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REVUE 



DICS 



ÉTUDES JUIVES 



VERSAILLES 

CERF ET C'% IMPRIMEURS 

?9, RUE D0PLES8I8, 59 



■9^^ REVUE 




DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME VINGT-SIXIÈME 



PARIS 

A LA LIBRAIRIE A. DURLACHER 

83 '•'% RUE LaFATETTK 



vS. 



1893 V^\^5 



Digitized by the Internet Archive 

in 2010 with funding from 

University of Ottawa 



lOl 



http://www.archive.org/details/revuedestudesj26soci 



TYPES JUIFS 

CONFÉRENCE FAITE A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 
LE H MARS 1893 

Par m. le D^ Victor JACQUES 

Secrétaire de la Société anthropologique de Bruxelles. 
Présidence de M. Hartwig Derenbourg, président. 



M. le Président ouvre la séance en ces termes : 

Mesdames, Messieurs, 

La Société des Etudes juives, fondée en 1880, est aujourd'hui 
dans sa quatorzième année d'existence. Elle a atteint, sinon sa 
majorité civile, du moins sa majorité religieuse. Telle est sa vita- 
lité qu'elle n'a pas été compromise parla mort, en juin 1892, de 
mon éminent prédécesseur dans ce fauteuil, M. Isidore Loeb. Et 
pourtant la Société s'était tellement incarnée en lui que sa perte 
aurait pu déteminer une crise grave daas notre existence. Nous 
avons pleuré notre ami et nous avons manifesté notre deuil en lais- 
sant vide la place qu'il avait occupée à peine un court moment. 
Nous étions désormais émancipés, capables de marcher en avant 
sans lisières. La présidence devenait chez nous un rouage dont à la 
rigueur nous pourrions nous passer. La meilleure preuve, c'est 
qu'après l'avoir offerte aux hommes illustres qui nous ont honorés 
en l'acceptant, vous avez désigné cette fois un travailleur de bonne 
volonté, vous apportant plus de zèle et d'ardeur que de prestige et 

ACT. ET CONF. D 



ACTES ET CONFÉRENCES 



d'autorité, que vous avez honoré, grandi, rendu profondément re- 
connaissant par vos suffrages. Je suppose que vous avez voulu 
récompenser en moi ma passion inaltérable pour le judaïsme, mon 
attachement réfléchi à son glorieux passé, la vivacité de maçon- . 
fiance dans son avenir, malgré les difficultés de l'heure présente. La 
vertueuse indignation des antisémites est un fanatisme rachitique, 
importé du dehors, qui ne s'acclimatera pas et qui ne prendra pas 
racine sur la terre de France. 

Après vous avoir exprimé ma gratitude, veuillez m'autoriser à 
prolonger un peu cette allocution. Soyez rassurés : je ne mettrai 
pas votre patience à trop rude épreuve et je n'oublierai pas que ce 
n'est pas moi que vous êtes venus entendre. Mais les professeurs 
se croient volontiers en chaire, et les occasions de nous rencontrer 
sont si peu fréquentes. Je voudrais, si vous le permettez, avant de 
vous présenter le héros de la soirée, vous dire encore quelques mots 
sur notre Société comme votre délégué auprès d'elle, comme son 
représentant auprès de vous. 

Nous disposons de deux moyens pour entrer en communication 
avec le public, notre Revue trimestrielle et des conférences espa- 
cées... trop espacées à mon gré. La Revue a fait son chemin 
dans le monde savant. On la consulte et on la cite. La table des 
vingt-cinq premiers volume.*, qui va paraître sous peu de jours, 
facilitera encore les recherches et aidera la bonne semence à germer 
dans de féconds résultats. Mais, si nos collections sont feuilletées, 
compulsées, appréciées, fatiguées et usées dans les bibliothèques de 
France et de l'étranger, combien de nos souscripteurs, qui ne nous 
abandonneront jamais, je l'affirme bien haut et ils ne me contredi- 
ront pas, se sont accoutumés à ranger sur leurs rayons nos fasci- 
cules intacts, sans leur faire l'honneur, je ne dirai pas de les étu- 
dier, mais de les couper! Que de fois les catalogues d'antiquaires, 
dans leur francl ise impitoyable, nous off'rent des exemplaires qui 
proviennent, soit de décès, soit de cessions entre vifs, et qui sont 
annoncés commt étant « dans l'état de neuf! » Il y a certes une 
part de préjugé dans cette persévérance à se désintéresser des ar- 
ticles insérés dans notre recueil. Je crois que, tel qu'il est, il gagne- 
rait à être mieux connu, qu'on y découvrirait, avec un peu d'effort 



TYPES JUIPS Ll 



peut-être, des échappées de lumière bien ménagées sur des points 
d'histoire, sur des traditions populaires, sur les origines, les 
époques, les variations et les dates de notre littérature dans l'anti- 
quité, au mojen-âge et dans les temps modernes. Mais comment 
convaincre de cette vérité ceux qui se sont entêtés pour avoir été, 
de prime abord, effrayés par l'aspect rébarbatif de certains mé- 
moires? On a pris de mauvaises habitudes et on s'y tient. C'est 
ainsi que plus d'une page maîtresse est restée enfouie dans cette 
nécropole. Avouons-le humblement : si nous avons été punis, c'est 
que nous n'étions point sans faute. Si nous avons prêché dans le 
désert, c'est que notre voix ne portait pas. Notre renom littéraire 
ne s'est pas élevé à la hauteur de notre renom scientifique. Il faut 
que la conciliation s'opère, que de part et d'autre nous consentions 
des sacrifices réciproques. Que nos collaborateurs, sans faire au- 
cune concession sur le fond, se préoccupent plus de la forme, qu'ils 
nous donnent plus de conclusions et moins de documents. Mais 
aussi, que ceux que nous cherchons à gagner comme lecteurs de la 
Reiniê ne nous réclament pas les agréments frivoles des chroniques 
et des romans, qu'ils se résignent à l'allure austère dont nous ne 
nous départirons pas, qu'ils fassent quelques pas vers nous, comme 
nous sommes disposés à nous rapprocher d'eux dans la limite du 
possible. Je n'ignore pas que, si nous nous décidons à cette transac- 
tion, nous aurons bien de la peine à en convaincre les incrédules, à 
triompher d'anciennes préventions, à lutter avec succès contre un 
verdict sévère élevé à la hauteur d'un axiome. On n'aime passe 
déjuger. Un titre est comme un drapeau qui change de main, qui 
ne change pas de couleur. Nous essaierons cependant de nous in- 
sinuer adroitement dans les bonnes grâces de nos fidèles adhérents, 
et de leur adresser une Revue qui ne leur paraisse point par trop 
illisible. Que, de leur côté, ils s'associent de plus en plus à notre 
œuvre et qu'ils fassent en notre faveur une propagande active dont 
nous avons besoin ; les confidences de notre trésorier, qu'il nous 
permette de le répéter, sous le sceau du secret, à nos amis, ont un 
caractère moins satisfait que son optimisme officiel. 

Si la parole écrite se répand au loin et apporte un écho de 
notre activité dans l'ancien et dans le nouveau monde, les entre- 



LU ACTES ET CONFÉRENCES 

tiens et les conférences peuvent produire un effet plus immédiat 
dans un cercle plus intime. Un auditoire, même muet, est comme 
l'interlocuteur, j'allais dire, comme l'inspirateur et le collaborateur 
de celui qui lui adresse la parole. 11 y a là un courant qui provoque 
et qui arrête certains épanchements. On s'exprime tout autrement 
selon les oreilles qui écoutent. La vraie difficulté, c'est d'attirer des 
auditeurs, d'arracher les personnes sur lesquelles on veut agir aux 
milieux divers qui nous les disputent. Mais, pour l'action exercée, 
quelle différence entre les artifices froids du style sur le papier, et 
la chaleur d'une éloquence communicative. Je suis un partisan ré- 
solu des conférences, instruments admirables de vulgarisation, 
sources d'instruction grâce auxquelles une sorte de solidarité s'éta- 
blit entre ceux qui y ont puisé eu commun, manifestations élo- 
quentes qui font battre les cœurs à l'unisson, forces puissantes dé- 
terminant l'accord des pensées et la cohésion des éléments les plus 
hétérogènes. On y arrive de points divers dans des dispositions 
individuelles ; on en sort, pour peu que l'orateur ait imprimé sa 
marque sur des esprits malléables, avec une communion de sensa- 
tions et d'idées qui a la chance de survivre à l'impression éphé- 
mère. Il y a là un phénomène physique et moral analogue à l'effet 
produit par les représentations théâtrales d'un ordre supérieur. 
L'émotion de chacun s'accroît par l'émotion générale, l'ensemble 
des spectateurs profite des jouissances accumulées dans la salle, 
les acteurs, dans leur jeu, s'échauffent au contact de la flamme 
qu'ils ont allumée. C'est ainsi que je me figure l'action réflexe du 
conférencier sur le public, du public sur le conférencier. 

Le discours que vous allez entendre, et que je crains d'avoir trop 
retardé par ce long préambule, sera, je l'espère, suivi, avant la fin 
de 1893, par plusieurs autres conférences. Des pourparlers sont 
engagés avec des savants et des écrivains dont nous espérons obte- 
nir le concours. Nous avons déjà des promesses fermes, mais que je 
ne me crois pas encore le droit de divulguer. Vous aurez tout le 
plaisir d'agréables surprises. 

Je vous promets, en attendant, que vous allez passer une heure à 
la fois attrayante et instructive. M. le D"" Victor Jacques, auquel 
vous la devrez, n'est pas seulement, comme le portent les cartes 



TYPES JUIFS LUI 



d'invitation, le secrétaire de la Société d'Anthropologie de Bruxelles, 
il y est aus?i professeur de thérapeutique à l'Université, chef de 
service à l'hôpital des orphelines. 

Les résultats auxquels il est arrivé par une étude anthropologique 
portant sur l'être vivant et sur la conformation des crânes sont 
diamétralement opposés à ceux que M. Ernest Renan a développés 
dans ses deux conférences mémorables : 1° Le Judaïsme comme 
race et comme religion, le 27 janvier 1883, au Cercle Saint-Simon; 
2° Identité originelle et séparation graduelle du judciisme et du christia- 
nisme, le 26 mai 1883, à la Société des Etudes juives. M. Renan, 
avec sa merveilleuse séduction de langage et de style, prétendait, 
en s'appuyant sur une interprétation très personnelle des événe- 
ments historiques, qu'au point de vue ethnographique, l'idée d'une 
race juive était un leurre, le peuple d'Israël ayant été fortement 
pénétré d'infusions étrangères, et que l'unité apparente provenait 
d'un mirage auquel l'unité religieuse donnait un semblant de 
réalité. 

« Mon opinion, disait M. Renan devant vous, est qu'il n'y a pas 
un type juif, mais qu'il y a des tj^pes juifs. » Jusque-là c'est bien 
aussi l'opinion de M. le professeur Jacques. Mais il se sépare de 
son prédécesseur en ce qu'il est convaincu que les types juifs actuels 
sont en filiation directe avec les types qui existaient en Judée 
avant la dispersion, avant 135 de notre ère. Si M. le professeur 
Jacques se prononce ainsi en faveur de la communauté d'origine 
pour les Juifs de lignée authentique, ce n'est point qu'il se soit 
laissé entraîner hors de la voie scientifique par des préoccupa- 
tions apologétiques. Vous n'êtes pas en face d'un Juif en quête de 
nobles ancêtres. M. le professeur Jacques a approfondi cette ques- 
tion si intéressante pour les études juives, en l'examinant du 
dehors, avec la sympathie dun esprit libéral, avec le calme d'un 
témoin impartial et désintéressé. Remercions-le de l'honneur qu'il 
nous fait de nous réserver la primeur de sa théorie, présentée par 
lui, ainsi qu'il vous l'a annoncé d'avance, comme une étude d'an- 
thropologie. 



LIV ACTES ET CONFÉRENCES 



M. le -D'" Jacques répond : 

Mesdames et Messieurs, 

S'il est une question qui soit de nature à vous intéresser entre 
toutes, c'est bien celle des origines des populations de religion 
juive qui sont actuellement répandues à la surface du monde 
entier. 

Peu de questions ont été autant discutées, peu de questions ont 
reçu autant de solutions différentes, solutions qui, il faut bien le 
dire, n'étaient pas toujours inspirées par l'amour de la vérité, mais 
qui étaient trop souvent dictées par des considérations absolument 
étrangères à la science. 

Si je ne crains pas d'aborder de nouveau ce sujet devant vous, 
c'est parce que je crois que beaucoup de ceux qui s'en sont occupés 
n'ont pas poussé assez loin leurs investigations et qu'ils ont, en 
quelque sorte, abandonné leur tâche avant de l'avoir achevée. 

Rappelons, en quelques mots, les principales opinions qui ont été 
présentées dans ces derniers temps sur l'origine des Juifs. 

Vous avez sans doute encore présente à la mémoire la magistrale 
conférence faite, il y a quelques années, par Renan, sur Le 
Judaïsme comme race et comme religion^. L'illustre professeur au 
Collège de France savait mettre au service d'une érudition pro- 
fonde et d'une grande élévation de pensées un langage harmonieux 
et élégant qui entrainait la conviction chez ses auditeurs, au point 
que ceux-ci pouvaient s'imaginer entendre leurs propres idées dans 
la bouche du maître. Mais Renan avouait lui-même que sa science 
n'était pas universelle, quand il exprimait le regret de ne pas s'être 
occupé plus tôt du sujet qu'il traitait ce jour-là. Sans doute, comme 
historien, il était admirablement préparé pour aborder la question 
de la religion juive ; mais, comme ethnologiste, les opinions qu'il 

* Rtvue des cours littéraires, tome XXXI. — Analyse et critique, par Th. 
Reinach, daus la Retue des Etudes Juives, 1883, p. 141. 



TYPES JUIFS LV 



pouvait émettre ne doivent pas être admises sans quelques res- 
trictions. 

Or, voici les conclusions de Renan, qui sont, d'ailleurs, celles de 
beaucoup d'anthropologistes français, MM. Topinard, Hervé, Hove- 
lacque et d'autres : le judaïsme est une religion, mais ce n'est pas un 
fait ethnographique ; il y a peut-être bien des types juifs, quoique, 
pour sa part, il ne s'en montre pas très convaincu ; mais la physio- 
nomie particulière que d'aucuns croient observer chez les Juifs est 
bien plutôt le résultat des nécessités sociales qui ont pesé sur eux 
pendant des siècles, qu'elle n'est un phénomène de race. 

L'opinion de Renan a fait autorité, et bien des personnes sont 
aujourd'hui persuadées que les Juifs actuels sont des gens qui pra- 
tiquent la religion juive, mais qui n'ont plus dans les veines une 
seule goutte du sang des anciens habitants de la Judée. Renan 
est cité par tous ceux qui se sont occupés de la question après lui. 
Il est vrai de dire que même ceux dont les conclusions s'écartent 
des siennes se plaisent à lui emprunter ses arguments ou tout au 
moins en tiennent compte. 

C'est Renan qu'invoquait le tant regretté Isidore Loeb, à la 
science duquel je me plais à rendre, en passant, un légitime hom- 
mage, quand il écrivait son article Juifs pour le Dictionnaire de 
Vivien de Saint-Martin. Voici comment il s'exprime : « Pouvons- 
nous supposer que tous (les Juifs modernes) fussent des descendants 
des Orientaux venus de Palestine à une certaine époque et qui au- 
raient fondé des espèces de colonies dans certaines villes"? Je ne le 
crois pas. Il y eut sans doute en Gaule des émigrés juifs qui remon- 
tèrent le Rhône et la Saône et servirent, en quelque sorte, de levain, 
mais il y eut aussi une foule de gens qui se rattachèrent au ju- 
daïsme par conversion et qui n'avaient pas un seul ancêtre en Pa- 
lestine. » Isidore Loeb a contribué, peut-être plus que tout autre, à 
propager cette opinion que les Juifs français, par exemple, sont le 
résultat d'un mélange d'Aryens et de Sémites, par suite de nom- 
breux mariages entre les Chrétiens et les Juifs. 

Je demanderai à ceux qui partagent cette manière de voir, de 
quels Aryas ils entendent parler, des peuples qui parlaient des 
langues aryennes, ou des peuples qui sont de race aryenne. Il y a 



LYl ACTES ET CONFÉRENCES 

là une confusion de mots des plus regrettables, dont on n'a que 
trop d'exemples. 

En Angleterre, nous voyons M. Neubauer ' faire également état 
de l'existence de Juifs bruns ou noirs, de Juifs blonds et de Juifs 
aux cheveux roux, du prosélytisme aux premiers siècles de notre 
ère et des mariages mixtes qui se pratiquaient aussi bien autrefois 
en Judée que plus tard, dans toutes les parties du monde, depuis 
la dispersion des Juifs sous Titus et Adrien, pour rejeter presque 
complètement l'existence d'un type ou même de plusieurs types 
juifs modernes, et pour conclure, comme Renan et Loeb, à l'unité 
de religion sans l'unité de race. 

Nous sommes loin, comme vous le voyez, des auteurs qui procla- 
ment les Juifs une race pure entre toutes, comme le D"" Andrée* 
et M. Joseph Jacobs ^, par exemple, et de ceux qui admettent au 
moins deux types juifs bien déterminés, comme le professeur 
Stieda *, le û'' Blechman/ et bien d'autres. 

Je ne veux pas examiner un à un tous les arguments de ceux 
qui ont plaidé des thèses aussi opposées. Je me hâte de le dire, je 
suis grand partisan de l'existence de plusieurs types parmi les 
Juifs modernes ; mais je ne puis me contenter de fixer devant vous 
le caractère vraiment scientifique de ces types ; je veux aussi établir 
la possibilité de leur filiation avec les anciens habitants de la Pales- 
tine et rechercher enfin l'origine de ceux-ci. Ce sont ces deux der- 
niers points qui ont été le plus souvent laissés dans l'ombre par la 
plupart des auteurs. 

Je ne crains pas d'aborder, devant une assemblée comme la 
vôtre, ces questions peut-être un peu spéciales. Votre Société a 
prouvé, par l'intérêt qu'elle a montré aux savantes conférences en- 

* Notes on the Race-Types of tht Jews, dans The J. of tht Anthrop- Listittiti, 
1886, vol. XV, p. 17. 

' Ztir Volkskunde der Juden, 1881. 
' /. of the Anthrop. Jnstitute, 1886, vol. XV, p. 23. 

■* Ein Beitrag tur Anthropologie der Juden, Archiv. A Anthrop- 1882, 
XIV, pages 61 à 71. 

* Thèse inaugurale publiée sous le même titre que l'ouvrage précédent en 1882, 
à Dorpat. 



TYPES JUIFS LVn 



tendues jusqu'ici, qu'elle peut explorer, dans toutes ses parties, le 
champ des connaissances hunaaines. En vous priant de bien vouloir 
me suivre aujourd'hui dans le domaine des sciences anthropolo- 
giques, j'ose caresser l'espoir que votre promenade vous sera quel- 
que peu profitable. Je tâcherai, d'ailleurs, de la rendre aussi 
attrayante que possible. 

Le premier point à établir, pour étudier le tjpe ou les types juifs, 
c'est de bien se mettre d'accord sur ce qu'on entend en anthropo- 
logie par le mot iijpe et comment, au point de vue de cette science, 
on détermine un type. 

« La définition la plus simple du type, dit M. Topinard, est celle 
de Cuvier : « Un ensemble de caractères physiques. » Il y a, pour- 
suit le savant anthropologiste, des types individuels, des types de 
famille, des types accidentels et des types ethniques. Arrêtons-nous 
un instant sur ces derniers, car c'est sur eux que roule toute la 
controverse qui nous occupe. 

Les types accidentels sont ceux qui résultent « de l'action des 
circonstances extérieures de la vie, communes à un même groupe 
d'individus : tels sont le type des mineurs privés de lumière, celui 
des marins exposés à tous les vents, baignant dans une atmos- 
phère salée et se nourrissant de même ; celui des paysans de la 
Bresse ou des Marais-Pontins, soumis aux mêmes influences palu- 
déennes ; celui des Irlandais des comtés d'Armagh et de Down, 
dont parle Ch. Hall, partageant la même misère, la même saleté, 
la même alimentation insuffisante'. » L'auteur auquel j'emprunte 
cette citation, aurait pu ajouter comme exemples, d'une part, le 
type des habitants des villes par opposition avec celui des habitants 
des campagnes, et le type que présentent, heureusement de moins 
en moins dans nos pays libres, les descendants des malheureux que 
l'intolérance religieuse du moyen-âge avait relégués dans lesghetti, 
mais qui s'observe encore dans les pays où les Juifs sont traités en 
parias. 

C'est une grande erreur chez Renan d'avoir admis comme base 

' Topinard, Élémtntt d'Anthropologie gén€rale, 1885, p. 189. 



LVllI ACTES ET COiNFÉRENCES 

de son argumentation ce type accidentel et d'avoir méconnu le type 
zoologique ou, pour serrer de plus près la question, le type de la 
race, le type ethnique. Mais comment l'illustre historien aurait-il 
pu déterminer le type ethnique plus ou moins caché derrière le 
type accidentel ? Ce n'est pas, comme il dit l'avoir fait, en se 
contentant de regarder les savants hébraïsants qui allaient con- 
sulter les manuscrits dont il avait la garde. La science demande 
des méthodes plus précises. Nous dirons donc quelques mots 
de ces méthodes et nous analyserons les résultats qu'elles ont 
fournis. 

Une proposition qui a souvent été répétée en anthropologie, c'est 
qu'il n'y a plus de races pures et que tous les peuples sont le résul- 
tat de métissages plus ou moins nombreux. Les voyageurs qui 
abordent pour la première fois dans certaines îles de l'Océan indien 
ou de l'Océan pacifique sont tout d'abord frappés par l'air de fa- 
mille que présentent tous les individus qu'ils rencontrent, au point 
qu'il est difficile de les distinguer les uns des autres par quelque 
caractère bien apparent. Il s'en faut donc de beaucoup, quel- 
que exercés qu'ils soient, qu'ils puissent déterminer, à première vue, 
les éléments ethniques qui entrent dans la composition de la popu- 
lation qu'ils ont sous les yeux. Je vous cite cet exemple parce qu'il 
est bien connu. Mais quel ne doit pas être l'embarras de l'observa- 
teur, quand il se trouve en présence d'une population qui réunit 
les types physiques les plus divers ! Pour s'y reconnaître, il n'y a 
qu'une seule méthode siire, c'est d'examiner un à un un certain 
nombre d'individus, de noter tous les caractères qu'ils présentent, 
puis de comparer entre eux ces caractères, de manière à établir 
leur prédominance numérique. Quand ce travail est fait pour une 
population donnée, il faut nécessairement, pour en tirer quelque 
conclusion utile , le reprendre pour toutes les populations voi- 
sines. C'est alors seulement que l'on peut juger de la répartition 
des caractères et déterminer ceux d'entre eux qui paraissent ap- 
partenir plus particulièrement à tel groupe de population ou à tel 
autre. 

Quels sont les caractères qu'il est utile de relever pour ce genre 
de travail? Les caractères proposés sont extrêmement nombreux, 



TYPES JUIFS ^^^ 



et il faut l'avouer, les anthropologistes ne sont pas encore d'ac- 
cord sur l'importance qu'il convient d'attribuer à chacun d'eux. Il 
en est toutefois un certain nombre qui sont admis par tout le 
monde comme des caractères de premier ordre. Pour ne pas en- 
trer dans trop de détails, je me bornerai à vous parler seulement 
de ces derniers. Vous saisirez, d'ailleurs, immédiatement combien 
il est important de n'avoir recours qu'à des observations bien 



Quand on voyage dans le Nord, dans les parties méridionales de 
la Suède et de la Norwège, par exemple, ce qui frappe le plus dans 
l'aspect général de la population, c'est la coloration des yeux et des 
cheveux. Les yeux sont d'un bleu pâle très doux, et les cheveux 
sont franchement blonds. Dans le Midi, en Espagne, en Italie, les 
yeux sont noirs ainsi que les cheveux. La répétition de ces carac- 
tères chez un très grand nombre de personnes les fait admettre 
comme caractères de race, et, en effet, ils constituent un élément 
très important dans le diagnostic de la race. 

Mais voici une remarque que chacun de vous peut faire : si plu- 
sieurs personnes doivent donner leur avis sur la nuance exacte des 
cheveux ou des yeux des populations qu'ils ont à examiner, surtout 
quand il s'agit des couleurs intermédiaires, brun clair ou châtain 
pour les cheveux, brun clair, gris, gris bleu, gris vert pour les 
yeux on peut être certain d'avance du désaccord le plus absolu 
dans le résultat des observations. 11 en est de même pour la colo- 
ration de la peau. C'est qu'en effet, tous les yeux ne voient pas de la 
même façon. M. J. Beddoe remarque que les Anglais, qui sont consi- 
dérés comme blonds par les Français, lesquels sont d'une coloration 
de cheveux en général plus foncée, sont regardés comme bruns 
parles Scandinaves, qui, eux. sont d'un blond plus clair. 11 faut 
une très grande habitude pour pouvoir rendre par le mot juste 
une impression toute personnelle. Aussi les sociétés d'anthro- 
poloo-ie joignent-elles toujours aux instructions qu'elles donnent 
aux voyageurs des tableaux chromatiques, numérotés, donnant 
toutes les nuances des cheveux, des yeux et de la peau, afin d e- 
tablir une concordance aussi satisfaisante que possible dans les 
observations. 



LX ACTES ET CONFÉRENCES 

Quoi qu'il en soit, la coloration des yeux et des cheveux constitue 
des caractères ethniques de premier ordre, et, en France, en Bel- 
gique, en Angleterre, en Allemagne, en Autriche et en Italie, des 
enquêtes ont été faites pour relever la répartition des nuances qu'ils 
peuvent présenter. 

Pour ne parler que des résultats obtenus en France, je vous dirai 
que l'on a reconnu que deux grandes races surtout se sont partagé, 
d'une manière assez irrégulière, le territoire. Il existait, dans le 
Centre et dans le Nord, avant notre ère, une race brune de cheveux 
et aux yeux foncés ; des invasions successives, qui se sont pro- 
longées pendant plusieurs siècles et dont la conquête franque par 
Clovis a été l'une des dernières phases, ont amené du Nord des 
populations aux cheveux blonds et aux yeux bleus, qui se sont peu 
à peu fondues au milieu des populations autochtones, tout en adop- 
tant et leur langue et leur civilisation. Certains départements ont 
absorbé un nombre plus considérable de ces envahisseurs, que les 
anthropologistes modernes désignent sous le nom d'Aryens, et 
offrent, par conséquent, une proportion plus considérable de blonds 
aux yeux bleus ; d'autres départements, surtout parmi ceux qui 
étaient protégés par des barrières naturelles, forêts épaisses, mon- 
tagnes peu accessibles, marais étendus, ou dont le sol pauvre ten- 
tait moins le vainqueur, ont conservé en majorité leurs anciens 
habitants. 

En tout cas, si l'on trouve partout des blonds et des bruns, en 
proportion variable, les blonds tendent à disparaître, à être absorbés 
au milieu de populations plus anciennes. Dans le midi de la France, 
d'autres races encore ont, sans doute, servi de substratum aux popu- 
lations actuelles, mais je ne pourrais, je le repète, entrer ici dans 
beaucoup de détails à leur sujet ; ce que je vous ai dit de l'impor- 
tance du caractère ethnique tiré de la coloration des yeux et des 
cheveux suffira pour débrouiller, à ce point de vue, la question 
qui nous occupe. 

Si nous consultons, en effet, les documents produits par les 
anthropologistes, nous voyons que la thèse que les Juifs chassés 
d'Espagne et de Portugal par les édits de proscription de 1492 sont 



TYPES JUIFS LXI 



tous noirs de cheveux, est loin d'être confirmée par les chiffres ; de 
même, les Juifs d'Allemagne et de Pologne, les Aschkenazim, ofi'rent 
un mélange de cheveux blonds et de cheveux noirs, d'yeux bleus et 
d'jeux foncés, bien qu'ils soient habituellement dépeints comme 
ayant des cheveux blonds ou roux et des yeux bleus. 

Je puis citer quelques chiffres puisés dans l'article publié par 
J. Jacobs, dans le Journal de l'Institut anthropologique de la Grande- 
Bretagne (1886, t, XV, p. 36), chiffres d'autant plus instructifs 
qu'ils donnent, en regard, la proportion de cheveux et d'yeux foncés 
pour le restant de la population. 



LXIl 



ACTtS ET CONFÉRENCES 



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TYPES JUIFS LXIII 



Ces chiffres suffiraient à eux seuls pour démontrer que les per- 
sonnes qui pratiquent la religion juive en Allemagne et en Autriche 
diffèrent, dans une certaine mesure, au point de vue ethnique, des 
populations au milieu desquelles elles vivent, et qu'elles n'ont, par 
conséquent, pas tout à fait la même origine. Les chiffres recueillis 
sur les Juifs Sephardim, non pas dans la Péninsule ibérique, où ils 
sont fort peu nombreux, mais dans les pays qui les ont recueillis à 
la fin du XV® siècle, donneraient des résultats analogues. Ainsi, à 
Londres nous trouvons • : 

YEUX CHEVEUX 

BLEUS. GRIS. BRUNS. BLONDS. BRUNS. NOIRS. 

Juifs 21,3 11,9 66,8 11,9 61,6 26,5 

En Espagne, les statistiques donnent les proportions suivantes : 

Yeux fonce's 41,2 Cheveux foncés 74,6 

— bleus 23,9 — clairs 23,3 

Ces chiffres s'éloignent sans doute des données fournies par les 
statistiques allemandes, mais ils n'en démontrent pas moins chez 
les descendants des Juifs espagnols la présence d'un élément eth- 
nique aux cheveux blonds et aux yeux bleus, réparti, il est vrai, 
dans d'autres proportions que chez les Juifs Aschkenazim. 

Quant aux cheveux roux, on a beaucoup discuté sur leur valeur 
et sur leur signification au point de vue de la race. Est-ce la carac- 
téristique d'une race, comme la couleur blonde, la couleur noire ou la 
couleur brune? n'est-ce, au contraire, qu'une sorte de perversion, 
de maladie de la couleur noire ou brune, perversion que l'on a attri- 
buée aux mauvaises conditions hygiéniques dans lesquelles certaines 
populations sont obligées de vivre ? Je ne sais. Les deux hypothèses 
peuvent être invoquées à l'appui de ma démonstration : dans le cas 
où l'on admettrait que le roux est un caractère ethnique, il serait 
facile d'établir des relations de parenté entre les ancêtres des Juifs 

' Comparative Anthropometry of English Jews, par J. Jacobs et Is. Spielman, 
dans le Journal of the Anthropological InstiHtte, 1889, t, XIX, p. 76- 



LXIV ACTES ET CONFÉRENCES 

roux et la race aux cheveux roux et aux yeux gris verdâtre, dont 
l'aire d'extension a pu, dans l'antiquité, atteindre la Judée, et qui 
se retrouve aujourd'hui dans le type finnois aux cheveux roux. 
Dans le cas où l'on préférerait, avec J. Beddoe, la seconde explica- 
tion, on pourrait démontrer que la misère physiologique est le par- 
tage de certaines communautés juives où l'on trouve le plus de 
cheveux roux, en même temps qu'une assez forte proportion de 
cheveux noirs, dans les Principautés danubiennes, par exemple. 

Mais je crois que ce point est d'importance secondaire ; je ne m'y 
suis arrêté que pour ne pas être accusé de négliger un fait auquel 
certains anthropologistes ont attribué une haute importance. 

La coloration des yeux et des cheveux constitue, sans doute, un 
caractère des plus précieux, mais il en est auxquels nous attachons 
une égale valeur. Ce sont, entre autres, l'aspect de la chevelure, 
la taille, la forme du nez, et, enfin, ce que nous appelons les indices, 
l'indice céphalique et l'indice nasal. 

L'aspect de la chevelure est, en réalité, un caractère secondaire. 
Il est bon toutefois de noter que chez les Juifs les cheveux ondes 
ou bouclés ne sont pas rares. Il est inutile, je crois, de définir ces 
termes. A côté de cette forme de cheveux, les cheveux gros et 
rudes, plats, pour me servir d'une expression courante, se rencon- 
trent fréquemment dans le type des Sephardim, aussi bien que chez 
les Juifs Aschkenazim. Je note simplement ce fait en passant. 

La forme du nez a souvent été donnée comme l'une des caracté- 
ristiques des Juifs. Seulement il y a à distinguer deux formes bien 
différentes. Dans la première variété, le dos du nez est étroit et 
convexe : c'est le nez aquilin des Sephardim et des Sémites en 
général. Dans la seconde variété, le nez est plus gros dans son 
ensemble ; l'arête du nez est comme empâtée ; ses ailes sont moins 
nettement dessinées. On attribue plutôt cette forme de nez aux 
Aschkenazim. Si, au lieu de nous contenter de cette impression plus 
ou moins sujette à caution, nous consultons les tableaux dressés par 
les anthropologistes, nous voyons, par exemple*, la répartition 
suivante : 

' Mayer et Koperniçki, Caractères phijiiques des habitants de la Galicîe ^ 
Cracovie, 1876, p. 187, eu polonais. 



TYPES JUIFS LXV 



POLONAIS. RUTHENES. JUIFS. 



Nez aquilin 

Nez droit 

Nez plat et gros , 
Nez retroussé . . , 



6,4 


6,1 


30,9 


67,4 


68,1 


59,6 


^5 


11,2 


2,9 


18,7 


14,6 


6,6 



100,0 100,0 100,0 



Or, les Juifs de la Galicie passent certainement pour appartenir 
au type des Aschkenazim. 

M. J. Jacobs ' a exécuté, avec le concours de M. Fr. Galton, ce 
que l'on appelle des photographies composites d'enfants fréquentant 
une école juive de Londres. Il prétend que ce qui donne sa caracté- 
ristique au nezjuif, ce sont les narines. Si l'on cache, dit-il, dans un 
profil composite, la place des narines par un petit morceau de papier, 
l'expression de race disparaît presque complètement. On peut faci- 
lement répéter l'expérience sans avoir sous les jeux une photo- 
graphie composite. Rien ne ressemble au profil du nez juif comme 
le chiffre 6 dont on allonge la queue. Si l'on efface la boucle, sa 
ressemblance n'est plus aussi frappante, et elle disparaît complète- 
ment quand on remplace la boucle par un trait horizontal. 

Ce n'est, d'ailleurs, pas seulement la forme du nez qui donne à la 
physionomie des Juits leur air de famille : la forme de la bouche 
entre pour beaucoup dans l'expression du visage, de même que l'œil 
et la forme du front et des pommettes. Tout observateur non pré- 
venu en conviendra, qu'il examine des Juifs dits du type germano- 
polonais ou des Juifs du type espagnol. Ce qui est certain, c'est que 
tous les caractères qu il aura notés chez l'un des deux types prin- 
cipaux, il les rencontrera, dans d'autres rapports de fréquence, peut- 
être, mais il les rencontrera néanmoins chez l'autre type. 

Les caractères purement descriptifs dont nous nous sommes 
occupé jusqu'ici, quelque importants qu'ils soient, n'ont pas la valeur 
des caractères anthropométriques, c'est-à-dire de ceux que l'on 
recueille au moyen de mesures, ruban métrique, compas d'épais- 
seur, etc. Parmi ceux-ci, comme je vous l'ai dit, nous dirons quel- 
ques mots de la taille et des indices. 

' /. ÂHthr. Inst., t. XV, p. 54. 

ACT. ET CONF. K 



LXVI ACTES ET CONFÉRENCES 

Les Juifs doivent être rangés dans les plus petites tailles de 
l'Europe, à l'exception des Hongrois. Le chiffre de l"* 62 les place, 
en effet, dans la catégorie des tailles au-dessous de la moyenne*. 
Nous vous ferons cependant observer que, tout en donnant ce 
chiffre comme une moyenne, nous n'hésitons pas à convenir que 
l'on voit des Juifs de taille plus élevée, r",75 ; mais aussi des Juifs 
de taille plus petite, ln',50. L'écart considérable entre les tailles les 
plus élevées et les tailles les plus petites, 28 centimètres, par exem- 
ple, chez les Juifs de Riga, est-il de nature à nous laisser soupçonner 
un mélange de types? Nous ne possédons malheureusement pas 
assez de documents pour résoudre la question. Nous savons que les 
Juifs anglais sont plus grands, l'",'70 ; mais ils font réellement 
exception aans les tableaux que nous avons eus sous les yeux. 

Les anthropologistes anglais, Beddoe, entre autres, prétendent 
que la taille est sujette à de grandes variations sous l'influence des 
conditions matérielles de l'existence. Sans méconnaître com[>lète- 
ment cette assertion, nous avouons nous ranger plutôt à lavis des 
anthropologistes français, qui attribuent à ce caractère une grande 
importance au point de vue ethnique. La taille est un peu moins 
élevée dans les villes que dans les campagnes, mais ce ne serait pas 
un motif suffisant pour que les Juifs des parties occidentales de 
l'Europe eussent une taille plus petite que celle de la moyenne des 
populations des villes qu'ils habitent. Le fait important à considérer, 
c'est que les Juifs allemands et polonais, aussi bien que les Juifs du 
midi, sont de petite taille. La race blonde aux yeux bleus, au milieu 
de lac^uelle ils vivent si nombreux dans le Nord, est cependant une 
race de grande taille, c'est-à-dire dont la moyenne atteint au moins 
1"\'70. C'est, pour le rappeler en passant, grâce à la présence de 
cet élément ethnique en France que les départements qui donnent 
le plus d'yeux bleus et de cheveux blonds, sont, en général, aussi 
ceux qui donnent la taille la plus élevée. Il est certain que si les 
mariages mixtes entre Juifs et individus de race plus grande avaient 
été aussi nombreux que certains auteurs se plaisent à le dire, la 
taille atteindrait chez les Juifs modernes une moyenne beaucoup 
plus élevée. 

* Topinard, Anthropologie. 1879, p. 330. 



TYPES JUIFS LXVII 



Un autre chiffre qui a sa signification, c'est le rapport de la taille 
au périmètre de la poitrine. Ici encore les Juifs se trouvent avoir 
moins que la majorité des individus de même taille. Le périmètre 
thoracique doit dépasser de plusieurs centimètres la moitié de la 
taille. Or, chez les Juifs, ce périmètre est inférieur à la demi-taille 
ou atteint tout au plus cette valeur. Ce n'est pas là, à vrai dire, un 
caractère ethnique important; mais ce fait n'en établit pas moins 
une différence marquée entre les Juifs et les groupes de populations 
au milieu desquels ils sont disséminés. 

Comme vous le savez, on a basé, depuis le Suédois Retzius, en 
1842, une division des races humaines d'après la forme de la tète, 
Si l'on mesure le plus grand diamètre antéro-postérieur de la tâte. 
et si on lui compare, en le ramenant à 100, le plus grand diamètre 
transverse, on obtient un rapport auquel Broca a donné le nom 
d'indice céphalique. Les tètes les plus larges par rapport à la lon- 
gueur ont été nommées brachycéphales ; les têtes les plus longues 
par rapport à la largeur, dolichocépales. Broca subdivisa la nomen- 
clature en laissant ces noms aux groupes extrêmes et en créant les 
noms de mésaticéphale pour un groupe moyen, de sous-brachjcé- 
phale pour un groupe placé entre les mésaticéphales et les brachy- 
céphales. et de sous-dolichocéphale pour un groupe placé entre les 
mésaticéphales et les dolichocéphales. 

Ces mensurations et ces noms s'appliquent aussi bien aux recher- 
ches faites sur les vivants qu'à celles que l'on recueille sur des séries 
de crânes; seulement, dans le premier cas, le rapport des diamètres 
de la tête porte le nom d'indice céphalométrique, et, dans le second 
cas, le rapport des diamètres du crâne porte le nom d'indice cépha- 
lique. La différence entre les deux indices est représentée en chiffi-es 
ronds par deux unités en plus pour le premier. 

Je vous demande pardon de rappeler ces détails, que beaucoup 
d'entre vous connaissent d'ailleurs; mais je désire que tout le 
monde comprenne bien que, quand je parle d'un crâne qui a un in- 
dice de 82, par exemple, indice sous-brachycéphale, il s'agit d'un 
crâne plus large par rapport à sa longueur qu'un crâne que je nom- 
merai sous dolichocéphale avec un indice de T6, ou dolichocéphale 
avec un indice au-dessous de Ib. Je n'abuserai, d'ailleurs, pas de 



LXVIll ACTES ET CONFÉRENCES 

ces noms barbares, inventés par des savants forts en grec, pour leur 
commodité, sans doute, mais sans égard pour les oreilles du plus 
grand nombre. 

Si nous cherchons donc, au milieu des groupes délimités par Broca, 
la place occupée par les Juifs des différents pays, nous trouvons 
que la moyenne des observations faites sur les vivants donne un 
chiffre de 83, c'est-à-dire que les Juifs sont des sous-brachjcé- 
phales, presque des brachycéphales. Voici le tableau le plus complet 
qui ait été publié jusqu'ici : 

Noms (les observateurs Nombre des P''opoition pour 100. j„^.^g 

et pays observés. "''servalions.'^^;;;;;;^-^;;^;^-'^;^ moyen. 



D.ybowski. Pologne 67 19,4 26,9 53,7 82,2 

Blecbmanu, Riga 100 3.0 11,0 86,0 83,2 

Kopernicki, Galicie ;.. 313 4,8 10,9 84,3 83,5 

Jacobs, Londres 363 28,3 28,3 47,4 80 

id. Sephardim, Londres. 51 17.0 34,0 39,0 » 

Si nous ajoutons que les Allemands du Nord .sont des sous-doli- 
chocéphales ou tout au plus mésaticéphales, de même que les An- 
glais, et que les populations de la Pologne et de la Galicie sont 
mésaticéphales, mais avec un indice plus bas que celui des Juifs, 
nous pouvons tout d'abord en induire que ces derniers se distinguent 
encore une fois nettement des autres habitants des pays qu'ils 
occupent. 

Un second point qui ressort de ce tableau, c'est que parmi les 
Juifs, à côté d'un élément brachycéphale, on constate l'existence 
d'un élément à tête plus allongée. Faut-il croire, d'après ces chiffres, 
que cet élément plus dolichocéphale est moins rare parmi les Sephar- 
dim de Londres que parmi les autres Juifs examinés par Jacobs et 
Spielman"? Nous serions tenté de l'admettre si nous n'étions arrêté 
par une considération que l'on ne manquerait pas d'invoquer contre 
nous, le petit nombre des observations faites. 

Il faut bien le reconnaître, les documents sont très pauvres. Et. 
si nous demandons à la craniométrie, aux mesures prises sur le 
crâne, des renseignements complémentaires, nous nous trouvons en 



TYPES JUIFS LXIX 



présence d'une pauvreté plus grande encore. Stieda* n'a pu réunir 
que les mesures de trente-quatre crânes d'après Pruner-Bey, 
Welcker, Davis, Weisbach et Dusseau. L'indice moyen a été 
trouvé de 77,3 (correspondant à un indice sur le vivant de 79,3). 
M. Jacobs a encore pu ajouter quinze crânes de Juifs hongrois me- 
surés par Lenhossék, avec un indice de 80,5, et cinq crânes de 
Juifs italiens avec le même indice moyen. En somme, les cin- 
quante-quatre crânes donnent un indice moyen de 78,5, franche- 
ment raésocéphale. Ces crânes proviennent de différents pays, dans 
lesquels les populations sont ou bien plus brachycéphales , ou 
bien plus dolichocéphales; mais le nombre de ces crânes est trop 
restreint pour nous permettre de porter un jugement définitif. Aussi 
ne puis-je approuver les auteurs des Crania ethiica, l'illustre de 
Quatrefages et mon savant ami, M. le D"" Hamy, quand ils pré- 
tendent que « les Juifs d'Occident s'écartent considérablement du 
type céphalique de leurs ancêtres orientaux ; de nombreux mé- 
tissages ont altéré la pureté de leur race, et, dés le onzième siècle, 
ils étaient, à Paris, plus voisins, par le crâne, de la population 
qui les entourait que de celle dont ils tiraient leur origine. Le ci- 
metière juif découvert sur la rive gauche de la Seine, dans le 
percement du boulevard Saint-Michel, au voisinage du Musée de 
Cluny.. . a fourni onze crânes des deux sexes, dont deux seulement 
rentrent dans le type de la race. Deux autres sont mésa1,icéphales ; 
tous les autres sont sous-brachycéphales ou brachycéphales, de 82 
à 90 d'indice -. » 

Les collections du Muséum renferment aussi, disaient de Quatre- 
fages et Hamy, quatre crânes de Juifs d'Algérie, un crâne d'homme 
et trois crânes de femmes très caractéristiques, présentant l'allon- 
gement, l'étroitcsse, l'aplatissement transversal et le développement 
vertical de la face, le front fuyant, le nez saillant, étroit, et le maxil- 
laire un peu prognathe. L'homme a pour indice 74,4; les femmes 
présentent l'indice moyen de 76,2. Enfin, il existerait au Musée de 
Gœttingue trois crânes de Juifs, deux masculins, avec des indices 

' Archiv. f. Anthrop.. t. XIV, p. 68. 

- Crania ethnica, p. 515. L'indice moyen des 6 crânes masculins est de 82,4; 
celui des 5 crânes féminins, 82. 



LXX ACTES ET CONFÉRENCES 

de li et 80,2, et un féminin avec un indice mésaticéphale de 18. 
Les conclusions des auteurs des Cran/a efhnica sont basées sur un 
nombre trop restreint de pièces pour que je ne puisse me permettre 
de les critiquer dans ce qu'elles ont de trop absolu. De Quatretages 
et Hamy raisonnent, en etfet, comme si tous les Juifs descendaient 
de Sémites purs, c'est-à-dire d'individus dont la tête présente les 
caractères que nous venons d'énumérer, l'étroitesse et l'allongement 
du crâne, le développement vertical de la face, le nez aquilin, en 
même temps que les cheveux et les yeux foncés. Ce que nous pou- 
vons déduire des chiffres fournis par l'indice céphalique, c'est qu'il y 
a, au point de vue de la forme du crâne, depuis le XF siècle au 
moins, deux types juifs, l'un au crâne allongé, qui se rapproche du 
type sémitique, l'autre au crâne court, et nécessairement tous les 
intermédiaires entre ces deux types opposés. La coloration des yeux 
3t des cheveux, la forme du nez et la taille nous permettent de 
trouver dans ces chiffres une confirmation de notre thèse de la plu- 
ralité des tj'pes chez les Juifs d'aujourd'hui. 

Mais avons-nous quelques arguments à faire valoir en faveur de 
l'identité des types juifs modernes et des Juifs anciens? 

Nous savons bien que, comme l'a fait remarquer avec beaucoup 
de raison .^L Neubauer', on ne possède pas de crânes d'anciens 
Juifs, et qu'il entre dans toutes les probabilités qu'on n'en trouvera 
jamais, le climat et le sol de la Judée n'étant pas propices à la con- 
servation des corps, et l'embaumement n'ayant été pratiqué que très 
exceptionnellement. Les termes de comparaison manquent donc et 
manqueront vraisemblablement toujours. 

Mais posséderions-nous même ces documents, n'aurions-nous pas 
toujours devant nous la légende du prosélvtisme qui aurait altéré la 
race'' Dès les époques les plus reculées, la Bible mentionne de nom- 
breux cas d'exogamie, c'est-à-dire de mariage entre Israélites et 
non-Israélites ; la captivité n'a pu que favoriser cette immixtion de 
sang étranger dans la race; les distinctions entre les Juifs men- 

' JVoles on the Race Tj/pes of the Jews, /• of the Anihrop. Tnstituie, t- XV, 
1886, p. 1:1 . 



TYPES JUIFS LXXI 



tionnées clans les textes sacrés (Ps. cxvii, cxviii, cxxxvi) éta- 
blissent la preuve de nombreuses conversions au judaïsme; des colo- 
nies juives existaient dans toutes les villes de quelque importance 
(Josèphe, Coy^trp Apion, II, 39); k Rome, à Antioche, il était de 
mode, surtout parmi les femmes, d'adhérer aux principes de la reli- 
gion nouvelle; la loi (Cod. Theod., LV, ii) et les conciles (Orléans, 
en 538; Tolède, en 589; Rome, en ^43) ont condamné les mariages 
entre Juifs et Chrétiens, c'est donc qu'ils étaient fréquents. 

Présentée de cette façon, la question du prosélytisme est des plus 
complexes, et, en réalité, elle mêle des choses absolument dissem- 
blables. 

Prenons d'abord les Juifs dans la dernière période de leur his- 
toire, c'est-à-dire depuis leur dispersion. Un fait ethnographique do- 
mine toute cette période, c'est l'attachement des Juifs à leur religion. 
Il n'y a pas un anthropologiste qui n'admette que ce fait a créé aux 
Juifs une situation tout à fait spéciale, les a placés dans des condi- 
tions tout à fait particulières. Sans doute, l'exil les a dispersés sur 
tous les points du monde ancien ; mais partout où existaient quelques 
familles, la petite communauté représentait pour ses membres la pa- 
trie même : au début, la langue, les mœurs, la religion, tout séparait 
les exilés des populations au milieu desquelles le hasard les avait 
jetés. Les croyances religieuses de ces nouveaux venus ont d'abord 
éveillé la méfiance de ces populations, et ce n'est, sans doute, que 
bien lentement qu'elles ont pu être amenées à comprendre ce que la 
religion juive avait de sublime. Mais, à ce moment même, une autre 
religion commençait à se répandre et trouvait parmi ceux qui avaient 
entendu parler du judaïsme un terrain tout préparé pour l'ardeur de 
son prosélytisme. Je crois, pour ma part, et c'est aussi l'opinion de 
beaucoup de personnes, que les auteurs latins ont très bien pu 
confondre sous la dénomination de Juifs les fils des anciens habitants 
des bords de la Mer Morte et les nouveaux convertis au christia- 
nisme. 

Dans tout notre Occident, notamment, le prosélytisme juif a ren- 

' Celte citation est empruntée à l'article de J. Jacobs, On the Racial charac 
leristics of modem Jeics, J. ofthc Anth. Imtitut., XV, p. 'i!. 



LXXIl ACTES ET CONFÉRENCES 

contré clans le christianisme une barrière trop sérieuse pour avoir pu 
recruter beaucoup d'adhérents, et je prétends que ceux qu'il a pu 
rallier n'ont pas été assez nombreux pour modifier le tjpe de la race. 
Il est, en effet, démontré que l'adjonction momentanée de quelques 
éléments étrangers ne peut avoir qu'une influence très limitée sur 
les caractères physiques d'un peuple ; au bout de quelques généra- 
tions, ces éléments sont résorbés dans la masse et ne réapparaissent 
plus qu'exceptionnellement, par atavisme. Nous en avons sous les 
yeux de nombreux exemples. Ainsi, en Belgique, on admire les che- 
veux foncés et les \eux noirs des femmes de Bruges, et Ton a cru 
longtemps que l'occupation espagnole au x\i° siècle n'était pas 
étrangère à la présence de ces caractères ethniques au milieu des 
blondes populations flamandes. On revient aujourd'hui de cette opi- 
nion, depuis que les anthropologistes ont constaté que le phénomène 
n'est pas limité à Bruges, mais qu'il se répète dans toute la popula- 
tion voisine des bouches de l'Escaut. C'est, en effet, que cette popu- 
lation est l'héritière de l'ancienne race aux cheveux et aux yeux 
foncés qui occupait toute la Belgique avant les mvasions des tribus 
germaniques. Les anciens habitants ont été rejetés par les envahis- 
seurs, les uns, nos Wallons d'aujourd'hui, dans les parties mon- 
tagneuses et boisées du pays, les autres, dans les parties maréca- 
geuses qui ont arrêté même les armes de César. Ce sont les 
arrière-neveux de ces derniers que nous retrouvons aujourd'hui à 
Bruges, comme dans toute la Zélande, comme sur tout le littoral 
de la mer jusque dans le Boulonnais, et les Flamands blonds n'ont 
pu les altérer au point de leur faire perdre leurs cavactéres eth- 
niques primitifs. 

Une race reste pure quand elle est protégée par les conditions phy- 
siques du pays qu'elle occupe, témoin les Zélandais et nos Flamands 
de Bruges, mais aussi quand elle se trouve placée dans certaines con- 
ditions sociologiijues, comme c'est le cas pour les Juifs. 

Mais pouvons-nous admettre que les quelques familles juives qui 
ont abordé jadis à Marseille, aient pu à elles seules peupler la Gaule 
et envoyer en Allemagne, en Pologne et en Galicie ces colonies si 
nombreuses, dont les deux millions de membres forment le tiers des 
Juifs du monde entier? Et pourquoi pas V N'avons-nous pas de 



tVpES juifs LXXIII 

nombreux exemples d'un bisaïeul entouré de deux cents petits-en- 
fants et arrière-petits- enfants? L'anthropologie ne recule d'ailleurs 
pas devant un pareil problème. Elle a bien calculé combien il fau- 
drait de temps aux descendants d'un seul couple pour peupler la 
surface de la terre, en limitant au même âge le terme de la vie de 
chaque individu, c'est-à-dire en faisant abstraction de la maladie, 
des guerres, de la famine et de toutes les causes qui, en réalité, 
mettent un terme prématuré à la vie humaine. Or, nous reconnais- 
sons aux Juifs certaines immunités vis-à-vis de quelques maladies 
qui déciment impitoyablement nos populations de l'Europe. Et. de 
fait, quand on considère les déplorables conditions hygiéniques 
qu'ont subies pendant des siècles les malheureux confinés dans les 
ghetti, on doit reconnaître à cette race une vitalité réellement 
extraordinaire. 

D'un autre côté, nous savons, par les statistiques, que si la na- 
talité n'est pas beaucoup plus élevée chez les Juifs, la mortalité 
parmi les enfants en bas âge, cette grande cause de la déchéance 
des peuples, n'atteint qu'un taux fort peu élevé. Et cette survivance 
du plus grand nombre, loin d'être, comme chez quelques peuples où 
le sinifigle for life est poussé à ses extrêmes limites, une causa d'a- 
moindrissement, devient, grâce aux qualités, aux vertus sociolo- 
giques des Juifs, grâce à ce que j'appellerai leur adaptabilité à des 
milieux divers, ù leur faculté d'acclimatement, aussi généralement 
reconnue, une cause de progrès de la race. 

Avec un point de départ aussi restreint de quelques centaines de 
familles juives, établies les unes en Espagne, les autres en Gaule, 
prospérant les unes et les autres au point d'être représentées au- 
jourd'hui par près de trois millions d'individus en France, en An- 
gleterre, en Hollande, en Allemagne, en Pologne, en Autriche, 
dans les Principautés l)anubiennes et en Turquie, comment se 
pourrait- il que certains caractères ethniques n'aient pas été con- 
servés'? Que l'on n'oppose pas les cheveux blonds des Aschkenazim 
aux cheveux noirs des Sephardim. J'ai montré que les cheveux noirs 
sont relativement nombreux chez les premiers et que les blonds se 
rencontrent souvent chez les derniers. Devons-nous pour cela croire 
que Aschkenazim et Sephardim descendent de tribus différentes, 



LXXIV ACTES ET CONFÉRENCES 

que les Aschkenazim sont les enfants de Benjamin, tandis que les 
Sephardim sont les enfants de Juda? Eh non ! Cela prouve sim- 
plement que les familles établies primitivement en Gaule, plus nom- 
breuses sans doute que celles qui s'étaient fixées en Espagne, ren- 
fermaient par hasard un peu plus d'individus aux cheveux blonds 
ou châtain clair. Ce caractère spécial a été transmis fidèlement de 
génération en génération, en même temps que cet air de famille 
inconstestable qui fait, quoi qu'en dise Renan, reconnaître les Juifs 
dans la majorité des cas. Cet air de famille est peut-être quelque 
chose d'abstrait, qu'il est malaisé de définir, alors qu'en réalité 
nous trouvons, comme dans toutes les races, comme chez tous les 
peuples, des différences profondes dès que l'on compare entre eux 
des individus isolés. Mais cet air de famille existe, et il est frap- 
pant surtout chez les Juives, dont la beauté proverbiale rappelle si 
bien le vrai type sémitique. C'est, d'ailleurs, une loi bien connue du 
naturaliste que les mâles offrent plus de variations que les femelles. 
Dans l'espèce humaine, les femmes sont plus conservatrices que 
les hommes, aussi bien, du reste, au point de vue moral qu'au point 
de vue physique. Développer ici cette proposition nous entraîne- 
rait cependant trop loin de notre sujet, et il est temps que nous 
abordions la dernière partie de notre exposé. 

Nous nous sommes servi à plusieurs reprises du terme : la race 
juive. C'est le moment de dire que nous entendons par là, non pas 
l'unité ethnique, à laquelle le mot est le plus souvent réservé, mais 
la nation dans le sens que l'anthropologie attache à ce vocable. « La 
nation, dit M. Topinard ', est une association politique engendrée 
par les circonstances, favorisée par la configuration du sol, l'unité 
de langue et l'unité de la religion, cimentée par les habitudes, les 
souvenirs communs de gloire et de souffrances et très accessoire- 
ment par l'intérêt. )> 

C'est la nation juive, avant la dispersion, qu'il nous reste à étu- 

' Éléments d'Anthropologie générale, p. 212. Je cite M. Topinard bien qu'il 
n'admelle pas que les Juifs aient consliiué une nation. « Les Juifs, dit-il, ne 
sont qu'une fi^déralion religieuse- — Ils ne sont ni une nation, ni une race. » 
Cela me semble une contradiction avec sa définition de la nation. 



TYPES JUIFS LXXV 



dier, car nous croyons avoir démontré la possibilité de relier scien- 
tifiquement les Juifs modernes aux anciens habitants de la Judée. 

Or, que savons-nous de cette nation? Nous l'avons dit, les docu- 
ments anthropologiques nous manquent complètement, A leur 
défaut, force nous est de recourir à ce que l'anthropologie appelle, 
à son point de vue, les sources accessoires, l'histoire et l'archéo- 
logie. Nous ne demanderons pour l'instant à l'histoire que cette 
seule mention de l'expansion énorme du peuple juif après les 
guerres d'Alexandre. Il est certain que si les Juifs ont fait tant de 
prosélytes dans les villes de la Syrie et de l'Asie-Mineure et à 
Alexandrie, c'est qu'ils s'y trouvaient eux-mêmes en grand nombre. 
Cette expansion au dehors, résultat d'un accroissement de la po- 
pulation de la Judée, démontre que les progrès si remarquables des 
familles exilées en Gaule ne sont pas une vaine hypothèse. 

Est-ce à ce moment que les caractères ethniques des anciens 
Juifs fce sont altérés au point de rendre presque méconnaissable chez 
eux le type sémitique? Nous ne le croyons pas. pour deux raisons. 
La première est que les prosélytes, recrutés partout où s'établissait 
quelque communauté juive, ne devenaient pas Juifs par le fait de 
leur adhésion à quelques-uns seulement, remarquez-le bien, des prin- 
cipes du judaïsme, et que la propagande juive, comme je l'ai déjà 
rappelé, n'a fait que préparer le terrain à la propagande du chris- 
tianisme. Les nouveaux convertis avaient disparu de l'orbite autour 
duquel ils commençaient à graviter, avant d'avoir imposé leurs 
caractères physiques à la population juive '. 

La seconde raison est que le mélange des races en Judée re- 
montait à une haute antiquité, qu'il était bien antérieur à la cap- 
tivité de Babylone, qu'il datait de l'établissement des Hébreux dans 
la terre promise. 

M'arrêterai-je, pour le prouver, à vous énumérer dans combien 
d'endroits la Bible fait mention d'individus aux cheveux blonds ou 
roux, de nez retroussés ou d'yeux bleus -. Cette énumération a 

* J. Jacobs, p. 52. 

* Réserve faiie pour les yeux bleus, car, comme le dit J. Jacobs, p. 48, les 
savants ne sonl point d'à 'cord sur le poiut de savoir si la Bible ou le Talmud 
ont un mot pour désigner la couleur bleue. 



LXXVI ACTES ET CONFÉRENCES 

été faite si souvent que je me crois autorisé à ne pas insister et à 
admettre que la variété des tjpes chez les anciens Juifs n'est pas 
contestable. 

Un seul point nous reste donc à examiner. A quelles races, et je 
donne ici au mot race sa véritable acception en anthropologie, à 
ijuelles races pouvons-nous rapporter les prototypes des anciens 
Hébreux ? 

Dans son étude sur le chapitre x de la Genèse, M. Maurice 
Vernes ' considère le nom de Chanaan comme « une expression 
géographique, comprenant l'ensemble du pays dont les écrivains 
bibliques font la propriété irrévocable des Israélites et dont les ha- 
bitants, à défaut d'une extermination complète que réclame la 
théorie, doivent être au moins traités en serfs et en gens de corvée. 
a Maudit soit Chanaan 1 II sera le serviteur des serviteurs de ses 
w frères (Gen., ix, 25)! » 

Chanaan est la terre promise aux Hébreux errant misérablement 
dans le désert. Là, habitent les peuples que les Hébreux se sont 
assimilés, dit M. Maurice Vernes. Là habitent les peuples qui vont 
s'assimiler les fils d'Israël, dirais-je plus volontiers, mais qui vont 
s'assimiler en même temps le nom, la langue, les mœurs, la reli- 
gion de cette poignée d'envahisseurs. 

Je ne puis mieux comparer le phénomène qui vraisemblablement 
s'est passé en Judée, aux origines du peuple juif, qu'à ce que l'histoire 
nous apprend des origines du peuple français. Une population au- 
tochtone que certains anthropologistes français appellent les Celtes 
et que je désignerais plus volontiers, à l'exemple de mon savant 
ami le D'' Houzé, afin d'éviter l'éternelle équivoque entre les langues 
et les races, sous le nom de pré-germaniques, reçoit un premier 
contingent d'envahisseurs qui lui impose sa langue (la langue cel- 
tique apparentée avec les autres langues aryennes) ; le mélange 
plus ou moins intime de ces deux éléments constitue la Gaule. 
L'envahisseur moins nombreux est cependant absorbé en partie 
par la race vaincue. Ici le problème se complique d'une nouvelle 

' Pré-'is d'histoire juive depuis les origines jusijfu'à Vépoq\ie persane, p. 734. et 
d'autres ouvrages du même auteur. 



TYPES JUIFS LXXVIl 



conquête, qui introduit dans U pays la langue et la civilisation 
romaines, sans apporter en méncie temps quelque nouvel élément 
ethnique bien défini. Enfin, une dernière invasion, quatre ou cinq 
siècles plus tard, vient remplacer le nom d'une fiorissante province 
de l'empire romain par le nom que se donnaient entre eux une 
poignée de pillards et de brigands, cousins germains des premiers 
envahisseurs blonds. Ils étaient bien une quarantaine de mille, les 
Francs qui ont donné leur nom aux Gaulois : aussi n'ont-ils guère 
modifié le type physique des habitants du pays qui était devenu 
leur proie. 

Dans la terre de Chauaau, un peuple agricole, formé lui-même 
d'éléments divers, dont quelques-uns appartenaient certainement 
déjà à la race sémitique, est envahi par une tribu sémitique no- 
made, les Israélites. Tantôt par infiltration lente, tantôt par la 
force, ceux-ci finissent par imposer leur nom et leur religion à un 
certain nombre de tribus chananéennes, dépourvues d'organisation 
politique. La lutte a été longue, puisqu'elle s'est prolongée jusqu'à 
l'établissement de la royauté, et que, même plus tard, certains évé- 
nements — le schisme des dix tribus serait-il un épisode de cette 
lutte? — semblent n'être qu'un écho lointain de la résistance des 
premiers occupants. Ici encore le problème se complique: Israël 
est vaincu par Babylone, et la captivité emmène au loin une notable 
partie de la population, tandis que de nouveaux éléments sont in- 
troduits par le vainqueur sur les rives du Jourdain. 

Un passage du Deutéronome (vu, 1) nous montre de la façon la 
plus évidente que les Hébreux n'étaient que fort peu nombreux re- 
lativement aux peuples qu'ils ont trouvés établis en Chanaan : 
« Quand l'Eternel, ton Dieu, t'aura fait entrer au pays où tu vas 
entrer pour le posséder, et qu'il aura arraché de devant toi beau- 
coup de nations, les Iléthéens, les Guirgasiens, les Amorrhéens, les 
Chananéens, les Phéréziens, les Iléviens et les Jéhusiens, sept na- 
tions plus grandes et plus puissantes que toi. . . » En se mélangeant 
à ces peuples, qui disparaissent peu à peu de la tradition biblique, 
c'est encore une fois, nous l'avons montré par d'autres exemples 
au cours de cet exposé, le vainqueur qui est absorbé, mais en partie 
seulement, par le vaincu. Quelle est la part qui revient à l'un et à 



LXXVIII ACTES ET CONFERENCES 



l'autre dans la constitution ethnique du peuple juif, c'est ce que 
nous allons examiner succinctement. 

Le tvpe sémite, tout le monde est d'accord à cet égard, est re- 
présenté par des populations de taille au-dessous de la moyenne, 
au crâne allongé, au nez aquilin, aux cheveux et aux yeux noirs. 
Le peuple juif a gardé de son ancêtre sémitique, la taille, et, pro 
partim, la forme du nez, la coloration des yeux et des cheveux, et 
la forme allongée de la tête. 

L'ethnologie figurée des monuments égyptiens va nous dire à qui 
il a emprunté la forme plus arrondie de la tète, les cheveux blonds, 
les yeux bleus et le nez plus gros, plus déprimé. En effet, les admi- 
rables planches publiées par Champollion ^ Lepsius-, Rosellini 3, 
et plus récemment les photographies prises par Flinders Pétrie *, 
nous montrent que les anciens Egyptiens savaient reproduire avec 
une fidélité merveilleuse la physionomie des peuples avec lesquels 
ils s'étaient trouvés en contact . Or ces documents nous font con- 
naître l'existence en Syrie, à côté de variétés du type sémitique, 
de peuples blonds et de peuples de race mongole. 

Nous savons que l'identification de ces peuples n'est peut-être 
pas encore complète et qu'elle laisse encore place à la discussion. 
Toutefois, l'élément mongoloïde hittite, dont 1 histoire n'a pour ainsi 
dire fait que commencer l'exhumation, nous apparaît déjà comme 
ayant joué un rôle considérable dans la vie des peuples de la Syrie 
et de l' Asie-Mineure. Il y a une trentaine d'années, quelques men- 
tions de la Bible et des annales de l'Egypte nous parlaient très va- 
guement de l'existence d'un peuple héthéen, hittite ou kiiéta. Au- 
jourd'hui, après les travaux des Perrot. des Sayce, des Conier, 
de> Wright, des Puchstein et de tant d'autres, nous savons qu'une 
nation belliqueuse, venue probablement du nord, avait formé, en 
Asie -Mineure et en Syrie, un empire qui était arrivé en contact, au 
sud, avec les Egyptiens, mais dont la puissance était déjà sur son 
déclin, à l'arrivée des Hébreux en Palestine, Les Héthéen s, établis 

' Monuments de l'Ègjpte et de la Nubie, l. III, pi. 238--241. 

* Denkmâler aus ^gypten itnd Ethiopien^ III, 135. 136. 

* Monumenti slorici, pi. CV et seq. 

* /. ofihe Anthrop- Imtit. 



TYPES JUIFS LXXIX 



dans les limites de la Terre promise n'avaient déjà plus, à ce mo- 
ment, de relations politiques avec les chefs khétas d'Hamath, de 
Kadech et de l'Euphrate. Ils se sont donc soumis assez facilement 
aux Hébreux. La dernière mention qu'en fasse la Bible nous reporte 
à l'époque de la construction du premier temple, au chapitre ix du 
premier livre des Rois (20j. Ce passage et les suivants (21, 22, 23) 
prouvent bien que les Hébreux constituaient, au milieu des tribus 
asservies, uue sorte d'aristocratie. Or l'histoire nous a fait voir le 
sort réservé aux conquérants quand ils sont trop peu nombreux 
pour résister à l'absorption par la masse du peuple. 

Le type mongolique des Khétas * figurés sur les monuments 
égyptiens, aussi bien que dans les sculptures babyloniennes et dans 
les sculptures hittites elles-mêmes, est très reconnaissable. Reste 
donc la question du type blond. Pour nous, le type blond est tou- 
jours par excellence celui de cette race Scandinave issue de Vofjicina 
gentium de Jornandès. Or, nous savons que les migrations des 
blonds du Nord, qui. à notre avis, sont les vrais Aryens, se perdent 
dans la nuit de la préhistoire. Les monuments de la XVHP dynas- 
tie nous parlent de peuples blonds, les Tamahou, qui assaillent 
1 Egypte du côté de la Lybie, en même temps qu'ils nous peignent 
des peuples blonds habitant du côté de la Syrie'-. Est il téméraire de 
rapprocher dans uue même parenté ces types de l'Ouest et du Nord- 
Est dont la ressemblance est frappante dans les peintures antiques? 
Et si l'on n'hésite pas à identifier les Tamahou avec les blonds du 
Nord, peut-on ne pas admettre que leurs hordes errantes soient 
arrivées presque en même temps en Syrie et en Lybie. Le contact 
de ces peuples aryens avec les peuples sémites en Asie a, d'ailleurs, 
fait l'objet de maintes études du plus haut intérêt. Ce serait donc à 
ces peuples que les anciens Hébreux auraient emprunté leurs che- 
veux blonds. Ces peuples blonds ne sont autres que les Amor- 

' Il ne faut pas confondre les races d'origine mongolique, qui sont représen- 
tées par les peuples que certains historiens nommaient tuurauiens, avec les races 
jaunes de l'extiême Orient, les Ciiiuois, par exemple. 

* L'opinion de Maspéro et de bien d'autres auteurs (Ilitzig, Urgeschichu uni 
Mythologie dev Philhter. Leipzig, 1846) est que les Philistins, les Plichlé de 
l'Ancien Testament, étaient des Aryens. 



LXXX ACTES ET CONFÉRENCES 

rhéens, apparentés avec les Arméniens, qui représentent encore au- 
jourd'liui le type blond dans toute l' Asie-Mineure '. Mais comment 
expliquer que le peuple juif ait hérité de tel ancêtre tel caractère 
seulement et de tel autre ancêtre un autre caractère ? Je ne pour- 
rais entrer ici dans toutes les considérations que soulève le pro- 
blème si intéressant de l'hérédité. Mais je puis vous dire que les 
exemples abondent de la persistance d'un caractère à l'exclusion 
de tout autre. « Les différents caractères ou associations de carac- 
tères n'ont pas la même intensité de transmission », dit M. Topi- 
nard-. L'expression est très juste. J'en appellerai au souvenir de 
chacun. V'^ous avez certes remarqué des traits caractéristiques spé- 
ciaux dans beaucoup de familles. Il suffit d'appliquer l'observation 
à l'ensemble des familles, c'est-à-dire à la nation, pour trouver des 
exemples de toutes les formes de l'hérédité. 

Nous sommes arrivéau terme de notre tâche. Nous avons cher- 
ché à expliquer d'une façon scientifique la diversité des types juifs 
modernes par la diversité des types juifs anciens, mais aussi la 
continuité de ces types dans le temps et dans l'espace. Nous ne sa- 
vons si nous avons pu faire partager nos convictions. La critique 
aura sans doute facilement prise sur notre travail. Mais, sans 
croire qu'à la suite du major Conder et de M. von Luschan, nous 
ayons définitivement fixé l'importante question des origines juives, 
nous pouvons attendre avec confiance les arguments de l'école 
adverse. 

Il nous reste à remercier nos auditeurs de la bienveillante 
attention avec laquelle ils ont bien voulu nous suivre à travers nos 
déductions un peu spéciales ; ils nous ont prouvé que ces questions 
intéressent les profanes aussi bien que les anthropologistes. 



' Von Luschan, Die Anthropologische Stellung der Judeii, dans Con-espondenz 
Blatt fiir Anthro/i., septembre et octobre 1892. Les Philistins auraient été éffae- 
ment apparentés aujc Amorrhéens- Ci- Hitzig, oj). cit. 

* Eléments d'Anlkrop. gcnérak, p. ÎOi. 



LISTE DES MEMBRES 



DE LA 



SOCIETE DES ETUDES JUIVES 

PENDANT L'ANNÉE 1892. 



Membres fondateurs '. 

1 Camondo (feu le comte A. de). 

2 Camondo (feu le comte N. de). 

3 GuNZBURG (le baron David de), boulevard des Gardes-à- 

Cheval, 17, Saint-Pétersbourg. 

4 GuNZBURG (le baron Horace de), Saint-Pétersbourg. 

5 LÉvY-CRÉMiiiUx (feu). 

6 PoLiACOFF (feu Samuel de). 

7 Rothschild (feu la baronne douairière de), 

8 Rothschild (feu le baron James de). 

Membres perpétuels -. 

9 Albert (feu E.-J.). 

10 Bardac (Noël), rue de Provence, 43 ^. 

11 BisCHOFFSHEiM (Raphaël), rue Taitbout, 3. 

12 Cahen d'Anvers (feu le comte). 

13 Camondo (le comte Moïse de), rue de Monceau, 61. 

' Les Membres fondateurs ont versé un minimum de 1,000 francs. 
' Les Membres perpétuels ont versé 'lOJ francs utie fois pour toutes. 
* Les S )ciéiaire3 dont ie nom n'est pas suivi de la mention d'une ville de- 
meurent à Paris. 

ACT. ET GONF. F 



LXXXII ACTES ET CONFERENCES 

14 Dreyfus (feu Nestor). 

15 Friedlaxd, Wassili Ostrow, lig. 12, 11° 7, Saint-Pétersbourg. 

16 GoLDSCHMiDT (S. -H.', rond-point des Champs-Elysées, 6. 

17 Hecht (Etienne), rue Lepeletier, 19. 

18 HiRSCH (feu le baron Lucien de). 

19 Ka.nn ^Jacques-Edmond), avenue du Bois-de-Boulogne, 58. 

20 KoHN (Edouard), rue Blanche, 49. 

21 Lazard (A..), boulevard Poissonnière, 17. 

22 Lévy (feu Calmann). 

23 MoNTEFiORE (Claude), Portman Square, 18, Londres. 

24 Oppexheim (feu Joseph). 

25 Penha (Immanuel de la), rue de Provence, 46. 

26 Penha (M, delà), rue Tronchet, 15. 

27 Ratisboxxe (Fernand), rue Rabelais, 2. 

28 Reinach (Hermann-Joseph), rue de Berlin, 31. 

29 Rothschild (le baron Adolphe de', rue de Monceau, 

30 Troteux (Léon), rue de Mexico, 1, le Havre. 

Membres souscripteurs *. 

31 Adler (Rev. D'' Hermann\ Queensborough-Terrace, 5, llydo 

Park, Londres. 

32 Albert-Lévy, professeur à l'École municipale de chimie et de 

physique, rue de Médicis, 5. 

33 Aldrophe (Alfred), architecte, avenue Malakoff, 7. 

34 Alexandre Dumas, membre de l'Académie française, rue 

Ampère, 11. 

35 Allatini, Salonique. 

36 Alliance Israélite universelle, 35, r. de Trévise '175 fr.). 

37 Allianz (Israelitische), I. Weihburggasse, 10, Vienne, Au- 

trich 

38 Aron, rue Lebrun, 30. 

30 ASTRUC, grand rabbin, Waterraael, Belgique. 

La cotisation des Membres souscripteurs est de 25 francs par an, sauf pour 
ceux dont le nom est suivi d'une indication spéciale. 



LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ LXXXIIl 

40 Bâcher (D'' Wilhelm), professeur au Séminaire israélite, Lin- 

dengasse, 25, Budapest. 

41 Bamberger, rabbin, Kœnigsberg. 

42 Bascfi, rue Rodier, 62. 

43 Bechmann (E.-G.), place de l'Aima, 1. 

44 Bechmann (J.-L.), rue de la Chaussée- d'Antin, 45. 

45 Beck (D""), rabbin, Bucharest. 

46 Benel, rue de Sfax, 1. 

47 Bernhard (M'"' Pauline), rue de Lisbonne, 24. 

48 BiCKART-SÉE, boulevard Malesherbes, 101. 

49 Bloch (Camille), archiviste, Carcassonne. 

50 Bloch (Emmanuel), rue des Petites-Ecuries, 55. 

51 Bloch (Félix), rabbin, Pau. 

52 Bloch ^Isaac), grand rabbin, Nancy. 

53 Bloch (Maurice), boulevard Bourdon, 13. 

54 Bloch (Moïse), rabbin, Versailles, 

55 Bloch (Philippe), rabbin, Posen. 

56 Blocq (Mathieu), Toul. 

57 Bloch (Armand), grand rabbin de Belgique, Bruxelles. 
5S Blum (Rev. A.). Los Angeles, Californie. 

59 Blum (Victor), le Havre. 

60 Blumknstein, rabbin à Luxembourg, Luxembourg. 

61 BoucRis (Haïm), rue de Médée, Alger. 

62 Bruhl (David), rue de Chàteaudun, 57. 

63 Bruhl (Paul), rue de Chàteaudun, 57. 

64 Brunschwicg (Léon), avocat, 18, rue Lafayette, Nantes. 

65 Cahen (Abraham), grand rabbin, rue Vauquelin, 9. 

66 Cahen (Albert), rue Condorcet, 53. 

67 Cahen (Gustave), avoué, rue des Petits-Champs, 61. 

68 Cahen d'Anvers (Albert), rue de Grenelle, 118. 

69 Cahen d'Anvers (Louis), rue Bassano, 2. 

70 Catïaui (Elie), rue Lafayette, 14. 

71 Cattaui (.losoph-Aslan), ingénieur, le Caire. 

72 Cerf (Hippolyte), rue Française, 8. 

73 Cerf (Léopold), éditour, rue Duplessis, 59, Versailles. 



LXXXIV ACTES ET CONFÉRENCES 

74 Cerf (Louis), rue Française, 8. 

75 Chwolson (Daniel) , professeur de langues orientales , rue 

Wassili Ostrov, 7. ligne 42, Saint-Pétersbourg. 

76 Cohen (Isaac- Joseph^, rue Lafajette, 75. 

77 CoH.v (Léon), préfet de la Haute-Garonne, Toulouse. 

78 Consistoire central des Israélites dk France, rue de la 

Victoire, 44. 

79 Consistoire Israélite de Belgique, rue du Manège, 12, 

Bruxelles. 

80 Consistoire israélitiS de Bordeaux, rue Honoré-Tessier, 7, 

Bordeaux. 

81 Consistoire Israélite de Lorraine , Metz. 

82 Consistoire Israélite de Marseille. 

83 Conslstoire Israélite d'Oran. 

84 Consistoire israéute de Paris, rue Saint- Georges , 17 

(200 fr.). 

85 Dalsace (Gobert), rue Rougemout, 6. 

83 Darmesteter (James), professeur au Collège de France, bou- 
levard Latour-Maubourg, 18. 

87 Debré Simon), rabbin, impasse Masséna, 5 bis, Neuilly-sur- 

Seine. 

88 Delv aille (D"" Camille), Bayonne. 

89 Derenbourg (Hartwig), directeur-adjoint à l'Ecole des Hautes- 

Etudes, rue de la Victoire, 56. 

90 Derenbourg (Joseph), membre de l'Institut, directeur d'études 

à l'Ecole des Hautes-Études, rue de Dunkerque, 27. 

91 Dreyfus (Abraham), rue Boulainvilliers, 43. 

92 Dreyfus (Anatole), rue de Phalsbourg, 15. 

93 Dreyfus (H.-L.), rabbin, Saverne. 

94 Dreyfus (Henri), faubourg Saint-Martin, 162. 

95 Dreyfus (L.), avenue des Champs-Elysées, 77. 

96 Dreyfus (René), rue de Monceau, 81. 

97 Dreyfus ^Tony), rua de Monceau, 83. 

98 Dreyfus fJacques-H.) , grand rabbin de Paris, rue de ia 

Victoire, 12. 



LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ LXXXV 



99 DuRLACHER (Armand), libraire-éditeur, rue Lafayette, 83 bis, 

100 DuvAL (Rubens), rue Sontay, 11. 

101 Ecole Israélite, Livourne. 

102 EiCHTHAL (Eugène d'), rue Jouffroy, 57. 

103 Engelmann, rue deMaubeuge, 16. 

104 Ephraïm (Armand), rue de Saint-Pétersbourg, 18. 

105 Ephrussi (Jules), place des Etats-Unis, 2. 
10(5 Epstein, Grilparzerstr. , 11, Vienne. 

107 Erlanger (feu Michel). 

108 Errera (Léo), professeur à l'Université, place Stéphanie, 

1, Bruxelles. 

109 Feldmann (Armand), avocat, rue d'Isly, 8. 

110 Fischer (D'' Julius), Raab, Moravie. 

111 FiTA (Rév. P. Fidel), membre de l'Académie royale d'his- 

toire, Calle Isabella la Catholica, Madrid. 

112 FouLD (Léon), faubourg Poissonnière, 30. 

113 Franck (feu Adolphe). 

114 Franck (E.), Beyrouth. 

115 Fuerst (D'), rabbin, Mannheim. 

110 Gautier (Lucien), professeur de théologie, Lausanne. 

117 Gerson (M.-A.), rabbin, Dijon. 

118 GiAvi, Nanterre. 

119 Goeje (.1. de), professeur à l'Université, Leyde. 

120 GoLDSCHMiDT ( Édouard de), boulevard Haussmann, 1.53. 

121 Gommés (Armand), rue Chégaray, 33, Bayoune. 

122 Gross (D"- Heinrich), rabbin, Augsbourg. 

123 Grunwald (D""), rabbin, Jungbunzlau, Autriche-Hongrie. 

124 Gubbay, boulevard Malesherbes, 165. 

125 Gudemann (D'), rabbin, Vienne. 

126 GuizoT (feu Guillaume). 

127 Hadamard (David), rue de Chàteaudun, 53. 

128 Haguenau (David), rabbin, faubourg Poissonnière, 40. 



LXXXVI ACTES ET CONFKHEiNCES 



129 Halberstam ,'8.-J.), Bielitz, Autnclie-IIonirrie. 

130 IIalkvy (Josepli), professeur à l'Ecole des Ilautcs-Etudos, rue 

Auraaire, 26. 

131 IIalévy (Ludovic), membre de l'Académie française, rue de 

Douai, 22. 

132 IIali'ON (M'"» S.), faubourg Saint-llonoré, 215 (50 fr.). 

133 IlAMMKRSCHLAa, II, Ferdiiiaiidstr. , 23, Vienne. 

134 Harkayy (Albert). l»il)liolhécaire, Saint-Pétersbourg. 

135 IIaykm Julien), avenue de Villiers, 63 (40 fr.]. 

136 Heink-Furtado (M'"o), rue de Monceau, 28 (100 fr.). 

137 Herzog (Df), rabbin, Kapos\\ar, Autriche-Hongrie. 

138 Herzog (Henri), ingénieur des ponts et chaussées, Guéret. 

139 Heymann (Alfred), avenue de l'Opéra, 20. 

140 HiRSCH (Joseph), ingénieur en chef des ponts et chaussées, rue 

de Castiglione, 1. 

