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Full text of "Revue des sciences naturelles appliques"

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REVUE i 

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DES ! 



SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES 



BULLETIN BIMENSUEL 

DE LA 

SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION DE FRANGE 



VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET C''^, 59, RUE DUPLESSIS. 



REVUE 



DES 



SCIENCES MTORELLES ÂPPLIQOÉES 



BULLETIN BIMENSUEL 

DE LA 

SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION DE FRANCE 

Fondée le 10 février 1854 

RECONNUE ÉTABLISSEMENT D'UTILITÉ PUBLIQUE 

PAR DÉCRET DU 26 FÉVRIER I800 



1892 — DEUXIEME SEMESTRE 



TRENTE-NEUVIEME ANNEE 



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PARIS 

AU SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ 

41, RUE DE LILLE, 41 

1892 



I. TRAVAUX ADRESSES A LA SOCIETE H 



L'ÉTAT ACTUEL 

DE L'HIPPOPHAGIE EX EUROPE 

Par m. E. LECLAINCHE, 
Professeur à l'Ecole vétérinaire de Toulouse 

Et m. Ch. MOROT. 
Vétérinaire municipal à Troyes. 



«OTANfCAL 



Un travail récent de l'un de nous a donné une idée de la 
progression de l'alimentation avec la chair des solipèdes 
dans un grand nombre de pays (1). De nouvelles statistiques 
françaises et étrangères vont nous permettre de compléter 
cette étude et de faire connaître le degré d'extension de la 
consommation de la viande de cheval dans presque toute 
l'Europe. 

L'hippophagie a presque toujours été chargée d'éloges exa- 
gérés par les nns et d'anathèmes non moins exagérés par les 
autres. Elle ne mérite ni cet excès d'honneur ni cette indi- 
gnité. Comme toutes choses en ce monde, elle a ses qualités 
et ses défauts. La viande normale des vrais chevaux de bou- 
cherie est réellement bonne, cela est incontestable ; pour 
mieux dire, elle est bonne dans son genre. Mais c'est com- 

(*) La Société ne prend sous sa responsabilité aucune des opinions émises 
par les auteurs des articles insérés dans la Bévue. 

(1) Ch. Morot : Des Progrès de VHippophagie en France et à l'étranger 

[Documents statistiques), in Bulletin du Comice agricole départemental de 

l'Aube, n" 195 (mars 1891) et Brochure. Troyes 1891. Ce mémoire a été 

traduit en espagnol et en anglais : 1" Del progreso de la Hippofajia en 

Francia g en cl extranjero [Documentas estadisticos), por M. Ch. Morot. 

Traduccion de D. Juan Morcillo Olalla in Gaceta Medico-Velcrinaria. 

Madrid. 1891, 7 y 14 de agosto, num. 635 y 036. 2'^ The Progress of 

Kippopliagy in France and on the Continent, as sliovn frora statistics bg 

^ M. Ch. Morot. Translated by Lecs Kno\\-lcs, hl. P. in Journal of the 

i^jRogal Htatistical Societg, september 1891. Loudon, vol. LIV, part, iir, 

^;p. 519 et suivantes. 

Çj^, 3 Juillet 1S92. < 

a; 



2 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

promettre une cause bonne et gagnée déjà que de prétendre 
cette viande meilleure que la bonne viande de bœuf. Il est 
inutile d'établir une comparaison entre ces deux viandes qui 
ne sont nullement comyiarables. S'ingénie-t-on à trouver des 
rapprochements entre la chair du porc et celle du mouton? 
On mange d-e l'une et de l'autre parce qu'elles sont bonnes, 
sans chercher laquelle est la meilleure. Chacun peut suivre 
cet exemple pour le bœuf et le cheval, en tenant compte soit 
des préférences variables de son goût, soit des conditions 
inéluctables ou voulues de son budget. Mallieureusement, 
dans certaines localités, on abuse de l'hippophagie en sacri- 
fiant l'intérêt général à des intérêts particuliers : on y voit de 
nombreuses boucheries chevalines qui reçoivent couramment 
des chevaux étiques, cachectiques, etc., dont la place est 
absolument indiquée aux clos d'équarrissage. Et puis, disons-le 
bien haut, beaucoup de consommateurs mangent et achètent 
du cheval sans le savoir, dans des restaurants et des char- 
cuteries qui.sont censés ne débiter que du bœuf et du porc (1). 
Il y a là des abus et des fraudes déplorables que les adminis- 
trations municipales doivent à tout prix empêcher; elles le 
peuvent certainement. L'hippophagie n'a rien à craindre do 
la sévérité des règlements pour son développement intensif, 
au contraire. Mais, si elle est l'objet d'un mercantilisme 

(1) On débite comme saucissons ordinaires dos quantités con- 
sidérables de saucissons exclusivement ou presque exclusivement 
composo's de viande de cheval. « La composition de ces pro- 
duits, leur mode de fabrication, sont tellement variables, tellement 
complexes, qu'il est souvent impossible d'indiquer la nature des 
viandes dont ils se composent » (Moulé). Divers procéde's ont e'te' 
proposés pour rdve'ler cette fraude, notamment cehii de Klein (*) 
et celui de Niebel, de Berlin (**), sur lesquels nous ne pouvons 
nous étendre ici. Les auteurs de ces procédés assez compliqués 
affirment en avoir obtenu de bons re'sullats. Nous ne récusons pas 
la valeur scientifique de ces me'tbodes de laboratoire, mais nous 
ne croyons pas qu'elles soient d'une application courante. Ce qu'il faut 
avant tout, ce sont des procédés pratiques, rapides et sîiis pour recon- 
naître la composition de toutes les espèces de saucissons. Espe'rons 
qu'on les aura bientôt, si MM. Klein et Niebel continuent leurs 
recherches ou s'ils trouvent des imitateurs. 

(*) Moulé [d'après Klein). Di/Tiù-eiices entre les saucissons composi's de viande 
de bœuf et de porc et ceux falsifiés avez de la viande de cheval (A). 

(**) Uebcr den Nachwciss des Pferdefleisches in Nalirungsmittcln, von 
Niebel [B'). 



L'ÉTAT ACTUEL DE L'HIPPOPHAriIE EN EUROPE. 3 

effréné, elle risquera de s'arrêter dans son essor ou même de 
succomber. Is. Geoffroy Saint-Hilaire s'est du reste exprimé 
à ce sujet d'une façon très pratique et pleine de bon sens : 
« Est-ce à dire, cependant, qu'il faille livrer indifféremment 
tous les chevaux à la consommation ? écrit ce savant. Non ; 
mais encore moins faut-il les exclure tous ; et parce qu'il peut 
y en avoir de mauvais, rejeter aussi les bons, qui sont de 
beaucoup les plus nombreux. Que fait-on contre les bœufs et 
les moutons charbonneux ? On leur refuse l'entrée des mar- 
chés où l'on favorise, au contraire, l'arrivée des bœufs ou des 
moutons sains. Faites de même pour l'espèce chevaline : 
écartez de la consommation les viandes des animaux malade>; ; 
appliquez-leur, et plus sévèrement encore, les mesures dont 
l'expérience a démontré l'efRcacité, mais ne renoncez pas à 
l'usage de -peur de l'abus ; ne privez pas le peuple de deux 
millions de rations de bonne viande à bon marché, pour éviter 
qu'il ne se glisse parmi elles, de loin en loin, quelques kilo- 
grammes de qualité suspecte ou mauvaise. En un mot, sur- 
veillez, ne prohibez pas » (C). Il appartient aux défenseurs de 
riiippophagie et aux inspecteurs vétérinaires de ne proposer 
et de ne recevoir pour l'alimentation humaine que des 
solipèdes se trouvant dans les conditions indiquées par 
Is. Geoffroy Saint-Hilaire. 

Avant que d'aller plus loin, nous tenons à remercier les 
confrères obligeants (I) qui ont eu l'amabilité de nous fournir 

(1) M. Deligne, d'Abbeville (1) ; M. Guitlard, d'Astaffort (2); M.Guit- 
tard, d'après M. CapcUe, d'Auch '2a] et M Pages, de Cahors (2 il ; 
M. Bossert, d'Amiens (3) ; M. Niord, d'Angoulême (4) ; M. Crochot, 
d'Auxerre (5) ; M. Baillet, de Bordeaux (6) : M. Gallier, de Caen (7) ; 
M. Pernet, de Châlons (8) ; M. Guillaumot, de Chaussin (9) ; M. Paruit, 
de Chaiieville (10) ; M. Fournier, de Chartres [11] ; M. Labrousse, de 
Chàteauroux (12) ; M. Orillard, de Châtellerault (13) ; M. Desnouveaux, 
de Cliaumont (14) ; M. Carieau, de Dijon (15); M. Charmeteau, phar- 
macien à Saint-Dizier (16) ; M. Garet, de Douai (17) ; M. Dumont, du 
Havre (18) ; M. Detroyes, de Limoges (19) ; AL Auzat, de Lorient (20) ; 
M. Leclerc, de Lyon (21) ; M. Raillard, de Moulargis (22) ; M. Berbain, 
de Nancy (23) ; M. Guerrin, de Nevers (24) ; AI. A'crain, de Provins !.25^; 
M. Girard, de Reims (26); M Bailleau, de Romilly (27) ; M, Veyssiére, 
de Rouen (28); AL Duflfaut, de Toulouse (29); AL Fachet, de Tours (30); 
AL Thomas, de Verdun (31); AL Lavault, de Versailles (32) ; AL Col- 
lard, de Vitry (33) ; M. Alandel, de Alulhouse (34) ; AL Koudelka, de 
Wiscbau (35) ; M. Van Hertsen, de Bruxelles (36) ; AL Dèle^ d'Anvers 
(37) ; AL Dèle, d'après AIAL Weemaes (37«) ; et Dehlock (37 i), d'An- 



4 REVUE LES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

(les renseignements manuscrits, renseignements bien précieux 
en l'absence d'une statistique otîîcielle publiée sous les aus- 
pices du Gouvernement. 

FRANCE. 

ANjeville — Somme (1). Il \ a quelque temps, une bou- 
cherie hippophagique débitait 2 chevaux par semaine ; elle 
n'a pu tenir que deux ans. 

Agen — Lot-et-Garonne [2]. Il y a plusieurs années, une 
boucherie hippophagique a fonctionné quelque temps, mais 
sans aucun succès. — A Astaffort, tous les chevaux sains 
sacrifiés pour cause d'accidents' sont consommés par les 
habitants. 
Amiens — Somme (3). En 1890, 423 solipèdes consommés. 
Angoulème — Charente (4). Une boucherie hippophagique 
existe depuis sept ou huit ans. Elle ne va guère que l'hiver ; 
l'été elle est parfois un mois et demi sans vendre un cheval. 
En 1890, elle a débité une cinquantaine de solipèdes, dont 
une partie pour la nourriture des meutes. 

Aiich — Gers (2a). La moyenne annuelle des chevaux con- 
sommés dans ces dernières années varie de 270 à 280, et celle 
des ânes de 45 à 50. 

A/'.xerre — Yonne (5). En 1890, deux équarrisseurs de la 
ville ont abattu pour la consonnnation 12 chevaux et 10 ânes. 
Ils n'ont débité pour l'alimentation humaine qu'une faible 
partie de la viande de ces animaux ; ils ont vendu le reste 
pour les chiens ou l'ont jeté à la voirie après quelques jours 
d'étalage. 

Bordeaux — Gironde (G). Le nombre des solipèdes con- 
sommés a été, en 1888, de 538 chevaux, 43 ânes et 20 mulets. 
— En 1889, de 650 chevaux, 55 ânes et 25 mulets. — En 1890, 
de 1,080 chevaux, 99 ânes et 61 mulets. — En 1891, de 
1,710 chevaux, ânes et mulets. En 1891, 80 solipèdes ont été 
saisis comme impropres â la consommation. La progression 

vers ; M. Lambert, de Garni (38) ; M. Brouwier, de Liège (39) ; 
M. Kvatcbkoff, de Sistova (40); M. Morcillo Olalla, de .Jativa (41); 
M. Dnont, de Rotterdam (42); M. Furlanetto, de Trevise (43) ; M. Boc- 
calari, de Gêues (44) ; .\L Furtuna, de Conslaula (45) ; M. Mantu, de 
Braïla (46) ; M. Neiman, de VViadicaucase (47; ; M. Str^bel, de Fri- 
bourg S. (48). 



L'ETAT ACTUEL DE L'HIPPOPUAGIE EX EUROl'E. 5 

de riiippophagie est due à l'élévation du prix de la viande 
ordinaire. Les boucheries hippophagiques étaient au nombre 
de 10 en 1891, et de 13 au l""" mars 1892. Le prix de la viande 
de cheval varie de 25 centimes à 1 fr. le demi -kilo, selon les 
catégories. 

Caen — Calvados (7). Une boucherie hippophagique est 
installée depuis 1885. En raison de l'opposition faite par les 
bouchers ordinaires, le propriétaire de cet établissement n'a 
pas été autorisé par la municipalité à occuper une place à 
l'abattoir communal. Il a une tuerie extra-muros qui n'est 
soumise à aucun contrôle ; il introduit ensuite sa viande en 
ville et la débite dans son étal, sans inspection préalable le 
plus souvent. C'est ainsi qu'à Caen on méconnaît les droits 
de l'hygiène publique pour ne pas augmenter par des frais 
d'inspection les dépenses budgétaires de la commune et pour 
donner aux bouchers ordinaires une mesquine satisfaction 
d'amour-propre. A Caen on tue en moyenne par an 90 che- 
vaux, 1 ou 2 mulets et 4 ou 5 ânes. Les prix de la viande de 
cheval sont les suivants par demi-kilo : Filet =^ 90 centimes 
— faux- filet = 60 centimes — gite == 40 centimes. Pour 
les divers autres morceaux ils varient de 20 à 30 centimes. 

CaJiors — Lot (2/y). Févi'ier 1892. Il existe deux boucheries 
hippophagiques. Il vient d'être abattu dans dix mois 156 soli- 
pèdes, dont 92 chevaux, 4S ânes et 16 mulets. 

Châlons-sur- Marne — Marne (8). Il existe une seule bou- 
cherie hippophagique, ouverte depuis le 2 mars 1880 et qui 
a débité : 

Années.. 18S0 1SSI ISSS ISSÔ ISSi ISSo IS86 U87 I8SS iSSO 1800 IS!)I 



Chevaux. 


12D 


108 


115 


98 


104 


110 


93 


82 


87 


7(3 


95 


128 


Anes . . . 


23 


16 


9 


H5 


1(3 


15 


8 


18 


11 


15 


15 


16 



La viande de cheval se vend les prix suivants par demi- 
kilo : Biftecks épluchés, 60 centimes; aloyau, 50 centimes ; 
train- de-côtes, 40 centimes ; plat-de-côtes, 30 centimes ; 
jarret, 20 centimes ; rognures, 10 centimes ; saucisson, 
70 centimes. 

Chalon-sur-Saône — Saône -et -Loire (9). Il existe une seule 
boucherie, dont le débit est intermittent et qui vend au plus 
1 cheval par semaine. Cet établissement est presque cons- 
tamment fermé en été. 



6 REVUE DES SCIENCES NATURELLES AFFLIQUÉES. 

Cliarleville—Ar demies (10). 19,000 liaLitants. La première 
l)Ouclierie hippophagique s'ouvrit le 5 septemhre 1869. Fer- 
mée après faillite en juillet 1873, elle ne fut remplacée par 
une autre boucherie qu'à la fin d'octobre de la même année. 
Deux nouveaux étaux hippophagiques s'installèrent en 1889 
et depuis cette époque il y en a toujours eu trois. La viande 
de cheval se vend aux prix suivants par demi-kilo : Filet, 
90 centimes; biftccJis, 60 centimes ; polaK-feu, 30 et 40 cen- 
times; saucisson, 60 centimes ; graisse brute, 40 centimes et 
graisse fondue, 50 centimes, En 1871 et 1872, après 200 pe- 
sées, M. Paruit a obtenu une moyenne de 235 kilos pour les 
quatre quartiers des chevaux de boucherie de Charleville. Il 
a contrôlé ce chitfi'e depuis et n'a trouvé qu'une variation de 
5 kilos. Le nombre des chevaux sacrifiés à l'abattoir de 
Charleville a été : 

En 1S<>9 1S70 1S7t ^,S7* i87,y 7,S7.i iS75 iS7G iS77 IS7S 1S7!) ISSO 

De 169 312 S86 127 95 159 90 13G 1S8 214 221 222 
En l8St mSi iSS5 iSSi iSSÔ ISSU 1SS7 ISSS tSSO 1S00 1SUI 

De 230 258 292 273 359 350 344 3i:5 G3l) 558 380 

On a tué en outre quelques ânes et mulets chaque année, 
notamment 68 ânes et 2 mulets de 1869 à 1873 inclusivement. 

Chartres — Eure-et-Loir (11). Deux boucheries hippo- 
phagiques ; l'une est ouverte depuis 1870, et l'autre depuis 
1891. Le demi-kilo de viande de cheval désossée et énervée 
se vend aux i)rix suivants, selon les catégories - Filet, 
1 fr. 25 cent. ; faux-filet, roomsteclis et tranche, 60 cen- 
times; épaule et f/ite à la noix, 50 centimes ; autres mor- 
ceaux, 10 à 40 centimes. 

NOMBRK DE SOLIPEDES ABATTUS. 

Années ISSS 4889 I8UU ISOi 

Clievaiix 224 176 296 207 

Anes et Mulels 35 21 34 68 

Châteauroux — Indre {\^). Il n'existe qu'une seule bou- 
cherie hippophagique, dont les débuts remontent à vingt ans. 
On a sacrifié à l'abattoir de la ville : en 1890 , 103 che- 
vaux et 10 ânes ou mulots ; en 1891, 101 chevaux et 18 ânes 



L'ÉTAT ACTUEL DE L'IlIl'POl'HAGIE KX EUROPE. 7 

OU mulets. Prix mojen de la viande de cheval : 50 centimes le 
demi-kilo. 

Cliâlelleraiilt' — Vienne (13). Une seule boucherie hippo- 
phagique. Elle fait peu d'afflures l'hiver et encore moins 
l'été ; elle débite quelques chevaux et un peu plus d'ânes. 

Chat ill on- sur- Seine — Cùle-cVOr. 4,877 ha])itants en 1891. 
Deux individus débitent d'une façon plus ou moins intermit- 
tente de la viande de cheval, au marché couvert, aux prix 
suivants par demi-kilo : Filet, 50 centimes ; faux-filet, 
cuisse et épaule, 30 centimes ; côtes, bas morceaux et débris 
pour les chiens, 10 centimes ; graisse brute, 50 centimes. La 
graisse fondue se vend 1 franc le litre. Nous donnons ci- 
dessous la statistique hippophagique de ces dix-huit der- 
nières années établie par l'administration municipale, d'après 
les registres de l'abattoir communal : 

Années.. I S7 i 1873 181H /,S77 -/STS 1H19 4SH0 iHHI ISfiS 

Chevaux. 10 2 11 3 8 9 li> W 25 
Anno'es . . ISS.J /.SSî ISSï tSSfl 1887 -1888 188!» 1890 tSDI 

Chevaux. 21 23 46 40 35 26 20 33 25 

Chaum ont — Haute -Marne (14). En 1889, on a abattu 
27 chevaux; en 1890, on en a tue 41, dont 9 pour une ména- 
gerie. On consomme aussi quelques chevaux dans quelques 
autres localités de la Haute-Marne, notamment à Joinville, 
Langres et Nogent-le-Roi (14). 

Dijon — Côte-cVOr (15). Le nombre des boucheries hippo- 
phagiques était de trois en 1888-1889 et de quatre en 1890. 
On a consommé : 

En 1888 240 Chevaux. = Gl, 367 kilos viande. 

— 26 Anes.... = 2,116 — 

En 1889 313 Chevaux. = "76.501 — 

— 51 Anes.... = 4,736 — 

En 1890 421 Chevaux. =: 105.115 — 

— 60 Anes = 6,59u — 

Saint-Dizier — Haute-Marne (16). En 1890, il existait deux 
boucheries hippophagiques. Le nombre de solipèdes consom- 
més s'est élevé aux chiffres suivants : 



REVUE LES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 
Années... !Sfi5 188G ISfiJ ISSS I8S9 1890 



Chevaux 302 289 234 282 228 262 

On a consomme en cuire 2 Anes en 1890. 

I>ôlc — Jura (9 1. La \ente hippophagique n'a lieu que l'hi- 
"ver. Pendant cette saison, un ancien boucher tue environ 
3 chevaux par mois et les débite au marché. 

Douai — Nord (17). On a commencé à vendre de la viande 
chevaline, il y a environ vingt-cinq ans; au début, on débitait 
à peu près 1 cheval par semaine. Actuellement fl"'" avril 1892) 
il y a à Douai trois boucheries hi[)pophagiques, qui étendent 
leur vente jusqu'à 12 et 15 kilomètres dans le bassin houiller. 
Le demi-kilo de viande de cheval désossée se vend pour bif- 
tecks 50 et 40 centimes, selon les catégories. Le nombre des 
solipèdes abattus à Douai s'est élevé à 212 en 1888; 204 en 
1889: 230 en 1890 et 234 en 1891. (Beaucoup de chevaux; 
très peu d'ânes et mulets.) 

Saint- Eiiamc — Loire. Le nombre de solipèdes consom- 
més a été : en 1889 de 534 chevaux, 18 ânes et 10 mulets, 
en 1890 de G7G chevaux, 24 ânes et 10 mulets. A Saint- 
Etienne, la viande de cheval est employée en grande partie 
pour la confection des saucissons ; elle y est peu appréciée 
à l'état Irais. « La classe ouvrière, qui trouverait dans la 
viande de cheval, aux époques de crises industrielles, un ali- 
ment sain et à bon marché, éprouve de la répugnance pour 
rhii)pophagie en raison de certain préjugé aussi absurde 
que peu fondé, qui consiste à admettre comme article de foi 
que le cheval n'a pas de vessie, que par conséquent la chair 
a la saveur de l'urine (1). » Chose curieuse à noter, cette 
croyance erronée a aussi cours en certains endroits d'Italie, 
ainsi que nous rapi)rend M. I. Xosotti, vétérinaire-inspec- 
teur des abattoirs, autrefois à Pavie et actuellement à Rome 
(D). A Saint-Etieuue, il a été saisi, en 1890, 19 solipèdes im- 
propres à la consommation, dont 12 pour morve chronique 
et 1 pour morve aiguë. 

Le Havre — Seine- Laférieure (18). La première boucherie 
hippophagique a été ouverte le 4 octobre 1869. 11 y a actuel- 

(1) LabuUy. Service de l'Inspection des viandes de la ville de Saint- 
Etienne. Statistique annuelle 1890. Brochure. Saint-Etienne 1891. 



L'ÉTAT ACTUEL LE L'HIPPOPHAGIE EN EURÛfE. 



9 



lement quati-e boucheries de c]ieval(P' mars 189'2). La \iaiitle 
de cheval se vend aux prix suivants par demi-kilo : Filci, 
1 franc ; lilfleclis, 60 centimes ; les autres morceaux, 40 cen- 
times; le saucisson de première qualité, 1 Ir. 50 et celui de 
deuxième qualité, 90 centimes. 



STATISTIQL 


ES 


CONSOMltATION. 


HIPPOPHAGIQUES. 


NOMBKE 


DE 


TÊTES 


ANNÉES. 




CHEVAUX. 




ANES. 


1888 




315 




2 


1889 




390 




2 


1890 




431 




4 


1891 




482 




6 



SAISIES TOTALES. SAISIES TOTAEES 
NOMBRE DE TÊTES. ET PARTIELLES. 
CHEVAUX. POIDS NET. 



8 
13 
10 

6 



2,125 kilos. 
12,000 — 
2,305 — 
1,730 — 



La maison Sansinena, de Buenos-Ayres, qui importe des 
moutons réfrigérés de la Plata en France, amène en même 
temps au Havre de la viande de cheval congelée, qui est en- 
suite expédiée à des fabriques de saucissons de diverses lo- 
calités de la France. Depuis trois ou quatre ans cette viande 
chevaline réfrigérée n'est plus admise pour la consommation 
locale ; elle ne l'a du reste été antérieurement que pendant 
très peu de temps. Le chiffre considérable des saisies hippo- 
phagiques de 1889 est dû, pour la plus grande partie, à un 
envoi américain reconnu avarié au débarquement. 

Lille — Nord. En 1847 la viande de cheval se vendait déjà 
depuis plusieurs années à Lille, sans autorisation officielle, 
au prix de 12 centimes le kilo, lorsque le Conseil central 
dliygiène du Nord demanda qu'elle lut soumise à l'inspec- 
tion sanitaire (E). 11 a été consommé 900 chevaux en 1888 
et autant en 1889 ; il y en a eu 10 de saisis en 1889 (1). 

Limoges — Hau.fe- Vienne (19). Le nombre des solipëdes 
consommés a été de 20 du 15 octobre au 31 décembre 18^9 
et de 197 en 1890. C'est à partir du 15 octobre 1889 qu'un 
étal hippophagique a pu réussir à Limoges, grâce à l'éléva- 
tion du prix de la viande ordinaire. Avant cette époque 
plusieurs commerçants avaient tenté infructueusement de 
monter des boucheries chevalines ; après avoir tué 1 ou 2 
chevaux demeurés invendus, ils avaient été obligés de 



(1) Yittu. Rapport au Maire sur l'abattoir de Lille en tSSO. Brochure 
iu-8. Lille 1890. 



10 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

fermer leurs établissements. C'est plutôt la classe demi- 
bourgeoise que la classe ouvrière qui mange du cheval . 

L07'ienf — MorljUian (20). Le nombre des chevaux con- 
sommés a été de 123 en 1888, 56 en 18^9, 64 en 1890 et 61 
du 1*^'' janvier au 16 septembre 1891. 

Lyon —Rhfyne (21). Nombre de solipèdes consommés : 











TOTAL 


ANNÉIÎS. 


CHEVAUX. 


ANES. 


MULETS. 


DES SOLIPÈDES 


1888 


2,944 


111 


118 


3,173 


1889 


2,733 


110 


85 


2,928 


1890 


2.969 


103 


91 


3,163 


1891 


2,608 


117 


91 


2,816 



Le nombre des solipèdes saisis a été de 110 en 1888, 108 en 
1889 et 81 en 1890, en tout en trois ans 299 saisies totales dont 
107 pour morve, 22 pour carcinose, 22 pour mélanose, 16 pour 
infection purulente, 33 i)our péritonite et pleurésie, 34 pour 
maigreur extrême, 46 pour fièvre générale et 19 pour mort 
natui'olle. Il y a eu en outre 2690 saisies partielles (abats et 
viscères) dans les trois années précédentes. Chaque cheval 
livré à la consommation iiaie un droit d'abatage de 8 francs. 
Au l^- janvier 1892, il y avait à Lyon seize étaux hippopha- 
giques tenus par douze bouchers. La viande de cheval se 
débite actuellement aux prix suivants par demi-kilo : Filet, 
90 centimes. Cuisse, 40 centimes. Quartier de devant, 20 cen- 
times. Saucisson, 1 franc. 

Mézières — Ardennes (10). Une boucherie hippophagique 
s'est montée en 1889 et n'a duré que quelques années. Elle 
n'avait qu'un débit restreint et s'approvisionnait de chevaux 
abattus à Charleville. 

iMontargis — Loiret (22). Un équarrisseur des environs 
vient de temps à autre débiter de la viande de cheval à 
Montargis. 

Nancy — Meurthe-et-Moselle ('23}. Le premier cheval de 
boucherie fut vendu à Nancy le 15 mai 1866, sous les aus- 
pices de la société régionale d'Acclimatation du Nord-Est. La 
première boucherie hippophagique date de 1866 et la seconde 
du 15 septembre 1871. Les solipèdes de boucherie ne com- 
mencèrent à être inspectés régulièrement qu'en 1869. Au l'='' 
janvier 1892 il y avait onze étaux hii)i)Ophagiques tenus par 
huit bouchers. Le i)rix de la viande de cheval, excessivement 



L'ÉTAT ACTUEL LE L'IIIPPOPHAGIE EX EUROPE. 11 

arbitraire, varie actuellement de 30 à 80 centimes le demi- 
kilo. Le nombre des solipèdes consommés a été : 

En ISGO 1870 IS7I /.S7» ISlô IS74 -/STJ" IS76 1877 1878 1870 1880 

De 31 i 2S9 245 194 ITT 103 210 3GT 562 756 "705 691 

En 1881 1882 i8S3 I88i ISS-ï 1886 1887 1888 188!) 1890 1891 

De 610 793 1,041 954 1,149 1,337 1,329 1,280 1,340 1,561 1,194 

Parmi les solipèdes consommés annuellement, on peut 
compter approximativement '20 ânes et 10 mulets ; le reste se 
compose de chevaux (1). 

JSevers — JSièvrc (24i. Le nombre des solipèdes con- 
sommés a été de : 36 chevaux et 10 ânes en 1889 ; 40 che- 
vaux et 13 ânes en 1890 ; 23 chevaux et 14 ânes dans le 
P'' trimestre de 1891. 

Nouzon — Ardcmies (lOi. La première boucherie de 
cheval s'est montée en 1883; il s'en est installé d'autres 
ensuite; il y en a eu jusqu'à cinq à la l'ois. Comme elles 
taisaient toutes de médiocres affaires, elles ont disparu 
actuellement et l'on ne tue i)lus de chevaux à Tabattoir de 
Nouzon. Depuis décembre 1891 un bouclier hippopliagique 
de Charleville va deux fois par semaine à Nouzon et y débite 
dans ces deux jours environ 100 kilos de viande fraîche et 
une certaine quantité de saucissons de cheval. Le nombre 
des chevaux abattus à Nouzon a été : 

En 1885 1884 188:i 1886 1887 1888 1889 1S90 1891 
De 62 47 58 72 117 53 44 22 9 

plus 15 ânes de 1883 à 188^ inclusivement. 

Pœr-is et banlieue — Dêparicmenl de la Seine. Les débuts 
de l'hippophagie sont beaucoup plus anciens qu'on ne le croit 
généralement. Ainsi M. le D'" Hector George rappelait der- 
nièrement qu'on avait été obligé de manger du cheval au 

(1) Les chiffres des anne'es 1873 à 1878 différent plus ou moins 
sensiblement de ceux figurant dans la 2'^ e'dition du Traité d'insvection 
des viandes, de M. L. Baillet, 1880, p. 632. 



12 RKVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

siège de Paris par Henri IV (1). On ne doit pas s'étonner que 
cet essai forcé n'ait pas eu de suite, si l'on admet avec M. le 
mar(xuis de Cherville que le siège de Paris de 1870-1871 
a plutôt retardé que favorisé la propagation de l'hippo- 
pliagie (2). 

La statistique agricole annuelle du Ministère de l'Agri- 
culture pour 1886, 1887, 1888, 1889 et 1890 donne sur le dé- 
partement de la Seine les renseignements suivants, auxquels 
nous ajoutons ceux de 1891 fournis par le Recueil de méde- 
cine vétérinaire (A*) : 

SOLIPÈDES LIVRÉS A LA. CONSOMMATION 

dans le département de la Seine à diverses époques. 



ANNEES. 


cuEVAtrx. 


ANES. 


MULETS. 


SOLiPÈDIiS. 


TOTAL EN VIANDE 


188G 


17,617 


343 


39 


18,029 


3,377,490 kilos. 


1««7 


15,958 


204 


38 


16,200 


3,529,430 — 


1888 


16.940 


241 


43 


17,224 


3,748,310 — 


1889 


17,948 


196 


31 


18,175 


3,965,180 — 


1890 


20,889 


227 


40 


21,156 


4,615,730 — 


1891 


21,231 


275 


61 


21,567 


4,697,990 — 



flj Le cheval de boucherie, lu Journal d'Agriculture pratique, Paris, 
1891, t. II, n" 53, p. 941 ~ 1892, t. III, n" 14, p. 504. Le même auteur 
nous apprend qu'on mangea également du cheval au siège de Molz. 
par Charles Quint. Après avoir recommande l'alimentation des armées 
en campagne par la viande des chevaux tués à la guerre, il insiste 
non moins justement sur l'avantage qu'ont « les proprie'taires et les 
fermiers à consommer la chair des chevaux mis hors de service par 
accident... et les matelots, celle des chevaux tués ou blesses grave- 
ment, que jadis on jetait à la mer ». 

(2) On a prétendu que le siège avait favorise le développement de 
l'bippophagie ; nous croyons, au contraire, qu'il en a momentanément 
paralysé l'essor. Quand on a été' pendant cinq mois au régime exclusif 
du cheval, on est bien excusable de n'en pas avoir le fanatisme. Nous 
n'en sommes pas moins convaincu qu'elle est appele'e à faire une cer- 
taine ligure dans l'avenir ; le jour viendra où, au lieu de faire du vieux 
serviteur une bête martyre, en lui imposant un labeur que ses forces 
c'puisecs ne lui permettent pas d'accomplir, on le préparera par l'en- 
graissement, c'est-à-dire par quelques mois de repos et de bonne 
nourriture, au dénouement fatal auquel nul ici-bas ne peut se llatter 
(réchapper. Ce sera un bienfait, non seulement pour l'alimentation 
publique, qui trouvera dans cet appoint un utile renfort, mais pour 
l'animal lui-même, auquel il épargnera la longue et douloureuse 
agonie, que rcpre'sente la vieillesse du cheval. » [Les Bêtes en robe de 
chambre. Paris, 1890. Lei chevaux à Paris, p. 229 et 230.) 



L'ÉTAT ACTUEL DE L'HIPPOPHAGIE EX EUROPE. 13 

Quelques-uns de ces chiffres offrent de légères différences 
avec ceux donnés dans les statistiques publiées par M. De- 
croix, et le Comité de la viande de cheval. 

SOLIPÈDES NON LIVRÉS A. LA. CONSOMMATION. 
ANNÉES. REFUSÉS SUR PIED. SAISIS APRÈS ABATAGE. 

188G... 5 Chevaux, 1 Mulet. 295 Chevaux, S Anes, 1 Mulet. 

1887... » >> 244 Chevaux, 1 Mulet. 

1888... 9 Chevaux :107 Chevaux, 5 Anes. 

1889. . . 38 Chevaux 372 Chevaux, 2 Anes, 2 Mulets. 

1890 ... 8 Chevaux 394 Chevaux, 2 Ane.s. 

1891 ... 21 Solipèdes 733 Solipèdes. 

Le nombre des étaux hippophagiques était de 108 an 
l-^'- juillet 1886 et au P-" janvier 1887; de 118 au P-- juillet 
1887; de 127 au p-" janvier 1888 ; de 130 au l^^ juillet 1888 ; 
de 132 au P-" janvier et au l"'' juillet 1889 ; de 138 au P'' jan- 
vier et au P-- juillet 1890 ; de 180 au 1«'- janvier 1891 et de 184 
au 31 décembre 1891. Les prix de la viande des solipèdes (sans 
distinction d'espèces) ont été établis de la façon suivante au 
demi-kilo : P filet, 1 fr., de 1886 à 1890 ; 2° faux-filet, 75 cen- 
times en 1886 et 1887 et 50 à 75 centimes en 1888, 1889 et 
1890 ; 3« tranche et train clç côtes, 50 à 60 centimes en 1888 
et 1889 et 40 à 60 centimes en 1890 ; hasse-viande, 10 à 20 cen- 
times en 1886, 10 à 15 centimes en 1887 et 20 à 30 centimes 
en lb'88, 1889 et 1890. Le poids en viande nette des solipèdes 
a été fixé en 1886 à 190 kilos par cheval, à 190 kilos par mu- 
let et à 50 kilos par âne ; en 1887, 1888, 1889, 1890 et 1891 à 
220 kilos par cheval, à 220 kilos par mulet et à 50 kilos pav- 
ane (1). 

Dans son Rapport sur le service cVlnspection de la hou- 
clierie de Paris pour 1S90, p. 40, M. Villain nous apprend 
qu'il est sorti des abattoirs de Villejuif et de Pantin, pour la 
consommation publique, 20,771 chevaux, 242 ânes et 68 mu- 

(1) Le 28 fe'vrier 1892, un banquet hippophagique a eu lieu à 
Paris, chez Véfour, au Palais- Royal, en l'honneur de M. Decroix, le 
zélé propagateur de la consommation de la viande de cheval. Au 
dessert, les bienfaits de Thippophagie ont été' vantés dans des dis- 
cours prononces par MM. Decroix, Geoffroy Saint-Iîilaire, directeur 
du Jardin d'Acclimatation, et Pelvey, président de la Société protec- 
trice des animaux. [Pedi Journal, du mardi 1" mars 1892, n" 10658.) 



14 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

lets. (A signaler une différence entre ces chiffres et les sta- 
tistiques hippophagiques du département de la Seine pour 
1890 publiées par le Comité de la viande de cheval, 21,291 
chevaux, 229 ânes, 40 mulets, représentant 4,015,830 kilos 
de viande). Il a été saisi après abatage 413 chevaux, dont 
46 morveux, non compris les saisies partielles s'élevant à 
13.118 kilos de viande. Ces chiffres de consommation donnés 
par M. Villain diffèrent un peu de ceux émanant du Minis- 
tère de VAgriculUire. D'après M. Villain, le préjugé contre la 
viande de cheval est toujours très fort à Paris. La classe 
pauvre n'en achète pas et les indigents dédaignent les bons 
hippophagiques des bureaux de bienfaisance. Les boucheries 
de cheval ont une clientèle assez restreinte, composée de 
petits rentiers, de commerçants nourrissant leurs emploj'és, 
d'établissements ayant des pensionnaires, de restaurants po- 
pulaires et aussi de ménagères économisant sur les repas à 
l'insu de leurs maris. En résumé, il y aurait « plus d'acheteurs 
discrets que d'amateurs ayant le courage d'acheter ouverte- 
ment ». On peut aussi compter, comme clients importants des 
abattoirs hippophagiques, les pharmaciens qui fabriquent des 
l)oudres nutritives avec la viande de cheval, ainsi que les 
propriétaires des ménageries ambulantes si nombreuses aux 
diverses foires et fêtes du département de la Seine. M. Vil- 
lain estime que les deux tiers de la viande des solipèdes 
abattus à Villejuif et à Pantin servent a fabriquer des sau- 
cissons destinés à être vendus un peu partout. « La viande 
hachée, ajoute-t-il, est même expédiée en province ; elle 
sert alors à faire des saucissons mélangés de bœuf et de 
porc, (lui nous reviennent ensuite sous les noms pom- 
peux de saucissons de Lyon, d'Arles et de Lorraine. » 

[A suivre). 



LES MIGRATIONS DES CANARDS 

et inductions à en tirer sur la mer libre du pôle Nord 
Par m. Gabrel ROGERON (1). 



Les migrations des Canards vers le sud sont de deux 
sortes. Les migrations régulières à époque fixe, à la fin de 
l'automne, et les migrations irrégulières à époques indéter- 
minées, dans le courant de l'iiiver. 

Les premières, les migrations régulières à époque fixe, ont 
lieu vers la fin d'octobre, ne variant que de peu de jours 
chaque année et ne tenant aucun compte de la température 
douce ou froide, mais seulement, d'ordinaire, de la direction 
du vent. Ces premières migrations semblent être absolument 
de long cours, par longues traites et s'étendre de l'extrême 
nord au centre du continent africain. Les Canards qui en font 
partie passent rapidement et s'arrêtent peu. Aussi font-ils 
souvent le désespoir des chasseurs qui connaissent bien ces 
sortes de canards et qui ne peuvent le plus souvent parvenir 
à les faire descendre, malgré toutes les séductions de leurs 
apjyelants. 

Quelquefois, blottis dans leur hutte, ils entendent à cette 
époque les sifflements des ailes de ces nombreux voyageurs 
une nuit entière sans pouvoir tirer un seul coup de fusil ; bien 
que ces malheureux oiseaux s'arrêtent trop encore, comme 
l'attestent les multitudes de leurs cadavres que leurs bandes 
sèment sur leur route, lesquels viennent grossir nos marchés 
sur leur long itinéraire. Et il m'est arrivé de revenir d'un 
voyage d'Italie à cette époque ; d'un bout à l'autre de la pé- 
ninsule, depuis Naples jusqu'à Gênes, les étalages des mar- 
chands de gibier regorgeaient de ces oiseaux. 

Les Canards sauvages proprement dits, les cols verts {Anas 
Bosclias) faisant partie de ces passages réguliers, sont aussi 

[1] Lecture faite au Congrès des sociétés savantes le 9 juin 1892. 



'IG REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

(l'une race plus pure, plus fine ; le coloris de leur plumage 
est également d'un plus vif éclat, preuve qu'ils viennent de 
régions inhabitées où leur espèce n'a pu être en contact avec 
notre race domestique. 

Ces migrations régulières, que rien n'explique puisqu'elles 
semblent se produire sans motif apparent, alors que ni le 
froid ni le manque de nourriture à cette époque ne sont en 
cause, pour lesquelles on ne peut pas même alléguer, comme 
chez certains oiseaux de passage, l'instinct migrateur de la 
race, car une partie d'entre eux n'émigre pas alors des con- 
trées du nord comme on va voir tout à l'heure, ces migra- 
tions régulières d'automne, dis-je , ne seraient-elles pas 
causées par les nuits des contrées polaires que ces oiseaux 
habiteraient ? 

On présume, en effet, que sous l'influence des courants 
d'eau chaude sous-marins, du gulf-stream, il existe une mer 
li])re au p(31e baignant des ])ays tempérés, des continents et 
des lies couverts de végétation. De liardis voyageurs, l'Amé- 
ricain Kane et ses compagnons en 18."34 ont même prétendu 
l'avoir découverte. Après avoir traversé d'immenses déserts 
de glace, ils auraient trouvé cette mer libre peuplée d'une 
innombrable multitude d'oiseaux d'eau, Mouettes, Canards, 
Oies sauvages, etc. 

Mais, néanmoins, quand même les rigueurs du froid ne se 
feraient jamais sentir dans ces régions i)olaires, (|u'on y 
Jouirait toujours de la plus agréable température, les longues 
nuits qui les enveloppent pour plusieurs mois, sont à elles 
seules un obstacle insurmontable au séjour continuel de ces 
oiseaux. 11 leur faudrait, à un moment donné, fuir ces ténè- 
bres menaçant de les envahir, et émigrer du cijté du jour et 
du sud, comme ils le feraient sous l'impulsion du froid. Aussi,, 
ces grandes migrations régulières des Canards ont-elles lieu 
vers la fin d'octobre et le commencement de mars pour le 
retour, époque coïncidant précisément avec celle où com- 
mence et finit la .nuit polaire. 

Les autres migrations de Canards sont, au contraire, irré- 
gulières, parce qu'elles coïncident avec les froids dont elles 
sont la conséquence. Quand les bulletins météorologiques 
annoncent une forte baisse de température dans le nord de 
l'Europe, on peut s'attendre à voir apparaître ces dernières. 



LES MIGRATIONS DES CANARDS. 17 

et d'autant plus nombreuses que la zone de t'roid est plus 
étendue et surtout que celui-ci est plus intense. Car tous ne 
partent pas ensemble ; beaucoup ne déménagent qu'à la der- 
nière extrémité, et quand les cours d'eau qui se glacent ordi- 
nairement plus tard que les étangs et marais, sont également 
pris. De plus, ceux-là ne demandent pas mieux que d'émigrer 
le moins loin possible, de s'arrêter chez nous et d'y séjourner, 
s'ils le peuvent, ne semblant s'avancer qu'à regret vers le 
midi et seulement à mesure que ces contrées deviennent in- 
habitables à cause du froid, ou, ce qui est plus exact, au fur 
et à mesure de la congélation des eaux, car toute cette race 
peut supporter les plus basses températures sans inconvé- 
nient. 

De même, par contre, dès que le dégel est arrivé, et qu'un 
vent plus tiède vient à soutÏÏer du sud, sans prendre garde à 
l'époque oii on se trouve, la plupart d'entre eux ont hâte de 
regagner les régions du nord, quitte à revenir un peu plus 
tard nous rendre visite encore le même hiver si des froids 
nouveaux les y contraignent. Aussi, leurs allées et venues 
du nord au sud, nous semblent-elles un présage de froid ou 
de chaleur. Comme, en effet, la zone de froid gagne d'habi- 
tude de proche en proche, et qu'ils ont tout intérêt à la de- 
vancer de la puissance de leurs ailes, on aperçoit d'ordinaire 
leurs avant-gardes avant que le froid ne soit devenu rigou- 
reux. Quant au temps doux, c'est à tort qu'on se figure cette 
fois qu'ils l'annoncent. Ils le constatent seulement, puisqu'ils 
ne remontent vers le nord que lorsque le dégel est déjà arrivé 
dans le pays qu'ils traversent. 

Les Canards de cette seconde catégorie de voyageurs, de 
ces migrations d'hiver, sont d'ordinaire beaucoup moins dis- 
tingués de formes, plus épais, de couleurs plus ternes, et 
même un certain nombre sont plus ou moins chamarrés de 
blanc et d'une multitude de nuances appartenant à nos 
canards domestiques, mais étrangères à la livrée du véritable 
tj'pe; preuve évidente de rapprochements, de mésalliances 
avec les races domestiques, preuve également que leur patrie 
est voisine des lieux habités par l'homme. Et chose remar- 
quable, ce sont ces (]anards sauvages, si étrangement cha- 
marrés (il en est même de tout blancs), connus de nos chas- 
seurs d'Anjou sous le nom de Canes O'étangs, qui forment 
toujours l'arrière-garde de ces migrations d'hiver, car il faut 

Juillet 1892. 2 



18 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

des froids excessifs du nord pour que nous les voyions appa- 
raître chez nous. Il est donc à supposer qu'avec le sang- 
domestique qui, sans doute, coule plus ou moins dans les 
veines de ces derniers, joint à leur corps plus pesant, à leurs 
ailes moins robustes, il leur en coûte davantage pour prendre 
le parti de s'expatrier et qu'ils ne peuvent se résoudre à cette 
dernière extrémité qu'après que tous leurs congénères ont 
déjà quitté le pays. 

Le départ par les grands froids de ces Canards émigrant 
des contrées septentrionales pour gagner les nôtres, et ensuite 
celles du midi, s'il y a lieu, semble avoir la plus grande ana- 
logie avec celui de nos Canards de Maine-et-Loire, qui n'a- 
bandonnent, eux aussi, leurs étangs que lorsqu'ils sont glacés, 
pour gagner évidemment de même le sud. Les uns comme 
les autres sont atteints fréquemment d'albinisme, semblent à 
peu près sédentaires, en principe du moins, dans le pays qu'ils 
habitent, ne le quittant que sous l'impulsion du froid, avec 
cette diirérence seulement que, dans le nord, ils sont plus 
souvent forcés de se résoudre à cette extrémité, puisque les 
grands froids y sont plus rigoureux de même que plus fré- 
quents. Et ainsi de suite les migrations doivent être de moins 
en moins fréquentes en avançant vers les contrées méridio- 
nales oii, enlin, l'hiver finissant par ne plus jamais faire 
sentir ses rigueurs, les canards qui les habitent semblent ne 
plus devoir émigrer. 

On peut .donc induire de la différence de ces deux sortes de 
migrations , que la première, celle d'automne , périodique 
régulière (lin d'octobre) est formée de Canards venant di- 
rectement de la mer libre. Sinon, pourquoi, parmi tous ces 
Canards venant également du nord, les uns arrivent-ils à 
époque fixe, a^ec une régularité parfaite, indépendante de la 
température, tandis que les migrations des autres sont l'irré- 
gularité même et toujours soumises à l'impulsion d'un motif 
connu, le froid? Pourquoi cette apparente difierence de 
mœurs et d'habitude chez des oiseaux de même espèce et 
semblant venir des mêmes régions ? 

Une seule explication est donc, en effet, possible, c'est la 
mer libre (et cette mer n'aurait pas été découverte qu'il fau- 
drait la supposer), c'est que les Canards de la migration d'oc- 
tobre viennent de fuir la longue nuit de six mois, qui 



LES MIGRATIONS DES CANARDS. 19 

l)récisément à cette époque vient de voiler leur pays pour 
jusqu'au retour du printemps. Quelle autre cause plausible 
aurait pu forcer à émigrer à époque fixe cette race si volon- 
tiers sédentaire, alors que le froid n'existe pas encore, et que 
leurs congénères n'émigreront que plus tard, peut-être même 
]>as du tout, et seulement sous rimpulsion des froids les plus 
vifs •? 

D'ailleurs, si Kane a réellement vu cette multitude de Ca- 
nards et autres oiseaux aquatiques dont il fait mention, il ne 
peut en être autrement pour ces oiseaux ; car il ne leur reste 
aucun choix ; il leur faut émigrer sous peine d'être enve- 
loppés dans ces ténèbres. Et à quelles contrées iront-ils alors 
demander l'hospitalité, ces oiseaux habitués à une lumière 
sans fin, à cette longue journée d'une demi -année et à un 
soleil si chaud qu'il est capable, dit-on, de fondre le gou- 
dron? Ce ne peut être aux plus rapprochées, plus ou moins 
glacées, privées presque de soleil pendant l'hiver, et par là 
même si différentes de leur pays l'été. Ce ne serait d'ailleurs 
([u'une installation désagréable et précaire, puisqu'il faudrait 
émigrer. de nouveau d'un instant à l'autre aux premiers froids 
plus rigoureux. 

N'est-il donc pas supposable, au contraire, qu'obligés de 
quitter leur pays pour une période longue et fixe, ils choisis- 
sent une contrée d'où ils ne risquent pas d'être dérangés par 
le froid, presque aussitôt arrivés, et oi^i ils retrouvent, sinon 
une journée de six mois, au moins de longs jours, le soleil, 
et un climat, malgré sa situation si différente, devant pré- 
senter une certaine analogie avec leur précédent, l'été. Mais 
pour rencontrer ce pays sans hiver, il faudra entreprendre un 
long voyage, s'installer sans doute, jusque dans l'Afrique cen- 
trale, ce qui, d'ailleurs, n'est pas fait pour les effrayer avec 
la puissance de leurs ailes, leurs savantes combinaisons de 
route fen ligne, en angle, où chaque membre de la troupe 
vient se reléguer pour fendre l'air) et le soin qu'ils ont de 
profiter du vent pour les aider dans leur marche vers le sud. 
Tandis que les autres Canards du nord, mais dont la patrie 
est en deçà de la région des nuits d'hiver perpétuelles, et 
qui par là même n'ont d'autre cause de migration que des 
froids momentanés, s'écartent le moins possible, et seulement 
vers la limite des fortes gelées afin de pouvoir rentrer chez 
eux dès la période de froid passée ; temps toujours relative- 



âO REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

ment court et pouvant prendre fin à chaque instant. De plus, 
liabitués à habiter les pays froids ou tempérés, ils ne ressen- 
tent pas le besoin d'émigrer dans des pays différents des leurs. 

Ainsi plusieurs raisons semblent donc confirmer la théorie, 
que la première migration, celle d'octobre, nous \ient des 
régions entrevues, mais encore inconnues et inexplorées, du 
pôle. Ces raisons sont : l'instinct assez volontiers sédentaire 
des Canards qui ne les porte pas à se déplacer aussi loin sans 
motif; le lieu même où il est présumable qu'ils séjournent 
l'hiver; leur façon d'émigrer si différente de celle des autres 
Canards du nord qui ne le font que sous l'impulsion de la 
température la plus rigoureuse, tandis qu'eux nous arrivent 
avant que les froids sérieux aient envahi les régions du nord; 
les multitudes de Canards vus sur la mer libre qui doivent 
évidemment émigrer quelque part, quand celle-ci est cou- 
verte de ténèbres ; l'époque où ils arrivent qui est précisé- 
ment celle oii la nuit polaire commence ; enfin la pureté du 
plumage des cols-verts de cette première migration, semblant 
évidemment prouver qu'ils viennent de contrées où l'homme 
n'habite pas, puisque partout ailleurs, les mélanges avec les 
Faces domestiques influent plus ou moins sur leur coloration. 



VISITES FAITES 

AUX ÉTABLISSEMENTS D'AVICULTURE 

Par m. MAROIS 



ÉTABLISSEMENT DE M. POINTELET 

AVICULTEUR A LOUVECIENNES (sEINE-ET-OISe). 



L'établissement avicole de M. Pointelet est divisé en deux 
parties, situées à droite et à gauche de la première rue qui 
suit le 3^ pont du chemin de 1er, après la station de Louve- 
ciennes, ligne de Marly-le-Roi. 

Première partie à gauche. 

Grand jardin planté d'arbres fruitiers avec massifs de 
fleurs, clôture sur la rue par un mur bahut avec grille au- 
dessus, porte-grille à deux vantaux. Tout au pourtour, mur 
de clôture ordinaire. 

A droite en entrant, partie figurée au plan lettre B. 

Parquet en partie couvert en planches avec papier gou- 
dronné sur le dessus, au-devant volières en grillage, sol de 
la partie couverte, sable fin; le sol de la volière est recouvert 
avec du gravillon. Plantation d'arbres verts dans la volière. 
Les eaux du toit dans ce parquet et dans chacun des autres 
sont conduites par un tuyautage dans un puisard en pierre 
sèche, de sorte que les cabanes n'ont aucune humidité. Dans 
ce parquet, au fond, cabane contenant dans cette saison des 
Lapins et servant pendant la chasse et à la fermeture à re- 
miser momentanément les Lièvres et les Lapins destinés au 
repeuplement des chasses (M. Pointelet s'occupant beaucoup 
du commerce du gibier pour le repeuplement). Au-dessus de 
ces cabanes, 6 autres cabanes beaucoup plus grandes pou- 
vant servir à mettre des volailles ou faisans. Les dites ca- 
banes sont en bois avec portes en fer rond, grillagées. Grand 
coffre à grains pour la nourriture des volailles. 

Races de volailles, Lapins, Canards, Pigeons dans ce parquet. 



22 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

1 co(i race Langslian ; 4 poules ; 1 Canard race de Pékin ; 
3 canes ; Lapins Angora et Japonais ; Pigeons Montauban 
variés. 

Les perchoirs sont en bois ronds d'assez forte dimension ; 
les pondoirs sont en bois avec paille dans l'intérieur ; les nids 
à pigeons sont en plâtre. 

A gauche en entrant, 16 parquets figure C. 

Détail d'un pour tous : Partie couverte de 4'", 50 de lon- 
gueur sur 3"\00 de largeur et 2'", 25 réduits de hauteur; sur 
le devant volière grillagée en tous sens de 2"\50 de longueur 
sur 3"\00 de largeur et 1"\90 réduits de hauteur. 

Sol, couverture, perchoirs, pondoirs comme le parquet B. 

Touffe d'arbre vert dans la volière et de plus un perchoir 
en bois comme pour les perroquets, mais avec plusieurs tra- 
verses horizontales en bois. Pour les pigeons, les nids sont 
adossés à la panne longeant les parquets. 

Les seize parquets sont semblables. Dans quelques-uns , 
cabanes en bois à pigeons et à lapins avec i)ortes en grillage 
ou en fil de l'er. L'ouverture de ces parquets est intérieu- 
rement ; la raison est celle-ci : lorsque ces parquets sont 
occupés par du gibier, il y a moins de danger à en laisser 
échapper qu'avec une jtorte de communication extérieure à 
chaque parquet; c'est pour cela que le 1'='' et le 16« parquets ne 
sont pas destinés à recevoir le gibier. 

ler parquet : 1 coq race du Mans ; 4 poules, Pigeons Bou- 
lants et Tunisiens. 

2" parquet : 1 coq race Hambourg argenté ; 3 Poules ; Pi- 
geons Tumblers, Blondinettes, Satinettes, Faisans dorés, 
(volière en bois sous la )>artie couverte avec bandeaux en 
1er). 

3^ parquet : 1 coq race de la Flèche ; 5 poules ; Pigeons 
Brésiliens, Polonais rouges (volière comme ci-dessus), Faisans 
de Mongolie. 

4« parquet : un coq race Coucou de Rennes ; 3 poules ; Pi- 
geons Boulants et Capucins. Cabanes pour couveuses en bois 
avec portes grillagées. Faisans Indiens. 

5° parquet : 1 coq race Dorking argenté ; 'A [loules ; Pigeons 
Mondains, Tunisiens, Blancs à queue noire, cabanes à lapins, 
en bois avec portes grillagées. Faisans de Mongolie. 

6«= parquet : 1 coq de Crèvecœur noir ; 2 poules. Collection 
de Pigeons Carriers, cabane à lapins. Faisans panachés. 



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Établissement d'aviculture de M. Pointelet. 



24 REVUE LES SCIENCES NATURELLES- APPLIQUÉES. 

7° parquet : 1 coq race de la Flèche ; 5 poules, Pigeons 
étourneaux ; Faisans de Bohème ; dans une cabane sous 
partie couA^erte : un coq Courtes-pattes. 

S'^ parquet: 1 coq, race Bresse, noire; 3 i)Ou]es, Pigeons, 
poules et bouvreuils d'Arkhangel ; Faisans versicolores. 

9« parquet : 1 coq, race de Houdan ; 5 poules, Pigeons Tu- 
nisiens, Faisan Indien. > 

10<' parquet : 1 coq, race de Courtes-pattes; 3 poules; 
Pigeons Gazzi de Modène. 

11" parquet: 1 coq race Cochinchine lauvc ; 4 poules; 
Pigeons Romains bleu et pies. 

12" parquet : Apiculture; 10 ruches en travail. 

13^ parquet : 1 coq race Padoue hollandais, huppe blanche ; 
Pigeons Tambours de Dresde et Mondains rouges. 

14° parquet : Parquet de Coqs de diverses races ; Pigeons 
Mondains et Tunisiens blancs. 

15» i)arquet : 1 coq, race Houdan ; 1 poule ; Pigeons Tuni- 
siens bleus et Mondain : Faisans Isabelle. 

IG" parquet : Poules diverses ; Pigeons Mondains. 

Parquet marqué A contre mur du Tond : le parquet, destiné 
à l'élevage, est tout en planches avec grillage sur le devant ; 
couverture en bois avec ])apier goudronné sur le dessus. 
Dans ce parquet : cabanes à lapins servant dans la saison à 
recevoir lièvres et lapins en grande quantité. Dans cette 
saison, ces cabanes sont occupées par des poules couveuses. 
La litière des cabanes des couveuses est composée de loin, 
l)réservatir contre les poux et autres insectes. 

Ce parquet est actuellement occupé par 2 coqs, race Pa- 
doue argentés, 3 poules ; Pigeons, Poules ou Maltais. 

A signaler comme' beaux types dans ces parquets, les 
Langshan, Padoue argentés. Courtes-pattes, la FlC-che et les 
Pigeons en général, dont les nids sont occupés par des 
jeunes ou des œul's. 

Au-devant de ces volières, beau jardin planté d'arbres 
Iruitiers. 

Deuxième partie à droite de la rue. 

(Grande volière marquée F.) . 

Deux parties couvertes en tuile de Bourgogne sur le 
dessus, la partie contre le mur de clôture sur rue sert d'abri 



VISITES AUX ÉTABLISSEMENTS D'AVICULTURE. 



9;^ 



pour les pigeons, paons, canards, oies. La partie au fond, 
divisée en deux, sert : le haut pour magasin d'emballage, le 
bas pour les volailles et poulailler. Entre ces deux parties 
couvertes, partie grillagée sur le devant et le dessus. A l'en- 
trée, contre le mur sur rue, petit magasin. Le sol de cette 
volière est en partie pavé et sablé en gravier. Sous la par- 
tie couverte au fond, le sol est recouvert de sable fin sur une 
épaisseur de 0'",20. Cabanes à lapins et lièvres, cabanes à 
pigeons, etc. 

Dans cette volière : Oies de Toulouse, Canards de Rouen, 
Mandarins, Carolins. 1 coq race Dorking argenté, 4 poules, 
Paons, Pigeons divers. A citer de très beaux Queue-de- 
Paon blancs, Lapins Béliers, Angora, Géant des Flandres, 
Argentés. Ce parquet est remarquable par les oiseaux le 
composant. 

Au fond de la cour, 4 volières contenant des oiseaux 
du Sénégal , des Perruches , des Pigeons Queue-de-Paon 
blancs. Polonais, Bouvreuils. Dans la cour, cabanes â pi- 
geons, marquées E, au nombre de 4. Ces cabanes sont en 
bois ; elles sont â 3 compartiments, recouverts sur le dessus 
en bois, avec partie fermée en bois à chaque compartiment 
et volière grillagée sur le devant. 

Dans la !■■« cabane : Pigeons Carriers très beaux ; dans la 
2e cabane ; Capucins noirs, Queue-de-Paon, Poules ou Mal- 
tais ; dans la 3° cabane : Pigeons Tambour de Dresde; 
dans la 4" cabane : Pigeons Montauban divers. 

Dans la cour, en liberté : le superbe lot de Langshan, 
prix d'honneur du concours général de Paris en 1892 (éle- 
vage spécial de M. Pointelet). 

Dans un jardin, en dehors de l'établissement : remise pour 
les paniers, boîtes d'envoi pour le gibier : cerfs, chevreuils, 
lièvres, lapins, faisans. Un lot de Dindons, prix d'honneur du 
Jardin d'acclimatation en 1892. 

Isourritiire des animaux. — Volailles : maïs, sarrasin, 
blé. Pendant la ponte, du chémoise. 

Pigeons : blé, maïs, sarrasin, millet. 

Lapins : avoine, luzerne, carottes. Deux fois par semaine 
du son mouillé. 

Emploi de couveuses ordinaires ; pas de couveuses arti- 
ficielles. 

Les boîtes d'élevage en bois pour les volailles et gibier, 



26 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

système Pointelet, sont remarquables. La boîte est divisée en 
trois parties, la première pour la poule, à la suite un compar- 
timent pour la sortie des poussins : cette partie est vitrée. 
Sur le dessus, couverture mobile en bois s'enlevant à volonté 
pour couvrir la boîte en cas de pluie et pendant la nuit. La 
boîte a comme dimensions l'",25 de longueur, sur 0'",40 de lar- 
geur et 0'",40 de hauteur. Le compartiment pour la mère a 
0"\45 sur 0'",40 et 0'n,50 de hauteur. Cette boite est portative 
et se déplace à volonté. A voir aussi, dans la remise du jar- 
din, en dehors de l'établissement, les boîtes servant à l'em- 
ballage des envois de gibier : cerfs, chevreuils, faisans, 
lièvres, perdreaux. Ces boîtes sont très bien faites et d'une 
grande commodité ; avec le système Pointelet, la perte est 
nulle. 

Au rez-de-chaussée delà maison d'habitation, se trouve le 
bureau, salon de réception de M. Pointelet. Les murs sont 
recouverts de massacres de cerfs, chevreuils, daims, plu- 
sieurs sujets naturalisés de faisans, perdreaux, volailles. 

Dans une vitrine sont exposées les récompenses obtenues : 

Prix d"honneur de la reine du Danemark, ministre du 
Danemark, Société de Rosemberg, concours régionaux de 
Chàteauroux, Versailles, Comice de Seine-et-Oise, Jardin 
d'Acclimatation, médaille d'or à l'Exposition universelle de 
LS89. Concours français et étrangers : Médailles or, argent, 
vermeil, bronze, au nombre de 548. 

A la i)lace d'honneur, contre le mur à gauche, en entrant, 
le magnifique prix d'honneur du Concours général de Paris 
en 1892. 

La maison Pointelet a été fondée par son propriétaire ac- 
tuel en 1881. Elle est dirigée par M. Pointelet, assisté de 
M"'^ et M"« Pointelet, qui, j'ose le dire, apportent un dévoue- 
ment spécial dans les soins à donner aux animaux, ce qui 
contribue à augmenter chaque jour le développement de leur 
maison. La réception que l'on y trouve est charmante : on 
est toujours sûr de recevoir un bon accueil et des rensei- 
gnements précieux au point de vue pratique. 

Cette maison est digne d'être visitée pour la bonne tenue, 
la régularité et les espèces diverses de volailles, pigeons, 
oies, dindons, lapins et gibiers, composant les éléments de 
cet établissement. 



L'OLIVIER 

SON AVENIR, SES PRINCIPAUX ENNEMIS, 
MOYENS DE DESTRUCTION 

Par m. DECAUX, 

Membre de la Sociélé entomologique de France. 
fSUITE * ) 



Insectes s"attaquant a l'Olive. 
Dacus olete Meig. 

Mœurs et destruction. — De tous les ennemis de l'Olivier, 
la Mouche ou Keïron, appelée scientifiquement Daçus oleœ 
est celui qui, depuis plus de cent ans, préoccupe le plus vive- 
ment les cultivateurs. Un nombre considérable de publica- 
tions (plus de soixante) sur ses mœurs et les moyens de le 
détruire ont été faites par de savants observateurs : cepen- 
dant aujourd'hui, comme il y a un siècle, ce moucheron, 
cette ridicule bestiole, longue de cinq millimètres, continue 
à détruire les 2/5 de la valeur de cette riche production. 

Pour notre étude, en plus de nos observations personnelles 
poursuivies sans relâche depuis 1862, en France et en Es- 
pagne, nous avons utilisé les travaux des savants auteurs 
qui nous ont précédé (1). Notre intention en écrivant ces 
pages est de prouver qu'avec certaines précautions, il serait 
facile, sinon de faire complètement disparaître le Dacus 
oleœ, du moins d'en atténuer considérablement les ravages. 

Le Dacus oleœ (Meig.) est un insecte de la famille des 
Athéricères, tribu des Muscides {Fig. /). 

Cette Mouche élégante, moins grosse que notre Mouche 
commune (5 millimètres) est d'un gris cendré sur le dos, la 
tète d'un jaune-orange, porte deux antennes à palette , ayant 
chacune à leur base un petit poil, plus long que les antennes, 

(■*) Voyez Revue, année 1892, 1*' semestre, p. 375. 
[1) Voir Index hibliofjraphique. 




28 RKVUE LES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

les yeux verts et le Iront jaune marqué de deux points noirs ; 
son corselet est orné de quatre taches d'un jaune pâle, les 
jambes et les pieds jaunâtres ; les ailes, au nombre de deux, 
sont transparentes, irisées ; abdomen ovale\ noirâtre avec 
une bande longitudinale jaune à son milieu ; la tarière ou 
l'oviducte des femelles est également noir; ses mouvements 
sont brusques et saccadés. 

La larve de forme 
conique est molle, 
apode, sa longueur 
est de 6 millimè- 
tres, sa couleur est 
])lanc-jaunâtre; la 
t(He [)ortedeux cro- 
chets noirâtres qui 
lui servent à ronger 
la i>ulpe de l'olive. 
La chrysalide en 
forme de barillet de 
4 millimètres n'est 
que la peau de la 
larve durcie, elle est d'un ovale parfait et jaunâtre avec la 
ligne des anneaux légèrement plus foncée. 

Ponte : Vers le 15 juillet lorsque les ohves sont formées ; la 
femelle du Dacus étant fécondée, commence par explorer 
une olive de tous côtés, en la touchant avec ses petites an- 
tennes et avec sa trompe pour voir si d'autres mouches n'ont 
]tas déjà pondu sur le fi-uit et pour juger s'il offrira à sa pos- 
térité toutes les conditions désirables d'existence. Pour 
pondre elle rapproche ses pattes de devant de celles de der- 
rière, élève ainsi son dos, courbe son ventre en dessous et 
porte son oviducte verticalement sur la peau du fruit. On la 
voit alors faire des efforts pour percer la peau de l'olive avec 
sa tarière , et elle est tellement absorbée par ce travail 
l)énible, qu'on peut s'en approcher et assister à cette opéra- 
tion. Tout à coup la mouche est saisie d'un frémissement 
général, ses ailes qu'elle a tenues étendues jusqu'ici , sont 
agitées comme si l'insecte volait, c'est le moment de la lîonte. 
Enfin tout se calme, l'oviducte est retiré, la mouche reste un 
instant immobile comme si elle était épuisée par les efforts 
qu'elle vient de faire ; on la voit enfin se ranimer sous l'in- 



Fiij. I. — Le Dacus olea; l'cmeîlo, qui (iépose 
ses œufs dans l'Olive. 



L'OLIVIER, SES ENNEMIS 29 

lluence du soleil, elle s'envole, va chercher une autre Olive 
afin d'y déposer un autre œuf, jusqu'à ce qu'elle ait placé 
ainsi sur autant de fruits, les trois cents œufs qu'elle pond, 
au dire des savants les plus compétents et confirmé par des 
observations anatomiques. 

Quelquefois lorsque la récolte n'a pas été très abondante, 
on trouve jusqu'à trois ou quatre dépouilles dans la même 
Olive ; mais si la récolte est abondante, le plus souvent, on 
ne trouve qu'une seule larve par Olive. 

La mouche commence toujours son funeste travail dans les 
sites les 'plus abrités, les plus chauds, vers les parties de 
l'arbre les plus exposées au soleil, et particulièrement sur les 
Oliviers chétifs qui ont des Olives en petit nombre et par cela 
même plus aA'ancées dans leur maturité. Au contraire, les 
Oliviers vi^ioureux, chargés de fruit, sont en général les der- 
niers à être attaqués par la mouche. 

Par une température convenable, il faut environ quinze à 
seize jours pour que les larves aient acquis toute leur crois- 
sance. Alors leur peau se contracte, leur corps diminue de 
longueur et se transforme en une coque ovalaire nommée 
pupe ; vue à la loupe cette pupe présente du coté de la tête 
une fine suture qui marque une calotte soudée seulement, et 
que la mouche en éclosant pourra faire sauter, en poussant 
un peu avec la tête. 

Douze à quinze jours après la métamorphose en chrysalide, 
la mouche éclot ; il lui a donc fallu vingt-sept à trente jours, 
depuis le moment où l'œuf a été pondu. On voit que cette 
espèce peut se reproduire chaque mois et donner deux ou 
trois générations de fin juillet à octobre. 

Que deviennent les larves provenant de la ponte de fin 
.septembre et même des premiers jours d'octobre ? 

Cette question a donné lieu à bien des explications di- 
verses, qui peuvent être toutes justes, selon le moment et la 
température où l'observation a été faite. 

Selon nos observations souvent répétées en France et en 
Espagne, voici ce qui se passe : 

Lorsque vers le 15 octobre la température descend et tend 
à se rapprocher de 10 degrés centigrades, par un instinct de 
prévoyance et de conservation, les larves arrivées à toute 
leur croissance quittent l'Olive pendante, se laissent glisser à 
terre (pendant la nuit ou par un temps sans soleil), y pénè- 



30 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

trent, se changent en pupe et y demeurent jusqu'au prin- 
temps suivant. 

Aussitôt que la température ne dépasse plus 10 degrés 
centigrades, les œufs et les jeunes larves restent engourdis 
dans l'olive pendante, cessent de manger et de croître. Ce 
sont celles-ci que l'on trouve dans les tas d'olives mises en 
magasins après la cueillette, et que l'on voit sortir pour se 
métamorphoser à la laveur de la chaleur dégagée par la 
fermentation. 

Normalement, pendant la saison de juillet à octohre, la mé- 
tamorphose du Dacus se fait dans l'olive pendante. On peut 
s'assurer de cette règle générale, en ouvrant les olives per- 
cées de cette catégorie, qui contiennent toujours la pupe 
avec la calote ouverte. 

Quelle que soit l'époque, si une olive un peu mûre tombe, 
ce qui arrive souvent quand elle est rongée par le ver du 
Dacus, la larve continue à manger jusqu'à son entier déve- 
loppement et sort du fruit pour se métamorphoser en terre. 
Il en est de même pour la larve provenant de l'œuf non 
éclos au moment de la chute, qui continue à se nourrir et 
quitte rolive pour se transformer en terre. Mais si l'olive 
tombe lorsqu'elle est encore verte, peu charnue et coriace, la 
larve meurt, à moins qu'elle ne soit arrivée au moment de se 
transformer, dans ce cas elle sort du fruit et entre en terre 
pour se chrysalider. 

Si la Mouche née à la fin de septembre ou au commence- 
ment d'octobre est surprise par un abaissement de tempéra- 
ture à 10 degrés centigrades, elle ne s'accouple pas, ou, si 
elle est fécondée, ne pond pas, elle cherche un abri dans le 
creux des arbres, sous les écorces, etc., pour y passer l'hiver. 
Ce sont ces dernières qui se réveillent en avril et pondent 
sur les olives oubliées, ou, ce qui est plus grave, celles 
sorties des olives pas encore récoltées. Cette première ponte 
est désastreuse pour la nouvelle récolte ; elle multiplie le 
nombre des femelles de celle-ci par les 300 œufs que chacune 
confie aux anciennes olives, et lorsque arrive la fin de juillet 
ces premières éclosions renforcées par les Dacus qui se sont 
transformés en terre se répandent sur les nouvelles olives et 
ont bientôt anéanti la récolte. 

Dans ce cas particulier, il faut suivre le conseil donné par 
Guérin-Méneville en 1841, c'est-à-dire récolter hâtivement; 



L'OLIVIER, SES EXXEMIS. 31 

il est démontré que, dans le.s années du ver, les olives mû- 
rissent beaucoup plus tôt, et les détriter le plus vite possible 
pour détruire les larves qu'elles contiennent. 

Ce savant a fait plusieurs expériences près de Toulon, qui 
démontrent que 16 doubles décalitres d'olives avaient donné, 
jusqu'au 12 octobre, 33 à 34 litres d'une liuile de médiocre 
qualité, mais que, passé cette époque et jusqu'au 21 octobre, 
la même mesure ne donnait plus que 13 à 16 litres de la plus 
mauvaise huile. Plus tard, le résultat était tellement minime 
et de si mauvaise qualité, qu'on avait renoncé à porter les 
olives au moulin. 

Toujours les olives récoltées les premières dès le 1^'" oc- 
tobre, ont donné plus que celles qui avaient attendu l'é- 
poque habituelle de la récolte. Cette récolte de 33 à 34 litres 
d'une huile médiocre est loin du résultat obtenu dans les 
bonnes années (de 60 à 80 litres), mieux vaut cependant une 
demi-récolte, que de n'avoir rien, surtout quand ce procédé 
a encore l'avantage de faire périr une grande partie des vers 
destinés à perpétuer cette race nuisible. 

Nous avons eu souvent occasion de remarquer, et de nom- 
breux cultivateurs sérieux l'avaient fait avant nous, que les 
oliviers récoltés en automne, ou qui pour causes clima- 
tériques ne conservent pas le fruit dans cette saison, se char- 
gent de fleurs et de fruits l'année suivante. Nous pourrions 
citer comme exemple l'arrondissement d'Aix, où la cueillette 
se fait en novembre, les récoltes ont lieu presque régulière- 
ment tous les ans. 

Quelques personnes croient que la Mouche vient de la 
putréfaction des résidus que les moulins de recense laissent 
entassés dans leur voisinage ; c'est une erreur qui a été 
démontrée par de nombreuses expériences faites par M. Gi- 
mon en 1859. 

De quoi vit le Dacus oleœ ? 

En s'appuyant sur ce que l'on connaît de la manière de 
vivre des mouches en général, on s'aperçoit que, lorsqu'elles 
sont arrivées à leur état parfait, elles ne se nourrissent plus 
des mêmes aliments qui servent à les développer lorsqu'elles 
sont à l'état de larves et que toutes recherchent les matières 
sucrées . 

La Mouche de l'Olive suit la même règle, à l'état libre, elle 
suce la gomme-résine qui découle des oliviers, le suc des 



32 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

fleurs, des fruits mûrs sucrés, jamais de l'olive; peut-être 
bien des sécrétions des pucerons et cochenilles de l'Olirier ? 
D'après A. Peragallo, elle recherche les matières excré- 
mentielles et elle suce les larves mortes de ses semblables ; 
nous n'avons pu confirmer ces observations. 

Cauvin rapporte qu'il a pu conserver en captivité des 
Dacus pendant huit à dix mois, en leur donnant du miel et 
des raisins secs écrasés. 

A. Peragallo préconise, comme moyen de destruction, de 
faire usage des liquides de M. Bertrand, suspendus au milieu 
des arbres, ou de tout autre liquide sucré, visqueux et aro- 
matisé ; des ficelles miellées tendues entre les branches, oii 
les Mouches viendraient s'engluer. Nous avons expérimenté 
ces conseils, les vases dont nous nous sommes servis, ont 
englué quelques papillons, dont il sera parlé plus tard ; et à 
peine deux ou trois mouches par vase dans l'espace d'une 
semaine du mois d'août. Les ficelles se sont desséchées et 
n'ont rien détruit. 

Norbert BonaCous a lait une série d'expériences, que nous 
avons refaites avec le plus grand soin, vu l'importance 
qu'elles peuvent avoir pour la destruction du Dacus au mois 
d'avril surtout. Nous laisserons parler M. Bonafous : 

« En octobre 1859, j'ai retiré d'olives véreuses un certain 
» nombre de chrysalides ; j'en ai fait trois parts, et les ai intro- 
» duites dans trois verres difierents, que j'ai ensuite recou- 
» verts d'une toile en canevas. J'ai obtenu dans chaque verre 
» des Mouches, que j'ai traitées de la manière suivante : 

» Sous la toile du verre n" 1, j'ai déposé quelques gouttes 
» de miel. Les Mouches se sont appi'ochées du miel et en ont 
» sucé avec avidité ; huit jours après, elles sont vigoureuses 
>y et promettent de vivre aussi longtemps que je leur four- 
» nirai du miel et de la chaleur. 

» Sous la toile du verre n° 2, j'ai exprimé le jus d'une 
.) olive. Les Mouches n'ont pas touché au jus d'olive et sont 
» mortes de faim, le ventre desséché, six jours après leur 
» naissance. 

» Et sous la toile du verre n" 3, j'ai versé quelques gouttes 
v> de miel, mélangé avec du Cobalt en poudre. Les Mouches 
» se sont approchées du cobalt emmiellé, en ont mangé, et 
» sont toutes mortes, les unes le même jour, les autres le 
» lendemain. >> 



L'OLIVIER, SES EXXEMIS. 33 

Dans les expériences que nous avons faites avec 20 à 25 
mouches par bocal, le jus d'olive exprimé chaque jour n'a 
pas empêché toutes les Mouches de mourir de faim, entre le 
cinquième et le septième jour. 

Dans le bocal où nous avions déposé du miel additionné de 
1 p. •'jo d'acide arsénieux, les Mouches en ont mangé et sont 
toutes mortes entre la quatrième et la quinzième heure. 

Nous avons tenté l'expérience à l'air libre, en plaçant dans 
un olivier bien abrité du vent, et exposé au soleil, un vase 
plat contenant un peu de miel arsénieux, nous avons vu des 
Mouches s'en repaître, une seule est morte sur place, les 
autres se sont envolées ; il est présumable qu'elles seront 
mortes quelques heures plus tard ? 

Ces expériences établissent d'une manière certaine que l'on 
pourrait détruire un bon nombre de Dacus de cette façon. 
C'est surtout contre les mouches qui se réveillent au mois 
d'avril et qui doivent former la première génération, que ce 
procédé doit être employé. Nous rappellerons qu'une femelle 
détruite à cette époque diminue (eu théorie), la deuxième 
génération de 300 fois 300 individus, soit 90,000 Mouches, qui 
à la troisième génération donneraient 27 millions de Dacus. 
Heureusement qu'en réalité, il n'en est pas ainsi, les oiseaux 
et autres ennemis du Dacus réduisent ce nombre dans de 
grandes proportions. Cependant on peut estimer que cette 
femelle sera cause de la perte de plusieurs milliers d'olives ? 

Il ne nous a pas été possible de nous assurer si des oiseaux 
ont été incommodés, pour avoir mangé des mouches ayant 
sucé le miel arsénieux. Si, contrairement à nos prévisions, 
on s'aperçoit que la faible quantité d'acide arsénieux absorbé 
par les Mouches offre des dangers pour la vie de ces défen- 
seurs de nos plantations agricoles, nous espérons que nos 
savaTits chimistes découvriront un toxique mortel pour les 
mouches et inoffensif pour les oiseaux qui les mangeraient. 

Dans les années de grandes récoltes, les moulins manquant 
pour détriter les olives au fur et à mesure de la cueillette, on 
a la fâcheuse habitude de les entasser dans des chambres ou 
des greniers ; la fermentation amène une chaleur assez forte 
pour ranimer les larves de Dacus, qui ne tardent pas à sortir 
de l'olive pour se chrysahder dans la crasse. Nous ne saurions 
trop recommander de changer les tas d'olives de place chaque 
jour, de recueillir avec soin les balayures et de les brûler. 

r. Juillet 1892. 3 



34 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

En se conformant strictement à cette recommandation, on 
diminuera la fermentation et les chances de moisissures, en 
outre on détruira une quantité considérable de pupes, qui ne 
tarderaient pas à se transformer en mouches, qui profite- 
raient du premier beau jour pour s'échapper au dehors. 

M. Boyer de Fonscolombe propose, pour détruire les vers 
et les mouches, de tenir fermé le local où sont entassées les 
olives, d'y mettre des rouges-gorges, des bergeronnettes, des 
mésanges ; ces oiseaux, qui recherchent volontiers nos habi- 
tations pendant l'hiver, se nourrissent d'insectes et feront la 
chasse au Dacns oleœ. 

Ce conseil est-il d'une application facile? Nous lui préférous 
le procédé qui précède, qui diminue la fermentation et la 
moisissure, tout en détruisant un grand nombre de pupes. 

En répondant à la question que deviennent les larves de 
Dacns, provenant de la ponte du commencement d'octobre, 
nous avons vu qu'en plusieurs circonstances, un certain 
nombre de larves pouvaient se transformer en terre en tous 
temps, et que la ponte d'automne fournissait plus parti- 
culièrement un assez grand nombre de larves, qui passent 
l'hiver en terre, sous la forme de pupe. 

Nous })ensons qu'il serait possible de détruire le plus grand 
nombre possible de ces mouches, devant servir à former une 
des souches de la première génération, i)bui- l'année sui- 
vante : 

1° En labourant légèrement à la main, afin de ne pas 
blesser le chevelu de l'arbre (le plus souvent possible), la 
terre sous les Oliviers, en été et surtout en décembre, janvier 
et février, de façon à ramener les pupes à la surface du sol, 
où elles seront dévorées par les oiseaux ou détruites par les 
intempéries ; 

2'' En semant sous les arbres, après le labour du printemps, 
un mélange par parties égales de suie de cheminée et de 
cendres de bois, qu'on pourra renouveler vers le 15 sep- 
tembre. 

Ce procédé est basé sur les nombreuses observations faites 
par nous, particulièrement contre la larve d'un Diptère voisin 
du Dacus, la Pegomija hyoscyami, qui mine les feuilles de la 
betterave à sucre, et sur diverses clienilles se transformant 
en terre, qui ont démontré que toutes larves enveloppées 
par ce mélange sont prises de convulsions, et ne tardent pas 



L'OLIVIER, SES ENNEMIS. 35 

à périr. Or, pour entrer en terre, les larves doivent traverser 
d'abord la légère couche de suie et cendres et périront pour 
la plus grande partie. 

.3° En employant de préférence des chiffons de laine, im- 
prégnés de pétrole comme engrais. 

11 nous a été démontré par des expériences répétées pen- 
dant trois années, sur plus de cent hectares de récoltes di- 
verses : betteraves, céréales, etc., que les chiffons pétroles 
conservent leur pouvoir antiseptique pendant plusieurs an- 
nées, et que les larves souterraines d'insectes ne pouvaient 
pas vivre dans son voisinage. 

La nature toujours prévoyante a créé plusieurs parasilcs 
qui dévorent la larve du Dacus, dans l'intérieur de l'Olive et 
qu'il ne faut pas détruire. 

Euloplius %)Cctinicornis (Latrkille.) [Fig. 2.) 

Longueur 3 millimètres, d'un beau vert métallique, avec 
les cuisses de même couleur et les tibias jaunâtres ; les quatre 
ailes sont diaphanes. 

Cet Hyménoptère, de la famille des Chalcidites, a été 
signalé, en 1880, par M. Laugier, 
directeur de la station agronomique 
de Nice. Il dépose un œuf dans l'O- 
liA^e habitée par le Dacus, quelques 
jours après, il naît une petite larve, 
qui s'attache à celle du Dacus et la 
dévore ; lorsqu'elle a acquis tout son Fig. ». — UEulophus pecti- 
développement, elle se transforme en 'licomis lemeiie, parasite 
nymphe d un non' luisant et sort in- 
secte parfait pour procéder à une nouvelle génération. 

Les espèces suivantes ont été obtenues d'éclosion par A. 
Peragallo en 1882, elles vivent généralement aux dépens de 
la larve du Dacus. 

Eurytoma ... ? 

Ce Chalcidien de 3 à 4 millimètres de long est d'un noir 
mat, avec les pattes de derrière blanchâtres, les 4 ailes sont 
diaphanes . 




36 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

Ephialtes cUvinator (Gravenson). 

Cet Ichneumonide. de 10 millimètres de long, a le corselet 
rougeàtre, l'abdomen noirâtre sur le dessus et blanchâtre sur 
les C(3tés, 

Nous pensons qu'il serait possible d'élever et propager 
(comme nous l'avons fait) ces précieux parasites; il suffirait 
de recueillir les balayures contenant les pitpcs trouvées dans 
les tas d'Olives en magasin, de verser le tout dans un grand 
baquet recouvert d'une toile quelconque ; après quelques 
jours, on obtiendrait l'éclosion des parasites et des Dacus. 
En levant la toile le soir (éclairé d'une lanterne), il serait 
facile d'écraser le Dacvs avec les doigts et de donner la 
liberté aux parasites accrochés à la toile. Cette opération, 
qui ne nécessite que quelques soins, doit être renouvelée tous 
les deux ou trois jours, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'éclo- 
sion de parasites, puis on jette les balayures au feu. 

Mais ce que nous devons protéger avant tout, ce sont les 
petits oiseaux insectivores, qui détruisent, chaque jour, un 
nombre considérable de Dacus et de Chenilles, et autres in- 
sectes nuisibles à l'Olivier. Nous })ensons qu'il serait possible 
d'attirer un certain nombre de ces oiseaux, en plaçant des 
nichoirs artificiels dans les Oliviers où les Mésanges, Rouges- 
queues, etc., viendraient établir leurs nids. 

Nous avons eu occasion d'observer un nid de Mésange 
charlionnière ayant 6 petits, le père et la mère ont apporté 
chacun 12 à 13 becquées par heure, soit 300 insectes par 
jour pour les petits et en comptant 150 à 200 pour la nourri- 
ture des parents on peut estimer la destruction à 400 ou 500 
Dacus et autres larves ; les petits se sont envolés le quinzième 
jour et ont continué à être nourris par les parents pendant 
cinq jours, ce qui porte à environ dix mille insectes détruits 
par une seule couvée en vingt jours. La Mésange fait ordi- 
nairement trois couvées par an. 

[A suivre.) 



II. EXTRAITS DES PROCÈS -VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. 



SÉANCE GÉNÉRALE DU 20 MAI 1892. 

PRÉSIDENCE DE M. A. GEOFFROY SAINT-IIILAIRE, PRÉSIDENT. 

Le procès- verbal de la séance précédente est lu et adopté. 
M. le Président proclame les noms des membres récem- 
ment admis par le Conseil : 

MM. PRÉSENTATEURS. 

!A. Geoffroy Saint-Hilaire. 
P -\m. Pichot. 
Raveret-Wattei. 



[ J. de Claybrookc. 
Gâté (Henri), propriétaire, à la Ville- ^ ^ «Pnff.nv Snint- 

Houx, à Sainl-Servan. / 



A. Geoffroy Saint-Hilaire. 



Vigour. 



Gouyon-Beaufort (le vicomte de], au l J. de Claybrookc. 

château de Beaufort, à Plerguer (lUe-et- j A. Geoffroy Saint-Hilaire. 

Vilaine). ( E. Wuirion. 

LOMBARDON , négociant en couleurs et ( Chartier. 

vernis, 137, faubourg Saiut-Martin, à < A. Geoffroy Saint-Hilaire. 

Paris. f E. Wuirion. 

{ D'- Heckel. 
Pierre (Em.), directeur du Jardin d'essai, ) ^^^^^ Grisard 

à Libreville (Congo français). | ^ Paillieux.* 

[ D' Le Fort. 
PoiLLY (le baron de), 53„ rue Ponthieu, à ^ ^^^^^.^^^ Saint-Hilaire. 

^^"^' ( Comte de Puylou laine. . 

M. le Secrétaire procède au dépouillement de la corres- 
pondance. 
— M. de Confevron écrit de Flagey (Haute-Marne) : 

« Eu même temps que celte lettre, vous sera remis un colis postal 
contenant desbrauclies tleuiies d'un Poirier sauvage que j'ai de'couvert 
dans les champs loin de toute habitation. Vous remarquerez que ces 
lleurs durèrent sensiblement du. type connu, sont très gracieuses et 
plus décoratives que celles de bon nombre d'arbres cultive's pour l'or- 
nement des jardins. J'en ai fait, ces jours derniers, un surtout de table 
qui a été' fort admiré. 

» Voici, selon moi, les caractères qui distinguent ce nouveau Poi- 
rier et sur lesquels j'appelle votre attention: 



38 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

■D Les boutons sont roses, la fleur dans son ensemble est plus arron- 
die, ainsi que les pétales, régulièrement concaves en dessus et colo- 
rés en dessous d'une charmante teinte rose. 11 n'y a pas là anomalie 
ou bizarrerie, j'ai attendu pour signaler le fait; tel cet arbre a fleuri 
l'année dernière, tel il fleurit aujourd'hui. J'ajoute que les anthères 
sont roses, que la feuille ressemble beaucoup à celle du Poivrier sau- 
vage commun, peut-être un peu plus ronde avec le pe'tiole un peu 
plus allonge. Le fruit, très petit, a beaucoup d'analogie avec celui 
du Poirier, connu dans ce pays sous le nom vulgaire de bieusson, 
c'est-à-dire dont l'amertume s'oppose à ce qu'il soit mangé autrement 
que blette. 

» Cet arbie est-il une espèce ou un hybride de Poirier avec Pom- 
mier ou encore de Poirier avec l'Epine blanche, dont les fleurs ont 
l'odeur très typique de Hanneton, sur laquelle j'avais omis d'appeler 
votre attention et que vous remar(|uerez ? 

» Quoi qu'il en soit, le trouve le cas intéressant et ces questions 
que je me pose, je vous prie de les soumettre à notre Société', ainsi 
qu'aux personnes très compétentes, tant eu botanique (ju'eu horticul- 
ture, que vous pouvez connaître. 

» Une des rai ;ons qui me feraient pencher en faveur de l'hybridation, 
c'est que les pistils ne sont pas en nombre égal sur chaque fleur, les 
unes en ont trois, d'autres quatre, d'autres deux seulement. 

» J'oubliais de vous dire que la floraison a lieu plus -tardivement 
que celle du Poirier sauvage commun. » 

Dans une autre lettre, notre confrère adresse les rensei- 
gnements suivants : 

« Je liens à signaler à notre Société un fait de pêche assez curieux, 
qui s'est produit dernièrement dans la Haute-Marne et qui mérite à 
mon avis de fixer l'attention des ichtyologisles et des pisciculteurs. 

» Dans le re'servoir du canal de la Marne à la Saône, créé sous 
Langres et mis en eau, il y a quelques années seulement, les fermiers 
de la pêche ont pris, en assez grand nombre, un poisson inconnu d'eux, 
et qu'ils ont envoyé' à l'aquarium de Paris où il a o'to détermine' pour 
le Coregonus clupeoïdes. 11 paraît que le bassin en question renferme une 
grande quantité' de ces poissons relativement rares et qui ne se trou- 
vent guère qu'en Ecosse. 

» Aucun sujet de cette espèce n'ayant été mis dans le réservoir dit 
de la Liez, nous ne pouvons que croire qu'ils y ont été' importes à l'e'tat 
d'œufs non digére's, par des oiseaux aquatiques, grands rapaces ou 
palmipèdes, et nous devons en induire que ces oiseaux font le trajet, 
d'Ecosse au centre de la France, dans un temps très court. 

» J'ai pris mes mesures pour être mis, lorsque la pêche sera réou- 
verte, en possession de quelques-uns des poissons en question, que 
j'aurai l'honneur d'adresser à notre Socie'tè. » 



PliOCÈS -VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. 39 

— ^r. le baron F. Von Mueller écrit de Melbourne (Aus- 
tralie), à M. le Président : 

« Par le courrier de celle semaine, je me pcrmcls de vous envoyer 
des fruits frais, séchés avec soin cl contenant des graines miîres de 
Mesembrianthemum œquilatemle. Elles ont été recollées dernièrement 
pour être envoyées à la Société nationale d'Acclimatation. Si ce Me- 
sembrianthemum était acclimate dans le Sahara ou tous autres terrains 
salés, il deviendrait une grande ressource pour les Chameaux. Quand 
l'expédition de Sir Thomas Elder's. conduite par M. Lindsay et que 
j'avais fait venir moi-même, explora en Australie le grand désert du 
sud de Victoria, elle fut sauvée par ces plantes, parce que, n'ayant 
pas trouvé d'eau pendant trente-quatre jours, les Dromadaires élau- 
chèrent leur soif au moyen de ces végétaux. » 

Dans une autre lettre notre confrère s'exprime ainsi : 

« Vous recevrez par ce courrier des graines fraîches de deux <' Salt- 
bushs ^> de l'Australie centrale, pour pâturages, et aussi de Cyprès 
du désert faciles h acclimater [Callitris verrucosa) et d'un Acacia du 
désert, pour le cas où vous désireriez introduire ces plantes de haute 
valeur dans l'intérieur de l'Afrique, dans des endroits sans eau. Je 
vous enverrai des graines dans ce but, quand l'occasion s'en pré- 
sentera. » 

— M. Durand, professeur à l'Ecole nationale d'Agricul- 
ture de Montpellier, adresse la note suivante sur le Genêt 
d'Espagne, dans l'arrondissement de Lodève (Hérault) : 

« Le Genêt d'Espagne (Sparliutn juncsim h.) qui, presque partout, 
n'est utilisé que comme menu bois de chauÊfage, était encore il y a 
une trentaine d'années, dans l'arrondissement de Lodéve, l'objet d'une 
petite industrie qui tend de plus en plus à disparaître. La filasse ex- 
traite des fibres libériennes des jeunes rameaux coupés à la serpe en 
août ou septembre, était employée à faire de la toile qui s'y fabriquait 
pendant l'hiver. 

» Les centres de récolte et de fabrication étaient les communes des 
Plans, Olmet-et-Villecun, Lavalelte, Dio-et-Valquiéres, Latour sur- 
Orb, Lunas (hameau de Cannas), Saint-Pierre-la-Fage (Parlalges). 
Saint-Étienne-de-Gourgas, Saint-Jean-!a-Blaquière, Usclas, le Bosc, 

Saint-Privat, etc. 

» La toile de Genêt n'a jamais été fabriquée que sur commandes 
faites par les haliitants du pays qui préparaient et filaient eux-mêmes 

la filasse. 

V Suivant l'état de finesse du fil, on obtenait une toile plus ou 
moins grossière, mais toujours solide et d'un long usage, avec laquelle 
on confectionnait des sacs, des civières, des serpillières pour trans- 



40 KEVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

porter les fourrages, et même des draps de lit, du linge de table ou do 
corps, qui restaient dans le pays. 

» Le prix moyen du fil est actuellement de 2 francs le kilog. 

» Celte petite industrie locale aura bientôt disparu; quand dans 
une commune un tisserand meurt, il n'est remplacé que difficilement; 
il n'y en a généralement plus qu'un pour plusieurs communes. 

» Nulle part, dans la région, on ne sème aujourd'hui le Genêt d'Es- 
pagne, qui y croit spontanément, surtout dans les terrains silicieux. » 

— M. le Président dépose sur le bureau la seconde édition 
du Potager dhoi curieux par MM. Paillieux et Bois. (Voyez 
plus haut, l*^'" semestre, p. 657.) 

— M. le D-" Laboulbène fait hommage à la Société d'une 
communication qu'il a faite à la Société nationale d'Agricul- 
ture sur les ravages causés par le Hanneton et les meilleurs 
moyens de le combattre. L'auteur i»réconise principalement 
le ramassage et la destruction de l'insecte parlait. Il étudie 
aussi les moyens de diminuer le nombre des lam-es par des 
labours et hei^sages, destruction par les Poules, etc. 

— M. Decaux fait une communication sur l'Olivier, ses 
ennemis et les moj^ens de les détruire. 

A cette occasion une intéressante discussion a lieu entre 
M. le D"" Laboulbène et l'auteur, au sujet des mœurs des in- 
sectes qui vivent sur cet arbre utile. 

— M. le Président déiwse sur le Bureau une note sur l'in- 
cubation artificielle en Egypte, rédigée par M. Cazard, élève 
chancelier au Consulat de France à Alexandrie, et adressée 
en communication par M. le Ministre de l'Instruction pu- 
blique. 

M. Magaud d'Aubusson donne lecture de ce document. 

Notre confrère, qui a visité en Egypte des établissements 
analogues, dit que les renseignements fournis par cette note 
sont parl'aitement exacts. C'est bien là la manière de procé- 
der des Egyptiens. Ces fours à poussins sont indispensables 
parce que la poule du pays, connue sous le nom de Poule 
arabe, ne couve pas. Ces poules sont très petites, leur plu- 
mage varie beaucoup, il y en a de fauves, de grises, etc. .. 
quelques-unes, d'un bleuâtre cendré, sont fort jolies. 

A côté des poules arabes, existe une autre race que l'on 
nomme dans le pays Poules indiennes, Poules Dongolaivi. 
Ce dernier nom vient de ce qu'il en arrive beaucoup du Don- 
gola, par les dahabieh, qui descendent le Nil. Cette race res- 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. 41 

semble à nos races de combat, à la race malaise, mais elle 
est un peu moins fortement membrée. Cette poule est excel- 
lente mère, mais dans les villages lellahs on livre générale- 
ment tous les œufs destinés à la reproduction aux fours à 
poussins. Les deux races vivent côte à côte dans les villages 
et s'y mêlent sans que les habitants prennent aucun souci de 
la sélection. Lorsque les poussins sont éclos dans les fours, 
on les distribue aux intéressés, au bout de quelques Jours, et 
les femmes les élèvent. Les poussins n'ont pas à redouter, 
comme en d'autres pays, les pluies, les orages, l'humidité, 
aussi la mortalité n'est-elle pas aussi élevée qu'on pourrait le 
croire, à la vue de l'espèce d'abandon dans lequel on les laisse 
souvent. 

Une maladie que Ton rencontre fréquemment chez les vo- 
lailles qui arrivent en dahabieh et que l'on porte ensuite sur 
les marchés, est la gale des pattes. Cette gale gagne la tête, 
l'oiseau dépérit et finit souvent par mourir. Un remède, que 
notre collègue a indiqué à plusieurs fellahs, propriétaires de 
volailles malades et qui a parfaitement réussi, est le lavage 
des parties atteintes avec du pétrole. 

M. Magaud d'Aubusson ajoute que les essais d'introduction 
des races européennes en Egypte n'ont pas trop bien réussi 
jusqu'à présent, mais il pense que l'on n'a pas pris tous les 
soins nécessaires. Les races qui ont le mieux réussi sont : les 
Cochinchinois et les Bramapoutras. Nul doute que, malgré 
quelques difficultés, on n'arrive également à acclimater 
d'autres races. 

Sur une question posée par M. le Président, M. Magaud 
d'Aubusson répond que l'usage des fours à poussins existe 
dans toute la vallée du Nil. 

— M. J. Grisard donne lecture d'une note de M. Tcherni- 
gofï'sur les Oies en Russie. 

Pour le secrétaire des séances, 

Jules Grisard, 
Secrétaire du Comilé de rédaction. 



III. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. 



Un Congrès d'acclimatation, organisé par les soins de la 
Société Impériale Russe d'Acclimatalion des animaux et des plantes, 
se tiendra à Moscou du 2 au 9 septembre, à la suite des Congrès 
internationaux d'Archéologie préhistorique, d'Anthropologie et de Zoo- 
logie. Nous avons parlé en son temps de l'Exposition d'acclimatation 
des plantes qui doit s'ouvrir au Jardin zoologique de Moscou le 
27 juin et sera fermée le 13 octobre (1). Primitivement, le programme 
n'avait pas d'autre objet, mais l'importance et la multiplicité des 
questions qui sont venues prendre place à l'ordre du jour ont déter- 
miné les organisateurs, qui ont à leur tète l'éminent savant russe,. 
M. Anatole Bogdanoff, à convier une réunion de spécialistes, atin de 
faire connaître ce qui est fait et d'indiquer, ne serait-ce que dans ses 
grandes lignes, la marche à suivre dans l'avenir immédiat. Le Comité 
d'organisation fait donc appel à toutes les bonnes volonle's pour lui 
proposer des programmes d'études, lui poser les questions à élucider 
et lui indiquer les personnes dont le concours serait utile au Congres. 
Voici quelques-unes de ces questions -• 

— Quelles sont les essences forestières déjà acclimate'cs en Europe 
qui sont les plus utiles dans la sylviculture en ge'ne'ral et qui seraient 
particulièrement désirables pour la Russie ? 

Ou sait, en ellct, que de nomi)reux arbres et arbustes originaires de 
l'Amérique septentrionale, du Japon, etc., ont été acclimates en 
Europe, mais il serait into'ressant de savoir ceux qui offient le plus- 
d'avantages, dans les cultures, soit par leur croissance rapide et la 
solidité de leur bois, soit pur leur nature pou difficile sur le choix du 
terrain qui permettrait leur cullurc là oii les ^n-brcs européens ne 
pourraient vivre, etc. 

Quels sont parmi les ve'gélaux exotiques ne se prêtant pas à l'accli- 
malation dans l'Europe occidentale, ceux qui auraient chance de 
réussir en Russie? 

La Russie, avec son immense territoire, la diversité de ses climats, 
présente des conditions particulièrement favorables pour l'acclimata- 
tion. C'est ainsi que le Jikus verdie' fera qui fournit aux Japonais le- 
vernis si apprécié n'a pu Otre acclimaté dans l'Europe occidentale qu'à 
Francfort-sur-Mein. Il trouverait dans le Caucase et môme un peU' 
plus au nord, d'excellentes conditions pour son développement. 

— Quelle est lextrèmo limite nord de la culture de la Vigne à ciel 
ouvert, et quels sont les ceps les plus résistants? 

Il y a en Russie des exemples isolés de vigne cultivée e dont le 

(t) Voyez Revue, 1892, V' semestre, p. 334. 



CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. 43 

raisin a acquis une parfaite maturité, dans des localités situées consi- 
dérablement plus au nord que la limite généralement admise pour la 
propagation de C3 végétal. Tel est le cas de la ville de Ranenbourg, 
gouvernement de Riasan, d'une propriété des environs de Saint- 
Pétersbourg, etc. En outre, la vigne croissant au Turkestan, par 
exemple, offre évidemment une résistance suffisante aux froids hiver- 
naux de ce pays, tout en donnant des fruits parfaitement mûrs. 

— La culture du Jute [Corchorus capsularis] est-elle à introduire en 
Russie sur une grande échelle ? 

Cette plante, qui croît dans des marécages, fournit six fois plus de 
fibres textiles que le chanvre. Les essais de culture dans les marais 
du Caucase ont donné d'excellents résultats, mais il serait prudent, 
avant de se lancer plus avant dans cette voie, de s'assurer un débit 
dans l'industrie russe ou étrangère. Les fabriques allemandes se ser- 
vent du produit provenant des Indes. 

— Est-il démontré que les vallées à l'abri du vent et ayant le ver- 
sant exposé au Nord sont plus propices à l'acclimatation des plantes 
ou arbres fruitiers exotiques que celles tournées au Midi ? 

Il existe, en effet, une opinion d'après laquelle les versants méri- 
dionaux, tout en étant plus favorables à la culture des variétés tendres, 
offrii'aient l'inconvénient d'être trop accessibles aux variations brusques 
de température, pendant les changements de saisons, ce qui a quel- 
quefois pour effet de faire périr les plantes. Sur les versants Nord, 
abritées, elles sont plus vigoureuses et ne périssent qu'exceptionnel- 
lement. Cette opinion se justifierait surtout en ce qui concerne le* 
arbres fruitiers. Les récoltes de fruits, plus abondantes sur les versants 
méridionaux, y sont cependant plus rares, et à prendre la somme de 
récolles faites sur l'un et l'autre versants, pour une durée de 10-15 an- 
nées, on verra l'avantage en faveur des terrains orientés au Nord. Ce 
n'est là qu'une opinion qu'il serait intéressant de contrôler par la 
pratique. 

— Quelles sont, parmi les plantes servant à fixer les remblais de 
chemins de fer, celles qui remplissent le mieux ce but, et peuvent- 
elles être introduites en Russie ? 

La question est d'actualité eu Russie, où l'on a déjà expérimenté 
avec succès les plantations de Sapin et des Graminées, telles que- 
YElymus arenariiis et le Carex arenaria. 

— Quelles sont, parmi les plantes médicinales déjà acclimatées 
définitivement en Russie, celles qui pourraient trouver un débit au 
dehors ? 

Comme exemple, nous citerons le Camphora offlcinarum, qui croît 
librement et se développe fort bien à Soukhoum (Caucase), tandis que 
l'on continue à importer le camphre de la Chine. 

— UApocynum venetuni donne-t-il réellement le filament le plus 
résistant pour filets de pêche, et a- t-ou déjà obtenu en Russie (en 



44 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

dehors du Turkestan) ou ailleurs, des résultais satisfaisants dans sa 
culture ? 

Cette plante, que l'on rencontre à l'état sauvage sur les bords de 
l'Amou-Daria, occupe actuellement l'attention des agriculteurs et des 
industriels. Des expériences vont être faites pour savoir si elle pourrait 
être utilisée pour lions de moissonneuses. Reste à savoir si la culture 
de la plante peut être entreprise avec succès en dehors de son pays 
natal et si, par la culture artificielle, la fibre ne perdrait pas de sa 
solidité (1). 

— La culture, au Caucase, des orangers cl citronniers a-t-elle un 
grand avenir industriel, et quel serait le moyen d'encourager ces inté- 
ressantes tentatives ? 

Les Orangers et Citronniers croissent, en etlet, à Soukhoum et à 
Gogri et dans certaines autres localités de la Transcaucasiu, et don- 
nent des fruits d'une saveur au moins égale et même supérieure à celle 
des produits importe's. En outre, ces arbres poussent dans des terrains 
pierreux inutilisables d'aucune autre manière. 

— Quelles sont, parmi les plantes économiques exotiques, celles 
qui auraient pu être introduites eu Russie et devenir objet de com- 
merce, à l'inte'rieur ou à l'exte'rieur ? 

En effet, l'Acacia d'Australie, Acacia decurrens, dont le iirincipe tan- 
nant dépasse cinq fois en puissance relui que fournit le Chêne, et qui, 
fort demandé en Angleterre, a été' introduit avec succès au Caucase. 
Le Melaleuca, qui fournit un bois très dur, fort appre'cic dans l'Europe 
occidentale, y croît également. Des essais fort heureux de la culture 
du Boehmeria ont éto faits, mais abandonnés par suite de l'absence de 
débit. On préconise surtout racclimatation du Macrochloa (enacissima 
dont les filaments sont importés en assez grande (juantité par les fabri- 
cants de papiers russes. 

— h'Encaliijjtua globitlus et VE. amygdalina qui se sont si bien accli- 
matés au Caucase, peuvent-ils avoir une utilisation industrielle quel- 
conque en Russie ou à l'étranger? Ces arbres se développent au Cau- 
case avec la même aisance que dans leurs lieux d'origine, ils y attei- 
gnent, en douze années, environ 15 mètres de hauteur et plus de 
35 centimètres de diamètre. Ils croissent dans des endroits maréca- 
geux impropres à toute autre culture. 

— Quels sont les effets de la culture sur les principes actifs conte- 
nus dans les plantes me'dicinales et e'conomiques ? 

Il a e'ié constaté maintes fois que la culture avait une influence fâ- 
cheuse sur les plantes, au point de vue de leur richesse en principes 
actifs, ce que l'on allribue généralement aux conditions dilierentes du 
développement. Mais, d'autre part, les arbres à quinine, par exemple, 
sont plus riches en alcaloïde, cullive's, que les arbres à l'elat sauvage. 

(1> Voyez Revue, 1892. 1''' semestre, p. 687. 



CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. 45 

11 importe donc de comparer et d'étudier les résultats obtenus dans 
diflërents pays, de façon à déduire quelles sont les conditions qui dé- 
terminent telle ou telle modification. 

Les questions inte'ressant la zoologie parvenues jusqu'à ce jour con- 
cernent surtout la Marmotte de Sibérie, qui exerce en Russie de vé- 
ritables ravages dans les champs. Elles portent sur les conditions 
topograpbiques et climate'riques favorisant la multiplication de l'ani- 
mal, et sur les mesures à prendre pour arrêter sa propagation. 

La se'riculture tient e'galement une place importante dans les 
pre'occupations des membres du Congrès. Ce sont, d'une part, des 
questions à résoudre sur les moyens pour enrayer la multiplication 
des parasites qui envahissent les végétaux nourriciers des Vers à 
soie, et, d'autre part, l'attention à attirer sur les conditions particu- 
lières de rélevage en Russie. 

Parmi ces questions, nous citerons les suivantes : 

— Quelles sont les localités de l'empire russe oii l'on se livre à 
l'élevage du Ver à soie et à l'industrie de tissage de soies ? 

— Quelles sont les conditions du sol, du climat, méte'orologiques 
et commerciales de ces pays ? 

— Quelles sont les mesures à prendre pour le de'veloppement de 
celte industrie et eç particulier pour faire renoncer aux me'thodes 
actuelles de l'élevage fort de'fectueux et faire adopter le grainage 
cellulaire? 

— Est-il possible de faire régénérer les races primitives des Vers 
russes, et, si cela est, par quels moyens ; dans le cas contraire, quelles 
sont celles, parmi les espèces étrangères, qui pourraient être intro- 
duites en Russie ? 

— La concurrence asiatique est-elle vraiment à redouter pour l'in- 
dustrie europe'enne ".' 

— Le prix de main-d'œuvre s'e'tant conside'rablement augmenté 
depuis le commencement du siècle, dans quelle mesure cela a-t-il 
influé sur l'industrie séricole ? 

On connaît l'importance qu'a, en Russie, l'apiculture ; les points 
suivants, la concernant, seront à élucider dans les séances du 
Congrès : 

— Dans quelle mesure les Abeilles sont-elles utiles à la fe'conda- 
tion des plantes cultive'es ? 

— Le miel, qui a été' remplacé par le sucre dans la vie usuelle, 
peut-il l'être généralement, dans les pre'parations pharmaceutiques ? 

— Quel est le succe'dane' de la cire ! 

Nous £(urons soin de tenir nos lecteurs au courant des questions 
posées, au fur et à mesure qu'elles parviendront au Comité d'organi- 
sation. Calh. Kkantz. 



IV. CHRONIQUE GENERALE ET FAITS DIVERS. 



Les Rennes de l'Alaska. — La tentative que l'on a faite 
{Revue, 1891, p. 312) pour introduire dans l'Alaska le Renne de Sibérie 
et l'y domestiquer, paraît re'ussir. Il y a quatre mois, on avait lâche' 
dans l'île Saint-Laurent deux de ces animaux ; depuis ce "moment, 
ils ont su trouver leur nourriture et ils semblent prospérer. G. 

L'élevage des Chevaux en Irlande. — On s'occupe main- 
tenant d'améliorer la race des petits Chevaux et des Poneys dans les 
districts de l'Ouest. On vient d'y introduire de petits étalons du 
Yorkshirc pour le service des attelages, choisis dans la meilleure race, 
mentionnée d'ailleurs sur les livres des haras. De S. 

Nouveau désiniectant pour oiseaux. — D'après les recher- 
ches de M. Fischer, le pouvoir dc'sinfectant de la naphtaline dans les 
fermentations organiques et inorganiques, de'passe celui de l'iodo- 
forme ; de plus, n'e'tant point un poison comme ce dernier, la naphta- 
line peut être employée en quantité indéterminée pour saupoudrer 
plaies et blessures. Môle'e à de la vaseline (par moitié'), elle combat la 
gale. Dans les maladies infectieuses (diphtérie, cholc'ra, etc.',, il est 
utile d'en répandre sur le sol. En outre, la naphtaline est destructive 
de> puces, poux, mouches, etc. A l'établissement d'aviculture modèle 
«le Lic'snoï (prés Saint-Pétersbourg), on s'en sert depuis un an avec 
un succès constant. Aussitôt que l'on aperçoit des parasites sur un 
oiseau, on frotte ce dernier avec de la naphtaline ; douze heures plus 
tard, oiseau ou poussin est frais et dispos, et sans trace d'insectes. 

La naphtaline est soluble dans l'alcool et la te'rébenthine, elle est 
plus commode à manier sous cet aspect. C. K. 

Engourdissement des Poissons. — Le Zoologische Oarten rap- 
porte des observations récentes que l'on a faites sur la résistance des 
poissons enfermés sous la glace. L'on savait déjà que la Carpe (S'i/pri- 
nus carpio) perd le mouvement quand la tempe'rature de l'eau s'abaisse 
au-dessous de 4'^ R. 

Pour établir de nouvelles expériences, on prit, dans le mois de jan- 
vier, vingt à trente exemplaires des espèces suivantes : Véron com- 
mun {Pkoxinus l(evis\ Goujon [Gobio fluv'atilis), Able du Slym- 
phale (1) {Leucaspius delineatus) et la Loche franche [Cobitis barbatula). 
On mit ces poissons en plein air dans des vases à large embouchure, 
dont le fond e'tait recouvert d'une couche de limon. Après un gel con- 

(1) Suivant Siebold, le Leucaspius delineatus = Lcuciscits stjmphaliciis Cuv. 
et Val. 



CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 47 

tinu, ces récipients se couvrirent de glace atteignant plusieurs centi- 
mètres d'épaisseur (la lempe'rature de l'eau était de 1/2 à 3/4° G.)- On 
vit bientôt les poissons se renverser les uns sur le dos, les autres sur 
le flanc, et rester immobiles. On remai-qua que les cbromalopboros, 
surtout cbez PJioxinus lœvis et Cobitis barbatiUa e'taient devenus plus 
intenses qu'à l'époque du frai. 

Tous ces animaux paraissaient morts. Mais quand on eut fait un 
trou dans la glace, bientôt ils remuèrent leurs ouïes, d'abord len- 
tement, i>uis plus vite. Ce ne fut qu'après plusieurs beures. lorsque 
l'eau fut re'cbauffée, qu'ils reprirent leur vivacité ordinaire. Ces expé- 
riences plusieurs fois répéle'es ont toujours donne le même ro'sultat. 11 
arriva même que des Vérons et des Goujons restèrent engourdis pen- 
dant une semaine, sans en souffrir. 

Nag'Jère on croyait encore que des poissons gele's dans la glace 
continuaient à vivre, et qu'ils reprenaient leurs fonctions quand on 
les faisait dégeler avec certains soins. On sait maintenant qu'ils pé- 
rissent. Mais l'observation vient de nous prouver qu'ils peuvent sub- 
sister quelque temps engourdis dans l'eau glace'e, comme on en voit 
d'autres s'enfouir dans la vase, pour se réveiller ensuite. De B. 

Conservation du poisson. — Il arrive souvent aux pècbeurs 
à la ligne de voir, par les grandes cbaleurs, le produit de leur pècbc 
se gâter avant d'arriver à destination. Voici un simple moyen d'éviter 
celte de'convenue : Il suffit d'ouvrir l'abdomen du poisson dans toute 
sa longueur, de la mâcboire inférieure jusqu'à l'anus, d'en retirer les 
brancbies et les viscères, d'essuyer bien à sec toute la région et d'y 
mettre du papier non collé imbibe' d'acide salycilique et se'cbé. Chaque 
poisson doit être enveloppe' dans un linge sec. G. K. 

Sur les migrations du Saumon. — On sait que les smoUs (1) 
ne remontent pas tous dans les eaux fluviales après leur court séjour 
dans la mer; l'observation l'a prouve'. En outre, on s'est assure' que 
les SmoUs séjournent en mer pendant plus d'un an avant de retourner 
dans les eaux douces. Les Parrs des lacs et des rivières, qui devien- 
nent plus tard des SinoUs, restent le même temps avant de descendre 
dans l'eau sale'c. Il est certain que l'abondance de la remonte des 
Saumons dépend, en une certaine mesure, des crues des cours d'eau; 
le prolongement de leur écoulement attire vers le rivage les poissons 
qui, autrement, se'Journeraient plus longtemps dans la mer. Dans ces 
■ conditions, on voit parfois des Saumons, comme d'autres genres ana- 
dromes, tels que la Morue, le Merlan, pénétrer dans des rivières d'où 
ils ne sont pas originaires. 

(1) Le parr est le premier âge du Saumon, quand il est de couleur terne. 
Le second âge, avec l'éclat rr.étallique est désigné sous le nom de smolt. Le 
fjrilse s'applique au Saumon qui a séjourné dans la mer. 



48 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Mais chaque cours d'eau a ses Saumons particuliers. Dans des ri- 
vières voisines, dont les conditions de milieu sont identiques, on re- 
connaît ceux de chacune d'elles, et le pêcheur de profession dis- 
tingue tout de suite le poisson e'tranger qui s'y serait aventuré. En 
Irlande, ou a vu souvent les Saumons du Bundrowse passer dans 
l'Erne. Or, bien que ces deux rivières soient très voisines, alimente'es 
par des lacs à peu près semblables, la migration des Salmonidés s'y 
fait à des époques différentes. Dans la Bundrowse, le fort passage des 
Grilses s'effectue bien avant que ceux de l'Erne aient commence' à se 
remuer. 

Ces faits concernant les poissons anadromes ne sont pas tous expli- 
qués. On arriverait peut-être à les éclaircir en se servant d'un pro- 
ce'dé qui exigerait un soin considérable. Ce serait de pêcher des Sau- 
mons, à diverses époques de l'année, et dans leurs différents âges, de 
les marquer, puis, de le rejeter dans la rivière. On enregistrerait ces 
captures. 

On admettait généralement que la crue des eaux était favorable à la 
multiplication des Saumons. Bien au contraire, les nouveaux arrivants 
déplacent le frai dépose- par les premiers, et une eau trop abon- 
dante lave pu couvre de limon, les depuis d'œufs qui auraient dû être 
fécondes. 

La meilleure saison est celle où l'eau est de hauteur moyenne, pen- 
dant les mois d'octobre et de novembre. Les Saumons producteurs 
gagnent facilement les régions supérieures des rivières. Si le temps est 
sec et tempéré, les œufs ne seront pas déranges jusqu'au moment de 
l'éclosiou. Autrement, la culture artificielle est le seul moyen de lutter 
contre des conditions météorologiques défavorable. De S. 

Une plante migratrice. — l.' A pied ru m lnjriienale, plante tuber- 
culeuse qui se rencontre isolément dans toute l'Auiérique du Nord, 
depuis le Canada jusqu'à la Floride, et y porte vulgairement les noms 
A" Adam ani Eve et de Puttj-Foot, jouit, paraît-il, de la propriété de 
so déplacer de deux à trois centimètres par au. 

Cette plante émet, en effet, chaque année dans le sol, un tubercule 
relié au tubercule de l'année précédente, qui se corrompt, disparaît, 
par une sorte de lige souterraine, et la nouvelle racine se pare de 
tiges, faisant ainsi progresser lentement la piaule. II. B. 



Le Gérant : Julks Grisakd. 



I. TRAVAUX ADRESSES A LA SOCIETE. 



LES ÉGHASSIERS D'EGYPTE 

LISTE RAISONNÉE DES ESPÈCES QUI ONT ÉTÉ OBSERVÉES 

DANS CE PAYS 

Par m. MAGAUD D'AÛBUSSON. 



Les Échassiers sont de grands voyageurs. Leurs troupes 
nomades sillonnent infatigablement les plaines de l'air et, 
selon les saisons, promènent leur inconstante destinée à tous 
les vents de la planète. Les uns parcourent de vastes espaces, 
d'autres ne font, pour ainsi dire, qu'errer. Souvent ceux qui 
habitent sur le bord de la mer suivent la C(3te par étapes et 
accomplissent de la sorte de longues pérégrinations. 

Dans chaque hémisphère, l'Échassier est tourmenté du be- 
soin de voyager. 11 semble que Dieu l'ait créé pour de perpé- 
tuelles caravanes. Sous les tropiques, oîi il est en nombre 
incalculable, il se déplace aussi à des époques régulières. 

Les espèces qui nichent dans nos zones tempérées, dans le 
nord de l'Europe, émigrent et <uient, sous des cieux plus 
doux, le froid de nos hivers. Beaucoup entreprennent de 
lointains voyages et vont chercher, de l'autre côté de la mer. 
des rivages attiédis, des eaux que les glaces n'emprisonnent 
jamais, de chauds limons que la gelée ne vient jamais durcir. 
L'Egypte est une de ces stations privilégiées. En hiver, le 
Delta est couvert d'Échassiers. 

Les milliers de canaux, de petits cours d'eau, les mares, les 
étangs, les lacs sont encombrés de ces hôtes ailés qui prennent 
leurs ébats, fouillent la vase, courent sur les berges, lissent 
leur plumage ou s'épluchent avec béatitude. Quelques-uns 
circulent dans les terres de culture qui font l'inépuisable ri- 
chesse de l'Egypte et qu'enserrent, comme les mailles d"un 
filet, les innombrables travaux d'irrigation. Leur présence 
anime la monotonie de ces steppes d'herbages, aux vastes ho- 
rizons de verdure, et captive agréablement l'attention, tandis 
que les Chameaux et les Buffles, la tête levée, l'œil vague, 

20 Juillet 1892. 4 



50 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

VOUS regardent passer stupidement avec une impassible séré- 
nité. Les rizières, au sol humide ou inondé, donnent aussi 
asile à une multitude d'Échassiers, et il n'est pas jusqu'aux 
immenses champs de Cotonniers et de Cannes à sucre où je 
n'aie tiré souvent des Pluviers, des Vanneaux et des Sic-Sacs 
[hoplopterus spinosu.s) (1). 

De temps à autre, dans cette plaine uniforme et verte, sans 
accident de terrain, sans clôture, sans arbres qui arrêtent le 
regard, un village apparaît, blotti parfois au milieu d'un bou- 
quet de palmiers, pauvres huttes en argile ou en briques 
crues, s'adossant sans ordre les unes aux autres tantôt grises, 
tantôt blanchies à la chaux, d'un ton éclatant. Une mare est 
auprès, et autour de cette eau croupissante s'abattent des 
bandes d'Échassiers , Pluviers , Bécasseaux , Chevaliers , 
Échasses aux longues jambes rouges. Tous ces oiseaux, si 
farouches en Kuroiie, viennent là avec confiance, car ils 
savent qu'ils peuvent compter sur l'amicale hospitalité de 
l'homme. On voit les Échasses, ordinairement si prudentes, 
entrer dans l'eau jusqu'à mi-jambe et chercher paisiblement 
leur nourriture sous l'œil bienveillant de l'indigène qui ne les 
trouble jamais et semble prendre plaisir, au contraire, à la 
société de ces johs oiseaux. 

L'espèce de tendresse instinctive (pi'a le fellah ]iour la na- 
ture animée se manifeste d'une façon encore plus marquée 
dans l'intimité de ses rapports avec un autre Échassier. Cet 
oiseau caractéristique, pour ainsi dire, de la campagne égyp- 
tienne est le Héron Garde-Bouif [Buhulcus ibis). Son plu- 
mage blanc, qui tranche sur le vert un peu dur de la plaine, 
produit un effet très original : de loin, on dirait de grandes 
Heurs blanches semées dans l'herbe. D'un pas lent et grave, 
il visite les champs de Blé et de Bercim et les débarrasse 
de toute sorte de vermine. Il vit en amitié avec les troupeaux 
de Buffles et fait la chasse aux divers insectes qui les tour- 
mentent. Les Arabes le nomment Aboii-rjhanams le pèye aux 
troupeaux, et ce nom, qui équivaut à celui de Garde-Bœuf, 
lui convient parfaitement. Au moment des labours, il suit la 
charrue du fellah, pour saisir les insectes et les larves qu'elle 
met au jour, cette charrue primitive qui n'a guère varié de- 
puis l'époque des Pharaons, trahiée [)ar des Bullles, tirant de 

(1) Le désert, comme on le verra, a aussi ses échassiers. 



LES ÉCHASSIERS D'EGYPTE. 51 

répaiile aux extrémités d'un joug grossier. Souvent un Cha- 
meau est accouplé avec un buttle ; ailleurs, un Ane remplace 
le Chameau. Le Héron hianc sert d'escorte à ces attelages 
étranges cxue pousse mélancoliquement le malheureux l'ellah. 
vêtu de sa longue chemise bleue [galabieh], appuyant des 
deux mains sur le maigre instrument de bois (1). Les Hérons 
se sentent si bien protégés qu'ils se livrent à leurs occupa- 
tions tout près des lieux habités et perchent même sur les 
toits en terrasse des maisons des villages. Les indigènes 
peuvent passer à quelques pas d'eux sans les effra3'er. On di- 
rait des oiseaux domestiques. La saison des amours ne les 
rend pas plus déliants. Ils nichent en colonie sur un Mimosa 
ou un Sycomore, souvent à proximité des habitations. Sous 
la protection de tous, ils savent qu'ils n'ont rien à redouter, 
et leur sécurité est complète. 

Les hivernants ne s'arrêtent pas tous dans le Delta ; des 
bandes de touristes s'avancent le long du Nil, le remontent 
en s'égrenant sur la route. Les uns s'établissent dans la 
Haute-Egypte, dans la Nubie, les autres s'enfoncent encore 
plus profondément dans le Sud. Plusieurs poussent sans 
doute jusqu'aux sources mystérieuses du fleuve. 

A partir du Caire, ils rencontrent sur ses bords l'ami du 
Crocodile, le Pluvian, le fameux Trochylits, dont les habi- 
tudes curieuses, connues des anciens, ne firent que provoquer 
l'incrédulité des modernes, jusqu'à ce que E. Geoffroy Saint- 
Hilaire, comme on le verra plus loin, eut réhabilité Hérodote. 
Mais il faut aller maintenant dans la région supérieure du 
Nil pour être témoin du singulier commerce qu'a ce petit oi- 
seau avec le redoutable reptile, car le crocodile, si commun 
autrefois en Egypte, a presque entièrement disparu, reculant 
peu â peu vers le sud, devant les armes à feu de l'homme et 
l'agitation produite par les bateaux à vapeur. Quand il passa 
devant Qénéh, Cliampollion vit jusqu'à quatorze Crocodiles 
réunis eji concUialmle sur un ilôt. Une pareille bonne for- 
tune ne peut plus échoir aujourd'hui au voyageur, car il n'y 
a plus de Crocodiles au nord d"Assouan . 

(11 La charrue des anciens EL';yplieus était également en bois dur, sans 
armature de 1er, en raison de la facilité du labourage. Ils possédaient plusieurs 
races de bœufs à longues cornes, analogues aux bœufs du Dougola, et ces 
bœufs étaient attelés parles cornes. On trouve auss', sur des monuments égyp- 
tiens, la figure du Zébu. 



52 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

Les oiseaux de l'ordre des Echassiers représentés le plus 
souvent sur les monuments ou mis à contribution par l'écri- 
ture liiéroglypliique sont la Grue, le Héron, l'Ibis et le 
Vanneau. 

La Grue était une des formes que prenait l'âme humaine, 
car si l'âme du juste, après avoir passé son jugement, avait 
encore à subir des épreuves et des dangers avant de mériter 
ses destinées heureuses, elle était libre de prendre toutes les 
formes qu'il lui plaisait de revêtir, celles de l'Epervier d'or, 
du Lotus, du Phénix, de la Grue, de l'Hirondelle, de la 
Vipère. Chacune de ces formes était une des figures de la 
divinité, et l'entrée de l'âme en elles marquait l'assimilation 
de l'homme au type divin qu'elles représentaient. 

L'Ibis était consacré au dieu Thoth, identifié par les Grecs 
avec Hermès. Tlioth est représenté avec une tète d'Ibis. Il 
personnifie l'intelligence divine qui a présidé à la création. 

Quand les eaux du Nil, dispensateur et conservateur de 
toute vie, commençaient à monter, rjbis apparaissait en 
Egypte et annonçait par sa présence que le Dieu allait de 
nouveau répandre sur le pays ses bienfaits, car le Nil était 
considéré comme un écoulement des membres de la Divinité 
pour faire vivre les hommes et germer les plantes. 

Aussi quelle vénération et quel amour pour l'oiseau mes- 
sager de la bonne nouvelle ! On le regarde lui-même comme 
un être divin. On veut soustraire son corps à la putréfaction 
du tombeau, on l'embaume conmie les cadavres humains. 

Près des Pyramides de Saqqarah se trouve le Puits des 
oiseaux, tombe profonde où étaient déposés les Ibis sacrés. 
Chaque oiseau, soigneusement embaumé et enroulé d'une 
toile fine était enfermé dans un vase de terre long, pointu 
par le bas, en forme d'amphore et fermé d'un couvercle. Ces 
vases placés en rang dans la salle, l'un à côté de l'autre, sont 
entassés par couches. Les siècles ont accumulé en nombre 
incalculable ces momies singulières et ce sépulcre paraît iné- 
puisable. 

Aujourd'hui l'Ibis sacré luit l'Egypte. Il ne vient plus an- 
noncer la crue du Nil à la terre bénie des Pharaons oii sa 
race fut comblée de tant d'honneurs et où dorment encore 
dans les nécropoles oubliées la longue série des ancêtres, 
tout un peuple d'Ibis, enveloppés de bandelettes et confits 
dans les aromates. A peine de loin en loin aperçoit-on (]uel- 



LES ÉCIIASSIERS D'EGYPTE. 



53 



ques voyageurs égarés. Fidèle pourtant à sa mission, il pré- 
cède encore le flot du fleuve nourricier mais il s'arrête au 
sud de la Nubie. On dirait qu'il a peur d'entrer en Egypte ou 








1 . Pot en terrre cuite servant à renfermer une momie d'Ibis. 

2. Momie d'Ibis retirée de son pot et enveloppée de ses bandelettes. 

(Proviennent de Saqqarah, dépendance de Tancienne Memphis.j 



que, inconsolable de sa gloire abolie, il ne veuille plus revoir 
ce pays décliu lui-même de son antique splendeur où vivants 
les Ibis n'ont plus de temples et morts plus de tombeaux. 



54 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

Bien que l'Ibis sacré ne puisse plus être compté au nombre 
des oiseaux qui visitent l'Egypte, il a joué un rôle trop con- 
sidérable dans la mythologie des anciens habitants de ce 
pays pour que je ne consacre pas quelques lignes à ses appa- 
litions antérieures. Si j'en crois d'ailleurs Savigny, l'Ibis 
fréquentait encore le Delta, pendant la crue du Nil, à l'é- 
poque de l'expédition d'Egypte. Il n'y venait plus assurément 
en aussi grande quantité qu'autrefois, et Savigny prévoyait 
le jour prochain où il aurait disparu sans retour, mais ce 
naturaliste a pu néanmoins, grâce à des observations suivies, 
recueillir sur les habitudes de cet intéressant oiseau des ren- 
seignements certains. 

On lit, en effet, dans le Système des oiseaux de V Egypte et 
de la Syrie, qu'à leur arrivée, les Ibis se portent d'abord sur 
les terrains bas, qui sont recouverts par les eaux avant tous 
les autres ; mais quand l'inondation fait des progrès, que les 
eaux deviennent plus profondes et s'étendent chaque jour, 
les Ibis refluent vers des terres plus élevées : ils s'approchent 
alors du Nil, viennent autour des villages, où ils se posent 
dans les rizières, les luzernes, le long des canaux, et sur les 
petites digues dont on environne la plupart des terrains cul- 
tivés. Lorsqu'ensuite les eaux, parvenues - au terme de leur 
accroissement, baissent et se retirent peu à peu, les Ibis les 
suivent, et ne s'éloignent de même que lentement. Les Ibis ne 
s'approchent point du Caire, dont les environs sont trop 
arides et trop fréquentés. Savigny n'a pu les examiner à 
loisir que dans les environs de Damiette et de Menzaleh, et 
ne les a retrouvés en certain nombre que près de Kafr-Abou- 
Said, sur la rive du Nil, à trois mille mètres de ce fleuve et 
à vingt mille de Damiette, dans de grandes inondations qui 
s'étendent jusqu'au lac Bourlos, et qui produisent en hiver 
quelques prairies naturelles où les Arabes conduisent des 
troupeaux. Là ces oiseaux ne se laissent pas aisément at- 
teindre ; car on ne peut parvenir jusqu'à eux qu'après les 
avoir poursuivis à travers des marécages profonds, ou sur 
des plages de vase encore liquides et impraticables. Des co- 
([uillages, comme les Cyclostomes, les Planorbes, les Ampul- 
laires, etc., des vers, de petits poissons, des insectes aquati- 
ques sont les aliments dont se nourrit l'Ibis blanc. 

L'Ibis blanc s'appelle en Egypte mengel, aboif-mengel, 
nom qui exprime la courbure de son bec, et qui, traduit lit- 



LES ÉCHASSIERS D'EGYPTE. 55 

téralement signifie père de la faucille. Dans la Lasse Ethio- 
pie, il porte le nom de ahou-hannès, ({in veut direpèr^ Jean, 
parce que c'est vers la fête de la Saint-Jean, époque à la- 
quelle commencent les pluies dans l'Abyssinie, qu'il paraît 
sur les bords du Nil (1). 

