Eugyra. 

du sommet de l'iulundibulum qui est leur 
* centre. 

Nous trouvons ensuite la description minutieuse des caractères, 
tant externes qu'internes, des espèces appartenant à la famille des 
Molgulidés. Chacune de ces descriptious est accompaguée de figures 
et de détails anatomiques dounés avec le soin scrupuleux et l'habileté 
de crayon bien connue de l'auteur. 

Les détails multiples qui accompagnent ces diagnoses, la discus- 



TRAVAUX FRANÇAIS. — ZOOLOGIE. 383 

sion critique des synonymes, font de ce Mémoire une excellente mo- 
nogrnphie, mais qui échappe, on le comprend, à une analyse telle que 
le comporte le cadre de la Revue, analyse qui, après tout, nécessiterait 
elle-même le secours de figures; nous devons nous borner à repro- 
duire les tableaux analytiques dans lesquels se trouvent résumés les 
caractères spécifiques pour chacun des genres. 



a. Animaux 

et 

b. Branchie. 



G. Anurella. 

a. de grande taille. / /villeuses, sembla-^ 

b. fort compliquée, à\ Aires inter etples au reste duM. Roscovita. 
infundibulums plu-ipéri-osculairesjcorps. / 

1 sieurs fois subdivisés. ( (unies et lisses. A. oculata. 

a. de petite taille, /a', nulle. /à peine courbée)^ solenola 

b. simple, à infundi- 6'. simples nonl en arrière. j 
jbulums indivis ou unei divisées. < fortement recour-) 

[fois divisés. \Aase intesti-fbée en haut et enÏA. simplex. 

a'. Papille génitale. i ^^^^ larrière. 

b'. Infundibulums. L-. cordiforme, très-développée. 
W. bifides. 



A.. Dleiii. 



a. Anseintest. 

b. Branchie. 

c. Siphon 
inspirateur. 

d. Tentacules. 



G. Molgula. 

ja. n'entourant pas les glandes génit.'\ 

b. kl méridiens. r 

c. échinulé. ( 

d. grêles, peu rameux. / 

1 ,a'. superposées. 

b'. unique, voisin] 

de l'orifice fe-/ 

melle . 

a. embrassant les a', glandes gé-lc'. parallèles aux^ 

glandes gpuitales. 1 nitales. 1 méridiens. 
&. à 6 méridiens. tô'. Orifice mâle /(i'. très-visibles. 

c. lisse. (c'. Trémas. \a . latérales. 

d. gros et rameux. p'. lutundibu-ift'. multiples, éloi- 
/ lums. \ gnés de l'orifice^ 

temelle. 
c'. en tourbillons^ 



Molg . 
echùiosiphonica. 



Molg. 
sociaiis. 



irréguliers. 
d'. peu visible. 



Molg. 
ampulloïdes. 



G. Gtenicella. 



a. Trémas 
branchiaux. 

b. Corps 
vibratile . 

c. lafundi- 
bulums. 



ja. courbes, peu nom- 
breux dans les fu- 
seaux intermédiaires^ 

i6. à bords recroque -( 
villes. 

je. peu visibles. 

\a. presque droits, très- 
nombreux dans les! 
espaces intermédi-f 
aires . 
b. en forme d'S. 

\c. très-visibles. 



Cter>. Lanceplaini . 



. Côtes. 
, G. vibratile. 
Oviducte. ^ci 



a . de 3 à 4. \ 

b'. horizontal. iClen. Morgalse. 

c' . dirigé en avant) 



, 11 sur la face\ 
postérieure du) 

b'^^^rtiTl' iClcn. appendiculala. 

c'. dirigée en ar- 
rière. 



384 REVUE SCIENTIFIQUE, 

Dans le genre Eugyra, M . de Lacaze-Duthiers donnela description 

de deux espèces: l'une qu'il a observée lui-même à Roscoff, l'autre 

dont il emprunte la diagnose à Hancock. 

S. Jourdain. 



Botanique. 

— La Communication de M. Treub (Compt. rend. AcacL, 1" sep- 
tembre 1879), que nous sommes heureux d'analyser, a pour objet la 
pluralité des noyaux dans certaines cellules végétales. Hormis les exemples 
signalés à titre d'anomalie, de cellules d'Algues renfermant plusieurs 
noyaux, «il n'y a que les grains de pollen, les tubes polliniques et les 
cellules qui participent, d'après M. Vesque, à la formation du sac 
embryonnaire, dans lesquels on ait vu plus d'un noyau »; mais une 
pluralité n'a pas été encore indiquée, si ce n'est peut-être par anoma- 
lie, pour des cellules dites végétatives des plantes supérieures. Cepen- 
dant il est des cellules qui renferment toujours de nombreux noyaux 
cellulaires: ce sont deux espèces de cellules très-différentes. «Ces 
noyaux peuvent être distribués dans les cellules avec plus ou moins 
de régularité.» Kestaità savoir le mode démultiplication des noyaux: 
M. Treub, après avoir exposé l'opinion des auteurs, remarque que 
cette multiplication a lieu par véritable division dans les fibres libé- 
riennes de Humulus Lupulus, Vinca minor, Urtica dioica ; ces deux 
dernières espèces se prêtent le mieux à cette étude. L'auteur ajoute 
que dans ce cas il n'y pas de formation de plaque cellulaire. «La divi- 
sion des noyaux qui précède la formation cellulaire dite libre se fait, 
d'après les récentes rechercbes de M. Strasburger, comme dans les 
cellules à noyaux multiples » ; mais plus tard se produit autour des 
noyaux un groupement du protoplasma suivi de sa difiéreuciation 
en cellules. 

Les résultats auxquels M. Treub est arrivé tendent à amoindrir, 
pour quelques cas du moins, « limportance d'une segmentation de 
protoplasma en cellules, et à faire attacher plus de valeur aux noyaux 
cellulaires» . 

— Les Insectes [Compt. rend. Acad., 8 septembre 1879) qui pon- 
dent leurs œufs sur les matières animales en décomposition sont 
attirés par l'odeur pi-ononcée de chair corrompue que répand la spa- 
the de l'Arum crinilum Act. Ou sait par quel mécanisme ils se trouvent 
emprisonnés dans la partie antérieure de cette s[iathe ; mais, tandis 



TiîAVAUX FRANÇAIS. — BOTANIQUE. 385 

que, d'après J. Liib]:)Ock, les poils résnltant de l'avorteraent des éta- 
mines sont dirigés de haut en bas dans l'Arum maculatum, les mê- 
mes poils, dans l'A. cri?iituin, sont dirigés de bas en haut. En revanche, 
ladirection de haut en bas est celle des poils garnissant la partie anté- 
rieure de la spathe. M. Schnetzler admet que si certaines Mouches 
qui déposent leurs œufs au fond delà spathe ne tardent pas à mourir, 
retenues qu'elles sont par les poils visqueux, certaines autres sont 
attirées seulement par les poils glanduleux du spadice, et de là pas- 
sent aux étamines. «Là, en piétinant sur les anthères, elles en font sortir 
le pollen, et, en remontant le spadice suivant la direction des poils, 
elles s'envolent pour pondre leurs œufs dans une autre spathe, au 
fond de laquelle elles déposent sur les stigmates le pollen enlevé aux 
étamines d'un autre individu ; puis, emprisonnées, elles meurent à 
leur tour.» 

Ces Mouches mortes présentent, au bout de quelques jours, leur 
enveloppe chitineuse desséchée. Cette action est due, non pas «aune 
simple dessiccation, car l'Insecte se trouve sur une surface humide 
sur laquelle une partie du contenu liquide des poils a exsudé >), mais 
bien à l'action d'un acide renfermé très-probablement dans les poils, 
d'un rouge pourpre, garnissant l'intérieur delà spathe de l'A. crinitu^n, 
et qui peut transformer les matières azotées des Insectes en matières 
absorbables par cette spathe, qui est « une simple feuille dont le 
parenchyme renferme des grains de chlorophylle, comme toutes les 
feuilles capables d'assimiler ». 

— M. Gh. Naudin [Compt. rend. AcacL, 22 septembre 1879) pré- 
sente un travail ayant, entre autres choses, pour but de démontrer que 
l'influence de l'électricité est, selon toute probabilité, modifiée par 
l'essence même des espèces, le climat, la saison, la température, le 
degré de lumière, le temps sec ou humide, peut-être aussi par la 
structure géologique ou la composition minéralogique du sol. Il se 
pourrait aussi, toujours suivant M. Naudin, que les efQuves électri- 
ques de l'atmosphère ne soient pas soutirées au même degré par les 
différentes espèces d'arbres. 

— Le genre Pavonia [Compt. rend. Acad., 6 octobre 1879) est signalé 
depuis longtemps parmi les plantes douées de la propriété « de donner 
à la fois, sur le même pied, des fleurs épanouies et des fleurs closes 
ou même enfouies dans le sol ». Chez une espèce de ce genre (P. has- 
kita) , qui possède un état cléistogamique particulier, M. Heckel 
nous dit avoir constaté, entre autres choses, l'absence absolue de 
nectaires autoiu* de l'ovaire dans la fleur non épauouie. « Les physio- 



386 REVUE SCIENTIFIQUE. 

logistes qui voudront mettre en lumière le rôle des nectaires comme 
organes dénutrition des embryons (hypothèse de Pontedera), auront 
à tenir compte de ce fait que, sur une même plante cléistogame, les 
fleurs closes dépourvues de nectar sont aussi fécondes que les fleurs 
parfaites, elles le sont quelquefois davantage; qu'elles peuvent même, 
dans certains cas, l'être à l'exclusion des fleurs parfaites. » C'est ainsi 
que, dans la plante en question, les fruits des fleurs cléistogames ont 
toujours été bien venus et contenaient des graines fertiles, tendres, 
et que pendant les deux années, période de temps pendant laquelle 
le pied du P. hastata a été observé, les premières fleurs ouvertes n'ont 
donné aucune graine'. 

— M. Gapus {A7in. Se. nat., Bot., 6^ sér., tom. VII , n°' 4, 5, 6) 
s'est appliqué à examiner dans ses états successifs et chez diverses 
plantes le tissu conducteur dans lequel, pour la première fois en 
1826, Brongniart a vu le boyau poUinique pénétrer par le stigmate, 
et, en même temps, son extrémité engagée dans le micropyle de 
l'ovule. Ses rechei-ches peuvent se résumer dans les conclusions prin- 
cipales qui suivent. 

La constitution du tissu conducteur peut résulter de l'adaptation 
de certaines cellules, soit de l'épiderme, soit de ce dernier et du tissu 
fondamental; ce tissu peut aussi être un tissu de nouvelle création, 
un métablastème provenant, soit de la division tangentielle de l'épi- 
derme, soit des cellules du périblème. « Le tissu conducteur peut 
tapisser un canal stylaire ou se constituer un tissu conducteur plein.» 
C'est par la soudure des bords opposés du canal primitif qu'est formé 
ce dernier, qui « devient apte à conduire le boyau poUinique, par suite 
de la géliflcation des parois mitoyennes de ses éléments ». « Le canal 
stylaire peut être simple ou divisé. » 

Le tissu conducteur, constitué suivant les deux modes que nous 
avons indiqués plus haut, entre seul dans la formation du stigmate vrai. 
M. Gapus a constaté que le volume da ce tissu est en rapport avec les 
ovules à féconder, « parce qu'il est en rapport avec le nombre des boyaux 
polliuiques qui descendent dans l'ovaire pour féconder ces ovules ». 
C'est le volume de ce tissu que détermine l'étendue de la surface du 
stigmate, lequel détermine ainsi le nombre des grains de pollen qui 
peuvent germer, et le nombre d'ovules pouvant être fécondés. 

— M. H. Moissan {Ann. Se. nat., Bol., %^ sér., tora. VII, n"" 5 et 6) 
établit que « tout organe végétal vivant absorbe l'oxygène de l'air et 

^ "Voir Bonaier, Sur les Nectaires, tom. VIII. 



TRAVAUX FRANÇAIS. BOTANIQUE. 387 

émet de l'acide carbonique », mais que ce n'est point à l'absorption 
de l'oxygène qu'est directement liée, dans la respiration végétale, 
l'émission de l'acide carbonique. Le volume de cet acide remplace, à 
peu de chose près, un égal volume d'oxygène à une certaine tempéra- 
ture, variable avec l'espèce. En général , si cette température est 
dépassée, la production de l'acide carbonique devient supérieure à 
l'absorption de l'oxygène, tandis qu'à basse température l'émission 
de l'acide carbonique est inférieure à l'absorption d'oxygène. 

— Le petit genre Dipsacus {Ann. Se. nat., Bot., 5® sér., tom. VU, 
n°= 5 et 6) offre un phénomène intéressant; nous voulons parler des 
réservoirs d'eau présentés par les feuilles opposées, croisées et élar- 
gies à leur base, de façon à former un godet traversé parla tige. Dans 
ces godets est contenue « une quantité plus ou moins grande d'un 
liquide dont la limpidité est très-variable. » Le Mémoire de M. Ch. 
Barthélémy a pour but d'établir que ce liquide n'est point le produit 
d'une sécrétion et est uniquement dû à une accumulation périodique 
de l'eau pluviale. « Son but pourrait être de protéger et de nourrir 
le bourgeon latéral et de diminuer l'évaporation». A cet exemple, tiré 
de plantes indigènes, M. Barthélémy ajoute celui pris de certaines 
Broméliacées et des Musacées, particulièrement du Ravenala Mada- 
gascariensis appartenant à cette dernière famille. 

— Dans une Etude critique, anatomique et physiologique sur les 
nectaires [Ann. Se. nat., Bot., 5^ sér., tom. VIII, n»' I à 4), M. G. Bon- 
nier entend par tissu nectarifère tout tissu de la plante en contact 
avec l'extérieur, dans lequel s'accumulent en quantité notable les 
sucres des genres glucose et saccharose. On sait que depuis Vaillant 
et Linné les opinions sur le compte des nectaires ont beaucoup varié, 
et que, dans ces derniers temps, la doctrine téléologique de Conrad 
Sprengel a été reprise par la plupart des auteurs, renonçant à cher- 
clier dans l'économie des plantes la signification de ces tissus; on sait 
aussi le rôle in\portant que leur ont attribué ces auteurs dans la fécon- 
dation des végétaux, rôle consistant à fournir aux Insectes une matière 
sucrée et dont on a essayé de tirer un si grand parti dans la théorie 
moderne de la fécondation croisée. 

Pour M. Bonnier, cette explication du rôle des nectaires est insuf- 
fisante, et il s'est livré à des recherches très-habilement suivies sur la 
structure des tissus nectarifères et sur leurs fonctions physiologiques. 
Qu'ils* soient placés dans la fleur ou hors de la fleur, et ce second cas 
a une grande valeur à l'appui de sa manière de voir, les nectaires 
sont pour lui des réserves spéciales pour la nutrition , eu relation 



388 REVUE SCIENTIFIQUE. 

directe avec la vie du végétal. Un ferment inversif contenu dans les 
tissus voisins peut transformer en glucose la quantité de saccharose 
qu'ils renferment. 

C'est au moment où commence le grossissement des fruits que les 
nectaires, surtout développés auprès de l'ovaire , atteignent leur 
extension la plus considérable. Deux conditions influent sur la quan- 
tité de nectar produite : ce sont la quantité d'eau absorbée par les 
racines et l'état hygrométrique de l'air. En faisant agir à la fois ces 
deux causes, M. Bonnier a pu obtenir une émission de liquide sucré 
par des nectaires qui « n'en fournissent pas dans les conditions 
naturelles » (Hyacinthus orie?italis, Ttilipa gessneria^ T. suaveolens^ 
T. silvestîHs, Ruta graveolens^ etc.). 

— Les études de M. B. Gérard sur l'homologie et le diagramme 
des Orchidées {Ann. Se. nat.. Bot., 1" sér., n"^ 3-4) l'ont conduit à 
admettre que les fleurs de cette famille possèdent un périanthe irré- 
gulier à six divisions disposées sur deux rangs ; la partie désignée 
sous le nom de labelle n'est autre chose que la pièce supérieure (appar- 
tenant au cycle interne) qui devient assez souvent inférieure par un 
mouvement de torsion do 180 degrés que présente la partie inférieure 
de la fleur. Quanta l'organe central, nommé gymnostème, il est formé 
par les élamines soudées au style, étamines en nombre variable, 
groupées par cycles de trois. « L'ovaire est infère, à trois carpelles, 
uniloculaire, à placentation pariétale. Les placentas sont bifides, 
opposés aux pièces de la corolle ; les ovules anatropes ; le style unique, 
uni à i'androcée, formé parla soudui-e des trois styles; les deux 
styles supérieurs moins développés que l'antérieur, en raison de sa 
proximité du labelle. Le stigmate est le plus souvent bilobé par la 
confluence des deux stigmates supérieurs. » 

E. DUBRUEIL. 



~ec>— ^&=SSS=-3-»— <»- 



Géologie. 

M. Daubrée [Comp. rend.Acad., 11 août 1879) applique àl'hlstoire 
des météorites et des bolides les données que lui on t fournies les recher- 
ches expérimentales qu'il a entreprises sur l'action érosive des gaz 
ti'ès-comprimés et fortement échauffés. 

— Le même savant {Compt. rend. Acad., 13 octobre 1879) commu- 
nique le résultat de ses observations sur les alignements réguliers des 
joints ou diaclases dans les couches tertiaires des environs de Fon- 



TRAVAUX FRANÇAIS. — GÉOLOGIE. 389 

cainebleau et sur leur relation avec certains traits du relief du sol. 
« On sait que la forêt de Fontainebleau est composée des sables ter- 
tiaires appartenant aux sables supérieurs, ainsi que de couches de 
calcaire lacustre, dont les unes sont inférieures (Brie), les autres supé- 
rieures (Beauce), à ce sable. » Ces sables, en général incohérents, 
sontçà et là agglutinés par un ciment, tantôt calcaire, tantôt siliceux. 
Les diaclasesqui s'observent dans ces différents systèmes, et qui sont 
surtout remarquables par leur régularité dans le calcaire de Brie, 
ont, comme les failles, une tendance notable au parallélisme, et doi- 
vent être regardées comme le résultat « d'actions mécaniques exercées 
extérieurement aux massifs, et qui se sont produites, soit lorsque 
ces masses ont été portées au-dessus du niveau de la masse d'eau 
sous laquelle elles ont été déposées, soit dans des mouvements ou 
tassements ultérieurs. C'est, en un mot, un système de cassures sem- 
blables, pour la disposition et pour l'origine, à celles que l'on peut 
obtenir artificiellement dans une plaque par une faible torsion » 
Les faits indiqués, relativement à la disposition des diaclases dans les 
couches tertiaires de Fontainebleau, sont conformes à ceux signalés 
par M. Daubrée dans les falaises de la Normandie et se retrouvent 
dans les couches de calcaire grossier des environs de Paris. 