141 Iscii-AVahl ;D'), cité Trévise, 26. 

142 Israelsoiin J.j, GorochoAvaja 25, log. 13, Saint-Pétersbourg. 

143 IsTiTUio SUPEHIORE, sezioue di filologia e tilosoiia, Florence. 

144 Jacobsohn (Hugo), Kupferschmiedstr.. 44, Breslau. 

145 Jastrow (D''M.), rabbin, Philadelphie. 

146 Jellinek (D"" Adolphe), rabbin-prédicateur, Vienne. 

147 JouRDA, directeur de l'Orphelinat de Rothschild, rue de I.am- 

blardie, 7. 

148 Judith Montefiore Collège, Ramsgate, Angleterre. 

149 Kahn (Jacques), secrétaire général du Consistoire Israélite de 

Paris, rue Larochefoucauld, 35. 

150 Kahn (Salomon), boulevard Baile, 172, Marseille. 

151 Kahn (Zadoc), grand rabbin du Consistoire central des Israé- 

lites de France, rue Saint-Georges, 17. 

152 Kann (M"""), avenue du Bois de Boulogne, 58. 

153 Kaufmann (David), professeur au Séminaire Israélite, Andras- 

systr., 20, Budapest. 

154 Kespi, rue René Caillé, Alger. 



LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ LXXXVII 

155 KiNSBOURG (Paul), rue de Cléry, 5. 

156 Klotz (Eugène), place des Victoires, 2. 

157 Klotz (Victor), avenue Montaigne, 51. 

158 KoHN (Georges), rue Blanche, 49. 

159 KoHUT (Rév. D"" Alexander), Beekman Place, 39, New-York. 

160 KoMiTET Synagogi na Tlomackiem, Varsovie. 

161 KoKOVTSOFF (Paul de), Ismailowsky Polk 3, rotte M. 11, 

log. 7, Saint-Pétersbourg. 

162 Lajeunesse (Jules), rue Cadet, 17. 

163 Lambert (Abraham), avoué, rue Saint-Dizier, 17, Nancy. 

164 Lambkrt (Eliézer), avocat, rue Baudin,26. 

105 Lambert (Mayer), professeur au Séminaire Israélite, rue 
Guy-Patin, 5. 

166 Lassudrie, rue Laffltte, 21. 

167 Lazard (Lucien), archiviste-paléographe, r. Rochechouart, 49. 

168 Lehmann (Joseph) , grand rabbin , directeur du Séminaire 

Israélite, rue Vauquelin, 9. 

169 Lehmann (feu Léonce). 

170 Lehmann (Mathias), rue ïaitbout, 29. 

171 Lehmann (Samuel), rue de Provence, 23. 

172 LÉON (Xavier), boulevard Haussmann, 127. 

173 Léon d'Isaac Jaïs, rue Henri-Martin, 17, Alger. 

174 Levaillant , trésorier général de la Haute-Loire , Saint- 

Elienne. 

175 Leven (Emile), rue de Trévise, 35. 

176 Leven (Léon), rue de Trévise, 37. 

177 Leven (Louis), rue de Phalsbourg, 18. 

178 Leven (D"" Manuel), rue Richer, 12. 

179 Leven (Narcisse), avocat, rue de Trévise, 45. 

180 Leven (Stanislas), conseiller général de la Seine, rue Miro- 

mesnil, 18. 

181 LÉvi (Israël), rabbin, professeur au Séminaire Israélite, rue 

Condorcet, 60. 

182 Lévi (Sylvain), prof, à la Sorbonne, place Saint-Michel, 3. 

183 Lévy (Alfred), grand rabbin, Lyon. 



LXXXVIII ACTES ET CONFÉRENCES 

184 LÉVY (Paul-Calmann), rue Auber. 3. 

185 LÉVY (Charles), Colmar. 

186 LÉVY fÉmilei. grand rabbin, Bayonne. 

18^ LÉVY (Aron-Emmanuel), rue Marrier, 19, Fontainebleau. 

188 LÉVY (Jacques), grand rabbin, Constantine. 

189 LÉVY (Léon), rue Logelbach, 9. 

19 J LÉVY (Raphaël;, rabbin, rue d'Angoulême, 6. 

191 Lévy-Bruhl (Lucien) , professeur de philosophie au Lycée 

Louis-le-Grand, rue Montalivet, 8. 

192 Lévylier, ancien sous-préfet, rue Vignon, 9. 

193 Lœwenstein (D""), rabbin, Mosbach, Allemagne. 

194 Lœwenstein (MM.), rue Lepeletier, 24. 

195 Lœvy (A.), 100, Sutherland Gardens, Londres. 

196 Lôw (D'"Imn:ianuel), rabbin, Szegedin. 

191 Lyon-Cahen (Charles), professeur à la Faculté de droit, rue 
Soufflot, 13. 

198 Mannheim (Charles-Léon), rue Saint-Georges, 7. 

199 Maecus (Saniel), Smyrne. 

200 May (M"'^), place de l'Industrie, 22, Bruxelles. 

201 Mayer (Ernestl, boulevard Malesherbes, 66. 

202 Mayer (Félix), rabbin, Valenciennes. 

203 Mayer (Gaston) , avocat à la Cour de Cassation , avenue 

Montaigne, 3. 

204 Mayer (Henri), professeur au lycée Condorcet, rue Miro- 

mesnil, 18. 

205 Mayer (Michel), rabbin, place des Vosges, 14. 

206 Mayrargues (Alfred), boulevard Malesherbes, 103. 

207 Meiss, rabbin, Nice. 

208 Merzbach (Bernard), rue Richer, 17. 

209 Meyer (D"" Edouard), boulevard Haussmann, 73. 

210 MocATTA ( Frédéric -D.), Connaught Place, 9, Londres 

(50 fr.}. 

211 MoDONA (Leonello) , sous-bibliothécaire de la Bibliothèque 

royale, Parme. 

212 Montefiore (Mosé), ministre- officiant, rue Paradis, 46. 



LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ LXXXIX 



213 MoRTARA (Marco), grand rabbin, Mantoue. 

214 Nettb;r (D"" Arnoldj, boulevard Saint-Germain, 129. 

215 Neubauer (Adolphe), bibliothécaire à la Bodléienne, Oxford. 

216 Neumann (D""), rabbin, Gross-Kanisza, Autriche-Hongrie. 
2n Neymarck (Alfred), rue Vignon, 18. 

218 OcHS (Alphonse), rue Chauchat, 22. 

219 Oppenheim (P.-M.), rue Taitbout, 11 (50 fr.). 

220 Oppenheimer (Joseph-Maurice), rue Lepeletier, 7. 

221 Oppert (Jules), membre de l'Institut, professeur au Collège 

de France, rue de Sfax, 2. 

222 OuLMAN (Camille), rue de Grammont, 30. 

223 Ouverleaux (Emile), conservateur de la Bibliothèque royale, 

Bruxelles. 

224 Péreire (Gustave), rue de la Victoire, 69. 

225 Perles (J.), rabbin, Munich. 

226 Perreau (le chevalier), bibliothécaire royal, Parme. 

227 PiNTUs (J.), rue de Londres, 46. 

228 Popelin (feu Claudius). 

229 PoRGÈs (Charles , rue de Berry, 25 (40 fr.). 

230 Propper (S.), rue Volney, 4. 

231 Ragosny, à la Compagnie générale, rue Taitbout, 62. 

232 Rkin'ach (Joseph), député, avenue Van Dyck, 6. 

233 Reinach (Salomon), ancien élève de l'Ecole d'Athènes, con- 

servateur-adjoint du musée de Saint-Germain , rue de 
Lisbonne, 38. 

234 Reinach (Théodore), docteur en droit et ès-lettres, rue Mu- 

rillo, 26. 

235 Renan (feu Ernest). 

236 Rheims (Isidore), rue de Saint-Pétersbourg, T. 

237 Robert (Charles), rue des Dames, 12, Rennes. 

238 Rodrigues (Hippolyte), rue de la Victoire, 14. 

239 RoSENTHAL (Baron de), Heerengracht, 500, Amsterdam. 

240 Rothschild (le baron Alphonse de), membre de l'Institut, 

rue Saint-Florentin, 2 (400 fr.). 



XC ACTES ET CONFERENCES 



241 Rothschild île baron Arthur de^ , i ue du Faubourg-Saint- 

Hoiioré,33 '400 fr.). 

242 Rothschild (le baron Edmond de), rue du Faubourg-Saint- 

Honoré, 41 (400 fr.). 

243 Rothschild (le baron Gustave de] , avenue Marign}' , 23 

400fr.\ 

244 Rothschild (la baronne James de) , avenue Friedland , 38 

(50 fr). 

245 Rothsciuld (M"'« la baronne Nathaniel de), faubourg Saint- 

Honoré, 33 (100 fr.). 

246 Rothschild (baron Edouard de), 2, rue Saint- Florentin 

(150 fr.). 
24T Rothschild (Baron Henri de), avenue Friedland, 38 
(2,000 fr.). 

248 RozELAAR 'Lévie-Abrahami, Sarfatistraat, 30, Amsterdam. 

249 RuFF, rabbin, Verdun. 

250 Sack (feu Israël). 

251 Sadoun (Ruben), rue du Chêne, 4, Alger. 

252 Saint-Paul (Georges), maître des requêtes au Conseil d'Etat, 

place des Etats-Unis. 8. 

253 Salomox (Alexis), rue Croix-des-Petits-Champs, 38. 

254 ScHAFiiiR (D), rue de Trévise, 41. 

255 Scheid (Elle), rue Saint-Claude, 1. 

256 ScHREiNER (Martin), rabbin, Budapest. 

257 ScHUHL (Moïse), grand rabbin, Vesoul. 

258 ScHUHL (Moïse), rue Bergère, 29. 

259 Schwab (Moïse) , sous-bibliothécaire de la Bibliothèque na- 

tionale, cité Trévise, 14. 

260 ScHWEiscH, rue du Bouloi, 12. 

261 SÈCHES, rabbin, Saint-Etienne. 

262 Sée (Camille), conseiller d'Etat, avenue des Champs-Ely- 

sées, 65. 

263 Sée (Eugène), [léfet de la Haute-Vienne, Limoges. 

264 Si.M0.\ (Josepli\ instituteur, Nîmes. 

265 Simonsex, rabbin, Copenhague. 



LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIETE XCl 

266 SoNNENFELD, Tue de l'Eljsée, 2 

2G7 Spirk, ancien notaire, rue d'Alliance, 12, Nancy. 

268 Stein (L.), professeur de philosophie à l'Université, Zurich. 

269 Stern (René), rue du Quatre-Septembre, 14. 

270 Stkaus (Emile), avocat à la Cour d'appel, boulevard Hauss- 

mann, 134. 

271 Sur.zBBRGER, Chistnut Street, 537, Philadelphie. 

272 Taub, rue Lafa jette, 10. 

273 Ulmann (Emile), rue Boccador, 7. 

274 Vernes (Maurice) , directeur-adjoint à l'Ecole des Hautes- 

Etudes, boulevard Saint-Germain, 76. 

275 Vidal-Naquet, président du Consistoire Israélite, Marseille. 

276 VoGELSTEiN (D""), rabbin, Stettin. 

277 Weill (D"" Anselme), rue Saint-Lazare, 101. 

278 Weill (Emmanuel), rue Taitbout, 8. 

279 Weill (Emmanuel), rabbin, rue Condorcet, 53. 

280 Weill (Georges), rue des Francs-Bourgeois, 13. 

281 Weill (Isaac), grand rabbin, Strasbourg. 

282 Weill (Moïse), grand rabbin, Alger. 

283 Weill (Vite), rue de Lancry, 17. 

284 Weisweili.er (Charles), rue Lafayette, 36. 

285 Wertheimer, grand rabbin, Genève. 

286 Weyl (Jonas), grand rabbin, Marseille. 

287 WiEXER (Jacques), président du Consistoire Israélite de Bel- 

gique, rue de la Loi, 63, Bruxelles. 

288 Wilmersdœrfer (Max), consul général de Saxe, Munich. 

289 WiNTER (David), avenue des Champs-Elysées, 152. 

290 WoGUE (Lazare), grand rabbin, professeur au Séminaire Israé- 

lite, rue de Trévise, 35. 

291 WoLF, rabbin, La Chaux-de-Fonds, Suisse. 

292 ZiEGEL et Engelmann, rue de la Tour-d'Auvergne, 34. 

293 Zlmmels (D""), rabbin, Milhr-Ostrau, Autriche-Hongrie.' 



XCII ACTES ET COxNFERENCES 



MEMBRES DU CONSEIL 

PENDANT l'année 1893. 

Président d'honneur : M. le baron Alphonse de Rothschild ; 

Président : M. Hartwig Derenbourq ; 

Vice-prés idenf s : MM. Théodore Reinach et Abraham Cahen; 

Trésorier : M. Moïse Schwab ; 

Secrétaires : MM. Albert Cahen et Maurice Vernes ; 

MM. Albert-Lévy, Astruc, Léopold Cerf, James Darmes- 
TETER, J. Derenbourg, Armand Ephraïm, Edouard de Golds- 
chmidt, J. h. Dreyfus, Rubens Duval, Zaduc Kahn, Lucien 
Lazard, Joseph Lehmann, Sylvain Lévi, Michel Mayer, Jules 
Oppert, Salomon Reinach, Baron Henri de Rothschild, Vernes. 



MEMBRES DU COMITE 
DE PUBLICATION ET D'ADMINISTRATION 

POUR l'année 1893. 

Président : M. Théodore Reinach; 
Secrétaires : MM. Albert Cahen et Vernes ; 

MM. Abraham Cahen, H. Derenbourg, J. H. Dreyfus, 
ZadocKAHN, Lazard, Lehxiann, Salomon Reinach, Schwab. 



VERSAILLES, CERF ET G", IMPRIMEURS, RUE DUPLESSIS, o9. 



L'OEUVRE SCOLAIRE 

DES JUIFS FRANÇAIS 

DEPUIS 1789 

CONFÉRENCE FAITE A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 
LE 6 MAI 1893 

Par m. Maurice BLOCIl 

Agréj^é des letlres, D recteur de l'Ecole BischoITsheim. 



Présidence de M. lÎARTWia Deren bourg, président. 



M. le Président ouvre la séance en ces ternies : 

Je n'ouvre point cette séance sans un vif sentiment d'inquiétude 
que je ne chercherai point à dissimuler. Non point sur la rude 
concurrence que risquent de nous faire le mois de mai et les 
chaleurs : il vient de commencer, elles tendent à s'adoucir et 
l'empressement avec lequel vous avez répondu à notre appel me 
rassure à cet égard. Non point non plus sur le talent de notre 
conférencier : il a fait ses preuves parmi nou;, lorsque l'an dernier 
il a esquissé la figure de la femme juive dans le roman et au théâtre. 
Ses discours annuels à la distribution des prix de la fondation 
Bischoffsheim renouvellent périodiquement le même sujet par une 
variété de ton et d'effets dans un diapason toujours égal de grâce, 

ACT. ET CONF. ^ 



XCIV ACTES ET CONFÉRExNCES 

de finesse, de charme, de maîtrise dans l'art de bien penser et de 
bien dire. 

Avec un tel public et un tel orateur, vous avouerez qu'il faut 
avoir l'esprit chagrin ou le tempérament bilieux pour ne pas se 
montrer résolument optimiste. Et pourtant, avant de vous donner 
la parole, mon cher ami, j'éprouve le besoin de plaider votre cause, 
comme celle d'un inculpé, auprès des dames présentes. Je crains 
pour vous leur courroux. La conférence de ce soir est, si je ne 
m'abuse, la première infidélité que vous commettiez à l'égard de 
votre sexe préféré. Le sexe dit fort se prépare à en bénéficier. 
Mais ne craignez-vous pas la vengeance de vos admiratrices qui 
croyaient vous posséder sans partage, et que vous contraignez 
à entendre de votre bouche des éloges pour les efforts des hommes, 
qui, avec la jalousie qui leur est naturelle, vous reprocheront votre 
crime d'apostasie? 

Vous comprenez maintenant, ilesdames et Messieurs, vous 
surtout, Mesdames, pourquoi je réclame l'indulgence en faveur de 
votre captif, qui a poussé la témérité jusqu'à secouer votre joug 
pour un soir, jusqu'à s'émanciper pour qucîlques heures à votre 
détriment. Jusqu'ici vous l'aviez asservi, et ses chaînes ne sem- 
blaient pas trop lourdes à votre prisonnier. Vous l'absoudrez, je 
l'espère, en faveur de son passé. Lorsqu'on 1880 il devint agrégé 
des lettres, sa place était marquée parmi les meilleurs maîtres de 
notre enseignement secondaire. Avec un rare discernement, il 
comprit que sa vocation l'entraînait vers l'éducation de la jeunesse 
féminine, et lEcole Bischolfsheira, qu'il dirige avec le concoui's d'un 
comité de dames patronnesses sous l'autorité de la généreuse fonda- 
trice, sut le retenir par la perspective que l'essaim sorti de la ruche 
comprendrait des institutrices et des ouvrières, qu'il comprendrait 
exclusivement des femmes. Les livres que M. Maurice Bloch 
s'est avisé de composer dans ses loisirs témoignent de cette môme 
partialité, de cette même prédilection. Chez lui, c'est toujours le 
chevalier servant des dames qui agit, qui parle et qui écrit. Les 
titres de ses ouvrages me dispensent de tout commentaire. Les 
Mères des grands homme!^ paraîtront bientôt en cinquième édition; 
la troisième, en 1887, coïncidait avec la publication par l'autour de 



L'OEUVRE SCOLAIRE DES JUIFS FRANÇAIS DEPUIS 1789 XCV 

ses Epouses et sojurs. Si l'écrivain a l'occasion de rééditer ce der- 
nier livre, je lui signale, comme un chapitre complémentaire, le 
martyre qu'au milieu de ce siècle l'historien anglais Thomas Car- 
Ijle inlligea à celle qui eut l'honneur d'être la compagne et le 
témoin de sa vie. Le rajon de gloire y fut avec persistance assom- 
bri par le nuage de souJfrance. Les grands hommes sont trop absor- 
bés pour s'épanouir dans l'intimité du mariage. C'est ce dont 
M. Bloch fournira de trop nombreux exemples, lorsqu'il réunira, 
comme je le souhaite pour lui et pour nous, une galerie de portraits, 
soit dans une Biographie universelle des femmes illustres, soit au 
moins dans un Dictionnaire des contemporaines. 

Je termine par un dernier appel en faveur de mon client. Par- 
donnez, Mesdames, à M. Bloch son escapade d'aujourd'hui, ne luj 
tenez pas rigueur, ne vous montrez pas cruellement implacables 
pour celui qui vous aime tant, accordez-lui un sourire d'indul- 
gence et, sans garder rancune à votre conquête d'hier et de 
demain, rivalisez d'applaudissements avec nous autres hommes, 
afin que le transfuge vous revienne sans arrière- pensée et sans 
confusion, afin qu'il respire en pleine sécurité pour l'avenir, afin 
qu'il se sente tranquillisé d'avance par votre attitude de bienveillance 
et de sympathie sur l'accueil empressé par lequel vous chercherez 
à nous disputer et vous réussirez à accaparer de nouveau l'enfant 
prodigue. 



M. Maurice Bloch s'exprime en ces termes : 

Mesdames, Messikurs, 

Vous savez tous que la Révolution française a émancipé les Juifs. 
Mais le décret qui leur accordait les droits de citoyens suffisait-il 
pour les rendre dignes de ces droits? Il fallait bien autre chose 
qu'un trait déplume pour changer, avec leur situation civile et poli- 
tique, leurs mœurs, leurs manières, leurs sentiments, fruits de longs 
siècles de misère et d'humiliation. Traités en ennemis par le cliré- 



XCVI ACTES ET CONFERENCES 

tien et habitués à le regarder comme tel, les Juifs entreraient-ils 
sans arrière-pensée clans cette société qui s'ouvrait enfin à eux ? Et 
cette race de fripiers, de brocanteurs, de marchands de bestiaux, 
qui traînait ses guenilles sur les routes d'Alsace et de Lorraine, se 
tournerait-elle vers les professions manuelles ou les carrières libé- 
rales, et donnerait-elle à la France des ouvriers, des artistes, des 
savants? Surtout lui donnerait-elle de bons citoyens? 

La question était grosse de difficultés et causait de sérieuses ap- 
préhensions aux meilleurs amis des Juifs, aux Juifs eux-mêmes. 
Détruire des usages séculaires est la plus redoutable des tâches, 
et les plus habiles y ont échoué. Avec une merveilleuse justesse de 
coup d'œil, nos coreligionnaires virent ce qu'il y avait à faire : ils se 
tournèrent vers l'avenir et regardèrent les enfants. C'est là que 
devaient porter tous les efforts. C'est là que la bataille devait être 
livrée et qu'elle pouvait être gagnée. Et, dans leur reconnaissance 
pour la France, quelques Juifs d'élite furent pris d'un véritable 
enthousiasme ; ils trouvèrent dans leur cœur les plus heureuses 
inspirations pédagogiques; et à Metz, à Strasbourg, à Paris, à Bor- 
deaux, ce ne fut qu'un même cri : « Des Ecoles ! » — Ceux mêmes 
qui étaient les plus arriérés et qui ne comprenaient pas la beauté 
du mouvement sentaient vaguement qu'il fallait faire quelque chose 
pour se rendre digne? du pays d'adoption, et l'on vit des indigents 
qui se nourrissaient d'aumônes, se retrancher, comme dit un rap- 
port, de ce strict nécessaire dû à la charité et apporter quelques 
sous pour que les enfants pussent apprendre à lire et à écrire. 

Oh 1 les commencements furent pénibles ! Des locaux, il n'y en 
avait paî ; de l'argent il n'y en avait pas ; un personnel il n'y en 
avait pas, et il n'y avait pas d'élèves. Viendront-ils seulement à 
l'école, ces petits vagabonds juifs, habitués à courir les rues pour 
offrir aux passants des rubans, des aiguilles, des épingles, des 
allumettes ? On commence par décréter la levée en masse, je veux 
dire l'instruction obligatoire. Tous ceux qui n'enverront pas les en- 
fants à l'école seront privés des secours des comités de bienfaisance. 
C'était frapper immédiatement au bon endroit : car la plupart des 
Juifs d'alors étaient pauvres, si pauvres qu'un jour un petit garçon 
ayant cassé un carreau à l'école, le carreau du propriétaire, qui 



L'OEUVRE SCOLAIRE DES JUIFS FRANÇAIS DEPUIS 1789 XCVII 

exigeait 2 fr. 50 de réparation, la famille demanda d'échelonner le 
payement. On convint que l'enfant apporterait tous les jours un sou 
à l'Ecole, le sou de son goûter. Touchés de la privation qu'il doit 
s'imposer, les petits camarades font une quête. L'instituteur et son 
adjoint y prennent part. Savez-vou5 à combien se monte la sous- 
cription ? à 29 sous! Jugez de la misère des Juifs d'alors 1 S'il y a 
ici des âmes charitables qui s'apitoient sur le sort de notre petit 
coreligionnaire privé de son goûter encore 21 jours, elles peuvent 
se rassurer. Le directeur réunit les 21 sous restant en faisant appel, 
comme dit le rapport officiel, « à la générosité de différents dona- 
teurs ». 

Forcément donc, si l'on voulait réussir, il fallait adopter l'instruc- 
tion gratuite et obligatoire, et par cela seul nous devancions notre 
époque; je parle de celle qui va de 1815 à 1830. Car vous pensez 
bien que les guerres de la République et du premier Empire mirent 
bien des entraves aux travaux scolaires. Ce n'est guère que sous la 
Restauration qu'on put donner tous ses soins à l'œuvre pacific^ue 
des Ecoles ! 

Mais comme on sait rattraper le temps perdu! Le mouvement est 
vraiment admirable ! On ne trouvera plus. . . non ! nos dames pa- 
tronnesses sont trop vaillantes, nos administrateurs trop dévoués, et 
nos directeurs d'écoles. . . je ne peux pourtant pas en dire du mal, 
j'en suis. . . mais enfin l'on ne trouvera pas facilement des gens de 
cœur comme il y en avait alors. Ils courent chez les parents cher- 
cher les enfants; ils s'assurent matin et soir si les petits vagabonds 
sont en classe; ils surveillent les maîtres et font des cours, s'il le 
faut, à défaut de personnel. On avait bien sous la main comme per- 
sonnel quelques vieux talmudistes passés maitres dans l'art de faire 
nasiller les enfants dans la tefilah ! Mais «l'instruction doit être 
la'ique, comme elle est gratuite et obligatoire. Place aux jeunes qui 
seront imbus des idées nouvelles, et qu'on a choisis parmi les plus 
éveillés pour les envoyer en hâte dans les écoles chrétiennes! On 
les fera suivre des cours, des conférences! Le plus difficile alors est 
de décider jeunes gens et jeunes filles à entrer dans la carrière. — 
Aujourd'hui le plus difficile est de les décider à n'y pas entrer! La 
mode, à cette époque, était, non de passer les examens, mais de faire 



XCVIII ACTES ET CONFÉRENCES 



du trafic... et l'avantage aussi, il faut bien le dire. Il est telle 
communauté où, pour compléter le traitement de l'instituteur fort 
mal payé, les familles lui envoient chaque jour à tour de rôle un 
petit pain et un demi-litre de vin. 

Ne plaignons pas trop ces maîtres ! Avaient-ils le droit de se 
plaindre (juand ceux qui les dirigent et les surveillent, sans même 
être payés, se donnent tout entiers et se rédigent à eux-mêmes les 
plus sévères règlements? Il est tel comité où l'on ne peut s'absenter 
en voyage qu'à la condition de prévenir le président et d'indiquer 
d'avance le nombre de jours qu'on restera absent. Sinon les 
amendes pleuvant! Une simple absence justifiée est insérée au 
procès-verbal avec l'indication des motifs ! Quelle activité et quelle 
correspondance! Metz, Strasbourg, Nancy, Paris, toutes les Ecoles, 
tous les comités sont en relations continuelles, se communiquent 
sans cesse leurs programmes, leurs méthodes, s'interrogent, se co- 
pient , se corrigent mutuellement. C'est qu'amis et ennemis du 
Judaïsme ont les yeux sur nous, assistent en curieux à ces tenta- 
tives de régénération ! Est-ce une agitation de surface, ou bien le 
mouvement se fera-t-il sentir dans les couches profondes de la popu- 
lation juive? Quoi vraiment! ces petits déguenillés juifs pourraient 
égaler des chrétiens? Non, ils devaient les dépasser. Et de même 
que la première République, avec ses armées rapidement organisées, 
avait remporté la victoire, de même les Juifs, avec leurs pauvres 
écoles si mal logées, leurs élèves recrutés à la hâte, leur personnel 
encore insuffisant, devaient sortir triomphants de l'épreuve, car ils 
ont tous, et jusqu'aux enfants, cette grande chose qui est le gage de 
tous les succès, la foi dans l'œuvre entreprise ! 

On ne me croira peut-être pas si j'ajoute qu'on a réussi avant de 
commencer. Oui, les enfants ont fait des progrès avant que les 
écoles ne soient ouvertes. La chose est constatée avec surprise dans 
la Moselle par la Société d'encouragement pour l'instruction que 
préside le comte de Tocqueville '. Elle observe qu'il y a plus de 

' M. Abraham Calien a reproduit dans la lieiiie des Eludes juives (avril- 
juin 188t) un curieux règlement des Juifs de Melz, datant de 1089 et relatif aux 
écoles talmudiques. Ce règlement établit comme un système de gratuité ot 
impose l'obligation de l'instruction. 11 faut ajouter qu'à aucune époque les Juifs 



L'OEUVRE SCOLAIRE DES JUIFS FINANÇAIS DEPUIS 1780 XCIX 

petits juifs sachant lire et écrire que de petits chrétiens. C'est que 
de simples particuliers sans brevet, sans mandat, réunissaient les 
enfants par groupe de 10 ou 15 et leur enseignaient le peu qu'ils 
savaient. Quels devaient être les progrès quand l'enseignement 
allait être donné d'une façon régulière et permanente ! 

Cet enseignement fait honneur à la sagacité des promoteurs de 
l'œuvre. Ils virent bien que, pour devenir citoyens français et en 
adopter les sentiments, il fallait avant tout en adopter le langage. 
Il fallait donc faire la guerre à ce jargon judéo-allemand, idiome 
barbare, reste de temps plus barbares encore. Mais cet idiome était 
seul usité chez les juifs, et il leur tenait au cœur. Un trait du ro- 
mancier Kompert le prouve bien. Il s'agit d'une brave femme juive 
qui a eu le malheur de voir sa fille épouser un chrétien. Tout le monde 
la maudit, excepté la mère, qui nourrit la secrète espérance que sa 
fille a gardé des sentiments Israélites. Un jour, la fille tombe 
malade, et la mère, à l'insu de tous, lui envoie du sucre et du café ; 
puis elle interroge avec anxiété le petit juif qui a fait la commission, 
et elle ne manque pas de demander: « Qu'a-t-elle dit? A-t-elle 
causé en jiidisch-deutsch ? » Tant il est vrai que cet idiome créait 
comme un lien maçonnique entre ceux qui le parlaient ; mais il sé- 
parait aussi comme par un fossé juifs et chrétiens, Juifs et Fran- 
çais. Il fallait agir en conséquence. Savez-vous quelle était l'infrac- 
tion à la discipline considérée comme la plus grave, à l'Ecole de 
Travail de Strasbourg? C'était de ne pas parler français. Toutes 
les rigueurs du règlement tombaient sur le petit malheureux surpris 
à s'exprimer dans le jargon de ses pères ! Petit malheureux, oui 
vraiment : il était privé de son dîner le vendredi soir, seul soir oii 
il y eût de la viande à table. 

A l'école Israélite de Colmar des moniteurs spéciaux surveillaient 
les enfants jusque dans les rues; eux-mêmes s'oubliaient parfois, et 
c'est dans leur jargon allemand qu'ils défendaient de causer le 
jargon allemand. On trouve dans les règlements de l'Ecole de Paris 
un article qui peut surprendre d'abord, qui peut même paraître d'un 

n'ont été dans une ignorance absolue ; ils ne pouvaient l'être vu la néce-^sité 
pour eux de lire dans les livres saints. Tout enfant juif devait savoir lire l'hébreu, 
et par cela inême il se trouvait moins étranger aux choses de l'enseignement. 



ACTES ET CONFi: RENCrS 



esprit étroit si l'on n'y réfléchit pas. Le voici : « Toute langue 
étrangère est interdite à l'Ecole. » Toute langue étrangère! tou- 
jours ce patois allemand! 

Ah! certes! ce n'est pas à Berlin qu'ils allaient chercher le mot 
d'ordre, ceux qui composaient ces règlements. Ils ne regardaient 
pas de l'autre côté du Rhin, ces vaillants propagateurs de la langue 
française! Laissez-moi, à ce propos, évoquer un souvenir. L'ensei- 
gnement du français fut longtemps négligé, il faut bien le dire, par 
la France même, en Alsace. Les meilleures familles qui S3 piquaient 
de ne parler que le français y me'laient constamment de l'allemand. 
On a publié dernièrement les lettres des demoiselles de Berckheim, 
Alsaciennes fort aimables qui ont écrit des choses charmantes. On 
y trouve des phrases comme celles-ci : « Le bon curé avait de la 
peine à nous suivre sur la neige : il stolprait à tout instant. » Ce 
verbe stolprer de la première conjugaison sent singulièrement la 
frontière du Rhin. 

Or, vers l'époque dont je parle, en 1810, un siècle et demi après 
la conquête, le recteur de l'Académie de Strasbourg recommandait 
avec insistance aux instituteurs non-israélites de l'Alsace de donner 
plus de place à l'enseignement du français, de faire parler, écrire 
3t compter en cette langue : « la langue de la patrie, disait-il, doit 
être la propriété de tous. » On voit qu'il trouvait les plus précieux 
auxiliaires chez les Juifs qui, tout en travaillant à leur propre ré- 
génération, servaient ainsi la cause du pays. 

La langue française devenait si bien notre langue nationale 
qu'elle prenait même le pas sur la langue sacrée, la langue de la 
Bible ! — On dit et l'on écrit que les Juifs ne veulent être ni Fran- 
çais, ni Allemands, ni Anglais, mais qu'ils veulent être Juifs. Est- 
ce pour cela que l'Ecole Israélite de Bordeaux, sur cinq heures de 
cours, en donnait trois au français et deux à toutes les autres 
branches, hébreu compris? Est-ce pour cela qu'à Paris le règle- 
ment porte : « Bible trois quarts d'heure, français une heure et de- 
mie par jour? » Est-ce encore pour cela que dans l'Alsace, cette 
pieuse Alsace, on met du matin au soir sous les ^-cux des écoliers la 
carte de la patrie, non pas la Palestine, mais la grande carte mu- 
rale de la France? Rien qu'en imposant à leurs coreligionnaires la 



LŒUVRE SCOLAIRE DES JUIFS FRANÇAIS DEPUIS I7S9 CI 



laniïue du pays dont ils étaient citoyens, les Juifs ronapaient à ja- 
mais avec le passé et s'attachaient sans espoir de retour aux desti- 
nées du pays d'adoption. 

En même temps, le Consistoire central faisait publier et distribuer 
gratuitement dans les écoles un excellent petit livre, un catéchisme 
qui ne diffère de celui d'aujourd'hui que par une chose : on y avait 
rais le> principaux règlements du Grand Sanhédrin ; et les enfants 
devaient les apprendre par cœur. Pouvaient-ils ressembler à leurs 
devanciers ces petits Juifs qui récitaient à haute voix chaque jour 
des choses comme celles-ci : 

« Le Grand Sanhédrin statue que tout Israélite né et élevé en 
France, et traité par les lois de cet État comme citoyen, est obligé 
religieusement de le regarder comme sa patrie, de le servir, de 
le défendre, d'obéir aux lois et de se conformer, dans toutes ses 
transactions, aux dispositions du Code civil. 

Déclare, en outre, le Grand-Sanhédrin, que tout Israélite appelé 
au service militaire est dispensé par la loi, pendant la durée de ce 
service, de toutes les observances religieuses qui ne peuvent se 
concilier avec lui. »^ 

Ne devait-il pas sortir une génération toute nouvelle, toute fran- 
çaise, de ces écoles qui donnaient de tels enseignements ? 

Non, jamais trafiquant, jamais spéculateur à la Bourse, n'éprouva 
une joie pareille à celle des Israélites de Metz, quand un an après 
l'ouverture de leur école, ils mirent sous les yeux de leurs conci- 
toyens les résultats de leurs travaux et de leurs efforts ! Ah 1 ce 
fut une date glorieuse pour le judaïsme français que celle du 
le'- octobre 1819, jour de la première distribution des prix d'une 
école Israélite, quand le maire de la ville de Metz, chevalier de 
l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, se leva pour distribuer, au 
son des fanfares de la garde, des prix d'histoire de France et de 
géographie de France, à des petits-enfants de porteurs de rouelles! 
Avec quelle fierté naïve le rapporteur Gerson Lévy vint déclarer 
que de petits Juifs savaient en français toute l'histoire de la race 
mérovingienne! 

En même temps, les autorités du département admiraient sur les 
murs de la salle une exposition de dessins de géométrie et d'orne- 



cil ACTES ET CONFÉRENCES 

ment. Une exposition de dessin en 1819 et dans une école juive! 
Mais en 1862, dans un rapport sur l'enseignement professionnel, 
un ministre du second Empire se plaint de ce que le dessin est né- 
gligé dans les écoles et demande d'énergiques efforts pour dévelop- 
per dans le pays l'éducation artistique! Vous le voyez, nous devan- 
cions notre époque. 

Aujourd'hui l'éducation physique tient le premier rang dans les 
écoles. Mais les exercices du corps avaient déjà place dans nos 
écoles juives, et dès 1822 l'école de Marseille donnait des prix de 
natation'. Elle donnait même un prix des plus curieux et qui 
montre combien le Juif est sagace, novateur en matière pédago- 
gique. Je trouve dans le palmarès de 1822 à Marseille un prix de 
belle écriture de la main droite, et un ^rix de belle écriture de la 
main gauche. Il y a quelques mois, une de mes élèves de l'école 
Bischoflfsheim, gauchère de naissance, passait les examens de 
l'Hôtel de Ville et recevait les plus hautes notes en écriture et en 
dessin. Toute la commission d'examen admirait ce phénomène, 
qu'on eût trouvé des plus ordinaires en 1822 à Marseille ! Et qu'on 
ne dise pas qu'une main ne s'instruit qu'aux dépens de l'autre : ce 
sont les mêmes enfants qui remportent les prix! 

Je ne veux pas insister outre mesure sur les règlements de ces 
premières écoles -. Ce qu'il faut surtout remarquer, c'est leur pro- 
fonde sagesse. Le difficile, quand on fait des réformes, est de trou- 
ver le juste milieu. Le judaïsme avait alors, comme nos partis poli- 
tiques, son extrême droite et son extrême gauche. Il fallait ména- 
ger nos réactionnaires et nos radicaux (nous n'avions pas d'anar- 
chistes). 

Dans leur ardeur à se régénérer, les uns voulaient voir le fran- 
çais prendre la place de l'hébreu, non pas seulement à l'école, mais 
dans la synagogue. Pour faire disparaître toute distinction entre 
Juifs et Français, une brochure de l'époque, écrite avec beaucoup 



* On enseignait encore la sténographie dans cette école. 

* Ils sont le fait d'une administration prudente et paternelle. Ils défendent 
sévèrement les châtiments corporels. — On multiplie les prescriptions hygié- 
niques : défense de recevoir un enfant à l'école après une maladie, s'il n'a pas 
un certificat du médecin. — Le bulletin de vaccine est obli^ratoire. 



L'OEUVRE SCOEAIHE DES JUIFS FRANÇAIS DEPUIS 1789 CllI 



de verve demandait, mon Dieu ! une chose bien simple ! d'aller au 
temple le dimanche au lieu du samedi. 

Mais ces prétentions justifiaient les craintes des vieux Juifs, qui 
criaient au scandale, à l'impiété parce que l'on faisait autre chose à 
l'école que du Talmud 1 Ah 1 ce furent de merveilleux opportunistes 
que les Cerfbeer, les Avigdor, les Furtado, les Gerson Lévy, 
les Cahen, les Cologna, les Gradis, les Oulif, les Goudchaux ! J'en 
passe et des meilleurs. 

Ce dont je les louerai encore volontiers, c'est d'avoir apporté 
dans tous ces règlements, bien mieux que de la sagacité et de la 
justesse, une rare élévation morale. Je n'en veux pour preuve que 
le moyen d'assurer le budget et de faire entrer de l'argent dans les 
éaisses. J'ai parlé plus haut de l'enthousiasme : créer de l'enthou- 
siasme est chose relativement facile ; le tout est de le faire durer. 
Comment obtenir des Juifs qu'ils donnent, non pas une fois, mais 
encore, mais toujours, pour l'onivre scolaire ? On peut s'adresser à 
leur vanité et l'on décide, par exemple, dans le Bas-Rhin, que les 
noms des donateurs resteront affichés pendant six mois dans le 
lieu le plus apparent de l'Ecole. Cela ne suffit pas. Il faut autre 
chose que d'agir sur l'araour-propre ; il faut inculquer le sentiment 
du devoir, 11 faut faire comprendre que désormais on n'est bon Israé- 
lite qu'autant qu'on est bon citoyen, et que, pour être bon citoyen 
il faut veiller à l'œuvre scolaire. On décide, à Paris, que toutes les 
offrandes pour les écoles seront inscrites avec soin dans un grand 
livre ; ce livre sera apporté dans le temple à toutes les grandes 
fêtes ; là, le Grand-Rabbin lira les noms sl haute voix et bénira 
tous ceux qu'il aura nommés. N'y a-t-il pas là une haute leçon de 
morale, et peut-on faire entendre plus clairement que s'instruire 
pour le pays est le premier devoir du Juif? A Bordeaux, on fait 
mieux encore. En excitant l'émulation des donateurs on imprime 
le respect et la reconnaissance dans le cœur des enfants. Et l'on ne 
trouvera pas souvent dans les paperasses administratives un détail 
aussi touchant : 

Ecole Israélite de Bordeaux : art. 57 : « Tous les ans, la veille 
du jeûne de l'expiation, les élèves Israélites de la septième et de 
la huitième classes seront conduits par le maître et deux moniteurs 



CIV ACTES ET CONFÉRENCES 

en ordre au cimetière pour y prier sur la tombe de tous ceux qui 
auront laissé quelque legs en faveur de Técole. » — Tout pour 
l'école ! tout par l'école I c'était bien l'unique devise du judaïsme! 
— Dirai-je maintenant que les femmes juives ont pris part à 
l'œuvre de régénération et qu'elles ont suivi le mouvement ? Ce se- 
rait mal les connaître. Elles l'ont précédé sur bien des points. Et 
pourquoi, lorsqu'il s'agit de l'instruction, n'auraient-elles pas été 
au premier rang à l'époque de liberté? Elles y étaient bien à 
l'époque de misère et d'oppression. Permettez-moi de le rappeler en 
passant : alors que les nobles châtelaines du moyen-âge venaient 
dans les tournois décerner des prix à de fiers batailleurs, les 
femmes juives donnaient aussi des prix à leurs coreligionnaires 
dédaignés. Ce sont elles qui ouvraient la bourse pour loger, nour- 
rir, vêtir nos pauvres savants, qui étudiaient dans l'ombre et le 
mystère ! Ce sont elles qui fondaient des imprimeries et faisaient 
publier à leurs frais les travaux de ces savants ! Elle avait vrai- 
ment tort cette baronne du moyen-âge qui, ayant mis son carrosse 
en gage chez un Juif, refusait de le reprendre parce que la femme du 
Juif avait osé s'asseoir dedans. Il est vrai que le Juif, tremblant 
pour son argent, s'empressa de rendre le carrosse à la seule condi- 
tion de recevoir son capital sans aucun intérêt ! C'est ce qu'avait 
prévu et désiré la baronne. — Mais à cette époque nos plus riches 
héritières se faisaient gloire d'épouser le plus pauvre, pourvu qu'il 
fut le plus savant. On cite même une fille d'Israël qui, s'étant fian- 
cée, recula son mariage pendant douze ans jus(iu'à ce que son mari 
possédât le Talmud a fond. Douze ans de soupirs sur le Talmud 
pour mériter celle qu'on aime! Ah! M"*^ de Rambouillet n'avait 
pas trouvé cela avec le duc de Montausier ! — Si les femmes juives 
étaient si ardentes aux choses de l'instruction, que ne devaient-elles 
pas faire pour seconder leurs maris et leurs frères dans l'œuvre de 
régénération ? 

L'école des garçons de Metz passe pour la première ouverte en 
1818. ^lais, dès 1817, une jeune femme de Bordeaux faisait don 
d'un local pour y installer une école ; elle organisait, enseignait, 
payait. Les dames bordelaises se forment en comités avant les 
hommes, et c'est à leurs seuls efforts qu'on doit la création d'une 



L'ŒUVRE SCOLAIRE DES JUIFS FRANÇAIS DEPUIS 1789 CV 

école de garçons de soixante-dix élèves. — Quant aux filles, elles 
sont plus empressées de venir à l'école que les garçons ; elles tra- 
vaillent mieux. A Metz, elles font si bien qu'on est obligé d'ouvrir 
des cours supérieurs pour elles à l'école primaire. C'est d'une école 
de filles qu'un inspecteur non Israélite disait dans son rapport : « Je 
n'ai jamais vu d'élèves qui écrivissent mieux le français. » Mais 
c'est à Paris surtout que les femmes juives font merveille. Lisez les 
budgets d'alors : la plus grosse partie des recettes vient des quêtes. 
Et ces quêtes, qui va s'en charger'? Ce sont les dames, qui vont de 
maison en maison, retournant une deuxième fois là où l'on a refusé 
une première fois. Dès 1821 le consistoire de Paris reconnaît la 
nécessité de s'adjoindre un comité de dames pour l'école des gar- 
çons, notez-le. — On parle quelquefois de la sécheresse des docu- 
ments administratifs. Voici un arrêté du Consistoire qui est du 
dernier galant : il s'agit des collectes dont le soin va être confié aux 
femmes : « Qui pourrait, dit l'arrêté, refuser le denier de la veuve 
à ce sexe si intéressant et si admirable? Qui pourrait résister aux 
charmes persuasifs de ces dames?» Le Consistoire n'était pas 
toujours aussi aimable. Un jour, dans leur beau zèle, les dames 
osèrent demander directement de l'argent au ministre, oubliant que 
le Consistoire avait seul mission pour correspondre avec le gouver- 
nement. Messieurs du Consistoire se fâchèrent tout rouge et blâ- 
mèrent sévèrement les dames. Elles firent une réponse des plus 
spirituelles (pouvait-il en être autrement?), et l'entente ne tarda 
pas à se rétablir, comme elle se rétablit toujours entre gens de cœur 
travaillant à une œuvre commune. Et l'on travaillait vraiment 
bien! Et l'œuvre portait ses fruits! Dès 18'25 ', le préfet de la 
Seine déclarait que nos écoles juives pouvaient servir de modèles 
aux écoles catholiques ! Les fils des parias maudits cités comme 
modèles ! 11 n'avait pas fallu cinq ans pour dépasser ceux que nous 
rêvions à peine d'égaler ! Ah ! les petits vagabonds juifs avaient 
senti l'étincelle ! Ils avaient si bien travaillé qu'en 1829 l'autorité 
supérieure écrivait à Metz pour féliciter l'administration des résul- 



' Eu 1819 déjà M. Beugnol rendait justice ù nos elTorts et parlait des heureux 
résultats dus ù l'orgunisation de uos écoles (Happorl sur les linances;. 



CVl ACTES ET CONFERENCES 

tats obtenus ! Telle était en 1832 la bonne réputation de nos écoles, 
que le roi Louis-Philippe, la reine Marie - Amélie et la princesse 
Adélaïde chargeaient un émineat philanthrope d'aller à la distri- 
bution qui devait se faire à Paris et de remettre en leur nom trois 
prix d'honneur aux iiarçons et trois prix d"honueur aux filles. Vous 
jugez de l'émoi de la communauté à cette grosse nouvelle! Un re- 
présentant du roi à la distribution ! L'instituteur se mit en frais 
à cette occasion et dépensa 8 fr. 50 c. pour réparer des carreaux 
cassés ! On fut si content de part et d'autre qu'on accorda au nom 
du souverain huit jours de grandes vacances aux élèves ! On n'a- 
vait pas de vacances à cette époque. Enthousiasmés de la bonne 
aubaine, nos petits coreligionnaires poussèrent le cri de : « Vive le 
roi ! » Huit jours de grandes vacances pour le cri de : Vive le roi 1 
Ce ne serait pas payé aujourd'hui I 

Le budget du comité des écoles pour 1893 est de 100,000 francs; 
la population juive est de 50,000 habitants environ; cela fait 2 fr. 
par tête. Il y a soixante-dix ans, pour 2,000 Juifs, Metz dépensait 
plus de 4,000 francs : la proportion est la même. Et ailleurs, en 
Alsace et en Lorraine surtout on fait des efforts merveilleux, hors 
de toute proportion avec les ressources des communautés pour sou- 
tenir les écoles. Paris, en 1820, dépense 4,583 francs pour 6,000 
juifs. Crions-le sur tous les toits, ce chiffre de 4,583 francs! c'est 
363 francs de plus que ce que Napoléon le inscrivait dans ses budgets 
pour l'instruction primaire de ses 130 départements ! Voici ce que 
dit Jules Simon . dans son curieux livre de l'Ecole : « Les écoles 
primaires restèrent abandonnées à elles-mêmes. On trouve quel- 
quefois dans les budgets de l'empire une somme de 4,250 francs, 
accordée au noviciat des frères des Ecoles chrétiennes. C'est tout 
ce qui parut possible ou nécessaire dans un temps où nous étions 
maîtres de l'Europe. » 

Puisque j'ai cité ce livre de Jules Simon, permettez-moi de m'en 
servir encore. Les Juifs pouvaient être fiers de leur œuvre, quoique 
incomplète, et la France pouvait les applaudir quand on se reporte 
au pitoyable état de rinstruction primaire de notre pays en 1833. 
Nous autres juifs nous n'avons pas encore d'écoles partout ; les 
logements sont étroits ; la situation est précaire parfois ; il y a telle 



L'ŒUVRE SCOLAIRE DES JUIFS FRANÇAIS DEPUIS 1789 GVH 

communauté où une correspondance s'engage entre le comité et 
l'instituteur pour savoir qui achètera les balais. — Mais l'état des 
choses n'est pas à comparer à celui que je vais vous lire : 

ftTrès peu de communes ont une maison d'école ; c'est l'excep- 
tion. L'école se fait dans la mairie, dans un cabaret, dans un corps 
de garde, dans une salle de danse, sous le porche d'une église, dans 
une cave où l'on n'entre qu'en rampant, dans une sorte de bouge, 
sans air respirable, hanté par les reptiles. L'obscurité est si grande 
que l'école est fermée trente-neuf jours en deux mois. — Un ins- 
tituteur loge son pourceau dans l'école. Ailleurs le maître et ses 
élèves s'installent dans l'écurie pour avoir plus chaud. Un inspec- 
teur trouve une école dans une cave où il surprend des buveurs 
attablés. Un autre arrive le lendemain des couches de la maîtresse; 
les couches ont lieu dans la salle d'école ; le marmot est là et toute 
la famille ; on y fait la cuisine ; il n'y a pas d'autre chambre pour 
le ménage. » 

A Romillj, l'école ne coûte que 15 sous par mois ; c'est trop 
cher ; on la met à 12 ; encore trop cher ; à 10 sous, à 8 sous ; ils 
n'iraient pas pour rien ! Dans les rapports des 190 inspecteurs 
les mots « pas d'école ou mauvaise école » reviennent à chaque 
page. Le conseil municipal de Cognac prend une délibération 
expresse pour déclarer qu'il n'y a pas lieu de fonder une école, 
qu'elle serait inutile. Il y a pourtant dans la commune 128 en- 
fants en âge d'aller à l'école. A[. Lorain, qui recueille ces renseigne- 
ments , remarque avec tristesse , parmi les signataires de cette 
délibération le nom d'un ancien garde des sceaux de France I 

Ah! ce n'est pas au bas d'un pareil document qu'on aurait trouvé 
la signature d'un de ceux qui me font l'honneur de m'écouter, de 
M. Narcisse Leven, qui, dans une séance générale de l'Alliance 
Israélite, prononçait ces belles paroles : « Les écoles ! Il faut en 
ouvrir partout! 11 faut en couvrir l'Orient et l'Afrique ! » 

Nous sommes arrivés en 1833 : la loi Guizot réorganise l'instruc- 
tion primaire en France. Petit à petit nos écoles deviendront com- 
munales et rentreront dans le régime commun. Je crois inutile de 
continuer leur histoire. Je ferai seulement observer (pie nous 
n'abandonnons pas pour cela la partie, et je n'en veux pour prouve 



GVIII ACTES ET CONFÉRENCES 

que le magnifique groupe de nos écoles consistoriales de Paris avec 
une population scolaire de plus de GOO élèves, un personnel des 
plus vaillants et une administration d'élite '. 

Demandons-nous maintenant ce qu'on a fait de tous ces enfants 
que l'on envoyait dans les écoles? — La réforme était manquée s'ils 
retournaient dans leurs familles reprendre le métier paternel. Il 
fallait absolument joindre à renseignement primaire, l'enseignement 
professionnel. A peine les écoles se sont-elles ouvertes que des 
comités de patronage vont se former de tous côtés pour placer nos 
petits coreligionnaires dans les ateliers. C'est toujours Metz qui 
donne l'exemple, et dès 1823, il y fonctionne une société d'encou- 
ragement aux arts et métiers -. Si les parents sont trop pauvres 
pour nourrir les enfants, des particuliers charitables fourniront la 
table et le couvert. Cela ne suffit pas. Les enfants ne sont ni sur- 
veillés ni instruits. 

C'est alors que s'ouvre en 1825 cette magnifique école de travail 
de Strasbourg qui sera à jamais une des gloires du judaïsme fran- 
çais. En 1842 se fondait l'école des arts et métiers de Mulhouse. 
Et l'on peut demander à nos détracteurs qui nous accusent de ne 
pas aimer les travaux manuels, combien il y avait d'écoles profes- 
sionnelles en 1825 en France dans les plus grandes villes ! Dans le 
rapport de 1862 que je viens de citer on se plaint du manque 
d'écoles professionnelles en France. On hésitait alors, on tâtonnait; 
on cherchait les moyens de faire marcher de pair l'enseignement 
manuel et l'enseignement intellectuel. Une commission se formait 
au ministère du commerce en 1864 ; elle cherchait des documents 
de toutes parts, et elle ne dédaignait pas de s'éclairer auprès de 

' Nombre de communautés continuent à accorder une subvention aux écoles 
et à compléter le traitement des maîtres. — Des sociétés sont formées pour 
habiller les enfants pauvres, pour leur fournir des livres, des cahiers, pour payer 
leurs frais d études dans des établissements supérieurs d'instruction. — La 
Société des jeunes gens Israélites de Colmar fait frapper tous les ans à Paris une 
médaille d or et une médaille d'argent pjur les décerner aux meilleurs élèves. — 
Ailleurs on ouvre des couri du soir pour les adulies. 

Les jeunes apprentis soûl réunis solenaellemeut tous les ans pour y recevoir 
des prix et entendre de touchantes exhortations. Des outils d'honneur sont 
accordés aux plus méritants. 



LCEUVRE SCOLAIRE DES JUIFS FRANÇAIS DEPUIS 1789 CIX 

nos écoles juives de Strasbourg et de Mulhouse ! Et le président de 
la commission, le général Morin, membre de l'Institut, directeur du 
Conservatoire des arts et métiers, écrivait aux administrateurs de 
l'École de Strasbourg : « Messieurs, j'ai reçu et lu avec beaucoup 
d'intérêt les renseignements que vous avez eu l'obligeance de me 
transmettre sur les résultats de l'école des arts et métiers de 
Strasbourg. Ces succès, qui sous une administration paternelle et 
prudente se perpétuent d'année en année, prouvent que votre so- 
ciété d'encouragement au travail a trouvé et réalisé par elle-même 
une des meilleures solutions de la difficile question de l'apprentis- 
sage coordonné avec l'instruction nécessaire à de jeunes ouvriers. 
Je porterai tous les détails intéressants que j'ai puisés dans ces 
documents à la connaissance de la commission formée auprès du 
ministère du commerce et je ne doute pas qu'elle n'apprécie comme 
moi et la générosité des sentiments qui dirigent votre société et les 
heureux résultats qu'elle obtient. » 

La même année, un homme, dont on ne récusera pas la compé-* 
tence, le directeur de la Ligue de l'Enseignement, Jean Macé, 
déclarait que les écoles juives de Strasbourg et de Mulhouse 
avaient le mieux résolu en France la question de l'enseignement 
professionnel. 

Et, en 1867, lorsque s'ouvre l'Exposition universelle, je vois men- 
tionnée, à côté des écoles nationales d'Angers et de Chàlons, l'école 
Israélite de Strasbourg ; et, dans une notice sur les établissements du 
Haut-Rhin, destinée à la même Exposition, je trouve cette phrase 
sur l'école de Mulhouse : « A coup sur, une école aussi bien conçue 
n'a rien de confessionnel et présente des avantages si réels pour 
l'apprentissage, qu'il est à désirer de les voir imiter ailleurs dans 
notre département, pour les enfants des diverses communautés 
chrétiennes! » Voilà ce qu'avaient fait pour l'enseignement profes- 
sionnel ces Juifs d'Alsace que le député Rebwel considérait comme 
une bande d'usuriers incapables de faire autre chose et dont il disait 
à la Constituante : « Si vous émancipez les Juifs d'Alsace, je ne 
réponds pas des suites. » 

Le temps me manque pour entrer dans les détails d'organisation 
de ces écoles. Il est touchant surtout de voir au milieu de quelles 

ACT. BT CONF. H 



ex ACTES ET CONFÉRENCES 

difficultés elles se débattent. Nous qui sommes habitués à de gros 
budgets et à des écoles richement dotées, nous pouvons sourire en 
voyant les souscriptions qui soutiennent ces établissements : il y en 
a de 2 fr., de 1 fr., de fr. 50 '. Parmi les dons, je trouve jusqu'à 
trois livres de bougies I L'œuvre semble parfois compromise ; mais 
elle marche toujours, car elle est dirigée par des hommes d'une rare 
énergie. Et, bien que je ne puisse citer tout le monde, je ne saurais 
passer sous silence Louis Ratisbonne, de Strasbourg, et Lazard 
Lantz, de Mulhouse ! La biographie d'un homme comme Lantz 
devrait seule suffire pour faire tomber les préjugés de l'antisé- 
mitisme. 

Mais laissons l'éloge et posons nettement la question : les Juifs 
ont-ils pris le goût des professions manuelles? En 1856, le comité 
de patronage de Paris (car il faut bien parler un peu de nos ouvriers 
de Paris) plaçait 9 apprentis ; en 1857, 14 ; en 1859, 27 ; et aujour- 
d'hui l'excellente école de la rue des Rosiers compte, tant internes 
qu'externes, 121 apprentis! Et sait-on l'éloge que font de ces petits 
ouvriers les patrons, presque tous non Israélites ? Us sont d'accord 
pour reconnaître, quoi? leur goût? leur intelligence? Bien mieux 
que cela : leur moralité. 

On dit que les Juifs ont de la répugnance pour certaines profes- 
sions, celles qui sont trop dangereuses. 11 serait plus vrai de dire 
qu'il est certains métiers plutôt recherchés que d'autres. Lesquels? 
Parcourez les comptes rendus de Strasbourg, de Mulhouse, de 
Paris, et vous verrez que ce sont les métiers de typographe, litho- 
graphe, dessinateur, graveur, relieur, c'est-à-dire tout ce qui 
touche à l'industrie du livre! Et l'on s'étonne que les Juifs réussis- 
sent 1 On parle de leur génie pour l'intrigue ! Mais non ! Ils ont le 
génie de l'École ! Un jour, ou plutôt un soir, M. Duruy, alors 
ministre de l'instruction publique, était de passage à Strasbourg. Il 



' 11 est intéressant de relever parmi les souscripteurs les noms de l'évêque de 
Strasbourg, du pasteur protestant, du président du Consistoire de la confusion 
d'Augsbourp, etc., etc. — Différents conseils municipaux votent des subven- 
tions. — Les conseils généraux du Bas-Rbin et du llaut-Rbin accordent des 
allocations annuelles, parfois avec les cousidérants les plus flatteurs pour ces 
établissements. 



L'OEUVRE SCOLAIRE DES JUIFS FRANÇAIS DEPUIS 1789 CXI 

eut la curiosité d'aller surprendre nos petits coreligionnaires à 
l'École de Travail. Ceux-ci venaient de terminer leur repas après 
leur journée d'atelier et se mettaient au dessin. M. Duruy observa 
longtemps les élèves penchés sur leurs cartons, puis il s'écria, comme 
frappé d'admiration : « Yous ne serez pas des ouvriers, vous serez 
tous des contre -maîtres, mes enfants. » 

Loin de démoraliser le pays, les Juifs rivalisent de progrès avec 
leurs concitoyens. En veut-on la preuve? Où y avait-il le plus de 
Juifs en France avant 1870? En Alsace et en Lorraine. Sur neuf 
grands rabbinats il y en avait quaire en Alsace et Lorraine, et cinq 
dans le reste de la France, y compris Paris. Jugez delà proportion. 
Eh bien 1 les écoles juives marchent au premier rang dans cette 
Alsace et cette Lorraine. Et chose glorieuse à dire ! cette Alsace 
et cette Lorraine marchent elles-mêmes au premier rang dans la 
France, En 1862, sur cent conscrits, le nombre de ceux qui ne 
savent ni lire ni écrire varie de 50 à 70 0/0 dans le Finistère, la 
Haute-Vienne, les Landes, la Corrèze, l'Ariège, les Côtes-du-Nord. 
La Moselle donne 6 0/0 ; le Haut-Rhin, 6 0/0, et le Bas-Rhin, 4 0/0. 
En 1869, le Finistère donne encore 52 0/0; la Moselle, 2 1/2 0/0 ; 
le Bas-Rhin, 1 1/2 0;0 '. Lorsque Jean Macé lance ces biblio- 
thèques populaires qui se sont tellement multipliées depuis, où 
trouve-t-il l'accueil le plus empressé? En Alsace. Quel est son 
auxiliaire le plus précieux? Un Juif des plus instruits, qu'on a vu 
depuis organiser un important service de bibliothèque à Paris. 
Chose curieuse ! La première liste des souscripteurs de la Ligue de 
l'Enseignement compte pour la France entière 4,792 noms. Il y en 
a 401 dans le Haut-Rhin seulement, et près de 100 Juifs ! 

Mais je n'ai rien dit encore de l'apprentissage des filles ! J'avoue 
qu'il n'y avait pas là urgence comme pour les garçons. Et pendant 
longtemps, et surtout dans cette Alsace et cette Lorraine si éclai- 
rées, on s'est contenté d'apprendre à nos petites coreligionnaires au 
sortir de l'école la science féminine par excellence, la science du 
ménage ! Ne disons pas de mal de nos ménagères juives d'Alsace, 

' C'est dans le Bas-Rhin que fat ouverte la première école normale d'insti- 
tuteurs en France. Moyenne des élèves admis: 100, dont 10 juifs. D'après la 
population ce dernier nombre ne devait pas dépasser 4 0/0. 



CXn ACTES ET CONFÉRENCES 

vrais cordons bleus qui ont élevé la pâtisserie à son dernier degré 
de perfection. Lorsque Henri Heine parle de la joie causée en Eu- 
rope par la révolution de 1830, il songe à la pâtisserie juive et il 
écrit : « On sentait comme une odeur de gâteaux ! » D'ailleurs, 
s'il faut en croire un chroniqueur des plus instruits, fin gourmet à 
ses heures, nos ménagères juives ont doté Thumanité d'un bienfait 
impayable en lui révélant, à une date relativement récente, un 
grand secret : l'art d'engraisser les oies et d'apprêter les pâtés. — 
« La haine patiente des Juifs, dit ce chroniqueur, confisqua cette 
jouissance pendant plus de douze siècles sur la chrétienté. La cul- 
ture du foie gras était un arcane dont les Juifs de Metz et de Stras- 
bourg avaient seuls la possession ». — Sait-on quand fut révélé le 
secret? Le jour où l'Alsace devint terre française ! 

Ce que Strasbourg et Mulhouse ont fait pour les garçons, c'est 
Paris qui devait avoir l'honneur de le faire pour les filles. Après de 
longs et glorieux efforts des comités de dames pour l'apprentissage 
des filles, ce problème fut résolu définitivement par la création de 
l'Ecole Bischoffsheim, d'une part, par l'énergique impulsion donnée, 
de l'autre, à la maison de Neuillj. Je ne reviendrai pas sur ce 
qui a été dit à ce sujet dans la Revue des Leux-Mondes de 1887 par 
M. Maxime du Camp. Je n'y ajouterai qu'un mot. En 1889, le jury 
de l'Exposition qui a prodigué médailles et diplômes à l'Ecole de 
Neuilly, à l'Ecole du boulevard Bourdon, à l'École de la rue des 
Rosiers, à l'Orphelinat Rothschild, n'a-t-il pas rendu justice aux 
efforts du Juif en faveur de l'instruction? Cette Exposition a 
constaté aux yeux du monde entier le relèvement de la patrie. Nous 
aussi nous avons fait voir à cette occasion nos écoles qui brillaient 
au premier rang et nous avons pu dire, comme la Cornélie antique : 
« Voilà nos trésors ! » 

Et ces écoles dont je parle s'ouvrent libéralement à tous les vi- 
siteurs, mettent sous les yeux de tous leurs programmes et leurs 
méthodes. On dit que les Juifs ne travaillent que pour eux et entre 
eux. Sans aller bien loin, je pourrai citer, à preuve du contraire, 
l'Ecole sœur de l'Ecole Bischoffsheim, l'orphelinat Jules Béer, de 
Louveciennes, excellente école agricole destinée aux non Israélites. 
Mais prenons nos écoles juives : elles comptent toutes parmi leurs 



L'ŒUVRE SCOLAIRE DES JUIFS FRANÇAIS DEPUIS 1789 CXHI 

professeurs des catholiques et des protestants. Car, le Juif est tolé- 
rant et libéral dans son enseignement. Et je ne sais pas de plus bel 
exemple de tolérance que celui du séminaire israélite de Paris, qui, 
pendant de longues années, confia l'enseignement de la philosophie 
à un non israélite. Aujourd'hui encore, c'est un non israélite qui 
enseigne l'histoire : l'histoire et la philosophie, ce sont peut-être les 
deux branches les plus hautes de l'enseignement. On ne dira pas que 
nos jeunes rabbins, instruits par des concitoyens d'un autre culte, 
apprennent à mépriser ce qui n'est pas juif. Tout ce que nous disons 
et ce que nous écrivons peut être répété partout. En 1885, un pro- 
fesseur israélite du Collège de France, le regretté M. Franck, fai- 
sait une leçon d'ouverture, qui fut reproduite par le Journal des 
Débats. Elle contenait de si belles pensées sur la religion qu'elle fut 
lue à haute voix en plein réfectoire, où cela ? Au séminaire israé- 
lite? Non. Au collège Albert-le-Grand, à Arcueil. Et l'abbé Jour- 
dan, directeur de l'Ecole, écrivait : « Je n'ai pas l'honneur de 
connaître M. Franck, mais j'éprouve le besoin de le remercier de 
sa leçon d'ouverture. Ce discours, lu au réfectoire devant tous nos 
maîtres, les a frappés par l'élévation des sentiments et le courage 
des affirmations. Plaise à Dieu qu'il dépose dans l'âme de la jeu- 
nesse les germes d'une vie nouvelle en ravivant les croyances reli- 
gieuses et spirituelles qui feront le salut et la grandeur de notre 
pays. » Et de ce même discours on retrouve des extraits dans les 
mandements des évêques de Nîmes et de Nancy. Et dire qu'il y a 
des gens qui nous accusent de vouloir fermer les églises et de tra- 
vailler à la ruine de notre pays ! 

Voici comment nous y travaillons : en 1810, la France était 
vaincue par l'Allemagne. On se souvint aussitôt que la Prusse 
écrasée à léna ne s'était relevée que par les écoles. On se mit aussi- 
tôt à l'œuvre et l'on reconnut que notre système d'enseignement 
était défectueux et avait besoin d'être réformé. Qui fut un des pre - 
miers à indiquer le remède? Ce fut un Juif, Michel Bréal, dans son 
livre : Quelques mots sur l' Insiruction publique, paru en 1870. 

Mais parmi nos lois de l'enseignement moderne, quelle est la 
plus vantée à l'étranger, la plus admirée, la plus imitée? Quelle est 
celle qui a le plus appelé l'attention de tous les pédagogues d'Italie, 



CXIV ACTES ET COiNFERENCES 

d'Allemagne, d'Angleterre, de Hongrie? C'est la loi sur l'enseigne- 
ment secondaire des jeunes filles, si bien due à l'initiative d'un Juif 
qu'elle en porte le nom : on dit : « la loi Camille Sée ». Un sénateur 
italien, le profefseur Pacchiotti, publie un ouvrage en 1885 et de- 
mande que l'on crée en Italie des lycées déjeunes filles analogues à 
ceux que la loi C. Sée a institués en France. Le D"" ^\"ychgram, 
professeur à l'Ecole supérieure des filles de Leipzig, déclare que 
l'enseignement des jeunes filles organisé par la loi C. Sée aura une 
influence capitale sur le développement et la force morale de la 
nation. Enfin, disons-le bien haut, un homme d'Etat anglais, 
jurisconsulte éminent, qui a été membre du Parlement, juge du banc 
de la Reine et, plus tard, membre du Conseil privé, a dit de cette loi 
proposée par un Juif : « Je n'y vois qu'un inconvénient : bien 
appliquée, elle rendrait la France républicaine trop puissante en 
Europe ! » Acceptons-en l'augure * 1 

La loi C. Sée voilà pour le gouvernement. Mais ne doit-on rien à 
l'initiative privée? Il y a à Paris un excellent lycée déjeunes filles, 
dû à cette initiative privée et qui a rendu les plus précieux services : 
c'est le collège Sévigné. Qui en fut un des promoteurs, qui en fut, 
si je peux dire la cheville ouvrière? C'est un des nôtres, dont nous 
avons tous déploré la mort prématurée, le vaillant et regretté 
M. Sacki Kann. 

Ces créations pour l'enseignement secondaire des filles se font 
remarquer par leur caractère essentiellement laïque, laïque mais 
non pas antireligieux. Et je ne saurais mieux faire que de rappeler 
à ce propos le remarquable rapport sur l'enseignement des filles pré- 

* On lit encore dans Jules Simon : « On s'est enfui préoccupé sérieusement 
de l'éducation des filles, de ce grand intérêt si maladroitement et si odieusement 
méconnu pendant longtemps. M. Camille Sée, qui s'est fait le promoteur de 
1 enseignement secondaire des filles, a certainement rendu un grand service à 
noire pays. Le gouvernement et la Chambre ont bien fait de le suivre dans cette 
loi. » Rappelons que M. Sée consacre à son œuvre une publication périodique 
des plus intéressantes : La Revue de l'Enseignement secondaire des filles. On y 
trouvera les meilleurs matériaux pour faire l'historique de l'œuvre et l'apprécier 
à sa juste valeur. On y trouve encore des devoirs corrigés par les meilleurs 
maîtres, des analyses intéressantes d'ouvrages anciens ou nouveaux. Rien n'y 
est négligé pour rendre service aux jeunes filles qui fréquentent les lycées ou 
autres établissements d'instruction, et au personnel enseignant. 



L'ŒUVRE SCOLAIRE DES JUIFS FRANÇAIS DEPUIS 1789 CXV 

sente en 1879 par un des nôtres à la conférence Mole Tocqueville. 
« Il faudra éviter, dit fort bien M. Théodore Reinach (car c'est de 
lui qu'il s'agit), jusqu'à l'apparence de donner à l'enseignement laïque 
un caractère antireligieux qui ne lui conviendrait nullement, » Quant 
à la nécessité d'élever le cœur et l'esprit de la femme, M. Reinach 
la justifie par des arguments dont quelques-uns sont empruntés d'une 
façon heureuse et piquante à l'évêque Dupanloup ! 

Mais je n'ai pas fini avec l'enseignement secondaire des filles! 
Avant ce grand mouvement de nos jours, qui nous appartient en 
grande partie, un effort avait été fait en 1836, et M. Gréard en 
parle longuement et avec admiration dans un rapport de 1882. 
Est-ce qu'il s'agissait encore d'un Juif ? Oui ! Ce sont les fameux 
cours d'Alvarès Lévi, M, Gréard rapporte qu'Alvarès Lévi ayant 
reçu la croix, toutes les mères qui lui confiaient leurs jeunes filles 
s'étaient écriées : « Nous sommes décorées 1 » 

Morale et pédagogie! voilà bien le Juifl Voilà qui caractérise en- 
core la littérature féminine juive. Voilà aussi d'où jaillira l'inspi- 
ration poétique 1 L'Ecole ! mais c'est le fond même du drame, Les 
Ouvriers, d'E. Manuel! Ses plus belles poésies en sont imprégnées ! 
Et c'est bien un des nôtres qui devait traduire en vers cette grande 
vérité : 

Au mal comme au carcan l'ignorant est rive' ! 
Mais quiconque sait lire est un homme sauve' ! 

Mesdames et Messieurs, si nous avons été battus par l'Allemagne 
en 1870, il y a une revanche que nous avons déjà su prendre : les 
savants allemands ont cessé de nous regarder de leur haut. Rarement 
les études philologiques ont été cultivées avec plus de succès ; 
rarement l'érudition française a brillé d'un plus vif éclat que de nos 
jours. C'est là une victoire morale où les Juifs ont leur part, leur 
large part. Ah ! j'en aurais long à dire sur le rang que nous occu- 
pons dans les lettres, dans les sciences, dans les arts et dans toutes 
les carrières libérales ! C'est notre orgueil que cette jeunesse Israé- 
lite qui se presse sur les bancs des établissements scolaires et qui 
n'ambitionne d'autre gloire que la gloire universitaire ! Le Juif, si 
on veut l'apprécier à sa juste valeur, il faut le chercher non dans la 



CXVI ACTES ET CONFÉRENCES 

presse quotidienne ou dans le bulletin financier, mais dans les pal- 
marès des 1 vcées et collèges, lycées de garçons et de filles I Car celles- 
ci ne sont pas restées en arrière et je sais nombre de filles d'Israël 
dont la seule dot, et la plus belle dot, est le brevet supérieur, le 
diplôme de licence ou d'agrégation. Un ancien député de 1848 s'ex- 
tasiait, il y a quelques années, devant les efforts des Juifs vers toutes 
les cariMères libérales. Et, comme il en exprimait son admiration à 
l'un des nôtres, celui-ci lui répondit avec raison : « Les Juifs ont 
renoncé au trafic et à l'usure du jour où la société leur a ouvert ses 
écoles. » Mais déjà, en 1860, on pouvait nous rendre cet hommage; 
en 1860, déjà on citait, sur 4,000 élèves reçus à l'Ecole polytech- 
nique en trente ans, plus de 100 Juifs, c'est-à-dire 1 sur 40, alors 
que la population juive, par rapport à la population totale, est de 
1 sur 400! Mais déjà en 1830, M. Augustin Périer, à la Chambre 
des Députés, parlait du rang honorable tenu par les Juifs dans les 
lettres et les arts, et de leurs efforts vers les carrières libérales • . 
En 1830, déjà M. Périer et l'amiral Verhuell (un antisémite, celui-ci) 
reconnaissaient les services rendus par les Juifs dans l'armée. C'est 
avec intention que je n'aborde pas aujourd'hui cette dernière ques- 
tion qui m'entraînerait trop loin. 

Ce n'est pas non plus cette question qu'avait en vue ce vaillant 
Français de nos jours, non Israélite, qui disait que si la France à 
beaucoup fait pour les juifs, la dette a été payée. Et celui qui s'ex- 
primait ainsi avait encore en vue une œuvre scolaire, que j'ai tenu 
à réserver pour la dernière, la plus féconde de toutes, la plus belle 
assurément et qui nous fait le plus d'honneur : l'œuvre scolaire de 

' Séance du 2 décembre 1830 : « On doit reconiiaîlre qu'ils se montrent de 
plus en plus dignes du nom français. L'armée, le barreau, les lettres et le com- 
merce comptent des israélites distingués. Les écoles élémentaires se multiplient 
parmi eux > Voir encore (séance du ?0 décembre^ M. André, du Haut- 
Rhin : • On voit les juifs se livrer à diverses professions de tailleurs, forgerons, 
imprimeurs, graveurs, horlogers et à d'autres qu'il serait trop loug d'énumérer. 
On en remarque qui sont cultivateurs. Vous distinguez des professeurs de lan- 
gues anciennes, de mathématiques, des littératures, des poètes, des auteurs de 
tragédies, de comédies et d'opéras, des architectes, des peintres, des ingé- 
nieurs Ainsi les Juifs embrassent aujourd'hui plus ou moins laigement 

toutes les professions auxquelles ils étaient restés généralement étrangers avant 
1789. • 



L^UVBE SCOLAIRE DES JUIFS FRANÇAIS DEPUIS 1789 CXVIl 

l'Alliance Israélite ! Celle-ci est comme le résumé de toutes les 
autres : elle comprend à la fois l'enseignement primaire, l'ensei- 
gnement professionnel et l'enseignement agricole. En ce moment 
s'ouvre l'Exposition de Chicago : on y verra une chose assez cu- 
rieuse, les travaux d'une école agricole Juive : c'est JafFa qui a 
envoyé ses produits! Et je regrette de ne pouvoir ici, à titre de 
documents officiels, faire circuler dans la salle quelques plateaux 
chargés de bonnes bouteilles de vin de Jaffa ! C'eût été la plus 
éloquente des statistiques, surtout par cette température. Ce qu'on 
verra encore à Chicago, c'est la plus belle carte de géographie que 
j'aie jamais vue, carte delà lumière et de la civilisation : l'Asie et 
l'Afrique où un certain nombre de villes se détache en gros carac- 
tères rouges : c'est là que l'Alliance a ses écoles. Ah ! vraiment 
l'inspecteur général Foncin avait bien raison de dire que l'Alliance 
israélite a payé la dette ! M. Du Camp avait bien raison quand il 
demandait au gouvernement français d'accorder le passage gratuit 
aux filles d'Israël qui viennent à Paris « pour s'imprégner de nos 
idées et les répandre autour de leurs berceaux, » Car ce que 
M. Du Camp admire surtout dans l'oeuvre de l'Alliance, c'est ce 
qu'elle fait pour le relèvement moral de la femme en Orient. Ce 
que M. Du Camp aurait pu ajouter, c'est le nombre des élèves non 
Israélites reçus dans ces écoles : il est de 254 ! Détail curieux 1 
le patriarche de Constantinople envoie son neveu à l'école israé- 
lite de Balata, Nul n'est exclu ; toutes les religions s'y mêlent : 

Catholiques romains 86 

Arméniens 18 

Musulmans 22 

Protestants 22 

Grecs orthodoxes 106 

Devant de tels chiffres et de tels rés ultats il faut changer les 
mots : ce n'est pas l'alliance israélite universelle, c'est l'alliance 
universelle ! Et cela est si vrai que sa première œuvre, dès sa 
création en 1860 a été de recueillir des souscriptions, non pas 
pour les Juifs, mais pour les Chrétiens, les Chrétiens de Syrie. 
Ce fut même un spectacle des plus curieux que cette croisade du 



CXVill ACTES ET CONFÉRENCES 

XIX* siècle contre le fanatisme musulman et en faveur des adora- 
teurs du Christ devancée par l'appel de deux Juifs : Crémieux en 
France et Moses Montefiore en Angleterre 1 Voilà comme nous 
nous vengions des persécutions du moyen âge ! Une Société de 
1860, dont le nom seul indique le but : « l'Alliance chrétienne 
universelle » remerciait chaleureusement M. Crémieux et faisait 
les voeux les plus empressés pour l'Alliance Israélite, dont la devise 
allait être comme celle du judaïsme français lui-même : tout pour 
l'Ecole, tout par l'Ecole '. 

Cette devise n'est pas nouvelle ; on la trouve déjà dans le Tal- 
mud et sous une forme des plus originales : « Un jour des rabbins 
vinrent dans une ville où il n'y avait pas d'écoles. Ils demandèrent 
à voir les défenseurs de la ville, on les conduisit devant les soldats. 
Sur quoi ils répondirent que les gardiens de la cité n'étaient pas les 
soldats, mais les instituteurs, et que la ville, étant sans écoles, se 
trouvait, par suite, sans défense *. » 

C'est là le seul point, Mesdames et Messieurs, sur lequel les 
Juifs en se régénérant ne pouvaient pas, ne devaient pas rompre 
avec le passé : leur amour même des choses de l'instruction. 
— Et au moment de clore ma conférence je ne peux m'empêcher 
d'exprimer un regret : c'est de n'avoir rien dit de la part même que 
le Rabbinat français a prise à l'œuvre de régénération. Aujour- 
d'hui plus que jamais la prédication s'ajoute heureusement à 
l'œuvre scolaire. Plus que jamais Téminent chef de la Synagogue 

* Ce que j'ai dit des Juifs français peut être répété des Juifs d'Algérie. On 
retrouve les mêmes elTjrts et les mêmes progrès. Il y a en Algérie 1 Juif sur 
100 habitants. Dans les écoles primaires on compte 1 juif sur 4 élèves ; dans les 
écoles maternelles de même ; les cours d'adultes du soir donnent 1 Juif sur 
5 auditeurs. 

* Rieu de plus curieux que l'enseignement de la loi chez nos ancêtres et les 
prescriptions talmudiques à cet égard. Il est bien des recommandations aux 
maîtres que ne désavoueraient pas nos meilleurs pédagogues d'aujourd'hui : Pas 
de classes trop nombreuses ; le nombre des élèves ne doit pas dépasser 23 pour un 
seul professeur. — Pas de punitions corporelles ou le moins possible ; il faut 
caresser des deux mains et châtier d'une seule. — Lo maître doit être de préfé- 
rence un père de famille. — Il doit préparer sa leçon avec soin et prévoir autant 
que possible les explications qui pourront lui être demandées. A la maison, 
l'enfant répétera avec son père ou son grand-père la leçoa enseignée par le 
maître, etc. 



L'ŒUVRE SCOLAIRE DES JUIFS FRANÇAIS DEPUIS 1789 CXIX 

française, si vaillamment secondé, nous montre que l'Ecole et la 
Sj'nagogue ou la Schulil méritent bien de s'appeler du même nom. 
Je me propose de revenir sur ce sujet ; c'est ma seule excuse si je 
n'en dis rien ce soir. 

Je terminerai donc ma conférence en rappelant que déclarés 
citoyens français par décret de la Constituante les Juifs le sont 
encore devenus : 

Parce qu'ils ont fait de la langue française leur langue na- 
tionale ; 

Parce qu'ils ont conformé les programmes de leurs écoles à 
tous les besoins de la patrie et à toutes les exigences des temps 
modernes ; 

Parce qu'ils ont pris la part la plus active au relèvement moral 
et intellectuel de leur pays et qu'ils lui ont donné le meilleur de 
leur cœur et de leur esprit ; 

Enfin, parce que Juifs et Français ont ce grand caractère 
commun : 

Us sont les champions infatigables de la civilisation. 



PROCÈS-VERBADX DES SÉANCES DU CONSEIL 



SÉANCE DQ 27 AVRIL 1893. 
Présidence de M. Hartwig Derenbourg, préside/if. 

M. le Président annonce que la conférence de M. Maurice Bloch 
aura lieu le samedi 6 mai. Le sujet en sera : L Œuvre scolaire des 
Juifs français depuis 1789. 

M. René Worms parlera à la prochaine Assemblée générale sur 
Spinoza. 

Le Conseil décide d'envoyer une adresse à M. le professeur 
Steinthal à l'occasion du soixante-dixième anniversaire de sa nais- 
sance. 



SÉANCE DU 22 JUIN 1893. 

Présidence de M. Hartnvig Derenbourg, président. 

M. le Président donne lecture d'une lettre de M. Steinthal, qui 
remercie la Société des Études juives de l'adresse qu'elle lui a fait 
parvenir. 

M. Lucien Lazard déclare qu'il se propose de faire une confé- 
rence sur la Légende de l'hostie de la rue Billetfes, quand il aura 
réuni tous les matériaux nécessaires, entre autres, toutes les repro- 
ductions figurées sur les vitraux d'église. 

