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Full text of "Revue des études grecques"

REVUE 



DES 



ÉTUDES GRECQUES 



Les réunions du Comité ont lieu a l'École des Beaux-Arts, à quatre heures, le 
premier jeudi non férié de chaque mois; tous les membre de la Société ont le 
droit d"y assister et ont voix consultative. Elles sont interrompues pendant les 
mois d'août, de septembre et d'octobre. 

La bibliothèque de l'Association (Sorbonne, salle des conférences de grec, au 
rez-de-chaussée) est ouverte le mardi de 4 h. à 5 h. 1/2, et le samedi de 2 à 4 h. 



Les communications à l'Association, les demandes de renseignements, les 
ouvrages offerts à la bibliothèque, doivent être adressés, franc de port, 44, rue 
de Lille, vu". 

Les manuscrits destinés à la Revue, ainsi que les ouvrages envoyés pour 
compte rendu, doivent être adressés à M. Louis Méridier, rédacteur en chef de 
la Revue, librairie Leroux, 28, rue Bonaparte, vi". 



Les membres de l'Association sont priés de vouloir bien envoyer le montant de 
leur cotisation, en un mandat poste, à M. Henri Lebèoue, agent bibliothécaire 
de l'Association, 44, rue de Lille, vn«. 

Tout membre qui, après deux ans, n'aura pas payé sa cotisation, sera consi- 
déré comme démissionnaire. 




REVUE 



DES 



ÉTUDES GRECQUES 

PUBLICATION TKIMi:STRIKLLfc: 

DE L'ASSOCIATION POUR L'ENCOORAGEMENT DES ETODES GRECQUES 

(Reconnus établissement d'utilité pnblique par décret du 7 juillet 1809) 



TOME XXXIII 



ANNEE 1 920 



PARIS 
ÉDITIONS ERNEST LEROUX 

28, RUE BONAPARTE, VI' 




2)F 

/o 
t:33 



ASSOCIATION 



POU H L ENCOURAGEMENT 

DES ÉTUDES (}RECQUES 

EN FRANGE 

(Reconnue établissement d'utilité publique 
par décret du 7 juillet 1869). 



STATU T S 

§ I. Objet de l'Association. 

Art. l*"". L'Association encourage la propagation des meilleures 
méthodes et la publication des livres les plus utiles pour le pro- 
grès des études grecques. Elle décerne, à cet effet, des récom- 
penses. 

2. Elle encourage, par tous les moyens en son pouvoir, le zèle des 
maîtres et des élèves. 

3. Elle propose, s'il y a lieu, des sujets de prix. 

4. Elle entretient des rapports avec les hellénistes étrangers. 

5. Elle publie un annuaire ou un bulletin, contenant l'exposé 
de ses actes et de ses travaux, ainsi que l'indication des faits et 
des documents les plus importants qui concernent les études grec- 
ques. 

§ II. Nomination des membres et cotisations. 

6. Le nombre des membres de l'Association est illimité. Les 
Français et les étrangers peuvent également en faire partie. 

7. L'admission est prononcée par le Comité, sur la présentation 
d'un membre de l'Association. 

8. Les cinquante membres qui, par leur zèle et leur influence, ont 
particulièrement contribué à l'établissement de l'Association, ont le 
titre de membres fondateurs . 

REG, XXXIII, 1920, n« 134-153. a 



— Il — 

9. Le taux de la cotisation annuelle est fixé au minimum de 
dix francs. 

10. La cotisation annuelle peut être remplacée par le payement, 
une fois fait, d'une somme décuple. La personne qui a fait ce verse- 
ment reçoit le titre de membre donateur. 

§ IIL Direction de l'âssociatiom. 

H. L'Association est dirigée par un Bureau et un Comité, dont le 
Bureau fait partie de droit. 

12. Le Bureau est composé de : 

Un Président, 

Deux Vice-Présidents, 

et de au moins : 

Un Secrétaire-Archiviste, 
Un Trésorier. 

Il est renouvelé annuellement de la manière suivante : 

1° Le Président sortant rie peut faire partie du Bureau qu'au bout 
d'un an; 

2° Le premier Vice-Président devient Président de droit; 

3° Les autres membres sont rééligibles ; 

4° Les élections sont faites par l'Assemblée générale, à la plura- 
lité des suffrages. 

13. Le Comité, non compris le Bureau, est composé de vingt et un 
membres. Il est renouvelé annuellement par tiers. Les élections 
sont faites par l'Assemblée générale. Les sept membres sortants ne 
sont rééligibles qu'après un an. 

14. Tout membre, soit du Bureau, soit du Comité, qui n'aura pas 
assisté de l'année aux séances, sera réputé démissionnaire. 

15. Le Comité se réunit régulièrement au moins une fois par 
mois. Il peut être convoqué extraordinairement par le Président. 

Le Secrétaire rédige les procès-verbaux des séances; ils sont 
régulièrement transcrits sur un registre. 

Tous les membres de l'Association sont admis aux séances ordi- 
naires du Comité et ils y ont voix consultative. 

Les séances sont suspendues pendant trois mois, du l*"" août 
au 1" novembre. 

16. Une Commission administrative et des Commissions de corres- 
pondance et de publication sont nommées par le Comité. Tout mem- 
bre de rAssociation peut en faire partie. 



— m — 

17. Le Comité fait dresser annuellement le budget des recettes et 
des dépenses de l'Association. Aucune dépense non inscrite au bud- 
get ne peut être autorisée par le Comité que sur la proposition ou 
bien après l'avis de la Commission administrative. 

18. Le compte détaillé des recettes et dépenses de l'année écoulée 
est également dressé, présenté par le Comité à l'approbation de 
l'Assemblée générale et publié. 

§ IV. Assemblée générale. 

19. L'Association tient, au moins une fois chaque année, une 
Assemblée générale. J^es convocations ont lieu à domicile. L'Assem- 
blée entend le rapport qui lui est présenté par le Secrétaire sur 
les travaux de l'Association et le rapport de la Commission admi- 
nistrative sur les recettes et les dépenses de l'année. 

Elle procède au remplacement des membres sortants du Comité et 
du Bureau. 

Tous les membres de l'Association résidant en France sont admis 
à voter, soit en personne, soit par correspondance. 



!20. Les présents statuts ne pourront être modifiés que par un vote 
du Comité, rendu à la majorité des deux tiers des membres pré- 
sents, dans une séance convoquée expressément pour cet objet, huit 
jours à l'avance. Ces modifications, après l'approbation de l'Assem- 
blée générale, seront soumises au Conseil d'État. 



LA MÉDAILLE DE L'ASSOCIATION 



Cette médaille, œuvre de notre confrère M. J.-C. Chaplain, membre de l'Institut 
(Académie des Beaux-Arts), porte au droit une tête de Minerve, dont le casque, 
décoré de fleurons, de feuilles d'olivier et d'une figure de Sphinx, rappelle à 
la fois les anciennes monnaies d'Athènes et les belles monnaies de Thurii. Le 
module est de 55 millimètres. 

Elle pourra être décernée avec une inscription spéciale, par un vote du 
Comité, aux personnes qui auront rendu à l'Association des services excep- 
tionnels. 

Le Comité a décidé aussi qu'elle serait mise à la disposition de tous les 
membres de l'Association qui désireraient l'acquérir. Dans ce cas, elle portera, 
sur le revers, le nom du possesseur avec la date de son entrée dans l'Asso- 
ciation. Le prix en a été fixé comme il suit : 

L'exemplaire en bronze 10 fr. 

— en argent 100 — 

Ceux de nos confrères qui voudraient posséder cette œuvre d'art devront 
adresser leur demande à M. Lebègue, bibliothécaire de l'Association, 44, rue 
de Lille, Paris, vii«. Ils sont priés d'envoyer d'avance la somme fixée suivant 
qu'ils préfèrent la médaille en argent ou en bronze, afin que l'on puisse y 
faire graver leur nom. Ils voudront bien, de plus, joindre à cet envoi l'indica- 
tion des noms et prénoms qui doivent former la légende. Les membres qui 
habitent la province ou l'étranger devront désigner en même temps la personne 
de confiance par laquelle ils désirent que la médaille soit retirée pour eux, 
ou le mode d'envoi qui leur convient. Les frais d'expédition seront naturelle- 
ment à leur charge. 



— V — 



MEMBRES FONDATEURS DE L'ASSOCIATION 

(1867) 



MM. 

f Ader, ancien professeur de littérature grecque à l'Académie de 
Genève, rédacteur en chef du Journal de Genève (1). 

f Alexandre (Ch.), membre de l'Institut. 

f Bertrand (Alexandre), membre de l'Institut, directeur du Musée des 
antiquités nationales de Saint-Germain. 

-|- Beulé, secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts. 

f Bréal (Michel), membre de l'Institut, professeur honoraire au 
Collège de France. 

f Brunet de Presle, membre de l'Institut. 

f Burnouf (Emile), ancien directeur de l'École française d'Athènes. 

f Gami'aux, professeur honoraire à la Faculté des lettres de Nancy. 

T Chassang, inspecteur général de l'Instruction publique. 

f Daremberg, conservateur de la bibliothèque Mazarine. 

J- DAvm (baron Jérôme), ancien vice-président du Corps législatif. 

-J- Deuèque, membre de l'Institut. 

f Delyanni (Théodore-P.), président du Conseil des ministres à 
Athènes. 

\ Deville (Gustave), membre de l'École d'Athènes. 

7 DiDOT (Ambroise-Firmin), membre de l'Institut. 

f Dubner, helléniste. 

f DuRUY (Victor), de l'Académie française, ancien ministre de 
l'Instruction publique. 

f Egger, membre de l'Institut, professeur à la Faculté des lettres 
de Paris. 

f Eigutiial (Gustave d'), membre de la Société Asiatique. 

■\ GiDEL, ancien proviseur du lycée Condorcet. 

f Girard (Jules), membre de l'Institut, ancien professeur à la Fa- 
culté des lettres de Paris. 

f GouMY, rédacteur en chef de la Revue de l' Instruction publique . 

7 GuiGNiAUT, secrétaire perpétuel de l'Académie des Inscriptions. 

■f Havet (Ernest), membre de l'Institut, professeur au Collège de 
France. 

HEUZEY(Léon), membre de l'Institut, directeur honoraire des musées 
nationaux. 

-j- Hignard, professeur à la Faculté des lettres de Lyon. 

'\- Hillebrand, ancien professeur à la Faculté des lettres de Douai. 

7 Jourdain (Charles), membre de l'Institut. 

7 Legouvé, de l'Académie Française. 

(1) I^ croix indique les membres fondateurs décédés. 



— VI — 

" LÉvÊQUE (Charles), membre de Tlnstitut. 

- LoNGPÉRiER (Adrien de), membre de Tlnslitat. 
■- Maury (Alfred), membre de l'Institut. 

- MÊLAS (Constantin), à Marseille. 

-- Miller (Emm.), membre de l'Institut. 

-- Naudet, membre de l'Institut. 

j- Patin, de l'Académie française, doyen de la Faculté des lettres 
de Paris. 

f Perrot (Georges), membre de l'Institut, secrétaire perpétuel de 
l'Académie des Inscriptions. 

f Ravaisson (Félix), membre de l'Institut. 

-f Renan (Ernest), membre de l'Institut. 

f Renier (Léon), membre de l'Institut. 

•|- Saint-Marc Girardin, de l'Académie française. 

f Thenon (l'abbé), directeur de l'École Bossuet. 

f Thurot, membre de l'Institut, maître de conférences à l'École 
normale supérieure-. 

f Valettas (J.-N.), professeur à Londres. 

f ViLLEMAiN, secrétaire perpétuel de l'Académie française. 

-r Vincent (A.-J.-H.), membre de l'Institut. 

•f Waddington (W. -Henry), membre de l'Institut, sénateur. 

■f Weil (Henri), membre de l'Institut. 

f Wescher (Carie), ancien professeur d'archéologie près la Biblio- 
thèque nationale. 

f Witte (baron J. de), membre de l'Institut. 



SOUSCRIPTIONS EXCKPTIONNKLLKS 

POUR LES MONUMENTS GRECS ET LILLUSTRUTION DE LA REVUE 

M. ZoGRAPHOS, déjà fondateur du prix qui porte son nom, a sous- 
crit à l'œuvre des Monuments grecs pour une somme de cinq mille 
francs. — M. le baron dk Witte et M. G. d'Eichthal ont souscrit cha- 
cun pour une somme de quatre cents francs. — M. le baron E. de 
Rotuscoild, pour deux cents francs. — M. Bikélas, pour cent francs 
(outre sa cotisation). — De même M. Lapercoe pour cent francs. — 
M. Pélicier, pour cent francs. — M. Jean Dupuis, pour deux cent cin- 
quante francs. — M. Adolphe Cuévhier, déjà fondateur pour les 
Monuments grecs, a versé cent francs pour l'illustration de la Revue. 
— M. Vasnier et M. E. d'Eicutual, dans les mêmes conditions, ont 
versé chacun cent francs. — M"" Poinsot a versé cent francs. — 
M. le duc DE Loubat a versé neuf cents francs. — M. Loizon a versé 
cent francs. — M. Petitjean a versé cent francs. — M. Gillon a versé 
cent francs. — M""^ Paul Lévy a versé neuf cents francs. — M. Victor 
Bérard a versé quatre cents francs. 



VII 

MI]MBI{|]S FONDATEURS POUR LES MONUMENTS GKECS 
ET POUR L^ÏLLUSTRATION DE LA REVUE 



Le Ministre de rinstniction publique. 

Le Musée du Louvre. 

L'École nationale des Beaux-Arts. 

L'Université d'Athènes. 

Le Syllogue d'Athènes pour la propagation des études grecques. 

Le Syllogue littéraire hellénique du Caire, V Union. 

Le Gymnase Avérofî à Alexandrie (Egypte). 



MM. 

f Bartuélemy Saint-Hilaire. 
f Basily (Démétrius). 

t BiKÉLAS (D.) 

f Brault (Léonce). 

7 Brunet de Presle. 

f Carathéodory-Effendk Etienne). 

-f Castorcht (Euthymios). 

7 GuASLES (Michel). 

f Ciievrîer (Adolphe). 

-{- CoLLiGNON (Maxime). 

7 COROMILAS. 

7 DiDOT (Amb.-Firinin). 
f Dréme. 

7 DuMONT (Albert). 
f Dupuis (Jean). 
7 Er.GER (Emile). 
7 EicuTiiAL (Gustave d'). 
EicuTHAL (Eugène d'). 
FoucART (Paul). 
f Graux (Henri). 
Hachette et C'% libraires édi- 
teurs. 
f Hanriot. ' 
Heuzey (Léon). 
f Lacercre. 
7 Laprade (V. de). 
-J- Lecomte (Ch.). 
f Lereboullet (^Léon), 



MM. 

LouBAT (duc de). 
Misto (H.-P.). 

Negropontis. 

Ocrer de Beaupré (colonel). 
Parmentier (général). 
pélicier (p.). 
Pepin-Leualleur. 
Perrot (Georges). 



h Piat (A 

Pottier (Edmond). 

7 Queux de Saint-Hilatre 

quis de). 
Reinacii (Salomon). 
Reimach (Théodore). 

f RODOCANACni (P.). 

RoTUSCuiLD (baron Edmond de 
•r Saripolos (Nicolas). 
7 Symvoulidis. 



mar- 



(A.^ 



7 Syngros 

f Vaney. 

7 Vasnier. 

7 Verna (baron de). 

.L WiTTE (baron J. de). 

7 Wyndiiam (Charles). 

7 Wynduam (George). 

7 Zafiropulo (E.). 

7 ZoGRAPBOS (Christaki Effendi), 



VIll — 



ANCIENS PRÉSIDENTS DE L'ASSOCIATION 



1867. MM. Patin, membre de Tlnstitut. 

1868. Egger, Id. 

1869. Beulé, Id. 

1870. Brunet de Presle, Id. 

1871. Egger, Id. 

1872. Thurot, Id. 

1873. Miller, Id. 

1874. Heuzey, Id. 

1875. Perrot, Id. 

1876. Egger, Id. 

1877. Chassang, inspecteur général de l'Université. 

1878. FoucART, membre de Tlnstitut. 

1879. GiDEL, proviseur du Lycée Condorcet. 

1880. Dareste, membre de l'Institut. 

1881. Weil, Id. 

1882. Miller, Id. 

1883. Queux-de-Saint-Hilaire (marquis de). 

1884. Glachant, inspecteur général de l'Université.. 

1885. Jourdain, membre de l'Institut. 

1886. Gréard, Id. 

1887. Girard (Jules), - Id. 

1888. MÉziÈRES, Id. 

1889. Croiset (A.), Id. 

1890. Maspkro, Id. 

1891. Renan (Ernest), Id. 

1892. Houssaye (Henry), Id. 

1893. Collignon (Max.), Id. 

1894. Schlumberger (G.), Id. 

1895. Bikélas (D.). 

1896. Bréal (M.), membre de l'Institut. 

1897. Degharme (P.], professeur à la Faculté des lettres. 

1898. Croiset (M.), membre de l'Institut. 

1899. Héron de Villefosse, Id. 

1900. d'Eichthal (Eugène), Id. 

1901. Girard (P.), Id. 

1902. Reinacu (Salomon), Id. 

1903. Pottier (Edmond), Id. 

1904. Tannery, directeur de la manufacture des tabacs 

à Pantin. 



IX 

1905. GuiRAUD (Paul), membre de l'Institut. 

1906. Babelon (E.), Id. 

1907. Reinacu (Th.), Id. 

1908. HOMOLLE, Jd. 

1909. Omont (H.), Id. 

1910. RoujON (H.), Id. 

1911. DiEUL, Id. 

1912. Monceaux, Id. 

1913. MicuoN, professeur à l'Ecole du Louvre. 

1914. Glotz, membre de Flnstitut. 

1915. PuEGU, professeur à la Faculté des Lettrées. 

1916. Meillet, professeur au Collège de France. 
1917 Cboiset (M.j, membre de l'Institut. 
1918. Le général Boucher. 



— X — 



MEMBRES nu WMAl] POUR 1919-1920 

Président : M. Victor Bérard. 
l*"" Vice- Président ; M. G. P'ougères. 
2^ Vice- Président : M. E. Bourguet. 
Secrétaire-général : M. Dalmeyda. 
Secrétaire-adjoint : M. Roussel. 
Trésorier ; M. J. Maurice. 
Trésorier adjoint : M. H. Lebkgue. 



MEMBRES DU COMITÉ POUR 1919-1920 



Nommés en 1917. 

MM. Meillet. MM'. Colardeau. 

Monceaux. Robin. 

François. ^ Sartiaux (F. 

PiCHON. Millet (G.). 

Nommés en 1918. 

MM. Croiset (Maurice). MM. Reinach (Th. 

HOLLEAUX. PeRNOT. 

Girard (P.). Chapot. 



MiCHON. 



Nommés en 1919. 



mm. pottier. mm. dussaud. 
Mazon. D'âlÎ'.s. 

Glotz. Vendryès. 

Général Boucher. 



COMMISSION AhMIiNlSTRATIVE 

MM. Croiset (Alfred). MM. Pottier (E.). 

D'Eicutral (Eug.). Reinach (Th.). 

COMMISSION DE PUBLICATION 

MM. Haussoulliek. MM. Les anciens présidents de 

Reinach (Théodore). • TAssociation. 



— XI — 



MEMBRES DONATECKS OÉCÉDÉS 



s. M. LE Roi de Grèce Georges I". 

MM. 

AcHiLLOPOULO, à Paris. 

Alline, maître de conférences à la Faculté des Lettres de Bordeaux. 

Anquetil, inspecteur d'Académie honoraire, à Versailles. 

Antrobus (Fr.), à Londres. 

Athanasiadis (Athanasios), à Taganrog. 

AuvRAY (Tabbé Emmanuel], à Rouen. 

AviERiNO (Antonin), à Taganrog. 

Barenton (Arm. de), àParis. 

Baret, avocat à Paris. 

Basiadis (Hiéroclès-Constantin), à Constantinople. 

Béer (Guillaume), il Paris. 

Berranger (l'abbé H. de), à Trouville. 

Bertuault (E. a.), docteur es lettres, à Paris. 

Beulé (Ernest), secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux- Arts. 

Bienaymé (Jules), membre de l'Institut. 

BiKÉLAS (D.), à Athènes (1). 

BiMPOs (Th.) archevêque de Mantinée. 

Blampignon (l'abbé), à Vanves. 

BouNOS (Élie), à Paris. 

Bousquet (l'abbé), maître de conférences à l'Institut Catholique 

de Paris. 
Boutroue, à Paris. 

Braïlas (Armenis), ministre de Grèce, à Londres. 
Brault (Léonce), ancien procureur de la République, à Paris. 
Brunet de Presle (Wl.idimir), membre de l'Institut. 
Calvet-Rogniat (le baron Pierre), à Paris. 

GAiLLEMER(Exupère), doyen honoraire do laFaculté de Droit de Lyon. 
Carapanos, correspondant de l'Institut de France, à Athènes. 
Caratueodory-Effendi (Et.), ancien ministre de Turquie, à Bruxelles. 
Castorcuis (Euth.), professeur à l'Université d'Athènes. 
GuAPLAiN fJ.-G.), membre de l'Institut. 
Gharamis (Adamantios), professeur à Taganrog. 
Cbasles (Henri), à Paris. 
Ghasles (Michel), membre de l'histitiit. 
Ghassiotis (G.), fondateur du lycée de Péra, à Athènes. 
GuÉVRiKR fAd.), conseiller à la cour de cassation, à Paris. 
Ghévrier (Maurice), attaché au Ministère des affaires étrangères. 

(1) Don d'une somme de 200 francs> 



XII — 

Choisy (Auguste), inspecteur général honoraire des ponts et chaus- 
sées, à Paris. 

CiiRiSTOPOULOS, ministre de l'Instruction publique en Grèce. 

Clado (Costa), à Londres. 

Clado, docteur, à Paris. 

CoMBOTHECRAS (Sp.), à Odessa. 

CoNSTANTiNiDis (Zanos), à Constantinople. 

CoNSTAS (H. Lysandre), directeur de l'Ecole hellénique, Odessa. 

CoRGiALEGNO (Marino), banquier, à Londres. 

CoRONio (Georges), à Paris. 

CouMANOUDis (Et. -A.), correspondant de l'Institut, professeur à 
l'Université d'Athènes. 

CouRCEL (baron Alphonse de), sénateur, ancien ambassadeur à 
Londres. 

Cousin (G.), professeur à l'Université de Nancy. 

CousTÉ (E.), ancien directeur de la manufacture des tabacs, à Paris. 

Couve (L.j, professeur à la Faculté des lettres, à Nancy. 

CucBEVAL, professeur honoraire au lycée Condorcet. 

Damaschino, professeur à la Faculté de médecine de Paris. 

Dareste (Rod.), membre de l'Institut, à Paris. 

Decharme (Paul), professeur à la Faculté des lettres de Paris. 

Delyanni (N.), ministre de Grèce, à Paris. 

Demetrelias (C), à Odessa. 

De Ridder, conservateur adjoint au Musée du Louvre. 

Desjardins (Charles-Napoléon), membre de l'Institut. 

Deville (Gustave), docteur es lettres, membre de l'École française 
d'Athènes. 

Deville {M"^" veuve), à Paris (1). 

DiDiON, inspecteur général des ponts et chaussées. 

Didot (Ambroise-Firmin), membre de l'Institut. 

DiDOT (Alfred), libraire-éditeur, à Paris. 

Dorisas (L.), à Odessa. 

DouDAS (D.), à Constantinople. 

DouLCET (Mgr), évêque de Nicopoli, à Paris. 

DozoN (Aug.), ancien consul de France, 

Drême, président de la Cour d'appel d'Agen. 

Dubois de la Rue, à Paris. 

DuMONT (Albert), membre de l'Institut. 

Dupuis, proviseur honoraire, à Paris. 

DuRUY (Victor), de l'Académie française. 

Dussouchet, professeur honoraire au lycée Henri IV, à Paris. 

Édet, professeur au lycée Henri IV, à Paris. 

Egger (Emile), membre de l'Institut. 

Egger (M""^ veuve Ém.), à Paris. 

Egger (Max), ancien professeur de l'Université, à Paris. 

Egger (Victor), professeur à la Faculté des lettres de Paris, 

Eichtual (Gustave d'), membre de la Société Asiatique, à Paris. 

Faliekos (Nicolas), à Taganrog (Russie). 

Fallex (Eug.), proviseur honoraire du lycée Gharlemagne. 

(l) Don d'une rente annuelle de 500 francs. 



XIII — 



Fbrry (Jules), ancien président du Sénat. 

Fix (Théodore), colonel d'état-major, à Paris. 

Gevaert (F.-Aug.), associé étranger do l'Académie des Beaux-Arts, 

directeur du Conservatoire royal de musique à Bruxelles. 
GiANNAROS (Thrasybule), négociant, à Constantinople. 
GiDEL (Ch.), ancien proviseur du Lycée Condorcet. 
GiLLON (Félix), magistrat à Bar-lc-Duc. 
Girard (Jules), membre de l'Institut. 
GiRAUD (Ch.), membre de l'Institut. 
Glacdant (Ch.), membre de l'Institut. 
GoLDSCiiMiDT (Léopold), à Paris. 

GoNNET (l'abbé), docteur es lettres, à Francheville (Rhône). 
Grandin (A.), à Paris. 
Graux (Henri), à Vervins (Aisne). 

Gréard, de l'Académie française, recteur de l'Université de Paris. 
Grégoire, archevêque d'Héraclée, à Constantinople. 
GuMUCUGUERDANE (Micluilakis), à Philippopolis. 
Hanriot (H.), professeur honoraire de Faculté, à Chartres. 
Hauvette (Amédée), professeur à la Faculté des Lettres de Paris. 
Havet (Ernest), membre de l'Institut, professeur au Collège de 

France. 
Havet (Julien), bibliothécaire à la Bibliothèque Nationale. 
Heuzey, conseiller à la cour d'appel de Rouen. 
HoussAYE (Henry), de l'Académie française. 
Ikglessis (Alex.), à Odessa. 
Jasonidis (0. John), à Limassol (île de Chypre). 
JoANNiDis (Emmanuel), scholarque, à Amorgos (Grèce). 
JoLLY d'Aussy (D.-M.), au château de Crazannes (Charente-Inférieure). 
JoRET (Ch.), membre de l'Institut, à Paris. 
Kalvocoressis (J. Démétrius), négociant, à Constantinople. 
KoNTOSTAVLOS (Alexandre), ancien ministre, à Athènes. 
KoNTOSTAVLOS (Othou), à Marseille. 
KosTÈs (Léonidas), à Taganrog. 
Krivtzoff (M""), en Russie. 
Labitte (Adolphe), libraire à Paris. 

Lacroix (Louis), professeur à la Faculté des lettres de Paris. 
Lamy (Ernest), à Paris. 
Landelle (Charles), peintre, à Paris. 
Laperche, à Paris (1). 
Lattry (A.), à Odessa. 
Lattry (Georges), président du musée et de la bibliothèque de 

l'Ecole évangélique, à Smyrne. 
Lattry (D"" Pélopidas), à Odessa. 

Lazzaro (Périclès-H.), vice-consul des Etats-Unis, à Salonique. 
Le Bret (M"'), à Paris. 
Lecomte (Charles), négociant, à Paris, 
Lkgantinis (J.-E.), négociant à Odessa. 
Legrand (Emile), professeur à l'Ecole des langues orientales 

vivantes, à Paris. 

(1) Don d'une somme de 100 francs. 



— XlV — 

Lereboullet (D-" Léon), membre de l'Académie de médecine. 

Leroux (G.), maître de conférences à la Faculté des Lettres de 
Bordeaux. 

Lesseps (Ferdinand de), de l'Académie française. 

Leudet (NP- V«j, à Piencourl (Eure). 

Levikz (Ernest), à Paris. 

LuDLOw (Th.-W. ), à New-York. 

Maggiar (Octave), négociant, à Pans. 

Mallortik (H. de), principal du collège d'Ârras. 

Manzavinos (R.), à Odessa. 

Marango (Mgr), archfevêque latin d'Athènes. 

Marcellus (comte Edouard de), ambassadeur de France à Cons- 
tantinople. 

Martin (Th. -Henri), membre de l'Institut. 

Maspero (G.), membre de Tlnslilut, secrétaire perpétuel de l'Aca- 
démie des inscriptions et Belles-Lettres, à Paris. 

Maurice (M-"" Ch.), née Vincent 

Mavro (Sp.). à Athènes. , r, • r, ■ 

Mavrocordato (le prince Nicolas), ancien ministre de Grèce a Pans. 

Mavrocohdato (le colonel Alexandre-Constantin). 

Mavrogordato (M.), à Odessa. 

Mavromiciialis (Kyriacoulis Petrou), ancien ministre, a Athènes. 

Mazerolle (Joseph), artiste peintre, à Paris. 

Mêlas (B.), à Athènes. 

Mêlas (Léon), à Athènes. 

Métaxas (Stavro), à Marseille. , ^, 

^eyer (Paul), membre de l'Institut, directeur de 1 Ecole des Chartes. 

MiLLïET (Paul), à Paris. 

MiSTO (II. -P.), négociant, à Smyrne (1). 

MoNGiNOT (Alfred), professeur au lycée Condorcet, à Pans. 

MouRiER (Ad.), vice-recteur honoraire de l'Académie de Pans. 

Negroponte (Dimitrios), à Taganrog. 

Negroponte (Jean), à Paris. 

Negroponïe (Michel), négociant à Paris. 

Negropontes (Ulysse), à Paris. 

NicoLAïDÈs (G.), de l'île de Crète, homme de lettres, à Athènes. 

NicoLAïDÈs (Nicolas), à Taganrog. 

NicoLOPOULO (Nicolas-G.), à Paris. 

Paix-Séailles (Charles), à Paris. 

Paraskevas (Wladimir), à Odessa. 

Parissi, à Paris. 

Parmentier (le général Théodore), à Paris. 

Paspati (J.-F.), à Odessa. 

Paspati (Georges), à Athènes. 

Patin, secrétaire perpétuel de l'Académie française. 

Pêlicier, archiviste de la Marne, à Châlons (2). 

Perrard (Emile), professeur au Collège Stanislas, à Paris. 

Perrin (Ernest). 

(1) Don d'une somme de 800 francs. 

(2) Don d'une somme de 6,100 francs. ^ 



— XV — 

Perrin (Hippolyte). 

Pesson, ingénieur eti chef des |)onts el chaussées, à Paris. 

Petitjean, professeur au lycée C-nudorcet, à Paris. 

PuARDYS (Nicolas B.), à Sauiolhrace. 

PisPAS (D'. H.\ à Odt^ssa. 

PsicuA (Etienne), à Athènes. 

Queux de Saint-Hilaihe (marquis de). 

Ragon (l'abbé), professeur à l'Institut Catholique, à Paris. 

Rambaud (Alfred), sénateur, membre de l'Institut. 

Relnacii (Ad.), ancien membre de l'Ecole française d'Athènes. 

Reinacu (Joseph), à Paris. 

Renikiu (Marc), gouverneur honoraire de la Banque nationale, à 

Atliènes. 
Riant (comte Paul), membre de l'Institut et de la Société des 

antiquaires de France, à Paris. 
RiciiARD-KoEMG, à Paris. 

RiSTELUUBER, ancien bibliothécaire, à Strasbourg. 
Robertet, licencié es lettres, chef de bureau au ministère de 

l'Instruction publique. 
RociiEMONTEix (M'* dc), à Paris. 
RoDOCANAGUi (Th. -P.), à Odessa. 
Rodocancahi (Pierre), à Paris 
Romanos (J.), proviseur du (jymnase de Corfou. 
Ruelle (Ch. -Emile), administrateur honoraire de la bibliothèque 

Sainte-Geneviève. 
Sarakiotis (Basile), à Constantinople. 
Sarapuis (Aristide), m'îgociant, à Mételin. 
Saripolos (Nicolas), professeur à l'Université d'Athènes. 
Satuas (Constantin), à P;iris. 
ScARAMANGA (Jcan-iv), à Marseille. 
Scaramanga (Jean- A.), à Taganrog. 
ScARAMANGA (Luc-J.), à Tagaurog 
ScARAMAiNGA (Jcan-P.), à Tagaurog, 
Scaramanga (Stamatios), à Taganrog. 
ScBLiEMANN (H.), à Athènes. 
SciiLEGEL (F.), commandant, à Paris. 
ScLAVo (Michel), à Odessa. 
SiBiEN (Armand), architecte, à Paris. 
SiNADiNO (Nicolas], à Alexandrie (Egypte). 
SoMAKis (M""" Hélène), à Paris. 
Soucuu-Servinièhe, à Laval. 

SouTzo (prince Constantin D.), à Slobosia-Corateni (Roumanie). 
SouTzo (.prince Grégoire C), ancien sénateur de Roumanie, à 

Bucarest. 
SouvADzoGLOu (Basile), banquier, à Constantinople. 
Stepuanovig (Zanos), négociant, à Constantinople. 
Sully-Pruduomme, de l'Académie française. 
Svoronos (Michel), négociant, à Constantinople. 
Symvoulidis, conseiller d'Etat, à Saint-Pétersbourg. 
Syngros (A.), à Athènes. 
Tannery (Paul), directeur de la manufacture de tabacs de Pantin. 



— XVI — 

Tablas (Th.), à Taganrog. 

Telfy, professeur à TUniversité de Pesth. 

TuEOCHARiDKS (Constanli tios), à Taganrog. 

TiLiÈRE (marquis de), a Paris. 

TouGARD (abl)é), bibliothécaire du petit séminaire à Rouen. 

TouRNiKR (Ed.), maître de conférences à l'Ecole normale supérieure, 
à Paris. 

TouRTOULON (baron de), à Aix (Bouches-du-Rhône). 

Valieri (Jérôme), à Marseille. 

Valieri (N.), à Odessa. 

Valieri (Oct.), à Londres. 

Vasnier, grefïier des bâtiments, à Saint-Georges du Vièvre (Eure). 

Venieri (Anastase), ancien directeur de l'Institut hellénique à Galatz 
(Roumanie), à Constanlinople. 

Vlasto (Ernest), à Paris. 

Vlasto (Et. -A.), à Ramleh San Stephano, Alexandrie (Egypte). 

Vlasto (Th.), à Liverpool. 

VouLiSMAS (E.), archevêque de Corfou. 

VuciNA (Al. -G.), à Odessa. 

VuciNA (J. G.), à Odessa. 

Waddington (W. -Henry), membre de l'Institut, sénateur, ambas- 
sadeur. 

Wescher (Carie), ancien professeur d'archéologie près la Biblio- 
thèque nationale. 

Xydias (Sp.), à Athènes. 

Zappas (Constantin), fondateur du prix Zappas. 

Zariphi (Georges), négociant. 

Zavitzianos, docteur-médecin, à Corfou. 

ZiFFO (L.), négociant, à Londres. 

Zographos (Christaki Effendi), fondateur du prix Zographos. 

ZoGRAPUOS (Xénophon), docteur-médecin, à Paris. 



— XVII — 



LISTE GÉNÉRALE DES MEMBRES AU 1" DÉCEMBRE 1919 



Nota. L'astérisque désigne les membres donateurs. 



MM. 

AcKERMANN (l'abbé), professeur de philosophie au collège Stanislas, 
6, rue Guynemer, vi*. — 1892. 

* Adam (M"'" Juliette), Abbaye de Gif (Seine-et-Oise). — 1883. 

Ader (M'"° Ada), docteur ès-lcttres, Ostergade 61, Copenhague. — 

1920. 
Adleh (M"''), 121, boulevard Montparnasse, vi*. — 1920. 
AiLLAUi) (M""" F.), oi, boulevard du Château, Neuilly-sur-Seine (Seine). 

— 1913. 

* ALiis (l'abbé Adhémar d'), professeur à l'Institut Catholique, 8, 

avenue de Villars, vu". — 1905. 
Allègre, professeur honoraire à la Faculté des Lettres, 29, rue 
Saint-Gilbert, Lyon. — 1892. 

* Alphkrakis (Achille), à Pétrograd, Moïka, 104. — 1869. 
Anagnostopoulos (Georges), docteur ès-lettres, chez M. Lazzarou, 

45, rue Thémistocle, Athènes. — 1919. 

* Andréadès (A.), professeur à l'Université, 7, rne des Philhellènes, 

Athènes. — 1913. 
Anthony, professeur à l'école d'anthropologie, assistant au Muséum, 

55, rue de Bufïbn. — 1920. 
Antoniadis (M"" Sophie), licenciée es lettres, 36, boulevard Socrate, 

Le Pirée, Grèce. — 1920. 
Antonopoulo (M'^*' Marie). — 1918. 
Apostolidts (G.), h Constantinople. — 1880. 

* Armengol (Pedro y Marti), séminaire de Lérida (Espagne). — 1918. 
Ardaillon, recteur de l'Académie d'Alger. — 1899. 

Atuanasaki (Jean), avocat, 2. rue de l'Académie, à Athènes. — 1880. 
AuBERT (Jean René), homme de lettres, 201, rue de Paris, Les Lilas 

(Seine). — 1918. 
AuDOuiN (Ed.), professeur à la Faculté des Lettres, Villa des Cèdres, 

Chemin haut des Sables, Poitiers (Vienne). — 1895. 
AiJTiÉ (Fernand), professeur à l'Ecole régionale des Beaux-Arts, 

33, boulevard Louis-Blanc, Montpellier. — 1893. 

REG, XXXIII, 1920, n» 154-155. ft 



XVIll — 

Babelon (E.), conservateur an Cabinet des médailles, professeur au 
Collège de France, membre de l'Institut, 30, rue de Verneuil, 
VII^ — 1890. 

Balcells y Pinto (Joaquin), docteur es lettres, Salméron, 13, 2" 
Barcelone. — 1911. 

* Baltazzi (Georges), député, 33, rue Acharnôn, Athènes. — 1895. 

* Banque nationale de Grèce, à Athènes. — 1868. 

Banque y Faliu (D'' José), professeur à la Faculté de philosophie 

et lettres, Balmes, 87, 3°, 1» Barcelone. — 1911 . 
Bardou (D'), de l'Institut Pasteur, 2, place Vanhœnaker, à Lill«. — 

1918. 

* Basili (Michel G. -A.), docteur en droit. — 1890. 

* Basily (Alexandre de), 9, rue Anatole do la Forge, xvir. — 

1894. 
Bayard (le chanoine), docteur es lettres, professeur de langue et 
littérature grecques aux Facultés libres de Lille, 60, boulevard 
Vauban, Lille. — 1910. 

* Beaudouin (Mondry), correspondant de l'Institut, professeur à la 

Faculté des Lettres, 23, rue Roquelaine, Toulouse. — 1884. 
Belin et C'% libraires-éditeurs, 8, rue Férou, vr\ — 1884. 

* Beneyton (l'abbé Joseph), licencié es lettres, H2, boulevard 
Malesherbes, xvii^. — 1909. 

* Bérard (Victor), sénateur, directeur d'études à lEcolf; pratique des 

Hautes Etudes, 75, rue Denfert-Rochereau, xi\^ — 1892. 
Bernardakis (Gregorios), professeur à l'Université d'Athènes. — 
1909. 

* Bernes (Henri), professeur au Lycée Lakanal, membre de la section 

permanente du Conseil supérieur de l'Instruction publique, 127, 

boulevard Saint-Michel, v^ — 1893. 
Bernés (Marcel, professeur au lycée Louis-le-Grand, 37, rue des 

Binelles, Sèvres (S.-el-O.). — 1907. 
Bertos (Nicolas), Hôtel Henri IV, 12, rue Gay Lussae, v^. — 1920. 
Bibliothèque de l'Université d'Aix. — 1920. 
Bibliothèque de la Chambre des députés, à Athènes - 1920. 
Bibliothèque de la ville, Winterthur, Suisse. — 1920. 
Bibliothèque du collège philosophique et théologique (section de 

philologie), 11. rue des Récollels, Louvain . — 1914. 
Bibliothèque de l'Université de Liège. — 180L 
Bidez, professeur à l'Université, membre do l'Académie nationale 

de Belgique, 62 boulevard Léopold, Gand (Belgique) — 1895. 

* Bistis (Michel), ancien sous-directeur du lycée hellénique de 

Galat/, à Corthion d'Andros, Grèce. — 1883. 
BizARD (Léon), professeur au lycée Rollin, 7, boulevard de la 

République, Noisy-le-Sec (Seine). — 1918. 
Blanchard (R. H.), esquire, antiquarian, Sharia Kamel, between 

Shepherd's and Cook's, le Caire. — 1909. 

* Blanchet (J. -Adrien), membre de l'Institut, 10, boulevard Emile- 

Augier, xvl^ — 1894- 

Bleu (Albert), professeur du lycée français, k Mayence. — 1904. 

Bloch (0.), professeur honoraire à la Faculté des Lettres de l'Uni- 
versité de Paris, à Marlotte (Seine-et-Marne). — 1877. 



— XIX — 

Blum (Léon), professeur au lycée -Buffori, 11, rue Gustave Flaubert, 

xvif . — 19:20. 
BoDiN (Louis), maître de conférences à la Faculté des Lettres, 43, rue 

de Tivoli, Dijon. — 1894. 
BoiSACO (EmiJe), professeur à l'Universilé, 271, Chaussée de Vleur- 

gal, Bruxelles. — 1919. 
Bo:<NASsiES (Jules), Marina dei Ilonchi Massa, provincia di Massa 

Carrara, Villa Anna (Italie). — 1893. 

* BoNNAT (Léon), membre de l'Institut, directeur de l'École des 

Beaux-Arts, 48, rue de Bassano, viii=. — 1906. 
Boscu Y GiMPEHA (Pedro), professeur à l'Université Lauria, 56, 2°, 

Barcelone. — 1911. 
BoTASSis, 66, avenue Victor Hugo, xvI^ — 1921. 
Boucué-Leclercq (A.), membre de l'Institut, professeur honoraire 

à la Faculté des Lettres, 26, avenue de la Source, à Nogent-sur- 

Marne (Seine). — 1902. 
Boucher (général Arthur), 105, avenue de la Reine, à Boulogne-sur- 
Seine (Seine) — 1913, 
BoucuER (Henri), publiciste, 15, rue de Prony, xvii'. — 1909. 
BouDiiOHS (Ch. -Henri), professeur au lycée Henri IV, 9, rue du 

Val-de-Gràce, \" . — 1895. 
BoiLAY DE LA Meurthë (cou)te Alfred), 7, rue de Villersexel, vu*. — 

1895. 
BouRGUET (Emile), professeur adjoint à la Faculté des Lettres, 

38 his, rue Boulard, XIV^ — 1897. 
BoYATZiDiis (Jean G.), Académie de Sina, rue de l'Université, Athènes. 

— 1907. 

Bréhier, maître de conférences à la Faculté des Lettres, 40, rue de 
l'Yvette, xvr. -.1912. 

Bre.nous (Joseph), professeur à la Faculté des Lettres, 34, boulevard 
du Roi-René, Aix (Bouches-du-Rhône). — 1899. 

Breton (Guillaume), docteur es lettres, éditeur, 79, boulevard Saint- 
Germain, \i\ - 1898. 

Brillant (Maurice), 19, rue Vaneau, vu'. — 1913. 

Brillet (Jules), docteur es lettres, professeur au Lycée, 35, rue 
dllliers, Orléans. — 1916. 

Brizemur, professeur au Ivcée Carnot, 5, rue Lauriston, xvr. — 
1903. 

* Brosselard (Paul), lieutenant-colonel en retraite, 8, Grand Fau- 

bourg, Vendôme (Loir-et-Cher). — 1883. 
Brunscuvico (Léon), membre de l'Institut, maître de conférences de 
philosophie à la Sorbonne, 53, rue Scheffer, xvi^. — 1917. 

* Bryennios (Philothéosl, archevêque de Nicomédie, membre du 
synode œcuménique de Constantinople, à Ismid (Turquie d'Asie). 

— 1876. 

* BuDÉ (Guy de), 12, rue de l'Hôtel de-Ville, à Genève. — 1910. 
Buisson (Benjamin), inspecteur d'académie, Tunis. — 1870. 
Bulard (Marcel), chargé de cours à l'Université de Nancy. — 1909. 

Cauen (Emile), maître dp conférences à la Faculté des Lettres, 
7, rue Emeric David, à Aix (Bouches-du-Rhône). — 1900. 



IX — 

Calogeropoulo (Panayottis D.), bibliothécaire de la Chambre des 

Députés, 5, rue Asklépios, Athènes. — 1891. 
Cambas (N.), avocat, à Alexandrie (Egypte). — 1904. 
Canet, agrégé des lettres, 23, rue du Cherche-Midi, VI^ — 1906. 
Caratheodory (Télémaque), ingénieur des ponts et chaussées, 12, 

rue Pesmatzoglu, Athènes. — 1876. 
Carcopino, ancien membre de l'Ecole française de Rome, chargé 

de cours à la Faculté des Lettres, 7, rue Garancière, vi'. — 

1906. 
Garpentier, 35, rue Jacquemart-Giélée, Lille. — 1893. 
Carra de Vaux (baron), professeur à l'Institut Catholique, 6, rue de 

la Trémoïlle, viir. — 1903. 

* Cartault (Augustin), professeur honoraire à la Faculté des Lettres, 

96, rue de Rennes, vi". — 1875. 

* Casso (M'"^). — 1875. 

Castellani (Giorgio), 35, via Palestro, Rome. — 1895. 
Catelin (M"'= Paule de), 67, avenue Marceau, xvI^ — 1921. 
Cavaignac (Eugène), professeur adjoint à l'Université, 7, boulevard 

de la Victoire, Strasbourg. — 1903. 
Cercle de la librairie, représenté par M. Lobel, 117, boulevard 

Saint-Germain, vl^ — 1896. 

* Cercle hellénique d'Alexandrie (Egypte).— 1903. 

Chacornac (G.), proviseur du lycée Condorcet, 8, rue du Havre, ix'. 

— 1895. 

Ciiambry(E.), professeur au lycée Condorcet, 10, avenue Parmentier, 

x^ —1921. 
CuAMONARD (J.), 3, square du Croisic, xv*. — 1895. 
Chapot (V.), ancien membre de l'Ecole d'Athènes, bibliothécaire à 

la bibliothèque Sainte-Geneviève, 6, place du Panthéon, v«. — 

1899. 
Crapouthier (Fernand), licencié ès-lettres, 4, rue de Crébillon, Vr. 

— 1921. 

Chartier (chanoine), vice-recteur de l'Université, 471, rue Lagau- 

chetière Ouest, Montréal, Canada. — 1907. 
Craviaras (Démosthène), à Symi (Dodécanèse). — 1919. 
Cuelioudakis (Kyriskos), directeur du gymnase, à la Canée (Crète). 

— 1910. 

* Cuerfils, 41, avenue Kléber, Paris, xvF. — 1907. 

* Cicellis (G. -P.), 473, rue Paradis, Marseille. — 1919. 

Clément (È.), professeur au lycée, 4, quai Saint-Jean-Baptiste, Nice. 

— 1908. 

Clerc (Michel), doyen de la Faculté des Lettres, cori-espondant de 

l'Institut, Château Borély, Marseille. — 1893. 
Cloché (Paul), docteur es lettres, chargé de cours à la Faculté des 

Lettres de Besançon. — 1908. 

* CoLARDEAU, profcsscur de littérature grecque à l'Université, 11, 
boulevand Edouard Rey, Grenoble. — ^^ 1894. 

* Colin (Armand) et C'% libraires-éditeurs, 103, boulevard Saint- 

Michel, v«. — 1891. 
Colin (Gaston), professeur à la Faculté des Lettres, 32, quai Claude 
le Lorrain, Nancy. — 1899. 



XXI — 

Colin (Jean), membre de l'Ecole Française d'archéologie, palais 

Farnèse, Rome. — 1920. 
CoLLARD (F.), professeur à rUniversité, 22, rue Léopold, Louvain. 

— 1879. 

CoLLART (Paul), professeur au lycée Pasteur, 3, rue Rigaud, Neuilly- 

sur-Seine (Seine). — 1905. 
CoNSTANTiNou (Gostas), profes?eur au Robcrt Collège (Constantinople), 

à Paris, 16, rue Madame, vr. — 1921. 
GouRBAUD (Edmond), maître de conférences à la Faculté des Lettres 

de Paris, 1, rue Davioud, xvi\ — 1909. 
CouRBY (F.), chargé de cours à la Faculté des Lettres de Lyon. — 

1911. 
Grépin (Victor), professeur au lycée Montaigne, 11, rue Boulard, XIV^ 

— 1891. 

* Croiset (Alfred), membre de l'Institut, doyen honoraire de la 

Faculté des Lettres, 13, rue Cassette, vi«. — 1873. 

* Croiset (Maurice), membre de l'Institut, administrateur du Collège 

de France, place Marcelin Berlhelot, v^ — 1873. 

CuMONT (Franz), associé étranger de l'Institut de France, 3, boule- 
vard de Courcelles, viir. — 1892. 

CuNY, professeur à la Faculté des Lettres, 7, rue Raymond Lartigue, 
à Bordeaux. — 1907. 



* Dalmeyda (Georges), docteur es lettres, professeur de première au 

lycée Charlemagne, 123, rue de la Tour, Paris, xvi*. — 1893. 
Daniel (M"°), docteur en philosophie et lettres, 43, rue Ernest-Allard, 

Bruxelles. — 1912. 
Darier (Gaston), 3, Chemin de l'Escalade, Champel, Genève. — 1914. 
Daux, membre de l'Ecole française d'archéologie, Athènes. — 1918. 
Davis (M'"" K.). à Danzac, par Macau (Gironde). — 1910. 
Dayal (Har), Molnlycke, Suède. — 1921. 
Delacroix (Gabriel), professeur au lycée Montaigne, 4, rue de 

Sèvres, vi<=. — 1883. 
Delagrave (Charles), libraire-éditeur, 15, rue Soufïlot, v'. — 1867. 
Delatte, ancien membre étranger de l'Ecole française d'Athènes, 

20, rue Deconinck, à Liège, Belgique. — 1911. 
Dklcourt (M"* Marie), docteur en philosophie et lettres, 13, rue des 

Ecoles, V. — 1921. 

* Dellaporta (Brasidas), à Taganrog. — 1873. 

Demay (Jean), Le Bar-sur-Loup (Alpes-Maritimes). — 1907. 
Démétriadès (Démèlre Styl.), professeur agrégé à l'Université, 14, 

rue Karageorgi, Athènes. — 1912. 
Deonna (Waldemar), ancien membre de l'Ecole française -d'Athènes, 

chemin de la Gradelle, par Chêne, Genève (Suisse). — 1904. 
Dépixay (Joseph), 153, boulevard Haussmann, viii«. — 1900. 

* Desjardins (M""= v« Charles-Napoléon), 85, rue de Sèvres, VI^ — 1883. 
Desrousseaux, directeur d'études à l'Ecole des Hautes-Etudes, 10, 

rue Gît-le-Cœur, vr. — 1911. 

* Devin, ancien avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation, 

6, avenue Pierre I"" de Serbie, xvI^ — 1867. 



— XXII — 

DiEUL (Charles), membre de l'Institut, professeur à la Faculté 
des Lettres de Paris, 72, avenue de Wagram, xvii''. — 1891. 

DiEUDONNÉ (A.), conservateur adjoint au département des médailles 
de la Bibliothèque Nationale, 1, rue Guillaume Lenoir, Suresnes 
(Seine). — 1898. 

* Dieux, professeur au lycée Charlemagne, 14, avenue Jules Janin, 

xvr. — 1889. 
DmiGO (Jean-Michel), docteur, professeur de linguistique et de 

philologie à l'Université de la Havane, île de Cuba. — 1894. 
DoHisoN (L.), professeur à la Faculté des Lettres, 1, rue Piron, Dijon. 

— 1894. 

DossiN (G.), 16, rue des Ecoles, Wandre-lez-Liège (Belgique). — 
1920. 

* Dossios (N. G.), docteur es lettres, 34, rue Duret, xvp. — 1881. 
DoTTiN (Georges), doyen de la Faculté d(;s Lettres, 39, boulevard 

Sévigné, Rennes (Ille-et-Vilaine). — 1897. 

Dragoumis (Etienne), ancien président du Conseil des Ministres, à 
Athènes. — 1888. 

Dresnay (vicomte du), château du Dréneuc, Fégréac (Loire-Infé- 
rieure) . — 1914. 

Dreyfus (R.), professeur au lycée, Caen. — 1920. 

Driaulï (Edouard), 3, avenue Mirabeau, Versailles. — 1921. 

Drosinis (Georges), rue de Polytechnique, à Athènes. — 1888. 

Druesne, professeur au Lycée Charlemagne, 72, rue Charles LalFitte, 
Neuilly-sur-Seine (Seine). — 1920. 

Duchesne (Mgr), membre de l'Institut, directeur de l'Ecole française 
d'archéologie, palais Farnèse, Rome. — 1877. 

Dufour (Médéric), professeur de littérature grecque à l'Université, 
49, rue Henri-Kolb, Lille. — 1901. 

* DuGAS (Charles), chargé de cours à la Faculté des Lettres, 1, rue 

Auguste Broussonet, Montpellier. — 1910. 
Durand, chargé de cours à l'Université de Paris, avenue Galois, à 
Bourg-la-Reine. — 1898. 

* DuRRBACii (F.), professeur à la Faculté des Lettres, 40, rue du 

Japon, Toulouse. — 1892. 
DussAUD (R.), Conservateur-adjoint au musée du Louvre, Professeur 
à l'Ecole du Louvre, 3, rue du Boccador, VIll^ — 1907. 

Ebersolt (Jean), docteur ès-lettres, 1, rue Charles Dickens, xvI^ 

— 1906. 

* Ecole Bossuet, représentée pir M. l'abbé Dibildos, directeur, 6, 

rue Guynemer, VI^ — 1890. 

* Ecole Hellénique d'Odessa. — 1873.' 

Ecole normale supérieure, 45. rue d'Ulm, v^ — 1869. 
Ecole spéciale d'architecture, représentée par M. Gaston Trélat, 
254, boulevard Raspail, XIV^ — 1915. 

* Ecoles publiques orthodoxes de Chios (Grèce). — 1893. 

Eddé (D""), Alexandrie, Egypte Ik Paris, chez M. J. Rnkiri, 46, rue de 

Grenelle, vu*). — 1920, 
Eglmtis (M.), professeur à l'Université et directeur de l'observatoire 

royal d'Athènes. — 1890. 



— XXIII — 

* KiGiiTiiAL (Kiigùne d'), membre de l'Institut, directeur de l'Ecole libre 
des sciences ()olitiques, 144, boulevard Malesherhes, xvI[^ — 1871. 

Elèves (les) do première du colloïde Stanislas, 22, rue Notre-Dame- 
des Champs, VI^ — 18r>9. 

Emmanuel 'Maurice . professeur d'histoire de la musique au Conser- 
vatoire, 42, rue de Grenelle, VII^ — 1893. 

ËMvrKi (Jean), 46, rue de Grenelle, vu". — 1920. 

Ehheka (Paul), avocat, professeur à l'Université libre, 14, rue Royale, 
à Bruxelles. - 1889. 

Esnv, professeur au Lycée, 23, rue Barbaroux, Marseille. — 1914. 

* Estournelles de Constant (baron Paul d'), sénateur, 34 dis, rue 

Molitor, .vvl^ — 1872. 
EuMORFOi'OULOS (Nicolas-A.), 24, Pembridge Gardens, London W. 2. 
— 1897 . 

* Expert (Henry), bibliothécaire au Conservatoire, 20, rue du Dra- 

gon, vi«. — 1900. 

* Fallières (Armand], ancien président de la République, 19, rue 

François I", viiie. — 1886. "^ 

Fanourakis (Euménios), professeur de religion au gymnase de 

Cnndie, Hérakleion. — 1918. 
Fayr (Eugène d(!), directeur d'études, à l'Ecole pratique des Hautes 

Etudes (sciences religieuses), 37, rue de Babylone, vu*. — 1913. 
Fayet Léon), abbaye de Fonlfroide (Aude), par Narbonne. — 1918. 
Ferté, 180, ruede Rivoli, r^ — 1916. 
Feuardent, antiquaire, 4, place Louvois, il''. — 1877. 
Fitz-Gérald (Augustin), 23, avenue du Bois de Boulogne, xvi*. — 1909. 
Flandin (Marcel), professeur au lycée Rollin, 6, boulevard de Clichv, 

I\^ — 1910. 
Florisoone, professeur au lycée Janson d^ Saillv, 106, rue de la 

Pompe, xvl^ — 1886. 

* Flot (M""" M), 10, rue des Prouvaires, i'"'". — 1918. 
Fondation Tuiers, 5, rond-point Bugeaud, xvr. — 1910. 

FouGART (Paul), membre de l'Institut, directeur honoraire de l'École 

française d'Athènes, professeur au Collège de France, 19, rue 

Jacol), vr-. — 1867. 
Fougères (Gustave), professeur à la Faculté des Lettres, 6, boulevard 

Saint-Michel, vr. — 1886. 
Fournier, maître de conférences à la Faculté des Lettres, 69, cours 

Pasteur, Bordeaux. — 1903. 
Franciscato (Sp.), commerçant à .\lexandrie (Egypte). — 1906. 
François (Camille), proviseur honoraire, 6, rue théodule-Ribot, il\ 

- 191J) 

FRAXçois"(Louis), professeur au lycée Rollin, 9o, boulevard Saint- 
Michel, v-^. — 1907. 
Franel (Jean), professeur, square de Gingette, 2, Lausanne (Suisse). 

— 1905. 

Fr[is-Jouansen, inspecteur du Musée National, Copenhague. — 1920. 
Fritz-Estrangint(H.), homme de fettres, 40, rue François l", viii«. — 

1918. 
* Fuller (S. Richard), 193, rue de l'Université, vn«. — 1906. 



— XXIV — 

Gabarra (J.-B.), curé de Cap-Breton (Landes). — 1918. 
Gachon, professeur à la Faculté des Lettres, Montpellier. — 1893. 
Ganderax (Louis), 4, rue Boissière, xvl^ — 1891. 
Gaudier (Charles), professeur de première au lycée Janson de Sailly, 
15, rue de Plélo, xv^ — 1893. 

* Gennadius (Jean), ancien ministre de Grèce, 14, De Vere Gardens, 

London W. 8. - 1878. 
Georgin, professeur au lycée Henri IV, 46, boulevard de Port-Royal, 

v«. — 1899. 
Georgin (B.), professeur au lycée Fustel de Goulanges, 1, place du 

Château, Strasbourg. — 1921. 
Georgiou (Paléologiie), directeur du gymnase AvérofF et de l'Ecole 

Tossitsée, 12, rue Masguid el Altarine, à Alexandrie (Egypte). — 

1892. 
Gernet, chargé de cours à la Faculté des Lettres, Alger. — 1908. 
Ghikas (Jean), professeur à Alexandrie (Egypte). — 1899. 

* GiLLON (G ), 1, boulevard Morland, Iv^ — 1901. 

GiLSON (Docteur), 9, rue Waldeck-Rousseau, Angoulême (Charente), 
— 1908. 

* Girard (Paul), membre de l'Institut, professeur à la Faculté des 

Lettres, 55, rue du Cherche-Midi. VI^ — ' 1880. 
GiRARDiN (Joseph), professeur au collège cantonal, 143, Stalden à 
Fribourg (Suisse). — 1916. 

* Glotz (Gustave), professeur à la Faculté des Lettres, membre de 

l'Institut, 73, rue du Cardinal Lemoine, v*. — 1895. 
Glypti (Georges), professeur au gymnase Avéroff, Alexandrie 
(Egypte). — 1902. 

* GoELZER (Henri), professeur à la Faculté des Lettres, 32, rue 

Guillaume Tell, xvii*. - 1892. 

* GoiRAND (Léonce), avoué honoraire près la Cour d'appel de Paris, 

12, rue Cernuschi, xvii*. — 1883. 

* GoiRAND (Léopold), avoué près le tribunal civil de la Seine, ancien 

sénateur, 180, rue de la Pompe, xvI^ — 1883. 
Graillot (H.), ancien membre de l'Ecole française de Rome, 

professeur k la Faculté des Lettres de Toulouse. — 1898. 
Gravaris (Gr.), docteur, 352, rue Egnatia, à Salonique. — 1902. 
Grégoire (Henri), chargé de cours à l'Université de Bruxelles, 150, 

avenue Montjoie, Bruxelles. — 1904. 
Greif (Francisque), conseiller à la Cour d'appel, 4, rue Colbert, 

Nîmes. — 1908. 
Gros (Etienne), maître de conférences suppléant à la Faculté d'Aix, 

35, rue deTurenne, Marseille. — 1910. 
Grouvèle (V.), 3, square Rapp, vii«. — 1898. 

* Gryparis (N.), ancien consul d'Odessa, à Baranowka, gouvernement 

de Volhynie (Russie). — 1886. 
Gsell (Stéphane), professeur au Collège de France, 92, rue de la 
Tour, xvi^ — 1893. 

* Gymnase Avéroff, à Alexandrie (Egypte). — 1897. 

* Gymnase de Janina (Grèce). - 18^2. 



— XXV 

* Hachette et C'% libraires-éditeurs, 79, boulevard Saint-Germain, 

W. — 1867. 
Hallays (André), avocat à la Cour, ,'J3, boulevard Raspail, vu'. — 

1888. 
Harmand (R.), docteur es lettres, professeur au lycée Henri Poincaré, 

ri, rue Dom Calmel, à Nancy — 1892. 
Harris (Gh. R. Schiller), «, High Slreet, Oxford. — 1919. 
Harter, inspecteur d'Académie, à Bar-le-Duc. — ■ 1898. 
Hatzfeld (Jean), maître de conférences à la Faculté des Lettres de 

Bordeaux, 230, chemin de l'Eglise, Genou (Gironde). — 1912. 
Haussoulliek (B.), membre de l'Institut, directeur d'études à l'Ecole 

des Hautes-Filudes, 8, rue Sainte-Cécile, ix*^. — 1881. 

* Havet (Louis), membre de l'Institut, professeur au Collège de 

France et à l'Ecole des Hautes-Etudes, 18, quai d'Orléans, iv«. — 

1869. 
Heiberg (le D^ J.-L.), professeur à l'Université, 13, Glassensgade, 

Copenhague. — 1891. 
Helmer (P. Albert), sénateur, 3, place de la Madeleine, VIIl^ — 1920. 
Helmer (Ernest), notaire, 37, rue d'Allkirch, Mulhouse. — 1920. 

* Heriot-Bunoust (l'abbé Louis). — 1889. 
Herold (Ferdinand), 48, rue Nicolo, xvi=. — 1910. 
Hesseling (D. C), professeur à l'Université de Leyde. — 1913, 

* Heuzey (Léon), membre de l'Institut, directeur honoraire des 

musées nationaux, 90, boulevard Exelm;ms, xvi^. — 1867. 

* HoDGi Effendi (J.), conseiller d'Etat, 101, grande rue de Péra, 

Constantinople. — 1876. 
HoÉG (Carsten). — 1920. 
HoLLEAUx (Maurice), chargé de cours à la Faculté des Lettres, 3, 

rue des Gondamines, Versailles. — 1889. 
HoMOLLE (Th.), membre de l'Institut, administrateur général de la 

Bibliothèque Nationale, H, rue des Petits Champs, ir. — 1876. 
Hubert (Henri), conservateur-adjoint du musée gallo-romain de 

Saint-Germain-en-Laye, à Paris, 19, rue Cassette, VI^ — 1897. 
HuET (Paul), ingénieur, 8, rue de l'Université, vii«. — 1916. 
Huillier (Paul), notaire, 83, boulevard Haussmann. vm^ — 1874. 
Hypéridis (G.-C), directeur du journal 'AMAAeKIA, Smyrne. — 1903. 

* Inglessis (Pan.), docteur-médecin, 58, cours Pierre Puget, à Mar- 

seille. — 1888. 

* Jamot (Paul), ancien membre de l'Ecole française d'Athènes, con- 

servateur adjoint au musée du Louvre, Il Ois, avenue.de Ségur, 
VU". — 1890. 
Jardillier (Robert), professeur au lycée, 5, rue de la Monnoye, Dijon. 

— 1917. 

Jeanselme (Docteur], professeur à la Faculté de Médecine, 5, quai 
Malaquais, \i\ — 1919. 

* Jordan (Camille), membre de l'Institut, 48, rue de Varenne, vii«. 

— 1874. 

'* Jordan (E.), professeur à la Faculté des Lettres, 48, rue de 
Varenne, vu*. — 1912. 



XXVI — 

JouBiN (André), professeur d'archéologie et histoire de l'art, 18, rue 

Spoiilini, xvr. — 1893. 
JouGUET (Pierre), [>ror('ss('iir lioiioraire de hi Faculté des lettres de 

Lille, il, rue d'Assas, w. — 1898. 

* JouRJON, professeur honoraire, villa Tranquille, àGrandris (Rhône). 

— 1908. 

* Keller (L.-M ), professeur au lycée, 1, rue Rochelle, Niort. — 
1908. 

KiNCU (le D-- K.-F.), St-Annce Plads, 20, Copenhague. K. — 1898. 
KoECHLTN (Raymond), 32, quai de Béthune, Iv^ — 1898. 

* KouNDOURi (Punaghi). — 1897. 

KuiPER (K.), professeur, 39, Koninginneweg, Amsterdam. — 1911. 

Labaste, professeur au lycée Voltaire, 48, rue des Abbesses, xviii*. 

— 1902. 

Laboratoire de philologie et d'histoire de l'Université, Studie- 

straede 6, Copenhague, K. — 1917. 
Lacroix (Maurice), professeur au lycée, Troyes. — 1916. 

* LAii'AYE (Georges), professeur à la Faculté des Lettres, 126, boule- 

vard Raspail, vr. — 1892. 

* Lagonico (Théodore J.). ('», rue de Corinthe, Alexandrie, Egypte. — 

1904. 

* Laloy (Louis), docteur ùs lettres, rue des Capucins, Bellevue 
(S.-et-O.). — 1897. 

Lamrrakis (Chr.), Hôtel Trianon, 1 bis, rue de Vaugirard, vf. — 1920. 

* Langeard (Paul), 9, rue Férou, VI^ — 1916. 
Laporte, licencié es lettres. — 1916. 
Lascaris (M"'), 146, rue de Rennes, vr. — 1921. 

Laumonier (Alfred), membre de l'Ecole Française d'archéologie, 

Athènes. — 191'9. 
Laurent (Joseph), docteur es lettres, professeur à la Faculté des 

Lettres, à Nancy. - 1895. 
\j.\ Ville de Mirmont (H. de), docteur es lettres, professeur à la 

Faculté des I^etlres, 15, rue do Caudéran, à Bordeaux. — 

1888. 
Layr (L. a.), professeur au lycée, \, rue Beaucl'air, Aurillac. — 1914. 
Lazzaro (M°"* E. Hadji), 123, avenue Vassilissa Olga, Salonique. — 

1894. 

* LëB':gue (Henri), directeur d'études à l'Ecole des Hautes-Etudes, 
95, boulevard Saint-Michel, v«. — 1888. 

* Lecène 'Paul), chirurgien de l'hôpital Saint-Louis, professeur 

à la Faculté de médecine, 51, boulevard Raspail. - 1920. 

* Léguât (Henri), correspond int de l'Institut, professeur à la Faculté 

des Lettres, 22. quai Gailleton, Lyon. — 1891. 

Lrgrivai>î fCh.), professeur à la Faculté des Lettres, 37, rue des Cha- 
lets, Toulouse. —1912. 

Lefeuvre (Guslav(0, in-;pecteur en chef du service des antiquités 
d'Egypte, 12, rue Soliman Pacha, Le Caire. — 1904. 

Legrani) (Philippe-Ernest), professeur à la Faculté des Lett-res, 
Lyon. — 1892. 



— XXVII — 

Le Lasseur (M""» D.), 7, rue Grefîulhe, viii«. — 1913. 

* LÉTiENNE (D""), La Sauvagère, à Vierville-siir-Mer (Calvados). — 

1906. 
LÉVY (Georges-Raphaël), membre de l'Institut, 3, rue de Noisiel (rue 

Spontini), xvI^ — 1888. 
LÉVY (Isidore), directeur d'études à l'Ecole des Hautes-Etudes, 4, rue 

Adolphe-Focilion, xiv^. — 1909. 

* LÉVY (M""*^ Paul], 10, rue Âdolphe-Yvon, xvi". — 1910. 
LÉVY-WoGUE (Fernand), professeur au lycée Janson-de-Sailly, 36, 

boulevard Henri IV, IV^ — 1917. 
LiiÉRiTiEB (Michel), docteur es lettres, chargé de mission en Grèce, 

3, avenue Mirabeau Versailles. — 19iJl. 
Liesse (André), membre de l'Institut, professeur au Conservatoire 

des arts et métiers, 28, avenue de l'Observatoire, xiV. — 

1918. 
LoizoN (J.), président honoraire de Tribunal, 2:2, rue de Russie, 

Tunis. — 1904. 

LouBAT (duc de), associé correspondant de l'Institut, 33, rue 

Dumont-dUrville, xvi^ — 1903. 

* Lur-Saluces (marquis de), 10, rue Dumont-d'Urville, xvf. — 
189o. * 

Lycée Cuarlemagne, 101, rue Saint-Antoinf, iv«. — 1896. 
Lycée Louis-le-Grani), 123, rue Saint-Jacques, v^ — 1907. 
Lyon (Ernest), licencié es lettres et en droit, 87, rue de Courcelles, 
xvn«. — 1921. 



* Macmillan (Georges-A.), éditeur, St Martin's Street, London W.-C. 

— 1878. 

Magnien (V.), professeur au lycée, 5, boulevard de Courtais, à Mont- 
luçon . — 1914. 

* Maisonneuve (Jean), libraire, 3, rue du Sabot, vF. — 1875. 
Malkranche (J. M.), chez M. Carlos Mal branche, 2.3, boulevard Jean 

Jaurès, Boulogne-siir-Seine (Seine). - 1919. 

* Manoussi (némélrius de), H, rue Villebois-Mareuil, xvII^ — 1869. 
Mantadakis (P.), professeur au gymnase .AvérolT, Alexandrie (Egypte). 

— lyuo . 

* Manussi (Constantin de). — 1869. 

Marcheix, ancien bibliothécaire de l'Ecole des Beaux-Arts, 47, rue de 

Vaugirard, vi''. — 1883. 
Marestaing (Pierre), 17, boulevard Flandrin, xvr. — 1902. 
Marguerite de la Charlonie, ingénieur des arts et manufactures, 21, 

rue Bonaparte, \i\ ^ 1903. 
Marino (Miltiadei, rue de Patissia, à Athènes. — 1873. 
Marquant (M"'), 27 ter, boulevard Diderot, xW. — 1913. 
Martha f Jules), professeur à la Faculté des Lettres, 16, rue de 

Bagneux, vi«. — 1881 
Martin (Victor), professeur à l'Université, à Bochet de Pesay par 

Carouge, près Genève. — 1917. 

* Martroye fFrancois), docteur en droit, 131, boulevard Saint-Ger- 

main, \i\ — J910. 



XXVIII — 

Masquera Y (P.), professeur à la Faculté des Lettres, 32, rue Emile 

Fourcaud, Bordeaux. — 1893. 
Massoul (M"''), al tachée au département de la céramique antique au 

Musée du Louvre, 100, Grande Rue, Maisons-Alfort. — 1916. 
Maïuieu (Georges), professeur au lycée, 33, rue du faubourg St-Jean, 

Nancy. — 1916. 

* Maurice (Jules), membre résidant de la Société nationale des 
Antiquaires de France, 15, rue Vaneau, vif. — 1902. 

Maury, professeur à la Faculté des Lettres, villa Léo, avenue de 
l'Hôpital suburbain, Montpellier. — 1895. 

Mavroyeni (Démétrius), ancien consul général de Turquie, à Mar- 
seille, 89, cours Pierre Puget. — 1891. 

* Maximos (P.), à Odessa. — 1879. 

* Mazon (Paul), maître de conférences à la Faculté des Lettres, 109, 

rue des Chantiers, Versailles. — 1902. 

* Meillet (Antoine), professeur au Collège de France, directeur 
d'études à l'Ecole des Hautes-Etudes, 2, rue François Coppée, 
avenue Félix Faure, xv^ — 1908. 

Mbnardos (D'' Simos), professeur de l'Université d'Athènes, ô8c)<; 

naTr^atcov-ô/^paç, 1. — 1907. 

Mendel (Gustave), ancien membre de l'Ecole d'Athènes, 11, avenue 

de l'Observatoire, vr. — 1902. 
MÉRiDiER (Louis), maître de conférences à la Faculté des Lettres, 

2, avenue Sainte-Foy, Neuilly-sur-Seine (Seine). — 1906. 
Merlier (Octave), licencié ôs lettres, 77, rue de Tolbiac, xiii". — 1921. 
Messinesi (Léonce), 19, avenue Duquesne, vir. — 1903. 

* Meunier (le chanoine), docteur es lettres, directeur de l'Institution 
du Sacré-Cœur, Corbigny (Nièvre). — 1895. 

Meylan-Faure, professeur à l'Université, 5, avenue Davel, Lausanne. 

— 1904. 
Michaelidis (C. E.), Rally brothers agency, The Avenue, Bishop Lane, 

HuU. — 1890. 
Miguel (Ch.), correspondant de l'Institut, professeur à l'Université, 

42, avenue Blonden, à Liège. — 1893. 
Michel-Lévy (M™°- h.), 78, avenue Malakofî, xvi». — 1919. 

* MicHON (Etienne), conservateur au musée du Louvre, professeur à 

l'Ecole de Louvre, 26, rue Barbet-de-Jouy, vii°. — 1893. 
Millet (Gabriel), directeur d'études à l'École des Hautes-Études, 

34, rue Halle, XIV^ — 1896. 
Moazzo (M"* Dora), 5, rue Solon, à Athènes. — 1918. 

* Monceaux (Paul), professeur au Collège de France, 12, rue de Tour- 

non, VI^ — 1885. 
Monghanin (M"" F.), 6, rue Férou, vi". — 1914. 
MoRAND-VÉREL, 48, ruc Jacob, vi'. — 1920. 
MoRAND-VÉREL (M°"^;, 48, ruc Jacob, vp. — 1916. 

* Morin-Jean, 33 b'% boulevard de Clichy, Ix^ — 1912. 
Musée (le) du Cinquantenaire, Bruxelles. — J905. 



Navarre (0.), professeur à la Faculté des Lettres, 57, boulevard 
Armand Duportal, Toulouse. — 1895. 



XXIX 

* NicoLAU d'Olwkr (D"" Luis), professeur à la Faculté de philosophie 

et lettres, avocat, Escudillers, 70, 1% Barcelone. — 1911. 

* iNicOLOPOULO (Jean-G.), GO, rue de Monceau vnr. — 1884. 
NiUARD, professeur à rAlliénée royal, 45, avenue de Spa, Heusy- 

Verviers (Belgique). — 1918. 
NoAiLLES (Pierre), professeur à la Faculté de droit, G4, rue St-Rémi, 
Bordeaux. — 1900 

* NoLiiAC (Pierre de), conservateur du Musée Jacquemart-André, 

138, boulevard Haussmann, viir. — 1888. 

* Normand (Gh.), direcleur de la Revue Uami des nionumenls et des 

arts, président de la Sociélé des Amis des monuments parisiens, 
ancien hôtel de Sully, G^, rue Saint-Antoine, Iv^ — 1889. 
Nl'SSBaum i^John), professeur à Neuchàlel (Suisse). — 1921. 

Oeconomos (Kyriacos), 43, rue des Arls, Levallois-Perret. — 1918. 
Oeconomos (Lysimaque), chez M. Oeconomos, 43, rue des Arts, 
Levallois-Pcrret). — 1919. 

* Olivier (Adolphe), 0, rue de Maubeuge, Ix^ — 1907. 

* Omont (H.), membre de l'inslilut, conservateur du déparlement 

des manuscrits de la BiblicjLhèque Nationale, 17, rue Raynouard, 
xvr. — 1884. 
Ormesson (comte d'j, ambassadeur de France, 7, rue Lamennais, 
viii«. — 1911. 

* OuRSEL(Paul), Consul général de France, 68, boulevard Malesherbes, 

vm^ — 1867. 

* Paisant (Alfred), président honoraire du tribunal civil, 35, rue 

Baillel-Reverou, à Versailles. — 1871. 
Pallis (A.), Aigburth Drive, Liverpool. — 1915. 
Panayotatou (M"""), docteur en médecine, boulevard Ramley, 16, 

Alexandrie, Egypte (à Paris, 23, rue Monge, v^]. — 1921. 

* Papadimitriou (Sinodis), professeur à l'Université d'Odessa. — 1893. 
Paris (Pierre), directeur de l'Ecole des Hautes Etudes Hispaniques, 

10, Marqués de la Ensenada, Madrid. — 1894. 
Parmentier (Léon), professeur à l'Université de Liège, à Hamoir- 

sur-Ourthe (Belgique). — 1895. 
Païon (W.-R.), Valhy, île de Samos, via Pirée. — 1896. 
Pelletier (Mgr François), recteur de l'Université Laval, Québec 

(Canada). - 1902. 
Pépin Lkualleur (Adrien), 7, rue Nitot, xvi«. — 1880. 
Perdrigeat (Amédée), professeur honoraire au lycée, 82, rue La- 

fayelte, Rochefort-sur-Mer (Charente-Inférieure). — 1917. 
Perdrizet (Paul), professeur à la Faculté des Lettres, Strasbourg. 

— 1889. 
Péreihe (Henry), 33, boulevard de Courcelles, viir. — 1890. 
Pernot (Hubert), chargé de cours à la Sorbonne, 31, avenue de 

Joinville, Nogenl-sur-Marne. — 1900. 
Persaki (M""'). — 1918. 

* Persopoulo (Nicolas), Trébizonde, Mer Noire, poste restante. — 

1873. 
PÈTRE (Augustin), 31, rue Faidherbe, Saint-Mandé (Seine). — 1920. 



Petridès (Petro), 30, rue du Faubourg Saint-Jacques. XIV^ — 1918. 

* Peyre (Rogerj, professeur honoraire, 59, rue de la République, 

Toulouse. — 1879. 

PuARMAKOWSKY (B.), membre de la commission archéologique, Palais 
d'hiver, à Petrograd. — 1898. 

Picard (Auguste), libraire-édileur, 82, rue Bonaparte, VI^ — 1870. 

Picard (Georges), 2 bis, rue Benouville, xvr. — 1903, 

PiCART (Charles), directeur de l'Ecole française d'archéologie d'Athè- 
nes. — 1919. 

PiciJON (René), docteur es lettres, professeur au lycée Henri IV, 
28, rue Vauquelin, v*". — 1903. 

PiERROïET (Paul), directeur du Collège Sainte-Barbe, 2, rue Cujas, v^ 

— 1903. 

PiEïROWicz (Ludwik), professeur à l'Université de Posen. — 1921. 
Pinard (Joseph), professeur au collège de Vassy, Hte-Marne. — 1921. 

* Plassart (André), secrétaire général de l'Ecole française d'Athènes. 

— 1908. 

PoiNCARÉ, sénateur, membre de l'Institut, 26, rue Marbeau, xvI^ — 
1914. 

* PoTTiER (Edmond), professeur à l'Ecole du Louvre, conservateur 

adjoint des Musées nationaux, membre de l'Institut, 72, rue de la 

Tour, xvi«. — 1884. 
Professeurs (les) de langues anciennes du lycée Carnot, Dijon (chez 

M. Voisin, rue Pelletier-de-Chambure) {deux cotisations). — 1921. 
PiiECB (Aimé), professeur à la Faculté des Lettres de l'Université de 

Paris, 1, rue du Val-de-Grâce, v^ — 1892. 
PupiL, ingénieur des arts et manufactures, 51, rue de Seine, VI^ — 

1920. 

Radet (G.), doyen honorairç de la Faculté des Lettres, 9 bis, rue de 

Cheverus, Bordeaux. — 1890. 
Rados (Constantin N.), docteur es lettres, professeur à l'Université, 

55, rue Aristote, Athènes. — 1912. 
Raingeard, agrégé des lettres, professeur de première au Lycée, 10, 

rue Molac, Nantes, Loire-Inférieure. — 1906. 
Ralli frères, négociants, 1^, allées des Capucines, à .Marseille — 

1867. 
Recordon (Edouard), professeur, Clos Daisy, à Corseaux, près Vevey 

(Suisse). — 1906. 
Regard (Paul F.), maître des conférences à la Faculté des Lettres, 

78, cours Clemenceau, Bordeaux. — 1919. 

Reinacii (Salomon), membre de l'Institut, conservateur du musée 

gallo-romain de Saint-Germain-en-Laye, 16, avenue Victor-Hugo, 

* Boulogne-sur-Seine. (Seine). — 1878.' 

* Reinach (Théod'ore). membre de l'Institut, directeur de la Gazette 

des Beaux- Arts, 2, place des Etats-Unis, xvp. — 1884. 

* Renauld (Emile), professeur au lycée Condorcet, 152, rue Ordener, 

xvm^ — 1902. 
Rheinart (Fernand), avocat, La Hamardière, rue du Maréchal Foch, 

à Dom front (Orne). — 1903. 
Ricci (Seyraour de), 18, rue Boissière, xvI^ — 1901. 



tliCHARD (Louis), sous-bibliolhécairo à la Bibliothèque Sainte-Gene- 
viève, 50, rue des Belles-Feuilles, xvl^ — 1888. 

lliVAUD (Albertj, professeui- de philosophie à la racullé des l^ettfes, 
^2:J, i-iie Arsène Orillard, à Poitiers. — 1908. 

Rizzo (G. E.), professeur à l'Universilé, correspondant de l'Institut, 
via Mergellina, 2I(), i\a])l('s. — 1919. 

Robin (L.), chargé de cours à la Faculté des Lettres, .'].'>, rue de 
l'Arbalète, v^ — 1908. 

* RoecA (Jean), licencié es lettres, 28, rue Fdouard Delanglade, 
■ Marseille. - 1919. 

Rocni:, professeur au lycée, Troyes. — 1921. 

* RoDOCANACUi (Michel-E.), négociant. — 18(n. 
RonocAiNACiii, 43, rue Copernic, xvi". — 1921. 

RoMANOS (Athosj, ancien ministre de (irèce à Paris, 2.-), rue de lîas- 
sano, vni*". — 1891. 

* Roïusciiu.1) (baron Fdmoud de), membre de l'Institut, 41, rue du 

faubourg Saint-Honoré, vuI^ — 1884. 

Rouc.iEH (Louis), docteur es lettres, professeur à l'Ecole Chateau- 
brianl, palais Ricci, Rome. - 1921. 

RouiLLARi) (M"'' Germain*'), liciuiciée es lettres, 80, rue de Rome, 
viir. — 1915. 

RousstL (Pierre), professeur à la Faculté des Lettres, 'M), boulevard 
de rOrangerie, Strasbourg. — 1913. 

RoussELLE (Gaston), professeur au lycée, faubourg de la Petite- 
Vitesse, Constantine. — 1914. 

Roux (René), consul suppléant au consulat général de F'rance à 
Genève. — 1908. 

Saingas (M""' Hélène], 191, ru(! Saint-Honoré, vin''. — 1917. 
Sala (M""' la comtesse), 22, rue Clément-Marol, VIII^ — 1901. 
Saltas (Jean), 24, rue du Regard, vl^ — 1918. 

* Saktiaux (Félix), chef des services administratifs de la Compagnie 

des chemins de fer du Nord, 105, quai d'Orsay, viif. — 1909. 

* Sayce (A. H.), professeur à l'Université d'Oxford, correspondant de 

l'Institut, Qucen's Collège. — 1879. 

* Scaramanga (Pierre J.), 36, avenue du Roule, à iNeuilly-sur-Seine. 

— 1872. 
SciULizzi (M"";, 2, rue de Saigon, xvI^ — 1921. 

* Schll'mberger (Gustave), membre de l'Institut, 29, avenue Mon- 
taigne, viir. — 1888. 

SciAMA i^Raoul), professeur au lycée, 10, rue des Marcheries, Alen- 
çon (à Paris, 15*'', rue Georges Bizet, xvr). — 1914. 

SÉCHAN (Louis), professeur au Ivcéc, 4, rue Vézian, Montpellier. — 
1912. 

Segala' y Estalella (D'" Luis), professeur de langue et littérature 
grecques à la l'acuité de philosophie et lettres de l'Université, 
Arguelles (Via Diagonal), 418, 3% 2=^, Barcelone. — 1908. 

SÉMELOs (I).), 31 bi.s, avenue de la République, XI^ — 1918. 

Senaht (Emile), membre de l'Institut, 18, rue François I", viii^. — 
1867. 

Sensine (Henri), professeur à Lausanne (Suisse). — 1907. 



— XXXII — 

Serefas (Athanasios D.), 17, Salaminos, à Salonique. — 1905. 
Serruys (Daniel), directeur d'études à l'Ecole des Hautes-Etudes, 2, 

rue Le Regrattier, iV. — 1902. 
Seure, ancien membre de FEcole d'Athènes, ancien professeur de 

première au lycée St-Louis, 16, avenue Elisée-Reclus, v^^ — 1901. 
Seyrig, étudiant à la Faculté des Lettres, 10, Porte du miroir, 

Mulhouse. — 1921. 

* SuEAR (M"'= Théodore Leslie), 211 North Broadway Yonkers, New- 

York. — 1899. 
SiMAS (Madame F.), 220, rue St-Jacques, y". — 1903. 
Simone Brouwer (D'' F. de), professeur, Vico II, Montecalvario, 2. 

Naples. — 1906. 

* SiNADiNo (Michel), 1, rue des Fatimites, Alexandrie (Egypte). — 1886. 

* SiNANO (Victor), 17, rue des Pharaons, Alexandrie (Egypte). — 1884. 
SiNOTR, professeur au lycée, 20, rue du Britais, Laval (Mayenne). — 

1892. 
SiOTis (Df), directeur de l'établissement hydrothérapique de Cons- 

tantinople, 7, rue Télégraphe, Péra, Constantinople. — 1903. 
SiRET (Louis), ingénieur à Cuevas de Vera, par Almeria (Espagne). 

— 1909. 

Sjostedt (M^'^j, licenciée es lettres, 139, avenue Malakoff, xvf. — 

1920. 
Skias (André N.), professeur à l'Université, 7, rue Valtetziou, à 

Athènes. — 1892. 
Skllros (George-Eustache), 289-291, Regent-Street, London W. 1. — 

1876. 
SoRLiN-DoRiGNY (A.), 32, aveuuc Félix Faure, w" . — 1911. 
SoTiRiADis, professeur à TUnivei-sité, 21, rue Lucien, Athènes. — 

1902. 
SouRDiLLE (C), professeur à la Faculté des Lettres, 7, rue des Corde- 

liers, Caen. — 1914. 
Stamoulis (Anastase), négociant à Silimvria (Grèce). — 1874. 
Stavridi (Sir .!.), consul général de Grèce, 33, Lenox Gardens, 

London S. W. 1. — 1908. 
SvoRONOS (J.-N.), directeur du musée numismatique, Athènes. — 1903. 

Tafrali, docteur ès-lettres, professeur à l'Université de Jassy, 6 Str. 
Palade (Roumanie). — 1910. 

* Tannery (M^" V^c Paul), 16, rue Bouchut, xv«. — 1907. 
Toussaint (R.), 137, rue de Sèvres, \i\ 1920. 

TouTAiN (Jules), directeur d'études à l'Ecole des Hautes-Etudes, 23, 

rue du Four, VI^ — 1914. 
Tracoilis (Stephanos), professeur à Candie, île de Crète. — 1906. 

* Travers (Albert), inspecteur général honoraire des postes et télé- 
graphes, villa Kereost, Saint-Pol-de-Léon (Finistère). — 1883. 

Triantapryllidis (G. J.), 127, boulevard Malesherbes, vu". — 1894. 
Triantaphyllidis (Manolis), 23, rue Joachim 3, Athènes. — 1921. 

* TsACALOT0s(E.-D.), professeur au l'='' gymnase Varvakion, à Athènes. 

— 1873. 

TsAPALOS (Milio), ingénieur des mines, 9, rue Saint-Senoch, xvir. 

— 1907. 



— XXXIII — 

8 9 ' 

* Typaldo-Bassia (A.), avocal à la^Cour suprême, 2Q, rue Homère, 
Athènes. — 1895. 

* Univkrsitk d'Athènes. — 1868. 

* Université de Londres (le bibliothécaire de T), King's Collège, 

Slrand Londres W. C. 2. — 1919. 

* Vallois (R.)» îincien membre de l'Ecole d'Athènes, chargé de cours 

à la Faculté des Lettres, Bordeaux. — 1914. 
Vandaele, professeur à l'Université, Besançon. — 1920. 
Vassilakis (I)"" Germanos), archimandrite supérieur de l'Église 

grecque de Paris, 7, rue Georges Bizet, xvi*'. — 1905. 
Vatelot (S.), directeur du lycée gréco-français, 10, rue Mekteb, 

Péra-Constanlinople. — 1905. 

* Vendryès (Joseph), professeur adjoint à la Faculté des Lettres de 
l'Université de Paris, 85, rue d'Assas, vi". — 1903. 

Vénizélos, ancien président du Conseil des ministres, Nice. — 1918. 
Versint (Georges), agrégé des lettres, professeur au lycée, Le Havre. 

— 1919. 
Vianey (J.), doyen de la Faculté des Lettres, 1, boulevard du Peyrou, 

Montpellier. — 1894. 
ViLLAT (Henri), professeur à la Faculté des Sciences, 11, rue du 

Maréchal Pétain, Strasbourg. — 1916. 

* Vlasto 'Antoine;, 22, rue Caumartin, vin'. — 1884. 

* Vlasto (Antoine P.), 10, cours Pierre Puget, Marseille. — 1919. 
VoLONAKi (Michel D.), professeur de philologie, ancien secrétaire 

général du ministère de l'Instruction publique, 89, rue Zootocou 
pigis, à Athènes. — 1909. 
VoYAZis (Marc), 72, rue Chariot, iW. — 1919. 

* VuciNA (Emmanuel G.), 1, rue Xanthippe, à Athènes. — 1873. 

Waltz (Pierre), professeur adjoint à la Faculté des Lettres, 6, rue 
d'Amboise,và Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) — 1910. 

Waltzing, professeur à l'Université, Liège. — 1921. 

Warren (E. P.), M. A. Fewacres, Westbrock, Maine, U. S. A. — 1919. 

Weill (Raymond), capitaine du génie, docteur es lettres, 71, rue du 
cardinal Lemoine, v^ — 1904. 

WiNTZWEiLER, élève de l'Ecole Normale Supérieure, 45, rue d'Ulm, v". 
1920 

* WooDHOUSE (W.-J.), m. a. Professor of Greek at the University of 

Sydney, New South Wales (Australie). — 1910. 

* Xantiiopoulos (Démétx-ius). — 1879. 

Xantuoudidis (Etienne), éphore des antiquités, à Héracleion, île de 
Crète. — 1908. 

* Xydias (Nicolas), artiste-peintre. — 1884. 

YoN (Albert), professeur au lycée français, 8, via Vicenza, Rome. 
— 1911. 

REO, XXXIII, 1920. n« 134-185. e 



— XXXIV — 

Zaïmis (Assemakis), à Athènes. — 1891. 

Zalocosïa (Pierre-N.), à Athènes. — 1886, 

Zanos (M"«). — 1914. 

Zarifi (Georges), chez M. Léonidas Zarifi, banquier, à Constantinople. 

— 1902. 
Zarifi (Périclès), banquier, 10, rue du Coq, à Marseille. — 1867. 



jtxxv — 



PÉRIODIQUES ÉCHANGÉS AVEC LA REVUE 



France. 
Paris. 



Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Comptes rendus des séances. 
Annales du musée Guimet. Série in-4». Série in-S» (Bibliothèque d'études). 

Série in-18 (Bibliothèque de vulgarisation). 
Bulletin de correspondance hellénique. 
Congrès des Sociétés Savantes. 
Echos d'Orient. 

Ecole Française de Home. Mélanges d'archéologie et d'histoire. 
Musée du Louvre. Département des antiquités grecques et romaines. 
Polybiblion. Partie littéraire. Partie technique. 
Répertoire d'art et d'archéologie. 
Revue Critique. 
Revue de l'Orient chrétien. 
Société nationale des antiquaires. Mémoires et Bulletins, Mettensia. 

DéPARTEMBNTS. 

Aisne. 
Bulletin de la Société académique de Laon. 

Côle-d'Or. ^ 

Mémoires de la Commission des antiquités du département. 

Doubs. 
Mémoires de la Société d'émulation. 

Gard. 
Mémoires de l'académie de Nîmes. 

Gironde. 
Revue des études anciennes. 

Haute-Garonne. 
Mémoires de l'Académie des sciences, inscriptions et belles-lettre» de Toulouse. 

Hérault. 

Bulletin mensuel de l'Académie des sciences et lettres de Montpellier. 
Mémoires de la Société archéologique de Montpellier. 

Loiret. 
Mémoires et Bulletins de la Société archéologique et historique de l'Orléanais. 

Meurthe. 
Mémoires de l'Académie de Stanislas. 

Oise . 
Comité archéologique de Senlis. 

Hhône. 

Annales de la Société d'agriculture, sciences et industrie de Lyon. 
Mémoires de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon. 

Seine- Inférieure. 
Recueil des publications de la Société havraise d'études diverses. 



XXXVI 



Amérique. 

American journal of archaeology. 

American journal of philology. 

Bulletin of the archaeological Institute of America. 

Classical Philology. 

Angleterre. 

Annals of archaeology and anthropology issued by the Liverpool Institute of 

archaeology. 
Annual of British School at Athens. 
Journal of Hellenic Studies. 

Belgique. 
Analecta BoUandiana. 
Musée belge et bulletin bibliographique du Musée belge. 

Égyple. 
Bulletin de la Société archéologique d'Alexandrie. 

Espagne. 
Institut d'Estudis catalans. Anuari. 

Grèce. 
'AeHNA. 

'ApxaioXoy.x-^ sœTfifiepEi;. 

'Ap)(ato)kOytx6v ôeatîov toO ÛTtoupysîou twv èxxXriaïaaTixtiiJv xxl xt\^ ÔT|[ioa{a(; 
ixTtatSeûaÊw;. 

AeXtîo toû ex-rcatSEUTixoû oixîaou. 

Ae^Ttov xfji; 'utopixTiç xai èôvoXoyixfjÇ éTaipiaç ttiî 'EXaséSo;. 

AiEÔvtii; È'fTnjjicplî Tfiî vo[Ai!T[j.aTix-ri; àpj^aioAoyfaç (Journal international d'archéo- 
logie numismatique). 

Aaoypaœta. 

Mittheilungen des deutschen archaeologischen Instituts. 

Nso; éAX7^vo]j.v/i[i.wv. 

npaxTtxà T-îji; èv 'A6-^vai; àp;;(aioXoytxfiî éxaipelai;. 

<I>iXoAoyixôî auXXoyoi; Ilapvaaaôi;. 'EîreTTipî; 

La Havane. 
Revista de la Faculdad de Letras y Ciencias. 

Italie. 

R. Accademia dei Lincei. (Atti, notizie degli scavi di antichità). 

R. Accademia di archeologia, lettere e belle Arti, Napoli (Memorie, rendiconti). 

Bessarione. 

Bollettino darte del Ministero délia P. Istruzione. 

Bolletfino di filologia ciassica. 

Bollettino delT Istituto di diretto romano. 

Didaskaleion. 

Nuova rivista storica. 

Rassegna italiana di lingue e letterature classiche. 

Suède. 

Eranos. Acta philologica Suecana. 
Uppsala Universitets Arsskrift. 

Syrie. 

Mélanges de la Faculté orientale, Beyrouth. 
Syria. 

Turquie. 

Bulletin de l'Institut archéologique russe à Constantinople. 
'0 tv KwvJtavTivouTCÔXet IXXk^vixoi; •^iXoXoytxôî uûXXoyoî. 



— XXXVII — 

PRIX DÉCERNÉS 
DANS LES CONCOURS DE L'ASSOCIATION 

(1868-1920) 



1868. Prix de 500 fr. M. Touhnikr, Édition de Sophocle. 

— Mention honorable. M. Boissée, 9« vol. de l'édition, avec traduction fran- 

çaise, de Dion Cassius. 

1869. Prix de l'Association. M. H. Weil, Édition de sept tragédies d'Euripide. 

— Prix Zographos. M. A. Bailly, Manuel des racines grecques et latines. 

— Mention très honorable. M. Bernardakis, 'EVA-rivixii ypaiAfiaTixT,. 

1870. Prix de l'Association. M. Alexis Pierron, Édition de l'Iliade. 

— Prix Zographos. M. Paparrigopoulos, Histoire nationale de la Grèce. 

1871. Prix de l'Association. M. Ch. -Emile Ruelle, Traduction des Éléments 

harmoniques d'Aristoxène. 

— Prix Zographos. Partagé entre M. Sathas. 'AvéxSota kXkt\^K-*.i, Xpovtxôv 

àv£%5oTOv T(x\'x\zi^[o\j. ToopxoxpaTO'jaévT, 'EXXâî, Neos>v>vtivix-h çiT^oXoyta, 
Neos)v>>r,v.xr,î cpiXoXoytaî TrapâpTT,;xa, et M. Valettas, AovotXSawvoî lato- 
pia xf,î àpyata; éX>w7\vtvif,; cptXoXoyia; sÇ£X>>T,via62Î(Ta ixîtà itoXXwv itpoff- 
6t,xûv vcai 8iop6iôa£a)v. 

1872. Médaille de 500 fr. M. Politis, MeXéttj etcI toO jîiou twv vewTÉpwv 'Y.XKr^^iù^, 

1873. Prix de l'Association. M. Amédée Tardieu, Traduction de la Géographie 

de Strabon, tomes I et II. 

— Médaille de 500 fr. M. A. Boucherie, 'Ep|i.T^vcûij.aTa et Ka6Tri[isptv)\ ô[xiXta, 

textes inédits attribués à Julius Pollux. 

— Médaille de 500 fr. M. A. de Rochas d'Aiglun, Poliorcétique des Grecs; 

Philon de Byzance. 

— Prix Zographos. M. Coumanoudis (É.-A.), 'ATT-.xfiî èTriYpa» xl èiriTÛjjiStoi. 

— Médaille de 500 fr. M. C. Sathas, Bibliotlieca qraeca medii aevi. 

1874. Prix de l'Association. M. C. Wescher, Dionysii Byzantii de navigatione 

Bospori quae supersunt, graece et latine. 

— Prix Zographos. M. Émi'le Legranh, Becueil de chansons populaires grecques 

publiées et traduites pour la première fois. 

— Mention très honorable. M. E. Filleul, Histoire du siècle de Périclès. 

— Mention très honorable. M. Alfred Croiset, Xénophon, son caractère et 

son talent. 

1875. Prix de l'Association. Partagé entre M. C. Sathas, Mich. Pselli Historia 

byzantina et alia opuscula, et M. Petit de Julleville, Histoire de la 
Grèce sous la domination romaine. 

— Prix Zographos. Partagé entre M. Miliarakis, KuxXaStxdi, et M. Margaritis 

Dimitza, Ouvrages relatifs à l'histoire de la Macédoine. 



XXXVIII 

1876. Prix de l'Association. Partagé entre M. Lallier, Thèses pour le doctorat 

es lettres: 1° De Critiae tyranni vita ac scriptis ; 2" Condition de la 
femme dans la famille athénienne axix Kc et au IV'^ siècles avant l'ère chré- 
tienne, et M. Phil. Bryennios, Nouvelle édition complétée des lettres de 
Clément de Rome. 

— Prix Zographos. MM. Coumanoudis et Castorchis, directeurs de r'Ae-r.vatov. 

1877. Prix Zographos. MM. Bayet et Duchesne, Mission au mont Athos. 

1878. Prix de l'Association. Partagé entre M. Aube, Restitution du. Discours 

Véritable de Celse traduit en français, et M. Victor Prou, Édition et 
traduction nouvelle de la Chirobaliste d'Héron d'Alexandrie. 

— Prix Zographos. Le Bulletin de correspondance hellénique. 

1879. Prix de l'Association. M. E. Saolio, directeur du Dictionnaire des anti- 

quités grecques et romaines. 

— Prix Zographos. M. P. Dechar.me, Mythologie de la Grèce antique. 

1880. Prix de l'Association. M. Ex. Caillemer, Le droit de succession légitime 

à Athènes. 

— Prix Zographos. M. Henri Vast, Etudes sur Bessarion. 

1881. Prix de l'Association. M. F, Aug. Gevaert, Histoire et théorie de la musiqiie 

dans l'antiquité. 

— Prix Zographos. M. A. CartauLt, La trière athénienne . 

1882. Prix de l'Association. Partagé entre M. Max. Collignon, Manuel d'archéolo- 

gie grecque, et M. V. Prou, Les théâtres d'automates en Grèce, au 
II' siècle de notre ère. 

— Prix Zographos. Partagé entre M. J. Martha, Thèse pour le doctorat es 

lettres sur les Sacerdoces athéniens, et M. P. Guiard, Thèse pour le doc- 
torat es lettres sur VAsclépiéion d'Athènes. 

1883. Prix de l'Association. Partagé entre M. Maurice Croiset, Essai sur la vie 

et les œuvres de Lucien., et M. Couat, La poésie alexandrine sous les 
trois premiers Ptolémées. 

— Prix Zographos. Partagé entre M. Contos, r^wnat-ital -irapaTïipT.acK âvaçepô- 

[jLEvai ei; ■zry véav éX'XT,vix-h,v yXwffijav, et M. Emile Legrand, Bibliothèque 
grecque vulgaire, t. T, II, III. 

1884. Prix de l'Association. Partagé entre M. Max Ronnet, Acta Thomae, partim 

inedita, et M. Victor-HE.NHY. Thèse pour le doctorat es lettres sur V Ana- 
logie en général et les formations analogiques de la langue grecque. 

— Prix Zographos. Partagé entre M. Auguste Choisy, Études sur l'architecture 

grecque, et M. Edmond Pottier, Thèse pour le doctorat es lettres sur les 
Lécythes blancs attiques. 

1883. Prix de l'Association. M. Salomon Reinach, Matiuel de philologie classique. 

— Prix Zographos. M. Olivier Rayet, Monuments de l'art antique. 

1886. Prix de l'Association. Le Syllogus littéraire hellénique de Constanlinople. 

Recueil annuel. 

— Prix Zographos. Partagé entre M. Amédée IIauvette, De archonte rege ; — 

Les Stratèges athéniens, thèses pour le doctorat es lettres, et M. Bouché- 
Leclercq, Traduction des ouvrages d'Ernest Curtius, J.-G. Droysen et 
G. -F. Ilertzberg sur l'histoire grecque. 

1887. Prix de l'Association. Partagé entre M. Albert Martin, Thèse pour le doc- 

torat es lettres sur les Cavaliers athétiiens, et M. Paul Mo.nceaux, Thèses 
De Communi Asiae provinciae et sur les Proxénies grecques. 

— Prix Zographos. Partagé entre M. Papadopoui.os-Kerameus, Ouvrages divers 

sur l'antiquité grecque, et Paul Tan.nery, Ouvrages et opuscules sur 
l'histoire de la science grecque. 

1888. Prix de l'Association. M. Homolle, Thèses pour le doctorat es lettres. Les 

archives de l'intendance sacrée à Délos. — De antiquissimis Dianae simu- 
lacris deliacis. 

-^ Prix Zographos. Edttoç, revuç hebdomadaire dirigée par M. Gazdonis. 



— XXXIX 

— Mention très honorable. M. Cucuel, Essai sur la langue et le style de 

l'orateur Antiphon; Œuvres complètes de l'orateur An tip hon, ir&duction 
■ française. 

— Mention très honorable. M. l'abbé Roufk, Grammaire grecque de Koch, 

traduction française. 

1889. Prix de l'Association. M. Henri Omont, Inventaire sommaire des manuscrits 

grecs de la Bibliothèque nationale. 

— Prix Zographos. Partagé entre M. Ch. D[ehl, Études sur l'administration 

byzantine dans l'exarchat de liavenne^ et M. Spyridon Lambros, KaTâ^oyo; 
Twv £> Taïî j3t6)iio9T|xaiî xoû 'Aytou "Opouç é)k>k7ivtvctôv xwSîxwv. 

1890. Prix de l'Association. M. G. ScnLt'.MBEnGEK, Un empereur byzantin au 

x" siècle. Nicéphore Fhocas. 

— Prix Zographos. M. Mn,iARAKis, NeoeXX-r^vtxii Yewypatïîtx-^ coiXoXoyfa (1800- 

1889). 

1891. Prix de l'Association. M. Edmond Pottier, Les statuettes de terre cuite 

dans l'antiquité . 

— Prix Zographos. Partagé entre M. Sakkélion, Bi6Xio9t)xt, naxjjiax-f,, et 

M. Latyschev, Inscriptiones gruecae orae septentrionalis Ponti Euxini. 

1892. Prix de l'Association. Partagé entre M. Costomihis, Livre XII d'Aétius 

inédit, M. P. Mii.liet, Etudes sur les premières périodes de la céramique 
grecque, et M. A.-N. Skias (depl xr,? xpT,Ttxr,!; 5ia>>£XTou). 

— Prix Zographos. Partagé entre M. labbè Batiffol, Thèse sur l'abbaye de 

Rossano, et autres travaux de paléographie grecque, et M. Svoronos, 
Numismatique de la Crète ancienne. 

— Prix Zappas. .MM. les abbés Auvray et Touoard, Edition critique de la petite 

catéchèse de Saint Théodore Studite. 

1893. Prix Zographos. Partagé entre M. Georges Radet, De coloniis a Macedoni- 

bus in Asiam cis Taurum deducUs et La Ujdie et le mo7ide grec au temps 
des Mermnades, thèses pour le doctorat es lettres, et M. Jean Dupuis, 
Théon de Smyrne, texte et traduction. 

— Prix Zappas. M. Nicole, Les Scolies genevoises de l'Iliade et Le Livre du 

préfet . 

1894. Prix Zographos. Partagé entre M. Tsountas, Muxf.vai %x\ [xuxïivato; izoli- 

Tinixôs, et M. r.i.ERC, De rébus Thyatirenorum et Les Métèques athé- 
niens, thèses pour le doctorat os lettres. 

— Prix Zappas. M. Cavvadias, _ l'X'Jirxà toû èBvtxoû Mouasiou, xaTiXoyoî 

iteptypasixôî, T et Fouilles d'Épidanre, I. 

189o. Prix Zographos. M. A. Bailly, Dictionnaire grec- français. 

— Prix Zappas. M. V. Bérard, De l'origine des cultes arcadiens, (Bibl. Ec. fr. 

de Rome et d'Athènes, fasc. 67), thèse pour le doi;torat es lettres. 

189*!. Prix Zographos. S. E. IIamdy Bey et M. Th. Reinach, Une nécropole royale 
à Sidon. 

— Prix Zappas. M. P.iul Masquer a y. De tragica^ ambiguilate apud Euvipidem 

et Théorie des formes lyriques de la tragédie grecque, thèses pour le 
doctorat es lettres. 

1897. Prix Zographos. Partagé entre .MM. Dekrasse et Lechat, Épidaure, 
restauration et description des principaux monuments du sanctuaire 
d'Asclépios, et M. Beacciiet, Histoire du droit privé de la république 
athénienne . 

— Prix Zappas. M. Maurice Em.\ianuel, De saltafionis disciplina apud Graecos 

et Essai sur l'orches tique grecque, thèses pour le doctorat es lettres. 

— Médaille d'argent. .M. De Riddkr, De ectypis quihusdam quae falso vocan- 

lur argivo-corinthiaca et De l'idée delà mort en Grèce à l'époque classique 
(Thèses pour le doctorat es lettres) et Catalogue des bronzes trouvés 
sur l'Acropole d'Athènes. 



— XL — 

1898. Prix Zographos. Partagé entre M. D. C. Hesseling, Les cinq livres de la 

loi {le Penlateuque), traduction en néo-grec et M. Hilaire Vandaele, 
Essai de syntaxe historique : l' optatif grec. 

— Prix Zappas. Le Ae>.T{ov tt.i; tJTOpivifiî xat èÔvo^^oytTtf;!; sTaiofaî rf,ç 'EWimc,. 

1899. Prix Zographos. Partagé entre M. Ardaillon, Les mines du Laurion dans 

l'antiquité (Thèse pour le doctorat es lettres), et M. Ph.-E. Legkand, 
Etude sur Théocrite (Thèse pour le doctorat es lettres). 

— Prix Zappas. M. Miliarakis, 'iTxopta toO pxaiXs'iou tt,? Nixaias; xat toû 

ScaTCOTatTou Tf.î 'llrsipou. 

1900. Prix Zographos. Partagé entre M. Charles Michel, Recueil d'insciiplions 

grecques, et M. Gustave Fougères, De Lyciorum communi et Mantinée et 
l'Arcadie orientale (Thèses pour le doctorat es lettres). 

— Prix Zappas. M. PoLrris, M£)kéTai Tispl tou piou xxî Tf,<; y\ili's<si\(; xoO kXkr\v:%ou 

Xaoû. IlapoijAiai. T6[xoç A' (fascicules 68-71 de la bibliothèque Marasly). 

1901. Prix Zographos. Partagé entre M. Navarre. Essai sur la rhétorique grec- 

que (Thèse pour le doctorat es lettres), et M. Ouvré, Les formes littéraires 
de la pensée grecque. 

— Prix Zappas. M. G. Mu.let, Le Monastère de Daphni. 

1902. Prix Zographos. Partagé entre M. Couvreur, Hermiae Alexandrini in Pla- 

tonis l'haedrum scholia et M. A. Joubin, La sculpture grecque entre les 
guerres médiques et l'époque de Périclés (Thèse pour le doctorat es lettres). 

— Prix Zappas. M. Svoronos, 'Ep[XT|V£ta -cwv pLV7][ji££wv xoû 'EXc-JcnvtaxoO [Auaxtxoû 

X'jx7v0u xxî xo-7:oypa»{a 'E)^s'j7rvo; xal 'A9T|viLv. 

1903. Prix Zographos. Partagé entre M. Hatzidaris, 'Axa5Ti[j.£'.xà dvaYvtînrixaxa 

T. 1. (Bibl. Marasly, fascicules 175-178) et M. Paul Mazok, L'Orestie 
d'Eschyle. 

— Prix Zappas. Le général de Beylié, L' Habitation byzantine. 

1904. Prix Zographos. Partagé entre M. Caura de Vaux, Les mécaniques^ ou 

l'élévateur d'Héron d' Alexandrie et Le livre des appareils pneumatiques 
et des machines hydrauliques de Philon, et M. De Ridder, Catalogue des 
vases peints de la Bibliothèque Nationale. 

— Prix Zappas. Le rûXTvoyoî irpôi; StdSoaiv (i)»£>itaoiv [îtêXtwv. 

— Médaille d'argent. T. Stigkney, Les sentences dans la poésie grecque 

d'Homère à Euripide (Thèse pour le doctorat es lettres). 

— Médaille d'argent. M. Colardeau, Épictète (Thèse pour le doctorat es lettres). 

1905. Prix Zographos. Partagé entre MM. G. Glotz, La solidarité de la famille 

dans le droit criminel en Grèce (Thèse pour le doctorat es lettres) et 
M. L. Laloy, Aristoxène de Tarente, disciple d'Arislote, et la musique 
dans l'aiitiquité (Thèse pour le doctorat es lettres). 

~ Prix Zappas. M. Alexandre Pallis, '0[iT|pou 'IXtotç. 

— Prix exceptionnel, M. Vendryès, Traité d'accentuation grecque. 

— Médaille d'argent, M. V. Chapot, La province romaine proconsulaire d'Asie. 

1906. Prix Zographos. Partagé entre M.M. Bourguet. IJ administration financière 

du sanctuaire pythique au iv» siècle avant J.-C. (Thèse pour le doctorat 
es lettres) et M. Colin, Rome et la Grèce de 200 à 146 avant J.-C. (Thèse 
pour le doctorat es lettres). 

— Prix Zappas. M. Cavallera, S. Eustatliii episcopi Antiocheni in Lazarum, 

Mariam et Martliam homilia christologica. 

— Médaille d'argent. Le Ac^ticàv ÈYxuxXoTtaoSixôv. 

1907. Prix Zographos. Partagé entre MM. Cuny, Le nombre duel en grec (Thèse 

pour le doctorat es lettres) et Méridier, L'influence de la seconde 
sophistique sur l'œuvre de Grégoire de Nysse et Le philosophe Thémistios 
devant l'opinion de ses contemporains (Thèses pour le doctorat es lettres). 

— Prix Zappas. Le Nsoç 'EX>i-r^vojiv^|j.a)v, 



— XLI 

— Médaille d'argent. M. Adhémar d'Ai.Ès, La théoloqie de saint flippolyte. 

— Médaille d'argent. M. Adamastios Adamantiol', Ta Xpovixi xoû Mopso);. 

1908. Prix Zographos. Partagé entre MM. G. IvKkebvhe, Fragments d'un manuscrit 

de Ménandre et M. J. Delamarue, Inscripliones Amoj'gi (Inscriptiones 
Graecae, vol. xii, fasc. 7). 

— Prix Zappas. M. Léon Robin, La théorie platonicienne des idées et des 

nombres d'après Aristote et La théorie platonicienne de l'Amour (Thèses 
pour le doctorat es lettres). 

— Médaille d'argent. Simos Ménardos, Totcwvu[jiixôv t?,? Kûttoqu. 

— Médaille d'argent. Jean B. Pappadopoulos, Théodore II Lascaris, empereur de 

Nicée (Thèse pour le doctorat d'Université). 

1909. Prix Zographos. Partagé entre MM. Hubert Peunot, Girolamo Germano, 

grammaire et vocabxilaire du grec vulgaire et Phonétique des parlers de 
Chio (Thèses pour le doctorat es lettres) et Paul Perdrizet, Fouilles de 
Delphes (tome V). Monuments figurés. (Petits bronzes, etc.). 

— Prix Zappas. M. Grégorios Bernardakis, S.&\:%w Épu.T,vïUTix6v twv t'j^o\o- 

Tixwv 'E^iXtjvwv TtotT^ToJv xal auyypaïéojv (Biblioth. Marasly). 

— Médaille d'argent. M. Gwaionac, Études sur l'histoire financière d Athènes 

au v* siècle. (Thèse pour le doctorat es lettres). 

— Médaille d'argent. M. Dalmeyda, Euripide, /es Bacchantes. Texte grec, éd. 

avec commentaire critique et explicatif (Thèse pour le doctorat es lettres). 

— Médaile d'argent. M. Egimtis, T6 xTvîixa tf,; 'EXXiSo;. Mépo; a' : tô xAtfia 

tîJv 'A6tivô5v. Mépo; jî' : xo xAÏp-a xf,; 'Axx'.xf|5. 

— Médaille d'argent. M. G. Nicole, Meidias et le style fleuri dans la céramique 

at tique. 

1910. Prix Zographos, partagé entre MM. Pierre Boudreaux, édition des Cynégé- 

tiques d'Oppien et \Valdemar Deonna, Les Apollons archaïques. 

— Prix Zappas. M. Papadopoulo-Kerameus. Nombreuses publications de textes 

inédits; ouvrages divers. 

— Prix exceptionnel. M. Paul Vallette, De Oenomao cynico (Thèse latine pour 

le doctorat ès-lettres). 

— Médaille dargent. M. Germain de Montauzan, La science et l'art de l'ingé- 

nieur aux premiers siècles de l'empire romain. 

— Médaille d'argent. .M. René Sturel, Jacques Amyol, traducteur des Vies 

parallèles de l'iutarque. 

1911. Prix Zographos, partagé entre M. Gabriel F.erocx, La salle hypostyle de 

Délos, et M. Papageorgiou, Sophocle, Electre. Texte grec, éd. avec com- 
mentaire critique et explicatif (coll. Zographos). 

— Prix Zappas. M. Vlaghoyan.nis, 'Apysïa xf,!; Vcwxspxî ÉXX-rjvivif.s toxop^aç. 

1912. Prix Zographos, partagé entre M. Jououet, La vie municipale dajis l'Egypte 

romaine et Papyrus de Théadelphie (thèses pour le doctorat ès-lettres) 
et M. G. Nicole, Supplément au Catalogue des Vases peints du Musée 
d'.Atliènes. 

— Prix Zappas. M. Hépitès, As^ixôv É>>X7ivoya).Xix.ôv. 

— Médaille d'argent. M. Brillant, Les secrétaires athéniens. 

— Médaille d'argent. M. Georges Doiiain, Jacques de Tourreil, traducteur de 

Démostliène. 

— Médaille d'argent. .M. Roukfiac, Les Inscriptions de Priène et le grec du 

Nouveau Testament. 

— Médaille d'argent. M. Georges La>m>akis, AeXxîov de la Société d'archéologie 

chrétienne. 

— Mention très honorable. M. l'abbé Nau, publications diverses sur la diffusion 

des idées grec(}ues en Orient. 



XLII 

1913. Prix Zographos, partagé entre M. Jean Maspero, Papyrus grecs d'époque 

byzantine et Organisation militaire de l'Egypte byzantine, et M. Lesquier, 
Les institutions militaires de l'Egypte sous les Lagides (Thèse pour le 
doctorat es lettres). 

— Prix Zappas. M. Magnien, Le futur grec (Thèse pour le doctorat es lettres). 

— Médaille d'argent. M. Tafrali (0.), Thessalonique au xiv" siècle et Topo- 

graphie de Thessalonique (Thèses pour le doctorat es lettres;. 

— Médaille d'argent. M. le général Boucher, L'^waia«e de Xénophon, avec un 

con)mentaire historique et militaire. 

1914. Prix Zographos. Partagé entre M. Bidez, Vie de Porphyre, avec tes frag- 

ments des traités irspl àyaXiAaTojv et de regressu animae et M. Fer- 
nand Courby, Le portique d'Antigone ou du Nord-Est (Exploration 
archéologique de Délos, fasc. 5). 

— Prix Zappas, La Aaoypacçta. 

— Médaille d'argent. M. J.-B. Thibaut, Monuments de la notation ekphoné- 

tique et hagiopolite de l'Eglise grecque. 

1915. Prix Zographos. M. Dekourny, Aristote. Théorie économique et sociale. 

— Prix Zappas. M. Xanthoudidis, éditeur de r'EpwTÔxptxoî. 

— Médaille d'argent. M. Sylvain Molinier, Les « Maisons sacrées » de Délos au 
temps'de l'indépendance de l'île (Université de Paris, Bibliothèque de la 
Faculté des Lettres, t. XXXI). 

1916. Prix Zographos. M. P. Cloché, La restauration démocratique à Athènes en 

■'iO:i av. .I.-C. et Etude chronologique sun la troisième guerre sacrée (356- 
346 av. J.-G.) (Thèses pour le doctorat es lettres). 

1917. Prix Zographos. Partagé entre }i. Am.ine, Histoire du texte de Platon 

(Bibl. Èc. Hautes Etudes, fasc. 21 S) et M. Dei.atte. Etudes sur la litté- 
rature pytliagoricienne (Bibl. Ec. Hautes Etudes, fa?c. 2171. 

— Prix Zappas. M. Boisacq, Dictionnaire étymologique grec. 

— Prix Zappas. M. Rados, La bataille de Salamine (thèse). 

— Médaille d'argent. M. Mathieu (Georges), Aristote, Constitution d'AUiènes 

(Bibl. Ec. Hautes Etudes, fasc! 216). 

1918. Prix Zographos. Partagé entre M. Pierre Roussel, Délos colonie athénienne 

et Les cultes égyptiens à Délos du m" au !•"■ siècle av. .I.-C. (Thèses pour 
le doctorat es lettres et M. l'abbé Piot, Un personnage de Lucien, Mé- 
nippe et Les procédés littéraires de la seconde sophistique chez Lucien, 
l'Ecplirasis (Thèses pour le doctorat es lettres). 

— Prix Zappas. La Société d'Enseignement ('Eic-icaioeuTixoc "Oix'.ao;) d'Athènes. 

1919. Prix Zographos. M. Paul Regard, Contribution à l'étude des prépositions 

dans la langue du Nouveau Testament et l.a p/irase nominale dans la 
langue du Nouveau Testament. (Thèses pour le doctoral es lettres). 

— Prix Zappas. M. i^ysimaque Oeconomos. l.a vie religieuse au temps des 

Comnènes et des Anges. (Thèse pour le doctorat de l'Université de Paris). 

— Médaille d'argent. M. Zacuarias, !.e recueil de chints et de danses grecques 

(Arion). 

1920. Prix Zographos. Partagé entre M. Hatzkeld fjean). Les trafiquants italiens 

dans l'Orient liellénique, et M. Gakcopino (.lérôine). Etude sur la loi de 
Hiéron et les Romains ( l'hèse.s pour le doctoral es lettres) 

— Prix Zappas, Renault (Emile). L^.rique c/ioisi de Psetlos et Elude de la 

langue et du style de Michel Psellos (Thèses pour le doctorat es lettres). 

Médaille d'argent. M'"» I). Lk Lasskur, Les déesses armées et leurs origines 
orientales. 

— Médaille d'urgent. M. Foulché-Delbosc, Bihliograplne liispanoqrecque de 

Legrand. 

— Mention très honorable. M«»« Adi.kr (Ada), Catalogue supplémentaire des 

manuscrits grecs de la Bibliothèque royale de Copenhague. 



ACTES DE L'ASSOCIATION 

(Novembre 1919 — Juillet 19:20) 



N» 484. Séance du 6 novembre 1919. 

Présidence de M. V. Bérard, président de l'Association. 

Membres nouveaux. — MM. labbé J.-B. Gabarra, chanoiae honoraire, curé de 
Cap-Breton, présenté par MM. Daimeyda et Lebégue. 

G. P. Gicellis. présenté par .\IM. Daimeyda et Lebégue. 

A. P. Vlasto, présenté par MM. Daimeyda et Lebégue. 

E<lward Perry Warren. M A. de l'Université d'Oxford, présenté par MM. Lysi- 
maque Œconomos et Lebégue. 

Harris (Charles Réginald Schiller), présenté par MM. L. OEconomos et Lebégue. 

Richard Winn Livingstone, chargé de cours à l'Université d'Cxford, présenté 
par .M.M. I^. Œconon os et Lebégue. 

J.-M. Malbraache, présenté par M.M. Daimeyda et Lebégue. 

Cinquantenaire de V Associa tinn. — Le Président, au nom du Bureau, invite 
l'Association à prendre um; d;''cision au sujet du cinquantenair'î. Veut-on le célé- 
brer? Quand? Comment? En ce qui regarde ce « comment », M. Bérard estime 
que la solution adoptée ne devra rien coûter au trésor de l'.Vssociation. On pour- 
rait penser à une réunion (p. ex. banquet ou voyage en Grèce) et à une publi- 
cation. 

M. Glotz donne quelques indications sur la manière dont il conçoit la publi- 
cation d'un volume jubilaire. L'impression de la Revue est déjà fort en retard, 
malgré toutes les réclamations adressées à l'imprimeur. D'autre part, l'Associa- 
tion ne peut assumer de charge nouvelle. Ce qu'il faut, c'est substituer le volume 
du Cinquantenaire aux fascicules de l'année en retard 1019. Il est entendu avec 
l'éditeur que si l'imprimeur ordinaire de la Revue ne peut mener de front la com- 
position du volume et la continuation de la Revue, le volume sera imprimé dans 
une autre maison. En tout cas, le remplacement d'une année de la Revue par un 
volume permeitra de rattraper le temps perdu et de célébrer le Cinquantenaire 
sans qu'il en coûte rien à l'Asso -iatioa. 

MM. V. Bérar 1 et Th. Reinach présentent des observations. La discussion est 
fixée à la séance de décembre. 



— XLIV 

Communication. — M. Jules Maurice. La réforme constantinienne. — M. J. 
Maurice se propose d'exposer en deux communications le planet les conséquences 
de la réforme constantinienne du droit public romain. II étudie d'abord la réforme 
de la juridiction, se proposant d'étudier dans une seconde lecture l'organisation 
de la noblesse. 

On a confondu la réforme de l'administration, dans laquelle Constantin le 
Grand fut le continuateur de Dioclétien, avec celle de la juridiction, qui date du 
premier empereur chrétien. Tandis que Dioclétien attirait au tribunal impérial 
tous les jugements en appel, étendant jusqu'aux limites du monde romain le 
cercle d'action de l'Instruction et de TAppel impérial, Constantin s'attacha, dès le 
début de son règne, à retenir devant les tribunaux de ses grands juges (procon- 
suls, comtes des diocèses, vicaires et vice agentes, préfets du Prétoire et de la 
Ville) le plus grand nombre possible de jugements en appel. Il n'était pas, en 
cela, le continuateur de Dioclétien, mais des premiers empereurs romains depuis 
Auguste, qui voulurent décharger leur tribunal. Constantin fut le premier qui 
tenta d'y parvenir par l'accroissement de la dignité morale des juges, de tous 
ceux qui devaient représenter la personne impériale et sa souveraineté. 

Pendant cinq siècles, le droit romain avait été transformé par lœuvre des Pru- 
dents et du Conseil du Prince, depuis qu'y prédominaient les principes de justice 
et d'équité venus de Grèce et que la beriif/nitas, introduite dans le droit par la 
nouvelle Académie, héritière elle-même des sceptiques grecs, avait donné à la 
législation des Antonins un caractère d'humanité. Constantin y ajouta les principes 
de la religion chrétienne, à laquelle il venait d'adhérer, c'est-à-dire la charité, 
qui, dans le droit, fut la faveur du faible et du deshérité, et une responsabilité 
morale plus étendue. L'empereur ayant rattaché à lui toute sa grande administra- 
tion, à la Cour comme en province, et toute sa noblesse ne formant plus qu'une 
grande famille, la Domus diviiia, une responsabilité morale collective se trouvait 
établie entre le prince et sa noblesse. Cette responsabilité exigeait un contrôle. 
Constantin le trouva dans les assemblées provinciales qu'il chargea de signaler 
par des manifestations put)liques les mérites des juges les plus justes, les plus 
vigilants, les meilleurs, et de blâmer les malfaisants. Les comtes provinciaux et 
le préfet du Prétoire faisaient parvenir à l'empereur l'écho de ces manifestations 
des Concilia. Par là s'expliquent l'intérêt toujours croissant de Constantin pour 
ces assemblées provinciales et le fait que leurs anciens présidents, les Sacer- 
dotales, et des Flamines furent enterrés dans des basiliques chrétiennes. 

Constantin permit aussi qu'on élevât des temples à la Gens Flavia, dont il était 
le représentant, parce qu'ils ne devaient plus servir, étant dépouillés de tout 
caractère païen, que de lieux d'assemblées et de centres de fêtes en l'honneur de 
la grandeur de la maison impériale. Il exigea de ses Juges et Nobles des vertus 
qui devaient faire la gloire [deci/s et honor) de leur ordre ; entendons : l'estime 
d'eux-mêmes [exislimatio sua], la honte du mal, une certaine pudeur (verecundia) 
dans laquelle nous reconnaissons, ainsi que dans la responsabilité morale collec- 
tive, l'origine romaine de notre honneur. L'échec de la reforme, imputable à 
l'imperfection des hommes, ne peut dissimuler l'importance de principes qui se 
retrouvent dans les codes et les coutumes des nations héritières de l'Empire 
romain d'Occident, 



XLV 

MM. l'abbé d'Alès, Th. Reinach, V. Bérard, Mme Massoul présentent des obser- 
vations. 

Le Président souhaite la bienvenue à M. Vibert, professeur à l'Université de 
Michigan. 

N' 485. Séance du 4 décembre 1919. 

Présidence de M. V. Bérard. 

Membres décédés. — M. Vénétoclès (Déni .), directeur du Lycée grec d'Alexan- 
drie, membre de l'Association depuis 1819. 

M. André Duquesney, professeur au Lycée de Brest, mort accidentellement, 
membre de l'Association depuis 1915. 

M. G. Papavassiliou, professeur à Athènes, membre de l'Association depuis 
1889. 

Membres nouveaux. — Mme Ada Adler, de Copenhague, docteur ès-lettres, pré- 
sentée par MM. Dalmeyda et Lebègue. 

Mlle Antoniadès, d'Athènes, présentée par MM. Fougères et Pernot. 

M. Robert Dreyfus, agrégé des lettres, présenté par MM. Holleaux et Pernot. 

Communication . — M. Emile Bourguet. Topograp/iie de Delphes. — M. Emile 
Bourguet communique à l'Association l'un des résultats de la dernière mission à 
Delphes. Trois pierres, trouvées par M. F. Courby dans la Voie sacrée, appar- 
tiennent à la base du Cheval de Troie, bronze d'Antiphanès, consacré par les 
Argiens on 414. L'étude détaillée que M. Replat a faite, et dont l'exposé sera 
publié très prochainement, établit que le Cheval se dressait, perpendiculaire à 
la voie, sur une plate-forme qui touche à l'hémicycle des Épigones et dont il 
rt'ste plusieurs pierres en place. M. Replat a déterminé, tout aussi sûrement, que 
l'inscription déjà connue (celle dont il reste le seul mot APrElOl) doit être rap- 
portée à la base du Char d'Amphiarao.», longue de 1 mètres, parallèle à la Voie et 
presque à la même hauteur que celle du Cheval. La distribution tout-à-fait 
nouvelle des offrandes d'Argos dans le sanctuaire, si elle ne résout pas tous les 
problèmes — et particulièrement ceux que pose maintenant la base des Sept — , 
ne contredit nullement les indications topographiques de Pausanias. 
. M. M. «Bérard et Holleaux présentent des observations. 

C/u Institut néo-hellénique. — M. H. Pernot annonce que le gouvernement 
hellénique vient de mettre à la disposition de l'Université de Paris une subven- 
tion destinée à rétribuer un lecteur de grec moderne et à entretenir une biblio- 
thèque. M. Pernot qui a déjà trouvé à la Sorbonne une salle pour cet Institut fait 
observer que nous possédons rue de Lille un fonds néo-hellénique intéressant. 
L'Association, tout en en gardant la propriété, pourrait autoriser le transfert de 
ces ouvrages au nouvel Institut. 

Le Bureau étudiera la question et communiquera son avis à la prochaine 
séance. 

La question du Cinquantenaire. — Le Président remet en discussion les ques- 
tions relatives au Cinquantenaire. 

En ce qui regarde la publication, on décide de s'en remettre à M. Glotz, qui 
accepte, pour le cadre du volume, pour son contenu et pour le choix des colla- 
borateurs. 



— XLVi — 

M. A. Meillet fait observer que l'École des Hautes-Études et la Société de lin- 
guistique doivent, en même temps que nous, fêler leur cinquantenaire. Si l'on 
adopte le mode usuel de réunion, c'est-à-dire un banquet, ne pourrait-on faire 
im banquet de la philologie française ? 

M. Pottier demande si nous ne pourrions manifester notre activité d'une façon 
plus heureuse que par un banquet, par exemple par une réunion à la Sorbonne, 
où chaque société ferait un exposé de son rôle. 

M. Bérard pense qu'un banquet n'exclurait pas le mode de réunion proposé 
par M. Pottier. 

M. Maurice Croiset, rappelant le souvenir de notre vingt-cinquième anniver- 
saire, pense qu'il serait préférable de célébrer notre cinquantenaire entre nous, 
et de ne pas, à cette occasion, nous réunir à d'autres sociétés. 

La majorité se range à cette opinion. 

M. Bérard revient à la question du voyage en Grèce^ 11 a entretenu de ce 
projet iM. Vénizélos, qui est prêt à le faciliter dans la plus large mesure. Ce 
voyage, demandant au moins trois semaines, ne pourrait se faire qu'en septem- 
bre. M. Bérard demande à M. Fougères, qui accepte, de vouloir bien en dresser 
le cadre, qui sera soumis à M. Vénizélos. 

No 486. Séance du 8 janvier 1920. 

Présidence de M. G. Fougères, premier vice-président de l'association. 

Membre décédé. — Le président a la douleur d'annoncer la mort de notre 
confrère, M. Petitjean : excellent helléniste, il a rendu les plus grands services 
à nos études; sa disparition laisse un grand vide dans notre Association. 

Le président rappelle les succès récemment remportés au concours d'agréga- 
tion par nos jeunes confrères MM. Daux, Versini et Noailles, et félicite 
MM. Dottin et Jouguet, nommés correspondants de l'Institut. 

Membres nouveaux. — "iA^l. Augustin Pètre, présenté par MM. Pernot et Lebègue. 

II. Toussaint, présenté par MM. Alfred et Maurice Croiset. 

Vandaele, professeur à l'Université de Besançon, présenté par MM. Cloché et 
Glotz. 

Paul Helmer, sénateur, bâtonnier de l'ordre des avocats à Colmar, présenté par 
MM. M. Croiset et Glotz. 

Ernest Helmer, notaire à xMulhouse, présenté par MM. M. Croiset et Glotz. 

L'Université de Besançon, présentée par MM. Cloché et Glotz. 

Institut néo-hellénique . — Le transfert à l'Institut néo-hellénique des ouvrages 
de littérature grecque moderne qui se trouvent rue de Lille a été approuvé par 
la commission chargée d'examiner la demande de M. Pernot. 

Communications. — M. F. Sartiaux. Les populations helléniques de i' Asie- 
Mineure et la guerre. — M. Sartiaux donne d'abord des indications sur le pays 
en montrant des photographies de villes et de villages des vilayets d'Aïdin et de 
Brousse ; il rappelle les événements dont il a été le témoin en 1914 : expulsions 
en masse, assassinats et pillages. Il l'ait passer des vues prises à Phocée en 1914 : 
maisons pillées et brûlées, cadavres gisant sur la grève, transports et campe- 
ments de réfugiés, etc.. 

Les événements qui ont suivi ont été beaucoup plus cruels, et la population qui 



— XLVIl — 

en a été victime peut être évaluée à plus d'un million, fiont plusieurs centaines de 
milliers ont péri dans les enrôlements et les déportations en masse. La région 
que AI. Sartiaux a visitée au niois doctobre 1919, le long des côtes de la mer 
Egée, enire Aïvali, en face de Mityléne, et Tchesmé, en face de Chio, oflVe main- 
nant l'aspect des régions (Mivahios du nord de la France. A l'ancienne Phocée, 
sur 1G50 maisons environ. 950 sont rasées et 5 à 600 sont réduites à leurs murs 
extérieurs; de l'école il ne reste que les murs; les églises sont détruites, les 
usines ont été vidées de toutes leurs machines, lés cimetières ont été boule- 
versés, les tombes saccagées et les ossements jetés aux vents ; les campagnes 
sont a l'abandon ou ont été dévastées. 

Ces dévastations ne sont pas l'elFet de la guerre : elles n'avaient aucun intérêt 
militaire : on ne s'est battu nulle part dans la région. On a détruit pour le plaisir 
de détruire, et parce qu'il entrait dans un progranmie arrêté d'avance de rendre 
le pays inhabitable aux chrétiens indigènes. M. Sartiaux donne des images sai- 
sissantes de ces destructions. 

Depuis quelques mois, la vie commence à renaître. A Phocée, une cinquan- 
taine de personnes sont venues, en octobre, préparer le retour des leurs. Elles 
couchent sur des planches, sur des matelas de foin, tandis que des Turcs 
enrichis dorment dans leurs lits ; elles mangent sur des planches clouées servant 
de tables, et dans des écuellcs : les Turcs diiient dans leurs salles à manger, 
sur leurs ,tables, usant de leurs ustensiles de cuisine, de leur lingerie et de leur 
argenterie. Les malheureux qui, rentrés dans leurs foyers, sont contraints à 
mener cette vie ne sont autorisés à rien revendiquer; on ne leur promet rien, 
et ils acceptent cette situation avec un double sentiment : la résignation et le 
patriotisme.- 

M. Sartiaux conclut ainsi : « Quand on a vu de prés ces ruines, ces deuils, 
qu'on a été témoin de cette résolution stoïque, on éprouve un sentiment de 
révolte devant les ménagements prodigués, dans certains milieux, aux coupables. 
Les « susceptibilités » des victimes sont plus intéressantes que celles de leurs 
bourreaux. La Conférence de la Paix a demandé aux victimes de se taire et^de 
lui faire confiance. Cette confiance lui a été pleinement accordée. Mais, après 
tant de funestes atermoiements, il reste aujourd'hui autre chose à faire que de 
ménager des criminels ». 

M. Fougères félicite M. Sartiaux d'avoir, par son attitude courageuse et son 
action bienfaisante, bien mérité de la France, dont il a, dans ces malheureux 
pays, noblement suivi la tradition. 

M. A. Meillet. Le nom de « soiKje », et, la question du genre grammatical. — 
L'idée qu'il y ait, en grec, et dans les autres langues indo-européennes, trois 
genres sur le même plan est absurde, — et c'est là ce qu'on enseigne d'ordinaire. 

L'opposition entre le masculin elle féminin, d'une part, etle neutre, d'autre part, 
est marquée uniquement par des procédés de flexion (vio;-v£ov) ; au contraire, la 
distinction entre le masculin et le féminin n'est pas de l'ordre de la flexion : il 
s'agit là dune diflerence de thème. Par lui-même, d'ailleurs, un substantif grec 
ne présente aucune différence de forme suivant qu'il est masculin ou féminin : 
la diflerence se montre uniquement dans l'adjectif (ex : Xôyoî, »t,yôç, vu6<). Nous 
sommes donc en présence de deux genres principaux (maso. fém. «'opposant au 



XLVIII 

neutre) et de deux sous-genres (m. f. s'opposant entre eux), ou, en d'autres 
termes, d'un genre animé et d'un genre inanimé. Or, il y a une très grande 
quantité de mois (jiii désignent des êtres inanimés et qui sont masculins et 
féminins. Nous en devons conclure que ceux qui ont constitué les genres avaient 
l'esprit fait autrement que nous : le monde était pour eux plein de dieux (ne 
Fest-il pas pour Platon lui-même '?), et beaucoup d'objets qui sont pour nous des 
choses étaient pour eux des êtres animés. Si nous considérons l'ea7< et le /"eu, 
nous trouvons : 1" nnc série animée, aguih, ignis ; 2° une série neutre, itOp, 
vieux haut allemand Bur ; le grec est, en effet, la langue d'un peuple moderne 
qui n'est pas imbu d'idées religieuses, en somme assez voisin de nous. En ce qui 
regarde les parties du coi'ps, les organes agissants sont masculins ou féminins 
(le pied, la main, etc. ; les organes internes ou immobiles sont du neutre, par 
exemple le cœur, xf,p, ce qui nous étonne un peu ; il est, d'ailleurs, passé au 
féminin : >ia(p6(a. 

Arrivons au songe. Nous avons deux formes ; ôvap, neutre, et ôvetpoî, masculin. 
La première désigne le songe comme une chose; la seconde l'exprime en tant 
qu'il agit sur nous (cf. Iliade II, 6 et sniv. i. Mais cette conception est un 
souvenir du passé, et ovstpoi; est, en général, l'équivalent de ôvap, sans que se 
montre, sauf exception, la différence ci-dessus. La forme neutre est certainement 
la forme ancienne : en ai'uiénien, la forme est anurj. 

M. Meillel fait observer, en terminant, que ôvap a été compris par les Grecs de 
façon assez singulière En éolien àvâ = ôva ; donc le songe c'est ce qui vient d'en 
haut; de Ii oTîap, ce qui vient d'en bas. Mais ceci n'est intelligible que dans un 
certain dialecte. Nous avons donc des raisons de croire que dans les textes où 
se trouve cette opposition s'exerce une influence éolienne. 

MM. Fougères, M. Groiset, Robin, Sartiaux présentent des observations. 

N" 481. Séance du 5 février 1920. 

Présidence de M. V. Bérard. 

M. "V. Bérard, élu sénateur, déclare que si ses confrères ne voient aucune 
incompatibilité entre le mandat sénatorial et ses fonctions de pré.sident, il conti- 
nuera de s'en acquitter comme par le passé. 

Membres nouveaux. — MAL Jean Colin, licencié ès-lettres, présenté par 
MM. Glotz et HanssouUier. 

T^e \)' Paul Lecène, chirurgien de l'Hôpital Saint-Louis, professeur à la Faculté 
de médecine, présenté par M.M. le D>- .leanselme et Lebègue. 

Friis Johansen, docteur en philosophie, inspecteur du Musée national de 
Copenhague. 

Cinquantenaire de V Association. — Des renseignements sont donnés par 
M. Glotz sur le volume jubilaire ; des idées sont exposées par M. Th. Reinach 
sur la présentation de ce volume, et par MM. Bérard et Pottier sur le projet de 
réunion à la Sorbonne. 

Communication. — M. V. Bérard. La messe noire de Circé. — Avons-nous, aux 
vers 234 et suiv. du chant X de VOdyssée, une sorte de messe noire avec les élé- 
ments ordinaires des incantations magiques, le pain et le vin? 11 y a, dans ce 
passage, d'une part un breuvage, de l'autre du pain ; c'est au pain que sont 



— XLIX — 

mêlées les drogues : Euryloque et ses compagnons ne font que boire et sont 
changés. Au vers 317 les choses se passent de façon ditléreiite : c'est dans le 
breuvage qu'est jetée la drogue qu'Ulysse boit sans être transformé. Tout cela se 
tient très mal. M. V. Bérard, après avoir signalé dans d'autres passages cer- 
taines altérations étraages (notamment XI, 2 Kip-zcr,? o êv (jLîyipo), où il faut 
écrire, non pas librement avec van Leeiiwen èv Ts'yeï, mais A' AMMEPAPSil), pense 
qu'au vers 325 du chant XI aîxu doit être corrigé. On peut penser à dXeiijq) ; 
mais on ne verrait pas bien l'origine de la faute. Nous sommes plutôt en pré- 
sence d'une de ces corrections métriques dont on trouve bien d'autres exemples. 
Le texte devait porter SKTM'iîI : on l'a corrigé, croyant — absolument à tort 
— que le vers était faux (cf. Od., V, 231 Awxe 6' liceita axÉra&vov). Rétablissons 
donc axù'snù : nous n'avons, ici, rien d'une messe noire. 

MiM. Th. Reinach, Pernot, P. Girard, l'abbé d'Alès, Glotz présentent des obser- 
vations. 

N° 488. Séance du 4 mars 1920. 

Présidence de M. G. Fougères, j)remier vice-président de l'Association. 

Le Président souhaite la bienvenue à M. Rostovfzeff, présent à la séance. 

Recueil P. Milliet. — Lecture est donnée d'une lettre de M.Klincksieck, datée du 
28 février 1920, et demandant à l'Association quelles sont ses intentions au sujet 
de la publication Milliet. La question est renvoyée pour examen à la Commission 
nommée le 3 juin 1909. 

Commission des Prix. — Les réunions de la Commission des Prix sont fixées 
aux 6 et 22 mars. 

Membre nouveau. — La Bibliothèque de la Chambre des Députés à Athènes, 
présentée par MM. Glotz et Lebègue. 

Communications. — M. Holleaux. Un chef-d'œuvre du Prussien H. Pomlow. — 
M. Holleaux fait connaître l'étonnante réédition qu'a faite H. Pomtow dans la 
Syllofje, 3" éd. 614, du décret des Delphiens déjà publié par M. É. Bourguet 
(BCll, 1911, p. 461). H. Pomtow, écnmeur assidu des fouilles de Delphes et qui 
ne manque jamais une occasion d'être injurieux pour les Français, a prétendu 
donner à M. Bourguet une leçon d'épigraphie et même de grec. Mal lui en a pris. 
Il affirme que aîtetiôai "va non est Graeciim : il a oublié Joseph. A. J., XIV, 235 ; 
N. T. Coloss., I, 9 (citation communiquée par M. P. Regard) ; comme aussi le 
dictionnaire de Passow-Crdnert, s. v. al-réw. Lui-même propose la prodigieuse 
restitution : EùxpâTT, Ka>i>a'xo)voî [xotl utôv KaAX£x](i)va (SIC). En réalité, il faut 
écrire : [uitàp xàç àvSpJôJv a[îpéff'.oî, 't'va È^jaTtoffTeEXTii vccX. — L. 11-12 : l'étrange 
supplément : [oTç x]al itapayEvotirévo'.; ÈitÉxuyev àv]àiro56a£v tàv xoiaiv n'est guère 
moins absurde. 11 faut admirer èirÉTu/Ev âv, alors qu'il eût été si simple d'écrire 
[olî x]at irap2y£voix[ï'voiî £:ri[X£XÈî T|VJxtX. — L. 12 : 6tà Se là toj<; 'AfX'fiJaeïî 
[ji[>,]9iX[£iv £X£ra£ TrapaJvevTiôfiiXEv. 'ExEÏaê n'a pas de sens. Lire : \>.^ 6é[XEtv è-xl 
Toù; TÔTcouî TcxpajvevT^ÔT^jjisv. Les Amphissiens ont refusé d'assister à la vérification 
du bornage ; ils ont été « défaillants » lors de cette expertise — L. 13-14; oôxêxi 
auvETcXÉiSr, â xptat; Ttepl wv Ta[r; ÈvToXaïî aÛTOÛ (?_,] o'. Sixasxal TrapaxoXou6T,xÔTci; 
xaXw; ['/.cil ô]a[twç £][ji(pav[tî;ovT'. dirouSoivj. Ceci est un pur galimatias. A la diffé- 
rence de M. B., H. P. n'a pas vu qu'il y. a là deux phrases indépendantes, et qu'il 
REG, XXXIII, 19i0, n" 154-155. d 



faut nécessairement, comme M. B., ponctuer avant Trepi. De plus il oublie de dire 
que £[jL9aviÇovTi avait été proposé sous réserves par M. B. On peut conjecturer : 
■Kspl wv x5[t "tâî TTÔX'.o; (i;'-wffei]ol ôixaaxxi xt).. £][jLcpav[(ÇovTi t6 yeyovôî]. — Cet 
essai malheureux prouve que II. P. devrait borner son zèle à s'approprier les 
inscriptions de Delphes, sans entreprendre de les expliquer. Ceci n'est pas de sa 
compétence. 

MM. Fougères et Th. Reinach présentent des observations. 

MM. Pernot et Ilesseling. Est-ce à Erasme que nous devons le système de pro- 
nonciation qui porte so7i nom ? — M. Pernot fait, au nom de notre confrère, 
M. Hesseling, et au sien, une communication sur le dialogue d'Erasme De recta 
lalini graecique sermonis pronuntiatione. Ce dialogue est peu lu de nos jours. 
II reste intéressant, non seulement par les idées qu'Érasme y développe sur la 
prononciation du grec, mais aussi par les renseignements qu'il contient sur la 
phonétique de certains parlers, sur celle du hollandais notamment. C'est en 
Italie, chez Aide Manuce, qu'Érasme a puisé l'essentiel de sa théorie. L'Académie 
aldine comptait parmi ses membres des savants grecs de grand mérite. Le rap- 
prochement de certaines dates et divers témoignages, dont celui de Janus 
Lascaris qui a déclaré, par exemple, que Tt, était anciennement un e long, 
permettent de croire que ce sont les Grecs eux-mêmes qui ont apporté en 
Europe le noyau de la théorie dite érasmienne. Lidée est venue de la Grèce; elle 
s'est développée en Italie, Érasme l'a exposée sous une forme à la fois attrayante 
et scientifique; d'autres, après lui', l'ont fait passer dans la pratique. 

No 489. Séance du 15 avril 1920. 

Présidence de M. V. Bérard. 

Membre décédé. — M. Vasnier, membre donateur depuis 1894. Le Président 
rappelle l'assiduité à nos séances et les intéressantes communications de notre 
regretté confrère. 

Membre nouveau. — M. G. Dossin, présenté par MM. Glotz et Charles Michel. 