— «Le cuivre existe (Compt. rend. Acad., 25 août 1879) à l'état de 
dissémination complète», en proportion très-variable, « dans toute 
l'épaisseur de la couche primordiale »; sa présence se constate égale- 
ment dans tous les dépôts sédimentaires ordinaires « provenant direc- 
tement des roches primordiales, que ces dépôts soient siluriens et 
infra- siluriens..., ou qu'ils remontent jusque dans le trias». 
M. Dieuîafait, l'auteur de la Communication, a le premier reconnu 
directement l'existence de ce métal dans les dernières eaux des marais 
salants de la Méditerranée, et conclut qu'au minimum un mètre cube 
d'eau naturelle de cette mer contient Oe^Oi de cuivre. Les marnes 
noires accompagnant les gypses de tous les âges en renferment tou- 
jours. 

Des faits énoncés, M. Dieuîafait est arrivé à la conclusion « que le 
cuivre existant à l'état de rainerais a été extrait des roches primor- 
diales par l'action des eaux marines » et s'est précipité en présence 
de corps, contenus dans ces eaux, susceptibles de former des combi- 
naisons insolubles, il résulte encore, comme conséquence de la dissé- 
mination du cuivre dans toute l'épaisseur de la formation primordiale, 
que ce métal doit se rencontrer dans toutes les eaux se minéralisant 
dans cette formation ou ses dépendances immédiates. C'est sur ce fait 



390 REVUE SCIENTIFIQUE. 

que portent les recherches de M. Dieulafait; mais disons d'ores et déjà 
qu'elles trouvent un commencement de confirmation dans les travaux 
du professeur de Marseille sur les eaux d'Orezza (Corse) , ainsi que 
dans ceux de M. Filhol et de M. Garrigou sur les eaux des Pyrénées. 

— A la sortie [Compt. rend.Acad., 6 oct. 1879.) du hameau de Pierre- 
fitte, près d'Etampes, sous une assise marneuse d'un mètre, recou- 
verte par la terre végétale, et une couche de gallets siliceux de trois 
mètres, on rencontre une couche, d'épaisseur inconnue, d'un sable 
quartzeux littéralement pétri de coquilles marines. Outre des côtes 
à' Halitherium Guettardi, des dents de Squale, des valves détachées de 
Balanus et des Polypiers divers, des recherches qui sont loin d'être 
complètes ont amené M. Stan. Meunier à y reconnaître quarante- 
sept espèces de Mollusques, parmi lesquels il décrit comme nouvelles: 
Sphenia stampinensis , Corbulomya Moreleti, Cytherœra variabilis, Diplo- 
donta Bezançoni, Turbo Ramesi, Cerithium undulosum. 

La liste de ces quarante-sept espèces offre un mélange des plus 
remarquables; on y trouve énumérés certain fossile: Cardita Bazini^ 
caractéristique de la faune d'Ormoy, à côté d'autres : Melania semi- 
decussataeiPectunculus obovatus, propres àl'horizon de Morigny. «Peut- 
être, et malgré l'état roulé des fossiles de Pierrefitte, cette circonstance 
fournira-t-elle de nouveaux arguments à la discussion dont ont été 
l'objetles divers niveaux fossilifères des sables supérieurs parisiens. « 

~ M. H. Goquand a publié dans le tom. VI, n" 6, du Bull, de la Soc- 
Géol. de France, une Etude sur les terrains tertiaires et trachytiques 
de la vallée de l'Arta (Turquie d'Europe), et une Notice géologique sur 
les environs de Panderma (Asie-Mineure). « Panderraa est située non 
loin de Tactique Cytise ; l'île sur laquelle cette cité était bâtie est 
aujourd'hui reliée au continent par une petite langue de terre à peine 
élevée au-dessus du niveau de la mer, convertie en marais dans 
sa partie centrale et barrée par des dunes à ses deux extrémités. » 
M. Goquand, pendant un séjour dans les environs de Panderma, a eu 
l'occasion d'étudier les terrains granitiques, des micaschistes et des 
phyllades, les terrains de calcaire saccharoïde, devonien, de calcaire 
carbonifère, nummulitique, miocène (couches à Congéries), enfin 
les alluvions anciennes. 

— Vue Noie [Bull. Soc. Géol. de France, 3' sér., tom. VI, n°6, 1878) 
intitulée : Esquisse du callovien et de l'oxfordien dans le Jura occidental et 
le Jura méridional, estl'œuvre de M. P. Choffat. Cette Note, suivie d'un 
Supplément aux couches d' Ammonites acanthicus dans le Jura occidental 



TRAVAUX FRANÇAIS. — GÉOLOGIE, 391 

est basée sur le principe qu'il convient de connaître les contrées situées 
entre la Franche-Comté et entres les Alpes, avant de paralléliser les 
terrains jurassiques de la première contrée et les contre-forts des se- 
condes. Cette livraison contient seulement la première partie de ce 
travail. 

— C'est au coteau de Morenci (Ariége) (BulL Soc. Géol. deyrance, 
3" sér., tom. IV, n°6, 1878) que se rencontrent les premiers bancs fossi- 
lifères du turonien. En descendant vers Bénaix, se remarque une épais- 
seur considérable de marnes jaunes et bleuâtres qui se continuent 
jusqu'à la métairie de Gouret. «Ici commence un deuxième niveau 
fossilifère; il est constitué par des calcaires grossiers, jaunâtres, pétris 
de Rudistes, principalement de grosses Hippurites.» Ce secondniveau, 
occupant, de l'Ouest à l'Est, une longueur de 1,500 à 2,000 mètres, 
avec une épaisseur ,de 800 mètres environ, présente une certaine ana- 
logie avec le turonien de la Provence. 

Les localités que nous venons de mentionner ne sont pas les seules 
du département de l'Ariége dans lesquelles existe le turonien. On l'a 
encore signalé, vers l'Est, à Foutestorbes, vers le Nord-Ouest, à 
Pereille, et surtout vers Roquefixade, Leichert et Saint- Sirac, dans 
la vallée de Scios, où ses assises prennent un développement considé- 
rable. Notons que M. de Lacvivier, l'auteur de la Communica- 
tion, a pu constater la vérité de l'assertion de M. Hébert, qui dans 
sa Note sur iQterram crélacé des Pi/re/ié^s, indique dans la commune de 
Leichert l'existence d'une faille mettant en contact les couches triasi- 
ques et le turonien. Quoique ce contact ne soit pas facile à observer, 
M. de Lacvivier ne saurait accepter l'opinion de M. Garrigou, suivant 
lequel on devrait regarder comme faisant partie du turonien la masse 
d'argiles bariolés, de grès schistoïdes,de grès psammitiques à traces 
charbonneuses et empreintes végétales connus sous le nom de grès 
de Celles : il croit, avec M. Hébert, que ce système constitue un 
étage à part, supérieur à celui dont il s'occupe. De même, il n'est pas 
d'accord avec M. Garrigou pour ce qui est des relations des couches à 
Rudistes avec les couches qui les précèdent. 

Le turonien se retrouve au-delà de Foix, en suivant la crête du Pech 
vers cette ville; enfin, au Bastié se voit un système de marnes feuil- 
letées, de calcaires et de conglomérats gréseux à Rudistes, surmontant 
les argiles et les grès à Orbitoïdes que l'on observe dans cette région, 
«Il y a encore un petit lambeau de turonien, un peu plus loin, au 
rocher deCaralp^ mais de là à Saint-Girons on n'en retrouve plus sur 
le versant méridional de la crête. » M, Lacvivier ne connaît pas de 



392 REVUE SCIENTIFIQUE. 

couches appartenant à cet étage sur le versant Nord ; cependant il a 
en sa possession une petite Hippurite provenant de Laplagne , der- 
rière Cadarcet ; aussi admet-il la possibilité que le turonien se rencon- 
tre de ce côté. 

Ce même terrain a été signalé en d'autres endroits par quelques 
géologues; mais, suivant M. de Lacvivier, ces auteurs décrivent 
comme turoniennes des couches appartenant au grès de Celles ou 
à des étages inférieurs à celui dont il est question dans la présente 
Note. 

— M. F. Fontannes [Bull. Soc. Géol. de France^ tom. VI, n» 7, 1878) 
a porté son attention sur les terrains néogènes du plateau de Cucuron 
(Vaucluse) {Cadejiet, Cahrières-d' Aigues)\ notre collaborateur a constaté 
que l'on retrouve sur les pentes méridionales du mont Luberon les 
sables et argiles bigarrés de i'éocène, existant à l'état de lambeaux , 
avec les mêmes caractères que dans le Comtat. Pour les dépôts attri- 
bués au grès vert sur la carte de M. de Gras, ils appartiennent « en 
réalité à la mollasse à Peclen scahriusculus ou à la mollasse propre- 
ment dite, et se relient aux dépôts moUasiques de Bonnieux (Vau- 
cluse) et de Rognes (Bouches-du-Uhône) ». Quant à la zone souvent 
désignée sous le nom de mollasse sableuse ou de mollasse grise, zone ne 
pouvant être parallélisée avec la mollasse sableuse à Scutella Paulensis 
de Saint-Paul-Trois-Ghâteaux , elle représente la formation gréso- 
sableuse, constante dans le bassin du Rhône, et forme le terme 
moyen de la série marine du miocène. On remarque à la base do cette 
zone un bancd'Amphiopes et de nombreux Ostreacrassissima, fossiles 
qu'on retrouve toujours à ce niveau dans d'autres localités. C'est une 
oscillation du sol, qui n'a probablement pas eu «la même amplitude 
que les mouvements auxquels sont dues les alternances ultérieures 
de dépôts marins et continentaux », qu'il faut reconnaître pour cause 
aux dépôts d'eau douce recouvrant, dans la vallée de la Durance, les 
couches contenant les deux fossiles que nous venons de nommer. 
Toutefois, M. Fontannes n'afîirme rien sur les effets de cette oscilla- 
tion et nous dit qu'il est possible « qu'on lui reconnaisse dans l'ave- 
nir une extension plus grande que celle qui ressort des données ac- 
tuelles». 

Les couches marno-calcaires dites mollasse de Cucuron sont, con- 
trairement à ce qui a été soutenu jusqu'à ce jour, le prolongement 
développé d'une couche que l'auteur du Mémoire dont nous rendons 
compte a signalée dans lo Comtat sous le nom de calcaire marno- 
sableux à Peclen Vindascinus. Sauf dans cette dernière assise, ren- 



TRAVAUX B^RANÇAIS. — GÉOLOaiE. 393 

contrée seulement encore dans le Gomtat et dans la Provence, il 
existe une identité parfaite entre la série marine du plateau de Gucu- 
ron et celle de la vallée du Rhône, depuis les contre-forts du Jura 
jusqu'au littoral méditerranéen. 

Puis succède une formation continentale, débutant par une couche 
de lignite « qu'on peut suivre au Nord jusque dans le département de 
l'Ain. Il est probable , malgré de sensibles divergences fauniques, 
que les dépôts terrestres et d'eau douce superposés au lignite (calcaire 
marneux k Hélix CliristoU, limon rougeâtre k Hipparion gracile] ont 
leurs représentants homotaxiquesdans les sables et grès comxjris entre 
le lignite et les alluvions anciennes dans le Bas-Dauphiné , la 
Bresse, etc. » 

M. Fontannesa désigné toute cette série, qui luiaparu en stratifi- 
cation concordante ou légèrement transgressive, sous le nom de 
groupe de Visan, et l'a rapportée au miocène, M. A. Gaudry ayant re- 
gardé comme caractéristique du miocène supérieur la faune mamma- 
logique des limons de Gucuron. 

Nous ferons remarquer que le groupe de Saint-Ariès, représenté 
dans les environs de Gucuron par les marnes à lurritella subangulata 
de Saint-Christophe, «qui se relient à l'Ouest aux dépôts analogues 
des environs d'Avignon » et possèdent une faune particulière, est 
considérée par M. Fontannes comme formant la base du pliocène in- 
férieur marin dans le bassin du Rhône. Les documents paléontolo- 
giques faisant défaut jusqu'ici ne permettent pas de décider si les dé- 
pôts saumâtres, ordinairement superposés aux couches marines de ce 
dernier groupe, sont représentés par les marnes de Bacot ; ce rap^ 
prochement est indiqué sous toutes réserves. 

A ce Mémoire est jointe la description de quelques espèces et variétés 
nouvelles des terrains néogènes du plateau de Gucuron. 

— On trouve dans le tom. VI, n»?, du. Bull, de la Soc. GéoL, un Essai 
de M. Tardy sur l'âge des silex de Saint-Acheul et sur la classification de 
V époque quaternaire, suivi d'un Essaie du même auteur^ sur les oscilla- 
tions des époques miocène., pliocène et quaternaire. 

— Dans une Note publiée en 1877, etdont nous avons rendu compte, 
sur lesfossiles devoniens du département delà Mayenne, M. D.OEhlert 
a négligé de signaler des Grinoïdes sur lesquels il n'avait pas de ren- 
seignements suffisants; aujourd'hui (Bt^//. 5oc. GéoL de France, S'user., 
tom. VII, n" 1 . 1879) il en décrit deux formes nouvelles sous le 
nom de Thylacocrinus Vannioti et de Clorocrinus Bigsbyi. L'auteur 
donne la diagnose suivante de ces deux genres créés par lui : Thyla- 

2« sér., tom. i. 26 



394 REVUE SCIENTIFIQUE. 

cocRiNUs: « Calyxarri'plus^ globidosus,sacciformis, assulis plurimis com- 
positus ; assulœ hasales quinque pavose, regulai^iter pentagonx ; para- 
basale quinque hexagonse ; radiales 5x3, addita una anali; interradia- 
les nwnerosse ; brachia 34 gracilia, longissima, assulse fornicis ad bra- 
chia ascendentes. — Glorocrinus: Calyxcupiliformis, assulis partis orna- 
tisque compositus ; assulse basâtes ignotse ; parabasales nullœ ; radiales 
3 X,S; brachiales (24-2)X 5 ; suprabrachiales [o -\- 3] X 10; brachio- 
rum species dux : altère simplices, pinnulas gerentes; alterce caule gemino 
composite, ramos pinnigei^os gignentes. 

— M. Calderoii [Bull. Soc. Géol. de France, S'"^ sér., tom. VII, n° 1, 
1879), après avoir rappelé la Note de M, de Reydellet sur laphospho- 
rite résinoïde exploitée à Belmez (province de Gordoue), signale, 
dans les environs d"Almaden et dans le Pnerto de Espiel, la présence 
de phosphorite « produite par la transformation des calcaires silu- 
riens et carbonifères ». 

Un fait nouveau est ajouté par M. Galderon aux indications de 
M. Reydellet: « c'est que, près des gisements en filon de Belmez, 
dans les cavernes de Sierra Palacios et aussi à Almaden, on trouve 
une sorte de phosphorite qui se présente en masse de la même manière 
que dans les célèbres localités du Taru-et-Garonne et du Lot. G'est 
une matière rouge, pierreuse, qui, traitée par les acides, fait effer- 
vescence, laisse un abondant résidu d'argile et contient aussi une 
grande quantité de phosphate de chaux ; c'est donc une marne calcaire 
phosphatée. » 

L'âge de cette marne, reposant sur le calcaire carbonifère de Sierra 
Palacios et sur le terrain silurien d'Almaden, est tout à fait distinct de 
l'âge de ces dernières formations ; nous n'en voulons comme preuve 
que la découverte qui y a été faite d'os d'Oiseaux, de mâchoires etde 
dents de Rongeurs, et même, dit-on, d'une molaire d'£'gMW,$. 

De l'avis de M. Galderon, toutes les phosphorites en question 
sont des produits geysériens de l'époque moderne. « Les fractu- 
res et les mouvements locaux de terrains dans lesquels on les trouve 
sont antérieurs aux émissions thermales, qui ont profité, pour leur 
sortie, des crevasses préexistant dans les calcaires. » 

— Un travail de M. Ed. Dufour ayant pour titre Relations entre 
l'èocène et le miocène à Saffrè (Loire-Inférieure), est inséré dans le 
même fascicule du Bull, de la Soc. Géol. de France. 

— Une Note sur quelques points de la géologie de Corte et sur les res- 
semblances qui rattachent cette partie de la Corse à la bande occidentale 



TRAVAUX FRANÇAIS. — GÉOLOGIE. 395 

de la Toscane {Bull. Soc, Géol. de France, 3"^ sér., tom. VU, n" 1, 
1879) est surtout cousacrée par M. H. Coquand à l'étude des terrains 
carboniférieu et serpentineux. Il établit que la formation ophiolitique 
joue un rôle tout aussi important en Corse qu'en Toscane, et que ce 
premier pays doit être cité comme une région classique pour ce 
terrain. 

— Des ossements {Bull. Soc. Géol. de France, 3'°'^ sér., tom. VII, n° 1, 
1879), d'Hippopotame et d'Eléphant ont été récemment découverts 
dans une station préhistorique de la plaine d'Eghis (province d'Oran), 
M. Pomel nous apprend que les molaires de cet Éléphant se distin- 
guent par la forme particulière de leurs lames, dénature à le faire re- 
garder comme une -espèce différant, entre autres, de 1'^. africanus de 
P. Germais. Cette espèce est désignée sous le nom d'E. atlanlicus. 

— Le même numéro du Bulletin de la même Société contient aussi 
un travail de M. Alb. Gaudry sur les Reptiles de Vépoque permienne 
aux environs d\4.utun; nous nous réservons de revenir sur cet inté- 
ressant travail. 

E. DUBRUEIL. 



Sociétés des Sciences naturelles de Province. 