On a cru longtemps que les Egyptiens avaient accordé un 
culte si extraordinaire aux Ibis parce que ces oiseaux fai- 
saient une guerre acharnée aux serpents et en purgeaient 
ainsi le sol de l'Egypte. Cette erreur, que la tradition et les 
opinions fabuleuses des auteurs anciens avaient accréditée, ne 
tarda pas à s'évanouir devant les observations précises des 
naturalistes modernes. Savigny montra bien, du reste, que le 
bec de l'Ibis, sa langue courte qui ne peut attirer vers l'œso- 
phage les aliments qui seraient saisis par l'extrémité de ce 
long bec, la courbure même de ce bec, ses bords émoussés 
incapables de couper, sa mollesse et ?a sensibilité, propres 
uniquement à pénétrer dans la vase et à y choisir les ali- 
ments, ne pouvaient indiquer un oiseau ophiophage. 

Cuvier prétendait avoir trouvé dans une momie d'Ibis, 
des débris non encore digérés de peau et d'écaillés de ser- 
pent et en avait conclu que ces oiseaux ont pu être ophio- 
pliages. Ce fait, le seul cité par Cuvier, est contradictoire 
avec les observations faites en Egypte par Savignj- sur un 
grand nombre d'individus vivants qu'il a ouverts, et dans le 
gésier desquels il a constamment trouvé des coquillages uni- 
valves et fluviatiles la plupart des genres cyclostome, am- 
pullaire et planorbe. 

Le fait signalé par Cuvier peut aisément s'expliquer, sui- 
vant Savigny, par l'usage dans lequel étaient les Egyptiens 
d'embaumer tous leurs animaux sacrés, qu'ils fussent entiers 
ou qu'il n'y eût qu'une partie de leur corps, et plusieurs 
espèces de serpents étaient comptées parmi les animaux 
sacrés (2) . 

Savigny ajoute que dans le Picits des oiseaux à Saqqarah, 

(1) Descrij)ti(jii de VEjtjpte , t. XXIII. Histoire naturelle. Zoolofjie. — 

Si/stème des oiseatix de rEriypte et de la Sijrie, par Jules-César Saviguy, 
membre de l'Institut, 1828, p. 399. 

(2) L'Ibis sacré, dit Brelim, dans mon opinion, peut bien manger de petits 
serpents, mais je ne crois pas qu'il s'eu prenne aux individus de forte taille et 
aux serpents venimeux. Pendant la saison des pluies, il se nourrit principa- 
lement, sinon exclusivement, d'insectes. Dans quelques-uns de ceux que j'ai 
tués, j'ai trouvé des Sauterelles et des Coléoptères. Oiseaux, t. II, p. G'20. 



36 



REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 



on trouve des momies d'Ihis, dans l'intérieur desquelles se 
voient, parmi des coquilles d'œufs d'Ibis, de petits mammifères 
d'espèces diverses, les uns entiers, les autres incomplets, 
et dont on n'avait évidemment recueilli que des débris. 

Ce n'est donc pas comme destructeur de serpents que l'on 
commença à vénérer l'Ibis; mais, dit Savigny, dans la savante 
et judicieuse monographie qu'il a consacrée à cet oiseau, 
" au milieu de l'aridité et de la contagion, fléaux qui, de tous 
temps, lurent redoutables aux Egyptiens, ceux-ci s'étant 
aperçus qu'une terre rendue féconde et salubre par les eaux 
douces, était incontinent habitée par l'Ibis, de sorte que la 
présence de l'une indiquait toujours celle de l'autre (autant 




Momie d'Ibis, dépouillée de ses enveloppes. [Piovicnl de Thèbes.) 

que si ces deux choses fussent inséparables) leur crurent une 
existence simultanée, et supposèrent entre elles des rapports 
surnaturels et secrets. Cette idée se liant intimement au 
phénomène général duquel dépendait leur conservation, je 
veux dire aux épanchements })ériodiques du fleuve, fut le 
premier motif de leur vénération pour l'Ibis, et devint le fon- 
dement de tous les hommages qui constituèrent ensuite le 
culte de cet oiseau (1). » 

On a trouvé, comme je l'ai dit, des quantités énormes de 
momies d'Ibis, mais leur aspect varie suivant leur provenance. 
A Saqquarah, on a fait usage, dans la méthode d'embaume- 
ment, d'un bitume qui transforme les premières enveloppes, 
les téguments et la chair en une masse compacte et homogène. 



(1) Histoire naturelle et mythologique de llhis, 1805. p. 70. 



LES ÉCHASSIERS D'EGYPTE. 57 

A Tlièbes, au contraire, on se contentait d'envelopper l'oiseau 
de toiles, et de le préserver par ce moyen du contact de l'air. 
On l'abandonnait ensuite dans des cavernes profondes, où la 
température est toujours égale, et on obtenait ainsi, par 
dessèchement, sa parfaite conservation. La figure que je 
donne d'une momie de Tlièbes, dépouillée de ses bandelettes, 
permet de constater que l'aspect est assez informe. La tète est 
reportée en arrière, les pattes sont ployées sous le ventre ; 
les ailes ramenées en avant sur le corps, ne laissent aper- 
cevoir que l'extrémité du bec. Les plumes se font remarquer 
par leur conservation, du moins dans la forme, car elles ont 
perdu leur couleur primitive et sont devenues si fragiles 
qu'on les brise en essayant à peine de les soulever. 

Une autre illustration de la mythologie égyptienne, gran- 
deur tombée comme l'Ibis, mais celle-là enveloppée de plus 
de mystère est le Bennou, le Phénix, vénéré à Pléliopolis, 
sous la figure du Vanneau. 

Héliopolis, que les Egyptiens nommaient An, était la ville 
deRa ou du Soleil, de là son nom grec. Son temple, aussi 
vieux que l'adoration de l'astre du jour â laquelle se rattache 
tout l'ensemble de la théologie dans la vallée du Nil, jouissait 
d'une célébrité qui s'étendait au loin. Dans l'antiquité clas- 
sique, le renom de son collège de prêtres attira Solon, Platon, 
Eudoxe. qui vinrent y étudier. De la ville proprement dite, 
il n'est rien resté, elle a disparu jusqu'aux fondements. 
Etlam perieyx ruinœ ! Seul, un obélisque de vingt mètres 
de hauteur, le plus ancien de tous les obélisques d'Egypte, se 
dresse dans la plaine et marque l'endroit où s'élevait la façade 
principale du temple. Là, au dire des Grecs, le Phénix arrivait 
tous les cinq cents ans. Il apportait avec lui, prétendaient 
les uns, le corps de son père enveloppé de myrrhe; suivant 
les autres, il venait se faire brûler lui-même sur un bûcher 
de bois odorants. En réalité, le Bennou, type de la fable 
gréco-égyptienne du Phénix, était l'image de la résurrection. 
Il passait pour l'incarnation d'Osiris, comme l'Ibis, pour l'in- 
carnation de Toth. Sa présence à Héliopolis symbolisait le 
retour d'Osiris à la lumière. Il avait donné aussi son nom à 
Vénus, le plus beau et le plus brillant parmi les astres du ciel 
oriental, dont les apparitions successives au soir et au matin, 
semblaient aux vieux Égyptiens une poétique expression des 
périodes de renouvellement. 



o8 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Ces choses sont loin de nous. La charme du fellah trace 
son sillon dans la poussière des morts, et quand je passai 
par là, chassant la Caille dans les bercims, un Irais tapis de 
A'erdure, éclatant de la jeunesse éternelle de la nature, recou- 
vrait la place où fut l'antique cité du Soleil. 

Suit la liste raisonnée des différentes espèces d'Echassiers 
qui ont été observées en Egypte . 

Houbara ondulée. 

Hoiibara iinclulaia, G.-R. Gray. 

Cette espèce d'Outarde habite tout le nord de l'Afrique. 
Amie des plaines arides et sablonneuses oii croissent quel- 
ques rares buissons, elle est répandue dans les régions déser- 
tiques du Maroc, de l'Algérie, de la Tunisie et de la Tripo- 
litaine. Moins conmiune en Egypte. On la trouve, cependant, 
assez fréquemment au marché d'Alexandrie, où elle arrive 
sans doute du désert libyque fl). 

.le ne cite que pour mémoire l'Outarde canepetière {Oiis 
telrax, Linné) qui, selon Heuglin (2), ferait des apparitions 
dans le Nord-Est de la Basse-Egypte, et l'Outarde arabe 
{Eupodotis arabs, Linné), dont quelques individus isolés, 
d'après le même auteur, auraient été observés en Egypte (3^. 

Courvite Isabelle. 

{Ci(/'S(vii(S isabclliiiHS, Meyer.) 

Cet oiseau est aussi un habitant des sables. Il recherche 
même les lieux les plus arides et les plus secs. On le trouve à 
peu près dans toutes les parties désertiques de l'Egypte, mais 
très irrégulièrement et il n'est commun nulle part. 

Je le rencontrai, pour la i^remière fois, i)eu de temps après 
mon arrivée, vers la lin du mois de décembre. J'avais chassé 
dans les marais de Sabramente et je suivais l'ourlet du désert, 
en me dirigeant sur les grandes Pyramides de Ghizeh, lors- 
que, à quelques centaines de mètres de la statue colossale du 

(1) Cette Outarde lait des a; parilions fréquentes en Espagne, en Portugal, 
en Italie, en Grèce, en Turquie, dans les îles de l'Archipel. On la rencontre 
même quelquefois dans le midi de la France. 

(2) Syslematischc Ucbersischt der Vorjel Xord-Oit-Afriha's, elc. (I806', , p. 54, 

(3) lèid., p. 53. 



LES ÉCHASSIERS L'EGYPTE. 59 

S])liiiix, gardien immobile couché à leurs pieds, je yis deux 
de ces oiseaux courant très \'ite sur le sable. En cherchant à 
les approcher pour les tirer, je fis partir toute la bande, com- 
posée d'une dizaine d'individus, que je n'avais pas tout 
d'abord aperçus, tant la couleur du plumage de ces oiseaux 
se confond parfaitement avec la teinte du sable du désert. Je 
revins souvent dans les mêmes lieux sans jamais voir de 
Courvites. J'en retrouvai, le mois suivant, aux environs d'Is- 
maïlia, et plus tard, au mois de juillet, dans le désert libyque. 

Les Courvites cessent d'aller par petites troupes au mois de 
février. Ils s'apparient et les couples se dispersent pour se 
reproduire. Leur nid consiste en une simple dépression creu- 
sée dans le sable, au milieu des pierres, protégée générale- 
ment par une petite touffe d'herbe. Les œufs, au nombre de 
deux seulement, je crois, et non de trois ou quatre, comme 
l'ont écrit plusieurs ornithologistes, sont arrondis et assez 
gros, relativement à la taille de l'oiseau. Ils mesurent: grand 
diamètre, 0'",034:; petit diamètre, 0"\030. La coquille, mince 
et terne, estroussâtre, couverte détaches brunes et grisâtres, 
plus rapprochées au gros bout, où elles forment parfois une 
sorte de couronne. Les jeunes naissent vêtus de duvet. Au 
bout de quelques jours, ils sont d'un joli roux, varié de bru- 
nâtre en dessus et de fauve très clair, tirant sur le blanchâtre, 
en dessous. Ils ont les tarses d'un gris verdâtre et comme un 
peu enflée, et le bec brunâtre. Vers la fin de l'automne, jeunes 
et vieux ont le même plumage. 

Ce plumage est entièrement de couleur Isabelle, tirant sur 
le roux aux parties supérieures du corps et au jaunâtre clair 
aux parties inférieures, avec la gorge, le haut de la face an- 
térieure du cou, le bas-ventre et les sous-caudales blan- 
châtres. L'occiput est d'un gris-bleu limité, en arrière des 
yeux, par deux raies noires, séparées par une bande blanche, 
se réunissant à la nuque où elles forment une tache triangu- 
laire, la bande noire supérieure s'élargissant à son extrémité, 
et recouverte en partie par les plumes cendrées de l'occiput. 
Les pennes des ailes sont noires, terminées de roussâtre. La 
queue est couleur isabelle rougeâtre, toutes les rectrices, ex- 
cepté les deux médianes, tachées transversalement de noir à 
leur extrémité et terminées de blanchâtre. Le bec, voûté et 
recourbé à la pointe, est noir. Les tarses, longs et grêles, sont 
d'un blanc d'émail, le dessous des doigts est jaunâtre. L'iris est 



60 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

d'un brun noisette. Le mâle et la femelle ont le même plumage. 

Le 25 juillet, j'ai rencontré, près d'Aboukir, dans la partie 
du désert qui s'étend entre la gare, le yieux fort et la mer, 
deux bandes de Courvites. J'ai abattu^ dans cliacxue bande, un 
individu. C'étaient des jeunes de l'année. Les parties supé- 
rieures étaient variées de taches et de traits anguleux bru- 
nâtres. Les parties inférieures étaient très claires et le dessus 
de la tête parsemé de petites taches noirâtres. Une nuance 
d'un brun clair, avec quelques points blanchâtres et noirâtres, 
indiquait les raies qui s'étendent derrière les yeux (1). 

Les petites bandes de Courvites que l'on rencontre à cette 
époque de l'année, sont, sans doute, formées par la réunion 
de deux ou trois familles. 

Le Courvite s'égare parfois en Europe. On l'a tué en Picar- 
die, aux environs d'Abbeville et d'Amiens. Des captures ont 
été faites également sur plusieurs autres points de la France, 
notamment aux environs de Paris, de Dunkerque, de Saint- 
Omer, de Calais, de Metz et en Provence. 

Pluvian d Egypte. 

{Pluvianus œgijpLUis, Linné.) 

« Comme il vit dans l'eau (le Crocodile), sa gueule est rem- 
plie de sangsues. Tous les animaux le fuient et le redoutent; 
mais il vit en paix avec l'oiseau appelé ïrochylus, en raison 
des services que celui-ci lui rend. Lorsque, sur la terre ferme, 
il repose la gueule ouverte et tournée contre le vent, le Tro- 
chylus se glisse à l'intérieur et y dévore les sangsues ; en 
récompense de ce service, le Crocodile ne lui fait aucun mal. » 

Tel est le récit d'Hérodote. Aristote, Pline et le vieux na- 
turaliste de la Renaissance, Conrad Gesner, répétèrent à 
l'envi l'afflrmation de l'historien grec. Mais ces renseigne- 

(1) Je me suis étendu sur la description du Courvite Isabelle parce que celle 
qu'en ont donnée la plupart des Ornilholof^istes est inexacte sur plusieurs points, 
notamment en ce qui concerne les pattes, qui sont d'un blanc d'émail et non 
ù na jaune-paillc ou bleuâtres arec les pieds jaunâtres, comme l'ont écrit ces 
auteurs. Ces pâlies deviennent, en etl'et, d'une couleur de corne jaunâtre par 
suite de la dessiccation, ce qui peut expliquer la méprise des ornithologistes qui 
ont établi leur description d'après des oiseaux empaillés ; mais je suis étonné 
que Brehm, qui a voyajré en Egypte et tué certainement des Courvites, soit 
tombé dans la même erreur, si feu crois, du moins, l'édition française qui a été 
donnée de son œuvre. Oiseaux, t. II, p. 5i8. 



LES ÉCHASSIERS D'EGYPTE. 



61 



ments, recueillis de la bouche des prêtres égyptiens, furent 
traités de fable par les modernes, et il fallut qu'Etienne Geof- 
froy Saint-IIilaire pût vérifier de ses propres yeux, pendant 
l'expédition d'Egypte, l'exactitude du témoignage d'Hérodote, 
pour qu'on voulût enfin croire à la véracité du Père de l'his- 
toire. Il surprit le fameux Trochylus dans l'exercice de ses 
fonctions et reconnut en lui le Pluvian. 




Pluvian u'Égyple. 

Depuis que Geoffroy Saint-Hilaire, par son observation per- 
sonnelle, est venu attester la sincérité d'Hérodote, d'autres 
naturalistes ont constaté également le fait curieux raconté 
parles anciens. 

Pour n'en citer qu'un seul, Brehm, qui a voyagé dans la 
vallée du Nil, a vu, bien des fois, le Pluvian rendre au Cro- 
codile les services qui Pont rendu célèbre. 



62 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

« Il vit en amitié avec le Crocodile, dit-il, ce n'est pas que 
celui-ci soit animé à son égard des meilleurs sentiments, 
mais grâce à sa prudence et à son agilité, il sait se mettre à 
Fabri des attaques du Saurien. Habitant des lieux où le Cro- 
codile vient dormir et se chauffer au soleil, il le connaît, il 
sait comment il doit se comporter vis-à-vis de lui. Il court 
sur sa carapace comme il le ferait sur le gazon ; il mange 
les vers et les sangues qui y sont demeurés attachés. Il lui 
nettoie la gueule, il enlève les débris d'aliments qui sont 
restés entre ses dents, les animaux qui sont fixés à ses gen- 
cives et à ses mâchoires. Je l'ai vu et bien des fois. » 

Les Arabes nomment cet oiseau, arertisscnr du Croco- 
dile. Et, en effet, ajoute Brehm, « il avertit bien réellement 
le Crocodile et tous les autres animaux. Rien ne le trouve in- 
différent et il le témoigne par ses cris Le cri qu'il pousse 

en voyant quelque chose de suspect éveille le Crocodile et lui 
permet de se réfugier à temps au sein des flots (1) <>. 

Le Pluvian, en Egypte, semble être exclusivement attaché 
aux bords du Nil. Je ne l'ai jamais rencontré ailleurs. Il se 
montre sur les deux rives du fleuve à partir du Caire et de- 
vient phis commun à mesure que l'on s'avance vers la haute 
Egypte, où il est le plus abondant. C'est un oiseau peu sociable 
qui, généralement, ne vit que par couples ou avec sa famille. 
On le voit courir sur le sable très rapidement à la manière 
des Pluviers, ou voler à la surface de l'eau. Son vol est vif, 
facile, et lorsqu'il prend son essor il pousse plusieurs fois de 
suite un petit cri aigu. Il crie aussi en courant. Il ne vole 
jamais bien bien loin, est peu farouche et se laisse assez faci- 
lement approcher. 

La femelle pond à découvert sur le sable. Ses œufs, au 
nombre de deux ou trois, sont d'un jaune rougeàtre, couverts 
de taches, de })oints et de traits, les uns superflciels d'un 
brun marron, les autres profonds d'un brun plus clair. Ils 
ont la forme de ceux du Courvite et mesurent : grand dia- 
mètre, environ 0"'\032, petit diamètre, 0'",024. 

Le Pluvian se nourrit d'insectes de toutes espèces, de vers, 
de petits mollusques. 

[A suivre.) 



[\] Edit, franc. Oiseaux, t. II, p. 5o0. 



LES GRANDES PECHES EN NORVEGE 

Par m. Amédée BERTHOULE. 

(suite *\ 



IL — PÈCHE DU Hareng. 

En deuxième ligne, dans l'économie iclityologifiiie des eaux 
Scandinaves, doit prendre place le Hareng ; mais ses appari- 
tions sont loin d'offrir la régularité de celles de la morue ; les 
migrations d'hiver, principalement, présentent de longues et 
inexplicables intermittences. Quelques années durant, il se 
montre en masses compactes, et les campagnes de pèche sont 
mar(xuées par une abondance prodigieuse ; puis , brusque- 
ment, il fera défaut, et on verra se succéder de longues 
années de disette. Les dernières périodes heureuses dont 
l'histoire garde le souvenir, embrassent la première moitié 
du dix-huitième siècle et le milieu du dix-neuvième. Vers 
1860, on pouvait compter 6,000 bateaux, montés par 25,000 
marins, pratiquant avec succès la pèche du Hareng prin- 
faûier, de janvier à avril ; l'exportation annuelle s'éleva à 
500,000 barils, elle atteignit même et dépassa le chiffre de 
600,000, de 1861 à 1865. Cinq ans plus tard, la production 
était tombée à 5 ou 6,000 mesures, sans cause apparente, sans 
que rien permit d'augurer une reprise prochaine (1). 

Le capricieux nomade ne s'arrêtait pas, d'ailleurs, dans les 
passes tranquilles du Nordland ; descendant plus au sud et 
longeant les côtes, il pénétrait dans le Katégat, et peuplait de 
ses innombrables légions les eaux du Bohuslan. L'historique 
de ces incursions, non moins incertaines ici que dans le 
Nord, a été relevé par notre aimable consul à Goteborg, 
M. Caravello, dans une série de notes pleines de précision et 
d'intérêt. 

(=r] Voyez RcKiic, 1S92. l'^'' semeslre, p. 619. 

(1) Le tonneau norvégien est de IIG litres ; le tonneau suédois, de 5 pieds 
cubes, contient environ 480 s^os Harenirs. 



64 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Les plus anciennes chroniques relatives à l'industrie de la 
pêche du Hareng remontent au commencement du onzième 
siècle, époque à laquelle la province de Bohuslan faisait 
partie des Etats de Norvège. Elle était en grande prospérité, 
lorsqu'un malencontreux édit du roi Olaf Haraldsson vint en 
paralyser l'essor, en prohibant l'exportation de ses produits . 
Il faut, ensuite, arriver au milieu du seizième siècle pour re- 
trouver ses traces. 

En ce temps, plusieurs nations de l'Europe envoyaient des 
bateaux dans ces parages ; les moindres îlots de l'Archipel se 
couvraient d'habitants, et le commerce progressait dans des 
proportions jusque-là inconnues. Du seul hameau de Mars- 
trand, aujourd'hui coquette Tille de bains de mer, le Trou- 
ville du Nord, on exportait, pendant chaque campagne, des 
centaines de milliers de barils. 

Les choses allaient ainsi, quand, en 1587, se montrèrent 
des Harengs d'une apparence tout étrange, dont il est fâ- 
cheux que la description n'ait pas été conservée. Les marins 
superstitieux y virent le présage certain d'une très prochaine 
disparition du poisson, et leurs tristes pressentiments se réa- 
lisèrent malheureusement dès l'année suivante. On traversa, 
par la suite, une période de soixante-treize ans, durant la- 
quelle la pèche du poisson qui nous occupe fut absolument 
nulle ; cette pêche reprit en 1660, mais pour être presque 
aussitôt interrompue par de longues guerres ; et quand, bien 
longtemps après, dans le courant du siècle suivant, furent 
signalés des essaims de retour dans ces mêmes eaux, on man- 
(juait de tout i)our en tirer profit. Il fallut reconstituer la 
llottille et les équipages, les engins et les ateliers, et jus- 
qu'aux relations commerciales tombées dans le néant. On en 
vint à bout, mais non sans avoir perdu un temps précieux. 
D'après les curieux documents mis à jour par M. Caravello, 
dont on ne saurait trop louer les patientes recherches, il y 
avait, en 1783, dans la province de Bohuslan, 1,092 chau- 
dières en activité pour la cuisson ou la fonte du Hareng ; 
chacune d'elles pouvait traiter 2 millions et demi de tonnes 
au cours de la saison. Les salaisons absorbaient, concurrem- 
ment, un demi-million de tonnes ; on en fumait 4,000, et les 
pays de l'intérieur en consommaient 80,000. La pêche four- 
nissait donc au-delà de trois millions de tonnes de poisson. 
Dix ans plus tard, on exportait 303,000 tonnes de Hareng 



LES GRANDES PÈCHES EN NORVÈGE. 63 

salé, et 60,850 tonnes dluiile. Ce lut l'apogée. Le déclin suivit 
de près, rapide et complet, jusqu'à la ruine: en 1806, l'ex- 
portation était réduite à 210,000 tonnes, deux ans plus tard 
elle tombait à 3,000. Bientôt même, force fut de recourir à 
l'importation pour les besoins du i)ays. 

Le gros Hareng d'iiiver envahit, une fois encore, les eaux 
duBohuslan, dans le courant de décembre 1877 ; on se rap- 
pelle, d'après ce que nous disions plus haut, qu'il avait cessé 
de se montrer sur les côtes septentrionales de la Norvège 
vers 1870. Mais, ainsi qu'il était advenu un siècle plus tôt, 
personne n'était préi)aré à le recevoir ; à peine restait-il, 
dans les villages encore debout depuis les temps de l'ancienne 
abondance, quelques vieillards qui en avaient gardé le sou- 
venir à demi effacé. Les traditions industrielles étaient per- 
dues, et chaque jour et de toutes parts les masses vivantes 
épaississaient auprès des côtes. 

Cependant, on se mit vivement à l'œuvre. La bonne nou- 
velle s'étant répandue au loin, il arriva des renforts de bras 
vigoureux des divers points du paj'S ; on renfloua les barques 
désarmées, on en équipa de nouvelles ; les rochers aban- 
donnés se peuplèrent derechef, et tandis que la flotte et les 
équipages se reformaient, en toute hâte les femmes tissaient 
les longs filets. 

La campagne commença , pénible au début , à cause du 
manque d'hommes et de leur inexpérience, plus encore peut- 
être par suite de la pénurie de barils et de sel, et de l'absence 
des acheteurs, mais bientôt très active, tout ce qui faisait 
défaut dès l'abord n'ayant pas tardé à affluer. Il venait des 
marins de Norvège, du sel de toui> les dépôts et de l'étranger, 
des futailles de tous les chantiers (Stockholm seule en expédia 
3,000 en une semaine); enfin, des acheteurs d'un peu partout. 
Un jour on put voir, mouillés côte à côte sur les lieux de 
pèche, 36 vapeurs de commerce. De gros négociants ache- 
taient le poisson au sortir des filets, le salaient à leur bord, 
et, aussitôt leur plein achevé, levaient l'ancre, mettaient le 
cap sur quelque port du continent, vendaient leur cargaison, 
et sans désemparer revenaient faire un nouveau chargement. 
Les prix qui étaient, à l'origine, de 2 kr. la tonne, qui tom- 
bèrent même à 60 ores (le poisson non salé, s'entend) qua- 
druplèrent en peu de temps. Qu'on juge du bouleversement 
subi par les transactions, si nous disons que, précédemment, 

20 Juillet 1SQ2, 3 



66 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

la consommation suédoise demandait très couramment aux 
])roducteurs norvégiens ces salaisons à 40 kr. la tonne. 

La ville de Goteborg fit preuve, en ces circonstances, de la 
l)lus grande vitalité , par l'élan qu'elle sut imprimer aux 
affaires. 

L'immuable loi de l'ofïre et de la demande exerça son ac- 
tion sur ces rivages naguère livrés à la solitude, et y attira 
un afflux des objets les plus rares au début. Pour n'en citer 
qu'un exemple, on vit un marché s'y établir pour les tonnes 
vides, introuvables tout d'abord, et peu après devenues si 
abondantes et tombées à si bas prix qu'il fut possible d'en 
réexpédier, de second trafic, dans d'autres contrées. 

En définitive, l'année lut bonne pour les pécheurs suédois ; 
mais on peut affirmer qu'à leur place, avec leur expérience 
et leur outillage, des Norvégiens en eussent fait une incom- 
parablement meilleure. 

Ainsi, a-t-on estimé à plusieurs millions de Ivroners ce qu'ils 
manquèrent de gagner à cette occasion ; sur 544 wagons 
partis de Goteborg, une notable fraction ne put être utilisée 
que comme engrais, par défaut de préparation. Néanmoins, 
vers la fin de cette première campagne, en février, le prix du 
Hareng salé avait pu s'élever à 18 kr., celui du Hareng frais 
à 11 ou 12 kr. la tonne, ce qui était acceptable. 

Somme toute, avec 210,000 tonnes de poissons de toute 
taille, on réalisa, pour deux mois de pêche, un produit total 
de 489,957 kr., soit, à un cinquième près, l'équivalent de la 
pèche totale de ce même poisson pendant une année entière 
pour la Suède. 

Si l'outillage avait fait défaut, les premières préparations 
ne laissèrent pas moins à désirer au commencement de la 
campagne, à ce point, par exemple, qu'un chargement de va- 
peur débarqué à Ilongo, en Finlande, du poids total de 1,400 
tonnes, fut, à raison de sa qualité vicieuse, adjugé à kr. 25 
la tonne. De même, ces produits eurent quelque peine à se 
faire accepter en Allemagne et en Hollande. 

Mais ce furent là les hésitations et les incertitudes inhé- 
rentes aux premiers pas ; dès l'année suivante, les pêcheries 
suédoises du Bohuslan étaient prêtes à marcher de pair avec 
celles de la Norvège. Malheureusement les froids excessifs 
qui marquèrent l'hiver 1879, et les violentes tempêtes qui se 
succédèrent sans interruption, ne permirent pas à cette in- 



LES GRANDES PECHES EN NORVÈGE. 67 

diistrie (le s'exercer dans des conditions favorables. Le 
rendement resta inférieur à 30,000 tonnes, qu'on n'eut même 
pas à préparer, la consonnnation indigène ayant amplement 
suffi à en absorber l'intégralité. La campagne suivante ne 
débuta guère mieux ; mais une \i\e reprise se dessina ver.*; la 
mi-janvier, et se maintint jusqu'en fin de saison. Le résultat 
définitif ne fut guère, néanmoins, que le dixième de celui 
obtenu pendant la précédente. 

On verra, dans le tableau ci-après, les oscillations subies 
par cette pèche pendant les dix dernières années : 

Années. Tonnes. Valeur en kr. 

1879 26,070 108,194 

1880 25,805 149,745 

1881 56,092 807,738 

1882 194,175 832,952 

1883 79,739 352,506 

1884 208,278 317,822 

1885 234,7S7 658,718 

1886 553,662 730,432 

1887 808,908 659,051 

1888 1,096,981 1,078,633 

1889 - 880,574 1,255,121 

1890 645,495 2,059,336 

Quelle sera la durée de ce retour du gros Hareng vers le 
Sud ■? Nul ne saurait le prévoir ; néanmoins, l'expérience du 
passé inspire de trop légitimes craintes pour l'avenir. On peut 
faire, en tout cas, de curieux rapprochements à ce point de 
vue entre les pêcheries du Nord et celles du Sud, à l'aide des 
tables statistiques des deux pays. Il n'est pas invraisemblable, 
en effet, qu'il se révèle de l'une à l'autre une corrélation 
directe, produisant des alternances correspondantes d'abon- 
dance et de disette. 

Le gros Hareng, dont nous venons de montrer l'incons- 
tance, arrive, comme la Morue, quand il daigne se montrer, 
pendant les trois premiers mois de l'année, d'où lui vient son 
nom de Hareng pri7itanier, et disparaît comme elle aux ap- 
proches de mai. Autre trait commun : il est alors au temps de 
sa reproduction. En dehors de là, l'obscurité règne sur la 
suite de son existence. 



68 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Heureusement pour les pêcheurs Scandinaves, l'espèce dont 
s'agit leur est-elle plus fidèle, au cours de l'été. On dirait que 
plus la nature s'est montrée avare de ses dons sur leurs 
terres, plus elle s'est appliquée à leur dispenser généreuse- 
ment ses laveurs dans les eaux. Tliétis a voulu l'aire par- 
donner à Cérès. Il n'est pas de saison de l'année où il n'y ait 
là quelques moissons â l'aire, non sans peine ou sans danger, 
il est vrai, mais aussi sans aucun soin de labour. Après la 
Morue et le Hareng d'hiver, nous verrons tout à l'iieure 
paraître le Saumon; après celui-ci le Hareng d'été. Nous 
passons sous silence les autres espèces, bien qu'elles payent, 
elles aussi, île lourds tributs, parce que leur pèche n'offre 
rien de particulièrement original. 

Le Hareng d'été, appelé aussi Hareng gras {ister-sild. Ha- 
reng (Vnxoiigc), le maatjes des Hollandais, dans toute sa 
l'orme, bien en chair et gras à fondre, arrive, comme son 
nom l'indique, dans le courant de la belle saison, à partir de 
juillet; en août et septeml)re, on le rencontre s'engageant 
dans les baies par masses énormes. Sa présence est signalée 
de loin par les vols d'oiseaux de mer qui s'acharnent à sa 
poursuite, avitles d'une proie abondante et facile. 

Pour l'exploitation de ces bancs, les pêcheurs norvégiens 
sont assez ordinairement groupés en associations d'intérêt, 
Not-Brug, dans lesquelles chacun apporte une fraction du 
capital nécessaire â la constitution du matériel à mettre en 
jeu, dont la valeur atteint facilement 15,000 kr. ; d'autres fois, 
l'argent est fourni par des capitalistes non pêcheurs, sortes 
d'actionnaires qui se rémunéreront en s'attribuant la pre- 
mière part sur le rendement. Plus rarement voit-on des 
exemples d'armateurs seuls propriétaires, engageant pour la 
campagne des hommes à salaires fixes ; l'association, peut-on 
dire, est la règle générale. 

Nous donnerons plus loin la répartition de la prise. 

Le télégraphe étend son réseau sur tout le littoral ; ses fils 
relient les moindres villages, de telle sorte qu'à la première 
apparition du poisson sur un point quelconque des côtes, les 
membres de ces syndicats peuvent se prévenir et se trouver 
rapidement réunis pour le travail. Les communications élec- 
triques leur permettent également, lorsqu'ils ont réussi à em- 
prisonner un banc important dans les enlacements de leurs 
filets, de demander aux stations éloignées les fûts vides et le 



LES GRANDES FÈCIIES EN NORVEGE. 



69 



sel qu'exigera le caquage, car il est rare qu'ils en aient, au 
point voulu, un approvisionnement suffisant ; par la même 
voie ils pourront ti'aiter avec les grosses maisons de 
Trondlijem. de Bergen ou d'ailleurs, pour la vente de leur 
pêche, voire même, comme nous en avons été témoin, appeler 




Haiimies, slaliou de pèche. 



à eux, dans un fond de baie le plus souvent très reculé et en 
dehors de leur route réglementaire, les bateaiix postiers, qui 
n'hésiteront guère à se détourner, pour peu que le fret en 
vaille la peine ; ces steamers feront ainsi une station non 
prévue sur les horaires, s'endormant mollement sur leurs an- 
cres pendant le travail d'embarillage et de chargement, sans 
autre souci du retard d'un ou de plusieurs jours qui en résul- 
tera pour le courrier, et pour les passagers dont on n'a cure. 



70 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Pour ceux-ci, du reste, la scène ne manque ni d'originalité, 
ni d'intérêt, et s'ils ne craignent pas de descendre à terre, de 
se mêler, au risque de quelques éclaboussures, au pittoresque 
rassemblement d'hommes et de femmes fiévreusement oc- 
cupés à la mise en barils, à même sur les rochers de la plage, 
et de piétiner dans une lange glissante de débris sanglants de 
poissons, ils ne regretteront pas trop les quelques heures 
d'immobilité qu'il leur faut après tout subir, bon gré mal gré. 
Nous aurons occasion de revenir bient(H sur ce point. 

Les paquebots des Bergenske et Nordenfjeldske Dampskib- 
selskab, qui font un service postal hebdomadaire de 
Trondhjem à Hammerfest et Vadso, sont d'assez fort tonnage 
pour emmagasiner dans leurs flancs jusqu'à .3,000 barils. Les 
cales pleines, c'est l'entrepont qui est envahi, puis le pont 
lui-même ; pour un peu l'entreprenant Hareng s'emparerait 
de la spisesal et des cabines. 

La flotte de pêche comprend : 1° Un grand bateau de .3 à 
()00 tonnes (Logifartog-dœksfartr)j), servant de logement à 
tout l'équipage, de magasin général pour l'outillage et les 
engins, et d'une valeur de 2 à 5,000 kr. ; 2° un ou deux ba- 
teaux de 50 à 120 T. (notbaaden), pouvant coûter de GOO à 
900 kr. l'un, montés par une vingtaine d'hommes, et destinés 
à la manœuvre du grand filet ; 3° un bateau plus petit et non 
ponté ; 4'' enfin plusieurs barques [smaàbaaden] de 4 à 8 
tonnes. 

Quant aux engins , ils se composent aussi de plusieurs 
parties, qui sont : 1° Un énorme filet, stornot, de 120 à 1.50 
famé de long (1), sur 10 à 15 de hauteur, quelquefois même 
davantage ; c'est la rabatteuse, dont nous verrons tout à 
l'heure le fonctionnement ; 2° un filet en forme de senne {mil- 
lenmot ou laasenot) long de 60 à 100 famé ; 3*^ un autre filet 
d'une vingtaine de famé seulement {smaanot ou or/iastnoi], 
([u'on pourrait appeler l'onleveuse. Ces filets ne coûtent pas 
moins de 5 à 8,000 kr., suivant leur taille; 4° enfin un 
nombre considérable d'ancres et de flotteurs, 500 à 1,000 mè- 
tres de câbles, 2 à 3,000 mètres de fortes cordes ; puis toute 
une série de menus objets, entre autres le skimmel, l'un des 
plus essentiels, longue sonde en métal, en forme de poisson, 
peinte transversalement de blanc et de noir. 

(1) Le famé norvégien correspond à une mesure d'environ 3 mètres. 




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72 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Pendant que la flottille réunie mouille à proximité de terre, 
et s'apprête à la manœuvre, le capitaine, NoUnand, monté 
sur une des smaabaade, s'en va reconnaître le banc. A cet 
effet, il dévide sa corde de sonde (skimmel) à la profondeur 
où celui-ci se trouve. Dans leurs évolutions, dirons-nous 
dans leur grouillement ? les Harengs heurtent le skimmel et 
lui impriment des vibrations auxquelles , avec son expé- 
rience, le capitaine sait reconnaître la situation, la direction 
et l'importance du hanc à capturer. 

Dès qu'il en a circonscrit le rayon, le notmand donne aux 
équipages le signal convenu. Aussitôt, rapidement mais sans 
bruit, la rabatteuse (le stornot) est déployée de laron à for- 
mer la corde de l'arc, dont la baie forme le sommet ; les bras 
en sont lialés aussi près que possible des rives. Sans désem- 
parer, l'un des bateaux de deuxième rang développe en de- 
dans de cette première ligne la longue senne, le laasenot, qui 
va fermer l'enceinte ; en môme temps, les clialoupes, prenant 
le large et se rabattant progressivement sur les flancs, agi- 
tent d'autres sondes et s'efibrcent, en coujjant la retraite au 
poisson, de le pousser vers le centre. Les bras du filet sont 
ramenés jusqu'à atterrir ; i)uis, on l'amarre solidement avec 
de fortes ancres et des bouées, car il va rester en place pen- 
ilant toute la durée de la pèche; c'est le mur de la prison, et 
il ne se relèvera que dans plusieurs jours ou dans plusieurs 
semaines, selon la quantité de Harengs qu'on sera parvenu â 
enserrer ainsi. Le fermoir une fois assuré â la distance et à 
la profondeur vnubios, on relève la rabatteuse, qui a joué 
tout son rôle. 

Après ces manœuvres, que la configuration des lieux et 
l'état de la mer rendent plus ou moins diflîciles, la pêche pro- 
prement dite va commencer, exempte de grandes fatigues, 
puisque tout le travail se réduira à puiser à i)leines mains, 
comme on ferait dans un simple vivier. Ce système n'est pas 
sans une certaine analogie avec celui usité sur les côtes can- 
tabriques pour la prise de la Sardine, et connu sous le nom 
de cercorccde. 

Le moment est venu pour les petites barques d'entrer dans 
l'arène. Elles jettent leurs orkastnot, et les ramènent à l'ins- 
tant chargés â se rompre. Au fur et à mesure, le poisson tout 
frétillant est versé à terre, à même sur la grève,-oii il s'amon- 
celle en tas énormes, à côté de montagnes de sel. 



LES GRANDES rÈCHES EX NORVEGE. 



73 



Sur la plage se sont groupés la foule des vieux pêcheurs 
de l'association, des femmes, des enfants, ceux-ci vêtus de 
costumes de cuir lustrés à l'user, coifies de chapeaux ronds 
aux bords rabattus ; celles-là en courtes jupes, la tête et les 
épaules enveloppées d'amples fichus de laine ; les derniers, 
l)lus bruyants qu'utiles, courant d'un groupe à l'autre, l'al- 
lure espiègle, mais la physionomie étrangement douce avec 
leur teint mat et leurs jolis yeux bleu pâle et profond comme 




Le caquage du Hareng. 

le tendre azur de leur ciel du Nord ; et c'est plaisir, en yérité, 
de voir l'animation, l'entrain, la physionomie ouverte et la 
bonne humeur de chacun dans l'accomplissement d'une tâche 
assurément peu récréative. 

Les uns emplissent sur les bords du tas, successivement 
renouvelé par l'apport des pêcheurs, de larges plateaux de 
bois qu'ils servent aux femmes debout devant les rangées de 
barils. Celles-ci prennent les Harengs un à un, et armées de 
ciseaux à pointe incurvée, les égorgent et les jettent devant 
elles dans les futailles, où d'autres les trient et les rangent 
symétriquement à plat par couches alternant avec des lits 



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74 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

de sel. On lait ainsi jusqu'à cinq ou six catégories de gran- 
deurs différentes (1). 

A peine pleins, les barils sont fermés et roulés de côté 
pour faire place à d'autres : le plus souvent, on les charge 
sans plus tarder sur des chalands qui Yont accoster les jœgts 
ou les vapeurs ancrés à quelques encablures, et dont les 
vastes flancs auront bientôt fait d'engloutir ce fret encom- 
brant. 

L'étranger peut se riquer sans crainte sur ces chantiers 
pleins de caractère et de couleur, au milieu d'une population 
honnête, douce et hospitalière, s'il ne redoute pas l'odeur peu 
suave qui s'en dégage ou les chutes sur des roches rougies de 
sang, engluées de débris et affreusement glissantes. Au de- 
meurant, le \isiteur y est rare, et les seuls témoins de ce la- 
beur sont des nuées d'oiseaux de mer qui volent alentour, 
avides de la curée qui s'apprête pour eux. 

La mesure norvégienne du tonneau contient de 600 à 1,000 
Harengs : elle équivaut à 116 litres, dont un quart environ de 
sel. Telle quelle, cette préparation d'aspect peu alléchant, il 
faut bien en convenir, conserve parfaitement le poisson et 
lui permet de subir sans altération un très long transport. A 
l'arrivée dans les grands docks d'entrepôt, les barils sont 
visités. Le vide qui s'y est produit pendant ce premier trans- 
port, par suite du tassement, est comblé avec du poisson 
frais et du sel, et, dès lors, ils peuvent être expédiés sur les 
centres de consommation. 

De très amples variations se manifestent sur la valeur vé- 
nale de cette denrée. Les prix oscillent en moyenne entre 
6 et 25 kr. la tonne ; ils s'étaient même élevés jusqu'à 35 kr. 
au moment de notre passage à Bodf), en plein pays de pro- 
duction. Le Hareng le plus cher est le premier qui apparaît, 
on le tient pour une primeur ; c'est, dit-on, le plus fin ; il 
bénéficie, en outre, des besoins de marchés démunis. La 
taille moyenne est généralement préférée; cependant, si le 
triage au moment du caquage a été fait avec soin, c'est-à- 
dire s'il n'y a pas trop de mélange de grosseurs différentes, 
c'est le gros qui l'emporte ; mais il n'en est ainsi qu'au com- 
mencement de la saison ; plus tard, au contraire, on le re- 

^1) La méthode hollaadaise est un peu dillerente. Au lieu d'être mis à plat, 
le poissou est placé sur le dos et fortement embarillé, ce qui lui imprime une 
certaine déformation. 



LES TtRAndes Pèches ex Norvège. 73 

cherche moins : car à un développement avancé des ovaires 
correspond aussi un notable amaigrissement. 

L'ensemble de l'opération de pêche et d'embarillage, que 
nous avons essayé de décrire se nomme laasc ; elle se 
pratifiue partout suivant les mêmes procédés. Le nombre des 
bras employés et la puissance des engins difïerent seuls. Nous 
ne parlons pas de l'usage du garn ou filet à mailles, qui 
donne aussi d'assez bons résultats, mais sans offrir aucune 
originalité. 

Dans des circonstances heureuses, le laase peut produire 
200 tonnes de poisson par jour, et la pèche se prolonge par- 
fois plusieurs semaines sans interruption. 

Le partage s'opère ainsi : la « not-brug », l'association, ou 
l'armateur propriétaire des engins prélève moitié ; le surplus 
est attribué par portions égales aux hommes de l'équipage ; 
seul, le capitaine reçoit deux parts, et en outre un traitement 
fixe de 50 à (50 kr. par mois. 

Lorsque, pour les besoins de l'opération, on doit mettre le 
pied sur une propriété privée, le maître du sol a droit â 
3 p. % sur le produit total. 11 touche cette quote-part, à son 
gré, en argent, au cours du moment, si la vente lui semble 
favorable, en nature s'il le préfère ; en ce dernier cas, il sale 
lui-même pour sa propre consommation. 

Le prix du fret pour une expédition faite par exemple de 
Bodo â Christiania ou Hambourg est débattu chaque fois 
entre le capitaine du bateau-transport et le notmand. Il peut 
dépasser 2 kr. par baril pour une petite quantité et s'abaisser, 
en raison directe de l'importance d'une même expédition, 
jusqu'à 1 kr. 50. 

Avant d'arriver au consommateur, l'infortuné Hareng ne 
passe pas par moins de cinq ou six mains difïérentes, de la 
notbrug à l'entrepositaire de Bergen, de celui-ci â son cor- 
respondant de Hambourg, puis à un négociant en gros de 
l'intérieur, qui le livrera enfin au marchand en détail. Pas un 
d'eux, on le devine, n'a garde de prélever son profit ; néan- 
moins, à la faveur de tarifs très réduits sur les chemins de 
fer allemands, cette denrée si précieuse ne coûte pas plus de 
25 à 30 centimes la livre en hiver, moins encore en été. 

Nous ne saurions mieux faire , pour clore cette rapide 
étude et donner une juste appréciation de l'importance de 
l'industrie harenguière en Norvège, que de rapporter ici, 



Quanlilés 


Valeur 


Prix moyen 


en hectolitres. 


en kr. 


par hectol. 


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3,964,401 


4,17 


1,352,116 


5,549,838 


4,10 


1,302,109 


2,957,415 


2,27 


1,233,196 


4,636,095 


3,76 


1,235,049 


3 836,724 


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76 UEVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

comme pour la Morue, le relevé des tables statistiques olli- 
cielles du pays, s'appliquant à la seule pèche d'été. 

Année?. 

1885 

1886 

1887 

1888 

1889 

1890 454,620 2,972,721 6,54 

Grâce à une obligeante communication de M. Tliorvald 
Grève de Bergen, que nous ne saurions trop remercier de 
son aimable accueil et de son empressement à nous venir en 
aide, nous pouvons indiquer le cliifïre des exportations nor- 
végiennes pour ce dernier exercice ; elles se sont élevées à 
6,210,400 kilogr. de Harengs frais, et à 829,100 hectolitres 
de Harengs salés, totalisation faite de toutes les i)èches de 
l'année, pèches d'hiver ou de i)rintemps, et ])èclies d'été. 

Enlin, nous compléterons ces documents par le tableau 
suivant, qui s'applique à la seule pêche d'été, à l'exclusion 
par conséquent du Hareng printanier, pour les années 1889 
et 1890. Il permettra de se rendre exactement compte de l'im- 
portance du genre de pèche que nous avons spécialement 
décrit : 16,000 à 17,000 hommes, sur les 40,000 inscrits dans 
cette catégorie, s'y adonnent exclusivement, montant seule- 
ment 1,100 bateaux, contre i)rès de 11,000, pratiquant le 
gaym ; et néanmoins, le rendement de leur travail équivaut à 
plus des deux tiers du produit total de la pèche d'été. On ne 
perdra pas de vue, toutefois, ({ue le laasenot, s'il ofïre une 
certaine économie de main-d'œuvre, met, d'autre part, en 
Jeu un capital incomparablement plus considérable. 



LES GRANDES PÈCHES EX NORVÈGE. 



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•78 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

Toutes les questions se rapportant à rindustrie harenguière 
ne pouvaient manquer de se présenter à la conférence de 
Gotebôrg ; elles y ont été traitées avec la plus grande atten- 
tion. Successivement, M. le docteur Kolmodin fit la descrip- 
tion d'un ingénieux appareil de sa construction, destiné à 
permettre au pêcheur de reconnaître, en quelques instants, 
les profondeurs auxquelles il convient de pécher, par la dé- 
termination des tranches d'eau renfermant en ahondance la 
faune pélagique la plus recherchée par le poisson ; cet instru- 
ment n'est pas sans analogie, par son mode de fonctionne- 
ment, avec les filets en soie mis en usage, à bord de Vlfb^on- 
clelle, par les savants collaborateurs de S. A. S. le prince de 
Monaco. 

Puis, M. le docteur Malm, de Lysekil, a décrit les ])rocédés 
de caquage pratiqués par les pêcheurs de différentes nations, 
la Norvège et la Hollande, en particulier. Tandis que les 
Norvégiens disposent les Harengs à plat dans les barils, en y 
laissant le moins possible séjourner la saumure, les Hol- 
landais les rangent sur le dos et les compriment fortement ; 
ils veillent aussi à maintenir les caques à saturation de sau- 
mure, dans la pensée que ce liquide, loin d'être nuisible, 
comme d'autres le prétendent, est au contraire un élément 
essentiel de conservation et de « maturation ». Chacune de 
ces méthodes communique au produit un goût et un aspect 
très dissemblables ; mais il ne semble pas que l'un soit plus 
recommandable que l'autre. Il faut tenir compte de l'état du 
poisson, de la saison, et, tout en s'efïbrrant d'assurer une 
bonne conservation, répondre au goût spécial du consom- 
mateur avec lequel on doit se mettre en relations commer- 
ciales. 

La conférence a formulé des vœux pour obtenir des réduc- 
tions dans les tarifs de transport par voies ferrées. Nous en 
sommes là nous-mêmes, et, malgré les quelques améliora- 
tions déjà réalisées sur notre réseau du Nord, il- reste encore 
de grands progrès à faire à cet égard, dans le double intérêt 
du pêcheur et du consommateur. 

(^1 suivre.) 



LES BOIS INDUSTRIELS 

INDIGÈNES ET EXOTIQUES 
Par Jules GRISARD et Maximilien VANDEN-BERGHE. 

( SUITE * ) 



FAMILLE DES ZYGOPHYLLEES. 

Les plantes de cette famille sont des végétaux herbacés, 
frutescents ou arborescents, à rameaux souvent divariqués 
et articulés aux nœuds. Leurs feuilles sont opposées ou al- 
ternes, par défaut de l'une d'elles, stipulées, composées, 
tantôt pennées avec ou sans impaire. 

Les Zygophyllées croissent spontanément dans les régions 
extra-tropicales chaudes des deux hémisphères ; quelques- 
unes s'avancent jusqu'entre les tropiques. Elles fournissent 
plusieurs plantes utiles en médecine ; le bois et l'écorce de 
plusieurs espèces renferment une matière résineuse, amère 
et acre à laquelle elles doivent des propriétés stimulantes 
remarquables. Les Guaiaciim ont joui pendant longtemps 
d'une grande réputation comme bois sudorifîque, antirhuma- 
tismal et antisyphilitique : les Langea offrent des propriétés 
analogues qui les font employer dans les mêmes conditions ; 
quelques Zygophyllum trouvent également une application 
dans la thérapeutique. 

BULNESIA SARMENTII LoR. 

Amérique du Sud ■. Palo santo. 

Arbre d'une hauteur de 15-20 mètres, sur un diamètre de 
50- "TS centimètres, à feuilles composées de folioles ovales ou 
obovales, lisses et luisantes. Originaire de l'Amérique du Sud, 
cette espèce se rencontre à la République Argentine, dans la 

(*) Voyez Revue, 1891, noie p. "Al, et plus haut, p. 93, 310 et 383. 



80 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

province de Tuciiman et au Paraguay dans la région du nord 
de la Conception. 

Son bois, de couleur fauve foncé, dur et très lourd, est 
employé pour les travaux de tour, de menuiserie et d'ébénis- 
terie; les Argentins l'utilisent souvent pour confectionner 
une foule d'ustensiles d'économie domestique, notamment des 
coupes, des vases, etc. Sa densité moyenne est de 1,255. Au 
Paraguay, ce bois est en outre employé, sous forme de 
poudre, comme sudorifique et anti-syphilitique. 

LeBulnesia Retamo Gr. (Rép. Argentine : Retamo) est un 
petit arbre d'une hauteur de 6-8 mètres croissant naturel- 
lement à la République Argentine, dans les province de San 
Luis et de Jujuy. Son bois, lourd, dur, parsemé de belles 
veines jaunes et noires, formant de gracieux dessins ondulés, 
convient admirablement à la fabrication de petits meubles de 
luxe ainsi qu'a la confection d'objets tournés : on en fait aussi 
des poteaux, des cannes, etc. P:nlln, ce bois est excellent 
comme combustible et pour faire du charbon. Sa densité est 

de 0.907. 

LeBulnesia BonarlensisGR. [Guaclc o\\ GicacJiejoboniUo) 
de la Républidue argentine, est une espèce également utilisée 
pour son bois et comme plante médicinale. 

GUAIAGUM OFFICINALE L. Gaïac, Gayac. 

Bois sain ou de santé. 

Amérique espagnole : Gmyarân, Gnijacan, Palo santo. Anglais -. JAijnum vitts. 
Mexique : Hoaijacan, Matlalquahuitl , Palo de rosa. 

Arbre d'une hauteur de 8-10 mètres, à ramifications nom- 
breuses et à feuillage persistant, dont le tronc, d'un diamètre 
moyen de 0'",35, est recouvert d'une écorce lisse, gris cen- 
dré, mince, tenace et résineuse. Ses feuilles sont opposées, 
paripennées, composées ordinairement de 2-3 paires de fo- 
lioles sessiles, obovales ou arrondies, entières, fermes, ou 
d'un vert sombre. 

Originaire des Antilles, il est assez commun à Cuba et à 
la Jamaïque, surtout dans les terrains arides de la région 
méridionale, on le rencontre encore dans l'Amérique tropi- 
cale et sur la côte ferme du nord de l'Amérique du Sud, en 
Colombie et au Venezuela. 

L'aubier est jaunâtre et de faible épaisseur; le bois ordi- 



LES BOIS INDUSTRIELS LVÛIGÈXES ET EXOTIQUES. 81 

nairement d'un beau brun verdàtre vers le centre, parsemé 
■de larges veines brunes varie quelquefois comme couleur, 
■d'après les nombreux échantillons que nous avons examinés, 
■du jaune rougeâtre au gris noirâtre. Ses couches annuelles 
sont peu ou point distinctes et les rayons médullaires invi- 
sibles. ï)ans chaque couche concentrique, les fibres des veines 
prennent une direction différente, oblique par rajjport au 
rayon et à la tangente, ce qui explique pourquoi ce bois ne se 
fend qu'avec la plus grande difficulté. Le Gaïac, extrêmement 
lourd, compact, est presque aussi dur que le bois de fer. Ino- 
dore à froid, il exhale une odeur aromatique lorsqu'on le 
frotte énergiquement. sa saveur amère et balsamique est due 
à une matière résineuse renfermée dans le tissu cellulaire. 

Employé principalement pour le tour, le Gaïac offre une 
texture fine et serrée qui le rend propre à remplacer les mé- 
taux pour la confection des essieux de poulies, des roulettes 
•de meubles, des dents d'engrenages et autres pièces de méca- 
nique, appelées à subir des chocs et des frottements. Il est 
très estimé des corroj-eurs qui en font des chevalets pour 
amincir le cuir. On en fait aussi des mortiers, des boules à 
jouer, des montures d'outils, etc. Aux Antilles, le Gaïac est 
recherché pour la confection des diverses pièces qui entrent 
dans la construction des moulins de canne à sucre. 

On distingue commercialement deux sortes de bois : le 
Gaïac J)lanc, que l'on reçoit des colonies françaises, espa- 
gnoles et portugaises, en bûches de 2 mètres de longueur, 
sur un diamètre de 15-20 centimètres, et le Gaiac noir, de 
Haïti, [dus dur et plus foncé que le précédent ; c'est le plus 
estimé et le plus cher, ses bûches sont aussi plus grosses. 

Considéré au point de vue de ses propriétés médicinales, le 
Gaïac a joui pendant plusieurs siècles d'une réputation antisy- 
philitique et faisait partie des quatre bois sudorifiques de 
l'ancienne pharmacopée. Sans être entièrement abandonné 
<le nos jours, on ne le considère guère maintenant que comme 
un adjuvant, utile dans certains cas. 

Le bois de Gaïac se compose chimiquement de résine, d'un 
principe extractif amer, et piquant, d'un principe extractif 
muqueux, de sels minéraux et de matière colorante. 

La ràpure du bois agit comme sternutatoire. Par l'action 
de l'air et principalement de la lumière, elle subit un change- 
ment de coloration très sensible. D'abord jaunâti'e, elle dc- 

20 Juillet i«i)-2. 6 



82 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

vient ensuite plus foncée et prend lentement une teinte ver- 
dâtre, que l'on peut obtenir immédiatement en traitant la 
poussière ligneuse par l'eau de chlore et les hypoclilorites 
alcalins. 

Nous citerons encore, dans ce genre, les espèces sui- 
vantes : 

Guaiacum. o'rboreianDC. [Zygophyllum arborewnJ kCQ.)^ 
originaire de l'Amérique centrale où il est désigné sous le 
nom de « Vera, Palo sano, Gayacan » au Venezuela et de 
a Quiebracha et Chumcintoc », au Mexique. Bois très dur, 
incorruptible dans l'eau et inattaquable par les insectes, bon 
pour l'ébénisterie et la confection des traverses de chemins 
de fer. 

Guaiacum sancliim h: « Bois saint, Bois de vie ». Cette 
espèce diffère du Gaïac officinal par ses folioles plus nom- 
breuses, plus longuement obovales, moins rigides et moins 
lisses; elle habite plus particulièrement les régions septen- 
trionales de l'Amérique. Son bois, semblable à celui du G. 
officinale, ne s'en distingue que par sa teinte plus claire vers 
le centre : l'aubier de couleur fauve, translucide sur les bords, 
et d'apparence cornée, est dur et compact. Le bois et l'écorce 
de cette espèce servent à l'extraction d'une résine employée 
en médecine, mais considérée comme moins active que celle 
du Gaïac ordinaire. 

Guaiacum verticale Ortega. Cuba : « Guayacancillo •., 
Son bois s'emploie dans les. mêmes conditions que le Gaïac 
oflîcinal et plus particulièrement pour i)oulies et monfiles de 
vaisseaux. 

PORLIERA HYGROMETRIGA H. et Pav. 
Gaiac du Chili. 

Guaiacum hi/grometncum II. Bn. 

Cliili : Gayacan. Pérou : Turucasa. République Argeniine : Chucuj.i, 
Cucharrero, Giiayacan. 

Arbre de très petites dimensions dont la tige est recouverte 
d'une écorce très rugueuse, grise à la surface, mince, dure, 
de couleur noirâtre intérieurement. Cette espèce, que l'on 
rencontre au Chili, à la Réi)ublique Argentine et au Pérou, 



LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 83 

est remarquable par les mouvements de ses folioles qui s'éta- 
lent ou se rapprochent, suivant que l'atmosphère est sèche ou 
chargée d'humidité, particularité qui lui a valu son nom 
spécifique. 

L'aubier est assez mince et de couleur jaune pâle ; le cœur, 
d'un vert brun très foncé, devenant même presque noir à 
l'air, est très lourd et très pesant. Les qualités de force et de 
résistance de ce bois le font employer, malgré ses faibles 
dimensions, pour manches et montures d'outils, cannes, 
fouets, etc. En médecine, on se sert de sa teinture alcoolique 
comme sudorifique au même titre que celle du Gaiac. 

Au Chili, le P. hygrometrica est employé en médecine 
comme vulnéraire et antisyphilitique et contre les douleurs 
rhumatismales. 



FAMILLE DES GERIANAGEES. 

Les Géraniacées sont composées d'herbes étalées ou grim- 
pantes, d'arbrisseaux quelquefois charnus, très rarement 
d'arbres. Leurs feuilles sont opposées ou alternes, avec ou 
sans stipules, simples ou composées, le plus souvent à ner- 
vures ou à divisions palmées, plus rarement pinnatiséquées. 
entières ou crénelées sur leur contour. 

Les espèces de cette famille se rencontrent dans les parties 
tempérées de l'Amérique méridionale, dans presque toutes les 
régions chaudes ou tempérées de l'Asie orientale et dans 
l'Afrique australe, hors des tropiques; fort peu appartiennent 
à l'Europe. 

L'acide oxalique abonde dans les parties herbacées d'un 
grand nombre d'espèces et dans le fruit charnu de certaines 
d'entre elles ; d'autres espèces contiennent un suc aqueux, 
renfermant une substance acre, d'une saveur analogue au 
cresson, qui leur donne des propriétés antiscorbutiques. 
Quelques Géraniacées ont une racine tubéreuse, amylacée, 
quelquefois alimentaire. 

Les Averrlioa sont des arbres cultivés dans la plupart des 
pays chauds pour leurs . fruits, usités comme aliment et 
comme condiment, auxquels on accorde également des pro- 
priétés médicinales. 



84 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

AVERRHOA BILIMBI L. Carambolier Blimbing. 

BUmbiiigum ter es Rumph. 

Brésil : ^ilimhi. Dukni : Balambu. Guadeloupe : Cornichon. Java : Blimbinff, 
Rli.nnlimi. Malais : Bliernbieng, BUembienfi oeloe. ^ondanais : Baliembienq 
bissie. Tamoul : PouUlcha miron, Pulich-chakhay. Téleiif^a : Piilusu-Kayalu. 

Arbre à cîme arrondie et diffuse ; feuilles alternes, impari- 
pennées, composées de 19-21 folioles oblongues, aiguës, en- 
tières et molles. 

Originaire des Indes orientales, cette espèce est cultivée 
aux Antilles, au Brésil, etc. 

Son bois, de couleur rouge clair, veiné de brun, est fort joli, 
d'un grain assez fin, lourd et durable; il olfre une certaine 
difficulté dans la mise en œuvre, tant par la facilité avec la- 
quelle il se fend pendant le travail, qu'à cause des nœuds 
rapprochés qui s'y rencontrent. On en fait des meubles et di- 
vers ustensiles d'économie domestique ; malheureusement 
les pièces intactes sont assez rares. Les petits échantillons 
sans défauts peuvent être employés à la fabrication de me- 
nus objets tels que peignes, rouets, etc. 

Les fruits, charnus, bacci formes , oblongs , obtusément 
pentagonaux, de couleur jaune, plus petits, dans toutes 
leurs parties, que ceux du Carambolier vrai, se mangent ra- 
rement crus, parce qu'ils sont trop acides ; on les confit au sel. 
au vinaigre ou au sucre pour les adoucir et servent-ils alors 
de condiments. On les cuit aussi avec de la viande ou du 
poisson qu'ils relèvent agréablement. Ces fruits sont encore 
employés à la fabrication d'un sirop estimé, très rafraîchis- 
sant, et entre dans la composition des achards. En médecine, 
on les prescrit dans les fièvres, les phlegmasies, etc. ; ils sont 
antiscorbutiques à la façon des Oxalis et des Capucines. 

AVERRHOA CARAMBOLA L. Carambolier vrai. 

Prunum stellatum Rumph. 

Annamite (viilp.) : Khê. (raaiul.) Yinig tân hoà. Bengali et Ilindouslani : Mcetha- 
Kamaninria, Karamunga. Cambodge : ,S'/'«. Guadeloupe : Carambole. Malabar: 
Caramb-ila Tamoul : Tamirlanka-marom. Sanscrit : Kurntîirunga. Télenga : 
Tamarta-Kaiji. 

Arbre d'une hauteur de 6-8 mètres, sur un diamètre de 



LES BOIS LNDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 85 

30-40 centimètres, à feuilles pennées avec impaire, croissant 
en Cocliinchine, dans l'Inde et autres pays tropicaux, et sou- 
vent cultivé aux Antilles comme arbre fruitier. 

Le tronc, noueux et tourmenté, souvent creux, fournit un 
bois mou et léger, d'une texture grossière, à fibres assez 
longues, assez difficile à travailler, et sans valeur comme 
bois d'œuvre ; il est parsemé de veines noires très fines sur 
im fond plus clair, mais d'une couleur mal définie. Sa densité 
approximative est de 0.560. 

Le fruit, ovale, à angles aigus, de la grosseur d'un œuf de 
poule, se mange cru ; son goût est agréable et passe pour 
exciter l'appétit. On le confit au sucre et on en fait d'excel- 
lentes compotes. Ce fruit est encore ordonné dans les dy- 
senteries et les fièvres bilieuses. 

FAMILLE DES RUT ÂGÉES. 

Les Rutacées sont des herbes, des arbustes ou des arbres 
épineux ou non, à feuilles alternes ou opposées, simples ou 
composées, avec ou sans stipules, souvent parsemées de 
points glanduleux, transparents et oléifères. 

La plupart des Xantoxylées habitent les régions tropicales 
et subtropicales des deux mondes. Ces végétaux sont aro- 
matiques et renferment, notamment dans l'écorce et les 
feuilles, une huile éthérée, une matière résineuse et un prin- 
cipe amer qui leur donnent des propriétés stimulantes ou fé- 
brifuges. Les fruits et les semences de plusieurs espèces sont 
employés comme condiments. Tous les arbres de cette tribu 
fournissent des bois très estimés, appelés aux Antilles <- Bois 
épineux ». C'est à cette tribu qu'appartient le Jaborandi [Pilo- 
carpus pimiatifidus), bien connu aujourd'hui en Europe 
pour ses propriétés sudorifiques et sialagogues. 

Les Ridées sont de l'ancien continent et croissent sur toute 
la zone tempérée chaude ; elles doivent leurs propriétés 
médicinales à une substance acre et résineuse et à une huile 
volatile contenues dans les parties vertes. 

Les Awxmtiées, très répandues dans les cultures, se ren- 
contrent surtout dans les régions tropicales de l'Asie. Ce 
sont des plantes, dont presque toutes les parties sont munies 
de vésicules, sécrétant une huile essentielle odorante, utilisée 



86 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

en médecine et en parfumerie ; leurs fruits sont riches en 
acides citrique et malique. Les Citriis, genre le plus impor- 
tant de la tribu des Aurantiées, sont des arbres ou des 
arbustes d'un port élégant, qui, par la beauté de leur feuil- 
lage, le parfum de leurs fleurs, la couleur et les qualités 
nombreuses de leurs fruits, peuvent être considérées avec 
raison comme une des plus belles et des plus riches pro- 
ductions du règne végétal. 

ACRONYCHIA BAUERI Schott. 
Acroni/ckia Hillii F. Muell. 

Arbre à cime arrondie, légère, d'un vert pâle, dont le tronc 
atteint une hauteur moyenne de 10 mètres sur un diamètre 
de 30 centimètres environ. Feuilles opposées, ovales, légère- 
ment échancrées au sommet, luisantes et coriaces, nervures 
fines et saillantes sur les deux laces. 

Originaire de la Nouvelle-Calédonie, on le rencontre encore 
en Australie, dans la Nouvelle-Galles du Sud et surtout au 
Queensland, où il croit abondamment dans la plupart des 
taillis qui bordent la côte. 

Son bois, de couleur jaune, à grain serré, est susceptible 
de recevoir diverses applications, mais son emploi est encore 
peu répandu. 

Acronychia Imiierforaia F. Muell. Arbre d'une hauteur 
de 6-12 mètres sur un diamètre de 40-50 centimètres, crois- 
sant naturellement au Queensland, dans les taillis qu'avoisine 
la rivière de Brisbane. Son bois, à grain serré, d'un travail 
facile, n'est pas encore très employé. 

AcronycMa lœvis Forst. (^. laurina F. Muell; Cijini- 
nosma oWongifolium A. Cunn ; Laiosonia Acronychia L. f.) 
colons anglais : Moreton Bay YeUow-wood. Arbre de 
moyenne grandeur, à tronc élancé, haut de 10-15 mètres, 
sur un diamètre de 40-50 centimètres. Son bois offre à peu 
près les mêmes qualités que celui des espèces précédentes, 
mais il est encore peu usité. 

Acronychia peduncidata Forst. {Cyiiiinosmapedunculafa 
D. C; JamboHfera pedunciilata L.) ; Inde: Jamholanem, 
Jamt>oI)Ohnem. Cette espèce, originaire des Indes orientales, 
fournit un bois que l'on utilise dans les constructions, lorsque 



LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 87 

l'arbre a acquis des dimensions suffisantes. Les racines et les 
bourgeons sont aromatiques et servent à préparer des bains 
stimulants ; enfin, les fruits se mangent confits comme les 
olives. 

JEGlaE MARMELOS Cohk. 
Bel ou Bêla indien, Cognassier du Bengale. 

Feronia pellucida Rot h. 
Cratœva marmelos L. 
— religiosa Ainsl. 

Auglais : Bcnqal quince, ATamielos. Arabe et Persaa : Shnl. Inde ; Bhel, Bad, 
Cocalam, Mahura. Aunamiie vui^^aire : Nâu. Cochiachine : Oranger de 
Malabar. Java : Madja. Malais : Tangkoeloe. 

Arbre de moyenne taille, offrant une certaine analogie avec 
l'oranger et le citronnier, dont le tronc, d'une rectitude par- 
laite et peu ramifié, est recouvert d'une écorce cendrée. 
Feuilles imparipennées ou simplement trifoliées, à folioles 
oblongues, lancéolées, à pointe recourbée au sommet. 

Originaire des régions montagneuses ouest de la côte de 
Coromandel, cette espèce croit communément au Malabar et 
au Bengale, dans les lieux déserts, les forêts intérieures et 
sur la côte de Bombay ; on la rencontre encore, à l'état de 
culture, en Cochincliine et dans les Indes néerlandaises. 

Son bois, qui })résente une certaine dureté, est employé par 
les indigènes pour la confection de leurs meubles ; ils en 
tirent aussi diverses pièces utilisées dans la construction 

Au Malabar, l'écorce et les racines sont données en décoc- 
tion dans les fièvres intermittentes, les aftéctions cardiaques, 
l'hypocondrie, etc , et les feuilles dans l'asthme et la bron- 
chite. Les fleurs donnent un parfum très suave. 

ATALANTIA MONOPHYLLA Cork. 

Limonia monophylla L. 
Trichilia spinosa Willd 
Turrcsa virens Hellen. uon L. 

Tamoul : Courouttay, Cat-Korundoo. Télenga : Udivi-nima. 

Arbre de très petites dimensions, à feuilles persistantes, 
simples, oblongues, entières, épaisses, échancrées au sommet, 
■croissant naturellement dans plusieurs parties de l'Inde. 



88 KEVUE DES tJGlENCEtJ NATURELLES AITLIQI ÉKS. 

Cette espèce fournit un beau bois d'une grande dureté et 
prenant bien le poli ; malheureusement le peu d'élévation de 
l'arbre qui le fournit emr>èdie d'en tirer des pièces quelque 
peu importantes. Cependant, il est facile de l'employer avan- 
tageusement dans la petite mécanique, pour faire des rou- 
lettes, des poulies, des dents d'engrenage, ainsi que pour la 
confection de jouets d'enfants, boules, quilles, etc. D'après 
l'échantillon que nous possédons, nous pensons quïl pourrait 
être de quelque utilité pour la gravure sur bois. 

Les baies servent à préparer une huile d'une odeur agréable 
qui constitue un bon remède externe contre la paralysie lo- 
cale et le rhumatisme chronique. 

Aialantia glaucallooK. [Triphasia glaucaLi^DL ) Queens- 
land : Cumquat. Arbre de petites dimensions, d'un port élé- 
gant, croissant spontanément dans la Nouvelle-Galles du 
Sud et au Queensland où il est surtout abondant dans les dis- 
tricts des Darlings Downs et de Maranoa. Son bois est d'un 
grain fin, serré et prend un beau i)oli, mais ses dimensions ne 
permettent guère de l'employer qu'à la confection de menus 
objets. Ses fruits ne sont pas comestibles, mais pourraient 
vraisemblablement, suivant M. Ch. Naudin, être améliorés 
par la culture ; c'est d'ailleurs une espèce digne d'attirer l'at- 
tention des acclimateurs. 

GITRUS AURA.NTIUM L. Oranger doux. 

Citrus aurantium vulgare Poit. cl Risso. 

Amérique du Sud : Nnranja ou Nnranjo dulce. Aniiainiie vulg. : Catn tien 
(Mand. : Càn au). Arabe : Narunj. Bonfrali : Knmla, Komla-neloo. Brésil ; 
Lanrangeira. Cambodge : Krânch pôii-sal. Ilindouslani : Nerunga. Narungee. 
Italien : Melarancio. Persan : Narendj. Sanscrit : Nngrunga, Nagarunya. 
Taïti : Anani. Tamoul : Simë-nartem-marom, 

L'Oranger qui, dans les cultures de l'Europe méridionale, 
n'est guère qu'un arbuste ou un petit arbre très ornemental, 
atteint environ 15 mètres de hauteur sur un diamètre de 50 
centimètres dans l'Amérique du Sud, et pourrait même ac- 
quérir les dimensions d'un arbre forestier s'il était abandonné 
à lui-même. Son tronc droit et nu, est couronné par une 
cime arrondie, dense et d'un vert sombre, du plus gracieux 
effet. 

Feuilles persistantes, ovales-oblongues, aiguës, légèrement 



LES J3U1S INDLSTUIKLS INDIGENES ET EXOTIQUES. 89 

serretées sur les bords, lisses, luisantes, subcoriaces, portées 
sur des rameaux anguleux le plus souvent épineux ; tieurs 
blanches très odorantes. 

Originaire de l'Indo-Cliine, selon toute vraisemblance, l'O- 
ranger a été introdnit en Europe par les Portugais au xv<^ 
siècle. Largement cultivé dans l'Inde, en Chine, en Océanie 
et autres régions chaudes du globe, il s"est entièrement na- 
turalisé dans l'Amérique du Sud où on le rencontre surtout 
au Brésil, au Mexique, à la République Argentine, etc. 

L'Oranger Iburnit un bois blanchâtre, sans veines appa- 
rentes, quelquefois teinté de rouge vers le centre, présentant 
le<^ mêmes qualités et servant aux mêmes usages que celui 
du Citronnier-limonier avec lequel on le confond, du reste, 
dans le commerce. Mentionnons toutefois un usage particulier 
pour cette espèce: En Algérie on plante souvent l'Oranger 
en haies vives, et, deux ans ai)rès, on recèpe les jeunes sujets 
tout près du sol ; les jets qui en partent sont très droits et de 
grosseur presque uniforme. Ces baguettes noueuses sont 
alors coupées au bout de la deuxième année et exportées en 
grande partie en Angleterre où elles sont très recherchées 
pour la fabrication des cannes, des manches de parapluies et 
d'ombrelles. Leur valeur marchande est d'environ 15 francs 
le cent. La densité moyenne de l'Oranger est de 0,793, son 
élasticité de 1,414 et sa résistance à la rupture de 1,103 ; sa 
cassure est longue et fibreuse. 

CITRUS BIGARADIA Duham. Bigaradier, Oranger amer. 

Citrus viilgaris Risso. 

— aurantlum var. a amara Desp. 

— — var. Bigaradia Brand. et IIook. 

Arabe: Aroidj. Japon ; Daïdaï. République Arfienline : Naranjo afjio ou 
amargo. Salvador : Ncuanja agria. Tamoul : Nartem-matom. 

Petit arbre très décoratif, à tronc droit, recouvert d'une 
écorce grise assez lisse, à rameaux très épineux, moins élevé 
que l'Oranger doux ; feuilles elliptiques-aiguës, crénelées, à 
pétiole ailé ; fleurs blanches, disposées en bouquets : ce sont 
les plus grandes et les plus odorantes du genre. 

Originaire du nord de l'Inde, comme l'Oranger doux dont 
elle semble n'être qu'une des formes, cette espèce est cultivée 
en Asie, en Amérique, ainsi que dans toutes les parties 



90 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉKS. 

chaudes du littoral de la Méditerranée, surtout en Espagne. 
C'est la plus répandue dans les orangeries, et les célèbres 
Orangers de Versailles sont en réalité des Bigaradiers. 

Son bois, d un blanc grisâtre, compact, lourd et assez dur, 
est excellent pour le tour et autres travaux exigeant peu de 
volume, mais il est moins employé que celui des Citronniers. 
A la République Argentine où cette espèce est abondante, le 
Bigaradier est utilisé pour manclies d'outils, essieux de char- 
rettes, meubles et autres objets tournés. Sa densité varie 
entre 0,704 et 0,946. 

L'Oranger amer est l'espèce la plus importante au point de 
vue médical et industriel, car il constitue la source véritable 
des Ecorces d'oranges amères, des feuilles d'Oranger usitées 
comme antispasmodiques, de l'Eau distillée de fleur d'oranger 
et de l'essence de Néroli. 

CITRUS DEGUMANA Wilf.d. 
Pamplemoussier, Pompoléon, Ghadek. 

CUrus pampelmos Porr. et Risso. 

An^rlais : PampeUnose, Ponieloe, Shad'lork. Annamite vulg. : Buoi, Bouï. 
Mand. : Yeôa. Cambod^re : Krank thlông. (iuadeloupe : Chaddec, Fruit 
déf'Mdu. Hindouslaui : Batavi-neboo, Siiifjtarû. Indes néerlandaises : Djêroek 
halie, Djëroeh iiia'jaiiff. Japon : Jalon, Znbon, Azahon, Buitan. Uépublique 
Argeuliue : Ctdm. Heunion : Citronnier doux. Salvador : 2'oronja. 

Petit arbre ornemental, à tronc droit, haut de 6-7 mètres 
sur un diamètre de 50-60 centimètres, à rameaux inermes ou 
épineux, dont la tige est recouverte d'une écorce grisâtre, un 
peu rugueuse. Feuilles très amples, épaisses, à pétiole lar- 
gement ailé. 

Originaire de l'.'ndo-Chine, cette espèce croît ou est cul- 
tivée, dans l'Inde, en Cochinchine, les Indes néerlandaises, 
les Antilles, la Guyane, l'Amérique du Sud, etc. ; elle a été 
introduite avec succès à la Réunion et dans notre colonie 
algérienne. 

Son bois, de couleur gris jaunâtre, i)lus rarement d'un 
jaune vif, est assez dur, d'une densité moyenne et d'un tra- 
vail facile ; d'un grain lin et serré, à fibres longues et droites 
ou légèrement ondulées lorsque l'arbre est très noueux, il 
prend très bien le poli et i)eut être travaillé sur le tour 
comme le buis. Par sa beauté, ce bois convient très bien aux 



LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 91 

travaux d'ébénisterie, de tabletterie et de marqueterie. Les 
Annamites le débitent ordinairement en planches pour la 
menuiserie intérieure, car il résiste mal aux intempéries ; ils 
en font aussi d'élégantes boites à bétel et à tabac. Sa densité 
est de 0,780 environ. 

Le fruit ou Pamplemousse est une baie subgiobuleuse ou 
pyriforme, d'un jaune pâle ou verdâtre, à écorce lisse et odo- 
riférante, dont le volume atteint six ou huit fois celui d'une 
orange ordinaire. A l'intérieur, se trouve une pulpe blanche 
ou rouge, tantôt épaisse, spongieuse, fade et insipide, tantôt 
douce, sucrée, acidulé et d'un goût agréable, suivant les 
variétés très nombreuses de cette espèce. En général, dans 
nos colonies, ce fruit est très apprécié et considéré comme 
une excellente orange, mais son usage le plus important con- 
siste dans la préparation de confitures et de conserves au 
sucre. La confiserie tire également partie de son écorce et 
la parfumerie de son huile essentielle. 

CITRUS LIMONUM Risso. 
Limonier et improprement Citronnier. 

P Citrus medica limonum Gall. 
— — var. acida Desf. 

Anglais; Lemon. Annamite vuIîî. : Cûni non, Chanh mai (Mand. : l^sin p)/). 
Arabe : Limoun. Bengali : Korna-neboo. Neeboo, Beg-poora. Cambodge : 
Kranch inôn, Kranch chhiaar, Hiudouslaiii : Leemoo, Luna, Leehoo, Limbu, 
Neemoo, Nhnbu. Italien : Limone. Japon : Touzoîc, Yudzu, Uzii-, Mexique : 
Limoiiero. Paraguay : Toronija. République Argentine : Limon, Sauscnt ; 
Nimbuka, JMniliooka, Beeja-jjoora. Tamoul : Elimitcham-maron. 

Arbre de taille moyenne, à tige droite, recouverte d'une 
écorce gris-verdâtre, très ramifiée, à branches anguleuses, 
souvent munies d'épines aiguës. Feuilles persistantes, alternes, 
ovales-oblongues, aiguës, entières ou un peu denticulées 
sur leur contour, d'un vert un peu jaunâtre, les jeunes 
pousses et les bourgeons d'un pourpre rougeâtre. Fleurs 
odorantes, blanches, lavées extérieurement de violet. 

Originaire du nord-ouest de l'Inde, le Limonier a été intro- 
duit en Europe vers la fin du xv" siècle ; il est abondamment 
cultivé aux Açores et aux Canaries, ainsi que dans toute la 
région méditerranéenne. Par la culture, cette espèce a donné 
naissance à plusieurs variétés, dont une à pulpe douce. 



92 REVUE DES SClEiNCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Le Limonier donne un bois jaune- clair, rarement veiné, 
dense, inodore, dur, compact et un peu noueux ; il est très 
liant et son grain fin et serré, le rend propre à recevoir un 
beau poli. Pour être d'une longue durée, ce bois doit être 
soumis pendant deux mois environ, à l'action de l'eau cou- 
rante, aussitôt après sa coupe. 

Excellent pour les travaux d'ébénisterie de luxe, il est 
également recherché pour la marqueterie et la tabletterie, 
coffrets, étuis, mesures articulées, etc. Quoique moins beau 
que le buis, il peut être utilisé dans les mêmes conditions, 
pour tous les ouvrages tournés. En Amérique et aux colonies, 
où l'arbre acquiert de plus fortes dimensions, on l'emploie 
souvent dans la construction, ainsi que pour la confection de 
diverses pièces de carrosserie, des manches d'outils, des 
mortiers à décortiquer le riz, etc. 

En Europe, le bois d'Oranger et de Citronnier est rare et 
toujours d'un prix élevé. Celui qu'on rencontre dans le com- 
merce provient presque exclusivement des arbres abattus 
par une cause accidentelle ou par suite de stérilité, les arbres 
sains étant soigneusement conservés pour leurs fleurs et leurs 
fruits. Lorsque les arbres commencent à ne plus produire, 
le bois a presque toujours subi une altération profonde qui 
lui fait perdre la teinte et les qualités qui lui donnent sa 
valeur. 

CITRUS MEDIGA Gall. 
Citronnier vrai, Cédratier, Citronnier des Juifs. 

Citrus cedra Ferr. 
— medica cedra Gall. 

Anglais : Citron. Arabe : Utrej. Ilindoustani : Bejoura, Bijouree. Italien : Cedro. 
Persan : Turcre. Sanscrit : Beeja-poora. Tnïti : Taporo. Tunisie : Trendj. 

Arbre de moyenne taille, n'acquérant guère que les dimen- 
sions d'un petit arbuste de 3-4 mètres dans l,s cultures 
spéciales. Feuilles amples, oblongues ou ovales-oblongues, 
plus allongées que dans les autres espèces, arrondies à la 
base, un peu obtuses au sommet. Fleurs pourpres ou violacées 
en dehors, blanches intérieurement, odorantes, se succédant 
pendant presque toute l'année. 

D'origine indienne ou indo-chinoise, cette espèce a été 



LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 93 

introduite en Italie au iii« siècle ; c'est la seule qui ait été 
connue des Grecs et des Romains. Sa culture est aujourd'hui 
très répandue aux Açores, à Madère, en Chine, etc., ainsi que 
dans les régions de l'Alrique septentrionale et du midi de 
l'Europe, notamment en Corse, où elle a pris une extension 
considérable, favorisée par la nature du climat et surtout par 
les prix élevés qu'atteignent actuellement sur les marchés 
les excellents produits de l'arbre. 

Le bois du Cédratier, d'une belle couleur jaune, dur et 
compact, présente la plus grande analogie avec celui des 
espèces précédentes et ne lui cède en rien sous le rapport de 
la beauté ; excellent pour le tour et autres travaux, il est 
d'un grand usage pour la marqueterie et l'ébénisterie fine. 

Le fruit, appelé communément Cédrat, se distingue du 
limon et antres espèces de citrons par son volume, l'épais- 
seur de son écorce et la partie beaucoup plus faible occupée 
par la pulpe : c'est une baie ovoïde ou oblongue, d'un jaune 
pâle ou doré, inégalement rugueuse ou mamelonnée à la 
surface, renfermant une pulpe acide mais peu abondante. 

Le Cédrat n'est pas comestible, mais peut servir à faire de 
bonnes confitures. Son écorce, qui est très aromatique, est 
recherchée des confiseurs, (jui la préparent au sucre et en 
font une excellente friandise. L'écorce de Cédrat se rencontre 
dans le commerce, coupée en tranches de couleur verdâtre, 
légèrement diaphanes, couvertes d'une efflorescence de sucre. 
Ces tranches possèdent une saveur extrêmement suave et se 
vendent en boîtes de diverses grandeurs. On confit également 
au sucre les fruits entiers, qui prennent alors le nom de 
Poncires . 

On retire aussi de cette écorce, soit par compression, soit 
par distillation, une huile volatile d'une odeur agréable de 
citron, emplojée en parfumerie sous le nom (Vesseiice de 
Cédrat. 

Les fleurs fournissent un produit semblable au Néroli, 
mais moins estimé. 

{A snh-)-c.\ 



II. CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 



Une variété constante de Chevreuil, — De 1860 à 67 et 
de 1886 à 88 l'on observa et captura à plusieur>^ reprises en Alsace 
des Chevreuils dont le pelage était bariole' de blanc et de brun. 
Celte race, affirrae-t-on, serait constante et continuerait à multiplier 
dans la région. On écrivait à ce sujet : « On reconnaît ces Chevreuils 
:> à une très grande distance dans la montagne, car leurs marques 
» éclalent de blancheur. Le soir même, et de nuit, on les distingue 
» facilement. C'est un joli spectacle de voir ces animaux bariolés 
» prendre leur course. » G. 

Pigeons messagers. — Dans New-York, au-dessus du carre- 
four formé par le Cortland Street et Washington Street, on voit sou- 
vent s'envoler de nombreux Pigeons voyageurs. A l'étage le plus 
élevé' d'une des maisons, habite une dame qui les élève et les prend 
même en pension. Elle possède actuellement 300 oiseaux des meil- 
leures races. Dans la ville, les gens d'affaires s'en servent beaucoup 
pour porter les dépêches. (Public Ledger, Philadelphie.) 

Les essais d'élevage artificiel de la Morue et de rem- 
poissonnement de la mer, lente's il y a cinq ans le long des 
côtes de Massachusseis- par la Commission de pêche des Etais Unis 
de l'Amérique du Nord, ont donne' dos résultats fort satisfaisants. 
En 1889, les pêcheurs virent un très grand nombre de petites Morues 
sur des bancs, prés de Nantoukett, et en 1890, il fut pris 4 millions de 
livres environ de poissons, pour la somme de 114.000 dollars. Dans ce 
nombre, nous ne comptons qie les animaux ayant atteint la taille 
exigée dans le commerce. C'est là une démonstration irréfutable eu 
faveur de l'utilité de l'élevage artificiel de la Morue, et les pêcheurs 
qui se montraient fort sceptiques à l'endroit des expe'riences de ce 
genre en ce qui concerne le poisson de mer, s'avouent convaincus — à 
leur très grande satisfaction. C. K. 



c* 



I/épidémie chez les Saumons dans le sud de l'Ecosse. 

— Une maladie des Salmonidés connue sous le nom de Saprolegnia so 
développe d'un façon alarmante dans les couis d"eau de l'Ecosse. 
Dans quelques parties de la rivière Annam, presque tous les Saumons 
et les Grilses sont plus ou moins atteints par ce champignon que quel- 
ques auteurs classent dans les algues ; on retire chaque jour de ce 
cours d'eau des poissons morts ou mourants. Près du barrage de 
Newbie Mill on eu a trouvé plus d'une vingtaine. Cette maladie est 
surtout regrettable en ce qu'elle atteint les Saumons de remonte, car 



CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 96 

on a recueilli des individus infestés qui avaient séjourne' pendant une 
semaine dans la rivière ; ils e'taient aveugles. 

Le Saprolegnia s'est répandu dans les eaux de Hoddom Caslle. Pour 
la contrée du mont Annam, on Ta signalé daus les cours d'eau de 
Castlemilk, prés de Murraithwaite et de Dormont, voire même dans 
des régions éleve'es. Pendant huit jours on a trouvé dans le Border 
Esk une quantité de Saumons morts de l'épide'mie. Elle s'est encore 
de'clare'e dans le Xith supérieur et les rivières de Galloway. 

Si la crue des eaux arrivait maintenant, elle emporterait tous les 
poissons infosle's vers la mer, et la contagion serait airèlée. De S 

La Gomme éléphantine. — A Ceylan et dans llnde, on re'coUe 
abondamment, à l'aide d'incisions pratiquées sur l'e'corce du Feroaia 
elephantum, une gomme incolore ou légèrement colorée en jaune, qui 
se présente en masses irrëguliéres et assez volumineuses. Cette 
gomme, connue sous le nom de Gomme éléphantine, est très fragile et 
entièrement solublo dans l'eau. Comme elle se dessèche facilement, 
elle se fendille à la surface qui devient opaque et se de'tache par frag- 
ments brillants ou sous forme d'écaillés transparentes. 

De toutes les gommes de l'Inde, c'est celle qui, par son aspect et 
ses propriéte's, offre le plus d'analogie avec la gomme arabique, à la- 
quelle on peut la substituer dans l'industrie et pour l'usage médical. 
On la reconnaît cependant assez facilement parce qu'elle conserve 
souvent quelques fragments jaunes d'ocorce. De plus, scn mucilage 
avec l'eau est plus visqueux que celui de la gomme arabique; sa solu- 
tion est précipitée par presque tous les re'actifs et rougit le tournesol. 
En effet, traitée par l'acide azotique fumant elle donne des cristaux 
d'acide mucique. La gomme cle'phantique est peu répandue dans le 
commerce, mais les natifs de l'Inde s'en servent beaucoup, pulvérise'c 
et additionnée de miel, pour combattre la diarrhée et la dysenterie. 

Le fruit du Feronia elephantum, appelé' « Eléphant Apple ou Wood 
Apple » par les Anglais, est une baie subgloluleuse, de la grosseur 
d'une Orange, de couleur gris blanchâtre. Sous une écorce li- 
gneuse, se trouve une pulpe rosâtre, comestible, acidulé, très agréable 
au goût, avec laquelle on prépare aussi soit des gele'es le'gèrement as- 
tringentes, soit des boissons rafraîchissantes eu y ajoutant de l'eau et 
du sucre. Ce fruit, cueilli à demi miir et se'che', est parfois substitue' 
dans le commerce au Bêla indien {^gle Marmelos) . 

Les graines nombreuses, oblongues, comprimées, renferment un em- 
bryon blanc et charnu qui donne, par expression à froid, une huile 
incolore, de'pourvue d'amertume, utilisée, dans la peinture. 

M. V.-B. 



m. BIBLIOGRAPHIE. 



Les Hommes des Bois. — Episodes et souvenirs, par le 
Comte d'OsMOND. — Firmin-Didot, cdit. — Un vol. de 372 pages, 
illustré de nombreuses planches. 

Ce ne sont pas des hommes sauvages, comme vous pourriez croire, 
mais des hommes très civilisés, au moins aussi bien habillés que le 
volume dont le titre, entoure de filets rouges et noirs, rappelle les 
couleurs de l'Equipage de Piqu' avant Morvand que le comte d'Osmond 
conduisait naguère à la victoire contre les Sangliers du Morvand et de 
la foret d'IIallatte. 

Dans ce livre, le veneur a consigné ses souvenirs de chasse, et tracé 
avec esprit les' portraits d'un grand nombre de ses confrères en saint 
Hubert, qui furent ses compagnons de chasse ou qui gravitèrent autour 
de sou vautrait célèbre. Dans cette galerie figurent beaucoup de 
grands noms de France, de ceux qui, comme l'a dit le marquis de 
Fondras, se sont tournés vers les rudes de'duits de nos pères, plutôt 
que vers les plaisirs effe'minés de notre temps. Là, nous retrouvons 
de précieux souvenirs de l'ancienne Société de Rambouillet, de Rallye 
Bourgogne que le marquis de Mac-Mahon a rendu célèbre, des e'qui- 
pages contemporains encore dans tout leur e'clat aujourd'hui, les Che- 
zelles, les Boisgeliu, les de la Besge, etc. Le comte d'Osmond raconte 
avec esprit, humour et enthousiasme. 

Hélas ! c'est la dernière œuvre qui sortira de cette plume. Ses amis 
ont ramasse' pieusement les épreuves qu'il corrigeait sur son lit de 
mort et ont achevé' sa tâche. Ils lui devaient bien cela, car le comte 
se montre plein d'affection pour eux dans ce dernier adieu qu'il leur 
adresse. 

D'intéressantes illustrations ont complète' le volume; quelques-unes 
ne sont pas ine'dites, mais reproduisent des estampes curieuses avi- 
dement recherchées par les collectionneurs ; voici la Société' de 
Rambouillet par Eugène Lami, l'e'quipage du prince de Wagram par 
Lepaulle, le duc de Beaufort eu Poitou par le baron Finot. Les édi- 
teurs ont, au moyen des graphiques, mis les noms sur chacune de ces 
têtes de chasseurs. C'est une heureuse idée qui ajoute à l'inte'rêt de 
ces planches historiques et fait des Eotnmes des Bois une œuvre se'rieu- 
sement documentée, dont la place est toute marquée, non seulement 
dans les bibliothèques de chasse, mais encore dans la collection des 
rae'moires, qui conserveront aux générations futures une peinture 
exacte de notre époque vue par un certain côté. P. P. 



Le Gérant : Jules Grisakd. 



I. TRAVAUX ADRESSÉS A LA SOCIÉTÉ. 



L'ETAT ACTUEL 

DE L'HIPPOPHAGIE EN EUROPE 

Par m. E. LECLAINCHE, 
Professeur à l'Ecole vétérinaire de Toulouse 

Et m. Ch. MOROT, 
Vétérinaire municipal à Troyes. 

(SUITE *) 



Provins — Seine-et-Marne (25). Une boucherie hippo- 
phagique a été ouverte le 20 mars 1888. Elle a vendu à partir 
de cette époque, en 1888, 45 chevaux et 18 ânes ; en 1889, 
73 chevaux et 11 ânes ; en 1890, 67 chevaux et 7 ânes ; du 
1'='" janvier au 31 mai 1891, 41 chevaux et 5 ânes. Avant l'ins- 
tallation de cet établissement, on consommait déjà à Provins 
quelques rares chevaux. 

Reims — Marne (25). Nombre de solipèdes abattus : 



Années . . , 


1SSS 


1889 


4 890 


1891 ^ , 

du le 


1892 

rjanv. au i«"-avri 


Chevaux. . 


867 


863 


1,023 


1,069 


342 


Anes 


54 


41 


57 


55 


11 


Mulets 


5 


6 


4 


11 


1 



Romilly-sur-Seinc — Aul)c (27). En 1891,16 chevaux, 1 âne 
et 2 mulets ont été sacrifiés pour la consommation — mais en 
dehors de l'abattoir. Les meilleurs morceaux sont seuls ven- 
dus, au prix de 30 à 50 centimes le demi-kilo. 

Rouen — Seine -Inférieure (28). L'hippophagie a débuté 
il y a une quinzaine d'années. Il y a actuellement cinq étaux 
hippophagiques, appartenant tous au même propriétaire. On 

{■*) Voyez plus haut, page 1. 

5 Août 1892. 7 



98 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

y yend le saucisson aux prix suivants par demi-kilo : l^e qua- 
lité (mélange égal de cheval et de porc), 1 fr. 50 ; 2« qualité 
(cheval avec un peu de porc), 1 fr. ; 3° qualité (pur cheval), 65 
et 10 centimes. Beaucoup de ces saucissons sont débités hors 
de Rouen. La vente de la viande chevaline congelée venant 
d'Amérique n'a pas été autorisée à Rouen. 

Années ^ftSS ISS!) IS90 18!H 

Solipèdes abattus 351 280 296 284 

Pas de Mulets .et très peu d'Anes. Presque tous des Chevaux. 

Toulouse— Hante-Garonne (29). La vente hippophagique a 
débuté le 21 septembre 1869. Il y a actuellement vingt et une 
boucheries de cheval, appartenant à seize bouchers. Une 
grande quantité de saucissons de cheval est exportée en Amé- 
rique. Ci-joint la statistique des solipèdes consommés à Tou- 
louse de 1869 à 1891 : 

Années.. iSGO 1S10 IS7I 1872 4873 187', i87:i IS7(! 1S77 iS78 IS7<t 1880 

Chevaux. \U :;51 963 C88 1,158 1,359 1,111 1,350 1,448 1,38U 1/394 1,678 

Anes... • 74 116 100 198 171 2Ù1 250 310 290 309 425 

Mulets.. > 39 80 93 177 225 268 307 312 338 323 311 
Total des 

Solipèdes • 664 1,159 881 1,533 1,755 1,580 1,907 2,070 2,008 2,026 2,414 

Années.. I8SI ISSi 1883 iSSi ISSo IS8G 1887 1888 188!» 1800 I SUI 

Chevaux. 1,523 1,024 1,753 2,053 2,312 2,7/3 2,857 3,015 3,103 2,920 2,736 

Anes ... 357 301 309 384 306 418 458 456 440 520 450 

Mulets.. 330 454 388 365 448 401 490 589 597 443 383 
Total des 

Solipèdes 2.210 2,379 2,450 2,802 3,120 3,652 3,805 4,060 4,140 3,883 3,509 

Tours— Indre-et-Loire (30) .Lsl première boucherie de che- 
val a été ouverte en 1871. Actuellement (l^-- avril 1892), il y a 
cinq étaux hippophagiques , dont deux à domicile et trois 
dans les divers marchés couverts. La viande de cheval se 
vend sans os aux prix suivants, par demi -kilo, selon les 
catégories: fdet , 80 centimes; faux-fdet, 50 centimes; 
autres bons morceaux, 40 centimes ; bas morceaux [collet et 
poitrine, 20 centimes ; foie, 25 centimes ; cœur, 25 centimes ; 



L'ÉTAT ACTUEL DE L'IIIPPOPHAGIE EX EUROPE. 99 

saucisson, 80 centimes ; côtelettes d'âne non désossées, 
40 centimes. La cervelle de cheval se vend de 40 à 50 cen- 
times pièce. 
Le nombre des solipèdes consommés a été : 

En 18SS ISS9 1S90 IS91 

Chevaux 859 920 1,089 1,165 

Anes et Mulets. 402 329 302 401 = 322 Anes et 79 Mulets. 

Troyes—Aube. 50,000 habitants. En 1891 il a été abattu 
1,336 chevaux plus 68 ânes et mulets, en tout 1 ,404 solipèdes. 
11 a été livré à la consommation 1,247 chevaux plus 66 ânes 
et mulets, en tout 1,313 solipèdes (statistique du service d'oc- 
troi). 89 chevaux et 2 mulets ont été saisis en totalité comme 
impropres à l'alimentation de l'homme pour les motifs sui- 
vants : Etisie : 54 chevaux. — Cachexie : 20 chevaux et 
2 mulets. — Œdème intenmisculaîre généralisé : 2 chevaux 
(dont un avec leucocythémie) . — Mélanose généralisée : 
9 chevaux (dont 7 en bon état de graisse, 1 étlque et 1 cachec- 
tique). — Cancer généralisé : 1 cheval avec cachexie com- 
mençante. — Fièvre générale et traumatisme: 3 chevaux. 
La proportion des chevaux saisis en totalité aux chevaux 
abattus a été de 6,70 pour 100. Celle des mulets n'a pas été 
fixée. Il y a eu en outre un grand nombre de saisies partielles 
pour des motifs divers, notamment pour mélanose localisée, 
trau.matisme, etc. Les coefficients annuels de consommation 
pour 1,000 habitants ont été de 22 animaux pour les solipèdes 
et de 89 animaux pour les taureaux, bœufs et vaches : il a été 
consommé, en effet en 1891, 221 taureaux, 113 bœufs, 4,130 
vaches et 1,313 solipèdes. On peut encore dire qu'en 1891, 
pendant qu'on vendait 23 solipèdes, on débitait 77 taureaux, 
bœufs et vaches. Au 31 décembre 1891, il y avait 16 étaux 
hippophagiques à Troyes, dont 4 au marché central et 12 
dans les différents quartiers de la ville. A Troyes, la viande de 
cheval est en faveur auprès de beaucoup de familles, qui ne 
craignent pas, pour la plupart, de l'acheter au grand jour. 
Cela explique un peu pourquoi le faux-filet et les bons mor- 
ceaux analogues se vendent maintenant 60 et 70 centimes le 
demi-kilo, tout en étant moins épluchés (dégraissés et 
énervés) que lorsque leur prix n'était que de 50 centimes. Le 
filet continue toujours à se débiter 1 fr. le demi-kilo et même 



100 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

1 fr. 10 centimes clans certaines maisons ; le filet d'âne se 
vend 1 fr. 25 le demi-kilo. 

Scante-Savine-- Aithe {T)rès Troyes). 5,000 habitants. En 
1891 on a sacrifié à l'échaudoir hippophagique de l'abattoir 
communal 83 chevaux, 5 ânes et 3 mulets. Un cheval étique 
a été retiré de la consommation. Dans la même année il y a 
eu deux étaux hippophagiques, dont un a suspendu sa vente 
pendant une partie de l'été pour la recommencer à l'automne. 
(Communication de la mairie de Sainte-Savine.) 

Verdun-sur- Meuse — Meuse (31). La population s'est fa- 
miliarisée avec la viande de cheval pendant le siège de 
Verdun, en 1810, et a continué à en manger depuis cette 
époque. Il y a cinq ou six ans, il y avait deux boucheries 
hippophagiques, l'une gérée par un équarrisseur, toutes les 
deux très mal tenues et fort malpropres, vendant plus pour 
l'ahmentation des chiens que pour celle de l'homme. Ces deux 
établissements ont été remplacés par un seul très bien orga- 
nisé, qui, en 1890, a fait tuer 178 chevaux et 9 ânes. 

Versailles — Seine-et-Oise (32). Une seule boucherie hippo- 
phagique en 1891. Le nombre des solipèdes consommés a été 
de 103 en 1888, 159 en 1889 et 125 en 1890. 

Vitry-le François — Marne (33j. Il y a une seule bou- 
cherie hippophagique, approvisionnée d'une façon intermit- 
tente et ne vendant jamais plus d'un cheval par semaine. Il 
n'est pas rare de voir le débit suspendu pendant quinze jours 
ou trois semaines, surtout en été. 

ALLEMAGNE, 

Als.ace - Lorraine (34). 

Mulhouse. Trois boucheries hippophagiques sont ouvertes 
actuellement (15 avril 1892). Le demi-kilo de viande de 
cheval se vend, selon les catégories, de 25 centimes (bas mor- 
ceaux) à 50 centimes [filet). 

Années (l) ISSo-SG ISSIi-87 tSSj-Si 1S8S-SU 1889-00 iSOO-Ot 

Chevaux abattus. 227 207 202 370 475 494 

(1) En Allemagne, comme dans quelques autres pays d'ailleurs, 
l'année administrative commence le 1°'- avril d'une année et finit le 
81 mars de l'année suivante. En France, l'anne'e administrative est 



L'ETAT ACTUEL DE L'HIPPOPJL\GIE E.\ EUROPE. 101 

Thann. Depuis trois ans on ne vend plus de \iande de 
cheval. Celle-ci était alors .débitée par un seul boucher au 
prix de 25 centimes le demi-kilo, à l'exception du filet vendu 
50 centimes la même quantité. Dans la seule année 1888, le 
boucher hippophagique précité a lait abattre 75 solipèdes à 
Thann. Il payait par cheval à la ville un droit d'abatage de 
6 fr. '25 centimes et au vétérinaire-inspecteur un droit d'ins- 
pection de 3 l'r. 75 centimes. 

Grand-Duché de Bade. 

Le nombre des solipèdes abattus a été : 

A Mannhcim de :56 en 1882, dont 3 saisis (1) et de 239 en 
1883 (G) ; 

A Karlsriihe, de 128 en 1883 (G); 

Dans tout le Grand-Duché de Bade, de 1002 en 1888, et de 
8.54 en 1889 (R^). 

Royaume de Bavière. 

Munich. Le nombre des chevaux de boucherie consommés 
a été : 

(I) (G) iJS' ij" G y, ;J^0 (Ji7) (J*') (J*') 

Eu 1859 IS83 iS8l 1883 1886 1881 1888 1889 1890 

De 195 1093 1335 1155 989 962 1103 1424 1728 

J.uiv. Fév. Mars. Avril. Mai. Juin. Juil. Août. Sept. Oct. Nov. D6c. 
1890 14G 1G2 139 129 112 110 107 99 109 173 209 234 

Le nombre des chevaux saisis a été de 28 en 1883, 21 en 
1885, 18 en 1887, 23 en 1888 et 12 en 1890. Le poids moyen 
net d'un cheval étant fixé à 235 kilos, le coefflcient annuel 
de consommation hippophagique par habitant a été repré- 
senté par 1,070 grammes en 1885, 800 grammes en 1887, et 
900 grammes en 1888. Le prix du demi-kilo de viande de 
cheval, qui n'était, de 1887 à 1890, que de 18 à 20 pfennigs 
(22 à 25 centimes), a été élevé par les bouchers hippopha- 

l'année ordinaire. Le système français a toutes nos prefe'rcuces, car il 
est le plus simple et le moins sujet à provoquer des erreurs dans les 
statistiques. 

(1) Thieràrztliche Mittheilungen. Karlsruhe, 1883, p. 213. 



102 UEVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

giques, au P'' octobre 1890, à 25 pfennigs (31 centimes) en 
même temps que le prix de la viande de Bœuf était augmenté 
par les boucliers ordinaires. 

Nuremberg. Le nombre de chevaux de boucherie consom- 
més a été : 

,1, (I) [D (I) (K) (K) (M) (1) 

En 1857 1838 iSSO 1860 i8Gi 48G5 4813 1880 

De 365 203 187 159 16fi 344 336 280 

(J2) (J5) • (Z') (Je) (JO (J'o) (J»') 
En iSSi 1883 4886 4881 4888 4889 48<)0 

De 393 440 429 445 430 436 557 

AugshOiirg. Le nombre de chevaux de ])oucherie consom- 
més a été : 

I, ili (M) ^J) ,G) (J') ,J«i ■/ ih :J/' J'o, (J''') 
En 1860 1861 4870 1880 1 S85 18Si '!88S 1886 1887 4SS8 ISS!) 18!)0 

De 119 143 55 112 218 218 241 207 227 251 243 263 

Le poids moyen d"un cheval étant lixé à 20U kilos, le 
coefficient annuel de consommation hippophagique par habi- 
tant a été représenté par 730 grammes en 1885 et 670 grammes 
en 1887. 

Le nombre des solipèdes consommés a été : en 1889, de 
1134 en Sonnbe et JSeiihoin-g (J"), de 13 à Dayrenih (J**), 
de 16 à Landshid (J'^), de 106 à Passait (J"'), de 180 à Kai- 
serslauteni (.1'^) et de 182 à Wurtz-ljourg (J'^). 

Le nombre des solii)èdes consommés a été : en 1890, de 
1050 [)lus 88 r-eiusés en Souahe et Neuhourg (J'^), de 22 à 
Anshach (J^o) et de 203 à Wurtzlourg (B'^j. 

En 1890, à Wwrtzboiirg, la viande de cheval se vendait 
25 pfennigs (31 centimes) la livre. Les chevaux de boucherie 
étaient tous défectueux ou infirmes, mais généralement en 
bon état d'entretien et parfois remarquablement gras. Les 
solipèdes trop maigres étaient refusés pour la consommation 
humaine et servaient â la nourriture des chiens (B-). 

Le règlement provincial de la boucherie de la Basse- 
Bavié?^e dit 21 Juillet 1876,% //, stipule que la tête et les 

(1) Journ. f. Laniinirth, 1881, p. 2ôQ. Schvjarz. Fleischconsum. 



L'ÉTAT ACTUEL LE L'HIi'PUPHAGlE EX EUROPE. 103 

viscères des solipèdes de boucherie doivent rester adhérents 
aux animaux pour l'inspection après l'abatage, laquelle est 
exclusivement confiée aux vétérinaires diplômés (H). 

Divers duchés et diverses anciennes villes libres. 

Le nombre des chevaux de boucherie abattus a été : 

A Brunsioich {Duché de Brunsivicli) , de 14, en septembre 
1886 (N'j ; 

A Wclmar [Grand -Duclic dcSaxe-Weimar), de 44, en 
1889 (G') et de 43 en 1890 (0-) ; 

A Bcrnljourg-sur-Salle {Diœhé d'AnUalt), de 375 en 1885 
(M), de 286 en 1888 (0), de 397 en 1889, et de 261 du 1" jan- 
vier au 30 juin 1890 (B); 

A Liibeck de 368 du 1^'- octobre 1884 au 30 septembre 
1885 (M) ; 

A Brème, de 689 en 1882, dont un avec des ecliinocoques 
du foie (G^), et de 1055 en 1883 (G). 

HamJjoiirg . Dernièrement, on découvrit qu'un restaura- 
teur de cette ville avait débité, en quelques semaines, dans 
son établissement, 66 quintaux de viande de cheval sous forme 
de biftecks, filets et rôtis, sans en indiquer la véritable na- 
ture. En raison de cette vente hippophagique déguisée, ce 
commerçant eut sa maison fermée et, comme ses prix avaient 
été modérés, il ne fut condamné qu'à trois semaines de pri- 
son. Le professeur Bollinger, qui rapporte ce fait, ajoute les 
conclusions suivantes : " La viande de cheval, surtout celle 
des animaux jeunes, bien nourris, possède une valeur nutri- 
tive égale à celle de la viande de bœuf. Cependant, il est évi- 
dent que la déclaration est obligatoire et que l'acheteur doit 
être prévenu de la qualité de ce qu'il achète (1). » 

Royaume de Piiusse. 

Du l"^"" avril 1890 au 31 mars 1891, dans les 431 abattoirs 
hippophagiques de Prusse, il a été sacrifié 53,281 chevaux 
et 1 àne. Parmi ces chevaux, 518 ont été saisis en totalité, 
comme impropres à la consommation, et 2406 ont subi des 
saisies partielles . La tuberculose a été constatée sur 40 che- 

(1) Bollinger. Ueber die Verwendbarkeit des an Infectionskran- 
kheites leidenden Schlachtviebes, in Deutsche Zeitschrift fiir Thierme- 
dizin und vergleichende Pathologie, \H%\, p. 215. 



i04 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

yaux et la morve sur 8 . Le nombre des chevaux tués a été 
de 8,471 à Berlin, de plus de 5,000 dans le cercle de Breslau 
et d'autant dans le Sclilesiolg ; de plus de 3,000 dans chacun 
des cercles de Magde'boitrg, Mersedourg, Arnshcrg et Dus- 
seldorf ; de moins de 100 dans chacune des villes suivantes : 
Gumliinnen, Coeslin, Broml)erg, Lunebourg, Aurich et Co- 
Uentz. On n'a abattu aucun cheval dans le cercle de Po- 
sen (O^). 

Berlin. Les premières boucheries hippophagiques furent 
ouvertes en 1847. Le nombre des chevaux abattus s'éleva, de 
613 en 1860 et de 700 en 1861. à 1,742 en 1864 et à 2,241 en 
1865 (P). Ces chiffres diffèrent sensiblement de ceux donnés 
pour Berlin dans le tableau suivant (R*) : 

Années IS64 1862! ISGÔ ISGi ISGo ISG6 -ISGI 18G8 



Chevaux abattus 516 1042 1307 1742 2141 3115 3911 4026 

Boucheries hippophag^"'^» 3 7 7 8 8 12 17 18 

A Berlin (en 1869), l'inspection des solipèdes de boucherie 
« se fait avant et après l'abatage. Ce sont deux médecins vé- 
térinaires qui sont spécialement chargés de ce service. La 
viande reconnue impropre à la consommation est empuantie, 
et celui qui expose en vente de la viande suspecte est puni 
d'une amende de 10 florins de Prusse ou d'un emprisonne- 
ment de 15 jours. » (R'J. 

Berlin. — Statistiques hippophagiques (1) dont les chifres 
diffèrent sensiblement de ceux du tableau P. 



Années 1881 1882 1883 -188 



t 



Chevaux abattus 6552 6294 5929 5722 

— consommés.... 6440 6155 5772 5576 

— saisis 112 139 157 146 

Berlin. — Statistiques hippophagiques pour diverses époques (P). 
Années 1881 1882, 1885 1884 1885 1S86 1887 1888 

Chevaux visités 6604 6272 6154 5675 5894 5723 5999 7051 

— refuse's 120 131 157 167 124 165 179 206 

— consommés... 6484 6141 5997 5508 5770 5558 5820 6845 

(1) Allgem. Fleischer^eitung. 1885. 



L'ÉTAT ACTUEL LE L'IIIPPOPHAGIE EN EUROPE. 105 

Berlin, 1889. Les clieyaux de Louclierie sont sacrifiés dans 
im abattoir spécial. Ils sont achetés an prix moyen de 
43 fr. 15 ; ils acquittent nn droit d'ai^atage d'environ 1 fr. 75. 
Dix-hnit bouchers sont inscrits h l'abattoir hippophagique 
comme faisant abattre des chevaux dans cet établissement. 
Trente-six bouchers s'occupent du débit de la viande de che- 
val dans divers quartiers de la ville. La livre de viande de 
cheval se vend 40 pfennigs (50 centimes) les bons morceaux, 
rôtis et biftecks ; 25 à 30 pfennigs (31 à 37 centimes) les 
morceaux ordinaires à bouillir; 28 pfennigs environ (35 cen- 
times) les morceaux inférieurs ; et 15 à 20 pfennigs (19 à 
25 centimes) les morceaux pour les chiens. La viande de 
cheval est plutôt consommée par les employés peu rétribués, 
que par les ouvriers et les indigents . Parmi les chevaux figu- 
rant dans les statistiques berlinoises, le Jardin Zoologique en 
emploie au moins 400 chaque année pour ses carnassiers ; il 
les achète maintenant tout abattus aux boucliers hippopha- 
giques [Lees Knoivles, Horseftesh). 

A Berlin, Thippophagie est régie par un règlement muni- 
cipal de police du oO aoiit 1887, dont voici les principales 
dispositions : 

L'abatage des chevaux. Mes et mulets destinés à l'alimentation hu- 
maine ne peut être pratiqué qu'à l'abattoir central des chevaux. 

Il est interdit d'introduire à Berlin de la viande de cheval ainsi 
que des saucissons et d'autres produits alimentaires préparés avec 
cette viande. 

La viande de cheval, les saucissons et autres produits alimen- 
taires faits avec cette viande ne peuvent être gardes, vendus ou dé- 
posés que dans des boucheries ou autres places enregistrées à cet 

effet. 

Il doit y avoir, au-dessus de la porte d'entrée de toutes ces bouche- 
ries ou places enregistrées, une enseigne portant distinctement, en 
lettres d'au moins 15 centimètres de hauteur, l'inscription suivante : 
Venue de viande de cheval ou venie de inoduits alimentaires faits avec de 
la viande de cheval (1). 

(1) Le 18 octobre 1886, la Cour d'appel prussienne infirma un juge- 
ment du tribunal du l"'"' arrondissement de Berlin qui, sous prétexte 
que le mode de fabrication des saucisses n'était pas réglementé, avait 
acquitte un charcutier prévenu d'avoir mis en vente des saucisses 
composées de 3/4 de porc et de 1/4 de cheval. La Cour d'appel décida 
que cette mise en vente d'une marchandise d'une valeur inférieure h 
celle déclarée constituait une infraction aux articles 10 et 11 de la 



106 



REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 



Les animaux doivent être examine's au point de vue de leur e'tat de 
santé, avant et après Tabatage, par les vétérinaires municipaux. S'ils 
ne sont pas abattus dans les vingt-quatre heures de la visite sur 
pied, ils doivent être examine's vivants une nouvelle fois. 

On ne peut abattre les animaux présentant sur pied quelque affec- 
tion susceptible d'altérer la qualité de la viande. Après l'abatage, 
toutes les viandes, reconnues propres à l'alimentation de l'homme, 
sont estampillées. Celles déclare'es impropres à la consommation, pour 
défaut de qualité ou en raison d'un danger de contagion, sont livrées à 
l'équarrisseur. 

Chaque boucher de cheval doit tenir un livre d'abatage conforme au 
modèle suivant : 



Signalement du 
cheval, âne 

ou mulet ; âge, 
taille , robe et re- 
marques spéciales. 



Jour 

de 

l'achat. 



Nom 

et adresse 

du vendeur. 



Certificat du vété- 
rinaire municipal 
indiquant l'état 
de santé de l'animal 
examiné. 



Jour de 
l'abatage 

ou de 
la vente si 
l'animal est 

revendu. 



Les colonnes 1 à 4 sont remplies par l'employé de police de l'abat- 
toir avec l'assistance du vétérinaire et d'après les indications du bou- 
cher propriétaire du cheval. Le vétérinaire remplit la colonne 5 après 
qu'il a refusé l'animal ou qu'il l'a examine' abattu; il noie le 
nombre d'heures écoulées entre l'examen sur pied et l'abatage. La 
colonne G est remplie par l'employé de police le jour de l'abatage, du 
refus ou de la vente du cheval. Les bouchers et, en leur absence, 
leurs repre'sentants, doivent remettre une de'claration écrite et signe'e 
certifiant l'origine des chevaux et indiquant leur signalement. Le livre 
d'abalage reste à l'abattoir sous la surveillance de la police. Toutefois, 
sur une demande spe'ciale, il peut être retiré par le boucher pour une 
durée de 24 heures au plus. 

On ne peut fabriquer des produits alimentaires avec la viande de 
cheval que dans des établissements spéciaux ; ces locaux, ainsi que 
les voitures servant au transport desdils produits, doivent èlre munis, 
en lettres hautes d'au moins 15 centimètres, de l'inscription suivante : 
Viande de cheval ; 2)'>'oduits alimentaires faits avec de la viande de 



Loi prussienne sur les denrées alimentaires du ii mai 1879. Après avoir 
rappelé' ce fait, M. Niebel ajoute qu'eu vertu de l'article 263 du ('ode 
criminel allemand, le charcutier poursuivi pouvait aussi être condamné 
comme ayant vendu frauduleusement de la viande de cheval, valant à 
Berlin 25 2)fejinigs (31 centimes] le demi-kilo, pour de la viande de 
bœuf et de porc valant 60 pfennigs (75 centimes) et 80 pfennigs (1 franc) 
le d©mi-kilo (B'). 



L'ÉTAT ACTUEL DE L'HIPPOPHAGIE EN EUROPE. 107 

cheval. Les saucissons de cheval ne doivent contenir que de la viande 
de solipédes ; naais ils peuvent être additionnés de graisse de porc ou 
de suif. 

Les bouchers de cheval sont, à l'abattoir, soumis à l'autorité du 
service de police et du service vétérinaire. Les boucheries de cheval 
et les fabriques de produits hippophagiques sont placées sous le con- 
trôle du service de police et du service ve'térinaire. 

Les contraventions à ce règlement entraînent une amende de 

30 marks (37 fr. 50) au maximum, ou, à de'faut de paiement, un em- 
prisonnement de 14 jours. La vente ou la mise en vente, l'utilisa- 
tion ou la de'tention de la viande de chevaux abattus contrairement à 
ce règlement ou de produits fabriqués avec celte viauie, provoquent 
la confiscation de ces substances (P). 

Le nombre de chevaux de bouclierie abattus a été : 

A Prenzlau {Brandebourg), du 25 novembre 1889 au 31 
décembre 1890, de 174 consommés (plus 12 saisis, dont 1 pour 
morve, 2 pour inélanose, 1 pour entéro-péritonite et 2 pour 
cachexie) ; 

A Girrlit:. [Silésie], de 374 en 1885 {Sazler's Bericht) ; 

En 1890, dans le Cercle ù'Oppeln (Sllàsie), de 759 dont 
134 à Bcutlien, 243 à Glehvitz, 333 à Neustactt et 49 â 
Ratlbor[T')\ 

A Hagen, de 9 en 1889 (0*) ; 

A Gottingue, de 125, dont 2 saisis pour tumeurs généra- 
lisées, du P'- avril 1885 au 31 mars 1886 (N) et (J«) ; de 130 
du l^'- avril 1887 au 31 mars 1888 (J'), et de 145 du P-' avril 1888 
au 31 mars 1889 (J^) ; 

A Hrmovre, de 769 en 1883 (Gi, de 737 en 1885 {Hageman's 
Bericht), de 764 en 1886 et 791 en 1887 (T) ; 

A Iserlolin ( Westphalle), de 51 en 1881 (G-) ; 

A Cologne {Prusse Rhénane), de 1296 du l^"" avril 1885 au 

31 mars 1886 {SchregeVs Bericht) ; 

A Buisbourg {Prusse Rhénane), de 260 du !«■' avril 1886 
au 31 mars 1887 (N^). 

[A suivre.) 



LES ÉGHASSIERS D'ÉGYPÏE 

LISTE RAISONNÉE DES ESPÈCES QUI ONT ÉTÉ OBSERVÉES 

DANS CE PAYS 

Par m. MAGAUD D'AUBUSSON. 
(suite et fin *) 



Glaréole pratincole. 

{Glareola prati)icola Linné.) 

La Glaréole pratincole ou Glaréole à collier, connue vul- 
gairement sous les noms de Perdrix de mer, Hirondelle de 
marais, se montre en grand nombre en Egypte, au printemps 
et à l'automne. Au commencement d'avril, elle arrive du 
sud et descend du Nil pour se répandre dans le Delta, d'oii 
elle passe en Europe et se dirige vers les lieux où elle a cou- 
tume de nicher. Au mois d'octobre et en novembre on la 
voit revenir et continuer sa route en remontant le fleuve, 
pour prendre ses quartiers d'hiver beaucoup plus au sud. 

Ces oiseaux voyagent ordinairement par troupes de quinze 
à vingt individus. Leur vol est très rapide, varié, souple, et 
rappelle celui de l'Hirondelle, dont ils ont l'aile longue et 
suraiguë et la queue fourchue. Ils s'abattent près des mares, 
sur le bord des lacs et des canaux, le long du fleuve. A terre, 
ils courent avec aisance en hochant continuellement de la 
queue. Ils sont très bruyants et, soit qu'ils volent, soit qu'ils 
courent, font retentir l'air de leurs cris perçants. 

Comme tous les oiseaux très bien doués pour le vol, les 
Gloréoles semblent en avoir la passion. A certaines heures 
de la journée, elles se divertissent à passer et repasser, en 
volant, au-dessus d'une localité qu'elles ont adoptée pour ce 
genre d'exercice. 

Leur nourriture consiste en insectes dont elles font une 
grande destruction. Lorsqu'elles chassent, dans les airs ou 
sur le sol, on les voit se précipiter soudainement sur un in- 
secte en ouvrant leur bec largement Tendu, et happer leur 

(*) Voyez plus haut, page 49. 



LES ÉCHASSIERS D'EGYPTE. 109 

proie avec un claquement retentissant. Si l'on blesse un 
individu de la bande, tous les autres viennent tourner au- 
tour de lui en poussant de grands cris et se laissent fusiller 
sans songer à l'uir. 

Mais, à quoi bon tuer ces charmants oiseaux? Leur chair 
est fort médiocre et les services qu'ils peuvent nous rendre 
sont immenses. Espèce précieuse que Dieu a donnée à l'homme 
pour lui servir d'auxiliaire dans la guerre incessante qu'il 
est obligé de soutenir contre les pullulantes peuplades des 
insectes nuisibles. La Glaréole fait une chasse acharnée à la 
Sauterelle. Cet acridien redoutable est son gibier de prédilec- 
tion. A l'époque des passages de ces insectes dévastateurs, les 
Glaréoles les accompagnent, les poursuivent sans relâche, 
les saisissent au vol et les avalent tout entiers. Jules Ver- 
reaux vit, dans le sud de l'Afrique, ces oiseaux poursuivre 
les bandes de Sauterelles, et il eut l'occasion de constater ce 
fait curieux, qu'après avoir digéré de l'insecte toute la partie 
assimilable, ils en restituent l'enveloppe bien conservée. 

Avant moi, M. le commandant Loche a prêché aux chas- 
seurs le respect de la Glaréole. 

« La Glaréole, dit-il, est appelée à rendre d'immenses ser- 
vices à l'Algérie en détruisant les affreux acridiens dont les 
invasions redoutables précèdent et occasionnent toujours la 
famine ! Ne devrait- on pas regarder comme une coïncidence 
providentielle que, justement aux époques éventuelles des 
passages du vorace Acrîdium peregrinum, les Glaréoles 
soient elles-mêmes plus nombreuses en Algérie qu'en toute 
autre saison ; et au lieu de détruire ce précieux auxiliaire, 
une efficace protection ne devrait-elle pas lui être acquise ? 
Sa chair, d'ailleurs, est de fort médiocre qualité et ne jus- 
tifierait même pas la chasse qu'on lui ferait ; nous osons 
donc faire un appel â tous ceux que le plaisir de détruire 
n'aveugle pas sur leurs propres intérêts ; qu'ils laissent se 
multiplier en paix ce charmant oiseau qui, sentinelle 
avancée de l'agriculture, nous rendra au centuple la protec- 
tion qui lui sera accordée (1). » 

La Glaréole supporte la captivité, mais la perte de sa 
liberté lui enlève toute sa grâce et sa vivacité. On la nourrit 
de vers, d'insectes, de viande crue ou cuite et même de 

(1) Exploration scientifique de l\il(je,-ie pendant les années ISiO, ISil, 1842. 
Histoire naturelle des oiseaux, par le commandant Loche, p. 280. 



110 REVUE DES SClExN'CES NATURELLES APPLIQUÉES. 

pain, mais elle se montre surtout friande de Criquets et de 
Sauterelles. 

Cette intéressante espèce se reproduit en France sur les 
bords de la mer, des étangs salés et des marécages où croi- 
sent des Salicornes. On la tue accidentellement en haie de 
Somme. 

Galaréole mélanoptère. 
[Glareola melanoptera^ Nordmann.) 
Observée en Egypte et en Nubie, d'après Heuglin. 

Œdicnème criard. 

[Œdicnemiis crepUans, Temminck.) 

Très commun dans toute l'Egypte et la Nubie. Fréquente 
les lieux arides parsemés de petits buissons, les parties du 
désert qui avoisinent les champs cultivés, quelquefois les 
bancs de sable du Nil. S'introduit le soir jusque dans les 
jardins du Caire. 

Les quelques cheiks de Bédouins, qui pratiquent encore le 
noble art de fauconnerie, le chassent au faucon. Ils le con- 
naissent sous le nom de Karnnan. — L'Herméric de nos 
dunes de Picardie. 

Vanneau huppé. 

{VaneUîis crisialus, Meyer.) 
Très commun en Egypte. Beaucoup moins abondant en 
Nubie. 

Hoploptère épineux. 

{Iloplopterus spinosus, Linné.) 

Vawiecdf. armé, à cause de l'ergot acéré qu'il porte au pli 
de l'aile. Les Arabes le nomment Sic-sac, d'après son cri. 
C'est l'un des oiseaux les plus communs de l'Egypte. On le 
trouve partout oii il y a de l'eau, au bord du fleuve, des 
canaux, sur les rives des lacs saumâtres, dans les champs 
inondés. Sans cesse en éveil, rien ne lui échappe et il sert 
d'avertisseur aux autres oiseaux. Ce rôle de sentinelle est 
souvent fort incommode au chasseur, qui voit, aux cris per- 
çants du Sic-sac signalant son arrivée, s'enfuir toute la 
population ailée des alentours. 



LES ÉCIIASSIERS D'EGYPTE. 111 

Cet oiseau commence à nicher au mois de mars dans le 
Delta. Chaque couple s'établit ordinairement dans un champ 
humide. La ponte est de trois ou quatre œufs, un peu plus 
petits que ceux du Vanneau liuppé, d'un jaune verdâtre, 
nuancés de grisâtre, semés de taclies noires et brunes, plus 
nombreuses au gros bout où ils forment une sorte de cou- 
ronne. Ils mesurent : grand diamètre, 0^,043, petit dia- 
mètre, 0"\030. 

Chair très médiocre. 

Chétusie albicaude. 

{Chetusia leuciira, Bonaparte.) 

Ce bel oiseau est abondant en Egypte. On le rencontre 
ordinairement par couples ou par petites bandes autour des 
marais et des lacs du Delta. 

Chétusie sociale. 

(Chetusia gregaria, Bonaparte.) 

Beaucoup moins répandue que l'espèce précédente. Presque 
rare, du moins dans le Delta. 
Se montre accidentellement dans le midi de la France. 

Pluvier doré. 

{Pluvialis apricarius, Linné.) 

Arrive en Egypte vers le mois de septembre, pour repartir 
en mars. On le trouve en bandes dans les champs du Delta et 
sur la marge des marais. 

Pluvier varié. 

[Pluvialis vaHus, Schlegel.) 

Vanneau suisse. Vanneau-pluvier, Pluvier g/is. Visite 
l'Egypte en hiver. On le rencontre dans les mêmes lieux que 
l'espèce précédente. 

Guignard asiatique. 

{Eiidromias asiaticus, Pallas.) 

Fréquente, d'après Heuglin, les côtes de la mer Rouge et 
de la Méditerranée, pendant l'hiver. 



112 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Guignard ordinaire. 

[Eudromias morinella, Brehm.) 

Heuglin l'a rencontré en bandes, pendant l'hiver, sur les 
bords de la mer Rouge et dans le désert (iiii s'étend entre 
Saqqarali et le Fayoum (1). 

Gravelot de Geoffroy. 

[Charadrius Geoffroyi, Wagler.) 

Se plaît sur les rives sablonneuses des lacs voisins de la 
mer. Je l'ai tué sur la plage d'Aboukir. On le trouve égale- 
ment au lac Mariout. 

Gravelot hiaticule. 

[Charadi^ius hiaticula, Linné.) 

Pluvier à collier. Pluvier rebaudet, Religieuse des côtes 
de Picardie. On le trouve pendant l'hiver dans la basse 
Egypte. 

Gravelot des Philippines. 

{Charadrius philippimis, Scopoli.) 

Gravelot nain. Petit Pluvier à collier. Pluvier gravelotte. 
Commun dans toute l'Egypte et la Nubie. Je l'ai rencontré 
partout, sur le bord du Nil, le long des canaux, autour des 
mares et des étangs, sur le rivage de la mer, presque toujours 
en petites bandes ; j'ai vu rarement des individus isolés ou de 
très grandes troupes. 

Gravelot de Kent. 

[Charadrius cantianus, Latham.) 

Pluvier à collier interrompu. Habite l'Egypte et la Nubie. 
Très commun. 
Trouvé au mois de juillet des jeunes, en duvet, sur les 

(1) Province de la Moyenne-Efçypte qui renferme le Birket-el-K(froun ^ com- 
pris autrefois dans le célèbre lac Mœris, creusé pour recevoir le trop-plein de 
l'inondation du Nil et pour parer aux crues insuffisantes. La province qui con- 
tenait le lac Mœris, le nome Arsinoites était appelé en copte d'un nom qui 
signifie la mer, nom conservé dans Tappellation arabe Faijoum. 



LES ÉCHASSIERS D'EGYPTE. M 3 

sables qui s'étendent au pied du rocliui- du Diable, près de 
Ramleh. 
Leurs parents m'ont donné le spectacle d'une touchante 

scène de mœurs. 

Les jeunes circulaient avec une vélocité surprenante, 
parmi les petits débris du roc, qui jonchent la plage à cet 
endroit. Dès que j'approchai, je vis l'un des parents fuir 
devant moi en courant d'une façon tout à fait singulière. Tl 
faisait le gros dos, abaissait la tète et la queue, trébuchait, 
simulait enfin toutes les allures d'un oiseau blessé. Puis il 
s'arrêtait, se laissait aller sur le sol, le corps étendu, les ailes 
palpitantes et semblait agoniser. • 

Ce manège avait pour but, comme on le sait par la Per- 
drix, la Caille et d'autres oiseaux, de m'éloigner du lieu où 
se trouvait la jeune famille, en me faisant croire que j'avais 
affaire à un oiseau blessé, par conséquent facile à prendre. 
Si je hâtais le pas, l'oiseau finissait par s'envoler. Mais alors 
l'autre parent le remplaçait dans ce rôle fatigant, pendant 
que celui que j'avais d'abord suivi venait rôder discrètement 
du côté de la nichée pour la surveiller. 

Quel merveilleux instinct que celui qui révèle à l'oiseau, 
pour ainsi dire, les secrets ressorts de l'àme de son ennemi, 
la convoitise du chasseur qu'il allèche et tâche d'égarer par 
une ruse véritablement humaine. Quel admirable exemple 
d'amour et de dévouement nous est offert par ces oiseaux, 
qui n'hésitent pas à risquer leur vie pour éloigner un péril 
de leur couvée. 

J'ai répété plusieurs fois l'expérience, satisfaction peut être 
nn peu barbare, et je me suis retiré plein d'admiration pour 
ces charmantes créatures. 

Gravelot africain. 

[Characlrius pecuarius, Temmixck.) 

Abondamment répandu en Egypte et en Nubie. Se plaît, 
comme l'espèce précédente, sur les rives sablonneuses. 