Célébration du Cinquantenaire. — M. V. Bérard entretient l'Association de 
deux faits qui pourraient la persuader d'ajourner à l'an prochain la célébration 
de notre Cinquantenaire : l'Exposition du Commerce français, qui doit avoir lieu 
à Athènes, et le jubilé de l'Indépendance, fête panhellénique, qui sera célébré 
en 1921. Les gouvernements hellénique et français souhaiteraient cet ajourne- 
ment. M. Bérard le propose. Il est voté. 

Séance générale. — La séance générale annuelle est fixée au 20 mai. 

Communication. —Le général A. Boucher. Note au sujet de la l)ataille de Mara- 
thon. — Le récit d'Hérodote ne donne qu'une idée générale de la bataille de 
Marathon ; il est muet sur nombre de questions, et le problème de cette bataille 
a reçu autant de solutions qu'il a eu de commentateurs. 

Du point de vue exclusivement militaire, on arrive aux conclusions suivantes : 
l'effectif maximum des combattants aurait été : du côté des Perses 48.000 honimes, 
soit 24.000 combattants, chacune des 600 trières portant 80 hommes (il est difficile 
que la cavalerie ait dépassé 1.000 chevaux); du côté des Grecs 20.000 hommes, 
dont 10.000 hoplites, à raison de 1.000 hoplites pour chacune des dix tribus; en 
outre, 1.200 Platéens, dont COO hoplites. 



— Ll — 

Le camp des Perses aurait été placé sur la rive est de la Charadra, laissant en 
arrière 4 kilomètres de plage pour le débarquement. Le camp des Grecs aurait 
été placé sur la rive ouest du ruisseau de Vrana, au pied de lAgriéliki, à côté du 
bourg de Marathon (qu'il faut chercher dans des vestiges de bâtiments, vers 
Vrana), à cheval sur la principale ligne de communication, c'est-à-dire la grande 
route d'Athènes. Les deux adversaires, prenant position en avant de leur camp, 
étaient ainsi séparés par huit stades, comme le veut le texte. 

La cavalerie n'a pas figuré dans la bataille. Ce fait, qu'on peut déduire du 
texte même, résulte surtout de la grande difficulté que présentent l'embarque- 
ment et le débarquement dune troupe de cavalerie. Les Grecs ont surpris 
les Perses avant même qu'ils aient eu le temps de débarquer leur infanterie. 
Si l'on admettait que leur cavalerie eût été débarquée, elle n'aurait pu se rem- 
barquer le jour du combat, et elle aurait été faite prisonnière. 

L'égalité des fronts des deux adversaires peut s'expliquer ainsi : les 
48.000 Perses, disposés sur 30, formaient 1.600 files, soit environ 1.600 mètres. 
Les i 0.000 Grecs, disposas sur 8 aux ailes et sur 4 au centre, formaient 1.500 files, 
soit 1.500 mètres, plus 100 mètres pour les Platéens, soit 1.600 mètres. 

Les Perses, vu la difficulté de débarquer leur cavalerie, et le peu d'effet qu'elle 
aurait eue sur les Grecs fortement retranchés dans leur camp, se seraient décidés 
a renoncer à leur offensive et à se rembarquer avant l'arrivée des Lacédémo- 
niens. Miltiade, ne voyant pas un seul cavalier dans la plaine et ne doutant pas 
de leur intention, insiste alors pour livrer bataille avant l'arrivée des Alliés. 

11, en résulte que Marathon a été un combat de l'infanterie lourde des Grecs 
contre l'infanterie légère des Perses protégeant rembarquement de leur 
armée. 

Les Athéniens n'ont évidemment pu faire huit stades au pas de course (8pc!|i.o) 
ïevTo, VI, 112) : le texte veut dire à loule allure d'assaut, c'est-à-dire en débutant 
par un pas s'accélérant de plus en plus pour finir par le pas de course en 
arrivant dans la zone dangereuse des projectiles. C'est au centre que les Perses 
étaient les^ plus forts, et les Grecs les plus faibles. Il n'est pas étonnant que ces 
derniers aient cédé sur ce point. C'est vers le Soros que les Grecs du centre, 
poursuis'is par l'ennemi, seraient tombés ; par contre, c'est vers Pyrgos que les 
Perses victorieux, voyant leuF retraite coupée, auraient subi les plus grandes 
pertes. Dans les conditions où la bataille s'est déroulée, il n'est pas étonnant que 
les Grecs aient perdu 192 hommes, et les Perses 6.400. 

M. llauvette divise en deux groupes les commentateurs de Marathon. Les 
premiers, sappuyant sur ce que Marathon devait se trouver à Plasi, sur le cours 
même de la Charadra, reportent toute l'action dans la région des marais, à l'est 
de cette rivière; les autres, se fondant sur ce que le camp des Grecs devait se 
trouver dans la région d'Avlona, adossent les Perses à la mer. M. Hauvette pro- 
pose une autre solution intermédiaire. On ne peut s'y rallier non plus, parce 
qu'elle suppose également que le camp des Grecs était à Avlona : les Grecs 
n'auraient eu alors comme ligne de communication avec Athènes que le sentier 
de Stamata, qui est à peine praticable aux mulets. 

Toutes ces solutions ne sauraient être préférées à celle qui, dans un fait de 
guerre, se fonde avant tout sur des considérations militaires. 



— LU — , 

MM. Fougères, de Ridder, Holleaux, Glotz, J. Maurice, présentent des 
observations. 

N» 490. Séance générale du 20 mai 1920. 
Présidence de M. V. Bérard. 

Allocution du Président. — Le président salue la double résurrection de la 
France et de la Grèce ; il félicite l"A.ssociation d'avoir bien servi les deux patries 
de son cœur, d'avoir affranchi les études grecques, encouragé et soutenu l'Hellade, 
et de l'avoir aidée au jour de la justice. Avec M. Fougères nos confrères célé- 
breront en 1921 le retour de la paix à Paris et à Athènes. Cette paix nous ouvre 
des régions interdites dont le Barbare ne nous permettait pas la jouissance : 
M. V. Béi-ard énumère les Grèces inconnues qui nous attendent. 

Il rappelle les deuils de l'année écoulée : Héron de Villefosse, Vénétoclès, 
Papavassiliou, Imhoof-Blumer, Pctitjean, baron de Courcel, Ch. Ravaisson- 
Mollien, Vasnier et Duquesnay. 11 adresse également notre hommage aux mem- 
bres de l'Association ou aux enfants de nos confrères qui sont tombés au champ 
d'honneur. Il exprime sa confiance dans l'avenir de nos études, dont le Rapport 
de la Commission des prix va nommer de bons ouvriers. Il donne ensuite lecture 
d'une lettre de M. Glotz sur le relèvement nécessaire de la cotisation annuelle : 
l'abonnement à la Revue sera payé désormais en sus de la cotisation annuelle : 
il sera fixé à 10 francs pour les membres de l'Association. 

M. V. Bérard finit en exhortant nos confrères à une ardente propagande en 
faveur de notre Société et de nos études. 

Rapport du Secrétaire. — Le Secrétaire, au nom de la Commission des prix, 
donne lecture de son rapport sur les Travaux et Concours de 1919-1920. Le prix 
Zappas est attribué à M. Emile Renauld pour ses thèses de doctorat : Lexique 
choisi de Psellos et Étude de la langue et du style de Michel Psellos . — Le prix 
Zographos est partagé entre M. Jean Hatzfeld pour son ouvrage sur Les trafi- 
quants italiens dans VOrient hellénique, et M. Jérôme Carcopino pour son étude 
sur La loi de Hiéron et les Romains. Des médailles d'argent sont attribuées à 
Mme Denyse Le Lasseur pour son ouvrage sur Les déesses armées dans Vart 
classique grec et leurs origines orientales, et à M. Foulché-Delbosc pour la 
Bibliographie hispano-grecciue. Une mention très honorable est attribuée à 
M™e Ada Adler pour son Catalogue supplémentaire des manuscrits grecs de la 
Bibliothèque royale de Copenhague. 

Rapport financier. — M. Henri Lebègue, trésorier-adjoint, donne lecture de 
son rapport sur la situation financière de l'Association. Ce rapport est approuvé. 
Renouvellement du Bureau et du Comité. — Le scrutin donne les résultats 
suivants : Premier vice-président : M. Emile Bourguet. 

Deuxième — M. Maurice Emmanuel. 

Secrétaire archiviste : M. Georges Dalmeyda. 
Secrétaire adjoint : M. Emile Renauld. 

Trésorier: M. Jules Maurice. 

Trésorier adjoint : M. Henri Lebègue. 

M. Gustave Fougères, premier vice-président, passe, de droit, président pou 
l'année 1920-1921. 



— LUI — 

Membres du Comité : MM. Bérard, Puech, Jouguet, Omont, S. Reinach, 
Roussel, Méridier. 



No 491. Séance du 3 juin 1920. 

Présidence de M. G. Fougères, président de l'Association. 

Allocution du Président. — M. G. Fougères remercie rAssociation de l'hon- 
neur qu'elle lui a fait en lui donnant sa confiance. Il rappelle la brillante activité 
de son prédécesseur, ainsi que les hautes suggestions morales et les engagements 
positifs qu'exposait la belle allocution prononcée par M. V. Bérard devant la 
dernière Assemblée générale. Il s'inspirera fidèlement des premières, et s'efforcera 
de préparer la réalisation des projets relatifs à la célébration du Cinquantenaire 
de notre Association. 

Membres nouveaux. — MM. Léon Bluni, professeur de première au Lycée 
Butfon, présenté par MM. Diehl et Th. Reinach. 
Carsten Hoeg, étudiant en Lettres, présenté par M™» Adler et M. Pernot. 
R. Anthony, professeur à l'École d'anthropologie et assistant au Muséum, 
présenté par MM. Robin et Vendryès. 
Nicolas Bertos, présenté par M. Agnostopoulos. 
Chr. Lambraky, présenté par M. Agnostopoulos. 
La Bibliothèque de la ville de Winterthur, présentée par M. Lebègue. 
Fédération des Sociétés savantes de France. — M. Glotz appelle l'attention de 
nos confrères sur les graves difficultés qu'éprouvent les revues savantes et sur 
les» moyens d'y parer. Il existe une fédération des sciences naturelles, des 
sciences physiques et chimiques, des sciences mathématiques. Il en existe égale- 
ment une pour les sciences historiques, philosophiques, juridiques, linguis- 
tiques. On nous demande l'adhésion de l'Association des Études grecques à cette 
fédération. M. Glotz fait valoir, par des arguments très précis, l'intérêt que 
nous aurions à y entrer. Après des observations du président et de M. Vendryès, 
la proposition de M. Glotz est adoptée. La Commission administrative sera 
réunie d'urgence pour examiner la question. 

On désigne trois délégués provisoires qui prendront contact avec la fédéra- 
tion : MM. Fougères, Bourguet et Glotz. 

Volume du Cinquantenaire. — Une liste de souscription est ouverte pour une 
contribution à l'illustration du volume du Cinquantenaire. 

Communication. — M. Vendryès. La connaissance du grec en Irlande au début du 
moyen âge. — On s'accorde à reconnaître le service que, dans les premiers siècles 
du moyen âge, l'Irlande a rendu aux études classiques en offrant un refuge aux 
clercs que la barbarie chassait du continent. Dès la fin du v* siècle, le chris- 
tianisme, introduit en Irlande, y installe avec lui la connaissance de l'antiquité 
classique. Au vi« siècle, des missionnaires de l'tle franchissent les mers, gagnent 
la Grande-Bretagne et le continent, notamment la région des Ardennes, des 
Vosges et des Alpes, y fondant de nombreux monastères où sont cultivées les 
lettres païennes et chrétiennes. 

Plus tard, à la cour de Charleinagne, auprès de l'Anglais Alcuin, se trouvent 
plusieurs savants irlan(|ais <le naissance. Il n'est pas douteux qu'à cette époque, 



— LIV — 

dans les écoles d'Irlande, les lettres classiques fussent en honneur, au moins 
les lettres latines. 

En ce qui concerne les lettres grecques, la question est objet de controverse. 
Deux opinions extrêmes se sont affirmées, l'une attribuant à l'Irlande une florai- 
son d'hellénistes, l'autre allant jusqu'à lui refuser la connaissance du grec. La 
vérité paraît être intermédiaire. Les témoignages dont on peut l'appuyer sont de 
valeur inégale. 

Il faut écarter celui des œuvres irlandaises traitant de motifs d'origine grecque. 
Ces œuvres sont postérieures à la période dont il est ici question et sont 
d'ailleurs suspectes d'avoir été imitées. Tels le Roman d'Alexandre et le Roman 
de Troie. 

Plus importantes sont les données que fournit l'histoire et, notamment, 
l'hagiographie. 

Si les Vies des Saints ont, en Irlande, leurs clichés et leurs poncifs, le fait 
d'attribuer à un Saint la science du grec prouve assez l'estime qu'on fait de cette 
science. 

Un troisième ordre de témoignages, dont on n'a pas jusqu'ici tiré suffisamment 
parti, ce sont les textes irlandais qui contiennent des mots grecs, et notamment 
les glossaires. 

La langue ayant rapidement évolué, il fallait souvent, pour l'intelligence du 
vocabulaire poétique, le secours d'un interprète. Les glossaires faisaient une 
place à l'étymologie et souvent on recourait au grec. 

Deux glossaires surtout sont à mentionner : l'un que composa à la fin du 
IX» siècle l'évoque de Cashel, Cormac mac Guillenain ; l'autre qui fut compilé 
au xiii« s. et reçut de nos jours, à tort, le nom d'O' Mulconry qui est celui d'un 
savant du xvi* siècle. 

11 y a dans ces glossaires deux façons différentes d'utiliser les mots grecs en 
vue de l'étymologie. Tantôt on se sert du mot grec sous sa forme écrite ; ainsi : 
beni'andro ^r^\L% 5v5p6î, cleros icXf,poç, fulœ çuXt^, etc. Cet usage est très fré- 
quent dans le glossaire d'O' Mulconry. Tantôt on se sert du mot grec sous la 
forme qu'il avait dans la prononciation. Ce dernier usage est presque exclusi- 
vement celui du glossaire de Cormac et en partie seulement celui du glossaire 
d'O' Mulconry, compilé de documents variés, dont le glossaire de Cormac lui- 
même. Ainsi : ema atixa, eris atlpsï;, cires '/eïps?, idos slôo;, dilos oc'.lô;, ilaclis 
6)iïXTrjî, idor uSwo, silon \\)\o^, glicin yXvmj, rissis (5f,(Ti<;, reo pïyo;, cantahato 
àxavôiSaTo;. Nous avons donc affaire à deux traditions dillérentes dans l'ensei- 
gnement du grec, l'une écrite, l'autre orale. La tradition orale seuible liée à 
l'étude et à la lecture des textes saints", car deux ou trois étymologies de Cormac 
trahissent l'influence de la langue du Nouveau Testament (ainsi anae, aniae, 
anyon, qui est traduit par le latin dapes pourrait être ràvzyatov de Marc XIV, 15, 
ou Luc XXII, 12; ceus qui est traduit par le latin nnbs pourrait être le yoCi; de 
Marc VI, 11). La tradition orale est plus ancienne. On sait qu'aux ix" et x" siècles 
les invasions Scandinaves ont détruit la situation florissante des monastères 
irlandais. Lorsque les études revinrent en honneur, il fallut créer une tradition 
nouvelle. Quelle relation existait donc, antérieurement au ix« siècle, entre 
l'Irlaa4e et le monde grec ? La répoiîse bous est donnée par un évéï^ement WstQ"? 



— LV — 

l'ique de grande portée, la présence à Cantorbéry comme archevêque, dans la 
seconde moitié du vu" s., du grec Théodore de Tarse, envoyé parle pape comme 
réformateur de la liturgie: il introduisit aussi la connaissance du grec, et son 
influence sexerça en Irlande, où plusieurs péuitenticls furent inspirés de son 
esprit. C'est à lui sans doute qull faut faire remonter l'origine de la tradition 
qui fit connaître et prononcer le grec comme langue parlée dans les monastères 
irlandais. 
xMM. Fougères, l'abbé d'Àlès, Glotz cl Puech présentent des observations. 

No 492. Séance du l" juillet 1920. . 

Présidence de M. Puech. 

Membres nouveaux. — M"» Sjôstedt, licenciée ès-lettres, présentée par 
MM. Bourguet et Vendryès; 

MM. Léopold Druesnes, agrégé des lettres, professeur au Lycée Charlemagne. 
présenté par MM GoUart et Dalmeyda; 

Wintzweiller, élève de l'École normale supérieure, licenciées-lettres, présenté 
par MM. Bourguet et Vendryès; 

Morand-Vérel, présenté par .M'"« Morand-Vérel et M. Lebègue; 

Pupil, ingénieur des arts et manufactures, présenté par iMM. Huet et Margue- 
rite de la Charlonie. 

Commit nicaLion. — M. de Ridder. Terres cuites de Veïes. — 11 s'agit d'un lot de 
terres cuites archaïques de grandeur naturelle, découvertes en 1916 sur la pente 
sud de l'Acropole de Veïes. en face d'isola Farnese, par Giglioli. Ce sont : 1° les 
restes d'un Apollon marchant à grands pas, complet sauf les bras; support à 
palmettes; 2» les jambes d'un Héraklès dont un pied pose sur une biche, avec 
support; 3° une tête d'IIermôs; 4° un fragment de statue drapée. 

Ce sont là les restes d'un groupe important, sans doute Apollon et Héraklès 
se disputant la biche apollinienne (légende delphique), non celle de Kéryneia. 
Ce groupe date de la fin du vi» siècle. Or nous savons que vers cette date les 
Romains ont commandé à des artistes en terre cuite de Veïes : 1» le Jupiter du 
temple Capitolin ; 2° un Héraklès : 3» le quadrige qui ornait le faite du temple. 
Nous pouvons, d'après ces terres cuites de Veïes, nous faire une idée du décor 
de ce premier temple du Capitole (brûlé en 83 av. J.-C). 

Le groupe ne pouvait guère être placé dans le fronton, à cause du poids, le 
temple étant en bois ; ni au-dessus et à mi-hauteur des rampants. Il est donc 
probable qu'il était isolé dans le téménos du temple de Veïes. Il y avait à 
Delphes un groupe représentant la lutte d'Apollon et d'Héraklès, au sujet du 
trépied ; ce groupe de Veïes les représenterait luttant pour la possession de 
la biche. 

MM. Puech, Salomon Reinach, et M""» Massoul présentent des observations. 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 20 MAI 1920 



ALLOCUTION I)E M. VICTOR BÉRARD 



PRESIDENT DE L'ASSOCIATION 



Mesdames, Messieurs, 

Vous aviez espéré que, cette année enfin, la paix rétablie 
vous permettrait de célébrer le cinquantenaire de voire Asso- 
cialion. Dans vos espoirs, c'était moins une fête qu'une reddi- 
tion publique de vos comptes après un demi-siècle d'exercice. 
Il vous semblait qu'au lendemain de la victoire des Peuples 
sur les Empires, de Pallas sur les Barbares, vous aviez à dire 
bien haut comment vous aviez compris et tenu votre rôle dans 
cette double résurrection de la grandeur française et de la 
liberté grecque; vous comptiez que la France et la Grèce de 
1920 pourraient vous rendre cette justice que, fidèles à l'esprit 
comme à la lettre de vos Statuts, vous aviez mis votre ambition 
et votre zèle à servir les deux patries de votre cœur : dans 
leur triomphe commun, vous pensiez avoir droit, vous aussi, à 
une part de leur gratitude. 

La lettre de vos Statuts vous assigne comme premier rôle 
d' (( encourager la propagation des meilleures méthodes et la 
publication des livres les plus utiles pour le progrès des études 
grec(jues », Vous avez toujours vu votre devoir essentiel dans 



LVII 



cette propagation et cette amélioration des études grecques en 
France, dans la connaissance chaque jour plus scientifique et 
plus vulgarisée de l'hellénisme antique, dans la compréhension 
plus intime et l'admiration plus afïectueuse de sa langue et de 
ses parlers, de sa littérature et de ses arts, de sa pensée, de ses 
mœurs et de ses lois, bref de toute sa vie malérielle et morale. 
C'est le but oiî, durant ce demi siècle, ont tendu vos eil'orts, 
et les Français de ma génération sont en âge de mesurer la 
valeur de votre œuvre quand, ù l'antiquité grecque qu'on leur 
enseignait dans nos lycées et nos universités de 1870 à 1880, 
ils comparent celle que vous présentez aujourd'hui a vos étu- 
diants, celle que votre enseignement etvos livres ont désormais 
rendue familière à l'élite et môme à la masse de notre grand 
public. 

Il y a cinquante ans encore, la France ne voyait guère les 
Grecs qu'à travers les Homains : la Grèce et le grec n'étaient 
toujours à ses yeux qu'une province ou comme le berceau du 
latin et de Rome. 

Vous avez accompli l'alTrancbissemcnt des études grecques : 
vous leur avez rendu leur indépendance et leur primauté, 
comme vous rendiez aux dieux de l'IIellade leurs noms et 
leur puissance. Rétablissant Zens sur l'Olympe, Athèna sur son 
Acropole, Hermès sur lo Cyllène el Perséphone dans riladôs, 
vous avez lefait de la pensée et de la langue grecque les 
grandes maîtresses de nos esprits ; vous avez ramené à l'art 
vraiment grec l'émulation de nos architectes, de nos sculpteurs, 
de nos écrivains, de tous ceux qui ont le désir de la beauté. 
C'est seulement en ce dernier demi-siècle que, par vos efforts 
surtout, le farouche vainqueur a enfin relâché de la prise que, 
durant plus de deux mille ans, il avait appesantie sur la Grèce 
captive : vous avez libéré l'hellénisme antique du servage 
romain. 

Mais il était aussi dans l'esprit de nos Statuts de faire passer 
les préceptes et les exemples de cet hellénisme' dans l'idéal 
de notre nation, comme aussi de faire valoir pour la nation grec-- 



LVIII 

que d'aujourd'hui les titres que ses grands ancêtres se sont 
acquis à la reconnaissance du genre iiumain. 

Vous avez donc mis un pareil zèle à servir la commu- 
nauté française, en enseignant sans trêve à tous ses citoyens 
comment le civisme était né, avait grandi, fleuri, trouvé sa 
plus belle expression et porté ses plus beaux fruits dans votre 
Grèce, comment, sur cette terre sacrée de la polis, l'amour He 
la patrie et de la liberté, le respect de la loi et la recherche de 
Testime publique, le sens et la pratique de la solidarité, le 
souci de l'équité et le culte de la gloire haussaient les âmes 
citoyennes jusqu au mépris des autres biens et de la vie même. 

Avezou, AUine, Leroux, Matthis, Girard, Pottier. Déchelette, 
De la Ville deMirmont, Puech, Dtirrbach, Paris, Jean Maspero, 
Lebègue, et tant d'autres qui furent vos auditeurs ou vos lec- 
teurs, vos disciples connus ou inconnus, lointains ou fami- 
liers !... Quand je cherche encore parmi vous les visages de ces 
héros, il me semble i\y\Q, c'est vous, vous et nos maîtres de 
Lacédémone et d'Athènes, qui les avez conduits par la main sur 
la route du sacrifice, en leur répétant les dernières paroles de 
Socrate et de Léonidas, en leur rappelant au départ le serment 
des éphèbes, en leur ordonnant de ne pas revenir s'il le fallait, 
mais de ne pas laisser après eux la cité moins |)uissante et 
moins libre. 

Pour ma part, je ne puis plus entrer dans ma petite salle 
des Hautes-Etudes, je ne puis plus revoir la place où venaient 
les moins dociles peut-être, mais non les moins fidèles ni les 
moins chers de mes élèves_, mon vaillant Pierre Boudreaux, 
mon généreux Adolphe Reinach, sans entendre leurs voix conti- 
nuer notre explication d'Homère et me commenter à leur tour 
ces vers de ÏOdyssée où, d'avance, ils avaient pu lire l'arrêt de 
leur destin : 

Tomber devant sa ville, sur le front de son peuple, pour écarter 



— LIX — 



de sa cité, de ses enfants, la journée sans merci : qui donc, 
mieux que vous, a depuis cinquante ans inculqué à la cons- 
cience française ce suprême devoii- des peuples citoyens? 

Et qui, mieux que vous, a toujours su nippeler au monde 
trop affairé ou Irop oublieux la dette éternelle que tout homme 
pensant, tout peuple libéré garde envers les descendants de 
ceux qui furent, pour l'humanité blanche, les messies de la 
raison, de l'indépendance et de l'ait? 

Sans haine pour les rivaux actuels de l'hellénisme, mais sans 
faiblesse pour ses bourreaux ; sans crainte et sans décourage- 
ment pour son avenir, mais sans complaisance pour ses rôves 
trop grandioses ou pour ses ambitions trop hâtives, vous avez 
toujours su, dans votre affection et dans votre dévoùment, 
garder au peuple grec la place que, depuis un siècle, vos poètes 
et vos politiques lui avaient conquise dans l'amitié de votre 
peuple. Vous l'avez encouragé et secouru aux jours trop nom- 
breux de l'épreuve ; vous l'avez excusé et défendu aux jours 
passagers de l'erreur, ramené et réconcilié aux jours du regret. 

Vous l'avez aidé surtout aux jours de la justice, non seule- 
ment en plaidant sa cause imprescriptible, mais en retrouvant 
les litres indéniables de sa propriété, chaque fois qu'il pouvait 
réclamer et obtenir une nouvelle libération de son héritage : 
Thessalie, Crète, Epire, Macédoine, Iles d'Anatolie, à chaque 
étage du progrès magnifique qui, durant ce demi-siècle, a quin- 
tuplé son royaume de 1830, vous étiez là pour déblayer avec 
lui les alluvions du Barbare, pour écarter les ruines et les ronces, 
pour retrouver le sol, la maison, le temple, la statue, l'inscription 
des aïeux et donner aux puissants du jour la preuve multipliée 
que mille ans d'invasions et de servitudes n'avaient nulle part 
effacé son empreinte et ses droits. 

Après cinquante années de cette double tâche, vous éprouviez 
quelque fierté et quelque hâte à venir dans Paris et dans 
Athènes rendre le compte public de vos actes et de vos pensées. 
Après cinq années de deuils et d'angoisses, vous vouliez donc 
pélébrer à votre façon le retour de la Paix et, comnie le chœur 



LX 



d'Aristophane, vous aviez dit à votre Président, qui n'a jamais 
été que votre premier esclave : « Puisqu'elle est revenue, cette 
aimable déesse, qui sent les fruits d'automne, les flûtes, les 
festins, l'ampiiore renveisée et les grives rôties, et le civet 
de lièvre, que l'on nous rende enfin ces douceurs de la Paix, 
les beaux paniers de figues, les myrtes, le vin doux ! Mettons- 
nous en chemin pour revoir notre vigne! je voudrais embras- 
ser, après de si longs mois, les figuiers que ma main planta 
dans mon jeune âge! »... 

Au prix où sont lesjigues, les myrtes, le vin doux et les grives, 
même les merles, et le moindre voyage, votre esclave, malgré 
son zèle, n'a pas pu exécuter vos ordres. Il faudrait aujour- 
d'hui avoir en poche tout l'or d'Artaxerxès pour oser dire à un 
ami: « Assieds-toi là! buvons ensemble à la coupe de l'amitié ». 
Au temps d'Homère, les amis de la Muse étaient déjà de très 
anciens pauvres ; de toutes les traditions helléniques, il n'en 
est pas une autre à laquelle vous ayez été si obstinément fidèles. 

Mais si vous ne ^pouvez rien célébrer aujourd'hui ni dans 
Paris, ni dans Athènes, demain, oh ! demain ! vous veirez les 
belles réjouissances que saura vous donner mon successeur. 
Vous l'avez vu souvent à l'œuvre; cette fois, il aura la colla- 
boration promise de celui qui, depuis trois Olympiades, fut le 
magicien de la Grèce ; c'est Eleuthère Vénizélos qui vous orga- 
nisera demain — je veux dire l'an prochain — les fêtes de cette 
paix qu'il vient de ramener toute fleurie en ce Levant ravagé 
par huit années de guerre. 

Prenez patience quelques mois encore et regardez, en atten- 
dant, les merveilles que cette paix promet à vos études. 
C'est pour vous, d'abord, qu'elle semble avoir été faite, pour 
vous ouvrir enfin ces périodes et ces régions interdites autour 
desquelles rôdait votre curiosité, mais dont le Barbare vous 
disputait encore l'accès ou la paisible jouissance. Car, malgré 
tout votre travail, vous n'aviez pu restaurer encore en ce demi- 
siècle qu'une faible partie du grand œuvre panhellénique. 

Pe la chute de Troie à la cbqle de Conslantinople, les vingt- 



LXI 



cinq siècles de rhellénisme ne nous sont connus que par cou- 
ples isolés, par périodes disjointes: Grèce mycénienne, Grèce 
athénienne, Grèce alexandrine, Grèce byzantine, Grèce franque, 
nous en voyons devant nous quatre ou cinq pans à peu près 
relevés, mais séparés les uns des autres par les ruines abon- 
dantes et les végétations parasites d'autres siècles inexplorés. 
Avant la Grèce mycénienne, qu'était la Grèce primitive?... 
Kintre la Grèce de Gnossos et de ïyrinthe et la Grèce d'Athènes 
et de Sparte, (juc fut cette Grèce de Miletet des Iles, patrie du 
temple, de l'épos etde la lyre ?... Après Athènes et Sparte, après 
Alexandre, que fut la Grèce d'Antioche, de Tarse et de Ctési- 
phon?... Après la Grèce de Byzance, que fut la Grèce deTrébi- 
zonde?... sans parler de ces Grèces exotiques de lîactres et d'A- 
dulis qui vous attireront quelque jour vers les confins extrêmes 
de l'univers antique?. . . 

De ces Grèces inconnues, n'est-il pas vrai que le mystère 
exaspérait parfois votre besoin de savoir? En ce dernier demi- 
siècle, la brusque révélation des splendeurs mycéniennes 
n'avait un instant retenu tous vos regards et tout votre cœur 
que pour surexciter ensuite votre volonté de comprendre cet 
incompréhensible miracle, den découvrir les origines et les 
ressorts, d'en dégager les suites et les héritages. Quels rapports 
unissaient cette civilisation de l'Egée avec les antiques cultures 
de laChaldée, de la Phénicie et do lEgypte?... Que devaient à 
leur tour Tlonie d'Homère et 1 Eolide de Sapho aux pre- 
miers écrivains de Gorlyne, et les premiei's artisles de Milet et 
de Samos aux plus vieux modeleurs, ciseleurs, architectes et 
sculpteurs des grands palais crétois?...- 

C'est en vain que vous tourniez vos regards vers les rivages 
de Tyr, d'oi^i le taureau d'Europe et les lettres de Cadmos étaient, 
dit-on, venus, et vers les rives du Xanthos lycien et du Méandre 
de Carie, où les fils deMinos s'étaient, dit-on, réfugiés, et vers 
ces profondeurs de l'Anatolie et de l'Orienj: d'où les fils de Pélops 
et les filles de Danaos avaient tiré leur origine. Vos explora- 
teurs avaient reconnu ces nouveaux domaines promis à votre 



— LXIt — 

recherche. Ils avaient paitout relevé les souvenirs de l'antique 
passé; ils éveillaient en vous les plus vastes espoirs. Mais, si 
vos études s'implantent parfois sur la terre barbare, il semble 
qu'elles ne fleurissent et ne donnent vraiment qu'en terres rédi- 
méesiil a fallu l'autonomie, puis l'indépendance Cretoise pour 
vous restituer l'Hellade minoenne. Voici l'autonomie deSmyrne 
et de l'Ionie, voici l'indépendance deLesbos, de Chios, de Samos 
et de Gos pour nous rendre l'Hellade d'Homère, d'Alcée 
et d'Hippocrale. Voici la libération de la Cilicie et de la Syrie 
pour nous rouvrir les tombes, les palais, qui sait? les archives 
peut-être et les bibliothèques de Pygmalion, d'FIiram et d'Agé- 
nor. Voici la Séleucie du Tigre, voici tout le royaume des Séléu- 
cides, et la grande Antioche, et la royale Édesse, placés sous 
votre contrôle ou celui de vos alliés. Vos premières avant-gar- 
des européennes viennent d'y ramasser le plus vieux parchemin 
écrit en lettres helléniques: depuis dix-neuf siècles bientôt, il 
attendait dans la huche d'un Kurde les regards de vos envoyés. 
Comme l'Egypte des Ptolémées nous a rendu ses papyrus et, du 
coup, renouvelé de fond en comble une moitié de nos études, 
la Syrie des Antiochosva-t-elle créer parmi nous une nouvelle 
science des manuscrits et des textes liellénistiques? 

A la fin du xvui^ siècle, on eût sans doute stupéfait nos 
hellénistes, nos philosophes et nos écrivains en leur pré- 
disant que, vingt ans après la mort de Voltaire, toutes nos 
connaissances historiques, toutes nos vues du passé, toutes nos 
croyances, toutes nos traditions seraient bouleversées par le 
débarquement d'un petit Corse aux boucbes du Nil et que son 
apparition sur les ruines de Memphis réveillerait les quarante 
et cinquante siècles dont il saluerait le reflet au flanc des Pyra- 
mides. Au début de notre vingtième siècle, je ne crois pas que 
le débarquement des Anglais aux bouches des Fleuves paradi- 
siaques et leur montée vers Babylone, vers Clésiphon et vers 
Ninive soient de moindre importance. Nous sourions aujour- 
d'hui quand nous reprenons les plus savants mémoires de nos 
prédécesseurs, sujets de Louis XV, contemporains deVEncyclo- 



— LXIU — 

pt'die.... Nous verrons avant dix ans peut ôtre les mômes sou- 
rires sur les lèvres de nos élèves, devenus nos maîtres, quand 
ils auront à rendre les derniers hommages à quelques-uns de 
ceux qu'environnent aujourd'hui notre admiration et notre 
respect. 

Du moins, nos successeurs devront-ils nous rendre cette 
justice que, d'avance, nous nous sommes réjouis et les 
avons félicités de leurs conquêtes ! S'ils rejettent nombre des 
affirmations et des hypothèses auxquelles nous attachons 
aujourd'hui tant de prix, peut-être n'oublicront-ils pas que, 
sans le travail scientifique et civique do ces cinquante années 
dernières, leur œuvre future eût été impossible, et quand, année 
par année, ils reliront la liste de vos moris, j'ai foi pour votre 
Association dans la justice de l'avenir. 

Celte année encore, quel inventaire «le vertus et d'efTorts, de 
services et de découvertes peuvent od'rir les seuls noms et les 
seuls titres de ceux que vous avez perdus ! et comme en celte 
liste funèbre tous les mérites et tous les caractères de votre 
Association se trouvent représentés! 

I^]n un Héron de Villefosse, qui vous appartenait depuis 
quarante-huit ans (1872), en un Imhoof-Blumer, venu à vous 
depuis 1901, se continuaient leî% convictions, le viril esprit, 
le désintéressement sacré des plus vieux humanistes. J'ai eu le 
grand honneur durant un quart de siècle d'être le collègue aux 
Liantes Etudes de ce conservateur du Louvre, qui sauva notre 
Musée des Antiques de la folie des Erostrates : jamais homme 
ne porta plus discrètement un si bel état de services envers la 
patrie et l'humanité ; vous n'avez pas oublié comment il vous 
présida, voici vingt ans tout juste, et comment il vous remer- 
ciait d'un honneur qui, dans votre pensée, n'avait été qu'un 
faible tribut de votre reconnaissance. 

En un Jules Petitjean (1893), en un G. Papavassiliou (1889), 
en un D. Vénétoclès (1879), se continuaient pareillement la 
foi inébranlable et le labeur obstiné de ces missionnaires de 
l'hellénisme parmi les générations nouvelles, que sont nos 



LXIV 



collègues de renseignement secondaire. Sans eux, votre Asso- 
dation n'aurait qu'une lointaine influence sur les esprits. 
C'est par eux seulement que vous avez une prise immédiate 
sur le présent et l'avenir. Ils ne sont pas seulement les néocores 
qui écartent du temple les superstitions de la routine, les 
hérésies de l'ignorance ou de la hâte, les blasphèmes de l'in- 
crédulité et de Tinlérêt : ils sont aussi les mystagogues et les 
hiérophantes qui vous amènent les initiés et, de génération en 
génération, rocrutonl vos fidèles. Nul dans ce rôle n'eut pour 
vos révélations autant de piété et d'activé sollicitude que Jules 
Petitjean : pour mieux vous servir, il avait pris ses deux 
agrégations des lettres et de grammaire, et le jour où M. Alfred 
Croiset voulut faire passer (|^ns le courant universitaire les 
prémices de toute une vie de savant, Jules Petitjean put lui 
fournir un collaborateur digne de l'entreprise. 

Un baron de Courcel (1886), grand diplomate et grand admi- 
nistrateur, un Charles Ravaisson-Mollien (1898), héritier et 
continuateur d'une gloire de l'érudition et de l'art, un H. -A. Vas- 
nier (1894), passionné pour toutes les questions de progrès 
social, représentaient parmi vous cet impérissable attachement 
des plus nobles esprits de France au culte de l'antiquité : hel- 
léniste et philhellèue sont en ce pays des titres de noblesse, qui 
sont d'autant plus recherchés par les gens de cœur qu'ils n'ap- 
portent avec eux que des charges et des devoirs. 

Tous ceux-là sont partis ayant achevé leur carrière : en 
M. Duquesney, qui ne nous appartenait que depuis 1915 
et qu'un accident de vacances vient d'enlever en pleine 
force, la Grèce aurait aussi reconnu l'un des siens, l'un de ces 
élus que les dieux ravissent aux douleurs de .la vie et aux len- 
teurs de la vieillesse ; mais tous ceux qui l'ont approché regret- 
tent que notre France et nos éludes se soient vu enlever un 
pareil serviteur. 

Dans son Rapport sur les Travaux et les Concours de l'année 
1919-19W, notre secrétaire va vous dire quelle confiance vous 
pouvez avoir dans les destinées scientifiques de votre Association 



JL,XV 

et dans les remplaçants qui viennent aujourd'hui combler les 
vides de la mort et de la guerre. Depuis longtemps, je crois, 
nous n'avions pas ofYert à nos lecteurs un tableau aussi complet 
des études helléniques : toute la Grèce antique s'y trouve repré- 
sentée ot, ([uaud je vous dressais tout à l'heure la carte des 
terres rédimées ou libérées, où vous auriez à envoyer les pion- 
niers de la restauralion ot de la reprise, il me semblait que 
vous aviez déjà sous la main tous les chefs de celle vaste entre- 
prise : Hyzance, \sie-Mineure, Syrie, écoutez seulement le 
rapport de M. G. Dalmeydaet voyez s'il nous manquera demain 
un seul des spécialistes nécessaires. 

Mais peut-être ce Rapport de notre trésoi'ier vous montrera- 
t-il un avenir plus. difficile. Il est un point surtout qui doit 
retenir votre attention pour susciter votre générosité et votre 
propagande. Notre Revue des Études grecques est assurément le 
plus beau de nos litres au respect et à la popularité dans les 
bibliothèques <lcs deux mondes. Sans y être obligés par nos 
Statuts, nous en avons fait jus(|u'ici le service gratuit à tous 
nos adhérents. Vous savez quel dévouement notre Rédacteur on 
chef apporte à sa lourde tâche. Il vous dit aujourd'hui, par ma 
bouche (car je ne forai que vous lire sa lettro) : 

M... 

Pour notre Association, comme pour la Franco entière, les temps 
sont peut-être glorieux, mais assurément durs. 

Le 7 mai 1917, l'Association avait cinquante ans révolus. Pour 
célébrer cet anniversaire, les hellénistes de France et des pays amis 
collaborent à un volume qui prendra dans la série de notre Revue la 
place de l'année 1919; le volume du cinquantenaire témoignera de 
la situatioa qu'occupe notre Association parmi les sociétés savantes 
de l'Europe. 

Mais voici le revers de la médaille. Nos ressources tinancières 
commencent à être déplorablemenl insutïisanles. Nos rentes n'ont 
pas augmenté; les subventions qu'on nous accordait ont diminué 
ou nous sont versées par intermittences; le montant des cotisations 
est tixé par nos Statuts à un taux infime. Nous avons réussi jusqu'à 

REG, XXXIll, 1920, n» 154-155. e 



— LXVl — 

présent à offrir gratuitement la Revue aux membres de l'Association. 
Ce n'esl plus possible; le papier et l'impression sont trop chers. 
Une année de la Revue représente un cadeau dont le prix de revient 
est à peu près le double de la cotisation annuelle. Malgré la bonne 
volonté de notre éditeur, nous ne pouvons pas soutenir plus long- 
temps un pareil effort. 

Le prix de l'abonnement à la Revue, qui était de dix francs, 
devra être doublé. Dès lors, l'adhésion à l'Association n'entraînera 
plus le droit à la Revue. A la cotisation de dix francs, quelle soit 
payée annuellement ou qu'elle soit rachetée, les membres de l'As- 
sociation devront ajouter un supplément annuel de dix Irancs pour 
l'abonnement. 

Nous ne doutons pas qu'une mesure aussi nécessaire et aussi 
modérée rencontre une approbation unanime. S'il se trouvait, 
néanmoins, des confrères désireux de s'en tenir à la cotisation 
statutaire, nous les prions d'aviser au plus tôt de leur décision notre 
trésorier, M. Henri Lebègue, 44, rue de Lille : à ceux-là nous n'en- 
verrions plus, après 1920, que la Partie administrative de la Revue 
avec les Actes de rAssociation. Mais ce cas, prévu par une prudence 
exagérée, ne se réalisera pas. A partir de 1921, les membres ordi- 
naires joindront les dix francs de l'abonnement ayx dix francs de la 
cotisation, et les membres donateurs paieront dix francs pour 
l'abonnement annuel. 

Cette lettre de M. Glolz sera envoyée à tous les membres de 
Y Association : à vous, mes chers collègues, d'expli(juer la néces- 
sité, la justice de cette mesure à tous ceux qui pourraient, à 
première lecture, s'en étonner ou s'en plaindre... 

Et maintenant que je vais remettre à d'autres mains cette 
présidence qui fut le plus grand honneur de ma vie universi- 
taire, laissez-moi vous remercier encore de me l'avoir confiée; 
laissez-moi vous présenter aussi mes excusés de ne l'avoir pas 
exercée durant ces derniers mois avec loule l'assiduité que 
j aurais voulue; Tune de ces surprises inhérentes aux régimes 
démocratiques m'a trop souvent retenu loin de vous. Pour 
compenser un peu ces absences involontaires du passé, me 
permettrez-vous de vous offrir, s'il en était jamais besoin pour 



— txvii — 

vos droits ou pour vos désirs, l'avocat le plus dévoué, 
sinon le plus utile, devant la âouX/] et le ô^uo; de notre 
république? La tâche me sera facile : avant d'en avoir 
fait l'expérience moi-môme, je ne pouvais pas me douter de 
la confiante estime que les électeurs de France et leurs repré- 
sentants peuvent témoigner aussitôt à ceux qui leur apportent 
quelque connaissance des plus anciennes démocraties. Et s'il 
m'était encore permis de prononcer un mot, ce serait le plus 
reconnaissant des mercis à tout votre bureau, oii je n'avais à 
l'avance que des amis, où j'ai trouvé à toute heure les plus 
assidus, les plus complaisants, les plus indulgents des collabo- 
rateurs et des suppléants. 



RAPPORT DE M. G. DALMKYDA 

SECRÉTAIRE DE L'ASSOCIATION 

SUR LES TRAVAUX ET LES CONCOURS DE L'ANNÉE 1919-1920 



Mesdames, Messieurs, 

Je vous parlais il y a un un des difficultés, des « crises » 
dont nos études, comme toutes les aulrcs, auraient pour 
quelque temps à souffrir. Et voici pourtant que vos lauréats, 
au nombre de trois en 1919, sont, en 1920, au nombr'e de six. 
Rien, dans les circonstances présentes, ne serait plus agréable 
à votre rapporteur que de s'avouer mauvais prophète. Mais ce 
grand progrès, hélas! n'est qu'apparent, et les difficultés que je 
rappelais subsistent, impitoyables. Nos jeunes savants vien- 
nent à peine de se remettre au travail et le bon Ghrémyle ne 
s'est pas encore avisé de les faire accompagner de Ploutos chez 
les éditeurs. Parmi les ouvrages que vous récompensez il en 
est plusieurs qui étaient achevés en 1914. Mais il serait peu 
sage de s'attarder à de vaines appréhensions qui peuvent être 
heureusement trompées, surtout quand'le présent nous apporte 
des études excellentes, et dont je ne pourrai parler que trop 
brièvement. 

Votre commission attribue le prix Zappas à M. Emile Renauld 
pour ses thèses de doctorat consacrées à la langue et au style 
de Michel f*sellos. Le travail est nouveau et valait d'être 
entrepris. C'est une figure singulièrement intéressante que 



LXIX 

celle de co polygraphe qui fut historien, philosophe, professeur 
et homme d'Etat. Les historiens de la littérature byzantine lui 
font, comme il convient, une place à part : au milieu de 
tant d'éciivains arides et sans personnalité, il est, en effet, toute 
vie et tout tempérament; mais sa langue n'avait pas encore été 
l'objet d'une étude spéciale; M. Renauld nous en apporte une, 
méthodique et complète, et qui sera la bienvenue. Sa thèse 
complémentaire est un Lexique choisi de PsoUos : c'est la 
réduction d'un grand lexique que l'autour avait achevé et qui 
comprenait tous les mots du vocabulaire de Psellos, aussi bien 
ceux qui proviennent de l'âge classique que ceux qui datent des 
temps byzantins. L'impression complète d'un manuscrit qui 
comptait plus de mille pages offrait, dans l'état présent de la 
librairie, de singulières difficultés. M. Renauld, se résignant à 
mutiler son ouvrage, s'est donc borné à publier les mots de la 
période byzantine, dont il donne d'abord la liste générale et 
qu'il classe ensuite en deux index spéciaux : mots de l'usage 
général des écrivains byzantins, néologismes de Psellos; ce 
choix fournit déjà à la lexicographie byzantine environ 2,300 
mots dont un millier ne nous sont connus que par Psellos. On 
voit par là que s'il est souhaitable que M. Renauld puisse un 
jour publier son ouvrage intégral, la réduction qu'il enafaite 
nous est déjà fort précieuse. 

La thèse principale nous donne, sur la langue et le style de 
Psellos, une étude qu'on ne pouvait souhaiter plus riche ni 
plus minutieuse. La langue dont Psellos recommande expres- 
sément l'emploi est la xoivT, ; mais ce terme est équivoque : ce 
n'est pas la langue de la tradition orale, dont l'évolution a donné 
naissance au grec moderne ou, plus exactement, au grec parlé 
d'aujourd'hui ; c'est la langue de la tradition écrite, langue 
savante, conventionnelle, vaiiant avec la culture de ceux qui 
l'emploient, et qui subsiste encore aujourd'hui sous le nom de 
langue puriste. Il est frappant de voir combien Psellos est 
soucieux d'écrire correctement, purement, selon les règles et 
l'esprit de la langue ancienne. Et cependant force lui est 



— LXX — 

quelquefois de se plier à l'usage byzantin, ou même à Tusa^e 
vulgaire. Et en edet quelle tour d'ivoire pourrait soustraire un 
écrivain à l'ébranlement que l'évolution de la langue parlée 
communique à la langue écrite? Or cet ébranlement se fait 
assez fortement sentir au xi^ siècle. Les cas, les temps, les 
modes ne connaissent guère plus de domaine propre : le datif 
est menacé et délogé par l'accusatif, l'optatif par le subjonctif, 
l'infmitif par des constructions analytiques ; les prépositions et 
les négations sont dans un trouble presque anarchique ; l'emploi 
ou la suppression de la particule av est un double principe de 
désorganisation. Dans cette confusion, oii le philologue ne voit 
que des lois naturelles, Psellos résiste et tient bon, ainsi que le 
marin dans la rafale : comme un conservateur obstiné dans une 
tourmente révolutionnaire, il défend pied à pied les privilèges 
de la langue écrite : il lutte pour maintenir, autant qu'il se 
peut, l'intégrité de la tradition classique, et cet effort n'est pas 
vain, puisqu'il a pour effet de préparer l'œuvre de la Renais- 
sance. 

Ce purisme n'est assurément pas sans dangers : Ilesseling 
fait observer avec raison qu'une époque oii la langue écrite est 
aussi distante de la langue parlée n'est guère capable de pro- 
duire des œuvres qui puissent prendre place dans la littérature 
universelle. Cependant, Psellos n'est pas un puriste à la façon 
des atticistes du n* siècle avant notre ère : il fait bon accueil aux 
néologismes, et ses idées sur l'imitation sont très saines : c'est 
par des qualités originales, par une couleur propre qu'il s'ef- 
force d'égaler ses modèles : le sentiment n'est pas étouffé par 
le souci de Tart : l'auteur ne cache pas l'homme. M. Renauld 
nous fait un commentaire excellent d'une des compositions les 
plus attachantes de Psellos : VOraiso?i funèbre de sa mère. La 
facture en reste toujours habile ; mais le pathétique est grave 
et sincère: Psellos nous communique son émotion quand il 
nous retrace dos tableaux de son enfance ou quand il nous 
raconte comment, au cimetière, il rencontre des parents assem- 
blés pour pleurer sa sœur, dont il ignorait la mort. La page est 



LXXI — 



célèbre ot digne de l'être. M. Ch. DieliKqui la cite dans ses FùfU- 
res byzantines, d,TQ.\(i\é avec délicatesse tout ce qu'elle contient 
de douleui- vraie, et aussi tout ce qui s'y i-etrouve de souvenirs 
classiques et païens, car cette Byzance chrétienne reste tout 
imprégnée d'antiquité hellénique: « Ce n'est point aux portes 
de Constantinoplc que nous transporte le récit de l'écrivain 
byzantin; c'est bien plutôt dans cet admirable et mélancolique 
cimetière du Céramique d'Athènes, parmi les hautes stèles 
sculptées que les survivants viennent parer de bandelettes et 
de guirlandes de tleurs ». Et si la rhétorique n'est jamais 
absente d'un ouvrage de Psellos, sincère et touchante est aussi 
la lamentation funèbre, le mirologue qu'il improvise devant le 
tombeau de sa sœur. 

Psellos a tant de qualités brillantes, que M. Renauld serait 
vraiment excusable de le surfaire. Il a su s'en garder, cepen- 
dant, et sa critique nous montre avec une lucidité parfaite les 
mérites et les défauts de sou auteur. 11 relève, notamment, ce 
manque de mesure, d'équilibre, de simplicité qui est la tare de 
cette œuvre si originale. Et .pourtant si Psellos met de la 
ctjquetterie jusque dans la philosophie et dans la science, si sa 
prose d'art est faite pour charnier des raffinés, il n'a pas assez 
de louanges pour les écrivains qui savent être vrais et simples. 
Mais pouvait-il l'être lui-môme? On en peut douter. La simpli- 
cité, dit avec rais.on JNeumann, est chose presque impossible 
« en une langue que n'alimente plus la source nourricière du 
mot vivant et parlé, et dont l'existence ne se prolonge que par 
les monuments écrits ». Très supérieur aux beaux esprits byzan- 
tins, Psellos reste, malgré tout, de leur école. 

Si complète et soignée que soit l'étude de M. Renauld, elle ne 
saurait échapper à certaines critiques. Peut-être trouvera-t-on 
qu'une part assez large ou même suffisante n'a pas été faite à la 
linguistique ; l'étude de la morphologie et de la syntaxe pourra 
être rectifiée sur certains points : mais, ici, la responsabilité 
de l'auteur n'est pas en cause, car nous ne possédons de la 
plupart des œuvres de Psellos que des éditions misérables, et 



LXXII 



M. Renauld, toujours 1res circonspect, a pris soin, quand il l'a 
pu, de recourir aux manuscrits. Et son livre n'a pas seulement 
cesqualités solides : il est écrit d'une forme aisée qui se relève 
par moments d'une image iieui-euse ; la science austère n'a pas 
exclu la verve, notamment dans le chapitre du style, visible- 
mefit écrit avec prédilection; les traductions sont colorées et 
vivantes, mérite appréciable, car l'obscurité du texte aurait pu 
paralyser, ou tout au moins refroidir un helléniste moins sûr 
que M. Renauld. Telles sont les qualités séripuses et distinguées 
do cette étude, la plus considérable qui ait'été consacrée soit 
en France, soit à Tétranger, à la langue d'un écrivain byzantin. 
Le prix Zographos est partagé entre M. Jean Hatzfeld pour son 
onvrage sur Les trafiquants italiens dans l'Orient hellénique, et 
M. Jérôme Carcopino pour son étude sur La loi de Hiéron et les 
Romains. L'ouvrage de M. Hatzfeld est une thèse de doctorat 
qui se trouvait terminée en mai 1914. On voit dans quelles 
circonstances elle s'est imprimée et combien sont valables les 
excuses de l'auteur pour quelques imperfections ou quelques 
lacunes inévitables. M. Hatzfeld avait déjà publié en 1912, dans 
le Bulletin de Correspondance hellénique., un article de plus de 
deux cents pages sur Les Italiens rendant à Délos mentionnés 
dans les inscriptions de l'île. Les fouilles ayant fait connaître 
un grand nombie d'inscriptions de tout genre Où étaient nom- 
més des Romains et des Italiens, l'auteur avait jugé le moment 
venu de présenter un tableau aussi complet que possible de la 
communauté italienne de Délos. Une très uÏ\\q prosopographie 
était suivie d'intéressantes remarques historiques, notamment 
•sur les professions des Italiens de Délos et sur leur organisa- 
tion. Cet article, en vertu d'un privilège très justement accordé 
à nos jeunes savants mobilisés, a été présenté comme thèse 
complémentaire de doctorat. Bien préparé par ses études 
déliennes, M. Hatzfeld pouvait entreprendre un travail à la fois 
plus large et plus précis, restreint aux negotiatores., mais étendu 
à tout l'Orient hellénique. Des travaux avaient été déjà publiés 
sur ce sujet; mais dans le cadre restreint d'une dissertation 



LXXIII 

OU (l'un article d'encyclopédie, ils ne pouvaient embrasser 
toute retendue de la question. M. llalzleUi l'a tenté avec succès. 
Il prend soin, cependant, de limiter son travail, et il en exclut 
les publicains, « personnages d'un caractère presque officiel », 
dont le centre d'organisation est à Rome. Peut-être en aura-t- 
on quelque regret. 

Que sont et que font ces trali(iuauls ? Ils appartiennent, pour 
la plupart, à la bourgeoisie municipale, à la classe moyenne 
des villes d'Italie; ce sont des provinciaux actifs et sérieux, 
que la grande ville n'attire pas, ((ui ne sont ni ambitieux ni 
avides de plaisir, mais qui ont l'esprit d'entreprise et ne 
craignent pas d'aller au loin travailler ou tenter fortune. Leurs 
professions sont d'une étonnante diversité : on se représente 
d'ordinaire le negotiator romain comme un financier, un « ma- 
nieur d'argent » qui ne répugne pas à l'usure : c'est mécon- 
naître sa variété d'aptitudes; en réalité nous voyons ces 'Ptomaloi 
« banquiers, armateurs, marchands d'huile ou de vins italiens, 
importateurs de produits orientaux, directeurs d'exploitations 
minières ou agi-icoles, grands éleveurs, fabricants d'objets d'art, 
acteurs et imprésarios ». 

La politique de Rome en Grèce et en Asie a-t-elle été intluen- 
cée par l'expansion de ces trafiquants ? C'est une question très 
intéressante que M. Hatzfeld résout avec beaucoup de méthode 
et de clarté. Au temps des deux premières campagnes de Macé- 
doine et de la guerre contre Antiochus, aucune 'préoccupation 
de ce genre ne se montre dans la politique romaine ; au milieu 
du h' siècle, certains événements (troisième guerre de Macé- 
doine, cession de Délos aux Athéniens, humiliation de Rhodes, 
desti^ction de Corinlhe) semblent marquer de nouvelles ten- 
dances; mais un examen attentif des faits montre encore le peu 
d'influence des npgotiatores sur la politique orientale. Il n'en 
va pas de môme plus tard : les gens d'affaires de Rome sont 
intéressés à Xager publicus de Grèce et à la ferme des impôts 
d'Asie; mais ce ne sont pas les trafiquants italiens, c'est la 
haute finance, ce sont les compagnies de publicains qui donnent 



LXXIV 



à la politique romaine son caractère de brutalité. M. Haizfeid 
peut donc conclure que les negotiatores ont pu profiter de la 
politique de Rome, mais qu'ils ne Tont jamais dirigée. 

Quel a été leur rôle dans l'histoire des rapports entre Tltalie 
et rOrient hellénique? Voici des gens d'affaires qui viennent 
s'installer dans des pays que Rome traite avec ménagement, 
dont les mœurs sont paisibles, la culture raffinée : ils n'éprou- 
vent pas le besoin de se concentrer en sociétés fermées : des 
conventiis analogues à ceux d'Occident ne se formerortt qu'assez 
tard, à l'époque impériale : les 'Pwjjialo', vivent de la vie des 
Grecs, fréquentent leurs gymnases et leurs palestres (des graf- 
fites en font foi), exercent des magistratures; ils finiront par 
constituer, avec les Grecs entrés dans la cité romaine, l'équiva- 
lent de cet élément levantin qui réunit aujourd'hui des descen- 
dants de familles «franques » et des indigènes devenus citoyens 
français, anglais ou italiens. Ainsi les negotiatores n'ont pas 
fait triompher la langue, les mœurs ni les cultes d'Italie : ils 
ont été assimilés par l'hellénisme. 

Les recherchées de M. llatzfeld attestent une érudition solide, 
une pleine possession des textes littéraires et des documents 
épigraphiques, dont quelques-uns ont été découverts par l'au- 
teur ; l'exposé, remarquablement clair, va droit au but, sans 
digressions ni hors-d'œuvre ; les discussions et controverses 
sont serrées et précises ; les comparaisons historiques — notam- 
ment avec le moyen-âge — s'arrêtent exactement où il convient. 
Et si cette concision et cette rigueur donnent au lecteur toute 
sécurité, l'ouvrage a néanmoins un intérêt vivant : on s'arrê- 
tera volontiers au chapitre qui traite des professions, à ces 
'P(ojjLa~.oi. organisateurs de spectacles dramatiques ou entrepre- 
neurs de tournées, ou encore à ces directeurs d'ateliers fabri- 
quant à la grosse des œuvres d'art qui sont importées en Italie 
et vont à Rome orner la galerie de petits amateurs qui ne sau- 
raient payer très cher les œuvres authentiques des bons sta- 
tuaires. On ne goûtera pas moins le relief avec lequel s'enlève 
la figure de M'. Curius dont certains textes, par heureuse for- 



— LXXV — 

tune, permettent de préciser les traits. A côté des trafiquants 
modestes et d'humble origine, ce negotiator de Patras nous 
représente de façon assez avantageuse un type de grand com- 
merçant romain établi en Grèce au i*'' siècle avant notre ère. 11 
est enfin un mérite qui ressort des observations qui précèdent, 
et dont il convient de faire honneur à M. Ilatzfeld. Le souci du 
détail n'a pas exclu les vues d'ensemble : son étude n'est pas 
une sorte de monographie sans perspective; elle se dessine sur 
un assez large fond. Cette saine méthode historique est celle que 
votre Commission se plaira toujours le plus à récompenser. 

L'ouvrage de M. Jérôme Garcopino, La loi de Hiéron et les 
Romains, a été présenté h. la Faculté comme thèse complémen- 
taire : le permis d'imprimer est du 12 décembre 1914, la thèse 
a été soutenue cinq ans après, jour pour jour. L'auteur, qui a 
été mobilisé dans l'intervalle et a rendu de grands services à 
l'armée d'Orient — deux belles citations en font foi — aurait 
pu se dispenser de présenter une thèse complémentaire en ren- 
voyantJa Faculté à tant de remarquables articles qu'il a publiés, 
ou, mieux encore, à son ouvrage sur l'ostracisme, le meilleur 
qu'on possèd.e sur la question. Il ne l'a pas voulu et nous devons 
nous en féliciter. Peu de thèses principales ont, en efl'et, la 
valeur de ce travail, qui est de premier ordre. 

M. Garcopino s'est proposé d'étudier d'après le De frumento, 
— la moins ornée, mais aussi la plus nourrie des Verrines — 
l'organisation de l'impôt direct tel que la République romaine 
l'a prélevé dans la plus ancienne de ses provinces. La concep- 
tion du travail est nouvelle. Les études sur la Loi de Hiéron 
antérieures aux trouvailles pa pyrologiques étaient exposées à 
d'assez graves erreurs : telle est celle des historiens qui tiaitent 
de la législation financière de la Sicile comme si elle était 
d'essence purement romaine. En 1903, M. Rostovtzeff avait, 
d'après la loi des Revenus de Ptolémée Philadelphe, esquissé 
une très intéressante reconstitution de la loi de Hiéron. M. Gar- 
copino a été, lui aussi, frappé des analogies que présente cette 
loi avec la ferme égyptienne ; il reconnaît que la loi de Hiéron 



LXXVI 



procède de la loi ^e Philadelplie : il relève cependant son ori- 
ginaliLé et constate que le Syracusain ne copie pas, mais trans- 
pose. Le trésor égyptien percevait un impôt de. quantité que 
justifiait l'uniformité avec laquelle, chaque année, le Mil épan- 
dait son limon fertilisateur. Rien de plus variable, au contraire, 
que les récoltes siciliennes : aussi l'impôt sera-t-il de quotité : 
le cultivateur livrera le dixième de sa récolte. Ce sont les magis- 
trats des TtôXe'.; qui reçoivent les déclarations des contribuables 
et modèrent les exigences des décimateurs : ainsi la perception 
du tribut se trouve habilement associée à l'indépendance des 
cités. M. Carcopino utilise donc avec autant de prudence que 
de perspicacité le rapprochement très frappant suggéré par le 
Papyrus des Revenus : il estime cependant que certaines ques- 
tions essentielles ne peuvent être résolues que par un examen 
critique du De friimento ; c'est cet examen qui est le fondement 
solide et sûr de son travail. 

L'intérêt principal de cette étude difïicile, oi\ l'auteur montre 
autant de sûreté d'analyse que de connaissance approfondie du 
droit romain, est d'appoiter une importante contribution à 
l'histoire politique, économique et administrative de la Sicile 
indépendante ou réduite en province romaine. Elle nous fait 
connaître, par surcroît, ce que le discours de Cicéron contient 
de vérité et d'artifice. On sait que Verres a trouvé des défen- 
seurs ; un élève de Mommsen, Degenkolb, a môme tenté sa 
réhabilitation. M. Carcopino estime que c'est une gageure impos- 
sible à tenir, après le désaveu de Métellus, le silence de la 
défense, et la fuite de l'accusé. Mais il croit prudent de distin- 
guer toujours entre les faits qu'atteste Cicéron et la couleur 
dont il les revêt ou les conclusions qu'il en tire. Parmi les 
mesures mauvaises qui sont prises par le préteur, il en est qui 
découlent en droite ligne de la coutume romaine. L'exploita- 
tion de la légalité est, souvent, un moyen très suffisant de pres- 
surer le contribuable sicilien. Dans un lumineux exposé de la 
législation romaine, M. Carcopino nous montre comment à la 
dîme établie par la loi de Hiéron s'ajoutent des achats forcés, 



LXXVII 



et une réquisition du préteur pour l'appiovisionnoment de sa 
cella : c'est une première atteinte à la condition des cultiva- 
teurs siciliens. Sur ces réquisitions légales se greffent peu à 
peu des coutumes qui l'aggravent; enfin l'observation de ces 
coutumes, ainsi que l'application de la loi, étant remise à la 
discrétion du gouverneur, la condition du cultivateur doit, tôt 
ou tard, devenir intolérable. Ces considérations ne diminuent 
pas — tant s'en laut — la culpabilité de Vef^rès, qui reste un 
odieux personnage, mais elles projettent une vivo lumière sur 
son atroce habileté. La législation sicilienne lui permet de 
s'associer aux fermiers des dîmes, qu'il recrute parmi des gens 
à sa merci ou dans sa domesticité. Très édifiante est la qualité 
de ses décimateurs, esclaves de Vénus Erycine, valets à tout 
faire, entremetteurs, délateurs à gages ou compagnons de 
débauche du préteur. Forts de l'appui de Verres, ils peuvent 
pousser indéfiniment les enchères; ils sont sûrs de les dépasser 
dans leur perception. Mais la loi fait obstacle à cette convoitise : 
la juridiction édictoriale de Veriès va bouleverser cette loi : 
tel l'édit sur la saisie directe, chef-d'œuvre d'hypocrisie, car 
il peut, à la rigueur, être justifié par les principes du droit 
administratif romain, Verres sait se donner l'air de n'être 
qu'un préleur rétrograde. 

llien de plus frappant que l'exposé que fait M. Carcopino de 
cette exploitation savante et sans scrupule de la malheureuse 
Sicile. Le cultivateur s'est vu réduit à la misère ; mais en ne 
voyant pas plus loin que des profits immédiats. Verres a aussi 
dévasté « la plus belle ferme du peuple romain ». Peut-être 
pouvait-on la relover de ses ruines; mais la réforme est venue 
trop tard. 

Messieurs, au témoignage de ceux qui, dans votre Commission, 
ont le plus d'autorité en la matière, M. Carcopino, par cette 
étude sur la loi de Hiéron comme par son autre thèse sur 
Virgile et les origines d'Ostie, s'est montré un maître historien. 
Ce sentiment ne sera pas celui des seuls spécialistes. C'est, en 
effet, une impression de maîtrise que donne l'étude dont nous 



— LXXVIll — 



venons de parler. Le lecteur, môme médiocrement instruit du 
droit romain ou des questions économiques, ne pourra man- 
quer d'être frappé par l'ampleur et l'aisance de l'érudition, la 
marche sûre des déductions ou des analyses, et, pour tout dire, 
par l'impression de puissance qui se dégage du livre. Le souhait 
de votre Commission serait qu'il lui fût souvent donné de 
récompenser des ouvrages de pareille valeur. 

Une médaille d'argent est attribuée à Madame Denyse Le 
Lasseiir pour son ouvrage sur Les Déesses armées dans lart clas- 
sique grec et leurs origines orientales. La conception de déesses 
guerrières ou chasseresses fait un singulier contraste avec la 
vie de la femme grecque à l'époque classique : le problème de 
son origine pique d'autant plus notre curiosité. C'est donc un 
très intéressant sujet que traite Madame Le Lasseur dans cette 
thèse soutenue à l'Ecole du Louvre en juillet 1918. Dans l'étude 
de chacune des déesses, la méthode suivie consiste à partir de 
l'époque classique, et à chercher, au contrefil des temps, les 
représentations primitives. C'est ainsi que l'étude d'Athèna 
— naturellement la plus considérable — amène l'auteur à exa- 
miner les théories sur l'origine météorique de la déesse, le 
culte des bétyles et l'origine des Palladia. Mais Madame Le Las- 
seur ne limite pas son étude à la Grèce : le préhellénisme la 
conduit en Crète, et Chypre lui est une autre étape pour arriver 
à l'Orient. C'est d'Egypte, à son avis, que la Grèce a dû rece- 
voir « sous la forme emblématique du bouclier bilobé de Neit, 
la première traduction plastique de l'idée d'une déesse poliade 
armée ». L'étude des déesses orientales, et le livre III, consacré 
à l'origine de la conception des déesses armées, sont la partie la 
plus personnelle et la plus intéressante de l'ouvrage. On lira 
avec grand intérêt le commentaire d'une stèle inédite du Musée 
de Turin, dont une belle héliogravure orne le frontispice du 
volume. On y voit une déesse coiOee de la couronne atef^ 
assise sur son cheval et tirant de l'arc : elle semble poursuivre 
et viser un personnage au type nègre fuyant devant elle. La 
stèle porte des signes hiéroglyphiques, malheureusement très 



LXXIX 



pou distiiicU. On a tout lieu de croire cependant que l'amazone 
est la déesse guerrière syrienne Aasit. 

Madame Le Lasseur termine son étude par le développement 
d'une vue originale. Constatant l'existence de reines guerrières 
en H]gyple et en Asie dès le troisième millénaire, et pensant 
(ju'ici comme ailleurs la hiérarchie divine a du se modeler sur 
la hiérarchie réelle, elle est amenée à conclure «(ue la concep- 
tion de la déesse guerrière a dû naître des coutumes matriar- 
cales. Ces coutumes ont dû se développer surtout chez les 
peuples agriculteurs, car c'est la femme qui — comme Isis le 
dit d'elle-même — cherche et trouve le fruit dont se nourrit 
l'homme. Elle donne doue la vie et la conserve : de là, sans 
doute, vint la conception féminine de la divinité, qu'on dut 
airner ensuite pour qu'elle pût défendre son œuvre de vie. 

Il serait aisé, mais vraiment injuste, de relever dans ce 
louable essai des défauts de jeunesse que compensent largement 
de sérieux mérites. Si l'auteur se laisse un peu trop opprimer 
par ses lectures, si la compilation alourdit quelquefois le travail, 
l'élude est approfondie et même courageuse, car Madame Le 
Lasseur n'a pas craint d'en étendre largement le champ. Peut- 
être ne regrettera-t-on pas son excès même, puisque ce travail a 
l'avantage d'otTrir, avec certaines vues personnelles, un utile et 
riche répertoire. 

Le projet qui devait aboutir à la publication de la Bibliogra- 
phie hispano-(/rec<]ue date de vingt ans dcîjà. M. Foulché-Delbosc 
proposa à Emile Legrand d'entreprendre la description des 
œuvres grecques, ou concernant les études grecques, publiées 
soit dans les pays hispaniques soit hors de ces pays par des 
hjspagnols ou des Portugais. Il ne s'agissait pas d'une trans- 
cription de litres plus ou moins exacts, mais de descriptions 
précises, faites d'après les exemplaires mêmes, selon la méthode 
suivie par Legrand dans sa Bibliographie hellénique. L'œuvre 
était difficile à mener à bien. Elle ne put l'être qu'avec le con- 
cours très actif de M. Foulché-Delbosc qui, de 1901 à 1903 
explorâtes principales bibliothèques espagnoles. Sa campagne 



LXXX 



de 1903 fut particulièrement fructueuse : les trois cents des- 
'criptions (ju'il rapportait donnèrent à Emile Legrand sa der- 
nière joie d'èrudit; car noire éminent confrère mourut le 
28 novembre 1903 après une courle maladie. 

M. Foulchë-Delbosc réunit alors et publia les matériaux ainsi 
patiemment amasso<. Les trpis petits volumes dont se compose 
cette bibliographie renferment 658 descriptions allant de l'année 
1477 à l'année 1800. C'est donc un tai)leau méthodique et précis 
de l'activité hispano-portugaise dans le domaine des études 
grecques pendant plus de trois cents ans. Une bibliographie de 
ce genre ne saurait évidemment être complète. M. Foulché- 
Delbosc nous dit lui-même ce qu'une telle prétention aurait de 
chimérique : ce travail n'est donc qu'un commencement; mais 
il est de grande vabuir, tant par le nombre des notices que par 
la rareté de certains livres décrits. Votre Commission, en décer- 
nant à M. Foulché-Delbosc une médaille d'argent, a voulu 
marquer l'inlérôt qu'elle prend à ces recherches. Elle s'est plu 
à retrouver dans cet ouvrage les qualités de précision et d'ab- 
solue probité dont Emile Legrand a toujours donné un si 
admirable exemple. Elle s'associe de tout cœur au touchant 
hommage que, dans sa préface, M. Foulché-Delbosc rend à un 
maître qui fut son ami et dont nous vénérons comme lui le 
souvenir. 

Dresser un catalogue de manuscrits est un travail difficile, 
qui demande autant de science que de soin. Ch. Graux, dans 
ses notices sommaires sur les manuscrits grecs de la Grande 
Bibliothèque Royale de Copenhague, a donné un parfait modèle 
de ce genre de travail. Mais, pressé par le temps — il ne dis- 
posait que de quatre à cinq semaines, — il avait exprimé le 
souhait qu'un savant danois fît un jour le catalogue définitif et 
complet de cette intéressante collcclion. Madame Ada Adier, 
remarquablement préparée aux travaux philologiques par son 
maître M. Heiberg, vient de répondre à l'appel de Ch. Graux. 
Elle ajoute un supplément aux notices de notre compatriote 
sur l'ancien fonds royal et sur le fonds Thott, puis sur les 



LXXXI 

manuscrits du nouveau fonds dont un grand nombre a été 
donné par Moldenhawer. Ce personnage, honorable savant, 
mais moins honoral)le écumeur de bibliothèques, a — pour- 
rions-nous dire — « travaillé » à l'Escurial et dans les couvents 
de Paris ; ce qu'il a rapporté n'a été acquis — dit joliment 
Madame Adlcr — « ni par don ni par achat » ; il a, d'ailleurs, 
laissé un Tagcbtich qui contient les pièces à conviction des trop 
heureuses trouvailles de ce savant aux mains agiles. Ce Journal 
vaudrait assurément d'être publié. 

Dans une seconde partie de son livre, Mme Adler nous donne 
un extrait annoté du catalogue des manuscrits grecs de 
l'Escurial que Moldenhawer a rédigé avec ïychsen en 1784. 
Deux addenda complètent l'ouvrage : le premier contient des 
corrections apportées au catalogue par Mgr Mercati ; le second, 
la description de deux manuscrits grecs de contenu musical 
par M. Carsten Hoeg. Le travail délicat que Mme Adler a 
exécuté avec une compétence et un scrupule dignes de tout 
éloge se voit attribuer une mention très honorable. Votre 
commission souhaite que l'auteur publie un jour en français 
sa thèse sur la collection de manuscrits de Moldenhawer et 
mène promptement à bien l'édition critique de Suidas qu'elle 
a été si bien inspirée d'entreprendre. 

Mesdames et Messieurs, vous avez, cette année, reçu l'hom- 
mage de nombreux travaux et votre rapporteur n'en peut faire, 
à son grand regret, qu'une sèche mention. Nous avons à cœur 
de signaler tout d'abord l'ouvrage de Pierre Boudreaux sur 
Le texte d' Aristophane et .ses commentateurs . Quand notre cher 
et regretté confrère a été frappé mortellement à l'ennemi, à 
l'âge de 32 ans, le travail était inachevé. M. Georges Méautis, 
avec un noble dévouement, s'est chargé d'en mettre en ordre 
les matériaux et d'en surveiller l'impression. L'ouvrage, en 
certaines parties, reste, naturellement, fragmentaire ; mais 
partout se retrouvent les qualités de Pierre Boudreaux, sa 
netteté desprit, sa finesse, l'étendue et la précision de son 
savoir. On les appréciera notamment dans le chapitre de con- 

REG, XXXUl, 19à0, n» 154-155. f 



— Lxxxn — 

clusion qui donne au problème des origines et de la formation 
du recueil des scolies anciennes la solution la plus probable et 
la plus sensée. Ce livre nous rendra plus sensible, s'il se 
peut, le vide laissé parmi nous par la mort de notre jeune 
confrère. 

Parmi les ouvrages qui vous sont offerts par vos anciens lau- 
réats je signalerai d'abord la belle étudedeM. Jean Lesquier, L'ar- 
mée romaine d'Egypte d'Auguste à Dioclétien. C'est un vaste sujet 
que l'auteur i\. traité à fond en mettant à profit avec autant de 
science que de sûre méthode tous les documents qui pouvaient 
l'éclairer : textes d'auteurs, inscriptions, papyrus, ostraka. La 
composition est d'une netteté frappante, d'une solide et vrai- 
ment belle architecture. Et à cette étude toujours sobre et 
rigoureusement scientifique M. Lesquier a su donner la vie : il 
ne se borne pas à retracer l'organisation de l'armée et à résoudre 
certaines questions ditïiciles, notamment celle de r£7rix2t,(TL;égyp- 
lienne, à laquelle il donne une solution qui semble définitive : 
les mœurs sont aussi mises en lumière, ainsi que cette survie 
du passé, ce compromis entre des conceptions antiques et des 
idées nouvelles qui est une loi des sociétés, qu'elles le sachent 
ou le méconnaissent. Ce livre est donc l'œuvre et d'un bon 
papyrologue et d'un véritable historien. Il est dédié « à Pierre 
Jouguet, qui a renouvelé l'étude des papyrus en France ». Il faut 
féliciter M. Lesquier de reconnaître et d'acquitter ainsi par un 
bon livre notre dette de reconnaissance envers M. Pierre 
Jouguet. M. Léon Robin vous otTre des Études sur la significa- 
tion et la place de la physique dans la philosophie de Platon : 
seul, peut-être, grâce à sa profonde intimité avec la pensée de 
Platon, M. Robin pouvait traiter ce sujet difficile avec autant 
d'ampleur et de finesse d'analyse. Je ne puis que signaler, 
parmi d'autres envois très divers et qui mériteraient mieux 
qu'une brève mention, les études de M. deFayc sur V originalité 
de la philosophie chrétienne de Clément d'Alexandrie, de 
M. Martroye sur L'asile et la législation impériale du iv^ au 
y \^ siècle, de M. J. Maurice sur des Portraits d'impératrices de 



— LXXXIII — 

l'époque constantinienne , de M'"" Massoul sur des Vases antiques 
du Musée d'Orléans. 

Dans le domaine du néo-grec les envois sont également 
nombreux et variés. Notre confrère M. Ilesseling vous offre une 
édition française de VAchilléide byzantine . L'ouvrage avait été 
publié pour la ()remière fois par Constantin Sathas au tome XIII 
de notre Annuaire] deux ans plus lard, une nouvelle édition 
paraissait dans l'œuvre postbumc de Wilhelm Wagner par les 
soins de D. Hikélas. Ce poème d'Achille, imité du roman de 
Digénis Akritas, original cependant, et par moments imprégné 
de la fraîcheur et de la grâce des chansons populaires, méritait 
d'être présenté sous une forme plus complète et plus scienti- 
fique. C'est la tâche que notre confrère hollandais vient de 
mener à bien avec la science et le scrupule intelligent qui sont 
la marque de ses travaux. Ce volume prendra place auprès de 
deux autres œuvres similaires publiées aussi dans les comptes- 
rendus de l'Académie d' Amsterdam : les Poèmes prodromiques 
édités en collaboration avec M. Pernot, et le Roman de Phlorios 
et Platzia Phlore. — L'étude de M. Voyatzidès sur la préposition 
àîtô contient d'utiles dénombrements; sur le même sujet, 
M. Amantis nous envoie un travail intéressant et bien docu- 
menté. MM. Philéas Lebesgue et André Castagnou ont traduit 
en français un choix de poésies de Sotiris Skipis. M. Alfred 
Croiset, qui a écrit la préface de cette Anthologie, y goûte « un 
parfum d'antiquité qui s'allie à une pensée très moderne ». La 
traduction, fraîche et colorée, ne trahit pas le poète : elle 
donne, au contraire, une nette et vive impression de l'original. 
M. Démosthène Chaviaras, de Symi du Dodécanèse, nous 
envoie un conte d'une certaine étendue, Le capitaine Michalis, 
où rauteur_, en fils pieux de sa petite patrie, a voulu perpétuer 
le souvenir de certaines traditions locales, et faire revivre de 
belles figures des temps héroïques. Ce petit livre, qui nous a été 
apporté de Symi au moment où lîle demandait à la conférence 
de la paix sa réunion à la mère-patrie, ne sera pas lu sans 
intérêt ni même sans émotion. 



LXXXIV — 



Mesdames et Messieurs, nous rappelions J'an dernier de 
récentes publications de M. Pernot qui venaient, de la façon la 
plus heureuse, faciliter l'étude du néo-grec. A notre séance de 
décembre 1919, notre confrère nous annonçait que, grâce à une 
subvention du gouvernement grec, un Institut néo-liellénique 
était fondé à la Sorbonne. Cette fondation a été accueillie par 
vous avec un vif intérêt, dont un témoignage immédiat a été 
le transfert au nouvel Institut de tout le fonds néo-grec de 
votre Bibliothèque. Vos livres sont les premiers qui soient 
entrés dans cet Institut. Nous avong salué sa naissance, nous 
ne doutons pas de son heureux développement : l'infatigable 
activité et la grande action personnelle de M. Pernot en sont le 
gage assuré. 

J'ai, enfin, à remercier en votre nom deux de vos anciens 
présidents qui sont vos donateurs assidus. M. Etienne Michon 
vous offre deux intéressantes plaquettes : Fragment de sarco- 
phage chrétien trouvé à Meximieux, et Buste de Mélitiné, 
prétresse du Métroon du Pirée ; M. Glotz vous fait don de sa 
belle étude sur Le Travail dans la Grèce ancienne. Nous 
voudrions pouvoir analyser en détail cette histoire économique 
de la Grèce, qui va de la période homérique à la conquête 
romaine, puissante synthèse, à la fois large et prudente, 
établie sur une ferme assise de documentation et pleine de vues 
nouvelles. Quand les maîtres donnent de pareils modèles, nous 
comprenons d'oii viennent les saines qualités que nous relevions 
tout à l'heure dans les travaux de nos jeunes savants : usage 
honnête et intelligent des documents de toute espèce, sentiment 
de la vie et des léalités économiques, patience d'analyse, mais 
aussi recherche des lois et des vues d'ensemble, qui sont le véri- 
table intérêt de l'histoire dans tous ses domaines. C'est là pro- 
prement l'idéalisme français dans la science, la plus saine des 
écoles pour le cœur comme pour l'esprit. Si le mieux que l'on 
semble aujourd'hui chercher à tâtons doit venir d'abord d'un 
perfectionnement moral, on voit que nos études ainsi comprises 
ne doivent pas avoir une place amoindrie dans l'éducation de 



LXXXV 



demain, mais bien la large part qui leur revient par droit 
de bienfaisance et de noblesse. 

Georges Dalmeyda. 



RAPPORT DU TRÉSORIER-ADJOINT 



I. État comparatif des Recettes en 1918 et 1919. 



A. Intérêts de capitaux. 

1918 

10 Rente Deville 3 % 500 » 

20 Coupons de 163 obligations Ouest. 2,316 20 
3" Coupons de 1 obligation Egypte 

uniaée 20 30 

4" Coupons de 17 obligations Midi... 242 24 

5° Coupons de 26 obligations Est 365 32 

6» Coupons de 25 obligations Fusion ', 3,92t 91 

nouvelle 330 86 

7° Coupons de 3 obligations Ouest- 
Algérien 42 74 

8" Coupons de 1 oblig. 4 o/o Orléans. 17 80 

9" Emprunt national 1917 4 "/o 59 » 

lOo Intérêts du compte courant 27 45 



1919 



500 » 


2,332 60 


27 56 


242 24 


365 16 



331 .. 

42 74 
17 82 
59 » 
10 95 



3,929 07 



B. Subventions et dons divers. 



11» Subvention du Ministère de l'Ins- 
truction publique 300 » 

120 Don de l'Université d'Atbènes 51 

130 Dons pour l'illustration de la Revue. 



7 50 i 
» » I 



817 50 



500 » 
» » 
» » 



500 



C. Cotisations, ventes, recettes diverses. 

14» Cotisations des membres ordinal- \ 

res 3,310 »J 3,250 

150 Souscriptions de membres dona- '. 3,538 85 \ 4,114 50 

teurs 200 »\ 500 » 

160 Vente de publications et médailles. 28 85 | 364 50 

Totaux 8,278 26 8,543 57 



LXXXVII 



II. État comparatif des Dépenses en 191 S et 1919. 
A. Publications. 

l'.)IH 1919 

1» Revue des Éludes i/recqiies » >> ) .^60 » j 

2» Secrétaire adjoint k la rédaction de 200 » : ;j60 

la Revice 200 » ^ » » ' 

B. Encouragements. 

3« Prix Zographos • 500 » j 500 

40 Prix classiques 209 75 ' 709 15 86 50 ^ 586 50 

0° Concours typographique » » ) » » 

C. Frais généraux. 

6» Impressions diverses 47 70 i » » 

7" Loyer, impositions, assurances .. . » » \ 1,611 75 

8" Service du palais des Beaux-Arts. . 90 » 90 » 

90 Service de la bibliothèque 1,000 » 1,000 » 

100 Droits de garde et frais divers à la 1 

Société Générale 73 47 I 84 70 

11" Distribution de publications 171 30 1,957 07 321 20 ; 3,506 20 

12<» Recouvrement de cotisations 102 60 l 93 75 

13° Frais de bureau, correspondance et I 

divers 226 95 1 . 217 75 

140 Nettoyage, éclairage et chauffage. 64 30 82 60 

1 5° Médailles » » | 4 45 

16° Achat et reliures de livres 180 75 » » 

Totaux 2,866 82 4,652 70 



///. Budget sur ressources spéciales. 



Fondation Zappas. 

Recettes de l'exercice 1917 : 500 francs. 
Montant du prix en 1917. 
(Le prix avait été réservé) 500 francs. 
Recettes de l'exercice 1918 : 500 francs. 
Montant du prix en 1918 : 500 francs. 
Recettes de l'exercice 1919 : 500 francs. 
Montant du prix en 1919 : 500 francs. 



LXXXVIII 



IV. Mouvement des fonds en 1919. 

1° Solde en caisse au 31 décembre 1918 11,828 97 

2° Recettes en 1919 (tableau nM) 8,543 57 

3° Rente Zappas en 1919 500 » 

20,872 54 

Sorties de caisse (tableau n° II) 4,652 70 

11 reste donc en caisse, au 31 décembre 1919. . . 13,337 32 
somme qui se décompose ainsi : 

Solde à la Société Générale 11,828 97 

En caisse de l'agent bibliothécaire 1 ,508 35 



Prévisions pour 1920. 



V. Recettes prévues pour 19W. 



A. Intérêts de capitaux. 

1° Rente Deville 3 0/0 

2° Coupons de 164' obligations Ouest. 
3° Coupon de 1 obligation Egypte 

unifiée 

4° Coupons de 17 obligations Midi. . . 
5° Coupons de 26 obligations Est. . , . 
6° Coupons de 25 obligations Fusion 

nouvelle 

7° Coupons de 3 obligations Ouest 

Algérien . , 

8° Coupons de 1 obligation Orléans 

4 0/0 

9° Emprunt national 4 0/0 1917 

10° Intérêts du compte courant 



500 


» \ 


2,332 


60 


27 


56 


242 


24 


365 


16 



331 



3,929 07 



42 


74 


17 


82 


59 


» 


10 


95 ) 



3,929 07 



LXXXIX 

Report 3,929 07 



B. Subventions et dons divers. 

41° Subvention du Ministère de l'Ins- 
truction publique SOO » 

12" Don de l'Université d'Athènes.. . . 495 » 



C. Cotisations et ventes. 



13° Gotisalionsdesmembresordinaires. 3,500 » ^ .„ 
14° Vente de publications 650 » \ 

Total 9,074 07 



VI. Dépenses prévues pour iOW. 

A. Publications. 

r Impression des n" 137-142 3,144 75 

2" Impression du n° 143-144 1,085 » 

3" Impression du n" 145 530 » 

4° Impression des n°' 146-150 (année 

1919) 2,800 » i ^''^^^ '^^ 

5° Illustration de la Revue 1,000 » 

6" Secrétaire adjoint à la rédaction 

de la Revue 200 » 

B. Encouragements. 

7° Prix Zographos 1,000 » ) 

8° Prix classiques 200 » T '^^^ " 

9,959 75 



xc 



Report 9,959 75 



Cv Frais généraux. 

9° Impressions diverses 100 » 

10° Loyer, impositions, assurances. . . 323 80 

11° Service du palais des Beaux-Arts. 90 » 

12° Service de la Bibliothèque 1,000 » 

13° Droits de garde et frais divers à 

la Société Générale 

14° Distribution de publications 

15° Recouvrement de cotisations 

16° Frais de bureau, correspondance 

et divers 

17° Nettoyage, éclairage et chauiïage. 

18° Médailles 

19° Reliure et achat de livres 



84 


70 


50 


» 


00 


» 



2,857 10 



226 » 

82 60 

100 » 



300 » / 



12,816 85 
9,074 07 



20° Le déficit sera de trois mille sept cent qua- 
rante-deux francs soixante-dix-huit centimes. 

Total 3,742 78 



Henri Lebègue. 



LE CONSEIL ATHÉNIEN DES CINQ CENTS 

ET LA PEINE DE MORT 



Les cilés grecques n'ont pas connu de séparation radicale et 
absolue entre le pouvoir politique et le pouvoir judiciaire. Les 
chefs d'Etat héréditaires, les magistrats élus ou tirés au sort, 
les assemblées populaires, les divers Conseils ou Sénats ont 
généralement possédé, à la place ou à côté de tribunaux pro- 
prement dits, une part plus ou moins importante dans l'admi- 
nistration de la justice civile ou criminelle. La Boulé athé- 
nienne des Cinq Cenls n'a pas échappé à la règle; et nous la 
voyons même, comme les assemblées analogues de Thèbes et 
de Sparte (Conseil et Gérousia) (1), prononcer sans appel des 
arrêts de mort. Mais elle n'a pas exercé ce droit formidable 
durant la totalité de la période classique (v*-iv* siècles) ; direc- 
tement ou indirectement, elle en a été dépouillée, au moins 
une fois, peut-être même, comme nous le verrons, à deux 
reprises différentes. Sur l'époque — ou sur les époques — d'une 
pareille diminution de pouvoir, les textes ne nous éclairen^ 
pas de façon absolument rapide et décisive; d'où la diversité 
des hypothèses auxquelles la critique s'est arrêtée sur ce sujet. 

Au temps d'Aristote, il y avait longtemps que la Boulé ne 

(1) Cf. Xénophon, HelL, VII, m, 0-6 (les archontes thébains s'adressent ainsi à 
leur Conseil : ■rcap'aÙTO'Jî ûjAiç toy; xupfo'Jî ouîttvaî Seï àaoOvr'iixstv xxt oOsTivaî [it,); 
id., Laced. Rep., X, 2 (toj; yïpovTa; xypiouî xoû vrepl rr;î •i^'J/y\\ dt^ûvoî). • 

REG, XXXlll, 1920, n« 151. i 



2 PAUL CLOCHÉ 

disposait plus souverainement du droit de vie ot de mort sur 
les Athéniens ; l'écrivain le constate fort nettement dans 1' 'A8. 
IIoX. (45, 1), et, sur les origines et le contenu de la loi qui a 
dépouillé la Boulé, il s'exprime ainsi : t) Se [BouAri irpoTepov [xsv 
Tjv xypia xal '^p7^[JLaa!.v ÇY^pLiûia-ai xal of,(7ai, xal àTTOXTeivat. Kal 
Aufflpiavov aÙTriç àyayouo-riç wç xov 8y][ji.îov, xaGripievov ri^i] (JiéXXovTa 
àTro9vr,(Txe!,v, Eù[j.r,Xt8Tr]ç l 'AX(07t£x-?i9sv àcpeiXsiro, où {pào-xtov S£~.v 
àv£U 8ixa(TTT,o[ou yvaxrewç oùSeva twv TtoXixwv aTToGvi^axeiv. Kal 
xoLo-eoç £v Sixao-rrip'lcj) y«vo[ji.£vifiç, 6 [Jièv Aua'l[ji.ay_oç àTïltpuvEv, xal 
CTTwvuuiîav £a-7ev. 6 àito toù Tuuàvoi», 6 Se OYÎfjioç àcptiXETO r/^ç ^ouXtIi; 
TO ôavaxoGv xal Seïv xal ^pv^piaTt l!^7)|ji.ioCiv, xal v6[ji.ov è'Qeto àv tivoç 
àôixslv 71 ^ouXt) xa-rayvG) fi î^yifjn.wo-?], xàç xaTayvtôiT£'.ç xal xà;; etciÎ^ti- 
tji.t.w(ret.ç tluâytv^ toÙç ÔEapioOÉTaç tlç to Si.xao-Tripi.ov, xal o xi, av oi 
SwaTxal 'j»-/]cpi(r(ii)vxai., xoùxo xûpiov tivai ('A9. TtoÀ., 45, 1). Texte 
important assurément, puisqu'il nous montre qu'à l'époque à 
laquelle fut rédigée 1' 'AQ. iioA. (vers 328-322), il existait une loi 
réservant au tribunal populaire le droit de trancher sans appel 
les procès capitaux; mais texte insuffisant^ pour deux raisons. 
D'abord, il s'exprime d'une manière beaucoup trop imprécise 
sur la date de cette loi ; le mot Trpôtepov (autrefois, ancien- 
nement) signilie que les faits rapportés par l'auteur appar- 
tiennent à une époque sensiblement antérieure : rien de plus. 
Or près de deux siècles se sont écoulés entre les débuis du 
Conseil des Cinq Cents (507) et la composition de l'AG. tîoX. 
Ensuite, — et ce fait se relie en partie au caractère très vague 
d'une telle chronologie — le récit d'Aristote ne nous dit pas 
expressément si c'est la première et unique fois que le Conseil 
fut ainsi privé de sa souveraineté judiciaire ; tel qu'il est, il 
ne contredit pas l'hypothèse de deux spoliations, séparées par 
un long intervalle au cours duquel le Conseil aurait ressaisi 
temporairement son ancien pouvoir: hypothèse qui n'est pas 
susceptible d'une rigoureuse démonstration, mais qui, en l'état 
actuel des textes, reste plausible et séduisante (cf. infra). 

D'un autre passage de 1' 'AO. tcoà., il est vrai, paraît découler 
une chronologie plus précise. Après avoir énuméré les dix 



LE CONSEIL ATHÉNIEN DES CINQ CENTS ET LA PEINE DE MORT 3 

premiers régimes qui ont marqué l'histoire d'Athènes, jusqu'à 
l'oligarchie des Trente et des Dix inclusivement. Aristote 
rappelle qu'en onzième lieu, après le retour des gens de Phylè 
et du Pirée, commence « le régime qui dure actuellement 
encore » ; sous ce régime, le pouvoir du peuple n'a cessé de 
s'accroître : [y\ tzoKizv.oi.] ici 7rpoTe7Tt.).a|ji.êàvoua'a x^ TtXriôsL -n^v 
è^ouTLav. 'ÀTtàvTWv yàp auTOç auTÔv ueTToîrixev 6 SïipLOÇ xup'.ov xal 
Tcàvxa oioixtlioLi. d/TfiçpÎT[jLaTiv xal 5 i, x aTTYi p lo •,<; ev olç 6 ôf, [jloç 
sttIv Ô xpaxôiv, xalvàp al xïji; [BouXi^ç xpt<j£t,s elçxiv 
OTi[j.ov sXri A ûOa (T'.v (AS. itoA., 41, 2). Sans le dire formelle- 
ment, Aristote semble bien situer après la restauration dé- 
mocratique de 403 cotte transmission aux tribunaux populaires 
des pouvoirs judiciaires de la Boulé (1). En conséquence, si 
l'on admet une cohésion normale entre les diverses parties de 
l'exposé d'Aristote, on conclura que les faits signalés au cha- 
pitre 45 — condamnation de Lysimachos, intervention d'Eu- 
mèlidès, cassation par le tribunal du verdict de la Boulé et vote 
d'une loi donnant au seul dicastèrion le droit de juger sans 
appel — sont survenus (d'après la tradition de T'AO. tcoX.. sinon 
réellement) postérieurement à l'archontat d'Euclide. 

Mais, môme si l'on admet sans hésiter l'exactitude d'une 
telle conclusion, deux points capitauxrestent à élucider : 1° Aris- 
tote ne dit pas si c'est au lendemain même de la chute de l'oli- 
garchie que la Boulé a vu sa souveraineté détruite au profit de 
l'Héliée, autrement dit, s'il faut ranger (comme on en serait 
assez naturellement tenté) la nouvelle loi judiciaire parmi les 
réformes assez nombreuses qui ont illustré l'archontat d'Eu- 
clide (2), ou, au contraire, si elle n'a été votée qu'un certain 
nombre d'années après le retour des gens du Pirée ; l'auteur se 



(1) Tel est également l'avis de M. Swoboda ; cf. Ueber clen Process des Péri- 
kles, Hermès, XXVIH (1893), p. 596. 

(2) En ce cas, l'expression -irpÔTepov ('Aô. itoX., 45, 1) signifierait exactement : 
avant l'année 404/3. sens qu'elle présente dans le passage bien connu de r'A9. 
iroX. concernant « les Quarante » juges des dénies : oï (les Quarante) Ttpd-cspov 
[xàv TTiaav Tpiivcovta x4l xatà 6t,(xouî Ttepitôvrei; é5(aÇov. [i e t à 6è f^,v [èizl] twv 
tp'.axovTa 6Xiyap)f£av xsxTapâxovxa yeYovaaiv (53, 1). 



4 PAUL CLOCHÉ 

borne à situer la réforme dans la longue période de trois quarts 
de siècle qui le sépare de la rentrée des exilés (402-328) ; c'est 
un peu vague. 2° Gomme le récit du chapitre 45, l'allusion du 
chap. 41 laisse subsister le problème suivant; au v* siècle, des 
changements ne s'étaient-ils pas déjà produits dans les droits 
judiciaires respectifs du Conseil et du peuple? Avant la domi- 
nation des Trente, le Conseil n'était-il pas déjà privé de pou- 
voirs souverains que les Trente lui auraient rendus, et dont il 
aurait été définitivement dépossédé après le rétablissement de 
la démocratie ? 

Bref, les indications d'Aristote ne manquent ni d'intérêt ni 
d'importance, mais elles sont beaucoup trop sommaires et 
insuffisantes ; elles ont besoin d'être contrôlées, éclairées et pré- 
cisées par l'étude attentive des faits particuliers à l'occasion 
desquels peut se révéler l'étendue exacte des pouvoirs dont la 
Boulé a été régulièrement investie depuis ses origines jusqu'à 
l'époque de 1' 'AQ. tïoX. 

De cet examen paraissent découler les conclusions suivantes, 
les unes, selon nous, fermes et incontestables^ les autres plus 
hypothétiques, mais admissibles dans l'état actuel des docu- 
ments. D'assez bonne heure, peut-être même dès la première 
décade de son existence, en tout cas bien avant la révolution 
oligarchique de 404, le Conseil des Cinq Cents a perdu (si tant 
est qu'il l'ait jamais formellement possédé) le droit d'infliger 
souverainement la peine capitale (1). Ce pouvoir redoutable, il 
ne peut l'exercer ni en général n> même, selon toute appa- 
rence, en certains cas réservés et déterminés. L'avènement des 



(1) 11 en est de même, sans doute, des amendes supérieures à SOO drachmes. 
C'est d'ailleurs un fait bien connu et incontesté que la Boulé gardera toujours, 
même en plein iv« siècle, le droit de prononcer sans appel des amendes égales 
ou inférieures à ce chiffre : droit expressément reconnu par la loi : cf. Ps.-Démosth., 
contre Euerg. et Mnèsib., 43 (xal STTc'.Sr, Iv xw Sta/e'.poxovEÏv t,v t, [îo'jÎvti ■irÔTEpa 
ÇiitasTTipîw TTapaSoÎTj t, Ç t, jx ; (i ct e : s taïi; ir e v t a x o ai a t ; ôuou t,v x u p t a 
xaxà x6v vô fxov). Cf. Busolt, Handbiich der klassischen Alterlumswissensc/iaft, 
Bd IV, Abt. 1, Hàifte I : die c/riechische Staats-und-Rechtsaltertumer, p. 253; 
Gaillemer, Dict. Anliq., art. Eisangélie, p. 500; Lipsius, Das Attische Recht 
(1905), I, p. 196, etc. 



LE CONSEIL ATHÉNIEN DES CINQ CENTS ET LA PEINE DE MORT 5 

Trente lui restitue ou lui confère une souveraineté judiciaire 
qui ne le cède qu'à celle des chefs mômes du gouvernement 
oligarchique. La restauration démocratique de 403 réduit-elle 
aussitôt (ou presque aussitôt) la Boulé aux modestes attribu- 
tions qu'elle possédait avant 404 ? C'est ce qui n'est nullement 
démontré, et il reste possible (mais sur ce point on ne peut être 
très afïîrmatif) qu'à une époque sensiblement postérieure à 
l'archontat d'Euclide la Boulé aitétédc nouveau privée — cette 
fois définitivement — de toute souveraineté judiciaire, grâce à 
la loi signalée par le chap. 45 de 1"A9. noX. Nos conclusions 
s'opposent ainsi à la théorie qui prolonge fort au-delà de 
l'archontat d'Euclide l'existence d'une souveraineté (juc le Con- 
seil n'aurait cessé de posséder dès l'origine (1) ; elles s'oppo- 
sent également à l'hypothèse (que nous n'avons vue formulée 
nulle part, mais à laquelle on peut très naturellement songer) 
datant de cet archontat môme la destruction de la souveraineté 
bouleutique ; et elles diffèrent aussi sensiblement des théories 



(1) Telle est la théorie soutenue principalement par M. von Wilamowitz- 
Mœllendorff, Arisloleles und Athen, II, pp. 195-198: la Boulé demeure souveraine 
en matière de condamnation capitale, non seulement durant tout le V siècle 
(l'oligarchie des Trente, à cet égard, ne fit que continuer la tradition de l'an- 
cienne démocratie), mais longtemps encore après le retour des gens du Pirée; 
elle ne cessa d'être xupta qu'après le procès des sitopôlai, entre 386, date de ce 
procè.'', et 352, date a laquelle Démosthène nous fait connaître le serment qui 
limitait étroitement les pouvoirs de la Boulé [contre Timocrate, l-i4-147). Thèse 
analogue, mais moins développée, moins nourrie d'arguments et sensiblement 
atténuée, chez M. Cavaignac, d'après qui la Boulé garda « jusqu'au ivo siècle » 
des pouvoirs judiciaires très étendus, et même « en certains cas » le droit d'in- 
fliger la mort (cf. Le Conseil des Cinq Cents à Athènes, Revue des Cours et Confé- 
rences, XV1I« année, 1909, n" 22, pp. 225, 229 ; cf. Histoire de V Antiquité, II, 
Athènes (480-330), p. 193, note 6). 

Sans s'expliquer sur la question générale des pouvoirs judiciaires du Conseil, 
d'autres auteurs placent après l'archontat d'Euclide les faits décrits par le cha- 
pitre 45 de r 'A6. -o\. Cf. Th. Reinach, Aristote, la République athénienne, p. 84, 
note 1 ; Stahl, Nuchtragliches Uber athenische Amnestiebeschlilsse, Rheinisches 
Muséum, XLVl, pp. 486-481 (pense que le Lysimachos condamné par la Boulé 
peut être l'hipparque Lysimachos qui, eu 403, avait participé à l'arrestation des 
Eleusiniens et fait massacrer les Aixoniens : cf. Xénophon, Hell., Il, iv, 8, 26; 
Kenyon, Aristoteles on the cotislilution of Athens, p. 142, et Sandys, ib., p. 167 
formulent la même hypothèse sur Lysimachos, contre lequel, après 403, on 
aura rappelé les services qu'il avait rendus aux Trente). 



b PAUL CLOCHE 

qui datent sans hésiter du v^ siècle la perte définitive (et réa- 
lisée d'un seul coup) de la souveraineté judiciaire des Cinq 
Cents, et qui ne voient dans les grands pouvoirs dont la Boulé 
fut investie par les Trente qu'une réaction rapide et sans len- 
demain (1). 

Pour prouver que dès le v^ siècle, longtemps avant l'avène- 
ment des Trente, le Conseil avait perdu le droit absolu de pro- 
noncer des arrêts de mort, nous montrerons d'abord que la 
thèse Wilamowitz ne peut tirer aucun appui des faits suivants, 
invoqués par son auteur : condamnations sans appel votées par 
les Cinq Cents à l'époque des Trente et au lendemain immédiat 
de la chute de l'oligarchie (403/2), pouvoirs considérables attri- 
bués au Conseil en 415 (atîaire des Ilermocopides). Nous exami- 
nerons ensuite la part qu'a prise la Boulé aux divers procès 
capitaux auxquels, d'après les textes, elle apparaît assez étroi- 
tement mêlée (avant 404) : nous verrons qu'elle s'est réguliè- 
rement abstenue de décider elle-même (ou toute seule) du sort 
de l'accusé, et que cette abstention totale ou partielle ne peut 
guère s'expliquer que par l'absence de tout pouvoir légal en 
la matière. Nous montrerons enfin qu'il n'y a même pas lieu 
de conserver l'hypothèse fort atténuée d'une Boulé xupta « en 
certains cas » : aucun exemple ne peut être opposé à ceux que 
nous utilisons pour notre démonstration. Il convient, du reste, 
à cet égard, de préciser et de délimiter la valeur du très ancieti 
décret (datant probablement du début du v" siècle) qui réserve 
au 8riijt.o; Tc);YiOua)v le droit souverain d'infliger la mort. 

(1) Tel est le point de vue exprimé par Swoboda, Hermès, XXVIIl, pp. 593- 
598; Busolt, Griechische Geschickle bis zur Schlacht bei Chaeroneia, III, 2 : der 
peloponnesische Krieg (1904), p. 1338 et note (cf. Busolt, Griech. Altert., p. 233) : 
Lipsius, Das Attische Recht (1903), p. 45-46, 196. iNon seulement de sérieuses diver- 
gences séparent nos hypothèses de celles qu'ont présentées ces divers historiens 
et critiques (date et importance probables du décret IG, I, 57 ; rapports de ce 
décret avec la loi citée par Aristote; époque de l'intervention d'Eumélidès et de 
la loi qui suivit, etc.) ; mais il est possible, comme nous le verrons, d'apporter 
des précisions plus amples et des arguments nouveaux à l'appui des conclu- 
sions qui nous sont communes et à rencontre de la thèse adverse. 



LE CONSEIL ATHÉNIEN DES CINQ CENTS ET LA PEINE DE MORT 7 

En 4H et en 404, la Boulé de l'oligarchie, nous fait-on 
observer (1), avait possédé droit de vie et de mort sur les 
citoyens, et nul ne lui avait reproché comme une usurpation 
l'exercice d'un tel pouvoir: d'où il suit que les Athéniens du 
v® siècle rattachaient à l'idée de Boulé la possession de cette 
omnipotence judiciaire dont ne disposait aucun de leurs magis- 
trats, pas même les stratèges (2). 

Ecartons d'abord le cas de la Boulé des Quatre Cents : entre 
cette institution et la Boulé clisthénienne des Cinq Cents, il 
n'y a qu'une analogie toute verbale. D'abord, les deux assem- 
blées différent absolument par le nombre et par l'origine ; 
ensuite, tandis que la Boulé clisthénienne n'est guère qu'un 
Conseil, auxiliaire considérable, guide, parfois, de l'action du 
peuple et des magistrats, mais dénué de toute autorité décisive 
et suprême, le Conseil oligarchique de 411 fut en réalité le 
Gouvernement lui-même, le pouvoir dirigeant et omnipo- 
tent (3). Il n'eût vraiment ressemblé au Conseil traditionnel 
que si le fameux corps civique des Cinq Mille (qui eût alors 
hérité des attributions souveraines de l'Ecclésia) avait été cons- 
titué : il n'en fut rien. 

La Boulé des Trente, au contraire, est à certains égards l'hé- 
ritière du Conseil clisthénien (dont elle diffère radicalement par 
l'origine : cf. infrd). D'abord au point de vue numérique (cf. 
'AS. TtoÀ., 35, 1) ; ensuite au point de vue des attributions : ce 
ne sont pas les bouleutes, mais les Trente, qui forment le Gou- 
vernement ; la Boulé n'est vraiment que le Conseil des Trente, 
de même qu'avant 404 les Cinq Cents étaient le Conseil du 
Démos. L'argumentation de M. von Wilamowitz ne doit donc pas 
ici être écartée a priori ; mais elle est loin d'être probante. 
D'abord, il n'est pas démontré que l'exercice de la souveraineté 

(1) Cf. Wilamowitz, II, p. 195. 

(2) Lipsius se borne à répondre {Alt. Recht, p. 46) que l'oligarchie n'a pas usé 
légalement du pouvoir bouleutique, ainsi qu'il résulte du témoignage de Thucy- 
dide et des orateurs. 

(3) Les Quatre Cents, dit très bien Grote (trad. Seyous, XI, p. 102), sont « leg 
maîtres absolus et exclusifs de l'État », 



8 PAUL CLOCHÉ 

judiciaire par la Boule de 404 {\) n'ait soulevé aucune protes- 
tation de la part des Athéniens : nous ne connaissons, nécessai- 
rement, qu'une partie de très nombreux discours ou propos 
qui furent tenus contre les Trente sous la Restauration de 403. 
Il n'est d'ailleurs pas impossible que l'usurpation ainsi commise 
parle Conseil (s'il s'agit, comme nous le pensons, d'une usur- 
pation) n'ait jamais fait l'objet d'un blâme spécial et déterminé 
de la part des démocrates, et cela pour plusieurs raisons. 
D'abord, au milieu des violences et des excès multiples et 
variés auxquels s'étaient livrés les Trente et leurs acolytes 
(TOt-aÛTa a'jToliç to uéysOo; xal TOcrauTa to 7rÂf,9o<; e'Jpyao-Tai : Lysias, 
Xll, 1), l'illégalité en question disparaissait, ou à peu près : 
elle s'effaçait derrière les crimes plus grands et plus atroces 
que signalent abondamment les textes : milliers d'exécutions 
sans jugement, bannissements et confiscations répétés, appel 
au concours de la tyrannie étrangère, etc. Ensuite, à n'examiner 
que les pratiques judiciaires de la Boulé des Trente, il y en 
avait une qui devait, plus fortement et plus directement que 
l'usurpation commise au détriment de l'Héliée, soulever la 
colère indignée des anciens proscrits, et qui est, en elTet, 
expressément blâmée par Lysias : c'était le vote public, en 
présence de Gritias et de ses collègues siégeant aux bancs des 
prytanes (Lysias, XIII, 36-37). Cet attentat cynique et flagrant à 
la liberté du juge pouvait masquer aux yeux de l'orateur démo- 
crate le délit initial commis par les Trente aux dépens du 
dicastèrion. 

Enfin, en ce qui concernait la Boulé de 404, une illégalité 
primordiale avait été perpétrée par l'oligarchie, illégalité plus 
essentielle et plus grave que la transmission à cette assemblée 
des droits souveiains du tribunal populaire' : au recrutement 

(1) Souveraineté qui a pour toute limite celle des Trente eux-mêmes, qui 
s'attribuciont le droit de vie et de mort sur les citoyens exclus de la'liste privi- 
légiée des Trois Mille (aùtoxpiTopai; èiroisi toù; tptâvtovxa àixoxxsïvai toù; jjit, toû 

xaTxloyou ij.£Té/ovua; ;'A6. IIoX., 31, 1), de même qu'à l^acédémone, au pouvoir 
judiciaire si étendu de la Gérousia se substitue parfois celui des chefs suprêmes 
du gouveruement, les éphores (cf. Plutarque, Agésilas, 32). 



LE CONSEIL ATHÉMEN DES CINQ CENTS ET LA PEINE DE MORT 9 

légal et traditionnel des bouleutos par la voie du sort (1), les 
Trente ont substitué le choix par eux-mêmes [SouXriv--- y-aTÉT- 
TT,a-av wç sSoxeL auToTs : Xén. Hell.^ If, m, \\)\ So-jXtiv... sx twv 
iSiwv cpLXwv xa-réo-T-^iTav : Diod,, XIV, 4, 2, Cf. 'AQ. ttoX., 35, 1). 
De toute évidence, les adversaires de l'oligarchie ont tenu pour 
parfaitement illégal un pareil mode de désignation : ou bien 
ils l'ont explicitement et spécialement condamné, et ils ont 
ainsi condamné du môme coup les attributions conférées à cette 
Boulé par les oligarques, et les arrêts prononcés par une assem- 
blée dont l'existence était, à leurs yeux, dénuée de tout fonde- 
ment légal ; ou bien ils n'ont pas eu l'occasion ou senti la 
nécessité de formuler une telle condamnation, et c'est une 
preuve décisive qu'après 403 on pouvait très bien omettre de 
flétrir expressément certaines illégalités, certaines usurpations 
de pouvoirs (2). 

Les pratiques judiciaires mises en usage sous les brèves et 
révolutionnaires dominations des Quatre Cents et des Trente 
ne peuvent donc être invoquées comme l'image et la suite nor- 
male des pratiques traditionnelles. Il en est de même de la 
condamnation à mort prononcée par la Boulé en 403/2, peu de 
temps après le traité d'amnistie. Bappelons les faits. Un Athé- 
nien revenu d'exil ayant commencé des poursuites, Archinos 
le traîna devant le Conseil et invita celui-ci à faire périr sans 



(1) Auquel la détnocratie restaurée reviendra dès l'archontat d'Euclide : ÈTTSiSr, 
5s poyXr.v xz àTce xàt; pwaa x e (Andocide, I, 82). La vraie Boulé, pour les démo- 
crates, c'est la Boulé -f, à-jtô toô xuâao'j. 

(2) Nous avons vu qu'en dehors des textes qui nous sont restés sur la période 
des Trente il a pu s'en trouver d'autres dans lesquels telle ou telle pratique de 
l'oligarchie était l'objet d'une protestation formelle. Parmi les documents dont 
nous disposons, on ne voit pas que le caractère illégal de la désignation du 
Conseil de 404 ait été jamais explicitement blâmé. Dlodore, ayant signalé le 
choix de la Boulé et des magistrats par les Trente, ajoute, il est vrai : wuts 
TO'jTOu; xaXeraOai [jiiv à'p/ovxa;, sTva'. o' uTîT.pÉTaî twv To'.âxovxa : XIV, 4, 2. Mais il 
ne dit pas expressément qu'un tel choix était contraire à la tradition légale de 
la démocratie. Ni Xénophon, ni Aristote, ni Lysias lui-même, adversaire résolu 
de la Boulé des Trente (XI II, 20, 36, 37, etc.), ne condamnent formellement l'ori- 
gine même de cette assemblée. 



10 PAUL CLOCHÉ 

jugement le violateur de l'amnistie (Treio-aç àxpi,Tov àirexTewat.) : 
les bouleutes montreraient ainsi « s'ils voulaient sauver la 
démocratie et observer les serments » ; s'ils relâchaient le par- 
jure, une telle impunité encouragerait d'autres citoyens à agir 
de même : il fallait l'exécuter pour faire un exemple. Et 
l'homme fut mis à mort ('A9. ttoa., 40, 2). Tel est le seul fait 
positif et précis, survenu sous le régime démocratique, que 
puisse alléguer la thèse de Wilamowitz : il mérite donc un exa- 
men approfondi. 

De cet événement, en effet, on a conclu que le Conseil des 
Cinq Cents n'avait pas encore perdu avant 404-403 le droit de 
condamner à mort sans appel (1). Et il est assurément très 
probable que, si la Boule de 403/2, en frappant d'un verdict 
de mort le citoyen traduit à sa barre, exerçait un droit formel, 
légal et absolu, ce droit était antérieur à la révolution oligar- 
chique de 404 : les actes des Trente qui, contrairement à la tra- 
dition athénienne auraient pu investir le Conseil d'un pareil 
pouvoir, avaient été annulés par la démocratie restaurée (oitôo-a 

o' £7rl Twv Tp!.àxovTa £npâ.yH'f] axupa elvat. : Démosth. contre 

Timocrate, 56), et il est bien peu vraisemblable qu'une des 
premières mesures de la Restauration ait été de conserver 
expressément à la Boulé une souveraineté acquise et exercée 
uniquement sous le régime qui venait d'être abattu (2). Mais, 
en obéissant à l'invitation d'Archinos, la Boulé usait-elle vrai- 
ment d'un droit? Rien n'est moins certain, il est facile d'ex- 



(1) Cf. Wilamowitz, II, p. 195 : « Le Conseil Icspossédait encore (ce droit) après 
le rétablissement de la démocratie » ; et comme preuve, l'auteur rappelle l'exé- 
cution ordonnée à la demande d'Archinos. Pour montrer que le Conseil « avait 
eu jusqu'en 403 des pouvoirs judiciaires très étendus », M. Cavaignac rappelle 
qu' « en 402 encore, pour sanctionner l'amnistie jurée par le peuple, il (le Con- 
seil) prononçait une sentence d» mort » {Revue des Cours et Conférences, 1909, 
p. 229. Cf. Hist. de l'Antiq., II, p. 193, note 6). C'est également à cause de ce 
remarquable incident que M. Th. Reinach date d'une époque postérieure à 403 la 
disparition de la souveraineté judiciaire de la Boulé ; cet événement « doit être 
postérieur à l'an 403. Voir swpra § 40 un exemple de condamnation capitale pro- 
noncée en cette année par le Sénat» [Arislole Rép. ath., p. 84, note 1). 

(2) La Boulé a pu, pendant quelque temps, garder cette souveraineté par tolé- 
rance (cf. infra, notre hypothèse à ce sujet), mais rien de plus. 



LE CONSEIL ATHÉNIEN DES CINQ CENTS ET LA PEINE DE MORT 11 

pliquer et de qualifier tout autrement la conduite qu'elle tint 
en la circonstance. Chef des aristocrates modérés et partisan 
fanatique de l'amnistie récemment jurée, Archinos veut sauver 
la loi d'oubli mise en péril. Une poursuite devant le tribunal 
populaire, entamée ou non par l'intermédiaire de la Boulé, eût 
pu entraîner des délais et susciter des débats assez prolongés. 
L'Ecclèsia, que l'on pouvait à la rigueur saisir, ne se réunissait 
que rarement (1). Voulant aboutir à tout prix et sans délai, opérer 
une répression foudroyante, Archinos s'adresse à l'assemblée 
qui siège en permanence, assemblée essentiellement politique 
et qui ignore la procédure lente et compliquée du dicastèrion, 
et il en requiert moins un arrôt de justice qu'une mesure de 
salut public (2). 

On dira que, si la Boulé n'était pas xupta, Archinos lui con- 
seillait ainsi une flagrante illégalité, et on s'étonnera de voir agir 
de la sorte celui qui s'alarmait si vivement, en 403, d'un vote 
illégalement rendu (cf. Ps. Plutarque, Ly.vmj^, 8; Eschine, III, 
195; AO. TîoX., 40, 2). 11 n'en reste pas moins qu'un conseil illé- 
gal n'aurait rien qui doive nous surprendre, venant d'Archinos, 
et cadrerait même très bien avec l'attitude du personnage à 
cette époque. Le même homme qui ressaisissait alors et maniait 
contre son adversaire politique Thrasybule la vieille arme de 
r « accusation d'illégalité » a commis ou conseillé en môme 
temps au moins deux illégalités (3). D'abord, de sa propre auto- 
rité, il a abrégé les délais laissés par les conventions d'amnistie 



(1) A cette époque surtout, l'irrégularité de ses séances était extrême. Aristote 
nous montre le peuple négligeant de se rendre aux séances et les prytanes ima- 
ginant mille combinaisons pour obtenir le quorum indispensable à la validité 
des votes [■KOÏXk coœiÇoiJiévuv tûv itpuTâvïwv ottwi; itpoatTTf,Tai xô vîkT^^o;, upôç 'C'>|V 
^-txûpuaiv x% ystpOTOvta; : 'A6. iroX., 41, 3). 

(2) Comme l'indique fort bien le texte d'Aristote, la préoccupation dominante 
d'Archinos, en la circonstance, c'est de « faire un exemple », destiné à frapper 
l'opinion athénienne tout entière (iiv 5' àvé>>watv, TtapâÔEtyixa iroiT|ae;v jiitauiv • 
'A6. itoX., 40, 2). Il a pu dès lors négliger sans hésitation tout scrupule légalitaire. 

(3) On ignore quel fut exactement son rôle en 406, au procès des généraux des 
Arginuses ; toutefois, c'es't plutôt parmi les partisans de la procédure illégale que 
■es attaches politiques durent alors incliner à se ranger cet ami de Théramène. 
Cf. notre étude sur VAffaire des Arginuses, § VI, Revue historique, janvier 1919. 



12 PAUL CLOCHÉ 

aux Athéniens désireux de s'inscrire sur les listes d'émigration 
pour Eleusis (O'-peTlev xàç 'jTïo).ol7rouç rijjiépaç r^ç aTroypacp-^ç : 'A9. 
TîoÀ., 40, 1) : mesure d'intérêt politique également, qui insti- 
tuait la confiance forcée et accroissait dans la ville le parti des 
yvwpijjioi, comme nous l'avons montré ailleurs (cf. La Restaura- 
tion démocratique à Athènes en 403 av. J.-C, p. 279), mais qui 
heurtait de front les prescriptions formelles des S!.aXù(Tet.<; (1). 
Ensuite, Archinos a invité les Cinq Cents à frapper sans juge- 
ment l'individu qu'il a traduit devant eux (ôcxpiTov : 'A9. tcoX., 40, 
2) : procédure inique et illégale de toute façon : même si la 
Boulé a le droit de prononcer des sentences de mort, elle est 
sans aucun doute tenue de procéder à un jugement (xpLo-tç), 
d'entendre des témoins et la défense de l'accusé, etc. 

Il est donc fort possible (et cela suffit à infirmer la thèse 
Wilamowitz, qui n'a de valeur que si la légalité de l'arrêt 
rendu par la Boulé est démontrée) qu' Archinos ait poussé les 
Cinq Cents à commettre une véritable usurpation de fonctions. 
Et ce qui rend plus plausible encore cette hypothèse, c'est que la 
législation de la démocratie restaurée était alors loin d'être 
fixée; tant qu'elle ne le fut pas, la direction quasi souveraine 
de l'Etat resta confiée à vingt citoyens élus (siXeo-Ge avSpa; e^xoo-t. • 
toÙtouç oè £ii'.jji.£XeT(T9at, Tf,<; lîÔAew; ewç av ol vofJioi TeOs^sv : 
Andocide, I, 81) (2), citoyens parmi lesquels il n'est nullement 



(1) Sans doute, une telle mesure pouvait paraître à la plupart des Athéniens 
utile et bienfaisante, puisqu'elle fortifiait rauinistie nouvellement jurée; mais 
une mesure peut être tout ensemble excellente et arbitraire. En 427, les prytanes 
remettaient en délibération à l'Ecclèsia le sort des Mytiléniens, condamnés en 
masse par un premier vote; cette nouvelle délibération fut accueillie avec joie 
par la majorité des Athéniens, très embarrassés ou irrités du verdict exti'ême- 
ment dur qu'on avait d'abord émis (itapsaxeûasav xo'jc, ev •zi'kzi udre auGiç vvwixaç 
TtpoOEÎvat • xal ÈTzeiaav ^Sov Siôxt xal Èxôtvon; è'vôri'Xov t,v pouXôjxevov t6 TtXéov twv 
■noXiTÛv aW.^ Tiva; (JBtuw àTtoSoOvai pouXsûjaaOat (Thucydide, III, 36, 5). Or 
un tel renouvellement des débats était illégal : Thucydide, par la bouche de 
Nicias, emploie dans une circonstance semblable (recommencement du débat sur 
l'expédition de Sicile) l'expression caractéristique de Xùc'.v toù; vôixo'jî (VI, 14). 

(2; Si parmi ces « Vingt », comme ou l'a supposé avec une grande vraisem- 
semblance (cf. Busoit, Griech. Allert., p. 186; Wilamowitz, II, p. 223; Thumser, 
Lehrbuch der griechischen Antiquitalen, Staatsallerlumer, 1-2, p. 138. Cf. Reslaur. 
démoc. à Athènes, p. 409), ont figuré, peut-être pour moitié, d'anciens chefs du 



LE CONSEIL ATHÉNIEN DES CINQ CENTS ET LA PEINE DE MORT 13 

déraisonnable de ranger Archinos : sa conduite au lendemain 
de l'amnistie a des allures quelque peu dictatoriales, et il avait 
été au surplus, l'un des plus illustres lieutenants de Théra- 
mène (cf. 'AO. iroX., 34, 3) et l'un des chefs de l'armée du Pirée. 
On était ainsi en pleine atmosphère d'illégalité et d'arbitraire : 
une telle époque était éminemment propice à l'exécution de 
mesures sommaires et brutales, s'inspirant beaucoup moins des 
anciennes traditions que des récents procédés oligarchiques. 
Comme les Trente, le « théraméniste » Archinos recourt, pour 
imposer sa politique, à des exécutions sans jugement : quoi 
d'étonnant qu'il eût (temporairement d'ailleurs) investi le Con- 
seil d'un pouvoir usurpé (1)? 

Bref, loin que l'événement de 403 présente nécessairement 
un caractère normal et légal, l'intérêt capital qu'attache Archi- 
nos au triomphe de l'amnistie, la conduite récente du person- 
nage, la nature des circonstances au milieu desquelles il agit, 
tout cela confère à l'hypothèse du verdict illégal une singulière 
autorité. 

La thèse que nous combattons peut-elle firei' quelque avan- 
tage de l'action exercée par le Conseil en 415, dans l'affaire des 
Ilermocopides? Certains aspects de cette affaire ont donné à 
penser que le Conseil des Cinq Cents était encore au v* siècle 
le principal « support du régime » : c'est à lui que le peuple, 
affolé à l'idée de « la tyrannie » menaçante, « n'hésite pas à 



groupe privilégié des Trois Mille, doit-on beaucoup s'étonner que les usages 
judiciaires de l'oligarchie n'aient pas alors entièrement disparu, et que la Boulé 
agisse connue au temps des Trente? 

(1) il convient de rappeler à ce sujet que, dès le début de la période des Trente, 
le tribunal populaire avait été dessaisi au profit du Conseil (quand il s'était agi 
déjuger Strombichidès, Calliadès et les autres chefs démocrates : Lysias, XIll, 
36). Or, à cette époque, l'accord était complet entre les diverses fractions des 
vv(jJpi[xo'., entre oligarques et théraménistes (cf. 'Aô. itoX., 35, 2; Xénophon, Hell., 
II, Ui, 15 : xô) [Jisv ouv itpuiTt)) ypô^/tù b KpiTÎa; tÇ) 6T,pa[jLivet oixoyvwjiuv te xat 
'ftXo; T,v). En vertu d'un tel précédent, Archinos, partisan de Théramène, n'était 
sans doute pas homme à hésiter beaucoup devant l'emploi illégal du Conseil 
comme cour souveraine de justice, surtout dès qu'autour de lui toute légalité 
était systématiquement suspendue. 



14 PAUL CLOCHÉ 

confier la dictature (Andocide, I, 15) », cette dictature dont il 
armera quelques années plus tard le Conseil des Quatre 
Cents (1). 

Il n'est pas douteux, en effet, que la Boulé reçut alors du 
Démos des pouvoirs considérables : on lui a donné la pleine 
direction de l'enquête (tiv yàp ayToxpàxwo : Andoc, I, 15) (2); 
à ses côtés, sans doute, fonctionnent des commissaires d'en- 
quête élus (^TiTTiTai : cf. I, 14, 36, 40, 65), dont les exhortations 
stimulent parfois le zèle des bouleutes (cf. I, 36, 43) ; mais 
leurs propositions n'ont d'efficacité qu'avec l'adhésion de la 
Boulé (àvaa-xàç 8e Ileîo-avopoç — l'un des zètètes — ecpri '/p'^vai 
)vU£iv TÔ ÈtÙ SxajjiavSpLou «];-/] <p!.(T[jLa xal àvaê!,êà^£t.v èitl tov Tpoyôv Toùç 
aTîoypacpévTaç . . . 'Avéxpayev t, [3ouXri wç eu Xéyet. : I, 43-44). Sans 
en référer au peuple, la Boulé suspend le décret qui interdit 
l'application de la torture aux citoyens dénoncés (parmi lesquels 
deux de ses propres membres, qui obtiennent à grand peine de 
pouvoir constituer des cautions et prennent la fuite : ï, 44), 
convoque les stratèges, fait prendre les armes aux Athéniens 
et, selon leur domicile, les envoie occuper divers endroits de la 
Ville et du Pirée (Agora, Théseion, place d'Hippodartios), assi- 
gne unposte spécial aux cavaliers, s'installe elle-même à l'Acro- 
pole, etc. (I, 44-45). 

Mais, si puissante et si vaste qu'apparaisse alors l'action du 
Conseil, il est fort exagéré d'écrire à ce sujet le mot de dicta- 
ture et de comparer cette Boulé de 415 au gouvernement omni- 
potent et vraiment dictatorial qui régira quatre ans plus tard 
les Athéniens. Les pouvoirs du Conseil de 415, visiblement très 
étendus en matière d'instruction criminelle et de police, sont 

(1) Telle est la conclusion de l'étude consacrée par M. von Wilamowitz à la 
puissance judiciaire de la Boulé au v» siècle (II, p. 198). 

(2) L'expression dont se sert ici Andocide paraît désigner des pouvoirs entière- 
ment illimités : il est certain, cependant, comme nous allons le voir, que l'action 
du Conseil en 413, si importante qu'elle ait été, n'a pas dépassé certaines bornes. 
Le décret du peuple instituant la Boulé « aÙTOxpâTwp » était sans doute beaucoup 
plus précis que la brève allusion de l'orateur; il visait probablement la direction 
de l'enquête : c'est à propos de l'impunité conférée à un accusé qu'Andocide rap' 
pelle cette circonstance de la Boulé autocrator. 



LE CONSEIL ATHÉNIEN DES CINQ CENTS ET LA PEINE DE MORT 15 

loin d'être illimités, et ce qui précisément lui fait défaut, c'est 
la souveraineté des arrêts judiciaires. Nous noterons d'abord 
que, lorsque le Conseil, avant le départ de la flotte pour la Sicile, 
a reçu la dénonciation contre Alcibiade, accusé d'avoir profané 
les mystères, il ne mande pas le général à sa barre : il se borne 
à convoquer l'Ecclèsia, pour qu'elle prononce sur l'accusation 
(Isocrate, XVI, 6-7) (1). Sans doute, il reçoit la direction de 
l'enquête et édicté de graves mesures de police et de salut 
public ; mais l'importance même des attributions exception- 
nelles qui lui sont ainsi conférées fait ressortir d'une manière 
d'autant plus saisissante Tinsignifiance de son rôle dès qu'il y 
a un verdict positif et décisif à prononcer. En ce domaine, son 
pouvoir cesse : les arrêts de mort qu'entraîne l'affaire des Her- 
mocopides n'émanent pas du Conseil, mais du tribunal popu- 
laire. Quand le dénonciateur d'Andocide, Dioclidès, comparais- 
sant de nouveau devant la Boulé et les zètètes, se voit convaincre 
de mensonge (I, 65), ce n'est pas la Boulé, trompée et bafouée 
par le calomniateur, qui retient et juge l'aiïaire : Dioclidès est 
livré au dicastèrion, qui vote la mort (ÛjasI;? Se àxoûaravxe; TaÛTa 
A'.oxXeîÔv^v èv xw 8 Lxao-Ty] p[ ci) iiapaSôvTeç àTtexxsivaTe : I, 
66). Et le principal verdict de mort et de confiscation, celui qui 
frappe par contumace le plus illustre des suspects, Alcibiade, 
est rendu par les héliustes (ol [aèv ouv 'AQrjvaiioi itapaSévxeç 5i- 
xao-Tripîco xoùi xe 'AXx'.ê!,àSou xal xwv akXiùv <TU|jiccuy6vx(ov xà 
ov6|jiaxa oUr\v £p-/î[j.-^v xaxeSîxaaav Oavàxou : Diodore, XIII, 5, 7) (2). 

(1) Abrégeant à tort la procédure, Andocide montre la dénonciation portée 
d'abord à l'Ecclèsia (cf. Lipsius, Alt. Recht, p. 195). 

(2) Thucydide et Plutarque ne parlent pas de dicastèrion; mais les termes dont 
ils se servent ne contredisent nullement l'assertion de Diodore (o'i S' ' AOTivato'. 
ïp-/l[j.r, 5ixï^ ôâvaxov xatsyvwaav olùxoù T£ xal tdiv [xet' ixetvou : Thuc, VI, 61, 7; dxoû- 
craî (Alcibiade) oti ôivatov aÛToO xaTs'yvwxsv f, iroXn; : Plutarque Alcib., 22, .'i). 

C'est également devant le dicastèrion (et non devant ses collègues du Conseil) 
que le bouleute Speusippos traduit alors le père d'Andocide, sous l'inculpation 
d'avoir profané les mystères (SireûaiTriro; ôè pouXsûwv -TcapaSfSojdiv aùroùî xw 
oixajxTipiu) ; Andoc, I, 17). Enfin, c'est un dikasterion (composé d'initiés) — 
et non la Boulé — qui est chargé par le Démos de décider sur la question des 
récompenses aux dénonciateurs touchant les profanations des mystères (ëSoÇsv 
ouv T(T) Sri|j.(i) èv tt^ T(Lv ôeutxoô etwv 6 ixa axT^p (o) toùç [XEfiuTiasvouî, ixoû- 
ffavras Tà<; ;iT|VÛiTê(î â; sxaaxoi; èjJLVuae, Sta^txiccxt ; Andoc, I, 28). 



46 t'AUL CLOCHÉ 

Ainsi, dans toute cette affaire, les actes les plus graves et les 
plus décisifs n'ont pas été accomplis par les Cinq Cents : devant 
le jugement suprême à prononcer, la Boulé s'efface, et à sa 
place apparaît l'Héliée, seule souveraine en définitive. 

Donc, non seulement le rôle considérable joué par le Conseil 
en 404, en 403 et on 415 n"a pas la signification et la portée 
qu'on lui prête, mais, par l'exemple de ce qui s'est passé en 
415, la puissance judiciaire de cette assemblée, avant l'époque 
des Trente, commence à nous apparaître nettement et forte- 
ment limitée. Il y a mieux : l'étude des procès capitaux 
auxquels elle a été étroitement mêlée au v' siècle milite direc- 
tement contre la thèse Wilamowilz. De cet examen il résulte 
que le Conseil des Cinq Cents n'est plus alors xûpwç (s'il la 
jamais été) en matière de condamnation capitale. Dans l'affaire 
des Hermocopides, nous voyons qu'à la différence du tribunal 
populaire la Boule n'inflige pas la mort : dans les atfaires que 
nous allons examiner, non seulement, tout en étant saisie du 
procès, elle ne prononce pas (ou n'est pas seule à prononcer) 
l'arrêt suprême, mais l'analyse des textes montre qu'elle Teût 
bien volontiers prononcé : si elle s'abstient de le faire, c'est, 
comme nous allons essayer de le montrer, parce que rien ne 
l'autorise à exercer pareille souveraineté. 



Ces procès sont ceux d'Antiphon et d'Archeplolémos (411/10), 
des généraux vainqueurs aux Arginuses (406/5) et de Cléophon 
(405/4) (1), Le premier cas est particulièrement simple. Sous 
l'archontat de Théopompos, trois des anciens membres du 



(i) Que ia Boulé ait été mêlée <i d autres pt'dces câpUâUk, Ce n'est guère doU-» 
teux; mais les textes suat muets à cet égard. 1. a poursuite cjitauiée par Cléon 
tîontre Aristophane (cf. Acharniens, v. 3'Î9 et âuiv.) fut portée dabord au 
CoQseil et provoqua un débat mouvementé ; mais il est loin d'être démontré; 
et il est même fort improbable, quelle ait mis en, danger la vie du poète 
(cf. Croiset, Aristophane et les partis à Athènes, p. 79, note 1). Au surplus j 
cette poursuite fut sahs résultat; 



Le conseil athénien dés cinq cents et la peine de mort \1 

gouvernement des Quatre Cents, qui avaient négocié avec 
Lacédémono, Antiphon, Archoptolénios et Onomaclès, étaient 
dénoncés pour ce motif à la Houle par les généraux (oO; aTco- 
cDaîvouTiv ol TToaTTiVol —psa-êîuoaÉvo'j; £•.; Aaxeoaipiova stiI xaxôS ttJ; 
t:6)v£co^ Tr,; 'AÔTivaiwv : Ps.-Plutarque, Antiphon, 24). Le bouleute 
Andron, ancien membre du collège des Quatre Cents, émit l'avis 
suivant : Antiphon et ses deux collègues seraient arrêtés et tra- 
duits devant le tribunal populaire (a-uXXaêeïv xal ÎTroSoùvai elç t6 
S'.xao-T/jO'.ov oTcw^ otôo-t. ouY^v : zV/.,24); ils seraient gardés jusqu'au 
jugement par les généraux ot par dix boulcutes, que choisi- 
raient à leur gré les généraux (ol o-Tpa-riyol xal ex ttÎç 
pouXflç ouuTivaç av ôoxir, TOtiç (XTp axifiyo ^ ç Trpoa£Aojj.£VO!,ç 
jjLé'^pi ôéxa : iV/., 25) ; les thesmothètes mèneraient les accusés 
devant le tribunal au jour fixé ; l'accusation serait soutenue 
par les stratèges, par les auvvîyopoi préalablement désignés et 
par tout citoyen de bonne volonté; chacun des trois accusés 
que le dicastôrion jugerait coupable serait puni selon la loi 
sur les traîtres (o-ou o' av xaxa(];ricpîo-/iTa!. tô owao-Tvîp'.ov tisoI a-jxo'j 
TTOtelv xaxà tov v6[jlov S; y.v.':'x\ Tcepl twv rcpooôvTwv : n/., 26). La 
Boulé vota cette proposition ; Antiphon et Archeptolémos 
comparurent devant le tribunal (Onomaclès s'était enfui) et se 
virent infliger la peine de mort et la confiscation des biens 
(îW., 27-28). 

Voilà une affaire dans laquelle, visiblement, la majorité 
(sinon l'unanimité) des bouleutes sont de cœur avec l'accusa- 
tion : ils accueillent favorablement la proposition d'Andron et 
délèguent à l'arrestation dix des leurs, choisis par les initia- 
teurs mêmes de la poursuite ; comme sanction, le décret bouleu- 
tique indique formellement le châtiment suprême (1). D'autre 
part, vu les circonstances (Athènes est plongée dans la léac- 
tion antioligarchique, et les chefs lacônophiles du gouverne- 



(1) Tout en se tenant d'ailleurs dans les limites de la légalité : les trois accusés 
doivent être jugés séparément : chacun doit être lobjet d'un verdict distinct, 
conformément aux exigences du décret de Cannônos. En 406, l'attitude du 
Conseil sera beaucoup moins légalitaire (cf. infra). 

RBG, XXXIII, 1920, n* 151. S 



48 PAUL CLOCHÉ 

ment déchu sont fort impopulaires), la Boulé n'a rien à redou- 
ter d'une protestation du Démos contre la condamnation 
éventuelle des individus mis en cause (1). Dès lors, si les 
Cinq Cents avaient encore le droit formel de prononcer des 
arrêts de mort,' pourquoi renonceraient-ils à frapper des accusés 
qui leur sont fort peu sympathiques et que détestent l'immense 
majorité de leurs concitoyens ? 

On objectera peut-être que l'arrêt du tribunal était si certain 
d'avance que le Conseil pouvait, sans péril pour la cause de 
l'accusation, s'abstenir d'user de son droit. Mais une telle 
considération n'aurait qu'une valeur négative : elle montrerait 
tout au plus que rien n'empêchait absolument la Boule de se 
dessaisir; elle ne nous indiquerait toujours pas la raison posi- 
tive qui eût déterminé cette assemblée à se dessaisir. 

On dira encore que, si la Boulé se récuse, ce n'est pas 
parce qu'une loi, ancienne ou récente, lui intordit de pronon- 
cer des sentences de mort, mais parce que la législation athé- 
nienne avait clairement prévu le cas que soumettaient aux 
Cinq-Cents les généraux : la loi sur les traîtres, en vertu de 
laquelle Antiphon et Archeptolémos furent poursuivis et con- 
damnés, ordonnait expressément le jugement par le dicastèrion 
(tov vôpiov... 0? eo-Tiv em toI;... itpooÔTa!,;, sàv ~iç rj rrjV uoA'.v 
TrpoSiow ... xpiOévTa sv o t, xao-Tïi p 'Iw : HelL, I, vu, 22). C'est . 
donc qu'au moins dans deux cas (2) (et deux cas d'une impor- 
tance capitale) la Boulé n'était pas xupia : la thèse Wilamowitz, 
thèse absolue et radicale (3), est ici nettement et gravement 
contredite. 



(1) M. von Wilamowitz ne saurait alléguer ici (cf. infi-a, l'examen de l'aflaire 
Cléophon) que la Boulé a pu redouter Timpopuiarité d'une condamnation 
capitale. 

(2) La loi vise à la fois les traîtres et les sacrilèges (èitl toîç îspoaùXoiî, HelL, 
I, vie, 22). 

(3) Cf. infra, les atténuations, d'ailleurs fort imprécises, formulées par 
divers auteurs. 



LE CONSEIL ATHÉNIEN DES CINQ CENTS ET LA PEINE DE MORT 19 

Le procès des généraux de 406 est plus significatif encore, 
parce que riioslilitô de la Boulè vis-à-vis des gens mis en 
cause est peul-ôtre plus marquée et plus spontanée, qu'elle 
n hésite pas à user conire eux de moyens illégaux, et que, 
d'autre part, les accusés sont moins généralement impopu- 
laires que ceux de 410 et que leur condatpnation paraît plus 
malaisée à obtenir. Résumons les phases essentielles du procès. 
La Boulè a d'abord entendu les explications de Thrasylle et 
de ses collègues sur la bataille navale et la tempête ; sur la 
proposition d'un de ses membres, Timocratès, elle ordonne que 
les stratèges soient arrêtés et livrés au Démos (Xén.. HelL, 
I, vil, 3). Après une première séance de l'assemblée popu- 
laire, dans L'Kjuelle les généraux ont riposté aux accusateurs 
par un bref f)laidoyer. la Boulè, sur l'invitation de l'Ecclèsia, 
établit la procédure du jugement définitif (procédure réglée 
par le TîooêoûÀeupia de Callixénos, ordonnant le jugement en 
bloc : I, vu, 7-10). Un deuxième débat s'engage devant l'Assem- 
blée, qui accepte la procédure proposée par la Boulè, et les 
généraux sont condamnés à mort et exécutés (I, vu, 11-341. 

M. von Wilamowitz (II, p. 195) estime que le Conseil était 
parfaitement autorisé à prononcer la peine capitale; seulement, 
s'il se permit d'arrêter les généraux (1), il recula devant un 
verdict de mort. Mais il faudrait nous démontrer que vraiment 
la Boulè n'osa pas user du droit que la loi lui conférait; il 
faudrait au moins nous indiquer pour quelles raisons elle aurait 
à ce point manqué d'audace, et c'est ce que l'auteur de l'argu- 
ment n'a même pas essayé. Nous allons montrer, dune part, 
que la Boulè désirait manifestement la perte des généraux et 
qu'elle avait intérêt à prononcer souverainement sur leur sort; 
d'autre part, qu'en agissant de la sorte, si tel était son droit, 
elle ne courait réellement aucun péril, qu'en tout cas elle 
risquait autant, ou môme davantage, en adoptant les proposi- 
tions de Timocratès et de Callixénos. 

(1) Arrestation qui constitue non une pénalité, mais une mesure préventive. 



20 PAUL CLOCHÉ 

La majorité de la Boulé paraît fort mal disposée à l'égard 
des généraux. C'est elle qui, à l'instigation d'un de ses mem- 
bres, prend l'initiative de leur arrestation (TitjioxpàTouç o' sItiôv- 
Toç OTi xal Toùs àXXous XP"^ SeBévraç elç tÔv St.jjlov iiapaSoG'ôvai., r^ 
^o\j\r\ eSyio-e : //e//., I, vu, 3) (1). Après la première session 
de l'assemblée populaire (I, vu, 4 et suiv.), la Boulé écoutera, 
sans opposition signalée, les accusations dirigées par Callixénos 
contre les généraux (KaAAi^svov è'-ireia-av sv ^fj |iouX^ xaTy^yopeTv 
Twv a-TpaxYiywv : //e//., 1, vu, 8) et votera le décret de procédure 
présenté par l'accusateur, décret destiné à paralyser la défense 
des stratèges et à provoquer leur jugement et condamnation 
en bloc (I, vu, 9-10, 26, 34) (2). Hostile aux généraux, la Boulé 
aurait intérêt, semble-t-il, à retenir l'affaire et à juger défini- 
tivement les accusés. Ceux-ci, en effet, sont des hommes en 
vue; si forte et si étendue que soit l'indignation soulevée contre 
eux, ils comptent un grand nombre de clients et d'électeurs; 
le renvoi au tribunal ou à l'assemblée leur crée des chances 
d'acquittement (l'opposition vigoureuse à laquelle se heurte le 
décret de Callixénos, qui faillit être repoussé — xo pisv TrpwTov 
è'xpivav TTiv Eùpu7tTo).£[ji,ou — , est assez significative à cet égard : 
cf. Hell., I, vu, 12, 34) (3). Dans ces conditions, pourquoi le 
Conseil renonce-t-il à prendre l'affaire en mains et à la clore 
par un arrêt de mort, s'il en a le droit? 



(1) Alors que le tribunal populaire, à l'instigation d'Archédèmos, n'a t'ait arn"" 
ter que l'un des six généraux, Érasinidès {Hell., I, vu, 2 ; cf. notre étude Revue 
historique, janvier 1919, § V). En 411/10, l'accusation contre Antiphon et ses 
complices était venue du dehors, des stratèges (cf. Ps.-Piut., Antiphon, 24) ; la 
Boulé n'avait fait que l'accueillir, d'ailleurs très favorablement. 

(2) Parmi les prytanes eux-mêmes, que pourrait ell'rayer la responsabilité de 
présenter aux sulTrages populaires une procédure illégale, une petite minorité 
seulement s'opposera à la mise aux voix du décret Callixénos (twv Ôè itoutàveuv 
Tivwv OÙ ;p asy.ovTwv ■:ïpû6T,ff£iv r^jV 5ia(j;T,;pt<jiv Ttapà toùç vôiio'jî : Hell., I, 
vu, 14). 

(3) La première séance de l'Ecclèsia montre aussi le crédit relatif dont jouissent 
encore les généraux. Leurs explications commençaient à séduire l'auditoire 
(ToiaÛTa XsyovTEî è'iret6ov tàv 6f,(iov), et de nombreux citoyens s'offraient comme 
caution {Hell., I, vu, 7). 



LE CONSEIL ATHÉNIEN DES CINQ CENTS ET LA PEINE DE MORT 21 

On objectera (1) que, si le Conseil a reculé devant l'usage 
d'un tel pouvoir, c'est parce qu'il a redoute, en prononçant une 
condamnation môme fort légale, de s'attirer la haine des nom- 
breux amis des généraux. Mais de quelle façon précise et efficace 
eût pu se manifester cette rancune à l'égard d'une nombreuse 
assemblée, votant probablement au scrutin secret, comme le 
dicastèrion? De plus, au cas bien improbable d'une tentative 
de vengeance dirigée contre le Conseil, celui-ci aurait toujours 
eu, pour le protéger, d'une part la loi clle-môme, qui (dans 
cette hypothèse) lui laissait pleine puissance judiciaire, d'autre 
part, l'appui de la fraction très considérable de l'opinion athé- 
nienne qui, dès le début de l'atTaire, s'était violemment pro- 
noncée contre les généraux : que l'on se rappelle les colères 
déchaînées contre eux à l'assemblée, la'destitulion dont ils 
avaient été frappés avant leur retour, l'exil volontaire de deux 
d'entre eux (toûtwv Se — Tliéramène et Thrasybule — àTco)vo- 
yr|(Ta[ji£V(ov auvéêr) T/iv opvriv TtaA'.v ixeTaTisiTSW sis 'où; (7TpaT7]vo'j; : 
Diod., XIII, 101, 4 ; ol o' h ol'xw toÛtouç toÙ; o-Toa-riyoùs eitauo-av 
. . . T(ôv 5è vauuLavTiO'àvTwv (TToax'/^ywv npcoxô[j.ayos [ji.£v xal 'Apta- 
Tovsvïiç oùx aTiTiXOov elç 'AQr.vaç : HelL, I, vu, 1). Enfin, en pre- 
nant l'initiative de l'arrestation, en livrant les suspects à un 
Démos irrité et en adoptant une procédure manifestement nui- 
sible aux intérêts et aux droits des accusés, le Conseil s'expo- 
sait déjà amplement aux rancunes des amis des généraux, ran- 
cunes probablement exaspérées et fortifiées par l'illégalité 
même du irpoêoûXeup-a (2). 