Sont reçus membres de la Société des Etudes juives : 

MM. le grand-rabbin Kayserlixg, de Budapest, présenté par 
MM. Zadoc Kahn, grand-rabbin, et Israël Lévi ; Paul 
DB KoKOWTSOFF, de Saint - Pétersbourg , présenté par 
MM. H. Derenbourg et Oppert. 

Les Secrétaires : 
Albert Cahen, 
Maurice Vernes. 

VERSAILLES, CERF ET c'', IMPRIMEURS, RUE DUPLESSIS, 59. 



MCHERCHES GÉOGRAPHIQUES 

SUR LA PALESTINE 



I 

LA FRONTIÈRE SEPTENTRIONALE DE LA PALESTINE. 

Invarialiiliié de la fronlière sepientrioriale du pays d' Israël. 

On est loin, jusqu'ici, d'être fixé sur les limites à assigner au 
territoire ocaupé par les Hébreux au temps de la conquête, et, 
en particulier, sur le tracé de la frontière septentrionale. Cette 
dernière délimitation est enveloppée d'une telle obscurité, que 
M. Neubauer, dans sa Géographie du Tainiud\ a cru devoir 
distinguer trois frontières : 

1° Frontières imaginaires, promises par la Bible, mais n'ayant 
jamais été conquises; — au nord, le Ilor Ilahar (l'Amanus du 
Targoum de Jérusalem); vers l'est, le Naliar (le fleuve, l'Eu- 
p h rate) ; 

2° Frontières à l'époque du premier Temple ; — le territoire 
occupé s'étendait au-delà de Kezib (Ecdippa, Zib), vers la mon- 
tagne Amanus, au nord, et vers l'Euphrate, à l'est; 

3° Frontières après la captivité; — le territoire s'étendait au 
nord jusqu'à Kezib. 

Il semble diflicile de se ranger à cette opinion, lorsque l'on 
compare le tracé du livre des Nombres (ch. xxxiv) à celui du 
prophète Ezéchiel (ch. xlvii). 

Premier tracé . 

« Voici maintenant quelle sera la frontière septentrionale : de la 
grande mer vous tracerez une borne jusqu'au mont lier ; de là, vous 

' Neubauer, La Géographie du Talmiid, p. 5. 

T. XXVI, N" 31. 1 



2 RKVL'K D1-:S ÉTUDKS JUIVES 

marquerez une borne jusqu'à l'entrée de Ilamalh ; la frontière du 
nord ira à Cédad, poussera jusqu'à Zifron pour s'arrêter à Haçar- 
Enan. Telle sera votre limite septentrionale. » 

Deuxième tracé : 

« Voici la frontière du pays, du côté du nord; à partir de la grande 
mer, le chemin de Hethlon pour aller à Cédad, Hamath, Berotha, 
Sibraïm, entre la frontière de Damas et la frontière de Ilamath ; 
Hacér-Hatthichon (cour du milieu), qui est sur la frontière du Hau- 
ran. Voici donc la frontière jusqu'à la mer : Haçar-Enon (cour des 
sources), la frontière de Damas, puis, en allant au nord, la frontière 
de Hamath. C'est là la côte du nord. » 

Malgré le manque de netteté qui caractérise ces descriptions, 
on voit tout de suite que les deux tracés ont trois points communs : 
Cédad, Zii'ron (Sibraïm), Haçar-Enan. Les textes bibliques per- 
mettent donc de conclure, contrairement à l'assertion de M. Neu- 
bauer, qu'aucune modification importante n'a été apportée au 
tracé de la frontière septentrionale de la conquête à l'époque des 
Prophètes. 

Rien, d'ailleurs, ne porte à croire que les limites du territoire 
hébreu aient été déplacées dans la période historique qui suivit la 
reconstruction du Temple. 

Point où la frontière partait de la cote. 

Au temps des Macchabées, la frontière partait de l'échelle 
des Tyriens : il est dit, en effet, « qu'Antiochus constitua Simon, 
frère de Jonathas, chef depuis l'échelle de Tyr jusqu'aux fron- 
tières d'Egypte'. » Comme l'on sait, d'autre part^, que l'échelle 
des Tyriens se trouvait à 100 stades au nord de Ptoléma'ïs, — ce 
qui place ce défilé important au Ras en Nakoura, extrémité de la 
cliaîne du Djebel el Mushakkali ^, — l'on se trouve connaître le 
l>oint où la frontière se détachait de la côte à l'époque des Mac- 
chabées. Par son relief, par sa situation au nord de Zib, le Ras 
en Nakoura apparaît comme le Hor Hahar de la Bible. 

Distinction à établir entre la Sidon phénicienne el Sidon 
la grande. 

La frontière, partant du Ras en Nakoura, devait suivre tout 

' Macch., XI, u9. 

* Josèphe, Guerre des Juifs, 1, XI, c. X, 2. 

s Guérin, Galilée, II, p, 1CS. 



KECHERCHES GEÛGHAFIIItjUES SUH LA l'ALESTINE [i 

d'abord la ligne de faîte du Djobel el Mushakkali, qui court droit 
vers Test. Elle laissait au nord, en dehors de la Palestine, la Sidon 
phénicienne. Cette ville était donc distincte de Sidon la grande, 
située sur les confins des territoires des tribus d'Asser et de Za- 
bulon. Il est, d'ailleurs, possible de prouver que Sidon la grande 
n'était pas placée sur la côte de la mer Méditerranée. 

A cet effet, passons en revue les diflV'ronts textes qui l'ont men- 
tion de Sidon : 

Premier texte : 

« Zabulon habile aux bords de la mer, il habile près des bords na- 
vigables, et s'étend jusqu'à Sidon » (Genèse, xlix, 13). 

Deuxième texte : 

« La cinquième lot sortit pour la tribu des fils d'Asser, séparés par 
familles. Leur possession comprit Helqath, Hali, Bélèn, Akschaf. 
AUammélék, Améad, Mischeal; la ligne de frontière touchait le Car- 
me! à l'ouest, et le Schihor-Libnalh ; elle tournait, au levant, vers 
Belh-Dagon, longeait Zabulon, la vallée d'Iphthah-El au nord de 
Belh-haémeq, et Neïel, gagnait Kaboul, à gauche, Ebron, Rehob, 
Hammon et Qana et allait jusqu'à Sidon la grande. Elle tournait 
vers Rama jusqu'à la forteresse de Çor (Tyr), puis vers Ilossa et 
aboutissait à la mer près du territoire d'Akzib » (Josué, xix, 21-29}. 

Troisième texte : 

« Asser ne déposséda point les habitants d'Akko, ni ceux de Si- 
don, ni Ahlab, ni Akzib, ni Ilelba, ni Afiq, ni Rehob. L'Assérile 
résida au milieu des Cananéens, habitants du pays, car il ne les 
chassa point. » (Juges, t, 31-32.) 

Quatrième texte : 

« 4. Ad meridiem vero sunt Hevœi, omnis terra Chanaan, et Maara 
SIdoniorum usque Apheca et terminos Amorrha'i, li, ejusque conti- 
nia. Libani quoque regio contra orienlem, a Raaigad sub monte 
Hermou, donec ingrediaris Emath. G. Omnium qui habitant in 
monte, a Libano usque ad aquas Maserephot, universique Sidonii.» 
(Josué, XIII, trad. de la Vulgate). 

Cette ville de Maara a été retrouvée par Robinson à Merhar 
(Meâ'rah, en hébreu, et Merhar, en arabe, correspondent au mot 
français caverne). 

Cinquième texte. — Dans son récit de l'exode de la tribu de 
Dan, l'historien Josèphe écrit : 



4 REVUE DES ÉTL'DES JUIVES 

« Après qu'ils eurent marché tout un jour et passé la grande cam- 
pagne de Sidon, ils trouvèrent près du mont Liban et des sources du 
petit Jourdain une terre fort fertile;... ils y bâtirent une ville qu'ils 
appelèrent Dan '. » 

Les Danites s'étaient d'abord rendus dans les montagnes d'E- 
pbraïm *. Le plus court chemin de ces montagnes à la source du 
Jourdain traverse la région à l'ouest du lac de Tibériade. C'est 
donc de ce côté, et non sur le littoral de la Méditerranée, que se 
trouvait la plaine de Sidon. 

Sixième texte : 

« Josué et tous les siens étant venus à l'improviste vers les enne- 
mis aux bords du Merom, tombèrent sur eux. Jahvé les livra aux 
mains dlsraël. qui les poursuivit jusqu'à Sidon la grande, jusqu'à 
Misreplioth-Maïm et jusqu'à la plaine de Miçpè, à l'orient; les enne- 
mis furent écrasés sans qu'il en restât personne » (Josué, xi, 7-8\ 

Josué n'avait pas de cavalerie ; s'il en avait possédé une, « la 
cavalerie et les nombreux chars ^ ■ de l'ennemi n'auraient pas été 
pour ses soldats un motif d'épouvante, et l'on ne comprendrait 
pas la nécessité qu'a éprouvée l'auteur du livre de Josué de faire 
rassurer par Jahvé le généralissime hébreu : 

« N'aie point peur en face d'eux, dit Jahvé à Josué, car demain, 
vers la même heure, je les jetterai là tout percés devant Israël. 
Tu couperas les jarrets à leurs chevaux, et tu mettras l'incendie 
à leurs chars ^. •» 

Du moment que Josué n'avait pas de cavalerie, il n'a pu songer 
à poursuivre l'ennemi dans différentes directions, et encore moins 
à exterminer tous les fuyards. La position de Miçpé au pied du 
mont Hermon ne pouvant être mise en conteste ^ , l'on ne saurait 
aller chercher Sidon la grande sur le littoral de la Méditerranée, 
sans admettre par là même que Josué éparpilla ses soldats dans 
un pays mal connu, pour atteindre les ennemis en fuite. Est-il be- 
soin d'ajouter que ceux qui veulent donner à Sidon la grande 
l'emplacement de la Sidon phénicienne ^, proposent d'identifier 
Misrephot avec Musheirefeh, situé sur la côte, au sud du Ras en 
Nakoura, et qu'ils ne respectent pas l'ordre d'énumération des 

• Antiq. Jud.^ 1. V, cap. m. 

* Juges, XVII I. 
^ Josué, XI, 4. 

* Ibid., 6. 

» • Le Hivvite qui est sous le Hermon dans la contrée de Miçpa • (Josué, xi, 3], 

• Renan, .3/i«iio/( de Phénicie, p. 694; Guerre, GaliU'e, II, p. 167. 



RECHERCHES GÉOGRAPHIQUES SUR LA PALESTINE 5 

objectifs de la poursuite, les fuyards n'ayant pu atteindre Sidon 
qu'après avoir franchi le Musheirefeh. 

En se plaçant à un point de vue exclusivement militaire, on 
doit supposer que les vaincus se sont enfuis dans une seule direc- 
tion, par le chemin qu'ils avaient suivi à l'aller. Sidon la grande, 
Misrephot-Maïm et la plaine de Miçpé doivent marquer les trois 
étapes de la poursuite commencée à Merom. Ces trois endroits 
doivent se trouver échelonnés du sud au nord. La contrée de 
Miçpé étant au pied de l'Hermon, les eaux de Misrephot doivent 
correspondre à l'Oued Musheirefeh, qui aboutit au lac Ilouleh, 
près de la sortie du Jourdain. S'il en est ainsi, les fuyards eurent 
à traverser la plaine de Gennesar, et, comme il n'existe dans cette 
direction d'autre plaine que celle d'Esdrelon, et que toute confu- 
sion entre les deux localités semble impossible, il faut placer à la 
lisière de la plaine de Gennesar le site de Sidon la grande. Le 
nom de Sidon signifiant en lihémcien poisson *, c'est sur les bords 
du lac de Tibériade que Sidon la grande devrait, ce semble, être 
cherchée. 

L'habitat des anciens Sidoniens est donc bien fixé par la Bible. 
Il avait pour borne, au nord, le mont Ilermon, appelé par les Si- 
doniens, Sirion - ; de ce côté, se trouvait Laïs, ou Lésera, qui fut 
prise par les Danites ^ ; à l'ouest du lac de Tibériade était Meara, 
et sur la rive occidentale de ce même lac, Sidon la grande. Cette 
conclusion, au surplus, est absolument conforme à la tradition re- 
cueillie par Justin * : « Tyriorum gens condita a Phœnicibus fuit : 
qui terrse motu vexati, relicto patriœ solo, Assyrium stagnum 
primo, mox mari proximum litus incoluerunt, condita ibi urbe 
quam a piscium ubertate Sidona appellaverunt : nam piscem Pliœ- 
nices Sidon vocant. » 

Ainsi, les anciens Sidoniens, lorsqu'ils abandonnèrent leur pa- 
trie, vinrent d'abord se fixer sur les bords d'un lac, appelé lac 
d'Aschour, lequel, d'après les explications précédentes, ne saurait 
être autre que le lac de Tibériade. 

Bien que les Hébreux ne réussirent pas, tout d'abord, à s'empa- 
rer de Sidon la grande, les Sidoniens furent refoulés vers le litto- 
ral de la Méditerranée, et, à l'époque de l'exode des Danites, 
Sidon la grande avait perdu son ancienne importance, à supposer 
qu'elle n'eût pas été déjà abandonnée. C'est de la Sidon phéni- 
cienne qu'il s'agit dans le passage de Josué relatif à la prise de 

' Justin, I. XVlII.c. m. 
* Deutér., m, 9. 
3 Jup;es, xvni, 27 et 29. 
" Justin, 1. XVIII, c. m. 



6 REVUE DES ÉTLDES JUIVES 

Laïs : a. La ville, ils la consumèrent dans les flammes; rien ne la 
put sauver, car elle était éloignée de Sidon, sans relation avec 
personne '. » 

Si les Sidoniens avaient à cette époque occupé Sidon la grande, 
ils auraient vu arriver les Danites, et auraient pu s'opposer à 
l'exécution de leur projet. 

La dualité de Sidon la grande et de Sidon, entrevue par S. Jé- 
rôme dans le passage suivant de son Onomaslicon : « Cana usque 
ad Sidonem majorem (est quippe et altéra minor, ad cujus distinc- 
tionem major luec dicitur) »-, est donc bien démontrée. Sidon la 
grande pourrait, en réalité, s'appeler Sidon la vieille; la Sidon 
]thénicienne est simplement désignée dans la Cible sous le nom de 
Sidon, sans épithète. 

Distinction à êlaUir entre Qédesch de Nephtali cl une ville du 
même nom, sise hors du territoire d'Israël. 

Le prolongement du Djebel el Musliakkali laisse également, fort 
au nord, et en dehors du territoire d'Israël, un village du nom de 
Kadès, qui a passé à tort jusqu'ici pour la Qédéscli de Xeplitali •'. 
Il semble que l'erreur, ainsi commise, ait été pressentie par les 
écrivains bibliques, à voir le soin qu'ils apportent à préciser la 
situation de la cité de Nephtali. 

« On consacra comme bourgs de refuge : Qédésch en Galil, 
dans la montagne de Nephtali *. » 

« Dans la tribu de Nephtali, ils (les Benê-Guérschon, apparte- 
nant aux familles de Lévi] obtinrent un bourg de refuge, Qédesch 
en Galil et ses dépendances '=. » 

« De la tribu de Nephtali, Qédésch en Galil et sa bande de 
terre '^. » 

La Qédésch de Nephtali pouvait sans doute être facilement con- 
fondue avec une localité homonyme, puisqu'on jugeait nécessaire 
de la caractériser par l'adjonction des mots « en Galil ». 

Et, effectivement, il existait dans la même région, mais en de- 
hors du territoire d'Israël, une ville de Kadès; l'historien Josèphe 
nous apprend que les lieutenants de Déraétrius occupèrent une 

1 Juges, xviii, 2" et 28. 

* Onomastica sacra, éd. de Laf^arde, p. ilO. 

3 Carmoly, Itinrraires de la Terre-Sainte : Les chemins de Jérusalem, p. 264 ; les 
Sépulcres des Juils, p. 378 et 3'J3 ; les Sépulcres des l'alriarches, p. ioO. 

* Josué, XX, 7. 

s Ibid., XXI, 32. 

* I Chroniques, vi. 76. 



RECHERCHES GEOGRAl'lHQUES SUR LA PALESTINE 7 

localité de ce nom, voisine du pays de Tyr et do la Galilée : « v.-, 

X£i5a30iv zo'Xiv \ifZ'x\\> o'faxiv a'jTT) rr,; tî Tupuov yr,? xal Tr,î l'ot)!- 

Cette localité se retrouve au village actuel de Kadès. Quant à la 
Qédésch de Nephtali, elle était placée plus au sud. Le livre do 
Tobie permet d'en fixer le site. 

Emplacement de Qêdâsch de XephtaU. 

L'entête de ce document porte que Tobie était originaire de 
Tliisbé, localité située à droite de Qédésch de Nephtali en fialilée, 
au-dessus d'Asser. Voici, d'ailleurs, les trois versions données 
par les manuscrits : 

Codex VaticanUS : « s/, ©t^^r,:;, -ï, èT-tv i/. oî;uov xjoio); rr,? vîf8oi>.£i.ii èv tÏ| 
yaXO.afa 'jTTjpâvd) as/ p. » 

Codex SinaitiCUS : « sx (-y-zCr,^, r, èsTtv ix Ô£;lôjv x'joiw; TT.î vr^ôïAUji Èv tt, 

Vulçale : « ex tribu et civitaie Nephtali, qure est in superioribus 
Galileœ supra Naasson post viam quee ducit ad occidenlem in sinis- 
tre habens civitatem Sephet. » 

Les deux premières versions établissent bien que la localité 
voisine de la patrie de Tobie était Qédésch en Galil, ville de Neph- 
tali. Le Codex sinaiticus nous apprend même qu'elle se trouvait 
dans la Galilée supérieure^. La Viilgr/te, malgré la corruption du 
texte, nous fournit un renseignement concordant en plaçant la 
patrie de Tobie dans les environs de Sephet, aujourd'hui Safed. 
Or, à 4 kilomètres environ au nord-ouest de Safed, on trouve 
une localité du nom de Kaddita, dont l'antiquité est attestée 
par des citernes creusées dans le roc \ Au nord-est de Kad- 
dita, et à une faible distance, on ai)erçoit le village du Tai- 
taba, ou Taithaba, dont M. Guérin nous a laissé la description 
suivante: «Les maisons sont bâties avec des matériaux basalti- 
ques. Quelques plantations de figuiers les avoisinent, une source, 
dont l'eau est légèrement saumâtre, coule auprès; non loin de là, 
sur un monticule bordé de gros blocs basaltiques, qui paraissent 
taillés par la main de l'homme, s'élève un oualy musulman. Tai- 
thaba a évidemment succédé à une localité antique, dont il sub- 
siste encore de nombreuses pierres, toutes basaltiques, les unes 

» Antiq. JhcI., XIII, 5, 0. 

' Voir, sur les divisions de la Galilée, Neubauer, La G l'ographte du Talmud, p. 1"8 
et suiv. 

' Guérin, Galilée, II, p. 'r28. 



8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dispersées ou employées dans des masures modernes, les autres 
délimitant de petits enclos '. » 

De prime abord, on pourrait être tenté d'établir un rapproche- 
ment entre Teitaba et Thisbé, et croire à une erreur d'un scribe 
hébreu écrivant \r au lieu de :: . Mais la situation de Teitaba au 
nord-est de Kaddita fait écarter cette pensée. Selon la remarque 
faite par M. Scholz, dans son savant commentaire du livre de 
Tobie-, l'expression « à droite » doit se traduire par au sud. Le 
site de Thisbé doit donc être cherché au sud de Kaddita. Or, dans 
cette direction, et à 1,200 mètres de distance, se trouve le village 
de Kaïoumeh, l'Aikiumia du Yihous ha-abot^, Al-Kadumia du 
Yihous lia-Çadikim\ qu'une tradition désigne comme la patrie de 
Tobie \ 

Ces diverses considérations conduisent à accepter l'identification 
de Kaddita avec Qédésch de Nephtali. 

Fixation de diverses localités jalonnant le tracé de la frontière. 

Les deux objections capitales que l'on pouvait faire à une déli- 
mitation partant de l'échelle des Tyriens étant écartées, il est 
permis de chercher à jalonner le tracé. 

L'un des points les plus importants est, sans contredit, Zifron 
(Assçwva des Septante, Sabarim d'Ezéchiel, Zafirin du Targoum) ; 
ce nom semble avoir été conservé, sous la forme aia sufra, par une 
source voisine de Kefr Birim. 

En Hazor de Nephtali, du livre de Josué, que le Livre des 
Nombres appelle Haçar-Enan '^, pourrait être cherché à Dhahr el 
Hazarim, que la carte du Palestine Fund place immédiatement 
au nord de Ras-el-Ahmar, ou encore à A'ima ; on trouve là deux 
piscines, dont une, profondément creusée dans le roc, est entourée 
d'énormes blocs basaltiques, et une source renfermée dans une 
construction voûtée soutenue par des arcades". 

Tracé de la frontière septentrionale. 
Circonstance digne de remarque : la frontière suivrait exacte- 

• Guérin, Galilée, II, p. 443. 

* Scbolz, Commentar sum Bûche Tohias, p. 19 et suiv. 
3 Carmoly, Itinéraires de la Terre-Sainte, p. 448. 

♦ Ibid., p. 381. 

5 Guérin, Galilée, II, p, 43.0. 

^ Les Septante estropient le nom et écrivent 'ApTEvaiv. 

' Guérin, GahUt, II, p. 445. 



RECHERCHES GÉOGRAPHIQUES SUR LA PALESTINE 9 

ment la ligne de démarcation qui sépare la région des temples de 
celle des synagogues, ligne qui a été très rigoureusement déter- 
minée par M. Renan, de Kasioun à Kefr Birim*. 

La topographie justifie également ce tracé, qui prolonge la 
ligne de faîte du Djebel el Mushakkah par un ravin aux bords es- 
carpés, l'Oued Aouba-, lequel marquait, au moyen âge, la limite 
septentrionale de la Princée de Galilée ^ 

Utilisant ces diverses données, on propose de fixer, comme il 
suit, la frontière septentrionale d'Israol : du Ras en Nakoura, elle 
devait gagner le Kh. Dànian, suivre la crête du Djebel el Mus- 
hakkah, laisser au nord Aima ech Cha'ab, Kli. KafkafaetKh. 
Nàsr, passer par le Kh. Djardeth (Sedada, zasaSax des Septante?), 
atteindre Kh. el Adjliyat, et, par une crête que couronnent les 
villages de Kulàt er Rahib et Tell er Rahib, aboutir au Kh. 
Suouait, puis se diriger sur Rumeisch et Kefr Birim, pour des- 
cendre la gorge de l'Oued Aouba. 

Une telle frontière laisse au nord deux localités dont le nom 
trahit une origine étrangère. Aima ech Çha'ab, Aitha ech Cha'ab, 
c'est-à-dire Aima des nations, Aitha des nations, ou, mieux, 
Aima, Aitha de Goïm, en considérant Goïm*, qui a la même signi- 
fication, comme un nom de pays^ Elle tient également compte d'un 
passage du livre des Nombres (xiii, 22) : « Montant, ils explo- 
rèrent le pays depuis le désert de Sin jusqu'à Rehob, à l'entrée de 
Ilamath. « 

Il est curieux, d'ailleurs, d'observer que la frontière actuelle du 
Liva d'Akka est sensiblement la môme que celle qui vient d'être 
indiquée : elle englobe, en plus, le village de Farah situé au nord 
de l'Oued A.ouba «. 

Tracé de la froniièi-e du nord-est. 

Au delà de Haçar-Enan, la frontière s'infléchissait pour courir 
vers le sud : 

« Puis vous marquerez pour votre frontière orientale une ligne 
allant de Haçar-Enan à Schefam'; cette limite descendra de Sche- 

* Renan, Mission de Phénicie, p. 673 et 761. 
2 Le pays d'Aup du Mohar. 

* Rey, Colonies françaises en Syrie, p. 433. 

* Genèse, xiv, 1 ; Juges, iv, 13. 

5 F. Lenormant, Les Origines de l'histoire, II, 2« partie, p. 77. 

6 Voir l^énumération des villages appartenant au Livà d'Akka, Palestine Explo- 
ration Fund, Quarterly Statcment, année 1887. 

' Les Septante écrivent IsTiçaixàp. 



10 REVUE DES ETUDES JUIVES 

fam à Ribla ', à Torient de Aïn, puis, continuant, elle frappera le 
rivage oriental de la mer de Kinéret, descendra au Jourdain pour se 
terminer au Yam-Hammclah (mer de sel) *. » 

Cette traduction fait de Aïn une localité : la Vnlgale porte: 
contra fontem Daphnim, la version des Septante: £7:'v -r.-rà; ; il 
paraît, donc, plus correct de prendre ces leçons en considération 
et de traduire « à Ribla, à l'orient des sources ou de la source. » 
D'autre part, la Viilgaie rend le texte hébreu par les mots: 
contra orientera ad mare Cenereth. On est donc en droit d'adopter 
la version : « la ligne gagnera vers l'Orient la mer de Kinéret ». 

Si l'on cherche à appliquer ce tracé sur le terrain, on fait suivre 
à la frontière l'arc elliptique dessiné autour d'Alma comme foyer 
par l'Oued Aouba avant son débouché dans la plaine. On attribue, 
donc, au territoire d'Israël le Kh. Kasioun, qui, d'après l'inscrii)- 
tion découverte par M. Renan \ en faisait partie intégrante au 
iF siècle de l'ère chrétienne. On y voyait, au moyen âge, d'an- 
ciens tombeaux juifs ^. De semblables sépultures se retrouvent au 
village de Fera'ra •, situé au sud de Kasioun. 

De Fera'm part la chaîne du Djebel Kenaan, qui court vers lo 
sud gagner les bords du lac de Tibériade. Cette chaîne devait, 
d'après son nom, appartenir au pays de Canaan ; peutêtre même 
en formait-elle la bordure. 



La région des sources. 

On doit se demander quelles étaient ces sources remarquables 
situées à la limite du paj's : il ne faut pas songer aux trois belles 
fontaines qui ont été signalées sur la rive occidentale du lac de 
Tibériade j)ar tous les voyageurs, puisque, d'après le texte donné 
plus haut, Ribla ne pouvait se trouver sur le bord du lac. En exa- 
minant attentivement la carte du Palestine Fnnd, on découvre 
entre Kh. Kasioun et Fera'm, ou plutôt entre le village de Marous, 
.situé au sud de Kasioun, et Fera'm, un chapelet de dix sources, 
(jui semblent bien être les sources cherchées. Cinq d'entre elles 
sont à faible distance de Fera'm. 

Si Fera'm n'est pas la Ribla du Livre des Nombres, il devait en 
être peu éloigné. ^ Au-dessous de ce village, nous dit M. de 

' Leçon des Septante : Rr,),à. 

' Nombres, xxsiv, 10-12. 

^ Heiian, Mission de P/iénirie, p. "'•i-'Tt). 

■* Carmoly, Iiin(fraires de la Tene-Sninte,\t. 41"): Guérin, Galilée, II, p. 447-449. 

5 Carmoly, ihid., p. 378; Guérin, ihid.^ Il, p. 4n3. 



RECHERCHES GÉOGRAPHIQUES SUR LA PALESTINE 11 

Saulcy', qui l'appelle Ferâ'eum, et à gauche du chemin que nous 
suivons en nous dirigeant au nord-est, aussitôt que nous avons 
débouclié de l'Ouad, sont des ruines considérables consistant, 
comme toujours, en blocs de lave qui jonchent le sol, mais personne 
ne peut me donner le nom de ces ruines. » 
Le savant voyageur ajoute : 

« Du même point voisin du village de Ferâ'eum, où Ton entre on 
plaine, ou aperçoit, à droite (dans la direction du sud-sud-est], une 
colline assez longue et étroite, dont Taxe est directement du nord au 
sud, et qui porte, à sa pointe nord, deux forts mamelous successifs, 
placés dans Taxe, et couverts de ruines très considérables en blocs de 
lave, autant que j'en ai pu juger, à la distance de deux kilomètres 
environ, qui me séparait de l'extrémité de la colline. Celle-ci semble 
dominer toute la plaine, que devait nécessairement commander la 
ville placée sur ce point. Elle a dû être très considérable, car ses 
ruines s'étendent jusqu'aux coteaux qui dominent l'Ard-el-Kheylh. 
Sans doute la partie la plus ancienne de celte ville fut une forteresse 
qui occupa la colline allongée que j'ai décrite, et ce n'est que posté- 
rieurement que la ville étabUe, sous la protection de la forteresse, 
se sera étendue à l'ouest dans la plaine et jusqu'aux coteaux op- 
posés. » 

Ces ruines portent sur la carte du Palestine Fund le nom de 
Tell el Kusak ; M. Guérin, qui les a visitées, les appelle Tell el 
Kassab (Tell des roseaux) et leur consacre la notice suivante : 

« Au bas de la colline ou du Tell, une enceinte eu blocs volcaniques, 
la plupart bruts, d'autres grossièrement taillés, environnait jadis un 
village aujourd'hui complètement renversé. Quant au Tell lui-même, 
il avait été entouré également d'une enceinte. Son plateau supérieur 
et ses pentes sont parsemés de blocs basaltiques, provenant de murs 
el de constructions démolies -. » 

Ribla^ était en dehors du territoire d'Israël; d'après le second 
livre des Rois '*, comme d'après Jérémie, il appartenait au pays de 
Hamath. Aussi serait-il mieux placé à Tell el Kassab, dans la 
plaine, qu'à Fera'ra sur la crête du plateau. 

Cette position se trouve, d'ailleurs, à cheval sur le chemin me- 
nant des bords du lac de Tibériade au fameux passage du haut 

' De Saulcy, Voyage en Syrie et autour de la mer Morte, II, p. 522. 

» Guérin, Galilée, I, 345. 

' On Iroiive, pour ce nom, les formes Rebla, lîeblatha, en prec *Pag/otà|i, 'Pz- 
êXaÔâ et, par suite d'une erreur évidente de lecture des Iradudeurs des écrits do 
Jérémie (xxxix, 7 ; lu, '.*, 10,26, 27) et d'Ezéchiel (vi, 4\ Aeèlrbi. 

" 11 Rois, xxm, 33 ; xxv, 21. 



12 REVL'E DES ETUDES JUIVES 

Jourdain, le Djisr Benât Yà'kub ; ce qui s'accorde parfaitement 
avec les détails fournis par le second livre des Rois, qui nous 
montre le roi de Babel établi à Ribla, où le roi Sédécias et les 
principaux chefs du palais faits prisonniers à Jérusalem lui sont 
successivement amenés. 

Avant de porter un jugement définitif sur la délimitation qui 
vient d'être esquissée, il parait indispensable d'essayer de recons- 
tituer la géographie des tribus d'Asser, de Zahulon et de Nephtali 
qui occupaient la majeure partie de la Galilée, et de voir comment 
leurs territoires se trouvaient encadrés. 



II 

GÉOGRAPHIE DE LA GALILÉE D'APRÈS LE LIVRE DE JOSUÉ. 

Le relief du Thabor le désignait comme borne à des territoires 
de tribus. Aussi ce mont fut-il choisi pour point commun aux trois 
frontières de Zabulon, d'Issachar et de Nephtali. 

Frontière d'Issachar avec Nephtali. 

Le livre de Josué décrit comme il suit la frontière d'Issachar 
et de Nephtali ' : 

Leur frontière (des Benè-Neplitali) allait de Héleph, du Chêne de 
Caânannim, d'Adami-Hannéqéb, et d'Iabneel jusqu'à Laqqoum et se 
terminait au Jourdain. » 

Et cœpit terminus de Heleph et Elon in Saananira, et Adami 
quee est Neceb, et lebnael usque Lecum : et egressus eorum usque 
ad Jordanem. » (Vulgate.) 

'i Ka\ £YËvr;eTi -rà i^ia. atjxûv Moo>à[i, xa\ Mô)>>à, xat BeceiAÛv, xa\ 'Ap{i£, xa\ Na- 
e6x, xa\ 'lïe8a[JLal 'ùo; A(o5di[i' xa\ èYîvr;9r,!7av al 5t£çoooi aJ-roO 'lopôivr,?. » (Sep- 
tante.) 

La fixation sur le terrain du tracé ainsi défini est singulière- 
ment facilitée par Tindication fournie par le Talmud - des noms 
portés à l'époque du second Temple par les différentes localités qui 
s'y trouvent désignés : Méhélef ^ aurait pris le nom de Hélef ; Mea- 

• Josué, XIX, 33. 

» Neubauer, La Géographie i/u Talmud, p. 224 et 22u. 

3 Mcft)i[ji optov >'ïç6a),£Îix, d'Eusèbe ; Meeleb, terminus Ncpthalim, de S. Jérôme, 
Onomastica sacra, éd. de Lagarde, p. 280 et 139. 



RECHERCHES GÉOGRAPHIQUES SUR LA PALESTINE 13 

Ion, Elon, « chêne », serait devenu Ayalon ; Beçaananim est rendu 
par Agnia de Kedesch, le « bassin de Kédesch » ; Adami, que, 
par suite d'une erreur de lecture du mot hébreu, les Septante ont 
appelé 'Apixë, au lieu de 'Aoi^é, aurait porté le nom de Damin; 
Hannéqéb Naêèx des Septante), localité distincte d'Adami, aurait 
fait place à Çaidatha; Yabneel ('iïf6a!i,ai) se traduirait pas Kefar- 
Yamah; et Lakoum (Auôâ}!) par Loukim ou Loukis. 

Le voyageur qui suit le chemin allant de S.-Jean-d'Acre à la 
sortie du Jourdain du lac de Tibériade, après avoir franchi le 
plateau au nord du Thabor, descend l'Oued el Mu'allakah, et 
passe au-dessous du village de Kefr Sabt, bâti sur les ruines d'une 
bourgade antique*. Il gagne le village de Damieh, identifié par 
M. Guérin avec l'ancien Adami ^ Poursuivant sa route le long des 
pentes qui bordent à l'ouest le Sahel el Ahma, il parvient au Kh. 
Bessum, dont le rapprochement avec BiffEfidv s'impose; il laisse à 
gauche dans la plaine Kh. Seiyâdeh (Ciadatha ?), et se dirige sur 
le Tell en Nâ'am, proche de Beit-Jenn ; gagnant, enfin, les bords 
d'un ruisseau, il passe au pied de la hauteur que couronne le vil- 
lage de Yamma, dans lequel M. Guérin a reconnu Kefar Yamah^, 
et atteint le Jourdain à El Abeidiyeh. Sur les hauteurs qui bordent 
à l'est le Sahel el Ahma et séparent cette plaine du lac de Tibé- 
riade, se trouvent des ruines appelées Kédés. 

Ainsi la plupart des noms portés par les localités échelonnées 
sur la route parcourue rappellent des localités antiques situées sur 
la frontière des deux tribus; de là, un ensemble d'identifications 
qui s'impose. 

On peut donc affirmer que Nephtali englobait tout le bassin de 
l'Oued Fejjas. La frontière suivait la ligne de faîte qui limite ce 
bassin au sud, attribuant à Nephtali les terres de Kefr Sabt (Umm 
el Alak, jadis Mealon), Damieh (l'ancienne Adami), Kh. Bessum 
(autrefois BetretiiV.», ou Agnia de Kédesch), Kh. Seiyâdeh (Çaidatha, 
llanekeb), Yemma (jadis Kefar Yama, Yabnéel), et elle aboutissait 
au Jourdain, vis-à-vis les ruines de Delhemiyeh (l'ancien La- 
choum). 

Seul l'emplacement de Méhélef reste indécis. Peut-être faut-il le 
chercher à Esh-Sheyerah, localité élevée sur les ruines de Deir 
Hànin, où se tenait jadis le marché hebdomadaire de bestiaux, 
depuis transféré à Khan el Toudjar « khan des marchands^ ». 

1 Guérin, GalilCe, I, p. 266. 
» Ibid., I, p. 266. 
' Ibid., p. 268. 

* Palestine Exploration Fttnd, Qiiarterly Statement, année 1889, p. 78, article de 
^L Schumaclier, 



14 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



Frontière coimnune aux tribus de Zahulon et d'Issachar. 

La frontière de Zabiilon et d Issachar est d(jcrite comme il 
suit ' : 

« Le troisième sort qui monta fut pour les Benè-Zeboulouu, divisés 
par familles, et dont la fronlirre allait jusqu'à Sarid. Elle montait 
vers l'ouest à Mareiila, touchait Dabbéscheih et le torrent qui est 
devant loqnetim. De l'autre côté de Sarid, à l'orient, là où le soleil se 
lève, la limite gagnait Kislotb-Tbabor, atteignait Daberalb et mon- 
tait à laphia. » 

c -10. Ceciditque sors tertia filiorum Zabulon per cognaliones 
suas : et factus est terminus possessionis usque Sarid. 

» 11. Ascendilque de mari et Merala, et pervenil in Debbaseth, 
usque ad torrentem qui est contra leconam. 

» 42. Et revertitur de Sared conlra orienlem in fines Ceseleth- 
thabor : et egreditur ad Dabereth ascendilque conlra laphie. » (Vul- 
gate.) 

« 10. Kal £:f,A6îv 6 xAT.po? ô Tf^TOî toj Za6c'j)>(bv y.i-zk or^aou; aOttov scTot xk 
8cta TT,ç ■/.'XT,fovo[i{aç aJTtov, E^îoîxywîvà ïpia «./Ttôv, 

11. Y, ôi^aïsa xal MaYîAôài y.al T'jvâ-iîi àirl Bai6ipa6a et; ty,v r^pTT'' ^t -'"' 
Xatà TTfOJWTTOV 'l£x[xâv. 

8pia Xaiïî^fo6a'i9, xat ùsî.E'jcïTai È::^ AaêifibO, xa\ 7:fo;ava6r;jeTai ItC: «J'a^yai. » 
(Septante.) 

Cette description présente cette particularité qu'elle n'a pas pour 
point de départ Tune des extrémités de la frontière méridionale de 
Zabulon, le mont Thabor, mais un point médian caractéristique de 
cette frontière, Sarid, et qu'elle est scindée en deux tronçons, par- 
tie occidentale, partie orientale. Aucun texte ne révèle la position 
de Sarid; ce qui ne laisse pas que d'être fort embarrassant. 

Heureusement que l'on possède des renseignements qui permet- 
tent de préciser les sites respectifs de Kislot-Tabor et de Daberet. 

S. Jérôme- traduit comme il suit un passage de VOnomaslicou 
d'Eusèbe^, relatif à 'AyEcïXwe : « Acbaseluth, civitas tribus Tssa- 
cbarS appellatur autem et quidam vicus Chasalus, juxta monlem 
Thabor, in carapestribus, in octavo milliario Diociesareœ ad orien- 
tem respiciens ». Ce village porte aujourd'hui le nom d'Iksal \ 

' Josué, XIX, lU-12. 

* Onomastica sacra, éd. de Lagarde, p. 94. 
s Uid., p. 223. 

♦ Josué, XIX, 18. 

» Guérin, Galilée, I, p. 108 et 109. 



RECHERCHES GÉOGRAPHIQUES SUR LA PALESTINE lu 

DabéretlP, que S. Jérôme désigne par le nom de Dabira, et 
Eusèbe par celui de Aa^ïipa, était un petit village de la montagne du 
Thabor, dépendant de Diociesarea. 11 s'appelle maintenant Da- 
bourieli -. 

L'on voit, donc, que la l'rontière, avant de s'élever dans la mon- 
tagne, à lapliia (Kh. Kibsany ou Kh. Umm Jebel?], suivait la 
lisière septentrionale de la plaine d'Esdrélon. Le sentiment de la 
continuité conduit à placer Sarid à l'extrémité du massif monta- 
gneux de Nazareth qui s'avance en saillant dans la plaine d'Es- 
drélon. Or, précisément en ce point, sur la carte du Palestine 
Fand, se trouve une localité du nom de Tell Shadud. Or, « rien de 
plus facile, paléographiquement parlant, que la contusion de d et 
de r dans tous les types de l'écriture hébraïque^ ». Tell Shadud 
est donc bien certainement la localité cherchée. 

Le point terminus de la frontière est, à l'occident, le torrent en 
face de leconam [loqneâm, "kxfidv). Cette localité était voisine du 
Carmel : dans l'énumération des rois vaincus {)ar Josué' figure le 
roi d'Ioqneiim au Carmel (Jaclianan Carmel i, 'Je/.btx toO x-rpukA, hxovàia 
ToO repjik>.). Robinson a proposé de placer leconam au Tell Kaimoun 
qui s'élève au pied du Carmel, à une faible distance au sud du 
Nahr el Mekhatta^ Les raisons qu'il donne en faveur de son opi- 
nion n'ont pas paru décisives à M. Guérin, et l'on est d'autant plus 
fondé à rejeter avec lui l'idenlilication mise en avant, que la carte 
du Palestine Fand attribue à l'une des deux grandes cavernes voi- 
sines de Scheikh Abreik le nomdeMgh"' el leheunam, dans lequel 
il est impossible de ne pas reconnaître le nom de la ville de Josué. 

Entre Tell Shadud et Scheikh Abreik, la frontière passait : 
1» par Merala (Medala, Mayî).5à); 2° par Debbaset (?ai9âpi6a;, localité 
bâtie sur une hauteur isolée dans la plaine, à en juger par la signi- 
fication de son double nom (Debbaset, bosse semblable à celle du 
chameau" ; Betaraba, maison de la plaine). 

On peut considérer que la limite avait été tracée presqu en ligne 
droite du saillant de la chaîne des collines de Nazareth à l'extré- 
mité des hauteurs qui fermaient, vers l'occident, la grande plaine 
d'Esdrélon, et on peut placer Magekla au Tell Ghalta, et Debbaseth 
au Tell Mùwâjeh. 

* Onomastica nacra, p. 11 u et 250, 

î Guérin, Galilée, ï, p. 140-142 ; De Saulcy, Dictionnaire iopo;jraphi',ue ahrégé Je 
la Terre-Sainte^ p. 109. 
' F. Lenorraant, L's Origines de l'histoire, t, tl, 2« part., p. 143. 

* Josué, XII, 22. 

5 Biblical Researches, t. III, p. 115. 

* Guérin, Hamarie, t. II, p. 244. 

' De Saulcy, Dictionnaire topographi'jiie alr<^gi' de la Tem-Hainte, p. 114. 



16 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



Frontière méridionale de la irihu d'Asser. 

On a été conduit à tracer une grande ligne de démarcation du 
Jourdain au Carmel. 11 est curieux de voir comment cette ligne se 
poursuivait jusqu'à la mer. Contrairement à ce que l'on pourrait, 
de prime abord, supposer, elle n'avait pas pour prolongement le 
faîte du Carmel. 

Un district d'Asser s'étendait, en effet, au sud de cette chaîne. 
La preuve en est que la ville de Dor (aujourd'hui Tantouralij for- 
mait une enclave de Manassé dans Asser'. 

Ce district correspond au territoire visé par le passage suivant 
du livre de Josué- : 

« Leur possession [des Benè-Ascher) comprit Helqat, Ilali, Bétèn, 
Akschaph, Allammélek, Ameiid, Mischeal ; la ligne de frontière tou- 
chait le Carmel, à l'ouest et le Schihor-Libnath ; elle tournait, au 
levant, vers Beth Dagon, etc. » 

« 23. Fuitque terminus eorum Halcalh, et Chali, et Belen, et 
Axaph. 

« 26. Et Elmelech, et Amaad, et Messal : et pervenit usque ad 
Carmelum maris et Sihor etLabanath. 

» 27. Ac reverlitur contra orientem Belhdagon. » (Vulgate.) 

c 25. Kal £Y£vr;Or, Ta ooia àJtwv 'EE£>,-x£6. xà{ ^h\fs, xot\ Bai6ôx, xa\ Ksàï), 
» 26. Kal E>,'.a£A£^, xa\ Aiiu.X, xa\ Maasià' xa\ cjvây-n Tij Kap[iT;)v(j), xaià 
OdXaaaav, xat -zCt Sicov, xat AaêaviO. 

» 2T. Ka\ i-t7Tféy£i à~h àva-o)v':iv Y,7vio'j xal BaiSï^îvÈO. » (SeplantC.) 

Sur les sept villes énumérées tout d'abord, trois peuvent être 
immédiatement retrouvées : 

Hall — Scheikh Helou, sur la rive gauche du Nahr el Akhdar; 

Beten, BaiBè/., — non pas le village de Beten indiqué par S. Jé- 
rôme, au huitième mille à l'est de Ptolémaïs, mais plutôt une 
localité voisine du Birket el Batîkh, lequel se trouve au nord-est 
et à faible distance de Scheikh Helou; 

Mischeal, Mai^ixX', ville lévitique, placée, d'après Eusèbe, au bord 
de la mer et au pied du Carmel — aujourd'hui Misaleh ou Mithilia, 
à droite de la route d'Athlit au cap Carmel et à une heure au nord 
d'Athlit^ 

Les quatre autres villes appartenant évidemment au même dis- 

> Josué, xvir, 11. 

* Josué, XIX, 25-27. 

* Josué, XXI, 30; I Chron., vi, 74. 

* De Saulcy, Dictionnaire topographique, p. 228. 



RECHERCHES GÉOGRAPHIQUES SUR LA PALESTINE 17 

trict, l'identification quelquefois proposée' d'Akschaph avec le 
Kh. Iksaf, situé au nord de la Palestine, à quelques kilomètres au 
sud du Nahr el Kasimiyeli, doit être en tout cas écartée. Mieux 
vaut, sans nul doute, retenir la version des Septante Kzh-s et songer 
au village d'Echfaïa, parfois dénommé Kefaïa*. 

On respecte ainsi l'ordre d'énumération des villes d'après leur 
situation géographique, en remontant du sud vers le nord. 

Le livre de Josué^ et le premier livre des Chroniques*, dans 
rénumération des villes lévitiques d'Asser, placent entre Helqat 
et Mischeâl, la ville d'Abdon, Aa66ùv, "aôowv. A cette localité corres- 
pond la ruine d'Abdoun, située au sud de Tantourah, sur le bord 
du Nahr ed Dufleh. 

Au nord des sept villes, le Garmel s'avançait dans la mer; 
au pied des pentes du versant septentrional de cette montagne 
coulait le Schihor Libnath, dont l'identification avec le Nahr el 
Mukhatta paraît s'imposer. En remontant le cours de cette ri- 
vière, la frontière atteignait, vers l'orient, une localité d'Issa- 
char^, appelée Bet Dagon, dont on ne connaît pas l'emplacement 
(Tell Kaimoun ?j. 

On rejette donc, comme on le voit, les leçons de la Vulgate et des 
Septante, donnant, au lieu du nom composé Schihor-Libnath, les 
noms de deux localités distinctes : Sihor, Shôv, Sior de S. Jérôme, 
sttip d'Eusèbe; Labanath (S. Jérôme), Aa6avi9 (Eusèbe). La raison en 
est que le nom de Schihor est attribué par le livre de Josué 
(xiii, 3) au cours d'eau formant la limite de la Palestine et de 
l'Egypte, et aurait, d'après S. Jérôme", la signification de petit ou 
impétueux : Sior parvulum sive turbulentum; il s'agirait donc, 
d'un torrent. Il est, dès lors, naturel que ce torrent se ditférencie 
par un nom particulier, Libnath, des cours d'eau semblables de la 
région. 

Villes de la région méridionale de Nephtali. 

La géographie talmudique" divise la Galilée inférieure en deux 
parties : le pays de la plaine et le pays de la vallée, lequel corres- 
pond au cercle de Tibériade, le Kada Tabariya actuel. C'est dans 

' Guérin, Galilée, II, p. 269, 

* Guérin, Samarie, II, p. 303. 
^ Josué, XXI, 30. 

* 1 Chron., vi, 74, 

5 De Laj^arde, Onomastica sacra, p, 236. 

« Ibid., p. 30. 

7 Neubauer, Géographie du Taltnud, p, 178, 

T. XXVI, N° 51, 2 



18 HEVUIÎ DES ÉTUDES JUIVES 

cette dernière région qu'il faut chercher les villes de Xephtali 
"visées au vers. 35 du chapitre xix de Josué : 

« Il y avait dans le territoire comme places forles : Çiddim, Çer, 
Hammal, Râqqat, Kinnerel. » 

35. Givilales munitissimœ, Assedim, Ser, Emalh et Reccath et 
Cenereth. » 

« 35. Kal ai 7:d)k£iî Teij^rjpeiî twv 'rup{(ov Tûpoç, xal ÛULaflaoaxkO , xa\ Ke- 
vepcO. » 

[ieTalmud de Jérusalem ' nous a conservé les appellations de ces 
cinq villes au temps du second Temple : Haçidim est devenu Kefar 
Hattya ou Hitya, Çer et Hamatha ont conservé leurs anciens 
noms, Tibériade a remplacé Raccath, et Guinosar Kinnéret. 

Hacidim paraît devoir être cherché à l'extrémité méridionale du 
territoire, près du passage du Jourdain Jisr es Sidd. La force de 
l'assiette de El Kerak fait songer à placer en cet endroit la ville de 
Cer. Hammatha, dont le nom indique l'existence d'eaux thermales, 
a été retrouvé au Kh. el Hammam^. Tibériade a certainement suc- 
cédé à Raqqat \ 

Ces quatre localités se trouvent énumérées dans l'ordre géogra- 
phique en allant du sud au nord. C'est donc au nord de Tibériade 
qu'il faut chercher le site de Kinnéret. 

La version araméenne du livre de Josué s'accorde avec le 
Talmud pour rendre Kinnéret par Guinosar ; l'existence d'une 
ville de Kinnéret, située sur les bords du lac auquel elle avait 
donné son nom, ne saurait être mise en doute ; mais on doit être 
moins affirmatif au sujet de l'existence d'une ville de Guinosar. 
L'historien Josèphe nous décrit bien la plaine de Gennesar, de 
30 stades de long sur 20 de large, retrouvée par M. de Saulcy au 
nord d'El Mejdel, mais il a soin d'ajouter que cette plaine avait 
donné son nom au lac; par là même, il autorise à contester l'exis- 
tence d'une ville de Guinosar, et, par suite, il permet de chercher 
l'emplacement de Kinnéret ailleurs que dans la plaine de Genne- 
sar. Dans ces conditions, la position d'El Mejdel, au nord de Tibé- 
riade et sur les bords du lac, semble de tous points convenable. 

Frontière commune à Nephtali el à Zcibulon. 
La région méridionale de Nephtali. à laquelle ces cinq villes ap- 

» Neubauer, Gi'Ofjraphte du Talmud, p. 207. 
* Guérin, Galilée, 1, p. 270. 

•■' De Saulcy, Gf'oyraphie comparée, daos le Journal des Savants, de sept. 1879, 
p. 542. 



RECHERCHES GÉOGRAPHIQUES SUR LA PALESTINE 19 

partenaient, confinait, à l'ouest, au territoire de Zabulon. Le livre 
de Josué nous a conservé deux descriptions de la frontière qui sé- 
parait les deux pays, 
l""® description * (frontière de Zabulon). 

« De là (de laphia), elle (la limite) passait vers l'est, au levant, à 
Ghitlha-Hefer, el à Ghilla-Qaçin, allait à Rimmon, suivait son tracé 
jusqu'à Nea, tournait au nord, vers Hannathon. » 

« 13. Et inde pertransit usque ad orientalem plagam Gethefer et 
Thacasin : et egredilur in Remmon, Amlhar, et Noa. 

» 14. Et circuit ad aquilonem Hannathon. » (Vulgate) 

KaTaaè[x, y.cà SisXsûjïTai Itzi "P£[x,tjitovaà Ma9apao;«. 

14. Ka\ 'K=ptî>k$y(Jâtari ôpia irX Jîoppâv l-\ AawO. » (Septante.) 

2« description - (frontière de Neplitali, à partir du Thabor). 

« Elle (la frontière) se dirigeait, à l'ouest, vers Aznolh-Thabor et 
gagnait de là Houaqoq. » 

« 34. Revertiturque terminus contra occidentem in Azanotthabor 
alque inde egreditur in Hucuca. » (Vu'gate.) 

« 34. Kal èrtiuTpéi|/£i xd 8pn èrl 9i>>o(T7av èv 'A96a6(bp, xal 5iîXêû«Tai ixei6ev 
"ixavàt. » (Seplaute.) 

Cherchant à appliquer ces descriptions au terrain, on est tout 
d'abord conduit à identifier Aznoth-Thabor avec le village Lou- 
bieh bâti sur les ruines d'une bourgade antique, dont le nom nous 
est ra|)pelé par le vocable du Oualy voisin, Neby Esnâd Ibn 
Amun ^. 

La frontière devait suivre d'abord la ligne de faîte passant par 
ce point, au lieu de gagner par un crocliet El Meched, localité 
éloignée du Thabor, dont on a fait la patrie du prophète Jonas*, 
Gath en Hefer, Te^yo-oép. Il semble naturel d'attribuer à Zabulon 
tout le bassin de l'Oued elJerâban (qui correspondrait au nezpï des 
Septante et auquel appartient El Mechhed) ; on engloberait pa- 
reillement dans le territoire de cette tribu le Sahel el Buttauf, la 
plaine d'Asochis • de Josèphe ; KaTac-ix ou Thacasin pourrait être 
placée à l'extrémité orientale de cette plaine au Kh. Umra el 
Amed ^. 

' Josué, XIX, 13 et 14. 

» Ibid., 34. 

3 A l'enconlre de cette opinion, il faut ciler le passage de S. Jérôme conrorme à 
l'indication de VOnomasticon d'Eusèbe : • Azanoth terminus Nephihali. Est aulem et 
nunc vicus ad regionem Diocœsarefo perlinens in campcslnbus. i 

* II Rois. XIV, 25. 

•'• Vie de Josè/ihe, § il ; Guérin, GaUUc, I, p. 494. 

« Guérin, GaltUe, I, p. 361, 



20 REVUE DES ETUDES JUIVES 

La suite de l'analyse des traductions données plus haut ne 
laisse pas que d'être embarrassante. Le texte de la Vulgate parle 
de trois localités : « et egredilur in Remmon, Amthar et Noa. » 
M. Ledrain traduit : « allait à Rimmon, suivait son tracé jusqu'à 
Nea » ; il ne s'agit plus que de deux localités. Les Septante, enfin, 
écrivent : xa\ SieXsûastai én\ 'P£|ijxwvaît MaOapao^ot ; ils n'indiquent donc 
qu'une localité. 

M. de Saulcy, frappé de ces divergences, a cherché à trancher 
la difficulté. « Les deux mots Remmon et Amthar, dit-il, ne 
forment-ils qu'un seul nom de lieu? Gela nest pas démontré. La 
traduction du texte hébraïque en fait deux lieux distincts ; mais 
la présence de l'article ha avant le mot Amtliar dans le texte 
hébreu, me parait justifier l'adoption du nom complexe Remmon- 
Amthar '. » 

Le nom de El Muntar, porté par la cime du massif monta- 
gneux compris entie l'Oued et Haniam el l'Oued er Rubudiyeh, 
tendrait à justifier cette oiunion. Les ruines du Kh. Sebana, qui 
couronnent cette montagne, correspondraient donc à l'antique 
Remmon Amthar. Mais quelle est cette Noa dont l'emplacement 
reste encore indéterminé? Continuant à se laisser guider parles 
formes du terrain, on est ara^né à en chercher le site à l'extré- 
mité du massif montagneux, dont il vient d'être question, c'est à- 
dire précisément à côté de la fontaine Ain el Modouarah et consé-^ 
quemiuent auprès du site de Ca[)harnaïim. Or, peut-on, un seul 
instant admettre l'existence côte à côte de deux localités appelées 
l'une Noa, l'autre Naum ? On se trouve ainsi conduit, d'une façon 
bien inattendue, à identifier la Noa biblique avec le Capharnaiim 
du Nouveau-Testament. 

Enfin, le site de Houqqoq est connu : la localité antique a fait 
place au village de Yakouk. 

En résumé, le tracé de la frontière de Nephtali et de Zabulon, 
peut être défini, comme il suit : de Loubieh la limite se dirigeait 
sur Nimrin, descendait l'Oued el Hamam, contournait le pied des 
hauteurs bordant, à l'ouest, l'ancienne plaine de Génésar jusqu'à 
la rencontre de l'Oued el Rubudiyeh, qu'elle remontait, passant 
ainsi à faible distance de Yakouk. 

Cette avancée du territoire de Zabulon jusqu'au bord du lac de 
Génézareth est, d'ailleurs, établie par un passage de Josèphe- : 

Za6ou^(ovÎTai ôè t^v në;^pi revvTjaapCriSoç xaÔTjxouffav ôl rspl KdpjiT,'Xov xal SâXaujav 

' De Saulcj-, Dictionnaire topographique, p. 2o8. 
« Ant., V, i. 



RECHERCHES GÉOGRAPHIQUES SUR LA PALESTINE 21 

Il en résulte que le territoire de Nephtali était coupé en deux 
parties, reliées tout au plus par une étroite bande de terrain, une 
partie méridionale, qui vient d'être décrite, une partie septen- 
trionale, qui spra, un peu plus loin, envisagée. 

Emplacement de quelques-unes des localités de Zabulon. 

Le livre de Josué achève, comme il suit, la description du tracé 
de la frontière de Zabulon : 

« (La limite) tournait au nord vers Hannathon et aboutissait à la 
vallée d'Iphthah El. De plus, il y avait Qallat, Nabalal, Schimron, 
Ideàla, Belléhem. » 

« 14. Et circuit ad aquilonem Hanatlion : suntque agressus ejus 
vallis Jephtahel, 

» 15. Et Catelh, et Naalol, et Semeron et Jedala et Bethlehem. » 
(Vulgale.) 

« 14. KaX "Rtitiîktùdtxa.: 8pttt £it\ Soppâv éizl 'A[Jià)9, xa\ îrtOLi i\ StéÇoôoî aùxwv é-K 

» i5. xal KaTavà9, xal NaêaJc>», xa\ Svjioùv, xa\ 'kpij^ià, xa>. Bat9(i(iv, t (Sep- 
tante.) 

Voici, d'après le Talmud ', les appellations, à l'époque du second 
Temple, des cinq villes dont les noms terminent cette description : 
Ketonith, Mahloul, Simonia, Hiriyeh, Beth-Lehem-Cerieh. Trois 
de ces localités s'identifient d'une façon certaine avec Malûl, Sé- 
mùnieh et Betli-Lahm. 

La région où aboutit le tracé est par là même définie, et l'on 
reconnaît dans le Sahel el Buttauf la vallée d'Iphtah-El. A la tête 
de cette vallée se trouvent des ruines considérables appelées Khar- 
bet Nathef, sur lesquelles doit se porter l'attention de celui qui 
recherche l'emplacement d'Hanathon'. 

D'après cela, la limite de Zabulon aurait remonté le cours de 
l'Oued er Rubudiyeh, serait passée entre Kh. Djemieh et à A'ila- 
boun, et, laissant au midi Kh. Nathef, aurait suivi la ligne de faite 
du bassin du Sahel el Buttauf, 

Frontière d'Asser et de Zabulon. 

« Elle (la frontière) tournait, au levant, vers Beth-Dagon, longeait 
Zabulon, la vallée d'Iphihah-Kl, au nord de Relh-haémeq el Neïel; 
gagnait Kaboul à gauche, Ebrou, Keh<>b, Haminon, Qana et allait 
jusqu'à Sidon la grande. Elle tournait vers Rama. >> 

1 Neubauer, Géographie du Talnmd, p. 189. 



22 REVUE Di:S ETUDES JUIVES 

« 27. Ac revertilur contra orienlem Bethdagon : et pertransit usque 
Zabulon et vallem .Tephlahel contra aquilonem in Belhemec et Neïel. 
Egredilurque ad lœvara Cabul, 

» 28. et Abran, et Rohob et Haœon et Gana, usque ad Sidonem 
magnam, 

» 29. Revertiturque in Horma. » (Vulgale.) 

« 27. Kal ém^xoi'liîi àr.b âvaTo'Xwv f,)^{oy xa\ Bai^f(t'Ai, xai TJwiÇti tw Za6oy>.wv 
xa\ "Exval, xal *6ai7,>. xaxài ^oppâv, xa\ £iîe).e JTEtai spia SutBaiëiiOiik, xaV "Ivar,)., 
xa\ ûieXî'JTStai eU Xuêajioaojii^, 

» 28. xal "E)»6wv, xa\ 'Paàê, xat E!Jie!J.aùv, xal Kav^iàv ewç 1;5côvoî ttiç jiî- 

■i) 29. Kal otvacTTpë-^ît tôt 8ita el; 'Paiiîi. » •Septante.) 

La plupart des localités énumérées dans cette description nous 
sont demeurées inconnues. Une seule a conservé son nom à tra- 
vers les âges, Kaboul. Mais ce vestige permet presque de reconsti- 
tuer le tracé de la frontière. 

Elle suivait la chaîne des collines qui ferme, à l'ouest, la plaine 
d'Esdrelon. Après avoir franchi l'Oued el Melek, qui reçoit les 
eaux du Sahel el Buttauf, elle devait suivre l'exliême lisière de 
ce bassin, parvenant ainsi, à gauche, c'est-à-dire au sud de Ka- 
boul. Se continuait-elle par la vallée du Medjdel Keroum. « limite 
naturelle entre la haute et la Basse-Galilée ' )3, ou bien suivait- 
elle la lisière du bassin du Sahel el Buttauf, on ne saurait le 
dire. A l'appui de la première solution , on pourrait invoquer 
l'identification d'Ebron "e).6ùv des Septante, avec le village d'El 
Baneh -, celle de Rehob 'Paà6 avec le village de Nachef, voisin de 
rOualy Scheik Rabià , celle de Hammon EEisixaùv avec le Kh. 
KemraanehS et, enfin, celle de Qana Kaveiv avec Deir Hanna; 
mais ce sont là des bases bien fragiles. A rencontre, on pourrait 
faire valoir que la vallée du Mijdel Keroum aboutit presque à 
Er Rameh, le Rama de la frontière; il faudrait donc que le 
territoire d'Asser eût présenté à ce point un étranglement, eût 
formé un couloir aboutissant à Sidon la grande, pour que le 
tracé par la vallée du M«^jdel el Keroum pût être accueilli. Mais 
que l'on se décide en faveur de l'un ou de l'autre système, il n'en 
reste pas moins à déterminer le point où aboutissait cette partie 
de la frontière : usque ad Sidonem -niagaam. 

On a de tout temps été fort embarrassé pour donner de ce pas- 
sage une interprétation complètement satisfaisante. Le Midrasch * 



» Guérin, Galilée, I. p. 72. 

* Ibid,, 1, p. 4'io. 
» Ibid., I, p. 455. 

♦ Neubauer, Géographii du Talmud, p. 295. 



RKCHERCHES GÉOGRAPHIQUES SUR LA PALESTINE 23 

nous a transmis l'opinion de deux docteurs ; Tun identifie Sidon 
la grande avec Bagdal de Yo, ou mieux Migdal de Yo, localité qui 
nous est absolument inconnue. L'autre traduit par Zeboud de Gue- 
lilah et désigne, par conséquent, le Kli. Zeboud, sur la crête à 
l'ouest de Meiroun. Cette version est, d'ailleurs, en contradiction 
avec la suite de la description de la Irontière d'Asser, laquelle de 
Sidon la grande gagnait Horma, puis Hosa (localité correspondant, 
ainsi qu'on le verra plus loin, au village do Sasa situé près de 
Meiroun). Le texte biblique place Sidon la grande à une distance 
notable d'Hosa ; le contraire ressortirait de l'admission de l'inter- 
prétation du talmudiste. 

L'on a été amené, au début de ce travail, à exposer les raisons 
qui militent en faveur d'un site voisin de la côte du lac deGénéza- 
reth et de la plaine de Gennesar. Il faut cependant reconnaître que 
cette solution soulève, elle aussi, des objections. Le territoire d'As- 
ser se serait-il donc avancé en coin dans celui de Nephtali, comme 
il a été constaté pour Zabulon? Asser aurait-il confiné en un point 
au littoral du lac de Génézareth? S'il en avait été ainsi, Sidon 
aurait occupé la colline d'Abou Chouched, clef de la plaine de 
Gennesar : « c'était une place forte dont un glacis de blocs de 
basalte garantissait les abords' ». Betli Saïda aurait été un ves- 
tige de cette ancienne Sidon. 

Mais comment concilier ces explications avec la situation attri- 
buée par Eusèbe à 'Eixdx : Suvàirtst t'.j ZaëouXwv à:tô toO vo'tou xal tô) "A <TT;p 

xaTct eâXaasav, OU encore avec la description du tracé de la frontière 
de Nephtali : « gagnait de là Houqqoq, touchait au sud Zeboulon, à 
l'ouest Ascher » ? Il faut donc admettre que dans l'exposé du tracé 
de la frontière d'Asser, on a assimilé à Sidon la grande la Meara 
Sidoniorum, aujourd'hui El Mughar, à l'ouest de Yakùk. 

Localités de la région septentrionale de Nephtali. 

Avant de déterminer la frontière commune aux tribus de Neph- 
tali et d'Asser, il y a lieu de rechercher les positions à attribuer 
aux localités de la région septentrionale de Nephtali. Ces localités 
sont les suivantes - : 

« Adama. Rama, Haçor, Qédesch, Edréi, Eu-Haçor. IréÔn, Migdal- 
El, Horem, Beth-Anath, Beth-Schémesch. » 
« 36, et Edema, et Arama, Asor, 
» 37. et Cèdes, et Edrai, Enhasor. 

' De Salulcy, Géographie comparée. Journal des savants, septembre 1879, p. 5;<9. 
» .losué, XIX, 36-38. 



24 HE VUE DES ETUDES JUIVES 

» 38. et JeroD etMagdalel, Horem elBelhanalhet Belhsames. »(VuIt 
gâte.) 

» 36. xal ApiialÔ, xal Apa^,X, xal Aawp 

)) 37. xa\ Kâôcç, xa\ 'Adaapl, xal "Kti^ti Aobp, 

» 38. xa\ Kîpwè, xal Mï-ya^^aflix, xal BaiOBaji?, xa\ eesïajJLÛ;. » 

L'énumération des localités de la région méridionale de Neph- 
tali ayant été faite en allant du sud au nord, il y a lieu de croire 
que le livre de Josué a respecté dans la suite de la liste le même 
ordre géographique. On a précédemment déterminé la position de 
Qédesch, à Kad<litha : les villes d'Adama, Rama et Haçor doivent 
donc être cherchées au sud de Kadditha. Le site de Rama a été 
retrouvé à Er Rameh '. Haçor doit être placé soit au Kh. Zeboud, 
soit au Kh. Chema, où l'on remarque plusieurs cavernes funé- 
raires, creusées dans le roc, et un immense sarcophage bisome 
qui porte le nom de Sirir-. Enfin, Edema, Apaa-e, pourrait être 
identifié avec le Kh. Oreimeh situé sur le bord du lac de Geneza- 
reth. La colline désignée sous le nom de Tell el A'rimeh a plu- 
sieurs étages successifs, qui ont été régularisés par la main de 
l'homme. La partie supérieure affecte la forme d'un petit pla- 
teau oblong jonché de débris de poterie et qu'environnait jadis un 
mur d'enceinte qui a été presque complètement rasé ^. » Ireon 
(leron) ne semble pas pouvoir être ailleurs qu'au Kharbet Yarin. 
« La petite ville de ce nom occupait les pentes et le sommet d'une 
colline qu'environnait jadis un mur d'enceinte construit avec 
des blocs de grand appareil et réguliers '♦. » 

Des sites de Kadditha et de Kh. Yarin, on déduit l'emplacement 
d'Edraï, 'Aîsapi au Tell el Meïdan près de Ras el Ahmar, où la carte 
du Palestine Fwid indique une ruine dénommée Dhahr el 
Hazarim. En Hyzor serait, ainsi qu'il a été dit, à Aima. 

Il semble qu'au-delà d'Ireon, l'énumération des villes de Neph- 
tali se poursuive dans la direction de l'ouest. Deux de ces localités, 
Bethanath et Bethsaraes, ne purent être prises par les gens de 
Nephtali ■• ; elles devaient donc occuper un site naturellement fort. 
Cette considération appelle l'attention sur les ruines de Kh. Ka- 
thamoun*^ et de Kh. Rouies', ces dernières voisines d'un haut lieu 
Kenanéen, comme le témoigne l'existence du Oualy abou Elioun. 

' Guérin, Galilée, I, p. 4.">3. 
» Ibid., H, p. 433. 
> Ibid., I, p. 214. 

♦ Ibid., II, p. 134, 
5 Jupes, I, 33. 

* Guérin, Galilée, II, p. 86. 
? Ibid., II, p. 73. 



RECHERCHES GÉOGRAPHIQIES SUR LA PALESTINE 25 

Quant aux deux autres, il est difficile d'établir des conjectures sur 
leur situation ; le nom de l'une d'elles, Horera, se rapproche toute- 
fois du nom de Djebel Haramun porté par une montagne à l'ouest 
de Yarun. 

Tracé de la frontière de Nephtali et d'Asser. 

Malgré l'incertitude qui plane sur les emplacements de cer- 
taines des villes de Nephtali, il est possible de déterminer le tracé 
de la frontière commune à Nephtali et à Asser. 

Voici comment cette limite est définie par le livre de Josué '. 

« (De Sidon la grande) elle tournait vers Rama jusqu'à la forteresse 
de Çor, puis vers Hossa, et aboutissait à la mer près du territoire 
d'Akzib. Il y avait là Oumma, Apheq, Rehob. » 

» 29. Revertiturque in Horraa usque ad civitatem munilissimam 
Tyrum, et usque Hosa ; erunlque exitus ejus in mare de funiculo 
Achziba : 

a 30 Et Amma, et Aphec et Rohob. » 

« '29. Ka\ dtvaaTpi'jsi xàc 5pia ei; Paiià xal 'éto; itTjYTiî MafffaauàT xa\ twv Tupiwv, 
xat àvaaTp^t|/Et ih 6p'.A èirl 'laaVf , xat îd'zii i\ Sié^oSoç ajToO i\ Bâ^aaaa xal Airo^^ê, 

» 30. xa\ 'Ap-/6ë, xa\ Atpèx, xal PaaO. » 

On a indiqué plus haut la position de Rama et celle d'Haçor. 
Hossa, Osa de S. Jérôme, usa d'Eusèbe, semble pouvoir être iden- 
tifié avec la localité actuelle de Sasa, qui d'après l'itinéraire du 
voyageur Isaac Chalo (1334)-, dépendait de la tribu d'Asser. 

On peut, d'après cela, admettre que la frontière suivait la ligne 
de faîte marquée sur la carte du Palestine Fwid par les sommets 
Jebel Tawil, J. Sod, J. el Hanbely à l'est de Kefr Anan, J. Umm 
Harûn à l'est de Ferradieh et de Er Rameh, J. el Murabba, et J. 
Mugharet Shekâb qui commandent le Kharbet Samurah, Kh. 
Zebiid à l'ouest du Kh. Sheraa, Jermuk près du village du même 
nom, J. er Zebâik, J. ed Dô, c'est-à-dire la ligne de partage des 
eaux coulant au Jourdain et à la Méditerranée. Cest là une fron- 
tière naturelle bien accusée par le relief du terrain ; elle aboutit 
d'ailleurs au village de Sasa. 

La frontière devait laisser au nord toutes les eaux coulant au 
Nahr Kâsmyeh, (Litany) ; elle gagnait donc par le Kli. Menarah 
le sommet du Jebel Adâther, puis atteignait Kh. er Rouiess. 

> Josué, XIX, 29, 30. 

« Guérin, aalilée, II, p. 94. 



26 HEVUE DES ETUDES JUIVES 



Conclusion. 



Cette revue des villes, des territoires de Zabulon, d'Asser et 
de Nephtali justifie d'une façon presque absolue les indications 
données sur le tracé de la frontière septentrionale de la terre 
d'Iraël. On constate toutefois que, dans sa partie médiane, le tracé 
doit être reporté un peu plus vers le nord. 

On va maintenant demander aux documents assyriens une véri- 
fication décisive des résultats obtenus. 



III 

LA CAMPAGNE D'ASUR-NASIR-AB'AL DANS LE PAYS DE PATIN. 

L'inscription des annales d'Asur-nâsir-ab"al' (88.5-860 av. J.-C.) 
donne le récit fort instructif d'une campagne du monarque assy- 
rien qui l'amena des rives de l'Euphrate aux confins du pays 
d'Israël, et de ces confins au littoral phénicien. 

a Je partis de Bit-Adini, franchis l'Euphrate aux hautes eaux, sur 
des embarcations de peaux de mouton, je m'approchai de Gargamis. 

Je reçus le tribut de Sangara , roi du pays Hatti J'incorporai 

dans ma colonne les chars, les cavaliers et les hommes légèrement 
armés de la ville de Gargamis. Tous les rois de leurs contrées se pré- 
sentèrent à moi, embrassèrent mes pieds ; je pris leurs otages : ils 
s'élancèrent devant moi, dans la direction du Liban. Je partis de 
Gargamis, traversai les collines Munzigani et Hamurga, laissai 
Ahâmu sur la gauche, m'approchai de Hazazi, la ville de Lubarna 
le Patinien. Je reçus de l'or et des étoffes de lui. Je poursuivis ma 
route, franchis l'Apri et y établis un campement. Je m'éloignai de 
l'Apri, et m'approchai de Kunulua, la capitale de Lubarna le Pati- 
nien. En face de mes armes puissantes, de ma bataille terrifiante, il 
eut peur, et, pour sauver sa vie, se mit à mes pieds. Je reçus de lui 
comme tribut... Je lui fis grâce, incorporai dans ma colonne les 
chars, les cavaliers, les hommes légèrement armés des Patiniens ; je 
pris leurs otages. Là, je reçus le tribut de Gusi de Jahana... Je 
m'éloignai deKunalua, capitale de Lubarna le Patinien, je franchis 

* J. Oppert, Histoire des empires de Chaldi'e et d'Assyrie, Versailles, 1865; Rod- 
well, dans les Records of the Past. (III) ; Sclirader, Keilinschriften und Geschichts- 
forschung, p. 181 et suiv. ; Peiser, dans la Keilinschriftliche Bihliothek, 1, p. 107 et 
suiv. 



RECHERCHES GEOGRAPHIQUES SLR LA PALESTINE 27 

(l'Arantu), je campai sur les bords de l'Arantu. Je m'éloignai de 
j'Aranlu et m'engageai dans les monts Yaraki, Ja'luri. Je traversai 
le pays . ..ku, je campai sur le bord du Sangura. Je m'éloignai du 
Saagura, et m'engageai dans les monts Saraliui, Girpâni. Je campai à 
; j'entrai dans Aribua, forteresse de Lubarna le Palinien, et la 
plaçai sous ma domination immédiate. Je recueillis les moissons du 
Luhuli et les mis en tas. Je donnai une tète dans son palais, et établis 
là des colons assyriens. Pendant qu'ils se maintenaient dans Aribua, 
je conquis les villes du Luhuti, massacrai leurs nombreux défen- 
seurs, et mis ces villes à feu et a sac. Je fis empaler les prisonniers 
en face de ces villes. Puis, je me dirigeai, du côté du Liban, montai à 
la grande mer du pays Aharri. Je puiifiai mes armes dans la grande 
mer et fis des sacrifices aux Dieux. Je reçus les tributs des rois du 
littoral, de Surra (Tyr), Siduu, Gubal (Byblos), Mahallata, Maisa, 
Kaisa, du pays Aharri et d'Armada, au milieu de la mer... Ils 
embrassèrent mes pieds. Je montai sur les cimes de l'Hamanus. J'y 
fis des poutres de cèdres, de cyprès..., j'otfris un sacrifice aux 
Dieux. J'élevai une inscription sur les exploits par moi accomplis. » 

Ainsi, Asur-nasir-abal pénétra en Syrie par le pays de Gar- 
garais ; il partit, donc, de la région de TEuphrate comprise entre 
Biredjik et l'embouchure du Sadjour, pour marcher sur Hasaz, 
aujourd'hui Azas, à une journée au nord-ouest d'Alep. Il traversa 
l'Apri, rivière qui porte aujourd'hui le nom dAfrim et qui déverse 
ses eaux dans le lac d'Antioche ; puis il pénétra dans Kounouloua, 
capitale du pays de Patin, et, après un nouveau passage de rivière, . 
fit halte sur les bords de l'Arantou, l'Oronte des classiques, aujour- 
d'hui appelé Nahr el Asy. 

Un coup d'œil jeté sur la carte de Peutinger nous montre que 
la route suivie par le conquérant doit coïncider avec la voie allant 
du Zeugma à Gephyra par Azas (Thuraej et Gindares, Dans ce 
trajet, Asur-nasir-abal traversa les cantons moniueux de Moun- 
zigan et de Hamourga, pour lesquels aucune identiflcation n'a été 
jusqu'ici proposée. 

Position du pays Ahâmii. 

Il laissa sur la gauche le pays Ahamu ou Aliana, dans lequel il 
faut reconnaître soit la contrée de Merabedj, soit la région d'Alep ; 
et, comme le souverain d'Ahanu, Gusi, vint rendre hommage 
au monarque, à Kounouloua, il semble rationnel d'admettre qu'il 
ht cette démarche quand déjà le conquérant était parvenu à proxi- 
mité de sa résidence, et, par conséquent, d'établir un rapproche- 
ment entre le pays d'Ahanu et la contrée d'Alep. 



2S RKVUE DES ÉTUDES JUIVES 



Emplacement de la ville Halmân. 

Mais s'il en est ainsi, où placer la ville de Halmân, que l'on a 
souvent assimilée à Haleb ? 

Cette ville ne devait pas dépendre du pays d'Ahamu. Du moins 
voit-on la prise d'Halmàn par Salmanasar II, dans sa 6« campagne, 
précédée de l'acte d'hommage que fit au conquérant Arami. fils de 
Gusi. Dans cette campagne \ Salmanasar partit de la ville d'As- 
sur-Utir-Asbat, située sur la rive droite de 1 Euphrate et sur le bord 
du fleuve Sagaru (le Sadjour actuel), pour marcher sur Halmân, il 
offrit là un sacrifice au dieu Dadda de Halmân, puis il se porta 
sur les villes du pays d'Amat, Adennu, Masgâ, Argana et Qarqara, 
et vint ensuite se heurter aux forces de Dadda-ldri, roi du pays 
d'Imerisu, d'Irhulini, du pays d'Amat et des 12 rois du pays Hatti 
et du bord de la mer. 

Halmân était donc le centre d'un culte au dieu Dadda. La mon- 
tagne voisine de Membedj s'appelle Djebel Dur Dadda, et Membedj 
a toujours été une ville sainte. 

Dans la 10« campagne, Salmanasar mit à sac les villes de San- 
gar de Gargamis, puis s'empara d'Arnê, ville royale d'Arami et 
de 100 de ses villes. 11 vint ensuite se heurter aux forces de la 
coalition déjà combattue dans la 6« campagne. 

La lutte recommença entre les mêmes adversaires dans ia 
11« campagne. Salmanasar s'empara de 97 villes de Sangar, de 
100 villes d'Arami, puis il marcha sur les villes d'Amat, Astamaku, 
aujourd'hui Tell es Stoummak ou Stuma-, et quelques autres 
villes. Après avoir défait les coalisés, il s'empara, au retour, 
d'Apparazu, ville forte d'Arami, et reçut alors le tribut du roi de 
Patin. 

Dans sa première campagne, Salmanasar revenant du mont 
Atalur sur la côte de la mer, s'empara des villes de Tayà. .. de 
Hazazu (Asaz [)récédemment pris par Asur-nasir-ab'al), de Lulia, 
de Butamù, villes du roi de Patin, et reçut alors le tribut d'Arami, 
fils de Gusi. 

De ces renseignements il résulte que le pays d'Ahanu successi- 



' Amiaud et Scheil, Les Inscriptions de Salmanasar, II, p. 39, 41. 

* « A dix minutes au nord du village de Sluma, à gauche de la route se trouve 
une ruine, en grande partie couverte de terre, dont personne ne put me dire le nom. 
Du genre des pierres employées à la construction, j'ai pu conclure que ces ruines 
sont antérieures à la coiiquêle niusuimaDe. > Sachau, Seise in Si/rien und Mesopo- 
tamien, p. 100. Burckhardt avait jadis signalé également Tell Stommack, colline 
isolée paraissant l'œuvre de l'homme {Meisen in Syrien, p. 212). 



RECHERCHES GÉOGRAPHIQUES SLU LA PALESTINE 29 

vement gouverné par Gusi et par Arami, son fils, confinait à 
l'ouest et au nord au pays de Patin, et au nord -est au pays de 
Gargamis. Le pays d'Halmân était au sud de ce dernier pays. 

Au-delà de Kunalua, Asur-nàsir-ab'al franchit une rivière dont 
le nom se trouve mutilé sur la pierre ...tu: ce n'est pas évi- 
demment de l'Afrim qu'il s'agit ici, mais d'un autre cours deau; 
la syllabe finale conservée étant la même que celle du fleuve 
Araantu nommé aussitôt après, on en a conclu naturellement que 
le conquérant assyrien était passé avec ses bandes armées sur la 
rive gauche de l'Oronte. 

PosUion du pays dCIaluri. 

Cette interprétation est, en quelque sorte, justifiée par le rap- 
prochement que l'on peut établir entre le pays d'Ia'turi et Yliu- 
rœorum gentem signalée par Pline ' dans son énuméralion par 
ordre alphabétique des diverses cités et populations de la Cœié- 
Syrie. 

Une inscription-, publiée en 1745, nous fait connaître que les 
Ituréens habitaient le Liban : « Idem jussic Quirini aduersas 
Jlureos in Libano Monte casteUiim eorum cœpUy>. Cette don- 
née concorde avec les deux passages de Strabon relatifs à ce 
peuple ^. 

«La région montagneuse des Ituréens », dit-il d'abord; puis 
après avoir parlé de la Laodicée libanienne, il ajoute : des « Itu- 
réens et des Arabes, tous bandits, occupent toute la région monta- 
gneuse. » La position de cette Laodicée étant connue par l'itiné- 
raire d'Antonin [route d'EtJiesa, Homs, à Heliupoli, Baaibeck, à 
XVIII railles romains d'Emesa), les ruines en ayant été retrouvées 
par M. Sachau'* à l'extrémité sud du lac de Kédes à Tell Nébî 
Mindù, on est fixé sur la région du Liban occupée par les Ituréens. 
Cette région convient bien au pays d'Ia'turi, et l'on peut consi- 
dérer comme acquise l'identification du pays d'Ia'turi et de la con- 
trée des Ituréens. 

Le nom du fleuve franchi par Asur-nasir-ab'al est donc bien, 
comme on l'avait conjecturé, l'Araantu, l'Oronte. 

' L. V, c. XIX. 