Comparaison des ceintures thoracique et pelvienne dans la série 
des Vertébrés /T^SiT M. Arm. Sabatier {Mém. Acad. des Se. et Lett. de 
Montpellier, tom. IX, 2^fasc.; 1877-78*). — Il est certaines questions de 
zoologie philosophique qui ont eu le privilège de provoquer une infir.ité 
de solutions différentes, sans que jamais aucune ne fût définitivement 
adoptée, non pas par tous, mais par la majorité des naturalistes. Telle 
est celle à laquelle répond le professeur Sabatier, et que Vicq-d'Azyr, 
en 1774 , eut le premier la pensée de formuler. 

Le but de M, Sabatier n'est point de faire ici une comparaison com- 
plète entre les membres antérieurs et postérieurs; un seul point fixera 
son attention : la comparaison des ceintures scapulaire et pelvienne. A 
cette remarque, nous ajouterons que l'auteur estime, avec raison, que 
la première règle qui doit diriger dans l'établissement des homologies en- 
tre deux organes, c'est qu'il fautprendre pour point de départ et pour sujet 

1 La publication des Mémoires de cette Académie est fort en retard, et cette 
livraison est la dernière qui ait paru en 1879. 



396 REVUE SCIENTIFIQUE, 

de comparaison les types où ces organes sont le moins dissemblables et 
ont subi les moindres variations. C'est dire à quelles méprises se sont 
exposés, méprises qu'ils n'ont pas évitées, les auteurs qui, en ce qui re- 
garde l'épaule et le bassin, ont pris le squelette humain pour faire re- 
poser leur comparaison. Déplus, de telles comparaisons sont vicieuses 
sans le concours de l'embryogénie. 

Pour éviter ces éeueils, avant de comparer directement le bassin et 
l'épaule du squelette humain, qui ont subides modifications profondes, 
M. Sabatier va examiner les ceintures scapuîaire et pelvienne chez les 
animaux dont les membres ont le plus conservé leur disposition primi- 
tive, telle que nous la révèlent la paléontologie et l'embryogénie, 

La disposition des membres des Sauriens, Crocodiliens, Chéloniens 
rappelle la conformation primordiale tj^pique de ces organes. 

En effet, on peut dire que comme type général, chez eux, la forme de 
la ceinture thoracique, dont il sera d'abord question, est « celle d'un ap- 
pareil ostéo-cartiiagineux à trois branches convergent, soit en série, 
soit en étoile, vers la cavité glénoïde, et contribuant dans des propor- 
tions très-variables à la constitution de cette cavité, le scapulum et le 
coracoïde enfermant la plus grande partie, le précoracoïde y entrant pour 
une part moindre et quelquefois même nulle (Crocodiliens, Lacertiliens)»; 
î\la colonne vertébrale est attachée l'une des trois branches de la ceinture, 
le scapulum, branche supérieure ; pour les deux autres, le prccorar^oïde, 
branche antérieure, et le coracoïde, branche postérieure, elles servent 
d'insertion à, des muscles, et en même temps de support pour l'humérus. 
Quant à l'échancrure séparant ces deux derniers os, tantôt elle reste ou- 
verte, tantôt elle se clôt en un trou, donnant ainsi formation au trou obtu- 
rateur de l'épaule ; tantôt enfin elle manque entièrement (Caméléon), 

De plus, M. Sabatier ajoute une observation commune à toutes les 
ceintures thoraciques : c'est la présence d'une saillie plus ou moins pro- 
noncée, désignée par lui sous le nom de tnbérositécoracoïdienneetîor- 
mée, soit par l'épicoracoïde, soit par son union avec le bord postérieur du 
coracoïde. La dénomination de tubérosité précoracoïdienne est réser- 
vée à la saillie plus faible que présente en avant l'épiprécoracoïde, soit 
lui-même, soit par son union avec le bord antérieur du précoracoïde. 

Mais, toujours d'après M. Sabatier, les Amphibiens, soit abranches, 
soit perennibranches, ont conservé mieux que les Reptiles un souvenir 
clair et précis du type primitif, tout en ayant atteint un degré de déve- 
loppement qui permet de les comparer avec sûreté et sans hésitation , 
sous le rapport de leurs membres, aux membres des Vertébrés qui leur 
sont supérieurs. Chez les Urodèles les moins transformés, la ceinture 
thoracique est représentée par un cartilage à trois branches, offrant sur 



SOCIÉTÉS DE PROVINCE. 397 

une seule, le scapulum, un point d'ossification. Les Anoure?, sauf quel- 
ques légères difFéi'cnces, ont la ceinture scapulaire construite sur le 
même type que celle des Urodèles: on observe t)ujours trois branches 
convergent vers la cavité glénoïde. 

S'occupant ensuite de la ceinture pelvienne, M. Sabatier entreprend 
de démontrer que chez les Ampliibiens cette ceinture, malgré les appa- 
rences, ne s'éloigne réellement pas du type triflde observé dans la 
ceinture thoracique de ces animaux, car il est facile de se convaincre 
que chez les Urodèles la portion ventrale de la ceinture pelvienne re- 
présente les deux éléments qui ont reçu le nom d'ischion et de pubis sur- 
montés de leurs épiiscbions et épipubis, et réunis entre eux sans échan- 
orures ni trou obturateur. Il est également facile de prouver que, 
malgré des différences de forme qui, à première vue, sem blent capitales, 
«le bassin des Anoures n'est qu'une reproduction du bassin des Urodèles, 
modifié d'une manière superficielle et tout à fait secondaire. Dans l'une 
comme dans l'autre forme, la portion ventrale de la ceinture pelvienne 
est formée par une plaque cartilagineuse sans échancrure et sans trou, 
dans laquelle apparaît un seul point d'ossification, correspondant surtout 
à la portion postérieure ou ischienne du bassin. » 

La subdivision de la plaque ventrale par une échancrure ou par un 
trou obturateur, se rencontre chez les Reptiles qui ont les membres pos- 
térieurs bien développés. Notons qu'on observe chez le Caméléon, par 
exemple, dont, par exception, la cavité cotyloïde n'est pas formée par 
deux éléments pelviens, sur le bord cartilagineux antérieur du pubis, un 
ensemble de saillies, apophyses pubiennes, qui, vu par la face inférieure, 
représente un T dont l'extrémité des branches est reliée par un cordon 
au pied du jambage principal, ensemble qui n'est autre chose que les 
représentants plus développés de la saillie antérieure de la plaque ischio- 
pubienne des Urodèles. 

Les Lézards ont les éléments de la ceinture séparés par des échancru- 
res très-larges, ce qui permet de voir aisément la disposition rayonnée 
des trois portions qui la composent. M. Sabatier nous fait remarquer que 
la direction de l'iléon en arrière n'existe que par rapport à la colonne 
vertébrale et n'atteint en rien la situation des os iliaques. Les apophyses 
pubiennes se retrouvent ici. Pour le cartilage précloacal ou osselet, l'au- 
teur le regarde comme le représentant de cette portion rhomboïdale du 
sternum sur laquelle s'appuient les coracoïdes. Il est une autre partie 
qui peut être rapprochée de l'osselet précloacal des Lézards, partie 
à laquelle sont attribués de semblables rapports; nous voulons parler de 
l'éminence osseuse triangulaire qui se trouve, chez les Chéloniens, entre 
les tubérosités ischiatiques et dans l'angle formé par les deux épiischions. 



398 REVUE SCIENTIFIQUE. 

Toutefois nous ne voulons pas considérer dans notre analyse, plus lon- 
guement que nous l'avons fait, les rapports qui existent entre les diverses 
parties de la ceinture scapulaire et pelvienne de différents groupes d'ani- 
maux. Nous ne dirons rien des Chéloniens, sinon qu'un fait exceptionnel 
dans l'histoire des Vertébrés est fourni par le renversement qu'on y con- 
state dans les proportions de volume entre les pubis et les ischions. Nous 
nous occuperons dubassin des Grocodiliens, si important dans la question. 

«On y trouve un iléon losangique ayant un angle postérieur aigu et for- 
tement dirigé en arrière, un angle supérieur obtus peu saillant, un angle 
inférieur obtus sur lequel se trouve la portion iliaque de la cavité coty- 
loïde articulaire, et un antérieur aigu formant une saillie tuberculeuse 
mousse», désignée sous le nom d'apophyse antérieure de Viléon. Un 
épiiléon assez étendu, constituant sa pointe arrondie, recouvre l'angle pos- 
térieur. La fontanelle del'acétabulum^ obturée par une membrane fibreuse^ 
est formée par une échancrure du bord inférieur unie à une échancrure 
du bord supérieur de l'ischion, à l'apophyse duquel est rattachée une tige 
regardée généralement comme le pubis ; les épipubis sont semi-lunaires, 
cartilagineux. Un épiischion, aussi cartilagineux, réunit sur la ligne 
médiane les deux ischions, qui sont dirigés en arrière et en bas, tandis 
que l'iléon et l'ischion, dont les apophyses sont plus ou moins séparées et 
même confondues, sont joints par une synchondrose, pour former à eux 
seuls la surface articulaire proprement dite. On distingue une tubérosité 
ischiatique et une tubérosité pelvienne. 

Il importe de remarquer que M. Sabatier, examinant l'opinion de 
Gegenbaur, que le pubis des Grocodiliens pourrait bien n'être pas un vrai 
pubis, mais un élément surajouté, établit par de nombreuses raisons que 
cet élément osseux constitue réellement le pubis des autres Vertébrés. 

Enfin, M. Sabatier termine la première partie de son travail par un 
examen de l'épaule et du bassin des grands Sauriens mésozoïques, les Plé- 
siosaures et les Ichthyosaures*. 

— Quelques réflexions sur la faculté germinative des graines de 
Me^oWjparM. d'Arbaumont(5w?Z. c^'^or^. delà Côte-d' Or, 187 8). — Nous 
avons déjà mentionné l'article publié sur ce sujet par M. Cazzuola dans 
le Bulletin de la Société toscane d'Horticulture ^, et fait connaître l'opi- 
nion de ce dernier, combattue par M. Duchartre, sur cette question, à la 
solution de laquelle M. d'Arbaumont apporte son tribut. 

Un membre de la Société centrale d'Horticulture de France, sans s'ar- 
rêter à considérer le nombre de fleurs mâles et femelles données par des 

i La deuxième partie paraîtra prochainement. 
Tom. I, 2e sér., pag. 117. 



SOCIÉTÉS DE PROVINCE. 399 

pieds produits par des graines d'âges différents^ a constaté que les pieds 
de Melon venus de graines âgées donnent des fruits plus francs que ceux 
qui proviennent de graines récentes, et qu'ils sont d'ailleurs moins vigou- 
reux, ce qui en rend la fructification plus assurée. C'est sur ce point 
spécial que devrait, suivant M. d'Arbaumont, porter l'attention des expé- 
rimentateurs, point pr uvé par ce qui se passe pour les Melons soumis 
aux procédés ordinaires de culture. Mais il est permis de supposer, pour 
les pieds de cette plante se développant en liberté, «que la force végéta- 
tive se portera sur les premiers bourgeons floraux, aux dépens des bour- 
geons d'apparition ultérieure». De telle sorte que tout se réduirait à 
reconnaître l'application d'une loi de concordance entre la force relative 
de végétation de l'embryon, force plus ou moins active selon qu'elle e^t 
demeurée plus ou moins longtemps à l'état latent, et l'époque d'appari- 
tion ou plutôt de formation de bourgeons floraux, mâles et femelles. 

M. Cazzuola, ne se bornant pas à ses expériences sur les graines de 
Melon, a récemment publié, toujours dans le Bulletin de la Société 
toscane d' Horticulture^ un article sur la Vie latente des 'plantes à 
Vétat d'embryon dansles vieilles graines. Suivant lui, les faits s'accom- 
plissent ainsi qu'il dit l'avoir observé dans son premier Mémoire, chez 
les Courges, les Pastèques, les Concombres, les Coloquintes, etc. Mais, 
« chose remai^quable, ajoute M. Cazzuola, la contre-partie des faits si- 
gnalés dans le développement des jeunes pieds de Melon et d'autres 
plantes de la même famille s'observe pour le Maïs». Chez ce dernier, 
on voit, d'après sa remarque, apparaître les panicules femelles avant les 
panicules mâles. Si la tige est issue d'une graine d'âge récent, elle pro- 
duira trois épis femelles vigoureux, tandis que la panicule terminale, 
composée de fleurs mâles, restera petite et délicate. Le pied de Maïs 
provient-il, au contraire, d'une vieille graine : la tige alors ne portera 
qu'une vigoureuse panicule mâle, tandis que les fleurs femelles avorte- 
ront à peine formées. 

M. Cazzuola étend aux plantes dioïques les faits généraux que nous 
venons d'iadiqaer pour les plantes monoïques : «les choses changent d'as- 
pect sans que le principe soit modifié». Ainsi, on constatera la pré- 
sence de plus des deux tiers de plantes de Chanvre à fleurs mâles et 
celle seulement de quelques pieds femelles, si l'on a semé de la jeune 
graine de cette espèce ; l'efî'et inverse résultera du semis de vieille graine. 
Les plantes dioïques ligneuses ofl'rent le même phénomène. 

Pour M. Cazzuola, les phénomènes relatés trouvent leur explication 
dans une loi da physiologie générale « d'après laquelle la vie latente ou 
embryonnaire des plantes tendrait à les énerver et les rendrait prolifi- 
ques et fécondes, en raison même de cet épuisement. » Une tendance à 



400 REVUE SCIENTIFIQUE. 

transformer la plante qui en naîtra en plante femelle, ou, si la plante 
est monoïque, à lui faire produire en majorité des fleurs femelles, se remar- 
quera, tant que sa faculté germinative ne sera pas étouffée chez la vieille 
graine.^ devenue plus fructifère à mesure qu'elle a subi l'action du temps. 
En somme, les conditions de l'embryon ne sont pas modifiées, mais les 
fleurs mâles n'apparaîtront pas, la semence ayant été conservée pendant 
quelques années, parce qu'elles sont restées atrophiées dans les entre- 
nœuds de la tige embryonnaire. Enfin, l'extinction de la faculté germi- 
native entraîne comme conséquence l'extinction de la vitalité; il en ré- 
sultera, dansles très-vieilles graines, l'atrophie, sinon de toutes, aumoins 
de la plupart des fleurs femelles. 

Tout en admettant la diminution, avec l'âge, des forces végétatives et 
cette atrophie dont nous venons de parler, il ne paraît pas possible à M. 
d'Arbaumont de se mettre d'accord avec M. Cazzuola, dans l'état actuel 
de nos connaissances, sur deux points importants : l'époque où se produit 
cette atrophie et les causes qui la déterminent. Il lui répugne, avec rai- 
son selon nous, de reconnaître la possibilité d'une différenciation 
sexuelle dans les éléments tissulaires d'une plante encore à l'état em- 
bryonnaire et dont les graines ne sont pas destinées congénitalement à 
produire exclusivement des pieds mâles ou des pieds femelles. « Et 
même encore, pour les plantes dioïques, comment constater cette diffé- 
renciation, qui pourrait bien résulter, au moins dans certains cas, d'une 
évolution postérieure à l'acte même de la germination ?» Cela n'abouti- 
rait-il pas à vouloir ressusciter la théorie de la préexistence des germes. 
Pourquoi ne pas admettre avec M. d'Arbaumont, cette explication 
paraît plus plausible, que l'atrophie ne se produit pas pendant que la 
graine se débilite avec l'âge, mais qu'elle résulte des modifications su- 
bies par l'appareil végétatif dans la phase post-embryonnaire de son évo- 
lution ; à l'aide de cette explication, le phénomène présenté par le Maïs 
n'est plus une exception, mais rentre dans la règle commune. 

On peut, il est vrai, objecter à ce système ce qui a lieu dans les plan- 
tes dioïques, où l'on est forcé de reconnaître une modification organique 
contemporaine de la vie embryonnaire de la plante. Mais « on sait que, 
dans les fieurs hermaphrodites, le verticille staminal se développe ordi- 
nairement avant le capillaire qui lui est superposé sur l'axe de cône de 
végétation du bourgeon floral». D'autre part, on n'ignore pas que la sup- 
position de l'avortement congénital ou consécutif, tantôt des ovaires, 
tantôt des étamines, peut seule expliquer l'état d'unisexualité des plantes. 
Or, chez le Chanvre, cité plus haut, « que la graine soit jeune et par suite 
la plante vigoureuse, la force de végétation de celle-ci ne se portera pas> 
comme tout à l'heure, sur des bourgeons de première apparition qui 

FAUTE A CORRIGER AVANT LECTURE. 

Pao-e 400, lio-ne 7 en remontant, au lieu de : capillaire, mettre carpellaire. 



SOCIÉTÉS DE PROVINCE. 401 

n'existaient pas encore, elle affluera tout entière sur les organes floraux de 
première apparition, vers les étamines, qui se développeront vigoureu- 
sement aux dépens des carpelles, et vous aurez une plante mâle. » Le 
doublement des fleurs hermaphrodites, avec hypertrophie pétaloïde des 
étamines et avortement consécutif du verticilîe carpellaire, est d'ailleurs 
soumis à un procédé analogue. D'autre part, en renversant la proposi- 
tion, il est aisé de comprendre qu'avec une plante dioïque provenant 
d'une graine âgée, on pourra avoir une plante femelle. 

— Études stratigra'pMques et 'paléontologiques 'pour servira Vhis- 
toire de la période tertiaire dans le bassin du Rhône ; par M. F. Fon- 
tannes [Annal. Soc. d'Agric, Hist. nat. et Arts utiles de Lyon., 1878). 
Le troisième fascicule de ces études est consacré à la description 
d'espèces fossiles nouvelles ou peu connues rencontrées dans le bassin 
sus-indiqué. Au nombre des espèces de Mollusques dénommées par 
M. Fontannes dans ce travail ou dans un travail antérieur, figu- 
rent : Nassa Ayguesii, N. Cabrierensis, Turritella Valriacensis, 
Hydrobia Avisanensis, Neritina Grasiana^ Trochus pseudo-fraga- 
roides , T. Colonioni , Fissurella Lugdunensis , Patella Davidi , 
P: Tournoueri, P. Delphinensis, P. Vindascina, P. Comitatensis, 
P. Arabica., Hélix prœdepressula, Limacea Heî^iacensis, Auricula 
Abollensis, Ostrea Barriensis, Pecten Justianus, P. Celestini, Hin- 
niles Tricastinus, Mytilus Suzensis, M. Matheroni, Cardium Avi- 
sanense, Corbula Escoffierœ, Pholadomya Oarnieri. 