Le plus simple est donc de conclure ainsi : si le Conseil 
s'est alors dessaisi d'une affaire capitale que l'assemblée ou le 



(1) Tel est sans doute le sens de la brève remarque de M. von Wilamowitz sur 
la crainte qu'aurait éprouvée la Boulé d'user de son droit (cf. supra). 

(2) Mais ces rancunes même n'ont en rien atteint l'ensemble des bouleutes. 
Seuls, Callixénos et quatre de ses complices (dont on ne nous dit même pas s'ils 
appartenaient à la Boulé de 406 : Ttpo'j6XT|eT,ffav oè xal àXkol xixxctoz^ : Hell., 
1, VII, 35) furent victimes de la réaction qui se déchaîna à Athènes contre le 
jugement de 406. On voit combien peu risquait réellement la Boulé si elle 
s'était bornée à user de son droit. 



22 PAUL CLOCHÉ 

tribunal populaire pouvait à la rigueur juger contrairement 
aux vœux de la majorité des bouleutes, c'est que rien, dans la 
loi ou la tradition, n'autorisait ceux-ci à décider en maîtres du 
sort des généraux (1). 

L'histoire du procès Gléophon (405/4) se. dresse également 
avec force contre la thèse Wilamowitz. Au cours de la période 
comprise entre le premier échec des négociations alhéno-spar- , 
tiates et la chute d'Athènes, un conflit violent s'éleva entre 
l'orateur démocrate €léophon et les bouleutes : « Après la 
catastrophe navale, tandis que se préparait la révolution (oli- 
garchique), Gléophon s'attaquait à la boulé, lui reprochant de 
conspirer et de ne pas délibérer au mieux des intérêts de l'Etat. 
Satyros de Gèphisia, l'un des bouleutes, persuada ses collè- 
gues de faire arrêter Gléophon et de le livrer au dicastèrion. 
Ceux qui voulaient le perdre, craignant que le tribunal ne 
rendît pas une sentence de mort, engagèrent Nicomachosà pro- 
duire une loi d'après laquelle les bouleutes doivent « siéger avec 
les héliastes (xal tt^^ ,3ouÀ-^v o-uvSixàî^eiv) » ; et, le jour même du 
jugement, Nicomachos produisit la loi demandée (Lysias, XXX, 
10-11) (2). La première impression qui se dégage d'un tel récit, 
c'est que la Boulé n'avait pas le droit d'intenter à Gléophon un 



(1) On voit ce qui distingue principalement — au point de vue qui nous occupe 
— cette atï'aire de celle que nous avons précédeuuiient exauiinée. En transmet- 
tant au dicastèrion le soin de juger Antiphon, Archeptolémos et Onomaclès, la 
Boulé de 411/10 ne peut éprouver d'inquiétudes sérieuses touchant le verdict qui 
sera prononcé : elle n'a aucune raison positive de se dessaisir (si la loi ne lui en 
fait un devoir), mais elle n'a aucun intérêt pressant à retenir l'affaire. En 406, 
au contraire, si elle ne court réellement aucun danger à prononcer le verdict (au 
cas où la loi lui en donne le droit), elle risque, en se dessaisissant, de provo- 
quer un arrêt contraire à ses désirs. Son dessaisissement est donc particulière- 
ment significatif. 

(2) Le discours contre Agoratos se borne à rappeler que les conspirateurs 
oligarques, voulant perdre Gléophon, se glissèrent au tribunal chargé de le juger 
(êxeivu [J.èv oyv 5:xaffXT,p'.ov TtapajxeuaTavTîî xal e'.aeXOovx;; : Lysias, Xlll, 12^, ce qui 
peut s'entendre de tentatives faites pour introduire dans le tribunal des liéliastes 
acquis à la conspiration, et ce qui peut aussi s'entendre de la manœuvre adjoi- 
gnant aux héliastes le Conseil des Cinq-Cents, faisant des bouleijtes, en quelque 
sorte, autaut de dicastes, 



LE CONSEIL ATHÉMEIN DES CINQ CENTS ET LA PEINE DE MORT 23 

procès capital et de statuer souverainement sur son sort. L'ora- 
teur était l'adversaire déclaré d'une assemblée dont les membres 
devaient pour la plupart siéger l'année suivante à la Boulé des 
Trente (Lysias est parfaitement net sur ce point : i] oï ^ouXri 
■}] Tzob Twv Toiàxovxa ^ouXsûouaa Siécp^apTO xal oAt.yapyiaç sîceGû- 
[xei, u)ç l'aTE, [xàX'.aTa. Tex|Ji-/,pt,ov os • o». yàp ttoaÀoI e^ £X£Îvr,ç T"fi<; 
^ouXvïç Tr,v uorTÉpav j^oulriv Trjv £7:1 Ttùv Tpiàxovta èêoûXeuov : XIII, 
20) : si cette assemblée avait été autorisée à mettre à mort son 
ennemi, elle eût usé de ce droit sans hésitation. C'est parce 
qu'elle ne le peut pas qu'elle se résigne à saisir le dicaslèrion, 
se réservant de se glisser aux côtés des héliastes par une « ma- 
nœuvre de la dernière heure », pour emporter une condamna- 
tion à laquelle répugnent, apparemment, la majorité des 
juges. 

Mais on nous objecte (cf. Wilamowitz, II, p. 195) qu'à l'ins- 
tar de la Boulé de 406, celle de 405/4 n'osa pas user du « droit 
formel » qu'elle possédait d'infliger la peine de mort : elle 
« n'eut pas le courage » de procéder seule à une condamnation 
qu'elle désirait ardemment. Voilà pourquoi elle fit rédiger par 
Nicomachos une pseudo-loi, établissant un « tribunal mixte », 
qui était sans doute « quelque chose d'anormal », mais n'était 
pas véritablement « contraire à l'esprit ou à la lettre de la 
vieille constitution » (1). Mais, pas davantage qu'à propos de 
l'affaire de 406, on ne nous démontre que le Conseil eu peur, 
et on ne cherche à nous indiquer pourquoi il aurait eu peur. 
Voici les considérations que l'on pourrait faire valoir à cet 
égard. Vers l'époque à laquelle fut arrêté Cléophon, le senti- 
ment patriotique à Athènes était très vif : il s'était manifesté, 
notamment, par l'arrestation du bouleute Archestratos, qui 



(1) Lipsius, p. 46, note 142, se contente d'objecter que la condamnation a été 
prononcée dans des circonstances exceptionnelles, et il rappelle le mot de 
Xénophon : axiaew; tivôî vsvojxévt,; èv fi KXsoœwv àiréSavsv {HelL, I. vu, 35). 
Mais, outre que Ion ne voit pas bien ce qu'a pu être cette- a-câaiî, point n'est 
besoin de faire intervenir ici une raison de ce genre pour conclure à l'illégalité 
certaine de la procédure employée et à l'absence de toute souveraineté jud|-. 
claire de la Boule. 



24 PAUL CLOCHÉ 

avait conseillé d'accepter les conditions dé paix présentées par 
Lacédémone, et par le décret (émanant sans nul doute de 
l'initiative de Cléophon) interdisant de délibérer désormais sur 
la destruction, même partielle, des Longs-Murs [HelL, II, ii, 15 ; 
cf. Lysias, XIII, 9-12). Dès lors, la condamnation de lun des 
chefs les plus ardents du parti de la résistance, de l'homme 
qui a récemment lutté pour le salut du Démos et des remparts 
(àvTEwev UTzàp Gijiwv \x'f\ xaQaipcIv rà Tsiyr,: Lysias, XIII, 12), ne 
risque-t-elle pas de provoquer une telle émotion populaire que 
la Boule recule, effrayée, devant l'usage de son droit tradi- 
tionnel (1)? 

Un pareil raisonnement, évidemment, ne peut démontrer que 
le Conseil des Cinq Cents possédât à coup sûr le droit de 
condamner Cléophon; il ne détruit pas l'interprétation donnée 
plus haut de la conduite du Conseil; il tend à montrer, tout au 
plus, que le Conseil pouvait posséder un tel droit et n'en a pas 
usé pour des raisons de prudence. Mais ce sont ces motifs 
mêmes de prudence qui paraissent fort mal établis ou 
insuffisants. D'abord, que risquait vraiment le Conseil en pro- 
nonçant l'arrêt de mort, si la loi lui en reconnaissait le pou- 
voir? Quel moyen d'action précis eussent possédé les démo- 
crates pour incriminer un Conseil ayant usé de son droit et, 
plus spécialement, la majorité des bouleutes ayant volé la 
mort ? Ensuite, si les Cinq Cents redoutent si fort les protes- 
tations du parti démocratique, comment sont-ils assez hardis 
pour adopter, sur la proposition d'un des leurs, la mesure 
capitale de l'arrestation et de la mise en accusation, si propre 
à irriter le Démos (2) ? En définitive, la colère des démocrates 

(1) De même qu'en 406, redoutant la colère des amis des stratèges, elle aurait 
hésité à dénouer elle-même le procès (cf. supra). 

(2) L'instigateur de cette mesure, c'est ce Satyros qui, l'année suivante (404/3), 
sera placé à la tête du Collège des Onze et que Xénophon nous dépeint sous les 
traits d'un personnage sans scrupule et d'une extrême audace (Sa-rûpou xoO 
epaauTdÎTOu aùxwv xal àvaiOôijTiTou : tiell., II, m, 54). Satyros, dont l'influence 
était si puissante dans la Boulé de 405/4 (tV pouXV--- ^v -Jj £iTupo<; ixsv xa' 
Xp£[i.(ijv (lâyiaTov èôûvavTo : Lysias, XXX, 14), pouvait très bien hésiter, surtout au 
souvenir de U mésaventure récente de Callixénos. à préconiser une illégalité ; 



LE CONSEIL ATHÉNIEN DES CINQ CENTS ET LA PEINE DE MORT 25 

sera-t-elle moindre contre la Boulé et ses meneurs si Cléophon 
succombe sous les coups d'un tribunal mixte, qui n'eiit jamais 
été réuni sans l'initialive de la Boule ? 

Enfin, si le Conseil, n'osant pas user seul de ses droits for- 
mels et souverains, désirait toutefois participer au jugement 
capital, n'avait-il pas à sa disposition une procédure beaucoup 
plus simple que celle qui fut adoptée? Ne lui suffisait-il pas, 
par une opération inverse de celle qui fut réalisée, de s'ad- 
joindre l'Héliée dès l'arrestation de Cléophon? La procédure 
n'eût pas été plus anormale que celle qui fut elîectivement 
suivie; le résultat aurait été le môme, et la manœuvre eût été 
habile : elle eût montré un Conseil suspect aux démocrates 
renonçant partiellement à son pouvoir souverain pour y asso- 
cier le tribunal populaire. 

L'hypothèse d'une Boule effrayée à l'idée d'user de son droit 
n'est donc ni démontrée ni probable ; elle laisse entièrement 
subsister notre explication initiale : si la Boulé de 405/4 a 
renoncé à juger elle-même son ennemi, c'est parce que, comme 
celle de 406, elle ne pouvait faire autrement; c'est qu'elle se 
heurtait au grave obstacle de la loi (dont venait d'être victime 
peu auparavant l'auteur du TrooSouXeup-a illégal de 406) (1). 
Seulement, cette fois, elle ne s'est pas abstenue jusqu'au bout 
de toute participation au verdict : au dernier moment, subrep- 
ticement, elle a pris place aux côtés de l'Héliée. Pourquoi 
cette usurpation partielle? Evidemment, parce que les chances 
de condamnation par le tribunal laissé à lui-même étaient ou 
paraissaient très réduites; parce que Cléophon, patriote et 
démocrate ardent, était beaucoup moins impopulaire que les 
stratèges de 406 (patriotes, eux aussi, et glorieux vainqueurs, 
mais chargés d'une lourde responsabilité) et surtout que les 
traîtres de 4H. Et une curieuse et remarquable gradation 
s'observe ainsi de l'un à l'autre des trois procès qu'on vient 



était-il homme à reculer — et à conseiller le recul — devant l'emitloi d'un 
droit rigoureux, mais absolu ? 
(1) Cf. notre étude sur L'affaire des Arginuses, § vji, Revue historique, l. c. 



26 PAUL CLOCHÉ 

d'examiner. Dans le premier (411/10), la Boulé, sûre à Tavance 
de l'arrêt que rendra le tribunal régulier, s'abstient de juger 
à sa place ou à ses côtés, mais édicté une procédure parfaite- 
ment légale, respectant scrupuleusement les droits dWntiphon, 
d'Arcbeptolémos et d'Onomaclès (1). Dans le deuxième pro- 
cès (406), la Boulé, qui peut redouter le zèle et les intrigues 
des amis des généraux et qui, tout en possédant des chances 
très sérieuses d'abattre ceux qu'elle fait mettre en accusation, 
n'est déjà plus si sûre de triompher, la Boulé respecte encore 
la loi qui la prive de toute juridiction souveraine, mais com- 
bine, du moins, l'adoption d'une procédure illégale brisant la 
défense des accusés ; elle pèse indirectement sur la marche 
d'un procès dont l'issue ne dépend pas d'elle. Dans la troisième 
affaire enfin (405/4), ses chances de succès étant des plus 
médiocres si on laisse la justice ordinaire absolument libre et 
souveraine, la Boulé fait mieux encore : usant d'un artifice, 
elle se glisse aux côtés du dicastèrion et peut ainsi fausser radi- 
calement le verdict (2). Mais sous toutes les différences qui 
séparent les trois procès de 410, de 406 et de 404, et qu'explique 
très bien le changement des circonstances, subsiste le fait 
essentiel et constant d'une Boulé dépourvue de toute souverai- 
neté judiciaire : le caractère même de son intervention directe 
dans le troisième procès est tout aussi significatif, aussi révéla- 
teur de son manque de souveraineté légale, que son absten- 
tion toute volontaire dans le procès de 410, forcée et corrigée 
par d'illégales manœuvres dans le procès de 406. 

.(1) Les griefs allégués contre ces trois hommes leur sont communs; mais ils 
ne doivent pas être frappés d'un verdict global : otou 5' i'v xatailTjCpiffTjxai tô 
SuajTTipiov Ttsol aOtoO iroieïv xaxi t6v vÔ|aov... : Ps.-Plut. Anliphon, 2&. Cf. le 
décret de Cannônos : HelL, 1, vu, 20. 

(2) A la veille môtue de lavènement des Trente, il est vrai, cette Boulé 
de 403/4, ayant mené l'enquête contre Strombichidès et antres magistrats et 
citoyens démocrates, paraîtra renoncer à les juger, respecter pleinement les 
traditions judiciaires, et laissera le peuple instituer à cet eB'et un dicastèrion de 
2.000 juges : mais ce ne sera là qu'une « fausse abstention », et bientôt la Boulé 
elle-même, la Boulé des Trente, essentiellement recrutée parmi ces bouleutes 
de 40o/4, rendra contre Strombichidès et ses coaccusés ie verdict de mort 
(cf. Lysias, XIII, 20, 36 et suiv,), 



LE CONSEIL ATHÉNIEN DES CINQ CENTS ET LA PEINE DE MORT 27 

Nous pouvons donc d'ores et déjà conclure qu'une dizaine 
d'années au moins avant la révolution de 404 le Conseil des 
Cinq Cents avait perdu la souveraineté judiciaire qu'il avait pu ' 
primitivement posséder, qu'il n'était pas — ou n'était plus — 
maître de la vie et de la mort des citoyens : la thèse Wila- 
mowitz paraît insoutenable. Peut-on du moins la conserver en 
en atténuant fortement les termes et prétendre que jusqu'au 
iv" siècle (ou, plus précisément, jusqu'au rétablissement de la 
démocratie en 403) la lîoulè, gardant des pouvoirs judiciaires 
très étendus, « pourra... en certains cas mettre à mort » (1)? 
Il conviendrait d'abord de préciser quels purent être ces cas 
dans lesquels se serait opérée, au prolit du Conseil, une déro- 
gation aux habitudes judiciaires. C'est ce que l'on ne fait pas, 
et pour cause : nous ne connaissons avant la période des 
Trente aucun verdict de mort prononcé par le seul Conseil. 
Le silence des textes à cet égard est d'autant plus frappant 
que les exemples abondent d'arrêts de mort émanant de 
l'Ecclèsia et,^ surtout, du tribunal populaire. Le seul fait précis 
signalé par les partisans de la thèse atténuée que nous venons 
d'exposer, c'est le jugement rendu en 403/2 à l'instigation 
d'Archinos (cf. supra, p. 9-10). Or, cet événement, qui consti- 
tuerait un sérieux et solide élément de démonstration, s'il 
apparaissait évidemment comme l'application d'une tradition 
légale, est dénué de toute valeur probante, vu les circonstances 
exceptionnelles au milieu desquelles il s'est produit : la con- 
damnation (ju'ordonnèrent alors les bouleutes, conseillés par 



(1) Cf. Cavaignac, Revue des cours et conférences, XVII (1909), p. 223. Telle 
est également la thèse qu'implique la traductioo donnée par M. Th. Reinach du 
texte de 1' 'AO. FloX. (43, 1) : « I,e Sénat avait autrefois le droit souverain, dans 
certains cas, de frapper les citoyens d'ameniies. de les jeter aux fers et même 
de les envoyer au supplice » (Rép. alh., p. 84). Mais il convient tout de suite 
d'observer que cette atténuation, dont M. Reinach ne nous indique pas les 
raisons, en admettant qu'elle cadre avec la réalité des faits, ne se trouve pas 
dans le texte grec lui-même : r, 5î ^o'jXt, Trpotspov [jièv tiv xupia xaî /pr^jiacTiv 
'C,r,\vMZ!x<. -/.ïl 3f,(îa'. xal àzox-:eîva'. . La traduction de .MM. Hanssoullier et Bourguet 
reproduit simplement la phrase d'Aristole : « Le Conseil avait anciennement le 
droit d'infliger rameude, l'emprisottaement et la moft ». 



28 PAUL CLOCHÉ 

un homme qui voulait à tout prix faire un exemple et que 
n'etlrayaient pas les mesures arbitraires, fut enveloppée d'une 
telle atmosphère d'illégalité, qu'en la circonstance la Boule, 
selon toute probabilité, a outrepassé ses droits traditionnels. 

On dira peut-être qu'avant la domination des Trente il y eut 
des cas dans lesquels les Cinq Cents furent souverains en 
matière de condamnation capitale, mais que ces cas, nous les 
ignorons. Pareille affirmation serait fort osée en l'absence de 
tout indice tendant à l'appuyer, et alors que tous les exemples 
parvenus à notre connaissance nous montrent le pouvoir judi- 
ciaire de la Boulé nettement limité et s'elîaçant totalement ou 
partiellement devant celui de l'Héliée ou de l'Ecclèsia. 



Cette limitation de la puissance bouleutique au v^ siècle fut- 
elle seulement l'œuvre de l'usage et de la tradition? ou y eut-il 
une loi pour l'établir de façon expresse, directement ou indi- 
rectement? C'est cette seconde hypothèse qui paraît découler 
du texte d'un vieux décret, dont certains fragments notables 
•nous sont restés (cf. /G, I, 57). Nous citons intégralement les 
débris de ce document {{). 

Frg. a, 1. 21 [TcevTJaxoaio - -, l. 23 xal xo) S7i[p.w?], 1. 24 

- - 5]epLÎav, l. 25 — x£xA7ip.[£vjo - -, l. 26 [aveu toÙ SyÎjjlou to-j 
'A^T^va'lwv] TtXyiOûovTOç [piv]], 1. 28 [èiri'lJricpiàJ £[x[êJotJA^ (?), l. 29 
[è7ti.d/]Yi(piJ^(,), 1. 30- - o<Ti,ov (- tiiv) [JI-/1 — , 1. 31 '^ouXsùev/ ':où[;] 
'nevTa[x]o[o-Uou[ç], I. 32 [Ti£VT]axoo-ta[çJ 8payjp.àç], 1. 33 - - av 8' 
B[-?l]ijLo[ç] 7r)vri9[u(o]v, 1. 34 — ov [tù^/] èv x<j) ^ouAfUTTipîc}), 1. 35 

— aoe sSo^ev IXku - -, 1. 36 [àvsu toC» 8/^jj.O'J ~oû 'AG'rjvatwv 7r)>yi- 
ÔÛovt]©? [Jiifi elvai, tc6)v£[jlo[v], 1. 37 [aveu xoG 07]|jlou toÙ 'AGrivatwv 

(1) Quelques lignes seulement en sont citées par les auteurs qui l'utilisent : 
cf. Busolt, Griech. Aller., p. 253 ; Griecli. Gesch., 111, 2, p. 1339, note. Le décret 
est signalé, sans être cité, par Swoboda, Hermès, XXVIII (1893), p. 597 ; Lipsius, 
AU. Rec/iL, p. 46, note 138. M. von Wilaniowitz, II, p. 195, remarque que le décret 
est extrêmement mutilé. Ce n'est pas douteux ; mais, fort heureusement, des 
fragments essentiels subsistent ou ont pu être restaurés, fragments tout au 
moins gênants pour l'hypothèse Wilamowitz. 



Le conseil athénien des cinq cents et la peine de mort 29 

ttXyiJOÛovtoç \>.r\ tlyoLi Gàv[a]To[v] ou Oav[a]TOÛ[v], 1. 38 [àvsu Toù 
S-/][ji]ou x[oû] 'A9-r|Vaîwv TrA-o8[uovTOs [Ji^ - -. 

Frg. b, I. 2 [£vt]oç Tp'.àxovxa Y|p.£pwv. £7r£iS[àv], 1. 3 ['AQrjvajiwv 
[ayiSè £vl [A7][t£] [3oL»Xr, ^-/i-ze - -, l. 4 [av£u ToO ôy]|jiou Toû '7V0r,va((t)v 
TTÀriOûoJvroç ^■f\ e\yoi\ 9(oàv £7t',êaA£^v ['AOrJvaîtov p.T,0£ [Évîj, 1. 5 
- - e ^oÛA'/io-'.v àv£y xoû 0'/]pi.ou toù 'A9[-iqv]ai(i)v TrAv)8ùo[vTOç], 1, 6 
OTCwç av ôox'iri t[(Ô] S7)|jit{) Tw[t 'AjOyivaiwv 7r)v-^[06ovT'.], 1. 7 - - ov 
((j)v) xaTa xaÙTa (TaÙTa) alp£~.c79a(.. Ta [yJpy]|jiaTa Ta or,[[jLÔo-ia], 1. 8 
[tJoÙ; TTEVTaxocrlou; nplv 7raÛ£T9ai r^ç àpy-^ç, I. 9 [tw ôr,|jL(i) tw]'. 
'AOr,vaî(i>v -)vTi9iJov:i. o ti. av '^oû'kr\Z(X.i, 1. 40 -- xùiv OYipioa-îtov £7rà- 
vavx£ç Elvai Tip [3ou[Xr,], \. \\ 8£ÛT£pov 7tp£<jê£Îav, xpbov 8t,[jlo - -, 
1.12 Tïpo^ xoùç 7rptjxàv£iç xal [ÎouXe - -, 1. 13 - - ai xoCÎ tcoAÉjjlou Tiépt. 
xal xwv Tp - -, 1. 14 --va xù) Svîjjicp Èvxoç e^ •Âi[pi£pc5v f], I. 15 
Yvwp.r|v (Tu][i.êàA).£a-9a!, xtjv [iouXr,v, 1. IG £xxXy,a-îa xal £ - -, 1. 17 
£xxX[r,a-][a x-riç (?) - -. 

Par ce décret, la souveraineté dans les procès capitaux est 
expressément réservée au peuple réuni en « assemblée plé- 
nière » (1) (cf. frgm. a, 1. 37 : [àv£u xoù ù■r^]J.o'J xoù 'AO-rjva'luv Tz\-f\]- 
Buovxo;; [j.ri ehai 9àv[a]xo[v]). Il en est de même du droit d'infliger 
des amendes (cf. frgm. b, 1. 4 : [àv£u xoù oyîijio'j xoù 'A9yi- 
vaiwv TtAri9tjo]vxo<; <^r\ tlvai 9(oàv £7tt,êaA£Îv [^'A9r,]vaLwv ^f\ok [£v[]). 
Peut-être le décret limitait-il à 500 drachmes le montant 
des amendes laissées à la compétence du Conseil (compétence 
que le Conseil gardera encore en plein iv* siècle : cf. supra, 
p. 4) : tel pouvait être le sens d'un passage fort mutilé du 
document (cf. frgm. a, 1. 32 [7t£vx]axoa-ia[;] opay[uàç]). Comme 
tel est précisément le chiffre maximum de l'amende que le 
Conseil restera toujours autorisé à infliger, il y a peut-être 
là plus qu'une simple coïncidence. Ajoutons que, tout à côté 
(1. 31), il est expressément fait mention du Conseil et de ses 
délibérations : (^ouAeueiv xoù[s] 7:£vxa[x]o[o-tjou[ç] (2). 



(1) C'est-à-dire qu'en cette circonstance on renonce à la fiction d'après laquelle 
toute ecclèsia, si peu nombreuse qu'elle soit, est censée représenter la totalité du 
peuple {cf. Glotz, Dict. Antiq., art. Ecclèsia). 

(2) M. Busolt, Griech. Gesch., III, 2, p. 1539, note, remarque que « dans l'ins- 



30 PAUL CLOCHÉ 

Mais le décret s'occupe aussi de questions étrangères à la 
compétence judiciaire des assemblées; notamment, il réserve 
au oT^iioç txXtjGuwv le droit de guerre (cf. frgm. a, 1, 36 : [àve-j toCÎ 
ôy]txou Toù 'A9r,vail(i)v TtAriOûovTJoç [jlt, elva', 7îÔA£pio[v]). JNous verrons 
quelles conséquences peuvent découler d'un tel fait en ce qui 
concerne les rapports à établir entre ce document et la loi 
judiciaire signalée par T'AO. uoa., (45, 1 : cf. supra). Pour le 
moment, nous nous bornons à tirer de ce décret la conclusion 
suivante : à une époque très sensiblement antérieure à la domi- 
nation des Trente, toute assemblée autre que le or^^o^ 7tAr,9u(i)v 
— et, par conséquent, la Houle des Cinq Cents — fut privée du 
droit (qu'elle avait déjà ou non exercé) de décider souverai- 
nement dans les poursuites capitales. Voyons d'abord quelle 
fut, à peu près, l'époque du décret ; ensuite, quelle a pu en être 
la valeur et Teflicacité. 

Nous disons que le décret a été voté longtemps avant l'année 
404 ; c'est ce que son premier éditeur a conclu du caractère 
même des termes, très anciens, dont se sert ce document, et 
c'est ce qu'accordent unanimement les critiques. La thèse géné- 
ralement répandue, c'est que l'on se trouve en présence d'une 
inscription gravée peu de temps après la chute des Quatre 
Cents et renouvelant elle-même, vu l'antiquité du langage, un 
décret beaucoup plus ancien (1). On peut tenir, en effet, pour 



cription il était •''gaiement question tlei5 300 drachmes, maximum de l'amende » à 
laquelle le Conseil gardera le droit de condamner. Le passage, que ne cite pas 
M. Busolt, concernait, en effet, probablement cette amende ; mais ce n'est pas 
absolument certain. 

(1) Cf. le commentaire de Kirchholl', IG, I, 57 : ce décret, qui limite soigneuse- 
ment les pouvoirs du Conseil, ne peut guère appartenir qu a une époque de 
grande réorganisation politique ; on est ainsi amené à songer à celle qui suivit 
la chute de l'oligarchie des Quatre Cents et vit la pleine restauration de la puis- 
sance populaire (411/10 ou 410/9) ; et les traces de vieux langage que l'on y 
rencontre permettent de conclure que ce décret n'était que le renouvellement 
d'une constitution plus ancienne. Cf. -Busolt, Griech. AIL, p. 258 (décret posté- 
rieur à 411 et en renouvelant sans doute un plus ancien); Griech. Gesch., III, 
2, p. 1538 : après 4M, sous l'impression du « pouvoir illimité des Quatre Cents », 
on posa des bornes étroites à la compétence du Conseil, dont on limita alors au 
pouvoir d'infliger des amendes de 500 drachmes le droit de punir; la loi (IG, I, 
57) se référait à des dispositions plus anciennes. Cf. Lipsius, A. B., p. 45 (admet 



LE CONSEIL ATHÉNIEN DES CINQ CENTS ET LA PEINE DE MOUT 31 

assez vraisemblable que le ronouvellenient du décret se situe 
peu après le renversement de roligarchie de 411 (1). Après les 
quelques mois de gouvernement « théraménisie » qui suivirent 
immédiatement la chute d'Antiplion et de ses collègues, sous 
la vigoureuse réaction démocratique qui s'opéra alors et qui fut 
autrement elFicace et énergique que colle qui suivit le retour 
des bannis de 403, le rappel d'une loi fortifiant et étendant 
le pouvoir direct du Démos en matière politique, judiciaire, 
diplomatique, etc., était chose assez normale (2). Mais ce n'était 
qu'un rappel : quelle peut être la date originelle des inter- 
dictions formulées par le décret? Il n'est pas impossible que 
la réforme d'Éphialtès (462/1), à laquelle on a pensé, ait été 
l'occasion d'un accroissement général des pouvoirs de l'assem- 
blée populaire; toutefois, nous observerons que l'importante 
dépossession subie en vertu du décret par toute autre assemblée 
que le or|iji.Os 7t).yiÔijwv paraît cadrer assez mal avec diverses cir- 
constances notables de la réforme de 462/1. Cette réforme est 

que le décret date de la période postérieure aux Quatre Cents et « renouvelait 
une ancienne loi »). Enfin, Swoboda [llermes, XXVlll, p. 397) note que la date 
du décret n'est pas fixée : « on pourrait songer à la réforme d'Ephialtès ». Swo- 
boda rejoint ainsi, sans la citer, l'hypothèse de Grote, qui, sans connaître le 
décret 1, 57, montre « les magistrats... aussi bien que le Sénat des Cinq Cents... 
dépouillés de leurs attributs judiciaires >■> au moment même de la réforme 
d'Ephialtès (t. VII, p. 332). 

(1) Comme me le fait observer M. Glotz, on aurait ainsi un nouvel exemple 
d'un fait absolument certain : sous i'archontat de Dioclès (409/8), un décret 
décide que' les commissaires précédemment nommés pour faire recopier les 
anciennes lois feraient recopier la loi de Dracon sur l'homicide, ^^[v] dpaxovxoi; 
vôjjLOv xôtjL Ttepl xo p[ôv]o àv[a]ypa[<p]a'at[v]i:[ov oi àjv[ayp]aœi£ïç tov vû|iov. iCIA, I, 
n» 61, 1,4-6). 

(2) Nous estimons d'ailleurs qu'en ce cas le rappel de la loi a plutôt pour but 
d'exalter la victoire populaire que de brimer la Boulé (comme Busolt paraît le 
supposer en parlant de l'impression laissée par « le pouvoir illimité des Quatre 
Cents »). Les Cinq Cents avaient été dédaigneusement chassés par les oligarques 
en 411 (Thuc. Vill, 69); plus tard, Alcibiade, parlant au nom de l'armée de 
Samos, déclarait qu'il fallait déposer les Quatre Cents et rétablir le Conseil des 
Cinq Cents comme par le passé [id., Vlll, 86): c'est donc le premier organe du 
réu:ime traditionnel que les adversaires de l'oligarchie songent à restaurer. Enfin, 
la Boulé de 411/10 participa activement, comme on l'a vu, au châtiment des 
oligarques laconophiles. Il y a donc de solides raisons de penser que le renou- 
vellement du décret consacrant la puissance et la victoire du Démos n'impli- 
quait pas une malveillance spéciale à l'égard du Conseil des Cinq Cents. 



32 PAUL CLOCHÉ 

assurément très démocratique ; mais l'Ecclèsia n'était pas le 
seul organe de la démocratie, et, précisément, ce n'est pas à son 
seul bénéfice qu'ont travaillé les réformateurs : un certain 
équilibre dans la victoire fut alors maintenu entre les trois 
principaux organes du régime, et nous voyons la Boulé et les 
tribunaux populaires hériter, en compagnie de l'Ecclèsia, 
des dépouilles de l'Aréopage (ocTtavca TrepieliXe zh. sTtiOeTa ôi' wv 
■T\v r^ Tf,<; TToXiTEÎa; {pu).ax-^, xa». xà pièv toIç TwEVTaxoa-'lo!.!;, xà oè xw 
S/jjjKj) xal xoïç ôuaTXTip'lo'.ç aTrsocoxev : 'A8. tcoX., 25, 2). Est-il bien 
normal qu'en môme temps qu'on le comblait ainsi, on ait 
spolié le Conseil au profit de l'Ecclèsia, dont il apparaît alois 
comme l'associé contre le vieux Sénat aristocratique? 

Nous serions plutôt tenté par une autre hypothèse, qui, sans 
être susceptible d'une rigoureuse démonstration, présente par 
rapport à la précédente un double avantage : elle ne se heurte 
pas à une objection analogue à celle qui vient d'être soulevée; 
et elle cadre assez bien avec divers laits notables de l'époque 
dont elle date le décret 1, 57, D'après cette hypothèse, le décret 
s'intercale dans la période d'un quart de siècle environ comprise 
entre l'avènement du régime clisthénien et la deuxième guerre 
médique. Que le décret soit antérieur à cette guerre, c'est ce 
que tend à montrer le fait suivant : vers mai-juin 479, à la 
veille de la campagne de Platées, un délégué de Mardonios 
se présentait devant le Conseil, à Salamine, et proposait aux 
Athéniens de se détacher de Sparte et de s'allier aux Perses. 
Alors se produisit l'intervention suivante : xwv Se [ïouAeuxéov 
AuxiSriÇ sItis Yva)tjir,v oi; oi sooxes àae'.vov elvai 8e^ap.évouç xôv \6'fO-^ 

xov o-'^i Mo'jpu-^tSrii; TcpocDÉpei s^eveîxa!. sç xôv Byi[j.ov 'AQ-^valioi oè 

auxixa Seivôv Ttof^aàuevoi., o'î xe ex x-âÎç [3ou).Yi<; xal ol l^wGev, wç 
IttÛOovxo, Tceptoràvxeç Ayx'lSea xaxéXeuo-av [3à).Xovxeç (Hérodote, 

IX, 5). 

On se tromperait, croyons-nous, si Ton cherchait dans ce récit 
des indications directes sur les pouvoirs respectifs du Conseil 
et du peuple en matière judiciaire. Il est vrai que le Conseil, 
visiblement mal disposé à l'égard de Lycidas, ne prononce pas 



LE CONSEIL ATHÉNIEN DES CINQ CENTS ET LA PEiNE DE MOUT 33 

contre lui un arrêt de mort, et que le châtiment intligé au 
boul(!ute paraît émaner du peuple irrité (ou, s'il est proposé pai- 
la Boulè, être approuvé par le peuple). Mais il n'y a là-dedans 
ni enquête ni, jugement proprement dit; nous sommes en pré- 
sence d'une scène extrêmement rapide et désordonnée, qui lient 
du lynchage plus que de la justice; aucune conclusion claire 
ne peut s'en dégager (dn-eclement) (ouchanl l'étendue précise 
des droits judiciaires des assemblées. 

En revanche, le passage d'Hérodote contient une indication 
qui tend à nous renseigner indirectement sur le pouvoir judi- 
ciaire du Conseil vers celte époque. Nous voyons que le sort de 
la proposition Mardoniosne peut être réglé par la seule Boulè: 
Lycidas conseille à ses collègues de s'y ranger, puis d'en faire 
rapport au peuple (osçauévo-j;... zqeys~.xa<. £^ tov o-^t^ov). 
C'est donc que le Démos, un quart de siècle environ apiès 
les débuts de la Boulè clisthénienne, possède déjà la décision 
souveraine en matière diplomatique. D'où il est permis 
d'inférer que le droit de guerre, élément essentiel de la sou- 
veraineté diplomatique, fait déjà partie des prérogatives du 
Demos. Or, c'est par le décret I, 37 que le peuple a reçu ce 
droit souverain : ce décret serait donc antérieur à la deuxième 
guerre médique. 

Deux autres circonstances permettent peut-être de préciser 
davantage l'époque du document; mais ce sont des indices 
plutôt que des preuves. Aristote date de 502/1 l'institution du 
serment imposé aux (jn([-Cents (tt, ^ojAr,- vO~.; TcsvTaxoawt,; 'ôv 
ooxov sTTO'.-^a-av ov èxi xal vjv oulvvo'jt'. : AB. ttoA., 22, 2). De la 
deuxième partie de cette assertion — identité entre le ser- 
ment primitif et le serment de la seconde moitié du iv'' siècle — , 
il est ditïicile de rien conclure; car des réserves s'imposent à 
ce sujet. Nous sommes en présence d'une affirmation très 
brève, et dont la source nous échappe ; de plus, il apparaît, 
non seulement pour des raisons de vraisemblance, mais au 
moins par un exemple, que la formule du serment bouleutique 
a pu subir de 301 à 323 des remaniements plusou moins consi- 

REG, XXXni, 1920, n» 151. 9 



34 , PAUL CLOCHÉ 

dérables (1), Mais^ de toute façon, un point reste acquis, très 
important: l'existence d'un serment signifie que la Boule, cinq 
ou six anne'es environ après sa création, s'est vu imposer des 
obligations spéciales, que sa puissance et ses droits ont été 
alors limités. Il est donc assez normal de faire coïncider, à peu 
près, avec une limitation de ce genre, celles dont le décret I, 37 
nous a gardé la trace. 

Il y a une deuxième raison de rapprocher de cette époque 
(fin du VI* siècle ou début du v* siècle) le vote du décret: c'est 
qu'il est éminemment favorable à l'assemblée populaire, qu'il 
rend souveraine dans les domaines judiciaire et diplomatique (2). 
Il convient ainsi très bien à une époque comme celle vers 
laquelle fut institué le serment bouleutique: c'est alors égale- 
ment, en effet, que grâce à la création des stratèges, magistrats 
^lus par l'Ecclesia, celle-ci vit ses pouvoirs très fortement 
accrus et reçut la main mise indirecte sur la conduite des opé- 
rations militaires. Or, cette création des stratèges, Aristote la 
signale aussitôt après celle du serment des Cinq-Cents: sTts'.ra 
Toùç TToaTT^fouq r,po'jvTo xatà cpuXàç (AO. TtoÀ. 22, 2). 11 est possible 
qu'elle date également de 502-1 ; en tout cas, elle est très net- 
tement antérieure à la première guerre médique. 

En résumé, grâce au rapprochement de trois faits notables 
survenus au cours de la brève période 501-480 (limitation du 
pouvoir arbitraire de la Boule par l'obligation du serment; 
nécessité de consulter le Démos pour tout changement d'orien- 
tation diplomatique; extension importante de la puissance 

(1) Cf. la modification instituée en 410/9: cpï,(jî yàp <\}ùi6yopoi è-nl D^auxiTiTiou 
■Jiat fi PouXtj xaxà -fpd\i\iai tôts TtpwTov èxaôsçeTO xal eti vûv ôfivûouo'iv ait' êxstvou 
xaOeôsTaOat èv Tw 'fp<x}i\i.0ixtitu ûàtv )ii/(uai (cf . FHG.^\, p. 403: frgin. 119). Âristote 
commet donc à coup aûr une inexactitude quand il prétend que la formule du 
serment n'a pas changé depuis E02/1. 

(2) Cf. SHp?'a, frgni. a, II, 36-37; frg. b. I. 4. Il convient de joiridre à ces 
clauses du décret d'autres dispositions, plus obscures, mais qui, d'après les 
débris qui nous restent paraissent avoir également proclamé la suprématie du 
ôf,[j.o; t:>.T|6ûwv : cf. frg. a, 1. 26 [aveu toû St.jjlou toû 'AOTivaîcov] TCkr^^ûowxo:, [jjlt,] ;1. 38 
[aveu toû ôyijijou t[oû] 'A6T,vaLuv ■7rXTri6[ûovTo; \l\ - -] ; frg. b, 1.5 -- i 6o'jXïiffiv àvsu 
ToO ô^[jLou Toù 'A9[7\v|atwv TrXT,6ûo[vxoî] ; 1. 6 oitux; àv Soxfi t[w] Sfj|i.(i) T(ï)[i 'AjÔT^vaiwv 
-7t),T,[6ûovxt] ; 1. 9 [tÛ) of,[j.({) Twlt 'A6T,va{ti)v ■n'krfi'Jo^xi o xi à'v po'JXT|Tat. 



LE CONSEIL ATHÉNIEN DES CINQ CENTS ET LA PEINE DE MORT 38 

politique et militaire du peuple), on peut tenir pour assez pro- 
bable l'hypothèse datant Je cette période le décret, I, S7, si favo- 
rable à la souveraineté populaire. 

Un tel décret privait la Boulé (au moins indirectement, 
peut-être explicitement) (1) du droit de vie et de mort sur les 
citoyens. Est-on cependant autorisé à conclure que, du début 
du v" siècle jusqu'à l'avènement des Trente, l'abstention du 
Conseil dans les procès capitaux résulta de l'application pure 
et simple dudit décret? Pareille conclusion ne serait pas tout à 
fait exacte. Le décret I, o7 a pu être inlégralement appliqué 
durant un certain temps; pendant quelques années, les procès 
capitaux ont pu être soumis à l'examen d'assemblées plénières; 
mais il n'est pas douteux que, longtemps avant 404 (et le fait 
serait encore plus frappant si, comme on l'a pensé, le décret î, 
57 a été de nouveau gravé vers 410 ou 409) cette règle avait 
cessé d'être rigoureusement observée: de simples sections de 
l'Héliée;, des dikasteria, prononçaient la peine de mort ou 
l'amende (1). C'est donc que le vieux décret n'est plus pleine- 
ment efficace, même s'il n'a pas été abrogé, même s'il a été 
proclamé à nouveau en 410 par la démocratie triomphante. On 
est dès lors en droit de formuler la conclusion suivante : si, à 
la différence des dikasteria, la Boulé ne paraît avoir bénéficié 
avant 404 d'aucune dérogation à la loi (et on ne peut opposer, 
en effet, nul exemple de ce genre à ceux qui nous montrent la 
Boulé nettement privée de la souveraineté judiciaire), ce n'est 
pas par la seule vertu du décret pris en lui-même, puisqu'il est 
loin d'avoir été entièrement respecté. Il convient de faire inter- 

(i) D'aprè3 les débris qui nous en restent, on ne voit pas que le décret ait 
déclaré expressément la Boulé frustrée de la souveraineté judiciaire, sauf, 
peut-être dans le passage si mutilé où il est question successivement des bou- 
leutes et de aOO drachmes (cf. frg. a, II. 31-32). 

(1) Les exemples abondent: procès contre Antiphou et Archeptolémos, contre 
Alcibiade, contre Cléophon, contre Périclès et contre Aspasie, etc. (Pour ces 
derniers, cf. Plutarque, Périclès, 32, 4 : "Ayvwv Se toûto (lèv à-f eîXs -coû <]/r^!pia\ioixo^, 
xpîvaaôat 8è -zr,^ oixTiv lypa-^ev èv 6 ix aa-caïç /tÀtot; xai itevxaxoffîOK ; ib. 32, 5: 
'Aairafftav... a'cpsii; ùizkp «ùtfj; Sâxpua xaî oeT,6sîi; xôiv SixaffTwv). 



36 ' fAUL CLOCHÉ 

venir ici un autre facteur que la loi proprement dite, à savoir 
l'attitude de l'opinion vis-à-vis de la loi : négligeant à d'autres 
égards les rigoureuses prescriptions du décret J, S7, les Athé- 
niens ont tenu du moins à l'appliquer dans la mesure où il 
défendait aux Cinq-Cents, indirectement ou expressément, 
d'infliger tout châtiment grave, et notamment la mort. Et 
pourquoi cette diflerence de traitement entre le tribunal popu- 
laire et la Boulé ? Elle peut s'expliquer de la façon suivante : 
le dikasterion était un organe de création relativement récente, 
dont on ne voit pas trace dans les débris de notre document 
(lequel, au contraire, mentionne formellement, à diverses 
reprises, la 15oulè des Cinq-Cents) ; on put donc penser que les 
interdictions édictées par le décret ne concernaient pas un tel 
organe, tandis qu'on les appliquait bien volontiers à une 
assemblée que les auteurs du décret connaissaient et dési- 
gnaient parfaitement [a fortiori si, comme il est très possible, 
un passage du décret dépouillait expressément le Conseil du 
droit de prononcer toute peine supérieure à 500 drachmes 
d'amende) (1). 



Mais on peut aussi se demander si le vieux décret tie fut pas, 
dès avant les Trente, renforcé ou suppléé par une loi nouvelle, 
dépouillant formellement la Houle de toute souveraineté 
judiciaire, et qui serait la loi môme que signale Aristote 
('AB, TcoÂ., 45, 1). C'est la question de la date et de la portée de 
cette loi qui se pose ici. Trois hypothèses peuvent être formulées 
à ce sujet : ou la loi se confond avec le décret I, 57, qui détruit 
également la souveraineté bouleutique ; ou elle s'en dislingue, 
mais précède la révolution oligarchique de 404 et vient ainsi 
renforcer le décret, temporairement violé par le Conseil ; ou 

(1) 11 semble d'ailieurs que le sentiment démocratique, de plus en plus domi- 
nant au v» siècle, ait été beauroup moins enclin à tolérer les usurpations du 
Conseil que celles de l'Héliée. Celle-ci était une assemblée beaucoup plus démo- 
cratique que les Cinq-Cents : avec ses 6.000 membres, elle apparaît comme une 
représentation beaucoup plus ûdèle et plus vaste du corps civique que la Boulé. 



LE CONSEIL ATHÉNIEN DES CINQ CENTS ET LA PEINE DE MOHT 37 

elle est postérieure à l'archontat d'Euclide et brise définitive- 
ment lo pouvoir que la Boule a usurpé en 40i/3. C'est cette 
troisième hypothèse qui nous paraît la plus acceptable. Nous 
allons montrer d'abord que la loi signalée par V 'A9. ttoâ. 
semble nettement distincte du décret I, 57 ; ensuite, qu'il est 
préférable de la dater d'une époque postérieure à Euclide (et 
antérieure, du reste, au procès de 386 contre les Silopoloi). 

Entre le décret réservant les décisions judiciaires au Z-?\^o<; 
TTÀTiQûcov et la loi issue, d'après Aristole, de Tinitialive d'Eu- 
mélidès, apparaissent de notables différences (I). D'abord, le 
décret ne s'occupe pas seulement des pouvoirs judiciaires des 
assemblées, mais aussi do questions parfaitement étrangères 
à l'organisation de la justice : droit de décider la guerre (cf. 
supra); sortie de charge des bouleutes (ou autres magistrats) 
(cf. frg. b, 1. 8 [t]oÙ; TrsvTaxoo-'lo'j:; iiplv Ttaûso-Oa!. r?iç ào-^r^ç) ; 
ambassades (cf. frg. b^ 1. il Btùiepo^/ Ttpea-êeUv) ; introduction de 
diverses questions (ou des ambassades?) auprès des prytanes 
{if). \. \2 : Ttpô; zo\j^ •rcpuTiivet.ç xal |5ouAs - -) ; questions relatives 
à la guerre {id. 1.13: - - a*, to Gi tt o Xé u. o u -i p t. xal tôjv tp - -) (2). 
Bref, ce décret est mieux qu'une simple loi judiciaire : il organise 

(1) M. Wilamowitz, 11, p. 195, distingue également (sans insister davantage) la 
loi citée par T'AÔ. itoA. du décret I, 37. Mais M. Swoboda {Hermès, XXVIII, 
p. 596-597) pense que l'histoire contée par Aristote est née uniquement de la 
tentative faite pour expliquer le surnoui de Lysimachos (6 isiô toû -ryiravou), et il 
reproche vivement à MM. Lipsius et Busolt [Griech. Alt., p. 253) d'avoir cru à 
cette histoire, qui n'eût rencontré aucun crédit si elle avait émané de Diodore, et 
non d'Aristote. M. Busolt (^Griech. Gesch., III, 2, p. 1539) relève dans l'exposé 
d'Aristote certaines inexactitudes : la loi, dit-il, n'enlève pas au Conseil tout pou- 
voir d'infliger l'amende (puisqu'il garda toujours le droit d'infliger des ÈTrt6o>va{de 
500 drachmes^ ou remprisonnement, qu'i^ put toujours ordonner dans certains' 
cas (cf. contre Timocrate, 148 ; 'A6. tzoX , 48, 1 ; Andoc, I. 93 : ô yàp vÔ[ioî o'jtw^ 
e.lyz xuptav slvai tV pou)^'f,v, ôç àv itpiâfiEvo; xéXoî [x^, xaraSiXTi, Seîv el^ tô ^ûXov). 
Mais ce sont là de rares exceptions, que pouvaient très bien régler des lois spé- 
ciales — telle celle que cite Andocide, et que connaît Aristote lui-même : 
'A6. iroX., 48, 1 — , et qui n'autorisent nullement à rejeter dans son ensemble 
l'exposé du chap. 43 de T'AO. r.ol. 

(2) S'agil-il encore ici du droit de guerre, réservé à l'assemblée piénière par un 
autre passage du décret (frg. a, 1. 36)? Le passage est trop mutilé pour qu'où 
puisse rien affirmer à cet égard. 



38 PAUL CLOCBt 

ea partie les grands pouvoirs ou services publics (diplomatie, 
guerre, justice, etc.). 

Ensuite, même si Fon se place au seul point de vue de l'admi- 
nistration de la justice, la loi exposée par Aristote diffère 
sérieusement des prescriptions formulées par le décret. C'est au 
tribunal populaire qu'elle réserve le pouvoir de prononcer 
l'amende et la mort; et le tribunal doit être saisi de l'affaire 
par les thesmothètes (Ta; xaTayvwo-e!.; xal 'za.q £-',5^T,[j.t.(ô(Tct.ç 
elTayeLv xoùç 9 e a- [ao 9 STaç elç to o (.Hao-TV) p lov, xal o Tt. àv 
ol SijtotÇTTal 'liTricpio-wvxav touto xûp'.ov slvai, : 'A9. tîoa,, 45, 1). Le 
décret ne signale pas de thesmothètes, et il réserve les décisions 
judiciaires aux assemblées plénières (comprenant ainsi les 
citoyens de 20 â 30 ans, qui seront exclus des dikasleria). Ces 
assemblées, comme les èxxAyiTtai ordinaires d'ailleurs, étaient 
présidées, non par les thesmothètes, mais par les pi'vtanes et, 
plus spécialement, par leur épistate, le prytane par excel- 
lence (1), 

11 n'y a donc pas de confusion à établir, semble-t-il, entre la 
loi relativement récente citée par 1' "A9. tvoa. et le vieux décret 
I, 57; ce sont des actes de portée et d'origine très différentes. 
Dès lors, si l'on admet l'existence de cette loi (2), il convient, 

(1) Un exemple frappant d'asseniblée-tribunal, plénière ou non, datant vrai- 
semblablement d'une époque très voisine du vote dti décret I, 51, nous est fourni 
par le récit du procès que ^anthippos intenta à Miltiade après réchec de Paros 
(6avâTou 'jTtaYavùv inzo tôv or, [xov SJ'.ÀxiàSea : Hérodote, VI, 136); la sentence est 
prononcée par le Démos, qui, écartant la peine capitale, ordonne une amende 
de 50 talents (Ttpodyevofiçvou qs toû §-^[aqu jcùtô) xaià t/jv àTiôXva'.v toû Ôavaxoj, 
Î^TiatûgavTOî Se xaxà ttjV ioixlr^ ttevttixovtï TaXivxotsi: ib.). La séance a été 
présidée par le prytane, dont l'intervention, paraît-il, aurait sauvé Miltiade de 
la mort (qtï yàp èxpive-uo MiXTiior,; èttI tï, nâp<(), T,6AT,ffav aôtôv xaxaxpT.pnaat 
ô 5è TTp'jTavi.î stas'XOwv èlr^xitQOL-zo aù-côv : Schol. ad Herod. VI, 136. Cf. Platon, 
Gorgias, 72; MiXTiiS-r^v bI^ xè BâpotQpov £|x6a)iSÏv èij/T/»p{ffavTO, xai ei [xr, otà 

TÔV TtpÛTaviV, ?VSTr£ffçV av.). 

En 406 également, ce sont les prytanes qui dirigent les débats de l'Assemblée- 
tribunal, mettent les motions de procédure aux voix, etc., {Hell, I, vu, 14-15). 

(2) Si l'on croit cependant devoir la confondre avec le décret I, 57 (cf. stipi'a 
l'hypothèse formulée à ce sujet), il'ne reste plus que la conclusion suivante, en 
plein accord avec la nôtre pour ce qui concerne la période antérieure aux Trente : 
la Boulé a été privée avant 404 du droit d infliger la peine de mort ; cette limi- 
tation des attributions bouleutiques (clairement manifestée pq.r Iç^ exemples 



LE CONSEIL ATHÉNIEN DÉS CINQ CENTS ET LA PEINE DE MORT 39 

selon nous, de la situer nettement après Tarchontat d'Euclide. 
Dans cette hypothèse, le Conseil n'a pas prononcé de sentence de 
mort avant 404 (1) ; mais, grâce à l'avènement des Trente, révo- 
lutionnaires décidés et violents, il a acquis une sorte de souve- 
raineté de fait, dont il n'a pas été expressément dépouillé dès 
le rétablissement de la démocralie, et qui ne sera brisée qu'au 
bout d'un certain temps, grâce à l'intervention d'Eumélidès et à 
la loi rappelée par Aristole, au cours de la période comprise 
entre l'archontat d'Euclide et la paix d'Antalcidas (403/2-387/6). 



Si nous préférons cette hypothèse à celle qui daterait la loi 
de l'époque antérieure aux Trente (2), c'est, d'abord, parce 
qu'elle cadre beaucoup mieux avec l'importante indication 
d'Aristote, citée au début de cette étude, sur les modifications 
du pouvoir judiciaire de la Boulé après 403 (a[ tT^^ I^ouX-^ç 
xp^(T£!.s £^ ~ôv Sriji-ov ÈAri^sûOacriv : 'AB. -oX., 41, 2) : indication dont 
la source nous échappe et dont la brièveté est peu satifaisante. 
mais dont rien ne nous autorise absolument à nier l'exactitude. 
La loi brisant la souveraineté judiciaire des Cinq-Cents, la loi 
transmettant au peuple-juge, au dikasterion, les xpîcr£'.<; de la 
Boulé, apparaît ainsi postérieure à l'archontat d'Euclide. Voici 
comment, en ce cas, on pourrait se représenter la marche des 



de 410, 406, 405/4 et l'absence de tout exemple contraire) fut l'œuvre, non seule- 
ment d'un décret ancien et médiocrement observé à certains égards, mais aussi 
du consentement traditionnel de l'opinion athénienne, favorable aux prescriptions 
judiciaires du décret en tant qu'elles supprimaient, directement ou non, la sou- 
veraineté du Conseil. En 404, celui-ci fut investi, ou réinvesti, du droit de 
prononcer la peine capitale ; mais sitôt la démocratie rétablie — et abstraction 
faite du coup de force exécuté à la demande d'Archinos — , la tradition de l'an- 
cien régime fut pleinement restaurée, sans qu'une nouvelle loi ait été nécessaire. 

(1) Jusqu'à présent nous sommes tout à fait daccord avec l'hypothèse Lipsius- 
Busolt (cf. supra). 

{-) Hypothèse qui, de toute façon, n'est nullement nécessaire Pour expliquer 
l'abstention de la Boulé dans les procès antérieurs à 404: cette abstention 
s'explique suffisamment par l'application (partielle et limitée, d'ailleurs) du 
dééret 1, 37, décret transgressé au profit de l'Héliée, mais non abrogé. 



40 PAUL CLOCHÉ 

faits : la Boulé, qui, au cours do rancien régime démocratique, 
avait observé le décret I, 57 et, sous le contrôle du parli cons- 
titutionnel, s'était contentée de modesles attrii)utions judi- 
ciaires (1), aura contracté, en quelque sorte, de lâcheuses habi- 
tudes sous la domination des Trente; ces habitudes, loin d'être 
condamnées sans délai et radicalement détruites pour l'avenir 
par une mesure expresse et solennelle de la démocratie restau- 
rée,, n'ont pu être qu'encouragées et fortifiées par l'un des 
premiers actes du nouveau régime, acte émanant de l'un des 
chefs de l'opinion athénienne en 403. La période de confusion 
pendant laquelle furent suspendues les lois votées depuis plus 
d'un siècle (tswç ùk — jusqu'à l'achèvement de la revision légis- 
lative — yoT^o-Qat. TO^ç SoAwva; vôp.0^ xal 'zo'.q ApàxovToç 9£a-[xo^ : 
Andoc. I, 81. Cf. I, 83 (décret Tisaménos) : loo^e tw or,[ji.(o... 
TTOÀLTSùsTOa', 'AOrjVa'lou; y.y-a Ta 7rà-:p!.a, v6aoi.ç Se '/o'/jo-Oai. roTç 
SÔAwvoç ... yp^/^o-Bai. oè xa'i, -o^ç ApàxovTO^ Secrpio^ oio-îiep èypwjjiîOa 
£v Tw iTpôo-Qsv ypôvcji) ne pouvait d'ailleurs que favoriser l'oubli 
au moins momenlané des traditions judiciaires du régime clis- 
thénien (2). L'arrêt de mort obtenu des bouleutes par Archinos 
apparaîtrait ainsi, non seulement comme dicté par d'immédiates 
nécessités de salut public, mais comme possédant, en vertu du 
précédent créé par les Trente, la valeur d'une certaine tradi- 
tion : le Conseil de 403/2 imite son prédécesseur et pourra, à 
son tour, rencontrer des imitateurs (3). 

Trouve-t-on sous la démocratie restaurée encore d'autres 



(1) Elle n'avait dérogé à cette tradition (et encore partiellement et presque à la 
dérobée) que peu avant retlondrement des vieilles institutions démocratiques 
(cf. sup7'a). 

(2) Surtout étant donné que la Boulé, dont ces traditions limitaient fortement 
les pouvoirs, fut alors investie dun rôle particulièrement important dans la 
revision législative (cf. décret Tisaménos, dans Andocide, I, 83-84). 

(3) Qu'en de telles affaires, du reste, l'habitude ait pu jouer'un rôle important 
(surtout en une période d'interrègne législatif), c'est ce que marque assez net- 
tement, à une époque beaucoup plus calme, le discours contre les Sitopoloi : 
certains conseillers ayant invité leurs collègues à ne pas livrer les accusés au 
tribunal, mais à les faire exécuter sans jugement, l'orateur s'exprime ainsi : 
r,Yoû]jisvo; Sa èyCo Ssivôv slvai TOiqcÛTa jOtÇeaOai TOteïv xt,v ^ouXt^v 
(Lysias, XXII, 2). 



LE CONSEIL ATHÉNIEN DES CINQ CENTS ET LA PEINE DE MORT 41 

indices tendant à montrer que la Boulé conserva quelque temps 
la souveraineté usurpée en 404? Peut-être. Un texte de Lysias 
permet de supposer que les Conseils de la Restauration gar- 
dèrent pendant quelques années le pouvoir que s'était arrogé 
la Boulé oligarchique de confisquer les fortunes. Nous con- 
naissons au moins un cas particulier de confiscation décrétée 
par la Boulé de 404/3 : c'est celle qui fut ordonnée contre Cal- 
limachos, sous la dékarcliie : èxelvo'. (les Dix) 8' si; tviv ôouXviv 
-itepl aùxwv aTiéooTav • xpiceojç oe vsvoiJLév/ji; ISo^s Tàypr,[jLaTa S7ijjLÔat,a 
eïvat, (Isocrate, XVIII, 6. Plus loin, l'orateur rappelle encore la 
confiscation dont Callimachos a été victime : ojx ahiô^ elat, 
KaXA'.iJiàyto rr,^ twv ypyiuaTwv ovitjieÛTSw; : XVIII, 19). C'était là, 
comme les condamnations à mort prononcées par la Boulé, une 
grave déiogation aux traditions de la démocratie, qui inter- 
disaient aux Cinq-Cents, comme on l'a vu, toute atteinte sérieuse 
aux biens des citoyens. Or, la Boulé de la Restauration paraît 
avoir agi parfois comme celle des Dix : veis 399, l'adversaire 
de Nikomachos fait allusion à des procédés de ce genre : h 

j^ouAT] T, |jou)^£Ûoua-a , oxav ôè si; aTcoptav xa^aTTr, , àvayxàJ^eTa^ 

elo-avyeAia; ôsyso-Ba'. xal 07i[J.£Û£i,v xà xôJv TtoÀixtov xal twv ô'f\xô- 
pwv TO~.ç TTOvripÔTaTa AÉyouT!. 7te''0îa-0at (Lysias, XXX, 22). On ne 
saurait, il est vrai, tirer de ce texte une conclusion absolument 
ferme. D'abord, il peut s'agir ici non de verdicts souverains, 
mais de simples propositions de confiscation, transformées par 
le dikastcrion en arrêts définitifs (ce qui n'empêche pas l'orateur 
de rendre le Conseil largement responsable de telles confisca- 
tions, qui n'auraient pas été prononcées si cette assemblée 
n'avait pas « reçu les eisangélies » : cet accueil favorable équi- 
vaudrait à un verdict de confiscation). Ensuite, en admettant 
qu'il s'agisse ici de confiscations définitives, et qu'il faille inter- 
préter à la lettre le passage de Lysias, de telles confiscations 
étaient-elles, sinon foi'mellement autorisées, du moins tolérées, 
en l'absence d'une loi récente (ou récemment renouvelée) les 
interdisant expressément? (1) Il ne manquait pas, à la Boulé 

(1) Lipsius (p. 195, note 56) remarque, au sujet de ce passage, que la Boulé 



42 PAUL CLOCHÉ 

même, d'orateurs pour préconiser des violations de la loi judi- 
ciaire (c'est ce qui arrivera, notamment, en 386, au procès des 
Sitopoloi : cf. Lysias, XXII, J-2); de plus, dans les premières 
années de la Restauration, la détresse fiscale a été si forte 
(aùr^v-la Ville-àuopoGo-av ypTifJLaTwv • Lysias, XXX, 22) que la 
Boulé, responsable de l'administration financière et pressée par 
d'impérieux «besoins d'argent [ib.), put ne pas vouloir toujours 
attendre, même si la loi lui en faisait un devoir, le verdict 
des héliastes. 

Toutefois, rien n'interdit absolument d'interpréter à la lettre 
le passage oyiixeueiv ih làiv TioXiTtôv, ni d'attribuer à ces 
confiscations décrétées par la Boulé un certain caractère légal 
(vu l'absence de toute loi récente défendant explicitement 
à la Boulé de procéder ainsi). Remarquons que, si l'orateur 
blâme les Cinq-Cents de confisquer volontiers les fortunes, il 
ne conteste pas expressément la légalité de tels arrêts : la preuve 
en est qu'il reproche en même temps au Conseil de réserver 
bon accueil aux eisangélies : or, c'est un droit qu'eut toujours 
le Conseil. Ainsi, c'est bien plutôt de cruauté que d'illégalité 
que l'orateur taxe les or<uL£'jT£t,ç prononcées par les bouleutes. 

Le passage de Lysias autorise donc, sans la démontrer abso- 
lument, la conclusion suivante : la Boulé, plusieurs années 
après 403, n'a pas encore été formellement privée du pouvoir 
judiciaire usurpé sous l'oligarchie. Il convient peut-être d'at- 
tribuer une portée analogue à l'indication d'Andocide sur 
r àTîaytoyYj Ttpôç ^ou)srîv. Pour montrer que les Cinq-Cents 
n'avaient pasencore perdu la souveraineté judiciaire, non seule- 
ment en 399 (date du discours d Andocide) mais avant 404, on 
a rappelé (1) les termes du serment prêté par le Conseil en 399, 
et dont Andocide nous a conservé la teneur : xal où osço[i.ai 
eySci^iv ouoè à-àycoy/iv é'vexa iwv Tccôxepov ysysvr, iji.£V(i)v, izKiy/ twv 

n'avait pas compétence pour confisquer les biens des citoyens. Veut-il dire qu'une 
loi récemment votée ou renouvelée (à roccasion de la revision législative ordon- 
née sous Tarchontat d'Euclide) défendait au Conseil d'agir ainsi? C'est précisé- 
i:; nt ce qui est en question. 
(l)Cf. Wilaraowitz, U, pp. 195-196. 



LE CONSEIL ATHÉNIEN DES CINQ CENTS ET LA PEINE DE MORT 43 

œuyôv-rwv (I, 91). Il y avait donc encore, conclut-on, une àîca- 
fbiyh T^pôç ^ouXt^v. C'est exact; on aurait tort, toutefois, d'en 
conclure à l'existence certaine de verdicts décisifs rendus par 
la Boulé : il se peut fort bien que l'accueil favorable réservé à 
r àTtavtoYY] n'ait été que le prélude d'un procès poursuivi, après 
enquête du Conseil, devant les héliastes (1). Mais il est très 
possible aussi que la Boulé, après avoir accueilli ainsi une prise 
de corps, ait frappé d'un arrêt sans appel la fortune ou l'exis- 
tence de l'accusé (c'est ainsi qu'avait procédé le Conseil à la 
demande d'Archinos) (2). 

Tenons donc pour au moins acceptable et digne d'être prise 
en considération l'hypothèse d'après laquelle le Conseil continua 
à exercer durant quelques années les pouvoirs judiciaires que 
lui avait conférés l'oligarchie de 40i, et dont l'avait frustré 
(peut-être dès sa première décade) la démocratie clisthénienne. 
Cette persistance, au moins partielle, des usages judiciaires 
de 404 ne s'autorisait évidemment pas (si cette hypothèse est 
exacte) d'une loi expresse, mais plulôt d'une tolérance, qu'ex- 
pliquerait l'absence d'une législation ferme et récente en la 
matière (3). Mais on ne doit pas se dissimuler les insuffisances 
de cette hypothèse : les passages d^ Lysias sur les confiscations 
ordonnées par le Conseil, d'Andocide sur ràTtavwyri irpoç ^ouXt^v, 
sont susceptibles d'interprétations trop diverses; et le texte 
d'Arislote (AO. tcoX., 41, 2) sur la perte des pouvoirs judiciaires 
du Conseil après 403, texte qui sert de base à toute cette 
hypothèse (cf. supra, p. 38) est très bref, imprécis et dénué de 

(1) A plus forte raison, le passage d'Andocide ne prouve-t-il nullement que la 
Boulé ait t'té ■/.•jp(a avant 404 ; en admettant que V iTiaywyfi ait entraîné en 399 un 
verdict définitif du Conseil, il pouvait fort bien n'en être ainsi que depuis la 
récente révolution oligarciiique. 

(2) Laf.te accompli par Archinos présente d'ailleurs les caractères d'une à-a- 
y(i)YT„ comme paraît l'indiquer la lettre même du récit d'Aristote : àrrayayiôv 
TOÛTOv si; TT,v ^ou^T.v (A6. ïlo'K. . 40, 2). 

(31 Pratiquement cela aura suÉB à Aristote pour parler d'une Boulé xupîa 
jusqu'à l'affaire Lysimachos. On voit que nous ne rejetons pas absolument 
l'hypothèse Wilamowitz ; nous croyons possible d'en maintenir (sous réserves 
lafïirmation suivante : la Boulé n'a définitivement perdu la souveraineté judi- 
ciaire qu'un certain temps après l'arçhontat d'Euclide. 



44 PAUL CLOCHÉ - 

fortes garanties d'origine. Bref, l'hypothèse est séduisante et 
ne se heurle à aucune objection radicale; mais elle ne paraît 
pas se prêter à une démonstration Vraiment décisive. 

Avant la paix d'Antalcidas, en tout cas, la loi a spolié expres- 
sément et définitivement la Boulé de toute souveraineté judi- 
ciaire : c'est ce qu'il est permis de conclure du discours de 
Lysias contre les sitopoloi (386). On a cru pouvoir affirmer, il 
est vrai (1), que ce discours fortifie Thypothèse d'une Boule 
souveraine avant 404 et le demeurant encore en 386 ; on observe 
qu'en cette dernière année la proposition était émise dans le 
Conseil d'envoyer sans jugement au supplice un groupe de 
marchands de blé étrangers, dont les manœuvres venaient 
d'être dénoncées au Conseil par les prytanes (lÀsyôv Tt.veç twv 
oriTÔpwv wç àjtpiTO'Jç auTOÙ; 'j(^cjy] xo^q evSexa TrapaBoGvat. OavaTCj) 
^YluiwTa'. : Lysias, XXII, 2). Mais en 352, comme lo montre le 
serment bouleutique cité par Démoslhènes [contre Timocrale, 
144-147), serment défendant à la Boulé, sauf en quelques cas 
déterminés, d'incarcérer les Athéniens, la souveraineté judi- 
ciaire des Cinq-Cents a pris fin. On a ainsi « à peu près cir- 
conscrit l'époque delà réforme » qui a brisé cotte souveraineté : 
elle tombe dans la période 386-352 (2). 

Il faudrait au moins chercher à nous démontrer la légalité 
du conseil donné aux bouleutes fmr ceux qui leur demandent 
de livrer sans jugement aux Onze les sitopoloi : c'est co que 
l'on ne fait pas. Non seulement cette légalité n'est pas prouvée, 
mais les considérations suivantes montrent que ce conseil était 
illégal. D'abord, la Boule, semble-t-il, ne devait jamais s'abs- 
tenir de procéder à un jugement, ;i une xp'la-'.ç (comme celle 
qui eut lieu, en elfet, lorsque le Conseil eut accepté la procédure 

(l)Cf. Wilamowitz, II, p. 196. 

(2) Lipsius, p. 46, note 142, remarque que le discours de Lysias ne peut être 
invoqué en faveur de la thèse de Wilaniowilz, mais prouve plutôt contre cette 
thèse. Il se borne à citer le passage : xpfvEtv tojî aiTo-a)>>aî xaxà tov vô;j.ov... 
YvoiaîaOa'. xi 5ixaia (XXII, 2) et conclut : « Ainsi, Pà loi ne donnait qu'au tribunal 
le droit de condamner à mort, même pour des métèques » 



LE CONSEIL ATHÉNIEN DES CINQ CENTS ET LA PEINE DE MOUT 45 

préconisée par le client de Lysias : irpo; ij-èv oùv tt,v |^ou).-riv, 6V 
^v OL'jxol^ Ti -jio Inq, XXII, 3; ltw^ o' èpoÙT-.v, wo-rcsp xal sv Tr, 
j3o'jArj, id., 41). Le seul fait que, do toute façon, les orateurs 
blâmés par Lysias invitent leurs collègues à commettre une 
flagrante illégalité (exécution sans jugement) jette déjà le 
soupçon d'illégalité sur cet autre aspect de leur proposition : 
soustraction des accusés à la justice héliastique. Cependant, on 
pourrait à la rigueur soutenir que l'illégalité d'un tel consei| 
est limitée, qu'elle ne concerne que la proposition de frapper 
sans jugement et ne vise en rien le droit de la Boule de trancher 
le procès sans appel : on le pourrait, sil n'y avait dans le 
discours un autre passage, exirêmement net, d'où il résulte que, 
d'après la loi, la décision souveraine appartient au dikasterion, 
et n'appartient qu'à lui. L'orateur (qui est, en même temps, 
l'accusateur des sitopoloi devant l'Héliée) rappelle qu'il a com- 
battu dans le Conseil la proposition de livrer les accusés aux 
Onze sans jugement, et il indique très clairement pour quelles 
raisons : estimant qu'il serait scandaleux que la lîoulè prît 
l'habitude de procéder ainsi, il s'est lové et a déclaré qu' « à son 
avis, les marchands devaient être jugés conformément à la loi » 
(oTi jj.o'. ôoxo'Iti xp[v£'.v Toùç (7'.T07ttôXaç X a T à Tov v6[j.ov : XXII, 2). 
Or, cette loi n'interdit pas seulement de frapper les accusés 
sans jugement (àxp-lTou;), comme l'ont demandé certains oi'a- 
teurs : s'il on était ainsi, le client de Lysias se fût contenté 
d'inviter ses collègues à ne rendre leur verdict qu'après enquête. 
Il ne s'en tient pas là; il conseille de juger les marchands selon 
la loi. Ce qu'il entend par là, il l'a dit au tribunal : « S'ils ont 
commis un crime digne de mort, vous (héliasles) rendrez tout 
comme nous (bouleutes) un juste verdict « (vo[jl'Xwv, s». p.£v sio-iv 
à^'.a davaTou £\pyoL(s^hoi^ 'juàç oOoèv tj-tov T^fxôiv vvwceo-ôai 
Ta owaia : XXII, 2). C'est donc que la loi : 1° impose un 
jugement (xpta-i.^) ; 2° remet aux héliastes, et non aux bouleutes, 
la décision suprême (l)rEt cette légalité est si claire et si 

(1) Plus bas, l'orateur rappelle avec force que c'est uniquement le souci de 
respecter la loi qui la dressé contre les exhortations des précédents orateurs : 



46 Paul cloché 

nette, que la majorité des bouleutes, d'abord hostiles, en- 
flammés de colère contre les marchands (ojtw; wpYio-Qrjo-av 
auToIç ; XXII, 2), se rangent à l'avis de l'orateur (Keio-Qeia-riç 
ôè ttIç ^ouXfiç xauTa : ib., 3) : conduite d'autant plus significative 
que la Boulé paraît avoir visiblement redouté de la patt de 
l'Héliée un verdict d'indulgence, ou, du moins, que l'on a 
essayé de lui faire concevoir une telle crainte : ot.aêâXX£!.v 
èireye'lpouv ixe Aévov'Eç o)^ èyw trwTYipLaç ouvexa xf, ç twv 
(jt.TOTr(oXà)v Toùs Àôyouç toutouç (conseil de juger suivant la loi) 
ÈTowûfjLTiv [ib). Dans ces conditions, seule l'existence d'une loi 
formelle, privant la Boulé de toute souveraineté judiciaire, 
nous explique que cette assemblée n'ait pas retenu l'affaire 
soumise à son examen par les prytanes (1). 

C'est donc avant le procès des sitopoloi qu'avait été votée la 
loi judiciaire dont 1"AQ. -rtoA. nous a gardé tout au moins la 
substance. Cette mesure (si l'on doit la distinguer réellement, 
comme nous le pensons, du décret I, 57) s'inspirait en somme 
du môme esprit que ce décret : elle marquait également un 
progrès pour la démocratie, comme l'indiquent les appréciations 
mêmes d'Aristole ('AG. TcoX., 41,2). Non pas que la Boulé fût 
par essence une assemblée aristocratique ou antidémocra- 
tique (2) ; mais, nécessairement, elle représentait de façon 
moins étendue et moins directe que THéliée les sentiments et 
l'opinion du Démos (3). 



Tcâffi çavepôv ÉTroffiffà oti oùy^ ûirèp toûtuv è'XEyov, àXkk toÏç vôîj.oi<; toTç xsi- 
[xs V i ç £6oT,6ouv (XXU, 3). 

(1) En 406, la Boulé, si hostile aux vainqueurs des Arginuses, n'avait pas osé 
davantage violer la tradition qui lui défendait de juger sans appel. En 403/2, loin 
d'observer la mênje attitude légalitaire, elle avait brutalement et complètement 
dessaisi la dikasterion (comme la Boulé de l'oligarchie). Et en 40S/4, elle n'avait 
osé pratiquer qu'un dessaisissement partiel, et d'ailleurs grâce à un subterfuge 
que facilitait, à la veille de la catastrophe nationale et de la révolution politique, 
l'affaiblissement du sentiment constitutionnel. 

(2) C'est ce que montrerait, selon nous, une étude attentive des rapports entre 
la Boulé et les divers partis politiques aux v et iv» siècles. 

(3) Même si, comme on l'a supposé (cf. supra, les opinions de MM. Stahl, 
Kenyon et Sandys et nos remarques à ce sujet dans Restaur. démocr. à Athènes, 
p. 349), le Lysimachos auquel l'intervention d'Eumélidès a sauvé la vie n'est 



LE CONSEIL ATHÉNIEN DES CINQ CENTS ET LÀ PKINE DE MOllT 47 

La loi mentionnée par 1"A9. r.ol. (si elle a été votée après 403) 
devait-elle désormais empêcher absolument la lioulè de res- 
saisir à l'occasion la souveraineté qu'elle avait exercée sous les 
Trente, tout au début de la Restauration, et peut-être encore 
durant quelques années après l'archontat d'F^uclide ? C'est au 
moins très probable, les textes ne nous parlant plus dès lors de 
sentences de mort prononcées par la Boule. Celle-ci, il est vrai, 
ne parait pas toujours s'être enlièremenf et unanimement rési- 
gnée à la perte de son ancienne puissance : du moins, y eut-il 
sans doute de temps à autre des bouleutes pour inviter leurs 
collègues à transgresser la loi, comme tend à l'indiquer le 
procès des sitopoloi (cf. supra). Mais en cette circonstance même 
la majorité des bouleutes s'inclinèrent expressément devant 
la légalité. 

Peut-être resta-t-il aussi dans le public athénien, en pleine 
période démosthénienne, comme un vague souvenir de l'époque 
à laquelle la Roulé était xjp'la, ou, du moins, comme une con- 
ception exagérée et anachronique des pouvoirs judiciaires de 
cette assemblée : c'est ce que pourraient montrer, à la rigueur, 
certains propos prêtés en 347/6 par Démosthènes à son ennemi 
Midias. On avait accusé de meurtre Aristarchos; la Boulé était 
en train d'examiner l'atTaire, quand Midias se présenta : 
« àvvos'.x' », £îp7], (( w j^ouÀYi. zh Tipây^jca; xal tov aùtôyeip' è'yovTeç » 
/.éjiù^ Tov 'Ap'.crtapyov « [jlsIXets xol i^TiTet-re xai Tstûcûcoo-Oe ; o ù x 
àuox te veÎTE ; oCix sttI tyiv owiav ,3aÔi£"ÏTf|£ ; oùy'!. o-uXXyî'itcorOe ; 
(Démost., XXI, 116) (1). Ainsi Midias aurait engagé la Boulé 

autre que l'ancien hipparque des Trente et des Dix, la loi issue de cette inter- 
vention n'en garde pas moins un caractère démocratique. Ce ne serait pas la 
seule fois qu'après 403 l'impunité dont aurait bénéticié un oligarque eût été l'oc- 
casion d'un progrès démocratique : en épargnant les fils des Trente, c'est 
lesprit et la tradition individualistes de la démocratie que la Restauration fit 
définitivement triompher dans le droit criminel d'.Vthènes (cf. Glotz, Revue his- 
torique, CXXil, juillet-août 1916, p. 371). 

(1) Que le mot Boulé désigne ici, contrairement à l'opinion du scholiaste, non 
l'Aréopage, mais le Conseil des Cinq-Cents, c'est ce que tend à indiquer le § 121 
du mi^me discours : xa6' ou? xatpo'Jî f, s t u a y y e X ( » è 5 o 6 t, f, £ î î t ■h, v fl o u X'^, V 
ùr.ip "Api<jTip5^0'j... ôti sI'ï) NikôStijaov àTOxxovw;. Ce genre de poursuite (eisangélie) 
avait lieu devant les Cinq-Cents, et non devant lAréopage. C'est ce qu'ont bien 



48 tAUL CLOCHÉ 

à prononcer la peine de mort : il aurait donc au moins impli- 
citement et temporairement admis que la Boulé était encore 
souveraine en matière de procès capitaux. 

Mais le langage attribué à Midias (1) est-il bien authentique? 
On remarquera, d'abord, combien est étrange la suite des propos 
prêtés au personnage : « Ne le mellrez-vous pas à mort?... Ne 
vous emparerez-vous pas de sa personne?» : logiquement on 
attendrait Tinverse. Ensuite, un peu plus loin (§ 121), des 
témoins racontent ainsi la scène qui s'est déroulée au Conseil : 
« Midias... se présenta devant le Conseil... qu'il engagea à se 
transporter chez Aristarchos et à l'arrêter (a-u[j.[âouÀ£ÛovTa Tr, 
^ouXfi PaSLÎ^s'.v ettI Tr|V oUiav t"À|V 'Api-xTàpyou xal T'jXAafjiêàveiv 
aùxôv) », Dans ce témoignage, de ton calme et modéré, il n'est 
plus question que d'arrestation : l'iuvilation ;i prononcer l'arrêt 
de mort disparaît. On ne saurait donc tirer du § 116 de ce 
discours une conclusion ferme et expresse touchant, non 
seulement les droits judiciaires de la Boulé, mais même l'opi- 
nion d'un Athénien sur ce sujet; tout au plus, peut-on voir là 
un indice intéressant, mais de valeur quelque peu douteuse. 



En résumé, nous croyons pouvoir nous représenter comme 
il suit l'évolution des droits de la Boulé en matière de condam- 
nation capitale. Pendant les premières années du régime clis- 
thénien, elle a pu posséder la souveraineté judiciaire (ou, du 
moins, n'en être privée par aucune loi formelle) : poui- reprendre 
l'expression qu'une inscription du vu* siècle applique au (Conseil 
des Cinq-Cents de l'île de Chios, elle a pu mériter alors, elle 
aussi, l'appellation de Bokr\ sTn.Owt.oi; (2). Puis, vers une époque 

montré H. Weil (Démoslhene, Plaidoyers politiques, I, p. lô"^, 166) et Dareste 
(traduction du plaidoyer contre Midias, p. 81, note 45). 

(1; Langage qui serait tout au plus une survivance et correspondrait aux sen- 
timents particuliers de sou auteur, et non à un droit quelconque de la Boulé. 

(2) Cf. Wilamowitz, Abhandlungen der Koniglicke preussische Akademie der 
Wissenscftaften, 1909, pp. 67-684 



LK CONSEIL ATHÉNIEN DES CINQ CENTS ET LA PEINE DE MOUT 49 

impossible à détorminer exactement, mais qu'il semble préfé- 
rable de situer avant les guerres médiques (peut-être vers S02/1), 
la Boulé est expressément ou indirectement privée de la souve- 
raineté judiciaire, que l'on réserve, comme la souveraineté 
diplomatique, à l'assemblée plénière des citoyens (décret I, 57). 
Si cette règle ne fut pas rigoureusement observée, du moins 
une tradition s"élablit-clle qui (mise à part la brève interruption 
de 411, pendant laquelle il n'y a ni Conseil des Cinq-Cents ni 
dikasteria ni Ecclesia) fut i-espectée jusqu'à la révolution oli- 
garchique de 404: en même temps que le Démos était seul à 
décider de la paix ou de la guerre, il tranchait seul souveraine- 
ment, soit en assemblées, soit par ses dikasteria, les procès 
mettant en cause la fortune ou la vie des Athéniens. Jamais la 
Boule n'apparaît investie d'un tel pouvoir : bon gré mal gré, 
elle doit s'effacer devant le tribunal ou l'assemblée populaire; 
et même aux derniers jours de la démocratie, alors que com- 
mence à se disloquer, sous la poussée des intrigues oligarchi- 
ques, le régime traditionnel (èiîswY]... ri iKeiÔLT-aaiç s-pàxTeto : 
Lysias, xxx, 10), la Boulé ne se permet qu'un empiétement 
partiel et furtif sur le domaine de la justice régulière. Survient 
la révolution de 404 : l'Ecclesia ne se réunit plus, les tribunaux 
sont dessaisis au profit des (^inq-Cents, et môme l'une des 
premières mesures du nouveau gouvernement, dans sa période 
d'accord entre oligarques et théraménistes, est de transférer du 
dikasterion au Conseil le procès des généraux démocrates. Si, 
au cours de la domination oligarchique, les pouvoirs judiciaires 
du Conseil subissent un amoindrissement, ce n'est pas au 
profit du peuple (Uéliée ou Ecclesia), mais des Trente (cf. 'AI). 
Tzol. 37, 1). La démocratie restaurée ne brise pas, du moins sans 
délai, avec les usages judiciaires de l'oligarchie, puisque l'un 
doses premiers actes, et des plus saillants, c'est un arrêt de 
mort prononcé par la Boulé à l'instigation d'un ami de Théra- 
mène. Peut-être faut-il aussi attribuera l'absence d'une légis- 
lation à la fois nouvelle et précise certains verdicts fort graves 
rendus par le Conseil (si c'est lui vraiment qui les prononça 

REG, XXXlll, 1920, n» 151. 4 



50 PAUL CLOCHÉ 

sans appel) pendant les premières années de la Restauration ; 
peut-être n'est-ce que plusieurs années après Tarchontat 
d'Euclide que fut votée une loi réservant expressément au tri- 
bunal populaire la souveraineté dont l'avaient dépouillé les 
Trente, et que ne lui avait pas formellement restituée la légis- 
lation encore confuse ou très incomplète du début de la Res- 
tauration. Une telle hypothèse cadre assez bien avec divers 
textes d'orateurs ou d'historiens; mais, vu l'imprécision ou 
l'insuffisante autorité de ces textes (Lysias, xxx, 22; Andocide, 
I, 91 ; 'AG.Tîo)^. 41, 2), nous ne pouvons être ici aussi affirmatif 
qu'en ce qui concerne la perte de la souveraineté bouleutique 
avant 404. En tout cas, un tel régime n'aurait guère duré que 
douze à quinze ans au maximum : avant la paix d'Antalcidas, 
le Conseil avait formellement et définitivement perdu le droit 
d'infliger la mort. Ce n'est certes pas au bouleute athénien que 
pourrait être désormais appliquée l'énergique expression dont 
se sert en 355/4, non sans quelque exagération, un orateur 
parlant du géronte Spartiate (Seo-TtÔTYiçÈa-xlTtôv ttoXXwv : Démosth. 
XX, 107); et c'est sous l'aspect d'une assemblée aux pouvoirs 
fortement réduits, qui reçoit les dénonciations et autorise les 
poursuites, mais ne peut plus trancher les procès capitaux, que 
nous apparaît la Boulé sous la démocratie « radicale », au temps 
de Démosthènes et d'Aristote. 

Paul Cloché. 



DE QUELQUES PASSAGES OBSCURS 

DU NOUVEAU TESTAMENT 



J'ai montré, ii y a quelques années, dans la Revue des Etudes 
grecques (1911), que le substantif àcp/], employé deux fois par 
saint Paul, n'a pas le sens de jointure que lui ont donné, après 
]a Vulgate, tous les traducteurs, commentateurs et lexicogra- 
phes, mais celui de coup (blessure, plaie), qu'il a toujours dans la 
Version des LXX et souvent aus^ dans la littérature classique. 

Il en est de môme des deux verbes iTroxÔTîToua!, et <T7r£voo[j.ai. 
et de la préposition St.à suivie du génitif, à laquelle on donne 
généralement, dans trois passages du N. T., — dans trois seule- 
ment! — un sens qu'elle n'a jamais ailleurs et fort différent de 
celui qui lui est reconnu dans tous les autres endroits oîi elle 
se retrouve. 

Commençons pjar la proposition. 



E L^UN DES SENS DE LA PRÉPOSITION Sw AVEC LE GÉNITIF. 

Saint Paul raconte dans son épttre aux Galates que trois ans 
après sa conversion il monta à Jérusalem et qu'ensuite, quatorze 
ans après (?), il y monta de nouveau (chap. 1 et 2). 

Les Actes des apôtres racontent aussi ces deux premiers 



52 CH. BRUSTON 

voyages de l'apôtre à Jérusalem . Seulement, ils placent le 
second avant la mort d'Hérode Agrippa P'', c'est-à-dire avant 
l'an44(chap. 11 et 12). 

Comme on place généralement la conversion de Paul vers 
l'an 34, il en résulte que ce second voyage eut lieu, d'après les 
Actes, dix ans au plus après sa conversion, et non dix-sept (ou 
même 14 !) 

Comment écarter cette difficulté chronologique? Je fais grâce 
au lecteur des nombreuses opinions émises à ce sujet : elles 
sont toutes plus arbitraires les unes que les autres. On préfère, 
comme de juste, le témoignage si formel de l'apôtre; et alors, 
comme il se trouve qu'il monta une troisième fois à Jérusalem 
vers l'an 50 (Act. xv), par conséquent seize ou dix-sept ans 
après sa conversion, un très grand nombre de critiques ont 
admis ou que le second voyage mentionné par les Actes n'eut 
jamais lieu ou qu'il fut sans importance ou que l'apôtre l'avait 
oublié ou qu'il en faisait abstraction en écrivant aux Galates ! 
De sorte que le récit de Paul dans cette épître est identique à 
celui du chapitre xv du livre des Actes, et non à celui des cha- 
pitres XI et xii. 

D'oii il résulte aussi que cette épître fut écrite quelques années 
après le concile de Jérusalem et l'an SO. 

Cette opinion a régné longtemps sans conteste et il s'en faut 
qu'elle soit abandonnée aujourd'hui. 

Cependant un nombre croissant de critiques reconnaissent, 
comme jadis Calvin et bien d'autres auteurs anciens, quei'épître 
aux Galates ne peut pas avoir été écrite après le Concile de 
Jérusalem, que le second voyage dont elle parle est donc iden- 
tique au second des Actes, et non au troisième. Ils ont bien 
raison; mais comment faire pour montrer que Paul a pu le 
placer dix-sept ans après sa conversion, quand d'après les Actes 
il eut lieu seulement neuf ou dix ans après? 

On suppose d'abord qu'il eut lieu deux ans après la mort 
d'Hérode, et non avant. Et comme cela ne suffit pas, on sup- 
pose en second lieu que l'apôtre se convertit quatre ou cinq 



DE QUELQUES PASSAGES OBSCURS DU NOUVEAU TESTAMENT 53 

ans plus tôt qu'on ne le croit généralement, peu, très peu de 
temps après la crucifixion de J.-C. De l'an 29 ou 30 à l'an 46, 
il y a bien en elVol seize ou dix-sept ans. 

Seulement un tel résultat est obtenu à l'aide de deux sup- 
positions également arbitraires et invraisemblables. Non, Il a 
bien dû s'écouler au moins deux ou trois ans entre la mort de 
J.-G. et la conversion de Paul. Et l'on ne voit pas non plus 
pourquoi l'auteur des Actes aurait raconté avant la mort 
d'Hérode un voyage qui aurait eu lieu après, c'est-à-dire à un 
moment où, d'après lui, Pierre avait quille Jérusalem, tandis 
que, d'après l'épîlre aux Galates, il y était encore au moment 
de ce second voyage. 

Mais alors, comment sortir d'embarras? En recourant au 
texte grec, tout simplement, et en se demandant s'il a été bien 
traduit par la Vulgate. Rien ne prouve que 2t.à ÔsxaTea-uàpwv 
£-(ov signifie post annos quatuordecim. Ou, pour mieux dire, 
tout prouve le contraire. Cette locution permute avec èv dans 
divers textes parallèles, et la Vulgate elle-même le traduit alors 
^'àv per (1) (V. Revue de théologie, 1913 : Les principales dates 
de la vie de saint Paul, p. 128). 

Elle signifie donc pendant quatorze ans (et non au bout de 
14 ans). C'est-à-dire que ce chiffre indique, non le temps écoulé 
entre le premier et le second voyage, mais le temps écoulé entre 
le piemier et le moment où Paul écrit aux Galates (vers l'an 50). 
Peu importait la date précise de ce second voyage. Ce que 
l'apôtre tenait à bien établir, c'est qu'à ce moment-là il n'était 
allé que deux fois à Jérusalem depuis sa conversion : la pre- 
mière trois ans après, la seconde pendant les quatorze ans qui 
s'étaient écoulés depuis lors. Luc et Paul sont donc parfaitement 
d'accord sur ce point. Seulement, ils se complètent l'un l'autre. 

Luc fixe l'époque approximative du voyage et dit quel en était 
le but ostensible, tandis que l'apôtre Paul relève son entrevue 
avec les apôtres de Jéiusalem dans une réunion privée, dont 

(1) Mat., 26, 61 ; Marc, 14, 58. Cf. Mat., 27, 40, Jean, 2, 19 et 20. — Act., 1, 3 ; 
24, 16, etc. 



54 CH. BRUSTON 

l'auteur du livre des Actes n'avait pas eu connaissance ou qu'il 
ne jugea pas utile de mentionner dans le récit qu'il nous a laissé 
des origines de l'Eglise chrétienne. 



II 

Le sens de St,à dans deux autres passages. 

Il ne sera pas inutile de discuter en terminant les deux autres 
passages du Nouveati Testainent oii les lexicographes et les com- 
mentateurs, aussi hien que les traducteurs, ont donné à 8(.à 
le sens de jjost, toujours d'après la Vulgate, — comme dans 
celui de l'épître aux Galates que nous venons d'étudier. L'un 
se trouve dans l'évangile selon saint Marc (2, 1), l'autre dans 
les Actes des apôtres (24, 17). 

\. Dans celui-ci, il ne faut pas traduire, d'après la Vulgate : 
Après plusieurs années (d'absence), je suis venu apporter des 
aumônes à ma nation, etc., tnais : Pendant bien des années je 
suis venu, etc. (S;.' etwv uXs'.ovwv). En s'exprimant ainsi, saint 
Paul ne faisait pas allusion seulement à ce qu'il était venu 
faire à Jérusalem lors de ce dernier voyage, mais aussi à ce 
qu'il avait fait déjà plusieurs fois auparavant, d'abord au début 
du règne de Claude, vers l'an 42 ou 4.3 (Act., 11 et 12 et Gai., 2), 
puis vers l'an 50 (Act., 15) ; puis deux ou trois ans après (18, 
22), enfin en dernier lieu (ch. 20 et 21), vers l'an 58, par con- 
séquent pendant quinze ou seize afis. V. Revue de Théologie, 
Montauban, 1913, f). 129. 

2. En présence de tant de passages oii St.â a un tel sens (1), 
il ne peut en être autrement dans un seul endroit de l'évangile 
selon saint Marc (2, 1). Ce qui a fait croire que 0'.'7i|jL£p(i)v signilie 



(1) Cf. Marc, 5, 5 ; 14, 58; Mat., 18, 10; 26, 61; Luc, 8, o; 24, 53. Actes, 1, 3; 
2, 25; 5, 19 ; 10, 2; 24, 16, etc., etc. Comment peut-on croire que dans tous ces 
textes, tout particulièrement dans le dernier Siot signifie -pendant et quimmédia- 
tent après il signifie après (v. 17)? Il n'est pas admissible que la môme préposi- 
tion ait pu avoir des sens si différents, pour ne pas dire opposés. ■* 



DE QUELQUES PASSAGES OBSCURS DU NOUVEAU TESTAMENT 55 

là (quelques) yoe^n- après, c'est qu'avec la Yulgate on a rapporté 
cette expression à ce qui précède. Et iterum intravit Caphar- 
naum i)ost dies [et] auditum est, etc. Mais le texte grec (1) signifie 
beaucoup plus naturellement : « Etant entré de nouveau à 
Gapharnaoum, pendant des jours on entendit dire qu'il était 
dans une maison, et beaucoup se rassemblèrent, etc.,^ et il leur 
annonçait la parole ». De sorte que pendant des Jours ne se 
rapporte pas au verbe précédent [étant entré)^ mais aux suivants, 
surtout au dernier : il leur annonçait la parole (ou il Xenv parlait). 
Voilà ce que Jésus fit pendant plusieurs jours. C'est une cow^^- 
iTuciion paratactiqite, qui n'est pas rare, cf. Math., 11, 25 : «Je 
te loue, ô Père, de ce que tu as caché ces choses à des sages 
et intelligents et les as révélées à des enfants », oij le motif de 
la louange n'est évidemment pas le premier, mais le second 
membre de phrase qui suit ox»,, de ce que (2). 

De même ici St,' Tip-spôiv se rapporte moins au premier membre 
de phrase qu'aux suivants, et surtout au dernier, qui est à 
{'imparfait. 

Il faut seulement une virgule, et non un point, à la fin du 
V. 1. Pendant des jours n'est justifié que par Vimparfait ekàXei, 
il leur parlait, -qui indique naturellement une certaine durée, 
tandis que les actions indiquées par les deux autres verbes, à 
l'aoriste, durèrent bien moins longtemps. 

Cette interprétation est confirmée, d'ailleurs, par le texte 
parallèle de l'évangile selon saint Luc (5, 17), oii les jours men- 
tionnés, comme dans celui de Marc, sont, non ceux qui s'étaient 
écoulés avant le retour de Jésus à Gapernaoum, mais ceux où 
il enseignait et dans Vun desquels il guérit le paralytiq^ue. 

Ch. Bruston. 



(1) slas'XOùv Ti. eîî K. ôi' -fjiJiepôJv \-/.oùz%t\ xtX. 

(2) Cf. aussi Jean 20, 17, où y^P s'explique, non par Je ne suis pas encore monlé, 
mais par Je monte vers mon Père etc., qui se lit un peu plus loin : « Ne uaç 
retiens pas, car..... je monte vers mon Père, etc. Odys., I, 74, etc. 



UNE TRADUCTION FRANÇAISE 
DU DEPI ENEPrEIAi: àAIMONliN 

DE MICHEL PSELLOS *" 



Le dialogue qui a pour titre TiuôOsoç r, Tzepl IvepreLaç 5at.[ji,6vwv 
[De opcratione Daemomim) est sans'contredit un des ouvrages 
les plus instructifs et les mieux écrits qui soient sortis de la 
plume du polygraplic byzantin Michel Psellos. 

Publié pour la première fois en grec par Gilbert Gaulmin, 
en 1615, à Paris, avec une version latine de Pierre Moreau 
et des notes, il a été successivement réédité par Boissonade 
(édition critique, avec notes, dans le recueil d'opuscules de 
Psellos intitulé Wik\ô:i. Michael Pseilus. De operatione Daemu- 
num dialogus, Nuremberg, 1838), et par Migne (réimp. de l'éd. 
Gaulmin, dans le tome GXXII de la Patrologie grecque-latine, 
Paris, 1864). 

Composé à la manière de Platon, ce dialogue offre ce double 
intérêt qu'il constitue, pour l'histoire ecclésiastique, un des 
documents les plus précieux sur l'hérésie des Euchites (2), et, 
pour l'histoire littéraire, un des modèles les plus achevés de 
la langue byzantine (3). 

(1) C'est sur le conseil d'un de nos maîtres, Monsieur Aimé Puech, que nous 
avons entrepris la réédition de cette traduction. Qu'il veuille bien accepter 
l'hommage de notre modeste travail. 

(2) Cf. Ein. Egger, dans Dictionnaire des sciences p/Ulosopkiquc:s, art. Michel 
Psellus. 

(3) Nous en avons apprécié le mérite littéraire dans notre Élude de la langue 
et du style de Michel Psellos, Paris, 1920, p. 438. 



UNE TRADUCTION FRANÇAISE DE MICHEL PSELLOS 57 

Quels services une bonne traduction française de cet ouvrage 
ne rendrait-elle pas aux érudits ! 

Or, cette traduction existe. Mais, |)ubliée en un volume 
depuis longtemj)s épuisé,, elle est devenue introuvable en librai- 
rie. Il n'en reste plus, à notre connaissance, que quelques 
exemplaires, dont l'un, par bonheur, figure à la Bibliothèque 
nationale, sous la cote W. 9. 524. C'est cotte traduction que 
nous redonnons à la publicité (1). 

Son auteur est un savant de la Uenaissance, du nom de Pierre 
Moreau, celui-là même qui, quelques années plus tard, devait 
donner la version latine (2) utilisée par Gaulmin (cf. supra), et 
elle est datée de Tan 1573. • 

Quel est ce Pierre Moreau ? Les renseignements que nous 
possédons sur sa personne sont des plus succincts. « Traduit 
par Pierre Moreau, Touranio », est-il dit en frontispice. Le 
personnage ne nous est pas autrement connu (3). Etait-il moine 
ou laïc? Moine, peut-être; en tout cas, bon catholitiue et bon 
helléniste (4), qui entreprit son travail à la demande du chanoine 
Jean de Saint-André, de la cathédrale de Paris, sans doute par 
devoir de religion, afin de fournir à ses coreligionnaires un 
argument contre les protestants, alors accusés de maléfices 
identiques à ceux des Euchites, mais aussi, il est permis de le 



(1) Elle comporte 52 feuillets, paginés seulement au recto. Nous avons repro- 
duit cette pagination en marge, avec notation du recto et du verso. Les chillres 
entre crochets répondent aux pages du texte grec, selon l'édition de Boissonade. 
Notre réimpression, est-il besoin de le dire ? est de tout point conforme à l'ori- 
ginal. Nous en avons seulement modernisé l'orthographe, comme font commu- 
nément nos auteurs d'éditions à l'usage des classes, expliquant en note les mots 
et les tours de l'ancienne langue peu familiers au lecteur. 

(2) Cette version latine parut pour la première fois en 1517, à Paris, sous le 
titre : Sapienlissimi Michaelis Pselli poelae et philosophi r/raeci Diaiogus de 
Enerçfeia seu Operatione Daemonum. Un la trouve encore reproduite dans la 
Maxlma Bibl. Vel. Palrum, t. XVIll, p. 589 sqq. 

(3) Une discussion de Boissonade, Op. cit., VI, n. 1 et 2, sur le nom de Moreau, 
parfois défiguré en Morel par des écrivains de Biographies et de Bibliothèques 
mal documentés, ne jette aucun jour sur la '^question . 

(4) Ken-Ardent, le moine ligueur bien connu, le qualifie de « vir optimus et 
doctissimus » [Prsefatio in M. Pselli libellmn, etc. ; cf éd. Boissonade, p. vi). 



58 EMILE RENAULD 

croire, par dilettantisme d'humanisle (1), désireux de populariser 
une œuvre dont il goûtait pleinement la finesse et le charme. 

Toujours est-il qu'entre toutes les traductions d'ouvrages 
grecs dont la Renaissance nous a légué le précieux héritage, 
celle du Uep. svepysîaç oaiixovwv de Pscllos par Pierre Moreau 
se recommande d'une manière toute particulière à l'attention. 

Certes, elle n'est pas absolument irréprochable au point de 
vue de l'exactitude (2). Une critique attentive y peut relever 
quelques contresens, d'ailleurs sans gravité et imputables, pour 
une part, à des bévues typographiques (3). Généralement ser- 
rée, précise et complète (4), elle présente, dans la saveur de 
la langue du xvi^ siècle, une propriété de termes et une pureté 
de langage qui étonnent et ravissent le lecteur. L'aisance du 
style, la grâce et le naturel, la vivacité et la bonhomie de l'ex- 
pression y ajoutent, comme chez Amyot, un charme inexpri- 
mable. Or la^souplesse et la grâce sont précisément les qualités 
que le savant Psellos, ingénieux imitateur de Platon, s'est le 
plus attaché à répandre dans son Dialogue. Mais Psellos aussi, 
ne l'oublions pas, réalise uij des types les plus parfaits de ces 
écrivains communément appelés atticistes, que l'influence de la 
seconde sophistique tourna vers la prose d'art. Séduit par les 
artifices de ce style, le traducteur aurait-il, à son tour, visé au 
pittoresque, à l'inattendu? Aurait-il vu dans la redondance une 
forme nécessaire de la précision ? Le reproche le plus sérieux 
que l'on puisse faire à sa version serait d'avoir, dans un culte 
excessif de la joliesse du style, allongé sa phrase d'épithètes (5) 



(1) En sus des deux traductions de Psellos, il se signala par une version latine 
des cinq premiers chapitres du Thésaurus orthodoxae fidei de Nicetas Choniates. 
Cf. Boissonade, Op. cit., p. xii, n. 2. 

(2) Nous avons cru devoir donner en note le texte et la traduction littérale de 
quelques phrases particulièrement délicates. 

(3) Ponctuation défectueuse, négations oubliées, mauvaises lectures de mots et 
autres menues fautes coutumières aux imprimeurs. 

(4) Nous n'y avons relevé qu'un fort petit nombre de lacunes. 

(5) Ainsi, la vieille femme, ypxô^, dont il est question p. 46 r°, devient « une 
vieille sempiterneuse » et àyépw/ôv ti yspdvTiov, « un vieillard rechigné, tout 
courbé et tremblottant ». L'expression -reâvxei; èv àizopia. itsptEiaxi^xEaav est rendue 



UNE TRADUCTION FRANÇAISE DE MICHEL PSELLOS 59 

et de comparaisons (1) fort piquantes, à la vérité, mais dont le 
charme ne saurait faire oublier le caractère paraphraslique (2). 
Ces réserves faites, il reste que la traduction de Pierre Moreau 
est d'une remarquable fidélité aux idées et au style de l'écri- 
vain grec, et que, parée d'élégance et de facilité, elle est de 
celles qui donnent avec le plus de bonheur l'impression de 
l'originalité (3). Nous n'aurons pas perdu notre temps à la 
rendre à la lumière, si jamais elle incite le lecteur à se reporter 
au texte même de Psellos et à savourer dans sa grâce un peu 
apprêtée l'alticisme aimable du Tlspl svspvgtla; oai.jj(.6vo)v. 



Le volume a pour titre : 

Traité par Dialogue de l'énergie ou opération des diables, 
traduit en Français du Grec, de Michel Psellus poëte et .philo- 
sophe, précepteur de remperenr siirnonaiié Parapiitace ou 
Affamé, environ l'an de grâce 1050. 

Avec les chapitres XXXIV et A'A^Vr/ du quatrième livre du 
Trésor de la foy Catholique, du vénérable Nicetas de Colosses en 
Asie, èsquels sont déduits et confutés les principaux articles des 
Hérétiques, Manichiens, Euchites ou Enthusiastes, 
par Pierre Moreau Touranio, 
de la Bibliothèque de M. de Saint- André, 
à Paris. 



de la façon la plus pittoresque, p. 33 v°, par « tous restaient là camus et écornés ». 
Cf. encore icuvtSiov TTpoT7ivu!^ô[i.evov, p. 40 v", « un petit chien chauvissant des 
oreilles et flattant de la queue », etc. 

(1) Ainsi traduit-il fort joliment la phrase, p. 48 w°, taux' sl-wv, ôâ/co-jTt xàç 
Tcapsiàî xixï)ôvis£v par « finis ces mots, il se prit si fort à pleurer que les larmes 
lui ondoyaient et ruisselaient à flac des deux yeux ». 

(2) Ne va-t-il pas jusqu'à moderniser son Psellos par des comparaisons emprun- 
tées à la vie du xvio siècle ? Ainsi, il appelle l'un des personnages du dialogue, 
p. 1 r», « Monsieur le Capitaine de Thrace », et il lui applique le qualificatif 
d' « Inquisiteur de la foi » ; ailleurs, p. 46 v°, il évoque le souvenir du diable de 
Vauvert . 

(3) Nous avons reproduit intégralement, en regard des premières pages de la 
version, le texte de Psellos. Mieux que toute appréciation ou commentaire, cette 
reproduction donnera au lecteur une idée exacte de la manière du traducteur. 



60 EMILE RENAULD 

Chez Guillaume Chaudière, rue Saint-Jacques^ à l'enseigne 
du Temps et de l'Homme Sauvage. 
Par Privilège du Roy (1). 
Le volume contient : 

1 . Une Préface du Livre de Michel Pselhis, traitant des Opé- 
rations des Démons^ dédié à très entier et très docte homme Jean 
de Saint-André, chanoine de l'Eglise cathédrale de Paris, mise 
en latin par F. François Feu- Ardent, Docteur théologien (2), et 
faite Française par F. P. G., tous deux Cordeliers (3). 

2. Une Métaphra'se sur certains vers Grecs de l'interprète 
Latin et Français du présent dialogue de Psellus. 

3. Une Table des chapitres et contenu du présent Dialogue. 

4. Le Dialogue même, ainsi présenté : 



Traité par dialogue de l'Opération des Diables. Contre les 
Manichiens, EucaiTES, Enthusiastes et autres hérétiques démo- 
niaques. Traduit du grec de Michel Pselle, Poète et Philosophe grec. 

Les personnages. Timothée, Moine. Et le Capitaine de Thrace, 
Inquisiteur de la foy (4). 

Chapitre I (5). — L'occasion de ce dialogue, prise d'aucuns hérétiques^ 
nommés Euchites et Enthousiastes. Comment la connaissance de Vhé- 



(1) Sans date liminaire. Une date figure à la fin de la Préface : à Paris, le 
27 décembre 1576, et une autre à la fin du volume : le 18 janvier 1573, jour de 
la Septuagcsime. 

(2) Cf. Boissonade, Op. cit., pp. vi-xi. 

(3) Cette Préface en 38 pages comprend : un rapide exposé, d'après Zonaras, de 
la vie et des œuvres de Psellos ; une étude de l'hérésie des Euchites, suivie d'une 
longue comparaison entre ces hérésiarques et les protestants; un tableau du rôle 
des démons dans la vie des hommes, et en particulier de certains saints : leur 
méchanceté, leurs maléfices ; des témoignages de l'Écriture, des Pères, etc.; enfin, 
un éloge du personnage Jean de Saint-André, à qui la Préface est dédiée. 

(4) Le texte grec porte seulement les désignations 6paE. Ti[xô9£oî. Les explica- 
tions que le traducteur ajoute à ces noms propres sont justifiées par le rôle des 
personnages dans le dialogue. Cf. en particulier pp. 32 v", 33 r», 34 r^. 

(5) La division de l'ouvrage en chapitres, avec titres, ne figure pas dans l'édi- 
lion critique de Boissonade. Nous avons cru devoir la conserver avec l'éditeur 
Gaulmin (rééd. Migne>. Le lecteur remarquera que les titres du traducteur, qui 
fournissent une analyse détaillée de chacun des chapitres, sont plus explicites 
que ceux de Gaulmin. 



UNE TRADUCTION FRANÇAISE DE MICHEL PSELLOS 



61 



résic nest moins profitable aux gens de bien, que les drogues véné- 
neuses et mortelles aux Médecins. 



Ti[jlÔOco;. Xpovto;, w 6pà^, etiI to 
BuÇâvTtov à-avxôt;;. 

ep^5. Xpôv.OC, 0) T'.[XrjO££, O'JO TIOU 

STVj, xa; Tipoç, evxsùOsv £y.o7j[i.o; tov. 



T'.[JLÔ6. riol 31 Oï) x( -/.a', xtva ^pày- 
[xaxa îY(ov sti'. tocto'jtov Èvoiaxixptoaç ; 

0oa^. Maxooxioa^ r, x.axà xï|V Tca- 
po'jaav ay(_oXTjV àTca'.Xcïc u-oOiae-.; 
XûYW''. 'Avay/T, yao [jle a'jvsîpstv xôv 
'AX/.Îvou à-ôXoyov (1), £'. oiot XÉ-ys'.v 
oaa £TC"f|îiv, oua xs £xXr,v à^sSÉcr; 
aujxTiXaxE'.i; àvopâji-'. Eù^îxa? aùxo'j^ 
xac 'EvOouŒtajxài; ol ttoXXo; xaXojj'.v. 
H oùx àxo/jV xwa £y^tov TiEpl xoûxtov 
xaî a'jxô? xuYX.^''-^^ j 



MavOx 



v(i) a£v 



'.va; 



Tt[j.ôO. 

you; avopa; xai àxô— o'jc; stt: 
£V ixÉtc; 7-:sr:;£70a'. xo'j xaO' 



Tl'.ctXÔ); 

Y, ;/.a; 

lîpoù xoij.ii.axo;, xaxà xr,v x(ou.(;jo''av 
e'.tteTv (2) • ooYuaxa oî aùxTov xal 
ÈOy, xai vôuou; xal £pY^ "''•''''■ ^^^Y^'"^'' 

(1) Tisser l'apologue d'Alkinos, locut. 
proverbiale, c. à d. débiter un récit nussi 
long que l'apologue d'Alkinos. 

(3) Lacune du Irad. Pour parler selon 
le poète comique. (Ar. Plut. 862). 



De l'opération des Diables. 

Timotlîée. — Y a longtemps y a, p. l v 
Monsieur le Capilaine deThrace, 
que ne vîntes à Constantinople. 

Le Capitaine de Thrace. — 
Longtemps y a, Timothée, mon 
ami, d'autant que j'ai été absent 
de cette ville deux ans, et plus. 

Tim. — En quel lieu, je vous 
prie, et pour quelles faciendes (1), 
avez-vous fait si long séjour ? 

Le Cap. — Pour salisfaire à 
votre demande, scirail requis un 
discours plus long que l'heure 
présente ne permet. Car je serai 
forcé de tistre (:2] [2] un aussi 
long narré (3), qu'est l'apologue 
d',\lcin (comme on dit), s'il me 
convient discourir (4) toutes | les P- 2 r° 
traverses qu'ai encourues et 
souffertes en la compagnie de 
certains forfantes (5) hérétiques, 
lesquels on appelle vulgairement 
Euchites et Enthousiastes. Avez- 
vous point ouï parler d'eux ? 

Tim. — J'entends bien qu'il y 
a certains apostats ennemis de 
Dieu, détestables à bou droit, 
lesquels hanlent etconnillent (6) 
au milieu d'entre nous, qui 
sommes, comme monnaie de 

(1) Affaires. — (2) Tisser. — (3) Récit, 
exposition. — (4) Raconter en détail. 
— (o) Coquin, criminel (cf. pp. 8 o°, 
9 r"). — (6) Foisoiuier comme des 
lapins. 



62 



EMILE RENAULD 



Trap' oùSevoç oùoéito) [xot [jiaOeTv 
£^£Y£V£TO. Kai aou SéofJiat àxta av 
eISeit,? jatûiff-caTa £tt£X6£Tv, £'.' Tt 
j3o'jX£t âvop'. cTuvr^6£t, TrpoaOy^aw os 



6pi^$. "Ea, cptX£ Tt|JLÔ6££. 'Avày^ri 
yàp £[JL£ TE TTEpuodÔTJvat TTpôç l'XtyYOv, 
ETi'.ôvTa oÔYjjt.aTa te àXXôxoTa xal sOY^t 
oaifjiôvia, y.ol\ (tÉve [xt^Sev tteoi to'jtwv 
£!Ty'ï]X£vat xÉpSoç. El vàp, xaTa tov 
S'.fJLWvtOTjV, ô Xôyoç Twv 7roaY[Ji.aTO)v 

EIXIOV EOTtV, tbç slvat TOV [i.£V TWV 
U)tL)£Xî[JI.OJV W(û£Xl[JlOV, TGV 0£ [J-T, TOtO'J- 

Twv oùx aYaôov, Tt av o'.'aoi yprjtjTov, 6 
TO'jî £vaY£T<; EÎxovtÇtov X^youC, 



Dieu, marqués du sacré carac- 
tère de prêtrise. Mais quant 
est (1) des articles de leur héré- 
sie, de leurs coutumes, lois et 
façons de vivre soit en faits ou 
en dits, je n'ai encore pu en être 
aucunement informé. El vous 
prie me discourir (2) au long 
tout ce qu'en saurez, s'il vous 
plaît tant me gratifier, qui | suis p. 2 w 
votre ancien compagnon et d'a- 
bondant (3) votre ami. 

Le Cap. — Je vous prie, Timo- 
thée, laissez-moi en paix. Car il 
faut nécessairement que le cer- 
veau me vire (4) en la tête, si je 
veux raconter opinions tant exé- 
crables et œuvres tant diaboli- 
ques. Et quant à votre respect (5), 
vous n'aurez grand acquit (6) à 
ouïr telles fadaises. Car si ainsi 
est, que la parole, comme dit 
Simonides, est l'image et le por- 
trait des choses, de façon que 
celle-là est utile et profitable, 
laquelle on dit et profère de (7) 
choses utiles et importantes, et, 
au rebours aussi, celle qui n'est 
telle ne vaut rien : quel profit 
remporterez-vous, si j'ordis(8) et 
commence un si vilain por | trait P 
de puantes et abominables pa- 
roles ? 



3 r- 



(1) Pour ce qui est de. — (2) Raconter 
en détail. Cf. p. 1 i»". — (3) Qui plus 
est, par surcroît. Cf. p. 18 r". — (4) Tour- 
ner . — (5) Pour ce qui vous concerne. — 
(6) Acquisition, profit. — (7) Au sujet 
de, sur. — (8) Commencer, (ordior). 



UNE TRADUCTION FRANÇAISE DE MICHEL PSELLOS 63 

Ttii.ô6. Ka-. TTstvu ye, <<> Q??^ ' e'-'^^p Tim. — Véritablement, Capi- 

xat laTpoT; el8Évai xà OavaTwoT) twv taine mon ami, le profit qu'en 
oap|jiày-tov oûx aypr,crTov, wç [jlv^ t(!j remporterai ne sera petit, puis- 
-uojTiov TTsptTsaeïv Ttva x'.vo'jvE^iaai • que la connaissance des drogues 
itî) vào XÉYstv, 6'xt xat è'vta tootiov e'.ç vénéneuses et mortelles n'est 
Oyeiav oûx àa'jvxâXEtrca. "i^Ti' l'cjxai inutile aux médecins, [3] de peur 
xat -fjiJiTv ouoïv Oâxspov • 7- yàp àTTO'.aô- qu'aucun (1) ne s'ahurte (2) à 
(jLôOàxi ypr.jxôxEpovÈxxoù ax£[jL[jLaxo;, quelqu'une d'icelles (3), dont (4) 
■r] (ejXa$6[x£0a e'.' xi Tcpoasaxt ^Xa- il solt en danger, à fin que je 
êspôv. laisse (5) à vous dire, qu'aucu- 

nes (6) d'icelles (7) ne sont inu- 
tiles. Par quoi deces deux choses- 
ci l'une nous adviendra : c'est 
que ou nous remporterons quel- 
que profit de ce devis (8), ou 
bien, s'il y a quelque chose qui 
bâte (9) mal, nous nous en gar- 
derons. 

Le Cap. — Or sus donc, de par Dieu (10), vous orrez (11) et enten- 
drez, comme dit | le poète, des choses qui, bien que véritables, P- ^ v<^ 
ne sont toutefois les plus agréables du monde. Que si en ce 
discours est faite mention de quelque acte sale et deshonnête, ne 
vous en fâchez, et n'en jetez pas le blâme sur moi, qui n'en suis 
que le truchement (12), ains (13), comme de raison, sur les vilains 
pouacres (14), qui font tels actes. 

Chap. II. — Comment l'héiy'sie des Euchites ne diffère en rien de 
celle des Manichéens, sinon en ce que ceux-ci n établissaient que deux 
principes ou commencements de toutes choses, et les Euchites en 
mettaient trois. 

Cette maudite et malheureuse hérésie a eu ses prémices de l'en- P- ^ '"' 
ragé Manès, chef des Manichéens. Car d'icelui (15), comme d'une 
puante fontaine, ces malheureux Euchites ont déduit et extrait leur 



(1) Qvielqu'un. — (2) Tomber sur; heurter contre. — (3) Délies. — (4) A la 
suite (le quoi. — (5) Ut laceatn, ne dicam, pour ne pas (vous) dire que... — 
(6) Quelques-unes. Cf. n. 1. — (7) Cf. n. .3. — (8) Propos, entretien. — (9) Aller. 
— (10) Texte : elsv. — (11) Vous entendrez. — (12) Interprète. — (13) Mais. — 
(14) Sale, dégoûtant. — (13) De lui. Cf. iceux, p. 20 r». 



64 EMILE RENAULD 

pluralité de principes ou commencements. Or ce maudit damné 
Manichéen a dit qu'il y a deux principes de toutes choses, qui sont 
contrecarrant (1) et opposant un Dieu à l'autre : le créateur de vice 
et de mal, au créateur de tous biens; le prince de tous les péchés 
qui se font sur terre, au bon Prince des cieux. Mais ces diables 
d'Euchites ont encore ajouté de surcroît un tiers principe. Car ils 
dient (2) qu'il y a un père et deux en | fants, principes anciens et p. 4 v° 
nouveaux. Us attribuent au Père celles choses seulement qui sont au- 
dessus de tout le monde ; à l'enfant puîné, les choses célestes, et à 
l'aîné, le gouvernement des mondaines et temporelles. Ce que ne 
diffère en rien de la fable et fiction des poètes païens, comme il 
appert par ce vers ennuyant (3), 

Tout cet univers fut en trois lots divisé. 
Or ces pouacres (4) et pourris en leurs entendements, après avoir 
supposé, pour appui de leur hérésie, un soubassement si pourri, 
s'entr'accordent seulement en cela; [4] quant au reste, ils ont trois 
diverses opinions. D'autant que les uns adorent les deux enfants. 
Car I bien qu'ils soient, dient-ils (5), maintenant différents, si faut-il p. 5 r° 
pourtant les adorer tous deux, comme ceux, qui, pour être d'un 
même père issus, se pourront rallier à l'avenir. Les autres adorent 
le puîné, comme prince de la meilleure et souveraine partie, et ce, 
sans déshonorer l'aîné, de façon, toutefois, qu'ils se gardent de lui, 
comme de celui qui leur peut nuire. Les autres, qui sont les plus 
méchants d'entre eux, abandonnent entièrement le céleste et croient 
tout seulement au terrestre Satanaki (6) : pour lequel honorer parles 
plus beaux noms et titres excellents, ils l'appellent le premier né 
étranger du père et créateur mortel et pernicieux des ar | bres, P- ^ ^° 
herbes, bêtes et autres corps composés; et pour lui faire encore plus 
grand honneur, hélas bon Dieu ! quantes (7) injures ils debaquent (8) 
coîilre le céleste ! Ils dient (9) "qu'il est envieux, et qu'à grand tort 
il en veut à son frère (qui toutefois gouverne fort bien ce qui est sur 
la terre), et que, crevé de dépit, il envoie les tremblements de terre, 



(1) Mettre quelque chose de carré contre qqn; d'oii opposer directement. 
liedondance du Irad. Texte : xw Mivevri... Oew Bsôv... 7r).Ti[x[i£>vwî àvT'.xâxTovxi. — 
(2) Ils disent. — (3) Add. du Ir. — (4) Sale, dégoûtant. Cf. p. 3 v». Texte : oî 
aaôpol xàç cppéyaç. — (5) Disent-ils. Cf. n. 2 — (6) Texte : 2axava-/iX. Cf. d'ailleurs 
la note de Boissonade, s. v. — {!) Lat. quanlas, combien de, combien grand. — 
(8) Vomir. — (9) Ils disent. Cf. n. 2. 



UNE THADLCTION FRANÇAISE DE MICHEL PSELLOS 65 

les grêles et les famines. Pour laquelle cause, ils le maudissent en 
toutes sortes, voire de la plus griève (1) malédiction et aggrave (2) 
(ju'ils sachent. 

Chap. m. — PoHr(/uoi ci'st, que Irs Euchites dknt (3) Saianaki P- 6 r» 
élre fils de Dieu, et que ledit Satanaki est l'auteur de tous hérétiques, 
qui pour ce sont si avevfjlés en leur fait, qu'ils ne peuvent apercevoir , 
qu'ils sont le jouet et passe-temps des diables. 

Tim. — Par quelle raison, Capitaine, se persuadent-ils qu'il faille 
croire et confesser que Satanaki soit lils de Dieu ? Vu que les divins 
oracles et prophéties témoignent en trois endroits des Saintes Écri- 
tures, qu'il y a un seul iils ; et que Saint Jean, qui reposa sur la 
poitrine du Sauveur, s'écrie es (4) sacrés | Évangiles, parlant de Dieu P- ^ "° 
Verbe [5] « Gloire, comme du Fils unique, provenant duPère » (5). 
Quelle occasion les a donc poussés en si grave erreur? 

Le Cap. — Quelle autre, Tiniothée, sinon que le prince de men- 
songe, se vantant soi-même en cette manière, abuse les esprits et 
entendements de ces grosses pécores (6j ? Car celui qui se vante 
qu'il mettra son siège au-dessus des nues, et se jacle (7) qu'il sera 
semblable au Très-Haut, et pour cette cause est tombé et devenu 
ténèbres : celui-là même s'apparaissant à (8) ces pauvres abusés, se 
dit être le fils premier né de Dieu, et créateur de toutes choses qui 
sont sur la terre, et qu'il fait de tout ce qui est au monde selon son 
plaisir, et par | telle et tant subtile ruse, s'insinuant es (9) cœurs p- T '•" 
de chacun d'entre eux, il trompe ainsi ces pauvres lourdauds et 
hébétés, qui devraient plutôt (considérant en eux-mêmes que ce 
beau Satanaki est un éventé (10) et' prince de mensonge], ils de- 
vraient, dis-je, se moquer et faire la nique à ce gentil afTronteur (11) 
et séducteur. Mais ils ne font ainsi : ains (12) croient à tout ce qu'il 
leur dit, et sont menés çà et là, comme bœufs par le mouille (13). 
Dea (li), si [V6) pouvaient-ils en peu de temps découvrir ce beau 

(1) Lourde. — (2) Exécration, anattième. — (3) Cf. p. 4 r'. — (4) Dans les. — 
(5) Jean, I, 14. « Et nous avons vu sa gloire, [une] gloire comme celle qu'un fils 
unique tient de son père. Le trad. a négligé de traduire le verset qui suit 
celui-là : ô aovovôvr,;, ô wv el; tov xoXtcov toû -aTpoî, aÙTo; £;T,yf,!TaTo. — (6) Bête. 
— (7) Se vanter impudemment — (8) Réfléchi pour iiilrans. apparaître. — 
(9) Dans les. Cf. n. 4. — (10) Texte : Hol'^w. — (11) Trompeur. — (12) Mais. 
Cf. p. 3 vo. — (13) Mufle. — (14) Partie, d'excitation, de renforcement, da ! Add. 
du tr. —(15) Pourtant, néanmoins. Texte : xaÎTOi Èvr.v où Sià iroXXoû sojpîaat 

REG, XXXIII, 1920, n« 151. 5 



66 EMILE RENAULD 

menteur, et vendeur de happelourdes (1). Car s'ils lui eussent 
demandé l'effet et exécution de ces tant belles et mirifiques pro- 
messes, ils n'eussent à chef de pièce (2) trouvé autre cho|se de lui, p. 7 v 
sinon qu'il est semblable à l'âne humain, vêtu de la peau d'un lion, 
qui, ricanant au lieu de rugir, se fût lui-même à son cri découvert : 
mais ores (3), comme aveugles et sourds, et du tout (4) dépourvus 
de bon entendement, ne reconnaissent un seul créateur, par l'alliance 
et accord mutuel des choses qui sont, [6] et n'oyent (5) ni entendent 
l'Écriture Sainte, qui dit. et atteste cela même, n'éprouvent aussi au 
niveau de raison (6) et ne considèrent, que s'il y avait deux divers 
créateurs des choses qui sont, toutes les choses du monde ne 
seraient conjointes ni alliées l'une à l'autre en si bel ordre, harmonie 
et union. Qui plus est, les ânes et les bœufs, | comme dit le prophète P- 8 r» 
Isaïe, n'ignorent point la crèche, ni le maître ou pasteur qui les 
nourrit. Mais ceux-ci ont abandonné leur Seigneur, et ont choisi 
pour leur Dieu la plus vile et ignominieuse créature qui soit, de 
façon que, semblables aux petits moucherons, ils se brûlent et 
grillent eux-mêmes au feu, qui piéçà (7) est préparé à leur Dieu, 
c'est-à-dire au diable Satanaki, et à tous ses confrères apostats. 

Chap. IV. — Des ordures abominables qu' observaient les Euchites 
en certaines cérémonies, où il fallait mêler et détremper de la matière 
fécale en leurs viandes et breuvages, auparavant quen tàter. 

Tim. — Or que gagnent-ils d'abjurer le service divin reçu de leurs P- 8 v 
pères, pour courir à bride avallée (8) à manifeste et indubitable 
ruine et perdition? 

Le Cap. — Je ne sais moi qu'i"ls gagnent (9); je crois que rien. Car 
bien que les diables promettent donner or et argent, possessions et 
honneurs, et dignités entre les hommes, si (10) est-ce qu'ils ne les 
peuvent donner, vu qu'ils n'en ont rien en leur puissance : trop bien 
font-ils souvent apparaître à leurs suppôts et jurés je ne sais quels 
fantômes ou illusions et faux miracles, que ces forfantes (11) maudits 
de Dieu appellent Theopties, c'est-à-dire visions | de Dieu, desquelles p- 9 ?■" 
si quelques-uns veulent être spectateurs, hélas, hélas! combien de 



(1) Pierres fausses. Add. du tr. — (2) Au bout d'un certain temps. Add. du Ir. 
— (3) Maintenant. Te^xle : vûvôé. — (4) Du tout au toiit, complètement. — (5) Ouïr, 
entendre. — (6) Texle : o'jte Aoyttfixw jiaffaviÇouatv w;... — ("ï) •' y a un certain 
temps, depuis longtemps. — (8) A bride abattue. — (9) Ce qu'ils gagnent. — 
(10) Pourtant, toutefois, toujours est-il. Cf. p. 1 >">. — (H) Criminels. Cf. p. 2 ?•«. 



UNE THADUCTION FRÀT^CAfSE ht MICHEL PSELLOS 67 

vilenies, combien d'exécrables abominatioifis sô^t là faites ! Car ils 
réprouvent et rejettent, coriime forcenés et enragés, toute doctrine 
que nous tenons pour bonne et catholique, et toute œuvre de misé- 
ricorde. Quoi plus? Ils abolissent sous le pied les lois naturelles 
mômes. [7] Et qui voudrait (!•) voir par écrit telles forfanteries (2) et- 
abominations, je ne sache homme qui eût le cœur de les écrire, 
n'était un seul Archiloque confit en langage farci d'injures et exécra- 
tions. Si pensé-je toutefois, que si le vilain était survivant, il récu'se. 
rait (3) à écrire et mentionner or | gies ou sacrifices tant exécrables p- 9 v° 
ou abominables, qui ne se font en lieu qui soit (4) entre Grecs ni 
Barbares. Car en quel lieu, je vous prie, en quel temps et de qtii a 
l'on ouy (5) ni entendu que l'homme, qiii est un animal vénérable et 
sacré, goûtât d'aucun excrément, ni hun^ide, ni sec? Ce qu'à mon 
avis les cités les plus farouches et sauvages du monde n'oseraient 
attenter (6). Et toutefois ces diables damnés en goûtent au commen- 
cement de leur abominable sabbat. 

Tim. — Pour quelle cause, mon capitaine? 

Le Cap. — Quant est de (7) leur exécrable sacrifice, mon ami, je 
m'en rap|)orte à ceux qui le font. Quant est de (8) rtioi, bien qiie je 
m'en sois par plusieurs fois en | quis, si 49) est-ce toutefois, qu'ils ne P- lo r° 
m'ont fait ni donné aucune réponse, sinon que les diables sont fort 
familiers et affables à ceux qui participent à la communioii de tels 
gadouars (iOj. Et en cet endroit ne me semblent avoir menti, bien 
qu'en tous autres ils ne sachent dire un mot de vérité. Car il n'y à 
morceau plus friand au goût de ces esprits malins, qrie d'affaisser (11) 
et précipiter en telle et tant puante abomination l'homme, auquel 
ils portentenvie, pour ce qu'ils le voient décoré et ennobli de l'image 
de Dieu. Voilà l'effet et accomplissement de leur ignorante bêtise, 
lequel non seulement est commun aux chefs et auteurs priricipàu'ît 
de leur hérésie, qu'ils | osent trop impunément appeler Apôtï-es, p. lo «« 
ains (12) aussi aux Éuchites et aux GtioStes. Quant est de (13) leur 
sacrifice mystique, [8] ô' Verbe de Dieu qui nous délivrés du mal, 
par quelles paroles le pourrait-on exprimer? De ma part, je vous' 

[[) Et si quelqu\m voulait. — (2) Grime. Cf. forfante, p. 2 ?•<>. — (3) Se refuser &■> 
— (4) En quelque lieu que ce soit. — (5) î euphonique. A-t-on ouï? — (6) Tenter, 
essayer'. — (7) Pour ce qUi est de i Cf. p. 2 ro. — (8) Cf. n. 7. — (9) Pourtant, 
toutefois. Cf. pp. 7r<>, 8»».— (10) Collecteur d'ordures. — {H) Faire ployer. — 
(12) Mais. Cf. p. 3 v. — (13) Cf. n. 7. 



68 EMILE RENAULD 

jure par la sainte vergoigne (1), que j'ai honte d'en dire et proférer 
un seul mot de ma langue. Et très volontiers m'abstiendrais-je 
entièrement (2). Mais puisque vous m'avez prévenu et anticipé de 
prière (3), ami Timottiée, et obtenu cela de moi, j'en parlerai 
quelque peu, laissant en l'arrière-boutique toutes les plus grandes 
et plus sales vilenies, de peur que je ne semble aussi vouloir, 
comme sur un échafaud (4), jouer quelque sanglan | te tragédie. P- il ''° 

Chap. V. — Discours du sacrifice mystique des Euchites, gui était 
d'un enfant conçu d'inceste, lequel ils faisaient brider, et détrempaient ' 
les cendres avec son sang, auparavant retenu en certaines fioles. 

Sur le soir, environ l'heure qu'on allume les cierges, lorsque nous 
célébrons la salutaire passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, ils . 
assemblent en quelque logis à ce destiné les jeunes filles instruites 
en leur catéchisme, puis éteignent les chandelles, de peur que la 
lumière ne soit témoin de leur abomination, et alors se jettent 
lubriquement sur les filles, quiconque soit celle, qui pre | mière P- ^^ '^^ 
tombe es (5) mains d'un chacun d'entre eux, soit-elle sa sœur, soit- 
elle sa fille. Car il leur est avis qu'en cela il font chose très agréable 
et plaisante aux diables, s'ils transgressent les lois et ordonnances 
de Dieu, par lesquelles tous mariages de consanguinité sont défendus. 
El lors ce beau sacrifice parachevé, ils se retirent chacun chez soi, 
et après avoir attendu le terme ordinaire de neuf mois, étant échu le 
temps d'enfanter ces enfants exécrables conçus de tant exécrable 
semence, ils se rassemblent au même lieu. Puis le quatrième jour 
après l'enfantement, ils vous arrachent ces misérables d'entre les 
bras de leurs mères, puis incisant et scari | fiant (6) tout autour ces P- l- ''° 
petits tendrons (7) avec rasoirs bien affilés, ils reçoivent en certaines 
fioles ou boucalz (8) le sang qui en dégoutte et ruisselle de toutes 
parts : cela fait, jettent au feu ces pauvrets encore pantelants et 
haletants, et là les font brûler et consumer. Puis ils détrempent les 
cendres avec le sang contenu et réservé es (9) dites fioles, et ainsi 
pétrissent et composent je ne sais quelle abominable drogue de la- 
quelle par après celéement (10) ils souillent et honnissent (11) leurs 



(i) Honte. Texle : vt, -z^y aîSw. — (2) Ka( tzo'j xal i-KtXym av, m. à m. et pour un 
peu je m'arrêterais. — (3) Texte : s-tîsî 5è au \xo\) tpOâaaç -/expâT-rixa;. — (4) Tré- 
teaux, scène. — (5) Dans les. Cf. p. 6 /•». — (6) Inciser, couper. — (1) Petit enfant. 
— (8) Bocaux. — (9) Mis en réserve dans. — (10) En cachette, Aaôpatwc;. — 
(11) Faire honte à, déshonorer. 



UNE TRADUCTION FRANÇAISE DE MICHEL PSELLOS 69 

viandes et breuvages, comme ceux qui mixtionnent le poison avec le 
mélicrat (1) ou quelque autre breuvage doux, comme hypocras, puis 
participent tous ensemble à ce banquet dia | bolique, tant eux que P- 12 v° 
tous autres enfarinés et ensorcelés de même eux (2), [9] et qui ne 
prennent garde au boucon (3) caché sous cette amorce. 
Tim. — Que veulent-ils dire par cette corruption tant abominable ? 
Le Cap. — Ils se persuadent, cher ami, que par ce moyen les 
marques divines qui sont imprimées en nos âmes se perdent et s'ef- 
facent. Car tant que lesdites marques restent entières en nos âmes, 
comme panonçaux (4) royaux, fichés et attachés en quelque logis, 
cette nation diabolique tremble toute de peur, et se départ (5). Or 
donc à fin que les diables se puissent camper en leurs âmes, les 
pauvres fols par telles abominations ne font conscienîce de '6) chasser p. 13 r" 
ces marques divines et faire un échange, Dieu sait quel : et ne veu- 
lent seuls acquérir ce malheur; ains (7) pour en attirer d'autres 
malavisés au même piège, ces malheureux damnés tâchent à séduire 
les gens de bien et fermes catholiques (8), et secrèteinent les fes- 
toient (9) de ces merveilleuses viandes, leur préparant un tel banquet 
(jue fit Tantalus, alors qu'il occit et fit rôtir Pelops son propre 
enfant, afin de festoyer (lOj Jupiter et autres dieux. 

Chap. VI. — Comment Ces hérétiques sont avant-coureurs de VAnté- p- 13 v° 
christ, avec une quérimonie (11) ou complainte rfw(12) mépris et anéan- 
tissement des bonnes lettres et bonnes mœurs, qui ouvre la fenêtre et 
donne occasion à tout vice et méchanceté. 

Tim. — Bahl Capitaine mon ami, c'est cela même que jadis mon 
bon iiïeul paternel me prédisait. Car icelui (13; étant quelquefois (14) 
tout fâché et mélancolique (15), dont (16) toutes bonnes choses, et 
principalement les arts libéraux et lettres humaines, s'en allaient en 
décadence, je lui demandai lors s'il serait | point possible les remettre P- l'* ''^ 
sus (17) quelque jour, et y étudier plus qu'auparavant. Alors ce bon 
vieillard, [10] et qui par la vivacité de son esprit prévoyait plusieurs 
choses à venir, me mit tout bellement la main sur la tête, puis jetant 

(1) Sorte d'hydromel. — (2) CoQune eu.x. — (3) Mets ou breuvage eujpoisonné. 
Texte : xô xpy-Tojxsvov txr, ïxopâaavTSî. — (4) Écu d'annoirie. — (5) S'en aller, 
partir. — (6; Ne font pas conscience de; n'ont pas scrupule de. — (7) Mais. Cf. 
p. 3 v\ — (&) Add. du Ir. Texte : iTroîtcipwvxai xal xwv sùffîgwv. — (9) (10) Kégaler 
par un festin, régaler. — (11) Lat. querimonia, plainte. — (12) Au sujet de, 
touchant. — (13) Celui-ci. Ct. p. 4 r». — (14) Une fois, un jour. — (lo) Plein de 
bile noire. — (16) De ce que. — (H) Restaurer. 



70 EMILE RENAULD 

un grand s.oi^pir : « Mon cher enfant, dit-il, mon mignon, pensez- 
vous que l'étude des lettres ni autre bonne chose puisse être en 
vogue dorénavant? Le temps s'approche fort, où les hommes vivront 
plus bestialement que les bêles mê|mes. Car le règne de l'Antéchrist 
est déjà à nos portes, et faut que pour avant-coureurs plusieurs 
maux précèdent son avènement, comme méchantes et abominables 
hérésies, et lesquels maux | ne seront guère moindres que ceux les- p. 14 v^ 
quels jadis on faisait aux Bacchanales, et ceux desquels les Grecs ont 
fait et composé maintes Tragédies, comme d'un Saturne, ou Thyeste, 
ou Tantale, qui t.ue ses propres enfants, un Œdipe, qui connaît 
charnellement sa mère, et un Cinyras sa fille. Certainement ces 
exérables malheurs prendront pied et auront cours en notre Répu- 
blique. Mais avisez-y, mon enfant, et vous gardez bien! Car vous 
savez, vous savez, dis-je, bien, que non seulement le rude et ignare 
populace (1), mais aussi plusieurs hommes doctes adhéreront à telles 
méchancetés. » Voilà ce (|ue mon bon aïeul me prédisait, et depuis 
ce temps-là jusques à maintenant, | cjuand je réduis à mémoire (2) p. 15 r" 
les propos qu'il me tenait, je ne puis n'admirer (3) ce que me dites 
présentement. 

Le Cap. — C'est bien raison que vous vous en émerveilliez, Timo- 
thée. Car bien qu,e es (4) Hyperborées oy pays de Septentrion y ait 
plusieurs farouches nations, et plusieurs, comme on lit aux histoires, 
aient été es plagues (5) de Libye et de ses Syrfes, toutefois vous ne 
trouverez point qu'il y ait eu aucune telle méchanceté ni es {^) peu- 
ples susdits, ni es Celtes ou Gaulois, ni en toutes les plus étranges et 
barbqires nations voisines et limitrophes de la Grande Bretagne (7). 

Chap. VU. — Comment les diables ont des corps aussi bien que les p. 15 v 
Anqes, et que pour cette cause ils apparaissent aux yeux corporels. 

[11] Tim. — Véritablement, Capitaine, c'est un grand malheur, si 
telle abomination a pris pied en notre Empire : toutefois laissez-là 
tels malheureux périr inalheureusement en leurs méchancetés. Quant 
à moi, longtemps y a, que touchant les diables un doute et merveil- 



(1) Au masc. Cf. dans Littré, s. w., un ex. de L^. Boétie. — (2) Lat. Reducere 
in memoriam. Cf. p. 32 r'. — (3) Je ne puis pas ne pas admirer. — (4) Dans les. 
Cf. p. 6 r°. — (5) Plage {lat. plaga, étendue de terre). — (6) Chez les. Cf. n. 4. — 
(7) Texte : Toioûtov Se v.aY.l<x^ elSoî oùoèv àxoûiTTi ... o6S' àîv ti itept Bpsxavtav lôvoç 
fxvo[jiov xaî àvpiov •?,. M. à m., même s'il y a T^uelque peuple sans loi et sauvage du 
côté de la Bretagne, tu ne l'entendras dire de ce peuple. 



UNE TRADUCTION FRANÇAISE DE MICHEL PSELLOS 71 

reux scrupule me ronge et tourmente le eerveau, pour plusieurs 
autres points, et principalement à sçavoir-mon (1) si les diables 
appa I raissent visiblement à ces malheureux. p. 16 r» 

Le Cap. — Et dea (i2), mon ami, tout leur dessein, leur assemblée, 
leur sacrifice et cérémonie ne tendent à autre fin. Ils s'abandonnent 
à toute abomination, à ce qu'ils puissent acconsuyvre (3) telles 
apparitions. 

Tim. — Puisque les diables n'ont aucun corps, comment est-il 
possible qu'ils s'apparaissent (4) aux yeux extérieurs ou corporels? 
Le Gap. — Ha, mon bon ami, cette légion diabolique n'est pas 
sans corps : elle en a indubitablement, et hante les corps, comme on 
peut apprendre par la lecture même de nos Docteurs et Pères véné- 
rables, si on lit diligemment leurs écrits. Et peut-on entendre plu | - p. 16 v° 
sieurs soi disant avoir eu telles apparitions en corps (o). [12] Même 
Saint Basile spectateur d'essences invisibles, et à nous inconnues, 
soutient fort et ferme que non seulement les diables, mais aussi les 
saints Anges de Dieu ont des corps, qui sont légers, subtils, et simples 
comme esprits. Et pour témoin de son dire produit le paragon (0) 
des Prophètes David, qui parlant de Dieu dit ainsi : « Lequel fait des 
esprits ses Anges et ses ministres flamboyants. » Et faut nécessai- 
rement qu'ainsi soit. Car les ministres et esprits envoyés en leur 
charge et gouvernement, comme démontre Saint Paul, avaient 
besoin de quelque corps, à fin de se mouvoir, arrêter j et appa- p. 17 ,-o 
raître. Car ces choses ne sont point possibles autrement, ains (7) 
elles se font au moyen de quelque corps (8). 

Tim. — Comment donc est-ce qu'en plusieurs lieux de l'Écriture 
ils sont louanges et célébrés comme incorporels? 

Le Cap. — La coutume de nos auteurs, tant sacrés que profanes, 
voire tous les plus anciens, est [13] appeler corporels les corps plus 
gros et massifs; mais celui qui est si subtil, qu'on ne peut voir ni 
toucher, non seulement nos docteurs, mais aussi plusieurs philoso- 
phes ethniques (9) et païens l'appellent incorporel. 

(1) Mon, particule affirmât., à savoir vraiment, à savoir. — (2) Texte : vcai 
H-T.v Cf. p. 7 j-o. - (3) Atteindre. — (4) Apparaître. Cf. p. 6 î;». — (5) Ici est à 
signaler une lacune importante du trad., de xal ô iiéyoLi BajtXetoç èïtivoûixsvo; t6 
Èv 'lierai^ pTiTÔv... à xwv j-o'./eûov [xixTi (éd. Boissonade, p. 11, 1. 23, à p. 12, 1. 9), 
lacune sans doute volontaire, car le toxte'est une citation de Saint Basile, t. I, 
358. -- (6) Modèle. — (7) Mais. Cf. p. 3 u». — (8) Texte : où yàp àîXXw; taûxa ivèv' 
àXXi ô'.i awixaxdî tivo;, oûtwt£ islt'.^iOxi. M. à m. àXko>i iXKi, autrement que. -^ 
(9) Oî xa6' fiiAâ;, de notre pays, c'est-à-dire chrétiens. 



72 EMILE RENAULD 

Chap. VIII. — Quelle différence il y a entre le corps d'un diable p. il v" 
et celui d'un Ange, et incidemment entre la clarté dan Ange et celle 
du soleil. 

Tim. — Mais quoi? Ce corps angéliqiie esl-il semblable au diabo- 
lique ? 

Le Cap. — Ah, ne dites pas ainsi, car il y a bien différence : 
d'autant que, pour la cliquante (1) et merveilleuse clarté qui sort 
du corps angélique, il n'est possible que les yeux corporels le puis- 
sent supporter. Quant au diabolique, s'il fut tel jadis, je ne sais 
qu'en dire. Si (2i semble-t-il que oui, d'autant que Isaïe appelle 
celui qui fut précipité des cieux Lu|cifer, c'est-à-dire clair et luisant, p. i8 r- 
qui quant à maintenant est ténébreux, obscur et épouvantable aux 
yeux, comme dénué de lumière, sa pristine (3) compagne. L'angé- 
lique d'abondant (4) est totalement immatériel, et par ce (5) est-il 
toujours solide, et qui aisément entre et passe par tout, et est moins 
patible (6] que le rayon de soleil. Car cestuy (7), bien qu'il pénétre 
les corps diaphanes ou transparents, si (8) perd-il néanmoins sa 
force à l'ahurt (9) et rencontre de quelques corps terrestres et som- 
bres, de façon qu'il rebouche (10), comme celui qui est matériel. 
Mais quant à l'angélique, nulle des choses que dessus (H) ne le peut 
empêcher, comme n'ayant aucune antithèse ou contrariété | à icel- p. 18 w« 
les (12), et n'étant aussi de leur calibre (13). Au contraire les corps 
diaboliques, bien que pour leur subtilité ils soient invisibles, si 
est-ce toutefois qu'ils sont matériels et patibles (14) aucunement (15). 
Et même tous ceux qui se tapissent es (16) entrailles de la terre. 
Car ceux-là sont de si grosse pâte, qu'on les peut attoucher (17), [14] 



[{) Cliquer ^= éclater, briller. Texte : tô àyycXiitôv, aôyi; twaî èçavitr/ov ?£va<;. 
— (2) Toutefois. Cf. p. 7 »•». — (3) Lat. prisLina, ancienne. — (4) De plus, outre 
cela. Cf. p. 2 v°. — (5) Par cela même. — (6) Lat. patibilis, doué de sensibilité ; 
capable de plaisir ou de douleur. Cf. pp. 19 r° et v°; 20 ro. — (7) Celui-ci. — 
(8) Pourtant. Cf. p. 7 »•<> — (9) Action de se heurter à, de se rencontrer avec ; 
rencontre. — (\0) Se fausser, s'émousser. Texte : tt,v [ièv yàp [scil. r^l'.axr^w 
àxtlva) S'.à ffwjjLaTwv Siatpavwv îoOaav àirosTsyet xà ysoiÔT, xai àXafi'r-r,, w; xat y.'kitji^ 
5t:o[xév£iv, à'T£ Sr, zo s'vuXov è'/ouaav. — (11) Comme celles que nous avons dites 
ci-dessus. -^ il2) Elles. Cf. p. 3 7">. — (13) Tw Si oJSèv a-Jtwv èjtI -pojavTsç, oîa 
ti-rjSsixîav ë/ovti ~p6; [XT,6èv àvriOsffiv, iirfié Ttaiv ô[xÔ!Jxoi^ov ôv. M. à. m. Pour 
celui-ci. rien de ces choses ne lui est un obstacle, attendu qu'il na aucune 
opposition contre quoi que ce soit et qu'il n'est composé des mêmes éléments 
que quoi que ce soit. — [li] Cf. n. 6. — (15) En quelque manière. — (10) Dans 
les. Cf. p. 6 ?-o. — (17) Toucher. 