C'est à tort, je crois, que quelques auteurs ont inscrit sur 
la hste des oiseaux d'Elgypte le Gravelot mongol [Characlrius 
')no)igoliciis, Pallas). Cette espèce est asiatique ; elle habite 
l'Asie occidentale et orientale, les Philippines et la plupart 
des îles de l'archipel indien, 

5 Août 1892. 8 



m REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Huitrier pie. 

[Hœmaiopus ostralcgus, Linné.) 

On le rencontre quelquefois, en hiver, sur les bords de la 
mer Rouge et sur la côte méditerranéenne. 

Courlis cendré. 

{Numeniiis arqiiata, Latham.) 

Commun dans toute l'Egypte et la Nubie, spécialement 
dans le Delta et le Fayoum. 

Courlis corlieu. 

(Nnnienhis phœopus, Latiiam.) 

On en trouve, en liiver, de petites troupes sur les bords 
du Nil. 

Courlis à bec grêle. 

[Numenins toiuirosiris. Vieillot.) 

On le rencontre, au printemps et à l'automne, sur les bords 
du Nil. Niche en Egypte. 

Cet oiseau, qui habite aussi l'Algérie, la Sicile, la Russie 
orientale, passe accidentellement sur les plages maritimes du 
nord de la France. Je l'ai tué dans la baie de Somme et 
d'autres captures ont été signalées sur les côtes de Picardie. 

Barge égocéphale. 

(Limosa œgocephala, Leach.) 

La Barge cûmnmne ou Barge à queue noire. Très com- 
mune, en hiver, sur les côtes de la Basse-Egypte, où le lac 
Menzaleh est son lieu d'élection. Elle remonte le cours du Nil 
et s'avance jusqu'à la Nubie méridionale. Abondante au 
Fayoum. 

Au marché du Caire, les Arabes la vendent toute plumée, 
sous le nom de Bécasse. 

La chair de la Barge, du reste, est délicate, mais inférieure 
de beaucoup, sans contredit, à celle de la Bécasse. 



LES ÉCUASSIERS D'EGYPTE. 115 

Combattant ordinaire. 

{Machetes pugnaoc, Linné.) 

Le Combattant arrive en Egypte au mois d'août et repart 
vers la fin d'avril ou le commencement de mai. 

Le 18 Juillet, j'ai vu arriver du large au rocher du Diable 
une petite bande de huit Combattants. Ces oiseaux se sont 
abattus sur le rocher même et paraissaient fatigués. J'en tuai 
un, c'était une femelle. On sait que les deux sexes ne 
voyagent pas ensemble, mais forment des bandes séparées. 

Ces oiseaux, dans leurs migrations, peuvent traverser toute 
l'Afrique ; on en a tué dans le sud. En Egypte, ils sont parti- 
culièrement abondants sur les bords du lac Menzaleh. 

Bécasse ordinaire. 

{Scolopax ricsiicola, Linné.) 

Accidentellement, des individus égarés. On cite des cap- 
tures dans le Delta. Les Bécasses, que l'on voit aux marchés 
du Caire et d'Alexandrie, viennent de Trieste. 

Bécassine double. 

[Gallinago maj07\ Gmelin.) 

Prend ses quartiers d'hiver dans le Delta, qu'elle ne paraît 
pas dépasser. Beaucoup moins abondante que l'espèce sui- 
vante. 

Bécassine ordinaire. 

[Gallinago scolopacimis, Bonaparte.) 

Très commune. Répandue dans toute l'Egypte et la Nubie. 
p:ile apparaît en grande quantité vers le commencement d'oc- 
tobre. On la trouve alors un peu partout, dans les rizières 
inondées, dans les marais, sur la rive des lacs, etc., mais elle 
recherche de préférence les terrains couverts d'herbes, de 
joncs et d'autres plantes marécageuses. Dans certaines loca- 
lités qui lui plaisent, on en fait lever presque à chaque pas. Il 
ne faut pas en déduire la sociabilité de l'espèce. Les indivi- 
dus vivent l'un près de l'autre, mais sans aucune sorte de 
lien social. Chacun vit pour soi, sans s'inquiéter du voisin. 
La Bécassine, du reste, voyage isolément et de nuit. 



116 RKVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

La chasse de la Bécassine est une des chasses favorites des 
sportsmen du Caire et d'Alexandrie. Les tireurs habiles en 
tuent des quantités invraisemblables pour nos chasseurs 
d'Europe. 

Bécassine gallinule. 

{Gallinago gallimda, Linné.) 

Bécassine sourde. Le Bécot des chasseurs. Se trouve dans 
les mêmes lieux que l'espèce précédente. Apparaît à la même 
époque. S'avance moins proibndément dans le sud. 

Son tir est beaucoup moins difficile ; espèce paresseuse, 
elle laisse le chasseur approcher tout près d'elle avant de se " 
décider à partir et son vol est peu rapide. 

Bécasseau minule. 

{Tringa minuta, Leisler.) 

Très abondant, pendant l'hiver, en Egypte et en Nubie, 
dans les marais, sur les bords du Nil, autour des mares et 
des étangs. Ordinairement en bandes plus ou moins nom- 
breuses. 

Rynchée du Cap. 

[Rynchœa capensis, Linné.) 

Cette espèce appartient à un genre d'échassiers que cer- 
tains ornithologistes retirent de la famille des scolopacidés 
pour le ranger dans celle des rallidés. 

Les Rynchées. en eflét, outre quelques similitudes de ca- 
ractères extérieurs avec les Râles, s'en rapprochent encore 
par quelques-unes de leurs habitudes. Ainsi, elles se tiennent 
presque constamment au milieu des plantes, évitent les en- 
droits découverts et les Iranchissent très rapidement pour 
se cacher dans les fourrés. Elles courent très vite et vo- 
lent mal. ' 

L'aire de dispersion de la Rynchée du Cap est très étendue. 
Elle habite une grande partie de l'Afrique. En Egypte, on la 
rencontre surtout dans le Delta, dans les marais, les champs 
humides. On la tue aux environs du Caire, notamment dans 
la plaine des Pyramides. Les bords du lac Menzaleh parais- 
sent être les lieux où on la trouve le plus abondamment. 



LES ÉCHASSIERS D'EGYPTE. 



117 



Elle \it par paires ou par petites troupes de quatre à six 
individus, selon la saison. 



\ 






i>.^-7. 



<z. 



1 







Les Rynchées offrent cette particularité que le mâle est 
plus petit et a un plumage moins brillant que la femelle (1). 

(1) L'individu figuré est une femelle. 



118 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Bécasseau temmia. 

[Tringa TemmincMi, Leisler.) 

Beaucoup moins abondant que l'espèce précédente, se 
trouve dans les mêmes lieux. Se môle assez souvent aux 
bandes de Bécasseaux minules, mais, en général, vit isolé- 
ment et par paires. 

Bécasseau cincle. 

[Trinya cinclus, Linné.) 

La Briinelte. On trouve des bandes de cette espèce, en 
hiver, sur les côtes de la Méditerranée et de la mer Rouge. 

Bécasseau cocorli. 

[Tringa siiharquala^ Temminck.) 

Visite l'Egypte en hiver, mais en petit nombre. 

Sanderling- des sables. 

(CaUdris arenaria, Leach.'^ 

Peu commun. Se montre en petites bandes dans la Basse- 
Egypte pendant l'hiver. 

. Chevalier gambette. 

(Totanus caiulris, Beciistein.) 

Chevalier aux pieds rouges. Commun dans le Delta et au 
Fayoum. Rare sur le Nil en amont du Caire. 

Chevalier brun. 

[Totanus fuscus, Bechstein.) 

Barge hrune de Bullbn, Chevalier arlequin. On le trouve 
dans toute l'Egypte et en Nubie, mais en petit nombre. 

Chevalier gris. 

{Totanus griseus, Bechstein.) 

Chevalier aboyeur. Commun dans toute l'Egypte et en 
Nubie. Se tient sur les bords du Nil, le long des canaux, 
près des mares, où il vit seul ou par paires. 



LES ÉCHASSIERS D'EGYPTE. ■119 

Chevalier stagnatile. 

{Tofdmis stagnaiiUs, Bechstein.) 

On le rencontre souvent en compagnie du Chevalier Syl- 
vain. Il n'est pas très commun, mais son aire de dispersion 
s'étend sur toute l'Egypte et la Nubie. Le Fayoum est, je 
crois, la contrée où il est le plus abondant. 

Chevalier cul- blanc. 

[Totanus ochropus, Temminxk.) 

Commun. Partout où il y a de l'eau. Aux environs du 
Caire, je ne suis pas allé une seule fois à la chasse le long 
des canaux et près des mares, sans en voir. 

Chevalier Sylvain. 

{Totanus glareoLa, Temminck.) 

Hiverne en Egypte et en Nubie. Assez abondant au 
Fayoum. 

Guignette vulgaire. 

(Actif is hypoleiicos, Boie.) 

Habite l'Egypte et la Nubie. Vit sur les bords du fleuve et 
le long des canaux. 



'B 



Recurvirostre avocette. 

{Recurvirostra avocetta, Linné.") 

Visite en hiver l'Egypte et la Nubie. N'est pas très abon- 
dante. Cependant on en voit parfois de grandes bandes sur 
les bords du lac Menzaleh et dans le Delta. 

Echasse blanche. 

{Himantopus cancUcliis, Bonnaterre.) 

Commune dans le Delta. On en voit souvent de petites 
bandes autour des mares qui avoisinent les villages, nulle- 
ment effrayées de la présence de l'homme, car les indigènes 
ne les inquiètent jamais. 



120 REVUK DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Il faut, comme je l'ai dit, l'Ibis sacré de la faune ornitho- 
logique actuelle de l'Egypte proprement dite. Il séjournait 
autrefois dans le Delta, de la tin de juin jusqu'au milieu de 
janvier. Savigny dit, en effet, en avoir aperçu encore quel- 
ques individus à Kafr-Abou-Said, le 24 nivôse (14 janvier) (1). 
En résumé, les Ibis arrivaient dès que le Nil commençait à 
croître, leur nombre semblait augmenter comme les eaux du 
fleuve, pour diminuer ensuite avec elles, et l'on n'en voyait 
plus lorsque l'inondation était passée. 

Grue cendrée. 

[Griis cinerea, Bechstein.) 

Les Grues arrivent ordinairement en Egypte au mois d'oc- 
tobre. Elles s'éloignent peu du Nil, se tenant presque cons- 
tamment, soit sur les bancs de sable qui émergent au milieu 
du fleuve, soit sur les jjoints de la rive qui sont nus et bien 
découverts. Le matin elles vont dans les champs pour cher- 
cher leur nourriture; mais dès qu'elles sont rassasiées, elles 
se hâtent de revenir au fleuve, où elles passent le reste de 
la journée à jouer et à courir çà et là. Le soir, elles se ras- 
semblent sur les îles pour y passer la nuit. On sait qu'elles 
voyagent en troupes considéral)les, toujours disposées en 
cône ; c'est aussi en bandes nombreuses qu'elles vivent dans 
leurs quartiers d"hiver. Elles font preuve d'une prudence 
extrême, posent des sentinelles pour se garder contre toute 
surprise et, si elles ont été dérangées, envoient des éclaireurs 
avant de s'abattre de nouveau. Elles quittent l'Egypte au 
mois de mars. J'en ai vu, à cette époque, au Barrage du Nil, 
à la pointe du Delta. 

Grue demoiselle. 

[Griis virgo, Pallas.) 

Cette belle espèce, beaucoup moins abondante que la pré- 
cédente, arrive et repart aux mêmes époques que sa con- 
génère. Elle forme également de grandes bandes, et ses 
mœurs, ses habitudes ressemblent beaucoup à celles de la 
Grue cendrée ; le cri est aussi â peu près le même ; mais au 
vol il est facile de la distinguer par sa taille plus laible et 

(1) Histoire naturelle et wijthologiqtte de l'ihis, , p. Ii4. 



LES ÉCHASSIERS D'EGYPTE. 



121 



surtout par son plumage beaucoup plus clair qui, de loin, pa- 
rait presque blanc. 

Tantale ibis. 
[Tantalus ibis, Linné.) 
Accidentellement dans la Haute-Egypte, à l'époque de 







€- 






Tantale ibis. 



l'inondation. Oiseau magnifique, blanc, avec des reflets roses 
au dos, des taches rouges et roses sur les ailes. Les remiges 
et les rectrices sont d'un beau vert-noir brillant et les pattes 
d'un rouge pâle. Une teinte d'un rouge yermillon s'étend sur 



122 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

les parties nues de la lace qui entourent la hase d'un long- 
bec courbé, d'un jaune de cire. On le rencontre communé- 
ment aux environs de Ivartoum et sur les bords du Nil- Blanc 
et du Nil-Bleu. 

Ibis falcinelle. 

{Ibis falcinellus, Linné. 

Peu abondant. Habite toute l'année l'Egypte et la Nubie. 

Spatule blanche. 

{Platalea leucorodia, Linné.) 

Commune. Fréquente en bandes les bancs de sable du Nil, . 
les grands lacs de la Basse-Egypte, le Fayoum. 

Cigogne blanche. 

[Ciconia alba, Bechstein.) 

Pousse ses migrations jusque dans l'Afrique centrale. Ar- 
rive en Egypte et en Nubie au mois d'août pour repartir en 
mars ou dans la première quinzaine d'avril. Le départ d'Eu- 
rope a lieu par grandes bandes, lé retour se lait par couples 
ou par petites troupes. 

Cigogne noire. 

[Ciconia nigra, Gesner.) 

Peu abondante. D'un naturel farouche, aime la solitude. 

Héron cendré. 

[Ardea chierea, Linné.) 

Commun dans toute l'Egypte et la Nubie. 

Héron pourpré. 

{Ardea purpurea, Linné.] 

Abondant dans la Basse-Egypte et au Fayoum. 

Aigrette blanche. 

(Egretla alba, Bonaparte.) 
C'est surtout dans la Basse-Egypte et au Fayoum que ce bel 



LES ÉCUASSIERS D'EGYPTE. 123 

oiseau est le plus répandu. On en voit souvent de grandes 
bandes au lac Mariout. 

Aigrette garzette. 
[Egretta garzella, Bonaparte.) 

Plus commune que l'espèce précédente dans tout le bassin 
du Nil. 

Garde-bœuf ibis. 

[Bulnilciis ibis, Bonaparte.) 

J'ai dit ses mœurs familières et confiantes et le respect dont 
il est l'objet de la part des indigènes. 

Très commun, particulièrement dans le Delta, où on le 
rencontre par bandes plus ou moins nombreuses. 

Beaucoup de voyageurs ont cru voir en lui l'Ibis sacré, et 
cette erreur est encore partagée par la plupart des Euro- 
péens qui résident en Egypte. 

Nicbe au mois d'août. La ponte est de trois à cinq œufs, à 
coquille très fragile, de forme allongée et de couleur bleu- 
verdàtre. 

Quelques chasseurs européens le tuent, tentés par la blan- 
cheur de sa robe : c'est un assassinat. 

Le Garde-bœuf se montre quelquefois dans le delta du 
Rhùne. 

Crabier chevelu. 

[Baphiis comatus, Boie.) 

Habite en petit nombre l'Egypte et la Nubie. On le ren- 
contre dans le Delta et au Fayoum. Peu farouche. 

Blongios nain. 

[Ardeola minuta, Bonaparte.) 
Rare. 

Butor étoile. 

[Botaurus stellaris, Stephens.) 

Je l'ai rencontré plusieurs fois aux environs du Caire, mais 
il est surtout commun dans le Delta et au Fayoum. Il ne 
parait pas pousser beaucoup plus loin ses migrations. 



124 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Bihoreau d'Europe. 

{Nyclicorax europeus, Stephens.) 

Hiverne en Egypte et s'avance, en remontant le Nil, 
jusque dans les forêts vierges du centre de l'Afrique. Assez 
commun aux environs du Caire. 

Flammant rose. 

[Pliœnicopierus roseics, Pallas.) 

Ce curieux et bel oiseau vit en grand nombre dans les 
lacs de la Basse-Egypte et au Fayonm. Sur le Nil même, au 
contraire, il est rare. Au lac Menzaleb, on en voit des bandes 
considérables. Mais ces bandes sont extrêmement prudentes 
et prennent beaucoup de précautions pour ne pas se laisser 
surprendre. Elles sont gardées par des sentinelles qui veillent 
jour et nuit et ne laissent jamais un canot arriver à portée 
de fusil. Elles ne pèchent que dans les eaux découvertes, d'oîi 
la vue peut s'étendre sans obstacles, et évitent avec soin 
d'approcher des fourrés de roseaux. On ne peut donc observer 
ces oiseaux que de fort loin ; mais c'est un spectacle char- 
mant. Les uns nagent, d'autres sont debout sur leurs longues 
jambes. On croirait voir des fleurs blanches et rouges, flot- 
tant à la surface de l'eau ou poussées sur une menue tige 
de pourpre. Ordinairement ils se tiennent dans l'eau jus- 
qu'au dessus des tarses et s'aventurent rarement sur les 
bancs de sable. Lorsqu'ils se mettent en rang, les uns à côté 
des autres, ils figurent une longue ligne de feu, d'un ma- 
gnifique éclat. A la moindre alerte, ils s'envolent, ce sont 
alors des nuages roses et blancs qui montent vers le ciel. 
Malgré la diflîculté de la chasse, les pêcheurs du lac Men- 
zaleh prennent une assez grande quantité de Flammants. 
Ils s'approchent de ces oiseaux la nuit, montés sur un ra- 
deau, pendant que toute la bande, la tête sous l'aile, est 
plongée dans un profond sommeil, à l'exception de la sen- 
tinelle qui veille le cou levé. Un i)êcheur s'avance silencieu- 
sement en nageant et en rampant, caché par un énorme 
paquet d'herbes, qu'il pousse devant lui. Arrivé à la sen- 
tinelle, il la saisit rapidement, lui plonge la tête dans l'eau 
et la tue en lui tordant le cou. Ses compagnons sautent sur 
d'autres et les tuent de la même façon. 



LES ÉCHASSIERS D'EGYPTE. 125 

Ils capturent aussi des Flammants vivants, à l'aide d'un 
tilet étendu entre deux barques qui se dirigent, toujours la 
nuit, vers une bande de ces oiseaux. Les Flammants effrayés 
s'envolent et se prennent dans le filet. 

Le plus grand nombre de ces Flammants vivants sont 
envoyés à un marchand d'Alexandrie qui les expédie en 
Europe. 

Raie d'eau. 

[Rallus aquaticus, Linné.) 

Commun, en hiver, dans la Basse-Egypte et au Fayoum. 

Porzane Marouette. 

[PDrzana marueita, Gray.) 

Basse-Egypte et Fayoum. 

Crex des prés. 

[Creocpratensis, Beciistein.) 

Râle de genêt. Roi de Cailles de nos chasseurs. 

Visite l'Egypte en hiver, selon Heuglin. Rare. 

Brehm Fa rencontré une ibis, à sa grande surprise, dans 
les forêts vierges du centre de l'Afrique, entre 13° et 11° de 
atitude nord. 

— Doit-on, sur l'autorité de Riippell, inscrire sur la liste 
des oiseaux d'Egypte, la Porzane de Bâillon [Porzayia pyg- 
mœa, Bonaparte) ? Très douteux. 

Poule d'eau ordinaire. 

{Gallinula cfdoropus, Linné.) 

Commune dans la Basse-Egypte et dans le Fayoum, qu'elle 
ne paraît pas dépasser. 

Porphyrion à dos vert. 

(PorpJnjrio cliloronotus, Brehm.) 

Cette espèce remplace dans le nord- est de l'Afrique, le 
Porphyrion bleu {PorpJiyrio liyacinthimis, Temminck), le 
Talcve, le Porphyrion des anciens, assez commun en Algérie 



1:^6 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

et dans plusieurs autres contrées de la région méditerra- 
néenne. 

Le Porpliyrion à dos vert habite tous les lacs du Delta où 
il vit par paires. On le trouve aussi dans les rizières et dans 
les marais voisins des champs de céréales. 

Ce bel oiseau, que les Arabes connaissent sous le nom de 
dlnmé, a le devant du cou bleu-turquoise, et la poitrine bleu- 
indigo, passant graduellement au noir ardoisé qui s'étend 
sur le ventre et le croupion. La face postérieure du cou et la 
partie antérieure des ailes sont bleu-indigo. Le manteau est 
vert-foncé. Bec et plaque frontale rouge-vermillon, tarses 
rouge-brique, œil brun-rougeâtre. 

Foulque morelle. 

(Fulica aira, Linné.) 
Très abondante sur tous les lacs. 

Foulque à crête. 

{FuUcn cristala, Linné.) 

Cette espèce, ([ui est remarquable par les deux tubercules 
membraneux qui surmontent en arrière la plaque frontale,- 
est commune dans certaines parties do l'Algérii^ On la ren- 
contre en grand nombre, par exemple, dans les marais des 
environs de Bùne et d'Oran. En Egypte, elle apparaît souvent 
en grande quantité, à l'époque de l'inondation (1). 

(1) En terminant cette revue des Echassiers d'Egypte, je dois donner un 
cordial et reconnaissant souvenir à mon ami Léon Hamel, inspecteur de la 
Daira Sanieli, au Caire, qui a été souvent le compagnon de mes chasses et, en 
quelque sorte, mon guide dans un pays où il réside depuis plusieurs années. 
La passion de la chasse et de l'ornithologie l'avait conduit auparavant, honoré 
(l'une mission du Ministère de Plnstruclion publique, en Cochinchinc et au 
Tonkin. J'ai profilé plus d'une fois de ses observations, et son nom se trouve 
déjà cité dans mon travail sur les Gallinacés d'Asie, 



L'OLIVIER 

SON AVENIR, SES PRINCIPAUX ENNEMIS, 
MOYENS DE DESTRUCTION 

Par m. DEGAUX, 

Membre de la Société entomologique de France. 

{ SUITE ET FIN * ] 




Tinea olivella (B. de Fonscolombe) (Fig. 3j. (Chenille mi- 
neuse des noyaux de l'olive. 

Papillon gris 
cendré luisant , 
antennes filifor- 
mes, ailes allon- 
gées , les supé- 
rieures luisantes, 
légèrement mar- 
brées de nuances 
noirâtres , fran- 
gées à l'extré- 
mité ■ ^eS infé— ^''0- ■'• — Tinca olivella. larve minuscule du 
, , noyau de l'Olive. 

rieures cendrées, 

moins foncées que les supérieures, pattes grises. 

Chenille, longueur G millimètres, d'un vert grisâtre mar- 
bré, tète jaunâtre, mâchoires noires, pattes au nombre de 
seize. 

Chrysalide jaunâtre avec les étuis des ailes un peu bruns. 

MŒURS ET DESTRUCTION. 

La femelle de ce papillon dépose un œuf sur l'olive en for- 
mation, au moment où elle est à peine nouée; aussitôt réclu- 
sion de la chenille, elle pénètre dans le noyau encore tendre 
et s'y établit ; elle dévore la partie intérieure du noyau pour 
se nourrir et arrive à toute sa croissance en septembre. 
Alors, elle perce le lioj'au à l'endroit où le fruit s'attache au 

(*) Voyez Revue, année 1892, 1" semestre, p. 375, et plus haut, p. 27. 



128 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

pédoncule et se laisse tomber sur le sol, pour se transformer 
le plus souvent en terre. Le fruit, miné à son point d'attache, 
tombe au moindre vent ; il contient, assez souvent encore, la 
chenille, qui s'empresse de sortir de l'olive pour se transfor- 
mer. On fera donc très sagement de détruire les fruits tom- 
bés et de les détruire par le feu, ou de les détriter de suite. 

La métamorphose exige vingt à vingt-huit jours pour don- 
ner le papillon qui créera une seconde génération et dont les 
moeurs diffèrent complètement de la première. 

Pour cette génération d'hiver la ponte a lieu sur les 
feuilles, aussitôt sa naissance, la jeune Chenille s'introduit 
entre les deux membranes de la feuille qu'elle mine, elle 
atteint tout son développement fin mars, sort de la feuille et 
se chrysalide entre les bourgeons et les jeunes branches en 
s'enveloppant dans quelques fils de soie. Le Papillon éclot 
vers la fin d'avril. 

Les deux manières de vivre de cette Chenille qui se nour- 
rit tantôt de la substance farineuse et grasse de l'amande du 
noyau et du tissu cellulaire d'une feuille aussi peu charnue 
que celle de l'Olivier a donné lieu à de grandes discussions. 

Des savants distingués : Boyer de Fonscolombe. Guérin- 
Méneville, etc., ont soutenu qu'il y avait deux espèces bien 
distinctes ; d'autres savants non moins distingués : Dupon- 
chel, Milière, Stainton, etc., soutenaient qu'il n'y avait 
qu'une espèce. Il est admis aujourd'hui, et nous sommes de 
cet avis, (|u'il n'y a qu'une seule espèce ayant deux généra- 
tions. 

Cette chenille est, après le Dacus, l'ennemi le plus redou- 
table de la production d'olives, il faut donc la détruire et en 
arrêter l'extension par tous les moyens en notre pouvoir. 

A l'état de papillon, on peut en détruire un grand nombre. 

1° En allumant des feux (lampes à feu nu avec réflecteur), 
dans les champs d'oliviers, depuis le commencement du cré- 
puscule jusqu'à onze heures du soir, où la Tinea oUvclla 
viendra se brûler en mai et en octobre, époques des accouple- 
ments nocturnes. 

2" Les pièges au miel arsénieux, indiqués contre le Dacus 
donneront aussi de bons résultats. 

A l'état de larves sortant des olives : 

1° En ramassant les olives tombées et en les détruisant, 
soit par le feu, soit par le détritage. 




L'OLIVIER, SES ENNEMIS. 129 

2*^ En employant les trois procédés indiqués contre le 
Daciis. 

Le labourage fréquent et léger sous les oliviers, qui ramène 
les pupes ou chrysalides à la surface où elles sont dévorées 
par les oiseaux. 

L'emploi de la suie de cheminée semée sous les arbres. 

Et l'emploi des chiffons pétroles comme engrais. 

Insectes s'attaquant au bois de l'olivier. 
Phlœotribus olcœ Latreille) ou Babaroife dans le midi. 

(Fig. 4.) 

Cet insecte est un Coléoptère appartenant à la famille des 

Xylophages ; lorsqu'il est nombreux il 
i^ épuise l'olivier et peut arriver â le laire 
mourir. 

Longueur 2 millimètres, noirâtre, 
revêtu d'un duvet grisâtre : antennes 
ayant le dernier article divisé en trois 
Fiff.i. — P/dœoti-ibusoie<s, ïeuillets inégaux : élytres bombées, 

l^emelle parasite du Z>«a« g^j,-égg^ pOllctuéeS, llérissécs de poils 

roux : corps ramassé, pattes brunes. 

Mœurs. Vers la fin d'avril ou le commencement de mai la 
femelle vient déposer ses œufs sur les brandies moyennes de 
l'olivier, elle choisit les branches malades ajant peu de sève. 
Pour pondre, elle commence par percer une galerie trans- 
versale entre l'écorce et l'aubier (les deux sexes concourent 
à ce travail préliminaire), puis elle dépose 20 à 35 œufs dans 
autant de petites encoches disposées à droite et à gauche de 
sa galerie. Après la ponte, le mâle, avant de mourir (assez 
souvent), revient à reculons jusqu'à l'oriflce du trou d'entrée 
qu'il bouche avec son corps ; la femelle meurt dans la gale- 
rie. Cette particularité, que j'avais déjà constatée pour les 
femelles et non les mâles d'ffylesinus Aicbei et Tliuijœ (in- 
sectes de la même famille), a été remarquée par plusieurs 
savants observateurs, entre autres A. Peragallo de Nice. 

Les larves font des galeries i)erpendiculaires dans le sens 
des tibres, se métamorphosent dans les galeries et sortent 
insectes parfaits environ deux mois après la ponte, c'est-à- 
dire au commencement de juillet. 

Dès qne l'insecte est éclos, il se répand sur l'olivier dont il 

u Août 1892. 9 



130 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

ronge et perce l'écorce tendre; autour des jeunes pousses qui 
doivent assurer la récolte future, il traverse quelquefois la 
Lase des petits rameaux de part en part, ses galeries sont peu 
profondes, il les abandonne à volonté, pour aller en creuser 
d'autres dans le voisinage, car c'est uniquement pour se 
nourrir qu'il les pratique et non en vue d'une seconde 
génération. 

De nombreux savants: Risso 1826, Ingénieur Bernard 1842, 
Bompar 1848, Companyo 1858, le D' Martinenq 1863-1864, 
A. Peragallo 1882, et autres, ont étudié le Ph'œotribus oleœ, 
qui commet de réels dégâts aux Oliviers, Nous avons lu avec 
attention les principaux travaux parus jusqu'ici ; il reste en- 
core beaucoup de points importants à connaître et à élucider, 
entre autres : 

Que devient le Phlœotribus pendant la saison d'hiver ? 

A-t-il une deuxième génération comme le supposent Ber- 
nard, Companyo, Bompar et d'autres ? 

Peut-il pondre sur les branches de l'Olivier vivant ? 

Nous avons trouvé en hiver dans une branche d'Olivier 
percée de trous de sortie du Phlœoti^ihus, plusieurs insectes 
vivants ; doit-on admettre que cet insecte rentre dans les ga- 
leries qui l'ont vu naître pour y passer l'hiver ? 

Une seconde ponte partielle opérée en août dans les 
branches malades de l'Olivier, nous paraîtrait très rationnelle, 
cependant, il ne nous a ]tas été donné de la vérifier. Nous 
avons observé que V Ilylesiniis Aiihel et Thui/œ, insectes de 
la même famille et très voisins comme mœur.^, ont deux 
générations dans les branches de Thuyas. 

Quant cà la ponte au printemps sur les branches malades de 
roiivier, il ne peut y avoir de doute à cet égard. On a re- 
marqué qu'il donnait la préférence aux branches d'élagage, 
fraîchement coupées ; ce qui se comprend, l'Olivier bien soigné 
ayant perdu après la taille ou l'élagage, le bois mort ou ma- 
lade qui convient au PlilœoiriJms, il pond dans ces dernières 
mises à sa portée ; mais il n'est pas douteux, qu'à défaut de 
celles-ci, l'insecte saurait bien découvrir sur les arbres vivants 
des branches pour y déposer l'espoir de sa race. 

En attendant la connaissance plus complète de ses mœurs, 
on fera bien, après l'élagage en avril, de déposer les branches 
moyennes ou grosses, en petits tas près des Oliviers, le Phlœo- 
triJjHs viendra y déposer ses œufs et vers le l*"'' juin, on 



L'OLIVIER, SES ENNEMIS. 131 

détruira ces bois par le feu, ou on les fera séjourner plusieurs 
jours sous l'eau. C'est jusqu'ici le moyen le plus sûr pour 
combattre cet insecte nuisible et diminuer les cliances de 
pontes sur les Oliviers. 

Les petites branches ou brindilles provenant de l'élagage 
contiennent souvent des Phlœotlirips, Cochenilles, Chenilles 
et autres insectes nuisibles, il est urgent de les brûler immé- 
diatement. 
HylcsliiKS Fraxinl (Fabr ), en France. 
H U lesimis oleipe?Yla {F ABR.), en Italie, Tunisie et Algérie. 
Ces insectes xylophages, d'une taille double du Phlœolribus 
oleœ, ont exactement les mêmes mœurs et vivent dans les 
grosses branches, cfuelquefois dans le tronc de l'Olivier, ils 
sont souvent mélangés avec le Phlœofribus sur la même 
branche, sans jamais confondre leurs galeries respectives. 

Le moyen de destruction est le même que pour le Phlœo- 
tribus. 

L'Olivier est en outre attaqué par un grand nombre d'in- 
sectes de tous ordres, qui le font soufï'rir, nous citerons les 
principaux, sans entrer dans le détail de leurs mœurs, qu'on 
trouvera dans les ouvrages que nous avons consultés. (Voir 
Index bibliographique.) 

Phlœotlirips oleœ (de Targioni) Ver noir qu Barban. 
Psylla oleœ ou puceron de l'olivier. 
Lecaniiim oleœ (Bernard), cochenille de l'olivier. 
Cionus gihUfrons (Kiesenw), Peritelns Schœnherri et Pe- 
ritelus Cremieri (BoHM.)qui rongent les feuilles des jeunes 
pousses et des greifes de l'Olivier. On les détruira en secouant 
doucement ces jeunes tiges sur un parapluie, et en jetant au 
feu les insectes tombés. 

L'Olivier est quelquefois envahi par une maladie cryptoga- 
mique la Morfée ou Fumagine. M. Rivière indique comme 
moj'encuratif : les aspersions d'eau de chaux; le soufrage 
par sublimation ; le lavage et le brossage ; enfin la suspension 
sous les arbres de faisceaux de paille imbibés de coaltar con- 
seillé par le D'' Signoret pour tuer ou éloign-er les mâles ailés 
de Cochenilles. 

RÉSUMÉ. 

1. Nous ne devons pas perdre de vue que, par suite des 
progrès de la science, qui ont jeté dans le commerce de 



132 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

grandes quantités d'huiles de graines diverses, l'Olivier doit 
être cultivé uniquement comme producteur d'huile comes- 
tible et que nous devons tenter tous les moyens pour en amé- 
liorer la qualité par la culture, et lui conserver sa renommée 
■ universelle. 

2. Planter les Oliviers en laissant 12 mètres entre chaque 
arbre, choisir un sol sec et une exposition abritée des vents 
du nord. 

3. Choisir la greffe en vue de la meilleure qualité d'huile à 
obtenir ; le rendement peut être réalisé par la taille et les 



engrais. 



4. Ne rien semer, autant que possible, sous les Oliviers, de 
façon £\ pouvoir donner des labours légers ; le plus souvent 
possible, détruire les mauvaises herbes, rendre le terrain 
perméable à la pluie. 

5. Si l'on tient à récolter sous les Oliviers, donner la pré- 
férence aux légumineuses Haricots, Fèves (après avoir désin- 
fecté la semence au sulfure de carbone, comme il a été dit), 
plantés en lignes, qui ne demandent que trois mois pour 
mûrir, et permettent de labourer le sol et de surveiller les 
arbres en tous temps. Les Céréales, Vignes, Luzernes doivent 
être proscrites dans une bonne culture d'Olivier. 

6. Après le labour du printemps, semer de la suie de che- 
minée additionnée de cendres, pour détruire les larves du 
Dacus et la chenille d'Olivella au moment où elles quittent 
l'Olive pour se transformer en terre. 

•7. Fumer les Oliviers (1) de préférence avec des chilfons de 
laine imprégnés de pétrole, pour détruire les larves ou insectes 
qui se métamorphosent en terre. A défaut tous autres engrais 
enfouis tous les deux ans. Ne pas perdre de vue que plus un 
arbre est vigoureux, moins il est attaqué par les insectes. 

8. Tailler l'Olivier de façon à lui faire pousser le plus de 
jeunes bois possible, à l'aérer et à le rendre vigoureux. 

9. Maintenir les Oliviers à une hauteur qui permette 
d'opérer la cueillette des olives à la main avec des échelles, 
ou tout au moins pour la plus grande partie. Ne pas perdre 
de vue l'amélioration de la qualité de l'huile. 

(1) L'observation a démontré que les engrais, en hâtant la végétation, affer- 
missent les olives sur l'arbre et que leur maturité est d'autant retardée, ce qui 
les rend moins attaquables eu août et septembre par le Dacus. En général, un 
arbre vigoureux est toujours moins contaminé qu'un arbre chélif. 



L'OLIVIER, SES ENNEMIS. 133 

10. Diviser les champs d'Oliviers en deux lots, et tailler 
chaque année un de ces lots, ce qui permettra de récolter 
chaque année et d'équilibrer le travail (relire avec soin, ce 
que nous avons dit plus haut, des avantages multiples de 
cette méthode). 

11. Elaguer chaque année le bois mort ou les branches 
malades, en avril au plus tard, déposer comme pièges pour 
les Phlœotribus et Hylesimis, les grosses et moyennes 
branches sous les oliviers, détruire celles-ci par le feu ou les 
noyer pendant quelques jours, vers le l"'' juin. Détruire 
immédiatement par le feu, les petites branches et brindilles 
qui pourraient contenir des insectes. 

12. Tenir le tronc et les grosses branches lisses, en raclant 
l'arbre pendant l'hiver (sur une toile étendue) et détruire par 
le feu, les écailles, les mousses détachées, elles contiennent 
toujours des larves et des insectes abrités dans ces repaires. 

13. Pendant l'hiver, recueillir les feuilles minées, conte- 
nant la chenille d'Olivella et les brûler. 

14. Récolter les olives, de préférence dès la fin de novem- 
bre, décembre et janvier, ne jamais dépasser la fin de mars. 
11 est démontré aujourd'hui que le meilleur moment pour 
cueillir l'olive est celui oîi celle-ci est arrivée aux 4/5 de sa 
maturité ; plus tard, elle donne moins d'huile et celle-ci est 
d'une quahté moindre. 

15. Cultiver les Oliviers de façon à pouvoir proscrire le 
gaulage des olives, se rappeler que toute olive meurtrie se 
conserve mal et donne une huile de qualité inférieure. 

16. Eviter le séjour des olives dans les magasins avant de 
les détriter. En adoptant la méthode préconisée par nous au 
numéro 10, ce séjour ne sera plus nécessaire. 

n. Ramasser les olives tombées sur le sol, le plus promp- 
tement possible, soit pour les détriter de suite, soit pour les 
brûler, si elles ne contiennent pas encore assez d'huile. Ces 
olives renferment une larve, soit d'OlivcUa, soit de Dacus. On 
pourrait, par quelques coups légers imprimés à l'Olivier, faire 
tomber les olives contaminées par l'Olivella. 

18. Dans les années où le Dacus est innombrable, suivre le 
conseil donné par Guérin-Méneville, c'est-à-dire' récolter 
dès le pre;:;r<rr octobre et détriter les olives immédiatement, 
pour sauver un peu d'huile et détruire une grande partie des 
larves devant perpétuer cette race nuisible. 



134 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

19. Détruire le Dacus et le papillon OllvcUa, par le pro- 
cédé que nous avons expérimenté ; c'est-à-dire en plaçant 
dans les oliviers des vases plats, contenant un peu de miel 
additionné de un pour cent d'acide arsénieux (ou d'un autre 
produit toxique pour les insectes et reconnu inofFensif pour 
les oiseaux). Il faut l'employer particulièrement du l<=r avril 
au mois d'août pour exterminer le plus grand nombre pos- 
sible de ces insectes avant la ponte, qui doit fournir la 
première génération. 

20^ Par des temps calmes, allumer dans les champs d'Oli- 
viers des. lamps à feu nu, avec réflecteur, depuis le moment 
du crépuscule jusqu'à 11 heures du soir, où la Tinea olivclla 
viendra se brûler en mai et en octobre, époques des accou- 
plements nocturnes. 

21. Protéger les oiseaux insectivores, les attirer en plarant 
des niclioirs artificiels dans les champs d'Oliviers (ce procédé 
nous a réussi en Picardie, dans les Pommiers. Nous avons 
montré par un exemple, qu'une nichée de Mésange charbon- 
nière, composée des six petits et des père et mère, dévoraient 
dix mille Dacus et Chenilles pendant les vingt jours néces- 
saires pour élever cette nichée. 

22. Eviter de tuer les hyménoptères parasites du Dacus, 
dont il a été parlé dans cette étude ; les élever comme il a été 
dit, s'il est possible. 

23. Surveiller la fabrication afin d'empêcher les mélanges 
fi\iuduleux, si nuisibles à la bonne renommée de l'huile 
d'Olive. 

24. Donner des soins minutieux à la i)ropreté des moulins 
et à la conservation de l'huile. 

Vœu. Nous formons le vœu qu'il soit établi un congrès 
réunissant les principaux producteurs d'Olivers de France et 
d'Italie, pour voir fixer la clôture de la récolte des Olives du 
15 mars au 1" avril. Quand il s'agit d'un si grand intérêt, la 
loi doit protéger le bon vouloir des uns, stimuler la paresse 
des autres et travailler pour l'avantage commun sans écouter 
les réclamations de la routine. C'est, si nous ne nous trom- 
pons pas, en vertu de ce principe, qu'ont été établis les lois 
et règlements relatifs aux mesures sanitaires à prendre en 
temps d'épizootie, à l'échenillage, etc. 



L'OLIVIER, SES ENNEMIS. 135 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 

Genèse (chap. viii, verset 2, Ramum olivœ virentibus foliis). 
Galon l'Ancien, De re rustica, traduit par Sabonreux, 1771. 
Columelle, De arboribus, traduit par Claude Cotereau, Paris, 1552. 
Pline, livre XV, ch. vu, et livre XXIII, chap. iv. (i'^'' siècle de notre 

ère ] 
Ingénieur Bernard, Traité de la culture de V Olivier, 1782-1843. 
Rosier, Traité d'agriculture, 1801. 

LoquGz (l'abb'i), Histoire naturelle de la Morfée, Nice, 1806. 
Pelletier, L'Oliuille, 1816. 

Risso, Histoire naturelle des productions, etc., vol. II'', Paris, 1826. 
Laure, De la mouclie et du ver de l'olive. Soc. d'agr. du Var, 1831. 
Passerini, Alcune notizie sopra una si^ecie d'insetto, Fizenze, 1834. 
Boyer de Fonscolombe, Annales de la Soc. Eut. de France, 1837 et 1840. 
Cauvin, Observations sur le téphrite, Nice, 1810 et 1842. 
Roubaudi, Nice et ses environs, Paris et Turin, 1843. 
Mazzarosa, La pratiche délia canipagna Lucchese, Lucca, 1846. 
Gue'rin-Me'neville, Journal d'agriculture pratique, etc., n'' 7, avril 1847. 
Bompar, Mémoire sur les insectes qui vivent aux dépens de l'Olivier., Dra- 

guignan, 1848. 
Companyo, Annales de la Soc. agric, etc., Pyrénées Orientales. 1858. 
Bonafous (Norbert), Mémoires de l'Académie des sciences, etc., Aix, 1862. 
Martinenq (D""), de Grasse, Rapports sur les insectes rongeurs des Oliviers, 

1863 et 1864. 
José de Hidalgo Tablada, Tractato del cultioo del Olivo, Madrid, 1870. 
Lichtenstein, Manuel d'entomologie, etc., 1870. 
Barbe père (de Cannes), Étude sur t Olivier, Nice, 1875. 
Coulance, L'Olivier, Paris, 1877. 
Girard (Maurice), Catalogue des animaux utiles et nuisibles, Paris, 1878, 

v II. 
Annali di Agricoltura, n'^ 9, Roma, 1879. 
Colvei (Pablo). Madrid, 1880. 
Targioni Tozzetti, Annali di agricoltura, 1881, parte scientifica, Fizenze 

et Roma. 
Peragallo (A.), L'Olivier, son histoire, etc., Ni'ce, 1882. 
Bouche, Histoire de Provence, tome P''. 
Haliday, The entomol. Mag., t. III. 
Slaiuton, Microlépidoptères, Londres, vol. XI. 



L'HORTICULTURE FRANÇAISE 

SES PROGRÈS ET SES CONQUÊTES DEPUIS 1789 

Par m. Charles BALTET, 
Horticulteur, président de la Société horticole de l'Aube. 

(suite *.) 



L'Œillet (le Chine, aux tons cramoisis ou veloutés, propre 
aux bordures, comme le Tagète dit « Œillet d'Inde ». 

La Pensée des jardins qui, depuis 1810, a élargi son masque 
au-delà d'un écu de six livres, en le fardant avec goût. 

Le Plilox de Drummond, plante du Texas, toujours fleuri 

de corolles simples, doubles ou étoilées, bien distinct de son 

aîné le Phlox vivace, pyramidal ou acuminé, des États-Unis. 

La richissime Pivoine, indigène ou exotique, si bien variée. 

La Potentille doublant sa corolle, de 1852 à 1859, dans les 

jardins de Mauvier et de Lemoine. 

La Pyrèthre rose du Caucase, qui a modifié sa livrée et 
doublé, depuis quarante ans, chez Beddinghaus, Simon Louis, 
Lemoine, Vilmorin. 

Les Pourpiers de l'Amérique Sud, s'épanouissant en i)lein 
soleil, manifestant leur duplicature en 1852, chez Lemoine. 
De charmantes races d'apijartement, la Primevère de 
Chine propagée par Soulange-Bodin, dès 1822, et depuis, le 
Primula cortusoides de Sibérie, plus rustique que l'espèce 
japonaise aux hampes verticillées. De 1838 à 1850, nous avons 
la fleur double, la fleur striée et la feuille frangée du type 
chinois. 

La Reine-Marguerite de la Chine. Qu'il est loin de nous le 
disque floral de 1750, si humble lors de son entrée en 
France! Quelle évolution complète avec Vilmorin, Jacquin, 
Bossin, Truffaut, Fontaine, René Lotin, Malingre ! Nous 
avons créé des races naines ou élevées, à fleurs imbriquées, 
couronnées, récurvées ou tuyautées, se reproduisant par le 
semis des graines. 

(*) Voyez Eevue, année 1891, note p. 583, et année 1892, 1" semestre, note 
p. 478, 



L'HORTICULTURE FRANÇAISE DEPUIS 1789. 137 

La Rose trémière, Althœa rosea, de Syrie, décor distingué 
de nos parcs, quand un repoussoir de verdure le l'ait valoir. 

La modeste Violette, qui est devenue, à l'air libre ou sous 
verre, l'objet d'un commerce considérable en toute saison. 

Le Zinnia du Mexique. Ici encore, l'arrivée d'un plant à 
fleur pleine, de Tarascon ou de Moulins, vers 1854, a révolu- 
tionné cette Composée rustique et florifère, déjà connue en 
1789. En ce moment, l'élaboration est à la recherche de 
races touffues ou élancées, aux capitules bien francs dans 
leurs nuances unicolores ou panachées. 




Comte Léonce de Lamberlye (1810-1877), Président fondateur de la Société 
d'horticulture et de viticulture d'Epernay, auteur d'une étude sur le Frai- 
sier, sur les plantes vasculaires de la Marne, la culture i'orcée, etc. 

Arrêtons là nos citations, bien que nous ayons négligé du 
beaux genres, tels que Clarkia, Collinsia, Énothère, Gaura, 
Gilia, Godetia, Leptosiphon, Salpiglossis, Schizanthus, d'ori- 
gine américaine, comme le Coréopsis et la Gaillarde. En 
parcourant les galeries réservées aux lots fleuris et renouve- 
lés à chaque concours, on est émerveillé de la richesse et du 
nombre d'espèces vivaces ou annuelles présentées au public. 

Ces mêmes exhibitions n'ont-elles pas été la réhabilitation 
des plantes bulbeuses, d'autant mieux que la tige florale dé- 
tachée de la souche peut continuer, — le pied dans l'eau, — 



138 



REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 



à parcourir les phases successives de son épanouissement. 

Après les Iris de Lémon, de Jacques, de Modeste Guérin, 

de Victor Verdier, après les Tulipes (1) et les Jacinthes de 




Zinnia, du Mexique ; lype à fleur double (France). 



(1) Les Flandres étaient encore le foyer de la • Tulipomanie » lorsque des 
jardiniers, des amateurs et des botanistes fondèrent à Lille, le 16 août 1828, la 
Société d'horticulture du département du Nord. La première exposition publique 
eut lieu le 1" mai 1829, avant Nantes et Paris. 



L'HORTICULTURE FRANÇAISE DEPUIS 1789. 



139 



Tripet et Leblanc, de Pirolle, de Roussel, cent ans après les 
Anémones et les Renoncules qui ont fait les délices de nos 
pères, au temps de la splendeur des Primevères et des Am-i- 
cules, voici des débutantes qui, d'un bond, s'élèvent au rang- 
d'étoiles. 




.'-i: 












Balisier de Tlnde [Canna indica] ; type « florifère » (France) 



Ces ravissantes Amaryllis américaines, africaines ou asia- 
tiques, et le Clivia de Port-Natal, flammé d'orange ou de 
minium, la parure naturelle de l'appartement ou de la serre. 

Tous ces Balisiers de l'Amérique australe démontrant en 
cette saison qu'une plante à beau feuillage peut devenir ou 
rester une plante à floraison brillante, ou tout simplement 



140 REVUE LES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

agréable. Le métissage du Canna, commencé en 1846 par 
l'amateur Année, qui avait étudié ce beau genre au Chili, l'ut 
continué par Chaté, par Rantonnet, par Crozy, par le per- 
sonnel de la Muette, à la Ville de Paris, et antérieurement 
par Lierval. Ce dernier n'a pu survivre à ses plantes mortes 
de froid pendant la guerre, laute de charbon. . . 

Le Freesia, l'ancien Gladiolus refractus du Jardin des 
Plantes (1812), qui a tenté le pinceau artistique de Redouté. 
Plante à bouquet blanc, le Freesia a été accaparé par la cul- 
ture forcée, comme la Jacinthe romaine, le Glaïeul de Col- 
ville, et le coquet emblème de la jeunesse, le Muguet, qui pro- 
duit sous verre et par an, pour 500,000 francs de fleurs, dans 
la seule banlieue de Paris. 

Ces Glaïeuls nés d'hier et qui, par le labeur patient du 
semeur, à Gand d'abord, à Fontainebleau ensuite, puis à 
Nancy, ont grandi leur périanthe et centuplé les touches 
fines et délicates, les tons vifs, satinés ou nuages des pétales. 
Après le Gladiolus gandavensis si coquet, après le Gladiolus 
nanceianus si étonnant, quelles surprises nous ménagez- 
vous, victorieux chercheurs? 

En deux mots, voici l'état-civil de la famille. 

Le Glaïeul de Gand, obtenu en 1837 par Beddinghaus, ré- 
sulte de la fécondation des G\R(\io\us 2)siJ/aci>ufs (Java, IS'iS), 
par les G. floribondus et carcUnalis (Cap, 1789). Quelques 
années plus tard, Souchet, à Fontainebleau, croisait les nou- 
veaux venus avec les Gladiolus hlandus et ramosus. Enfin, 
dès 1875, les derniers gains croisés avec le Gladiolus pur- 
pîireo auratus (Natal, 1870), — et le produit étant fécondé 
avec le Gladiolus Saundersii, de la même origine, — com- 
mencèrent cette série hybride, à fleurs démesurées et à 
coloris resplendissant qui sera une des gloires de Victor 
Lemoine, l'heureux auteur de ces combinaisons successives. 

Ces Lis exotiques, à corolle tubulée ou évasée, au fin colo- 
ris rehaussé de bandes dorées ou bronzées, de mouchetures 
ponceau, de reflets chamois, maïs ou cinabre, croissant à in- 
discrétion sur les montagnes japonaises, chinoises, hima- 
layennes, caucasiennes, ou étalant leurs grâces sous les om- 
brages de l'Amérique boréale, sont venus lutter avec nos 
enfants des Pyrénées, des Alpes, du Jura ; mais les filles du 
Ciel, fraîchement débarquées, qui ont étonné les visiteurs du 
Trocadéro, ne feront cependant pas oublier l'arrivée du Li- 



L'HORTICULTURE FRANÇAISE DEPUIS 1789. 



141 



lium speciosum ou lancifolium, vers 1850, par von Siebold, 
médecin de l'ambassade hollandaise au Japon, ni celle du 
Lilium auratum, envoyé de Tokio dix ans plus tard, par 
l'explorateur anglais John Gould Veitch, et s'épanouissant 




Lilium speciosum (Lilium lancifolium), du Japon. 

crânement, en 1850, à Ivry, chez le rosiériste Charles Verdier. 
Le Montbretia, Iridée du Cap ; depuis cinq ans, une main 
exercée à la pollinisation, le marie avec le Crocosmia, don- 
nant ainsi raison à la théorie de la fécondation et de l'hybri- 
dation exposée par Adolphe Brongniart (1801-1876), Edouard 



142 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Delaire (1810-185T), Henri Lecoq (1802-1871), et par Charles 
Nandin et Bernard Verlot, toujours sur la brèche. 

Le Tritoma, cette Liliacée du Cap, éclatante et originale 
dans son expansion florale, corail et citron. 




Morelle robuste [Solanum roiuslum], du Brésil, 

Et le Pliormium, textile néo-zélandais, et l'Aspidistra de 
Chine, docile à la température variable des ap[)artements, 
et le vieux Yucca (Ij, cette pittoresque et arborescente Li- 



(1) Le Yucca a conservé son nom caraïbe, comme TAkebia, l'Aralia. l'Au- 
cuba, le Catalpa, le Giiikfço ont frardé leur dénomination « indigène «. D'autres 
végétaux rappellent un botaniste : Bouvard. Buddle, Clark, Collins, Dahl, 
Deutz. Forsyth, Fuchs, Kœlreuler, Lavater, Leschenault, Lippi, Lobel, Magno!, 
Marlyn, Morin, Zinn, etc. 



L'HORTICULTURE FRANÇAISE DEPUIS 1789. 143 

liacée de pleine terre, de serre ou d'orangerie, extirpée, non 
sans peine, des ravins ou des rochers de l'Améncxue sep- 
tentrionale. 

Nous comprenons l'extase de nos ancêtres devant la coupe 
d'une Tulipe ou la facture d'une Renoncule ; mais s'ils eus- 
sent connu nos conquêtes dans le monde des fleurs, se se- 
raient-ils ruinés pour un bulbe de Mariage de ma fille et 
Méliul se fùt-il écrié, dans un accès de lyrisme, qu'un champ 
de Renoncules était comparable aux mélodies de Gluck et de 
Mozart ? 

La vogue continue aux plantes à feuillage ornemental, vert 
ou coloré : les Bananier, Datura, Montagnea, Nicotiana. Per- 
sicaire. Rhubarbe, Ricin, Senecio, Solanum, Wigandia, etc., 
à grand développement, sont distribués sur les pelouses de 
gazon, tandis que les Alternantheras, les Coleus (le Plec- 
tranthus, de Ryfkogel), les Achyranthes, nuancés de rubis, 
de pourpre et d'amarante se massent en corbeilles ou entrent 
dans les combinaisons fantaisistes de la « mosaïcultiire », 
avec les Sedum et les Sempervivnm ; ces combinaisons ont 
leur raison d'être quand elles sont raisonnées sur le dogme 
de l'affinité et du contraste simultané des couleurs complé- 
mentaires, professé par Chevreul (1186-1888), de l'Institut. 

Trop longtemps négligées, les plantes aquatiques travail- 
lées lar Denis Hélye, Armand trontier, Latour - Marliac, 
réapparaissent sur nos eaux et peuplent nos rivages, et les 
miniatures alpestres, réhabilitées par Jean-Baptiste Verlot, 
par Correvon, s'implantent dans les rocailles à toute alti- 
tude. Parmi les premières, nous retrouvons au pavillon du 
Brésil la Victoria regia, cette Nymphéacée gigantesque qui 
excitait, il y a quarante-cinq ans, l'admiration de Bonpland 
et d'Orbigny, explorant un afliuent de l'Amazone ; son ins- 
tallation fut l'objet d'une construction spéciale au Muséum, 
et chez Louis Van Houtte (1810-1876), de Gand, véritable 
Français par le cœur, né au lendemain de l'exposition de 
Frascati. 

Il n'est pas jusqu'aux Graminées, au Gyneriiim, l'herbe 
des Pampas de Buenos-Ayres, au Gymnotrix de Montevideo, 
à l'Eulalia du Japon, au Maïs japonais rubané blanc de lait, 
qui ne viennent, pendant la période centenaire, apporter 
leur note légère et vaporeuse dans le concert perpétuel de la 
symphonie des fleurs. [A suivre). 



II. CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 



Croisement du Cerf d'Europe avec le Wapiti de l'Amé- 
rique du Nord. — A la séance de la Société forestière de Silésie, 
M. Gessner-Faruowitz, maître forestier, a rendu compte de ses essais 
d'hybridation. Il avait obtenu deux hybrides ; ceux-ci s'etant déjà 
reproduits, l'on put élever plusieurs daguets. Avec des soins vigi- 
lants, l'on parviendra certainement à fixer cette race qui remplacera 
bientôt dans certains pays notre Cerf d'Europe. De B. 

Fourrures de Renard bleu. — Aux Etats-Unis, un décret nou- 
veau défend la chasse du Renard bleu ou Isatis [Vulpes lagopus) sur 
les îles Fribyloff, silue'es dans la mer de Behring. On espère ainsi 
protéger l'Isatis, car le commerce de sa fourrure prenait une extension 
trop considérable. Mais cette loi va priver, paraît- il, la Compagnie 
commerciale de l'Amérique du Nord d'un revenu annuel qui s'élevait 
à 20,000 dollars. G. 

Les eaux de drainage et les poissons. — Pour démontrer 
que les eaux stagnantes de drainage descendues dans les rivières et 
lacs n'étaient point nuisibles aux poissons, la Municipalité de Berlin 
a fait creuser, près MalcholT, cinq étangs qui sont alimentés par ces 
eaux exclusivement. Chaque étang a 20 m. de large sur 50 m. de lon- 
gueur. L'expérience commencée il y a quelques années a donné d'ex- 
cellents résultats. Les étangs en question furent peuplés de Truites de 
ruisseau, de Truites arc-cn-ciel d'Amérique, de Lavarets et de Carpes. 
Tous ces poissons se sont développés parfaitement et paraissent fort 
bien portants. Les organismes végétaux inférieurs qui pullulent dans 
les eaux de cette nature, loin de nuire aux poissons, contribuent à la 
multiplication des organismes animaux dont se nourrissent les poissons. 
On peut donc affirmer que descendre les eaux de drainage dans les 
rivières ne peut avoir aucune influence fâcheuse pour leur population 
poissonnière. C. K. 

Fabrication du sucre de betteraves. — La fabrication du 
sucre est chaque jour mieux étudiée. On a établi récemment à 
Nebraska une station expérimentale pour la production de betteraves 
dont on voulait exiger une très grande richesse en saccharine. DilTé- 
rentes méthodes de culture ont été expérimentées dans ce but. On 
poursuit un choix de semences, pour obtenir une plante très supé- 
rieure à celles d'Europe. D'autre part, des stations ont été organisées 
dans le Kansas pour le perfectionnement du sucre de canne, tant pour 
une plus forte production des mélasses que pour un rendement supé- 
rieur en alcool. De S. 



Le Gérant : Jules Grisard. 



I. TRAVAUX ADRESSÉS A LA SOCIÉTÉ, 



L'ÉTAT ACTUEL 

DE L'HIPPOPHAGIE EN EUROPE 

Par m. E. LECLAINCHE, 

Professeur à l'Ecole vétérinaire de Toulouse 

Et m. Ch. MOROT, 

Vétérinaire municipal à Troyes. 



(SUITE *) 



KoYAU^tiE DE Saxe. 

En Saxe, la viande de cheval est vendue en assez grande 
quantité pour l'alimentation de l'homme ; il en est de même 
dans quelques villes pour la viande de chien (1). Ci-joint les 
statistiques se rapportant à des animaux de ces deux espèces 
livrés à la consommation de l'homme : 

/ En 1881, 67 chevaux à Dijheln, 68 â Rossiuein et 58 à 

Otten'iorf, en tout 193 chevaux (G'). 

En 1883, 67 chevaux à Bobeln, 32 à Rossweîn, 39 à 

^ \ Oltendorf Qi 18 â Leisnig, en tout 163 chevaux {G^. 

En 1884, .66 chevaux â Dobeln, 35 à Eossivein, 32 â 

Oltendoyf et 13 à Leisnig, en tout 146 chevaux (V). 



<=> "l En 1885, 73 chevaux à Dubeln, 32 à Rossivein, 49 à 
2 i Otlendorf et 3 à Leisnig, en tout 157 chevaux (V 
ce f En 1886, 69 chevaux â Dobeln, 35 à Rossioein et 72 à 
^ I OUendorf, en tout 176 chevaux (V-). 

En 1887, 187 chevaux (V») ; en 1888, 189 chevaux (V') ; 
en 1889, 175 chevaux (V^). 

(*) Voyez plus haut, pages 1 et 97. 

(1) En France, la viande de chien n'a pas encore été vendue pour 

l'alimentaliou de l'homme avec autorisation administrative et d'une 

façon régulière, comme cela se fait en Saxe, à Chemnilz, à Leipzig et 

à Zittau. Ne nous en plaignons pas! Par contre, quelques bouchers, 

20 Août 1892. 10 



146 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 
LOCALITÉS. Années iS8i 4885 iSS-i 1883 1886 4887 4888 488!) I8!)0 



— 


•^— 


— 


— 


■^~ 


""- 


— 


— 


— 


— 


Cercle de 




















Marienberg. Chevaux. . . 


» 


» 


102(1 


» 


62 


83 


143 


63 


69 


U àU*. 




















Chemnitz . . Chevaux , . . 


» 


» 


304 


» 


368 


398 


403 


445 


575 


U* à U". Chiens 


» 


» 


294 


» 


213 


211 


207 


233 


312 


Dresde .... Chevaux . . . 


» 


» 


» 


» 


977 


1014 


655 


1290 


1428 


U* à L". 




















Leipzig Chevaux. . . 


» 


» 


» 


» 


» 


» 


266 


814 


1053 


U^ à U^ Chiens 


» 


» 


» 


» 


» 


» 


» 


102 


103 


Plauen Chevaux. .. 


» 


» 


» 


» 


130 


124 


» 


120 


121 


V',\]\ll\\]'. 




















Freiberg... Chevaux... 


227 


210 


149 


178 


155 


130 


147 


184 


157 


G, G^ U à t*. 





















En 1887, à Glaucliau, 227 chevaux (employés en grande 
partie pour la fabrication du saucisson) (V). 

Cercle de Dippodisivalcle, 80 chevaux en 1888, 90 en 1889 
et 70 en 1890 (U* à U«). 

A Annalterg, 90 chevaux en 1889 et 132 en 1890 (U» 
et U«). 

En 1890, 272 chevaux à Grosscr/Iiaw. et .172 à Auerbach 
(U«). 

En 1889, il a été consommé à Zlilau, 38 chevaux et 
fi chiens (U-'). 

Le nombre des chevaux saisis a été, en 1888, de 5 à Frei- 
berg ; en 1886, à Plauen, do 3, dont 1 morveux ; en 1887, 
de 4, à Dresde ; en 1889, de 9 dans toute la Saxe; en 1890 de 
8 à Dresde, 1 à Leipzig et 3 à Chemnitz. Le nombre de chiens 
saisis a été en 1890, à Dresde, de 1 pour tumeurs généra- 
lisées et à Chemnitz, de 2 dont 1 pour ladrerie [cysticercus 
cellidosce). Parmi les 149 chevaux de Freiberg, en 1884, .55 
ont été abattus pour boiteries, 7 pour immobilité et 7 pour 
fractures osseuses ; il y en avait 133 de 1.5 ans et au-dessus. 

plus ingénieux qu'honnêtes, ne trouvent rien de mieux que d'en ser- 
vir à leurs clients, en guise de viande de mouton. Tout dernière- 
ment, à Roubaix (Nord), la police a découvert une fraude de ce genre, 
pratiquée depuis plusieurs années par le sieur Rasson. Ce boucher 
vendait de 40 à 60 centimes le 1/2 kilo sa viande de pseudo-mouton 
{Petit Journal du 29 octobre 1891, n" 10534). 

(1) Les 102 chevaux de 1884 se repartissent de la façon suivante : 
72 à Lengelfeld, 16 à ManeHhe.rg, 9 à Ruhenau et 5 à Wol'keiisteia. 



L'ÉTAT ACTUEL DE L'IIIPPOPHAGIE EN EUROPE. U7 

Parmi les 178 chevaux de Freiboy, en 1885, il y en avait 20 
de 6 à 12 ans et 158 de 15 ans et au-dessus. 

Royaume de Wurtemberg. 

Dès l'année 1815, il existait déjà 12 abattoirs hippopha- 
giques dans le Wurtemberg (R-). 

A Stuttgart, le nombre de chevaux consommés a été de 
124 en 1888, de 13(5 en 1889 et de 137 en 1890. Leur poids 
net total a été de 33,150 kilos en 1889 et de 34,675 kilos en 
1890. Le prix de la viande de cheval variait en 1890 de 
15 à 25 pfennigs le demi-kilo (19 à 31 centimes). Des 137 
chevaux de 1890, il y en avait 14 de l'« qualité, 97 de 2« et 26 

de 3-^ (1). 

A Heilbronn, il a été consommé 58 chevaux en 1888 et 61 
en 1889. Le poids moyen net de ces animaux a été estimé 
250 kilos (2). 

AUTRICHE. 

Bien que Falimentation par la viande de cheval soit en 
usage dans plusieurs localités de l'Autriche, elle est encore 
dans ce pays l'objet d'appréciations contradictoires de la part 
des vétérinaires. Dans un très intéressant travail (3), M. Flo- 
rian Koudelka, vétérinaire sanitaire à Wischau (autrefois à 
Vienne), estime, en partisan convaincu de l'hippophagie, qu'il 
est du devoir des vétérinaires d'éclairer le public sur la 
valeur de la viande de cheval, et de démontrer que la 
répulsion, éprouvée pour cet aliment, est totalement dénuée 
de fondement. Dans un mémoire également très intéres- 
sant (4), M. Anton Toscano, vétérinaire sanitaire à Vienne, 
désapprouve la propagation de l'hippophagie pour les raisons 
suivantes : 1° L'introduction de la viande de cheval, dans 
l'alimentation humaine, ne peut qu'être nuisible aux intérêts 
agricoles en provoquant une baisse de prix sur la viande de 
bœuf et en empêchant l'extension de l'élevage des bovidés. 

(l) Saur. B. u. d. ScMachihaus, in Stuttgart, im ISSS, I8S9 u- 4S00. 
[2] Repertorium far ThierheiUiunde, Stuttgart, 1890, p. 201 ; BericM 
von Lutz. 

(3) Bas Pferdefleisch aïs Nahrungsmittel (V). 

(4) Bas Pferdefleisch aïs Nahrungsmittel in Monatsschrift des Vereines 
der Thierdrzte in Oesterreich. ^Yien, 1886, p. 5, 32 et 54. 



148 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

2" La viande de clieval provient généralement de vieux 
chevaux maigres et épuisés, rarement de chevaux gras et 
jeunes ; elle est de quahté très inférieure et par suite dédai- 
gnée de beaucoup de consommateurs. M.Toscano conclut qu'il 
est préférable pour les vétérinaires d'insister sur la nécessité 
d'une inspection hippophagique rationnelle que de faire de la 
propagande pour la consommation de la viande de cheval. Il 
nous semble qu'on peut applaudir justement à la première 
partie de cette conclusion, tout en n'acceptant pas la 
seconde. 

Au commencement de ce siècle, il arrivait fréquemment 
aux équarrisseurs de l'Autriche de vendre de la viande des 
chevaux morts de maladies ou d'autres charognes. Un décret 
du gouvernement autrichien, du 22 mai 1806, défendit ce 
trafic, sous peine d'une amende de 12 thalers, pour la pre- 
mière contravention, de 24 pour la deuxième et de l'inter- 
diction du métier pour la troisième (W). 

Nombre de chevaux abattus pour la consommation de l'homme 
dans l'Empire d'Autriche en 1888 et 4889. 

(D'après les rapports vétérinaires du Ministère de l'Intérieur) (35). 

188!) 
PROVINCES. 1888 1889 Augmentalioii. Diminution. 

Basse-Aulriclie 6,967 7,482 515 » 

Haute-Autrictie 337 328 » 9 

Salzbourg 230 183 » 147 

Styrie 1,480 1,668 188 » 

Garinlhie 20 IS » 2 

Littoral Illyrien 380 452 72 * 

Tyrol Vorarlberg 228 249 21 » 

Bohême 1,925 11,696 9,771 » 

Moravie 3,579 4,018 439 » 

Silésie 40 20 » 20 



Pour toute rAutrlche 15,186 26,114 10,928 



» 



En Carniole, en Galicie, en Bukovine (1) et en Dalmatie, 
pas de statistique hippophagique. 

(1) A Saiagrova, district de Czenioivitz, province de Bukovine, il 
existe un clos d'équarrissage soumis à une inspection vétérinaire, oii 
l'on a sacrifié 3,526 chevaux en 1888 et 6,629 en 1889 ; la disette des 
fourrages en Bukovine et en Galicie, en 1889, fut la cause de cette der- 



L'ÉTAT ACTUEL DE L'HIPPOPHAGIE EN EUROPE 149 

Basse- Autriche. — Le 20 avril 18o4, en raison de Fex- 
lension prise par l'iiippophagie, à Vienne et aux environs, 
une ordonnance préfectorale vint réglementer les boucheries 
de cheval dans la Basse-Autriche (W'). Certaines prescrip- 
tions de cette ordonnance, se retrouvant plus ou moins 
textuellement dans un règlement analogue de la Moravie 
(18 juillet ISIG), seront indiquées dans ce dernier règlement 
en lettres italiques ; les autres sont transcrites ici : 

Extrait de V Ordonnance du 20 avril 18o4. 

1° L'autorisation d'abattre des chevaux de boucherie ne peut être 
accordée qu'à des personnes sûres et dignes de foi...; 2" chaque 
boucher hippophagique doit avoir une tuerie re'guliére, pourvue d'un 
pont d'abatage bien construit, de canaux d'e'coulement, d'une glacière 
et d'une fosse à fumier; 3'' la tuerie doit être tenue avec la plus grande 
propreté possible ; 4" chaque abattoir hippophagique est inspecté par 
un mare'chal-ve'lérinaire, ayant fait deux années d'études et, à de'faut, 
par un me'decin de la localité. . . Le boucher paie à l'inspecteur pour 
chaque cheval un droit d'inspection de 20 Icreutzers (48 centimes) ; 5" il 
est défendu de livrer à la consommation les chevaux ayant d'anciennes 
plaies externes suppurantes ou ayant des ulcères au sabot... 

Extrait de l'Ordonnance préfectorale du 26 septeml^re ISS6, 
sur l'inspection des viandes de boucherie dans la Basse- 
Autriche, excepté Vienne (1). 

g 4... L'inspection des chevaux et autres solipèdes ne peut être 
confiée qu'aux véte'rinaires. 

§ 14. Après que les chevaux de boucherie ont été abattus et régu- 
lièrement saignés, le crâne et les cavités nasales doivent être mis à 
de'couvert par une section longitudinale de la tète, pour qu'un examen 
minutieux puisse en être fait. Si l'inspecteur trouve la moindre trace 
de nodosité ou d'ulcération sur la membrane pituitaire ou un glan- 
dage de l'auge (que ce glandage soit bénin, douteux ou mauvais\ la 
viande ne doit pas être reçue pour la consommation et le Maire de la 
commune doit avertir de ce fait l'autorité' de police du district. 

§ 21. La viande de cheval, exposée en vente, doit expressément être 
indique'e comme telle. 

nière augmentation. La viande des solipèdes ainsi abattus sert à en- 
graisser des porcs sur place; leurs peaux, leurs crins et leurs os sont 
livrés à l'industrie (35). 

(1) Lindes-Gesetz-mid VerordnungsUatt fur das Enherzogthum Oester- 
reich unier der Enns. t octouer iSSG^XVP Siiicfc, p. 153 et s. (Commu- 
nication de M. le Maire de Vienne.) 



150 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Yienne. — Statistiques annuelles des solipèdes (1) abattus pour la 
consommation de ISG2 à 1800 (2). 

^.tinées 'tSf!2 iS6ô 4S(il 1S63 1H6G 1SG7 iSflS iS(J!> iSIO i87i 

Solipèdes... 1122 in7 1086 "lU 804 1319 1193 1555 2349 2073 

Années -^872 '1873 1874 ■I87.J 187G 1877 iS78 187!! 1880 1881 

Solipèdes... 2802 3131 4427 3639 3764 4056 3770 3557 4000 4494 

Anne'es 1882 188S 1884 1885 1886 1887 1888 1889 1800 

Solipèdes . . . 5065 5086 5034 5268 5833 6271 6277 6860 7000 (3) 

Statistiques mensuelles des solipèdes alattus à Tienne en 1888 et en 1880. 

Janv. F6v. Mars. Avril. Mai. Juin. Juil. Août. Sept. Oct. Nov. Dec. 

1888 628 584 558 468 445 402 396 398 428 592 717 661 

1889 675 586 581 481 477 412 431 506 551 671 843 646 

En 1889, alors qu'on abattait 6,860 chevaux à Vienne, on 
en sacrifiait 8,140 dans la banlieue de cette ville, ce qui 
faisait un total de 15,000 (G'). 

L'abattoir hippophagique de Yienne, où doivent être abattus 
tous les chevaux de boucherie, est situé près du marché aux 
bestiaux de Saint-Marx. La taxe d'abatage est par tète de 
1 mark 24 pfennigs (1 iV. 55 cent.). En 1889, 31 solipèdes 
ont été refusés vivants et 14 ont été saisis après abatage (4). 
En 1889, il y avait à Vienne 10 bouchers faisant abattre des 
chevaux pour l'approvisionnement des 37 étaux hippopha- 
giques de cette ville (5). Les chevaux ont été achetés, en 1889, 

(1) Dans les Progrès de l'hippophagie (M) on lit : « IV. Vienne, h. 
4,725 chevaux de 1863 à 1866 », d'après J. Copitz (K). Il y a peul- 
être là une erreur, car Is. Gcoffroy-Saint-IIilaire donne 4,725 chevaux 
à Vienne de 1854 à 1856 (C). 

(2) Die Fleischn-ersorgung der Stadt Wien. ReisebericJit %•. P^ FeseriT^). 

(3) La plupart des solipèdes consommés à Vienne, de 1883 à 1887, 
e'taient des chevaux ; on n'y a tué que deux à trois ânes par mois et 
très peu de mulets (P). 

(4) Le nombre des solipèdes saisis a été' de 61 en 1883, 26 en 1881, 
40 en 1885, 39 en 1886 el 32 en 1887 (P). 

(5) Statistiques de Vienne en Autriche (P). 

Années 1883 1884 1885 188G 1887 

Bouchers hippophagiques. 9 7 9 9 8 
Étaux hippophagiques .. . 19 19 18 22 30 



L'ETAT ACTUEL DE L'HIPPOPHAGIE EX EUROPE. loi 

de 26 marks 70 pfennigs à 142 marlis 40 pf. (33 fr. 37 c. à 
178 francs). En 1889, les prix de vente au kilo de la viande 
de clieA^al ont été les suivants : quartier de derrière, 50 à 57 pf. 
(62 â 67 cent.) ; quartier de devant, 43 à 50 pf. (54 à 60 cent.).; 
biftecks, 57 à 71 i?/. (67 à 89 cent.) (1); saucisson ordinaire, 
57 à 71 pf. (67 à 89 cent.) ; saucisson sec, 71 à 85 _p/". (89 cent, 
à 1 fr. 02 c.) ; graisse brute, 85 à 107 pf. (1 fr. 02 c. à 
1 fr. 34 c.) ; graisse épurée, 92 pf. 1/2 à 1 mark 14 pf. (1 fr. 
15 cent, à 1 fr. 42 cent.). Dans la même année, on a vendu 
les os à raison de 4 m. 45 pf. (5 fr. à 5 fr. 56 c.) les 100 kilos.; 
les crins de la queue, de A^pf. 1/2 à 89 pf. (55 c. à 1 fr. 11 c.) 
par cheval ; et la peau, de 8 m. 90 pf. à 13 m. 35 pf. (11 fr. 
12 cent à 16 fr. 68 cent.). 

Moravie. — Le premier règlement de cette province, sur 
l'inspection de la viande de cheval servant à la nourriture de 
l'homme, est une ordomiance du gouverneur de la Moravie 
du 18 juillet 1816 (X). 11 est ainsi conçu : 

§ 1. L'abatage des chevaux de boucherie n'est permis que dans les 
localite's où il y a un inspecteur compétent. Il ne peut être pratiqué 
que par des personnes autorisées à cet elïet, et dans de.s conditions 
convenables (et réglementaires. . .). 

% 2. La vente de la viande de cheval ne veut être faite que par une 
personne qui a régulièrement appris le métier de boucher, ou (pn se fait 
remplacer par un employé se trouvant dans ce cas. 

% 3. Il doit y avoir un inspecteur dans chaqice localité oh ton abat des 
chevaux de boucherie. L'inspection de ce.? animaux doit être faite par 
un me'decin-ve'térinaire {Thierarzt] ou par un médecin de chevaux 
diplômé {gepriifter Pferdearzt), c'est-à-dire par uri maréclial-ve'terinaire 
(Kurschmied), et à défaut, par un me'decin diplômé (diplomirter Arzt). — 
L'inspecteur est tenu d'examiner sur pied chaque cheval de boucherie-, pour 
se rendre compte de son état de santé, et d'interdire absolument l'aba- 
tage des chevaux malades ou suspects. 

§ 4. V inspecteur veille à ce que les chevaux de boucherie soient abattus 
comme les bovidés, qu'ils ne soient pas maltraités et qu'ils soient bien sai- 
gnés. Il veille à ce que le lieu d'abatage et les instruments soient tenus 
propres, que le sang et les vidanges soient enleve's après le travail. 

§ 5. ^inspecteur doit examiner le sang, les viscères et la viande 

(1) A Vienne, le kilo de viande de cheval s'est vendu aux prix sui- 
vants, selon les diverses catégories : Les meilleurs morceaux 32 à 
40 Tireutzers ("77 à 96 cent.], de 1883 à 1887 ; le quartier de devant de 
24 à 32 Tir. (58 à 77 cent.), eu 1883 et 1884, et de 24 à 28 Ir. (58 à 
67 cent.), de 1885 à 1887; l'aloyau de 28 à 36 Tir. (67 à 86 cent.), ea 
1883 et 1884, et de 28 à 32 Ir. (67 à 77 cent.), de 1885 à 1887 (P). 



152 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

de chaque cheval aiatiu, pour se rendre compte de son état de santé. Il 
établit pour chaque cheval un procès-verbal d'inspection comprenant 
les articles suivants : 1° numéro d'ordre ; 2" jour de l'inspection ; 
3" nom et adresse du boucher hippophagique; 4" robe, race, Oge et 
état dénutrition du cheval abattu; 5° constatations faites sur le che- 
val avant et après l'abatage ; 6° acceptation ou refus de la viande pour 
la consommation; "7" nom et titre de l'inspecteur ; 8° observations. — 
En cas d'acceptation pour la consommation, l'inspecteur délivre un bul- 
letin d'inspection, relatant sa constatation, et n'autorisant la vente 
dj la viande que pendant le temps que colle-ci reste propre à l'alimen- 
tation de l'homme. Ce bulletin doit être place' dans le lieu de vente à 
la vue du public. Si l'inspecteur refuse de laisser abattre un cheval 
ou en de'clare la viande impropre à la consommation humaine, l'auto- 
rité locale peut, sur la demande et aux frais du boucher, faire prati- 
quer un nouvel examen de ce cheval ou de cette viande, par un 
deuxième ou un troisième expert, lequel doit être couslamment un 
me'decin-ve'térinaire diplômé [diplotnirter Thierarzt) ou un médecin de 
chevaux diplômé {geprïifter Pferdearzt). 

% G. Il est interdit de livrer à la consommation de f homme ta viande 
des chevaux reconnus, avant ou après l'abatage, atteints des maladies 
suivantes : 1° La morve ; 2° le farcin ; 3° toutes les adénites, qu elles soient 
bénignes, malignes ou suspectes; 4° le mal du coït ; 5° toutes les maladies 
occasionnant des lésions des cavités splanchniqucs et des viscères ; 6° le 
typhus ; 7° le charbon ; 8" les coliques et la dgssenterie ; 9° le tétanos et 
la rage; 10° les plaies suppurantes étendues ou les ulcères de mau- 
vaise nature, môme si ces ulcères ne siègent qu'au sabot; 11° la même 
interdiction a lieu pour les vieux chevaux en mauvais e'iat de nutrition 
ou très maigres, parce que la viande de ces animaux est peu nutritive, 
difficile à digérer et nuisible ; 12" les chevatix atteints d'affections cjiro- 
niques non accompagnées de fièvre^ comme l'immobilité, la 2}ousse et autres 
maladies respiratoires chroniques, peuvent être abattus pour la boucherie, 
s'ils sont sains et bien nourris. 

§ 7. La vente hippophagique est permise dans les boutiques, ainsi 
que sur les marche's, à condition qu'il y soit exclusivement vendu de 
ia viande de cheval. 

§ 8. Les abattoirs et les étaux hippophagiques, les derniers surtout, 
doivent être munis d'une enseigne spéciale portant nettement l'inscription 
« vente de viande de cheval » ; le prix de la viande de cheval doit être indi- 
qué par un tarif placé dans le lieu de vente à la vue des acheteurs. 

§ '.). Les contraventions à cette ordonnance doivent être releve'es et 
punies par les communes et les villes. 

§ 10. Les restaurateurs et les autres gens de me'ticr, ainsi que les 
débitants de viandes fume'es et les fabricants de saucissons, qui ven- 
dent de la viande de cheval apprêtée, doivent l'indiquer spécialement sur 
leurs cartes de repas ou sur leurs tarifs de comcslibles. 



L'ÉTAT ACTUEL DE L'HIPPOPHAGIE EN EUROPE. 153 

Quelques années plus tard, ce règlement de 187G fut com- 
plété par le suivant : 

Ordonnance du Gouverneur de la Moravie, sur l'inspection 
des chevaux de boucherie, du i octobre 188 1 (H') (X'). 

§ 1. Lors de l'achat d'un cheval de boucherie, les bouchers hippo- 
phagiques doiveut faire établir un certificat ou laissez-passer, indi- 
quant le nom du vendeur et celui de l'acheteur, le lieu de provenance 
de l'animal et son signalement (robe, signes particuliers, race, âge, 
taille, état de santé et état de nutrition). En cas d'achat d'un cheval 
à un marche' public, le laissez-passer est e'iabli par le service de ce 
marche', et en cas d'achat en dehors de cet endroit, il est e'tabli par le 
maire de la commune ou son adjoint. On choisira toujours, autant que 
possible, un expert pour visiter le cheval et dresser le laissez-passer. 
Cette pièce pourra être établie sur les imprimés à l'usage des bovi- 
dés. Elle devra ôlre conservée par rinspccteur pendant un au après 
l'abatage. 

§ 2. En cas d'introduction d'un cheval de boucherie, le boucher 
hippophagique est tenu d'aviser sans retard le maire de la commune 
ou son adjoint et de lui communiquer le laissez-passer. L'inspecteur 
hippophagique est oblige' de visiter les chevaux introduits et, après 
examen du laissez-passer, de les inscrire à l'article 4 du procès- 
verbal d'inspection (§ 5, Ord. 18 juillet 1876,, en indiquant les de'Iauts 
qui en nécessitent l'abatage. 

§ 3. L'abatage des chevaux, dépourvus de laissez-passer ou en 
ayant un non valable, ne peut être autorise' tant que leur provenance 
n'est pas connue. — S il est de'montré qu'un ou plusieurs chevaux 
proviennent d'un vol, le maire de la commune avertit la police sans 
retard, et les garde en dépôt, en attendant qu'il soit pris une de'cisiou 
à leur égard. 

§ 4. Les chevaux vivants sont seuls reçus à l'abattoir. L'introduc- 
tion des chevaux tués dans d'autres lieux et localite's y est rigoureu- 
sement interdite. Il est de même défendu d'introduire, peur la vente, 
de la viande de cheval d'une commune dans une autre commune, et 
il n'est pas de'livré de certificat de viande de cheval dans ce but. 

§ 5. L'inspecteur hippophagique doit, pour l'acceptation ou le refus 
d'un cheval de boucherie, se conformer constamment à l'esprit de l'or- 
donnance sur l'inspection. Etant donné que personne n'achète à bas 
prix, pour la boucherie, des chevaux complètement sains et propres 
au travail, il ne doit pas oublier qu'on ne peut abattre que des che- 
vaux n'e'tant pas d"un âge trop avancé et ayant l'un des défauts exté- 
rieurs suivants : Cécité'; plaies re'cenles pouvant causer la mort; 
fractures osseuses ; maladies des os et des tendons ; boiteries ; mala- 
dies chroniques sans fièvre du cerveau et de la moelle e'piniére (immo- 



134 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

bililé, paralysie) ; maladies chroniques rendant la respiration difficile 
(pousse sèche). — Toutefois, ces chevaux, devenus plus ou moins 
impropres au travail, doivent être sains et bien nourris. — L'inspec- 
tion des chevaux vivants et abattus doit être constamment faite avec 
une grande prudence et d'après les principes de la science véte'rinaire. 
Aucun cheval ne peut être abattu et débile, s'il a une des maladies 
indiquées au § 6 de l'ordonnance du 18 juillet 1876. — Si l'inspec- 
tion découvre sur un cheval la morve, le farcin, le jetage nasal, le 
glandage de l'auge, le mal du coït, le typhus, le charbon ou la rage, il 
doit en avertir sans relard le maire de la commune, lequel, d'après les 
§§ 17 et 20 de la Loi générale sur les e'pizooties, est tenu de faire le 
nécessaire à l'e'gard des animaux alTectés de maladies contagieuses et 
d'aviser de cette constatation l'autorité de police du district. — Si la 
maladie contagieuse n'est constate'c qu'après l'abatage, le cadavre est 
dénalure, et l'autorité de police du district est e'galement avisée par 
l'envoi du laissez-passer du cheval reconnu malade. 

§ 6. L'inspecteur doit se conformer strictement aux aline'as 5, G et 
7 du § 33 de la Loi générale sur les maladies contagieuses des animaux, 
lorsqu'il autorise l'abatage et le débit d'un cheval atteint de la gale. 
Il ne doit pas laisser abattre les chevaux galeux à un haut degré, les- 
quels sont ordinairement maigres. — Lorsqu'un cheval galeux est 
conduit à l'abaltoir, le maire de la commune doit en aviser l'autorité 
de police du district par l'envoi du laissez-passer. 

Le § 4 de ce règlement du 4 octobre 1881 a été modifié, 
ainsi qu'il suit, par l'ordonnance du Gouverneur de la 
Moravie du ^0 juillet ISùf (X^) : 

Les chevaux vivants sont seuls reçus à l'abattoir. L'introduction 
des chevaux tue's dans d'autres lieux et localités y est rigoureusement 
interdite. — La viande de che\al fraîche ou travaillée peut ôlre trans- 
portée d'une commune dans une autre pour y être vendue, à condition 
que le vendeur présente un certificat établi sur le modèle du formu- 
laire ci-contre : 



L'ÉTAT ACTUEL LK L'HIPPÛPHAGIE EN EUROPE. 1o5 

CERTIFICAT 

de viande expédiée de la commune de à î^our y être vendue. 

Pays District N° d'ordre du procès-verbal d'abatage 



Nombre 

de 
chevaux 
abattus. 


Jour 
et 

année 

de 

l'abatage. 


Nombre 

des 
morceaux 
de viande 

fraîche 
destinés à 

l'envoi. 


CD 
O 

■,3 
S 

CA 

'o 


Nombre 

de 

morceaux 

de 

viande 

fumée. 


co" 

cl 
en 

:s 

'o 

a. 


Nombre 

des 

saucissons 

et 

poids 

en 
kilos. 


Il est affirmé que 
la vialide provient 
d'un cheval trou- 
vé sain à ral)a- 
tage et propre à| 
la consommation 
de l'homme. 
















































L'iDspcctour dp la bouciietip 
hippophagiqui', 
*** 

















A. 



,, le 18... 

Le Maire de la commune (ou son adjoint], 



Depuis 1876, des Louclieries hippopliagiques se sont ins- 
tallées dans plusieurs villes de la Moravie et le chiffre s'en 
est augmenté chaque année. En 1888 il y avait des étaux 
hippophagiques dans 29 localités et ces étaux étaient au nom- 
bre de 35. En 1888 il a été abattu 3,579 chevaux dans toute 
la Moravie. Néanmoins l'essor de l'hippophagie a été retardé 
par l'application du § 4 du règlement du 4 octobre 1881. 
Mais, à la suite de la modification de ce § 4 par l'ordonnance 
du 20 juillet 1891, l'hippophagie morave est entrée dans une 
ère nouvelle ; les anciennes boucheries de cheval ont aug- 
menté considérablement leur mouvement d'afïaires ; d'autres 
se sont montées dans différents endroits très petits et de 
nouveaux abattoirs de solipèdes ont été établis. 

Wischau, en Moravie. 5,221 habitants. En 1879, on a com- 
mencé à consommer des chevaux, et, en 1882, on a construit 
un abattoir hippophagique. Le nombre de chevaux abattus 
a été : 

En 18Si 1SS3 ISSi i883 1880 1887 1888 1889 18<.)0 lS!)t 



De 121 101 



63 



52 



53 



37 



28 



54 



64 loa 



156 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

On a tué, en outre, 1 âne en 1888 et i âne en 1890. En 
tout, en 10 ans, 673 chevaux et 2 ânes. 

Biltschowitz, en Moravie. 2,990 habitants. On a com- 
mencé à tuer des chevaux à partir des premiers jours 
de 1892. 

Prossnilz, en Moravie. 18,417 liabitants. Depuis le 12 
janvier 1876, on tue des chevaux pour la consommation. 
Depuis le 1" janvier 1890 il y a un nouvel abattoir hippo- 
phagique. Il a été abattu : 

Années 1SS2 4883 ISSi fSSo 1880 1887 1888 4889 I8;)0 'I891 

Chevaux.... 897 931 830 788 8-8 789 839 1101 909 984 
Anes -21 17 26 U 20 IG 13 23 16 18 

En tout, en 10 ans, 8,946 chevaux et 184 ânes. — 3 chevaux 
ont été refusés pour morve. Cliaque année on en refuse, 
comme impropres à la consommation, 5 ou 6 pour extrême 
maigreur, glandage, etc. 

Dans la petite ville de Plumenau, peuplée de 1,543 habi- 
tants, rhippoi)hagie a débuté il y a 3 ans ; on y tue annuelle- 
ment de 150 a 170 chevaux. 

Tyrol. Dans V Ordonnance pré feclorale du 2Ô juillei 1886, 
sur Vinspection des viandes de boncherie dans le Tyrol, 
on lit : 

§ 10. La viande de cheval mise en vente doit être indiquée comme 
étant de la viande de cheval. Dans les boucheries et les étaux ser- 
vant à la vente de la viande de cheval, il ne peut être mis en vente 
de la viande d'autres animaux (II'j. 

BELGIQUE. 

Avant 1830, on mangeait déjà de la viande de cheval aux 
environs de Malines. Les équarrisseurs y débitaient aux 
nécessiteux les meilleurs morceaux des chevaux usés et sains 
qu'ils abattaient. Les mêmes faits commencèrent à se pro- 
duire avant 1840 dans quelques communes autour de Louvain, 
ainsi qu'à Vilvorde et à Molenbeck-Saint-.Tean (36). La con- 
sommation hippophagique était déjà très abondante en 1870 
à Louvain, Kœkelberg, Molenbeck-St-Jean et Vilvorde (R'). 
Actuellement, dans presque toutes les villes de Belgique et 
dans beaucoup de communes, on trouve une ou plusieurs 
boucheries chevalines (36). 



L'ÉTAT ACTUEL DE L'IIIPPOPUAGIE EN EUROI'E. 137 

(37). Anvers. On débite de la viande de cheval depuis l'ou- 
verture de l'abattoir communal (l^"" juillet 1878). Le nombre 
des chevaux sacrifiés a été (37 a) : 

Années 1885 1886 1887 1888 1889 1890 ^891 

Chevaux 390 397 419 636 693 1066 1017 

Le chiffre de l'abatage a baissé en 1891 à cause de l'éta- 
blissement d'une taxe sur les chevaux de boucherie. Les 
1,017 chevaux abattus en 1891 ont fourni ensemble 152,550 
kilos de viande nette, d'où un poids net moyen de 150 ki- 
los. On reçoit, en outre, à Anvers des viandes chevalines 
salées venant d'Amérique, Il y avait dans cette ville, en jan- 
vier 1892, 11 étaux hippophagiques; la viande de cheval s'y 
vend ordinairement de 50 à 60 centimes le kilo. Les fileis 
(V Anvers de cheval se vendent 1 fr. le kilo, tandis que les 
filets cC Anvers de Bœuf se vendent 4 francs le kilo (37). 
L'Angleterre expédie à Anvers, à destination de diverses par- 
ties de la Belgique, un grand nombre de chevaux complète- 
ment usés. Ces solipèdes sont très recherchés par les bouchers 
hippophagiques, parce qu'ils ont été bien nourris ; ils valent 
beaucoup mieux en général que les chevaux indigènes hors 
de service. La viande des plus gras de ces animaux est ven- 
due fraîche, et celle des plus maigres sert à fabriquer des 
saucissons. Les chevaux d'Angleterre ont été débarqués à 
Anvers au nombre de 2,142 en 1890 et de 2,218 en 1891 ; à 
Ostende, de 326 en 1891 ; à Gand, de 27 du 29 octobre au 
31 décembre 1891. Depuis le 1" janvier 1890, ces chevaux 
sont soumis à une visite sanitaire à leur débarquement à An- 
vers ; ils arrivent dans cette ville des ports anglais sui- 
vants (37) : 

DURÉE PRIX 

PORTS ANGLAIS. 

DU VOYAGE. DU TRANSPORT. 

Grimsby (Lincolnsliire) 24 heures. 13 francs. 

Newcaslle (Northumberland). 36 — 25 — 

HuU (York) 30 — 18 — 75 c. 

Londres (Middlesex) 26 — 25 — 

Leilh (Ecosse) 40 — 30 — 

BorgerJioui-les-Anvers (37 h) Du l^' août 1891 au 12 jan- 
vier 1892, il a été abattu 435 chevaux, dont 225 destinés 



!o8 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

exclusivement à une fabrique de fdeis d'Anvers et de sau- 
cissons. 

Bruxelles (36). La première boucherie chevaline s'ouvrit 
en octobre 1872. Depuis, ce commerce a prospéré et chaque 
année de nouveaux étaux hippophagiques s'ouvrent dans la 
ville et les faubourgs. Comme les solipèdes de boucherie de- 
viennent tous les ans de plus en plus difficiles à trouver, on 
a été obligé d'en faire venir d'Angleterre. Les sujets sacrifiés 
à l'abattoir de Bruxelles sont généralement en bon état de 
<-\\câv et de graisse ; les saisies sont rares en raison des élimi- 
nations pratiquées lors de la visite sur pied (mélanose grave, 
crapaud, phymatose, plaies suppurantes, etc.).. 

Nombre de solipèdes sacrifiés à V abattoir de Bruxelles. 
Années.. ^87.7 /S7f /S7o /87ff 7877 7878 7879 i^^Q i881 

Solipèdes. 351 233 150 102 156 252 398 565 631 
Années.. 7882 7885 78SÎ 4SS5 788tf 7887 7888 788.9 78.V0 

Solipèdes. 716 846 792 796 812 806 1017 1144 1426 
Du 1''' janvier au 30 septembre 1891, 1179. 

Le Conseil communal de Bruxelles a fait publier VOrclon- 
nance suivante, le 14 février 1880 : 

Vu le rapport constatant que l'on expose siniultane'mcut en vente, 
sur un même e'tal, dans les lialles, marche's et boucheries publiques, 
de la viande de cheval, de mulet ou d'Ane et de la viande dite de 
boucherie ; considérant qu'il peut en re'suller dQ^ fraudes ou des er- 
reurs qu'il importe de prévenir ; 

Art. 1'^'". — Il est de'feudu d'exposer simultanément en vente sur un 
même clal, de la viande de cheval, de mulet ou d'Ane et de la viande 
dite de boucherie. 

Art. 2. — Les personnes qui veulent débiter de la viande de cheval, 
de mulet ou d'une dans les halles, marchés ou aux boucheries pu- 
bliques, seront tenues d'occuper la place qui leur sera assignée par 
l'Administration communale. 

Art. 3. — Leurs échoppes devront être surmontées d'un écriteau 
portant en caractères apparents la désignation de l'espèce de viande 
qu'elles débitent. 

Art. 4. — Les quartiers de viande devront être divisés de manière 
que la chair soit, jusqu'au moment du débit, adhérente au sabot qui 
portera l'estampille de rinspection sanitaire, ou bien ils devront être 



L'ÉTAT ACTUEL DE L'HIPPOPHAGIE EN ErROPE. loQ 

traversés d'une corde dont les extre'mites seront reunies par un plomb 

scelle'. 

Art. 5. —Les contraventions à la présente ordonnance seront pu- 
nies par des peines de police. 

Ainsi délibéré en se'ance du Conseil communal, le 2 feVrier 1880. 

Charleroi (1). En 1881, il n'y avait qu'une boucherie clie- 
\aline à Charleroi (quartier nord). En 1884, il y en avait 20 
dans le périmètre d'une lieue autour de la ville. <■ L'iiippo- 
pliagie, qui a eu des débuts extrêmement modestes et qui a 
provoqué tant de répugnances, est passée ici dans les mœurs, 
et ce n'est pas le nécessiteux seul qui mange du yu ; mais 
dans bien des bonnes maisons , si on n'en fait pas un usage 
habituel, du moins en consomme-t-on de temps à autre 
sous différentes formes »>. En 1889, on abattait environ 
50 Chevaux par semaine dans la ville et la banlieue de Char- 
leroi (A. André). 

(1) Aug. André, rhippopliagie au pans de Charleroi, in Gazette de 
Charleroi, du 2(1 mars 1881. 

[A suivre.) 



LES OIES EN RUSSIE 

LES RACES ACCLIMATÉES ET A ACCLLMATER 
Par m. YIENKOFF. 



Dans l'Europe occidentale, surtout en Allemagne et en 
Autriche, on se livre à l'élevage d"Oies de belle taille, se 
prêtant à un engraissement rapide, et fournissant une f^uan- 
tité considérable de duvet. En Russie, au contraire, ce sont 
des bandes d'Oies communes, fort inférieures sous tous les 
rapports, que l'on rencontre le plus souvent. Cependant, il 
y a des exemples d'acclimatation de certaines races étran- 
gères que nous relaterons dans le courant de cet article, dont 
les données précises , ainsi que d'intéressantes indications 
pratiques, ont été tirées du mémoire de M'"^ Grineff, publié 
dans le Journal d'Avicidlure de Saint-Pétei*sbourg. 

L'élevage des Oies a cela de particulier en Russie, qu'il y 
est surtout une des formes du braconnage, en ce que ce ne 
sont point des propriétaires qui s'y livrent, mais des paysans 
qui envoient leurs pupilles paître sur les terres des grands 
propriétaires. Semblant fort bien comprendre cette situation, 
aussitôt qu'elles aperçoivent le garde et d'aussi loin qu'elles 
le peuvent, les Oies fraudeuses se lèvent et s'envolent, abso- 
lument comme les oiseaux sauvages. Dans l'Europe occiden- 
tale, avec sa législation séculaire, ses propriétés hérissées de 
clôtures, il serait impossible de voir des oiseaux s'ébattre li- 
brement dans un étang ou un lac, sans l'autorisation du pro- 
priétaire de ce dernier ; mais dans le chaos du droit russe, 
dans ce pays où ont encore survécu les idées larges sur la li- 
berté et la propriété, ces choses-là n'étonnent personne. 

Cependant, les Oies endommagent fortement les champs, 
dont elles arrachent les plantes avec leurs racines; il est im- 
prudent de les laisser pénétrer ailleurs que dans des terres 
à végétation tenant fortement au sol. 

L'Oie commune est blanche ou grise ; la première fournit 
un excellent duvet et a une valeur marchande plus élevée. Les 
Oies sont surtout consommées dans la Russie du sud, par les 



LES OIES EN RUSSIE. 161 

Israélites , qui se servent exclusivement de leur graisse 
comme friture ; on sait que dans le midi de la France cette 
graisse est également très prisée. 

Un des centres russes de l'élevage des Oies se trouve dans 
le village Zazoulintzi (gouvern. de KiefF, district de Berdi- 
tcliéff) ; nous nous arrêterons quelque peu sur les procédés 
qui y sont en vigueur. 

Au mois de février, on classe les Oies par races et couvées ; 
chacune est placée ensuite dans un box séparé. Dans la jour- 
née on les sort une à une, ou bien toutes à la fois, lorsqu'elles 
se tiennent en bandes. Les Oies-Cygnes, les grises et les 
blanches, se promènent ensemble, tandis que les Toulousaines, 
les Oies d'Emden et les huppées, ainsi que quelques-unes 
parmi les femelles couveuses de race commune, forment 
bande à part (les Toulousaines ne couvent guère, et lorsque, 
par hasard, elles s'y mettent, elles écrasent beaucoup d'œufs). 
Les Oies prêtes à pondre sont placées dans un local spécial, 
où elles trouvent un nid tout préparé. On a essayé d'un fond 
formé par le sol naturel; mais aujourd'hui le sol, ainsi que les 
murs et même les compartiments formant nids, sont revêtus 
de briques. Chaque nid ayant 70 centimètres de long sur 
autant de large et presque autant de hauteur, est recouvert 
de fortes planches non rabotées, qui sont lavées souvent et 
enduites de chaux. Les briques ont d'ailleurs l'avantage 
inappréciable de ne point donner abri aux mites rouges qui 
sont le fléau de la volaille dans le midi de la Russie ; mais 
elles sont rien moins que chaudes, et les embryons des œufs 
risqueraient fort de périr par le froid, si l'on ne prenait pas 
la précaution de recouvrir le sol de gazon ou bien d'un épais 
lit de paille. La femelle portant un œuf, est placée sur un 
nid, et elle reste dans ce local tant qu'elle n'a pas pondu. 
Lorsqu'on croit apercevoir chez une femelle le désir de cou- 
ver, on met sjous elle les plus vieux des œufs pondus, 7-9 
œufs de Toulousaine ou d'Emden et 9-10 œufs d'Oie-Cygne 
ou d'Oie commune. Les Oies qui continuent à pondre, lors- 
qu'on leur retire les œufs, peuvent être remplacées par des 
poules, en mettant par poule 3-4 œufs de Toulousaine et 
5 œufs d'Oie-Cjgne. Au bout de huit à douze jours, on passe 
les œufs à l'ovoscope. Afin que la couvaison des œufs d'Oie 
ne nuise pas à l'élevage des poussins, on met sous chaque 
couveuse inoccupée de L5 à 17 œufs frais de poule. On peut 

20 Août 1892. 11 



'162 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

également mettre des œufs retirés de dessous des poules, 
sous des femelles d'Oie qui auraient à ce moment manifesté 
le désir de couver, tous les oiseaux se mettant volontiers sur 
des œufs tièdes. L'opération se fait, de préférence, fort tard 
dans la soirée; l'oiseau qui a ainsi, sans s'en rendre compte, 
couvé les œufs pendant le reste de la nuit, ne les abandonne 
pas au matin, tandis qu'il arrive souvent que la poule mise 
au milieu de la journée sur des œufs froids, se relève et 
s'en va . 

Les œufs d'Oie doivent être examinés avec précaution , 
sans les mélanger, mais rapidement , de peur de refroidir 
l'embryon. On les recouvre de flanelle, suivant en cela les 
indications fournies par la nature elle-même : les femelles 
d'Oies et de Canards, en se levant pour aller chercher leur 
nourriture, se baigner, etc., ne quittent jamais le nid sans 
avoir couvert de duvet les œufs. Les grains de froment, 
d'orge, d'avoine, les légumes cuits et hachés avec de la balle 
de blé, qui forment la nourriture des Oies, ainsi que l'auget à 
eau, doivent être placés un peu loin du nid, afin d'obliger la 
couveuse à se lever de temps en temps, et l'empêcher ainsi 
d'asphyxier les embryons par un chauffage continu. Les éle- 
veurs russes considèrent comme particulièrement utile de 
sortir les Oies-couveuses, aussitôt après les repas, — se bai- 
gner ou se rouler dans la neige l'hiver, — afin qu'elles mouil- 
lent les œufs, en rentrant, à l'instar des Oies sauvages. En 
outre, l'air du poulailler étant très sec par suite d'un fort 
chauffage, on asperge les œufs d'eau tiède (+ 26'' à -h 28»» R.t, 
pendant que la couveuse se lève pour aller manger. Cette 
précaution empêche la membrane de se dessécher, ce qui au- 
rait pu devenir un obstacle à l'éclosion des poussins. Dans le 
même but, on arrose d'eau tiède le sol du poulailler, autour du 
nid. Les Oisons, après s'être séchés sous le corps de la mère, 
sont placés dans une boîte spéciale (de préférence en bois, 
car il ne s'échauffe pas trop au feu), chaudement garnie de 
plumes et de flanelle, et que l'on met dans la cheminée ou 
dans un séchoir chauffé, tapissé de plumes. On a essayé d'une 
litière de feuilles de roseau, mais les petits s'y trouvent pris 
par la tête ou les pieds , et périssent. La mère doit être 
tenue chaudement et dans l'obscurité durant 12-24 heures, 
suivant la mise bas. Les Oisons les plus faibles restent dans 
la boite-séchoir que l'on chauffe à l'eau (H- 45° à 60° R.), un 



LES OIES EX RUSSIE. 163 

édredon suspendu les recouvre. Le vieux nid ayant servi à 
la ponte, nettoyé et enduit de chaux à nouveau, garni de 
cendres, la paille brûlée, est prêt à recevoir une nouvelle 
pondeuse. 

Trente-six à quarante heures après l'éclosion, on com- 
mence à offrir de la nourriture aux jeunes. Le premier aliment 
est un œuf dur haché avec de l'herbe blanchie et égouttée, 
également hachée ; les repas ont lieu cinq fois par jour, â des 
heures fixes. Plus tard, on ajoute de la bouillie de millet. 
Au bout de deux jours, les oisons broutent le gazon et à sept 
jours, on les sort sur le pré, aux heures les plus chaudes de 
la journée ; mais aussit(3t qu'ils donnent des signes de las- 
situde, on les rentre, sans les laisser reposer sur l'herbe. 
Graduellement, on arrive après huit jours, â sortir les petits 
oiseaux à l'aube. Il est absolument nécessaire pour la santé 
des petits de les sortir de grand matin, quitte à les rentrer 
pour une heure ou deux s'ils ont froid, car on a remarqué 
que, dans le cas contraire, ils refusent de manger, s'étiolent, 
contractent même la paralysie des membres inférieurs ou la 
diarrhée. On rentre, au contraire, dès 3 h. V2 - 4 h. i/a du 
soir. Les oisons ayant atteint un mois, mangent du millet, du 
seigle, de l'orge, le tout bien arrosé d'eau. Les repas sont 
plus espacés à cet âge, il n'y en a que trois par jour. Les 
vieilles Oies expérimentées savent d'instinct le moment où 
les petits peuvent être conduits à l'eau, â l'âge de trois à 
quatre semaines. A éviter les étangs où il existe des sang- 
sues fort dangereuses pour les jeunes oisons ; il est également 
prudent de ne pas les laisser mouiller par la pluie. 

Passons maintenant aux diverses races étrangères intro- 
duites ou à introduire dans l'élevage russe. Nous serons 
obligé de nous y arrêter un peu longuement afin de pouvoir 
exposer les raisons qui ont pu déterminer le rejet ou l'adop- 
tion d'une race, dans son état pur ou croisé. 

Toutes les régions de la Russie ne sont pas propices â 
racclimatation des races étrangères pures ; l'expérience a 
démontré qu'il convenait de choisir des Jars pur sang, de les 
croiser avec les femelles du pays et de n'élever ensuite que 
les produits ainsi obtenus. Cependant, il est utile de donner, 
au bout de quelques années, à ces métis un nouveau mâle de 
race pure. Le croisement et une sélection intelligente de ses 
produits sont les procédés les plus avantageux, car autre- 



164 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

ment les oiseaux s'acclimatent mal et périssent. De plus, il 
est très important, en choisissant la race à introduire dans 
une localité, de se conformer à ses conditions physiques et 
climatériques. Les Oies d'Kmdenet de la Poméranie origi- 
naires des parties nord de l'Allemagne, et les Oies-Cygnes, 
les Oies à tête bossue et les canadiennes, parmi les espèces 
de moins forte taille, sont les plus propres â acclimater dans 
les régions septentrionales de la Russie. Au contraire, l'éle- 
vage des Toulousaines et des Oies frisées de Sébastopol 
semble devoir se confiner dans le midi de la Russie. Les Oies 
d'Emden et celles de Toulouse sont celles qui occupent le 
premier rang par leur taille et leur utilité. 

Les Oies d'Emden portent le nom d'un petit pays, en Ost- 
Friedland, leur élevage y est devenu surtout important dans 
ces derniers temps. Cette race est très demandée en Bohème 
et en Hongrie où elle s'est très bien acclimatée. Les Anglais 
ont également vite apprécié ces jolis oiseaux, c'est en Angle- 
terre que l'on trouve aujourd'hui les plus beaux individus. 

La stature de l'Oie d'Kmden rappelle celle du Cygne, bien 
qu'elle n'en ait pas la bosse encéphale. Le corps est robuste, 
la tète forte, bien emplumée, le bec large et assez long, fort â 
la base, le cou planté droit est long et bien emplumé, le long 
et large dos est bombé de la naissance du cou à la queue. 
Les ailes collées étroitement au corps sont si longues qu'elles 
rejoignent presque l'extrémité de la queue droite et obtuse. 
Les hanches sont courtes et puissantes, les yeux bleu clair, 
les pieds et le bec d'un rouge orangé ; au printemps, l'ex- 
trémité du bec prend une coloration rose. 

Cette Oie est très Yive et se tient toujours droite. Le Jars 
adulte a jusqu'à 15" de haut et plus de 70''- de tour de poitrine, 
le poids d'un oiseau non engraissé est de 11 à 25 livres 
russes ; chez l'Oie engraissée, le ventre traîne presque à terre. 

Le riche plumage de l'Emden est d'un beau blanc, à partir 
de la deuxième année, à l'époque de la mue, il change de 
couleur comme celui du Cygne. Les oisons naissent revêtus 
de duvet grisâtre ; par la suite quelques-uns deviennent 
blancs, d'autres gris ou bigarrés. Un connaisseur éminent, 
M. Pfannenschmid, assure que les oisons qui sont blancs à cet 
âge sont des Jars et les gris et bigarrés des femelles. 

Les Oies d'Emden se mettent à pondre d'ordinaire, â partir 
de l'âge de trois ans, certaines femelles pondent dès le mois 



LES OIES EX RUSSIE. 165 

cVoctobre et jusqu'en avril, d'autres ne commencent qu'en 
décembre, janvier et même plus tard. La couvaison commence 
de bonne heure, quelquefois au mois de janvier. Lorsqu'on 
aperçoit la femelle se tenir sur son nid, on met sons elle des 
œufs ; aucun soin spécial, d'ailleurs. Les oisons sont nourris 
avec de l'ortie liachée menne et des miettes de pain, au bout 
de huit jours, on les sort sur le pré où ils apprennent vite à 
trouver leur nourriture. Au mois d'avril, les Oies qui ne sont 
pas destinées à la reproduction, sont séparées, on les met au 
régime d'avoine pendant quelque temps, et on les vend. 

Les individus de la plus belle taille proviennent des couvées 
précoces ; les oisons grandissent vite. La race d'Emden est 
une des plus propres à l'engraissement, elle prospère vite 
au simple régime d'avoine, sa viande est fort savoureuse. 
Elle donne, en outre, une quantité considérable de plume et 
de duvet. A Emden, on plume les oiseaux jusqu'à trois fois 
par an, chaque Oie donne jusqu'à 3-5 marks de duvet. L'opé- 
ration est assez délicate, ne se fait qu'à des époques déter- 
minées et demande beaucoup de précaution. — Les œufs 
d'Oies d'Emden se vendent en Friedland un prix fort élevé. 

Le croisement avec les Toulousaines étant déconsidéré, 
les éleveurs russes obtiennent des produits de belle taille par 
l'accouplement des Jars de cette race avec les femelles de 
race commune. M. Pfannenschmid est cependant pour la race 
pure qui est très rustique et douée d'excellentes qualités. 

Voici quelques détails sur l'élevage de cette race, tel qu'il 
se pratique en Angleterre, où l'oiseau s'est très bien accli- 
maté. On n'y laisse point les femelles couver les œufs que 
l'on met sous de grosses poules, afin d'obtenir une ponte plus 
abondante. Les Oies et les Oisons vivent dans le pré, où 
il y a pour eux un poulailler avec hangar entouré d'une clô- 
ture ; on ne les fait rentrer dans le local couvert qu'à la 
nuit. L'unique soin qu'exige l'élevage de cette race sont les 
deux repas du matin et du soir. Avec une nourriture abon- 
dante, les Oisons grandissent vite. Les Oies d'Emden parais- 
sent plus petites que les Toulousaines, cela tient à ce que 
leurs plumes sont collées à la peau, comme celles de Dorking, 
par exemple, et ne s'écartent pas comme celles des Tou- 
lousaines. Un éleveur bien connu en Angleterre, M. Bragg, • 
préconise le procédé suivant pour l'engraissage. On met dix 
à douze Oies de même couvée dans un poulailler, et on com- 



166 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

mence l'engraissement six semaines ou deux mois avant 
l'abatage. Au début, on ne leur donne que leurs aliments 
ordinaires, abondamment mais non point en quantité ex- 
cessive. L'eau se trouve disposée de telle façon que les 
oiseaux puissent boire, mais non se baigner. On met de la 
paille sur le sol et un tas de sable dans un coin. Le local 
doit être tenu proprement ; la même personne doit s'oc- 
cuper des oiseaux. Le régime d'engraissage proprement dit 
consiste à nourrir les Oies deux fois par jour d'aliments doux, 
le froment cuit, la farine d'orge, le riz au lait (le riz est 
d'un bon marché extrême en Angleterre), mélangé de fro- 
ment, de Pommes de terre cuites et saupoudrées de farine. 
Les dix jours suivants, on donne de la farine de maïs et de 
froment, on met des grains d'orge dans l'eau et l'on suspend 
dans le poulailler, à portée des Oies, un chou au bout d'une 
corde. On traite les oiseaux avec précaution, et on évite de 
les effrayer. Au moment de l'abatage, il est préférable d'en- 
lever toutes les Oies à la fois, car, dans le cas contraire, celles 
qui restent s'ennuient et maigrissent. 

Les œufs de l'Emden sont gros, blancs, la coquille dure. 
M. Fawler, un aviculteur anglais, en met 3-4 sous une poule 
Dorking ou Cochinchinoise ; il pratique également l'aspersion 
des œufs. Les Oisons éclosent au bout d'une trentaine de 
jours. Cet éleveur les nourrit d'herbes, de farine d'orge di- 
luée dans de l'eau, et déjeunes pousses d'oignon; mais dans 
la Petite-Russie, on croit que ce dernier aliment leur fait 
enfler la tète. 

On a acclimaté cette race avec succès dans le gouverne- 
ment de KielT. Les Emden y sont devenus aussi rustiques que 
les Oies communes; seuls les Oisons demandent toujours à 
être protégés par un Jars contre les Corbeaux, Belettes, etc. 
On a essayé de les tenir enfermés, mais alors ils tombent 
malades et meurent de la fièvre typhoïde avec diarrhée. Les 
vieux Jars deviennent très méchants, insociables ; les fe- 
melles sont conservées jusqu'à l'âge de dix ans. Elles sont 
à cet âge très sujettes à l'apoplexie, à la suite d'une frayeur. 
Le régime alimentaire des Oies consiste, en Petite-Russie, en 
grains d'orge, d'avoine, de sarrasin, en dehors des légumes 
et du son cuits. Les Oies sont très friandes de poires. 

{A suivre.) 



LES GRANDES PECHES EN NORVEGE 

Par m. Amédée BERTHOULE. 
(suite *). 



m. — Pèche du Saumon. 

Le touriste, dont la muette admiration est un moment dis- 
traite de la contemplation des féeriques tableaux de la grande 
nature norvégienne, aura remarqué, dans le parcours des 
fjords, de larges taches blanches qui marquent à certaines 
places, comme les visés d'une cible, les enrochements des 
berges. Sa curiosité aura également été mise en éveil par de 
bizarres échafaudages formés de deux pièces de bois brut, 
fixées par le pied dans le flanc de la montagne ou dans un 
pan de roche, et soutenues par des chevalets non moins gros- 
siers qui permettent de les avancer suivant une ligne oblique, 
jusqu'au-dessus de la nappe liquide ; ils se terminent par une 
étroite plate-forme de moins de 1 mètre de côté, sur laquelle 
se tient une vigie. Ce poste est occupé d'une façon perma- 
nente ; le guetteur garde sa faction de longues heures, silen- 
cieux, immobile, sondant le fond d'un œil perçant; dans sa 
main est un bout de corde qui correspond à un piège à 
Saumons. 

Si la Morue et le Hareng, dont nous venons de parler, 
constituent la principale richesse de l'Océan Scandinave, nous 
allons voir, à son tour, le précieux salmonide apporter dans 
les fjords et dans les torrents un regain de fortune. Il y pul- 
lule littéralement, en dépit de l'âpre poursuite dont il est 
l'objet et des massacres qu'on en fait de tous côtés. Nous dé- 
crirons brièvement les procédés mis en usage pour s'en em- 
parer ; ils montreront, une fois de plus, combien l'homme 
est ingénieux dans l'œuvre de destruction. 

L'appareil désigné en tête de ces lignes est un des plus ru- 
dimentaires ; il impose au pécheur une fatigue, et plus encore 
un assujettissement qui Font amené à des perfectionnements 

(*) Voyez Revue, 1892, 1^' semestre, p. 619, et 1° semestre, p, 63. 



168 



REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES 



dont il sera parlé dans la suite. Montrons- en d'abord le fonc- 
tionnement. 

Quel est donc l'objet des marques blanches qui nous frap- 
paient au début ? Elles sont destinées, disent les guides, avec 
une naïve assurance, à attirer le poisson en lui donnant de 
loin Fillusion d'une cascade bouillonnante ? En réalité, elles 
produisent sur le fond de l'eau une réverbération qui permet 
au veilleur, du haut de son tréteau, de voir passer le Saumon 
dans la zone d'action de son engin, dont les bras, tendus et 




Siddenot, pêche du Saumon. 



souples comme des tentacules, sont toujours prêts à se refer- 
mer sur lui et à l'enlacer dans leur funeste étreinte à une 
simple traction des câbles. Ces sortes de réflecteurs sont 
avantageusement remplacés en beaucoup d'endroits par des 
carrés de planches, également peintes en blanc, immergées 
sous la bouche du filet. 

Le filet en lui-même doit tirer son nom de siddenot (filet 
assis), de la position nonchalante en apparence de celui qui le 
manœuvre. Il est en forme de cône. Le petit bout, gavlen, est 
fermé, tandis que l'autre est très large et ouvert sur le fjord. 



LES GRANDES PÈCHES EN NORVÈGE. 169 

La longueur totale est de 25 mètres, sur un diamètre médian 
de 7 mètres. La toile est à mailles de O'^.OG ; le sommet a 
70 mailles, le pourtour en compte 170. C'est au-dessous du 
lilet, près de son ouverture, qu'on dispose le plancher réflec- 
teur, grâce auquel on surpendra le poisson qui viendra à 
passer à proximité. En prolongement immédiat, on tend, en 
ligne droite, un ou plusieurs filets à simple toile qui barrent 
l'espace jusqu'à la rive. Cette muraille a pour but d'arrêter 
le Saumon dans sa course, et de le diriger vers la poche 
centrale. Autour de l'entrée de cette poche vient s'enrouler 
un des bouts de la corde que l'homme de guet tient à la 
main ; il suffit à celui-ci de tirer à lui pour que la corde cou- 
lissant Terme l'ouverture et emprisonne le poisson, dont on 
va aussitôt s'emparer. 

Le siddenot est encore assez commun aux environs de Ber- 
gen et notamment dans l'Osterofjord, oii nous avons pu le 
voir à l'œuvre; mais il est aisé de se rendre compte des 
complications de son maniement et des Irais qu'il nécessite. 
Aussi bien, disparaît-il de jour en jour, remplacé par un 
engin, qui ne date que d'une vingtaine d'années, mais dont 
l'usage se répand d'autant plus vite qu'il est plus meurtrier. 
Si nous le décrivons, c'est en exprimant le vœu qu'il ne soit 
jamais autorisé dans nos eaux, où, d'ailleurs, il ne semble 
pas qu'il puisse être utilement mis en œuvre. Au surplus, 
même en Norvège, il n'est tendu que dans les fjords, en au- 
cun cas dans les fleuves, et sous des restrictions légales qui 
en modèrent un peu la trop grande nocuité. 

Nous voulons parler du Kilenot. 

Les premiers avantages de ce nouvel engin sont de rendi-e 
inutile une garde incessante de jour et de nuit, et de se trou- 
ver constamment en batterie. 

Dans sa forme première, il rappelait la disposition du sid- 
denot avec cette différence que l'entrée était celle d'un im- 
mense verveux. On l'a encore perfectionné, en le pourvoyant 
d'une double poche, et aussi d'une double entrée ouvrant sur 
chacune des faces de la muraille. Ainsi donc, nous voyons un 
énorme bras s'ailongeant sur 200 à 25U mètres, et même plus, 
avec une hauteur appropriée au fond, généralement 8 à 10 
mètres, solidement amarré à l'aide de lourdes pierres, lesté 
de paquets de liège et de futailles vides, et se terminant par 
une grande poche à bouche de verveux, qui constitue le filet 



170 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

de prise proprement dit. Ce filet s'ouvrait primitivement sur 
lin seul côté, celui qu'on supposait être sur la voie la plus 
suivie' par le Saumon ; aujourd'hui, nous le répétons, il est à 
double lace. Ajoutons que la poche du bout est tissée sur 
tout son pourtour, ne laissant aucune issue aux captifs. On 
se borne à la visiter une ou deux fois par vingt -quatre 
heures ; mais elle n'est relevée que lorsqu'elle renferme un 
certain nombre de poissons. Il n'est pas rare qu'elle s'em- 
plisse, à l'époque de l'activité du passage. 

Chacun, à son gré, a la libre faculté d'établir un engin de 
cette nature dans les fjords, à la condition de ne pas empiéter 
sur des droits antérieurement acquis ; mais on ne peut l'ap- 
puyer sur la rive que lorsqu'on en a soi-même la pleine pro- 
priété, ou, à défaut, si on en achète le droit. 

Les kilenots sont mis en place en avril et fonctionnent 
jusque vers le commencement de juillet; ils s'attaquent donc 
à la migration de montée des Saumons vers les fleuves. Il n'y 
a pas de pêche de descente. 

On compte actuellement de 5 à 6,000 kilenots tendus . 
chaque printemps, sur les côtes de Norvège, et leur nombre 
s'accroît sans cesse, menaçant l'espèce d'une destruction cer- 
taine si on n'y prend garde. Ainsi l'Osteroljord et le Siindf- 
joi'd, où il a été mis en usage le plus anciennement et qui 
étaient naguère lès plus renommés du pays pour l'abon- 
dance du Saumon, ne viennent plus qu'en second rang, bien 
après les eaux du Nordland et du Finmark, où cet engin est 
connu depuis peu. 

Une loi récente (juin 1891) a cependant restreint cette rui- 
neuse pèche : elle dispose que tous les kilenots devront être 
halés le vendredi soir de chaque semaine, et qu'ils ne pour- 
ront être remis en place que le lundi à six heures de l'après- 
midi. De plus, elle fixe la dimension réglementaire de la 
maille à 0,065, mesure prise sur le filet mouillé. Nous ne vou- 
drions pas être mauvais prophète, mais les tueries dont nous 
avons eu le spectacle, cet été, tout au long de la route, nous 
donneraient volontiers à penser que le Norvégien gaspille 
imprudemment ses biens, et qu'un jour pourrait venir où, ses 
eaux ruinées à l'exemple des nôtres, naîtront des regrets 
tardifs, mais superflus, sur les prodigalités passées. 

On emploie également le garn, ou filet à mailles, pour la 
pêche des Salmonidés ; son unique toile est en fil extrême- 



LES GRANDES PÈCHES EN NORVÈGE. 171 

ment fin, elle est lestée, d'une part, avec des plombs ou des 
galets, de l'autre, avec des rouleaux en écorce de Bouleau, 
qui remplacent très avantageusement les classiques flotteurs 
en liège. Le garn ne donne réellement tous ses eiFets que par 
des nuits sombres. 

Après avoir heureusement parcouru les fjords, le Saumon 
pénètre dans les rivières, pour gagner ses frayères favorites. 
Là encore, sur tout son chemin, il se verra menacé de mort, 
et, sans doute, ne sera-ce qu'en petit nombre qu'il réussira à 
les atteindre, après avoir évité les nouveaux périls que nous 
allons faire connaître. 

Saluons d'abord au passage le noble sportsman étranger 
pour la maestria avec laquelle il pratique son art. Il est venu 
de la brumeuse Angleterre, ou de la lointaine Amérique, tout 
plein de sa passion, suivi, dans son expédition, d'un mince 
bagage de corps, mais de tout un outillage des lignes les plus 
souples et des hameçons les mieux trempés. Il envahit les 
paquebots qui font le service de la côte, encombrant le pont 
de sa personne et de ses longues caisses d'engins, costumé de 
gros drap, coiffé d'une casquette à oreillettes constellée de 
mouches artificielles, et s'installe comme en pays conquis sur 
les pliants un instant abandonnés, dédaigneux, causant à 
peine, fumant son énorme pipe, buvant force whisky, le vi- 
sage impassible, l'œil rêveur, perdu sans doute dans le sou- 
venir des exploits passés, ou dans la pensée de ceux qui 
vont suivre. C'est bien, au demeurant, le tj^pe supérieur du 
pêcheur à la ligne. 

La plupart s'établissent dans de misérables huttes où ils 
manquent de tout ; d'autres, au contraire, dans des chalets 
somptueusement édifiés. On en cite un des plus fanatiques 
qui s'en vient, chaque année, sur un yacht de plaisance, 
chargé de toutes les pièces d'une grande maison démontable, 
de ses meubles, de ses vivres et de ses serviteurs, et jette 
l'ancre pour la saison au fin fond d'une crique sauvage, ina- 
bordable par terre même pour les simples piétons. Les bruits 
du monde ne parviendront pas jusqu'à lui, et il se livrera 
corps et âme, sans distraction et sans trouble, à tout le feu 
de sa passion. Avant la prochaine chute des feuilles, le gra- 
cieux vapeur aura disparu vers l'Occident, emportant châ- 
teau et châtelain. 

En temps légal, la pêche est libre dans les fjords, disions- 



172 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

nous. Tout différent est le régime des riyières. En effet, le 
droit de pêche est considéré comme inhérent à la propriété 
des rives, et conséquemment, seuls les maîtres du sol peu- 
vent l'exercer. 

En réalité, il est rare qu'ils en usent personnellement ; 
mieux vaut pour eux le céder par bail, et c'est là pour les 
particuliers ou pour les communes propriétaires riverains des 
eaux courantes, une source de revenus d'autant plus consi- 
dérable que la fécondité de ces eaux est plus célèbre, et que 
ce sont des Anglais qui mettent les enchères. Il est à notre 
connaissance que certain bras de rivière, pas très long, certes, 
a trouvé, pour un mois, preneur à 500 livres (12,500 francs). 
Ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est que, cette fois, par 
hasard, l'adjudicataire était Français ! A. quelles envolées fan- 
tastiques de bank-notes n'assiste-t-on pas, lorsque, pour le 
bonheur du propriétaire, Anglais et Américains sont mis en 
concurrence ! 

Le contrat interdit aux fermiers toute autre pêche que la 
pêche à la ligne; mais, en revanche, ils pratiquent celle-ci en 
artistes consommés. On les rencontre isolément, exerçant 
leur solitaire et silencieux sport dans un coin retiré de ri- 
vière, l'œil ardent, le bras tendu, l'àme dans le poignet, fai- 
sant délicatement voleter à fleur d'eau la mouche ai-tificielle 
qui sert d'appât ; armés, d'ailleurs, de la plus inaltérable pa- 
tience ; car, même dans ce pays fortuné, il y a bien des jours 
où le sauvage poisson ne mord i>as, des jours oii les heures 
se suivent stériles, et toujours pleines d'une trompeuse 
espérance. 

Mais aussi, quelle violente émotion, lorsqu'enfin le Saumon 
a happé la fatale amorce ! Quelle lutte de force et d'adresse - 
entre le pêcheur et lui ! l'un tirant follement sur le fer qui 
résiste, tantôt fonçant au plus creux du remous, tant(jt bon- 
dissant comme un trait sur le rapide, impuissant à le fran- 
chir, se débattant désespérément sans réussir à briser le fra- 
gile engin, jusqu'à ce qu'enfin, épuisé par ses violents mais 
vains efforts, il s'abandonne un moment au courant pour re- 
prendre ses forces qui s'épuisent et recommencer aussit(3t une 
lutte désormais inégale; l'autre, alternativement, rendant 
la main ou la reprenant, dévidant ou enroulant le mince 
cordonnet sur son moulinet , pendant qu'un sage nau- 
tonier dirige la barque légère, de manière à céder molle- 



LES GRANDES PECHES E\ NORVÈGE. 173 

ment au poisson, sans jamais lui laisser un instant de repos. 

Cette double manœuvre doit être habilement conduite, car 
à la moindre faute le fil se rompt et la pèche est manquée. 
Ainsi, faut-il souvent une heure entière, quelquefois davan- 
tage, pour « noyer un Saumon ». Un des plus heureux pê- 
cheurs que nous aj'ons rencontrés, venait de ferrer son 
soixantième Saumon ; il était en campagne depuis trois se- 
maines. Est-il besoin d'indiquer que le butin est généreuse- 
ment abandonné au paysan, s'ajoutant pour lui aux autres 
Itrofits de la location ? 

Les meilleures rivières de la cote occidentale sont celles de 
Mandai, Feigen, Voss, Suidai, Sarro, Alten, Fana et Jacob. 
Elles ne suffisent plus à la troupe grossissante des sportsmen, 
et déjà un courant porte les plus fanatiques en Islande, où ils 
trouveront, au moins pendant quelques années, l'isolement et 
l'abondance chers à leur cœur. 

En tout cas, ce n'est pas à eux qu'on pourra jamais imputer 
l'appauvrissement des eaux douces : les pêcheurs de profes- 
sion, et ils sont nombreux, ne sauraient sç contenter des pro- 
duits maigres et aléatoires de cet art difficile. 

Cependant, le courageux Saumon a évité les gam et les 
not de toute forme tendus sur sa route, il a échappé à l'ha- 
meçon perfide, sans être encore au bout de ses tribulations. 
Il va lui falloir franchir les rapides, bondir par dessus les 
chutes qui coupent incessamment le cours des eaux ; et 
quelle force ne dépensera-t-il pas, quels ressorts vigoureux 
ne devra-t-il pas faire jouer pour surmonter ces obstacles ? 
L'eau mugit avec un formidable fracas, sans repos, sur des 
centaines de mètres ; elle bouillonne écumante et furieuse, 
elle se heurte et se déchire sur les roches dont elle émousse 
à peine les crêtes, elle bondit et se précipite avec l'impétuo- 
sité du torrent. Quel mécanisme sorti de la main des hommes 
lutterait contre cette puissance brutale, dont va pourtant 
triompher l'humble poisson! Mais, malheur à lui si, pour 
épargner ses forces, il veut éviter le centre du rapide; là, 
près des bords, ou même un peu à distance, où le courant est 
moins violent, il va donner étourdiment dans un piège gros- 
sier appuyé sur le flanc de quelque roche, le lax-kista (coffre 
ou cage à Saumons) : une cage rectangulaire de 4 à 5 pieds de 
côté, dont les barreaux en bâtons de la force du poignet, 
espacés de 0,065, sont fortement implantés dans le fond ; au- 



174 



REVUK DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 



dessus, formant toit, des planches chargées de blocs de 
pierres; sur la face aval, une ouverture conique, et c'est à peu 
près tout. On y accède, non sans se défendre du vertige : car 
il faut s'avancer en plein remous, enveloppé d'un nuage 
d'eau pulvérisée par la force de la chute, l'oreille assourdie 
par son mugissement, en marchant sur une solive étroite et 




Lax-kisla (Laholni) 



glissante qui sert de passerelle, les pieds à fleur d'eau, les 
bras tendus en balancier au-dessus de l'abîme. 

Ce semblant de barrage suffit à couper à demi le cours de 
l'eau ; pour cela même, le poisson en recherche les abords, et 
quoique le ressaut y atteigne bien encore une hauteur de 
0™,60 à 1 mètre, il le franchit aisément d'un bond, et du coup 
se trouve enfermé en la nasse, dont l'exiguïté ne lui permet 
plus de se mouvoir. 



LES GRANDES PÈCHES EN NORVÈGE. 175 

On doit inspecter le lax-kista plusieurs lois par jour, 
lorsque la montée est active ; car, sous cette apparence inof- 
fensive, il constitue un des plus puissants engins de des- 
truction. Il n'est pas rare qu'il s'emplisse littéralement de 
gros poissons, serrés à s'étouffer. Celui que nous avons vu 
en fonctionnement, à Laholm, en contenait, un matin du 
mois d'août, jusqu'à vingt à la fois, plusieurs de forte taille. 
La plupart étaient morts étouffés, tant ils y formaient une 
masse pressée. 

Le pêcheur, au moment de la visite, a soin de clore l'entrée 
avec une planche debout, en guise de vanne, que la pression 
de l'eau y tient en place; il découvre le dessus, puis il sonde 
l'appareil au moyen d'une forte barre, ce qui exige une main 
exercée, le tourbillonnement de l'eau paralysant en partie le 
toucher. Dès qu'il a reconnu la présence du poisson, il croise 
sa barre en travers et s'en sert d'appui pour manœuvrer la 
large épuisette en corde, à l'aide de laquelle il retire succes- 
sivement tous les prisonniers. Aussitôt ramenés sur la berge, 
on tue les Saumons en les frappant d'un coup sur la tête ; ils 
meurent instantanément, et leur chair passe pour conserver 
ainsi toutes ses qualités, bien mieux que si on les laissait pé- 
rir à l'air dans une lente et pénible asphyxie. 