M. Fontannes observe, à propos du genre Patella, que, d'après les 
recherches bibliographiques auxquelles il s'est livré, les terrains ter- 
tiaires supérieurs n'auraient fourni qu'une douzaine d'espèces éteintes de 
ce genre, auxquelles il faut joindre les représentants plus ou moins 
autorisés d'une huitaine d'espèces actuelles. Au nombre de sept se por- 
tent les espèces du genre Patelle du bassin du Rhône à ajouter au chifire 
précédent. 

Nous attirerons l'attention d'une façon toute spéciale sur deux Cri- 
noïdes trouvés dans la région mentionnée par M. Fontannes, et rappor- 
tés tous les deux par lui au genre Antedon. L'un, 1'^. Rhodanicus Fon- 
tannes, le premier qui soit signalé dans les terrains tertiaires de la 
France, est, du moins jusqu'ici, une des raretés paléontologiques du 
bassin du Rhône; l'autre, 1'^. Meneghinianus Fontann., n'a été ren- 
contré qu'au nombre d'un seul exemplaire dans la molasse k Pecten prœ- 
scabriusculus des environs deBoliène, ce qui ne permet pasdel'étudier 
aussi minutieusement que l'espèce précédente ; « il est facile cependant 
de reconnaître qu'elle est construite sur le même plan ; mais sa taille, 



402 REVUE SCIENTIFIQUE. 

sa forme globuleuse, le diamètre de l'ouverture de sa cavité centrale, 
qui est beaucoup plus grande, l'absence de dépressions sur la base infé- 
rieure, qui est plane, sont des caractères largement suffisants pour 
empêcher toute confusion entre ces deux types, et rendent superflue 
rénumération de toutes les divergences qu'ils présentent.» La plupart 
des espèces connues du genre Antedon proviennent des formations se- 
condaires ; pour les espèces tertiaires, leur nombre serait porté à huit 
par les deux espèces découvertes par M. Fontannes dans le bassin du 
Rhône. 

— Troisièmes mélanges de Tératologie végétale; par M. D.-A. Godron 
[Mèm. Soc. nat. des Scienc. natur. et mathém. de Cherbourg, 1877- 
78). — Les faits de tératologie végétale sur lesquels s'est porté depuis 
longtemps l'attention de notre savant collaborateur ont fait l'objet de 
plusieurs Mémoires spéciaux dont les premiers datent des années 1845 et 
1846. Mais il restait à M. Godron un assez grand nombre de ces faits 
inédits et très-variés ; leur description a été insérée, en 1877, dans les 
Mémoires de la Société des Sciences naturelles de Cherbourg et, en 
1874, dans le même recueil. Cette dernière partie, dont nous avons rendu 
compte, est suivie d'une troisième dans laquelle M. Godron énumère Jes 
résultats de ses recherches pendant les trois dernières années qui ont 
précédé la publication de son Mémoire. Les exemples tératologiques in- 
diqués se résument dans les phénomènes que voici: soudure (fleurs ou 
partie similaire des verticilles floraux soudées entre elles, soudure de 
deux inflorescences, soudure de deux feuilles), disjonction, partition des 
axes végétaux, fascies, pélories, pétalomanie', métamorphoses des orga- 
nes (transformation des divisions du calice en feuilles, transformation 
des étamines en pétales et réciproquement, transformation du pistil 
en feuille), transformation totale ou partielle d'une inflorescence en 
feuilles, torsions, avortements, enfin anomalies physiologiques. — Une 
remarque applicable à toutes les monstruosités est que ces dernières 
sont moins fréquentes chez les plantes sauvages que chez les plantes 
soumises à la culture, qui donne naissance à un grand nombre de cas 
tératologiques. 

1 «Les fleurs doubles résultent ordinairement de la métamorphose des étamines 
et des carpelles en pétales, sans que le réceptacle en soit sensiblement modifié. 
Mais un aiilre mode de multiplication des pétales vient t^e joindre au premier et 
constitue précisément un phénomène que je noxnm^ pélalomanie « . Nous renvoyons 
pour la connaissance des phénomènes à la pag. 240 du tom. XVI, du Mémoire 
indiqué . 



SOCIÉTÉS DE PROVINCE. 403 

— Note sur les Mousses du Paraguay récoltées par M. Balansa, de 
1874 à 4877 ; par M. Em. Bescherelle [Mém. Soc. nation, des Scienc. 
natur. et mathé^n. de Cherbourg.^ 1877-78). — Une lacune pour la 
bryologie de l'Assomption à Villa-Rica a été en partie comblée par la 
récolte de ces Mousses, dont une collection, déposée au Muséum d'his- 
toire naturelle de Paris, comprend une centaine d'échantillons de locali- 
tés diverses qui se rapportent à 46 espèces, dont 36 sont nouvelles. Selon 
M. Bescherelle, ce nombre de Mousses ne permet pas déjuger de cette 
partie de la flore bryologique du Paraguay, car « M. Ch. Mùller a reçu 
de l'Uruguay, contrée voisine, plus de 400 espèces de Mousses, parmi 
lesquelles on compte plus de 300 species ozovœ.» 

— Monstruosités de la Chicorée (Cicliorium intybus, L.); parle 
professeur BékétofF [Mém. Soc. Scienc. natur. et mathém. de Cher- 
bourg, 1877-78). — Cet article contient un aperçu sur la nature mor- 
phologique de l'ovule , question qui n'a pas encore reçu de solution 
définitive. L'ovule végétal est un organe foliaire pour la plupart des 
botanistes finançais, fidèles en cela à l'opinion de Brongniart, tandis 
que le même ovule est une gemmule dont le nucléus est une partie 
axile pour la majorité des auteurs allemands. En 1864, Cramer, se ba- 
sant sur les fleurs monstrueuses des genres Primula, Senecio et Thys- 
selinum, partagea les idées de Brongniai^t et soutint que l'ovule des 
Composées correspondait, «non pas au bouton, mais à la feuille, et no- 
tamment à une feuille entière, comme dans les Primevères». Emile 
Kone, Sachs dans la récente édition de son Manuel, Celakowsky, adop- 
tent la manière de voir de Cramer. Enfin, nous dirons qu'un bouton 
axillaire de la feuille carpellaire antérieure est regardé comme l'ovule 
des Compos'ées par Eichler, qui croit cependant que « cette question ne 
peut pas être décidée d'une manière objective à l'aide des observations 
dont nous pouvons disposer»; nous dirons aussi qu'un ovule axile est 
attribué aux Composées dans la dernière édition du Manuel de Luerssen. 
Des faits sont indiqués par M. Békétofl", qui lui permettent de conclure 
que les feuilles plus ou moins charnues trouvées par lui dans la Chicorée 
à des degrés difl'érents du développement et dans des conditions assez 
variées, «doivent être prises positivement pour des feuilles ovulaires ». 

— Sur cinquante et une plantes [Bull. Soc. Linn. de Normandie, 
3« série, 2« vol. , 1877-78) qui ont été envoyées de Pologne à M. Lecovee, 
avec prière de les déterminer, quarante-six croissent en Normandie et 
cinquante appartiennent à la flore française. 

— M. Ralph Taste [Bull. ^oc.Linn. de Normandie, 3^ série, 2* vol., 



404 REVUE SCIExNTIFIQUE. 

1877-78) a fait à la Société géologique de Londres, dans sa séance du 
7 février 1877, une Communication dans laquelle il annonce avoir dé- 
couvert dans les couches tertiaires moyennes d'Australie les genres 
Belemnites et Salenia, inconnus jusqu'ici à ce niveau. 

Selon M. Lodin, la découverte du genre Salenia à l'époque tertiaire n'a 
rien que de fort natureil : non-seulement les Saléniés abondent dans les 
terrains crétacés, mais encore une espèce vivante de Salenia est signa- 
lée par les naturalistes du Challenger. Mais difficile serait à expliquer la 
réapparition du genre Belemnites, éteint depuis la fin de l'époque cré- 
tacée. «Dans la discussion qui s'est élevée à ce sujet entre les membres 
de la Société géologique de Londres, on a rappelé les diverses indica- 
tions qui viendraient en confirmer l'existence. On a cité déjà des Be- 
lemnites dans le terrain tertiaire de Rouen , mais elles pourraient, à la 
rigueur, n'être que des débris roulés d'une formation ^antérieure. On a 
également indiqué le même genre dans les terrains tertiaires de l'Alle- 
magne, mais cette seconde donnée est encore plus incertaine que la 
première». 

D'ailleurs, la figure donnée par M. Taste à ce sujet ne permet 
pas d'assurer que les fossiles en question soient bien des Belemnites. 
«Néanmoins, toujours d'après M, Lodin, le problème soulevé dans cette 
discussion présente un grand intérêt , car rien ne prouve qu'il soit 
possible d'établir une correspondance rigoureuse entre les divisions 
géologiques de l'Australie et celles de l'Europe. A une distance aussi 
grande, les faunes contemporaines peuvent avoir présenté de notables 
différences, analogues à celles qu'elles présentent actuellement. Il n'y 
aurait rien de surprenant à ce que la faune australienne eût offert, dès 
l'époque miocène, ce caractère archaïque si frappant de nos jours.» 

— Note sur les Morinda de la flore éocène dto Mans et d'Angers ; 
par M. Louis Crié [Bull. Soc. Linn. de Normandie, 3° sér., 2" vol., 
1877-78). 

Les syncarpes si curieux, dont l'organisation dénote l'existence de 
Rubiacées intertropicales et dont les empreintes se rencontrent dans la 
flore éocène du Mans et d'Angers, se pi^ésentent sous trois états: jeu- 
nes et à peine fécondés, à moitié développés, complètement mûrs. Ces 
derniers fruits offrent une organisation identique avec certains fruits de 
Morinda rapportés de la Nouvelle-Calédonie par M. Vieillard. 

M. Crié a constaté récemment dans les grès de Saint-Pavace, près du 
Mans, la présence de syncarpes plus volumineux, de la grosseur d'une 
petite pomme. « Les semences, ou du moins les parties du fruit qui lui 
correspondent, sont très-allongées, ovoïdes, aiguës.» Ce sont encore 



SOCIÉTÉS DE TRÛVINCE, 405 

des fruits de Rubiacées que M. Crié dédie à Ad. Brongniart, qui, le 
premier, fit voir dans ces fruits des syncarpes d'une plante voisine des 
Morinda : Morinda Brongniarti Crié : — «Syncarpis pedunculatis, 
ni fallor^ drupaceis. Drupis in capitulum dense aggregatis, 2-sper- 
mis, niuéua pressioyie compressis . Spennis ovoideis elongato-cylin- 
draceisve ad basim perforatis^ nec non et ad apicem calycis ve'stigio 
impressis . Foliis usque adhuc ignotis.^ 

— Note sur un tronc fossile paraissant se rapporter au genre 
Cycadcomyclon (Saporta) ; par M. Morière {Bull. Soc. Linn. de Nor- 
mandie, 3^ sér., 2® vol., 1877-78). — Avec M. de Saporta, M. Morière 
désigne provisoirement sous le nom de Cycadeomyclon une portion de 
tronc découverte dans le grès liasique de l'Orne. Cet échantillon paraît 
« devoir se rapporter à une Cycadée dont il représenterait l'étui mé- 
dullaire moulé sur l'écorce, qui a ensuite disparu». Tant que la décou- 
verte des parties extérieures du moule ne fera pas modifier ce nom spé- 
cifique, on peut adopter pour cet échantillon la désignation de Cycadeo- 
myclon H ettangense de Saporta; les caractères de ce dernier s'appliquent 
presque complètement au spécimen de l'Orne. En terminant, M. Morière 
fait remarquer que « si tous les étuis médullaires moulés et convertis 
en un cylindre solide, des anciennes tiges de Cycrdée, se ressemblent en- 
tre eux, il existe cependant parfois d'une tige à une autre des différen- 
► ces appréciables dans la forme du réseau». 

Hettange et les carrières de Sainte-Honorine-la-GuilIaume, dans l'Orne, 
ont fourni^ à diverses reprises, des échantillons analogues à celui que 
M. Morière vient de faire connaître. L'un d'eux, d'un mètre de hauteur 
au moins, est conservé dans une commune voisine de Carrières. 

— Note sur une Astéride fossile nouvelle trouvée dans Voxfordien 
des Vaches-Noires, entre Dives et Villers-sur-Mer; parM.J. Morière 
(Bull. Soc. Linn. de Normandie, 3° sér., vol. 2, 1877-78). — Les 
deux seuls ordres d'Échinodermes trouvés jusqu'à présent à l'état fossile 
dans le département du Calvados appartiennent aux Oursins et aux Crinoï- 
des. Aussi est-ce avec raison que M. Morière signale comme très-rare et 
décrit comme espèce nouvelle, sous le nom &' Aster ias Delongchampsi, 
une espèce d'Astéride, ordre très-peu fréquemment trouvé en France. 
Celle-ci, recueillie dans l'oxfordien des Vaches-Noires, est l'Astérie la 
mieux conservée que l'on ait encore recueillie dans les terrains juras- 
siques. 

L'Astérie de Deslongchamps oflre trois rayons à peu près complets, 
et diverses parties du squelette admirablement conservées. On peut 



406 REVUE SCIENTIFIQUE. 

parfaitement reconnaître les cinq fourches oSvSeuses placées autour de 
la bouche. « La face supérieure des raj^ons est couverte de tubercules 
courts, irréguliers, pointus, d'autant plus volumineux qu'ils se rappro- 
chent de la partie centrale du disque et du sommet de l'angle obtus 
formé par deux rayons consécutifs. Ils avancent même sur une partie 
de la face ventrale. Parmi ces tubercules se voient des épines plus grê- 
les et des pédicellaires, organes singuliers dont le rôle n'est pas bien 
connu et qui n'avaient pas encore été signalés sur les Astérides fossiles 
trouvées en France. Les surfaces ambulacraires sont très-vastes et bor- 
dées de deux rangées marginales de plaques minces qui s'appuient obli- 
quement l'une sur l'autre en s'iuclinant vers le sillon ; elles portent sur 
leur face inférieure et convexe quatre ou cinq protubérances à sommi- 
tés concaves et dans lesquelles les épines mobiles et marginales des 
rayons sont articulées. Les surfaces ambulacraires sont unies et dimi- 
nuent de largeur vers la bouche et l'extrémité des rayons, où elles se 
terminent en pointe ; une étroite sinuosité vers le centre indique la su- 
ture par laquelle les ossicules de l'ambulacre étaient articulés le long de 
la ligne médiane du rayon ; ces petits osselets sont de forme étroite, 
linéaire, offrant l'apparence d'une courbe à peu près sigmoïde. Cet effet 
résulte de l'évasement en forme de quille de navire que chacun des 
osselets forme en s'abaissant. Evidés dans les deux tiers de leur lon- 
gueur, les osselets sont déprimés et marqués de deux impressions creu- 
ses dans le voisinage des sillons ambulacraires. Les extrémités des ossi- 
cules qui aboutissent au sillon sont légèrement denticulées. L'incurvation 
des ossicules est d'ailleurs adaptée à la disposition des tentacules 
aspirateurs, qui dans le genre ^5ifer«as sont disposés en quatre séries. 
Ijes ouvertures sont légèrement ovales dans notre espèce.» Tels sont les 
détails fournis par M. Morière sur YAsterias Beslongchampsi, détails 
que nous avons cru important de faire connaître. 

Nous devons dire aussi que parmi les espèces fossiles intéressantes 
qu'offrent les schistes et psammites à facoïdes bilobés de Fauguerolles, 
inférieurs aux calcaires ampéliteux, une nouvelle Astérie est signalée 
par M. de Tromelin, qui lui donne le nom de Palestrina Morierei. 

— Les Staphyîinides de l'Afrique boréale; -par M. Albert Fauvel 
(Bull. Soc. Linn. de Normandie, Z^ sér., 2- vol., 1877-78.) — Nos 
connaissances entomologiques sur l'Afrique boréale se sont tellement 
accrues depuis dix ans qu'il était nécessaire de donner une énumé- 
ration nouvelle de Staphylinides de cette région ,• M. Fauvel s'est 
chargé de ce soin, et, dans le Catalogue que nous annonçons, il élève à 
plus de 440 le nombre des espèces, qui n'était que de 330 environ dans 



SOCIÉTÉS DE PROVINCE. 407 

]a liste publiée, en 1869, dans les Mémoires de la Société Linnéenne de 
Normandie. Le but de ce Catalogue est surtout, en précisant les loca- 
lités, de fournir des points de repère et de direction aux explorateurs 
sédentaires ou de passage dans le x\ovà de l'Afrique. 

— On lit dans les Actes de la Société Linnéenne de Bordeaux (4® sér. , 
tom. II, 6'^ livr., 1878) : « M. Benoist annonce que notre collègue 
M. Wattebleded, dans des fouilles récemment faites à Mérignac, a trouvé 
un exemplaire du genre Tf'uncatella, inconnu jusqu'à ce jour dans le 
sud-ouest de la France. Notre collègue dit que ce curieux genre com- 
prend 27 espèces vivantes, dont une sur le littoral de la Méditerranée. 
Quant aux espèces fossiles, une seule espèce quaternaire est mentionnée 
par Bronn ; Deshayes en décrit deux du terrain éocène dans le bassin 
de Paris. L'espèce de Mérignac porte donc à quatre le nombre des re- 
présentants de ce genre dans les formations tertiaires. » M. Benoist 
décrit ainsi cette Truncatelle, qu'il dédie à M. Wattebled : « Trunc.'L- 
TELLA Wattebledi : T. testa minima ., cylindracœ, apice obtusissima, 
anfractibus quaternis, convexiusculis , longitudinalibus striatis, striis 
œqualibus ; sutura profunda, basi imper forato , ultimo anfractu 
ovato.^ apertura elongata, postice angulata, antice rotundata., mar- 
ginibus convexis, peristomate continua . Cicatricula apiciali obtu- 
sissima m.onospirali. » 

— Les plantes suivantes (Act. Soc. Linn. de Bordeaux, 4" sér., 
tom. II, 6Mivr., 1878) sont signalées par M. Debeaux comme nouvelles 
pour la flore de France : Brassica fruticulosa Cyrillo (de Vernet à Ri- 
vesaltes), Ranunculus neapolitanus Ten. (Argelès-sur-Mer), Erodium 
arenarium Jord. (Canet. VjY.-^vieTxi.] ., Lavatera cretica L. (Château- 
Roussillon) , Lafiingia hispanicah.., (sables de Ca.Viet), JDianthuspungens 
L. (id.), Barkhausia recognita D.C. (Canet), Sonchus glaucescens Jord. 
(sous Châteaii-Roussillon), Verbascum fioccososinuatum O.Deb., (sa- 
bles de la Tet), Mentha candicans Crantz. (id.), M. sylvestris-rotun- 
difolia Wortg., M. rotundifolia sy Ivestris Wortg., Cuscuta trifolii 
Bab. (Perpignan), Potamogeton densus L. (la Tet), Astragalus eicer 
L, (le ^o\QV],Ju7icusstriatus^ch.om\). (Argelez), Typha Shuthbworthii 
Koch (la Tet) , Carex provincialis Salz. (Salses), Cyperus distachyos 
Ail. (Salses), Scorpiurus Savii LsJo. (Salses), S. tabernemontaris L. 
(la Tet), S. australis L. (la Tet), Lina^^iacommutata Resh. (Argelez), 
Preslia cervina (Argelez). 