UNE TRADUCTION FRANÇAISE DE MICHEL PSELLOS 73 

el si on les frappe, ils se dénient (1), et s"iis s'approchent trop près 
du l'en, ils se brûlent, de l'aoon qu'aucuns (:!) d'entre eux y laissent 
de la cendre. Ce que lisons par les histoires être advenu es i3) lieux 
circonvoisins de l'Italie. 

Tim. — Kn vieillissant, comme on dit, Capitaine, j'apprends tou- 
jours quelque chose de nouveau, comme j'apprends maintenant 
que I certains diables sont corporels et patibles [A). P- ^9 )•«> 

Le Cap. — Ce n'est rien de nouveau, mon ami, si, puisque sommes 
hommes, comme dit l'autre», nous j^norons plusieurs choses. Car il 
nous doit sutlire, si voire (5) en vieillesse nous pouvons être sages. 
Au surplus, sachez que je n'ai conlrouvé (6) ces choses, ni forgé 
mensonges prodigieux, à la mode des Candiots ou Phéniciens : 
ains (7) les ai apprises des propres paroles de Notre Sauveur Jésus- 
Christ, qui dit que les diables seront punis par feu. Or comment 
serait-il possible qu'ils endurassent le feu, s'ils étaient sans corps? 
Car il ne se peut faire en façon qui soit (8), qu'une chose qui est 
sans corps soufl're d'un | corps. Il faut donc conclure nécessairement P- 19 t^" 
qu'ils sont punis et tourmentés en corps patibles (9) . J'en sais encore 
plusieurs autres preuves, qu'ai entendues de ceux qui se sont voués 
et adonnés à telles apparitions de diables. Car quant est de moi (10), 
je n'en ai encore rien vu : el jà ne plaise à Dieu, que je voie en face 
ces diablfts tant hideux. 

Chap. IX. — Quels diables sont sujets à passions et affections, et quel 
est leur sperme et nourriture . 

Or me suis-je trouvé quelquefois (11) avec un moine, en la Cher- 
sonèse de Mésopotamie (12), lequel après avoir été | spectateur et P- 20 ?-o 
conjurateur des fantômes diaboliques, autant ou plus expert en 
cela [loj que nul autre, depuis il les a méprisés et abjurés comme 
vains et frivoles, et en ayant fait amende honorable, s'est retiré au 
giron de l'Eglise, et a fait profession de notre foi, seule vraie et 
catholique : laquelle il a soigneusement apprise de moi. Ce moine 
donc me dit alors et déclara plusieurs choses absurdes et diaboliques 



(Il Réfléchi pour inlj'a/is., souffrir. — (2) Quelques-uns. — (.3) Dans les. 
Cf. p. 6 ?■". — (4; Capables de plaisir ou de douleur. Cf. p. 18 ?•». — ^^) Mriue. 
— (G) Inventer faussement. — il) Mais. Cf. p. 3 d". — ,8) En quelque façon que 
ce soit. Cf. p. 9 v°. — (9) Cf. n. 4. — 10 Pour ce qui est de moi : pour ce qui 
me concerne. Cf. p. 2 ?•". — (H; Une fois, un jour. Cf. p. 13 y" — (12'i Texte : 
-toi )^£ppdvT|aov XT|V ôîxooov 'E'XXâSo;. 



74 EMILE RENAULD 

Et de fait, m'étant quelquefois (1) enquis de lui, s'il y a quelques 
diables patibles (2) : « Oui vraiment, dit-il, comme on dit aussi 
qu'aucuns (3) d'iceux (4) jettent semence, et engendrent d'icelle (3) 
des verms (6). — Si (7) est-ce chose incroyable, lui dis-je lors, que 
^es diables | aient aucims excréments, ni membres spermatiques, ni p- 20 v° 
vitaux (8). — Vrai est, répondit-il, qu'ils n'ont tels membres; si (9) 
est-ce toutefois quils jettent hors je ne sais quel excrément et super- 
fluité. Croyez hardiment ce que je vous en dis. — Dea (10), lui dis-je 
alors, il y aurait danger qu'ils fussent alimentés et nourris de même 
nous (11). — Ils sont nourris, répondit frère Marc, les uns d'inspi- 
ration, comme l'esprit qui est aux artères et nerfs, les autres d'hu- 
midité; mais non par la bouche, comme nous, ains (12) comme 
éponges et huîtres attirent à soi l'humidité adjacente extérieurement. 
Puis jettent hors cette latente (13) et secrète semence. A quoi ils ne 
sont tous sujets, | ains (14) seulement les diables qui sont enclins à p. 21 r" 
quelque matière, savoir est, ou (15) celui qui hait la lumière, le 
ténébreux, l'aquatique, et tous souterrains ». 

Ghap. X, — Comment l'air, la terre, l'eau, bref tout ce monde bas 
est tout plein de diables. 

« Y a-t-il donc, frère Marc, mon ami, lui dis-je derechef, y a-t-il 
beaucoup d'espèces de diables? [10] — Oui, beaucoup, répondit-il, 
et qui ont toutes les manières du monde, et de forme, et de corps, 
tellement que l'air est plein d'iceux (16), tant la haute région qui est 
au-dessus de nous, que cette basse qui nous attoujche (17). La terre P- 21 v° 
aussi et la mer en sont pleines, et tous les plus bas et profonds lieux 
souterrains. — Or si ce discours ne vous fâche, lui dis-je, il vous les 
faut tous compter et particulariser sur le doigt l'un après l'autre. 
— Vrai est, dit-il, que je ne prends plaisir à ramentevoir (18) telles 
choses qu'ai une fois en ma vie abjurées et rejetées au loin; toute- 



(1) Cf. supra, n. 11. — (2) Cf. supra, n. 4. — (3) Quelques-uns. Cf. p. 3 r°. — 
(4) D'eux. Cf. p. 4 /O. — (5) D'elle. Cf. n. 4. — (6) Lat. vermis, ver. Cf. p. 39 v°. 
— (7) Pourtant. Cf. p. 7 j'°. — (8) Texte : àXk' àTTicr-rov, t,v 5' êyw, TOpbxtoaiv èvïîvai 
Sat]jioai xaî ;iôpia CTTOp[i,oyôva xai Çwïxâ. — (9) Cf. n. 7. — (10) Cf. pp. 7 7'°, 16 ?•«. — 
(U) De même que nous, comme nous. — (12) Mais. -Cf. p. 3 v". — (13) Lai. lalens, 
caché. — (14) Cf. n. 12. — (15) Sic. La conjonction ou n'a pas ici de raison d'être. 
Elle est soit à supprimer, soit à reporter devant le terme « le ténébreux » {add. 
du tr.), qui explique le précédent. Texte : iXKï |jLÔva -cà irpô(Tu>.a twv 3ai|jiùvwv 
yévTj, x6 T£ jJ.iffocogcèî xal tô 'jopaïov, xal o<70v sdxtv ÛTto/eôvtov. — (16) D'eux. Cf. 
n. 4. — (I7j Toucher. Cf. p. 18 v".'— (18) gemettre en l'esprit, rappeler. 



UNE TRADUCTION FRANÇAISE DE MICHEL PSELLOS 73 

fois, puisque ainsi est (jvie me le commandez, ij p'y faut reculer. » 
Ces mots finis, il dénombra par le menu plusieurs espèces de diables, 
ajoutant leurs noms^ formes, et lieux èsquels (1) ils fréquentent. 

Tim. — Qui donc vous empêche, mon Capitaine de les discourir (2)? 

Le Cap. — Je ne retins | pas njot à ptiot son narré (3), cher ami, p. 22 r» 
et ne me souvient point de tout ce qui fut lors particularisé (4) en ce 
discours. Car qijiel profit, je vous prie, eussé-je pu remporter, si 
j'eusse été curieux de savoir les noms de tous les diables, et en 
quels lieux chacun d'iceux (5) hante le plus? et quelle conférence (0) 
ou diiïerence y a des uns aux autres? Pour cette cause, ai-je laissé 
telles vanités, qui m'étaient entrées par une oreille, sortir par l'autre. 
Trop bien de tant long discours ai-je retenu quelque peu (7), duquel 
si vous voulez être informé, ne vous souciez que de demander, si 
ainsi vous plaît, et on vous répondra. 

Chap. XI. — Des trois sortes de triangles, et adaptation de Visopleure P- 22 u» 
aux Dieux, de Visocèle aux humains, et du scalène aux diables. Item, 
de six principales espèces de diables, savoir est de feu, d'air, terre, 
eau, souterrains, et ténébreux. 

[17] Tim. — Or tout premièrement je veux savoir de vous combien 
il y a de sortes et manières de diables 

Le Cap. — ^on moine frère Marc me disait qu'en général y avait 
six manières de diables ; je ne sais pas s'il en faisait telle division 
à cause des lieux où ils fréquentent, ou parce que toute manière | de p. 23 »•<> 
diables aime fort les corps. Or disàit-il que cette sixaine de diables 
étajt corporelle, et fréquentait au monde. Car en icelle (8) sept/toutes 
les circonstances corporelles, et a le monde par ic.elle été bâti et 
formé ; joint que (9) le premier nombre est ce triangle scalène, ou 
oblique, traversain et inégal (10). D'autant (II), que tous esprits divins 
et célestes se rapportaient à (12j l'isopleure ou équijatéral, comme 
étant égaux entre eux-mêmes, et qui malaisément se tournaient à 
vice. Item, que les humains étaient conformes à l'isocèle, comme ceux 
qui faillaient en leurs opinions, puis par le moyen de repentance (13) 



(1) Daas lesquels. Cf. p. 6 r". — (2) Envimérer en détail. Cf. p. 1 v\ — 
(3) Récit, exposition. Cf. p. 1 v. — (4) Dire en détail. — (5) D'eux. Cf. p. 4 /•<>. 
— (6) Rapport. — (7) Texte : i% TznXkwj c' oX(y' dttxa xa-cà voûv j'jvsj^w. — 
(8) Elle. Cf. p. 3 1-0. ~ (9) Ajoutez que. — (10; Adjectifs ajoutés par le trad. 
Traversain = oblique. — (11) De même. — (12) Avoir du rapport avec. — 
(13) Repentir. 



76 EMILE RENAULD 

s'amélioraient et réduisaient (1). D'abondant (2), que tous les dia- 
bles I appartenaient au scalène pour être inégaux, et n'avoir aucune P- 23 d» 
accointance ou alliance avec le bien. Soit donc que tel en fût son 
avis, soit que autre, si est-ce que (3) par son dénombrement il 
comptait six espèces de diables. Desquelles la première est celle 
qu'il appelait leliurion en son patois barbaresque, lequel nom signifie 
en grec otocTiupo.;, c'est-à-dire du feu. Cette espère panade (4) et voltige 
çà et là par la haute région de l'air. Car tous les diables, comme 
profanes et maudits excommuniés, ont été chassés et bannis des 
lieux circonvoisins à la lune, comme d'un certain temple saint. 
La seconde espèce est celle qui vague (5) et ravage (6) par la basse 
région de l'air qui | nous attouche (7), laquelle pour cette cause p. 24 r» 
plusieurs, comme par un nom propre et péculier (8i, appellent 
aérienne. La tierce subséquente est la terrestre. La quatrième [18] 
est l'aquatique ou marine. La cinquième est la souterraine. La 
sixième et dernière est la ténébreuse, et insensible. Il disait d'abon- 
dant (9) que toutes ces espèces de diables haïssent Dieu et mènent 
guerre aux hommes, toutefois que les uns étaient pires que les 
autres. Car l'aquatique, ler souterrain et le ténébreux sont extrême- 
ment méchants diables et pernicieux, d'autant que, disait-il, ils ne 
tentent pas les âmes par fantaisies ou illusions, ains (10) se ruent et 
jettent dessus les hommes, ainsi que | font bêtes farouches et cruelles, p. 24 v° 
et par ce moyen avancent la mort des pauvres humains, pour ce 
que l'aquatique étouffe ceux qui vaguent (11) sur les eaux, ou font 
largue (12) sur mer. Le souterrain et <Cle> ténébreux pénètrent 
jusques aux entrailles, si on leur permet, et on ne leur bouche le 
passage : et ainsi possèdent, étranglent, et rendent épileptiques et 
insensés, c'est-à-dire tourmentent du mal caduc et de frénésie tous 
ceux qu'ils rencontrent et abordent. Quant aux aériens et terrestres, 
iceux (13) par merveilleuse finesse et subtilité s'insinuent aux esprits 



(l)(Se) ré(hiisaient, id est se ramenaient dans le droit chemin, à la raison. Add. 
du Ir. — (2) En outre. Cf. pp. 2 V, 18 r". — (3) Toujours est-il que. Cf. pp. 1 r% 
8 y». — (4) Tourner tout autour; faire la ronde; circuler. Texte : Tcepi-oXEï. — 
(5) Aller au hasard, errer çà et là. — (6) S'élancer, se précipiter d'une façon 
désordonnée (cf. le subst. ravage = écoulement rapide et fougueux d'une eau). 
Add. du II'. Texte : tô -rrÀa^ôiisvov, errer çà et là. -- (7) Toucher. Cf. pp. 18 vo, 
21 r°. — (8) iMt. 'peculiaris, particulier. Cf. p. 44 r». — (9) En outre. Cf. n. 2. 
— (10) Mais. Cf. p. 3 v". — (11) Cf. n. 5. — (12) Larguer; faire la manœuvre. 
Add. du tr. — (13) Ceux-ci; eux. Cf. pp. 4 r°, 20 r». 



UNE TKADUCTION FRANÇAISE DE MICHEL PSELLOS 77 

des humains, et les déçoivent et attirent à énormes et abominables 
affections. 

Cliap. XII. — Rase et suhlllUé des diables à tenter ci décevoir les P- 25 r» 
humains. Et quelle manière de gens sont plus enclins et sujets aux 
tentations de la chair. 

« Mais comment, lui dis-je lors, et par quel moyen (ont-ils tels 
ravages? Est-ce point pour avoir puissance et domination sur nous? 
et que pour cette cause ils nous mènent et tracassent que çà que 
là (1), comme pauvres esclaves et forçats? — Ce n'est point qu'ils 
aient puissance sur nous, répondit frère Marc, ains (2) à fin de nous 
faire assouvenir du passé. Car d'autant qu'ils sont esprits, ils s'ac- 
costent de (31 nos esprits fantasques (4), où ils soufflent comme 
en I l'oreille mille propos, pour nous exciter et espoinçonuer (5) à P- 25 v» 
plaisirs sensuels et voluptés désordonnées. Non que pour cet effet 
ils prononcent leurs paroles avec aucun son ni bruit qu'on oye (6) 
extérieurement; ains (7) ils parlent à leur mode sans aucun 
bruit (8). [19J II n'y a point de doute en cela, dit-il, si vous prenez 
t^at'de à ceci que vous dirai. De quant (9) plus loin est celui qui 
l)arle, de tant plus haute et éclatante voix lui convient s'écrier (10); 
mais s'il est près de celui auquel il veut parler, alors il lui parle tout 
bas en l'oreille. Que si possible lui était s'approcher et aborder de 
plus près l'esprit de son âme, il ne lui faudrait jà faire aucun bruit, 
ains (11) à son plaisir (12) sa parole par je | ne sais quelle secrète P« 26»"° 
voix et non bruyante s'approcherait de l'esprit de son auditeur, ce 
qu'on dit être coutumier aux âmes, après qu'elles sont issues des 
corps. Car on dit qu'elles parlementent (13) ensemble, sans faire 
aucun bruit. Au semblable (14), les diables s'approchent en tapinois 
de nos esprits, et de façon que nous ne sentons ni avisons (lo) de 
quelle 'part on nous fait guerre. Et ne faut jà que vous fassiez aucun 
doute en cela, si vous avisez à (16) ce qui se fait ordinairement en 



(1) Tantôt ici, tantôt là.— (2) Mais. Cf. p. 3 v<>. — (3) Se placer le long .ie, à 
côté de. — (4) Texte : xw èv t.jjlTv .pavTaîiTixw uv£Ù[xax'., spiriliis hnaginativus. 

— (5) Aiguillonner. — (6) Qu'on entende. — (7) Mais. Cf. n. 2. — (8) Ici est à 
signaler dans la trad. une inexactitude. Texte : âTtopov, è'œT|V, ivsu (pwvwv èv.svai 
Xôyouî. — (9) De quant..., de tant... = D'autant..., d'autant... Texte : TÔpoojSev fièv 
ôJv, ÎT/ypoTêpa; SeïTai xpauyf,;. — (10) Parler en criant, criei'. — (11) Mais. Cf. n. 2. 

— (12) A sa volonté. Texte : xarà pojXr.tï'.v. — (13) S'entretenir. — (14) Semblable- 
nient. Cf. p. 44 v°. — (15) et (16) Prêter attention (à). 



78 EMILE KENAULD 

l'air. Car tout ainsi qu'icelui (1), lorsque le soleil luit, conçoit en 
soi mille et mille couleurs et semblances, qu'il impertil (2) aux 
corps propres et idoines (3) à les recevoir, comme nous pouvons 
voir et | expérimenter es (4) miroirs, ainsi est-il des diables, qui p. 26 v 
transmettent et empeignent (5) en nos esprits animaux (6) telles 
figures, couleurs et semblances (7) que bon leur semble, et par ce 
moyen nous brassent une infinité d'affaires, en nous subornant par 
faux conseil, nous faisant montre de mille et mille beautés, nous 
rallumant le souvenir de mille voluptés, nous espoinçonnant (8) 
d'heure à autre à cent mille idoles (9) de plaisirs désordonnés, soit que 
veillions, soit que dormions, et quelquefois nous amignardant (10), 
et chatouillant au-dessous du ventre, ou mettent si bien le feu aux 
étoupos, qu'ils y embrasent une rage d'amours abominables : et lors 
mêmement (11) qu'en | nous ils trouvent quelques allumettes pour p. 27 ?o 
allumer leur damnable feu de sensualité, savoir est quelques chaudes 
humeurs, qui puissent leur consentir (12) et aider à parfournir (13) 
leur tentation. [20] Or voilà comment telle manière de diables, ayant 
l'armet d'enfer (14) en tête, troublent et tabustent (15) nos âmes par 
un merveilleux artifice et ruse sophistique. Quant aux autres espèces 
de diables, combien qu'ils (16) n'aient aucune finesse ni subtilité en 
eux, si (17) sont-ils fâcheux toutefois et fort dangereux, et n'est la 
plaie qu'ils font moins dommageable que celle de l'esprit charo- 
nien (18). Car tout ainsi que cet esprit-là gâte et corrorhpt, comme 
on dit, tout ce qu'il attouche (19), soit | bête brute, soit homme, p. 27 v 
soit oiseau, tout de même ces diables de malencontre (20) sont mer- 
veilleusement offensifs, sur qui ce soit (21) ils jettent leurs griffes, 
car ils mordent et mâtinent (22) en eux et corps et âmes, et perver- 



(1) Celui-ci (l'air). Cf. p. 4 ?•<>. — (2) Lat. impertit. — (3) Propre à, capable de. 
^- (4) Dans les. Cf. p. 6 r". — (5) Pousser, enfoncer. — (6) Texte : ei; to i]i'jyiv.m 
vtai fiixÉTEpov -irv£û[ia. — (7) Lai. similitudines, images. — (8) Aiguillonner. 
Cl. p. 2o î;o. — (9) EoowAa, images. — (lOj Caresser d'une façon niignarde, 
délicatement. — CH) Surtout, xai [xâXtatcx v£. Et ils font cela surtout lorsqu'on 
nous ils trouvent... — (12) Lat. consenlire, être d'accord avec eux, leur prêter 
appui. — (13) Fournir en entier; achever, consommer. — (14) Texte : x^,v "Aî5o< 
iiiroSûvxs; v-uvïtiv. — (15) Tourmenter. — (16) Quoique. Cf. pp. 32 v", 33 V. — 
(18) Néanmoins. Cf. p. 7 ?•<>. — (18) ht est les exhalaisons pestilentielles du 
gouffre de Charon. Cf. éd. Boissonade, s. l. — (19) Toucher à. Cf. pp. 18 v, 
21 ?•", 24 ?o. — (20) Mauvaise rencontre. — (21) Sur qui que ce soit que. Cf. 
pp. 30 r», 49 v°. — (22) Broyer, maltraiter. Texte : (ta Saiijiôvia) ôovoùvta 



UNE TRADUCTION FRANÇAISE DE MICHEL PSELLOS 79 

tissent toutes leurs facultés naturelles, quelquefois aussi détruisent 
les pauvres créatures par feu et par eau, les brrtlant et noyant, et 
précipitant de haut en bas, non seulement les hommes, mais aussi 
certaines bêtes brutes. » 

Ch. XllI. — Pourquoi les diables souterrains se ruent aussi bien sur p. 28 r» 
les pourceaux et autres bêtes, que sur les hommes. Et comment le diable 
ténébreux est le plus lourd et pesant de tous, et à cette cause dit sourd 
et muet . 

Tim. — Que veulent-ils dire de se ruer (1) et jeter aussi sur les 
bêtes brutes ? Car nous voyons par les Saintes Lettres que cela advint 
aux pourceaux près de Gergèse. Or puisqu'ils sont ennemis capitaux 
des pauvres humains, ce n'est de merveille (2) dont ils les vexent f3) 
et tourmentent; mais de se ruer aussi sur | bêtes brutes, quelle rai- p- 28 vo 
son y peut-il avoir? 

Le Cap. — Frère Marc disait à cela, que ce n'était pour haine, ne 
pour appétit (4) de nuire, qu'ils se ruent et embalent (5) sur certaines 
bêtes brutes, ains (6) pour ce qu'ils appélent (7) la chaleur bestiale. 
Car d'autant qu'ils habitent es (8) plus profonds lieux de la terre, 
qui sont extrêmement froids et secs, à cette cause (9) ils accueil- 
lent (10) de là telle froideur et frisson, dont ils restent si gelés et 
transis, qu'ils appétent (11) fort cette chaleur tiède et humide, qu'on 
voit es (12) bêles, et à fin qu'ils puissent jouir [21] d'icelle (13) à leur 
gré, ils se jettent aussi sur bêtes brutes,'et hantent les bains, et les 
fosses des morts : car ils fuient la chaleur | du soleil, pour ce qu'elle p. 29 r" 
brille et assèche. Mais quant à celle des bêtes^ comme modérément 
humide (14), ils y prennent grand plaisir, et même (15) à celle des 
hommes, d'autant qu'elle est aussi modérée et atlrempée (16) : 
ùsquels (17) élan t entrés, font un terrible ravage, après qu'au préa- 
lable sont remplis les pores et conduits èsquels (18) est le siège de 
l'esprit animal (19) des pauvres huniains, et par ainsi (20) est ledit 



(l) Texte : tl ^oùXe-cat tô ÈTrsicr-iTr-cE'.v... — i^2) Il n'y a rien détonnant à ce 
qu'ils... Cf. pp. :iOvo, 35 ?o. — (3) Lat. ve.vm'e, tonrraenter, molester. Cf. p. 3o v. 

— (4) Désir. Cf. infra, n. 7. — (o) (S')embater, se précipiter sur. — {6} Mais. Cf. 
p. 3 v". — (7) Avoir du désir [appelilus) pour. Cf. supra, n. 4. — (8) Dans les. 
Cf. p. 6 r". — (9) Pour cette cause. — (10) Recueillir, recevoir. — (11) Désirer. 
Cf. n. 4. — (12) Cf. n. 8. — (13) D'elle. Cf. p. 3 r«. — (14) Texte : ûk o-ûjjiiJLETpov 
y.aî jisQ' ûypôxTiTOî fiôsîaî. — (Ifj) Texte : [lâXiata, surtout. Cf. mèmenient, p. 26 u". 

— (16) Bien réglé, tempéré. Texte: otov vcaî EÙxpaTov. — (17) (18) Dans lesquels. 
Cf. n. 8. — (19) Cf. p. 26 v", n. 6. — (20) En conséquence. 



80 EMILE RENAULD 

esprit restreint et resserré par la masse et épaisseur de leurs corps. 
Dont il advient (1) que leurs dits corps sout merveilleusement 
ébranlés et tourmentés, et les principales facultés de leur vie, même 
celles où gît le siège de la raison, offensées et outragées, de | façon p. 29 v° 
que leurs mouvements deviennent tous étourdis et fautiers (2). Que 
si le diable, qui a saisi aucu-n (3), est du nombre des souterrains 
il ébranle, tabuste (4) et dérompt (5) tout le pauvre patient, et 
parle par sa bouche, se servant de son esprit comme d'un certain 
sien organe et instrument musical. Que si c'est un des ténébreux 
qui s'y soit secrètement et comme par embuscade insinué, alors il 
relâcheet assegraise ;C)), bouche et étoupe (7j le conduit de la voix 
et parole, et rend tout le patient semblable à un mort. Car cette 
espèce de diables, comme (8) la dernière et plus basse de toutes, 
est plus terrestre et pesante, voire froide et sèche exlrèimement, p. 38 r» 
et qui que ce soit que tel diable ait secrètement envahi, il hébèle (9) 
et amortit en icelni (10) toute vertu animale (11). Et pour ce qu'il 
est le plus brutal et grossier de tous, privé de toute spéculation 
intellective (12j et guidé d'une fantaisie (13) brutale seulement, 
comme sont les bêtes plus lourdes et grossières d'entendement, 
auxquelles on ne saurait rien apprendre, à cette cause (14) il ne 
craint les menaces, et pour cette cause plusieurs à bonne raison 
l'appellent muet [22] et sourd. Et n'est possible qu'aucun de lui 
possédé, en puisse être aucunement délivré, si ce n'est par la puis- 
sance divine, moyennant l'oraison et le jeune. 

Chap. XIV. — Co)tlre les médecins, qui estiment que le mal de ceux p. 30 v 
qui sont possédés du diable procède de quelques humeurs corrompues, 
et par ainsi qu'on y peut remédier, comme au lélharge (15), frénésie 
et autres semblables maladies. 

« Mais, frère Marc, lui dis je lors, les médecins nous veulent faire 
accroire d'autres je ne sais quelles raisons, disant que les diables ne 
sont auteurs de tels tourments, ains (10) la mauvaise disposition des 

(1) D'où il résulte que. — (2) Fautifs. — (3) Quelqu'un. Cf. p. 3 r°. — (4) Tour- 
menter. Cf. p. 21 ?•". — (5) Briser. — (6j Détendre, relâcher. Texte : et ôs tiî... 
èTi:êiîc»p-f,(7a'î Xa'ôoi, itipeatv zizd-^z: xal (pwvf,v'ÈT:é;(£i. Cf. p. 36 r°. — (7) Boucher avec 
de l'étoupe, obstruer. — (8; En tant que. — (9) Éuiousser. — (10) Lui. Cf. p. 4 r". 
— (11) Texte : irâjav Bx/wxixvj '^\jyj.%r,'j àiiêX'jvei xat àaa'jpot. — (12) Texte : iriaTi; 
voEpi; Ôewpia; àTTo>>svreôti£vov. — (13) Imagination. Cf. fantasque, p. 25 j'°. — 
(14) Pour cette cause. Cf. p. 28 v<^. — (1,1) 6 Àf,6apyo;, assoupissement. Cf. p. 31 r», 
léthargie. — (16) Mais. Cf. p. 3 v». 



UNE TRADUCTION FRANÇAISE DE MICHEL PSELLOS 81 

humeurs, des jointures et des esprits vitaux, dont ils tâchent à gué- 
rir tels maux par certaines drogues et diètes, et non par chHrmes ou 
enchantements, — Car ce n'est de nier|veille (1), répondit frère Marc, p. 31 r» 
si les médecins dient (2j cela, vu qu'ils ne connaissent rien, sinon ce 
qui est sensible, ains (3) avisent (I) et ont égard senlemenl aux 
corps. Quant au reste, ils auraient très juste occ;ision d'estimer que 
ces maux ici (5i procèdent d'humeurs viciées et corrompues, savoir 
est léthargies, mélancolies (6) et frénésies, lesquelles ils guérissent 
par extractions ou évacuations de supertluités, ou par replélions (7) 
de défectuosités. Mais quant aux enthousiasmes ou folles divina- 
tions, rages et esprits immondes, èsqueis (8) le pauvre patient ne 
peut rien faire, cessant et défaillant en lui tout usage et entendement 
et raison de fantaisie (9) et sentiment (ains (10) est autre chose | P- 31 v° 
qui le remue et démène (11), et dit des choses inconnues au pauvre 
patient, ci parfois prédit quelques choses à venir), comment sera-t_ 
il donc possible dire que telles maladies et tourments soient mouve- 
ments de matière ou humeur corrompue? » (1^). 

Chap. XV. — Que le seul remède de ce mal est la puissance divine, 
comme il appert par plusieurs exemples pris des Saintes h'critures. 
Avec un discours de ce qui advint dhin prédicant enchanteur Eiichite 
qu'on menait prisonnier d'Elason à Constant inople. 

Tim. — Quoi donc? Capitaine, croyez-vous en cela frère Marc? p. 32 »•• 

Le Cap. — Oui véritablement, Timothée. Pourquoi non? réduisant 
à mémoire (13) ce que les Saints Évangiles racontent des démonia- 
ques, [23] et ce qui advint en la personne de cet homme Corinthien 
par le commandement de Saint Paul, et tant de miracles desquels 
les Saints Pères font mention en leurs écrits, et en outre ce que moi- 
même vis et ouïs en la ville d'Elason. Car en icelle (14) un quidam 
possédé de je ne sais quel diable prédisait plusieurs choses à la mode 
des oracles d'Apollon I)elphi(iue, et comme en passant prophétisa 
maintes | choses de moi, d'autant qu'un certain jour après avoir p. 32 v 

(I) 11 ny a rien d'étonnant. Cf. p. 28 70. — ^2) Disent. Cf. p. 4 r°. — (3) .Mais. 
Cf. p. 3 0". — (4) Prêter attention à. Cf. p. 26 z». — i^a) Ces maux-ci. — 1^6) Bile 
noire. Cf. mélancolique, p. 13 v°. — \1) Surcharge. Te.rle : 3 xaî itaJ&jjiv 
ÈTtavTAoûvTc; T, xevoGvTz; -?, É-irXiTTOv-csî. — (8) Dans lesquels. Cf. p. 29 r°. — 
(9) Imagination. — i;iO) Mais. Cf. n. 3. — (H) Agiter violemment. — (12) La 
ponctuation du trad. « sentiment. Ains ... venir. Comment ... ». rend la phrase 
peu intelligible. Nous avons cru devoir la modifier. — (13) Cf. p. 13 )•». — 
(14) Elle. Cf. p. 3 r». 

REG, XXXIII, 1920, n° 151. 



82 EMILE RENAULD 

assemblé la compagnie de ceux qu'il avait enfarinés et ensorcelés de 
sa fausse doctrine, il leur fit telle remontrance (1) que s'ensuit. 

« Sachez, mes frères, sachez qu'on doit envoyer un quidam contre 
nous, qui persécutera tout le fait de notre religion, et enverra nos 
catéchismes et institutions au grat (2). Ce malheureux me prendra 
au corps avec plusieurs autres; toutefois, lorsqu'il me voudra mener 
à toute force lié et garrotté à Gonstantinople, il ne le pourra faire» 
combien (3) qu'il y emploie toutes ses forces. » 

Voilà que prédisait ce gentil prédicant, lorsqu'à peine avais-je | 
passé les faubourgs de Gonstantinople. Or disait-il pour enseignes (4) p- 33 >■ 
de quel port et taille j'étais, quel vêtement j'avais, et quelle était 
ma vocation (5), ainsi que me rapportaient plusieurs venant de celle 
part (6). A. chef de pièce (7), lui ayant mis la main sur le collet, je 
lui demandai qui lui avait appris l'art de divination. Or bien que 
de prime face il récusât (8) révéler le secret de l'école, toutefois con- 
traint par la nécessité Laconique, c'est la question (9), il confessa la 
vérité. Car il se dit avoir appris ces œuvres diaboliques d'un certain 
coureur ou vagabond Africain, « qui m'ayant mené de nuit, dit-il, sur 
une montagne, et commandé manger de certaine herjbe, craché en P- 33 i;< 
ma bouche et frotté de je ne sais quelle drogue mes deux yeux tout 
à l'entour, me fit spectateur d'une grande troupe de diables, [24] 
d'entre lesquels je sentis comme un corbeau, qui vola sur moi et 
m'entra au corps par la bouche. Depuis ce temps-là jusqu'aujour- 
d'hui je me mêle de deviner toute chose qui soit, et quantefois (10) il 
plaît à celui qui me possède. Car environ les (11) jours de la Passion 
•et de la vénérable Résurrection, mon beau protocole (12) ne me veut 
rien dire, combien que (13) j'y aie fort grande affection (14). » 

Voilà que (15) nous dit ce gentil afFronteur (16) ; lors un de mes gens 
l'ayant frappé sur le museau, il lui dit : « Bientôt au lieu de ce coup 
icy (17) tu en | recevras plusieurs; et toi (me dit-il se tournant vers p- 34 r" 



(1) Avertissement. — (2) Grat = lieu où les poules grattent; envoyer au grat 
= envoyer promener. — (3) Bien que. Cf. p. 27 ?'°. — (4) Marques distinctives. 
Add. du trad. — (5) État auquel on est appelé ; occupation. Teœle : iit\.vffjz\j\i.ix. — 
(6) Venant de ce côté, de là. — <.(7) Au bout d"un certain temps. Cf. p. 7 ?•». Texte : 
ô']^ï ôé. — (8) Lut. recusare, refuser. — (9) Add. du tr. Texte: t-J-.v Xaxwv.xTiv 
irETCovOw; àviyxTfjv. — (10) Chaque fois que. — (H) Aux environs de; vers. — 
(12) Celui qui révèle, qui indique. Add. du tr. — (13) Bien que. Cf. p. 27 r». 
— (14) Lat. affectus., désir. — (15) Ce que. — (16) Trompeur. — (17) Ce coup-ci. 



UNE TRADUCTION FRÂNÇAFSE DB MICHEL PSELLOS 83 

moi), tu endureras en ton corps grandes et terribles calamités (t). 
Car les diables sont fort indignés contre toi, pour ce que tu as aboli 
toutes leurs cérémonies. Ha, ils te brasseront mille fâcheuses entor- 
ses et encombriers (2), lesquels tu ne pourras échapper, si quelqiïe 
puissance souveraine, et qui puisse plus que tes diables, ne te délivre 
et garantit de leurs pattes. » Voilà ce que me prédit ce méchant gar- 
nement, comme s'il eiTit été sur le sacré tripode (3) d'Apollo. Car 
tout ce qu'il avait dit advint et .sortit son effet, et fus presque accablé 
d'une infinité de dangers, qui me survinrent, de tous les|quéls Notre p. 34 v* 
Sauveur Jésus-Christ outre mon attente et opinion (4) me délivra. 
Qui sera donc celui, qui ayant vu ce bel oracle forgé et controuvé (o) 
à la suggestion des diables, soufïlant es (6) oreilles de leurs 
suppôts, comme en tuyaux d'orgues, dira dorénavant et maintiendra 
que toute espèce de rage et folie sont mouvements de matière cor- 
rompue, et non plutôt tragiques affections, et ra\ages de diables? 

Chap. XVI- — Autre discours d'un enchanteur Arménien, qui 
conjura et à coups d'épée chassa le diable, qui était en forme de femme 
entré au corps d'une accouchée Grecque, qui parlait Arménien, bien 
que ne Veut jamais appris. 

Tim. — Ce n'est de merveille (7), mon Capitaine, si les médecins p. 35 r» 
ont telle opinion, lesquels n'ont rien vu de même. [25] Car j'étais 
bien au commencement de leur avis, jusquesà ce que par cas fortuit 
ai été spectateur d'un terrible et foTt étrange spectacle, lequel ne 
sera hors propos vous raconter présentement. Orne vous en menti- 
rai-je d'un seul mot, car autrement je démentirais cette mienne 
vieillesse, en laquelle je me suis revêtu de ce froc que \oyet. 

J'avais un frère aîné, qui était marié à une femme de bien quant 
au reste, toutefois ne pouvait enfanter qu'à bien grande peine, et | 
<;non> (8) sans encourir une infinité de maladies. Icelle (9) étant p. 35 v 
quelquefois (10) en gésine, se trouva fort mal, et fut vexée (11) si 
extrêmement, que déchirant ses robes, eî grommelant parfois entre 
les dents, elle barbotait je ne sais quel baragouin, à haute voix, 



(1) Tcile : <3\j Sa... [j,eYa)vwv èv j^pû aujjiçopwv YsvViffi;!. M. à. m. tu seras dans 
ton corps un homme de beaucoup de malheurs. Infva, pour ce que = parce que. 
Cf. pp. 47 t"', 50 r". — (2) Mésaventure, malheur. — (3) Trépied. — (4) Pensée. — 
(5) Inventer une fausseté. — (6) Dans les. Cf. p. 6 r°. — {1} Il n'y a rien d étonnant. 
Cf. pp. 28 /■», 30 V». — (8) Mot omis dans la trad. — (9) Elle. Cf. p. 3 r». — 
(10) Une fois, un jour. Cf. p. 13 v\ — (11) Tirailler, tourmenter. Cf. p. 28 /•<>. 



84 EMILE RENAULD 

sans qu'aucun des assistants y sût rien entendre ; de façon que tous 
restaient là camus (1) et écornés (2), sans pouvoir appliquer remède 
à si grande et irrémédiable maladie. Or quelques femmes (car ce 
sexe-là est de fort subtile invention et de merveilleux exploit (3) en 
tous occurrents) (4) amènent un étranger chauve, fort vieil, tout ridé 
par la peau, et plus noir et brûlé qu'un Ethiopien, qui, tenant l'épée 
nue au poing, | et s'approchant du lit en grande furie et colère, p- 36 r" 
assaillit la pauvre femmelette malade, et en son langage maternel, 
qui était Arménien, il lui debaqua (o) mdle injures. Et elle en même 
langage lui rendait son change, et du commencement (6) parlait 
d'une telle bravade et hardiesse, qu'elle s'enlevait toute du lit pour 
quereller (7). Mais depuis que ce barbare eut renforcé ses abjura- 
tions (8) et comme forcenant (9) l'eut menacée à battre, alors cette 
pauvre malade se retira tremblotant et pantelant de peur, et sous 
une fort humble parole s'assegraisant (10) et raccoisant (11), se 
rendormit. Nous cependant [:26] fûmes tous ravis en admiration et 
étonnés, comme fondeurs de 1 cloches (12), non pour ce qu'elle était' p. 36 v 
enragée, car nous voyons cela lui advenir à tous propos, ains (13) 
pour ce qu'elle parlait Arménien, combien que (14) la pauvre femme 
jamais n'eût hanté ni conversé avec aucun de ce pays-là, et ne savait 
autre chose, sinon faire son lit et filer la quenouille. Or après 
qu'elle fut revenue en son bon sens, lors je lui demandai quel mal 
elle avait enduré, et s'il s'en suivit encore quelque cas outre ce qui 
était fait et advenu. A quoi répondant: «J'ai vu, dit-elle, un fantôme 
ou apparition du diable ombrageux (lo) et ressemblant à une femme 
tout échevelée, qui se ruait sur moi, dont j'eus si grande frayeur, 
que je tombai la face contre les ] draps et la coite (16) de mon lit. Et P- '^"^ ''° 
quant à ce qui depuis est survenu, je n'en ai rien senti ni aperçu. « 



(1) Embarrassé, interdit. — (2) Qui a perdu ses uioyens. Texte : Tiâvxs; èv i-::opta 
Tr£pieiaTf,x.£jav. — (3) Exécution. — (4) Lat. occiore/i/ta, rencontres, circonstances. 
— (.5) Sortir de son bac, de son réservoir; proférer. — (6) Tout d'abord. — 
(7) Défier. — (8) Trad. littérale de à'^op-/cia[j.ôî. Cf. p. 46 v^. — (9) Devenir for- 
cené, perdre la raison. Texte : \i.zk%^;/o'tMv. — (iO) Se relâcher (de ses fureurs); se 
calmer. Cf. p. 29 v". — (il) S'apaiser, se cahner. — (12) Add. du Ir. Texte : r^\izXi 
ôè TïOT.TtoTcç ï,[j.ev. — (13) Mais. Cf. p. 3 V. — (14) Bien que, malgré que. Cf. 
p. 2" r«. — (15) Couvert d'ombre, sombre. Texte : ffxiosiôé;. — (16) Couette, coussin 
de plumes sur lequel sont étendus les di'aps. Texte : Sctaaaa Se, TcpT.vr,; £!J.-eij£rv 

TTl XX£VT|. 



UNE TRADUCTION FRANÇAISE DE MICHEL PSELLOS 85 

Chap. XVII. — Projet de trois questions sur le précédent discours. 
Première, s'il y a des diables mâles et femelles. Deuxième, si les diables 
parlent tons langages. Troisième, si on les peut frapper et blesser. 

Ce propos parachevé (1), la pauvre femme fut guérie de son mal. 
Mais quant est de (2) moi, depuis cette heure-là, j'ai toujours eu 
ce doute, auquel je suis encore de présent (3), savoir est comment 
il était possible que le diable, qui avait tourmenté cette pauvre 
femme, fiH apparu en for|me de femme. Car il semble qu'il y ait P- 37 «• 
juste occasion de douter, si entre les diables y a des mâles et des 
femelles, comme entre les animaux terrestres et mortels. En second 
lieu, comment il pouvait parler Arménien? Car il y a en ceci aussi 
grande difficulté, à sçavoir-mon (4) si entre les diables les uns 
parlent Grec, les autres Chaldéen, les autres Syriaque. Davantage (5) 
pourquoi se retirait-il tout de peur aux menaces du sorcier et enchan- 
teur ? et craignait l'épée tirée sur lui? Car quel mal, dites-moi, je 
vous prie, pourrait faire une épée au diable, vu qu'on ne le saurait 
frapper ni tuer? Ces doutes certainement me troublent fort et 
tour|mentent l'esprit, et ai en cela grand besoin de quelque consola- P- 38 v 
tion, pour laquelle me bailler (6) et appliquer, je vous estime le plus 
idoine (7) et pertinent (8) de tous, comme celui qui avez par longue 
étude et expérience recueilli de plusieurs auteurs les opinions des 
anciens, et compilé plusieurs histoires. 

Chap. XVIII. — Par quelle ruse et subtilité le diable s'apparaît (9) 
en forme ores (10) d'homme, ores de' femme. Item que les diables 
]rrennent et s'accommodent (11) telle couleur qu'ils veulent, comme 
l'air et les nues. 

[27] Le Cap. — Je voudrais de bien bon cœur, Timolhée, vous 
souldre (12) vos dou|tes, et rendre raison des choses que demandez, p. 38 v 
Mais j'ai peur que ne perdions notre temps tous deux : vous, de vous 
enquérir et esmayer (13) de choses que jamais homme vivant ne 
rechercha, et moi, de tâcher à vous dire et discourir (14) des choses 
qu'il faut tenir secrètes, ou plutôt mettre sous le pied, étant assez 



(1) Ces paroles dites. — (2) Pour ce qui est de. Cf. pp. 2. r», 9 v°. — (3) Au 
moment présent. — (4) A savoir vraiment; ù savoir. Cf. p. 15 v<>. — (5) De plus. 
— (6) Donner. — (7) fMt. idoneiis, propre à; capable. — (8) Qui se rapporte à la 
question ; documenté. — (9) Apparaît Cf. p. 6 v. — (10) Tantôt. Cf. p. 7 v°. — 
(il) S'arranger, s'ajuster. — (12) Lat. solveie, résoudre. Cf. infra. — ('13) Se 
mettre en émoi (au sujet de); se préoccuper. — (14) Raconter en détail. Cf. p. 2 r\ 



86 É|*1LE RENAULD 

informé d'ailleurs que tçUes chpse.s sont entre le peuple sujettes à 
calomnie et repréhension. Toutefois puisqu'ainsi est, qu'il faut, comme 
dit Antigonus, gratifier l'ami, iion seulejnent en choses très faciles, 
mais aussi quelquefois es (i) difTipuUés, à celte cause (2) je mettrai 
peine de résoudre vos doutes, remémorant les propos et les ré|so- p- 39 r" 
lutions qu'ai entendus et retenus de frère Marc. Car il disait qu'il n'y 
avait aiicuo diable qui fût mâle ou femelle naturellement : d'autant 
que telles affections (3) sont propres à corps cofuposés : ou (4) ceux 
des diables sont simples, qui, pour être (5) maniables et traitables, 
aisément se transforment en toutes fî^wr^s et similitudes. Car tout 
ainsi que voyons les nues représenter la semblance, ores (6) de 
hommes, ores d'ours, ores de dragons, ou autres semblî^jales, ainsi 
est-il des corps diaboliques. Au reste, es (7) dites nues poussées et 
agitées au gré des vents, sont diverses figures représentées : mais 
quant aux diables, d'autant que leurs corps sont transformés 
comme | bon leur semble, et ores (8) rétrécis en moindre grosseur, p- 39 v" 
ores étendus en plus grande longueur (ce que nous voyons ordi- 
naire aux entrailles de la terre, c'est-à-dire, aux verms (9) [note du 
trad. : aucuns les djent achées (10)], à cause de leur nature molle et 
maniable), non seulement ils sont changés quant à la grandeur, 
ains (11) aussi quaul à la figure et couleur diversement. Carie corps 
diabolique est fort idoine (12j à toutes deux, [28] qui, pour être (13j 
maniable, se transforme en diverses ligures, et pqur être aérien, e^t 
capable de toutes couleurs, comme l'air. Toutefois l'air est coloré de 
quÉjlque endroit extérieurement : ou (14) ce corps diabolique reçoit sa 
couleur de son opération fantasque (13), qui empreint sur lui | toutes p- •iO r" 
espèces 4e couleurs. Car tqut ainsi qu'entre nous, ceux qui ont eu 
peur rougissent de rechef, giprès que l'âme selon telle ou telle dispo- 
sition a poussé telles affections (16) en la superficie ou corps extérieur. 
Tout le semblable faut-il estimer des diables : car de l'intérieur ils 
envoient à leur corps superficiaire, ouextérieur, telles couleurs qu'ils 

(1) Dans les. Cf., p. 6 »•". — (2) Pour cette cause. Cf. pp. 28 v, 30 r», 44 v. — 
(3) Lat. affectus, manière d'être. Cf. infra, p. 40 r<^. — (4) Sic. Sans doute, 
faute d'impression pour or. Texte : Se. Cf. de même infra, n. 14. -- (5) Parce 
qu'ils sont. — [&) Tantôt. Cf. p. 38 r°. — {!) l)ans les. Cf- n. i- — (8) Cf. n. 6. 

— (9) Ver. Cf. p. 20 r\ — (10) Achée ou aiclie, ver de terre. — (11) Mais. Cf. p. 3 v». 

— (;i2j Propre. Cf. p. 38 r». — (i3) Cf. note 3. — (li) Sic. Texte : os. Sans doute, 
faute d'impression pour or. Cf. supra, n. 4. — (15) Texte : «avraiTTixT, ivspyecat, 
l'action de sa fantaisie, de son imagination. Cf. pp. 42 ;•" et v". — (16) Cf. note 3. 



UNE TRADUCTION FRANÇAISE DE MICHEL PSELLOS 87 

veulent. Fur ce un chacun d'eux, après avoir transformé son corps en 
telle figure que lui plall choisir, et empreint quelque espèce de 
couleur en la superficie de son corps, alors il s'apparaît (1) ores (2) 
en forme d'homme, ores prend la semblance d'une femme, il est 
courageux comme un lion, il fault (3) comme un léopard, il se | rue p. 40 v 
et emhatit (4) de grande roideur (5), comme un porc sanglier. Que 
si quehfuefois lui semble bon, il prend la forme d'un oise (6), ou 
peau de bouc, et y a tel lieu où il s'est apparu (7) en forme de petit 
chien chauvissant i8) des oreilles et flattant de la queue. Et bien 
qu'il s'empare et revête de toutes les formes et ligures, que dessus (9), 
l'une après l'autre, pas une d'icelles (10) toutefois ne lui reste ou 
demeure ferme i)i stable Car sa figure n'est point solide : mais 
comme nous voyons ordinairement advenir, par manière de dire (11), 
en l'air et en l'eau, car soit qu'y versiez quelque couleur, soit qu'y 
peigniez quelque figure, incontinent elle s'efface et évanouit. Toute 
semblable affection peut | on apercevoir es (12) diables. Car en eux p. 41 r" 
se perdent et évanouissent toutes couleurs, formes, ou figures de 
quelques choses que (13) soient. 

Cliap. XIX. — Pour quelle raison le diable, qui tourmente les 
accouchées, s'apparaît (14) principalement en forme de femme. Item, 
que même différence de raison et brutalité est entre les diables^ 
qu'entre les hommes et les animaux. Item quels diables sont Naïades, 
Néréides, Dryades et Onoscèles. 

[29] Voilà, Timothée, ce que frère Marc m'en déchiffra (15), assez 
persuasiblement à mon avis, et vous donnez garde | dorénavant p. 41 v 
qu'aucun ne vous trouble par ses raisons, comme si la différence des 
sexes masculin et féminin était es (16) diables. Car telles choses sont 
en eux seulement quant à l'apparence extérieure; mais quant à 
l'habitude et ferme disposition, ils n'en ont aucune qui soit. El pour 
cette cause ne pensez que le diable, qui a tourmenté cette accou- 



(1) Apparaître. Cf. p. 6 u».— (2) Cf. p. 38 r°. — (3) Sic. Faute d'impression pour 
il sault [texte : aXXsxat) = il saute, il bondit. — (4) Se précipiter. Add. dix tr . 
Cf. p. 47 0°. — (5) Avec une grande rapidité. Texte : uO; wu-irep àypwî è'fopjiâ. — 
(6) Récipient en forme d'oiseau (cf. un oiseau de maçon); oulre. Texte : 5o"/iô;. 
— (1) Apparaître. Cf. n. 1. — (8) Dresser les oreilles. Add. du tr. Texte : 
xjviptoy TïpocTTiVjÇojicvov. — (9) Qu'il est dit ci-dessus. Cf. p. 18 r°. — (10) D'elles. 
Cf. p. 3 r**. — (11) Vei-bi gratin. Texte -.h crutiêaîvsiv spiXeï (a coutume) èir' àspo; 
toÉps xaî (suppose aussi) OSaTo;. — (12) Dans les. Cf. p. 6 »•<>. — (13) Que, sujet = 
qui. — (14) Cf. n. 1. — (15) Débrouiller quelque chose d'obscur. — (16) Cf. ri. 12, 



88 EMILE RENAULD 

chée, bien qu'il soit apparu en femme, soit tel d'effet et d'habitude, 
ains (1) plutôt qu'il s'est revêtu de la semblance d'une femme exté- 
rieurement. 

Tim. — Mais pourquoi est-ce, Capitaine, que ce beau diable ne se 
transforme d'heure à autre, ores (2) en une, ores en autre figure, 
comme font les autres diables, ains (3) apparaît toujours semblable? p- 'iS r 
Car j'ai ouï dire à plusieurs gens que le diable féminiformé (4), c'est- 
à-dire qui a la forme et semblance d'une femme, s'apparaît (5) à 
toutes accouchées. 

Le. Cap. — Frère Marc, Timolhée, rendait aussi fort bonne raison 
de cela. Car il disait que tous les diables n'ont une même puissance 
et volonté, ains (6) qu'ils sont aussi en cet endroit fort diflerenls, 
d'autant qu'entre iceux (7) y a delà brutalité, aussi bien qu'es (S) 
animaux composés et mortels. Car tout ainsi qu'entre iceux, l'homme, 
participant d'entendement et de raison, est en outre doué d'une vertu 
fantastique (9), ou imaginative, plus générale, et qui s'étend presque 
sur toutes | créatures sensibles, tant au ciel qu'entour et sur la p. 42 i 
terre. Mais le cheval, le bœuf et autres semblables animaux ont une 
imaginative plus particulière, [30] et qui opère envers aucunes (10) 
choses qu'on peut imaginer, comme celle par laquelle ils connaissent 
les bêtes qui paissent avec eux, la crèche et leurs seigneurs Quant 
aux moucherons, souris et verms (II), ils ont ladite imagination 
fort restreinte et disloquée, ne connaissant le pertuis (12) dont 
chacun d'eux est venu, ni le lieu où ils vont, ni où ils doivent 
aller, ains (13) ayant une seule fantaisie ou imagination de leur ali- 
ment et nourriture. Ainsi est-il des infinis escadrons des diables. 
Car ceux qui sont de feu et | d'air, étant doués d'une bien diverse p- 4^5 ' 
Imaginative, s'étendent à quelque espèce fantasque et qu'ils peuvent 
imaginer (14). Quant aux souterrains et ténébreux, il est d'eux tout 
au rebours, et par ce (15) ils ne se transforment en plusieurs figures, 
comme n'ayant plusieurs espèces de fantasmes (16) ou illusions, ni 
corps subtil et voltigeant çà et là. Mais les aquatiques et terrestres, 

(1) Mais. Cf. p. 3 v. — (2) Tantôt. Cf. p. 38 r\ — (3) Mais. Cf. p. 3 v». — 
(4) Texte : ^r{kùiiopvoi. — (5) Apparaît. Cf. p. 6 V. — (6) Mais. Cf. n. 3. — 
(7) Eux. Cf. p. 4 ro. — (8) Dans les. Cf. p. 6 /•". - (9) Cf. p. 39 V. — (10) Quel- 
ques. Cf. p. 3 r'. — (H) Ver. Cf. pp. 20 r», .39 u». — (12) Trou. — (13) Mais. 
Cf. n. 1. — (14) Texte : "pôî o -jtots elSo? »ïVTa(TTtx.ôv aîpoijVTai, rpô; xoûxo é<xuzoù^ 
[iopcpoÛ7tv. — (15) Par cela. Cf. pp. 40 r", 44 y», 49 v. — (16) Trad. littér. de 
ψvxaaaa. 



UNE TRADUCTION FRANÇAISE DE MICHEL PSELLOS 89 

qui mitoyennent(l) les susdits, bien qu'ils ne puissent changer plu- 
sieurs formes, si (2) est-ce qu'ils demeurent toujours en celles qui 
plus leur agréent. Car ceux qui vivent es (3) lieux humides, et 
aiment un séjour plus mol et délicieux, se transforment en femmes 
et oiseaux. | De là vient (ju'ils ont été nommés par les (îrecs au p. -^3 v 
féminin genre, Naïades, Néréides et Dryades. Quant à tous ceux qui 
conversent (4) es (5) lieux déserts et ont les corps asséchés et tels 
qu'on dit être les Onoscèles, ils se transforment en hommes et quel- 
quefois prennent la semblance (6) de chiens, lions et autres bêtes, 
qui sont d'une façon plus hardie et assurée. Or il n'y a donc occasion 
de douter pourquoi le diable, qui se rue sur les accouchées, [31] se 
déguise en femme, d'autant qu'il est lubrique et s'égaye en ordes (7) 
et sales humidités et immondices. Car il se revêt d'une semblance (8) 
et figure correspondante à la vie qui lui plaît, 

Chap. XX. — Du divers langage des diables selon la diversité des P- ''^ ''° 
régions où ils hantent. Des invocations Chaldaiques et approches (9) 
^"Egyptiaques, c'est-à-dire adjurations, par lesquelles les diables étaient 
invités de venir et entrer es idoles. 

Quant à ce que (10) ce diable usa de langage arménien, frère Marc 
ne m'en déclara chose qui soit (aussi ne lui en demandai-je rien) ; 
toutefois la raison en est manifeste, et telle que s'ensuit : qu'il est 
impossible de trouver langage péculier (11) aux diables, soit qu'on 
attribue l'hébraïque, ou le grec, ou le syriaque, ou autre barbares- 
que. Car quel besoin de voix ou parole était il à ceux qui parlent 
sans voix? Comme j'ai ci-dejvant dit. Mais pource qu'à la mode des P- ■** v° 
Anges des nations, les uns président sur les autres, à cette cause (12) 
chacun d'eux use du langage de la gent et nation, où plus ils fré- 
quentent. Et par ce les uns rendaient leurs oracles aux Grecs en 
vers héroïques, les autres répondaient aux évocations faites par les 
Chaldéens en langage chaldaïque. Comme ceux d'Egypte faisaient 
leurs approches, étant semonts (13), invités et requis d'entrer es (14) 
simulacres et idoles (15), et ce en langage égyptiaque. Au sem- 

(1) Occuper le milieu entre. — (2) Toutefois, néanmoins Cf. p. 7 )•». — (3) Dans 
les. Cf. p. 6 ?•». — (4) Vivre. — (5) Dans les. Cf. n. 3. — (6) Image. Cf. p. 26 v^. — 
(7) Sale, malpropre. — (8) Cf. n. 6. — (9) Action de s'approcher. Cf. infra^ 
p. 44 v°, faisaient leurs approches. — ;10) Quant au fait que. — (IH Particulier. 
Cf. p. 24 r". — (12) Pour cette cause. Cf. p. 38 v°. — (13) Lat. Semonere, avertir, 
exciter. — (14) Cf. n. 5. — (1.5) Etant semonts... idoles. Add. du Irad. Texte : 
wTTîcp xaî irap' Aty'jTtTioi; xi; ■xpoisyfidZ'.^ àlyjTtTtan; èirotoûvro 'joivaïî. 



90 " ÉM1L& KPNAULD 

blable (l)les diables qui sont en Arménie, bien qu'ils se transportent 
ailleurs, usent toutefois du langage arméniaque, comme si c'était 
leur propre et naturel. 

Chap. XXI. — Quels diables cr^aignent plus la touche (2). De leur p. 45 r° 
audace et crainte. Et que le sacré nom de Jésus le Verbe de Dieu est 
le seul moyen pour les chasser. 

Tim. — Or ainsi soit, de par Dieu (3), mon Capitaine. Mais comment 
se peut-il faire que les diables craignent menaces et coups d'épée? 
Car que pensent-ils endurer, lorsqu'ils se retirent de peur et sortent 
des pauvres patients? 

Le Cap. — Vous n'êtes seul, Timothée, qui doutex de cela : car j'en 
ai ausssi douté ci-devant en la compagnie de frère Marc, [32] qui, 
donnant réso|lution (4) à mon doute, me dit ainsi que s'ensuit. «Toutes p. 45 v 
escadres de diables sont pleines d'audace outrecqidée (5) et de 
crainte, et sur (6) toutes autres, celles qui ont quelque matière. Car 
si quelqu'un menace les aériens, qui sont les plus subtils et rusés, 
ils savent fort bien discerner et remarquer celui qui les menace. Et 
de tous ceux qui sont possédés de tels diables nul n'en peut être 
délivrent garanti, s'il n'est saint homme, vivant selon Dieu, et n'in- 
voque avec la puissance divine le vénérable nom du Verbe de Dieu- 
Mais ceux-ci, savoir est ceux qui aucunement (7) sont matériels, 
craignant qu'on ne les envoie et bannisse es (8) abîmes et lieux sou- 
terrains, craignant | aussi les Auges qui les y relèguent etcontînent, p- 46 r° 
quantefois (9) quelqu'un les menace de les envoyer là, et invoque 
les Anges, qui ont cette charge de Dieu, ils craignent alors, et sont 
merveilleusement troublés, voire (iO) si lourds et hébétés, qu'ils ne 
peuvent discerner ou remarquer celui qui les menace. Ainsill) fût-ce 
quelque pauvre vieille sempiterneuse (12), ou quelque vieillard rechi- 
gné tout courbe et tremblottant qui usât de ces menaces, à l'instant 
ces pauvres diables gelés transissent (13) de peur et bien souvent 
sortent hors des pauvres patients (comme si ceux qui les menacent 
avaientpuissance de ce faire) (14), à tant (15) ils sont peureux et élour- 

(1) Semblableiiient, de même. Cf. p. 26 r». — (2) Le fait d'être touché ; attou- 
chement. — (3; Texle : eIev. — (4) Solution. — (5) Animé d'outrecuidance. — 
(6) PEtr-dpssus. — (7) De quelque façon. Cf. p. 3 r». — (8) Dan» les. Cf. p. 6 ?•<>. 
— (9> Chaque fois que. — (10) Même. — (H) Mais. Cf. p. 3 u«. — (12) Qui vieillit 
démesurément. — (13) Être saisi de froid; frissonner. — (14) Texte : w? Taûra 
Suva[X8vwv Twv àit£i?»oijvTwv Et; téXo; èçevïyxeîv. M. à. m. Dans la pensée que ceux 
qui font ces menfices pourraient les cqnduire à terme (les réaliser). — (15) Jusqu'à 
tant ; à un tel degré ; tant. 



UNE TKADUCTION FRANÇAISE DE MICHEL PSELLOS 9i 

dis (1). De là vient que cette mé|chante race d'enchanteurs très p- *6 «" 
facilement les amadouent et attirent par certains excréments, comme 
salives, ongles, cheveux, plomb et cire, de façon que, les ayant par 
tels abominables aphorcismes ("i) ou .tbjurations liés et attachés 
d'un petit filet (3), ils font plus de ravages et de tumultes tragiques, 
que n'en fit jamais le diable de Vauvert (i). » 

Çhap. XXII. — Différence des adorateurs des diables. Comment les 
Enchanteurs les adorent tous en iji'/ti'j-til : mais d'autres^ plus aisés à 
retirer d'erreur, adorent seulement les diables de l'air, pour être par 
eux garantis des souterrains. 

Tim. — Puis donc que ces diables sont tels et si abominables, p- ^7 *'" 
pourquoi vous et plusieurs autres les adoriez-vous, au lieu de les 
niépriser, pour leur impuissance et leur imbécillité (3j? 

[33] Le Cap, — Frère Marc répondant h cela : « Ni moi, disait-il, 
ni autres que je sache, par nom qu'il ait (6) une miette de bon enten- 
dement, ne prenons pied (7) à ces diables exécrables, trop bien 
certains malheureux Sorciers et Enchanteurs les amignardent (8) et 
attirent. Mais entre nous autres, qui nous abstenions d'œuvres tant 
maudites et damnables, nous adorions principalement les diables 
aériens, et par les sacrifijces que leur offrions, nous les requérions p. 47 v 
de détourner tous diables souterrains, de peur qu'ils s'embalissent (9) 
sur nous, d'autant que si quelqu'un d'iceux (10) filt d'aventure survenu 
d'aguet (H) pour nous effrayer, nous assaillait à coups de pierres. 
Car cela est propre et coutumier aux souterrains, d'assaillir à coups 
de pierres ceux qu'ils rencontrent, toutefois à coups perdus et non 
roides. Pour cette cause nous nous gardons de leur rencontre. » 

Tim. — Voire, mais quel profit se disait frère Marc remporter de 
l'adoration des diables aériens? 

LeCap. — Il ne disait aussi rien qui vaille de ceux-là, mon bon 
Seigneur, pour ce qu'eux-mêmes (12) | confessent qu'en leur fait n'y p. 48 r° 
a qu'orgueil, bifferie (13), et vaine imagination. Car de la part 

(1) Ébloui, interdit. Texte : àoiixpi-ca, incapables de discernement. — (2) Cf. 
p. 36 r°. — (3) Fil. — (4) Add. du Ir. Texte : Tti6/i irpayLxà xaT£pYa(!;ovTai. 
Vauvert, ancien château qui existait autiefois sur l'emplacement actuel du jardin 
du Luxembourg, et que l'on disait l'réqucnté par les revenants. — (5) Faiblesse. 

— (6) Pour peu qu'il ait. — (7) S'attacher à. — (8) Caresser. Cf. p. 26 v\ Texte : 
[XciA'CTjovxai. — (9) Se précipiter, se ruer. Cf. p, 40 v". — (10) D'eux. Cf. p. 4 ?-o. 

— (11) Embuscade. Texte: et JVj/é t: towôtov -apaSuâv (se glisser subrepticement) 
Ttpô; TÔ Seôaa sii-oicïv. — (12) Parce que. Cf p, 34 r. - (13) Tromperie. 



92 EMILE RENAULD 

dlceux fl) diables aériens descendent sur ceux qui les adorent 
certaines flammèches de feu, semblables ,à. ces scintilles (2) qu'on 
voit discourir (3) en l'air, vulgairement dites étoiles tombantes, 
lesquelles ces pauvres fols osent bien appeler Théopties (4), c'est-à- 
dire visions ou apparitions de Dieu, es quelles (5) n'a (6) vérité, 
fermeté, ni fiance (7) qui soit. (Car quelle clarté pourrait être en des 
diables obténébrés (8)?)Ains (9) tels sont leurs jouets et passe- 
temps que ceux qu'on aperçoit quand on ouvre les yeux trop effroya- 
blement, ou en leurs beaux miracles, (lui se font pour séduire | et p. 48 v 
décevoir les assistants (10). Et bien quepiéçà(ll; je, pauvre misérable, 
eusse découvert ce que dessus (12), et me fusse résolu de me retirer 
et abandonner cette fausse religion diabolique, toutefois j'en ai été 
ensorcelé jusques à présent, [34] et j'étais en chemin de' perdition, si 
vous ne m'eussiez radressé (13) et rétabli au droit chemin de vérité. 
En quoi m'avez servi de ce que sert la lumière qui est au haut de la 
tour d'un havre (14), à ceux qui de nuit obscure et sans aucun clair 
de lune.cinglent sur mer. » 

Finis ces mots, frère Marc se prit si fort à pleurer, que les larmes 
lui ondoyaient (lo) et ruisselaient à flac des deux yeux. Et lors pour 
le réconforter je lui dis. « Vous au|rez assez loisir de pleurer ci après ; p. 49 v 
quanta maintenant, il vous faut faire fête et démener joie (16) de 
votre délivrance, remerciant Dieu qui vous a délivré et âme et enten- 
nement d"encombres (17) et périls tant évidents et pernicieux. » 

Ghap, XXIII. — Pa7- quel moyen on peut frapper et blesser les 
diables, et quelle différence y a entre le corps diabolique et le solide 
oti massif. 

Tim. — Si est-ce que (18) je désire fort apprendre de vous un 



(1) Cf. supra, n. 10. — (2) Lat. scintilla, étincelle. — (3) Courir de côté et 
d'autre, s'éparpiller. — (4) Texte : (^bo-kzIolç. — (3) Dans lesquelles. Cf. p. 29 r». 
— (6) Il n'y a. — (7) .\ssurance. Texle : |3É6a'.ov. — (8) Lat. obtenebrati. — 
(9) Mais. Cf. p. 3 v°. — (10) Phrase obscure. Le sens est le suivant: Mais leurs 
jouets et passe-temps sont tels que ceux qu'on aperçoit quand on ouvre les 
yeux ..., ou qu'on aperçoit en leurs beaux miracles. Texte : àXXà Traivvia toûtwv 
oia ta èv Taïî xwv ô|i.(jia(Ta)v itapaywyaîî (entendez ocidorum fascinationes = des 
hallucinations, et non oculorum productiones = des écarquillements d'yeux; 
cf. Boissonade, s. l.) r, -ri itspl xwv xaXo'Ju.évtov 6au[j.aTOTtoiû)v èti' i\inti'z-i^ twv 
ôpwvTwv ytvd[i£va. — (111 11 y a un certain temps. Cf. p. 8 >■<>. — (12) Ce qui a été 
dit ci-dessus. Cf. p. 18 7'<>. — (13) Redressé. — (14; Port de mer. — (15) Se ré- 
pandre en onde. — (16) Etre joyeux ; témoigner de la joie. — (17) Mésaventure, 
malheur. Cf. encombrier, p. 34 ?•". — (18) Toujours est-il que. 



UNE TKADUCTION FRANÇAISE DE MICHEL PSELLOS 93 

point, que vous prie ne me celer, à sçavoir-mon (1) si on peut 
frapper ou blesser les corps | diaboliques? P- ^^ "° 

Le Cap. — « On lès peut frapper, disait frère Marc, jusqu'à leur 
faire grand' douhmr, si on les atteint vivement en la peau. » — 
« Mais comment se peut-il faire? lui dis-je, puisqu'ils sont esprits 
sans corps solides ni composés. Si esl-ce qu' (2) il n'y a que les corps 
composés qui aient sentiment. » — « Je m'ébahis (3), dit frère Marc, 
comment on peut ignorer ceci, que ce n'est ni os ni nerf en l'homme 
qui que soit (4) qui ait sentiment, ains (5j l'esprit qui est en iceux (0). 
Et par ce (7), bien que (8) on foule ou ofl'ense le nerf, soit qu'on le 
refroidisse, soit qu'on lui fasse quelque autre mal, la douleur 
procède de l'esprit ou veut, qui entre en l'autre esprit. Car un corps 
concret (9) et | composé ne se pourrait jamais douloir (10; de soi- p. 50 r 
même, ains (11) celui qui aspire et respire, pour ce (\ue (12) depuis 
qu'un corps est démenbré, ou mort, il n'y a aucun sentiment, 
d'autant qu'il est dénué d'esprit ou respiration. i*ar ainsi donc 
l'esprit diabolique, qui naturellement est par tout sensible en toutes 
ses parties peut être vu (13) et ouïr, et souffre les douleurs de 
l'attouchement, et si on le blesse, il s'en deult (14) et écrie (15); 
de même les corps solides diffèrent d'iceux (!(») [35] en ceci, que 
tous autres corps recevant quelques taillades (17) à peine (18) ou 
nullement se peuvent guérir, mais si le diabolique est taillé ou 
balafré, à l'instant il se rejoint, comme ("ont les parcelles de l'air, ou 
de leau, | qui auraient ahurie (19) à quelque corps solide (20). Or p. 50 v" 
bien que cette manière d'esprit se rejoigne plus tôt qu'on ne saurait 



(1) A savoir vraiment, à savoir Cf. p. 15 v°. — (2) Toujours est-il que. Cf. 
supra, n. 18. — (3) S'étonner. — (4) Quel qu'il soit. Cf. p. 27 u». — (5) Mais. 
Cf. p. ;} v". — (6) Eux. Cf. pp. 4 r» et 20 r». — (7) Par cela, à la suite de cela. 
Cf. p. 43 /•". — (8) Sic. Le texte exigerait « soit qu'on foule, etc. » Texte : otô 
xàv OÀtëTi-ua'. tô vsûpov, xàv <\i'j-/T^-zan. — (9) Lut. Concrelus. — (10) Souffrir. 
Cf. infra, et cf. p. 18 v". — (H) Mais. Cf. n. 5. — (12) Parce que. Cf. p. 34 r°. — 
(13) Sic. Faux sens. Le sens exige : « peut voir et ouir ». Texte : i[A£aw<; ôpâ te 
xal àxoûei xal xà tt,? âï>f,; ÛTio|xéve!, « il voit et il entend d'une façon immédiate 
et il ressent le contact ». — (14) Cf. supra, n. 10. — (15) Pousser des cris. — 
(16) D'eux. Cf. p. 20 ?•». - (17) Coupure, entaille, blessure. — (18) Avec peine. — 
(19) Se heurter à. Cf. p. 3 /•" et cf. aliurt, p. 18 ;•". — (20) Texte : xù ôè ôta'.poûuLêvov 
SDÔ'J; 3U[x»'jsTai. au, xaBairep àspoç •?, xai ilSaxo; [xopia, ixeraïû tivoî saTîtTîxovxoî 
axEpîoû {gén. absul.). Mol à mol: le corj)* des démons se reconstitue immé- 
diatement s'il vient à être séparé en parties, de même que les parties de l'air ou 
de l'eau (se recomposent), lorsqu'un corps solide vient à se mettre entre elles. 



y 4 EMILE HENAULD 

dire, si est-ce qu' (1) il endure grand' douleur au mêirte instant 
qu'on lui baille (2) taloche, et pour cette cause craint-il fort les 
pointes de couteaux, épées et autres ferrements (3). Ce que n'igno- 
rant ceux qui les veulent conjurer et détourner, fichent aiguilles (4) 
et couteaux, les pointes contremont (5), là part où (6) ne veulent 
qu'ils approchent, et inventent mille autres artifices soit pour les 
chasser par antipathies ou choses contraires à leur goiU, soit pour 
les allicber (7) par sympathies ou choses à eux agréables. » Voilà 
ce que frère Marc me disait touchant ce que dessus (8), assez 
per|suasiblement. p. si v 

Chap, XXIV. — Quelle science de pronostiquer ou prédire choses à 
venir ont les diables. 

Tim. — Vous dit-il point aussi. Capitaine, si les diables ont la 
science de pronostiquer et prédire les choses à venir, ou non ? 

Le Cap — Trop bien les dit-il avoir la science de pronostiquer (9j, 
mais non la causelle (10) et intellectuelle, ni la scientifique aussi, 
ains (11) la symbolique ou conjecturale tant seulement. Et ce, par ce 
que le plus souvent ils prédisaient à faute (12), et qu'entre tous 
autres les diables matériels ont une bien | petite et faible science de p- "il «° 
pronosti- quer, et qu'ils ne disent rien de vérité, ou bien peu. 

Tim. — Pourriez-vous donc avoir le loisir de me faire un petit 
discours de leur science de pronostiquer? 

[36] Le Cap. — Je le ferais très volontiers, si le temps me le permet- 
tait ; mais il est heure de se retirer. Car vous voyez comment l'air 
qui nous atourne (13) est chargé de nues et ne garde l'heure de pleu- 
voir. Dont (14) il y a danger que si sommes plus longtemps assis en 
ce lieu-ci, ne nous en retournions par eau, bien mouillés et trempés. 

Tim. — Dea (15)! que pensez-vous faire. Monsieur le Capitaine, de 
laisser ainsi ce propos suspens (16) et imparfait? 

Le Cap. — Je vous en supplie, Monsieur mon grand ami, de ne 
vous en j fâcher. Car Dieu aidant, si nous <nous> rencontrons P- •''2 »"" 



(1) Toujours est-il que. Cf. p. 49 r". — (2) Donner. — (3) Instruments en fer. 

— (4) Trad. : aguille. — (5) En haut. — (6) Dans la partie où ; liu côté où. — 
0) Allécher. — (8) Ce qui est dit ci-dessus. Cf. p. 18 ?">. - (9) Propos. i?ifin. 
Texte : irprjyvojatv ;j.èv eIttev l5(eiv. — (10) Laf. causalis. — (11) Mais. Cf. p. 3 v". 

— (12) Avec faute; faussement, — (13) Tourner autour; entourer. — (14) A la 
suite de quoi ; par suite. Cf. p. 3 r°. — (15) Da ! Cf. p. 7 r«. — (16) Lat. suspensus, 
en suspens, inachevé. 



UNE TRADUCTION FRANÇAISI'] DE MICHEL PSËLLOS 95 

jamais et trouvons ensemble, je récompenserai si bien ce qui reste 
de ce devis (1), que ce qu'on dit communément et en proverbe des 
décimes des Syracusains ne sera rien au prix (2). 

Fin. 

Le 18 janvier 1573, jour de Septuagésime. 

Emile Renauld. 

(1) Propos, entretien. Cf. p. :{ r°. — (2) En comparaison. 



COMPTKS IJh]NI)US BIBMOr.UAPIlIQUES 



La Revue rend co>nj)te, à celte place, de tous les ouvrages relatifs aux 
études helléniqnes ou à lu (rrrce moderne, dont un exemplaire sera 
adressé au bureau de la Rédaction, chez M. Leroux^ éditeur^ 28, rue 
Ronaparte. 

Les ouvrages dont les auteurs font hommage à V Association pour 
l'encouragement des Etudes grecques ne seront analysés dans cette 
hihliographie que sil en est envoyé deux exemplaires, Vun devant 
rester à la Rihliothèque de V Association, et l autre devant être remis à 
l'auteur du compte rendu. 



1. Antiquités grecques de la Collection 
du Vicomte du Dresnay (Château du 
Dréneuc, Loire-lnl'érieure). Texte par 
Paul PElWmZET, 1918. 

Cet ouvrage n'est pas dans le com- 
merce ; mais la générosité du pro- 
priétaire de la collection en a fait 
bénéficier nombre de bibliothèques et 
de sociétés savantes. Il est donc utile 
de le signaler aux travailleurs; ils y 
verront combien de ressources ignorées 
se cachent chez les particuliers, com- 
bien la fortune artistique de la France 
est plus considérable qu'on ne l'iuia- 
gine. On se plaint souvent que les 
musées de province recèlent beaucoup 
d'inédits ; mais les collections parti- 
culières sont encore plus inconnues. 
Qui pourrait penser qu'il existe en 
Bretagne un musée d'antiquités grec- 
ques, foriné avec patience par un ama- 
teur de goût sûr et délicat, digne de 
faire honneur à n'importe quelle ville 
importante ? Nous devons être recon- 
naissants à M. Perdrizet d'avoir décou- 



vert ce trésor caché et de l'avoir promp- 
tement fait connaître. 11 est d'ailleurs 
coutumier de ce genre de recherches, et 
l'on sait qu'il a déjà publié, pour le 
plus grand profit de la science, les 
beaux Bronzes de la collection Foucjiiet 
d'Alexandrie. 

Son texte ici est resté très sobre et 
«liscret; car la plupart des morceaux 
rentraient dans des séries déjà étudiées. 
11 s'est contenté de les classer chrono- 
logiquement et d'en donner une courte 
description en indiquant les points de 
comparaison et les références essen- 
tielles. Il n'a pas voulu, comme le font 
trop souvent les débutants, reprendre 
à propos de chaque monument l'his- 
toire entière de la sculpture. Mais les 
lecteurs familiarisés avec l'art antique 
comprendront qu'en tournant les pages 
de ce recueil, c'est bien l'évolution 
presque complète de la plastique 
grecque qui passe sous leurs yeux. 

L'nuvrage débute par une tète ar- 
chaïque de jeune homme (pi. i), de 
travail sans doute chypriote. Je ne 



COMPTES RENDUS RIMLlOr.RAPHIQUES 



97 



crois pas que le relief qui suit (pi. 2, 
chariot en forme de lensa), de prove- 
nance romaine, soit de style ancien, et 
je le rangerais plus bas dans le grou- 
pement. Le beau style grec est repré- 
senta par plusieurs fragments de 
monuments funéraires, loutrophores, 
stèles, statues (pi. 3 à 8), où l'on re- 
marque surfout un combat de deux 
guerriers (pi. 4) et une jolie tête de 
femme d'inspiration praxitiMienne 
(pi. 8). l/école plus romantique des 
iii« et ii« siècles trouve un excellent 
spécimen dans un Dionysos posant son 
bras sur sa tête (pi. 11), qui est une 
réplique excellente d'un motif illustré 
par le » Bacchus de Versailles » (Musée 
du Louvre, Froehner n° 218). Le sujet 
populaire de la Vénus pudique est 
représenté par un joli morceau (pi. 11). 
Une statue de Minerve (pi. 12) otTre 
un détail très rare : le sculpteur a eu 
la fantaisie de reproduire dans le 
marbre, outre les chutes verticales des 
draperies, les plissements horizontaux 
qui se forment sur rétoH'e pendant 
qu'elle est gardée, roulée et pliée, en 
magasin. Dans la même série hellénis- 
tique ou regardera avec plaisir une 
tête de .Ménade souriante (pi. l!}), 
pleine d'expression, et une petite tête 
d'Alexandre héroïsé (pi. 15) L'époque 
romaine comprend une importante 
plaque de sarcophage avec les trois 
Parques (pi. 19i, et une stèle funéraire 
de prêtresse isiaque (pi. 20i. 

La série des bronzes compte une 
ligure archaïque d'Apollon (pi. 22), une 
Vénus pudique, probablement syrienne 
(pi. 24), une autre Vénus tenant à la 
main sa sandale levée, pour châtier le 
petit Éros (pi. 26). 11 n'y a qu'un vase 
peint (coupe du v« siècle, éphèbe cou- 
rant) et quelques statuettes de Tanagre 
du type connu (femmes drapées, jeune 
garçon assis). Un très curieux vase 
alexandrin, à reliefs, termine le recueil; 
on y voit le dieu Nil assis sur un hip- 
popotame fpl. 40;. 

Toiites les planches sont faites de 
photographies tirées en épreuves et 
REG, XXXIII, 1920, n" loi. 



collées sur carton fort, composant un 
gros volume, as.çez difficile à manier : 
c'est le seul reproche que les scholars 
pourront lui adresser. 

E. POTTIEB. 



2. RASTID. U hypothèque (/recque el sa 
significalion historique. Tours, Sal- 
mon, 1913. ln-80, 133 p. 

Les deux parties de cette thèse de 
droit sont consacrées : l'une à l'ana- 
lyse de l'hypothèque grecque — c'est à 
savoir, surtout, de l'hypothèque athé- 
nienne à l'époque classique; l'autre, 
aux rapports qu'elle peut soutenir avec 
l'institution similaire du droit romain. 

On sait que les sûretés réelles se pré- 
sentent en Grèce sous les trois formes 
lu'incipales de la « vente à réméré >> — 
ou plutôt, car il vaut mieux parler 
grec, de la xpàa;; sTtl \û<sz\ — , du gage, 
et de l'hypothèque proprement dite — 
laquelle comprend notamment les 
à-o'L'.jjLTiiJLaTa, hypothèques de mineurs 
et dotales. De filiation entre ces trois 
formes, il est impossible d'en établir, 
dans l'état de nos documents; soute- 
nir, connue l'a fait Hitzig, que l'hypo- 
thèque de l'époque classique, réserve 
faite de ràroxitiT,[ia, n'est qu'une opé- 
ration grossière où l'idée de sûreté est 
absorbée par celle de compensation, 
c'est une thèse que les témoignages 
n'établissent point; prétendre qu'elle 
ne comporte pas de règlement à 
l'échéance permettant d'assurei' les 
droits du créancier par le versement 
de VkXksX-Kw et ceux du débiteur par la 
restitution de rÛTcepo/T,, c'est un para- 
doxe que les textes démentent expres- 
sément. L'hypothèque, droit réel im- 
pliquant droit de préférence et droit de 
suite, doit être comprise, non pas comme 
une (latio in sohitum, mais bien comme 
une sûreté accessoire qui ne saurait 
faire évanouir l'idée fondamentalede 
la créance. 

Sur les éléments de l'hypothèque 
(sources, objet, assiette, etc.), l'auteur 
7 



98 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



n'avait pas grande discussion à soute- 
nir (l" partie, section 2). Quant aux 
effets (section 3), ils sont successive- 
ment étudiés avant et après l'échéance. 
La TToSatç éitlT^ûasi fait acquérir immé- 
diatement au créancier un droit de 
propriété et de possession sous la con- 
dition résolutoire du paiement : si la 
condition vient à défaillir, la propriété 
est consolidée ipso facto (en revanche, 
l'auteur n'admet pas la nécessité d'une 
revente au cas où la condition se réa- 
lise). — Le gage assure immédiatement 
la possession et, à l'échéance, en cas 
de non paiement, la propriété. — L'hy- 
pothèque, enfin, ne confère immédia- 
tement ni possession ni propriété ; à 
l'échéance, elle procure le droit d'£[i6a- 
TEÛeiv dont la portée est discutée : les 
uns pensent que l'èfiêiTeuan; assure la 
propriété de la chose engagée ; les 
autres l'interprètent comme une simple 
prise de possession, et croient même 
qu'elle donne lieu à une vente forcée 
sur le prix de laquelle la créance 
garantie jouit naturellement d'un pri- 
vilège — procédure analogue à la 
distractio pignoris du droit romain 
classique : pour le iv« siècle au moins, 
l'auteur juge cette dernière opinion 
insoutenable; l'hypothèque serait à 
comprendre comme un droit de pro- 
priété affecté d'un terme suspensif et 
d'une condition résolutoire. 

La seconde partie reprend des pro- 
blèmes qui ont été, on le sait, passa- 
blement discutés. L'hypothèqiie ro- 
maine dérive-t-elle de la grecque? Ce 
fut, un moment, la théorie en faveur. 
Elle a reçu de rudes coups, et il n'y a 
pas lieu d'en relever les ruines. Quant 
à ses origines, l'hypothèque romaine 
paraît issue du droit de gage du bail- 
leur sur les invecla et illata du loca- 
taire : elle portait notamment sur les 
instruments de culture que le droit 
grec interdisait d'engager. Quant à ses 
caractères essentiels, elle se distingue 
avant tout — une fois évoluée — par 
le jus distrakendi que ne comportait 
pas l'hypothèque grecque. En revanche, 



des romanistes trop pressés ou des 
théoriciens trop raisonneurs ont insisté 
plus qu'il ne convenait sur les diffé- 
rences qui sépareraient les faits grecs 
et les faits romains. Pas plus que 
Texcés d'honneur qui leur attribuait la 
paternité d'une institution romaine, 
les Grecs ne méritent l'excès d'indi- 
gnité qui ravale leur système de sûre- 
tés à la pratique du troc ou d'une gros- 
sière datio in solutum: la f^ partie l'a 
suffisamment établi. — Vient ensuite 
une étude sur l'hypothèque dans les 
pap,yrus, qui ne se comprend guère, 
dans l'ordonnance du livre, que par la 
préoccupation de résoudre une ques- 
tion qu'on aurait crue tranchée par 
avance : entre le « droit grec » pro- 
prement dit et le droit romain, le droit 
des papyrus ne fournirait-il pas un 
intermédiaire ? Conclusions négatives, 
là encore : sur bien des points, d'ail- 
leurs, et malgré l'abondance relative 
des documents, il est assez difficile de 
se faire une idée exacte des sûretés 
que comportait le droit gréco-égyptien ; 
tout compte fait, l'auteur paraît les 
considérer comme très voi-sines de 
celles du droit grec, à l'exception peut- 
être de l'institution originale et obscure 
de rCiTtiÀXayiJLa. 

Ce n'est pas le lieu de discuter ici 
les solutions matérielles qui, dans cette, 
thèse, peuvent nous paraître contes- 
tables. Il est permis de penser que la 
question des rapports entre l'hypothè- 
que grecque et l'hypothèque romaine 
— sinon quant aux origines de cette 
dernière, du moins quant à son déve- 
loppement — est plus complexe que 
ne le montre M. B. ; que, sur le pro- 
blème capital de la portée du droit 
d" s[j:63tT£Uji<;, la solution admise par 
lui se comprend beaucoup moins dans 
sa thèse que dans celle de llitzig ; que 
telles questions particulières, mais 
d'importance, comme celles des se- 
condes hypothèques, de l'antichrèse, du 
gage de Moiriadès dans le if^ Contre 
Aphohos, de l'authenticité de la auy- 
ypa»(^ insérée au Contre Laci'ite, etc., 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



99 



sont liquidées un peu vite ou l'objet 
d'une étude inexacte. Mais le reproche 
que je serais plutôt disposé à faire à 
l'auteur, c'est de n'«*'tre ni toujours 
assez net ni assez instructif. L'idée de 
la sûreté réelle en droit grec reste, 
dans son livre, un peu trouble : sur 
sa vraie nature, il a des formules qui 
peuvent difficilement se concilier 
(pp. 69 et 150 par ex.) ou dont l'oppo- 
sition, en tout cas, devait poser un 
problème. — On voudrait, spéciale- 
ment, des précisions sur cette « vente 
à réméré » qui fonctionne comme sû- 
reté à l'époque classique : quelle diffé- 
rence y a-t-il au juste entre l'hypo- 
thèque stricto sensu et la itpâffiî sitl 
Xûffei avec cette clause de relocation, 
si naturelle qu'elle est presque tou- 
jours tacite, et si fréquente que je ne 
connais pas un seul exemple où il soit 
établi que le créancier entre en pos- 
session du gage dès la formation du 
contrat? — Dune façon générale, on 
voudrait quelque chose de plus direct, 
de plus à même les textes : l'analyse 
des opot, l'examen plus attentif de do- 
cuments comme la loi d'/Egialè, l'étude 
des mots è'/ew et xpatEÏv comme dé- 
signant les droits du créancier hypo- 
thécaire, un supplément d'enquête sur 
le domaine d'application de la S{-/C7, 
î;oÙAT|; — tout cela pouvait sérieuse- 
ment enrichir. 

Et puis, comme c'est à des théories, 
après tout, ou à des commencements 
de théorie, qu'aboutissent des thèses 
même négatives, on aurait souhaité 
que celles de M. B. fussent plus déga- 
gées, que l'intérêt en fût mieux établi 
par lui-même. Ainsi, il s'inscrit en faux 
contre la conception d'un développe- 
ment régulier et ne varietur des sûre- 
tés réelles : le débiteur, dit-on parfois, 
aurait successivement conféré au 
créancier une propriété immédiate 
(aliénation fiduciaire), une possession 
immédiate (gagej, un droit de pro- 
priété et de possession suspendu ius- 
qu'à l'échéance (hypothèque). Ni les 
faits grecs, ni peut-être les faits ro- 



mains, ne se prêtent à cette théorie. 
Et là-dessus, il faut donner cause ga- 
gnée à M. B.; mais une thèse négative 
n'est pas une impasse, et celle-là peut 
être conçue comme contribution à 
l'étude des rapports entre les notions 
de dehitum et d'obligalio. — Si, d'autre 
part, on admet que l'idée propre de la 
sûreté a pu rester comme endormie en 
Grèce avant le iv« siècle, n'y a-t-il pas 
lieu de se demander comment elle 
s'y est pleinement éveillée? Quel est 
ici le rôle du facteur économique? — 
D'autres questions, d'un intérêt non 
moins général, pourraient être sinon 
mieux résolues, en tout cas mieux si- 
tuées. Sur le passé dp l'hypothèque, 
l'auteur est un peu incertain : il croit 
que l'hypothèque — au sens large — 
est très ancienne, qu'on la trouve déjà 
au temps de Solon. Je le crois aussi : 
mais qu'était l'hypothèque au temps 
de Solon ? Vente à réméré, comme le 
suggère Lipsius? Véritable « hypo- 
thèque », comme le pense Szanto? Ou 
ni l'un ni l'autre ? L'auteur ne dit rien : 
est-on condamné à ne rien dire? — 
Même les questions d' « origine » ne 
peuvent pas être esquivées sous peine 
de fausser l'intelligence des faits. 
Ainsi, pour en revenir à cette fameuse 
•jcpâffi^ ird Xûast : l'auteur, par moments 
du moins (ainsi p. 114), ne trouve pas 
qu'elle soit différente de l'aliénation 
fiduciaire du droit romain. Je trouve, 
quant à moi, quelle en difl'ère grande- 
ment : en tout cas, puisqu'elle se dis- 
tingue, sans parler du reste, par le 
caractère éclatant d'une propriété con- 
ditionnelle et temporaire, comment 
cette notion fondamentale a-t-elle été 
possible ? Archéologie juridique que 
cet ordre de problèmes; mais juste- 
ment, l'originalité de la Grèce, n'est-ce 
pas de « remplir tout l'entre-deux ? » 
— Il y a une autre question d'origine, 
posée celle-là, mais sur laquelle l'au- 
teur saute peut-être un peu vite : on 
sait que Szanto a cru pouvoir dériver 
l'hypothèque de la servitude pour 
dette; M. B. le réfute: il le réfute avec 



100 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



des arguments un peu superficiels, ou 
même inattendus sous sa plume 11 
semble qu'il y ait plus à retenir des 
thèses de Szanto en général. 

En somme, étude sérieuse et profi- 
table. On voudrait seulement qu'elle 
répondît davantage à son titre, et que 
l'institution grecque y apparût comme 
ayant, en effet, une « signification 
historique » — faute de quoi elle nous 
serait, après tout, bien indifférente/!). 
Louis Gernet. 



3. Axel BOËTHIUS. Die Pyf.haïs, Stu- 
dien zur Geschichte der Verbindun- 
gen zwischen Atlien und Delphi 
(Inaugural-Dissertation, Upsal, 1918). 
In-8o, vi-n2 p. 

Le livre de M. Bocthius est une 
étude sur la Pythaïde, c'est-à-dire sur 
la fête que, pendant des siècles, avec 
un éclat et à des intervalles fort varia- 
bles, les Athéniens ont célébrée à Del- 
phes en leur nom particulier. 

Je rappelle à grands traits ce que 
nous en savons de plus certain. D'après 
un oracle ancien, la P. était subordon- 
née à l'apparition d'un éclair sur une 
cîme du Parnès appelée l'ilarma. Les 
Athéniens guettaient le signe divin, 
chaque année pendant trois mois de 
suite, à raison de trois jours et de trois 
nuits par mois, d'un autel voisin du 
Pythion de l'ilissos. Dans ces condi- 
tions, la f('le évidemment ne pouvait 
être ni régulière ni même fréquente. 
En tout cas, elle paraît avoir existé 

(1) La' typographie est d(5leslable. Comme 
erreurs de rétOrenre, je rolôverais au moins : 
p. 27, Contre Lncr., i\, lire : Contre Pantén. ; 
p. 23, C. l. G., 3171, lire ; C. 1. G. S., 1, 3171 
= Michel, 13()-2 = 1. J. G., XIV". ^ La biblio- 
graphie esl abondante et parait, comme l'on 
dit, au courant : il y aurait peut-être eu int(?rèt 
à discuter les Ibfises de E. Weiss, Pfandrechtl. 
UnteruHch., 1'" Abl.,Weimar, 1910, et à utiliser, 
pour cerlaines questions spi^ciales, l'article do 
Th. Reinach sur la loi d".*:<;ialô {R. E. G., 
XXII, p. 241 et s.). 



longtemps déjà avant Pisistratc, et on 
trouve chez Eschyle des légendes qui 
s'y rapportent. 

Les textes littéraires ne nous ap- 
prennent guère autre chose sur son 
compte; mais les fouilles de Delphes 
sont veniies compléter fort heureuse- 
ment nos connaissances. Vers 330, la 
dédicace d'un trépied nous révèle une 
P. conduife par dix hiéropes qui sont, 
dans la cité, des personnages considé- 
rables. Surtout, à la fin du n« et au 
début du 1" siècle av. J.-C, de nom- 
breuses inscriptions, gravées sur le 
Trésor des Athéniens, nous permettent 
de reconstituer assez bien l'ensemble 
de cette cérémonie. Les offrandes sont 
apportées k Delphes par un brillant 
cortège, où certaines vieilles familles 
d'Athènes et de la Tétrapole mara- 
thonienne ont une place à part, mais 
où l'État aussi est largement repré- 
senté par des fonctionnaires civils ou 
religieux, avec une escorte d'éphèbes 
et de cavaliers. On ne se contente pas 
d'ailleurs de faire les sacrifices pres- 
crits et d'accomplir certains rites. La 
théorie athénienne consacre plusieurs 
jours à Apollon : les cavaliers orga- 
nisent des jeux hippiques ; et le collège 
des artistes dionysiaques qui, de son 
côté, a tenu à envoyer une députation 
importante, exécute des chants et offre 
des représentations au théâtre. On 
songe même, à ce moment, à transfor- 
mer la P. en une ennéétéride régu- 
lière; puis on parle de la célébrer tous 
les ans. Mais la guerre de Sylla et la 
série des luttes civiles des Romains, 
en ruinant la Grèce, rendent ces pro- 
jets impraticables. La P., un instant 
si brillante, disparaît alors, ou à peu 
près ; et elle est bien réduite quand 
elle semble renaître au temps d'Au- 
guste, sous le nom nouveau de Do- 
décade. 

La question se posant à peu près 
ainsi, on aimerait à savoir de lui-même 
comment M. B. a compris son livre. 
Son introduction ne l indique nulle- 
ment; car, après une page de biblio- 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



101 



graphie [où il cnumère dans l'ordre 
chronologique les publications anté- 
rieures, en mettant sur le même pied 
celles qui sont entièrement consacrées 
à son sujet et celles qui n'y touchent 
qu'en passant], il entre inunédiate- 
ment en matière. D'autre part, son 
sous-titre risque de nous induire eu 
erreur; car il ne faut pas, chercher 
ici une histoire suivie des relations 
d'Athènes et de Delphes, dominée 
par quelques grandes vues générales. 
En réalité, nous avons atlaire h une 
série d'études de détail, destinées 
à redresser, à compléter, à préciser 
nos connaissances sur la P. 

Les chapitres [qu'en l'absence d'une 
table des matières, le lecteur doit aller 
démêler dans le livre] portent les titres 
suivants : 1. L'éclair sur Vilar ma (p.l). 

— 2. La P. au iv» s. av. J.-C. (p. 13). 

— .'!. La route d'Athènes à Delphes et 
la théorie pythiqiie de la Tétrapole 
(p. 34). — 4. Les théories des armées 
138 et I-Î8 av. J.-C. (p. 52). — 5. Les 
dernières P. (p. 91). — 6. Le cortège 
(■p. 128V — Résumé (p. 137). — Témoi- 
f/na<jes (p. 143). — Excursus (p. 155). 

— Tables (sujets touchés dans le li- 
vre, prosopographie, termes expliqués, 
textes cités ou commentés) p. 165. 

Voici, chapitre par chapitre' un aper- 
(;u des principaux résultats auxquels 
uliDiilit M. B. 

I. — Quand les Athéniens ont su- 
bordonné l'envoi de leur P. à l'appa- 
rition de l'éclair sur l'Harma, ce fut 
pour eux un adoucissement sensible à 
des conditions antérieures bien plus 
dures. [?] — Le texte capital do Stra- 
hon (IX, 2, 11, p. 401) est emprunté au 
commentaire du mythographe Apol- 
lodore d'Athènes sur le catalogue des 
vaisseaux, au ll^ chant de l'Iliade. 
L'emploi de l'imparfait dans ce pas- 
s.ige prouve que, dès le ii« s. av. J.-C, 
l'observation de l'éclair sur l'Harma 
était oubliée depuis longtemps. [Argu- 
ment insuffisant : on noterait aussi 
bien que le sophiste Zénobios, au 
temps d'Hadrien, se sert du présent, 



ou que Plutarque parle de cette vieille 
tradition comme d'une chose encore 
fort connue]. 

11. — La P. était une fête spéciale, 
indépendante de toute autre cérémonie 
delphique ou athénienne, et, en parti- 
culier des jeux pylhiques, où Athènes 
cepenilant avait une représentation. — 
Du discours VII d'Isée [sur i/iéritage 
d'Apollodo7'e), combiné avec le fait que 
les décrets rendus au n" s. en l'hon- 
neur de membres de la P. sont datés 
du second semestre de l'année et avec 
l'invraisemblance d'une offrande de 
prémices avant le mois d'avril, il ré- 
sulte que la P. devait avoir lieu dans 
le dernier trimestre (avril-mai-juin). 
La Dodécade de 26 av. J.-C, paraît 
avoir été célébrée à la même date ; 
mais, vers 100 ap. J.-C, la fête a lieu 
en septembre. — Examen de quelques 
inscriptions et monuments figurés du 
IV s. ; un fragment de calendrier litur- 
gique indique un sacrifice célébré par 
les pythaïstes, à Athènes, le 1 d'un 
mois indéterminé; et deux bas-reliefs 
d'Icaria attestent, dans ce dèine, l'exis- 
tence de pythaïstes, hommes et en- 
fants, ces derniers âgés de dix ans au 
plus [précision sans doute excessive]. 
m. — Traditions mythologiques par 
lesquelles les Athéniens justifiaient 
leur pèlerinage à Delphes, [matière 
éminemment ardue et incertaine]. Leur 
itinéraire passait par Eleusis, Œnoè 
du Cilhéron et Thèbes. -^ Le point le 
plus neuf du chapitre est que, d'après 
M. B., la Tétrapole, région très fermée, 
a eu avec Delphes des relations parti- 
culières, parallèles à celles d'Athènes, 
mais tout à fait indépendantes de 
celles-ci. [Il était pourtant assez sé- 
duisant de se représenter la Tétrapole 
comme servant aux Athéniens d'inter- 
médiaire pour expliquer, à leur grande 
gloire, les relations du dieu de Délos 
avec celui de Delphes. L'incorporation 
certaine des représentants de la Tétra- 
pole dans la P. du ii' s. semblait la 
survivance d'une entente plus an- 
cienne ; et admettra-t-on aisément 



102 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



que, dès la fin du iii« s., Athènes ait 
laissé graver sur son Trésor des dé- 
crets honorifiques qui ne l'intéres- 
saient nullement ?] 

IV. — Au iv» s., nous saisissons la 
trace de plusieurs P. ; nous n'en cons- 
tatons plus une seule de 330 à 138; il 
n'y en a eu aucune en effet. Explica- 
tion historique de ce fait : pauvreté et 
situation troublée d'Athènes au iii°s.; 
domination étolienne à Delphes ; affai- 
blissement du sentiment religieux ; 
Athènes ne reprend de l'éclat que par 
la faveur des Romains. [Vue d'ensem- 
ble vraisemblable ; pourtant il faut 
tenir compte des textes relatifs à la 
TétrapoleJ. — Après ce long intervalle 
de près de deux siècles, les traditions 
de la P. sont rompues. [Je n'en vois 
pas la preuve. M.' B. admet que la P. 
continue à être célébrée, comme par le 
passé, dans un des derniers mois de 
l'année; pourquoi, tant que son retour 
n'est pas périodique, ne dépendrait- 
elle plus de l'éclair sur l'Harma ? Le 
décret du peuple qui la règle s'expli- 
que assez pour légitimer la mise en 
route des magistrats, prêtres, éphèbes, 
cavaliers etc.; mais s'en suit-il que ce 
décret n'était pas subordonné d'abord 
à l'apparition du signe divin?] 

Examen successif des P. décrites sur 
le Trésor des Athéniens. [M. B. raison- 
ne, je crois, trop volontiers comme si 
nous étions sûrs de n'avoir perdu au- 
cune inscription importante]. — P. de 
1S8 : p. modeste, sur le modèle des 
processions courantes, sans archontes, 
ni fonctionnaires pythiques, ni py- 
thaïstes-hommes, ni cavaliers. 

P. de 128 : Si' èxwv TtXstôvwv = après 
un temps assez long. — L'intervention 
des technites dionysiaques, absents en 
138, est un témoignage de leur recon- 
naissance pour le renouvellement de 
leurs privilèges, en 130: [explication 
possible, mais nullement certaine]. — 
Il faut distinguer dans les cérémonies 
de la P., une pyi-phorie, emprunt fait au 
foyer delphique d'un feu pur qu'on 
transporte à Athènes, et une tripodo- 



phorie, commémoration symbolique 
de la fondation du Pythion d'Athènes 
par l'enlèvement d'un trépied qu'on se 
contente peut-être d'emmener jusqu'à 
la limite du téménos. 11 n'y aurait eu 
ni l'une ni l'autre en 138, tripodie 
seule en 128, tripodophorie seule en 
106, les deux en 97 [?]. — Les jeux don- 
nés par les cavaliers, sur le modèle de 
ceux d'Athènes, comprennent quatre 
catégories : la l'^^ pour les phylarques 
seuls, la 2° pour tous les cavaliers 
athéniens, officiers ou non, la 3« pour 
les tarentins, la 4« (èx irâvrwv) pour 
toute espèce de concurrents, sans dis- 
tinction de nationalité. L'expression 
v<.xT]'30L:; Twv cc'j)kâp)(t))v TtotoTot mention- 
nerait, non pas le l«' concours ofga- 
nisé pour les phylarques à Delphes, 
mais le l^"" prix des phylarques de l'an- 
née. [Dans ce cas, on devrait trouver 
aussi la mention des autres prix ; nous 
n'en avons aucun exemple]. — Aux 
représentations données par les techni- 
tes en 128 se rapportent un de nos, 
hymnes musicaux, celui de Liménios 
{Fouilles, n» 138), le grand décret n" 47, 
et celui qui a trait à l'association des 
è-rcoTïoioi (n" 50). 

V. — Questions préliminaires à pro- 
pos des P. suivantes. Le décret n» 49 a 
trait à la P. de 106, le n» 48 à la P. de 
97. L'ennéétéride dont il est question 
dans le n° 48 n'a aucun rapport avec 
celle de IG, II, 985, bien que celle-ci 
(de 102 à 94) soit aussi une ennéétéride 
apollinienne. L'expression oi' èweett,- 
piôo;, dans le n" 48, devant être traduite 
par «après un intervalle de huit ans», 
il en résulte que la décision d'ériger la 
P. en ennéétéride n'a été prise qu'en 
105. [Solution acceptable d'une grosse 
difficulté]. 

P. de 106 : elle présente un caractère 
marqué de reconstitution archéologi- 
que, qui ne doit pas être sans lien 
avec la révolution oligarchique de 103. 
On y trouve tout un groupe nouveau 
de fonctionnaires pythiques, la men- 
tion de dons en nature (JtTcap/at) et en 
argent (icpoaoSot), des pythaistes- 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



103 



hommes en plus des pythaïstes-enfants, 
un IffTtatTup, un nombre d'éphCôbes et 
de cavaliers plus considérable que 
jamais, renforcé encore par une petite 
garde d'infanterie et de cavalerie. Les 
technites continuent à venir en 
foule comme il est naturel après 
l'appui qu'ils ont trouvé à Delphes 
dans leur lutte contre l'Association de 
l'Isthme ; [ils me semblent, dans cette 
affaire, s'être beaucoup plutôt appuyés 
sur Rome] ; ils donnent un àvôjv ÔupiE- 
îkixàî xat axavivtô:;. Par contre, il n'y a 
plus que deux classes de jeux hip- 
piques. [J'ai déjà signalé l'incertitude 
de ces comparaisons entre dossiers qui 
risquent toujours d'être incomplets. 
Ici, en particulier, j'observe que nous 
connaissons, par deux inscriptions 
conservées par hasard, l'une à Athènes, 
l'autre à Délos, la présence ci Delphes, 
en 106, de la prêtresse d'Athèna et d'un 
porte-clefs; or ils ne figurent ni l'un 
ni l'autre sur nos textes. Le titre de 
xXîtSo'jyoç permet une restitution heu- 
reuse pour une ligne mutilée de la P. 
suivante]. 

P. de 97 : destinée à apporter les of- 
frandes de la 1"'^ ennéétéride (105-91). 
Elles ont dû être considérables. Cepen- 
dant l'ensemble de la députation 
[pythaïstes- hommes, pythaïstes-en- 
fants, éphèbes, cavaliers] est beaucoup 
moins nombreux qu'en 106. Il n'y a 
que les technites _qui continuent à 
fournir un gros effort : [cette fois 
M. B. lui-même renonce à nous dire 
po\irquoi]. — Incidemment, M. B. dé- 
finit les termes de pythàisles et de 
Ihéores. Les premier, après avoir cons- 
titué jadis une sorte de collège chargée 
de surveiller l'éclair sur l'IIarma, ont 
pour mission maintenait d'amener les 
victimes à Delphes, de les sacrifier et 
de les répartir ; les seconds assistent à 
la cérémonie comme représentants de 
la cité. [C'est, en somme, la solution 
que je proposais d'après nos inscrip- 
tions. Mais j'éprouve moins de scru- 
pules qve M. B. à admettre que les 
textes littéraires ne nous donnent sur 



ce point que des renseignements insuf- 
fisants, contradictoires ou faux]. 

Pour la fin de l'histoire de la P. et 
celle de la Dodécade, M. B. n'apporte 
rien de nouveau, sauf la constatation 
déjà notée du changement de date de 
la Dod. entre l'époque d'Auguste et la 
fin du !«'• s. de notre ère. [Selon M. B., 
le dernier texte relatif à la P. est celui 
de 58 av. J.-C. ; je ne vois pas pour- 
quoi nos deux inscriptions des envi- 
rons de 38 doivent forcément être 
distinguées de la précédente et attri- 
buées aux Pythia]. 

VI. — Le dernier chapitre est con- 
sacré au sens des mots qui désignent 
les diverses parties de la P. "Ays'.v t)-,v 
n. signifie simplement amener la P., 
être présent à ses cérémonies; itÉtATrEiv 
est synonyme de âys'.v; et au[XTi£[j.iT£'.v, 
tj'j[XTrapaTr6ij,it£iv,irpo-ii:é[jLT£:v n'expriment 
que l'idée d'y venir avec d'autres, de 
l'accompagner, sans aucune indication 
particulière de place. [J'admets volon- 
tiers que le grec du ii« et du i»"" s. a 
beaucoup perdu de sa précision, et 
que tel de ces termes, pris isolément, 
n'a que la valeur vague indiquée par 
M. B. Ici cependant je ne puis m'em- 
pêcher de trouver surprenant l'eujploi 
simultané de mots différents pour dire 
une seule et même chose. — M. B. 
s'égaie fort aussi de l'espèce de « régi- 
ment ». que « les modernes Siaxoa- 
[loOvTSî » (c'est M. Ferguson et moi) se 
sont plu à aligner. Cependant, dans les 
chapitres précédents, (p. ex., p. 121 fin) 
jl parle, pour son compte, d'un noyau 
de la P. et de groupes qui l'accompa- 
gnent : et, dans celui-ci (p. 133, vers 
le milieu), il présente les canéphores, 
nmsiciens, cavaliers et éphèbes comme 
le cadre brillant qui renferme des 
membres d'une importance religieuse 
particulière, pythaïstes, théores et 
fonctionnaires pythiques Quelques 
lignes plus loin, il nous décrit même 
l'ordre exact où s'avançait le cortège. 
Le « régiment » m'a assez l'air de se 
reformer; M. B. va se faire ranger à 
son tour, parmi les ordonnateurs mo-. 



104 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



dernes qu'il plaisantait tout à l'heure !] 
La longueur niêiiie de cotte analyse 
montre assez l'intérôt que j'ai pris à la 
dissertation de M. B. L'auteur a peut- 
être cédé parfois un peu trop volon- 
tiers au désir de présenter des vues 
différentes de celles de ses devanciers. 
Je crois bien aussi qu'en plus d'un cas 
il a. voulu apporter des solutions plus 
précises que ne le permettent les do- 
cuments dont nous disposons. Et j'ai 
déjà noté qu'il se soucie beaucoup plus 
de discuter les détails de son sujet que 
d'en rattacher l'ensemble à des aperçus 
généraux. Du moins il a le mérite de 
s'être attaqué à nombre de problèmes 
difficiles ; il en a, à mon avis, heureu- 
sement résolu plusieurs; et, à ce titre, 
son livre représente une contribution 
utile à l'étude de la Pythaïde. 

G. CouN. 



4. Cil. DIEHL. Hisloire de VEminre 
byzantin. Paris, A. Picard, 1919 In- 
16, xi-239 p. 

Depuis longtemps le besoin se fai- 
sait sentir d'un livre où fût condensée 
toute l'histoire byzantine. M. Diehl 
vient de combler fort heureusement 
cette lacune. Sa nouvelle publication 
rendra les plus grands services, non 
seulement aux spécialistes et aux étu- 
diants, mais aussi au grand public, 
qui pourra se faire une idée plus juste 
des choses de Byzance. Sans rien omet- 
tre de la précision des détails, 
M. Diehl fait un exposé analytique de 
l'histoire byzantine de 330 à 1433. Il 
indique en même temps les traits 
caractéristiques, les idées directrices 
de cette civilisation disparue, qui de- 
meure toujours l'objet de préjugés et 
d'idées préconçues. Il ressort de cet 
exposé clair et vivant des idées singu- 
lièrement intéressantes. 

Byzance n'est pas descendue d'une 
marche ininterrompue vers la ruine. 
Aux crises où elle a failli succomber, 
bien des fois ont succédé des périodes 



de renaissance. Pendant mille ans elle 
a eu, pour conduire ses affaires, de 
grands empereurs, des hommes d'ÉJtat 
illustres, des diplomates habiles, des 
généraux victorieux. Au vi" siècle, Jus- 
tinien veut rétablir l'unité du monde 
romain. En Afrique, en Italie, en Espa- 
gne, il restaure l'autorité impériale. 
Par sa réforme législative et adminis- 
trative, il conserve dans le monde 
l'idée de l'État, les principes de l'orga- 
nisation sociale, et il introduit en 
même temps dans la loi un souci jus- 
qu'alors inconnu de justice sociale, de 
moralité publique et d'humanité. Cette 
civilisation du vi^ siècle a produit des 
écrivains de talent, des historiens, qui 
continuentlestraditions de la littérature 
grecque classique, des monuments qui 
sont des merveilles de science, d'au- 
dace et de magnificence. 

Les empereurs de la dynastie macé- 
donienne, Basile \^\ Romain Lécapène, 
Nicéphore Phocas, Jean Tzimiscès, 
Basile II, sont aussi des hommes 
remarquables. Grâce aux succès mili- 
taires, l'empire grec, au x« siècle, s'étend 
du Danube à la Syrie et des rivages 
d'Italie aux plateaux d'Arménie. Une 
administration fortement centralisée et 
disciplinée, une organisation militaire 
solide lui assurent la puissance et la 
richesse. Au x' et au xi<= siècle, Cons- 
tantinople a été le centre le plus bril- 
lant de la civilisation européenne. 

Après la prise par les Normands des 
possessions byzantines dans l'Italie 
méridionale, après l'invasion des 
Turcs Seldjoucides en Asie-Mineure et 
la perte des provinces asiatiques, l'em- 
pire réclamait un sauveur, qui fut 
Alexis Gomnène, le meilleur des géné- 
raux de l'époque. Malgré ces difficultés . 
extérieures, les Comnènes surent 
reconstituer l'autorité monarchique, 
restaurer l'empire et lui donner une 
prospérité réelle. Pendant un siècle 
Byzance reste encore un centre de cul- 
ture intellectuelle et artistique. Après 
la prise de Constantinople par les 
Latins, la nationalité grecque trouve 



COMPTES KENDUS BIBLIOGHAPHIQUES 



105 



un refuge à Nicée, où se fonde un 
empire, qui s'efforce de refaire contre 
l'étranger l'unité byzantine. A peine 
Constantinople est-elle reprise par 
Michel Paléologue, en 1261, que l'Em- 
pire semble renaître sous la dynastie 
nationale des Paléologues. Michel Vlll 
fait un prodigieux etl'ort pour le res- 
taurer. 11 fut le dernier des grands 
empereurs de IJyzance. Kn Europe et 
en Asie, l'Empire diminue sous les 
assauts des Etats slaves et des Turcs 
Osmanlis ; mais il affirme toujours sa 
vitalité. Il retrouve au contact de la 
tradition antique une vigueur nou- 
velle et reste jusqu'à la fin un foyer 
intellectuel et artistique. 

Cet État avait en lui autre chose que 
des vices. Et M. Diehl expose les ser- 
vices que Byzance a rendus à la civili- 
sation europi'enne. L'empire byzantin 
fut le défenseur de la civilisation con- 
tre la barbarie, le champion de la chré- 
tienté contre l'Islam. De 330 à 318, il 
résiste à la poussée des Barbares, tan- 
dis que l'Occident est submergé. Au 
vi" siècle, Justinien tient tète aux atta- 
ques des Huns, des Slaves, des Avars, 
et élève sur toutes les frontières une 
ligne continue de forteresses. Au 
vn° siècle la monarchie résiste aux 
furieux assauts de l'Islam. Le péril 
arabe est conjuré ; mais l'Empire est 
diminué par la perte de l'Egypte et de 
la Syrie. L'Afrique byzantine tombe 
aux mains des Musulmans à la fin du 
siècle, et les Arabes envahissent et dé- 
vastent l'Asic-Mineure. Mais les empe- 
reurs isauriens, Léon III et Constan- 
tin V, brisent encore une fois le choc 
des Arabes, qui cessent d'être mena- 
çants. Nicéphore Phocas leur repren- 
dra plus lard la Crète. Grâce aux con- 
quêtes en Asie-Mineure, l'Empire, au 
début du xi« siècle, étendait fort loin 
son autorité en Orient. Si sous les Com- 
nènes les Turcs Seidjoucides chassent 
progressivement les Grecs de presque 
tout l'Orient, si sous les Paléologues 
les Turcs Osmanlis progressent et 
atteignent le Bosphore ei réussissent à 



couper Constantinople du reste de la 
monarchie, Byzance avait réussi, grâce 
à sa vitalité, à sa force d'expansion, à 
être l'éducatrice de l'Orient slave, à 
convertir la Russie au christianisnui, 
à exercer son influence civilisatrice en 
Bulgarie, en Serbie, en llussie, en 
.Vrménie, dans l'Italie, du sud et jus- 
qu'en Occident. 

Ainsi Byzance a été autre chose que 
la continuation et la décadence de 
l'empire romain. Elle fut essentielle- 
ment une monarchie d'Orient, qui a 
pris peu à peu conscience d'elle-même, 
et qui s'est opposée à r(>ccident latin. 
On lira aussi avec grand intérêt dans 
le livre de M. Diehl comment s'est 
poursuivie et s'est achevée cette évolu- 
'ution qui a toujours entraîné Byzance 
vers l'Orient. Au iv« et au v^ siècle, 
l'Église d'Orient devient une Église 
d'État soumise à la volonté du prince. 
Elle tend déjà à devenir un organisme 
indépendant qui incline à se séparer 
de Rome. Le pouvoir du basileus de- 
vient de plus en plus absolu, et la 
monarchie devient purement orientale. 
Au vie siècle, Justinien gouverne l'Église 
en maître. Au viiie siècle, la politique 
des empereurs iconoclastes fut inspi- 
rée par des raisons à la fois religieuses 
et politiques : souci de réformer la 
religion en la purifiant de ce qui leur 
semblait une idolâtrie; et désir de 
diminuer l'iuHuence des moines, qui 
trouvaient dans le culte des images un 
de leurs plus puiss ints moyens d'ac- 
tion. Cette persécution, qui fut l'occa- 
sion de cruautés sans nom, eut de 
graves conséquences. Elle augmente le 
mécontentement des pontifes romains 
et amène le schisme avec Home, que 
consomme le patriarche Photius. Au 
xi^ siècle, la rupture de Byzance avec 
la papauté creusera entre l'Orient et 
l'Occident un abîme. L'antagonisme 
s'accroît encore du fait des croisades. 
A la fin du xu» siècle, l'Empire est 
exposé à la haine des Latins. L'hosti- 
lité de la papauté, les ambitions de 
Venise, les rancunes du monde latin 



406 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



ont comme conséquences le détour- 
nement de la quatrième croisade et la 
prise de Constantinople par les Latins 
en 1204. Mais le peuplegrec dans sa 
généralité demeure hostile à l'étranger. 
Michel VIII, après la reprise de Cons- 
tantinople, se heurte de nouveau à 
l'hostilité de l'Occident. La papauté et 
Venise ne renonçaient pas à restaurer 
l'empire latin. L'Occident se désinté- 
resse de l'empire byzantin, qui, épuisé 
et abandonné, succombe en 1453. 

On peut suivre ainsi, grâce à l'ex- 
posé analytique et impartial de 
M. Diehl, les différentes phrases de 
l'antagonisme entre l'Orient et l'Occi- 
dent et comprendre le contraste entre 
l'esprit grec, épris de métaphysique 
subtile, et le génie de l'Occident latin. 
Il serait puéril, comme le dit M. Diebl, 
de vouloir dissimuler les défauts de 
cette civilisation, les révolutions qui 
ont ouvert des périçdes d'anarchie, 
les soulèvements féodaux qui ont 
affaibli le pouvoir impérial, les luttes 
religieuses, les discordes civiles. Mais 
tel qu'il fut, cet État a été grand. « Des 
extrémités de la Grèce au fond de la 
Russie, tous les peuples de l'Europe 
orientale, Turcs et Grecs, Serbes et 
Bulgares, Roumains et Russes, ont 
conservé le souvenir vivant et les tra- 
ditions de Byzance disparue. Et par là 
cette vieille histoire, assez mal connue' 
un peu oubliée, n'est point, comme on 
le croit trop volontiers, une histoire 
morte ; elle a laissé jusque dans notre 
temps, dans le mouvement des idées , 
comme dans les ambitions de la poli- 
tique, des traces profondes, et elle con- 
tient toujours en elle, pour tous les 
peuples qui ont recueilli son héritage, 
des promesses et des gages d'avenir ». 
On trouvera à la fin du volume une 
liste des empereurs byzantins, une 
table chronologique des événements 
les plus importants, une bibliographie 
des principaux ouvrages à lire et à 
consulter, des cartes qui permettent 
de suivre les transformations suc- 
cesives de l'Empire. Des planches 



hors texte mettent sous les yeux du 
lecteur les principaux monuments de 
l'art et complètent fort joliment ce 
livre, qui manquait encore et qui, nous 
n'en doutons pas, aura le'plus grand 
succès. 

J. Ebersolt. 



o. Roy C. FLICKINGER, The greek 
iheatre and Us drama. The Uni- 
versity of Chicago Press, Chicago. 
lllinois-(sans date ; publié en mai 
1918). In 8°, xxi-358 p. 

Voici un très bon ouvrage, qui vient 
à son heure. Les plus récentes discus- 
sions à propos du théâtre grec ont 
manifestement ébranlé beaucoup des 
idées traditionnellement acceptées sur 
ce sujet; mais jusqu'ici l'accord a été 
loin de se faire sur les vues nouvelles. 
M. Flickinger, professeur à l'Univer- 
sité de Chicago, qui est un des meilleurs 
hellénistes formés par M. Capps, a eu 
raison de penser qu'il y avait lieu de 
reprendre la question dans son ensem- 
ble. 11 l'a fait avec une pleine connais- 
sance du sujet et avec une méthode 
réfléchie, associant heureusement la 
prudence des affirmations, fondées sur 
les témoignages, â une certaine part 
d'hypothèses personnelles dont il est 
impossible de se passer. D'excellentes 
illustrations jointes au texte contri- 
buent à la clarté de l'exposé. 

Son étude comprend d'abord une 
introduction de 117 pages qui forme à 
elle seule le tiers du volume. Il y 
traite de l'origine de la tragédie, de 
l'origine de la comédie et de la dispo- 
sition matérielle du théâtre grec. C'est, 
comme on le voit, une sorte de revue 
préalable des questions essentielles et 
les plus controversées. 

M. Elickinger admet que la tragédie 
grecque dérive du dithyrambe pélopo- 
nésien, ainsi que l'atteste Aristote ; 
mais il ne pense pas que cette dériva- 
tion se soit faite par Tintermédiaire du 



COMPTES RENDUS BIBLIOGKAPHIQUES 



107 



drame satyrique. Selon lui, le drame 
satyrique, issu également du dithy- 
rambe, s'est développé à Sicyone 
dune manière indépendante; et c'est 
Pratinas qui, le premier, la introduit 
à Athènes, où il a pris place à côté de 
la tragédie de Thespis, de Phrynichos 
et d'Eschyle, laquelle s'y était consti- 
tuée dans la grande partie du vi" siè- 
cle. Cette conception se rencontre à 
peu près avec celle que j'ai eu l'occa- 
sion d'énoncer il y a quelques années, 
dans le Journal des Savants (mai 1911), 
et dans la 3" édition de V Histoire de la 
Littérature r/recc/iie, t. 111, p. 411 (1913). 
M. Flickinger me paraît lui avoir donné 
toute la vraisemblance qu'elle com- 
porte dans l'état de nos connais- 
sances, en réfutant les opinions diver- 
gentes sur l'origine non dionysiaquede 
la tragédie notconnient celles de .M. 
Ridgeway. 

Pour la comédie, il la rattache avec 
non moins de raison au Comos, c'est- 
à-dire aux mascarades phalliques que 
nous voyons en usage à Athènes vers 
la fin du vi« siècle, d'après les figura- 
tions de certains vases du temps. C'est 
bien là, en eH'et, ce qui ressort à la fois 
des témoignages d'Aristote et de l'exa- 
men des éléments même de la Comé- 
die. En cela, M. Flickinger est d'ac- 
cord avec les meilleures études sur ce 
sujet, notamment avec celles de 
M. Ma.zon {Essai sur la Composition des 
comédies d'Aristophane, 1904) et de M. 
Navarre {Les oriijines et la structure 
technique de la comédie ancienne, Revue 
des Études anciennes, xiii, 1911). La 
démonstration, sans être nouvelle 
quant au fond, est claire, solide et, à 
mon avis, définitive. 

La troisième question traitée dans 
l'Introduction est celle de la disposi- 
tion matérielle du théâtre grec. Sur ce 
point M. Flickinger, se ralliant d'une 
manière générale aux opinions inau- 
gurées par Dôrpfeld en 1896 admet 
comme une chose certaine que les 
acteurs jouaient de plain pied avec le 
chceur ; mais, tenant compte des 



fouilles qui ont eu lieu depuis lors, il 
s'est appliqué à préciser cette vue, en 
montrant par des exemples nombreux, 
qu'illustrent avantageusement les figu- 
res insérées dans le texte, les nom- 
breuses variations que le type accepté 
a dû subir pour s'accommoder aux 
besoins locaux. Les 60 pages de cet 
exposé me paraissent être, sous une 
forme condensée, ce qu'il y a anjour- 
.d'hui de plus complet et de plus ins- 
tructif sur ce sujet. 

A cette introduction succèdent 9 cha- 
pitres, qui constituent la partie la plus 
neuve de l'ouvrage. Us ont pour titres : 
Influence de l'origine religieuse ; in- 
fiuencc de l'origine morale; influence 
des acteurs ; influence des arrange- 
ments propres aux fêtes ; influence des 
conditions matérielles ; influence des 
coutumes et idées nationales ; influence 
de la machinerie théâtrale et des con- 
ventions dramatiques; archives théâ- 
trales. En somme, c'est une analyse 
complète des causes de toute nature 
qui ont donné au théâtre grec ses carac- 
tères distinctifs. En les isolant, pour 
considérer chacune d'elles en elle- 
même et dans ses effets, l'auteur s'est 
trouvé à même de les étudier de plus 
près qu'on ne l'avait fait jusqu'ici. 

Il est impossible de passer ici en 
revue toutes les questions qui sont 
traitées dans ces deux cents et quelques 
pages très substantielles et pleines 
d'aperçus intéressants. Il n'y a pas un 
de ces chapitres qui n'apporte au lec- 
teur, avec l'ensemble des faits déjà 
connus,' des observations personnelles 
et suggestives. Au lieu de s'en tenir à 
des formules générales, M. Flickinger 
s'applique à montrer comment chacune 
des influences qu'il étudie s'est mani- 
festée dans la composition d'un certain 
nombre de pièces, choisies par lui 
comme exemples. Méthode judicieuse, 
grâce à laquelle on voit s'expliquer 
nat'ircllement un bon nombre de faits 
particuliers qui ont embarrassé maint 
commentateur. De telles réflexions sont 
propres à en susciter d'autres. Non seu- 



108 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



lement, elles intéressent le lectenr, 
mais elles l'invitent à penser par lui- 
même. N'est-ce pas là un des meilleurs 
services qu'un auteur puisse rendre à 
son pulilic ? L'ouvrage de M. Flickin- 
ger trouvera le meilleur accueil auprès 
de tous les hellénistes, il profitera aux 
savants exempts de parti-pris, et il 
sera de la plus grande utilité aux 
étudiants. 

Maurice Croiset. 



6. Jean LESQUIER L'armée romaine 
(i Egypte d'Aïu/iiste à Diocléiien (Mé- 
moires publiés par les membres de 
l'Institut français d'archéologie orien- 
tale du Caire, tome quarante-et- 
unième). Le Caire, 1918. ln-4% ix- 
S81 p. 

11 y a quelques années M. Jean Les- 
quier présentait à la Sorbonne une 
thèse excellente sur les Institutions 
militaires de l'Egypte au temps des 
Ptolémées. Aujourd'hui, poursuivant 
ses recherches dans le même sens, il 
nous apporte une histoire de l'armée 
d'Egypte sous la domination romaine. 
Le volume est magnifique, un grand 
in-4, édité avec le luxe coutumier des 
publications de notre Institut archéo- 
logique du Caire et, ce qui vaut mieux 
encore, tout à fait digne de cette toi- 
lette somptueuse par la richesse et la 
solidité du fond. Pour traiter ce sujet, 
la possession des documents propre- 
ment égyptiens ne suffisait pas; il y 
fallait joindre une connaissance ap- 
profondie des textes latins, littéraires, 
épigraphiques, juridiques. M. Lesquier 
est à l'aise, avec la même maîtrise, 
sur ces deux terrains. Et, comme la 
partie est inséparable du tout, comme 
il est pus possible de toucher a une 
■les armées de l'Empire en faisant abs- 
traction des autres, il est conduit à 
aborder divers problèmes se ratta- 
chant à toute l'organisation militaire 
impériale, si bien que son ouvrage, en 
dehors de son objet spécial, acquiert 



une portée plus vaste et s'adresse à 
tous ceux qui s'intéressent à l'étude 
des antiquités romaines. 

L'armée d'Egypte n'a pas eu les des- 
tinées éclatantes des armées du Rhin, 
du Danube, de la Syrie. Bien qu'à 
plusieurs reprises, sous 'Vespasien, 
sous Hadrien, sous Marc Aurèle, elle ait 
envoyé des contingents aux armées 
opérant contre les Juifs, les Parthes, les 
Marcomans, sa tâche a été surtout d'as- 
surer la mainmise des empereurs sur 
le royaume où ils avaient succédé aux 
Ptolémées, et c'est pourquoi son etfec- 
lif ne s'est jamais, dans les circons- 
tances normales, élevé au-dessus de 
18.000 hommes au maximum, pour des- 
cendre, dans le courant du II« siècle, 
sux environs de 13.000. C'était assez 
pour défendre la frontière du sud con- 
tre le seul ennemi dont on eût à redou- 
ter les attaques, l'Éthiopien, pour 
veiller à la sécurité de la vallée du Nil, 
au maintien des communications mena- 
cées par les nomades et, au besoin, pour 
réprimer les émeutes, si fréquentes 
dans la tumultueuse capitale alexan- 
drine. Son rôle a donc été assez modeste, 
un simple service de police, et c'est 
cette considération principalement qui 
a décidé de l'emplacement des garni- 
sons et des postes détachés. Elle n'en 
mérite pas moins de fixer notre atten- 
tion, etcela pourdeux raisons. D'abord, 
elle emprunte une physionomie origi- 
nale au régime très particulier de la 
province où elle était cantonnée, et 
dont les traits essentiels sont premiè- 
rement la stricte hiérarchie établie 
entre les divers éléments de la popu- 
lation, deuxièmement l'interdiction à 
un personnage sénatorial de mettre le 
pied sur un territoire dont les ressour- 
ces et la position stratégique pouvaient 
devenir un appui pour les entreprises 
des gouverneurs ambitieux et dont 
.\uguste, au surplus, avait entendu se 
réserver la propriété et l'e-xploitation, 
conformémentà la tradition desanciens 
maîtres du pays. En second lieu, il n'y 
a pas d'armée provinciale dont la vie 



COMPTES HENUUS BIBLlOGRAPHKjUES 



409 



nous soit aussi bien connue, par des 
documents aussi nombreux et précis. 
L'é[)igraphie africaine elle-même, si 
abondante, n'est pas une source de 
renseignements comparable à la niasse 
toujours croissante des papyrus. 

Après un large coup-d'œii sur l'his- 
toire de l'armée d'Egypte dans ses rap- 
ports avec l'histoire générale de l'Em- 
pire, M. I.esquier prend l'un après 
l'autre les corps qui la composent, 
régions, ailes, cohortes. Il note la pré- 
pondérance attribuée à l'armement lé- 
ger et à la cavalerie, ainsi qu'il couve- 
nait^à la nature du pays et au mode 
d'emploi des troupes. 11 rectilie, chemin 
faisant, le système erroné de Mommsen 
sur la réorganisation de l'armée par 
Auguste, en relevant le total des lé- 
gions évalué trop bas par le savant 
allemand. 11 apporte aussi une solu- 
tion à la question assez obscure jus- 
qu'ici, des légioTis dites priînifjeniae. Il 
s'agit des légions XV et XXII ainsi qua- 
lifiées et correspondant à deux autres 
portant le même numéro. 11 est indiqué 
par l'étymologie et le bon sens de re- 
connaître dans les deux premières les 
coi'ps primitifs; mais comment expli- 
quer leur apparition tardive, posté- 
rieurement aux deux secondes? Un 
examen minutieux des textes fait tom- 
ber l'objection. La vérité c'est qu'il n'y 
a nulle trace de ces deux dernières 
avant le règne de Claude. Les deux 
primiqeniae se sont appelées ainsi du 
jour où, sous cet empereur, elles ont 
dû prêter leurs cadres et la majeure 
partie de leurs eti'ectifs à deux légions 
nouvelles. Dès lors, puisque ces filiales 
conservaient les numéros commémora- 
tifsdeleurorigine. il devenaitnécessaire 
de distinguer par le surnom les légions 
anciennes et celles issues de ce dédou- 
blement. M. Lesquier passe ensuite au 
commandement qui, en raison du prin- 
cipe posé par Auguste, exclut les séna- 
teurs depuis le commandant en chef, 
le vice-roi, le praefectiis Aeçfypti, le 
plus haut des fonctionnaires de l'ordre 
équestre après le préfet du prétoire, 



jusqu'aux tribuns légionnaire^ qui ne 
peuvent être qu'anç/usliclaves. Placer 
toute une armée comprenantdes légions 
sous les ordres de simples chevaliers 
était une innovation grave, mais dont 
la gravité s'atténue si l'on considère 
que les légions d'Egypte comptaient, 
dès le premier siècle, un grand nombre 
d'Orientaux, ne recevant le droit de cité 
qu'au moment de leur incoi-poration : 
elles n'étaient donc pas tenues dans la 
même estime que les légions purement 
romaines Au lieu du légat légionnaire, 
nous trouvons à la tête de la légion uu 
praefecl'is legionis assisté d'un proe/'ec- 
lus caslroriim qui finit par se substituer 
à lui dans son commandeuiiiit. L'élé- 
vation de cet officier a pour point de 
départ, selon M. Lesquier, la concen- 
tration, sous Claude, en un camp uni- 
que, à Nicopoiis. des deux légions XXll 
Dejotariann et tll Cyreiinica, les seules 
qui fussent alors cantonnées enÉgypte, 
et l'on comprend en ellet que cette me- 
sure aiteu pour conséquence d'accroître 
l'importance du commandant de place 
au détriment des deux préfets préposés 
chacun à une moitié seulement des 
troupes occupantes. De ce fait on rap- 
prochera la décision prise par Gallien 
au iii« siècle, quand, pour écarter les 
sénateurs des commandements mili- 
taires, il mit un préfet équestre à la 
|)lacc du légat prétorien. La même cause, 
la défiance à l'égard de Tordre sénato- 
rial, produisit le même eflet, plus tôt 
en Egypte, plus tard dans le reste de 
l'Empire, avec cette ditférence que tan- 
dis que partout ailleurs c'est un préfet 
de légion qui est substitué au légat, la 
substitution en P]gypte du praefectiis 
castrorum au pvaefeclus legionis est un 
fait local, tenant aux conditions parti- 
culières et à l'évolution intime de l'or- 
ganisation militaire égyptienne. 

Nous arrivons à la question du recru- 
tement; mais auparavant il fallait tran- 
cher le problème très controversé de 
Vei^icrisis, et ce chapitre nest pas un 
des moins curieusement fouillés. Sui- 
vant une opinion communément adop- 



110 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



téo, Yepicrisis serait un examen précé- 
dant toutes les mutations de chaque 
soldat, enrôlement, exemption de ser- 
vice pour infirmités, changement de 
corps, libération. Il y aurait en outre une 
epicriszs consistant à inscrire les adultes 
sur la liste des individus exempts de 
la capilatio. Il faudrait donc distinguer 
entre une epicrisis ayant un objet mi- 
litaire et une autre ayant un objet fiscal. 
Distinction vaine, ainsi que le démontre 
M. Lesquier par une discussion très 
serrée. Il n'y a qu'une epicrisis qui 
n'est autre que la constatation du sta- 
tut personnel, constatation rendue né- 
cessaire par la hiérarchie des classes. 
A l'étage inférieur, les indigènes, les 
sujets, exclus à ce titre de l'ar- 
mée et soumis au tribiitum capitis, 
marque de la sujétion. Au-dessus, 
des Hellènes, citoyens d'Alexandrie et 
des métropoles, descendants des pre- 
miers conquérants, représentants de la 
culture que nous appelons classique, 
Au sommet, les citoyens romains. Ce 
sont les deux classes supérieures, 
exemptées de la capitatio, admises au 
service militaire, et devant justifier de 
leurs privilèges par Yepicrisis. On voit 
les rapports de Vepic.risis avec la fisca- 
cité et le recrutement ; mais on voit 
aussi que ces rapports n'en constituent 
pas l'objet essentiel et immédiat. Pour 
le recrutement il faut distinguer, 
comme partout, entre les légions et les 
auxilia, et, à ce double point de vue, 
les transformations de l'armée égyp- 
tienne ne diffèrent pas sensiblement de 
celles qui caractérisent les armées im- 
périales dans leur ensemble. On observe 
seulement qu'elles sont en avance sur 
ces dernières, en sorte qu'il y a lieu 
de se demander si, par l'exemple, elles 
n'ont pas agi au dehors, si elles n'ont 
pas contribué, en quelque mesure, à 
introduire certaines conceptions, cer- 
taines habitudes tout au moins, qui ont 
fini par se généraliser. M. Lesquier ne 
se le demande pas, ce qui tendrait^ 
faire croire qu'il répondrait par la né- 
gative. Pourtant, dans le domaine ad- 



ministratif, l'influence des institutions 
égyptiennes sur le développement des 
institutions romaines n'est pas contes- 
table. Le premier fait à observer est 
l'origine du ^ recrutement qui, large- 
ment oriental, ainsi qu'on l'a dit plu^ 
haut, par opposition aux armées de 
Germanie, d'Illyrie, d'Espagne alimen- 
tées par les provinces de l'Occident, 
prend, dès la deuxième moitié du i" siè- 
cle un caractère régional de plus en 
plus accusé, après que les forts contin- 
gents fournis par les populations bel- 
liqueuses de l'Asie Mineure, principa- 
lement par les Galates, ont été détour- 
nés en bonne partie vers l'armée 
d'Afrique. A ce fait correspond la pré- 
sence dans les légions, dès Auguste et 
Tibère, de ces enfants de troupe, ex 
castris ou castrenses, qui ne se rencon- 
trent ailleurs qu'au ii" siècle. Leur ap- 
parition dès cette époque s'explique 
par la continuité d'une tradition re- 
montant aux Ptolémées et perpétuée 
par les soldats de Gabinius, et vraisem- 
blablement par ceux d'Antoine. On sait 
en etfet que l'armée des Lagides ne 
passait à l'effectif de guerre que par 
la mobilisation de soldats disponibles, 
mariés, établis comme clérouques ou 
catœques, et dont la tenure ne passait 
à leurs fils qu'à la condition pour ceux- 
ci de servir à leur tour. Enfin, si la 
distinction politique et sociale entre 
les légions et les corps auxiliaires n'est 
pas absolument abolie, elle commence 
à sefl'acer dès le ii" siècle, par une 
conséquence assez naturelle de l'exten- 
sion du recrutement local, les mêmes 
classes étant admises, en vertu de Yepi- 
crisis, à entrer dans l'une et l'autre 
fraction de l'armée, et l'obligation du 
droit de cité pour le légionnaire n'étant 
plus guère qu'une fiction légale depuis 
qu'il est conféré à ceux qui ne le pos- 
sédaient pas déjà au moment de leur 
incorporation. Cette fiction même est 
à peine nécessaire depuis l'extension 
par Caracalia du droit de cité à la 
grande majorité des habitants de l'Em- 
pire. Ainsi, dans cette voie encore, 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



111 



dans l'assimilalion des légions et des 
aiixilia, l'armée d'Egypte a fait le pre- 
mier pas. M. Lesquier découvre, dès le 
début du deuxième siècle au moins, des 
cito5'ens romains dans les ailes et les 
cohortes, et il établit le fait directe- 
ment, en dehors de toute conclusion 
tirée de l'onomastique. Il montre même 
que toute conclusion de ce genre fondée 
sur ce critérium serait arbitraire, puis- 
que aussi bien; contrairement à l'édit 
de Claude, il résulte des textes les plus 
décisifs que l'adoption d'un nom latin 
par un pérégrin ne dénonce môme pas 
l'octroi de la latinité. Observation im- 
portante qui met à néant la théorie de 
Mommsen d'après laquelle, en s'ap- 
puyant sur ces mêmes données ono- 
mastiques, il attribue le droit latin aux 
recrues de la flotte et des équités sin- 
fjulares. 

Viennent maintenant les questions 
relatives à la vie du soldat pendant et 
après le sei'vice. D'abord la question 
du mariage. Les documents égyptiens 
ne permettent plus de douter que le 
mariage, mariage du droit civil ou 
mariage du droit des gens, n'ait été 
interdit aux soldats sous les drapeaux, 
quels qu'ils fussent, auxiliaires ou 
légionnaires, et, autorisé, pour ces der- 
niers du moins, à partir de 197, sous 
Septime Sévère. Mais ils montrent 
aussi comment ils se sont efforcés de 
tourner la loi en faisant produire aux 
liaisons contractées sous la forîne du 
concuhinat avec une ingénue ou du 
contubernium avec une esclave, les 
etfets d'une union légitime. On n'ignore 
pas que ces liaisons, affectant par la 
durée le caractère d'un mariage vérita- 
ble, étaient fréquentes dans toutes les 
armées. Elles ne l'étaient pas moins 
dans celle d'FIgypte. Somme toute, une 
fille du pays trouvait grand avantage 
à épouser, même dans ces conditions, 
un soldat. Elle participait à sa solde, à 
ses distributions, à ses récompenses, 
et, s'il recevait le droit de cité à sa libé- 
ration, elle lui était unie par le connu- 
bium, et ses enfants à naître devenaient 



citoyens. Qu'arrivait-il cependant si 
l'homme venait à prédécéder ou s'il y 
avait séparation ? Comme la loi ne con- 
naissait le contrat de mariage et la 
con'^titution de dot que dans les justes 
noces, la femme restait sans ressources, 
ainsi que les enTants. Pour parer à ce 
danger, le soldat se reconnaissait débi- 
teur à sa compagne d'un prêt ou d'un 
dépôt dont elle pourrait, le cas échéant, 
réclamer la restitution. C'était un em- 
prunt à la législation égyptienne, où le 
prêt fictif servait à diverses transac- 
tions. Mais l'administration ne se lais- 
sait pas prendre à ce subterfuge : elle 
voyait dans le dépôt ou le prêt pré- 
tendu une dot dissimulée, c'est-à-dire 
un moyen détourné d'assimiler l'union 
tolérée à un mariage légitime. De même, 
elle rejetait les pétitions tendant à la 
légitimation des enfants. De là une 
sorte de duel procédurier sans cesse 
renouvelé et dont plusieurs pièces 
nous ont conservé la trace. Néanmoins 
les gouvernants étaient réduits, dans 
tout l'Empire, par la force des choses, 
à des concessions qui, à la longue, 
conduisirent à la mesure libérale de 
Septime Sévère. En ce qui concerne les 
corps auxiliaires, où, depuis le u« siècle, 
le nombre des citoyens allait toujours 
croissant, il est évident que ces der- 
niers ne pouvaient se voir interdire le 
mariage du moment où il était autorisé 
pour les légionnaires, et quant aux pé- 
régrins la question ne se posa plus du 
jour où l'édit de Caracalla leur eut con- 
cédé le droit de cité. Sur tous ces points 
les documents égyptiens jettent un jour 
nouveau et nous apportent les éléments 
d'une solution définitive. Au reste, plus 
qu'ailleurs, le conflit entre la loi et les 
mœurs devait être accusé dans celte 
armée d'Egypte où la force des liens 
familiaux nous est attestée par l'appa- 
rition précoce des castrenses' ei leur 
rapide multiplication. 

La question de la libération soulève 
divers problèmes. Comment se fait-il 
que les légionnaires voient refuser le 
droit de cité à leurs enfants, alors qu'il 



H2 



COMPTES RENDUS ItlBLIOGKAPHIQUES 



est accordé à ceux des auxiliaires qui 
pourtant occupent une place moins 
élevée dans la hiérarchie militaire? 
M. Lesqiiier, très ingénieusement, pro- 
pose l'explication que voici. Quand un 
pérégrin, pendant le service, contrac- 
tait une union, généralement avec une 
pérégrine, cette union, interdite par la 
discipline, était légale du point de vue 
du droit des gens, et, par suite, ses en- 
fants étaient légitimes. En consé- 
quence, quand il devenait citoyen, ses 
enfants le devenaient égaleincnt, parce 
qu'ils suivaient la condition du père. 11 
en était autrement des enfants du lé- 
gionnaire qui, nés en dehors des justes 
noces, étaient bel et bien des bât.ards. 
Or le droit civil, dont ils relevaient, ne 
possédait aucun moyen de légitimer 
des bâtards Si toutefois, aux envjrons 
de 145, cette faveur est retirée aux . 
vétérans auxiliaires, et s'ils se trouvent 
placés après cette date, en ce qui con- 
cerne la conditi^ de leurs enfants, 
dans la même situation inférieure que 
les légionnaires, on discerne la raison 
de cette mesure. Il s'agissait de déve- 
lopper le recrutement, le recrutement 
local, le recrutement de l'armée par 
l'armée. En supprimant le droit de cité 
pour les fils nés pendant le service, on 
le leur offrait comme un appât, comme 
leur récompense au uioment de leur 
libération, après leur engagement vo- 
lontaire. Cela revient àdire qu'on mul- 
tipliait le nombre des castrenses dans 
les corps auxiliaires comme dans les 
légions. Les documents relatifs aux 
vétérans de ces corps qui ont vécu en 
Egypte nous apprennent qu'ils ont re- 
çu personnellement un autre droit de 
cité que la cité romaine, à savoir l'ins- 
cription dans une commune urbaine 
devenue leur patrie fictive. L'avantage 
était pour ceux de leurs enfants qui, 
étant nés avant leur libération, n'étaient 
pas citoyens romains et ne pouvaient 
espérer le devenir, soit par faute de 
vocation militaire, soit pour toute autre 
raison. Ils se trouvaient par là moins 
favorisés que leurs frères plus jeunes 



nés après cette libération, et obte- 
naient du moins une compensation en 
participant au droit municipal d'une 
-o>vt^, généralement la comnmne d'An- 
tinoé qui paraît avoir été la plus pri- 
vilégiée, et ainsi ils se classaient dans 
la catégorie la plus élevée des péré- 
grins. Les assignations de terres, tom- 
bées en désuétude depuis les dernières 
colonisations d'Auguste, ne se rencon- 
trent pas en Egypte, sauf une exception 
sous Septime Sévère. Les vétérans 
égyptiens propriétaires le sont par 
voie il'achat ou d'héritage. Pourtant la 
règle n'est pas absolue. Les textes nous 
apprennent que l'État a vendu des 
terres à des vétérans dans des condi- 
tions spéciales, et d autre part il y a 
un mode d'établissement foncier, la 
xoAuvia, désignant non plus une terre 
achetée, mais un don. Il nous est dif- 
ficile d'ailleurs de définir la condition 
juridique de ces xo'Xtovtat qui, malgré 
l'identité du terme, n'ont rien de com- 
mun avec les colonies au sens ordi- 
naire du mot. Nous savons seulement 
que les vétérans possesseurs de terres 
à ce titre sur le terrain d'un même 
bourg ou dans une circonscription 
plus étendue formaient une collecti- 
vit'^, peut-étie analogue aux associa- 
tions des cives romani consislenles 
dont les exemples sont rares en Orient, 
en dehors de l'Asie-Mineure. 