Nous avons été frappé, en présence de la magnifique pêche 
de Laholm, d'y voir rassemblés des sujets de toutes tailles, 
depuis 2 jusqu'à 10 et 12 kilogr. Ce qui semblerait indiquer 
que la migration n'est pas classifiée par âges nettement sépa- 
rés, ainsi qu'on a cru le remarquer dans la Loire. 

Le lax-kista est le digne émule du kilenot, il en tient le r(31e 
néfaste dans les rivières. On l'établit à peu de frais, et il 
n'entraîne qu'une insignifiante dépense de main-d'œuvre; 
mais son installation nécessite certaines conditions topogra- 
phiques qui ne se rencontrent pas partout ; c'est là l'unique 
cause de sa rareté relative. Le plus ordinairement, on le voit 
à proximité des usines, dans le rapide même qui leur donne 
la force motrice. 

Nous serions incomplet si nous ne décrivions pas un der- 
nier engin plus rudimentaire encore ; nous avions besoin de 
le voir en œuvre pour croire à son efficacité, et nul autre, 
en vérité, ne démontre plus incontestablement l'étonnante 
richesse des eaux norvégiennes. 

Le drif-gani (filet dérivant \ c'est ainsi qu'on le nomme. 



176 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

est fait d'une toile simple, à mailles de 0,075; il mesure 3 à 
4 mètres de long, sur 2 de haut ; ni lièges ni plombs pour le 
lester; à chacune de ses extrémités inférieures, il est pourvu 
d'un large anneau de fer ; les deux ralingues sont reliées par 
des cordes de 12 à 15 mètres, dont les bouts sont tenus à la 
main par deux hommes montant deux méchantes barques 
faites de mauvaises planches mal assemblées. Ceux-ci ma- 
nœuvrent leur esquif à la godille ou à la gaflé, se maintenant 
toujours parallèlement l'un à l'autre, tantôt dans un sens, 
tantôt dans l'autre, remontant, coupant ou descendant le 
courant de la rivière. Sentent-ils la poussée d'un poisson, vi- 
vement ils se rapprochent en tirant sur leurs cordes qui fer- 
ment instantanément le filet, et du même mouvement ils le 
retirent; deux pécheurs peuvent cai)turer ainsi plusieurs 
Saumons en quelques heures. 



«** 



Suédois et Norvégiens sont d'intrépides pêcheurs, il faut 
leur rendre cet hommage. Mais s'ils utilisent largement le 
temps que la loi leur donne pour exercer leur industrie, ils ne 
sont pas sans se préoccuper aussi de son avenir, et ils ont 
la sagesse de demander à la pisciculture artificielle de com- 
bler une ])artie des vides que leurs mains ont creusés. Il y a 
sur plusieurs points des laboratoires prudemment aménagés 
dans ce but. 

L'une des « hatcheries » que nous avons eu occasion de vi- 
siter, pourrait être proposée comme modèle ponr sa bonne 
tenue, non moins que pour la simplicité de son agencement. 
Elle est établie sur la rivière Lagan, à 5 kilomètres de 
Laholm, dans un pauvre chalet en bois attenant aux bâti- 
ments d'une ferme. 

On a conduit à ce laboratoire les eaux d'une source qui naît 
à une quarantaine de mètres au-dessus, avec un débit de près 
de 200 litres à la minute. Le filtrage se fait au travei-s de 
caisses remplies de sable fin. 

A l'intérieur, par échelons de quatre, sont disposées 32 
auges d'incubation, constituées par l'assemblage de trois 
planches en sapin, sans autre apprêt qu'un blanchiment au 
rabot ; ces auges mesurent exactement 5 mètres de longueur 
sur 30 centimètres de largeur et 15 de profondeur. Les œufs 



LES GRANDES PÈCHES EN NORVÈGE. 177 

y sont étalés sur un lit de sable ; chacune d'elles en reçoit 
30,000 ; on peut donc traiter annuellement dans ce labo- 
ratoire un million d'œufs. Les pertes ne dépassent jamais 
10 p. 100. 

Les reproducteurs sont capturés non loin de là dans la ri- 
vière, pendant le mois d'octobre, à l'aide de garns ou de nots, 
et remis en liberté tout de suite après la récolte ; plusieurs 
hommes travaillent simultanément à la fécondation artifi- 
cielle ; ils sont assez exercés pour y procéder isolément, si 
gros que soient les sujets à opérer, en maintenant ceux-ci 
appuyés sur les genoux ; et c'est à peine si quelques-uns 
périssent, sur le grand nombre de ceux qui leur passent 
dans les mains. 

L'éclosion survient normalement après quatre-vingt-cinq 
jours. Les alevins sont conservés dans les mêmes appareils, 
jusqu'à complète résorption de la vésicule ombilicale, jamais 
au delà. A ce moment, on est en avril, ont lieu les lâchers 
dans les affluents de la rivière, à l'abri des remous. 

Cet établissement date de 1875. L'Etat lui assure une sub- 
vention annuelle de 300 kr. 

Depuis sa création, la pêche s'est améliorée d'une manière 
très sensible dans la contrée, de l'aveu de tous. Le nombre 
des pêcheurs a beaucoup augmenté, ils ont perfectionné leurs 
engins, et tous, néanmoins, ils trouvent à faire d'excellentes 
campagnes. 

Dans la pêcherie qui dépend de cet établissement, nous 
avons vu capturer, dans les premiers jours d'août, des sau- 
mons de taille très mélangée. La moyenne pèse 8 Idlogr. Le 
plus gros qui y ait été pris, mais le cas est exceptionnel, at- 
teignait 22 kilogr. Les petits nous ont paru être en moins 
belle forme que les grands; parmi ces derniers, il s'en trou- 
vait plusieurs ayant un Ijec anormalement développé ; chez 
l'un d'eux, il perforait presque complètement le museau, bien 
que, circonstance à noter, l'animal fût très gros et dans la 
meilleure condition. D'après le directeur, qui en cela est par- 
faitement d'accord avec ses pêcheurs, et il doit s'y entendre, 
puisque c'est lui qui est préposé à la hatcherie, c'est là inva- 
riablement un signe spécial et exclusif aux mâles de l'espèce. 

{A suivre.) 



•20 Août 1892. '2 



LES PLANTES DE VANNERIE 

CHEZ LES INDIENS DES ETATS - UNIS 

Par m. h. BRÉZOL. 



La vannerie est rindustrie la plus répandue chez les In- 
diens des États-Unis, C'est elle qui leur fournit la plupart de 
leurs ustensiles de ménage, et c'est dans son travail qu'ils 
ont acquis le plus d'habileté ; aussi le nombre de végétaux 
leur servant de matières premières est-il fort considérable. 

En commençant par les plantes herbacées, on voit dans le 
rapport adressé en 1884 au Muséum national des Etats-Unis, 
par le docteur Masson, que les indigènes des îles Aléoutiennes 
tressent les fibres de plusieurs espèces d'Elymes rouies à la 
façon du chanvre, en nattes et en corbeilles d'une finesse 
excessive. Les plantes ainsi employées sont les Elymus 
mollis, arenarius et Slhiriois. Les Indiens Chilkaht em- 
ploieraient un de ces végétaux, dans le même but, sous le 
nom de Blé sauvage. 

Le même rapport mentionne également un Sporoholus, 
dont les Indiens de la rivière Tule en Californie tisseraient 
les feuilles ; mais il y a sans doute erreur, la région en ques- 
tion ne possédant aucune espèce du genre SpovoJjOlus suscep- 
tible de subir ce mode de travail. On y trouve, par contre, le 
Vilfa depauperata, plante aux feuilles allongées, souples et 
filiformes, très estimées des Mexicains qui en rembourrent 
leurs objets de sellerie et de harnachement, rôle auquel 
sa souplesse et son élasticité la prêtent merveilleusement. 
U Arundinaria niacrosycrriia, graminéc qui croit dans les 
états du Sud , fournit aux survivants des Cherokees, des 
Choetaws, des Creeks, des Chikasaws et des Séminoles, la 
principale matière employée par ces peuplades à la confec- 
tion de leurs articles de vannerie. Les Choetaws sont par- 
ticulièrement habiles â ces travaux, et leurs petites corbeilles 
aux vives couleurs se vendent dans plusieurs villes du sud 
des États-Unis. 

Les Indiens des États du nord-est, principalement les Pe- 
nohscots, font un grand emploi de l'Herbe sainte, Hierochloc 



LES PLANTES DE VANNERIE CHEZ LES IXDIENS. 179 

borealis, graminée dont les longues feuilles s'enroulent en 
spires par la dessiccation. Les réunissant en longues tresses 
ils en font des corbeilles et autres objets similaires. Certains 
explorateurs ont également vu des tresses faites avec les 
feuilles de cette graminée, entre les mains des Indiens Cor- 
beaux de la vallée de la Zellowstone, mais ils n'ont pu 
savoir à quel usage ceux-ci les employaient. Ces feuilles 
émettent une odeur délicate et persistante fort agréable. 

Les Saules américains n'ont pas la souplesse et l'élas- 
ticité qui leur donnent une si grande importance écono- 
mique en Europe. A l'ouest des Montagnes Rocheuses , la 
vannerie dispose d'un Saule, le Salix sessilifolia, qui lui 
fournit un excellent matériel pour exécuter la trame des 
corbeilles et des paniers. Cet arbuste se rencontre depuis 
la région habitée par les Indiens Hoopas et Klamath dans 
le nord de la Californie et le sud de l'Orégon jusqu'à celle 
où vivent les Papagos, dans la partie méridionale de l'A- 
rizona. Au printemps ou au commencement de l'été, les 
jeunes rameaux, longs de 6U à 90 centimètres, sont coupés, 
écorcés et desséchés ; ils fournissent des tiges excessive- 
ment flexibles et très fines, parfois presque filiformes. Cette 
espèce mérite d'ailleurs l'attention des vanniers des cités, car 
elle fournit un excellent osier. Afin de provoquer la forma- 
tion de jeunes rameaux bien souples, les Indiens du nord de la 
Californie ont la coutume de mettre le feu à leurs oseraies 
naturelles, ainsi, du reste qu'aux bosquets de Coudriers, qui 
fournissent un bois de vannerie non moins estimé. 

On emploie encore, ou du moins on employait autrefois, 
quelques autres espèces de Saules : SalLv cordata, seHcea 
et petiolaris, dans les Etats de l'est et du centre, et les deux 
dernières de ces espèces ont une réelle valeur. Les Etats de 
l'ouest, situés sur le versant de l'Océan Pacifique, possèdent, 
eux: le Salixlaviandea, le S. laviolepsis , et le S. lœvigata. 
Les Indiens Eloopas et Klamath n'emploient, il est vrai, que 
les racines de cette dernière espèce. 

Le docteur Palmer rapporte que les Indiens habitant la 
région riveraine du Colorado font chaque année d'abondantes 
provisions de l'écorce d'un Saule non spécifié avec laquelle ils 
confectionnent des sandales, des nattes et des ficelles. L'é- 
corce du Saule est également utilisée par les Indiens de la 
rivière Tule, en Californie. 



180 KKVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

La plupart des Peupliers ont des radicelles tendres, flexi- 
bles, assez souples, se prêtant bien aux travaux de vannerie. 
C'est avec les radicelles fendues ou restées intactes du Poim- 
lus trichocarpa, que les Indiens de la Caroline du nord font 
la carcasse de leurs cliapeaux. Les squaws, les femmes des 
tribus indiennes habitant le long du fleuve Colorado portent 
des jupons tissés avec des bandes de l'écorce intérieure du 
Bois de coton, Populus Fremontii et Populus monilifera. 

Les radicelles de l'Aulne, Alnus rhoinhifolia, constituent 
des fibres brunes très recherchées des Indiens de la Cali- 
fornie et de rOrégon. 

Les jeunes rameaux flexibles du Noisetier, californien, 
Corylus rostrafa, variété Califoniica, sont presque aussi 
employés par les Indiens de la Californie et de l'Orégon, pour 
constituer le squelette de leurs divers articles de vannerie 
que les rameaux du Salix scssillfolla. Les rameaux de ce Noi- 
setier servent encore à confectionner des nasses, à poissons. 
Une des plantes de vannerie les mieux connues est le 
Sumac trilobé, Rhus aromatica, variété irllohata, arbuste 
largement distribué du Missouri au Pacifique, par dessus les 
Montagnes Rocheuses. C'est une des principales matières 
premières des Apaclies, des Navajos, et des autres tribus de 
la Californie méridionale, de l'Arizona, de l'Utah et du Nou- 
veau-Mexique. Ces rameaux sont grattés et fendus après un 
certain séjour dans l'eau. Les corbeilles dont ils constituent 
la carcasse sont faites de petits bourrelets d'herbe solidement 
liés à la monture ; elles durent fort longtemps, tiennent bien 
l'eau et sont souvent employées à la cuisson des aliments, 
en chauffant leur contenu avec des pierres rougies au feu. 
Une autre espèce de Sumac, connue aux Etats-Unis sous le 
nom de Lierre vénéneux, le Rhus cliversiloba, des côtes du 
Pacifique, s'emploierait également, dit-on, en vannerie; mais 
on confond, peut-être, ce végétal avec le précédent. 

Le Chanvre indien , Apocijnum cannabinum , est vêtu 
d'une couche subcorticale très fibreuse, se détachant facile- 
ment en bandes et dont beaucoup de tribus habitant la région 
comprise entre les grands lacs et le Pacifique font depuis un 
temps immémorial des cordages, des lassos, des lignes à pê- 
cher, des valises, des nattes, des corbeilles et des ceintures. 
Les Indiens Sioux n'ont jamais fabriqué qu'une vanne- 
rie grossière dont la principale matière première leur était 



LES PLANTES DE VANNERIE CHEZ LES LNDIENS. 181 

offerte par les fibres corticales de l'Orme américain, Ulmus 
Americana. Ils n'ont jamais tiré parti du Cornoiiillier osier 
rouge , Cornus stolonifera , malgré ses élégants rameaux 
pourprés semblables à ceux de l'osier, et son abondance dans 
la région qu'ils habitent. M. Baston rapporte cependant qu'ils 
employaient autrelbis les jeunes rameaux d'une espèce voi- 
sine, le Cornus sericca, pour la confection de leurs corbeilles 
les plus grossières. 

Parmi les vignes, la vigne californienne, Vitis Califor7iica, 
se prête par ses tiges flexibles, minces et résistantes à la 
fabrication des cordages. Le Supple Jaclî, Berchemia volu- 
bilis, s'emploierait de la même façon. 

Les Conifères contiennent un certain nombre d'arbres de 
grande valeur pour la vannerie indigène. Le mieux connu 
est le Grand cèdre ou Arljor Viiœ, Thuya gigantea, des 
montagnes côtières et des montagnes cascades dans la Cali- 
fornie et rOrégon. Cet arbre fournit une fine écorce fibreuse, 
se détachant en longues bandes que les Indiens tressent en 
nattes en corbeilles, en sacs et en vêtements. Dans les 
corbeilles, ils font alterner des bandes ayant de 1 milli- 
mètre à 3 centimètres de largeur. Les nattes, faites avec 
cette écorce, jouent dans l'existence des Indiens des côtes de 
la Colombie britannique, le même rôle que les robes de bisons 
auprès de leurs congénères du Dakota. Elles servent de ta- 
pis, de couvertures, de rideaux pour les portes, de voiles de 
bateaux, et c'est dans ces nattes qu'on ensevelit les morts. 

Les racines de plusieurs espèces de Conifères fournissent 
une excellente matière pour constituer la trame de divers 
articles de vannerie : leur coloration varie du gris au rouge 
pâle et au brun sombre. Les Indiens Hoopas et Klamaths, par 
exemple, ont recours aux racines du Pin de Sabine, Pinus 
Sahiniana, qu'ils détachent parfois par tronçons cle 10 ou 
12 centimètres de diamètre, desséchés ensuite dans une 
couche de cendres chaudes. Les racines très souples du 
Spruce,* Picea Engelmami, et probablement celles d'autres 
conifères sont employées à la confection de divers articles de 
vannerie par les Indiens du Nord-Ouest. Les racines du 
Tamarack, Larix occiclentalis, servent aux Indiens vivant 
sur les bords de la rivière Yukon, à faire d'élégantes cor- 
beilles artistement ornées de poils et de dards de porc-épic. 

Les Yuccas figurent en tête des Liliacées comme plantes de 



182 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

vannerie et comme plantes textiles. Les excellentes tibres 
extraites de ces végétaux sont artistement travaillées par les 
Apaches, les Pimos et les Pueblos, et le Yucca fdœineniosa, 
le Y. gloriosa, le Y. aloifolia, jouissaient autrefois d'une 
grande vogue dans les États de l'Est et du Sud pour la con- 
fection de cordes, de ficelles, de nattes, etc. Le Yucca Imccata 
a pris une réelle importance économique dans la région inté- 
rieure qui s'étend entre la Californie et le Texas. La feuille 
entièrement développée a 90 centimètres à 1 mètre 20 de 
long, elle est très flexible et fournit une excellente fibre 
textile. Après un léger séjour dans des cendres chaudes, elle 
devient plus souple encore et peut être fendue en bandes de 
largeur variable, qu'on tresse en nattes grossières et en cor- 
beilles, et que les Indiens et les Mexicains emi)loient comme 
fouets ou sous forme de cordes. 

Les feuilles d'une espèce voisine, le Yucca lilifcra, du 
Nord du Mexique, sont utilisées de la même façon, ainsi que 
celles du Yucca aurjustifolia, du Y. claia, du J'. W/iipplel. 

A la même famille appartient le Xeropliyllum tcnax, plante 
vivace fort connnune sur les côtes de l'Océan Pacifique, 
émettant de nombreuses feuilles presque linéaires de 60 à 
90 centimètres de longueur. Dépourvues de fibres, ces feuilles 
sont cependant assez résistantes et assez souples pour pouvoir 
être tressées. Principalement employées par les Indiens du 
Nord d(> la Californie et de l'Orégon, elles constituent la 
matière première de leurs articles de vannerie les plus fins. 

Plusieurs espèces d'Agave, V Agave Americana, VA. hetc- 
racanifia, VA. Slsalana, contenant toutes des fibres textiles, 
sont utilisées par les vanniers mexicains et indiens. 

Beaucoup de botanistes seront sans doute fort étonnés 
d'apprendre que dans la Californie septentrionale et l'Orégon 
on fait avec les feuilles de VIris macrosiphon des cordes, 
des lignes à pêcher, des filets et une étoffe absolument iden- 
tique à un canevas grossier. Ces feuilles, de 30 à 60 centi- 
mètres de long, ont quelques millimètres seulement -de lar- 
geur, chacun de leurs bords est renforcé par une forte til)rc. 
Les femmes indiennes séparent adroitement ces fibres du 
parenchyme â l'aide d'une lame de zinc aiguisée qu'elles 
s'adaptent au pouce, puis on les tresse en cordes de diamètres 
divers ou on en fait des filets et des étoffes. 

Les feuilles du Palmetio, SaMl palmelio, fournissent de 



LES PLANTES DE VANNERIE CHEZ LES INDIENS. 4 83 

Jjelles Landes Lien souples dont on confectionne dos clia[)eaiix, 
(les nattes, des corLeilles, et les feuilles du Sabal Mexicana, 
qui s'étend vers le Noi'd jusqu'au cours inférieur du Rio- 
Grande, sont traitées de la même façon jiar les Mexicains. 
Les feuilles du Palmctto en scie, Serenoa serrulaia, servent 
aux nègres à l'aire des chapeaux et des corLeilles. 

Les fougères elles-mêmes fournissent quelques plantes 
utiles à notre liste. Le Woodwardia rrccUcans, de la côte du 
Pacifique, émet de longs pétioles contenant chacun deux 
faisceaux fihrovasculaires sous forme de larges filaments 
Lruns et aplatis, mais fort souples Les feuilles encore fraîches 
sont réduites en miettes, pour mettre ces filaments en liLerté ; 
on les nettoie ensuite, et les teint à l'aide d'une infusion 
d'écorce d'aulne. Une autre fougère fournissant une élégante 
matière à la trame des corLeilles les plus fines des Indiens 
Hoopas et Klamaths est 1'^ cUanlum pedafum, dont les feuilles 
sont d'un noir Lrillant sur une face et d'un Leau rouge sur 
l'autre. Après les avoir plongées dans l'eau ou humectées de 
salive, on les fend avec l'ongle afin de séparer la face noire 
de la face rouge, qui n'est pas employée. 

L'écorce du Tilleul, Tilia Americana, est excessivement 
souple, résistante, et facile â transformer en cordages, en 
nattes, en corLeilles. Le Lois et l'écorce du Bois de cuir, 
Dirca palusiris, arLrisseau commun dans les états de l'At- 
lantique, et les mêmes produits du Dirca occidentalls des 
côtes du Pacifique, ont toujours été largement em[)loyés par 
les Indiens et les colons. Ces écdrces sont presque aussi résis- 
tantes que celle du Tilleul ; le Lois est souple et flexiLle, de 
sorte que les Lranches peuvent être courLées en cercles sans 
se rompre. L'écorce du Bouleau â canots sert à faire des 
jarres et des corLeilles dans la région des grands lacs. 

Le Lois de plusieurs essences â Lois dur, découpé en minces 
planchettes, en ruLans, en copeaux, est assez élastique i)Our 
le service de la A\annerie. On employait Leaucoup autrefois 
de cette façon le Lois du Chêne Liane, Quercus alba, et de 
iilusieurs Hickoi'ys, Ilickoria. Le Lois tendre du Bouleau 
Idanc, Belula popidina, et celui d'autres arLres fournissant 
un Lois Liane est encore employé le long de la frontière ca- 
nadienne et dans un grand nomLre de localités du Canada 
par les descendants des Iroquois et des Algonquins. Des 
milliers d'élégantes corLeilles faites avec cette matière, sont 



184 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

vendues dans les villes et les villages du nord des États-Unis. 

Les Joncs, en raison de leur abondance, de leur souplesse, 
de leur ïiexibilité, ont été plus ou moins employés par de 
nombreuses tribus, et surtout par les Indiens Klamaths, qui 
les mettaient peut-être en oeuvre avec le plus d'babileté et de 
goût. Le Jimcus effitsus, qui constitue souvent une mauvaise 
herbe, un véritable fléau, dans les états de l'Atlantique, serait 
cultivé au Japon pour fournir la matière première d'élégantes 
nattes. Les fortes tiges du Jimcus robiistus sont fendues en 
deux par le^ Lidiens du sud de la Californie et introduites 
dans le tissu de leurs corlieilles. 

Dans la famille des Cypéracées, nous trouvons le BubrusJi, 
Scirims lacKsiris, qui existe également dans les marais eu- 
ropéens. Ce végétal, très répandu aux États-Unis, fort com- 
mun, est souvent employé par les Indiens, qui le tressent en 
nattes, en corbeilles ajourées, en font des ialéJi, des rideaux 
pour fermer leurs buttes. La variété occidenialis , des côtes 
du Pacifique, constitue, avec ses feuilles de 2 m. 50 à 3 mètres 
de haut, une plante d'une valeur économique réelle. 

Mentionnons enfin la Cat-iail, la Queue de chat, Tijp/ia 
latifolia, la grande Massette européenne, dont les feuilles 
tressées servent depuis les guerres de l'Indépendance améri- 
caine à faire des fonds de chaises, aussi les recueille-t-on 
activement dans les marais de l'État de New-York, pour la 
fabrication des sièges et celle des corbeilles. 

Les Indiens raffolent des effets de couleur et tirent un 
excellent parti des colorants divers que leur fournit la nature. 
L'écorce de plusieurs espèces d'Aulne leur donne par infusion 
une excellente matière colorante, brune ou rouge. Les Indiens 
Hoopas et Klamaths emploient ainsi l'écorce de VAlnus 
rhoviibifolia et peut-être aussi celle de VAlnus rubra, de 
l'Aulne rouge. Les Navajos préfèrent l'écorce de VAlnus 
incana, variété virescens qu'ils mélangent à l'écorce des 
racines du Cercocarpns 2^ci^"f^ifolii(S, en employant comme 
mordant des cendres de Genévrier, Dans le Grand-Bassin, la 
laque noire employée pour la décoration des corbeilles s'ex- 
trait d'une Chénopodiacée , le Suœcla diffusa. Les Navajos 
obtiennent également une laque noire en mêlant les baies du 
Rlms aroniaiicus, variété iriloba, avec de l'ocre et la gomme 
du Pimts edulis. 



II. CHRONIQUE DES COLONIES ET DES PAYS D'OUTRE-MER. 



L'acclimatation du Cheval en Afrique australe. 

Non seulement l'Européen a beaucoup de peine à s'acclimater en 
Afrique, mais le Cheval, ce compagnon de l'homme, y lutte avec les 
mêmes difficultés climatériques. Le Cheval se trouve bien dans les 
re'gions plus sèches de l'Afrique septentrionale et centrale, mais les 
tribus nègres et cafres qui habitent plus au sud ne le connaissent 
pas, tandis que les autres animaux domestiques de notre climat tels 
que les bœufs, les vaches, les moutons et les chèvres sont parfai- 
tement représente's chez eux. 

Il y a environ deux siècles que les Hollandais introduisirent le Che- 
val en Afrique australe, en choisissant plus spécialement la race espa- 
gnole dans es but. Aujourd'hui on compte dans toutes les colonies 
Anglaises, Portugaises, les Etats-Libres elles territoires des Indigènes 
de cette partie d'Afrique, environ un million de tètes de cet animal. 
Le Cheval s'y multiplie surtout dans les districts qui sont plus ou 
moins à l'abri de l'épidémie spe'ciale qui se'vit sur ces animaux. Ce 
sont toute la colonie du Cap, l'Etat libre d'Orange et le pays des 
Bassoutos, ainsi que les régions plus élevées de la colonie de Natal 
et du Transvaal. Ici le Cheval est garanti par une altitude de 4,000 
à 5,000 pieds, même pendant les jours et les nuits qu'il passe dans 
les pre's et qu'il est exposé à toutes les intempe'ries de la saison. Dans 
les contre'es plus basses, au contraire, les épidémies se pre'sentent 
tous les ans et enlèvent presque tous les animaux. Les pays de'cide'- 
ment malsains pour les Chevaux pendant l'été, sont tous ceux situe's 
au nord de la Vaal et de la Tugela, à l'exception de quelques plateaux 
élevés dans les montagnes. Dans les endroits plus bas l'e'pide'mie règne 
tous les ans, mais disparaît pendant les mois secs de l'hiver (de mai 
en octobre) (1). 

L'épidémie est une maladie infectieuse, une espèce de charbon 
qui suit son cours jusqu'au de'nouement fatal, sans produire d'enflure 
ou de tumeur apparente. 

Huit à dix jours après l'inoculation du poison la fièvre se de'clare et 
la mort survient géne'ralement quelques heures après. Les symptômes 
que l'on observe sont : toux, respiration active, sécrétion des bronches 
(prise à tort pour de la bile), enfin une mort rapide. A l'autopsie on 
constate une espèce de stagnation de fonctionnement des poumons 
et l'œdème consécutif de ces organes. La maladie se développe à 
mesure que le sang se décompose. Sur cent Chevaux qui en sont 
atteints, à peine trois ou cinq survivent-ils et ce sont surtout ceux 

\1) On n'oublie pas que l'hiver correspond à noire été en Afrique australe. 



186 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

qui travaillent pendant qu'ils sont déjà sous l'influence du mal, qui 
succombent. 

La rapidité de la maladie rend son traitement très difficile. L'arsenic 
paraît être indique à l'intérieur. C'est la transpiration surtout qu'il 
s'agit d'appeler, et il faut, autant que possible, refuser l'eau à boire au 
malade. Des Chevaux que l'on conside'rail comme sauvés, ont suc- 
combé lorsqu'on leur a donné de l'eau à discrétion. Ceux qui ont 
résisté à l'attaque, restent souvent asthmatiques et ont toujours perdu 
leur vigueur. On ne voit pas de récidives. Les Chevaux qui ont eu la 
maladie, peuvent vivre impunément <lans la contrée malsaine qui la 
leur a donnée. Aussi les paie-t-on cinq à huit fois leur valeur ordinaire. 
En présence du grand danger auquel les Chevaux sont exposés, il 
est ordonné de les protéger par tous les moyens possibles, ce qui, 
d'après les expériences faites en Afrique australe, n'est pas trop diffi- 
cile. Les Chevaux vivant dans les contrées les plus chaudes de l'A- 
frique, sont parfaitement à l'abri du mal. C'est donc dans ces contrées 
que l'on doit s'occuper plus spécialement de leur élevage. 

Pour les Chevaux vivant dans les contrées basses il est bon d'ob- 
server les conditions suivantes : 

La maladie est contractée dans les. prés oii les Chevaux mangent 
des herbes et des plantes couvertes de rosée. Lorsque la rose'e sèche, 
le germe disparaît avec elle, ou perd son influence dangereuse. L'al- 
mosphére de la nuit ou du jour n'est pas nuisible pour les Chevaux. 
Veut-on protéger ces animaux, il faut les empêcher de manger ces 
herbes couvertes de rosée. Il faut donc les faire rentrer à l'ecurio pen- 
dant la nuit. Comme il est souvent difficile de se procurer une nour- 
riture sèche en quantité' suffisante, on peut faire paître les Chevaux 
pendant quelques heures tous les jours sans danger de 1 heure à 
3 heures du soir au moment où, miJme a l'ombre, la rosée est complète- 
ment séchee. Les prairies les plus hautes, sans ombrages, aux herbes 
courtes, sont les meilleures. Les herbes que l'on coupe dans l'après- 
midi, pour les Chevaux à l'écurie, doivent être exposées pendant quel- 
ques heures au soleil. Les Boers du Cap lavent ces herbes dans une 
eau courante et les considèrent ensuite comme inolTensives. 

En élevant un Cheval de cette manière, il se porte très bien en 
.\frique australe. Mais il faut suivre rigoureusement les indications 
données. Une poignée d'herbes mangoe en parlant le malin par un 
Cheval suffit pour lui donner la maladie. 

Les me'dicaments prophylactiques préconisés en Afrique australe 
sont encore très douteux et les expériences sérieuses manquent. Le 
Cheval né en Afrique est moins susceptible de gagner la maladie 
que celui importé d'Europe. 

D"" IL Meyners d'Estrey. 



III. CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 



Le pouls chez le Chien. — Chez tous les animaux, retudo du 
l)ouls doit nou< guider pour reconnaître l'état de leur saute'. Pour une 
raison inesplique'e, la plupart des ouvrages cunologiques u'en parlent 
pas. M. Wesley Mills a fait quelques remarques à ce sujet dans ki 
revue Forest and Stream. 

D'après cet observateur, la pulsation du Chien diffère de celle d'au- 
tres animaux domestiques. Bien que son mouvement varie suivant 
rage et suivant la race de l'individu, on peut la rapprocher à certains 
égards de celle de l'homme. Ainsi, le rapport qui existe entre la res- 
piration et la pulsation est à peu prés semblable. On a noté une res- 
piration pour quatre, battements. Mais chez un Chien adulte on dé- 
couvre des faits diffe'renls. Si on l'ausculte lorsqu'il est couché à l'e'tat 
de repos complet, on est frappe' de l'irrégularité des pulsations ; quel- 
ques personnes ont pu croire à une maladie de coeur. Cette particula- 
rité ne se voit pas chez l'animal jeune ; d'ailleurs, il serait difficile de 
l'observer, vu la rapidité des battements du pouls dans le jeune âge. 
Elle s'étend autant à la vitesse qu'à la force des pulsations. Au moyen 
d'un appareil spécial, l'étude en serait plus aisée. M. Wesley Mills a 
reconnu que les pulsations deviennent irre'guliôres et se ralentissent 
au moment de l'expiration et qu'au contraire le cœur bat beaucoup 
plus fort et irre'gulièrcment pendant l'inspiration. Cette ir:e'gularité du 
pouls s'observe donc normalement chez les Chiens en parfaite saute'. 

De s. 

Protection des Oiseaux de Paradis à la Nouvelle- 
Guinée. — Dans la Nouvelle-Guinée allemande, on vient de prendre 
des mesures pour protéger les Oiseaux de Paradis. Dès le P'" jan- 
vier 1892, une nouvelle loi est entrée en vigueur. Formule'e dans cinq 
articles, elle accorde seulement des autorisations spéciales pour la 
chasse de ces beaux oiseaux. Cela contribuera à restreindre notable- 
ment le commerce de leurs de'pouilles. Les Paradisiers avaient beau- 
coup diminue' dans cette région de l'île où, cependant, plusieurs es- 
pèces viennent nicher. Par une protection i-aisonnée, on réussira sans 
doute à les conserver. De B. 

Chair des poissons empoisonnée en Crimée. — Afin de 
garantir de la putre'faction le poisson destine' à être expédie' dans les 
endroits e'ioigne's, les industriels de la Crimée le saupoudrent de quan- 
tite's minimes de sublimé, qui est, comme on sait, un antiseptique 
puissant. Mais cette préparation a une influence néfaste sur la santé 
des consommateurs. En dehors de cet empoisonnement artificiel voulu 
des provisions de poisson, la ptomaïne fait également beaucoup de vie" 



'188 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

times en Crimée, ce qui tient à une préparation de'fectueuse du 
poisson et aux proce'des trop primitifs de sa conservation. Les em- 
poisonnements par la ptomaine sévissent surtout à l'époque du Ca- 
rême, lorsque le principal aliment de la population est le poisson. 
Dautres procédés encore, non moins dangereux, sont pratiqués dans 
la pèche, dans les districts septentrionaux du gouvernement de la 
Tauride. Avec de la pale de pain et du mercure {liydrargi/ri-amidato- 
Uchlorati), on fait une masse homogène que l'on sèche et que l'on 
divise ensuite en petits morceaux. Jetés sur la surface d'une rivière, 
ils attirent les petits poissons qui les attrapent avec avidité, et 
meurent aussitôt. Le poisson ramasse' est vendu ensuite au public, 
qui introduit ainsi à son insu dans son organisme des quantités assez 
considérables de mercure. C K. 

Un Espadon à Kertsch. {Mer d'Azo/f). — On a eu la vive sur- 
prise à Kertsch, de voir retirer de la mer un Espadon. On croit qu'il 
y est venu par le canal de Suez et le de'lroit de Kertsch. Les pêcheurs 
ayant fait cette capture miraculeirse avaient d'abord cru à quelque 
apparition surnaturelle, mais s'étant calme's, ils ont mangé le dos du 
poisson séché à l'air et ont donné sa tête, munie d'un appendice de 
plus de 10 cent, de longueur, au Collège local. T. 

Pêche des Saumons en Ecosse. — La Thurso est une des 
rivières les plus productives du Nord de la Grande-Bretagne. Autrefois, 
la pêche des Saumons s'élevait à plus de ItJOO livres (40,000 fr.) dans 
une anne'e, et suivant Sir John Sinclair, elle fournissait environ 150 
à 200 barils par an. Vers le milieu du siècle dernier, on prit un jour 
2,560 Saumons d'un seul coup de filet. Actuellement, le pêcheur à la 
ligue prend tout au plus une vingtaine de Saumons en une journée. 
Mais anciennement, on a vu six pêcheurs à la ligne capturer 1,800 
Saumons en l'espace de quatre iTiois. Dans la saison de 1863, on en 
prit 1,510 pesant ensemble 14, "77 livres. En 1874, on en pécha 1,240 
d'un poids de 13,870 livres. 

Les Saumons de la Thurso sont de grandeur moyenne ; ils pèsent le 
plus souvent 10 1/2 livres. A son embouchure, on en pêche excep- 
tionnellement qui atteignent 45 à 50 livres, et même davantage. 

Pendant trente ans, de 1852 à 1882, on a pris à la ligue, dans la 
Thurso, 19,112 Saumons, d'un poids total de '.)0 tonnes (90,000 kil.l, 
celte pêche se pratiquant seulement durant les cinq premiers mois de 
l'année. G. 

Le fruit de Bêla LEf/le Marmelos). — Quoique connu et estime 
depuis longtemps dans l'Inde pour ses propriétc's antidysentériques et 
antidiarrheiqucs, le fruit du Bêla indien n'attira guère l'attention des 
médecins européens que vers l'anne'e 1850. 

Ce fruit est une baie pluricellulaire, sphe'rique, ovoïde ou pyri- 



CHRONIQUE GENERALE ET FAITS DIVERS. 189 

forme, tic la grosseur d'une Orange ou d'un Citron, recouverle d'une 
écorce ligneuse, lisse, dure, de couleur jaune orangé. L'inlc'rieur se 
compose d'une pulpe mucilagineuse, transparente, d un parfum très 
agréable, avec laquelle on prépare, eu y ajoutant de l'eau et du sucre, 
une sorte de limonade rafraîchissante, ape'rilive et d'un goût délicat. 
Le fruit vert est employé' avec succès pour combattre les affections 
inflammatoires de l'intestin ; arrivé à parfaite maturité', il exhale une 
odeur de'licieuse et sert à confectionner des gele'es et des conserves, 
mais on ne mange jamais le fruit lui-même. 

La pulpe de Bêla se compose chimiquement de mucilage et de pec- 
tine ; d'après les observations de Fliickiger, Collas et Warden, il semble 
de'montré que cette substance renferme une petite quantité' de tanin, 
mais avant la complète maturité du fruit seulement. La partie gluti- 
neuse qui entoure les semences est acide et contient de la chaux, ce 
qui explique l'emploi de ces graines pour donner une plus grande 
adhérence au ciment. 

Le fruit de Bêla, sèche' à demi miàr, se rencontre aujourd'hui assez 
fréquemment dans le commerce, en tranches sèches, dont la couche 
extérieure, lisse et grisâtre, enveloppe une pulpe gommeuse, dure, 
rougeâtre ou d'un brun orangé, dans laquelle se trouvent quelques- 
unes des loges inte'rieures du fruit. Par la dessiccation, cette pulpe 
est devenue très ferme, a perdu son arôme, mais reste un peu acide ; 
sa saveur n'est ni douce ni astringente. Les fruits miirs et se'chès sont 
également importés en Europe, entiers ou coupés en morceaux irrc'- 
guliers ; ils conservent alors une partie de leur odeur primitive. 

Le fruit de Bêla est inscrit comme laxatif dans h\ pharmacope'e an- 
glaise, et prescrit contre la constipation habituelle, soit sous forme 
de mixture avec de l'eau et du sucre, soit en extrait aqueux con- 
centré ; les propriéte's de celte dernière pre'paration sont d'autant plus 
actives que la pulpe employée est plus fraîche. Le pe'ricarpe est par- 
fois utilisé pour la teinture en jaune ; à Ceylan on en retire aussi un 
parfum exquis du à une huile essentielle contenue dans les cellules 
de l'écorce. 

Les fruits à.\Egle Marmelos qui se vendent dans les bazars de Pou- 
dichéry, sont apporle's de l'intérieur; on substitue quelquefois au Bêla 
le fruit du Feronia elephantum {Wood Apple des colons anglais) avec 
lequel il offre une grande ressemblance. J. G. 

Les Fougères rustiques. — Quelques-uns de nos confrères 
ne seront peut-être pas fàche's d'avoir la nomenclature des Fougères 
indigènes assez nombreuses. 

Ces belles plantes, si gracieuses, si variées et si ornementales, se 
prêtent admirablement bien à la formation de massifs au nord, ou 
sous de grands arbres, pourvu que la lumière, qui leur est indispen- 
sable, ne soit pas obstruée. 



190 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

J'entends ne parler ici que des Fougères rustiques, de facile cul- 
ture, passant parfaitement l'hiver en pleine terre et pouvant servir à 
la de'coration des cours et jardins. 

Je vais donc essayer de faire le catalogue en question, en citant les 
espèces par rang de taille, c'est-à-dire les plus grandes d'abord et les 
plus petites à la Un. 

Un mot succinct sur chacune d'elles fera connaître leur mode de 
ve'gétation, leur nuance particulière, les pays où elles se rencontrent 
le plus ordinairement. S'il en est, qui, plus spéciales à la re'gion mé- 
ridionale, supporteraient difficilement sans abri les hivers du climal 
de Paris, je les indiquerai par une ( ' ) ; mais je crois n'avoir guère à 
on mentionner qu'une dans ce cas, et je ne veux pas l'omettre parce 
que c'est une des plus gracieuses et des plus légères. 

Supposons une plate-bande adossée à un mur et ])ord<'e de pierres 
de roche, plus ou moins percées. Après avoir défoncé puis rempli la 
plate-bande de terre franche légère mclange'e par moitié de terreau 
vége'tal, on disposera ses Fougères en plantant les plus éleve'es au 
fond, contre le mur et ainsi de suite, les moyennes au milieu par 
gradation descendante et les plus petites sur le bord, dans les inters- 
tices des rocailles. De celte manière, on formera un massif le'gère- 
ment incliné sur le devant et bien garni de feuillages élégants, de 
toutes les nuances de vert. Commençons donc par : 

Pteris aquilina. Fougère à l'Aigle, à cause de la forme que présente 
la coupe de sa racine. I.a plus commune et toujours une des 
plus belles, se trouve presque partout dans les bois et les 
landes. Beau vert clair, trace et se déplace volontiers. 

Polysiichum Filix-mas. Fougère mâle, presque aussi commune que la 
pre'ce'dente, se trouve dans tous les bois ombreux de terrain 
calcaire. Beau vert foncé. 

H truplio pteris Germanica ou Asplenium Germanicum. Belle plante aux 
feuilles pissiformcs de couleur glauque, formant bien le cornet. 
Ne se trouve guère que dans le Jura et les Vosges. Un peu 
traçante par stolons souterrains. 

Osmunda regalis. Osmonde royale. Peut-être la plus belle Fougère de 
notre pays. Un peu difficile à cultiver, il faut qu'elle trouve 
son terrain et son climat. Ainio la fraîcheur. Je l'ai rencontre'e 
abondante et belle, surtout en Bretagne et sur les bords de 
la rigole du canal du Midi. Exige presque la terre de Bruyère. 

Athyrium Fillx-femina ou Asplemum Filix-femina. Plante assez e'ievce, 
se de'veloppant en cornet. Feuillage fin. Teinte un peu jaune. 
Commune surtout dans les Vosges, la Haute-Saône et les bois 
ombragées de terre siliceuse. 

Polj/stichum spinulosum. Bien gracieuse, vert bien foncé. Bois et lieux 
humides. 



CHRONIQUE GENERALE ET FAITS DIVERS. 191 

Blecknum spicant. Frondes lancéolées, pennatiséquëes ; les ste'riles 
différent des fertiles. Lieux humides. 

Polystichuni Oreopteris. Glanduleux, très jolie Fougère. Dans les bois 
montagneux, ceux du plateau de Langres entre autres. 

Poli/sùlchuni cristatum. Belle espèce, vue surtout en Languedoc. 

Polystichum Thelijpteris. Comme effet, a de l'analogie avec V Oreopteris, 
croît dans les lieux humides. Souche traçante. 

Polypodium phegopteris. Très gracieuse, vert franc. Bretagne. 

Scolopendrium officinale. Belle plante que tout le monde connaît et 
dont les frondes d'un beau vert brillant se de'veloppent dans les 
fissures des rochers au nord. 

Âspidium lonchitis. Frondes dont les segments sont en forme de cime- 
terre, d"où le nom. Beau verl, brillant. Se trouve surtout en 
Savoie et dans les Alpes, mais est très rustique et de facile 
culture. 

Polypodium vulgare. Tout le monde connaît le Polypode commun, avec 
ses sporanges jaune orange. On le trouve sur les rochers et 
mieux sur les murailles au nord. C'est l'espèce la plus terne. 

Polypodium calcareum. Murs humides. 

Cystopteris fragilis. Gracieuse et fine plante à feuillage gai, verl clair, 
formant de belles touffes. Murs et rochers humides. 

Polypodium Dryopteris. Plante grêle, venant sur les rochers. 

Aspidium aculeatum. Belle petite plante au feuillage vert et brillant, 
bien découpé. Murs et bois humides. 

Ceterach offlcinarum. Petite plante dont les frondes sont lobées, d'un 
vert foncé en dessus, et feutre'es brun en dessous. Vieux 
murs. 

" Adianthiim Capillus veneris. Peut-être la plus gracieusement légère 
des petites Fougères. Pétiole nu, brillant et noir. Folioles cune'i- 
formes. Malheureusement demande un climat moins froid que 
celui de Paris en hiver. Se trouve surtout dans les rochers du 
Languedoc et de Provence. 

Aspleiiium Tri chôma ne s. Pour être commune, la Capillaire n'en est pas 
moins gracieuse avec son rachis noir. Rien n'est pittoresque 
comme une grotte ou une voiite de fontaine garnie de ses jolies 
frondaisons. Elle veut le sable et l'humidité'. 

Asplenium Ruta-muraria. La plus petite de toutes les Fougères, elle 
croît dans les anfractuositcs des murailles et des rochers où elle 
de'veloppc ses petites frondes de'coupées comme les feuilles de 
la rue d"cii son nom. 

Je de'sire que cet aperçu inspire à quelques-uns de nos confrères le 
goût des Fougères, et qu'à leur c'tude ainsi qu'à leur recherche ils 
trouvent les douces distractions que j'y ai rencontrées. 

De Coxfevron. 



IV. BIBLIOGRAPHIE. 



Les Maladies du jeune Cheval, par P. Champetier, vëléri- 
nairc en P'' de l'arïTiee, h Tarbes. 1 volume in-18 jesus de 348 pages 
avec 8 planches en couleurs. Librairie J.-B. Baillière et Fils, 19, 
rue [Tautefeuillc, à Paris. Prix, 6 francs. 

Les maladies du jeune cheval, par leur fréquence, la mortalité 
qu'elles occasionnent et les perles qui en sont la conséquence, sont 
de celles qu'il importe aux vétérinaires et aux e'ievcurs de connaître 
le mieux dans leurs causes et leur traitement, afin de les conjurer et 
de les guérir plus stirement. Le livre que M. Champetier vient de 
publier sous le titre : Les Maladies du jeune Cheval, répond donc à un 
véritable besoin et comblera une lacune. 

Cet ouvrage, conçu dans un espri^t pratique et scientifique à la fois, 
édite' avec soin et orne de planches en couleurs représentant les diffé- 
rents parasites auxquels sont dues quelques-unes des affections du 
jeune cheval, se recommande, par la précision et la nouveauté de ses 
doctrines, aux vétérinaires et aux éleveurs, et a sa place marquée 
dans leur bibliothèque. 

M. Champetier passe successivement en revue la gourme, la scar- 
latinoïde, la variole (Ilorse-Pox), la pneumonie infectieuse, l'entérite 
diarrhe'iquc, l'arlhrile des poulains, le muguet, les affections vermi- 
neuscs et les insectes cavitaires. 

Oa trouvera dans ce livre, outre des traitements rationnels et métho- 
diques, l'explication de beaucoup de faits, dont on ignorait la nature, 
et les procede's pratiques permettant d'en éviter les effets et les désas- 
treuses conséquences. G. de G. 



ERRATA.— Dans l'article consacré aux Èchassicrs d'Egypte, du dernier 
numéro de la Revue, le metteur en pages, pour la commodité de son travail, a 
cru pouvoir sans inconvénient changer, pour quelques espèces, la place qui 
leur avait été assignée, ce qui rend incompréhensibles ou erronées plusieurs 
des assertions de fauteur. 

Il convient de rétablir, comme il suit, la place de ces espèces : 

P. 111. Guignard asiatique après Guignard ordinaire. 

P. 116. Bécasseau minule avant Bécasseau temmia. 

P. 122. Ibis falcinelle après le paragraphe consacré à Vîbis sacré, p. 120. 

P. 108. 0" ligne, au lieu de : • descend du Nil », lire : « descend le Nil ». 

P. 120. 1" ligne, après ces mots : • il faut... •, ajouter : « rayer ■. 



Le Gérant : Jules Grisard. 



I. TRAVAUX ADRESSES A LA SOCIETE. 



L'ETAT ACTUEL 

DE L'HIPPOPHAGIE EN EUROPE 

. Pak m. e. leglainche, 

Professeur à l'Ecole vétérinaire de Toulouse 

Et m. Ch. MOROT, 

Vélérinaire muoicipal à Troyes. 

(SUITE •) 



Gand (38). L'hippopliagie a débuté à Gand, il y a une cin- 
quantaine d'années, dans des conditions fort modestes. Elle 
demeura confinée pendant très longtemps dans un faubourg 
{Mont SaiiU-Amand et Porte d'Anvers). Il est impossible d'a- 
Toir des données numériques certaines sur la consommation 
iiippopbagique avant 1867. Voici, à partir de cette époque, 
ies statistiques annuelles des chevaux sacrifiés à l'abattoir 
public de Gand : 

Années.. 1867 iSGS IS69 1810 181 l 1872 1873 I 87 i I87Ô 

Chevaux. 25 43 H 59 52 51 225 349 274 

Années.. I87G 1877 1878 1879 1880 1881 1882 /SS.7 188i 

Chevaux. 331 381 378 322 295 393 393 410 403 

Anno'es . . 1883 I88(i 1887 1888 1889 1890 1891 

Chevaux. 1025 1074 993 899 830 850 902 

Depuis quelques années, des viandes de cheval salées sont 
importées à Gand, pour servir à la fabrication des filets 
d'Anvers, des saucissons de Boulogne et des cervelas. Elles 
sont expédiées du département du Nord {France) et de Neiv- 

(*) Voyez plus haut, pages 1, 97 et l-ici. 

". Septembre 1892. 13 



194 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

York [États-Unis cV Amérique) ; elles sont accompagnées 
(l'un certificat délivré par un vétérinaire du lieu d'importa- 
tion et visé par le Consul ; à leur arrivée à Gand, elles sont 
sérieusement examinées, pièce par pièce pour ainsi dire. 11 
en est arrivé dans cette ville 23,153 kilos du P'' avril au 
31 décembre 1891; il en a été reçu d'Anirrique 26,250 kilos 
dans la seule journée du 4 janvier 1892. 

11 y a à Gand 12 boucheries hippophagiques dont les pro- 
priétaires font abattre des chevaux à leur compte, i)0ur en 
vendre la viande à l'état frais et surtout [tour fabriqua des 
saucissons de Boulogne. 11 y a, en outre, 4 autres étaux hip- 
pophagiques qui s'approvisionnent chez les propriétaires des 
susdites boucheries. Dans un grand nombre de charcuteries, 
on débite des cervelas et des filets (JWnvcr s faits avec de la 
yiande de cheval (1). La viande de cheval est vendue au 
public, au kilo, à raison de 60 centimes pour le ^mchis, de 
•70 centimes pour les biftecks, de 2 francs et même 2 fr. 25 
pour les saucissons de Bou'ogne et les cervelas. Elle se 
vend aux i^evcndeurs, au kilo, à raison de 50 centimes le 
hacJiis, 60 centimes les tjiftccks et 1 fr. 20 à 1 fr. 40 (<'n 
gros) les cervelas et les saucissons de Boulogne. 

Liège (39). En 1862, il existait à Herstal-lez-Liège une 
boucherie chevaline, autorisée par la commune et soumise à 
l'inspection vétérinaire. C'est là le i)oint de départ de l'im- 
portance relative (pi'a prise l'hippophagie à Liège. 

Nombre de chevaux sacrifiés a l'abattoir de Liège. 
Années.. /,S«.'» /.S70 /.S"/ rs7* /S7.T /S"? /ST.ï iSir, ISII 187S IS7!» 

Chevaux. 394 457 432 440 436 451 403 431 411 405 31): 
Années.. nSO iS8l ISS2 ISS.Î ISSi /SS.ï I88G 4887 1888 ISS!) 181)0 
Chevaux. 391 462 631 ^f jf,"^ 781 906 888 1013 1128 1137 1254 

(1) Les filets dits d'.Anvers sont des parties de viandes de bœuf et 
parfois de cheval préparées par salaison, boucariage et séchage, ils 
ont une forme conique rappelant celle d'une quille. Le ve'ritable filet 
d'Anvers csl com[iosé d'un triceps crural pourvu do Va rotule. {)n fait 
aussi de ces filets avec les parties musculaires de la croupe, de la 
cuisse, du dos, des lombes, de 1 épaule, auxquelles on donne la forme 
précitée. Les filets frais pèsent de 5 à 6 et 7 kilos ; ils perdent environ 
un ticr^ de leur poids par la préparation. Le filet de bœuf dit d'Anvers 
se vend de 4 à 5 francs le kilo (38). 



L'ÉTAT ACTUEL DE L'HIPPOPHAGIE EN EURlDF'E. 195 

En novembre 1891, il y avait à Liège 11 boucheries hippo- 
phagiques et la viande de cheval s'y vendait de 35 à 50 cen- 
times le demi-kilo. 



ILES-BRITANNIQUES. 

Angleterre, Ecosse et Irlande. 

Dans son excellent travail intitulé Horseflesh (P), M. Lees 
Knowles, membre de la Chambre des Communes, donne de 
très intéressants renseignements sur la consommation de la 
viande de cheval en Angleterre en 1889(1). 11 est persuadé 
'([u'on vend dans ce pays, pour l'alimentation de l'homme, 
beaucoup plus de viande de cheval qu'on ne le croit généra- 
lement. Mais comme ce débit se fait clandestinement dans 
un certain nombre de localités (2) et que l'abatage des che- 
vaux de boucherie dans plusieurs villes a lieu dans les fau- 
bourgs sans aucun contrôle, il déclare qu'il est absolument 
impossible d'avoir des données certaines sur la quantité des 
solipèdes sacrifiés annuellement pour la consommation. La 
viande de cheval est souvent vendue recouverte de graisse 
de bœuf ou de mouton, après avoir été privée de sa propre 
graisse, pour faire croire aux consommateurs qu'ils achètent 
du bœuf ou du mouton. 

(1) En 1868, il y eut à Londres un grand banquet hippophagique, 
qui servit à proclamer que la chair des solipèdes e'iait un bon aliment 
pour l'homme. On avait fait tuer à celte occasion 3 chevaux respecti- 
vement âge's de 4, 20 et 22 ans, dont l'un avait une valeur de 700 gui- 
nées. Sir John Lubbock et Sir Henry Thompson, qui étaient au 
nombre des convives, de'clarérent, le premier, que la viande de cheval 
n'était pas dure contrairement à la croyance ge'ne'rale, le second, qu'elle 
était très nutritive et très savoureuse (P). Il y a quelques années, un 
autre banquet hippophagique a été organisé en Angleterre par M Cai- 
tledge, vétérinaire à Sheffleld(Y). 

(2) M. le professeur Th. Walley, d'Edimbourg, rapporte les mêmes 
faits que M. Lees Knowles. Il n'est pas douteux, dit il, que de grandes 
quantités de viande de cheval sont, dans les grandes villes, substi- 
tuées à la viande de bœuf, d'autant plus qu'il est difficile de faire la 
distinction sur des morceaux désossés. II y a des exemples très connus 
de fournisseurs de l'armée, substituant la viande de cheval ou de 
mulet à celle du bœuf. 11 a e'té reconnu, récemment, qu'en 1890 un 
cheval fut abattu à l'abattoir public d'une ville éloignée d'Edimbourg 
de moins de 100 milles, et que la viande en fut frauduleusement 
débitée [Y). 



196 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Il arrive fréquemment que des chevaux sont abattus dans 
une ville et que la viande en est envo.yée dans une autre. 
Ainsi, à Bradfort et dans les environs d'Oldham, on tue 
beaucoup de chevaux, qui coûtent 25 scheliings (31 fr. 25) 
et au-dessus et dont la chair, au lieu d'être consommée dans 
ces locali'és, est expédiée à des boucliers de Manchester. 
Les boucheries hippophagiques sont au nombre de 20 à Man- 
chester et de 12 à S'.Uford. La viande chevaline y est débitée 
au prix de 25 centimes à 1 i"r. 05 la livre, après avoir été 
achetée 25 centimes la livre à ceux qui l'ont tuer les chevaux 
(ailleurs, cette viande est achetée en gros 10 à 20 centimes la 
livre; en Angleterre, elle est généralement détaillée au prix 
de 30 à 90 centimes la livre). Le Jardin Zoologique de Man- 
chester payait autrefois les chevaux destinés à ses fauves 
15 à 25 scheliings (18 fr. 75 à 31 fr. 25 cent.) pièce; il les 
paie actuellement de 2 à 3 livres slerlings (50 à 75 fr.) pièce. 
Cette élévation de prix est due à la progression de l'hippo- 
phagie humaine. Les solipèdes ne sont livrés â la consomma- 
tion du Jardin Zoologique, qu'après avoir été inspectés et 
reconnus sains. 

A Londres on reçoit, de Neiccasile et de Glasgow, beau- 
coup de viande de cheval destinée, dit-on, à l'alimentation 
des animaux. On l'y vendait cuite pour les chats, à raison de 
7 scheliings (8 fr. 75 c.) le quintal en 1890 et de 5 scheliings 
(6 fr. 25 cent.) l'hiver précédent. Les i)ropriétaires de ména- 
geries achètent cette viande, à l'état cru, pour leurs fauves, 
au prix d'environ 7 scheliings (8 l'r. 75 cent.) le quintal. Le 
Jardin Zoologique de Londres achète ses chevaux de 1 à 3 
livres pièce (25 à 75 fr.) ; depuis qu'il les fait inspecter avant 
l'abatage, afin de refuser les mauvais, il n'a plus de fauves 
malades comme autrefois. Pour M. Lees Knowles, il nest 
pas douteux que toute la viande de cheval reçue à Londres 
n'Bst pas consommée seulement par les animaux et qu'il en 
entre une certaine quantité dans lalimentation de l'hoiame. 
11 est notoire que des industriels de bas étage l'emploient à 
faire des saucisses connues sous le nom de " Jach ». Après 
avoir été salée, puis dessalée, cette viande est liachée et mé- 
langée avec de"la graisse de porc. Dans le courant de 1891), 
les inspecteurs des comestibles de Londres ont saisi un quar- 
tier postérieur d'âne, qu'on voulait faire passer pour du veau, 
ainsi que les quartiers d'un cheval mis en vente [)uur du bœuf. 



L'ÉTAT ACTUEL DE L'HIPI'UPHAGIE EN EUROPE. 197 

La ville de Glasgow n'envoie pas seulement de la viande 
de cheval à Londres. Elle en expédie aussi à l'état de salai- 
sons en Norvège, en Allemagne et dans la Pologne russe. 
En décembre 1889, un bouclier de Glasgow en a envoyé 
40 tonnes en Xorvège. 

Les bouchers hippophagiques anglais font de très bonnes 
affaires. En plus du gain qu'ils réalisent sur la viande, 
environ une Itvre (25 fr.) par quartier, ils retirent de la 
vente de la peau 12 à 15 schellings (15 à 18 fr. 75 cent.) ; en 
outre ils livrent avantageusement à l'industrie les os, la 
corne, etc. 

Dans le nord de V Angleterre, la viande de cheval est 
souvent appelée « hnacherinc », du mot kna cher équsivrisseuw 
C'est un terme de dépréciation, comme celui de margarine 
par rapport au beurre. M. Lees Knowles n'est pas éloigné de 
croire que l'alimentation avec la viande des chevaux malades 
cause beaucoup de maladies en Angleterre, et que si l'atten- 
tion n'a pas encore été éveillée de ce côté, cela tient à ce que 
ces maladies ont été attribuées par les médecins à d'autres 
causes. Aussi voudrait-il qu'en Angleterre les solipèdes de 
boucherie fussent visités par des experts spéciaux, avant et 
après l'abatage, comme dans les autres pays d'Europe. Il 
considère la loi du ii juin ISS9, réglementant la vente de 
la viande de cheval, comme absolument insuffisante, et il a 
tenté dernièrement de la faire modifier en soumettant au 
Parlement un projet de loi approprié. 

Avant que de terminer ce qui a trait aux Iles-Britanniques, 
nous croyons devoir indiquer que saint Théodore, arche- 
vêque de Canterburg, dans la seconde moitié du vii*^ siècle, 
n'avait pas défendu l'usage de la viande de cheval en Jrlatide 
tout en ne la recommandant pas (1). C'est là un fait bien 
digne de remarque, car il contraste singulièrement avec la 
prohibition hippophagique imposée en Germanie, vers le 
viii'^ siècle, par saint_ Boniface, d'après les instructions du 
pape Grégoire III. 11 vient corroborer les assertions de Jean- 
Pierre Frank et de Is. Geoffroy Saint-Hilaire, disant que 
l'interdiction papale n'était pas générale, mais spéciale à la 
Germanie (C'^j. 

(1) Ch. Morot. Les viandes alimentaires et les viandes non alimentaires 
d'après les Canons hiberniens du vni' siècle. Extrait du Spicilegium de 
Luc d'Achery. T. IX, Paris, 1G69, p. 1 et 2, p. 47 et 48 (R'). 



198 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

BULGARIE (40). 

Dans ce pays la viande de cheval n'est jamais employée 
pour la consommation de l'homme. D'ailleurs, les chevaux y 
sont peu nombreux et sont exclusivement utilisés comme 
animaux de transport et comme animaux de luxe ; tous les 
travaux agricoles sont faits par les bœul's et les buffles. 

DANEMARK. 

Copenhague. La consommation hippophagique a été de 
323 chevaux en 1858 et de 396 chevaux en 1859 (I). Pendant 
l'année ]864-1865 1es professeurs de l'Ecole vétérinaire ont 
inspecté 791 chevaux saci-itiés pour la boucherie; 782 ont été 
livrés à la consommation et 9 ont été saisis (R). En 1888, il a 
été sacrifié 625 chevaux aux abattoirs de Copenhague et il a 
été introduit 7,851 quartiers provenant de chevaux abattus 
hors ville ; on a saisi 802 livres de viande dans le premier lot 
et 5,157 dans le second (Moller). En j889, il a été sacrifié 
625 chevaux de boucherie, dont 1 atteint de tuberculose et 
181 de diverses autres maladies. La même année on a amené 
en ville 7,851 quartiers provenant de chevaux tués au de- 
hors ; 314 de ces quartiers avaient été fournis par des ani- 
maux malades, soit 4 "/o (1). Dans le quatrième trimestre de 
1890, il a été sacrifié aux abattoirs 288 chevaux dont 2 ont 
été saisis en totalité et 3 en partie ; il a été en outre introduit 
2,135 quartiers provenant de chevaux abattus hors ville; 
4 de ces quartiers ont été saisis en totalité et 13 en partie (S). 
Dans le premier trimestre de 1891 on a tué à l'abattoir 203 
chevaux, dont 4 ont été i)artiellement saisis ; on a en outre 
introduit en ville 1,673 quartiers dont 3 ont été saisis entiè- 
rement et 9 partiellement (S'). 

ESPAGNE (41).- 
Le débit de la viande de cheval n'a été autorisé dans au- 



(1) Denmarli, its médical organisation. Hygiène and Demography . Co- 
peuhagen, 1891. En raison de la similitude de cette statistique de 
1889 avec celle de 1888 (Moller), il se pourrait qu'il y eût une erreur 
d'époque dans l'un ou l'autre cas. 



L'ÉTAT ACTUEL DE L'HIPPOPHAGIE EN EUROPE. 199 

ciiiie partie de l'Espagne. Toutefois, il ne serait pas étonnant 
qu'en certains endroits cette viande iïit vendue dans des bou- 
cheries clandestines, ou servit à confectionner frauduleuse- 
ment des saucissons additionnés de chair de bœuf et de 
]>orc. Les chevaux: tués dans les courses de taureaux, [plazas 
de toros) sont livrés aux fabricants d'engrais (1). Les Espa- 
gnols ont une grande répugnance pour la viande des soli- 
pèdes et ne sont nullement disposés à en manger sciemment. 
On ne cite guère iiu'une exception à cette règle : dans la 
province de Castellon de La Plana, quand un cheval mort de 
maladie est conduit à la voirie, la classe pauvre poussée par 
la faim et la misère s'en partage avidement les morceaux et 
les mange'sans se demander s'ils sont ou non nuisibles et im- 
propres à la consommation. Cependant on a vu en Espagne 
des établissements hippophagiques clandestins servant à 
préparer pour la boucherie la viande des solipèdes morts de 
maladie. Ainsi en 1891, à Valence, on en a découvert un 
appartenant à un fournisseur de l'armée. Ce peu scrupuleux 
<;ommerçant taisait des bénéfices considérables en livrant à 
la troupe de la viande de cheval pour de la viande de bœuf. 
Il fut poursuivi pour ce fait par la justice civile et par la jus- 
tice militaire. Il y a quelques années on a également constaté 
l'existence d'une boucherie hippophagique clandestine à 
Madrid. 

HOLLANDE. 

Rotterdam (42). Il y a actuellement (octobre 1891)^ 16 bou- 
cheries hippophagiques à Rotterdam. Le nombre de solipèdes 
sacrifiés à l'abattoir de cette ville a été le suivant : 

Années.... iS86 i887 iS88 1889 ^8»» d„ ie.j^f,^l26oct. 



Chevaux. . . 


662 


115 


1U3 


1219 


1563 


1111 


Anes 


1 





5 





2 


1 


Mulets 


1 








2 









(1) D'après le naturaliste Delvaille, au commencement de ce siècle, 
on vendait au peuple, en Espagne, deux ou trois sous la livre, la 
viande des chevaux tués aux courses de taureaux. Is.-GeofTroy Saint- 
Hilaire écrivait, en 1856, que cet usage était complètement perdu dans 
ce pays (C-). 



200 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 



ITALIE. 

A Rome, il n'y a pas de boucheiies chevalines. A Tw-in, 
des établissements de ce genre ont été ouverts, mais ils n'ont 
pas réussi (P). A l'abattoir de cette dernière ville, en 1889, il 
a été sacrifié 7 chevaux tous destinés à une ménagerie (1). 
En 1885, le professeur reste constate avec regret qu'il n'y a 
pas encore d'étaux hippophagiques à Naples. Tout en laissant 
de côté les exagérations des hippoi)hages, il déclare que la 
viande chevaline est méprisée à tort et qu'elle doit être con- 
sidérée comme une précieuse ressource alimentaire en cas 
de cherté exagérée de la viande de bœuf (2j. M. I. Nosotti ne 
tient pas à ce que rhii)popliagie se propage en Italie : Au lieu, 
dit-il, de donner un aliment à bon marché aux nécessiteux, 
elle ne sert qu'à tromper les consommateurs en leur faisant 
payer et mangei' comme de la viande de bœuf de la viande 
de cheval apprêtée dans les restaurants ou dans les fabriques 
de saucissons. D'après lui, les exigences économiques ne 
permettent de tuer que des chevaux maigres, vieux, couverts 
de plaies. Aussi, conclut-il, il vaudrait mieux pour le con- 
sommateur que la viande chevaline, au lieu d'être consom- 
mée par les Européens, eût continué à être l'aliment de pré- 
dilection des Mongols, des Patagons, des peuples de la 
Sibérie, delà Chine, de la Gochinchine et de l'Amérique (D'). 

Le 22 mai 1888, dans une très intéressante conférence faite 
à la Société de Lectures et de Conversations scienlillques (3), 
M. leD'' Boccalari, vétérinaire du Bureau d'hygiène de Gênes. 
a exposé que les hygiénistes ne devaient admettre pour la 
consommation que les chevaux en bon état. M. Boccalari 
croit que le nombre de ces animaux conduits à l'abattoir 
pour cause de lésions incurables, telles que paralysies, frac- 
tures et plaies graves n'est pas assez grand pour que l'hipiio- 
phagie puisse prendre un grand développement. Toutefois, il 
se déclare, avec Larrey et Baudens, partisan chaleureux de 

(1) Citta di Toriiio. Officio tVIgiene. Rendiconto per l'anno 1889. 
p. 292 

(2) Baransky. Guida per la visita del bestiame e délie carni. 1* vers, 
ilal. s. 2» ediz. ledesca. d. pr Oreste. Napoli 1885, p. 30. 

(3) Dott. Abelardo Boccalari. L'ispezione délie carni e Valimento 
équino. Genova, 1888, p. 24 el 25. 



L'ÉTAT ACTUEL LE L'IIIPPOPHAGIE EN EUROPE. 201 

ralimentatioii dos troupes en campagne par la viande de 
cheval et il expose qu'il est facile de se procurer celle-ci, 
après une bataille où des blessures ont mis hors de service 
une quantité considérable de chevaux robustes et non ma 
lades. Il trouve l'hippophagie vraiment philanthropique dans 
ces circonstances, parce qu'elle permet aux soldats aflamés 
de se nourrir et de se restaurer, aussitôt après le combat, 
alors que, les vivres ordinaires manquent en raison du re- 
tard des convois ou pour d'autres motils. Aussi pense- t-il 
qu'il est urgent d'encourager dès maintenant, dans les diffé- 
rents régiments, la consommation des chevaux de troupe 
sacrifiés pour cause de lésions traumatiques incurables. Le 
Ginyaale dl Velerinaria Militare, de 1888, s'est fortement 
élevé contre l'idée de M. Boccalari ; il ne croit pas qu'un ca- 
valier digne de ce nom puisse avoir le courage de manger 
son cheval (p. 322). Quoi qu'on en puisse dire, la mesure 
préconisée par M. Boccalari serait éminemment profitable à 
l'Etat et à l'armée. En 1891, pendant les grandes manœuvres 
de l'Est, plusieurs chevaux de divers régiments d'artillerie et 
de cavalerie ont été abattus aux environs de Troyes, à la 
suite d'accidents graves, et ont été livrés à l'équarrissage. Il 
eût été bien préférable de donner aux soldats la viande de 
ces bons animaux qui, sans médire, valaient bien la moyenne 
des bœufs, vaches ou taureaux sacrifiés pour les troupes des 
manœuvres (1). 

On consomme beaucoup de viande de cheval, soit à l'état 
frais, soit en saucissons, à Trévise, Venise, Vérone (2), Prr- 
doue, Udine et Vicenze (43). 

(1) En mai 1876, au camp de te Valbonne (Ain), pendant mon séjour 
au 5' régiment de chasseuis à cLieval, comme engagé conditionnel, le 
colonel m manger par tous les cuvalieis la viande d'un bon cheval 
qu'on avait o'ié oblige d'abaUre pour cause de fracture osseuse. Ce 
supplément do Tordmaire permit à chaque soldai de faire un plantu- 
reux festin hippophagique et d'avoir une ration plus abondante au 
repas suivant. Il est regrettable que ce philanthropique exemple du 
colonel du 5'' chasseurs ne soit pas la règle. Ch. M. 

2) Le savant naturaliste italien Aldrovandi prétend que, d'après 
Galion, la viande de cheval est dure, dépourvue de succulence et de 
saveur, nuisible k l'estomac et d'une digestion difficile. Acluellemenl, 
écrivait-il en 1649, personne ne mange de la viande de cheval et 
d'âne à moins d'être pousse par la faim, comme cela se voit dans les 
villes assiégées. Et il rappcrie plusieurs cas de ce genre observés en 
Ilalie penduiit les guerres du xv" et du xvi^ siècles, faits peu connus 



202 UKVllE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Milan est la \ille d'Italie où la consommation hippopha- 
gique a pris la plus grande extension. La \iande de cheval 
y est très employée i)oui' la fabrication des saucissons ; elle 
se vend en moins grande quantité à l'étal. Le nombre des soli- 
pèdes livrés à la consommation a été en seize ans, de 1872 
à 1887, de 27,902, dont les deux tiers en chevaux et l'autre 
tiers en ânes et mulets. En 1887, le poids moyen net des 
chevaux abattus a été de 200 kilos (1). 

Statistiques annuelles des iolipèdes consommes à Milan (2, — (a) (44). 
Aiuu'OS. 1872 ^^7.) M'7Î IS7.Ï 1816 1811 iSlS iSl'J IS80 iSSflSSS 

Noml)re. 615 G70 811 "30 743 1363 1868 2127 2822 2229 2033 
Années. -1883 i88i 1883 1H86 1887 1888 (a) 1889 (a) 1890 [3) 
Nombre. 2373 3218 2624 1875 1771 2071 3129 4529 

Les 4,529 solipèdes consommés en 1890 se subdivisaient en 
3,9-23 chevaux, 432 mulets et 174 ânes. En 1890, il y avait 
neuf boucheries hippophagiques, vendant le cheval au prix 
moyen de 50 centimes le kilo pour les morceaux ordinaires, 
et 00 à 75 centimes le kilo pour les morceaux de choix (3}. 

En Sardaigiif, à l'occasion des noces, les familles riches 

de nos jours : Assiégés à Novare par Sforza (avant la balaille de For- 
noue(1495?), les P'rauçai^ soullraionl cruellemeul de ne se nourrir 
que de salaisons. Leur chef, Louis dOrlcaus, prit alors le parti de 
leur procurer de la viaudc iVaîcbc ou laisant abattre les cbcvaux les 
moins bons de son armée. Ces animaux fournirent d'abondantes ra- 
tions, qui furent partagées également entre tous les soldats. — Eu 
1516, lorsque les Fiançais assici^caienl Vérone, où se tenait Antonio 
Colonna avec les troupes impériales, les assiégés fraiicbissaient le< 
remparts pour aller dépecer les cbevaux tués dans les escarmoucbes- 
et en rapporter ensuite les morceaux eu ville, sur leurs épaules. On 
préférait, surtout pour la table du général Colonna, les chevaux très 
gras des Français aux cbevaux maigres et exténués des Impériaux. 
(Ulyssis Aldrovaudi. De QuadrupediOus soUdipedibus, in-fol., Bologne, 
1649 p. 206. Usus (equorumi in cibis.) 

(1) Fiorenzo de Cap! tant da Sesto. Reso-Conto d. pub. Macelli di Mi- 
luno 1887 et Gioraale di Veterinaria milttare. Koma, 1889, p. 70. 

(2) lieso-Conto di Guzzoni et Cabhiati in Clinica Vetennaria. Milano, 
1888, p. 380. 

(3) J. de Pielra- Santa. V Hippophagie en France et à V étranger, 
in Journal dliygi'ene. Paris, 1891, 4 juin, u" 767, XVP volume, 
p. 269 et s. 



L'ÉTAT ACTUEL DE L'HIPPOPHAGIE EN KL'ROPE. 203 

tuent pour le manger un des plus beaux poulains qu'elles pos- 
sèdent. Les restes en sont donnés aux pauvres. Autrefois en 
Sardaigne, on ne mangeait la viande de cheval que dans ces 
circonstances. Aujourd'hui il existe à Cugliari des boucherie!^ 
spéciales où les pauvres trouvent la viande de cheval à 
20 centimes la livre, soit 50 centimes le kilo, la livre sarde 
étant de 400 grammes (1). 

ROUMANIE. 

Dans les départements de Consianla et de Falcea [Do- 
hroudja), il y a une tribu de Tarlares qui mange avec avi- 
dité la viande de cheval, même provenant d'animaux morts 
depuis quelques jours. A part cela, l'hippophagie est inconnue 
en Roumanie (45). D'ailleurs, elle ne parait pas y répondre à 
de sérieux besoins en raison du bas prix de la viande de 
bœuf dans ce pays, 40 à 80 centimes le kilo (4G). 

RUSSIE. 

Dès l'année 1881, un certain nombre de Tartares sont 
venus habiter dans le voisinage de Saint-Pélersbùi/rg, où 
ils forment une colonie de 2,6'73 i)ersonnes. Conformément 
aux usages de leur pays et aux prescriptions de leur religion, 
ils ne consomment que de la viande de cheval. Les bou- 
chers hippophagiques débitent ainsi (5,000 chevaux par an 
et M. Svetloff estime à 3 livres la quantité de viande de 
cheval consommée chaque jour par un Tartare. Il existe à 
Saint- Pétei^sboiœg deux abattoirs officiels pour les chevaux, 
mais l'abatage se fait aussi à ciel ouvert dans les environs de 
la ville. M. Svetloff a été l'inspecteur d'un des abattoirs pré- 
cités de février à août 1887. Il a examiné, pendant ce temps, 
655 chevaux; plusieurs de ceux-ci ont été saisis (1 pour 
morve, 1 pour typhus, 1 pour pyémie, etc.). Le prix du demi- 
kilo de viande de cheval de bonne qualité varie suivant les 
catégories de 2 à 5 kopecks (8 à 20 centimes). L'abattoir placé 
sous la surveillance de M. Svetlofl" est situé à 15 verstes de 
Saint-Pétersbourg, dans une vallée basse. Il a un aspect 

(1) G. Vuillier. La Sardaigne in Tour du Monde. Livraison du 3 oc- 
tobre 1891, p. 220. 



204 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

répugnant. Les cadavres jonchent le sol ; des tas d'os en 
pntréiaction et d'autres détritus répandent une odeur infecte. 
Toute application de mesures de police est impossible avec 
les Tartares. Le procédé d'abatage consiste à coucher les 
chevaux et à leur couper rapidement la partie antérieure du 
cou jusqu'aux vertèbres (1). 

Dans les départements de Kascm, Astrakan, Orenbmirg 
et Oural oii habitent un grand nombre de Tartares, beaucoup 
de chevaux sont abattus pour l'alimentation humaine ; mais 
il n'est pas facile de connaître le nombre exact de ces aba- 
tages qui sont effectués en dehors de tout contr(31e vétéri- 
naire. On consomme par an environ 200 chevaux à Astrakan 
et 400 à Kasan. A Saint-Pétershoiirg et à Moscou, il existe 
également des abattoirs hippophagiques pour l'alimentation 
des négociants tartares résidant dans ces deux villes. On 
vient de construire à Saint-Pétersbourg un abattoir bien 
conditionné i)our les solipèdes dont l'inspection est confiée 
à deux vétérinaires. Comme la viande de cheval est moitié 
moins chère que la viajide de bœuf, les pauvres de Saint- 
Pétersbourg et de Moscou ne se font pas faute d'imiter les 
usages hippophagiques des Tartares (47). 

Les Tartares se font remarquer par leur goût pour l'hii)- 
pophagie aussi bien dans la Russie d'Asie que dans la Russie 
d'Europe, 'x Chez les Rin'iates, sur les bords du lac Baïkal, 
au commencement des IV-oids, on se saisit des plus vieux 
chevaux de la tribu (et ils sont excessivement nombreux, 
il y en a des troupeaux de plus de dix mille) ; puis on les 
égorge i)Our la consommation de l'hiver, car toutes les peu- 
plades de l'Asie septentrionale sont hippophages ; les peaux 
sont vendues, la chair exposée au froid, gelée et mangée à 
mesure des besoins >» (2). 

(A suivre.) 



(1) Svetloff. Notizen ueber die Pferdeschlachterei der Tartareu bei Pe- 
iersburff. — Archito Veteri.narnnich na-uk. P'f'vrier 1889 \V'). 

(2) L'hippophagie en Sibérie, in Echo Vétérinaire de Liège. Octobre 
1875, p. 316 et s. D'après les Annales de zootechnie. 



Li:S FRANGOLLNS 

Pak m. de BELLERIVE. 



Dans la famille des Gallinacés, les Francolins, proches iia- 
l'ents des Perdrix, forment un groupe bien distinct et inté- 
ressant sous certains rapports. D'après les recherches que j'ai 
l)u faire (1) au Muséum d'histoire naturelle, on en compte 
environ cinquante-cinq espèces, répandues surtout dans 
l'Afrique, puisque cinq d'entre elles seulement vivent en Asie. 

Le Francolin vulgaire a dû habiter anciennement une 
grande partie du Midi de l'Europe, d'où il était originaire, 
car il est douteux qu'il ait été introduit, au temps des Croi- 
sades, en Sicile et sur la péninsule italienne, comme quelques 
personnes sont portées à le croire. Dans ces contrées, 
quelques rares représentants survivaient en ces dernières 
années. En 1883, on a signalé F. vulgaris près de Terra- 
nova en Sicile. Tout récemment, le Bulletin des naturalistes 
de Sienne 1891. \). 86) annonçait qu'on l'avait capturé, en 
1891, dans les environs de Rome. 

L'on sait que le Francolin à long bec [F. longirosiris], ori- 
ginaire de Sumatra et de Bornéo, a été importé à Javn, 
comme nous l'apprend Temminck. F. rnniadcamis ou Per- 
drix piutadée des indigènes, que l'on suppose avoir été in- 
troduite autrefois à La Réunion et à Maurice, se rencontre 
assez abondamment sur ces deux îles; mais Madagascar est 
plutôt sa patrie. Le Francolin de Pondichéry [F. ponticeria- 
nus) des Indes orientales, vit aujourd'hui sur Madagascar et 
aux Mascareignes, en comprenant Rodriguez. On trouve en- 
core F capensis sur l'ile de Robben, à peu de distance du 
Cap, d'où il a été récemment transporté. 11 y a une trentaine 
«Vannées, Sir G. R. Gray envoya quatre paires de ces Faisans 
du Cap à la Nouvelle-Zélande. Cet essai avait pleinement 
réussi, puisque deux mois après leur mise en liberté, trois 
couples s'étaient déjà reproduits. Les renseignements à ce su- 

(1) Monographie des Francolins [Mémoires de la Société' zoolngijiie de France, 
1891, p. 272-392 . 



206 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEKS. 

jet sont consignés clans cette Revue (1<S64, p. 487). Dernière- 
ment, on a introduit cette même espèce dans l'Australie, et 
l'on espère qu'elle s'y acclimatera. 

Ces Oiseaux habitent plutôt la plaine. Pourtant, quelques- 
uns vivent sédentaires sur les hautes montagnes. Dans le 
mas^sif de l'Abyssinie, F. icferopuf, gidturoUs, ticbricollis, 
elgonensls se rencontrent à une altitude variable de 1,000 à 
3.000 mètres. F. Erhelii a été noté jusqu'à 3,500 mètres. Sur 
l'Himalaya, F. vidgaris atteint 3,000 mètres d'élévation, et 
les neiges ne paraissent nullement l'aflecter. 

"\[. Hume observe chez les Francolins vulgaires des hauts 
idateaux des changements qui se produisent tant dans leur 
plumage, devenant plus brillant, que dans leur taille qui di- 
minue sous Faction de la lumière et par suite de la rareté de 
la nourriture. 

Mais l'habitat de la jtlupart des Francolins affecte les ré- 
gions basses, chaudes ou tempérées, principalement le bord 
des cours d'eau, des lacs, de la mer et les endroits maréca- 
geux. Ils se tiennent h terre, ordinairement cachés. La nuit, 
ils aiment à se percher. Les uns se nourrissent de graines 
(céréales et légumineuses), d'herbes, de bourgeons, leuilles, 
bulbes et baies; les autres recherchent les Limaces, les Sau- 
terelles ou les Fourmis. Leur nid est établi sur le sol; com- 
posé d'herbes et de racines, il est grossièrement serti et 
protégé par les branches basses on par les joncs qui le dissi- 
mulent parfois complètement. Ils pondent de 6 à 8 œufs, ra- 
rement plus d'une dizaine. 

Leur chasse n'est pas toujours facile, soit qu'ils se tiennent 
dans des marais inabordables, soit qu'ils prennent une course 
rapide devant les Chiens, soit, enfin, qu'ils aillent se remiser 
sur les arbres, le long des branches, comme le l'ont nos Geli- 
nottes ; il est alors impossible de les en distinguer. Pour les 
chasser, ou emploie de préférence le Pointer, mais on se sert 
aussi de Lévriers qui les forcent à la course ou les saisissent 
lorsqu'ils s'envolent. Les indigènes de l'Afrique centrale 
prennent ces Oiseaux au piège, en utilisant des collets et des 
filets; on les tue i)Our l'alimentation. Seuls, les colons en 
conservent quelques-uns en volière ou les expédient en 
Europe. 

On estime la chair des Francolins ; elle est blanche et déli- 
cate. Suivant Gouhl, la Prrdric noire (F. vulgarls] est très 



LES FRANCOLIN'S. 207 

renommée au Siiid. D'après les données récentes qui nous 
sont fournies par M. Constantin C. Metaxas (voyez Revue, 
1891, II, p. 514), le HdiUjeL on D'irradj tient la première 
place dans le gibier à plumes de la Mésopotamie. Les rela- 
tions des voyages de MM. Gurney, Anderson et Th. de Heii- 
glin nous apprennent encore que les espèces F. Levaillantii, 
pileatus Qi gutturalis offrent des ressources alimentaires assez 
importantes aux peuplades comme aux colons d'Afrique. 

Parmi les nombreuses espèces de Francolins, quelques- 
unes sont d'un caractère sauvage, craintii", qui persiste même 
en captivité. Mais d'autres, particulières à l'Afrique méridio- 
nale, se montrent plus confiantes à l'état libre. Celles-ci fré- 
quentent parfois les jardins des villages, y faisant société 
avec les animaux de basse-cour ; dans ces conditions on les 
protège. L'explorateur de Heuglin nous rapporte qu'il a eu 
longtemps sur son embarcation, plusieurs Francolins à cou 
rouge {F. ruhricollis) qui se promenaient librement et ve- 
naient prendre le pain et l'orge qu'on leur distribuait. D'ail- 
leurs, on a conservé de tout temps certaines espèces dans 
les volières. 

Dans mon étude, j'ai donné quelques détails sur l'installa- 
tion des Francolins au Jardin du Bois de Boulogne, en ra[)pe- 
lant ceux que l'on y a élevés. J'ai réuni les observations qui 
ont été faites sur leurs mœurs et leur reproduction en cage, 
sur les moyens de transporter et de garder ces Oiseaux dans 
les volières (Revue, 1855, p. 358 ; 1866, pp. 518, 593; 1870, 
p. 9 ; 1882, pp. -229, 632). 

De nos jours, F. vidgaris est commun dans les éta- 
blissements zoologiques ; sa riche livrée, qui est si brillante 
chez le mâle, en fait une des plus belles espèces d'ornement. 
A Paris, on a vu se reproduire en captivité le Francolin 
d'Adanson [bicalcarotus) et celui de Clapperton, tous deux 
originaires du Nord-Ouest africain. On possède actuellement 
l'espèce de Madagascar [pintade anus) et F. pouticeriamis. 
Enfin, on a gardé à plusieurs reprises F. nu-licolUs et capen- 
sis de l'Afrique Australe et F. houjàosiris de l'archipel de 
la Sonde. On peut ajouter que le Jardin de la Société zoolo- 
gique de Londres a tenu en cage F. rubricollls et afer 
d'Afrique, puis F. pictus et la « Perdrix Ki/ah » {gularis) 
des Indes, 

Temminck nous dit qu'un colon du Cap était parvenu à 



•i08 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

croiser le F. capensls avec la Poule domestique. Plusieurs 
(le ces métis sont toujours restés inféconds. Le seul exemple 
d'IivLridité à Tétat sauvage, est mentionné par MM. Hume et 
Marshall. Le capitaine Butler captura près de Deesa dans les 
Indes, six ou sept hybrides de F. vulgaris avec F. pictus ; 
ces exemplaires se distinguaient par une taille supérieure à 
ce dernier, leurs flancs d'un brun foncé, le bec noir et les 
])attes de couleur saumon. 

En résumé, lesFrancolins sont presque tous susceptibles de 
domestication. Les expériences nombreuses ([ui ont été laites 
au Jardin Zoologique (FAcclimatation de Paris, à celui de 
Londres et chez quebiues particuliers, l'attestent. On réussira 
mieux en choisissant les espèces les i)lus vigoureuses des 
pays tempérés ; celles propres aux côtés du Nord-Ouest de 
l'Afrique et celles des régions montagneuses se prêtent mieux 
aux essais. D'une manière générale, remplacement et la 
nouriiture dont on se sert pour entretenir les Colins de 
Californie, paraissent convenir à leur mode d'existence. Si 
l'on a noté qu'ils se reproduisent plutôt difficilement en 
volière, nous savons qu'à l'état libre, ils ne sont pas très 
prolifiiiues ; F. vulgarls, jionticerianus, capensis, pondent 
au plus de dix à quatorze œufs. On tenterait peut-être avec 
succès le croisement de certains « Pternisics » ou Francolins 
à cou dénudé, de taille ordinairement forte et abondants en 
Afrique, dans quelques-unes des possessions françaises. On 
pourrait obtenir d'intéressants produits. Leurs œufs attei- 
gnent la grosseur d'un grand œuf de Poule. 

Répartition géographique des Francolins. 

L — Afrique. 

Nord-Ouest : Sénégal, Gui- / ,, ,. ,. , 

née seiitentrionale, Cameroun ) ,, ■ , • , . ■ 

.'. ,,„ ^ ; albigulnris, ahantensis . 

jusqu a 1 Equateur. ( 

Forme répandue au Nord- ( „ ,. ^ ,, 

, , .. , ^ , Francohmis Lathami. 

( niest et au Sud-Ouest. f 

iF. Cranchi, Lucam,Sclateri, 
Fùischl, sqiiartialus, Schii- 
etti (M), Hartlauhi, jujn- 
laris, i/riseo- striai un. 



LES FRANCOLINS. 209 

Siul : Damara, Namakona, l ... ^ , , 

colonie (lu Cap, Etats d'O- l ^ . . ' 

^ ^ n^ 1 i Swamsom, afer, capensis, 

range et de Transvaal. f . , • 

\ natalensis. 

Formes répandues au Sud J ^^ ,n,Mcoms, Coqui. 
et au Sud-Est. ( 

IF. Hiimljoldtu, lencoparœus, 
Flsche)-t, Alhimi, Hilde- 
brandii, rufopictus, Klrhi 
{oon Zanz bar), infusca- 
i tus. 
Formes répandues au Sud- ( ^ ^^^^^^.^ 

Est et au Nord-Est. / 

F. Boehmi, Jachsoni, elgo- 

vensis (M), Gedgeistrepto- 

Nord-Est : Somali, Shoa, ) phorus, ErcJîelii{M), icie- 

l'^tliiopie et Abyssinie, Nubie. ) ropus (M), gutturalis (M), 

riibricolUs, Ruppelli^ cas- 
ianeicollis, psilokemus. 

Région centrale au Nord de [ F. Clappertoni, icterorhyn- 
FEquateur, Soudan. \ clius^ SchlegelL 

Madagascar, La Réunion, i „ ,. ,, , 

,, . ® ' ' } Francolinns pintade anus. 

Maurice. { 

II. — Afrique septentrionale et Asie occidentale. 

(Europe méridien. ) Egypte, { „ ,. , • , i • 

^ . ^ . . ,,. . . \ Francolmus vulgaris (maine 

Palestine, Asie-Mmeure, Asie • <. - ^- ■ • ^\ 
^ . , ' ' y et région alpine . 

Occidentale. ( 

III. — Asie méridionale et Malaisie. 

[ F. GJUnensis, gularis, pon- 

Hindoustan, Dekkan, Cey- j ticerianus (cum. Mada- 

lan, Bengale, Indo-Chine. ) gascar et Mascareignes) , 

\ pictus. 

Sumatra, Bornéo ; Java f „ ,. , ■ j. ■ 

,. , , , ' ] Francohnuslongtrostris. 

(introduct.). ( 

Nota. — La lettre M, qui suit le nom de l'espèce, indique 
qu'elle habite la région alpestre, à partir de 1300 mètres 
d'altitude environ. 



5 Septembre 1892. 4& 



LE ROLE DES CRUSTACES 

DES INSECTES ET DE LEURS LARVES 

DANS LA PISCICULTURE 

Par m. de SCIIAECK. 



Les reclierclies ont prouvé que la plupart des Poissons 
(Veau douce sont carnivores ou omnivores et que fort peu 
d'espèces — on n'en trouverait pas un seul genre entier — 
se nourrissent exclusivement de matières végétales. Quand 
des restes de plantes sont trouvées dans l'intestin, l'on doit 
admettre qu'elles ont été englobées à cause des petits 
animaux qui s'y trouvaient flxés ; l'on a remarqué que ces 
végétaux n'étaient pas digérés. Les Poissons omnivores man- 
gent des matières qui restent aussi intactes dans leur estomac. 
Mais leur nourriture ordinaire se compose .d'animalcules 
aquatiques, soit fixés sur les plantes, soit nageant librement. 
Les petits animaux aériens qui se posent à la surlace, et dont 
les larves se développent dans l'eau, sont encore cliassés par 
les Poissons. 

On peut se faire une idée de l'abondances extrême de 
cette faune lacustre ; P. E. Millier a noté dans les lacs Scan- 
dinaves, que la substance vivante, représentée surtout par 
des petits Crustacés, peut être évaluée à plusieurs centaines 
de quintaux pour une seule région. 

Dans les lacs suisses, les observations continues qui ont été 
relevées, en ces dernières années, par M. le professeur Forel, 
pour le lac Léman, MM. Asper et Inihof, pour le lac de Zurich, 
les lacs italiens, ceux de la Bavière et de la Haute-Autriche, 
nous renseignent sur la vie et la distribution de ces animal- 
cules précieux. Cette faune existe aussi dans tous les fleuves, 
les rivières, les torrents. MM. Lugrin et Noveray, directeurs 
de l'établissement de pisciculture de Gremaz (Ain), ont les 
premiers fait une application pratique de ces notions, en 
cultivant les Crustacés et les Insectes pour s'en servir comme 
base de nourriture des alevins. 



LE ROLE DES CRUSTACÉS DANS LA PISCICULTURE. 211 

Dans une note intitulée : Multiplicaiion des Daphnies 
comme nourriture des alevins (1), M. Krantz nous a ren- 
seigné sur le procédé de culture en usage en Russie. M. E. 
"Weeger, président de la Société de pêche de Moravie, a répété 
l'expérience avec succès. Dans sa brochure récente (2) nous 
voyons des tahelles où sont indiquées les espèces (66), les 
localités et l'époque de l'année où l'on peut les découvrir. Un 
tableau représente les petits animaux grossis, qui servent 
de nourriture aux Salmonidés. 

Parmi les Crustacés, les suivants se prêtent le mieux à la 
nourriture des alevins : Cyclops coronaius, C. hrevicaudatus, 

C. serrullaius, C. minor, Diapjiomiis castor, Daphnia pulex, 

D. sima. Le Pideaj gammarus peut être employé. Pendant 
près de quarante années, M. Weeger a disséqué plusieurs 
milliers de Truites. En juin, juillet et août, leur estomac 
contenait une forte quantité de Pulex. La chair devenait 
toujours plus rose à la cuisson, et le goût en était très fin. On 
peut se demander si les Pulex ne donnent pas aux Truites 
leur coloration ? 

La multiplication des Cj^clops et des Daphnies est très con- 
sidérable. La Daphnia pulex a deux sortes d'œufs, ceux 
d'été et ceux d'hiver ; les œufs d'été mûrissent sans fécon- 
dation dans le ventre de la femelle. Les petits sont donc 
engendrés tout vivants et au bout d'une ou deux semaines, 
ils sont assez avancés pour se reproduire. Dans cette saison, 
la température de l'eau agit certainement sur leur développe- 
ment. Ramdohr a évalué la reproduction d'une seule Daphnia 
pour l'espace des soixante jours, à 1,291,370,075 individus. 
Tous les autres animalcules se reproduisent dans des con- 
ditions analogues de fécondité. La question qui se pose est de 
savoir comment se nourrissent ces Crustacés ? L'étude des 
Infusoires microscopiques nous a renseignés. La matière 
organique, surtout d'origine animale, se décompose pour 
donner naissance aux Infusoires. Or, ces derniers habitent 
les eaux douces et ils servent de nourriture principale aux 
Daphnies, Cyclops, etc. La culture des Crustacés pour l'éle- 
vage des alevins est donc, à son tour, basée sur la produc- 
tion des Infusoires. 

(1) Rerue, 1891, II, p. 460-462. 

(2) Die Aufzucht der Forelle und dev andcren Salmoiiiden, par M. E. Weej^er 
(2° édilion], Vienne, 1892. 



212 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

La pèche des Crustacés est surtout abondante dans la 
soirée ; on les introduit dans des récipients, en aj^ant soin 
d'y apporter la boue des endroits où on les a trouvés. On a 
disposé auparavant, d'une manière spéciale, des excréments 
de divers animaux qui fourniront les Infusoires. Ceux-ci 
donneront bientôt une ample nourriture aux Crustacés et les 
Cyclops. les Daphnies se reproduiront en masses, après dix 
ou quatorze jours de séjour dans les bassins. De nuit, ces 
animalcules arrivent â la surface ; on en fera alors une 
ample moisson pour les alevins de Salmonidés. 

Outre les Crustacés, on peut élever différents Insectes 
aériens pour la pisciculture. 

Les larves de Moucherons sont utilisées principalement 
pour rélevage des Carpes. Quand la femelle de l'Insecte se 
reproduit, elle se pose sur l'eau et pond 400 à 500 œufs tous 
réunis ensemble, qui flottent à la surface. Quelques jours 
après, les larves en sortent. Dans les étés chauds, le Calex 
pipiens a souvent cinq générations successives. Si sur les 
400 ou 500 œufs pondus, 200 seulement donnent naissance à 
des femelles, on peut évaluer la reproduction d'un Calex, 
pour un été, à trois ou quatre millions. Ces Moucherons et 
leurs larves seront facilement cultivés dans des citernes à eau 
stagnante. 

Pour les tous jeunes alevins de Truite, qui viennent de 
perdre la vésicule embryonnaire, les larves de ces Mouche- 
rons sont de troi) grande dimension, mais elles seront une 
nourriture avantageuse aux alevins de 5 à 8 centimètres de 
longueur; la Truite les mange très volontiers. 

Les larves des Mouches à vers sont recherchées pour la 
culture des Salmonidés. La multiplication de ces Insectes est 
extraordinaire. Une seule Mouche pond au mois d'avril 
80 œufs qui produisent l'été suivant, dans de bonnes condi- 
tions, 8000 millions d'Insectes. 

Diverses espèces de Mouches sont cultivées dans ce même 
but, et en Amérique, de 1886-1890, le nombre des Salmonidés 
qui s'en nourrissent est très élevé. Pour la culture systé- 
matique, on connaît plusieurs riiéthodes assez compliquées, 
que je me dispenserai de décrire. On trouvera tous les détails 
dans la brochure de M. Weeger et, particulièrement, dans les 
revues de pêche des Etats-Unis. 



LE ROLE DES CRUSTACES DANS LA PISCICULTURE. 2-13 

Les Ephémérides dont on connaît de grandes espèces et de 
petites espèces, vivent à peine deux ou trois jours, parfois 
quelques heures seulement, et sont, néanmoins, une bonne 
nourriture pour la Truite et pour l'Ombre. On leur donne la 
larve ou l'Insecte parfait. Les Ephémères se développent de- 
puis mars jusqu'en octobre. Ils sortent de larves, mais leurs 
transformations durent trois ans. U Ephemera vulgata, es- 
pèce la plus utile pour la pisciculture, se montre, à certaines 
époques, sur les bords des grands fleuves, la Seine, l'Elbe, le 
Danube, etc.. ., en telle masse que la surface de l'eau et les 
rives se recouvrent de leurs cadavres ; cette couche at- 
teint parfois plusieurs centimètres en épaisseur (1). Depuis 
quelques années, on récolte près de l'Elbe ces Insectes, on les 
laisse sécher et on les vend dans le commerce, pour nourrir 
les Poissons et les Oiseaux insectivores. Les Truites soignées 
ainsi gagnent beaucoup pour la saveur de leur chair. 

Les Phryganes et leurs larves abondaient, il y a trente ans, 
dans les cours d'eau ; les égouts des fabriques les ont bien di- 
minuées et même anéanties dans quelques régions. Cette fa- 
mille d'Insectes comprend 80 espèces qui sont très fécondes. 
Les larves se fixent sur le sable, les bois ou les pailles flot- 
tantes sur l'eau. En Styrie, on s'en sert beaucoup pour la 
pèche à la ligne de la Truite et de l'Ombre. Dans les eaux 
claires, on les trouve en masses attachées aux berges; c'est 
la nourriture d'hiver des Salmonidés. Comme ces larves sont 
souvent réunies et fixées sur les pierres, on les recueille faci- 
lement. Les Phn'ganes ont donc une certaine valeur pour la 
pisciculture. 

Dans les torrents des montagnes , aux endroits où le 
courant est très rapide, la Truite reste toujours de petite 
taille. Au contraire, dans d'autres où l'eau est plus tranquille, 
et où l'on trouve de la végétation, près des moulins, etc., 
elle se développe mieux et devient beaucoup plus grande. 
On doit certainement en attribuer la cause à ce que les 
plantes aquatiques des torrents donnent asile à une foule de 
Crustacés, soit à l'état libre, soit fixés à ces végétations. Ce 
sont des C?jpris, Lynceiis, Bosmina ; parmi les Phyllopodes, 

{!] J'ai assisté un jour à ce spectacle. Comme je navifçuais, en été, sur l'Elbe, 
entre Aussig et Leitmerilz [Bohême), le pont de notre bateau à vapeur fut en 
quelques instants couvert d'Ephémères. On avait peine à se débarrasser de tous 
ceux qui s'attachaient aux vêtements. 



214 RKVL'E DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

le BrancM'iMS. On recommande donc, pour favoriser le dé- 
veloppement des Truites de rivière, d'introduire, en certaines 
places, les plantes suivantes : 

Hippuris vulgarls L., Acorns calanmsh., Hydrocharis 
morsus ranœ ; genre Ranunculus et Poiamogelon. 

Ces végétaux ont plusieurs avantages : ils absorbent l'a- 
cide carbonique en produisant de l'oxygène. Ils purifient 
l'eau. Ils donnent un abri .et de l'ombre aux Poisssons et 
aux alevins. Ils servent de refuge aux petits Crustacés et 
aux Insectes. 



SUR L'ARAUCARIA BRASILIENSIS Rich. 

Son rendement et son acclimatation en Europe 

et en Algérie 

Par m. le l)-" Edouard HECKEL, 
Professeur à la Faculté des sciences, directeur du Jardin botanique de Marseille. 



Après r^. BiclwilU Hook (Vulgù : Dunya-Biinya), l'espèce 
la plus intéressante du genre est certainement r.4. B-rasi- 
liensis Rich., soit qu'on se place exclusivement au point de 
vue bromatologique, soit qu'on envisage l'ampleurdes espaces 
occupés par ces deux espèces. Il y a de plus certaines affinités 
de formes juvéniles et adultes entre V Araucaria du Sud de 
FA ustralie et celui du Brésil (nous les mettrons en évidence) ; 
enfin, ils sont rattachés l'un à l'autre par cette particularité 
que, tous deux indigènes de l'iiémisplière Sud, ils y occupent, 
l'un au Brésil (de 15 à 25« Lat. Sud], l'autre, en Australie 
(de 15 à 30° de Lat. Sud), des zones montagneuses corres- 
pondantes, à des altitudes comparables et toujours dans la 
région littorale de ces deux continents. A ces divers titres, 
l'étude de V Araucaria du Brésil s'imposait à l'étude après 
celle de son congénère australien ; nous verrons que le pre- 
mier, bien moins connu et moins répandu dans nos zones 
européennes, mériterait cependant d'y prendre place à divers 
égards. 

Voici ce qu'on lit sur ce végétal, dans le Manuel de VAccli- 
mateiir, de Cli. Naudin (p. 140-1887) : « Arbre du Brésil 
«méridional, mesurant de 50 à 60 mètres, analogue âr.4. 
» Bidwilli Hook, par le port et le feuillage (1), il est rustique 
)) au même degré. Ses graines sont comestibles et son bois 
» très estimé pour la grande charpente. On en extrait aussi 
» beaucoup de résine et de téréltenthine. C'est un des rares 
» arbres de l'Amérique du Sud, qui constituent à eux seuls 

(1) L'Araucaria du Brésil de la villa Thuret, ainsi qu'on peut le voir par le 
dessin que nous en donnons, rappelle beaucoup 1'^. Bidvnlli du même jardin ; 
mais on verra aussi que le port du premier est bien différent du dernier dans le 
pays d'origine de ces deux espèces. 



216 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

» des forêts. On en voit çà et là de beaux exemplaires dans 
» les parcs et jardins de la Basse-Provence, o 

A la date du 17 août 1891, l'éminent directeur du labora- 
toire de la villa Thuret voulait bien me donner [m litieris) 
le complément d'informations suivant, au sujet de V Arau- 
caria Brasiliensis et de son existence sur le littoral médi- 
terranéen : « Je n'en connais qu'un seul, tout compte fait (1), 
i> qui mérite d'être signalé, c'est le nôtre. Arbre de 9 mètres 
» de baut, rameux dès la base ; rameaux en verticilles ré- 
» guliers, de 5 à 7 branches longues, dénudées dans les 2/3 
» inférieurs, feuillus et touffus dans 2/3 supérieurs, étalés 
). horizontalement et même au-dessous de l'horizontale, toutes 
). particularités qui donnent à l'arbre un port et un aspect qui 
» le font immédiatement reconnaître. Notre arbre est femelle 
n et produit des cônes presque sphériques et stériles bien 
). entendu, de la grosseur des deux poings. Ce n'est guère 
» que le quart du volume des cônes du BidwillL » 

En ce qui concerne l'introduction de VAraucaria du 
Brésil au Portugal où les autres espèces du même genre 
réussissent si bien, notamment à Lisbonne, je suis heureux 
de pouvoir transcrire ici une note que M. Daveau, inspecteur 
des jardins botaniques de cette capitale, m'a fait tenir par 
M. le Consul général du Brésil Da Silveira Bulcao. 

On lit dans Gardener's Chrnnicle, à propos du Candela- 
Wa-iree des Anglais {Gardeners Chronicle, 23 juin 1S88, 
p. 774) : 

« A. Brasiliensis originaire, comme son nom lindique.des 
« parties méridionales du Brésil, et dont de beaux spécimens 
» peuvent être vus dans la serre tempérée de Kew, a ses ra- 
» meaux gracieusement inclinés en bas, et épaissement en- 
» tourés de feuilles d'un vert brillant et lancéolées. On peut 
» juger, par notre figure représentant un de ces végétaux 
.) croissant dans les Barbades, combien change l'aspect de 
.) l'arbre sous l'influence de l'âge. La photographie de cet 
» arbre nous a été donnée par le général Munro qui nous a 
» fait connaître que ce végétal est désigné sous le nom de 
» arJjre à candélabre . Les vieilles feuilles tombent graduel- 

(1) Ce fait m'est confirmé le 30 août 1891 [in litieris) par M. le D' Sauvaigo 
qui m'écrit de Nice : . L'espèce m'est presque inconnue ; quelques exemplaires 
bien modestes et de peu d'intérêt existent sur le littoral. » 




Araucaria Brasilieiisis de la villa Toiiret, à Aatibes. 



218 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

» lement, laissant les grandes branches nues, à l'exception 
» d'une touffe globulaire qui en couronne le sommet. » 

Plus loin, dans Gardener's Chronicle, mai 1888, p. 648, 
sous la signature D'" H. Bennet (Torre de Grimaldi, Italy), à 
Menton, on lit encore : 

« J'ai aussi un A. Brasiliensis, mais il végète modeste- 
» ment. Notre hiver est probablement trop froid, » 

On voit, par les résultats obtenus à la villa Thuret, à An- 
tibes, que l'espèce qui nous occupe peut réussir très bien sur 
notre côte méditerranéenne de la Provence méridionale. 

« L'A. Brasiliensis ne croit pas à Lisbonne d'une façon 
» satislaisante, non pas à cause du climat, mais bien à cause 
)> de la composition du sol qui y est calcaire. On voit, en 
» effet, cette, espèce réussir dans les sols granitiques de la 
» Serra de Cintra ; elle se développe également avec une rare 
» vigueur dans les cultures du jardin botanique de Coïmbre, 
» dont le sol est composé de micaschiste. Les Araucarias 
^» y fructifient très bien, surtout si on a soin de les féconder, 
» mais je n'ai jamais entendu dire qu'on en extrayait de la 
» résine, ce qu'il est facile de vérifier, en s'adressant au 
» savant directeur du jardin botanique, le Dr Julio A. Hen- 
» riquez, qui donnera l'âge des exemplaires (1). 

» La composition du sol n'est pas, à mon avis, le seul 
» obstacle à la culture des A. Brasiliensis A Lisbonne, la 
» sécheresse de l'air ne permettrait pas non plus une bonne 
» réussite. Tous les individus que j'ai vus à Lisbonne, 
» quoique jeunes, présentaient tous des signes de décré- 
» pitude, que je crois devoir aux causes exposées plus haut. 
» On cultive à Lisbonne A. excelsa, CooJii et Bidwilli, 
» qui s'y développent d'une façon irréprochable et y fruc- 
» tifient. » 

Il est probable que l'insuccès de la végétation de cette 
espèce sur le littoral méditerranéen de la Basse-Provence, 
tient à la sécheresse de l'air, durant les longs mois d'été, 
plus encore qu'à la nature du sol, qui est du reste siliceux 
dans un grand parcours de ce littoral, où cependant l'yl . 



(1) M. le D' Henriquez m'écrit à la date du 30 juillet 1802 : « Je vous ren- 
seignerai sur les Araucarias du jardin botanique et surtout sur ceux qui sont 
cultivés non à Cintra mais bien au Bussaco et au Porto. Deux A. Brasiliensis 
du jardin de Coïmbre sont, sans doute, les plus beaux exemplaires qu'on puisse 
rencontrer en Europe. Je vous en enverrai une photographie. • 



L'ARAUCARIA BRASILIENSIS. 219 

Brasiliensis ne réussit pas du tout. C'est par la même raison, 
(lu reste, que VA. imdricata, qui végète Lien en Bretagne et 
même en Angleterre, ne réussit pas en Provence, où cepen- 
dant il retrouve la moyenne de température annuelle du 
Chili, sa patrie. 

Voici ce que l'on trouve d'intéressant sur le végétal dans 
Kirwan {Les Conifères, 1868, t. II, p. 16). « Il se distingue 
)j du type chilien [A. imhricata Pavon), par ses l'euilles plus 
» étroites à la base, plus allongées, moins aiguës, moins 
» raides et moins piquantes de la pointe ; ses rameaux sont 
» plus minces, plus allongés et plus pendants. Par suite, 
)) l'aspect général de l'arbre n'a pas , d'une manière aussi 
» .prononcée, le cachet d'excessive originalité, qui caractérise 
» son voisin d'Araucanie, mais il est peut-être plus gracieux, 
» du moins pendant la jeunesse. 

« A l'âge adulte, il se dégarnit de toutes ses branches 
» inférieures et ne conserve que les plus hauts verticilles de 
» la cime, ce qui peut lui donner un beau coup d'œil dans un 
» massif forestier, mais enlève à l'arbre pris isolément, tout 
» mérite décoratif dans un square ou un jardin. 

» L'Araucaria du Brésil parvient aux mêmes dimensions 
» que celui du Chili. Sa croissance est pins rapide et plus vi- 
)) goureuse, mais il est plus sensible au froid. On a cepen- 
» dant pu le cultiver en pleine terre sous le climat de Paris, 
» au Jardin des Plantes notamment, mais il n'y est pas 
» d'une belle venue et ne se comporte point comme un arbre 
» d'avenir. Il faut donc le réserver à des régions plus méri- 
» dionales, comme la Provence ou l'Afrique (1). 

» Les branches inférieures tombent de bonne heure, 
» l'écorce devient brune et lisse et prend une consistance qui 
» offre une grande analogie avec l'écorce du cerisier. 

M La résine est rougeàtre, aromatique, et sert aux mêmes 
» usages que la térébenthine. Les graines sont comestibles, 
» avec un testa rougeàtre, lisse, luisant. Pour les semer, on 
)) les dépose en terre à une profondeur de 4 à 5 centimètres. 
» Elles lèvent dans un intervalle qui varie de six semaines à 
» trois mois. 

[1] Nous avons vu déjà plus haut comment il se comporte en Provence, nous 
verrons Lieutôt comment il résiste au climat sec et chaud de l'Afrique du Nord 
(Algérie), d'une part à Alger au jardin d'essai du Hamma, et de l'autre à Phi- 
lippeville où il en existe une petite forêt dont nous donnons ici la vue d'en- 
semble d'après une photographie due à M. Blauchet, pharmacien de celte ville. 



220 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

» Ayant remarqué, dit le major Tannay, que l'Araucaria 
» du Brésil s'est si bien acclimaté en France qu'il y passe les 
» hivers en pleine terre, j'ai pensé qu'il serait avantageux 
» d'y multiplier un arbre aussi pittoresque qu'utile par la qua- 
» lité de son bois et de ses fruits. » 

Passons à la description qu'en donne Carrière ( Traité gé- 
néral des Conifères, 1855, p. 415). Connu encore sous les 
noms de Colymbea angnstifolla Bertol, A. Ridolfiana Savi, 
Pinùs dioica, kRK^., A7^aucaria cli BihUani IIort Ital, cet 
arbre habite le Brésil entre 15" et 25" latitude, où il constitue 
de vastes forêts dans les montagnes ; il a été introduit en Eu- 
rope en 1816. 

Arbre de 4 à 5 métrés, pyramidal dans sa jeunesse, plus lard à cime 
étalée arrondie. Tronc bientôt nu dans sa partie inférieure par l'e'pui- 
senient successif des branches, recouvert d'une écorce gris brun, 
longtemi)S garni de feuilles marcescenles. Branches vcrlicillées, étalées 
ou déclinées, relevées à l'extrémité. Feuilles alternes, e'ialées, les cau- 
linaires imbriquées, recourbées en dehors, toutes très aiguës, carénées 
en dessous, glaucescentes, longues de 2 à 5 centimètres, larges de 5 à 
8 millimètres, élargies et decurrenles à la base, souvent un peu tor- 
dues, glaucescentes en dessous dans les jeunes individus, terminées 
en une pointe scarieuse, longue, fine, très aiguë, liamules simple-, 
effiles, très caducs. Chatons femelles, drcsse's, ovoïdes, obtus. Cônes 
très gros, subglobuleux, quelquefois légèrement déprimés, écailles des 
cônes acuminées, recurve'cs. Graines comestibles, longues d'environ 
5 centimètres, à testa roussùtre, lisse et luisant, à aile presque oblitd- 
re'e à la base. 

Une varie'te' de l'espèce est connue sous le nom de A. Brasilensis 
çracilis, Arauc-gracdis Hort., Araucaria ele g ans, Hort.. Ar. Ridolfiana 
Knight: branches grôles, etale'es, défléchies. Feuilles d'un vert clair 
ou presque glauques, plus étroites, beaucoup plus fines et plus rap- 
prochées que dans l'espèce. 

Quoique cette espèce puisse passer l'hiver en pleine terre, 
dans plusieurs de nos départements méridionaux, elle n'y 
forme jamais un bel arbre, car, à mesure qu'elle s'élève, les 
branches inférieures s'épuisent et disparaissent successive- 
ment de sorte qu'il n'y a jamais que quelques-unes du som- 
met qui forment une sorte de parasol. 

A ces descriptions, nous pouvons ajouter quelques détails 
sur l'étendue et la nature des forêts de ces végétaux au Bré- 
sil leur patrie. Je les tiens de M. Janmot, ingénieur agri- 
cole français qui m'a rapporté, avec la photographie ci- 



222 REVUE DES SCIEiNCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

jointe des Araucarias en forêt, dans le Parana, les renseigne- 
ments suivants, résultant d'un séjour de dix-huit mois dans 
le Brésil. 

Ces grands végétaux qui viennent à une altitude élevée des 
grandes montagnes siliceuses du Brésil sont surtout abon- 
dants et d'un développement considérable dans l'Etat du Pa- 
rana. On les trouve aussi en masses assez compactes et con- 
tinues dans les dépressions de la sierra de Mantiquera, dans 
l'Etat de Saint-Paul et à Minas-Geraes. Dans l'Etat du Pa- 
rana seulement les Araucarias en l'orét (dont nous donnons 
une reproduction de vue d'ensemble), sont exploités comme 
bois de meubles et d'ébénisterie. Ils sont excellents pour cet 
usage. 

M. Janmot a rapporté de son voyage cette certitude que 
l'abatage de ces grands végétaux ([ui se pratique journelle- 
ment dans les forêts du Parana, ne donne jamais lieu, du 
moins aux saisons où il a pu opérer, à un écoulement de 
gommo-résine comparable, comme abondance, à celle qu'on 
observe, presqu'en tout temps sur l'^l . Coolii de la Nouvelle- 
Calédonie. Il est possible, dans ce cas, que l'exploitation de 
ces végétaux, à ce point de vue, restât sans grands résul- 
tats. — Toutefois M. Da Sylvera Bulcao, consul général du 
Brésil à Marseille, m'aflirme que dans le cours de ses chasses 
en pleine forêt de la sierra Mantiquera, il a eu l'occasion de 
frapper, des troncs cVAraiicaria axec une hachette destinée 
à se frayer un passage à travers bois, et que chaque fois 
qu'il revenait par le même chemin, il pouvait constater au 
retour une exsudation abondante de résine, sous forme de 
chandelles. Ces assertions contradictoires laisseraient sup- 
poser que ce végétal ne donne par gemnage une abondante 
exsudation gommo-résine qu'à des saisons déterminées, et 
qu'en tout autre temps il n'en fournit pas du tout. En tout 
cas, les assertions de MM. Naudin et de Kirwan, relatées ci- 
dessus, ne laissent aucun doute sur l'existence et l'emploi, 
dans le pays natal de ces végétaux, d'un exsudât appelé 
résineux par ces auteurs et utilisé comme térébenthine, ce 
qui implique qu'il est assez abondant. Tous les Araucarias, 
du reste, ont une saison privilégiée pour cette production, 
et ceux qui en donnent en tout temps, comme A. Cooki, en 
fournissent plus abondanmient à certaines époques de l'année. 

Nous avons vu comment se comporte 1'^. Brasiliensis 



L'ARAUCARIA BRASILIENSIS. 



223 



dans sa patrie, d'après des témoignages non douteux ; exami- 
nons maintenant les résultats de son introduction en Algérie. 
Voici d'abord une lettre très explicite sur ce point de M. Ri- 
vière, directeur du jardin d'Essai du Hamma, à Alger : 




Groupe à'Araîicaria Brasiliensis de l'ancienne pépinière, 
à Philippeville (Algérie). 



« L'A. Brasiliensis se comporte très mal en Algérie : il y 
» craint également la chaleur et le froid. Sur notre coteau, 
» une plantation d'une cinquantaine de ces arbres a fini par 



224 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES.' 

» périr, après avoir résisté pendant vingt-cinq ans environ. 
» Dans le cas présent, on peut attribuer la mortalité à l'effet 
» du vent de mer qui brûlait, chez ces végétaux, la face ex- 
» posée à ses effluves. 

» Dans la partie basse du Hamma et dans certains endroits 
» abrités, il y existe encore quelques sujets de 8 mètres 
» de haut et 0'^.25 du diamètre ; mais ils sont souffreteux et 
» n'ont que quelques verticilles verts en bon état. Il y a une 
» dizaine d'années, nous récoltions encore de temps en temps, 
» quelques graines fertiles. 

» On remarquait autrefois dans les débris de l'ancienne 
» pépinière gouvernementale de Philippeville, une assez belle 
» allée de ces Araucaria qui donnaient des graines fertiles 
» en abondance. La localité en question était éloignée de la 
» mer d'environ 6 kilomètres et protégée par un relèvement 
» de colline. Quand j'ai visité cette i)lantation, il y a environ 
» vingt- trois ans, elle donnait déjà des signes de dépérisse- 
>> ment. Depuis elle a périclité. 

» En résumé : VA. B/-asiliensis n'est pas, à mon avis, un 
» arbre de grande vigueur sous notre climat. Je vous ferai 
» adresser les exsudais résineux que nous retirerons des in- 
» cisions qui viennent d'être faites sur cette espèce, d'après 
» votre demande. » 

Très intéressé parla révélation de l'existencee d'une petite 
plantation d'A.BrasiUensis à Philippeville, je m'empressai de 
m'enquérir auprès du maire de cette localité, pour savoir si 
elle existait encore. Ce magistrat m'ayant répondu « qu'on 
» trouve à Philippeville, à l'extrémité de la pépinière, dans 
» une allée transversale à gauche, dix-sept pieds d'^. B/'a- 
» siliensis de 15 mètres de haut sur 0"', 35 de diamètre moyen, 
» mais d'une apparence peu florissante et dépoia^vus de toute 
» sécrétion résineuse », je résolus d'avoir des détails plus 
précis sur cette plantation déjà ancienne et une photographie 
de la petite forêt qu'ils forment. Dans ce but, je m'adressai 
à M. Blanchet, pharmacien dans cette ville, qui a répondu 
complètement à mon attente, ce dont je ne saurais trop le 
remercier publiquement. 

En me transmettant des vues photographiques (reproduites 
ici) de ce massif (ï Araucaria, M. Blanchet l'accompagne des 
renseignements suivants : 

« Le plus grand de ces Araucaria mesure 19'", 50 de haut 



L'ARAUCARIA BRASILIENSIS. 



225 



» et 1^,55 de circonférence à la base; le plus gros a une cir- 
» conférence de 2 mètres. 

» Ces arbres doivent avoir plus de quarante années 
» d'existence. Ils ont malheureusement été abandonnés à 
» eux-mêmes depuis que la pépinière est vendue à des 
» particuliers; de là leur apparence peu florissante. Ils ap- 
» partiennent aujourd'hui à la Banque d'Algérie, et cet éta- 
» blissement ne demanderait pas mieux que de faire autour 
» d'eux les travaux de culture qui pourraient paraître utiles 
» à leur conservation. — Quelques sujets ont péri, et pour 




//o 



a Grain d'amidon simple, h Grain d'amidon composé. 



Coupe transversale de l'amande 

endosperme) de la graine édule 

à? Araucaria Brasiliensis. 



» soustraire les autres au même sort, il serait nécessaire, 
» peut-être , de les débarrasser des broussailles qui les 
» entourent. 

» Selon vos indications, j'ai pratiqué des incisions sur les 
» sujets les plus vigoureux, et depuis le mois de janvier (la 
)> lettre de M. Blanchet est du 16 avril 1892) il ne s'y est pas 
» déposé de résine. J'ai pu constater que la même résine ne 
» vient pas spontanément. On en trouve bien quelques frag- 
» ments dans les parties où l'écorce est fendue, mais ils sont 
» de très peu d'importance. » 

M. Blanchet, comme M. Rivière (d'Alger), a pu me faire 
plus tard un envoi d'exsudat gommo-résineux provenant des 
incisions que j'avais conseillé de faire; bien que cet envoi 

5 Septembre 1892. 15 



226 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

fût peu abondant, il a permis une analyse des deux produits 
et d'Alger et de Pliilippeville. 

Il m'a paru intéressant de donner la composition chimique 
de la graine à' A. Brasiliensis , employée au Brésil comme 
comestible, et celle de l'exsudation gommo-résineuse des 
arbres du Brésil, d'Alger et de Pliilippeville. — Les graines 
m'ont été envoyées avec un vieux bloc de résine (malheureu- 
sement délavée par les pluies abondantes de la Sierra Manti- 
quera), par M. Janmot, pendant son séjour au Brésil. Voici 






■*sr 



A. Endosperme de la graine d'^. Brasiliensis (partie comestible).— B. Le 
même fendu longitudinalemenl pour montrer Pépaisseur de l'endosperme c 
et l'embryon d. — C. Graine d'^. Brasilicnsis avec ses enveloppes sper- 
modermiques et son aile rudimenlaire. 



les détails de cette double analyse chimique faite par M. le 
professeur Schlagdenhauifen de Nancy, sur les échantillons 
authentiques que je lui ai envoyés. 

Il est inutile de revenir sur la description de la graine, je 
me borne à en donner une bonne figure, de grandeur natu- 
relle, sous deux états : entière et dépouillée de ses enve- 
loppes, enfin fendue pour montrer la situation et la longueur 
de l'embryon. (Voir ci-des.sus.) 



L'ARAUCARIA BRASILIEXSIS- 227 

Analyses des graines provenant du Brésil. 

Leur poids moyen varie de 4 à 5 grammes. Quelques 
graines choisies, provenant d'un lot de 300 grammes nous 
ont donné les résultats suivants : 



GRAINE ENTIÈRE. 


AMANDE MONDEE. 


PERISPKRME. 


8,10 


(5,35 


1,75 


7,70 


6,10 


1,60 


6,45 


4,35 


2,10 


5,20 


3,80 


1,40 


4,55 


3,55 


1,00 



Le périsperme ne présentant aucun intérêt au point de 
vue de l'étude chimique, puisque les principes qu'il renferme 
sont les mêmes que ceux des organes similaires d'autres 
plantes, nous n'avons fait que l'analyse des graines mondées. 

Nos opérations ont porté sur 10 grammes de matière fine- 
ment pulvérisée et desséchée à 105°. 

I. Traitement à l'éther du pétrole. — Soumise à l'action 
de l'éther de pétrole dans l'appareil à déplacement continu, 
l'amande mondée fournit 0.16 "/o de matière grasse. 

IL Traiteynent à l'alcool. — L'extrait alcoolique que l'on 
obtient renferme un peu de glucose, du sucre interverti et de 
la gliadine. 

lU. Traitement à Veau. — En épuisant la matière pendant 
dix heures successivement à l'eau froide, on enlève une cer- 
taine quantité de matières sucrées, gommeuses et albumi- 
noïdes. Le caractère azoté de l'extrait aqueux est facile à 
constater puisque l'incinération avec du sodium fournit en 
présence des sels ferroso-ferrique un abondant précipité de 
Bleu de Prusse. L'extrait contient des principes gommeux en 
raison de la précipitation par le chlorure ferrique et de l'al- 
cool ; il renferme enfin du sucre puisqu'il réduit directement 
la liqueur de Bareswill. 

IV. Traitement à la chaux iodée. — Nous opérons sur le 
produit épuisé par les traitements précédents pour déter- 
miner les matières albuminoïdes insolubles contenues encore 
dans la poudre. L'analyse nous fournit 2.35%. Une deuxième 
expérience effectuée avec la poudre d'amande intacte nous 
indique la proportion des matières albuminoïdes solubles 



228 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

entraînées par le traitement â l'alcool (gliadine) et par l'épui- 
sement à l'eau froide. 

V. Traitement à l'acide chlorUydrique étendu. — Nous 
soumettons une partie de la poudre, épuisée par les divers 
véhicules, à l'action de l'acide clilorhydrique étendu au bain- 
marie, en ayant soin de renouveler l'eau au fur et à mesure 
qu'elle s'évapore. Après huit heures, nous filtrons et exa- 
minons le liquide au réactif cupropotassique. Nous dosons le 
sucre formé et le rapportons, par le calcul, â de l'amidon 
existant pHmitivement dans la graine. 

VI. Incinération. — La différence entre le poids de la 
poudre provenant du traitement précédent et celui de la 
poudre intacte donne le poids de la cellulose. En incinérant 
la partie purement cellulosique on obtient le poids des sels 
fixes. 

VII. Eau d'hydratation. — La détermination de cette 
donnée importante s'obtient par la perte de poids d'une cer- 
taine quantité de matière fraîchement râpée et soumise à 
l'étuve â 105». 

En groupant ces divers résultats, nous arrivons à la com- 
position de la graine qui peut être considérée comme renfer- 
mant les principes suivants : 

Composition de la graine. 

Matière grasse 0,16 

Glucose et sucre interverti 3,51 

Sels lixes 1,09 

Matières amylace'es et albuminées solubles 5,43 

Matières albumine'es insolubles 2,35 

Amidon 32,04 

Cellulose (par difforenco). 23,15 

Eau d'hydratation 32,27 

100,00 

Comme on peut le voir, en comparant ces résultats analy- 
tiques â ceux qu'a donnés l'examen chimique de la graine 
d'^. Bidwilli (Bunya-Bunya), voir la Revue des Sciences 
naturelles appliquées, 20 août 18U1, la graine d'^. Brasl- 
licnsis est moins riche en princii)es azotés que celle de VA . 
Bidivilli, mais elle contient beaucoup plus de fécule et moins 
d'eau. Elle doit être un peu moins nutritive que sa congénère 
d'Australie. 



L'ARAUCARIA BRASILIENSIS. 229 

Analyse de la gomme résine provenant du Brésil 

ET délavée par les EAUX PLUVIALES. 

Traitements. — Nous commençons par dessécher la ma- 
tière à la température de T05°, Nous l'épuisons ensuite suc- 
cessivement par l'éther de pétrole et l'alcool. 

Le résidu, non dissout, très faible est repris ensuite par de 
l'eau qui n'enlève qu'une proportion minime de matières 
gommeuse et albuminoïtle et laisse sur filtre un peu de 
mucilage. Les résultats obtenus sont les suivants : 

Composition. 

Eau d'hydratation 9,20 

Résine soluble dans l'éther de pétrole 10,40 

Résine soluble dans alcool 78,03 

Sels fixes 1 .035 

Gomme, matière albuminée, mucilage 1,335 

100,000 

Cette résine a évidemment perdu toute sa gomme ou à peu 
près par l'action des eaux pkiviales. 

Analyse de la gomme résine provenant du jardin 

d'essai d'Alger. 

Eau d'hydratation 1G,237 

Re'sine 6,463 

Gomme 77,300 

100,000 

Analyse de la gomme résine d' At^aitcaria Brasiliensis 

(Philippeville). 

Résine 64,84 «/o 

Matière gommeuse 35, 16 % 

100,00 

L'échantillon renfermait des brindilles de bois et autres 
matières étrangères dont on n'a pas tenu compte dans le 
calcul de l'analyse. 

/) On a épuisé d'abord par l'alcool à chaud et passé 
l'extrait. 

T) On a traité le résidu par l'eau. On sépare par le filtre 



230 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

les matières étrangères et l'on concentre le liquide aqueux 
qui jouit des propriétés de la gomme. L'incinération du ré- 
sidu fournit des cendres alcalines qui contiennent de la 
chaux et de la potasse comme les cendres de la gomme ara- 
bique et cela dans les proportions de 3 ^/o environ. En effet, 
sur ?'■• 8(3-2 de gomme constatée dans 2 s^. 452 de gomme 
r.ésine débarrassée de matières étrangères, je trouve 0,0268 

de cendres d'où -^ = 'f d'où x ^ 3,1 Vc 

On est donc dans la limite d'une gomme arabique type en 
ce qui constitue la quantité de cendre. 

L'analyse chimique des divers produits d'exsudation 
srommo-résineuse a donné des résultats bien différents, 
comme on l'a vu : seul l'examen du produit naturel du Brésil 
(qui reste à faire) donnera la mesure exacte de la richesse de 
ce produit en gomme, sur une résultante de l'examen de plu- 
sieurs échantillons prélevés à diverses époques de l'année ; 
mais, dès aujourd'hui, nous pouvons prévoir que cette ri- 
chesse en somme sera élevée et nous avons la certitude que 
c'est de Varabine que secrète cette espèce d'Araucaria, 
comme le font, du reste, toutes les espèces que nous avons 
examinées jusqu'ici. 

Quant à la germination de 1'^. BrnsUicnsis, hien qu'eUe 
soit liypogée, comme toute la section à laquelle il appar- 
tient (Colymbea), elle présente quelques différences avec le 
processus si curieux que nous avons examiné en détail dans 
A. Bidwilli. 

Pour bien saisir la nature des phénomènes complexes qui 
se passent dans A. Biclicilli, il faut d'abord les envisager dans 
A. Brasillensis Ricii., où ils sont beaucoup plus simples, le 
processus germinatif propre à la première espèce n'étant 
qu'une accentuation et une complication de la manière d'être 
particulière à la seconde. 

Lorsqu'une graine à\Araucaria Brasillensis germe, les 
cotylédons restent inclus et leurs pétioles prennent , au 
dehors de la graine, un certain accroissement. Mais ceux-ci 
ne sont pas connés et se présentent sous forme de bandes 
larges et épaisses. A. leur point d'insertion sur l'axe hypoco- 
tylé,se trouve la gemmule qui s'allonge verticalement en pas- 
sant au milieu des deux pétioles cotylédonaires, et va former 
la plantule sans le secours de la tigelle, qui ne s'accroît pas. 



L'ARAUCARIA. BRASILIENSIS. 231 

Les cotylédons, sous forme de A'éritables cuillers, restent in- 
clus dans la graine où ils verdissent et pourrissent ensuite 
avec l'endosperme, sans jamais s'en dégager. Cependant, 
l'axe hypocotylé se renfle très légèrement en un tubercule, 
véritable réservoir d'amidon pour la plantule. Celle-ci y 
puise ses éléments de nutrition en même temps que l'endo- 
sperme se vide de cette réserve hydrocarbonée, et que la ra- 
cine remplit ses fonctions absorbantes. On trouve des condi- 
tions absolument semblables dans la germination de V Arau- 
caria imdricata Pav. du Chili, avec cette différence toute- 
fois, que la tubérisation de l'axe hypocotylé y est encore 
moins accusée. Les autres processus sont complètement 
identiques et, chose remarquable, les deuxplantules qui nais- 
sent de la gemmule, dans l'un et l'autre cas, présentent un 
faciès commun et se ressemblent sensiblement alors que les 
végétaux qui en sortiront, une fois parvenus à l'état adulte, 
sont profondément dissemblables. Les états juvéniles témoi- 
gnent de la pa rente. 