— Il résulte [Act. Soc. Linn. de Bordeaux, A^ sér., tom, II, 6^ livr., 
1878) des recherches de M. Waltebled que VHelix constricta Boubée, 



408 REVUE SCIENTIFIQUE. 

espèce des Pyrénées réputée très-rare au moment où Moquin-Tandon 
écrivait son Histoire des Mollusques de France^ et depuis lors devenue 
moins rare, est abondamment répandue dans le département des Basses- 
Pyrénées (Pas-de-RoIand, Mondairain, Isatsou). 

M. Waltebled nous dit aussi qu'en cherchant sous les pierres qui 
recouvrent le sommet du Mondairain, il a recueilli plus de vingt Hélix 
Quim'periana Fer. La présence de cette espèce, qui, comme on le sait^ 
habite aux environs de Quimper , avait été signalée dans la région 
pyrénéenne par M. Danthon, capitaine de frégate, et récemment constatée 
parle général de Nansouty. Moquin-Tandon relate l'opinion de Petit de 
la Saussaye, que ce Mollusque a probablement été apporté dans le 
Finistère avec le lest de quelque vaisseau. 

Le Clausilia Pauli et VAzeca tridens Pultney sont assez communs 
dans la même région. 

— U Anthracotherium hippoideum découvert à Armissan [Aude]', 
par M. leD"" J.-B. Noulet [Mém. Acad. Scienc. Inscript. et Bell.-Lett. 
de Toulouse. 7^ sér., tom. X, 1878). — La station d'Armissan a acquis une 
grande notoriété pour les empreintes végétales si nombreuses et si va- 
riées que présentent les dalles d'origine lacustre qu'on y rencontre. Mais 
jusqu'à ce jour on a négligé d'étudier la tranche épaisse constituée par des 
assises argilo-calcaires et calcaires, surmontant les lits qui se laissent 
si facilement séparer en ces dalles que nous venons d'indiquer. C'est 
dans une de ces couches argileuses, appartenant à la colline qui borne, 
au Nord-Ouest, le bassin d'Armissan, qu'ont été trouvés des débris de mâ- 
choire d'un grand Mammifère appartenant au genre Anthraeotherium. 
Ces débris sont les premiers restes de la classe des Mammifères retirés 
du miocène narbonnais. Les doutes sur la détermination spécifique de 
ces débris doivent cesser après l'examen qu'a bien voulu faire du des- 
sin qui les représentait le professeur de Bâle, M. Rutimeyer, «qui n'hé- 
sita pas à reconnaître dans le fossile de l'Aude un représentant de Y An- 
thraeotherium hippoideum d'Arwangen (canton de Berne), retiré de la 
mollasse d'eau douce inférieure (terrain aquitanien) de la Suisse, horizon 
géologique correspondant par conséquent à celui» attribué par M. Nou- 
iet, en 1858, au terrain tertiaire du bassin de Narbonne, «détermination 
que vient confirmer la présence, dans cette formation, d'un Pachyderme 
caractéristique de cet âge». 

— Au commencement de l'année 1844, une Girafe {Cameleopardalis 
Giraffa Gm.elin, récemment arrivée d'Abyssinie en France, vint mourir 
à Toulouse. Le cadavre de cette girafe, acquis par le Conseil municipal, 



SOCIÉTÉS DE PROVINCE. 409 

permit à MM. Joly et Lavocat d'étudier tons les systèmes de ce curieux 
animal et de consigner le résultat de leurs études dans un travail inti- 
tulé Recherches historiques, zoologiques, anatotniques et jialéontolo- 
giques sur la Girafe. La Société du Musée d'histoire naturelle de Stras- 
bourg eut la bonne fortune d'insérer ce travail dans ses Mémoires. Avant 
l'œuvre très-im[)ortante de MM. Joly et Lavocat, en fait de travaux que 
possédait la science sur l'anatomie de cet animal, citons en première ligne 
les deux Mémoires de Richard Owen, qui eut l'occasion de disséquer deux 
Girafes, mortes, l'une dans les jardins de Regenfs-Park, l'autre dans ceux 
de la Société zoologique de Londres ; outre le système osseux sur lequel 
avaient déjà parlé les beaux travaux de Pander, d'Alton, de Cuvier et 
Duvernoy , Owen a étudié avec grand soin les organes digestifs du Ruminant 
dont il s'açit et le système circulaire. Nous rappellerons qu'à la base du 
cœur il a trouvé «un os recourbé, long de deux tiers de piouce anglais 
(0'",168), et logé dans le cercle tendineux qui donne attache aux fibres 
musculaires du ventri;ule ». L'auteur anglais a aussi donné une excel- 
lente description de l'appareil génital mâle et femelle ; les auteurs .repro- 
duisent la première partie et ont eu l'occasion de contrôler la seconde, 
le sujet qu'ils ont disséqué étant femelle. 

L'attention de MM. Joly et Lavocat s'est surtout portée sur l'angéio- 
logie, la névrologie, la myobgie de la Girafe. Ils ont constaté, entre 
autres choses, une particularité remarquable dans l'appareil veineux : 
c'est qu'au lieu d'être double, comme chez les Ruminants domestiques, 
la jugulaire est simple, comme chez le Cheval ; la simplicité de ce vais- 
seau s'explique, selon eux, par le peu de volume de la tête et la longueur 
du cou. Ils se sont assurés que la moelle épinière se distingue surtout 
par l'extrême longueur de la portion cervicale, et par la singulière ori- 
gine des nerfs de cette même portion. «En effet, les racines de ces nerfs, 
au lieu d'avoir les filaments qui les composent très-rapprochés les uns 
des autres, les ont, au contraire, fort éloignés et dispersés sur une éten- 
due très-considérable. Ajoute/, que, dans les racines postérieures des 
nerfs cervicaux, un et quelquefois deux des filaments les plus inférieurs 
d'un nerf se continuent sans interruption avec les filaments les plus su- 
périeurs du nerf suivant du même côté.» Notons aussi que l'on remarque 
chez la Girafe, comme chez le Bœuf et non chez les Monodactyles, de 
remarquables anastomoses entre les nerfs laryngés inférieurs et laryn- 
gés supérieurs, d'abord à la face postérieure du larynx par des filets 
plexueux, puis en dessous du cartilage thyroïde. Enfin, une particularité 
est fournie par le cordon cervical du trisplanchnique, qui est pourvu de 
distance en distance de renflements d'un volume très-inégal, «conséquence 
nécessaire de la longueur de ce cordon ». 

2*^ série, tom. i. -^ ' 



410 REVUE SCIENTIFIQUE. 

M. Lavocat, qui, en 1844, était surtout occupé de la myologie de la 
Girafe morte à Toulouse, revient sur ce snjet(Mém. AcadSc, Inscr. et 
Belles-Lettr. de Toulouse, 7'^ sér., tom. X, 1878), «parce que, depuis le 
temps, les déterminations et la nomenclature des muscles sont devenues 
plus positives, à mesure que les comparaisons méthodiques se sont éten- 
dues ». L'halDile anatomiste fait d'abord observer qu'une particularité 
bien remarquable est l'absence complète des muscles sous-cutanés: une 
forte aponévrose les remplace; elle maintient les muscles, favorisant ainsi 
l'énergie de leurs contractions. Là où de puissants efforts doivent se pro- 
duire, à la base du cou, sur la croupe, etc., se trouve une couche de 
tissu fibreux jaune, élastique, adhérente aux muscles, couche qui dou- 
ble l'aponévrose en question. « A ces premières conditions d'énergie, 
remarque M. Lavocat, s'ajoutent des dispositions très-favorables. Ainsi, 
dans le casdelevierinter-puissant, on voit souvent l'insertion musculaire 
s'éloigner du centre du mouvement et augmenter l'action delà puissance. 
Ailleurs, au contraire, l'insertion du muscle se rapproche du point 
d'appui, et ce n'est plus l'action contractile qui est favorisée, c'est son 
résultat, c'est-à-dire le mouvement produit, qui gagne en étendue et en 
rapidité proportionnellement à la longueur de la tige sollicitée. — On 
rencontre aussi, surtout au cou, de longs muscles pour lesquels la len- 
teur des contractions est évitée par des interruptions tendineuses, qui 
subdivisent et diminuent la longueur des fibres musculaires, sans préju- 
dice pour l'intensité de leur action. — Dans d'autres cas, ce sont des 
muscles qui, au lieu de s'étendre d'une extrémité à l'autre de la colonne 
mobile, se subdivisent en digitations et s'attachent à ses diverses pièces, 
pour plus de précision et de variété dans les mouvements. — On voit 
aussi les muscles réunir leur action sur des leviers diff'érents et inverse- 
ment mobiles ; il en résulte que le mouvement des rayons acquiert unité 
et rapidité, puisqu'il devient simultané au lieu d'être successif.» 

Après ces réflexions générales, M. Lavocat s'occupe, pour le moment, 
des muscles du cou et de la tête, dont nous ne signalerons que les prin- 
cipales particularités. 

Dans la région cervicale antérieure, le cléido-mastoïdien est beau- 
coup moins long chez la Girafe que chez le Cheval et le Bœuf; ses inser- 
tions ont lieu, inférieurement sur l'épine de l'omoplate, et supérieure- 
ment sur les apophyses transverses des cinquième et sixième vertèbres 
cervicales. Le sterno-mastoïdien, qui se rapproche beaucoup de celui du 
Cheval, est caractérisé par un tendon qu'il offre vers son milieu, en outre 
des deux tendons que présentent ses extrémités. Quant à l'omoplat- 
hyoïdien, il procède de l'apophj'se transverse de la troisième vertèbre 
cervicale. Les insertions des deux scalènes ont lieu, inférieurement sur 



SOCIÉTÉS DE PROVINCE. 411 

les trois premières côtes, et supérieurement sur les deux dernières ver- 
tèbres cervicales. 

Les muscles de la région cervicale postérieure se font remarquer par 
leur peu de développement. Parmi ceux formant les diverses couches 
musculaires de cette région, le trapèze a sa partie claviculaire à l'état 
aponévrotique et se termine, par sa partie dorsale, à la tubérosité de 
l'épine scapulaire. Son peu d'étendue distingue le rhomboïde ; à 
l'angle cervical de l'omoplate, sur les faces externe et interne du car- 
tilage supplémentaire , se termine ce muscle. C'est aux apophyses 
transverses des deux dernières vertèbres cervicales que vient s'attacher 
l'angulaire, moins grand et moins fort chez la Girafe que chez les autres 
quadrupèdes. Le rebord antérieur de l'angle cervical et le muscle sur- 
épineux sont les points où s'effectue sa terminaison. Il importe de remar- 
quer la disposition du petit complexus, qui est simple. Quant au grand 
complexus, par la fixation du tendon terminal, ainsi que de celui du 
muscle opposé, à la crête occipitale, il agit comme un puissant releveur 
de la tête. Très-développé est l'appareil sur-épineux cervical de la 
Girafe, sauf la lame complémentaire ; le faible développement de cette 
dernière a pour effet de permettre «que le balancier cervical puisse facile- 
ment déplacer en avant le centre de gravité ». 

M. Lavocat termine la première partie de cette revue par l'examen 
rapide des principaux muscles de la tête, examen ayant surtout pour 
but de rectifier leur ancienne nomenclature. 

— Etude stratigraphique sur V étage sènonien auos environs de 
Sens; par M. J. Lambert [Bull. Sec. Se. hist et natur. de V Yonne, vol. 
32,1878). — Dans cette Note, comme dans les ouvrages de tous les auteurs 
qui se sont occupés de la craie du département de l'Yonne, M. Lambert a 
d'abord divisé la craie sénonienne en deux grands sous-étages: à la base 
la craie noduleuse, qui correspond au sènonien moyen de M. Hébert, et 
au-dessus la craie blanche à Bélemnites, correspondant au sènonien 
supérieur du même savant. Il a subdivisé chacun de ces sous-étages en 
plusieurs zones caractérisées par des fossiles spéciaux. En outre, il a 
été conduit « à reconnaître dans ces grands horizons un certain nombre 
de couches qui évidemment n'ont plus l'importance générale des pre- 
mières divisions, mais dont la distinction permet d'introduire plus de 
méthode et de clarté dans une étude essentiellement locale ». 

— Recherches sur la composition chimique et les fonctions des 
feuilles; par M. B. Corenwinder [Mém. Soc. Scienc, Agricult. et Arts de 
Lille, 1879). — L'auteur tire les conclusions que nous reproduisons des 



412 REVUE SCIENTIFIQUE. 

belles recherches entreprises par lui, il y a déjà quelques années, sur 
cet important sujet. «Les feuilles des végétaux, dans leurs rapports avec 
l'air atmosphérique, sont le siège de deux fonctions distinctes. Par leur 
protoplasma, elles absorbent l'oxygène et elles produisent constamment 
de l'acide carbonique. Par leur chlorophylle, elles inspirent au con- 
traire, pendant le jour seulement, l'acide carbonique, et elles expirent 
de l'oxygène. Dans le premier âge, le protoplasma prédomine dans les 
cellules, la chlorophylle y est peu abondante ; aussi pendant toute cette 
période la fonction respiratoire l'emporte-t-elle sur la fonction chloro- 
phyllienne, et, conséquemment, les feuilles exhalent de l'acide carboni- 
que sans interruption. A mesure que les feuilles grandissent, le proto- 
plasma diminue, la chlorophylle augmente : on voit alors s'atténuer ra- 
pidement chez elles la capacité d'émettre pendant le jour du gaz acide 
carbonique ; bientôt elles ne dégagent plus que de l'oxygène. Ce n'est 
désormais qu'en les plaçant dans l'obscurité, ou au moins dans de la lu- 
mière diffuse, c'est-à-dire en suspendant plus ou moins l'action de la 
chlorophylle, qu'on peut mettre en évidence l'effet de la respiration. — 
Il n'y a donc chez tous les êtres qu'une seule et véritable respiration, et 
elle est la même pour tous. Le rôle que joue la chlorophylle est d'un 
ordre différent, c'est un acte d'assimilation.» 

M. Corenwinder nous dit, en terminant, que ce n'est pas la première 
fois qu'on émet cette doctrine, mais elle ne reposait pas sur des preuves 
suffisantes. 

■ — Synopsis des Hémiptères-Hétéroptères de France, de la famille 
des Ligœides ; par M. Puton (Mém. Soc. Scienc, AgricuU. et Arts de 
Lille, 1879). — Le nombre des Insectes de cette famille énumérés dans 
le Synopsis de M. Puton atteint le chiffre de près de deux cents. 
Dans ce nombre figurent les espèces créées par l'auteur, espèces qui 
ont acquis définitivement leur place dans la science entomologique ; 
ce sont : Orsillus Reyi, Plociomerus calcaratus, Rhyparochomus 
nitidicollis , Peritrechus gracilicornis, P. meridionalis, Drymuspu- 
milio, Notochilus Andrei, N. Bamryc. 

Le Synopsis de M. Puton est précédé du passage suivant, que nous ne 
pouvons pas résister au désir de reproduire : « Si tous les naturalistes 
qui s'occupent d'étudier les richesses naturelles de notre pays s'impo- 
saient la tâche de publier, chacun dans leur spécialité, le résultat de 
leurs recherches, la Faune française serait beaucoup plus avancée 
qu'elle ne l'est aujourd'hui, et nous n'aurions pas à regretter de voir 
beaucoup des pays voisins plus favorisés que nous sous ce rapport.» 



SOCIÉTÉS DE PROVINCE. 413 

— Indications du Vicia Cassubica Ij. et de VOxalis stricta L. 
comme espèces nouvelles 'pour la flore dio Gard^ par M. B. Martin 
[B'icll. Soc. d'Éfiid. desscienc. nat. de Nimes, mars 1879). — La pre- 
mière de ces deux espèces, qui a été recueillie dans les bois de la Char- 
treuse de Valbonne, n'était signalée ni dans le Gard, ni dans les flores 
voisines des contrées avoisinant ce département. Boreau et Grenier et 
Godron l'indiquent dans le centre de la France et lui donnent une aire d'ha- 
bitation assez restreinte. La seconde espèce, qui a été récoltée au Pont- 
Saint-Esprit, «où elle végète abondamment le long des routes, dans les 
oseraies des bords du Rhône et del'Ardôche, et qui est mentionnée dans 
beaucoup de départements, est une plante étrangère apportée par ses 
graines du Nouveau-Monde. « Il est singulier que dans le Gard, où notre 
espèce virginiennea décidément acquis l'indigénat, elle présente la par- 
ticularité d'avoir fait sa première apparition dans une station où il lui 
est donné de vivre dans le voisinage de VAsclepias Corww^i Decaisne, 
autre espèce introduite et depuis longtemps naturalisée sur les bords 
du Rhône. » 

— N'oublions pas de mentionner un compte rendu {Bull. Soc. d'Ètud. 
Scient, de Nimes, 1879) fait par M. de Sarran d'Allard de l'excursion de la 
Société d'Etudes Scientifiques de Nimes dans les terrains jurassique et 
crétacé à la limite septentrionale du département du Gard, excursion 
qui a porté sur les environs de Vans et le bassin de Berrias. 