A propos des diplômes d'origme 
égyptienne, dont il étudie avec soin 
les particularités, M. Lesquier ne pou- 
vait se dispenser d'aborder la question 
des diplôuies légionnaires. C'est une 
opinion courante qu'il n'en a pas été 
conservé et que par conséquent il 
n'en existait pas, cette singularité ne 
pouvant être un simple eiïet du hasard. 
A cette conclusion on ne saurait oppo- 
ser la découverte des trois diplômes 
concernant des soldats des légions I 
et II Adjutrix. On sait en effet que ces 
deux légions avaient été formées avec 
des soldats de la flotte qui étaient pé- 
régrins. Ils rentrent donc dans la caté- 
gorie des diplômes délivrés aux auxi 



COMPTES RENDUS BIBLlOGRAl'llIolJES 



113 



liaires ; mais il y a, d'autre part, des 
diplômes de soldats du prétoire et des 
cohortes urbaines qui, eux, sont des 
citoyens, et de plus un diplôme mutilé 
qui semble bien se rapporter à un lé- 
gionnaire lequel ne serait pas, comme 
on la cru, un légionnaire de la II" 
Adjutrix.Nous avons enfin le texte con- 
nu sous le nom de diptyque de Phila- 
delphie, une tablette de bois qui, n'est 
autre chose que la copie de la missio 
honesla concédée au soldat M. Valcrius 
Quadratus de la X" légion Fretensis et 
dont l'original était conservé à Alexan- 
drie sur une table de bronze contenant 
une série de dispositions analogues. 11 
est donc hors de doute, et le contraire 
ne serait pas admissible, que les légion- 
naires n'étaient pas privés des avan- 
tages accordés aux auxiliaires, et il 
ressort de ce dernier monument qu'ils 
étaient autorisés à se faire délivrer 
une copie de l'acte les intéressant. 
Mais il reste à expliquer un fait étrange, 
la rareté des diplômes de légionnaires 
(et ce n'est pas assez dire, puisqu'ils se 
réduisent pour le moment à un exem- 
plaire unique) comparée au très grand 
nombre des diplômes d'auxiliaires. 
Pour une fois M. Lesquier n'explique 
rien. 11 se condamne, lui aussi, à atten- 
dre des découvertes fortuites, qui, sans 
doute, si elles se produisent, ne seront 
jamais que des exceptions. Nous hasar- 
derons, quant à nous, une hypothèse. 
La missio honesla ne pouvait, pour le 
légionnaire, qu'amélioi'er sa condition 
maritale, ainsi que le dit fort bien 
M. Lesquier. De même pour le soldat 
des cohortes prétoriennes et urbaines. 
Pour l'auxiliaire elle lui assurait la 
qualité enviée, glorieuse, précieuse 
entre toutes, de citoyen romain, il est 
donc naturel qu'il ait tenu à posséder, 
qu'il ait conservé pieusement jusque 
dans la tombe le témoignage dont il 
était fier, tandis que le légionnaire se 
contentait en général de le réclamer et 
de l'exciper, inscrit sur une matière 
moins durable, au cas où il lui était 
contesté. Le point faible de notre hy- 
REG, 1920, XXXUl, n» 151. 



pothèse, il faut le reconnaître, c'est 
que nous avons des diplômes de sol- 
dats des corps privilégiés autres que 
la légion, en petit nombre, il est vrai, 
du moins relativement ; mais cela peut 
tenir à ce fait que leur ellectif était 
inférieur à celui des aiuilia. 

D'autres chapitres sont consaciés au 
service de l'intendance, aux cultes, aux 
routes, etc. Mentionnons encore la bi- 
bliographie abondante et précise, les 
indices, la prosopographie, les excursus. 
Rien ne manque de ce qui peut ins- 
truire et guider le lecteur. Mais nous 
ne pousserons pas plus loin cette ana- 
lyse trop longue déjà, et néanmoins 
trop sommaire, pour donner une idée 
exacte de cette œuvre magistrale, des- 
tinée à prendre rang en tête des meil- 
leures publications de notre jeune 
école de papyrologie, si active et si bril- 
lante. Par un juste hommage elle est 
dédiée à M. Pierre Jouguet, le chef de 
file, le rénovateur en France de ces 
études, le premier qui les ait intro- 
duites dans notre enseignement uni- 
versitaire. Nous n'exprimerons en ter- 
minant qu'un regret, c'est que M. Les- 
quier ait cru devoir s'arrêter à l'avé- 
nement de Dioclétien. Les i-aisons qu'il 
en donne ne sont que spécieuses. Nous 
avons trop l'habitude d'établir une 
ligne de démarcation tranchée entre 
les deux périodes dites du Haut et du 
Bas Empire. Ce qu'il faut reconnaître, 
c'est qu'il avait déjà parcouru une 
vaste carrière et qu'il est bien excu- 
sable de n'être pas allé au-delà. Nous 
nous consolerons en enregistrant la 
promesse que l'histoire de l'armée 
d'Egypte au iv* siècle va faire l'objet 
d'un second travail confié à un autre 
savant. Souhaitons qu'il soit à la hau- 
teur du premier. On ne pourra en faire 
un plus bel éloge 

G. Bloch. 



7. V. MAGNIEN. Le syracusain litté- 
raire et l'idylle XV de Théocrite. 
Paris, Champion. In-S», 63 p. (extrait 

8 



414 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



des Mémoires de la Société de linguis- 
tique, XXI, fascicules 2 et 3). 

On ne se représente dordinaire le 
grec que par ses formes orientales, la 
langue épique, l'éolien, l'ionien, l'at- 
tique et la xoiv^j fondée sur l'ionien- 
attique. On oublie volontiers que la 
Grèce occidentale, et surtout la Sicile de 
langue dorienne, a pris au développe- 
ment de la civilisation grecque une 
large part, que Syracuse a été l'un des 
grands centres littéraires de la Grèce. 
Écrasé par Rome, l'hellénisme sicilien 
s'est éliminé peu à peu, tandis que 
l'hellénisme oriental se maintenait et 
que Byzance le continuait ; de la litté- 
rature sicilienne, qui a été originale et 
importante, il n'est resté que des 
débris. 

La langue même de ces débris a été très 
maltraitée parce qu'elle s'est transmise 
par des copistes qui ne la connaissaient 
pas. Les textes d'Archimède ont été si 
défigurés à ce point de vue que sou- 
vent on y reconnaît à peine le dorien 
dans lequel les avait composés leur au- 
teur, grand patriote local, on le sait. 
Le mieux conservé sans doute de 
tous les textes suivis en syracusain, et 
l'un des plus proches assurément du 
parler local, est l'idylle XVdeThéocrite. 
M. Magnien a étudié en linguiste averti 
la langue de cette idylle en la rappro- 
chant du peu que l'on sait d'ailleurs 
sur le parler syracusain, dont, par un 
malheur singulier, on n'a pas d'inscrip- 
tion dialectale, et il a fait une véri- 
table description du parler syracusain; 
il en fait apparaître toute l'originalité. 
On voit en particulier, par l'exposé de 
M. Magnien, à quel degré avancé de dé- 
veloppement était parvenu le parler 
d'une grande ville où avaient immigré 
des Grecs venus de toutes parts. Des 
formes comme hxii.\ « je sais », ou rJ- 
Tioayz « il a soutfert », eu disent assez 
long. 

A. Meillet. 



8. — A7idré PIGANIOL. Essai sur les 
origines de Rome. Paris, E. de Boc- 
card, 1917. ln-8o, 341 p. 

VEssai sur les origines de Rome de 
M. André Piganiol est un livi-e trou- 
blant. Il atteste, chez son auteur, en 
môme temps qu'une érudition archéo- 
logique d'une ampleur et d'une préci- 
sion remarquable, un talent des plus 
brillants et des plus distingués. Mais 
cette érudition et ce talent ont été mie 
au service d'une méthode qui nous 
paraît dangereuse, d'une idée générale 
dont l'application est de nature à faus- 
ser les données de tout problème his- 
torique, d'une thèse audacieuse jus- 
qu'au paradoxe et dont la rigueur 
systématique ne saurait dissimuler la 
fragilité. 

La méthode est celle qui consiste 
à expliquer les origines obscures 
des peuples et des cités de l'anti- 
quité classique par des comparai- 
sons empruntées à l'organisation des 
tribus peu civilisées de l'Afrique ou 
de rOcéanie moderne. Pour légiti- 
mer cette méthode, les savants qui 
l'appliquent n'hésitent pas à affirmer 
que les Grecs, les Latins, les Orien- 
taux ont passé par le stade de déve- 
loppement auquel ces tribus sont au- 
jourd'hui arrêtées, et qu'en observant 
ces tribus nous avons sous les yeux 
des institutions sociales, économiques, 
religieuses tout à fait analogues aux 
institutions de Rome ou de la Grèce 
primitive. C'est là une pure hypothèse, 
indémontrée et indémontrable. Or, fon- 
der une méthode scientifique sur une 
hypothèse, c'est probablement bâtir 
sur le sable. 

L'idée générale, c'est que le dévelop- 
pement historique d'un peuple est 
déterminé par sa « structure sociale ». 
Une telle idée méconnaît les conditions 
multiples et variées qui exercent leur 
influence sur l'existence de toute com- 
munauté d'êtres humains, par exemple 
les conditions géographiques, condi- 
tions de relief, de climat, de situation 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



145 



à la surface du globe ; les conditions 
historiques, telles que le voisinage 
d'autres peuples, les actions et réac- 
tions réciproques des peuples limi- 
trophes les uns sur les autres, les 
conséquences de ces actions et réac- 
tions sur la vie et l'évolution inté- 
rieure des tribus, des nations, des 
États ; les conditions intellecluelles et 
morales, qui donnent à chaque race 
ou à chaque peuple sa physionomie 
originale, qui distinguent l'Oriental 
du Grec, le Grec du Romain, le Romain 
du Gaulois ou du Carthaginois. L'orga- 
nisation sociale d'un groupe humain 
n'est qu'un des éléments qui con- 
courent .à diriger la vie collective de 
ce groupe. Lui attribuer une impor- 
tance en quelque manière exclusive, 
c'est en vérité tronquer et fausser 
l'histoire. 

Quant à la thèse soutenue par 
M. A. Piganiol, elle donne l'impres- 
sion, excessive peut-être, mais non pas 
absolument fausse, d'une théorie cons- 
truite à priori avec laquelle il a fallu, 
bon gré mal gré, que les faits con- 
cordent après coup. 

D'après M. A. Piganiol, Rome, le 
peuple romain, l'État romain, la civi- 
lisation romaine ont une double ori- 
gine. Ils sont nés de la rencontre, du 
conflit, de la fusion de deux groupes 
ethniques et sociaux très différents : 
les peuples venus du Nord et qui ap- 
partiennent à la grande migration dite 
indo-européenne, et les peuples venus 
de rillyrie, qui ont pénétré dans la 
péninsule italique par le Picenum et 
l'Apennin central, et qui représentent 
la tradition méditerranéenne. Les pre- 
miers, pasteurs et nomades, se re- 
trouvent dans la colonie albaine ; les 
seconds, agricoles et sédentaires, se 
reconnaissent dans les Sabins. Le chef 
des premiers est Romulus; le chef des 
seconds est Tatius. Les Albains ont 
formé le patriciat : les Sabins ont 
donné naissance à la plèbe. 

Telle est l'idée maîtresse autour de 
laquelle tourne la thèse de M. Piganiol. 



L'opposition des continentaux venus 
du nord et des Méditerranéens venus 
de l'est et du sud-est apparaît, aux 
yeux de M. Piganiol, dans les rites 
funéraires, dans la religion, dans le 
droit, dans les techniques industrielles, 
dans l'économie de la vie sociale. Les 
continentaux incinéraient leurs morts ; 
pratiquaient des cultes ouraniens ou 
célestes; étaient organisés suivant le 
régime patriarcal ; employaient la 
technique du métal forgé ; avaient 
comme armes l'épée et le bouclier 
rond ; savaient tisser la laine; construi- 
saient leurs demeures sur un plan 
circulaire ; connaissaient en numération 
le système décimal, etc. Au contraire, 
les Méditerranéens inhumaient les 
morts ; célébraient des cultes chto- 
niens ; préféraient le régime matriar- 
cal; avaient gardé latechnique du métal 
fondu ; se servaient à la guerre du 
javelot et du bouclier oblong; portaient 
des vêtements de lin ; habitaient des 
maisons de forme rectangulaire ; usaient 
en numération du système duodéci- 
mal, etc. Toutes ces différences, toutes 
ces oppositions provenaient, suivant 
M. Piganiol, d'une cause unique : les 
Septentrionaux étaient des peuples 
pasteurs ; les Méditerranéens étaient 
des agriculteurs sédentaires. Le sys- 
tème est d'une rigueur en quelque 
manière logique. Il est trop logique 
pour répondre à la réalité vivante de 
l'histoire. Aussi bien, M. Piganiol a-t- 
il été forcé, pour l'édifier, de formuler 
des postulats bien discutables et de 
donner à des faits précis et patents un 
sens tout à fait inexact. C'est par 
exemple un postulat bien fragile que 
ceci : « Ce sont les envahisseurs venus 
de l'Europe de l'est et du centre qui 
ont introduit dans le monde méditer- 
ranéen et dans l'Europe occidentale le 
rite de l'incinération ». Et c'est vrai- 
ment faire trop bon marché des docu- 
ments le» plus explicites que d'écrire : 
« Nous tenons pour assuré : d'abord 
qu'il y a entre le culte du soleil et 
' celui de la lune une sorte d'antinomie ; 



116 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



en second lieu que la lune est à ranger 
parmi les divinités chtoniennes ; en 
troisième lieu, que le soleil est presque 
toujours une hypostase du dieu du 

ciel Si notre première proposition 

est exacte, il est impossible que le 
symbole très ancien qui figure une 
étoile enveloppée d'un croissant repré- 
sente le soleil et la lune ». Or ce 
symbole est représenté, avec un sens 
qui n'est pas douteux et qui est pré- 
cisément celui que M. Piganiol déclare 
impossible, sur de très nombreux mo- 
numents votifs. Le respect des faits 
concrets doit être, à nos yeux, le pre- 
mier devoir de l'historien. Ce respect, 
M. Piganiol nous paraît le subordon- 
ner à l'affirmation de principes ou de 
théories systématiques posés a priori. 

Comment s'est formée, dans les 
conditions imaginées par M. Piganiol, 
l'unité romaine? Il y a eu d'abord oppo- 
sition, conflit entre les deux éléments' 
rapprochés par les circonstances sur le 
territoire de Rome ; ce conflit c'est le 
duel du patriciat et de la plèbe. Puis 
au conflit a succédé peu à peu la 
fusion, sans que pourtant tout vestige 
des contrastes primitifs ait étéefTacé. 
M. Piganiol essaie de retrouver, dans 
ce que nous savons de l'évolution so- 
ciale et politique du peuple romain, 
les grandes étapes de cette marche à 
l'unité. 

Pour conclure, l'auteur de ce livre 
curieux et prenant élargit sa thèse 
à» l'infini. Cette lutte, puis cette al- 
liance d'un peuple de pasteurs et d'un 
peuple d'agriculteurs, c'est un fait 
général. Ce qui s'est passé à Rome 
s'est passé, affirme M. Piganiol, en 
Grèce, en Asie-Mineure, dans l'Inde, 
chez les Sémites, en Extrême-Orient, 
en Afrique. « L'histoire des origines 
de Rome n'estjqu'un cas particulier 
d'un phénomène universel, et les civi- 
lisations simples, dont la civilisation 
romaine représente la fusion, corres- 
pondent à des types élémentaires 
d'une extrême généralité ». 

En résumé, l'œuvre de M. Piganiol 



nous inspire un double sentiment, une 
estime sincère et profonde pour le 
talent si personnel, si souple, de l'au- 
teur, pour sa vaillance à se mesurer 
avec des problèmes si ardus et presque 
insolubles, pour la somme de labeur, 
infiniment probe et minutieux, qu'il a 
dépensée dans ce livre ; mais aussi 
— el il ne s'offusquera pas de notre 
franchise — un très vif regret de voir 
tant de talent, tant de vaillance, tant 
d'ardeur au travail détournés de la 
vraie méthode historique, entraînés 
vers des procédés de travail que nous 
ne pouvons pas ne pas tenir pour 
inféconds et dangereux. Certes, la lec- 
ture d'un tel livre est attachante au 
plus haut degré ; la hardiesse, même 
la témérité des idées fait toujours une 
impression favorable ; on commence 
par féliciter l'auteur de sortir des 
chemins battus, et c'est plus tard seu- 
lement qu'on se demande s'il ne s'égare 
pas. Le véritable historien ne doit pas 
se laisser gagner par ce dilettantisme. 
Il doit toujours se rappeler qu'une 
hypothèse trop vite lancée et trop 
facilement acceptée obstrue pour long- 
temps la voie qui mène à la vérité. 

J. TOUTAIN. 



9. Giaela M. A. RICIITEB. The Metro- 
politan Muséum of Art. Handbook of 
The Classical Collection. New York, 
1917. In-80, 276 p., 185 fig. 

Un musée ne peut pas avoir un type 
uniforme de catalogues. Lesvisiteurs qui 
parcourent ses galeries se rangent en 
catégories distinctes. Les uns — les 
plus nombreux — font une promenade 
rapide et demandent un simple signa- 
lement des plus beaux objets exposés. 
D'autres veulent consacrer leur temps 
à une section particulière. D'autres 
enfin auront besoin d'étudier une 
série spéciale au moyen d'une notice 
détaillée, ayant un caractère scientifi- 
que. Ce n'est pas une tâche facile que 
de satisfaire à tant de goûts si différents; 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



H7 



<uiai3 le devoir d'une bonne adminis- 
tration est de multiplier autant que 
possible les livrets de tout genre pour 
répondre aux désirs du public, quel 
qu'il soit. L'important est d'instruire, 
•et tous les moyens sont bons. Il ne faut 
pas trop mépriser ceu.K qui se hâtent et 
•qui espèrent d'un seul coup absorber 
.le contenu d'un musée ou d'un dépar- 
tement de musée. Car, si on leur pré- 
sente un livre bien l'ait, ils conipren. 
dront ce qu'il y a dans ce vaste ensem- 
ble et ils reviendront pour mieu.x le 
regarder en détail. 

C'est ce livre bien fait que nous 
présente Miss Cisela Richter, qui s'est 
fait connaître déjà par de fort bons 
articles d'archéologie dans les revues 
d'.\mérique. Son Handbook s'adresse 
seulement aux visiteurs des antiqui- 
tés grecques et romaines dans le musée 
métropolitain de New-York. C'est un 
domaine limité ; mais celui qui l'aura 
parcouru attentivement, avec ce guide 
en main, aura pénétré dans la connais- 
sance intime de l'art ancien. 

Les salies de ce département sont 
■classôes chronologiquement, depuis 
l'époque préhellénique (laCrète et Mycè- 
nes) jusqu'à la fin de l'Empire romain. 
L'aufeur nous conduit donc salle par 
salle et nous signale au passage les 
principaux objets, en s'attachant à en 
commenter le sens historique et la 
valeur esthétique. Quand la promenade 
■est achevée, nous avons passé en 
revue l'antiquité tout entière sous ses 
aspects les plus attrayants; nous som- 
mes plus riches d'idées sur la vie des 
anciens et sur ieur façon de compren- 
dre le beau. 

Une illustration abondante et bien 
«hoisie fixe notre attention sur les 
pièces les plus remarquables. Enfin un 
index bibliographique complète les ren- 
seignements donnés et engage le lec- 
teur à pousser plus avant ses études, 
si ce premier contact avec les créations 
de l'art grec et romain a éveillé chez 
lui le désir de s'instruire. 

Même les professionnels accueilleront 



avec plaisir cet élégant volume, d'un 
format commode ; car il leur permet 
de se rendre compte du nombre 
important des belles œuvres réunies 
dans ce musée, qui peut aujourd'hui 
rivaliser avec les meilleures collections 
d'Europe. 

E. POTTIER. 



10. A. E. TA YLOR. Plalo's Biogniphj of 
Sokrates. (froni the Proceedings of 
the British Academy, vol. vm; read 
March 28, 1917) London, Humphrey 
Milford, Oxford Lniversity Press. 
In-8o, 40 p. 

Jadis Ed. Munk fondait une classi- 
fication des dialogues de Platon sur la 
succession des événements de la vie de 
Socrate qui y sont rapportés : c'était 
supposer qu'ils en contiennent en ell'et 
une relation fidèle. Bien que, quarante 
ans plus tard, le présent mémoire nous 
donne, au moins en passant (p. 28 sq.\ 
quelque chose d'analogue, le but que 
s'y propose M. A. E. Taylor n'est pas 
le même. C'est, pourrait-on dire, de 
faire l'épreuve de l'hypothèse qui était 
à la base de l'entreprise de Munk. Car 
c'est ici. l'auteur le déclare tout 
d'abord, une simple expérience qu'il 
a voulu tenter : est-il possible de 
trouver dans Platon une représentation 
réaliste de Socrate et les éléments d'une 
biographie cohérente'] Ou bien les 
traits de cette biographie sont-ils, du 
moins pour la plupart, imaginaires et 
destinés, comme on l'a soutenu, à 
constituer le type idéal du philosophe, 
de sorte que Socrate lL les autres per- 
sonnages des dialogues ne seraient que 
les masques sous lesquels se cache la 
figure de Platon ou de ses contempo- 
rains, adversaires et amis? 

On sait dans quel sens s'étaient 
orientées, en 1911, les pénétrantes 
analyses de l'auteur des Varia Socralica. 
Le résultat de son expérience en est la 
vérification. Le Socrate des dialogues 
n'est pas un être de convention; c'est 



418 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



le Socrate historique, et tout ce que 
Platon nous apprend de positif sur sa 
vie et sur sa personnalité (cf. le 
résumé de la p. 34), il ne le doit pas 
uniquement à ses relations personnel- 
les avec lui, mais aussi, pour toute la 
période qui est antérieure, à ses rela- 
tions de famille; plusieurs de ses 
parents, Critias, Charmide, ont connu 
Socrate, et les informations qu'il tient 
d'eux ont pour nous une authenticité 
privilégiée. Elles ne sont démenties ni 
par le portrait des Nuées, malgré ce 
qu'il a de caricatural, ni par les asser- 
tions d'Aristoxène, en faisant abstrac- 
tion de leur intention malveillante, ni 
par les témoignages d'Ion de Chio ou 
dTsocrate. Quant à Xénophon, au 
témoignage duquel les historiens clas- 
siques accordent tant de prix, en 
dehors de quelques maigres données 
qui d'ailleurs n'ajoutent rien à ce que 
nous savons d'autre part, il brode, 
souvent sur la trame et avec les maté- 
riaux qu'il emprunte à Platon, une 
représentation romanesque et traves- 
tie du vrai Socrate (voir 12-14, 32 sq., 
3.5-40). Ce jugement sur le témoignage 
de Xénophon ne semble pas pouvoir 
être contesté. Et d'autre part l'auteur 
a raison, non pas seulement de cher- 
cher à lier entre eux les éléments bio- 
graphiques ou les traits de caractère 
épars dans Platon, mais d'y trouver 
autre chose que les caractéristiques, 
arbitrairement choisies, d'un t3'pe 
abstrait. Sans aucun doute Platon est 
notre meilleure source pour la connais- 
sance de la personnalité de Socrate. 
Un des arguments dont se sert A. E. 
Taylor pour le prouver mérite une 
attention spéciale. C'est celui qu'il 
tire de la définition aristotélicienne du 
Xdyoc; awxpaTf/iôî dans la l'oélique (14476 
2 sqq.). Ce genre d'ouvrage est un 
mime, c'est à dire tout autre chose 
qu'une composition dramatique ; son 
objet n'est pas l'action dans laquelle 
se développe une situation tragique, 
mais la représentation d'un r.Ooî, la 
peinture caractérisée d'une pei-sonna- 



lité, en tant que cette peinture permet 
d'en déterminer l'attitude et les préfé- 
rences ; le Xoyo; awxoaTixô; sera donc 
essentiellement réaliste (p. i-4,i. 

Cependant, si la thèse est juste dans 
son principe et dans beaucoup de ses 
applications, certaines conséquences 
en semblent parfois excessives, et le 
principe même est peut-être posé en 
un sens trop absolu. 

Un postulat domine en effet l'expé- 
rience à laquelle procède l'auteur, 
c'est que, à l'égard de Socrate, Platon est 
un historien scrupuleux, et rien d'autre. 
Qu'il soit le mieux informé, le plus 
exact, le plus sincère de nos témoins,, 
cela n'empêche pas qu'il ait pu, de la 
meilleure foi du monde, incorporer à 
son portrait biographique certains 
traits, plus ou moins légendaires,, 
favorables a la conception qu'il se 
faisait de l'action et du rôle de son 
maître. L'exemple des discours de 
Thucydide montre bien quelle sorte de 
vérité ou recherchait alors dans une 
œuvre d'histoire. N'est-ce pas en outre 
assez arbitrairement qu'on refuse à 
l'artiste qu'était Platon la faculté 
d'adapter librement des données réel- 
les du passé à une situation présenta 
analogue? Il s'ensuit qu'il a pu, sans 
penser ainsi fausser la vérité de V^rfioç 
de ses personnages, transporter dans 
le cadre que lui fournissait la vie de 
Socrate, et ses opinions pcrsonnellçs 
et les oppositions qu'elles rencontraient. 
Se croyant, contre Antisthène ou d'au- 
tres, le fidèle continuateur de la pen- 
sée de son maître, il a pu être tenté de 
représenter les adversaires de sa pro- 
pre interprétation sous les traits des 
adversaires mêmes de Socrate. L'hypo- 
thèse des masques n'est donc pas radi- 
calement exclue par la thèse dont 
M. A.E. Taylor, avec M. Burnct, est le 
défenseur ingénieux et souvent per.sua- 
sif. Une interférence reste en effet 
toujours possible et vraisemblable, 
entre le désir qu'éprouve le disciple 
d'être le témoin fidèle de la doctrine de 
son maître, et le souci du philosophe- 



COMPTES KliNDLS BIBLIOGKAPIIIQUES 



119 



qui veut défendre cette doctrine en la 
développant dans son milieu projjreet 
en opposition avec des doctrines adver-^ 
ses, ou avec des interprétations qu'il 
juge fausses. Dira-t-on que ce sont là 
des inférences psychologiques ? 11 est 
difficile de s'en passer. Sans parler de 
celle que comporte en lui-môme le pos- 
tulat initial de la thèse en question, 
celle-ci ne réussit à se sj'stéinatiser 
d'une façon cohérente qu'en faisant 
constamment ajipel à de telles inféren- 
ces (cf. p. ex. p. 23 post. med.). Or celles 
dont nous avons parlé méritaient peut- 
être de n'être pas négligées. Les condi- 
tions dans lesquelles s'est exercé l'art 
de Platon sont, à la vérité, inflniment 
plus complexes qu'on ne veut le recon- 
naître. Enfin, tandis que, selon l'au- 
teur, le Socrate de Platon serait, dans 
toute la rigueur de ce terme, un por- 
trait, l'Étranger éléate du Sophiste et 
du Politique &%i un type, et son anony- 
mat n'exige ni caractéristique person- 
nelle, ni traits biographiques (p. 33). 
Mais, sans chercher si l'Étranger éléate 
ne serait pas mieux nommé un porte- 
parole, il est permis de se demander 
si le portrait de Socrate ne peut, tout 
en restant cela même, admettre cer- 
tains traits imaginaires et convention- 
nels, qui pourtant n'en altéreraient 
pas, aux yeux de Platon, la vérité pro- 
fonde. La méthode comparative, à 
laquelle A. E.Taylor recourt volontiers, 
serait ici de mise : le Voltaire de Hou- 
don, par exemple, est-il moins vrai 
parce que le sculpteur a habillé d'un 
vêtement romain le corps du patriar- 
che de Ferney? Le réalisme des Xoyoi 
(jwy.paT'.xoi en lui-même, au surplus, ne 
fournit en faveur de Platon aucune 
preuve privilégiée. Tous les Socratiques 
en avaient composé, et c'est un fait 
que ceux d'Antistliène, tout réalistes 
qu'ils dussent être selon l'hypothèse, 
ne semblaient pas cependant à Platon 
l'expression de la vérité. Ceux dç Xéuo- 
phon ne laissent-ils pas M. Taylor 
incrédule? 

Voici maintenant quelques consé- 



quences, d'ailleurs nécessaires, du point 
de vue adopté. Deceque, par exemple, 
les relations de Socrate avec le vieux 
Critias dans le Timée (car il ne s'agit 
pas, comme l'a bien vu M. Burnet, de 
Critias le tyran) sont hautement vrai- 
semblables, on induit qu'il en est 
de même pour celles qui lui sont attri- 
buées avec Timée et avec Hermocrate 
(p. 18). On accepte pour des témoi- 
gnages, émanant réellement de Nicias 
et de Lâchés, les jugements que, dans 
le Lâchés, Platon leur fait prononcer 
sur le courage et sur les capacités mili- 
taires de Socrate {ibid.) etc. Peut-être 
la véracité d'une assertion n'emporte- 
t-elle pas immédiatement celle de 
toutes les assertions qui l'accompa- 
gnent, et c'est, encore une fois, em- 
prisonner l'art de Platon dans de bien 
étroites limites. Enfin, quand bien 
même on accorderait, sur le terrain 
biographique, à la thèse de l'auteur 
tout ce qu'elle réclame, il n'en résul- 
terait pas cette autre conséquence qu'en 
tirent A. E. Taylor et M. Burnet, que 
la doctrine mise par Platon dans la 
bouche de Socrate est la pure doctrine 
de celui-ci. Sans doute Platon veut 
être un fidèle interprète. .Mais il croit 
l'être, en donnant l'interprétation qui 
lui est personnelle et qui pourtant n'est 
pas celle d'autres élèves du couunun 
maître : il croit l'être en ajoutant à la 
doctrine ainsi interprétée tous les déve- 
loppements qu'elle lui paraît compor- 
ter. Quf) ce soit d'antre part l'usage 
d'Aristote de demander au Socrate des 
dialogues de Platon ce qu'il veut dire 
du Socrate historique (p. 3), cela ne 
prouve rien; car il arrive aussi à .\ris- 
tote d'employer le nom de Socrate à 
titre de pseudonyme, et pour parler de 
Platon. Sans insister sur d'autres rai- 
sons (1), c'est une pétition de principe 



(I) Voir mon t-luiie R. E. G. xvix (l'.Ur.), p. 
I30sqq.el. sur le point particulier, p. 151 sq. 
Je me permets, pour la question de la valeur du 
t(5moignage de X(?noplion, de rappeler en outre 
un article publié dans VAiini'-c philosophique 



120 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



d'alléguer le soi-disant usage d'Aristote 
comme une preuve à l'appui d'une 
hypothèse, qui est elle-même le fonde- 
ment de la signification particulière 
qu'on donne à cet usage. 

L. Robin. 



U Alb.Aug. TREVER.Ahisloryof Greek 
économie thoiiqht. The University of 
Chicago. A dissertation submitted to 
the Faculty of the graduate School 
of Arts and Literature, in candidacy 
for the degree of doctor in Philoso- 
phy. The University of Chicago Press, 
1916. In-S", 162 p. 

Cette étude, intéressante, précise, 
érudite et solide, a été entreprise sur 
l'initiative et sous la direction du Prof. 
Paul Shorey. Consacrée aux doctrines 
économiques des Grecs, elle est, dans 
l'esprit de son auteur, une préparation 
à un travail ultérieur sur les conditions 
économiques de fait auxquelles se 
rappoitent ces théories. Il faut espérer, 
avec lui, qu'elle fournira aux écono- 
mistes actuels d'utiles points de com- 
paraison, et à ceux qui étudient, d'un 
point de vue purement littéraire, la 
pensée grecque, une connaissance qui 
leur fait trop souvent défaut. 

L'ouvrage est méthodique, bien dis- 
tribué et clairement écrit. Dans son in- 
troduction, il expose la raison d'être, 
l'objet et la méthode de son livre, en y 
joignant quelques indications géné- 
rales sur les principaux caractères de la 
pensée économique chez les Grecs. Puis il 
aborde dans un premier chapitre, assez 
court (14-21), l'exposition de ce qu'on 
peut savoir de leurs idées économiques 
avant Platon, en insistant principale- 
ment sur celles de Démocrite, des 
Sophistes, d'Euripide et de Thucydide. 
Il y examine et critique avec sagacité 



XXi, 1910 (1(»H), alors que les travaux de 
M. Taylor ol de M. Burnel m'étaient encore 
inconnus. 



les raisons alléguées pour expliquer 
le développement limité de la science 
économique : la principale serait peut- 
être, selon lui, que nous sommes sur- 
tout renseignés par les philosophes 
socratiques, qui sont, d'un point de 
vue moral, les adversaires de l'esprit 
commercial et capitaliste de leur épo- 
que. 11 est donc naturel que la plus 
grande partie du livre soit remplie par 
les études sur Platon (22-62), sur Xéuo- 
phon (63-76) et sur Aristote (81-124). 
Toutes trois sont conçues sur un plan 
uniforme qui permet de classer com- 
modément les idées des auteurs étudiés 
par rapport aux divers points de vue ' 
sous lesquels peut être envisagée la 
réalité économique : 1» théorie de la 
valeur; 2'J problème de la richesse; 
30 problème de la production, consi- 
déré sous trois aspects : agriculture, 
capital, travail et industrie; 4» pro- 
blème de l'échange ; 5» problème de la 
population ; 6" problème de la distri- 
bution ; 7» socialisme et communisme. 
Avant de s'attaquer à Aristote, M. Tre- 
ver passe en revue les opinions éparses 
sur ces questions dans les discours de 
Démosthèneoudans ceux d'Isocrate (77, 
81). Après l'étude sur Aristote, il groupe 
en un seul chapitre tous les penseurs, 
contemporains ou successeurs de Pla- 
ton et d'Aristote, dont les vues ont 
moins dimportance, et parmi lesquels 
les Cyniques, l'auteur inconnu de 
VEryxias, Télés et les Stoïciens sont 
pourtant l'objet d'une attention parti- 
culière (125-145). Un dernier chapitre 
contient, après un bref sommaire des 
résultats obtenus, les considérations 
les plus judicieuses sur la valeur des 
suggestions pratiques qu'ont fournies 
aux économistes modernes les doctri- 
nes antiques et sur l'influence qu'elles 
ont exercée, notamment sur l'économie 
politique deJohn Ruskin (voir par ex. 
p. 23, 5, 149, 2, et très souvent). 

Une bibliographie, un index alphabé- 
tique des matières et des auteurs cités. . 
enfin un index des termes grecs qui 
ont le plus de place dans les théories 



COMPTES RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



121 



économiques complètent heureusement 
cet utile ouvrage. Dans la bibliographie, 
très riche et que l'auteur souhaite 
manifestement faire aussi complète que 
possible, on signalera pourtant quel- 
ques omissions : ainsi les ouvrages de 
J. Denis, Histoire des théories et des 
idées morales dans F Antiquité, de Paul 
Janet, Histoire de la Science politique 
dans ses rapports avec la morale de 
E. Van der Resl, Platon et A ristote, Essai 
sur les commencements de la science 
politique, déjà anciens sans doute, 
auraient néanmoins avantageusement 
tenu la place de certains autres, 
ceux de Thonissen, Du Mesnil-Marigny, 
Villeneuve-Bargemont etc. On est 
de même surpris que M. Trever ait 
ignoré, sinon l'étude publiée, en 1914, 
dans les Annales de Louvain par M. 
Defourny sur Arislole, théorie écono- 
mique et politique sociale, du moins 
les articles de M. Lescure sur La théo- 
rie de la propriété dans Aristote, dans 
la Revue de l'histoire des doctrines éco- 
nomiques et sociales (1908). 

Peut-être en outre, puisque les ou- 
vrages relatifs aux faits eux-mêmes, et 
non aux doctrines, n'étaient pas exclus 
de la bibliographie, aurait-on aimé à 
y trouver certains livres surles métiers 
et' sur le commerce, comme ceux de 
Hlùmner et de Speck. Le grand ouvrage 
de Bockh méritait aussi d'y figurer, 
puis que aussi bien il est utilisé à 
plusieurs reprises dans le cours du 
travail. Enfin, à côté des éditions de 
Jowett et Campbell pour la République 
de Platon, ou de Newman pour la. Poli- 
tique d' Aristote, pourquoi ne trouve-t- 
on pas celles de Adam, et de Susemihl 



et [licks, qui ont été, l'une et l'autre, 
souvent utilisées ? Pour Le Politique de 
Platon et pour V É thique dWristote, on 
pouvait mentionner l'édition de Camp- 
bell et, [eu outre de celle de Stewart, 
celles de Grant et de M. Burnet. 

On a déjà dit avec quel manifeste 
souci d'exactitude l'ouvrage a été fait ; 
il s'appuie constamment sur une étude 
attentive des textes. Quand bien même 
çà et là quelques réserves de détail 
apparaîtraient nécessaires à un examen 
plus approfondi, la valeur d'ensemble 
de cette contribution à l'histoire des 
idées n'en serait pas diminuée. Ce qu'il 
faut en outre louer tout particulière- 
ment, c'est le désir d'impartialité que 
révèlent les jugements de M. Trever. 
Tout en proclamant que les doctrines 
économiques, dont nous sommes le 
plus souvent redevables à des philo- 
sophes, sont viciées par des préoc- 
cupations morales étrangères à l'étude 
objective des faits, il reconnaît cepen- 
dant que ces préoccupations ne sont 
pas constantes et qu'elles n'ont pas le 
caractère ascétique prépondérant qu'on 
leur attribue parfois : elles n'excluent 
l'analyse proprement scientifique des 
faits, ni chez Aristote, ni même chez 
Platon, et, en tenant compte des sen- 
timents de l'homme et de ses aspira- 
tions idéales, ces anciens théoriciens 
de l'Économie politique s'accordent en 
fin de compte beaucoup mieux avec 
les tendances actuelles et avec la vérité, 
que ne fait par exemple l'économie 
abstraite de Ricardo (cf. p. 10, 12, 21, 
22, 63, 81 sq., 149 sq. 

|L. Robin. 



Bon à tirer donné le 12 novembre 1920. 
Le rédacteur en chef, Gustave Glotz. 



Le Puy-cn-Velay. — Imprimerie Peyrillcr, Rouchon el Gamon, 



a3 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 



OBSERVATIONS SUR UNE LOI DE SOLON 

Parmi les lois que la tradition antique attribuait à Solon, 
une des plus connues est celle qui a trait à la succession tes- 
tamentaire (1). C'est aussi une des plus certainement authen- 
tiques, sinon quant à la lettre (2), du moins quant au fond ; 
sinon quant au texte intégral (3), du moins quant à la dispo- 
sition essentielle. Cette disposition essentielle ne nous est pas 
rapportée en termes rigoureusement identiques (4); mais voici, 
par exemple, la formule du 3' discours d'Isée [sw^ la succession 

(1) On est bien obligé de parler de testament, quitte à définir l'emploi d"nn 
mot que, par exemple, on continue d'appliquer conramment aux actes du plus 
ancien droit romain, leslamenla certes, mais nullement testaments au sens 
moderne, !<> Le « testament » que nous aurons en vue est l'acte qui, créant vin 
héritier, intéresse au premier chef le droit de la famille et la continuation de la 
maison : c'est la ditl'érence de fond qui le sépare du testament moderne, lequel 
a un caractère essentiellement économique et rentre, comme la succession en 
général, au même titre que les divers procédés d'aliénation, dans le chapitre de 
la transmission de la propriété. 2° Quant à la forme, cet acte s'accomplit ou entre- 
vifs — c'est alors qu'il est le plus éloigné de la notion moderne — ou par 
volonté unilatérale, ainsi dans l'adoption dite testamentaire. 

(2) Pour la présence du mot ô'.aôéuOai dans le texte législatif, voir les doutes 
de E. F. Bruck, Zur Geschichle der Verfugungen von Todeswegen im ailgrie- 
chischen Redit, Breslan, 1909, p 13 sqq. 

''3) Ainsi Bruck, 0. l., p. 15 sq., regarde comme une adjonction postérieure le 
membre de phrase sàv [xt, jxaviwv f; yripwv xxX. 

(4) On sait que la loi est souvent citée dans les orateurs : Isée, 11, 13 ; 111, 68; 
IV, 16; VI, 9; Dém., XX, 102; XLIV, 68; XLVI, 14; Hyper., C. Atfién., col. VllI, 
1. 1 et s. ; cf. Isocr., XIX, 49, 50 ; Arist., 'A. H., XXXV, 5, et aussi Plat., Lois, XI, 
923 E-924 A. 

REG, 1920, XXXUI, n» laî. 9 



124 LOUIS GERNET 

de Pyrrhos), § 68, qui peut servir de type : 6 yàp vépioç Siap- 
pT^ôTiv AÉyet. è^slivat, otaOéo-Oai ottwç âv sQéAr, TiÇTa auToG, 
èàv [XT) TîoïSaç yvyia-iouç xaTaAÎTtri àppevaç ; c'est-à-dire : « la loi 
déclare expressément qu'il est permis de disposer de ses biens 
à son gré si on ne laisse pas d'enfants mâles légitimes ». La 
seule variante qui pourrait être de conséquence est celle qui 
porte ôoûvai. au lieu de oiaOéo-Oai : mais nous avons volontaire- 
ment donné du mot ot-aOéaGai une traduction large, et d'ailleurs 
fidèle (1), et le mot ôoûvai. est si peu défini en lui-même (2), 
que, pour l'instant, nous pouvons négliger cette difïerence. 
L'important — et nous n'avons pas le droit d'en douter devant 
les témoignages de l'antiquité qui, insistant sur la gravité de la 
loi, insistent aussi sur son auteur — , c'est que Solon a ouvert, 
à côté de l'hérédité légitime, une autre voie de succession à 
cause de mort ; c'est qu'il a attribué à l'individu, en un certain 
sens et dans de certaines conditions, le droit d'ordonner de la 
transmission de son patrimoine. — Quelle est la portée de cette 
innovation? C'est là un problème qu'on a souvent agité, et 
nous ne dirons pas qu'il n'en est pas plus avancé ; nous nous 
croyons pourtant fondé à y revenir parce qu'il présente un 
intérêt scientifique^ C'est du moins ce que nous essayerons de 
montrer après avoir établi, dans une première partie, quel est, 
à notre sens, l'objet réel de la loi. 



PREMIERE PARTIE 



I 



D'abord, sous quelle forme avait lieu cette transmission 
héréditaire? Il y a un premier point que nous considérons 

(1) Comme le fait Dareste dans sa traduction d'Isée (1898), p. 58. 
(2)' Gf. Beanchet, Hisl. du dr. prv6é de la j'ép. ath., III, p. 12S; p. 656, n. 2; 
p. 696. 



La CRÈAÏJtm DU tÈSTAMENT 125 

coinrae acquis : c'est quelle avait lieti par voie dadoptîon. 
11 y a un second point sur lequel, encouragé par les derniers 
essais, nous Uoiis monlrerotts résolument affirrnrftif : d'est 
quelle avait lieu d'abord exclusivement par adoption entré-vifs. 
Nous n'avOtts pas besoin d'établir à nouveau ce qu'on a 
feconnu depuis longtemps, le fait que, pendant toute TépoqUe 
classique, riUstitution d'héritiefse pf-éserite soUs la fofnie d'une 
adoption de l'héritier, le fait que la plétitioil d'hérédité, de la 
part d'un héritier « testamentaif-e », se fo'nde eut la validité 
d'une adoption par lé dé cujtis, enfin l'identité c<ïnstattiitferit 
admise entre les coticepts de oLàOv^xyt et d' d^nolr^fTiç (i). Sstuf 
ttiauvaise voloUté, il y a longtemps qu'on èait cela (3). PlUs 
récemment, M. Glotz (3) a insisté sUr ce caractère essentiel du 
prétendu testament solonien pour essayer une intéi'prétàtioTi 
positive de la réforme. Mais il y a une chose qu'il admet impli- 
citement : c'est que l'adoption dont il s'agit pourrait bien être, 
dès Solon, celle que consignent des tablettes plus ou moins 
secrètes, celle que déclare toute seule, par l'acte le plus unila- 
téral qui soit, une volonté individuelle, « ambulatoire » et sus- 
ceptible de repentir; et cet acte juridique, si vOisiiï,- par sa 
notion môme, de l'acte moderne à cause de mort, aurait pu 
coexister dès Solon — dès Solon qui ne l'aurait pourtant ni 
créé ni sanctionné, puisque, d'après M. Glotz, la portée dé sa 
réforme est ailleurs — avec l'adoption au grand jour,» l'adoption 
par-devant le groupe familiÊfl ou politique, l'adoptiotï qui, Sains 



(1) Sur Tassociation et la conl'tision fréquente entre la B:ct^,-*.r^. « testament », 
et l' E'ttfxotïiati;, introdaction dans la fanïilfe par vote d'adoption, les plaidoyers 
d'Isée ottrent à tout moment des féïifioigùages. — Cf. Beaucbef, 11, p. i9 sq. ; 
Ifl, p. 427, p. 692, exprimant une doctrine courante. 

(2j Thalheim (daùs Ilèrmann, Hecltlsallêrlûmer, p. 7&; et Berl. Phîlolog. 
Woche.nschr., 1907, col. 877 sq.) persiste à soutenir que Selon a introduit le vrai 
testament au âéns moderne dans le droit d'Athènes. Sa façon de considérer la 
forme de l'adoption comme plus ou moins indiflerente est éfrange; et lè pTocédé 
qui consiste à écarter du Concept de oia8T,x-fi l'adoption entre-vifï sous prétexte 
que le terme 5'.a6ïT6ai exclut ce type d'acte juridique, eët uHè pétition dé prin- 
cipe caractérisée. Dans l'opuscule précrté, Bruck a fait de lai thèse dé Thalhchn 
— plus inconsistante au fo'A'd quelle n'en a l'air — tirie réfutation décisive. 

(3) Solidarité de la famille, p. 342 sqq. 



126 LOUIS GERNET 

délai ni condition, fonde un status nouveau^ et crée des droits 
définitifs. 

Or, dans une étude encore plus récente, dans une étude où 
se retrouvent d'ailleurs quelques-unes des idées de M. Glotz, 
Bruck (1) a fourni de sérieux indices à l'appui de la thèse sui- 
vante : le testament solonien, pour l'appeler par son nom, n'est 
qu'une adoption entre-vifs. La forme normale de l'adoption, 
qui a lieu par-devant la phratrie ; la gaucherie timide avec 
laquelle on essaye de la reproduire au bénéfice de l'héritier 
testamentaire, qui se présente devant la phratrie (2) pour se 
faire inscrire sur son registre (3); le fait que l'adoption testa- 
mentaire est encore considérée au iv^ siècle avec une défaveur 
visible (4), et qu'une tendance collective persiste à n'attribuer 
qu'à l'acte entre-vifs la vertu d'une vraie adoption, d'une vraie 



(1) Die Sclienkung auf clen Todesfall im griechischen und rômischen Hecht, 
zugleich ein Beitrag zur Gescfiickte des Testaments, l'er Theil, Breslau, d909, 
p. 53 sqq. 

(2) Cf. Beauchet, 0. l., II, p. 23. 

(3) Cette inscription sur le registre de la phratrie — et aussi sur celui du dénie 
— l'adoptant tient à les opérer lui-même pour leur donner, visiblement, une 
vertu qu'elles risqueraient de ne plus avoir si elles étaient faites après sa mort; 
voir là-dessus le curieux passage d'isée, VII, 27 : Apollodore ayant adopté Thra- 
sylle et l'ayant présenté à la phratrie, craint de mourir avant l'inscription au 
registre du dème ; Thrasylle étant absent, il va trouver les dèmotes et demande 
que, s'il lui arrive malheur, ils veuillent bien inscrire son fils adoptif. — C'est 
sans doute le lieu de rappeler la règle qu'on rencontre fréquemment en droit 
comparé dans les premières phases de l'histoire du i<- testament », et qcii exige, 
pour la validité des dispositions de dernière volonté, ou bien qu'elles aient été 
prises avant la dernière maladie, ou bien que leur auteur fût en état de sortir 
de sa chambre sans bâton ni appui — ou, primitivement, qu'il fût capable de se 
rendre à l'assemblée (testament ralatis comiliis) : cf. Lambert, Fond, du droit 
civil comp., I, pp. 437-8, avec la bibliographie. 

' (4) Voir, notamment Isée, VII, 1 : les adoptions qui peuvent être contestées, 
ce ne sont pas celles qui ont eu lieu au grand jour, l'adoptant présentant l'adopté 
aux suyi-evsK et le faisant inscrire sur les xoivà ypoi\t.iioi'zitoi ; au contraire, et tiî 
teîkeuTfiïsiv [xéXXwv ôléÔsto, eî ti itaôoi, tt,v oïiaîav éxépu>, xal TaÛT' sv ypâ[X[j.ao'i v.aLté- 
ÔETQ TTapi xiffi anHLfivifisvo;. Cf. II, 44. D'ailleurs, nous savons que la fameuse 
parenthèse sàv \ir^ piavitôv etc., était un nid à procès (Arist., IloX. 'A6., 33, S) : 
comme c'était surtout les adoptions proprement testamentaires qui tombaient 
sous le coup de cet article, nous avons là un indice de plus de la défiance où 
était tenue la oia^Tix-r; unilatérale par l'opinion publique et la jurisprudence. 
Cf. Isée, 11, 14. 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 127 

institution d'héritier (1); la comparaison avec d'autres cités 
grecques qui, tardivement encore, ne connaissent que l'adoption 
en public (2) : tout concourt à faire admettre que Solon n'a pu 
opérer la révolution — loin qu'elle ait été opérée avant lui — 
qui a fait attribuer à la seule volonté d'un individu le pouvoir 
de régler la dévolution d'un patrimoine, en dehors de cette 
institution contractuelle dont l'adoption entre-vifs est à ce point 
de vue un des types. Pour notre part, nous ajouterons qu'il n'y 
a pas de vérité mieux attestée par le droit comparé que l'ap- 
parition relativement tardive et le caractère relativement 
moderne de l'acte à cause de mort fondé sur la volonté « ambu- 
latoire » (3). Mais nous ajouterons aussi que, dans le droit 
athénien du iv* siècle, l'adoption testamentaire se distingue de 
l'autre par le fait qu'elle ne confère pas la saisine (4) : différence 

(1) Cf. Bruck, Schen/cung, pp. 68-69. 

(2) Pour Gortyne en tout cas, la chose est attestée par le l^"" Code, qu'on est 
d'accord pour dater du v^ siècle (col. X, 1. 34 et s. ; cf. /. J. G., l, p. 386, p. 482); 
il est d'ailleurs permis de penser que le mot aviravutî, qui y désigne l'adoption, 
implique au premier chef l'idée de publicité. — Pour Sparte, le témoignage 
d'Hérodote (VI, 57) conduit à la même conclusion. 

(3) C'est là une idée qui tendait à se faire jour depuis longtemps : on peut la 
considérer aujourd'hui comme acquise; parmi les thèses souvent'paradoxales de 
M. Lambert, c'est un des résultats solides qu'il faut retenir de ses études sur 
les Xll Tables (voir notamment Fond, du droit civil comp., p. 411-416). Notons, 
quelque conception qu'on se fasse d'ailleurs du testament romain, que les plus 
aiiriennos formes de ce testament [calalis comitiis, in promictii, maiicipaiio 
famlliae) rentrent d'un commun accord dans la catégorie des actes entre-vifs, 
produisant des effets immédiats. , 

(4j Pour la distinction, à ce point de vue, de l'adoption entre-vifs et de l'adop- 
tion testamentaire, voir Beauchet, 0. L, IF, p. 59. Nous croyons en effet que 
Beauchet a raison, encore que sa discussion soit insuffisante : le texte d'Isée, 
III, 60, qui lui paraît décisif, pourrait s'interpréter dans un autre sens que le 
sien; mais les cas concrets que nous fout connaître les plaidoyers nous montrent 
qu'il y a solidarité, d'une part, entre l'adoption entre-vifs et la saisine (cas du 
11" discours ; affirmation implicite du principe pour le c^s du Vil", § 3) — d'autre 
part entre l'adoption testamentaire et la demande d'envoi en possession (cas des 
discoiu's III, IV, V, X; le discours IX ferait difficulté, si d'ailleurs il ne se réfé- 
rait à une situation de fait, et non pas de droit : § 5). — Un autre argument se 
tire indirectement du texte de la loi qui permet l'adoption à tous ceux qui 
n'étaient pas eux-mêmes fils ailoptifs Iôtiz af,xî à-Ksizerv (x/|t' èTT'.o'.xauajôai : ces 
derniers mots ont été l'objet de discussions sans nombre (on peut voir la biblio- 
graphie, ancienne et moderne dans : Dareste, Plaid, civ., II, p. 30T sq. ; Beau- 
chet, II, p. 35 sq.; Bruck, Ziir Gescli., p. 22 sqq.). Disons seulement qu'à nos 



128 LOUIS fiERIîiET 

assez grave, et qui paraît bien dénoncer un développement, 
secondaire de l'institution, laquelle n'aurait d'abord compris 
spiis 1(3 noni de ôixjvixri (1) que l'adoption au sens propre, 
l'adoption contractuelle (2). Il est un dernier argument que 
nous ferons valoir, et ce n'est pas le moins pertinent : c'est 
celiji que fournit la terminologie : en admettant même que le 
terifi& û!.axî9ear8qn,, dans cet emploi, remopte à Solon (3) — ce 
qpe nous considérons comn^e probable — , à l'époque classique 
il se trpuve Résigner deux choses tellement différentes qu'elles 
ne sauraient dater du même temps; et, comme ce n'est 
slLjrement pas l'adoption testamentaire qui a précédé l'adoption 
entre.-vifs cprflme procédé de transmission héréditaire, il faut 
bf(3n que Solqn u'ait entendu viser sous ledit terme que la 
secpudp de ces ppérations : autrement, il faudrait admettre 
que sa réforme même a consisté dans la reconnaissance de 
l'adoption testamentaire, ce qui n'psjt guère soutenu et point 
du tout soutenable. 

Donc, quand nous disons que Solon a perniis de tester, cela 
signifie qu'il a permis d'adopter entre vifs. Mais alors, où était 
l'inpovation législative? L'adoption nous fait l'effet d'un acte 
passablement antique, et ce nest pas le législateur, bien sûr, 
qui ['il inveutée. Il l'aurait donc rendue licite dans des condi- 
tions où elle ne l'était pas jusque là. Déduction impeccable ; 
reste à savoir dans quelles conditions. Là-dessus, on pourra 



yeux les raisons de foriiie et de fof^d s'accordent pour nous conseiller l'interpré- 
tation suivante, qui est aussi, à peu près, celle de Thalheim : « ceux qui avaient 
été adoptés de telle sorte qu'ils ne pussent renoncer et qu'ils n'eussent pas à 
demander l'envoi en possessipp >>. lît aussi bien, il nous paraît certain, d'après 
Iq, lettre jnême ^u texte, que cette parenthèse constitue une adjonction posté- 
rieure à Solon. 

(1) Bruck, Zmj' Gescfi., p. Ig sqq. a montré par des exemples probants — dont 
on pourrait encore allonger la liste — que le verbe SiaxWeaOai impliquait fort 
bien, ^ l'occasion, l'idée d'une opéi'ation bilatérale. 

(2) Sur ce caractère essentiel, cpnforme à la conception la plus ancienne des 
« dispositions de dernière volonté » dans un très; grand nombre de droits, voir 
Bruck, Schenkung, p. H9 gq. 

(3) C'est ce qui a été mis en doute, comme nous l'avons dit, par Bruck : au 
surplus, la suite même île son étytje ^st plutôt favoral^le à l'authenticité du terme. 



LA CRÉATION Dlj TESTAMENT 129 

faire appel à Plutarque, Solon, XXI : « Une autre loi fameuse est 
celle qui concerne les testaments : auparavant, ils n'étaient pas 
permis; les biens et la maison devaient rester dans le yévo*; du 
défunt : Solon, lui, permit à ceux qui n'avaient pas d'enfants 
de donner leurs biens à qui ils voudraient; ainsi, il préféra 
Tamitié à la parenté, la libre bienfaisance a la contrainte... » 
Le raisonnement qu'il était déjà naturel de faire trouve ici son 
point dappui : si l'adoption existait déjà, elle ne devait exister 
qu'à l'intérieur de cette forte et jalouse unité qu'était encore la 
famille ; avant Solon, il n'était permis d'adopter que dans le 
cercle du yévo; ; après lui, on put adopter en dehors de ce 
cercle (1). Nous surtout, qui ne voulons voir dans le « testa- 
ment » primitif qu'une adoption, nous comprendrons fort bien 
que Solon ait pu innover sans créer de toutes pièces. Nous 
comprendrons encore mieux quand on aura rattaché cette 
partie de la législation à toute l'œuvre du législateur dont 
l'esprit fut essentiellement un esprit de lutte contre la grande 
famille, contre le yévoç, contre une puissance du passé appuyée 
sur la propriété foncière. C'est ainsi que M. Glotz présente la 
réforme; et à ce point de vue, Bruck n'ajoute rien à ses idées. 
Pour ma part, je les ai d'abord admises. Elles séduisent par 
leur cohérence. Au besoin, nous pourrions les confirmer 
d'arguments empruntés au droit comparé. En Grèce môme, 
nous relèverons l'expression de la grande loi de Gortyne, oii le 
chapitre de l'adoption commence par ces mots : aviiavo-w epiev 
OTco xa -lA Xs!. : n'avons-nous pas là le pendant de la formule 
athénienne, avec cette variante, qui est une explication, de 
OTZiù xa tù Ari?. pour oitcoç av eOéXr, ? Car ouo), dans les dialectes 
« doriens » correspond à unde, et c'est avec raison, semble-t-il, 
que les éditeurs français (p. 387) traduisent : « On pourra 
choisir un adopté dans la famille qu on voudra ». D'autres 
textes pourraient être invoqués (2), moins importants peut- 

(1) Interprétation qu'on peut 4ire classique. Voir Schômann-Gftluski, I, 
pp. 408 sq.; Mejer-Schômann-Lipsius, Att. Proz. 2, p. 572. 

(2) Le droit de Temphytéote peut se transmettre par « testament » dans ceptains 



430 LOUIS GERNET 

être et moins probants, mais où l'on croit voir que, même 
à une époque plutôt tardive et à un stade juridique plu- 
tôt récent^ les droits d'un héritier testamentaire sont moins 
fermes, le lien qui l'unit au de cujus %'èX moins certain si c'est 
un extraneus que si c'est un parent. — D'autres sociétés, oii 
l'esprit de la famille fortement constituée exerce un empire 
comparable à celui que nous constatons dans la Grèce la plus 
ancienne, nous fournissent aussi des analogies assez frappantes : 
en Chine, « le choix du continuateur de la famille (il s'agit du 
fils adoptif, héritier institué en l'absence d'enfants) doit se 
faire entre les agnats (fils ou petits-fils du frère ou du frère du 
père), et, en l'absence d'agnats, entre mâles du même lising, 
du même clan, du même nom » (1) ; chez les Ossètes, même 
restriction (2). 

Il est vrai. Mais comparaison n'est pas raison — elle ne l'est 
pas toujours, du moins — , et l'histoire du droit renferme sou- 
vent des cas singuliers qui ne sont pas les moins instructifs ; 
c'est le cas athéuien que nous devons examiner, en lui-même 
et à la lumière des textes. Seulement, j'indiquerai d'abord, 
relativement à Tinterprétation qu'on a vue, les raisons de mon 
scepticisme. 

II 

Solon, dit-on, aurait voulu hâter la désagrégation du ysvoç. 
Or, nous dit-on encore, tout se tient dans l'œuvre de Solon : 
c'est lutter contre le yévoç que de pousser au morcellement de 
la propriété ; et l'un des principes de la législation nouvelle (3) 

cas : mais le testament, parfois, ne paraît valable que s'il est fait en faveur 
d'un parent : C. I. G. S., I, 2227 (Thisbè); peut-être aussi Le Bas-Waddington, 
Asie- Mineure, n"' 323-324 . 

(1) Voir l'analyse des études sur le droit successoral en Chine de van Ossen- 
bruggen, dans Année Sociol., t. IX, p. 374 (Mauss). Cf. M. Courant, in Ann. des se. 
pol., 1899, p. 68 sqq., et surtout M. Granet, La polyrji/nie sororale ... dans la 
Chine féodale, p. 43. 

(2) Kovalewsky, Coutume conlemp. et loi anc, p. 203-204. 

(3) Principe dont M. Glotz retrouve comme les applications en plusieurs 
domaines ; Solidarité, liv. 11, ch. 7. 



LA CRÉATION DU TESTAMENT l3l 

réside dans la pensée de l'opiaXÔTri; ojo-'laç (1), dans la tendance 
démocratique à égaliser la propriété foncièi-e. 

La loi qui aurait permis d'adopter en dehors du vévo; servait- 
elle bien ce dessein? D'abord, élait-elle seulement nécessaire? 
Il ne faut pas oublier que la propriété individuelle existait, que 
la séparation des patrimoines existait, et cela depuis pas mal 
de temps (2). Le système de l'hérédité ab intestat avec la règle 
du partage égal peut être une excellente machine à émielte- 
ment : nous le savons de reste. J'entends bien que, même avec 
la séparation des patrimoines, c'est quelque chose qu'un yévoç, 
puisque yivo; il y a, qui, dans son ensemble, continuerait à 
posséder une belle étendue de terres; c'est quelque chose que 
« le bien ne sorte pas de la famille » : l'unité morale du groupe 
a toujours des assises, un substrat matériel. Mais, dès lorsque 
les membres du groupe ont cessé de cohabiter — admettons 
même le groupe très fort à un moment donné — , il ne faudra pas 
beaucoup de générations, avec la pratique des partages égaux, 
pour que son unité se dissolve ; à tout le moins, l'introduction 
d'éléments étrangers n'y aidera pas beaucoup. Car l'adoption 
d'un « étranger », même et surtout dans l'hypothèse d'un yévo^ 
fortement intégré, ne change rien aux choses : l'adopté quitte 
sa famille naturelle, contracte des liens nouveaux (3). D'une 
part, il est considéré comme un vrai parent par les parents de 
l'adoptant (4). D'autre part, il renonce à tous droits de succes- 

(1) On renvoie là-dessus à Arist., Vol., Il, 4, 1266 b 14 sq. Mais, aussi bien, 
M. Glotz (0. /., p. 229 sq.) a montré qu'il ne fallait pas admettre que Solon eût 
fait une loi spéciale pour assurer directement cette égalité : il s'agit de l'esprit 
de sa législation. 

(2) Là-dessus insiste avec raison II. Swoboda, Beitrcige zur griech. Rechts- 
qesch., p. 93 sq. 

(3) Fait bien connu, dont on trouve l'expression particulièrement nette dans 
Isée, IX, 2 (plus de lien ylvei) ; quant à la conception de l'hérédité qui en résulte, 
voir notamment Isocr., XIX, 44 : xxl -[-àp tl [lèv e'.î xàv oixov tôv è[i6v Ôeôojxôjî 
T,v QpaaÛAoj^o; Tf|V oùatav, tout' iv ÈTîtTijxâv sî/ov (les parents de l'adoptant) aùxw • 
vûv 8' elî xov aùTwv jjl' EÏseTîOi.Tiaa'co... 

(4) C'est là ce qui consfitue, en dépit de la thèse de Schulin, la grosse différence 
entre le « testament » grec et le -i testament » romain : pour le droit grec, pendant 
très longtemps, 1 institution d'héritier ne peut avoir lieu que sous la forme 
d'une création de parenté; dans le droit romain, moins archaïque en un sens, le 



\Z% LOUIS GERNET 

sion sur la fortune de ses parents naturels (1). Et puisque aussi 
bien le père d'un fils unique n'ira pas se priver de son enfant 
pour le donner en adoption à une famille étrangère (2) et qu'un 
fils adoptif laisse normalement des frères dans sa famille 
d'origine, l'exercice même du droit que Solon aurait établi 
conduirait simplement à la concentration et au renforcemeijt 
(Je ce yévoç originel, les frères par le sang bénéficiant du droit 
d'accroissement. Il n'y a pas là précisément de quoi « démo- 
cratiser M la propriété. 

En somme, on ne voit pas bien ce que Solon aurait voulu 
faire : l'explication qui séduisait perd de sa force, l'objet réel 
de la loi reste un problème. Voyons les textes. 

Il faut bien dire qu'en faveur de l'hypothèse reprise et 
appuyée par Glotz et Bruck, il n'y en a pas — o^ il ^'y en a 
qu'un dont nous ne saurions nous satisfaire. 

La loi même, telle qu'elle nous est rapportée, ne dit point 
en quoi consiste l'innovation du législateur : si elle se sert de 
l'expression Ôtcwç àvriç £9£).r,, noijs n'avons pas le droit, a priori, 
d'y trouver la preuve de ce qui est en question. Nous y revien- 
drons : pour l'instant, nous ne relevons que des données. — 
Après Solon, qui nous parle de sa loi ? Pas de témoignages 
antérieurs au ly* siècle ; au iv% les orateurs — Isée surtout — 
qiii citent et utilisent la loi sont d'assez bonnes caijtions, et 
nous aurons à y revenir aussi ; mais notons bien qu'à aucun 
moment, ils ne nous disent que Solon ait permis d'adopter en 
dehors du cercle de la parenté: Solon a permis de ôiaQIcrOai, et 
voilà tout. Certes, des avocats ne sont pas des historiens : ils 



testament (sauf le cas exceptionnel de l'adoption testamentaire) n'a jamMs fait 
de Vheres, si haut que nous remontions, un agnat des agnats du de cujus. 

(l) Au jv° siècle, quand commencé^ à poindre la décadence de l'institution, de' 
plus en plus considérée à un point de vue profane et économique, oi> voit cer- 
tains héritiers peu scrupuleux — au dire de la partie adverse, du moins — 
cumuler la succession de leurs parents naturels et de leurs parents adoptifs 
([Dém.], XLII, 21 ; XLIII, 77). Mais il ne peut y avoir là qu'un état de fait pt, 
précisément, un fait nouveau. Voir le principe rigoureux dans Isée, IX, 33. 
' (2) Cf. Jsée, II, 10. 



LA CRÉAJION DL TESTAMENT 133 

ne se sont pas chargés de nous renseigner sur ce qui se passait 
avant Solon, dans l'Attique du yii^ siècle, et conséquemment 
sur la nature de l'innovation ; mais, encore une fois, nous 
cherchons des textes positifs, et ce n'est pas là que nous les 
trouverons. Des textes mêmes que, dans le désir consciencieux 
de confirmer l'hypothèse, on pourrait songer à invoquer, il 
n'est pas permis de faire état (1). — Aristote ne dit rien qui 
nous intéresse à ce point de vue, ni dans la Politique, ni dans 
la Constitution des Athéniens. — Et il faut descendre jusqu'à 
Plutarque pour trouver le témoignage que nous avons cité. 

Je dis que c'est insutïîsant. Déj^ la phraséologie de moraliste 
oii s'enveloppe ici l'histoire g. quelque chose de suspect. Et 
puis, on ne sait pas toujours bien — à moins qu'on ne sache 
trop — quel fonds il est possible de faire sur les histoires édi- 
fiantes d'un Plutarque : il parle de choses bien vieilles, bien 
obscures (l'œuvre de Solon l'était déjà pour Aristote), et, à 
supposer qu'on pût lui faire crédit en faveur de ses sources, un 
témoin qui n'a pas compris est un témoin discrédité. Or, pour 
Plutarque, le testament solonien est un testament au sens de 
son époque (2) : il ne voit pas qu'à la dilTérence de ce qui se 
passait de son temps, la QLa87]xr, a d'abord été la création d'une 
paternité adoptive; il oublie que la présence d'enfants ne 
faisait obstacle au prétendu droit de tester que s'il s'agissait 
d'enfants mâles ; et, en supprimant au mot ^aloeç [zl ]xr\ Tcaweç 
sisv atJT(^) ses deux qualificatifs de yv-rjcnot. et de àppevsç, il 
dépouille la loi de sa signification historique. — Mais il y a 
plus. Admettons tant qu'on voudra la valeur du témoignage : 
les données précises qu'on y trouve ne se laissent point inter- 
préter de façon rigoureuse ni nécessaire dans le sens qu'on 

(1) On pourrait penser à Dém., XX, 102: mais, lu de près, ce texte (surtout avec 
Toùî syyjT^fxw yÉvet) ne se laisse pas interpréter, il s'en faut bien, dans le sens de 
la théorie classique. — Isocr., XIX, 49, ne serait pas plus probant, puisqu'il met 
sur le même plan, comme bénéficiant de la liberté d'adoption, oî auYysvEÏ; et q: 
TtpouT^xovcEî. —Quant à [Déni.], XLIV, 43. je ne sais pourquoi les éditeurs des 
Inscr. Jtcrid. (I, p. 482, n. 2) l'invoquent à l'appui de la thèse en question : il n'a 
rien à voir avec elle. 

(2) Cr. Bruck, Schenkung. p. 54 sq. 



134 LOUIS GERNET 

y cherche, Nous ne voyons rien de plus là-dedans — je veux 
dire dans les mots qu'on souhaiterait décisifs : ev Twyévs'.Toû 
TeôvYixoTo; s'os'. Ta ypr, [j-ara xal tÔv oIxgv xa'rau.évst.v — que l'anti- 
thèse classique entre l'hérédité xa-rà yévo; (1), c'est-à-dire légi- 
time et ab intestat, et la succession xaxà 5ÔTt.v (2), qu'elle ait 
lieu par adoption ou par testament; mais il n'est point dit, et il 
s'en fautbien, que Solon ail étendu hors du cercle familial un 
droit d'adopter ou de tester qui jusque là n'aurait fonctionné 
qu'au bénéfice des parents du de citjus{3). Je sais bien qu'après 
avoir fait le raisonnement que nous disions, on peut trouver 
dans Plutarque, à défaut d'un témoignage, un indice. Mais, 
pour l'instant, nous ne raisonnons pas : il sera toujours assez 
temps. 

III 

Si les gens du iv* siècle n'ont pas qualité, a priori, pour 
témoigner sur les vi" et vii^, à tout le moins ils peuvent nous 
dire comment ils concevaient le droit qui leur était accordé 
depuis quelque trois cents ans; et, par l'idée qu'ils se faisaient 
d'une conquête qui, tout de même, ne se perdait pas dans la 
nuit des temps, il nous est permis, à nous, de nous faire une 
idée de ce qu'avait été cette conquête. Or, notre première pro- 



(1) Outre qu'il est très douteux que Plutarque puisse avoir, à la date où il 
écrit, la notion du vévoç comme d'un groupe défini analogue au clan ou à la 
gens, rappelons que yévoç, en matière de succession, a constamment un autre 
sens dont s'accommode l'expression de l'historien : il désigne le degré de parenté 
ou la ligne de parents qui bénéficie de la succession légitime ab intestat . — 
Voir aussi les observations de Swoboda, 0. l., p. 98 et s. 

(2) Voir notamment Isée, IV, 16; Arist., Fol., Y, 7, 1309 a 23, etc. 

(3) Dans (ciXtav te aoy^evE^ai; èz'.\ir\iss. jxôtXXov, xaî /ipw àvâyxTjî, le terme ■sn'K'.a 
est trop vague pour qu'on en fasse état : quant à Và'^iy^r^ (on serait tenté de 
donner au mot la valeur assez précise de necessitudo : cf. loi de Gortyne, col. vi, 
1. 47-8, et le sens fréquent de àvayxaïoç), elle peut s'entendre, autant que chez 
personne, chez celui qui ne peut pas modifier l'ordre coutumier de succession, 
fût-ce au bénéfice d'un parent. — Du reste, tout ce développement, dont notre 
thèse s'accommode aussi bien, justement, que la thèse classique, nous paraît 
reprendre et amplifier le lieu commun qui s'indique dans Isocr., XIX, 49-50, 
Dém., XX, 102, et ailleurs. 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 435 

position sera celle ci : le droit de ot-aOéaGai. apparaît comme 
général ; rien n'indique qu'il ait été étendu, tout fait supposer 
qu'il a été institué. Kn d'autres termes, l'hypothèse à laquelle 
nous sommes conduits, c'est que Solon a dû établir ce droit, 
non seulement au bénéfice des étrangers, mais au bénéfice des 
parents eux-mêmes. 

Voici un fils adoptif — celui du second discours d'Isée, par 
exemple — qui n'est point le parent de l'adoptant. Il défend 
son adoption. Il la défend, bien entendu, en invoquant la loi de 
Solon : mais, encore qu'il excipe de la formule otto); av sOc'X^ 
— comme il est naturel en face des prétentions d'un parent du 
de cujus — , cherchc-t-il à montrer que le législateur a étendu à 
d'autres qu'aux membres delà famille la capacité d'être adopté 
ou, si l'on veut, la factio testamenti passive ? Nullement : qui 
ne voit pourtant (jue la position du plaideur eut été plus forte, 
que son argumentation, à tout le moins, eût été plus nourrie 
s'il avait pu ou su établir à son avantage ce droit s/Jéfcm/? Mais, 
loin d'en faire état, il aura soin de se ranger, fût-ce au prix 
d'un sophisme ou d'un jeu de mots, parmi les otxeloi ou même 
les oruyvevs^; du défunt (1). — Et les fils adoptifs qui sont déjà 
des parents ? Ils en usent de même, ils se réclament de Solon, 
du droit de oLaBéa-Oa'. qu'a institué Solon (2). Toujours ces deux 
catégories d'adoptés sont mises sur le même plan ; jamais 
distinction n'est faite entie les deux. — Et si l'on persistait à 
voir dans la loi de Solon une machine de guerre contre le yévo;, 
il faudrait bien reconnaître que telle nélait pas, en tout cas, 
la façon de voir des contemporains d'Isée ; un de ses plaideurs 
dit en propres termes que les lois — ce sont celles de Solon — 
viennent en aide aux o-uyyeve^ç, non seulement les lois Tcept. tôÏv 

(1) Voir, par ex., VÊginéliqiie d'Isocrate, elsiirtout Isée, II, 20, énuniêrant les 
motifs qu'avait Ménéciès d'adopter le frère de sa femme ; xpÎTOv 5è Sti xo ijf^, slvai 
ffuvvEvf, ixT.ôév' aAXov aûxw, ôitoOev àv èTZ'j'.r^aoLzo u'.dv (nixînie en tenant compte de 
l'hellénisme dans l'emploi de aX)^ov, ce que ne fait pas la traduction de Dareste, 
il faut reconnaître ici l'idée d'une équivalence avec les a'jyyt-vv.^ ; cf. § 5 et § H ; 
personne o'.xsiôtspo; que l'adopté relativement à Ménéciès), 

(2) Isée, VI, 9, 28. 



136 LOUIS GElÎNËt 

yevwv, mais les lois ixepl twv ooo-ewv (1) : affirmation tendan- 
cieuse, sans doute, mais curactéiistique. Et la formule est encote 
générale; car les oéjet,? en question sont celles dont bénéficient 
des parents tout autant que des étrangers, puisque la suc- 
cession xatà yévo; est la successsion ab intestat ; quaint aux 
o-uYyeveliç, ce ne sont pas les parents en général, mais ceux des 
parents qui sont appelés par celte succession ab intestai, en 
l'absence de toute dévolution arbitraire et de celle môme qui 
s'opérerait par adoption entre vifs d'un autre parent. 

ï)ans l'hypothèse que nous éprouvons, on commencerii donc 
par avouer que les Athéniens du iv" siècle ont oublié, non Seu- 
lement la signification historique, mais la vraie portée d'iïne 
loi qu'ils exaltent à qui mieux mieux, et que des législations 
toisines, à une date pas trop éloignée Sans doute^ leur avaient 
empruntée (2). Ce n'est pas rigoureusement impossible; mais 
la présomption n'est pas bien favorable qui noiis est ainsi 
fournie. 

Voyons la loi elle-même. Je rappelle encore, mais on ne 
Saurait trop y insister, que ce texte, qui n'est pas particulière- 
ment concis, ne fait pas la moindre allusion à l'extension d'un 
droit préexistant (3), et qu'il semble bien, à le prendre tout 
bonnement, accorder un droit qui auparavant n'existait pas 
plus au profit des parents qu'au profit des autres. N'aurait-il 



(1) Isée, IV, f6. 

(2) A Égine, à Céos, à Siphnos, les lois testamentaires paraissent d'importation 
athénienne : cf. Hermann-ïhalheim, 0. L, p. 10, n. 3. Il y a des chances pour 
que cette diffusion du droit athénien ne se soit pas produite avant le v« siècle : 
aussi bien, la loi d'Iulis sur le deuil, inspirée de S»lon, est-elle de ce siècle (/. J. G., 
I, p. 14); et c'est une conjecture analogue qui se tirerait de la procédure des 
cités insylalires (étudiée àû point dé vne des einpruùts au droit d'Athènes par 
H. Weber, Att. Prozessr. in den Seebundstaaten, Paderborn, 1908). — D'ailleurs, 
il est bon d'observer qu'à Égine du moins, la liberté de disposition ne paraît pas 
si étendue qu'à Athènes (Isocr., XIX, 13). 

(3) Je reconnais tout de suite que la loi de Solon fait allusion, dès ses premiers 
mots,- à des adoptions antérieures : oac. [it, è-itîTiotriVTO... Mais : 1° rien n'indique 
que Solon en ait simplement élargi le cercle; 2" nous tirerons argument de 
ces mots en faveur de notre thèse ; 3° la question est de savoir quelle était la 
valeur juridique de ces adoptions : nous aurons de quoi en indiquer la véritable 
portée (§ vu). 



LA CRÉATION DU fËSTAMENT 131 

pas été bieti simple de dire : 7toi.-/,a-aT9a{, elvat. ovt'.va av èOéXy), 
« il sera permis d'adopter qui on voudra » — sous-entendant 
ainsi assez nettement que, jusque-là, on pouvait adopter, nidis 
non pas n'importe qui? Je ne crois pas qu'on aille alléguer que 
tel pouvait bien être à peu près le texte primitif, mais que la 
formule se serait modifiée au cours des temps ; sans dotitci, la 
transmission du code solonien peut s'être faite d'utie façotl 
a^ssez précaire (1) i mais ici, pourquoi modifier? A l'époque 
classique, TxoirjcriaOat, et O'.aOéaÔai, c'est encore tout un. Or, 
autant la forrhule que nous suggérons serait probante pour Titï- 
terprétation qu'on soutient, autant la vraie l'est peu. 

Mais on peut aller plus loin. Telle des dispositions de la loi 
solonienne ne s'entend bien que dans l'hypothèse où Solofl a 
établi Je droit de ot.a6éaQai en général. On sait que Solon écarte 
du bénéfice de la loi — dépouille de la capacité d'adopter — 
ceux qui étaient eux-mêmes fils adoptifs. Il leur ôte le droit de 
oiaOso-Oa'. absolument, le droit d'adopter des parents comme 
le droit d'adopter des étrangers (2), ce qui paraît bien 
indiquer déjà que, inversement, c'est ce même droit général 
qu'il a accordé aux autres. L'interdiction de SiaOso^^ai, c'est 
l'interdiction d'adopter qui que ce soit; le droit de oiaOso-ftat, 
c'est le droit de se choisir un héritier, qu'on adopte. — De plus, 
observohs que le fonctionnement de la loi, dans ce cas 
d'espèce, doit produire tiû retour à l'ancien régime : si un fils 
adoptif meurt sans enfâiftls, le droit commun de jadis revit; 
et donc, ce droit commun n'était pas le droit reconnu et 
incontesté à l'adoption même d'un proche. On dira qtie cette 
restriction n'est peut-être pas le fait de Solon, qu'il l'a trouvée 
dans les coutumes préexistantes; nous répondrons qu'elle serait 

({) Quelquefois, nous eni UvoUè le témoignage direct : dans le Coritre Olyth- 
piodore, 56, le irapaœpovûv est donné comme appartenâût au texte authentique' 
de la loi; le Contre Stéphanos, II, 14, emploie fcapavowv qui paraît plus faiiin- 
lîer à la langue du ive siècle. 

(2) C'est ainsi que la loi fonctionne au iv« siècle : cf. Beauchet, 0. l., II, 
p. 34 et s., p. 61 et s. — Voir en particulier le Conlre Léocharès du Pseudo- 
Démosthène. — La loi est citée dans [Dém.], XLIV, 68; XLVl, 14. Cf. Isée, 
X, 10. 



138 LOUIS GERNEt 

particulièrement difficile à expliquer dans l'hypothèse où Ton 
pouvait d'abord adopter un parent : pourquoi ce parent n'en 
pourrait-il adopter un autre à son tour? 

Autre chose, et qui va dans le même sens. Les termes mêmes 
de cette partie de la loi forcent l'attention : « tous ceux qui 
n'avaient pas été adoptés... quand Solon entra en charge ». 
Rédaction qui porte le cachet de l'authenticité, par sa forme 
assez étrange (1), par la terminologie (2), par la mention de 
l'archontat de Solon. Pourquoi cette expression? — Il est cer- 
tain que la loi ne doit pas s'interpréter a contrario, et que 
Solon n'en exceptait point ceux qui seraient adoptés après son 
archonlat : les orateurs invoquent ce passage, la restriction 
subsiste à leur époque. Nous dirions, nous, que c'est l'effet 
rétroactif qui est souligné par le plus-que-parfait Itze-koW^vio . Ce 
langage ne serait pas exact. D'abord parce que la loi n'a l'air 
de statuer que sur les adoptions antérieures. Ensuite parce qu'en 
vérité il n'y a pas d'effet i-étroactif : ceux qui sont eux-mêmes 
fils adoptifs ne pourront pas adopter à leur tour, voilà tout; et 
que leur adoption soit antérieure ou postérieure à l'archontat 
de Solon, peu importe; car on ne voit pas comment ceux de 
l'ancien régime, plus rigoureux, pourraient exciper d'un droit 
que ne possèdent pas ceux du nouveau, plus libéral. Pour 
s'expliquer le langage de la loi, pour en résoudre l'étrangeté, 
il faut admettre que celte restriction aux droits des fils adoptifs 
venait comme une concession aux idées traditionnelles, aux 
exigences de l'esprit familial, aux résistances que rencontrait 
l'institution d'héritier : c'était ceux-là d'abord dont se préoc- 
cupait le législateur; c'était ceux-là d'abord dont les droits, 



(1) Les modernes ont été choqués de cette rédaction : oïot [j.)-, êTteicoÎYivTO ors 
Sô)^wv eldifiêi elî tV âp;cV) sçeïvai a'!iTotî îcaôisÔai ottojî ôtv èBéXwatv. Schulin, das 
ffriech. Test., p. li, et Beauchet, 11, p. 34, n. 2, veulent faire une transposition 
que n'autorise pas l'accord des textes, qui resterait inopérante et que je crois 
inutile. 

(2) Le terme ÈTci-ouTaSai. n'est plus employé à l'époque classique : si Apollo- 
dore s'en sert dans le second Contre Stépfianos (§ 15), c'est intentionnellement, 
pour abriter son sophisme derrière le langage même de la loi. 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 439 

jusque là contestés ou déniés, subissaient une limitation. Mais 
ceux-là, celaient « tous ceux qui avaient été adoptés », sans 
distinguer-s'ils l'avaient été ou non par des parents (i). Autre- 
ment, de deux choses l'une : ou bien ce seraient des adoptions 
licites (de parents) qui seraient visées — et alors, pour(|uoi cette 
préoccupation spéciale dont témoigne la loi quand elle n'avait 
même pas à les mentionner pour atteindre son but? — ou bien 
ce sont à la fois des adoptions de proches et des adoptions 
d'étrangers — mais de quel droit dii'ions-nous qu'il y avait là 
deux catégories juridiques, le langage de. la loi étant plus 
général (|ue jamais? 

Décidément, on ne voit pas ([ue la distinction soit faite avant 
Solon entre adoptions de parents, qui seraient permises, et 
adoptions d'étrangers, qui ne le seraient pas; on entrevoit assez, 
en revanche, que le législateur a cru devoir ménager les 
susceptibilités familiales à l'endroit des adoptions, même des 
proches. 

, ÎV 

Admettons un instant que Solon n'ait fait qu'étendre le droit 
d'instituer héritier [)ar voie d'adoption ; ce non était pas moins 
une conquête pour Vu individu ». Personne n'en doute. Les 
Athéniens de l'époque classique n'en doutaient pas, et ce sen-' 
timent doit se refléter dans leur pratique. Voyons comment ils 
pi-atiquent l'adoption entre-vifs ou testamentaire. 

J'énumère ici les cas (jui nous sont attestés : ils ont du reste 
leur intérêt en soi (2). 



(!) On pourrait s'autoriser dii terme sTtutois'îôat et de Sa composition poui* 
Soutenir que Solon vise les seules adoptions d'extranei : mais la généralité de 
l'exception, telle qu'on la constate après Solon, s'y oppose. 

[2] Bruck, SchenkuTif/. p. 94, n. 6, dresse également une liste : nous croyons 
la nôtre plus complète. AU reste, on ne peut pas pi'étendre a une rigueur absolue. 
Quelques cas pouvaient encore être invoqués que nous ne citons pas au texte 
pour (les raisons diverses : Glaukon et Glaukos prétemius adoptés par leur frère 
utérin ([Dém., XLIII, 4j en vertu d'un testament qui a été reconnu faux; .Nika- 
nor, fils de Proxène, peut-être adopté par Aristote (Ammonius, Ar. vila, Cobet* 

REG, XXXlil, 1920, n» 152. 10 



140 LOUIS GERNEt 

1. Isée, I : Cléonyme laisse un testament (1), déposé chez les 
astynomes, par lequel il lègue tous jes biens à des collatéraux 
(cf. §36). 

2. Isée, II, 14 : Ménéclès adopte (entre-vifs) le fils de sa pre- 
mière femme (A sa mort, l'héritage est revendiqué par le père 
du défunt, qui soutient que celui-ci aurait dû adopter un de ses 
parents : cf. § 21). 

3. Isée, III, 1, 56 : Pyrrhos adopte un des deux fils de sa 
sœur. Adoption testamentaire. 

4. Isée, IV, 10, 18 : la succession de Nicostrate est revendi- 
quée par un certain Ghariadès, qui produit un testament. Les 
héritiers naturels demandent à être préférés sous prétexte 
qu'aucun lien d'intimité n'existe entre le défunt et le prétendu 
bénéficiaire. 

5. Isée, V, 6-7 : Dicéogène (I) aurait adopté un Dicéogène 
(II), neveu par sa mère du père de Dicéogène (I). 

6. Isée, VI, 4 et s. : Philoctémon adopte par testament un 
neveu, fils de sa sœur. 

7. Isée, VII, 9 : ApoUodore a d'abord fait un testament sous 
condition en faveur de sa sœur utérine. 

8. Isée, Vil, 14 et s. : le même ApoUodore, longtemps après, 
adopte le fils de cette sœur. 

9. Isée, IX, 1 et s. : la succession d'Astyphile est revendiquée 
au nom du fils d'un cousin du côté paternel, que son père pré- 
tend avoir été adopté par testament (ce père est d'ailleurs passé 
par adoption dans une autre maison : cf. § 2). 

10. Isée, X, 4 : Kyronidès est entré par adoption dans la mai- 
son de son aïeul maternel. 

II, p. 10; cf. Beauchet, II, p. 62, n. 1; Bruck, p. 9a, n.); adoptions d'enfants 
volés dans les Ménechmes et le Vœnulus de Plante, qui sont conformes au droit 
grec (cf. Dareste, Nouv. Et. d'hist du droit, p. 153 et s.), mais qui se réfèrent à 
ces situations romanesques qu'admet si fréquemment la comédie nouvelle. 

(1) Le cas n'est pas tout à fait clair : on pourrait penser à un legs (Dareste, 
Plaid, d'fsée, p. 1), ou plutôt à une donation à cause de mort. Mais il est parlé 
à plusieurs reprises de SiaÔ/iXT,. Nous adhérerions volontiers à la conjecture de 
Bruck (Schenku?ig, pp. 125-134), qu'il y a eu en l'espèce une donation à cause de 
mort que Cléonyme aurait voulu transformer, in extremis, en SiaOfixr, comportant 
adoption (cf. § 18). 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 141 

11. Isée, X, 6 et S. : le second fils de ce Kyronidès, donné en 
adoption posthume à son aïeul paternel, laisse un testament 
par lequel il adopte et institue héritier son frère par le sang. 

12. Isée, XI, 8 : Ilagnias laisse un testament par lequel il 
adopte sa nièce, fille de sa sœur. 

13. Ib.: le précédent testament comporte une substitution; si 
la susdite nièce meurt sans enfants, Hagnias institue son frère 
utérin. 

14. Isée, XI, 41 : Théophoii adopte une des filles de sa sœur. 

15. [Plutarque], Vie des X Or., 16 : Isocrate adopte (entre- 
vifs) Aphareus, un des fils de sa femme. 

16. Isocr., XIX, 12 : Thrasylochos adopte par testament le 
neveu d,e la première femme de son père. 

17. Dém., XLI, 3 : Polyeucte adopte Léocrate, frère de sa 
femme. 

18. [Dém.l, XLII, 21 : Phénippe, fils adoptif de Philostrate, 
son aïeul maternel (cf § 27). 

19. [Dém.], XLIII, 37 : un témoin se présente comme fils 
adoptif d'Archippos, son aïeul (évidemment maternel). 

20. [Dém.], XLIII, 77 : Macartatos est entré par adoption 
dans la maison de son grand-père maternel. 

21. [Dém.J, LVIII, 31 : Gliaridème, fils adoptif d'Eschyle; 
suivant une explication qui nous paraît s'imposer, le cas est 
analogue aux deux précédents (adoption d'un petit-fils par 
l'aïeul maternel). 

Analysons. Sur ces 21 cas, il y en a 14 (n°' 1, 3, 5, 6, 7, 8, 
10, 12, 13, 14, 18, 19, 20, 21) qui sont des adoptions de parents, 
Sur les 7 autres, il y en a 4 (n"' 2, 13, 16, 17) qui sont des 
adoptions d'ad/ines. Restent 3 cas, les n°' 4, 9, 10 : pour le 
premier, nous ignorons, n'ayant en mains que le plaidoyer des 
adversaires, s'il y a ou non quelque lien de parenté entre le de 
cujus et le prétendu fils adoptif; les deux autres offrent une 
particularité notable : l'adoptant et l'adopté n'appartiennent 
pas à la même famille, mais ils sont parents (et, au n" 10, 
parents très proches) par le sang. 



-142 LOUIS GERNET 

Si 'de tous ces cas nous essayons de dégager une tendance 
collective, nous voyons qu'elle est, assez nettement, à adopter 
des proches. Car, pour ce qui est des adfines, dont la propor- 
tion est d'ailleurs notable, certes ce sont des étrangers, et, de 
quelque façon que l'on conçoive le yévo;, ils n'en font pas par- 
tie ; mais un adfijiis est qualifié d'olx£^oç (i), et l'adopté qui 
revendique en pareil cas soutient qu'il était particulièrement 
lié au défunt (2). D'une façon générale, il était tout naturel que, 
le droit laissant liberté -entière au « testateur» sans enfants, 
celui-ci pût tracer à son gré le cercle de ses proches — lesquels 
avaient déjà avec lui des liens quasi familiaux. Faut-il en con- 
clure qu'une révolution se serait opérée au début du vi® siècle 
qui n'aurait eu d'autre portée que d'assouplir ces catégories 
sentimentales? Ou la réforme solonienne n'aurait-elle pas plu- 
tôt attaqué l'ordre coutumier et fixe de dévolution en permet- 
tant d'instituer héritier un fils adoptif qui, en bien des cas, se 
trouvait déjà être un parent? 

Sans doute, au témoignage d'Isée (3), « il est arrivé parfois 
que des gens qui n'étaient pas bien avec leurs parents ont pré- 
féré des amis qui leur étaient étrangers à ceux qui leur tenaient 
de plus près ». Rien de plus naturel, puisque le législateur avait 
garanti la liberté du choix. Mais^ môme au iv' siècle, il ne 
semble pas — et le texte même le laisse bien entendre — que 
cette « préférence » soit chose normale. Voyez plutôt comment 
raisonne le plaideur du troisième discours d'Isée : il se demande 
pourquoi le défunt serait allé adopter un fils s'il avait eu une 
fille légitime ; il n'avait pas de parent plus proche que celui 
même qu'il a adopté — et à qui aurait dû revenir, ab intestat^ 
la fille épiclère. Et il continue : « Voudriez-vous qu'il fût allé 
chercher un autre parent [plus éloigné] (x'.và... Ttov o-uyyevwv), 
pour lui donner son bien et sa fille? Pourquoi manifester ainsi 



(l) Isée. Il, 3; Isocr., 5; XIX, 8; 46, 
i2)l3ée, IV, 18. 
(3) isée, IV, 18. 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 143 

de la haine pour ses proches »? (1) Voilà comme on pratique 
normalement l'adoption (2) : on adopte, d'abord, un de ses 
proches, un neveu par exemple; est-on mal avec sa famille, 
c'est dans le cercle des parents plus éloignés que le choix se 
portera de lui-même. 

En vérité, si Solon a simplement permis d'adopter des^^^ra- 
nei, des oOvewt., c'est là une conquête dont on n'a pas grande 
conscience, à laquelle on n'a pas l'air de tenir avec une grande 
passion, après trois ou quatre siècles écoulés où les liens de la 
parenté ont eu le temps de se relâcher. Et Ton paraît bien se 
féliciter de la loi tout simplement parce qu'elle permet de lais- 
ser son bien à un fils adoptif. Et l'on a conscience d'en user 
quand on adopte un parent, ce qui a lieu dans la majorité des 
cas. 



On ne manquera pas de faire une objection : de tous les cas 
d'adoption que nous avons énumérés comme ayant lieu au 
bénéfice de parents, il n'y en a peut-être pas un qui concerne 
des parents per mascidos ; car les plaideurs qui revendiquent 
au nom d'un testament le succession de Gléonyme (n° 1) sont 
des collatéraux éloignés dont nous ne savons quels liens les 
unissaient au défunt; quant aux n*"* 10 et 11, les bénéficiaires 
sont bien des parents par le sang pcr masculos^ mais ils sont 
passés par adoption dans une autre famille ; tous les autres cas 
intéressent des parents per feminas. Et voilà, dira-ton, ce qui 
n'aurait pas été possible dans le régime antérieur à Solon : les 
biens devaient rester sv tw yévci ; on sous-entend qu'un groupe 
défini comme le v£vo>; — c'est le postulat — ne saurait se recru- 
ter que suivant un système défini de filiation, celui de la filia- 



(1) Isée, III, 12-73. 

(2) Isée, II, 20. — Pour les analogies que, sous un régime d'ailleurs sensible- 
ment différent, peut offrir l'histoire du droit romain, cf. Cuq, Inst. jurid. des 
liomains, I, p. 286, p. 338, 



144 



LOUIS GERNET 



tion par les mâles : avant Solon, le grand-père maternel n'a 
pas le droit d'adopter son petit-fils; après Solon, il en a le 
droit. — Dans ce cas, en effét^ la loi de Solon ne laisse pas 
d'avoir une belle portée. Nous pourrions répondre que l'hypo- 
thèse, en se précisant, se complique, et qu'à tout prendre, il 
est assez curieux que les anciens ne nous aient jamais raconté 
cela. Mais la question est assez grave et assez vaste. 

11 faut se prononcer. 11 faut dire si la véritable parenté, dans 
l'Athènes des temps anciens, est la seule parenté agnatique. 
Nul doute qu'en le sous-entendant, on ne soit obsédé par le sou- 
venir des faits romains. On sait bien qu'en Grèce, à l'époque 
classique, la distinction, si fondamentale à Rome, entre agnati 
et cognati^ n'a pas lieu. Mais on dirait qu'on n'en est que plus 
enclin à se représenter ou à insinuer qu'elle y a d'abord existé. 
11 ne faudrait pourtant pas oublier qu'à Rome elle est solidaire 
d'institutions très définies que nous ne voyons pas fonctionner 
en Grèce, et qu'elle traduit une pensée que l'épiclérat, par 
exemple, ne laisse pas de contredire. 

Mais, dira-t-on, il y a le yévoç, c'est-à-dire un groupe : si on 
est du groupe de son père, on n est pas du groupe de sa mère. 
— Nous n'avons pas l'intention de vider ici la question du ^évoç, 
dont nous ne croyons pas qu'il réponde à la gens romaine ; 
nous ne prenons que le nécessaire. Qu'il y ait encore en pleine 
époque historique, qu'on entrevoie dans la période antérieure, 
des YÉvri qui ne peuvent être que des groupes homogènes, c'est 
chose bien connue. Mais d'abord, il s'en faut que tous les Athé- 
niens appartiennent à ces groupes. Et la question est de savoir 
ce qu'on entend par ysvoç en matière de droits de famille — 
et à l'époque classique, et avant Solon. A l'époque classique, 
c est bien simple : non seulement, comme nous le rappelions, 
les agnats n'ont pas de droits exclusifs; mais le terme yivoç, ou 
les termes congénères de auvyevelç, (jyyY£V£t,a, se rapportent fort 
bien à la parenté par les femmes. Pour yévos même, nous en 
avons des exemples plus ou moins techniques (1). Et on ne peut 

(1) Voir la loi sur les successions ah intestat dans le Contre Mar car tos ([Dém.], 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 145 

pas dire, ce qu'en tout état de cause il serait difficile d'ad- 
mettre, qu'il y ait là une notion artificielle et purement légis- 
lative : trop nombreux sont les exemples oii les cognats sont 
qualifiés de parents et où les mêmes termes reparaissent — la 
parenté fùt-elle assez lointaine (1). D'autre part, l'idée relig-ieuse 
de la parenté se manifeste assez dans un texte comme Isée, 
Vlll, 13-16, où nous voyons des petits-fils confirmer en ces 
termes le lien qui les unissait à leur grand-père maternel : 
celui-ci n'a jamais fait de sacrifices, petits ou grands, hors de 
leur présence ; spécialement, le sacrifice de Zeus Ktèsios (le 
dieu de la famille) où il n'accueillait ni esclaves ni hommes 
libres étrangers (oGvsîou;), a toujours eu lieu avec leur assis- 
tance et avec leur ministère. — Et nous n'avons pas besoin 
d'insister sur la gravité et les conséquences de cette parenté- 
là, telles qu'elles apparaissent notamment dans l'institution de 
l'épiclérat : nous nous contentons de rappeler, parce qu'on la 
met volontiers en rapport avec le droit de succession, cette 
obligation alimentaire réciproque qui pèse sur le grand-père 
maternel et son petit-fils (2). 

Grave présomption déjà quant à la période pré-classique, s'il 
est vrai que nous avons ici le témoignage d'une pensée forte- 
ment enracinée, de celles-là qu'il n'est pas au pouvoir du légis- 
lateur de créer ou de périmer. Mais considérons dans leur 
passé probable les droits de succession : le droit d'hérédité 
proprement dit; le droit d'épouser la fille épiclère ; le droit de 
tutelle dont on sait qu'il se rattache dans le principe au droit 
d'hérédité. 

XLIII, 51 : xpaTEÎv 5è toù; âppevaî xaL toù; èx xwv ippsvwv ... xal èiv y^Vct àirtotspo). 
Il est vrai que yévst y a plutôt le sens de « rang » ; mais à ce sens s'assocfe très 
nettement celui de lien de parenté avec le défunt : Isée, XI, 2 ; cf. VIII, 32 ; 33 ; 
34; [Dém.], XLIV, 2 ; 6; 11 ; 13; 66. Pour l'àY)^iTxeia yévou; en matière d'épiclé- 
rat, cf. Isée, III, 65, 71 ; Platon, Lois, XI, 924 B, D et s.. 

(1) [Dém.], XLIII, 73 pour le terme de yho^ (il s'agit d'un descendant lointain, 
et par les femmes). Quanta la aiiyvé/Eia, elle est définie « collatéralité » par Isée, 
Vlll, 32-33, et ce, d'après le contexte, au sens le plus général de cognation. Cf. 
[Dém.], XLIV, 11, 13 ; XLVI, 53-53; Platon, Lois, IX, 877 C sq. A plus forte raison 
la distinction n'apparaît-elle jamais dans les exemples «littéraires ». 

(2) Isée, VIII, 32. 



146 LOUIS GERNET 

Cette loi de Solon qui, sous réserve du privilège de mascil- 
linilé, accordait un droit de succession aux parents par les 
femmes, est-ce Solon qui Ta inventée? On l'affirme incidem- 
ment (1) ; mais il est bien difficile de le croire. D'abord, parce 
que ces choses-là ne se font pas tout d'un coup (2). Et puis, 
parce que nous avons de sérieux indices ds l'antiquité de la 
coutume (3). De môme que, pour le sentiment commun, un 
TcàiTTroç est un grand-père maternel aussi bien que paternel (4), 
ainsi la loi de Gortyne, dont on admet volontiers le caractère 
archaïque, i-econnaît sans autre distinction, sans éprouver le 
besoin de préciser, le droit d'hériter de son grand-père ou 
arrière grand-père; et elle continue en reconnaissant le môme 
droit aux enfants et petits-enfants des sœurs du défunt (5). 
Dira-t-on qu'il y a là un cas singulier et que, les filles héritant 
à Gortyne môme en présence de frèi'es, le droit peut s'expliquer 
comme un droit de représentation ? L'objection serait moins 
valable qu'elle n'en a l'air, le concept de représentation n'étant 
ni si « naturel », ni si primitif, ni si étendu qu'on le suppose. — 



(1) Ou implicitewient : Glotz, Solidarité, p. 333. Il semble d'ailleurs que Glotz 
confonde plus ou moins deux questions, celle de la succession de la fille ou, en 
général, d'un parent féminin, et celle de la succession des parents par les 
femmes. Ces deux questions ne sont nullement solidaires. 

(2) Outre qu'elles sont préparées, les innovations législatives (on peut invoquer 
par exemple le droit de succession reconnu à la fille dans la loi même de Solon, 
dans la loi de Moïse, dans le droit de l'époque franque, dans le Koran, etc.) ne 
sauraient avoir une telle portée que de transformer du jour au lendemain la 
notion de la parenté et de rompre des groupes agnatiques. Nous ne parlons pas 
des résistances qui auraient dû s'obstiner, conmie elles se sont obstinées, parfois 
victorieusement, contre la loi précitée du Koran : il n'y en a pas trace à l'époque 
historique, car le témoignage indirect qu'on pourrait songer à voir dans le plai- 
doyer d'isée sur la succession de Kiron (Vili, 30 et 3) serait tout à fait insuf- 
fisant. 

(3) N'oublions pas qu'à l'époque classique, les descendants par les femmes 
comme les autres ont la saisine (Isée, VIII, 34). 

(4) Il y a là une vieille notion qui n'est pas purement sentimentale, et dont les 
efl'ets religieux et juridiques se dénoncent comme antérieurs à Solon : on les con- 
naît en matière de vengeance du sang ; ils existent aussi à l'occasion de la souil- 
lure qui se transmet par les femmes aussi bien que par les hommes (Hérod., I, 
61 ; Thuc, 1,127; Plat., y/iéeï., 173 D ; Lois, IX, 836 D). Sur cet aspect cie la ques- 
tion du yévo;, voir Wilamowitz, in Zum âlteslen Slrafrec/d, p. 12. 

(5) Col. V, 1. 9 sqq.. 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 147 

Dira-t-on alors que nous nous trouvons en face d'une innovation 
législative? Conjecture arbitraire, et qui vient se heurter au 
fait que la loi aurait dû au moins spécifier le cas du petit-fils 
par la mère. — Pour nous en tenir à Athènes, croira-t-on que 
la règle oùoel; sx-o'.yi-co; piToo.; (1) — l'adoption ne fait pas 
perdre les liens de parenté avec la mère, et par la mère — ait 
été inventée, pour les besoins de la cause, par le législateur? 
Outre qu'on n'en verrait pas les raisons dans le système de 
son œuvre, on voit assez, en revanche, qu'elle n'est que- l'ap- 
plication ou la traduction d'une très vieille pensée (2). Le (ils 
n'est pas seulement uni à sa mère, mais aux parents de sa 
mère. Et pratiquement, l'adage signifie, ou implicjue. qu'il peut 
hériter d'eux (3), 

Les règles de dévolution de la fille épiclère ne paraissent pas 
avoir fait l'objet (l'une réglementation spéciale de la part de 
Solon : elles sont seulement sous-entendues dans le premier 
paragraphe de la loi sur les successions (4). De fait, ce sont 
les mômes qui valent pour l'un et l'autre objet (5). Il faut donc 
noter tout de suite que l'àyy'.a'rcia yévoj; (6) se détermine aussi 
bien par les femmes que par les mâles : s'il n'y a ni frère du 
défunt, ni fils de frère, c'est le fils de la sœur qui sera appelé (7). 
Or, Solon a légiféré quelque peu sur Fépiclérat; et il est à 
croire (jue, s'il avait opéré une réforme aussi profonde dans 
l'ordre do dévolution, il l'aurait marqué en termes exprès. Car 



(i) Isée, Vil,:i5. 

(2) Pareillement, en droit romain, la capilis deminulto irtinima ne fait pas 
perdre les liens decognation. 

(3) C'est ainsi que l'explique Isée dans le passage précité, et il en donne un 
exen)ple concret. — C'est bien dans cette vieille pensée qu'un grand-père mater- 
nel entend laisser sa maison à l'un des siens et la perpétuer en instituant comme 
fils adoptif le fils de sa fille : [Dém.], XLIII, 12 ^xov oîxov tôv éxuxm'j ota7(l)î;ea9ai). 

(4) [Dém.], XLIII, 51 ; Saxi^ àv tir, ôiaOéjievo; à-o6ivT„ èiv [j.èv -aïôaî xaxaXtTcr, 
OïiXefxî, dùv TaÛTTjTtv, êàv oè \i^„ Toûuoe xupîouç sîvai xwv ypT,[iaTa)v. 

f5) Cf. Beauchet, o. /., 1, pp. 426 sqq. N'oublions pas que le plus proche parent 
obtient la fille avec l'héritage et comme héritage : il hérite du de ci/jus, et c'est 
par rapport au de cujus que la proximité se détermine. 

(6) Cf. Platon, Lois, 924 D. 

(7) Andoc, I, 117 ; Isée, III, 72 ; Platon, Lois, XI, 924 E. 



148 LOUIS GERNET 

sans doute on pouvait conclure de la matière des successions 
à celle-là : mais ce n'était pas sans faire œuvre d'interprète, et 
la déduction n'eût été nullement nécessaire puisque la loi de 
Gortyne, qui réglemente l'hérédité comme fait la loi d'Athènes, 
se conforme, dans le chapitre de Tépiclérat, au principe de la 
parenté agnatique (1). Nous devons admettre en fin de compte 
que les règles de dévolution auxquelles les orateurs nous ren- 
voient sans dlailleurs les rapporter jamais à Solon étaient de 
vieilles règles coutumières que le législateur n'a pas jugé à 
propos, en l'espèce, de définir on de rappeler. 

L'organisation, de la tutelle légitime fournit un argument 
semblable. A l'époque classique, cette tutelle apparaît peu, si 
peu qu'on a pu niei', à tort du reste, son existence. Que la 
tutelle testamentaire ait précédé ou non la loi sur la liberté de 
disposition du patrimoine, il est certain qu'elle a pris le pas, 
et qu'il était dans sa nature de le prendre très vite, sur la 
tutelle légitime. Les règles de dévolution, ici encore et plus' 
qu'ailleurs, n'ont guère pu être l'objet d'une refonte ou d'une 
réforme — puisqu'aussi bien, la législation solonienne parait 
muette sur la matière : elles ont dû rester celles de la tradition. 
Or, elles font également état de la parenté par les femmes (2). 

Que conclure? D'abord, qu'au point de vue des droits de 
succession qui doivent toucher de si près à la matière des 
adoptions licites, le yévoç ne formait point ce tout homogène 
que Ion voudrait; ensuite que si, avant Solon, on avait adopté, 
je suppose, le fils de sa sœur, on aurait adopté un vrai parent, 

(1) Col. VU, 1. 15-27 : l'ayant-droit est le frère du père, ou le fils issu de ce 
frère. A rapprocher de col. VIII, 9 sq. Cf. Beauchet, T, p. 433, n. 1. 

(2) La délation de la tutelle légitime se fait suivant Tordre des successibles : 
cf. Beauchet, 0. l., Il, p. 175 sq. Voir, pour Taffirmation du principe, [Déni.], 
XLIV, 66. Sur la relation générale que le droit comparé permet de constater entre 
la tutelle et la succession, cf. Mauss, d'après Van Ossenbruggen, in Année social., 
VII, p. 424 ; pour le droit romain et le droit franc, nous rappellerons le carac- 
tère bien connu qu'y a la tutelle primitive. — Sur la délation de la tutelle légitime, 
en droit athénien, aux parents par les femmes, voir des exemples concrets dans 
Isée, I, 12 ; Lys., XIX, 9, peut-être aussi Isée, V, 10; VIII, 42 ; cf. le principe for- 
mulé par Platon, Lois, XI, 924 B : . . . sitixpôxou; slvai tov^ iyyÙTOL-zx yévEi irpôç 
T:a'cpè<; xai [ir^xpô^. . . 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 149 

un héritier virtuel. Mais alors, la base qu'on croyait trouver à 
la loi se dérobe — d'une part; et d'autre part, l'adoption de 
parents pouvant être entendue au sens le plus large, on ne 
comprend plus guère la force des aspirations auxquelles aurait 
satisfait Solon. Pour la comprendre, il faut admettre que 
môme ces adoptions de parents n'étaient pas pleinement 
licites. 



VI 



En serrant de plus près les termes du problème, nous parais- 
sons grossir la difficulté comme à plaisir. Avant Solon, on 
n'aurait eu le droit d'adopter qui que ce fût? Comment le 
croire? Quoi de plus archaïque, et quoi de plus anciennement 
attesté, que l'adoption? 

C'est qu'il faut distinguer. L'adoption, très antique en effet, 
a une histoire. Quand les formes sociales et la conscience 
sociale ont changé, elle n'a pas pu ne pas changer : ni sa signi- 
fication ni sa portée ne sauraient être les mômes sous le régime 
de la f/ens ou du clan, et sous un régime où la famille étroite 
s'est dégagée, émancipée. C'est parce qu'elle s'est infléchie dans 
un certain sens, c'est parce qu'on a aspiré à lui faire produire 
des effets inédits, que la question du d?'oit à l'adoption a pu se 
poser. 

Quand la déesse Hèra adoptait Héraclès de la manière que 
l'on sait, il n'était point question d'en faire son héritier. Or, nous 
avons là l'exemple typique d'une procédure attestée dans un 
grand nombre de sociétés ; l'adoption à cause délictuelle, l'adop- 
tion qui scelle la paix (la '^'.AÔroç, disent les Grecs) en agrégeant 
l'auteur du délit au groupe offensé, est un moyen d'éteindre la 
guerre entre deux familles; comme en est un le mariage par 
composition (1). L'adoption primitive n'est certes pas limitée 
à cet objet: mais son caractère essentiel est manifesté par lui : 

(1) Glotz, Solidai-ité, p. 162 sq., avec référence à des faits bien connus en droit 
comparé. Cf. Westermarck, Origin and Devel. of the moral Ideas, I, p. 484 et s.. 



150 LOUIS GERNET 

elle est de droit interfamilial (1). Elle appartient au même type, 
elle relève de la même pensée que ces ^svlar, qui, pendant long- 
temps, uniront les uns aux autres des groupes familiaux. Ce 
n'est pas que de pareils liens ne puissent prendre un aspect 
plus individuel (2). Les rites qui fondent la ^£v(a la fondent 
entre deux individus : semblabiement, on se créera un fils ou 
un frère avec qui soutenir des rapports spéciaux. Mais ce fils 
ou ce frère deviendra un parent parce qu'il n'en était pas un : 
c'est ainsi que Phoinix^ dans Homère, adopte Achille (3). 

Mais ce passé même nous fût-il clos, faudrait-il aller cher- 
cher bien loin pour établir que l'adoption primitive ne fonc- 
tionne et ne se conçoit qu'en vue d'intégrer un étranger? « Le 
droit est un musée d'antiquités », — même dans l'antiquité. 
On n'a peut-être pas assez remarqué que la procédure de 
l'adoplion, en pleine époque classique, est le résidu de formes 
et d'idées qui ne cadrent plus avec l'emploi le plus ordinaire 
de l'institution. La pièce maîtresse de cette procédure, c'est la 
présentation de l'adopté à la phratrie — quelquefois au yévoç 
en même temps qu'à la phratrie (4) : le mot £la-ày£t,v qui, assez 

(1) Glotz, in R. E. G., XXIII, p. 229, compte-rendu de Bruck, Schenkung. — 
L'adoption primitive devient môme, à l'occasion, de droit international : cf. Wes- 
termarck, o. l., 1, p. 336, et, dans le même ordre d'idées, Lafitau, Mœurs des 
sauvages Amériquains (1124), IV, p. 31 sq.. 

(2) Ils prennent d'ailleurs tout de suite un aspect familial : ils se transmettent 
de père en fils, et l'on connaît, par Homère, le personnage du ^évo; iiaxpwo;. 

(3) I, 493, sqq. Cf. Bruck, /ait Gesch., p. 6-1 : mais Bruck, qui a raison de sou- 
tenir contre Ttialheim la réalité juridique de cette adoption, se méprend sur sa 
nature parce qu'il ne veut connaître qu'une espèce d'adoption : l'observation de 
Glotz, l. L, s'applique au cas présent. Aussi bien Achille n'a-t-il pas cessé d'être 
le fils de son père Pelée; seulement Phoinix, qui a été accueilli par Pelée et 
intégré à son groupe, renforce cette espèce de parenté abstraite par un acte qui 
le crée père adoptif de son élève ; ajoutons qu'il n'y a aucun besoin de soutenir 
qu'Achille héritera des biens départis à Phoinix (cf. n. 80). Quant au lien particu- 
lier qui unit ici le père nourricier à son « fils », rappelons qu'on le trouve ailleurs, 
dans des sociétés où survit un régime de co-propriété, notamment chez les Slaves 
du Sud. 

(4) Isce, VII, 15 (cf. 11, 14). Il n'y a pas toujours de yÉvoî. En tout cas, si l'on 
voulait qu'il fût question du même groupe dans le fameux texte de Plutarque, 
on voit que, dans le principe, il s'agit d'y introduire l'adopté, justement parce 
qu'il n'en faisait pas partie. Qu'on ne dise pas que le groupe familial a ici pour 
fonction de reconnaître un lien de filiation entre deux individus qui appartien- 



La création du TESXAMENt 451 

souvent, indique l'adoption elle-même (l) signifie essentielle- 
ment celte « inlroduction » ; en outre, on appelle comme 
témoins instrumenlaires les proches, auxquels on va donner un 
« co-parlicipant des choses sacrées » (2). Par là se définit et se 
fortifie notre position. On ne veut pas croire que Solon ait per- 
mis d' « adopter », car il était permis d'adopter bien avant lui; 
mais l'adoption traditionnelle n'avait que l'aire pour jouer 
le rôle ([u'on lui attribue dans le régime antérieur à la loi; sa 
signification, c'est que par elle on agrégeait au groupe un 
membre nouveau : nul besoin d'y agréger celui qui, par hypo- 
thèse, aurait déjà été un parent. Va\ revanche, si c'est une 
adoption d'un sens nouveau, d'une portée nouvelle, que Solon 
a entendu consacrer, tout s'éclaire. 

(k'ttc adoption nouvelle fait un héritier. Faire un héritier, 
cela ne pouvait avoir aucun sens dans un régime de co-pro- 
priété familiale oii personne ne succède à personne. Alors, ou 
bien l'adoption garantit une alliance entre groupes et entre 
individus; ou bien elle crée un nouveau « compagnon » : et 



liraient également audit groupe : Tinstitution a pu prendre ce sens à l'occasion 
— nous le verrons — mais on ne saurait plus faire état de l'antiquité de l'adop- 
tion, puisqu'elle a d'abord été de droit inlerfauiilial et que cette conception survit 
encore au iv^ siècle, pour soutenir que Solon n'a fait qu'élargir le cercle des 
ailoptés possibles.'!.' » introduction » d'un adopté dans la phratrie (pour le yÉvoî, 
les régies paraissent analogues : cf. Isée, Vil, 16), et qui est comme calquée sur 
celle de l'enfant légitime (cf. Beauchet, II, p. 11 sq.), a pour objet essentiel d'agré- 
ger au groupe un membre de plus, qu'on inscrit. De même, en droit romain — 
remarquable survivance puisqu'à l'époque historique, l'objet immédiat de l'insti- 
tution, c'est de créer une palria poleslas — l'adopté sort de sa gens et entre dans 
celle de l'adoptant (cf. Girard, Manuel ^, p. 182) : à quoi se rattache (Marquardt, 
Culte chez les Romains, l, p. 367 ; de .Marchi, Il cullo pAvaio di Roma ont., II, 
p. 33 , la pratique de la detestatio sacrorum, pièce nécessaire de l'adoption. 

(l)[Dém.J. XLIII, i3;XLIV, 63: Isée, 11, 10, 14: III, "3; X, 8, (eU toù; (cpâTopa; 
£tsî\viTa'.). « E'.siys'.v rappelle l'introduction de l'adopté dans le culte domestique 
de l'adoptant, ir.l xà Upà iyxyi^^ (Isée, VU, Ij. » (Beauchet, II, p. 8, n. 6). Ces '.spà 
étaient le principe (cf. la detestatio sacro7'uin) ceux d'un groupe familial étendu. 
\ l'époque classique, ils sont surtout, il est vrai, ceux d'un groupe restreint ; les 
sacra de la maison sont devenus autonomes ; (d'où etaiyEiv eU tôv oIxov : [Dém.J, 
XLIII, 14. cf. 81); mais cette autonomie n'était pas vraiment possible avant le 
testament solonien, et c'est la création du « testament » qui lui permit de s'affir- 
mer [infra. II" partie, § m). 

(2) Isée, IX, 13. 



152 LOUIS GERNET 

cela veut dire qu'il y aura un membre de plus pour se battre, 
pour « gagner » ou pour cultiver, un membre de plus pour 
« vivre au môme pot ». Voilà pourquoi, en Grèce même, les 
vieilles traditions pouvaient parler d'adoptions qui avaient lieu 
en présence de fils à qui un frère était donné (1); voilà pour- 
quoi l'adoption primitive peut créer aussi bien la fraternité que 
la paternité « artificielle » (2). 

Quand la grande famille et le collectivisme domestique com- 
mencèrent à se désagréger, l'esprit d'individualisme que nous 
voyons poindre dans l'adoption la plus ancienne s'accusa et se 
fixa. Pboinix ne voulait avoir dans Achille qu'un œiXo? qui fût 
plus à lui, qui protégerait sa vieillesse contre les insultes (3). 
On voulut plus : on voulut un continuateur à qui laisser son 
patrimoine et ses sacra — c'était tout un — , la jouissance de 
son bien et le soin de ses mânes . Cela ne se fit pas tout seul ; 
cela dut être long: et il est bien remarquable que, si la copro- 
priété familiale n'existe plus dans Homère et ne s'y témoigne 
plus que par ses traces, en revanche l'adoption comme institu- 
tion d'héritier paraît lui être inconnue (4). Lacune fortuite ? La 

(1) Dans la légende dorienne, Aigimios qui a déjà deux fils, Painphylos et Dy- 
mas, adopte Hyllos fils d'Héraklès (cf. Rosçher, Myth. Lex., art. Aigimios).Bruck, 
qui cite ce cas comme un exemple d'adoption {Schenkutiff, pp. 11-12), tombe tou- 
jours sous le coup du même reproche, en ne distinguant pas les phases de l'ins- 
titution. 

(2) La fraternité » artificielle » est bien connue en droit comparé (cf. Post, Grund- 
riss, I, pp. 93-99; Viollet, Hist. du droit civil français, p. 482, nombreuses réfé- 
rences). Elle n'est pas attestée en Grèce où, comme à Rome— et pour des raisons 
du même ordre — , elle a disparu à l'époque historique; mais elle a existé chez 
des populations orientales avec qui les Grecs ont été en contact, témoin l'allu- 
sion de Dioclétien (G. VI, 24, 7) ; elle est encore mentionnée dans le Code syro- 
romain (L, 86) au v^ siècle ap. J.-C., et reparaît dans le droit byzantin. 

(3) I 493: (ai Tcaïoa) T:oieû|XT,v, ïvgc [lot tiot' àziy.toL )kO'.yôv dtjjujvriç. Ce cas d'adoption, 
où commence à poindre une pensée nouvelle, est ercore très archa'ique. Phoi- 
nix, maudit par son père et sous le coup de fEoivôç, ne pourra pas avoir de 
vrai fils: c'est l'équivalent qu'il voudrait avoir, mais on sent bien qu'il ne l'a pas 
aussi complet, à beaucoup près, qu'un Grec de l'époque historique. D'autre part, 
il n'est pas question d'instituer un héritier: ni Achille ni Phoinix ne peuvent 
guère y penser, et, au surplus, tout porte à croire que les biens concédés à 
Phoinix par Pelée constituent une espèce de beneficium précaire qui retournera 
simplement à la famille. 

(4) Nulle part il n'y est fait la moindre allusion, et le cas de Phoinix, nous 



LA. CREATIOiN DU TESTAMENT 



153 



façon dont il parle do l'adoption, là où il en parle, ne permet 
pas de le penser. — C'est que de pareilles aspirations supposent 
à la famille étroite, à l'olxo?, un long passé de vie plus ou moins 
indépendante ; c'est qu'elles entraient en conflit avec le vieil 
esprit familial qui, dans le système des successions, trouvait 
au collectivisme d'antan une postérité et un substitut. Chose 
paradoxale, mais qui se comprend de reste : ce collectivisme 
qui ue faisait pas obstacle à l'ancienne adoption, son ombre 
fait obstacle à la nouvelle. Les groupes où il vit sont ouverts ; 
les groupes où il achève de mourir sont fermés : ils résistent 
à l'adoption (1), en môme temps qu'ils se replient sur eux- 
mêmes par la pratique des mariages entre proches et par une 
institution comme l'épiclérat. Une société comme la zadruga 
slave, tout ensemble si favorable à l'adoption et si sévère dans 
sa table des prohibitions matrimoniales, otTre avec celles-là un 
double et instructif contraste. 

Mais non seulement on ne veut pas d'étranger: il y a plus, 
et ce que nous appelons collectivisme familial, chose spiri- 
tuelle (2), se manifeste dans la contrainte des règles de dévo- 
lution, dans la rigueur qui les affirme au-dessus des volontés 
individuelles. Le choix d'un continuateur a beau se porter de 
lui-môme sur des parents, sur des proches — car justement, 
la suggestion persistante des solidarités familiales l'y incline : 
au vieil esprit, cela ne suffit point; le plus proche. 6 svyuxaTw 
y£V£'., a des droits a priori en vertu d'urie quasi-copropriété qui 



l'avons vu, est plutôt contraire. En revanche, il est dit cluu homme qui a perdu 
SCS deux fils dans la bataille, et qui ue pouvait plus en engendrer d'autres, qu'il 
ne lui reste (^ue les larmes et le gémissement : il ne peut plus avoir d'enfants à 
qui laisser son bien, et les collatéraux, à sa uiort, le partagent (E 152-138). 

(1) 11 est très vraisemblable que l'adoption a subi alors une demi-éclipse : dans 
tout Homère, nous ne trouvons mentionné qu'un seul cas. — On sait du reste 
que. dans notre ancien droit qui ne laisse pas d'offrir à notre point de vue des 
analogies instructives (cf. § vui, s. /".), l'adoption avait complètement disparu. 

(2) Les « groupes » dont nous avons parlé ne sont plus en effet des groupes 
définis et homogènes comme celui des agnats ou celui du clan; ils interfèrent 
en quelque sorte, et on peut appartenir à deux à la fois ; ils vivent par la rigueur 
de leur règle successorale. 



154 LOUIS GERNET 

n'apparaîtra plu?ï, Un jour, que dans le cas des descendants, 
mais qui se manifeste encore en faveur des collatéraux (1). 
Celui-là réprouve une dérogation arbitraire à l'ordre coutumier 
des successibles ; et en tant que la conscience sociale comprend 
la famille dans son passé et dans sa tradition, elle sympathise 
avec lui et résiste avec lui. Nous n'avons pas besoin de donner 
ici à l'hypothèse; au iv" siècle, cet esprit-là n'était pas mort (2). 
Il fallait briser son opposition ; et c'est ce que Solon a fait. 
Il l'a fait, aussi bien, dans deux domaines limitrophes : il a per- 
mis à celui qui n'avait ni fils ni lille de se choisir un héritier, 
qu'il adoptait ; il a permis à celui qui n'avait qu'une fille de 
choisir à cette (ille un mari, qu'il adoptait (3). Les deux dispo- 
sitions se complètent et s'éclaiient l'une l'autre. Car les règles 
de dévolution de la fille épiclère étaient des règles strictes, tout 
autant que celles de l'hérédité, et c'est encore ainsi qu'elles 
apparaissent au iv'' siècle, dans la décadence de l'institution (4). 

(1) On entrevoit quelque chose d'analogue dans le droit romain, sous les 
formes particulières qu'il présente ici : la vocation de Vadgnatus proximus y a 
quelque chose de spécial (règle poslluimi adgnalione riimpilur testamentum, 
absence de dévolution proprement dite en droit civil, validité de Vin jure cesslo 
heredilalis faite par le plus proche agnat avant l'adition). 

(2) On cite toujours l'argumentation des plaideurs du 1" discours d'Isée {Sur 
la f< accession de Cléonyme, 2[) : nous l'invoquons d'autant plus volontiers que 
les héritiers testamentaires sont, en l'espèce, des parents du défunt. — Sur lim- 
porlance du lien de liliation par le sang, les emplois du mot yvf.atoi; ne laissent 
pas d'être instructifs ; on entrevoit dans son histoire que la « légitimité ", se 
définissant d'abord et à la fin relativement à la bâtardise, se conçoit aussi à un 
moment intermédiaire par opposition à la paternité adoptive; ainsi dans celte loi 
de Solon; ainsi encore dans la loi de Gortyne (col. X, I. 43 ; I. 48; XI, 1. ~) ; ainsi 
surtout dans cette formule d' « introduction » des enfants légitimes dans la 
phratrie (on jure qu'ils sont nés d'une mère athénienne et légalement mariée) 
qu'on a appliquée au cas d'un flls adoptif avec une gaucherie suggestive, car 
elle n'était visiblement pas faite pour lui. 

(3) C'est une disposition formelle de la loi de Solon (Iséo, III, 42; 68. i yi(i 
vûixo; 5'.appTi5r,v Xsyei... ; X, 13) dont l'aulhenticilé serait d'ailleurs garantie par 
le double paralèlisme de siv a/i... appsvxî, àv Si %■r|}^î'.■xi TtataXiTtr, et du cr-Jv 'zoiûia.'.i 
de la loi sur les successions. — Observons que celte pratique est inconnue et à 
Gortyne et a Sparte (où le père peut bien marier sa lille unique, mais où il n'est 
pas question pour lui dadopter son gendre : Hèrod., vi, 5" se sert d'ailleurs du 
terme èyyvS.'/). 

(4) Même principe qu'en matière de succession ; cf., en particulier, [Dém.], 
XLIII, 55 : il y a dans une pareille vocation un droit tout ensemble et le souvenir 



LA CRÉATION DU TESTAMENT i 55 

Cela n'a pas pu aller tout seul pour faire préférer un cousin à 
un oncle — malgré l'oncle el malgré la famille. M. Glotz dit 
bien, d'accord avec notre bon sens (1) : « Il y a des cboses qui 
n'ont pas d'inventeui'. Le premier testament fut fait par un 
moribond qui recommanda de marier sa fille unique au fils de 
son frère ». Mais ce qui nous paraît naturel ne l'est pas tant à 
une période où la volonté individuelle ne saurait imprimei' son 
arbitraiie à une matière aussi résistante que la tradition fami- 
liale. Les mêmes arguments qui valent pour la loi « testamen- 
taire » valent pour la loi sur l'épiclère qui s'y trouve incluse : 
les deux ouvraient un droit nouveau. La seconde ouviait un 
droit que la loi de Gortyne paraît bien ignorer. Et s'il nous 
fallait un autre indice de nouveauté juridique, nous le verrions 
dans le caractère de théorie législative que revêt ici le droit 
solonien : il impose la forme de l'adoption à ce libre choix, qu'il 
s'exerce ou non en faveur d'un proche, et fait d'un fils adoptif 
un époux nécessaire. 



VII 



La loi de Solon a donc fait, en un sens, beaucoup plus qu'on 
ne l'admet généralement. Est-ce à dire que, supprimant l'his- 

d'une obligation. Ce que dit Beauchet (I, p. 434, n. 8), que « l'ordre n'était point, 
en fait, toujours suivi rigoureusement », ne repose que sur une fausse interpré- 
tation d'Aristoph., Guêpes. 383 sq.. Si l'ayant-droit. « anchisteus » le plus proche, 
renonce pour lui-môme, il revendique pour son fils : cf. Isée, X, 3, où l'état de 
cause n'indique point que le père agisse alors en qualité de xûpiùç d'un enfant 
mineur ^contre Beauchet, I, 433, n. 3). Voir n. suiv. 

(1) Solidarité, p. 343. 11 est vrai qu'il distingue entre la « règle stricte « et les 
tolérances familiales qui pouvaient la faire fléchir : mais quand il ajoute que 
« la coutume donna aux vœux des mourants une vertu impi'rative », la « règle 
stricte » cesse d'apparaître quelque chose de clair, ou devient quelque chose de 
bien théorique. Certes, lèTT':cTy.T,'|i; du défunt peut avoir à l'occasion une grande 
vertu; mais la rigueur persistante de la loi de dévolution peut seule expliquer 
cette règle nouvelle du droit solonien (Plut., Solon, XX) que l'épiclère, mariée à 
un parent âgé et impuissant, pourra désormais rompre son mariage et épouser à 
son choix un autre parent, règle qui permet de comprendre la liberté désormais 
départie au père d'une tille unique, comme à sou tour celle-ci permet de com- 
prendre la liberté de Siaeitrôai. 

REG, XXXIII, 1920, n» 152. ji 



156 LOUIS gernet 

toire, nous voyions dans le droit désormais départi à l'individu, 
une création ax mhilo'l que même nous déniions toute valeur 
juridique aux adoptions-institutions d'héritier qui ont pu avoir 
lieu avant la loi? Nous en sommes bien éloignés. 

Certainement, quand Solon s'est mis à légiférer, il se trou- 
vait en présence d'aspirations auxquelles il a dû satisfaire. Cer- 
tainement aussi, l'adoption était alors dans un état de crise oij 
elle s'essayait à des fins nouvelles : et le législateur ne Fa pas 
plus créée dans un sens que dans l'autre. Comment cette adop- 
tion fonctionnait-elle, dans quelle mesure ces aspirations 
étaient-elles contenues ou (refoulées ? Pour l'imaginer, nous 
n'avons pas besoin de faire « de chic » le tableau de ce qui se 
passait dans les familles athéniennes vers 600 avant Jésus- 
Christ, et de la façon dont s"y ordonnaient ces luttes et zizanies 
qui sont peut-être un élément et comme une fonction de la 
vie familiale: de Tadoption sous le régime antérieur à la loi, 
on entrevoit bien quelque chose. 

D'abord, elle pouvait garder sa raison d'être sans produire 
une dérogation à l'ordre des successibles: rien n'empêchait de 
faire d'un héritier nécessaire un fils adoptif, et par là d'assurer 
une satisfaction plus intime au besoin individuel d'un conti- 
nuateur. Plus spécialement, on pouvait choisir, entre plusieurs 
appelés qui partageaient également le bien, celui qui vous 
succéderait à titre de fils. Nous voyons à l'époque classique le 
père d'une fille épiclère, qui laisse d'ailleurs fonctionner les 
règles de la dévolution légitime, user volontiers d'une prière 
spéciale qui a la vertu d'un acte quasi religieux (1) : il « recom- 
mande » qu'on lui donne en adoption un des fils à naître de 
l'épiclère; cela ne veut pas dire que les autres fils, s'il y en a, ne 



(1) Isée, III, 73 : è^ôv éicl âîiravti tû xX-^ptj) xataî^iitetv «ôtïjV (la prétendue 

flUe légitime), xat £itiaxf,4'ai tûv ytyvojxsvwv Tf,ç ôuyaipôi; icatSwv slaayayetv uiôv 
lauTÔ). La vertu religieuse de cette prière est indiquée par l'emploi du mot : 
éitîiTXTuJ'iî est par ailleurs, en cas de meurtre, la dénonciation de la victime qui 
oblige les siens à la vengeance (cf. Glotz, Solidarité^ p. 69).— Cf. [Dém.], XLIII, 
11-12. 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 137 

partageront pas le bien avec celui-là (1); cela veut dire que le 
mort se continuera dans la personne de celui-là. Il est à croire 
que celle vieille piutique était dune application plus étendue 
avec des effets analogues, du temps où le droit ne permettait 
pas de l'aire un héritier exclusif par préférence à d'autres qui 
fussent régulièrement appelés au même rang : l'adopté prenait 
le nom du de cujus (2), ou son fils allait le prendre; il avait, 
par privilège, la charge des vo|ji.i,^ô;jL£va, des sacra du mort. 

Les autres cas, les plus intéressants en l'espèce, ne devaient 
pas, sous un régime do coutume, admettre la solution rigou- 
reuse et uniforme que commande la loi. Il y avait sûrement 
des adoptions inopérantes dont l'auteur ni le bénéficiaire ne 
réussissaient à forcer les résistances de la faniille. L'esprit 
traditionnel disait : Adoptez, mais vous ne ferez pas un héritier. 
Cela aboutissait à passer un acte nul au point de vue de la 
transmission du patrimoine, mais non point nécessairement au 
point de vue des sacra: c'est encore un lieu commun, chez les 
plaideurs du iv^ siècle, d'exposer aux juges qu'ils ont accompli 
les cérémonies religieuses délaissées par l'héritier qui les 
évince. — Il pouvait aussi y avoir des situations de fait qui 
n'étaient pas des situations de droit. Certaines analogies sont 
encore suggestives : en dépit de l'esprit processif des Athéniens 
et de leur facilité à à[j.cct,a-ê7iT£w, à « revendiquer », il est curieux 
qu'on n'ose pas toujours s'opposer, du temps des orateurs, à 
certaines adoptions plus ou moins suspectes; les héritiers 
légitimes ne désarment pas pour autant, ils se réservent, et 
la question reste en suspens (3). Nul doute que de pareilles 



(1) Sur l'absence de vocation exclusive au profit du âuyaxptSoûî donné en adop- 
tion posthume à son grand-père maternel (père d'une lille épiclère), voir Beau- 
chet, I, p. 469 et s.. 

(2) Cf. Schômann, sur Isée, VII, 17 ; on pourrait invoquer aussi : Isée, II, 36 : 
41 ; [Dém.], XLIII, 1'. Spécialement, on donne tout de suite le nom du père 
adoptif aux adoptés posthumes : [Dém.], XLIII, 12 et s.; XLIV, 43. 

(3) Cas du Contre Léochar'es. Cf. Isée, X, 18. — U y a encore à l'époque clas- 
sique une règle qui nous laisse apercevoir la persistance du droit éminent de 
la famille et qui nous permet de comprendre comment une situation de fait 
pouvait être remise en question et ne pas se transformer d'elle-même en situa- 



458 LOUIS GERNEt 

situations fussent au moins aussi fréquentes, à une époque 
où la loi n'était pas là pour conclure «en termes exprès » (1). 
Enfin l'adoption pouvait très probablement fonctionner 
comme institution d'héritier, mais subordonnée au consente- 
ment des proches ou même d'un organisme familial plus éten- 
du. Le lôle que nous faisons jouer ainsi à la famille n'est pas 
seulement vraisemblable en soi; il est conforme encore aux 
analogies. D'une part, la présentation aux parents — survi- 
vance, nous l'avons vu, d'un état archaïque — a pu continuer 
d'avoir lieu en s'inspirant d'une pensée nouvelle de consen- 
tement qui, à l'époque classique, se serait oblitérée; et la con- 
vocation des proches comme témoins instrumentaires favorise 
l'induction quand on se rappelle les origines et la primitive 
raison d'être du « témoignage » (2). D'autre part, il y a telles 
sociétés, comparables de ce point de vue à la Grèce la plus 
anciennne, où la famille exerce sur les adoptions un droit sou- 
verain de contrôle et de légitimation (3). — Aussi bien, il est 
un corps qui, déchu et dépossédé à l'époque classique, n'en 



tion de droit : c'est celle qui, prescrivant la pétition d'hérédité par cinq ans 
(comme les autres actions en général), ne laisse courir le délai de la prescription 
qu'à dater de la mort de l'héritier (Iséc, 111, 58). — A l'inverse, mais dans le 
même ordre d'idées, on peut se demander si Vusucapio pro herede du droit 
romain, dont on sait le caractère anormal et archaïque (Esmein, Mélanges d'hist. 
du dr., p. 178) ne suppose pas le souvenir d'un réj^ime de coutume et de droit 
familial où l'état d'héritier se trouvait à la fois irrégulier en principe et possible 
par tolérance. 

(1) Cet état de possession qui ne pouvait être converti en vraie propriété que 
par la loi, nous y trouvons peut-être une allusion daus le texte de Plularque 
qui, abandonnant sur la fin sa phraséologie morale, parait s'exprimer avec une 
certaine précision juridique : x.ai ti ypr^\i.oixa[ xxT)[iaTx twv èy^ovxwv èizo'.'i\<j£w. 

(2) On sait — ou, du moins, c'est la théorie presque unanime aujourd'hui — 
qu'avant la loi des XII Tables, le rôle du peuple- « témoin » dans le testament 
calalis comiliis consistait en une véritable autorisation, en une habilitation 
spéciale : sur le rapport entre celte conception et l'institution primitive du 
témoignage formaliste, cf. H. Lévy-Bruhl, Le lémoign. instrument, en dr. rom., 
p. 29 sqq.. 

(:t) Pour les Ossètes, cf. Kovalewsky, 0. L, pp. 203-204. Le même phénomène 
se constate ailleurs: ainsi dans le vieux droit de Lubeck, « où la rupture du tes- 
tament par survenance d'enfants s'expliquait par la réquisition du consente- 
ment des héritiers pour la validité du testament portant sur des immeubles» 
(Lambert, Fond, du dr. civ. comp., p. 428, n. 5.). 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 159 

garde pas moins la trace de ses atlribiitions anciennes: c'est 
la pliralrie (1). La présentation de Fadoplé à la phratrie, nons 
l'avons rappelé, est à l'époque classique un élément formel de 
l'adoption. Pourtant, elle n'en est pas, au sens strict, une 
condition juridique. Le vote même qui la conclut, l'inscription 
même qui la consacre, ne sont pas essentiels à la validité de 
l'adoption (2). Ici comme en d'autres cas, nous avons un céré- 
monial vidé de son efficacité juridique : chose contradictoire si 
nous n'admettions un état antérieur où l'acceptation de la 
phratrie avait un sens et des effets (3). 

Ainsi s'achève et se iixe le dessin de la législation solonienne. 
Désormais, l'institution d'héritier n'est plus suspendue à l'arbi- 
trage ou à la tolérance des groupes familiaux. C'est la loi qui 
parle et qui tranche. Elle dit : ottw^ àv t'.; sOéXr,. 



(1) Le rôle primitif de la phratrie transparait encore dans le règlement des 
Dèmotionides : noter en particulier la diadicasie par quoi la piiratrie se prononce 
snr la réception d'un phrator déjà admise ou rejetée en première instance par 
le thiase (I. 87 sq., 97 sq.). — Il est possible, d'autre part — ou du moins il y a 
des textes en ce sens (cf. Beauchet, 11, p. 383 et s., d'ailleurs contraire) — que 
la phratrie ait eu un rôle en matière d'interdiction pour cause de démence. — 
Voir aussi, pour l'idée persistante du contrôle, [Dém.], XLIII, 14. 

(2) Beauchet, 11, p. 14 et s. C'est l'opinion qui nous paraît conforme aux textes 
(cf. le cas de VèjY'jr^ini matrimoniale, contrat formel également), en dépit de 
Schulin, o. L, p. 17 sq.. llitzig in Ztschr. d. Sav. St., R. A., XVlll, p. 160 sq., 
Bnick, Schen/ning, p. 54, n. 3. (La question est parallèle à celle de J' « introduc- 
tion » des enfanta légitimes du sang : cf. Beauchet, I, p. 330 sqq.). — Que d'ail- 
leurs les mœurs continuent de faire une obligation de ce genre de formalités et 
de l'admission expresse dans la phratrie, il n'y a pas à s'en étonner et la loi 
n'avait pas à s'en occuper; les vô[ioi des groupes familiaux vivent toujours, mais 
en marge : il y a eu déplacement de la force d'autorité. En matière d'adoption, 
du reste, le formalisme tendait à s'etl'acer: d'une part, la comédie nouvelle men- 
tionne des adoptions (entrè-vifs) qui semblent bien être sans formes (cf. Dareste, 
Nouv. El., p. 153 sq.), et d'autre part la pratique de l'adoption testamentaire 
(cf. Isée, IV, 13) conduisait fatalement au même résultat. 

(3) On pourrait objecter qu'à appliquer le même raisonnement à une formalité 
analogue, celle de l'inscription au dême, on devrait conclure que le dème aussi 
a exercé jadis, en matière de droits de famille, un contrôle souverain, et ce serait 
une réfutation par l'absurde. Mais le raisonnement ne vaudrait pas : si l'inscrip- 
tion au dème — groupe relativement artificiel — suit l'inscription à la phratrie, 
c'est à l'imitation de ce qui se passe pour les fils légitimes par le sang ; et pour 
ceux-ci, elle a rapport avant tout aux droits politiques, et non aux droits de 
famille. 



160 LOUIS GERNET 



VIII 



Il ne sera pas superilu de jeter maintenant un coup d'oeil 
sur les diverses législations grecques, ne fût-ce que pour écarter 
cette objection tenace, ou ce préjugé incouscient, que l'adoption 
comme institulion d'héritier est une chose sinon primitive, du 
moins nécessairement aussi vieille que la séparation des 
patrimoines. 

On pense tout de suite à deux Etats « doriens » (1) oîj l'adop- 
tion fonctionne avec ses pleins effets : Sparte et Gortyne. 
Remarquons d'abord que les témoignages ne nous reportent 
pas à une période aussi ancienne que la loi de Solon, mais 
seulement au début et au milieu du v" siècle. Toutefois, comme 
il s'agit de législations qui présentent un caractère assez archaï- 
que, comme l'évolution peut s'y être faite avec plus de lenteur, 
peut-être serait-on disposé à trouver là un argument. 

Mais on no saurait conclure d'un Etat grec à un autre sans 
de grandes précautions : supposer sans plus de façons l'unité 
du droit grec, comme l'a fait par exempU^ Mitteis, c'est à 
l'occasion un grave vice de méthode. On peut admettre qu'il y 
a un droit grec, dans une certaine mesure, à l'époque la plus 
ancienne que nous entrevoyions ; on peut reconnaître qu'il y 
en a w?i à l'époque hellénistique : entre ces deux termes, il y 
a eu place pour des développements plus ou moins origi- 
naux (2). Certains Etats doriens ont une physionomie singulière, 
du fait que, installés dans un pays conquis dont ils avaient 
partagé la terre en « lots » égaux, ils ont tout de suite éman- 
cipé la famille étroite (3), le groupe restreint de l'olxo;; — 



(1) Ce n'est pas sans raison qu'ils se trouvent ainsi rapprochés : il y a des 
analogies certaines dans la structure juridique des deux sociétés ; pour le point 
de vue historique, v. E. Meyer, Gesch. d. AU., Il, p. 74 sq., p. 564 ; cf. Bruck, 
Schenkung, p. 63. 

(2) Glotz in fi. E. G., XX, p. 116. 

(3) Émancipation relativement aux groupes familiaux plus larges : de fait, ce 
qu'on appelle à Athènes la auyysvçu n'a guère pu se développer sur un pareil 



LA. CRÉATION DU TESTAMENT 161 

tout en laissant subsister, et même avec un archaïsme assez 
accusé (1), des groupes comme rtiétairie et la tribu qui peuvent 
bien avoir en principe un caractère familial, mais qui n'orga- 
nisent pas, en face des aspirations ou des prétentions de l'indi- 
vidu, la résistance du collectivisme domestique et l'opposition 
de collatéraux frustrés. 

Considérons l'adoption à Gortyne, beaucoup mieux connue 
que l'adoption à Sparte sur laquelle nous n'avons qu'un mot 
d'Hérodote. De graves dilTérences la séparent du type athé- 
nien, qui nous font conclure à une évolution spéciale. A 
Athènes, l'adoption a lieu par-devant la phratrie (2) ; à Gor- 
tyne, elle a lieu par-devant le peuple : le chef de la « maison », 
le possesseur du « lot », a directement affaire à la société 
politique (3) ; entre elle et lui ne s'interposent pas les groupes 
familiaux ou quasi familiaux. — L'adoption n'a pas non plus 
— fait corrélatif — le même caractère : à Athènes, une fois 
accepté par la famille ou par la loi. le fils adoptif a la situation 

terrain. Ajoutons d'ailleurs, ce qu'on verra de plus en plus au cours de l'étude, 
que la famille étroite elle-même, plus libre en un sens, est moins vivante aussi 
et moins réelle qu'à Athènes. On a pu dire, et nous le dirions dans le même 
esprit, que « la famille à Sparte est faiblement constituée » (voir le remarquable 
article de H. Jeanmaire sur Lacryplie lacédémonietuie'xn R. E. G., XXVI, p. 135). 
A qui veut comprendre, d'autre part, comment le système des %\ipoi doriens ne 
met guère en présence l'une de l'autre que la famille stricto sensu et la société 
politique représentée par le groupe assez lointain de la tribu, l'étude de Szanto 
sur les tribus doriennes offre des suggestions qui restent justes, réserve faite de 
la théorie générale de l'auteur sur la tribu [Die griech. Phylen, in Ausgew. 
Abhandl., p. 221 sq.). 

(1) A propos du droit de Gortyne, voir nos observations dans fi. E. G., XXIX» 
p. 402. 

(2) Il y a aussi, nous l'avons vu, une inscription sur le registre du dème, 
>iTiÇiapyt7côv ypatipLaTsîov, mais cette inscription suit l'inscription à la phratrie 
([Dém.i, XLIV, 41; 44; cf. Isée, II, 14; VU. 26-27: Meier-Schômann-Lipsius, 
Att. Proz., p. 341, n. 163; Beauchet, 11, p. 16, n. 6) et n'a qu'une signiûcation 
secondaire au point de vue des droits de famille. 

(3) Col. X, 1. 34 et s. C'est seulement après qu'il a été dit : « L'adoption se fera 
sur l'agora, en présence des citoyens assemblés, du haut de la pierre d'où l'on 
parle au peuple » qu'il est question de l'hètairie à qui l'adoptant donnera une 
victime et une mesure de vin (pour les traces du rôle de l'hètairie, voir aussi 
p. 164, n. 1). C'est le rapport inverse que l'on constate ù Athènes. A Sparte, l'adop- 
tion a lieu par-devant Içs rois (Hérod., VI, 37) ; elle a ainsj Ip jnêpie caractère 
qu'à Gortyue. 