Dans la germination de la graine d^ Ai^ancaria BidiaWU 
les faits sont plus saisissants. Comme dans les deux cas pré- 
cédents, la seconde et la troisième phases germinatives sont 
supprimées, mais cette suppression s'accompagne des com- 
plications suivantes. Ici, les pétioles cotylédonaires sont con- 
nés en un tube fermé (1) sur toute leur étendue, ils acquièrent 
une longueur de 5 à 6 centimètres et renferment à leur base, 
c'est-à-dire à leur i)oint dïnsertion sur l'axe hypocotylé, la 
gemmule qui y reste incluse et qui ne saurait se dégager sans 
la rupture du tube pétiolaire. Cette séparation d'avec l'axe 
hypocotylé, et, par suite, la sortie de la gemmule se font d'une 
manière spéciale, qui ne ressemble à rien de ce qui est 
connu. Dans l'Anémone, la Dauphinelle, V EranlMs liyemalis, 
les Léontice, Dodécathée, Cerfeuil, etc., on sait que la gem- 
mule en se développant, perce latéralement le tube pétiolaire 
à la base. Ici on voit, au point même où se trouve la gem- 

[1) 11 esl bon de remarquer que la perminalion hypogée des Araucarias^ qui 
se rapproche si sensiblement de celle des Cycadées, en diii'ère cependant par ce 
point, que les Araucarias américains (Columbea) à germination hypogée ont 
leurs pétioles col^-lédonaires accrus libres, tandis que, dans les Cycadées, ces 
mêmes organes sont soudés dans leur moitié supérieure et libres par leur moitié 
inlérieure. Dans A. Bidwilli, la soudure a lieu sur toute leur longueur; la 
coupe du corps cotylédonaire montre, en eifet, la cavité des cotylédons, fai- 
sant suite d'une manière non interrompue avec le tube pétiolaire. 



232 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

mule, se former sur le tube pétiolaire, un bourrelet circulaire 
à bords saillants, qui marquera, par le développement d'une 





A. Germination de VA. BidwilU. 

B. Germination de VA. Brasiliemis, 



L'ARAUCARIA RRASILIENSIS. 233 

zone subéreuse, la ligne de séparation du corps cotylédonaire 
tout entier d'avec l'axe hypocotylé qui porte à son sommet la 
gemmule et à sa base la racine. Cette séparation se produit à 
un moment donné. Alors la graine mise en germination 
avec ses cotylédons cochléaires inclus (ils ont verdi pendant 
la germination en Tabsence de toute lumière) suivis du tube 
pétiolaire, forment un tout qui reste complètement séparé de 
la racine, de l'axe hypocotylé et de la gemmule. Cette der- 
nière se présente sous forme d'un petit corps blanchâtre au 
sommet de l'axe hypocotylé. Mais il y a plus. Dès le début de 
la germination, qui parcourt assez promptement sa première 
phase (saillie et allongement de la radicule], l'axe hypocotylé 
se tubérise fortement et prend l'aspect d'un tubercule fusi- 
Ibrme très renflé et assez développé, mesurant 6 à 7 centi- 
mètres de long et terminé à la partie inférieure par la racine 
très grêle et filamenteuse, pourvue de quelques radicelles. Ce 
tubercule caulinaire est gorgé d'un amidon revêtant la même 
forme que celui de l'endosperme, c'est-à-dire constitué par 
des grains simples ovoïdes tronqués ou des grains composés 
formés de grains simples réunis par trois. Cette réserve s'y 
accumule à mesure que celle de l'endosperme se vide. On voit, 
en effet, les grains amylacés de l'endosperme perdre de plus 
en plus leurs dimensions à mesure que le tubercule se déve- 
loppe et se remplit de grains bien formés et normaux. La 
jeune plantule en formation (1] se nourrit donc entièrement 
aux dépens des réserves transportées de l'endosperme dans 
le tubercule hypocotylé, et aussi par le libre jeu des fonc- 
tions de la racine. 

En somme, comme on vient de le voir, le processus germi- 
natif propre à l'^l. Bidioilli est annoncé parla manière d'être 
de r^. Brasiliensis dont il diffère seulement : l-^ par la tubé- 
risation plus prononcée de l'axe hypocotylé ; 2° par l'état 
coiicrescent en tube des pétioles cotylédonaires ; 3° par le 
mode de séparation des cotylédons d'avec l'axe et la racine 
du jeune végétal. 



(1) Cette jeune plantule rappelle aussi beaucoup, par son aspect général et 
par la manière d'être des premières feuilles, les formes si rapprochées des plan- 
tules d'.l. Brasiliensis et d'^. imbricaîa. On sait cependant que ces trois végé- 
taux, quand ils sont adultes, ne se ressemblent ni comme aspect général, ni 
comme forme et situation des feuilles. 



II. CHRONIQUE DES COLONIES ET DES PAYS D'OUTRE-MER. 



Le Beurre de Cây-Gây en Gochinchine. 

Sans claercher à entrer daus les considérations spéciales et les 
polémiques, qui font de la question coloniale un véritable sujet d'ac- 
tualité pour les économistes, nous croyons de notre devoir d'apporter, 
bien modestement, à l'œuvre d'extension de nos possessions, les quel- 
ques connaissances que nous avons pu acquérir avec le temps. C'est 
pourquoi nous avons signalé, chaque fois que l'occasion s'en est pre'- 
sentée, les produits naturels encore peu connus de nos colonies, dont 
les industriels français pourraient certainement tirer un parti avan- 
tageux. Aujourd'hui, nous nous occuperons d'un produit spécial à la 
Gochinchine et au Cambodge qui, selon nous, peut devenir pour nos 
établissements d'outre-mer, une source certaine de prospe'rile : nous 
voulons parler des fruits du CSy-Cây et du corps gras qu'on eu retire. 

Le fruit du Cily-Cay [Irvingia Harmamlii] est un petit drupe ovoïde, 
de la grosseur d'une noix et de couleur jaune, dans lequel se trouve, 
sous une enveloppe très résistante, une amande grasse assez volumi- 
neuse, recouverte par un lo'gumcnt d'un brun brillant. 

Lorsque les fruits sont arrives à complète maturité, c'est-à-dire au 
mois de juillet, quand ils tombent de l'arbre, les Annamites se rendent 
daus les forêts pour les ramasser et les mettre en las ; ils les trans- 
portent ensuite dans leurs villages et enlèvent la partie extérieure, 
soit en la brisant avec un couperet ou en la grillant au feu, soit encore 
eu la faisant dessécher au soleil. Une fois relire'es et séehées elles- 
mêmes, les amandes sont broyées grossièrement dans un mortier de 
l)ois ou de granit ; la pûte que l'on obtient de cette façon est mise 
dans de l'eau qu'on chaulTe jusqu'à l'ébuUilion ; la matière grasse se 
sépare et vient flotter à la surface du liquide, d'où on 1 enlève à 
mesure que la couche se forme, et on la coule dans des moules. Ce 
produit, connu en Cochinchine et au Cambodge sous le nom im- 
propre de Cire de t'ây-Cây, est solide, d'un gris jaunâtre, odorant o'tant 
frais, mais il devient blanchâtre et contracte une odeur forte et nau- 
séeuse en vieillissant. Au dire des Annamites, les Siamois font une 
espèce de pain en ajoutant du sel et du poivre au re'sidu ; cet aliment 
serait même d'un goût assez agre'able. ' 

MNL Ed. Brousmiche et Vignoli, pharmaciens de la Marine, se sont 
occupés des avantages qu'on pourrait retirer de cette graisse végétale 
au point de vue industriel, et nous fournissent à ce sujet les rensei- 
gnements suivants : 

Ce corps gras n'est pas une cire, comme on le dit vulgairement, 
c'est une sorte de beurre analogue au beurre de cacao. Soumis à la 
distillation, il donne naissance à de l'acrcoline, produit constant de la 
décomposition de Tole'ine. En le saponifiant par les alcalis, M. Vignoli 



CHRONIQUE DES COLONIES ET DES tAïS D'OUTRE-MER. 233 

a trouvé qu'il contenait 68 à TO pour cent d'acides gras, parmi lesquels 
l'acide ole'ique entrait pour 30 pour cent environ, le reste serait forme' 
d'acide margarique mii à un peu d'acide sle'arique et d'acide caprique : 
c'est ce dernier qui communiquerait au produit son odeur caractéris- 
tique. De plus, le liquide provenant de la saponification renferme de 
la glyce'rine, ce qui ne se produit Jamais avec la cire. 

Le Beurre de Cây-Câij est fusible à 38 degrés et se solidifie à 34 : 
peu soluble dans l'alcool froid, il se dissout complètement dans l'alcool 
bouillant, il est également très soluble dans l'élher, le sulfure de car- 
bone, la benzine et l'étber de pétrole. Pour purifier le produit com- 
mercial, il suffirait de le fondre au bain-marie et de le filtrer à cbaud 
sur une étamiue en flanelle ; il ne resterait alors sur le fiUre que des 
matières terreuses et parencbymateuses, entraînées pendant la prépa- 
ration. 

En Cocbincbine et au Cambodge, le beurre de Cày-Cay est utilisé 
pour faire des chandelles d'une qualité intermédiaire entre la bougie 
et le suif animal ; ces chandelles briilent avec une flamme assez bril- 
lante et sans répandre d'odeur désagréable. 

L'extraction est pratiquée, en général, par les paysans des territoires 
forestiers et pour leur consommation usuelle seulement; les Anna- 
mites et même les Mois trouvent cette exploitation trop lente et exi- 
geant trop de peine et de soins pour les profits qu'ils en retirent. 
Disons à ce propos que les procédés rudimenlaires employés par les in- 
digènes ne permettent guère d'obtenir plus de 20 pour cent de matière 
grasse, soit une perle de 30 pour cent sur la quantité que l'on pourrait 
retirer par les moyens mécaniques dont on dispose actuellement. 

Le beurre de Cay-Cây se trouve en Cochinchine sous forme de pains 
coniques du poids de 2-3 kilog., mais il ne donne lieu qu'à un com- 
merce restreint ; celui qui vient du Cambodge et du Laos est en pains 
de 1,000 à 1,200 grammes, coulés dans des moules qui leur donnent 
la forme d'une calotte sphérique. 

Avant de terminer ces lignes, nous appelons encore une fois l'at- 
tention des industriels sur ce produit encore peu connu de notre 
colonie, et nous souhaitons de voir trouver un débouché pour cette 
matière première, qui serait susceptible de diverses applications, no- 
tamment dans la savonnerie et lu fabrication des bougies, dans nos 
possessions de l'Extrême-Orient. 

Il serait donc utile de montrer aux Annamites la manière de tirer 
le meilleur parti de cette production naturelle de leur pays, en leur 
faisant entrevoir les bénéfices importants qu'ils pourraient réaliser en 
déployant un peu plus d'activité, et surtout en leur achetant, à un 
taux raisonnable, le produit prêt à être soumis à la presse. 

Maximilien Vanden-Berghe. 



III. CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 



Une Exposition internationale de Volailles , organisée 
sous la protection du Ministère royal de rApriculture, par la Socie'le' 
hongroise des éleveurs de Budapest, aura lieu dans cette ville du 
22 septenabre au 2 octobre 1892. 

L'Albinisme sous les tropiques. — Un correspondant du Land 
and Water remarque la rareté des albinos chez les animaux des con- 
trées tropicales. Il semble, à quelques exceptions près, qu'on n'en a 
presque jamais vu purmi les Carnassiers, les Ruminants ou les petits 
Mammifères des Indes. Le Chenil signalait derniërcmcnt deux exem- 
plaires albinos du Chacal (Canis aureus) que l'on conserve au Jardin 
Zoologique de Hambourg. .M. Moray Brown cite plusieurs albinos de 
l'Antilope Sassin ou « Bouc noir » qu'il a examinés. Enfin, un troi- 
sième cas, sous le titre de Gour blanc [Bos (/aurus), est encore men- 
tionné dans cette Kevue. 

Mais, sons les climats tropicaux, l'albinisme reste un fait bien 
exceptionnel. Quand des changements se produisent sur la coloration 
normale des animaux, ils tendent plus souvent vers le mdianisme. 

Au contraire, dans nos régions, on a noté des albinos chez un grand 
nombre d'animaux. On connaît des Chauve-souris blanches. On a 
observé l'albinisme, parmi les Ruminants, chez le Cerf, le Chevreuil, 
le Daim ; chez le Renard, la Loutre et la .Martre; pour les Rongeurs, 
le Lièvre, le Lapin, lÉcureuil, le Hat, le Loir, la Taupe. Dans les 
oiseaux, les exemples sont encore nombreux. Chez les Rapaces : 
l'Aigle, la Bu.<5e, le Faucun, la Chouette. Passereaux : le Freux, la 
Corneille noire, le Choucas, la Pie, le Geai ; le Merle, la Grive, 
l'Alouette des champs, le Pinson, le Chardonneret, le Moineau, le 
Friquet, la M('sange bleue, le Gobe-mouche gris ; le Pic vert ; l'En- 
goulovenl, les Hirondelles [rustica, urbica, riparia)^ le Martin-pêcheur ; 
la Bécasse et la Be'cassine. On a vu des Canards sauvages blancs. 
Enfin, parmi les Gallinacés, les Perdrix {cinerea, rufa), la Caille et 
la Tourterelle. 

Parfois, l'érythrisme (rouge) ou le flavisme (jaune) remplacent l'al- 
binisme ou le me'lanisme. Ce fait se pre'sente principalement dans le 
groupe des Perroquets. De S. 

Le Dindon sauvage dans la forêt de Marly. — Nous 
lisons dans Le Temps sous la signature de M. G. de Cherville : 

« Nous pouvons vous donner des nouvelles des essais d'acclimata- 
tion en liberté du Dindon sauvage qui ont été tentés dans la forêt de 
Marly par M. l'inspecteur Recope' ; sans être encore concluants, ils 
fortifient déjà les espérances qui ont e'tc' fonde'es sur l'expérience. 



CHRONIQUE GENEKALK ET FAITS DIVERS. 237 

Cette année, les couvées de dindonneaux ont ote' e'ievées en complète 
liberté' dans les parties les moins fre'quente'es du massif et n'ont pas 
reçu le moindre agrainage ; aussi les jeunes se montrenl-ils excessi- 
vement farouches ; il suffit de l'apparition d'une forme humaine dans 
leurs demeures pour qu'ils disparaissent et s'enfoncent dans les ron- 
ciers les plus épais. Les mères, que l'on taxait l'anne'e dernière d'une 
civilisation exagérée, ont e'ie' elles-mêmes gagne'es par la sauvagerie 
de leurs nourrissons ; elles no s'enfuient pas si elles croient leur pro- 
ge'uiture menace'e, mais reviennent intrépidement sur le garde qui se 
montre, non plus pour se laisser admirer, mais pour essayer de lui 
sauter au visage. Ces dispositions ne pouvant que s'accentuer chez 
les Dindonneaux, il devient probable que, comme en Allemagne, ils 
se décideront à prendre leur essor devant le chien ou les rabatteurs 
et à offrir aux invite's de M. le Président de la République l'objectif le 
plus magnifique qu'il lui soit possible d'ambitionner. » 

Les fruits des Citrus. — L'Oranger cultivé occupe une place 
importante parmi les plantes e'conomiques. Son fruit, appelé' « Orange 
douce, Orange de Malte, de Valence, de Portugal, de Blidah », etc., 
est un des plus beaux et des plus agréables du régne ve'ge'tal. C'est 
une baie globuleuse, quelquefois un peu de'prime'e, revêtue d'une 
e'corce lisse ou légèrement rugueuse, sous laquelle on rencontre une 
pulpe filamenteuse, blanche, mince et d'un goîit fade, qui forme 
la presque totalité du fruit. Cette pulpe contient 8-10 loges occu- 
pées par des ve'sicules oblongues gorgées d'un suc incolore, jaundtre, 
quelquefois rouge, selon les varie'le's qui sont très nombreuses. 

D'une saveur douce ou un peu aigrelette, aromatique et sucre'e, 
l'Orange est un fruit délicieux, très sain, dont la consommation est 
e'norme dans la plus grande partie du monde entier. L'usage du suc ou 
jus d'orange est très re'pandu pour la pre'paration de sirops, de confi- 
tures ou de boissons rafraîchissantes appele'es orangeades. 

Depuis quelques années, on pre'pare en Ame'rique, notamment en 
Floride et aux Antilles, sous le nom de Vin d'Orange, un breuvage 
capiteux, légèrement alcoolique et suffisamment sucré, d'un goût 
agre'able, regardé comme tonique et hygie'nique. Ce liquide offre 
l'avantage de se conserver et même de s'améliorer sensiblement au 
bout de trois ans de bouteille. En Espagne, surtout en Andalousie 
où cette industrie semble vouloir prendre une grande extension, on 
fabrique une sorte de vin d'Orange en mettant en cuve une quantité 
déterminée de raisins blancs de la deuxième cueille, et en j ajoutant 
environ un cinquième d'Oranges écrase'es. Le vin qu'on obtient par 
le mélange de Muscats et d Oranges est plus parfumé, plus moelleux 
que celui qui provient des autres sortes de raisins. Le Portugal et la 
Sicile commencent aussi à se livrer à cette fabrication dont on a pro- 
pose' l'essai dans notre colonie alge'rienne. 



238 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

L'écorce d'Orange candie au sucre est un article très apprécié do 
la confiserie parisienne ; elle sert aussi quelquefois à aromatiser di- 
verses friandises, crèmes, pâtisseries, etc. Cette écorce est parfois 
vendue comme écorce d'Orange amère, quoique très inférieure à celle 
du Bigaradier, dont elle se distingue par sa nature spongieuse et sou 
coût faiblement amer. L'essence qu'on en retire, bien connue en par- 
fumerie sous le nom d'essence de Portugal, est la plus légère de celles 
qu'on extrait des diverses espèces de Ciirus, car sa densité' n'est que 
de 0,835 après parfaite reclificalion ; c'est celle aussi qui de'vie le plus 
à droite la lumière polarise'e. 

Les fleurs de l'Oranger doux sont souvent mélangées à celles du 
Ciù-us Mgaradia pour la fabrication de l'eau de fleur d'oranger, mais 
elles ne les valent pas. Enfin, l'essence dite de Petit Orain est en 
partie extraite de ses feuilles. 

Le fruit du Bigaradier appelé « Orange amère, Bigarade, Orange de 
Séville », est une ])aie de moyenne grosseur, sembla])le à l'Orange 
douce par la forme, mais d'une couleur rougeatre souvent plus foncée; 
elle se distingue encore de celle-ci par son zeste plus rugueux à la 
surface et par ses vésicules oléifères concaves et non convexes. Sa 
pulpe acide, d'une saveur amère et désagréable, n'est pas comestible, 
mais sert quelquefois de condiment et d'assaisonnement. 

L'e'corce enlevée au couteau et de'coupe'e en lanières spirale'es que 
l'on fait desse'cher, constitue la véritable écorce d'Orange amère em- 
ployée en médecine pour la préparation d'un sirop tonique que l'on 
associe souvent au Quinquina et au Colombo. Ce produit, qui donne 
lieu à un commerce important, est d'un usage très répandu pour la 
préparation de certaines liqueurs, notamment du Curaçao et du Bitter- 
Par l'expression ou la distillation du zeste, on obtient une essence 
ayant à peu près la même odeur que celle que l'on retire du Limon et 
du Cédrat, mais plus fine et plus pénétrante. Cette essence, connue 
dans le commerce sous le nom d'essence de Bigarade, se fabrique sur- 
tout en Sicile et dans le midi de la France ; elle trouve son emploi 
principal dans la parfumerie et entre dans la composition de spiri- 
tueux amers. La qualité supérieure, obtenue directement par pression, 
est presque toujours falsifie'c, de l'aveu des fabricants eux-mêmes, 
avec l'huile distillée ou avec l'essence de citron ordinaire. 

L'essence de Ne'roli, qui atteint un prix si c'ievé dans le commerce, est 
obtenue en distillant la fleur seule du Bigaradier ; sa couleur est bru- 
nâtre, son odeur forte et agrda))le, sa saveur aromatique et amère. Le 
Ne'roli se rencontre rarement pur et sert en parfumerie, notamment 
pour la pre'paration de l'Eau de Cologne et autres parfums estime's. 
En 1828, Boullay a retire' de cette essence un corps cristallin, insipide, 
neutre, connu en chimie sous le nom de Camphre de Néroli. L'eau, 
ayant servi à la distillation de l'essence, constitue l'Eau de fleur 
d'Oranger double ou triple dont les usages sont connus de tous. 



CHRONIQUE GENERALE ET FAITS DIVERS. 239 

Nous montionneious encore dans ce faible aperçu des produits 
du Bigaradier, les Omngettes qui sont des fruits cueillis avant qu'ils 
aient atteint la grosseur d'une Cerise; elles sont rondes, d'un noir 
grisâtre, marquées d'un point jaunâtre au sommet. On les utilise en 
médecine pour pre'parer une leinLure stomachique très amère et comme 
pois d'oranges pour les cautères, plus rarement en parfumerie. Les 
fruits tombe's de l'arbre peu après la floraison, sont appele's Petit- 
grain et servent à proparer l'essence de ce nom, presque toujours 
me'lange'e à celle des feuilles de l'arbre lui-même ou de l'Oranger 
doux. Les Chinois, qu'on mange confits dans l'eau-de-vie, sont pro- 
duits également par une variété' de Bigaradier de la Chine. Les feuilles 
des diverses espèces d'Orangers possèdent des propriéte's antispas- 
modiques, mais celles du Bigaradier sont les plus recherchées. 

Le fruit du Citrus limonum ou Limon, appelé plus communément 
mais improprement Citron, est une baie ovoïde, charnue, plus ou 
moins rugueuse, terminée par un mamelon obtus. 11 se compose d'un 
péricarpe ou zeste jaune ou verdâtre, d'une odeur aromatique el d'une 
saveur amère. L'intérieur du Limon est occupe' par une pulpe 
blanche, mince, à cloisons rayonnantes, entre lesquelles se trouvent 
une grande quantité de loges remplies d'un liquide fortement acide, 
qui constitue le jus de Citron. 

Le suc exprimé du Limon frais sert à préparer un grand nombre de 
boissons acidulées, dont la plus commune est la limonade; ces bois- 
sons sont surtout d'un usage très répandu en Amérique, où le nombre 
de Citrons exporte's chaque année atteint un chiffre considérable. 
Tout le monde connaît aussi l'emploi du Citron comme assaisonne- 
ment condlmentaire de certains mets, et l'usage que l'on en fait en 
confiserie pour aromatiser les bonbons, pastilles, etc. 

Le jus de Citron frais est considéré comme excellent pour com- 
battre les inflammations légères de la gorge. En Afrique, le Citron est 
un remède très populaire, employé' par les Arabes et les Kabyles 
contre les fièvres intermittentes et palude'ennes. Disons encore que le 
jus de Citron est recommandé, d'une façon toute particulière, dans la 
marine anglaise, comme un préservatif presque infaillible du scorbut 
de mer. 

Préparé en grand pour les besoins de l'industrie, le jus de Citron 
est extrait par pression des fruits à pulpe acide de plusieurs espèces 
et variétés de Citrus, mais surtout du Limonier. C'est un liquide lim- 
pide, d'une teinte légèrement ambrée, lorsqu'il a e'té clarifie'; son 
odeur est fraîche, faiblement aromatique, et sa saveur fortement acide. 
Le jus de Citron est l'objet d'un commerce très important; mais 
comme il est sujet à la fermentation, à cause des matières albu- 
minoïdes, de la gomme et du sucre qu'il contient, il faut, pour le faire 
voyager, le soumettre à l'ébullition et le tenir dans des vases bien 
pleins et hermétiquement fermés. En Ame'rique, ce produit est utilisé 



240 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

par les teinturiers pour fixer certaines couleurs; en Europe et dans 
nos colonies, le jus concentré du Citron sert exclusivement à la pré- 
paration de l'acide citrique. 

Par la distillation des fruits verts et par pression du zeste des fruits 
mi!irs, on relire Vessence de Citron, sous forme d'un liquide incolore ou 
faiblement coloré en jaune, d'une odeur forte mais agréable, d'une sa- 
veur aromatique et un peu amére. L'essence de Citron s'emploie ordi- 
nairement dans la confiserie, la parfumerie, mais peu en médecine. 
Celle qu'on rencontre dans le commerce est rarement pure et on lui 
substitue le plus souvent Vhuile distillée qui est d'un prix inférieur. 
L'essence de Citron se prépare surtout en Sicile et en Calabre ; les 
vilies où ce trafic est le plus important sont Messine et Palerme. En 
France, Nice et Menton possèdent aussi quelques fabriques qui livrent 
des produits eslirae's. 

M. le D"" Bcrtherand a propose l'hydrolat de fleurs de Limonier 
comme succédané de l'eau distille'c de fleurs d'Oranger, si souvent 
de mauvaise qualité. Ce produit présente un arôme et une saveur ana- 
logues à ceux de la fleur de Bigaradier, mais plus fins, plus suaves 
et plus persistants. Cette eau jouit, d'ailleurs, des mômes propriétés 
antispasmodiques, et constitue un excellent collyre dans les conjonc- 
tivites légères et le prurit des paupières. 

Plusieurs principes amers ont été' retirés de l'Orange et du Citron, ce 
sont : VHépéridme, découverte en 1828 par Lebreton dans l'enveloppe 
blanche et spongieuse de ces fruits ; VAurantiine, retirée par Brandes, 
vers 1841 ; la Li/nionine, obtenue par Bernays en épuisant les pépins 
de Citron par l'alcool. Ces substances, dont la composition est encore 
assez mal connue, n'offrent guère jusqu'ici qu'un intérêt purement 
scientifique. 



Les Fauvettes d'Europe, par F. de Schaeck. (Extrait des Mé- 
moires de la Société zoologique de France pour 18U0), 133 pages, 
figures. 

Monographie des Francolins, par F. de Schaeck. (Extrait des 
Me'moires de la Socie'te' zoologique de France pour 1891.) 

Effets produits sur l'engraissement des Porcs par la nour- 
riture sèche ou la nourriture mouillée, par A. Caux, chevalier du 
Mérite agricole, économe de l'asile départemental de Saint- Yon. 

Des pommes à cidre d'origine e'trangère importe'es en France — 
Des engrais de ferme ; expe'riences faites avec le fumier de tourbe 
de Hollande ; considérations sur l'enseignement primaire de l'agri- 
culture, par A. C\ux, chevalier du Mérite agricole, économe de 
l'asile départemental de Saint-Yon. 



Le Gérant : Jules Grisakd. 



I. TRAVAUX ADRESSES A LA SOCIETE. 



L'ETAT ACTUEL 

DE L'HIPPOPHAGIE EN EUROPE 

Pak m. e. leclainche, 

Professeur à l'Ecole vétérinaire de Toulouse 

Et m. Ch. MOROT, 

Vétérinaire municipal à Troyes. 

(SUITE *) 



SUISSE. 

Canton de Frihourg (48). On mange du cheval au chef- 
lieu et dans toutes les campagnes, surtout dans le district 
de la Singine. Quand les paysans ont des chevaux vieux, 
tarés, défectueux, atteints d'accidents ou de certaines mala- 
dies, ils les abattent, puis en salent ou en fument la viande 
pour leur consommation personnelle. 

Frïbourg. Les solipèdes de boucherie sont sacrifiés à l'a- 
battoir de la ville, et l'hippophagie est soumise aux disposi- 
tions suivantes du règlement communal du i''^ juillet 1889 : 

L'autorisation d'abattre des chevaux pour la cousommation n'est 
accordée par la Direction de police locale que sur la déclaration 
écrite de l'inspecteur (de l'abattoir), attestaiat que l'animal est sain. 

S'il résulte de l'examen de l'inspecteur que l'animal est malade, 
l'abatage et l'enfouissement doivent être faits par l'e'quarrisseur. 

Les locaux servant à l'abatage des chevaux destinés à la consom- 
mation doivent être agréés par la Direction de police et sont place's 
sous la surveillance de celte autorité ainsi que les lieux de débit et 
leurs dépendances. L'inspecteur des boucheries en a la surveillance 
immédiate. 

L''abatage des chevaux est soumis au paiement du permis prévu au 
tarif (ir. 2,50). 

La vente de viande de cheval ne peut se faire que dans les locaux 

(*) 'Voyez plus haut, pages 1, 97, 14^ et 193. 

20 Septembre 1892. 16 



242 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

désignes par le chef de la police ; ceux-ci porleut à l'exte'rieur, d'une 
manière apparcnle. les mots : « viande de cheval ». 

Toutes viandes, provenant de chevaux abattus hors de la commune, 
et destine'es à être vendues dans la commune, doivent être accompa- 
gnées du certificat de provenance délivre par l'inspecteur du bc'tail de 
la commune d'où elles sont importées. 

Ces viandes ne peuvent être exposées en vente avant d'avoir été 
visitées par le sous-inspecteur de l'abatloir et estampillées par lui. 

Aucune viande, provenant de chevaux abattus dans d'autres com- 
munes pour cause de maladies, ne peut être introduite dans la com- 
mune de Fribourg pour être livrée h la consommation. 

La viande, provenant de chevaux abattus pour cause d'accidents, 
doit être accompagnée du certificat officiel de la commune où l'ani- 
mal a été abattu (déclaration attestant le genre d'accident survenu). 
Elle ne peut être vendue qu'après avoir c'té visitée et estampillée par 
le sous-inspecteur et avoir paye la finance de G centimes par kilo- 
gramme. 

Les organes essentiels : le poumon, le foie, la rate et le cœur doi- 
vent être produits. 

Les nombreux laits rappoi'tés dans ce mémoire démonti'ent 
que. de tous les côtés, la viande de cheval est en train de 
perdre son mauvais renom d'autrefois et d'entrer pour une 
part de plus en plus considérable dans l'alimentation hu- 
maine. Même dans les contrées restées sensiblement rél'rac- 
taires à l'hippophagie, il n'est pas rare de rencontrer des 
personnes autorisées qui se déclarent partisans sincères de 
ce genre d'alimentation et ne se font aucun scrupule d'en 
affirmer publiquement les avantages. C'est ainsi que malgré 
la grande aversion de .ses compatriotes pour l'hippophagie (1), 
aversion qu'il qualifie d'irrationnelle, M. le professeur Tho- 
mas Walley d'Edimbourg n'a pas craint d'écrire les lignes 
suivantes : « La non consommation de la viande de cheval 
dans notre pays cause évidemment ici un très grand préju- 
dice. On peut en juger par l'extension de la vente de cet 

(1) M. Wylde, chef du service d'inspection de la boucherie de 
Londres, n'est pas partisan de l'hippophagie parce que, dit-il, elle ne 
peut employer que des chevaux malades ou en mauvais olai et non 
des chevaux sains et gras qui coûtent plus cher que les bœufs. Il 
pense que la viande chevaline serait très peu consommée en Angle- 
terre, si elle y était rigoureusement débitée sous sa v<û-ita'jle désigna- 
tion, ainsi que l'exige la loi. {T/ie inspection of méat, by W. Wylde. 
London, 1890, p. 23 et 24.) 



L'ÉTAT ACTUEL DE L'HIPPOPHAGIE EN EUROPE. 243 

aliment dans certaines contrées du continent, notamment 
dans l'épicurienne France » . (Y) 

Malheureusement, faute de tableaux statistiques publiés 
par les différents États, il est bien difficile d'être fixé exac- 
tement sur l'importance numérique de l'hippophagie. Pour 
arriver à ce résultat, il faudrait que, dans chaque pays, le 
gouvernement recueillît ces statistiques et les fit imprimer. 
Il nous reste à formuler le vœu de voir bientôt notre désir 
se réaliser. 

Les statistiques hippophagiques officielles ne donnent que 
le nombre des solipèdes régulièrement abattus et inspectés 
dans des abattoirs publics ou autorisés. Il serait bien diflflcile 
actuellement de connaître la quantité de solii)èdes d'équar- 
rissage malades ou en mauvais état, dont la viande est livrée 
clandestinement à la consommation. Ce commerce interlope 
était autrefois très répandu en France, en Belgique, etc., 
d'après Verheyen, Vernois et Tardieu (E). Pour être con- 
vaincu qu'il continue à s'exercer de temps à autre dans notre 
pays et ailleurs, il suffît de parcourir les journaux vétéri- 
naires, les revues médicales ou d'hygiène ainsi que les divers 
organes de la presse politique. En signalant les dangers de 
ce trafic abusif, M. le 1)'' Vallin émettait récemment la con- 
clusion suivante : « Autant l'hygiène publique et le bien-être 
des populations sont intéressés au progrès des boucheries de 
cheval surveillées à l'égal des autres boucheries, autant le 
commerce clandestin de ces viandes répugnantes et dange- 
reuses (chevaux d'équarrissage malades ou étiques) est une 
menace pour la santé publique » (1). Cette conclusion sera 
aussi la nôtre ; nous nous permettrons seulement d'y ajouter 
ceci : Il est indispensable que les pouvoirs publics prennent 
des mesures sérieuses pour que la viande de cheval, propre 
à la consommation, soit toujours et partout débitée comme 
viande de cheval (2). Il faut, en un mot, qu'une réglemen- 

(1) Revue d'hygièiie et de police sanitaire, numéro du 20 janvier 1892, 
p. 75. 

(2) C'est en saucissons que la viande de cheval se prête le plus fa- 
cilement à la fraude. 11 faudrait qu'il y eût en France une prescrip- 
tion analogue à celle de l'article 55 du Règlement du J aoâl iSOO sur la 
surveillance hygiénique des aliments en Italie. Art. 55. « On ne pourra 
fabriquer des saucissons en mélangeant des viandes provenant d'ani- 
maux d'espèces différentes, à moins que ce mélange ne soit approuvé 
par l'autorité sanitaire et ne soit déclaré dans le commerce. . . ■> 



244 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

tation générale (1) bien établie permette aux vétérinaires- 
inspecteurs des viandes de remplir convenablement leur mis- 
sion à la fois hygiénique et morale, qui consiste à empêcher 
et la vente d'aliments insalubres et la tromperie sur la nature 
des aliments mis en vente. 



APPENDICE. 

Bar-le- Duc— Meuse. (Com. de M. Laurent, vétérinaire à 
Bar, 1" juin 189-2.) Les débuts de l'hippophagie remontent à 
1S6T. Depuis l'année 1891, on abat environ deux chevaux par 
semaine. Il y a actuellement deux boucheries hippopliagiques 
à Bar- le-Duc ; le prix de la viande de cheval y varie, selon 
les catégories, de 20 à 80 c. le demi-kilo (80 c. le filei). 

Epernaij — Marne. D'une statistique delà mairie de cette 
ville, que nous devons à l'obligeance de M. Pol Royer, de 
Saint-Victor (Marne), il résulte que, dans le cours de 1891, 
il a été abattu et consommé à Kpernay 247 chevaux et 
10 ânes ou mulets. 

Niort — Deux-Srrrrs. (Com. de M. Laugeron, vétérinaire, 
à Niort, 15 juillet 1892.) A deux reprises dillerentes, on a 
infructueusement tenté de monter une boucherie de cheval 
à Niort. L'insuccès de l'hippophagie dans cette ville tient à 
ce que la population ouvrière y est peu nombreuse et, en 
général, aisée. 

Orléans — Loiret. (Com. de M. François, vétérinaire, à Or- 
léans, 1"' septembre 1892.) Il y a actuellement deux bouche- 
ries hipi)ophagiques, à Oi'léans; elles sont installées aux 
Halles, Le nombre des solipèdes sacrifiés à l'abattoir a été : 

„ ( 387 chevaux, „ ( 316 chevaux, „ [ 334 chevaux. 
En ) ^„ ^ En \ ,^ . En ) ^„ ^ 

1889 ''^'^7' 1890 '^'"7; 1891 '^'/"f, 

l 7 mulots. ' 3 mulets. l 2 mulcls. 

(1) Ch. Morol. De la nécessité d'un règlement d'administration publi- 
que sur la surveillance hygiénique des différents alituents d'origine animale 
et sur l'inspectton sanitaire des divers établissements servant à la prépa- 
ration, au dépôt et à la vente de ces substances, in Bulletin de la Société 
Vétérinaire de l'Aube, 1"'' trimestre 1892. Troyes, 1892, p. 7 et s. Cu 
mémoire contient plusieurs lois et règlements généraux sur l'hippo- 
phagie de divers pays d'Europe, notamment du grand-duché de Bade, 
de la Bavière, de la Belgique, des Iles-Britanniques, du Wurlom- 
berg, etc. 



L'ÉTAT ACTUEL DE L'HIPPÛPHAGIE EN EUROPE. 245 

Sens — Yonne. En 1891 il a été consommé 36 chevaux et 
9 ânes. (Statistique de l'abattoir de Sens.) 

Vendeuvre-sur-Barse — Aube . (Com. de M. Martin, vété- 
rinaire à Vendeuvre.) Pendant un certain temps, il y a quel- 
ques années, un boucher hippophagique de Troyes apportait, 
par intervalle, de la viande chevaline à Vendeuvre et la dé- 
bitait en concurrence avec un individu de la localité qui sa- 
crifiait quelques chevaux de boucherie à l'abattoir communal. 
Ce dernier commerçant, resté seul maître de la place, ven- 
dait couramment la viande de cheval 25 à 30 centimes le 
demi-kilo et même 60 centimes les meilleurs morceaux. En 
1891 il n'a tué qu'un seul cheval, parce que son établissement 
a cessé d'être fréquenté à la suite de la découverte d'un che- 
val morveux dans ses écuries. 

Vassy — Marne. (Com. de M. Streicher, vétérinaire à 
Vassy.) Le nombre des chevaux consommés a été de 62 en 
1888, 43 en 1889,53 en 1890, 13 en 1891 et dans les 15 premiers 
mois de 1892. En 1891, on n'a abattu des chevaux de bou- 
cherie qu'en janvier, lévrier, mars, avril, mai et décembre. 

Mulhouse — Alsace. En 1891-92, on a sacrifié 528 chevaux 
à Fabattoir. On a refusé le permis d'abatage à 4 chevaux 
glandes et à 25 trop maigres. On l'a aussi refusé à 4 chevaux 
qui ont été envoyés au clos d'équarrissage, 1 pour tétanos, 
1 pour pneumonie, 1 pour influenza et 1 pour crapaud. Les 
cadavres de 19 chevaux ont été livrés à l'équarrisseur, 1 pour 
septicémie, 1 pour entérite gangreneuse, 1 pour mélanose 
et 16 comme n ayant pas la moelle. La viande de cheval se 
vend 40 à 60 nuo'ks le kilo, 50 à 75 centimes. (Zeits, Fleisch-u 
Milchh, sept. 1892, p. 246 et s. Jungers). 

A Karlsruhe, on a consommé 345 chevaux en 1891 {Berl. 
Thler. Woch., 1892, n" 20). 

A Cotthus {Brandebourg), on a consommé 252 chevaux 
du l^' avril 1891 au 31 mars 1892 {Berl. Thier. Woch., 1892, 
n°21). 

A Ralhenoiv [Brajidebourg], il a été consommé 33 chevaux 
en 1890-91 et 48 en 1891-92 (Zeits. FI. v. Milch. Sept. 1892, 
p. 246. Simon). 

A Spremberg [Brandebourg], le nombre des chevaux de 
boucherie abattus a été de 32 du 1" avril 1890 au 31 mars 
1891, de 24 du l^-' avril 1891 au 31 mars 1892, et de 4 du 
l*"" avril au !<='■ juillet 1892. Le foie d'un de ces chevaux con- 



246 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

tenait des échinocoques {Zeitsch. Fleisch.-u. Milchhygiene, 
August 1892, p. 222). 

A Gœttingue [Hanoi-re], du 1<^'" avril 1891 au 31 mars 1892, 
il a été consommé 130 chevaux {Berl. Tliier. Woch., 1892, 

n» 18). 

A Kœnigsherg [Poméranie], en 1891, il a été sacrifié 
2,640 chevaux dé boucherie, qui ont fourni 5,280 quintaux 
de viande, dont 4,509 pour l'alimentation de l'homme et ITl 
pour celle des chiens [Berl. T/iier. Woch., 1892, n° 9, p. 107). 

Vienne — Autriche. « Dans le courant du premier trimestre 
de 1892 on a abattu à Vienne 2,367 chevaux de boucherie, 
c'est-à-dire 143 de phis que dans le dernier trimestre de 
1891 et 357 de plus que dans le premier trimestre de 

1891. On voit donc que la consommation de la viande de 
cheval s'accroît constamment à Vienne, ce qui l'ait (pie de 
nouvelles boucheries hippophagiques ont été ouvertes dans 
cette ville. » (D'après La Presse, de Vienne, du 29 avril 

1892. — Com. de M. Koudelka). 

Bruxelles. (Com. de M. Van Ilertsen). Dans la ville de 
Bruxelles (faubourgs non compris), il a été abattu ])our la 
boucherie 1,534 solipèdes (dont 2 ou 3 ânes et mulets) en 
Î891, et 705 ch vaux du l"'' janvier au 15 juin 1892. Au 
20 juillet 1892, il y avait 16 étaux hippopliagiques dans les 
divers quartiers de la ville, tous à domicile. La viande de 
cheval se vend aux prix suivants par demi-kilo : filet 50 à 
60 centimes; biftecks 40 à 50 centimes; carbo>ia'ies 3^) k 
40 centimes; viande hachée pour la charcuterie 30 à 35 cen- 
times. Les solipèdes de boucherie consommés dans les di- 
vers faubourgs de Bruxelles sont sacrifiés dans d'autres 
abattoirs que celui de la capitale et ne figurent pas dans les 
statistiques précitées. Bien que ne possédant aucun chiffre 
olficiel sur ces abatages effectués extra-muros, M. Van 
Hertsen estime que la consommation hippophagique des fau- 
bourgs et celle de la ville doivent avoir une importance à peu 
près égale. 

Roumanie (Com. de M. Furtuna, vétérinaire à Constanta). 
Comme tous les peuples chrétiens du rite grec, tels (jue le 
Arméniens, les Bulgares, les Russes, les Serbes, etc., les 
Roumains s'abstiennent absolument de manger de la viande 
de cheval, même en cas de famine. 11 n'en est pas de môme 
des Tartares qui, en 1852-53, sont venus s'établir dans la 



L'ÉTAT ACTUEL DE L'HIPPOPHAGIE EN EUROPE. 247 

JDobroiulja, en même temps que dans la Bulgarie, la Russie 
méridionale et la Turquie d'Europe. Dans la Dobroudja, an- 
cien territoire turc annexé à la Roumanie, depuis 1877, 
les Tartares se divisent en six tribus : 1° les Aytouani; 
•2o les RaygontsclUtschi; y° les Darieni; 4° les Crimiaiw \ 
5° les Ouiretschi; 6*^ les Mogoï ou Vieux Calmoutschi. Les 
trois premières tribus ne mangent que de la viande des clie- 
vaiix sains, expressément sacrifiés pour leur consommation 
Les Crimiaini, très bons cavaliers et très experts dans Féle- 
vage des chevaux, qu'ils aiment passionnément, ne consom- 
ment jamais de viande de cheval; leurs prêtres leur défen- 
dent de se nourrir de cet aliment ainsi que de la chair de 
porc. Les Oairt'tschi et les Mogoï recherchent avec passion 
la viande de cheval pour leur alimentation. Ils vont même 
jusqu'à déterrer les chevaux crevés ou abattus comme ma- 
lades ; ils les placent alors sur leurs quatre pieds, ou sur la 
partie inférieure de la poitrine et du ventre si les membres 
ont été enlevés, après quoi un de leurs prêtres prononce 
quelques paroles sacramentelles et implante son couteau au 
niveau du cœur pour faire un simulacre d'égorgement. Une 
fois cette cérémonie achevée le cadavre est découpé et par- 
tagé entre les Tartares. Chaque famille en reçoit un morceau 
proportionné au prix qu'elle a payé pour la valeur de la 
viande et pour l'opération sacerdotale, 

MUayi. En 1891, on a sacrifié 4,091 solipèdes de boucherie, 
dont 3,606 chevaux, 375 mulets et 110 ânes [CLinica veleri- 
naHa di MUano, 20 maggio 1892, n° 14, p. 217). 

V/interthur [Canton de Zurich, Suisse). En 1891, on a sa- 
crifié 3 chevaux pour la boucherie. Ces trois animaux, qui 
avaient été abattus pour cause de coliques, ont été saisis 
comme impropres à la consommation [Bar. Fieischschau 
Winlerthur pro 1891, in Scliioeizer-Archiv fïtr Tliierheil- 
hunde, Zurich, Marz u. April 1892, p. 90 et 91). 

[A suivre.) 



LES OIES EN RUSSIE 

LES RACES ACCLIMATÉES ET A ACCLLMATEK 

Par m. VIENKOFF. 

(suite et fin*) 



Les Oies de Toulouse ont le corps Cort, très massif et 
comme aplati de côté, sur des jambes basses, le cou et la 
queue sont peu dévelopi)és. La tête plus ronde est bien 
emplumée ; le bec, beaucoup plus court que celui des Oies 
d'Emden et de la Poméranie, est très fort, élargi â la base. 
Le cou fort est insensiblement recourbé en arrière, et if 
existe une espèce de fanon. La poitrine est large et profonde, 
les ailes très développées, larges. Les hanches puissantes, 
presque cachées sous le plumage, les pieds forts. Les yeux 
de ces Oies, d'une nuance brune, semblent avoir une ex- 
pression sournoise, bien que les toulousaines soient les meil- 
leures des Oies. Le bec orangé a l'extrémité blanchâtre ; les 
pieds sont d'un rouge orangé. Le i)lumage est abondant et 
doux, le duvet tendre. Ces Oies sont de la nuance grise des 
oiseaux sauvages, passant par endroits graduellement au 
blanc. La tète, le dos et le cou sont dun gris noirâtre, la 
queue gris et blanc, les ailes bordées de blanc. Il est facile 
de distinguer les oiseaux des deux sexes : le Jars a le cou 
plus long et plus mince, la tête et le fanon plus petits, 
cependant la femelle est i)lus petite de taille. 

Les marques distinctives de cette race sont une corpulence 
massive, le sac de graisse sous le ventre et l'espèce de fanon 
qu'ils ont à la gorge rappelant les Oies-Cygnes à tête bossue. 
Le paquet de gi-aisse en question se développe chez les Oi- 
sons, à l'âge de sept à huit mois, il traîne presque à terre 
et rend les mouvements de l'oiseau fort lents, ce qui concorde 
d'ailleurs parfaitement avec sa nature débonnaire. 

Dans le climat rigoureux de la Russie, les Oies de Tou- 
louse se montrent moins rustiques que les Emden, exigent 

(*) Voir plus haut, pajçe 160. 



LES OIES EN RUSSIE. "249 

une nourriture ylus choisie et plus de soins. Il est nécessaire 
de renouveler le sang de temps en temps pour empêcher la 
race de dégénérer. Dans le nord de l'Allemagne, on préfère 
croiser les Jars métis de toulousaines avec les femelles de 
race commune. Les métis sont bien plus foi'ts que les Oies 
ordinaires et tiennent beaucoup des toulousaines, lorsqu'ils 
ont deux à trois ans. Les toulousaines pur sang atteignent 
rapidement le poids de 31 livres russes, elles donnent une 
excellente chair et beaucoup de graisse. La condition in- 
dispensable de l'élevage de cette race, comme de toutes 
les Oies, est un l)assin d'eau quelconque, autrement, les 
œufs restent inféconds et la chair acquiert une odeur désa- 
gréable rappelant celle de l'huile de foie de morue. Les tou- 
lousaines pondent fort bien en Russie et les Oisons éclosent 
régulièrement, ils naissent recouverts de duvet gris foncé 
avec un bec noir qui ne devient rouge que plus tard. 

Les Anglais ont un Jars par trois femelles, et de plus 
un mâle tenu séparé. Les toulousaines pondent trente à 
cinquante œufs tous les étés mais ne couvent guère ; il ne 
serait d'ailleurs pas avantageux de les laisser couver. Les 
nids se trouvent par terre, et par une saison sèche on les 
arrose vers le vingt-huitième jour, deux jours avant l'éclo- 
sion des poussins. La Poule ne peut couvrir plus de cinq 
œufs. En Russie, où les Corbeaux, les Belettes, etc., sont 
très nombreux, on met à couver, en même temps que des 
Poules, une Oie commune à laquelle on fait ensuite élever 
tous les Oisons sous la conduite d'un Jars. 

Les Anglais tiennent les Oisons dans des poulaillers avec 
hangar posés sur du gazon tondu et n'ayant point de plan- 
cher ; on en fait un en Russie par crainte des Furets, mais 
on le recouvre de terre et de gazon ou de paille. Par un 
temps humide, les éleveurs russes mettent du foin sec autour 
du poulailler. Comme premie-r aliment, le D-" Bragg donne 
du froment bouilli, séché et mélangé à de la farine d'avoine 
diluée d'eau. Plus tard, on y ajoute de l'orge et de l'avoine, 
quelquefois, il y a des pommes de terre cuites. A deux mois, 
il leur donne des grains crus et plus tard des pommes de 
terre non cuites simplement hachées et jetées sur le gazon. 
On ne permet pas aux petits de passer la nuit sur l'eau. A 
Toulouse, on nourrit cette race d'Oies avec une pâtée com- 
posée de son et d'ortie hachée, et on les envoie paître. 



230 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

L'élevage des Oies de Toulouse, qui est fort important, 
se su])divise en quatre catégories : les uns élèvent des Oisons 
à l'aide de Poules et les vendent à huit Jours à d'autres qui, 
eux, les entretiennent pendant tout l'été pour les revendre 
aux engraisseurs , en automne. Ces derniers, après une 
période d'engraissage, les repassent à une quatrième caté- 
gorie d'industriels s'occupant de l'ahatage et du commei'ce 
de leur viande Craiclie ou salée. Mais l'industrie la plus im- 
portante est l'engraissement qui (X)nimence à la tin du mois 
d'octobre et dure un mois, et dans certains cas six semaines. 
A Toulouse, on n'engraisse que les Oies ayant six mois au 
moins ; on commence par- les y « préparer » pendant une 
période de douze à quinze jours. Les Oies, tenues immobiles, 
sont gavées avec du maïs principalement, trois fois par jour. 
Trente liti'es de maïs sont considérés comme quantité suf- 
fisante pour l'engraissement d'un oiseau. Tl s'y pratique plu- 
sieurs procédés; dans un premier, la gaveuse tient l'Oie entre 
ses genoux, et, lui ouvrant le bec, y pousse les grains au 
moyen d'une baguette par un entonnoir. L'Oie boit de l'eau 
salée. 

Dans' les iiays situés à l'ouest de Toulouse, l'ouvrière se 
met à genoux devant l'Oie, la tient de la main gauche tandis 
qu'avec la droite, elle lui met dans le bec des grains de maïs 
bien lavés. De temps en temps, elle conduit les grains avec 
la main dans le gésier et serre l'œsophage avec les doigts. 
Elle continue ainsi jusqu'à ce que le gésier .soit entièrement 
rempli. Alors, on les met sur une litière pro[)re, et on leur 
donne de l'eau. Quinze à dix-huit jours de ce régime, c'est- 
à-dire trente à trente-trois jours en comptant la jiériode de 
la préparation, sulïisent pour rendre l'oiseau tellement gras 
qu'il mourrait inévitablement si l'on ne rabattait pas. Il suf- 
fit à cette époque, d'élever l'animal par les pattes, la tète 
en bas pour qu'il meure foudroyé. Les excréments mêmes 
en sont gras. L'Oie pèse alors 20 à 28 livres ; les vieux oi- 
.seaux engraissent plus rapidement, mais leur chair est moins 
tendre. 

On tue les Oies en i)longeant la pointe du couteau dans la 
colonne vertébrale, à la base du crâne, dans le dos : le sang 
s'écoule mieux par cette blessure. On les plume et on ar- 
rache le duvet après avoir échaudé le corps. Le foie aug- 
mente, chez l'Oie engraissée, de trois à six fois son volume 



LES OIES EX RUSSIE. 2o1 

ordinaire, il atteint 500 grammes et se vend de 2 à 5 francs 
pièce. L'engraissement ne continue pas au-delà du mois de 
décembre, car c'est l'époque du rut qui commence alors. Les 
Oies vivantes sont plumées au mois de mai. 

Le même système d'engraissage est appliqué à Toulouse 
aux « Mulards » — produits du croisement du Canard musqué 
avec le Canard commun qui ne pond que des œufs non fé- 
condés, mais dont le foie est plus tendre et d'un prix plus 
élevé que celui des Oies. 

Dans le Nord de la France, l'engraissage des Oies d'Alen- 
çon se fait avec une pâtée composée de farine de sarrasin, 
d'orge et de pommes de terre cuites mêlés à du lait caillé. 
On les y prépare par un régime alimentaire de farine diluée 
d'eau, de betteraves blanchies, etc. Le sarrasin, le maïs, les 
pois cuits, le navet composent la nourriture peu coûteuse 
que l'on y donne aux Oies à engraisser. 

Dans l'engraissage allemand, on prépare une pâtée très 
épaisse avec de la farine d'orge et de l'eau chaude, on en fait 
des boules que l'on sèche devant le feu pendant quatre à cinq 
jours L'eau à boire pour les Oies est filtrée sur du sable et 
du charbon pilé. On fait faire aux Oies cinq repas par jour; 
toute la période d'engraissement comprend trente-quatre 
jours. M™« Davidis, éleveur allemand, pratique un engrais- 
sage intensif au moyen du millet, de la farine et du beurre 
ou de la graisse, en pâtée. Après avoir gavé les animaux, on 
leur donne du lait à boire. L'animal atteint l'engraissement 
maximum, au bout de vingt-quatre jours. Le procédé est 
d'ailleurs applicable aux autres volailles, Chapons, Poulardes, 
Dindes, Pigeons, Poussins, etc. Dans les provinces rhénanes, 
on remplace le millet par de la farine de maïs. 

En Alsace, patrie des pâtés de Strasbourg, on fait aux 
Oies une existence tellement pénible que la Société protec- 
trice des animaux a dû souvent intervenir pour obliger les 
éleveurs à y renoncer, en partie au moins. Les engraisseurs 
les moins barbares placent les Oies dans des cages tellement 
étroites que l'animal ne peut faire le moindre mouvement si 
ce n'est de tendre le cou pour boire dans un auget oii l'on 
met du charbon de bois. On gave deux fois par jour avec du 
maïs ayant trempé vingt-quatre heures dans l'eau, on y 
ajoute quelquefois une gousse d'ail. A partir du vingtième 
ou vingt-deuxième jour, on ajoute une cuillerée d'huile de 



îîo2 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

girofle par Jour. On tue les animaux devenus énormes, au 
bout de vingt-quatre à vingt-cinq jours. Dans les fabriques 
de pâtés les plus connues, on préfère nourrir les Oies au 
moyen de riz à moitié cuit, de sarrasin et de marrons, le 
tout en bouillie. Un engraissage parfait demande jusqu'à sept 
semaines. Les foies, pesant jusqu'à trois livres allemandes, 
sont truffés dans la proportion d'une demi-livre de trulfes par 
livre de foie ; on les place .sur des tables de marbre dans des 
glacières où ils sont laissés une buitaine de jours, pour se 
pénétrer de l'arôme des truffés. Après quoi, on les met 
dans des terrines entre deux lits de farce de viande, on 
bouche le tout à la graisse, et Ton fait cuire dans des ter- 
rines fermées pendant cinq heures — opération particulière- 
ment délicate et confiée à des spécialistes. Les pots emballés 
dans des boîtes de fer blanc sont envoyés ensuite dans les 
cinq parties du monde. Cette industrie rapporte plus d'un 
million de francs tous les ans. 

On engraisse aujourd'hui une quantité considérable d'Oies 
pour leur foie, en Autriche et surtout en Hongrie. Vienne est 
devenue un des centres de la fabrication de i)àtés en ter- 
rines de faïence, lesquelles .sont de fabrication viennoise éga- 
lement. La France vient api'ès avec ses terrines de foies gras. 

Continuons maintenant notre étude sur les races d'Oies, 
par celles de la Poinémnie. Elles existent dans le commerce 
sous forme de volailles engraissées, de moitiés d'oiseaux 
fumés ou salés. L'extérieur de ces Oies est celui des Oies 
communes, mais elles sont très grosses. Les volailles en- 
graissées pèsent 2.5 à 31 livres russes. Elles ont la tête 
allongée, les yeux grands, bleu clair. Les pieds courts et 
forts, sont d'un jaune orangé, le bec également. Le cou et le 
bec sont assez longs, le corps long et large, le dos légère- 
ment bombé, les ailes collées au corps. 

On n'attache aucune importance au plumage, mais les 
Oies blanches sont considérées comme les plus belles. Il y en 
a de blanches pommelées de gris, les oisons sont jaunes, 
gris ou bigarrés. Les Oies blanches de la Poméranie sont 
faciles à distinguer des Oies blanches d'Emden: les premières 
ont le dos ]iresque plat, tandis que chez les Emden il est for- 
tement bombé. Les Oies d'Emden ont en outre le cou moins 
long et recourbé en avant; ces Oies exigent un pâturage 
comme condition indispensable de leur existence. Les Oies 



LES OIES EN RUSSIE. 253 

que l'on élève en Poméranie et au Mecklembourg donnent 
beaucoup de viande et de graisse. On tâche d'avoir des 
oisons le plus tôt possible, vers Pâques ; au mois d'octobre, 
on les vend T à 8 marks pièce. On engraisse surtout en vue des 
fêtes de Noël qui ne seraient pas complètes pour un Allemand 
s'il n'y avait pas d'Oie rôtie. Les animaux nourris avec des 
boules de pâte, atteignent 25 à 38 livres russes, mais au ré- 
gime de grains, ils n'ont jamais plus de 19 à 20 livres russes. 
On engraisse à l'avoine dont on lait des boules ; au bout de 
dix jours, on arrive à en faire avaler jusqu'à dix par jour à 
chaque volaille, et Ton continue jusqu'à soixante à soixante- 
dix. C'est ainsi qu'une Oie n'ayant que H livres 1/2 au début, 
pèse après la période d'engraissement 25 livres, non com- 
pris les plumes, et elle fournit 8 livres 3/4 de graisse, 2 à 
4 livres de foie, 4 livres de poitrine que l'on fume ainsi que 
les hanches pour être expédiées dans les localités les plus 
éloignées de l'Allemagne. L'engraissement est pratiqué en 
Poméranie par grandes quantités à la fois, son principal 
centre est Mittel-Oderbruch. On achète les oiseaux en au- 
tomne et on les envoie en pâturage, ce qui revient à 50 à 80 
pfennigs par tête de volaille. L'alimentation se compose de 
deux tiers d'avoine et d'un tiers d'orge, et dure quatre à 
cinq semaines. 

On n'attache pas une grande importance, dans ce pays, au 
commerce des plumes ou duvet, on ne plume donc pas les 
oiseaux vivants de peur de les faire maigrir. D'ailleurs, 
comme certains éleveurs anglais, les Allemands ne procèdent 
à cette opération qu'une fois par an, avant la mue. On compte 
ordinairement pour 15 grammes de duvet — 1 kilog de perte 
en viande et en graisse. Pour renouveler 60 à 80 grammes 
de plumes arrachées, il faut autant de nourriture que pour 
la formation de 4 à 5 kilog. de viande ou de graisse. On 
plume les jeunes Oies dès l'époque où leurs plumes d'ailes se 
sont croisées sur la queue ; on donne ration double après. 

On croise en Russie les jars Poméraniens avec les femelles 
communes ; avec une nourriture abondante et lorsqu'on ne 
les plume pas vivantes, les produits de ce croisement ne 
le cèdent en rien aux animaux pur sang. 

Les Oies qui possèdent un tudercule à la base du bec, 
sont désignées sous une foule de noms : Oies-Cygnes, Oies 
Chinoises, Japonaises, Oies de Guinée, Oies Siamoises, etc. 



2Qi REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Ces Oies sont grises ayec un bec noir, les pieds et la bosse 
également noirs et alors elles s'appellent Honoloulou ou 
Gong Kong, ou blanches, avec le bec, les pieds et la bosse 
jaunes, ce sont des Siamoises. Leur long cou et la bosse ca- 
ractéristique leur ont valu à toutes le nom d'Oies-Cygnes ; 
leur caractère est peu commode. La femelle a la bosse moins 
proéminente, le lanon moins développé, le ventre plus avalé 
que le mâle, son cri est plus saccadé. La couleur primitive 
de cette race était la blanche, mais aujourd'hui, il y en a de 
bigarrées et des blanches rayées de gris. Les bosses n'appa- 
raissent chez les oisons qu'à l'automne. Les Oies-Cygnes 
méritent toute attention comme oiseaux d'ornement dans les 
parcs et comme utilité ménagère. Bien qu'elles n'aient pas 
la taille des races précédemment décrites , elles sont ce- 
pendant plus fortes que les Oies communes ; de plus, elles 
liondent et couvent très bien. Cette race se distingue par un 
instinct particulièrement développé pour l'éducation des 
petits. Les volailles obtenues d'un croisement avec les Oies 
de race commune, sont d'une taille très supérieure à celle 
des animaux ordinaires. Il est prudent de ne pas sortir les 
oisons avant les mois de mars-avril. 

Après avoir enlevé la peau du cou d'un oison abattu, on 
la coud en sac, on l'emplit d'une farce de viande dOic, de 
foie et de graisse que Ion fait cuire ensuite, — on a ainsi une 
saucisse particulièrement savoureuse. — Les plumes des Oies- 
Cygnes sont très douces et tendres, surtout celles des blanches 
lorsqu'elles ont eu la possibilité de se baigner souvent. Le 
pasteur Tinemann, qui s'est livré pendant longtemps à l'élève 
de cette race, sépare la nuit les jeunes des vieux et leur 
donne de la nourriture qui se trouve mangée le matin. Il 
préconise un régime de salade hachée mêlée à du son trempé 
dans de l'eau ou du lait frais ou caillé, pour les petits de 
moins de deux mois. L'été, les feuilles de chou, la betterave, 
la salade que Ion doit mélanger à du son i)Our éviter la 
diarrhée, sont les aliments indiqués. 

Les Oies-Cygnes arrachent la plus petite herbe, et là où 
les Oies communes ne trouveraient rien à glaner, les animaux 
de cette race paissent admirablement. On cesse de leur don- 
ner du grain à partir du milieu de décembre et jusqu'en fé- 
vrier, afin qu'elles ne se mettent pas à pondre en janvier. Les 
oisons éclos de bonne heure périssent par une température 



LES OIES EN RUSSIE. 253 

rigoureuse ; par un printemps froid, il est préférable de 
retarder l'éclosion en avril et même en mai. 

Les Oies-Cygnes sont élevées dans le gouvernement de 
KiefF, par quantité de personnes, elles ne demandent d'autres 
soins que les Oies communes. Il existe une opinion d'après 
laquelle la race des Oies de combat de Toula (Russie) pro- 
viendrait d'un croisement des Oies-Cygnes avec les femelles 
communes. Cette race a la taille de l'Oie commune, le corps 
est développé autant en longueur qu'en largeur; ces Oies 
sont d'ordinaire toutes blanches. La tête est forte et presque 
ronde, le bec très court et très épais à la base, en coin, le 
cou long et mince. Les œufs sont blancs. Le caractère batail- 
leur de cette race la rend peu sociable. 

Il existe dans le Midi de la Russie une autre race fort jolie 
que l'on appelle en Europe Oie de Sébasiopol dite aussi Oie 
du Danube, Turque on d'Astrakhan. Sa patrie est les bords 
du Danube et la Hongrie. Ces Oies sont surtout connues sous 
le nom d'Oies de Sébastopol, car c'est de là qu'elles ont été 
exportées pour la première fois, pendant la guerre de Crimée, 
en Angleterre. 

A proprement dire, ce sont des oies communes ne se dis- 
tinguant que par la frisure de leurs plumes. Sans eau propre 
pour les baignades, elles prennent un aspect pitoyable. Leur 
élevage est celui des Oies commuiies. Les femelles couvent et 
élèvent bien, mais elles pondent peu et la coquille de leurs 
œufs est souvent si dure que les oisons ont de la peine à la 
percer Leur chair est bonne ; mais c'est surtout leur duvet 
qui est d'une qualité supérieure; aussi, lorsqu'on ne les élève 
pas pour la viande, les éleveurs russes les plument-ils plu- 
sieurs fois par an, bien à tort. 

Les Oies canadiennes qui appartiennent aux espèces des 
côtes maritimes et ont un collier blanc, sont élevées surtout 
en Amérique. C'est un oiseau très rustique, n'exigeant pour 
son élevage aucun soin spécial, mais il est très peu répandu 
en Russie et même en Europe en général. La canadienne est 
grise, a un corps allongé, la tête oblongue également, le cou 
long, et bien qu'elle ne soit point pourvue de la bosse de 
corne, elle est souvent appelée Oie-Cygne du Canada. Le bec 
et les pieds sont noirs ; les yeux très bruns, les jambes lon- 
gues. Le plumage de la Canadienne est gris ou bigarré, la tête 
et le cou d'un noir velouté, les joues et la gorge sont blanches. 



256 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

Sur Feau, cette Oie rappelle le Cygne dont elle i)Ossècle le 
son de voix. Les oisons sont gris foncé. Afin que les Oies ne 
s'envolent pas, on leur raccourcit les ailes. La femelle couve 
cinq à six œufs et plus à la fois. Le jars s'accouple facilement 
aux femelles de race commune. Les canadiennes n'ont pas le 
goût de la natation au même degré que les autres Oies, elles 
préfèrent flâner dans les marais où elles trouvent les plantes 
aquatiques et palustres qui comi)Osent leur nourriture Leur 
chair est très bonne, les plumes et le duvet excellents. En 
Amérique, on prise surtout les volailles provenant des croi- 
sements des Jars canadiens avec les Oies communes 

En dehors des cinq races principales que nous venons de 
décrire, il existe dans chaque pays des variétés d'Oies com- 
munes qui, avec une nourriture abondante, peuvent atteindre 
une belle taille. L'Allemagne, Hessen, possède les Oies de 
Vétéraiis, bigarrées et blanches, au cou long et droit ; à 
Baden, à Rise, il existe une variété api)elée Oies de Rise. On 
connaît les Oies d'Alençon, en France. Les Oies Norfolk an- 
glaises sont d'excellentes volailles. Celles d'Italie sont appelées 
« gigantesques » bien que leui' taille n'ait rien d'extraordi- 
naire. La Russie a deux bonnes races, celle de Tamboff et 
celle d'Arsamas ; nous avons déjà mentionné la race de 
Toula. Il existe, en outre, un grand nombre de variétés qui 
ne sont encore élevées qu'à titre d'ornement et sont peu ac- 
climatées, tel est le cas des Oies des côtes maritimes : les 
Brent, les Nil, les Magellan, et des espèces qui représentent, 
à vrai dire, une transition entre les Oies et les Canards 
comme, par exemple, le Canard d'Islande. 



LES GRANDES PECHES EN NORVEGE 

Par m. Amédée BERTHOULE. 
(suite et fin *). 



La grande pêche au Saumon est en plein activité dans les 
fjords de mai en août, atteignant son maximum du 20 juin 
au 10 juillet. A partir de cette date, le poisson gagne de plus 
en plus les rivières, où on le pourchasse activement jusqu'au 
jour de la fermeture. 

L'été 1891, pendant lequel nous avons parcouru le pays, a 
été marqué par une abondance tout à fait extraordinaire . 
Une seule maison de commerce a pu, à elle seule, exporter, 
en moins de deux semaines 1,800 caisses de Saumons pesant 
chacune, en poids net, de 70 à 80 kilogr. Un jour même, il a 
fallu d'urgence organiser un train spécial pour ce transport, 
de Trondhjem à Christiania, et là, fréter un vapeur pour l'Al- 
lemagne. Le prix du port en chemin de fer de ce volumineux 
colis s'est élevé à 1,300 kr. 

L'Allemagne et l'Angleterre se partagent le produit de ces 
pêcheries. Nous n'en recevons en France qu'une quantité in- 
signifiante, à cause de la cherté du fret. On expédie le pois- 
son emballé dans de la glace brisée en menus éclats, et placé 
horizontalement le dos en bas. Il peut ainsi supporter aisé- 
ment un très long voyage sans la moindre altération. 

Comme valeur moyenne, le kilogramme de Saumon est 
payé, en Norvège, 1 kr. 30; l'été dernier, le prix est un mo- 
ment tombé à 80 ores (1 fr. 12) sur le marché de Bergen 1). 

Les années d'excessive abondance, comme celle dont nous 
parlons, ne sont pas également heureuses pour tous. Ainsi, 
nous citait-on une grande maison, heureusement pour elle, 

(*) Voyez Revue, 1892, i*"' semestre, p. 619, et 2° semesire, p. 63 et 16". 

(1) La pêche, en 1892, a été mauvaise par suite des froids qui ont régné en 
Norvège pendant ce printemps. Néanmoins les prix se sont maintenus très bas, 
de 1 kr. à 1 kr. 20 le kil., inlluencés, sans doute, par la grande abondance du 
poisson en Ecosse. 

20 Septembre 1892. 47 



258 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

très solidement assise, dont les pertes se sont chiffrées par 
100,000 kr., par suite de Tavilissement des prix. D'après un 
usage assez constant, en effet, les négociants en gros passent 
avec les pêcheurs des traités Termes pour plusieurs années, à 
un prix uniCorme et invariable, (^es derniers n'ont à leur 
charge que l'acquisition des engins et la main-d'œuvre ; l'a- 
cheteur fournit les caisses d'expédition et supporte les frais 
du port depuis le point de départ. On comprend que, dans de 
telles conditions, si l'un a tout à gagner à de riches captures, 
l'autre doive se soucier de l'état du marché sur lequel il ex- 
pédiera les produits. Or, cette année aussi, l'Angleterre re- 
gorgeait elle-même de Saumons écossais : d'où (nous parlons 
pour le marchand norvégien) le désastreux abaissement des 
prix de vente. 

Il s'est créé, en Norvège, quelques usines pour la prépara- 
tion du poisson en conserves. Les principales sont celles de 
Stavanger, Mandai, Moss et Bergen. Leur exportation an- 
nuelle moyenne de Saumon en boites est de 100 à 115,000 ki- 
logr., évalués à 160,000 kr. 

Nous donnons, en terminant sur ce sujet, un relevé des 
statistiques ollicielles de la pêche du Saumon dans les fjords : 

Quaulilés. Valeur moyenne. 

1885 583,782 lui. 1.40 

188r. 452,303 1.30 

1SS7 51(5,155 1.30 

1888 5'.t4,12-2 1.30 

1889 003,922 1.45 

1890 758,700 » 

Les chiffres pour 1891 ne sont pas encore relevés ; mais, 
d'après ce que nous venons de dire, ils seront des plus cu- 
rieux à connaître. 

* 

Il ne sera pas sans intérêt de rapporter ici les dispositions 
essentielles de la législation norvégienne sur la pêche de ce 
poisson ; peut-être y trouvera-t-on d'utiles enseignements. 

Dans son ancien état, l'ouverture de la pêche avait lieu 
dans les fjords le 15 février, dans les rivières le 15 avril; la 



LES GRANDES PÈCHES EN NORVÈGE. lo\) 

date de la fermeture était unilormément fixée au 15 sep- 
tembre, sauf pour quelques rivières qui jouissaient d'une to- 
lérance exceptionnelle jusqu'en octobre. 

Mais ce régime a été jugé trop large, et, pénétré de cette 
idée que le plus sur moyen d'enrichir les eaux et aussi, par 
conséquent, d'assurer la prospérité de l'industrie qui s'y rat- 
tache, était, avant tout, de rendre plus sévères les mesures 
de protection, et de restreindre dans de plus étroites limites 
l'exercice de la pèche, le législateur a édicté, en. juin 1891, 
une nouvelle réglementation. 

Désormais, la pèche du Saumon et de la Truite n'est plus 
permise que du 14 avril au 26 août dans les tjords,du 30 avril 
au 26 août dans les rivières ; par faveur, la pèche à la ligne 
se prolonge jusqu'au 14 septembre. 

Même pendant la durée légale, cette pèche est close, chaque 
semaine, du vendredi soir à six heures au lundi soir même 
heure. Durant cet intervalle, tous les engins doivent être sor- 
tis de l'eau. Cette mesure vise principalement le kilenot. 

Tous filets ou sennes doivent avoir des mailles d'au moins 
0"\065, le fil mouillé. Les barres des pièges de toute nature 
placés dans les rivières doivent être espacées également 
de 0'",065. 

De son initiative, ou sur la demande des communes, le 
roi peut, par simples" décrets, réduire encore l'exercice de 
la pèche. 

Il est interdit de placer aucun engin fixe ou dormant dans 
le milieu des rivières ; les filets ne doivent pas barrer plus du 
tiers de leur cours. 

Est prohibée aussi la pêclie à la foëne. 

Les pécheurs norvégiens se sont récriés contre une seule 
de ces dispositions, celle qui les contraint de relever leurs 
engins fixes chaque semaine. Il s'ensuit, en effet, pour eux 
une très lourde charge de main-d'œuvre, la mise en place du 
kilenot exigeant un assez long travail, et ne pouvant être 
assurée dans de bonnes conditions que par un temps calme. 
Ils préféreraient de beaucoup voir réduire, plus encore qu'elle 
ne l'est, la durée annuelle de la pêche et être affranchis de 
cette entrave. 

A part cette réserve, ils ont la sagesse de subir docilement 
la nouvelle réglementation, et nul doute que, respectueux 
de l'autorité de leur pays, ils ne l'observent scrupuleusement. 



260 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Qu'il nous soit permis de proposer à nos pêcheurs de France 
cet exemple de soumission, dont le résultat bien certain est 
de sauvegarder l'avenir. 



*** 



Autant que chez nous, bien qu'avec une moindre vivacité 
dans la discussion, la question toujours agitée des mœurs du 
premier de nos salmonidés préoccupe les ichtyologistes du 
Nord; elle a pour eux un intérêt plus considérable encore, 
par suite de l'importance énorme de la pèche, et ils en pour- 
suivent l'étude avec une opiniâtre persévérance. M. l'inspec- 
teur des pêches Landmark, de Christiania, a rendu compte 
au congrès de Goteborg des expériences qu'on l'ait dans ce 
but depuis nombre d'années. 

Un des procédés les plus sûrs et les plus anciennement 
employés est le marquage. Il a porté, en Norvège, sur plu- 
sieurs milliers de poissons adultes. On fit d'abord usage de 
minces fils de jdatine attachés à la nageoire adipeuse et sup- 
portant une petite plaque frappée d'un numéro d'ordre ; mais 
la faiblesse du fil de métal et la l'orme en anneau suscep- 
tible de s'accrocher à tous les obstacles, étaient autant de 
causes de bris et, par conséquent, d'insuccès. On usa, par la 
suite, de plaques d'argent appliquées étroitement à la base 
de la nageoire dorsale, et n'y faisant aucune saillie. Des cir- 
culaires furent répandues partout, recommandant aux pê- 
cheurs de Ivisiter attentivement tous les poissons capturés, 
et promettant une récompense de 3 couronnes pour chaque 
marque renvoyée à l'inspection avec une note certifiée indi- 
quant la date et le lieu de la pêche, le poids et la taille du 
poisson. 

Encore que pour diverses causes un nombre relativement 
peu considérable de marques- aient été retrouvées, l'expé- 
rience n'a pourtant pas manqué de produire quelques fruits. 
A de rares exceptions près, les Saumons ont été repris dans 
le fleuve même où ils avaient été mis en liberté, ou bien à 
proximité de son embouchure, attestant par là leur fidélité 
aux eaux natales; mais leur croissance a été assez inégale : 
alors, en effet, que quelques-uns ne gagnaient que 50 à 60 % 
en douze mois, d'autres, repris après deux années écoulées, 
avaient presque triplé. M. Landmark serait porté à admettre 



LES GRANDES PÈCHES EN NORVÈGE. 264 

qu'en moyenne les sujets de deux et trois ans d'âge doublent 
leur poids chaque année. 

En ce qui touche le laps de temps s'écoulant entre deux 
pontes, nous avons exposé les opinions émises en France, et 
provoqué entre les membres du congrès une discussion qui 
ne pouvait être que très instructive pour nous. 

M. le docteur Trybom, de Stockholm, secrétaire du con- 
grès, rapporte les réponses reçues par lui à ce sujet de 
MM. Nitsche et Haack, qui ont constaté l'un et l'autre la 
présence d'individus stériles au temps de la fraie, et, chez 
quelques-uns, des intervalles de deux années de repos entre 
deux pontes. 

Les Saumons sont extrêmement nombreux dans les lacs 
Wetter et Wenern, véritables mers intérieures mesurant 
ensemble plus de 7,000 kilomètres carrés de superficie ; la 
pêche est spécialement organisée chaque automne dans ces 
eaux, en vue des récoltes d'œufs pour la pisciculture arti- 
ficielle. Les observations laites, pendant cette saison, plus 
particulièrement par M. Ph. Trybom, lui ont démontré qu'un 
certain nombre de ces poissons passent une ou plusieurs 
années sans frayer ; elles concordent à cet égard avec celles 
de M. Miescher, de Bàle. 

Dans les pêcheries de Saumons de souche établies à Elfkar- 
leby, on trouve, en arrière-saison, en quantité presque égale, 
des Saumons dits luisants (blanka) avec des organes apparem- 
ment stériles, et des sujets féconds ; et ainsi encore en est-il 
dans la Baltique. Dans les courants de la côte occidentale de 
la Suède, il n'y a qu'une moindre proportion de ces blanha 
mêlés aux Saumons de fraie ; enfin, au rapport de M. Land- 
mark, on n'en voit aucun dans les eaux occidentales de la 
Norvège. Mais, si on admet aujourd'hui que les premiers ne 
soient pas, comme on l'avait primitivement supposé, stériles 
à vie, on ignore la durée du repos sexuel qu'ils subissent. On 
ne saurait davantage prétendre que cette stérilité passagère 
soit de règle absolue et générale ; à l'appui de son sentiment 
sur ce point, M. Trybom produit les constatations par lui 
faites en saison. Dans la rivière d'Eman, par exemple, on a 
repris, cet automne, une femelle de forte taille chargée d'œufs 
parfaitement mûrs, quoiqu'elle eût déjà donné une ponte 
l'année d'avant. Des observations analogues se poursuivent 
sans discontinuité. 



262 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Le même naturaliste a communiqué les mesurages qu'il a 
laits sur les œuCs de Saumon à des époques différentes ; nous 
les mentionnons pour qu'ils puissent être rapprochés de ceux 
effectués chez nous il y a peu de temps. 

Sur une lemelle prise dans l'Elfkarleby (l)alelfven), ayant 
nouvellement frayé, les œufs reformés mesuraient déjà de 
0.03 à 0.1 "V"' de diamètre. Chez une autre, prise à Lagen, en. 
octobre, les plus gros n'avaient encore que 0.1 "V" \ ^^^^6 troi- 
sième, pèchée le 20 mai 1891, et qui avait sûrement frayé à 
l'automne 189;», portait des œufs de 0,1 à 1,2 '"/"\ elle était 
très maigre et sa chair presque blanche. Une autre, de forte 
taille comme celle-ci, dont on avait aussi constaté la fraie en 
1890, présentait une chair très grasse et Colorée; ses œufs 
mesuraient de 0.3 à 2 "V" 5 ^^ l'aspect des ovaires, il était 
difficile de conclure si elle serait en état de frayer à la saison 
suivante. 

Avec les irrégularités constatées dans l'apparence des 
sujets, et les œufs paraissant conserver souvent toute l'année 
un volume pres({ue constant, on ne pourrait se prononcer 
avec certitude sur l'espacement des pontes successives d'une 
même femelle ; mais il semble que, s'il se manifeste dans les 
fleuves suédois une stérilité individuelle de deux et trois 
années consécutives, cela dépend moins d'une loi générale 
de la nature que de circonstances i)articulières et locales, 
relatives à l'abondance de la nourriture et à certaines autres 
conditions physiques. 

Ce qui conlirmerait cette conclusion, ce sont les affir- 
mations précises de M. l'inspecteur Landmark, établissant, 
au contraire, comme règle, que, dans les eaux des côtes oc- 
cidentales de la Norvège, la reproduction du S. salar est 
annuelle ; il laudrait attribuer sa constante fécondité au mer- 
veilleux habitat que lui offrent les fjords et les torrents de 
cette région. 

Le législateur doit faille, dans chaque pays, son profit de 
ces observations, et se montrer d'autant plus sévère dans la 
protection de la pêche, et d'autant plus soucieux de favoriser 
les entreprises de multiplication artiffcielle de cette précieuse 
espèce que sa fécondité se manifeste moins grande. C'est à 
ce prix seulement que l'équilibre peut être maintenu dans 
les eaux. 



LES GRANDES PÈCHES EN NORVÈGE. 263 



IV 



Puisque nous avons été amené à parler de quelques-uns 
des intéressants travaux de la conférence de GoteLorg, sur 
lesquels nous aurons sans doute à revenir d'une façon moins 
sommaire, disons un mot d'une autre question qui lui a été 
soumise, et dont l'importance ne saurait être contestée, bien 
que la solution en échappe encore ; nous voulons parler d'un 
projet de réglementation de la pèche en haute mer, qui déjà 
avait été présenté au congrès de Londres, en 1890. L'exposé 
en a été fait avec toute son autorité en ces matières par notre 
collègue et ami M. Feddersen, de Copenhague. 

Il est hors de doute que l'intensité croissante de la pêche, 
le perfectionnement des bateaux et des engins pourraient, 
dans un avenir plus ou moins rapproché, compromettre 
sérieusement l'existence des espèces marines les moins 
armées pour soutenir la lutte, et que l'adoption, par voie 
diplomatique, de mesures internationales propres à enrayer 
une abusive et imprévoyante destruction, seraient des plus 
utiles. Mais, outre qu'avec des intérêts très dissemblables, il 
est fort malaisé de s'accorder sur la détermination même des 
espèces à protéger, et sur la fixation d'une taille minima au- 
desscus de laquelle certains poissons devraient être remis à 
l'eau, quels seraient les moyens d'exécution, et comment 
organiser effectivement la police des mers ? Ce sont ces mul- 
tiples difficultés qui faisaient dire à M. Hoeck, le représentant 
hollandais à la conférence, que « la question des poissons 
non mûrs était elle-même une question non mûre «. 

Il faut convenir, du reste, que les poissons auxquels 
s'attaque la grande pêche, se défendent assez vaillamment 
eux-mêmes, et par une surabondante fécondité, et par cette 
humeur nomade qui les entraine souvent dans des retraites 
inaccessibles ou inconnues, pour qu'il n'y ait pas lieu de con- 
cevoir à leur sujet de réelles inquiétudes. Quant aux espèces 
littorales, c'est à chaque nation individuellement à les pro- 
téger dans ses eaux territoriales. 

On s'est donc séparé, comme il était advenu à Londres, un 
an plus tôt, sans prendre de résolutions précises et en se 
bornant à remettre une fois de plus le problème à l'étude. 



264 REVUE DES SCIENXES NATURELLES APPLIQUÉES. 



* * 



Si le Hareng, la Morue, le Maquereau, ne sont pas menacés 
d'une extermination prochaine, on n'en pourrait malheureu- 
sement pas dire autant d'un autre hôte des mers du Nord, la 
Baleine. Ce puissant cétacé est pourchassé avec un impi- 
toyable acharnement, et à l'aide d'armes nouvelles contre 
lesquelles il sera impuissant à lutter. Les légères baleinières 
d'autrefois ont cédé le pas à des vapeurs d'assez fort tonnage ; 
le harpon n'est plus lancé à la main, le bras robuste du marin 
est désormais remplacé par un canon, ou par un mousquet de 
gros calibre. La poursuite est exempte de grandes émotions, 
elle est jiresque sans danger. La destruction allant ainsi son 
train, les produits diminuent sensiblement d'une campagne à 
l'autre. 

En 1886, il fut pris 1,260 Baleines sur la côte norvégienne, 
représentant ensemble une valeur de 1 million 197,000 kr. On 
n'en compta plus que 884 l'année suivante, 755 en 1888, et 
seulement 635, valant 718,000 kr. en 1889. 

Elles se montrèrent cependant moins i-ares, l'été dernier, 
dans le l'inmarken. Nous en avons rencontré fréquemment 
et compté Jusqu'à sept réunies en groupe et nageant sans 
défiance autour de notre bateau. Les vapeurs armés pour 
leur chasse en ramenaient assez régulièrement, par temps 
calme, chacun deux par jour à leur usine; aussi bien, les 
armateurs se déclaraient -ils généralement très satisfaits 
•les débuts de la campagne ; l'un d'eux en était alors à sa 
68« prise. 

Malgré ce retour de fortune, on peut prévoir le temps oii 
la dernière Baleine aura rejoint dans le néant les espèces 
animales que l'homme a déjà supprimées de la surface 
du globe. 



* ♦ 



Le cadre restreint dans lequel nous avons du nous main- 
tenir, ne nous a pas permis de passer en revue dans tous 
leurs détails les diverses branches de l'industrie des pèches 
maritimes en Norvège. Le tableau suivant donnera une idée 



LES GRANDES PÉCUES EN NORVÈGE. 205 

plus nette de leur importance respective ; il s'applique exclu- 
sivement aux exportations du pays pendant l'année 1890 : 

. , Valeur 

Ouanliles. , 

"^ en kroners. 

Morue salée 25,577,120 kilogr. 17,781.700 

Morue sèche 18,5G5,870 — (j, 703, 000 

Ilareug salé 829,000 — 10,313,900 

Hareng fumé 2,196,600 — 395,400 

Guano de poisson 8,630,600 — 1.078,800 

Poisson sale 30,185,000 — 1,593,400 

Saumon frais 758,610 — 1,137,900 

Hareng frais 6.210,450 — 403,700 

Maquereau 1,161,680 — 209,100 

Homaid 660.000 — 429,000 

Huile de morue 184,800 hectcl. 6.811,800 

Rogue ST'.'OO — 1,052,500 



^D^ 



Nos importations n'ont dans ces chiffres qu'une faible 
importance. La cause en est, d'une façon générale dans 
l'élévation du fret et, spécialement pour les poissons frais, 
dans la longueur du voyage. Nous avons reçu, au cours du 
même exercice 1890, quelques préparations en conserves des 
meilleures qualités, 1,800 hectolitres d'huile de foie de morue, 
2,300 hectolitres d'huile de baleine ou de phoque ; mais, en 
revanche, nous absorbons la presque totalité des rogues 
(77,800 hectolitres sur 87,700). 

Dans son ensemble, le commerce des produits des pêche- 
ries maritimes de la Norvège atteint une valeur totale de 
48,490,000 couronnes, soit près de 70 millions de francs, en 
1890 ; c'est l'équivalent des deux tiers des rendements annuels 
de nos pêches françaises, proportion considérable, si on con- 
sidère celui de la population du pays, et les rigoureuses con- 
ditions climatériques dans lesquelles doit s'exercer cette 
industrie. 

Rien ne montre d'une manière plus frappante ce que 
l'homme peut obtenir de la nature lorsque, comme le Nor- 
végien, son bras ne craint pas la fatigue ni son cœur les 



dangers. 



L'HORÏIGULÏURE FRANÇAISE 

SES PROGRÈS ET SES CONQUÊTES DEPUIS 1-789 

Par m. Charles BALTET, 
Horticulteur, président de la Société horticole de l'Aube. 

( SUITE ET FIN * ] 



Nous sommes arrivés au but. 

Notre promenade à travers les deux hémisphères ne dé- 
montre-t-elle pas que les plus jolies filles de la terre — les 
Fleurs — ■ sont venues développer encore leurs charmes et 
l'aire consacrer leurs grâces ou leurs parfums dans notre 
patrie hospitalière où l'esthétique florale, où Pamour du Beau 
sont élevés à la hauteur d'un culte ? 



VI. — Architecture des jardins. 

Avant de clore cette course longue et rapide, nous ren- 
drons hommage à l'architecture des jardins qui a su tirer 
un brillant parti dos précieuses et importantes découvertes de 
riiomme sur toute la surface du globe. Par la science et le 
talent de ses maîtres, l'horticulture décorative n'a-t-elle i)as 
encouragé les chercheurs, n'a-t-elle pas excité le zèle et 
l'abnégation des explorateurs en faisant valoir encore leurs 
trouvailles dans la composition des parcs et des jardins ? 

Le génie horticole (on dit bien le génie militaire, le génie 
civil, le génie rural) a donc préparé la voie de progrès dans 
laquelle il est entré lui-même, bravement, toutes voiles 
<léployées : mais ici. il ne s'agit i)lus d'une simple retouche 
aux traditions séculaires, il fallait une révolution complète. 
Elle ne se fit pas attendre et sut conserver, malgré tout, son 
prestige et son autorité. 

(*^ Voj'ez Jievue, année 1891, note p. 585, et année 1892, l'''' semestre, note 
p. 478 ; 2° semestre, p. 13G. 



L'HORTICULTURE FRANÇAISE DEPUIS 1789. 



261 



An style majestueux et correct de Le Notre (1613-1700), le 
protégé de Colhert, anobli par Louis XIV, à son œuvre magis- 
trale avait succédé le parc paysager avec ses lignes idéales, 
ses méandres gracieux, ses vallonnements halnlement mou- 
vementés, ses audaces même d'imagination, toujours heu- 
reuses si elles se rapprochent des beautés, des splendeurs ou 
des harmonies de la nature. 




■Vv 



Pierre Barillet-Deschamps (1824-1873), architecte de jardins, 
créateur ou restaurateur de parcs et de jardins célèbres en France et à rélranger 



L'initiative d'un favori de Louis XV, petit-fils de la belle 
jardinière du château d'Anet, ^ aimée, dit-on, par le roi 
« vert galant » — Charles Dufresny (1648-1724), essayant ses 
inspirations à Vincennes, et les premiers travaux du marquis 
René-Louis de Girardin (1735-1808), au parc d'Ermenon- 
ville, — où devait s'éteindre le philosophe-botaniste Jean- 
Jacques Rousseau, le 3 juillet 1778, — travaux chantés par 
l'abbé Delille en 1782, dépassés plus tard à Bagatelle, à Mon- 
ceau, à Méréville, à Sceaux, à Mortefontaine, à Vaux, à 
Chantilly, à Fromont, vinrent jalonner la voie nouvelle. 



268 



REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 




' L'HORTICULTURE FRANÇAISE DEPUIS 1789. 269 

Menaçant déjà de s'égarer vers la mièvrerie ou vers le 
genre rococo, la mise au point définitive du « Beau dans 
l'espace « fut cependant ajournée à la paix du monde ; à 
ce moment de calme, en effet, l'œuvre des Gabriel Thouin, 



/-M 



















-^^Jsrà- 






xjt;j->rti 



, ;^^: 4^^ 



Gynerium argenleum, de Buenos-Ajre?, au Parc Monceau, à Paris. 



270 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

des Morel, des Varé, des Barillet-Descliamps, des Bùliler se 
dessine et prend rapidement son essor. La réputation de nos 
artistes les appelle à l'étranger, auprès de grands person- 
nages ou d'administrations publiques. Leur triomphe au 
concours international de Set'ton Park à Liv'erpool , en 
1867 {l\ et vingt ans après, au concours du parc de la 
Liberté à Lisbonne (2), n'est-il pas la preuve éclatante de 
la supériorité des paysagistes Irançais et de la considération 
(jui les entoure ? 

Stimulées par l'exemple de la ville de Paris qui, depuis 
185?, a dépensé quarante millions pour donner l'hygiène et 
le bien-être à ses habitants au moyen de plantations ha- 
bilement combinées et disséminées, exemple suivi bientôt à 
Lyon, — où le Parc de la Tête- d'Or, admirablement réussi par 
Buhler aîné, lait oubliei* désormais cent hectares de IViches 
marécageuses, — puis à Marseille, à Bordeaux, à Nantes, à 
Lille, à Angers, à Rouen, à Caen, à Amiens, à Tours, à 
Rennes, à Nîmes, à Avignon, à Toulouse, à Nice, à Dijon, 
à Troyes, à Reims, à Châlons, à Metz, à Strasbourg, à Mul- 
house..., jiartout enfiji, nos cités principales, jusqu'à de 
modestes bourgades, se sont inspirées du travail et (hi la- 
lent de nos ingénieurs paysagistes, — et les heureux de la 
terre les ont imités . . , 

D'ailleurs, ne sommes-nous i)as, en ce moment, au faite de 
leur art? Le Trocadéro, jardin d'exposition, a été créé i)ar 
la main i)uissante qui a métamorphosé la capitale. Décor du 
parc Monceau, placé au premier rang dans le Rapport tjcnc- 
i-al de t Exposition imiverselte internationale de 1889 par 
ITionorable M. Alfred Picard ; ornementation des squares et 
l»lantations des boulevards avec les péiiinières municipales 
de la Muette et d'Auteuil ; transformation du Bois- de-Bou- 
logne et du Bois-de-Vincennes ; enfin, de 1864 à 1867, coup 
de baguette magique qui a lait sortir des bas-fonds de Belle- 



(1) Premier prix : M. Edouard André. 

(2) Premier prix : M. Henri I.usscau ; 
Deuxième prix ; M. Henri Duchêne ; 
Troisième prix : M. Eugèue Deny ; 

Mcnlions honorables : MM. Francisque Morel ; Jean-Pierre Durand ; X. . . 
Tous Français ! 

M. Charles .Joly a publié les plans d'ensemble de nos lauréats, ce qui nous a 
permis de les étudier et d'apprécier leur mérite. 



L'HORTICULTURE FRANÇAISE DEPUIS 1789. 



271 



ville le parc des Buttes-Cliaumoiit, modèle unique de gran- 
deur étrange, de sauvagerie aimable, de luxe fantastique 



"rx 




Jean-Charles-Âdolphe Alphand (1817-1S91), membre de l'Inslitut, directeur des 
travaux de la ville de Paris, auteur des Promenades de Paris, de VArhcreUim 
et fleuriste de la ville de Paris, de VArt des jardins, grand'croix de la Légion 
d"honneur. — (Gravure de l'Illustration ; n" du 12 décembre 1891.) 



dans les détails ; nous ajouterons même que, dans ce quartier 
populeux, le chef-d'œuvre du Directeur des travaux de la 



L'HORTICULTURE, FRANÇAISE DEPUIS 1789. 283 

■ville de Paris est devenu un ferment de civilisation appli- 
quée par rinfiuence seule du jardinage. Conception hardie, 
exécution artistique. Le nom glorieux de M. Alpliand et de 
ses vaillants collaborateurs est inscrit au Livre d'or de l'Hor- 
ticulture française . 

Ne serait-ce pas l'occasion de répéter ce mot de Masson, 
jardinier de la Société centrale d'horticulture, à son retour 
d'une visite aux grands jardins de l'Europe septentrionale, 
en 1847 ? « La France tient encore les rênes du mouvement 
liorticole et en possède les plus beaux monuments ...» 

Telles sont les grandes artères de la vie horticole pen- 
dant un siècle et les résultats qu'elle a donnés. Le progrès 
a-t-il été en raison des sacrifices :' Sommes-nous restés à la 
hauteur de la tâche ? Peut-être les générations futures trou- 
veront-elles que nous avons été bien naïfs ou quelque peu 
arriérés ; mais nous pouvons dire sans forfanterie que, dans 
l'histoire de l'Horticulture française, aucune époque n'aura 
été plus féconde ! 



20 Septembre 1892. 1S 



LES BOIS INDUSTRIELS 

INDIGÈNES ET EXOTIQUES 
Par Julks GRISARD et Maximilien VANDEN-BERGHE. 

( SUITE * ) 



FERONIA. ELEPHANTUM Rox». Féronier. 

Cratœca Balanghas Kœnig. 

Coclnncliino : Can- thau. Java : Ktn'-icsta, Kairics vainc. Sondunais : Madja. 
Tdiiioiil : Vil.am-pa:ham, VuUam-mariim^ Villai/gcii/. 

Bel arbre (ruiic hauteur d<' 1-2-15 mètres, à branches épi- 
neuses, dont le tronc, droit et massif, recouvert d'une écorce 
rugueuse et prolbndémeiit li'crcée, atteint (Miviron 35 centi- 
méti'es de diamètre. Feuilles imparipennées, composées de 
5-7 folioles opposées, subsessiles, ponctuées, oblongues et 
échancrées. 

Originaire de l'Asie tropicale, cette espèce est très com- 
mune dans les environs de Pomiicliéry et sur la côte de 
Coromandel ainsi qu'en Cochinchiue ; son feuillage, ample et 
gracieux, exhale une i)énétrante odeur d'anis, ([ui ])arrume 
agréablement les forets où elle se rencontre. 

Son bois, d'une belle couleur jaune, dur, compact, (Vun 
grain lin et serré, est assurément une des meilleures essences 
forestières de l'Inde; malheureusement, ses dimensions rela- 
tivement faibles empêchent de s'en servir pour les grandes 
constructions, mais il est excellent pour la petite chariiente, 
les travaux de tour, d'ébénisterie, de sculpture et même de 
gravure. 

Les feuilles sont regardées i)ar les médecins indiens comme 
stomachiques et carminatives ; on eu retire aussi, par la dis- 
tillation, une huile volatile {|ui r.ippcUc l'essence d'anis. Le 
suc astringent qu'elles renferment est également usité dans la 
médecine hindoue contre certaines affections intestinales. 

(*) Voyez Hcvue, années 1801, noie p. ^-42 ; lS'.)2, V' &; me&lrc, note p. Îi83, 
et pli;s haut, p. Tj. 



LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 287 

En Cocliiiichine, la décoction de la racine de l'écorce est 
considérée comme jouissant des mêmes propriétés astrin- 
gentes que le suc des feuilles. 

MURRAYA EXOTICA L. Buis de Chine. 

Chalcas paniculata L. 

— Japonensis LouR. 
Marsaaa buxifoUa Sonn. 

Inde : Marsan. Bengali : Kamenee. Cochinchine : Nguijet-qui-taic. Hindoustani : 
Bibzar. Tamoul : Kada-Kcnrji-Cheddi. Malais : Kcnioeninf^, Kamoeninçj. 
Réunion : Buis de l'Inde, Bois de Chine. Trinité : Citronera. Venezuela : 
Azahar de la India. 

Grand arbrisseau ou petit arbre à feuillage persistant, at- 
teignant une hauteur de 10 mètres au plus, sur un diamètre 
ne dépassant guère 20 centimètres, inerme, à rameaux dres- 
sés. Feuilles imparipennées composées de 5-7 folioles al- 
ternes, ovales, lancéolées, elliptiques, aiguës à la base, ponc- 
tuées, luisantes, coriaces, assez semblables à celles du buis. 

Très répandue dans le sud de l'Asie, la Malaisie et les ré- 
gions les plus chaudes de l'Australie, cette espèce est souvent 
cultivée dans les jardins, comme ornement, pour ses grandes 
fleurs blanches, d'un parfum suave, et disposées en corj'mbe 
terminal. 

Son bois, jaunâtre, quelquefois marbré, de blanc, de rouge 
et de jaune, est dur, assez lourd, d'une texture fine et com- 
pacte, qui lui permet de recevoir un très beau poli. Ses 
dimensions sont suffisantes pour le faire employer avanta- 
geusement dans les ouvrages de tour, de tabletterie, la gra- 
vure, en un mot, dans toutes les conditions où il peut être 
utilisé comme le buis avec lequel il offre quelque ressem- 
blance. Ce bois est encore recherché par les Malais pour la 
confection de cannes, de meubles de fantaisie, de fourreaux 
et de poignées d'armes. 

L'écorce est insipide et huileuse ; les feuilles possèdent une 
saveur acre et sont considérées comme toniques et stimu- 
lantes. 

Les fleurs, assez semblables à celles de l'Oranger, sont très 
odorantes et donnent par la distillation une essence par- 
fumée qui, au bout de quelques mois de préparation, ne le 
cède en rien à celles faites avec les fleurs des Citrus ; on s'en 



288 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

sert aussi pour teindre les cuirs en noir. De Vry a retiré de 
toutes les parties de cette fleur et surtout des pétales, un 
glycoside, la Murroyine, cristallisant en petites aiguilles 
amères, soluble dans l'alcool et l'eau chaude, peu soluble 
dans l'eau froide, insoluble dans l'éther. Soumise à l'ébuUition 
en présence des acides dilués, la Murrayine se dédouble en 
glycose et en Murraycdnc. Cette dernière substance off're la 
même composition et à peu près les mêmes propriétés chi- 
miques que le glycoside. 

La racine est utilisée dans la médecine indienne comme 
astringent et stimulant. 

l,Q,Myrrnya exotica a été introduit en Europe oîi on le 
cultive en serre tempérée ou d'orangerie ; on le reproduit de 
graines ou par boutures laites sous cloche. M. Naudin le 
considère comme à peu près rustique dans les pays du midi, 
même en Provence, aux expositions les mieux abritées. 

Nous mentionnerons encore dans ce genre : 

Le Mw^raya Sumatra7ia Roxb. [M. paniculaia Jacic. non 
DC. ; Indes néerlandaises : Kamoenimj, Dingo laioe, de Su- 
matra, Kamimie ou Wanatnh de Ménado). Petit arbre svelte, 
croissant spontanément dans tout l'archipel. Son bois, de 
couleur jaune nuancé de noir, dur, à grain très fin, est très 
recherché des indigènes, qui en font des boites, des cofïrets 
et surtout des gaines et des manches de kriss. 

Le Dlngotto hintalahie, espèce indéterminée, donne un 
bois semblable, mais un peu plus satiné; celui du Djcnm\ de 
Java, est excellent pour la confection des petits meubles ; 
enfin, le Moloiujotoh, petit arbre de Gorontalo, fournit un 
bois jaune paille, compact, d'un travail facile, mais il est peu 
employé. 

TODDALIA ASIATICA II. B.\. 

Paullinia Asiatica L. 

— aculeata L. 
Scopolia aculeata Sm. 
Toddalia aculeata Peus, 

— inermis Juss. 

Inde : Toddalie. Dukni : Janyli- Kali-mirchi. Malabar : Kakatoddah. Iles Mas- 
carei^nes : Patte ou pied de poule, Bois de ronce. Tamoul : Molakaninnai/, 
Milcv.caraney-cheddi, Milakuranai. Teleoga : Konda-Kasinda. 

Grand arbrisseau ou petit arbre, à tige grimpante ou dres- 



LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 289 

sée, atteignant quelquefois une hauteur de 1-10 mètres, :ï 
rameaux tantôt glabres et inermes, tantôt parsemés d'aiguil- 
lons nombreux, aigus, recourbés à leur extrémité. Feuilles 
alternes, composées de trois folioles obovales, ovales-obîon- 
gues ou lancéolées, entières, acuminées ou arrondies au 
sommet, atténuées à la base, coriaces, ponctuées, d'un vert 
pâle, à nervure médiane saillante. 

Cette espèce comprend plusieurs variétés répandues assez 
communément dans les régions sud de la péninsule indienne, 
la côte de Coromandel, les parties méridionales du Concan et 
du Canara, Ceylan, l'Archipel indien, le sud de la Chine et 
les îles Maurice et de la Réunion. 

Son bois, de couleur jaune clair, d'une densité un peu au- 
dessus de la moyenne, est d'une texture assez compacte; 
convenant assez bien pour le tour et la confection d'un 
grand nombre d'objets divers, on le débite aussi en planches 
lorsque les dimensions du sujet le permettent, et sert alors 
pour les travaux intérieurs de menuiserie. 

Toutes les parties de cette plante possèdent une odeur aro- 
matique mais désagréable, une saveur acre, amère et poivrée 
et sont regardées comme toniques et stimulantes. L'écorce, 
les feuilles et les fruits sont usités en décoction contre le rhu- 
matisme, la gale, etc. D'après Roxburgh, les feuilles fraîches 
sont administrées contre les douleurs abdominales. 

Les fruits sont de petites baies globuleuses ou pyriformes, 
sèches, coriaces, de la grosseur d'un pois, d'un jaune orangé, 
utilisées comme condiment par les natifs de l'Inde; leur 
saveur am^re, brûlante et piquante, est analogue à celle du 
poivre noir. 

La racine, formée d'un bois jaunâtre, assez dense et d'une 
écorce brune, compacte intérieurement, subéreuse, jaune et 
spongieuse à la surface, a été introduite autrefois en Europe 
et préconisée comme remède antidiarrhéique, sous le nom 
de Racine de Juan Lopez, quoique la véritable provienne 
d"une espèce africaine du même genre. Cette racine jouit 
depuis longtemps, aux îles Mascareignes, d'une grande répu- 
tation comme antifébrile et reconstituante ; elle a été inscrite 
dans la pharmacopée anglo-indienne sur la recommandation 
du D"" Bidie, de Madras. Ses propriétés thérapeutiques sont 
dues à l'huile essentielle à odeur de cannelle qu'elle renferme, 
ainsi qu'au tanin, à la résine et au principe amer qu'elle con- 



290 BEVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

tient, mais sa composition chimique est encore insuffisam 
ment connue. 



TODDALIA LANGEOLATA Lamk. 

Scopolia lanceolata Spreng. 
Vepi'is lanceolata G. Don. 

Cap et Natal : Whilc Iroii mood. Cafre : Uinzani, 

Cette espèce, dont les caractères botaniques se rappro- 
chent sensiblement de la i)récédente, est originaire de l'A- 
frique orientale et se rencontre surtout à l'embouchure du 
Zambèze. 

Son bois, de couleur Jaune pâle, dur, insipide et inodore, 
présente les mêmes qualités que celui de l'espèce asiatique; 
les indigènes l'emploient à divers usages, notamment dans la 
confection de leurs chariots. 

Le T. lanceolata fournit la véritable racine de Juan La- 
pez, que l'on rencontre dans le commerce en tronçons longs 
de 25-30 centimètres, dépouillés de la partie ligneuse et rou- 
lés comme les écorces de quinquinas. Les propriétés médi- 
cinales de cette racine et celles de la racine du T. Aslatica 
sont identiques; on obtient de bons effets de ces deux racines 
dans les ras de faiblesse générale, de débilité constitution- 
nelle et pendant la convalescence des affections fébriles pro- 
longées. Ce médicament se prescrit le plus souvent en infu- 
sion ou en teinture alcoolique. 

ZANTHOXYLON CLAVA HERGULIS L. 
Clavalier des Antilles, Bois jaune des Antilles. 

Zanthoxylon Caribœum Lamk. non G-ertn. 
— Carolinianum G.krtn. 

Antilles (Créoles) : Bois épineux jaune, Fpineii.K jaune. Cochinchine : Cây- 
muony-irounf]. Guadeloupe : Bois manche-houe. Guyane : Bois piquant. 
Jamaïque: Prickle ijellow. Mexique : Palo Mulato hoja larf/a. Trinité (An- 
glais) : Yellow Sanders ; (Espaj:.) : MapurUo, Espina de bobo. 

Arbre de dimensions moyennes à feuilles persistantes , 
composées de 9-11 folioles, sessiles, ovales, grossièrement 
dentées, inégales à la base, glabres ; croissant spontanément 
aux Antilles, notamment à la Guadeloupe où il se rencontre 



LES BOIS INDUSTRIELS IXDIGENKS ET EXOTIQUES. 291 

abonilamment. On le trouverait également en Cocliinchine, 
suivant M. de Lanessan. 

Son bois, de couleur Jaune, d'un grain uni et satiné, est 
d'une densité moyenne, d'une résistance égale à celle du 
chêne et un peu plus élastique que ce dernier. Recherché 
aux Antilles pour la construction, ce bois est assez joli pour 
être employé dans la menuiserie fine et l'ébénisterie. 

L'écorce mince, d'une saveur désagréable, acre et amère, 
olîre quelques points de ressemblance avec l'Augusture vraie, 
mais s'en distingue par sa couleur d'un jaune vif et sa cas- 
sure fibreuse ; elle est prescrite par les médecins des Antilles 
et de la Guyane comme tonique et lebriCuge. 

MM. Ed. Heckel et F. Schlagdenhauffen ont retiré de cette 
écorce : 1" une substance soluble dans l'alcool, cristallisant 
en aiguilles incolores ; 2° une petite quantité d'un alcaloïde, 
la Zantlioxyline, possédant les propriétés lebriluges de la 
quinine; 3° une matière résineuse, produisant les mêmes efiéts 
physiologiques que l'alcaloïde. Cette écorce a été recom- 
mandée en Europe et on commence même à s'en servir à 
Marseille et dans quelques autres points du midi de la France. 
La proportion considérable de matière colorante qu'elle con- 
tient, la l'ait rechercher aux Antilles pour la teinture en jaune. 

Les feuilles sont vulnéraires et astringentes ; on les consi- 
dère comme nn diaphorétique puissant, surtout dans le 
tétanos. 

Les fruits et les graines possèdent une odeur agréable. 

ZANTHOXYLON PRAXINEUM Wili.d. 
Bois épineux blanc, Glavalier, Frêne épineux. 

Zanthoxylum Americanum Mill. 

— ramifloi'um Mighx. 

— Caribœum G.ertn. non L.vmk. 

Amérique du Nord : Prickhj Ash, Toothachc trcc. Mexique : Palo nivAato 

de Mazantlan. 

Arbre de petite taille, dont les branches sont munies 
d'épines brunes, courtes, coniques, aiguës et très fortes; 
feuilles imparipennées, composées de 4-5 paires de folioles 
subsessiles, ovales aiguës, légèrement serretées, duveteuses 
en dessous. 



292 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Originaire de FAmérique septentrionale, cette espèce qui 
se rencontre également au Mexique, fournit un beau et bon 
bois d'ébénisterie, ne différant de celui de l'espèce précédente 
que par ses dimensions plus petites qui n'en permettent pas 
l'emploi dans la construction, mais il est utilisé dans la tein- 
ture en jaune comme celui de l'espèce précédente. 

L'écorce est formée d'un épidémie gris, ridé transversale- 
ment par la dessiccation, et d'un liber presque blanc ; sa saveur 
d'abord faiblement mucilagineuse, ne tarde pas à devenir acre 
et à provoquer la salivation. Son analyse a été faite par Pelle- 
tan et Chevalier, qui y ont trouvé un principe colorant parti- 
culier, de saveur amère et styptique qu'ils ont nommé Zantho- 
picrite, cristallisant en aiguilles d'un jaune verdâtre. Depuis, 
M. Dysons - Perrins a établi l'identité de cette substance 
avec la berbérine. Cette écorce est un remède populaire 
contre les maux de dents ; elle est usitée comme masticatoire 
et inscrite dans la pharmacopée des Etats-Unis. 

Toutes les parties de cette plante, notamment les fleurs, 
sont très odorantes et renferment une huile volatile à odeur 
de citron. 

ZANTHOXYLON PINNATIFOLTUM Benth et Hook. 

BlacMurnia pinnata Forst. 
Ptelea pinnata I.. f. 
Samara Blackburnia Spr. 

Petit arbre d'une hauteur moyenne de 10 mètres, dont le 
tronc est recouvert d'une écorce cendrée, fendillée horizonta- 
lement. Feuilles alternes au sommet des rameaux, composées 
de 2-3 paires de folioles oppo.sées, subsessiles, très inéqui- 
latérales, luisantes et coriaces, à nervures peu ou point 
saillantes. 

Originaire de la Nouvelle-Calédonie, cette espèce croît 
surtout dans les sols argilo-schisteux de Nouméa ; on la 
rencontre également à Taïti. 

Le bois, de couleur brun jaunâtre, jaune-rougeâtre au 
cœur, à grain fin, dur, assez joli étant verni, est susceptible 
d'être utilisé pour divers travaux de menuiserie fine et même 
d'ébénisterie. Il possède étant frais une odeur assez pronon- 
cée de réglisse. L'aubier, rouge-jaunâtre et très épais dans 



LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 293 

les jeunes arbres, devient très mince et presque nul chez les 
sujets d'un certain âge. 

Zanthoxylon Budrunga DC. (Fagara Budnmga Roxb.) 
Annamite: Chol moi. Bengali : Budrunga. Petit arbre de 
10 mètres de hauteur environ, sur un diamètre moyen de 
25 centimètres, dont le tronc est tourmenté et souvent creux. 
Originaire de l'Indo-Chine, cette espèce se rencontre dans 
rinde et surtout en Cochinchine, oii elle est très répandue 
sur les bords des fleuves et des arroyos. Son bois est de cou- 
leur gris-clair ou blanc jaunâtre, assez lourd, à grain fin, 
d'une texture assez compacte, à fibres légèrement ondulées, 
et d'un travail facile ; bon pour le tour, la menuiserie et la 
confection de menus objets, il est très employé dans la co- 
lonie comme combustible. Sa densité approximative est de 
0,890. L'écorce passe en Cochinchine pour fébrifuge. Cette 
espèce est recommandée pour ses propriétés digestives, sti- 
mulantes et stomachiques. 



FAMILLE DES OGHN ÂGÉES. 

La famille des Ochnacées se compose d'arbres et d'arbris- 
seaux à feuilles alternes, simples, très entières ou dentées, 
très rarement pennées, le plus ordinairement coriaces, lui- 
santes et striées par des nervures parallèles et rapprochées, 
munies à la base de leurs courts pétioles de stipules libres 
et caduques ou soudées en une seule axillaire et per- 
sistante. 

On rencontre ces végétaux dispersés dans les régions tro- 
picales des deux mondes. 

Leurs fleurs disposées en grappes ou en corymbes, ordi- 
nairement de couleur jaune, sont souvent odorantes et très 
élégantes. Un certain nombre d'Ochnacées sont cultivées 
dans nos serres. Elles renferment un suc aqueux, en gé- 
néral très amer, mais tempéré par un principe astringent. 
Quelques espèces sont utilisées en médecine en raison des 
principes qu'elles contiennent, d'autres fournissent des 
baies comestibles et donnent une huile employée dans l'a- 
limentation. 



-9i REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

OGHNA WALLIGHII Planch. 
Annamite : Mong-tog. 

Petit arbre d'une hauteur de 10 mètres, sur un diamètre 
de 20/30 centimètres, à (euilles caduques, alternes, serrulées, 
coriaces, originaire de la Cochincliine. 

Son bois, de couleur brune, lourd, d'une texture fine et 
fibreuse, est bon pour l'ébénisterie, la menuiserie et autres 
travaux. 

Son écorce jouit de propriétés amères assez prononcées; 
on l'emploie comme tonique digestif. 

L'OcJtna arhorea Burcii., connu des colons du Cap et de 
Natal, sous les noms anglais de Red loood et hollandais de 
Roodhout^ lournit un bois utilisé dans ces pays pour les ou- 
vrages d'ébénisterie et de charronnage, plus particulière- 
ment pour rayons de roues. 

On peut encore citer dans cotte petite lamille : 

Le Gomphia angustifolia, Waiil. [Ochna nngustifolia, 
H. Bx. O. Malabarica, DC. Walheria serrata, Willd.) Petit 
arbre à leuilles alternes, elliptiques, oblongues, aiguës aux 
deux extrémités, lisses et coriaces, dont le bois est employé 
dans les constructions, à Ceylan, où il porte le nom de « Bo- 
kaara gass ». Les leuilles et les racines i)0ssèdent une amer- 
tume analogue à celle des Quassiées et sont usitées en décoc- 
tion, au Malabar, comme stomachiques et digestives. 

Goniphia Sumalrana, Jack. (Presqu'île de Malacca : 
Chinta mola.) Petit arbre dont le bois rouge terne, dur, à 
grain moyen, est utilisé dans la construction des barques et 
la confection de pompes, poulies, etc. Une espèce indéter- 
minée, peut-être une simple variété de la précédente, porte 
les noms de « Ruthee chinta mola, Churta mola ou Chirta 
mola » ; son bois, blanc jaunâtre, de dureté moyenne, est 
cassant et se gerce par la dessiccation. 

Le bois de quelques beaux arbres du groupe des Luxem- 
burgiées s'emploie aussi, en Colombie, pour divers objets. 

[A suivre.) 



IL CHRONIQUE DES COLONIES ET DES PAYS D'OUTRE-MER. 



Jardin botanique de Geylan. 

Nous empruntons ce qui suit, au rapport annuel de 1891, du Direc- 
teur du Jardin botanique de Ceylan, M. le D'' II. Trimcn. 

Au commencement de l'année le Directeur visita, avec l'autorisation 
de S. E. le Gouverneur, les jardins botaniques de Singapore et de 
Buitenznrg (Java). Voici ce qu'il dit au sujet de ces deux jardins : 

Celui de Singapore, siluc prés de la ville, forme en quelque sorte un 
grand parc public, autant qu'un jardin scientifique. Ces deux buts sont 
admirablement atteints ; les pelouses sont bien entretenues, les mas- 
sifs de fleurs sont très bien disposes pour le climat tropical, et il y a 
une grande et belle collection de plantes malaisiennes rares. Les terres 
destinées aux engrais de culture de plantes économiques sont situées 
à quelque distance du jardin, ce qui m^e paraît très bien compris. Le 
Directeur a sous ses ordres un jardinier chef européen et deux ou 
trois bons jardiniers indigènes. Il est aussi charge de la surveillance 
des jardins de Penang et de Malacca, dirigés par des jardiniers euro- 
péens. L'herbarium et la bibliothèque reçoivent une grande extension. 
L'établissement botanique de Buitenzorg diffère complètement de 
toute autre institution de ce genre, même de celui de Kew. 11 est 
entretenu entièrement dans un but scientifique. Le Dir-ecteur a la 
haute main sur les six départements de l'établissement: 
1'^ L'herbarium, la bibliothèque et le musée ; 
2"^ Le laboratoire botanique ; 

3<» Le jardin d'essai et le laboratoire de chimie culturale ; 
4° Le laboratoire pharmaceutique ; 
5° Les jardins botaniques ; 
6'^ L'institution photographique. 

Ces départements sont dirigés par des chefs pratiques, techniques 
et scientifiques choisis en Hollande, et la plupart ont un assistant. 11 
y a donc un très grand état-major diEurope'ens. Les laboratoires, la 
bibliothèque, etc.. sont très complets et entretenus avec beaucoup de 
soin ; les études botaniques sont suivies pas à pas sur tous les pomts 
du globe. Beaucoup d'éminents naturalistes d'Europe vont y passer 
quelque temps. Les Annales du Jardin hotnwque de Buitenzorg pa- 
raissent périodiquement, et une seconde publication « Teusmannia » 
s'occupe plus spécialement de questions économiques et de cultures. 
Les jardins mêmes occupent une superficie de 60 à 70 acres, à une 
altitude d'environ 800 pieds, avec un sol excellent et de l'eau à pro- 
fusion. Les plantes sont très nombreuses et très riches ; chacune d'elles 
porte son nom sur une planchette en bois très dur à'Eusideroxi/lon que 
les fourmis n'attaquent jamais. Il y a peut être un peu d'encombre- 



296 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

menl. Du jardin de Buitenzorg dépend le petit jardin Tjibodas, à une 
altitude de 4,700 pieds, ayant son directeur européen, et un labora- 
toire pour quatre étudiants. 

Le jardin de culture, jardin d'essai, est h environ deux milles du 
jardin principal. Il est divise en parties carrées, destinées chacune à 
un produit, mais il n'est pas encore entièrement occupé. De larges 
planchettes aux coins de ces divisions indiquent le nom et la date des 
ensemencements. Il y a ici beaucoup de plantes d'un grand intérêt ; 
on peut obtenir des graines gratis. 

Ensuite on lit sous la rubrique : Notes sur les plantes économiques : 

Café. C/est surtout dans l'est de Ceylau que cette culture réussit 
bien. Je suis cependant d'avis, depuis que j'ai visite' Java, que la cul- 
ture du café' Libéria a été abandonnée trop tôt à Ceylan. 

Quinquina. L'histoire de la culture de quinquina à Ceylan, qui est 
très intéressante, touche à sa fin, cette industrie appartient à l'avenir 
à Java, cil l'on a persévéré avec patience. 

Cacao. Cet article prospère à Ceylan. Grûce aux soins donne's à 
cette culture, les produits de Ceylan obtiennent les prix les plus 
f'ieve's, on continue à distribuer des semences dans les villages. 

Gambir. La plante vient bien. 11 ne sera probablemnl pas difficile 
d'introduire cette culture à Ceylan. 

Etant à Siugapore je saisis l'occasion d'étudier la préparation de ce 
produit, et quoiqu'elle ait été souvent décrite, je pense qu'il est 
intéressant de la faire connaître d'une manière exacte. Le 11 mars, 
je visitai une plantation chinoise à Shung-Chonkong à quelques kilo- 
mètres de Singapore, où l'on cultive et prépare le Gambir. Cette 
industrie est entièrement entre les mains des Chinois qui laissent 
pousser la plante sur des pentes, presque sans s'en occuper, sous une 
masse confuse de mauvaises herbes (lautana et alang-alang). Quel- 
quefois on coupe l'alang-alang, mais c'est tout. Cette plantation avait 
5 ans, et les plantes vivent de 13 à 15 ans, fleurissant toute l'anne'e. 

La préparation a lieu, lorsque le poivre n'est pas encore bon à 
cueillir. On ne cultive quune seule espèce à Singapore. Il paraît que 
YUncaria Gambir n'est pas connu à l'èlat sauvage, mais M. Kidley, le 
directeur du jardin botanique de Singapore, dit que YUncaria ovaUfolia 
sauvage lui ressemble beaucoup et est peut-être le même. Le Gambir 
est un arbuste qui s'e'tend surtout en largeur, avec de longues branches 
arque'es. La récolte consiste dans les petites branches courtes, riches 
eu feuilles qui poussent sur les côtés. On enlevé ces feuilles rapidement 
avec la main et on les transporte dans des paniers sous un hangar peu 
élevé. Ici se trouvent de grands fiits en. fer remplis d'eau, que l'on tient 
constamment bouillante. Les feuilles sont mises dans cette eau pen- 
dant six heures, et deux hommes armés de fourches à cinq dents et 
à longs manches, faites avec du bois dur de Tampinies {Sloetia side- 
Toxijlon) les remuent constamment. C'est un travail très fatigant. On 



CHRONIQUE DES COLONIES ET DES PAYS D'OUTRE -MER. 297 

retire ensuite la masse molle de l'eau, et on la place sur une auge de 
bois en pente, en la laissant égouller dans le fût, afin d'obteni[' la plus 
grande quantité' d'extrait possible. On verse ensuite l'eau bouillante 
dans des baquets de bois, pour la laisser refroidir. Elle est alors épaisse 
et d'une couleur vert jaunâtre, mais elle est encore fluide même étant 
refroidie. Pour la rendre solide, l'ouvrier met dans chacun des ba- 
quets un cylindre court et e'pais, fait avec du bois de Mahang [Maca- 
ranga hyiJoleuca) et commence à remuer la masse, en frottant avec ses 
doigts le long de la surface des cylindres. Pendant celte opération le 
liquide devient de plus en plus e'pais. On la continue pendant un 
quart d'heure environ. Quelques minutes après, toute la masse se fige 
et prend la consistance du fromage, probablement à la suite de la 
cristallisation de l'acide du cachou, dont elle est composée en grande 
partie. On dit que tout l'art de la préparation consiste à connaître 
exactement le moment où il faut s'arrêter de remuer. Si l'on s'arrête 
trop tôt, ou si l'on ne remue pas assez longtemps, la masse ne se 
prend pas. 

Au bout de quelques heures on peut retirer la masse comme d'un 
moule ; on la coupe en de petits cubes et on la sèche au soleil. 

Cubèbe. Comme un des résultats de mon voyage à Buitenzorg, j'ai 
re'ussi enfin à obtenir le vrai Piper Cuheha. Une vingtaine de racines 
sont arrivées saines à Ceylan, mais plusieurs sont mortes depuis, de 
sorte que notre jardin n'en possède plus que huit. Mais je ne doute 
pas que ceux-ci ne réussissent. 

J'ai remarqué qu'à Buitenzorg on cultive cette plante contre des 
Eriodeiidrou. La dilTérence de forme entre les feuilles supérieures 
et les feuilles inférieures, de la môme plante, est frappante. Aussi, 
suis-je porté à croire que l'on cultive à Buitenzorg deux plantes 
ensemble. 

'Eryth.roxylon Coca. La plante cullive'e à Buitenzorg se dislingue, 
d'après M. le D'' Burck, de la plante ordinaire qu'il appelle H. Boli- 
vanum, tandis qu'il donne à cette variété le nom de Spruceanum. Il dit 
qu'elle est quatre fois plus riche en alcaloïde que la plante ordinaire, 
mais il y a des raisons pour en douter. J'ai examine' la plante de 
Buitenzorg, et je l'ai trouvée identique à celle de Pera de niva, que 
j'appelle l'espèce à petites feuilles. Il est probable que cette der- 
nière vient de Buitenzorg, de nos nombreux e'changes. Les fleurs 
sont blanches et les feuilles ressemblent beaucoup à celles de la 
variété dite Granatense do Morris, un peu moins pilles et plus arron- 
dies aux extre'mités. 

D"" Meyners d'Estrey. 



III. CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 



Fermes à Autruches en Australie. — A la deinirre assem- 
blée générale de la South Australian Ostvich Compaii!/, tenue à Adé- 
laïde, on a rendu compte des opérations d\'levage laites pendant le 
second semestre de 1891. Le rapport comprend deux parties dis- 
tinctes : l'une se rapporte aux ame'liorations introduites dans l'ame'na- 
gement de l'Autruchcrie, l'autre concerne les re'suUats obtenus. 

Pour ceux-ci, la saison lut moins bonne qu'on ne l'espérait. L'abon- 
dance des pluies lut 1res nuisible à la reproduction des Oiseaux. 
Pourtant, leur nombre s'est accru de 149 individus, et, au 31 octobre 
1891, on comptait eu tout "733 Aulrucbes. A Londres, où l'on vend 
leurs plumes, le prix a beaucoup baissé. Des récentes cargaisons, une 
partie n'a pu môme être écoulée, ce qui a causé un préjudice au com- 
merce. 11 se relèvera certainement d'année en année, parce que dans 
l'Autruchcrie australienne, la plupart des e'ièves arrivent à l'ilgc 
adulte 011 ils produisent les plus belles plumes. L'on cspùre donc que 
leur prix montera et que l'entreprise en profilera. 

Eu 1890, les Lapins, devenus si nombreux on Auslralie, avaient 
non seulement endommage' les parcs, mais encore troublé les oiseaux 
pendant qu'ils couvaient. Celle année, on y a porte remède ou exler- 
minant les Lapins autour des Autrucberies. 

Le profit net re'alise' par la Houth Australian Ostrich Company est de 
276 livres anglaises pour le dernier semestre d'élevage. (i. 

Les Crabes migrateurs. — Dans les Indes occidentales, on 
trouve des Crabes qui sont à la lois marins cl terrestres. Ces Crus- 
tacés se reproduisent toujours dans la mer. Mais, à l'étal adulte, ils 
rréqucnteul les rivages, et, semjilables aux Poissons du déluge de 
Deucalion dont nous parle Horace, ils gagnent les sommets des Lautes 
montagnes. Une fois par an, un instinct curieux les guide, car ou les 
voit émigrer par milliers vers la mer où ils vont pondre. 11.; arrivent 
jusque dans la rade de Port-Uoyal (Jamaïque). 

On profile de ces passages des Crabes pour les capturer. Beaucoup 
conlieuni>nl de magnifiques coraux. Leur chair est en outre 1res esti- 
mée aux Anlilles. On les prépare chauds avec de la rianure, en les 
laissant enveloppe's dans leur carapace rouge; ils fournissent un mets 
excellent. Ceux qui ont échappe vont se reproduire en mer. Leurs 
jeunes y Iraverseront une période larvaire où ils nageront librement, 
pour passer ensuite à un stage d'eau duuce et terrestre. \)v. S. 

Mode et genre de nourriture de la Truite marine {Salmo 
inarinus L.). — Un correspondant du Land and Waler relevé le l'ail que 
les Truites en eau douce ont l'habilude de dégorger leur nourriture. 



CimOXIQUE GENERALE ET FAITS DIVERS. 299 

vers, mouches, frais, etc..., clans la lutle pour la liberté lorsqu'elles 
sont pèche'es à l'hameçon. Dans ces condilions, on n'a jamais retrouvé 
aucune nourriture dans leur estomac. Mais dans une pêche au filet 
pratiquée à marée haute, notre observateur a maintes fois retire' des 
Truites de mer qui étaient remplies de petites Anguilles de sable. 
Quelques heures plus tard, lorsque la mer s'était retirée du canal, il 
péchait ces mômes Poissons à la ligne et leur intestin était entière- 
ment vide. D'après lui, l'ingurgiiatiou de l'eau douce obligerait d'a- 
bord le Poisson à rejeter tout ce qu'il a avalé dans l'eau salée. 

La Rédaction de cette Revue rappelle les divergences d'opinions qui 
ont toujours existé à ce sujet. Faudrait-il admettre que la puissance 
de dissolution du suc gastrique rend le Poisson capable de digérer 
entre le moment de la marée haute et celui de la pêche ? Mais d'ordi- 
naire les Saumons pris soit au harpon, soit au lilet, se débarrassent 
do leur nourriture. Un exemple curieux du fait fut cité par ^L W-. 
Campbell, qui conserva vivants 716 saumons à Islay. M. Campbell les 
vit chaque semaine rejeter le contenu de leur e.--tomar, consistant 
principalement en de jeunes Anguilles. De S. 

Propriétés médicinales de l'Ailante. — Après avoir examiné 
plus haut les qualités de l'Ailante et les services qu'il peut rendre 
coramo bois industriel, il nous reste à dire quelques mots des proprié- 
tés qui lui ont été attribuées comme agent thérapeutique. 

Toutes les parties de l'arbre possèdent une odeur désagréable et des 
propriété? irritautcs, ducs à une substance acre, amére et très volatile, 
qui n'est pas sans danger pour C3ux qui le travaillent au moment de 
la sève. M. Decaisue a même constaté que les jardiniers chargés de 
tailler l'.-Vilaute étaient souvent atteints de nausées, d'étourdisse- 
mcnts, accompagnés d'une sorte de somnolence. 

Au sujet d'une épidémie qui sévit pendant un moment à Castres sur 
les Canards domestiques, M. Caraveu-Cachin signala à l'Académie des 
Sciences le danger qu'offrait l'ingestion des feuilles d'Allante par les 
oiseaux de basse-cour. D'après cet observateur, l'empoisonnement se 
produirait par une vésicalion qui dégénère eu une inllammatiou du tube 
digestif et ne larde pas à amener la mort. Chez l'homme, la mastica- 
tion des feuilles ou d'un fragment d'écorce fait éprouver un malaise 
caractérisé par de la faiblesse, des nausées, une sueur froide et môme 
des verliges, en un mot, les effets d'un hyposthénisant puissant ana- 
logue au tabac. 

Les feuilles nourrissent un ver à soie, VAttacus cijnthia, aujourd'hui 
complètement naturalisé en France; ce nouveau séricigcne a été 
l'objet de nombreuses études de la part de la Société nationale d'Ac- 
climatation. 

D'après l'analyse de Payen, l'écorce d'Allante se compose de 
ligneux, de chlorophylle, d'une matière grasse azotée, d'une matière 



300 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

colorante jaune peu stable, de mucilage, d'une substance amère, d'une 
re'sine aromatique, ve'sicanle et très acre et des traces d'huile essen- 
tielle d'une odeur forte et vircuse. 

Vers 1858, M. Hétet, professeur à l'Ecole de médecine navale de 
Toulon, fit connaître les expérience faites par lui sur l'homme et les 
animaux avec l'oléo-résine, que contiennent l'e'eorce et les feuilles, et 
lui attribua des propriéte's éméto-cathartiques et une action spéciale 
sur le Te'nia ou Ver solitaire. Prises à l'intérieur par l'homme, les 
préparations d'Allante ne détermineraient pas de vomissements comme 
chez les Chiens, administrées à la dose tenifuge, elles n'exerceraient 
aucune inllucnce sur la sanle et ne fatigueraient pas le malade : les 
effets locaux se borneraient à quelques douleurs d'intestins et parfois 
à une purgalion mode're'e. 

D'après des travaux plus récents et surtout après les expériences de 
M. Beranger-Fe'raud, il semble aujourd'hui démontré que l'Ailante 
re'ussit bien sur les ascarides, mais peu sur le Ténia, et occasionne 
presque toujours de violentes coliques. Ces contradictions n'ont pas 
lieu de nous surprendre ; c'est, d'ailleurs, ce qui arrive souvent à l'an- 
nonce de quelque me'dicament nouveau : on en fait d'abord une véri- 
table panacée, puis on le laisse ensuite tomber dans un oubli quel- 
quefois assez peu justitié. 

En Chine, l'écorce de la racine de l'Allante est conside're'e, de temps 
immémorial, comme un anthelmintique de grande valeur et s'emploie 
aussi pour combattre les affections de poitrine. Le D'' Robert, méde- 
cin principal de la marine, dit avoir obtenu de sérieux résultats avec 
celte écorce dans le traitement delà diarrhée et de la dysenterie, mais 
que cette propriété' était, pour ainsi dire, encore inconnue aux méde- 
cins chinois. La racine de l'Ailante est blanche intérieurement; sou 
tissu hlche et fibreux lui donne assez l'apparence de la racine de gui- 
mauve. Elle renferme, comme composition chimique : des matières 
albuminoïdes, de l'amidon, de la pectosc et de la dextrine, des ma- 
tières grasses et résineuses, plus une substance amère et acide {Acide 
atlantique ?) à laquelle elle doit, en partie, ses propriétés. 

L'écorce seule est administrée en infusion concentrée ou sous forme 
d'e.K.lrait aqueux. J- G. 

Vente d'Orchidées. — A la dernière exposition florale de 
Londres, on a remarque' des spécimens de Caltlei/a Laurenceana que 
l'on n'avait plus vu figurer depuis longtemps. Les lots de cette plante 
se vendirent de 1 à 19 guine'es (26 à 295 francs). 

A ce concours, plus de 2,000 exemplaires de VOdontoglossum crispmi 
furent aus.si achele's. De S. 



Le Gérant : Jules Grisard. 



1. TRAVAUX ADRESSES A LA SOCIETE. 



NOTES 

SUR 

QUELQUES ANIMAUX EXOTIQUES 

AYANT EXISTÉ 

AU PARC DE LA FONTAINE (PRÈS TOURS) 
(du 1 ' avril 1891 au 30 mars 1892) 

Par m. SHARLAND. 