— Géologie des environs de Montpellier] par M. H. KonzBLud [Union 
des Écoles, 1879). — « On trouve au tour de Montpellier une formation su- 
perficielle qu'on désigne généralement sous le nom de tiofs de Castelnau,, 
très-développée autour du village de ce nom. Des calcaires concrétionnés, 
friables ou compactes, sablonneux ou argilo-calcaires, de couleur ordinai- 
rement blanchâtre , quelquefois rougeâtre, composent cette formation, 
dont Marcel de Serre a donné la coupe suivante, prise aux bords du 
Lez, près du moulin de Castelnau: terre végétale, O'^jôO; — couche de 
tuf, ave^. troncs, tiges et feuilles, 1"",00; : — marne calcaire endurcie, 
0™,30; — argile plastique, avec bois compactes et noirâtres, 1™,60 ; — 
calcaire très-sablonneux, assez compacte, l'",60; — calcaire sédiroentaire 
formant le fond de la coupe ou tuf compacte. 

Cette surface tufaoée, considérée longtemps comme lacustre, a fait 
soupçonner, soit par l'aspect particulier des roches qui la composent, 
soit parleur faciès concrétionné, un mode de sédimentation spécial. La 
formation des tufs de Castelnau est généralement attribuée à des eaux 
incrustantes. L'idée de ce mode de formation a été adoptée, pour les 



414 REVUE SCIENTIFIQUE. 

terrains qui nous occupent, par M. G. Planchon, dans sa thèse de doctorat 
ès-sciences ; d'ailleurs, les caractères des dépôts les plus élevés, tels que 
l'irrégularité de la stratification, la présence des mousses incrustées, la 
structure fréquemment tubulaire de la roche, concourent à faire regar- 
der cette explication comme la vraie. 

Dès 1818, M. de Serres donnait la liste suivante des Mollusques 
qu'on rencontre : Lymnœusovatus^Jj. corvus, L. palustris, Succinea 
amphibia, Planorbis carinatus , Bythinia impura, Nerita fluviatilis, 
Cyclas fontinalis, Unio pictorum, Cyclostoma elegans, Bulimus 
acutus^ B. lubricus, B. decollatus^ Hélix variabilis, H. rhodostoma, 
H. nemoralis, H. vermiculata, H. ericetorum, H. cespitum, H. cinc- 
tella, H. limbata^ H. striata, H. lucida, H. nitida, H. rotundata. 

La présence de la plupart de ces espèces a été constatée par M. G. 
Planchon, qui a bien voulu nous soumettre le résultat de ses recher- 
ches, et par M. Rouzaud, Pour certaines des autres qui n'ont pas été re- 
trouvées depuis Marcel de Serres, nous doutons fort de leur présence 
dans les tufs de Castelnau, V Hélix obvulata par exemple, dont la pré- 
sence a été signalée à tort, selon nous, par M. Moitessier dans la faune 
malacologique actuelle de l'Hérault. De plus, nous avons pu, avec le 
concours de Paladilhe ', constater que les divers Zonites lucidus qu'on 
rencontre dans cette formation sont typiques, et ajouter quelques espèces 
à rénumération faite peut-être, comme tout ce qu'il faisait, un peu légè- 
rement par Marcel de Serres. 

Enfin, outre une Phryganide du genre Rhryacophila, sont ajoutées à 
ce dénombrement, par M. G. Planchon, les espèces végétales que voici: 
Clematis vitalbah., Acer monspessulanum Len. (x),^. opuUfolium 
(x), Vill.j yd.v.^neapolitanumljQw., Vitis vinifera h., llex aqiiifolium 
L., Rubus discolor Weilhe et Nées., Cotoneaster piraca^itha (x) Pers., 
Hedera hélix L., Cornus sanguinea L., Viburnum tinush.^ Rubia 
peregrina h., var. , angustifolia Gr. God., Fraxi^tus excelsior L., 
F. ornus L (x), Phyllirea média h., P. angustifolia L., Laurus nobi- 
lish., Ficus carica 1j., Ulmtis campestrisSm.^ Quercus sessili/lora 
Smith., Q. ilex L., Salix cinerea L., Alnus glutinosa Goertn., Pinus 
Laricio [x) Poir. , var. Salzmanni? Dxxn., Sviilax aspera Ij., Typha 
angustifolia L., Sparganium ramosum Hnàs., Plexis aquilina, L., 
Scolopendrium officinale Sm., Fegatella [Marchansia] conica. 

^Nous avions entrepris avec Paladilhe l'étude des tufs de Castelnau au point 
de vue conchyliologique ; sa mort est venu interrompre une œuvre que nous re- 
prendrons peut-être un jour. Un petit nombre de paléontologistes, parmi lesquels 
nous citerons MM. Tournouër etFontannes, ont compris que l'étude bien faite des 
formes fossiles récentes ne pouvait résulter que de l'étude des formes actuelles. 



SOCIÉTÉS DE PROVINCE, 415 

Le fait que la plupart des espèces que nous venojis de signalet' se* re- 
trouvent encore vivantes dans les enviroi'.s de Montpellier prouve que, 
géologiquement parlant, l'origine des tufs de Castelnau est tout à fait 
récente. Parmi les espi-ces r. arquées d'un (x), la présence de Acer opuli- 
folium a été constatée dans les Cévennes, sur la Sérane, l'Escandorgue, 
et celle du Laurus nobilis au pic de Sai;it-Loup où Magnol l'indiquait 
il y a deux siècles, à Mireval, Saint-Martin-de-Londres, la Sérane, le 
Causse-de-la-Selle et Pézenas. 

M. Rouzaud fait remarquer dans ces tufs la présence du Vitis vinifera 
L. et l'absence de VOlea europœa; ajoutons, avec le professeur Martins*, 
que cette espèce de vigne^ sur 250 espèces que renferment les genres 
Cissîcs et Vitis, est la seule indigène en Europe, et que, sous le nom de 
Lambrusque, elle est spontanée dans la Crau, la Camargue, et d'autres 
localités, parmi lesquelles nous indiquerons la Sérane et ses alentours ; 
ajoutons aussi que la remarque de M. Rouzaud vient à l'appui de ce que 
l'Olivier, quelle que soit sa patrie, seraii un arbre impoi^té. Sur 35 espèces 
du genre, d'après Bentham et Hoocke, l'Olivier cultivé est la seule qui 
se reproduise en Europe, et chacun sait qu'aux alentours de Mont- 
pellier elle se rencontre assez souvent dans les garrigues et sur les 
rochers. 

«Les tufs ne forment pas un dépôt unique et continu; ils constituent 
des lambeaux isolés, épars autour de la ville de MontpelUier et surtout 
bien représentés à Castelnau. » 

Ici se présente une question intéressante. « Les environs de Mont- 
pellier présentent une série de plateaux d'égale hauteur, de superficie 
assez considérable, séparés entre eux par des dépressions plus ou moins 
profondes. Tous ces plateaux sont recouverts par un cailloutis à élé- 
ments siliceux entremêlés d'argile rouge , excessivement caracté- 
ristique, » L'examen des éléments, très-atténués, qui la composent, font 
admettre que ce cailloutis rouge ou crès vient de très-loin et est arrivé 
des Alpes entraîné par les eaux, allant toujours des parties élevées 
vers les parties basses. On rencontre encore dans cette chaîne les roches 
quartzeuses qu'on observe dans le cailloutis. 

A ces phénomènes diluviens se rapporte le remplissage des cavernes 
par les débris des animaux qui alors habitaient la région. 

Telle sont celles, devenues classiques, de Lunel-Viel, situées environ 
à douze kilomètres à l'est de Montpellier. Marcel de Serres, mon père, et 
M. Jeanjean, dans leurs Recherches sur les ossements humatiles des 

* Mém. Acad. de Montp. (Sect. des Sciences, tom. IX, I*"" fasc, 1871). 



4Î6 " REVUE SCIENTIFIQUE. 

cavernes de Lunel-Viel, ont donné la liste suivante des espèces anima- 
les signalées dans les c averr.es sns-mentionnées '. 

Ursusspelœus, U.arctoideus^ U. mêles, Mustela putorius, M. lutra^ 
Canis familiaris, C. lupus, C. vulpes, Viverra genetta, Hyœna spelœa, 
II. prisca,H. intermedia^ Felis spelœa, F. leo, F. leopardus, F. ser- 
val, F. férus. Castor Lanuhii, Mus campestris major, Lepus timidus, 
L. cuniculus,Elephas primigenius ?, Sus scropha, S. priscus. Rhino- 
céros incisivus?,R. m.inuius,Fquus caballus, Cervus intermedius, C. 
coronatus, C. antiquus, C. pseudo-virgininus, Ovis tragelaphus, Bos 
férus, B. intermedius, B. taurus; Striœ?, Loxia?, Ardea ?, Anas olor, 
A. ancer?, Testudo grœca, Rana matnna, R. bufo ; Squalus cornu- 
bicus, S. vulpes, S. glaucus ; Hélix variàbilis, H. rhodostoma, H. 
nemoralis, H. fruticum^ Bulimus decollatus, Cyclostoma elegans, 
Paludina vivipara, Ostrea, Pecten, P. opereularis? , Arca Noe '! ; Bala- 
nus miser, B. tintinnabulum ? , Carabus, Trichius, Cetonia, Helops, 
Chrysomela. A ce dénombrement, il faut joindre certaines espèces de 
Carnivores et de Rongeurs découverts dans les cavernes de Lunel-Viel par 
P. Gervais, et quelques espèces de Mollusques que nous possédons 
encore et dont il avait bien voulu nous confier la détermination [Hélix 
lapicide, H. striate, Bulimus ohscurus, Chondrus quadridens^ etc.). 
Dans la collection de Paladilhe figuraient, de la même localité : Buli- 
mus acutus et B. vestricus. 

L'âge respectif des deux terrains superficiels dont nous venons dépar- 
ier, tufs et cailloux, pourrait seulement être déduit, résultat qui n'a 
malheureusement pu être obtenu, de la constatation d'un contact nor- 
mal entre les deux termes ou de la présence dans l'un des matériaux 
provenant de l'autre. Aussi M. Rouzaud se borne-t-il à dire que les 
tufs se sont déposés dans des «dépressions de la campagne de Montpel- 
lier; que la plupart de ces dépressions se sont formées bien après l'arri- 
vée du cailloutis, et qu'il pourrait bien se faire que les tufs fussent pos- 
térieurs à ce cailloutis. Dans ce cas, le revêtament douteux du sol par 
le diluvium rouge, le remplissage des cavernes signalées par M. de 
Christel, seraient des phénomènes d'érosions récentes ayant remanié le 
cailloutis alpin depuis longtemps installé sur les plateaux.» 

Le système lacustre, à l'étude duquel l'auteur du Mémoire passe après 
celle du cailloutis, a été récemment mis en lumière parla Notice publiée 
par M. de Rouville dans les colonnes de notre Revue. C'est seulement 

*Ea 1836, l'énumération des animaux des mêmes cavenies avait été faite d'une 
manière moins complète par Marcel de Serres, dans son Essai sur les cavernes à 
ossements. 



SOCIÉTÉS DE PROVINCE. 417 

à la découverte des fossiles terrestres et fluviatiles dans les travaux en- 
trepris pour la construction du nouveau Palais de Justice, en 1845, qu'il 
convient de rapporter la reconnaissance de cet horizon ; ces fossiles 
ont été énumérés par Marcel deSerres et P. Gavais. Le premier constata 
en outre la succession, de haut en has, ''": - '''^uches suivantes: Limon 
rougeâtre avec galets calcaires, quelqnes-u..s siliceux, 2™ à 2™, 50; — 
Poudinguees calcaires, 0"",50; — Sables et graviers fluviatiles, 0™, 50; — 
Marnes argileuses blanchâtres, l"" à 1"",50; — Marnes jaunes inférieu- 
res, 1"" à 12™. Nous connaissons l'erreur commise par ce géologue, 
erreur aujourd'hui bien évidente, en synchronisant les couches du Palais 
de Justice avec les marnes h Potamides et à Auricules de la Gaillarde '. 

Toutefois, « dans les environs de Montpellier et dans beaucoup d'au- 
tres points de la région littorale du département, on rencontre à la sur- 
face ou immédiatement recouvert par le diluvium, un conglomérat cal- 
caire à éléments souvent volumineux. Ces éléments sont plus ou moins 
roulés et s'atténuent sur plusieurs points, jusqu'à passer à une sorte 
de grès calcaire.» 

Ce conglomérat, constitué par des calcaires identiques à celui des col- 
lines oxfordiennes ou néocomiennes qui bordent l'horizon de Montpellier, 
n'est pas venu de loin et doit être attribué à des phénomènes diluviens 
antérieurs à ceux qui ont er.tiaîné le cailloutis que nous avons fait con- 
naître. Affectant vis-à-vis des termes sous-jacents une indépendance re- 
marquable, le conglomérat en question se retrouve «sur la plupart des 
terrains delà plaine et sur les Gardioles* de Frontignan et de Villevej- 
rac. Cette indépendance dans la situation des dépôts s'explique fort bien 
par la différence des régimes qui ont produit le conglomérat et les termes 
marneux résultant d'une sédimentation tranquille au fond d'un bas- 
sin lacustre.» Il semblerait donc devoir constituer une unité indépen- 
dante de la géologie locale. Cependant, si nous remarquons que les 
phénomènes violents qui ont produit ce conglomé at se manifestaient à 
l'époque même où les marnes sous-jacentes se déposaient, qu'ils ont 
troublé à plusieurs reprises la stratification pacifique de ces marnes 
pour opérer l'intercalation de leurs produits, nous serons amené à la 
grouper sous la même rubrique. 

L'existence, dans notre région, d'une période lacustre post-pliocène a 
été seulement révélée^ en 1845, par l'existence du groupe marneux dé- 
couvert dans les fouilles du même Palais de Justice, et que M. Rouzaud 

1 Nom d'une campagne sur l'emplacement de laquelle est construite l'École 
d'Agriculture de l'Hérault. 

2 Montagnes oxfordiennes. 



418 REVUE SCIENTIFIQUE. 

déct'it après le conglomérat calcaire. Ce groupe, d'une épaisseur d'une 
quinzaine de mètres, a se compose de marnes pliocènes le plus souvent 
jaunâtres ou blanchâtres, sableuses par places, et quelquefois coupées 
par des lits de marnes sableuses durcies, sorte de marnolithes. » Parmi 
les fossiles qu'elles ne contiennent que dans quelques endroits, tels que 
les alentours du Palais, etc., nous appellerons l'attention, pour les Ver- 
tébrés, sur: Semnopithecus monspessuîanus Gerv., Castor sigmo- 
dus Gerv., Cervus australis M. de S., Machait^odus 1 GevY . , Antilope 
Cordieriàe Christol, i'^a^co Gerv.; et pour les Invertébrés, sur: Hélix 
quadrifasciata M. de S., H. fey^rensisM. de S., Bulimus sinistrorsus 
M. de S., Carychium, Paludina anguilifera, P. i'inpura^ P. affinis 
Risso, P. conica M. de S., Planorbis verticilloïdes M. de S., PI. 
striatus M. de S., Testacella Bruntoniona, M. de S., Parmacella 
unguiformis Gerv. Le genre Testacella^ qui figure au nombre de ces 
Mollusques, était déjà connu par deux espèces trouvées à l'état fossile 
dans les terrains tertiaires, mais c'est au même état que se présente 
pour la première fois le genre Parmacella., dont nous avons ailleurs 
raconté l'histoire '. 

M. le D"" Bleicher, dans son séjour trop court à Montpellier, reconnut 
que si dans une très-grande partie du plateau qui s'étend deCelleneuve à 
Montpellier les marnes jaunes sableuses et les marnolithes dont il a été 
question reposent directement sur les sables marins à O^^rea undata, on 
rencontre pourtant, dans les environs de Juvignac, au-dessous du pont 
de la Mosson, un banc de marne bleue semblant constituer la couche la 
plus ancienne du système lacustre, dont Paladilhe a fait connaître la ri- 
chesse fossilifère en Mollusques. La Revue des Sciences naturelles a 
inséré ce Mémoire, auquel nous renvoyons lelecteur^. Il est aussi un ex- 
cellent article publié récemment par notre Revue, et dont partant nous 
ne rendrons pas compte, la Note due à notre collaborateur, M. F. Pon- 
tannes, sur la découverte d'un gisement de marnes à Limnèes à 
Celleneuve^. La connaissance de ce Mémoire est indispensable pour 
connaître d'une façon complète la géologie de la région. 

L'horizon constitué par les sables de Montpellier est depuis longtemps 
connu; ces sables s'étendent en surface entre Montpellier, Lunel et les cor- 
dons littoraux en voie de formation. Leur pétrographie uniforme constitue 
un de leurs caractères distinctifs : cesont des sable? siliceux le plus sou- 
vent jaunâtres, quelquefois gris ou blanchâtres; fis sont micacés sur cer- 

1 Rrv. Se. nat (tom. VII, pag. 36.) 

2 Tom. II, pag. 38 et 206. 

^ Tom. I, 2e série, pag. 64. 



SOCIÉTÉS DE PROVINCE. 419 

tains points et passent facilement à la forme gréseuse ; ils affectent 
très-souvent la forme de grosses lentilles aplaties ou de couches plus ou 
moins régulières. Les grès dont s'agit, connus sous le nom de rocs de 
sable, ont leurs grains siliceux réunis par un ciment calcaire provenant 
« sans nul doute de coquilles qui se sont dissoutes dans la masse sa- 
bleuse », encore dans sa position originelle. 