162 LOUIS GERNET 

presque inébranlable d'un vrai parent. Devenu parent en effet, 
il participe de cette force collective qui avait été Fapanage des 
collatéraux eux-mêmes, et qui reste celui des fils par le sang : 
il s'impose comme siais hères. Il peut cesser d'être un fils; 
mais ce ne sera que de son consentement (1), ou par la procé- 
dure rare et difficile de F «abdication », de l'aTuoxrjp'j^Lç, qui 
suppose une faute ou un délit — et qui serait applicable, aussi 
bien, aux fils du sang : en principe, il ne peut y avoir de révo- 
cation unilatérale de l'adoption par l'adoptant. A Gortyne, au 
contraire, cette révocation existe, elle est prévue et réglée par 
la loi (2). — Enfin, nous ne voyons pas du tout, pour notre 
part, que l'adoption soit interdite à Gortyne en présence des fils 
du sang (3). Nous savons qu'il peut y avoir concours entre 
ceux-ci et les fils adoptifs ; les éditeurs des Inscriptions juri- 
diques admettent, comme chose de bon sens, que l'adoption 
dans ce cas a eu lieu avant la naissance des enfants du sang : 
« en présence des enfants existants, observent-ils (I, p. 483, 
n. 3), l'adoption n'était pas permise à Athènes, et rien n'auto- 
rise à croire qu'il en fût autrement à Gortyne ». Mais rien 
n'autorise à croire qu'il en fût de même : le fait que la loi de 
Gortyne, dans sa formule abstraite, ne spécifie nuUenient ce 



(1) On le voit bien, en définitive, par le Contre Spoudias, Dém., XLI, 4, où 
l'affaire s'est terminée par une transaction. Sur le principe, voir Beauchet, II, 
p. 65 sq.. — Il faut même ajouter qu'après la mort de l'adoptant l'adopté ne 
peut plus cesser d'être fils à moins que, retournant dans sa famille d'origine, il 
ne laisse un fils légitime du sang dans sa famille adoptive : au cas d'adoption 
entre-vifs du moins, il est héritier nécessaire et n'a pas le droit de renoncer à 
la succession (cf. n. 17, et pour la régie générale que nous admettons, Demisch, 
Die Schuldenerbfolge in ait. Recht, p. 11 sqq.. 

(2) Col. XI, 1. 14 sq.. Cette révocation a lieu, comme l'adoption même, sur 
l'agora, et dans les mêmes conditions. La loi se sert du terme àitenterv (a-rcoFei- 
Tîa69w) que, par ailleurs, nous voyons synonyme de i-TtoxTipÛTTsiv (Hérod. I, 59; 
cf. Eurip., Aie, 937). Mais cette àTroii-f,ptjç'.i;, réserve faite d'une /)œ?ia médiocre, 
parait abandonnée à la discrétion de l'adoptant. 

(3) C'est après coup — nous pouvons faire état de la rencontre — que nous 
avons constaté la même opinion chez Bruck, Schenkung, p. 11, p. 30 : il est 
vrai que Bruck la donne comme si elle allait de soi, et ne s'est pas mis en 
peine de la Justifier. 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 163 

que spécifie la loi d'Athènes (l), la présentation de l'adopté 
au peuple, qui, n'a pour elTet que de faire constater un lien 
nouveau de filiation (2), les termes généraux, enfin, de 
l'article qui permet l'adoption (3), tous ces indices font bien 
plutôt penser que la famille réduite elle-même n"a pas en 
Crète cette force de résistance et cette faculté d'exclusive que 
possède l'olxo; athénien. 

Mais, si Gortync nous paraît représenter un état particulier 
qui ne permet pas de conclure au cas athénien, il reste que les 
termes du vieux code (ayTravo-w eijLsv otio xa tlÀ Xei) sembleraient 
fournir un argument d'analogie à qui voit dans la loi de Solon 
une simple extension du droit d'adopter — puisqu'aussi bien 
la formule a toutes chances de souligner une innovation. Pour- 
tant, nous l'avons vu : rien, dans le régime de société que 
suppose la loi de Gortyne, ne nous autorise à dénoncer ici une 
réforme parallèle à celle qu'on prête à Solon. Sans doute, il y 
a bien eu innovation — avant ou par la loi, peu importe. Mais 
nous ne sommes pas obligés, tant s'en faut, de l'interpréter 
comme on a fait l'autre : de même que la tribu est un groupe 
endogame à l'intérieur duquel, en principe, la fille patrôoque 
doit trouver un époux (4), de môme il est possible que l'adop- 



(1) La loi d'Athènes (citée textuellement par Isée, VI, 63) dit : èiv Ttoi-riuajxévtj) 
T:aî5eî s ir ly é v w vx a i..., et la loi sur « le testament » ne laisse place qu'à cette 
hypothèse de la survenance d'enfants. La loi de Gortyne s'exprime en termes 
généraux ; ott 5e x' t,i. fvt\<jf.a. xexva toi a>/T;ava[X3voi, iteôa [xev tov epasvwv tov avT:av- 
xov (Xavxavev). — D'ailleurs, à Athènes, l'adopté, comme il est naturel pour 
celui qui a les droits acquis d'un fils, prend part entière : à Gortyne, il prend 
une part de fille, c'est-à-dire une demi-part de mâle. 

(2) Aussi bien le peuple ne figure-t-il ici que comme témoin : il n'a pas à 
donner son approbation, comme il fait à Rome pour Vadroqalio (Cf. /. J. G., 
I, p. 482 sq.). 

(3) Col. X, 1. 33 sq. : avicavaiv stiev otzo xol xik Xet. Comparez avec la restriction 
tout de suite énoncée dans la loi de Solon. — A Gortyne, une seule restriction 
est indiquée : celle qui concerne les femmes et les impubères (col. XI, 1. 18-20). 

(4) Col. VHI, I. 5 sq.. Sur la pensée qui règne ici, l'analogie du droit juif 
apporte quelque lumière : une jurisprudence, dont M. E. Lambert [Fonct. du 
dr. civ. comp., p. 244 sqq.) indique très heureusement la formation, avait 
abouti à des règles connexes : « celle qui appelait les filles à la succession immo- 
bilière et la pratique du mariage endogamique (à l'intérieur de la tribu) qui çn 



164 LOUIS GERNET 

tion dût d'abord s'y renfermer. On peut penser aussi à l'hé- 
tairie (1) : en tout cas, moins que partout ailleurs, nous 
voyons ce groupe agnatique, qu'il faudrait bien voir dans l'hy- 
pothèse ordinaire, aussi jalousement opposé à l'intrusion d'un 
étranger que tolérant à l'égard des adoptions de proches : à 
Athènes, il est improbable; à Gortyne, il serait un mythe. 

Pas davantage nous ne voyons l'adoption chez les ïhébains 
— à date ancienne pourtant (2), et d'ailleurs sous un régime 
qui paraît avoir été analogue à celui des États doriens (3) — 
obligatoirement restreinte au cercle de la parenté. Les lois de 
Philolaos avaient pour objet, nous dit Aristote (4), de mainte- 
nir immuable le nombre des xXYipot,. Et si les v6p.oi. 6£Tt.xoi (S), 
comme il est vraisemblable, oflraient à cet égard un procédé 
de compensation, les enfants en surnombre étant adoptés dans 



était le correctif ». Cf. Nombres, XXVI, 1-13, pour les protestations des meiubres 
des tribus intéressées. 

(1) Sur le caractère familial de l'hétairie, cf /. J. G., I, p. 410-411. Nous avons 
vu notamment qu'elle n'est pas oubliée lors de l'adoption. — Au reste, si la 
comparaison avec la phratrie athénienne est plausible (Zitelmann, das Rechtvon 
Gorlyn, p. 33), il faut ajouter que l'hétairie vit surtout comme une de ces 
« sociétés d'hommes » bien connues en ethnographie et dont il est justement 
question dans l'article précité de H. Jeanmaire. 

(2) La « législation de Philolaos » nous reporte au début du vii'= siècle 
av. J.-Ch., d'après Gilbert, Handb. der griech. Staatsalt., II, p. 4, 5, 46. 

(3) Au point de vue du régime des iCkr^poi, qui nous intéresse ici. Cf. Bruck, 
Schenkung, p. 66. 

(4) Arist., Pol., Il, 9, 1274 b 2 sqq. : oitwî 6 àp'.ÔjAÔi; aw^Ti-rai twv itXr^pwv. 

(5) Les vôiiot OsTixot concernent les adoptions (Oexôç ùib; = fils adoptif). Mais il 
y a un mot, dans le texte d'Aristote, dont il est intéressant pour nous de préci- 
ser le sens : les lois en question sont des lois irepi xfiî itïiSoTtoua;. On est disposé 
à comprendre : « au sujet de l'adoption » (Schulin, 0. l., p. 49). Mais Bruck se 
demande [Schenkung . p. 63, n. 5) si iratôoiroi^at n'aurait pas le sens de « procréa- 
tion ». Je serais assez tenté de l'interpréter ainsi : débarrassé de sa tautologie, 
le texte est plus intéressant, et plus en accord avec ce malthusianisme antique 
qui se reflète parfois dans les législations et dans les théories, comme nous le 
voyons par la Politique elle-même (voir aussi n. suiv.). En faveur de cette 
explication — et bien qu'on trouve ôuyatooiroua, « adoption de fille », dialectale- 
nient et à basse époque — nons ferions valoir que Tcaiooiioiôî se rapporte à la 
procréation (en général les adjectifs en -;toiô; s'interprètent par ttoiw et non 
par Tîoioiifxai : v. g. itoÀeiAOTcotôi;), que tel est le sens de -rcaiSoTtoiû) même, du 
moins en bonne grécité, et du substantif etbstrait dans les autres exemples du 
mot (Platon, fiép,, 423 E, etc.). 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 165 

d'autres familles (1), rien n'indique que le choix de l'adop- 
tant dût nécessairement se porter sur des parents : ou plutôt, 
dans une pareille conception, tout nous permet de préjuger 
la liberté. Et voilà encore une analogie qui échappe, en même 
temps que se confirme le caractère spécial du type dorien. 

Rn revanche, il y a une nation grecque qui nous intéresse 
plus directement; car elle ne paraît pas avoir subi Taction de 
ces forces pertubatrices qui, à Sparte et ailleurs, ont pu altérer 
une évolution naturelle (2). La charte de la colonie locrienne 
de Naupacte (3) nous fait indirectement connaître le régime 
des successions chez les Locriens orientaux du v" siècle. On a 
fait remarquer que le « testament » y est inconnu (4) : ce 
n'est pas seulement le testament proprement dit, mais la 
liberté de disposition — et l'adoption comme institution d'hé- 
ritier, si restreinte (ju'on la suppose, en est une forme. Cette 
adoption-là, en tant que pleinement licite et légale, les Locriens 
paraissent bien l'ignorer (5). Nulle part, il n'y est fait allusion; 
plus encoi-e : les termes de la loi semblent l'exclure ou, plus 
exactement, la loi ne semble pas y penser. Si un colon veut 
retourner dans la métropole, il le pourra, « à condition de lais- 
ser à son foyer un fils adulte ou un frère » — sans autre indi- 



(1) Cf. Platon, Lois, XI, 922 E sq.; cf. IX, 877 D sq.. 

(2) On s'est, je crois, trop pressé d'assimiler le [lépoî dont il est question dans 
l'inscription (B 1. 19 sq.) à l'àpyaîa [j.oïpa constituée comme on sait dans les 
États doriens (cf. Gilbert, Handb., II, p. 49, n. 1, Bruck, Schenkung, p. 68;. Ce 
[xâpo; — quil s'agit d'ailleurs de confisquer, et don; qui n'est pas inaliénable — 
représente beaucoup plus sûrement la part qui revient au condamné sur le bien 
familial, et qui est distraite de ce bien familial par la pratique bien connue de 
l'apportionnement (Cf. B 1. 12). 

(3)/. J. G., n° Xi (I, p. 180 sqq.). L'inscription est certainement antérieure à 455; 
E. Meyer {Forsch. zur ait. Gesch., 1, p. 293) la reporte même avant les guerres 
médiques. 

(4) l. J. G., I, p. 191 ; Beauchet, III, p. 431. 

(5) Nous n'avons pas besoin, pour soutenir notre interprétation de la loi, d'al- 
ler jusqu'à nier toute possibilité de l'adoption-institution d'héritier (à quoi, 
d'ailleurs, nous ne répugnerions pas trop). Ce qui nous paraît hautement pro- 
bable, c'est que ces adoptions, si elles existent, sont en marge de la loi : la loi 
les ignore parce qu'elles sont pour chaque famille une affaire intérieure — ce 
qui revient à dire qu'il n'y a pas proprement de droit à l'adoption, 



i66 LOUIS GERNEt 

cation (1), — Dans le cas où un père prédécédé a laissé plu- 
sieurs fils, si l'un d'eux meurt, sa succession sera partagée 
entre ses frères, qu'ils aient émigré àNaupacte ou qu'ils soient 
restés en Locride (2) : c'est une chose qui va de soi — et qui 
n'irait pas de soi du tout si l'on pouvait instituer normalement 
un fils adoptif — que la succession d'un frère est recueillie par 
ses frères. — On prévoit encore le cas où un colon n'aura pas 
laissé à Naupacte de parent à un degré successible (3). L'ex- 
pression de ysvos, dont se sert la loi, s'entendra difficilement, 
sans autre précision, d'un fils adoptif ; et l'épithète de v/E~a- 
[xov (4) atteste « l'idée vivace de la copropriété familiale » sans 
rien qui rende nécessaire ou même licite la pratique de l'adop- 
tion. — Il est intéressant de trouver ainsi au v« siècle, dans une 
des sociétés grecques les plus arriérées (5), le témoignage pro- 
bable de l'état juridique que nous croyons avoir été celui de 
l'Attique avant Solon. 

Si maintenant nous voulons situer les faits grecs dans un 
cadre plus large, nous le pouvons. D'autres sociétés qui ont 
connu, successivement, l'adoption la plus ancienne et l'adop- 
tion translative d'un patrimoine, ont soin de distinguer entre 
les deux. Les Ossètes, qui nous ont déjà fourni des analogies, 
veulent éviter expressément qu'à la faveur d'un calembour 
juridique l'adoption à cause délictuelle ne soit dotée des effets 

(1) A 1 sq. :... xaTaActTtovTa sv xai latiai itaiSa eSaxav e' oaXssov eçeifxev. 

(2) B 4 sqq. : ...oitoî xxi, Aoxpov xov ricoxvaiJii.Siov Ktxaaxov vo[io; eoTi, ai x' aito- 
GavEi, Tov /^pefjLaxov xpaxeiv xov eitiFoix.ov. 

(3) A 16 sqq. : ai xa [jl£ ycvoç ev -uai laxiai <ei> s/tT,x[j.o'j xov sTCifotxov si sv 
Nauitaxxoi... C'est alors le plus proche parent épicnémidien (resté dans la mé- 
tropole) qui hérite ; s'il ne s'en présente pas, on suivra les lois de la colonie. 11 
serait aventureux d'admettre que ces dernières lois pouvaient prévoir, elles, le 
cas d'adoption — et la liberté, plus ou moins restreinte, d'adoption : observons 
seulement que le régime des colonies, en relâchant ou rompant les liens de 
parenté originels, a dû en général favoriser cette liberté. 

(4) Cf. /. J. G., I, p. 191. — Cette copropriété familiale reste une réalité assez 
vivante pour nous expliquer à la fois l'inutilité de l'adoption en général et l'into- 
lérance à son endroit (cf. B l. 10 sqq.). 

(3) On pourrait aussi trouver un témoignage indirect dans le prétendu testa- 
ment de Xouthias (/. J. G., n» XXllI, B, I, p. 59 sq.), qui remonte aussi au 
ye siècle et qui nous reporte en Arcadie (Tégée). 



LÀ CRÉATION DU tEStAMËNT 167 

qui appartiennent en propre à une espèce plus récente de l'ins- 
titution (1) : ils précisent que, lorsqu'une adoption aura lieu 
lors de la réconciliation de deux lamilles, ce sera sous la con- 
dition que l'adopté ne vienne pas à la succession de l'adoptant. 
— Dautre part, l'ancien droit israélite ignore l'adoption comme 
institution d'héritier (2). Ce n'est pas que l'adoption elle-même 
y soit inconnue : elle y est attestée (3); mais pas plus en laveur 
d'un proche qu'en faveur d'un étranger, on n'admet de déro- 
gation à l'ordre coutumier des successibles. — Que d'ailleurs 
cet ordre intloxible exprime à sa manière la notion persistante 
de la copropriété familiale, atteste à sa manière l'esprit qui ne 
veut pas mourir de la grande famille, c'est ce que prouverait 
assez notre ancien droit coutumier avec sa règle « institution 
d'héritier n'a lieu », avec l'extrême limitation de la quotité dis- 
ponible dans tous les cas, avec la rigueur des règles de dévolu- 
tion et du partage égal entre appelés du même rang — avec 
d'autres contraintes encore (4). 



(1) Kovalewsky, 0. Z., p. 204. Cf. Glotz, Solidarilé, p. 163. 

(2) Cf. Dareste, EL d'hisl. du dr.,p. 30. Dareste citant lui-mrme le cas d'Esther, 
il est excessif à lui de dire qu" « on ne trouve chez les Juifs aucune trace de 
ladoption » : c'est encore confondre deux phases de Tinstitulion. Quant à l'expli- 
cation qu'il propose, que les Juifs n'admettaient pas le culte des ancêtres (ques- 
tion d'ailleurs controversée), outre qu'elle écarterait toute espèce d'adoption, 
déclarons tout de suite qu'elle nous parait presque prendre l'elfet pour la cause : 
c'est ce qu'on verra dans la suite de notre étude. 

(3) Le père et la mère d'Esther étant morts, Mardochée l'a adoptée pour sa 
fille : Eslher, H. 

(4) Rappelons qu'en pays de coutumes^ la réserve appartenait non seulement 
aux descendants, mais aux collatéraux : en général, on peut disposer de ses 
acquêts et meubles, mais seulement d'une portion limitée des propres (le quint 
le plus souvent, comme dans la Coutume de Paris). Cf. VioUet, llist. du dr. civ., 
p. 871 ; Brissaud, Manuel d'hisl. du dr. priué, p. 661 Dans les « coutumes d'éga- 
lité parfaite », le père ne peut même user de la quotité disponible pour avanta- 
ger l'un de ses enfants. En fait, ou pourrait dire en un sens que le droit coutu- 
mier ne connaissait pas le testament : les auteurs parlent volontiers des dispo- 
sitions qui en tiennent lieu au chapitre des codicilles (cL Argou, Inst. au dr. fr., 
1699, p. 304), et il n'y a pas là pure subtilité juridique. — Parmi les autres con- 
traintes auxquelles nous faisons allusion, noter l'obligation de Voffre au proisme 
quia précédé l'institution plus libérale du retrait liguager, et la règle de cette 
dernière que, si les deux lignagers ne sont pas du même degré, le plus proche, 
anciennement du moins, l'emporte (cf. Brissaud, 0. /., p. 391). 



168 LOUIS GERNET 

Et cela, c'est, par rapport à la loi, le passé (1). La loi, elle, 
innove. Nous avons vu en quoi : il s'agit maintenant d'inter- 
préter. Interpréter, c'est définir des tendances collectives. 

Louis Gernet. 

{A suivre.) 

(1) Est-il besoin d'avertir qu'en indiquant des ternies de comparaison nous ne 
songeons pas à poursuivre je ne sais quelle assimilation entre la famille athé- 
nienne du vii« siècle et, par exemple, la famille française à la veille de la Révo- 
lution? C'est une certaine psychologie que nous nous proposons d'atteindre : la 
comparaison la fonde et l'éclairé. 



LES FÊTES D'ADONIS SOUS PTOLÉMÉE II 



Un papyms méconnu. 

Parmi les comptes de ménage conservés sur les papyrus 
d'Egyple, il ny en a guère qui paraisse au premier abord aussi 
insipide et insignifiant que le document publié en 1905 au 
tome III des Papyrus Flinders Pétrie, sous le n° 142 (1). 

En voici le texte et la traduction, dans leur froide platitude : 

XotTcov I- a — "£ y^ Reste en caisse 1 dr. 1 1/4 1/8 ob. 

Ç 04/ov f Le 6 mets cuit 1/2 ob. 

w'.a — œufs 1 ob. 

otvo; = vin 2 ob 

?'jXa "ê bois 1/4 ob. 5 

eXaLOv -£^ huile i/4 1/8 ob. 

Et; ^aXavstov "ë pour bain 1/4 ob? 

xouû£'. — C au barbier 1 1/2 ob. 

Xo'.~ov — c Reste en caisse 1 1/2 ob. 

7 ' ' o V ^ -^ " Hègêsilas 

Z y.xpua -^ fj XaXxiOi Le 1 noix : chalcidiques, 2 ché- 10 

H P nices 2 dr. 

paXiStxwv f^ h [?] balidiques (?), 2 chénices [2dr.] 

novxixwv y a. a pontiques, 1 chénice. . . . 1 dr. 

£.. eXatouTOX.. ...tteX... d'huile 



(1) Flinders Pétrie Papyri, t. III, by Mahafl'y and Smyly {Cunningham Memoirt, 
XI, 1905), û» 142. 



470 



GUStAVE GLÔTZ 



[ ]a 

auxa 
ffxeoavta xw. 

j(^opoat- 
/to = 
H ets paXavetov 
Xaj^ava 

6 uowp 

etç oetxxTjOtov 

orecpavoi 
[ ]a 



HP 

Aow- 

l ■= C 

c 

hac 



\' 



? 3 1/2 

figues sèches TrpoxvtÔeç 3 mesures. 2 dr. 

volailles 3 dr. 3 

figues fraîches 1 dr. 

guirlande pour Ado- 
nis 5 1/2 

à un serviteur 1/2 

entrailles 1 dr. 1/2 

Total 14 dr. 2 

Le 8 pour bain 

légumes 

Le 9 eau 

pour ÔE'.XTTipiOV 2 

couronne \ 

? 4 



ob. IS 



ob. 





ob. 




ob. 




ob. 




ob. 


1/4 


ob. 


1/4 


ob. 


1/4 


ob. 23 




ob. 




ob. 


1/4 


ob. 



Personne, à noire connaissance, ne s'est jamais avisé de 
tirer la moindre information de ce document. Les éditeurs, 
MM. Mahatîy et Smyly, y ont à peine ajouté quelques mots 
d'explication. L'histoire économique a négligé jusqu'à présent 
d'y relever des indications, pourtant uniques, sur le prix des 
fruits ; à plus forle raison est-il ignoré de l'histoire religieuse 
et de l'histoire littéraire (1). Après avoir été enfoui durant 
deux mille ans sous terre, ce compte semblait n'avoir reparu 
au jour que pour retomber dans le silence éternel. Habent 
sua fata papyri. 

Un mot cependant, sur cette liste de dépenses, aurait dû 
attirer l'attention d'emblée : c'est, aux lignes 4 9-20, le nom du 
dieu pour qui Ton achète des guirlandes, Adonis (2). A côté de 

(1) Walter Otto, par exemple, dans son ouvrage Priestei- und Tempel im hel- 
leiiislisvJien Aifjyplen, ne signale ce papyrus ni à son Quelleiireyister (t. 11, 
p. 402-403) ni à la page oii il parle des fêtes d'Adonis (t. Il, p. 276, n. 5). Même 
silence dans les ouvrages de Frazer, Adonis, Attis, Osiris, 2« éd., 1907, et de 
W. W. Baudissin, Adonis und Esmun, 1911. 

(2) Il est tellement étrange que ce nom ait toujours passé inaperçu, qu'on peut 
se demander s'il n'a pas été pris pour un nom d'homme, celui du marchand qui 
a vendu les guirlandes. On trouve bien dans les comptes d'Athènes un Adonis 
(["ASJovi), métèque à Mélitè, qui fournit des feuilles d'or pour la décoration de 



LES FÊTES D*ADONIS SOUS PTOLÉMÉE II l71 

ces fleurs on aperçoit des noix (I. 10-13), des ligues (1. 16, 18), 
el Ton songe aussitôt à la charmante idylle de Théociite intitulée 
les Syractisaines ou la Fête d'Adonis. De proche en proche, les 
rapports se multiplient entre ces rubriques d'une aridité rébar- 
bative et ces vers délicieux. D'un grimoire surchargé de chitîres 
surgit le commentaire le plus inattendu qu'on puisse attacher 
à une poésie aussi raffinée. VA l'on hésite un peu, comme devant 
une barbarie sacrilège, à réduire des périphrases savoureuses 
à de sèches réalités marquées d'un prix d'achat. Mais, après 
tout, ce n'est pas flétrir une fleur de beauté, que de voir sur 
quel terrain elle a poussé. 



Association d'Adonis aux cultes dynastiques et nationaux. 

Théociite était arrivé en Egypte vers 273 (1); avant 270, il 
compose la saynète où sont décrites les Adonies. On en connaît 
le sujet. Deux bourgeoises d'Alexandrie, curieuses et babillardes, 
se rendent au palais, pour assister à la fêle célébrée en grande 
pompe par la reine Arsinoè. Les yeux écarquillés, elles admirent 
bruyamment les superbes tapisseries à personnages qui décorent 
les murs, le lit d'ébène et d'ivoire incrusté d'argent et d'or où 
le divin amant est étendu dans l'attente de la divine amante (2)... 
Mais silence! Une chanleuse s'avance en une pose gracieuse et 
prélude à l'hymne sacré (3). VA\q invoque d'abord Aphrodite ; 
car c'est par égard pour Aphrodite (]ue la reine réjouit Adonis 
« par toutes choses belles » (4). (]es offrandes, elle les énumère ; 

l'Érechtlieion (Michel, Recueil d'inscriptions grecques, n* 5*3, II, 1. 41-45). Mais 
jamais dans les comptes le nom d un fournisseur nest précédé de rarticie (voir 
ici m^'me, 1. 10 : 'HYT,<TÎ>»ai). Au contraire, le nom du dieu Adonis, qui signifie 
en phénicien « Seigneur » {Adonaï), est très souvent accompagné de l'article en 
grec (voir, par exemple, ïhéocrite, XV, 23, 96, 102, 127 ; Schol. Théocr., 111, 48). 
(i) Bouché- Leclercq, Hist. des Lagides, t. 1, p. 227. 

(2) V. 78-86. 

(3) V. 96-99. 

(4) V. 100-111. 

REG, 1920, XXXIII, n« 152. iJ 



172 GUSTAVE CtLOTZ 

« Voici les produits de la saison que portent les arbres. Voici 
des jardins délicats plantés dans des corbeilles d'argent et des 
alabastres dor remplis de myrrhe syrienne. Voici les mets que 
les femmes préparent sur des plateaux, mêlant à mille fleurs la 
blanche farine, et ceux qu'elles composent avec le doux miel 
on l'huile onctueuse » (1). Puis, elle décrit les berceaux qui 
abritent le couple divin, la couche somptueuse qui le reçoit, 
et ainsi elle précise le sens mystique de la cérémonie : c'est le 
mariage sacré de Cypris avec Adonis (2). Enfin, elle annonce - 
que la journée d'amour aura un lendemain funèbre : « Qu'au- 
jourd'hui Cypris se réjouisse de posséder son époux. A l'aube, 
à l'heure de la rosée, nous irons en foule le porter aux flots qui 
écument contre le rivage et, dénouant notre chevelure, laissant 
tomber notre robe jusqu'aux talons, les seins nus, nous enton- 
nerons l'hymne aux sons aigus » (.3). Après quoi, la fête ter- 
minée, il ne reste qu'à demander au dieu de revenir au bout 
d'un an de son long voyage : « Sois-nous maintenant propice, 
cher Adonis, et conserve-nous ta faveur jusqu'à l'an prochain, 
ïu as été le bienvenu aujourd'hui, Adonis ; tu le seras encore 
au jour du retour » (4). 

Telle est la scène qu'évoque notre papyrus. Ce qui donne à 
ce document une insigne valeur, c'est sa date et son origine. A 
vingt ans près tout au plus, il est de la même époque que l'idylle 
de Théocrite (5). Il provient du Fayoum, du nome Arsinoïte. 
Il apparaît ainsi que la fête présidée par Arsinoè ne fut pas une 



(1) V. ii2-in. 

(2) V. 119-130. 

(3) V. 131-135. 

(4) V. 143-144. 

(5) Les éditeurs ne donnent aucun renseignement spécial sur la date du 
papyrus: nous savions seulement que la collection dont il fait partie est du 
iiic siècle. Mais M. Smyly, avec une obligeance qui mérite toute notre gratitude, 
a bien voulu le revoir de près, et voici le résultat auquel il est arrivé : « Ttie 
handwriting seems to me lobe very early, not later, l should say, than "250 B. C: 
the symhols for S ob . and 1/4 ob. are particidarly old fashioned, Ihe former like 
l/iis -, , a7id the lutter "s = •ce('capxov), very large and quite différent in appearance 
from the later r ». 



LES FÊTES d'adonis SOUS PTOLÉMÉE II l73 

royale lubie, la fantaisie dévote d'une souveraine orientale. A 
vrai dire, on pouvait s'en douter. Pour que Sôtadès, le 
terrible pamphlétaire qui bafouait le mariage divin de Ptolé- 
mée 11 avec sa sœur comme un vulgaire inceste, crût devoir 
composer un Adonis contre le poète courtisan et contre sa 
patronne (1), il fallait bien que la célébration des Adonies lui 
parût un acte sérieux de politique religieuse. Et si, une cin- 
quantaine d'années plus tard, le roi Philopator, qui se pas- 
sionnait pour la fusion des religions grecques et orientales (2), 
écrivit une tragédie sur la légende d'Adonis (3), c'est qu'à 
côté du Syrien Sabaoth, qu'il adorait d'une ferveur particu- 
lière, il tenait à conserver une place au Syrien Adonaï. Mais 
voici un papyrus qui nous apprend que, bien avant l'avène- 
ment de Philopator (221), peu après la mort d'Arsinoè (270), 
Adonis avait des adorateurs dans les provinces égyptiennes (4). 
La reine Arsinoè savait donc ce qu'elle faisait quand elle 
associait son nom aux fêtes d'Adonis (5). Elle s'était chargée per- 
sonnellement de les organiser (6) et y avait déployé une magni- 
ficence intéressée. En recevant le dieu dans son palais comme 
dans un temple, en l'entourant des objets précieux qui l'entou- 
raient elle-même dans ses appartemen-ts. en l'exposant couché 
pour une nuit de noce sur son lit à elle, x^rsinoè se posait en 
Aphrodite et préparait son apothéose. 



(1) Hephifistion, Enchiridion, éd. Consbruck, p. J, 16; 190, 15; cf. Ad. Reinach, 
Arqein et Spercins dans les « Syracusaines », dans la Rei;. des El. anc, t. IX (1907), 
p. 2S6, n. 2. 

(2) Voir Gruppe, Gr. Mylholoqie iind Religionsgeschichle, p. 1497, n. 1 ; 1603, 
n. 4; P. Perdrizet, Le fragmenl de Salyros sur les dèmes d'Alexandrie, dans la 
l{ev. des Et. anc, t. XII (1910j, p. 239 ss.. 

(3) Schol. Aristoph., Thesmoph., 1039. 

(4) On sait, par une glose d'Etienne de Byz., s. v. BopusOévr^, qu'il existait un 
cuite d'Adonis à Canope. Mais on ignore à quelle époque, et l'on se demande si 
le dieu n'a pas été apporté là par une colonie de Phéniciens en même temps que 
l'Héraclès dont parle Hérodote (II, 13) et qui serait le substitut grec de Melkarth. 
Voir Baudissin, Op. cit., p. 198. Dans cette hypothèse, loin d'être venu d'Alexan- 
drie à Canope, Adonis aurait peut-être suivi la marché inverse. 

(5) V. 22, 60. 

(6) V. 23-24; cf. 60. 



l74 Gustave glot^ 

Elle était peut-être déjà la Philadelphe à titre honorifique (!) ; 
elle voulait l'être, et le fut après sa mort (270), comme déesse (2). 
Toute ville de quelque importance eut son Arsinoeion (3). Le 
plus connu élait celui d'Alexandrie (4); mais il y en avait bien 
d'autres, dans le Delta (5), à Memphis (6), dans la Thébaïde (7). 
Partout 011 pénétra l'influence égyptienne, affluèrent les offrandes 
en l'honneur d'Arsinoè Philadelphe (8) ; partout où l'on se 
piquait de loyalisme, la canéphore de la déesse-reine devint 
une dignitaire éponyme (9). Mais nulle part le culte d'Arsinoè 
ne trouva un terrain plus favorable que dans le Fayoum. L'an- 
cien nome de Grocodilopolis fut tout entier voué à la déesse 
nouvelle et s'appela désormais le nome Arsinoïte; le chef-lieu 

(1) Cf. Dittenberger, Or. qr. viser, sel., t. I, p. 648; Wilckeri, Grundzuge, t. I, 
p. 99. Contra : Strack, Archiv fur Papyrus forsch., t. II, p. 339 ; Bouché-Leclercq, 
Op. cit., t. III, p. 67, n. 1 ; p. 72, n. 3 ; t. IV, p. 313. 

(2) Cf. Bouché-Leclercq, Op. cit., t. I, p. 234-235; Wilcken, art. Arsinoe, dans 
Pauly-Wissowa, col. 1284-1286; Grundzuge, l. c. 

(3) Cf. P. P«rdrizet, Rev. des Et. «ne, t. VI (1904), p. 1.56. 

(4) Schol. ïhéocr., XVII, 121; Pline, XXXI V, 148; XXXVI, 68; XXXVII, 108; 
cf. Bouché-Leclercq, l. c. Plusieurs dédicaces à Arsinoè Philadelphe proviennent 
d'Alexandrie (Strack, Die D'jnastie der Ptolemuer, n°^ 24, 27 ; cf. 2.j). 

(5) A Sais (Révijlout, Rev. égypt., t. I, p. 184 ss.); à Mendès (Brugsch, Die grosse 
Mendessiele, dans la Zeilschr. fur seg . Sprache, 187.5, p. 37, 1. 11-13;; à Pithom 
ou Hèroopolis (stèle de Pithom, 1. 21 ; cf. Bouché-Leclercq, Op. cit., t. I, p. 181). 

(6) Brugsch, Thés, inscr. œgypt., t. V, p. 872 ss., 903. 

(7) Strack, op. cit,. n° 26. 

(8) A..Cyrène (Strack, Op. cit., n" 28) ; à Amathonte ^tb., n» 22) ; à Thèra [ib., 
n" 22 a) ; à Amorgos {ib., n"^ 20, 21) ; à Mèthymna {ib., n* 23); à Délos {IG, XI, 
n° 1303). Cf. P. Perdrizet, Le— Délos avait son Philadelpheion {IG, XI, n» 400, 
1. 38 ; no 440, A, I. 91 ; l'édifice appelé oIxoî ou f, ypacp•^| f, Wp^ivôr^; et dont parlent 
Durrbach, Bull, de corr. helL, t. XXXV, 1911, p. 83-84, et P. Roussel, Les cultes 
égypt. à Délos, p. 249, ne paraît pas avoir eu de destination religieuse) ; elle 
célébrait dos Philadeipheia dès 268 (Homolie, Arch. de l'intend. sacrée à Délos, 
p. 60, n. r.; Schulhof, Rull. de corr. helL, t. XXXII, 1908, p. 113-115; Durrbach, 
l. c, p. 83; Tarn, Antigonos Gonalas, p. 292; P. Roussel, Op. cit., p. 243). 

(9) A Alexandrie, de 267/6 à 112/1 (voir la liste dressée par Bouché-Leclercq. 
Op. cit., t. m, p. 48-50; cf. Otto, Op. cit., t. I,p. 185-190); en Moyenne-Egypte, 
en 261 {Hibeh Pap., n» 85 = Chrestom., t. I, n» 103) ; à Oxyrhynchos, en 239 
{Hibeh Pap., n» 89 = Chrestom., t. I, n° 104); à Ptolémals, de 183/2 à 146/17 (voir 
la liste dressée par G. Plaumann, Plolemais in Oberiigypten, p. 47; ; à Latopolis, 
en 139 {Pap. Grenfell, t. II, n» 15 = Chrestom., t. I, n» 106;; à Hermonthis, en 127 
{Berl. Gr. Urkunden, t. III, n» 993 = Chrestom., t. I, n» 107); à Kition {Corp. 
inscr. semit., t. I, n" 93). 



LES FÊTES d'adonis SOUS PTOLÉMÉE II 47S 

prit le nom môme d'Arsinoè, les autres villes associèrent la 
Pliiladelpho aux dieux les plus respectés (1), 

Pour se présenter mieux à l'adoration des Egyptiens, le culte 
d'Arsinoè s'unit aux cultes locaux et nationaux (2). Toutes les 
déesses s'absorbaient en Isis (3); celle-là fit comme les autres. 
Quand plus tard Cléopàtre se donna pour une « nouvelle 
Isis » (4), elle suivait l'exemple d'Isis Arsinoè Philadelpbe (5). 
Si Ptoiémée II, qui n'avait pas grand goût pour les construc- 
tions religieuses, consentit à élever par-ci par-là un Isa^um, 
c'est uniquement parce qu'il voyait en Isis sa sœur, son épouse, 
qui lui ouvrait à lui-môme les voies du ciel (G). 

Mais de toutes les formes que revêtait Isis, c'est celle 
d'Aphrodite qu'elle atl'ectionnait le plus (7). Déjà Uérodote 
avait donné le nom d'Aphrodile à l'Isis llathor d'Atarbéchis (8). 
Dès le IV* siècle, Isis s'était assimilé l'Aphrodite syrienne, la 
Baalat de Sidon et de Byblos: une statue de cette époque, qui la 
représentait tenant Iloros sur les genoux, était dédiée à l'As- 
toret phénicienne (9). Le syncrétisme de la période hellénis- 
tique fut particulièrement propice â cette identification. En 
môme temps qu'elle prenait place à côté de la Déesse syrienne 
ou d'Astoret en Phéuicie (10), à côté d'Aphrodite Astartè à 



(1) l'elrie Pap., t. I, n» 2o (2) = t. III, n» 126, 1. 1; Amherst Pap., n» 43 = 
Chrentom., t. I, a° 103. 

(2) Cf. Wilckcn, art. Arsinoe, l. c, col. 1284 ss.. 

(3) Cf. Fr. Cumont, Les reliij. orient, dans le paganisme rom., p. 108-109. 

(4) Plut., Antoine, 54, cf. 36, 74; Dion Cassius, XLIX, 40 ; L, 5; voir Bouché- 
Leclercq, Op. cit., t. II, p. 217, 279; t. III, p. 90, n. 1. 

(3) Strack, Op. cit., n' 30. 

(6) Cf. Bouché-Leclercq, Op. cit., t. I, p. 241. 

(7) Cf. Gruppe, Op. cit., p. 1568, 1612 ; Baudissin, Op. cit., p. 200-201. 

(8) Hérod., 11,41. 

(9) CAermont-Ganneau, Comptes-7-endus de l'Acad. des hiscr., 1904, p. 472-473. 
D'après les textes cités par Isid. Lévy, Malcandre dans l'inscr. d'Eschmoiaïazar, 
dans la liev. arck., 1904, t. Il, p. 392, n. %, la dame de Byblos était connue en 
Egypte peut-être sous la xiii» ou xiv^ dynastie, en tout cas sous la xix'= et la xx«. 

(10) Lucien, Sïir la déesse syr., 5-7; Oxyrh. Pap., t. XI, n» 1380, 1. 106-107, 
116-117; cf. Lafaye, Litanie grecque d'Isis, dans la Rev. de philol., t. XL (1916), 
p. 53-103. — Les inscriptions phéniciennes confirment §ur ce point le? docu- 
ments grecs (voir Isid. Lévy, L c, p. 393), 



176 GUSTAVE GLOTZ 

Gypre (1), Isis devenait Aphrodite dans un grand nombre de 
villes e'gyptiennes (2). Sous celte invocation, elle recevait des 
dédicaces à Alexandrie dès la première moitié du m" siècle (3). 
A Memphis, oîi Hérodote avait signalé le culte d'une Aphro- 
dite étrangère (4), le grand Sarapieion s'annexa un Astar- 
tcion (5) et un Aphrodision (6). Une litanie trouvée à Oxyrhyn- 
chos mentionne Isis Aphrodite dans six villes, dont Hermopolis 
et Hèliopolis (7) ; encore cette liste est-elle fort incomplète (8). 
Par la grâce d'Isis se multiplièrent les Aphroditopolis (9). L'as- 
tronomie, à l'exemple de la religion, nomma la planète Isis 
Aphrodite et Vénus (10). C'est bien parce qu'elle était la forme 
hellénisée d'une déesse indigène qu'Aphrodite obtint tant de 
succès en Syrie et en Egypte et y eut force adoratrices, non 
seulement sur les autels publics, mais dans les maisons parti- 
culières. Plus qu'en aucune autre partie du monde hellénisti- 
que, dans ces deux pays les femmes faisaient leurs dévotions 
journalières devant les images de la déesse (11). Plus qu'en 

(1) Etienne de Byzance, p. 82, 9, s. v. 'A|xa9oûi;. 

(2) Cf. Dûmmier, art. Aphrodile, d&ns Pauly-Wissowa, col. 2763-2764. 

(3) Breccia, Rapport sur la marche du service du Musée d'Alexandrie, 1912, 
p. 38, n» 89. 

(4) Hérod., II, 112; cf. Strab.,xvii, 31, p. 807. 

(5) Pap. Lond., t, I, p. 33, n" 44, 1. 9; Pap. Paris n° 33, 1. 8; n" 36, l. 10 ; 
n» 41, 1. Il; Pap. Vatic, t. V, p. 352. 356. 

(6) Pap. Lond., 1. 1, p. 163, a° 29, 1. 10 ; Pap. Paris, n" 53, 1. 23; n" 54, 1. 50, 
88, 90 ; cf. a» 34, 1. 6, 11, 18 (pastophore d'Aphrodite). 

(7) Oxyrh. Pap., l. c, 1. 9 (Aptiroditopolis du nouie Prosopite), 21-22 (Nithinè), 
35 (Hermopolis), 38 (Hèliopolis), 45 (Leukè Acte), 67 (localité au nom mutilé). 

(8) On pourrait y ajouter Naucratis (Polycharmos, rispî 'AtcpoSÊxTiç, ap. Atlien., 
XIV, 18, p. 675 F), Momemphis (Strab., XVII, 22, p. 803), Chousai (Élien, De 
nat anim., X, 27), Teutyris (Strab., XVII, 44, p. 815), Thèbes (Sil. Ital., III, 683), 
etc. A Délos, où les Égyptiens et les Phéniciens devaient plus spécialement cher- 
cher un rapprochement entre leurs divinités et celles des Grecs, on signale des 
dédicaces à Isis Aphrodite Dicaia (P. Roussel, Op. cit., n° 162), à Isis Sôteira 
Astartè Aphrodite (n» 194) et Isis Mère des dieux Astartè (n» 82). 

(9) Pietschmann, art. Aphroditopolis, dans Pauly-VVissowa, col. 2793-2794, en 
mentionne six. L'Aphroditopolis du nome Prosopite, dont parlent Strabon, XVII, 
20, p. 802, et Pline, V, 64, est celle dont il est question dans la litanie des Oxyrh. 
Pap. (1. 9): c'est probablement l'Atarbéchisd'Hérodote. 

(10) Pline, II, 37. 

(llj Cf. Schreiber, Berl. philoloy. Woçhenschnft, J9Û3, col. 306; p. Perdrjj;et, 
fli'Qnzes d'Egypte de la collection Fouqu^t, p. i-JO, 



LES FÊTES d'adonis SOLS PTOLÉMÉE II 177 

aucune autre partie de TEgyple, les contrats de mariage et les 
testaments mentionnent ces images dans le nome Arsinoïte, 
dans la villcd'Arsinoè (1). 

Si l'isis Ilatlior s'identifia facilement à Aphrodite, à plus 
forte raison l'isis Arsinoc. Le zèle des courtisans n'attendit pas 
la mort de la Philadelphe pour déifier en elle l'amour et la 
beauto. Déjà Théocritc, au début de son hymne, dans l'hom- 
mage rendu à Cypris, ne manque pas d'établir un lien direct et 
personnel entre la reine et la déesse: « Cypris, fille de Dionè, 
s'écrie-t-il, c'est toi, selon le récit répandu parmi les hommes, 
qui as de la mortelle Bérénice fait une immortelle, en distil- 
lant l'ambroisie dans son sein; et, dans sa reconnaissance, 
déesse aux mille noms et aux mille temples, la fille de Béré- 
nice, Arsinoi^, semblable à liélène, vient honorer Adonis » (2). 
Promise à Tim mortalité d'Aphrodite par droit de naissance, 
Arsinoè vivait encore quand Gallicratès, qui lui avait dédié 
une statue à Olympie, fit commencer près d'Alexandrie les 
travaux d'un temple élevé en son honneur, le temple d'Aphro- 
dite Zéphyrilis ou Cypris (3). C'est évidemment par assimila- 
tion avec la déesse locale qu'Arsinoè fut adorée au temple 
d'Amathonte (4). Même en Arsinoïte, l'invocation à Aphrodite 
prévalut dans le culte d'Arsinoè. A Crocodilopolis, elle est 
une fois associée au dieu de la ville sous le nom de Philadel- 
phe (5) ; mais elle l'est en général sous celui d'Aphrodite (6). 



(1) Mitteis, Reichsrechl und Volksi^echt, p. 276= Wessely, Corp. pap. Raineri, 
t. I, n" 27 (contrat de mariage) ; Wessely, l. c; n» 21, 1. 12-20 ; n° 22, 1. 1 ; 
Berl. or. Urk.f n.° I0i5, 1. 14-lS (xal èv Ttaoa'çgpvai; 'A'fpo5ÎTT|V); Wessely, l. c, 
p. 121 (testament). Voir une terre cuite du Fayoum représentant une Isis Aphro- 
dite etpubliée parGuiraet, Comptes-rendus deV Acad. desinscr., 1896, p. 158etpl. III. 

(2) V. 106-111. 

(3)Strab., XVII, 16, p. 800; Posidippe, ap. Athen., VU, 106, p. 318 D; Hèdylos, 
ib., XI, 97, p. 497 D ; Etienne de Byz., s. v. Zsçûpiov; Hérondas, I, 26, 30; cf. 
n. ^'cï\, Monum, publiés par l'Assoc. des Et. yr., 1879, p. 30 ss. ; voir Wilcken, 
art. Arsinoe, l. c, col. 1281-1286; Tarn, Journ. of hell. stud., 1911, p. 254 ss.; 
Antig. Gonat., p. 291. 

(4) Strack. Op. cit., n" 22. 

{5) Pétrie Pap., l.n» 25 (2), 1. 1. 

(6) Pap. Grenfell, t. I, n" 25, 1. 11; n» 27, col. 3, 1. 7; n» 44, col, 2, 1. 1 ; t-. II, 



178 GUSTAVE GLOTZ 

De l^exemple donné par Arsinoè naquit une tradition. A Bélis- 
tichè, sa favorite, Ptolémée II décerna les mêmes honneurs, 
sous le même nom, qu'à sa sœur et légitime épouse (1). Puis 
ce fut le tour de Bérénice, femme d'Evergète I : en 237, un 
testament de Crocodilopolis mentionne un « temple de Béré- 
nice et d'Aphrodite Arsinoè » (2); vers la même époque, il 
existe près de là un village du nom d"Acppoôbris Bepevwris 
Tiôliç (3) ; en 222, à Magdôla, un Grec qui a pour femme une 
nommée Asia bâtit une modeste chapelle à la Déesse syrienne 
et à Aphrodite Bérénice (4). Les Cléopàtres continuent la tra- 
dition (5): au I*' siècle, il existe une rue de Gléopâtre Aphro- 
dite à Oxyrhynchos (6) ; au moment oii va disparaître la 
dynastie, la grande Gléopâtre, Isis en Egypte, figure en 
Aphrodite sur les monnaies de Gypre (7). 

Sous quelque nom qu'on l'invoque, Philadelphe, Arsinoè, 
Isis ou Aphrodite, cette déesse polymorphe est prête à s'appa- 
rier à tous les dieux qui ont des accointances spéciales avec 
Tune ou l'autre de ses formes. Le culte de la Philadelphe 
entraîne celui des « dieux Adelphes » (8). La déesse reine vient 
s'asseoir dans les temples à côté des dieux nationaux (9), près 
du Bélier à Mendès (10), près de Toum à Hermopolis (11), près 

n° 33, 1. 3; n» 35, I. 4, 16; l'ap. Lond., t. III, p. 14, n» 616, 1. 8 ; p. 15, n* 1206, 
col. 2, 1. 2 ; p. n, n" 1200 ; p. 18, no 678. 

(1) Plut., Amalor., IX, 9, p. 753 K ; Bull, de corr. helL, t. XXIX (1905), p. 218, 
no 75; cf. Athen., XIH, 37, p. 576 K,; 70, p. 596 E. Peut-être l'Argienne Bélistichè 
était-elle « la fille de l'Argienne » qui chanta l'hymne rà Aphrodite et à Adonis 
commandé par Arsinoè (v. 97; cf. Ad.Reinach,/. c, p. 233 ss., 255 ss.). Elle aurait 
ainsi, comme Arsinoè, glorifié Aphrodite pour se préparer à l'incarner. 

(2) Pétrie Pap., I, n» 21 = III, n» 1, col. 11,1. 7. 

(3) Ib., II, no 32 (2). 

(4) Pap. de Magdôla, n" 2, 1. 3; cf. Lesquier, p. 68. 

(5) Bouché-Leclercq, Op. cit., t. III, p. 32, n. 1. 

(6) Oxyrh. pap., t. XIV, no» 1628, 1. 8; 1629, 1. 7; 1644, I. 8. 

(7) Stuart Poole, Catal. of Ihe gr. coiiis, T/ie Ptol. kings of Egypt, pi. XXX, 6; 
Svoronos, Ta vo;j.£3ijLaTa xoO v-puzov^ tôjv llTo'A2[jiato)v, p. 312, n" 1874. 

(8) Cf. Bouché-Leclercq, Op. cit., t. I, p. 236-237. 

(9) Cf. id., ib., p. 233. 

(10) Stèle de Mendès, voir p. 174, n. 5 ; cf. Bouché-Leclercq, l. c, p. 181. 

(11) Stèle de Pitho(n (cf. Bouché-Leclercq, /. c,), 



LES FÊTES d'adonis SOUS PTOLÉMÉE II 179 

de Moût à Thèbes{l). A Crocodilopolis, les mêmes prêtres ser- 
vent lo culte de Souchos et d'Aphrodite (2). Une dédicace 
d'Alexandrie est consaci'ée «à Saiapis Dionysos, Isis Aphrodite, 
dieux sauveurs et bienfaisants » (3). A Délos, un dévot fait 
appel «à Isis Sôteira Astarlè Aphrodite, ... et à Erôs llarpo- 
crate Apollon » (4). Tandis qu'à Mantinée les prêtres d'Asclè- 
pios^ célèbrent des « repas isiaques » (5), à Cypre Cléopâtre 
Aphrodite lient Erôs dans les bras (6). 

Mais il est un dieu plus cher que tous les autres au cœur 
d'Aphrodite. Pour lui être pleinement agréable, rien ne vaut 
mieux que de l'aborder, comme le poète, avec ces mots :« Sou- 
veraine qui chéris Golgos, Idalie et le sourcilleux Eryx..., 
Aphrodite, voici ton Adonis » (7). C'est à peine si le culte 
d'Adonis a eu quelque indépendance; toujours et partout on 
adore Aphrodite avec lui et en lui. Association céleste où la 
déesse a la supériorité sur le dieu (8). A Byblos, les orgies 
d'Adonis s'accomplissent dans le grand sanctuaire d'Astoret (9) ; 
Amathonte honore Adonis Osiris parce qu'elle est consacrée à 
Aphrodite Arsinoè (10). Les sociétés qui célèbrent les Adonies 
au Pirée sont celles qui ont Aphrodite pour patronne (il); 



(1) Lepsius, Denkm., t. IV, p. 8; cf. Wilcketi, l. c, col. 1284 ss.. 

(2) Voir les références p. 177, n. 5 et 6. Tous ces textes notniuent les îepEÏî toû 
So'jyou xai xf,? '.\tppo5tTT,î, excepté Pap. Grenfell, t. I, n° 44, col. 2, l. 1, qui ren- 
verse l'ordre des divinités, et Pétrie Pap., I, n° 25 (2), 1. 1, qui mentionne des 
lepsK Toû 2oû/ou ■Ko.l xf,; <t>i'koiBé'k(oou. 

(3) Breccia, l. c. 

(4) P. Roussel, Op. cil., n» 194. Cette invocation, où Apollon ne figure que par 
courtoisie, donne Harpocrate pour parèdre à Isis Sôteira et Érôs à Astartè 
Aphrodite. 

(5) Lebas-Foucart, Inscr., du Pélop., n" 332, I. 25. 

(6) Voir p. 178, n. 7. 

(7) V. 100 ss.. 

(8) Les rapports des deux cultes ont été étudiés, mais surtout au moyen de la 
méthode comparative, par Frazer, Adonis, Atlis, Osiris (voir particulièrement 
p. .383 ss.). Cf. Gruppe, Op. cit., p. 61, n. 10: p. 330, n. 8 ; Baudissin, Op. cit., 
p. 177. 

(9) Lucien, Op. cit., 6. 

(10) Etienne de Byz., 82, 9. 

(U) Michel, Recueil, n" 975 = Dittenberger, St/Uoge, 2« éd., no726, 1. 9 s.; IQ, 



180 GUSTAVE GLOTZ 

à Symè et dans une localité voisine, les Adonisiastes sont 
unis aux Aphrodisiastes (1). Adonis, quelque soit son pseudo- 
nyme, est un àcppoo^aiaxô;; oaijjiwv (2). LesAdonies sont une fête 
instituée par Aphrodite (3), ou mieux encore, suivant la défini- 
tion d'un lexicographe, « une fête en l'honneur d'Aphrodite (4) ». 
En Egypte, c'est tout naturellement Arsinoè qui s'acquitte de ce 
soin et en recueille l'honneur. Vivante, elle inaugure dans son 
palais un culte qui est déjà presque le sien ; morte, elle y pré- 
side dans ses temples. Oià elle est Aphrodite, il est Adonis; oii 
elle est Isis, il est Osiris (S). Elle avalises villes de prédilec- 
tion en Arsinoïte; il y fut adoré en même temps qu'elle. A 
Grocodilopolis, siège principal d'Arsinoè Aphrodite, ses prêtres 
trouvaient à profusion dans FUpà ixapaoetcroç dont ils étaient pro- 
priétaires (6) les tleuis, les guirlandes et lescouronnes deman- 
dées pour Adonis. Et ainsi les Adonies, qui dans l'ancienne 
Grèce ne furent point admises parmi les grandes fêtes de 
l'Etat (7), prirjent dans l'Egypte ptolémaïque un caractère public 
et officiel (8), en même temps qu'elles faisaient de larges em- 
prunts à la religion nationale d'Isis et d'Osiris (9). 



H Suppl., p. 161, n° 615 c, 1. 10. Cf. Fr. Poland, Gesch. des griech. Vereinswesens, 
p. 216, 249; cf. 58, 66. 

(1) IG, XII, 3, n» 6, 1. 4; Gr. Dialektinsc/ir., w 4274, I. 2 ss.. Cf. Fr. Poland, 
II. ce, 82, 190. On connaît cependant à Loryma, un xoivôv twv èpavi^xâv twv 
auvaôwviaÇùVTwv (Dittenberger, n° 741, 1. 1) qui célèbre des Adonies (l. 7] sans 
qu'il soit question spécialement d'Aphrodite ; mais il n'y a rien à conclure de ce 
silence. 

(2) Pausan., ap. Eust., 1880, 61, fr. 108. éd. Schwabe, cité par Kurt Latte. De 
saltationibus Graecorum (Religionsgeschichtliche Versuche und Vvrarbeilen, XIII, 
3), p. 100. 

(3) Ovide, Met., X, 725 ss.. 

(4) Etym. Magn., s. v. 'Aôwvsia • iopxT, àyo[AêVT, 'AcppoStTTi. 

(5) Suidas, s. v. Aiayvoiawv (= Damascius. Vila hidori. ap. Phot., Bihl., 
p. 5581 : 'AAïçavçpsï; £TÎ;j.T,aav "Oatpiv ovxa vcal "Aoojviv Ôjjio'j, xaxà ijiu7tixt,v Osoxpaaiaiv. 
Cf. Etienne de Byzance, l. c Voir l'ouvrage déjà cité de Frazer ; cf. Bau- 
dissin, Op. cit., p. 185-202. 

(6) Teblynis Pap., n» 86, 1. 20. 

(7) Nilsson, Grosse Feste von religioser Bedeutung , p. 384 ss.. 

(8) Otto, Op. cit., p. 2*5, n. 5. 

(9) Sur l'hellénisalion d'Isis et d'Osiris et sur les emprunts des Grçca àla liturgie 
égyptienne, voir A. Loisy, l, c, p. 385-421. 



LES FÊTES d'adonis SOUS PTOLÉMÉE 11 181 

Ce fait est à retenir. Il n'ajoute pas seulement un détail im- 
portant à l'histoire des cultes dynastiques et du syncrétisme reli- 
gieux au temps des Lagides ; il va nous autoriser à faire état 
des rites connus tant en Egypte qu'en Grèce, et particulière- 
ment des rites isiaques, pour l'interprétation de notre papyrus. 



La journée du 6. 

Il suffit de jeter, un coup d'œil sur les prix des denrées 
comestibles pour apercevoir dans notre compte une différence 
énorme entre la journée du 6 (!. 2 ss.) et celle du 7 (I. 10 ss.). Le 
jour où l'on se procurera des guirlandes pour Adonis, les pro- 
visions de bouche vont être payées à la drachme ; la veille, 
elles se paient à l'obole et au tétartèmorion. 

C'est le taux du 6 qui est normal et qui se retrouve cons- 
tamment dans les livres de raison contemporains. L'Wov coûte 
une demi-obole (l. 2); c'est le prix habituel (1). On achète des 
œufs pour 1 ob. (1. 3) : un autre ménage, il est vrai, n'en con- 
somme que pour une demi-ob. à la fois (2), et dans un dîner 
de quinze personnes il n'en faut que pour 5ob. (3) ; néanmoins, 
à 1 ob., la dépense n'a rien d'excessif. Le vin revient à 2 ob. 
(1. 4); vers 250, on le paie, jour par jour, de 1 ob. 1/4 à 2 ob. 
(4), et, un demi-siècle plus tard, il vinil 2 ob. ou 2ob. i/4 la 
cotyle (5). Un quart d'ob. de bois pour la cuisine (1. 5), c'est ce 



(1) Hibeh Pap., n» 121, 1. 47 ; cf. 48 (en 250). Plus tard, dans les Tebl. Pap,, 
l'ôil/ov coûte entre 20 et 160 dr. de cuivre, c'est-à-dire entre 1/4 d'ob. et 2 ob. 
d'argent : 20 dr. (n» 112, 1. 13, 20), 30 dr. (ib., 1. 10), 50 dr. (iô., 1. 45), 60 dr. 
(n» 121, 1. 19, 93 ; cf. 30), 75 dr. (n» 112, 1. 45), 100 dr. {ib., 1. 8,^ LfiO dr. {ib., 1. 6). 

{2) Pétrie Pap., m, W lia, 1.5. 

(3) /6., n" 136, col. 111, 1. 20. Pour le nombre des convives, voir plus loin, p. 186, 
n. 6. 

{i) Hibeh Pap., n» 121 : le 14 et le 13 du mois, 1 ob. 1/4 (1. 18, 24) ; le 16, 1 ob. 
1/2(1. 29); le 17, 1 ob. 3/4 (1. 39); le 18, 2 ob. (1. 46); le 19, 1 ob. 1/2 (1. ,52), 

(3) Pap. Par., n» 60 bis ^ GrunUiUge, 1. 1, n» 30, 1. là, 15, 16, 



182 GUSTAVE GLOTZ 

qu'on en prend d'ordinaire au détail (1). I^e prix de l'huile, à 
1/4 1/8 d'ob. (1. 6), est égal ou inférieur à la moyenne qu'on 
relève journellement dans les autres comptes du temps (2). 

Mais à la fin de la journée, quand on arrive à des dépenses qui 
n'ont plus rapport à la nourriture, on éprouve une vive surprise. 
Si le prix du bain (1. 7) est encore au taux ordinaire de l'épo- 
que, 1/4 d'ob. (3), le salaire du xouoeu;, du raseur (1. 8), à raison 
d'I ob. 1/2, parait extrêmement élevé. Au siècle suivant, un bar- 
bier reçoit 20 dr. de cuivre, c'est-à-dire 1/4 d'ob. (4), et, de fait, 
une simple « barbe » semble suffisamment payée au même prix 
qu'un bain. 1 ob. 1/2, c'est le salaire que touche, à l'époque de 
notre papyrus, un forgeron (5) ; c'est le traitement quotidien 
d'un petit fonctionnaire (6) ; c'est plus que ne reçoit un foulon 
pour un travail sérieux (7), plus que ne gagne dans une jour- 
née entière un bon terrassier (8). Pour se faire payer six fois 



(1) Voir Pétrie Pop., "UT, n» 139 «, col. 11, 1. 4; n» 140 a, 1. 3 ; d, 1. 3. Par 
exception, on achète du bois pour un chalque {ib., n° 137, col. I, 1. 13), pour une 
1/2 ob. (ii.,no 140 a, 1. 3) ou pour 3/4 d'ob. {Hibeh Pap., l. c, i. 32). 

(2) Voir Pelrie Pap., 111, n» 137. Du 4 au 8 du mois (col. I, I. 4-21), on paie 
pour l'huile 4 fois 1/4 d'ob., 1 fois 3/4 d'ob., ce qui fait exactement pour les 
quatre achats une moyenne de 1/4 1/8 d'ob. Du 11 au IS (col. II, 1. 4-16), on 
achète également 3 fois de l'huile à 1/4 d'ob., mais 1 fois â 1/2 ob., ce qui met la 
moyenne à 1/4 1/16. Voir encore n° 140 a, 1. 2 (1/4 d'ob.). — Dans un compte 
datant à peu près de 250 (Hibeh Pap., l. c), on achète l'huile à manger par quarts 
d'ob., mais plusieurs fois par jour, 2 fois le 16 du mois (1. 27, 31), 3 fois le 17 
(1. 38, 40, 41), 3 fois le 18 (1. 44, 47, 48), 2 fois le 19 (l. 51, 53) ; de plus, on va 
chercher 2 fois par jour de l'huile « pour les enfants » à 1/2 ob. (1. 20, 26, 31, 43), 
et même un jour un cyathe supplémentaire (4 centil., 5) à 1/4 d'ob. (1. 48) : au 
total, cela fait pour le 16 une cotyle àl ob. 1/2, pour le 17 une cotyle et un 
cyathe à 1 ob. 3/4, pour le 18 une cotyle et deux cyathes à 2ob. Ici on dépense 
donc quatre ou cinq fois plus pour l'huile que dans notre compte. 

(3) C'est le même prix que coûte le bain du surlendemain (1. 24). Cf. Pétrie 
Pap., 111. n» 137, col. I, 1. 15 ; col. 11,1.6, 15; n» 140 a, 1. 5. 

(4) Tebt. Pap., n» 112, 1. 49 (rapport de l'argent au cuivre = 1: 460, 475 ou 
487 1/2; ici 1 :480). 

(5) Pétrie Pap., III, n» 137, col. II, 1. 14. 

(6) En 221, un percepteur des grains touche par mois 1 artabe 1/2 de blé valant 
dans les 3 dr. et un64'ojviov de 4 dr. {ib., n° 141 a, 1. 15-17, 24-25), ce qui fait 
à peu près 1 ob. 1/2 par jour. 

(7) La rémunération du foulon est d'une 1/2 ob. seulement dans Pétrie Pap., 
III, no 140 a, l.l;i, 1. 2. Elle atteint 1 ob. 1/4 au n» 137, col. II, 1. 11. 

(8) Le terrassier gragne, seloi^ la saison, un tétradrachme pour 60 naubia ou 75 



LÈS rèxEs d'adonis sous ptolém^e li . 183 

le prix d'une « barbe », il faut que le raseur ait eu à exécuterun 
tout autre ouvrage. 

Il s'agit , en effet, ici d'une toilette rituelle. Dans leculted'Isiset 
d'Osiris, legrand-prôtre, les prophètes, les pastophores devaient 
avoir la tète entièrement rasée (1), voire môme tout le corps (2). 
C'est à la tonsure que les archéologues reconnaissent aujour- 
d'hui ces saints personnages (3). Mais cette marque de pureté 
n'était pas exigée seulement du personnel sacerdotal. Tous les 
Isiaques, surtout les initiés, se présentaient au^ fôtes solen- 
nelles « rasés jusqu'à la racine des cheveux et le chef lui- 
sant » (4), et l'on vit les empereurs Commode et Pescennius 
Niger suivre des processions le crâne nu (5). L'obligation de 
la tonsure s'imposait plus spécialement aux sectateurs d'Ado- 
nis; car dans la patrie même du dieu, à Byblos, aux orgies 
qu'on célébrait en son honneur, les assistants se rasaient la 
tête, nous dit Lucien, « comme font les Egyptiens à la mort 
du bœuf Apis » (6). On voit donc dans quelles circonstances 
les barbiers égyptiens ont droit à une rémunération particu- 
lièrement forte. Dans les comptes du Sérapéum, il est versé 
à un raseui', qui était peut-être bien attaché au sanctuaire (7), 



aoiUa de terre remuée [Grnndzûge, I, n° 386 ; Pétrie I*ap., Ill, n° 4.1, verso, col. 
III, 1. 1-5 ; cf. l'ap. de Lille, n»!). A raison de 2 1/2 naubia ou d'environ 3 aoilia 
par jour, il gagne 1 ob. 

(1) Plut., Isis et Osiris, 4; Apulée, Met., XI, 30, éd. Helm ; Juvénal, VI, 533; 
Lucien, Sur les sacrif., 14 ; cf. Lafaye, Hisl. du culte des divinités dAlexandrie 
hors de VÉqypte, 1.^1 ; Dennison, A liead. of the so called Scipio type, dans 
VAmer. jou'rn. of arch., t. V (1903), p 29; Moret, Rois et dieux d'Ér/., p. 173, m. 

(2) llérod , 11,37; Plut , l c; Laclance, Div. inst., I, 21, 20 {deglabralo corpore). 

(3) Voir la fresque d'Herculanum qui représente l'adoration de l'eau lustrale 
(Guimet, Comptes-rendus de VAc. des Inscr.. 1896, p. 155 ss., pi. VIII) et les 
bustes étudiés par Dennison, l. c, p. 12-43. Cf. Perdrizet, Bronzes d'Éf)., p. 49. 

(4) Apulée, /. c, 10 : capillum derasi fundilus, vertice pnsnitenles. 

(5) Lauipride, Commode, 9 ; /lilius Spartianus, Pescennius Niger, 6. 

(6) Lucien, Sur la déesse syrienne, 6. 

(7) Une inscription de Cypre mentionne un « raseur sacré » {Corp. iîiscr. semil., 
1, 86, A, I. 12). Le niêuie dignitaire nous est connu par les inscriptions de 
Garthage (Ph. Berger, Comptes -rendus de VAc. des Inscr., 1900, p. 220); linstru- 
nient rituel qu'il maniait encore à l'époque hellénistique était un rasoir de bronze 
finement gravé (Déchelette, Manuel d^irchéol. préhistorique, t. II, p. 263; cf. Gsell, 
Hisl. anc. de V Afrique du Nord, t. IV, p. 78). 



184 GUSTAVE GLOTZ 

3,200 dr. de cuivre équivalant à 8 ou 10 dr. d'argent (1) ; cette 
rubrique figure à la date.du 17 Athyr (2), parmi les dépenses 
elïectuées pour la grande fête de Mnèvis Osiris (3). Et voici un 
particulier qui, la veille d'une fête consacrée à Osiris Adonis (4), 
donne à un raseur une somme de beaucoup supérieure au prix 
d'un travail ordinaire. Le motif des deux dépenses est cer- 
tainement le même : dans un cas, c'est le personnel du temple, 
dans l'autre, c'est un initié ou un simple dévot qui se fait 
administrer la tonsure rituelle. 

Dès lors on peut croire que le bain dont s'accompagne la 
tonsure est également une préparation purificatrice aux céré- 
monies du lendemain. On pense môme, malgré soi, au baptême 
isiaque que décrit Apulée (5) et à propos duquel les reclus du 
Sérapéum admis à l'initiation emploient précisément le mot 
j^aTrTt.^(ôut.eOa (6). Mais rien n'oblige à croire que l'homme qui 
prend ici un bain, avant de se faire raser la tête et peut-être le 
corps, se fasse initier aux saints mystères et plonger par un 
grand-prêtre dans le lavacrum qui appelle les hommes à une 
vie nouvelle. La communauté isiaque comprenait, au-dessous 
des prêtres et des mystes, la foule des croyants et des prosé- 
lytes, les advense {!). Ces laïcs. ^ non plus, ne devaient entrer 
dans un temple ni surtout apporter des offrandes sans être en 
état de pureté. Toù; slo-wv-raç sic lo lepov àvvsûeiv : cette prescrip- 
tion gravée en tête d'un règlement sacré à Ptolémaïs convenait 



(1) Pap. Par., n» 55 fcj.v, 1. 10. 
{2)Ih., 1. i. 

(3) /6., 1. 2 : xô ivf}.<,)\i<x . . . toû TOveouç toû Mv-ôysto?. Plut., Op. cit., 43, 37, 42, 
signale précisément le 17 Athyr comme le jour de la mort d'Osiris, le grand jour 
de TOvôoç ; cf. Pap. Sallie.r,i. 

(4) Chez les Égyptiens, les jours se comptent à partir du coucher du soleil. H 
fallait donc faire la toilette rituelle la veille de la fête. 

(5) Apulée, l. c, 23 : sLipatum me religiosa cohorte deducit ad proximas bal- 
neas, et priiis suelo lavncro traditum... purissime circumrorans ahluit ; Tertul- 
lien, De 6ap<., 5; De prœscriplione hsereticorum, 41; Firmicus Maternus, De 
errore profnnarum religionum, II, 5. Gf. R. Reitzenstein, Hellenistische Mysteriew 
religionen, p. 77; Moret, Op. cit., p. 192, 196-197, 210; Loisy, /. c, p. 411. 

(6) Pap. Par., n" 47, 1. 13. 

(7) Reitzenstein, Op. cit., p. 7. 



LES FftTES d'adonis SOUS PTOLÉMÉE II 185 

à tous l(^s sanctuaires (i). Les jours ordinaires, il suflîsail de 
se laver les mains à l'entrée des lieux saints (2) ; avant les 
grandes solennités, les gens pieux se lavaient tout le corps (3). 
Un bain complot n'était pas de trop pour qui allait recevoir la 
tonsure complète. 

» ♦ 

La fêtp. du 7 . 

Le sens rituel que nous avons reconnu aux dernières dépenses 
du 6 doit, a fortiori, s'étendre aux dépenses du 7. Le jour de 
fête est arrivé. En môme temps que des guirlandes, on achète 
pour iVdonis tout ce qui peut lui faire plaisir : si l'on se pro- 
cure des comestibles de choix par grandes quantités, ce n'est 
pas pour prendre un repas en famille, chacun dans sa maison. 
La contribution des particuliers aux frais du culte par l'apport 
des offrandes est un fait général à l'époque hellénistique^ sur- 
tout on Egypte et chez bs Egyptiens émigrés (4). Aux fêles 
d'Adonis, c'était un vieil usage : en Attique, d'après les pein- 
tures de vases, les femmes présentaient au dieu des corbeilles 
de fruits et des « jardins » (5). A Alexandrie, la chanteuse de 
Théocrite annonce qu'Arsinoè met Adonis en joie « par toutes 
choses belles » (6). On dirait que le poète a traduit une for- 
mule habituelle à la liturgie égyptienne : dans la passion 
d'Osiris, on l'installe devant une table chargée de « toutes 
choses bonnes et pures que donne le ciel et que crée la 
terre » (7). Le personnage dont nous avons les comptes sous 

(1) Miller, Rev. arck., 1883, 11. p. 181 as. = Plaumann, Op. cit., p. 5o. 1. 1-2 ; 
cf. Ziehen, Leges sacrae, n" 123, 1. 49, 35; Hippocraie, De morb. sacr.. p. 594 
éd. Kùhn ; voir Wâchter, Reinheitsvorschriflen im griech. Kiill {Religionsgesch. 
Vers. u. Vorarb., IX, 1), p. 7-8, 11-22. 

(2) IL, VI, 266 et Schol.; Ilippocr., l. c; Eschyle, Perses, 701 ss.; Eurip., Or., 
1604. Voir plus loin, p. 43-44. 

(3) Cf. Wâchter, Op. cit.. p. 12. 

(4) Cf. Otto, Op. cit., t. 11, p. 392, n. 3-, P. Roussel, Op. cit., p. 284-283. 

(5) F. Hauser, Aristoph. und Vasenbilder, dans les Jalireshefle des ossterr. 
arc/i. Instit., t. XII (1909), p. 91, fig. 33 ; p. 94, fig. 53. 

(G) V. 111. 

(7) Voir Moret, Op. cit., p. 97. 



486 GUSTAVE GLOT^ 

les yeux a fait comme la reine, dans la mesure de ses moyens. 
Parmi ces ofl'randes, viennent au premier rang, dans les vers 
du poète comme sur les peintures de vases, « les produits de 
la saison que portent les arbres fruitiers », Tïàp jjièv ol wpia 
xsTrai oW opuôç a/pa çpÉpov'at, (1). Le mot àxpoôoua, ainsi dédou- 
blé, désigne proprement les arbres qui donnent des fruits à 
coque ou ces fruits mômes (2). C'est également par là que 
commencent, dans notre compte, les dépenses du jour où nous 
savons qu'est fêlé Adonis. S chénices de noix et de noisettes, 
choisies dans les qualités les plus fines, sont prises chez Hègè- 
silas pour une somme de 5 dr. (1. 10-13) : noix de Chalcis (3), 
2 chén., 2 dr. ; ^aAiSuà (4), 2 chén., 2 dr.; noisettes du Pont (5), 
1 chén., 1 dr. De pareilles quantités (") litres, 40) dépassent de 
beaucoup les besoins d'un particulier dans un pays oii l'on ne 
fait pas de provisions. D'après un autre compte de la même 
époque, on sert pour i dr. 1 ob. de noix dans un festin offert à 
quinze invités (6) ; vers le milieu du n* siècle, quand les 



(1) V*. 112; cf. F. Hauser, /. c, p. 94, fig. Sa (tesson da Louvre), et p. 93-94. 

(2) Aristote, Hisf. des «jzim., VIII, 28 8; Probl., XXII, 8. En Egypte, ce mot est 
fréquemment employé dans les comptes de taxes foncières et les estimations de 
biens-fonds {Pétrie Pap., H, n» 27 (1), I. 7; n» 43, 1. 28; III, n" 70 a, col. II, 
]. 12, 15; Pap.Lond., t. I, n" 119, p. 140 ss., 1. 42,53, 102; p. 150, 1. 5). 

(3) On doit admettre, avec les éditeurs, qu'il s'agit ici de xâpua Eûêoïxa 
(Tliéophraste, Hist. plant., I, 11, 3; IV, 5, 4; V, 4, 2 ; De caiisis plant., III, 6, 8, 
9 ; 10, 2). 

(4) Mot inconnu. Serait-ce un mot sémitique, et faut-il croire qu'on faisait venir 
des noix de la vallée d'Adonis, où poussent aujourd'hui encore de beaux noyers 
(cf. Frazer, 0/). cit., p. 24)? Ou plutôt nya-t-il pas ici un lapsus paXtôtxûiv au lieu 
de pasiTvixwv? Les noix « royales » sont bien connues (voir Théophraste, De 
causis plant., IV, 21 ; Pline, XV, 24 (22), 2). M. Smyly a bien voulu, à ma prière, 
revoir le mot sur le papyrus. Impossible, dil-il, de lire flasriXr-twv : si la cin- 
quième lettre peut être un "k au lieu d'un S, la troisième ne peut être un sigma, 
d'autant que dans ce papyrus le sigma est lunaire. Mais, si l'on est fondé à lire 
jîaXiXixwv, le lapsus est, pour ainsi dire, flagrant, et le premier >*, fautif, s'expli- 
plique par le second. 

(5) Cf. Athen., Il, 43, p. 53 B ; Pline, l. c, 3. Ce sont les xâoua 'HpaxXewnxâ 
de Théophraste (Hist. plant., III, 15, 1 ; De causis plant., IV, 2, 1). 

(6j Pet7-ie Pap., 111, n" 136, col. III, 1. 21. Les quinze hommes à qui l'on 
a payé des salaires le même jour (I. 3-18) prennent évidemment part au repas. 
Autrement, on n'aurait pas acheté ce jour-là pour 2 dr. de pain en deux fois 
(1. 19), quand la ration de pain ne revenait pas eu moyenne à 1/2 ob. (voir 



Les fêtes d'adonis sous ptolémée ii 187 

« jumelles » du Sérapéum font leur marché, elles achètent des 
noix pour 15 dr. de cuivre ou 1/4 d'ob. (1). Si noire homme 
avait voulu des noix pour son repas, il aurait dépensé pour 
cela un tétarlèmorion ; mais pour honoier le dieu, rien n'est de 
trop ni trop beau. 

De même pour les figues. Il y en a des sèches ('.o-^^âoe^), 
trois mesures de tcooxvîSeç (2), pour 2 dr. (l. IG) ; il y en a des 
fraîches («rùxa), pour 1 dr. (l. 18). C'est beaucoup, bien plus 
que dans n'importe quel aulre compte sur papyrus. Les 
quinze convives que nous avons vus se régaler de noix man- 
gent aussi des figues sèches; ils en ont pour une obole en 
tout (3). Ailleurs, en un jour de liesse où le vin coule à Ilots et 
où figure au menu un hachis de viande, c'est assez d'une 
obole pour les figues fraîches (4). Avec 10 dr. de cuivre, qui 
valent à l'époque 1/8 d'ob., on en a « pour un déjeûner » (5). 
Plusieurs achats de figues sont mentionnés dans les comptes 
du Sérapéum pour de toutes petites sommes (6) ; le seul qui 
s'élève à 650 dr. de cuivre ou environ 2 dr. d'argent est 
consigné sur le compte d'un pastophore agissant au nom d'un 

n" 137, col. I, 1. 2-20; col. Il, 1. 3-13; cf. n» 135, 1. 3, 9-12; Tebl. Pop., n» 112, 1. 6, 
16, 20, 35, 51, 59). Môme observation à faire pour le prix des œufs (1. 20 : 5 ob.; 
n» 135, 1. 5 : 1/2 ob.; n" 142, 1. 3 : 1 ob.) el des poix chiches (1. 24 : 1 ob. 1/4; 
Tebt. l'ap., n° 112, introd., 1. 8 : 10 dr. de cuivre ou 1/8 d'ob.). Ce qui prouve 
que le repas avait quelque solennité, c'est qu'on fit à cette occasion les frais 
d'une couronne (I. 23). 

(1) Pap. LeiiL, c, col. 4, I. 14. 

(2) «The abbreviation is a large iz vvith p written Ihrough it, cf. Alh., XIV, 
653 b : oïSa 5è xaî llâjxœiXov £'.pT,x6Ta Tipoxvtoat; vévoî la/iSwv. Poil. 6, 81 : la/ios; 
rpoxpîoe; » (note des éditeurs). Cf. HéS3'ch., s. v. -kooxviî • sIooî layiB(^>w. 

(3) Peirie Pap., 111, no 136, col. III. 1. 22. 

(4) Ib., n» 140 a, I. 7-8 : « vin, 1 chous 1/2, 2 dr. 1/2 ob. ; ligues fraîches, 
1 ob. ; hachis de viande, 4 ob. ». 

(5) Tebt. Pap., n» 111), l. 35 (un du u^ siècle, rapport de l'argent au cuivre 
1 : 460). Autre achat de figues dans le même compte pour 20 dr. (I. 16). Au n° 189 
est mentionné un achat de figues, à 450 dr. de cuivre ou 1 dr. d'argent; mais, 
celte fois, il ne s'agit pas de provisions de ménage pour une journée, puisqu'on 
dépense en môme temps 700 dr. pour des racines de lotus, 450 dr. pour des 
grenades, 600 dr. pour les 5/6 d'un artabe d'orge et 360 dr. pour 3 cotjies 
d'huile. 

(6) Voir Lumbroso, Recherches sur iécon. poUL. de VÉgypte sous les Lagides, 
p. 13. 

REG, XXXm, 1920, n« 152. 13 



GUSTAVE GLOTZ 



sanctuaire (1). Les figues donl il est question dans notre 
papyrus sont donc consacrées au dieu, comme les noix. 

Ce g'enre d'olTrandes était conforme aux rites des Égyptiens 
aussi bien que des Grecs. Les uns plaçaient des figues sur les 
autels au temps des pharaons (2); les autres joignaient les 
figues aux noix dans les xaTa-j^ûo-pLaxa versés sur la tête des 
mariés (3). Si, à Délos, on achetait des deux sortes de fruits à 
l'occasion des Posideia (4), ne convenait-il pas, en Arsinoïte, 
d'en apporter aux noces d'Aphrodite avec Adonis? 

Après les fruits, les fleurs. Le poète parle de « jardins 
délicats » (aTiaXol xâ-Ttot.) et, "plus loin, de « verts berceaux par- 
fumés d'aneth » (5). Notre compte dit moins poétiquement : 
« guirlandes pour l'Adonis, 5 ob. 1/2 » (a-T£cpâvi.a twi 'Aowvsi. 
-. -- C ) (6). Dans la ville d'Arsinoè, les prêtres disposaient d'un 
« jardin sacré » {Vlepa uapaoelcroç) dont une bonne partie était 
plantée de Heurs (TTecpàvoiç) (7) et pouvait subvenir à la décora- 
tion des temples. Mais une règle constante veut -que les 
personnes pieuses apportent à l'envi leur « jardin d'Adonis », 
leur xYÎTcos ou leur Ttapaûelo-o; (8). C'est généralement un pot de 



{i) Pap. Par.,n'' 57, col. II, 1. 12 ; cf. 1. 1 ss. : Tiasxo'jiôpoi; Xôyoî wv è'sii'Xsi. {sic) 
[AOi èx Toû elepoû (sic). 

(2) Wœnig, Die P/lanzen im alten Aigyplen, 2« éd., p. 296, fig. 139. 

(3) Schol. Aristoph., Plut., 768; cf. Démosth., C. Sléph., I, 74; Ilarpocr., .v. v. 
xaTax'JcriJ-aTa ; Poil., III, 77 ; Pline, X, 24 (22). 1. 

(4) IG, XI, 406 = Bull, de corr. helL, t. XXXIV (1910), p. 128, n" 26, B, 1. 73 
(noix, 26 ou 36 dr. ; figues, 17 dr.) ; /G, XI, 468 = Bull, de corr. helL, l. c, 
p. 141, n» 33, I. 8 (ligues, 13 dr. ; noix) ; Bull, de corr. hell., l. c, p. 142, n. 1, 
1. 8 (noix, 36 dr.; figues, 6 dr.) ; ib., p. 143, n"' 86, 1. 63 (noix, 2G dr. ; figues, au 
moins 9 dr.). Pour les Eileithyiaia, l'administration de Délos achète également 
des noix : voir IG, XI, 468 = Bull, de corr. hell., l. c, I. 16 (pour 3 dr.) ; Bull, 
de corr. hell., L c, p. 143, n»- 86, 1. 70 (pour 2 dr. 3 ob.). 

(5) V. 113, 119. 

(6) L. 19-20. Cf. Fayûrn Pap., n» 103, 1. 4 (ffTïcçivta achetés pour des funérailles, 
au iii« siècle ap. J.-C). 

(7) Tebl. Pap., t. I, n» 86, 1. 20. 

(8) On trouvera les textes relatifs aux « jardins d'Adonis » dans Kaoul- 
Rochette, Mém. sur les jardins d'Adonis, dans la Bev. arch., t. VIII (1831), 
p. 97-123; W. Mannhardt, Antike Wald- und Feldkulle, t. Il, p. 279 ss. ; Gruppe, 
Op. cit.. p. 971. n.8 ; Frazer, Op. cit., p. 194 ss.. Nous nous bornerons à citer 
Plat., Phèdre, p. 276 B; Schol. Théocr., XVII, 2, et l'aryballe de Carlsruhe dan» 



LES FÊTES d'adonis SOLS PTOLÉMÉE II 189 

fleurs; au palais d'Alexandrie, ce sont des plantes dans des 
corbeilles d'argent ; ici, comme dans la cérémonie isiaque 
décrite par Apulée (1), ce sont des guirlandes. Il n'est pas 
invraisemblable, d'ailleurs, que ces o-xe'^àv.a proviennent du 
« jardin sacré » el soient pour le trésor du temple une source 
de revenus (2). 

Suivons toujours Théocrite. Suoiw 3e |xûp(o ^pûo-ei' àXàêaT- 
xpa (3). Pas de myrrbc dans notre compte. Il n'est pas impos- 
sible pourtant qu'à la ligne 15 le mot disparu qui se termine 
en a soit ôuaLapia. Ce mot se trouve fréquemment dans les 
comptes du Sérapéum (4), et les fumigations (Ouo-iai.) sur les 
autels à parfums [^iuôzyxtq [iiùi^ol) tiennent une grande place 
dans le rituel égyptien (5). Au reste, les offrandes dont il est 
question à la ligne précédente et deux lignes plus bas semblent 
appeler une offrande de parfums, conformément au rite ainsi 
décrit par une inscription ptolémaïque d'Edfou : « la volaille 
immolée alla au feu sur du baume ; l'encens et l'huile furent 
répandus sur les poêles du sacrifice » (6), Il se trouve, d'autre 
part, que dans le culte d'Adonis, tel qu'il est représenté en 
Grèce par les peintres de vases (7), le réchaud à encens, le 
Ou[jLt.aTyîp'-ov, joue toujours un rôle important. Toutefois, le prix 



F. Hauser, l. c, p. 91, fig. 5-'}. On a pu rapprocher les « jardins d'Adonis » des 
« jardins d'Osiris » décrits par une inscription de Dendérah (Brugsch, Zeitschr. 
filraeg. Sprache, 1881, p. 77 ss. : Wiedemann, Osiris vérjétant, dans le Muséon, 
1903, p. m ss.; cf. Isid. Lévy, l. c, p. 393). 

(1) L. c, 17: Ihallos, verbenas, lorollas ferentes. 

(2) En ce cas. le prix de o ob. 1/2 comprend peut-être un pourboire dune 
1/2 ob. remis ù quelque serviteur du temple (cf. 1. 21, la, 22). 

(3) V. 114. 

(4) Pap. Par., n» 57, col. 2, 1. 7 (60 dr. de cuivre) ; cf. Pap. Leid.,C, col. 3, 
1.13 (120 dr.); 1. 16; col. 2, 1. 2, 8, 12 (140 dr.) ; col. 3, 1.18-19 (280 dr.) ; 
T, col. 1, 1. 14 (70 dr.); cf. Plut., Isis et. Osiris, 39. 

(5) P. Roussel, Op. cit., p. 286 (bibliographie). — On a trouvé un réchaud à 
encens dans la cour du temple dlsis à Pompei (cf. Aug. Mau, Pompeji in Leben 
undKunst, 2" éd.. 1908, p. 184). 

(6) Brugsch, Thés, inscr. œgrjpt., t. H, p. 263. 

(7^ Voir K. llauser, /. c, p. 96-97, 99. Il ne faut pas oublier que la légende 
tait de Myrrha lanière d'Adonis i^Servius, ad /En., Y, 72; cf. Érazer, Op. cit., 
p. 186). 



190 GUSTAVE GLOTZ: 

de 3 ob. 1/2 n'est pas tellement caractéristique, qu'il puisse 
confirmer une restitution de façon certaine. 

Enfin, dans les dernieis vers de la strophe aux offrandes (1), 
le poète décrit des moules d'animaux, les uns remplis de fine 
pâte, les autres de miel, d'autres encore d'huile {'zà x £v 'jypw 
sXaio)) (2). C'est la catégorie d'ofTrandes que les Grecs appelaient 
ireXavô;. Trop souvent les vieux grammairiens et, à leur suite, 
les auteurs modernes n'ont voulu voir dans ce terme que la 
première des trois sortes énumérées par Théocrite, les 7i£|j.- 
aa-zcL ou TiÔTtava, et TtsAavo; est généralement traduit par « gâteau 
de sacrifice » (3). Mais Stengel a fort bien montré que ce mot 
désigne, en réalité, toute offrande de pâte plus ou moins fluide 
ou de liquide épais (4), et il aurait pu citer à l'appui de son 
interprétation tout -le passage de Théocrite. nàv £^ uvpoû 
TXÊTiYiYÔ;, dit justement un scoliasle (5), et l'Klectre d'Kschyle, 
épanchant une libation sur la tombe d'Agamemnon, la nomme 
TteXavô^ (G). Aussi bien que l'offrande de miel dont parle Théo- 
crite est appelée quelque part TreAavoç [j.cXia-3-riç (7), l'offrande 
d'huile dont il parle également mérite le nom d'sAawu TieXavô; : 
c'est celui qu'elle porte effectivement dans notre papyrus. Est-ce 
à dire, pourtant, qu'un des fidèles fasse à lui seul les frais de 
cette libation ? Il y apporte seulement sa contribution, et c'est 
pourquoi, au lieu d'écrire sÀatov s',; TxeAavôv ou sXa'lou TisXavô;, 
il écrit t[U] sXawu 7teX[a(vôv)] (8). Ce paiement en commun d'un 



(1) V. 115-118. 

(2) Cf. Timée, Lex. Plat., p. 211, d'après Plat., Lois VI, p. T82 c : Ttéfj-jxaTa H 
Tcai-ftiÀT); xat è>,a£o'j xal jj-éX'.toi;" itETroiTijxsva xpô;; 6u5txv. 

(3) Cf. P. Stengel, Opferbraucke der Griechen, p. 67-68; cf. Ph.-E. Legrand, 
art. Sacriftcium, dans le Dict. des Antiq., p. 962. 

(4) Stengel, Op. cit., p. 66-72. 

(5) Schol. Eurip., Or., 220. 

(6) Esch., Choépfi., 9"2 : yéouaa tovoe TtsAavôv (cf. 87, 149). 

(7) Eurip., fragm. 47 (Nauck, 2« éd., p. 503), cité par Stengel, Op. cit., p. 69; 
cf. K. Herzog, Zu TO^avô;, dans VHermes, t. XXIX (1894), p. 625-626. Dans la 
langue dés tragiques, immoler un houinie à la colère divine ou à une juste ven- 
geance, c'est épandre un lîîXavôî de sang (Esch., Ag., 96; Eum., 265 ; Perses, 816 ; 
Eurip., Aie, 851 ; Or., 220 ; Rb.es., 430j. 

(8) Cf. et; ^xAivjtov (1. 7, 24), si; 6EtxTT,piov (1. 27). L'offrande eU 7:zkv.-/m est tradi- 



LES FÊTES d'adonis SOUS PTOLÉMÉE II 191 

TreAxvo; n'a lion d'oxtrordinaire. L'habilude en était si bien 
prise, qu avant le milieu du ru* siècle le mot de TcsAavô; dési- 
gnait la pièce de monnaie versée par chacun pour l'acquisition 
de rollVande collective (1). Un mimiambe d'Hèrondas, qui 
présente de frappantes analogies avec Fidylle de Théocrite, met 
en scène deux femmes qui font leurs dévotions dans l'AscIè- 
picion de Cos : elles déposent leur TZcXavô; dans ce qu'elles 
appellent TpwyXïiv toG opàxovTo;, c'est-à-dire dans la fente d'un 
récipientsculptôen forme de serpent(2). D'un autre Asclèpieion, 
celui de Ptolémaïs en Egypte, provient un couvercle de coffre 
ou de tire-lire en granit noir sur lequel se dresse un serpent 
percé d'une mince ouverture (3). Or, la pièce qu'on jetait dans 
« la fente du serpent », nous la connaissons par Hésychius et 
d'autres grammairiens (4) : le TreXavô; était d'une obole. Sur 
notre document, le montant de la contribution n'est plus 
indiqué ; mais, comme nous possédons tous les autres chiffres 
de dépenses et le total de la journée, on retrouve aisément le 
chiffre qui manque : juste il est d'une obole (5). On ne dira pas 
qu'il y a là une coïncidence fortuite : notre homme a versé une 
obole dans un tronc s'.ç sloilou izt'kxvô'^. 

Aux offrandes énumérées dans l'hymne de Théocrite s'en 
ajoute une autre dans notre compte : les volailles payées 3 dr. 



tionnelle en Grèce : voir, pour Eleusis, Dittenberger, Sylloge, 2» éd., n» 587, 
1. 280, 284. 

(1) Cf. U. Herzog, Aus dem Asklepieion von Kos, dans VArc/iiv fiir Heligionswiss., 
t. X (1907i, p. 206 ss.; P. Stengel, Op. cil., p. 72. 

(2) Ilùrondas, IV, 90-91 ; cf. Herzog, l. c. et pi. I, 2 et 4. 

(3) Edgar, Gâtai, général du Musée du Caire, t. Xlll, Sculpl. gr., p. 30 et 
pi. XVI, n» 27,311; cf. Herzog, l. c, p. 212 et pi. 1,3: Plaumana, Op. cit., 
p. Q2-'i'i; P. l\ousse\, Les cultes égi/ptiens à Délos, p. 88. Du Fayoûm provient 
un petit tronc en terre cuite orné de deux serpents (Capart, lieu, de l'hisf. des 
religions, t. LI, 1903, p. 328). 

(4) Hésychius. s. v. iteXavôî ■ xxl ô xw aâvts'. oiôôtjisvo; ùfjo'Ko^ : Photius, Suidas, 
s. V. : Nicandros, Aleaiph., 488 et Schol. ; cf. Honiolle, Une inscr. liturgique de 
Delphes, dans les Mélanges Nicole, p. 631. 

(5' Le total pour la journée (1. 23) est de 14 dr. 2 ob. ; l'addition des autres 
dépenses donne 14 dr. 1 ob. : reste 1 ob. pour le Tîsîvavô^. 



492 GUSTAVE GLOTZ 

3 ob. (1. 17). Les gallinacés — car opv',8e<; ne signifie pas autre 
chose dans la langue rituelle (1) — apparaissent assez souvent 
dans les comptes des papyrus, toujours à des jours de fête (2). 
On veut avoir « la poule au pot » dans les grandes occasions, 
mais aussi, et tout d'abord, sacrifier une victime à la divinité. 
L'administration du Sérapéum acquiert en un jour des poulets 
pour plus de 3,200 dr. de cuivre (3) ; Finscription d'Edfou qui 
décrit les œuvres pies d'un Ptolémée ne manque pas de men- 
tionner « les volailles immolées » (4). Dans notre papyrus, la 
place des opvJeç entre les figues sèches et les figues fraîches 
serait bien bizarre si précisément il ne s'agissait pas encore 
d'offrandes. De plus, une personne qui c'est prTicuré la veille un 
o(]>ov d'une 1/2 ob. et se contentera le lendemain de légumes 
pour 1/4 d'ob. n'a pu, même un jour de bombance, dévorer 
deux ou trois volailles^ (5). Au reste, dans une fête qui célèbre 
l'union mystique d'un dieu et d'une déesse, la consécration 
d'un coq et d'une poule est tout indiquée ; l'offrande d'animaux 
qui écartent les démons malins et symbolisent la fécondité 
figure communément dans le rituel du mariage (6), très souvent 
avec les xaTa-y^ûo-jjiaTa de noix (7). 

Le relevé des offrandes terminé, vient une dépense qui, de 



(1) Achats de volailles pour faire honneur au messager du 3aff'.>>ixôî yp»!A- 
jAaTEÛî {Tebt. Pap., n" 112, 1. 27-28) ou à l'occasion d'une fête {ib., n" 120, 1. 86). 
Cf. ib., n° 122, 1. 3. 

(2) 'Voir les textes rassemblés par P. Stengel, Op. cit., p. 225-226; cf. Ph.-E. 
Legrand, l. c, p. 958-959. 

(3) Pap. Par., n" 61, verso, 1. 4 : ôpviôe; T c T X. Je ne m'explique pas le 
nombre qu'a lu Brunet de Presle; mais on distingue au moins 3.200, peut, 
être 3,600. 

(4) Voir p. 192, n» 6. 

(5) Le prix des volailles est naturellement variable. En il2{Tebt. Pap., n°412, 
1.27-28), deux volailles coûtent 1200 db. de cuivre ou environ 2dr. 1/2 d'argent; 
en 97 ou 64 iib., n» 120,. 1. 86), une seule revient à 900 dr. de cuivre ou environ 
2 dr. d'argent; l'année suivante' {ib., no 122, 1. 3), on en a une pour 400 dr. de 
cuivre ou 5 ob. 

(6) 'Voir Scheftelowitz, Der slellvertretende Huhnopfer i Religionsgesch. Vors.und 
Vorarb., XIV, 3), p. 10-12; cf. Frazer, The golden bouqh, 2» éd., t. I, p. 305 : t. II, 
p. 266 ss.; t. m, p. 99 ; Gruppe, Op. cit., p. 795, n» 5 ; Wâchter, Op. cit., p. 93 ss.. 

(7) Voir Scheftelowitz, Op. cit., p. 15. 



LES FÊTES d'adonis SOUS PTOLÉMÉE II 193 

prime abord, no semble plus se rapporter à la fête du jour : « à 
un serviteur (spyàTriO une 1/2 ob. » (I. 21). Mais le travail ainsi 
rémunéré n'est pas un travail profane. Les comptes de Délos 
relatifs aux Posideia renferment toujours, en même temps que 
les achats poursacrificesetofîrandesfhuile, noix, figues, etc.), une 
rubrique ÈpyàTa!.? (1). En Egypte môme, à l'époque romaine, les 
comptes du temple de Jupiter Cnpitolin mentionnent les salaires 
payés aux ip^àTa». chargés de porter l'image sacrée dans les 
processions (2). Le sacerdoce payait le personnel employé aux 
préparatifs des fêtes ; mais les fidèles qui apportaient des pré- 
sents et recouraient aux bons ofTices de quelque subalterne lui 
donnaient volontiers une demi-obole de pourboire. 

Il serait extraordinaire que la dernière dépense faite en un 
jour férié n'eût pas, comme les autres, un caractère plus ou 
moins religieux. Les -^opoa-l, intestins farcis de sang et de 
graisse (3), qu'on a payés i dv. 1/2 ob. (1. 22), ne sont pas un 
mets profane (4). Pour les personnages de la comédie, c'est le 
grand régal des jours solennels. Dans les comédies d'Aristo- 
phane, Dicaiopolis s'en pourléche d'avance, quand il est invité 
par le prêtre de Dionysos (5), etXanthias, au moment où passe 
le chœur des initiés, hume avec délices le fumet sacré (6). C'est 
que les yopoonl sont une variété des a-TtAàyyva, ces entrailles de 
la victime qui rôtissaient sur les autels et sous les espèces 
desquelles on communiait avec la divinité (7). Mais les o-TiÂàyyva 



(1) IG, XI, no 406 = Bull, de corr. hell.A. XXXIV (1910), p. 128, n» 26, B, 1. 71 ; 
n» 468 = Bull, de corr. hell., f. c, p. 141, a» 33, I. 7; Bull, de corr. heil., l. c, 
p. 143, no 86, 1. 63. 

(2) Berl. gr. Urk., t. II. no 362, col. VII, 1. 17 S9.: col. X, 1. 18 ; col. Xll, I. 13 ; 
col. XV, 1. 14 : spyâ-ca'.i; èxxw[j.âaà(j'. t6 Çdavov. 

(3) Sophllos. ap. Athen., III, 99, p. 125 E : /.op5T,v atixatÎTiv; cf. Poil., VI, 56. 

(4) Ce n'est pas à dire, évidemment, qu'on ne pouvait pas se procurer de yop- 
oaî ailleurs que dans les temples. Nous savons que les marchands de comestibles, 
à Alexandrie, en avaient dans leurs boutiques (Athen., III, 47, p. 94 C). 

(5) Aristoph., ^cAam., 1119; cf. 1076, 1086. 

(6) Id., Gren., 339. On trouve le .pluriel yopôxi dans Aristoph., fragm. 457. 

(7) Cf. Stengel. Op. cit., p. 73-77 ; Ph.-E. Legrand. l. c, p. 968-969. Déjà aux 
temps homériques, dans les sacrifices qui précédaient les festins, tous les assis- 
tants goûtaient aux viscères (airXivpa -saaavxo ) avant de recevoir leur j)art des 



194 . GUSTAVE GLOTZ 

étaient généralement compris dans la prérogative du sacer- 
doce (1). A ce privilège les prêtres ne trouvaient leur compte 
que s'ils faisaient payer les portions distribuées. Les victimes 
de choix coûtaient cher; la préparation même des viscères 
entraînait des dépenses supplémentaires. Les hiéropes de Délos, 
dans les comptes de Posideia, font toujours suivre la rubrique 
èpyaTat,; de ces deux rubriques liées l'une à l'autre : pLaveipoiç, 
<( aux cuisiniers », tant, et £Tct.3-7T;XayyvLo'.o!., « accessoires de 
o-TtXàyyva », tant (2), Dépense dont la contre-partie est fournie 
par les papyrus. Les « jumelles » du Sérapéum mentionnent à 
plusieurs reprises dans leurs comptes des (TœXavyvwrji; ou o-nAav- 
y^Kùeq (3), et une fois c'est à la date du 17 Athyr, de la grande 
fête d'Osiris (4). Voilà qui nous dit exactement ce que sont les 
yopûa-' payées le jour des Adonies, et nous pouvons encore nous 
en fier à une tirade comique du m" siècle, lancée par un 
jjiàYei.po; qui s'en va chez des courtisanes préparer un festin 
somptueux pour la fête d'Adonis : ce sont les a-TïXàyyva que 
mangent les dévots après le sacrifice (5). Et la double rubrique 

rhairs (//., I, 464 et Schol.; II, 427 ; Od., 111,461 ;.Xn, 364 ; cf. III, 9, 64 ; XX, 232). 
Dans la Paix d'Aristophane (1088-1116), Trygée oppose « le sage Homère » au 
devin Hiéroclès, trop avide de air^ây/va, et demande aux spectateurs de aru|x- 
Tt'Xayyvetjeaôai. Seuls, les excommuniés étaient exclus de la distribution (Aristoph., 
Guêpes, 654 ; Chev., 410). 

(1) A Athènes [Jahreshefte des œslerr. arch. Inslit., t. V, 1902, p. 128, 1. 32 ; 
IG, II, n» 630, I. 12; Dittenberger, Or. qr. inscr. sel., n» 352, I. 32); en Crète 
(C!G, n" 3562, I. 10); à Milet (Wilamowitz, Sitzunrjsher. der Berl. Akad., 1904, 
p. 619 ss., 1. 43 ss.; Th. Wiegand, Sechster voi'l/iuftger Bericht ilber die von den 
kfjl. Miiseen in Milet und Didj/ma unlergenommenen Ausqrahunqen. dans les 
Ahhandl. der Berl. Akad., 1908, tir. à part, p. 21, I. 4-5, 10 : iiz/Af/OL'^-x et 
■/opStov; p. 22, 1. 16); à Haiicarnasse (Dittenberger, Sylloqe, n" 601, 1. 12, 14; 
n» 641, I. 39) ; à lasos [ib., n» 602, 1. 3); à Cos [ib., n» 616, 1. 34 ; n» 734, 1. 1.56); 
à Kys {Bull, de corr. hell., XI, 1887, p. 308, 1. 20). 

(2) IG, XI, n» 406 = Bull, de ■corr. hell., t. XXXIV (1910), p. 128, n» 26, B, I. 72- 
73; n» 468 = Bull, de corr. hell., l. c, p. 141, n» 33, 1. 7; Bull.de corr. hell., 
l. c, p. 142, n. 1, 1. 7 ; p. 143, n» 86, 1. 64-65. 

(3) Pap. Leid., C, col. 4, 1. 3, 5, 13. 

(4) Ib., 1. 13; cf. Plut., Op. cil., 13, 39. Hérodote, II, 40. décrit un sacrifice 
égyptien où les ff-irXdtv/va sont briilés, et non pas mangés ; mais il nous prévient 
que ce n'est pas là un rite général : ï\ 5è Sr, èçaipeiK; xwv îpôiv xal f, -/aûiriç SXkT\ 
itepl àXXa îpôv a-ft x.ax£aT7i>i£. 

(5) Diphile, Lepeinh-e, ap. Athen., VI, 39, p. 202 D (Kock, Com. ait. fragm., t. II, 
I, p. 556, fr. 43, v. 17, 39), 



LES FÊTES d'adonis SOUS PTOLÉMÉE II 195 

usitée à Délos nous permet môme de décomposer le prix, si 
bizarre en apparence, d'une drachme et une dçmi-obole. Aux 
prêtres on donne la somme ronde d'une drachme en paiement 
du mets sacié; on y ajoute une t/2 ob. pour que le p.ày£!.po; 
ait son pourboire, comme l'èpràTY;;, 

Ainsi, loutes les dépenses faites dans la journée du 7 ont eu 
pour objet la célébration des Adonies, et celles qui ne trouvent 
pas leur commentaire dans l'hymne de Théocrite ont leur pen- 
dant dans les comples de Délos relatifs aux Posideia. 

Il n'est pas jusqu'aux silences du papyrus qui ne soient 
significatifs. Le 6, jour ouvrable, on avait acheté pour 2 ob. de 
vin; le 7, jour férié, on n'en achète point. Si nous étions en 
Grèce, nous aurions le droit d'en être étonnés. Eu Egypte, rien 
de plus naturel. Là « le vin est interdit dans beaucoup de céré- 
monies religieuses (1) ». Cette interdiction rituelle suivit par- 
tout les cultes égyptiens, et devant le Sarapieion de Délos 
étaient gravés ces mots : àir' owoi» {jlyj npoo-'.évai (2). De cette 
àoivoc; àvvela l'exemple le plus caractéristique au jugement de 
Plutarque est celui d'Hèliopolis (3) : c'est une des villes oùlsis 
porte spécialement le nom d'Aphrodite (4) et où, par consé- 
quent, le dieu est Osiris Adonis. 

Cependant, si les fruits et les volailles payés dans la journée 
du 7 sont des offrandes, comment se fait-il qu'un homme qui 
s'achetait les jours ordinaires des provisions variées (od^ov, o3ufs, 
huile) n'ait rien dépensé pour sa nourriture à l'occa^sion d'une 
fêle, excepté, en fin de journée, — tel le dévot ladre qui fait 



(1) Plut., Op. cit., 6 (voir n. 4). 

(2) Michel, Recueil, n» 78; P. Roussel, Règlements rituels, dans les Mélanges 
Holleaux, p. 272 ; Les cultes égypt. à Délos, n° '60 b. Cf. le passage d'Apulée cité 
p. 200. 

(3) Plut., l. c. : olvov 6è oî iJLèv(les prêtres) èv 'HX(ou -ird>»£t OspâTcovTE? xôv ôsàv oùx 
s'd'fépoy-fi xoirâpaTrav st; tô tspciv ... • oî 5' iXXoi ypwvxai jièv, à'kiyut Se • TtoXTviç S' 
àoivouî ivvciz; eyo'jffiv... 0'. Se ^astXsi; xal [leTpTjXÔv Itcivov sx tûv ispwv ypaixfxâTuv, 
(ûî 'EvtaTaïoî lïxôpTiXSv, Upsï; ôvte; • T^p^avro 5è irwsiv iirà M'afiixT^tî/ou, Tcpôxepov 5' 
oùx ETTivov oivov oûSè Id^revSov, «ô; cpiXiov Oeoïv 

(4) Voir p. 176. 



i%^ V GUSTAVE GLOTZ 

hausser les épaules au cuisinier do la comédie (i) — le prix 
d'une poflion de yopoaî? Cette fois, le silence du papyrus peut 
sembler inquiétant. Ne donne-l-il pas un démenti à toute notre 
explication ? 

Non; car les offrandes comestibles qu'on apportait aux dieux 
n'étaient pas perdues. Elles étaient servies dans les repas sacrés. 
Aux « théoxénies ». le dieu était étendu sur un lit de parade, 
devant une table chargée de mets (2). T/jV x>âvr|v o-Tpwa-a', xal tyiv 
ToaTisS^av xoTuyio-at,, le rite décrit en ces termes par des inscrip- 
tions (3) était familier aux Grecs (4) comme aux Orientaux (5). 
La couche d'Adonis (sa-Tow-rai xAiva xm 'Aowv.ot.) semble bien 
réservée, dans l'hymne de Théocrite (6), aux embrassements de 
Cypris; mais les fruits et les gâteaux qu'on a déposés devant, 
le sujet de la sculpture dont elle est ornée — l'enlèvement de 
l'échanson Ganymède (7) — . tout indique qu'elle a d'abord son 
emploi dans un repas de noces. La xI'Ivt] d'Adonis et d'Aphro- 
dite a pour complément la TpàTrss* présentée ailleurs à Sarapis 
et Isis (8). Au demeurant, les deux mots de xXlvyi et de ToàTte^a 



(1) Diphile, l. c. 

(2) Cf. Deaeken, De theoreniis ; Gruppe, Op. cil., p. "30. 

(3) IG. II, nos 948, |. I-3 ; 949, 1. 2-4. 

(4) Sur les théoxénies de Delphes, par exemple, voir A. Mommsen, Delphika, 
p. 299-308 ; Deneken, Op. cit., p. 1-24. On retrouve souvent les théoxénies sous 
le nom de ;£V'.ci(i.ûî (Plat., Lijs , 2, p. 205 C-D ; Paton-Hicks, Inscr. of Cos, n^ 36, 
1. 6i, HO ss.). 

(5) Ezéchiel, XVI, 18; XXIII, 41. 

(6) V. 127. Le rite est le même dans le culte d'Attis, cet autre Adonis (Michel, 
Recueil, n" 982, 1. 9 ss. : èVrowasv. . . x)iîvT,v el; di;j.ï>ÔTepa Ta 'Aixiôeia ; cf. n° 985, 
1. 15). ' ~ ' ' 

(7) V. 124. 

(8) Lebas-Waddington, Inscr. d'Asie-Min., l. III, n» 395, 1. 17 (Lagina) ; Inschr. 
von Priene, n" 195, 1. 28-29; cf. Isid. Lévy, Rev. épiqr., t. I, p. 251 ss.. Voir les 
papyrus dont il est question ci-après et l'inscription latine de Cologne. Corp. inscr. 
lut., t. XIII, n» 8246 = Dessau, t. Il, n» 4394 (cf. Sarac, Der Serapisktilt in KÔln 
am lihein, dans la Berl. phil. Wocli., 1914, 253-255). Wilh. Weber (Ziwet Unter- 
stichungen zur Geschichte agyptisch-grieckischer Religion, Ileidelberg, 1911, p. 11 ; 
Serapis cinn sua cline, dans la Berl. phil. Wock., 1914, 480) appelle l'attention 
sur les terres cuites gréco-égyptiennes qui représentent Sarapis, seul ou avec' 
d'autres divinités, couché sur une x'Xîvt^ devant une table couverte de mets. Il 
montre que le m^iue rite était pratiqué, en Egypte, dans le culte d'IIarpocrate, 
d'Anubis, de la Tychè alexandrine et d'une déesse des morts. 



LES FÊTES d'adonis SOUS PTOLÉMÉE II Î97 

sont devenus synonymes (1). Or, le dieu n'était pas seul à jouir 
du festin (juon lui offrait. Le sacerdoce y prenait part. D'un 
simulacre rituel il faisait une réalité (2). En Egypte, les pré- 
sents comestibles des fidèles aidaient ainsi à entretenir le per- 
sonnel du temple (3). Le grand-prêtre envoyait môme des 
billets d'invitation aux laïcs qui méritaient cet honneur (4). 
Ces ^eûxXyiTO'. oaï-ra'. (5), ces 'I-xuà oeÎTiva (fi), c'était une des 
coutumes les plus vivaces des cultes égyptiens (7). Une foule 
d'associations ajoutaient à leur chapelle une salle de festin ou 
o£t.TtvYiTT^ptov (8) ct l'ou s'y donnait le nom de o-ûvos'.tivo!. (9). A 
ces agapes (10) communiaient les notables et, naturellement, les 
donateurs généreux. Puisque « la table était servie au dieu aux 
frais des dédicants » (41), il était juste de les y faire asseoir. Le 
dieu qui recevait n'oubliait pas ses évergètes (12). Il retenait 
ceux qui avaient figuré les mains pleines dans la procession 



(1) O.ryrh. Pnp., n»" 110, IH, 523, 1484, 1755; Faythn Pap., n» 132; cf. So- 
phokles, Oreek Lexikon of Ihe roman and byzantine periods, s. v. xaeivt,. 
(2/ Voir Paton-Hicks, Op. cit., n» 37, I. 9 ss.. 

(3) Cf. Otto, Op. cit., t. H, p. 30; Isid. Lévy, l. c. 

(4) Oxyrk. l'ap., n»» 110, 523, 1484; cf. Wilcken, Archiv fur Papyrusforschung, 
t. IV, p. 211 ; Otto, l. c, p. 116; Miliigan, Greek Papyri, p. 97. La formule d'invi- 
tation est : ôefir;f,5a'. si; xXstvriv toû xopîo'j Saf>iTti5o<;. 

f5) P. Roussel, I.es cultes éqypt. à Délos, n° 1, 1. 63 : cf. p. 82, n. 16. 

(6) Lebas-Foucart. Inscr. du l'élop., u» 352, 1. 25; cf. Fougères, Mantinée et l'Arc. 
Or., p. 310-311. 

(7) Cf. Poland, Op. ci/!., p. 261-262. 

(8) Dittenberger. Or. Gr. inscr. sel., n" 671, 1. 3; cf. Poland, Op. cit., p. 465- 
466. A Ponipei, dans la grande salle du temple d'lsis;cf. p. 36), on a trouvé une 
table de marbre, deux pots de terre et trois flacons de verre; cette salle servait, à 
l'occasion, de SenivtjTTipiov (cf. A. Mau, Op. cit., p. 186j. 

(9) Cf. Poland, Op. cit., p. 55. 259 s.. 

(10) Voir Moret, Op. cit., p. 188; Poland, Op. cit., p. 259-262, 268-269, 465-466; 
P.Roussel, Op. «7., p. 285, n« 5. 

(11) MoL.î£Ïov. II, p. 47 s , no 166, 1. 9 ss . 

1^12 « Celui qui garnit la table du dieu, dit le règlementde Mèn Tyrannos au Lau- 
rlon, en recevra la moitié » (Michel, Recueil, n» 988, 1. 20). A Maiitini'e, la bienfai- 
trice d'un collège de pnHresses. pour avoir contribué aux frais d'un repas sacré, 
obtient en récompense une invitation perpétuelle Quiiai; te xai atTap/iai; (.Michel, 
n» 993. 1. 14 ss.!. Dans la même ville une autre bienfaitrice doit recevoir sa part, 
mr-me quand elle n'assiste pas à la cérémonie (i7»., no 992, 1. 29-32; cf. Poland. 
Op. cit., p. 436). Il était plus simple de consommer tous les mets sur place en 
compagnie du dieu. 



^98 fiLSTAVE GLOTZ 

dos porteurs de mets, la osmvoccopt.xTi TtoixTr-/] (1). Adonis ne 
pouvait pas, au moment de s'attabler, renvoyer un homme qui 
venait de le combler de noix, de figues et de volailles. Un pareil 
écot valait bien une place au pique-nique sacré (2). Ailleurs, 
quand un membre d'une confrérie se marie, le dieu de Tasso- 
ciation reçoit pour sa table « tout ce qui lui agrée » (3); ici le 
dieu dont on célèbre le festin nuptial se doit au moins d'y 
admettre un de ceux qui en ont assumé la charge. 



La ffUe du 8. 

Passons à la journée du 8 (1. 25 s.). Quel contraste avec la 
veille et même l'avant-veille ! De o ob. 3/4 et de 14 dr. 2 ob., 
la dépense totale tombe à une demi-obole. 

Théocrite nous dit pourquoi. Il annonce qu'à la fête de joie 
et d'amour succède la fête de deuil, où le dieu enfermé au cer- 
cueil est jeté dans les flots, oîi les femmes poussent les cris 
perçants du thrène (4). L'épithalame de Théocrite fait place à 
l'épitaphios de Bion. Partout retentit le lugubre refrain : clIvX,' 
(0 Tov "Aowv'.v • aTcwXsTO xaXo; "Aotov!,;, toAsTO xaAÔ; "Aowv!,; (S) . 
Et l'on va voir ce que signifient les deux modiques dépenses 
de ce jour et d'où vient qu'il n'y en a pas d'autres. 

Le sectateur d'Adonis prend d'abord un bain (1. 24). Il en 
avait déjà pris un la veille de la fête, au soir. Ce n'était point 
l'habitude en Egypte, au m" siècle, de se baigner si souvent (6). 

(1) Ane. rjr. inscr. of the Bi'it. Mus., t. III, n" 377, a, l.9ss. (Éphèse). 

(2j Le règlement de Mên Tyrannos (!. 21) emploie le mot è'pavoî. 

(3) Paton-Hicks, Op. cit., n» 36, 1. 98 ss.. 

(4j V. 132-13y; cf. Plut. Nicias, 13; Alcib., 18 (Athènes); Paus., II, 20, 6 
(Argos) ; Lucien, Op. cil., 6 (Byblos) ; Amm. Marc, XXII, 9, 15 (Antioche). 

(o) Sur les rapports de l'épitaphios de Bion avec l'hymne de Manéros, voir 
Sharp, Hist. of Egypt, trad. ail. de Jolowitz von Gutschmid, t. I, p. 123-124; 
Frazer, The golden bough, 2« éd., t. II, p. 223 ss., 237 ss.. Cf. Hérod., II, 79; 
Paus., IX, 29, 7-8; Ezéchiel, VIII. 14. 

■6) Voir Pétrie Pap., III, n" 137 : comptes de 10 jours (du 4 au 8 et du M au 
15), 3 bains, le 6, le 12 et le 15 ; Uibeh Pap., iv 121 (date : 230-249; ménage où 



Les fêtes d'adonis sous ptolémée U 199 

Il faut, pour le faire, une raison spéciale. Le bain, ici, suit des 
funérailles. La procession des Adonies est une imitation solen- 
nelle des obsèques ordinaires (1). En Egypte, la coutume veut 
que les femmes en deuil remplissent la ville de bruyantes 
lamentations, se frappant la poitrine et les seins nus (2); ainsi 
font, dans Théociite, les femmes qui pleurent Adonis (3). En 
Grèce, la loi veut que l'enterrement se fasse avant la montée du 
soleil (4); le convoi d'Adonis, dans Théocrite. se déroule « à 
l'aube », « avec la rosée » (3). Cette précaution est nécessaire, 
parce que la souillure du mort s'étend, non pas seulement à 
sa maison, à ses parents, mais à tous ceux qui l'accompagnent 
à sa dernière demeure, à tous ceux qui se trouvent sur son 
passage (6). Les miasmes contractés dans le cortège funèbre 
doivent donc être lavés ; avant de rentrer dans la communauté 
des hommes purs, il faut se remettre en état de pureté par des 
ablutions (7). « Ceux qui sont souillés, dit un règlement funé- 
raii'e, se laveront tout le corps à grande eau et seront purs « (8). 
La prescription vaut généralement pour les parents du mort (9), 
mais s'applique aussi à tous les assistants (10) ; il n'en peut être 

il y a des enfants et au moins deux grandes personnes) : comptes de 6 jours (du 
14 au 19), 1 bain, le 19 (1. 53), les autres jours de l'eau chaude (I. 16, 22, 27, 36, 
44); Pétrie Pap., 111, n" 138 : comptes de 5 jours (du 10 au 11 et du lo au 17), 
pas de bain; n" 140 d : comptes de 3 jours (du 12 au 14), pas de bain. 

(1) Cf. Gruppe, Op. cit., p. 971. 

(2) Hérod., II, 85 : ôpf^voi oè xal zoLVCii acpeiov slaL aïSs • ... dtvi tt,v tïoXiv, uTpwfoj- 
lASvai T'jiTTOvxai sT:e^wij.svai, xat œaivouaat, tojî [xiÇou;. Voir les textes réunis par 
Dennison, l. c, p. 36-37. 

\^3) V. 13.") : jxf.Ôsd'. ïia'.voaévO'.; Atyupis àpça)[x:Oa ào'.Ôi?. Cf. Sappho, fragm. 62 
éd. Bergk ; Aristoph., Lysistr., 396 ; Plut., JV/c, 13 ; Alcib., 18 ; Lucien, l. c. 

(4) Démosth., C. Macart., G2 ; Cic, De ler/ib.. Il, 66 ; Plat., Lois, XII, p. 960 A ; 
cf. Wâchter, Op. cit., p. 52. 

(5) V. 132. 

(6) Cf. Wachter, Op. cit., p. 43 ss., 50 ss.. 

(7) Ilésych., s. V. ivvîûsiv • xaôapsûïiv.. . oltzô véxpou ; Pythag., ap. Diog. Laert., 
Vin, 33 : tV 3' iyvefav slvat... oià toû xaGapsûii'.v i-6 te xt^Sou; xt).. 

(8) Inscr. jur. gr., n° II, A, 1. 29-31. 

(9) /6.; Schol. Aristoph., i\uées, 838; Ziehen, Leg. sacr., n» 50 ; Suid., s. v. 
xaxaAoJTi ; cf. Wachter, Op. cit., p. 48. 

(10) Dittenberger, S'/Uoge, n° 566, 1. 3-4, 8-9; R. Herzog, Archiv fur Religions- 
wiss.. t. X (1917), p. 403, B, § 4, 1. 25 ss., 31 ss. ; Ziehen, Leg. sacr., n- 117, 
1. 2 s. ; Julien, Lettre 77. 



200 glstavk glotz 

autrement dans une cérémonie en l'honneur d'un dieu mort. 
Tantôt la purification est remise à plusieurs jours (1), tantôt elle 
peut avoir lieu le jour même (2) ; ici, elle se fait au retour de 
la procession matinale, quand on est encore à jeun. 

C'est bien peu, ce qu'on achète ensuite pour rompre le jeûne. 
Une journée de deuil ne peut être qu'un de ces jours d'absti- 
nence et de continence que la douleur d'Isis impose aux gens 
pieux : elle leur demande, en ces Tcivô-.pio!. y)[j.£pai (3), de manger 
modérément et de s'interdire tout plaisir charnel. Bp(o[j.àT(ov 
txoVàwv xal àc5poot.a'lfc)v aTcoyalç, dit Plutarque (4), et Apulée 
précise en faisant dire à Lucius : Ciharias vohiptates coer- 
cerem^ neque ulliim animal essem el invinius essem (5). Pas 
de viande, en effet, le 8, comme dans la journée solennelle du 
7; pas d'o^Lov, pas de vin surtout, comme dans la journée 
banale du 6. Rien que des légumes verls pour un pauvre quart 
d'obole (1. 25) (6). Ainsi, quand l'Apis est mort, les fidèles ne 
portent à la bouche que de l'eau et des herbes (7). Ce mot de 
Xà')^ava trouve un commentaire aussi suggestif qu'inopiné : un 
auteur arabe du x'^ siècle, décrivant les peuplades païennes de 



(1) Cf. Wachter, Op. cit., p. 61-62. 

(2) Dittenberger, l. c, 1. 9; cf. Julien, l. c. 

(3) Cf. Plut., Isis et Osiris, 39, 69. 

(4) //)., 2 : aovfpovi [xàv svSeXs/ûç SixiTT, xoti ^pw;jiâTwv •:ro}iXwv xai àtcpoôiatùiv 
i-KoyzXc; xo)iOuoijaa!,; xô iv.okci.a'zoM xal cpi)^T,Sovov ; cf. 69. 

(5) L. c, 23. Cf. 21 : cibis profanis ac nefnriis Lemperare ; 28 : inanimis conten- 
tas cibis. A Diélos, l'interdiction du vin se retrouve dans le règlement rituel du 
Sarapieion (voir p. 195; ; l'interdiction de la viande et des àcpooStaia, dans les 
règlements d'autres sanctuaires (P. Roussel, Règlements rituels, l. c, p. 276, 
275). ïibulfe, dans ses vers à Délia, sectatrice d'Isis, s'intéresse, naturellement, 
surtout à la lîègle de continence ; mais — le détail es* remarquable — il parle en 
même temps des purifications : 

Quid Ina nunc Isis mihf, Délia, quid mihi prosunt 

îlla tua totiens sera repuisa inanu, 
Quidve, pie dum sacra colis, pureque lavari 

Te (memini) et puro secubuisse toro ? 

(6) Dans les autres papyrUs de la même collection on trouve plusieurs achats 
de Xà/ava, une fois pour la même somme de 1/4 d'ob. (n» 140 c, 1. 1), une fois 
pour une somme inférieure, 1 chalque [ib., [. 4i, deux fois pour des sommes plus 
fortes, 1/2 ob. (n» 139 a, col. I, 1. 2) et 3/4 d'ob. (n" 138, col. I, 1. 8), 

(7) Erman, jEfjyptische Religion, 2<! éd., p. 191. 



LES FÊTES d'adonis SOUS PTOLÉMÉE II ^i 

Syrie, raconte qu'à la tête des « pleurantes », la fête du dieu 
lâouz (Tammouz, l'Adonis assyrien) (1), « les foninies ne 
mangent rien qui ait été moulu, mais se contentent comme 
nourriture de blé trempé, de vesces douces, de dattes, de raisins. 
secs et choses semblables » (2). 



La fête du 9. 

L'hymne de Théocrite ne fait conuaîlre pour les Adonies 
d'Alexandrie que deux jours de fête : celui de l'union mystique 
et celui de la mort. Mais nous savons par le traité Sur la déesse 
syrienne (3), que confirment d'autres textes (4), qu'à Byblos, le 
lendemain du sacrifice funèbre, le dieu ressuscité faisait son 
ascension dans les airs. Si l'on combine ces deux renseigne- 
ments^ on doit croire que les Adonies duraient trois jours. 

Effectivement, dans nos comptes, la journée du 9 comprend 
encore une dépense du genre rituel, pour une couronne (1. 28). 
En elle-même, il est viai, l'indication est vague; mais elle va 
se préciser. Elle suit cette mention : eW o£'.xTY]pt.ov == (l. 27). 
Qu'est-ce donc qu'un o£LxTyîp'.ov? 

Le mot n'est pas dans les dictionnaires usuels. Il figure 
pourtant au Thésaurus. Les vieux lexicographes nous appren- 



(1) Voir Vellay, Le dieu Thanimouz el ses vapporLs avec Adonis, dans la Rev. 
de l'hisl. des rel., t. XLIX (1904), p. 154-1(>2; Baudissin, Op. cit., p. 94-120, 
352-;J71. 

(2) En-Nedini, dans Ghwolson, Die Ssabier, 1856. t. II, p. 27, cité par Frazer, 
Adonis Altis Osiris, p. 189, et Baudissin, Op. cit., p. 111-112. On ne mangeait 
pas de pain, non plus, le jour du deuil d'Attis Arnobe, Adv. nationes, V, 16; 
Salluste le philosophe, De diis et mundo, 4, dans les Fraqm. philos, qr., éd. 
Mùllach. t. 111, p. 33). 

^3y Lucien, Op cit., 6 : aSTà oè x?, stépr, î^toeiv ié tjnv jiuOoXoyéouat xaî èî xôv 
TiSpa TtéixTtoua:. 

v4; Jérôme, Comment, in Ezech., Vlli. 14 (Pair. lat. de Migne, t. XXV, coi. 86) : 
Plangiiur quasi mortuus, et postea reviviscens canitur atque laudatur; Origène, 
Selecta in Ezech. [Patrol. gr. de Migne, t. Xlil, col. 800) : ôoxoûa'. yàp xar' èviau- 
t6v TîAsxâî xtvaî -JtoiEÏv, rpwxov ij.èv ôxi 6pT,voûffiv aôxôv ojî xsôvT.xôxa, ÔEÛxepov ôà 
ôxt y^aipouaiv èir' jfjxtô oj; à-6 vExptiiv ivio'xavTi. 



202 GUSTAVE GLÔf^ 

nent qu'il désignait à Samos un endroit où Athèna passait 
pour avoir montré à Persée la tôle de Gorgone (i). Théophrasle, 
dans une lettre citée par Diogène Laërce (2), l'applique au 
local où il réunissait ses deux milles auditeurs, et, en se traitant 
aussitôt de x/oXaT-ixô^, le chef du Lycée nous fait savoir qu'il 
entend parler de sa o-yoÀT]. Un autour de la basse époque nous 
fournit une définition plus précise : le 0£t.xT/,piov est un lieu où 
l'on se montre au public pour lui parler {~6-kqç ev w sTc.osixvuvTa', 
01 XsyovTe;), c'est-à-dire une tribune, une estrade (à|jiêwv) ou 
une salle d'audition et de spectacle (àxooaT/ipwv) (3). 

Cette définition convient parfaitement soit à la xaBéopa où 
Adonis apparaît étendu sur son lit et qui donne son nom à 
l'office sacré (4), soit à la salle où se passe la scène mystique (5). 
Dans tout Is*um, ainsi qu'en témoigne encore aujourd'hui 
celui de Pompei, la ce/la, le sanctuaire habité par la déesse, est 
suivie d'une schola, grande salle destinée aux réunions des 
fidèles, banquets et représentations sacrées (6). Que cette scliola 
ait été appelée en grec Beuropwv, comme celle de Théophrasle, 
rien de plus naturel. Chaque fois que Plutarque-, dans son 



(1) Etyiii. Magn., s. i;., p. 261; 9 : tôtto; tt,? 2â|xou • ot'. sv aCixûi r, 'A6tiv5 oié- 
Ypai{;c Tf,v -/.stpaXTiV xf,; Fopyôvo; Scivcvjùuja tw nîp<Teï, otj aÛTÔv àTréuTetXev stI -z^y 
yopyoToaîav • -ûapà xf,v Sîï;iv ojv Setxxr.oiov. Cf. Zonaras, s. v., p. 482; Etienne de 
Byz., s V.. 

(2) Diog. Laert , II, 37 : ojto; (Théophrasle) xi x£ àAÀa /.cul -irepî SstxxTiptou (et 
non pas SixataxT,p{o'j) xoiaûxa ôist)kexxai sv xr, Ttpô; 4>aviav ÈTtiaxo^fi. 

(3) Basil. Seleuc , De vita ac mirac. S. Theclae, II, 27 : wçôtiv ira xoû Seixxr,- 
pîo'j • ÀÉvexai 6è O'jtwî ô xôzoï; sv (o î-'.osixvuvtïi ot 'Xe'yovxs?, xoûxo iaxlv ô atxêwv 
•r,xoi xà àxpoïXTipiov. 

(4) Hésych., s. v. xaOsSpa • Ouata 'ASûvtSo; ; cf. Apulée, /. c, 24 (voir p. 203, 
n. 5). 

(5) On songe aussi au ttuggestus d'où le prêtre d'Isis parle à l'assemblée des 
fidèles dans les Métamorphoses d'Apulée et qui deviendra ï'umbo (cf. Lafaye, 
Op. cit., p. 232-233). 

(6) Voir Lafaye, Op. cit., p. 181 ss., 18a et pi. I; Moret, Op. cit., p. 171 et 
pi. XIII; A. Mau, Op. cit., p. 186. En Grèce aussi, par exemple à Olympic et à 
Épidaure, on ajoutait aux palestres des salles spacieuses qui servaient tantôt 
aux conférences des rhéteurs et des philosophes, tantôt à des fêtes et à des ban- 
quets (Krickenhaus, Griech. Banketthauser, dans le Jahrb. des arch. Inst., 
t. XXXII, 1918, p. 114 ss., d'après Deonna, Bev. des et. gr., t. XXXI, 1918, p. 413) : 
c'étaient donc à la fois, et selon les occasions, des Se-.xxfjpia et des SEnrvT,xTipia. 



LES FÊTES d'adonis SOUS PTOLÉMÉE II 203 

Iraité Sur [sis ci Osiris, décrit les oiïices en l'honneur des divi- 
nités égypiionnes, il emploie le terme de osixvûvat, (d) pour 
caractériser le rôle du grand-prêlre et, de ses acolytes montrant 
aux nd(Mes les objets sacrés. Cette présentation a lieu tous les 
jours, lorsqii' « on ouvi'c les portes toutes grandes à la foule pro- 
fane pour humaniser les choses divines » (2). Elle a lieu avec 
une solennité particulière au jour de l'initiation. Quand le 
Lucius d'Apulée demande à s'engager dans la <c sainte milice », 
il assiste à une série de révélations et de spectacles (3). En sa 
présence, le grand-prôlre tire du tabernacle des livres écrits en 
caractères inintelligibles et lui en fait connaître le verbe ineffa- 
ble. Au plus profond du sanctuaire, il approche des contins de 
la mort et en revient « à travers tous les éléments » (4) ; il voit 
« au milieu de la nuit, le soleil resplendissant d'une blanche 
lumière » (5). Enfin, il prend lui-même la place du dieu sur 
l'estrade, face à la statue de la déesse, une couronne en feuilles 
de palmier sur la tête, s'otfrant à l'admiration de la multi- 
tude (6). 

Le oî'.xTy'p'.ov est donc la salle où est représenté le Soâpia [^ua- 
T'./.ov. Cette expi-ession, que Clément d'Alexandrie appliquait à 
d'autres mystères (7), lui est venue sans doute au spectacle de 
ce qui se passait autour de lui, dans son pays, et là elle prend 
tout son sens. En Egypte, comme ailleurs, « la poésie drama- 
tique trouva sa première scène dans les temples » (8), et ses 



; I ' Plut., Op. cit., 31 : -avTa/oû Se xaî àvBpoj-aôaopïov 'OJtpiôoî âyaXaa SetxvûouT'.v; 
39 : jjQ'jv ûtâ^p'jTov, '.[jiaTta) aéXavi ji'jjsivti) Tiep'.CâAXovxcî et:'. tisvOc'. tt.î Oîoû, 
Ss'.xv'jO'jt'. : 22 : ■noAAwv oà toio'Jxojv Xcyoas'vwv xai ô$'./vl>[j.svwv. 

(2) l(i., ib., 2:i. 

(3j L. c, 23; cf. Lafaye, Op. cil., p. HO-Ul ; E. De Jong, De Apuleio hiacorum 
mysleriorum teste, Leyde, 1900; Moret, Op. cit., p. 192-194. 

(4) /.. c, 22-23. 

\u) L. c, 23 : Sacerdos deducit ad ipsiits sacruvii penetralia.. . Accessi coiifi- 
nitiin ynortis et... per omnia vectus elemenla remeavi... Nocle média vidi solem 
candido coruscanlem lumine. Cf. Foucart, Les mystères d'Eleusis, p. 40t ss.. 

(6) L. c, 24 : In ipso wdis sucrae medituUio, anle deae simulncrum consti- 
tulum tribunal ligneum jussus superstili. 

0) Glem. Alex., Protr., II, p. 12, éd. PotUr. 

(8) Moret, Rois et dieux d'Éyypte, p. 100 ; cf. p. 173, 184-189 ; Mysl. égypL, p. 4- 
REG, XXXIII, 19iO, n° iSi, 14 



204 GUSTAVE «iLOTZ 

« mystères » rappellent ceux de notre moyen âge. Comme le dit 
Plutarque. ^< Isis ne voulut pas que les épreuves et les luttes 
qu'elle avait soutenues, que ses courses errantes et tant d'actes 
de sagesse et de courage fussent ensevelis dans l'oubli et le 
silence ; elle institua des mystères très saints, en y adjoignant 
des images, des représentations allégoriques et des scènes 
mimées de sa passion ». xa^ àviwxaTat,; àvaixC^ao-a xs.\£'za~.ç elxôva; 
xal uTcovoiaç xal p. i jj. ■/] p. a Ttôv tÔx£ itaOrip.àTwv... xaOoxT'lwTev (1). 
Nous connaissons une de ces scènes par une fresque fameuse 
d'Herculanum : sur un pmscènion à colonnes, surélevé de six 
marches et encadré de palmiers, devant une troupe de person- 
nages aux attitudes variées, un nègre couronné de lotus et de 
roseaux exécute une danse^, le poing droit sur la hanche et 
gesticulant de la main gauche, cependant qu'à Yorchestra 
prêtres et prêtresses rythment les pas aux sons de la flûte, font 
vibrer le sistre ou s'agenouillent en adoration (2). Or, quel est 
le nom que les Grecs donnaient à ces scènes mimées? Bérodote 
nous le dit dans un passage dont semble s'être inspiré Plu- 
tarque, mais oîi celui-ci a malencontreusement remplacé le 
terme propre parla périphrase uirovoiaç xal |j.iuLritjLa. En parlant 
du culte célébré à Sais, il alFirme, pour y avoir assisté, que les 
pLU(Tr/]p'.a des Egyptiens, « les figurations de la passion subie 
par lui », sont des oeîxiriXa (3). El ce que les Grecs entendaient 
par oeuriAa, nous le savons par le sens précis de Ô£uriAi(TTr,ç, 
mime ou boutTon (4). 



7, 18-41. Voir l'article de A. W^iedemann, Die Anfânge dramatischer Poésie, à&n9 
les Mélanges Nicole, p. 561-577. 

(1) Plut., Isis et Os iris. 27. 

(2) Voir Gui m et, C omptes -rendus de VAcad. des Inscr., 1896, p. 155 ss., pi. ix = 
Moret, Rois et dieux d'Egypte, pi. XIV, 2; cf. Lafaye, Op. cit., p. 115, 328-329; 
Moret, Op. cit., p. 189. 

(3) Ilérod., Il, 171 : Ta Seîxt;).» twv Traôéwv aÙTOÛ vuxxô; -itoteûfft xà xaAÉoucrt jj-Ud- 
tTjpiaAiYÛitTtot.Ce passage, ainsi que le texte de Plutarque, trouve un remarquable 
commentaire dans les litanies gravées sur une pierre d'ios et où Isis dit elle- 
même : syw [JLu/, ff E iç àvÔpwTTOiç àvîOïtÇa. 

(4) Plut., Agés., 21; Apophth. lac, 57, p. 212 F, Athen., XIV, 15, p. 621 E: 
ïXaXoOvTO S'ot [ietiovte; tï;j ToiaûxT^v icaiSiàv Ttapà Toïî Aâxuffi 5txT,XiaTat, wî àv 

ffXEUOItOlOÙî SÎTlTi xal lJltlJ.T,T2î.. 



LES FÊTES u'aDONIS SOUS PTOLÉMÉE II 205 

Mais la pantomime sacrée, sui- les borJs du Nil, ne figurait 
pas seulement les douleurs et les joies d'Isis, la mort et la résur- 
rection d'Osiris : elle dramatisait les aventures légendaires de 
toutes les divinités. Hérodote, qui mentionne les SsixT^Xa de la 
(( passion », montre aussi, accourant au temple de Boubastis, 
les troupes de joueurs de flûte, de joueurs de castagnettes et de 
danseuses; il décrit les fêtes de Paprémis, où les prêtres et les 
dévots engagent une rixe à coups de bâton autour de l'arche 
sainte (1). Que les Adonies aient élé l'occasion de représenta- 
tions analogues, il n'en faut point douter (2). Cyrille d'Alexan- 
drie, après avoir raconté le mythe d'Aphrodite ramenant Ado- 
nis du monde infernal, ajoutera un jour : « Aussi les Grecs 
ont-ils imaginé à ce propos la fête que voici. Celait une repré- 
sentation : quand Aphrodite pleurait la mort d'Adonis, un 
chœur gémissait et se lamentait avec elle ; quand elle remon- 
tait de l'enfer et disait avoir trouvé celui qu'elle cherchait, il se 
réjouissait avec elle et se mettait à danser. Cette scène s'est 
jouée jusqu'à nos jours dans les temples d'Alexandrie » (3). 
Rien de plus clair que cette description d'un témoin : Adonis 
aussi avait ses SeurjXa. 

On imagine aisément que les Grecs de l'époque ptolémaïque 
ne furent pas sans apporter quelques changements aux ùdy.-r{ka. 
égyptiens : ils durent en développer la partie artistique, y intro- 
duire leur poésie, y réformer la musique et la danse; mais ils 
ne leur firent point subir de transformation essentielle. Dans 
l'idylle de Théocrite, ce qui frappe, c'est tout naturellement 
l'élément poétique; le coté lyrique de la scène apparaît cepen- 
dant partout, dans le titre de l'exécutrice (vuvti àoiSôs), dans la 

(1) Hcrod., II, 60, 63. 

(2) Nous en trouvons la preuve en Italie. En eU'et, la pantomine romaine a eu 
indéniablement des origines alexandrines, et il faut entendre par là des origines, 
non pas purement grecques, mais gréco-égyptiennes. Il suffit, pour s'en con- 
vaincre, lie regarder la fresque d'Herculanum. Or, parmi les sujets favoris de la 
pantomime romaine, Arnobe citait encore Adonis. C'était une vieille tradition 
(Arnobe, Ado. gentil., VII, 33, p. 266, éd. Keitferscheid; cf. 0. Navarre, art. Pan- 
tomimus dans le Dicl. des anliq.). 

(3) Cyrille d'Aleiandrie, //t /saiam (Migne, Patrol. gr., t. LXX, col. 441). 



206 GUSTAVE GLOtZ 

division de l'iiymne en slropiies, dans les éloges des auditrices; 
quant à l'orchestiquc, il y est à peine fait allusion d'un mot, 
quand une de ces dames lemarque les poses que prend la chan- 
teuse (ô'.aGpÛTîTSTai). Mais, si Vqii veut voir la réalité, tout au 
moins ailleurs qu'à la cour d'Alexandrie, une transposition est 
nécessaire. Dans la pantomime, ai:isi que l'a dit un ancien, « les 
chants sont faits pour la danse, et non la. danse pour les chants, 
et les vers comptent pour fort peu » (i). Aux fêtes d'Adonis, 
môme en Grèce, le rôle de la poésie dans les chœurs était nul; 
les paroles y avaient si peu d'importance, que Gratinos, pour 
plaisanter un mauvais poète, disait qu'il ne lui aurait pas donné 
un chœur pour les Adonies (2). On voit bien à peu près ce 
qu'il y avait dans les 'A8covLor.a [jLéX-^ (3) : peut-être pour pro- 
logue un chant nuptial et pour épilogue un chant triomphal 
d'apothéose (4); en tout cas, pour fond le Ihrène, des lamenta- 
tions entrecoupées de cris. Ce qui caractérise ce thrène, c'est 
l'instrumentation. La tlûte y couvre le chant. Elle s'appelait 
y[vypa; en Phénicie (5), et ce nom passa au lamento (6) et au 
dieu dont il déplorait la perte (7). Pourtant la musique elle- 
même n'est encore qu'un accessoire ; la danse est l'essentiel. Le 
mariage du dieu, sa mort et son ascension prêtent aux attitudes 
expressives, et le yLyyoaç, en lin de compte, est une danse 
accompagnée de tlûte (riv oï xal ylyypa; 7rp>? aùXov ooyr^u.y.) (8). 

(1) Libanius, III, p. 381, éd. Reiske. 

(2) Gratin., ap. Athen., XIV, 43, p. 638 F (Kock, I, 16, fr. 15). 

(3) Proclus, Chrestom., p. 246, 3, éd. Westphal. 

(4) Lucien, Op. cil., 6 ; cf. Frazer, Op. cit., p. 184, n. 1. L'échelle par où les 
peintres de vases font monter les personnages à la xaOsopa d'Adonis n'est peut- 
être pas sans rapport avec son séjour au ciel (voir llauser, l. c, p. 91. fig. o3 ; 

p. 94, Dg. 03; p. 96, fig. 36). 

(3) Antiphaues, Ménandre, Aniphis, ap. Athen., IV, 76, p. '174 F; cf. Boisacq, 
Dicl. élyrn., p. 137, Baudissin, Op. cil., p. 84-83, 334-333. 

(6) Athen., l. c; ïrypho, ap. Athen., XIV, 9, p. 618 C; cf. Ilésych., x. v. ytr- 
ypo;. 

(7) Dèmocieidès, ap. Athen., IV, Le; Paus., ap. Eustath. 1880, 61, fr. 108, éd. 
Schwabe, cité par Kurt Latte, De sallut. Gnecorum [ReUffioiisgesch. Vers, uiid 
Vorarb., Xlll, 3j. p. 100. 

(8; Poil., IV, 102; cf. Aristoph., Lysistr., 392; Hauser, /. c, p. 96, fig. 56 
(hydrie de Gyrénc, au Brit. Mus.) et p. 97-98; voir Kurt Latte, Op. cit., p. 100-101. 



LES FÊTES, d'adonis SOUS PTOLÉMÉE 11 207 

Mais la danse dont il s'agit est comprise au sens le plus large. 
C'est la danse tell^ qu'elle est définie par Plutarqiie, lorsqu'il y 
comprend trois éléments, le pas ('fopâ), le geste (o-yripia) et la 
mimique (ôe'i'.ç) (1). Les oeUfily. d'Adonis sont avant tout des 
tableaux vivants où domine la Ssl^iç, 

L'actrice qui tenait le rôle principal dans la pantomime 
sacrée n'était donc pas simplement une yuvYi àoLoôç. Polybe nous 
apprend comment on l'appelait. Dans un passage où il décrit 
les mœurs d'Alexandrie au u* siècle, passage qu'Athénée cite 
dans son catalogue des courtisanes célèbres (2), il dit que les 
plus belles maisons de la capitale portaient le nom de Myrtion, 
de Mnèsis et de Polheinè, de Mnèsis et de Potheinè qui étaient 
des joueuses de tlûte, de Myrtion qui comptait parmi les oswro- 
çtiÔLoeç. Polybe ne se contente pas de cette appellation; il la 
complète : [J-ia tcôv àKoo£0£t,vjjL£vtov xal xo'.vwv o£!.XTr,p!.àoo)v. On a 
trop souvent voulu voir dans le substantif une simple redon- 
dance et considérer Myrtion comme une vulgaire prostituée (3). 
Il ne s'agit pas de léhabiliter cette personne; mais Ptolémée 
Philadelphe, dont elle fut la favorite, aussi bien que Mnèsis, 
Potheinè et l'Argienne Bélistichè (4), restait dans le choix de 
ses plaisirs le roi pLC'jo-!.xâ)TaTOs (5). Une de ces femmes était 
connue comme chanteuse; deux autres étaient aulètes ; Myr- 
tion, d'après une interprétation du mot û£i,xT7ipiàç (6) que nous 
croyons avoir amplement justifiée, était une mime. 

Ainsi, le mot o£!.xr/îpt.ov désigne 1^ salle, et peut-être aussi 
plus spécialement le proscènion, où se jouait la pantomime 



(1) Plut., Quaesl. conv., IX, la : oti "upta [lépT, tt,; ôp/Tiaêw^ ■ '-sopi. %xl cfyf|Uia xal 
Set^.;; cf. Navarre, l. c 

(2) Polybe, XIV, 11, 3, ap. Athen., XIII, 37, p. 576 F : al ôè xâX).iaxai xwv oîx(wv 
où M'jpTLOu xal MvTjjîSo; xal IloOeivf,; irpoaaYopeûovxai; Kattot Mvr.al; aèv t^v aùXT,Tplç 
xal [loOsivr,, Mûptiov Se p.(a twv àTtoôe5si.ya£vti)v xalxoivciv SetXTTipiâSwv. 

(3) « Una ex publiée constitutis prostibulis » (trad. Dûbner, éd. Didot) ; « une 
fille arrachée aux lieux de débauche » (trad. Artaud). 

(4) Athen., L c, Ptol. Everg., Hypomn., III {Fragm. fiisl. fjr., t. III, p. 186, 
fr. 4). 

(o) Élien, Hist. var., IV, 15. 

(6) Voir le Dict. de Bailly; cf. Bouché-Leclercq, Op. cit., t. I, p. 216, n. 3, 



208 GUSTAVE GLOTZ 

sacrée, où les scènes mystiques des otUriXoi. sont représentées 
par les SeuTYipiàosi;. C'est dans un o£',xTrjpt.ov qu'on assiste d'or- 
dinaire à la représentation qu'admirent les Syracusaines de 
Théocrite, c'est une ùeiy.zr^piy.ç qu'elles voient « prendre des 
poses » et qu'elles entendent chanter. 