Les notes que nous envoie M. Sharland contiennent des 
renseignements très intéressants que les lecteurs de la Revue 
sauront apprécier. 

Notre collègue a créé dans son parc de La Fontaine un 
véritable jardin d'expériences, et les laits de rusticité, de 
résistance au froid qu'il a fait connaître, les reproductions 
d'oiseaux des régions tropicales obtenues méritent l'atten- 
tion de tous ceux qui se préoccupent de l'étude et de l'éle- 
vage des animaux exotiques (1). {RédacHon.) 

Mammifères. 

Antilopes — Cerfs — Gazelles. 

Je n'ai eu que très peu de jeunes. Deux Antilopes de l'Inde 
[Antilope cenncapra) sont nées en mai. Comme j'avais perdu 
mon mâle en janvier je n'ai pu avoir d'autre reproduction. 

(1) M. Sharlaud dit que les plus grands l'roids de l'hiver 1891-92 ont été : 

22 novembre 10' 7 mars fj» 

23 — 0° 8 — 7° 

24 — 9» 9 — o' 

25 — lu- 10 — 0" 

12 janvier 9» 11 — 4' 

13 — 3» 12 — 6' 

4 mars 7" 13 — 2» 

5 — 7» 15 — 5» 

6 — 7» 

Températures relevées à sept heures du malin. 

5 Octobre 1892. 19 



302 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQL'ÉKS. 

Une Gazelle de Perse [GazeUa sulxjutiurosa] est née en 
avril, elle est morte le jour même. Mon mâle était très vieux 
et je l'ai perdu en juin. 

Deux Cervules de Reeves [Cervulus Reevesii) m'ont donné 
chacune un petit ; ces jeunes se sont bien élevés. 

J'ai acheté un couple de Cerfs axis {Ccrvus axis) importés 
et un couple de Chevrotains musqués (Mosc.'ius moschifcrus). 
Ces animaux sont jeunes, ils ont bien i)assé l'hiver et sont 
très beaux aujourd'hui. Les Chevrotains se sont toujours bien 
portés, ils sont dans un parc avec une cabane exposée au 
nord et n'ont jamais été enlermés. Pendant la journée ils 
restent le plus souvent couchés, mais vers le soir ils jouent, 
sautent et sont très gais ; ils n'ont jamais cherché à sortir de 
leur parc. Ils mangent peu d'herbe, leur parc reste toujours 
plus vert que celui des autres Ruminants. 

Au mois de septembre j'ai reçu un couple de Gazelles qui 
venaient du voisinage de la mer Rouge {GazeUa Arabica on 
dorcas'i). Ces animaux étaient pariaitement apprivoisés et 
en assez bon état. Le mâle, cependant, bêlait quebjuefois et 
avait l'air de souffrir, et, en effet, huit jo\irs après on le trouvait 
mort. En faisant l'autopsie on découvrit dans sa panse un 
morceau de toile fine, gros comme un mouchoir de poche. Tl 
n'y a jamais eu de toile pareille chez moi, il faut donc qu il 
ait avalé cela depuis un peu de temps. La femelle était dans 
un enclos avec les Gazelles de Perse ; elle allait bien vers la 
fin d'octobre ; il commençait à faire froid, cependant clic 
n'avait pas l'air d'en souffrir ; et on croyait qu'elle rentrait 
dans la cabane la nuit. Un matin, après une nuit assez l'ude, 
on l'a trouvée morte, sans doute du froid. 

Alpagas [Lama pacos). 

Ma femelle Ali»aca m'a donné un jeune mâle à la fin d'avril; 
il est très beau aujourd'hui. 

Maras {Dolichotis Paiagonlca). 

Entre le l"^"" avi'il 1890 et le l"'" avi-il 1891, vingt-six Maras 
sont nés chez moi, dont trois dans les mois de février et de 
mars de cette année. De ces vingt- six \\\i a disparu deux 
jours après sa naissance ; il est probable qu'il a i)assé au tra- 
vers du grillage, qui était en grosses mailles, dans le ])arc où 



NOTES SUR QUELQUES ANIMAUX EXOTIQUES. 303 

il est né et qu'il s'est perdu. Deux sont morts le jour de 
leur naissance ; deux qui étaient nés bien portants ont bien- 
tôt eu l'air de souffrir de rhumatismes dans les pattes de 
derrière et sont morts à 1 âge de trois mois environ ; un a été 
tué le lendemain de sa naissance par une autre mère ; la 
sienne l'ayant fait entrer dans un terrier où il y avait déjà 
deux petits ; un autre qui avait deux ou trois jours a été 
trouvé tué, probablement par une l'emelle qui avait égale- 
ment des jeunes. Des sept qui sont morts, deux sont de cette 
année. Les dix-huit de l'année dernière ont été tous élevés 
et celui qui reste de cette année est très beau. En général, 
ces animaux l'ont bon ménage ensemble, et j'ai eu trois cou- 
ples de jeunes de différents âges dans le même terrier, qui 
ont été tous élevés. 

Un dimanche matin, je voyais deux petits qui venaient de 
naître à l'entrée du terrier. Les lundi, mardi et mercredi, ne 
les ayant pas aperçus, je commençais à croire qu'un accident 
leur était arrivé. L'entrée du terrier est à côté d'une cave 
située hors de leur enclos et dans cette cave, qui est creusée 
dans le tuf sans être maçonnée, on avait empilé plusieurs 
mètres d'échalas de vigne ; on entendait souvent, dans ces 
échalas, des bruits qu'on attribuait à des Rats. Fouines ou 
Belettes. De plus, pendant l'hiver, le sol de la cave avait été 
couvert d'eau et il y faisait très humide. Je pensai donc que 
ces petits avaient été tués par des bêtes ou peut-être noj-é 
et je fis donc enlever les échalas. Nous découvrîmes que le 
terrier suivait la cave sur une longueur de trois mètres, mais 
à une hauteur d'un mètre du sol et qu'il était très sec En 
faisant le terrier, la terre que les Lièvres n'avaient pas fait 
sortir par le trou d'entrée, était touibée entre les échalas et 
en les ôtant le terrier se trouvait ouvert du côté de la cave ; 
il s'en allait alors dans deux directions et nous ne pouvions 
plus le suivre ; un ouvrier en passant la moitié du corps dans 
une des galeries et, avec une perche de six pieds ayant une 
chandelle au bout, vit plus loin une chambre, mais pas de 
petits; je croyais donc qu'ils avaient été mangés par des Rats, 
et je fis boucher l'entrée du terrier dans l'enclos des Lièvres, 
pour les empêcher d'aller dans la cave. Le soir, sur les huit 
heures, je retournai voir si les Lièvres cherchaient â entrer 
dans leur terrier; j'en trouvai trois ou quatre qui avaient 
l'air très affairés, près du grillage qui sépare leur parc de 



s 



304 REVUE DES SCIENCES NATURELLES AITLIQUÉES. 

l'entrée de la cave, qui est cachée par des arbres, et en même 
temps je crus apercevoir un petit animal qui se sauvait. Je 
m'éloignai quelques minutes ; en revenant doucement, je vis 
la mère dans son enclos et les deux petits de l'autre côté du 
grillage ; comme le trou était bouché, les jeunes n'avaient pas 
pu sortir quand la mère les avait appelés, mais ils étaient 
sortis par la cave ; j'en lérmai l'entrée et je débouchai le ter- 
rier ; dans la nuit, les petits rejoignirent leur mère. Dans la 
journée du lendemain, je les vis tous trois ensemlde dans leur 
parc. J'ai fait poser du grillage sur le côté ouvert du couloir, 
ils y rentrent tous comme d'iiabitude et les petits ont été 
élevés. Quand j'ai vu l'étendue de ce souterrain, je n'étais 
plus étonné que trois couples s'y soient élevés ensemble. 

J'étais curieux de goûter cet animal, et le 3 novembre j'en 
ai fait tuer un. C'était une femelle, née au printemps, et je 
fus étonné de la trouver déjà [tleine. Je l'ai mangée en civet 
et en rôti ; en civet, je l'ai trouvée fade ; en rôti, c'était 
délicat ; la chair en était très blanche et ressemblait plutcU à 
celle de la Pintade ou de la Dinde qu'à toute autre. Ayant 
enfermé plusieurs Maras dans une petite cour pour h^s 
prendre, je fus surpris de voir qu'ils sautaient par dessus 
une clôture de 1 mètre 80 de haut. Cependant, ils n'avaient 
jamais cherché à passer par dessus la clôture de leur enclos, 
qui est beaucoup moins haute. 

Agoutis {Dnsyprocla acuti). 

Deux femelles m'ont donné sept petits qui ont été tous 
élevés. 

Chacals [Canis anthiis). 

Une de mes femelles a réussi à élever quatre petits. 

Singes. 

Un Rhésus est né le 15 janvier. Il était très beau et très 
vif, mais il faisait très froid ce jour là, et au bout de deux 
ou trois heures il ne pouvait plus tenir à sa mère ; il est moi-t 
le soir même. Les père et mère étaient dans une cage placée 
dans une écurie non chaufïée, l'eau n'y gelait pas, mais la 
température a dû être très près de 0''. La mère ne voulait 
pas se séparer de son petit mort. Au bout de huit jours, 



NOTES SUB QUELQUES ANIMAUX EXOTIQUES. 305 

comme il était impossible de le lui arracher et qu'il sentait 
mauvais, on fit sortir les Rhésus de leur cage et alors on 
parvint à avoir le jeune. Le màle ne s'occupait pas du petit, 
ni vivant ni mort. 

Au mois d"avril, j'ai acheté un Mandrill femelle comme 
compagne pour le mâle que j'ai depuis quatre ans. Elle était 
très belle à son arrivée : elle avait probablement six ans, et 
était à peu près aussi forte que mon màle. Très gâtée, habi- 
tuée à lait, soupe, chocolat, viande r(3tie, vin, cognac, thé, 
elle a (hi trouver un régime de pain, biscuit et carottes un 
peu dur; on ne i)0uvait pas lui donner de friandises, carie 
mâle les lui arrachait ; à peine s'il la laissait assez manger ; 
aussi elle maigrissait, et je dus la mettre dans une cage seule 
où elle pouvait manger à son aise. On lui donnait une meil- 
leure nourriture et elle redevenait très belle. Mais la cage 
provisoire où on l'avait installée pour l'été était très exposée 
et elle ne pouvait pas }■ passer l'hiver. On l'a donc remise 
avec le màle dans une grande cage dans l'écurie, espérant 
([ue le couple ferait meilleur ménage, mais le màle tour- 
mentait toujours sa femelle. Il n'était pas facile de les sé- 
parer, car elle était très méchante et, d'ailleurs, je ne savais 
Ijas où la mettre ; j'attendais le beau temps pour la replacer 
dans sa cage d'été; mais au mois de février elle mourut. Je 
crois que les mauvais traitements du mâle ont contribué 
beaucoup à sa mort. C'est le seul Singe que j'aie perdu dans 
l'année; mais pour que les singes vivent chez moi, il faut que 
je les possède jeunes, avant qu'ils ne soient formés. Mes 
Singes en vieillissant sont devenus méchants ; j'ai été obligé 
de les .séparer et je n'ai pas su où les mettre. Les Magots, les 
Macaques Bonnet-chinois et Cercopithèques {Cercopithecu^ 
fuliginosus) sont toujours restés dans le rocher. Ils se portent 
tous bien. Un des Magots est devenu si gros qu'avec sa 
longue fourrure il ressemble à un petit ours. Le Cercopi- 
thèque, que l'on croit si délicat et que j'ai depuis juin ISS^, 
mangeait une pomme de ma main à travers le grillage, assis 
sur la glace de son abreuvoir dans le plus grand froid de 
l'hiver. 

Makis [Le^nnr variiis). 

Deux Makis achetés le 15 mars ont passé l'été dans une 
c.ige fermée par devant par un tiers bois et deux tiers gril- 



306 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

lage. Dans cette cage, il y avait deux boites où ils entraient 
assez souvent la nuit. Le 15 octobre, leur cage a été rentrée 
dans récurie avec celle des Mandrills. Ils y ont bien passé 
l'hiver. 

Kangurous. 

Un Kangurou géant, seulement, est né au mois de janvier. 
Le vieux mâle Bennett était malade depuis longtemps, et il 
est mort au mois d'août; l'autre mâle était trop jeune pour 
reproduire. 

Tanrecs [Cenietes setosus). 

Le L5 octobre, j"ai reçu deux de ces petits animaux. Tls 
n'étaient pas en mauvais état, mais la personne qui me les 
avait envoyés m'avait dit qu'ils ne mangeaient guère et je 
n'avais pas grand espoir de les garder longtemps. En arri- 
vant, on leur a donné du pain, de la viande crue, des fruits, 
des racines. Pendant la première nuit, ils ont mangé un peu 
de viande ; toute la journée, ils restaient dans leur boîte, 
enfouis dans le foin ; le soir, sur les cinq heures, ils sortaient 
et mangeaient un peu. Puis l'appétit revint de plus en plus, 
mais ils ne consommaient que le soir ou la nuit. Un soir, le 
faisandier, ayant ramassé une grande limace, la leur présenta 
devant leur case ; l'un d'eux sauta contre le grillage poui' 
l'attraper. Après cette épreuve, on leur donnait, quand on en 
trouvait. Limaces, Escargots et Vers de terre, dont ils 
étaient très friands. Jamais ils n'ont touché au pain ou aux 
racines. Ils finissaient par manger tant, que je croyais qu'ils 
engraissaient pour hiverner. Leurs excréments sentaient si 
mauvais que l'on ne pouvait les garder plus longtemps dans 
la remise avec les oiseaux , on les plaça dans l'écurie ; là 
(Picore leur odeur était tellement forte qu'on dut les mettre 
dans une cave où il faisait plus chaud que dans l'écurie. Ils 
mangeaient bien, étaient très gras et tout i)araissait aller bien, 
quand, le matin du 22 février, le faisandier, en allant dans la 
cave, trouvait l'un de ces animaux mort hors de la boite et 
l'autre mourant dans sa boite ; il mourut dans la journée. 11 
faisait froid en ce moment; cependant la température avait 
déjà été plus rigoureuse dans le courant de l'hiver. Néan- 
moins, comme ces animaux étaient très gras et en très bon 
état, je crois qu'il faut attribuer leur mort au froid. 



NOTES SUR QUELQUES ANIMAUX EXOTIQUES. 307 

Oiseaux. 

Grues. 

J'ai perdu ma Grue couronnée noire {Balearica pavonina). 
Au mois de juillet, j'ai remarqué qu'elle maigrissait et en la 
regardant de près, je vis que la mandibule .supérieure était 
devenue si longue qu'elle mangeait avec difliculté. On la 
coupa, et l'oiseau semblait aller mieux, mais il mourut au 
mois de novembre. Cette Grue avait perdu deux ou trois de 
ses ongles, sans doute l'effet de l'iiiver dernier. 

On a trouvé des coques d'œul" dans le parc des Grues de 
Paradis, mais on n'a jamais vu l'oiseau faire un nid ou 
couver. La lemelle avait déjà pondu étant seule. 

Flamants. 

Je n'ai pas été heureux avec mes Flamants. Deux des trois 
qui avaient passé Tliiver chez moi et que je n'avais que de- 
puis le mois d'avril 1890, sont morts vers la lîn d'avril. 
Quoique ces animaux parussent en bon état quand je vous 
envoyai mon rapport au l*^'' avril, il est probable qu'ils souf- 
fraient des rigueu?\s de l'hiver. Celui que j'avais depuis mai 
1887 est mort en décembre. En mai, j'ai acheté deux sujets, 
dont l'un mourut peu de temps après; l'autre, qui était devenu 
très beau, s'envola en juin et fut tué d'un coup de fusil à 
80 kilomètres d'ici. Au commencement de septembre, j'ai 
acheté six nouveaux oiseaux ; trois sont arrivés morts, étant 
mal emballés. Les ti'ois autres étaient bien en chair et en 
plumes ; cependant ils sont tous morts en quinze jours. Je 
crois qu'ils étaient trop vieux pour s'habituer au changement 
de nourriture; et, peut-être, comme ces oiseaux ont toujours 
réussi ici, nous ne les avons pas assez surveillés à leur ar- 
rivée. 

Tantales. 

En octobre, j'ai reçu deux Tantales de l'Inde [Tanialus 
leucoccphahis). Ces oiseaux ont passé l'hiver dans une vo- 
lière du parc. On les enfermait tous les soirs et même pen- 
dant les journées, dans les grands froids. Ils commencent à 
être en couleur. 



308 REVUE DES SCIENXES NATURELLES APPLIQUEES. 

Chaia ou Kamiçhi {Chauna cliuvaria). 

J'ai reçu deux de ces oiseaux en juin. Je les ai lait mettre 
dans un petit enclos, traversé par un ruisseau. Mais, voyant 
qu'ils n'allaient guère dans l'eau et qu'ils mangeaient beau- 
coup d'herbe, je les ai changés et mis dans un grand parc. 
On leur donnait à manger dans une cabane et l'hiver ils y 
entraient librement. Dans les plus grands froids, on fermait 
la porte de la cabane la nuit ; ils sortaient tous les jours et 
n'ont jamais souffert du fi-oid. 

Râles — Poules sultanes — Ibis, etc. 

Les additions les plus intéressantes sont deux Courlans 
géants (Aramides ipecaha), deux Poules sultanes [Porphyrio 
7nelaHotus), trois î'oulques de l'Amérique du Sud [Fuiica 
ardesiaca). Ces oiseaux étaient avec d'autres porphyrions, 
dans un enclos près de l'eau. Une des Foulques est morte 
le lendemain de son arrivée ; les deux autres , mâle et 
femelle, sont devenues très belles Au mois d'octobre, la fe- 
melle a disparu, impossible d'en trouver une trace morte ou 
vivante Tous ces oiseaux sont restés dehors jusqu'aux 
grands froids. Comme il ny avait pas d'abri dans leur enclos, 
on les a mis dans une volière oii on ne pouvait les renfermer 
la nuit. La Foulque est morte en mars, les Courlans et les 
Porphyrios sont tous bien portants. 

Un Biboreau de l'Amérique du Sud {Nycticorax Gardeni?) 
ayant l'air de souffrir du froid, était rentré dans l'écurie, 
ainsi qu'un petit Héron blanc {Buhidcus ibis) que j'avais reçu 
en septembre. Deux Ibis [Ibis stricUpennis] et deux petits 
Hérons blancs sont restés dehors tout l'hiver; ils rentraient 
seuls la nuit sous un petit abri ouvert par devant. 

Calao. 

J'ai reçu un jeune Calao à casque festonné [Rhytidoceros 
vndidatiis) ; il était en assez bon état et il enUellit beau- 
coup pendant les deux mois que je l'ai gardé. Avec des fruits 
on lui donnait à manger du cœur de cheval qu'il aimait beau- 
cou}!. Un jour que le cœur manquait on lui donna de la viande ; 
il ne put la digérer ; le lendemain on le trouva couché dans 
un coin de la cage, il avait vomi la viande; il mangeait 



NOTES SUR QUELQUES ANIMAUX EXOTIQUES. 3G9 

quelques cerises et paraissait aller mieux, mais il mourut dans 
la journée. 

Cariama de Burmeister [Chimga Burmeisteri). 

A son arrivée j'ai lait mettre cet oiseau dans une grande 
volière; mais, quoique très apprivoisé, il cherchait tant à sor- 
tir et paraissait si malheureux, que je voyais qu'il n'avait pas 
l'habitude d'être enfermé ; cependant il n'était pas éjointé. 
On lui coupa une aile et on le mit dans un grand enclos où il 
ne paraissait pas plus heureux ; on le laissa donc libre. Il se 
promène, vient à la maison du laisandier, rentre, sort et se 
trouve tout à fait chez lui, devenant très familier avec la 
femme du laisandier, lui rapportant les petits objets qu'il ra- 
masse. Il ne s'éloignait pas beaucoup de la maison; la nuit 
il perchait dans un cerisier à côté. Il s'est constitué le gar- 
dien de la maison. Aussitôt qu'il voit quelqu'un approcher, il 
court à sa rencontre, se jette sur lui, ne le quitte pas et, à son 
départ, raccompagne jusqu'au bout du parc. Il n'est pas plus 
aimable pour moi ou les ouvriers de la maison que pour les 
étrangers. Il n'a jamais pu souffrir le fils du faisandier, un 
jeune homme de 17 ans. Quand il sort le matin il l'attend à la 
porte et aussitôt qu'il l'entend de loin, le soir, il court et se 
jette sur lui. Il ne craint rien, il attaque le grand chien de 
Saint-Bernard, et on était obligé d'enfermer le petit Casoar, 
qui était libre avec lui, tellement il le tourmentait. Quand il a 
commencé à faire froid, il est entré tout seul le soir sous un 
hangar adossé à la maison. Quelques nuits de très grand froid 
et quand la terre était couverte de neige, qu'il n'aimait pas 
du tout, on l'enfermait dans une cabane. Il chante beaucoup, 
a la voix très sonore et des cris variés. 

Casoars — Nandous. 

Mes Casoars Emeus ont commencé à pondre fin novembre. 
Le mâle a bien couvé, mais les œufs étaient clairs. 

La femelle Nandou avait pondu dix œufs quand, un matin, 
je l'ai trouvée couchée par terre pouvant à peine respirer, et 
au bout d'une heure elle était morte d'une congestion. Elle 
était en très bon état. Je ne sais pas si l'on doit attribuer sa 
mort à ce qu'elle s'est couchée dans l'herbe, qui était dans ce 
moment très longue et très mouillée, et qu'elle a pris froid . 



310 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQI'EKS. 

Au commencement dejuin jai reçu un petit Casoar, que je 
croyais un Casoar à casque; il avait de 40 à 50 centimètres de 
liant ; aujourd'hui il a plus d'un mètre, son cou est devenu 
rouge et bleu; je crois que c'est un Casoar d'Australie {Ca- 
suarius australls). Il a passé lliiver dans le parc quand il 
faisait très froid ; on fermait la porte de sa cabane la nuit. 

Pintades — Faisans, etc. 

Mes acquisitions sont quatre Pintades Vulturines [Numida 
vid(iirina), au mois d'avril. Au fond de leur volière est une 
grotte creusée dans le rocher et fermée sur le devant par des 
jiortes vitrées. Tout l'hiver on les y enfermait la nuit, et, quand 
il faisait très froid, on ne les laissait i)as sortir dans la journée. 
Une d'elles qui depuis longtemps pai*aissait faible est morte en 
janvier, les trois autres sont belles et bien portantes. 

En mars, j'ai reçu une couple de Pintades gris et blanc, 
qui venait de Madagascar; c'est probablement une variété de 
Pintades domestiques. Ces oiseaux ont pondu beaucoup mais 
n'ont jamais couvé. Les œufs mis sous une poule ('talent 
clairs. A leur arrivée, ces Pintades avaient l'air de soulfrir 
du froid, mais elles ont fort bien passé l'hiver dans le parc 
avec les Cliaias. Quand il faisait très froid elles restaient dans 
la cabane. 

En mars, j'ai reçu un lot de Faisans importés, Mongols, 
Prélats, Queue Rousse et Cabots. Les Mongols ont pondu et 
on a élevé pas mal de petits ; plusieurs des autres sont 
morts. 

Quatre Francolins de Madagascar ont passé l'hiver dans 
une volière, assez mal exposée, mais où on jjouvait les en- 
fermer la nuit et quand il faisait très froid ; dans ce moment, 
deux (il n'y a qu'un mâle), ont l'air d'être accouplés ; ils oiif 
battu les deux autres femelles et nous les avons séparés. 

Pigeons — Colombes. 

Je n'ai élevé que des Lumachelles et des Lophotes. Mes 
Labrador [Phaps eicgons] ont pondu beaucoup. La femelle 
couvait quebiuefois, mais au bout de quelques jours le mâle 
la dérangeait. Les œufs, mis sous des Tourterelles, n'ont jyas 
réussi, quoif^ue souvent fertiles. Mes Gouras ont pondu deux 
œufs (l'un au mois de février, l'autre en mars), par terre. Mis 



NOTES SUR QUELQUES ANIMAUX EXOTIQUES. 31 1 

SOUS des Pigeons ordinaires, ils étaient clairs. Les Colombes 
Grivelées pondent aussi par terre et ne s'occupent pas de 
leurs œufs. 

Oies — Canards. 

Mes Oies de Magellan n'ont pas réussi. La nuit après lé- 
closion des œufs, la femelle a dû êti'e effrayée par une 
Fouine ou quelque autre béte.Le matin on a trouvé les petits 
morts et écartés de tous côtés. Les Oies barrées de l'Inde 
et les Oies mariées [juhata] n'ont rien fait. La femelle Oie 
Cabouc [Sarcldiornis melanola) est morte au commence- 
ment de l'année. 

En Canards, j'ai élevé quelques Carolins, Bahamas, Pepo- 
sacas, Becs de lait, mais peu de chose. 

J'ai acheté, il y a un mois, deux Oies de Neige bleues ; ces 
oiseaux sont en bon état et ont l'air de s'habituer chez moi. 

Aras — Cacatois — Perruches. 

Mes Aras verts [Ara mililaris) ont commencé à couver le 
19 mai; la femelle a très bien couvé jusqu'au 25 juin; quand 
elle a quitté le nid, il y restait un œuf clair et les coques de 
deux œufs qui ont dû être clairs. L'Ara bleu {Ara ararainia) 
a pondu son premier œuf le 3 juin, le deuxième le 5, le troi- 
sième le 8; elle a très bien couvé, mais les œufs étaient clairs. 
Le 25 juillet elle a recommencé à pondre (1). Les Singes sont 
entrés dans la volière le 27 et ont mangé l'œuf. Elle a encoiv 



(1] Note ajoutée pendant l'impression. 

. La FoDlaiue, 26 août 18î)2. 

• Mardi, nous avons eu iinfi agréable surprise. En faisant la chasse aux 
Souris dans la volière des Aras bleus, le i'aisandier a trouvé, sous les bûches, 
un jeune Ara bien cinpluiné, et porteur d'une belle queue; il doit avoir plus de 
deux mois. Nous n'avions pas une idée que ces Aras avaient un jeune. Du 2(1 
au 2o mai, la femelle a commencé à couver, et les deux oiseaux défendaient 
leur nid, qui était tout à fait dans l'angle du rocher, et ne laissaient personne 
en approcher. Au bout d'un mois, ne voyant ni coquille d'œuf, ni signe do 
jeune, nous avons pensé que les œufs étaient clairs, comme ceux de l'année 
dernière. Depuis mon retour d''Allemagne, je voyais bien que les oiseaux al- 
laient souvent dans le coin du rocher, mais je croyais que la femelle voulait 
pondre. 

. Le jeune Ara est si beau que j'espère qu'il sera élevé. Si nous avions su 
qu'il existait, il est probable que nous nous en serions trop occupés et qu'il 
serait déjà mort; nous le laissons tranquille et, sans doute, bientôt il sortira 
pour manger. • 



312 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

pondu deux œufs qu'elle a bien couvés, ne se dérangeant ja- 
mais; mais les œuls étaient clairs. Cependant, l'année précé- 
dente, il y avait un des œufs des verts et deux des bleus qui 
étaient fertiles, quoiqu'ils ne soient pas arrivés à éclosion. 
(les Aras n'acceptent pas les tonneaux avec coupures de 
bois que je leur mets pour nids. Ils pondent toujours dans 
un trou par terre. 

Je ne crois pas que les Cacatois aient pondu. Il y en avait 
trop ensemble et je n'avais pas de volières pour les séparer. 

En Perruches, je n'ai élevé que deux Swainson. 

En février, j'ai acheté ti'ois petits Vasas [Coracopsis nigra) ; 
je les ai gardés dans la remise jusqu'au mois de mai ; alors, je 
les ai mis dans une volière peu abritée. Ils sont restés là 
tout l'hiver; ils n'ont pas souflért du froid, ils se promenaient 
dans la neige et étaient toujours gais ; le fond de la volière 
seulement est couvert d'un toit. En novembre, j'ai reçu 
([uatre Perruches Cornues {Nymphicns l'vœensis). (Ce n'est 
pas la variété que j'avais déjà) et deux Perruches de la Nou- 
velle-Calédonie [Cyanoramphns Samrli y). Deux des pre- 
mières sont mortes et les deux autres ne font pas très bonne 
mine. Il est bien entendu, que j'ai tenu ces Perruches dans 
la remise. 

Oiseaux divers. 

Le Ptilonorhynque 'PlUonorhyncus violascens) que j'ai eu 
<leiuiis juillet 1884, est mort ce mois-ci. On l'a rentré l'hiver : 
il était dans une grande cage avec une Mainate religieuse. Il 
est mort d'être trop gras. Ce n'était qu'une boule de graisse. 
Je croyais toujours que c'était une femelle, car il n'était de- 
venu noir que depuis dix huit mois ; c'était un mâle. En oc- 
tobre, j'ai acheté deux de ces oiseaux ; un d'eux est mort 
avant que je Taie reçu ; l'autre est bien portant. Ces deux 
étaient noirs en arrivant. 

J'ai reçu des Pies bleues d'Amérique [Cyanocilia crislata], 
ainsi que deux Pies de l'Amérique du Sud, que je crois être 
la Pie à tête noire {Cyanocorax cyanomclas). 



VISITES FAITES 

AUX ÉTABLISSEMENTS D'AVICULTURE 

Par m. MAROIS 



ÉLEVAGE DU PTN, par Mo y aux (Calvados) 

(12 K. ÎJUO DK LISIEUX) 

Appartenant à 21'''' la comtesse de Chahannes la Palier. 



L'élevage du cliâteau du Pin est surtout remarquable par 
la variété des races de petites Poules dont il est composé. 

Il se trouve situé en face du château, c'est-à-dire à droite 
de la route, en venant de Lisieux. 

En entrant, à gauche, atelier de menuiserie, à droite 
écuries et logement des ]iiqueurs ; etc. 

Grande cour de verdure, à la suite de cette cour, l'élevage ; 
grand emplacement à gauche en entrant divisé en petits com- 
partiments, pour recevoir les Poussins ; à droite le premier 
poulailler divisé en quatorze compartiments, plus au centre 
un salon de repos avec vérandah vitrée sur le devant. 

Description d'un compartiment : 

Cabane en maçonnerie de briques apparentes jointoyées à 
l'anglaise, intérieur blanchi à la chaux vive, couverture en 
zinc, porte à un vantail pour la sortie des Poules, avec petite 
porte dans ladite pour ne pas laisser celle-ci toujours ou- 
verte ; ce compartiment est éclairé par deux ouvertures gril- 
lagées. Le sol de la cabane est en terre avec couche de sable 
fin sur le dessus, litière en paille, ni pondoirs, ni perchoii-s 
dans les deux cabanes câ chaque extrémité ; les Poules pon- 
dent par terre. 

Dans les autres cabanes, où il n'existe que des Pigeons et 
petites Poules, les Poules pondent dans de petits paniers en 
osier et il existe des perchoirs ronds. — Le sol de ces ca- 
banes est en terre, avec sable fin. 

La cabane couverte a comme dimensions 2'",10 sur S^'AW 
pour les deux cabanes en aile ; les cabanes entre les ailes 
n'ont que l-,80 sur 1"\65; au devant de ces cabanes, volières 



31 ; REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

grillagées a^ant : les deux en ailes 3'^,60 sur 5 mètres, les 
autres r",80 sur 5 mètres ; sol terre et sable ; dans la pre- 
mière cabane seulement, touffe d'arbres verts. 

Ce premier poulailler est divisé en deux ailes, c'est-à-dire 
([ue de chaque côté du petit salon au centre, il existe sept 
compartiments. Pour le service à faire aux volailles de 
chaque aile, il n'existe qu'une porte extérieure. les autres 
sont intérieures, incommodité lorsque par hasard on laisse 
une jiorte séparative ouverte et en même tem[)S pour sortir, 
il faut revenir sur ses pas et retraverser toutes les cabanes 
en faisant attention de bien fermer les portes derrière soi. 

La partie couverte de grillage au pourtour, repose sur sou- 
bassement en briques ; sous les séparations entre cabanes, il 
serait nécessaire que le mur soit d'une hauteur de 0"\50 à 
0"\60 i)0ur empêcher les Coqs de se voir et par ce fait de 
s'abimer la crête en cherchant à se battre. 

Le pavillon central se compose sur le devant d'une vé- 
randah vitrée et fermée i»ermettant de surveiller à droite et à 
gauche les parquets ; à la suite, petit salon de repos. 

Entre le gros mur du fond et les cabanes contre le jjavillon 
du milieu, il existe un couloir donnant accès à deux très 
gros poêles , chaulfant en hiver les parquets fermés ; les 
tuyaux de chaleur jiassant dans les cabanes sont protégés 
par une double enveloppe en grillage pour empêcher les 
volailles ou Pigeons de se brûler. 

Cette première partie de l'élevage est très confortable, 
sauf les portes et les cloisons de séparation en briques : il y 
aurait peut-être à ajouter un abri en arbres verts jjour l'été, 
afin que les volailles puissent se percher et se garantir de la 
pluie ou des rayons du soleil. 

Races de poules et pigeons dans ces volières, en commen- 
rant contre l'entrée : 

Parquet n" 1.1 coq « Cochinchine fauve », 4 poules ; 
(!«■■ prix au concours général). 
Dans une petite volière un coq « Nangasaki >;. 

— n° 2. 1 coq, 3 poules, race « Nangasaki dorés ». 

— n° ;3. 1 coq, 2 poules, race « Nangasaki coucou «, 

1 coq Sebright, 

— n° 4. 1 coq, 2 poules, race « Nangasaki argentés » ; 

pigeons « Queue-de-Paon » blancs. 



VISITES AUX ÉTABLISSEMENTS D'AVICULTURE. 315 

Parquet n» 5. 1 coq, 1 poule, race « Nangasaki blancs ». 
_ 11° 6. 1 coq, 2 poules, race « Nangasaki cailloutés ». 

— n° 7. 1 coq, 3 poules, race « Nangasaki soyeux ». 

Après la vérandali est le pavillon du milieu : 

Parquet n° 8. 1 coq, 1 poule, race du Chili. 

— n» 9. 1 coq, -i poules, race Walikiki de diverses 

couleurs. 

— n° 10. 1 coq. 5 poules, race « Java noirs » ; pigeons 

« Pies y> noirs. 

— n° 11. 1 coq, 3 poules, race « Java blancs ». 

— n° 12. 1 coq, 2 poules, race « Scotch Grey «, pigeons 

a Pies » rouges. 

— n^ 13. 2 coqs, 3 poules, race « Sebright «, pigeons 

cravatés. 

— n° U. 1 coq, 3 poules, race Coucou de Maline, pi- 

geons Damacènes. 

En retour, dans l'allée à droite : 

Cinq volières en bois, couvertes en bois, avec grillage sur 
le devant, sol en bois, porte en grillage, trois compartiments 
par cabane, pour la ponte, paniers en osier, perchoirs ronds 
en bois ; par suite des planchers en bois des compartiments 
de ces volières occupés par des poules, celles-ci ne peuvent 

se poudrer. 
Chacune de ces volières a l'",00 sur r",40 de hauteur. 

1"^ volière : Colins, pigeons « Pies », bleus et blancs. 

2e — 1 coq « Java » blanc. 

30 _ 2 coqs, 1 poule « Nangasaki ». 

40 _ 2 coqs Bentam Pékin coucou. 

50 _ 1 coq Bentam doré, 2 poules « Caille ». 

Grande volière. 

Au centre, un pavillon en bois, genre chc\let, couvert sur le 
dessus en ardoises ; ce pavillon sert de pavillon à graines, 
logement de paniers et divers objets pour les volailles. — 
Pour donner accès à ce pavillon, un couloir partant d'une 
des allées ; au pourtour des parvis de ce lavillon en bois 
rayonnent 16 parquets de volailles en éventail ; la partie de 
ces parquets contre les parois du pavillon central sert de 
poulailler à chaque race. 



316 



REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 



Si le pavillon central était construit comme la volière pa- 
rallèle à la route, en briques avec sol en briques pour em- 
pêcher la vermine, les animaux nuisibles ne pouvant s'intro- 
duire dans ce pavillon pour manger les graines et au besoin 
saigner les volailles, ce pavillon, dis -je, serait le type pouvant 
servir de modèle à un amateur; mais pour cela il faudrait 
qu'il soit, comme je le dis, en maçonnerie ; de plus, chaque 



ELEVAGE DE M""' LA COMTESSE 



DE CHABANNES LA PALICE. 



)eux.ièaie grau de volière. 



— Coupe. 





l'iau. — Projet fie modilicalion. 



c 
< 

> 







j I 



20 



318 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

partie des parquets devrait ^tre avec soubassement en 
briques, de 0'",60 de hauteur, avec montants en 1er et gril- 
lage tout an pourtour et sur le dessus. Le poulailler, au lieu 
d'être en bois, devrait être également en briques, avec partie 
à jour en dessous, comme actuellement, mais de plus grandes 
dimensions pour permettre aux volailles de se poudrer et de 
se mettre à l'abri. 

De plus, il serait nécessaire d'ajouter, dans chaque com- 
partiment, ou rayon, une touffe d'arbrisseaux, pour permettre 
aux volailles de se mettre à l'abri. 

Le pourtour extérieur de ces cabanes devrait être égale- 
ment en briques, sur une hauteur d'environ 0"\40, avec en- 
trée particulière pour chaque compartiment, avec serrure et 
bec de cane, une seule clef pour toutes les portes. 

Actuellement les compartiments ont comme grandeur : 
longueur, 7"", 00, largeur contre allée 3'",60, au fond, 0'",70. 
Le poulaill(>r contre pavillon a 0'",70 de largeur sur le devant 
et 0™,20 dans le fond et est en bois ; il est élevé du sol d'en- 
viron 1"\00 et forme en dessous abri et poudrette pour les 
volailles. 

Pour faire un parquet parfait, il faudrait que le comparti- 
ment, à mon avis, puisse avoir : longueur, l'^.OO, largeur 
contre allée 3"', 00, au fond, 1"\20. 

Le poulailler, 1"',20 de largeur sur le devant et 0"%80 au 
moins dans le fond. Le sol de ces compartiments est parfait, 
il est en gazon. 

La déiunise ou modification à faire n'est pas extraordi- 
naire et l'élevage de M"'" la comtesse de Chabannes, si remar- 
quable par sa ravissante collection de petites races, pourrait 
être cité comme type de l'élevage d'amateur. 

Je conseille aussi comme type de mailles pour le grillage, 
la maille de 0'",019 et les montants en fer assemblé avec bou- 
lons et écrous permettant de démonter les volières. 

Les volailles composant les parquets au pourtour de ce 
Iiavillon sont les races suivantes : 

En conmiençant à droite de l'entrée : 

l'^e volière : 1 coq, 2 poules, race " Bentam de Pékin » blancs. 
2« — 2 coqs, 3 poules, race « Bentam de Pékin >■> coucou. 
3« — 1 coq, 4 poules, race « Bentam de Pékin » noirs. 
4« — 1 coq, 3 poules, race « Bentam de Pékin » perdrix. 



VISITES AUX i:TAr.LISSE.ME\rS D'AVICULTURE. 319 

.V volièiv : 1 coq, 3 poulas, race « Beiitam de Pékin » fauves;. 

Oe — 1 coq, -poules, race <* Bralima inverses » (naines). 

7p — 1 co'i, 1 poule, race « Hambourg » argentés. 

8" — 2 coqs, 4 poules, race « Barbu d'Anvers .> blancs. 

Qo _ Icoq, 1 poules, race k Barbu d'Anvers » coucou. 

]0- . — 1 coq, 5 poules, race « Barbu d'Anvers » noirs. 

IP _ \ coq, 3 poules, race h Barbu d'Anvers », caille. 

]2'- — 1 coq. :? poules, race << Wyandotte blancs ■>. 

i:> — 1 coq, '2 [»oules, race i' Wyandotte » argentés. 

14' — 1 coq. 2 poules, race k Wyandotte » dorés. 

15° — 1 coq. 4 ])Oules, race c( Nègre ». 

l(j« — 1 coq, '1 j)ouIes, race « Langslian ». 

Tel est rélevage du cliàteau du Pin par Moyaux (Cal- 
vados) dont le'? amateurs et éleveurs connaissent de réputa- 
tion et de vue, les sujets primés dans les concours généraux, 
régionaux et concours de la Société d'Aviculture de la So- 
ciété d'Acclimatation. 

L'ensemble des volailles composant l'élevage est cliarmant 
et digne d'être visilé. 

Avec une légère modiiication dans la construction des par 
([uets, cela serait, on peut le dire, un pèlerinage agréable à 
Taire pour les amateurs désireux de voir cette remarquable 
collection de })etites races ; ils pourront admirer en même 
temps ce bel emplacement, si spacieux, la perfection et la 
commodité des parquets. 

Nourriture des volailles et Pigeons : blé, sarrasin et avoine. 

Pour les couvées em])loi de Poules, pas de couveuse arti- 
ficielle. 

Je manquerais à mon devoir en ne signalant pas à la So- 
ciété le faisandier du Pin; le jeune Sébastien Josse, âgé de 
15 ans, au service des châtelains, depuis deux ans : ce garçon 
est remarquable par son intelligence et son dévouement. 

Race de volailles de la contrée le plus souvent rencontrée, 
dans la campagne : Poules noires avec huppe semblable à la 
race de Caumont et quelques types de la race de Crèvecœur. 



L'INDUSTRIE DU POISSON 

SUR LE TERRITOIRE DE L'AMOUR 
Par Cath. KRANTZ. 



C'est toujours avec surprise, parce que le fait est malheu- 
reusement trop rare, que l'on rencontre un" renseignement 
sur l'état économique des confins de la Russie d'Asie. Nous 
avons sous les yeux une intéressante brochure de M. Na- 
darofif relative au « Congrès » du territoire de l'Amour (à 
Khaharovka), congrès où étaient réunis tous ceux qui, à un 
titre quelconque, se consacrent aux intérêts de ce pays aussi 
curieux qu'ignoi'é. 

Parmi les questions intéressant l'industrie locale, le « Con- 
grès » s"est surtout occupé du poisson. Xous devons à la 
Commission spéciale qui s'y était consacrée, les renseigne- 
ments que l'on va lire ci- dessous. 

La pèche du poisson constitue la véritable richesse de ce 
pays, étant un des principaux éléments d'alimentation de sa 
population actuelle et à venir et une source de ses revenus, 
sans parler de son importance au point de vue fiscal. 

La Commission classe les poissons du Territoire, dans les 
trois groupes suivants : 

1'" Les poissons des rivières et lacs : le Sterhît, le Thymalle, 
ia « Kalouga », la Carpe, la Brème, le Brochet, le Carassin, 
la Lotte, la Tanche et quelques autres ; 

2** Les salmonidés qui entrent dans les rivières pour frayer: 
le Gardon, l'Eperlan, et surtout la « Kéta » {Oncorhynchwi 
lagocsp halus) ; 

2" Les poissons de mer qui s'approchent des côtes à des 
époques déterminées, i)Our frayer, mais qui ne remontent 
pas les rivières : les Harengs. 

Au point de vue industriel, le Saumon « Gorbouscha » 
{0>icorhy)ic/if''i protei'.s Pall.) et la » Kéta » 0/icorhioichiis 
lai/oce/hulffs Pall.) et le Hareng méritent surtout lattention. 

D'une façon générale, l'industrie du poisson de ce pays se 
borne à satisfaire les besoins locaux et une quantité insigni- 



L'INDUSTRIE DU POISSON SUR LE TERHITOIUE DE L'A.MOU!'. 321 

liante de poisson est seulement exportée de la côte méridio- 
nale de l'ile de Saklialine. On doit attribuer cet état léthar- 
gique de l'industrie et du commerce de poisson aux raisons, 
toujours les mêmes : la cherté et la mauvaise qualité du sel, 
l'absence de spécialistes expérimentés, celle de toute initiative 
énergique, enfin le manque de bras et de capitaux. Des Ja- 
ponais viennent, cependant, sur la côte sud de Saklialine, y 
apportant leur sel et amenant avec eux des ouvriers auxquels 
ils adjoignent des indigènes. Ils salent la « Kéta » [lour la 
consommation alimentaire, extraient du Hareng, l'huile, <'t 
de ses débris fabriquent un engrais avec lequel on l'ume les 
rizières au Japon. Dans la fabrication, cet engrais revient à 
41 koi)ecks le poud, et il est vendu au Japon 54-68 koj). 
L initiative russe est représentée sur Tile Saklialine, par un 
seul commerçant M. Séménoff" qui a exporté en 1885, 3,000 
pouds (le poud = environ 14 kilog) de Morue et 10,000 pouds 
de Harengs secs. 

En 1884, le poisson exporté en dehors du territoire de l'Em- 
pire Russe a été frappé d'un droit de 5 kopecks or par poud 
de poisson si l'exportateur est étranger, et 5 k. papier lors- 
qu'il est de nationalité russe. 

Au Japon , la « Gorbouscha » {Oncorhyuchus proteus, 
Pall.) et la « Kéta » [Oncorhynchiis Ingocephalus Pall.) 
salées et séchées se vendent un « ien o (= 1 dollar), 40 à 43 
pièces, et la Morue 1 rouble 50 kop. le poud. 

Il a été peivu en 1884, sous la rubri({ue de droits pour le 
poisson exporté 2,850 r. 25 k., y compris 022 r. 52 k. pro- 
venant des amendes pour pèche sans permis, et en 1885, il 
est rentré au Trésor Russe 5,000 roubles — produit de la taxe 
de même nature. 

Un commerçant du pays, M. Baranoff", a essayé par deux 
l'ois d'expédier de la Kéta salée à Odessa ; mais, salée modé- 
rément, elle se gâtait en route, et, d'un autre côté, lorsque 
la salure était forte, le poisson durcissait et prenait un goût 
amer. 

On se servait du sel Japonais évaporé du varech. Les frais 
de la fabrication et le prix du transport montaient ensemble à 
4 roubles par poud, et, de plus, en avait eu à payer à Odessa 
2 roubles de droits d'entrée par poud. 

La Kéta, pour la consommation locale, est préparée surtout 
à Nicolaiév.^k, d'où l'on a expédié, en 1885, 20,000 pouds de 



:Viî REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Kéta salée dans les localités en amont de l'Amour et 3,U0U 
vers Sakholine. Le poisson préparé à Nicolaiévsk ne st^ 
conserve pas longtemps. La canse doit en être attribuée à la 
mauvaise qualité du sel. On ne saurait trop recommander 
l'emploi du s£l évaporé par les <.< manza » ; dans le territoire 
Sud-Oussoury, il ne contient pas plus de 1/4 -^/o de sulfate 
de magnésie, tandis que le sel des autres provenances, dont 
on se sert dans le pays, en renferme de 1 à :i l/2%. 

A ce sujet, la commission spéciale du Congrès de Kliaba- 
rovka a émis l'opinion qu'une des mesures les plus impor- 
tantes et les plus urgentes à prendre pour le développement 
de l'industrie du poisson dans le territoire de l'Amour, devait 
être l'exploration et la mise en exploitation des mines de sel 
découvertes à proximité de Nicolaiévsk, ainsi que des bouil- 
loires de sel, surtout dans le territoire Sud-Oussoury. Pour 
cela, elle voudrait voir adopter le régime de la liberté pour 
rétablissement des bouilloires avec exonération, pendant dix 
ans, par exemple, de tout impôt pour la terre et de tout paie- 
ment pour le combustible et l'alTranchissement de tout droit 
sur la fabrication du sel. Kn outre, à titre d'encouragement, 
l'Etat achèterait tous les ans, pour ses besoins, une certaine 
quantité de ce sel et le paierait en argent comptant. 

Comme suite à ces mesures, les membres de la connuis- 
sion croient nécessaire d'autoriser les industriels russes à 
exporter du poisson à l'étranger, sans avoir câ payer de ce 
chef aucun droit. Le Congrès a pleinement adopté ce rap- 
port de la commission et il y a adjoint un paragraphe supplé- 
mentaire exprimant le vœu que l'on n'octroie plus de « per- 
mis » (brevet) de bouilloires de sel à des Chinois, car, dès 
aujourd'hui, dans le tei'ritoire Stul-Oussoury où il existe 
quinze usines à sel, fabriquant chacune trois cents à quinze 
cents pouds par an, tout le sel obtenu est exporté à Khoun- 

tchoun. 

Ensuite, M. Ovtchinnikoff avait demandé que l'on interdise 
la pêche au filet â moins de 150 verstes du liman de l'Amour, 
et encore sous la condition expresse que le filet ne barrerait 
jamais plus de deux tiers du chenal (petite baie), car, sans ces 
précautions, la plus grande partie des poissons qui se di- 
rigent ordinairement vers le chenal au lieu de remonter dans 
la^rivière, retourneraient à la mer. D'ailhurs. dans le lac 
Baïkal, il est interdit de pêcher au filet, aux embouchures 



L'INDUSTRIE DU POISSON SUR LE TERRITOIRE DE L'AMOUR. 323 

des rivières, et dans la rivière Sélenga il n'est permis de 
pêcher qu'à une distance d'au moins 30 verstes en amont de 
l'embouchure . On organise aussi des pèches au Cormoran et 
cet oiseau détruit des quantités de poisson à ces endroits. 
Dans l'intérêt de la pêche et pour sauvegarder l'avenir, il se- 
rait vraiment à désirer que les mesures de, conservation, 
prises dans certaines localités, soient étendues, à toutes les 
rivières même les moins importantes. 

La commission a, en outre, attiré l'attention du Congrès 
sur des malentendus relatifs aux produits locaux qui, expor- 
tés du pays d'origine, — le territoire de l'Amour, — pour 
entrer dans une autre partie du territoire de la Russie, 
l)assent par la douane où quelquefois ils sont considérés 
comme produits étrangers et, comme tels, frappés de droits. 
Nous l'avons déjà mentionné plus haut, M. Baranoff en en- 
voyant du poisson de Nicolaiévsk à Odessa s'est vu forcé de 
payer des droits de douane. 

En ce qui concerne l'utilisation des débris, on retire sur 
l'Amour les cartilages de la tête des poissons. Sur 1,000 pouds 
fabriqués annuellement, la moitié va en Chine, par Nico- 
laiévsk, et l'autre moitié en Mandchourie par la rivière 
Soungari. 

Les cartilages se vendent, sur les lieux de fabrication, 
40 roubles le poud, à Shanghaï, 75 roubles et le long du 
cours de la Soungari, 70 roubles. 

Pour conclure, nous exprimons le vœu que de semblables 
« Congrès », locaux, bien placés pour connaître les besoins 
économiques du pays dans toutes ses particularités, et pour 
savoir les moyens d'améliorer ou de développer ses industries 
vitales, se multiplient et étendent déplus en plus leur sphère 
d'action dans ce vaste pays si dépourvu de toute organisation 
et de toute initiative, qui est la belle et la riche Russie. 



LA CANNE A SUCRE 

PRODUCTION DE LA GRAINE ET VARIATION SÉMINALE 

Par m. h, BRÉZOL. 



Dans le deuxième volume de son ouvrage sur les variations 
des animaux et des plantes, par l'influence de la domes- 
tication, Darwin résume par ces quelques lignes, les résultats 
d'un grand nombre d'observations: « Les plantes qui, pour 
une cause quelconque, croissent trop plantureusement et 
» produisent un excès de feuilles, de tiges, de stalons, de 
» tubercules, de vrilles, etc., arrivent souvent à ne plus 
» fleurir, ou si elles fleurissent, à porter des fleurs stériles. )^ 
Comme exemple de stérilité consécutive d'un excès de vigueur 
de la végétation, Darwin citait surtout la Canne à sucre 
« qui, disait-il, croissant vigoureusement et produisant des 
» tiges succulentes en abondance, n'a jamais, d'après 
» plusieurs observateurs, donné de graines aux Antilles, à 
» Malaga, dans l'Inde, en Cochinchine, dans l'Archijxd 
» Malais ». 

« Persontie n'a pu trouver la Canne â sucre à l'état de 
y> nature et personne, dit Alphonse de Candolle, dans son 
» ouvrage si connu sur l'origine des plantes cultivées, n'en a 
» décrit ou dessiné la graine ». M. Bentham disait souvent 
que la graine de la Canne à sucre était chose absolument 
inconnue dans les herbiers. M. Hackel, la plus récente auto- 
rité sur les plantes herbacées, dit de la graine de la Canne, 
dans la monographie des Andropogonées qu'il a récemment 
publiée : « Cariopsum nemo adhuc vidisse videtur. » Per- 
sonne jusqu'ici ne parait en avoir vu le caryopse. 

Les expériences des praticiens sont toujours restées 
stériles. Léonard Wray, dans son ouvrage intitulé : Pratical 
Sugar Planter, le planteur de sucre praticien, publié en 
1848, discute longuement cette question; mais le passage 
suivant suffit pour faire connaître son opinion : « Nous enten- 
» dons souvent parler de graine de Canne à sucre, et on a 



LA CANNE A SUCRE. 32o 

» l'ait dernièrement une sérieuse enquête, afin d'en finir avec 
» la question de savoir si la Canne à sucre est réellement 
-:> obtenue de semence dans quelques parties du monde, ou si 
>j cette hypothèse est fausse. J/enquète, qui lut concluante, 
» établit le lait que, dans aucun pays, on n'avait cultivé la 
» Canne à sucre de semis à notre époque, sans savoir cepen- 
« dant si on ne l'avait pas lait dans les âges primitifs... 
» Cette idée se représentant continuellement, que la Canne à 
» sucre avait été obtenue de graines en Egypte et aux Indes 
» orientales, avait amené à croire que cette plante pouvait 
être considérablement améliorée, par une culture soigneuse 
« et raisonnée. si des agriculteurs européens pouvaient 
» d'abord en obtenir de la graine. C'est de là que viennent les 
» nombreuses tentatives privées ou publi(iues qui ont été 
•> laites à cette époque pour obtenir la graine introuvable. 
» La Société royale d'agriculture de la Jamaïque étudia cette 
» question et recueillit très intelligemment ses informations, 
» et je crois que cette enquête n'est pas encore terminée. » 
Wray conclut enfin : « Aucune espèce de Canne à sucre pro- 
» duisant des graines ou quelque chose d'analogue à des 
» graines, n'est connue, soit dans l'Inde, soit en Chine, soit 
» dans rindo-Chine, soit en Egypte, soit môme aux Antilles. 
» Dans tous ces pays, la Canne n'est multipliée que par bou- 
« ture. » 

Quarante ans plus tard, en 1885, des autorités en cette 
matière, Lock, Wigner et Harland, dans leur ouvrage 
intitulé : Sugai^ grow'mg and refining^ la culture et le raffi- 
nage du sucre, disaient à peu près la même chose : « On a 
« répété plus d'une fois que la Canne à sucre est obtenue de 
" graines dans plusieurs régions, mais c'était une erreur, 
' aucune espèce de Canne à sucre, mûrissant régulièrement 
n des graines, n'étant connue. La multiplication de cette 
» plante est donc exclusivement pratiquée au moyen de bou- 
» tures obtenues par la section des tiges. » 

Le nombre des espèces et des variétés de Canne à sucre 
existant actuellement est considérable. Dans le jardin bota- 
nique de la Jamaïque, 61 espèces ou variétés faisaient, en 
1884, l'objet de cultures expérimentales. On peut alors se 
demander comment ces variétés se sont formées. La graine 
de Canne à sucre ayant été pendant fort longtemps inconnue, 



326 REVUE DES SCTEXCES NATURELLES APPLIQUEES. 

il semble que ces variétés aient dû se constituer lentement 
l)ar la sélection de ce que l'on nomme les variations des 
tiges C'est-à-dire qu'un planteur ayant remarqué dans un 
champ un pied de Canne paraissant offrir sur ses compagnons 
quelque différence à son avantage, isole ce pied, lui enlève 
des boutures et les plante. Les boutures pourront donner 
également quelques pieds ayant une plus forte teneur en 
sucre, ils seront isolés à leur tour et débités en boutures et, 
par une répétition continuelle de cette sélection des boutures, 
on obtiendra et multipliera une variété nouvelle plus riche 
en sucre. 

En 1884, il y eut entre le Directeur du jardin royal de Kew 
et le ministère anglais des colonies, un échange de corres- 
pondance sur les mesures qu'il conviendrait de prendre pour 
améliorer la canne à sucre, comme on avait amélioré la 
betterave. Pour la betterave, on avait procédé à l'analyse des 
racines de chaque récolte ; puis à une sélection qui ne per- 
mettait qu'aux racines les i)lus riches en matière saccharine 
d'être élevées au i-ang de porte-graines, et cela l'ut répété 
l)endant un certain nombre de générations. Il est évident 
que cette sélection rendrait de grands services, et con- 
duirait à d'importants résultats; mais les deux plantes ne se 
trouvent pas dans les mêmes conditions, au point de vue 
de la reproduction. Dans le cas de la betterave, le cul- 
tivateur agit sur une plante, qui a une existence relativement 
courte, la betterave étant bisannuelle, et dans chaque culture 
successive, on l'obtient par un semis. En mettant à profit les 
l)ropriétés bien connues de la variation séminale de deux ans 
en deux ans, on peut marcher à grands pas vers le but qu'on 
se propose. Mais avec une plante telle que la Canne à sucre, 
on n'a plus les mêmes facilités de sélection. Comme il était 
évident que la Canne à sucre n'avait pas le pouvoir de pro- 
duire des graines, on ne pouvait agir que sur ce qu'on peut 
appeler la variabilité des drageons. 

Les renseignements donnés dans ce sens au ministère des 
Colonies semblent avoir été transmis aux diverses colonies 
où croit la Canne à sucre, et publiés dans leurs journaux 
officiels. La note suivante, par exemple, parut dans la Gazdtê 
agricole de la BarMcle, en août 1886 : 



LA CANNE A SUCIŒ. <i2' 

« Jardins royaux de Kmv au ministère des Colonies. 

{Extraie.) 
» Jardins royaux, Kew, 13 mai 188G. 

,) M. Thiselton Dyer (1) pense qu'il serait utile (réveiller 
» Tattention non seulement des botanistes de profession, 
» mais aussi des planteurs, sur la recherche des variétés de 
w Canne à sucre, se formant par les variations des drageons 
» qui se présentent quelquefois dans les champs de Canne. 
» Si on trouve des drageons modifiés, les plantes mères seront 
). enlevées, et on les soumettra à des essais qui feront con- 
)j naître leur valeur. » 

Ces circulaires amenèrent quelques communications qui 
arrivèrent à Kew, annonçant toutes, la découverte d'une pré- 
tendue graine de Canne à sucre. En 1887, un de ces corres- 
pondants envoyait un paquet de graines qu'il disait avoir 
recueillies sur des panicules de Canne à sucre. C'étaient en 
réalité des graines de Sorgho de Guinée, Sorghum vidgarc- 
On reçut, cependant, une intéressante communication de 
M. Harrison, professeur de chimie et d'agriculture à la Bar- 
hade. Datée du 17 septembre 1888, elle fut publiée dans le 
BulUiin du Jardin Botanique de Kew, au mois de décembre 
de la même année. Cette lettre était ainsi conçue : 

« Laboratoire du (Jouvernement. 

>; Barbade, 17 septeir-bre 1888. 

\ Dans certains des districts les plus élevés de File, on a 
» parfois remarqué de très petites tiges de Canne à sucre, 
) qui ressemblent à des herbes fines, mais on a rarement 
» essayé de les cultiver. M. Parris réussit il y a quelques 
>' années à cultiver plusieurs Cannes provenant d'un panicule 
>; de Canne qu'on avait couvert de terre. M. Clarke répéta 
>^ cette expérience avec un panicule de Canne, du type 
» pourprée transparente, mais il ne put arrivera faire fleurir 
)^ les tiges ainsi obtenues. Il y a déjà des années, mon beau- 
)) père réussit à obtenir des jeunes Cannes en plantant des 
» panicules, mais il ne réussit pas à les cultiver. Nous avions 

(1] Directeur de Ki-w. 



328 REVUE DES SCIENTES NAIUUELLES APPLIQUEES. 

» une plantation de Cannes, disposée en lignes de 1"',20 de 
» large, sur 7'", 50 de longueur, de manière k avoir deux sé- 
» ries ou 36 pieds de Cannes pour dix-huit variétés plantées 
» côte à côte. Les champs de Canne étaient remarquables 
)^ cette année par la quantité de panicules qu'émettaient 
» certaines variétés. Nous donnâmes l'ordre aux ouvriers, 
" qui nettoyaient le champ adjacent à la collection de Cannes 
« à sucre, de nous signaler toutes les herbes différant des 
o mauvaises herbes ordinaires, qu'ils trouveraient dans ce 
» champ. Vers la fin de janvier, ces ouvriers nous annon- 
o cèrent que quelques touiïés d'une herbe, différant de 
» toutes celles qu"ils connaissaient, sortaient çà et là du sol. 
» Nous trouvâmes en effet ces plantes, formant une étroite 
>j bande dans le champ sous le vent de notre collection de 
)' Cannes à sucre. Nous trouvâmes la nouvelle herbe non 
» seulement à la surface du champ, mais aussi sur le fond 
» d'un fossé creusé à une profondeur de 50 centimètres à 
» travers le champ. Nous enlevâmes ainsi 70 à 80 plantules, 
') que nous eûmes beaucoup de peine à conserver en vie, car 
» le soleil les grillait. Nous dûmes bien des fois les abriter 
» contre les rayons du soleil, et nous les arrosions conti- 
» nuellement. De cette façon, nous sauvâmes 64 ou 65 pieds 
>' de ces végétaux, qui étaient des Cannes à sucre Nous en 
» examinâmes 3 ou 4, très soigneusement, afin de bien nous 
» assurer que ces jeunes plantes ne dérivaient pas d'un 
» morceau de vieille Canne avant fait bouture. Leur mode de 
» croissance était tout différent de celui des drageons pous- 
» sant des bourgeons adventifs. 60 pieds furent successi- 
» vement transplantés, et sont actuellement cultivés. Leur 
» croissance n'est pas encore assez avancée pour que nous 
» en puissions rien dire, mais il nous semble que ces Cannes 
» appartiennent au moins à cinq ou six variétés différentes, 
» Si vous trouvez notre découverte intéressante, nous pour- 
» rions vous envoyer, en janvier ou en février, des échan- 
» lillons de chacun de nos types de cannes. La façon dont 
» elles croissent nous permet de dire qu'on n'a dû rencontrer 
" jusqu'ici ces variétés que très rarement dans les champs de 
» Cannes. Le temps qu'il a fait à la Barbade a été très favo- 
» rable à la croissance de nos nouvelles Cannes, et le fait de 
» cultiver plusieurs variétés côte à côte, facilite beaucoup 
» plus la formation des graines, que quand on cultive des 



LA CANNE A SUCRE. 329 

» Cannes appartenant à une seule variété. Je n'ai jamais en- 
» tendu dire que les Cannes de l'île Bourbon produisissent 
» ici des panicules fertiles. Toutes les t'ois qu'on a parlé de 
» panicules fertiles, il était question de la variété de Canne 
« pourprée, et de la blanche transparente qui ont une grande 
» tendance à varier. Nous essaierons encore^ cette année, 
» d'obtenir les mêmes résultats. J'attends impatiemment 
>> votre opinion sur nos premiers résultats, car si nous réus- 
» sissons à démontrer que la Canne à sucre peut, quand elle 
» se trouve dans des conditions favorables, produire des 
» graines fertiles, un vaste champ aura été ouvert à l'in- 
» vestigation. 

y> J.-B. Harrison » 



'o"- 



L'intéressante découverte de MM. Harrison et Bovell fit 
remarquer l'importance de leurs recherclies antérieures sur 
les conditions de culture de la Canne à sucre que personne 
n'avait étudiées avant eux Ces recherches avaient été en- 
treprises plusieurs années auparavant à la maison de correc- 
tion de Dodd à la Barbade. L'importance de la découverte 
de la graine de Canne à sucre fut i)arfaitement comprise aux 
Antilles. Le Demerara Avgosy résume parfaitement sa si- 
gnification dans son numéro du 13 avril 1889, dont nous ex- 
trayons le passage suivant : 

« Ce que nous savons des perfectionnements qui ont été 
'• apportés à d'autres plantes par la sélection dans la géné- 
» ration séminale, nous permet de dire que cette découverte 
» e.st importante et qu'elle sera la source d'une rénovation 
» et d'un enrichissement des Cannes à sucre. Il faudra peut- 
» être plusieurs années pour améliorer nos meilleures varié- 
» tés, mais nous sommes i)ersuadés d'une chose, c'est que si 
» les meilleures variétés de Cannes peuvent fournir des 
» graines, on arrivera, par des essais systématiques soigneu- 
» sèment conduits, à contrôler cette opération, et un choix 
» soigneux, une sélection de la descendance, nous donneront 
» avec le temps des formes améliorées. » 

Les mêmes idées se retrouvaient exprimées dans une lettre, 
écrite le 9 août 1889 du Jardin de Kew, au ministère des 
colonies : 

« Au point de vue du planteur de Cannes, la multiplication 
» par sélection des graines si elle est bien établie et si elle est 



330 RKVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

>) intelligemment mise en pratique, est capable de donner 
» pour la Canne à sucre et sa teneur en sucre, le même ré- 
» sultat que celui obtenu pour la betterave. » 

Les gens de science n'aiment pas accepter un l'ait simple- 
ment annoncé. Avant que la reproduction minérale ne lût 
considérée comme très probable par le Directeur du jardin 
de Kew, il était nécessaire qu'il eût vu des spécimens au- 
thentiques des graines de Canne à sucre de la Barbade, et 
qu'il se lut assuré qu'en semant ces graines on obtenait des 
tiges de canne à sucre. 

On sait que certaines graminées ont souvent leurs inflores- 
cences stériles, elles portent alors desbulbilles végétative.sau 
lieu de graines dans leurs Heurs, elles deviennent vivipares; 
et comme MM. Harrison et Bovell ne sont pas des bota- 
nistes, il n'y aurait eu aucun déshonneur pour eux à com- 
mettre une erreur de détermination. Tout doute lut dissii)é 
après la réception à Kew de portions de panicules de Canne â 
sucre contenant des graines. M. Morris, sous-directeur du 
Jardin de Kew, examina plusieurs centaines d'épillets en- 
levés à ces fragments de panicules et n'y trouva que 
Tort peu de graines. 

Quelques-unes de ces graines furent semées dans des con- 
ditions favorables, et il étudia sérieusement la marche de la 
germination. Ces opérations furent répétées pendant plu- 
sieurs semaines, et à la fin, on entreprit une série de prépa- 
l'ations microscopiques qui démontraient définitivement la 
possibilité de la fécondité de la Canne â sucre. 

En reconnaissance de sa belle découverte, M. Harrison fut 
nommé directeur du laboratoire du Gouvernement à Deme- 
rara, Guyane anglaise. 

Feu le docteur Soltwedel, de Java, avait prouvé, en 1887, 
que la Canne â sucre pouvait produire des graines fertiles, 
et il avait publié les résultats de ses cultures dans un journal 
de cette île intitulé : Tijâsclirift voor Land en Talnbouw, 
etc., Gazette d'agriculture, d'horticulture, etc. 

En 1889, quelques mois avant que M. Morris ne lise â la 
Société linnéenne de Londres le mémoire qu'il avait rédigé 
pour annoncer la découverte de MM. Harrison et Bovell et 
ses observations personnelles, le docteur Benecke, de la sta- 
tion d'expérimentation sucrière de Samarang, à Java, avait 
publié une monographie intitulée : Ofcr Zuchcr rlct uU 



LA CANNE A SUCRE. 331 

Zaad, sur la Canne à sucre de semis, brochure dans laquelle 
non seulement il décrivait en détail les recherches du doc- 
teur Soltwedel, qui venait de mourir directeur de la station 
expérimentale de Samarang, il décrivait complètement le 
fruit de la Canne à sucre, et donnait des figures de la graine, 
pendant les différentes phases de la germination, et des fi- 
gures de jeunes plantes, également pendant les diflerentes 
phases de leur développement. 

Il n'y a donc pas eu découverte nouvelle de la part de 
MM. Harrison et Bovell, et M. Harrison le reconnaissait hau- 
tement, du reste, dans une lettre écrite j>ar lui au 7 unes et 
au Mancliester examiner, lettre dans laquelle il disait : 
« M. J. W. Parris, de la Barbade, obtint en 1858 des tiges de 
» Canne à sucre provenant de semis. 

» En 1861 62, M. Carter, de la Barbade, trouva dans un de 
» ses champs des Cannes portant des panicules contenant des 
» graines qui furent semées, germèrent et donnèrent des 
» tiges de canne à sucre provenant de semis. Les planteurs 
" n'avaient pu utiliser ces expériences, les graines susce[)- 
» tibles de germer se trouvant en trop faible quantité et les 
» Cannes ainsi obtenues étant de trop mauvaise qualité ; 
» comme un grand nombre de Cannes cultivées à Dodd, du 
n reste. 

« Le docteur Soltwedel, directeur de la station expérimen- 
» taie de Samarang, Java, dut renoncer à ses expériences en 
» reconnaissant que ses Cannes étaient aussi soumises aux 
» maladies que les Cannes venues de boutures. » 

Le docteur Soltwedel commença, au printemps de 1885, â la 
fabrique de sucre Bendokerep â Japara, Java, ses recherches 
sur la fructification de la Canne à sucre, principalement sur 
le Saccharmm spontanewn ou GlaglaJi une Canne sauvage de 
Java. Il remarqua que la fleur de cette espèce avait des an- 
thères, un pollen régulièrement constitués et un pistil. Il y 
eut fécondation et formation de graines. Il réussit à faire 
germer ses graines en 1885 et à en obtenir des tiges. 

Dans la même année Soltwedel s'occupa également d'études 
sur la fieur de deux variétés de Saccharum officinaruiu 
nommé TeJioe ClierWou à Java et Teboe Poeth à Bendokerep. 
Là aussi, il eut des fleurs parfaites, mais il reconnut que le. 
pollen était stérile, et n'obtint pas de fructification Quoique 
les rapports d'autres investigateurs n'encourageassent guère 



332 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

à cherchera obtenir des graines de Glaglah, le D"" Soltwedel 
continua cependant ses expériences sur cette espèce, car il 
avait très souvent vu des abeilles venir butiner dans leurs 
anthères. Il supposa alors que les anthères devaient contenir 
une matière attirant les abeilles, afin que celles-ci vinssent 
se charger de la fécondation en transportant le pollen sur 
le stigmate du pistil. Aucune de ses expériences ne réussit. 

Soltwedel reprit ses recherches dans le champ d'expé- 
riences de Samarang, d'avril à juillet 1886. Cette année 
«ncore il ne put obtenir de graines en opérant sur des variétés 
<le la véritable Canne à sucre industrielle, mais il obtint des 
graines avec le Saccharum glonggong, une Canne à sucre 
qui croit sauvage à Java comme le Glaglah. Il fit germer ces 
graines qui donnèrent des Cannes absolument semblables à la 
plante mère. 

En 1887, il réussit enfin à obtenir des graines de la vraie 
Canne à sucre. Comme il avait remarqué que la Canne à 
sucre de sucrerie dite Loethcrs, une variété très saccharine, 
pouvait être fécondée sans formation de graines, il eut l'idée 
d'essayer d'une fertilisation par croisement, en prenant sur 
une plante mâle de l'espèce industrielle, du pollen qu'il déver- 
serait sur le pistil de l'espèce sauvage, et il publiait, le 1'='' juil- 
let 1887, le résultat de ses expériences dans le Tijdschrifl. 
voorLand and Tuinbouw, la Gazette d'agriculture et d'Horti- 
culture, article auquel nous empruntons les lignes suivantes : 

« Pour nos expériences de croisement, nous choisîmes cette 
» année, le Glaglah et le Loethcrs, sans nous occuper du 
>' Glonggong, parce que cette variété fleurit très tard, après 
» que le Loethers est défleuri. Mais le croisement est très 
» difficile â opérer entre fleurs de Canne à sucre, à cause de 
» l'extrême petitesse de ces fleurs. A l'aide de petits ciseaux 
r anatomiques, nous coupâmes les anthères non encore ou- 
» vertes d'un certain nombre de fleurs de Glaglah et de Loe- 
« thers. Nous déversâmes ensuite du pollen de Loelhe/'s sur 
» les fleurs émasculées du Glaglah et vice-versâ. » 

On ne put savoir si cette opération avait réussi ou non dans 
lie sens du croisement que l'on désirait, mais à la même 
.époque on constatait que vingt variétés de la vraie Canne 
autres que la Loethers^ avaient été fertilisées, et on obtint 
■cette année uue formation de graine dans 11 variétés diffé- 
rentes indiquées dans le tableau suivant : 



LA CANNE A SUCRE. 333 



NOMS DES VAniÉTÉs. PAYS o'on.n.N.. ,,Ï;;'J-, 'Z:Sr ,rSes 



Pour cent Poids Pour cent 

(le lleuis dos graines des 

yanl donne eu niilii- graines 

des graine.-, grammes, germant. 



1 Canne jaune . - Hawai 3 " /o 0,20 IG "/o 

2 Teboe batoeng Bornéo G 0.16 15 

3 Teboe honing Bornéo 4,5 C,10 G 

4 Branche blanche . . . Maurice 31 0,15 35 

5 Loelhers Maurice 0,37 0,20 » 

6 Teboe rapook Java 0,23 0,22 » 

7 Teboe soerat bali. . . Java 0,36 0,20 » 

8 Teboe soerat redjoe. Java 13,7 0,11 3 

9 Teboe idjoe Java 0,8 0,20 ÎO 

10 Glonggong Java sauvage. S, 5 0,16 



11 Glagah Java sauvage. 24 0,34 



» 

» 



Soltwedel trouva le plus grand nombre de graines dans un 
épillet de Branche blanche, qui sur 100 fleurs- avait donné en 
moyenne 31 graines. Le Teboe rapooJi en fournit le moins, 
1 graine pour 435 fleurs. Ces graines étaient excessivement 
petites, celles du Glaglah viennent en premier lieu pour la 
taille, celles du Tehoe koening et du Tehoe ^œr ni redjoe en 
dernier. 

Un très grand nombre de Cannes obtenues de semis péris- 
sait, et Soltwedel obtint seulement de la Canne jaune d'Hawaï, 
en 1887, de fortes tiges qui s'élevèrent à 2 mètres 50. Il divisa 
ces tiges en boutures, en 1888, les planta et elles donnèrent 
des pieds de 3 mètres 50 de haut. 

Soltwedel obtint donc des graines de Canne à sucre en 
1887, un an avant MM. Harrison et Bovell, mais en trop 
petite quantité par panicule pour que sa découverte pût 
rendre le moindre service à l'agriculture. 

Après Soltwedel un planteur de Java, nommé Ostermann, 
obtint en juin 1887 des Cannes de semis en semant des pani- 
cules entiers dans un sol humide. Cn chimiste nommé 
Schwartz, le D'' Ostermann et surtout le D" F. Benecke obtin- 
rent de nombreuses graines par le semis de graines isolées. 

(A suivre.) 



y Octobre 1892. 



41 



CULTURE DU MASH 

DE MÉSOPOTAMIE (PHASEOLUS VfRWISSIMUS) 

A LAMARTINE (ALGÉRIE) EX 1890-1891 

Pak m. Jules CLOQUET. 



Dans le courant de mai 1890, mon éminent confrère, 
M. Paillieux, voulait bien m'adresser un sachet de j^n^aines de 
:\rash de Mésopotamie, en me demandant d'en essayer la cul- 
ture dans la région où je me trouvais. 

M. Paillieux estimait que ce Phascolus devait être inconnu 
en Algérie. Je ne sais s'il avait déjà lait son apparition dans 
d'autres régions, mais dans la plaine du Chelifi', on ne le con- 
naissait pas encore. 

Notre confrère me priait de semer ces graines immédia- 
tement, craignant qu'il ne iïit déjà trop tard. 

Comme, pour difïérentes raisons, je ne pouvais moi-même 
m'en occuper de suite, je me mis en rapport avec MM. Astié 
et Marage, administrateurs de la commune mixte du Cheliff, 
lesquels voulurent bien se charger de ces essais dans la pé- 
pinière qu'ils avaient créée à Lamartine. 

J'étais sûr que mes graines ne pouvaient être placées 
entre de meilleures mains. En effet, le résultat obtenu en 1890 
fut si favorable, que l'on continua en 1891, et que cette année 
1892, on doit essayer la culture sur une plus grande échelle. 

Voici le compte-rendu des observations laites en 1890 et 
1891 à Lamartine. 

En 1890. le Mash fut semé vers la fin de mai. 11 aurait été 
beaucoup préférable de le semer en avril. (Dans la lettre qui 
accompagnait son envoi, M. Paillieux émettait la même opi- 
nion.) 

Le terrain employé est un terrain d'alluvions, un peu glai- 
seux. Etant donnés les premiers résultats, il parait probable 
que tous les terrains de labour de la région se prêteraient 
parfaitement à cette culture. 

Vu la petite quantité de graines que nous possédions, les 
semis furent faits en carré, après un simple piochage, par 
raies distantes de 0,25 à 0,30 en terrain plat, sans exposition 
spéciale. 



CULTURE DU MASII DE MÉSOFOTAMIE. ■ 335 

La durée de germination a été d'une huitaine de jours en- 
viron. Deux mois après la sortie de terre, le Masli donnait 
des fruits mûrs. 

La température, en été, s'élève à 45-^ et un peu au-dessus. 
En hiver, elle s'abaisse à quelques degrés au-dessous de 0. 

En 1891, deux semis furent faits dans les mêmes condi- 
tions, l'un le 15 avril et l'autre le 15 juin. Le premier a mis 
quinze jours à lever. Malheureusement les Sauterelles sont 
arrivées et n"ont épargné que quelques pieds. Le second a 
levé au bout de huit jours. 

Comme l'année précédente, les pieds ont donné des fruits 
au bout de deux mois de la sortie de terre. Dans l'un et l'autre 
semis, la lutte contre les Criquets a empêché d'observer la 
floraison, la fructification et la maturation. 

En somme, dans la région du Cheliff, il est maintenant 
bien établi que la durée de germination est de huit à quinze 
jours, suivant l'époque, et qu'au bout de deux mois la plante 
donne des fruits bons à consommer. 

Pour l'année 1892, grâce à la bonne obligeance de 
MM. Paillieux et de Vilmorin, qui ont bien voulu mettre à 
notre disposition une plus grande quantité de graines, à la- 
quelle viendra s'ajouter le produit de la récolte précédente, 
nous comptons faire cette culture en grand, par labour, 
en semant, comme le blé, et nous ne doutons pas d'obtenir 
d'excellents résultats. 

Comme de juste, j'ai tenu à déguster le Masli. Je l'ai 
trouvé excellent, en soupe, en purée ; je le préférerais peut- 
être même à la lentille. 11 est vrai que je n'ai pu le goûter 
qu'en très faible quantité, il fallait conserver notre petite 
récolte pour l'année suivante. Les personnes auxquelles j'ai 
fait goûter du Masli, l'ont aussi fort apprécié. 

A notre avis, le Masii est une plante qui s'acclimatera par- 
faitement en Algérie, quel que soit le terrain de la culture, et 
qui rendra de véritables services. 

Grâce à notre éminent confrère M. Paillieux, à qui nous 
devons déjà tant de nouvelles importations, notre colonie se 
trouvera dotée d'une nouvelle richesse. 

Il ne faut pas oublier non plus messieurs les Administra- 
teurs de Lamartine, MM. Astié et Marage, qui ont bien 
voulu se charger de cette introduction, et auxquels nous de- 
vons les renseignements donnés plus haut. 



II. CHRONIQUE DES COLONIES ET DES PAYS D'OUTRE-MER. 



L'Ouret dans les diverses cultures de Java. 

Il y a peu de plantations à Java qui n'aient été atteintes par la larve 
d'an"insecte de la famille des coléoptères, qui est répandu dans toute 
l'île et connu sous des noms diiTérents suivant les diverses résidences 
de celte île, tels que Omet, Quler houmie, Warvalan, Eni/hook, etc. Il 
s'attaque aux plantations de Café, de Thé, de Quinquina, de Canne à 

sucre et de Tabac. 

En voyageant, dans l'île de Java, on n'entend que des plaintes à 
propos de l'Ouret et de la maladie des feuilles. 

Qu'a-t-ou fait jusqu'à présent contre ce fléau ? 

Ou a tâche de poursuivre les Ourets dans le sous-sol et de les brû- 
ler. Mais c'est une besogne dc'sespérante, leur nombre étant trop con- 
side'rable. On a aussi essayé les agents chimiques pour les détruire, 
fels que la chaux vive, le pétrole, l'acide sulfurique, etc. Mais tout 
cela est insuffisant pour dc'lruire les milliards d'Ourets qui envahissent 
tous les ans le sous-sol et les racines des arbres. 

Comme l'Ouret se présente dans les contrées hautes et sèches aussi 
bien que dans les contre'es basses et humides, les sécheresses prolon- 
gées n'ont aucun rapport avec son apparition; du reste, on eu a vu 
dans les cultures européennes. 

Disons à ce propos que M. Grandeau, bien connu des cultivateurs 
français, déclare que le Hanneton fait perdre en France à l'agricul- 
ture environ 300 millions de francs par an. On a donc cherché, 
.pendant plusieurs années, un moyen efficace pour se débarrasser 
de ce tléau. Mais ces recherches ont e'té également infructueuses. 

M. Vivien, chimiste de Saint-Quentin, a donne, en 1889, l'idée de 
chercher à provoquer une maladie parmi ces insectes. 

Le 28 juin 1890, M. Le Moult trouva dans une terre du département 
de l'Orne un certain nombre de larves couvertes de moisissures. Sui- 
vant les indications de M. Vivien, M. Le Moult envoya ces larves à 
M. Giard, professeur d'une école d'agriculture. 

Le résultat des recherches de M. Giard, aidé de M. Prillieux et de 
M. Delacroix, était que cette moisissure, un champignon nomme Botry- 
(is tenella, Iransporte'e sur des larves et des coléoptères sains, les 
rendait malades et les tuait, et que le parasite n'était nuisible ni 
aux plantes, ni aux animaux. 

Bientôt, on fit en France et en Allemagne des essais en plein air sur 
une vaste échelle, et l'on constata que des larves infectées par ce para- 
site [Botri/ds tenella), enterré à quelques centimètres de profondeur, sur 
plusieurs points d'une terre cullive'e, avaient atteint toutes les larves 
saines qui linirent par mourir. En retournant cette terre, on la trouvait 
couverte de larves mortes, qui avaient été complètement transformées 



CHRONIQUE DES COLONIES ET DES PAYS D'OUTRE -MER. 337 

en ce champignon-parasite, lequel avait été transporté par le vent et 
autres influences naturelles, sur d'autres terres, de sorte que toute la 
contrée avait cle' dc'barrasse'e de cet insecte nuisible. 

L'ini^ecte parfait aussi est atteint de cette moisissure qui empêche 
les femelles de déposer leurs œufs dans le sol, de sorte que le mal est 
frappé à >;ou début. 

Des lubes du Botri/tis tenella ont donc été envoyés à Java, où des 
essais ont été faits avec beaucoup de soin par M. Luder, administrateur 
des cultures de Café et de Quinquina de Pagliavan (Pekulongan . Ces 
essais ont cto' couronnés de succès. Comme les tubes de Boti'jjtis 
tenella ne coûtent que 6 francs, on peut infecter tout une entreprise 
à très peu de frais. 

Maladie grave de la Canne à sucre à la Trinité. 

Une maladie grave de la Canne à sucre règne à la Trinité ; les plan- 
tations qui en sont atteintes sont perdues eu deux mois de temps. 
Une commission a e'ié nommée afin de faire une enquête à cet e'gard. 
Son opinion est que le mal est causé par un insecte, signale il y a 
quelque temps, par M. J. Bell-Smith. La prochaine récolte est sérieu- 
sement comoromi?e dans l'île entière. 

L'insecte ditîere de grandeur et d'autres parliculanles avec celui qui 
s'attaque d'ordinaire à la Canne à sucre. Il pénétre dans la tige en 
perçant des trous d'une grande longueur, oii il dépose ses œufs. Les 
jeunes insectes se multiplient avec une rapidité' étonnante et poursui- 
vent leur œuvre de destruclion. 

La Canne atteinte prend une nuance légèrement rougeâlre, comme 
si elle était bri^ilée par le soleil. Au-dessus et au-dessous de la partie 
attaquée, elle a l'air' d'être bien portante au début, mais peu à peu 
le mal gagne la Canne entière, le suc devient aigre et n'a plus 
aucune valeur pour la fabrication du sucre. 

Le seul remède trouve jusqu'à prc'senl est l'éloignement imme'diat 
des Cannes atteintes. Mais le mal a pris des proportions trop grandes 
pour pouvoir le déraciner cette année. 

Il paraît que la reproduction d'année en année de la Canne à sucre, 
par des boutures, mène à une faiblesse constitutionnelle extrême, qui 
la rend incapable de résister aux attaques de cette nature, (^est pour 
celte raison que l'on recommande d'employer de temps en temps des 
semis (1). On en a la preuve à la Trinité où les plantations de ce genre 
sont restées intactes. Aux îles Bocas et aux Barbades, on suit cette 
méthode et l'on n'a pas à s'en plaindre. 

D' II. Meyners d'Estrey. 

(1) Voir nos articles sur la culture de la Canne à sucre, avec >Ies semis, 
dans les numéros des 20 août et 20 septembre 1890, de la Reouc des sciences 
'•^aî'.'.relles appliquas et le préseiu numéro, p. 321. 



III. CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 



Une espèce de Zèbre qui va disparaître. {F.quus ou Hip- 
potigris Quagya G m), — >;ous connaissons qualre espèces de Zèbres, 
savoir : VEquus ou Hippotigris Zébra L., ou Zèbre proprement dit. 
1'^. ou H. Greviji A. M.-E. YE., VH. Burchellii Gray, ou Zèbre Dauw, 
enfin VEf/icus ou nippoligris Quagga Gm. très voisin du DauAv, et 
que beaucoup de chasseurs et de marchands africains qui faisaient 
commerce de sa peau ont confondu avec ce dernier. Plus robuste que 
le Dauw. le Quagga ressemble surtout a un véritable cheval. Il se dis- 
tingue du précédent par le petit nombre de rayures qui n'atteignent 
pas le milieu du corps ; par sa coloration brun-rouge qui devient 
blanche sur les parties inférieures. Au contraire, le Dauw a le pelage 
entièrement rayé, à l'exception des jambes ; sa couleur est dun 
Sienne jaunâtre. Il surpasse par sa beauté' le Quagga. A cause de cette 
confusion, les indigènes affirment encore aujourd'hui que le Quagga 
vit en nombre au-delà du fleuve Orange. Mais on a constaté qu'il 
n'existe plus dans ces contrées. Son habitat était la colonie du Cap, 
l'Etat libre d'Orange et l'ouest du Griqua-Land. Les Boërs ont cause sa 
disparition. Plus anciennement, les fermiers hollandais e'tablis au Cap 
tiraient profit de sa chair jaune et huileuse pour nourrir leurs esclaves. 
L'animal diminua bien vile. En 1S40 on le trouvait assez abondant 
dans les plaines septentrionales de la colonie. Ou en tua un certain 
nombre, en LS58, près de Tiger Berg, aux environs d'Aberdeen. Mais, 
depuis vingt ou vingt-cinq ans, les Bocrs de l'Etat d'Orange pensèrent 
à utiliser la peau du Quagga et du Dauw. Ce commerce réussit mal- 
heureusement trop bien, car l'on vit certaines régions se couvrir de 
leurs squelettes. Cette extermination dura vingt années. 

Il n'est guère possible de fixer les dates cl les localités où le Quagga 
fut observé en dernier lieu. Au Cap, il a disparu vers LSGO ou LSô5. 
Près de la rivière Orange, on l'a note' à une époque plus récente. En 
1H89, M. Selons rapporte qu'il n'a plus entendu parler du Quagga. 

On le rencontrait dans les mômes lieux que le Dauw, mais on ne l'a 
jamais vu se mêler à lui. Dans .ses troupes, on voyait souvent des 
Gnous et des Autruches. De vieux chasseurs ont décrit la marche 
étrange en file de ces Zèbres, lorsqu'ils traversaient les plaines, et leur 
fuite en escadrons, quand ils étaient surpris. Ils passent pour avoir été 
des adversaires peu commodes, une fois blessés. Cornwallis Harris 
nous parle de la mort de son serviteur dont le crâne fut brise d'un coup 
de pied de Quagga. Un indigène qui en blessa un eut tous les doigts 
de la main coupés par les dents de l'animal. 

Barrow, en 1797, nous apprend que l'espèce est bien membrce, pas 
vicieuse et docile comme bôle de trait. Au point de vue de la nour- 
riture, elle n'est pas plus exigeante que le Mulet. Cet auteur nous dit 



CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 



339 



qu'elle est commune dans le Sud africain, mais que peu de gens s'en 
servent. — Les jeunes s'apprivoisent mieux que les Zèbres ordinaires. 

Elle se serait fort bien prêtée à la domestication, suivant Jardine, 

qui s'est iiromeuc dans un gig attelé' d'un Quagga dont la bouche e'iait 
plus sensible que celle du meilleur Cheval. Près de Londres. M. SherifT 
Parkins attela une paire de Quaggas h son phaéton. De S. 



Le poids des Poussins aux différentes époques de leur 
existence. — Voici les re'sultals des pesées conse'cutivcs de Pous- 
sins faites à l'élevage d'Aviculture module de Liesnoï (près Saint-Pe'- 
tcrsbourg), dans le courant de l'année 1890, et publics par le Journal 
d'Aviculture, bulletin de la section de ce nom faisant partie de la Sec- 
tion Ornilhologique de la Société Impériale Russe d'Acclimatation des 
animaux et des plantes. 

La précision de ces renseignements se trouve garantie par les con- 
ditions mômes que l'on a eu la précaution d'observer strictement : 

a) La couvaison se faisait en partie naturellement, par des Poules et 
des Dindes, et d'autre part, au moyen de l'incubation artificielle, à 
l'aide des appareils nouveaux de M. Khirson ; 

b) Les œufs étaient pese's avant de les mettre sous les couveuses ou 
dans les appareils ; 

r.) On se servait de balance de poste marquant les poids russes de 
l:.te 1= 12 grammes 797) et de zolotniks {= 4 gr. 266; ; 

dj Les Poussins étaient toujours pesés avant les repas, ayant le 

gosier vide ; 

ej Les chiflfres que l'on trouvera ci-dessous repre'sentent chacun la 
moyenne de poids de 5 à 10 Poussins de même race et de même âge. 







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Italienne blanche.. . 


Perdrix italienne... 


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31 



340 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

Les Poussins sont e'clos entre le 20 avril et le 5 mai. Ils se sont 
couverts de plumes dans l'ordre suivant : les Plymoulh Rocks et les 
Italiennes Leghorn paraissaient entièrement garnis au commence- 
ment de la cinquième semaine ; les Brahma claire (les poules) et les 
Dorking l'e'taicnt huit jours plus tard. Au bout de six semaines, se 
trouvaient avoir leur plumage complet : les Pl^'mouth Rocks, les Ila- 
liennes blanches, les Perdri.\ Italiennes et les poules Brahma. Les 
Wyandoltes et les Langshan avaient encore, à cetle e'poque, la partie 
postérieure du corps recouverte de duvet. Enfin, les coqs Brahma et 
les Andalouses restaient peu emplumés. 

La conclusion générale qui semble devoir être de'diiite de ce cons- 
ciencieux travail est la suivante : le développement de diffe'rentcs 
races allait, dans les cas oludiés, en décroissant dans l'ordre suivant : 
Plymoulh Rock, Brahma claire, Italienne blanche. Perdrix Italienne, 
Wyandotte, Langshan, Dorking, Andalouse. 

Il était intéressant de donner ces renseignements sur le di'velop- 
pement des Poussins, car c'est là un critérium qui permet de juger de 
la plus ou moins grande faculté' d'adaptation dos races dans ce pays, 
de leur degré d'acclimatation. C. K. 

Cas d'hybridité. — Le Jardin Zoologique de Copenhague a ob- 
tenu Tanne'e dernière des métis provenant du Phasianus Amherstiee ^ 
avec VEuplocomus llneaôusQ; du Grand Te'lras J [T. urogallus) avec 
le Coq de bruyère Ç {T. tetrix). Ceux-ci furent malheureusement tues 
par une Faisane. Dans cet établissement on posséda aussi plusieurs 
hybrides du Canard Mandarin ^ avec VAnas spoiisa Ç. De S. 

Utilisation des déjections des oiseaux domestiques. — 

Le Journal d' Av'cultare, paraissant à Sainl-Po'lcrsbourg, qui sert avec 
tant d'intelligence les intc'rets de ce genre d'élevage en Russie, publie 
les renseignements qui suivent, cherchant, comme il le fai tsouvent, à 
secouer, par le tableau des avantages matériels, l'apathie des agricul- 
teurs russes. 

Les oiseaux dont nous utilisons la chair, les plumes et le duvet, 
fournissent encore un produit fort utile — leurs déjections, qui, eu 
Russie, font conside're'es comme n'ayant aucune valeur et restant sans 
emploi. En Chine, au Japon et dans certains pays de l'Europe occi- 
dentale, c'est cependant presque l'unique engrais dont on se sert, sur- 
tout pour les potagers, les vignobles, les melons, le lin et le tabac, 
ainsi que pour faire bien venir les arbres et les buissons d'or- 
nement. 

D'ordinaire, cetle substance n'est utilise'e qu'après avoir été sc'chce 
et re'duite en poudre. On en saupoudre simplement la surface à fumer; 
on se sert également d'une solution composée d'une partie de celte 
poudre dissoute dans 10 parties d'eau, pour arroser la terre autour 



CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 



341 



des jeunes végétaux. L'Etablissement d'Aviculture Pialique récen - 
ment fondé à Liésnc/i, près de Saint-Pdtersbourg, le seul, peut-être, eu 
Russie qui ait mis son élevage sur le pied « européen », — iic seil 
depuis trois ans des déjections de ses animaux pour la fumure des 
terrains plantés de plantes potagères et de jardin, de toutes espèces — 
et il se félicite des résultats. 

Il semble que c"est là l'unique et la plus ualurello utilisation à 
attendre de la substance en question : les oiseaux domestiques se 
nourrissent, eu eil'et, presque exclusivement de matières végétales, des 
trrains, et en partie seulement d'insectes. Leurs excrémenis contiennent 
donc tous les éléments mine'raux et organiques qui entrent dans leurs 
aliments ; il ne faut pas oublier non plus que ces sécrétions sont très 
concentrées, les oiseaux rejetant à la fois sous la forme solide et sous 
la forme liquide. 

Voici, d'après M. E. Wolf, quelle en est la composition chimique : 





POUR 1,000 PARTI! 


îs de déje 

^ ■ 

1 

DE 
CANARD. 


CTIONS 

DE 
PIGEON. 


POUR 
1,000 PARTIES 

d'excré- 
ments FRAIS 
DE CHEVAL. 




DE 
POULET. 


d'oie. 


Il y a : 
Eau 


560 

255 
15.4 
16,3 

8,5 
1,0 

24,0 
7,4 
•'•,5 

35,2 
1 


771 

134 
3,4 
5,3 
9,5 
1,3 
8,4 
2,0 
1,4 
14,(t 


565 

262 

14,0 

10,0 
6,2 
0,3 

17,0 
3,5 
3,3 

28.0 


519 

308 
17,8 
17,6 
10 

0," 

16,0 

3.0 

3,3 

20,2 


710 

246 

4,5 ' 

5,2 

1,5 

1,4 : 

1,2 

12,5 


Matière organique.. . . 
Phosnhate 


Azote 


Potasse 


Sodium - 


Chaux 


\lafnesi J 


Combin. sulfureuses. 
Silice et sable 



C'est-à-dire que les déjections des oiseaux domestiques sont surtout 
riches eu substances les plus utiles pour la regénération du sol cul- 
tive': l'azote, les phosphates et les alcalis De plus, ces matières s'y 
trouvent à l'état si concentré que l'on ne doit se servir d'ex- 
cre'ments purs que par petites doses et il est préférable de les mélanger 
de terre ou de les dissoudre dans de l'eau. Dans les poulaillers bien 
entretenus où il existe toujours de la litière, de la tourbe ou de la 
sciure en quantité suffisante, les excréments s'y trouvent si bien mé- 
langés que leur ensemble forme un engrais tout pre'pare' qui peut être 
transporté directement du poulailler sur la terre à féconder. Si l'on 
désire employer la substance pure, il ne suffit pas de la faire sécher, 



342 REVUE DES SCIENCES NATUHELLES APPLIQUÉES. 

il faut encore prendre la précaution de la broyer, car, dans le cas con- 
traire, les grosses parcelles roulent en boules et eu s'allacbanl aux ra- 
cines des plantes peuvent devenu- nuisibles. 

L'expérience indique que, suivant la plus ou moins grande pureté du 
produit et la nature de la plante dont on désire favoriser ainsi le déve- 
loppement, il faut de 100 à 200 pouds d-"oxcremenls (le poud vaut 
16,380 kilog.) par déciatine (1,092 bectares). 11 semble plus avan- 
taf-'cux de ne pas introduire toute cette quantité à la fois, mais de la 
diviser en deux : d'abord en recouvrir une partie en labourant et 
ensuite en répandre sur le sol après l'ensemencement. 

Dans presque tous les villages de la Russie, sous les toits des édi- 
fices publics, des clochers, etc., s'entassent des monceaux de colom- 
biuc— ce précieux engrais, — tandis que la cullure environnante, 
la terre surmene'e pâlit. Les agriculteurs russes n'auraient cependant 
qu'à se baisser pour prendre ce qu'il leur faut. . . en nettoyant par la 
même occasion un peu ces mêmes édifices publics. S"ils ne savent 
utiliser ces ressources aujourd'hui abondantes, quelqu'un s'avisera de 
les exporter à l'étranger. On a déjà essaye et il n'est pas douteux qu'il 
y a là un péril pour l'agriculture russe. V. 

Le bassin de la Liez. — Etabli au pied du rocher de Langres, 
pour servir de réservoir au canal en construction, de la Marne à la 
Saône, l'e'tang dit de la Liez, est alimenté par les ruisseaux de Lecey, 
d'Orbigny et par les eaux pluviales des pentes cultivées q>ù forment 
son cadre et l'entourent de toutes parts, sauf à l'ouest où il est ferme 
par une digue en ligne droite, qui coupe le vallon et nuit sensiblement 
à l'harmonieux de son aspect. 

Ce véritable lac mesure 24 kilomètres de tour par terre, 7 kilomètres 
de long et 2 kilomètres de large. La profondeur de ses eaux est de 8 à 9 
mètres environ, sauf sur les bords, bien entendu, mais la déclivité est 
assez rapide. Il baigne, en partie, deux petits bois, ce qui constitue un 
excellent refuge pour les oiseaux d'eau de toutes sortes, qui y sant en 
grande abondance, tant palmipèdes que rapaces, ainsi que les èchas- 
siers de différentes espèces. Mis en eau, il y a huit ans seulement, ce 
bassin est loue pour la chasse et la pèche à une Société langroise, qui 
a été' chargée de l'empoissonner pour partie. 

Pour commencer on y a mis des petites Carpes {Cyprinus Carpio) et 
il n'est pas rare aujourd'hui d'en prendre pesant 4 kilos et plus. 
L'alevin y fourmille. On a aussi introduit dans le bassin de la Liez le 
Halmo Quinnat, qui y prospère à merveille et dont on capture dès 
maintenant de beaux e'chanlillons de 6 à 7 kilos. C'est, je crois, la 
tentative d'acclimatation de ce poisson, la mieux réussie qui ait eu 
lieu jusqu'à ce jour, et à ce titre elle mérite d'être signalée à notre 
Société. Notre lac langrois renferme aussi la Tanche {Cyprinus tinca), 
dont on ne voit pas beaucoup d'individus, parce qu'elle hante pro- 



CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 313 

bablcment de proïérencc les grands fonds où il est difficile de pocher. 
A ma connaissance, un seul sociélaire y a mis 9,000 Feras, qui vien- 
dront probablement très bien. Mais, la curiosité du bassin, c'est le 
Ccregonus clupeoides, poisson d'Ecosse, qu'on y prend en assez grande 
quantité et de belle taille (3 kilos), sans qu'à la connaissance d'aucun 
des sociétaires ni de l'Administration, il y ait jamais été apporté. 

Enfin, les amateurs de Goujon [Cyprinus Gobio) trouveraient dans 
l'étang de la Liez de quoi se satisfaire amplement. Ce bon petit poisson 
se rencontrait avant l'établissement du bassin, dans les ruisseaux qui 
l'alimentent, mais depuis, il a beaucoup multiplie et grossi. Pour la 
nourriture des Saumons et de la Truite, si on en mettait, comme on 
aurait raison de le faire, la Bouvrière commune s'y trouve en abon- 
dance. 

D'après ce qui précède, ou voit que l'eau du bassin de la Liez est 
d'une qualité parfaite, convenant à beaucoup d'espèces de poissons, 
et que presque toutes celles d'eau douce y peuvent être acclimatées. 
Signalons-le donc en terminant, comme un éden peur les ichtyolo- 
gistes, les pisciculteurs, les ornithologistes, les pêcheurs et les chas- 
seurs en général; je pourrais ajouter les botanistes, car sur les bords 
on pourrait essayer la culture de beaucoup de belles plantes aqua- 
tiques, les Qijperus, les Poatederia, les Nymphéa, les Aponogeton, les 
Potamogetoii, les Neiumbium, etc. 

Notons, comme digne de remarque, que le Brochet n'a pas encore 
fait son apparition dans le bassin de la Liez, ce qui peut être considéré, 
par les fermiers, comme une bonne fortune qui ne peut toujours durer. 

De Confevron. 

Les Saumons de la Golumbia. — La majeure partie des Sau- 
mons vendus aux Étals-Unis sous forme de conserves, dans des 
boîtes, des cans de fer-blanc, vient des eaux de la Golumbia. le fleuve 
séparant le territoire de Washington de celui de l'Orégon, où la pèche 
et la préparation de ces poissons s'exécutent pendant trois mois envi- 
ron de l'année, en hiver. 

Chaque cannery, chaque établissement de préparation, occupe 200 où 
300 bateaux, montés par un pêcheur qui doit fournir l'embarcation et 
payer le marinier chargé de la manœuvre. Les bateaux se mettent en 
campagne le soir, munis d'un grand filet à mailles de 20 centimètres, 
garni à son bord supérieur de flotteurs en bois de cèdre rouge, qu'on 
tend en travers du fleuve non loin du point où il se jette dans le Paci- 
fique, pour barrer le chemin aux Saumons remontant en eau douce. 
Chaque bateau prend en une nuit de 15 à 30 Saumons, pesant en 
moyenne 20 à 21 kilogs, car les usines ne se donnent pas la peine «le 
travailler les poissons pesant moins de 13 à 14 kilogs. On en prend 
même parfois de 38 et 39 kilogs. Le pêcheur reçoit en moyenne 3 fr. "75 
par Saumon, mais il doit payer son marinier auquel il donne d'ordi- 



344 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

naire 125 à 130 francs par mois. Les pêcheurs propriétaires de leurs 
bateaux et de leurs lilets se font ainsi de 5,000 à 7.500 francs par an: 
les autres ont à paver sur cette somme la location du matériel, ce qui 
diminue considérablement les béne'ficcs. Tous les bateaux apportent 
chaque malin leurs prises de la nuit à la cannery oii on les reçoit et 
les porte en compte. 

L'apprêt des Saumons est confie' à des Chinois, et chaque canner;/ 
en occupe plusieurs centaines. Les uns enlèvent eu trois coups de 
couleau la tête, la queue et les organes intérieurs des Saumons, et ces 
poissons, glissant sur un plan incliné, tombent entre les mains 
d'autres opérateurs qui les font cuir, en enlèvent la viande, et Tintro- 
duisent dans les boîtes de fer blanc. 

En 1890, les 23 usines qui fonctionnaient sur les bords de la 
Columbia, ont traité 429,300 Saumons, chilî're supérieur à celui de 
1889, anne'e où on n'en avait traité que 321,314. 

La seule localité d'Astoria, dans l'Orégon, a expédié en 1890, 1768 
chariots de Saumons aux villes situo'es sur le Missouri. II. B. 

Le Madia et sa culture. — Si la culture du Madia, commencée 
par un grand nombre d'agriculteurs de certaines re'gions de la France, 
n'a pas entièrement donne' les résultats sur lesquels on se croyait eu 
droit de compter, cette plante n'en reste pas moins inte'ressante par les 
avantages rc'els qu'elle présente sur plusieurs graines ole'agineuses de 
notre pays, notamment par la rapidité de sa croissance et par sa rus- 
ticité. 

Le Madia satica Mol. {Madia viscosa C.w. Madi des Chiliens) est 
une plante herbacée, annuelle, dont la lige et les feuilles sont hérissées 
de longs poils soyeux et glandulifères qui sécrètent un suc jaune, vis- 
queux, d'une odeur désagréable. Sa tige, haute de 50 centimètres à 
1 mètre, est ramifiée au sommet; ses feuilles inférieures sont opposées 
et les supérieures alternes, semi-amplexicaulcs, Unéaircs-lancéole'es, 
très entières, à trois nervures longitudinales. 

Indigène au Chili et en Californie, cette plante est cultivée dans di- 
verses parties de l'Amérique; elle a o'té iutroduilc en Europe il y a 
environ un demi-siècle et s'est propagée en Allemagne et ensuite en 
France. 

Les fruits, disposés en grappes latérales, sont des akènes anguleux, 
allongés ; 9-11 millimètres), brunâtres, aplatis d'un côté, convexes de 
l'autre, marques de 4-5 nervures longitudinales ; ils renferment en- 
viron 25 "/\, de leur poids d'huile grasse qu'on extrait par pression 
des graines, suivant les procèdes ordinaires. 

Lhuilc de Madia obtenue à froid est très liquide, d'une belle cou- 
leur jaune doré et un peu plus grasse que les huiles communément 
en usage. Elle possède une légère odeur qui disparaît en partie avec 
le temps, ou par le lavage picalable des graines à l'eau bouillante ; 



CHRUNIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 3i5 

sa saveur assez prononcée ne plaît pas à tout le monde. Ses qua- 
lite's alimentaires sont loin d'égaler celles de l'huile d'olive, comme on 
a pu le dire, mais il faut toutefois reconnaître que son goiit est bien 
préférable à celui des huiles de navette et de colza utilisées pour la 
table dans nos campagnes du Nord et de l'Est. 

• Obtenue par pression à chaud, l'huile de Madia est visqueuse, un 
peu épaisse et plus foncée en couleur. D'une saveur un peu ucre et 
d'une odeur désagréable, elle est impropre à l'alimentation. Lors- 
qu'elle a été' epure'e et décolorée, elle est excellente pour l'éclairage et 
briîlc avec une flamme blanche et brillante, sans répandre de fumc'e. 
Traitée par la soude, elle permet de fabriquer de bons savons, ana- 
logues à ceux de Marseille, mais un peu moins consistants. 

On l'emploie encore utilement pour la pro'paration des cuirs et le 
foulage des draps ; elle produit, en outre, avec la céruse, une pein- 
ture très siccative. L'huile de Madia rancit assez vile si l'on n'a pas la 
précaution de la tenir dans des vases hermétiquement fermés. Par ses 
propriétés siccatives et sa solubilité dans l'alcool, elle s'éloigne beau- 
coup des huiles dolivc du commerce. Elle est soluble dans 30 parties 
d'alcool froid et 6 parties d'alcool bouillant. 

Le tourteau peut être employé' comme engrais pour les terres; il 
convient parfaitement à la nourriture des bestiaux, car l'enveloppe 
qui entoure l'amande reste toujours imprégnée d'une certauie quantité 
d'huile qui c'chappe à l'action de la presse. Le meilleur parti à en tirer 
consiste à le pulvériser et à le mélanger avec du son, des grains cuits, 
des racines, etc. 

Le Madia peut être donne' comme fourrage vert aux Moutons, mais 
l'odeur caractéristique de ses capitules et la viscosité de ses feuilles, 
en e'ioignent généralement les autres animaux domestiques. La plante 
sèche fournit, par l'incinération, des cendres riches en sels minéraux 
et bonnes pour l'amendement des prairies. 

Quoique le Madia supporte bien tous les assolements, les sols sili- 
ceux ou argilo-siliceux, perme'ables lui conviennent particulièrement, 
mais non les terrains forts, humides et compacts; il se plaît égale- 
ment dans les terres sèches formées de cailloux, de quartz et de cal- 
caires. 11 résiste aux plus grandes sécheresses, craint l'humidité pro- 
longée de l'air et de la terre et supporte difficilement les fortes gelées 
d'hiver et les froids tardifs du printemps. 

Le Madia se sème à la volée ou en ligne, mais ce dernier moyen 
semble plus avantageux et a toujours mieux réussi, tout en nécessi- 
tant moins de graines Le sol destiné à le recevoir doit être ameubli 
et bien divisé par de bons hersages. Cette plante se sème ordinai- 
rement du mois de mai au mois de juin, plus rarement en automne ; 
sa maturité a lieu environ trois ou quatre mois après la semaille, et 
se reconnaît lorsque les graines deviennent noires. 

Le reproche le plus sérieux qu'on ait fait au Madia au sujet de sa 



34G REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

culture en France, c'est de ne pas mûrir toutes ses graines eu même 
temps, ce qui rend la récolte difficile et expose les cultivateurs à 
une perle assez sensible. Nous dirons, cependant, que certaines pré- 
cautions prises pendant la coupe ou l'arrachage, suffisent presque 
toujours à éviter cette perte, surtout si l'on n'attend pas pour récolter 
le Madia que les grappes latérales aient atteint une complète matu- 
rité, qui s'opère ensuite lorsque la plante est en gerbes. 

Une fois les liges coupées ou arrachées, on peut battre au lléau 
ou, lorsque les graines sont bien mûres, secouer iortement les bou- 
quets de fruits sur un drap dispose' à cet elfet. Celte opération doit se 
pratiquer autant que possible dans le champ même ou peu après la 
récolte, pour éviter la perte et réchaufTement de la graine. 

Quant aux avantages réels qui re'sultent de sa culture, disons d'a- 
bord que le Madia produit une quantité d'huile plus grande que toutes 
les autres plantes oléifères cultive'es jusqu'ici, qu'il demande j)eu ou 
point d'engrais, épuise moins le sol tout en ne l'occupant que peu de 
temps. 11 se contente aussi de terrains de qualilo's très inférieures et 
n'est pas attaqué par les insectes dont les ravages sont quelquefois si 
funestes aux Navettes et aux Colzas. Enfin, disons pour terminer, 
d'accord avec M. de Vilmorin, que le Madia est très propre à ôlre 
employé comme récolte intercalaire et à remplacer avantageusement 
les récoltes détruites par des hivers rigoureux, des inondations ou 
des orages. 

Le Madia mellosa Mol. est une espèce voisine, également origi- 
naire du Chili, cultivée en Amérique comme plante oléagineuse, mais 
incoimue des agriculteurs européens. M. V.-B. 

Acclimatement dessences forestières. — A l'assemblée 
des forestiers allemands qui a eu lieu à Cassel dans les dernier. ^ 
jours du mois d'août 1890, sous la présidence du conseiller forestier 
supérieur Hiesz, il a été rendu compte des expériences entreprises sur 
les différentes parties de l'Allemagne pour racclimatement de coni- 
fères ou d'essences feuillues exotiques. 

En Prusse, les expériences patronnées par le prince de Bismarck et 
le ministre Lucius, ont porté sur 600 hectares répartis entre dix can- 
tonnements forestiers, elles ont coûté 310,000. francs. En coordonnant 
les résultats obtenus, on a pu faire des essences exotiques, mises en 
exi)érienee, trois catégories distinctes. 

Le premier groupe comprend celles, dont le succès, dont la réussite, 
sont indubitables et qui se recommandent à la fois en raison de leur pro- 
•ductivitc et pour l'excellence de leur bois : Ce sont parmi les conifères, 
le Sapin ou Pin de Douglas [Pseudotsuga Douglasii], le Picea Hitcheiisis, 
le Chamœcypans Lamsoniam, le Thui/a gigantea. Parmi les espcce=i 
feuillues, le Noyer noir {Juglans n''gra), l'Hickory blanc (J'an/a alba], le 
€arga amara, le Carya totneuiosa, le Chêne rouge {Quercus rubra). 



CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 347 

Le deiisiëme groupe se compose d'essences susccpliblcs seulement 
de présenter des avantages sur les arbres indigène^ dans des circons- 
tances spéciales. Ce sont le Pilch pin {Pinus rigida), qui aime les sols 
secs, stériles, les dunes, le Genévrier de Virginie [Jumperas Yirgi- 
nUina), ie Sapiu de Nordmann [Abies Noi'dma'^imana) que son entrée en 
végétation tardive fait résister aux froids, et le Pinus Laricio pour les 
ve"-ions où l'air est fort humide. Toutes ces espèces appartienneiil aux 
Conifères. Nous trouvons parmi les essences feuillues 1 Erable à sucre 
{Acer saccharinum) et un bouleau, le Betula lenta ame'ricain qui altcint 
une taille de 25 métrés. 

Les essences du troisième groupe ne peuvent réussir en Prusse ou 
du moins ne présenteraient aucun avantage sur les essences locales. 
Elles comprennent parmi les conifères : le Pin de Jeffrey {Pinus 
Jeffrei/ii) et le Pin lourd {Pinus ponderosa]. 

Parmi les feuillus, le Frêne pubescent {Fraxinus puhesceus] les 
Érables, VAcer dasi/carpum, VAcer Califoniicum qui ont quand ils sont 
jeunes une croissance excessivement rapide, pour se ralentir ensuite, 
et deux Hickorys : le Cari/a, porcina {Pigaut IUckori/) et le Carf/a 

sulcata. 

Ou a également fait sur des espèces japonaises des essais, de date 
encore trop re'cente pour pouvoir en déduire la moindre conclusion. 
Parmi les conifères cependant, la croissance d'un me'lézc. le Larix 
leptolepsis, a été fort rapide et on paraît devoir obtenir de bous résul- 
tats avec le Chamceci/paris pisifera et le Chamœcgparis ohtusa. 

En Bavière on a fait dans soixante-quatre cantonnements forestiers 
des essais avec le Sapin de Douglas [Pseadolsuga Douglasi']. Dans qua- 
rante-six cantonnements les résultats ont e'ic excellents. Ils ont été 
bons dans douze autres. Mauvais seulement dans six cantonnements. 

Le Chamœoj paris Laivsoniana a e'ie' mis à l'essai dans vingt et un 
cantonnements. Les résultats ont été excellents dans huit. Bous dans 
sept. Mauvais seulement dans six. 

Le Pilch pin du Nord {Pinus rigida) a eu 32,000 de ses individus 
plante's dans vingt cantonnements. Les résultats ont été excellents 
dans six. Bons dans trois. Mauvais dans onze. Les observations des 
forestiers bavarois concordent donc avec celles de leurs collègues de 
la Prusse qui voient dans cette essence un arbre destiné à remplir des 
buts spéciaux. 

Le Sapin de Nordmann {Abies Nordmanniana), dont 7,500 individus 
ont été plante's sur quatorze cantonnements, a donné d'excellents ré- 
sultats dans deux cantonnements, de bons dans dix, de mauvais dans 
deux seulement. 

Le Pin de Jeffrey {Pinus Jeffrei/ii] et le Piu lourd {Pinus ponderosa"!, 
ont donné en Bavière des résultats beaucoup meilleurs qu'en Prusse. 

H. B. 



IV. BIBLIOGRAPHIE. 



Les Mollusques. Introduction à l'étude de leur organisation, de'- 
veloppemeut, classification, affinités et principaux types, par Henri 
CoupAiN, professeur d'histologie à la Sorbonue. — Georges Carré, 
éditeur, à Paris, 58, rue Saint-Andre'-des-Arts. 

L'ouvrage que nous annonçons sous ce titre, quoique intéressant 
toutes les personnes qui s'occupent de zoologie en général, est plus 
particulièrement destine', dans la pcuse'e de l'auteur, aux candidats à 
la licence es sciences naturelles. 

Certes, les ouvrages et les mémoires originaux sur ce sujet sont 
nombreux, mais pris isolément, ces travaux ne comprennent guère 
qu'une très faible partie de l'ensemble des connaissances exige'es. II 
résulte donc de ceci, que le candidat est oblige' ou de parcourir rapide- 
ment et superficiellement ces ouvrages, ou de noter, dans un grand 
nombre d'auteurs, les passages ou les chapitres concordant avec ic.^ 
diverses parties du programme: de là, une grande perle de temps. 
C'est donc pour obvier à un inconvénient, re'ellement sérieux, que 
M. II, Coupain vient de publier ce petit traité sur les Mollusques. 

Le plan de ce travail est très simple : l'auteur étudie, les unes 
après les autres, chacune des classes et chacun de leurs ordres, en 
prenant en général un ou plusieurs types dans chacun d'eux, mais 
sans insister sur la description des caractères des genres et des es- 
pèces, description qu'il est toujours facile de trouver dans les ouvrages 
spéciaux. 

Le premier fascicule comprend les Acéphales, les Scaphopodes et 
les Amphineures; le deuxième, les dilFéreuts ordres des Gastéropodes 
et le troisième et dernier, les Ptéropodes et les Co'phalopodcs. 

Nous pensons que cet ouvrage, tel qu'il est conçu, est appelé à 
rendre de grands services aux candidats en leur facilitant l'étude de 
celte partie du programme ; aussi verrions-nous avec plaisir traiter par 
le même aulcur, et suivant le même ordre d'idée, les autres groupes du 
règne animal. 

Disons aussi, pour terminer, que ce petit livre est imprime' avec 
luxe et qu'il contient environ 340 belles figures destinées à mettre eu 
relief les parties ge'nérales du texte et même les exceptions lorsque 
celles-ci peuvent offrir un intérêt particulier. M. V.-B. 



Le Gérant : Julks Grisakd. 



I. TRAVAUX ADRESSES A LA SOCIETE. 



LA CHASSE 

ET 

LE GOAIMERCE DES OTARIES^'' 

Par m. ÏCIIER^'IG0FF. 



L'Otarie appartient à la lamille des Pliocien.s, mais elle se 
distingue des Phoques sous plus d'un rapport. Le corps de 
l'Otarie, long d'un à sept pieds (4 pieds à l'âge moj'en), a la 
Ibrme et la couleur d'un cigare avec, à un bout la tête, la bou- 
che pas trop grande, de toutes petites oreilles et de grands et 
beaux yeux. L'extrémité postérieure du corps est terminée 
par les nageoires a^'ant l'aspect d'une paire de gants de peau, 
les doigts cousus ensemble. Ces nageoires servent à l'animal 
de gouvernail en mer et d'éventail sur terre. Une autre paire 
de nageoires, en coins larges et plats, fixées aux côtés, rem- 
plissent le double office de rames dans l'eau et de jambes sur 
la terre ferme. Ces deux espèces de nageoires ne sont autre 
chose qu'une modification des extrémités, déterminée par les 
conditions de la vie de l'animal dans l'eau. Elles sont recou- 
vertes d'une peau noire épaisse dépourvue de poils. 

Le corps de l'Otarie est très souple et élastique. En na- 
geant et en plongeant, l'animal se tortille dans tous les sens. 
Sur terre, l'Otarie se tient presque debout ou plutôt assise, 
la partie antérieure du corps presque perpendiculaire au 
train de derrière, s'appuyant sur ses deux nageoires de côté 
et sur celle de derrière. 

Pour se mouvoir sur terre, l'Otarie avance ses nageoires 
l'une après l'autre, et elle ramasse à chaque pas son train de 
derrière qu'elle reporte ainsi en avant, avançant pour ainsi 
dire, par sauts ; aussi, marche-t-elle péniblement et lente- 
ment. En revanche, elle nage très vite, très adroitement et 

(1) L<:s Otaries, par M. Voloschinolf, lieutenant-colonel de l'Etal-major 
russe. Saint-Pétersbourg, 1889. 

20 Octobre 1892. 22 



350 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

infatigablement. Pour en donner un exemple, nous citerons 
le cas où, en suivant sans s'en éloigner un navire faisant 
plus de 10 nœuds par heure, l'Otarie trouvait le temps de 
faire encore des détours, des sauts, etc. 

Pour le repos et le sommeil, l'Otarie na pas besoin de 
sortir de l'eau. Elle replie ses nageoires et dort tranquil- 
lement ayant seulement le bout de son museau hors de l'eau. 

Les Otaries, pareilles en cela aux oiseaux, ont des migra- 
tions, quittant pendant l'été les latitudes plus voisines de 
l'équateur pour des endroits qui se rapprochent davantage 

du pôle Nord. 

C'est en l'741, qu'avec la découverte des îles du Comman- 
deur, on connut pour la première fois un des séjours des 

Otaries. 

La question de savoir où se trouvaient les autres îles ser- 
vant, pendant l'été, d'abri aux Otaries qui se dirigeaient par 
les détroits orientaux des îles Aléoutiennes, continuait à 
préoccuper les Russes qui se livraient à la chasse dans ces 
latitudes, lorsque le capitaine Pribyloff parvint à découvrir 
les îles qui portent aujourd'hui son nom. Les côtes de ces 
îles étaient recouvertes d'un nombre immense d'Otaries. 
C'est ainsi que la première partie du problème, à savoir oii 
les Otaries passent l'été, s'est trouvée résolue. Quant à Fou- 
droit qui leur sert de quartier d'hiver, il reste inconnu jus- 
qu'à présent. On a essayé d'expliquer leur disparition, pen- 
dant l'hiver, de différentes manières ; on a supposé, par 
exemple, qu'elles descendaient au fond de la mer, plongées 
en léthargie, ou bien qu'elles se rendaient dans l'hémisphère 
sud, etc. Ce qui parait le i)lus vraisemblable, c'est que les 
Otaries ne sortent jamais du courant chaud, pass(^nt l'hiver 
dans les latitudes méridionales qu'elles quittent Tété pour 
celles plus voisines du pôle Nord. Appliquée aux Otaries 
de la mer de Behring, cette hypothèse expliquerait leurs 
migrations par ce fait que les Otaries des îles du Comman- 
deur passent l'hiver sur l'Océan entre les îles Philippines p\ 
les îles Japonaises, tandis que Tété, en se dirigeant tou- 
jours au nord, elles longent les Kouriles et se trouvent dans 
le courant du Kamtchatka. Ce courant est faible et sui)crfi-. 
ciel diminuant d'intensité avec les vents de l'ouest et du nord, 
tandis que les autres vents produisent un effet contraire. 
C'est à ro^ ronditions: de la dir^rtion des vents que l'on 



LA CHASSE ET LE COMMERCE DES OTARIES. 331 

attribue la plus ou moins grande alïïuence des Otaries sur 
les côtes de ces îles. Plus le courant se trouve intense, et 
plus il vient d'animaux ; et au contraire, si le courant est 
laible, un nombre relativement insignifiant vient se fixer 
dans ces parages, tandis que la plus grande partie demeure 
dans l'Océan, au sud des îles. — Cela peut s'appliquer d'ail- 
leurs aux îles Prib.yloff". 

Comme stations d'été des Otaries, on connaît aujourd'hui 
les points suivants : 

Les îles Pribyloff, dans la mer de Behring : environ 
5,000,000 animaux, d'après M. Elliot qui a consacré à l'étude 
de cette chasse plusieurs années et qui est resté deux ans sur 
les îles. 

Les îles du Commandeur, près les eûtes orientales du 
Kamtchatka. Environ, 2,000,000, suivant M. Grebnitzky. 

Les îles Srednevsky (Kouriles^, 5 à 10,000. 

L'île des Phoques, près la cote orientale de Sakhaline, 
10,000 Otaries environ. 

Sur le territoire de la République Argentine, près le Cap 
de Corinthe, 10,000. 

De plus, on trouve encore des Otaries en très petit nombre 
dans d'autres endroits où elles étaient très nombreuses au- 
trefois. Tel est le cas des localités suivantes, dans l'hémi- 
sphère sud : 

1" Les îles Galopaiis (?). La peau des rares Otaries que l'on 
y rencontre encore n'a guère de valeur sur le marché ; 

2° Les îles San-Félix et Juan-Fernandez, sur les côtes du 
Chili et de la Bolivie ; 

3" La côte occidentale de la Patagonie et une partie de la 
Terre-de-Feu ; 

4° Les îles Falkland ; 

o*' Les îles Saint-Georges, le groupe des îles Sandwich, 
rOcéanie Méridionale, les îles Écossaises et Aukland, les îles 
Campabella et Esméralda , ainsi qu'un certain nombre de 
petites îles au sud de la Nouvelle-Zélande ; 

6" Les îles du Désespoir, les îlots Roj'al Company situés au 
sud du Cap de la Bonne-Espérance et un grand nombre de 
})etites îles de la même partie de l'Océan. 

Les endroits énumérés sous les numéros 1, 2, 3, 4, 5, 6 ont 
été, dit Elliot, le théâtre d'une chasse longue et ardente, ce 
qui eut pour résultat le dépeuplement des Otaries. Les rares 



352' REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

peaux que l'on s'y procure, sont inégales de dimensions, in- 
férieures comme qualité et travail . D'autre part, l'absence 
de toute réglementation de la chasse, de toute protection 
pour les animaux, auront pour eftét, dans un bref délai, 
la destruction complète des Otaries sur ces rivages oîi elles 
étaient si nombreuses autrefois. 

Les « reposées stations » de la mer de Behring méritent 
plus d'attention. Les îles Pribyloff appartenant aujourd'hui 
aux États-Unis de l'Amérique, sont situées sous bl°, latitude 
nord, et 160°, longitude ouest, méridien de Poulkovo. Le 
groupe se compose de deux îles et deux îlots d'origine volca- 
nique. La plus grande, l'île Saint-Paul s'étend à 15 kilo- 
mètres de l'est à l'ouest et à 10 kilomètres dans le sens nord- 
sud. Elle semble être formée par une suite de petites collines 
qui seraient reliées par un sol de formation postérieure. 

Les sables profonds rendent difficiles les communications 
dans l'île. Sur 42 lieues de littoral, 16 1/2 sont prises par les 
reposées des Otaries. Le produit de la chasse annuelle peut 
être évalué à 15,000 Otaries. 

La seconde île comme importance, est l'île Saint-Georges, 
plateau escarpé à pentes rapides du côté de la mer et coupé 
dans le sens transversal par une vallée. Dans sa partie la 
plus longue, l'île a 18 verstes (kilom.), sa largeur maximum 
est de 8 kilom. 2 lieues 1/2 seulement sont occupées par les 
reposées sur l'étendue totale du littoral qui est de 29 verstes. 
La chasse aux Otaries donne 25,000 animaux environ tous 
les ans. 

Le climat de ces îles, très humide, rappelle celui des îles 
du Commandeur, bien que i)lus rigoureux. — La population, 
formée des ouvriers de la Compagnie Russo-Américaine, se 
compose des Aléoutes et des Russes, ainsi que des métis de 
ces deux races. L'île Saint-Paul compte 300 âmes, sur l'île 
Saint-Georges, il existe environ lUO habitants. 

Les îles du Commandeur sont situées à 300 lieues dans la 
direction nord -est de Petropavlovsk (Kamtchatka), sous 
55" de latitude nord, c'est-à-dire à 5" au sud de Saint- 
Pétersbourg. 

Deux grandes îles : Behring et Midnoï, ainsi que deux 
autres plus petites, sont situées dans la direction nord-est- 
sud-ouest. L'île Behring a 50 kilomètres de longueur sur 
30 de largeur dans sa partie septentrionale, tandis que son 



LA CHASSE ET LE COMMERCE DES OTARIES. 353 

extrémité sud n'a qu'un développement de 10 kilomètres. 

Toute la partie nord de nie Behring, qui s'élève peu au- 
dessus du niveau de la mer, est recouverte de marais, de 
tourbières et de lacs. Le lac Sarannoé, le plus important, a 
10 kilomètres de longueur sur 5 de largeur. Cette île est, en 
général, très montagneuse. 

Les communications se font, dans l'Ile Behring, soit à pied, 
soit à l'aide des Chiens. Le premier mode de locomotion n'a 
rien d'agréable dans ce paj^s où l'on a sans cesse à traverser 
des gués profonds, l'eau atteignant à mi-hauteur d'homme, à 
marcher par des marais, monter et descendre des collines 
très raides, etc. Lorsqu'on suit la côte, on fait souvent le 
tour des rochers par la mer, ou bien on est forcé de sauter 
d'une pierre sur une autre, et cela, quelquefois, sur une dis- 
tance de plusieurs kilomètres. Une promenade semblable 
dans l'air humide et saturé de sel, n'est pas sans présenter 
des dangers sérieux pour ceux 'qui n'en ont pas une longue 
habitude. 

Le voyage avec les Chiens, dans les conditions de la vie, 
sur l'île Behring, est encore le plus commode. 

L'hiver, 7-11 Chiens traînent un traîneau chargé de 10-12 
pouds (poud = 14 kilog.), l'été, le même nombre d'animaux 
est nécessaire pour le transport d'un seul voyageur. Dans le 
sol glaiseux et pierreux des montagnes, les traîneaux ont 
creusé d'étroits couloirs d'un mètre de profondeur. Les 
20,000 Otaries, qui se prennent annuellement, occupent envi- 
ron 2 kilomètres du littoral. 

L'île Midnoï forme une bande de terre très étroite, de 3 à 
6 kilomètres de large, dans la même direction que la précé- 
dente. 

On n'y communique qu'exceptionnellement par voie de 
terre. La plus petite distance entre les îles Behring, et Midnoï 
est de 30 lieues. Les côtes n'offrent aucun port, ni abri d'au- 
cune sorte pour les navires ; seules, les petites goélettes peu- 
vent hiverner dans une baie de l'île, près de la colonie 
Préobrajenskaïa. Les conditions climatériques y sont peu 
favorables pour l'homme. On les aura très bien caractérisées 
en disant qu'il règne à Midnoï un automne perpétuel. 11 faut 
cependant distinguer deux saisons, l'une plus chaude, de mai 
à octobre, et l'autre plus rigoureuse, du mois d'octobre au- 
mois de mai. 



354 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

D'après les observations faites, le climat de ces lies a un été 
trop froid et un hiver trop chaud pour la latitude, une 
grande humidité et des vents très forts. 

La flore des îles du Commandeur ne contribue pas peu â 
leur donner un aspect triste et monotone. Pas de bois, pas 
d'arbres. De chétifs arbustes de Bouleau, des Sorbiers et des 
Chèvrefeuilles des bois, s'élèvent à peine au-dessus du sol. 
Eli revanche, les herbes sont très abondantes et très luxu- 
riantes. Dans certains endroits, les Fougères atteignent un 
mètre de hauteur, de sorte que le traîneau avec ses Chiens 
et le voyageur disparaissent complètement, cachés par leur^ 
opulentes ramures. 

Les herbes, qui se rencontrent dans l'île, sont grossières et 
trop gonflées de liquide, ce qui rend fort difticile la prépara- 
tion des provisions du foin. Parmi les baies, nous nommerons 
la Camarine. Le D'' Dibovsky prétend que les conditions du 
climat et du sol permettent la culture forestière et celle des 
graminées, mais, jusqu'à présent, il n'existe dans l'île aucun 
arbre et l'on ne cultive que le Navet, le Kadis et les Pommes 
de terre, sans grand succès d'ailleurs. 

En ce qui concerne les représentants du règne animal, 
quelques-uns y vivent toute l'année, d'autres n'y séjournent 
que durant la saison la plus chaude. 

Les premiers ne sont guère nombreux. Parmi les animaux 
de la seconde catégorie, nous nommerons les Kenards bleus, 
ainsi qu'un petit nombre de Renards blancs, sur l'île de Beh-- 
ring ; les Castors sur l'île Midnoï, et les Phoques. 

Il existe, en outre, 1.5 tètes de bétail à cornes sur l'île Beh- 
ring, et plusieurs Rennes. 

Les bêtes â cornes restent toute l'année en pâture ; 600 
Chiens d'attelage et 2 Chevaux représentent les moyens de 
transport. 

Parmi les animaux domestiques de l'île Midnoï, nous de- 
vons citer 1 Cheval, 1 Bouc, et quelques Cochons. 

Au printemps, les îles semblent se réveiller de leur léthar- 
gie. Des nuées d'oiseaux de mer, de Canards, de Bécasses et 
d'Oies sauvages arrivent en nombre si considérable, qu'ils 
recouvrent entièrement les roches et que celles-ci i)araissent, 
de loin, noires ou blanches, selon la couleur du plumage des 
oiseaux qui viennent s'y poser. 

Les embouchures des rivières sont littéralement remplies 



LA CHASSE ET LE COMMERCE DES OTARIES. 355 

de gros poissons Cpoisson rouge) qui se dirigent en amont. 
En dépit des procédés barbares de la pèche, la rivière Saran- 
novskaïa. ;i elle seule, a donné, en 1884, 100,000 « poissons 
rouges ». On y trouve, en outre, des Morues, des Turbots et 
une espèce de petite Sole, que les gamins s'amusent à prendre 
pour lancer ensuite dans l'eau. 

Dans rile Midnoï et dans certaines rivières de l'île Beh- 
ring, on p('^che des Truites. 

Tout ce qui vient d'être dit sur la flore et la faune des îles 
du Commandeur, peut s'appliquer également aux îles Pribyloff" 
avec cette seule différence que le climat y est bien plus ri- 
goureux. 