' Van der Miedea, Disputatio critica ad marmor vctiis inquo de P. Sulptcio Qui' 
rino, de censu Syria, de Itureis. Trajecti ad Hhenutn, 1743. 
» L. XVI. 
* Sacliau, Revse in Syrien wnd Mesopotamien, p. b8. 



30 REVUK DES ÉTUDES JUIVES 



Position du pays d'Varahi. 

Après avoir traversé ce cours d'eau, le conquérant assyrien, 
pour atteindre le pays d'Ia'turi, dut traverser les monts Yaraki. 

Ce nom semble avoir subi la même transformation que la Jé- 
richo biblique, aujourd'hui appelée Errilia. On retrouve, en effet, 
sur la rive droite de TOronte le Djebel er Riha. Son identification 
avec le pays Yaraki se trouve justifiée par le passage suivant de 
l'inscription du Taureau • : « Dans la 11^ année de mon règne, je 
partis de Ninive. Pour la 9* fois, je passai FEuphrate dans sa crue. 
Je m'emparai de 9* villes de Sangar, je m'emparai de 100 villes 
d'Arami , je les renversai, je les détruisis et les livrai aux flammes. 
Je pris le long de TAmanus 'Hamani , je franchis la montagne 
d'Yaraku, et je descendis aux. villes du prince d'Amat. Je m'em- 
parai d'Astamaku avec quelques autres villes... » Or, précisé- 
ment l'on retrouve au pied du Djebel er Riha la localité antique 
de Stouma ou Tell Stoumak. 

11 est également question de la montagne Yaraki dans un frag- 
ment d'inscription de Tiglath Piléser III * : 

'( La ville Us(?)-nu-u, la ville Si-an-nu du liltoral avec les 

villes jusqu'à la montagne Sa-u-i, aux monls du Liban, et ils 

subjuguèrent (?) le pays Ba- -li-sa-bu-na jusqu'à la montagne Am- 
ma-na, à la montague du Aw-bois, le pays Sa-u tout entier, le dis- 
trict de Kar-Rammàn ;ou Kar Dadda), la ville Ha-la-'rik-ka', le dis- 
trict de Nu-ku-di-na, le pays Ha-su, avec les villes autour de la ville 

A-ra-a ensemble, les villes aux alentours, la moutagne Sa-ar- 

bu-u a toute entière, la ville As-ha-ni, la ville Ja-da(la)-bi, la mon- 
tagne Ja-ra-ku toute entière, la ville Il-li-la-ar-bi, la ville Zi-ta-a-nu, 

jusqu'à la ville A-ii-in-ni la ville Bu-ma-mi. 19 cantons de la 

ville Hamalli avec les villes qu'ils renferment. ...» 

Si l'on reprend cette énumération en sens inverse, on est 
amené, contrairement à l'opinion de M. Sachau \ qui veut re- 
trouver l'Ellitarbi de Tiglath-Piléser III, dans une localité située 
entre Alep et Antioche, et appelée en syrien Lîtâreb, en arabe El- 
Atharib, (Attâpêai de l'empereur Julien*), — à placer Il-li-ta-ar-bi 
au nord du Djebel er Riha, à Idlib. 

* Amiaud et Sclieil, Les Inscriptions de Salmanasar, p. 53. 

* k'eilinscfi'i/îiche Bihliothek. t. II, p. 27. 

' Sitzunq.sberichie d. K. Preissische Akai. der W^ssensckaflen, 1892, 20-21 ; 
Sachau, Mt'muire sur la ijivgrapkie historique de la Syrie septentrionale. 

* Juliani Imperatoris ipistola, 27. 



RECHERCHES GÉOGRAPHIQUES SUR LA PALESTINE 31 

Ja-da(ta)bi et As-ha-ni correspondraient à deux localités visi- 
tées par EH Smith *, dans sa route d'Idlib à Schoghr, Burdsch 
Hâb (l'Haab ou Hap des croisés) '^ et Kanis en Nahleh. 

A-ra-a serait TArra de l'Itinéraire d'Antonin sur la route de 
Beroa à Epiphania, aujourd'hui Maaret-en-Noaman. C'était déjà 
du temps de Yakubi (vers 891 de l'ère chrétienne) une ancienne 
cité en ruines ^. 

Le pays Hasu comprenait, sans nul doute, les territoires 
de deux localités aujourd'hui dénommées Khirbet Has et Has, 
dont l'antiquité est attestée par des inscriptions des iv« et 
v^ siècles, recueillies par MM. Waddington et de Vogïié*. 

Tous ces pays et localités se trouvent échelonnés dans une 
même direction, ce sont les jalons de la route parcourue en sens 
inverse par Tiglath Piléser IK, et cette route eût mené certaine- 
ment à Apamée ^aujourd'hui Kal'at el-Mudik), si cette ville eût 
alors existé. 

On ne saurait en douter en retrouvant sur la rive gauche de 
rOronte, près d'un gué, à une demi-heure au sud-ouest du village 
de Skélebijjé, le Tell el Kottra ^ , dont le rapprochement avec 
Hatta-[rik-ka] paraît naturel. 

Apamée n'avait donc pas encore de norn dans l'histoire du temps 
de Tiglat Pileser III, mais le pays qui devait en constituer plus tard 
le territoire s'appelait Nu-ku-di-na. Malala •"•, en attribuant à Apa- 
mée comme premier nom celui de *apvaxTi, nous a peut-être trans- 
mis la tradition altérée de l'état primitif du pays : il aura écrit <i>ap- 

vaxTfi au lieu de Ka»apNax£6. 

La route par laquelle TiglathPiléser III franchit la chaîne du 
Liban, en venant de la côte, nous est inconnue ; elle traverse une 
région qu'aucun voyageur n'a jusqu'ici explorée. 

De cette digression, il est permis de conclure que le nom d'Ya- 
raki a été surtout attribué à l'époque assyrienne au massif mon- 
tagneux d'Er Riha, situé sur la rive droite de l'Oronte; mais rien 
ne s'oppose à ce que les monts situés sur la partie correspon- 
dante de la rive gauche aient porté le même nom. 



» Rilter, Syrien, t. II, p. Wj'i. 

* Rey, Colonies fi-anques en Syrie, p. 341. 

* Guy Le Siraiif^e, Palastina tinder thc Moslems, p. 495. 

* Ph. Le Bas, Voyage archéologique en Grèce et en Asie-Mineure, t. III, explication 
des inscriptions, p. 616. 

5 Burckhardi, Rcisen in Syrien, p. 242. 

6 Malala, p. 2(l3. 



32 RKVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Situation de la rwière Sangoura. 

Après avoir quitté les montagnes d'Iaturi, Asur-nasir-abal tra- 
versa un pays, dont le nom nous est parvenu sous une forme 
mutilée. . . ku, pour gagner les bords de la rivière Sangoura. 
Qu'il ne sagisse pas d(3 laffluent de TEuphrate qui porte le nom 
de Sadjour, le Sagura des inscriptions de Salmanasar II, cela ré- 
sulte de la marche même du conquérant remontant le cours de la 
vallée de l'Oronte. 

Cette direction mène à la source du Xalir el Andscliar, que les 
géographes arabes appellent Aïn el Jarr. « Ici, nous dit Abulféda, 
sont des ruines de constructions en énormes pierres; il se trouve 
à un mille au sud de Baalbeck. A Aïn al Jarr commence la grande 
rivière qui, sous le nom de Litany, traverse la Bikaah. » 

Sangura s'est transformé en Angar (prononcez Andjar) par la 
perte de la sifflante initiale. 

Les ruines dont parle Abulféda frappent aujourd'hui encore 
l'attention des voya*^'eurs, qui ne manquent pas d'aller les visiter, 
en se rendant de Beyrouth à Damas; elles sont situées à une faible 
distance au nord de la route qui relie ces deux grandes cités. 
Cette voie gagne un peu plus loin, par un col très bas, la tête de 
rOued at Teim, qui court droit du sud vers le lac Hùleh. Faut-il 
voir dans ce nom une transformation du Saratin assyrien, on n'ose- 
rait l'affirmer ; mais, en revanche, on croit pouvoir avancer que la 
partie inférieure de cette vallée avait pris le nom d'un torrent qui 
s'y déversait, l'Ain Djerfa, l(;quel tirait son nom d'une localité 
antique située sur ses bords \ et qu'elle correspondrait, dès lors, 
au pays montueux de Girpa des Assyriens. 

Situation du pays Luituti. 

Celte opinion est corroborée par l'existence d'une grande plaine 
au (It^bouché de la vallée. C'est la plaine de Mispé, que le livre de 
Josué place au pied de l'Hermon. Elle confine au lac el lluleh sur 
la rive occidentale duquel s'étend l'Ard el Kheit ou le pays de 
Klieit; l'Ai Khait de Dimaski*, le pays de Luhuti d'Asur-nasir- 
ab'al. 

Le conquérant, en arrivant dans la plaine, avait rencontré la 

> Guérin, Galilée, II, p. 287. 

* Le Sirange, Palastina under the MosUmi, p. 484. 



RECHERCHES GÉOGRAPHIQUES SUR LA PALESTINE 33 

route qui a dû depuis les temps les plus reculés relier Tyr à Damas, 
et qui figure sur la carte de Peutinger parmi les voies romaines. 
C'est le chemin qu'il prit au départ d'Aribua ; il gagna la côte 
phénicienne, et la suivit en se dirigeant vers le nord. 

Déductions à tirer du bulletin de campagne d'Asur-nâsir-ab'al. 

Cette campagne d'Asur-nâsir-ab'al nous fournit de précieux 
renseignements. 

On est tout d'abord frappé de voir le conquérant, après avoir 
précipité sa marche vers le sud, se détourner brusquement vers 
l'ouest et gagner la côte. On ne saurait expliquer ce mouvement 
par l'existence d'obstacles naturels. Il paraît plus vraisemblable 
d'attribuer la résolution d'Asur-nâsir-ab'al au respect que lui ins- 
pirait le peuple avec lequel il aurait dû lutter, s'il avait poursuivi 
sa course vers le sud au-delà du pays de Luhuti. Les Assyriens 
ne s'étaient pas encore attaqués au pays de Bit-Omri, alors gou- 
verné par le roi Jéhu : ils évitèrent de l'envahir, et s'ils occu- 
pèrent le territoire des Danites, qui avalent, du reste, probablement 
échappé depuis longtemps à l'influence d'Israël, ils gagnèrent la 
côte sans pénétrer sur le territoire des Bit-Omri. 

Ces déductions confirment les considérations qui ont été pré- 
sentées sur la limite septentrionale de la Palestine. 

Le bulletin de campagne d'Asur-nasir-ab'al nous montre égale- 
ment quelle était à cette époque l'importance du royaume de 
Patin. Il s'étendait, au nord, au delà d'Asaz, et allait, au sud, 
jusqu'à la vallée du Jourdain. 

Ce royaume ne devait pas tarder, d'ailleurs, à subir un premier 
démembrement. A Liburna succéda le roi Sapalulme ', auquel Sal- 
manasar II, dans sa première campagne (859), infligea une san- 
glante défaite. Après sa mort, la partie méridionale de Patin 
constitua le royaume d'Amat (854) sous l'autorité d'Irliulini - ; le 
royaume de Patin fut réduit aux cantons du Nord avec Girparuda 
pour chef =*. Tandis qu'Irhulini défendait son indépendance contre 
les rois d'Assyrie, Girparuda se faisait leur humble vassal ; il eut 
pour successeur Lubarni. Celui-ci ne garda pas longtemps le pou- 
voir; il fut massacré par ses sujets, qui appelèrent à leur tête 
Surri (832). Cette révolte devait être la conséquence d'une réaction 

' Amiaud et Scheil, Les Inscriptions de Salmaiiasar, II, p. 17 ot 19. 
» lbid.,Tp. 37, 41. 53, 57. 
' Ibid., p. 39, .^5. 

ï. XXVI, N» 51. -i 



31 REVUE DES ETUDES JUIVES 

contre l'influence assyrienne. Car on voit Salmanasar II, à la 
nouvelle de l'insurrection, marcher sur Xvinulua, la capitale de 
Patin, et frapper lourdement les chefs du mouvement national'. Il 
imposa à Patin, pour roi, Sâsi, fils d'Ussà, et fit dresser sa propre 
statue dans le temple érigé aux dieux de Patin, au milieu de la 
capitale du royaume. 

Après Sasi, le pays dut être gouverné par des administrateurs 
assyriens. L'on cesse dès lors de rencontrer dans les listes de tri- 
butaires l'hommage d'un roi de Patin. Il y eut sans doute diffé- 
rentes tentatives de rébellion parmi les vaincus, car l'on voit 
figurer dans les listes d'éponymes- sous Rammân-Niriri III, en 
l'an 806, une campagne contre Arpad (auj. Tel Erfât), en l'an 
805, une autre contre Azaz, et, sous Asurdan, en l'an 754, une nou- 
velle contre Arpad. Sous Tiglath Piléser III, la révolte fut parti- 
culièrement sérieuse : il fallut faire pendant trois années (742-'740) 
le siège d'Arpad ; une quatrième campagne fut même nécessaire 
pour pacifier le pays. 

Sur les ruines du pays de Patin, un nouveau royaume avait 
surgi, le royaume d'Unki\ Son souverain, Tutammu, n'était pas 
bien disposé pour les Assyriens; Tiglath Piléser s'empara de sa 
capitale Kinalia , et fit dresser son trône au centre du palais royal ; 
il soumit le pays d'Unki et mit à sa tête un administrateur assy- 
rien. Il déporta sans doute la plupart des habitants du pays, car il 
jugea utile d'amener des captifs d'origine étrangère : 

« 600 captifs de la ville d'Amlati des Damuni; 5,400 captifs de 
la ville de Dur, j'établis comme colons dans la ville de Kunalia, 

les villes Huz('?)arra, Tai, Tarmanazi, Kulmadara, Hata- 

tirra, Sagillu du pays Unku. » 

Quelques-uns de ces noms ont survécu pour nous montrer que 
le royaume d'Unki n'était pas réduit à la plaine de l'Amk, VUnchœ 
de Quinte-Curce% mais qu'il comprenait encore les environs du 
Djebel Sém'àn. Comment, en effet, ne pas reconnaître Hatatirra 
dans le vilage deKhatoura^, Huzarru dans la localité voisine 
d'Azéri*^, Sagillu, avec suppression de la sifflante initiale, dans les 
ruines imposantes de la petite vallée d'Anguli ', Taï dans les ruines 



» Ibid., p. 67. 

* Schrader, Die Keilinschriftentind Jas Altc Testament, p. 481, 483 et 487. 

* Smilh, Assyriaii Discuveries, p. 274; Schrader, Die Ketliiischriflen und das Aite 
Testament, p. 249, K'cilinschriftlichc Bihliothek, II, p, 29. 

■* De rébus gestis Alexandri Magiii, IV, 1, 

5 Ph. Lebas, Voyage areh^ûlogi(jue, t. III, p. 6"2o. 

^ Note de voyage. M. Sachau appelle ce village Hazre. 

' Hitler, Syrien, p. 1648. 



RECHERCHES GÉOGRAPHIQUES SUR LA PALESTINE 35 

voisines du village de Kefr Tâi • ? N était la syllabe finale de Tar- 
manazi, qui se retrouve dans les noms actuels de certains villages 
de la r(5gion, Teftenâz, Armenaz, on serait tenté de chercher le 
site de cette localité antique dans le village de Tarmanîn. 

Malgré toutes les mesures prises pour l'asservissement du pays, 
les habitants ne demandaient qu'une occasion pour recouvrer leur 
indépendance. Ils écoutèrent donc volontiers les propositions 
d'Iaubi'd d'Amat et se déclarèrent indépemlants. Mais les troupes 
de Sargon - en eurent vite raison, et Arpad fut une nouvelle fois 
repris (720). 

C'est ainsi que disparut à son tour de l'histoire le peuple 
de Patin. 



G. Marmier. 



1 Sachau, Reisen in Sijnen^ p. 4o9. 

* Keilinschriftliche Bibliothek, t. II, p. '61. 



QUID JUDi:0 CUM VERRE ? 



Plufarque, dans la Vie de Cicéron, rapporte un bon mot célèbre 
qui aurait été prononcé à l'occasion du procès de Verres K Voici 
ce pMssage, dans la familière version d'Amyot : « Lps Romains 
appellent un pourceau qui n'est point châtré Verres, c'est-à-dire un 
verrat. Or y avoit-il un nommé Cécilius, fils d'un serf afifranchy, 
qui estoit soujjçonné d'adhérer à la loy des Juifs. Cestuy Cécilius 
vouloit débouster les Siciliens de cette accusation de Verres et que 
la charge de l'accuser luy fust baillée à luy seul. Cicéron, se 
moquant de cette sienne poursuite, luy dit: Quelle chose peut avoir 
un juif à démesler avec un verrat? » Et le naïf traducteur ajoute 
en note: « Pour autant que les Juifs ne mangent point de 
chair de pourceau. » 

La traduction, ou pour mieux dire la paraphrase d'Amyot, est 
exacte sauf en un point; les mots: di:e\sue£pixb; fivBfuwdî y sont rendus 
par « fils d'un serf affranchi » '. Amyot s'est sans doute souvenu 
d'un texte classique de Suétone -, suivant lequel, dans l'ancienne 
langue romaine, le moi liberliniis, dont à7:£>.£u9£ptxo'; est l'équivalent, 
désignait, non Taffranchi lui-môme — ou plutôt ne désignait pas 
seulement l'affranchi lui-même, —mais le fils d'affranchi. Or, sans 
vouloir contester le témoignage de Suétone, il faut observer que 
son renseignement se réfère exclusivement à l'époque tout à fait 
archaïque, « au siècle d'Appius Claudius et quelque temps après ». 
Rien de plus naturel que d'admettre qu'à cette époque reculée le 
mot lihertinus ait eu un sens large, correspondant à la durée 

' Plutarque, Cic, 1 : B£ppr,~» oî 'Pwaaîoi tàv £XT£T|xr,iiévov yoîpov xaXovatv. 
fi; ovv à7r£),£"j6£pixà; âv6pft>;To; Êvoxo; -ùi io'joatsîiv ivOjxa KcxO.ioç èooûXeto Trapwdà- 
|x£vo; Toù; Six£),iwTa; xaTTjyopEtv toù BÉppou, < Ti 'lovSaîw îîpô; yolç,ow ; » êçr, 
Kixéptov. 

* Ricard traduit plus exactement ; > un atrramhi i. Friedlander traduit comme 
Amyot : € ein von Freiijelassenen stanimender Jude [l) ». Drumann hésite. 

* Suétone, Claud., 24. Appium Cacum... Uhertitiorum filios tn senatum adlegisse 
docuit, ignanis, temporibus Appi et demceps aliquandiu libertinos dictos non ipsos 
(on a proposé : non modo ipsos) qui manu emitterentur , sed ingenuos tx his 
frocreatos. 



QUID JUD/EO CUM VERKE ? 37 

même des incapacités multiples qui atteignaient les affranchis et 
leur postérité; mais il est bien certain qu'au temps de Cicéron, et 
à plus forte raison au temps de Plutarque, le mot libertlnus n'avait 
plus que le sens étroit, seul connu de l'empereur Claude, où il 
désigne l'affranchi lui-même, l'ancien esclave délivré par la manu- 
ynissio. Entre les mots lihertus et liberthms il n'y a pas, comme 
se l'imaginaient les érudits de la Renaissance*, une différence de 
génération, mais simplement une différence de point de vue: 
llberlus, c'est l'affranchi envisagé dans ses rapports avec son 
patron; libertlnus, c'est l'affranchi considéré en lui-même, dans 
sa condition sociale et juridique. Les témoignages de ce t'ait ont 
été réunis par M. Mommsen ; il en conclut avec raison que, « dans 
la littérature qui nous est connue, Ubertinus n'a jamais d'autre 
signification que celle d'affranchi 2. » Liberthms liomo, que 
Plutarque traduit par àire^sueepixôi: àvBpwitoç, est exactement synonyme 
de Ubertinus; je n'en veux pas d'autre preuve que ce texte 
des Verrines ^ : P. Trebonius viros bonos et honestos corn- 
plures fecit heredes, in ils fecit suuni liberium... Equili romàno 
tamlocupleii libertimis fiomo sit hères? Et dans presque tous les 
passages où Plutarque emploie les mots ànzKz'jUçi-Kà^ ou èî£>.£ii9sptxdî*, 
le contexte lui-même indique de la manière la plus évidente qu'il 
est question, non de fils d'affranchis, mais d'affranchis proprement 
dits. Concluons de là que, chez l'auteur latin auquel Plutarque a 
emprunté son anecdote, Cécilius était bel et bien qualifié d'ancien 
esclave et qu'il convient de modifier ainsi son signalement: 
« Cécilius, affranchi, soupçonné de judaïsme ». 



Après avoir rectifié la traduction du texte de Plutarque, nous 
pouvons aborder l'examen de fond, c'est-à-dire rechercher la 
portée et l'autorité qu'il convient d'attribuer à ce texte. Cette 



' On s'élonne de rencontrer encore ceUe doctrine chez des auteurs contemporains 
comme Herzofr. 

* Mommsen, Droit public romain, trad. fr. (VI, 2), p. 4, note 2. Cp. Lemonnier, 
Etude sur la condition privée des a/franchis, p. 6, suiv. 

' Cicéron, Verr., Il, i, 47, § 123. 

* Ce sont, outre notre texle. Syll., 1 (un àTV£/î"jOEf.ty.ôç dt/OpwTco;, soupçonné ilc 
receler un proscrit, est précipité de la roche Tarpéienue); S (Sulpicius vend le droit 
de cité È?£).£'j6£pixoï; xal fjLîtoixot;) ; 33 (Sylia distribue des terres (jli'jxoi; xai xaôdtp- 
aaatv £$£),£y6£pixoî;V, Anton., ri8 i^les infïénus sont frappés d'un impôt du quart du 
revenu, les £Ç£),£\jÔ£pixoî du 8» du capital). 



38 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

portée serait très grande s'il fallait en croire plusieurs historiens 
modernes : on a vu dans notre anecdote, en effet, la preuve unique, 
mais décisivp, de l'existence d'une colonie et d'une propagande 
juives, en Italie, plusieurs années avant la prise de Jérusalem 
par Pompée, événement auquel Philon rattache l'origine de la 
population Israélite de Rome '. C'est en ce sens que se sont pro- 
noncés, par exemple, Ernest Havet-, M. Friedlaender ^ et tout 
récemment M, Hild, dans son substantiel travail sur les Juifs à 
Rome devant Vopinion et dans la littérature'^. « Le procès de 
Verres, dit ce dernier auteur, étant de dix années "■ antérieur à la 
guerre de Judée, si le bon mot prêté à Cicéron n'a pas été fabri- 
qué après coup, il est pour le moins curieux d'observer que déjà 
alors il y avait à Rome des Juifs et que l'on plaisantait publique- 
ment les particularités de leur culte. » 

La restriction indiquée par cette phrase « Si le bon mot n'a pas 
été fabriqué après coup » fait honneur au sens critique de M. Hild, 
mais elle est loin d'être suffisante: il est facile, en effet, de 
démontrer, non seulement que le mot prêté à Cicéron n'est pas 
authentique — ce qui n'aurait qu'une importance biographique 
assez secondaire, — mais qu'il n'a jamais pu être prononcé parce 
qu'il implique à la fois une erreur de fait et une erreur de droit. 

En effet, le Cécilius dont il est question dans ce texte de 
Plutarque n'est pas un inconnu. Nous possédons encore le 
plaidoyer que Cicéron prononça pour écarter ses prétentions au 
rôle d'accusateur de Verres : c'est le discours communément inti- 
tulé Dlvinatio in Q. Caecilium, et ce discours, ainsi que les scolies 
du pseudo-Asconius qui s'y rapportent '^, nous fournissent plusieurs 
renseignements intéressants sur le compte du personnage. Nous y 
apprenons qu'il s'appelait Q. Csecilius Niger et qu'il était origi- 
naire de Sicile ou, du moins, domicilié dans cette province {domo 
Siculus)'. 11 avait un frère puîné du nom de Marcus, que Cicéron 

* Philon, Légat, ad Caium, 23. 

* E. Havet, Origines du christianisme, II, loO. Dans ce morceau, Havet passe sous 
silence la libertinif^ de Cécilius. 

* Friedlaender, Romische Sittengeschichie (6* éd.), III, 621, nolo 12. 
< Berne des Études juives, VIII (1884), p. 24. 

5 Plus exactement : sept années. Le procès de Verres est de Pan 70 av. J.-C, la 
prise de Jérusalem de 63. 

6 Cicéron d'Orelli, V, 2, p. 97-124. 

'■ Ps.-Asron., p. 98 : Q. Cœcilius Xi^er, domo Siculus et queestor Verris (c'est à tort 
qu'on a parfois corrigé domo en homoj; p. 121 : Sœpe in Ccecilium uliturhoc con- 
vicio, ut illuM non Romanum, sed Siculum dicat. En effet, Cicéron, parlant des 
•rrieis de Cécilius contre Verres, dit f§ 53) ; Ceteri Siculi ultorem invenerunt, et 
c'est sans doute en ce sens qu'il faut entendre la phrase du § 4, ainsi transmise 
dans les meilleurs manuscrits : Q. Cacilium, qui prtesertim quaestor in sua provincia 



QUID JUD.EO CUM VERRE? 39 

appelle lectissimus atqv.e ornalissimus adolescens K Quintus fut 
lo questeur de Verres peniiant une partie de son gouvernement; 
au cours de ses fonctions, il se brouilla avec son préteur, mais, s'il 
faut en croire Gicéron, il s'était réconcilié avec lui avant son 
départ et laissa même auprès du gouverneur prévaricateur son 
frère ainsi que son secrétaire, Potamon. 

Maintenant, il importe de remarquer que, dans tout le cours de 
ce plaidoyer, où Gicéron n'épargne à son adversaire ni les dures 
vérités, ni les insinuations désobligeantes, où même son origine 
sicilienne, dont Gécilius tirait un argument en faveur de ses préten- 
tions, devient un prétexte de raillerie et de suspicion, il est remar- 
quable, disons-nous, qu'on ne découvre pas, dans toute cette 
diatribe, la moindre allusion ni à la condition d'affranchi de Gé- 
cilius, ni à son affiliation au judaïsme, c'est à-dire précisément 
aux deux points où se résume le signalement donné par Plu- 
tarque. Et cependant quels arguments eussent été plus propres à 
exciter le rire du tribunal et à jeter le discrédit sur le compé- 
titeur de Gicéron, objet essentiel d'où dépendait l'issue du débat 
engagé ? 

Pour parler du judaïsme d'abord, quoique cette religion ne fût 
alors guère connue à Rome qu'à travers les écrivains grecs, elle 
était déjà frappée de la défaveur générale qui s'attachait à tous les 
cultes exotiques, aux « superstitions barbares », comme s 'expri- 
maient les Romains de vieille roche. Soixante-dix ans auparavant 
le préteur Hispalus avait expulsé de la capitale les ambassadeurs 
de Simon Macchabée, qui se livraient à la propagande religieuse -. 
Depuis lors, les Juifs n'avaient pas reparu à Rome, mais tous les 
Romains que leurs affaires ou leurs études amenaient en Orient 
avaient eu l'occasion d'y rencontrer des spécimens de la race is- 
raélite répandus à travers toute l'Asie-Mineure. Gicéron lui-même 
devait en avoir connu pendant son séjour prolongé en Grèce et en 
Asie (19-11 av. J.-G.), et c'est sans doute dans les leçons de son 
maître d'éloquence, ApoUonios Molon, auteur d'un pamphlet 
classique contre les Juifs •■^, c'est aussi dans son commerce avec 
le philosophe Posidonios, qui ne leur était pas plus favorable, qu'il 

fuùset. Sur le sens du mol 'Jomns, synonyme de orif/o. cf. Mommsen, op. cit., 
(VI. 2), p. /i26, n» 3. 

» Divin., IX, 29. 

* Valère Maxime, I, 3, 2, avec les observations de Schiirer, Geschichte (2° éd/, 
II. 505. 

^ Alexandre Polyliistor, l'r. o, chez Eusèbe, Prœp, evang., IX, 19 : ô oï Tr,v ct-j- 
(îAîuïiv TYjv xaxà 'loySaiwv Ypâ>^a; Mo),»-/. Cet ouvrage est souvent cité, sans indica- 
tion précise, par Josèphe. Sur les rapports de Cicérou avec Molon et Posidonios, 
cf. Plut., Cic, II. 



40 REVUE DES ETUDES JUIVES 

puisa les éléments de cet « antisémitisme » un peu superficiel dont 
le Pro Flacco nous a conservé le témoignage. Pour peu donc que 
Céciliuseùt été judaïsant ou suspect de l'être, Cicéron n'aurait pas 
manqué d'en tirer matière à plaisanterie dans ce long plaidoyer 
tout farci d'attaques personnelles. Le nom même de Verres, avec 
son double sens injurieux, lui en procurait le prétexte en rappe- 
lant l'aversion bien connue des Juifs pour la viande de porc*. 
Le fait est que Cicéron ne s'est pas privé, pas plus dans les 
Terrines que dans ce plaidoyer même, du calembour facile, iné- 
vitable, qu'appelait ce nom malencontreux -, mais de juifs et de 
judaïsme pas un mot, et si jamais Varguïiientum ex silenlio a 
pu être de quelque poids, c'est assurément dans une occasion 
pareille. On peut donc affirmer hardiment ou bien que Gécilius ne 
judaïsait pas ou bien, ce qui revient au même, que ni Cicéron ni 
son auditoire n'en avaient aucun soupçon. 

Il en va de même du reproche de liberiimlé. Ce reproche est la 
monnaie courante de la polémique du i^" siècle; il s'étendait même 
aux simples descendants d'un affranchi. Antoine faisait un crime à 
Octave d'avoir eu un affranchi pour trisaïeul ^. Horace est las de 
s'entendre traiter de « fils d'afiVanchi » \ On peut être sur que si Cé- 
cilius avait eu du sang d'affranchi dans les veines, à plus forte 
raison s'il avait été lui-même un ancien esclave, comme l'aflirme le 
texte de Plutarque, Cicéron, qui savait, suivant les besoins de la 
cause, flatter les passions populaires ou les préjugés aristocratiques, 
y aurait trouvé le thème d'inépuisables moqueries. Or, non seule- 
ment on ne rencontre pas, dans tout le discours, une phrase, un 
mot qui puisse s'interpréter dans ce sens, mais encore nous avons 
vu que Cicéron, parlant du frère de son adversaire, M. Cécilius, 
se sert d'expressions qui auraient paru singulièrement déplacées, 
à propos d'un aâ"ranchi : lectissbmis atque ornatissiraus adoles- 
cens. Ajoutons que le seul fait de l'existence de ce frère suftirait 
à rejeter le témoignage de Plutarque, car, en droit strict, un 
affranchi ne peut avoir de frère, pas plus qu'il n'a de père ou 
d'aïeux ; la parenté servile n'a pas de valeur légale; cela est en- 



• Posidonios est le premier écrivain frrec connu qui fasse allusion à ceUe aversion : 
voir chez Diodore de Sicile ifr. xxxiv, 1) le récit, extrait de Posidonios, de la profa- 
nation du temple et des Livres saints par Anliochos Epiphane. 

* Divin., XVII, 5" : Sed repente e vestigiu, ex homine [tanquam aliquo Circœo po- 
culo) factus est Ven-es. Ps-Ascon., ad loc. : lUa enitn sues ex hominthus faciebat. 

•* Suétone, Aug., 2 : M, Ântonius libertinum et prcarum exprobrat. 

' Horace, Sat., I, 6, 45-6 : Quem rodunt omnes libertine pâtre natum. Ailleurs, 
suivant la line remarque de M. Lemounier, Horace, cédant au préjugé commun, 
félicite Mécène de ue pas s'attacher à ia naissance des gens, quali sit guisque parente 
Natus dti»i ingenuus [Sat., I, 6, "i. 



QUID JUD/EO CUM VERRE? 41 

core vrai au début de l'époque impériale, cela est vrai surtout à 
l'époque républicaine où nous sommes. 

Mais l'argument le plus décisif, et qu'on s'étonne de ne pas ren- 
contrer sous la plume des commentateurs de Plutarque et de Ci- 
céron, c'est que Gécilius Niger a été questeur en Sicile et que de pa- 
reilles fonctions étaient incompatibles ave; une naissance servile. 
L'exclusion des libertini du jus honorum, c'est-à-dire du droit aux 
magistratures soit romaines, soit même municipales, est un principe 
qui n'a pas même eu besoin d'être formulé dans un texte de loi 
spécial, tant la coutume, le mos majoriim, l'avait formellement 
consacré *. On scruterait toute l'histoire de la république romaine, 
même aux époques troublées où la sévérité des comices se relâcha 
parfois en faveur des fils d'affranchis ^ sans découvrir un seul 
exemple de dérogation au principe en ce qui concerne les affranchis 
eux-mêmes. Pour détenir en qualité de magistrat une parcelle de 
la majesté du peuple romain, de même que pour entrer à la curie, 
l'ingénuité était absolument de rigueur; c'est bien inutilement qu'on 
tâcherait d'argumenter contre cette vérité de fait d'une affirmation 
volontairement exagérée de Philippe V de Macédoine, proposant 
à une ville thessalienne en cette matière l'exemple libéral de la 
république romaine-'. En plein siècle d'Auguste, Tite-Live, prêtant 
au tribun Canuléius un discours en faveur de l'émancipation po- 
litique des plébéiens, le fait parler ainsi: « Parce que nous ou- 
vririons aux i)lébéiens l'accès des dignités suprêmes, en serait-ce 
fait de l'empire ? et ces mots un plébéien consul exciteront-ils 
autant de scandale, que s'il était question d'élever au consulat un 
esclave ou un affranchi*?» Impossible d'exprimer plus claire- 
ment que pour un Romain du temps d'Auguste, à fortiori pour 
un Romain du temps de Cicéron, l'élection d'un affranchi à une 
magistrature curule ou même plébéienne représentait l'abojnina- 

» Mommsen, Droit public romain (trad. l'r,), II, 136-7. En ce sens tous les auteurs 
compétents : Marquardt, Lange, Rein, Herzog, Schiller, Karlowa, Willems, Le- 
monnier. 

» Tels sont les cas rapportés par Appien, B. L'iv., I, 33, el Dion, LUI, 27. Cp. 
Cic, Pro ClKOiliû, 132; Dion, XL, 63 ^(ils d'allranchis exclus du Sénat). « Quant 
aux allranchis eux-uièmes, dit Momrasen {l. cit.), on n'en rencontre qui soient ma- 
gistrats qu'à l'époque de la décadence la plus complète (Vita Comm., 6; Elag., 11), 
et encore toujours probablement avec la concession de l'ingénuité lictive. > 

s Lettre de l'iiilippe V au peuple de Larissa [Ath. Mittheiluufjen, VU. 65, 1. 31 s.) : 
oi 'PwfJLaîoi . . . ol xai xoù; oixé-rac otxv èXeuOEpaxjw^iv uîioa&cy.ôfxîvot il; tô 7ro).iT£Ujxa 
xai TÙ)v àf,-/.£Û.)v [j.£[i:aot]oovT£;. « Scme Anyabe, dit M. Mommsen [Hermès, X\Il, 
481 1, ist eiitioe.der ûheitrieben oder es sim/ udter den Frcigelassenen auck deren Des- 
cendcnlen mitverstanden. » 

* T. Live, IV, 'i, ' : et perinde hoc valet plcbeius consul fiât tanquam sermm aut 
Ubertinum aliqins consulem futurum dicat. La leçon des éditions plebtius ne consul 
fiât n'olfre, pour moi, aucun sens. 



42 llEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tion de la désolation, la fin du monde, comme l'eût été l'élection 
même d'un esclave. Concluons que, si Q. Cécilius Niger a été 
questeur en Sicile — et cela est certain, — iTest non moins certain 
qu'il n'était pas de condition libertine, et que Plutarque ou sa 
source se sont trompés '. 



II 



Nous venons de démontrer — un peu surabondamment peut- 
être — que, des deux qualificatifs accolés par Plutarque au nom de 
Cécilius, l'un est invraisemblable, l'autre impossible : autant vaut 
dire que l'anecdote elle-même est controuvée et ne saurait, par con- 
séquent, servir de preuve à l'existence prétendue de communautés 
juives en Italie et en Sicile antérieurement à l'an 63 avant J.-C. Ce 
résultat est important pour l'histoire, mais il ne suffit pas aux exi- 
gences de la critique. Plutarque est un historien de bonne foi et 
de médiocre imagination : on ne saurait le soupçonner d'avoir fa- 
briqué de toutes pièces cette anecdote, dont le fond aussi bien que 
la forme trahissent une source romaine; il faut donc essayer de 
déterminer quelle est cette source, et aussi, par suite de quelle con- 
fusion volontaire ou involontaire l'anecdote a pu prendre naissance. 
Ici nous quittons les certitudes pour les conjectures : je demande 
l'indulgence pour les miennes. 

L'histoire littéraire connaît un autre personnage du nom de 
Cécilius, Sicilien comme l'adversaire de Cicéron, et dont on racon- 
tait aussi, mais à meilleur droit, ce semble, qu'il était de condition 
libertine et de religion juive. Je veux parler de Cécilius de Calacté, 
rhéteur célèbre, dont les nombreux ouvrages, aujourd'hui perdus, 
ont été souvent cités et plus souvent mis à contribution depuis 
Quintilien jusquà Athénée -. La biographie de ce personnage ne 
nous est guère connue que par un article de Suidas, dont voici le 
début : « Cécilius, Sicilien, de Calacté, qui est une ville de Sicile. 
Rhéteur et sophiste, florissait à Rome sous César Auguste et jus- 
qu'à Hadrien (?). Suivant quelques-uns, il était d'origine servile> 

* Je n'insiste pas sur le cognomen Niger, qui n'indique pas nécessairement un 
ingénu. Le seul Caecilivis Niger connu d'ailleurs est un Espagnol mentionné par le 
continuateur de César, Bell. hisp.. 35. 

* Les Iragments de Cécilius ont éié recueillis par Th. Burckhardt, Bàle, 1863; le? 
fragments historiques seulement par C Mûller, Fr. hist. grœc, III, 330 sq. Voir, 
en outre, R. Weise, Quastiones Caciiiante, Berlin, 1888 (non vidi ; cf. Bnrsians 
Jahresbericht 1890, I. p. 67', et Tarticic Je Caccialanza dans la Rivista di filologia, 
XVIII, 1-73. 



QUID JUD^O eu M VERRE ? .13 

s'appelait d'abord Archagathos et professait la religion juive* ». 
A. part la bévue, due peut-être à un glossateur ignorant, qui pro- 
longe la vie de Cécilius jusqu'au règne d'Hadrien 2, la notice de 
Suidas paraît puisée à bonne source et mérite toute créance. Le 
nom romain Cécilius porté par ce rhéteur grec s'explique fort bien 
par un affranchissement dû à un membre de la gens Caecilia, pro- 
bablement un Métellus ; les Metelli étaient les patrons de la Sicile •\ 
et, si l'on voulait désigner le mannmissor probable de Cécilius, on 
n'aurait que l'embarras du choix entre L. CaBcilius Métellus, succes- 
seur de Verres, un questeur du même nom *, etc. On pourrait même 
penser à Q. Csecilius Niger lui-môme, le questeur de Verres, «t 
supposer que l'auteur copié par Plutarque a simplement confondu 
l'affranchi avec le patron. A l'appui de l'origine sicilienne et servile 
de Cécilius on peut citer l'histoire des guerres d'esclaves de Sicile, 
dont il était l'auteur ^ Le nom même d'Archagathos que Cécilius 
aurait porté avant son affranchissement a une physionomie bien 
sicilienne : sur quatre personnages connus de ce nom, trois étaient 
Siciliens «, et le nom se rencontre maintes fois dans les inscriptions 
de l'île'. Enfin, le judaïsme de Cécilius trouve une confirmation 
indirecte, mais remarquable, dans un passage célèbre du Traité 
du sublime. Cet ouvrage, quoique dirigé contre certaines théories 
du rhéteur de Calacté, paraît avoir fait de larges emprunts au livre 
analogue qu'il avait composé sur la même matière. Or, au cha- 
pitre IX du Traité, l'auteur anonyme donne, comme un exemple 
du sublime, l'un des premiers versets de la Genèse : « Dieu dit que 
la lumière soit, et la lumière fut ; que la terre soit, et la terre fut ». 
Ces paroles sont attribuées par lui « au législateur des Juifs, qui 
n'était pas le premier venu ». Suivant l'ingénieuse hypothèse de 
Schurztleisch et de Roper^ reprise i)ar plusieurs critiques contem- 
porains, il est infiniment probable que l'auteur du Traité n'a pas 
eu directement connaissance du texte de la Genèse; il a dû trouver 

> Suidas, s. V. KaixO.io; : . . . 'Atto 6oy).wv, w; xtvsç l(7T0f,riy.aTi, xal Tipôxsfov [xÈv 
xa).oiJ!JL£vo; 'Af/âyaôc;, Tf|V ôk 66?av 'louôaio;. 

> C. Millier suppose que Suidas (ou le glossateur; a confondu Cécilius de Ca'.aclé 
avec le jurisconsulle Sextus Cœeilius (Gel!., xx, 1). 

3 Ps-Asconius, in Divin., p. 100, Or. Comparer le nom Cn. Pompeius porté par un 
rhéteur contemporain, ami de Denys. 

* Kaibel, Insc. Sicil., 282. 

5 Athénée, VI, p. 272 F (= fr. 1, Millier). 

8 Le fils et le petit-fils d'Apatliocle et un citoyen d'Halus, Veri:', IV, 2.% § 51. Cl. 
aussi l'amiral syracusain Agatharchos, Diodore, XIII, 13, 2. 

: Kaibel, Insc. SiciL, n"' 210-212, 317, 330, 376, 421. 

s Philologiis, I, 631. Cf. Berjrk, Griech. Lileraturgcschichte, IV, 553, note 52, qui 
rejette, avec raison, l'hypothèse d'une interpolation juive ou chrétienne; (de même 
Bernays, Gesammelte Âbh., I, 353). 



44 REVUE DES ETUDES JUIVES 

la citation toute prête chez son devancier Cécilius et la liberté même 
de la paraphrase favorise cette conjecture : le prosélyte citait de 
mémoire et fort inexactement, car les mots « Que la terre soit » 
ne se lisent nulle part dans la Bible. 

Tenons donc pour avéré que le rhéteur Cécilius de Calacté était 
un affranchi judaïsant, ce qui ne veut pas dire, comme on Ta sou- 
vent interprété, juif ou syrien d'origine. Quelques philologues* ont 
prétendu que le renseignement de Suidas était le résultat d'une 
confusion avec le Cécilius de Plutarque; cette opinion ne sou- 
tient pas l'examen : pour la réfuter, il suffit de remarquer que 
Suidas fournit un détail précis, qu'on chercherait vainement 
chez Plutarque : le nom Archagathos porté par Cécilius avant 
son affranchissement. Quant à identifier les deux personnages, 
comme on l'a également proposé, la chronologie, pour ne par- 
ler que de cette raison, s'y oppose absolument. Q. Cécilius 
Niger, l'adversaire de Cicéron, questeur en 1^ av. J.-C, doit 
être né aux environs de l'an 100 ; Cécilius de Calacté est un 
contemporain de Denys d'Halicarnasse, qui l'appelle son « cher 
ami-», et fut, comme lui, élève d'ApoUodore de Pergarae^, 
dont Auguste suivit les leçons dans sa jeunesse; sa floraison se 
place donc en même temps que celle de Denys, dans le dernier 
quart du i^'' siècle av. J.-C, ou, comme s'exprime Suidas, sous 
Auguste. Il est donc impossible que les deux Cécilius n'en fassent 
qu'un; mais, d"autre part, comment admettre que deux person- 
nages du même nom, l'un et l'autre Siciliens, à trente ou quarante 
ans d'intervalle, aient été tous les deux d'origine servile et con- 
vertis à la croyance juive? L'histoire ne se répète pas à ce point et 
de pareilles coïncidences, il faut le dire, frisent l'impossibilité : il 
ne nous reste donc plus qu'à admettre que le signalement authen- 
tique de Cécilius de Calacté a été, par erreur, transporté sur le 
compte de Cécilius Niger, et que cet anachronisme a suggéré le 
ieu de mots prêté à Cicéron, à moins, au contraire, que le désir de 
justifier un mauvais jeu de mots n'ait suggéré l'anachronisme. 

Mais quel peut être l'auteur de cette étrange confusion? Encore 
une fois, ce ne peut être Plutarque lui-même, mais l'écrivain plus 
ancien qu'il a copié. Or, si l'on lit avec attention la Vie de Cicé- 

> Vossius, Toupius, Bernhardy. Cf. C. MuUer, Frag. hiat. Grœc., III. 331. 

- Lettre à Pompée, c. 3 (11, 113 Gros > Les deux rhéteurs sont nommés conjoin- 
tement par Quintilien, 111, 1, IG, dans une énumération chronologique. La question 
de leur priorité respective a souvent et vainement préoccupé les philologues. 

5 Quintilien, IX, 1, 12. Apollodore florissait, suivant saint Jérôme, vers 63 av. 
J.-C. Un autre indice que Cécilius survécut longtemps à Cicéron, c'est qu'il écrivit 
un parallèle entre Cicéron et Démoslhène (Dcnjs d'Halicarnasse et Suidas, loc. cit. ; 
Plut., Demosth., 3). 



QUID JUDiEO CUM VERRE? 45 

ron, on reconnaît sans peine que, pour le fond du récit, !e bio- 
graphe grec a suivi une source unique et très sûre, probable- 
ment la biographie latine de Tiron ', en y intercalant des détails 
accessoires empruntés à la correspondance même de Cicéron ou 
à divers auteurs contemporains. Ce fond proprement historique 
est saupoudré d'une série d'anecdotes et de bons mots, dont la 
rédaction porte un air de famille et révèle également une souice 
romaine. On ne saurait douter que cette source ne fût le recueil 
en trois livres de Joci Ciceronis, qui courait sous le nom de Tiron, 
et qui est cité plusieurs fois depuis Quinlilien ^ Quintilien lui- 
même, bon juge en pareille matière, suspectait l'authenticité de 
ce recueil : utinam libertus eiiis Tiro, dit-il, aut alius quisqids 
fuit qui très Me de rj libros edidit, parcius dictomm tiionero 
indulsisseil Si, comme tout porte à le croire, l'anecdote sur 
Cécilius dérive du recueil des Joci, il faut voir dans ce fait une 
confirmation des doutes de Quintilien ; car il est peu croyable 
que le confident et ami de Cicéron, affranchi lui-même et ayant 
eu à souffrir, comme tant d'autres, des préjugés sociaux et des 
inégalités politiques dont cette classe de citoyens était l'objet, il est 
peu croyable, dis-je, que Tiron ait pu confondre l'ancien adver- 
saire de son patron avec son confrère en IWertinité q\. en littéra- 
ture, Cécilius de Calacté. Une pareille erreur de perspective n'a 
pu être commise qu'à distance, quelque temps après la mort du 
plus jeune et du plus célèbre des deux Cécilius, sans doute aussi 
quelque temps après la mort de Tiron. Or, Tiron étant mort cen- 
tenaire vers Tan 20 après J.-C. », c'est à cette époque, au com- 
mencement du règne de Tibère, qu'on placera la rédaction du 
livre des Joci. L'erreur palpable dont l'auteur est convaincu 
dans le cas de Cécilius est de nature à ébranler notre confiance 
dans la véracité du recueil tout entier, et les futurs critiques de 
Plutarque feront bien de passer au crible tous les renseigne- 
ments dérivés de cette source qu'on lit dans la Vie de Cicéron. 
Au reste, l'emploi inconsidéré qu'en a fait Plutarque n'est pas la 

• Cf. Peler, Quellen Plutarchs, p. 129 suiv. Tiroa est cité expressément deux fois 
(c. XLi et xi.[x). 

« Quintilien, VI, 3, 5; VIII, 6, 73; Macrobe, II, 1, 12 ; Scol. Bob., in Se«^, 
p. 309 Or. Un recueil analogue avait été entrepris, du vivant même de Cicérun, par 
C. Trebonius (Cic, Ad fam., XV, 21). et Macrobe, II, 1, 13, cite un mol de Cicé- 
ron, d'après une compilation (les Lucubrationes'i) de b'urius Bibaculus. Jules César 
avait inséré des « mois > de Cicéron dans une compilation du même genre [Ad 
fam., IX, 16, 4 ; cf. Suétone, Jul., 56). 

» Saint Jérôme (sur Eusèbe), ad ami. Abr. 2013 (= i av. J.-C.) : Tiro... usqiie 
ad ccntesimum annuni consenescit. Il ne faut pas conclure de la date de celle mention 
que Tiron tût né en 104, car, en 50 avaui J.-C, Cicéron le qualide encore d'adoles- 
cens [ad Att., VI, 7, iin.). 



46 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

seule légèreté de ce genre qu'on soit en droit de reprocher au 
biographe de Chéronée : on sait depuis longtemps que si Plutarque 
a droit à notre estime par son talent, son érudition et son honnê- 
teté, le sens critique n'est pas son fort. Mais comment justifier 
que l'érudition moderne, d'ordinaire si soupçonneuse, n'ait pas été 
plus clairvoyante que l'aimable biographe dans un cas où la 
fraude, pour ainsi dire, éclatait aux yeux. ! 

Pour nous résumer, voici, croyons-nous, les conclusions qu'on 
peut tirer de cette analyse : 

Cécilius Niger, l'adversaire de Cicéron, l'ancien questeur de 
Verres, n'était ni juif de religion, ni affranchi de condition. 

Si on lui a attribué cette double qualité, c'est par une confusion 
avec son homonyme et compatriote le rhéteur Cécilius de Calacté. 

Le mot Qiiid Jiidœo cum Verre? est apocryphe. Plutarque l'a 
emprunté sans réflexion au recueil des Joci Ciceronis attribué, 
sans doute faussement, à Tiron. 

Il n'y a aucune raison d'admettre l'existence de communautés 
juives ou d'une propagande juive en Italie ou en Sicile avant la 
prise de Jérusalem par Pompée '. 

Théodore Reinach. 



1 Je ne puis terminer ce travail sans exprimer le vœu qu'il se trouve un savant 
Israélite pour reconstituer la personne et l'œuvre de Cécilius de Calacté. L'absence 
totale de son nom a lieu de surprendre dans l'excellent ouvrage de Schûrer ; Graelz 
ne le mentionne pas davantage. Quoique juif de religion seulement, et non de 
naissance, Cécilius a droit à figurer, comme Hellène judaisant, à côté de la pha- 
lange des grands Juifs hellénistes, Anstobule, Philon, Josèphe. 11 serait piquant 
de montrer ce fin restaurateur de l'atlicisme en littérature, faisant adhésion au ju- 
daïsme en religion, et témoignant par là que, si la lumière du beau rayonne de l'acro- 
pole d'Athènes, c'est ailleurs que l'humanité doit chercher le pain de l'âme. 



LE VAV CONVERSIF 



On sait qu'en hébreu la même forme verbale qui sert de passé 
exprime le futur, lorsqu'elle est précédée de la conjonction vav, 
et que, inversement, la forme employée pour le futur prend l'ac- 
ception du parfait, quand elle est précédée de la même conjonction 
(ponctuée, à la vérité, un peu différemment) '. Ce phénomène 
doit-il s'expliquer par l'hébreu seul, ou bien la comparaison des 
autres langues sémitiques peut-elle nous aider à le comprendre? 
Voilà ce que nous voudrions examiner dans la première partie de 
ce petit travail. Dans une seconde partie, nous rechercherons 
dans quelle mesure les différents livres de la Bible observent la 
règle du vav conversif. 



EXPLICATION DU VAV CONVERSIF. 

Ewald-, Buttcher ^ et d'autres grammairiens modernes ont 
remplacé le nom de vav conversif par celui de vav consécutif. 
Cependant Ewald lui-même reconnaît que le terme de vav conver- 
sif est admissible si l'on entend par là qu'après ce vav, l'imparfait 
est substitué au parfait et réciproquement. 11 ne deviendrait im- 
propre que si l'on attribuait au vav même le pouvoir de changer 
le passé en futur et vice versa^. Comme en grammaire, la ter- 
minologie est toute de convention, nous ne voyons aucun incon- 

• Quand le futur est au mode impératif, il n'est pas modifié par l'emploi de la 
conjonction vav, par exemple, !l3T3NT ..."rb 'ib (Gen., xii, 1 et suiv.). 

* Grammatik der hebrdischen Spracke, 1835, p. 161, 
•* Attsfnhrliches Lehrhich d. hebr. Sj)>'', p. 192. 

♦ Ibid., 1870, p. 594, n. 2. Voir aussi Kœaig, Lehrgebâude der hebrcbischm Sprache^ 
p. 162. 



48 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vénient à garder le nom de vav conversif. Au contraire, le terme 
de vav consécutif a le désavantage d'impliquer une théorie qui 
est loin d'être démontrée. D'après Ewald, on emploie l'imparfait 
après le parfait, parce que l'action exprimée par le second verbe 
est la conséquence de l'action exprimée par le premier verbe, 
exemple irr^i i-2i< « Il a dit en sorte que cela fut ». L'exemple est 
très bien choisi, mais il ne suffit pas à justifier l'emploi général de 
l'imparfait à la place du parfait. Parce que, de deux actions coor- 
données, la seconde est souvent amenée par la première, s'ensuit- 
11 que la conjonction et soit constamment à interpréter par « en 
sorte que * » ? 

Ensuite, comment se fait- il que, si un mot quelconque sépare la 
conjonction du verbe, on ne puisse plus employer l'imparfait? 
L'action est-elle moins consécutive quand le verbe est précédé du 
sujet ou d'un adverbe ? 

La théorie d'Ewald est encore plus arbitraire, quand il s'agit 
d'expliquer comment le parfait précédé de la conjonction se substi- 
tue à limparfait. Ewald se contente de dire que l'imparfait consé- 
cutif a pour contre-partie le parfait consécutif, comme si, par 
amour de la symétrie, il avait fallu compliquer la syntaxe 
hébraïque ' ! 

Nous conserverons donc la dénomination du vav conversif, sans 
attacher au mot plus d'importance qu'il ne convient. En effet, non 
seulement on ne peut admettre que le vav produise une interver- 
sion des temps, mais encore il faut se demander si réellement un 
temps se substitue à l'autre. En d'autres termes, au lieu de croire 
qu'une même forme prend des acceptions opposées, il faut voir si, 
au contraire, il n'y a pas eu fusion de formes primitivement diffé- 
rentes, et c'est pour retrouver ces formes dans leur état originel, 

' Il est bon de noler que là où le vav a incontestablement le sens de pour que, 
en sorte que, on emploie bien Timparfair, mais le vav prend un scheva et non un petah. 
Le verbe est alors le plus souvent au mole impératif. Nous citerons comme exemples : 
"IjTCN"''! Gen., xui, 20; p^Dl (= ppTll) Ex., ii, 7; rî13SNT »*»!''., xiv, 4, 17; 
1N2"^T î*«rf., N-PI Lév,, IX, 6; nTD"'"l Nomb., xxiii, 19; ûnSn"*! ibid., rinp^'T 
Deut., XXX, 12, 13; i;y?3"0"^T ibid.; r!rO:'jT ibid. ; ai*5:>iîT I Sam., xii, 3 ; -^nm 
IRois, I, 2, 3i"C21 ibid., xii, 9; Tn''0"'T Û^NCî^l Isaie, xli, 29; ir;S"i;T ib., 
LUI, 2; irn7:n:i if>i'l.; ITri Ez.. sn-, 7; by^^^ ibid.-, pa-^n Osée, XIV, 10; 
ûrT«T ibid. ; NCNT Ps., lv, 13; "inONI ibid.; -IT^UÎ^'T ibid.. cvii, 43; ISriSniT 
ibid.; •r.yz'"i Job, xxxviii, 13; l3i\"T'"l ibid., 14; ir'?''! ibid., 35; "n?:N"'T ibid.; 
S'îCNT ibid., xl, 3; ■|2"^",:;"^1 Lam., i, 19; '7?:n:NT ibid., ii, 13. De même, après 
^yfzb, exemples 'C'Sn Ex., xxiii. 12; nb"'2C""i n7:"'"w"'T l^'T^ Is.. xli, 20 ; i;"«2m 
irrNm ibid., xliu, 10; "l-lSO'^' Ps., lxxviii. 6; ■173-«U;"'T ibid., 7. 

» Pour Bôttcher, le futur et le parfait coasécutifs ont le même sens que le futur et 
le parfait sans vav. Il est inutile de dire combien on est forcé de torturer les textes 
pour justifier celte assertion. 



LE VAV CONVERSIF 49 

qu'il y a lieu de faire intervenir les autres langues sémitiques. 
C'est ce que nous allons essayer, tout en reconnaissant, par 
avance, le caractère très hypothétique de nos conclusions. 

Tout d'abord, il faut bien remarquer que ce n'est pas l'adjonc- 
tion de préfixes ou de suffixes qui fait qu'un verbe devient futur 
ou passé. Il semble, il est vrai, que la différence essentielle 
entre la forme du parfait et celle de l'imparfait consiste en ce que 
l'un est suivi des affixes pronominaux, tandis que l'autre en est 
précédé; mais il est facile de démontrer que la place des pronoms 
ne détermine pas le temps. En effet, si des pronoms seuls dépen- 
dait le sens du verbe, les affixes une fois enlevés, le thème du par- 
fait devrait être le même que celui de l'imparfait. Or, si l'on sup- 
prime -T dans \-npD et n dans ipsN. Tpji et npç diffèrent encore 
beaucou}). La véritable caractéristique du parfait est que la pre- 
mière radicale a un a, celle de l'imparfait que la première con- 
sonne a un scheva '. 

En outre, nous trouvons en assyrien les préfixes employés aussi 
bien pour le parfait que pour l'imparfait, ce qui prouve qu'un 
verbe avec préfixe n'est pas nécessairement un imparfait. 

Enfin, de quelque façon qu'on explique le phénomène du vav 
conversif, on est obligé de reconnaître qu'un verbe avec préfixe 
peut s'employer pour le parfait et qu'un verbe avec suffixe peut 
servir d'imparfait. 

Cela posé, voyons si la forme ':^-:^, qui est un futur, est iden- 
tique avec ips-^în), qui sert de passé. La même question se posera 
pour nps et ipsn. 

On a remarqué depuis longtemps qu'avec le vav conversif on 
emploie le futur apocope, qui est identique avec le futur impératif 
et répond au conditionnel arabe. Ainsi, on dit '^yz'^ à l'indicatif, 
mais TpD;^ à l'impératif et, avec le vav conversif, npo^n ; de môme, 
nrû^ à l'indicatif, aiy-j à l'impératif et nx-n (pause ncp) ; de 
même encore nsç», "jd» et IdI'I*. Or, il est curieux de noter qu'en 



' Nous essayons ailleurs de démontrer que l'absence de voyelle sous la première 
radicale n'est pas due à la présence des préfixes, et que, avant même que les pro- 
noms se lussent soudés au verbe, i'imparlait n'avait pas de voj'elle sous la première 
radicale. 

* Si le futur impératif et le parfait préfixé ont une même origine, c'est cependant 
par une fausse analogie que ce dernier a pris à la 1" personne la terminaison îi 

Cette terminaison, d'ailleurs, est rare dans les parties anciennes de la Bible. Au sin- 
gulier, on la trouve : Gen., xxxii, 6 ; Nombres, viii, 19 ; Juges, vi, 6. 9. 10 ; x, 12 ; 
XII, 3 ; II Sam., vu, 10 ; xii, 18 ; xxii, 24 ; Jér., si, 18 ; xxxii, 9 ; Ez., m, 3 ; 
IX, 8 ; XVI, tl ; Ps., m, 6 ; vu, 5 ; lxix, 11, 21 ; cxix, 3;i, 59, 106, 147, 158, 162 ; 
Job, 1, 15, 16, 17, 19; xix, 20; EccL, i, 17; Dan., vai, 13, 15, 17; ix, 3, 4; Esd., 
T. XXVI, H" 51. 4 



50 REVUE DES ETUDES JUIVES 

arabe même le conditionnel est quelquefois l'équivalent du parfait. 
Après la conjonction in « si » on emploie indifféremment le par- 
fait ou le conditionnel. Après la négation lai/i on emploie le con- 
ditionnel dans le sens du parfait. Inversement, le parfait sert 
d'optatif comme le conditionnel dans des formules telles que rxiirn 
!-;y?kN « Dieu ait pitié de lui ». Il est permis de conclure de là que 
la forme verbale qui exprime l'impératif peut servir en même 
temps de parfait. On comprend que, lorsqu'on énonce un ordre ou 
un souhait, on le considère comme étant dt^jà accompli. S'il en 
est ainsi, on conçoit que "pD"^! soit un parfait, car ce n'est pas la 
même forme que l'indicatif futur ; c'est une forme identique à 
l'impératif et qui sert de parfait à côté de ij^z. 

En assyrien ifqud est toujours un parfait et répond donc exac- 
tement à l'hébreu "pD"', quand il est précédé du vav conversif. En 
éthiopien yafqecl n'est pas non plus le futur indicatif, mais seule- 
ment l'optatif. On se sert pour l'indicatif, comme en assyrien, 
d'un autre thème, ainsi qu'on le verra plus loin. 

De la comparaison de ces différentes langues il ressort, à notre 
avis, que la forme p'ul {p'al,p'U) n'est par elle-même ni un passé, 
ni un futur, et c'est pourquoi elle a pu devenir l'un et l'autre. En 

VII, 28 ; VIII, 15, 16, 17, 25, 26, 28 ; ix. 3, 6, 15 ; Néh., i, 4 ; ii, 1, 9, 13 ; vi, 8, 
11, 12; VIT, 5; xiir. 7, 8. 9, 10, 11, 13. 17, 19; xxi, 22, 30. Au pluriel on ne la 
rencontre que Gen., xLiii. 11 ; Ps., xc. 10; Esd., viii, 23, 31 . Là même où la ter- 
minaison rt ne s^est pas introduite, lanalogie du iutur impératif a eu pour effet de 
substituer le p"iO au D*5n et du p"in au i"|^ (sauf "TjblNT Deut., sxix, i; Amos, 
II, 10; n^NT Jér. . xxxii, 10). Ce qui prouve qua Torifrine la 1" personne avait la 
même vocalisation que les autres personnes, c'est que les maires lectiones manquent, 
surtout dans les parties anciennes de la Bible. Ainsi : û\yNT Gen., xxiv, il ; 
Deut.. X, 5; Is.. li, 6; Jér., xiii. 2; N3N1 Ex., xxix, 4; ypsi Lév., xx, 23; 
Vn2NT ibid.,26; "^r'^iNl Deut., ix, 21; ni'ïîT IRois.ii.42; NnnNT i'*., xviu, 13 ; 
DpNI n Rois, m, 21; ISNT Jér.. xlii, 21 ; N:C"|NT Ez., xxviii, 18; "inONT «'* , 
XXXIX, 23; 2"tî5N1 Zach., vi, 1; "riDNT ibi(f., xi, 8. Le i/od se trouve dans Jos.. 
XXIV, 6, 8; I Sam., x, 18 ; xii, 1 ; Is., xlvih, ;i ; Jér., ii, 7; xi, 8 ; Ez.. xxxvi, 
19; Amos, ii, 9, 11; Zach.. xi, 13; Mal,, i. 3; Néh.. n, 18, 20; iv. 7; Il Chr,, 
VI, 11 ; le tav. Ez.. m, 23 ; Néh., n, 15 ; iv, 8 ; II Chr., vi, 10. Dans les verbes à 
troisième radicale i/od, la première personne est souvent apocopée, Gen., xxiv, 46; 
Ez., VI, 3; Nomb,, xxiii, 4 ; Deut., m, 18; ix, 15. 10; x, 3 ; Jér., xv, 6; Ez., i, 4 ; 
XI, 16; XII, 7; Zach., iv,4; Ps., xviii, 24 ; xxxviii, 15 ; LXix, 12; Néh., i, 3; ii, 15. 
Le futur terminé en n est cependant aussi fréquent, Gen.. xxiv, 48; Deut., i, 16, 
18; Jufî., XII, 3; I Sam,, xxvi, 21 ; II, Sam., vu, 9 ; Is., vi, 1; Jér., xiii, 2 ; 
XXXI. 25; xxxii, 9, 13; Ez„ i, 1; viii, 2, 10; xvi, 8; Am., iv, 10; Ps., xiv, 11, 21; 
Prov., XXIV, 32 ; Job, vu, 20. Il est dillîcile do déterminer si n représente la con- 
traction de la voj-clle radicale avec la terminaison n ou bien si c'est seule- 
ment la vo3'elle radicale, les verbes en yod n'étant pas toujours apocopes 
même aux autres personnes; ainsi I Rois, xviii, 32, 42; xix, 8; xxii, 35, 54 
II Rois, i, 10; II, 14 ; m, 2 ; iv, 23 ; xiii, 11 ; xxii, 19; Jér., xx, 2 ; xxivi, 26 
xxxvii, 21; xixviu, 16; xliv, 17; LU, 37. 



LE VAV CONVERSIF .^1 

assyrien, elle est devenue parfait; en éthiopien, optatif. En arabe, 
yafqiid a pris différents sens à l'aide des désinences. Avec u 
[yafqud-n), c'est un indicatif; avec a, c'est un subjonctif; sans dé- 
sinence, c'est un conditionnel ou un optatif et quelquefois un par- 
fait. L hébreu a eu très probablement pendant une certaine période 
les mêmes distinctions, mais les désinences des modes dans les 
verbes, comme celle des cas dans les noms, sont tombées et, par 
suite, il n'est plus resté que l'indicatif et l'impératif, celui-ci em- 
ployé également comme passé de l'indicatif après le vav. La diffé- 
rence de vocalisation entre 3r::\ par exemple, et n=:3\ entre vpD-^ 
et '7;?2-' ne s'explique que si l'on suppose que l'indicatif, en hé- 
breu, comme en arabe, avait une terminaison, tandis que l'impé- 
ratif n'en avait pas. En effet, le pno de nr^îM^rovient d'un ancien 
tt long, tandis que le abn de 3=:;-^ provient d'un ancien u bref. Vu 
était bref à l'impératif parce qu'il se trouvait dans une syllabe 
fermée [ijasub], tandis que 1'^^ de l'indicatif était dans une syllabe 
ouverte, la troisième radicale étant suivie d'une voyelle yasii-hu. 
De même, dans r ps'^ le pnn provient d'un l qui était dans une syl- 
labe ouverte : yafqidu, tandis que, à l'impératif, la syllabe était 
fermée yafqid : L'i s'est alors changé en ni:. Le subjonctif, ayant 
eu primitivement une désinence, ne pouvait pas être vocalisé 
autrement que l'indicatif, une fois la terminaison disparue. Pour 
le sens, le subjonctif se rapprochait davantage de l'impératif, c'est 
pourquoi on trouve ce dernier mode après certaines conjonctions, 
telles que -^biN (Gen., XXXII, 30; 1 Rois, xviii, 5, 27 ; Jér., xx, 10; 
XXI, 2; xxvi, 3; xxxvi, 7), pizh ' et après le vav, quand il signi- 
fie « pour que » -. 

Ainsi, au lieu d'admettre que YpD;«T est un imparfait qui a fini 
par devenir un parfait, parce qu'il était employé à la suite du par- 

> Voyez les exemples ci-dessus, p. 48, n. 1, 

« C'est peut-être aussi le subjonclirqu'il faut voir dans Pimparfail après TwN, exemple 
^■^'«^1 TN [Ex., XV, \). En elfet, en arabe on trouve idhait employé d'une' manière 
analogue avec le subjonctif. Il est vrai qu'en arabe le verbe ainsi employé indique 
une action future, tandis qu'en bébreu il a ie sens du passé; mais on comprend que 
l'imparfait subjonctif dépendant de TN puisse s'appliquer à tous les temps. ->,v^i 
dans -i^a-^ TN, n'est donc ni l'indiccuif, qui ne saurait désigner qu'une action future' 
m limperatil, car il faudrait n'ç;^^ mais le subjonctif régi par TN. On peut égale- 
ment supposer que la désinence a de la 1" personne du futur impératif (nipDN) est 
identique à l'a du subjonctif. On a comparé, il est vrai, et avec raison, celte termi- 
naison, ainsi que l'a de l'impératif avec l'énergique arabe, mais la question est de 
savoir si l'énergique arabe ne peut être expliqué de la même façon. Au lieu de dire 
que n^ dans nbapN est pour an, il est plus simple dire que an dans aqtulan ou 
anna dans aqtulanna est composé de a, plus la particule na (bébreu Nï). Le redou- 
blement du noun dans anna étant, comme le daguescb de N". diVà la pre.=sion 
(p'^m) exercée sur la particule monosyllabique. 



52 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fait, nous croyons que ipc'^ et nps^i sont deux formes différentes 
{yafqûdu et yafqud), qui se ramènent, à leur tour, à une même 
forme [pqud) de sens indéterminé. 

Si la différence grammaticale qui existe entre ipp*; et "pv'i ^st 
encore visible dans certains verbes, il semble bien que 12° ^t 
^p2îl soient une même forme. Mais là encore il faut se défier des 

•-T 

apparences, car la grammaire comparée montrera qu'en réalité, 
nous avons devant nous deux formes qui ne sont pas identiques. 
Que la forme pa'al puisse exister comme futur, c'est ce que nous 
montrent l'éthiopien et l'assyrien. L'impaifait indicatif dans ces 
deux langues a, il est vrai, des préfixes, mais nous avons déjà dit, 
que la place des affîxes pronominaux n'a pas d'importance. Ce qui 
est essentiel, c'est la vocalisation du thème verbal; or, en éthio- 
pien et en assyrien, la première radicale a un a à l'imparfait : 
[yefaqed^ ipaqid). Toutefois, et c'est là un point capital, ce thème 
se distingue du thème du parfait hébreu, grâce à la place de 
Vaccent tonique. Dans le thème du parfait hébreu, la deuxième 
syllabe a le ton, comme le prouvent les nombreux dérivés du par- 
fait, qui allongent la seconde voyelle, exemple lips (de paqâd) 
correspondant à i-s, t^^d correspondant à ^-d (paqid) et -npo à 
npt. Au contraire, l'imparfait assyrien a le ton sur la première syl- 
labe radicale, comme on le voit par le redoublement fréquent de la 
seconde radicale : ipâqqid pour ipaqid. C'est également la voyelle a 
qui est accentuée dans yefaqed en éthiopien. Et, de même que le 
parfait pa'al a donné naissance à des noms avec deuxième voyelle 
longue, de même l'imparfait pà'al et surtout pâ'il a donné nais- 
sance à des noms avec première voyelle longue, dont le plus im- 
portant n'est autre que le participe actif 5;?i^ {depail). L'allonge- 
ment de la voyelle provient sûrement du ton, qui primitivement était 
sur la première syllabe de bj'is, et qui n'a changé de place que lors- 
que les suffixes des cas sont venus s'attacher aux noms. Le ton a 
passé à la seconde syllabe, mais la voyelle longue est restée. Le 
participe a donc pour origine le thème du futur. Les grammai- 
riens arabes ont senti l'affinité du participe et de l'imparfait, 
car, pour eux, l'imparfait est le remplaçant du participe : bro'ïN 
bj^Nobb ynî<i?:'5i<. En hébreu même, le participe actif exprime 
très souvent une action qui va s'accomplir, par conséquent future. 
A côté du participe, il est probable que la forme po'al, comme 
ub^y, les adjectifs de la forme pa'al, comme 23a, et pV'êl (pour 

' On ne peut rien conclure de l'accentuation de TpD même, parce que radjonclion 
des suffixes, puis leur chute, a modifié raccenluation des mots hébreux. 



LE VAV CONVERSIF 53 

pa"êl], comme 533>, où le daguescli doit avoir pour cause l'accent 
tonique primitif, se rattaclient à l'ancien \m\)a,\:i-à\ipa'alo\ipa'ilK 

On est, dès lors, amené à supposer que la forme pa'al, qui, 
précédée de vav, exprime en hébreu le futur, dérive de la forme 
pa'al avec ton sur la première syllabe. La ressemblance absolue 
des deux formes 'jpo et ^pai ne serait donc que secondaire. Peut- 
être même la différence primitive du ton a-t-elle laissé une trace 
dans l'accentuation actuelle de ^^npD et \mpDT. Le premier est 
b:>bw et le second 5>-ib72. Il est admissible que -«mpD a conservé le 
ton sur la seconde syllabe, comme cela était même avant l'adjonc- 
tion des suffixes, tandis que, dans ^^^pD^, le ton qui était à lori- 
gine sur la première syllabe n'a pas empêché le suffixe pronomi- 
nal d'être accentué, et s'est réduit à un semi-ton * ou contre-ton, 
les règles de la prononciation ne permettant d'accentuer que la 
dernière ou l'avant-dernière syllabe des mots. Il est vrai qu'à la 
pause ^mpDT est byb?2, mais l'analogie des formes pausal^s a pu 
exercer ici d'autant plus son influence que les exemples de verbes 
avec la conjonction vav terminant une proposition devaient être 
assez rares '. 

En résumé, dans la langue sémitique primitive il y aurait eu 
pour le qal * deux formes fondamentales : l'une pa'al {pa'il pa'ul), 
lorsqu'elle avait le ton sur la deuxième syllabe, était un passé, 
et lorsqu'elle avait le ton sur la première était un futur, et l'autre, 
p'al [p'U, p'iil), ne désignait pas à l'origine un temps déter- 
miné, mais est devenue ensuite, suivant les dialectes ou suivant 
les- désinences qu'elle a prises, un imparfait ou un parfait. 

Pourquoi pa'cU (passé) et pâ'al (futur) ont-ils reçu en hébreu 
des suffixes, tandis que p'al a reçu des préfixes? Nous hasarde- 
rons la supposition suivante. On sait qu'en hébreu on a l'habitude 
de mettre le mot imiiortant en tète de la proposition. Or, pa'âù et 
pâ'al paraissent avoir exprimé des actions précises et détermi- 

» 11 est probable que le dague ch du puH et la voyelle longue du pôêi ont uue 
origine semblable, mais ce n'est pas ici le lieu d'y insister. 

* Si la voyelle de la première radicale n'est pas tombée complètement, cela 
lient d'abord à ce que cttle voyelle avait primitivement le ton, mais aussi à l'analo- 
gie du parlait ipD. Les deux formes pâ'al et pa'âl ont fini par être assimilées com- 
plètement, tout en n'étant pas accentuées de la même manière. 

* 11 faudrait mudilier en ce sens ce que nous disions de l'accent tonique en bébreu, 
Revue, XVI, p. 76. La supposition qu'il y avait une tendance à commencer les 
mots par une syllabe non accentuée devient inutile. Pour les irapariaits apocop'^s 
comme Dti"'T, nous croyons que la conjonction et le prétixe réunis l'emportent sur le 
monosyllabe verbal; c'est pourquoi le préfixe a le ton. A la pause, c'est le thème 
verbal qui reprend la suprématie. Cette raison peut expliquer aussi l'accentuation de 
"rnpDT à la pause. 

* Les autres formes ont dû se modeler sur le qal. 



54 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nées : le verbe est alors mis avant le sujet; au contraire, p'al ex- 
primait à l'origine une idée indéterminée et vagae ; le sujet a 
alors pris la première place, et est resté comme préfixe, alors 
même que p'al, grâce aux désinences de mode, avait fini par 
prendre des acceptions plus nettes. 

A l'aide des hypothèses déjà formulées, on comprend aussi 
pourquoi l'hébreu a réparti les passés et les futurs de telle sorte 
qu'on em[)loie "»mp2 et Tp^Ni comme passés, ipîx et "^mpsT comme 
futurs. En effet, le parfait TinpD a conservé son accentuation pre- 
mière, la notion de passé qu'il exprime n'est donc pas obscurcie; 
or, comme c'est naturellement le premier verbe dont on se sert 
qui doit indiquer clairement le temps auquel on pense, %-i'ip: de- 
vait logiquement être employé en tête d'une série de passés. Pour 
un second verbe, il était moins nécessaire d'employer une forme 
très précise.. Or, l'esprit sémitique a une tendance à commencer 
une seconde proposition par où la première a fini. On dira, par 
exemple : Pierre est bon et mauvais est Paul. C'est ce que les 
Arabes appellent laff loanaschr (enveloppement et développe- 
ment), et on peut y comparer la disposition des inscriptions 
houstrophedon, qui vont de droite à gauche puis de gauche à 
droite. Le sujet dans -ripa étant après le verbe, on est porté à 
continuer par le sujet et à donner seulement ensuite le verbe : 
'i'pr:iiii'\ fera donc la suite de \-i'7p:. On se sera habitué plus tard à 
employer toujours avec le vav ipsx comme passé. 

Par cela même que, avec le vav, npDX servait de passé, sans 
vav (et avec désinence u) il devenait un futur plus net que \-inpD 
tjui n'avait même plus son ancienne accentuation; il a donc été 
employé comme premier verbe, et, toujours en vertu du laff 
loanaschr, "^mps, en tant que futur, a pris le second rang ; et de 
même que npESn était devenu définitivement un parfait, \Tîp-:T 
est devenu définitivement un imparfait. 

lî reste encore à expliquer pourquoi la conjonction vav a de- 
vant les préfixes un petah et est suivie d'un dagiiescli. Mais ici 
nous n'avons qu'à suivre Bottcher, qui a comparé avec beaucoup 
de raison le ;ifia/î avec daguesch qu'on trouve dans n^sa, r^as. 
Lorsque deux particules monosyllabiques s'agglutinent, on est 
porté à prononcer plus fortement la seconde consonne, de façon à 
donner plus de corps au mot ainsi formé. Bien que les préfixes 
pronominaux précédés du vav ne se détachent pas du verbe, ils 
forment néanmoins avec le vav une particule composée '. Dans le 

' Le daguesch qui suit le hé interrogatif dans une consonne avec scheva a peut-être 
la même origine. Primitivement, ce daguesch aura été mis dans les prépositions 



LE VAV CONVERSIF 



Tiitur impératif, le vav n'est lié qu'accidentellement au préfixe, 
c'est pourquoi il garde sa ponctuation ordinaire. 



II 

EXCEPTIONS A LA RÈGLE DU VAV CONVERSIF. 

Si nous quittons le terrain des hypothèses relatives à l'origine 
de la règle du vav conversif pour en examiner l'application dans 
les différents livres de la Bible, nous constatons que dans la pre- 
mière partie de la Bible, qui va de la Genèse aux Rois, on n'em- 
ploie que très rarement le vav coordinatif à la place du vav con- 
versif. Il est même probable que les exceptions qu'on y trouve sont 
dues à la négligence des copistes, quand ce ne sont pas de simples 
fautes de ponctuation. Les remarques suivantes le montreront. 

Dans la Genèse on trouve quatre fois la 3« personne masc. sing. 
du passé hifil précédée du vav coordinatif, à savoir : iTpNm (xv, 
6), np^'r>^ (xxi, 25), r^boï^T (xxxi, 7), o-inr^T (xxxiv, 5). On re- 
marque qu'aucun des quatre mots n'a de i/od entre la deuxième 
et la troisième radicales, et cette coïncidence, qui ne peut guère 
être fortuite, nous fait croire que ces mots ne devraient pas être 
ponctués comme des passés, mais que ce sont des infinitifs abso- 
lus, comme innîi (Gen., xli, 43), nmrîT (Ex., xxxvi, 7), etc. Les 
ponctuateurs, plus habitués par le langage rabbinique aux passés 
avec vav coordinatif, qu'aux infinitifs, auront pris ces verbes pour 
des passés. La vraie vocalisation de ces mots serait donc : l^pN^tn, 
n^im. tlbriïii ià-in!in. Dans la Genèse (xxviii, ti), on rencontre 
encore nbon comme passé, qu'il faut peut-être lire aussi nrin. Le 
verset, d'ailleurs, parait altéré, -^"13 et isnnn étant redondants. 

Dans l'Exode on trouve r^D^^ (xxxvi, 38 ; xxxviii, 2S), p':;ni 
{ib.), yirpi (xxxix, 3), que nous serions disposé à prendre pour des 
infinitifs : ^tsitn, P"ù?m, yipn. 

-ûTi (Nombres, xxin, 19) en parallélisme avec n7ûLX est peut-être 
une faute pour nm . 

yWwHi (Deut., II, 30) doit aussi sans doute êlre lu y^CwSi. 

Dans Josué vi, 8, 13, on rencontre i:>pm, mais dans ce même 

2, 'D, b, qui, avec le he', formaient une particule composée, comme dans Û'^ïtl/ûS!!. 
Puis, on aura mis le dapuesch là même où les lettres b, 0, 3 étaient de la 
racine, comme n3n3^i, et finalement dans toutes les lettres, exemple r^îT^C". 



56 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

verset, on trouve aussi yipni^ ce qui nous autorise à penser que 
dans i:?pm il y a eu transposition du vav. 

Le cantique de Déborah (Ju<,'es. v) contient trois passés avec 
vav dans le verset 2ô : rritnsi. riTcbm, n^bm, à côte de npnr sans 
vav. On peut supposer que le vav des autres verbes est dû à une 
erreur. Avec les termes parallèles on laisse facilement la conjonc- 
tion de côté*. De plus, rtxnn est précédée de rcN-i, qui termine 
par un vav ; ce vav aura pu se dédoubler. Les Juges présentent 
encore le mot bsn (vu, L3), que nous lirons Vz:^ , cf. yis;-! (ibid., 
V, 19) et "ib^'i (xvi, 18), qui, s'il n'est pas une faute pour l'^y^'i, 
pourrait être ponctué i?:?i. 

Dans I Sam., iv, 19, nr:i est certainement une erreur pour rri, 
comme suite de npbn bx. — Le mot n7:NT (v, 7), s'il n'est pas 
pour m73NT ou i-'i7;n"'t, peut être considéré comme un imparfait : 
« Et les (gens d'A.sdod) disaient ». Il est, en outre, possible que 
iNn"""! dans ce verset, vienne de ï<-p et aurait dû avoir un méicg 
sous le yod; dans ce cas, au lieu de i-i/:Nn, il faudrait i-i::n\ et 
le sens serait : Et les gens d'Asdod craignirent, car ils disaient 
ainsi. — rt'p'-.'i (xxvi, 9) peut être lu r:p:n, s'il n'y avait pas primiti- 
vement rîpn. 