Il est vrai qu'au palais, dans une fête ordonnée par la reine, 
le spectacle est gratuit. Mais qu'il soit payant dans un sanc- 
tuaire de province, il n'y a pas lieu d'en être surpris. Le trésor 
des temples était alimenté par toutes sortes de recettes préle- 
vées sur les fidèles (1). Purifications, offrandes, oracles, cures 
miraculeuses, tout était tarifé. Une pantomime comme celle 
des Adonies, avec son personnel d'aulètcs, de figurants et sa 
protagoniste, devait entraîner des dépenses assez fortes. 11 fal- 
lait bien demander aux spectateurs un droit elç o£'.xTr,pwv. A 
Athènes, au théâtre de Dionysos, le jeton d'entrée, qu'il fût 
payé par les particuliers ou pai- la caisse du théorique, coûtait 
2 ob. (2). Dans l'Egypte ptolémaïque, il était du même prix, 

La signification religieuse du ôeuTir)pt.ov est confirmée par les 
deux autres dépenses faites le même jour. 

C'est d'abord celle qui précède l'entrée au ôeuTripwv : « eau, 
1/4 d'ob. » (1. 26). Cette rubrique apparaît de temps en temps 
dans les comptes des papyrus. On pourrait donc s'imaginer 
qu'on achetait en Egypte l'eau destinée aux usages journaliers. 
On va voir qu'il s'agit d'eau lustrale, 

Substance et symbole d'Osiris (3), lait d'Isis (4), principe de 
fécondité, source de toute vie, l'eau sainte du Nil était d'un 
emploi constant dans les cultes égyptiens (5). D'Alexandrie à 



(1) Cf. Otto, Op. cit., t. 1, p. 395-397. 

(2) Démosth., Pro cor., 28; Liban., Ilypoth. Demosth., 01. l; Suid., Phot., 
Etym. Magn., s. v. Osupixôv ; Schol. Aristoph., Guêpes, H89. 

(3) Plut., Isis et Osiris, 36; cf. Moret, Op. cit., p. 182-185. 

(4) Cf. Moret, Op. cit., p. 175. 

(5) Voir Brunet de Presle, Mém. sur le Sérapéum, dans les Mém. présentés à 
l'Acad. desinscr., t. II (1832), p. 561-362) ; Lafaye, Op. cit., p. 114-113 ; F. Cumont, 
I^s relig. orient, dans le pagan. rom., p. 116 ; Perdrizet, Bronzes qr. d'Egypte, 



LES FÊTES d'adonis SOUS PTOLÉMÉE II 209 

Phila^dela vallée au désert, elle servait à d'interminables liba- 
tions (l). Les prêtres avaient pour attributs l'urne à forme de 
sein et le goupillon (2) : ils procédaient aux aspersions purifia 
caloires et présentaient le vase sacré à l'adoration des fidèles (3). 
Aussi les temples égyptiens avaient-ils leur Oopsiov (4) et 
devaient-ils se procurer régulièrement les quantités d'eau 
nécessaires. Les fournisseurs du Sérapéum y apportaient presque 
tous les jours des yctlxtlT., à contenance d'un métrète (5), dont 
l'administration tenait un compte exact sous la rubrique toû 
GoaTo; ÀÔyoç ou Xôvo; tû>v '^aXxôiv (6). Cette eau, le sacerdoce la 
revendait comme eau bénite. Aux portes des temples étaient 
placés des bassins ou 7i£0'.ppavr/)p!.a miunis de rouelles qui, selon 
leur position, retenaient ou laissaient couler l'eau : on tour- 
nait une de ces rouelles pour se faire asperger (7) et, en paie- 
ment, on mettait une pièce de monnaie dans un tronc. Héron 
d'Alexandrie inventa une combinaison du réservoir et de 
récepteur, un distributeur d'eau automatique. Pour avoir la 
quantité d'eau réglementaire, on jetait dans le col du vase un 
pentédrachme (8). La pièce en question est évidemment le 

p. 49; Wilh. Weber, Die àgijplisch-griechischen Terrakotlen, t. I, p. 24 ; P. Rous- 
sel, Op. cit., p. 286-287. 

(1) Diod., I, 97 et 22 ; cf. Serv., ad Aen., IV, 512; Juvénal, VII, 528. 

(2) Apulée, l. c, 10; IG, XI, n» 1307, I. 21; n» 1308, 1. 2; Guimet, l. c- 
pl. VII = Moret, Op. cit., pi. X et p. 175 ; cf. De Jong, Op. cit., p. 44; Otto, iî. c, 
p. 333, n. 2. 

(3) Apulée, /. c, H; Plut., /. c. Voir la fresque bien connue d'Herculatium 
(Guimet, Z. c, pi. VIII; Moret, Op. cit., pi. XVI, 1 et p. 182 ; cf. Lafaye, Op. cit., 
p. 115, 329), le relief du Vatican (Wendiand, Helletiistische-rdm. Kultur, pi. VII, 
3; cf. Lafaye, Op. cit., p. 300) et le bronze Fouquet (Perdrizet, Op. cit.. pi. XXII 
et p. 48-49). 

(4) Pap. Leid., S, col. 2, 1. 15 ; cf. Lumbroso, Op. cit., p. 11-12. 

(5) Pap. Lond.. t. I, p. 164 ss.. n» 30, I. 3-4 : Pap. Par., n" 57, col. 1, 1. 2-3. 

(6) Héron d'Alexandrie, Pneum., I, .32, p. 148-19, éd. Schmidt ; cf. fig. 33, 33 a, 
33 b. Voir Erman, Kupferrin(/e an Tempeltoren, dans VAeg. Zeit., t. XXXVIII 
(l'JOO . p 333 ss.; Wiedeman. Bronze circles and purification vessels in egyptian 
temples, dans les Proceed. of the Soc. of fiibl. arch., t. XXIII (1901), p. 263 ss.; 
Otto, /. c, p. 396. 

(7) L'jÔocïov du Sarapiéion délien est connu par plusieurs inscriptions (P. Roui- 
sel, Op. cit., p. 181 , n* 173 A, a, 1. 4 ; p. 186, n» 175 D, 1. 1) et par le dieu Hydreios 
qui y était attaché (p. 165, n» 152, 1. 2 ; p. 178, n» 173, 1. 13). 

(8) Héron, l. c, 21, p. 110-113 : s^ Ivia aitovSet» itevTe5pâj([JL0u vopL^ffjjiacxoî È[jl6XT|- 
OévTOî, uSwp àiîopptei elî t6 TcepippaivtsOai ; cf. fig, 22. 



2i0 GUSTAVE GLOTZ 

schekpl égyptien, pièce de cuivre pesant 18 gr. 2 (1). Cinq 
drachmes, tel est bien, dans les papyrus, le coût ordinaire de 
Teau bénite durant toute la période oii la monnaie de compte 
est le billon ; telle est bien la somme qui figure dans les livres 
de dépenses personnelles à la rubrique uSwp, surtout les joui's 
de fête (2). Ainsi s'explique que les papyrus du Sérapéum ren- 
ferment dans les « comptes de l'eau » deux séries qu'on a eu le 
tort de ne pas distinguer : au doit sont portés, en môme temps 
que les Opot-aSsa-pia'. ou faisceaux de rameaux de greuadier ser- 
vant d'aspersoirs (3), les yaAxelia payés à des porteurs d'eau 
nommément désignés (4); à l'avoir, les cotyles livrées à de 
pieux anonymes (5). Achetée à 150 dr. de cuivre le métrète, 

(1) Cf. Maas, Zm>' heronischen Fraçje, dans le Philol., t. U\ (1900), p. 605 ss.; 
Ilultsch, Die Gewichie iind Werte der Ptolemâlschen Munzen, dans Svoronos, 
Die Mfinzen der IHolemaeer, p. 37-38. 

(2) Dnns les Teht. Pap., t. 1, u» H2 (an 112 av. J.-C.) on lit, à la date du 
6 Méchir (1. 3-4) : et:'. toG xoiax6\iov 6ua(a i, sXafou ve, ■J5a(T0î) e. La mention de la 
Oujia montre bien que l'uôwp est de l'eau bénite. Le prix de 5 dr. se retrouve à 
la I. 93. 

(3) Pap. Leid., S. col. 2, 1. 17 ss.; col. 3, 1. 30 ; T, col. 1 «, 1. 4. Leemans a bien 
vu qile 9poia5é(i[iai est l'équivalent de pota8éij|xa'. (cf. ^poioL =: poîa dans Pap. 
Par., n" 53 bis, 1. 9, 12, 22, 42); mais il s'imagine que ces bottes de rameaux 
avaient un emploi culinaire. Par cela même qu'ils sont désignés dans le pap. T 
comme 6poiaSé<ï|Jiai sic Ta /alxta et qu'on les achète par centaines ou par 
milliers (7600 à 1900 dr. pour 14 jours dans le pap. S, col. 2 ; donc [430] à 
112 dr. 1/2, probablement pour un jour, dans le pap. T), il n'y a pas de doute 
sur leur emploi rituel. En Grèce, l'aspersoir était généralement un rameau de 
laurier ou dolivier. En Egypte, on pouvait bien employer au même usage le 
rameau de grenadier, puisque aussi bien on le plaçait de temps immémorial sur 
la table à offrandes (voir Woenig, Die Pflanzen in allen Aeqyplen, 2<= éd., p. 234, 
fig. 151). 

(4) Pap. Leid., S, col. 2, 1. 9 ss.; col. 5 et 6; T, col. 1 '^, 1. 24-23; Pap. Par , 
n° 57, col. 1. Dans tous ces cas, les yaXxîa sont comptés au chapitre des dépenses 
(voir Pap. Leid., S, col. 2, 1. 2, 4 : iyi\Ko\ia). La formule ordinaire esl : tÇ' IIxwp 
yaXxîov a' |— pv', « le 17, à Paôr, 1 chalkion, 130 dr. ». 

(3) Pap. Leid., S, col. 4; T, col. 1 '' ; Pap. Lond., t. I, p. 164 ss.; n» 30. Ici la 
formule ordinaire est : tç' x — P', « le 16, 2 x— », et il n'y a de somme indiquée 
qu'au total (autant de fois 5 dr. qu'il y a de x — ). 

Les quantités sont donc toujours désignées par x— . Leemans, dans sa traduc- 
tion et son commentaire des papyrus de Leyde (p. 103, 107 ss.) a bien vu dans ce 
X l'initiale de xotùXt, ; ujais Kenyoïl, dans son introduction au papyrus 30 du 
Brit. Mus., déclare qu'il s'agit de xïpiij.i,a contenant un demi-mélrète (cf. Grenfell- 
ilunt-Smyly, Tebt. Pap., t. I, n° 112, n. 7) et ajoute : « The only other word which 
suggesls ilself is xoTâî^r, ; bul Ihal would imphj a famine allowance of waler 



LES FÊTES d'aDOMS SOUS PTOLÉMÉE II 211 

valeur marchande (1), l'eau est débitée à 5 dr. la cotyle sous 
forme d'eau bénite (2). Or, avani le ii*' siècle, le rapport de 
l'argent au cuivre était légalement fixé à 1 : 120. Cinq drachmes 
de cuivre correspondaient donc alors à un quart d'ob. Voilà 
justement le prix de l'ablution administrée au fidèle qui se 
rend au Ss'.xTTJpwv (3). 

De môme que la rul)rique uoaip "g, la rubrique (i-zi'jii.vo'. = 
(l. 28) nous indi(|ue le caractère religieux de la représentation 
à laquelle assiste notre homme. A Athènes, pour entrer au 



per diern ». Leemans lui-inêine trouve étonnant qu'on paie la cotyle d'eau 5 lir. 
C'est qu'il suppose comme Kenyon que cette eau est de l'eau potable destinée à la 
consommation journalière. Il serait extraordinaire, en effet, dans cette hypo- 
thèse, que l'eau paj'ée 150 dr. le métrète valût 5 dr. la cotyle, c'est-à-dire le 1/144 
du métrète, voire même (si ion admet ici le métrète ôxTax'"? ou éÇayou;) le 1/96 
ou le 1/72. Il serait plus extraordinaire encore que cette eau s'achetât à la cotyle 
(27 centil.) et au jour le jour. Mais on n'a pas vu que, si l'eau à 150 dr. le 
métrète est achetée valeur marchande, elle a vine destination rituelle, et que Teau 
cotée 5 dr. par % — est de l'eau bénite qui n'a plus de prix marchand. Il va de 
soi que le temple y trouve son proQt. Il est. d'aillours, vraisemblable que la cotyle 
d'eau bénite n'est ])as le cotyle grecque de 27 centilitres adoptée dans l'Egypte 
ptoiémaïque pour les usages profanes, mais plutôt une mesure conforme à l'an- 
cien système égyptien et qui était à celle du nouveau système dans le rapport de 
18 : 11 (donc 48 centil., 6); car l'ancienne cotyle, conservée par scrupule religieux 
en médecine cl en pharmacopée, dut l'être, à plus forte raison, dans les pratiques 
rituelles. 

En plusieurs endroits, les comptes du Sèrapéum laissent voir que les cotyles 
sont portées au crédit du temple, et les /aXxta au débit. Dans le papyrus de Lej'de 
S, col. 6, 1. 31-32, le prix total des x — vient en déduction du prix total des yxky.ix- 
Inversement, dans le papyrus T, col. 1, le produit des x — (I. 29) outre dans une 
somme de 1.360 dr. (I. 22) d'où est soustrait le prix des yaXxia (I. 2.3-25), et, de 
môme, dans le papyrus de Londres n° 30, les x — fournissent une recette d'où 
sont déduites deux dépenses. 

(1) 1 yaAxtov à 150 dr. {Pap. Leid., S, col. 2, 1. 9 ss.; col. 3, 1. 2 ss.; col. 5 at 6); 
1/2 /aXxîov à 75 dr. {ih., col. 3, 1. 15 ; col. 6, 1. 29 ; cf. col. 2, 1. 11) ; 2 yotlxia à 
300 dr. {ib , T, 1. 24-25) ; 6 1/2 à 995 dr. (ib.. S, col. 2, 1. 6 ; cf. Leemans. p. 109) ; 
8 à 1.200 dr. {ib , col. 3, 1. 27-28, ; 2 i/2 à 3223 dr. {ib., 1. 2-26); 28 à 4.200 dr. 
{ib., 1. 27) ; 32 1/2 à 4.875 dr. {ib., col. 6). 

(2)18 cotyles à 90 dr. {Pap. Lond., l. c); 54 ;i 270 dr. {ib.); 63 à 315 dr. {ib.]\ 
28 à 1.400 dr. {Pap. Leid., S. col. 4, 1. 21). 

(3) Le pentédrachme jeté dans le distributeur automatique d'Héron a donc un 
long passé. On a quelquefois argué de ce paiement en cuivre pour placer l'illustre 
savant dans la période où la drachme de cuivre avait remplacé la drachme d'ar- 
gent couune monnaie de compte (voir Maas, /. c). L'argument porte à faux, 
puisque l'eau des temples se paya de tout temps le même prix. 



242 GUSTAVE GLOTZ 

théâtre de Dionysos (1), comme pour se présenter aux mys- 
tères (2) ou suivre la procession d'Iacchos (3), on portait une 
couronne sur la tête. Il n'en pouvait être autrement dans 
l'Egypte ptolémaïque. Déjà au temps des pharaons, chanteuses 
et danseuses se couronnaient de feuillage (4). A l'époque 
gréco-romaine^ les prêtres portaient des couronnes pour offrir 
les sacrifices et les libations (S); à la procession d'Isis, le grand- 
prêtre tenait à la main une couronne de roses, et les femmes 
s'avançaient couronnées de fleurs (6) ; à la fête d'Osiris, l'initié 
qui figurait le dieu portait une couronne de feuilles de pal- 
mier (7); aux pantomimes sacrées, les acteurs se coiffaient de 
lotus et de roseaux (8). Dans le nome Arsinoïte, célèbre par 
ses jardins, spécialement. par ses roseraies (9), il n'y avait pas 
de fête publique ou privée, pas de repas de corps, pas de funé- 
railles, pas de séance musicale ni de danse, sans achat de 
couronnes (10). Au 8£!,xTyipt.ov d'Adonis — c'était tout indiqué — 
les spectateurs se couronnaient de feuilles et de fleurs, comme 
au théâtre de Dionysos (H). 



(1) Philoch., ap. Athen., XI, 13, p. 464 ¥ {Fragm. hist. gr., t. I, p. 4H, fr. 159) : 
'AÔT^vaioi Totç Aiovuff'.axoïi; àywffi... èaxE'f avoifiévot ÈOewpouv. 

(2) Michel, Recueil. n»694, 1. 15; cf. Harrison, Proleg., p. 593. 

(3) Schol. Aristoph., Gren., 330; cf. Jos. Kôchling, De coronarum, ap. antiquos 
vi atque usu [Heligionsgesch. Vers. u. Vorarb.,Xl\, 2), p. 41. 

(4) Voir Woenig, Op. cil., p. 246-247 

(5) Pierre de Rosette (Strack, Op. cit., n" 69 = Dittenberger, Or. Gr. inscr. sel., 
n« 90; cf. Bouché-Leclercq, Op. cit., p. 376), 1. 50. 

(6) Apulée, /. c, 6, 13; cf. Moret, Op. cit., p. 209, n. 3. 

(7) Apulée, l. c, 24. ^ 

(8) Voir p. 204. 

(9) Voir Woenig, Op. cil., p. 244. Cf. plus haut p. 188 et ci-dessous n. U. 

(10) Pétrie Pap., III, n" 136, col. lil, 1. 23; Tebt. Pap., t. I, n« 118, 1. 9, 16 (repas 
de cérémonie); n° 231 (Saiîâvr, xopSaxtuTTi S, aù)»T|XTi v, uTÉ-favov p) ; Fayum Pap., 
n° 103, 1 4 (funérailles); cf. Tebt. Pap., t. I, n<> 112, introd., 1. 27; n»^ 6.35, 570). 

(11) Le pluriel TTScçavoi ne doit pas surprendre. L'îepà itapaSetaoî de Crocodilo- 
polis est plantée de fleurs et de légumes, axEcpivoiî xai )i3t/avoi; {Tebt. Pap., t. I, 
n» 86, I. 20;; dans la description d'un bien-fonds, il est fait mention twv àxpo- 
Spûwv xal aTe;pâva)v [Pétrie Pap., II, n" 27). C'est donc que le pluriel axécpavoi 
désignait les fleurs et qu'on disait indifféremment ats^avoi; ou até^avoi pour 
parler d'une couronne. La même conclusion est suggérée par le prix d'uije obole. 
Vers la même époque [Pétrie Pap., III, n» 136, col. III, 1. 23), on paie 3 ob. pour 



LES FÊTES d'adonis SOUS PTOLÉMÉE II 213 

L'importance des trois petites lignes que nous venons de 
commenter peut être grande dans Ttiistoire des religions. Qu'on 
se rappelle l'interminable série de dissertations et de discussions 
qu'a provoquée le verset d'Osée VI, 2 : « Il nous guérira après 
deux jours passés : le troisième jour, nous ressusciterons, 
nous vivrons devant sa face, et nous saurons ». L'exégèse s'est 
attachée à ces mots, soit poyr y Irouver, prédite depuis des 
siècles, la résurrection du Christ au troisième jour, soit pour 
y chercher des rapports avec les mythes analogues du paga- 
nisme (1). On n'ignorait pas que Sais, sous la XIX' dynastie, 
célébrait la passion d'Osiris le 17 d'Athyr et qu'Abydos fêtait 
sa sortie du tombeau dès le moyen empire (2) ; mais, au 
n® siècle de Tère chrétienne, la fêle d'Osiris durait quatre 
jours (3). Entre le prophète et Jésus, rien de décisif jusqu'ici 
dans les religions païennes. On avait bien une vague intuition 
que la résurrection d'Adonis pouvait, elle aussi, être précédée 
de cérémonies qui duraient, non pas un, mais deux jours; on 
n'osait pas réunir en une fête de trois jours l'union mystique 
et le deuil dont parle Théocrite, le deuil et la résurrection dont 
parle Lucien. En désespoir de cause, on allait jusqu'à chercher 
à la lin du xvi* siècle, dans l'île de Malte, un triduum qu'on 
pouvait faire dériver indifféremment des Pâques chrétiennes ou 
d'Adonies carthaginoises (4). Ces incertitudes et ces compli- 
cations n'ont plus de raison d'être. Au ni'' siècle avant Jésus- 
Christ, en Egypte, la fête d'Adonis était un triduum qui se 
terminait par la résurrection du dieu. 



une couronne (axé-favov); il n'est guère probable, par conséquent, qu'on en ait 
en plusieurs pour 1 ob. 
il) Voir Baudissin, Op. cit., p. 404-416, spécialement p. 408-461. 

(2) Voir id., ibid., p. 408, n. 2. 

(3) Plut., l. c, 39; cf. Isid. Lévy., l. c, p. 252, n. o. 

(4) Voir Wûasch, das Fruldingsfest der Insel Malla, 1902, p. 19 ss.; Veilay, Le 
culte et les fêfes d'Adonis-Thammotiz dans VOrient antique, 1904, p. 181 ss.; 
Baudissin, Op. cit., p. 129-131. 409, n. 3. 



214 GUSTAVE GLOTZ 



La date des fêtes. 

Le papyrus qui nous donne des détails si vivants sur la fête 
d'Adonis nous servira aussi à en déterminer la date dans le 
calendrier gréco-égyptien. Selon les pays, elle était peut-être 
célébrée à des saisons différentes (t). A Byblos et à Aphaca, elle 
semble avoir coïncidé avec l'époque oii le fleuve Adonis, grossi 
par les pluies du printemps, roulait des flots rouges du sang 
divin (2). A Antioche, l'empereur Julien rencontra la lugubre 
procession quand il y fit son entrée, en juillet (3). A Sicyone, 
la poétesse Praxilla représente Adonis quittant, pour descendre 
aux enfers, les produits de la saison, concombres, pommes et 
poires (4). A Athènes, les lamentations rituelles assombrirent 
d'un sinistre présage les jours où soldats et marins allaient 
s'embarquer pour la Sicile (5) : c'était au milieu de l'été, d'après 
Thucydide (6), toutefois pas avant août, d'après une peinture 
de vase qui représente une offrande de raisins (7). RtTective- 
menl, si l'on a raison de considérer Adonis comme un dieu de 
la végétation (8), la mythologie et la théologie anciennes le 
considéraieni avant tout comme « le symbole des fruits », « des 
fruits parvenus à parfaite maturité » (1). Les Égyptiens, spé- 

(1) Cependant Bauiiissin, Op. cit., p, 121-133, a une tendance à ramener par- 
tout la fête d'Adonis en plein été (juin-juillet). 

(2) Lucien, Op. cit., 8; cf. llenan, Mission en Phén., p. 282 ss.. Voir Roscher, 
àvi. Adonis, p. 73; Gruppe, Op. cit., p. 951, n. 3 ; b'razer, Op. cit., p. 184; Bau- 
dissin. Op. cit., p. 125. 

(3) Aaim. Marc, xxii, 9, 15. Julien avait quitté Gonstantinople en juin et mis 
quatre ou cinq semaines à traverser l'Asie-Mineure. (G. Schwarz, De vlta et 
scriplis Juliani imp., diss. inaug., Breslau, 1888, p. 18 ss.). Une de ses lettres 
{Episl., 51) est datée d'Antioche i% xwv KxXavSwv AùvoûaTou. 

(4) Bergk, Voetae lyrici gi-aeci, 4" éd., t. III, p. 566, fr. 2 ; cf. Dùmmier, art. 
Adonis, dans Pauiy-Wissowa, p. 86. 

(5) Aristoph., Lysistr., 389 ss. ; Plut., Nie, 13; Alcib., 18. 

(6) Thuc, VI, 30; cf. Dûmmler, l. c, col. 384 ss.; Busolt, Gr. Gesch., 111, ii, 
p. 1283, n. 

(7) Hauser, l. c, p. 99. 

(8) Voir, par exemple, M. J. Lagrange, Études sur les relig. sémit., 2« éd., 
p. 301 ss.. 

(1) Eusèbe, Prépar. eoang., III, il, 9 : 'Aowvi; xf,; •îtiv teXeiwv xapTiwv £XTO[xf,î 



Les fêtes d'adonis sous ptolémée it 21 S 

cialement, croyaient qu'en Isis se divinisait la terre, et les 
fruits en Adonis (1). Mais, dans le limon du Ni], Isis produit 
des fruits une bonne partie de Tannée. En quelle saison donc 
placer les wp'.a déposés par Arsinoè devant la couche divine (2)? 
La question ne se poserait pas, elle serait réglée d'avance en 
faveur i\(' l'automne, si Ton adoptait la correction de Meineke 
et deFritzsche, reçue par Rempel dans son Lexicon Theocriteum, 
si Ton changeait wpt.a en oTrwoa. Mais gardons-nous de com- 
mettre une pétition de principe (3) et tenons-nous en au texte 
traditionnel. Notre papyrus nous apporte la précision, la cer- 
titude que n'offrent pas les vers du poète. La lete a lieu à un 
momeut où l'Egypte produit encore des figues fraîches et reçoit 
déjà les noix de l'Eubée et les noisettes du Pont. Ce moment est 
circonscrit par cette double offrande. A elles seules, les figues 
laisseraient une grande latitude. Le figuier, en F]gypte, fleurit 
presque toute l'année (4)|; il commence à donner des fruits 
vers le 22 juin (5), c'est en septembre et en octobre qu'il en 



TÛix^oXov: Oi'igène, Selecta in Ezechielem (Mignc, l'alrol. gr., l. XIII, 80) : ot oî 
r.tçtl TT,v àvava)vT,v xiJJv 'EXXr.vtxwv [xûôwv Seivol xal [jLUÔtxf.c; vouiiÇofj.évT,î OsoXoyîaî 
saaî Tov "Aôuviv d'JixêoXov sivai rojv xf,î yf,; napr:wv; joh. Lydus, De mensibus, IV, 
64, éd. Wuensch : "Aowv.? ijlsv sa-iv ô xap-âç; Etym. Magn., s. v. "ASwviî • .. ôûvaxai, 
yt.z: ô /jpiîo; civai àowvi; ; Aimii. Marc, XIX, 1, H : in solemnibus Adonidis sacris, 
quod simidacrum uliquod esse frur/um udultavum religiones mysHcœ docent. Cf. 
Frazer, Op. cit., p. 188, n. 1, p. 191 ss.. 

M) Salluste le philosophe. De dits et mundo, 4 [Fragm. philos, gr.. éd. Muliach, 
t. 111, p. 32) : ot Atvû-nTiOi... a'Jxà Ta awiiaxa bto'j^ voiJitïavTci;... "law [xèv xr.v Yf,v... 
'.\5u)Viv 3è xapTTOÛ;. Cf. Clem. Alex., Uom., VI, 11 ; Xa[ji6àvojffi 3à xal "Aôwviv eî; 
wpaio'j; xapitoûî. 

(2) V. 112. 

(3) C'est une opinion générale, que les Adonics d'Alexandrie étaient célébrées 
en automne (voir Engel, Kypros, t. II, p. 541 ; Grève, De Adonide, p. 45; Roscher, 
l. c. p. 14). Cependant Baudissin, fidèle à sa théorie, croit qu'on peut tout aussi 
bien les assigner à lété ^p. 124). 

(4) CI'. Reno .Muschler, A manual flora of Egypl. Berlin, 1912, t. I, p. 248. 

'^5) Pline, xiii, 14 (1), i-2, dit que le figuier d'Égypfe {ficus sycomortis L.) donne 
sept récoltes par an; mais je dois à la bonne grâce de M. Lacau et de M. Breccia 
des renseignements plus précis, pour lesquels je leur exprime ici toute ma 
reconnaissance. Dans l'Egypte contemporaine, les ligues romadi — qu'il faut 
distinguer des figues c/ioki ou figues de Barbarie, américaines d'origine — parais- 
sent comme primeurs le 15 du mois copte Baouna (22 juin) et durent jusqu'à la 
fin Keyak (9 janvier). — Les figues fraîches sont mentionnées dans un papyrus 



216 GUSTAVE GLOTZ 

donne le plus et les plus beaux (4), et il cesse d'en fournir 
avant le premier tiers de janvier : cinq mois et demi sont 
exclus. Pour les noix et les noisettes, c'est une autre alîaire. 
Des fruits conservés, on s'en serait procuré toute Tannée; mais 
il fallait au dieu des fruits de lasaigpn, wpawi xapiio'l : tels étaient 
les produits qu'on lui consacrait à Sicyone (wpaiouç tixuou; xal 
•jL-^Xa xal oy/vaç), tels les fruits à coque qu'on lui offrait en 
Egypte (copia opub; àxpa) (2). Les noisettes du Pont et les noix 
de Ghalcis ne pouvaient guère arriver en Arsinoïte avant la fin 
de septembre, et deux mois après elles n'étaient plus fraîches. 
Voilà dans quelles limites se place la fête des Adonies. 

Nous voyons aussi par notre papyrus qu'elle commence le 
7* jour d'un mois. Bien que le nom du mois ne nous soit pas 
donné, le tantième est déjà remarquable par lui-môme. On 
sait assez l'importance qu'a le nombre sacré 7 dans la vie reli- 
gieuse des Grecs; il n'en a pas moins chez les Egyptiens (3). 
Un point surtout mérite de retenir l'attention. Dans le culte 
d'Apollon, du dieu grec à qui, plus qu'à tout autre, est consa- 
cré le nombre 7 (4), il n'y a pas de jour aussi solennel que le 7 

avec les pommes de printemps, [j-fi^a -fiapivâ [l'elrie Pap., 111, n" 53 m, 1. 5); 
elles le sont aussi dans un document daté du 24 Epiph ou 18 juillet 2o6 ap. J.-C. 
(Pap. Fiorenlini, t. Il, n» 176 1. 9 ss.). 

(1) Cf. Wœnig, Op. cit., p. 297. 

(2) Clem. Alex., Le: Praxilla, i. c; Théocr., v. 111. C'est comme primeurs 
que les xipua sont payés si cher dans notre inscription: une drachme par chénice, 
c'est à peu prés un franc par litre. 

(3) Joli. Lydus, De mensibus, II, 12. Voir Lepsius, Chron. der JEqypIer, t. I, 
p. 132. Je n'ai pas pu consulter les articles de Sethe, de Roscher et de Fischer 
cités par Deonna, Revue des Et. qr. t. XXXI (1918), p. 458, n. 5. Remarquons seu- 
lement que le corps dO-siri», jeté dans le Nil, est retiré de la mer à Byblos au 
bout de sept jours (Luciea, Op. cit., 1) et qu'il faut, pour que l'inondation 
annuelle soit bienfaisante, que le nilomètre marque 7 coudées dans le Delta, 
14 à Memphis, 21 à Coptos et 28 à Éléphantine (Aristide, Mgypt.\ t. Il, p. 485, 
éd. Dindorf; cf. Borchhardt, Nibnesser und Nilstandsmarken, dans les Abh. der 
Berl. Ak. der Wiss., 1906, p. 52). 

(4) Orphica. fragm. 148, éd. Abel; cf. Roscher, Die enneadischen Frisleii, dans 
les Abhandl. der suchs. Gesellsch. der Wiss., t. XXIV, p. 4 ss.; Wilh. Schmidt, 
Geburlsiao im AUerlum {Religionsf/esch. Vers. a. Vorarb., Vil, 1), p. 15, 86-87, 
89-92 On célôbre la naissance d'Apollon le 7 Thargélion (Hésiode, Œuvres et 
jours, 771 ; Diog. Laëice, III, 2; Plut., Quiesl. conv., VIII, 1, 2, p. 717 D). On 
honore le dieu le 7 Hécatombaion à Myconos (Ditteaberger, Sylloye, 2» éd., 



LES FÊTES d'aDOMS SOUS PTOLÉMÉE II 217 

du mois sacré où Ton fêle son £TrwTiij.'la, son retour de l'étran- 
ger : le dieu revient de chez les Hyperboréens à Delphes le 7 
Bysios (1); il reparaît à Délos le même jour du môme mois, 
qui s'appelle à bon droit Tliéros (2). Précisément le premier 
jour des Adonics est une stcioyi aîa : tous les ans Adonis mort est 
jeté à l'eau, comme Osiris. et porté, comme lui, des bords du 
Nil à Byblos; tous les ans il est retrouvé par Isis Aphrodite et 
ramené de Phénicie en Egypte (3). Dans cette Egypte où le 
7" jour du mois et même de la décade est un jour sacré (4), de 
même que la fêle qui se termine par 1' « invention » d'Osiris 
commence le 7* jour après la 7® décade de l'année (5), la fête 
qui se termine par 1' « invention » d'Adonis commence un 7. 
Mais Adonis Osiris est inséparable d'Aphrodite Isis. Dès 
lors apparaît l'importance d'un renseignement que nous donne 
Plutarque. Il mentionne en Egypte une fête qu'on appelait « le 
retour d'Isis de Phénicie », acpi^'.ç "lo-'.ooç sx <ï>o'.v[3t7|ç (6). Déjà 
les rapports d'Isis et d'Adonis nous permettraient, sans autre 
information, didentilier l'àcp'.^'-s de l'une avec le retour de 
l'autre; mais nous avons mieux. C'est à Hermopolis que se 
célébrait le « retour d'Isis de Phénicie », à Hermopolis où 
Isis était spécialement adorée comme Aphrodite (7). D'autre 



n" 615, 1. 30), le 1 Pyanepsion à Athènes (IG, IIl. n° 71 : von Prott-Ziehen, Leg. 
sacr., n« 3, 1. 9; Plut., Thésée, 22) et à Eleusis (Dittenberger, n« 628, I. 7), le 
1 Caraeios à Cyrène (Plut., Qusest. coiiv., l. c). 

(1) Plut., Quœst. gr., 9, p. 292 F; Inscr. jiir. gr., n^ xxviii, D, 1. 5-6; cf. Alcée, 
ap. Himer., Oc.,X!l,10 (Bergk, Fragm. gr. hjric, t. 111, p. 147;.-Voir A. Mommsenj 
Delphika, p. 281 ss.; HomoUe, Bull de corr. helL, t. XIX (1893), p. 66; W. 
Schmidt, Op cit., p. 15, 86-87, 90. 

(2) CF. Lucien, Bis accusatus, 1; Servius, ad /En., IV, 143, Von Prcller- 
Robert, Gr. Myth., t. I, p. 245; Homolle, Le calendrier délien, dans le Bull, de 
corr. hell., t. V (1881), p. 30. 

(3) Plut., Isis et Osii'is, 13-13; cf. Lucien, Sur la déesse syr., 1. Voir Gruppe, 
Op. cit., p. 951, n. 4. 

(4) Joh. Lydus, l. c 

(3) Le 17 Athyr (voir p. 184, n. 3). C'est également un 17, le 17 Tybi, corres- 
pondant au 7 du mois macédonien Apellaios, que Ptolémée lil Evergète attri- 
bue parle décret de Canope (1. 2, 58) à sa fille Bérénice (voir p. 218). 

(6) Op. cit., 50. 

(7) Oxyrh. Pap., t. XI, n» 1380, 1. 35. 



21 Ô ÔUStAVE GLÔTZ 

part, Théocrile, par un de ces artifices dont est coutumière la 
poésie savante, nous livre Je véritable nom de i"£-ioyi|ji'la d'Ado- 
nis: « Tu as élé aujourd'tiui le bienvenu parmi nous, ô Ado- 
nis ; tu le seras encore au jour du retour » (oxx' àcp-lxr,). Or. de 
ce « retour de Piiénicie » Plularque nous indi({ue la date exacte : 
c'est bien un 7 — quel trait de lumière ! — le 7 de Tybi (1). 

Tybi était un grand mois dans la religion égyptienne. Lors- 
qu'on 238 Ptolémée Evergète institua le culte de sa fille Béré- 
nice, il déclara dans lacté de fondation : « Puisqu'elle s'en est 
allée chez les dieux dans le mois do Tybi, où la fille du Soleil 
aussi, à l'origine des temps, passa de vie à trépas..., et puis- 
qu'on fait à celle-ci une fête et un périple dans la plupart des 
premiers temples on ce mois où eut lieu originairement son 
apothéose, on consacrera aussi à la reine Bérénice née des dieux 
évergètes, dans tous les temples du pays, au mois de Tybi, 
une fête et un périple durant quatre jours à partir du 17, jour où 
le périple et la clôture du deuil eurent lieu pour la première 
fois » (2). A l'époque romaine encore, le temple de Jupiter 
Capitolin dépensait plus en Tybi qu'en aucun autre dos mois 
dont les comptes sont connus (3). Si, en 238, l'on assigne le 7 
de la seconde décade à Bérénice, pour la rapprocher dTsis, 
n'est-il pas séduisant d'admettre que déjà l'on fêlait Adonis en 
même temps qu'lsis elle-même, le 7 de la première décade? 

Malheureusement la date du 7 Tybi présente une difficulté 
insurmontable. Elle doit prendre place dans le calendrier julien 
de fin septembre à novembre. A l'époque de Plutarque, rien de 
plus facile. Dans l'année fixe du calendrier alexandrin, usité 
depuis Auguste, le 7 Tybi correspondait au 2 janvier (4). 

(1) Plut., l. c. : oto xal ô-jovteî Éêoôjxïi xoû Tu6l ijitivôî, t.v xaAO'jaiv à-fiç'.v "laiSo; 
it. «hcÉtvixT)?. 

(2; Décret de Canope (Strack, Op. cil., n° 38 = Michel, Recueil, n" 551 = Dit- 
tenberger, Or. gr. insci'. sel., n» 56), 1. 55-58. 

(3) Berl. gr. Urk., t. il, 11° 362; cf. Wilcken, Hermès, t. XX (1885), p. 456 ss.. 
Les dépenses s'élèvent à 30 dr. en Choiak, à 210 dr. en Tybi, à 24 dr. en Méchir, 
à 24 dr. en Phaménôth, à 176 dr. en Pharinouthi. 

(4) Cf. Ideler, Handb. des mathemalischea und leclin. Cfiron., t. 1, p. 143 ss. ; 
Ginzel, Handb. der Chron., t, 1, p. 200 ; Wilcken, Grundziige, t. I, p. LVI. Voir 



LES F^TES DADONIS SOUS PTOLÈMÉE 11 21 9 

A pareil jour, si l'on n'avait plus que des noix et des noisettes 
conservées, on pouvait encore so procurer des figues fraîches, 
les dernières de Tannée. Mais, au Icmps des Plolémées, 
Tannée vague, avec ses 363 jours, se mettait en avance sur 
Tannée topique, Tannée de, 365 jouis 1/4, d'un jour tous les 
quatre ans, d'un mois en 120 ans (1). Les fêtes se déplaçaient 
continuellement. Le décret de Canopc — celui-là juste qui, 
en 238, consacrait à liérénice le 17 Tybi — décrit le désordre 
qui s'ensuivait : des fêtes d'Iiiver se célébraient en été, des 
fêles d'été tombaient en hiver (2). Quelles places occupe alors 
le 7 Tybi? Pendant le séjour de Théocrite en Egypte, de 273 
à 270, il correspond au 5 mars julien; vers 230, au 28 fé- 
vrier. A ce moment, il n'y a en Egypte ni noix fraîches ni 
figues fraîches. 

Malgré les extraordinaires rapports créés par le nom et le 
tantième de ces fêtes, il faut donc renoncer à identifier Tàçp'.^;.; 
"IcT'.oo; £x ^oi^/Ufi^, célébrée le 7 Tybi, avec Tà-^iç^ d'Adonis, 
également célébrée un 7. Au iii^ siècle avant J.-C, le calendrier 
de Tannée vague ne laisse que deux places disponibles pour une 
fête du 7 où Ton offrait des noix et des figues fraîches : le 7 de 
Mésorè ou de Thôth. Vers 270, les Adonies décrites par Théocrite 
ont été célébrées le 2 octobre ou le 6 novembre; celles de notre 
papyrus, vers 230, Tout été le 27 septembre ou le l^"" novembre. 

De ces deux dates, c'est la seconde qui est la plus vraisem- 
blable; car, de tout temps, Isis Aphrodite et Osiris Adonis ont 
été honorés dans une fête de plein automne. La réforme 
alexandrine fixa le 17 Athyr, le grand jour du mystèi'e osirien, 
au 13 novembre, -et, longtemps après, on consacrait encore à 
Isis le quatrième et le troisième jour avant les nones de ce 
mois, c'est-à-dire le 2 et le 3 (3). Par conséquent, les i-aisons qui 

les tables d'Unger, Chvan. der Griech. iind Rom., p. 827 ss., ot de Ginzel, 
Op. cil., t. II, p. 380; t. III, p. 376 ss.. 
(l)Ct'. Geminos Eisufjoge in phsenom., 6, p. 43, éd. Ilalma. 

(2) Décret de Canope {II. ce), 1. 41-42; cf. Geminos, l. c. 

(3) Joh. Lydus, De 7nensibHS, IV, 148 : xfi Ttpô Teaaâpwv xal Tptwv Nwvôiv Nocjx- 
êpîou £v xCù vaw xfiî 'laiooî auix-îrspaajia twv éopTwv. 

REG, XXXIIi, 1920, n» 152. |K 



220 Gi;sTAvr. glotz 

expliquent, d'après Plutarque, qu'on ait choisi le 17 Athyr et 
les jours suivants pour prendre le deuil d'Osiris nous disent 
implicitement pourquoi les Adonies sont célébrées en automne. 
C'est le moment lugubre où les hommes déplorent raffaii)lisse- 
ment du Nil qui rentre dans son lit, et la fuite des vents du 
Nord chassés par les vents du Sud, et les nuits plus longues 
qui étendent sur la nature un voile de ténèbres, et la chute des 
feuilles qui laisse la terre à nu ; mais c'est aussi le doux moment 
où l'on récolte les fruits mûrs. et où les semailles mettent dans 
tous les cœurs des espoirs infinis de résurrection (1), 



Conclusion. 

Au terme de cette étude sur un document méconnu, nous 
pouvons constater qu'il ne renferme pas un mol, pas un chiffre 
qui n'ait sa valeur. Sans les Adonies de Théocrite, il eût été à 
peu près impossible d'en déterminer le sens. Mais, réciproque- 
ment, il donne à une grande partie de cette idylle des préci- 
sions qu'on n'aurait pas osé demander au plus érudit des sco- 
liastes ; il semble quelque temps la suivre pas à pas, vers par 
vers, comme si des deux parts, avant d'écrire, on avait jeté un 
coup dœil sûr le règlement de la fête ; bref, il montre à quel 
point la poésie des Alexandrins était savante, populaire aussi, 
et comme elle prenait soin de se documenter dans la réalité. 
A eux deux, le poète qui charmait la cour et l'obscur provincial 
qui s'enfermait tous les soirs pour inscrire sur son papyrus les 
dépenses de "la journée nous font admirablement connaître un 
coin de la vie religieuse dans la vallée du Nil sous les premiers 
Ptolémées. 

Grâce à eux, nous voyons comment l'Adonaï phénicien fut 
accueTlIi et favorisé par les souverains qui cherchaient à étendre 

\\) Plut, Op. cit., 39, 70; cf. 30, e9. 



LES FÊTES d'aUOMS SOUS PTOLÉMÉE II 224 

leur inHuence et leur domination sur la Syrie, comment un 
culte organisé dans la capitale par la reine Arsinoè fut propagé 
pour sa plus gninde gloire et au profit de la dynastie dans le 
nome Arsinoïte, comment le Philadelphe, en s'agrégeant à la 
puissance divine dAphroJite et d'Isis, contribua si bien à égyp- 
liser son parèdre, -ce dieu syrien dès longtemps hellénisé, 
qu'Adonis Osiris en vint à passer pour un dieu égyptien natu- 
ralisé en Phénicie (1). 

Plus encore que les mythes, seniremêlent les rites. Pratiques 
égyptiennes et usages grecs s'amalgament en un tout incroya- 
blement hybride et pittoresque. Nous assistons à trois journées 
de fête, dont deux seulement nous étaient connues. La pre- 
mière, que décrit Théocrite, est une journée d'allégresse, où 
Adonis revient d'exil et s'unit à sa divine amante : l'Adoniaste, 
lète rase, apporte au temple les offrandes consacrées par les 
rites grecs et indigènes, noix, figues, fleurs, volailles; puis, 
l'ofïice terminé, il va s'asseoir à la table des agapes sur invitation 
du prêtre. La deuxième, (jue le poète se contente d'annoncer, 
est une journée de deuil et d'abstinence : TAdoniaste, après les 
funérailles du dieu, se purifie par un bain et, pour toute nour- 
riture, prend quelques légumes. La troisième, dont Théocrite 
ne dit rien, est la journée des mystères : l'Adoniaste, aspergé 
d'eau bénite, une couronne sur la tête, va au SsixTvîpiov où se 
joue la pantomime sacrée de la résurrection. 

Ces fêtes commençaient le 7 d'un mois qui n'est pas nommé. 
Plutarque nous apprend que le « retour d'Isis de Phénicie » 
en compagnie d'Osii-is Adonis se célébrait à Hermopolis le 
7 Tybi ; mais Tybi ne correspond pas aux mois juliens de septem- 
bre, octobre ou novembre, les seuls où un Egyptien pouvait 
offrir à la fois des noix fraîches de l'Eubée, des noisettes 
fraîches du Pont et des figues fraîches. Ainsi, le même 
papyrus qui jette une si vive lumière sur un poème de Théo- 



(1) Etienne de Byzance, 82, 9 : 'A|ia6oGî "izôXii Kûitpou àpj^atiotaÎTTi, Iv i^ "ASwvn; 
'Ooripi; ÈTiixiTs, ov AîyjTtT'.ov ôvxa Kyitpioi xal tJJoivixe; tSioiroioûvrai. 



222 GUSTAVE (iLOTZ 

crite, qui donne tant de renseignements sur le syncrétisme 
et les cultes dynastiques, sur les cérémonies religieuses et 
l'administration des temples, nous montre encore à quelle 
variété se prêtait, dans l'Egypte immuable, la pullulation des 
cultes' locaux, 

Gustave Glotz. 



ÉÏUDKS DIJISTOIUE HELLÉNISTIQUE 



L'EXPEDITION DE DIKAIARCIIOS DANS LES GYCLADES 
ET SUR LTIELLESPONT 

Polybe, 18, 54, 8 (Bûttner-Wobst): (1) 6 yào Auaiapyoç outoç 
T,v, ov <I>LA'-7rrcoç, ots TtpoéOeTO TiapaTTiovoev^ Taç KuxAaSà^ vy]a-ou^ xal 

Ta;; £cp' 'EXA'rio-TcôvTOU iroXe!,^, à7î£Ô$',^£ toG o-tÔaou TiavTO; r,v£p.ôva 
xal T^ç oXy^ç Tcpà^ewç 7i:poTTàT"^v, (9). o; £7:1 7tp65'A|Aov àa-£ê£!.av Èxtïeui.- 
rcôaevo; O'jy ol'ov aTOTOv xi -pàxTEiv £v6[ji.'.(!^£V, àXAa xr^ Tf,ç 7.710- 
vo'laç 'jTrepêoAri xal to'j^ 9£où^ UTï£Aa6£ xaTa7;)^-/^ç£a9ai, xal roùs àvOpw- 
TTOu;;. (iO) O'J vàp opjJi'lTeie ràç vaûç, oùo xaT£(TX£'jaÎ!^£ Jiwuoûç, tov 
u.£v 'A(7£ê£'la;, TOV 0£ ITapavofAla;, xal sttI ■zoûio'.q È'9'js xal toÛtouç 
7ipoa-£xûv£t, xaOàT:£p av el oai.fjLOvdr;. 

Diodore, 28, l (Dindorf) ==t Exe. de virtiil. et vitiis, T, p. 269, 
fr. 234 (Biittner-Wobst) : oti <ï>iAt.7ï7ro; 6 xtôv Max£Ôôvwv |3aTi.).£Ù<; 
A'.xaLapyov tov ALTto)vôv, àvopa ToAijLTipôv, 7r£((7aç T:£',paT£Û£!,v £'oa)X£v 
aù-to" vaCi; x', Tcpoa-£Ta^£ oè Ta; aèv vr.aou; çpopoAov£~,v, toI!; ôè Kpr^o-l 
7tapaêo"/^0£~.v £v tw 7tpà; 'Poolou; 7ro)v£{jL{o- outo; oè xaxà Taç £VTo).à(; 

TOÙÇ p.£V £LH.Tî6pOU; £)xT0O-T£'J£ , Ta? 0£ V/j(T0L»; XsrjAaTWV àpvÛp'.OV £'.T£- 
TipaTTETO. 

Do ces deux textes combinés il résulte : que Philippe V, roi 
de Macédoine, remit à TAitoIien Dikaiarchos une « Hotte « de 
vingt vaisseaux et lui en confia le commandement; qu'il lui 
ordonna d'exercer la piraterie dans la mer Ai^ée, de piller et 

(\.) Polybe vient de raconter comment fut réprimée à Alexandrie, à Tautonme 
de 196, la rébellion de l'Aitolien Skopas (18, 33). Dikaiarchos était l'un des œOvoi 
(cf. 18, 53. 5 ; 53, 11 ; 54. 5 et 6) et complices de Skopas. C'est probablement celui- 
ci qui l'avait appelé en Egypte (sur les levées d'hommes que Skopas fit en Grèce, 
voir mon mémoire dans Kilo, 1908, 276-278). Supplice infligé à Dikaiarchos : 18, 7. 



224 



MAURICE HOLLEAUX 



de rançonner les Gyclades ainsi que les « villes situées sur 
rilellespont ))^ et. cependant, d' « aider les Cretois dans leur 
guerre contre les Rhodiens » ; que l'Aitolien s'accjuitta de sa 
tâche avec un zèle impudent et cynique. 

A quelle époque remontent les 7i:apaT7rovôr,[j.aTa de Dikaiar- 
chos? C'est la question que je voudrais éclaircir et, s'il se 
peut, résoudre. 

Les historiens modernes ont accoutumé, pour la plupart, de 
les rattacher, soit à la première, soit à la seconde des deux 
grandes expéditions de Philippe en Orient, et les placent, par 
conséquent, soit en 202, soit en 201 (i). J'avais, il y a quelques 
années, proposé une date plus ancienne : 20o ou 204 (2). Elle 
n'a point d'ordinaire été acceptée (3). Je la tiens cependant, 
aujourd'hui encore, pour la plus vraisemblable. 

(i) Voir W. Schorn, Gesch. Griechenl. etc. p. 216-217 (qui d'ailleurs ne pro- 
pose pas de date précise); — Mommsen, R. G'. I, 696 (Dikaiarchos aurait « occupé » 
les Gyclades en 201 après la bataille de Ladé) ; — G. F. Hertzberg, Gesch. 
Griechenl. unter der Herrsch. der fiômer (trad. fr.), I, p. 52 (année 201); Ad. 
Holm, Gesch Griechenl., TV, p. 436 (année 201) ; A. Pridik, Ve Cet ins. rébus, p. 51 
(année 201); B. Niese, II, p. 581 (année 202: cf. ci-après); 386, 2 (les opérations de_ 
Dikaiarchos ont pu recommencer en 201 après la bataille de Ladè); A. Bouché- 
Leclercq. Wis^ des Lagides. I. p. .352-353 (année 202; cf. ci-après), J. Kirchner. 
P.-W., V, col. 546, au mot Dikairchos, 1 (année 201, après la bataille de Ciiios) ; 
— M. Nicolaus, ZweiBeitr. zur Gesch. Kônig Philipps V (diss. Berlin, 1909), p. 77 
(année 202'i; — F. Hitler von Gârtringen, /G, XII, v, 2 (De Cycladum rébus), p. xviii, 
n. 1343 (année 201) [à la p. x, « an?to 204 » est une faute d'impression]; — R. Herzog, 
Klio, 1902, p. 327 (année 203 ou 202); — G. Cardinali, Riv. di Filol. 1907, p. 6 
fannée203 ou 202) ; — W. Kônig, Der Bund der Nesiolen, (diss. Halle, 1910), p. 35- 
37 (ann. 202; cf. ci-après) ; etc. Je ne mentionne quejpôur mémoire l'opinion de 
L. Ross, reproduite par W. Dittenberger, Sylloge, 263, not. 1, d'après laquelle les 
entreprises de Dikaiarchos tomberaient en 200/199 (!). 

(2) R. C. H. 1907, p. 108. 6 ; cf. H. van Gelder, Gesch. der allen Rhodier, p. 121. 
qui me paraît avoir le premier vu la vérité, mais dont l'exposé est, ici comme 
ailleurs, cruellement confus. — C'est par inadvertance que dans Klio, 1913, 
p. 145 et note 3, j'ai écrit « 205/204 ou 204/203 » au lieu de « 206/5 ou 205/4 ». 
* (3) Cf. 'W. Kônig, p. 35-36; G. Cardinali, p. 6, 4 (contre van Gelder). — G. Nic- 
colini {La confed. achea, p. 110, oi écrit : «... H., del quale.... non credo si 
possaammittere la data 205 per la spedizione di Dicearco »: mais il n'a pas pris 
garde que j'avais laissé le choix entre 205 et 204. Puisqu'il accepte lui-même 
cette dernière date, nous ne sommes point en désaccord. — E. Pozzi [Mem. delV 
Ace. di Torino, 1911/1912, p. 386, 3) ne se prononce pas sur la question. — W. 
W. Tarn (.intig. Gonatas,\>. 87) place, d'après moi, l'expédition de Dikaiarchos 
« abOut 205 », 



ÉTUDES DUISTOIRE HELLÉMSTIQUE 22J) 



1 



On s'aperçoit aisément que Topiriion communément adoptée 
prêle le flanc à plus d'une objection. ^ 

En premier lieu, si les déprédations de Dikaiarchos ont été 
commises en 202 ou 201, il est étrange qu'il n'en soit jamais 
parlé, qu'il n'y soit fait nulle allusion, au cours des négociations 
qui précédèrent la paix de 196, négociations dont on trouve 
chez Polybe le résumé détaillé. L'expression al sep' 'EXXyio-tovtou 
TToAs',^ désigne, comme je l'indiquerai plus loin (1), les villes 
maritimes de la Troade ; or, il n'y a nul indice qu'en 202 ou 201 
ces villes aient soulîert quelque dommage. Nulle part on ne 
voit qu'Atlale, leur prolecteur ordinaire (2), réclame pour 
elles des réparations. Et Tite-Live n'en nomme aucune dans le 
passage où il énumère, d'après Polybe, les villes violentées ou 
lésées par Philippe au cours de ses campagnes de 202-200 (3). 
Pour ce qui est des Cyclades, il y a lieu de croire qu'en 202, 
avant de se diriger vers la Propontide pu lorsqu'il en revint, 
ou bien en 201, avant d'occuper Samos, Philippe s'empara de 
la plupart de celles qui échappaient jusque là à son autorité (4), 
et devint ainsi le maître de presque toutes les « Iles ». Mais 
justement, on ne comprendrait guère que, dans le même temps, 
il les eût fait assaillir par Dikaiarchos : les tenant dans sa dépen- 

(1) Ci-après, p. 230. 

(2) Cf. Pol. 5, 78, 6; Cardinal!, Rerfno di Pergaino, p. 86 et sviiv., 95. 

(3) Liv. 31, 31, 4. L'argument n'est toutefois que médiocrement probant ; car, 
outre les villes qui eurent à souffrir des violences de Philippe en 202-200, T. Live 
mentionne la Messénie envahie par le roi en 213 (on ne sait à quels faits ni à 
quelle époque rapporter l'allusion aux Larisenses) : il semble dès lors qu'il aurait 
pu rappeler les attentats de Dikaiarchos même si, comme je le pense, ils ont 
précédé l'année 202. 

!i) Sur la condition politique des Cyclades à la fin du iii« siècle, cf. mon 
mémoire dans B. C. H. 1907, p. 108 et suiv. ; H. Swoboda, Slaatsalterl. p. 420 ; 
E. Pozzi, Mem. Ace. di Torino, 1911/1912, p. 386, 3 ; W. Bellingen, Konig Anti- 
gonos Doson von Maked. (diss. lena, 1912), p. 32; G. Glotz, Rev. El. gr. 1916. 
p. 321. Le résumé de P. M. Meyer {Klio, 1918, 378) est erroné et insuffisant. Je 
n'ai pu prendre connaissance du mémoire de \V. Kolbe, publié dans les Gôtt. gel, 
Anzeigen, 1916, p. 456 et suiv, 



226 MAUKICE HOLLEAUX 

dance, il disposait, pour en lirer de l'argent, d'autres moyens, 
moins sauvages et moins odieux. La raison indique, ce me 
semble, qu'il lança TAitolien contre celles des Cyclades qui ne 
lui obéissaient point encore (1) : en sorte que les attentats de 
Dikaiarchos ont dû précéder le moment où il imposa ou allait 
imposer sa domination à l'ensemble de l'Archipel, et, par suite, 
être antérieures à ses expéditions maritimes de 202 et 201. 

11 est d'ailleurs manifeste que ces expéditions n'eurent aucune 
ressemblance avec celle de Dikaiarchos. Celle-ci ne fut rien 
autre chose (|u'une entreprise de piraterie (Tisîa-a; [Philippus 
Dicaearchiwi] 7Tîi.paT£U£t,v, Diod.) (2); celles-là fuient des entre- 
prises militaires et politiques. Philippe prenait des villes, sou- 
mettait des territoires; on ne voit pas qu'il se soit jamais 
borné à ramasser du butin comme fit Dikaiarchos. Son objet 
élait la conquête et l'annexion, non simplement la rapine. 

Un pointa noter ici, c'est que les historiens modernes se sont 
souvent mépris sur le rôle joué par Dikaiarchos au service de 
Philippe, et semblent n'avoir point pénétré les motifs qui déter- 
minèrent le roi à l'employer. Plusieurs font de lui soit 
r « amiral » de Philippe, soit le chef en sous-ordre d'une 
« escadre » détachée de la grande tlotle macédonienne qui 
combattit en Orient en 202 et 201 (3). Les indications que 
nous devons à Diodore et surtout à Polybe donnent pourtant 
des choses une idée assez différente. On a lu plus haut la 
phrase de Polybe : ...àixatapyo; outo;-?iv, ov 4>'lX(.Ti7to;, oiz ttooéBsto 
TrapaTTTOvos'iv zh.q, KuxXaoà; v/Îto'j^ xtX. kniozi^t Toù (TtciAo'j 



(1) Cf. B. C. IL 1907, p. 108-109. 

(2) Lorsque Niesc (11, p. 581), racontant l'expédition de Dikaiarchos, écrit : 
« unter den Kykiaden fiel damais Paros, vielleicht auch Kythnos in makedo- 
nische Hiinde », il est certain qu'il se trompe. Dikaiarchos n"a fait aucune 
conquête. Même erreur chez Mommsen (fi. G'', f, p. 696) : « ...ein Geschwader 
unter dem Aetoler Dikaiarchos [beselzte] die Kykiaden » ; et, d'après lui, chez 
llertzberjj (1, p. 52; trad. fr.) : « Dicéarque put, sans trouver de résistance, con- 
quérir les Cyclades », et chez Kirchner (P.-W., V. col. 546) : « [Dikaiarchos] 
Klottenfûlirer Philipps V... fiihrt... Krieg gegen die Kykiaden » Cf., en général, 
les justes remarques de W. Kônig, Btind der Nesiolen, p. 38. 

(3) Cf. .Vlomiusen, Ilertzberg, Kirchner, passages cités dans la note précédente. 



ÉTUDES d'histoire HELLÉNISTIQUE 227 

TcavTOç r,Y£uôva xal -zr^i oXt,ç itpà^sw; Tipoo-xaTTiV. Il est 
légitime d'en induire que Dikaiarclios fut une sorte de condot- 
lière, auxiliaire occasionnel de Philippe, investi par lui d'un 
corn mande me ni exlraordinaire et indépendant, et qui reçut la 
libre disposition et l'entière direclion des forces placées sous 
ses ordres. Ces singularités s'expliquent bien par le caractère 
peu glorieux de la besogne qu'il avait mandat d'accomplir 
— besogne telle que Philippe se devait garder d'y paraître 
mêlé. Un roi de Macédoine ne saurait ni diriger en personne 
(cela va de soi), ni faire diriger par un de ses officiers ordi- 
naires et patronner ostensiblement une entreprise de piraterie ; 
le scandale serait Irop fort, il en rejaillirait sur lui trop de 
honte : il resterait à jamais noté d'infamie parmi les Hellènes. 
Ce que peut se permettre un « tyran » tel que Nabis (1) est 
interdit à un Antigonide. Voilà pourquoi Philippe fait appel à 
un étranger, et, lui ayant procuré en secret les moyens d'agir, 
le laisse agir seul. Il se tlatte qu'on ne découvrira pas que cet 
Aitolien est son homme, lui obéit et travaille pour lui : aux yeux 
des Grecs, Dikaiarchos ne sera qu'un forban quelconque opérant 
pour son propre compte... — Mais, cependant, de quoi servira 
tout ce mystère, si Dikaiarchos court la mer Aigée au moment 
où Philippe s'y trouve lui-même avec sa tlotte? Il est sûr que 
leur présence simultanée, leurs entreprises parallèles, éveille- 
ront aussitôt les soupçons, et que la vérité percera bien vite. 
On observera que Philippe n'essaie point de faire obstacle aux 
brigandages de l'Aitolien, mais, au contraire, lui laisse libre 
carrière et ne défend même pas contre lui les Gyclades deve- 
nues ses sujettes : de ces faits révélateurs, les moins perspi- 
caces concluront inévitablement à l'entente clandestine du 
corsaire et du roi... Et qu'ils en doivent juger ainsi, c'est ce 
que Philippe, à moins de le supposer obtus, n'aura pu manquer 
de prévoir. En sorte que, s'il a ordonné, en 202 ou 201, l'expé- 
dition de Dikaiarchos et voulu qu'elle coïncidât avec ses'propres 

(1) Cf. Pol. 13, 8, 2 ; Liv. (Pol.) 34, 32, 18-19. 



228 JIADKICE HOLLEAUX 

campagnes en Orient, sa conduite devient inintelligible, étant 
contradictoire jusqu'à l'absurde : on ne conçoit plus rien à sa 
prudence, dont il s'empresse de se départir; et l'on se demande 
ce que signifiaient ces précautions qu'il a prises afin de ne se 
point compromettre, puisque, aussitôt prises, il les rend super- 
flues. Il est évident qu'elles n'auront chance d'être efficaces que 
si, lors des incursions de Dikaiarchos, Philippe se tient éloigné 
de lui, s'eff"ace el reste « dans la coulisse ». N'ayant aucune- 
ment le droit de le croire déraisonnable, nous devons admettre 
que c'est en efl'et ce qu'il fit et, par suite, que les pirateries de 
l'Ailolien fuient antérieures aux années 202-201. 

Au reste, si on lit de près les deux textes de Polybe et de 
Diodore, si l'on en pèse les termes, si l'on prête attention au 
mot IxTTstJiTiôpLsvo; qui se trouve dans Polybe, si on le rapproche 
de la phrase transcrite plus haut, on n'échappera guère à l'im- 
pression que Philippe, qui, manifestement, ne prit aucune part 
aux opérations de Dikaiarchos, était demeuré en Macédoine 
tandis qu il le dépêchait dans la mer Aigée. 

Ces remarques sont propres, je crois, à rendre suspecte la 
doctrine fraditionnelle. Voyons cependant de quels arguments 
s'autorisent ceux qui la professent. 

Il en est un, d'abord, dont il est facile de montrer l'inanité. 
On est d'avis que, dans le texte de Polybe (18, 54, 8), les villes 
« situées sur l'Uellespont » (al l'-p' 'EaXyittovtou -nôAst;), molestées 
par Dikaiarchos, sont Lysimacheia, Périnthos, Kios, Kalchèdon 
— c'esL-à-dire les mômes que Philippe conquit en 202. Telle 
est l'opinion de Niese (1) ; et telle aussi celle de Bouché- 

(l) Niese, H, p. 581 : « Nach deiu Pakt mit Antiochos ging (1er Kôiiig [Philippj 
sogleich, schon 202 v. Chr., ans Werk ...Zuerst wandte er sich gegen Thrakien, 
den Uellesponl. und die Kykladen ... Er nahmden Aetoler Oikâarciios in seineiu 
Dienst, einei^ verwegenen Freibeuter ... An der Spitze makedonischer Schitie ... 
plûnderte und brand.9châtzte [Dikaarchos] die Kykladen wie die hellespoiilisclien 
S^«'ti/e unbarmherzig... Ebeasowenig konnten die Aegyptor ihre hellesponlischen 
Besitzutif/en verteidigen. VVohl mit ihrer Einwilligung begaben slcli die dortigen 
Slddle Lysimacheia, Kalchèdon und Kios in dea Schutz des àtolischen Bundes... 
Philippos nahni darauf keine Riicksicht. Zuerst legte er seine Hand auf Lysi. 



ÉTUDES d'histoire HELLÉNISTIQUE 229 

Leclercq (1) : «Dès 202, écrit il,... les corsaires à sa solde [de 
Philippe], menés par rÉtolien Dicéarque, mettaient à feu et à 
sanj^ les Cyclades et les villes riveraines de l'Hellespont. Les 
clients de l'Egypte, abandonnés par elle, invo(iuèrent la pro- 
tection de la Ligue étoiieime. Lysimachia, Chalcédoine, Cios, 
confièrent leur défense à dos généraux étoliens [il s'agit en 
réalité de « gouverneurs » — o-TpaTYivoL — installés par les 
Aitoliens dans ces villes]. L'ingérence de ses éternels ennemis 
ne put qu'exciter l'ardeur de Philippe. Lysimachia tomba en son 
pouvoir, puis Sestos, puis Périnthe, puis Chalcédoine, etc. ». 
Telle est enfin celle de W. Konig, qui est particulièrement 
précis (2) : « Die Erwahniing der hellespontischcn Stàdte 
beweist, dass Polybios dies Ereignis in das Jahr 202 seizt, in 
dem Philipp begann, Lysimacheia, Sestos (3) usw. zu erobern». 
Or, c'est là commettre une forte méprise, et s'abuser complète- 
ment sur le sens des mots a», sep" 'EX)vtittc6vto'j txoXs'.ç. Il est bien 
vrai que 'EaXtÎttiovto; est un lerme géographique dont les auteurs 
anciens étendent ou restreignent arbitrairement la significa- 



macheia... Daiiach ticl Sestos iii Phi lipps Gewalt, ferner Perinthos (582) und 
Kalchedon, etc. ». Je note ici, en passant, que Niese (cf. Swoboda, Staatsallert. 
p. 350, 5) se trompe certainement, lorsqu'il sujipose que Lysimactieia, Kalchedon 
et Kios ont appartenu à l'Egypte jusqu'en 202, et que c'est seulement alors qu'elles 
se sont données aux Aitoliens. La phrase de Polybe ^15, 23, 8) — âpTt yip Sta>>e>v'j[jLévoî 
[Philippu.i] xai xi; '/.^ïpoti; èvcxsivwv tîoôî x6 sôvoî [Aetolorum], o68e(xiâî Tcpo-fâaewî 
syytvofiévTi;, ftXoiv ûirap/ôvTwv xa^ au fi fii/oiv AlxwXwv. AufftjiayÉwv, Kxky7\8ovi(xiw, 
Klxvwv, ^pa)^er /oôvo) xpôxepov, T.pmzow [Lk^-K^ovr^yi-^z-rj x'c.v A'jrifJLaj^éwv itôXtv, àTroa- 
xija; àitô t-J^; twv AixwXoiv iju|i[ia/(aî xxX. — a toujours été mal comprise. Elle 
signifie que, « peu avant » 202, — c'est-à-dire à la suite de la paix de 206—, 
Philippe est devenu du même coup « l'ami et l'allié » des Aitoliens (cf. 18, :>, 12; 
0, 4), des I.ysimachiens, des Kalchèdoniens et des Kianiens : d'où il appert que, 
dès 206, Kios, Kalchedon et Lysimacheia dépendaient del'Aitolie. 

(IjA. Bouché-Leclercq, Hist. des Laç) ides. I, p. 332-353 (reproduction de Niese). 

^2) W. Konig, Der liund der Nesiolen, p. 36. 

(3) Konig, à la suite de xNiese, date de 202 la conquête de Sestos par Philippe. 
Eu raison de la place qu'occupe chez Polybe (16, 29, 3 sqq.) la digression sur la 
situation topographlque de Sestos et d'.\bydos. je suis porté à croire que cette 
co.nquête n'eut lieu que dans l'été de 200 et qu'elle précéda immédiatement le 
siège d .Vbydos. Le fait quel. Live n'en parle pas dans son résumé trop sommaire 
de la campagne de Philippe en Tbrace \Zl, 16, 4-6) ne saurait être une objection 
sérieuse. 



230 MAUHICE HOLLEALX 

tion (1) : chez quelques-uns on le voit désigner, outre le détroit 
des Dardanelles dans sa plus grande longueur, la partie occi- 
deulale de la Propontidc ou môme la Propontide entière (2)'! 
Mais c'est l'usage que Polybe fait de ce terme qu'il fallait obser- 
ver ici (3) ; or, il est certain qu'il l'emploie toujours en un sens 
extrêmement restreint. Pour lui, l'Hellespont finit proprement, 
dans la direction du Nord, aux TTsvà de Sestos et d'Abydos : la 
Propontide commence à ces o-tevà (4). Il en résulte qu'au juge- 
menl de Polybe aucune des villes conquises par Philippe en 202 
n'était « située sur l'Hellespont »; toutes se trouvaient par 
delà (5), dans le bassin de la Propontide : il n'a donc pu les 
appeler al £ïi' 'EA).T,a-7rôvTou ttôAs'.ç. A quoi l'on joindra que, chez 
Polybe, l'expression a-, ecp' ' E'/Xr^crKoy-ou toAs-,? s'applique exclu- 
sivement aux villes qui bordent la rive asiatique de l'Helles- 
pont (6), en sorte qu'en aucun cas elle ne saurait désigner ni 
Lysimacheia ni Périnthos : les « villes de l'Hellespont » sont 
les villes de Troade situées au sud d'Abydos (7), 

La conclusion, c'est que les opérations dirigées par Philippe, 
en 202, contre Lysimacheia, Périnthos, Kalchèdon et Kios 
n'ont rien du tout à voir avec les agressions de Dikaiarchos 
contre « les villes de l'Hellespont ». Entre les unes et les autres 
il n'y a nul motif d'établir quelque liaison, ni, partant, de 
croire les secondes contemporaines des premières. 

Pour placer en 202 ou 201 l'expédition de Dikaiarchos on allè- 
gue un second argument qui, assurément, a meilleure apparence. 

(1) Sui- la question, W. Sieglin, Feslschr. fur H. Kieperl, p. 324 et suiv., et 
A. KIotz, Rhein. Mus. 1913, 286 et suiv.; voir aussi le résumé de L. Burchner, 
P.-W., Vlll, p. 182 et suiv. (art. Hellesponlos) . 

(2) Cf. Klotz, p. 287-288 (scholie d'Eustathe sur Dionys. Perieg. 142). 

(3) Les indications de Sieglin (p. 328) sont sur ce point trop sommaires. 

(4) Voir notamment Pol. 16, 29,7-9, et 4, 44, 6; s% tf,; BuÇavxtwv icôXsw; ôp9ô; 
ijjia S'e'Jirapaxôii'.UTÔî èaxiv o xXoO; èrJ. xà tt.î npoirovx{5oç axevà x a x ' 

Aêuôov xai St, axov. 

(5) Pour Lysimaciieia, cf. Pol. ï, 31, 7; 21, 13, 7-8, textes qui montrent bien 
clairement que cette ville est en dehors de l'Hellespont. 

(6) Ceci ressort nettement de Pol. 18, 41 a, 2. 

(7) Cf. Pol. ii, m, 2-7. 



Études d histoire hellénistiqijë 231 

Lo fragment 233 des Exe. de viriut. et vitiis [■= Diod. 27, 12, 1) 
se rapporte à la rupture de la paix qu'avaient conclue avec Rome 
les Carthaginois, après leur défaite des « Grandes-Plaines » et la 
capture de Syphax. Diodore y raconte l'attentat commis contre 
les ambassadeurs envoyés par P. Scipion à Carlhage, et la 
conduite généreuse de Scipion envers les députés puniques qui 
s'en revenaient de Rome. Ces faits — qu'ils soient ou non 
authentiques (1) — appartiennent à la dernière année de la guerre 
d'Afrique et n'ont précédé que de peu l'entrée en campagne 
d'Hannibal : il les faut placer vers le printemps de 202 (2). 
L'expédition de Dikaiarchos, puisque le récit n'en vient que 
dans le fragm. 234 des Exe. de virtut. et vitiis, ne saurait donc 
être antérieure à cette môme année 202. 

Ainsi raisonne, par exemple, W. Kcmig (3) ; et l'on doit con- 
venir que ce raisonnement semble rigoureux. Pourtant, il suffit 
d'un peu de réflexion pour s'apercevoir qu'il n'a rien de décisif. 

Au iVagmenl de Diodore (fr. 234 = Diod. 28, 1), où mention 
est faite de Dikaiarchos, succèdent, dans les^xc. de viiHut, et 
vitiis, deux autres fragments (235 = Diod. 28, 2 ; 236 = Diod. 
28, 3) auxquels nous devons être attentifs. 

11 est possible qu'ils se soient suivis à court intervalle dans 
le texte de l'historien et qu'il y faille reconnaître deux débris 
d'un même développement (4). — Le premier (235), dont nous 
aurons à reparler (5), nous a conservé en partie un portrait 
moral ou, comme on dit aujourd'hui, une « caractéristique » de 

(1) Voir les doutes exprimés par G. De Sanctis, Sloria dei Rom. III, 2, p. 548, 
note 161. 

(2) Cf. De Sanctis, ibid. ; U. Kahrstedt, Gesch. der Karlhag. p. 360, 1; S. Gsell, 
Hist. anc. de V Afrique du Nord, 111, p. 246, 1. 

f3) Der Bund der Nesiolen, p. 36-37. 

(4) C'est assurément l'hypothèse la plus probable. Le portrait moral de Philippe 
a sa place naturelle au commencement du parallèle de Philippe et d'Antiochos. 
Toutefois, des répétitions trop exactes — comme (Diod. 28, 2) si? tqûto t^XOev 
àTcêeiaî, îûsts toù; -rrpijÔToy; toû auveSpCou s' àvSpaç iTtsucpatÇô et (28, 3) ôiaTs toùç [lèv 
;ptXoui; ixpôxw; àTioaesi^at, ou encore (28, 2) è%\ ta /EÏpov aûtôi ta TTpiyixaxa itpoïiYE'co 
et (28, 3) èitl TÔ /sïpov éciouv xà; ajTÔJv ^aaiî^eia; uttô xoû Sai(j.ov(ou Tcpoayojjievaç — ■ 
font naître quelques doutes. 

(3) Ci-après, p. 246. 



232 . MÀ€R1CË HOLLEAUX 

Philippe V. Le roi de Macédoine y est représenté sous 
des tiaits odieux. Diodore, signale rinfluenc<3 détestable exercée 
sur lui par le Tcovr^pôç avBpwTto; Hèi'akleidès de Tarente, puis 
tlélrit, avec exemples à l'appui, sa cruauté, sa superbe, sa 
violence, son injustice. — Quant au second fragment (236), 
sur lequel il convient de s'arrêter un peu, Henri de Valois en 
résumait déjà très bien le contenu en ces termes (1) : « Diodorius 
Aniiochi Magni ac Philiippi facinora inter se conferebat, quibus 
aequalem a Diis reddilam esse mercedem dicit ». Le voici, lej 
que le donne Th. Biittner-Wobst dans svon excellente édition 
des Exe. de virtnt. et vitiis : 

"Oxi ^IXi.UTzoç 6 Twv MaxeSôvwv jSaT'.AeÙK; y^P'-? '^^'^ TcAsove^îa., 
ouTwç uTTepYiipavo; '^v £v xal!^ euTuyiaiç, axTTS Toù^ uèv tp'lÀou,^ 
àxo^Tw; aTcoo-cûà^at., -oltq ok Tacoo'J^ twv TcooxsTeXeurrixoxcov (2) xal 
TToAAa TÔiv Upù)v xaTao-xàTîTeiv (3). 'AvT'loyo? oè xo xaxà tt,v 'EÀu- 
aalôa T£tJi.evo>; Toù àioç cuXâv £7rtêaXô[ji.£voç upeTcouo-av Tr,v xaxa- 
o-rpocsTiv E'jpe toG jiiou, piexà Tcào-Tj^ xf^ç ouvàpiswç àitoXôiJ^voç (4) * 
àij.(o6x£po!. 0£ xà:; auxwv ôuvàjjLS!.; àvuTioo-xàxou; £lvai vojjLLs-avxEç [i.!,à 
Tcaoaxà^Et. (TuvriVavxào-OrjO'av ÉxÉpot,; tcouïv xo Tcpoo-xaxxoptevov. ot,o xa». 
x^; [JL£V Tiêpl aùxoùç v£vojj.£VTi<; àxuylaç xàç iôiaç àfjiapxiaç rixitovxo, 
xwv Se oruyywprjOévxwv cp'.XavQptÔTiwv xàç yàpixaç eI^ov xo'.ç £V xw 
xoaxE^v £7ti,£t.xâS^ aOxo~.ç yp-^arau.£vot,?. xo!,yapoCiv waTCEp àîro Tcapa- 
Yoa©'^; xâ)v lôîtov T:pà^£tov £7t'. xo y£ipov Éwpwv xàç auxcôv [ia3-',A£iaç 
Otïo xoÙ oaujLOvLou Trpoavoasva;. ol Se 'Più^cv.oi xal xoxe xal [^£xà 
xaùxa oixalouç £V'-<Txâui.«voi 7tïoX£|ji.o'Js J'ai tcXe^s-xov opxwv xal o-KOvôtùv 
Tco'.0'j[j(.£voi AÔvov ojx àXôvtL)^ a-'j!j.[j.â70u^ ^^•'/,^'*' "O'-'Ç ^^oiJ-; £v à-àcra'.; 
xal^ £7T'.êoXa~,ç. 
-Ce morceau moral otFre une Svi groinde ressemblance avec 



(1) Dans son édition du manuscrit de Peiresc [Polybii, Diodori Siculi, etc. 
excerpta ex collectaneis Constantini' Auqiisti Poiyhyrof/enetne. Parisiis 1634), 
adnotal . p. 41. 

(2) Allusion anticipée au ravage de l'Attique par Philippe, à l'automne de 200; 
cf. Diod. 28, 7. 

(3) .\llusion anticipée au même ravage et aux dévastations conmiises autour 
,de Pergame en 201 ; cf. Diod. 28, 5. 

(4) Cf. Diod. 29, 15. 



ÉTUDES DHISTOIKK HELLÉNISTIQUE 233 

celui qui se trouve au L-lo (la, 20, 4-8) de Polybe, qu'il n'y 
a point à douter qu'il n'en soil imité (Ij. El il n'y a point à 
douter non plus que, chez Diodore comme chez Polybe, il ne 
précédât le récit des entreprises criminelles que Philippe et 
Antiochos dirigèrent de concert, à partir de 202, contre Pto- 
lémée Épiphanes, l'enfant qui" venait de succéder en Egypte à 
Philopator : c'est à Toccasion du partage de la monarchie 
lagide, comploté en- 202 par les deux souverains, 4:jue Dio- 
dore, à l'exemple de Polybe, établissait entre eux un parallèle, 
s'indignait à la l'ois contre l'un et l'autre, et faisait prévDir 
les justes châtiments que leur réservaient les dieux. 

Dès lors, les brigandages de Dikaiarchos, mentionnés dans 
le fragm. 234 — et mentionnés, non par allusion ni en termes 
généraux, comme ce pourrait être le cas s'il s'agissait d'un 
événement futur annoncé par anticipation, mais de façon si 
précise qu'il ne peut s'agir que d'un fait actuel ou passé — , 
sont antérieurs aux attaques de Philippe et d'Antiochos contre 
l'Egypte, antéi'ieurs, partant, aux deux expéditions de Philippe 
en Orient (202 et 201). 

(1) Cette ressemblance est déjà signalée par P. Wcsseiing dans le t. IX de son 
édition de Diodore lanno Vlll, Argentor.), p. 538 (ad p. 383, 1. 13) : « Habet 
autem Diodorus hanc rerum Philippi et Antiochi inter sese conparatio7iem ex 
Polybii aemulatione : cuiiis lib. XV, W, lege » ; cf. L. Dindorf, t. IV de son 
édition de Diodore, p. xliii, {fragmenta libri XXVIll, cap. m). Elle résulte des 
rapprochements suivants : i" Diod. 28,3 : ... <l>îXf!riro; .../toplç Tf.t; lîXsove^La; 
o'jTwî 'JTcspTitpavoi; t,v xtX (dans les lignes précédentes il était évidemment ques- 
tion de laiïXEovîçta de Philippe el d'Antiochosi : cf. Pol. 13. 20, 4 : eç ôjv tîî oùx av 
...aytôrtTiî ù6%zis yîvcSÔai tt,; irpo; Toi<î ôso-jî àïeêsîaç xal ttiÇ Tipôî àvôpoiJTto'j; â>[xô- 
TTjTO!;, Iti 5è TTj; ■j'KzpSxXkoÙTr^^ TrXsovs^ia; twv Trpo£ipT,;i£vo)v JSaïiXéwv ; — 2° Diod. 
ibid. : ïfiœÔTspo'. Se xà? «Otwv Suviiist; àvjTr&TTaTO'jç elvai voji^davxeî, (Jiiâ îcapaTâ;£i 
auvT|Vayxi39T^cfav iTspoiî TroiEÎv xo itpoirxaxxôfisvov ; cf. Pol. ibid.'t : TCapauxixa yàp 
sxixepoi oià xoJv ottî^wv r^tXTfivm^ où (lôvov sxt>)Atj6T|aav xf,; xwv ïaXoxoîojv sitiôuixîaî, 
iXK^ xaL auyxXs'.aOsvxs; t\i^ cpôpoyî 'JTOixscvav 'Pwiiaioiî x6 irpoïxaxxojifvov itoieïv ; — 
3° Diod. ibid. : xo'.yapoûv waiisp àitô Trapaypa!pf,î xûv IStwv irpâÇswv sitl xô ys'.po^ 
ïwpwv xà; aûxwv ^aaiXsîaî ûitô xoû ôaiaov£oj Tcpoayoïjisvaî; cf. Pol. ibid. S : xô 
XEXs'jxaïov sv Tïavu ?pa)^£? ypô'di... xà? ... xoiixuv SuvaixEia; xaî xoùî 6ta8ô/ou; xo'jç 
[j.èv ap5T|V âvaffxâxou; st:o£ti5£ [f, xû/3] xaî itavwAEOpoui;, xoù<; Se jji'.xpo'J o£Îv xoîç 
aùxot; -coiÉSaXE ayijn:xa>ijiaji. Dans la dernière phrase du fragment, Diodore met 
en relief la justice et la bonne foi des Romains : oî 6è 'Pwixaïoi xai xôxs xal 
jxsxà xaûxa ô'.xatou; svto'XGt[X£voi ToXifxou^ xai itXEÎaxov opxwv xal aiuovôoiv itoioûjJiEvoi 
Xôyov xxX. : ceci s'oppose manifestement aux irapa(ntovo-/,[jiaxa des deux rois. 



234 MAthicii: holleaux 

Ce raisonnement me semble aussi solide que celui de 
W. Kônig; mais on voit (ju'il s'en dégage une conclusion 
directement contraire à la sienne. Ce qui paraissait établi par 
l'ordre des fragments 233-234 de Diodorc est maintenant contre- 
dit par l'ordre des fragments 234, 236; l'année 202, qui mar- 
quait fout à rhcure le terminus a gito, devient à présent le ter- 
minus ad quem. Bref, nous voilà dans une impasse. Que l'une 
des deux conclusions soit erronée, il le faut de toute nécessité ; 
mais il n'est pas aisé, au moins à première vue, de dire laquelle. 
Aussi ferons-nous bien de renoncer provisoirement à toute 
argumentation fondée sur l'ordre des fragments de Diodore; 
c'est d'ailleurs que nous devons attendre la lumière. 



II 



Dans la partie de son ouvrage qui va de la fin de la guerre 
d'Hannibal à la destruction de Carthage et de Corinthe (1. 28- 
32), Diodore, comme on sait, n'a fait que résumer Polybe (4). 
C'est dans Polybe qu'il a puisé ce qu'il rapporte de Dikaiar- 
chos. Mais dans quel livre de Polybe? Rien ne nous serait 
plus précieux que de savoir où Polybe avait raconté les attentats 
de l'Aitolien (lesquels ne sont rappelés qu'incidemment — à 
propos de la mort du forban — dans 18, 54, 8-10). C'est un 
problème qu'il n'est point impossible de débrouiller. 

On se souvient que le fragment de Diodore [Exe. de virtut. 
et vitiis, 234 = Diod. 28, 1) cité au début de cette étude ren- 
ferme ces mots : ... TîpoaéTa^e [Pliilippus Dieaearchd] ... -o\z, ... 
Kprjo-l TTaoaêo-rjOeliv sv tw tioÔç'Poo'Iouç TcoAspico : (( Phi- 
lippe ordonna à Dikaiarcjios de venir en aide aux Cretois dans 
leur guerre contre les Rhodi(-.ns ». — Sous le règne de Phi- 
lippe, les Cretois réunis en corps de nalion (Kp-^Ts;) n'ont fait 
aux Rhodiens qu'une seule guerre — celle qui est apppelée xpri- 



(1) Cf. Ed. Schwartz, P.-W., V, col. 689, au mot Diodoros, 38; II. Nissen, 
Krit. Unters. p. 110. 



ÉTUDES d'histoire HELf.ÉNlSTIQLE 238 

TLxôs TOAsao; dans les inscriptions de FCos et de Nisyros (1). 
C'est d'elle que Diodore, dans le iVagm. 226 des Eccc. de virtiit. 
et vitiis (= Diod. 27, 3), rapporte ainsi l'origine : Kpf,-:£ç vajal 

^ [?] (2) 7T:£t.paX£Û£!.V £7I'.6aX6[X£VOt, Ttùv 7t).£6v~(OV £A'ir)(TT£UOV oÙx o)!- 

youç . ow xal -tov £[ji.7:6pti)v àOujxoûvTcov, 'Péoio'. Trpô^ auxoùç 
TaoïxT] [jt-axa vo [xia-av-rE ç '^ii^i-v î^pô? xoùç Kp'rÎTaç -kÔ'ks.- 
piov £ ^7)v£yxav, Ri c'est d'elle qu'il est aussi question dans un 
passage de Polybe que nous ont conservé les E,xc. antiqua 
(= Pol. 43, 4). L'historien y commence le récit de l'aventure 
du Tarentin Hèracleidès, affîdé et favori de Philippe, à qui le 
roi avait donné mission de détruire la flotte des Uhodiens : 
(13, 4, 1) 6 0£ <I>0.i7r7to; 'HpaxXEiori [X£v, xaOà7r£p U7cô8&a-t.v ooûç, 
èiréTa^E copovTÎJ^eiv ttÔ); av xaxoTtoi.'/]aat. xal OiacoOELpat, xàç xwv 'Poôtcov 
vriaç, [2] eU Se tt, v Kpr, tt.v tt pe (jêeuTàç £ ^a7t£(7T£ iXs 
TO'J^ ÈpE^ioùvras xal 7rorpop[jL7]0'OVTaç ettI xov xaxà tcjv 
'Pooîcov 7t6 À£ ijiov (3) • 6 3' 'Hpax}w£LOT,ç xtX. [/.£Tà T'-va ypôvov 
MpuYio-E xal Tîapfjv xaxaTtAÉGJv £^ tyjv 'Pôoov xxÂ. Que, dans ce frag- 
ment et dans le premier de Diodore (234), il s'agisse d'événe- 
ments connexes, ayant entre eux le plus étroit rapport ; que 
Philippe ait, à peu près dans le même temps, excité les Cretois 
à tenir ferme contre les Rhodiens (3), prescrit à Dikaiarchos 
de les seconder, et cherché le moyen d'anéantir la marine rho- 



(1) Sur cette guerre, dont on s'est souvent occupé au cours de ces dernières 
années, cf. R. Ilerzog, A'Zzo, 1902, p. 316 et suiv.; G. Cardinal!, /?iu. di Filol. 
1907, p. 5 et suiv.; M. Holleaux, Klio, 1913, p. 145 et suiv.; le même, Rev. Et. gr. 
1917, p. 88 et suiv. — A l't-poqiie où elle commence (cf. ci-après, p. 239, note 3, 
Pliilippe est encore le TOoaTiTT,; de la plupart des villes Cretoises (cf. Klio, 1913, 
p. 145); on peut dès lors supposer qu'elle fut son ouvrage et qu'il profita, pour 
le susciter, de l'influence quil exerçait en Crète (cf. Klio, 1913, ihid.).Ce n'est 
là toutefois qu'une hypothèse, et qui ne s'accorde que médiocrement avec le texte 
(27,3) de Diodore. — Le xoï^tixôî Tzô'ks\LO(i paraît s'être terminé en 201 (cf. liet). El. 
gr. 1917, p. 101; Klio, 1913, p. 151-132); c'est sans doute à cette époque que se 
place le célèbre traité conclu par les Rhodiens avec les Hiérapytniens (cf. Klio, 
1913, p. 151, 6; 152, 1 ; Cardinal!, Riv. di Filol. 1907, p. 9, 4). 

(2) Le chiffre doit être corrompu; on n'imagine pas que les Cretois aient couru 
la mer avec sept vaisseaux seulement. 

(3) Dans la phrase (Pol. 13, 4, 2) sîî ôè tT|V KpT|TT,v Tzpeaëtvzi^ xi:>>., les mots ètù 
xôv xa-rà xwv 'PoSîidv tïôXejj.ov montrent bien que la guerre entre Rhodiens et Cre- 
tois était déjà commencée et qu'il en avait été parlé précédemment. 

REG, XXXIII, 1920, n» 152. 16 



236 MAURICE HOLLEAUX 

dienne, voilà qui semble évident dès l'abord (1). Or, le texte 
ci-dessus transcrit de Polybe appartenait au 1. 13, comme en 
fait foi le témoignage des Exe. ajitiqua, et comme il résulte aussi 
d'une indication d'Athénée (2). Il y a dès lors grande vraisem- 
blance que ce même 1.13 contenait le récit des entreprises de 
Dikaiarchos. 

Je crois qu'il est possible d'aboutir à des précisions plus 
exactes. Polybe, dans la partie de son 1.13 qui faisait suite au 
fragm. 13, 4, dont j'ai plus haut reproduit les premières lignes, 
racontait l'arrivée à Rhodes d'Bèrakleidès de Tarente et la 
ruse dont il s'avisa pour se faire bien venir des magistrats rho- 
diens et pour dissiper leurs défiances. Cette partie du texte de 
Polybe est perdue : il n'en reste que trois misérables débris (1=3, 
S, 1-3) sauvés par Suidas. Mais Polyen nous vient ici en aide. 
Dans un de ses o-xp ar/i y-/] uata, il a résumé, très certainement 
d'aprps Polybe (3) — comme le 'montre la comparaison avec les 
trois fragments ci-dessus mentionnés — , ce qui se passa entre 
Tlèrakleidès et les Hhodiens. Voici le langage qu'il fait tenir à 
l'émissaire de Philippe (S, 17, [2]) : « Ixéttiç tiXôov Trpo-JDriXax^.Çé- 
uevoç Si' upiâç [Rhodios) [cf. Pol. 13, 5, 2 : 6 [Heraclides) S' et- 
a-£À9(by à7îe)>oyîJ^£To tàç alxiaç, 8i' Stç itecpeuywç eiri xov <]^l)^'.7:uov], 
ÊTïsiSYi $t)a7U7rov exwXuov Tzo\t\}.t\-^ 0[Jt.liv • iva 8e TtKJxeufTYiTe 
xo<.<; À£yo[Ji£VOiç [cf. Pol. 13, 5, 1 : 8t.a7it,aToC!vx£ç o' ol 7rpuTàv£iç 
y\6r\ xw ^ÙItztziù 8(.à ttjv TX£pl Ta Kpr^Twà xaxoTipayfAoaûvTiv, xal xov 
'HpaxX£L87iv UTCWTCXEUOV £yxàQ£XOV £lvai.], xal 5-^ îTi'.uxoAaç ^uXtztzo'u 
8£t,xvû(o y£ypa[j.u£vas ttooç KpTJxaç, sv 'x\c, !7uvxi9£xa'. xaxà 
'Pooiwv xov 7î6X£piov s^o'Itei.v ». Puis il ajoute : 'Fo8lo!, 

(1) C'est ce qu'a reconnu H. van Gelder [Gesch. der ait. Rhodier, p. 121), bien 
qu'il s'exprime avec beaucoup d'inexactitude. Cf. aussi V inde x ]o'\wi parBùttner- 
Wobst à son édition de Polybe (t. 'V, p. *227), et les remarques, d'ailleurs trop 
confuses, de J. Melber, Jahrbb. fttr kl. P/iiloL, Supplem.-bd XIV (1885), p. 646. 

(2) Athen. VI, 231 e. 

(3) Ou d'après l'auteur qui a servi de source à Polybe ; cf. J. Melber, Ueber die 
Quellen und denWerLjder Strale{/emsa>nml. Polyiins {Jahrbb. fur kl. Philol., Sup" 
plem.-bd XIV), p. 646; Fr. Hultsch, note à la p. 864 du t. 111 de son édition 
(l""") de Polybe; Fr. Susemihl, Griech. Litter. in der Alexandrinerz. II, p. 122, 
note 133; H. Ullrich, De Polyb. fontibus rhodiis [à.ïs%. Leipzig, 1898), p. 34. 



ÉTUDES d'histoire HELLÉNISTIQUE 2^^ 

raCç £^rt.o■':oXa^ç TCKTTeûo-avTeç 'HpaxAevS-^v uiroSéyovTa',, wÇ Suvriaojite- 
vov aÙToTç wcpéXitjLOv xaTa <I>t.)Â'ftuou yevéaÔat, [cf. Pol. 13, 5, 3 : itâv 
yàp [3otj).Ti97]va'. tov <I>l).t,7:7rov àvaoé^ao-Oai y) xaxacpavyi yevé(rôai 
'PoSioi.; T-r^v èv toutoi.; auTOÛ lcûoaîpca"t.v . t^ xal tÔv 'HpaxAeîSriv à-jîé- 
AuTs TTJç jiro't'la; {!)]. (Polyeù raconte ensiïiHiê comment Bèra^- 
kleidès réussit à incendier, de nuit, l'arsenal maritime des 
Rhodiens et à détruire par le feu' treize vewToixot avec les trières 
qui s'y trouvaient contenues) (2). 

Il est manifeste q*ti'entre lé t^xte de Polyeft et l'es fragments 
de Polybe la concordance est pleinement; satisfaisante. Notis 
pouvons donc avoir confiance en Polyen. Voyons rtiaintertant 
ce que nous apprend son texte, rapproché des fragments de 
Polybe. 

De la phrase <ï>rAiTOtov IxcôXuov TroXejjiew u[jl~.v xtA., il ressort 
que, lors de la venue d'Hèrakleidès à Rhodes, Philippe faisait 
la guerre aux Rhodiens, à fe suite et en vertu d'accords qu'il 
avait conclus avec les Cretois (3). Mais du texte de Polyen — 

(1) Le sens de ce passage est bien expliqué par Schweighàuser, t. Vil de son 
édition de Polybe, p. 148 : « . . . ul B/iodiis persuaderet veterator ([leraclides). se 
serio Philippo esse iraium, demonslrat illis, qUidvis potilis" passurum Pliilippum, 
quidvis aequiore animo laturuni, qiiaiu ut ipsius consiiia cuni Cretensibus cora- 
inunicata {quae hisce literis, quas Hernclides subripuisset, aperirentiw) Hhodiorum 
ad notitiam pervenirent. » 

(2) C'est seulement ici qu'on peut ^upçonner et qu'on a soupçonné Polyen 
d'invention (Niese, H, 372, 2; E. Fabricius, P.-W., VIH, col. 498, Herakleides, 
63) — au reste, selon moi, tout à fait à tort. Sans doute, son récit paraît mal 
s'accorder avec le fragtii. 13, 5, 4-6 de Polybe, où se lisent ces mots : xfXoî aÙT^ 
(f| àX'riôsia) Si' éauTr;; sittxpaTEÎ y.xI xaTaywvîîJeTat tô 4'£û5oî, wç ai/véSfi YevéuBai irepl 
TÔv 'HpaKXti?T|V TÔv irapà xoû fl>tXtTn:oi) xoO ^aTiXIto? x-c^. Mais il n'est pas 
d'uiie saine méthode de tirer argument d'un texte si incomplet contre la véracité, 
jusque-tà incontestable, de Polyen. Une solution plausible de la difficulté qui se 
présente ici serait la suivante : peut-être Polybe indiquait-il qu'Hèrakleidès 
n'avait pu accomplir entièrement son dessein et <( détruire la flotte rhodienne » 
(cf. 13j 4, t), ainsi qu'il se l'était promis, — la vérité ayant été découverte à 
temps, c'est-à-dire après l'incendie des treize trières, dont la perte ne pouvait 
causer aux Rhodiens un bien grave dommage. Remarquons, à ce propos, que la 
phrase de Polybe (13, 3, 5; icoxè ôè xil itoAùv /.pévov sTriTxoT'.ff^îtiTa (t, àXifisix), tOoî 
aù'c•^i Si' éauTTiî i-;r'.xpaTEÏ xtX. ne s'expliquerait guère si la fourbe d'Hèrakleidès 
n'avait pas eu un commencement de succès. Et ce qui s'expliquerait moins encore 
dans la même hypothèse, c'est que le Tarentin eût continué, comme il advint, de 
jouir de toute la faveur de Philippe (cf Pol. 13, 4, 8; Diod. 28, 9). 

(3) C'est à tort que j'ai supposé autrefois {Klio, 1913, p. 154, l) que ces enga- 



238 Maurice bolleaux 

et du fragment de Polybe, 13, S, 3 — il résulte aussi que le 
roi appréhendait fort qu'on eût, à Rhodes, vent de ses menées 
en Crète (cf. Pol. 13, S, 1 : r^ tteoI xà KpriTuà y.axoTipaYpioa-uvr,) ; 
qu'il entendait donc n'être pour les Cretois qu'un auxiliaire 
secret (1); qu'il voulait garder à son alliance avec eux, comme 
à la guerre qui en était la conséquence, un caractère clandes- 
tin ; qu'il se flattait de combattre les Rhodiens sans se décou- 
vrir ni se compromettre ; et qu'en effet ceux-ci, jusqu'au jour 
où leur furent livrées par Hèrakleidès ses lettres aux Cretois, 
s'ils soupçonnaient sa complicité avec leurs ennemis, n'en 
avaient pourtant aucune preuve positive (2). 

Si l'on tient compte de ces indications, ne semble-t-il pas 
que la phrase de Diodore oii est nommé Dikaiarchos s'applique 
à merveille aux circonstances décrites par Polybe et, d'après 
lui, par Polyen? Et l'idée qui vient naturellement, n'est-ce pas 
que les hostilités sournoises dirigées par Philippe contre les 
Rhodiens furent celles-là mômes dont Dikaiarchos prit, sur son 
ordre, l'initiative; que- l'aide secrètement promise, et prêtée 
sous main aux Cretois, consista dans le concours de ce corsaire 
étranger, en qui rien ne permettait de reconnaître l'instrument 
du roi de Macédoine; que c'est en l'employant que Philippe 
trouva le moyen de combattre les Rhodiens sous le masque ; et 
qu'ainsi ces mots de Polyen : o-uvtîQeTa'. [Philippus) xa-ïà 'PoSiwv 

gements n'avaient pas été tenus et que les lettres de Philippe, livrées par Hèra-= 
kleidès aux Rhodiens, pouvaient n'être point authentiques. 

(1) Ce qu'écrit Van Gelder, Gesch. der ait. Rliodier, 121 : « Ganz offenllieh licss er 
(Philippos) im Jahre 204 die Kretenser zum Kriege gegen die Rhodier aufsta-» 
cheln » — est le contraire même de la vérité. 

(2) Il peut dès lors paraître singulier que, pour abuser les magistrats rhodiens^ 
Hèrakleidès ait poussé l'audace jusqu'à leur révéler l'entente de Philippe ave(5 
les Cretois et les intrigues que le roi s'était appliqué à envelopper de mystére< 
On est porté à s'étonner que le Tarentin ait trahi si simplement, fût-ce « pour 
le bon motif », le secret de son maître, à l'insu de celui-ci et sans doute contre 
-son gré. Mais, en fait — et Hèrakleidès le savait bien —, il n'y avait rien là dont 
pût s'embarrasser un roué tel que Philippe. Si les Rhodiens lui demandaient des 
explications sur sa conduite en Crète, il en serait quitte pour renier Hèra- 
kleidès et pour déclarer apocryphes les lettres que celui-ci avait produites. La 
façon dont il se joua des Rhodiens en 202, lors de la prise de Kios (Pol. 15, 22, 
4t-23), montre assez de quelle impudence il était capable. 



ÉTUDES d'histoire HELLÉNISTIQUE 239 

tÔv uôaSjUov sÇoîo-e'.v ont pour complément ceux qui se lisent 
chez Dioclore : upoTéTaçc [Dicaenrcho] -zoi^ Kp-^i-rl Tiapaêo-^Gelv ? 

Celle interprétation me paraît extrêmement plausible. A mon 
sens, la guerre faite par Philippe aux Hhodiens, dont il est 
question chez Polyen, d'une pari, — et, d'autre part, la coopé- 
ration, dont parle Diodore, de Dikaiarchos, agent de Philippe, 
avec les Cretois en guerre contre Rhodes — ne sont (ju'une 
même chose. Et je pense qu'on en jugera comme moi si l'on 
veut bien faire celte simple réflexion : Nous savons qu'il n'y 
eut point de guerre ouveite entre Philippe et les Rhodiens 
avant l'année 201 : ce fut seulement dans le courant de 202, 
après la prise et le sac de Kios, que les Rhodiens rompirent 
avec le roi (1) ; dès lors, à quoi se rapporterait la phrase de 
Polyen — <ï>OaTC7rov èxwAuov -KoXf^eiv uaw — , évidemment rela- 
tive à des faits bien antérieurs à 201, sinon à la guerre sourde 
que Philippe fit aux Rhodiens en se servant contre eux de 
Dikaiarchos ? 

Ceci admis, les conséquences sont aisées à suivre. Puisque 
Polyen nous montre Philippe en guerre avec les Rhodiens 
avant l'envoi d'Hèrakleidès à Rhodes, c'est sûrement dans son 
1. 13, avant le fragment qui forme aujourd'hui les chap. 3 
et 4 de ce livre, que Polybe racontait ou commençait de racon- 
ter les méfaits de Dikaiarchos. Or, depuis Nissen, on s'accorde 
à reconnaître que le 1. 13 de Polybe comprenait les événe- 
ments des années 205 (aut. 206-aut.205 = olymp. 143, 3) et 
204 (aut. 20o-aut.204 = olymp. 143, 4) (2). C'est donc en 205 
ou 204, selon qu'il en était fait mention dans la première ou la 
seconde partie du 1. t3 (3), que commencèrent les incursions 



(l)Cf. Pol. 15, 23,6; Holleaux, Rev. El. qr. 1899, p. 36. 

(2) II. Nissen, Rhein. Mus. 1871, p. 238 ; cf. les tables chronologiques jointes 
par Hultsch et Bûttner-Wobst à leurs éditions de Polybe (Hultsch, t. IV, p. 79 ; 
Buttncr-Wobst, t. V, p. *247); H. Steigemann, De Polybii olympiad. raLione et 
oeconomia [Aiss. Breslau, 1883), p. 27-28. 

(3) Remarquer, à ce propos, que les fragments de Polybe, 13, 3 — 5,6, n'appar- 
tiennent pas nécessairement, comme on a coutume de l'admettre, à la seconde par- 
tie du 1. 13. 11 est vrai que tel est le cas pour le fragm. 13, 6 — 8, qui concerne 



240 MAURICE HOLLEàUX 

/de l'Aitoliep ; mais, ignorant à laquelle des deux parties du 
1. 13 U les faut rapporter, nous ne saujions choisir entre ces 
deux dates. 

III 

piles ont paru l'une et l'autre trop reculées. J'estime, pour 
p;j,a p9.rt, qu'elles répondent à toutes les viaisemblanjccs hjstp- 
riquies. 

]b'e^p,éditfon de Dikaiarchos, nous l'avons dit en cpmmeii- 
çant et ije devons point l'oublier, fut simplement une entre- 
prise de piraterie. L'AitoIion a pour consigne d'arrêter et de 
4,éppuiller les navigateurs, de ravager les Gyclades et de levep 
des contributions sur les insu^ircs, d'étendre enlin ses pillerjes 
.e|; ses rapines jusqu'aux villes maritimes de la Proade (1). Or, 
pour que Philippe en arrive à machiner une telle entreprise, 

Nabis (6, \ : Nâ6iî, ëxo; rfi-r\ -zplxo^ éyj^'^ t^V ^epxfiV =; 205/204); mais il n'y a nulle 
conséquence à tirer de là, les faits relatés dans ce fragment pouvant être dune 
année plus récents que ceux dont il s'agit (^ns 13, 3 — 5. 6. Il se pourrait donc 
que le récit des entreprises de Dikaiarchos eût eu place dans ia preinjère partie 
du I. 13, même s'il avait une cohésion directe avec le fragm. 13, 3 Mais il va 
sans dire qu'une telle cohésion n'a riende nécessaire: ri supposer, ce qui est fort 
ppssible, que les fragm. 13,3—5, 6, soient rangés dijins nos éditions à leur place 
véritable et datés avec exactitude de l'année 204, rien n'empêcherait que Polybe 
eût parlé de Dikaiarchos dans la partie précédente du 1. 13, sous la date de 203. 
— Ori notera que Steigemann {ibid. p. 28) attribue à l'an 295, par d'jissez bonnes 
raisons, les fragm, 13,1— la— 2, relatifs à l'Aitolien Skopas, qui, dans nos édi- 
tions, viennent immédiatement avant 13, 3, et sont donc attribués à l'an. 204. 
En revapche, les arguments qu'i} allègue pour maintenir en 204 13, 3 — 3, 6, 
sont extrêmement coijitestables. — A la vérité, pn ne fait d'ordinaire coniiTiencer 
qu'en 204 la guerre entre les Cretois et les Rhodiens (Niese, 11, p 571 ; Herzog, 
Klio, i902, p. 327; Cardinali, Riv. di Filol. 1907, p. 5 ; moi-même dans Kiio, 1913, 
p. 145, 3, et dans Ret). Et. qr. 1917, p. 90 et suiv;). Il semble pourtant que le 
début s'en doive placer un an plus tôt : en effet, le fragm. de Diodore (Diod. 27, 
^ = Exc. de virt. et vitiis, 226: cf. ci-dessus, p. 235), précède le récit des sacrilèges 
comiiiis paf Pleminius à Lokroi (Diod. 27, 4. 1-3= Eve. de virt. et vi'tiis, 227), 
lesquels sont de l'année 205 (cf. H. Matzat. Rom. Zeitrechn. 159-160 et note il : 
G. E)e Sapctis, Stor. dei Homani, 111,2, 515-516. etc.). 

(1) Pourquoi ces villes sont-elles spécialement visées, c'est ce qu'on ne voit 
p^s très bifîn. Peut-être parce qu'il y stationf>e un grand nombre des V3,isseaux, 
chargés de riches cargaisons, qui fonf voile verg lei Pont op c|qi en arpive^:^! ^ 
prpje magniôcjiie qfferte aux coraa^rpj, 



ÉTUDES d'histoire HELLÉNISTIQUE 241 

pour qu'il s'avilisse jusqu'à donner commission à un forban de 
faire la course à son profit, force est de croire qu'il souffre 
d'un pressant besoin d'argent. Cette pénurie s'explique de 
reste au moment où il conclut (205) (1) ou vient de conclure 
(204) la paix avec les Romains. La guerre poursuivie durant 
dix années lui a coûté cher (2) : il lui faut réparer ses pertes. 
Il les lui faut réparer sans retard; car il a maintenant des des- 
seins sui- l'Orient, où les succès d'Antiochos irritent sa jalou- 
sie, où la décadence et les embarras de l'Egypte sollicitent ses 
ambitions ; et l'accomplissement de ces desseins exige d'amples 
préparatifs militaires, la mise sur pied de grandes forces. Tout 
à l'heure, en 202 et 201, «juand il se jettera sur la Chersonèse 
thrace et les villes de la Propontide, puis sur les îles d'Ionie 
et le continent carien, il commandeja une puissante armée, 
disposera d'une Hotte nombreuse, alors qu'en 20S il n'avait 
point encore achevé de construire celle qui, depuis 208, était 
sur le chantier (3). Ceci suppose un prompt rétablissement de 
ses finances, un subit accroissement de ses ressources. Pour 
atteindre ce résultat, il a dû, en grande hàle, recourir à des 
moyens de fortune, extraordinaires oti même désespérés, sans 
s'inquiéter s'ils étaient ou non licites : l'expédition de Dikaiar- 
clios a été l'un do ces moyens. 

Dès l'instant que Philippe a pris l'audacieux parti de s'adres- 
ser, pour remplir son trésor, à l'ii^dustrie d'un corsaire, le sou- 
dain réveil, en 205 ou 204, de la piraterie crétoise est une cir- 
constance opportune qu'il doit exploiter au plus vite (4). Il est 

(1) Les accoRils de Phoiniké (aï èv 'Hiretow ôiaXûasiî ; Pol. 18, 1, 14) ont été 
conclus dans le courant de 203 ; la paix peut n'avoir été ratifiée à Rome qu'au 
commencement de l'année 204 : cf. Matzat, Rom. Zeitrechn. KiO, 14; De Sanctis, 
Slor. dei Romani, 111, 2, 444. 

(2) Cf., dans Pol. 13, 1, 1, ce qui est dit de la détresse dos Aitoliens à cette 
époque. 

^3) Liv. (Pol.) 28, 8, 14. La preuve que Philippe n"a point encore de grande 
flotte de guerre en 205, c'est que, cette année-là, P. Sempronius vient en Ulyrie 
avec 33 vaisseaux seulement (Liv. (Pol.) 29, 12, 2) et n'en e.xpédie que 13 en Aito- 
lie il2. 3); et c'est aussi que le roi ne tente sur mer aucune opération. 

(4) -Noter l'empressement que met aussi Nabis à s'associer aux Cretois ; 
Pol, 13, 8, 2^ : êxoivoivêt [asv yip toïç KpTiji twv vtaTgi OiVTxav ^Tjff'Çîwy, 



242 MAURICE HOLLEAUX 

clair, en effet, que les opérations des Giélois — qui d'ailleurs 
sont pour la plupart les amis du roi et reconnaissent sa 
Ttpoo-TaTia (1) — auront pour conséquence de simplifier et de 
faciliter celles de Dikaiarchos. Dans la mer Aigée, semée de 
tant d'îles, les passages et canaux oiJ peuvent se glisser les 
embarcations marchandes, les ports, havres ou mouillages qui 
leur offrent des refuges sont en nombre presque infini : l'esca- 
drille de course armée par Philippe, si mobile fût-elle, ne sau- 
rait les surveiller tous; tandis qu'elle travaillerait d'un côté, 
la proie aurait chance de s'évader de l'autre. A se concerter 
avec les capitaines de la marine Cretoise, àrégler ses manœuvres 
sur les leurs, Dikaiarchos trouvera un avantage certain : la 
judicieuse répartition des taches accroîtra le butin commun. 
C'est pourquoi, à supposer qu'il ne les eût point devancés, il 
n'est guère douteux que l'Aitolien n'ait pris la mer aussitôt 
après les Cretois. 

A établir un lien direct entre l'expédition de Dikaiarchos et les 
événements exposés par Polybe dans son 1. 13, on trouve encore 
cet avantage d'avoir la claire explication d'un fait qui, autre- 
ment, ne laisse pas d'être un peu obscur : je veux parler de l'hos- 
tilité violente, quoique dissimulée, de Philippe à l'endroit des 
Bhodiens. Tout d'abord, on ne voit pas très bien pour quels 
motifs il est si acharné à leur nuire, presse les Cretois de les 
combattre hardiment, leur fait lui-n^ême la guerre tout en se 
cachant d'eux, médite enfin d'anéantir leur tlotte. Assurément, 
il n'obéit point à une pensée de vengeance: que reprocherait-il 
aux Rhodiens?Il n'a qu'à se louer d'eux; tout récemment ils 
lui ont rendu le plus signalé des services en s'employant à le 
réconcilier avec les Aitoliens (2). Il est publiquement leur 
« ami » ; (3) il le devrait être sincèrement : ils ont mérité qu'il 



(1) Sur cette question, cf. Klio, 1913, p. 145, 2. 

(2) Liv. (Pol.) 27. 30,-4, cf. 30, 12; Pol. 11, 4 sqq. ; App. Maced. 4, 1 : tt.v te 
'Poôttov itepaîav ÈSidou {Philippus) 5taXXa)tXT,po)v ol YeyovÔTuv. 

(3) Cf. Pol. 13, 3, 2, où les mots touî «{Xouç s'appliquent aux Rhodiens par 
rapport à Philippe. 



ÉTUDES d'histoire HELLÉNISTIQUE 243 

le soit. D'où vient cependant qu'il se comporte à leur égard de 
façon si traîtresse? La réponse s'oiïro d'elle-mônie si l'on admet 
qu'il a envoyé Dikaiarchos faire le llibustier dans l'Aij^ée. Les 
Rhodiens, en effet, sont les grands ennemis des corsaiies [i ) ; ils 
font, avec un zèle qui ne connaît point de relâche, la police des 
eaux grecques ; cette fois encore, dès que les Cretois ont recom- 
mencé leurs pirateries, ils n'ont pas manqué do leur courir 
sus; il est sûr que Dikaiarchos les trouvera pareillement sur 
sa roule, prêts à le traiter comme ils ont fait jadis Dèmètriosde 
Pharos(2). C'est pourquoi il faut leur créer le plus d'embarras 
qu'il se pourra, exciter contre eux les Cretois, et, pour que ceux- 
ci no faiblissent point, les soutenir et les aider: de là les enga- 
gements pris, l'alliance formée par Philippe avec la Crète, de 
là l'ordre donné à Dikaiarchos 'oTs Kpri^rl Tzy.pa.6or\^t\y èv T(î> upoç 
'PooLou; 7ro"A£ui.w. Mais le mieux encore serait de porter aux 
Rhodiens un coup plus direct, de les réduire à l'inaction en 
supprimant leur marine. Celle-ci une fois mise hors de jeu, 
Dikaiarchos aurait le champ libre : de là la secrète mission 
donnée au maître-fourbe Hèrakleidès, de là la tâche qui lui 
est prescrite : (Pol, 13, 4, \) 6 <I>iX'.7rTroç 'HpaxAsiSri [j.év, xaOàTcsp 
OTTÔOediv ooù?, STréxa^e cppovtî.J^et.v ttwç âv xaxoitoLTJaai xal SwœQeipa». 

Histori([uement, tout s'arrange donc à souhait si l'on accepte 
pour les entreprises de Dikaiarchos les dates que j'ai proposées. 
Et j'ose me flatter qu'on les accepterait volontiers, n'était la 
difficulté signalée au début de ces pages (3), à savoir que, dans 
les Exe. de vntut. et vitiis, le fragn». 234, où est mentionné 
Dikaiarchos, se trouve précédé d'un fragment (233=^ Diod. 27, 
12, 1) relatif à la campagne de Scipion en Afrique, et dans lequel 
sont rapportés des événements de l'année 202. Il suit de laque, 
si l'expédition de Dikaiarchos remonte à 205 ou à 204, elle n'a 



(1) Pol. 4, 19, 8 ; Strab. 14, 2, 3 (632) ; Gr. Dial.-inschrifl. 3749, 1. 51 sqq.; 79 
sqq. (traité entre Rhodes et Hiérapytna). 

(2) Pol. 4, 19, 8. 

(3j Cf. ci-dessus, p. 231. 



244 MAUitiCE HOLLËÂUX 

point été racontée par Diodore à sa date, mais postérieurement à 
cette date, deux ou trois ans après qu'elle avait eu lieu. 

Cette difficulté peut sembler considérable ; en réalité, elle ne 
l'est pas. 

En eiîet, l'exemple d'une infraction à l'ordre chronologique, 
toute semblable à celle que nous sommes conduits à supposer 
i<ii, nous est fourni par le fragm. 235. Reportons-nous à ce 
fragment; il copamence par les mots : ...^O.nmoç, ...'HpaxAeiSviv 
TLvà ïapavtlvov slye pisO' éauToù, Tiovrjpôv àvQpcoTiov xtÀ. Ce langage 
montre clairement que c'est la première fois qu'il est question 
d'Hèrakleidès (1) ; jusque là Oiodore n'en avait rien dit. Si donc 
on raisonne au sujet de ce personnage comme on serait tenté 
de faire et comme on a fait au sujet de Dikaiarchos (2) ; si, se 
fondant sur l'ordre des fragm. 233, 233 dans les Excerpta, on 
tient pour indubitable que les faits relatés au début du second 
sont postérieurs à ceux qui se trouvent rappelés dans le premier, 
force sera d'admettre qu'Hèrakleidès n'est devenu le ministre 
favori de Philippe qu'en 202 au plus tôt. Mai$ nous savons que 
ce serait se méprendre grossièrement. On a vu plus haut (3) 
que Polybe avait longuement parlé d'Hèrakleidès en son 1. 13, 
c'est-à-dire sous la date de 205 ou de 204 : c'est là (13, 4 — 5) qu'il 
le montrait gagnant la faveur de Philippe, et racontait l'exploit 
le plus connu du Tarentin, l'incendie des arsenaux rho- 
diens (4). Par suite, la place respective des fragm. 233 et 235 
dans la série des Excerpta, et le fait qu'Hèrakleidès apparaît 
dans le second pour la première fois, n'ont aucune signification 

(1) On ne le pourrait contester que si l'on attribuait, non à Diodore, mais à 
Vexcerp/or. la première phrase du fragment, ce qui serait une supposition tout à 
fait injustifiée. Pour les mots TT0Vf,p6v av9pwTrov, cf. Diod. 28, 9 (= Exe. de virlut. 
et vitiis, 239): itovripia ÙTZtpSaXXoùcti^ yjoyiiBw; (Heraclides) ; et Pol. 13, 4, 3 : 
dfvOpwiro; eu lîscpuxô)!; TCpôî tô xaxôv. 

(2) Cf. ci-dessus, p. 231 ; W. Kônig, p. 36-37. 

(3) Cf. ci-dessus, p. 235-236. 

(4) Si toutefois, comme pour ma part je n'en doute pas, Polyen (5, 17, [2], dans 
Cfttte partie de son récit, suit fidèlement Polybe ; cf. ci-dessus, p. 238-239. — Dio- 
dore semble n'avoir rien dit de la mission d'Hèrakleidès à Rhodes ; ce serait une 
preuve, entre plusieurs autres, du peu de soin qu'il a mis à reprQduire les ï\e^ 
Qrqeciae contenues dans le 1. 13 de Polybe, 



ÉTUDES d'hISTOIKE imî!LJ.ÉNISTlQUE 245 

chroaologique. Il en faut seMlenieiit tirer cette eotueiusion que, 
lorsqu'il avait sous les yeux le 1. 13 de Polybe, Diodore n'eu a 
rien extrait de ce qui concernait Ilèrakleidès (1) ; qu'il a négligé 
de parler de celui-ci quand il résumait, d'après Polybe, les 
événements de 205 ou de 204 ; et qu'il n'a jugé à propos d'en 
faire mention que lorsqu'il s'apprêtait à raconter les entreprises 
violentes et déloyales de Philippe en Orient (202-204), au 
moment où il traçait du roi le portrait qui remplit le 
fragm. 235, faisait un tableau sommaire de ses vices et de ses 
crimes, et montrait de quels sinistres personnages il senlourait. 
Nous avons tout lieu de penser que le cas est le même pour 
Dikaiarchos. Que Diodore ne parle de lui que longtemps après 
avoir narré ce qui s'est passé en 205 et 204, ce n'est nullement 
la preuve que les tlibusteries de l'Aitolien ne remontent point à 
Cfi temps-là. Diodore les aura d'abord passées sous silence, 
comme les méfaits d'Hèrakleidès. La raison probable et simple 
delà place tardive qu'elles occupent dans son histoire, c'est que 
le fragm. 234 n'est, comme le fragm. 235, qu'un morceau 
détaché de ce portrait de Philippe, (jui précédait le récit des 
événements de 202. ïl est tout naturel, en effet, que, pour don- 
ner idée de ce dont Philippe était capable, Diodore ait rappelé 
qu'il avait organisé l'expédition de piraterie dirigée par Dikaiar- 
chos ; il est tout naturel (jue, voulant faire voir quelle sorte 
d'hommes Philippe employait à ses desseins, il ait parlé en 
même temps de Dikaiarchos et d'Hèrakleidès. J'ajoute que si, 
comme nous l'avons admis, il a trouvé dans le même livre de 
Polybe — le 13" — mention de l'un et de l'autre, le rapproche- 
ment devient encore plus explicable. 



(1) On peut noter, au contraire, dans le second passage de Diodore (28, 9) où il 
est parlé d'Hèrakleidès, un ressoiiyenir évident du 1. 13 de Polybe : 7\v ôè outo? 
TapxvTÏvoî [xèv xô Y^voç, iiovTipia Se ÛTispêaXXoûin^ 5rsw{i£V0î xt)». ; cf. Pol. 13, 4, i • 
juvÉêaivs Sa xôv 'HpaxXîîSTjv toûtov tô [xèv yé-^o^ ivéxaôêv slvat TapavTÎvov.,., tieyâ^st 
S' ça/_T|xçvai irpoTep'/)îJi«Ta irpôî iTcovotav xai paSioupyîav, 



246 



MAUKICE HOLLEAUX 



Le tableau ci-dessous présente les résultats des discussions qui 
précédent, et montre dans quel ordre se sont succédé, selon 
moi, les événements dont j'ai fait l'étude : 



Ann. 205 ou W4. 

Pirateries des Cretois ; 
les Rhodiens leur font 
guerre. 



la 



Entente secrète de Philippe 
avec les Cretois ; 



il leur promet son concours, 
s'engage à les soutenir dans 
leur guerre contre les Rho- 
diens. 



Expédition de Dikaiar- 
chos (1); Philippe lui ordonne 
de venir en aide aux Cretois 
contre les Rhodiens. ^ 

Guerre sourde laite aux 
Rhodiens, sur l'ordre de Phi- 
lippe, pa.r Dikaiarchos auxi- ) 
liaire des Cretois. [ 



Philippe charge Hèraklei- 
dès de Tarente de détruire la 
flotte rhodienne ; 



Diod. 27, 3 (= Exe. de vir- 
tiit. et vitiis, 226). 

Pol. 13, 5, 1 : oia7i:i,(TToGvT£ç 

— 5,3 : ixâv vàp ,3ouXri8-?îvat. xôv 
<Ï>lX'.t:tcov àvaSé^ao-Ôa'. xtA. ; — 
Polyaen. 5, 17, [2] in gen. 

Polyaen. 5, 17, [2J : « xal 
Ô71 STït.a-ToXàç <I>'1A'.7C7îou oeuvûw 
[inquit Heraclides] ^fs.f^ai^u.é- 
va; Tîpô; KpTÎTaç, sv alç auvx'lQexa!. 
xaxà 'Poo'lwv TGV itôXep.ov s^ot- 

(7£t.V. » 

Diod. 28, 1 {= Exe. de vir- 
tut. et vitiis, 234). 



Polyaen. 5, 17, [2] : « «I^^A'-ti- 
Tîov [inquit Heraclide'i] sxwAuov 
TTOAeaeiv ujaw ». 



( Pol. 13, 4, 1; Polyaen. 5, 
i 17, [2] init. 



(1) Les entreprises de Dikaiarchos peuvent, comme il a été dit ci-dessus 
(p. 244), avoir commencé un peu plus tôt. 



étUbÈS D^HISTOIRE HELLÉMStlQUË ^47 

il envoie des ambassadeurs V 

en Crète pour exciter les Gré- < Pol. 13, 4, 2. 

tois contre les Rhodiens ; r 

( Pol. 13, 4, 3; 5, 1—6; 
Hèrakleidès à Rhodes. | Pdyaen. 5, 17, [2J. 

Maurice Holleaux. 

Athènes, 1911 (revu en 1919). 

Bon à tirer donné le 24 décembre 1920. 
Le rédacteur en chef, Gustave Glotz. 



Le Puy-en-V^elay. — Imprimerie Peyriller, Rouchon el Gamon. 



^.^•1 



lA CRÉATION DU TESTAMENT 



DEUXIEME PARTIE 

Quelle portée pouvait avoir la réforme de Solon? 

Si Solon a accordé à l'individu sans postérité mâle le droit, 
le vrai droit, d'instituer héritier, le problème fondamental ne 
se pose plus dans les termes où il était jusqu'ici posé. 11 ne 
s'agit plus précisément de voir dans la loi une. mesure de poli- 
tique; astucieuse contre la puissance aristocratique du ysvoç : il 
s'agit d'expliquer comment, par une création législative, l'in- 
dividu s'est trouvé investi d'un droit que, jusque là, il ne 
possédait pas à Tcncontre de ses collatéraux et aux dépens du 
privilège du « plus proche ». Qu'on ne dise pas que l'un peut 
Se ramener à l'autre. L'explication que nous visons, appuyée 
sur l'interprétation que nous avons rejetée, est d'un type connu : 
elle consiste, en l'espèce, ;> mettre une intention politique à la 
base d'une réforme du droit de famille. Ce serait déjà de quoi 
la rendre non pus radicalement fausse, mais bien incomplète : 
si pressant que soit le désir d'un parti de faire échec à une puis- 
sance comme le yévo;, il ne saurait autoriser le législateur 
« démocrate » à prononcer qu'on pourra désormais adopter en 
dehors du cercle de ses parents si la cliose apparaissait comme 
immorale et impie. Et le problème étant déplacé, ce qui nous 
importe, c'est de savoir lesquelles pouvaient jouei' ici'de ces 
tendances spécifiques qui font la vie du droit de famille comme 
de toute autre partie du droit ; car il y a, dans les réalités que 

REG, XXXIII, 1920, n" 153. > 17 



25.0 LOUIS GERNEt 

l'historien tiendra parfois pour subalternes, une vie profonde 
et sourde qui se moque des grandes questions de la politique et 
que les « luttes de classes » elles-mêmes n'expliqueraient 
point (4). 

Si nous risquons cette critique préliminaire qui peut passer 
pour bien abstraite, à moins qu'on ne la juge de trop bon sens, 
c'est qu'il y a lieu de se défier des principes d'explication que 
fournissent à bon compte des concepts aussi séduisants et aussi 
suspects que celui de « démocratie » ou d'analogues. Aussi bien 
serait-il malaisé dans notre cas de situer cette volonté « réac- 
tionnaire » consciente, et cette volonté « réformatrice » non 
moins consciente qu'implique une opposition de partis. Sans 
doute, Aristote nous dit que dans les Etats oligarchiques, on 
doit faire en sorte que les successions aient lieu xar» yévoç, et 
non xaxQc oô<nv (2) ; mais, outre qu'il y a là plutôt l'expression 
d'un desideratum que d'un fait, 1' « oligarchie » à quoi pense 
Aristote est d'un. type très particulier : c'est celle qui respecte 
autant que possible l'égalité des fortunes, ou du moins l'équi- 
valence de ces « lots » patrimoniaux dont il a été plusieurs fois 
question (3). Et si Solon, au témoignage du même Aristote, a 
visé à r opiaAÔxTiç oùaïaç (4), il n'y a pas là de quoi interpréter la 

(1) 11 est intéressant de voir les principes d'explication dans ce domaine refléter 
tels et tels courants d'opinion modernes. La « démocratie » a beaucoup servi : 
il y a là une tendance qui remonte à Tocqueville — et qui, chez Tocqueville, ne 
manquait pas de sérieux (on sait qu'il considérait le droit de succession comme 
ayant une signification essentielle dans une structure politique et sociale). En 
outre, on a été amené à considérer Ihistoire du droit, toujours sous l'influence 
de pi'éoccupations contemporaines, comme reflétant les « luttes des partis». On 
a aussi parlé de « luttes de classes », et ce n'est pas le moins piquant ; car il y a 
là une infiltration des idées marxistes — et qui dira les torts de ce marxisme-là? 

(2) Arist., Pol.^ V, 7, 1309 a 23 sq. : (Ssï èv oXiyap/ta) Tic; viXT,povoiitaî |xt, xatà 
oôaiv sîva'., àWà. t.oL'zb. yÉvoî... 

(3) ^6. : ... [J.T, ôè TcT.etovwv f| [X'.aç tôv aùxôv xXr.povoixeîv • O'jtw yàp ôiv ôiJ-aXw-cspai ai 
ouatai eTev. — A Sparte, aussi bien, cette égalité cessa justement, et la concen- 
tration des fortunes commença de s'opérer, quand la réforme attribuée à 
Épitadée eut permis de disposer du x>.f,poî par 5ta6T,viTi (Plut., Agis, V, et Arist., 
Pol., \\, 6, ■i2'70a sq. : l'opinion de Schulin, 0. l., p. 39 sq., suivant laquelle 
l'état de choses visé par Aristote remonterait beaucoup plus haut que le iv^ siècle, 
est sufTisamment réfutée par Bruck, Sçkenkung, p. 58 sq.). 

(4) Pol., Il, 4, 1266 b 15 sq. 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 2bl 

réforme par les vues politiques du réformateur. Pas davantage 
dans l'hisloire des temps qui suivirent : quand les Trente déci- 
dèrent (1) de « laisser subsister purement et simplement le droit 
de léguer son patrimoine, en supprimant la restriction qui était 
une source de difîicultés » (2), ils ne se conformaient pas pré- 
cisément, quelles que fussent leurs intentions spéciales (3)^au 
type qu'on suppose du bon aristocrate. Certes, ce pouvait être 
un monde mêlé que celui-là; et il n'était pas forcé d'avoir 
mômes aspirations que les Eupatrides du temps de Solon, Il 
n'en est pas moins vrai que les aristocrates d'alors représentaient 
plutôt l'esprit du passé, plutôt celui des vieilles familles que 
celui des nouveaux riches ou celui du « peuple » ; et après 
tout, si c'est la démocratie qui a fait le droit, qui a commencé 
à le faire avec Solon, c'est dans le camp adverse qu'on s'atten- 
drait à trouver'^des visées contraires : or c'est l'aristocratie qui 
veut donner à la loi du testament une énergie qu'elle n'avait 
pas encore (4). — Mais le Peuple lui-même, qui, depuis Solon, 
administre la justice, qui devient, grâce à Solon, le dépositaire 
du droit nouveau (5) et le garant de la vérité démocratique, 
quelle est son attitude ? Non seulement les tribunaux populaires 
se gardent, autant qu'il est en eux, de prolonger la pensée de 

(1) Anst.,'A. n., 35, 5. 

(2) A savoir : « à moins qu'on ne soit en état de démence, ou affaibli par la 
« vieillesse, ou qu'on n'agisse à la suggestion d'une femme ». — Nous ne tran- 
chons pas la question de savoir si cette restriction remonte à Solon lui-même : 
quelle que soit la solution qu'on adopte, nous pourrions en tirer argument; on 
ne peut guère faire valoir en l'espèce que des considérations générales : j'avoue 
que je ne suis guère convaincu par l'interprétation que donne Bruck [Zur Gesch., 
p. 15 sq.) de xàî irpoaoÛTaî SuffxoXÈa?, dans le texte d'Aristote. 

(3) Ils en voulaient manifestement aux tribunaux populaires; mais ils aboutis- 
saient à un libéralisme que ces tribunaux n'admettaient point. 

(4) Même par une argumentation intéressée, on entrevoit avec quelle largeur 
pouvait être interprété l'arficle restrictif : « si le défunt », disent les plai- 
deurs qui revendiquent la succession de Cléonymos (Isée, I, 21), « avait perdu le 
sens (iiapa'fpovwv) au point de ne pas tenir compte de nous ses plus proches 
parents..., ce serait justement là un motif de droit pour casser le testament » 
(cf. Perrot, Élog. polit, et Judic. à Athènes, p. 383). 

(o) En instituant les tribunaux populaires, ce sont justement des éléments 
« démocratiques » (cf. Aristote, 'A. n. 9), que Solon appela à cette création 
continuée du droit et de la loi même qu'est la jurisprudence. 



252 LOUIS GERNET 

Solon et répugnent ou résistent à l'extension du « testament », 
à la forme nouvelle de Tadoption testamentaire (J), mais ils 
manifestent une préférence indéniable en faveur de la succession 
légitime (2). Fait bien connu, mais dont il faudrait tirer la 
morale. En vérité, de ce que des éléments « démocratiques » ou 
populaires accèdent à la création ou à l'administration du droit, 
il ne s'ensuit nullement que le droit, sur le chapitre de la 
famille au moins, échappe à l'influence du passé et se laisse 
séduire au nouveau. Et si l'on pouvait accepter un pareil ter- 
rain de discussion, il faudrait dire que c'est aussi bien l'inverse 
qui est le vrai : si notre législation révolutionnaire a été révo- 
lutionnaire en effet dans la question du divorce ou des enfants 
naturels, n'a-t-elle pas été étrangement conservatrice dans 
celles du droit de tester et de la quotité disponible (3)? 

Toute démocratie à part, toute lutte de classes à part, nous 
considérons donc, dans son objet précis et concret, un problème 
d'histoire du droit. Disons tout de suite qu'il en comprend 
plusieurs, qui sont naturellement connexes : comment s'explique 
la faculté ainsi départie à la volonté individuelle? — quelle 
signification a le « testament » au point de vue de la structure 
de la famille? — d'oii vient, dans ce domaine, le pouvoir nova- 
teur de la loi ? 



(1) Voir p. 126, n. 4; cf. Aristoph., Guêpes, 583 sq.. 

(2) Cf. Beauchet, III, p. 429 sq.. 

(3) Le cas est assez notable pour que nous en rappelions ce qui intéresse l'inter- 
prétation d'un certain ordre de phénomènes juridiques. On sait que les lois de la 
Convention ne permettaient de disposer par donation ou legs que de 1/10 ou de 
1/6 suivant que le de cujus avait des héritiers en ligne directe ou collatéraux. 
Or, sans doute, cette législation s'inspirait consciemment ou d'idées politiques 
(interdiction des substitutions), ou de théories sociales (visant à la division des 
richesses), ou de principes généraux (la propriété envisagée comme création 
sociale : Sagnac, Législat. civ. de la Révol., p. 226) ou d'axiomes philosophiques 
(le testament est de droit civil, la donation de droit naturel : cf. Brissaud, 0. l., 
p. 947) ; mais, en fait, ces conceptions théoriques n'expliquent que très impar- 
faitement la législation — dont on voit même tout de suite qu'elle peut à l'occa- 
sion les contredire; ce qui est vraiment explicatif en l'espèce, c'est la tradition 

,du droit coutumier qui s'impose aux hommes de la Révolution (cf. Sagnac, 0. L, 
p. 217, 223, 226, 228, 232) et qui leur inspire môme d'admettre, pour le partage 
entre les enfants, la règle des « coutumes d'égalité parfaite ». 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 25 3 



I 



Le testament solonien a beau être une adoption : il est aussi 
— il est de par son nom môme — une « disposition ». En face 
des textes, en face de l'histoire, une impression persiste : si la 
ô!.a07]x-/) est en soi, et pour ainsi dire dans sa matière, une créa- 
tion de paternité « factice », la pensée même de Tinstitution 
déborde cette matière, et implique une notion d'autonomie que 
rinstitution d'héritier, par ailleurs, ne comportait point. Cette 
impression, c'est celle qu'on a traduite en continuant à parler 
de testament; c'est celle qu'on l'enforce en observant, par réfé- 
rence et opposition implicites à la loi de Solon, qu'un droit 
comme celui de Gortyne connaît seulement la succession ab 
intestat (1) — alors que l'adoption y est au moins aussi libre 
qu'à Athènes. C'est celle enfin que les anciens eux-mêmes 
éprouvaient : il est curieux de voir que, pour eux, la loi de 
Solon est la « loi sur l'adoption » (2), et qu'elle est aussi, sous 
un certain aspect, loi de libération pour l'individu, non pas 
seulement en tant que parent, mais en tant que personne juri- 
dique abstraite; loi créatrice de capacité, non pas seulement au 
point de vue du statut familial, mais du pouvoir sur les 
biens [X]. Môme donnée, et plus précise, nous est fournie par la 
terminologie : ô'.aT'lSso-^a',, le mot se distingue d'emblée de tîouTo-- 
Gat. {o'7o\ |x/i s-îtûoIyivto... SiaQi^Qat, sçswa',) ; et sans doute, le terme 
peut avoir évoqué ce concept général du contrat sous lequel on 
doit comprendre l'idée de l'adoption comme opération entre- 
vifs (4) : il n'en reste pas moins qu'il y a là un terme spécial, 

(l)Ziteluiann, 0. L, p. 134 ; /. J. G., I. p. 462 ; Guiraud, Propr. fonc, p. 108; 
Beauchet, III, p. 431. 

(2) En particulier Isée, II, 24 : 6 vôjxo!; ... ô irspi tîi; izof.i.aziù!;. 

(3) Voir notamment Isocr., XIX, 49 : xw vôiao) ... naô' ôv è'çïjtiv f,[xtv xai iraïôatî 
£'.azo'.r|CraCT6a'. -a aï jîouXeûaaaOai icepl xwv T|u.£Tépwv a'jxwv; confronter aussi 
[Dém.], XLIV, 62 et 67, et remarquer le langage de Platon, Lois, XI, 922 D-E. 

(4) Cf. p. 128, n. 1 et 2. — Noter, aussi bien, que cette conception, à l'époque 
classique, fixe dans les esprits Tidée de libre disposition du patrimoine matériel : le 
terme àvaipeiv qui indique (Isocr,, XVII, 31; [Dém.], XL VIII, 46) la résiliation du 



2S4 LOUIS GERNET 

un terme où, par un déyeloppement régulier, l'idée de libre 
disposition (1) s'est de plus en plus accusée (2), notion claire 
et distincte qui commence d'apparaître de bonne heure à 
Athènes, et que nous ne trouvons pas dans les législations qui 
ne connaissent que la Tïoi-ri'jiq. 

Car c'est une chose digne de remarque, celle évolution spon- 
tanée qui, de l'adoption entre-vifs, a fait sortir au moins l'adop- 
tion testamentaire, si voisine, à un certain point de vue, de la 
notion moderne de l'acte unilatéral à cause de mort (3) : voilà 
ce qui commandait le sentiment des anciens, dès Tépoque clas- 
sique, et ce qui explique, ce qui justifie en un sens le langage 
des modernes. Il est certain que l'emploi d'un terme nouveau, 
comme exprimant l'idée de l'institution d'héritier, se justifiait 
assez en regard du mot Trot.7]a-aa-8a!. auquel les Athéniens ne 



contrat (cf. Dareste, Plaid, civ. de Dém.. H, p. 21, n. 13 ; Beauchet, lY, p. 412 sq.) 
s'applique aussi à la révocation de la SiaÔTiXT, — et, naturellement, de la S'.a6T,)tT| 
unilatérale (Isée, I, 14 ; VI, 30). 

(1) Voir dans Bruck, Zur Gesch., p. 16-20 (d'après Norton, A lexicographical 
and historical sludy of Sta8 t, >iti from the earliest times lo the end of tlie classical 
period, Chicago, 1908), les exemples du verbe et môme du substantif où apparaît 
non seulement le sens de passer un contrat, mais l'idée de disposer. — Notons, 
de notre côté, que SiaxiOejOai est employé au sens de « disposer par une clause 
du contrat » dans un contrat d'Amorgos (/. /. G., I, p. 318, n» XV B, 1. 24). Je ne 
sache pas, surtout, qu'on ait rapproché les deux emplois du terme que présente 
la législation solonienne : dans la loi sur le testament, et dans la loi sur le contrat 
de société, citée par Gaius, L. 4, D. XLVII, 22, o ti àv toûtwv SiaOwvxa; -oô; àAAr,- 
Xou;, xûpiov elvai. — Le mot appartient aussi à la langue du commerce ([Dém.], 
XXXIV, 9; 36). 

(2) Parmi les variantes qu'offrent les citations de la loi chez les orateurs, nous 
relevons l'emploi absolu du verbe SiaÔéaSai dans [Dém.], XLIV, 68 : otoi \i.^ 
iTtBTzoir\vzo ... sçeïvat a'jxoïç 5'.a6écr9ai otiw; àv èôéXwaiv. 11 est possible que tel soit 
le texte original. Construit transitivement, le verbe accuse une idée voisine de 
celle de l'aliénation. 

(3) La coutume exige, nous le savons, qu'après la mort du de ci/jiis, celui qui 
a été adopté par testament requière son inscription sur les registres, et procède 
en quelque sorte lui-mAme à sa propre adoption dans les formes où s'opérerait 
une elTTTOÎTiai; entre-vifs : quant à ''adoptant, il n"a pas eu à s'inquiéter de cela ; 
il a simplement laissé un « acte de dernière volonté » (cf. Isée. il, 2i ; VU, 1), et, 
tout en convoquant des témoins, il arrive en général, nous apprend Isée lY, 
13) qu'il ne leur dit pas quelles sont les dispositions contenues dans le testa- 
ment. Gomme, d'ailleurs, la désignation de l'adopté parait quelquefois rendue 
publique (ainsi dans Isée, Vil, 9; XI, 8), on entrevoit une évolution de la 
nuncupaiio verbale à une espèce de testament mystique. 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 255 

l'avaient pas encore liée par une synthèse nécessaire ; mais il 
s'est produit ce fait notable et instructif : la libération a été 
un événement d'autant plus grave que la liberté avait été plus 
contrainte. D'emblée, la « permission d'adopter » signifie autre 
chose et plus qu'à Gortyne par exemple, où, pourtant, elle 
était peut-être encore plus large ; et quand on en vint à consi- 
gner sur des tablettes ses « dernières volontés », il y eut certes 
un fort courant de résistance, mais il ne sembla pas qu'il y eût 
là quelque chose d'essentiellement nouveau (1). Aucune loi 
n'y fut nécessaire (2), tout résulta d'un développement coutu- 
mier. — Jusqu'où remonte celui-ci? Les données ne nous font 
pas tout à fait défaut. On peut d'abord relever dans le courant 
du iv" siècle un chiffre relativement élevé d'adoptions testa- 
mentaires (3). D'autre part, le langage de Platon dans les 
Lois (4), vers le milieu de ce siècle, ne se comprend que si la 
pratique de l'adoption était non seulement connue, mais entrée 
dans les mœurs, ce qui nous permet déjà d'en reporter les 
débuts au moins à la fin du siècle précédent. On peut préciser, 
en remontant à Aristophane : les Guêpes, qui sont de 422, font 
allusion à un acte de dernière volonté, consigné sur des 



(1) Il est racine à noter que cette conception de la ô'.aÔT.xT, a réagi sur lelffTïo'.T- 
ai:; entre-vifs. Celle-ci fait normalement un hères suiis dont nous avons dit qu'il 
a la saisine et qui, comme tel, dispose dune voie de droit bien connue, la 6ia- 
jjiapTupîa (Isée, VII, 3). Cependant, en cas de compétition, il hésite à recourir à 
cette procédure, et Isée nous apprend d'autre part (111, 61) que, dans l'usage, 
tous les adoptés demandent l'envoi en possession — sans distinguer la forme 
de l'institution, entre-vifs ou testamentaire. 

(2) En revanclie, il est arrivé, comme il arrive généralement, qu'une loi nou- 
velle a été nécessaire pour régler un cas d'espèce qui s'était posé avec le déve- 
loppement jurisprudentiel : c'est la loi bien connue sur la substitution pupil- 
laire ([Déra.], XLVI, 24 ; cf. Dareste, Se. du dr., p. 119 ; Beauchet, II, p. 30). 

(3) Cf. Bruck, Schenkung, p. 94. — Si nous nous reportons à notre essai de 
statistique (p. 140-141), nous trouvons, en ne considérant que les cas certains, 
dix adoptions testamentaires (n°' 3, 4, 6, 7, 9, 11, 12, 13, 14, 16) contre quatre 
adoptions entre-vifs (n»' 2, 8, 15, 17). y 

(4) XI, 922 B-D. Platon va même jusqu'à faire grief au.v « législateurs » (922 E- 
923 A) d'avoir institué cette StaS-ri-AT, dans laquelle il ne voit plus la vraie adop- 
tion, qu'il est le premier à admettre. — Il semble d'ailleurs penser plutôt à une 
institution verbale d'héritier qu'à un écrit secret (cf. p. 253, n> 3). 



256 LOUIS GERNET 

tablettes et contenant institution d'héritier (1) ; cette oiaG/jXri j 
est considérée comme chose courante. Si, d'un autre côté, nous 
tenons compte des résistances de la jurisprudence qu'Aristo- 
phane nous représente en des termes oij Texagéralion comique 
peut avoir son rôle, mais qui se prolongent encore pendant la 
première moitié du iv^ siècle, il est permis d'admettre que c'est 
au cours du v^ que la coutume s'est établie. Et ce ne doit 
guère être plus d'un siècle après Solon qu'on a donné à sa 
SiaOïQXTi un sens ou une application d'une nouveauté considé- 
rable : il fallait bien que la loi elle-même y fût pour quelque 
chose. 

Or nous sommes ainsi amenés devant un problème d'ordre 
g^énéral et dont l'intérêt déborde le cadre plutôt restreint de 
l'histoire d'Athènes. 

Avec la richesse de références qu'offrent aujourd'hui les 
législations « primitives », on a pu poser, en ces dernières 
années, la question des origines ou des commencements de 
l'acte à cause de mort (2). On a reconnu que la notion moderne 
de cet acte, fondée sur l'idée d'une volonté unilatérale et qui 
n'agirait qu'après la mort du donateur, était étrangère aux 
plus anciennes dispositions dites testamentaires : celles-ci 
consistent en créations de « parenté factice », en adoptiones in 
hereditatem^ en institutions contractuelles, en procédés diffé- 
rents suivant les milieux, mais qui ont ce caractère commun 
que l'instilutron d'héritier y a lieu par une convention expresse 
qui met en présence deux parties et qui, comme telle, produit 
des effets immédiats et définitifs. 

(1; Aristoph., Guêpes, 583-586. 11 s'agit d'un écrit scellé dans lequel le père, en 
mourant, a « légué » sa fille épiclère — en d'autres termes, lui a désigné un 
mari qui deviendra en même temps, conformément à la règle, son propre fils 
adoptif. Philocléon ajoute que les juges, envoyant promener le testament 
(5ia9-/iXT,), adjugent la fille épiclère au compétiteur qui a la langue la mieux 
pendue — en d'autres termes, à celui des parents du défunt qui les persuade 
qu'il est Fayant-droit d'après les règles de dévolution ab intestat. 

(2) Voir notamment E. Lambert, 0. Z., p. 411-499. C'est de ses thèses que s'est 
inspiré Bruck, qui n'en fait pas mystère. Remarquons tout de suite que, même 
dans l'analyse des faits romains, elles ne sont nullement solidaires du paradoxç 
bypercritique sur la modernité et les caractères des XII Tables. 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 257 

Sans doute; mais, d'autre part, nous constatons à Athènes, 
nous constatons à Rome ceci : la disposition entre-vifs que 
reconnaissent et sanctionnent à leur point ilo vue les XII Tables 
cl la législation solonienne, delle-môme et sans innovation 
expresse, sest transformée en testament, en un acte enfin — 
— qu'on l'appelle comme on voudra — qui présente les carac- 
tères juste inverses de ceux qu'on relevait tout à l'heure : il y 
a maintenant une volonté unilatérale dont l'effet est non seule- 
ment suspendu, mais révocable ; il n'y a plus de convention; 
il n'y a plus deux parties (1) ; il n'y a plus d'etlets définitifs. 
Parallélisme frappant. A Athènes, nous ne voyons d'abord que 
l'adoption entre-vifs : que ce soit la seule à quoi ait pensé Solon, 
la probabilité de cette hypothèse confine à la certitude. A Rome, 
le testainenluin calatis comitiis (2) porte encore au temps des 
XII Tables la marque distiuctive de l'institution contractuelle, 
de l'acte entre-vifs (3) ; quant au prétendu testament par man- 
cipatio familiae, pour être postérieur au précédent, s'il faut en 
croire Gaius, il n'en a pas moins visiblement la même signifi- 
cation : conclusions qu'impose l'analyse seule des textes et qui 



(1) Cela est vrai, en définitive, môme du testament yer aes et libram : infra, 
n. 3. 