Marcel de Serres et de Christel, au point de vue paléontologique, 
Dufrénoy et M. de Rouville, ont mis hors de doute la séparation de ces 
sables d'avec la mollasse marine ; mais c'est surtout à Gervais, dont le 
nom restera attaché à tout ce qui regarde la paléontologie des environs 
de Montpellier, que revient l'honneur d'avoir consacré, dans sa Zoologie 
et Paléontologie françaises, cette séparation par ses découvertes . En 
somme, voici la liste des fossiles signalés dans cet horizon : 

Mastodon hrevirostris Gerv., Rhinocéros megarhinus de Christ., 
R -monspessidanus Blainv., Tapirus arvensis Croizet et Jobert, Sus 
provincialis Gerv., Ce7'vus australis M. de Serr., C. Tolozani de 
Christ. , C CawveeWid., C.Cordieri là., Ursîis minuf us Gerv., Felis 
maritima de Christ., F. Christolii Gerv., Hyœna, Pithecus mariti- 
mus^Phoca occitanica Gerv., Hoplocetus curvidens Gerv., Haliihe- 
riuin Ser7^esii Gevy., Delphinus, Physcet antiquus Gerv., Rorqualus 
Testudo, Emys, Trionix (T. œgyptiaca ?) Chelonia ; Ostreaundata 
Goldf., moules de Naiica, Turritela^ Buccinwn, Turbo, Trochus. 
Monoceros gallicum Gerv., Pecten sp. ; Balanus tintinnabuluinlj. K., 
B. crassus ? Sow. 

Au-dessous de l'horizon des sables marins à Ostrea undata, viennent 
se placer les marnes à Potamides de la Gaillarde. Elles « ne sont guère 
visibles dans les environs que sur un point, et grâce au creusement du 
chemin qui conduit à l'Ecole d'Agriculture » ; mais en revanche, sur 
ce point les Potamides sont très-abondantes. L'épaisseur approximative 
de ces marnes est de 1 mètre ou 3 mètres, tandis qu'à 20 mètres 
correspond la longueur, toujours approximative, de l'espace sur lequel 
elles sont à un ; leur masse contient de nombreux fossiles et de nom- 
breux nodules calcaires blancs et d'une couleur bleuâtre et surtout jau- 
nâtre. Paladilhe, qui a revu avec grand soin la détermination des Mol- 
lusques fossiles signalés par Marcel de Serres dans les marnes de la 
(jdi.\\\d>.vàe, y màx(\\yQ: Auricula acuta M. de Serres (syn.de ÏAlexia 
Serresii Tournouèr), A. myotis M. de Serres (syn. de VA. myotis, var. 
bidentata Tournouër), Cerithium Basteroti M. de Serres (syn. de 
Potamides Basteroti Paladil.) ; a été signalé en outre à la Gaillarde 
VAlexia Brochii Tournouër. 

Les géologues croient pouvoir déduire comme conséquence de la pré- 



420 REVUE SCIENTIFIQUE. 

sence des espèces sus~mentioniiées, toutes earactéristiques des lagunes et 
des marais salants, « que la mer mollassique laissa, en se retirant, des 
surfaces entières couvertes d'eau salée, qui peu à peu devinrent saumâ- 
tres », et où vécurent les Mollusques en question ; grâce à cette for- 
mation, ils ont même cru pouvoir dresser avec quelque approximation 
la carte du littoral, tel qu'il était après le retrait de la mer, qui venait de 
former le calcaire moellon dans les environs. Mais bientôt, par suite d'un 
nouvel envahissement des terres par la mer, le rivage fut déplacé. « Un 
golfe se forma entre Montpellier et Lunel, ayant pour limite exacte le 
contour des sables qui se déposent dans son sein », et que M. Rouzaud 
a étudié plus haut sous le nom de sables de Montpellier. 

Là se termine la partie du travail de M. Rouzaud insérée dans 
V Union des Ecoles; on nous permettra de désirer que cette feuille re- 
prenne, après un délai peut-être un peu long, la publication d'un travail 
qui, bien que n'ayant pas le mérite d'un Mémoire original, a celui de 
résumer les notions que nous avons sur la géologie de Montpellier ; aussi 
avons-nous cru devoir insister sur son compte rendu', 

— Les Chéiroptères de l'Hérault et du Gard\ par M. M. Viguier 
[Union des Écoles ^ 1879). — M. Viguier n'a pas eu la prétention de don- 
ner un catalogue complet et définitif des espèces méridionales du groupe, 
très-monotypique, des Chéiroptères; «ce travail serait d'autant plus diffi- 
cile que, quoique l'on sache aujourd'hui, à n'en pas douter, qu'un certain 
nombre de Chauves-Souris effectuent des migrations analogues à celles 
des Oiseaux, l'on n'est pas encore fixé sur l'étendue de ces migrations et 
les espèces qui les opèrent » Il a seulement pensé, avec raison, qu'il se- 



* La série des couches des eaviroas do Montpellier se résume, d'après M. Rou- 
zaud, de la manière suivante : 

Tuf. de Gastelnau et de Fonlcou verte. 
Diluvium alpin caillouteux. 
Conglomérats lacustres, argiles et marnolithes. 

Marnes bleues (faune de Paladilhe). 
Sables de Montpellier à Osireaunciaia, etc. 

Couches à Potamides de la. Gaillarde. 

^ , . , , „ ( Calcaires et marnes. 

Système do la mollasse { 

(Marnes bleues. 

Marne à Gerithes de Foncaude. 

Calcaire lacustre avec Planorbes. 

Marnes bariolées lacustres. 

Conglomérat de falaise. 

Falaise et terrain oxfordien. 



SOCIÉTÉS DE PROVINCE. 42 i 

rait utile de classer les espèces si mal décrite.:; par Crespon dans sa 
F aune méridionale, etde tenir compte des rectifications qui ont été appor- 
tées à leur détermination. Le catalogue de M. Viguier porte à quatorze 
les espèces rencontrées jusqu'à ce jour dans les départements de l'Hérar.lt 
et du Gard : Plecotus auritus L., Si/notus barhastellus SchreL., Miniu 
'pterus Schreihersii Bonap., Vesperus serotinus Schreb., Vesperugo 
Kuhlii Naiiterer, Vespertilio muri^ius L., F. emarginatus GeofFr. , 
F. Capacinii Bonap., F. niystacinus Leisl., F. lanatus Cï-esp., V. 
Daub e iitonii LeisL, Rhinolophus ferruyn equinum Schreb., R.hippo- 
sideros Bechston. 

La même nécessité de réformer les espèces de Chéiroptères admises 
par Crespon avait été comprise par M. le D' E.-L. Trouessart, antérieu- 
rement à la note de M. Viguier. Il avait proposé d'inscrire ainsi qu'il 
suit la synonymie provisoire des espèces créées par le naturaliste de Nim.es 
[Bull. Soc. d'Ét. des Scienc. natur. de Nimes^ février 1879) : Vespe- 
rugo pipistrellus Schreb. (= mgra?is Cresp.); Vespertilio Capaccinii 
Bp. (=? rufescens Cresp. ) ; F. dasynome'BoiQ (= lanatus Cresp.) ; V 
Dauhentonii Leisler ( = pellucens Cresp. ) ; V. mystacinus Leisler 
[=mytacinus et lafipe7tnisGres^.); Vesperus serotinus Schreb. [= inci- 
stvust, serotinus^ palustris Cresp. ). 

E. DUBRUEIL. 



BULLETIN. 

BIBLIOGRAPHIE. 

Sur la Bonellie. — Mémoire de J. W. Spengel, Privat-doceas à GoUingen 
(Publications delà slalion zoologique de Naples, vol. 1, cah. 3); analysé par 
M. RiETSGH, au laboratoire de zoologie de Marseille. 

Schmarda ' étudia le premier en détail l'anatomiedelaBonellie; mais 
ce Géphyrien ne fut bien connu qu'après l'excellente monographie de 
Lacaze-Dulhiers *, qui démontra les erreurs de Schmarda relativement 
à la matrice et à la trompe ciliée, découvrit le véritable ovaire et indi- 
qua la présence dans l'œsophage de parasites planariformes. Les para- 
sites furent aussi retrouvés dans la matrice par Kowalevsky^, qui, le 

» Denkschr. der Wien. AKad. der Wissensch. Malh. natur. [Yol. IV, 1852. 
^ Ann.des Se. nat. (zoologie), série IV, tom. X, 1858. 
^ Du mâle planariforme de la Bonellie, en langue rus3.e, dans les Mémoires de 
la Société des Naturalistes de Kiew. Traduit dans la Revue, tom. IV, n° 3. 



422 BULLETIN. 

premier, reconnut en eux les mâles de la Bonellie. Les résultats obtenus 
par KoM alevsky ont été confirmés par Marion *, qui découvrit de plus des 
crochets chez le mâle d'une petite forme de Bonellie. Vejdovsky ^ a pu- 
blié des recherches sur la formation de l'oeuf et sur le mâle de la Bo- 
nellie. Greef confirma les résultats de Lacaze-Duthiers pour l'utérus et 
l'ovaire. Selenka*, enfin, s'occupa de nouveau de la structure du mâle, 
chez lequel il découvrit l'anneau œsophagien et une paire d'organes seg- 
■^^ mentaires. 

Voici les résultats essentiels des nouvelles observations de Speng'el. 

Le péritoine fournit au vaisseau sanguin ventral de la femelle une 
enveloppe uniquement composée, dans la partie antérieure de ce vais- 
seau^ de cellules plates, à noyau petit et allongé, et sans contours dis- 
tincts, mais.derrière l'origine de la branche intestinale on voit apparaî- 
tre, parmi ces celluleset entourés par elles, d'autres éléments plusgrands, 
à contours nets, à noyau arrondi et volumineux ; ce sont les ovules 
primordiaux. La membrane péritonéale se resserre au-dessous de chacun 
de ces éléments, qui en même temps prolifient, ainsi que les cellules plus 
petites qui les entourent ; on arrive donc bientôt à avoir une poire pé- 
doneulée dont l'enveloppe et le pédoncule se composent de petites cel- 
lules à noyau allongé, tandis que la masse centrale est formée de cellules 
plus grandes, à contours nets, â noyau volumineux et arrondi, quirésul- 
tentde la prolifération de l'ovule primordial. Parmi ces dernières, on dis- 
tingue d'abord une cellule centrale plus grande, mais ce n'est pas elle qui 
formera l'œuf définitif. Une nouvelle difi"érenciation se remarque, en 
efi'et, bientôt parmi les cellules périphériques de l'amas interne, plu- 
sieurs de ces éléments (les plus rapprochés du pédoncule et par consé- 
quent du vaisseau) deviennent plus volumineux ; ce développement ne 
tarde pas à s'arrêter pour toutes, sauf une qui deviendra l'œuf. Celui-ci 
est bientôt assez grand pour que la cellule centrale, toujours entourée 
d'une couche de cellules périphériques, n'apparaisse plus que comme 
une 0010*0 placée sur l'œuf; l'une et l'autre formation se trouvent tou- 
jours enveloppées par une membrane commune formée par les cellules à 
noyau plat et allongé, qui ont continué à se multiplier. 

Les œufs les plus gros, sans cesse repoussés par les formations ulté- 
rieures, étirent, puis rompent leur pédoncule et tombent dans la cavité 

1 Marion, in Vejdovsky, Zeitschr. fur wiss. Zool., Bd. XXX. 

2 Zeitschr. f. wiss. Zool., Bd. XXX, pag. 487-500. 

^ Ueber den Ban und Entw. der Echluren. Archiv. f. Naturgesch. Jahrg., 
43.1877. 
* Das Mànnchen der Bonellia {Zool. Anzeiger, Jarhrg. 1878, n° 6). 



lilBLIUGRAPHIE. 423 

générale. L'œuf y continue son développement et présente à cette épo- 
que une membrane vitelline, séparation d'avec la coiffe cellulaire, un vi- 
tellus composé de deux couches déjà décrites par de Lacaze-Duthiers, une 
vésicule germinative excentrique dans laquelle un réseau très-délicat 
tient suspendu un nucléole également excentrique et muni lui-même d'un 
nucléolinus. La coiffe elle-même s'accroît d'abord, sa cellule centrale 
persiste^ mais dégénère ; l'enveloppe de cellules plates qui la relie à 
l'œuf semble éclater ensuite pour rendre l'œuf libre ; car, dans la cavité 
générale, on trouve souvent des débris rappelant la coiffe et cette en- 
veloppe, tandis que, dans la matrice, les œufs ne présentent jamais 
qu'une seule membrane, conformément aux indications de Lacaze-Du- 
thiers et contrairement à la description de Vejdovsky. 

Dans les aquariums contenant des Bonellies, Spengel a observé les œufs 
disposés sur une ou plusieurs rangées et englobés dans une substance gé- 
latineuse qui formait un cordon contourné. A l'état le plus jeune, ils 
avaient déjà subi deux divisions et se composaient de quatre celiulles 
égales contenant chacune des gouttelettes huileuses dans leur moitié la 
plus rapprochée de l'un des pôles de la cellule, le pôle végétatif. Au pô!e 
opposé (pôle animal), chacune de ces cellules donne naissance d'abord à 
une petite sphère, puis bientôt à une seconde. A partir de ce moment, 
les huit micromères ainsi formées proliflent, de même que les macro- 
mères qui continuent à occuper le centre ; il se forme ainsi un feuillet 
à petits éléments qui gagne peu à peu le pôle végétatif en enveloppant 
les quatre grandes cellules caractérisées par leur contenu huileux,, 
alors concentré en une seule goutte dans chacune d'elles. 

Bientôt l'ectoderme occupe toute la surface de l'œuf, ne laissant qu'un 
blastopore au pôle végétatif. Les macromères, continuant à prolifîer à 
l'intérieur, donnent naissance à l'endoderme ; mais la multiplication ne 
s'arrêtant pas pour les cellules ectodermiques, celles-ci ne trouvent bien- 
tôt plus assez de place à la surface et sont refoulées vers l'intérieur par 
le blastopore, autour duquel il se forme ainsi un anneau, fermé dès 
l'origine, et constituant probablement la première ébauche du méso- 
derme, car Spengel n'a jamais pu voir de bandes germinatives isolées, 
et, à un état plus avancé, le mésoderme formait déjà un feuillet envelop- 
pant complètement l'endoderme. Le pigment vert apparaît alors sous 
forme de gouttelettes dans les cellules ectodermiques ; il ne manque que 
dans celles qui constituent à cette époque les deux bandes vibratiles dont 
l'antérieure se montre la première. Spengel n'est pas certain de l'orien- 
tation de ces bandes par rapport au blastopore, qui a disparu à cette épo- 
que et qui correspond peut-être au pôle antérieur de l'embryon. Un 
épaississementde l'ectoderme dans la région antérieure semble constituer 



424 BULLETIN. 

la première ébauche du système nerveux ; ce serait l'origine du ganglion 
sus-œsophagien rubané. 

Le corps s'allonge et s'aplatit, deux taches pigmentaires placées en 
avant de l'anneau vibratile antérieur indiquent les rudiments des yeux. 
L'embryon quitte alors sa membrane gélatineuse et nage librement. 
C'est une larve mésotroque^ couverte de cils, très-contractile, à renfle- 
ment antérieur et à dépression ventrale servant dans la reptation; les 
quatre gouttes huileuses des macromères ont pris, comme le corps lui- 
même, une forme allongée. Sur les coupes longitudinales, on voit le v: éso- 
derme former en avant une masse spongieuse dans laquelle plonge un fes- 
ton ectodermique, ébauche du ganglion sus-œsophagien ; sur la face ven- 
trale, le cordon nerveux est indiqué, mais il est impossible de dire si leméso- 
derme contribue à sa formation. A un état plus avancé, on distingue déjà 
dans le ganglion sus-œsophagien un cordon fibrillaire transversal, entouré 
de cellules, ne se séparant pas nettement du mésoderme à ses deux extré- 
mités. Le mésoderme s'amincit en arrière sur la face ventrale ; les bon- 
nes coupes le montrent déjà différencié en deux lames appliquées, l'une 
sur l'ectoderme, l'autre sur l'endoderme. Le premier est formé d'une 
couche unique de cellules enveloppant les quatre grandes cellules à 
contenu graisseux ; à la partie antérieure il possède, sur la face ven- 
trale, un appendice d'abord plein, puis creusé d'une fente : c'est le pre- 
mier rudiment de l'œsophage. Le cordon ventral s'allonge jusqu'auprès de 
l'extrémité postérieure ; derrière l'œsophage, il se continue avec le gan- 
glion sus-œsophagien allongé en ruban et formant un vaste collier qui 
embrasse aussi toute la portion céphalique de l'intestin. Le cordon ventral 
ne renferme pas plus à ce moment qu'à l'état adulte le canal central décrit 
par Greef, mais bien un cordon fibrillaire central enveloppé de cellules qui 
s'accumulent surtout sur ses faces latérales, où elles forment des renfle- 
ments irréguliers, ne se correspondant pas sur les deux côtés, mais pouvant 
donner cependant une fausse apparence de segmentation. L'élément cel- 
lulaire devient plus rare dans le collier, sur lequel les taches oculaires, 
dépourvues, de corps réfringents, adhèrent immédiatement. Dans l'ecto- 
derme, recouvert par une cuticule, on distingue des cellules muqueuses 
à vésicule volumineuse. 

Quant au mésoderme, il s'est difî'érencié en une lame splanchnique 
mince appliquée sur l'intestin et en une lame somatique renflée en deux 
cordons latéraux qui sont reliés entre eux vers le milieu du corps. 
Cette dernière donne naissance ultérieurement à une couche extérieure 
de muscles circulaires, à une couche intérieure de muscles longitudi- 
naux, et, plus en dedans encore, à un réseau spongieux logeant des cel- 
lules indifférentes. 



BIBLIOGRAPHIE. 425 

Jusque-là, le développement est identique pour les deux sexes. 

Tout ce qui précède se rapporte à la grande Bonellie. Les larves de la 
petite espèce ressemblent aux précédentes par le pigment vert, les deux 
anneaux vibratiles, les masses huileuses de l'intestin et l'ensemble de 
leurs allures ; elles eu diffèrent par l'absence d'yeux et par la présence 
sur la face ventrale d'une ventouse qui est placée sur une aire con- 
cave, dépourvue de pigment vert comme la ventouse elle-même. 

Métamorphose. — La femelle. — Tout d'abord une modification a lieu 
dans le mésoderme, dont les cellules indifférentes prennent, les unes des 
contours nets, tandis que les autres deviennent vésiculeuses ; puis, tout 
d'un coup, le corps est gonflé par un fluide qui envahit la cavité générale 
et dans lequel nagent, en amas irréguliers, les cellules vésiculeuses du 
mésoderme. Lesfibresdu réseau spongieux se déchirent en partie ; d'autres 
persistent, suspendant l'intestin dans la cavité générale. Ce fluide n'est 
sans doute que de l'eau de mer , car, pendant cette transformation méso- 
dermique, l'extrémité postérieure de l'intestin est venue se souder avec 
l'ectoderme sur la face ventrale, l'anus s'est perforé ; puis, par un refou- 
lement de la paroi intestinale, se sont formées deux vésicules latérales, 
les vésicules anales, d'abord fermées, puis perforées' aussi, et ainsi une 
communication s'est établie entre la cavité générale et l'extérieur. 