Dans le second livre de Samuel (vu, 11), on rencontre T'srri, 
mais le passage parallèle des Chroniques (1, xvii, 10) a la leçon 
exacte i;n% car c'est le prophète qui annonce que David bâtira 
un temple. Le mot 'n est donc de trop; il est d'ailleurs redondant 
avec 'r, de la fin du verset-. Puis -farm (xii, 31), qui, s'il n'est 
pas un imparfait, peut se lire T'arriT, Le yod se trouve assez 
souvent à l'infinitit' absolu (Is., i.ix, 4; Jér., x, 5; xiii, 32 ; xxxvi, 
16; XLiv, 4, 17; Amos, ix, 8; Zach., xi, 10. Quelquefois même, 
le yod a fait ponctuer la seconde radicale d'un pin, de sorte que 
l'infinitif premier a été remplacé par le second (Josué, iv, 3; Jér., 
X, 33 : Ez., vji, 14 ; xxi, 31 ; Ps., lxxvii, 2). — Nous changerons 
également b?;-! (xiii, 18) et ncn (xvi, 16) en br;i et nr:?"!. 

Dans le premier livre des Rois yb-pi (vi, 32, 35) et nciii {ibid). 
nous paraissent également des infinitifs. Le passé y a été substi- 
tué, comme dans les passages semblables de l'Exode. L'infinitif 
devait être employé surtout là où l'on racontait une série d'opéra- 
tions. Pour nrir'm (viii. 47) il n'y a guère à douter que le vav ne 
soit de trop, car i::?':;n, qui vient après, n'a pas la conjonction, et 
le vav de n3N::n, qui précède, a pu facilement se dédoubler. Dans 

' Voir plus loin p. 58. 

• Le verset des Chroniques est lui-même altéré : au lieu de rC^^T, il faut ri"<3 "^S, 
le D est tombé à cause de "jb, et le yod a été changé en vav. 



LE VAV CONVERSIF 37 

le passage parallèle II Chroniques, vi, ST, il y a r.-^^y^ sans vav, 
par contre on y lit n;:>':;-n. - m^i (xi, 10,, i^73rm (xn, 32) i^pom 
(xiv 21) seront à lire comme des infinitifs, n^m (xx, 21), après 
■^11, est sûrement mal ponctué pour rîpm . 

Dans le deuxième livre npbi (xiv, 14), inOT (xviii, 4), n-,wi et 
nn^T (ibicl.) sont aussi, selon nous, des infinitifs absolus. On 
trouve, il est vrai, nc-'-inm (xviii, 36), mais le passage parallèle 
d'Isaïe (xxxvi, 21) a it:-'-in"'i. De même, au lieu de i;n;"i (xix, 18), 
le texte d'Isaïe (xxxvii, 19) porte iinsi, ce qui vient à l'appui de 
notre opinion que tous ces passés avec vav non conversifs ont 
été simplement mal ponctués, et nous corrigerons de la même 
façon r!2m (xxi, 4), n"a:>r!-i {ib., 6), ;rn:i et noyn {ibid.). — Dans 
XXI, 13, le sens même indique que '^sm r:n?2 ne sont autre chose 
que des infinitifs absolus, et qu'il faut ponctuer -^èrn nn^. Toute 
une autre série de passés, au lieu d'infinitifs, se trouve au cha- 
pitre xxiii : n"::;t (4), n^3"::m (5), yn^si (8), n^-jt (10), nT:;n (14). 
De même, nb^m (xxiv, 14), xron (xxv, 29) et, enfin, V::nt (ibid.), 
si ce n'est pas un imparfait. 

Ce qui nous porte à croire que, dans toute cette partie de la 
Bible, il n'y a pas lieu d'admettre des passés avec vav non conver- 
sif, c'est qu'on ne trouve presque jamais que la 3^ pers. masc. 
sing C'est seulement dans Juges, v, 26, qu'on trouve la 3^ pers. 
féminin. Quant à la 3^ pers. pluriel (Josué, vi,8, 13; II Rois, xviii, 
36; XIX, 18) et à la l""" pers. plur. (I Rois, viii, 47), les passages 
parallèles nous fournissent les leçons correctes. Ce serait un ha- 
sard extraordinaire qu'on ne trouvât pas d'exemple de ce passé à 
la 1" et à la 2« personne, si réellement les auteurs avaient employé 
le vav non conversif. 

Avec les livres prophétiques proprement dits, on voit apparaître 
le vav coordinatif à toutes les personnes du passé, ce qui ne per- 
met plus de recourir à des corrections pour supprimer les excep- 
tions à la règle du vav conversif. 

Dans Isaïe, les exemples sont encore peu nombreux et même 
dans deux passages, nari vp'C (viii, 8), -cbiz-i (mcDl b'^^m iii2:) 
(xxxi, 5), on est obligé de remplacer les passés par des infinitifs 
absolus. Dans Jérémie, ils sont plus fréquents, et encore davantage 
dans Ezéchiel. Dans les douze petits prophètes, ils sont relative- 
ment rares. Ces exemples sont : 

Isaïe ; m^Di (v, 14), n-)-"!, ibid, ^^r:;^r^^?' (xliii, 12), 
n:??2cm? {ibid.), ■•mnirîi ? (iô., 14); m-bim (lv, 10), nnrûicm 
(ib.), in3i(îô.), n^bi:ni (11), n-j^b^Mi (lvi, 1) 

' Les verbes marqués d'ua point d'interrogation peuvent à la rigueur être pris pour 
des futurs. 



o8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Jérémie : r;n-05i (vu, 28), 1521 (/&., 31), imbiDNi (x, 25), iw^Vsmt 
(xiv, 3], Tisni {ibid.), rincm (xv, 9), nnïJT (xxii, 16), n;a:>T (ib.), 
iDm (xxxvii, 15), Tjr\^i (îb ), ibDSi (xlvi, 6), 3ï5m (xLix, 30), nsm 
(l, 43), TîSb;i (li, 56), T,y:i^ (lu, 33), bsNT iibidX 

Ezéchiel : n^rri iNSt^i (ix, 1), ûnN5«n (xi, 6), ûn-^Tm (xiii, 81, 
^-^nnD^^ (xvii, 24), lïja-'n (xix, 12), ^n3^ïïr;^ (xx, 22), n-^n^i (xxiii, 
40), na-w-»! [ib., 41), n73p5n (xxv, 12), û-n (xxxi, lOj, ûnnn^m (xxxv, 
13), n5-i-35'r;T (xxxvii, 2), -^ntain {ib., 1), ^-i\n-,t (î6., 8), \nNa:m 
{ib., 10), mnNT (iô., 11), r!rT«rî2i (xxxix, 8), Tn^i (xl, 24, 35; xli, 
13, 14), nbisT (xLii, 15), ^ïtî-^^tim [ib.]. 

Joël : 'T^V^am (i, 7); Amos .- nn-on (i, 11), r;bDNi (vu, 4); Michée : 
riTjT D72"n (v, 7); Nahimi : nm:!? (m, 17). 

Les Hagiograplies fournissent, bien entendu, un nombre consi- 
dérable de passés avec vav non conversif. Tl y en aurait peut-être 
encore davantage dans les livres poétiques, si le vav, comme une 
foule d'autres particules, n'était très souvent laissé de côté. Par 
contre, il est vrai, on peut se demander si, dans les passages où 
l'on trouve le vav coordinatif, ce n'est pas un copiste qui l'a ajouté, 
tandis que dans le texte primitif il n'y avait pas la copule. C'est 
surtout pour les termes à peu près synonymes que le vav est sup- 
primé, comme on le voit déjà dans Nombres, xxiv, 9, ns":: ^'HD ; 
Juges, v, 27, '2D3 :?n:3, etc. 

Dans les Psaumes, les exemples sont : -mcnriT (xxii, 15), Vddît 
(xxvii, 2), \-tit:?:t (xxviii, 7), ■^32:>t (xxxiv, 5), nay^T (11), is-m 
(xxxvii, 14), ^-^1:3'^;■l (xxxviii, 9), nritrri (lxxxvi, 13), -:r7:n;n (17), 
■^nïXî'nn cxxxi, 2), inii (cxxxv, 12), -r^a^'m (cxxxvi, 14), in;T (21). 

Dans les Proverbes on trouve seulement np-^mm (vu, 13), npoîi 
(ib.); mais il faut dire qu'il y avait bien peu d'occasions de mettre 
le vav devant le passé. 

Nous notons dans Job : û"'3'C!-!t (i, 5), nV^'m [ib.], is-im (ib.), 
^m2Tîm (ix, 30), ^npiiin (x, 14), no-isi (xi, 13), thnt (xvi, 12), 
Tibbs'T (15), -lïTiifom (xviii, 11), n^bys-i (xxviii, 21), n^nniT (xxix, 
8), '^n'îmm (xxxii, 16), nani (xxxv, 6). Le plus souvent les verbes 
sont coordonnés sans vav. 

Dans les Cantiques nous relevons seulement ■«nn'-'^T (1, 3). 

Dans Ruth (iv, 7) on trouve insT .-.tiba^ mais le sens demande 
bien plutôt in:-! ...fibo. 

Les Lamentations ne fournissent pas un seul passé avec vav 
coordinatif. 

L'Ecclésiaste , au contraire , nous en donne de nombreux 
exemples. Nous nous contentons de donner les renvois : i, 12, 16; 
II, 5, 9, 11, 12, 13, 15, 17, 18; iv, 4, 7 ; viii, 15 ; ix, 14, 15, 16. 



LE VAV CONVERSIF 59 

Les livres historiques d'entre les Hagiograplies présenteraient 
sans doute bien plus d'infractions à la règle du vav conversif, s'ils 
n'imitaient pas le style des livres plus anciens Dans p:sther la règle 
est même strictement observée, car le seul passé avec vav errai 
(m, 12) doit certainement être lu ûnnsi, comme viii, 8'. Dans 
Daniel on remarque rn^N-n (viii, 1], '^\h':ir:^ (U), i3r:;-im iris-i 
n5i-i7ûT (IX, 5), ^n\Nm (x, 1), -nsm (14). Dans Esdras : Tio^n (m, 
10), aoriT (VI, 22), ni<"::5n (viii, 36), •^ntjbssT (ix, 6), nnii (13). Dans 
Néhémie : irx^im (ix, 7), r.^Toyw (x, 33), NirwsT (xiii, 1), û^nnr^a^ 
(.30). Dans I Chroniques : ^2n\sm (xvii, 11) % \-n5^3i-n (xxviii,2); 
II Chroniques : ^^niDbttm (i, 8), ^nnnm (vu, 12), ^-^^a^pm (16), 
T^pcriT (xii, 10), \mr^m (xix, 3), y::y^ (xxix, 6), lîonpm ^19), ;^;m 
(xxxiii, 4), q'^asT ^n^ 1-::::)^ (6), nnci (14), lV2yT:^ (19). 

Certains passages des Chroniques sont d'autant plus intéres- 
sants que la comparaison avec les passages parallèles des Rois 
montrent la différence de style des deux ouvrages. Ainsi ^nD'r7ûr^^ 
(II Chroniques, i, 8) ne se retrouve pas dans le texte correspon- 
dant I Rois, m, 6, de même ^mnm (vu, 12), ^^o•^pi^^ (16). 

L'étude du futur indicatif avec vav coordinatif donne les mêmes 
résultats que celle du parfait. Les exceptions dans la première 
partie de la Bible (Pentateuque et premiers Prophètes) sont encore 
plus rares que pour le parfait, ce qui nous autorise d'autant plus 
à considérer ces exceptions comme des fautes de ponctuation. 
Dans la Genèse nous rencontrons uîn-;! (xxii, 17), qu'il faut lire 
probablement O^^T ; on^^T avec deux yod, comme impératif, se 
trouve XXIV, 60. Dans l'Exode on peut noter n^am (xix, 3;, qui 
est en parallélisme avec -it^wNpi. Nous inclinons à corriger ce mot 
en n^srî-i comme infinitif. La ponctuation avec ^n:i est [)eut-ôtre 
encore un indice de la véritable leçon. Cependant, la tournure 
poétique de la phrase permettrait d'y voir une sorte de futur im- 
pératif dans le sens de l'indicatif, comme les livres poétiques et 
prophétiques en fournissent de nombreux exemples ». i^n^n (xxvi, 

» On remarquera aussi que la Megilla n'emploie jamais Tp pour TiJïî, bien qu'on 
y trouve des termes de bas hébreu comme 13N, D']?. etc. 

» Le passage ^l'^TTorî ÛINn niPS ■^;n"'N-n est évidemment altéré, et le pas- 
sade correspondant de II Sam., vu. 19, qui porte Û-îNH Pmn PNn, l'est encore 
plus. Peut-être y avait-il quelque chose comme 35 ">3 '^jn"'N"in (le n étant dé- 
composé en "< et 5, et -|"l réunis en D) nbr:3b DIT' Nin « et tu m'as lait voir 
que lui aussi (Salomon] s'élèvera bien hauli. 

» Voyez Deut., sxviii, 8, 21, 36; xxxii, 8; 1 Sam.,x, 8; Is., xxvn, 6; xsxv,4; 
L, 2 ; kzéch., iii, 3; xiv, 7 ; Osée, vi, 1; xiv, 6, " ; Joël, ii, 20 ; Michée, m, 4; 
iv, 6 ; V, 8 ; VI, 14 ; Soph., ii, 12; Zach., x, 7 ; Mal., ii, 12 ; Ps., xi, 6 ; xji, 4 ; 
XXV, 9; XLvii, 4; Lviii, 5; lxxi, 21; lxxii, 13; xc, 3; civ, 19; cvii, 33, 35; 
Prov.. XV, 25; Job, x, IG, 17, 27; xv, 33; xvi, 21 ; xviii, 9, 12; xx, 23; xxii, 28; 
XXIV, 215; XXVII, 22; xxxiii, 21; xxxiv, 29, 37; xxxvi, 14, 1o; xxxviii, 4, 5; 



60 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

24) et noST>i xxviii, 28), s'ils ne sont des impératifs, doivent être 
changés en ttii et ic::"n. Dans le Lévitique (xxvi, 43) il y a à 
remarquer y~ni, qu'on pourrait prendre pour un impératif et 
traduire « pour qu'elle compense »; il est plus probable qu'il faut 
lire rii-im, comme au verset 34. 

Dans Deutéronome, ii, 4, où l'on trouve ûStt ictT^'^T, le texte est 
visiblement altéré ; il semble que l'on doit lire cï^t: iN-,'n. On aura 
peut-être trouvé choquant que les enfants d'Israël aient eu à re- 
douter leslduméens et on aura interverti maladroitement les per- 
sonnes, car as-: ■,N","^"' devant cr-i?:'c;:T n'a pas grand sens. — 
TnNr-i (xxxii, 41) devrait être ponctué Tniîri après \-^irw, qui est 
un parfait '. 

XL, 9; Lara., m, iiO; Dan., ix, 25; xi, 10, 16, 17, 18, 25, 28. — Pour quelques 
verbes, comme "i31^ (Ps., xlvii, 4). DÏ2N'' (lviii, oJ, le "i"!^ peut s'expliquer autre- 
ment. Ainsi que M. Barlh l'a montré [Z. D, M. G., XLIII,p. 1"7 et suiv.), ces verbes 
sont probablement au qal, et ont l'imparfait en » comme "jp"^. Nous en dirons autant 
de t]3in (Gen., iv, 2), t]3T» (Lév., v, 6; Nomb.. v. 7; xii, 19; Joël, ii, 2\ J]OJ< 
(Ez., V, 16), qui, malgré le abn. nous paraissent appartenir au qal. De même f|CN 
avec p""in, mais sans j/o(f, Gen.. viii, 21 ; Ex., x, 29. En efl'et, le gai esi presque seul 
employé au participe et au passé. L'impératif :iso (Is., xix, 1, et Jér., vu, 23), qui 
a le sens de 00^, vient aussi réellement de ClC^. et non pas de î^20, qui signiGe 
• exterminer ». C'est sans doute par suite d'une fausse anaiof^ie que ce verbe a 
été emploj'é comme hifil dans Cl"^Cir!b 'Lév., xix, 25; Eccl., m, 14; Esdras, x, 
10; II Chr., XXVIII, i3), TEOini (Ps.. lxxi, 14 ; Eccl., ii, 9] et nSDlJI (1 Rois, 
X. 7. au lieu de quoi on trouve II Chr. , ix, 6 : PDO^). 

' C'est surtout dans Isaïe qu'on trouve le vav ponctué comme coordinatif, là oîi le 
sens naturel demanderait le vav conversif, et presque toujours à la 1" personne. 
m^rXT (viii, 2], -PCNI (X, 13), T^mNI [ihid.], pTnNI (xlii, 6], "J-IJTNT (l'i-X 

'^rnsi '(«*.), bbnxT .x'lui, 28;, rimNi. (»*.)• nrN'rii (xlvh, 9), r::?r:"wNT 
(xLviii, 3\ na^sT (xLix, 5), "iriD-isNT (ù, 2), ir:3-,N") ji*.), nns-ixi (lvh, 17),' 

S]i:pMT («■*.), inNEISI (18), "irtTCNT \ib.], ÛDCXT i'*.), ÛDT!î<"i ' (Lxni, 3). 

20-2-iNi |«*.), n («■*.),' a-^aNi (o), Q7:in"ûN"i («*.;, onsNi (6), D-b':;»! (<*■). 

T^TiNT {ib.), TCJ^':^ [1- ^''Cîî^"^ Lxiv. 4). En denors d'Isaïe on peut noter CHiNT 
(Juges, VI, 9), nnbwNT nnnrwST [ib., xx, 6), inrnTCNT (il Sam., I, 10). 
"^C-NI (Ez., XVI. 10), UNT (Osée, XI. 4), 5>n5NT (Job, m, 11\ ap'wNT («*.,13). 
Il est possible que les ponclualeurs aient cru que les prophètes voulaient parler 
d'événements futurs, et non du présent ou du passé. Il nous paraît difficile d'expliquer 
autrement cette anomalie. Ibn Djanah. à la fin de la Eisàlat altaqrib irattashîl 
[Opusc, p. 338-342;, croit supprimer la difficulté en disant que les Hébreux em- 
ploient le lutur au lieu du passé, et trouve étrange que l'auteur du Livre des Sons 
ait expliqué le pelah de inrmTONT par le fait que celui qui prétendait avoir tué 
Saùl avait menti. Il est fort possible, quoi qu'en dise Ibn Djanah, que les ponctua- 
teurs aient voulu indiquer en mettant va pour ta que cet homme s'était levé pour 
achever Saûl, mais ne l'avait pas tué. puisque c'est Saûl lui-même qui s'est percé 
de son épée. Dans ks passages des Juges et de Job, les ponclualeurs ont sans 
doute vu des verbes exprimant une conséquence (cf. ci-dessus, p. 48, note 1). — 
"lttr\23"^T (Michée, vi, 16) doit sans doute être corrigé en m52ï) "'S. 



LE VAV CONVERSIF 61 

Le vav est sans doute de trop dans ^;'7:c■'^, Josué, vu, 9. Le 
dernier mot du verset précédent étant t'i-'in, le vav final a pu être 
redoublé par inadvertance. 

Ni dans les Juges, ni dans Samuel, ni les Rois, on ne trouve de 
vav coordinatif devant l'imparfait indioalif. 

Par contre, on en rencontre en abondance dans les Prophètes et 
encore davantage dans les Hagiographes. Nous notons : 

Isaïe : ûin;->"i (v, 29), thn-^t (ib.), 'ji^bs^^ {ib,), DrrrT (30), -cî^^-im 
(xiii, 13), •\'\^2S^■^^ (xiv, 10), -,r::-'-\ (xxvin, 25), cd:>"J"'T (xxxv, 4], 
v2b^^-\ (xLi, 11), nnnN-^T (ib.), pnm (14), cincni (xlii, 14), n^n^^T (21), 
yn-ci {23}, bban-ii innc-^T (xliv, 17), -i7:.S"'t O'^.)- -s^i (xlvii, 11), 
N2m {ib.), n7:m (l, 2), cn-'-'T (lvii, 13). 

Jérémie : -^a-im (ii, 22), ind^t (m, 18), i^nt (?iii, 19), mm (xiii, 
17), i-np:T (? xiv, 22), ti^n'^t (xvi, 19), pT^a^i (xix, 8; xlix, 17), 
^-lp^">■l (xxxi, 36), vn-^^ (xlii, 17), iD-j"i:ii (xlvii, 2), xstit (xlix, 
22), ons^T [ib.], ■lN-l^m (li, 40), ^:?^^•\ (58). 

Dans Ezéchiel on trouve très peu d'exemples, qui même ne sont 
pas très certains : r!\yy^i (? xii, 25, 28), bis^T (xiii, 11), nn^rT (xl, 
42; 1. in-3"'). Cela pourrait tenir à ce que Ezéchiel est le moins 
poétique des prophètes, et qu'il se permet moins de licences gram- 
maticales; mais comment se fait-il que ce soit chez lui qu'on ren- 
contre le plus d'exceptions pour le passé? Il faut donc constater 
simplement celte particularité du style de l'auteur d'Kzéchiel. 

Parmi les petits prophètes, c'est Osée qui emploie le plus le vav 
coordinatif. Les exemples sont : Osée : t::3ii (iv, 19), ^''•?ii^ (v, 14), 
lïNDn^T (VI, 1], iSTuan^T {ib.), n^nn (2), cnoNi (x, 10), mvT (14), 
in-in-'i (xi, 10), ^-ii (XIV, 6), ^n^i (7), nniD^n (8). - Joël : bym (ii, 
20). — Amos : ba-'i (v, 24), n-'ipm (ix, 10). — Michée : nnoiT (m, 
4), ;om (VI, 14), t*:î2^i (vu, 16), iwxn^i (17), '^^y::D^'! (1. '^^bcm, vu, 
19). — Habacuc : i-con"'1 (i, 15), "^-^a-^i [ib), Tjp-^T (IG), itj.s-'t (6), 
i^p-^T (7), n:>5-^ii (13), Niiin (m, 5). — Sophonie : -j-^i (ii, 12], naNii 
{ib.), ûo^i {ib.}. 

Dans les Hagiographes, les Psaumes nous fournissent beaucoup 
de futurs avec vav non converslf, mais c'est surtout dans Job qu'ils 
abondent. Ni le Cantique, ni Ruth, ni Esther n'en présentent un 
seul exemple. 

Nous nous contentons ici de citer les passages, qui sont : 
Psaumes : ii, 12; v, 4 (?), 12; vu, 10; xviii, 47; xxv, 9 ; xxxvii, 

29, 40; LXix, 9 (?) ; li, 9 ; lv, 20 ; lix, 5, 7, 13, 15; lxix, 36; lxxi, 
21; Lxxif, 4; Lxxiii,8; Lxxxiii, 4; xci, 14, 16; cii,27; civ, 19, 

30, 32; cvii, 20, 42; cxxxix, 10. 

Proverbes : i, 16; xiii, 5; xv, 25 ; xxiii, 16; xxv, 5 (à côté de 
n::"^t v. 4). 



62 RKVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Job : V, 18; vi, 18 ; vu, 21 ; ix, 11 ; x, 16, 17; xi, 10, 11 ; xii, 
15; XIII, 19, 24, 26, 27; xiv, 21 ; xv, 2, 30, 33; xvi, 21 ; xvii, 9; 
XVIII, 4, 7, 14; XIX, 2, 5; xx, 8, 13, 23; xxi, 12, 17. 19; xxn, 11, 
19, 26, 27, 28; xxiii, 15; xxiv, 23,25; xxvi, 11; xxvii, 21, 22, 
23; xxix, 11, 25; xxx, 22; xxxi, 17; xxxiv, 25, 29, 37; xxxvi, 
11, 12; XXXVII, 15 ; xxxix, 21 ; xl, 29, 

Lamentations : m, 19 (?), 50, G6 ; iv, 21. 

Ecclésiaste : viii, 10, 12. 

Daniel : ix, 25; xi, 5, 6, 7, 10, 11, 15, 16, 17, 18, 25, 28, 36, 42, 
45; XII. 4, 10, 12, 13. 

Néhémie : m, 14, 15; ix,27; x, 32. 

II Chroniques : vu, 14, 20; xii, 8, 20, 21 (1. r.Tiar,) ; xxiv, 13. 

Plusieurs des observations que nous avons faites pour le parfait 
s'appliquent à l'imparfait, notamment en ce qui concerne les livres 
historiques lies Hagiograplies. Pour les livres poétiques, il semble 
qu'on ait aimé remplacer souvent l'indicatif par l'impératif ', et 
il est tr^s possible qu'on se soit habitué, par suite, à mettre le vav 
coordinatif devant l'imparfait. En effet, le vav coordinatif est très 
correct devant l'imparfait et l'impératif, et comme on était porté à 
remplacer l'indicatif par l'impératif, l'emploi du vav coordinatif 
est devenu naturel. 

Pour terminer, nous dirons que si on conclut de la régularité 
grammaticale des textes à leur ancienneté, on voit que, d'une ma- 
nière génf^rale, l'étude du vav conversif confirme les grandes divi- 
sions de la Bible, telles que la tradition les a établies. Le Penla- 
teuque et les livres dits des premiers Prophètes (Josué, les Juges, 
les Rois) représentent la partie la plus ancienne de la littérature 
hébraïque, tandis que les Hagiographes en sont la partie la plus 
moderne. Quant aux Prophètes proprement dits, ils occu[)ent une 
place intermédiaire au point de vue de la correction, et seraient, 
par conséquent, postérieurs à toute la série des livres historiques. 
Nous livrons cette conclusion à l'appréciation des critiques de 
la Bible. 

Mayer L.^mbert. 

' ^'oyez ci-dessus, p. bO, note 3. 



ÉTUDE DE LEXICOGPiAPHIE TALMUDIQUE 



UNE VIEILLE CONTROVERSE AU SUJET DE Kitott 
(Lament., III, 12.) 



Dans le Midrascli Echa Rabbati se lit la controverse suivante, 
au sujet du verset de Lament., m, 12 ; NW-nns -i7:n nn I\s-n7:x iinn 
r3i:3 NTîT r\-2 D"'-ii73 bon-:: nijrn n-nps i^n "im NO-'nssNb. Evidem- 
ment, dans ce verset, c'est le mot rare de Nna^, qui se retrouve 
encore deux fois, sous la forme plus correcte de t.'t^'û (^ISara., 
XX, 20; Job, XVI, 2), qui donne lieu à cette explication. Autant la 
seconde interprt^tation, sur laquelle nous reviendrons, d'ailleurs, 
encore, est facile à comprendre, autant la première, grâce aux deux 
mots étrangers qui y sont employés, est obscure. Les commen- 
taires ne savent guère qu'en faire. L'un de ces doux mots étran- 
gers NToma a déjà été justement identifié par Mussafia avec le mot 
latin parma, « bouclier ». Aussi cet auteur écrit-il le mot soit 
Nttnn, soit Nwnt, et le cite sous ces deux rubriques (voir Koliut, 
Ariccfi Completum, I, 159 a; VI, 429 6). Toutefois, il est inutile 
de condamner la leçon n72T",3, le changement de la voyelle a en 
ou dans les mots étrangers qui passent en hébreu étant démontré 
par maint exemple (voir, par exemple, ■jinpn» = MkxeSwv, xbpoiD, 
dans le Targoum sur II Sam., xxiii, 8, qui vient du latin fas- 
ciculus). 

Mussafia explique également l'autre mot étranger de notre pas- 
sage par un mot latin : spams, « javelot, dard» [yiz r:-n '\y:ibn 
pp n"«:n, voir Kohut, I, 195 a). Au point de vue phonétique, il iVy 
aurait rien à objecter à cette identification. Mais comment cette 
explication concorde-t-elle avec le contexte? Lévy, I, 130 &, admet 
les explications de Mussafia et traduit ainsi : « Gomme un bouclier 



U REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

contre le javelot w, et il ajoute ce commentaire : « Je fus placé là 
comme un bouclier pour être transpercé par le javelot». Tl semble 
donc croire que, dans le passage en question du Mldrasch, le mot 
yn n'est pas traduit par « flèche », mais par «javelot », et que le 
mot N-::?j est rendu par «bouclier». M. Kohut (I, 195a) se 
range à l'avis de Mussafia et de Lévy, mais, probablement pour 
rendre compte du mot yn du texte, il ajoute celte remarque que 
NsnîDN doit aussi être traduit par «flèche», d'après le persan 
1-iûD (siparî). Il est clair que ces explications n'indiquent pas 
la signification exacte du Midrasch. En effet, il ne s'agit là 
nullement du sens de yn, mais de celui do n-,'j?2, et il n'est pas 
probable qu'au lieu de & flèche », on ait parlé sans aucun motif d'un 
«javelot». Quant à la remarque ajoutée par M. Kohut, elle est 
inadmissible, car le mot persan qu'il cite est une expression rare 
néo-persane, usitée pour désigner une espèce particulière de 
flèches (voir Vullers, I, 204 b). 

C'est l'Arouch qui nous mettra sur la bonne voie pour com- 
prendre notre passage. Nous y trouvons, en effet, la forme origi- 
nelle de ce passage du Midrasch, et cela même en deux endroits, 
sous la rubrique -ip 13 (Kohut, VII, 185 a) et sous celle de wSS^'^ssn 
(Kohut, I, 195 a). Sous la première rubrique, nous lisons : pnn 
n^ocnp?: VDrro û^^n nmp^ ^t^.s N^nii irm ND^-sDxb ^n-:^ yin 
nnTjiy ï^TTi "3 ; sous l'autre, R. Nathan cite seulement la pre- 
mière moitié de la controverse : NO"'-iDDNb ■^-!7:n "iizd! l^n-i. Celte 
citation nous révèle ce fait intéressant que le Midrasch rapporte 
la controverse des savants babyloniens {]'^r'\ irnn) et des docteurs 
palestiniens (NDm lî^",) au sujet du mot ntj», et que, dans la pre- 
mière des opinions émises, on se sert d'un seul mot étranger 
(Nw-^-icrN) pour expliquer le mot du texte. Faut-il identifier ce mot 
étranger avec ie latin spams, comme le font Mussafia et les Ipxi- 
co"-raphes modernes qui l'ont pris comme modèle ? En aucun cas. 
Car nous ne pouvons admettre que les docteurs babyloniens du 
iv« ou du v« siècle aient em[)loyé un mot latin pour expliquer un 
mol biblique; d'autre part, l'explication de ntjt: par «javelot » ne 
donnerait aucun sens plausible. Nous avons plutôt le droit d'expli- 
quer î^c-iDCN par un mot persan, bien que d'ailleurs les mots de 
cette |irovenanco soient rares dans le Midrasch palestinien. Il n'est 
pas difficile de trouver ce mot persan. Ce n'est pas le mot rare cité 
par M. Kohut, mais le mot usuel employé pour désigner le bou- 
clier, sipa7% siparî, dont l'emploi général est attesté par les di- 
verses locutions citées par Vullers (I, 202 a). Dans les écoles ba- 
byloniennes on expliquait, d'après ce que nous apprend notre 
Midrasch, le mot n^uts par « bouclier », sans doute parce qu'on le 



ÉTUDE DE LEXICOGRAPHIE TALMUDIQUE 65 

faisait dériver de 1:23 «protéger, conserver)^. Le mot est donc 
considéré comme analogue à i:.;; (de •;;;), qui signifie à propre- 
ment parler « protection » (contre les traits). «Gomme le bouclier 
est atteint par les flèches — tel serait donc le sens du verset bi- 
blique, — ainsi les souffrances m'ont atteint. » Le mot persan 
""nsD fut conservé dans la source palestinienne, et cela avec la ter- 
minaison araméenne Nn et le n prosthétique, d'où t^n-^-i^Siî '. Cette 
leçon était sans doute la leçon originale dans Echa Kabbati, et 
M. Kohut dit aussi (I, 195 «) qu'elle se trouve dans le manuscrit 
de l'Arouch. Nni-iooN a pu se transformer facilement en nd"'-iîcn. 
Ce mot persan du Midrasch palestinien fut accompagné, comme 
cela arrive souvent, d'une glose explicative où l'on citait le mot 
latin «parma », qui y correspond exactement. La glose devint par- 
tie intégrante du texte, de là la leçon qui se trouve dans nos édi- 
tions : N0"'-,2SNb N73-naD -. 

En ce qui concerne l'explication des docteurs palestiniens, nous 
la trouvons citée dans un autre ouvrage midraschique comme étant 
la seule qui fasse autorité. Dans le Midrasch Tanhouma, au com- 
mencement de la section û-^^it^ (éd. Buber, p. 48), nous lisons, dans 
une sentence de l'amora palestinien Hanina b. Papa (fin du 
\iv siècle, voir mon Aggada der paldst. Amorder, I, 480) : pi 
nain riTib ynb s^^tjto^ •^:n"'i:-'T inop '^-n bN-r::'^ no*D n-i?:» 

a-'-no'^r! in-^by û\S3 i-'-ns-rr:: i^t bD b^T::-' '^d r^x m^^i:? rrnpm 

Cette explication de n-i::73D, donnée sous forme de comparai- 
son, complète bien l'explication plus concise attribuée aux doc- 
teurs palestiniens. Du reste, dans le Midrasch Echa, l'agadiste 
palestinien Rabbi Juda dit aussi très brièvement : m^a/^ ■'s-ias'^-i 
lbns2. « il m'a donné la force de résister à toutes les épreuves ». 

Dans l'explication donnée par les Palestiniens, confirmée dans 
deux passages du Midrasch, Nia» est expliqué par le mot hébreu 
ïTTip, « poutre dressée verticalement et servant de cible aux 
flèches ». C'est le sens généralement donné aujourd'hui au mot 
biblique : «but, cible ». A proprement parler, il faudrait l'appeler 
« poteau-cible ». Le verbe a^irn, dans Lament., m, 12, et le verbe 
û'^prr, dans Job, xvi, 12, prouvent que les explications des écoles 
palestiniennes se rapprochaient autant que possible du sens du 
mot biblique. Le Targoum emploie dans les deux passages, ainsi 

' A la vérité, celle inlcrprélation porlail î^rT^noONÎD et non 'DD5<b, leçon qui est 
aussi dans la version or'jiinale de l'Arouch. 
* A côté de Nn'^nsOND, on a mis le mol correspondant N73T123. 

T. XXVI, ^o al. 3 



66 REVUE DES ETUDES JUIVES 

que dans I Sam., xx, 20, une expression évidemment grecque. 
Quoiqu'il n'y ait pas d'exemple où ce mot soit employé dans ce 
sens spécial, ce mot rend aussi la signification étymologique 
de n-iL;?: : c'est le mot no-^^Vd (voir Arouch, .v. ??. C3b£;Kohut, 
VI, 338; Levy, Targ. Wortey^b., II, -267 «), probablement iden- 
tique à (sûMtç. Aquila, sur I Sam., xx, 20, rend aussi le mot par 
9u)vaxô. Cependant, on lui attribue aussi la traduction du mot par 
axo~oî (lat. scopus), que nous trouvons dans les Septante sur La- 
ment., m, 12, et sur Job, xvi, 12 (voir Field, Ilexapla, I, 523j. 

La poutre servant de cible dans les exercices de tir à l'arc était 
d'usage constant et général en Palestine, comme le prouve la 
mischna de Kelini, XII, 1, où nous lisons : yd r.aiz'^ n-^irnr; nmp 
mina !:-"i"^ON : « le poteau servant de cible fait partie des objets qui 
peuvent devenir impurs \ et le poteau des condamnés, le yllori, 
auquel les prisonniers sont attachés, ne devient pas impur». 
Déjà dans i'Arouch, ce passage de la Mischna et celui iVEcha rab- 
bati expliqué ici sont mentionnés dans un même article (art. ip, 
13; Kohut, VII, 185 a]. Cependant, le sens de l'expression de la 
Mischna, attesté par tant de passages, a été mal entendu des 
lexicographes. M. Kohut place en tète de l'article mentionné l'ex- 
plication suivante : nmp, « étui »; a-'iirn- n-y, « carquois». En 
cela il suit également Lévy, qui, dans son dictionnaire (IV, 275 a), 
donne pour r;-.ip deux significations : 1° a poutre, pale » et, au 
figuré, « demeure, étui » ; 2" « carquois ». L'adoption du sens 
figuré a étui » a pour unique but de rendre plausible le sens de 
«carquois». Or, pour ce dernier sens, on cite seulement les 
passages de Kelim et du Midrasch Echa, placés dans TArouch 
sous la même rubrique. Il est étonnant que les deux savants 
auteurs qui se sont occupés du dictionnaire talmudico-midra- 
schique n'aient pas remarqué qu'il était impossible d'expliquer 
rrri';) par « carquois », tant au point de vue de l'étymologie qu'au 
point de vue intrinsèque. Cependant, pour ce qui concerne le pas- 
sage de la Misciuia, on peut les excuser par ce fait que quelques 
commentateurs expliquent aussi, dans ce passage, les mots n-np 
z^'j.^ par ( carquois ». Naturellement. Maïraonide n'est pas de ces 
derniers. Dans son commentaire sur la Mischna, il explique cette 
ex[iression par les termes suivants : Nrr^s "iST» nncb E-^icnn v^•p^ 
y-M'?N, ce que M. Derenbourg traduit fort bien par ces mots à-i-npT 
m:272b ûnb inp-^ nCwS r-n^-^-, z^-ir- (voir m-i-:2 "no, I, 113). La 
traduction hébraïque du commentaire sur la Mischna, telle que 
nous l'avons dans nos éditions, porte : na lo-'îr-' y:: Z'^'zrr, nmpn 

' Parce qu'il a aussi une partie en fer, dit Maïmonide. 



ÉTUDE DE LEXICOGRAPHIE TALMUDKjUE 67 

ynin (comme s'il avait lu ariDbwS «n-^D biT^) et ne donne pas une 
idée claire de l'objet décrit. R. Simson de Cliinon donne l'exidii a- 
tion suivante : û^^nn nx "2 'po-'iD?:*:: rtscN wvn 'D'''Zr~ n-np. Il 
voulait évidemment parler du carquois dont il emploie le terme 
biblique. Mais il ajoute encore que l'Arouch aurait expliqué le mot 
d'après le passage du Midrascli qui, dans Lament., m, 12, rend 
iii'Jii2 par n^'^r- n-np. Il semble que, d'après R. Simson, l'expres- 
sion signifie aussi dans le Midrascli Echa « carquois »; de là vient 
sans doute qu'au lieu de lire nn D'^m^û b^rta, il lit D"'">:5p'>:;p7û bzrrcj 
nn, ce qui rappellerait le cliquetis des flèches dans le carquois 
(nous reviendrons plus loin sur cette variante). R. Obadia de Bar- 
tinoro donne deux explications : izi-'irnr.a rtDOX ■'cn^wn n"»N 
ynb rrroT^n v^j-iq^^^ p-^j^i -3 n-^n^T^ . R. Israël Lipschiitz, dans 
son petit commentaire sur la Mi:<clina ('-■:;"' y~\' '"^d uy m''r::73, 
Vilna, 1851], dit simplement D-^irnb -eon. Cette explication erro- 
née a été malheureusement aussi adoptée par MM. Levy et Kohut, 
comme, avant eux, par Mussafia ', et ainsi un point de lexicologie 
et d'archéologie a été rendu incompréhensible. 

Il nous reste encore à éclaircir un point de notre passage mid- 
raschique. Dans les éditions, l'interprétation que nous avons 
reconnue comme celle des docteurs palestiniens est ainsi con- 
çue : nsss N^m r;3 t::m;2 Vd-o û-'^rn tn-npD. Au lieu de o'^-n?:, 
l'Arouch porte Li'^'C^'Zi-p'D (voir plus haut), et R. Simson, sur 
Kelim, L c, a û-'Opop?:. Cette dernière forme se trouve en- 
core dans une autre source citée par M. Kohut (VII, 185 rt, 
note 1); en outre, M. Kohut cite comme «lapsus» la leçon 
de l'édition d'Amsterdam de l'Arouch : a'^'JUJip?^. Or, c'est pré- 
cisément cette dernière leçon qui est la bonne, comme il est 
facile de le démontrer. Le verbe lû'Cip a, en effet, la signification 
de «tirer» (cf. les passages cités dans le Targ. Wlhtetbuch de 
Levy, II, 392 Z^, ; Neuh. WorLerbuch, IV, 395 &, et par M. Kohut, 
Vn, 223 &-) et spécialement «tirer avec des flèches». Ce sens 
se rattache au sens primitif de la racine e^cp « être droit, 
prendre une direction droite», d'où le sens abstrait de «vérité, 
droiture ». rtn n"^:ûwp?2 '::d- signifie donc, cf sur lequel tous tirent 
ou visent avec leurs flèches 0. On peut admettre une forme 



1 Mussafia dit, au sujet de Tart, -|p, 13 iKohut, "VII, 183 rt) : "jT^'^n TCÎ1"!"'3 
t^3 ÛTI'T^O Û"»^nr;'0 "CwN "^7311. H a donc lilléralement l'explication d Obiidia 
de Bardiioro ; seulement il l'ait encore un rapprochement avec un mot latin. Le mot 
que M. Kohut a népliijé de sifrnaler est corijtns, «carquois» (et aussi ■ llèche •!. 
D'après Mussafia, le p de nmp i'erail donc partie de la racine du mot et, par suite, 
le mot fait chez lui eacore l'objet d'un article spécial (Kohut, VII, 219 «V 

* Voir aussi mon Agada der Tannaitcn, II, 100. 



68 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pôêl, à moins qu'on ne préfère s-^r'-rpTs {piel,, comme étant la 
leçon originale. Le mot £2^::c-72 pouvait devenir facilement 
a-'C-np?: et — en raison de l'opinion erronée que nous avons si- 
gnalée plus haut chez R. Simson de Gliinon — de 2^w-:;-ip-: on a 
fait i2"'\:;p-:;p?: . Dans le texte même du Midrasch, le mot D-^aap», 
qui est rare, a été remplacé par c^-r:. Si on ajoute encore que, 
dans notre passage midraschique, la formule originale indiquant 
les auteurs de la controverse (Vam pa-i et som i:an) est rempla- 
cée par l'indication plus générale 'x nm 'n -n V''*"^-'^ Ti^. on 
reconnaîtra par cet exemple frappant quelles modifications nom- 
breuses le texte du Midrasch a dû subir, parfois môme après qu'il 
était déjà fixé comme œuvre de littérature. 

W. Bâcher. 



SI LES MORTS ONT CONSCIENCE 
DE CE QUI SE PASSE ICI-BAS 



La vie d'outre-tombe est un mystère qui a tourmenté les doc- 
teurs du Talmud. Si, à la vérité, les écrits rabbiniques sont 
plus sobres que ceux des chrétiens, par exemple, quand ils 
traitent de ces questions, ils nous ont pourtant laissé maintes 
preuves des discussions que soulevèrent ces problèmes insolubles. 
Il y a surtout une page du Talmud, Berahhot 18 a-19«, qui, à ce 
point de vue, est intéressante à étudier pour l'histoire de la pen- 
sée juive. Ce passage nous rapporte deux discussions relatives à 
la question suivante : Les morts ont-ils conscience des choses de 
ce monde ? 

Un jour que, Rabbi Hiyya et R. Yonatan se promenant dans un 
cimetière, R. Yonatan laissait les ciclt de son vêtement traîner 
sur le sol, R. Hiyya lui conseilla de les relever pour que les morts 
ne dissent point : « Demain, ils viendront à nous et aujourd'hui ils 
nous raillent » (car, dans la tombe, les morts n'accomplissent 
plus les prescriptions religieuses). R. Yonathan lui répliqua : Les 
morts en ont-ils donc conscience? n'est-il pas dit dans la Bible que 
les morts ne savent rien (Ecclésiaste, ix, 5)? 

Les morts dont parle ce verset, répondit R. Hiyya, ne sont pas 
les morts véritables, mais les méchants, qui de leur vivant même 
sont déjà appelés morts. 

L'opposition entre les deux opinions est donc très nette, R. Yo- 
nathan ne paraît pas douter de l'ignorance des morts, tandis que 
R. Hiyya croit en la persistance de la connaissance chez les morts. 

Le Talmud, pour résoudre la question laissée pendante, cite une 
autre discussion de docteurs. Les fils de R. Hiyya, dont il vient 
d'être parlé, éprouvant une fois quelque peine à se souvenir dn 
leurs leçons, se demandèrent : « Notre père a-t-il conscience do 
notre ennui? » L'un d'eux répondit : Non, car il est écrit, dans 
Job, XIV, 21 : « Les fils souffrent, et il ne le sait pas, ils sont dans 



70 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le chagrin, et il n'en a pas connaissance ». — Erreur, r^^partlt 
l'autre, car le verset suivant porte : « Mais sa chair souffre à son 
sujet, et son âme est en deuil sur lui. » En outre, Rahbi Isaac a dit 
que les vers l'ont autant souffrir les morts que les aiguilles la chair 
des vivants. — Peut-être sentent-ils leurs propres souffrances, 
mais non celles des vivants. — Erreur encore, car il résulte d'une 
herelta qu'ils savent ce qui se passe parmi les hommes. Un 
homme pieux ayant entendu la conversation de deux esprits, l'un 
d'eux, l'année suivante, dit à son camarade qu'il ne voulait plus 
rien lui communiquer, attendu qu'un vivant avait surpris leurs 
propos. — Peut-être ces esprits étaient-ils si instruits, parce qu'ils 
avaient été renseignés par un mort. — Nouvelle preuve : Zeïri 
avait confié de l'argent à son hôtesse ; de retour d'un voyage, il 
apprit qu'elle était morte. Il se rendit alors au cimetière pour de- 
mander à la défunte où était déposé son argent. Elle le lui révéla 
et ajouta : c Dis à ma mère de m'envoyer mon peigne et mon 
pinceau de coheul, par telle et telle qui doit venir demain ». Les 
morts savent donc bien ce qui se passe sur la terre. — Peut-être 
est-ce Douma, l'ange préposé aux morts, qui leur fournit ces 
renseignements. — Nouvelle preuve : Le père de Samuel avait 
reçu en dépôt la fortune d'orphelins. Son fils alla au cimetière 
demander à son père où l'argent était caché. Après divers inci- 
dents, il vit son père moitié riant et moitié pleurant. Pourquoi 
pleurais-tu? lui dit-il. — Parce que bientôt tu vas venir. — Et 
pourquoi riais-tu ? — Parce que tu es bien considéré en ce monde, 
— Puis son père lui apprit où était l'argent. — Donc les morts 
savent ce qui concerne les vivants. — Peut-être, en raison même 
de la considération dont était entouré Samuel, avait-on annoncé 
d'avance sa venue prochaine. 

Tous les épisodes de cette discussion ont-ils figuré dans l'entre- 
tien des fils de R. Hiyya ou ont-ils été réunis par le rédacteur 
du Talmud, la question importe peu : cette page est un échantillon 
certain des controverses auxquelles donnait lieu le problème dont 
nous nous occupons ici. La même page du Talmud ajoute à ce su- 
jet encore d'autres propos de docteurs et d'autres exemples. 

On peut y joindre Sahhat, 152 a, qui rapporte l'opinion de Rab 
Ilisda, de R. .luda, de R. Abbahou et d'autres rabbins, qui pa- 
raissent tous admettre la persistance de la sensibilité chez les 
morts, au moins pendant un temps déterminé. 

La page de Berakhot ne laisse pas de nous étonner. Ces histoires 
citées à l'appui des opinions des docteurs choquent notre goût, et 
l'on se demande si vraiment de graves rabbins ont pu invoquer des 
arguments de cette nature. Le rédacteur du Talmud n'a-t-il pas 



SI LES MORTS ONT CONSCIENCE DE CE QUI SE PASSE ICI-IUS 71 
oublié le granum salis qui peut-être accompagnait ces paroles? 
C'est ce qu'on croirait volontiers, si, à la même époque, d'autres 
théologiens n'avaient pas discuté la même question en invoquant 
de semblables arguments. Oui s'attendrait à trouver dans saint 
Augustin la répétition et comme l'illustration de la page du Tal- 
mud ? C'est cependant ce dont on se convaincra après avoir lu les 
quelques passages que nous tirons de deux de ses œuvres. Sur le 
Psaume cviii, il dit : 

« Est-ce que les morts ressentent de la douleur de ce qui arrive à 
leur famille après leur trépas? Ou faut-il croire qu'ils en ont la con- 
naissance, puisque leur sentiment est tout entier, loin de la terre, au 
bonheur ou au malheur, selon leurs mérites?. le répondrai d'abord 
que c'est une grande question, qu'il n'y a pas lieu de discuter en ce 
moment, à cause du long discours qu'elle exigerait, de savoir si les 
esprits des morts connaissent et jusqu'à quel point et comment, ce 
qui se passe parmi nous. Mais, en outre, je puis vous dire en 
quelques mots que si les morts n'avaient aucun souci de nous, le 
Seigneur n'aurait pas mis dans la bouche du riche tourmenté dans 
les enfers ces paroles : « J'ai cinq frères sur la terre, je voudrais 
qu'ils ne vinssent pas en ce lieu de torture » (Luc, xvi, 28). 

Saint Augustin ne se prononce pas nettement sur cette question, 
il se réserve de la reprendre. Elle est traitée tout au long dans 
l'opuscule intitulé : De cura gerenda pt^o mortiiis. 

Gh. X. On raconte quelques apparitions qui paraissent pouvoir 
entrer comme matière dans cette discussion. On dit, donc, que des 
morts ont apparu, soit pendant le sommeil, soit d'une autre ma- 
nière, à des personnes vivantes, lesquelles ignoraient complètement 
où leurs corps gisaient sans sépulture, puis leur ont indiqué le lieu 
et les ont priées de leur procurer le tombeau dont ils étaient privés. 
Si nous répondons que cela est faux , nous paraîtrons contredire 
d'une manière presque arrogante les écrits de certains chrétiens, et 
le sentiment de ceux qui se portent comme témoins de ces appari- 
tions. Mais on peut répondre qu'il ne faut pas supposer que les morts 
ont agi réellement de la sorte parce qu'on les aura vus dans son 
sommeil dire, montrer et demander ces choses... Je croirais donc ici 
à l'intervention des auges, soit que Dieu le permette ou l'ordonne, 
lorsque les morts paraissent dire quelque chose pendant le sommeil 
sur la sépulture de leur corps, quoique les intéressés l'ignorent com- 
plètement. 

Voici un fait : Etant à Milan, nous avons entendu raconter qu'un 
créancier, voulant réclamer une dette, se présenta, avec la recon- 
naissance d'un défunt, devant son fils, qui, ignorait ([ue son père 
l'eût payée, et que ce jeune homme fut vivement attristé et étonné 
que son père ne lui en eût rien dit, quoiqu'il eût fait son testament. 



72 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Gomme il était tourmenté de cette atraire, son père lui apparut dans 
son sommeil et lui indiqua l'endroit où était le papier qui annulait 
la reconnaissance. Le jeune homme trouve ce papier, le montre au 
créancier, dont il repousse la demande injuste, et reprend le billet qui 
n'avait pas été rendu à son père, quand il paya la dette. On pense 
alors que l'âme de cet homme s'est mise en peine pour son fils, 
qu'elle est venue l'avertir pendant son sommeil de ce qu'il ne savait 
pas pour le tirer d'une grande inquiétude. 

Ch. xir. Un homme, nommé Curma, au municipe de Tullium, près 
d'Hippone, pauvre curial, à peine magistrat de son endroit et simple 
paysan, tomba malade et dans un tel état de létiiargie qu'il était 
comme mort pendant quelques jours... Cependant il voyait plu- 
sieurs choses pendant son sommeil, et s'étant enfin comme réveillé 
après plusieurs jours, il raconta ses visions. Et d'abord, sitôt qu'il 
ouvrit les yeux : « Qu'on aille, dit-il, à la maison de Curma le for- 
geron et qu'on voie ce qui s'y passe ». On y va et on trouve qu'il 
était mort au moment même où l'autre reprenait ses sens et revenait 
presque à la vie. Oa l'interroge et il dit que le forgeron avait reçu 
l'ordre de comparaître quand lui-même fut mis en liberté, et qu'il 
avait distinctement entendu là d'où il revenait que ce n'était pas 
Curma le curial, mais Curma le forgeron qu'on avait ordonné d'a- 
mener au séjour des morts. 

Saint Augustin ajoute qu'il y aurait cru s'il n'avait cité des 
hommes qui se trouvaient encore parmi les vivants. 

Si les âmes des morts s'intéressaient aux affaires des vivants, si 
ces âmes, quand nous les voyons, nous parlaient dans le sommeil, 
il s'ensuivrait, pour ne pas citer d'autres personnes, que ma pieuse 
mère serait toujours avec moi chaque nuit, elle qui m'a suivi sur 
terre et sur mer pour vivre avec moi. Je ne croirai donc pas qu'en 
devenant plus heureuse dans une autre vie, elle soit devenue insen- 
sible à ce point, que quand mon cœur est affligé, elle ne console pas 
son fils dans la peine, lui qu'elle aimait si tendrement et qu'elle ne 
voulait pas voir dans le chagrin. D'un autre côté, il nous faut réflé- 
chir à cette parole du Ps. : Mon père et ma mère m'ont abandonné, 
mais le Seigneur m'a pris sous sa garde (Ps., xxvi, 40). Si nos parents 
nous ont abandonnés, comment s'intéressent-ils à nos soucis et à nos 
affaires? Et si les parents sont indifférents, quels sont les autres 
morts qui s'inquiéteront de ce que nous faisons ou de ce que nous 
soutTrons "? Voici encore ce que dit le prophète Isaie : « Tu es notre 
père, car Abraham nous a oubliés et Israël ne nous a pas connus » 
(i.xiii, 16). Si ces grands patriarches ont ignoré ce qui concernait un 
peuple qui descendait d'eux et qui avait été promis à leur foi comme 
une nation de leur race, comment les morts s'occuperaient-ils de 
connaître et de proléger les aflaires et les entreprises des vivants? 
Comment appelons-nous bienheureux ceux qui sont morts, avant 



SI LKS MORTS ONT CONSCIENCE DE CE QUI SE PASSE ICI-BAS 73 

que ne fussent arrivés les maux qui ont suivi leur mort, s'ils éprou- 
vent, même après leur mort, les misères qui accablent la vie hu- 
maine?. . . Les âmes des morts sont donc dans une demeure où elles 
ne voient rien de ce qui se passe ou arrive aux hommes pendant 
leur vie. 

Ch. XIV. Mais comment, dira-t-on, Abraham ne savait-il rien de 
ce qui se passait sur la terre, puisqu'il savait que les hommes avaient 
Moïse et les prophètes et qu'en les suivant ils éviteraient les sup- 
plices de l'autre monde (Luc, xvi, 27). Il savait, de plus, que le riche 
pendant sa vie avait vécu dans les délices et le pauvre Lazard dans 
les peines et les souffrances?. . . Je réponds qu'il les ignorait lorsque 
les vivants étaient encore sur la terre, mais après leur mort, suivant 
les révélations qu'a pu lui faire Lazare, il les a connues, pour ne pas 
démentir cette parole du prophète : « Abraham ne nous a pas 
connus •. 

Ch. XV. Il faut donc reconnaître que les morts ne savent pas ce 
qui se passe sur la terre pendant que les choses arrivent, mais 
qu'ensuite ils eu ont connaissance par ceux que la mort envoie dans 
l'autre monde... Les anges qui président à l'administration des 
choses de ce monde peuvent aussi faire aux morts quelques révéla- 
tions. 

Saint Augustin finit par confesser son embarras; la raison lutte, 
chez lui, avec la foi, je veux dire la foi en ces récits, qu'il ne vou- 
lait pas révoquer en doute, et qui était égale à celle qu'il profes- 
sait pour l'Ecriture Sainte. 

N'est-il pas intéressant de rencontrer chez des théologiens qui 
paraissent être aux antipodes, dont les uns vivent en Palestine et 
en Babylonie, loin de tout centre de culture générale, et les autres 
en Afrique, nourris des lettres classiques et de la philosophie, des 
ressemblances aussi frappantes dans les préoccupations, dans la 
manière d'argumenter, dans la méthode d'interprétation des faits 
et même dans la nature des récits qu'ils invoquent à l'appui de 
leur thèse ou qu'ils veulent concilier avec leurs théories ? 

Il est impossible de penser à des relations directes ou indirectes 
sur ce point entre la scolastique juive et la théologie chrétienne : 
la seule parenté qui leur donne cet air de famille est celle de l'es- 
prit humain, qui, sur des données semblables, travaille partout et 
toujours de la même façon. La croyance en l'immortalité de l'âme, 
commune aux rabbins et aux pères de l'Eglise, aboutissait naturel- 
lement à cette autre que les morts ont conscience de ce qui se passe 
ici-bas. Certains textes bibliques semblent contraires à cette idée, 
il s'agissait de les concilier avec la croyance: les méthodes din- 
terprétation sont partout les mêmes. D'autre part, chez les Juifs 



74 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

comme chez les Chrétiens, à côté d'une théologie qui avait, d'ail- 
leurs, toutes les peines du monde à se débrouiller au milieu des 
croyances les plus disparates, courait une théologie populaire, 
agissant beaucoup sur l'imagination et créant des faits, et qui, dé- 
daignant ce dédoublement de l'âme et du corps, se représentant 
les trépassés comme des êtres d'une matérialité un peu différente 
seulement de celle des vivants, les faisait vivre dans les régions 
souterraines ou dans l'atmosphère terrestre, tout près encore de 
ce monde et intervenant encore dans les choses d'ici-bas. N'est-ce 
pas un peu l'antécédent du spiritisme de nos jours ? La théologie 
officielle ne pouvait faire fi de sa rivale, et force lui était de s'ac- 
commoder de ses exigences. La conciliation s'obtenait au prix 
de sacrifices pénibles, et ce sont ces luttes que nous révèlent le 
Talmud comme saint Augustin. 

Israël Lévi. 



LE YALKOUT SGHIMEONI 

ET LE YALKOUT HA-MAKHIRI 



C'est la juste cause d'un ami commun que je viens défendre ici. 
Il s'agit de notre fidèle conseiller en matière de littérature rabbi- 
nique, lo Yalhout Schimeoni. C'est grâce à lui que cette littérature, 
d'un accès si difficile, nous est devenue aisée à parcourir et que 
nous possédons certains textes sous leur aspect original. 

Or, notre auteur favori est menacé en ce moment d'avoir un ri- 
val dans un autre ouvrage composé d'après le même plan, le Yal- 
kout de Makhir ben Abba-Mari. M. Spiro va publier la partie de 
ce Yalkout sur le livre d'Isaïe, et M. Gaster celle qui concerne les 
petits Prophètes. Assurément, le Schimeoni ne saurait être sup- 
planté par ces publications, pas même dans le cas où le reste de 
l'ouvrage de Makhir viendrait à être retrouvé et édité. En effet, 
le Schimeoni embrasse tout le canon biblique, tandis que le Yal- 
kout de Makhir se rapporte seulement à Isaïe, à Jérémie, à Ezé- 
chiel, aux Psaumes, aux Proverbes et à Job. Il n'est parvenu 
jusqu'à nous que les parties relatives à isaïe, aux petits Prophètes 
et aux Psaumes. Le Schimeoni n'a donc pas, comme on le voit, 
à craindre cette concurrence. 

Cependant, ou essaie d'enlever au Schimeoni la situation privi- 
légiée qu'il occupait jusqu'ici. En annonçant sa publication dans la 
Revue (t. XXV, p. 44), M. Gaster soutient que le Makhiri est anté- 
rieur au Schimeoni et qu'il a été utilisé par ce dernier dans sa 
seconde partie. M. Gaster attribue, en conséquence, une impor- 
tance considérable au Makhiri et arrive à cette conclusion qu'il 
faut donner la préférence au Makhiri pour fixer les leçons des 
textes originaux. Or. les raisons que M. Gaster donne de son opi- 
nion sont loin dêtre convaincantes, et son hypothèse nous paraît 
absolument inadmissible. C'est ce qui nous a déterminé à prendre 
ici la défense du Schimeoni. 



76 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Tout d'abord, M. Gaster cherche à déblayer le terrain sur le- 
quel il édilie son hypothèse. Comme nous venons de le dire, le 
Yalkout de Makhir ne commente que quelques parties des Pro- 
phètes et des Ilagiographes, tandis que le Yalkout Schimeoni 
s'occupe de tous les livres du Canon. Cette circonstance gêne 
beaucoup la thèse de M. Gaster. En effet, si Schimeon connaissait 
les sources relatives aux livres sacrés qui ne sont pas commentés 
dans le Makhiri, pourquoi n'aurait-il pas trouvé aussi bien, sans 
l'aide de ce dernier, les sources intéressant les autres livres 
saints? Cette considération seule rend invraisemblable la dépen- 
dance du Schimeoni vis-à-vis du Makhiri. Pour combattre cette 
objection, M. Gaster, dès le début de sa dissertation, émet cet 
argument que la deuxième partie du Yalkout Schimeoni (sur 
les Prophètes et les Hagiographes) n'est pas du même auteur 
que la première partie. En outre, la deuxième partie, qui serait 
imitée du Makhiri, est considérée par M. Gaster comme anté- 
rieure à la première. M. Gaster, pour réduire à néant l'objec- 
tion que nous avons indiquée, raisonne de la façon suivante : Si 
l'auteur de la deuxième partie du Yalkout n'est pas celui de la 
première partie, il ne peut plus être considéré comme étant très 
versé dans la littérature rabbinique, et rien n'empêche plus d'ad- 
mettre que le Schimeoni II a copié le Makhiri. Mais M. Gaster se 
trompe dans son raisonnement. L'objection conserve sa force, 
même dans le cas où la deuxième partie du Yalkout Schimeoni 
serait d'un autre auteur, car Yalkout II s'occupe de beaucoup de 
livres bibliques pour lesquels il n'y a pas de Makhiri. On en con- 
clura que Técrivain qui a été capable de composer un Yalkout sur 
les premiers Prophètes, le Cantique des Cantiques, Ruth, les La- 
mentations, l'Ecclésiaste, Esther, Daniel, Ezra, Néhémie et les 
Chroniques, n'avait nul besoin de se mettre à la remorque de 
Makhir pour commenter les autres livres bibliques. 

La question desavoir si le Yalkout Schimeoni est l'œuvre de 
deux auteurs ayant vécu à des époques différentes est importante 
en soi, et il vaut la peine de peser avec soin les motifs que 
M. Gaster donne à l'appui de son assertion. 

Son premier argument est tiré de la nature des renvois du 
Yalkout Schimeoni. M. Gaster dit, p. 44 : « Si l'on examine les 
renvois de la deuxième partie, on remarque qu'ils se rapportent 
toujours, sauf de rares exceptions ^ aux passages contenus seule- 

» Pourquoi M. Gaster ne cite-l-il pas ces < rares exceptions • ? — Sur Proverbes. 
§ 953, je trouve le renvoi suivant : p-inN OTniipS 120" riD3 Tm r;2"*i<a 
'73 T7213. Or, dans le "jl-inS DIIÛÎip, imprimé a la fin de la 1" partie de Vedilio 
princeps, il n'y a rien de pareil. Peut-être le passage en question manque-t-il, ou la 



LE YALKOUT SCHIMEONI ET LE YALKOUT HA-MAKHIRI 77 

ment dans cette deuxième partie et jamais à ceux du Pentateuque. 
Si les deux parties, comme on l'admet communément, étaient 
l'œuvre d'un même auteur, on ne s'expliquerait pas pourquoi il se 
serait interdit, dans la deuxième, de renvoyer à la première, aussi 
bien qu'il renvoie à des passages de la môme partie. Il faut donc en 
conclure que ces deux parties, indépendantes l'une de l'autre, sont 
dues à deux écrivains. » 

Cet argument perd toute sa valeur dès qu'on se rend compte du 
caractère du Yalkout. Celui-ci cite in extenso les interprétations 
rabbiniques au sujet de chaque verset de l'Écriture Sainte, et ne se 
contente pas d'indiquer les livres et les chapitres qui contien- 
nent ces interprétations, car il veut épargner au lecteur le soin 
de faire des recherches. Le Yalkout se compose de deux parties, 
qui, à cause de leur grande étendue, se trouvaient renfermées dans 
deux recueils différents. Fidèle à son principe, le compilateur ne 
pouvait, dans une partie, renvoyer à des paragraphes contenus 
dans l'autre partie. D'ailleurs, le lecteur pouvait être en posses- 
sion de l'une des parties, sans posséder l'autre. D'un autre côté, il 
eût été peu pratique pour l'auteur de répéter dans le même volume 
les mêmes choses à propos de différents versets. De là vient que le 
Schimeoni ne renvoie qu'à des paragraphes de la même partie. En 
outre, il n'est pas sûr que les renvois proviennent de l'auteur. Qui 
sait s'ils ne sont pas l'œuvre des copistes ? 

M. Gaster invoque aussi le fait que beaucoup d'ouvrages utilisés 
dans une partie du Schimeoni ne le sont pas ou le sont fort rare- 
ment dans l'autre*. C'était dans l'ordre naturel des choses. C'est 
ainsi, par exemple, qu'en s'occupant du Pentateuque, le rédacteur 
étudia surtout les Midraschim sur le Pentateuque, même ceux qui 
étaient peu répandus. Dans la rédaction de la deuxième partie, ce 
sont principalement les Midraschim sur Samuel et les Psaumes qui 
ont été mis à contribution. Naturellement, les Midraschim les plus 
importants et les plus généralement répandus sur la Bible ont été 
également utilisés dans la seconde partie. Des Midraschim plus 

2» partie avait-elle un IlinX 0"1l351P qui a été perdu. En tout cas, ce fait atteste 
le plan unitaire des deux parties. Dans la l" partie de X'editio princeps, on renvoie 
souvent à ce 0112 jlp. 

• M. Gaster (p. 45, n" 11) compte parmi les ouvrages utilisés dans Yalkout I, et 
non dans Yalkout II, la Pesikta rabhati. P. 47, il donne une liste des ouvrages dont 
Makhir a fait des extraits et dans laquelle celte Pesikta ne figure pas, et il dit : • On 
!e voit, c'est la même liste que nous a fournie Yaikout II, à l'exception de la Pesikta 
rabhati*. Comment concilier les deux assertions de M. Gaster? Eu réalité, Yal- 
kout II cite très fréquemmeot la Pesikta rabbati, et Yalkout I la cite également, 
quoique plus rarement. Voir la table de l'Introduction de Buber à la Pesikta, 
p. xxvii. Yalkout II a beaucoup dt sources que Makhir ne connaît pas ; voir 
plus loin. 



78 lîEVUE DES ETUDES JUIVES 

petits et moins populaires, tels que le r;:DwS "w-.ito, le li'D"'"! w-iir et 
d'autres de ce genre, ont été négligés par le rédacteur. Il faut aussi 
tenir compte du fait que la rédaction d'un ouvrage comme le Yal- 
kout a nécessité un certain temps. L'auteur n'a probablement pas 
toujours demeuré dans le même endroit et n'avait pas toujours les 
mêmes livres à sa disposition. 

M. Gaster dit encore ; « En oulre, il y a différence entre les 
deux auteurs pour la manière de citer les sources; le premier, par 
exemple, ne se sert de l'expiession vague w---: qu'une cinquan- 
taine de fois, et le second plus de trois cent cinquante fois dans 
un volume beaucoup moins grand que Yalkout I ». 

M. Gaster ne procède guère selon la méthode d'une saine cri- 
tique. Il établit combien de fois l'expression cm» se trouve dans 
les éditions postérieures du Yalkout, sans faire attention à la 
provenance et à la signification de ce mot. Or, il faut voir par le 
contenu ce t[ue l'on entendait par c-n?3, s'il s'agissait d'un Midrasch 
Inconnu, ne pouvant être qualifié, ou d'un Midrasch bien connu 
sur le livre dont il est question. En outre, dans des recherches du 
genre de celles-ci, il n'est permis de tenir compte que de Veditio 
princeps, car les additions des éditions postérieures n'ont naturel- 
lement pas d'importance pour le plan d'un ouvrage. "Cî-it:, dans son 
sens primitif [un Midrasch), est employé encore plus rarement 
dans la deuxième partie du Yalkout que dans la première, "r-n» 
dans le second sens [le Midrasch) se trouve en particulier très fré- 
quemment dans la seconde partie, mais seulement dans les édi- 
tions postérieures, et non dans l'édition irrinceps et dans les an- 
ciennes éditions. Même celles-là n'ont fréquemment le mot cm^ 
que dans les livres de Samuel, des Psaumes, des Proverbes et dans 
trois Megillot, tandis que dans les autres livres cette expression 
ne revient pas souvent. M. Gaster admettra-t-il ici aussi différents 
auteurs ? Du reste, voici comment les choses se sont passées. 
VéùWÀonpr inceps sur Samuel, les Psaumes, etc. a négligé, dans la 
plupart des cas, d'indiquer la source, quand il s'agissait d'un des 
Midraschim sur les livres que commentait le Yalkout. Les éditions 
postérieures complétèrent ce qui manquait en mettant chaque fois, 
en marge, le mot -wm». De là, dans les éditions postérieures, 
la fréquence du mot c-n*: dans les chapitres relatifs aux livres 
de Samuel, des Psaumes, des Proverbes, du Cantique des Can- 
tiques, de l'Ecclésiaste et des Lamentations. Les anciennes édi- 
tions n'ont pas une seule fois le mot c-n?:. Le Yalkout sur Samuel, 
en beaucoup de passages, indique comme source 7Nr:'C n~5s; en 
beaucoup d'autres endroits, il néglige d'indiquer la source, lors- 
qu'il fait des emprunts au Midrasch Samuel. Ici, les éditions pos- 



LE YALKOUT SCHIMEONI ET LE YALKOUT HA-MAKHIRI 79 

térieures ont mis en note : '«rni^:. C'est ainsi que nous trouvons en 
marge : "w-in7û, à côté de irNToo m^N. Nous pouvons donc être sûrs 
que bNi7:'0 m^x provient de l'tidition prliiccps, tandis que le mot 
UJ-n72 n'a été ajouté que plus tard. De môme, les anciennes édi- 
tions désignent le Midrasch sur les Psaumes par les mots •::-i'i?2 
nrj nnrc (§ 699 et 826), et les nouvelles par le mot c-nTa. Dans 
l'édition princeps (et dans les anciennes éditions), je ne trouve un 
uî-i'i-a spécial'que sur les Proverbes et Esllier. Peut-être les mots 
■•b^D^: et -c-nicnN ont-ils été omis. Dans Hulh, il y a partout l'indi- 
cation r-n •:;-n:2 ; dans Misclilè, § 944, il y a aussi -^b-::» amw. 
Dans tous les cas, l'édition princeps n'a l'indication ■:5mw que pour 
Misclilè et Esther. En outre, le sens de ce mot de "sT-nw est tout 
autre que dans la première partie et dans certains passages de la 
seconde partie du Schimeoni. 

M. Gaster ajoute : «Dans les citations de Berescliit Rabba, celui- 
ci (Yalkout I) ne manque presque jamais (excepté quatre fois) d'in- 
diquer le chapitre. Yalkout II l'omet plus de cent cinquante fois ». 
C'est là une énumération bien inutile. Dans l'édition princeps^ 
les chapitres du Ber. Rabba ne sont pas même indiqués une seule 
fois, ni dans la première ni dans la seconde partie. Le Yalkout sur 
Genèse y est divisé en chapitres selon le modèle du Ber. Rabba, 
et c'est pourquoi il ne serait pas nécessaire d'indiquer ici le 
numéro des chapitres de ce Midrasch '. D'ailleurs, le Yalkout sur 
les quatre autres livres de Moïse ne cite pas non plus les cha- 
pitres du Ber. Rabba. M. Gaster aura encore eu recours à une 
édition postérieure et s'est donné ainsi une peine inutile. 

M. Gaster dit encore que parfois le texte d'une citation dans 
Yalkout 1 est autre que dans Yalkout II. D'après M. G., cette cir- 
constance prouve que les deux parties sont dues à des auteurs 
différents. 

La divergence des textes cités par le Yalkout est un fait connu 
depuis longtemps et qui a été expliqué d'une manière satisfaisante 
par MM. Jellinek* et Friedmann"'. Du reste, dans la même i)artie 

* Dans l'édilioa princeps, les noms des sources se trouvent dans le texte, et sur la 
Genèse ils se trouvent partois devant 1 indication des chapitres. De là vient que sou- 
vent, au premier abord, il semble que les chapitres de Ber. K. sont indiqués : par 
exemple, n"D "«"ID ""3, 1":û ^i'OID n"3, etc. Or, les mots ^":3 T't'C.D etc. ne se 
rapportent pas à Ber. H., mais au Yalkout. C'est ainsi qu il y a aussi Z'^Z'i^JZTt p"IS 
n""" nC"lD, î<"3 n':,"lD -|"'33N, N"D 'ns N73in;n. — L'éd. de Venise et celle de 
Cracovie ne donnent les chapitres de Ber. R. qu'en partie sur la Genèse parce que, 
d'après la division en chapitres du Yalkout sur Genèse, il était facile d'indiquer les 
chapitres du Ber R, Paitout ailleurs, même dans ces éditions, ces chapitres ne sont 
pas indiqués. 

* Bel ha-Midrasch, VI, xxiv. 

* Sifrè, Introduction, ch. vi. 



80 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

du Yalkout, il y a divergence dans les textes. Qu'on compare, par 
exemple, la citation de Baba Kamma, 38 &, dans Yalkout I. § 86 • 
et §808-, la citation de Berescliit Rabba ch. i dans Yalkout II 
§460 (éd. de Salonique, § 322 des éditions postérieures =!) et §836*. 
Il y a beaucoup de ces divergences dans une seule et même partie, 
et elles ne prouvent nullement que différents auteurs aient tra- 
vaillé à chaque partie. 

Ensuite, M. Gaster procède à la confrontation du Yalkout Schi- 
meoni avec le Yalkout ha-Makhiri. Il énumère ^, non sans com- 
mettre des erreurs, les manuscrits qui existent de ce dernier, il 
donne ensuite une liste des ouvrages que Makhir a utilisés et 
ajoute, p. 48 : « C'est, on le voit, la même liste que nous a 
fournie Yalkout II (à l'exception de la Pesikta Rabbati) ; la 
coïncidence n'est évidemment pas fortuite et on ne s'explique- 
rait pas que deux auteurs diff'érents se fussent rencontrés dans 
la connaissance des mêmes Midraschim et dans l'ignorance de 
certains autres. C'est l'indice certain d'une parenté entre les 
deux recueils ». — Or, la liste de Makhir n'est nullement 
identique à celle de Schimeon. Chacun des deux compilateurs 
a utilisé des ouvrages que l'autre ne connaissait pas. Par 
exemple, Schimeoni II cite : Abkhir, Pesikta Rabbati, Agarlat 
Samuel^ et Midrasch, sans désignation plus précise, Makhir ne 
connaît aucun de ces Midraschim. De son côté, Makhir utilise : 
Schemot rabba, Bammidbar rabba (voir plus loin), Midrasch Job^ 
ainsi qu'un Midrasch sur i-rnài. Tous ces Midraschim sont 
ignorés de Schimeon. Le Midrasch sur les Psaumes est appelé par 

' a.sT^ [n]-i72Npn ...ï-T'apr: r^^ .••ï-iw7:m r-i:>3nî< mr:5 -,rj 
ï-iivj: l'r^-'NT ...irî3 t^d? N-^-i^rN nh n'?i ni- T\r:T\'iiz ...sx p 

» r^'z^^•:lz ...rwSiT: r-t\-i-'-ip-! ...f^i-;:- VJ*- V"''- ••■'""' '" ^''■'"■''^ '''''- 
. . . ï-^^-^1-,p-i T-i-vv'^ T^wSi ...ï-!-'-,:?j: p<-^-i;:i< m:*^ b^x Nbn xin 

f<5 ^"ili'il ^■'"m^'^X i'î'^DNT . Celle cilatioa se rapprocliC davanlaj,'e du texte de 
Nazir, 23*. 

M?:"i-i"!3 nm?: n"«r; "::n3'^» i-i7:N"^ Nr:: ...'?d 'r:::^v '- ^'.^ .n"3 
♦ yp-i b- "i7:i-n2 nn:: rr- bsr-'?: ûnrix n--' xb-w. 

5 Le Yalkout ha-Makhiri sur Isaïe et les Psaumes est déjà mentionné par les 
Î2"':"w"' TS'J et, à sa suite, par Woll, I, n' 1419, ninri "nO et Q-^bin:!" Cw. 
M. Gaster ignore enraiement que la prél'ace du Makhiri a été déjà publiée par Stra- 
schoun dans n:7:N* ~"'~p, de Fin, p. 304. 

" Dans la liste de M. Sleinschneider [Cat. Lug. Batac, p. 348) et dans celle de 
M. Gaster ne figurent ni la Pesikta H., ni bNi:2">i; mSN. Makhir aurait-il réellement 
ifruoré ces Midraschim ? 

■ï Daprès Neubauer, Cat,, n" 167, M. Gaster ne dit mot du Midrasch Job, dont 
l'existence est, sans raison, encore contestée; voir Brull, Central-Anzeiger, p. 35, Les 
mots : ...£1^0173 3T^X "(3"!T70T (Schimeoni, II, 897) sont probablement interpolés. 



LE YALKOUT SCHIMEOM KT LE YALKOUT HA-MAKH1R[ 81 

Schimeon (dans la V^ et la 2« parties) 2r^ inrc "::-n7:, tandis que 
Makhir l'appelle û^brrn '^îm?:. Comment parler dans ces conditions 
d'une « coïncidence » ? 

Pour prouver que Schimeon a copié Makhir, M. Gaster donne 
des extraits de Makhir sur Isaïe et Ohadia, et dit, p. 48 : « Ces 
passages sont choisis à dessein, parce qu'ils sont caractérisques pour 
la richesse des citations. . . Ces citations, comme on peut le voir, 
sont intéressantes; elles réunissent les principaux ouvrages dont 
s'est servi Makhir et particulièrement des fragments de ce Mid- 
rasch sur le Cantique qui semhle avoir péri... Mais, ce qui est 
plus important pour l'étude que nous poursuivons, nous y recon- 
naissons aisément les morceaux qui ont servi à constituer Yal- 
kout II, plus complets et disposés autrement que dans celui-ci. 
Malgré ces différences, ce sont évidemment les mêmes. . . Tout ce 
que nous reproduisons du Makhiri se retrouve dans les §§ 284 et 
285 du Schimeoni. Il en est de même pour le chapitre sur Obadia. 
Là, l'auteur du Schimeoni a encore abrégé plus que dans Isaïe ». 
Les citations de Makhir de a^von n^a nn:in sont réellement inté- 
ressantes, mais le fait en lui-même n'est pas nouveau. Il y a 
quelques années que nous avons démontré qu'il existait autrefois, 
indépendamment de notre Midrasch sur le Cantique, un autre 
Midrasch sur le même livre que Hillel et Abraham, fils de 
Maïmonide, nomment également a^i^cn -i^ai m:;-. Yalkout II 
connaissait lui aussi ce Midrasch ». Pour ce qui concerne la 
confrontation du Schimeoni avec le Makhiri, il n'y aurait rien 
d'étonnant à ce que deux compilateurs se rencontrassent sur 
quelques points. Mais qu'on compare Schimeon avec Makhir même 
pour ces points et qu'on voie s'ils ont entre eux la moindre 
ressemblance. M. Gaster se tire d'embarras en prétendant que 
Schimeon a abrégé et transposé le texte de Makhir. Or, il a sim- 
plement omis de citer certains passages que Makhir a cités, et, ce 
qui est encore plus décisif, il a donné des passages qui n'ont pas 
été cités [)ar Makhir. Par exemple, § 283 : . . .iiz-iiz ^-nioDrx -i"wS 
^MN Nan... cf. § 125. Et plus loin § 285 : inn w3d 2r 3NT ist 
mns- -i72N\:;. Avec la meilleure volonté du monde, comment dé- 
couvrir ici la moindre dépendance de Schimeon vis-à-vis de 
Makhir ? 

Je me suis arrêté longuement aux preuves alléguées par M. Gas- 
ter parce que je tenais à rectifier les faits dénaturés par lui au 
profit de Makhir. 

Si on examine sérieusement la question et si on accorde quelque 

> Eldad, p. 7'.l. 

T. XXVI, no ;.i. e 



82 REVUE DES ETUDES JUIVES 

crédit aux résultats de la critique littéraire historique, il n'y a 
plus le moindre doute au sujet de l'antériorité du Schimeoni. 
Notre histoire littéraire est arrivée, en ce qui concerne les Miilra- 
schim, à certaines conclusions qui sont tellement sures qu'elles 
peuvent et doivent servir de base dans les recherches ultérieures. 
Il est établi que le Rabba sur Exode et les Nombres ont été réunis, 
sous leur nom actuel, seulement vers la fin du xu" siècle. Des 
auteurs du xi» et du xii^ siècles ne connaissent pas encore ces Mid- 
raschira '. Gomme l'auteur du Yalkout Schimeoni ne les connaît 
pas non plus (ni dans la l'" ni dans la 2" |)artit'), il a dû vivre à 
une époque où ces Midraschim n'existaient pas encore; car, s'ils 
avaient existé, ils n'auraient pas échappé à l'attention de cet au- 
teur familiarisé avec toute la littérature rabbinique^ L'auteur du 
Yalkout Schimeoni a donc vécu, au plus tard, vers la fin du 
xiP ou au commencement du xiii'' siècle^. 

Appliquons maintenant le même critérium à Makhir. De la liste 
formée par MM. Steinschneider et Gaster des Midraschim utilisés 
par Makhir, ainsi que des extraits publiés dans la Revue, il res- 
sort que Makhir connaissait déjà le Midrasch Schemot rabba et 
Bammidbar rabba. Mahhir a donc vécu après Vauteivr du Yal- 
kout Scliimeoni, qui ne connaissait pas encore ces Midraschim. 

La question de savoir si le Makhiri mérite d'être i)ublié dépend 
naturellement de ce qu'il renferme. En général, nous ne pouvons 
attendre grand'chose de ces sortes d'abrégés. Ordinairement, on 
n'y trouve que des redites. Les choses vraiment neuves et les va- 
riantes importantes auraient pu être citées comme extraits. Une 
édition critique du Yalkout Schimeoni serait sûrement plus utile 
que la publication de beaucoup de Midraschim. Mais nous com- 
prenons que chacun ait à ce sujet sa manière de voir. En tout 
cas, il nous paraît inutile, pour rehausser le mérite de l'ouvrage 
qu'on édite, de lui attribuer une valeur qui lui manque. 

A. Epstein. 



' Cf. Zunz, G. V., 2« éd., 269, 2-3, et mes Beitrâge, 68, 7o. 

' Cf. Rappaporl, Kcicm Chemed, Vli, 4 ; mou Simon Kara et le Yalkout Schimeoni, 
§6. 

* Zuuz, ihid,, 312-313. Azaria Oc Kossi (;^*'^2 "^TiN, tli. xix) a vu un manuscrit 
du Yalkout de l'an 1310. 



LA FAMILLE DE YEHIEL DE PISE 



Nous allons essayer d'esquisser ici l'histoire d'une des familles 
juives les plus importantes et les plus illustres de l'Italie. Cette 
histoire présentera certainement des lacunes, car il existe des 
solutions de continuité dans l'ensemble des documents que 
nous possédons. Mais nous nous contenterons de la raconter 
telle qu'elle ressort des informations que nous avons, espé- 
rant qu'un jour de nouvelles découvertes viendront combler les 
vides. 