■ 2) Et naturellement aussi le testament in procinctii, tombé, comme l'autre, en 
désuétude avant la fin de la République. 

(3) Sans insister sur des détails bien connus, rappelons seulement que le testa- 
teur déclarait sa volonté devant les comilia calula, soumis a l'autorité religieuse : 
le testament est un acte législatif qui établit entre vifs une vocation héréditaire. 
11 n'est pas dit, il est vrai, que cet acte exige le concours ou la présence etfective 
de l'héritier institué ; je ne vois pas qu'on ait posé la question, et c'est implicite- 
ment qu'on paraît la résoudre parla négative : dans le sens contraire, on pourrait 
invoquer les analogies que présentent soit le droit comparé (procédés des lois 
barbares, et notamment le plus voisin peut-être de l'institution romaine, le 
tkinx lombard), soit surtout le droit romain lui-nicme [adroffalio) ; ajoutons que 
la faclio lestamenli passive peut bien avoir été refusée, dans cette institution pri- 
mitive, aux individus qui la possèdent à l'époque classique sous le régime du 
testament per aes et libram et de ses dérivés, notamment aux femmes qui ne 
peuvent pas institT^er d'héritier par la voie du testament comitial parce qu'ex- 
clues des comices, et qui, pour cette raison même, n'auraient pas pu davantage 
être instituées dans un acte qui, d'ailleurs, confère normalement la tutelle (la loi 
Voconia, qui leur reconnaît indirectement ce droit, est très postérieure). En tout 
cas, la réforme des XII Tables n'a pas fait perdre au testament cooiitial soq 
caractère législatif. 



258 LOUIS GERNET 

se trouvent avouées, ne fût-ce qu'implicitement, par les roma- 
nistes les plus conservateurs (1). En revanche, les romanistes 
les plus « avancés » reconnaissent, ou même soulignent, que 
le testament /?«?r aes et libram^ le premier testament au sens 
moderne, a été admis à la suite d'un développement coutumier 
et jurisprudentiel, quelle que soit d'ailleurs la date oi^i le déve- 
loppement s'achève et quel qu'en ait été le processus ; on ajoute, 
dans les deux camps, que cest par interprétation de la fameuse 
règle des XTI Tables uti legassit, ita jus esto que, selon toute 
probabilité, les prudents et le préteur en sont venus à sanction- 
ner la nuncupatio^ la déclaration qui atteste le dépôt des « der- 
nières volontés » et qui devient l'élément essentiel du testa- 
ment (2). Même évolution dans le droit d'Athènes, souterraine 
pour ainsi dire et à partir de la loi. 

Ce n'est pas tout, et le parallélisme, croyons-nous, ne s'ar- 
rête pas là : c'est même maintenant que l'analogie va être 
explicative, en ce quelle se manifeste dans les antécédents 
probables et du testament romain et du testament solonien. 

Il apparaît qu'à Rome, deux notions assez différentes ont 
concouru à la création du concept moderne : ce sont celles que 
représentent, d'une part, les « testaments » que Gains nous 
donne comme les plus anciens, savoir le testament calatis comi- 
tiis et le testament in procinctii, et, d'autre part, la mancipatio 
familiae. Dans ceux-là prédomine l'idée de Vadoptio in heredi- 
tatem entendue non pas au sens strict de l'adoption, mais 
comme aboutissant à créer au profit de l'institué une vocation 
successorale analogue à celle d'un sims hères, celle d'un con- 
tinuateur de la personne au sens plein, au sens religieux. 
L'autre, sous des formes particulières et que nous nous réser- 
vons de rappeler, est proprement une donation à cause de 
mort (3) : on ne peut pas, en effet, n'être pas frappé du carac- 



(1) Ce que Lambert souligne (p. 419 sqq.), en se référant d'ailleurs parfois à 
Girard, est déjà dans Girard (Manuel^, p. 813 sqq.). 

(2) Cf. notamment Girard, Manuel^, p. 822, et Lambert, 0. l., p. 475 sq.. 

(3) Non pas au sens restreint du droit romain qui comprend sous ce nom une 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 259 

tère singulier de cette disposition entre-vifs qui aboutit sans 
doute à faire du familiae (tinptor un individu loco heredis, mais 
non pas vraiment un iiéritier, un continuateur de la per- 
sonne (1) ; nous avons là un acte qui n'est même pas un testa- 
ment suivant la définition romaine, puisqu'il contreviendrait à 
la règle institutio hei^edis testanienti est capiit et fundamentiim. 
Ce n'est pas un testament : mais il l'est devenu (2) ; le testa- 
ment per ae.s et libram le continue et le produit sous un visage 
nouveau parce que la pensée en a été fécondée par l'interpréta- 
tion des XII Tables et de leur libre institution d'héritier. Et ainsi 
c#testament pei- aes et libram, le premier dans la série chrono- 
logique qui réponde à la notion moderne du testament, résulte 
d'une synthèse entre deux notions juridiques différentes : celle 
du plus ancien testamentum, et celle d'une certaine donation à 
cause de mort. 

En Grèce, la donation à cause de mort se rencontre de 
bonne heure : Bruck a pu lui consacrer une étude vraiment 
neuve et d'un intérêt durable. Je rappelle en deux mots sa 
thèse : à côté de l'adoption qui, seule, fait un véritable hères, 
un successeur aux sacra, on rencontre, jusque dans les monu- 
ments archaïques du droit, une forme de disposition — réali*- 
sée par acte entre-vifs, bien entendu, et du reste en vue de la 
mort du disposant — qui ne saurait avoir pour objet, d'abord, 
qu'une partie du patrimoine, et dont le caractère essentielle- 
ment économique, profane pour ainsi diro, fait un contraste 



institution très spéciale (sur la nécessité de se libérer, en l'espèce, de la tyrannie 
des concepts romains du droit classique, cf. Bruck, Schetïkung, p. 19 sqq.); mais 
la mancipatio familiae se laisse rapprocher soit d'institutions comme la laune- 
gild du droit lombard, soit des donations à cause de mort qu'a étudiées Bruck 
dans les monuments archaïques du droit ^rec. 

(1) Gaius, 11, 103 : familiae emploi'... heredis locum oblinebal ; 103 : heredis 
loco erat. Et ce n'est pas lui qui sera le bénéficiaire définitif. 

(2) Dans la mancipatio familiae, Vemptor est chargé de transférer le patrimoine 
à un tiers ; dans le testament per aes et libram, c'est sur ce tiers que la pensée 
se fixe (Gaius, II, 103 : nunc vero alius hères teslamento instiluiéiir), les formes 
de la raancipation restant d'ailleurs les mêmes ; comme cet héritier n'est plus 
partie à l'acte, l'institution n'est plus contractuelle : elle est unilatérale et révo- 
cable, 



260 LOUIS GERNET 

accusé avec la précédente. De l'adoption entre-vifs est sortie 
l'adoption testamentaire ; de la donation à cause de mort est 
dérivé le testament que nous trouvons à l'époque hellénistique 
à partir du nf siècle, acte de la volonté unilatérale et qui, tout 
en portant sur l'universalité d'un patrimoine, ne contient plus 
d'adoption. — Or, même en acceptant comme nous les idées 
de Bruck dans leur ensemble, on peut se demander si la sépa- 
ration qu'il établit ainsi entre les deux formes juridiques n'est 
pas trop absolue, ou plutôt, et plus exactement, si les concepts 
juridi(|ues qu'elles représentent n'ont pas pu confluer d'assez 
bonne h«ure : après tout, si on en est venu à admettre des tes- 
taments proprement dits sans elcr-KoiT^tTu; (1), puisque cette évo- 
lution s'est faite I également toute seule, il fallait qu'il y eût, 
dans la notion du testament comportant elo-Tco-lrio-iç, quelque 
chose qui n'y répugnât point (2) : il fallait qu'il y eût, jusque 
dans le testament traditionnel, une certaine association entre 



(1) A quel moment? On admettait anciennement que le droit attique propre- 
ment dit, fidèle jusqu'au bout — c'est-à-dire jusqu'à la fin du ive siècle — à la 
conception religieuse du patrimoine, n'a jamais comporté d'institution d'héritier à 
titre universel sans da-izolr^si^ : c'est la thèse que représente notamment, au point 
de Vue du droit comparé, Sumner Maine, L'ancien droit, trad. fr., p. 184 sq.. 
Depuis, elle a été combattue; Beauchet, par exemple (111, p. 692 sqq.'), voudrait 
faire remonter jusqu'à la première moitié du iv^ siècle la pratique du testament 
sans adoption; mais les textes d'Isée qu'il invoque, et que nous aurons à utiliser 
dans un autre sens (p. 261, n. 1), ne sauraient appuyer sa théorie. Sans nous 
engager dans une discussion qui ne nous intéresse qu'indirectement, disons d'un 
mot que nous adhérons à l'opinion de Bruck, Schenkung, p. 131 sq., à savoir 
que ce genre de testament n'appartient qu'à la période hellénistique, et que même 
les « exceptions » antérieures qu'il admet à titre hypothétique n'en sont pas à 
nos yeux (voir plus loin). — Pour le principe, voir les termes formels d'Isée, VI, 9. 

(2) On peut dire que Bruck ne s'explique pas sur ce point. Que le testament 
sans adoption dérive quant à sa forme de la donation à cause de mort, nous 
l'admettons : et c'est une question considérable que celle des formes juridiques; 
mais ce n'est pas la seule : quant à sa nature, le testament sans adoption fonc- 
tionne, à un certain point de vue, comme le testament avec adoption. La cause 
de son apparition réside dans la décadence de la moralité familiale qui a pu 
faire écarter, dans la transmission du patrimoine, la considération des sacra ; sa 
condition nécessaire (outre celles qu'indique Bruck, p. 138-149, et qui n'ont 
pu agir que secondairement) est donnée dans le fait que le testament avec adop- 
tion, lui-même, a dû être envisagé au point de vue spécial de Valienalio. — 
Aussi bien n'a-t-on pu dénoncer aucune diiïérence de terminologie entre leg 
deux actes en question (cf. Beauchet, III, p. 695 sq.). 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 26 1 

les concepts de donation cl d'adoption. Et justement, il y a des 
indices que la synthèse juridique qui paraît s'être faite à Rome 
a eu son analogue à Athènes. 

Si Ton regarde de près les cas de succession universelle qui 
ont lieu à l'époque classique par adoption — soit entre-vifs ou 
leslamontaire — on peut encore apercevoir les deux éléments 
qui sont inséparables dans l'acte juridique, mais dont la distinc- 
tion n'en transparaît pas moins : création d'un lien de parenté 
et donation. A propos de dispositions identiques, il est question 
tantôt de tto-z/iti,;, tantôt de ôôt'.ç (1). Ce dernier terme, rappe- 
lons-le, est celui qui sert, même à une époque oii l'adoption 
est le seul procédé qui puisse fonder une succession universelle 
« testamentaire », à la désignation du mode successoral opposé 
à l'hérédité légitime. Raf)pelons aussi que, dans plusieurs des 
versions que nous avons de la loi de Solon. figure le terme 
ooGvai (2), variante probablement moderne, mais interpréta- 
tion aussi de SiaOso-Ba!., et (jue ce verbe-là, par ailleurs, désigne 
d'une façon presque technicjue la donation à cause de mort. — 
Mais voici qui est encore plus instructif: à plusieurs l'cprises, 
les plaidoyers d'isée nous olfront une analyse de l'acte à cause 
de mort, non pas sans doute en deux moments, mais en deux 
éléments (3), ceux que nous disions : on adopte et on lègue 

(1) On sait assez que cette dualité de tenues apparaît à tout moment (cf. Beau- 
ctiet, 111, p. 636. n. 2). Nous citerons seulement Isée, XI, 8 : £-jîotr,(jaTo Ôuya-uepa 
aÙTOÛ àSsX'f i8f,v • si 8s ti xat aÙTt, irâôoi, r)>acjX6)vi xà ôvxa ÈStSou, àôeX'fô) ôvTi ô[X0[XTi- 
Tptw ; nous savons du reste que la substitution a dû avoir lieu dans la même 
forme que l'institution, et que les deux actes sont identiques dans leur contenu; 
de même, isée, IX, 34-36, où ôéowxs répond iv ££cr::o'.T,f)f,vai pour le même acte 
concret. 

(2) Dém., XX, 102; Isée, IV, 16. Le contexte ne fait pas préjuger une citation 
fidèle, connue c'est le cas pour plusieurs des versions où ligure oiaOéaôa!.. 

(3) Par exemple, Isée, III, 68 : àvîu Se tôjv yvT,ata)v Ouvaxspwv oùy^ otov te outs 
iroiTiaaaOat o'jte ooûvai o65îvt oùSèv -côiv éanToû (cf. 42); VI, 3 : Soù; ôè xà éauxoû 
xai uîôv aûxôv iroiTia'ifXEVO;;... (cf. 62) ; VII, 27 : ... oxi TCSTCotT.p.évo; el'ïi [le u'.ôv... xai 
iTapeo£Ôu)/£i XT,v oûïtav ; IX, l : ... ouxs £Tiofr\caxo sxsïvo; 'j'iôv éa'jxw, oûx'ïôwxî xà 
sauxoû ; X, 9 : xaxà ôtaOrixa; al sîuavwyal xtôv sÎjt:o'.t,xwv yîyvovxat, 6iS6vxa>v xi éoi'j- 
xôJv xal ulîï; -reoiojjxévwv. Cf. Isocr., XIX, 49. — Beauchel, citant quelques-uns de 
ces textes (111, p. 693), y interprète les oûtô et les xal comme disjonctifs, d'où il , 
conclut à l'admission du testament sans £tT7:otT,ai; dès l'époque d'isée ; mais le 
dernier exemple au moins montre bien comme il le faut entendre. 



262 LOUIS GERNET 

sa fortune : tel est le contenu de la o'.aOTÎxri (1). Pourquoi cette 
analyse si le souvenir inconscient ne persistait pas qu'il y a là 
en elîet, jusqu'à un certain point, dualité (2)? Car. aussi bien, 
personne n'en ignore : un fils adoptif, c'est un sims hères et 
môme, dans la rigueur de la règle, siins et necessarius ; il ne 
devrait pas y avoir lieu, après l'avoir désigné tel, à l'investir en 
quelque sorte de sa fortune : le term£ ooùva!,, qui se surajoute à 
cette désignation, souligne l'idée d'une libre disposition du 
patrimoiiie. Et celle-ci, en tant qu'idée claire et distincte, nous 
allons voir comment elle a pu venir de la donation à cause de 
mort (3). 

La donation à cause de mort se présente parfois en Grèce 
sous un aspect que le droit comparé nous fait connaître par 
ailleurs, et que nous retrouvons dans la mancipatio familiae 
romaine : nous voulons parler de ce type défini qui nécessite 
l'emploi d'un intermédiaire de transmission. Par la mancipatio 
familiae, le pâte?' famiiias ne \égue pas directement son patri- 
moine à celui qu'il veut avantager: il l'aliène entre les mains 
d\\n f'a?7îiiiae em^o/or, chargé de le rétrocéder au bénéficiaire 
définitif (4). On a déjà plusieurs fois comparé cette procédure 
à certaines opérations juridiques que nous font connaître les 



(1) Ce qui confirme cette conception de la SiaOTiXTi, ce sont certaines de ses con- 
séquences, d'ailleurs très notables : l» on peut adopter pour une partie seulement 
de la succession (Isée, V, 6), ce qui est contradictoire avec la notion primitive 
de l'adoption (et d'ailleurs aussi avec le droit romain: règle nemo partim testa- 
tus...] ; 2o le terme 5iaef,xT, en vient à désigner à l'occasion le règlement d'une 
succession auquel procède le père d'enfants légitimes sur la partie disponible de 
son patrimoine (Lysias, XIX, 39; Dém., XXIX, 43 ; XXXVI, 7, etc.; XLl, 6 ; XLVI, 
13; cf. Lys., XXXI1,'5), ce qui est contraire, sinon à l'esprit, du moins à la 
lettre de la loi de Solonqui refuse le droit de SuOsaSat en pareil cas. 

(2) Rappelons qu'à l'époque classique même, il n'y a pas toujours connexité 
entre l'adoption et la vocation héréditaire : voir plus haut le cas du fils de l'épi- 
clère donné en adoption posthume à son grand-père maternel. — Rappelons 
aussi qu'il y a d'autres cas d'adoptions posthumes. 

(3J Dans sa formule même, l'adoption testamentaire se présente sous un aspect 
analogue à celui delà donation à cause de mort : Isée, Vil, 1, ô'iOexo, zl ti TrâSoi, 
TTjV ûLiutav ixép({) ; 9, s'i ti itatôoi, SiéOsto xt.v oùaiav. 

(4) Gaius, II, 102 : amico familiam suam, id est palrimoiiium suum, mancipio 
dabal eumque rogabat quid cuique post morLem suam dari vellet. 



La création du testament 263 

leges barbarorum el dont lalïïitomie de la loi salique est un 
exemplaire (l) : là aussi Tintermédiaire de transmission est 
indispensable. Il semble, a-t-on noté (2), qu'à un pareil stade 
l'intelligence juridique est incapable de concevoir l'efficacité 
d'un acte entre deux paities sans l'interposition d'un tiers qui 
lui confère, si l'on peut dire, une vertu. Or c'est une opération 
du môme type que nous observons dans le « testament » de 
Mégée [I.J. G., n" XXIII, B), qui n'est d'ailleurs pas un testa- 
ment, mais, comme l'a montré Bruck (3), une donation à cause 
de mort : le de cujus fait un dépôt dans un temple, et c'est dans 
le temple que viendront le chercher les donataires, après sa 
mort. La pénurie des documents (4) ne nous permet pas d'as- 
surer si cette forme, en Grèce, a été générale : il est déjà inté- 
ressant de l'y trouver ; et en portant la réflexion sur un certain 
point, cette constatation va nous permettre de situer les faits 
grecs en général. 

Les actes qui sont passés comme nous venons de le dire se 
révèlent comme étant dans leur principe des actes privés, aux 
effets desquels certains procédés assurent une consécration et 
comme une objectivité. Il en résulte que la pensée y a pour 
ainsi dire deux pôles — et ceci est vrai du contrat en général : 
selon que s'y accentue l'un ou l'autre des éléments, l'acte revê- 
tira un caractère public et normal, ou un aspect plus ou moins 
secret et plus ou moins strictement individuel. C'est celui-ci 
qui prévaut en Grèce dans les plus anciens exemples de dona- 
tion à cause de mort (5). Dans le plus ancien de tous, dans 



(1) Le rapprochement a déjà été indiqué par Dareste, Éludes d'Jiisf. du dr., 
p. 486 : voir aussi Lambert, 0. L, p. 443, avec la bibliographie récente 
(2; Dareste, 0. L, p. 407. 

(3) Schenkung, p. 41-46. 

(4) Ce genre de disposifions a dû s'opérer souvent sous forme verbale, comme 
la donation de Téiémaque dans V Odyssée : cf. Bruck, Schenkiinr/, p. 47 sq.. 

(3) 11 en résulte que ces donations sont parfois révocables au gré du donateur, 
comme on le voit par celle de Xouthias. On peut leur comparer, à ce point de vue, 
les donations entre-vifs proprement dites des droits barbares dont le caractère 
essentiel de précarité a fait adopter aux Lombards la forme curieuse de la lau- 
negild (donation avec contreprestation fictive) : cf. Brissaud, 0. L, p. 667 sq.. 



264 LOUIS GERNET 

cette déclaration de ïéle'maque à Pirée où les jurisconsultes 
romains se plaisaient à voir comme un lointain précédent, à 
leur donatio mords causa imminente pericido (4), la donation 
apparaît ce qu'elle n'a pas cessé d'être jusqu'au moment où la 
pensée en a contlué avec celle de l'adoption, et ce qu'elle est 
restée après Solon en tant qu'espèce juridique distincte : un 
acte essentiellement privé (2) qui permet à l'individu de dispo- 
ser de ses biens en dehors de l'empire de son groupe; acte 
extra-familial, et dont les exemplaires archaïques contrastent 
par une certaine timidité, par je ne sais quel goût de l'ombre, 
avec la pleine publicité et la pleine légitimité d'opérations 
comme la mancipatio familiae (3) ou l'alTatomie, 

Pourquoi ces caractères ? 11 n'y a qu'une réponse possible: 
ils sont dus à ce qu'il y eut d'abord de subordonné dans le droit 
de l'individu et comme d'étriqué dans son domaine de libre dis. 
position. Car on peut reprocher à Bruck de n'avoir pas posé la 
question : quels biens pouvaient faire en Grèce l'objet d'une 
donation à cause de mort? 11 semble (ju'on raisonne parfois 
comme si ce pouvait être toute espèce de biens (4). Cependant, 
pour revenir à l'exemple homérique de cette donation, Télé- 
maque ne confie à Pirée que des objets mobiliers ; il aurait été 
absurde d'imaginer une donation portant sur les biens fami- 
liaux (5) : sous un régime de co-propriété familiale, l'individu, 

(1) Od., XVI[, 78-83. Cf. Marcien, L. 9 msUlut. (D. 39, 6, i) ; InslituLes, II. 7, 1. 
Et il est vrai que, même en (iroit romain, la donation à cause de mort a conti- 
nué à se distinguer des dispositions testamentaires en ce quelle n'exige pas une 
aussi pleine capacité (Girard, Manuefi, p. 960). 

(2) Cf. les imprécallons garantissant l'evécution de la ôiaOf,x'fi (Dém., XXXVI, 
52). 

(3) La mancipatio familiae a-t-elle toujours eu ces caractères ? Nous nous con- 
tentons de poser la question : elle touche dune part à celle de la mancipation 
primitive, qui a été posée il y a (Quelques années, et d'autre part à celle des 
formes particulières que revêtirait la mancipation dans l'acte « testamentaire ». 

(4) C'est ainsi que Bruck voit (p. 35, p. 37) dans la disposition de Saotis de Pétè- 
ia {!. ./. G., II, n" xxiii, A) une donation universelle, adoptant sans faire de 
difficulté l'interprétation des éditeurs français pour Tav Foixiotv yai TaA>>a itavra, 
interprétaiion que ne commande nullement la lettre du texte. 

(5) Od., XVII, 80 ; les -jiaxpwa itivTa sont nettement distingués des objets de la 
donation. 



LA CRÉAtlON DU TEStAMENT 268 

on le sait bien, ne peut disposer que de ses acquêts. En a-t-il 
été autrement dans la suite? Nous n'hésitons pas à répondre : 
jusqu'au moment où la donation à cause de mort, devenue entre 
temps le legs particulier, put s'entler jusqu'à devenir un legs 
universel, on n"a pas eu en principe le droit de disposer par 
donation ou par legs des biens patrimoniaux (1) : à plus forte 
raison, à l'époque de Solon. Une loi comme celle qui, toujours 
en vigueur au iv' siècle, impose un maximum aux donations 
en faveur des bâtards (2) ne serait mAme pas concevable — pas 
plus que le maximum qui, à Gorlyne, limite les donations de 
fils à mère ou d'époux à épouse — s^il avait été permis de don- 
ner ou de léguer n'imporle quoi à n'importe qui des biens qui 
sont ici visés, l'ne règle comme celle qui, toujours en vigueur 
au iv' siècle, non seulement réserve aux (ils la succession du 
père, mais établit entre les fils l'égalité obligatoii'e (3), n'aurait 
aucune raison d'être si le père avait été libre dans ses donations 
ou logs. C'est tellement évident que les modernes n'ont jamais 

(1) Que l'application du principe ait été, à l'époque classique des plus aisées, 
c'est une .autre all'aire; pour en juger, du reste, les documents nous font défaut: 
nous n'avons pas un seul plaidoyer (le premier discours d Isée est à mettre à 
part), nous n'avons même pas d'allusion à des plaidoyers se rapportant à une 
action en révocation ou réduction de legs (voir, il est vrai, p. 267, n. 2); et pour- 
tant, ces actic|n3-là ne devaient pas manquer. La survivance du principe est con- 
firmée par une de ces anomalies mr-mes qui se rencontrent dans tous les droits un 
peu complexes : quand Isée s'écrie (VI, 28) que la loi interdit toute disposition de 
dernière volonté à qui laisse des fils iégilimes, et que personne ne lègue rien par 
testament à aucun de ses fils (ooôsl; oûoevi [twv utswv] èv 5ia9T,xr| yoi'£ti ôôcnv oùSe- 
]i.(av), certes il s'exprime en juriste rigoureux : mais il est tout de suite évident 
qu'à prendre le principe dans toute son extension, il serait en contradiction for- 
melle avec les faits. 

(2) Schol. Aristoph., Ois , 1636; Suidas, s. v. èitixXr,poî ; Harpocration et Sui- 
das, s. V. voeeîa, d'après des plaidoyers perdus du iv* siècle. Le chilïre a pu varier 
d'un siècle à l'autre : nos sources disent tantôt 500, tantôt 1,000 drachmes ; 
notons que cette restriction ne peut être antérieure à Solon puisque l'exclusion 
légale des bâtards date seulement de lui — quelque idée d'ailleurs qu'on se fasse 
de sa loi (cf. Beauchet, ], p. 494 sq., et, dans un sens différent, Glotz, SoUdarilé, 
p. 341 sq.). 

(3) C'est la règle aitavxaî to-jî yvTiCrto'Jî iaoïxoipouî slvat tôjv zaTowiov (Isée, VI, 25), 
règle antique dont on ne fait plus honneur à Solon (cf. Glotz, Solidarité, 
p. 335), On a vu le corollaire qu'elle entraîne d'après la suite du texte d'Isée, § 28 
(n. 1) : il est impossible, dans ces conditions, de dire avec Beauchet (111, p. 680) 
qu'elle ne s'applique qu'au partage de la succession ab inlesLat. 

REG, XXXIII, 1920, n" 153. tg 



266 LOUIS GERNET 

cru à une pareille liberté, d'ailleurs si peu croyables priori. 
Mais on dit (1) : il y avait une quotité disponible. — A la 
rigueur, on pourrait l'admettre tout en laissant subsister, à titre 
d'exception qui frapperait les bâtards, ce maximum des voBelia 
qui n'est pas proportionnel à la fortune du père, qui est un 
chiffre fixe de 500 ou 1,000 drachmes: et de toute façon, il se 
peut bien qup cette incapacité partielle soit, dans Tintérèt-de la 
famille, une incapacité de rigueur. Mais le principe qu'on avance 
n'est pas sauf pour autant: quelle aurait été la quotité disponible? 
Aurait-elle été réglée par la loi ? Assurément non (2) : et pour- 
tant, elle aurait dû être réglée par la loi (3) ; il n'était guère 
possible de s'en rapporter là-dessus à une jurisprudence plutôt 
capricieuse. Mettons tout de même que ce fût raffaire de la 
jurisprudence : à quel taux s'était-elle arrêtée, à peu près? 
Non seulement on ne peut pas en indiquer (4), mais il est 



(1) Beauchet, IH, p. 678 sqq.; c'est une opinion dailleiirs traditionnelle. 

(2) Cf. Beauchet, 111, p. 686. Caillemer (Droi< de tester, y>. 37-38) admet, d'après 
le discours de Démosthène contre ses tuteurs, un disponible de 1/2 en présence 
d'un fils légitime (Dém., XXIX, 44-45). On a montré (Beauchet, p. 685) que, 
selon la lettre du texte, il faudrait même aller un peu plus loin. La vérité, c'est 
que Démosthène considère son père, dont la fortune reposait sur l'industrie, 
comme bien plus libre encore en principe : s'il s'était tenu à la proportion indi- 
quée, c'était, aux yeux du fils, par convenance et par affection paternelle (voir le 
§43). 

(3) On pourrait objecter que, dans le système de la querela inofpciosi iesta- 
menli du droit romain, le montant de la légitime était primitivement abandonné 
cà l'appréciation des juges. Mais d'abord les deux jurisprudences, la grecque et 
la romaine, ne sont pas comparables. Et puis, dans l'institution romaine, il ne 
s'agit pas des legs (pour les legs, des délimitations rigoureuses ont été imposées 
successivement par les lois Furia, Voconia, Falcidia) : il s'agit d'un privilège 
accordé à un certain ordre d'héritiers, lequel n'a pu apparaître qu'à la faveur 
d'un développement récent, secondaire et 'd'abord timide, puisque les Romains 
n'admettent pas, si haut qu'on puisse remonter, le droit exclusif des descendants. 

(4) La conclusion de Beauchet, p. 686, ne laisse plus subsister qu'un droit 
incertain et précaire en faveur des descendants privilégiés, dont les textes 
affirment si hautement, par ailleurs, le privilège; et elle impose aux tribunaux 
une œuvre de réglementation étrangement compliquée (« on devait laisser aux 
tribunaux le soin de déterminer le taux [de la quotité disponible] suivant les cas, 
notamment en considération de la fortune du défunt, de la situation des enfants 
et du caractère des legs »!). Ajoutons qu'il ne semble pas que la procédure athé- 
nienne ait connu d'autre action, en pareille matière, que la pétition d hérédité, 
laquelle eût été inopérante pour cet objet. 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 267 

visible que, dans la pratique, on léguait parfois des quotes- 
parts qui, étant données les idées anciennes sur la famille, étant 
donnée la règle fondamentale de la succession légitime, seraient 
incompatibles avec quelque taux que ce fût : le testament de 
Gonon, qui pourtant laissait un fils, épuisait en legs plus de la 
moitié de la succession (1). — Il n'y a quun moyen de se tirer 
de cette antinomie, et en vérité la lettre même des textes nous 
le suggère à la fois et nous Timpose (2) : c'est de distinguer entre 
les biens patrimoniaux — ce qu'on appelait jadis chez nous les 
« propres » (3), ce qu'une loi précitée appelle elle-même les 
-a-rpwa — et les acquêts. La distinction^ qui est faite par les 
anciens eux-mêmes, qui est certaine et bien fondée (4), nous 

(1) Lysias, XIX, 30-41. Cf. Beauchet, III, p. 676, 683, 694; Bruck, Schenkting, 
p. 98. 

(2) C'est pour les biens iraxpôJa que la loi admet le partage égal entre les des- 
cendants (Isée, VI. 25). 11 est remarquable que le principe soit étendu aux biens 
laissés par la mère. Sa dot, qui lui vient en général de son père, doit être trans- 
mise aux enfants (cf. les [j.axpwta de la loi de Gortyne, col. IV, 1. 44) : c'est là une 
règle qu'on voit déjà appliquée, pour un cas notable, dans Homère (X, 49-.51). Or 
le discours de Démosthéne Pour Phormion (XXXVl, 14-15, 32) nous apprend 
qu'Archippè, veuve de Pasion et mariée en secondes noces à Phormion, avait 
voulu avantager, sur les 20.000 drachmes qu'elle avait reçues de Pasion, les 
enfants du second lit (le cas fait déjà penser à la loi salique, Cap. extrav., c. vu, 
et au fameux édit de 1560 de l'Hospital. Archippè se fixait un disponible de 
I/o ; .\pQllodore, fils du premier ift, demanda — et obtint à lamiable — une 
réduction. — Du reste, nous n'allons pas jusqu'à dire que, dans la pratique, la 
règle laotjLoîpouî... faisait toujours obstacle à l'établissement d'un modeste préci- 
put coutumier (irpsffêeïa). 

(3) La distinction ne coïncide pas avec celle des immeubles et des meubles, d'ail- 
leurs fort peu marquée en droit athénien : et on a eu certainement tort de faire 
des premiers une réserve, des seconds un disponible (cf. Beauchet, III, p. 682 sq.). 
Cependant, les xa^pûa, dans bien des cas, avaient une nature immobilière; et 
comme on le voit dans Isée, VI, 30, un père, en mobilisant sa fortune, se trouvait 
avoir sur elle un pouvoir de disposition qui était presque autant de droit que de 
fait (cf. les règles de l'institution contractuelle, survivant dans notre Code civil, 
art. 10S3). 

(4) Isée, VIII, 34, ne distingue pas entre les -arowa et les -na-it-ôJa. mais veut 
dire simplement, dans un discours où les plaideurs revendiquent Théritage de 
'eur grand-père maternel, qu'on hérite de celui-ci aussi bien que de son père. En 
revanche, Lysias, XIX, 31, fait allusion à un partage d'ascendant qui s'opère sur 
jes propres ([xr, XTT,!jâ|jL£vo;, iWx r.iaT. xoû TîaTpô; irapaAsêcôv), conformément à un 
vieil usage qui se rencontre en Grèce, à Gortyne par exemple (cf. Rabel, Elter- 
liche Teilung, in Festschr. zur 49. Versamml. deutscher Philol., 1901, p. 529 sq.), 
qui se rencontre aussi en droit germanique et ailleurs, où il atteste, au bénéfice 



268 LOUIS GERNET 

permet de dire : même sous le régime de la famille étroite, 
les biens patrimoniaux formaient la réserve des descendants 
et des collatéraux (1) ; une donation à cause de mort — ou 
un legs à l'époque classique — ne pouvait porter que sur les 
acquêts. 

Seulement, suivant les états de société, suivant l'état écono- 
mique surtout, le rapport entre ces deux parties d'une fortune 
— propres et acquêts — est naturellement fort variable (2). Si 
nous voulons comprendre comment la loi de Solon a pu fondre 
ensemble le concept d'adoption et celui de donation, et pourquoi 
le second prit assez d'importance pour faire saillir dans la 
o!,a07]X7) une certaine idée de libre disposition de la part de l'in- 
dividu, on voit le facteur qu'il faut ici faire intervenir : à une 
époque où Athènes commence sa période do croissance indus- 
trielle et commerciale, l'idée du pouvoir de l'individu sur les 
biens qu'il avait acquis par lui-môme — biens mobiliers et non 
plus immobiliers, « biens en l'air » (3) — a dû s'insinuer dans 

des enfants, la co-propriété du bien patrimonial (cf. Brissaud, 0. L, p. 110, 584V 
— De plus, c'est celui qui a dissipé la succession de ses parents, Ta zaxpwa, et 
non pas le prodigue quelconque, qui est exclu des fonctions publiques (Pollux, 
Vlli, 43; Eschn., I, 30 ; cf. Beauchet, III, p. 26 ; II, p. 389). — A Thèra, vers 200 
av. J.-C, Epictèta lègue à une communauté qu'elle institue une rente dont le 
paiement est garanti par une hypothèque constituée sur ses acquêts, aÙToxTf,TO'.î 
/wpioiî {I. J. G., II, noXilV, p. 79, I, 1. 32; voir l'observation des éditeurs, p. 109, 
sur la distinction implicite avec les propres). 

(1) Il n'y a pas de raison de principe pour distinguer entre ces derniers et des 
héritiers « privilégiés » ; et à l'époque de Solon, d'après ce que nous avons vu de 
la constitution de la famille, la rigueur de la règle n'avait pu tléchir; mais nous 
ne faisons pas difficulté d'admettre qu'à la faveur de la loi de Solon la coutume 
a pu élargir les droits du « testateur » : à celui qui n'avait pas d'enfants la loi 
donnait le droit de Staôéffôai; or nous savons que la 5ta6r|X-r, devint susceptible 
d'applications inédites dès le début du iv^ siècle au moins (voir p. 262, n. 1) : 
et la forme, comme il arrive, a pu réagir sur le fond, à un moment où les liens 
de la grande famille s'étaient assez relâchés pour qu'on méconnût le vieux prin- 
cipe (cf. Isée, IV, 23) toïç uuyye'/éai xà toû auyysvoG;. 

(2) Par une sorte d'application de la méthode des différences, on peut 
quelquefois apprécier, à lintérieur d'une même société, les conséquences du 
régime économique pour le droit de famille et notamment le droit de succes- 
sion : par exemple, voir la diflerence, à ce point de vue, entre les campagnes et 
les villes en droit Scandinave dans Dareste, Études, p. 291 et 329. 

(3) Nous nous permettons d'emprunter cette expression suggestive à une autre 
partie du droit, celle des" obligations (/. J. G., 1, p. 34, I. 42). 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 269 

les modes mêmes de succession universelle. Celui qui a fait sa 
fortune tout seul devient assez fort pour faire non plus seule- 
ment un donataire, mais un héritier. Et de quiconque fait un 
héritier, on dira que, lui transmettant un patrimoine, il lui 
transmet sa chose, ta eauToG. 

Il nous a fallu un long circuit. Ressaisissons, pour finir, le 
fil. 

A Athènes comme à Rome, le plus ancien testament consacré 
par la loi est une opération entre-vifs, essentiellement créa- 
trice de droits familiaux. A Athènes comme à Rome, une 
évolution spontanée a fait sortii- de ce testament un mode de 
succession universelle qui continue à créer des droits familiaux, 
mais qui procède de la volonté unilatérale, qui, par ce point-là, 
confine à la notion moderne, qui, par conséquent, exploite dans 
le testament conforme à la loi une idée spéciale de libre dis- 
position du patrimoine. Cette idée spéciale, désormais reconnue 
comme un des deux éléments essentiels du concept de testa- 
ment, on peut et on doit la dériver de la donation à cause de 
mort. Celle-ci, en soi, apparaît comme un acte extra-familial 
qui, en Grèce, ne peut porter que sur les acquêts de l'individu. 
Enfin, l'imporlance grandissante de cette partie du patrimoine, 
en développant l'individualisme, a permis la synthèse que nous 
observons dans le testament qui en dérive. A ce point de vue, 
c'est à une interprétation économique que nous aboutissons. 

Condition nécessaire en l'espèce (1), le fait économique 
fournit-il une explication totale? La famille, que nous avions 
un peu perdue de vue, va reparaître en scène. 



II 



Individu, individualisme : il faut bien se servir de ces mots- 
là ; mais il faut aussi en reconnaître la valeur toute relative. Il 

(1) Nous l'avons montré dans une société définie ; mais, abstraction faite des 
« singularités », nous croyons que l'interprétation économique serait également 
requise dans un certain sens par l'histoire même du testament romain. 



270 LOUIS GEKNET 

n'y a pas d'individualisme, au sens strict du mot, qui soit compa- 
tible avec r « eunomie », et dans les sociétés antiques moins 
qu'ailleurs : au fait, si des droits sont concédés à l'individu, 
c'est qu'il incarne un élément delà société, c'est qu'une fonction 
lui est dévolue, et cela veut dire simplement qu'il est impos- 
sible d'étendre une responsabilité sans renforcer un pouvoir. 
Que, de très bonne beure, le droit romain ait établi une très 
large « liberté de tester » (1), cela parut d'abord, quand on 
commença d'y réfléchir, une monstruosité juridique qui ne 
saurait avoir pour elle les vraisemblances de l'histoire : mais 
c'est un fait qui devient intelligible si, au lieu d'y voir le droit 
à l'arbitraire et au caprice individuels, on Je met en rapport 
avec la constitution monarchique de la famille romaine. Parce 
qu'il est le groupe domestique incarné, le jjater familias est 
responsable de la perpétuité du groupe (2). Il est légitime et 
nécessaire qu'il puisse désigner son successeur : c'est pourquoi 
l'institution d'héritier (3) est caput et fundamentum testa- 
menti^ c'est pourquoi la succession testamentaire a le pas 
sur la légitime (4). Le fait grec est différent; il l'est même 



(1) On voit assez que, sur ce point, nous admettons — en lui donnant, il est 
vrai, un certain sens — l'opinion traditionnelle. Le testament coniitial, acte 
pleinement législatif dans le principe et qui, tout en le restant dans sa forme,, 
a été dispensé de l'approbation des comices par la règle uti legassit commu- 
néfnent rapportée aux XII Tables, pouvait avoir lieu même en présence à'heredes 
sui depuis une époque très ancienne, aussi ancienne que celle que nous 
pouvons atteindre : il est à noter qu'un critique aussi radical que M. Lambert, 
tout en signalant avec syippathie les théories qui ont été émises en divers sens 
pour échapper à cette conclusion (Schulin, Cuq, Schirmer], ne se prononce en 
somme pour aucun (0. Z., p. 435-6) et écarte formellement le premier. 

(2) Ce point de vue a été indiqué par Durkheim, Année Sociol., IV, p. 348-352 ; 
cf. V, p. 375 ; XI, p. 3ci3 sq.; G. Davy, ib., XI, p. 351 sq.. 

(3) La pleine institution d'héritier : une distinction bien tentante (cf. supra) 
entre la pecunia, dont pourrait disposer le paler, et la familia, qui échappe- 
rait à la loi du testament, a été proposée par Cuq (Institut, jurid., I, p. 283 
et 301) et admise, depuis, par W. Erdmann {die Entwickl. der Teslierfr. im rom. 
R., in Ztschr. f. Rechtsvergl. Wiss., XXI, p. 1-32) : les textes ne l'autorisent 
décidément pas : cf. Girard, Manuel, p. 817, n. 3, p. 257, n. 2. 

(4) C'est là un trait caractéristique du droit romain, et par quoi on pourrait con- 
tinuer à le considérer comme un « monstre », même au regard des droits moder- 
nes. On sait d'ailleurs que les mœurs font un devoir au pater familias de tester. 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 271 

beaucoup : il ne l'est pas essentiellement. De même que le 
testament romain s'explique par la domus, ainsi le testament 
athénien s'explique par Tolxoç. 

Si nous manquons totalement de données pour entrevoir 
comment la domus^ s'est émancipée de la gens ou peut-être 
du groupe compact des agnats, il n'en est pas de môme once 
qui touche l'oïxoc;. L'ouo;, dès avant Solon, est sûrement indi- 
vidualisé; la préoccupation qui s'exprime si souvent dans les 
plaidoyers des orateurs, o^to; ar, sçeoYipLwG^ 6 olxo;, «que la 
maison ne devienne pas déserte -), et que les lois de Solon 
expriment déjà (1), est sûrement antique. Mais avant Solon, 
c'est le patronage d'un groupe familial plus large qui garantit 
la perpétuité de la maison lorsque les descendants naturels 
font défaut. Nous avons déjà fait allusion à un pareil état de 
choses quand nous avons admis la possibilité des adoptions 
sous le contrôle et avec l'assentiment des collatéraux. Mais 
l'instrument caractéristique, c'est l'adoption posthume par 
laquelle un héritier se déclare fils du défunt ou par laquelle un 
enfant est « donné à sa maison ». 

De l'adoption posthume nous avons un certain nombre 
d'exemples concrets à Tépoque classique (2). On trouve parfois 
dans la pensée d'un pareil acte un élargissement de celle qui 
préside aux adoptions testamentaires : fallait-il que la notion 
du fils adoptif fût devenue profonde et invétérée pour qu'on lui 
donnât une application aussi artificielle! — telle est la concep- 
tion qu'on est disposé à s'en faire. Le vrai rapport est juste 
inverse ; nous ne prétendons certes pas que l'adoption posthume 
soit chronologiquement antérieure à l'adoption entre-vifs — 
question insoluble et oiseuse — mais bien ceci : la fonction que 
remplit après Solon la o!.a8-/;xr,, œuvre de la liberté et de Findi- 

(1) Loi citée dans [Déai.], XLIII. 73. 

(2) La série de références donnée par Beauchet, II, p. 24, n. 3, est incomplète. 
Cas d'adoption posthume réalisée dans: Isée, X, 6; XI, 49; [Dém.], XLIII, 12, 
78 : XLIV, 19, 27. Allusions à la possibilité ou à des tentatives d'adoption 
postliume dans : Isée, III, 73; VII: 31 ; XI, 49: [Dém.], XLIV, 34, 41, 43, 
Cf. Platon, Lois, IX, 877 C-878 A. 



272 LOUIS GERNET 

vidu, est éminemment remplie avant Solon par l'adoption 
posthume, chose collective et familiale. 

D'abord, l'adoption posthume nous fuit tout de suite Teffet 
d'une institution archaïque; et personne ne soutiendra qu'elle 
se développe à l'époque historique : elle s'y survit. On a déjà 
observé qu'elle est plutôt régie par les mœurs que par loi (1). 
De fait, il est certain que Solon n'a pas légiféré sur la matière : 
on continue simplement de faire après lui, plus rarement 
sans doute, et sur un mode plus anarchique, ce qu'on faisait 
avant. D'autre part, même à l'époque historique, c'est une ins- 
titution qui fonctionne, en principe, en dehors du contrôle de 
la société politique, en dehors du droit organisé. Il est vrai 
qu'un tribunal peut être appelé à se prononcer sur la validité 
d'une adoption posthume, mais indirectement : c'est qu'une 
adoption posthume entraîne la dévolution d'un patrimoine, 
^d'un xATipoç, et si un proche se croit lésé, il peut mettre en mou- 
vement l'appareil judiciaire par la pétition d'hérédité. Il le 
peut, mais il ne le fera pas toujours : il arrive qu'il consente à 
l'introduction d'un adopté posthume : le cas nous est connu 
par le Contre Léocharès (2), et rien ne montre mieux que nous 
sommes dans un domaine antérieur à la loi, étranger à cette 
forme de règlement que réalisent les £7C',Si.xaa-'lat., adjudications 
de succession par voie d'autorité judiciaire. Que si, l'adoption 
paraissant décidément irrégulière à la conscience juridique, la 
famille porte la question devant les tribunaux, le jugement des 
tribunaux ne saurait conclure que sur l'attribution de l'héritage: 
et il restera, ce qui regarde la famille seule, à choisir un fils 
adoptif au mort (3). 

(1) Dareste, Plaid, civ., 11, p. 60. Cf. Beauchet, 11, p. 24. — Aussi bien l'adopté 
posthume, comme tel, a la saisine : [Dém.], XLIV, 19 ; cf. 5 et 45-46 (où la Siapiap- 
TupEa la suppose). 

(2) [Dém.], Xi. IV, 19 : auve/ojpT,(jev ô M£iSuX{S-r;i;, oùy r\T:-zi\%el<; vj Sivcas-CTipÊo), iXXà 
TO [xâv oÀov Oitô Toûtwv àizixxrfitii, STieiTa [j.évTOi xxl toÎî oiiceîoiç iriOdjjisvoî. 

(3) [Dém.], XLIV, 43 : fiiisïî o' o'.ô|JLc6a Ssïv, iL àvSps<: SixaaTai, è-reêtôàv irepl toûto-j 
TOÛ àywvoî 0[X£Ïi; xV (^f,tpov ÈvsyxTiTe, TT|V-xaÛTa Èk twv xatà ysvoî è-ffvzdtdi fi]j.(Lv 
tlsitoielv u'.o-j lû) i:ETc)>euTTjxÔTi., otcw; âv ô olxoî [Af, ê^£pTj[j.w6Ti. Dareste {Plaid, civ., 
II, p. 72 sq.) traduit à tort : « C'est au moment où vous porterez vos votes sur le 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 273 

Car c'est le ministère de la famille qui donne à l'institution 
sa vraie physionomie. On ne s'en douterait pas toujours, à lire 
le Contre Uocharès : l'impression qu'on éprouve d'abord, c'est 
qu'un parent plus ou moins proche pont aller, de sa seule ini- 
tiative, s'installer dans une hérédité vacanle en prenant le litre 
de fils adopiif du défunt. Chose absurde, sous quelque régime 
de droit qu'on la suppose : et il est évident que l'histoire de la 
succession d'Archiadès, oîi d'ailleurs la première adoption 
posthume n'avait pu se faire que du consentement de la famille, 
nous représente l'institution dégénérée et ne vivant plus que 
du souvenir de ses règles essentielles. L'idée que nous en 
donnent les textes par ailleurs, l'idée que nous en donne 
surtout Platon dans une disposition nettement archaisante des 
Lois (i), est bien plutôt celle d'un règlement familial, qui vise 
à assurer d'un commun accord la continuation de 1' olxo;. Aussi 
bien le groupe des acteurs sera-t-il plus ou moins étendu. Si une 
fille épiclère a été adjugée au plus proche parent du défunt, 
l'un des fils nés du mariage sera donné en adoption à son grand- 
père maternel. Ailleurs, c'est un groupe de collatéraux qui 
agira : nous le voyons dans Platon, nous le voyons dans le 
Contre Lèocharhs . Là encore, pourra intervenir la phratrie 
comme pouvoir d'arbitrage et de contrôle ; et ce sont des ex- 
pressions caractéristiques que nous trouvons chez les orateurs 
en pareil cas : la phratrie est appelée à se prononcer sur le 
point de savoir si l'adoption est légitime ou non (2). 

procès actuel qu'il conviendra de donner au défunt un fils adoptif... » ; le 
subjonctif aoriste après âv équivaut à un futur antérieur. La seconde opération 
est nettement distinguée de la première : on ne voit pas comment elle pourrait 
être le fait des juges qui adjugeront simplement le xXf,po; au seul Aristodèmos. 

(1) Platon, Lots, IX, 877 C, 877 E, 878 A. Dans le cas où meurt sans enfants un 
individu qui s'est souillé d'un crime contre la famille, la cité ou la religion, les 
parents jusqu'au degré d'enfants de cousin se réuniront ot installeront un héritier 
dans la maison pour y continuer les sacra. Il n'importe que, dans le droit très 
composite de Platon, le choix de la famille se porte sur une autre famille, et 
s'opère avec le concours des noraophylaques. Au reste, il est possible qu'à 
l'époque classique pareil concours ait eu lieu entre le ministère de la famille et 
celui du magistrat : cf. loi précitée de Soloç, [Dém.], XLlll, 75, ô àp/wv ÈTC'.ixe- 
Xeîaôw... Twv oTxwv xwv èçepTjjjioujjLÉvojv. 

(2) [Dém.], XLIII, 14 : celui qui s'oppose à l'adoption posthume, lors du sacrifice 



274 LOUIS GERNET 

C'est que la continuation d'un oly.oq est un devoir religieux 
pour les parents. Un reproche qui revient plusieurs fois, adressé 
à des héritiers immoraux- et cupides, est celui-ci (1) : « Vous 
n'avez pas donné de fils adoptif au défunt, vous n'avez pas eu 
souci de perpétuer sa maison ». Dans la rigueur de la moralité 
familiale, une hérédité n'est point chose profane ; elle est le 
moyen d'assurer un successeur aux sacra, aux Upà xal oa-ia (2). 
Et nous le savons, de reste ! Mais on ne fait pas attention qu'il 
y a là un problème. Dans la pure notion de la co-propriété fami^ 
liale, qui n'est en somme que transposée dans le système de la 
succession par parentèles, c'est une espèce de collectivisme 
religieux qu'on attendrait : touâ les vivants « participent » — 
et nous avons justement vu l'idée et le mot — à un même 
système de sacra; que les morts individuels et récents reçoivent 
un service particulier, soit : mais que la succession même puisse 
être fondée sur -le. besoin religieux de perpétuer « la maison 
d'un tel », c'est l'indice d'une pensée spéciale. 

Invoquera-t-on, pour l'expliquer, le désir individuel de se 
survivre? Mais d'abord, c'est prêter à ce désir une efficacité 
inintelligible; c'est aussi méconnaître que, dans bien deg 
sociétés, en fait, il n'agit pas, qu'il est essentiellement variable 
dans son intensité et ses manifestations, et qu'il ne faudrait 
tout de même pas prendre TetTet pour la cause. Surtout, c'est 
oublier qu'à Athènes tout individu, même adulte, môme époux 
et père, n'a pas nécessairement sa « maison » à lui. Ni l'idée 
de la grande famille comme unité religieuse, ni l'idée de l'indi- 
vidu comme requérant le service de ses mânes, ne saurait ren- 
dre compte des pratiques traditionnelles dont l'objet est d'as- 
surer au mort un successeur qui soit un continuateur : nous 



d'introductioa, déclare que l'adopté est introduit \i'i\ TrpouTiXÔvxwi; ; les phratères 
décident par leur vote si l'introduction a eu lieu ooôwî ^ai :îpocrr|XÔvTw;; cf. § 82, 

(1) isée, Vil, 31, 44 ; [Dém.], XLllI, 18 ; XLIV. 21. 

(2) Saci'a qui dépassent, notons-le tout de suite, l'individu, et qui, d'autre part, 
concernent la maison singulièrement. Cf., en particulier, Platon, Lois, IX, 878 A. 
L'oîxoî constitue une unité religieuse comme la domus romaine. Cf. Isée, IX, 
36, £tc, 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 275 

sentons là, qui existe pour lui-môme, qui est une fin en soi, 
l'être idéal de la « maison ». 

Qu'est-ce donc que la « maison » ? La notion en apparaît 
d'abord fuyante, et elle est, dans son principe tout au moins, 
très stricte et rigoureuse. C'est ce principe que nous allons 
d'abord définir. Prenons un exemple concret pour fixer les 
idées, celui du Contre Macartatos. 

Un certain Bousélos(l) a procédé de son vivant au partage 
de son patrimoine entre ses cinq fils. Avec Bousélos, nous 
avions une maison ; à la génération suivante, nous en avons 
cinq. D'où une première proposition : pour qu'il y ait un olxoç 
nouveau, la condition nécessaire — nous ne disons pas suffi- 
sante — c'est qu'il y ait partage. Le partage que nous trouvons 
dans le cas présent est d'un type connu : il consiste dans un 
apportionnement des fils du vivant du père ; type ancien, qui 
n'est pas isolé même à l'époque classique, que nous retrouvons 
dans des conditions sociales analogues, et qui nous laisse 
apercevoir le lien qui rattache Tolxo; naissant à la copropriété 
familiale. 

Il faut que les cinq maisons se continuent. Notons d'abord — 
puisqu'aussi bien les mœurs ne sauraient être abstraites du 
droit — que la pratique des mariages consanguins y aidera (2). 
Et l'olxo; est si bien une réalité supérieure aux individus, et le 
besoin d'assurer le service individuel des mânes en est si peu 
une condition explicative, qu'un fils de V olxo; n" 2, je suppose, 
ayant épousé une fille de 1' olxo; n° 1, pourra fort bien entrer 
dans celui-ci ou, du moins, faire souche de fils qui y reste- 
ront (3) ; et il le devra s'il est mari d'une épiclère. DeminiUio 



(1) [Dém.], XLIII, 19. — Voir les observations de Dareste, Plaid civ., \l, p. 23. 
— A l'époque classique, nous verrons pourquoi seul l'habitat séparé est néces- 
saire (cas d'Archiadès dans le Contre Léocharès). 

(2) Sur cet usage, cf. Beauchet. I, p. 62. — Pour le cas des maisons issues de 
Bousélos, V. [Dém.], XLIII, 25, 37, 73, 74-7y. 

(3) C'est le cas de Philagros, de la maison d'EubouIidès (uu des cinq fils de 
Bousélos) qui épouse Phylomachè : son fils Euboulidès 11 continue la maison de 
Hagnias (un autre des cinq filsi : [Dém.], XLIII, 2o. 



276 LOUIS GERNET 

capitis qui est renoncement à l'individualité religieuse si tant 
est qu'on en puisse reconnaître une à ceux qui sont restés dans 
la maison paternelle et qui seront bientôt honorés parmi les' 
« anciens » : ceux que nous disions ne le seront même pas ; 
l'époux d'une épiclère disparaît, ses fils ne sont point à lui (1). 
— Il faudra en même temps que la maison n'' 2 se continue de 
son côté : elle se continuera par les fils qui y sont restés ou, à 
défaut de descendants naturels, par les fils adoptifs que des 
collatéraux héritiers y installeront (2). L'essentiel est que les 
oixoi durent. D'où notre deuxième proposition : un olxo; se 
crée; il ne se perd pas. Il se prolonge par l'abnégalion de 
l'individu : l'individu se fond dans l'être collectif d'une maison 
préexistante, il est absorbé par le passé. 

Maintenant, il se peut — et c'est la vraie tendance de la 
moralité antique — il se peut que jusqu'à nouvel ordre, il ne 
se crée pas de nouveaux olxo!,. Le besoin de nouveaux partages 
ne se fera pas nécessairement sentir. Deux frères, par exemple, 
pourront vivre dans l'indivision (3) : en général, semble-t-il, 
un seul alors se mariera (4) ; ou bien l'un des deux aura épousé 



(1) Du moins dans la rigueur primitive du principe qui, à l'époque classique, 
est notablement tempérée (cf. [Dém.], XLtIl, 74) : mais il y a au moins un des 
fils qui n'est plus au père (i6., § 15). 

(2) [Dém.], XLIII, 11, 25 ; XLIV, 43. Dans le cas du Contre Macartatos, Macar- 
tatos prétend, lui aussi, qu'il est « dans la maison de Hagnias •> (§ 29), qu'il 
continue, par conséquent, l'un des cinq olitot issus de Bousélos ; on ne sait à quel 
titre, observe Dareste, /. l. : mais à voir l'intérêt qu'attache l'orateur à établir 
que Polémon, fils de Hagnias, n'a pas eu de frère (§§ 38 sq.), il est permis d'induire 
que Macartatos déclarait continuer ce prétendu frère. Et l'on constate, en tout 
cas, que la maison de Hagnias qu'il s'agit de perpétuer n'est pas proprement 
celle de Hagnias II dont la succession est revendiquée, mais celle du fils de 
Bousélos. 

(3) Sur la fréquence relative du fait, Beauchet, III, p. 639 sqq.. 

(4) [Dém.], XLIV, 10, 17-18. Un seul olxo; alors se continue ; cf. lois de Manu, 
IX, 182 : le fils de l'un des frères considéré comme le fils de tous. — Cette idée 
de r olxoî qui tend à se continuer immuable, on la retrouve ailleurs. Dans la 
conception pécuniaire du « testament », on ne comprend pas l'adoption dun 
frère (au moins consanguin) par son frère : et c'est parce que, malgré tout, on 
reste obsédé par cette conception qu'on n'a pas voulu reconnaître pareille adop- 
tion dans Isée, Vil, 6 (cf. Bruck, p. 151, et les autorités qu'il invoque; adde 
Beauchet, III, p. 695), alors que le texte, comme le suggère Bruck, nous impo- 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 277 

une épiclère, ou sera devenu fils posthume d'un collatéral. 
C'est à ce moment du droit qu'il faut rapporter telles règles 
coutumières qui longtemps resteront en vigueur encore qu'elles 
soient antérieures à la loi, qui tout ensemble assurent le main- 
tien des oixot. et agissent pour en entraver la multiplication. 
D'abord, on ne peut pas continuer plus d'un olxo; à la fois; et 
ceci est impliqué par la notion même de 1' olxo^ : conséquem- 
iiient, on ne peut pas hériter de son père par le sang si on a été 
« donné en adoption dans une autre maison ». Cela revient à 
dire qu'on ne pourra pas, normalement, posséder plus d'un seul 
« héritage » à la fois ; cet état de choses traditionnel est celui 
qu'Aristote retrouve dans les cités « oligarchiques » (1). D'autre 
part, un fils adoptif est obligé de rester dans sa nouvelle maison : 
autre aspect du même principe, que Solon a peut-être tempéré, 
mais en y restant toujours fidèle, dans la loi qui permet à 
l'adopté de recouvrer ses anciens liens de parenté et de succes- 
sion à condition de laisser un fils par le sang dans l'olxo; qu'il 
était chargé de continuer (2). Et tout cela, sans qu'il y ait lieu 
de faire une place à la volonté autonome d'un pater, sert le 
même besoin social. D'où notre troisième proposition : le sys- 
tème de l'ol/.oç se suiïil à lui-même; il vaut par la moralité de 
la famille, que le sentiment de son unité, le souvenir de la 
maison-souche intéresse à son devoir religieux. Par un emploi 



serait de l'y voir. On aurait pu s'aviser, pourtant, que ce nest pas le seul cas, 
et qu'lsée, VI, 44, indique expressément la possibilité d"une adoption du frère 
par le frère (consanguin). C'est qu'une semblable pratique, tout ensemble, fait 
une place à l'idée d'un oixof; naissant et absorbe cet olxo?, qui ne pouvait se con- 
tinuer par ses propres moyens, dans celui qui préexistait. 

(1) Arist., }*ol.^ V, 7, 1309 a 24 sq., txT.ôè TîXstovwv f, [iiâ; (>cXT,povo[j.{ai;) tôv aÙTÔv 
xXfipovoiiEïv ; la règle y est utilisée à des fins politiques, elle n'a pas été instituée 
pour ces fins. 

(2) Isée, VII, 44; IX, 33: X, 11 ; [Dém.], XLIV, 64; Harpocration, s. v. ^6l:^. oî 
TcoiTiToi. La règle a deux aspects : 1° il n'est pas permis à l'adopté d'adopter à son 
tour; nous avons vu pourquoi : c'est dans l'inlérêt des parents, de la grande 
fauiille ; 2° mais de plus (ce que l'intérêt en question n'expliquerait pas, au con- 
traire), l'adopté, dont nous avons vu qu'il ne peut pas renoncer (à-et-neiv), ne 
peut pas, en principe, quitter la maison adoptive : et ceci est dans l'intérêt 
spécial de I'oIxoî. 



278 LOUIS GERNET 

du mot qui n'en est pas un abus, des collatéraux sont qualifiés 
d'olxewi. les uns pour les autres (1) : ils se doivent de perpétuer 
les maisons les uns des autres (2). 

Mais son développement même devait rompre le système. En 
s'affirmant, il était fatal que l'olxoç se libérât de la tutelle où il 
était comme engagé. D'abord, pour que le système fonctionne 
comme nous l'avons vu, il convient que les liens subsistent 
assez forts entre les maisons dont la solidarité garantit le main- 
tien. C'est le cas, par exemple, des maisons issues de Bousélos 
qui persistent, dans une certaine mesure, à former une unité, 
qui ont des tombeaux communs (3), qui constituent une espèce 
de YÉvo-; (4), qui portent à l'occasion le nom collectif de Bousé- 
lides. Il est clair que, si l'olxoç prétend à une autonomie plus 
complète, ce sera en sacrifiant les conditions de survie que lui 
offrait un pareil terrain. Avec leurs tombeaux communs, des 
groupes comme celui desBousélides ne laissent qu'une impor- 
tance réduite aux tombeaux de chaque famille particulière ; 
pour que ceux-ci constituent un centre autonome de pensée et 
de soucis, il faut qu'ils s'établissent à part (5), comme ils 
l'ont fait de bonne heure; mais alors, plus de « Bousélides », 
ou de Bousélides de moins en moins intéressés à perpétuer les 
maisons les uns des autres. Et ceci, plus que l'empire des 
considérations pécuniaires, plus que la démoralisation spon- 
tanée, est explicatif. 

Or l'olxo^ est nécessairement amené à revendiquer son au- 
tonomie. Il l'est depuis le jour lointain oii la pratique des 

(1) C'est même là l'emploi le plus fréquent. 11 a cet intérêt de nous rappeler 
que la notion historique de 1" olxo;, dans son principe, prolonge et adapte la 
notion préhistorique dun groupe familial encore compact et très large (sur 
Tétymologie de o'txo;, Meillet, Inlroduclion'^ , p. 356; Aperçu d'une hist. de La lan- 
gue gr., p. 99; cf. Platon, Lois, IX, 864 E, 865 E, et notre commentaire, n. 99). 

(2) Cf. [Dém.], XLIll, "4-75 : noms donnés, mariages conclus 6tw<; âv Siairo)- 
Çwv-cai 6'ct..{jiâXiffTa o'. oixoi ot aTtô xoù Bo-jtréXou. 

(3) [Dém.], XLIII, 79, xô [jLvf.[i« BouaeXiSwv : cf. [Dém.], LVÏI, 40, 67 ; Isée, VI, 
64. 

(4) [Dém.], XLlIl, 73. 

(5) [Dém.], 80 : le père et le ^rand-père de Macartatos où xsxowwvrixa^i tojtou, 
i>iX' «'jToîî iSta ÈTTO'.fiffavxo (Jivfi[jia airwOev toû BoujsXiSwv ;xvfi|j.aTo;. 



LA CRÉATION DU TESTAMENT â79 

partages établit des familles particulières sur autant de xXrIpo'. 
séparés. Et ici, une nouvelle contradiction se dénonce dans le 
système. Pour bien faire, il faudrait que l'olxoç fût perpétuel, et 
nous savons que, dans sa logique primitive et dans son idéal, il 
Test. Mais il ne peut pas l'être en fait, comme l'est le clan. Une 
lois que Bousélos a partagé les TcaTowa, et d'autant qu'il les a 
partagés de son vivant, il n'y a plus, ou il risque de ne plus y 
avoir (1), de maison de Bousélos : il n'y a plus que les maisons 
de ses fils. Celles-ci se continuent dans leur solidarité jusqu'à 
la quatrième génération. C'est un cas singulier, probablement 
exceptionnel à l'époque classique, et on peut se demander si 
les considérations du Contre Macartatos, si curieuses par les 
survivances qu'elles nous révèlent, ont eu beaucoup d'effet sur 
les juges. En général, d'ailleurs, on ne remonte pas si haut. On 
remonte jusqu'à l'ascendant qu'on a connu ou qu'on aurait pu 
connaître : cela nous donne un chiffre de deux ou trois généra- 
tions à travers lesquelles un lien spécial (2) unit les olv.tloi au 
sens que nous avons vu. Mais, même à l'intérieur de ce groupe, 
nous apercevons comme une poussée de particularisme qui ne 
permet plus aux olxo», de vivre par leur solidarité. L'oixo; ne 
regarde plus vers le passé; il est tendu vers un avenir où se 
dessine la pensée des maisons nouvelles : qu'il y ait, à un 
moment ou à un autre, un nouveau partage, et il y aura quelque 
part substitution de deux ou plusieurs olxc de fils à un seul olxo; 
de père. Et ainsi, il y a des olxo». qui réclament le droit à la vie 



il) Dans le partage li'ascendant qni est mentionné dans Lys., XIX, 37, le père 
garde pour lui une part entière (comme en droit germanique) : son oIxoî se conti- 
nue au moins jusqu'à sa mort. On doit admettre qu'il peut se continuer encore 
pai- delà, un des fils en étant spécialement chargé : il est probable que la pra- 
tique coutumière des itpET|ieïx (cf. p. 267, n. 2,5. f.) ne signifie pas autre chose. 
— Cf. aussi p. 280, n. 3. 

(2) Toutes sortes de règles, juridiques et religieuses, continuent d'impliquer 
l'existence idéale de ce groupe : droit de poursuite dans la loi de Dracon, régle- 
mentation du deuil, oflrandes au père et au grand-père morts, limitation (dans 
la lettri- du texte; du droit de succéder à la 3* génération en ligne directe, défi- 
nition «les yo/sï;; ;isée, VIll, 32;, etc.; pi»ur le point de vue religieux en particu- 
lier, cf. Rohde, Psyché^, II, p. 340. 



280 LOUIS GERNËT 

que la décadence nécessaire de la moralité familiale ne peut plus 
leur garantir. Et alors, l'idée s'affirme qu'on ne continue, essen- 
tiellement, que l'ascendant immédiat — naturel ou adoptif. Sans 
doute, un respect religieux qui s'atténue en politesse se tourne 
un moment vers les « morts anciens », mais on glisse vite : 
l'essentiel est de savoir comment le dernier mort a entendu 
perpétuer son oixoç (1). Dans un état social où la séparation des 
individus laisse encore enl revoir l'action du facteur écono- 
mique (2), tout Athénien mâle et adulte est une famille en 
puissance. L'essentiel est de savoir s'il a voulu s'en donner 
une, n'ayant pas de fils du sang : à l'époque classique, cest la 
question de sa'-oir s'il a lesté. Nous le voyons par le cas de Phi- 
loctémon dans le sixième discours d'Isée : Euctèmon, son père, 
lui survit; et peut-être Euctèmon a-t-il réglé les affaires de la 
mciison d'Euctèmon; mais Pliiloctèmon en a-t-il créé une nou- 
velle? Ceci, en principe, est indépendant de cela (3). 

Ainsi, dans la logique qui finalement le gouverne, c'est en se 
scindant que l'antique olxo; se perpétue . Et le concept s'en 
assouplit : à la notion concrète et comme solidifiée de la mai- 
son qui ne meurt pas, s'oppose et tend à se substituer la pensée 
des maisons qui naissent, et qui recommencent à chaque géné- 
ration, et (jui au besoin improvisent les moyens de leur libre 



(1) Sur tout cela, voa- un curieux passage de YÉginétique : Isocr., XIX, 42-43. 
Nous eajpruntons l'expression de « morts anciens » au règlement de la phratrie 
des Labyades, C, 1. 39-40 (/. J. G., II, p. 188). 

(2) C'est à cela que se ramène essentiellement cette action du facteur écono- 
mique que nous avons dû invoquer, à cette séparation que produit le développe- 
ment économique, surtout commercial en l'espèce (cf. [Dém.], XLIV, 10, IT, où 
Archiadès n'avait pas partagé le bien paternel avec son frère, mais en revanche 
ûxsi xa6' aûtèv Iv Tfi raXa[j.ïvi). 

(3) C'est de la succession d'Euctèmon qu'il s'agit au fond dans ce plaidoyer 
d'Isée (cf. Dareste, Plaid. d'Isée, p. 105) : c'est que, Euctèmon étant mort, l'adoption 
de Ghairestratos par Philoctèmon ouvre à Chairestratos un droit à la succession 
de son nouvel a'ieul. Mais cela n'empêche pas l'orateur de soutenir — sophisme 
instructif — que, même légitimes, les enfants d'Euctèmon et d'Alkè, une fois 
adoptés par Philoctèmon, auraient perdu leur lien de parenté avec leur père 
naturel (§ 44), ni de reconnaître que la fille d'Euctèmon doive être adjugée comme 
épiclère (§31) et ainsi indirectement chargée de continuer pour son compte 
l'olxo; de son père. 



La CRÉAtlON DU TESTAMENT 281 

survie — par le testament. Le testament est l'instrument juri- 
dique qui permet à Tolxo; de vivre, malgié la nature et sans la 
grande famille. Il signifie la libération de la famille étroite. 11 
signifie que celle-ci s'est affirmée dans son autonomie. 

III 

Si nous nous permettons une comparaison entre faits grecs 
et faits romains, si même nous allons encore insister sur leur 
analogie, nous n'oublions pas les dilTérences certaines qui les 
séparent (1). A Rome, la copropriété du groupe familial étroit 
est absorbée dans la personne du patei\ qui peut tester même 
en présence des descendants légitimes, et en face duquel, lui 
vivant, ses fils sont presque un néant juridique. A Athènes, la 
co propriété domestique, autrement entendue,, assure aux fils, 
sauf les cas d' « abdicalion » ou d'adoption dans une autre 
famille, un droit indélébile : les fils ont du leste une personna- 
lité si solide que, du vivant de leur père, ils peuvent être comme 
un centre indépendant de vie familiale; et cette particularité, 
nous venons de le voir, précise la physionomie du « testament » 
grec à l'âge classique. D'autre part — et cette difl'érence, pour 
relever plutôt des mœurs que du droit, n'en est pas moins pro- 
fonde — ■ l'olxos apparaît sensi,blement moins dégagé du groupe 
des proches que la domiis. Non seulement la succession testa- 
mentaire ne possède pas du tout à Athènes le primai qu'elle 
possède à Rome ; mais on perçoit 1res bien la résistance (2) des 
idées traditionnelles à la pensée de liberté que représente le 
testament, et la tendance qui persiste à faire régler par la 
parenté les affaires de la « maison ». 

(1) Différences si caractérisées qu'elles enlèvent toute autorité, sur ce point, 
à l'hypothèse dun emprunt d'une législation à l'autre. 

(2) Résistance qui se manifeste, nous le rappelons, dans la jurisprudence. Entre 
la jurisprudence et la coutume il n'y a pas ce rapport simple que postule par 
exemple la théorie de M. Lambert dans l'ouvrage plusieurs fois cité : il y a dans 
la coutume des tendances divergentes que tantôt entrave et tantôt favorise l'ac- 
tion des tribunaux. Cf. p. 286, n. 3. 

REG, XXXUI, 1920, n" 153. 19 



282 LOUIS GERNÉT 

Mais ce conflit même est instructif: il nous permet de mieux 
saisir l'esprit propre que symbolise et qu'entretient la loi. On 
peut dire que la loi apparaît au moment où il y a lieu d'orga- 
niser et de composer, de façon consciente, des croyances 
sociales. Ce qui signifie qu'elle n'apparaît pas tant que domine 
le régime des vastes groupes gentilices et de la solidarilé fami- 
liale : ici les tendances se satisfont d'elles-mêmes, elles sont 
comme absorbées dans le fonctionnement de la vie de clan, et 
la conscience ne saurait se déployer (1). Mais à la décomposition 
des anciens groupes correspond une recomposition spéciale, 
constitution de groupes plus restreints et plus instables : c'est 
là une condition qui apparaît réalisée pour les XII Tables et 
pour la législation solonicnne. En l'espèce, il est notable 
que l'objet de la loi, sous réserve des observations qui précèdent, 
offre une telle analogie en Grèce et à Rome ; il est significatif 
que la législation commençante, dans les deux Etats, fasse une 
aussi large place au « testament », que ce soit justement là une 
de ses nouveautés les plus marquées d'après une tradition qui, 
pour Athènes, ne saurait être révoquée en doute, et qui, pour 
Rome, a pu résister aux etTorts les plus ingénieux de l'hyper- 
critique. Entre le phénomène-loi et le phénomène-testament, 
concomitants dans les deux sociétés antiques — sans d'ailleurs 
qu'on puisse parler d' « influence » de l'une sur l'autre, ou d' « em- 
prunt » de l'une à l'autre — il faut qu'il y ait, dans ces socié- 
tés au moins, une affinité qui doit nous éclairer sur la significa- 
tion du piemier, sur son mode d'action, sur la pensée du droit 
qu'il inaugure. * 

I. D'abord, la loi suppose, ou plutôt exige, un régime de 
droit organisé. Et ce paradoxe apparent, que le rôle du juge 
prend, précisément avec la loi, une importance singulière, se 



(1) Ce qufi nous disons ici vaut pour les sociétés antiques que nous avons en 
vue ; mais c'est un phénomène général et une loi abstraite qui s'y traduit sous un 
aspect particulier : cf., sur les conditions du droit coutumier à toute époque, 
Gény, Mélh. d inlerprét . et sources en droit privé positif ,2^ éd., p. 32S. 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 283 

conçoit et se justifie quand on lit, à travers l'histoire juridique 
d'Atl^^nes, les condilions objectives de la réforme solonienne. 
Installés au-dessus des groupes familiaux, les tribunaux nou- 
vellement institués sont les conservateurs de la loi et les garants 
de sa vérité ; ce qui relevait de l'arbitrage d'une plus ou moins 
large parenté relève désormais do leur jugement. Ce n'est pas 
là une vérité tout abstraite : la liberté testamentaire elle-même 
joue dans un cadre de procédure où la souveraineté de la loi a 
pour organe nécessaire l'empire du juge. Et comme l'idée de 
la succession, qui était celle du xXripoç, devient celle de la 
Xfi;',; [{), ainsi Vépidicasie, l'adjudication d'héritage que pronon- 
cent les tribunaux, devient indirectement un intermédiaire 
général de transmission (2). Par elle, aussi bien pour les suc- 
cessions ab intestat que pour les successions testamentaires, 
la loi de Solon, se substituant à la famille, est vraiment loi. 
C'est à cette pensée générale qu'il faut rattacher le testament, 
à cette pensée d'organisation supérieurequi fonde telles actions 
nouvelles comme celle de partage (3), et qui, à l'analogie de la 



(1) Le x>>f|po;. c'est, originellemenl, le lot tiré au sort dans une succession 
entre des héritiers du même degré (le mot n'a pas le même sens pour Athènes 
que pour Sparte par exemple) : une idée analogue, mais notablement transposée, 
apparaît dans iin terme comme XT,Çiap/ i/ôî : le Xïiïiatpyixèv ypajjLjjiaTeTov, c'est le 
registre du dème. ainsi désigné connue registre des « héritages» d'après les péti- 
tions d'tiérédité dont l'ordre se déterminait par le tirage au sort comme toutes 
les actions en général (Harpocration, s. «.; Schol. Eschn., I, 48; cf. Haussoullier, 
Vie munie, p. 13; Beanchet, II, p. 119). 

(2) Normalement, ladopté, qui est suus hères, n'a pas besoin de demander 
l'épidicasie : il a la saisine, et, s'il est actionné, il répondra par la ôia[iaprjp(a, qui 
est comme une fin de non-recevoir ; mais sur cette procédure arctiaïque, si 
intéressante, et qui devait dans le principe couper court aux prétentions adver- 
ses, un procès se grefle à l'époque classique. Aussi bien, elle est vue avec défa- 
veur (Isée, Vil, 3 ; VI, 45, etc.), et nous avons noté que non seulement l'adopté 
testamentaire est obligé de demander la saisine, mais que, pratiquement, c'est la 
voie à laquelle recourt l'adopté entre- vifs dans bien des cas (cf. p. 235, n. 1) : cf. la 
nécessité de l'addition (devenue en droit prétorien la requête adressée au magis- 
trat) pour l'héritier testamentaire romain (cf. Lambert, 0. /., p. 481). Ce pro- 
cessus, en Grèce, s'explique dans le cas présent, comme dans le cas de certaines 
institutions qui ne relevaient d'abord que de la famille, l'iTt6ûar^<3i<i par exemple 
(voir notre commentaire à Platon, Lois, IX, p. 126 sq.) ou l'iiroxfipîjV-î (cf. Platon, 
Lois, XI, 929 B, et son conseil de famille). 

(3) Nul n'est tenu de rester dans l'indivision : c'est le principe que proclame 



284 LOUIS GÈRNET 

famille, vise la constitution de groupes nouveaux comme les 
sociétés contractuelles (1). Défait, une loi particulière comme 
la loi sur le testament ne saurait être une loi indépendante : 
elle a des attaches délinies avec les autres, avec les autres elle 
s'organise en système,, et il n'est pas insignifiant que l'histoire 
nous montre souvent les premières dispositions du droit civil 
sous les espèces d'un Gode. 

Par ce système^ le Code, et par cette armature, les tribunaux, 
la loi commande à l'avenir — dans la formule même de la loi 
•testamentaire, nous le reconnaissons. C'est là peut-être son 
attribut spécifique. La codification est un règlement décomptes 
du passé. Elle a etîet novatoire, comme on dit. Même en pro- 
longeant la tradition, elle la dépasse; sous la forme définie du 
Oea-p.6; solonien, elle innove. Les vôjjlo!. (2) au sens premier 
n'étaient que du passé qui se perpétue, comme les groupes qu'ils 
régissent étaient installés dans une espèce d'éternité. Et comme 
c'est la loi qui, à la place de ces groupes, représente le per- 
manent, c'est la pensée du futur qui la domine : pensée nou- 
velle^ car la volonté de durée se présentait sous des espèces 
singulières dans la fam^le traditionnelle, pour qui il n'est pas 
question d'hypothéquer l'avenir (3) ni, en général, d'étendre à 



la loi de Gortyne (col. V, 1. 28 sq.) ; à Rome, Vaciio familiae erciscundae date 
des XII Tables (Girard, Manuel '', p. 640); à Athènes, l'action sic ôaxTiTwv a'ipeuiv 
ne peut guère être ni plus ni moins ancienne que les lois de Solon. Chaque 
groupe familial constitue un monde plus ou moins indépendant dont la dotation 
est assurée par les partages de succession : le principe que nous venons de rap- 
peler est l'instrument par quoi la législation commençante organise les groupes 
étroits et multipliés. 

(1) La otxr, slt; oa-uTiTÛiv atpsotv a été étendue au cas de partage d'une succession 
au cas de partage d'une société (Beauchet, III, p. 642 et 352). — A Rome, Vactio 
communi dividundo est postérieure à Vaciio familiae erciscundae (Girard, Manuel ^, 
p. 640), la copie au modèle. 

(2) En l'espèce, ce sont ceux qui sont signalés dans la charte de la colonie de 
Naupacte, A 22-B 2, B 4 sq. (voir l'observation des éditeurs des /. /. G., I, p. 191) ; 
les règles coutumières de succession varient avec les localités, oro? hoXk; Fexasxov 
vo[x:!^£i. De même varient les'vô[jLOt de groupes familiaux comme les phratries 

(3) Sans doute l'épiclérat, par exemple, peut être considéré sous l'aspect d'un 
régime de substitution; mais c'est là une conception moderne qui risque de 
fausser la conception antique : l'épiclérat est, au premier chef, tout autre chose. 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 283 

l'avenir la prise que les hommes exercent sur le présent, 
pour qui, au vrai, le temps ne court pas, n'existe pas. puisqu'on 
donne un fils adoptif à un individu mort depuis plusieurs géné- 
rations (i). Mais la loi est un système à\issura7ic€s : en provo- 
quant les initiatives, nous l'avons vu, la loi testamentaire 
assure, avec son propre fonctionnement, celui de toute une 
part de la machine sociale. 

II, Commandant à l'avenir, est-ce à dire que la loi le pré- 
détermine? Permis aux législateurs d'avoir cette illusion (2) : 
mais c'est une illusion ; et l'évolution du testament, en Grèce 
comme à Rome, le montre bien. Même dans ces sociétés anti- 
ques où règne la religion de la loi, la loi est vraiment, comme 
nous l'avons qualifiée, un phénomène : elle agit en dehors 
de la volonté du législateur, elle produit des conséquences 
qui sont indépendantes de cette volonté, et elle les produit 
suivant un processus qu'on peut définir abstraitement. Nous 
avons dû rappeler ce truisme que, pour une loi, être, c'est 
être appliquée; or, dans les deux cités, l'application de la loi 
testamentaire l'a fait vivre d'une vie nouvelle et semblable : 
sous le nom du testament, d'un acte que la loi permettait, 
la jurisprudence en est venue à sanctionner un acte auquel 
le législateur n'avait point pensé. La loi s'est dépassée : elle n'a 
pas seulement agi au moment même, elle a agi après coup, et 
un développement inédit en est issu, mais par une vertu qui 



(1) Dans le Contre Léocharès, c'est le môme Archiadès qui a servi de père 
adoptif, après sa mort, à son petit-neveu Léocratès, puis au fils de celui-ci 
Ménestratos, puis à un autre Léocratès fils du pnécédent, puis de nouveau à 
Léostratos, puis à Léocharès, second fils de Léostratos ([Dém.], XLIV, 19, 21, 22, 
34, 41-42). 

(2) Fût-ce celle de Selon comme celle de Justinien et de Napoléon ? Les tra- 
ditions plus ou moins diver^jentes représentées par Hérod., 1, 20, Arist., 'A. n., 
VU. 2, IX, 2, XI. 1, XXXV, 5, et où la loi testamentaire se trouve spécialement 
intw'essée, nous paraissent traduire un curieu.K phénomène de projection: on a 
combiné pour les attribuer au législateur lui-même les deux idées plus ou moins 
antinouiiques que synthétise le concept réel de la loi, celui d'une certaine fixité 
et celui de la transformation que produit la jurisprudence. 



286 LOUIS GERNET 

était en elle — car c'était toujours la loi, on l'invoquait toujours, 
l'innovation s'abritait derrière elle. Fait ge'néral que celui-là : 
quand nous disons que l' « esprit de la loi » est de favoriser ou 
d'entraver telle ou telle institution, nous exprimons sous une 
forme plus ou moins heureuse une vérité dont témoignent les 
législations antiques. Il y a des lois qui ont une postérité : elles 
agissent en déterminant un état d'esprit, elles agissent parce 
qu'elles créent des croyances. 

Seulement, ce mode d'action de la loi ne saurait se compren- 
dre par la loi seule ; une mutation aussi caractérisée serait inin- 
telligible si elle se produisait comme d'elle-même : elle sup- 
pose dans le cas présent tout le réseau des règles, qui vont 
de la convenance morale jusqu'à l'obligation coutumière, 
entre lesquelles se meut l'individu et sans lesquelles le fonc- 
tionnement même de la loi serait impossible. C'est à ces règles 
que continue d'obéir celui-là même qui use du « droit de tester ». 
D'une part, en]]efîet, il a conscience de sa responsabilité vis-à- 
vis d'un être qui le dépasse, il se souvient que c'est des tom- 
beaux de famille qu'il va permettre ou qu'il va interdire 
l'accès (1), et il n'ignore pas suivant quelle hiérarchie objective 
ses préférences se doivent normalement ordonner (2). D'autre 
part, ni Solon ni même Glisthène n'ont abrogé les règlements 
des antiques groupes familiaux: Solon les ignore plutôt; mais, 
à vrai dire, sa loi les suppose: ces coutumes (vépiot.) qui ne 
peuvent plus prétendre aux sanctions proprement coercitives, 
on continue de les observer, et il le faut bien^ par exemple 
pour la présentation de l'adopté, qui reste un élément tradition- 
nel et pratiquement nécessaire de ce que nous appelons le tes- 
tament. En fin de compte, une loi comme celle de Solon 
implique la subsistance de règles d'un autre ordre, loin qu'il 
y ait entre elle et la coutume notamment (3) cette opposition 
absolue qu'on se plairait dabord à tracer. 



(1) Isée, VI, 51, 64 ; Vil, 1; IX, 36. 

(2) Isée, m, 72-73. 

(3) Aussi bien c'est une véritable coutume qui est issue, en l'espèce, de la loi : 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 287 

III. Par là se précise la signification du droit subjectif et le 
rapport nécessaire oi^i nous le voyons avec la règle de droit 
législatif. 

I^ln ouvrant le droit au testament, la législation commen- 
çante accorde une certaine faculté à Tindividu: sçs^vat, oiaÔéaOat 
omo; àv QiXï], iiti legassit ila jus esto : de part et d'autre, dans 
des conditions 'qui ne sont pas les mômes, avec des différences 
éclatantes, mais aussi avec une remarquable analogie dans le 
fond, le possesseur d'un patrimoine est affranchi, pour la 
transmission de ce patrimoine, non pas d'un contrôle, à vrai 
dire, mais de la nécessité d'une autorisation. Or cela signifie 
sans doute, comme le signifient dans la même législation solo- 
nienne la disposition sur la dot (1) et d'autres encore, que l'in- 
dividu est à certains égards émancipé; il l'est même dans le for 
intérieur les affections sont libres. Mais cette libération, il 
est trop évident qu'elle ne s'est pas faite toute seule, en d'au- 
tres termes, que la loi ne la prononce pas arbitrairement: le 
droit au testament, nous l'avons vu, doit se comprendre en 
fonction de la famille étroite désormais établie sur des bases 
plus ou moins indépendantes, aussi bien en Grèce, oîi rèyyûria-t.?, 
réglementée d'ailleurs par Solon (2), sert à fonder la filiation 
légitime (31, que dans la Rome des XII Tables, oii telle disposi- 
tion atteste indirectement une paternité légitime se suffisant en 
quelque sorte à ellermôme (4). Ainsi l'innovation législative 



je veux dire cette pratique, qui se sent de plus en plus autorisée, de l'adoption 
testamentaire. 

(1) Cf. Glotz, Solidarilé, p. 330 sqq. 

(2) [Dém.], XLVI, 18 : loi certainement ancienne (cf. R. E. G., XXX, p. 270) et 
qu'on doit replacer dans le cadre de la législation solonienne. D'ailleurs, la loi 
ne s'occupe pas des formes Aeïèyyùr\zi!;, qui reste une institution essentiellement 
coutumière, comme l'introduction de l'adopté dans la phratrie. 

(3) Cf. Dém., XXII, 33; LIX, 52; 54, Mém., Pénk., 10-11, rapprochés d'Isée, 
VIII, 19 ; 111, 6 ; [Dém.], XLVI, 49; LVII, 41 ; LIX, 60, et, particulièrement, Clém. 
Alex., Strom., II, 23. L'Èv-y-û-rjun; matrimoniale, de ce fait, admet une fonction 
spéciale, secondaire par rapport au sens.primitif de l'institution (sur quoi, R. E. G., 
XXX, p. 272 sqq.). 

(4) Voir dans les Mél. dliist. du dr . d'Esmein {La maitus... dans l'anc. dr. 
rom., p. 10-11) comment la règle des XII Tables sur Vusurpalio Irinoclii impU' 



288 LOUIS GERNET 

peut se considérer à deux points de vue : d'une part, nous 
voyons le groupe familial se concentrer, et, constitué en être 
juridique nouveau, c'est pour lui que la liberté apparaît; d'au- 
tre part, nous voyons l'individu devenir plus autonome, et, 
dégagé d'une tutelle, c'est sur lui que l'organisation se fonde. 
Ce sont 11 les deux faces d'un môme phénomène : c'est en sup- 
posant un statut que la loi confère un droit (1). 

Cette pensée du droit est pensée abstraite. La loi est une 
puissante machine à abstractions. D'abord, par elle-même, elle 
donne le branle à la jurisprudence, dont un des procédés essen- 
tiels va être l'utilisation des formes juridiques: ainsi l'adoption 
dès la loi de Solon — comme l'institution d'héritier à partir des 
XII Tables — apparaît, en même temps qu'une réalité subs- 
tantielle, une notioQ qu'on exploite, un cadre où plus tard on 
pourra insérer de l'inédit. — Et, au fait, qu'est-ce que le droit 
à la ot.aQrjX7i et au testamentuml C'est une habilitation générale, 
pure et simple, donnée une fois pour toutes, à un acte qui 
requérait jusque là une habilitation spéciale^ conditionnelle, 
accordée pour un cas singulier; c'est la substitution de la lex 
du testament, forme abstraite qui recevra dans chaque cas son 
contenu particulier, aux leges en quelque sorte individuelles, 
^wyi 'privilégia que prononçait la tolérance d'un groupe familial 
ou d'une assemblée comitiale. — Et ce n'est pas non plus une 
concordance insignifiante, celle que nous pouvons relever, pour 
finir, entre le droit du testament et le droit du contrat : en des 
formules qui se répondent de l'une à l'autre législation, qui se 
font écho à l'intérieur de chacune, testament et contrat com- 



que que la paternité légitime était dès lors indépendante de la conventio in 
manum réalisée par les modes traditionnels. A un certain point de vue, le 
fait romain est l'inverse du fait athénien ; au fond, il a même signification: c'est 
de ce moment juridique que date la préoccupation de la paternité légitime pour 
elle-même. 

(1) C'est pour cela qu'il y a un lien particulièrement étroit entre cette détermi- 
nation maxima de la régie juridique qu'est la loi et ces affirmations d'autonomie 
que sont les droits subjectifs : il est naturel que telle théorie moderne — celle 
de M. Duguit — prétende écarter à la fois la seconde notion et la forme tradi- 
tionnelle de la première. 



LA CRÉATION DU TESTAMENT 289 

mencent d'affirmer leur autonomie juridique (1); et pour tous 
deux, à des points de vue diflerents, ce sont presque de com- 
muns actes de naissance que les XII Tables et le Code solo- 
nien. Ce n'est pas seulement que lous deux sont nés en effet 
dans un milieu économique et juridique qui, pour les mômes 
causes, les favorisait également ; ni que le contrat suppose, 
comme le testament, une certaine synthèse entre individua- 
lisme et organisation — car la liberté de contracter, c'est la 
force obligatoire du contrat ; rnais c'est aussi que l'un et l'autre 
exigent de la pensée collective le même effort et le même parti 
pris, et que désormais l'élan est donné à limagination intellec- 
tuelle qui, dans le droit des obligations, élargira de plus en 
plus et assouplira de plus en" plus ses abstractions. Par tout 
cela, le testament, qui, après Solon, va pouvoir créer du droit 
par la déclaration unilatérale de volonté, ne s'en rapproche pas 
moins du contrat. Ainsi s'accomplit son destin antique. 

Peut-être lui trouvera-t-on, à ce destin, la vertu d'un sym- 
bole, ou plutôt la signification d'une loi. Quand un nouvel être 
social apparaît, il convient qu'il se produise d'abord à l'ombre 
du passé, dans une certaine sphère de protection. Mais il vient 
un moment oii il tend à ne relever que de la société dans son 



(1) La règle du droit athénien qui confère la validité aux "conventions libre- 
ment conclues ([Dém.], XLII, 12;XLVII, 77; LVl, 2; Hyper., C. A//ie«., col. VI, 
1. 7-8 ; Plat., Banq., 196 C) doit être rapportée à '§olon d'après Gaius, L. 4, D. 
XLVIi, 22. Le rapprochement avec la loi testamentaire est établi par Hyper., 
C. Alhén., col. VII, 1. 26 sqq.. Nous avons déjà (p. 254, n. 1) relevé l'emploi du 
même mot 5n-c£9£j9ai pour le testament et pour certain contrat (loi rapportée 
par Gaius, l. l.). Dans les XII Tables, c'est aussi une correspondance saisissante 
que nous relevons entre la règle uti legassit, ita jus eslo et la règle iili lingua 
nuncupassit, ita jus esta pour le nexum et la mancipatio. Et nous n'oublions pas 
que ni \& mancipatio, dans la conception technique du droit romain, ni le nexum 
d'après certaines théories modernes, ne sont à proprement parler des contrats: 
mais si la structure même du droit romain lui interdisait de sélever dès ce 
moment à l'atïirmation du principe qui domine le droit athénien des obligations, 
nous n'en avons pas moins là des formes de commerce juridique qui apparais- 
sent dans les XII Tables et par les Xll Tables libérées d'une contrainte qui 
pesait jusque là sur elles — laquelle au juste, nous ne savons : de ce point de 
vue, on peut considérer ces actes, tels que les fonde la loi, comme les premières 
manifestations de l'idée nouvelle du contrat. 



290 LOUIS GERNET 

ensemble et du' système abstrait de son organisation. C'est 
alors que la notion du droit subjectif apparaît ; c'est alors aussi 
que la loi apparaît. C'est l'histoire de la famille étroite comme 
du testament primitif, c'est l'histoire de bien d'autres organis- 
mes sociaux comme de bien d'autres formes juridiques, c'est 
proprement un drame social toujours renouvelé dans ses 
aspects et dans ses acteurs. 

Louis Geknet. 



LE PORTRAIT DE PHIDIAS 
SUR LE BOUCLIER DE L'ATHÈNA PARTHÉNOS 



Phidias, prétendent certains auteurs anciens, avait donné 
ses propres traits et ceux de Périclès à deux combattants de 
l'Amazonomachie sculptée sur la convexité du bouclier de 
lAthèna Parthénos. Lui-même, rapporte Plutarque, paraissait 
sous l'aspect d'un vieillard chauve, élevant une de ses deux 
mains, et l'homme dEtat, son protecteur, voilait, de sa main 
qui lançait un javelot, une partie de son visage, sans que pour 
cela la ressemblance en fût diminuée. Une telle audace, jugée 
sacrilège, avait déterminé contre l'artiste une accusation d'im- 
piété (1). 

L'Athèna Lenormant, le bouclier Strangford, un fragment 
romain (2), conservent dans ses grandes lignes la composition 
décorative du bouclier divin. On y a reconnu sans peine, d'une 
part Phidias dans le guerrier qui brandit de ses deux bras 
levés une pierre (statuette Lenormant) ou une double hache 
(bouclier Strangford), d'autre part Périclès dans celui qui, à 
côté du précédent, lève le bras droit et cache ainsi une partie 
de son visage. Dans le premier, les traits individuels, la cal- 
vitie, le vêtement même, qui convient à un travailleur, sont 

(1) Overbeck, Die Antiken Schriftquellen, n» 630 sq., 668 sq. ; Michaelis, Der 
Parlhenon, p. 268-9, n° 26sq.;Egger, Revision critique d'un témoignage de Cicéron, 
concernant les artistes grecs, dans la Rev. arch., 1861, 4, p. 425 sq. 

(2) .Michaelis, pi. 15, p. 283, n» ;U-o: 277 1 b. 



292 W. DEONNA 

conformes à la description de Plutarque. Les mômes person- 
nages et d'autres éléments communs, paraissant avec quelques 
variantes sur les boucliers Lenormant et Strangford, témoi- 
gnent d'un prototype copié avec plus ou moins de fidélilé : il 
semble donc hors de doute que les Athéniens, voyaient, dès 
l'inauguration de la statue en 438, les deux guerriers en ques- 
tion (1). 

Remarquons que les textes assimilant ceux-ci à Phidias et à 
Périclès sont récents, tous postérieurs à l'ère chrétienne, et 
que, pour cette raison, on ne peut leur accorder une confiance 
absolue. S'agit-ii d'un fait historique et réel? Sommes-nous en 
présence dune de ces importunes légendes qui s'enroulèrent 
comme des végétations parasites autour du nom glorieux de 
Phidias? Les érudits modernes discutent, et certains contestent 
résolument la véracité de la tradition. 

Plusieurs hypothèses sont donc permises : 

A. Phidias aurait en vérité sculpté son image et celle de 
Périclès sur le bouclierd'Athèna, et l'accusation d'impiété aurait 
été fondée. 

B. a) L'imagination populaire lui aurait prêté à tort cette 
intention,^ dès son vivant même. Les Athéniens reconnaissant 
dans les deux guerriers en lutte contre les Amazones le sculpteur 
et le stratège, les ennemis politiques de ceux-ci et les artistes 
jaloux du maître auraient saisi ce prétexte et en auraient 
fait un des éléments de son procès, dont les circonstances sont 
encore si obscures, malgré les études récentes (2). 

b) L'identification est postérieure au temps de Phidias; elle 
n'est qu'une légende populaire, même un racontar de ciceroni, 
commentant aux visiteurs les beautés de la statue, et, comme 
ceux de nos jours, mêlant à des détails exacts des ragots sans 
fondement. De combien d'erreurs l'histoire de l'art antique 

(1) Sur le portrait de Phidias, Conze, Arch. Zeitung, 1863, p. 32 sq.; Loeschcke, 
Phidias Tod, p. 31-2; Collignon, Phidias, p. 32 ; id., Le Parlhénon, 1914, p. 199; 
Bernouilli, Griech. l Iconographie, I, p. 116; Furtwaengler, Meislerwerke, p. 73, etc. 

(2) Cf. un résumé des travaux de Nicole, de Pareti, donné par Lechat, Rev. 
des et. anciennes, 1911, p. 125 sq. 



PHIDIAS SUR LE BOUCLIER DE L*ATHÈNA PARTHÉNOS 293 

ne leur esl-elle pas redevable ! Que de détails bizarres et puérils 
ne nous onl-ils pas conservés ! A Chios, leur plus grand plaisir 
n'était-il pas d'attirer l'attention du dévot sur la double expres- 
sion du masque d'Arlémis, œuvre de Boupalos et d'Athènis, 
triste à ceux qui entraient, joyeux à ceux qui sortaient du 
temple? (1) 

Toutes les probabilités sont en faveur de la seconde hypo- 
thèse (B), et l'on peut concevoir sans difficulté la genèse de 
cette légende, qu'elle remonte au v" siècle ou qu'elle se soit 
formée postérieurement. Il ne semble pas du reste que les 
exégètes fussent d'accord; si la plupart nomment Phidias, 
Ampélius reconnaît sur le bouclier de la Parthénos le légen- 
daire Dédale (2); celte divergence n'indique-l-elle pas déjà à 
elle seule le peu de valeur de cette tradition ? 

C'est un désir naturel que de chercher dans une image la 
reproduction de traits individuels, spécialement ceux de per- 
sonnages réputés, historiques. Les savants eux-mêmes ont 
quoique peine à éviter ce piège. L'archéologie du xvni" siècle, 
éprise de la gloire romaine, appliquait ce principe systémati- 
quement. Le rapt des Leucippides était l'enlèvement des Sabi- 
nes ; Achille à Skyros devenait Romulus avec Talius ; le meurtre 
de Polyxène n'était autre que le suicide de Lucrèce ; Mars et 
Vénus se muaient en Coriolan et sa mère. Aujourd'hui, on a 
renoncé à retrouver partout des allusions historiques, mais 
cependant on n'évite pas toujours cette erreur. A plus forte 
raison l'imagination populaire aime-t-elleà reconnaître les gens 
illustres dans les images dont le nom lui est inconnu, ce dont 
on pourrait citer des exemples à toutes les époques. On tient 
aussi à qualifier les œuvres d'art de portraits, sitôt qu'un visage 
présente quelques traits particuliers, et l'on peut ainsi attribuer 
aux artistes des intentions qu'ils n'ont jamais eues, alors que 
cette apparence individuelle procède de tout autres causes, 
inexpérience technique, conventions artistiques, etc. Ce fut 

(1) CoUignon, Rev. des Et. grecques, XIV, 1901, p. 1 sq. 

(2) Overbeck, n» 672. 



294 W. DEONNA 

une erreur de quelques érudits que de parler de « portraits » 
devant les Corés impersonnelles dé l'Acropole (1); ce fut une 
erreur de Briinn que d'insister sur les caractères individuels 
d'une tête archaïque du vi* siècle, de Bologne, qui en réalité 
sont issus de la gaucherie de l'imagier (2). On a donné ailleurs 
d'autres exemples (3). Plus encore que les savants, les igno- 
rants agissent de la sorte. Ils vont môme jusqu'à donner aux 
statues antiques les nojps de personnes vivantes de leur entou- 
rage, sur une simple analogie de traits. Au Musée de Constan- 
tinople, un Bacchus Ammon a un caractère si individuel, « que 
les employés du Musée désignent cette tôle par le nom d'une 
personne de leur connaissance » (4). La célèbre statue du Musée 
de Giseh n'était-elle pas, pour les ouvriers qui la découvrirent, 
le portrait du « Maire du Vilhige », le Sheik-el-Beled? Identi- 
fication fort compréhensible, puisque la dame Nefert de Boulaq, 
ditunérudit, ressemble étonnamment à une cantatrice italienne 
contemporaine (5). 

Les visiteurs de la Parthénos, ou ses exégètes, hantés par 
le renom du maître attique et par celui de l'homme d'État auquel 
il fut étroitement associé, ont pu céder au désir instinctif de 
percevoir leurs traits sur l'œuvre qu'ils admiraient ou commen- 
taient. Quoi de plus légitime, puisque nous-mêmes, archéo- 
logues, ne résistons qu'à grand peine à celui d'attribuer toute 
œuvre anonyme de la sculpture grecque à quelque artiste 
célèbre, puisque nous nous livrons à des prodiges d'érudition 
pour identifier tout portrait avec celui d'un homme illustre, 
alors que souvent aucun indice probant ne nous peut guider? 

Toutefois, pour que l'imagination populaire ait été conduite 
à localiser ainsi le portrait de Phidias, il faut que certains 
détails, certaines analogies l'aient guidée. 

(1) Lechat. Rev. des Et. anciennes, 1914, p. 165, note 2. 
(2j Cf. Grenier, Bologne villanovienne, p. 427. 

(3) Deonna, L'expression des sentiments dans Vart grec, p. 319 ; id., V Archéo- 
logie, II, p. 257. 

(4) Gaz. arch., 1887, XII, p. 87. 

(5) V Anthropologie, 1892, p. 129 sq. 



PHIDIAS SUR LE BOUCLIER DE l'aTHÈNA PARTHÉNOS 295 

Pourquoi le placor sur le bouclier piulôl que parmi les reliefs 
qui décoraient les autres parties de la statue, Gigantomachie 
sur la concavité du bouclier, Cenlauromachie sur la tranche 
des semelles, naissance de Pandore sur la base? Il eût été 
impossible d'identifier Phidias à l'un des êtres divins aux noms 
précis de la Gigantomachie ou de la naissance" de Pandore, 
Mais la Centauromachie et l'Amazonomachie présentaient des 
Grecs vainqueurs. Le dernier thème, par son caractère moins 
mythologique, presque historique pour les anciens, se prêtait 
le mieux à l'identification désirée. 

De plus, n'était-il pas indiqué de chercher un portrait sur le 
bouclier? Les anciens sculptaient ou peignaient souvent sur 
des boucliers réels ou sur d'autres objets de surface ronde 
des portraits, récompenses décernées aux citoyens, que l'on 
dédiait dans les temples. Tel le portrait sur bouclier du 
Thébain Timomaque, consacré par les Spartiates dans un 
temple d'Amyclées. Cet usage, qui persista jusqu'à la fin de 
l'antiquité, était à ce point répandu, que, suivant Boeckh, les 
mots slxwv vpa-Trî, même seuls, doivent presque toujours 
s'entendre dans les inscriptions d'un portrait peint sur bouclier, 
et non d'un tableau ordinaire (1). Cette figuration sur un 
bouclier est certes bonorifi((ue; car son disque est l'image du 
monde, de la terre, oii paraissent les dieux et les héros mythi- 
ques, puis les puissants de ce monde, et ceux qu'on désire divi- 
niser ou glorifier (2). 

Mais pourquoi choisir, parmi les combattants, pour les 
dénommer Phidias et Périclès, ceux dont Plutai'quc nous a 
laissé la description? Y a-t-il quelques détails qui s'y prêtent? 
Côte à côte, luttant contre les mêmes ennemis, en belle place 
sur le bouclier, ils rappellent l'amitié qui unissait le sculpteur 
au stratège. Certes, nous ne connaissons pas l'aspect réel des 
prototypes sur la Parthénos, puisque les reliefs Lenormant et 

(1) Dict. des ant.. s. v. Imago, p. 394. 

(2) Ihid., s V. Clipeus ; cf. mon article, Le trésor des Fins d'Annecy, dans la 
Rev. arch., 1920, I, p. 138 sq. 



296 W. DEONNA 

Strangford ont entre eux des divergences (1). Sur le premier, 
le prétendu Phidias lève une pierre de ses deux mains ; sur le 
second, il brandit une double hache. A en croire Plutarque, 
c'est le premier attribut qui paraissait sur le bouclier de la 
Parthénos. Loeschcke remarque, en faveur de Phidias, que le 
personnage n'est pas armé, à proprement parler; mais ce n'est 
pas un argument bien convaincant, puisque l'art grec donne 
souvent la pierre comme arme à divers combattants, par exem- 
ple aux Centaures. En la transformant en bipenne, arme sou- 
vent donnée elle aussi aux Grecs combattants (2), l'autre copiste 
aura-t-il pu songer au maillet du sculpteur (3)? Peut-être. Sur 
le bouclier Strangford, le dit Phidias porte la chlamyde attachée 
comme celle de nombreux guerriers; sur le bouclier Lenor- 
mant, il a laissé glisser sa tunique sui' ses reins, le haut du 
corps à nu, et Loeschcke reconnaît dans ce vêtement l'exomis, 
le vêtement de travail des ouvriers (4'). On ne saurait admettre 
cette précision; car, dans l'ardeur du 'combat, souvent les guer- 
riers des reliefs attiques laissent tomber leur vêtement, qui ne 
couvre plus qu'une partie de leur corps, comme ici. Mais on a 
pu, à cette vue, se souvenir que, pour manier plus librement le 
ciseau, l'artiste en effet se dénudait volontiers jusqu'à la 
taille (5). Plutarque insiste sur la calvitie et la vieillesse du 
guerrier, qui paraissent bien aussi sur le relief Strangford. Mais 
ce type chauve est conventionnel et usuel dans l'ait classique, 
et les céramistes, entre autres, en ont fait un fréquent emploi. 
Qui nous dit du reste que Phidias fût chauve et déjà vieux à 
celte époque? Pour les uns, qui admettent qu'il n'avait pas 
dépassé la trentaine en 450 (6), il aurait eu lors de l'inauguration 

(1) On sait que ces différences entre les copies de la Parthénos proviennent de 
ce qu'elles n'étaient pas exécutées devant le modèle, mais à l'atelier, de mémoire 
ou à l'aide de quelques grossiers croquis (Lechat, V Acropole d'Athènes, Phidias, 
p. 68-9). 

(2) Ex. Thèseiou. 

(3) Dict. des ant., s. v. Maliens.; s. v. Sculpl.ura, p. 1138. 

(4) Phidias Tod, p. 31-2. 

(5) DicL des ant., a. v. Sculptura, p. 1152. 

(6) Lechat, Phidias, p. 69. 



PHIDIAS SUR LE BOUCLIER DE LATHÊNA PARTHÉNOS 297 

(le la Parthénos en 438 Tàge de 42 ans; ce n'est pas encore la 
vieillesse. D'autres lui donnent à cette dale 50 ans passés (1). En 
réalité, nous ignorons presque tout -des dates de sa carrière. 
Quant à l'attitude générale du corps, au geste belliqueux, ce 
sont ceux de quantité de figures de combattants sur les frises 
et les métopes des temples. Le geste du prétendu Périclès est 
aussi banal à cette époque. Il brandit une lance, dit Plutarque : 
mais, sur les boucliers Lenormant et Strangford, le^ geste 
convient plutôt au maniement d'une épée. Bien que le visage 
fût cacbé par le bras, on en distinguait sufïisaminent de chaque 
côté pour que la ressemblance demeurât parlaile. Comment 
admettre sans sourire cette prétention? Il semble plutôt que 
les exégètes aient trouvé dans cet argument un ingénieux 
moyen d'affirmer sans que la vérification fût possible. Sans 
doute que le casque^ l'armure, suffisaient au visiteur confiant 
pour reconnaître Périclès, le stratège dont il ignorait la physio- 
nomie réelle. On dit que les traits individuels du visage, sur 
le relief Strangford (2), conviennent à Phidias, dont nous ne 
possédons aucun portrait permettant la confrontation. Mais le 
copiste, connaissant la tradition et désireux de s'y conformer, 
travaillant à une époque plus réaliste, n'a-t-il pas individualisé 
un visage idéal de l'original? En admettant même que Phidias 
ait reproduit ses propres traits et ceux de Périclès, ils devaient 
avoir ce caractère abstrait et impersonnel des portraits d'alors, 
dont témoigne en particulier celui de Périclès, que nous con- 
serve Thermes de Londres. 

Ainsi, rien dans ces deux personnages ne devait les dill'ércn- 
cier nettement de leurs compagnons d'armes; rien non plus ne 
s'opposait formellement à leur identification avec Phidias et 
Périclès, et quelques petits détails même de vêlements, d'ar- 
mures, d'attitudes, paraissaient l'autoriser. Il n'en fallait pas 
davantage pour la crédulité populaire, désireuse de retrouver 
sur la statue célèbre les traits glorieux de l'artiste et de son 

(1) CoUignon, Phidias, p. 6. 

(2) Michaelis, pi. 15, 34 a. 

REG, XXXIII, 1920, n« 153. ÏO 



298 w. deoisNa 

prolecteur. Nous-mêmes, n'appelons-nous pas trop facilement 
(( portraits de sculpteurs » des toiles oii divers personnages, 
amateurs d'art, sont représentés entourés d'œuvres de leurs 
collections (1)? 

On dira : pourquoi nier la possibilité de ce portrait? Ne 
connait-on pas des artistes dont l'image est placée près de 
celle de la, divinité (2)? Tout comme les autres mortels, ils 
peuvent dédier aux dieux leur propre image dans les sanc- 
tuaires, et imiter Néarchos, le maître potier, consacrant sur 
l'Acropole le relief oii il tient en main la coupe qu'il a fabri- 
quée (3). On voyait à Argos, près du temple d'Asclèpios, les 
statues des artistes Staton et Xénophile (4). 

Mais on n'accorde pas indifféremment aux mortels n'importe 
quelle place dans les sanctuaires (5). Plus le portrait est voisin 
de l'image de culte, plus l'honneur est grand, et il ne semble 
pas que la Grèce indépendante ait volontiers conféré à un 
particulier la faveur de placer son portrait dans la cella même, 
la chambre de la divinité (6). Il était admis dans d'autres parties 
du naos, et généralement en plein air. Ce n'est qu'à une époque 
tardive qu'on autorisa ce voisinage immédiat. Le roi de Pcr- 
game, Attale III, obtint cette place de choix dans le temple 
d'Asclèpios à Alaea, ainsi qu'un prêtre d'Artémis dans le 
temple de Cnide (7). On ne connaît qu'un exemple concernant 
un artiste : celui du vieux Cheirisophos, dont la statue se trou- 
vait à côlé de celle d'Apollon, si Pausanias ne commet pas 
d'erreur (8). En règle générale, les portraits, offrandes des 
particuliers, étaient exclus de la cella. 

Quand l'État consacrait officiellement un portrait honorifique, 

(1) s. Reinach, De quelques prétendus portraits de sculpteurs, Rev. arch., 1915, 
II, p. 71 ; 1916, 1, p. 399 sq. 

(2) Dict. des a?it., s. v. Imago, p. 397; s. v. Sculptiira, p. 1152, note 15. 

(3) Lechat, Sculpture attique, p. 365 sq. 
(4j Pausanias, II, 23, 4. 

(o) Dict. des ant., s. v. Imago, p. 396 sq. Places qu'occupaient les portraits. 

(6) Ibid., p. 397. 

(7) Ibid. 

(8) Paus. Vin, 53, 8 ; Overbeck, n" 435. 



PHIDIAS SUR LE BOUCLIER DE l'aTHÈNA PARTHÉNOS 299 

qui pouvait èlre sculpté ou peint sur un bouclier, pour recon- 
naître les mérites d'un citoyen, il le mettait parfois à l'endroit 
le plus honorable du temple, dans la cella, et l'on connaît 
quelques exemples de cette pratique (1). Mais le plus souvent, 
ces portraits honorifiques étaient mis dans les édifices profanes, 
sur les places publiques. 

Cet honneur d'avoir son etiîgie sur bouclier et d'approcher 
de si près la. statue divine ne pouvait être pris par le particu- 
lier de Sa propre autorité, mais devait être officiellement con- 
féré par la communauté. Autre chose encore est de reproduire 
ses propres traits sur la statue même de la divinité, comme 
l'aurait fait Phidias. Pausanias prétend que Bathyclès de 
Magnésie avait figuré le chœur de ses ouvriers sur le trône 
d'Apollon Amycléen (2) ; mais quelle est la valeur de cette 
tradition, et l'interprétation de ce texte est-elle exacte ? Un 
tableau d'Aglaophon ou d'Aristophon montrait Alcibiade sur 
les genoux ou dans les bras de Némée ; « mais les hommes 
d'âge s'en montraient chagrinés comme d'une chose digne 
d'un tyran et illégale » (3). Au iv* siècle, on voit placer des 
portraits d'hommes vivants sur les broderies du péplos 
d'Athèna, par exemple, disent Diodore et Plutarque, ceux 
d'Antigone et de Dèmètrios; mais les dieux témoignent leur 
mécontentement de cette impiété, et le péplos est, cette année, 
déchiré par le vent (4). Un monument phénicien, trouvé près 
de Tyr, se compose d'un trône avec deux sphinx latéraux ; 
des deux stèles, sur le siège, l'une figure la divinité, l'autre 
le dédicant, comme l'indiquent les inscriptions; sur ces 
stèles, les images de l'une et de l'autre sont conçues suivant 
le même schéma. JRonzevalle y voit « l'inlenlion à peine voilée 
de s'assimiler le plus possible à la divinité dont on s'approche, 



(1) Dict. des ant., a. v. Imago, p. 397. 

(2) Paus., m, 18, 14; Ovcrbeck, n* 360, 14. 

(3) Cf. Recueil Milliet, Textes rjrecs el latins relatifs à l'histoire de la peinture 
ancienne, 1, 1921, p. 83, n"^ 92, 94. 

(4) Saglio-Pottier, Dict. des anl., s. v. Panathenaia, p. 303, n"* 25-27. 



300 W. DEONNA 

de s'identifier à elle par la consécration religieuse (ij ». Dans 
les temps modernes, de tels exemples n'ont plus la même 
importance. Erwin sculpte son portrait à la cathédrale de 
Strasbourg. Le'labyrinthe dessiné sur le pavé de Notre-Dame de 
Reims montrait jusqu'en 1778 le portrait des quatre architectes 
de la cathédrale ; peut-être même qu'une des statues du portail 
Ouest était l'image de l'un d'eux. Les artistes des xiv^-xv* siè- 
cles ont volontiers reproduit leurs traits sur les fresques reli- 
gieuses (2). Botticelli se place dans l'Adoration des Mages (3), 
et peut-être, à en croire un érudit italien, Cellini aurait-il 
sculpté son propre portrait au revers de la tête de son Persée, 
011 l'on distingue vaguement l'apparence d'une figure hu- 
maine (4). A la Salute de Venise, l'image de saint Matthieu 
serait le portrait du Titien (5). 

Les croyances bien connues relatives au portrait expliquent 
l'importance que les anciens pouvaient accorder à cette ques- 
tion, et comment une accusation d'impiété était tout à fait natu- 
relle, à propos de l'acte de Phidias, vrai ou supposé. L'image 
d'un être est liée sympathiquement avec cet être même, et, 
comme tous les peuples, tant anciens que modernes, les Grecs 
ont partagé cette croyance, dont il serait facile de signaler 
de nombreux exemples dans l'antiquité classique (6). Lile 
explique déjà, dit M. Pottier, la rareté des représentations mas- 
culines dans les œuvres archaïques, et, au contraire, l'abon- 
dance des représentations féminines et animales. « Qu'on ne 
s'étonne pas de l'absence de l'homme lui-même; car une supers- 
tition encore très vivace aujourd'hui fait redouter aux barbares 
leur représentation en image, sorte d'envoûtement et de main 
mise sur leur personne. Rien de plus naturel que cette marque 

(1) Comptes-rendus de l'Acad. Inscr. et Belles-Lettres, 1901, p. 589 sq., 397. 

(2) Mâle, Rev. arcli., 1891, XVII, p. 344-5. 

(3) Dict. des anl., s. v. Sculptura, p. llo2, note 15. 

(4) Rev. arch., 1912, II, p. 434; 1914, 1, p. 48, note 4. 

(5) Witkowski-, L'art chrétien, ses licences, 1912, p. 153. 

(6) Deonna, L" archéologie, I, p. 198 sq.; divers exemples dans Clerc, Les théories 
relatives au culte des images chez les auteurs grecs du II' siècle après J.-C, 
1915. 



PHIDIAS SUR LE BOUCLIER DE l'aTHÈNA PARTHÉNOS 301 

de possession sur la femme et sur le troupeau (la captive au 
temps d'Homère est encore assimilée au bétail), mais l'homme 
dott l'éviter soigneusement pour demeurer maître de lui et de 
sa force (t) ». Peindre les traits de quelqu'un, c'est en prendre 
possession réelle. Tous les traitements que Ton fait subir à son 
image sont éprouvés par lui; toutes les attitudes, les appa- 
rences qu'on donne à son image se répercutent sur lui. L'an- 
tique législation a prévu parfois ce danger. Dans le droit ger- 
manique, une clause permettant au créancier d'insulter son 
débiteur par des dessins ou des peintures (jus picturae contume- 
liosae), est une survivance de cette pratique magique, fondée 
sur le lien qui unit l'homme à son portrait (2). 

Prononcer une imprécation contre un adversaire, l'écrire, 
représenter cet adversaire en une attitude, en un lieu défavo- 
rables et funestes, c'est tout un, c'est assurer à l'être vivant en 
question la réalité de l'acte, souhaité par la parole, l'écriture, 
la peinture. Les sculpteurs de Chios, Boupalos et Athènis, avaient 
ridiculisé par leur art le poète Hipponax; pour se venger, celui- 
ci les avait flagellés dans ses iambes, si bien que les artistes se 
seraient donné la mort de désespoir (3). Que l'on admette ou 
non cette histoire (4), elle s'éclaire par la croyance à la vertu 
magique du portrait, et par les origines analogues de la poésie 
satirique, issue des formules d'incantation ayant une réelle 
efficacité (5). Avec le temps, ces vengeances d'artistes devinrent 
de simples injures morales, tout comme les imprécations pri- 
mitives perdirent leur force magique et devinrent de simples 
insultes verbales. Un avocat de Philippe de Valois ayant lutté 
contre la juridiction religieuse, le clergé de Notre-Dame le fit 
représenter sous des traits hideux au coin du jubé, à l'endroit 



(1) Pottier, Diphilos, p. 16 sq. 

(2) Huvelin, Magie et droit individuel dans VA)inée sociologique, X, 1905-6, 
p. 29, note 1. 

(3) Overbeck, n»^ 314-9. 

(4) Overbeck, Griech. Plastik (4), I, p. 82. 

(5) Huvelin, Op. l., Année social., 1903-6, X, p. 28, note 6, référ. 



302 W. DEONNA 

OÙ l'on avait coutume d'éteindre les cierges (1). Dans un tableau 
de l'église délia Concezione à Rome, sur la place Barberini, le 
Guide, travaillant pour les Barberini, avait donné au diable la 
figure d'Innocent X, ennemi de cette famille (2). Les caryatides 
de Puget à Toulon seraient les portraits de trois consuls dont 
le sculpteur était mécontent (3). Il y a quelques années, dit 
Arréat (4), dans une exposition, un peintre se vengea d'un auteur 
célèbre en le figurant comme un brocanteur juif, d'où poursuite. 
Un autre artiste avait fait le portrait d'un capitaine anglais; ne 
pouvant se faire payer, il peignit à la détrempe des barreaux, 
comme ceux dune prison, devant le capitaine, qui se hâta de 
payer pour être délivré, ce que l'artiste fit d'un coup d'épongé. 
La condamnation par contumace, où le mannequin figure le 
condamné, les statuettes de l'envoûtement encore pratiqué, con- 
servent le sens magique primitif. 

Inversement, mettre sa propre image en une place favorable^ 
soit près de la statue divine, ou bien plus, sur la statue même, 
c'est s'assurer la faveur et la protection célestes, tout comme 
graver en dédicace son nom sur la statue (5). « Mais les artistes 
aussi veulent qu'on parle d'eux après leur mort. Autrement, 
pourquoi Phidias aurait-il enfermé son portrait dans le bouclier 
de Minerve? », dit Cicéron (6). Ce n'est pas une pensée d'orgueil 
qui aurait incité l'artiste à agir ainsi. Sculptant ses traits sur 
la Parthénos, Phidias se serait décerné sans droit un honneur 
suprême que certes ses concitoyens lui auraient refusé; car 
non seulement il se serait assuré ainsi la protection éternelle 
de la déesse dont il avait conçu l'image, mais il se serait 
même divinisé, puisque, par sa présence sur la statue de culte, 
il aurait participé à la divinité de celle-ci, assurée par la con- 
sécration religieuse, et aurait reçu les mômes hommages qu'elle. 

(1) Cabanes, Mœurs intimes du passé, III, p. 11. 

(2) De Brosses, Voyage en Italie, éd. Colomb, 1836, II, p. 65-6. 

(3) Id., Lettres, L'Italie il y a 100 ans, I, 1836, p. 43, éd. Colomb. 

(4) Aréat, Psychologie du peintre, 1892, p. 232, note 2. 

(5) La dédicacé crurale des statues antiques, Hev. 4rch., 19i3, I, p. 311 sq. 

(6) Tusculanes, I, 15. 



PHIDIAS SUR LE BOUCLlpH DE l'aTHÈNA PARÏHÉNOS 303 

li se serait ainsi transformé en héros mythique. L'Aoïa^sono- 
machie sur la convexité du bouclier, la Gigantomachie sur la, 
concavité, la Centauromachie sur les sandales de la déesse ne 
sont pas des thèmes ornementaux sans portée, indifférents aux 
Grecs d'alors; ce sont ceux qui ornent leurs temples et qui 
racontent les exploits de leurs dieux et héros; ils ont la môme 
valeur religieuse que pour des chrétiens les scènes de l'Ancien 
et du Nouveau Testament. Transformer sans raison un mortel 
déterminé en un combattant héroïque, eût été pour les Grecs 
religieux du v^ siècle la môme impiété que de donner à un saint, 
un prophète, un patriarche, les traits d'un contemporain, pour 
les gêna pieux du moyen âge. Certes, les morts héroïques peu- 
vent revôlir l'aspect des dieux dans l'art grec; -surtout à partir 
de l'époque hellénistique, ils s'assimilent à Uermès, aux Satyres, 
aux Nymphes, à Aphrodite, dont ils prennent les attributs (1). 
Mais dans l'archaïsme et à l'époque classique, si le même type 
impersonnel peut servir aux dieux comme aux hommes, il n'y 
a pas d'exemple, à ma connaissance, où ces derniers aient 
pris les attributs distinctifs des premiers. Ici, il s'agit, non d'un 
mort hérôïsé, mais d'un vivant, qui, de sa propre autorité, s'est 
donné l'aspect d'un héros mythique. Les Athéniens n'avaient- 
ils pas raison de crier au sacrilège et de renouveler contre Phi- 
dias l'accusation qu'ils avaient portée plus anciennement contre 
Pisistrate ? Celui-ci, lors d& l'organisation du culte de Dionysos 
et de l'inauguration d'une nouvelle statue du dieu, avait donné 
ses propres traits à la divinité (2). M, Pottier pense que ce 
propos « prouve seulement que, comme sur les vases peints, les 
dieux apparaissent dans l'art de cette époque avec les traits et 
.le costume des contemporains » (3). Mais il se pourrait que cette 
légende trouvât son explication dans les mascarades rituelles 
du culte dionysiaque, oii les fidèles revêtaient l'aspect du dieu. 
Successeur de Pisistrate, Phidias aurait été aussi le précurseur 

(1) CoUignon, Les statues funérailles, p. 313 s. 

(2) Athénée, Xl\, 533. 

(3) Pottier, Catalogue des vases, III, p. 603. 



304 W. DEONNA 

de rimpie Caligula, désireux de transformer l'image de Jupiter 
Olympien à sa propre ressemblance, et que les éclats de rire 
dédaigneux de la statue firent renoncer à son entreprise (1). A 
toute époque, alors même que les croyances superstitieuses 
ont disparu, que la religion s'est épurée, l'artiste commet un 
sacrilège en mettant sans y être autorisé son nom et çon image 
sur la statue divine. L'agrafe tenant le voile de la Vierge d'Oli- 
vet, par Michel Colombe, montre un monogramme. « Il est 
impossible, dit un érudit, d'y voir la signature du sculpteur, 
qui ne se serait pas permis de le mettre sur la poitrine de la 
Vierge (2) » ; car c'eût été en quelque sorte une déclaration de 
sainteté. N'est-ce pas ce que les anciens reprochaient à Phidias, 
à tort ou à raison? « Quid enim Phidias sui similem speciem 
inclusit clipeoMinervae, cum inscribere non liceret?», ditCicé- 
ron (.3), et l'on comparera cette phrase à celle d'Apulée, men- 
tionnant l'usage de graver des dédicaces sur les cuisses des 
statues : « Votum in alicujus statuae adsignasti : igitur magus 
es; an cur signasti? (4) » 

Le portrait de Phidias était si subtilement agencé, disaient 
les anciens (5), qu'en l'enlevant, toute la statue se serait 
écroulée. Dans sa reconstitution, Quatremère de Quincy, imité 
par Beulé, a tenu compte de ce détail technique, faisant de la 
tête de Phidias, transformée en tête de vis ou d'écrou^ la clef 
du système qui maintient le bras de la déesse portant la 
Nikè (6). Mais le caractère légendaire de ce détail, si précis 
qu'il paraisse, est évident, et il est facile d'en comprendre 
l'origine. 

La fragilité- des statues chryséléphantines, leur armature 
compliquée de traverses, chevilles, écrous, reliant entre elles 



(1) Dion Cass., LIX, 28. 

(2) De Montaiglon ; cf. Gonse, La sculpture française depuis le XIV^ siècle, 
p. 49. 

(3) Cic, TuscuL, I, 15, 34; Overbeck, n» 674. 

(4) Cf. Rev. arch., 1913, I, p. 311. 

(5) Overbeck, no 669-75; Beulé, l'Acropole d'Athènes, [I, p. 188 sq. 

(6) De Ronchaud, Pfiidias, p. 103-4, 117, 



PHIDIAS SUR LE BOUCLIER DE l'aTHÈNA PARTHÉNOS 305 

les divers éléments (l), la possiliililé de disjoindre celles-ci à 
volonté ont pu le suggérer en partie. l*ériclès, dit Plularque, 
avait invité ceux qui accusaient Phidias d'avoir détourné l'or 
qui lui avait été confié pour les ornements de la statue, à 
démonter ceux-ci pour en vérifier le' poids ; ce dernier détail 
peut, lui aussi, être de quelque importance dans la formation 
de la légende. Toutefois, si compliquée et délicate que fût la 
structure de ces colosses de bois, d'ivoire et d'or, il est impos- 
sible d'admettre que le portrait de Phidias ait été en si étroite 
connexion avec l'ensemble du monument, puisque le bouclier, 
accessoire, placé de côté, ne fait pas corps avec la statue. 

La vie, l'àme de l'être humain, dans les croyances antiques 
et populaires, sont concentrées en un point particulier du 
corps, tête, pied, main, talon (2), lequel, une fois lésé, laisse 
échapper cette vie. Mais elle peut être aussi dans la dépendance 
d'un objet extérieur, auquel elle est liée sympathiquement, œuf, 
arbre, cotTret, image (3), etc. Or la statue est vivante : elle 
pleure, elle crie, elle parle, elle manifeste ses sentiments d'ap- 
probation ou de désapprobation de diverses manières, et les 
fidèles en conséquence la traitent comme si elle était en chair 
et en os (4). Et, comme l'être léel, la statue a son point vital. 
Si certains héros ne sont vulnérables qu'au talon, c'est en 
perçant le talon d'une statue de bronze que le moine Schnoudi 
parvient, sur le conseil divin, à en faire sortir le diable (5). Le 
légendaire Talos est un géant de bronze, doué de vie ; lui aussi 
n'est accessible qu'au talon; suivant d'autres textes, sa vie 
réside, dans une veine pleine de sang qui circule dans ce corps 
de métal, de la nuque aux chevilles, et dont l'extrémité est 
fermée par un clou d'airain, empêchant le sang de s'échapper 



(1) Dict. des ant., s. v. Ebur, p. 447. 

(2) La vulnérabilité d'Achille au talon n'est pas le seul exemple pour ce qui con- 
cerne cette partie du corps {liev. Iiist. rel., 1913, LXVII, p. 70 ; 1913, LXXl, p. 15). 

(3) Ci-dessus, ce qui concerne le lien entre le portrait et le modèle. 

(4) Les exemples de cette croyance à la vie réelle des statues sont très nom- 
breux dans l'antiquité. 

(o) Amélineau, Vie de Schnoudi, p. 323-4. 



306 W. DEONNA 

et la vie de s'enfuir (1). Ce clou d'airain n'équivaut-il pas à la 
tête de Phidias, formant la clef de la statue ? 

Si l'on choisit la têle du prétendu Phidias, c'est parce que 
le chef est la principale partie vitale de l'être ; ce peut être 
aussi en souvenir de ces rites connus où la solidité d'une cons- 
truction dépentj des corps humains sacrifiés, spécialement des 
têtes, qui sont enfouis comme reliques protectrices dans ses 
fondations, suivant un usage que la Grèce a connu comme tant 
d'autres pays. Et c'est peut-être encore parce que l'on orne 
parfois d'une tête sculptée, survivance des rites relatifs aux 
têtes coupées, le voussoir formant la clef d'une voûte (2). 

On a vu qu'il y a un lien sympathique entre l'image et l'être 
dont elle est la reproduction. Porter atteinte au portrait de 
Phidias, c'est ruiner la statue tout entière, à laquelle il est si 
étroitement uni qu'il ne fait plus qu'un avec elle. Combien de 
statues antiques tombent, s'écroulent, se brisent en mille mor- 
ceaux, pour annoncer la destinée funeste de ceux dont elles 
sont l'image ou le symbole, ou de ceux qui, les ayant offertes 
aux dieux, ont ainsi lié leur propre destinée à la leur (3) ! La 
statue de Hiéron à Delphes tombe le jour même de la mort du 
tyran ; les yeux se détachent du visage de bronze, et c'est un 
mauvais présage pour le Spartiate Gléombrote ; Gicéron com- 
prend que sa fm est proche, quand un vent d'orage renverse 
la Minerve Conservatrice qu'il a élevée à ses frais ; le consul 
Vivius haranguant la foule, son image tombe du piédestal, et 
c'est le signe de sa défaite et de celle de ses légions ; la fin de 
César, celle d'Auguste, sont annoncées de la même façon : 
leurs statues érigées au Sénat selfondrent et se brisent, 

Mais il y a un lien plus intime encore entre l'objet d'art et 
son créateur, ici, entre la statue d'Athèna et Phidias. Toute 
œuvre humaine garde quelque chose de la personnalité de son 



(1) Roscher, Lexikon, s. v. Talos, p. 25-6. 

(2) Exemple : porte de Falerii (Martha, Art étrusque, p. 132, fig. 121, Dict. des 
ani., s. V. Fornix, p. 1261, fig. 3223). 

(3) Divers exemples, cf. Clerc, Op. L, p. 45 sq. Signes donnés par les statqeç, 

y 



PHIDIAS SUR LE BOUCLIER DE l'aTHÈNA PARTHÉNOS 307 

créateur; la vie de l'une et celle de Taulre sont indissolublement 
unies. L'écriture, par exemple, est liée sympathiquement à 
celui qui l'a tracée. La. festuca no/«/a était une petite baguette 
marquée de caractères runiques, employée dans le serment 
des Germains ; en formulant son engagement, le débiteur tenait 
à la main ce bâton, puis le jetait aux côtés de son créancier ou 
le lui remettait en gage; il était lié magiquement au créancier 
qui possédait cet écrit, car toute atteinte portée aux caractères 
avait sa répercussion sur leur scripteur. L'origine du gage est 
à chercher dans de telles explications magiques (1). 

C'est donc à l'imagination populaire, à celle des visiteurs et 
des exégètes, à leurs croyances religieuses, à leurs supersti- 
tions, que nous demandons la solution des problèmes relatifs 
au portrait de Phidias, et non à un fait réel. Dans les textes 
tardifs qui le concernent, le maître attique du v* siècle est en 
passe de devenir un magicien, comme le devint au moyen âge 
Virgile; comme l'était déjà pour les Grecs classiques le légen-- 
daire Dédale, auteur de statues animées (2), si bien qu'Ampé- 
lius, en signalant le portrait dont dépend l'existence de l'Athèna 
Parthénos, n'a pas de difficulté à substituer le nom même de 
Dédale à celui de Phidias (3). Les exemples ne sont pas rares 
dans les arts grec et romain, de statues auxquelles s'attachèrent 
de telles croyances superstitieuses (4). A coté de la Parthénos, 
sur l'Acropole dAthènes, la chouette d'Ictinos, enduite d'un 
appât magique, attire les oiseaux et les tue du regard (,^) : par 
le principe delà magie sympathique, limage attire ou repousse 
son semblable, et, suivant les cas, lui fait du mal ou du bien; 
nombreuses sont les figures d'animaux qui ont été à toutes 
les époques utilisées dans ce but. A Smyrne, la statue de 



(1) Huvelin, Magie et droit individuel, dans V Année socioloffique, X, 1905-6, 
p. 33-4. 

(2) Lechat, Sculpture attique, p. 4 sq. 

(3) Overbeck, ii° 672. 

(4) Cf. Clerc, Op. l., nombreux exenaples. 

(5) Ausone ; cf. Overbeck, n" 679. On a parfois mis cette chouette en relation 
avec la Parthénos, Overbeck, l. c, référ. 



308 W. DEONNA 

Bellérophon, monté sur Pégase, bouge quand on la pousse 
doucement, mais reste immobile quand on veut l'ébranler avec 
violence (1) : croyance populaire qui s'applique aussi à la pierre 
d'Harpasa, et, au Mexique, à la pierre branlante du dieu 
Quetzalcoall (2). La statue de la reine Arsinoé est soutenue en 
l'air par des aimants (3) : on a donné ailleurs l'explication de 
cette bizarre hypothèse. Le vieux roi de Chypre, Kinyras, avait 
envoyé aux Grecs, au lieu d'une flotte réelle, une flottille de 
terre cuite montée par des guerriers de môme matière : était- 
ce pour se jouer d'eux, comme on le pensait (4)? Pour M, Heuzey, 
cette légende s'explique par la présence, dans l'ait de 
l'archaïsme chypriote, de nombreuses statuettes de navires, de 
cavaliers (5). Il y a là plus vraisemblablement le souvenir d'un 
rite magique dont on ne comprenait plus le sens; car on en 
trouve des parallèles ailleurs. Nectanébo, disait-on, avait 
façonné de petits navires d'argile, et, les submergeant, faisait 
submerger réellement les navires de ses ennemis (6). En Angle- 
terre, des sorciers faisaient des navires en argile avec les 
figurines de ceux qui les montaient et les jetaient dans la mer 
pour déterminer des naufrages (7). Kinyras peut avoir recouru 
à cette pratique, croyant porter une aide efficace, par la magie 
sympathique, aux Grecs dont il était l'allié. A ces exemples, 
qu'on pourrait aisément multiplier, ajoutons celui du portrait 

de Phidias. 

W. Deonna. 

Juin 1919. 

(1) Le Bellérophon de Smyrne et l'aimant magique, dans la Rev. arch., 1914, II, 
p. 102 sq. 

(2) Réville, Les religions du Mexique, de l'Amérique centrale et du Pérou, p. 79. 

(3) Le Bellérophon de Smyrne et l'aimant magique, l. c. 

(4) Roscher, Lexikon, s. v. Kinyras, p. 1190. 

(5) Heuzey, Figurines de terre cuite, p. 110. 

(6) Cf. Gaffarel, Curiosités inouïes sur la sculpture talismanique des Persaiis, 
1650, p. 158. 

(') Scott, Hist. de la démonologie et de la sorceller'ie, trad. Defauconpret, 11, 
1832, p. 165. 



BULLETIN ARCHÉOLOGIQUE 



I. — Fouilles. Ahchitecture. 

Sites préhistoriques de la Macédoine. — Je ne puis guère que 
mentionner, le sujel ne rentrant qu'à peine dans le cercle de nos 
études, le résumé qu'a donné M. Hey des recherches poursuivies 
pendant la guerre par le service archéologique de l'armée 
d'Orient. Les « loumbés » préhistoriques, tertres ovales qu'il 
faut distinguer des tumuli, et les tables, celles-ci plus rares et 
généralement plus tardives, mais qui se conjuguent parfois avec 
eux, ont été partiellement fouillés et relevés, tant par les 
otficiers de l'armée française que par ceux de l'armée britan- 
nique. Le résultat le plus clair auquel ont abouti ces recherches 
est la constatation qu'à l'époque préhistorique, antérieure à 
l'importation minoenne ou créloise, la cérami(jue incisée ou 
peinte, le plus souvent faite à la main, dont on a trouvé les 
débris, est identique à celle dont on a constaté l'existence en 
Thessalic. Il y a eu des variantes locales, surtout à l'époque 
« post-géométrique »; mais elles sont peu importantes, elles 
deux civilisations, sinon les deux races, sont les mémos à l'aube 
des temps historiques (1). 

L'âge du cuivre dans le Caucase septentrional . — A Maïkop 
et dans d'autres stations du Caucase septentrional les Russes 

(1) Bull. corr. helL, XL (1916-20), p. 237-292, pL VIIl-IX, fig. 1-1.-?, L. Rey; 
ibid., p. 293-7, pi X, S. Gasson. 



310 A. DE RIDDER 

ont mis au jour des tombes primitives où le mort, générale- 
ment accroupi et couvert de poudre rouge, était enseveli sous 
un tumulus et entouré d'un riche mobilier funéraire (broderies 
d'or cousues sur*une étoiïe ou un baldaquin, animaux d'or 
traversés par une longue aiguille, vases d'or, d'argent et de 
pierre, sans décor ou gravés, diadèmes^ colliers et boucles 
d'oreilles, etc.). M. Rostovtzeff attribue ces sépultures au troi- 
sième millénaire et pense qu'à cette époque les pentes nord du 
Caucase ont joui d'une civilisation qui présente de nombreux 
points de contact avec celles de l'Elam et de l'Egypte, mais qui 
n'en aurait pas moins été, à certains égards, originale (1). 

Corintheà l' époque homérique . — M. Walter Leaf voulait que 
rÉphyra des poèmes homériques fût Sicyone et non Corinthe, 
comme on le croyait jusqu'ici. Mais, d'après M. Blegen, il n'en 
donne aucune preuve, alors que, sur le territoire de Corinthe, 
on peut relever jusqu'à onze emplacements oii l'on a découvert 
soit des restes néolithiques, soit des poteries appartenant aux 
trois âges successifs, dont le dernier est proprement la période 
« mycénienne ». La situation privilégiée de Corinthe en faisait 
et en a toujours fait un lieu de commerce et un important 
centre de peuplement (2). 

Le palais d'Ulysse. — Malgré les récentes découvertes 
d'Argolide et de Béotie, il reste encore bien des points obscurs 
dans la description que fait Homère du palais d'Ulysse. 
Beaucoup d'essais ont été tentés pour concilier les contra- 
dictions apparentes du texte ; l'un des plus ingénieux et des 
plus cohérents est sans nul doute celui que propose M. Samuel 
E. Bassett (3). Pour lui, comme pour Dickins, l'appartement de 
Pénélope est à gauche du prodomos, tout près à la fois de la 
Xaûpr, et du mégaron. La fameuse opao9upri par laquelle se 

(1) Rev. arch., 1920, II, p. 1-37, fig. 1-25. 

(2) Amer.journ. arch., XXIV (1920), p. 1-13, flg. 1-8, Cari W. Blegen, 

(3) Amer, journ. arcli., XXIII (1918), p. 288-311, fig. 1-7, 



BULLETIN AHCHÉOLOGIQUE 



311 



glisse Mélaiilhios s'ouvre au fond de la grande salle, au bout de la 
paroi de gauche, non loin de l'endroit oii se dresse le grand cra- 
tère : les pàjye; sont un couloir à crochets et à redans par lequel 
on peut parvenir à trois chambres contigues (OàXapioç 'j'|y6pocpo<;, 
OàÀatjLo; 0Ti).wv, OâXauoç sTyaTOç) ; toutes ces salles ouvrent sur un 
couloir ou ly.ûp-f\ qui aboutit à l'arrière-plan du prodomos et que 




par suite peut aisément surveiller et défendre un homme qui 
se tient près du « grand seuil ». Celui-ci est le seuil qui sépare 
le mégaron du prodomos, et Ulysse ne le quitte à aucun moment 
pendant la première partie de l'action. 

Tombe à coupole. — Nous connaissions déjà dans la pénin- 
sule ibérique quelques tombes à coupole, construites en 
encorbellement et précédées dun dromos. Une nouvelle sépul- 
ture de ce type vient d'être mise au joui- entre Séville et 
Grenade (1), aux environs d'Antequera, où l'on voit le plus 



(1) Rev. arch., o« s., VllI (1918), p. 239-271, fig. 1-13, P. Paris. 



312 A. DE RIDDER 

grand dolmen qui soit au monde. L'appareil en est très médiocre, 
et rien n'est resté du matériel funéraire; mais il suffit de cette 
découverte nouvelle pour que les archéologues se demandent 
de nouveau si l'on e/i est venu indépendamment, à l'ouest et 
à l'est du bassin méditerranéen, à l'invention de la tombe à 
coupole ou si, d'un côté ou de l'autre, il y a eu imitation et 
importation du dehors. La deuxième hypothèse paraît la plus 
vraisemblable; mais il s'en faut qu'elle soit prouvée. 

Habitations primitives sardes. — Il semble établi aujourd'hui 
que les nouraghs, construits d'ordinaire sur les hauteurs, étaient 
des tours de guet et servaient à la défense. Il était logique 
d'en conclure que les habitants primitifs de 1 île, qui, pour la 
plupart, étaient des pasteurs, devaient se grouper à l'entour et 
comme à l'ombre de ces donjons. Mais rien ou presque rien 
n'était resté de leurs demeures, édifiées avec des matériaux 
périssables, torchis ou branches d'arbres. D'où l'intérêt qui 
s'attache à la découverte qu'a faite M. Sanfilippo d'un véritable 
village préhistorique qui s'était formé près du nouragh de 
Serrucci, non loin de Porto Yesme, dans la province d'Iglesias. 
L'agglomération no comprenait pas moins d'une centaine de 
constructions, plus ou moins distinctes, plus une, voire probable- 
ment deux tombes « de géants », sépultures réservées aux grands 
chefs, aux àvaxTeç de l'île. M. Taramelli a fait déblayer jusqu'au 
tuf un certain nombre de ces édifices (1), et les observations 
qu'il a pu faire à leur endroit l'ont amené à des conclusions qu'il 
se garde avec raison de généraliser. Les constructions dégagées 
étaient toutes de plan sensiblement circulaire ; mais aucune 
n'était couverte en pierre : la toiture devait être en chaume ou 
en feuillage avec une armature en poutres. Le diamètre en 
était moindre à la partie supérieure qu'au ras du sol, ce qui 
prouv"b que le principe était déjà trouvé de la coupole composée 
de gradins ou de retraits successifs. Dans la plus grande de 

(1) Mon. Ant., XXIV, 2 (1918), p. 633-696, fig. 1-27. 



BULLETIN ARCHÉOLOGIQUE 313 

ces cabanes, un banc courait autour de la première assise : 
peut-être le conseil du liameau s'y léiinissait-il. Dans les 
murs étaient creusées des niches, el l'on a même découvert 
avec certitude une fenêtre, l.e loyer était situé d'ordinaire 
dans un enfoncement ménagé dans la partie postérieure, 
qu'un mur bas pouvait isoler de la moitié antérieure. Des 
soi'tes de bétyles, au nombre dun ou de deux, avaient peut- 
être un sens religieux. Un retrait, qui pouvait être de type 
i-ectangulaire, accostait la demeure et servait sans doute à 
abriter le bétail. Le mobilier était très primitif : on n'a guère 
recueilli que des vases de poterie grossière, simplement in- 
cisés, et un assez grand nombre de meules en tracliyte, qui 
servaient à broyer les olives et à faire le pain. La question ici 
encore est ouverte de savoir d'où est venue l'idée de la cons- 
truction circulaire. M. Patroni croit à rinfluence chaldéenne 
qui se seraittransmise jusqu'en Sardaigne par étapes ou ondula- 
tions successives. M. Taramelli aurait été plut(M porté à croire 
que les nouragbs dériventde lacabaneen bois primitive, au toit 
en feuillage; mais il paraît avoir été ébranlé dans sa foi par les 
arguments de M. Patroni, bien qu'il n'accepte pas entière- 
ment la thèse orientalisante de son collègue. — 11 a d'autre 
part relevé (1) dans la 'partie orientale de l'île la présence de 
plusieurs fontaines sacrées qui prouvent l'existence d'un culte 
très ancien rendu aux divinités des eaux, religion qui s'est 
perpétuée, comme en témoigne la célèbre inscription trilingue 
de Pauli Gerrei. A Ballao, non loin de là, un puils profond de 
.') m. 20 est surmonté dune coupole nouraghique d'à peu près 
même hauteur, dont manque seule la pierre terminale : un 
long escalier, qui donne accès à la source souterraine, débou- 
che à l'air libre entre deux petits murs parallèles qui forment 
entre eux une sorte d'atrium. Ce n'est pas la première cons- 
truction de ce genre qui se rencontre en Sardaigne; mais c'est 
la première qui soit aussi bien conservée. Il faut y joindre une 

(l) Not. d. Scaui, 1919, p. 120-183, fig. 1-11. 

REG, 1920, XXXllI, n" 153. 21 



314 A. DE RIDDER 

fontaine sur plan carré découverte à Su Liddne, près d'Orune, 
et deux autres, de type circulaire, l'une à Ldrana, dans la 
région d'Orune, l'autre à Sos Muros, sur le territoire de Bud- 
dus6, où l'on vient de trouver un beau dolmen, à Sos Moni- 
mentos. 

Habitations pri?7îiiives euganéennes. — Les archéologues con- 
sidèrent d'ordinaire comme un dogme que les demeures pri- 
mitives italiennes, au moins dans la région d'Esté, étaient, sinon 
construites sur pilotis, au moins formées de grands pieux fichés 
enterre et qui servaient de cadre aux murs en limon delà 
caba