Mais la véritable source de richesse pour ces îles est la pré- 
sence des Otaries, qui viennent sur leurs côtes tous les ans. 

On peut dire que ces îles si tristes, d'.une nature si peu sé- 
duisante, fussent restées inhabitées sans ces paisibles, utiles 
et inofïensifs animaux qui viennent s'y offrir en holocauste. 

La chasse aux Otaries fut exploitée, au xviii« siècle, par 
plusieurs Compagnies russes, qui cédèrent leur place à la 
Compagnie Russo-Américaine, seule fermière depuis 1199. 

Cette Compagnie se contentait d'abord d'envoyer aux îles 
ses ouvriers serfs, en séjour provisoire. Plus tard, le noyau 
delà population, qui s'y était formé, fut décimé par le climat, 
la misère et la négligence de l'administration. 

Le privilège de la Compagnie prit fin, en 1868, par la 
ruine de la Société, qui a réussi, de plus, à détruire toute 
initiative privée dans le pays. — Aujourd'hui, il y a 300 âmes 
sur l'île Behring, et 200 sur Tîle Midnoï. Ces habitants se 
livrent à la chasse des Otaries , des Castors , des Renards 
bleus, à la pèche des poissons, à la chasse aux oiseaux; ils 
recueillent, en outre, les œufs de ces derniers, jardinent, 
débardent les bois que les flots de l'Océan poussent aux 
côtes, etc. 

Le bien-être matériel de cette population s'est notablement 
accru, depuis la dissolution de la Compagnie Russo- Améri- 
caine. La moyenne des gains annuels, pendant 1 années, du 
mois de juin 1878 au mois de juillet 1885, a été de 69,000 
roubles-papiers, somme dans laquelle le produit de la chasse 
aux Otaries entrait pour 54,0()0 r. Tout cet argent retournait, 
d'ailleurs, presque immédiatement, dans la caisse de la Com- 
pagnie fermière de la chasse, qui fournit à ses ouvriers les 



356 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

^'ivres, vêtements et, en général, tons les objets nécessaires 
à l'existence, à des prix, qui, en moyenne, sont de 216 % su- 
périeurs au prix de revient. De plus, souvent par leur qua- 
lité et leur choix, les marchandises conviennent peu aux 
besoins de l'habitant de ces îles. 

Après avoir ainsi esquissé les conditions de Fexistence de 
la population des îles où se fait actuellement la chasse aux 
Otaries, et avant de passer à la description de la chasse, il 
est indispensable de dire quelques mots du séjour aux îles, 
des Otaries, objets de cette chasse. 

Les Otaries apparaissent dans les îles de la mer de Behring, 
à la fin du mois d'avril et au commencement du mois de mai. 
Les vieux mâles arrivent les premiers. Le mâle atteint son 
■ complet développement à l'âge de 6-7 ans ; l'animal de cet 
âge est désigné par la population indigène sous le nom de 
« siékatch ». Il pèse de 8 à 16 pouds et est long de 6 à 7 pieds. 
Il est facile de le reconnaître parmi les autres Otaries. La 
partie antérieure de son corps ou le cou, est recouverte d'une 
très épaisse couche de graisse et semble arrondie en sac. Le 
poil est grossier, tient fortement à la peau et pousse irrégu- 
lièrement ; au cou, il est de 5 centimètres plus long que sur 
les autres parties du corps, c'est le garrot. La conformation 
de la tète change également; la tête d'un jeune animal rap- 
pelle, de profil, celle d'un Rat ; chez les vieux, au contraire, 
la tête devient plus courte, le front plus proéminent, tandis 
que sur la lèvre supérieure, poussent de longues et fortes 
moustaches. Les dents, surtout les défenses, s'allongent et 
avancent visiblement, en dehors des gencives. Avec l'âge, la 
voix s'épaissit, devient plus basse de ton et plus forte. En 
général, les Otaries font entendre des sons entrecoupés, les 
Siékatchs crient en o, les jeunes mâles et les femelles ap- 
puient sur le son é, et semblent bêler à la façon des Brebis. 

On raconte même que des Brebis, importées de l'île Saint- 
Paul, restaient pendant des heures entières comme hypno- 
tisées par le cri des Otaries, oubliant même de manger. 

Ce cri s'entend de loin et aide souvent aux marins à 
s'orienter en mer lorsqu'ils savent la disposition des « repo- 
sées » dans une île. 

Une fois sur le littoral, les Siékatchs se dirigent vers des 
•endroits choisis de longue date et toujours les mêmes — les 
reposées, où chaque animal s'approprie un emplacement par- 



LA CHASSE KT LE COMMERCE DES OTARIES. ''01 

ticulier pour servir d'abri à son futur harem. Les Otaries ont 
de la préférence pour les côtes sablonneuses ou recouvertes 
de menus débris de coquillages, le long desquelles s'étendent 
des récifs sous-marins ou des rocs. Ces derniers sont tou- 
jours occupés par des Otaries. Les animaux se disposent par 
familles entières sur les reposées, qui sont toujours d'une 
grande propreté. 

En même temps que les Siékatclis, arrivent aussi des 
« demi-Siékatclis », des « célibataires » et des « demi-céliba- 
taires ». Le « demi-Siékatcb » est un jeune vSiékatch moins 
fort, moins lourd, que le vrai Siékatch, mais pourvu déjà 
d'un garrot. Un certain nombre d'animaux de cet âge choi- 
sissent, à l'exemple des Siékatchs, des emplacements sur la 
côte et participent à la vie familiale des animaux adultes. 

On appelle « Célibataire » un animal de deux à quatre ans, 
long de 3 pieds 3/4 à 4 pieds 1/2 et pesant 'ÎO à 100 livres. 
Dans les conditions actuelles de la chasse et du commerce des 
Otaries, on ne tue que les animaux de cet âge. La raison en 
est que le poil des « Célibataires » est d'égale longueur sur 
tout le corps et ne tient pas trop solidement a la peau, et que 
le duvet est épais et doux. De plus, à cet âge, les mâles se 
distinguent extérieurement des femelles, il est donc possible 
d'éviter de tuer celles-ci, pour ne pas entraver la i^eproduo 
tion de l'espèce 

Le « Demi-Célibataire » est une Otarie de moins de deux 
ans, longue de 2 pieds et pesant 1 poud (14 kilos). Avant cet 
âge, les animaux mâles peuvent être facilement confondus 
avec les Otaries femelles, mais à partir de deux ans, la diffé- 
rence dans l'extérieur des animaux des deux sexes s'accentue 
de plus en plus. Tandis que la taille du mâle de trois à quatre 
ans continue à s'accroître rapidement, la femelle se ralentit 
de plus en plus dans son développement, et à la fin de la 
troisième année elle atteint sa taille maximum. En outre, 
le poil sur la poitrine de la femelle est marron clair. Son 
corps a, à cet âge, 4 pieds de longueur et pèse 1 poud 1/2. 

Les femelles arrivent aux îles un mois après les Siéhafchs. La 
plupart d'entre elles sont pleines et ne sortent sur la côte que 
quelques jours ou même quelques lieures seulement avant le 
moment de leur délivrance. Les Siékatchs cherchent à l'envi 
à attirer dans leur domicile le plus de femelles qu'ils peuvent. 
Dans certains cas exceptionnels, les mâles les plus forts et 



358 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

les plus adroits ont avec eux des troupes de cinquante à cent 
femelles, mais ordinairement, on compte de cinq à trente 
femelles pour chaque mâle. Peu après leur débarquement sur 
la côte, les femelles accouchent, presque toujours d'un seul 
petit. Le nouveau-né, allaité par sa mère et laissé sur la 
reposée du Siékatch, oblige la femelle à y revenir après de 
courtes absences. Quelques jours (huit à quinze jours) après 
sa mise-bas, l'animal se trouve de nouveau fécondé. 

Les petites Otaries ont toujours leur poil coloré en noir, 
mais lorsqu'à l'âge de trois mois elles apprennent à nager, 
ce poil devient gris. Le corps d'une Otarie grise a 2 pieds de 
longueur et pèse 1 poud. Autrefois, c'étaient presque exclusi- 
vement les animaux de cet âge qui étaient utilisés. 

On les chassait au mois de septembre, exterminant les 
animaux des deux sexes (pi'il est impossible de distinguer 
entre eux. 

Le séjour des Otaries aux lies peut être divisé en cinq 
périodes, qui sont les suivantes : 

1. Appropriation des emplacements par les Siékatchs, du 
!«'■ mai au 1'-"" juin. 

2. La période familiale; la mise-bas et la fécondation jus- 
qu'au 15 juillet. 

3. La période des fêtes, jusqu'au mois d'août. 

4. La mue, jusqu'au milieu du mois de septembre. 

5. Période des Otaries grises, jusqu'à l'époque du départ 
des lies. 

Durant la première période, la côte est occupée par des 
Siékatchs, isolés de dix à quinze pas l'un de l'autre, disposés 
sur deux, et, plus rarement, trois rangées parallèles à 
la côte. Les uns sont couchés, d'autres assis, ou en train de 
se battre en défendant les limites de l'emplacement choisi. 
Plus loin se tiennent couchés les malades et les blessés. 

L'aspect de la côte change avec la deuxième période, du 
l"'' juin au L'' juillet. Les reposées sont recouvertes des 
mères blotties étroitement les unes contre les autres. Les 
Siékatchs qui s'y rencontrent tranchent visiblement en 
masses plus foncées, et derrière s'aperçoit la ligne noire des 
animaux nouveau-nés. 

Les groupes de Célibataires et de jeunes femelles se logent 
à part. Là règne un mouvement perpétuel, les animaux 
luttent entre eux et jouent. 



LA CHASSE ET LE Cu.MMERCE DES UTARIES. 3J9 

Avec la fin juillet arrive la période des letes. Les Otaries 
noires, c'est-à-dire les jeunes de l'année, commencent â 
s'animer, s'amusant comme de petits chats, souples et gra- 
cieux dans leurs mouvements ; de là, probablement, le nom 
russe de ces animaux : « Petits chatons de mer ». Les Sié- 
katchs, las et épuisés par la période du rut, descendent dans 
l'eau, tandis que d'audacieux « Célibataires » se glissent dans 
leurs harems. Les mères quittent aussi la côte et trahissent 
quelquefois leur sultan. 

Au mois d'at)iit et de septembre, le désordre devient plus 
grand encore, les limites des emplacements particuliers ne 
sont plus guère respectées. Les Otaries muent à cette époque 
et, à ce moment, leur peau est absolument impropre comme 
fourrure. 

Au moment où les jeunes Otaries noires deviennent grises, 
a lieu le départ des îles. Les animaux sont de moins en moins 
nombreux sur la cote. La plupart, remis de la mue, descen- 
dent dans l'eau et y restent longtemps. Après avoir été chas- 
sée tout un été, rotarie est devenue très peureuse, son ouïe 
s'est aiguisée. 

Actuellement, la chasse aux Otaries a donc lieu exclusive- 
ment durant la deuxième période, lorsque la peau est dans 
un bon état et que la destiniction des « Célibataires » ne dé- 
range que les jeunes femelles et les Demi-Célibataires, avec 
lesquels ceux-là avaient coutume de jouer. 
Voici comment se fait la chasse : 

Après avoir choisi l'emplacement sur lequel s'est établi un 
troupeau de Célibataires, et attendu un de ces jours gris et 
froids où on en rencontre le plus sur la côte, les chasseurs 
s'apprêtent avant l'aube. Armés de bâtons, ils s'approchent 
des animaux se tenant sous le vent, dans le plus complet 
silence. Tout en accélérant le pas, ils se tiennent courbés et 
tâchent de rester le plus longtemps possible inaperçus des 
Otaries. Mais, aussitôt que ces dernières donnent quelques 
signes d'inquiétude, les chasseurs courent rapidement à la 
côte et, formant une chaîne, coupent aux animaux la retraite 
du côté de la mer. L'animal, eflfrayé, ne sait plus que faire, 
pousse des cris, se rassemble en tas, et s'en va de plus en 
plus loin de la mer, reculant devant les hommes qui en agi- 
tant leurs bras et leurs bâtons, jetant de l'herbe aux yeux 
des animaux, les entourant de tous les côtés et les étourdis- 



360 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

saiit, forcent le troupeau à avancer jusqu'à l'endroit où a 
lieu ordinairement l'abatage. Cet emplacement se trouve 
quelquefois à plusieurs Xilomètres de la côte et l'on met plu- 
sieurs jours à y conduire les Otaries. Si le troupeau est trop 
nombreux, on le divise en plusieurs groupes. 

Au moment de la chasse, il faut ordinairement dix à quinze 
hommes pour faire avancer un troupeau de cinq mille Ota- 
ries. Une fois arrivées à l'endroit désigné, on laisse les Ota- 
ries se reposer ; car, à ce qu'on dit, la peau d'un animal tué 
échauffé et fatigué se sale mal et se gâte. 

La surveillance de deux à quatre mille « Célibataires » ne 
demande qu'un ou deux ouvriers. 

Lorsque le temps est clair et chaud ou très humide, on 
remet l'abatage à un ou deux jours, mais par un temps favo- 
rable, un repos d'une heure et même d'une demi-heure suffit. 

Alors l'extrémité du troupeau est subitement cernée de deux 
côtés opposés, et tandis que les animaux se jettent éperdus à 
droite et à gauche, les hommes se rapprochent de plus en 
plus les uns des autres, serrant et séparant ainsi un groupe 
de vingt à trente Otaries. Cinq à six hommes choisis à cet 
effet, saisissent alors des bâtons longs d'un mètre et plus 
gros à une extrémité, s'approchent du groupe condamné. Les 
animaux effrayés ne cherchent même plus à fuir ; quelques- 
uns seulement, comme pour faire peur aux assaillants, font 
des bonds en avant. Mais bientôt, désespérant de pouvoir 
résister, ils se rejettent en arrière, se serrent les uns contre 
les autres, la face tournée à l'ennemi, et crient, agitant ner- 
veusement la tête et montrant les dents. 

Les ouvriers ne perdent pas leur temps ; après avoir clioisi 
un célibataire convenant par son âge, son sexe et la qualité 
de sa fourrure, on lui assène un coup mortel. Râlant, avalant 
son sang, la pauvre Otarie tombe le crâne fracassé, les yeux 
sortis des orbites. 

Les coups se multiplient, et au bout de deux à quatre mi- 
nutes, les trente animaux ne sont plus qu'un monceau de 
cadavres, sur lesquels sont couchés les animaux laissés vi- 
vants à cause de leur âge, de leur sexe ou de la mauvaise 
qualité de leur fourrure. Sans forces, cruellement secoués par 
les émotions ressenties, ils couvrent de leurs corps ceux de 
leurs frères morts et ne veulent point s'en séparer. Le senti- 
ment d'un chagrin immense, d'un malheur irréparable, semble 



LA CHASSE ET LE COMMERCE DES OTARIES. 361 

se refléter dans leurs beaux A'eux noirs rem})lis de larmes . 

Après en avoir fini avec le premier groupe, on passe au 
deuxième, troisième, etc. Pendant que les uns abattent les 
Otaries, d'autres dépouillent les animaux tués de leurs peaux, 
que l'on porte aussitôt aux magasins où des ouvriers spéciaux 
les salent. Cependant, les animaux laissés vivants sortent de 
leur torpeur et se mettent en marclie très lentement, avan- 
çant à peine, se dirigeant vers la mer. Un ou deux hommes 
s'occupent à les faire avancer et à les diriger vers les endroits 
les plus commodes pour la descente à l'eau, car TOtarie n'a 
presque aucune idée de la distance dans le sens vertical, à tel 
point, qu'arrivée à la pointe d'un rocher haut et escarpé, elle 
se jette aveuglément dans la mer, pour aller se tuer contre 
le fond et les pierres. 

L'Otarie aussit(3t tuée, est dépouillée de sa peau. On fait 
une coupe dans le sens longitudinal, de l'extrémité des 
nageoires de derrière jusqu'au bout du museau. La peau est 
coupée en outre autour du museau, derrière les yeux, autour 
des nageoires, immédiatement après la ligne où la peau 
glabre se couvre de poils. Après avoir fait ainsi une coupe 
longitudinale et quatre coupes rondes et plongé le couteau 
dans le cœur de l'animal, de peur des coups convulsifs de la 
queue, on se met à enlever la peau, en y laissant adhérer une 
couche égale de graisse d'un petit doigt d'épaisseur. Pour 
savoir accomplir cette dernière manœuvre, il faut une cer- 
taine habileté. 

Les peaux sont recouvertes de sel et mises l'une sur 
l'autre : la première couche, la fourrure en bas, la deuxième, 
le poil en dehors, la troisième, le poil de nouveau en bas, etc , 
avec du sel entre chacune, bien entendu. 

L'opération continue jusqu'à ce que les piles des peaux 
aient presque rempli le bâtiment en ne laissant que la place 
des ouvriers. Les peaux laissées ainsi pendant dix à douze 
jours, sont resalées ensuite de la même façon ; mais on y em- 
ploie cette fois moins de sel. 

La première salaison demande environ 33 livres russes de 
sel par peau, pour la deuxième, 10 livres suffisent. 

Salées la seconde fois, les peaux restent couchées quatre à 
sept jours ; après quoi, on les plie et on les roule en cylindres 
de 50 centimètres de long et de 20 centimètres environ de 
diamètre, la fourrure en dehors. 



36-2 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Ces rouleaux ficelés et saupoudrés encore de sel, sont 
couchés les uns sur les autres. Le procédé de la salaison, 
consacré par l'expérience, conserve fort bien les peaux, mais 
il exige de l'habileté et l'emploi d'une bonne qualité de sel, ce 
qui permet de ne pas prolonger le séjour dans la saumure. 

Pour le transport par nier, les rouleaux sont descendus 
dans la cale ; en chemin de fer. on les emballe dans des 
tonneaux. 

Les peaux provenant des îles de la mer de Behring et de 
File du Phoque, étaient transportées })ar mer à San-Fran- 
cisco, sur des bâtiments de la Compagnie d'Alaska, pour être 
transportées de là par chemin de fer à New- York. De New- 
York, elles étaient expédiées à Liverpool, d'où elles gagnaient 
Londres par voie de terre. 

Tout ce qui vient d'être dit sur la chasse aux Otaries, la 
préparation des peaux et leur transport, se rapporte aux iles 
Pribylofï", du Commandeur et du Phoque, oi'i la chasse avait 
été affermée par les gouvernements des Etats-Unis et d(i la 
Russie à la Compagnie d'Alaska. 

On se procure les peaux {provenant des autres lieux de 
chasse, c'est-à-dire du Cap Horn, des îles de l'Océan, du P()le 
Sud, de la mer Australe, du Japon, etc., à diverses époques 
de l'année, par différents moyens, comme la chasse au l'usil 
sur terre, et dans l'eau, au moyen des filets et, enfin, par le 
procédé de l'enlèvement ci-dessus décrit. Ces peaux présentent 
une grande diversité de ([ualité suivant le sexe et l'âge ; leur- 
préparation est fort insuffisante, ce qui tient à plusieurs 
raisons : à la cherté, an manque d'ouvriers, à leur ]>eu 
d'habileté, à l'absence de bâtiments et de sel convenable, etc., 
mais surtout aux conditions défectueuses de la chasse qui se 
fait furtivement, à la hâte. 

(A suivre.) 



EXTINCTION DE DIFFERENTES ESPÈCES 

D'OISEAUX AAIÉRIGAIXS 

Par m. h. BRÉZOL. 



Les oiseaux des États-Unis ont été atteints, comme tous les 
autres animaux sauvages de cette immense République, par la 
lièvre de destruction qui a caractérisé les cinquante dernières 
années écoulées, et un certain nombre d'espèces ont disparu 
complètement, ou ne comptent plus que de rares représen- 
tants. Tels sont, d'après une liste dressée en 1888, par le 
Muséum national de Washington, la Smithsonian Institution, 
le grand Auk, Plotus impinnis. Pingouin absolument dis- 
paru, le Canard du Labrador, Cainptolœmiis labradorlus, 
dont le dernier échantillon connu a été pris en 1871. et qui 
faisait jadis de i*ares apparitions jusque dans l'île Grand- 
Manan, près d'Eastport, État du Plaine. 

C'est ensuite la Poule des bruyères, ou Health hen, Jy//<- 
panuchus cupido, qu'on trouvait encore occasionnellement 
dans ces deux ou trois dernières années sur le vignoble 
Martha et l'île Naushon. La destruction de ce beau volatile 
ne serait pas imputable à l'homme, mais au renard. Le 
Pigeon passager, Ectopistes migratorms, existerait encore 
en petit nombre, mais sa destruction absolue ne serait plus 
qu'une question de quelques années. 

Le Vautour de Californie, PseiidO(jri/plms californiauHS, 
devi-ent cliaque année de plus en plus rare, un grand nombre 
de ces rapaces ayant été détruits par des aliments empoison- 
nés destinés à d'autres animaux. 

Le Perroquet des Carolines, Conurus carolincnsis, chassé 
pour son élégant plumage, n'est plus représenté que par 
quelques spécimens. On en a détruit des quantités énormes, 
car ces oiseaux vivaient par couples, et si l'un d'eux venait à 
être blessé ou tué, son compagnon, refusant de l'abandonner, 
se faisait prendre en même temps. 

Le Pic à bec d'ivoire, Ifory dilled woodpecher, CampepJii- 



364 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

lus x>7ùnci[iaUs, marche à grands pas vers une extinction 
complète, dont les caii.^es sont absolument ignorées. 

Quant au Cormoran de Vâllas, Phalacrocorax 2yers2ncil- 
laius, qui vivait dans la mer de Behring, sur les Iles du 
Commandeur, il est absolument disparu depuis trente ans et 
les différents musées n'en possèdent que trois peaux, mais 
n'ont ni son squelette, ni son œuf. C'était le plus grand des 
Cormorans ; il revêtait un magnifique plumage, aux reflets 
métalliques vert et pourpre. La race du Ploliis s'est éteinte. 
il y a plus de cinquante ans ; son existence n'ayant été cons- 
tatée par la science que pendant trois siècles à peine. 

C'est en 1574, en effet, qu'il lut découvert sur les îles 
Danell, non loin de la côte orientale du Groenland, par le 
pêcheur islandais Clemens. Une forte colonie vivait là sur le 
Gairfowlskerry, près du cap Reykjane. En 1840, une érup- 
tion volcanique détermina la dislocation de cet îlot et les 
Plotus durent chercher un refuge sur l'île Eldey. Ce palmi- 
pède avait cependant un habitat fort vaste, dont l'étendue 
aurait dû, semble-t-il, empêcher une disparition aussi rapide. 
On le rencontrait aux îles Feroë. dans l'Amérique septentrio- 
nale, au Groenland et même sur quelques points de la 
Grande-Bretagne. Le Plotus a joué à Terre-Neuve, île sur 
laquelle il était encore abondant au seizième siècle, un rôle 
analogue à celui des bisons dans les prairies de l'ouest des 
États-Unis. Les premiers navigateurs français et anglais le 
consommaient, en effet, à l'état frais ou salé et l'employaient 
comme appât pour amorcer leurs lignes. On le massacra en- 
suite par masses pour ses plumes, et tous les anciens ou- 
vrages écrits sur Terre-Neuve parlent des cruelles tueries 
auxquelles on se livrait sur ces oiseaux inoflènsifs et inca- 
pables même de chercher leur salut dans la fuite. En 1534. 
Cartier le mentionnait sous le nom iVApponafh. 

A partir de 1536, les récits des voyageurs le décrivent sous 
le nom de Pingouin, dénomination que cet oiseau fut le pre- 
mier à porter. Les îles Fink, les îlots rocheux entourés de 
brisants, situés dans l'Atlantique, à cinquante-deux kilomè- 
tres des côtes américaines, lui servaient de princi[>al refuge. 

En 1839 et 1844, Audubon, qui n'écrivait pas, il est vrai, 
d'après des documents personnels, le disait très rare sur les 
côtes de Terre-Neuve, ses apparitions n'y étant qu'acci- 
dentelles. 



EXTINCTION bE ÛIFFÉKL.NTES ESPÈCES L'OISEAUX AMÉUICAINS. 365 

En la même année 1839, un article d'un journal américain, 
le Salera Regisler, signé par M. Fisherman, un pêcheur, le 
disait à peu près dis])aru, les derniers représentants de cette 
espèce ayant été pris dans leurs nids par des pêcheurs de 
maquereaux qui les recherchaient pour faire provision de 
leur graisse. 

Le Révérend William Wilson, qui résida à Terre-Neuve de 
1820 à 1834, en qualité de missionnaire, prononça de nom- 
breux prêches contre Todieux massacre du grand Auk, et, en 
1864, il écrivait que 50 ans plus tôt, cet oiseau était encore 
Ibrt abondant à Terre-Neuve. 

Dans les mers européennes, la destruction avait été plus 
rapide encore. Le Plains disparut en 1812 de Papa Westra, 
îles Orcades; en 1822 de Saint-Kilda; en 1829 de l'île Lundy, 
dans la baie de Lundy, Angleterre ; en 1844, de la longue 
plage de Castle-Freek, en Irlande. 

Les deux derniers Ploliis de l'Islande, un mâle et une fe- 
melle, furent tués en 1844. En 1845, un individu isolé fut 
signalé dans la baie de Belfast. 

D'après le professeur Newton, le nom du Pingouin dont 
d'autres espèces de palmipèdes ont ensuite hérité, aurait été 
attribué à cet oiseau par les pêcheurs de langue anglaise 
à cause de la forme rudimentaire de ses ailes, des pmwings. 

Le professeur Steenstrup, d'autre part, fait dériver Pin- 
gouin des mots gallois : peu, blanc et gwin, tête. La tête du 
grand Auk n'était pas blanche â proprement parler, mais elle 
portait entre les yeux une tache blanche susceptible d'expli- 
quer cette dénomination. 

D'autres étymologistes font dériver Pingouin de l'espa- 
gnol pingue , gras , qualification que cet oiseau justifiait 
également. 

Cette origine du mot serait la plus rationnelle, les premiers 
marins qui aient exploré les côtes de Terre-Neuve, dès 
1504, étant des pêcheurs français d'origine normande, bre- 
tonne et basque, et les Anglais ne les ayant suivis que beau- 
coup plus tard dans ces parages. 

En 1517, on y comptait quarante navires portugais, fran- 
çais et espagnols, mais pas un seul bâtiment anglais. 

En 1518, l'Espagne et la France envoyaient à Terre-Neuve 
trois cent cinquante bâtiments de pêche et l'Angleterre qua- 
rante seulement. 

20 Octobre 1892. 23 



366 REVUE DEï, SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

La destruction de ce palmipède fut si rapide et si peu re- 
marquée que les Musées ne songèrent pas a en taire re- 
cueillir des échantillons. 

On évalue à soixante le nombre des œufs conservés dansv 
divers établissements publics ou chez des particuliers. Ces 
œufs, légèrement pyrifornies. de la taille des œufs de Cygne, 
ont vu, depuis près de trois quarts de siècle, leurs prix 
suivre une progression sensiblement croissante. En 1830, un 
œuf fut payé 4 fr. 65 c, un autre œuf, qui figure actuelle- 
ment au musée de Breslau, fut payé 25 francs en 1834, et ce 
prix se maintint jusque vers 1840. En 1860. un œuf fut payé 
450 francs, un autre 1,600 francs en 1869. l':n 1880, deux 
œufs achetés autrefois pour 31 francs furent vendus 5.215 
francs. En 1883, lord Lilford, célèbre ornithologiste anglais, 
payait deux œufs de Plot us 3,125 et 3,500 francs. Ces deux 
échantillons vaudraient, paraît-il, actuellement, 7,500 francs 
chacun. Un autre œuf payé 450 francs en 1851 fut revendu â 
Londres en 1888 pour 6,625 francs. Quant aux oiseaux eux- 
mêmes, on n'en aurait que quatre-vingts individiis empaillés, 
dont vingt environ dans des collections anglaises. Seul de 
tous les établissements scientifiques des États-Unis, le 
Muséum national de Washington possédait un Plolus em- 
paillé, accompagné d'un œuf et d'un humérus. 

En 1863, on avait trouvé trois de ces oiseaux desséchés, 
momifiés dans des gisements de guano exploités sur les îles 
Fink, et cette découverte pouvait faire supposer que de nom 
breux ossements existaient encore sur ces îles qui, pendant si 
longtemps, avaient servi de refuge au grand Auk. Un natu- 
raliste américain, le professeur Lucas, avait proposé en 1885, 
à la Smithsonian Institution, d'aller fouiller ces îlots afin d'y 
recueillir les débris de squelettes qu'il pourrait trouver. Ce 
projet ne fut pas réalisé tout d'abord ; son exécution parais- 
sant fort onéreuse pour une question d'intérêt- secondaire et 
d'un succès incertain iùi 1881, cependant, le professeur 
Baird ayant obtenu de la Commission des pèches améri- 
caines que le schooner Grampus allât dans les mers situées 
au nord-est de Terre-Neuve et sur les côtes du Labrador 
faire une enquête sur l'abondance des maquereaux, signalée 
par certains pêcheurs, M. Lucas fut autorisé à prendre pas- 
sage sur ce navire qui le conduisit aux îles Fink. 

Il n'y put trouver un seul squelette entier, mais recueillit 



EXTINCTION DE DIFFÉIŒNTES ESPÈCES D'OISEAUX AMÉRICAINS. 367 

des milliers d'os avec lesquels on a pn reconstituer quelques 
squelettes. Un de ces squeletttes figure dans les collections 
du Muséum national des États-Unis. Un autre a été donné au 
Musée de zoologie comparée de Cambridge, Massachusetts. 
Un troisième au Musée américain d'histoire naturelle de 
New- York. 

Un autre, objet d'un échange avec un marchand natura- 
liste anglais, figure actuellement au Musée des sciences et 
des arts d'Edimbourg. 

Un cinquième squelette a été l'objet d'un échange avec le 
Musée australien de Sydney, Nouvelle-Galles du sud. 

Le Muséum national américain a enfin conservé en réserve 
deux squelettes montés, et les os nécessaires pour en monter 
trois ou quatre plus ou moins complets. 

Si l'Oie de Saland ou Gannet Sida bassana n'est pas en- 
core disparue, c'est simplement parce qu'elle était trop abon- 
dante, mais elle ne se rencontre plus aujourd'hui que sur 
quelques points bien déterminés de l'Europe et de l'Amérique 
du Nord. En Europe, elle niche dans quelques tjords de 
l'Ecosse, dans l'île Fundy, située dans la baie du même nom, 
dépendance du canal de Bristol, où il en existait encore douze 
paires en 1887 ; sur l'île Bonaventure, un îlot du fleuve Saint- 
Laurent situé en face de Percée, non loin de la rive cana- 
dienne. Les Gannets sont assez tra quilles dans cette station 
d'un abord difficile, aux rocs escarpés, mais leur nombre y 
diminue cependant. C'est dans ce pays et dans Birds Rocks, 
c( rochers des oiseaux », sur lesquels Cartier les avait si- 
gnalés le premier, qu'ils reviennent encore en assez grand 
nombre aujourd'hui pour nicher. 

En 1833, Audubon en vit une si grande quantité, qu'il les 
comparait à une nappe de neige. Leur chair était alors re- 
cherchée comme appât par les pêcheurs, qui ramenaient 
parfois quarante bateaux pleins, des Birds Rocks. Audubon 
rapporte que cinq hommes en tuèrent 540 en moins d'une 
heure. 

En 1860, le D"- Bryant estimait à 50,000 le nombre des 
couples de Gannets vivant sur le Great Rock, le grand ro- 
cher, un des îlots constituant le groupe des Birds Rocks. Le 
groupe entier en aurait hébergé 75,0 )0 paires ; mais certains 
naturalistes ont trouvé ces chiffres un peu exagérés. 

En 1812, la construction d'un phare sur le Great Rock, ré- 



368 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

(luisit sa puissante colonie à 5.000 couples. Le Little Rock 
était encore Ibrtement occupé, en 1881, et M. BreAvster fixe 
aux environs de 25,000 paires le nombre des Gannets vivant 
alors sur tout ce groupe rocheux. 

En 188"/, ces Oies avaient disparu du Little Rock, il en 
restait d'après M. Turhid lô couples environ sur Tilot du 
Pillar, et 5,000 couples sur le Great Rock. 

Dans le groupe des îles Mingans, un certain nombre de 
ces oiseaux s'étaient établis sur l'ile Perroquet où les Indiens 
les poursuivaient continuellement. M. Brewster en dénombra 
plusieurs centaines en 1881, mais les Indiens les détruisirent 
radicalement peu de jours après son passage. 



LES RAGES DE HARENGS 

DANS LA BALTIQUE 
Par Cath. KRANTZ. 



Un spécialiste éminent, M, le D'' Henicke a tait récemment 
un voyage en Danemark, en Suède et dans la Prusse orien- 
tale, dans le but spécial d'étudier l'histoire naturelle du 
Hareng et surtout ses variétés locales. C'est à cette dernière 
question qu'il consacre la plus grande partie de ses Notes 
de voyage, publiées dans les numéros 10 et 11 des Mitthei- 
lungen der Section f. K'ùsten- u. HochseefiscliereL 

On s'est livré en Allemagne, dans ces derniers temps, à 
des recherches fort sérieuses sur la question de savoir si le 
Stromling (Hareng de la partie occidentale de la Baltique), le 
Hareng de Kiel, celui du Sund, du Cattégat et du Skager- 
Rack et enfin les variétés de Harengs qui api)araissent dans 
un même endroit au printemps et en automne, étaient des 
races distinctes ou bien de simples variations d'un même 
type. 

Ces questions qui paraissent, au premier abord, ne pré- 
senter qu'un intérêt pui^ement théorique, ont cependant une 
grande importance pratique : la solution, dans le sens positif 
ou négatif, des questions de la protection du poisson de mer 
d'une destruction excessive, celle de l'élevage artificiel, en 
dépendent directement. 

C'est à MM. Malm, Ljungmann, Lundberg et Smit que l'on 
doit les études les plus complètes relatives à ce sujet. 

M. Henicke, le dernier en date parmi ces observateurs, a vu 
au mois d'avril, dans les écueils du Cattégat et du Skager- 
Rack, plusieurs variétés du Hareng. Quelques-uns très forts 
paraissaient avoir frayé récemment, ils avaient plus de 30 
centimètres de longueur. Ce sont des HaffsllL tardifs, que 
les pêcheurs, à la fin de la saison de pêche (fin février-mars), 
placent dans de grands tramails plongés dans la mer, bien 
entendu, et y entretiennent vivants pour les vendre, plus 
tard, un prix plus élevé. De plus, à la même époque, on pêche 



370 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

à Gotenbourg un assez grand nombre d'autres Harengs de 
bien moindre taille (25 cent.) se distinguant du poisson pré- 
cédent par une peau plus fine et plus tendre et une coloration 
toute différente. Ce sont des Vaarsill, Hareng du printemps 
qui d'ailleurs fraye à cette époque. Enfin, dans la partie cen- 
trale des écueils, on rencontre une variété de plus petite 
taille encore ; le Lottsitl ayant en moyenne 20 cent. ; ses or- 
ganes génitaux étaient à cette époque très peu avancés, leur 
état indiquait que le poisson ne fraierait que vers le milieu 
ou la fin de l'été. 

Il est à remarquer que le gros Hareng que l'on péclie 
adulte ou ayant déjà frayé, — principalement autour des 
écueils extérieurs de Marstrand, à partir du mois de no- 
vembre et jusqu'en février, — est devenu surtout abondant 
à partir de 1877, tandis que, dans une période précédente qui 
a commencé en 1808, il était fort rare, sur la côte de Bo- 
guslen. Dans une autre période de soixante ans, avant 
1808, il y eut également affluence de Harengs vers cette côte. 
M. Ljungmann a démontré que, pendant plusieurs siècles, 
ces périodes soixantenaires de disette et d'abondance de 
Harengs s'étaient répétées avec une très grande régularité, 
qui permet de prédire que l'époque d'abondance, commencée 
en 1877, prendrait fin vers la moitié du siècle prochain. 

D'où vient donc le Hareng qui fraie en automne et en 
hiver? Appartiendrait-il, en effet, à cette grande famille de 
Harengs qui se tiennent sur les côtes méridionales de la Nor- 
vège, de janvier jusqu'en mars, y fraie, et est connue sous le 
nom de Vaarsilo, ou Hareng norvégien du printemps ? Ou 
bien sa patrie serait le Cattégat, et dans ce cas, sa dispari- 
tion périodique s'expliquerait par ce fait qu'une pèche exces- 
sive, la destruction des alevins en diminuent le nombre dans 
de telles proportions qu'il faut de longues années pour la ré- 
génération de la race '? Quels sont les rapports du Hareng de 
haute mer avec le petit Hareng printanier du Cattégat et un 
autre de plus petite taille encore frayant l'été, le Lottsill des 
baies intérieures. Sont-ce là trois races différentes, ou bien 
les mêmes poissons aux différentes époques de leur existence, 
comme on l'avait soutenu ? — Là est toute la question. Un 
grand nombre de savants norvégiens et danois, comme Peter- 
sen, par exemple, inclinent à croire que les mômes Harengs 
qui se rencontrent dans l'intérieur des baies et y fraient 



LES RACES DE HARENGS DANS LA BALTIQUE. 371 

iiii printemps et en été — ne seraient que de futurs gros 
Harengs, à un âge moins avancé et qui plus tard s'éloigne- 
raient de plus en plus avant dans la mer, fraieraient à des 
ép0({ues de plus en plus précoces — et finalement, du petit 
Lottsill se transformeraient en gros Hi.ffsill. Poui* être dé- 
montrée, cette hypothèse devrait être étayée par le fait de 
l'absence de toutes dilférences zoologiques essentielles, cons- 
tantes entre les deux poissons. Cette opinion admise, il de- 
vient évident que la destruction trop intense du poisson dans 
l'intérieur du détroit et dans les baies, doit entraîner la dimi- 
nution dans le nombre des Harengs de pleine mer, et peut 
même, dans certaines conditions, déterminer leur disparition 
complète, car, en efïét, ce sont les Harengs des eaux inté- 
rieures, comme nous désignerons désormais les poissons de 
petite taille, (£ui deviennent Harengs de haute mer. De là — 
la nécessité des mesures de protection pour les premiers. 

M. le D'' Heineke, en ce qui le concerne, serait plutôt 
d'avis que les trois races de Harengs;, qui se rencontrent le 
long des c(3tes de Boguslen, n'appartiennent qu'à une seule et 
même espèce ; le Hareng des écueils intérieurs, qui fraie en 
été, serait dans tous les cas une race différente du Hareng 
de mer. Une étude approfondie de la faune de Harengs, de la 
partie occidentale de la Baltique, lui a permis de faire cette 
conclusion. On y rencontre, dans l'intérieur des fiords et 
dans des baies à eau peu salée, des Harengs du printemps, 
frayant en avril et en mai et ceux d'automne, frayant d'oc- 
tobre au mois de décembre, en pleine mer. Ces deux variétés 
se distinguent, d'après les observations du D' Heineke, non 
seulement par certains indices extérieurs peu importants, 
mais encore par la différence des conditions physiques du 
développement, car les œufs et les alevins du poisson prin- 
tanier passent leur premier âge dans une eau peu salée et 
tiède, tandis que c'est dans les eaux froides de la pleine mer 
qu'est élevée la descendance du Hareng d'automne. 

Une fois ce fait bien établi, à savoir que le Hareng de 
Boguslen est une race différente des Harengs du printemps 
et d'été du Cattégat, et les ditTérences zoologiques constatées, 
l'inutilité des mesures de protection des Harengs des eaux 
intérieures, ayant surtout pour but de sauvegarder ainsi la 
fécondité de la pleine mer, serait démontrée. D'autre part, 
tous les essais d'élevage artificiel et de transplantation per- 



372 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

draient toute raison d'être. Malheureusement, les recherches 
faites dans ce sens jusqu'à ce jour, ne sont point assez avan- 
cées pour permettre de trancher définitivement la ({uestion et 
de tirer les indications pratiques 

La pèclip. des Harengs, régénérée depuis 1877, a une impor- 
tance extrême, vitale, pour la population de Boguslen. La 
pêche de poissons de haute mer, pendant l'hiver 1886-87, a 
donné au total jusqu'à 3,300.583 pieds cubes de harengs, pour 
une somme de 709,618 kron. Le produit de la pêche de la 
saison 1885-86 pouvait se chiffrer par 600,000 kron. Les- 
capitaux engagés dans cette pêche étaient, en 1886. selon les 
appréciations du D'' Malm, intendant de pêche à Lizekiel, de 
3,400,000 kron. La sixième partie de la population de la côte 
est intéressée directement à la pêche. 

La pêche hivernale qui, au premier abord, semble devoir 
être extrêmement avantageuse, ne l'est point autant, selon le 
D"" Malm, et cela tient surtout à ce que l'abondance de 
Harengs, survenue en 1887 d'une façon inattendue, a trouvé 
la population au dépourvu. Les premières années, le pois'^on, 
qui était de qualité intérieure, ne rémunérait pas suffisam- 
ment les pêcheurs. On s'est livré à de nombreux essais por- 
tant sur Toutillage et les procédés de salage ; la Société 
économique locale fit venir d'Ecosse des spécialistes, afin 
d'introduire les méthodes en usage dans ce dernier pays, 
dans la pratique des saleurs de Boguslen. Mais jusqu'en 1882 
on ne salait que par procédés norvégiens. Une tonnellerie 
spéciale l'ut installée à Uddevane. Toutes ces expériences, qui 
avaient pesé sur les frais, n'ont point eu pour résultat (h^ 
baisser le prix des poissons, ni d'en augmenter le débit. 

Le principal engin de pêche demeure toujours la « seine '> ; 
il en existe jusqu'à 300 dans Boguslen; chaque filet vaut 
3,000 kron environ Tous ces filets n'ont pas pris [)our plus 
de 422,000 kron de Hareng, en 1886, et dans les années sui- 
vantes, le produit de la i)êche avait diminué de moitié. Les 
prix du poisson sont tellement bas, même aujourd'hui, 15 
années après la première apparition des Harengs en masse, 
qu'en vendant sur place une centaine de Harengs, on ne retire 
que 5 à 6 centimes de bénéfice. 

M. le D'' Malm pense que le relèvement des [irix du Hareng 
peut être obtenu, non i)as au mo3'en des droits protection- 
nistes, mais par une préiiaration mieux comi)rise qui aiderait 



LES RACES DE HARENaS DANS LA BALTIQUE. 373 

le Hareng salé de Boguslen à conquérir, sur le marché de 
l'Europe centrale, la place qui lui appartient. Une exposition 
spéciale, tenue du 20 au 22 avril 1888, a été fort utile à ce 
point de vue. De 115 échantillons ex])Osés, 4 lurent reconnus 
excellents, 24 bons et 31 passables, c'est-à-dire bons à vendre, 
les autres lurent rejetés purement et simplement. Les pro- 
cédés actuellement en usage sont fort imparlaits, et cela 
tient surtout à ce qu'il n'existe presque pas d'établissements 
de salaison organisés sur une grande échelle-, et la plupart 
des pêcheurs salent les poissons par petites quantités C'est 
ainsi qu'en 1806, 350 de ces petits industriels n'ont préparé 
que 50,000 tonneaux de Harengs, c'est-à-dire 160 tonneaux 
chacun. La marchandise est fort diverse, suivant la méthode 
(le triage, la marque, les procédés employés pour vider les 
poissons, le sel et les tonneaux. Le jury de l'exposition est 
arrivé aux conclusions suivantes : 1" le Hareng doit être vidé 
aussitôt après avoir été retiré de l'eau ; 2' on ne doit se servir 
que du sel de Saint-Yves ou de Marseille, en y ajoutant, 
selon les circonstances, du sel de Liverpool ; 3° sur le marché 
norvégien, on préfère les poissons emballés de telle sorte 
qu'ils sont couchés sur le côté, tandis qu'ils doivent être 
pressés sur le dos, pour être expédiés en Allemagne. La 
question des procédés de salage et le modèle de tonneaux à 
adopter, ont été l'objet de débats très animés. Les opinions 
se sont partagées en deux groupes : les Norvégiens, saleurs 
et marchands, défend^iient leurs méthodes, tandis que les 
Suédois se sont déclarés partisans des procédés écossais. 
L'exposition de ces détails techniques nous entraînerait trop 
loin, nous nous bornerons donc à dire que la population des 
pécheurs de Boguslen cherche, par tous les moyens, à secouer 
le joug des Norvégiens qui ont accaparé tout le commerce de 
Hareng de la Suède. De là ces efforts pour remplacer la 
marque norvégienne par une marque suédoise propre. Un 
projet très poi)uLiire demande la création d'un poste spécial 
pour examiner tous les Harengs salés et rejeter les pièces 
défectueuses. 

La tin de la séance a été consacrée à l'examen de la ques- 
tion du transport du Hareng frais, et à des améliorations à 
apporter aux méthodes d'emballage, à la forme et aux pro- 
jjortiuns des tonneaux à adopter, etc. 



UNE PLANTE UTILE DES DESERTS SALANTS 



LE SAXAOUL DU ÏURKESTAN 

Pak Jullcs GRISAHD, 

Secrétaire du Comilé de réua.tion, 

KT Jkan vilbouchevitch, 

Ancien élève de l'Académie agricole de Mos -ou. 



(1) 



Le Saxaoul mérite de-flxer l'attention des amis du règne 
végétal, pour jjlusieurs raisons importantes : 

1" En ces dernières années, et grâce à M. Aiph. de Candolle, 
on s'est vivement intéressé au Saxaoul dans le monde des ac- 
climateurs. Tout dernièrement encore, nous avons entendu 
dire à M. le D'' Bonnet, qu'au congrès de l'Association Fran- 
çaise pour l'Avancement des Sciences de 1888, à Oran, le 
Saxaoul était l'objet de toutes les conversations. On pensait 
qu'il pourrait servira boiser le Sahara et les Hauts-Plateaux. 

Les tentatives d'introduction du Saxaoul en Algérie ne pa- 
raissent pas jusqu'ici avoir abouti à grand'cliose ; le résultat 
heureux obtenu par M. Leroy, et publié dans la Revue du 
5 décembre 1890, p. 1153, semble être le seul que la presse 
ait signalé. Des autres nombreux lots distribués, tant en 
Algérie que dans diverses colonies anglaises, en Egypte, etc., 
M. de Candolle lui-même n'a eu aucune nouvelle, ni bonne 
ni mauvaise ; il a dit, à l'un de nous, ne pas savoir du tout 
ce qu'ils sont devenus. 

D'ailleurs, la culture du Saxaoul serait-elle, même partout, 
facilement réalisable qu'elle ne pourrait guère, à notre avis, 
acquérir d'importance économique en dehors de sa patrie, 
pour cette raison que ce végétal est d'une croissance déses- 
pérément lente, particularité que M. de Candolle paraît avoir 
ignorée Nous ne nous taisons pas d'illusions sous ce rapport. 
Nous avons cru néanmoins utile de rechercher le plus de 
documents possibles sur le Saxaoul dans sa patrie et de 
vous présenter, dans tous ses détails, le résultat de nofre 
enquête. Il a été fait trop de bruit autour de ce végétal pour 

(1) Communication faite en séance générale du 5 février 1892. 



LE SAXAOUL DU TUBKESTAN. 3/o 

que nous puissions vous demander de vous en rapporter sim- 
plement à notre appréciation personnelle. Il faut que vous 
soyez mis en état de juger par vous-mêmes. 

'2" Le Saxaoul est un des rares arbres de la famille des 
Salsolacées, famille qui ne fournit guère que des plantes 
herbacées, des sous-arbrisseaux, ou tout au plus quelques 
arbrisseaux de taille peu élevée. 

3" Cet ai'bre bizarre est un exemple extrêmement curieux 
de sobriété ; il végète dans des conditions absolument invrai- 
semblables. 

Il s'accommode si bien des variations atmosphériques les 
plus extrêmes, des sols chargés de sels, des sables mouvants 
et des ouragans les pins violents, qu'il arrive à constituer de 
vastes peuplements, de véritables forêts au milieu du désert. 

Les particularités d'organisation qui lui permettent, non 
seulement de subsister, pendant des siècles, dans des condi- 
tions vitales îles plus difficiles, mais encore d'y prendre de 
l'accroissement, sont des plus remarquables. 

4" Le Saxaoul fournit un bois d'une structure toute parti- 
culière qui est un combustible hors ligne, et, de ce fait, il 
joue un rôle très important dans l'économie du Turkestan 
russe, du Khanat de Khiva, de la Mongolie et des autres 
contrées de TAsie Centrale. 

Nous sommes très heureux de pouvoir vous présenter 
une collection de figures et de parties du végétal à divers 
états, qu'il ne nous a pas été précisément facile de réunir ; 
Deux échantillons d'herbier ; un fragment de tronc ; deux 
planclies coloriées représentant des portions de branches, 
des fleurs et des graines, des sections transversales et lon- 
gitudinales du bois, etc., Tune — de Ledebour {Icônes Plan- 
tarum, 1829, I, pi. 12), l'autre — de Sorokine [Bulletia de la 
Société Ouralienne des Naturalistes, 1889) ; une chromo- 
lithographie, par Sorokine, représentant l'aspect général d'un 
])euplement de vieux Saxaouls, au milieu du désert {Bulletin 
delà Société des Naturalistes de Moscou, 1884); une belle 
phototypie (vue d'une forêt de Saxaouls), et une figure 
dans le texte (arbre isolé), tirées du Troisième voyage, de 
Prjevalski ; deux reproductions , très inexactes , de ces 
figures de Prjevalski dans le Tour du Monde, liv. 1356 ; 
enfin une planche de Ledebour, représentant le Phelipœa 
luiea Desf., Orobanchée parasite du Saxaoul. 



376 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Voici les principales données sur le Saxaoïil, que nous 
avons pu recueillir : 

Noms. — Le nom scientifique du Saxaoul généralement 
adopté aujourd'hui est celui de Bunge : Haloxylon Amnio- 
dendron; précédemment, C.-A. Meyer le nommait Anabasis 
Ammodendron. Deux autres synonymes plus anciens Pimis 
orientaLis Falk. et Tamarix forte ^ongarica E\ersm , indi- 
quent des erreurs botaniques graves de la part des explora- 
teurs qui les ont employés, mais témoignent en même temps 
d'une l'açon curieuse de la ressemblance extérieure avec les 
Conifères et les Tamarix que notre plante peut présentera 
l'observateur superficiel. Un échantillon de bois du Muséum 
d'Histoire naturelle porte l'étiquette, faite par le voyageur 
qui l'a rapporté du Turkestan : « Saxaoul, Halimodendron 
(irgenleum » ; cependant, nulle part ailleurs, nous n'avons 
pu retrouver le nom de « Saxaoul « appliqué à l'Halimoden- 
dron, qui est appelé dans l'Asie Centrale entière « DJingil ». 

ExiSTE-T-iL PLUSIEURS VARIÉTÉS DU Saxaoul ? — D'après 
Obroutchefl", les Turkomans distingueraient deux variétés du 
Saxaoul : L'OdJare, à tronc jaune et à ramure plus éparse, et 
le Kandyme, plus rare, à ti'onc rouge et à ramure i)lus four- 
nie. Malheureusement, nous n'avons pu trouver aucune indi- 
cation autorisée sur la valeur botanique de ces distinctions. 

Bunge a fait une variété à part du Togh, Saxaoul du 
grand désert salé (Kewir) de la Perse; mais on sait que 
ce botaniste voyait des espèces nouvelles un peu partout. 
Aussi Bulise conteste-t-il l'opportunité d'ériger en espèce 
distincte le Togli, qu'il dit n'être qu'une forme locale et cli- 
matérique déi)ourvue de caractères spécifiques particuliers 
bien saisissables. 

Organisation. — Le Saxaoul est presque apJujlle, les 
feuilles sont remplacées par des écailles insignifiantes de 
deux millimètres à peine, emboîtées le long des grêles fais- 
ceaux de branches pendantes semblables à des fouets ; l'as- 
pect de l'arbre a souvent été comparé à celui d'un grand 
prèle ; la couronne n'ombrage presque pas le sol. 

Cette absence de feuillage contraste étrangement avec l'ex- 
trême abondance des fleurs et des graines qu'il fournit. 

La floraison commence au mois de mai ; les fleurs sont 



LE SAXAUUL DU TUKKESTAX. :U7 

roses sur la liyure de Ledeboiir, jaunes sui' celle de Soro- 
kiiie ; les graines à peine perceptibles, également très pe- 
tites, grisâtres d'après Prjevalski, roses d'après Sorokine; 
ailées, mûrissent en septembre. 

L'exiguïté du système foliacé entraine un mode tout parti- 
culier de formation du corps ligneux du tronc. 

Formation du bois. Lenteur et irhégularité de i.a 
CROISSANCE. — • En effet, « U ne se prodiU' povit régulière- 
ment auldur an tronc de couclies concentriques awmelle -, 
mais seulement des stries descendant sous forme de bourrelets 
et réunies quelquefois en réseaux; par leur teinte verdàtre 
passant au brun, elles se distinguent du bois plus ancien mis 
à jour dans leurs interstices. Ces bourrelets sont d'autant 
plus rapprochés les uns contre les autres que la tige est plus 
mince, de sorte que dans les jeunes rameaux elles forment 
bien un cylindre ininterrompu, preuve évidente que la crois- 
sance incomplète du corps ligneux a pour cause la suppres- 
sion du feuillage. » (Basiner.) 

En conséquence de ce mode singulier de croissance, il se 
trouve que quand sur une coupe transversale d"un vieux 
tronc on veut déterminer l'âge de celui-ci, on arrive, en 
comptant sur un premier rayon médullaire, au chiffre de 
55 ans, sur un second rayon à 6G, sur un troisième à 99. sur 
un quatrième à 153, sur un cinquième à 180 et enfin, sur un 
sixième à 220, ce qui est donc enfin l'âge réel de l'arbre 
(Cas décrit par JelesnofF). Ces couches annulaires incom- 
plètes sont exlrènienieid minces, un demi-millimètre à 
pei)ie, très rure)nent nu inillimètre (Middendorff" : « chez les 
vieux sujets qui s'accroissent relativement plus vite »). C'est 
ce qui précisément nous a fait dire au début que la culture 
profitable du Saxaoul nous paraît être une chimèi'e. 

Voici quelques plus amples détails sur la constitution du 
corps ligneux du Saxaoul, d'après Sorokine : « Par suite du 
mode particulier de croissance du Saxaoul, il se forme à 
la circonférence du tronc une foule de lobes séparés courant 
assez irrégulièrement dans le sens de la longueur, et séparés 
les uns des autres par des sillons plus ou moins profonds. 
Aux bords de chaque lobe, les couches annuelles vont en 
s'amincissant pour disparaître enfin complètement. Même le 
bois de ces lobes, malgré son apparence compacte, se com- 



378 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

pose de segments distincts dont les limites sont indiquées 
par de minces bandes, formées d'une partie de l'écorce 
restée dans l'espace qui séparait deux lobes Yoisins avant 
leur rapprochement intime. Dans les endroits où un pa- 
reil rapprochement n'a pas eu lieu, il reste des vides dans 

le bois. 

» Chaque couche ligneuse annuelle commence par un rang 
de vaisseaux ponctués assez larges, ensuite viennent un 
deuxième et un troisième rang de vaisseaux pareils mais plus 
minces. Le reste de la couche est formé de fibres ligneuses 
très minces, à parois fort épaisses, au vide intérieur très 
étroit et à pores peu nombreux. Les rayons médullaires sont 
de deux sortes. Les uns se composent de peu de cellules dis- 
posées l'une au-dessus de l'autre en suivant la verticale; 
les autres, au milieu du rayon, se composent de quelques 
couches verticales de cellules, entre lesquelles passe assez 
souvent un canal horizontal, ressemblant aux conduits à 
résine des conifères. Au bord des lobes ligneux il y a une 
petite couche d'aubier blanc (lui, grâce à sa porosité plus 
grande n'enfonce pas dans l'eau, tandis que le reste du bois 
est si dense et si lourd qu'il coule à fond. Tl est regrettable, 
que les phénomènes de croissance du Saxaoul n'aient pas 
fait l'objet d'une étude spéciale; ou trouverait peut-être dans 
une pareille étude ami)le matière à généralisation et de cu- 
rieuses lois de physiologie végétale. » 

Cependant, la conformation singulière du corps ligneux du 
Saxaoul a été citée à tort par (irisebach, comme absolument 
unique dans l'ordre des dicotylédones ; d'autres congénères 
du Saxaoul la présentent également, tels certains Tamarix 
et Calllgonêes, à plus forte raison les quelques rares espèces 
arborescentes locales de la famille même du Saxaoul. (Voyez 
Sorokine.) 

Densité et composition uu bois. — Le chiffre suivant 
donne une belle idée de la densité phénoménale du bois de 
Saxaoul ; ce bois contient 90 % de matière et seulement 
10 "/o d'interstices aérifères. Son poids spécifique est : 

D'après Petzold = 1,0()41 

— Basiner = 1,01 

— Jelesnoflf= 1,333 (bois dont l'air contenu dans^les 

interstices a été i)réalablement évacué). 



LE SAXAOLL DU TURKESTAX. 379 

D'après Jelesnoff (dessiccation à 120"] le l)ois contient 
11,625% (l'eau. 
— Middendorff, le- bois tout frais en perd 12 % 

et le bois préalablement déjà séché à l'air 9-10 %. 

A la combustion, il reste en cendres 30 " ^ du poids du bois 
sec. Ces cendres contiennent, d'après nne vieille analyse de 
Petzold : 28 "/o de calcium, 11,9 % de potasse et 11,5% de 
chlore ; 6,7 % d'acide sulfurique et 6 % de sodium (tous ces 
chiffres sont empruntés à la notice de M. Sorokine et au 
Ferghana de Middendorff). 

Le systè?je RADicuLAiRE. — Le système radiculaire du 
Saxaoul se compose à la fois d'un fort juvot souvent plus 
gros que le tronc, extrêmement itrofond, et dun réseau de 
racines latérales superficielles et traçantes, qui courent pa- 
rallèlement à la surface du sol sui' des longueurs très consi- 
dérables, et servent à fixer l'individu et à continuer la vé- 
gétation par des rejets, quand le tronc principal vient à être 
endommagé. Dans certains cas, la faculté du Saxaoul de 
pousser des rejets, rappelle comme intensité ce qui s'ob- 
serve pour les Peupliers (Middendorff). Ce genre d'enracine- 
ment est encore commun à beaucoup darbustes et arbrisseaux 
des sables salins àe l'Asie centrale. 

Dimensions. — Une ancienne dendrologie russe de Zigra 
donne comme taille maximum de-? Saxaouls en arbre 13 
mètres (50 pieds). Nous n'avons cependant retrouvé rien de 
semblable dans aucune d^s sources de première main. Les 
plus grands des arbres, plusieurs fois séculaires, représentés 
sur le croquis de Sorokine n'ont que 6 mètres de haut sur 
25 à 35 centimètres de diamètre, mais comme le spécifie 
Prjevalski de pareilles dimensions ne se retrouvent que 
dans les stations i>articulièrement favorables au dévelop- 
pement du Saxaoul ; les buissons figurés par Prjevalski 
mesurent environ 15 à 18 i)ieds. D'après Zimmerman, les 
Saxaouls des sables mouvants de Kara-Koumi, aperçus de 
la lenèt»'e du coupé du Transcaspien, paraissent avoir les 
dimensions de nos noisetiers ; les arbres de la forêt de 
Saxaoul, décrite par Basiner, avaient 4 à 6 mètres de haut 
et des troncs de 20 centimètres. Obroutcheff donne des 
chiffres analogues pour la région de Merv. 



380 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Une autre forêt composée de Saxaoul et de Tamarix, et 
décrite également par Basiner (la forêt d'Aibigoiir), ne pré- 
sentait que des sujets de 15 pieds haut. Sur les bords de la 
mer d'Aral, le Saxaoul forme des bouquets hauts de 10 à 13 
pieds. Enfln, sur les bords du lac Dchalangatch, au 48" 30', 
c'est-à-dire sur la limite de son aire géographique, le Saxaoul 
n'est plus qu'un buisson haut à peine d'un pied et demi. 

Les forets de Saxaoul. — Après vous avoir décrit les 
détails, il ne sera pas déplacé de vous parler de l'impression 
d'ensemble, de l'impression esthétique, pour ainsi dire, que 
produit au milieu du désert une végétation de Saxaouls. Avec 
ce que nous venons de voir sur l'irrégularité et la lenteur 
de la croissance, vous ne serez pas étonnés d'apprendre 
que les troncs sont toujours extrêmement tortueux et bos- 
sues ; ajoutez à cela que les arbres sont cassés et renversés 
toutes les fois que passe un coup de vent violent, car ils sont 
très fragiles, et que de nouveaux fagots verdoyants repous- 
sent aussitôt de tous les points des tronçons restés debout, 
et cela vous donnera une idée de l'état de désordre que 
présente une pareille végétation. 

L'absence d'ombrage, l'état dénudé du sol dans les inter- 
valles, entre les souches, et la solitude immense de la plaine 
environnante contribuent, pour leur paVt, à compléter ce 
tableau désolant au premier chef. 

M. Sorokine accompagne de la description suivante la 
chromolithographie que vous avez sous les yeux: « Représen- 
tez-vous une plaine immense, s'étendant à des centaines de 
verstes, brûlée par le soleil, dépourvue de toute animation, 
et sur cette même plaine toute une forêt de plantes ori- 
ginales. Cette forêt nous apparut tout à coup, derrière une 
immense barhan (dune de sable mouvant). 

» Des tiges tortueuses, informes, fragiles, et quelquefois 
d'une dimension considérable, soutiennent des panaches verts 
et des branches sans feuilles. Ces branches tortueuses por- 
tent à leur naissance de petites feuilles avec des fruits roses. 
Une écorce grise, fendue, recouvre le ligneux extrêmement 
compact ; sur l'écorce une quantité d'excroissances et des 
trous ronds qui sont les endroits où étaient auparavant les 
panaches. Par endroits on voit sortir des sables une tige 
toute ronde, delà grandeur d'une tète d'homme. Ce nain est 



LE SAXAOUL LU TUUKESTAX. 381 

Yivant, car des rejetons fins et verts en jaillissent. Lors- 
qu'un orage éclate, il casse et renverse les arbres, fragiles à 
tel point ({u'un tronc gros comme le bras se brise sous le 
poids du corps ; des tas de copeaux et de branches s'amon- 
cellent tout autour. Longtemps après, parmi les habitants du 
désert, on voit reparaître les jeunes bourgeons, cest une 
nouvelle génération, et le soleil brûle, comme toujours. 

)) Des nuages de sable l'un après l'autre, amoncellent par ci 
par là des monticules qui se déplacent sans cesse et finissent 
par former autour de la forêt des montagnes mouvantes. A 
riiorizon. d'autres barhans (monticules de sable plus haut) se 
dessinent indistinctement dans un ciel gris. Un peu plus près 
s"étend un sor (marais salant) paraissant recouvert d'une 
couche de neige, mais en vérité recouvert d'une couche de 
sel. Les bords en sont rouges à cause des salsolacées. Tel est 
le paysage que nous eûmes l'occasion d'admirer. 

') Les forêts de Saxaoul ne peuvent passer pour des Oasis 
dans le désert. Les caravanes s'y arrêtent uniquement pour 
faire du feu. Quant à l'eau, ici comme ailleurs on la trouve 
difficilement. Les voyageurs laissent les chameaux chercher 
en liberté leur nourriture; eux-mêmes s'accroupissent autour 
des bûches crépitantes, mettent les « koungans » (chaudrons) 
et apaisent leur faim avec le maigre approvisionnement fait 
à Petrowalexandrovsk ou à Kazalah (1^^. Je trouve superflu 
d'ajouter que dans la forêt de Saxaoul, il n'y a pas à cher- 
cher la moindre ombre, les rameaux étant si fins, qu'ils n'in- 
terceptent pas les rayons du soleil. » 

« Une forêt de Saxaoul fait une impression désolante, 
même après qu'on a traversé de longues verstes de désert 
tout nu » confirme Prjevalski. 

M. Zimmerman trouve le pays sablonneux de Kara-Koumi 
singulièrement analogue au désert de l'Arizona, et le rôle 
esthétique du Saxaoul à celui du Cactus épineux. 

L'aire géographique du Saxaoul, — « La patrie du 
Saxaoul », dit Kôppen, est « peut-être sur le bord oriental du 

(1] L'approvisionnement d'eau doit être fait dans les puits, souvent bien 
éloignés, et, quoique on se trouve heureux et satisfait d'en boire, ceci ne l'em- 
pêche pas d'être sale, salée et de sentir la peau. Nous trouvâmes une fosse 
creuïéo dans l'espoir de trouver de l'eau, et malgré la profondeur de quarante 
toises russes, elle fut abandonnée parce que l'eau ne se présentait pas. 
20 Octobre 1892. 24 



■■iS2 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

lac cVAral et le long du Djani-Darya, où il y en a des mas- 
sifs parfois impénétrables. » De là, il se répand, vers le nord, 
jusqu'au 40<' 30' lat. nord (jusqu'aux bords du lac Dclialan- 
gatch); en descendant vers l'ouest, le Saxaoul traverse la 
plaine de l'Oust-Ourt et va jusqu'à la rive orientale de la 
mer Caspienne ; on en trouve dans l'Ile Ogourtchin. 

Le Saxaoul existe en Perse. Bulise en a constaté jusque 
dans la province de Jesde, au pied de la chaîne du Ko- 
rounde. 

Dans la direction Est, le Saxaoul traverse, d'après Prje- 
valski et Riclithofïen, la Dzoungarie et la dépression de l'Ul- 
joungour ; pénètre dans le bassin du Hais-Haï, et s'avance 
jusqu'à la pente septentrionale de l'Ala-Chan. 

Il va, au sud, jusque dans le Tzaïdame et y monte jusqu'à 
l'altitude de 10,000 pieds. 

Tel est à grands traits l'aire d'habitation du Saxaoul. 
Mais dans ces limites, il présente certaines irrégularités de 
distribution, qui ont frappé plusieurs voyageurs, et plus par- 
ticulièrement Prjevalski et Middendorff". Il y a des régions 
où on est très étonné de ne pas trouver de Saxaoul. Midden- 
dorff" pense « qu'il y aurait à faire une étude très attachante 
sur ce sujet ». 

Stations, sol. — Toutes les fois qu'on aperçoit le Saxaoul 
on est en pays salant. D'après Prjevalski, on n'en rencontre- 
rait que dans les endroits sablonneux ou sui' les sables mou- 
vants, mais d'autres indications nous font croire que l'argile 
ne l'exclut pas absolument dans tous les cas. On en trouve 
enfin même dans les crevasses des rochers. 

Le Saxaoul peut venir parfaitement bien dans des endroits 
à sous-sol complètement dépourvu de nappe aquifère. ^Mais 
on peut aussi en indiquer d'autres stations oii il est réguliè- 
rement envahi, tous les i)rintemps, par les crues des cours 
d'eau (Basiner, Middendorff", Obroutchelf). 

D'après Obroutclieff", le Saxaoul serait incapaljle de se fixer 
à demeure dans les dunes d'origine très récente et ne pren- 
ilrait possession que des sables déjà quelque peu rassis. 

Les végétaux qui accompagnent le Saxaoul. — On a 
présenté le Saxaoul comme étant l'unique habitant arbores- 
cent de ces régions inhospitalières. Nous avons déjà eu l'occa- 



LE SAXAOUL DT' TURKESTAX. 383 

sion de (lire que cette conceittion est erronée. On trouve 
couramment dans des stations communes avec le Saxaoul, 
des 'Tamaricç, des Calligonêes arborescentes et plusieurs 
Salsolacàes, buissonnantes ou arborescentes. Parmi ces der- 
nières VAmmodendron Sievcrsii DC. c Sésène », quoique 
assez grêle, atteint d"après Obroutchetï' les dimensions d'un 
vrai arbre, haut de 2 toises, et quelques arbres et arbrisseaux 
appartenant à d'autres familles. Le Saxaoul n'est même pas 
toujours la plus sobre de parmi toutes ces formes. Midden- 
dorfi' affirme que e son fidèle compagnon et précurseur » le 
Tamarix {T. laxa ?) est encore bien moins exigeant que lui. 
<( La forêt du désert, dit-il, commence d'habitude par une 
lisière de basses broussailles épineuses (Alhagi Camelorum, 
Callir/onées, etc.), peu à peu à celles-ci s'associent des 
Tamarix et enfin des Saxaouls buissonnants, plus ou moins 
entremêlés de Roseaux deux fois plus hauts qu'un homme ; 
il n y a qu'au centre du peuplement qu'on trouve des 
Saxaouls en arbre.» 

Faune du Saxaoul. — Lus forêts de Saxaoul abondent en 
gibier. Les jeunes pousses servent de nourriture préférée à 
d'innombrables gerboises qui, avec cette nourriture succu- 
lente, peuvent se passer d'eau, à VAntUope sub/yuttwrjsa, et 
à plusieurs espèces d'oiseaux dont quelques-uns sont tout à 
lait caractéristiques pour ces stations, comme le « Pierrot du 
Saxaoul » [Passer Ammodendroii], la Perdrix Chucar et 
une espèce particulière de Podoces (en russe Saxaoulnaïa 
soïka). D'après Middendorff", cette dernière est aussi liée au 
Saxaoul que VAntUope s/jhgutturosa au Tamarix. 

Les loups et les renards font la chasse à tout ce petit 
monde. 

Le Saxaoul comme fourrage. — Le Saxaoul est brouté 
très volontiers même par les moutons et par les chèvres, 
mais surtout par le chameau et plus particulièrement par le 
chameau à deux bosses ; il est vrai que ce dernier ne laime 
pas autant que le Tamarix qu'il préfère à tout Prjevalski), 
mais le Saxaoul vient en second lieu. On sait, d'ailleurs, que 
les chameaux ont, en général, un fai])le pour les plantes 
salines. 

Usages du bois de Saxaoul. — Nous avons déjà dit que ce 



384 UEVIIE DES SCIENCES NATURELLES .U'FLIQUÉES. 

bois, tout en étant si dur <iu"il n'y a pas moyen de l'inciser 
avec un canif, est trop IVagile pour servir à quelque chose. 
On peut casser un tronc gros comme le bras en s'appuyant 
dessus avec le poids du^corps; une forte huche, jetée à terre, 
se brise en pièces. Avec cela, on ne peut pas trouver un 
bout d'un mètre et demi de long ({ui soit droit. 

Les Turkomans font cependant des boisages de puits en 
Saxaoul ; c'est le maximum de ce i^u'on peut demander au 
Saxaoul en fait de bois d 'œuvre. 

Mais comme combusliblc, le Saxaoul est incomparable. 
Même les branches toutes vertes et fraîches brûlent à mer- 
veille. Quant au hnis parfait il brûle « comme du charbon 
de terre », et chauffe si bien que un poud et demi (vingt- 
quatre kilos) de bois de Saxaoul par jour, et, par consé- 
quent quarante - cinq pouds pai- mois suffisent pour rem- 
placer un tiers de toise cube de bouleau ou une toise culx' 
de roseau (Middendorfï"). 

En 1819, on payait à la station Wladimirskaïa, le Saxaoul 
amené d'une forêt située â douze verstes de distance, trois 
kopecks le poud (16 kilogrammes), et à Ak Djar, à cinquante 
verstes de la forêt, six kopecks le poud ; mais à mesure que 
le bois se fait rare les prix montent toujours. 

Le chai don de Saxaoul est également très haut coté ; il 
reste rouge très longtemps, en couvant sous les cendres et 
répand un arôme en brûlant. 

Pour se faire une idée de la consommation du Saxaoul 

dans les villes du Turkestan, il suffit de citer un cliill're de 

M. Capus, d'après lequel il serait apporté annuellement rien 

que sur le marché de Samarkand, 50,000 charges de chameau, 

soit 6.400 tonnes de chai-bon de Saxaoul, représentant une 

valeur de 600,000 francs. Kt i'emar([uez que ce Saxaoul vient 

de 250 verstes de là tout au moins. Un chameau ne peut faire 

que quatre voyages par an en moyenne, ce qui représente 

45 francs de gagnés {La Géograp/iie, n° du 26 mars 1890). 

Les vapeurs qui parcourinit le lac d"Aral, sont chaullés par du 

Saxaoul. dont des i)rovisions énormes sont amenées à cette 

fin à Kasalinsk, sur le bord de l'Amou-Daria. Le personnel 

du nouveau chemin de fer transcaspien en consomme des 

quantités énormes. 

Ajoutez à cela que les indigènes qui se sont constitués une 
profession spéciale de la recherche du combustible dans 1h 



LE saxaoul du TUHKESTAX. 38S 

désert (on appelle ces gens des oiounichi], ne se conten- 
tent jamais d'enlever les troncs, mais fouillent encore le 
sol avec leur houe {keùnen) jusqu'à ne plus laisser un seul 
brin de racine, une seule pousse tant cliétive qu'elle soit, 
et vous comprendrez comment le Saxaoul disparaît de plus 
en plus dans la région. Le Tamarix a déjà complètement 
disparu de cette façon de la vallée du Fergliana, et pour ce 
qui est du Saxaoul, en 1880, il n'y en restait plus qu.'une 
seule réserve, en face de la ville de Kokand, sur l'autre bord 
du fleuve ; et cette forêt encore ne s'était conservée que 
grâce à des circonstances toutes particulières et à une légis- 
lation spéciale. 

La disparition du Saxaoul du fait de sa dévastation dérai- 
sonnée est à tel point menaçante, que tous les voyageurs 
qui ont vécu au Turkestan en parlent. Le gouvernement a 
édicté à plusieurs reprises diflerentes mesures de sauve- 
garde, mais elles ont l'air de devoir rester encore long- 
temps lettre morte. 

Culture du Saxaoul. — Le Saxaoul ne parait encore pas 
avoir été en Russie l'objet d'essais de culture, malgré les re- 
commandations nombreuses que des personnes très en vue, 
comme Middendorff, par exemple, ont faites dans ce sens. 

Des passages relevés dans des récits de récents voyages 
ont pu faire croire que le Saxaoul est planté le long du che- 
min de fer transcaspien pour retenir les sables qui menacent 
à tout moment d'envahir cette voie (M. Ed Cotteau, Bull, de 
la Soc. de Géogr. co/mnerc. de Paris, p. 412 ; Jate, Proc. de 
la Soc. de Géogr. de Londres, janvier 1891), mais nous avons 
pu nous assurer qu'en réalité il ne s'agit là que de haies et de 
])arrières faites avec des fagots de bois mort, piqués dans 
une direction déterminée contre le vent, et nullement de 
cultures. (M. ObroutchefFa donné dans son récit d'expédition 
un dessin de cette défense.) 

Nous n'avons pu trouver dans les sources russes aucun 
exemple de semis ou de plantation de Saxaoul, mais quand 
M. Boulanger dit, dans Le Tour du Monde (1887), qu'on <f ne 
connaît pas le secret de sa reproduction », cette explication 
n'est pas sérieuse; tout bonnement, personne n'a essayé, ou 
bien, si cela a été fait quelque part, il n'y a pas eu de 
communications faites à ce sujet. Le peu d'empressement 



386 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

des forestiers russes à cultiver le Saxaoul tient probable- 
ment à ce qu'ils s'arrêtent devant la lenteur de sa croissance 
dont nous avons déjà cité des preuves. 

Les tentatives faites pour répandre le Saxaoul au delà des 
limites de sa patrie datent de 1885, époque à laquelle aucune 
collection botanique n'en possédait eiicore à l'état vivant. 
Un article de M. Sorokine, professeur de botanique à Kazais, 
paru en franrais dans le Bulletin de la Société des Natu- 
ralistes de Moscou, attira l'attention de M. Alpli. de Can- 
dolle, de Genève. L'année d'après, M. de Candolle obtint de 
M. Regel, directeur du Jardin botanique de Saint-Péters- 
bourg, un sac de graines, qu'il distribua à un grand nombre 
de personnes. Dans le Midi de la France par M. Naudin, en 
Egypte par MM. Scb^^ einfurth et de Lesseps, en Australie, 
au Cap, aux Indes et à la Jamaïque par la Direction de Kevv 
et pour l'Algérie par le llamm'a. En septembre 1891, M. de 
Candolle ne savait encore rien de ce que ces envois étaient 
devenus. Cependant, M. Leroy, à Orau, ayant semé en jan- 
vier-février 1887 des graines qui lui étaient venues de chez 
M. Naudin, a obtenu la floraison (en avril 1890) des petites 
l)lantules qui en sont sorties ; il dit avoir également repro- 
duit sans dilliculté le Saxaoul par marcottes et par boutures 
prises sur ses plantules. 

Il serait désirable que M. Leroy communiquât l'état et les 
dimensions actuelles de ses plantes, aussi leur nombre et les 
conditions de sol et d'arrosage (le sol est-il salant f). Nous 
engageons en même temps toutes les autres personnes ayant 
semé du Saxaoul à communiquer' à la Société les résultats 
de leurs essais, bons ou mauvais n'imi»orte. 

Quelques p.arasiïes du Sax.aoul. — Bubse a décrit des 
galles du Togli, dues à un insecte inconnu ; M. Smirnoff, des 
larves à tarières qui creusent la moelle de ses jeunes pousses 
(comme cela arrive pour les trembles). Les racines du Togli 
servent de supjjort à un parasite de la famille des Oroban- 
cliées, le Plielipœa luiea Desf. Cette plante a un tronc gros 
comme le bras, succulent, long de plusieurs pieds. Aussitôt 
arrivée à la surface, la tige déploi*^ un puissant bouquet de 
fleurs, bouquet long d'un jiied et composé de corolles per- 
sonijées, qui sont longues chacune de 1 pouce 1/2 et teintées 
d'une façon magnifique : le tout est violet et les lèvres 



LE SAXAOUL DU TURKESTAX. 38? 

rabattues, blaiiclies et jaunâtres. On s'imagine l'effet que cela 
lii'oduit là, au milieu du désert. 



PRINCIPALES SOURCES UTILISEES 

I<N DEHORS DES TRAVAUX CUrÉS DANS LE COURS DE CE MÉMOIRE. 

BuHSE. Eine Reise clurch Tran&liauka&ieii und Persien in iSi7--i!), in 
Bulletin de la Soc. des Naturalistes de Moscou, 1855, pp. 302, 303, 
305, etc. 

X. SoROKiNE. Courte description d'un voyage dans fAsie centrale en 
■IS7S-7!), IX Bull, de la Soc. des Nat. de Moscou, 1884, pp. 92-95, 
103, etc. 

— Notices sur la Flore de la dépression A ralo- Caspienne, in Bull, de la 
Société Ouralienne des Naturalistes, 18S9. 

IBasiner. Voyage, ix Beitràge zur Kenntniss des Ricssischen Reiches, 
1S48, pp. 64 et autres. (Publication de rAcadëmie des Sciences 
de Saint-Pélei'sbourg), reproduit dans Grisebach [La végétation dîi 
Globe). 

XoppEN. Geographische Yerbreitung der HolzgewàcJise des Earopàischen 
Russlands, in Beitr. z. Kenntn. des Russ. Reiches, 1888. 

V.-A. OuROUTCHEFF, incrcnieur des mines. La dépression transcaspienne, 
explorations, exécutée en iSSG, 1887, 48SS, in Zapishi Rousskavo Geo- 
grafifckeshavo Obchtchestva, vol. XX, mém. n" 3. 

MiDCENDORFF. Einl/lick in das Ferghana-Thal, in Mém. de VAcad. des 
Sciences de Saint-Pétersbourg , 1891. 

Prjevalski. Troisième voyage et Voyage chez les Tangouts. 



EXPOSITION D'ANIMAUX DE BASSE-COUR 

AU JARDIN ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. 



La S(3Ction d'Aviculture pratique de la Sooiélo Nationale dAccli- 
mataticn Aient d'organiser, au Jardin Zoologique d'Acclimatation, sa 
4*^ Exposition périodique d'animaux de basse-cour. 

Ce concours, international comme les précédenis. a duré du 5 au 
9 octobre, et nous voyons, dans la durcie restreinte de cette expo- 
sition, un grand progrés au point de vue du bien-être des animaux. 

Répondant au désir de la plupart des Eleveurs, la Section d'Avi- 
culture, en restreignant la durée de ses concours, et en faisant juger 
chaque classe par un juge unique, a satisfait les exigences de tous et 
a, par là même, assuré le plein succès des expositions qu'elle doit or- 
ganiser à l'avenir. 

C'est avec une vive satisfaction que nous avons constaté le nombre 
sans cesse croissant des lots présente's, et leur qualité incontestable. 

Les Exposants et les juges des nations voisines se sont donné 
rendez -vous dans l'enceinte du Jardin d'Acclimatation, et nous 
voyons, avec un inte'rôL bien sincère, les amateurs anglais, suivant en 
cela l'exemple des Belges et des Allemands, nous apporter le contin- 
gent important de leurs remarquables élevages. Le temps n'est pas 
éloigné où la Section d'Avi'jiuUure, ayant à sa disposition de plus 
grandes ressources, pourra augmenter la valeur des récompenses. 
Attendons -nous donc à voir, dans un avenir très prochain, des Expo- 
sitions de 2000 et 8000 lots, qui n'auront rien à envier à celles orga- 
nisées ciiez nos voisins. 

Multiplier le nombre des concours, assurer leur succès par des rè- 
glements donnant satisfaction à tous, n'est-ce pas le meilleur moyen 
de propager le goût des animaux de race pure. L'Aviculture est une 
des branches les plus intéressantes de l'agriculture, qui est elle-même 
une des plus grandes sources de prospérité' pour le pays. 

Les animaux présentés étaient installés dans le grand hall-boule- 
vard plante de palmiers. 

Nous devons remercier la Société du Jardin d'Acclimatation, qui a 
bien voulu mettre à la disposition de la Section d'Aviculture un ma- 
tériel confortable et un local offrant aux visiteurs et aux exposants 
un merveilleux cadre pour ses concours. 

Je demande pardon au lecteur de cette digression et j'arrive à la 
partie technique de mon sujet. 

Sans doute, à cette époque de l'année, la plupart des volailles 
adultes sont en mue. Mais cette crise passagère n'influe pas tellement 
sur les sujets présentés, qu'un juge, expert en la matière, ne puisse 
discerner le mérite respectif des concurrents. 



EXPOSITION IXTERXATIOXALE D'AXIMArX DE BASSE-COUR. 389 

Par contre, l'c'poque choisie présente cet avantage, que l'on peut 
parfaitement apprécier les produits de l'anne'e. En effet, les élevés, 
n'ayant pas acquis tout leur développement, vont être relarde's dans 
leur croissance par les premiers froids, avant-coureurs de l'hiver, et 
no feront jamais que des reproducteurs de deuxième ordre. Elever 
des sujets de premières couvées, voilà le secret de tout e'ievage bien 
entendu. 

Les volailles de race Française sont là au grand complet. Un très 
bon lot de Houdau : MM. Voitellier, Anceaume, M'"'= Durand renou- 
vellent leurs succès habituels. M"^'^ Judic, la sympathique artiste, 
que nous avons eu maintes fois l'occasion d'applaudir dans ses di- 
vers rôles, alors qu'elle nous tenait sous le charme de son talent, se 
présente à nous sous un aspect nouveau. Elle nous montre un lot de 
volailles et de pigeons choisis de main de maître. Applaudissons 
donc à ce succiîs d'un nouveau genre et souhaitons la bienvenue à 
cette prc'cieuse recrue de l'aviculture. Son coquelet, 2" prix des Hou- 
dan, est un bon spécimen. J'en dirai autant de ses deux poules, 
n"^* GS et 67. M. Yoitellier a un lot vraiment hors de pair et remporte 
le prix d'honneur. 

Les Crévecœur pourraient être plus nombreux. M. Cornélius expose 

cependant un beau couple de l'année, qui lui vaut le prix d'honneur. 

Môme observation pour les la Flèche. Le coq, P'' prix, n'a pas 

l'oreillon d'un blanc assez pur. Le 1"' prix des poules revient à 

M. Chevalier. Dans les jeunes, M. Leroy obtient les re'compenses. 

L'absence des Barbezieux, engagés par M. Giet, rend la classe peu 
iute'ressantc. 

Un bon lot de Mans. Le coq adulte, de M. Yoitellier, est remar- 
quable. Dans les produits de l'année, M. Lejeune obtient les récom- 
penses avec de magnifiques sujets. 

Très bons également le coq Courtes-pattes, V prix à M. Lejeune, 
et la poule, P'' prix, à M. Lagrange. M. Pointelet remporte le 1" prix 
des jeunes, avec un coquelet très correct. 

Les Bresse sont de qualité satisfaisante. M. Lagrange prend le 
P'' prix des coqs, et le marquis de Chauvelin voit placer première 
une très belle poule. M. Lejeune reçoit le V' prix des coqs et le 
1^'' prix des poules de l'anne'e, avec une excellente paire d'oiseaux. 

Les Coucous de Rennes sont médiocres. M. Voilellier reçoit toutes 
les re'compenses dans la classe des Manies. Voilà une poule qu'on ne 
saurait trop recommander pour en peupler les fermes. Rendement ex- 
cellent et grande précocité'. 

Les races diverses présentent un ensemble irrégulier et, par suite, 
peu intéressant. Toutefois, M. Delmas a su unifier le type de ses 
FaveroUes. 

Arrivons aux races étrangères : 

Les Cochin sont assez nombreux et il y a parmi eux des sujets de 



390 REVUE DES SCIENCES NATURELLES AiTLIQUÉES. 

valeur. Le coq et la poule fauves de ^l. VoilelLer, pi-emicrs pris de 
leurs classes respectives, lo coq fauve de M. Poiutelet, le coq et la 
poule blancs, de M. Chevalier, ont particulièrement attiré mes regards. 

Remarqué dans les jeunes : le coquelet et la poulette fauves do 
M"" Judic, le coquelet blanc du comte de Lainsecq, et surtout la ma- 
gnifique poulette perdrix de la marquise de Chauvelin. 

Un bon lot de Brahma hermines, tous à crête double. Le coq du 
comte de Maupassant, la poule de M. Pombla, sont très corrects. 
Dans les inverses, M. Chevalier remporte les récompenses. M. Pom- 
bla expose un bon couple d'hermines de l'année. 

Remarqué dans les Langshan, le coq n'' 319 à M. Voitellier, le n'^ 353 
à M. Chevalier, la magnifique poule n'^ 355 au comte de Lainsecq, le 
joli coquelet et la poulette de M. Coert, la poulette n° 378 à M. de 
Chauvelin. 

Quelques bons Wyandottes. 

Dans les Dorking adultes, M. Voitellier remporte les principales ré- 
compenses. Dans ceux de l'année, M. Lejeunc remporte les prix. 

Quelques rares Espagnols en pleine mue. Je leur proft re les Anda- 
lous bleus. 

Les Padoue dorés sont médiocres. Les argentés sont meilleurs. 
M""-' Judic obtient les récompenses avec un très bon couple d'oiseaux. 
Rien à dire des chamois. 

Dans les jeunes, un bon couple de blancs au comte de Lainsecq, 
un charmant coquelet argenté' à M. Pointclet, une jolie poule de 
même nuance à M. Voitellier. 

Bien jolis également le coq et la poule hollandais noirs de M"'' Ju- 
dic, le coquelet de M. Poiutelet, la poulette du comte de Lainsecq. 

Un bon lot de Hambourg argents. Remarqué les animaux présenti-s 
par M"'^' Maillet du BouUay et MM. Lejeunc et Blazy. 

Quelques bous Campine, à crête double, et à crête simple. 

De beaux Combattants bleus de Bruges à MM. Griner et de Mau- 
passant. Les grands Combattants anglais seul de médiocre qualité, 
sauf la poule black red Creasted de M. Griner et le coq brown red de 
M. Prove. En somme, pauvre classe. 

MM. Lejeunc, Carrey et Griner présentent quelques bons Malais cl 
Indiens. 

L'a beau couple de Leghora dores vaut à M. Lejeune le T-'' prix. 
Remarqués encore dans les races étrangères des Elberfeld, des Laken- 
feldor cl des Red-cap. 

Les races naines sont me'diocres dans leur ensemble Les Benlam 
Sebright ne valent rien. Nous sommes loin des lots présentes au der- 
nier concours par M'"^' de Chabannes La Palice. 

Dans les Game Benlam, le couple de black Breasted de M. Petiljean 
se place en tête. Le coquelet Duckwing de M. Leroy les deux pile de 
M. Prowe promettent. Un bon couple de Java noirs à M. Lejeune. 



EXPOSITION INTEIIXATIONALE D'ANIMAUX LE BASSE-COL'R. oill 

Quelques bons nègres à M'""^ Maillet du BouUay et à M. Couvieux. 
Un joli coq nangasaki hermine et une poule blanche à M. Petiljean. 
Le charmant coq doré de la comtesse de Sainte-Marie d'Agneaux, les 
Bentam pdkin noirs de MM. Petitjean et Debeauvais, la superbe pou- 
lette négresse de M'"*" Maillet du BouUay terminaient cet inte'ressant 
ensemble. 

Arrivons aux Pintades. Classe peu nombreuse. M. Lagrange rem- 
porte le !'='■ prix des mâles et le l^'' prix des femelles avec un superbe 
couple gris. — Un bon mâle blanc à M. Voitellier. 

Nous voici aux Dindons. M. Pointelet pre'sente un k t de noirs ab- 
solument remarquables par leur développement et la correction du 
plumage. Cet expo^^ant remporte le prix d'honneur. Remarqué encore 
le beau mâle blanc de M. Lejeune, ainsi que les gris d'Italie et les 
sauvages au même exposant. Nous applaudissons, chaque année, au 
succès de M. Lejeune, qui joint aux qualités d'un connaisseur sérieux 
et d'un éleveur éclairé, la persévérance la plus digne d'éloges. 

Bonne classe d'Oies. Dans les Toulouse, M. Lejeune remporte le 
!■■'■ prix des mâles et le P'' prix des femelles. Les mêmes re'compeases 
lui sont attribuées pour son couplo d'Embden blanches et son couple 
de Guinée grimes. Dans les Oies diverses, M. Crignon remporte le 
!'■'■ prix des jeunes. 

Bel ensemble de Canards. Dans les Rouen, M. Lejeune et M. Lc- 
febvre remportent les recompenses. Dans les Aylesbury, AIM. Lejeune 
et Voitellier se partagent les prix. Les Pékin de M. Lejeune se pla- 
cent encore premiers. Ainsi que ses Labrador, ses Barbarie, ses Du- 
clair et ses superbes canards bleus, race créée et fixée par ses soins. 
Nous arrivons aux Pigeons. 

Dans les grandes races, voici la belle paire de Romains fauves de 
M. Guilly, les bleus de M. Breschet et de M. Lejeune, les chamois de 
MM. Guilly et Leudet, les rouges de MM. Breschet, Guilly et Thu- 
mara, les Montauban blancs et gris piqué de M. Leudet, les rouges de 
M. Guilly, les Mondains de MM. Lejeune, Pointelet, Croizet et Cri- 
gnon, les Bisets de Rouen de M. Joly, les Bagadais de MM. Thomas et 
Strohecker, les ma^;nifiques Carriers rouges et blancs de M. Fulton, 
qui a pris la peine de venir nous montrer en France ses beaux pigeons 
connus et appréciés de toute l'Angleterre : les noirs de MM. Crignon 
et Voitellier. 

Dans les voyageurs, je remarque les Liégeois blancs de M. Naudin, 
les Étincelo's de M. Paradis, les Anversois étincelcs de M. Locque- 
neux, les bleus de M. Van Lier, les noirs de M. Perrolel, les blancs 
de :M. Crignon et les Elincelés de M. Perrolet. 

Voici encore les Volants blancs de M. Crignon, les Culbutants de 
MM. Joly et Lasseron, les pies de MM. Breschet, Fulton et Ilolleville," 
les Bouvreuils d'Arkangel, de MM. Croizet et Voitellier, les Iliron- 



392 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

délies de Saxe noirs barre' blanc de M. WeLtcr, les rouges de M. Joly, 
la paire de Salins de M. Voitellier. 

Puis encore les Tambours de Boukharie de MM. Croizet et Fulton, 
les frises blancs de M"^" Judic, les Russes rouges de MM. Tourey et 
Vincelet, les Élourneaux de M. Joly. les Blondinettes négresses de 
M- Lejeunc, les Satinettes de M. Joly, les Damascèues de M"° de 
Claybrooke et de M. Voitellier, les superbes Capucins de M. Fulton 
et ceux de M. Lejeune et de M. Leudct. 

Plus loin les Turbitéens et les Cravatés anglais de M. Fulton, les 
Cravates viennois de M. Siede, les Tunisiens blancs de M. Vincelet, 
les deux belles paires de Tumbler almond de M. Fulton, les Polonais 
de M Joly, les Poules de M. AVetler, les Gazzi de M. Clialrol. 

Vous cilerai-Je encore les Queue de paon blancs de MM. HoUcville 
et Fulton, la siiporbe paire de noirs à M. Fulton, et les blancs à queue 
bleue de M. Bachem. 

N'oublions pas non plus les Boulants français de M. Croizet, et les 
deux collections si remarquables de Boulants anglais, pre'sentés par 
MM. Croizet et Fulton. 

Un dernier souvenir, pour terminer, à la belle collection de Lapins 
ro'unie dans ce concours. 

Les lots, si remarquables de m91es et de femelles Béliers gris, 
élevés par M. Lejeune, lui valent deux premiers prix. M. Petit rem- 
porte le 2^ prix pour un beau malc gris et le 4° prix pour une femelle 
grise. Une belle femelle noire vaut un 3"^' prix à M. Naudin. 

M. Longuet et M. Voitellier exposent deux belles paires de Lapins 
communs gris. 

Dans les Géants des Flandres, MM. Petit et Lejeune remportent les 
prix des mTdes. La magnifique femelle grise de M. Petit enlève les 
suffrages et obtient le prix d'honneur. 

Dans les Argentés, les P'' et 2" prix de mules reviennent à MM. Pe- 
tit et Naudin. Le P'"' prix des femelles revient à M. Naudin. et le 2^' à 
M. Lejeune. 

Dans les Russes, M. Pointelet remporte le l*^"' prix des mûies et le 
P"" prix des femelles. 

Dans les Angoras blancs, MM. Pointelet et Lejeune obtiennent 
les re'compenses. La vicomtesse de Boislandry voit primer ses beaux 
Angoras de couleur. 

M. Saffray obtient ses succès habituels dans la classe des Ja- 
ponais. 

Un dernier regard à quelques inte'ressants Cobayes. MM. Cngnon et 
Naudin sont les heureux lauréats de cette classe. 

Et maintenant, cher lecteur, je vous dirai, non pas adieu, mais 
au revoir. Et je souhaite que ce soit le plus tôt possible. 

Un Rural. 



II. CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 



Le Sphénops en captivité. — On ne i-onnaissait que peu jus- 
qu'ici les mœurs de ce Saurien. Il y a quelques mois, M. von Fischer, 
de Francfort, en conserva pour la première t'ois plusieurs individus 
dans un terrarium. 

Le Sphénops capistratus mesure m. 20 à m. "25 en longueur. 11 
conslilue la seule espèce d'un genre qui est voisin de celui des 
Scinques. Le Zezumia ou Ziagugaia, comme le désignent les Arabes, 
se renconlre dans l'Alge'rie et au Sénégal ; ii est commun eu Egypte. 

Dans le terrarium, un compartiment sec, bien expose' au soleil, garni 
de sable finement tamisé est ne'cessaire à sou existence. La température 
moyenne ne doit pas dépasser 25-30'^ R. pendant la nuit. Cet animal 
est plutôt diurne, mais il se cache sous le sable, pendant le milieu du 
jour. Ses mouvements rappellent ceux du Heps cha^.cides. Le Sphénops 
ne paraît pas s'apprivoiser. Pourtant, il lait preuve d'une certaine con- 
fiance, eu prenant dans la maiu les vers de farine qu'on lui présente. 
Son intelligence est faible. Il est pourvu d'une bonne ouïe et d'un 
odorat assez développé. Sa vue est surtout remarquable. Lorsque des 
Sphénops se poursuivent en cage, ils savent s'e'viter de très loin. Leur 
caractère est sanguinaire. Quand une vingtaine se trouvent re'unis, les 
mâles se font une guerre acharnée en se mordant à la gorge ; on en a 
vu manger leurs semblables. 11 est presque impossible de les piendre, 
car ils se débattent et leur corps glissant échappe à la main la plus 
habituée à les saisir. Leur queue, d'une fragilité extrême, se brise au 
moindre choc. Tout cela rend la capture des Sphénops en liberté, 
difficile. Ajoutons qu'ils sont très lestes à disparaître sous les sables.- 
Oq a trouvé dans les excréments d'exemplaires nouvellement pris, 
de restes de Diptères et de Sauterelles. En captivité on les a nourris 
de Mouches diverses dont on coupe auparavant les. ailes, de vers de 
farine et de larves cVAlphitobii'.s diaperiaus et de Gn?dhocera cornula. 
Ce Saurien est délicat i)our le transporter vivant, on recounnaude 
l'emploi d'un sac rempli de sable tamisé. 

Les Egyptiens protégeaient et vénéraient ce petit saurien, qu'ils em- 
baumaient ; car on voit au musée du Louvre plusieurs sarcophages 
ayant contenu des Sphénops. De S. 

Dissémination des plantes par l'intermédiaire des 
oiseaux. — Un grand nombre d'oiseaux franchissent plus de 400 
mètres à la minute ; ils peuvent donc transporter en peu de temps, 
dans de.? régions étrangères, les végétaux dont ils se nourrissent. 

M. l'istoni, de Messine, a noté le fait, surtout en Sicile (1), où l'on 

[1) Dissemiiiazione zoo fila ve>' uccelli filosafji. 



H94 



REVUE LES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 



trouve aujourd'hui, dans quelques localités, à coté de plantes orii;i- 
naircs du pays, d'autres qui sont particulière? aux conlre'es septen- 
trionales. Sur cette île, les oiseaux recherchent et répandent princi- 
palement les végétaux suivants : 



OISEAUX. 



PLANTES QUI LTiUR SERVENT 
DE NOURRITURE. 



Corvidés : Cormis fi'ugilcgus. cor- 
nix, monedula. P graculus. Oar- 

nilus glanclarius. 

Loriot {Oi'iolus galbula). 

Moineaux (P. Ifal'ie, hispaniaîen- 
s's, 'petroiiia] ; Pinson. 

Serin S. liortiilamis). 



Fruits du Cerisier sauvage {Pni- 
nus avium) ; Olivier, Figuier, 
Dattier; Palmier nain [Cliamœ- 
rops humilis) ; Cornouiller [Cor- 
mm mascula]. 

Philh/rea vaviahilis, Prunus cerasns. 

Arbutus unedo ; Moriis nigva et 
alha ; Linura nsitatissimnm et 
strict uni. 

I Crucifère : Koniga maritima. 

Bruant des roseaux {Ernberiza { Phalaris Canariensis ; Setaria Ita- 
schœmculus). ( lica ; Panicuni rniliaceum. 

i Yaccinium wijrtillu.s ; Myrtus corn- 
Grives [Turdus pilaris, torquatus). \ inunis; Rubus discolor et tomen- 

( to%us. 

Gros -bec {Coccothraustes vulffa- ( Mespilus Germanica; Crata'gus azé- 
ris). ( rohis. 

')>lQv\Q'Dvnïr\Q [Tiirdi'.sviscivorus]. \ Gui. 

Fauvettes : S. hortensis, cinerea, \ Figuiers cultivés à l'état sau- 

atrfcapilla., conspicillata. \ vage. 

Rossignol [P. luscinia). \ Fraisier. 

Kouge-gorge {Er. rubicola). | Sureaux: Sanibucusnigra clebidus. 

Me'sange [Parus major,. | Arbutus unedo, 

Me'saages de marais (P. i(â;n/n'c«,'!, ( Calamagrostis, Arundo et Phrag- 



A . penduUnus] . 

Roitelets ,A'. ignicapiUus. cr/'s- 

tatus). 

Accenteurs '.-1 . alpinus, mndularis). 
Ramier (fiolumba palumbiis). 
Caille {Coturnix). 



( mites. 

l Cèdre espagnol {Juniperus oxyce- 

\ drus). 

I Ronces de diverses espèces. 

I L('gumineuses, Chênes. 

I Phytolacca decandra. 



On cite des exemples particulièrement curieux de ce mode de dis- 
persion des végétaux. Au .lardin Botanique de Palerme, les petites 
bulbes d'une espèce d'oxalide {Oxali.s cernua) lurent déterrées par les 
oiseaux et semées en ])c\i de temps dans lo\is les champs des envi- 



CURONIQUE GÉNÉIlALE ET FAITS DIVERS. 39.") 

rons. Grâce aux Pigeons sauvages, deux Cbèucs (Querais Macedo- 
nica \\\ et Q. œgilops {2) poussent aujourd'hui dans certaines localite's 
de la Sicile et de la Sardaigne. 

C)n a vu, dans les allées du Jardin de Palerme, le Rouge-queue et 
la Fauvette à tète noire qui s'attaquaient aux graines de diire'rents 
Acacias importées de Massaouab et d'Australie. On ne s'étonnera pas 
ensuite de voir apparaître ces arbres dans des régions où la main de 
l'homme ne les a point plante's. 

L'on sait que les graines et les semences, avale'es par les oiseaux, 
germent facilement après qu'elles ont e'té digérées. En Sicile, où l'on 
chasse beaucoup les Cailles, l'usage est d'ouvrir leur estomac pour 
on retirer les diverses graines qu'il contient. On les met dans des pots 
et l'on en obtient souvent des plantes rares ou e'trangèrcs. Ue B. 

La viticulture en Tauride 'Crimée). — La surface occupée par 
les vignobles dans les districts nord du gouvernement de la Tauride, 
s'étend de plus en plus. Et cependant, le temps n'est pas loin où 
les villages Kamenka et Znaménka connus par leurs crûs, étaient les 
-euls à se livrer à la cullure de la Vigne. Ou raconte qu'il y a une di- 
zaine d'anne'es, un berger planta en Vigne un lopin de terre argileuse 
qu'il reçut en cadeau. Le succès dépassa toutes ses espérances, et 
depuis la population des environs se mit à cultiver la Vigne sur des 
terrains- sablonneux et argileux. D'autre part, depuis tiu certain temps, 
on vit dans le district du Dnieper d'immenses espaces de belle terre 
labourable s'ensabler et devenir stériles. Les Conseils gene'raux et les 
grands propriétaires s'émurent de cette situation, et on décida d'op- 
poser à ces dunes, des plantations de Vignes. L'expérience eut un 
succès inespéré, et la population riveraine se mit à cultiver de la 
Vigne. 

De petites maisonnettes de vignerons construites à l'allemande, au 
milieu des steppes, poussent avec une rapidité' vraiment étonnante 
pour le naturel lent et nonchalant de la population de la Russie méri- 
dionale. En dehors des bénéfices direrts que rapporte celte culture, 
elle contribue à protéger les champs voisins de l'ensablement. La 
valeur des terres que l'on considérait comme absolument stériles, 
monte rapidement. La population du district de Mélitopol a imité 
l'exemple de ses voisins. Ce . uccès a une importance vitale pour le 
pays, car les paysans qui auparavant s'adonnaient à la culture du Ble 
exclusivement, no'gligeanl les aulrcs branches de l'économie rurale, 
ont éle' amenés dans ces derniers temps, à la suite de plusieurs ann^'es 
consécutives de disette, à chercher d'autres moyens d'existence. Ils 
les ont trouves dans la viticulture. On cultive surtout les varie'tés 
crimécnnes. T. 

(1^ Originaire de la Rouméiie. 

(2) Originaire de la Grèce et des Cycladcs. 



396' REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Acclimatations végétales, — M. Jamiesou, qui habite le Pend- 
jab (Inde anglaise) depuis longtemps, a récemment envoyé' au Jardin 
d'Acclimalalion de Hyères (Var) des semences qui pre'sentent pour la 
Société un certain intérêt. 

A ces graines rc'coltées dans les monts Nilghiri (Dammara alba, des 
Moluques, Eucali/ptus globulus, d'Australie), M. Jamieson a joint (rois 
fruits de Jaii>.peru& excelsa re'colte's sur la frontière afghane, plus Irois 
pépins de raisins du pays des Afghans. 

Dans sa lettre, M. Jamieson demande qu'on lui fasse parvenir des 
semences de Piaus raaritima^ de Pinus Halepenais., à! Araucaria Brasi- 
liensis et des boutures de Chasselas de Thomcry. 

Un nouveau Palmier nain. — L'an dernier, M. Morris, assis- 
tant-directeur, à Kew, rapporta d'Anguilla, une des îles Leeward 
tPetites Antilles), des tiges, des feuilles et des fruits d'un nouveau 
Palmier. M- Wendland de'crivit cette plante sous le nom de Thrinax 
Morrisii. On a déjà pu s'en procurer des graines pour les semer dans 
le jardin de Kew. Cette espèce se distingue de toutes les autres par 
sa taille très petite; elle peut rivaliser avec le Dattier nain {Pkœnix 
Roebeleni), car elle ne dépasse pas 30 ou 35 pouces en hauteur et sa 
lige mesure environ deux pouces et demi de diamètre. 

Ce Palmier croît en abondance sur le calcaire de Blowing-Point, à 
Anguilla. Ses feuilles en éventail sont utilisées par les indigènes 
pour recouvrir leurs buttes. G. 

. La moisson dans le Canada. — Au Canada la moisson a c'io 
très abondante rauuee dernière '^18U1). De l'Atlantique au Pacifique les 
fermiers ont fait de bonnes allaires. Pour la prc>viucc de Maniloba, ou 
évalue ia recolle à 41,000,000 boisseaux (1), dont 23,000,000 de blé. 
En 1890 on l'avait estimée à environ 14,000,000 boisseaux seulement. 
La re'colte moyenne s'est donc e'ievc'e de 21,1 à 25,3 boisseaux par 
acre ( — superficie de 40 ares). Maigre leur abondance, les cére'ales 
restent bieu cotées. Comme on prévoit que leur exportation en Eu- 
rope sera peu considérable, leur prix s'élèvera encore. Dans la pro- 
vince d'Ontario la moisson a atteint 31,000,000 boisseaux, la récolte 
par acre étant de 25,7 boisseaux. L'orge a produit beaucoup. Quant à 
l'avoine, on en a recueilli 40 boisseaux par acre. 

Pour les fruits, la récolte des pommes a été' extraordinaire, et leur 
exportation du Canada a dopasse celle de l'annoe dernière de plus de 
500,000 barils. De S. 

(1) Mesure de 3G litres. 



Le Gérant : Julks Grisako. 



CHEPTELS 

DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

DE FRANCE. 



RÈGLEMENT ET LISTE DES ANIMAUX ET DE, PLAMES 

QUI POURRONT ÈTRU DONNÉS 

EN CHEPTEL AUX MEMBRES ^'1 LA SOCIÉTÉ 

EN 1893. 



Dans le but de multiplier plus rapidement les espèces 
utiles ou simplement d'ornement, la Société distribue chaque 
année des cheptels d'animaux et de plantes. Une commission, 
nommée par le Conseil, est chargée de la répartition de ces 
cheptels entre les membres qui se sont lait inscrire. 

Pour assurer le succès de ces expériences, un inspecteur 
spécial sera chargé, s'il y a lieu, de les suivre et d'en rendre 
compte à la Société. 

C'est en multipliant les essais dans les différentes zones de 
notre pays, que nous pourrons hâter les conquêtes que nous 
poursuivons, et la vulgarisation des espèces déjà conquises 
que nous voulons répandre. 

RÈCtLEMENT. 

Pour obtenir des cheptels, il faut : 

1° Être membre de la Société. 

2° Justifier qu'on est en mesure de loger et de soigner con- 
venablement les animaux, et de cultiver les plantes avec 
discernement. 

Les membres auront soin d'indiquer les conditions favo- 
rables et les avantages particuliers qui les mettent en mesure 
de contribuer utilement à l'acclimatation et à la propagation 
des espèces dont ils demandent le dépôt. 

Les demandes qui ne seraient pas accompagnées de rensei- 
gnements suffisants ne pourraient être prises en considération 
par la Commission. 

;; Novembre 1892. 23 



398 HEVUE DES SCIENCES NATURELLES AfFLlQUÉES. 

3" S'engager à rendre compte, deux lois par an au moins, 
des résultats Ijons ou mauvais obtenus. 

On devra donner tous les détails pouvant servir à l'éduca- 
tion et à la multiplication des animaux à l'état domestique 
ou sauvage (mœurs, nourriture, reproduction, soins donnés 
aux jeunes, etc. ; pour les oiseaux : époque de la ponte et 
de l'éclosion, durée de l'incubation, etc.). 

4° S'engager à partager avec la Société les produits ob- 
tenus. 

Les conditions du partage et la durée des baux à cheptel 
ne sauraient être les mêmes pour toutes les espèces d'ani- 
maux et de plantes. Aussi chacun des engagements passés 
avec les chepteliers stipulera-t-il quelle sera la part de la 
Société dans les produits et la durée des baux. 

L'âge auquel les jeunes devront être renvoyés à la Société 
sera également indiqué dans les baux. 

Le bail part du jour de la réception des animaux. 

5° Si les chepteliers ne se contormaient pas aux conditions 
ci-dessus proposées, ou si leur négligence compromettait le 
succès des expériences qui leur auraient été confiées, les ani- 
maux ou les végétaux pourraient être retirés par la Société, 
sur la décision du Conseil. 

G» Les membres de la Société qui solliciteront une remise 
de plantes ou d'animaux devront adresser leur demande par 
lettre à M. le Président. 

Ces demandes seront soumises à la Commission des chep- 
tels, qui statuera sur la suite qui pourrait y être donnée. 

1° Le port des objets envoyés par la Société â ses chepte- 
liers sera à la charge des dits chepteliers, ainsi que les frais 
de nourriture, de soins, de culture, etc. 

Réciproquement, le port des objets expédiés par les chep- 
teliers à la Société sera â la charge de la Société. Toutel'ois 
la remise en gare devra être faite franco. 

Les frais d'emballage resteront â la charge de celle des 
parties qui fera l'expédition. 

Pour le partage des produits ou le renvoi des jeunes, les 
frais de capture des animaux seront à la charge du chep- 
telier. 

8° La Société se réserve le droit de faire visiter, chez les 
chepteliers, les animaux et les plantes remis en cheptel. 



ANIMAUX ET PLANTES A DONNER E.N CHEPTEL. 39<J 

9° Les cliepteliers ne pourront disposer des étalons à eux 
confiés ou faire des croisements sans en avoir oljtenu préala- 
blement l'autorisation du Conseil. 

10^ Le Conseil pourra également autoriser les cliepteliers à 
exposer les animaux de la Société dans les concours régio- 
naux ou auti'es, à leurs risques et périls. 

11° Le cheptelier devra employer tous les moyens en son 
pouvoir et prendre toutes les précautions nécessaires pour 
éviter les croisements et assurer ainsi la pureté de la race des 
animaux qui lui sont confiés, la Société ne pouvant accepter 
comme produit que des espèces absolument pures. 

12" Un même cheptelier ne pourra être détenteur de plus 
de deux espèces d'animaux en même temps. 

13" Pour éviter les difficultés de partage, il ne sera pas 
confié à un sociétaire des animaux qu'il posséderait déjà. 

14*^ Les cliepteliers pourront recevoir, on mèuie temps que 
les animaux qui leur seront confiés, un programme d'obser- 
vations à faire, qu'ils seront tenus de remplir et d'annexer à 
leur compte -rendu semestriel. 

15° En cas de mort d'un animal confié à un membre, ce 
membre en informe sur-le-champ le Conseil en donnant, au- 
tant que possible, des détails sur les causes qui ont amené la 
mort. 

16* Tout cheptel décomplété devra être restitué. 

Le cheptelier ne sera déclaré non responsable, en cas de 
perte des animaux à lui confiés, que s'il y a eu maladie cons- 
tatée ou cas de force majeure. 

ll'> Le Conseil décide, s'il y a lieu, de la destination à don- 
ner aux restes des animaux morts appartenant à la Société. 



Nota. — Les Sociétaires qui auraient des raisons particu- 
lières pour s'occuper de l'acclimatation de certaines espèces 
non portées sur la liste insérée chaque année dans la Revues 
pourront faire connaître leurs desiderata, en les appuyant 
des motifs qui les engagent à persévérer dans leurs essais. 



400 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

ANIMAUX ET VÉGÉTAUX 

QUI POURRONT ÊTRE DONNÉS EN CHEPTELS EN 1893 



l-^a SECTION. — MAMMIFÈRES. 

1 couple Agoutis du Brésil {Dasyprocta Aguti). 

1 — Alpacas du Pe'rou [Auchenia pacos). 

1 Bouc et 2 Chèvres d'Angora (Mohair). 

1 Bouc et 2 Chèvres naines du Sénégal (Capra depressà). 

1 couple Cochons d'Inde à long poil. 

1 — Kangurous de Beunell {Halmaturus Bennettii). 

1 — Lapins be'liers gris. 

1 — — — blancs. 

1 — Lapins géants des Flandres. 

2 — — argentés. 
2 — — russes. 

1 — Maras ou Lièvres de la Patagonie {DoUchotis Patagonica)- 



2« SECTION. — OISEAUX. 

1 couple Bernaches (grandes) du Magellan {Chloephaga Magellanica). 

1 — de Canards d'Aylc?;l)ury (domestiques). 

1 — _ à bec rose du Chili {Metopiona pepo?aca). 

1 — — de Paradis [Vasarka variegatà). 

\ — — Casarkas ordinaires [Casarka rutila). 

\ — — de Pékin (domestiques). 

3 — — CavoVms, {Aix sponsa]. 

3 — — mandarins [Aix galericulala). 

1 — Colombes grivelées (Ze«cosa?'Ci« pîca^œ). 

1 — — Longhups {Ociipliaps lophotes). 

\ — — lumachellcs {Phaps chalcoptera) . 

1 — — poignardées (Phlogcenas cruentata). 

1 — — turverts ( Chalcophaps indica). 

1 lot de 1 Coq et 2 Poules cochinchinois fauves. 

1 — — — de Dorkiug. 

1 — — — nègres. 

1 — — — de Yokohama (Japon). 



ANIMAUX ET PLANTES A DONNER EN CHEPTEL. 401 

1 couple Cygnes à cou noir {Cygnus aigricoUis). 

— — noirs, jeunes (Cygmis alratus). 

— Faisans de Mongolie [Phasianus éorquatus). 

— — vci'sicolores {Phasianus versicolor]. 
-^ — vénérés {Phasianus Reevesii). 
_ _ lajy Amherst, nés en 1892 {Thaumalea Ardher&tiœ). 

— —de Wallich {Phasianus Wallichii). 

— Oies du Canada {Anser Canadensis). 

— — de Toulouse i,domestiqucs). 

— — de Siam {Auser ci/noides, var.)- 

— l'crruchcs calopsittes [Calopsitta Novœ-HoUandiœ). 

— — omnicolores {Platycercus eximius). 

— — Palliceps \Platijcsrcus palliceps). 

— — de Peniianl [Platycercus Pennanti], 

— Pigeons romains, bleus. 
_- — — fauves. 



— — lunes. 

— Hirondelles. 

— Montauban, blancs. 

— Pies noirs. 

— satins. 

Raies d'Australie {Rallus pedoralis). 
Tinamous nains {Crypiurus tataupd). 



3^ SECTION. — POISSONS. CRUSTACÉS, etc. 

2 couples Axolotls du Mexique, noirs. 
2 — — — blancs. 

Œufs ou alevins de Truite des lacs. 

— — — saumonc'e. 

— — — Arc-en-ciel. 



4° SECTION. — INSECTES. 

Ver à soïQ àeVk'ûdiniQ {AttacasCi/nthia). 

— du Miirier [Hericaria Mon). 

— du Chêne de Chine {Attacus Pernyi]. 

— — du Japon [Attacus Yama-mai). 

— des États-Unis et de l'Inde [Cecropia, Mylitta, etc.) 



tO-2 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 



5° SECTION. — VÉGÉTAUX. 

Légumes. 

Pomme de terre Joseph Riganlt (PoLagèrc), Pomme de terre Mer- 
veille d'Amérique (très productive, demi-hAlive), Crosnes du Japon 
{Stachys titberifera], PJu/salis oiolacea (petite Tomate du Mexique), Au- 
bergine ronde de Chine, Tomate Mikado violette, Tomate perfection, 
Piment Mammouth jaune d'or, Piment Ruby-King. 

Fleurs annuelles et vivaces. 

Bégonia tubércux à grandes ileurs, Canna à Heurs Geofl'roy Sainl- 
llilaire, Tigridia à fleurs blanches, Montbretia crocosmiœjlora, Dahlia 
simple à grandes fleurs striées, Dahlia simple Jules Chrétien, Agera- 
tiim rose, Gaura Lindheinieri. 

Arbues, arbustes fruitiers et d'ornement. 

Hlœagnus edulis vel longipes, Citrus triplera, Bambnsa mitis, violas- 
cens, flextiosa, gracilis (pour le sud ou l'ouest de la France), Bucalij]}tus, 
Diosj)j/ros kaki, planter les Diofjiyros à l'abri d'un mur, dans l'ouest et 
le centre de la France. 



I. TRAVAUX ADRESSÉS A LA SOCIETE. 



LES CHÈVRES DE CORSE 

Par m. E. PION, 

Vétérinaire inspecteur de boucherie. 



Je vais compléter, anjourd'iiui, l'étude que j'ai écrite au- 
trefois sur l'utilité de la Chèvre, par des notes prises sur le 
vif, dans le pays même. Les quelques renseignements envoyés 
de si loin ne valent pas les Impressions directes qu'un ob- 
servateur peut recueillir. Ces Chèvres, je les ai examinées 
avec curiosité et j'ai demandé aux chevriers, non sans user 
d'interprètes souvent, des détails sur leur genre de vie, sur 
leurs pérégrinations, leur nourriture et leurs productions. 
Le milieu montagnard où s'élève et croît cet indispensable 
bétail, la flore qui le nourrit en lui donnant certaines qua- 
lités, seraient dignes d'un récit tout spécial, tant le soleil, 
flamboyant dans l'éternel bleu du ciel, semble, à leur inten- 
tion, avoir développé d'aromates et sollicité de parfums ! 

Ces Chèvres, qui constituent à peine une variété, sont le 
plus souvent brunes avec des accents de noir, et des parties 
de peau qui vont en s'atténuant jusqu'au gris bleuâtre. — Il 
en est peu de blanches, et la majorité est fortement cornue, 
les cornes étant très écartées à mesure qu'elles s'inclinent 
en arrière. — Elles sont de haute taille, mais très grêles, 
surtout par le cou : de sorte que la tête parait un peu grosse. 
Toutes ont, surtout les grises, une sorte d'écusson formé, 
en arrière de leurs cuisses, par une baisse de ton dans le 
coloris des poils. Disons de suite que ces poils, tissés en 
corde, servent à lier sérieusement les fardeaux sur le corps 
des Mulets. 

Je ne rééditerai pas, à propos de la Chèvre corse, les géné- 
ralités ailleurs exprimées ; je ne discuterai même pas le 
chiffre de bêtes, 130,000 environ, qui peupleraient cette île, 
et lui serviraient, dans beaucoup d'endroits, de principale 
viande de boucherie. Sachons que les troupeaux de 120 â 150 
bêtes ne sont pas rares par chaque village, et que les Chè- 



-iOi REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

vre.s sont d'autant moins nombreuses que l'agriculture est 
plus florissante et plus suivie. C'est dans la montagne, parmi 
les vaines pâtures qu'on les trouve surtout. 

Leur viande fournit, en partie, la nourriture des villageois, 
qui la mangent à la poêle, dans l'huile ou, de préférence, 
dans la soupe. Le prix en est, tout morceau venant, de 0,90 
à 1 fr. 20 le kilogramme. Le Chevreau, mangé à la Noël, âgé 
de un ou de deux mois, est un régal fort prisé des insulaires. 
Mais j'arrive de suite aux particularités les plus curieuses. 

Les Corses font un fromage, avec le lait de Chèvre, tout 
semblable à celui qui est fabriqué en France ; ce fromafje se 
mange frais ; mais, quand il est gardé longtemps, il devient 
dur, et on le râpe, à la façon du parmesan ou du gorgonzola, 
pour attiser le goût des soupes ; on pourrait le mêler au ma- 
caroni sans le gâter, au contraire. Il y a peu de différence 
entre lui et les picodons , fabriqués à Dieulefit, dans la 
Drôme, et fort estimés des gourmets. Mais il est une sorte de 
fromage cuit, appelé hrocio ou brucio {Vit se prononce on), 
d'une blancheur étonnante et très élégamment sculjjté par 
les colonnettes inclinées des joncs du pays, qui lui ont servi 
pour l'envelopper. ]1 a la forme d'un tronc de cùne. On le met 
l)artout, sur la table, à Bastia ; il me souvient en avoir vu 
qui étaient légèrement grisâtres et n'avaient pas la beauté de 
ceux de Murato et de Saint-Florent. Les amateurs violents 
y mêlent des i)lantes aromatiques, — persil, oignon, sel et 
poivre — , les autres l'assaisonnent de sucre en poudre. Je 
me suis laissé dire que ce j'romage blanc, d'un genre particu- 
lier, ne se pouvait laire bien qu'en Corse. Un spéculateur, 
parait-il, animait essayé, en vain, d'amener à Paris, des Chè- 
vres indigènes et des bassines et tout l'attirail, enfin, sans 
obtenir le résultat désiré. Voi(;i la recette : Dans une chau- 
dière bien étamée, on met le petit lait qui sort du fromage, 
auquel on ajoute une petite quantité, un sixième environ, de 
lait pur, — du lait de Brebis ne peut nuire a l'opération. — 
Faites bouillir à grande flanmie. Sur la partie supérieure, 
une croûte se formera qui, ramassée et placée dan^^ des 
osiers spéciaux ou dans des joncs, constituera le brocio. J'ai 
appris que, dans certaines contrées, on ajoutait à la pré- 
paration — dans quel but ? — des cailloux i)ris proprement 
dans les torrents. Si c'est du granit ou des schistes, il n'y a 
rien à dire. Mais je pense que des minéraux, farcis de cuivre 



LES CHÈVRES DE CORSE. 405 

OU de plomb, ne donneraient pas, sans danger, le goût, le la- 
nieux goût, si tant est que le granit en donne un. Ce sont des 
détails à contrôler. 

M. Santamaria, médecin d'Oletta, consulté, m'a appris que 
les enfants, devant rinsuffisance de l'allaitement maternel, 
nsent du lait de Chèvre, non houllli, mais coupé avec de 
l'eau tiède, dans des proportions variables, selon les apti- 
tudes digestives et l'état de santé ou de maladie des sujets. 
On se sert du biberon. D'autres docteurs atténuent la force 
du lait par l'adjonction d'un peu de tisane d'orge. Ainsi fait- 
on à Prunelli. (Lettre de M. Paolini.) De plus, parfois les 
Chèvres prêtent aimablement leurs mamelles k la bouche des 
enfants, selon le rêve de M. Boudard de Gannat. 

On a l'habitude de les traire le matin, avant le départ pour 
la pâture, et le soir, à leur rentrée. Celles qui fournissent un 
litre de lait par jour sont réputées excellentes. — A fr. 20 
ou fr. 25 c. le litre, elles rapportent 1 fr. 50 par semaine. 
Ce lait est très concentré, fort nourrissant, fort aromatique. 
On les garde laitières une dizaine d'années, et dès l'âge de 
huit mois on les livre aux ardeurs du Bouc. 

Les chevriers mènent le troupeau rassemblé dès le grand 
matin, et souvent mélangé de Moutons, dans les parcours ap- 
partenant aux communes. Il a des Chiens de moyenne taille, 
trapus, assez semblables à des loulous, qui veillent ainsi que 
lui à ce que ces vagabondes n'aillent pas de leur dent enta- 
mer les vergers, les moissons, les vignes ou les bois dél'endus. 
Il y faut de la prudence, sinon gare aux haines et souvent 
aux coups de fusil. Des sonnettes, fort primitives, faites d'une 
plaque de fer contournée, les bords étant à peine refermés, 
sont pendues au cou des Boucs, — parfois les femelles en ont 
aussi. — Cette musique excite et rassemble le troupeau. Un 
berger m'a assuré que, si ces sonnettes étaient en cuivre ou 
en bronze, elles se briseraient contre les rochers, tant les bonds 
de ces bètes capricantes sont désordonnés. J'avoue avoir été 
surpris par la vivacité électrique de ces Chèvres. Vous ap- 
prochez-vous d'elles, ainsi que des Moutons jusqu'à les tou- 
cher, elles disparaissent absolument comme par magie. Un 
sentier, un trou, un rocher les dérobe aussitôt à vos regards. 
De loin, on croirait des Fourmis noires trottant sur les 
épaules granitiques de la montagne. Cette impression est 
étrange. Sitôt la chaleur arrivée, après qu'elles ont arasé 



406 KEVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

l'herbe ou brouté les feuilles d'arbrisseaux, elles s'immobi- 
lisent — vous ne distinguerez rien — même si vous avez la 
preuve de l'existence d'un troupeau. Elles se terrent littéra- 
lement, le nez contre les souches d'arbres, entre deux ra- 
cines, pour goûter le irais, et s'il y a un pleur de terre elles 
s'y agglomèrent obstinément. Si elles ont soif, on les voit se 
précipiter — c'est le mot — dans les torrents dont l'eau écu- 
meuse les abreuve. 

Est-ce aussi une inquiétude instinctive qui les fait se re- 
tourner rapidement au moindre bruit ? Les avalanches et les 
rochers roulant en sont la cause, sans doute. Je le crois, car 
j'ai vu des vaches situées à 3 ou 400 mètres au-dessous de la 
Maria Piana, où j'étais perché admirativement, qui se sont 
enfuies, en travers, — je .souligne le mot, — afin de pouvoir 
éviter les bondissements et les chocs dangereux d'une grosse 
pierre que mon guide et moi avions poussée à l'abîme. 

Quand, le soir, les Chèvres reviennent au bercail — chaque 
famille en possède une au moins, — on entend les tiniinnalmla 
de leurs clochettes. Quoique fatiguées, elles ont encore l'agi- 
lité nécessaire pour grimper sur les murs inégaux qui bordent 
le chemin, dédaigneuses du chemin lui-même. Elles trouveront 
au logis une mince pitance, quelques débris de cuisine, sou- 
vent une branche d'arbre avec son feuillage. L'hiver venu, et 
les neiges couvrant leurs pâtures, presque toutes descendent 
dans les plaines, à la place des moissons, c'est-à-dire aux en- 
droits plats voisins de la Méditerranée; ailleurs elles pâturent 
dans les basses prairies, où l'on ajoute à leur pitance des ra- 
meaux coupés d'Olivier; elles eu broutent les feuilles avec 
plaisir. Elles ]iaient un droit au propriétaire pour cette véri- 
table transhumance. D"autres, laissées au village même, man- 
gent les Chênes verts, les Arbousiers, les Glands et toute 
feuille d'arbuste non tombée dans le maquis. A défaut, comme 
complément, on leur distribue du foin sec. 

De quelle façon sont payés les chevriers ? D'une façon fort 
originale : eu nature. Chaque propriétaire leur octroie par se- 
maine un pain d'une ou de deux livres, selon le plus ou le 
moins de bêtes à conduii'e ; en outre, le lait du vendredi soir 
et du samedi matin est pour eux. En décembre, il leur est 
alloué, par chaque ménage, 10 litres de Châtaignes. 



L'ÉTAT ACTUEL 

DE L'HIPPOPHAGIE EN EUROPE 

Par m. E. LECLAINCHE, 

Professeur à l'Ecole vétérinaire de Toulouse 

Et m. Ch. MOROT, 

Vétérinaire municipal à Troyes. 

(suite et fin *) 



Kiel {ScMesioig-Holstein). Les intéressants rapports de 
M. Ruser, vétérinaire-inspecteur, nous fournissent d'impor- 
tants renseignements sur l'hippopliagie dans cette ville (1) : 

Années du P'" avril au 31 mars. 188S-S9 iSSO-uo UOO-Oi iSOi-02 

Chevaux abattus 510 660 699 682 

— consomme's 507 662 69i 678 

— saisis 3 7 5 4 

Parmi les 2,560 chevaux sacrifiés dans les quatre années 
précitées, "235 ont été abattus par nécessité. Pour les 201 che- 
vaux tués dans ces conditions, du !<='• avril 1889 au 31 mars 
1892 (3 ans), les motifs d'abatage sont les suivants : fractures 
osseuses, 49; boiteries diverses, 53 ; blessures, 26; paraplé- 
gie, 16 ; efforts aigus des reins, 22 ; immobilité, 6; vertige, 2 ; 
tétanos, 8; épilepsie, 1 ; entorse cervicale, 2; fourbure, 4 ; 
gastrite, 1 ; coliques, 1 ; introduction d'un liquide dans les 
bronches, 1; débilité, 4; schioarze Harnwinde ou maladie 
de l'urine noire, 3 ; rhumatisme musculaire, 1 ; maladie de 
peau, 1. 

Les 19 cas de saisies totales sont les suivants : Mélanose 
généralisée, 5 ; tuberculose généralisée, 4 ; pneumonie métas- 
tatique consécutive k une arthrite, 1 ; mort naturelle causée 

(♦) Voyez plus haut, pages 1, 97, Uo, 193 et 241. 

(1) Ruser. VerivaUungsberickte des ceffentliclieH stàdtischen Schlacht- 
Ufes in Kiel, pro 1888-89, 1889-90, 1890-91, 1891-92. (4 brochures 
in-S°, Kiel, 1889, 1890, 1891 et 1892}. 



408 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

par une pneumonie, 1; pneumonie, 2; pleurésie, 1; pleuro- 
pneumonie, 1 ; entéro-péritonite, 1 ; arthrite infectieuse, 1 ; 
étisie, 1 ; viande saigneuse, 1. — 4 cas de tuberculose équine 
figurent aux saisies partielles. 

A Kiel, chaque cheval de boucherie paie un droit d'abatage 
de 5 marks (6 fr. 25). La viande de cheval provenant de l'ex- 
térieur paie, comme les autres viandes foraines, un droit 
d'inspection de 3 pfennigs par kilo : on en a introduit 545 
kilos en 1889-90, 343 kilos 500 grammes en 1890-91 et 1004 
kilos 500 grammes en 1891-92. 

Royaume de Saxe (1). En 1891 le nombre des chevaux con- 
sommés s'est élevé aux chiffres suivants dans les localités 
désignées ci-dessous : 

Dresde ],2~5 Aunabcrg 130 

Lcipzij< 1,075 Plauen 100 

Chemnilz 472 Zitlau 78 

Auerbach 31 1 Marienberg 46 

Grossenbain 230 Mceiane 35 

Frciberg 140 cL 2 saisis 

Le nombre des chiens vendus pour l'alimentation de 
l'homme a été, en 1891, de 285 à Chemnitz, de 90 à Leipzig, 
et de 45 à Meerane. 

Cercle d'0/ipeln (Silésie prussienne). En 1891, il a été sa- 
crifié 590 chevaux de boucherie, dont 9 ont été saisis en to- 
talité et 28 en i)artie(Flcisclil). Bei'iclit. in Zeitsch. f. Fleisch. 
u. Milchhygiene, oktober 1892, p. 20). 

W^cimar [Saxe-Weiriiar]. En 1891, un a abattu 01 che- 
vaux de boucherie (Berl. Thier. AVoch., 1892, p. 381). 

Prusse. Les comptes-rendus annuels de MM. Esser et 
Schûtz, dont nous avons récemment i)ris connaissance, vont 
nous permettre d'augmenter considérablement le nombre des 
statistiques hippophagiques relatives à la Prusse (2). 

(1) Bericht ilber das Velerinânvesen in Sachsea, pro 1891. Drcsdcn, 
1892. 

(2) MiltheUiingeii aus den amtUchea VeterinârsanUatsberichten von 
Esser uiid Sch/it:, pro 1882-83, 1883-84, 1884-85, 1885-86, 1886-87, 
1887-88. Iii Archiv fa'' vjissenschaftlicke uiid praktisclie Thierheilkunde, 
Berlin, B-J 11, 1885, p. 443; B'' 12, 1886, p. 407; B" 13, 1887, p. 474; 
B'' 15, 1889, p. 476 ; B-' 16, 1890, p. 466 ; B'' 17, 1891, p. 459. 



L'ÉTAT ACTUEL DE L'HIPPOPHAGIE £X EUROPE. 409 

Chevaux consommés dans diverses localilàs de la Prusse. 