La dislocation du mésoderme ne s'étend pas au segment céphaîique 
destiné à former le lobe céphaîique (la trompe). Celui-ci contient alors 
un prolongement de l'intestin antérieur à l'œsophage, qui est déjà muni de 
son ouverture buccale; plus tard ce prolongement antérieur disparaît, 
sans que l'auteur puisse dire comment. Spengei n'a pas vu non plus la 
formation des vaisseaux du lobe céphaîique, mais constaté seulement 
que les corpuscules du sang s'y meuvent suivant trois voies : deux laté- 
rales et une médiane. Le réseau mésodermique n'a pas changé dans cette 
région et constitue l'ébauche de ce singulier parenchyme contractile de 
la trompe. 

Dans le tronc de l'animal on distingue, de bonne heure le vaisseau 
ventral, la branche qui s'en détache vers l'intestin et le vaisseau qui de 
l'intestin va à la trompe . Les cellules qui y circulent sont identiques à 
celles delà cavité générale, et quelquefois celle-ci est pleine et les vais- 
seaux sont vides de ces corpuscules, ou réciproquement. Il y a donc évi- 
demment communication ; mais, faute de matériaux suffisants, ce point 
n'a pu être éclairci par Spengei. Les vaisseaux semblent résulter d'un 
dédoublement du péritoine, qui forme aussi autour de l'intestin un tube 
en communication avec ces vaisseaux , la poche vasculaire décrite par 
de Lacaze-Duthiers en représente sans doute un reste. 

-e sér., tom. I. 28 



426 BULLKTIX. 

L'intestin commence à se replier en anses; sa portion postérieure 
contient les masses huileuses réunies en une seule goutte qui sera di- 
gérée rapidement. Les vésicules anales ontpris la forme de bouteilles et 
sont constituées par une couche cellulaire et une enveloppe péritonéale. 
Les cils ont disparu, sauf sur la face ventrale du lobecéphalique. Parmi 
les cellules épidermiques devenues plates, on distingue les ébauches des 
glandes épidermiques sous forme d'agglomérations cellulaires quirendent 
la peau rugueuse. Au-dessous, outre les fibres circulaires et longitudi- 
nales déjà mentionnées, on distingue plus à l'intérieur des fibres obli- 
ques; puis vient le péritoine, auquel adhèrent encore des anses cellu- 
laires qui s'en détacheront pour nager dans la cavité générale. Derrière 
la bouche, sur les côtés du cordon ventral, prennent naissance deux 
paires d'organes : l'antérieure constitue les crochets; la postérieure, diffi- 
cile à voir, représente des organes segmentaires provisoires qui biei tôt 
se détruisent : ce sont deux tubes flottant dans la cavité générale, à orifice 
externe petit, mais distinct, à orifice interne douteux; ils se composent 
d'un épithélium enveloppé par le péritoine. La formation des organes 
segmentaires persistants n'a pas été observée. L'ovaire est indiqué de 
bonne heure, sur la portion postérieure du vaisseau ventral, par des 
cellules tout à fait analogues aux ovules primordiaux. Le lobe céphalique 
s'allonge, se creuse en cuiller ; sa bifurcation en deux cornes s'ébauche. 

Vers cette époque, les substances grasses étaient digérées dans l'in- 
testin etles animaux moururent dans les aquariums, faute d'une nourri- 
ture appropriée. 

Le mâle. — Sur les trompes des Bonellies on trouve presque con- 
stamment des écailles verdâtres, fortement adhérentes; ce sont des lar- 
ves mâles, qui ne diff'èrent des larves femelles que par une forme plus 
allongée et par l'absence de cercles vibratiles. La différence s'établit au 
moment delà modification des cellules mésodermiqnes. Chez le mâle, il 
y a formation, d'abord de cellules germinatives tout à fait analogues aux 
ovules primordiaux, puis d'amas cellulaires composés d'une cellule cen- 
trale qui grandit considérablement et de cellules périphériques qui proli- 
fient et qui formeront les spermatozoïdes. Ces amas se détachent du 
mésoderne et nagent dans la cavité générale formée par sa dislocation. 
Le mésoderne fournit encore les cellules du sang, qui vont flotter aussi 
dans la cavité générale ; il retient d'autres éléments cellulaires dont les 
uns évolueront plus tard en spermatozoïdes, tandis que d'autres se trans- 
formeront en faisceaux musculaires. Le mésoderne s'épaissit dans la ré- 
gion céphalique; l'ébauche œsophagienne semble se détruire; il ne se 
fait ni ouverture buccale, ni anus. 



BIBLIOGRAPHIE. 427 

Faute de matériaux, l'auteur n'a pu suivre plus loin ce développement. 
Dès que les larves mâles rencontrent une trompe de femelle, elles s'y 
fixent ; elles restent d'abord quelque temps stationnaires, puis s'avan- 
cent vers la bouche et pénètrent dans l'œsophage, où leur développement 
s'achève , car on en trouve là qui ne possèdent pas encore de réservoir 
spermatique ; plus tard elles émigrent dans la matrice. Contrairement 
aux indications de Vejdovsky, on trouve toujours des mâles dans l'œso- 
phage des Bonellies où de Lacaze-Duthiers remarqua déjà ces petits vers 
{loc. cit., pag. 72) dont la vraie nature ne fut, il est vrai, reconnue que par 
Kowalevsky. 

Le mâle adulte présente, sous une cuticule couverte de cils vibratiles, 
un épiderme composé de cellules anguleuses laissant entre elles des in- 
tervalles remplis par d'autres éléments plus petits. Vient ensuite la cou- 
che musculaire, dans laquelle on trouve encore des fibres circulaires, 
longitudinales et obliques ; puis le réseau mésodermique, composé sur- 
tout de fibres dorso-ventrales qui donnent une apparence de cloisonne- 
ment ; dans les mailles de ce réseau sont logées des cellules sphériques 
pâles, à noyau pariétal, analogues à celles du sang ; des cellules germi- 
natives du sperme y prennent aussi constamment naissance. 

Le tronc nerveux central ressemble à celui de la larve au sortir de 
l'œuf, présente la même structure et la même apparence ganglionnaire, 
mais ne possède pas réellement les deux ganglions antérieurs décrits 
parSelenka; il est relativement plus petit chez les mâles de grande 
taille, ce qui tient sans doute à ce que son développement s'est arrêté de 
bonne heure. L'anneau œsophagien est plus étroit que chez la larve ; il 
est traversé par le réservoir séminal. Celui-ci, rétréci en avant, s'élar- 
git ensuite, en même temps que s'amincissent ses parois, formées d'un 
épiderme que le péritoine enveloppe; l'entonnoir est terminal. Il esttrès- 
probable que ce réservoir possède une cloison horizontale incomplète, 
fixée en arrière et sur les côtés, libre en avant et délimitant près de 
l'entonnoir une antichambre non fermée; l'existence de cette cloison 
semble indiquée par les coupes longitudinales, et par ce fait qu'en com- 
primant l'animal le sperme ne sort jamais qu'en avant, quoique l'enton- 
noir soit largement ouvert. Le réservoir spermatique, embrassé par l'an- 
neau œsophagien, se forme-t-il aux dépens de la portion céphalique de 
l'intestin ? C'est un point qui reste à éclaircir. 

L'intestin ne présente ni bouche ni anus, mais il possède un contenu 
graisseux provenant des macromères ; ses parois se composent d'un épi- 
derme et du péritoine. 

Sprengel confirme l'existence des deux organes segmentaires décou- 
verts par Selenka. 



428 BULLETIN. 

Il a trouvé une seule fois un mâle muni de crochets et répondant 
exactement à la description donnée par Marion ; c'était sur une femelle de 
la petite forme *, dont les larves possèdent une ventouse ventrale. Il est 
donc très-possible qu'il y ait deux espèces de Bonellies. 

Morphologie, — La trompe est représentée chez le mâle par la portion 
du corps qui contient l'anneau œsophagien. Le tronc nerveux ventral, 
développé chez la femelle, reste chez le mâle à l'état larvaire, et n'offre 
de segmentation ni dans l'un ni dans l'autre sexe, mais présente des élé- 
ments cellulaires sur la ligne médiane, ainsi qu'à la périphérie, où ils for- 
ment des renflements irréguliers. La structure du corps est essentiellement 
la même dans les deux sexes^ les deux cordons latéraux mésodermiqiies 
du mâle représentant les restes d'un tissu embryonnaire. L'intestin subit 
chez le mâle un arrêt de développement et partiellement une régres- 
sion (pour l'œsophage); le système vasculaire manque, ce qui s'explique 
par l'emploi du mésoderme à la formation spermatique. Les éléments 
sexuels se forment dans les deux sexes d'une façon homologue; 
seulement cette formation, localisée chez la feme'le, est diffuse chez le 
mâle. La matrice représente les organes segmentaires pairs des autres 
Échiurides ; elle possède la même structure et le même entonnoir vi- 
bratile ; sa situation variable (quelquefois à gauche) et le cas, observé 
T3ar de Lacaze-Duthiers, de deux matrices symétriques, accusent son ori- 
gine paire. Les organes segmentaires du mâle sont très-probablement 
homologues de la matrice ; si dans la petite forme de Bonellie les cro- 
chets du mâle correspondent réellement à ceux de la femelle, la déter- 
mination de leurs rapports topographiques pourront sansdoute jeter la 
lumière sur ce point. 

Le mâle de la Bonellie possède donc toute l'organisation d'un Gé- 
phyrien dont le développement a été arrêté à l'état larvaire, sauf pour 
l'appareil génital, qui s'est complété. 

1 Bonellia viridi's,vaiv. mimv. VoYezMa.vïoa; Uraguages au large de MarseilU 
{Ann. des Sc.Nat., tom. VIII, pag. 5). 

Le Directeur de la Revue : E. Dubrceil. 



Montpellier — ïypogr. Boehm et Fils. 



MÉMOIRES ORIGINAUX. 



LES BOURGEONS AXILLAIRES 

ET LES RAMEAUX DES GRAMINÉES 

Par D.-A. GODRON, Correspondant de l'Institut. 



Dans nos Études morphologiques sur les Graminées \ nous nous 
sommes occupé d'un organe membraneux qui se rencontre dans 
la plupart des espèces rameuses de cette famille. Il naît sur un 
rameau axillaire, nu à sa base, généralement court ; il tourne le 
dos à l'axe primaire, constitue le premier appendice du rameau, 
et, au premier abord, semble alterner avec la feuille-mère. Nous 
lui avons donné le nom à.' expansion bicarénée'^. 

Depuis la public.ation de ce premier travail, nous l'avons 
étudié sous un point de vue plus philosophique : nous avons re- 
cherché à quel organisme il appartient, malgré les modifications 
qu'il a subies dans la série des Graminées, Nous avons procédé 
du connu à l'inconnu, pour atteindre le but que nous nous pro- 
posions. 

Tout rameau naît d'un bourgeon axillaire. En s'appuyant sur 
ce principe, on doit arriver sûrement à reconnaître la nature de 
l'organe qui lui a donné naissance, malgré les variations qu'il 
subit, soit d'une famille à l'autre, soit dans les différents genres 
d'une même famille, et spécialement dans celle des Graminées. 

1 Godron; Éludes morphologiques sur la famille des Graminées [Rev. des Se. 
nat., tom. VII, 1879, pag. 396.) 

- Cet organe a été depuis longtemps nommé Vorblatt par les botanistes aile, 
mands. Gay a traduit ce terme par Préfeuille, et Duval-Jouve par Prime feuille. — 
Consultez Duchartre ; Éléments de Botanique, 2a édition, pag. 415. — Le nom de 
Vorblatt, ou mieuxcelui de Vorspelzen, ont été aussi appliqués par plusieurs au- 
teurs allemands à un autre organe, la paléole parinerviée, qui présente beaucoup 
d'analogie avecle précédent. 

2« sér.. tom. i. -29 



430 MÉMOIRES ORIGINAUX. 

L'évolution des bourgeons s'y produit dans des conditions va- 
riées, ce qui leur imprime des caractères distiuctifs particuliers. 
Considérées à ce point de vue, les Graminées que je connais 
nous offrent trois sortes de bourgeons axillaires : 

lo Les bourgeons qui naissent et ne commencent à se dévelop- 
per qu'après le dessèchement ou même la chute naturelle de la 
gaine de la feuille-mère, n'étant pas comprimés par celle-ci, 
opèrent leur évolution en pleine hberté : ces bourgeons sont ses- 
siles et écailleux ; 

2° Les bourgeons qui, couverts et comprimés d'abord par la 
gaine foliaire, verte et parfaitement vivante, ne tardent pas à la 
soulever à sa base, à y produire une fente longitudinale, à s'é- 
chapper au dehors à travers cette brèche, en s'étalant immédia- 
tement : ces bourgeons sont écailleux et brièvement stipités ; 

3" Les bourgeons des espèces annuelles ou vivaces, à croissance 
rapide et continue, se développant sous la gaine foliaire qui les 
étreint étroitement : ceux-ci sont membraneux et stipités plus ou 
moins longuement. 

Enfin, nous constaterons que les deux derniers modes peuvent, 
dans certaines conditions, se montrer sur la même espèce et, qui 
plus est, quelquefois sur le même chaume. 

1. 

Si l'on examine une Bambusée gigantesque , V Arundinaria 
falcata Nées, on reconnaît que la gaîne foliaire prend naissance 
immédiatement au-dessous d'un nœud peu développé au point 
d'insertion, mais qui se renfle un peu au-dessus. La gaîne foliaire, 
déjà sèche, se rompt circulairement et très-nettement, comme si 
elle avait été coupée par un instrument tranchant bien aiguisé, à 
2 ou 3 millim. de sa base; elle laisse autour du chaume une sorte 
de collerette. Celle-ci forme un tour et demi sur l'axe, à raison 
du croisement des deux bords, dont la base est aussi adhérente 
au nœud. C'est après cette rupture naturelle de la gaîne que le 
bourgeon axillaire apparaît. Adhérent par sa base et son centre, 



BOURGEONS AXILLAIRES ET RAMEAUX DES GRAMINÉES. 431 

il est libre au sommet et sur les côtés. Les deux premières 
écailles sont libres, pliées en long, équitantes, à carènes saillan- 
tes, velues, placées latéralement ainsi que les écailles suivantes, 
par conséquent disposées dans un plan perpendiculaire à celui 
des feuilles-mères. Un certain nombre de rameaux grêles sortent 
plus tard des différentes aisselles des écailles du bourgeon. 

Dans VArundinaria japonica Steud. et Zucc. , je n'ai vu le 
bourgeon axillaire qu'à l'état de développement en rameau feuille. 
Il paraît être plus simple que dans l'espèce précédente. Les deux 
premières écailles, qui persistent encore, sont étroites, lancéolées, 
acuminées, libres, à carènes aiguës, velues, un peu repoussées 
en arrière par le développement du rameau. Les autres écailles 
sont devenues des gaines membraneuses , écartées les unes des 
autres et d'autant plus longues qu'elles sont placées plus haut ; 
elles sont, ainsi que les feuilles parfaites qui les surmontent, 
disposées comme dans l'espèce précédente relativement aux 
£euilles-mères. 

Le Bambusa nigra Lodd. nous offre des faits analogues. Les 
deux écailles inférieures libres sont triangulaires, se croisent à la 
base et divergent au sommet. 

Dans le Saccharum officinarum L., le bourgeon asillaire ne se 
montre et ne se développe qu'au moment où la gaîne de la feuille- 
mère est sèche et se divise en lambeaux irréguliers dans le sens 
de la longueur. Il est d'abord appliqué et peu épais; ses deux 
écailles inférieures sont un peu écartées l'une de l'autre en arrière 
et se croisent en avant; elles sont couvertes de longs poils soyeux 
et appliqués sur toute sa surface externe ; les carènes sont latéra- 
les, saillantes, aiguës et alternes-distiques avec les autres écailles, 
du milieu desquelles j'ai vu une fois sortir un rameau grêle, de 
55 millim. de longueur, portant deux gaines vertes et une troi- 
sième munie d'un petit limbe plié en deux et équitant avec les 
enveloppes inférieures. Ces trois appendices foliacés sont alter- 
nes-distiques comme les écailles, et tous sont disposés, relative- 
ment au plan des feuilles-mères , comme dans les espèces 
précédentes. 



432 MÉMOIRES ORICtINAUX. 

Dans les plantes dent nous venons de décrire les bourgeons 
axillaires, ceux-ci sont écailleux. Ils se développent après la 
chute ou la dessiccation complète delà gaîne foliaire. Celle-ci n'a 
donc pu exercer sur eux aucune pression; aussi leurs écailles infé- 
rieures sont libres. Il en est tout autrement dans les espèces qu'il 
nous reste à étudier. 



II. 



Nous jtrouvons un exemple du second genre de bourgeon 
dans une Graminée à tige ligneuse, VArundo DonaœL., qui ne 
fleurit pas sous le climat de Nancy, mais y devient assez souvent 
rameux. Il produit ses bourgeons axillaires au commencement de 
l'été, alors que les gaines des feuilles-mères sont encore vertes 
et serrées étroitement contre la tige. Ce bourgeon est placé sur un 
axeraméal nu à sa base, long de 2 à 3 millim., adhérent obhque- 
ment à la tige par sa base et une partie de sa face interne , 
libre au sommet et un peu sur ses bords, très-comprimé ainsi 
que le bourgeon lui-mcme. Celui-ci grossit, devient convexe 
sur sa face externe, est presque plat sur sa face interne et déprime 
légèrement la tige, mais seulement à la surface de contact; son 
écaille extérieure est d'une seule pièce, bicarénée, fendue à son 
sommet; ses bords libres, plies en avant à partir des carènes, atté- 
nués au sommet et s'élargissant peu à peu jusqu'à la base, où ils 
se croisent l'un devant l'autre, enveloppent comme un maillot 
des écailles et des feuiUes rudimentaires. Ses deux angles laté- 
raux sont fortement carénés, et les deux carènes, couvertes de 
longs poils soyeux, sont d'