L'aïeul de cette famille, Yeliiel ben Matatia, établi à Pise au 
commencement du xv'' siècle, présentait déjà, ce semble, les 
traits essentiels que nous retrouverons chez ses descendants. 
Ainsi, il occupait une place importante dans sa communauté, dans 
la société et la littérature de son époque. Quand les délégués des 
communautés italiennes se réunirent à Bologne, le 18 mai 1415, 
pour délibérer sur les mesures à prendre afin d'enrayer les persé- 
cutions, il représenta dans cette assemblée les Juifs de Toscane '. 
La réputation de sa maison s'était répandue dans toute l'Italie, et 
le poète et grammairien Joseph Zarko, renseigné sur Yehiel par 
son maître, Profiat Duran Efodi, se plaça sous le patronage de ce 
Mécène juif, qui, «'occupant lui-même de poésie hébraïque, proté- 
geait tous ceux qui la cultivaient'-. Dans l'année 1413, notamment, 
Joseph chanta en toute circonstance les louanges de son protec- 
teur et amphytrion. Avant de se présenter chez lui, il s'était fait 
précéder d'une épitre poétique, où il se recommandait d'Efodi. Il 
plaça ensuite des vers composés eu l'honneur de Yehiel dans l'ora- 
toire que celui-ci avait établi dans sa maison, sur le calendrier 
mural qui, selon l'usage italien, était appendu dans la synagogue, 

* Voir Halberstani, dans Gratz-Jubdsr.hrift^ "12^ P~a^, p. 5?), note 11. 

' Voir Pièces justificatives, 1, Josepli b. Isaac Zarko a écrit son nom, à la dale du 
8 septembre 1417, dans le ms. d'Oxlord n" 2391. N'oir, sur le nom de Zarko, Isidoro 
Locb, BÉJ., XVI, 3o, noie 2. 



8'4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sur le siège de Yehiel, lorsque, après une maladie, il reparut à 
loffice divin. En offrant à Yehiel un exemplaire de « l'ennerai des 
femmes >-, composé à Barcelone, en 1208, par Juda ben Sabbataï 
Hallévi ', ou peut-être d'un pastiche qu'il avait fait de cette œuvre, 
il accompagna ce cadeau d'une dédicace poétique. A en juger par 
les éloges que lui décerne son protégé, Yehiel connaissait la litté- 
rature rabbinique ainsi que les sciences de cette époque. 

Cinquante ans plus tard, la réputation d'un autre Yehiel de Pise, 
célèbre par sa fortune, sa générosité et son savoir, s'étend jusqu'au 
delà des frontières de la Toscane et de l'Italie. Il avait fondé à 
Pise une banque de prêt, qui fut la source de sa prospérité, mais 
faillit aussi causer sa ruine. Excitée par les prédications d'un 
fanatique, peut-être de Bernardin de Feltre, qui ne se lassa pas de 
s'élever contre les richesses de ce Juif de Pise-, la foule envahit 
sa maison pour la mettre au pillage, sans toutefois causer de dom- 
mages sérieux. Ces désordres paraissent avoir eu lieu en 14*1. A 
ce moment, Yehiel était déjà en correspondance avec Don Isaac 
Abravanel, à qui il fît sans doute part de cet événement, puisque 
dans la réponse qu'il lui adressa l'année suivante, en 1472^, 
Abravanel commence par lui exprimer des condoléances. Yehiel 
jouissait d'une très grande considération, car Abravanel engagea 
les ambassadeurs Lopo de Almeida et le savant médecin Joâo 
Sezira, que le roi Alphonse V de Portugal envoya auprès du pape 
Sixte IV, à faire une visite à Yehiel. Ces ambassadeurs étaient eu 
même temps chargés de remettre de précieux cadeaux à Yehiel et 
à sa femme de la part d'Abravanel et de son épouse, entre autres, 
pour la maîtresse de la maison, une esclave de grande valeur 
qui était depuis longtemps dans la maison du docteur Sezira,' et 
pour Yehiel de précieux manuscrits exégétiques, parmi lesquels 
se trouvaient des ouvrages d'Abravanel lui-même. C'est que 
Yehiel, tout en se consacrant à ses affaires et à ses relations de 
société, ne négligeait pas la science. Il avait demandé à Abrava- 
nel, pour sa bibliothèque, un exemplaire du commentaire de David 
Kimhi sur les Hagiographes^. Du reste, il semble que, par les 
soins d'Abravanel, la collection de Yehiel s'enrichit de beaucoup 
d'ouvrages d'auteurs judéo-espagnols. C'est de lui aussi que Yehiel 
reçut les ouvrages d'Efodi et de Joseph ibn Schem Tob, que son 
petit-fils Yehiel Nissim sut si bien utiliser plus tard. De ses deux 
fils, Isaac et Samuel, l'aîné, Isaac, était alors déjà assez âgé pour 

' Kaufmann, dans \es Goltingischc Gelekrtc Anzâgen, l"juia 18So, p. 440 et suiv. 

' Graelz, Geschtchte, VIII, 3* édit., 24L), note 1. 

' Otar Nechmad, éd. Blumeufeld, II, tJo et suiv. 

* Ibid., 69. 



LA FAMILLE DE YEHIEL DE PISE 85 

qu'Abravanel pût lui adresser ses compliments ^ Ces fils reçurent 
une éducation soignée, comme des adeptes de la science, et non 
comme des marchands. Le savant juif Jean Alemanno. maître 
et ami de Pic de la Mirandole, paraît avoir vécu plusieurs an- 
nées sous le toit de YehieP. Dans l'automne de l'année 1488, il 
trouva de nouveau un accueil hospitalier dans la maison de Yehigl, 
qu'il appelle son protecteur paternel, et il y commença son com- 
mentaire sur le Cantique des Cantiques ^ Isaac et Samuel aimaient 
la science comme leur père, et, comme lui, ils étaient en relations 
avec des savants. A ce moment, Isaac correspondait déjà person- 
nellement avec des écrivains, qui lui dédiaient des ouvrages. Isaac 
ben Samuel ben Ilayyim Sefardi, qui habita Naples de 1487 à 
1492, lui dédia, sous la forme d'une missive, son commentaire de 
la lettre cabbalistique attribuée faussement à R. Ilaya Gaon *. 

Cependant, avant de mourir, Yehiel éprouva l'inconstance du 
sort et eut à supporter de douloureuses épreuves. Une de ses filles 
paraît avoir cédé aux séductions de la société chrétienne qu'elle 
fréquentait et avoir abandonné la religion de ses pères \ Cette fille 
s'appelait, croyons-nous, Rica. Cette apostasie surprit et affligea 
Abravanel, qui était alors lui-même très malheureux, se voyant 
forcé, par suite de circonstances encore ignorées, de rester éloi- 
gné de Lisbonne depuis trois ans; il avait dû interrompre sa cor- 
respondance, autrefois si régulière, avec son ami le plus cher. Il 
s'efforce de surmonter sa [)ropre douleur pour consoler Yehiel, 
qu'il appelle « un prince en Israël ». Il lui rappelle que, d'après le 
dire des rabbins [Moed Katon, 20&), le résultat de l'éducation ne 
dépend pas du mérite des parents et que dans tout champ poussent 
des chardons entre les é[)is. Mais il ne parle qu'avec timidité, 
comme s'il craignait d'élever la voix à un moment où la blessure 
est encore si récente et si cuisante. C^^pendant, même dans ces 

« Bévue (hs Et. j.^ XII, 256 : i-ii:»:?: "«îîp TCwS TT.SW '" NTM "û'^Xn 
Vm-nn ■'3-l-n Vl-n^Oinm "in"^32 DNS "^^biro. Ci'. Hebr.Bihlwgr., V, 28, note 1. 
Le turuotn de 5m que, selon l'usaj^e Je son temps, Yehiel ajoute à son nom est ex- 
pliqué par Zunz [Ges. Srhnfle», 111, 20") comme une abréviation des mots ^pz'^^ 
'"72 IllCn fie Proverbes, viii, 35. Voir Sleinschnoider, ffebr. Bihliogr., XIV, 86. 
Abraham Molal, à la lin de son T^t; r~nri, donne la même explication de 3"n, et. 
de plus, il ajoute la suivante : ^n'îXTj ^ni'Cl xbl (Pf., xviii, 22). Voir Jellinek, 

T'^Trr! on::;ip, 2» édii., p. is. 

3 Perles, RÉJ., XII, 243. noie 4. 

♦ Berliner, Mafjazin, I, 30, et Sleinschnei.îer, Hehr. BibL, XIV, 86. 

* Graetz, Geschicfite, VIII (3* éd.), 359, note 2. Je dois à l'obligeance de M. B. 
Zimraels, rabbin b Miihrisch-Ostrau, la copie des lettres d'Abravanel publiées aux 
Pièces justificatives, II, 1-4, d'après le ms. Haiberr^çr^ n: 10 i. Pour le nom de Rica, 
voir plus loin. 



86 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

douloureux épanchements, on retrouve les préoccupations habi- 
tuelles du savant. Abravanel voudrait rentrer en possession des 
ouvrages d'Efodi et de Joseph ibn Schem Tob, qu'il avait prêtés, 
pour les copier, à son ami, et il recommande à Yehiel de les lui 
envoyer par son ami, le médecin Asolo Mendez. En même temps il 
lui demande de lui (aire parvenir les productions de la littérature 
juive de l'Italie, il désirait surtout connaître les- commentaires 
d'Iramanuel b. Salomon sur le Pentateuque et les Prophètes. 

Parmi les entants de Yehiel auxquels Abravanel envoie ses sa- 
lutations, il ne nomme que son flls aîné, Isaac, et sa fille qui avait 
épousé un certain David et qui, peut-être à cause du nom de David 
porté par son mari, est appelée Ahinoam (II Sam., xxv, 43). 
Samuel était évidemment encore trop jeune pour être connu 
d'Abravanel '. 

Les souhaits de son ami ne se réalisèrent pas pour Yehiel. Il 
semble que cet homme, précipité à l'improviste du sommet de son 
bonheur, se soit lentement consumé par le chagrin. Quand, à ses 
anciennes peines, vint s'ajouter pour lui la douleur de voir mourir 
sa femme, il déclina peu à peu et succomba lui-même le 10 fé- 
vrier 1490. Quoiqu'il lut mort très âgé, il fut pleuré partout 
comme s'il était décédé à la fleur de l'âge. Son vénérable ami Don 
Isaac Abravanel, des savants et des poètes, comme Abraham 
Hayyoun, de Lissabos, et Isaac, de Fez, pleurèrent sa perte irré- 
parable dans des lettres touchantes qu'ils s'empressèrent d'écrire 
à son fils aîné Isaac-. On a même enregistré pour la postérité 
l'heure de sa mort : c'était à six heures du matin, le 19 Adar I 
de l'an 5250. Des poètes et des écrivains comme Eliézer Ezra de 
Vol terra, Salomon de Camerino^ et l'astronome Abbamare Hal- 
fon* le pleurèrent dans des élégies et des lettres de condoléances 
qu'on possède encore aujourd'hui. 

Quelle que soit la part qu'on doive faire, dans ces poésies, à 
l'exagération, il n'est pas contestable que la personnalité de Yehiel 
se dégage de toutes ces manifestations comme une personna- 
lité remarquable. Sa maison de commerce dut jouir de la plus 
grande renommée en Italie et à l'étranger, où il fit, du reste, lui- 
même plusieurs voyages. Les aumônes qu'il distribuait avec une 
libéralité princière étaient accordées aux nécessiteux de toutes les 

» V^oir, aux Pièces justificatives, III, la leUre d'Abravanel tirée du ms. du Brilish 
Muséum, Add. 'Z'I'Zy (aulrefois m?. Almanzi . 

* \'oir Pièces justificatives. II. 2-4. 

' M. Herliner {Magazin, XVI, ;jO) dit que, d'après le poème d'Abbamare, dans le 
ms. de Naples, III, p. 12, Yehiel serait mort à Lacques. 

» Neubauer, RÉJ., IX, 153, note 1. Cf. Pièces justifie itives, III, 1-3. 



LA FAMILLE DE YEIIIEL DE PISE 87 

contrées qui venaient implorer sa cliarité. Son influence auprès des 
grands du pays (Hait toujours au service de ses coreligionnaires 
opprimés, qui s'étaient habitués à chercher auprès de lui aide et 
protection. Familiarisé avec la littérature rabbinique et la philo- 
sophie, il n'était heureux que quand il pouvait consacrer ses rares 
moments de loisir à l'étude de la Loi. C'est pourquoi le deuil causé 
par sa mort fut si général, comme la communauté de Pise le dit 
dans sa lettre de condoléance, opuscule homilétique qu'elle fit 
composer, selon l'usage du temps, par Salomon de Camerino. 

Cependant l'éclat de sa maison ne disparut pas avec lui. Ce fut 
surtout son fils aîné Isaac qui suivit fidèlem.ent les traditions pa- 
ternelles. Lorsque, deux ans et demi après la mort de Yehiel, se 
produisit la catastrophe qui frappa les Juifs d'Espagne, et que tous 
les grands ports de la Méditerranée étaient encombrés de navires 
portant des exilés, Isaac de Pise devint pour ces malheureux 
comme une Providence. Ils n'oublièrent jamais ce qu'il fit à 
lui seul pour la délivrance de ceux qui abordèrent dans le port 
très fréquenté de Pise. Guedalya ibn Yahya entendit encore 
parler, quoique d'une façon vague et inexacte, des œuvres de 
charité d'isaac de Pise, qui furent même entourées de l'auréole 
de la légende. En effet, le récit de Guedalya relatif aux quatre 
vieillards annonçant à Isaac qu'un de ses descendants jetterait 
sur sa maison un vif éclat par son érudition rabbinique (cet 
Abraham de Bologne qui fut enlevé prématurément en pleine 
vigueur intellectuelle), ce récit, disons-nous, n'est autre chose que 
reX[)ression de ces sentiments de gratitude transfigurés par la 
légende*. C'est avec lui qu'Isaac Abravanel continua la corres- 
pondance amicale qu'il avait entretenue si longtemps avec son 
père. Une lettre d'isaac à Abraham Hayyoun, lequel paraît avoir 
été déjà l'intermédiaire entre Yehiel de Pise et Don Isaac Abra- 
vanel, est devenue l'unique témoignage littéraire qui nous soit 
resté de la main de ce fils aîné de Yehiel de Pise "-. 

Samuel, le fils cadet de Yehiel, jouissait également d'une répu- 
tation considérable. Un manuscrit de la Derossiana de Parme, 
contenant la troisième partie du Code de Maimonide ^, porte encore 

' n?3pr; n^'CrO, éd. Venise, iVàh. L'h^pollK-se de LuzzaUo, dans Hebr. Bibl., 
V, 147, que la relalion de Gusdalj-a se rapporte à Ifaa>! est conlirmée par les paroles 
de son neveu Yehiel dans riatroduclion du n"lN:p P~;73 : Û^^ISNb 1X^ "1?2N 

n-12: irT'nNîû c-'N t^tn t-iss î— n*::^ ic;ï< rDi srmi: T't: ncr: r,-z 
V? i-î-73 û"':-ip ibna ban vpna i-i\s'- iV?r;-û "'nT«r r;y yri^-j^^. 

* Voir cette lettre aux Pièces justificatives, II, 4. 

^ Voir ms. de Rofsi 121)0. Sur la dernière page se trouvent, daprès une commu- 
nicalion qui m'est faite par M. Leonello Modona, les signatures suivantes : 



88 HEVlll;; DES KTUbES JUIVES 

son nom et celui de sa sœur Rica, qui évidemment savait aussi 
l'hébreu; ils ont inscrit leurs noms dans ce livre, encore du vivant 
de leur [)ère, dans la maison paternelle. Samuel parait être resté 
encore plus fidèle qu'Isaac aux études auxquelles il s'était voué dès 
l'enfance et avoir fait de sa maison un centre de réunion pour les 
savants, qu'il aimait à protéger. Toutefois, son activité dura peu. 
Il 'ut enlevé Jeune à l'affection des siens, laissant un fils de trois 
ans auquel il avait donné le nom de son père, Yehiel Nissim. 
Toutes les nobles aspirations, toutes les belles qualités de la fa- 
mille se retrouvèrent chez cet enfant, qui était ap[)elé à ajouter 
à l'éclat de la maison. Il fut élevé par sa mère Laura, encore 
fort jeune quand elle devint veuve, et la mère de celle-ci, Sara, 
remarquable par sa pitié et sa science, et dont un des deux 
frères, Sabbataï, habitait la Turquie, où il exerçait la médecine, 
et l'autre Jérusalem. Selon les traditions de la famille, on le pré- 
para à devenir à la fois un savant et un négociant. Il épousa une 
fille de l'illustre famille d'Ascher ^leschouUam de Venise*, nom- 
mée Diamante, et ensuite il fonda à Pise une maison qui continua 
les traditions brillantes de la famille. 

Comme son aïeul, Yéhiel établit une synagogue dans sa maison. 
Malgré ses occupations commerciales et ses études, il trouva le 
temps d'écrire de sa propre main — c'était un habile calligraphe 
— un rouleau de la Loi pour le service de son oratoire. Trois géné- 
rations florissaient presque simultanément dans cette maison : il 
y avait sa mère Laura, sa grand'mère Sara, et la nièce de celle-ci, 
Debora, flile de son frère de Jérusalem. Un homme érudit, 

!-,NT vnrr f>:c"«s7: x"'-»--' &"-n bN"«n'' -"nr:"i7:D3 rxiT:"^ -"rsi .1^ 

•(en caraclcres carres) aVr'iSi 

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.-";• Ne"'c-o Vn'i?:',:: ".^d p ^"■'"'T"' ^■'r"'" bsT"' ■'r:» .6 

Ce ms. n'est donc pas, comme de Kossi et, après lui, Zunz [Kercm Chemed, V, 155) 
l'indiquent, un manuscrit de la maiu de Samuel, mais porte seulement sa sifrualure. 
Sa sœur Hica (cf. Zunz, Ges. Schi-iften, II, o9] y a apposé aussi sa signature comme, 
plus lard, son neveu Yehiel. Peut-être l'auteur du ms. est-il Menahem de Terra- 
cena ; cf. ms. Oxford 1 i9l, dans le Catalogue de M. Neubauer. 

' J'emprunte tous ces détails au Journal de David Ueiibeni, d'après la copie faite 
sur l'original, qui est j.erdu ; cette copie est à la bibliothèque du Séminaire israélite 
de Bresiau. Le nom d'.\sclier était encore usité dans la branche de la famille des 
Mefchouliara (ixée a Vienne. Voir Iiischri/icn, éd. L.-A. Frank!, n»' 179, 197 et 304. 
Sur le .Meschoullam de Venise, voir Berliner, S-^raN riD?. 150, 198. Au sujel du 
nom de Diamante, v. Zunz, /. r., II, o7. 



LA FAMILLK DE YEHIEL DE PISE 8'J 

Salomon-Rapharl Cohen, de Prato, près de Florence, dirigeait 
Téducation de cette jeune fille, qui lisait TEcriture sainte dans le 
texte et connaissait les prières et les usages rituels aussi bien que 
quiconque. Outre leurs œuvres pieuses, les femmes de cette maison 
pratiquaient les arts de la musique et de la danse. Des notabilités 
chrétiennes fréquentaient la maison et la villa de Yehiel, merveil- 
leusement située hors de la ville et reliée à celle-ci par la rivière 
navigable de l'Arno. Un magnifique jardin, où s'élevait une colline 
couverte d'un bois d'oliviers, entourait cette résidence d'été. Un 
jeune homme du nom d'Emmanuel secondait Yehiel dans ses 
affaires. Une nombreuse domesticité peuplait la maison, montée 
sur un pied princier. 

On était en l'an 1525, lorsque Yehiel reçut la visite du célèbre 
David Reiibeni. Quoique cet aventurier, qui voulait se faire passer 
pour le Messie, n'eût pas reçu l'éducation littéraire et mondaine 
qu'il aurait fallu pour apprécier la manière de vivre raffinée et 
la haute culture de la famille de son hôte', qui tenait quelque 
chose de l'humanisme du temps, il subit quand même jusqu'à 
un certain point l'influence de cette maison de patriciens juifs, 
qui occupait un rang particulièrement brillant dans une com- 
munauté composée en grande partie de familles sans fortune-. 
David avait fait la connaissance, à Rome, d'un cousin de Yehiel, 
Daniel de Pise ^, évidemment un fils de son oncle Isaac, qui s'était 
établi à Florence et, par suite de l'étendue de ses relations com- 
merciales, avait acquis une telle considération qu'il pouvait fré- 
quenter librement la cour du pape Clément VII. Daniel avait pris 
sous sa protection ce personnage qui se disait délégué des dix tri- 
bus. Lorsqu'au printemps de 1525, David quitta Rome sans qu'il 
put encore se rendre auprès du roi de Portugal, Daniel lui recom- 
manda de demander l'hospitalité à son pieux et savant cousin de 
Pise. Etait-ce la croyance qui existait en Italie, aussi bien chez les 
chrétiens que chez les Juifs, à l'existence d'un puissant empire 

• Cependant David Reiibeni aussi célèbre Yeiiiel et sa noaisou en ces mots : 

''"'jy "ïrb rimnc in-'m "c^Tipr: i-y ï^-^bcn-pa r.'p^i roc;"! npi'^ 

t-i"i73 nai^nr: ns'^pTr! û^n mi2 inn i^nt iT'a irr» Nirj a"'"'3yb dt» 
riT^3 inn î^^n r;-ic • 

' David Heûbeni l'ait la remarque suivante : 

£2--'br Dm^i. 

' Peut-èire Samuel ben Daniel de Pise, le proprinlaire du ms. Oxford n" 23S, sur 
lequel il a écrit son nom en janvier 156'i, éiait-il son fds, t criant le nom de son 
oncle Samuel? 



90 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

juif formé par les dix tribus au-delà du fleuve Sambation *, ou 
était-ce l'audace imperturbable, la fermeté de convictions et Pas- 
cétisme extraordinaire de David Reiibeni qui déterminèrent les 
membres de la famille de Pise, d'ailleurs si lettrés et mondains, à 
ouvrir leur cœur, leur main et leur maison à ce singulier hôte? Ce 
qui est certain, c'est que pendant toute la durée de son séjour en 
Italie, David Reïibeni resta leur hôte gâté. Pendant près de sept 
mois, Yehiel l'hébergea dans sa maison; il lui avait fait aménager 
un appartement au premier étage. Les dames rivalisaient avec 
les hommes d'égards et de bons procédés envers David. Quand il 
se livrait à ses macérations, jeûnant six fois pendant six jours 
successifs chaque fois et se livrant ensuite à un jeune de quarante 
jours interrompu seulement tous les trois jours par un repos, elles 
se rendaient près de lui pour ranimer ses esprits abattus et 
l'égayer au moyen de danses. La curiosité publique, que cet aven- 
turier savait exciter au plus haut degré, amenait les personnalités 
les plus considérables dans la maison de Yehiel et dans sa villa, 
où il avait conduit David à cheval pour le faire changer d'air et le 
distraire. La population chrétienne de la ville alla même jusqu'à 
lui donner des sérénades. Un trait qui caractérise bien la manière 
de vivre large et libérale, tout à fait à la mode italienne, de cette 
pieuse famille, et qui offre un véritable intérêt au point de vue de 
l'histoire des mœurs, c'est que Yehiel accompagna son hôte pour 
aller visiter les grandes curiosités de Pise, la cathédrale, le baptis- 
tère et le Campanile. Toutefois, David Reiibeni, dans ses notes, ne 
fait aucune remarque au sujet de l'inclinaison de la Tour penchée. 
L'importance des relations commerciales entre les maisons de 
Y^ehiel, de Pise, et de Daniel, de Florence, est attestée par ce fait 
rapporté par David qu'un jour Yehiel alla encaisser chez son 
cousin une créance de quatre raille ducats. 

Un seul membre de la famille Pise, Ismaël de Rieti, beau-frère 
de Yehiel, riche et bien connu, qui s'était fixé à Sienne-, ne paraît 
pas avoir partagé l'enthousiasme des siens et de ses compatriotes 
pour le frère du roi Joseph, du désert de Chabor. Il lui offrit, il 
est vrai, lui aussi, une large hospitalité, mais à la question que 
David lui posa s'il n'aimerait pas mieux Jérusalem que Sienne, 
il opta franchement pour Sienne. Cette réponse ainsi que le refus 
qu'il opposa à notre aventurier de lui accorder de larges subsides 
valurent à Ismaël de Rieti d'être blâmé vivement dans le journal 
de David Reûbeni. Ce blâme ne diminua en rien la vénération 

' Cf. Kaiilmann, Jewish Qua.terly Reticn:, IV, 503 et suiv. 

* N;"^'^3 "i^ys "Ij^mSN ribnil i:mbl7;i, c'est ainsi que s'exprime encore 
Hanania Eliakim Kieti; v. Morlara, N"'7N:2"'N ^"^^n m^T'i, p. 5'i, note 2. 



LA FAMILLE DE YEHIEL DE PISE 91 

d Immanuel b. Isaac de Latès, pour Ismael de Rieti, dont il 
instruisit les petits-fils', et l'estime que lui témoij,niait son beau- 
l'rère Yeliiel, qui appelle sa maison «un sanctuaire royal de la 
Tora et de la science ^ » où il eut la joie d'acquérir l'amitié du 
célèbre savant Yohanan ben Joseph, de l'illustre famille des Trêves, 
qui y séjourna comme hôte. Ismaël di Rieti, qui n'avait qu'à se 
conformer aux traditions de sa famille, se consacra à toute sorte 
d'œuvres pieuses, et son exemple fut suivi par son flls Moïse. Ce 
dernier fut, lui aussi, un bienfaiteur pour les Juifs de la Toscane. 
Quand un mouvement hostile se produisit contre eux, dans le 
Conseil de la cité d'Empoli, et que, dans leurs prédications, les 
prêtres interdirent aux chrétiens tout commerce avec les Juifs, 
leur défendant même de les servir le jour du Sabbat, ce fut Mo'ïsè 
ben Ismaël qui fournit l'argent nécessaire pour aller à Rome et 
obtenir du Pape un bref en faveur des Juifs de cette localité ^. 

A l'époque où David Reùbeni demeurait dans la maison de 
Yehiel à Pise, celui-ci avait déjà commencé à former sa biblio- 
thèque, qu'il paraît avoir considérée comme son bien le plus 
précieux. Pour posséder les ouvrages existant seulement dans 
des manuscrits très rares, il les copiait de sa propre main. C'est 
ainsi qu'il copia de 1503 à 1504 la traduction hébra'ique du com- 
mentaire d'Averroès sur les 3'^ et 4» livres de la Physique, d'Aris- 
tote*. En 1524, il fit copier par Benjamin ben Jacob Camondo % 
exilé espagnol originaire de Fez et résidant à Pise, la traduc- 
tion hébraïque de Moïse b. Salomon de Salon du grand com- 
mentaire d'Averroès sur les quatre livres de la Métaphysique 

' Voir ses Consultations, éd. M. -H. Friedlauder (Vienne, 1800^ p. 121 : Ti'rjîC: 

SNr-:'^ i"7:r! t37:i-i7:n rr-nn Vi'zi T^cr y-ixa bn; 2-'n: •c\s:: 
\-i:?-: snnrNv: n-.in T^ra ■'ïa'? iT^bb irr^aa 2Ct> TiT^na b"j "iircViîj 

Ï'T'j:"':: m:.:': S:'::3. P. 123, il y nomxe aussi son fils Sabbalai Elhanan el son 
lils aine Moïse de Kieti. 

' Lettre de Yehiel à Yolianan Trêves : ■l"-i~T2 ^f^i Dl'rN" r"^22 "Tni;" '^l'^Z 

Ti'Anb ^b?: cip-: r-fa in-'n -ex t^-îr-'O -i^ra "^uw»--: '^Nr^^-w-' 
mii'nbi . 

' D'après une lettre d'un contemporain, commençant par ces mots : bN"',"C^ r'^22 
"n'ni'O ■|;"'N-1 r;:XpOi:31 ■«b^•::■'^< ■•aOT'. et conservée dans deux de mes collec- 
tions manuscrites de Intires d'Italie, sous les numéros 48 et 71 : ".yiN "INlD^n nrr: 

"jnb:?» y^tn•^ -,\aN So -7^2 -,21^' :]32 bi-c^ ><i- .i^-^- 

♦ Ce manuscrit, qui appartenait précédemment à S. Schônblura {Hdn-. Biblio'/r., 
XIV, 84), appartient maintenant à la bibliollùMjue de la Cour de Vienne (ms. 170); 
V. Brûli, Jahrlucher, VIII, 167, noie 2. T'en rVZ P3L: 'r '3 Cl"' correspond au 
lundi \*' janvier 1504. 

5 Ms. Modène LXXV (Catal. de S. Jona). Cf. Sleinschneider, dans la Jubehchrin 
de Zunz, p. 19 et suiv. 



92 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

d'Aristote. Vers la fin de l'année lo2r), il copia le texte da Zohar 
sur dix péricopes. A cette époque, cet ouvrage n'existait encore 
qu'en manuscrit '. Raphaël Salomon ben Jacob Cohen, de Prato, 
qui remplissait dans sa maison les fonctions d'instituteur et qu'il 
chargea plus tard d'accompagner David Reùbeni au Portugal, 
fut aussi employé par lui comme copiste -. Mordekhaï ben Ja- 
cob Rosello 3 a vu dans sa bibliothèque, probablement après 
l'expulsion des Juifs de Naples en 1540, un très ancien manus- 
crit de contenu cabbalistique, attribué à R. Hamaï. \Jn fait qui 
prouve que Yehiel n'était pas seulement versé dans la littérature 
juive, mais possédait aussi des connaissances profanes, c'est qu'il 
sut écrire pour David Reùbeni une lettre destinée au roi de 
Portugal, qu'un marrane, ami de David et devenu prêtre, se 
chargea de remettre au souverain. 

Tout en ne s'occupant de science qu'en amateur, Yehiel devint 
un éminent écrivain. S'adonnant de préférence aux études philo- 
sophiques, familarisé avec les philosophes juifs ainsi qu'avec les 
philosophes grecs et arabes, dont il connaissait les ouvrages par 
des traductions, il était resté néanmoins inébranlable dans ses 
convictions religieuses et continuait 'à croire résolument que la 
religion est indépendante de la philosophie. Aussi, lorsqu'il vit 
pour la première fois l'ouvrage, alors encore manuscrit, de Yedaya 
Penini, qui défendait les droits de la philosophie contre R. Salomon 
ben Adret, il n'hésita pas à protester nettement, quoique en termes 
mesurés, au nom des principes du judaïsme, contre les assertions, 
d'habitude si judicieuses, de cet auteur, en tant qu'elles attribuaient 
à la philosophie une suprématie illégilime sur la foi. Son livre, 

• Mss. Paris, n"> "83, 214 a. D'après une communicalioa de M. Schwab à M. Israël 
Lévi, la signature est ainsi conçue : rX^H'' ''2?N3 b""* "'^"^ri "^^N ^r'^z'-'CT") 

£2"i"' ND"'-: -i^:'2 r": 'tn',?:^:; i"?:: ■p■'^i:^; wN^xb '[^ t*<o-'c •w\n ['^s: 
bD ms-^ nD -.•:;i<b n'r-rm nacn n:- rz':: t'-:z- ":;"7nb ar:"» Y':: t 

' Le Calendarium de la Laurenliana (Biscioni, p. 333) porte, d'après la copie de 
M. le rabbia S. -H. Marf,'ulies, la sij.'nalure suivante : HT^'^O '?N£~1 "VîCr; ^IS 

n'TN- nnVr; ^r-yz^-z tjwS-iîtû nnbï inrr; 2-r-^ -,'-;'3'3 •\':i''' inm 
"i:>nT b2T Nir; zi r^isnb inST"" '- p<d^s-: -i':!'- bNr:o '-l'r;'?:'^ 

A la lin se trouve : ^;2T^ 'n l'^'^ î*<0'^î"« Vsi^UJ '"^-b "la b^T!^ "'bc 

irN v-iT rnîT ■':'-,n "«rN 12 ms-b. 

Le ms. Oxford 911, qui a éié écrit en 1538 par Raphat-1 Cohen de Prato, est pro- 
bablement aussi venu, comme le ms. de Rossi, de la bibliothèque de Yehiel de Pise 
entre les mains de H. Nalhaniel Trabotto. La leçon "llJi*"!!^, après le nom de Salo- 
mon Cohen, dans Graelz, Geschichte, IX', 340. est donc condrmce. 

3 Cf. Zunz, Nnchiraj, p. 49, note 1 ; ms, Oxford 1633 (Calai. Neubauer, p. 577), 
Sleinscbneider, Calai. Monac., n» 49. 



LA FAMILLE DE YliHlEL DE PISE 93 

écrit dans une langue pure et élégante, prouve que l'auteur 
possédait une solide érudition philosophique. Comme le titre l'in- 
dique, cet ouvrage était offert par Yehiel au public comme une 
pieuse oblation de son zèle religieux. Yuhanan Trêves lui-même, 
savant et célèbre interprète du Mahzor romain*, qu'il api)rit à 
connaître et à estimer dans la maison d'Ismaël de Rieti, et qui 
résidait alors à Sabionelta, avait accepté la dédicace de ce remar- 
quable ouvrage, dont il rehaussa encore la valeur en lui adressant 
le 14 Tammouz 1539 la lettre de remerciments que Yehiel inséra 
dans son livre. L'ouvrage devait se terminer par un poème, que 
Raphaël Salomon Cohen, de Prato, avait écrit en son honneur. 

Yehiel de Pise se révèle dans cet écrit, qui mériterait d'être 
publié, comme un des derniers grands représentants de la pensée 
philosophique parmi les Juifs. L'esprit de Zerahya ben Schealtiel 
et de Hillel de Vérone, pour ne nommer que ses prédéces- 
seurs italiens , parait revivre en lui . Parfois le critique se 
montre, dans son ouvrage, juge et connaisseur plus compétent 
que le panégyriste ; Yehiel est, en tout cas, supérieur à Yédaya 
Penini par la profondeur de la pensée. Ses citations, dont il 
use d'ailleurs modérément, prouvent qu'il connaissait et com- 
prenait la littérature philosophique. Aristote et ses commen- 
tateurs, Thémistius et Alexandre d'Aphrodise, et tout particulière- 
ment Averroès, lui sont familiers. Il connaît aussi bien le système 
d'Avicenne que les écrits d'Alfarabi et d'Algazzali, qui lui étaient 
accessibles dans les traductions hébraïques, et il semble môme 
familiarisé avec les philosophes modernes d'Italie ainsi qu'avec 
les ouvrages d'Agostino de Sessa*, nommé Niphus. Sa biblio- 
thèque dut être tout particulièrement riche en ouvrages de théo- 
logie juive et en ouvrages manuscrits de penseurs et d'interi>rôtes 
juifs qui étaient alors peu connus. Les tendances de son esprit le 
rapprochaient surtout de Juda Hallévi et de Moïse ben Nahman, 
dont il invoque souvent, dans son argumentation, le commentaire 
sur le Pentateuque et les dissertations philosophiques. Mais il pro- 
fessait aussi l'admiration la plus respectueuse pour Maïmonide, 
dont il vantait en termes éloquents les services rendus au j udaïsme. 
Toutefois, malgré sa déférence pour ses maîtres, il savait rester 

• Yehiel cite déjà dans son livre le commentaire, qui avait été imprimé dès 1Ô-40 à 
Bologne. Cf. la dédicace de ce livre et la réponse de Yoliauan, Pièces justifica- 
tives, IV. 

* Cf. Tiraboscbi, Storid délia Icllemtura italiana (éd. Venise. 17-24), VII, 572 et 
suiv. ; Renan, Averroi's et l' Avert-nisme, s. v. ; Pietro Uignisco, ^icoletto Vernia studi 
storici sulla filosofia padocana nclh 2. meta dtl secolo decimogiiarto, p. 60 et suiv., et 
Perler, BeUriige, 182. Yehiel le menlionne loé et 33a avec la qualilicaiion sui- 
vante : ND-^OTS nr::Di3N ii-ma rrr; tcx cn-nsn '"'EioiV-^sn îits. 



94 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

indépendant et rejeter une opinion même quand elle était défendue 
par un Hasdaï Crescas et un Joseph Albo. 

Cette indépendance d'esprit lui a permis, malgré son zèle pour 
les spéculations philosophiques, de contester la supériorité de la 
philosophie sur la religion et même de lui interdire toute ingé- 
rence dans le domaine de la foi. Selon lui, aucune des vérités en- 
seignées par la tradition orthodoxe, soit dans le domaine de la mé- 
taphysique, soit dans celui de la psychologie, n'a pu être découverte 
par les efforts combinés des penseurs de toutes les époques. L'his- 
toire de chaque problème nous montre une série de contradictions 
et de vains efforts s'annihilant mutuellement. Là où Yedaya veut 
voir les titres de gloire de la philosophie et les services rendus 
par elle à la religion, Yehiel voit une lutte stérile, un mouvement 
sans but, une espèce de cercle vicieux. En essayant de prouver 
ses assertions, Yehiel expose l'histoire des théories psycholo- 
giques avec une grande compétence et un esprit de critique 
acérée. L'Ecriture sainte n'a pas besoin du secours de la philo- 
sophie. Même la ïora toute seule suffit pour enseigner au croyant 
l'idée de Dieu dans sa pureté, il n'a qu'à développer d'une façon 
logique les indications si claires qu'elle donne à ce sujet. Les rai- 
sonnements des phiiosoi)hes, ardus et impossibles à comprendre 
sans effort et préparation, sont sans valeur pour la foule et sans 
action sur ses croyances religieuses. La certitude absolue, la vérité 
incontestable ne peuvent être acquises avec les moyens dont dis- 
pose notre seule raison. Celle-ci ne peut donc jias prétendre s'éri- 
ger en juge des convictions religieuses. Quand Maïmonide essaie 
d'expliquer les lois cérémonielies par des motifs rationnels, il 
échoue dans sa lâche, ne donnant que des explications faibles et 
insuffisantes. La soumission absolue de Yehiel à la tradition ex- 
plique son respect pour la Cabbale, le Zohar et ses interprètes. Elle 
fait aussi comprendre que cet esprit, nourri des œuvres philosophi- 
ques anciennes et contemporaines, ait pu accorder sa confiance et 
offrir l'hospitalité à un rêveur et un aventurier comme David 
Reùbeni et qu'il ait énergiquement protesté contre l'épître de 
Yedaya glorifiant la philosophie et les services rendus par elle à 
la religion. Sa foi absolue dans la révélation et la tradition, sa 
croyance à l'impuissance de la raison nous expliquent sa vie 
et ses opinions scientifiques. 

Plus tard, Yehiel Nissim semble avoir occupé la présidence du 
Collège rabbinique de sa ville natale. Il est consulté pour des 
procès et des questions rituelles, à l'égal des plus hautes autorités 
rabbiniques de son époque. Si naguère les études philosophiques 
occupaient principalement son attention . il s'adonna désormais 



LA FAMILLE DE YEHIEL DE PISE 95 

avec beaucoup d'ardeur à Tëtude du Talmud, à laquelle les Juifs 
de l'Italie allaient bientôt être forcés de renoncer. Car le moment 
approche où dans toutes les villes de l'Italie, le tribunal de l'inqui- 
sition confisquera les exemplaires du Talmud. Ce fut le 9 sep- 
tembre 1553, pendant le Nouvel-An juif, que l'Eglise fit brûler les 
exemplaires du Talmud sur tous les bûchers dont elle pouvait dis- 
poser. Yehiel de PJse lui-même dut livrer au bourreau ses exem- 
plaires du Talmud. Nous avons encore une consultation de lui, 
datée de l'été de 1555', où il rappelle ce malheureux événement 
et où il déclare qu'il ne jieut apiiuyer sa décision que sur les ou- 
vrages de casuistique qu'on lui a laissés "-. Dans cette consul- 
tation, il se montre partisan tervent de la tradition talmudique, 
ne tenant aucun comi)te des usages locaux les plus anciens quand 
ils sont contraires à la lettre et à l'esprit de la loi. S'il en avait le 
pouvoir, dit-il, il déracinerait toutes les coutumes qui se sont 
introduites illégalement dans le rite italien ■^. Versé dans la litté- 
rature rabbinique, complètement familiarisé avec la tradition, il 
cherche néanmoins à se former une opinion personnelle, lorsque 
le contrôle lui est possible. A l'exemple de Nahmanide, il essaya de 
fixer, comme il le rapporte dans la même consultation, au moyen 
d'un sicle qu'il avait reçu de Jérusalem en 1527, le poids exact de 
cette monnaie et sa valeur en monnaie toscane *. 

' Cr. Monlcfiorc, dacs Revue des Éludes juives, X, lSt6. Daas le ms., qui appartient 
à M. le grand-rabbia Zadoc Kahii et qui est sous mes yeux, grâce à l'obligeauce du 
possesseur, les consullalions liioloT portent les signatures suivantes: loo, rîNI^"! 

pD5 Y'i'J "17:p ':j-in CwNt f^D-'Dtt t=;"n ^wS-tp -i"-ir;7:33 ri"rr:- ; 
15»), P01273 Vt ^î<i70':: "13 '■'02 SwN'^r"' ppn Tnns Y'5 '-i;r;i 

psb 12"'''0 "ÎT^D r,"0; 1'T", '■'Oj bS'^n'^. De celte signature, il résulte que 3'>'>n 
b"î W^Oj '^HVyC l"33 D^'Dj ■1;2"ND3 a''C", que M. Perles, Beitriuje, 1io, 
note 1, et ^L Ncubauer, Revue, IX, 153, considèrent comme le pelit-Cls de Yehiel 
de Pise l'ancien, n'est pas le même que celui dont il est question ici et ne fait pas 
partie de la l'amille. 

* N" 155, i. c, il est dit : '"^"ixir; V't 'ipoiDr; ■'nm?: :-,t^x-i ^■':n-i 

£=î< -^3 "J7J73 i:-|-b3 Ti7:bnr: "^nm:: '-pj?-! ^<■'2r;b b^i: Nbn -bwxr; 
;."730T -•:^i2 "irai -"r; '^-^T:; "i:n tz-^7:^:: -iwN b"î '^pci^r; ^z> br 
b"T npr-» iria""! i:3t "J^s-ir; c-'rnnwsr; "^bTi.-i. 

» ibid. : r-.i:::":: bu: sniTo t^-sbwS r-.ns r-cbb ■'nx-r:: :ir!;7: riT V'"^"' 
'r-iïm p iNv^-jW' b^bro 'nnx '•':;r;;T: c-'C 17:3 vbr irc-b ^V''^"»^ 
"b-'n ^o\s "^Ni b"n ■'pSD -ia3 'i-,a- -ikSUJT ï-n^-inm r-.ipsr- 
1-'j:'3 3"a 5-;7:- ht rjcsn: a.x r^bsnrtb :3"n ■'-uS-i V''^"' "i~:^"'^2S 
n"n3 nniN nrain r;:\T:; -cn- rairr. 

* l'iid. (cf. Zuiiz, Zur Gesch., 556; : '^D C]n33 b"T 'j"37i"ir; b'^i'ino ^^i"^ 

ï-n:nbï53 nmx ibpoi bp^n m^:in7ûi '^■j>'::i- isrs ^^•T:; n-nnr: 
bina rvo S"- -^""c-i nan m-3 wno;a snsT '-^pis ■'i:n nmï«:i:72i 



96 REV^UK DES ETUDES JUIVES 

Dans le procès que le médecin vénitien Joseph Tamari avait 
intenté à son beau-père, Samuel b. Moïse Venluro/.zo, de Pérouse, 
et qui préoccupa une grande partie des plus éminents rabbins con- 
temporains de l'Italie et des autres pays, Yehiel Xissim lui aussi 
fut prié en 1Ô59 de fournir un mémoire'. Dans la même année 
il écrivit, sous le nom de « la Vie éternelle », son traité, divisé en 
16 chapitres, sur les prescriptions rabbiniques concernant le 
lirèt et l'usure -. 

A partir de cette époque, nous ne savons plus rien de lui. Nous 
savons seulement qu'il mourut avant 1572 et que sa précieuse 
collection de livres et de manuscrits, à laquelle il tenait tant, fut 
vendue et dis[>ersée. Du moins, Azarj'a de Rossi rapporte, dans 
le second appendice de sa <> Lumière des yeuxo, qu'il avait acquis 
des livres provenant de la succession de Yehiel Nissim, de Pise, 
parmi lesquels se trouvait un précieux manuscrit très ancien 
d'une autre traduction du commentaire de Maïmoniie sur le 
xi° chapitre de la Mischna de Synhédrin^. 

Nous sommes beaucoup moins renseignés sur un autre petit-fils 
du vieux Yehiel de Pise, sur Abraham ', fils de son premier-né 
Isaac. Quoique, suivant l'expression de Guedalya ibn Yahya, il 
aitlaissé à samort, survenue dans la fleurde l'âge, des enfants, delà 
fortune et de la considération, et qu'on ait trouvé dans sa succes- 
sion quelques ouvrages composés par lui, ni l'histoire des juifs 
italiens, ni l'histoire de la littérature ne savent rien de lui. Une 
seule consultation, qui nous a été conservée parmi les consultations 
de Menahem Azaria de Fano, sous le n» 106, et est une savante 
dissertation sur la manière d'écrire les phylactères, est l'unique 



pp-i7::-i ri'i-ij: ^o^^ '■'prix ""xn nn-rxi:?:! imwS \-i"rp"wT t>:"2mr 
sir; 1":: ■zi-'-;:z'z '-n -iV-d i"cû "tj V'î i"c-i "'■rb nn bDO s::?:: 
nr"^ TN r"n:i '- 'z c ",n Vn s^ini: qsD ■^pnx -^lin -^iio anc 'z 
— rri ■^7:n;-.r i-'eCwN 'wS -^Trc t^im i-'nc ':; rrr:: m:,r:z r^i^r: 

r<nm^ t\^'-:z^ -«p: :]0373 '■'priN "^^n "j-ir anc 'n- -^nbia ncc-: 
n-nn bo b-p/::. 

» Voir Brull, Jahrbiicher, I, 111, noie 122; ::""'2?: n"TC H, 139. Joseph Tamari 
est celui dont j'ai parlé dans Jacish Quartcrly Revuw, II, 299 et suiv. 

* Zunz, dans Kerein Chemed, V, 15o, ce que M. Neubauer [RÉJ., X, 153. note 2) 
n'a pas \u. 

' Zunz, /. c. 

* Dans ^VDn. n" 66. il est question, par erreur, de la discussion des trois fils 
d'Abralidiu de Pise au sujet de la succession ; c'est de la succession d'Abraham 
Pesaro qu'il s'agit, d'après Cat. Bodl. 2224. D'après les renseignements que je dois 
à l'obligeauce de M. le chev. Malagola, directeur des archives de l'Etat à Bologne, il 
ne s'est rien conservé sur Abraham dans les documents des Archives. 



LA FAMILLE DE YEIIIEL DE I^ISE <j7 

témoignage de son érudition talmudique, qui lui a valu le titre 
honorifique de gaon. Ce queGuedalya ibn Yaliya dit de lui répond 
bien à l'idée que nous nous faisons des membres de la ramille Pise, 
qui étaient tous élevés pour devenir des savants. C'est probable- 
ment lui qui adressa des vers à Josef Haccoben, le chroniqueur, 
après avoir lu son poème sur les trente-trois beautés de la (èmme 
et les vers faits sur le même sujet par Josef b. Aliron Lévi, le beau- 
frère de Josef Haccohen. Josef lui répondit, en ajoutant des vers 
en l'honneur de Fiametta, femme de cet Abraham*. 

Un poème d'EliaLevita, conçu dans la manière d'Ibn Ezra, mais 
où l'on ne trouve ni son heureuse facilité ni son esprit pétillant, 
nous présente aussi Abraham de Pise comme un poète de talent, 
devant lequel il est forcé de s'excuser d'avoir osé faire vibrer les 
cordes de la lyre '-. 

David Kaufmann. 



PIEGES JUSTIFICATIVES 



Poésie de Joseph h. Isaac Zarko. 

M s. Halhentam, 251, f" 94 a- 97 a i Judith Collège]. 

r~inc riiy 'no'^z-!^ 'ti-ito "i"33 i'^'t'i bx-'n"' n"--'? "ni'wy nr pn 

T'EN- m:^ "«273 TTiib-n V'"* ^">2'ob -^"yp p:o r:n: 

-in-' br -!■'?:■ yn ^nnb pno 

"ik^oa t><b"i !-î;:-i T'a r-.iT'b 

-1^2:1 bv2 l'^'C »-Ti;3 mN3:c ixi: i7jip 

"iri"' nNC3i ^ibkS bon yi-' 

bxn V"""' "'"1^ ■'"'"- "'■'ii'- "'"-i^* 

in: ■'b T!-« -ni^n nnis •'r^rD 

T-t". br br --n: ir:.*?: bwX r-'i 

~n- nb i:»-."' 2bri 'cç 

• Voir Isidore Lofcb, HÉJ., XVI, 29. 

* Dans le Catal. Rabiuowitz (n» 10) du 5 Tammouz 1SK7, est mentionné sous le 
II» 180, un poème qui doit avoir été adressé par Elia Lévita à Abraham de Pise. 
Ce poèmp, dont ]'ai essuyé de corrif;er de mon mieux les fautes et la division délec- 
lueuse, m'a élé communiqué par mou ami S.-J. Halberslam de Bielitz, dans la 
collection des manuscrits duquel ce manuscrit porte maintenant le n" 496. Voir 
Pièces justificatives, \ . 

T. XXVI, N» ôl. 7 



>JS HliVUE DES ETUDES JUIVES 

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ppr: tj:'i "jPiry nbx'w -rnx ûN3 tzi-^r; r;7:i m:: rr^ 

n73N"> n-îcN Trrn in N::?:b n"«3:b ribx ■'«bi 

•ibc73 N'w-'T "ibip l'n ^s v:Tirb 13:^7; 

a'^'C^pr?:? 137270 trn3b tj- irn bi7:n vr, -^y^VT: r-innn 

siujiNbnmriTas Dîvaninx -ro mm-172 tic:n b:? s-innss ^r 

ûi*J3 n3nî<72 ib ;r! nNbsD ^^ ipbn r-,:?: bi<ini Tcn s-,3r:y -;wX 

r-T:c3 rî-nr- nn?:*:; av3 n-nm ï:2"0'2 b-n:ir: -"z bv im-ribn 
riT -iian i;î<-ip i''^" ^:î<~P^ 2?:: n- T-i-,r; ^b inic;> n-;DT:r; 

• = Douze sirophes. 

» Sophon., m, 18 ;?) ryxi "S"- 

' DaDiel, i, 5. 



100 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Tiby î— i-nc 13 p-iNT S)D*p n"nî p bx rx-ipb ii^n 

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IL 



1. 

Lettre (Vlsaac Ahraranel. 

Ms. Haloerstam, lOi, f. 49 è. 

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' Abraham Havyoun, 



LA FAM[LLE DE YEHIEL DE PISE 101 

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S:? -i2ibT ']mN s=rab CwS -s , t=^T>::a -,ï:t î-iiitot ^pncsn -vn 
l3>»bT -^nn cnra ^mx a^pti i^Tobi >7oin; ^nan '^nrj '^nn-: ^ab 
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t*<îcnD r-n7o"i-7:n s— iijnbn r-ijn?3^n t-mai yns •^:d br v-îd 't> 

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fcs ^<br: /"«uînr! 'pbxa 'mna pn •n"'73-'i 'n nwS larr '■'cai Q"'\2;;n 
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S;» t=pir: 13:; û^i:;3 rirn î-iznn "jvm rinx -n;» nann npr Nb 
tnmz'Cj b^ n3-ij' nn:î<i ir^^ mnpb -i'>::ï« rr^-nc i;:.-.:! ncNr; r-Tnx 
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. S'oT' "wT:p ûbawS- 



Lettre (Vlsaac de Fez à Isaac de Pisc. 

Ih., f. 53 a. 

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102 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

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. ûib-w ne ":;* ""awS* ï-,-AS'Erbi nbrirb !-(b:?7:b nbrr: 

3. 

Lettre d'Isaac de Fez. 

Ib., f. .5.5 *. 

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iTrN: "-2r •^riî -^^ -"rr:'-:b r-^iinb bnx n-r: 21^- /-^nar^ ax 
■'2 "^r-iTinb -^s •^-12"! r-bnn sztt! r-17 , "^rr-^'w": ^w\ n^n ln"«-i32 

/-ipbx 'r: inN '■'Tn -n-ii:^ r-r-,"r,j: -i^::: S"::t 'nsb 'rns 

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T':-: mN-,b r-nxn^rr os:-, r--b2w-r;2 ttc miris \-in-i Y-r:: 
r-i7:nî<r7 ■':r S:' tcn c-n- br?: r-;-:rm ...'■'pbwN "rs r-.-,N-r 

4. 

Lettre cCIsaac de Pise à Ahraliam Hayyowi. 

Ib., f. o5 b s. 

n":;i'72 '^\-Tir2j:N r-r-:;??: -120 r^b;?: -wvs r->:r, ,^"1br:p "^rs:: 
■'-.m m:*:;" by^ 'nbr'n]p'j'\ r:r2 -;:;n 'p'rx nrr^: 2r27;r;T r:7:2n 
TT'N''T \-^-:"ibwS r-i-':p ■'r-îp r^::-, '^•'T' i::"i2 -,"w\s n-rcn r— .:.wNr; 
, in^CN zi-ç' £2in:: "{■'srr Sj:2t 'It::' rrrN ■'r 'Nin ^-hn ^rr 
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Tî- r^^Tinn »~i'^'w pnti ï~iTri ■c.TrîT? n2 r^ni'CN"!""! • 1"-— ^ . > -- 
TC"C nrCwS "T' m-'-rx "T' z-i-wN 'i^;^■^c '"m n-r; tsm t="^;*z 
, 'j:-in '-tn-i ■'•r^p*: '"ttn r;rT2 -r;-: ^-•'2 Y-'^' — tj2 r-;:;-: 2'j:s 



LA FAMILLE Dli YEHIEL DE PISE U13 

, nnriD: ^rrn nnp^ T«yi<« •^mo -^nni* ^.n-,^ T.x Y^ in^^D^x •l:^-: t=NT 

'•pba Snp Ii73r: Sipr: ï-i-nns m:^ Sip t=^':::î<i 'pbx n;:c::r: 

rrriN Nî^?a ■'Tcn brbi ^aa'iD -«îîi "^"n tt^ni-i iN"n tûo ii^wo ■••tn 
,a->rrb ^z^:> tn^'''r>^ osct mwS7j r-nr^n !-ini< , niri 'bi p^r; r- 2:1:7: 
■ïoyc:'^ ^np-i-nn -^aN-i ^naoi 'r^np-i V-'^^^'i nr:v:2 ion-", niSii i-inN 
■'To ,in::2 rrbN ",w\s wSin riT -«wXi ï-tt xir? V2 ■'nbi -^^n "^n-iTiN .-^'CJc: 
nbrJ V"'*^' "^^'^ ""'^"^ '■'»'«:î3 T'b-'tt -^rrirar! -i:? t<2î< inNi:?:^-! nr^wX ir-« 
S:' 'nac-i"» r-!nbi:r:n -^sin b:> norw r-n):-':''^: ■'^diwS ^y 'ma-r r-ia-j 
■«7:5 , mbns ïnnm?: lT«::b jnT7wNr;n 3!^tï^ )r::b ni72n bD ^wb , ï^ï<b» 
S)n:i nv^a ^ab ,^Dm bs ^3T::n n^-^, irrb ^si^ r^.bibs 3P3?:r: t-.nb^bsn 
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-bND ^n^s-l Nb nb^r; t-T:373m t2^b^^Dm mwmnn -^Toh ^ûrrn t=i-iNn 
r!2-i3Tb> nvn vN^-i-'b '- mo p\n7:j vin-' nu:N 'm I7:b mb'^b^n brn 
VS ,T'mb"'bi*Di ii'^lD-iiD -im TviîD :>m"' ■'^2"i abi:'?: -i«n û-«-n2:ir: 'nJ2n 
bN^;2^3N pn^-" -jin mnbin rrbx , -iconr:b D5"«n^ "ïï^?: dn ^i nt 
— min ^.sb-2n irn tz^î^nx 'n r:m--j^ ïn^i37ûr: r:"»:;;'-: riTi Vî< c^n 
^br nn; nbn2 \n-iNsn 1^^^5 —ne; ^:2b ^snn ^72^3 ^^^^^ — >rM2 , ^3 
p'7:b pnn^ r<b pn izî^Tj^r: ^d 'pbî« ■"'="' ^^^ ^-^' ^== .^'^x-i 
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qiyb -nniDi n^ob ms^itD !z:^7rC3 33D ^)2'C r: , tznbr; ^.s^sr: ^^ nn-»:: 
Tîm '7:î< r;T ■'72 , r-TTn gvd n-iriN y-iNb ']b':5n73 . . . C'I ?^:»': '"^n"' 
'-rb?: ^72 /-nsb pin-i-2 ^^b:i-i ";ib"<3i^ rin^'T Y-'^^ f^''^'^ 1i;3b3 t-n 
1-^:373 ,nr2D -i3r bwS n^sm ■i:bT353 '^■nT' •^si i:s:ni<2 t-ss-' -^3 nn-asb 
-3^ •^ribbc Nb ^■'iD nN- "ri-iro Nbi ■'»-T^72n Nb ncN r,'r, -,3-ir! >ii:"» "'72 
"^nbnn -r Nb72"' '■^\n"ii:br; "înb;:; ■'^sb "^-nrn ûibn û^n ,t=nbc "iC t? 
Cisr; , rr^Ti -lonD -^rao?: '^■'rn:' ^nin ■'i-ip-::') \nbDN ti:"'-,"'3N cnb t=:n 
n72rT '7n3y"j72T ']:j30 -jrjj-' Tirn "^-t^ im-in ■'3b î-,72nj72 •:;-i33)? 
■ice; î-iK r-,T^nnb Tnr. ^dvd !nc:> f-iwST mn-'r: 'n t-iN72 , ■';n72nr 
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r:'::^y irb:? S.sb dh-isk ^-1-13 "^720 nbn^Ni r!:"i3î<i "î^:d r^Tn.s p^i:3 
—wS 3-":;wS r-,wST .r2b-i:'3 ib nrs-:: i72'ip7372 "îvbr Sî< Ti-ai '-^r 
. . . m-'iN nnx r!72i ']72'3 ^-l::y -rns; Nb ■'D ■'rnv72"i "'2'ibN "'3b 
is-ii "î^bwS 3-np S3 £ii'72T; "^b lo^^y un d3 "^d , T^"'"b î-rr-.rNi 
'"ib-:: :22-c:72i 1-.72N -i3T H::? mm St« c-is Tipob nsbnn tn p 13-. 1723 
■in3nNi ^p-^n 3-ip72 rtT bb:.3 "^br; "'3b t*<b 'jib-in"' nbnp" D"':c "723 ht 
tz^n r,^^y ODDb n\-^:yr: pii:3T ir;j-i72 c\s nnSD ^n rr^rc: t<b y.:^: 
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-;nDD -i:'-iT "'272 nDïîn ^<b^ "irr^a 3-ip73 riariNn m3Db ^b■2^^ Kb S=;-'3-i 
a-'n72-i:i a-'c:; '^n;'72-:;72 Sx t:"''-iD ']P"ji3yb t="':"i3: r-ir:' iinr tn 

• Abraham Havvoun et Isaaf Abravanel, 



lOi REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

naars IN TiDU'Ci p^yin ■':s:"i -^ririD 'p r^nNi yzr, t^-iojzj: '^^'z'^n nr^îr-: 
£2r:i "^mwS '^:n^i '^''rN rrc — 'N^ "rp "^^n -jrp t:''C'« nby^o rib:?»5 

. "b "i:"'DT' f>"'n m2"CT 



III 

1. 

Lettre cl'Isaac Abravanel. 

Ms. du British Muséum, Add. 37.12!), f- t89 b. 

.''N"»? V'ir; imiN bx 

-;::wX -i"»:??: '^nrn nnpbn:: ^itn qsrn bnr: 'n -^r-rb-: sj^pr: Nif ■'ir 
T-i-« T>nN *':dw nrm:72-iN3 î»^a n^-^rnbns n?2 mbr -"^ ,rî3-ip3 -^^rïM 
■'b riT . nm "^b-^ v:rb 'n ins •'r-:?: nri-r: nnn ■';e'^ wN3 'n "fb? 

r-n:2r: ^tovz ']-iib \n::o "ti^s j— wN ttw::; \-ibn2 \-2Tr' r:"*;':: cb-:; 
-i"is:i2 y"iN2 i:"! ;•; •irT'Tn .•^n-'2 "'2"':n ■'T'b'' *:3 t^-^rmi \-n;a 
-,n?:T '-5"'n bx ^t;?: ,n;*C"i m^-iD m^^ Y-"' z"'^-"' "'""^ si""-' 
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sz-":"'^ n;"w3 rr.'Z ■'T?: "^br mr^ — cd j— b-^j-^s 'nwS bwN tn2 
^3 -nic?:i -iT"ir73 'r::: ^rj' sst . ^-îbx": c^m:: i^r: tz^rrcN-irr 
-,3T -iwN mpr ,r!bn"r! b^i nn'ir::^ Sx TiVJ -iv ^nxa Nbi n-'-irrî 
-ji:>-; nbnnn ■'briN ti:':: rrr; — cn ,r:y \n3n -i-^^'r: ,inm Y-'^~ 
m^T n^2o nbrN rnrEnrT:^; ninn ::r;b?D "[nj^-a c-iist: ■'rrN ctt; 
n:n ^n-'Tirr'b bn;i -nnn n-ioî ni«L2n ■'br r"::n n; bx .n-'i::: ti" 
■^rii'b rnbcT ,^pi3::-i?j -«rrs Tinx y^~1z inxiijm "^tin rcs n; n-c 
•C"<wb 2Tw-'T i;b 'n n-T-."' nsT ^-^vrr Sr::2 ï>jbT '"vzi t«<b --r 
2-.p"« in;Nn nnm ^;D:^ rnn cn irniCT 2ib"::rîT D-i-^nr: ai::b -rb:* 
•:;i3lS i^b TwX ,^mz'C^ y.^-^ nr-wX r:3r«::i« tn ,û"'i:ir; 'j-'a:: ir-nTs 
■immn m:3-;p pn ^"r^b n-rr: ,û''7:'^ mm-'.N ^-\'2^y ■'::-'3r:3 

.■'23b cr -;CN3i v^si-i 
•]b-' "Cîres r;b*ip c-'pn-.-: V"N-: ■^■':r P3 rr-o r;rr:w77 t-î3 •'r 
n7:-':D "^b^ ns r:"n33 ,y".N sr"»-:":;:: Y-'-^'i^ ^rirv-n c^ri'w- "ry 



LA FAMILLE DE YEIIIEL DE PISE 10?) 

rT?2i'u "i7:r' £>ib Svir: î^bn J-imn^ r;-i">»r; , vrci snn ::^n; ra 
172:' r-a Sjy ■'îimN tn-^nKi: ;n7ûO-3 imr: . ^«3 i-in"»-,! r:a 

'- nN nnTr riisDiwNT rtD-^x nsi/ûNb t<<b- û'^">:;'',-!pT ûimn:: û-^'zrr,::! 
bi:3 Dnp73 ';"7:y3 1^ bi:?; \y û-iisl^jM n3":jv- bN-r:;-! cinp nN n::»*-'; 
■•jm» iNb?: p '^y Li''i2'0'a nbD3 ^-'X . -^n^ï^n qan^n b::3 r;7::nr; 
t^b y^^^2 nr^s"' nsb m;nb ii-i-jî-!"^ ir;»!n ^"«n "'a^b -C",-!?:! , nbnbn 
s-^xrjn '^l'im — i-^ — '::n •:i"'wS'r; ;nn7: r::^* nn nr-nx c'-nN) nnbr 
nNT r!;r: ^ab Sx ai'tiîN pnt . mr-n ma-, m-i:: -,mwN2:?: mzy Mb 
n;p m:: û">r r^5p y-iN3 p^ii: v^"* V^^ "^^ûip?: CwS-i?: ms'ipn 
31U3 anr:^ ibn-' bNiO' •^;a72 û'^oïn •^'d ï\ii ^'^inorii -lOirrr -DûStrb 
rmb;'?:- — "^c ibip yina z'i?:"^"' m'T'Tjt û-'rD Nin v: ,vp p:> n:? 
rm;r ^ip i^b;' nnan pD-^r; p;a n^r; ■'D i^'^n '^•û-' b:^ b-^^-'T nwa-» 
,3m a-n '-sn^ y-iNn "nn.- ><ir-; rir ^i<-i ,y"iNb y^:^r> '— .-^ToTn bipT 
tzi-ibsTo û-^bai û-'3n7D"i o-'orîj ibnx "^inn '-T:;nii npi^r yT^ nnc 
"IN QT' TiD'C^ f-ibi 0"iD —'.in;'-' r><b vbr ar.c , n-r -^b-i û-'ïtj 
ï=i"'-i73~ ■'72 ribi'-inr; onD nrap pn , ir7:n oia '- ^-^73 . t;r:T' 
DwX Tinj'b i^wN ûTN "'^ y-DH^: ^wS !n7onn bx !-;DwN p dn , a^-nN7:r; 
D^:ib5T û-'n-iO ' ■';'it7:t -^in ■•la . nb n?:!:-' «b nTim yip">ii r;7D-7Nr; 
n7: ,û-23- ibwX ii-ibiûi' PNi ,nninb, i-^brab -i-i7j">r! T:;ir inx r:::n 
£*<: û^-:; nn^s nan /C7:\::rT fnnn -«luir; Sa yNi rrrr:: H'- rr^-c 
r<bD"i723 ,'^T>i:37: n^'-i ^,nyr;i , "^-nnT: i7ao ■'-■' br- b^' '-b mnr 
yNT Nin '^pbtîb ::D"»:î7ar; ^■d , ï-it r:7: ^ri nr r:7D -ci-inn bx ']-:72 

• r;73 n:? riT^ n;nN 
::"-'Dn"iD 1"^ û'^"imn72 ^nbi"'o ■'3sb Tinbo Tw*n a'^-iDor: ^2n ■'3wS 
La'^j(n)pn3'*D "^30 un '^-nnD ■^;-: -bnN S"t 21:3 a-»:; [";i(p :]a"i"' '-im 
yiSr?: ibàîN ^laipmr: ■i^ b;' an-^N r!;[n](p) ^ann par ^b yxi 
^an arta niN-ib nn-^an ib^ □N'^nrrb N-^nr; ynN3 ^PwX "icx ■'ainx 
'nn ■^c-nD7:T ^^bN72 a"'-inN ^2:^ ^la'c: r-cb -^d "^N^sn J— ,"!n:>72 nra 
,a^S"'a^r! Sri rn-nnn bjj' ']cm73 r-i-'aa Tir ■iN:i7:j ax Sniîto:? 
12N m?2bbT ><^r: min ; n::NT lan ^Tzy r-ii\i^rT ^nnyb -im -iiaT 

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106 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



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* Nedarim, 40 c 
■ï II Sam., n, 26. 
^ Nombr., V, 14. 



YEHIEL DE PISE 



107 



15 "[ni CiC -^2 ïï-^N 32t: 
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ni-ii'i:: VjD 2"»:i"'br2 2b 
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' Eu prose et eu poésie, Isaïe, xxvn, 3 
et Lx, 21. 

* Ps.. XLVIII, 15. 

* Lév.. I, 4. 

* Haqii/a, II, 7. 
5 Hofiiga, ISA. 



108 REVUE DES ETUDES JUIVES 

2:^1: -^^-n nnin "^iTob;:'!? 'm^br i:3n3 -o -irra 

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ï-îbns bN NiDb r-ny-'i ^-'^ Nb m-, n-np b:7:i 

r!-iî<i:r t;* rtî'^r:?:^ --t: a'^bn pnnb ib^n pn nsis 

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' Dieu, I Sam., ii, 2. 
* Lévit., XI, 22. 1 Ketoubot, 104 a. 

'^ HonUin, 44 A. s Ps. xxiii, o. 

* Daniel, iv, 9. 



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EHIEL bE FISE 



109 



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•n-n:: n-j:t' ]r^n ■^p-'N-, 
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rrii'r; "^'in-: nps; 17: ^-^:2 
-17:: in-^n ■''mn ■'j^n 
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-rn^na i:n"'i 'ro"* 
j-iaiToa ib '-1- -'im ii-.x ■'in 
Li'^TZ'^r, ba "«ab ■':■':• T'- 
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s Ez., xxviii, 14. 

'• Allusion à Exod,, xxxix, 9. 



» Juj<., VII, 1o. 

' Nom., xsxiii, 24. 



no HEVUE DES ETUDES JUIVES 

m:?n n-,j: rr.z-z -."Z-^ -,7:Vj:: t-x Z'çizr, "^n-a 

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[A suivre. 



LES JUIFS DE L'EMPIRE OTTOMAN 

AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE' 



I 



LES JUIFS SOUS LE GOUVERNEMENT DU SULTAN MAHMOUD II 

(1808-1839). 

La journée du 35 juin 1826, où le corps des Janissaires fut dé- 
truit par le sultan Mahmoud II, marque une (^re nouvelle dans 
l'histoire des Juifs d'Orient, la classe la plus malheureuse des 
rayas. Caries Janissaires avaient fait beaucoup de mal à nos mal- 
heureux coreligionnaires. Au moindre prétexte, ils allaient mettre 
à sac les quartiers juifs. Du témoignage des écrivains les moins 
impartiaux, presque tous les grands incendies qui éclatèrent à 
Constantinople durant plus de trois siècles prirent naissance dans 
les quartiers juifs, où les Janissaires les allumaient sans aucun 
scrupule. 

Pourtant, à en croire les récits de témoins oculaires, contempo- 
rains du règne de Mahmoud II, les Juifs consentaient souvent, à 
leur corps défendant, il est vrai, à devenir les amis des Janis- 
saires. Il n'était pas rare, en effet, de les voir fraterniser ensemble 
dans l'ivrognerie et la débauche. Mais, en général, la disparition 
des Yénl-Tchérl fut un véritable soulagement pour les Israélites. 
Les survivants de l'ancienne génération se souviennent encore de 
la fumée qui enveloppait les collines de Stamboul le jour, où, 
d'ordre impérial, le feu avait été mis aux casernes de cette solda- 
tesque. Les Juifs, réunis sur les hauteurs de Ilaskeuy, suivaient 

• [Gel article est extrait d'uu travail très considérable, rédigé à Constaiiliuople par 
un professeur de l'Alliance Israélite. L'auteur a eu à sa disposition de nombreux 
documents judéo-espagnols que Ton ne saurait trouver ailleurs et des traditions d'uu 
caractère parfois légendaire, mais on comprendra que les écrits des luslorieos occi- 
dentaux ne lui aient pas tous été accessibles. — Ri^d.] 



1!2 RIÎVUE DES ETUDES JUIVES 

avec anxiété le drame terrible qui se déroulait sur la place de l'Ât- 
Méïdan. Beaucoup de Janissaires déguisés vinrent même se réfu- 
gier dans des maisons juives. 

On attribue à Mahmoud II un mot célèbre qu'il aurait prononcé 
vers la fin de sa vie : « Nous désirons, aurait-il dit, que les Musul- 
» mans ne soient considérés comme tels que dans les mosquées, que 
» les Chrétiens ne soient chrétiens que dans leurs églises, et que 
y> les Israélites ne soient Israélites que dans leurs synagogues. Je 
» veux que, hors de ces lieux, où tous rendent également hom- 
» mage à la divinité, ils jouissent des mêmes droits politiques et de 
» ma protection paternelle. " 

Néanmoins, soit qu'il lui ait été impossible de rompre complète- 
ment avec les anciens préjugés, soit pour des raisons fiscales, soit, 
enfin, à cause des rapports, parfois trop amicaux, des Israélites 
avec les Janissaires, ni Mahmoud II, ni ses ministres ne se mon- 
trèrent très bienveillants pour les Israélites. 

Dès l'avènement de Mahmoud II 180^), Baïrakdar-Pacha disait 
des Juifs qu'ils étaient « les plus vils des raj^as ' », les accusant 
de se livrer à un agiotage honteux dont les charges de l'Empire 
étaient l'objet. 

En 1830, par suite de la pénurie du Trésor, l'impôt de capitation. 
le Kharadj, fut porté de quatorze à trente piastres *. Deux faits 
où le gouvernement impérial ne fut absolument pour rien causèrent 
aussi de regrettables préjudices aux Israélites. Noi^s voulons par- 
ler de l'afïaire Farhi à Saint-Jean-d'Acre et de la pendaison du 
patriarche Grégoire à Constantinople. 

Les Farhi sont une des anciennes familles de Damas, dont les 
ancêtres n'avaient probablement jamais habité en Espagne. En 
1SI8, un membre de cette famille, Ilaïm Farhi, résidait à Saint- 
Jean-d'Acre. C'était un homme très pieux, très riche et sur- 
tout très infiuent auprès du gouvernement ottoman. Mahmoud 
avait une telle confiance dans l'intégrité et le jugement droit de 
cet homme, que c'était sur ses rapports que le gouvernement 
destituait ou nommait le Pacha de Saint-Jean-d'Acre. Par égard 
pour Farhi, les pachas qui se succédaient dans ce poste dis- 
pensaient les Israélites d'Acre de la capitation ainsi que de toute 
autre taxe. 

Au commencement de ce siècle, Ahmed Djezaïr, celui que 
les Français surnommèrent Ahmed le Boucher ou le Cruel, 

• La Jonquière, Turquie, \>. 407. 

* Ed. Entrelharrit, La Tnnjuie et le Tanziinat, p, 25. 



LES JUIFS DE L'EMPIRE OTTOMAN AU XIX^ SIÈCLE tl3 

usurpa le pachalik de Saint-J^an-d'Acre. Une fois maître du 
pouvoir, il perdit de rf^putation Farhi auprès des habitants; 
il alla jusqu'à 1 insulter publiquement et lui infligea la dernière 
des humiliations en lui crevant un œ 1 et en lui coupant le 
bout du nez. A la mort d'Ahmed Djézaïr, ses fonctions furent 
confiées à Suleyman Pacha, qui, vers 1818, fut remplacé, à son 
tour, par Abdullah-Pacha. 

Fils d'un bey mnrt j^une, Abdullah avait été adopté dans son 
enfance par Haïm Farhi, qui éleva le jeune musulman avec une 
sollicituile toute patnrnelle et réussit, plus tard, à le faire nommer 
aux fonctions élevées qu'il exerçait. Docile, dans les premiers 
temps, aux conseils de son bienfaiteur, Abduilah songea, dès la 
seconde année, à secouer cette tutelle. Les reprochf^s que Farhi 
se permit alors d'adresser à son ingrat entant d'adoption causè- 
rent la perte du vieil Israélite. En effet, la vf^ille du mois d'Eloul 
de l'année 5578 de la Création (1818), des émissaires d'Abdalah se 
rendirent chez Farhi et l'étranglèrent à la façon orientale, en lui 
passant le lacet traditionn^^l autour du cou. 

Le lendemain, tous les biens de la victime furent confisqués par 
le Pacha, qui défen<lit même d'ensevelir le cadavre; on l^j^ta à la 
mer. Tous les Israélites d'Acre, de Safed et des environs furent em- 
prisonnés jusqu'à ce qu ils eussent payé les impôts arriérés dont 
ils avaient été dispensés jusqualors. Ces malheureux durent 
vendre jusqu'aux objets de première nécessité pour acquitter les 
redevances exigées par le pacha. 

A ia nouvelle de l'assassinat de Haïm Farhi, ses trois frères, 
Salomon, Raphaël et Moïse, qui habitaient Damas, écrivirent 
aux Israélites influents de Constantinople, notamment à TchMébi 
B^hor Carmona, pour le pri^'r de demander lustice au sultan. 
Carmona obtint du Cheikh-ul-Islam un fetva par lequel le 
gouverneur de Damas, celui d'Alen et deux autres pachis furent 
tenus de prêter mainforte aux trois frères Farhi contre Abilul- 
lah Pacha. Au reçu du fetva ces pachas vinrent mettre le 
siège devant Acre. Le blocus durait depuis quatorze mois, et 
la lamine était devenue telle que les assiégés allaiHnt imman- 
quablement se rendre, lorsque Abduilah conçut le projet de se 
débarrasser d3 Salomon Farhi, le plus acharné de ses ennemis, 
en le faisant poignarder. Les deux autres frères, découragés, 
quittèrent le champ de bataille et retournèrent à Damas. Il était 
temps, d'ailleurs, car les pachas qui avaient e'ubrassé la cause 
des Farhi, fatigués de ce long siège, ne combattaient i-lus qu'à 
contre-cœur. D'autre part, Abduilah s'était adressé au l'ameux 
Méhémet Ali, d'Egypte, le priant d'intercéder en sa faveur auprès 

T. XXVI, N» 51. 8 



114 REVUE DES ETUDES JUIVES 

du sultan afin qu'on levât le siège. Au reçu de la lettre de Mëlié- 
met-Ali, Mahmoud se mit en colère, car tout cela s'était passé à 
son insu. Sur son ordre, le cheikh-ul-islam fut exilé pour avoir 
signé le fetva. Quant à Tchélébi Behor Carmona , le souverain 
fut vivement irrité de son intervention et le lui fit sentir quelques 
années plus tard ' . 

L'exécution de Grégoire, patriarche grec de Constantinople, 
fut indirectement la cause du massacre de plusieurs milliers de 
Juifs. Voici ce qu'ont rapporté sur cet événement quelques témoins 
oculaires-. En 1821, les Grecs insurgés avaient capturé dans 
l'Archipel un vaisseau venant de la Mecque et avaient maltraité 
les passagers, le mollah de la Mecque et son harem. Ces cruautés, 
exercées sur des femmes enceintes et sur un vieillard vénéré pour 
son haut rang dans la magistrature ottomane, excitèrent au der- 
nier degré l'indignation des musulmans. Le 27 avril 1821, premier 
jour de la Pâque chrétienne, le Grand-Vizir Benderli-Ali-Pacha 
se rendit chez le Patriarche de Fanar, suivi d'un bataillon de Ja- 
nissaires. Par l'ordre de Benderli, le Patriarche fut saisi et pendu 
en présence de la foule, à la porte de son palais. 

Aux assistants, composés surtout de Grecs, étaient venus se 
mêler quelques Juifs, que la curiosité seule avait attirés. Benderli- 
Ali-Pacha les ayant remarqués , les interpella en ces termes : 
« Soyez les bienvenus [hoche gueldeniz], vous, Juifs I Le voilà 
» pendu, votre ennemi et le nôtre 1 Trainez-le à la mer; je vous 
» l'ordonne. » 

De gré ou de force, trois Israélites dont la chronique a conservé 
les noms: Montai, Bitchachi et Lévy, traînèrent le cadavre 
jusqu'au rivage de la Corne d Or. Ce simple fait donna naissance 
à une légende absurde. Les Grecs firent d'abord circuler le bruit 
que les Juifs avaient inspiré au gouvernement l'idée de ce meurtre. 
Puis, quand cette nouvelle arriva en Grèce, elle avait été tellement 
exagérée qu'on racontait que c'étaient les Israélites de Gonstanti- 
nople qui avaient pendu le Patriarche. On estime à 5,000 le 
nombre des Juifs massacrés à cette occasion, en Morée, par la po- 
pulace grecque. Il se trouve encore des historiens grecs qui rap- 
portent cette histoire avec des réfiexions peu obligeantes pour nos 
coreligionnaires. 

Trois familles Israélites jouèrent un rôle important sous le 

' Ce récit est extrait du Maassé Si-eti Israël, ouvraf^e judéo-esp., page 68. 
* Ces souveoirs oui été mis par écrit par nous, il y a sept ans. 



LES JUIFS DE L'EMPIRE OTTOMAN AU XIX* SIÈCLE 115 

règne du Sultan Mahmoud : ce furent les Gabaï (Yéhazkel Ga- 
baï), les Adjiman et les Carmona. Toutes trois eurent une fin 
tragique. 

Yéhazhel Gabaï, surnommé Yéhazkel Bagdadli, était, au com- 
mencement de ce siècle, le plus riche banquier de Bagdad. Vers 
1811, le gouverneur de cette ville, Suleyman-Pacha, ayant refusé 
de fournir de l'argent et des troubles au Sultan Mahmoud, fut 
déclaré rebelle, et on lança contre lui un mandat darrêt. Plusieurs 
émissaires secrets, qui étaient venus de Constantinople à Bagdad, 
furent successivement dépistés par Ips espions de Suleyman-Pacha, 
qui les fit mettre à mort. L'ex-réiss-eff^-ndi Tlialat dressa alors un 
piège à Suleyman, en se servant dans ce but de Yéhazkel, Cette fois, 
Suleyman fut pris et Thalat-effendi put envoyer dans la capitale la 
tête du rebelle. 

Arrivé à Constantinople, Yéhazkel obtint la protection du favori 
impérial, Hallet-Effendi, et devint banquier de la cour (Saraf- 
Bachi). Il acquit dès lors une grande influence. Destitutions de 
ministres, nominations à des postes importants, condamnations, 
pensions, on pouvait tout obtenir par son interméliaire, car 
Hallet-Effendi ne refusait aucune faveur à son prot(^gé. Celui-ci 
se promenait dans la ville à cheval, toujours escorté d'une garde. 
Il inspirait à la foule, par ses fonctions ainsi que par son carac- 
tère digne et sérieux, autant de terreur que les Janissaires. A 
cette époque déjà, les Arméniens commençaient à prendre une 
grande influence auprès du gouvernement, et Juifs et Arméniens, 
ces deux classes de rayas qui se méprisent encore mutuellement, 
se détestaient déjà à cette époque. 

Par son influence, Yéhazkel avait fait mettre à mort le chef de 
la famille Allah-Verdoglou, ainsi que deux de ses frères qui rem- 
plissaient des fonctions importantes à la Sublime-Porte. Tous 
trois avaient été pendus à la porte de Validé-Han à Stamboul. 
Yéhazkel était parvenu même à faire exiler le fameux Cazaz- 
Arétoun (Artin), également Arménien, qui occupait le poste élevé 
de directeur de l'Hôtel des Monnaies. 

Rappelé de l'exil au bout de quelque temps, Cazaz-Arétoun jura 
la perte de Yéhazkel. Il appela, dans ce but, l'attention du sultan 
Mahmoud sur la fortune colossale du Juif. Profitant de la disgrâce 
où venait de tomber Halet-Effendi, Cazaz-Arétoun réussit par de 
perfides insinuations à faire envoyer son adversaire en exil à 
Adalia (Asie Mineure), où on le mit bientôt à mort (1820-1826}, 
Depuis cette époque, les Arméniens lisent, dit-on, tous les ans 
dans leurs églises en souvenir de la disparition de leur ennemi 
acharné un récit parodié de l'histoire d'Esther, récit où Yéhazkel 



116 REVUE DES ETUDES JUIVES 

joue le rôle d'Aman, Cazaz-Arétoun cnlui de Mardochée, et la 
femme du cëlèbre Arménien celui d Esther*. 