4SS2-SÔ i8S5-Si ISSi-So nSÔ-SH ISSGSr tSS7-S8 

i Berlin 629 1 5929 5722 ^> » 4543 

.: Francforl-sur-1 Oder 227 288 219 23(1 285 170 

I \perleberg » M'? » '> 1"^ ^^^ 

i JNauen » HO » >> * "'^ 

a \ C"" West-Priegnilz 141 » 108 178 » » 
< I C'°" Julcrborg-Luc- 

a [ kcrwalde 150 » » 150 »^ » 

' Prenzlau » » '' 104 115 » 

Altona(2chle3wig-Holsiein}.... 1309 » 1407 1385 » 1142 

=is l Francforl-sur-Mein. 822 818 ^> (>45 » 

I^^Cas^el 338 430 400 380 384 

Aix-la-Chapelle .... 387 429 323 388 320 338 

H 1 Bonn 12G 152 13G 135 » 154 

1 \coblenlz » 58 4 31 

^§ ^Cologne 111"? 12G0 1266 1292 » 1433 

^ \Neuwied » 14 24 18 

i isaarbrûck » 1-2 133 » '> 156 

g fsolingen 243 290 » 312 

^ \ Rheinbacli 9 3 

/ Breslau 2896 2805 2653 2782 3126 3013 

a i Glaiz 316 341 402 244 290 264 

^ } xMûasterberg » '> » ^^ 96 »^ 

^ ) Cercle d'Oppelu . . . ^> » » 1801 '> 832 

( Schwcidnilz 62 » » » -> 240 

^ -^ ( Dortnmnd 399 352 et 1 àae » » ». » 

S=( Munster 113 162 173 

. ( Cercle d'Hildesbeim » 320 246 278 255 __ » 

i )KIaustbal » 34 34 29 41 30 

3 (Ocetlinguc » 118 101 125 133 126(1) 

V ^ i Stralsund 1^5 » » 121 » » 

S5 (Anklam » 27 34 

Si s \ Danlzig 300 390 440 557 620 704 

ilJElbing ^^3 55 45 53 53 16 

/ C''^ de Mersebourg. . » 405 350 » " » » 

a Mersebourg » » » ^06 74 27 

ë ^ Bittcrfeld 157 » •» 236 268 

g^ )Neubaldenslebeu... » » » ^0 90 4o 

% "" / Mùhlberg » » * ^^ ^^ ^^ 

^ i Aschersleben 174 » » ^> 1^3 

(1) Légère diËférence avec la même statistique 'de la page 107. 



» 

» 



110 



REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 



Années. 



PROVINCE DE SAXE. 

ISSo-SG ISSl-SS Années. 



Dclitzsch 

Eislcben 

Oschersleben. . . 
Nordhausen . . . . 
llamersiebeu. . . 

1886-87 



45 15 

67 54 

» 95 

» 200 

» 14 

Schonebeck, 39 



ISSIi-S7 ISS7-S8 



Wernigerodo. . 
Wanzlel)en. . . . 

Kalbe 

Magdebourg.. . 
Ilalberstadt . . . 



48 

29 

180 

110 

168 



36 

735 

163 



Slasi^fin-t, ()7 ; Stendal, 87. 



1882-83. Schlesiouj-Holslela: Fleiisbourg, 135; Itzehoc,'24; 
TlarboLirg-, 148. — Mûlheiin (Prusse Rhénane), 7(). 

1883-84. Province de Sclileswig-IIoIstein, 1.803. — II((- 
novrc : Alt'eld, .50 ; Peine, 30. — Langensalza (Saxe), 89. — 
Canton de AValden])Ourg (Silésiej, moyenne annuelle de 400 
à 500. 

1884-85. Scldeswig-Holstein : Kiel, 423 ; Ratzebourg, 59. 
— Bochum (Westplialie), 295. — (ioslar et Vicnenbourg 
(Ilanovi'e), 80. 

1886-87. Silésle : Canton de Nei.sse, 468. Neustadt, 163. 
Ratibor, 39. 

1887-88. Bunzlau (Silé.sie), 92. — TW'ves (Pru.s.se l'iiénane), 
hO. — Saxe: Canton d'Aschersleben, 419. Canton de Kalbe, 
280. — XeuRuppin (Brandebourg), 23 (l). — Langenwedd- 
nigen, 31. Scliwanebeck, 29. Altenweddnigen, 12. Canton 
d'Ahrweiler, 140. Ilornliausen, 31. Canton de Kreisstadt, 
moyenne hebdomadaire de 3 à 4 (con.sommés par les ouvrier.s 
du chemin de 1er et de.s labrique.s). 

Le nombre des boucheries hippophagiques était : en 1882- 
83, de 40 à Berlin et 17 à Bi'eslau. En 18S3-84, de 7 (pourvues 
chacune d'une tuerie particulière), dans le canton de Wal- 
denbourg. En 1885-86, de 1 à Ei.sleben, 2 à Miihlberg, et 7 
dans le cercle d'Oppeln. En 1887-88, (1(^ 1 dans cliacnne des 
localités suivantes : Altenweddnigen, Bonn, Klausthal, 
Delitzsch,.Eisleben, Eibing, Francfort-sui'-rOdL'r, llamersle- 
ben, Ilornliausen, Langenweddnigen, Mersebourg, Nauen, 
Neuhaldensleben, Oschersleben, Neu-Ruppin, Scliwane- 
beck, Wanzleben, et Wcrnigerode ; de 2 à Dantzig, 2 à 
Perleberg et 2 à Miihlberg ; de 3 dans chacun des cantons 

(1) Du 19 juillet 1881 k la fin de l'année 1S86-87, on a tué 193 che- 
vaux do boucherie à NeuR''ppiH. 



L'ETAT ACTUEL DE L'IIIPPOPHAGIE EN EUROPE. 41 1 

d'Alirweiler et d'AschersIeben ; de 3 à Sclnveidiiilz (1) ; de 
4 dans le canton de Kalbe ; de 7 à Magdeboiirg et de 1 dans 
le cercle d'Oppeln ; de 31 à Berlin. — En 1882-83, â Iln- 
sum (Schleswig-IIolstein), il existait un abattoir hippopha- 
gique annexé à une fabrique de saucissons de cheval. — En 
1882-83, à Beckum (Westphalie). un équarrisseur vendait, 
sans aucun contrôle, de la viande de cheval pour l'alimenta- 
tion de l'homme. — En 1886-87, à Guben (Brandebourg), un 
équarrisseur tenait une boucherie hippophagique. 

En 1885-8(5, à Cologne, sur 1292 chevaux livrés à la con- 
sommation (et non 1296, comme nous l'avons indiqué par 
erreur, page 107), 300 ont servi à la nourriture des fauves du 
Jardin zoologique. 

1886-87. Dans le cercle d'Oppeln beaucoup de chevaux 
crevés sont vendus pour l'alimentation des chiens sous le 
nom de Hioidefaticy ou viande pour les chiens. 

Chevaux saisis dans diverses localUrs de la Prusse. 

Années ISS^-SÔ 1SS3-8i ISSi-So iSS.Ï-SG 'IS8G-S7 1SS7-S8 

Berlin 139 157 14G » '> 107 

Perleberg » 5 » » 6 5 

C^""West-Pricgnilz. 5 » 4 6 » » 

Altona 21 » 23 18 » <> 

Francfort-s.-lo-Mein. 3 3 » 3 ;> » 

Cassel(H. N.) 11 2 1 2 1 » 

Aix-la-Chapelle S 10 » Il <) ^> 

Bonn 2 » » » » 2 

Coblenlz » 1 (morve) » 1 » 16 

Cologne 7 10 12 » » » 

Neuwied » 1 4 4 » » 

Saarbrûck » 16 7 » » » 

Solingcu 4 2 » » » ^> 

Breslau 21 6 7 11 8 4 

Glalz 2 1 » 2 » » 

Cercle d'Oppeln. .. . » » » 12 » 4 

Gœlliugue » 1 » 2 1 » 

Dantzig 7 4 2 4 3 4 

Elbing 5 2 2 2 » » 

Eislebeo » » » 2 » 1 

C'"" d'AschersIeben. » » » » 2 2 

(1) En 1887-88, un dos bouehcrs de cheval de Hchv-eùdnitz débitait 
en moyenne 3 gros chiens par semaine, dans les villages pauvres des 
environs, à raison de 20 pfennigs i37 centimes) la livre. 



412 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES- 

1882-83. Francrort-siir-l'Oder, 5 ; Stralsund, 1 ; Dortmund, 
3; Munster, 5; îlarLourg, 3; Bitterleld, 2. — 1883-84. Nauen, 
2; Sclileswig-Holstein, 22; Rheiuhach, 1 (maigreur); Laiigen- 
salza, 1. — 1884-85. Cercle d'Hildeslieim, 2; Boclium, 1. — 
1885-86. Neulialdensleben, 1. — 1886-87. Canton de Kalbe. 
2. — 1887-88. Magdebourg, 4; canton d'Halberstadt, 2; Wer- 
nigerode, 3. 

Breslau : En 1883-84, on a saisi 2 chevaux pour pneumo- 
nie, 1 pour gangrène du Ibie, 2 pour abatage non précédé 
d'inspection vétérinaire sur pied et 1 pour moi-ve. On a éga- 
lement saisi pour morve 3 chevaux eu 1885-86 et 4 en 1886- 
87. — Elbing : On a saisi un cheval morveux en 1885-86 — 
Dantzig : En 18rf2-83, on a saisi 2 chevaux i)Our maigreur, 
3 pour abcès pulmonaires, 1 pour tumeurs et 1 pour lièvi-e 
traumatique. 

D'après le rapport de 1884-85 de M. Wolil", vétérinaire dé- 
partemental, on lait lever à l'abattoir hippophagique de 
Berlin, après l'abatage, les épaules de tous les chevaux 
blancs, car très .souvent on découvre de la mélanose dans les 
couches musculaires sous-scapulaires, alors qu'il ne parait 
pas y en avoir ailleurs (1). 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 

I. — Recueil de médecine véiériiiaire. Paris, A : 1888, p. 199 ol s. — 
A' : 1892, p. 202. 

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IV. — I. Nosotli. Carni fresche, carni salate, o in altro modo fre- 
parate e conservate. Milauo, 1886. D' : p. 3. — D : p. 3i et 35. 

(1) La séparation de l'épaule du thorax, sans laquelle beaucoup de 
cas de melanosc passeraient inaperçus, est ponctuellement pratiquée 
à l'abattoir de Troyes depuis le 1^' septembre 1884, époque de mon 
installation dans cet ëlablissemeut. Gh. M. 



L'ETAT ACTUEL DE L'IIIPPOPUAGIE EN EUROPE 413 

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— 1886. J'' : p. 69 ; .1* : p. 125; .1» : \^. 142 ; J« : p. 235. — 1888. J'' : 
p. 30; J'' : p. 136; J'' : p. 193: J' : p. 410. — 1889. J' : p. 61 ; J^ : 
p. 112 ; J** : p. 165 ; js : p. 211 ; J'i : p. 308. — 1890. .1 " : p. 133; 
J" : p. 304 ; J'* : p. 305 ; J'^ : p. 342 ; J'* : p. 436; J'"^ : p. 444 ; .1'' : 
p. 454. — 1891. .1'" : p. 145 ;.I ^ : p. 220; .I'^ : p. 226: J-" : 247; .]'' : 
p. 289; J-- : p. 300. 

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XII. — Rundschau auf dern Gebiete der Thiermedizin. Berlin, 188G. 
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XIII. — Berliner Thierdrztliche Wochenschrift, 1890. : p. 378. — 
1890. 0' : p. 68. — 1891. 0- : p. 97. — 1892. 0' : p. 10. 

XIV. — Horsejlesh, by Lees Knowles. In Ihe Ninetecnlh Century. Lou- 
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XV. — Annales de Médecine vétérinaire. Bruxelles, 1866. R : Abattoir 
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— 1875. R' : Hippophagie, p. 553. — 1891. R^ : Inspection de bou- 
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XVI. Maanedskrift for Dijrlaeger (Copenhague) 1891. S : p. 31 ; S' : 
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XVII. — Archiv fier aiiirnalische Nalirungsmittelkunde , von A. Sticker. 
Coin A. Rh. 1800-1891, p. 83, T ; p. 162, T' — 1891-1892, p. 21, T^ 

XVIII. — Bericht iiber das Veterinœr.cesen in Kœnigreich Sachseu. 
U. : t. d. 1. 1881, p. 113; p. 116. — U' : f. d. I. 1885, p. 98. — U" : 
f. (1. I. 1886, p. 116; p 119. — [.? : f. d. I. 1887, p. 83. — U^ : f. d. 
I. 188S, p. 91.— U* : f. d I. 1889, p. 101. — U'' : t. d. I. 1890, p. 101. 

XIX. — Œsttrreichische Monatschrift fier Thierheilkunde, von Alois 
Koch. Wicn, 1885, p. 73 et s. V. — 1889, p. 311. V. 

XX. Handbuch der Fleischkuade, von A. Schmidt-Mûlheim. Leip- 
zig, 1881 W : p. 312; \V' : p. 313. 

5 Xovcmbre 1892. 26 



414 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

XXI. — Landes-Geset: und VerordimngsUatt fnr die Markgraffichift 
Mœhren. X : 21 Augusl 1876, XIV Sliick, p. 189. — X' : 20 Dktober 
1881, XIIP Slûck, p. 39. — X"- : 1 Augusl 1891, VHP Slûck, 
p. 189. (35). 

XXII. — A practical guide to mcat insi^dion^ by Thomas Walley. 
Edinburg, 1890, p. 8, Y. 

XXIII. — Z : Magin's und Molter's Bericht. — 7> : Bericht von 
Schwarz — Z" et Z' : Adam's Bcriclite. 



ERRATA DE L'APPENDICE. 

Page S'i'ï, lignes 11 et 18, lire : cl IG dans les cinq premiers mois 
de 1892, au lieu de : el dans les quinze premiers mois de 1892. 

Page 2î7, li^ue ■>, lire : Baigontscbilscbi, au lien de : Raigoutscbi- 
tscbi. 



ELEVAGE D'OISEAUX CHANTEURS 

Par Cath. KRANTZ. 



Autrefois, il y avait en Russie de nombreux amateurs qui 
se passionnaient pour le chant des oiseaux ; on allait jusqu'à 
organiser de véritables concerts-concours de ces artistes 
ailés, où, piqués au jeu, les oiseaux s'évertuaient à se dé- 
passer mutuellement en savantes roulades, trilles, staccata, 
etc. Certains oiseaux ayant acquis une véritable célébrité, 
étaient payés des sommes considérables. Il n'en est plus 
guère de même aujourd'hui ; cependant, le peuple russe, très 
musicien, a gardé son admiration affectueuse du « Solovous- 
chka (diminutif de « soleveï ■), rossignol, de là « Kanareica », 
canaris). 

l.es oiseaux chanteurs sont encore aujourd'hui l'objet 
d'une industrie et d'un commerce assez importants qui, n'é- 
tant point centralisés, échappent à toute évaluation, quant 
aux proportions. 11 nous a semblé qu'il y aurait intérêt à 
communiquer à nos lecteurs quelques détails de leur entre- 
tien, déduction de la pratique de l'élevage russe. 

Les vrais amateurs de chant tiennent leurs oiseaux sépa- 
rés dans des cages où ils chantent mieux et davantage. 
D'autres, désireux de rendre à leurs pupilles la gaieté et de 
leur donner rillusion de la liberté, les élèvent dans de 
grandes volières, leur réservant même des pièces entières de 
l'appartement. On choisit celles exposées à l'est et les mieux 
éclairées. Une cloison vitrée, remplaçant le mur intérieur, 
permet d'observer le gai va-et-vient des petits hùtes, une porte 
grillée sert à laisser pénétrer l'hiver la chaleur de la pièce 
voisine; on maintient ordinairement la température de 15'^ à 
20" centigrades. Le sol, garni de carton ou de lattes, est re- 
couvert d'un lit de sable de rivière, sur lequel on dispose de 
la mousse et des groupes de pierres. Des troncs d'arbres creux 
et de petites boites suspendues aux murs sont destinés à re- 
cevoir les nids. De fortes branches de sapin, que l'on a eu le 
soin de couper dès le printemps, avant que la sève n'ait re- 
monté jusqu'en haut de l'arbre, ce qui permet de les garder 
longtemps vertes, sont fichées dans le sol. Une fontaine ou 



416 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

une cascade et quelques plantes rampantes complètent cette 
pittoresque installation. 

On peuple ces jolies volières des représentants d'une seule 
race : des Perruches ondulées ou des Canaris, etc., ou bien 
d'autres oiseaux se reproduisant aisément en appartement, 
ou bien on assortit des oiseaux voltigeants à ceux qui cou- 
rent parterre. Alouettes, petites Bécasses, Torcols, etc. 

Une grande proi)reté est la première condition d'un élevage 
el'flcace de tous les oiseaux, de leur santé et de leur bonne 
humeur, surtout lors(in'il s"agit d'êtres aussi fragiles que 
les chanteui's. Les cages doivent donc être fréquemment net- 
toyées, et le sable, renouvelé tous les huit jours, doit être 
conservé couvert, h l'abri des miasmes qui, en viciant l'air, 
sont très préjudiciables à la santé des oiseaux. 

Tous les volatiles qui aiment à courir sur le sol, tels que les 
Alouettes, les Cailles, les Bécasses, sont sujets aux différentes 
aflfections attaquant les pieds lorsqu'ils ont à marcher sur 
un sol peu pi'opre. Les doigts se salissent, s'enflent et se dé- 
tachent par phalanges. Il est donc nécessaire de nettoyer et 
de laver soigneusement, en même temps que les perchoirs et 
les branches qui en tiennent lieu, les pieds des oiseaux qui 
n'en prennent pas soin eux-mêmes ; on le fera avec précau- 
tion de peur d'endommager la peau hne des parties non i-e- 
couvertes de plumes. Certains oiseaux, tels que les Ortolans, 
les Bouvreuils et surtout les Linottes, prennent eux-mêmes 
les soins de propreté nécessaires, d'autres, comme les diffé- 
rentes espèces de Rossignols, préfèrent souffrir et perdre 
leurs membres plutôt que de les nettoyer. 

On réussit à vaincre la sauvagerie de certains oiseaux 
chanteurs par le procédé suivant : Dans un endroit presque 
obscur, saisissant un de ces oiseaux farouches, un Serin, un 
Chardonneret, un Bouvreuil, on vaporise devant ses ouver- 
tures nasales de l'huile de bergramotte ou d'autre huile éthé- 
rée ; étourdi, l'oiseau reste sur la main ; quelquefois, cher- 
chant à secouer sa torpeur, il s'envole à j)lusieurs reprises, 
mais il retourne fatalement à la main (jui semble avoir acquis 
sur lui un pouvoir attirant. Une fois ce résultat obtenu, 1 afi- 
privoisement, la familiarité de l'oiseau est chose faite. Avec 
les Bouvreuils on arrive, en les taquinant, en les excitant de 
la voix et du geste, à les faire chanter, perchés sur la main. 
Divers tours sont bient(3t appris. 



ÉLKVAr,E D'OISEAUX CHANTEURS. il" 

Certains amateurs recommandent, dans le même but d'a]- 
privoisement, d'attacher les ailes des oiseaux, de telle 
sorte qu'elles conservent, par rapport au corps, la position 
qu'elles ont au repos. 

Le régime alimentaire à adopter est la plus grande diffi- 
culté de cet élevage, car chaque race d'oiseaux chanteurs 
exige une nourriture appropriée. Qui peut remplacer les élé- 
ments divers, les grains et les insectes de mille espèces dont 
l'oiseau se nourrit en liberté? L'expérience de bien des an- 
nées a démontré que le meilleur procédé pour forcer l'oiseau 
pris récemment à accepter de la nouriture est le suivant : 
Le sujet est mis dans une cage de bois que l'on recouvre 
d'étoffe sombre et où l'on a eu soin de placer des récipients 
ouverts avec des aliments et de l'eau, sans s'en occuper autre- 
ment. Au bout de quelques heures, d'une journée, l'oiseau 
boit et mange ; à ceux que l'on trouvera plus rebelles, on fera 
prendre un bain complet d'eau pure. Il ne faut point s'effrayer 
de la respiration courte et pénible qu'a, au premier moment, 
le petit captif : les races les plus rares et les plus délicates 
résistent à ce moment d'épouvante. Il existe un autre pro- 
cédé plus barbare, qui consiste à pousser, à l'aide d'une tige 
de bois arrondie, des aliments dans le bec de l'oiseau ouvert 
de force, le plus profondément possible, de sorte qu'il ne 
puisse point les rejeter. 

Les oiseaux chanteurs peuvent être classés dans les quatre 
catégories suivantes au point de vue de leur nourriture 
habituelle. 

Les oiseaux se nourrissant de grains exclusivement : Cana- 
ris, Serins, Chardonnerets, Rouges-gorges, Bouvreuils, etc. 

Les oiseaux dont le régime se compose de grains et d'in- 
sectes, par moitié : Cailles, Ah)uettes, Ortolans, et toutes les 
races de Mésanges. 

Les oiseaux vivant d'insectes et de baies diverses : Rossi- 
gnols, Grives, Rouges-queues. 

Les oiseaux insectivores exclusivement : Fauvettes, Fau- 
vettes des roseaux, etc. Les oiseaux de cette dernière caté- 
gorie sont les plus difficiles à alimenter, et leur chant n'est 
pas assez harmonieux pour récompenser les efforts de l'ama- 
teur. Le meilleur moyen est d'avoir une provision de mouches 
séchées que l'on mêlera en quantité suffisante aux aliments 
ordinaires. 



418 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Durant la saison l'on peut avoir des œufs Trais de fourmis, 
c'est là incontestablement le meilleur aliment \u)uv tous les 
oiseaux, mais au moment où ces œuls et chrysalides com- 
mencent à devenir rares, on les remplace par du pain blanc 
trempé dans du lait tiède. On réussit à conserver, à ce ré- 
gime, les Fauvettes les plus rragiles, pendant les hivers ri- 
goureux de la Russie. Sans doute, cet aliment présente le 
grave inconvénient de s'aigrir vite ; on pourra donc se servir 
de préférence de pain cuit sans sel, que Ton a eu soin de 
laisser refroidir dans le foui', car ce pain se pulvérise aisé- 
ment. Il suffit de prendre une cuillerée à café de c(,'tte poudi'e 
par oiseau, de verser dessus autant de lait tiède, et de iiaclier 
la pâte épaisse ainsi obtenue ; on aura un aliment se conser- 
vant bien, ne se desséchant pas et fort riche en éléments 
nutritiis. 

Les oiseaux vivant de grains sont plus faciles à entretenir, 
cependant cliaque race exige un régime particulier. Il laut 
aux Canaris un mélange d'ali)iste blanc et de cliènevis écrasé, 
du pavot gris aux Serins et aux Cliai'donnerets, des graines 
de navet et de rali)iste noir ])ur aux Kouges-gorges et aux 
Bouvreuils. Il est utile de donner à tous un peu de verdure, 
de la salade, des feuilles de choux, etc. Les Pinsons et les 
Bouvreuils élevés en appartement dès leur jeune âge sont 
nourris avec des graines de navet. 

Voici l'alimentation que les amateurs préconisent jtour les 
oiseaux de la deuxième catégorie : du froment et des miettes 
de pain blanc })Our les Cailles ; de la spergule, de la farine 
d'orge et d'orge perlée pour les Alouettes, le tout mélangé 
d'herbes vertes hachées, de pavot et de millet. Les Ortolans 
s'accommodent fort bien d'un pareil régime, sans herbes ; les 
Pinsons exigent des graines de navet mélangées de chènevis. 
On nourrit en Russie les Mésanges avec du chènevis, des noi- 
settes, des noix, des gi*aines de soleil mêlés d'œufs de fourmis 
frais ou séchés et de fourmis. Les autres espèces sont élevées 
avec des œufs de fourmis frais l'été, séchés et échaudés l'hi- 
ver ; on y ajoute de petites fourmis. — Dans les grandes vo- 
lières, on emploie avec grand profit la nourriture suivante : 
on verse sur du pain bien cuit et trempé dans de l'eau que 
l'on a fait sortir en pressant le pain, du lait que l'on y mêle, 
des grains d'orge ou de froment; ou bien, c'est du pain 
trempé dans de l'eau simplement et mêlé étroitement à de la 



ÉLEVAGE D'OISEAUX CHANTEURS. 419 

purée de navet. Ou prépare chaque jour de la pâtée iraiclie. 
V ce régime dont tous les oiseaux s'accommodent fort bien, 
ils restent bien portants, gais et conservent leurs plumes 
toujours lisses. 

Parmi les oiseaux chanteurs, beaucoup d'espèces mangent 
tout ce qu'ils trouvent ; on doit prendre soin d'en éloigner ce 
(jui peut leur être nuisible, comme les aliments poivrés, de la 
viande peu fraîche, etc. 

Une autre condition indispensable de la santé des oiseaux 
est de leur fournir en abondance de l'eau pure comme boisson 
et pour bains. Presque toutes les espèces sont très friandes 
de vers de farine [Tenehria moUtor) ; comme on n'en trouve 
pas toujours et partout dans le commerce, nous indiquerons 
ici un moyen très simple pour leur multiplication. Vers le 
mois de mai, on met dans un gros pot du son, divers débris, 
des os, des cadavres d'oiseaux, des chiffons de cuisine, des 
grains et, au milieu, une centaine devers. On bouche le pot 
avec une feuille de papier fort, percé de trous, afin de laisser 
pénétrer l'air. De temps en temps, on y introduit un linge 
mouillé. Le pot doit être tenu dans un endroit tiède. De cette 
façon, avec une consommation modérée, on aura toujours des 
yers en quantité suffisante et d'une façon continue. 

L'élevage des jeunes oiseaux ne présente aucune difficulté 
spéciale. On les nourrit de pain trempé dans de l'eau ou du 
lait et mêlé de jaune d'œuf dur. Avec les oiseaux insecti- 
vores, l'aliment tout indiqué sont les œufs de fourmis. On 
prend au nid les petits au moment où leurs jeunes rémiges 
commencent à pousser sur les ailes et la queue ; d'un âge 
moins avancé, ils sont très sujets aux indispositions et à des 
indigestions par suite d'une alimentation peu appropriée. 
D'autre part, les oiselets plus âgés, très peureux, refusent 
d'ouvrir la bouche pour manger et, en général, s'apprivoisent 
mal. Les oiseaux pris jeunes et élevés en captivité deviennent 
très familiers et très imitateurs, ils apprennent quelquefois 
à prononcer des phrases entières comme les Sansonnets, ou 
à siffler des airs comme les Grives, Mésanges, Bouvreuils. 
En terminant, nous recommandons le procédé suivant pour 
combattre l'enrouement des petits chanteurs, qui réussit 
même dans les cas les plus opiniâtres : il consiste simplement 
à ajouter de la réglisse dans l'eau de boisson. 



LA FABRICATION 

DES CONSERVES DE POISSONS 



A BALÀKLAWA 
Par m. YIENKOFF. 



Les eaux du littoral de la Crimée abondent en menus An- 
chois que la population locale appelle « Kamsa ». La Kamsa 
se réfugie l'hiver dans les baies et particulièrement dans 
celles de Sébastopol et de Balaklawa. Bans certaines années, 
la pêche de ce poisson, excessivement fructueuse d'ordinaire, 
atteint des proportions telles que l'on vend la Kamsa au prix 
minime de 5 kopecks le poud (1 kopeck vaut 4 centimes, va- 
leur nominale, et 1 poud ])èse 14 kilog. environj. Il est ar- 
rivé, comme en 18()5, que l'extrême abondance des poissons, 
dans la baie de Balaklawa fut telle qu'elle menaçait de deve- 
nir une calamité pour les localités avoisinantes. Des masses 
compactes de menus poissons, chassés par les Marsouins, qui 
les détruisent dans des proportions efïVayantes, vinrent en- 
vahir la baie de Balaklawa, la remplirent littéralement, au 
point que les couches supérieures de poissons se trouvaient 
à une vingtaine de centimètres au-dessus de la surface de 
l'eau. Des quantités de poissons furent asphyxiés, et leurs 
corps en putréfaction barrèrent la baie en infectant les en- 
virons d'une puanteur insupportable. L'air se trouvait telle- 
ment saturé d'hydrogène sulfuré, que toute l'argenterie qui 
se trouvait dans la ville en noircit. 

Cependant, en dépit de cette surabondance de poissons, 
jusqu'à ces dernières années, on n'a utilisé la « Kamsa w que 
pour des salaisons, et cela, dans des proportions véritable- 
ment insignifiantes. Quelques tentatives d'initiation française 
s'étaient produites récemment en vue d'organiser la fabrica- 
tion de ces salaisons ainsi que d'autres produits de poissons, 
d'une làçon mieux entendue et sur une plus large échelle. 
C'est ainsi qu'il y a une dizaine d'années, un ingénieur fran- 
çais, M. Payen, ouvrait à Balakla^va une fabrique à presse 



FAlîUIGATION DES CONSERVES DE POISSONS A BALAKLAWA. 421 

hydraulique, pour retirer l'huile des poissons et faire de Teii- 
grais avec les résidus. 

En présence de la quantité Immense de la matière première 
et de son extrême bas prix, l'entreprise semblait être assurée 
du succès, d'autant plus que, d'autre part, l'huile de poisson 
trouvait un facile débit. Malheureusement, M. Payen mourut 
et l'alfaireenrestalà. 

Elle fut reprise, en 1883, par M. Delory représentant de 
la maison Robert, de Nantes, qui fit Tenir de France les 
ouvriers, les machines et tout le matériel de la fabrication, 
ainsi qu'une forte provision d'huile. Au mois de septembre 
de la même année, tout fut prêt ; on n'attendait que l'arrivée 
des bancs de poissons, pour se mettre à l'œuvre. Mais l'au- 
tomne et l'hiver passèrent sans qu'on en vit, et au mois 
de mai, M. Delory rentrait en France sans même avoir 
pu essayer de fabriquer des conserves. Cependant, les dé- 
penses nécessitées par l'installation de la fabrique étaient 
trop considérables pour que Ton s'arrêtât à une première 
tentative infructueuse. Au mois de septembre 1887, à l'époque- 
de la pêche, le gérant de M. Delory arrivait à Balaklawa, 
accompagné des ouvriers soudeurs et faiseurs de boites. 

On avait, d'ailleurs, un stock de 200,000 boites préparées 
l'année d'avant et qui n'avaient point été utilisées. Mais cette 
seconde tentative échoua comme la première. Cette année 
encore, des bancs de poissons, fort peu nombreux, ne firent 
que de courtes apparitions à de très longs intervalles. 

Découragé par une mauvaise fortune aussi persistante, 
M. Delory résolut de renoncer à ses essais et de faire rentrer 
en France les machines ainsi que la provision d'huile. C'est 
alors que M. Vaquié, natif du littoral criméen, propriétaire 
actuel de la fabrique, acquit le matériel et l'huile de l'étabhs- 
sement en liquidation. 

Le nouveau propriétaire résolut de ne point limiter sa 
fabrication à l'Anchois seul , mais de préparer des con- 
serves avec de plus grosses espèces, telles que la Sultane, le 
Maquereau et le Scombre. Pour cela, il fit venir de France 
de nouveaux appareils, ceux qu'il possédait n'étant pas 
suflfisants. 

Pendant l'hiver 1884-5, la fabrique fut en pleine activité. 
Des ouvriers, pris dans la population indigène, s'appro- 
priaient vite les procédés des ouvriers français, soudant 



422 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

jusqu'à 600 boites par jour, ce qui représente un salaire quo- 
tidien de 3 à 4 rou])Ies. 

La préparation du poisson : nettoyage, grillage, emballage 
dans des boîtes, etc., était laite par des enfants, petits garçons 
et petites filles. Au début de la fabrication, on préparait 50- 
60 pouds de poissons par jour. 

Aujourd'hui, sixième saison de la mise en activité de la 
fabrique, tous les employt^s et ouvriers sont russes. 

Les boîtes, les étiquettes sont fabriquées en Russie avec 
des matériaux russes. Le seul produit qui vienne de l'é- 
tranger, c'est l'huile d'olive nécessaire à la fabrication des 
conserves. On sait que, bien que sa culture soit possible dans 
certaines localités du Caucase, l'Olivier n'existe, pour ainsi 
dire pas en Russie, de sorte que toute l'huile qui y est con- 
sommée à l'état naturel et dans les conserves, est importée, 
principalement de France. 

En 188G, la pêche, sans être excessivement abondante, fut 
cependant plus heureuse que les deux années précédentes. 
En 1887, la fabrique prépara 85,000 boîtes, grandes et 
moyennes. En 1888, la fabrication se chiffrait par 166,295 
boites. En 1889, l'établissement possédait le matériel néces- 
saire à la préparation de 1,000 pouds de menus poissons et 
50,(J00 pièces de gros poissons comme la Sultane et le 
Scombre. Malheureusement, les prévisions pour l'année cou- 
rante ne sont guère favorables, par suite de la prédominance 
des courants froids venant du Dnieper, et. d'un autre côté, à 
cause des masses énormes de Méduses qui arrivent au litto- 
ral criméen chassées par les vents du sud-est. A partir du 
cap d'Aïa et jusqu'à Eupatoria, les Méduses en masses com- 
pactes et fort épaisses barrent des espaces considérables, 
oflfrant un obstacle infranchissable pour les poissons de pe- 
tite taille. Seuls, les Marsouins sont de force à s'ouvrir un 
chemin à travers ce mur vivant. 

A côté des autres inconvénients dont a à souffrir l'indus- 
trie des conserves à Balaklawa, comme, par exemple, la di- 
sette périodique de poissons, on doit mentionner également 
la hausse des prix du poisson, hausse qui a été déterminée 
par l'organisation même de l'établissement. 

Les habitants de Balaklawa gardent jalousement leur mo- 
nopole exclusif de la pêche dans la baie. Ils forment une 
association fort unie et, se livrant à la pêche quand bon leur 



FABRICATION DES CONSERVES DE POISSONS A BALAKLAWA. 423 

semble, excluent l'idée même d'une concurrence étrangère. 

Sachant que de peur de manquer de matière première, l'é- 
tablissement est forcé d'acquérir du poisson au prix qu'on 
lui fait, les pêcheurs en abusent haussant constamment. Con- 
trairement à ce qui se voit ailleurs, ils vendent à des ache- 
teurs particuliers au prix moins élevé qu'à la fabrique de 
conserves de M. Vaquié. 

Néanmoins, en dépit de toutes ces circonstances défavo- 
rables, la fabrique de la Balaklawa trouve moyen de vendre 
ses produits à des prix fort modérés, dont voici quelques 
exemples : 

Boite 1/4 de Sardines vaut, prise à Sébastopol. 20 copeks. 

— 1/2 — — — 40 — 

— 1/4 de Sultanes — — 30 — 

— 1/4 de Céphales — — 70 — 

— 1/2 — — — 35 — 

— entière de Maquereaux vaut — 80 — 
._ ],2 — _ _ 40 — 

Les principaux marchés où les conserves de Balaklawa 
sont débitées sont: le Caucase, la Pologne, les villes : Odessa, 
Kieft", Kharklioff", RostofF, Moscou, ainsi que d'autres centres 
commerciaux russes. Tout récemment, on a commencé à en 
exporter en Turquie et en Allemagne où les produits des 
frères Vaquié jouissent déjà d'une grande faveur. 



LES BOIS INDUSTRIELS 

INDIGÈNES ET EXOTIQUES 
Par Julks GRISARD et Maximilien VANDEN-BERGHE. 

( SUITE* ) 



FAMILLE DES SIMARUBEES. 

La famille des Simariil)ées se comi)ose d'arbres on d'ar- 
brisseaux à leuilles alternes, rarement opposées, ordinaire- 
ment composées, dénuées de points glanduleux, sans stipules. 

Ces végétaux habitent presque exclusivement l'Amérique 
équinoxiale, sauf un petit nombre qui se rencontrent dans 
l'Alrique et l'Asie tropicales. 

Un grand nombre d'espèces de cette famille renferment 
dans leurs diverses parties, une huile éthérée et une résine 
qui, associées à une matière extractive nommée quassine, 
leur communiquent des propriétés toniques et amères. La 
quassine, découverte vers 1835, par Winckler, et étudiée en- 
suite par Wiggers, est une substance neutre, blanche, cris- 
talline, inodore et d'une saveur très amère. Soluble dans 
l'alcool absolu, elle se dissout en petite quantité dans l'eau 
bouillante mais non dans l'éther. Elle jouit de propriétés 
légèrement narcotiques. 

AILANTHUS GLANDULOSA Dksf. Allante glanduleux, 
Vernis de la Chine ou du Japon (Faux). 

Ailanthus jii'ocera Salisb. 
Rhus hi/psolodendron Mœnch. 
— cacodendron Ehrh. 

Anglais : Japan rarninh-trcc. Chinois : Tchcou trhoun choit'^ Trhau-Tchoun. 
(Shang-Haï : Hiantj, Siar.fj-J'ihnm]. ^loluques : Ailanto. 

Orand et bel arbre atteignant quelquefois jusqu'à 25 mètres 
de hauteur, à tronc droit, un peu 'conique, recouvert d'une 

(*) Voyez Revue, années 1891, noie p. 542; 1892, I'"' semestre, note p. D83, 
et plus haut, p. 79 et 286. 



LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 4^5 

écorce grise ou iioiràtre presque lisse. Feuilles imparipen- 
nées, à Iblioles nombreuses, assez grandes, ovales-lancéo- 
lées, acuminées aux extrémités, d'un vert un peu sombre en 
dessus, plus paie en dessous, présentant quelques dents à la 
base et pourvues, au sommet de chacune de celles-ci. d'une 
petite glande d'où l'arbre tire son nom spécifique. Fleurs 
verdâtres, petites, d'une odeur forte, disposées en panicules 
terminales. 

Originaire de la Chine, l'Allante a été introduit en Angle- 
terre vers 17.51, par le R. P. d'Incarville ; il s'est ensuite 
répandu dans une partie de l'Europe où il s'est partaitement 
naturalisé. En France, où on le désigne quelquefois sous le 
nom de Frêne pliant ou de Venio, dans le Midi, on le cultive 
communément dans les parcs et les jardins d'agrément. Son 
port élégant et majestueux, son beau feuillage épanoui en 
parasol et formant une cime arrondie d'un gracieux effet, 
le font rechercher également pour la décoration des places, 
des boulevards et des avenues , notamment dans notre 
capitale. 

D'une croissance très rapide, l'Allante s'accommode de 
tous les terrains, même des plus ingrats et quelle qu'en soit 
la nature minéralogique, toutefois, les sols secs et rocailleux 
lui sont particulièrement favorables. 11 résiste aux plus fortes 
chaleurs et aux plus grands froids de notre climat. 

Son bois, blanchâtre ou de couleur jaune-pàle, d'uu gris 
orangé vers le centre, quelquefois veiné de vert avec des 
reflets soyeux et satinés, égale presque en beauté l'érable. 
Chaque couche annuelle est composée de deux parties dis - 
tinctes correspondant à la végétation du printemps et de 
l'automne : la première est formée de faisceaux à pores ap- 
parents, la seconde, au contraire, est constituée par des 
fibres denses et serrées qui donnent au bois toutes ses pro- 
priétés i)hysiques. malgré la rapidité de croissance de l'arbre. 
D'une densité moyenne (0,713) assez dur, il se travaille faci- 
lement et ne fatigue nullement les outils; de pins, il se polit 
à merveille et prend bien la teinture Peu sujet à se fendre, 
il est d'une longue conservation à l'air libre ou exposé aux 
intempéries, et résiste aussi admirablement aux attaques des 
insectes. Un peu cassant, enclin à se tourmenter et à se 
voiler, on remédie à ces défauts en le traitant comme le 
noyer, c'est-à-dire en ne le mettant en œuvre que lorsque le 



426 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

bois est très sec ou en le laissant plongé dans l'eau pendant 
plusieurs mois ayant de s'en servir. 

D'après une note communiquée à l'Académie des Sciences, 
par M. Guérin-Méneville, il résulte des expériences que 
M. Raoulx, ingénieur de- la marine, à Toulon, a fait subir au 
bois d'Ailante, que ce dernier s'est comporté d'une façon 
remarquable et inattendue aux diverses épreuves, et s'est 
montré réellement supérieur à nos essences indigènes, tant 
par sa force et sa ténacité, que par sa flexibilité et sa résis- 
tance à la rupture. 

L'Allante est un excellent bois de carrosserie, de cbarron- 
nage et de menuiserie pour laquelle il est même recherché. 
Sa (lurabilité le rend propre à la confection des instruments 
agricoles, manches d'outils, herses, rouleaux, etc. ; il est 
aussi très estimé pour la fabrication des maillets et des jouets 
demandant une grande solidité. Par sa couleur naturelle 
rehaussée par le vernis, il offre quelque ressemblance avec 
le bois de citronnier, et peut être utilisé sans trop de désa- 
vantage, pour certains travaux d'ébénisterie, de tour, de 
marqueterie et de tabletterie. 

Nous répondrons ici à une objection qui nous a été sou- 
vent faite : beaucoup de personnes regardent l'Allante comme 
un bois tendre et presque sans valeur. Il est vrai, en effet, 
que cette essence laisse beaucoup à désirer lorsqu'elle est 
exj)loitée trop jeune, mais il est incontestable aussi, que son 
bois devient excellent quand il a atteint un âge sul'fisant, 
soit de '25 à 30 ans. Disons encore que l'Allante acquiert ses 
meilleures qualités de bois d'œuvre lorsqu'il a végété dans 
les terrains un peu secs et graveleux; dans cette circons- 
tance, il semble même réunir toutes les conditions exigées 
pour un bon bois de construction et de charpente, mais nous 
ignorons s'il a déjà reçu cette importante application. C'est 
à tort que le plus grand nombre des auteurs rapportent à 
V Ailantlms glamUUosa l'origine du « Bois d'Angik, Angika 
ou Angico », qui nous vient de Bahia. Nous ferons remarquer 
que ce bois provient en eflet du Brésil, mais qu'il est fourni 
par plusieurs genres et espèces de la famille des Légumi- 
neuses que nous examinerons plus loin. 

L'Allante est un bon combustible ; on en obtient aussi un 
charbon comparable, comme qualité, à celui de l'orme et du 
mûrier, susceptible d'être utilisé pour les besoins domestiques 



LES BOIS INDUSTUIKLS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 427 

et la fabrication de la poudre de chasse. Les rameaux et la 
jeune plante cultivée en taillis produisent des fagots brûlant 
avec facilité, même avant d'être entièrement secs ; ils donnent 
une flamme vive, dégagent une chaleur ardente et peuvent 
être substitués sans inconvénient à ceux de chêne pour le 
chaufïage des fours. Le tissu médullaire des jeunes et des 
grosses pousses convient très bien pour la préparation des 
objets de moyenne dureté dans les travaux de microtomie. 

Rappelons, enfin que, par la propriété particulièrement 
drageonnante de ses racines, l'Allante peut être emploj^é avec 
succès pour le reboisement des montagnes d'une faible alti- 
tude, et qu'il est également précieux pour arrêter l'envahis- 
sement des sables mobiles et pour maintenir les terres sur les 
l)cntes et les coteaux escarpés. 

AILANTHUS MALABARIGA DG. 
Allante du Malabar. 

Annamite : Lo.ii-vang. Cochinchine : Câij-hm-vanij. îndc : Multij, 
Muttcc-pal, Parceya. 

Grand et bel arbre d'une hauteur de 30 35 mètres sur un 
diamètre de 70-80 centimètres, à feuilles alternes, impari- 
pennées, composées de folioles oblongues, obtuses et entières. 
Originaire de l'Inde, cette espèce est commune dans les forêts 
de Travancore et d'Annamallov ; elle se rencontre également 
sur quelques points de la Cochinchine. 

Son bois, de couleur gris jaunâtre, possédant à peu près 
les mêmes qualités que celui de l'espèce précédente, est sus- 
ceptible de nombreux usages, notamment pour les travaux 
de menuiserie. 

L'écorce, amère et aromatique, est considérée comme to- 
nique et fébrifuge ; on la recommande aussi dans la dyspepsie 
et la constipation. Son principe actif est l'acide ailantique, 
substance nauséeuse et vomitive à haute dose. Cette écorce 
laisse aussi exsuder un suc gommeux, de couleur brillante, 
d'une odeur agréable, connu dans le commerce indien sous le 
nom de Résine Mcttipal ou Multec-pal. Cette gomme, assez 
semblable au sang- dragon lorsqu'elle est desséchée, est de 
couleur blanche veinée de rouge intérieurement. On s'en sert 
dans l'Inde comme antidysentérique, mélangée avec du lait ; 
on la brûle aussi comme encens dans les pagodes. 



458 RKVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

Le fruit est employé par les Indous dans les affections des 
yeux et par les Cocliinchinois contre les céphalalgies et les 
gastralgies. La racine est considérée comme antidysentérique 
en Indo-Chine. 

Citons enfin V AilcuUhus Fauvcliana Lann., arhre de 25-30 
mètres de hauteur sur un diamètre de 6U-80 centimètres, ori- 
ginaire de la Cochinchine où il porte le nom de '< Cay-liom- 
tom ». Son bois jaunâtre et cassant fournit un excellent com- 
bustible et donne un charbon estimé à l'égal de celui de 
l'orme. La résine que laisse exsuder son tronc est noirâtre 
et odorante. Suivant M. de Lanessan c'est le parfum que les 
Mois emploient dans leurs cérémonies religieuses. 

BALANITES -ŒÎSYPTIAGA Del. Dattier du désert. 

Ximenia JHyi/ptiaca L. 
— ferox PoiRET. 

Araliie : Zaccjie, Zacon, Zachum. Arabe d'Êpyplc : Ejl'igh. Sénégal : Soump. 

Petit arbre épineux, à feuilles alternes, composées de deux 
petites folioles ovales-oblongues, entières, articulées, sti- 
[)ulées, non ponctuées, lisses et coriaces, croissant naturel- 
lement en Egypte, en Ethiopie, en Arabie et au Sénégal, le 
plus souvent en compagnie des Gommiers [Acacia) de la 
l'égion du Nil. 

Son bois, dur, à grain fin et serré, est bon pour le tour et 
certains ouvrages de menuiserie et d'ébénisterie ; il est môme 
assez recherché dans la construction pour petites charpentes, 
solives, chevrons, etc., lorsque les dimensions de l'arbre 
permettent de le débiter pour cet usage. Les nègres de la Sé- 
négambie s'en servent à cause de sa résistance aux chocs, 
pour faire des pilons et des mortiers. 

Le fruit est un petit drupe allongé, lisse et de couleur 
jaune, assez semblable à une prune, d'une saveur douce et 
sucrée lorsqu'il est nuir ; on le mange frais ou on prépare, au 
moyen ue la fermentation, une liqueui' alcoolique assez es- 
timée. En Egypte et en Arabie, on fait sécher ce fruit au soleil 
et on le consomme sous le nom de dalie du désert. Le fruit 
vert est acerbe, amer et purgatif ; on le désignait autrefois 
^o\\9, \e nom Aq Mijrobolan d'E(jyiite\ il se trouve souvent 
mêlé aux gommes arabiques et du Sénégal. L'embryon charnu 



LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 429 

de l'amande fournit une assez grande quantité d'une huile 
de nature toute particulière employée contre les meurtris- 
sures. Cette liuile est connue, et même mentionnée dans 
l'Ecriture Sainte, sous le nom tVhiiile de Zacconc. 

Les racines possèdent les propriétés de la saponaire et sont 
utilisées pour le nettoyage et le dégraissage des étoflfes. 

Le Balanites Roxhurgliii, indigène dans le sud de l'Asie, 
ne semble être qu'une variété de l'espèce africaine ; on le 
désigne dans l'Inde sous les noms de Ilengua et de Hingoola, 

IRVINGIA GABONENSIS II. Bn. Dika du Gabon. 

IrvnigCa Bai'teri IIook. f. 

Gabon : Oha, Iba, Dika, Odika. (Colons franc. : MatxjHicr sauvage. 
Aagl. : TT'îW Mauz/o.) 

Arbre de dimensions assez élevées, dont le tronc atteint 
environ 10 mètres sous branches ; feuilles alternes, ovales ou 
eUiptiques, simples, entières, glabres, coriaces, à stipule* 
axillaires. 

Originaire de l'Afrique tropicale occidentale, cette espèce 
habite notre colonie du Gabon où elle est très répandue dans 
les forêts de l'intérieur et remonte les régions du littoral 
jusqu'à Sierra-Leone. 

Son bois, d'une dureté et d'une densité moyennes, d'une 
texture assez fine et serrée, est susceptible de poli et peut 
être employé à divers travaux, mais comme Tarbre, par les 
fruits qu'il produit, rend de plus grands services aux indi- 
gènes, ceux-ci préfèrent le conserver et exploiter d'autres 
essences pour leurs besoins économiques. 

Le fruit, nommé Ibrf, est un drupe assez volumineux, 
oblong, un peu déprimé, de couleur jaune, dont la pulpe est 
mangée par les habitants malgré son goût assez prononcé 
de térébenthine. Il renferme intérieurement un noyau ligneux, 
aplati, bivalve, contenant une amande formée de deux coty- 
lédons blancs, épais et charnus. 

Les amandes réunies et pilées grossièrement donnent une 
pâte brune marquée de taches blanchâtres, onctueuse au 
faucher, d'une odeur assez agréable et d'une saveur un peu 
amère et astringente, nullement désagréable, rappelant à la 
fois celle du cacao et des amandes grillées. Cette préparation 

5 Novembre 1892. 27 



i30 REVUE DES SCIENCES NATURELLES Al'l'LIQUÉES. 

constitue le Pain de Dika ou Chocolat du Gabon qui, râpé et 
associé aux bananes, entre dans l'alimentation ordinaire des 
Gabonais. 

Soumise à une chaleur douce ou à Faction de l'eau bouil- 
lante, cette pâte Iburnit jusqu'à 80 % <^l'nne matière grasse 
solide, fusible à 30 degrés, connue sous le nom de Beurj-e de 
Dika. Cette substance offre une grande analogie avec le 
beurre de cacao dont elle se rapproche surtout par le goût et 
l'odeur; elle se compose chimiquement d'acides myristique et 
laurique. 

Ce produit est importé en Europe en petite quantité, mais 
comme il y est encore actuellement sans usage industriel ou 
médical, il y a lieu de supposer que l'on ne l'emploie guère 
que pour falsifier le beurre de cacao et même pour remplacer 
ce corps gras dans les chocolats de qualités inférieures. En 
France, le beurre de Dika serait susceptible d'être utilisé 
avantageusement pour la saponification et pourrait même 
devenir, pour notre colonie du (iabon, une source importante 
d'exportation en perlectionnant les procédés encore primitils 
employés par les indigènes pour l'extraction. 

IRVTNGIA OLIVERI Pierrk. 

Annamite vul^raiie : Cây-Câi/. (Mand. : Mac tau g.) Cambodjîe : Châm hûc. 

Grand et bel arbre forestier, d'une hauteur de 30 mètres 
environ, sur un diamètre moyen de 1 mètre, mais mesurant 
souvent jusqu'à 2"\50 à la base ; tronc cannelé, recouvert 
d'une écorce grisâtre, verruqueuse, parsemée de taches jau- 
nâtres, dues à l'exfoliation de la partie superficielle, et ter- 
miné par une cime dense, touffue, d'un vert sombre. Feuilles 
alternes, courtement pétiolées, ovales-allongées, arrondies 
ou subcordées à la base, simples, coriaces à teinte vert ])âle 
un peu glauques, à nervure médiane, saillante sur la face 
supérieure. 

Originaire du sud de l'Indo-Chine, dont elle constitue une 
des plus belles essences forestières, cette espèce se rencontre 
dans l'Assam, au Laos, au Cambodge, à Phu-quôc et en Co- 
cliinchine, oii elle est surtout abondante à Baria, Long-ay, 
Tramban et dans la région boisée qui entoure le Nui-ba-den, 
près de Tay-ninh, tout en croissant disséminée dans les clai- 
rières et sur la lisière des forets. 



LES BOIS INDUSTRIELS INDIGENES ET EXOTlgl K.S. 431 

Son bois, de couleur jaune très pâle, assez joli étant verni, 
est d'une texture fine très serrée, à fibres longues et légè- 
rement contournées. Dur, lourd, coriace, difficile à tra- 
yailler, il se pourrit difficilement et n'est pas attaqué par 
les insectes. Contrairement à l'assertion de I\I. Mottley, cette 
essence ne résisterait pas aux ravages des tarets : c'est du 
moins l'opinion des Annamites. Sa densité approximative est 
de 0,960. Lorsque le tronc n'est pas creux, ce qui arrive 
malheureusement assez souvent, ce bois peut être employé 
comme bois de charpente, de charronnage, de menuiserie et 
pour la confection des herses, rouleaux et autres instru- 
ments en usag'e dans les travaux des champs. Les Annamites 
n'en font guère que des colonnes de cases, des pilotis et dif- 
férentes pièces de leurs embarcations. 

L'écorce est amère et riche en principes astringents. 

Les fruits tombés sont recherchés par les singes, les cerfs 
et les sangliers ainsi que par diverses espèces d'oiseaux ; ils 
contiennent intérieurement une amande huileuse dont les in- 
digènes extraient une matière grasse de nature particulière. 

Citons encore dans ce genre : VIrvingia Malayana Oliv, 
{I. HarmandianaVi^^RY.). Annamite : Cày cchj. Kmer : Krc- 
muon châm bàch. Malacca : Mirlang. Arbre de 15-20 mè- 
tres, à feuilles ovales lancéolées, arrondies à la base, sub- 
aiguès au sommet, glabres, donnant un bois de couleur 
chamois pâle tirant sur le jaune, dur, à grain fin et ne se 
gerçant pas en séchant, employé pour manches de kriss. 
Comme l'espèce précédente elle renferme également une ma- 
tière sébacée, mais en quantité moindre. Ses amandes sont 
agréables à manger et sont aussi utilisées dans la fabrication 
des bougies. 

PIGR-ffiNA EXGELSA Lindl. 
Quassier de la Jamaïque, Quassia jaune. 

Bittera fehrifuga Bell. 
Picmsma excelsa Plangh. 
Quassia excelsa Swartz. 

— poli/ gaina Wright. 
Simaruba excelsa DC. 

Guadeloupe : Siriiarouha, Simaoba, Bois amer, Peste ô poux. Martinique : Siaia- 
rouba mâle, Buis de Saint-Martin. (Colons anglais : Bttter Ask, Bitter wood.) 

Arbre de grandes dimensions, pouvant atteindre jusqu'à 



432 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

20 mètres de hauteur sur un diamètre de 30-40 centimètres, 
quelquefois plus ; tronc recouvert d'une écorce noirâtre , 
épaisse d'un centimètre environ, striée longitudinalement, 
d'une saveur très amère. Feuilles alternes, imparipennées. 
composées de 7-11 folioles ovales-oblongues, aiguës, insy- 
métriques à la base, entières, subcoriaces. 

Originaire des Antilles, cet arbre se rencontre communé- 
ment à la Guadeloupe, à la Martinique, à Saint- Vincent, etc. 

Son bois, de couleur jaunâtre, quelquefois d'un jaune ])ril- 
lant et satiné, est souvent parsemé de taches noirâtres for- 
mant des dessins délicats ou de larges mouchetures. Ses 
rayons médullaires sont nombreux, étroits et coupés par des 
anneaux concentriques irréguliers d'une teinte obscure. 
D'une dureté et d'une densité moyennes, solide, élastique, 
résistant et se fendant aisément, il possède les mêmes qua- 
lités que celui du Ouassia amara, mais il est d'une texture 
moins fine, plus fibreuse et moins susceptible de poli. Sa den- 
sité est de 0,115, son élasticité de 1,052 et sa résistance à la 
rupture de J.375. Les grandes dimensions de l'arbre per- 
mettent de le débiter en planches d'un emploi avantageux en 
menuiserie et pour la confection des garnitures intérieures 
des meubles ; on en fait aussi des malles et des caisses qui 
mettent à l'abri des piqûres d'insectes les objets qui y sont 
enfermés. Toutefois, son emploi principal consiste à fabri- 
quer ces gobelets tournés dans lesquels l'eau, ou autres li- 
quides ayant séjourné pendant quelques heures, acquièrent 
une amertume assez forte. Les déchets du tour et du rabot 
se vendent aussi dans les pharmacies, sous le nom de co- 
peaiix de Quassia, et sont utilisés sous forme d'infusion ou 
de macération. 

Le bois du Picrœna excelsa, substitué aujourd'hui en [)ar~ 
tie en Europe au Quassia de Surinam, jouit d'une grande 
réputation, dans nos colonies des Antilles, comme tonique 
amer et fébrifuge. Ce bois, employé assez souvent en Angle- 
terre pour donner de l'amertume à la bière, est toxique jiour 
les ascarides, les oiseaux et exerce même une action narco- 
tique sur les animaux supérieurs. Il renferme de nombreux 
cristaux d'oxalate de calcium et une résine jaune parfois 
abondante ; son principe actif, comme d'ailleurs pour la 
plupart des végétaux de la série des Quasslces, est dû à la 
quassine. 



LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 433 

QUASSIA AMARA L. f. 
Quassier amer, Bois de Surinam. 

Antilles : Bois de Qunssie, Bois amer, Bois d'absinthe. Bois de Fresne ou de 
petit Frêne. Guyane : Qiiina de Caijenne. Surinam : Kwassi. Trinité : Bitter 
Ash. 

Arbrisseau ou petit arbre ne dépassant guère 5 mètres de 
hauteur, sur un diamètre de 8-12 centimètres environ, dont 
la tige est recouverte d'une écorce mince, fragile, gris jau- 
nâtre, se détachant facilement du bois. Feuilles impari- 
pennées, composées de 2-4 folioles opposées, sessiles, oblon- 
gues ou elliptiques, acuminées aux deux extrémités, entières, 
glabres, l'impaire plus grande. 

Originaire de la Guyane, cette espèce, qui est la plus connue 
et pourtant la moins employée en médecine, a été introduite 
avec succès aux Antilles ; on la cultive aussi, dans la plupart 
des régions chaudes des deux mondes, comme plante d'a- 
grément pour son feuillage ornemental et ses belles fleurs 
d'un rouge intense, disposées en grappes allongées. 

Son bois, de couleur blanc jaunâtre, satiné, est un peu 
tendre et léger, quoique d'une texture fine et susceptible d'un 
poli assez beau ; ses rayons médullaires sont formés le plus 
souvent d'une seule rangée de cellules allongées, rarement 
de deux. Inodore et d'une saveur forte, franchement amère, 
il est d'une longue conservation et inattaquable par les in- 
sectes. Malgré ses faibles dimensions, ce bois est assez joli 
pour être utilisé dans quelques ouvrages de tour et cte petite 
ébénisterie. Ses propriétés insecticides le rendent très propre 
à la confection de coffrets et surtout de boîtes pour les col- 
lections entomologiques. Le bois de la racine est plus dense et 
d'un tissu plus serré que celui de la tige, c'est celui que l'on 
trouve le plus souvent dans le commerce, sous forme de 
petits bâtons cylindriques, recouverts d'une écorce légère, 
mince, blanchâtre, et tachetée de gris. Ce bois est exporté en 
Europe de la colonie hollandaise de Surinam. 

Le Qnassia amara est employé en médecine comme 
tonique amer, digestif, fébrifuge et vermifuge, mais on lui 
substitue ordinairement le bois amer du PiC/'ccna excelsa 
de la Jamaïque, qui est moins rare et de plus grandes di- 
mensions. Cette substitution n'est pas admise par la pliar- 



434 BEVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

macopée allemande qui interdit formellement l'emploi de l'un 
pour l'autre de ces bois. La décoction concentrée et sucrée 
des bois amers de la tribu des Quassiées sert à préparer les 
pai)iers insecticides et un liquide utilisé pour détruire les pa- 
rasites des plantes d'ornement. 

SIMARUBA AMARA Aubl. Bois de Cayan. 

Quassia Simaruba L. 1'. 
Simaruba offldualis DC. 

— Guianensis Rich. ■ 

Brésil : Mnrupâ. Guyane : Simaroula, Simarnha. Guadeloupe : Acojou hlanc, 

Venezuela : Simaruba. 

Arbre forestier d'une hauteur de 20 mètres et plus, sur un 
diamètre de 80 centimètres environ, dont la tige recouverte 
d'une écorce épaisse, libreuse, noirâtre, tachetée de gris et 
de noir, porte des branches nombreuses et arquées. Feuilles 
abruptipennées, composées de 2-() paires de folioles alternes 
ou opposées, subsessiles, oblongues, terminées par une pointe 
courte. 

Originaire des Antilles, de la Guyane et du Brésil septen- 
trional, cette espèce croit habituellement sur le liane des col- 
lines, dans les lieux sablonneux et Iiumides ; elle est assez 
commune à la Guadeloupe, à la Martinique et dans l'île de 
Cayenne. 

Son bois est blaiichàti-e, léger, tendre, fibreux, mais d'une 
texture^égale et homogène ; il est imprégné d'un i)rincipe 
amer, soluble dans l'eau, que la dessiccation ne dissout pas, 
ce qui fait qu'il ne résiste pas aux intempéries. Débité comme 
bois de sciage, il donne des planclies laciles à travailler et 
bonnes pour les travaux intérieurs de menuiserie. A la 
(kiyane, il est souvent utilisé pour assurer la ilottaison des 
radeaux, et sert au Brésil comme bois de charpente pour les 
constructions abritées. Pesanteur spécilique, sec 0.403, vert 
0.548, force 96 kilog. 

Les racines, grosses, longues, très ramifiées et s'étendant 
souvent à la surface du sol, sont recouvertes d'une écorce 
gris-blanchàtre ou jaunâtre, striée longitndinalement et par- 
semée d'excroissances subéreuses. Légère, fibreuse, sans 
consistance, cette écorce est inodore, mais d'une saveur ex- 



LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 435 

trèmement amère : c'est la seule partie de l'arbre utilisée en 
médecine. On l'emploie comme fébrifuge et antidysentérique, 
soit à dose de 1 à 2 grammes, en nature, soit en infusion ; à 
dose élevée, elle peut occasionner des nausées et même pro- 
voquer des vomissements. Ses propriétés sont dues à une 
résine, à une huile volatile, et surtout à son principe amer 
qui semble identique à laquassine. Cette drogue se rencontre 
dans le commerce, sous le nom (VEcorce de Simarotcba, en 
fragments longs d'un mètre environ, enroulés et repliés sur 
eux-mêmes, faciles à diviser dans le sens de la longueur, 
mais difficiles à rompre transversalement et à pulvériser. 

Son écorce est utilisée au Venezuela comme matière 
tannante. 



FAMILLE DES BURSERAGEES. 

La famille des Burséracées se compose d'arbres ou d'ar- 
brisseaux oléifères ou balsamifères, à feuilles alternes, rare- 
ment opposées, composées de folioles alternes ou opposées, 
avec ou sans impaire, quelquefois stipulées, mais le plus sou- 
vent sans stipules. 

Les diverses espèces sont répandues dans toute la zone 
tropicale, en Amérique et surtout en Afrique. Les unes four- 
nissent des encens (1) nommés Olihan, Myr^rlie, Bdellium, 
etc.. utilisés comme parfum dans les cérémonies religieuses, 
des résines employées pour le calfatage et la confection des 
torches, des oléo-résines connues sous le nom d'Elémi, qui 
se distinguent entre elles par leur consistance et la diversité 
de leur coloration. D'autres produisent des substances balsa- 
miques qui servent en médecine sous les noms de Baume de 
Judée, de la Mecque, de Giléad, etc. Les bois de travail sont 
assez rares dans cette famille, les arbres étant surtout ex- 
ploités pour leurs produits résineux ou balsamifères ; en 
Afrique, les branches de ces végétaux sont souvent recher- 
chées pour être brûlées dans les temples, alors qu'elles sont 
imprégnées de leur suc qui dégage une odeur agréable par la 
combustion. 

(!': Le véritable encens paraît être produit par le Bosi'jellia Carteri 
RiRDW., petit arijre qui croU dans le pays des Somalis et en Arabie. 



436 REVUE DES SClEiNCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

BOSWELLIA SERRATA RoxB. Gugal, Arbre à encens. 

Bosî'jellia thurifera Roxu. 

— glabra RoxB. 
Clûoroxylon Dupana Bugh. 
Libanus thurifera Goleb. 

Anglais : Olihainim, Frank-iaccnsc. Allemand : Wcihmuc^'. Arabe et Benpjali : 
Luban. Dukni et Persan : Kundnr. Hindouslani : Salace. Malabar : Paijnna. 
Sanscrit : Shullokee, Sallaci. Tamoul : Paran(]i-shamhirani, Morœda, Cha- 
dacula. Télenga : Goof/oolapoo-chittoo. 

Grand et bel arbre résineux, à branches étalées, très ra- 
meuses ; feuilles caduques, alternes, pennées avec impaire, 
composées de folioles nombreuses, opposées, ovales-lancéo- 
lées, aiguës, dentées en scie, pubescentes. 

Originaire des régions montagneuses du centre et du sud 
de l'Inde, où elle constitue des forêts dans les terrains les 
plus arides, cette espèce est encore très abondante sur les 
collines d'Aymeer et dans les environs de Calcutta. 

Son bois, brun ou rougeâtre, d'une texture assez serrée, à 
libres tordues, est assez difficile à travailler ; quoiqu'il puisse 
être, cependant, utilisé pour l'ébénisterie et le cliarronnage, 
on rem[)loic peu, parce que les arbres sont le i)lus souvent 
exploités pour leur produit résineux nommé Gugal. 

Ce suc est une oléo-résine jaunâtre d'une odeur aroma- 
tique et agréable rappelant un peu la térébenthine, et d'une 
saveur amère, balsamique. Cette substance se colore en 
rouge marron, puis en rouge foncé au contact de l'acide sul- 
furiquc ; sa densité est de 0,988. Dans plusieurs parties de 
l'Inde, ce baume est fréquemment eiu ployé en application 
directe sur les plaies et les ulcères indolents. Il est connu 
dans ce pays, et vendu dans les bazars, sous les noms de 
« Gunda baroza ou fazoba, biroza, assa », etc. (1), 

(1) Ce produit est VEncens de l'Inde ou de Moka du commerce, mais 
ce n'est pas le vrai Qli!)anum de la médecine ni celui usité par les an- 
eicns. comme parfum. Bien avant l'ère chrclienne, l'Olibanum était un 
article do trafic, et il formait un e'iement de Tencens mentionne' dans 
les écrits mosaïques. 

L'encens de l'Inde nous arrivait aussi, autrefois, par la mer Rouge, 
et a été longtemps confondu avec celui d'Afrique et distingué comme 
sorte; on lui croyait une origine commune avec ce dernier, lorsqu'au 
l'OH on reconnut le végétal qui le fournit pour être le Bosioellia ser- 



LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 437 

BURSERA DELPECHIANA J. Poiss. 
Linaloe, Bois d'aloès du Mexique. 

An"-lais : Lignalo(!-v-ood. Mexique : Linaloe, Llgnoaloe, Linanuc. 

Arbre de moyenne grandeur, dont le tronc atteint un dia- 
mètre de ôO-TO centimètres, à feuilles imparipennées, com- 
posées de sept folioles opposées par paire, petites, sessiles, 
elliptiques-aiguès, crénelées-serretées sur les bords. 

Originaire du Mexique où elle croissait autrefois très abon- 
damment aux environs de Cuautla Morelos, cette espèce 
tend chaque jour à devenir de plus en plus rare par suite de 
l'exploitation inconsciente qu'en font les Indiens pour l'ex- 
traction de l'huile essentielle. 

Son bois, blanc, spongieux et nullement odorant lorsqu'il 
est frais et sain, est léger et d'une texture homogène ; tou- 
tefois, il ne se fend qu'avec beaucoup de difflculté et chasse 
les coins sous le marteau. Impropre à. être employé comme 
bois de travail, c'est aussi un mauvais combustible, laissant 
beaucoup de cendres, et qu'on évite d'utiliser pour le chauf- 
fage. Sa valeur industrielle consiste dans la quantité assez 
grande d'essence parfumée quil contient, lorsqu'il a subi 
une sorte d'altération provoquée par un accident quelconque 
causé à l'arbre pendant la période de végétation. 

Quoique mentionné à diverses reprises par les auteurs 
mexicains, le Linaloe était encore inconnu des botanistes 
européens, il y a quelques années seulement, et il n'existait 
même aucun spécimen de ce végétal dans les collections bo- 
taniques. Vers 1880, M. J. Poisson, du Muséum de Paris, fut 
assez heureux pour se procurer de beaux échantillons de 
bois, ainsi que des fleurs et des fruits de l'arbre lui-même. 
11 reconnut de suite que ce dernier devait être rapporté au 
genre Bursera, dont il constituait même une espèce nouvelle 

rata. Cet euceus est moins pur, d'une teinte grise plus marquée, en 
morceaux plus gros et pl-is irréguliers, et on y voit aussi moins de 
larmes que dans Y Encens d" Afrique, exsude par le Bosvellia Carteri. 
L'odeur des morceaux entiers ou celle qui résulte de la combustion 
sur des charbons ardents n'offre aucune diflërence sensible dans les 
deux produits. L'encens, de l'Inde est consommé en presque totalité 
dans son pays d'origine et vient peu en Europe, où l'on emploie sur- 
tout celui d'Afrique. 



438 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

qu"il dédia à M. Delpecli, qui lui avait fonrni les éléments 
nécessaires pour étudier la plante. Dans une communication 
pleine d'intérêt faite au Congrès de Blois en 1884, M. Poisson 
a donné les renseignements suivants sur le B. Delpechiana : 

Lorsqu'une ou plusieurs branches, de fortes dimensions 
surtout, viennent à se rompre, qu'une blessure soit faite au 
moyen d'un outil, ou qu'un insecte y creuse ses galeries, le 
bois prend une couleur jaunâtre marbrée de brun, Thuile odo- 
rante le pénètre alors de toute part, là où il y a eu lésion et 
dans le voisinage. La nécrose gagne de proche en proche 
avec d'autant plus de facilité que la blessure était plus pro- 
fonde. La quantité d'essence augmente avec les progrès de la 
maladie et de vieux troncs morts peuvent en contenir jus- 
qu'à 10 ou 12 pour %. C'est principalement dans les fibres et 
les rayons médullaires que la matière odorante, presque so- 
lide, se trouve emprisonnée. Cette matière jaune ot d'un 
aspect résinoïde est bien visible au microscope dans les fibres 
et les cellules des rayons médullaires qu'elle emplit totale- 
ment ou partiellement. Cependant, toutes les fibres n'en con- 
tiennent pas, les portions dominantes et jaunes du bois sont 
les moins riches, mais là où le bois est parcouru par des 
veines brunes, c'est l'indication que la matière est plus par- 
ticulièrement localisée en ces points foncés. 

L'essence de Linnloe obtenue par la distillation à la vapeur 
d'eau, est d'une limpidité i)arfaite et d'une odeur assez agréa- 
ble rappelant à la fois le citron et le jasmin, ce qui la fait 
employer dans plusieurs articles de parfumerie. Depuis quel- 
ques années, les Indiens ont pris pour leur compte, espérant 
en tirer plus de profits, l'exploitation de l'essence de Linaloe, 
qu'ils extraient d'une manière sauvage et à feu nu au milieu 
de la montagne, et en vendent les produits de mauvaise qua- 
lité à bas prix aux droguistes de Mexico. Ceux-ci, à leur 
tour, les expédient à leurs confrères d'Euroi)e qui, naturel- 
lement, ne peuvent recevoir qu'une essence inférieure. 

De même que pour le Quinquina, ajoute l'auteur, il fau- 
drait faire des élevages de Linaloe pour en maintenir la 
source, ce qui ne serait pas chose facile dans un pays livré 
aux Indiens, et auxquels il faudrait faire comprendre les 
avantages d'une culture raisonnée et lucrative. 

{A suivre.) 



II. CHRONIQUE GENERALE ET FAITS DIVERS. 



Les Renards introduits en Australie. — Apres les Lapine 
qui réussissent trop bien sur le contiuent australien, c'est maintenant 
le tour des Renarde. Quelques couples importes récemment d'Angle- 
terre se sont multiplie's à tel point, que les éleveurs ont beaucoup de 
peine à pre'server les parcs de leur.^ dégradations. Les Renards pros- 
pèrent, pai'aît-il, mieux en Aiistralie que sous le climat d'Europe, car 
on y a note' une augmentation de leur taille. De S. 

Oiseaux importés d'Europe et migrations d'espèces 
indigènes en Amérique. — Depuis prés dun demi-siècle, on a 
essayé d'introduire, à diverses reprises, nos oiseaux chanteurs dans 
les bois et les jardins du Nouveau-Monde. Presque tous ont disparu 
avant la fin du second hivernage. 

Ainsi, sur cinquante Alouettes des champs envoyées d'Angleterre à 
Maryland, en 1889, quatre seulement survécurent et furent observées 
le printemps suivant. On sait qu'aucun Rossignol introduit ne re'sista 
au blizzard qui souffle en Amérique. Il paraîtrait que ces oiseaux ont 
été lâchés sur un versant peu favorable des montagnes Rocheuses. 
Car, dans le Michigan méridional, le climat n'est point aussi doux que 
celui du sud de la France, et une espèce délicate n'y re'siste pas. Au 
contraire, en Angleterre, ce même oiseau franchira 600 milles pour 
s'établir dans un pays qui n'a pas d'hiver. 

Pour expliquer cela, nous rappellerons que beaucoup d'oiseaux 
habitant les foiêls des côtes du Pacifique n'e'migrent pas. La Grive 
des pins [the Pine Thrush), originaire de la Colombie britannique, se'- 
journe en hiver dans le Comte' de Meudocino (Californie) ; on l'a si- 
gnalée très au Sud, vers le lac Majella, dans les bois rouges de Mon- 
terey (Mexique), et la plupart des oiseaux sylvains de la Californie ne 
vont pas loin pour hiverner. La zone des forêts donne asile aux Grives 
et aux Merles, et le versant des montagnes de Napa abrite quelques 
Pies. Pourtant, l'Oiseau bleu de Californie (Saxicola sialis], aime trop 
le soleil pour jouir de l'hiver dans les régions boise'es, et sur la fin 
d'octobre, il ém'igre par troupes nombreuses vers les bords de la baie 
de Monterey. 

Dans les Etats de l'est, les oiseaux suivent une route parfaitement 
marquée dans leurs voyages. Ainsi l'on voit de? milliers de Palmi- 
pèdes et d'Echassiers qui passent régulièrement la frontière du 
Mexique, non loin de l'embouchure du Rio- Grande. Ils évitent les 
immenses déserts de sable qui bordent la vallée supérieure du fleuve. 
Plus à l'est, quelques lagunes au milieu du delta servent de stations de 
repos aux voyageurs. Un lieu de rendez-vous semblable se trouve dans 
une gorge basse de la Sierra-Nevada, près de la limite orientale du 



440 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

comté de Plumas. Les hôtes ailés du Colorado et de la Nevada ne 
pourraient atteindre les tropiques qu'en franchissant 2,000 milles, à 
travers des de'serts arides, sans végétation et sans eau, aussi se diri- 
gent-ils à l'ouest pour profiter du long été' des Indes. 

Certaines espèces, parliculièies aux forêts des contre'es orientales, 
périsssent souvent quand elles cherchent à e'migrer pour hiverner dans 
les Alleghany me'ridionales. Comme exemple, les Bobins (Turdus migra- 
toi'ius] vont par milliers dans les bois des montagnes de l'Alabama 
oriental pour s'y nourrir des grains du cèdre. Dans ce pays on les 
massacre en grand nombre ; ils ne tarderont pas à disparaîlre. Dans 
les mêmes parages, les Pigeons, qui autrefois traversaient par vols 
considérables la vallo'c du Mississipi, sont devenus très rares au- 
jourd'hui. 

Plus philosophes et prudents sont les oiseaux qui recherchent comme 
stations d'hivernage les pays oii la poudre de chasse est encore chère, 
ou qui gagnent, plus au sud, les forêts vierges des Guyancs et du 
Bre'sil oriental. De B. 

Les Dindons sauvages sur l'île du Rhin. — On écrit au 
Waidwerk in Wort und Bild que l'introduction des Dindons sur la 
grande île du Rhin, domaine appartenant à M. Reiss, consul à Man- 
heim, a produit un heureux résultat. Ainsi, l'automne dernier, 
M. Reiss tua un exemplaire du poids de 28 livres. Malheureusement, 
on a reconnu que les Faisans qui nichent dans ces ]ieux les déran- 
gent souvent. Ou a même constate' une diminution dans le nombre 
des pontes. 

Dans plusieurs régions de l'Autriche, de la Pome'ranie et de la Thu- 
ringe où ces deux gibiers vivent aussi côte à côte, il serait utile de 
s'assurer si le même fait se produit, en cherchant le moyen d'y remé- 
dier. Mais, il est possible qu'il soit restreint à l'île rhe'nane. G. 

Élevage du Turdus Grayi Bp. — A la dernière exposition 
ornithologiquc de Vienne (Autriche), l'on remarquait deux spe'cimens 
d'un merle de l'Amérique centrale qui vient d'être élevé' pour la pre- 
mière fois en Europe. 

Le Turdus Graiji Bp. est, d'après A. de Francius, le plus abondant 
du genre dans l'Etat de Costa-Rica. Ce n'est qu'en 1888 qu'il arriva 
vivant en Europe. MM. Reichc d'Alfeld reçurent une paire d'oiseaux 
de cette espèce qu'ils prirent d'abord pour le Turdus oUvaceus. Ensuite, 
M. K. Th. Liobe de Géra la détermina comme appartenant au T. 
Grai/i. Depuis deux ans, M. Liebe en a obtenu sept jeunes. Il paraît 
que ce merle se prête très bien à la captivité'. Outre la facilite' de son 
élevage, il réunit certaines qualités. Sa livrée est modeste, mais la 
finesse de son plumage, l'élégance de sa forme et son chant mélo- 
dieux lui donnent de la valeur comme oiseau de cage. De S. 



CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS ÛIVEUS. 4i1 

Un banc de poissons envahissant la rade de Gorée. — 

Le caiiitaine du transport ao^'lais W^e, arrive à Plymoulli en juillet 
dernier, venant de l'Ascension et de Sierra-Leone, a rapporte un fait 
curieux qui s'est passe' en rade de Gorée, pendant une relâche qu'il a 
faite sur ce point. Quelques jours avant l'arrivée du Wz/e, un immense 
banc de poissons, lesquels étaient de la grosseur du Maquereau, avait 
envahi la rade de Gorec et ne pouvait pas en sortir. Tous ces pou- 
sons moururent, et malgré tout ce que l'on tenta pour les draguer 
au large, l'infection que l'accumulation de ces de'tritus avait pro- 
duite s'était répandue dans toute l'e'tendue de la rade. Au départ 
du bâtiment anglais, celte infection durait encore. 

{Revue maritime et coloniale.) 

IJne nourriture singulière des grenouilles. — Dernière- 
ment, plusieurs individus du Pelodrijas cœruleus (White), originaires 
des îles Aron, situées au sud de la Nouvelle-Guinée, ont été rapportés 
vivants en Angleterre. Cette grenouille arboricole paraît avoir les 
mêmes moeurs que notre rainette verte {Jlijla viridis, L.). Elle se 
nourrit surtout de mouches. En captivité, elle ne dédaignait pas les 
vers de farine. 

Quand on disséqua un des exemplaires conservés du Pelodri/as 
cœruleics, on trouva son estomac rempli de petites écrevisses en partie 
digérées. Ces crustacés, au nombre de quatre à cinq, longs de onze 
millimétrés seulement, appartenaient à l'espèce Sesarma quadrata, 
abondante dans les eaux douces des îles Aron. Mais on s'étonne 
que leur carapace, qui est sur ses bords aussi tranchante qu'un cou- 
teau, ait pu être avalée par les grenouilles. De B. 

Importation des poissons gelés de la Norvège. — A 

Hambourg ou a reçu, en ces temps derniers, de Norvège, du poisson 
conservé à l'état gelé. Il est aussi dur que la pierre -, sa coloration 
plus noirâtre que celle de la morue fraîche, son odeur d'huile, le font 
ressembler à la morue desséchée. Quand on l'a trempé pendant deux 
heures environ dans l'eau froide, il dégèle et peut être apprêté. On a 
reconnu que, lorsque ces poissons ont été nettoyés aussitôt après la 
pêche, puis gelés suivant un procédé nouveau, leur chair, sans être 
fine, constitue cependant une nourriture profitable et saine. Mais 
pour peu que l'on ait attendu quelque temps avant de les congeler, 
plus tard, quand on les cuira, ils no vaudront rien. 

Leur consommation à Hambourg et dans les contrées voisines a 
beaucoup varié en quantité. Mais ou craint que ce commerce ne réus- 
sisse pas, aussi longtemps que le prix des poissons gelés n'aura pas 
sensiblement baissé et que la qualité de leur chair ne se sera pas 
améliorée. G. 



442 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

La culture du Bananier. — Depuis une dizaine d'années , 
un grand commerce de Bananes s'est développe' entre les Antilles 
et les Etats - Unis, et jusqu'à présent, c'est surtout la .Jamaïque 
qui fournit les plus grandes quantite's. En effet, la culture du Ba- 
nanier est devenue uuc industrie importante de cette île, qui con- 
Iribue beaucoup à sa prospe'rite'. Les expe'dilions se font surtout 
vers les ports septentrionaux des Etats-Unis, d'où elles sont trans- 
portées, par chemin de fer, dans l'intérieur, de sorte que les popula- 
tions du Far West peuvent acheter les Bananes mûres récolle'cs aux 
Antilles. Ce commerce est susceptible de beaucoup d'extension, car 
le fruit est estime' et la population augmente rapidement. Le Canada 
importe également des quantite's considérables de Bananes, et nous 
croyons que le fait est digne de l'attention de nos colons de la Marti- 
nique et de la Guadeloupe. Les expe'dilions pour le Canada se faisaient 
jusqu'à pre'sent par Ne\v-York, ce qui augmentait considérablement 
les prix ; mais, depuis quelque temps, il s'est établi une navigation 
à vapeur directe avec les Antilles, dont l'île de Dominique profite 
déjà. Nous donnons, par conse'quent, ici, quelques renseignements 
utiles relatifs à la culture du Bananier. 

A cause des noms o'irangers que l'on donne à la Dominique aux di- 
verses variéle's de Bananiers et à leurs fruits, beaucoup de plau leurs 
sont embarrassc's pour le choix des bonnes espèces. La ve'ritable Ba- 
nane est connue dans l'île sous le nom de figue, et la figue la plus 
recherchée aux États-Unis est la figue la Rose que l'on rencontre à la 
•Jamaïque el à la Martinique, et que l'on appelle dans l'Amérique du 
nord Banane de la Jamaïque, parce que cette île eu produit le plus. 

Le meilleur sol pour celte culture est la terre humide, contenant 
beaucoup de matière ve'ge'tale. Les terres le'gères, sablonneuses ne con- 
viennent point. 

Après avoir arraché les mauvaises herbes on retourne la terre pro- 
fondément. Ou arrose les plants régulièrement jusqu'à ce qu'ils por- 
tent des fruits. Un espace assez grand doit êlre réservé entre les 
plants, afin de pouvoir étal)lir des canaux d'irrigatiou. 

Les plants sont place's à un pied de profondeur dans des trous 
préparés d'avance. Si la terre n'est pas riche, on peut déposer un peu 
de fumier ou d'engrais dans ces trous. On presse ensuite la terre tout 
autour des planls, avec les pieds, pour empêcher l'air de péne'lrer et 
de s('cher les racines. Certains planteurs conseillent de placer les 
plants penche's ou inclino's, mais ceci est un mauvais système. La 
tige du Bananier poussant tout droit, il perd de sa force pour se re- 
dresser, lorsqu'il est planté penché. 

Il n'y a peut-être pas de culture tropicale plus facile que celle du 
Bananier. Les plants placés au début de la saison des pluies poussent 
vigoureusement et produisent l'année suivante. Il faut tenir le cbamp 
libre de mauvaises herbes el enlever soigneusement les nouveaux 



CURONIQUE GÉNÉllALE ET FAITS DIVERS. U3 

plants qui sortent du sol autour du plant principal et qui grandiraient 
aux dépens de sa force. Ce n'est qu'au bout de la troisième année qu'on 
peut en laisser pousser trois ou quatre, mais jamais davantage. 

Quand le sol commence à s'e'puiser, on introduit de l'engrais ou des 
feuilles pourries autour de chaque plant, et lorsque, après quelques 
années, les plants sont épuises, on les remplace par d'autres et on pro- 
fite de cette occasion pour renforcer la- terre au moyen d'un engrais 

approprie'. 

Les régimes de Bananes doivent être conserves dans un endroit sec 
ei placés perpendiculairement debout sur leurs liges, pour que le fruit 
ne se gâte point. 

La récolte se fait 8 à 10 jours avant que le fruit soit miir, et l'on 
doit avoir bcaucouT de soin dans la manipulation pour qu'il conserve 
sa fraîclieur. 

Disons, pour finir, que le Bananier forme un ombrage pre'cieux pour 
le Cacaotier pendant qu'il est jeune. Il est donc profitable de se livrer 
simultanément à ces deux cultures, le produit des Bananiers formant 
une large compensation pendant les premières anne'es improducti\cs 
du Cacaotier. D'' IL Meyners d'Estrey. 

La Tolaache du Mexique. — Celte herbe est commune au 
Mexique; elle pousse en abondance sur les bords du Rio-Grande. Les 
Mexicains s'en servent contre les rhumatismes et autres douleurs, en 
l'appliquant comme Uniment externe. On vient de découvrir que celte 
plante, prise eu décoction comme usage interne, possède des vertus 
toutes difl'e'rentes qui peuvent conduire à la folie. Le rédacteur en chef 
d'un journal fort répandu au Texas vient d'en faire l'expérience, et il 
n'est pas hor.s de danger. Gr. 

Culture de la Carotte en Touraine. — M. L. Kerval nous 
donne dans Le Tourangeau d'intéressants renseignements sur la culture 
des Carottes fourragères de Touraine. Les trois variétés : longue de 
Flandre, blanche à col'.et vert et blanche des Vosges, sont les plus 
cultivées. Ou cite un rendement extraordinaire de la variété blanche à 
collet vert. En 1891, M. Moisant récolta 28S,f'0O kilos de carottes, sur 
4 hectares 1/2 de terrain, ce qui veut dire une production de 
()4,2Û0 kilos par hectare. Les racines varient eu grandeur et en poids; 
pour cette dernière entre 350 grammes et 1 kil. 500. 



m. BIBLIOGRAPHIE. 



Le Pain et la. Viande, par .1. d^ Brevans, ingénieur agroncmo, 
chimiste principal au laboratoire de Paris, préface de M. E. Risier, 
directeur do l'Institut national agronomique. 1 volume in-lG do 
368 pages avec 8G figures, cartonné. Librairie J.-B. Baillière et Fils, 
19, rue Hautefeuille, à Paris. Prix, 4 francs. 

Le Pain. — Les Cc'rëales. — La Meunerie. — La Boulangerie. — La 
Pâtisserie et la Biscuiterie. — Alteratioi.s et Falsifications. 

La Viande- — Les .-Viiimaux de boucherie. — La Boucherie. — La 
Charcuterie. — Les Animaux de basse-cour. — Les Œufs. — Le Gi- 
bier. — Les Conserves alimentaires. — Les Altérations et Falsifications. 

Combien d'entre nous ignorent ce que c'est que le Pain, ce que c'est 
que la viande; et cependant, il n'y a rien de plus usuel dans la vie 
journalière et il y aurait grand intérêt à posséder sur ces questions 
quelques notions pro'cises. 

Avec une compe'tencc qu'il doit à des éludes longtemps poursuivies, 
avec une méthode rigoureuse qui lui vient de ses habitudes de chi- 
miste, l'auleur prend le pain et la viande, à leur origine, alors que l'un 
est une plante, et raiilre un animal; il les étudie dans leur liisloire 
naturelle, dans les préparations successives qu'ils subissent, dans la 
meunerie ou la boulangerie, dans l'abattoir ou à la cuisine ; il nous initie 
aux mystères de ces manipulations complexes qui vont transformer le 
grain en farine et en pain, le bœuf eu aloyau et le mouton ou crdelelte. 

Il n'a garde d'oublier les altérations et les falsifications dont ces pré- 
cieuses substances sont l'objet et qui, grûcc aux progrès de la chimie, 
ont atteint des proportions si redoutables; il nous prémunit contre les 
dangers que court chaque jour notre santé; il nou^ donne les moyens 
de les e'viter ou d'en atténuer les inconvénients. 

Pour comple'tcr son œuvre, après avoir étudie' le pain et la viande 
en technicien, en chimiste, en hygie'niste, au point de vue de la con- 
sommation individuelle, M. de Brevans traite la partie sociale, e'cono- 
miquc et statistique de la question. 11 nous fait connaître les lieux do 
jiroduclion de ces diverses denre'os, les prix de venle, les transactions 
auxquelles elles donnent lieu soit à l'importation, soit à l'exporta- 
tion, les droits de douane qui les grèvent, etc. 

Le livre est illustre' de jolies figures, nous mettant sous les youx les 
produits naturels que nous n'avons rhabitudc de voir que transforme's 
par l'art du boulanger ou du cuismier. 

Celte œuvre de vulgarisation mettra dans l'esprit du lecteur beau- 
coup de notions pratiques, dont chacun pourra faire sou profit. 

G. UE G. 



Le Gérant : Jules Grisabd. 



I. TRAVAUX ADRESSÉS A LA SOCIETE. 



LES CHEVAUX DE LA SIBERIE 

Par m. VIENKOFF. 



On a beaucoup parlé, l'année dernière, du tour de force ac- 
compli par le cosaque Pieschkoff' qui a traversé, monté sur le 
même cheval gris, toute la Sibérie pour venir à Moscou. On 
venait voir le « Gris », on l'admirait. Le cheval sibérien a 
lait dans cette occasion ses preuves de résistance à la fatigue 
et montré ses qualités extraordinaires d'endurance. 

Pour être plus connu, le Gris n'est point une exception 
parmi les chevaux sibériens. La Revue Orientale, paraissant 
à Irkoutsk, s'en est occupée dans un de ses derniers numéros, 
voyant, avec raison, dans l'élève des chevaux, un gage de la 
prospérité du pays. 

Hagemeister, déjà, constatait ce fait curieux qu'il y avait 
en Sibérie plus de chevaux que de bêtes à cornes, et, en 
effet, les chevaux sont excessivement nombreux dans ce 
pays. L'immensité du territoire fait supposer à priori l'exis- 
tence de nombreuses races s'adaptant chacune aux besoins 
particuliers de chaque localité : c'est ce qui a lieu en réalité, 
nous les passerons rapidement en revue. 

Au milieu des paysans se livrant au charriage, un type 
spécial de cheval de trait s'est développé à la longue ; il se 
distingue par un pas lourd, égal et bien nourri, il est excessi- 
vement résistant, bien qu'il n'ait pas les proportions colos- 
sales, ni la force exceptionnelle des chevaux de somme pri- 
més aux concours. Cette race est parente du beau cheval de 
Barnaoul, grand et fort, dont on fait si grand cas aux mines 
d'or. Il est doué des qualités les plus variées ; on en voit qui 
sont de lourdes bêtes de trait, et d'autres servant de chevaux 
de selle, la même race fournit aussi des chevaux d'attelage. 
Dans le même gouvernement de Tomsk, au triste et désert 
pays de Narim, il s'est formé, on ne saurait trop dire com- 
ment, une petite race de jolis chevaux énergiques et solides 
qui rappellent surtout par leurs qualités les « Obvinki » et 
les « Viatki », de la Russie d'Europe, aujourd'hui disparus. 

20 Novembre 1892. 28 



446 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

Si nous nous tournons maintenant vers les steppes de la 
Sibérie méridionale, nous tombons dans une région, pour 
ainsi dire, entièrement livrée aux troupeaux de chevaux des 
diverses peuplades nomades. Et là encore, en dépit des con- 
ditions d'existence analogues, il existe, autant que l'on peut 
juger par les rares renseignements que nous en avons, de 
nombreuses races de chevaux . 

En exceptant même le cheval Kirghize, qui appartient à 
une région particulière, nous aurons encore affiiire ici à plus 
d'une variété de cet animal domestique. Supposons que nous 
avancions de l'est à l'ouest : le cheval Kalmouk habite 
l'Altaï, et, au-delà des l'orêts impénétrables de la « Taïga », 
dans les steppes de Minousinsk et d'àtchinsk, errent des 
troupeaux innombrables de bêtes presque sauvages. Comme 
tous les chevaux des steppes, ils sont légers et endurants ; 
ce sont de bonnes montures, d'excellents chevaux de course. 
Ils ont ordinairement le corps sec et une robe de couleur 
sombre. Plus loin, dans le Trans-Baïkal, le cheval Mongol 
dans ses croisements variés, n'a aucune ressemblance avec 
celui de Minousinsk. Il est petit, a des sabots excessivement 
durs, et son pelage est clair dans la plupart des cas. Nous 
passons sous silence les nombreuses variétés de ces races, 
dont aucune ne présente probablement un type pur. Toutes 
possèdent ces qualités communes : une grande résistance, la 
possibilité de se contenter d'une mauvaise nourriture sans 
rien perdre de leurs forces, l'habitude du climat rigoureux et 
~ chose plus précieuse peut-être, — la faculté de conserver 
leurs meilleures propriétés dans tous les croisements. 

Les steppes du Don, où il y a une trentaine d'années, des 
chevaux prenaient leurs ébats en liberté, sont aujourd'hui 
semées de blé. Le même sort attend les steppes de la Kouban. 
Il serait fort peu économique de livrer ces vastes espaces aux 
troupeaux de chevaux, tandis qu'ils peuvent donner de ma- 
gnifiques récoltes. 

Mais avec la diminution de l'élève de chevaux en troupeaux 
disparait de la Russie d'Europe le cheval élevé en liberté, in- 
telligent, doué d'une ouïe fine, fait à toutes les privations, ne 
craignant aucune intempérie, impossible à remplacer pour 
les campagnes lointaines et pour de longs trajets. 

Les steppes sibériennes, avec leurs chevaux, présentent, 
sous ce rapport, une réserve naturelle inappréciable. Au 



LES CHEVAUX DE LA SIBÉRIE. 447 

milieu de ces immenses espaces, sur une étendue de centaines 
de verstes (1). se déroulent des salines, des terres sèches, où 
ne [)euvent que végéter quelques herbes bonnes tout au plus 
â servir de pâture aux bestiaux. Pour rendre ces déserts 
cultivables, il faut des dépenses incalculables pour établir les 
irrigations, et alors même, si cela eût été réalisé, ces terres 
n'auraient jamais lait que des prairies et non point des 
champs de blé. 

Pendant longtemps encore, la Sibérie est donc vouée à 
l'élevage primitif, en troupeaux. i>our lequel la place ne 
manquera pas de sitôt. Avec l'amélioration des voles de 
communication, le cheval sibérien apparaîtra aux marchés, 
de l'autre coté de l'Oural et sera sans doute utilisé pour la 
remonte de la cavalerie. 

Cependant, tels qu'ils sont aujourd'hui, les chevaux ne 
pourront guère devenir l'objet d un commerce important. 
M. Middendorl", membre de l'Académie des sciences de 
Russie, et un des plus éminents connaisseurs en animaux 
domestiques, en discutant, il y a une vingtaine d'années, 
avec un partisan de l'élevage primitif, a prouvé que ce genre 
d'élevage donnerait forcément un fort déchet, une proportion 
énorme d'animaux très inférieurs â la mojenne. 

Des échantillons particuliers de races de steppes, dont on 
admire les utiles qualités, ne peuvent donner une juste idée 
de la masse de ces chevaux. Ils démontrent seulement quel 
point de perfection peut être atteint par cette race, dans des 
conditions favorables. Tous ceux qui ont habité les steppes 
conviendront de la justesse de cette remarque. En effet, il 
serait difficile de s'attendre â de bons résultats constants là 
où le choix des étalons et des juments n'est soumis à aucune 
règle, où de rares tentatives de l'amélioration de la race se 
font au hasard, où, enfin, toutes les connaissances hippiques 
se réduisent à l'aphorisme qu'un bon cheval ne peut produire 
(jue de bons chevaux. 

Avec les bas prix qui existent dans les steppes, un cheval 
s'élevant tant soit peu au-dessus du niveau moyen très infé- 
rieur, aciiuiert aussitôt une valeur double, triple. Des trou- 
peaux énormes, des centaines d'animaux se vendent un prix 
dérisoire, car tout acheteur en gros s'attend â y trouver une 

(1) Le verste vaut 950 mètres. 



448 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

proportion considérable de chevaux, faibles ou absolument 
indomptables qui exigent cependant les frais de nourriture et 
de surveillance tout comme les bons. Les chevaux marqtiés 
au triangle sont réputés dans toute la Mongolie du Nord. 
Dans le Narim, l'Altaï, dans les territoires de Minousinsk 
et d'Atchinsk, dans le Trans-Baïkal, certains propriétaires 
de troupeaux jouissent d'une confiance méritée. Mais là 
encore, d'abord, les animaux de qualité supérieure ont été 
obtenus par hasard, et ensuite il n'existe aucune garantie de 
la continuité de ces rudimentaires essais d'amélioration de 
la race. 

Dépourvu des premières notions sur l'extérieur, l'éleveur 
amateur local peut, dans le but du relèvement de la race de 
ces animaux, laisser entrer dans son troupeau un « trotteur » 
fameux qui, cependant, ne convienne point par sa structure 
aux juments, et des bêtes difformes naîtront à la place des 
animaux perfectionnés. 

lîn éleveur de ce pays a-t-il une bonne race, — elle dure 
dix, vingt ans, mais ensuite les défauts, presque invisibles 
d'abord, commencent à s'accentuer en se perpétuant. Le pro- 
priétaire s'en rend compte, il comprend la nécessité de renou- 
veler le sang de la race, mais comment faire "? C'est là la 
pierre d'achoppement. 

Des recherches commencent, on tâche de découvrir un 
étalon Kirghize ou de Tomsk ou bien des juments molokanes; 
mais tout cela se fait au hasard, sans svstème raisonné. 

Il existe chez les Cosaques de Verkhne-Oudinsk d'excellents 
animaux, plus hauts que les chevaux bouriates ou mongols, 
mais ayant conservé la légèreté et la nervosité des bons clie- 
vaux de steppes. Ce sont là des chevaux du pays. La remonte 
dans ces régions fournit aux propriétaires de troupeaux un 
débit assuré, l'affaire est utile et avantageuse, — mais qui 
l)eut dire si l'éleveur amateur bouriate ou les paysans russes 
du pays sauront conserver cette race. Un hasard, le défaut 
d'étalon, une épizootie, et le croisement au hasard recom- 
mencera, au risque d'abâtardir la race. 

Dans ces dernières années, on a enfin posé la question de 
la régularisation de l'élevage sibérien. On se propose d'étu- 
dier d'abord la situation pour ne procéder qu'ensuite aux 
mesures néces aires pour le relèvement de cette importante 
industrie. 



LA CHASSE 

ET 

LE COMMERCE DES OTARIES 

Par m. TCIIERNIGOFF. 

(suite et fin *) 



A leur arrivée à Londres, avant la vente publique, les 
peaux des Otaries sont soigneusement triées par lieux de 
provenance, suivant lequel change la qualité de la fourrure. 
Les meilleures sont fournies par les îles Ecossaises de la mer 
australe ; viennent ensuite celles des îles Pribylofi", Phoque, 
Midnoï, Behring et enfin, en dernier lieu, les peaux arrivant 
de la côte Victoria, des Kourilles, du cap Horn, etc. 

Le triage porte, en outre, sur la qualité de la fourrure, qui 
pour être de premier choix, ne doit pas être usée, n'avoir ni 
dartres, ni coupures, ni garrot, avoir été ôtée à l'animal peu 
après son arrivée aux îles, bien salée. Enfin, on pèse les peaux 
dont les dimensions augmentent presque régulièrement avec 
le poids. Le triage exige une grande expérience, de la pa- 
tience et surtout de la conscience 

Ce travail fait, les peaux sont livrées à la vente et ce sont 
les acquéreurs qui s'occupent de leur fabrication, consistant 
dans les trois opérations suivantes : 
1" Epiler le poil à la main ; 
2° Tanner la peau ; 
3" Teindre le duvet. 

Ces procédés de la fabrication ne sont plus un mystère, 
mais chaque fabricant a son secret pour la composition de la 
teinture. 

Le travail ne nécessite aucune connaissance technique, ni 
appareils ; la patience, unie à la pratique, suffit. 

Voici quels sont, en Angleterre, les prix de revient de la 
fabrication d'une peau : 

[*j Voir plus haut, page 349. 



450 REVUE DES SCIENCES NATUHELLES AITLIQUEES. 

Tannage de 2 roubles 25 cop. h 8 roubles 25 cop. 

Teinture 1 — 25 — 4 — 25 — 

Apprêt 1 — 75 — 3 — 25 — 

De 5 roubles 25 cop. à 15 roubles 75 cop. 

En moyenne, la fabrication d'une peau coûte 10 roubles, ce 
qui revient à dire que le travail de 50,000 peaux, provenant 
des îles russes, donne à l'industrie anglaise 500,000 roubles 
par an. 

Du temps de la Compagnie Russe-Américaine, la demande 
des peaux était insignifiante, les prix bas, il n'y avait point 
de marcbé spécial. Il n'existe pas de données précises con- 
cernant le produit de la chasse, etc., mais voici, en chiffres 
approximatil's, quelles étaient les ])roportions de l'expor- 
tation de ces peaux, des îles Pribyloff: 

ÉPOQUE. NOMBRE. ÉPOQUE. NOMBRE. ÉPOQUE. NOMBRE. 

1817.... 60,000 1824.... 25,000 1831.... 10,000 

1818.... (30,000 1825.... 30,000 1832.... 1(3,000 

1819.... 52,000 1826.... 23,000 1S33.... 16,000 

1820. .. 50,000 1827.... 19,000 1834.... 16,000 

1821.... 45,000 1828.... 23,000 1835 7,000 

1822.... 36,000 1829.... 20,000 1836.... 7,000 

1823.... 29,000 1830.... 18,000 1837.. . 7,000 

Les peaux provenant des îles du Commandeur étaient au 
nombre de 4,000 tous les ans. 

L'exportation diminuait ainsi de plus en plus et, vers 
ISoO, elle se cMfJrait par 11,000 peaux seidement. 

Les lieux d'exportation étaient la Russie et la Chine exclu- 
sivement. Il n'existait guère de triage de peaux, mais c'é- 
taient celles des Otaries grises, âgées de trois à sept mois, 
qui prédominaient sur le marché. La préparation consistait 
en ceci : 

Les peaux, dépouillées de chair et de graisse, étaient ten- 
dues sur des cadres de bois, placés dans des tentes de peaux 
« ivirta », chauffées souvent au moyen de pierres rougies. 

Ainsi séchées, les peaux étaient achetées en gros, sans dis- 
tinction de qualité, à raison de 6 roubles la peau, par un 
marchand russe, M. Liésnikoff. 

A Kiakhta, les peaux étaient échangées contre du Thé, de 



LA CHASSE ET LE COMMERCE DES OTARIES. 451 

la soie et d'autres produits de la Chine. Des peaux d'autres 
provenances arrivaient d'ailleurs à Kiakhta, par Pékin. 

Les peaux d'Otaries étaient travaillées, à cette époque, 
comme toutes les peaux à fourrure, le poil laissé tel quel. 

Tel était l'état de l'industrie qui nous occupe vers 1830, 
lorsque les nouveaux procédés de fabrication firent surgir la 
demande de la fourrure d'Otaries en Angleterre. On ne tra- 
vaillait plus la peau seulement, mais, après en avoir arraché 
tout le crin, le duvet était teint en marron foncé. 

Le secret de ce procédé et de la composition de la teinture 
appartenait à la maison Oppenheim. 

Les peaux étaient salées, après avoir été dépouillées de la 
graisse. Le transport s'opérait sur des navires à voiles, au- 
tour du cap Horn. Ayant à traverser ainsi deux fois l'équa- 
teur, la plupart se trouvaient gâtées à l'arrivée à destination, 
et, parmi les autres, un petit nombre seulement, et cela à 
cause de la salaison défectueuse, étaient propres à subir la 
préparation définitive. 

Enfin, en 1860, on comprit que^ pour les besoins du trans- 
port et de la fabrication, il était préférable de saler les peaux 
pourvues de la couche de graisse y adhérente. 

En 1869, lorsqu'un chemin de fer traversant le territoire 
des Etats-Unis relia les deux Océans, il devint possible de 
transporter des peaux ainsi salées, sans qu'elles eussent à 
passer par les tropiques. Toutes ces circonstances réunies 
eurent une si heureuse influence sur le commerce de peaux 
d'Otaries, qu'il tripla et quadrupla d'importance dans les dix 
années comprises entre 1860-1870. 

En 1870-71, la Compagnie d'Alaska obtenait, pour une du- 
rée de vingt ans, le monopole de la chasse aux Otaries dans 
les lies Pribyloff", du Commandeur et du Phoque. 

Une réglementation de la chasse, introduite aussitôt dans le 
but de la conservation et de la multiplication de l'espèce, 
l'ordre et l'uniformité dans le triage de peaux et leur prépa- 
ration, eurent bientôt pour conséquence de 'placer les peaux 
de la Compagnie au-dessus de toute concurrence, à raison de 
leur qualité. 

D'autre part, ces mêmes causes facilitèrent la fabrication 
et rendirent la confiance du public à cette fourrure qui pas- 
sait avant pour excessivement fragile. A la place d'une seule 
fabrique, appartenant à M. Teichmann, il s'en fonda plu- 



4o2 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 

sieurs, dont la rivalité ne fit qu'accélérer le perfectionnement 
des procédés. 

La grosse difficulté de l'introduction et du maintien de la 
mode de ce genre de fourrure utilisée pour les vêtements, les 
manteaux, les jaquettes de dames, les pardessus d'hommes, 
les toques, les manchons, les garnitures des toilettes d'hiver, 
etc., fut résolue en partie par les efl'orts des marchands de 
fourrure et en partie par l'habileté de la Compagnie. Les pro- 
cédés qu'elle employait dans ce but étaient toujours les 
mêmes : réclames, articles payés dans les journaux, articles 
et gravures dans les journaux de modes, etc. 

Cette élégante fourrure a l'avantage d'être très légère, 
mais elle ne peut guère servir, dans les climats rigoureux, 
pour protéger du froid. 

Le prix des peaux, à poids égal, variait entre les chiffres 
suivants • 

DES POIDS DE LA PEAU 

ILES COMMANDEUR, (en livres russes). 

23,0 11,2 

^2,7 10,8 

22,5 6,8 

D'un autre côté, si l'on considère la valeur de ces peaux 
variant avec le lieu de leur provenance, indépendamment du 
poids moyen des peaux, ou aura les chiffres ci-dessous. 
(Mars, 1885.) 

PRIX PRIX PRIX 

LIEU DE PROVENANCE. «QUANTITÉ. CD loubl. le plus le plus 

papiers. haut. bas. 

Les îles PribylofiF. 28,104 21,78 52,50 10 

Les îles Commandeur 48,929 18,55 24,50 10,50 

L'île Phoque 3,664 

Les côtes Victoria 2,523 

Le littoral ouest de l'Ame'rique. 199 

Le cap Horn 792 

Peaux d'Otaries se'chées 2,392 

Peaux sèches non vendues 439 

Peaux sale'es non vendues ou 

vendues à vil prix 159 



DES 


DE 


ILES PRIBYLOFF. 


l'île PHOQ 


56,5 


48 


47,0' 


37 


41 


26,5 



14,79 


21,50 


10,0 


6,28 


18,0 


4,50 


12,09 


17,0 


1,0 


6,17 


10,50 


20,50 


5,56 


14,0 


1,0 


» 


» 


» 



LA CHASSE ET LE COMMERCE DES OTARIES. 



45$ 



Il est malaisé de déterminer à l'avance la baisse possible 
de cette fourrure dont le prix n'est jamais tombé au-dessous 
de 12 r. 50 k. la pièce. Mais il ne faut pas perdre de vue que 
la Compagnie fermière, monopoliste de la chasse jusqu'au 
18 février 1891, maintenait artificiellement un certain mini- 
mum de prix. 

Pour rendre compréhensible la solution de ce problème, 
nous sommes obligés de nous arrêter sur les conditions spé- 
ciales du commerce en question et sur les procédés auxquels 
avait recours la Compagnie. 

Londres est actuellement le principal marché où viennent 
échouer presque toutes les peaux d'Otaries provenant des 
points de chasse du monde entier. 

Le tableau ci-dessous donnera une idée des prix, du poids 
et du nombre des peaux russes ou américaines ayant figuré 
sur le marché, en 1892. 





Nombre 


Nombre 


Poids moyen 


Prix 




de 


de 


eu 


en 




peaux. 


peaux °jo. 


livres russes. 


roubles pap 


, 


2,591 


7 


15,2 


26 


LES ILES \ 


5,896 
8,158 


16,5 
22,5 


11 
10 


23 

22,70 


DU / 


7,206 


20 


8,2 


20,50 


COMMANDEUR. 


10^933 
1,455 


30 
4 


8 

6,2 


21 
22,50 




Moye 
56 


nnes 


9,5 


23 


^ 


1,5 


20,1 


40,5 




131 


3.4 


14,1 


41 




99 


2,6 


11,1 


48 


L'ILE 


476 ' 


11,4 


2,4 


37 


784 


20,5 


6,8 


26,5 


DU PHOQUE, j 


859 


22,5 


5,9 


17,5 


j 


1,212 


31,3 


5,7 


21,5 


f 


205 


5,4 


5,4 


13,5 



3,822 Moyennes. 



25,4 



Poids et valeur moyens des peaux des îles 

russes 9,3 23,5 



4o^ 



REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 





Nombre 


Nombre 


Poids moyea 


Prix 




de 


de 


en 


en 




peaux. 


peaux "/o. 


livres russes. 


roubles pap 




— 


— 


— 


— 




/ 


BONNES. 






' 111 


0,2 


21,3 


45,2 




935 


1,3 


15,2 


59,5 




800 


1,1 


14,5 


53 




3,120 


4,6 


11,2 


54,5 




2,337 


3,5 


11,2 


56,5 






MOYENNES. 




LES ILES 


11,363 


16,7 


10,2 


43 




5,277 


7,8 


10 


47 


PRIBYLOFF. 


7,680 


11,3 


7,9 


43 




18,515 


27,1 


6,8 


41,5 






MAUVAISES. 






<J,800 


14,4 


6,6 


32,5 




883 


1,3 


6,4 


24,5 




1,078 


1,6 


5,9 


26 




6,186 
Moy 


ennes 


5,7 

. . 8,2 


30 
41,62 



Voici, en outre, la distribution des peaux achetées à 
Londres, entre les différents pays : 

Amérique 100,000 

Angleterre 80,000 

France 15,000 

Allemagne et autres pays 7.000 



Russie. 



1,000 



La Russie reroit, en outre, annuellement 4,000 peaux non 
travaillées, de Londres, et 1,000 de Belgique, peaux que l'on 
y utilise encore aujourd'hui telles quelles. 

Le nombre des peaux provenant des îles, ainsi que leur 
prix moyen sur le marché de Londres, se trouvent dans le 
tableau suivant : 



LA CHASSE ET LE COMMERCE DES OTARIES. 



4jo 



EPOQUE. 



QUANTITÉ DE PEAUX PRIX DE VENTE A LONDRES DE PEAUX 

Russes. Américaines. Russes. Américaines. 

Roubles. Copecks. Roubles. Copccks. 



1860... 


4,000 


16,000 ] 










1861 . . . 


4,000 


18,000 










1862 . . . 


4 000 


20,000 










1863... 


4,500 


25,000 










1864 . . . 
18G5... 


5,000 
4,000 


26,000 
40,000 / 


> Prix 


inconnus 






1866... 


4,000 


42,000 1 










1867 . . . 


4,000 


48,000 










1868 . . 


12,000 


42,000 










1869 . . . 


21,000 


87,000 










187U... 


27,C00 


3,448 


10 


» 


15 


45 


1871. . 


3,412 


99,840 


23 


» 


18 


50 


1872... 


22,318 


99,874 


18 


» 


23 


87 


1873... 


30,396 


99,756 


20 


» 


26 


» 


1874 . . . 


31,272 


99,930 . 


20 


50 


25 


37 


1875... 


36,274 


99,815 


12 


50 


27 


87 


1876 . . . 


26,960 


90.006 


13 


25 


17 


25 


1877 . . 


21,532 


75,019 


19 


25 


18 


25 


1878... 


31,340 


99,982 


28 


75 


33 


75 


1879 . . . 


42,752 


99,890 


39 


73 


42 


24 


1880 . . . 


48,504 


90,942 


29 


80 


45 


50 


1881 ... 


43,522 


99,937 


22 


85 


40 


80 


1882 . . . 


44,620 


99,916 


19 


21 


27 


40 


1883... 


28,696 


750,52 


29 


26 


41 


36 


1884... 


52,652 


99,962 


18 


30 


23 


51 


1885... 


43,582 


99,996 


19 


84 


28 


71 



La Tente a lieu à deux époques, la première au moi.s de 
mars, la seconde en octobre. La plus grande partie des mar- 
chandises est fournie aux enchères de mars, par les peaux 
proYenant de la chasse de l'été précédent, dans les îles du 
Commandeur et du Phoque (dont c'est là le produit total), 
20 à 28,000 peaux de l'île Pribylofl", celles de la côte Victoria, 
de la côte occidentale de l' Amérique, du cap Horn, etc. 

Quelquefois on rencontre aussi des fourrures braconnées 
par les « goélettes- voleuses », 

Les lies Pribyloff envoient au marché d'automne, au mois 
d'octobre, de "70 à 80,000 pièces. 



456 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

Les proportions de la demande des peaux d'Otaries crues, 
au marché de Londres, sont déterminées par les trois prin- 
cipales conditions suivantes : la demande des peaux tra- 
vaillées, les capitaux disponibles dans les mains des mar- 
chands en gros, qui revendent aux détaillants les peaux 
déjà travaillées , et enfin , le nombre d'acheteurs parti- 
culiers. 

Fournissant les 72 % de toutes les peaux d'Otaries mises 
dans le commerce, représentant 90 % de la valeur totale de 
cette marchandise sur le marché du globe, la Compagnie 
cV Alaska avait toute latitude de varier les proportions de 
l'offre. 

Consfatnment iemie très exactement au courant de tous 
les détails de ce commerce, disposant de capitaujj libres 
considérables, elle pouvait aussi i)i/luer sur ta demande 
de peaux, procédé auquel elle a eu recours, en 1876, 1877 
et 18S3. 

Si la réduction de la chasse aux Otaries est un sûr moyen 
de faire hausser les prix des peaux, on ne doit pas oublier 
qu'elle a, d'un autre côté, pour effet naturel, de diminuer les 
bénéfices de la Compagnie. D'ailleurs, celle-ci n'a le droit 
d'user de ce moyen, qu'en ce qui concerne la cliasse dans les 
îles Pribyloff. 

Mais rien ne contribue à la baisse comme de faux bruits au 
sujet d'arrivages des peaux, qui viennent à circuler aux 
enchères parmi les marchands en gros. Les principales 
sources de ces arrivages accidentels sont les côtes Victoria, 
ainsi que certaines îles et côtes, appartenant à la Russie et 
au Japon. La quantité et la qualité de la fourrure de cette 
provenance restent inconnues jusqu'au jour de la mise en 
vente. 

L'île du Phoque, les Kourilles et les îles du Commandeur 
étaient, en outre, le théâtre des exploits des « goélettes- 
voleuses ». 

En moyenne, autant que permet d'en juger le nombre de 
cadavres d'animaux sur la côte et les dimensions des reposées 
abandonnées et vides, les peaux fournies par cette voie 
étaient au nombre de 500 pour l'année 1879 et de 1,500 pour 
chacune des deux années suivantes, 1880-1881. Une protec- 
tion, bien entendue des reposées, enrayerait facilement ce 
braconnage. 



LA CHASSE ET LE CuM.MERCE DES OTARIES. 457 

Cette chasse en fraude, faite forcément h la liàte, en 
cachette, a, de pins, l'inconvénient de jeter sur le marché des 
peaux de fort inégale qualité et de mauvaise salaison, qui ne 
réussissent pas à la fabrication, et contribuent à détruire la 
confiance du public, à l'égard de cette fourrure en général. 

Les renseignements recueillis pendant toute l'année, per- 
mettent à la Compagnie de l'Alaska de savoir d'avance la 
({uantité que les marchands en gros seront obligés d'acheter, 
au moment des ventes, pour satisfaire les commandes de 
leurs clients. La Compagnie en profite pour ne mettre en 
vente que le nombre correspondant de peaux. 

Ces procédés si simples, au premier abord, exigent beau- 
coup d'habileté : sans argent, ils sont impossibles ; sans une 
connaissance parfaite de ce commerce, ils peuvent devenir 
l)lutùt nuisibles qu'utiles. 

Les peaux que la Compagnie ne jette pas sur le marché, 
elle les met en fabrication et les revend pour son propre 
compte aux maisons de détail les plus importantes, au prix 
de revient, à titre de faveur exceptionnelle. 

Quant aux peaux acquises aux enchères, par des membres 
particuliers de la Compagnie, agissant soi-disant de leur 
propre initiative et pour leur propre compte, elles suivent le 
même chemin. 

A côté de ces procédés si habiles pour produire la hausse, 
la Compagnie se préoccupe d'augmenter les proportions de la 
demande. De ce côté, la mode qui, à partir de 1830 et jusqu'à 
présent, a persisté, très gracieuse d'ailleurs, semble devoir 
dissiper ses craintes. Si la Compagnie fait de ce côté le 
sacrifice de très grandes sommes, elle effectue en même temps 
un placement fort avantageux pour elle. 

Le capital de la Compagnie atteint actuellement 11 millions 
de dollars. 

Elle possède de nombreux agents, dont un des principaux 
est M. Lampsen, à Londres. Le monopole de la chasse, en 
diminuant pour la Compagnie les frais de la vente, a de plus 
singulièrement centralisé dans ses mains tous les renseigne- 
ments indispensables pour ce commerce. Ce monopole, en ce 
qui concerne les îles appartenant à la Russie, prend fin le 
14 février 1891. 

En concluant, nous donnons les chiffres des recettes et des 



4o8 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

dépenses relatifs à la chasse aux Otaries, aux îles Comman- 
deur et Prihylofl'. 

Les renseignements précis y sont marqués en gros cliiffres, 
ceux qui le sont moins, en cliiffres ordinaires. 



DÉNOMINATION 

des 
ARTICLES DE RECETTES ET DE DÉPENSES. 



LEUR VALEUR 

(en roubles-papiers) 

pour 
les îles appartenant 

il la au\ 

Russie. Êlals-Uiiis. 



Traitement des employés et agents : 

Sur les îles et à Pe'tropavlovsk 

A New - York 

A Saint- Pclcrsbourg 

Entretien d'un bureau et des employe's à San- 
Francisco 

Entretien d'un bateau et d'une goëlelte 

10 'Y(i pour la valeur des biens à Potropavlcvsk 
et sur les îles 

Le prix du fermage 

Les droits pour chaque peau d'Otarie exportée 
des îles (1) 

Salaires des ouvriers-chasseurs 

Elrennes à ces ouvriers 

Bâtiments d'habitation construits pour eux 

Matériaux et frais de main-d'œuvre de la salai- 
sou, pliage et chargement des peaux dans les 
îles 

Transbordement à Pétropavlovsk 

De'chargement et emballage des peaux en ton- 
neaux à San-Francisco 



80,000 


25,0C0 


1,000 


5,050 


5,000 


» 


10,000 


40,000 


75,000 


75,000 



5,460 5,000 

5,000 110,000 

64,420 503,632 

o7,588 76,744 

3,000 10,000 

5,000 5,000 



3,500 
200 

200 



12,000 



800 



(1] Ces chidres des droits et des salaires sont calculés sur les proporlions 
moyennes de la chasse pour les dernières \'6 années : 34,199, pour les îles 
russes, et 93,930, pour les îles américaines. Suivant les conditions du contrat de 
1871 et des baux supplémentaires de 1877, l'Etat a perçu 2 roubles de chacune 
des 274,291 peaux et les ouvriers 73 copecks par peau provenant des îles russes. 
Les 238,696 autres peaux étaient payées à raison de 1 r. 73 c. à l'Etat, et 
1 r. 50 c. de main-d'œuvre. Les Irais mo^-ens par peau sont donc — 1 r. 88 c. 
de droits et 1 r. 10 c. de main-d'œuvre. 



LA CHASSE ET LE COMMERCE DES OTARIES. 4o'J 

LEUR VALEUR 

DÉNOMINATION (en roubles-papiers) 

pour 
des les îles appartenant 

ARTICLES DE RECETTES ET DE DÉPENSES. à la aux 

Russie. États-Unis. 



Différence des prix des tonneaux de peaux à 
San-Francisco et à Londres, 640 tonneaux des 
îles Commandeur et 1,800 des îles Pribyloff. . 2,G60 7,500 

Frais de transport en chemin de fer de San-Fran- 
cisco à New-York 17,200 48,000 

Chargement dans des navires à New-York et fret 

jusqu'à Londres 4,900 14,000 

2 1/2 '^y'o d'escompte des bc'ne'fices bruts de la 

vente aux enchères de Londres 19,493 70,748 

4 "/o de ces mêmes be'néfices au commissaire- 

priseur Lampsen 31,189 113,197 



Dépenses brutes 320,810 1,121,()21 

Recettes brutes, avec les prix moyens de vente 

des dernières 15 années 779,737 2,829,935 

Bénéfice net 458,927 1,708,314 

Comme 75 % de toutes les peaux des îles Priby- 
loff sont vendues au mois d'octobre, c'est-à- 
dire quatre mois avant les autres peaux pro- 
venant de la chasse de la même anne'e, on 
doit, pour re'duire la somme des be'néfices de 
la Compagnie à la même époque, ajouter au 
produit de la chasse de ces îles 4 % (annuels) 
au moins, pour ces quatre mois, sur les bé- 
néfices nets de la vente d'octobre. 

Ces béne'fîces peuvent être calcules d'après les 
données suivantes : 75 'Vo des 95,930 peaux 
qui représentent la moyenne du produit de 
la chasse de ces 15 dernières années, soit 
72,000 peaux en chiffres ronds, vendues à rai- 
son de 29 roubles 50 cop., font » 2,124,000 

De ces recettes brutes, on doit exclure les frais 

suivants provenant de la vente prématurée 

des peaux : 
Frais de déchargement et d'emballage des peaux 

en tonneaux à San-Francisco » 600 



460 



IIEVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 



DENOMINATION 

des 

ARTICLES DE RECETTES ET DE DÉPENSES. 



LEUR VALEUR 

(en roubles-papiers) 

pour 
les îles appartenant 



à la 
Ilussic. 



ajx 
Éîaîs-Uiiis. 



Différence des prix des 1,350 tonneaux » 5,600 

Transport en chemin de fer à New-York » 36,000 

Chargement dans les navires à New-York et fret 

à Londres » 10,500 

2 1/2 "/o d'escompte sur les recettes brutes. ... . » 53,100 

4 "/o d3 commission à M. Lampsen » 84,960 

A déduire donc, de 2,124,000, en tout » 190,760 

Bo'néfices nets » 1,933,240 

4 'Yo de cette somme, pour 4 mois » 25,776 

La somme des bénéfices nets montera ainsi au 

mois de mars à 458,937 1,734,086 

Par peau : 

Dépenses 9,38 11,69 

Recettes brutes 22 80 26 69 

I^énéficcs nets au moment des enchères de mars. 13,42 18,07 

Béne'ficos nets en 'Vu, par rapport à la dépense, 143 "/o 154 Vo 



L'ARGUS GEANT 

Eï LE PSEPHOTE MULTICOLORE 

Lettre adressée à M. le Président de la Société nationale 

d' Acclimatation 

Par m. a. DELAURIER aîné. 



Dans mes précédentes notices, j'ai déjà rendu compte des 
diverses éducations d'oiseaux que je possède depuis plusieurs 
années. Pour ceux-ci et afin d'éviter des redites peu intéres- 
santes pour les lecteurs de la Revue, je ne donnerai qu'un 
tableau récapitulatif des œufs, naissances et élèves. 



ESPÈCES. 



Elliot (^). 
Chinquis. 



Argus 

Perdreau de Chine. 



Tinamous Talaupa, 
Gallo-perdrix 

Multicolores 

Nouvelle-Zélande . 
Poiiiuardées 



Grivelées. . . 
Lumachellc 



Diamants 

Gould 

Mirabilis. 



REPRO- 
UUCTELHS. 



couple. 



1. 

e 


1 K 

il 


21 


14 


12 


12 


» 


» 


6 


5 


V 


» 


» 


» 


13 


12 


4 


4 


18 


14 


10 


8 


14 


12 


14 


9 


8 


6 


12 


6 


5 


5 



12 
9 
» 

4 

» 

» 
8 

4 

14 

6 

10 

8 



3 

6 
5 



OBSERVATIONS. 



Une femelle luée par le màie 
en mars avant la ponte. 

De mauvaises couveuses ont 
laissé périr 3 jeunes. 

Mâle adulte, femelle de 1891 
n'a pas pondu. 

J'ai ce couple depuis deux 
ans, la teinelle n'a jamais 
pondu. 

Probablement du même sexe. 

Une mauvaise mère a tué 
ses deux poussins. 



Les Poignardées ont couvé 
4 œufs et élevé 4 jeunes. 

Grivelées nées ici ont bien 
couvé et bien élevé 6jeunes. 

Habitentle poulailleràcause 
de leur méchant carac- 
tère. Tous leurs jeunes 
élevés par des ordinaires 

l" nichée d'œufs clairs. 

l'e nichée empêchée par les 
multicolores. 



(*) Les œufs d'Elliol étaient tous i'écoadés ; sept petits sont morts dans 
Pœul. Le parquet se composait duu Coq et deux Poules. 



Je remets aussi à notre Société des notes détaillées sur les 

'20 Novembre 1892. 29 



462 HEVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

élevages d'Argus et de Psephote multicolore que j'ai pu faire 
cette année pour la première fois. 

Argus Giganteus. 

Si l'Argus ne possède ni les reflets scintillants, ni les cou- 
leurs éclatantes de certains phasianidés, il est cependant 
peut-être le plus beau d'entre eux. 

Il est difficile de décrire cet oiseau dont on peut voir les 
peaux dans la plupart des collections. Les dessins de son 
plumage sont si variés, les grandes plumes de ses avant-bras 
si régulièrement zébrées et pointillées, leurs taches rondes 
ou veux, cerclées de blanc et de noir et de diverses teintes, 
se dégradent et se fondent ensemble de telle sorte qu'il 
semble que ce soit là le travail d'un peintre liabile. 

L'Argus, dont la découverte est ancienne, est bien peu 
connu des amateurs ; on le suppose délicat et d'un entre- 
tien difficile, d'une reproduction incertaine ou très res- 
treinte ; il est cependant aussi rustique que l'Eperonnier et 
ses jeunes s'élèvent avec la même facilité que les jeunes de 

ce dernier. 

Depuis longtemps, je désirais pratiquer l'élevage de ce su- 
perbe oiseau. En 1891, je pus me procurer un mâle adulte, né 
en France, à Beaujardin, et une femelle, importée, prove- 
nant du Jardin d'Anvers. Ces oiseaux, un ]ieu tristes et dé- 
plumés à leur arrivée, furent installés dans ma meilleure 
volière, dont l'abri se compose d'une haute et assez vaste 
voûte, non vitrée, mais exposée au soleil levant. Mon couple 
Aro'us fit heureusement sa mue en octobre et novembre, ne 
parut aucunement affecté des froids de Fhiver, et dès le mois 
de février, le mâle fit entendre son cri retentissant pendant 
la journée et fréquemment pendant la nuit. Au mois de 
mars, ses allures changèrent, il redressait les plumes pileuses 
de son front et de son cou, entr'ouvrait le bec, ramassait à 
terre n'importe quoi, et courait en cercle dans la partie 
libre de la volière, en frappant fortement ses pattes sur le 
sol. Lorsque la femelle approchait, il déployait les longues 
plumes de son avant-bras, dissimulait sa tête sous ses ré- 
miges et redressait verticalement les deux immenses plumes 
de sa queue ; tout son plumage frémissait et produisait un 
'bruit qui me paraissait tout d'abord venir du gosier de l'oi- 



L'ARGUS GEANT ET LE FSEPHOTE .MULTICOLORE. 463 

seau, lequel ressemblait à im véritable et siqjerbe écran 
vivant. 

Après plusieurs accouplements, la femelle pondait le 18 mai 
son premier œuf et deux jours après le second. Ces œufs, 
pondus au liasard et abandonnés, furent confiés, faute de 
mieux, à une forte poule Barbezieux et, le 15 aAril, j'eus une 
seule éclosion, le premier œuf était clair. 

Le jeune Argus, à sa naissance, avait la grosseur d'un fort 
poussin, il était bien constitué et paraissait robuste; mais le 
mois d'avril fut très froid, la poule, mauvaise mère, ne son- 
geait pas à le réchauffer, il fallait le placer sous une cou- 
veuse artificielle et lui introduire dans le bec vers de farine et 
flan. Bref, je le trouvai mort un matin, quinze jours après 
sa naissance. 

Le mâle Argus, dont les ardeurs ne cessèrent qu'en sep- 
tembre, s'était de nouveau rapproché de sa femelle ; celle-ci 
l)Ondit deux autres œufs, le 28 avril et le 1" mai, dans une 
petite excavation qu'elle avait creusée elle-même, près de sa 
mangeoire. Elle se mit à couver assidûment, et, pour lui évi- 
ter les importunités de son mâle, on lui fit un entourage de 
fagots. Elle resta huit jours sur ses œufs, qu'elle abandonna 
le neuvième. Ils furent alors confiés à une poule Négresse et 
donnèrent naissance, le 26 mai, à deux superbes jeunes, dont 
rélevage fut pratiqué comme celui des Eperonniers, avec 
lesquels, du reste, les Argus ont beaucoup de rapports. Cet 
élevage n'ofl're pas plus de diflîicultés pour les uns que pour 
les autres. La pousse des premières plumes et les mues suc- 
cessives du jeune âge rendent parfois le jeune Argiis triste, 
malade et sans appétit, mais sa force de résistance est plus 
grande qu'elle ne paraît; il se remet rapidement. A l'âge d'un 
mois, après une forte crise occasionnée par la mue, j'ai pu 
voir le jeune mâle faire la roue et piaffer autour de la poule 
et de sa jeune sœur. 

La troisième ponte de deux œufs eut lieu le 8 et le 10 juin. 
Il m'aurait été possible d'obtenir, sans fatigue pour la fe- 
melle, une quatrième ponte, mais la saison était avancée ; je 
fis passer dans un compartiment voisin le mâle Argus, qui 
poursuivait sa femelle sur les œufs et l'obligeait à les aban- 
donner. Celle-ci reprit le nid après le départ du mâle, le 
garda sans lever, ni pour boire ni manger ni se vider, jus- 
qu'à la naissance de ses deux jeunes. 



464 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 

La femelle Argus est la plus excellente des couveuses et la 
plus admirable des mères ; elle évite de piétiner ses petits, 
elle leur donne au bec les insectes, vers de farine, œufs de 
fourmis et flan qu'on lui jette, et elle ne mange elle-même 
que lorsque ses jeunes sont rassasiés. Elle les garde cons- 
tamment sous elle pendant le premier âge, et à quinze jours, 
dès qu'ils peuvent voler, elle les fait percher et les abrite 
soigneusement sur le perchoir. 

L'élevage par la femelle est donc des plus faciles. Il suffit de 
distribuer à celle-ci la nourriture nécessaire aux petits, elle 
n'en distrait rien pour elle, et ces distributions sont d'autant 
plus aisées que ces oiseaux deviennent familiers. 

A l'âge de trois mois, j'ai séparé la femelle de ses jeunes, 
qui ont été réunis à leurs aînés, abandonnés depuis long- 
temps par la poule. Cette réunion a été très facile, l'Argus 
n'étant pas querelleur. Les quatre jeunes s'entendent fort 
bien ensemble; ils couchent côte à côte sur le même per- 
choir, dans une volière contiguë à celle des parents ; ils pa- 
raissent bien supporter ces premiers froids d'octobre, et mon 
intention est de leur faire passer l'hiver dehors, à moins que 
la température ne devienne trop rigoureuse et qu'ils en 
souffrent. 

L'élevage de l'Argus n'a jamais été entrepris chez nous 
d'une façon suivie ; si l'on veut donner à cet oiseau les soins 
(|u'il mérite, nul doute, qu'à la suite de générations, il ne 
s'acclimate, ainsi que le Paon, dont il peut devenir le rival 
préféré. 

Psephote multicolore. 

Pendant plusieurs années, j'ai essayé d'obtenir la repro- 
duction du Psephote multicolore. 

Trois couples se sont succédé chez moi sans qu'il m'ait 
été possible de voir se reproduire cette Perruche aux vives 
couleurs, au vol léger, rustique, peu destructive et d'un char- 
mant effet dans une grande volière. 

L'année dernière, je me décidai à remplacer le dernier 
couple, qui vivait ici depuis trois ans, par un autre, qu'avait 
bien voulu me céder M. le comte de Moûy ; celui-ci fut ins- 
tallé dans la grande volière habitée par les Argus, Tina- 
mous, Poignardées et Diamants mirabilis. 



L'ARGUS GÉANT ET LE PSEPHOTE MULTICOLORE. 465 

Au mois de mars dernier, le mâle, bec à bec, donnait à 
manger à sa femelle et tons deux, très excités, engageaient 
des vols interminables dans leur vaste parquet ; ils visitaient 
les grandes boites rectangulaires en épais peuplier, que pré- 
fèrent mes Perruches et Diamants , aux troncs d'arbres 
creux, autrefois installés à côté. 

Vers le 20 mars, la femelle disparut ; je la cherchai et la 
trouvai sur ses œufs, dans une boite, dans laquelle les mira- 
bilis avaient déjà confectionné un nid volumineux. La fe- 
melle multicolore avait transformé ce nid en un véritable 
tapis de foin garnissant tout l'intérieur de la boîte, sur le- 
quel quatre œufs avaient été pondus. L'éclosion des quatre 
jeunes eut lieu le 15 avril et jours suivants ; la sortie du nid 
du premier né le 21 mai. Durant tout le séjour dans la boite, 
le mâle nourris