Lps Adjiman. — Plusieurs membres de la famille Adjiman fu- 
rent pen laitt longtemps attach'^s au gouvernement ottoman en 
qualité de trési'riers des arm^^ps et iiitenda'its g/'néraux du corps 
des Janissaires. Ils portaient le titre de Odjnh- Baziriani ou 
Odjah Snrnfi D-^jà du temps de Sélim III ^1789 1808), le vieux 
Mi^ir A'Iiiman avait pu, par son influence, f^ire élever au rang de 
S'iha Bachi un simple Janissaire. Oa ne sait pour quel motif 
Adjiman s'attira plus tard la colère de ce même fonctionnaire. Un 
jour qu'Adjimaii était dans l'antichambre du Saka-Bactii, celui ci 
l'invita à une audience pour parler d'affaires Adjiman se rendait 
auprès du ministre par un ciuloir étroit, quand tout à coup il se 
sent t saisir à la gorge; en un clin d œ 1, le fatal lacet eut ac- 
compli son œuvre : Adjiman était étranglé. 

Mf^ir fut remplacé dans ses fonctions successivement par Yankov 
et Baruch A'ijiman, deux frètes, qui eurent également une fin 
traifique. Enfin le dernier fonctionnaire ne ce nom. Isaïe A'ijiman, 
fut etrang'é. p;ir ordre supt^rieur, sous le règne du sultan Mah- 
moud II, après le massacre de» Janissaires. 

Les Carmona-. — Cnrmonn, ou mieux encore Tchélébi Bf^hor 
Carmona, fut assurément, parmi les trois familles dont nous ve- 
nons de parler, l'homm^ qui joua le plus grand rôle sous le règne 
du sultan Mahmoud II. Possesseur d'une immense fortune, cet 
Israélite céb bre portait le titre de Schipichi-BascJd ^ Ainsi que 
Yéhnzkel Gabaï et Adjiman, dont il était l'ami, Carmona rem- 
plissait les fon«tions de banquier de la Cour, ou plus exactement 
celles de fermier-gt^néral. Carmona, en sa qualité de Juif, avait 
comme adversaire l'Arm^^nien Cazaz-Ar>^touii. 

En L*<2fi, apri^s la destruction d^^s Janissaires, Carmona restait 
comme un vestige vivant de la milice disparue avec laque le il 
avait entretenu les plus cordiales relations. La vie du Juif ne tenait 
plus qu'à un cheveu : Carmona devait irrévocablement succomber 
SO.JS la moindre calomnie. Ce fut l'implacable Cazaz-Arétoun qui 
se chargea de ce rôle. Au cours d'un de ses entretiens avec le 

' Bien des gens croient à celle légende. Que cette cérémonie soit tombée ou non 
en désuétude aujourd'liui, il est probable qu'elle lut célébrée, du moins, à l'époque où 
se produisit cet événtmeui tragique. 

* Les Carmona sont dongiue espagnole. Il existe en Espagne une ville portant 
ce nom. 

* Mot à mot : « Fournisseur en chef dalun. » 



LES JUIFS DE L'KMPIRE OTTOMAN AU XIX'^ SIÈCLE 117 

Sultan: « Savez-vous, Padicliâli, lui dit-il, que vous partagez votre 
pouvoir avec un maître non moins puissant que vous ? — Qui donc 
est cet impudent? s'écria le Souverain. —C'est le Scliaptclu- 
Bachi, reprit Arétoun. — Qu'on le mette à mort! » répondit le 
Sultan. 

Garmona habitait dans un village du Bosphore , à Courou- 
tchesmé. Son vaste conac était situé sur le bord de la mer. Un ven- 
dredi soir, au moment où toute la famille réunie célébrait la fête 
du Sabbat, on a()erçut de la fenêtre une barque à douze rameurs. 
Ce n'était pourtant pas la première fois que la sultane validé 
transmettait des ordres au banquier juif à des heures indues de 
la nuit. Cependant, pressentant un malheur, les Carmoiia atten- 
dirent les visiteurs avec anxiété On vit e trer bi-ntôt au conac 
deux nègres qui demandèrent à voir Tchéiébi-Béhor Carmona. 
On raconte que le trère cadet, Hezkia Carmona, s'étant présenté 
le premier et ayant décliné son nom, les nègres se dirigèrent vers 
l'aîné. Ils 1 étranglèrent avec le cliâie qui lui servait de ceinture, 
enve'oppèrent le cadavre dans une natte d'osier et retendirent 
devant la porte du couac. Le lendemain matin, la sultane validé, 
qui avait beau'-oup d'estime pour Tchélébi-Bolior et avait appris 
sa mort, se rendit à Couroutchesmé, où, saisie de pitié à la vue du 
cadavre, elle fit procéder à l'intiumation. 

Dès que la triste nouvelle se répandit dans la ville, — c'était un 
samedi matin, — ce fut un cri d'angoisse dans toute la com- 
munauté israt^lite. Tous les Juifs valides, jeunes gens et vieiil-.rds, 
se rendirent en foule au Bosphore pour assister aux. funérailles. 
Toute la communauté prit le deuil, et la semaine fut consacrée au 
jeûne et aux prières. Quelques jours après, le frère du défunt, 
Hezkia Carmona, fut exilé par ordre du Gouverneiiient. Le sou- 
venir de ce meurtre a été transmis aux générations futures par 
quelques strophes touchantes, malgré leur forme naïve. Encore 
aujourd'hui, après trois quarts de siècle, des personnes pieuses 
chantent sur un ton plaintif ces couplets le soir de l'anniver- 
saire de la destruction du Temple ( Tischa-Beab), faisant coïn- 
cider ainsi la perte de ce bienfaiteur Israélite avec la disparition 
du Sanctuaire. 

Voici ces strophes, transcrites du judéo-espagnol en caractères 
latins. 

Ajuntemos mis hermanos Banim Yethomim* quedimos 

A cantar esta endecha Como huerfanos sin padre, 
Porque mos corto las manos 

El Uio en esta echa. » Mots hébreux : enfants orphelins. 



U8 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



Los ojos al Dio alce'mos 
Que de mas mal mos guadre. 

Tchëlébi ' Béhor Carmona, 
Afamado por el mundo 
De los Judios corona, 
y Adiman el segundo. 

De ve'er como Io3 mataron 
A cada imo de una muerte, 
De los ojos mos saltaron, 
Sagrimas como la fucnte. 

Echado en la cama, 
Para ahogar lo viiïeron, 
Que cosa es esta flama ? 
Ni ellos lo supieron. 

Venga, my senora madré. 
Que me bese y que me abrase, 
Presto que no se detadre, 
Que no quede sin contenlarse. 

Zabit', por toda la casa, 
Como fortuna capitana 
Su madré se quema en casa 
^laùiando por la ventana. 

Hazino no estuvites 
Be'hor-atchi * my preciado 
En subito me te fuites, 
Sin culpa y sin pccado. 

Todo el mundo lo lloruron 
Por que era vauy amado, 
De los ojos me lo quitaron 
Sin culpa y sin pecado. 

Lloremos y indecbemos 
Por el mal que mes vino 
Si mil afios biviremos, 
No mos sale del tino. 

Cuando à la madré la quitaron 

Del conac afuera 

Por delanlre la passaron, 

Para que tal senor echado viera. 

' Mot turc : Seigneur. 
' Mot turc: la police. 
* Diminutif de Béhor. 



La lagrima no mos se enchuga 
Ni de noche, ni de dla 
De boltar y veer que nos manca 
Lo bueno de la Juderia 

Muncho sospiro y ancia 

Y ayuno y endecba 
Mos vino à la Juderia 
Mas y mas à la compania 

No bavia mas que este bueno 
En la Juderia entera 
Mo lo quilo el Dio presto 

Y lo écho en la lierra. 

Sudores de la muerte 
Travo el por hacer heschbon ' 
Mischné- de tierra le mando 
Grande Albon ^ le travo. 

Od * sovre esta angucia 
Lloremos y endechemos, 

Y alos cielos travemos, 

Y demandemos justicia. 

Por el haber^ de la Puerta... ? 

Gracioso y piadoso; 

De que fue esta rebuelta 

No tuvimos reposo. 

Sédacoth que* este dava 
En el mundo no havia, 
A todo el mundo hartava 
Mas y mas à la juderia 

Cuando fue escapado del Heschbon^ 
Que salio oïgoun^ 
Al cavo fue ahogado 

Y su hermano soursoun ' 



' Mol hébreu : compte, calcul, 

' Mot hélireu : miuistre. 

3 Mot hébreu : peur. 

* Mot hébreu : encore, de plus, 

5 Mot turc : avis, nouvelle. 

« Mot hébreu : aumônes. 

' Mot hébreu : compte. 

^ Mot turc : convenable. 

' Mot turc : en exil. 



LES JUIFS DE L'EMPIRE OTTOMAN AU XIX'' SIÈCLE 119 

Rogemos al Podcroso M MaschiaU' lo veremos 

Que en paz mos venga presto ' Acintado en su sia 

Y ternemos grande gozo „..,.,.,!, . t^ i 

, r, , ; ,,-. j u î 1 Tepbilotli* à nuesto Padre 

Con el Belh-ha-Mikdasch * puesto ^''''" 

Que mo lo aga alegna 

Chélamim ' allégarémos Presto que no se detadre 

Dia cada dia Y mos amostre maravilla. 

TRADUCTION 

Réunissons-aous, mes frères, 
Pour chanter celte complainte, 
Car dans celte circonstance, 
Dieu nous a tranché les mains. 

Nous voilà devenus orphelins. 

Pareils à des enfants sans père. 

Levons les yeux au ciel, 

Pour qu'il nous protège d'un plus grand malheur. 

Seigneur, Béhor Carmona, 
Si renommé dans le monde ! 
vous, couronne des Juifs 1 
Et vous, Adjiman le second ! 

A voir comme on leur a infligé 

A chacun une maie mort, 

De nos yeux ont jailli 

Des larmes, comme d'une fontaine. 

Encore couché au lit, 
On est venu l'étouffer : 
Qu'est-ce donc que cette bagarre? 
Eux-mêmes n'en savent rien. 

Viens donc, ma chère mère : disait-il, 

Baise-moi, embrasse-moi. 

Vite, ne tarde point, 

Ne te refuse pas cette satisfaction. 

Des soldats tout autour de la maison! 
On dirait une tempête terrible ! 
Sa mère se désole à la maison 
El va pleurant par la fenêtre. 

* 11 s'agit du Messie. ' Mot hébreu : le Messie. 

* Mot hébreu : le Sanctuaire. * Mot hébreu : prières. 
' Mot hébreu : sacrifices. 



120 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Elle dit : Ta n'as point été malade 
Bélior, mon bien-aimé ! 
Te voilà parti subitement, 
Sans aucun tort ni péché. 

Tout le monde Ta pleuré, 

Car il était très aimé. 

On nous l'a pris sous nos yeux, 

Il n'avait commis aucun tort, aucun péché. 

Pleurons et lamentons-nousl 

Car il nous est arrivé un grand malheur. 

Quand nous vivrions mille ans, 

Nous ne pourrions l'oublier, 

Lorsque la mère fut sortie 

Hors du palais, 

On la fît passer par devant le cadavre 

Pour qu'elle l'aperçût étendu à terre. 

Nos larmes ne tarissent 

Ni la nuit ni le jour, 

En sougeant que nous n'avons plus 

Ce qu'il y avait de bon en Israël. 

Des soupirs et du chagrin, 

Des jeûnes et des complaintes, 

Voilà le lot d'Lsraël, 

Pariiculièremeut de la ci-devanl assemblée. 

Il n'y avait que cela de bon 
Dans tout Israël ; 
Dieu nous l'a enlevé trop tôt 
Et l'a jelé au tombeau. 

Il a souffert le martyre 

Lorsque le Sultan l'invita à rendre des comptes, 
Lorsque le Souverain envoya le ministre 
Une grande frayeur le (Carmona) saisit. 

Oui, dans ce malheur extrême 
Pleurons et lamentons-nous! 
Implorons le ciel 
Et demandons justice ! 

Lui qui était beau et charitable 1 

Il est incroj'able que la Porte 1 ait ainsi traité ! 

Oh ! depuis celte infortune 

Nous n'avons pas eu un jour de repos ! 



LES JUIFS DE L'EMPIRE OTTOMAN AU XIX« SIÈCLE 121 

Il prodiguait si généreusement des aumônes, 
Qu'il n'avait pas son pareil au monde ; 
Il satisfaisait tout le monde 
Et particulièrement Israël. 

Quand il eut rendu ses comptes 
A la satisfaction générale, 
Il fut néanmoins étouffé, 
Et son frère exilé. 

Prions le Tout- Puissant 
Que le Messie nous arrive bientôt. 
El nous serons bien heureux 
En revoyant le Sanctuaire rebâti. 

Nous offrirons des sacrifices 
Régulièrement, tous les jours, 
El nous verrons le Messie 
Sur son siège assis. 

Prions notre Père 

De nous changer ce jour en allégresse, 

Et vile, sans plus tarder, 

Qu il nous fasse voir ce miracle. 

Il ne sera pas sans intérêt de rapprocher du récit de ces meurtres, 
récit recueilli de la bouche de témoins oculaires, la version oiflcielle 
qu'en donne l'historiographe de l'Empire, Loutfi-Effendi ' : 

« Après le massacre des Janissaires, écrit-il, le banquier des 

» Janissaires (Odjak Sarafi'j avait à recevoir des sommes cousidé- 
» rabies de plu.sieurs minisires : 

LIVRES TURQUES : 

55.062 09 de Sirozlou-Yossuf-Pacha, gouverneur d'Alep. 
2.6»'I 43 du guuverueur de Sivas, 
7.428 89 du gouverneur de Karamanie. 
4.912 01 d'Osman-Pacha, gouverneur de Kaïsarieh (Cé- 

sarée). 
7.712 83 d'Ibrahim-Pacha, gouverneur de Braïla (vilayet 

du Danube). 
8.07^ 45 d'Omer-Pacha, gouverneur de Salonique. 

Total..,. 83.o7ti 72 ^ 



1 Voir Loutfi-Effendi, Taarikh-t Loutfi, 1"vol., p. 245-246. 
' Il s'ujîit d'isaïe Adjiman. 

* 11 laut remarquer que la monnaie turque a quintuplé de valeur depuis cette 
époque. 



122 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

» Or, le gouvernement avait besoin de cet argent pour la cons- 
» truction des casernes, destinées à la nouvelle armée. 

» Aussi, peu de temps après la destruction des Janissaires, on 
» arrêta, a l'Hôtel des Monnaies, VOdJak-Ba::iriam\ 

I Chaplchi-Bachi {Béhor-Carmona}, qui était un parent par al- 
» liance d'OdJaA-Baziriani, et qui, par l'entremise de ce dernier, 
» était en relations avec la Cour et gagnait des sommes cousidé- 
y> râbles, se rendit à l'Hôtel des Monnaies pour porter caution en 
» faveur d'Adjiman (samedi 9 ziihadjé'). Néanmoins, quelque temps 
» après, on les étrangla tous les deux et on confisqua leurs biens. 

» H faut remarquer que, quelque temps avant la destruction des 
» Janissaires, à l'époque du recensement de ces derniers, Carmona 
» avait dit un jour à Husséin-Pacha : « Parviendrez-vous jamais à 
» réformer ces corps datant de cinq siècles pour en faire des soldats 
» disciplinés? Vous vous exposez à un grand danger. Vous-mêmes 
» (les ministres), tâchez de sauver vos têtes. i) 

« A ce moment-là, Adjiman se trouvait dans l'embrasure d'une 
» fenêtre de cette salle et riait. » 

Par ces paroles imprudentes et ce sourire moqueur, les deux fonc- 
tionnaires juifs s étaient attiré la rancune du ministre, qui ne tarda 
pas à se venger. 

Comme on le voit, le récit officiel de Loutfi-Effendi ressemble à 
celui des témoins oculaires. Ils ne diffèrent entre eux que sur un 
point : sur le prétexte invoqué par le Gouvernement pour se dé- 
barrasser do ces deux hommes. 

Au règne du sultan Mahmoud se rattache la conquête de la Syrie 
par Ibrahim-Pacha et, conséquerament, les souffrances qu'endu- 
durèrent les Israélites de Palestine à cette occasion. Voici les faits 
tels que les raconte, dans un livre intitulé Imré-Bina(\).bQ-ô3), 
le rabbin Ishak Farhi, pieux voyageur qui a écrit dans ses loisirs 
un grand nombre d'ouvrages de morale pratique en judéo-espa- 
gnol. Le 13 Nissan 5594 fl834), c'est-à-dire l'année où Méhémet- 
Ali, pacha d'Egypte, s'était rendu indépendant, à la veille de 
Pâques, Ibrahim-Pacha entra à Jérusalem sans y rencontrer au- 
cune résistance. Toute la population accueillit même avec joie le 
jeune général. Il séjourna dans la Ville-Sainte douze jours, pen- 
dant lesquels il organisa une espèce de conseil municipal composé 
de douze membres, dont neuf musulmans, un Israélite, un Armé- 
nien et un Franc. Ce conseil fut chargé, entre autres choses, de 
recruter des soldats parmi les Turcs et les Fellahs de la ville et de 

» Voir à ce sujet Tnarih-i Loutfi^ 2' vol., p. 203-20-i. 
' La date de l'année n'est pas indiquée. 



LES JUIFS DE L'EMPIRE OTTOMAN AU XIX^ SIÈCLE 123 

la banlieue et de les faire exercer militairement. Ces ordres une 
fois donnés, Ibrahim partit pour Jaffa, ne laissant à Jérusalem 
qu'une garde de 800 soldats nizams. 

Quelques jours après, les habitants de Jérusalem a3'ant demandé 
au conseil municipal d'être dispensés du service militaire et n'ayant 
pas obtenu satisfaction, un certain cheikh, Cassim-el-Ahmed, et 
ses deux fils organisèrent une révolte de Fellahs. Les rebelles, au 
nombre de 5,000, s'introduisirent dans la ville et se jetèrent sur les 
Nizams. Dans celte bagarre, plusieurs maisons juives furent pillées. 
Le gouverneur de la forteresse ordonna, à son tour, aux Nizams de 
piller toutes les maisons des Turcs, parce qu'ils avaient favorisé 
l'entrée des Fellahs. Les Nizams profitèrent de cette occasion pour 
piller égdleraent les habitations juives. Le lendemain matin, on apprit 
qu'une bande de Fellahs s'étaient introduits, la nuit, dans le quar- 
tier juif, y avaient violé des femmes et dérobé beaucoup d'objets. 
Une foule d'Israélites se rendirent alors chez le grand-rabbin de 
la ville, Rabénou Béhar Abraham, pour le mettre au courant de ce 
malheur. Le khakham Bachi fit preuve alors d'un grand courage. 
Il fit venir les chefs des Fallahs chez lui et leur dit : « Mes braves, 
sans doute, vous avez besoin d'argent. N'est-il pas honteux pour 
vous de piller, lorsqu'il serait si simple de nous demander ce qu'il 
vous faut? Je vous accorderai volontiers tout ce dont vous avez 
besoin, pourvu que vous protégiez les Juifs. » Et, ce disant, il leur 
remit une forte somme d'argent. Les Fellahs se mirent aussitôt à 
parcourir les rues juives en criant qu'ils prenaient sous leur pro- 
tection les Israélites, et que ceux-ci pouvaient vaquer sans crainte 
à leurs affaires. On profita de ce répit pour donner la sépulture 
aux victimes des derniers massacres. Néanmoins, malgré les pro- 
messes des Fellahs, plusieurs magasins juifs furent encore pillés 
dans la nuit. 

Dès qu'Ibrahim-Pacha fut informé de l'émeute des Fellahs, il 
accourut à Jérusalem et y rétablit le calme. 

Les Fellahs commirent les mêmes violences à Safed. 

A Plébron, les habitants ayant opposé quelque résistance à 
Ibrahim- Pacha, celui-ci permit à ses soldats de piller la ville du- 
rant trois jours. Les Égyptiens se ruèrent sur les maisons juives 
et les pillèrent, au point qu'ils laissèrent les habitants littéralement 
nus. Parmi les personnes qui moururent dans ces massacres, on 
cite R. Ishak Ben Yakar et R. Issakhar Ilasson. 

La ville de Safed, éprouvée par le choléra en 1832, fut détruite, 
ainsi que Tibériade, parle tremblement de terre de 18.37; tous les 
habitants, sans exception, y périrent. On comptait, à cette époque, 
400 Israélites à Tibériade et 2,000 à Safed. Parmi ces derniers, on 



124 REVUE DES ETUDES JUIVES 

cite trois grands rabbins : R. Nissim Zérahia Azoulaï, R. Tchélébi 
Sarfati et R. Abraham Anhori. 



II 



LES JUIFS SOUS LE REGNE DU SULTAN ABD-UL-MEDJID 

(1839-1861). 

Si les Israélites de Turquie doivent au sultan Mahmoud II 
d'avoir été délivrf^s des outrages et des excès continuels des Ja- 
nissaires, ils sont également redevables à Abd-ul Meiijid de leur 
situation actuelle. En effet, ce Padichah, inspiré par des idées de 
tolérance et cédant, sans doute, à l'impulsion du siècle et aux 
vœux des puissances étrangères, osa, malgré l^s préjugés sécu- 
laires, mettre sur le même pied les rayas et les musulmans. Gest 
ainsi qu'en leur qualité de rayas, les Israélites bénéficièrent de 
tous les privilèges et libertés concédés aux chrétiens (grecs, armé- 
niens, bulgares, etc.) par les chartes ottomanes désignées sous le 
nom dn Hatfi-Cherif ou Haili-Houmayoun. D-puis la promul- 
gation de CHS chartes (1833), le téraoignagn des Juifs est reconnu 
devant les tribunaux, la torture est supprimée, ils ne sont plus 
exposés aux confiscations, et les personnes dont ils ont à se 
plaindre sont punies, quels que soient leur rang et leur dignit^^. En 
deux mots, on a assuré depuis cette époque aux Israélites 1 invio- 
labilité de leurs [>ersonnes et le respect de leurs biens. 

La proclamation du Hatti Chérit" de Gui Khané eut lieu à Top 
Kapnu (Stamboul), dans les jardins du palais impérial, le 3 no- 
vembre 1839, au milieu d'une telle aifluence de monde que des 
détachements de troupes étaient échelonnées, pour maintenir la 
foule, à travers toute la place. Fait bien nouveau, le Grand-Rabbin 
(Khakham-Bachi) R. Mosché Fresco et des notables i?-raelites, des 
banquiers pour la plupart, prirent place auprès des dignitaires de 
l'Empire, des Vizirs, des Pachas, du Gheikli-ul Islam, des Ulémas, 
des patriarches et des ambassadeurs européens. C'est alors qu'en 
présence du Souverain, le ministre di-s affaires étrangères, Réchid- 
Pacha, lut à haute voix cet acte important, dont nous ne repro- 
duisons que les paragraphes relatifs aux Juifs : 

« Tout le monde sait que, dans les premiers temps de la monarchie 
oitomane, les piécepies glorieux du Corau el les lois de l'empire 
étaient une règle toujours honorée. Eu conséquence, l'empire crois- 



LES JUIFS DE L'EMPIRE OTTOMAN AU XIX» SIECLE 125 

sait en force el en grandeur, et tous les sujets, sans exception, 
avaient acLfuis au plus haut degré l'aisance et la prospérité. Depuis 
cent ciuquanle ans, une succession d'uccidents et de causes diverses 
ont fait qu'on a cessé de se conformer au code sacré des lois et aux 
règlements qui en <iécouleut, el la force et la prospérité antérieures 
se sont chjugées en faiblesse el en appauvrissemeul : cest, qu'en 
efïet, un empire per 1 loule stabilité quand il cesse d'ob?erver ses lois. 

D Ces insliiuiions doivent pnucipalement s'appuyer sur trois prin- 
cipes, qui sont : 1° les gardulies qui assurent à nos sujets une par- 
faite sécurité quant à leur vie, a leur honneur et à leur lortuue ; 
2" un inoile régulier d'asseoir et de prélever les impôls; 3" un mole 
également régulier pour la levée des soldais et la durée de leur ser- 
vice. 

» Et, en effet, la vie el l'honneur ne sont-ils pas les biens les plus 
précieux qui existent? Quel homme, quel que t>oit l'éioigneinent que 
son caractère lui inspire pour la violence , pourra s'empêcher d'y 
avoir recours et de nuire par là au gouveruement et au pays, si sa 
vie el son honneur sont mis eu danger? Si, au contraire, il jouil, à 
cet égard, d'un^ sécuriié parfaite, il ne s'écartera pas des voies de la 
loyauté, et tous ses acles concoarronl au bien du gouvernement et 
de ses frèn-s. 

I) S'il y a absence de sécurité à l'égard de la fortune, tout le monde 
reste fioid a la voix liu prince et de la patrie; personne ne s'oc<;upe 
du progrès de la forluue publiijue, absorbé par ses propres in- 
quiétudes. Si, au contraire, le citoyen possède en sécurité ses pro- 
priétés de toute nature, alors plein d'arleur pour ses affaires, dont il 
cht-rche à élargir le cercle, afin d'étendre celui de ses jouissances, 
il Sent chaque jour redoubler en son cœur l'amour du prince et de la 
patrie, le dévouement a sou pays. Ces sentiments deviennent en lui 
la Source des actious les plus louables. 

» G't-sl pourquoi, désormais, la cmse de tout prévenu sera jugée 
» publiquement, conformé. uent â noire loi diviue après enquéie et 
» examen, et, tani qu'un jugeinenl régulier ne sera point iuiei venu, 
» personne ne pourra, aecrèieineul ou publiquement, faire périr une 
» autre persouue par le poisou ou par tout autre supplice. 

» Il ne sera permis à personne de porter atteinte à l'honneur de 
» qui que ce soit. 

» Chacun aura la possession de ses propriétés de toute nature, et 
a en disposera avec entière liberté, sans que personne puisse y por- 
» 1er obstacle ; ainsi, par exemple, les héritiers inno'-.euls d'un cri- 
» minei ne seront point privés de leurs droits légaux, et les biens 
» du criminel ne seront pas coiifisqués. 

» Ces concessions impériales s'étendant à tous nos sujets, à quel- 
» que religion ou secte quiis appartiennent, is en jouiront sans 
» excepliou. Une sécurité parfaite est donc assurée par nous aux 
» habitants de l'empire dans leur vie, leur honneur et leur fortune, 
» ainsi que l'exige le texte sacré de notre loi. » 



126 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Quatre ans après, en 1843, Mé'ijid contresigna pour ainsi dire 
à nouveau l'acte solf^nnel de 1839 en autorisant le grand-vizir 
Riza-Pacha, au début de son ministère, à prononcer l'allocution 
suivante devant le clergé grec, arménien et Israélite de Smyrne, 
de Cliio et de Cavalle réuni dans l'Ile de Mételin • : 

« Le Sultan, notre maître et notre père à tous, est venu parmi 
» nous comme au milieu d'une famille dont la joie fait sa joie, dont 
» les douleurs sont les siennes. Il connaît trop les obligations que la 
» divine Providence lui impose, pour ignorer ce qu'il doit à son 
» peuple, ce qu'il doit au nom de ses ancêtres, ce qu'il se doit à lui- 
» même. Aussi me trouvé-je heureux de vous dire de sa part que, 
» tout en vous eiîorçant de remplir vos devoirs de fidèles sujets, 
» vous ne devez pas douter un instant de sa justice. Alnsuhnans, 
» chrétiens, Israélites, vous êtes tous les sujets d'un même empereur, 
• les enfants d'un même père. S'il est parmi vous des opprimés, 
» qu'ils se montrent, l'intention bien formelle de Sa Majesté étant 
» que les lois qui sauvegardent la vie, l'honneur et les biens de tous 
» ses sujets soient strictement observées dans son empire . • . Mu- 
i> siilrnans ou chréciens, riches ou pauvres, fonctionnaires civils, mi- 
» liiaires ou religieux, que tout sujet ottoman ait donc pleine con- 
j) fiance dans le souverain qui tient la balance égale pour tous; que 
» tout coupable tremble, que tout homme de bien, que tout bon ser- 
» viieur attende sa récompense. » 

Lorsque Reschid-Pacha fut nommé Grand-Vizir en 1846, son 
premier acte fut un manifeste analogue à celui qui avait signalé 
l'entrée de Riza-Pacha aux affaires ; il était plus explicite en tant 
que confirmation de la charte de 1839. 

Dans le cours d'un voyage que fit Abdul-Médjid au printemps 
de 1846, le ministre, s'adressant au nom de son souverain aux 
représentants des communautés non musulmanes convoquées à 
Andrinople, prononça les paroles suivantes : 

« Sa Majesté l'Empereur, de même qu'Elle veut le bonheur de 
» ses sujets musulmans, veut aussi que les Chi^étiens et les Juifs, 
n qui sont également ses sujets, jouissent de tranquillité et de 
» protection. La différence île religion et de secte ne concerne 
» qu'eux; elle ne nuit pas à leurs droits ; et comme nous sommes 
» tous sujets d'un même gouvernement et concitoyens nés dans un 
» même empire, il ne convient pas que nous nous voyions d'un 
» mauvais œil. Notre souverain répand également ses bienfaits sur 
» toutes les classes de ses sujets, et il faut qu'elles vivent en 
» bonne harmonie entre elles et travaillent ensemble à la pros- 
» périté nationale. » 

* Engelhardt, La Turquie et le Tanzimat, 68. 



LES JUIFS DE L'EMPIRE OTTOMAN AU X1X<^ SIÈCLE 127 

Depuis son avènement jusqu'à sa mort, on peut dire que le 
Sultan Médjid signala chaque jour de son règne par une nouvelle 
concession ou faveur accordée aux raj^as et conséquemment aux 
Israélites. Ainsi, le Kharadj (impôt de capitation payé par les 
rayas), qui avait été porté sous Mahmoud II (1830) de quatorze à 
trente piastres, fut ramené sous Médjid au chiffre primitif. En outre, 
suivant une ordonnance du 15 juin 1850, le Kharadj devait être 
perçu dans les provinces par les primats des quatre nations (com- 
munautés grecque orthodoxe, arménienne orthodoxe, arménienne 
réformée et juive); les primats devaient faire la répartition da- 
près la fortune de chaque sujet et consigner l'impôt perçu au pa- 
triarcat ou dans les mains du Hahham-Bachi, d'où il serait versé 
au Trésor Impérial '. 

Une nouvelle ordonnance du 1 mai 1855 fit savoir aux ambas- 
sadeurs que la Sublime-Porte abolissait le AV^ararf^ et admettait 
les rayas dans l'armée et dans l'administration. Ces derniers pou- 
vaient même être élevés au grade de colonel et au rang de fonc- 
tionnaires civils de première classe *. 

La cérémonie de Gul-Hané, du 3 septembre 1839, se renou- 
vela le 18 mai 1856, lors de la proclamation du « Hatti-Hu- 
mayoun ». 

Ce nouvel édit aussi fut lu solennellement à la Sublime-Porte, 
par le secrétaire du grand-vizir, en présence des ministres, des 
hauts fonctionnaires, du scheikh ul-Islam, des patriarches, du 
grand-rabbin Yaakov-Béhar David et des membres les plus consi- 
dérables des différentes communautés religieuses. 

Cet écrit était ainsi conçu ^ : 

« Qu'il soit l'ait en conformité du contenu! 

A loi, mon grand vizir Méhémet-Emia, Ali Pacha, décoré de mon 
ordre impérial du Medjidiô de première classe et de l'ordre du Mé- 
rite personnel ; que Dieu t'accorde la grandeur et double ton pou- 
voir I 



• La Jonquière, Histoire de Turquie, p. 508. 

' Engelhardt, La Turquie et le l'anzimat, p. 126, Nous devons ajr.uler que devant 
les ditûcullés que présenta l'application de la rét'orrne du service militaire, réforme 
qui avait pour but de réunir musulmans, chrétiens et Israélites, on y renonça; on 
admit provisoirement le système de remplacement, qui dure encore. De plus, à l'an- 
cien Kharadj, qui tenait lieu d'impôt du sanj^, on substitua une taxe d'exonf^ration : 
le Bàlel-ij- Ask6ryek. Seuls les rayas de Constantiuonple, chrétiens et juifs, furent 
dispensés de cet impôt; nos coreligionnaires des provinces ainsi que les chrétiens 
payent actuellement ce droit. 

* Nous avons mis en italiques les passages qui concernent parliculièrement les 
Israélites. 



128 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Mou désir le plus cher a toujours été d'assurer le bonheur de 
toutes les classes des sujets que la divine Providence a placés sous 
mou sceptre impérial, et depuis mou avènement au trône, je n'ai 
cessé de faire tous mes efforts dans ce but. Grâces en soient rendues 
au Tout- Puissant ! ces efforts incessants ont déjà porté fies fruits 
utiles et nombreux. De jour eu jour, le bonheur de la nation et la 
richesse de mes Étals vont en augmentant. 

Dé.-irant aujourd'hui renouveler et élargir encore les règlements 
nouveaux établis dans le but d'arriver a obtenir un état de choses 
conforme à la dignité de mon empire et à la position qu il occupe 
parmi les nations civilisées et les droits de mon empire ayant au- 
jourd'hui, par la fidélité et les louables efforts de tous mes sujets et 
par le concours bienveillant et amical des grandes puissances, mes 
nobles alliées, reçu de l'extérieur une consécration qui doit être le 
commencement d'une ère nouvelle, je veux en augmenter le bien- 
être et la prospérité intérieure, le bonheur de mes sujets qui sont 
tous égnus à mes yeux et me sont également chers, et qui sont unis 
enlie eux par des rapports cordiaux de patriotisme, et assurer les 
moyens de faire croître de jour en jour la prospérité de mon empire. 

J'ai donc résolu et j'ordonne la mise à exécution des mesures 
suivantes : 

I. — Les garanties promises de notre part à tous les sujets de noire 
empire par le Hatli-Humayoun de Gulkhaué et les lois du Tanzimât, 
sans distinction de classe ni de culte, pour la défen=e de leur hon- 
neur, sont aujourd'hui confirmées et consolidées, et des mesures 
efficaces seront prises pour qu'elles reçoivent leur plein et entier 
effet. 

II. — Tous les privilèges et immunités spirituelles accordées ab 
antiquo à^t la part de mes ancêtres et à des dntes postérieures, à 
toutes les communautés chrétiennes <»u à d'autres riies non musul- 
mans établis dans mon empire, >ous mon égide protectrice, sont 
confirmés et maintenus. Chaque communauté chrétienne ou d'nutre 
co'iifes>io7i non mnsnlma-e sera tenue, uans un délai fixé, et avec le 
concours dune commission formée ad ho ". dans son sein, de procéder, 
avec ma haute approbation et sous la surveillance de ma Siiblirae- 
Porte, à l'exameu de ces immunités et privilèges actuels et d'exa- 
miner et soumetire à ma Sublime-Porte les réformes exigées par le 
progrès des lumières et du temps. Les pouvoirs concédés aux pa- 
triarches et aux évêques des rites chrétiens parle sultan Mahomet II 
et ses successeurs seront mis en harmonie avec la situation nou- 
velle que mes intentions généreuses et bienveillantes assurent à ces 
communautés. 

III. — Le principe de la nomination à vie des patriarches, après la 
révision des règlements d'élection aujourd'hui en vigueur, sera 
exactement app'i'jué, conformément à la teneur de leur bérat d in- 
vestiture Les patriarches, les métropoliiains (archevêques), délé- 
gués, évêques, ainsi que les grands rabotas, prèieroul serment à 



LES JUU'S DE L'EMPIRE OTTOMAN AU XLX' SIÈCLE 129 

leur entrée en fonctions d'après une formule concertée en commun 
entre ma Sublime-Porte et les chefs spirituels des diverses commu- 
nautés. 

IV. — Les redevances ecclésiastiques, de quelque forme et de 
quelque nature qu'elles soient, seront supprimées et remplacées par 
la fixation des revenus des patriarches et chefs de communautés, et 
par l'allocation de traitements et de salaires équitablement propor- 
tionnés à l'importance, au rang et à la dignité des divers membres 
du clergé. Il ne sera porté toutefois aucune atteinte aux propriétés 
mobilières et immobilières des divers clergés chrétiens. L'administra- 
tion temporelle des communautés chrétiennes ou d'aîilres commu- 
nautés non musulmanes, sera placée sous la sauvegarde d'un Conseil 
choisi dans le sein de chacune desdites communautés, parzni les 
membres du clergé et des laïques. 

VI. — Des mesures énergiques seront prises par ma Sublime- 
Porte pour assurer à chaque culte, quel que soit le nombre de ses adhé- 
rents, la pleine liberté de son exercice. 

VIL — Vu que tous les cultes sont et seront librement pratiqués 
dans mes États, aucun sujet de mon empire ne sera gêné dans l'exer- 
cice de la religion qu'il professe et ne sera d'aucune manière inquiété 
à cet égard. Personne ne pourra être contraint à changer de religion. 

VIII. - La nomination et le choix de tous les fonctionnaires et em- 
ployés de mon empire étant entièrement dépendants de ma volonté 
souveraine, tous les sujets de mon empire, sans distinction de natio- 
nalité, seront admissibles aux emplois publics et aptes à les occu- 
per, selon leurs capacités et leur mérite, et conformément à des 
règles d'une application générale. 

Tous les sujets de mon empire seront indistinctement reçus dans les 
écoles civiles et militaires du ffouvernement, s'ils remplissent d'ailleurs 
les conditions d'âge et d'examen spécifiées dans les règlements orga- 
niques desdites écoles. 

IX. — Toutes les affaires commerciales, correctionnelles et crimi- 
nelles entre des musulmans et des chrétiens ou autres non musul- 
mans, ou bien entre des chrétiens ou autres de confessions diffé- 
rentes non musulmanes, seront déférées à des tribunaux mixtes. 

X. — L'audience de ces tribunaux sera publique, les parties se- 
ront mises en présence et produiront leurs témoins, dont les déposi- 
tions seront reçues indistinctement, sous un serment ^xè\.é selon la 
loi religieuse de chaque culte. 

XL — Les procès ayant trait aux afl'aires civiles continueront 
d'être publiquement jugés d'après les lois et les règlements, par 
devant les conseils mixtes des provinces, en présence du gouverneur 
et du juge du lieu. Les procès civils spéciaux, comme ceux de suc- 
cession ou autres de ce genre entre les sujets d'un même culte, chré- 
tien ou autre, non musulman, pourront, à leur demande, être en- 
voyés par devant les conseils des patriarches ou des communautés. 

XII. — L'égalité des impôts entraînant l'égalité des charges, 
T. XXVI, no a. 9 



130 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

comme celle des devoirs entraîne celle des droits, les sujets chré- 
tiens et des autres cultes non musulmans devront, ainsi qu'il a été 
antérieurement résolu, aussi bien que les musulmans, satisfaire aux 
obligations de la loi de recrutement. Le principe du remplacement 
ou du rachat sera admis. 11 sera publié, dans le plus bref délai pos- 
sible, une loi complète sur le mode d'admission et de service des 
sujets chrétiens et d'autres rites non musulmans dans l'armée. 

XIII. — Comme les lois qui régissent l'achat, la vente et la dis- 
position des propriétés immobilières sont communes à tous les su- 
jets de mou empire, il pourra être permis aux étrangers de posséder 
des propriétés foncières dans mes Étals, en se conformant aux hns et 
aux règlements de police, en acquittant les mêmes charges que les 
indigènes, et après que les arrangements auront eu lieu avec les 
puissances étrangères. 

XIV. — Les impôts seront exigibles au même lUrede tous les sujets 
de mon empire, sans distinction de classe ni de culte. 

XV. — Les chefs et U7i délégué de chaque communauté désignés par 
ma Sublime-Porte seront appelés à prendre part aux délibérations du 
conseil suprême de justice dans toutes les circonstances qui intéres- 
seraient la généralité des sujets de mon empire. Ils seront spéciale- 
ment convoqués à cet effet par mon grand vizir. 

Fait à Gonstantinople, dans la première décade du mois de dje- 
maziulakhir, le deuxième de l'année 1272 (18 février 1856). 

En résume, cette seconde charte contient les dispositions sui- 
vantes en faveur des Juifs : 

1" Sécurité pour chacun dans sa vie, dans son honneur et dans 
sa fortune; 

2° Égalité de tous devant la loi; 

S** Admission de tous les sujets aux emplois publics et au ser- 
vice militaire; 

4" Liberté des cultes et de l'instruction publique avec quelques 
restrictions administratives ; 

h'' Égalité devant l'impôt ; 

6° Égalité des témoignages en justice ; 

7° Révision des privilèges et immunités des communautés non 
musulmanes, sauf maintien de leurs immunités et privilèges pu- 
rement spirituels; 

8° Représentation équitable de ces communautés dans les con- 
seils provinciaux et communaux et dans les conseils suprêmes de 
justice ; 

9° Suppression dans les actes officiels de toute appellation in- 
jurieuse pour les rayas. 

{A suivre.) M. Franco. 



NOTES ET MÉLANGES 



NOTES COMPLÉMENTAIRES 

SUR LE REPOS SABBATIQUE DES AMES DAMNÉES 



Notre article sur le repos sabbatique des âmes damnées [Revue, 
t. XXV, 1) nous a valu quelques communications que nos lecteurs 
nous sauront gré de leur faire connaître. Nous publierons en même 
temps quelques notes complémentaires sur certaines des questions 
que nous avions touchées incidemment dans ce travail. 

1. Origine de la croyance au repos sabbatique des âmes 

damnées. 

Notre savant collaborateur M. A. Epstein me fait remarquer 
que, dans le livre des Jubilés, les anges célèbrent le sabbat au ciel 
comme les hommes sur la terre. Ce serait un argument de plus en 
faveur de l'hypothèse que j'ai soutenue, à savoir que la croyance 
au repos sabbatique des damnés « découle de la sainteté dont 
était revêtue l'institution du sabbat : le sabbat est trop saint pour 
n'être prescrit qu'au monde terrestre, tout l'univers visible et in- 
visible y participe ». Le témoignage du Livre des Jubilés serait 
d'autant plus précieux qu'il nous montre bien avant Josèphe la 
sainteté mystique attribuée au sabbat. 

Je ne nie pas ce qu'a de séduisant ce rapprochement, mais peut- 
être la conception du Livre des Jubilés doit-elle s'expliquer autre- 
ment que celle dont nous nous sommes occupé. Ce n'est pas seule- 
ment, en effet, le sabbat qu'observent les anges, mais encore 
toutes les fêtes et nombre de rites, avafït l'institution même de 
ces iirescripiions religieuses. 



132 REVUE DES ETUDES JUIVES 

C'est la même idée mystique qui a fait imaginer un autel céleste 
qui correspond à l'autel terrestre, des sacrifices offerts par l'ange 
Michel ', et qui a fait créer, avant le monde, la Loi, le Temple, le 
Messie, etc.-. C'est une de ces spéculations qu'on croirait volontiers 
alexandrines, si on ne savait pas, par le Livre des Jubilés même, 
qu'elles appartenaient à ces cercles palestiniens qui avaient une 
certaine culture philosophique ou qui avaient à compter avec les 
exigences d'esprits nourris de lectures grecques. On n'accorde pas 
assez de place, d'ordinaire, dans l'histoire des idées religieuses, à 
ce monde juif qui tenait le milieu entre les Pharisiens de l'Ecole 
et les théologiens d'Alexandrie : la plupart des apocryphes palesti- 
niens ont vu le jour dans ces cercles, et même beaucoup de ces 
doctrines ont survécu dans le Talmud, malgré la réaction qui sui- 
vit le triomphe du christianisme. 

D'un tout autre caractère est, semble-t-il, l'idée qui est l'âme 
de la croyance au repos sabbatique des damnés : on n'a pas voulu 
ajouter à la sainteté du sabbat, le rendre plus vénérable encore : 
on s'est contenté d'en tirer la conclusion logique. S'il était permis 
d'instituer une distinction qui généralement porte à faux, on pour- 
rait dire que ces idées mystiques sont des constructions savantes 
de l'école, tandis que la croyance au repos sabbatique des damnés 
est de création populaire. 

M. Epstein rapproche encore de notre croyance ce trait de 
Pirké R. Eliézer qui fait intercéder le sabbat en faveur d'Adam 
pour implorer son pardon. Bien que cet ouvrage midraschique ne 
doive être consulté qu'avec défiance pour établir les doctrines qui 
avaient cours dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, car il 
se ressent des procédés des Pères de l'Eglise et s'abandonne vo- 
lontiers à des spéculations mystiques qui lui sont personnelles, 
néanmoins cette donnée intéressante cadre trop bien avec celles 
que nous avons relevées, pour que nous n'acceptions pas cet argu- 
ment qui confirme notre thèse. 

2. Là défense de boire V après-midi du sabbat. 

Nous avons dit l'incertitude du texte sur lequel est fondé cet 
usage [Wid., 6). Parallèlement à celui du Midrasch sur les Psaumes 
que nous avons cité, il faut placer celui qu'on lit dans un py p -no 
publié par M. Jellinek {Bet Hamidrasch, V, p. 43) : « Les morts 
ont une grande cour; devant cette cour est un fleuve qui sort du 

• Haguiga, \'2b. 

* Pesahim, 54 a; Nedaritn, 39 i; Merkilta, 16, 32; 6'tA^Deut., xi, lU, etc. 



NOTES ET MÉLANGES 133 

jardin d'Eden, et devant les fleuves est une campagne. Tous les 
vendredis, entre l'heure de Minha et la prière du soir, on fait sor- 
tir les esprits des morts de leur retraite [wn^r^^ n-^nr), et on les fait 
paître dans cette campagne, et ils boivent de l'eau de ce fleuve. 
Aussi quiconque boit; de l'eau le sabbat entre Minha et la prière du 
soir vole-t-il les eaux des morts. Lorsque la communauté des fi- 
dèles dit : nn3?3r! 'r; ni< isin (commencement de la prière du soir), 
ils retournent dans leurs tombeaux. Dieu les fait revivre (sans 
doute le sabbatj et les remet sur pied, vivants et fermes. Tous les 
morts Israélites se reposent le sabbat et viennent en foule chanter 
devant Dieu et se prosterner dans les synagogues. Tous les sabbats 
et les néoménies, ils ressuscitent de leurs tombeaux et viennent 
se soumettre à Dieu et se prosterner devant lui (conformément à 
Ezéchiel, xlvi, 3 ; Isaïe, lxvi, 23) ». 

Ce texte, mal rédigé, embarrassé de contradictions inextricables, 
est évidemment un remaniement, gauchement exécuté, du mor- 
ceau du Midrasch sur les Psaumes, et si, comme le veut M. Horo- 
witz, il est de R. Eliézer le Grand de Worms (1050) », l'altération 
se comprendra mieux encore. Une des modifications qui nous inté- 
ressent le plus ici est celle qui porte sur la défense de boire l'après- 
midi du sabbat : tandis que le Midrasch sur les Psaumes parle de 
tous les jours, ce passage restreint la défense au sabbat. Ce chan- 
gement s'imposait, puisque la raison de cette prohibition y est 
également présentée sous un autre jour : ce n'est plus, comme 
dans le Midrasch, tous les soirs, mais le sabbat seulement que les 
morts ont licence de se répandre dans la campagne. Mais ces 
textes étaient si mal établis, qu'une copie exacte du morceau que 
nous venons de citer, et qu'a bien voulu nous communiquer 
M. Epstein, donne, au lieu de sabbat, les mots : la veille du sabbat. 
Gomme les esprits des morts sortent de leur retraite le vendredi, 
avant la nuit, c'était à cette même heure qu'ils devaient se res- 
taurer. 

Ces deux versions d'un même texte nous expliquent la discus- 
sion de R. Tara et de R. Meschoullam : c'est un exemplaire sem- 
blable à ce dernier qu'avait entre les mains R. Meschoullam et 
qu'il opposait à celui de son contradicteur. Quant à l'opinion des 
Gaonim rapportée par l'auteur du Schibboulé Halléket, elle s'ap- 
puyait sur la version conservée dans le Midrasch sur les Psaumes. 

Une notice du Mahzor VUrij (p. 111)- nous dira même dans 

' Supplément au Beth Talmitd, I, p. 2. 

» Bien curieuse est la leçon de cet ouvraf^-e : L'usage, d'après lui, de ne pas manger, 
vient « de ce qu"il est dit : Qui mange l'après-midi du sabbat vole les vivants et les 
morts ». 



134 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

quelles régions respectives circulaient ces différentes versions : 
elle nous apprend que cette interdiction de manger l'après-midi du 
sabbat était inconnue des Juifs de Provence et de Narbonne. C'est 
donc une variante seulement qui a donné naissance à un rite. Il 
semble même que c'est à R. Tam en personne qu'on peut en rap- 
porter l'introduction, car dans la France du nord même l'usage 
n'était pas observé scrupuleusement du temps de ce rabbin ; nous 
le voyons, en effet, se fâcher contre ceux qui l'enfreignent — à 
leur insu probablement — et, semble-t-il, parce qu'une fois que 
des Israélites de Lorraine étaient attablés l'après-midi du sabbat, 
ils avaient été exposés à un danger * . 

3. Le repos sabbatique des damnés et la commémoration 
des morts. 

On a aussi voulu rattacher à la croyance au repos sabbatique des 
damnés un autre usage, celui de la commémoration des morts, 
nVwSj P-irTn. Cidkiya, l'auteur du Schibboulé Halléket, dit, en 
effet : « Après la lecture de la Haftara, il est d'usage de commé- 
morer les morts. D'après mon frère R. Benjamin, cette coutum»; 
s'explique ainsi : Comme c'est un jour de repos, même pour les 
morts, il est juste de rappeler leur nom pour le i^epos et la béné- 
diction et de prier pour eux » (§ 81, p. 59 de l'éd. Buber), 

Il semblerait que cette prière serait plus opportune les autres 
jours où les morts ne jouissent pas de ce repos. Cette explication 
boiteuse trahit l'embarras des casuistes à justifier l'institution de 
cet usage. Mais elle est personnelle à ce R. Benjamin ; d'ailleurs, 
elle suppose établie universellement la coutume de célébrer ce rite 
tous les samedis, tandis que d'après certains casuistes, il n'est 
prescrit que pour le jour de Kippour. Nous ne voudrions pas 
insister outre mesure sur ce point, nous proposant de traiter ici 
prochainement de l'histoire de cet usage de la commémoration 
des morts. 

4. Le repos sabbatique des damnés et la prière 'p'^'S. '^rn-ii:. 

Les plus anciens casuistes ne connaissent à l'institution de cette 
prière d'autre motif que celui qu'en a donné Mar Sar Schalom 
[Revue, ibid., ô). Ainsi Raschi, Pardès, 4; R. Tam, Sèfer Haya- 
schar, 620 ; Mahzor Vitry, p. 111 et 179 ; Méir de Rothembourg, 
d'après le ■':»n5r! 'o (éd. Bloch, p. 311), etc. 

' \o\x Teschubot Méir de Rothenhuig,éà.^\oc\i.)^. ;it1 , passage tiré du ^ÏT^nir; 'w- 



NOTES ET MELANGES 1:35 

Le Zoliar, II, 156 a, cela va sans dire, s'est range à cet avis, 
mais, renchérissant comme de coutume, il justifie le nombre des 
phrases de cette prière, qui est de trois, en le rattachant à celui 
de trois personnes qui seraient mortes le samedi après-midi, 
Joseph, Moïse et David '. 11 va sans dire que la version de cette 
prière est celle qui distingue la liturgie espagnole. 

5. Le mot 9Ep-:X|jiap£sxa6a. 

M, le rabbin Simonsen, de Copenhague, propose une très ingé- 
nieuse hypothèse pour expliquer ce terme obscur qui, d'après la 
Vision grecque de saint Paul, doit traduire le mot rr^ibrrr, Alléluia 
{Revue, ibid. J3, note 2). Au Psaume cxlvii, après le mot n-'ibbir:, 
la Peschitto, pour rendre l'hébreu Tniz' an:: i:d, dit n7:T«b n:j. 
Qu'on suppose que le t ait été lu -i, et le n, n, confusions très fa- 
ciles en syriaque, on obtient la leçon ec|î£X[jwtp:iia6a, au lieu de 

OcPî^pia'sjiapa. 

Israël Lévi. 



PINAMOU, FILS DE KAHÎL 



Une remarquable communication de mon ami Edouard Sachau à 
l'Académie de Berlin le 1 avril 1892 m'avait révélé le royaume de 
Scham'al (bNTO'i), à la frontière septentrionale la plus reculée de 
la Syrie [Scha'm), avec une capitale fortifiée par une quintuple 
enceinte, sur l'emplacement du village aujourd'hui appelé Sen- 
djîrlî. C'est sur cette terre inconnue que des recherches heureuses, 
poursuivies en 1888, 1890 et 1891 par le Comité de l'Orient fondé 
à Berlin en 1887, ont fait découvrir deux inscriptions sémitiques, 
où figure, incidemment dans l'une à la ligne 5, comme le per- 
sonnage principal dans l'autre, le roi de Ya'dî, b^p na irro (1. 1, 
14, 21). 

Ces vieux monuments nous font remonter au viii* siècle avant 
notre ère, le roi d'Assyrie Tiglat Pileser III, qui y est men- 

• D'après Schabtat, 30 a. 



136 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tionné, ayant régné de 745 à 121. Je reviendrai peut-être dans la 
Revue sur l'interprétation de ces textes vénérables, après que, 
dans l'hiver de 1893-1894, ils auront servi de thème à des discus- 
sions, à des colloquia, comme l'on disait au moyen-âge, dans ma 
conférence d'épigraphie à l'École des hautes-études (section des 
sciences religieuses). 

Pour aujourd'hui, je veux me borner à quelques observations 
d'onomastique sur les deux noms propres du père et du fils dont 
j'ai donné la transcription en caractères hébraïques. J'en cherche- 
rai l'étymologie exclusivement sur le terrain du sémitisme sep- 
tentrional, sans entrer dans des polémiques avec les savants qui 
soutiennent une opinion contraire ou différente. 

La forme sous laquelle se présente dans les deux inscriptions 
le nom du roi se transcrit nriD. La terminaison en est évi- 
demment cet Ole final si fréquent dans les noms propres de la 
Nabatée, de Palmyre, de toute la région araméenne. On en trou- 
verait des parallèles en arabe et en éthiopien. Le deuxième terme du 
composé qui précède me paraît être n: , contracté de û:>2 « dou- 
ceur, grâce, délices ». Il semble que les orthographes Giddeneme 
et Namgidde (Schroder, Die phi'mizische Sprache, p. 128) repo- 
sent sur la faculté de supprimer le 'ain dans ce mot. La fragilité 
de cette consonne, lorsqu'elle n'est pas initiale, est attestée par des 
exemples comme mn « Ruth», pour m:'i; nmoï « Abdère», à 
côté de n^^mar; "«rD pour i;:i'D, dans le nom du roi de Citium 
'jn"''^72D nûiiaroî ô KtTisûç ; daus 53 écourté de byn (Schroder, ibid., 
p. 89 ; cf. Annibal, Asdrubal, Adherbal) ; dans r-nnujna:» , pour 
nnrcrnni' (Schroder, ibid., p. 89 et 94) ; etc. Quant au i)êh initial, 
ma première pensée avait été de le rattacher à "jd « face » dont le 
noun aurait été absorbé par le noun, première lettre de nam, de 
telle manière que la comparaison avec Tanit face de Baal se serait 
imposée. Après mûre réflexion, je crois plutôt que ce d représente 
le vieux monosyllabe sémitique qui exprime « la bouche », en hé- 
breu rjEj avec ses analogues en arabe, en assyrien, en éthiopien. 
En dehors des noms propres hébreux bb-'s et onrE, qu'on explique 
généralement comme « la bouche de l'assemblée « et « la bouche 
d'airain », je suis amené à cette conclusion par deux ordres de 
comparaisons : tout d'abord, si l'Ancien Testament ne renferme 
aucun passage relatif à « une bouche de charmes» c;*: -^s en re- 
vanche, on y lit, d^une part, ■'D-^-irwN:, « les paroles de ma bouche» 
(Proverbes, xix, 15), d'autre part, ayi-inwN « les paroles de 
charme » ^ibid., xv,26). Ensuite, il me parait impossible de ne pas 
croire à une analogie d'origine entre iris et le nom presque iden- 



NOTES ET MÉLANGES 137 

tique ^my, porté par deux personnages, dans la partie araméenne 
du Corpus inscriptionum semiticarum, n" 213, 1. 1, 3 et 6 (p. 250) 
et 234, l. 2 (p. 269). 'Ênnamou me paraît désigner l'œil plein de 
charme, comme Pinamou la bouche pleine de charme. Le roi de 
Ya'di est, de par son nom, le Chrysostôme de son époque. 

Quant à son père, il est désigné par les trois consonnes bnp, 
pour lesquelles je repousse énergiquement les étymologies à fleur 
de terre qu'on a ramassées sans peine, et je m'efforce de creuser 
plus avant dans un sol résistant. Là encore il ne faut pas s'aven- 
turer à distance du terrain solide que fournissent les idiomes sé- 
mitiques du nord, et je leur demande la solution du problème. 
Seulement cette fois, je préfère renverser les rôles en commençant 
par émettre mon hypothèse sauf à essayer ensuite de la justifier 
par les arguments qui me Tont suggérée. A mes yeux, bip est, 
dans une écriture parcimonieuse, la représentation d'un nom 
propre, composé de N^ip « appelé, choisi » et de bx « Dieu », équi- 
valent araméen de la locution hébraïque nVn^^ n^na que les Sep- 
tante traduisent ïy.\zy^xhc, xuptou. 

Le premier terme de la composition, un participe passif de la 
première forme, avec b.s comme second terme, a des analogies 
dans l'onomastique de l'Ancien Testament. Je citerai, comme 
extérieurement semblables, avant tout, bx^-^T^^ (cf. in^"i"'Tl)) puis 
aussi bNn32 , bwNin3>n , bxi^p , peut-être, en dépit de Tinsertion d'un 
schin, bN'^^in??. Ce n'est pas, du reste, le point qui prête le plus 
à la controverse et j'aborde immédiatement la défense de ma 
seconde assertion. 

Est-il admissible que le nom du dieu bwN soit réduit à sa plus 
simple expression par aphérèse de Yalif, le lâméd subsistant seul 
pour le rappeler à la fin d'un composé? Ma réponse à la question 
ainsi posée n'est pas douteuse pour qui a lu mes prémisses. Oui 
certes, et les exemples ne manquent pas à l'appui d'une supposi- 
tion que je voudrais changer en certitude pour les esprits non 
prévenus. 

La possibilité de supprimer Valif initial dans les noms propres 
composés où ahoû « père » et ahhoû « frère », placés en tête, sont 
reliés par l'état construit à un autre substantif, est un axiome 
admis généralement dans le vocabulaire phénicien, historique et 
géographique, de Syrie et d'Afrique. Mais, ni dans Bomilkar, ni 
dans Boùfarîk, ni dans Hiram, Valif n'est protégé par son entou- 
rage. 11 était isolé en avant et on Ta retranché. La ressemblance 
est déjà plus grande, si l'on compare v^'-'î^y pour i^cc^n^r dans 
la deuxième inscription phénicienne d'Abydos [Corpus inscrip- 
tionum semiticarum, pars prima, I, p. 121). 



138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mais où la fragilité de YaLif, aussi bien dans élôha iUâh arabe") 
« dieu » que dans El ou //, apparaît nettement, c'est d'abord dans 
le nom du dieu national des Arabes Allah = Al-ilâh « Le dieu », 
dans l'orthographe écourtée bna:^ admise en arabe pour 'Abd 
AUâh Adh-Dhahabi, Al-Mouschtarik, p. 338), dans r;b-::*c pour 
rsbNnro sur un bronze himyarite du Musée Britannique Corpus 
inscriptionum semiticarum, pars quarta, I, p. 111-11-2), c'est, 
d'autre part, dans nb'iro, pour rrî<i;'r. sur le monument himya- 
rite 9 du Louvre, c'est dans l'orthographe du Coran DjahrU pour 
désigner l'ange Gabriel, dans l'orthographe arabe Roûbil ('?oûpi{ko^ 
de Josèphe) pour Ruben, le fils aîné de Jacob, avec une intention 
étymologique révélée par Josèphe, dans le nom arabe bs-.x I/-bil 
(en grec "Ap6rM) pour désigner la ville voisine de Mossoul, où la 
tradition place la victoire d'Alexandre sur Darius, tandis que 
l'une de ses homonymes de Syrie est appelée dans Hosée (x, 
14) VNSnxrr^D, c'est dans des transcriptions grecques telles que 
'pâp?i).oç, 'Pâ,s;5Y)).oç ^en arabe Rabbil), où il semble que bi<3-i soit 
devenu bni, un proche parent en onomastique de notre b^p 
fvoir Corpus lascripliomim semilicarum , pars quarta, I, p. 29"). 

Je conclus en lisant Pinamou, fils de Karil, les deux noms 
propres signifiant, celui-là l'homme à la bouche charmante, celui- 
ci l'élu du dieu II. 

IIARTWIG DeRENBOURG. 



BIBLIOGRAPHIE 



REYUE BIBLIOGRAPHIQUE 

r- TRIMESTRE 1892 ET l"'" TRIMESTRE 1893. 

{Les indication:; en français qui suivent les titres hébreux ne sont pas de l'auteur du livre, 
mais de Vautcur de la bibliographie, à moins qu'elles ne soient entre rjmllemets.) 

1. Ouvrages hébreux. 

mbinJ ^^Tib- Halachoth Gedoloth nach dein Texte der Handschrift der 
Vaticana, hrsgg. u. mit] krilischeu Noten versehen von D'' J. Ilildeshei- 
mer. IV. Lieferung, Einleilung u. Register. Berlin, impr. Itzkowski, 1892; 
in-8" de p. viii + 162 p. (Publication de la Société M'kizè Nirdamim). 

Celte livraison, qui est la dernière, renferme une introduction un peu 
brève, puis la table des versets bibliques, des citations de la Mischna, de la 
Toseita, des deux Talmuds, des Midraschim halachiques et agadiques, des 
noms dés Gaonim qui y sont mentionnés et uu vocabulaire des mots difli- 
ciles. Ces tables seront très précieuses pour les travailleurs. Nous y aurions 
aimé un index des matières, qui aurait été surtout utile pour les sujets 
qui sont par hasard traités dans les chapitres où on ne les chercherait pas. 

nm non 'D, 3« partie portant le titre de Î^O^^p PEDin, Commentaire de 
la Toset'ta, Seder Kodaschim, par David Pardo, publie par Jacob Matalon. 
Jérusalem, impr. Frorakin, 1890; in-F de 146 flf. 

nilD ûnn 'D Novelles talmudiques par Mosché Sofer, édil. par Àron 
Simha Blumentlial. Jérusalem, 1893 ; in-P de li ff. 

^ZV nb^bD '0 Klilalh Jofi entbalt die Geschichte der berûhmteslen Rabbi- 
neru. Schriftstcller von Polen u. Litthauen, nebst kritischen Anmerkun- 
gen von Chaim Nathan Dembitzer [2^ partie]. Cracovie, impr. Josef 
Fischer, 1893 ; in-S" de 152 ff. 

bxT»::'' by m-ltar; m-npb 'd Recueil de documents divers sur l'histoire 
des Juifs en Pologne aux xvii" et xvni" siècles, réunis par Ilayyira Jona 
Gourland et publiés par David Kahana, avec la biographie de Gourland. 
Odessa, impr. Abba Douchna, 1893; in-8o de 93 p. 



140 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

5"D"1 m*lbirb 'o Sludien ùber Saadia Alfajumis Leben von David Kohn. 
Cracovie, impr. Josef Fischer, 1891 ; in-S" de 36 p. 

Il esl fâcheux pour cette étude, d'ailleurs bien faite et consacrée surtout 
au 'JT^jXr! 'O et au ^1?J" 'C que la récente publication de notre savant 
collaborateur M. Harkavj- lui enlève aujourd'hui tout intérêt, 

«ITH^i ^5?^;7j 'O Origine des usages des Juifs, par Abraham Eliézer Hir- 
schowitz. Vilna, impr. Katzenellenbogen, 1892; in-8° de 120 p. 

Cet essai ne manque pas d'intérêt. L'auteur a eu la louable idée de re- 
chercher les premières traces, l'origine et l'histoire des coutumes ritué- 
liques. Malheureusement, il n'a pas eu à sa disposition tous les matériaux 
indispensables à de pareilles recherches. Il se contente trop facilement de 
citer le Tour, sans remonter plus haut. Qu'on compare, par exemple, le 
chapitre relatif au repos des morts, à la prière p~i 'TPpi^, avec ce que 
nous en avons dit [Revoie, XXV, 1). et on verra tout de suite avec quelle 
rapidité a travaillé M. H. et le peu d'ouvrages qu'il a consultés. En outre, 
trop souvent, comme ses confrères de TEst, il se laisse aller à des déve- 
loppements qui n'ont rien à faire dans une étude scientifique. Enfin, et 
surtout, il a eu le tort de faire une place trop grande, dans son ouvrage, 
aux prières rituelles, qu'on peut bien appeler usages, mais qu'on ne s'at- 
tendait pas à trouver ici. Il aurait pu d'autant mieux retrancher ces 
pages que le travail a déjà été fait par un maître dont l'autorité est incon- 
testée. S. Baer, dans son Ahodat Israël. Mais il paraît que ce livre n'est 
pas connu en Russie, au moins de M. H., qui y aurait beaucoup appris. 
Malgré tout, l'ouvrage de M. H. rendra des services à ceux qui sont un 
peu pressés. 

rm"^ï;p !lN73 "iT^N/û Ouvrage cabbalistique de Menahem Azaria de Fano, 
e'dite' par Pinbas Cohen Friedmann. Munkac?, impr. Blayer et Kohn, 
1892; in-4° de 'l p. 

QTDUJ pn73 "120 Hebrâische Prosodie von Immanuel France?;, zum ersten 
Maie edirt u. mit einer Einleitung, Anmerkungen u. Beilagen versehen 
von Heinrich Brody. Cracovie, impr. Josef Fischer, 1892 ; in-S" de 105 p. 
(Publication de la Société M'Kize Nirdamîm.) 

"i^p ubii' Le petit monde, revue mensuelle consacrée à la jeunesse, publiée 
par Ben-Jehuda, J. Grazovski et David Judelowilz. 1°'' numéro, te'bet 5653. 
Je'rusalem. impr. Abraham Moïse Luncz, 1892; in-8'^ de 16 p. 

Les directeurs de cette publication ont droit à la reconnaissance des 
hébraisants pour les efforts qu'ils ne cessent de faire afin de vulgariser la 
connaissance de l'hébreu. Ces efTorts ont déjà été couronnés de succès, car 
la jeunesse des colonies Israélites de la Palestine parle aujourd'hui l'hébreu 
avec une facilité remarquable. 

V'^a ^<-\y '3 Novelles sur le Schoulhan Arouch Hoschen Mischpat, par Sa- 
lomon-Juda de Sziget. M. Siget, impr. Mendel Vider, 1891 ; in-f° de 
165 ff, -)- tables de matières. 

mn^NTO ÎTi^r Asara Mamurolh zur Vcrlheidigung des Judenthums, 
seiner Prophelen und Gelehrten. Drohobicz, impr. Zupnik, 1892 ; in-8" 
de 79 p. 

Verbiage. 

ÏTiûtt rbî^p Bibliotheca Friedlandiana. Catalogus librorum impressorum 
hebrseorum in Museo asiatico imperialis Academifç Scientiarum Petro- 
politanœ asservatorum, Opéra et studio Samuelis Wiener. Fasc I, N. 
S*-Petersbourg, Eggers et C*% 1893; in-é" de <26 p. 



BIBLIOGRAPHIE 141 

"l'^Stttln D"1l351P Bibliographie des ouvrages be'breux relatifs aux noms de 
localite's, des cours d'eau et de personnes pour la rédaction des actes re- 
ligieux, par Ad. Jellinek. 2'^ cdit. revue et augmentée. Vienne, Ch. D. 
Lippe, 1893; in-S'' de 24 p. 

Il est superllu de recommander aux savants ces précieux index dont 
l'éloge n'est plus à faire et que l'auteur trouve moyen d'enrichir encore. 

D"3tt"lî^ OnUjip Bibliographie des ouvrages relatifs au Mischné Tora de 
Moïse Maïmonide, par Ad. Jellinek. 2° e'dit. revue et augmente'e. Vienne, 
Ch. D. Lippe, 1893; in-S» de 48 p. 

Contient en appendice des extraits du commentaire de R. Malhatia Hayi- 
çhari sur le Pirké Abot, du DIU "IT^ 'O de R. Isaac ben Pulcar, une 
lettre du fils de R. Senior Zalmann de Lodi sur son père et Napoléon 1", 
des extraits d'un divan jérusalmite et des énigmes. 

CnonO n3p Biographies juives, par Elazar Kohn. Lemberg, Margosches, 
1892; in-8» de 125 £f. 

"Tini d""l?173 nimïîn "^"iru; 'o Rabbi Meir's von Rolhenburg bisher 
unedirte Responsen nach Ilandschriften hrsgg. u. mit kritischen Noten 
versehen von Rabbiner Moses Bloch. II. Lieferung (Schluss). Berlin, impr. 
Itzkowski, 1892 ; in-8<» de p. 245-348. (Publication de la Société M'kizè 
Nirdamim.) 

2. Ouvrages en langues modernes. 

Bâcher (Wilhelm). Die jiidische Bibelexegese vom Anfange des zehnten 
bis zuni Ende des fïinfzehnten Jahrhunderts. Trêves, Sigmund Mayer, 
1892 ; in-8" de 102 p. (Extrait de Winter et Wiinsche, Die jiidische Lil- 
teratur scit Abschluss des Kanous.) 

Bericht (Elfter) ûber die Lehranstalt fiir die Wissenschaft des Juden- 
thums in Berlin. Voran gehen : Die Responsen des R. MeschuUam, Sohn 
des R. Kalonymus, von D»" Joël Miiller; Die Trauerrede an der Bahre des 
verewigten Docenten Herrn Dr. David Cassel, von Dr. S. Maybauni. 
Berlin, impr. Rosenthal, 1893; in-4o de 28 p. 

BissEL (Edwin-Cone). Genesis printed in colors, showing the original 
sources, from which it is supposed to bave been compiled, with an intro- 
duction. Hartford, Conn., Belknap et Warfield, 1892 ; in-S" de xvi + 59 p. 

Black (J.-S.). Book of Judges. With map, introduction and notes. Londres, 
Cambridge Warehouse, 1892; in-18 de 112 p. 

Blake (Buchanan). How to read Isaiah ; being prophecies of Isaiah (cb. i- 
xxxix) arranged in order of time and subject, with explanations and 
glossary. 2« ëdit. Edimbourg, Clark, 1892; in-8'' de 189 p. + 1 carte. 

Blake (Buchanan). How to read the Prophets; being the prophecies, arran- 
ged chronologically in their historical setting. With explanations, map 
and glossary. Part III. Jeremiah. Edimbourg, Clark, 1892; in-8° de 
282 p. 

Blake (Buchanan). How to read the Prophels ; being the prophecies arran- 
gea chronologically in their historical setting, with explanations, maps 
aad glossary. Part \. Containing Jonah, Amos, Hosea, Zechariah (ix-xiv), 



UZ REVUE DES ÉTUDES JLIVES 

Micha, Nabnm, Zephaniah, Ilabakkuk, Obadiah aud Joël. Eiliiubourg, 
Clark, 1892: in-8° de 244 p. 

Brown (Francis). A Hebrew and English lexicon of the Old Testament, 
wiih an appendix conlaining Ibe biblical Aramic. Part I. Oxford, Cla- 
rendon Press, 1892; in-4'^ de xii + 88 p. 

Gheyne. Aids to the devout study of criticism. Part I. The David-Narra- 
tives. Pari II. The book of Psalms. Londres, Unwin, 1892: in-8° de 
396 p. 

Chwolson [Daniel). Das Iczle Passamahl Christi u. der Tag seines Todes 
nach den in Uebereinstimmung gebrachten Berichleu dor Synopliker u. d. 
Evaugelium Johannis, nebst einem Anhang : Das Verbaltniss der Phari- 
siier, Sadduciier u. der Juden ûberhaupt zu Je>us Christus nach den mit 
Ililfe rabbinischer Quellen erlâuterten Berichten der Synopliker. Saint- 
PéLersbourg (Leipzig. Voss), 1892; in-4° de viii + 132 p. (Mémoires de 
l'Académie impériale des Sciences de Saint-Pclersbourg, vii'^ série, 
lome XLI, no 1). 

Un de nos collaborateurs rendra prochainement compte de ce savant 
travail. 

COHN (T.). Israels Gemeinschaftsleben mit den vorchristlichen Vôlkorn. 
Berlin, Lesser, 1893; in-S» de viii + 33 p. 

CooKE. The history and song of Deborah, Judges iv and v. Oxford, Clarcn- 
don Press, 1892: in-8^ de 57 p. 

DiENSTFERTiG (Mcyr). Die Prophelologie in der Religionsphilosophie des 
ersten nachchrislllcben Jahrhucderls, unter bes. Beachlungen d. 
Verschiedenheit in d. Auffassungeu d. Philon von Alexandrien u. des 
Flavius Josephus. Inaug. Dissert. Erlangen-Breslau, 1892; in-8° de 33 p. 

DiEULAFOY (M.). L'acropole de Suse. d'après les fouilles exécutées en 1884, 
1885 et 1886. 4« partie : l'Apadana et l'Ayadana. Paris, Hachette, 1892; 
in-40 de p. 323 à 446. 

Driver. A treatise on the use of the tenses in Ilebrew and some other syn- 
taclical questions. 3. éd., revised et improved. Oxford, Clarendon Press, 
1892; in-8"' de xv + 306 p. 

EvETTS (B. T. A.). New light on the Bible and the Holy Land, being an 
account of some récent discoveries in the East. Londres. Cassel, 1892; 
in-8<» de 480 p. 

Faye (E. de). Les apocalypses juives. Essai de critique littéraire et théolo- 
gique. Paris, Fischbacher, 1892; in-S" de 226 p. 

Gbunbaum (m.). Neuc Beilrâgc zur semitischen Sagenkunde. Leyde, Brill, 
1893; in-8« de 291 p. 

Grutzmagher (g. K). L'nlersuchuug \iber den L'rsprung der in Zachar. 
9-14 vorliegenden Profetien. Inaug-Dissert. Heidelberg-Berlin, 1892; in-8» 
de 51 p. 

Halevi (Jehuda^ Divan. Eine Auswahl in deulschen Ueberlragungen von 
Abr. Geiger, S. Heller, S. J. Kiimpf, S. Kristeller. Jul. Landsberger, 
M. Levin, Mor. Rappaporl, Michael Sachs, A. Sulzbach, Mor. Slcinscbnei- 



BIBLIOGRAI'UIK 1-43 

der u. A. Berlin, Hugo Schiklbcrger, 1893; in-lS" de ITA p. (Scbriften 
des Vereins fur jûdische Ge>;chichte u. Lilteralur. Bd. l.\ 

Très jolie édition, précédée d'une élude populaire de M. Karpeles sur 
l'auleur. 

Hamburger (J.). Keal-Encyclopadie fur Bibel u. Talmud. Supplement- 
band HI zur Abieilung I u. H, nebst Hauptregisler, deutscb u. bebraisch, 
zu allen Teilen dièses Werkes. Leipzig, K. F. Kôbler, 1892 ; in-S" de 15G p. 

HosMEH (J. K.). Ilistoria de los judios de las edades antigua, média y mo- 
derna. Version espanola , por Eduardo Toda. Madrid, Murillo, 1892; 
in-4'J de xxn: + 436 p. 

Jabrosbericbt des jiidiscb-thcologiscben Scmiuars Fraenckerscbcr Slilluug. 
Voran gebt : Anleitung und Tabcllen zur Vcigleicbuiig jûdiscber u. cbnsl- 
licher Zeitangaben, von D'- B. Zuckermann, brsgg. von D'' M. Braiin. 
Breslau, Scbesiscbe Bucbdruckerei, 1893 ; in-8° de 4G p. + 2 tables + xi p. 

Kampfmeyer (G.)- Aile Namen im heutigen Palaslina u. Syrien. I. Nanien 
des Alten Testaments. luaug. Dissert, Leipzig, 1892 ; in-8o de 94 p. 

KiRKPATRiCK. The doctrine of Ibe prophcts. Londres, Macmillan, 1892; 

in-8o de 540 p. 
KôHLER (A.). Lebrbuch der bibl. Geschicbte d. Alten Teslam. IL Ilaifte, 

2. Tbl. 3. Lfg. Leipzig, Deichert, 1892 ; in-8'^ de p. 313-674. 

KoiîUT (Alexander). Discussions on Isaiab (cb. LU, 13 (L, and ch. LllP, 
from an unpublished manuscript of Ibe sixteenlh cenlury witb prelimi- 
nary notes. Chicago, impr. Reform Advocatc, [1893]; in-18 de 33 p. 

KOHUT (Alexander). Sccular and tbeological studies. Tbc extent to wbicb 
Ibey are both necessary for the rabbi ; tbe nature and varietics of sucb 
studies. S. 1. n. d.; in-8° de 13 p. 

KUTNA (S. N.). Die Schœpfungslehre der mosaischen Urkundc innerbalb der 
Grenzen der blossen Vernunft. Przcmysl, impr. Schwarz, 1892 ; in-8° 
de 70 p. 

C'est un commentaire scientifico-philosophico-lhéologique des premiers 
récils de la Genèse. Dans ces considérations, où lemidrasch et la mythologie 
se coudoient sans se fâcher, il ne manque pas d'aperçus intéressants. 11 y 
a malheureusement des gens qu'ell'rayent ces hautes spéculations. Ont-ils 
tout à fait tort ? 

L.*.G.\RDE (Paul de). BibliotheCiB syriacœ a P. de L. coUecUe quœ ad philo- 
logiam sacram pertinent. Gœtticguc, Dictericb, 1892; iu-4o de 403 p. 

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1892 ; in-4" de 103 p. 

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Francfort s/M., J. Kaufifmann, 1893 ; in-8'' de 36 p. 

Kahn (Zadoc). Religion et patrie, deux allocutions prononcées à la syna- 
gogue de la rue de la Victoire, novembre 1892 (1° au service funèbre du 
capitaine Cre'mieu-Foa et du lieutenant Valabregue ; 2" à l'occasion du 
de'part des se'minaristes israe'lites pour l'armée). Paris, impr. May et 
Motteroz [1892j ; iu-8" de 32 p. 

KA.TZ (Albert). Der wahre Talmudjude. Die wichtigsten Grundsalze des lal- 
mudischen Schrifftthums ùber das sittliche Leben des Menschen ùbersetz 
u. in 70 Capileln systematisch geordnet. Berlin, Aponant, 1893 ; in-8* 
de XV + 165 p. 

Lafargues-Decazes. L'Hermine. Paris, Savine, 1893; iu-18 de 324 p. 

C'est un tableau de la magistrature juive qui ne manque pas de saveur. 
• Le héros, Gis d'un israélite bordelais, fait payer en faveurs gratuites, à 
une coureuse, l'ordonnance de non-lieu dont elle est l'objet, bien qu'elle ait 
été prise en llagrant délit de tentative d'assassinat. Il fait avorter la l'emme 
d'un magistral qu'il a détournée de ses devoirs. Chargé de poursuivre ce 
crime dont il a été l'inspirateur, il en accuse un de ses anciens rivaux. Il 
abuse de ses pouvoirs pour enlever à ce dernier des dossiers importants 
sur un ministre en exercice et dont il se sert ensuite pour s'assurer l'impu- 
nité de ses prévarications. > Ce compte rendu, que nous empruntons au 
Polijliiblion, Jicviie bthliographirjue universelle, 1893, quatrième livraison, 

T. XXVI, N" 51. lu 



1',G REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

est suivi de cette apprécialion, qui donnera le ton d'une certaine presse qui 
s'ellorce de paraître impartiale : > Non, franchement, ce n'est pa? possible, et 
M. Lafarpue-Decazes exaprère : si l)as tombée que soit notre mafristralare 
épurée, elle ne contient pas des maltaileurs d'un pareil calibre. Celle exa- 
gération diminue la portée morale et le caractère venj^eur de son livre. Il 
pouvait montrer (ce qui est vrai) que le juif, termite démoralisateur, a 
aujourd'hui pénétré dans tous les rouages de notre monde politique et 
social, et qu'il y poursuit implacablement son œuvre de décomposition. • 

Landsberg I m. G.^. History of the persécutions of Ibe Jews in Russia. 
4" éd. [Boston, Ilollander, Bradsbaw et Folsom, 1892] ; in-S" de G2 p. -|- 
divers appendices entremêlés de portraits et d'annonces. 

Low (Immanuel). Mozes Aldasa, predikacio. Szegedin, [1892 ; in-4''de20p. 
Souvenir aux savants Israélites décédés dans l'année 1892 : Chajim 
Nalan Dembizer, Isidore Loeb, David Cassel, Jacob Lévy, Juda Leb 
Gordon. 

PoHi.MANN (Walter> Das Judenlhum und sein Recht. 6*= édition. Neuwied 
a/Rhein et Leipzig, Louis Heuser, 1893 ; in-8" de 43 p. 

ScHRATTENHOLz 'Josef). Gfosspapa Stocker. Ein Beitrag zur Descendenz- 
Theorie des modernen Antisemitismus. Dùsseldorl', impr. Ed. Linlz, 
[1892] ; in-8° de 35 p. 

Simon. Die rituelle Schlachtmethode der Juden vom Slandpunkt der Krilik 
u. der Gesctiicbtc. Francfort s/M., J. Kauffmann, 1893; in-S" de 41 p. 

Situation [La) de« Juifs en Russie, rapport adresse' au gouvernement des 
Etats-Unis par ses délègues, MM. J.-B. Weber et D"" W. Kempster (tra- 
duit de ranglai><). S. 1. n. d. [Paris, 1893] : in-S" de 147 p. 



LoDS (Adolphe). Le livre trEnocli, frag,nents grecs dt'couverts à Akhmin [Haute- 
Egypte], publiés avec les variantes du texte éthiopien, traduits et annotés. Paris, 
Ernest Leroux, 1892 ; in-S" de lxvi + 198 p. 

On pourrail composer une petite bibliothèque avec les écrits di- 
vers auxquels a donné naissance la découverte déjà fameuse de 
M. Bouriant. C'est, d'ailleurs, un des spectacles les plus curieux 
offerts aujourd'hui parla science que cet empressement fébrile à tirer 
parti des trouvailles récentes : c'est à qui arrivera le premier dans ce 
steeple-chase d'un nouveau genre, et 11 semble que Ton doive gagner 
ses galons a distancer ses rivaux de quelques longueurs. Il ne faut 
pas trop se plaindre de celle précipitation, si elle a pour effet de 
réveiller l'activité scienliiique et si n'entrent dans la lice que ceux 
qui se sont déjà entraînés par une préparation sérieuse. 

M. L. se préparait depuis longtemps à l'élude du livre d'Enoch, et 
la découverte de M. Bouriant a été une bonne fortune pour lui, 
puisqu'elle ajoutait rintcrèl de l'actualité au travail qu'il avait 



BIBLIOGRAPHIE 1 'i7 

entrepris. Peut-être y avons-nous perdu un excellent ouvrage que 
l'auteur n'aura plus le courage d'écrire. Il faudra, probablement, 
nous contenter du commentaire partiel que nous donne aujourd'hui 
M. L., au lieu d'un traité complet dont il avait sans doute réuni les 
éléments, à moins qu'une nouvelle bonne fortune ne mette au jour 
le complément de ces fragments grecs. Par là aussi s'explique la 
composition de cette monographie, dont l'aspect déroute un peu, 
surtout dans l'introduction et le commentaire. Dans l'introduction, 
une étude générale sur le livre d'Enoch, qui ne tire aucun éclaircis- 
sement nouveau des fragments grecs qui viennent dêtre exhumés ; 
dans le commentaire, des notes de toute nature, étudiant le fond 
comme la forme et qui le plus souvent ne se rattachent aucunement 
aux leçons fournies par le texte de Gizeh. On voit que, somme 
toute, nous reprochons à M. L. sa trop grande complaisance pour 
nous. 

Disons tout de suite que M. L. est au courant de tous les travaux 
qui ont devancé le sien. Le résumé qu'il trace de l'histoire du texte 
et des questions relatives à l'origine du livre dit tout ce qu'il faut en 
savoir. Si, cependant, nous étions en présence d'un véritable traité 
sur la matière, nous demanderions à l'auteur la permission de ne pas 
l'en croire sur parole sur la distribution qu'il fait des diflerents mor- 
ceaux de cette œuvre composite. Pour lui, celte apocalypse est 
constituée de fragments ainsi répartis: 1° Les paraboles (ch. 37-71, 
avec des interpolations), ayant un auteur spécial ; 2" les morceaux 
relatifs à Noé (54, 7-55; 60; 65-69, 25), interpolations ultérieures, 
ainsi que les ch. 106,107 61108; 3° les ch. 1-16 ; 21-36; 72-82; 91, 
1-11 ; 92 ; 94-105, qui forment le corps même du livre. Quant aux 
deux grandes visions, si elles ne faisaient pas partie de l'ouvrage 
principal, elles lui étaient certainement apparentées. 

M. L. s'en lie plus à ses vues personnelles pour la question de date. 
Il a très bien reconnu qu Enoch s'inspire de Daniel et, par consé- 
quent, est postérieur à la révolte des Macchabées ; qu'ayant été 
écrit en hébreu ou en araméen, il ne peut être l'œuvre d'un chré- 
tien. Ces points sont aujourd'hui acquis. Peut -on faire un pas 
de plus et assigner une date précise à ces morceaux qui cons- 
tituaient l'original ? M. L. essaie d'y arriver en étudiant l'état 
social que retlèle cette apocalypse. Que peuvent être ces pécheurs 
qu'Enoch poursuit de sa haine, riches, occupés uniquement à 
boire et à manger et à jouir de toutes les voluptés, qui violent 
la loi, nient la rémunération après la mort, ne croient pas aux 
« tables célestes » où sont inscrits les péchés des mortels, sinon des 
Saducéens vus par un llasid'? Ces épicuriens cruels sont au pouvoir, 
donc sont ceux qui ont profité de la rupture de Jean Ilyrcan avec les 
Pharisiens. Cette peinture conviendrait mal à l'époque qui précéda 
ce grand revirement, alors que les Hasidim, malgré leurs défiances 
croissantes, pouvaient encore espérer le triomphe de leurs idées. Eu 
outre, les païens n'apparaissent pas comme les maîtres d'Israël, ce qui 



148 REVUE DES ETUDES JUIVES 

exclut immédiatemenl l'époque des Macchabées et les temps qui ont 
suivi l'intervention des Romains dans les affaires juives. Le livre a 
donc été écrit dans les dernières années du ii'^ siècle ou dans la pre- 
mière moitié du i*^'^ siècle avant l'ère chrétienne. C'est, d'ailleurs, à 
ces conclusions que sont déjà arrivés Hilgenfeld et M. Baldensperger. 

Nous nous défions de ces constructions savantes, car il est si 
facile d'en élever, d'après les mêmes procédés, et de toutes différentes. 
Tout d'abord M. L. suppose acquis ce qui est plus contestable qu'on 
ne croit d'ordinaire. Est-on si sûr que cela, eu effet, que. aux yeux 
des Pharisiens, les Saducéens aient été des espèces de païens, les 
héritiers directs des grécolàtres voués à l'exécration? Les discussions 
que soutenaient les deux partis, au rapport du Talmud, ne nous lais- 
sent aucune impression de ce genre. On n'aurait pas disputé sur des 
points de détail, si on avait été séparé par un fossé si profond- Et si 
ce sont les Saducéens que vise l'auteur, pourquoi pas la moindre 
allusion aux prêtres, qui en étaient les chefs? Enfin, à moins de 
croire que ce Hasid soit un Pharisien parfait, qui a épousé toutes 
les haines de son parti, les rivalités des Saducéens et des Pharisiens 
ont-elles à ce point inquiété les esprits, fait voir tout en noir et 
attendre je ne sais quel cataclysme? Or, un Pharisien pur sang, cet 
auteur ne peut l'être, ce n'est pas un docteur de lécole, il est trop 
imprégné de la culture grecque. Les traits de sa description convien- 
nent infiniment mieux aux hellénistes : « le jour de l'angoisse » n'est 
pas dans l'avenir, c'est la crise présente, où les pieux sont persé- 
cutés ; « le jour où disparaîtront tous les ennemis et où les justes 
seront sauvés», est celui qui verra la punition des grécolàtres. Si 
l'auteur se couvre du nom d'Enoch, c'est qu'Enoch appartient à une 
génération de pécheurs et seul a mérité les faveurs de Dieu, de même 
que les Hasidim, les pieux, sont peu nombreux en regard des philhel- 
lènes. Ce qu'il veut, c'est surtout rassurer, consoler et encourager 
ceux qui sont restés fidèles à leur Dieu, qui ne se sont pas révoltés 
contre lui. et ce dessein se comprenait surtout dans cette période 
troublée où les hellénistes avaient repris le dessus. Si les païens ne 
sont pas voués à la malédiction, et même sont traités avec plus de 
sympathie que ces ennemis intérieurs, c'est que ces frères-trans- 
fuges sont doublement coupables. Si. enfin, l'auteur ne paraît pas 
savoir que son pays est encore soumis à la Sj'rie, c'est qu'au fond, 
les Hasidim tenaient moins à leur indépendance nationale qu'à leur 
indépendance religieuse et étaient assez indifférents à leur situation 
politique, qui durait depuis des siècles. 

On voit comme il est facile de tirer des conclusions historiques de 
ces tableaux dont le vague ouvre libre carrière à l'imagination. 

Où nous serons tout à fait d'accord avec M. L., c'est dans la déter- 
mination de la patrie de cet ouvrage. Il n'est pas douteux que ce 
pays est la Palestine, et quand, s'en p«'enant à l'opinion de M. de la 
Faye, qui. ne retrouvant pas dans le livre d'Enoch ce qui constitue 
«la substance du judaïsme palestinien», en fait une œuvre judéo- 



BIBLIOGRAPHIE 149 

alexandrine, il lui demande « si nous connaissons assez bien ce qui 
constitue la substance du judaïsme palestinien pour déterminer ainsi 
ce qui peut et ce qui ne peut pas avoir été écrit en Terre-Sainte », 
nous applaudissons sincèrement. 

Les chapitres consacrés à l'étude comparée des différents textes du 
livre d'Enoch sont traités avec beaucoup de soin et une minutie 
digne de tout éloge. M. Lods montre, par des exemples topiques, 
que le texte grec qui a servi au traducteur éthiopien (A.) et celui de 
Gizeh (G.) sont de la même famille, et que ni A. ni G. ne dépendent 
de celui dont le Syncelle nous a conservé des fragments (S.). S. est 
presque toujours en désaccord avec A. lorsque A. diffère de G., ce 
qui prouve que G. est plus exact que A. et est resté plus fidèle à 
l'original. D'ailleurs, beaucoup de variantes de l'éthiopien peuvent 
être mises sur le compte du traducteur éthiopien et des copistes de 
la traduction. Le nouveau texte, d'une part, rend au texte éthiopien 
une valeur qu'on lui déniait, et, d'autre part, met en garde contre les 
déductions qu'on tirait trop facilement de menues particularités de 
cette traduction : cette version a été faite avec soin, mais par un 
auteur qui ne craignait pas d'écourter et de modifier quand il lui en 
prenait fantaisie. 

Le texte de Gizeh nous éclairera-t-il enfin, sur la langue dans la- 
quelle a été rédigé l'original? M. L. examine ce point avec beaucoup 
de sagacité. Il reconnaît, d'abord, que l'auteur lisait la Bible, non dans 
la version des Septante, mais dans l'hébreu. D'autre part, le traduc- 
teur, par une méprise heureuse, a gardé des expressions de l'original 
qui sont incontestablement sémi-tiques ; telles sont [xaôpopa, « désert », 
«ouxtt, a antimoine ». Mais M. Lods n'ose pas opter entre l'araméen et 
l'hébreu. Nous devinons l'origine de ses scrupules : il était arrêté par 
les arguments de M. Joseph Halévy, qui soutient que le livre d'Enoch 
a été écrit en hébreu. M. Halévy s'appuie surtout sur les étymologies 
de l'auteur, qui révèlent sa connaissance de l'hébreu, comme celle du 
mot Yared par « descendre », de Hermon, par « Herem », etc. Mais 
ces preuves ne me semblent aucunement convaincantes: tout Juif qui 
écrivait alors, même à Alexandrie, savait assez la langue sacrée pour 
découvrir de pareilles étymologies. L'auteur en fait aussi qui suppo- 
sent la connaissance de l'araméen, comme, par exemple, celle de 
Arakiel, qu'il dérive de Arka « terre ». En sommes-nous réduits à ne 
point pouvoir nous décider? Aucunement, des mots comme Madbora 
et Phouca ne laissent aucun doute : ils ont une terminaison nette- 
ment araméenne. L'auteur était d'autant plus incité à se servir de 
celte langue qu'il s'inspirait du livre de Daniel, écrit en araméen, 
pour la plus grande part. 

Ce qui donne le plus d'intérêt à la découverte de Gizéh, c'est que 
nous ne sommes plus réduits maintenant à la traduction éthio- 
pienne, dont la fidélité et la précision pouvaient toujours être sus- 
pectées, pour l'étude du ch. 22, qui, comme l'a bien vu M. L., est 
une des pages les plus importantes pour l'histoire des doctrines 



loO REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

eschalologiques chez les Juifs. Ce chapitre esl la première descrip- 
liou minutieuse de la vie d'oulre-lombe et le premier essai de coor- 
dination des idées éparses sur la rémunération future. Au couchant 
est une haute montagne, dans laquelle sont pratiqués quatre creux 
profonds, trois obscurs, l'autre lumineux. Ces cavités sont destinées 
aux esprits des âmes des morts, qui s'y rassembleront et y seront 
enfermés jusqu'au jour du grand jugement. Chacun de ces empla- 
cements est aflecté à une catégorie de morts ; l'un, où se trouve la 
source d'eau lumineuse, aux esprits des justes ; un autre aux pé- 
cheurs qui n'ont pas été punis sur la terre, et dont les esprits souf- 
friront des tourments et supplices des esprits maudits jusqu'au 
grand jour du jugement, un troisième aux esprits de ceux qui de- 
mandent justice, pour avoir été tués aux jours des pécheurs; le 
quatrième aux esprits des hommes impies qui ne seront pas punis 
au jour du jugement, mais qui n'auront pas part à la résurrection ; 
M. L. s'arrête longuement sur cette description, dont tous les 
détails, d'ailleurs, sont loin d'être clairs, et en lire des conclusions 
qui méritent d'être disculées. M. L. remarque, d'abord, que l'au- 
teur du livre d'Enoch était fam.iliarisé avec la mythologie grecque, 
c'est ainsi que les fils de Dieu sont par lui assimilés aux Titans; le 
séjour des morts est placé à l'extrême Occident. « Si, continue M. L..., 
un Juif, adversaire déclaré de la civilisation païenne, a pu admettre 
dans son œuvre des conceptions dont l'origine était aussi aisément 
reconnaissable à l'œil le moins exercé, ne doit-on pas s'attendre à 
trouver chez lui l'influence d'idées beaucoup plus générales, par- 
tant beaucoup mieux faites pour é'insinuer dans l'esprit même de 
ceux qui les combattaient? •-> On devine la suite du raisonnement : 
« Cette double idée d'une rémunération commençant immédiatement 
après la mort et de la persistance de l'âme individuelle au-delà de la 
tombe » est « en rapport avec la doctrine platonicienne de l'immor- 
talité de rame et avec la conception classique de l'Hadès ». 

Je ne contesterai pas l'influence qu'ont exercée souvent les idées 
régnantes sur la théologie juive ; mais cette action n'a été possible 
qu'autant que, de bonne foi, l'esprit juif croyait trouver dans les 
spéculations étrangères l'écho de ses propres pensées; des doctrines 
diamétralement opposées aux siennes l'auraient certainement cho- 
qué et rendu rebelle. Or, s'il était vrai, comme on le prétend com- 
munément, que la croyance en un autre monde était, non seulement 
étrangère au Judaïsme, mais même niée résolument par lui, ce 
serait un phénomène bien étrange que cette croyance, en opposition 
tranchée avec la théologie biblique et de provenance grecque, aurait 
été introduite chez les Juifs, par ceux qui étaient les adversaires 
intraitables de l'hellénisme, par les Pharisiens, successeurs des Ilas- 
sidim, qui avaient lutté désespérément contre l'invasion de la cul- 
ture grecque en Judée. De deux choses l'une : ou ces cro^^ances 
eschalologiques avaient leurs racines dans le Judaïsme, soit dans le 
populaire, soit parmi les savants, dans ce cas, il importe peu que tel 



BIBLIOGRAPHIE 1»;! 

OU tel détail de ces croyances ail été emprunté aux Grecs; où elles 
étaient foncièrement neuves, dans ce cas, le Pharisien le moins 
fanatique ne les aurait jamais accueillies. Assigner une date précise 
à l'éclosion d'une conception aussi grave que celle-là, c'est, comme 
pour tous les problèmes qui veulent découvrir les origines, faire 
œuvre vaine. En tout cas, le livre d'Enoch, qui essaie de concilier 
l'idée d'une rémunération immédiate et celle de la résurrection, 
trahit un état de croyance qui rejette bien loin dans l'antiquité des 
idées qu'on prétendait dater du livre de Daniel. 

En outre, l'auteur ne peut être pris pour le porte-parole du phari- 
saïsme, puisqu'il se distingue très nettement, par plusieurs points, 
de la doctrine officielle des Pharisiens. Ainsi, la Mischna de Sanhé- 
drin, XI, 3, montre que, tout eu étant d'accord avec le livre d'Enoch 
pour exclure de la résurrection certaines catégories de pécheurs, les 
Pharisiens admettaient aussi la mort totale comme punition de cer- 
tains crimes, solution inconnue à notre apocalypse. M. L. a eu tort 
de ne pas comparer, en effet, les descriptions d'Enoch avec celles 
que nous ont conservées les livres tulmudiques : il aurait découvert 
que le livre d'Enoch ne peut être considéré comme l'importateur eu 
Judée des doctrines eschatologiques qui out prévalu généralement 
plus lard, il eu diffère trop et par ce qu'il dit et par ce qu'il ne dit 
pas. Il atteste seulement la liberté avec laquelle chacun traitait ces 
redoutables questions et se représentait le lendemain de la mort. 

C'est, d'ailleurs, le côté faible de la plupart des savants non 
Juifs qui étudient le mouvement des idées aux environs de l'ère 
chrétienne. M. L. a bien senti qu'il y avait intérêt à éclairer le 
livre d'Enoch à la lumière des données talmudiques et midras- 
chiques. De là, dans ses commentaires, bien des mésaventures que 
nous n'aurons pas la cruauté de relever. Il ne suffit pas d'invoquer 
le témoignage d'écrits hébreux, encore faut-il n'en pas ignorer 
l'âge. La belle autorité, par exemple, que le Yalkout Badasch, pour 
l'explication d'idées antérieures au christianisme : un ouvrage du 
xv!!"^ siècle, fait, en Pologne, à l'aide de traités cabalistiques! 

Ces menues critiques n'atténuent en rien ni le bien que nous 
pensons de la science de M. L., ni la reconnaissance que nous lui 
devons. Son étude se recommande par le sérieux, la conscience et la 
bonne foi. 

Israël Lévi. 



CORRESPONDANCE 



Dans le numéro précédent de la Remœ (tome XXV, p. 116-121), 
M. Immanuel Lœw a contesté la justesse de quelques étymologies 
que j'ai proposées dans mon Aruch compJdum. Qu'il me per- 
mette de répondre ici brièvement à ses critiques. 

M. L. prétend qu'il faut lire nT':-i:;-i:i, au lieu de nrîisn:;. Cette 
correction a contre elle les textes imprimés et mss. 11 ajoute que 
je n'ai pas compris mon propre article sur nr^'^sns, dans Aruch, 
II, 241. Une pareille assertion mérite à peine d'être réfutée. Je 
n'ai pas dit dans l'Index vocabulonim italicorum (p. vi, note 1)", 
comme M. L. prétend, que pour R. Nathan minsns est la même 
chose que porlulaca (porcellana), mais j'ai dit que, pour mon 
compte, j'ai montré, en m'appuyant sur l'explication de Moussafia, 
que ce mot désigne le lotus égyptien, et que, par conséquent, le 
mot ir-"'"i = lotus peut être expliqué par l'italien ■'p-li:'5^D = por- 
tulaca, par lequel R. Nathan [Aruch completum, III, 395 a) ex- 
plique d'habitude "j-^ncnc ou ni:ib;bn. Dans Vlndex^ je n'ai cité 
aucune preuve à l'appui de mon opinion, mais je vais le faire ici 
en me servant des paroles de M. L. Voici ce qu'il dit dans ses 
Pflanzen7iamen, p. 321, au mot wnsiD : « Dans les Reisen de Pe- 
termann, II, 144, c'est berbîn; dans le Liban ferfahin; à Bey- 
routh, haqla ; chez les Bédouins, huaerde. C'est une espèce de 
trèfle, propre à la consommation [pourpier] ». Je pourrais, à mon 
tour, dire que M. L. n'a pas compris son propre article, puisque, 
pour expliquer un mot signifiant trèfle, il met entre crochets le 
mot pourpier. Il a donc commis la même erreur que celle qu'il 
me reproche. J'ajouterai que M. Eisler [Beitrâge zur ralihini- 
schen Sprach-v. Alterthiirashunde, IV, 154) a rendu également 
le ■ipN'ïNit-nD de VArouch par portulaca. 

En disant que le mot iN'^i:7D::np est mal imprimé dans VIndex, 
M. L. aurait dû ajouter qu'il est correctement écrit dans le corps 
de l'ouvrage (VII, 122 &). — Je maintiens l'explication que j'ai 



CORRESPONDANCE 1o3 

donnée de mmp. Le reproche que M. L. me fait d'avoir indiqué le 
terme hongrois pour mieux faire comprendre le mot italien me 
paraît bien puéril. 

M. L. ne veut pas accepter mon explication du mot ■'N?:-;, mais 
il se garde bien d'en proposer une autre. 

Pour N7:r:, j'ai reconnu moi-même la justesse de l'étymologie 
indiquée dans les PfJanzenn. de M. L., et j'ai également cité Ilay 
Gaon (Aruch complet., VI, 365). 

Je connaissais et ai mentionné l'opinion de M. L. relative au 
mot Nnran {Ariich, III, 441 &]. 

Quiconque lira mon article sur 3i:n {Aruch, III, 473 a) verra 
que j'y ai examiné à fond les sources et que je n'avais nullement 
besoin de citer M. L. 

Je trouve inutile de répondre aux autres observations de M. L. 
Je ne veux pas dire par là que toutes les explications que j'ai 
données dans mon Aruch soient bonnes, et je serai toujours heu- 
reux d'accepter les rectifications qu'on voudra bien proposer, 
quand elles seront appuyées sur une science impartiale. 

Neiv-York. 

Alexandre Kohut. 



CHRONIQUE 



L'accusation du meurtre rituel. — M. Henry Gaidoz a rendu 
compte, lui fiussi, dan? son journal [Mélusine, t. VI, n^' 8, mars-avril 
1893" de l'ouvrage de M. Strack qu'a si bien analj^sé notre savant col- 
laborateur M. Salomon Reinach [Revue, XXV, 161). M. Gaidoz, qui est, 
on le sait, un des maitj-es incontestés des études de folk-lore, dont re- 
lève l'accusation du meurtre rituel, a résumé en termes très précisée 
qu'il faut penser de cette queslioa, quia fait couler déjà autant de sang 
que d'encre. Nous reproduisons ici ces lignes, auxquelles nous sous- 
crivons sans réserve : 

« Cette accusation contre les Juifs parait, dit M. Strack, ne pas en- 
core avoir tout à fait sept siècles d'existence : en effet, on n'en a pas 
de témoignage plus ancien. Mais rien ne prouve qu'elle n'ait pas existé 
plus anciennement encore, et, pour nous, il faut, pour l'expliquer, re- 
monter à l'auliquilé elle-même, avant la naissance du christianisme. 
Voici comment nous nous expliquons ce développement psychologique 
et historique. 

I»* Daus le monde antique la sorcellerie employait pour ses rites du 
sang et d'autres parties du corps humain, et oa immolait souvent des 
enfants dans ces rites. 

2° Les premiers chrétiens passaient pour sorciers, ils étaient accusés 
de magie et poursuivis à ce titre; on leur attribuait donc les rites 
coupables de la magie, y compris l'infanticide, comme l'atteste Tertul- 
lien. — Le populaire payen attribuait donc aux chrétiens, alors secte 
peu nombreuse, mal connue, haïe et méprisée, ce que le populaire 
chrétien attribuera plus tard aux Juifs, devenus eux-mêmes au milieu 
des chrétiens une secte peu nombreuse, mal connue, haïe et méprisée. 

3° Le christianisme triomphe, mais les croj'ances populaires restent 
les mêmes, et l'accusation de meurtre rituel se déplace. Les catholiques 
étant la majorité dominante, l'accusation se porte sur les sectes héré- 
tiques ; puis, quand 1 hérésie est étoufTée dans le sang et dans le feu 
des bûchers, Taccusalion se porte sur les Juifs. Ce qui faisait la force 
de cette accusatico, c'est que les pratiques et les croyances de la ma- 
gie, héritage de l'antiquité pré-chrétienne, avaient survécu dans 
l'ombre au milieu de la société chrétienne, que l'on continuait à égor- 



CHRONIQUE ^55 

ger des eufants pour mêler leur sang aux philtres, à fabriquer des 
chandelles de graisse humaine pour se rendre invisible, a eventrer 
des femmes eoceinles pour leur arracher leur fruit, etc. Des crimes, 
provoqués par ces croyances, se commettaient encore chez nous dans 
les derniers siècles; et il s'en commet encore de notre temps dans 
l'Europe orientale, comme on peut le voir par les exemples qu a re- 
cueillis M S. Cet état psychologique de la société chrétienne exphque 
pourquoi cette accusation portée contre les Juifs paraissait si natu- 
relle aux chrétiens ; les chrétiens attribuaient simplement aux Juils 
leur façon de penser. 

40 Le's pratiques de la magie s'effacèrent peu à peu chez les chrétiens 
par suite du progrès des idées ; mais la vieille accusation portée contre 
les Juifs subsista, parce que rien n'est aussi tenace qu'une tradition 
dans les couches populaires que l'instruction n'atteint pas, et aussi 
parce qu'elle faisait en quelque sorte partie d'un programme de pas- 
sions nationales et sociales. » 

M S se propose de publier une nouvelle édition de son ouvrage et 
demande qu'on l'aide à rendre plus complète encore son étude. Xous 
nous permettrons de lui signaler un ordre d'investigations que nous 
avons vainement cherchées dans son travail : pour prouver qu au tond 
de cette accusation il n'y a qu'une croyance populaire d'un caractère 
universel, et, on peut le dire, pré-historique, sans lien avec la réalité, 
il suftii d'essayer de reconstituer le scénario des prétendus faits repro- 
chés aux Juifs et de noter les motifs attribués à ces meurtres soi- 
disant rituels. Rituel est un mot qui fait penser à des formes rigides, 
inflexibles. Or, rien de plus variable et que ce scénario et que 
ces explications : impossible de mettre d'accord toutes ces inven- 
tions. Qu'exige ce rite? l'efîusion du sang? La victime est très 
souvent simplement noyée. - Faut-il dans ce but un garçon, 
une lille, un homme? Tout ce qu'on voudra, cela dépendra du 
cas qui aura réveillé la croyance. — A quel moment de l'année 
doit s'accomplir ce rite monstrueux? A la Pâque juive ou aux 
Pâques chrétiennes, ou n'importe quand? On n'y regarde pas de si 
près, et l'accusation se produit à n'importe quelle occasion. On ne sait 
même pas toujours que la Pùque juive parfois retarde de plusieurs 
semaines sur celle des chrétiens. - Ces martyres chrétiens ne se 
révèlent-ils pas d'une manière miraculeuse? Eu un temps ou le mi- 
racle est à Tordre du jour et où le merveilleux joue un rôle dominant, 
c'est par des signes miraculeux que se découvrent ces meurtres, 
une auréole de feu, par exemple, planant sur la surface de l'eau qui 
recouvre le cadavre, l'odeur exquise du mort et, ce qui atteste 
le crime mieux que les aveux des coupables arrachés par la torture, ce 
sont les miracles dont est le théâtre la tombe de la victime. Aujour- 
d'hui, où il faut compter avec le scepticisme, ce décor a été supprime. 
sans que la crovance s'en soit trouvée diminuée. — Pourquoi, main- 
tenant, ce meurtre? Pour rééditer le crucifiement du Christ, pour 
percer dans le chrétien le Christ qu'il représente, pour la fabrication 



lo6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

des pains azymes (concepliou très moderne), pour ne pas sentir mau- 
vais, pour faire des philtres, pour arrêter le sang de la circoncision, 
pour guérir les maladies secrètes, pour la cérémonie des fiançailles, 
pour asperger les doigts des Aronides bénissant le peuple, pour faci- 
liter les accouchements, pour rendre les sacrifices I) agréables à 
Dieu, pour asperger le corps des Juifs morts, en disant : Si le Messie 
des chrétiens est le vrai Messie, que ce sang innocent te procure la 
vie éternelle, pour enlever les deux doigts que les enfants mâles 
portent en naissant, etc. ? Même chaos. Il n'y a d'invariable que la 
crédulité populaire, l'obsession du mystère du saug. Seulement, ces 
variations ont leur histoire, elles ne sont que des transformations, et 
c'est cette histoire qui mérite la peine d'être écrite. Ce sera un des 
plus curieux chapitres des annales des aberrations humaines. 



L'Histoire du peuple d'Israël de M. Renan. — Le 4" volume de 
l'Histoire du peuple cV Israël d'Ernest Renan vient de paraître. Il serait 
inutile de dire pour la centième fois le genre d'intérêt qui s'attache aux 
productions historiques du grand écrivain. Ce volume accuse encore 
mieux les procédés qui ont déjà été remarqués dans les précédents : 
comparaisons inattendues entre le passé et le présent, modernisa- 
tion des choses et des gens d'autrefois. Ce qui frappera les hommes 
du métier dans ces pages, c'est l'invincible horreur du vide que 
l'auteur a gardé jusqu'au bout. Les grandes lacunes des documents 
historiques de ces temps ne sont pas pour l'embarrasser, il les 
comble par des allusions lointaines relevées dans les livres bibliques 
ou à l'aide de considérations inspirées par ce silence même. Pour le 
futur biographe qui étudiera ce que M. Renan a pensé des Juifs, ce 
volume ofï'rira une moisson dont la richesse ne pourra que l'effrayer. 
Rien de plus curieux que ces portraits du Juif jetés à tout propos 
avec une singulière intrépidité. Quel type complexe et contradictoire 
que cet être de raison qui s'appelle le Juif! — Nous recommandons 
aux éditeurs la correction des mots hébreux, qui ont été estropiés 
par l'imprimeur. Peut-être aussi feraient-ils bien de modifier telle 
traduction qui ne peut s'expliquer que par une étrange inadver- 
tance. Ainsi, les derniers mots de la sentence d'Antigone de Socho 
(p. 281) sont ainsi rendus : «... et la rosée du ciel sera sur vous. » 
Le texte, on le sait, porte : c ... et que la crainte du ciel ^02^ 
sur vous. » M. Renan a-t-il confondu le mot mora « crainte », avec 
moré, «pluie », et l'optatif tihi avec le futur teyihyél Ou est-ce une 
correction voulue ? 



Les Juif s dans les inscriptions de Tell-el-Amarna. — Journal 
Asiatique (t. XX, I8O2, p. 287). — On avait l'ait grand l)ruit de la pré- 
sence du mot Juif dans une de ces fameuses inscriptions. Le P. De- 
lattre n'a pas de peine à montrer que le P. Scheil. qui avait lancé, 
d'ailleurs sous toutes réserves, cette trouvaille, a été dupe d'une sim- 



CHRONIQUE 157 

pie homonymie. Le mot ya-u-du ne signifie pas nécessairement juif, 
mais peut èlre de la racine mr c. être témoia ». Quel que soil d'ailleurs 
le sens à attribuer à ce mot, il suffit de lire le contexte pour recon- 
naître, avec le P. Delaltre, que la mention de soldais juifs ne se 
comprendrait pas dans ce passage. 

Senior Sachs. — Le 18 novembre dernier s'est éteint à Paris un 
des vétérans de la science juive, Senior Sachs, né le 17 juin 1815, à 
Keidan (gouvernement de Kowno, Russie, d'où le nom de Keidansky 
qu'il porte, par exemple, dans le Hajonah). Doué d'un esprit très pé- 
nétrant et d'une vaste érudition, Sachs a surtout porté son activité 
sur la littérature de la renaissance juive au moyen-âge. Ses travaux 
sont, pour la plupart, consignés dans les différentes revues qu'il a 
fondées lui-même. Il a successivement dirigé : 1" Hatechija, 2 parties, 
Berlin, 4800-4857 ; 2" Hajonah, Berlin, »8SI ; un supplément de ce re- 
cueil, intitulé Kanfe Jonah, porte la date de 1848 ; 3° Keretn Chemed, 
suite de l'ancien, 2 parties, Berlin, 1853-1856; 4" À'aa;o?i, Paris, 1860- 
1872. Ce ne sont pas seulement ses Revues qui ont eu ce singulier 
sort de rester à l'élat d'amorce; de son Schir Easckirim, cantiques de 
Salomon ben Gabirol, Paris, 1868, un de ses meilleurs ouvrages, il n'a 
paru qu'une livraison; de son Catalogue de la bibliothèque de Gunz- 
bourg, que les trois premières feuilles (in-4°). Nous touchons là un 
des défauts de sa manière de travailler, qui est en même temps un 
éloge de sa conscience exigeante : il voulait épuiser toutes les ques- 
tions qu'il abordait. Aussi ses notes, qui toujours écrasent le texte, 
sont-elles de véritables articles d'érudition. Sa vocation de biblio- 
graphe s'était dessinée de bonne heure, il a ajouté des compléments 
au -j^bon de Zunz et a publié, avec notes, le Catalogue des mss. de 
Zunz. Sa collaboration aux journaux hébreux a été des plus fécondes, 
et puisque la mode est aux réimpressions, nous souhaitons qu'il se 
trouve un jeune savant et un éditeur assez dévoués pour réunir tous 
ses articles épars. Les derniers qu'il ait eu la joie de voir impri- 
més, et qui ont paru dans le Hahoker (Revue hébraïque) de Salomon 
Fuchs, montrent ce qu'on pouvait encore attendre de sa plume infa- 
tigable. 

David Cassel. — David Cassel (né le 7 mars 1818 à Glogau), qui 
vient de mourir à Berlin (24 janvier 1893), n'a pas joué dans la science 
juive un rôle aussi marquant que Senior Sachs, ni même que son 
frère Selig Cassel, l'auteur de l'article Juifs dans l'Eûcyclopédie d'Ersch 
et Gruber, devenu plus tard le Pasteur Paulus Cassel. Mais dans sa 
sphère modeste, il n'a pas laissé de rendre de sérieux services par 
les excellents matériaux qu'il a mis à la disposition des étudiants. On 
lui doit : 1» Pla7i der Eeal-Enc'/clopâdie des Judenthums ^Krotoschiu, 

1844, 8") : — 2° Ziir Verslùndigung iiber j'àd. ReformbeslrebungeniBtxViQ, 

1845, %°) \ — Z'' Liber Kore ha- Dorot, scripsit Conforte, denuoedidit, tex- 



158 RKVUK DES ÉTUDES JUIVES 

tum emendavit, inlroduclionem, notas et indices (Berlin, 1846, i"^ — 
4° Ausfilhrliches Sach-und Namensregister 211 de Rossts historischern 
Wùrterlmch derj'dd. Schrillsleller u. ikrer TFer^g (Leipzig, 1846, 8°); — 
5" Tschitbol ha Geonim Kadmonim (Berlin, 1848, 4", : — 6° Die Cullns- 
frage in der jiid. Gcmeiude in Berlin Berlin, ISiiO, 8") ; — 7" Édition, 
avec introduction et notes, du Meor Enat/im, d'Azaria de Rossi ' Wilna, 
18(36, 8« : —8c Édition avec traduction et notes du Sefer Ha Cozari deK. 
.Tuda ha-Lévi Leipzig. 18fi9, S*»: ; — 9" Sabbalh-Slunden, Belefirung u. 
Erbaming (Berlin, 1868, 8") ; — 10° Htbraisch-deuisches \V (Merbuch nebst 
Paradigmen der Snbstantiva u. Verba (4*= éd. Breslau, l.sso, 80; ; — no 
Die Apccri/phen nach dem griech. Texte bearbeittt Berlin, 1871, 8°) ; — 
M" Die bibl. Geschichte fUr die Israël- Jugend Berlin, 1872, S^') ; — 13" 
Édition de la Grammatik der hebr. S prache d'Arnheim Berlin, 1872,8*'); 
— 14° Geschichle der jUd- Literalur. \. Die bibl. v. poH. Lileralur : IL 
Die prophet. Literatur (Berlin, 1872-74, 8° ; — \o'^ Leitfadeii fUr den 
Untevricht in der jiid. Geschichte n. Literatur (Berlin, 1878, 8°;i; — 16° 
Lehrbncli derj'ùi. Geschichte u. Literatur L.eipzig, 1879, 8°^ ; — 17° Josef 
Karo u. das Maggid Mescharini (Berlin, 1888, 4°). — Il a aussi donné 
des articles aux revues scientifiques, entre autres : Die Psalmenilber- 
schriften, in hritischer, histor. u. archàolog. Hinsicht, Liter.-Biatt 
d. Orient, is40; Zar Geschichte jiid. Zustdide in der py rendis chen 
Halbinsel, Zeitschrift f. d. relig. Interessen des Judenthums (1846). 

Revue sémitique. — Le premier numéro de cette nouvelle pu- 
blication a paru le l" janvier dernier. Quelques personnes ont ex- 
primé, dans la presse, le regret de voir ainsi se disséminer, dans des 
l'euilles de plus eu plus nombreuses, des études qui gagneraient à 
être réunies dans un même recueil. S'il est vrai que le lecteur ail 
à se plaindre de cette dispersion, nous nous félicitons, pour nous, 
d'une généreuse rivalité qui prouve un réveil incontestable des re- 
cherches désintéressées. Cette diversité même de revues ne saurait 
que plaire à ceux qui aiment avant tout lïndépendance et qui 
apprécient la liberté d'allures des savants, même quand elle n'est 
pas conforme à leur goût. En tout cas, un nouveau recueil sera 
toujours le bienvenu qui permettra à M. Halévy de déployer à 
son aise sa vaste érudition, ses fantaisies brillantes, son admi- 
rable science des langues. Nous n'avons aucun doute sur la vi- 
talité de la Revue sémitique : s'il ne faut, pour lui prêter longue 
vie, que des travaux originaux, M. Halévy est assez fécond 
pour la soutenir à lui seul. H le montre, d'ailleurs, dans ce pre- 
mier fascicule. Sauf deux courts articles dus à MM. Alfred Boissier 
et Perruchon. tout le numéro est rempli par M. Halévy. qui y a 
fait entrer les chapitres xxvi, xxvii et xxviii de ses Recherches 
bibliques, publiées déjà à part, et des notes importantes sur la Corres- 
pondance d'Aménophis III et d'Aménophis IV, sur les inscriptions 
déjà fameuses de Zindjirli, sur les inscriptions anatoliennes 
et sur le prétendu dieu minéeu Allah. Les personnes qui sui- 



CHRONIQUE ^S9 

vaieat avec intérêt les éludes de notre cher confrère sur If^s 
premiers chapitres de la Genèse retrouveront dans ces Recherches 
miiques le même art à se jouer des difficultés, la même hardiesse 
de combinaisons et les mêmes merveilleuses élymologies qu'ils 
admiraient dans leurs aînées. 

Que M. llalévy veuille bien accepter l'expression de nos vœux 
les plus sincères pour le succès de son entreprise. Qu'il nous per- 
mette aussi de lui signaler une certaine méprise d'ordre technique 
qui pourra déconcerter ses lecteurs : ceux-ci seront étonnés de trou- 
ver à la première page d'une nouvelle publication un chapitre xxvi. 
Il eût été bon de prévenir, au moins en note, que ces éludes fout 
suite à d'autres qui ont paru ailleurs. 

Les inscriptions sémitiques de Zindjirli. — La découverte 
de ces inscriptions aura le même retentissement et une portée aussi 
grande, au moins, que celle de la célèbre stèle de Mésah. On sait que 
Te Comité oriental de Berlin ayant fait pratiquer des fouilles à Zind- 
jirli, dans la Syrie septentrionale, a eu la bonne fortune d'exhumer, 
entre autres, deux inscriptions dont les caractères paléographiques 
appartiennent à la même famille que ceux des monuments phéni- 
ciens et hébraïques. Bien plus, comme sur la stèle de Mésa, les 
mots sont séparés par un point, ce qui en rend la lecture plus aisée. 
La langue est incontestablement sémitique, mais forme un dialecte 
à part. Dans quelle famille doit-elle se ranger? La lutte est déjà 
ouverte sur celte question, les uns opinent pour l'araméeu, les 
autres pour Ihébréo-phénicien. Les premiers s'appuient principale- 
ment sur le vocabulaire, qui renferme, en effet, beaucoup de termes 
araméens; les derniers sur les ilexions grammaticales, qui se rap- 
prochent beaucoup plus de celles de l'hébreu et du phénicien. Il est 
inutile de dire que ce sont les partisans de celte dernière hypothèse 
qui paraissent avoir raison : ce qui distingue une langue, cest 
moins le contenu du vocabulaire, que la grammaire; l'anglais pour- 
rait avoir absorbé encore plus de mots français qu'il n'en renferme, 
qu'il n'en resterait pas moins une langue germanique. Les consé- 
quences de cette découverte, comme le dit très bien M. llalévy, pour- 
ront exercer une sérieuse inauence sur l'exégèse biblique. Les con- 
clusions qu'on tirait jusqu'ici, pour établir l'âge de certains livres 
de l'Écriture, de l'existence de prétendus aramaïsmes deviendront 
caduques s'il est prouvé que ces particularités dialectales appartien- 
nent également à une autre langue. Cette langue était-elle celle dos 
Hittites ? C'est ce que soutient M. llalévy, mais son opinion n'a pas 
encore rencontré une adhésion générale. Disons, en terminant, que le 
Comité de Berlin vient de publier le fac-similé de ces inscriptions 
dans le 7« fascicule des Publications du Musée de Berlin et que 
M. 1). II. Muller en a donné une transcription en caractères hébreux 
avec une étude très complète. 



160 REVUE DES ETUDES JUIVES 

La Revue hébraïque Hahoker. — Cette Revue, dirigée par 
M. Salomon Fuchs, et dont on avait déjà enregistré le décès, vient de 
secouer son long sommeil ; les 9*^, 10" et 1 1^ livraisons ont paru en un 
seul fascicule. Elles sont tout entières remplies par une nouvelle 
édition des Halakhot Pesoîicot, avec notes de M. Joël Millier. Les pé- 
riodiques sont-ils destinés à des réimpressions d'ouvrages? 

M. Fuchs doit avoir là-dessus d'autres opinions que nous. Mais pour- 
quoi une 9« livraison, alors que la 6^ n'a même pas encore vu le jour ? 

Les Rabbins français. — Nous pouvons annoncer a nos lecteurs 
que le XXXI'^ volume de VHisloire littéraire de la France consacré 
aux rabbins français du xiV siècle va très prochainement paraître. 
M. Xeubauer a donné le bon à tirer, même des Indices. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



T. XXV, p. 53. L'introduction du Yalkout Makbiri a été déjà imprime'e 
daus le r;;7:N3 rrï-ip de Fùnn, p. 304. — P. "75. La poésie û"'-2:7: HDD est 
imprimée dans "^sn "'"im d'Edelmann, p. 15 ; cf. aussi mon Catalogue, 
n" 393. — P. 205, noie 2. blb^n doit être une faute pour bi:ib;r;. — 
P. 246-"/. L'hvpolhèse faite sur Genèse, xxvii, 33, a e'te' déjà e'mise par 
Senior Sachs, dans Haschachar, 1869, VII, p. 63. — P. 256. J'ai moi-même 
fait remarquer, dans le Bet Talmud, IV, 256, que tT'IT "^3^ daus cette Con- 
sultation doit être lu en un seul mot, !T^"^"^,T"'2N. — S.-J. Halberstara. 

P. 182, 1. 22, au lieu de TT^i'irî, lire iT^rr; ; 1. 23, après '^yn \nXD, il 
manque (17, 12 d'en bas) ; noie 1, 1. 2, après les mots hébreux manque 
(18, 15 . — P. 188, 1. 5, au lieu de « morceau qui suit », lire « morceau 
précèdent qui manque ». — P. 194, 1. 27, au lieu de 21, 8, lire 21, 18 ; 
1. 5 du bas, au lieu de jeudi 4, lire vendredi 5. — P. 198, 1. 17, corrigez 15 
en 25 ; dernière ligne, au lieu de !^;i"in5, lire !^5"i?i;. — Porges. 

P. 254, note 2, u-ib':: est l'abréviation de D-^nrj ûr:'^ "{nsb rr^rpï:. — 

M. Schuhl. 



Le gérant, 

Israël Lévi. 



VERSAILLES, lUPRIMERIB CERF ET C'°, RUE DDPLE8SIS, 59. 



LE TITRE DU LIVRE DES MACCHABÉES 



I 

SARBET SÂRBANEEL. 

A propos de son oxi)lication du Psaume i, Origène donne la 
liste des livres de la Bible selon les Hébreux. Puis, il ajoute : è;(o 

êà TO'JTWv Izxl Tct MaxxajîûtCxà àrsp â-iyéypa-Tr-ai ilap^TiO Xappav:;^. 

Ce passage, cité par Eusèbe (Histoire de l'Eglise, VI, 25) et par 
saint Jérôme [Prologus (idlcalus), nous apprend que les livres 
des Macchabées avaient pour titre, selon les Hébreux, ces mots : 
Sarheth Sarbanéel, dont le sens, jusqu'ici, a échappé à toute 
interprétation. 

Transcrivons ces deux mots en caractères hébraïques. Le pre- 
mier n'offre aucune difficulté : c'est évidemment :::'^3n;i^ l'équi- 
valent araméen de l'hébreu -^-yà bâton, sceptre, tribu, famille, 
généalogie. Pour le deuxième, nous ne savons pas encore si le s 
doit être rendu par o ou o. Adoptons provisoirement cette der- 
nière orthographe, que nous justifierons plus tard. Nous obtenons 
alors, pour le second mot, bN-^înio et, pour le titre tout entier, la 
transcription suivante : 

Nous sommes, dès à présent, arrivé à ce premier résultat, que 
le livre des Macchabées avait pour titre : « La Famille » ou «. La 
Généalogie de Sarbanéel». 

Poursuivons maintenant. Nous noterons, d'abord, que la pré- 
sence du noun ne saurait nous arrêter : il peut provenir, soit de 
la nasalisation, soit du pluriel à forme araméenne. La suppression 
de cette lettre nous fournit l'orthographe b^n-ic Remarquons 
encore qu'il est indifférent d'écrire bx ou rr*; que bN:n:, par 
exemple, est l'équivalent exact de rî">3n3; que, par suite, nous 
sommes autorisé à substituer au mot '?wS*3-io le mot rr^mo, qui a 
même valeur et môme signification. 

T. XXVI, N" 52. Il 



102 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Nous savons maintenant que la version araméenne, aujourd'hui 
perdue, du livre des Macchabées, était intitulée : VN^no ;::"'3t«:: ; 
le second de ces mots équivalant à r-r^-z : La famille Sarabel ou 
Sar-abiali. 

Nous sommes immédiatement conduit à penser que Sarabel ou 
Sarabiali figure dans ce titre, parce que c'était là le véritable 
nom de famille des Ilasmonéens. Chacun sait, du reste, que l'épi- 
tliète de Macchabëes, qui a prévalu plus tard, n'est qu'une généra- 
lisation du surnom donné au héros Juda Macchabée. Je vais 
essayer de démontrer qu'il faut résoudre, comme je viens de l'in- 
diquer, l'énigme présentée par ce mystérieux Sarbellt Sarbanéel 
d'Origène. 

Le Talmud de Jérusalem [Taanit, ch. iv) nous offre une discus- 
sion sur la destruction de Jf'rusalera, qui eut lieu le 9 Ab. La Be- 
raïta s'exprime de la manière suivante : 

« Nous avons appris que R. Yossé * dit : Le jour où fut détruit 
le temple était la fin du samedi et la fin de l'année sabbatique, et 
le tour de la garde du temple était à Yehoyarib î3"'-,->--"'), le 9 Ab; 
et, la deuxième fois, iLen fut de même. Lors des deux destruc- 
tions, les Lévites étaient debout sur l'estrade et disaient : c Et il a 
fait retomber sur eux leurs péchés et, à cause de leur scélératesse, 
il les a anéantis; il les a anéantis, lÉternel, notre Dieu!» 
(Psaumes, xciv, 23;. 

R. Lévi - dit : t>:rT>-in-ic-: -^^■z'^^Z'z rinp yrr^r^ l-r^y •^r-'v^rr 
«■"■•Nrcb « Yehoyarib est un homme; Méroun, une ville; ""'^-iC-: 
veut dire : il a livré le tera[)le aux ennemis. » 

Il y a, ici, un derascha très remarquable. R. Lévi nous apprend 
que :m"'n-"' est un homme; que 'jtt'» est une ville; et, enfin, que 
■^•'a-icr': signifie : il a livré la maison (le temple) aux ennemis. 

' R. Yossé avait la tradition des faits historiques réunis dans le Seder Oiam Hahha 
qu'on lui attribue. La citation du Yerouschalmi que nous reproduisons se distinjîue 
par de très légères variantes du texte correspondant du Seder Oiam Rabba 
(ch. xxx). 

* Il n'est pas sans importance de constater que R. Lévi semble s'être occupé spé- 
cialement de frénéaloçries. Nous en avons la preuve dans le passage suivant du Ye- 
rouschalmi [Taanit, IV] : ;^-<b w"l-;''2 IN^:: '{"'SnT' ï—i'î^Tj ^"Ô "'n" "l'r^V 

V: rnDrr: r-.'x-^i:. )2 ricNT p r]:!:i p '•>^'^r, v^ -*'" '"'^ 3-m 

'^-r-j-^zN p ^Tw^u ^:3:: na-i n^'- 'd- im:^:.: V- "">"' >•- '"'"" 
r-;":r;: ^r: i—rizr,: ■'z-i nr-i p m:T^ ■'Z'zf^ NnD'rn "2-1 "3 ■'ct' ■'a-i 

Nr'wlPrî. « Rabbi Lévi dit : on a trouvé à Jérusalem un rouleau traitant de gé- 
néalogies, et il y est écrit : Ilillel descend de David ; Ben Yasaf, de Açaph ; lien 
Siïit Hakaçat, de Abner ; Ben Koubicin, de Achab ; Ben Calba Scheboua, de Caleb ; 
R.\anaï, de Alaï deYehoud, de Sepphoris ; Rabbi Iliyya le Grand, des enfants de 
Schephatia ben Abital ; Rabbi Yossé, de la maison de Rabbi Halaphla, des enfants 
de Yonadab, tils de Recbab ; Rabbi Néhémie, de Néhémie le Tirschata. > 



LK TlTRlî DU LIVRE DES MAGCHAljEES 1C3 

R. Lévi n'a lu que ces trois mots, par lui commentés, et il les 
explique de manière ;i nous faire bien comiirendre que Yelioyarib 
de Méroun a livrt^ le temple aux ennemis. 

Poursuivons maintenant notre citation : 

« H. Beracliia dit : i3 i3-idi "n::"»:: hv t^:^ t=;' ^"-i- t-î"' nn-'ir;"' 
';'^m:-':i:b nbrirîi anbac fipMzy Ti-nv ini jt< cmo-'j: pi?::? Ti-^yr. 
L-iT^iïT^ signifie : Dieu a disi)utc contre ses enfants, parce qu'ils se 
sont révoltés et insurgés contre lui ; et û^ms"':: pit::' ï-t'^T' veut 
dire : Dieu a connu le dessein profond caché dans leurs cœurs 
(dans le cœur de ceux dont il vient de parler, de ses enfants), et 
il les a exilés à Sepphoris ». 

La version de R. Berachia ditî'ôre, à plusieurs points de vue, de 
celle de R. Lévi, Le nom d'homme n-'T'nr;"' est décomposé en "■' 
n"!"!" : Dieu a disputé, explication tout à fait conforme à celle de 
Yerroubbaal : Bal a disputé ; rr» remplace simplement Baal. La syl- 
labe "i-'3 du mot ■''3";C'?3, prise par R. Lévi pour l'équivalput de r^3, 
maison ', signifie, pour R. Berachia, contre lui. Enfin, R. Lévi ne 
connaît pas trois mots nouveaux, fournis et commentés par R. Be- 
rachia : a-'-n-:"'^ "p^izy ï-t'^'T'. N'oublions pas, pour bien com- 
prendre le sens du commentaire de R. Berachia, que, suivant la 
Mischna, le Babli et le Yerouschalmi, une des dix schechina 
avait été transportée à Sepphoris. Remarquons encore que les 
deux auteurs juxtaposent, non sans intention, le premier a-'-pin"' 
et x^-vû et 113-1073 ; le second, a^n-'ir!-' et nnnoT tijj-j. 

Le Yephè Maréh, commentaire de R. Samuel Yaplié Aschke- 
nasi, explique très clairement ces interprétations : « R paraît, dit- 
il, que dans le livre de généalogie (on^) des veilles des prêtres 
étaient écrites ces paroles : i^^-iCTa '(TT'W ni-iiin"* ; et que dans la 
veille de ï-rir'-'i"' étaient écrits ces mots : a^-n^ij: -l'^y m^yr. 
R. Lévi explique ces mots en disant que ni->,iir!i est le nom d'un 
homme, et •ji-i-'îa , le nom de la ville qu'ils habitaient - ; que 
ii^-iDW est là parce que, dans leur temps (de veille), le temple a été 
livré entre les mains des ennemis, comme il est dit plus haut. 
R. Berachia explique le premier mot ainsi : v:a tiy n^nr; i-r 
« Dieu a disputé avec ses enfants » et, de même, il explique T~ry-,^ 
Viis^i: ?^^2'J par tiV^r; p hvi ^2:2^ r-ipr::* ti-^v t-i^ :•-;' 
t:nN:2n3 "ji-nDiib « Dieu a connu le dessein profond qui était dans 
leurs cœurs et, pour cette raison, il les a exilés à Sepphoris, à 
cause de leurs péchés ». 
Le livre qui portait le titre de Sarbeth Sarbanéel renfermait la 

* 13 est mis souvent pour n^D. Nous en avons un exemple plus haut, dans la liste 
généalogique citée par R. Lévi. 

* De la ville à eux assignée en leur qualilc^ de prêtres. 



164 REVUE DES ETUDES JUIVES 

généalogie des lïasmonéens et constituait le véritable livre des 
Macchabées. L'apparition de ce volume était politiquement indis- 
pensable. La situation de Jean Hyrcan était, en effet, assez déli- 
cate; ce prince passait pour être né d'une mère ï-ibbn. Gela résulte 
indiscutablement du passage où Flavius Josèphe (Antiquités, XIIL 
18) raconte les origines de la brouille de Jean llyrcan avec les 
Pharisiens. Il était donc nécessaire d'établir la filiation légitime 
du grand-prêtre ; de là, le livre qui nous occupe et auquel le Tal- 
niud fait évidemment allusion, lorsqu'il nous dit: ■c"'^', r-i'n -«rpT 
rr'.TZ'cn n-'a nVs>3 innD « Les anciens des écoles de Tlillel et de 
Schammaï écrivirent le livre de la maison des Hasmonéens. » 

Cette œuvre était donc d'origine purement pharisienne. 

Plus tard, lorsque Jean Hyrcan et ses successeurs furent deve- 
nus partisans de la secte saducéenne, les Pharisiens persécutés 
se vengèrent en commentant avec malveillance le nom de ces 
Hasmonéens, passés dans le camp de leurs ennemis. Les textes 
que nous avons reproduits sont des exemples de ces sortes d'inter- 
prétations, auxquelles le nom des Macchabées se prêtait admi- 
rablement. Et c'est ici que nous arrivons à la partie principale de 
notre démonstration. 

Les Hasmonéens descendaient de la famille des colianlm dont 
l'aïeul était Yehoyarib. I Macchabées, ii, 1, nous voj'ons « Matha- 
tliias, fils de Jean, fils de Simon, sacrificateur des fils de Yoarib ». 
De même, I Macchabées, xiv, 29, « Simon, fils de Mathathias, fils 
des fils de Yoyarib )). Flavius Josèphe, de son côté (Antiquités, XH, 
8), nous transmet une généalogie plus complète : « Mathathias, 
dit-il, fils de Jean, fils de Simon, fils d'Hasmonée, qui habitait à 
Modin, était sacrificateur, de la lignée de Yoyarib. » 

Ce nom de Yoyarib revient dans la Bible sous différentes formes. 
I Chroniques, ix, 10, et xxiv, 7, nous trouvons l'orthographe 
complète r-'-.-jir:";, pour le nom de la famille de prêtres chargée de 
la première des vingt-quatre veilles du temple. Néhémie (xi, 5 et 
10; XII, 6 et 19) écrit 3—,'i\ Ezra, viii, 16, enfin, emploie ces deux 
orthographes : a-^-p et n"'-''^i\ Dans tous ces passages, il est ques- 
tion de la même famille, de celle qui donna naissance aux 
Macchabées. 

Or, il suffit de comparer I Chroniques, ix, 10 et 11, avec Néhé- 
mie. XI, 10, 11, et XII, 6, 12, 15 et 11», pour s'assurer que cette 
famille n^-i.-iir;-' est identiquement la même que la famille des 
ri^-,7:^ qui figure dans Ezra, vu, 3; Néhémie, xi, ll,etxii, 15; 
et ^Chroniques, v, 32, 33; vi, 37, et ix, 11 . 

Nous ne pouvons manquer d'être frappés de ce fait, que le sens 
des mots a^'n^irr' et ni"»-,?: est le même : ces deux expressions, en 



LE TITRE DU LIVRE DES MACCHABÉES 165 

effet, peuvent se traduire par celui avec qui Dieu dispute, ou 
celui qui dispute avec Dieu, se révolte contre Dieu. 

Si, après avoir fait cette observation, nous remarquons que 
•^173 se rend totijours, en araméen, dans le sens de révolté, par 
mo, nous nous trouvons en présence de trois termes syno- 
nymes : n-'-i"', "^iM et nno; et les trois noms formés de ces racines, 
Yehoyarib, Merayot et Sarabel sont synonymes, eux aussi, et dé- 
signent une seule et même famille, celle des Hasmonéens. 

Nous comprenons maintenant dans quelle intention R. Lévi 
associe a^-i-'i--' à "j-n-^?: et à -1^2-1072 ; nous saisissons pourquoi 
R. Berachia a voulu juxtaposer n-^-i-'ir;"' à innoT nn^ao. Ces deux 
auteurs entendaient commenter, par une triiile derascha, le nom 
détesté des Macchabées sadducéens. 

Nous nous rendrons compte aussi du motif qui poussait R. Be- 
rachia à introduire dans la discussion et à commenter celte 
phrase : n-^TiD^i: pMzy ^-^^;'"^ Néhémie, xi, 10, nomme, en effet, 
parmi les Cohanim, :^^-)lv 13 ri^s-n-;. Yedaya appartenait donc, lui 
aussi, à la famille de Yehoyarib et avait droit à sa part dans la 
derascha tendencieuse dirigée contre les Hasmonéens. 

Toutes les obscurités du texte talmudique disparaissent dès lors. 
Les mots cités par K. Lévi et R. Berachia, qui, au premier abord, 
semblaient incompréhensibles, prennent un sens net et précis et 
nous permettent de retrouver la signification du titre rapporté 
par Origène. Sarabel, en un mot, est un synonyme de Yoyarib, et 
le titre araméen sappr.e sappavseX doit être transcrit bN'^:n-iD a-'ano, 
l'équivalent de bwSn-iD "jno, et se traduire La famille Sarabel ou 
La finnille des Hasmonéens. 

II 

SARAMEL. 

Le résultat auquel nous sommes arrivé va nous conduire immé- 
diatement à expliquer un passage du premier livre des Maccha- 
bées incompris jusqu'à ce jour. 

Nous lisons, I Macchabées, xiv, 27, 28 : « P]t ils écrivirent sur 
des tables d'airain, qu'ils placèrent sur des colonnes, sur la mon- 
tagne de Sion ; et voici la copie de l'écrit : Le 18 EIoul de la cent 
soixante-douzième année, qui est la troisième annétî du grand- 
prêtre Simon, dans Saramel. . . » Lo texte gre<î porte : -t-j-.o'j étoç 

Or, nous ne trouvons nulle i)art la moindre trace d'une localité 
du nom Aq Saramel. Déplus, il n'eût guère été logique d'assem- 



166 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

hier le peuple à Saramel pour placer une inscription à Jérusalem. 
11 paraît, enfin, bien extraoïxlinaire que le grand-prêtre, dans un 
acte aussi solennel, ne soit désigné, (1rs le début, que par le nom 
de Simon, sans indication immédiate du nom de famille. 

Ma conclusion est que Saramel ligure ici le nom de famille 
Sarabel. La permutation de 3 avec » est très fréquente. C'est 
ainsi, par exemple, que nous trouvons ir^-isTD pour \^r:^z-2 et mina 
pour n"T)/: ; c'est ainsi encore que la version des Septante, au 
lieu de Sennachérib, écrit ii^wa/ripiii; sans compter bien d'autres 
cas de ce genre, qui nous autorisent à faire cette correction. Quant 
au mot àv, il aura été ajouté plus tard, à une époque où le copiste, 
ne pouvant comprendre que Saramel avait été écrit par erreur 
au lieu de Sarabel, y vit un nom de ville et voulut compléter un 
texte qui lui semblait défectueux. 



III 

MACCHABÉE. 

Enfin, puisqu'il est question ici de la famille des Macchabées, je 
veux encore ajouter à ce qui précède, une dernière remarque. 

Le surnom de Juda ne me paraît pas avoir été expliqué d'une 
manière satisfaisante. Il est bien improbable que cette épithète 
vienne de P3pS], raarleau. Le premier livre des Macchabées, ii, 
•2, nous dit, en effet, au sujet de Matliathias : t Et il avait cinq fils : 
Yohanan, surnommé Kadis; Simon, surnommé Thassi; Juda, sur- 
nommé le Macchabée; Eléazar, surnommé Avaran ; Jonathan, 
surnommé Apphus. » Josèphe (Antiquités, XII, 8) donne la même 
liste, avec une légère variante : « Il avait cinq fils : Jean, sur- 
nommé Gaddis; Simon, surnommé Mathes ; Juda, surnommé 
Macchabée ; Eléazar, surnommé Auran ; Jonathas, surnommé 
Aplius. » 

Il résulte de ces deux textes que les fils de Mathathias portaient 
des surnoms tirés de noms de villes ou de contrées. Je crois que 
Juda ne fait pas exception : que son surnom vient de n*:2~'': et 
doit s'écrire, sous sa forme complète, ^;3p» comme celui du 
héros de David nommé I Chroniques, xii, 13. Le noun disparaît 
dans les langues sémitiques aussi fréquemment qu'il s'introduit 
par nasalisation. C'est ainsi que -^j-yz'z sera devenu ■'nr-:, dont, 
plus tard, on aura voulu faire ''3p73, que l'on comprenait mieux. 

Senior Sachs. 



INSCRIPTION JUIVE DES E^'VIlîO^S DE COIÎAÏÏI^OPLE 

L'inscription qu'on va lire a été copiée, il y a quelques années, 
avec trois autres textes funéraires sans importance, par M. G. 
Abdoullali, photographe à Constantinople ; elle provient d'une 
localité ai)pelée Arnaut-Kcui (village des Albanais), située sur les 
pentes seiitentrionales du mont Alem-dagh, en Bithynie^ La copie 
de M. Abdoullah, communiquée d'abord au docteur A. Mordtmann, 
antiquaire distingué de Constantinople, a été publiée en fac-similé 
par M. A. Sidéropoulos, dans un des derniers fascicules du Syl- 
logue littéraire hellénique de cette ville-. Comme les publications 
de cette excellente société sont malheureusement peu répandues 
en Occident, je crois être utile à nos études en reproduisant ici un 
calque exact du fac-similé en question ; je le fais suivre d'une 
double transcriptions en minuscule, l'une littérale, l'autre cor- 
recte; dans celle-ci, j'ai résolu les abréviations de l'original, 
ajouté les accents et rétabli l'orthographe classique. 

n AA^ ^N 

e pas couloiulra avec un autre Arnaut-Keui, situé sur la rive européenne du 
t, entre Kouroutchesmé et Bebek. 



» N 
détroi 

'O ., .x.uv...i*vi..vojTioAsi r-A/r|Vtxo; çi/oÀOYixo; ai^UoroÇ- llapap-r,aa toO !(:) = 

TOaO'J. '^ ■^' "^ • -• ■ -- -■ r r '. 



âv KwvT-avT'.vo'jTTÔXsi 'EX),r|Vtxô; oaoXoyixô; c<jII(jvo(,. llapàp-r,a 
P. 21 (Constantinople, 1891). 



168 Ri:VLE DES ETUDES JUIVES 

XîWV. UplVT,. 

C'est-à-dire : 

'EvOxoî xaTïxîTTa'. SavÇiTi;, uî^; FîpovTfo'j ~p(eT,3'JT£po'j'), YpaïAaïTîli; xal èiria- 

« Iji est couché Sanbatis, fils de Gérontios preshyteros, scribe 
et président des Anciens. Paix. » 

L'origine juive de notre texte est attestée, non seulement par 
son contenu et par la formule terminale "Eipvïi, qui traduit l'hé- 
breu El"::":;, mais par la présence des symboles caractéristiques, le 
chandelier à sept branches et le rameau de palmier, que M. Ab- 
doullah a signalés, mais négligé de reproduire dans son fac-similé. 

L'orthographe barbare, à laquelle nous ont habitués, d'ailleurs, 
les inscriptions funéraires juives de cette époque, témoigne d'une 
prononciation déjà très voisine de celle des Grecs actuels. Le 
lapicide emploie indifféremment z\. pour i et i pourri; ai s'échange 
avec £, avec to; les consonnes doubles sont supprimées (Ypaixa- 
TEj;). On notera particulièrement la graphie jyo; pour uJ.dî, intéres- 
sante pour l'histoire du gammi intervocalique ; c'est la première 
fois, si je ne me trompe, qu'on la rencontre; une inscriptiou 
chrétienne d'Assos avait déjà fourni ûyeioO pouruî.oO*. 

Le nom du défunt se lit sxvSi-:'.;, flls de rEsôv-no:. lavCixtî est une 
forme nouvelle d'un nom dont on avait déjà rencontré, dans les 
textes ou les inscriptions, les variantes suivantes : 

zavêiT'.o;, Coy^x>- itiscr. grœc, IV, 8912 (Bithynie, chrétienne). 

i:àv6aTo; (?), C. I. G., III, 4074 (Ancyre, chrétienne"?) 

sagÊiTi;, C. /. G., IV, 9910 (Rome, juive). 

xar^iTiî, C. /. G., IV, 9723 (Rome, chrétienne).. 

iiaÇêaTio;, Syuéslus, ép. 60 ; Socrate, Ilist. eccL, V, 21, O (15). 

Comparez aussi E:-x(x6iTio; dans l'épitaphe juive de Korykos en 
Lycie {Revue, X, 76;. 

Tous ces noms propres, auxquels correspond la forme hébraïque 
Sabbalaï, dérivent évidemment du nom du Sabbat, et c'est par la 
synagogue qu'ils ont passé dans l'église primitive. Le remplace- 
ment du double b par le groupe nb ou mb, que l'on constate dans 
les formes xavêxTi;, iiavêiTioî, i:'iv6a-o; [?], EJ5ï|;.6iTio;, est uu phénomène 
fréquent dans les idiomes sémitiques. C'est ainsi que le fameux 

' Sterrett, Paperx of the american school at Athens, I, 85, n" lxsu. Cf. Blass, 
Ueber die Ausspracht dea Grierhischen (3° éd.), p. 107 suiv. 



INSCRIPTION JUIVE DES ENVIRONS DE CONSTANTINOPLE 160 

fleuve intermittent, que Josèphe {B. Jud., Vil, 5, 1) appelle 2a66a- 
Tixo'ç, est désigné dans le Midrascli {Bereschit Rabba, ch. 2) * sous le 
nom de ';n33r;o, Sambation ; ou encore {ihicL, ch. 73, 72 /y), 
ivjnio, Sanbalion. La même l'orme se trouve dans le Talmud de 
Jérusalem, Sanhédrin, c. x, ad fin., 29 c. 

Le nom du père, Gerontios, a une physionomie tout hellénique ; 
il dérive de la racine ysfwv, vieillard. Il est à remarquer que le 
nom ne se rencontre pas à l'époque classique ; on ne le voit appa- 
raître qu'à l'époque chrétienne, soit dans les inscriptions (C /. G., 
9148 et 9804) '\ soit dans les textes : il est porté notamment par un 
général de l'empereur Honorius (Olympiodore de Thèbes, § 16 z= 
F. B. G., IV, 59). On le trouve aussi dans la littérature talmu- 
dique : il est question d'un médecin juif appelé Bar-Gliiranli, 
contemporain de R. Jérémie, c'est-à-dire au milieu du iv*^ siècle 
(T. de Jérus., Béça, I, T, p. 60 c") ^ D'après cela, on serait tenté de 
voir dans rspdvTto; l'équivalent d'un nom hébreu ou araméen ayant 
la môme signification. L'araméen N3D [Saba) est employé en Ba- 
bylunie, non seulement comme épithète disi;inctive, mais comme 
nom propre. 

Les titres ou dignités que nous rencontrons dans notre inscrip- 
tion sont au nombre de trois : TrpîïCj-rspoi;, j-paaaaTe'j?, i-z:7-%\r,c, Twv 
iraXaitov . 

rpa[Aij.aTS'j;, <c écrivain », qui dans l'épigraphie classique a le sens 
de secrétaire ou greffier, est ici l'équivalent de Thébreu 1210 ; c'est 
le terme consacré dans le langage du Nouveau-Testament pour 
désigner ceux qui sont versés dans l'étude de 1' « écriture », c'est- 
à-dire de la loi. Le titre de ypafiiJLaTEùî a fini par se confondre avec 
celui de Rabbin, « Monseigneur », qui n'était à l'origine qu'une 
appellation honorifique, employée en adressant la parole aux 
lettrés, aux docteurs de la loi. Le terme grec ligure fréquemment 
dans les inscriptions funéraires juives de Rome, datant du ii^ au 
iv« siècle de l'ère chrétienne ^. On voit que les Juifs de la région 
byzantine en avaient conservé également l'usage. 

L'expression très curieuse ÈTtiTTctTïiî t(ov -iraXaicôv se rencontre ici 
pour la première fois. On ne saurait douter que sous ce terme 

* Dans le Talmud de Babylone {San/u'driii, 60 I)) et Beresrhit E., 2, sect. 11, 11 r^, 
on trouve la forme réfrulière 'jT'^iaD, Sabbation (grec i^aSSaTîtov). Cf. Jacob Levy, 
Neuhebra'isches Wôrterbuch, s. v.; Neubauer, G<fog. du Talmud, p. 33. 

- Le fragment romain (Kaibel, Insc. Sicil., 1519), où on lit seulement rKPGNTiO, 
me parait être ép;alement de provenance chrétienne. 

* L'équivalence i^JjI'^^ =: Pïpovxio; est signalée par Ziinz, Namcn der Jnden 
[Ges. Sc/iriften, II, 8). Elle m'a été indiquée par M. Clermont-Ganneaii, 

* Garrucci, Cimitiro deyli antichi Hbrei... Vigna Randanini, p. 42, 46, 47,54, 55, 
59, 61. Du même, Dissertozioni archeoïo'jiche. 11, 165 (n»» 20, 21) et 182 (n° 21j. 



170 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

assez poétique de r.a'Ki.'.oi on ne doive reconnaître les « anciens », 
a-'ïpT, de la communauté, beaucoup plus ordinairement désignes 
sous les noms de itpsaêjxEpot ou de yepdvTïî '. Si le lapicide s'est servi 
de cette expression insolite, c'est peut-être par un scrupule de 
lettré, pour éviter la répétition du mot rps^sëùzs^o^, employé quel- 
ques lignes plus haut ^. Quant au mot èncTiTr,?, il se rencontre plu- 
sieurs fois, dans l'Evangile selon saint Luc, dans le sens de 
« maître, rabbin » en parlant à Jésus ^ ; mais ce n'est évidemment 
pas dans cette acception que la pris l'auteur de notre iiiscriiition. 
'EriJTirr.î, qualifié par le génitif qui suit, ne peut signifier, d'après 
l'étymologie et l'usage, que présidrnl. C'est en ce sens qu'on 
disait à Athènes è-uxàTT,; tûv Tîcoéopuv, è-isTâTr,ç -rtov rp'jTâvsuv, pour chef 
ou président du bureau de l'assemblée du peuple, chef ou prési- 
dent des Prytanes (commission de permanence du sénat^. Dès 
lors, rèr:ffTctTT,i; twv -rraT^aiùv de notre épitaplio n'est autre que le 
président des Anciens, le chef de la yspouaia, (conseil, sanhédrin) 
de la communauté juive dont le village d'Arnaut-Keui occupe le 
site (à moins, ce qui est toujours possible, que l'inscription n'ait été 
transportée d'ailleurs). Ce fonctionnaire est ordinairement désigné 
à Rome et à Naples sous le titre de yepousifltpx^î. à Venouse sous 
celui de Yspou^tàp^^wv '* ; il ne doit pas être confondu avec l'àp/wiivat- 
Ytoyoç, dont les fonctions étaient exclusivement relatives au culte, 
tandis que les Anciens et leur président s'occupaient de tous les 
intérêts matériels de la communauté et en particulier de l'admi- 
nistration financière et judiciaire. Je ne connais aucun texte qui 
nous donne l'équivalent hébreu du titre de Gérousiarque; on peut 
conjecturer QispT "JNn. 

La sigle UoS de la ligne 5, donne lieu à une petite difficulté. La 
résolution de l'abréviation n'est pas douteuse : c'est une des plus 
communes dans l'épigraphie grecque tardive ^ Mais on peut hé- 
siter entre les lectures irp^EdêûTcpoî) et xp'caêuTépou). Dans la dédicace 
juive de Smyrne (C. I. G., 9897), la même abréviation, employée 
dans deux lignes successives, doit s'interpréter, la première fois, 
par, le nominatif, la seconde, par le génitif. Si je me suis décidé 
ici pour la seconde interprétation, c'est par des raisons tirées du 
contexte. Le mot izozcëù-ct^cK, fréquemment employé dans la litté- 

1 PhiloQ chez Eusèbe, Prœp. evang., viii, 7, 11^ : twv ÎEpswv oé ti; 6 Tta^ywv r, xwv 

* Il aurait pu écrire yîp&vîojv : peul-Otre a-t-il évité ce mot à cause du nom propre 
TîpovTto; ? 

3 Sa.nt Luc, v, 5 ; viii, 2-i et 'i5 ; ix, 33 et 49 ; xvii, 13. Cf. Schiirer, Geschichtc, 
II. 257-8. 

" Schiirer, II, ol7, notes ÎÛ6-108. 

5 Cf. Salomou Reinach, Traita d't'j)igraphie grecque^ p. 234. 



INSCKII'TION JUIVE DES ENVIRONS DE CONSTANTINOPLE 171 

rature évangélique, désigne les membres ordinaires soit du sanhé- 
drin de Jérusalem, soit des petits sanhédrins locaux ', en d'autres 
termes, les Anciens; il est donc exactement synonyme du mot ica- 
Àotid;, employé à la fin de notre insciiption. Or, il n'est pas raison- 
nable de supposer que le même personnage soit désigné, à la fois, 
par le titre de « sénateur » et de « président du sénat » ; la fonc- 
tion la plus importante, qui suppose et absorbe le degré inférieur, 
doit seule être mentionnée. Nous en conclurons que l'abréviation 
np'^ doit se traduire ici par nf.ssgjT^pou : Gérontios, le père, était 
simplement un « ancien », un membre du Conseil local; son fils 
arriva à la dignité de président du même Conseil. Notons, en ter- 
minant, que le titre de -jrpEsêûxefo; figure très rarement dans l'épi- 
graphie juive, sans doute parce que la qualité de simple membre 
du Conseil paraissait trop peu importante pour être commémorée 
dans une épitaphe. M. Schûrer observe - qu'on ne l'a pas ren- 
contré une seule fois dans les inscriptions juives de Rome; aux 
deux seuls exemples qu'il en ait cités d'autre provenance — l'un 
de Smyrne (C. /. G., 9897), l'autre de Korykos (Revue, X, 76) — 
s'ajoutera désormais celui d'Arnaut-Keui. 

Théodore Reinach. 



* Saint Luc, vu, 3 : TipeiêuTEpoi ttôv 'lo-joaîtov (à Capernaiim) 
2 Geschichte, II, 518. 



INFLUENCE DK r.ASCHI 

ET D'AUTUES COMMENTATEURS JUIFS 

SUR LES 

POSTULEE PERPETUEE DE NICOLAS DE LYRE 



Dans cette étude, nous nous proposons de montrer dans quelle 
mesure l'exégète Nicolas de Lyre s'est inspiré de Raschi et des 
autres commentateurs juifs, dans ses célèbres Poslillœ perpetuœ 
(1293-1332). Nous nous attacherons surtout à examiner attenti- 
vement les passages des commentaires qui permettent de faire 
ressortir les caractères distinctifs de l'esprit de Raschi et de 
l'exégèse de Lyre. A ce point de vue particulier, les commentaires 
de ces deux auteurs sur les Psaumes offrent des matériaux très 
riches, parce que, de l'avis des personnes compétentes, ce sont là 
leurs meilleurs ouvrages '. 

Mais avant d'aborder notre sujet, nous croyons utile de dire 
quelques mots des travaux qui ont déjà été publiés sur la question 
dont nous nous occupons ici. Dans les plus anciens ouvrages sur 
Lyre -, il est surtout question de ses opinions théologiques et de 
son origine-*. D'autres auteurs ^ citent ce fait à l'honneur de Ra- 

* Voir Fr. Delilzsch, Einlcitunij in den Psalter i1867). p. 41 ; voir aussi une étude 
rie M. Fischer sur les Postille de Nicolas de Lyre dans Zeitschrift fiir protestantischc 
Théologie, t. XVI, 462 année 1889]. Du reste, les Po67i7/<e sur les Psaumes furent 
traduites de bonne heure en allemand. J'ai la copie d'une traduction allemande dont 
les mss. se trouvent à Vienne et qui porte la date de 1456; elle a été faite par un 
moine qui appartenait au même ordre que Lyre. Cf. Joseph Kehrein, Zwr Geschichte 
(1er deutschen Bibelûbersetzung vor Luther, p. 22. 

* Cf. G.-W. Meyer, (leschichte (1er Exejeae, I, 100, et Dieslel, Geschichte des A. -T. 
ta de>- christl. Kirrhe, 1'J8, uolc 2. 

3 G<'senius [Geschichte der hehr. Sprache und Schrifl] et Delitzsch [Ei/ilettimy in 
dcn Pfalter, 41) le croient d"ori{^ine juive. Merx et Fischer combattent cette 
opinion. 

* Zuiiz, Etude sur liaschi dans Ztschr. f. Wissenschaft des J'identhiims, I, 86 
(1823). CI. Graetz, Vil. 513. 



INFLUENCE DE HASCIIl SUR NICOLAS DE LYUE 173 

schi que Lyre a beaucoup utilisé son commentaire. D'autres', 
enfin, font observer que Lyre a indiqué dans une phrase latine le 
quadruple sens que Técole cabbalistique donne de chaque mot. 
Voici cette phrase : Litcra gesia docci , quid credas AUegoria, Mo- 
ralis quid agas, qiio tendas Anagogia. Mais, en réalité, il ne s'est 
occupé que de deux sens, le sens littéral ou historique et le sens 
mystique ou allégorique. Ce sont principalement MM. Diestel et 
Siegfried ^ qui ont étudié la question qui fait l'objet de notre tra- 
vail. Les recherches de M. Merx^ touchent également à notre 
sujet, car en parlant des anciens commentateurs, il s'occupe éga- 
lement de Raschi et de Lyre et indique les idées herméneutiques 
de ce dernier. Enfin, M. Fischer* a publié un travail dans lequel 
il étudie Nicolas de Lyre comme théologien, et, dans ce but, jette 
un coup d'œil rapide sur ses travaux exégétiques. Nous sommes 
d'accord avec M. Fischer sur la valeur de Lyre comme théo- 
logien, mais nous contestons le jugement qu'il porte sur notre 
auteur comme philologue, jugement qui diff'ère, du reste, de l'opi- 
nion de la totalité des historiens. Nous examinerons, d'ailleurs, 
dans le chapitre suivant les arguments de M. Fischer. 

Les savants ont généralement admis que Nicolas de Lyre, à en 
juger par ses Postillœ sur l'Ancien-Testament, savait bien l'hé- 
breu et était familiarisé avec les interprétations rabbiniques de la 
Bible. M. Fischer est d'un avis contraire. D'après lui. Lyre a pris 
le texte de la Vulgate pour base de son travail et n'a eu recours 
au texte hébreu que pour des détails, mais jamais pour déter- 
miner le sens d'un verset complet. Ses connaissances gramma- 
ticales aussi, dit M. Fischer, étaient médiocres et ne lui ont pas 
permis de remanier le texte de la Vulgate. Examinons ces diff'é- 
rents points de près. 

Les endroits où Lyre s'occupe de grammaire hébraïque sont peu 
nombreux, parce qu'en réalité, des remarques grammaticales au- 
raient eu peu d'intérêt pour la catégorie spéciale de personnes 
auxquelles Lyre destinait son travail. Il a voulu, en ett'et. expli- 
quer en latin « la Bible latine pour ceux qui savent lire et écrire 
le latin. >> On rencontre pourtant dans son commentaire sur les 

> Schmiedl, Studien ilher jirl. inshcsoudere jiid.-arab. Helitjionsphilosophic, Vienne. 
1869, p. 22S et 229. 

ï Siegfried, Raschi's Einfltiss auf Nicolaus de Lyra und Luther. . . dans Archiv fiir 
wissenuh. Erforschung d. A. T., I, 428-/156, et II, 39-65. 

* A. iMerx, Die Prophétie des Joël und seine Auslegcr, Halle, 1879. 

* M. Fischer, Des N. de Lyras Postillœ perpetnm in V. et N. Testament um m 
ihrem eiqenthiimlichem Unterscl.iede von der gleichzeitigen Schriftausleijiinj, dans la 
Zîschr. /'tir prot. neol.,XY, 462 (1889). 



174 RKVUE DliS ÉTUDES JUIVES 

Psaumes un certain nombre d'observations grammaticales. C'est 
ainsi qu'à propos de Psaume, v, 1, il remarque que « dans le 
mot Hanchilot, la sj'llabe Ha ne lait pas partie du substantif, 
mais indique l'article ' ». Même observation au Psaume viii, à 
propos du mot n-nsn. Dans le Psaume ix, 1, à propos des mots 
pb mr-br, il parle de l'usage, en hébreu, du singulier pour ex- 
primer un collectif. En passant en revue les diverses interpréta- 
tions auxquelles a donné lieu ce passage difficile, il dit que, pour 
quelques-uns de nos « docteurs », doctores tïostri, ces mots font 
allusion à la mort des premiers-nés en Egypte, et que, au point 
de vue grammatical, on ne peut rien objecter contre l'emploi de 
p pour t]-^;2. Du reste, dit-il, Raschi également explique p comme 
si c'était un pluriel -. 
Voici ce que dit Rascbi sur ce passage : m?: "r:? n^;::? "«rx 1;:nt 

'•^•i t:^:fr:j-^ 2-.pm tnpTi: n'rjip,-'. 

C'est également à Pvaschi que Lyre emprunte ce principe gram- 
matical que la négation qui se trouve dans la première partie du 
verset peut se rapporter aussi à la seconde. Ainsi, pour Ps. l, 8, il 
dit : « Holocausta autem iua in cons. meo sunt semper. In Ilebr. 
et in transi. Hier. ^ habetur : et holocausta tua coram me snaL 
semper, et secuiidum quod dicit Ra. Sa. et bene, ratione huius co- 
pulativîe et ly « non » quod est in principio versus hic resunii- 
tur, et est sensus : et holocausta tua non sunt coram rue semper 
i. e. de cetero mihi accepta. Et hoc modo loquitur scriptura 
psalmi pnecedentis ubi dicitur lix, 9) : Non dabil Deus plaçât io- 
nem suam et pretuon yedemptionis animœ, subintelligitur simili- 
ter non dabit». Raschi dit, en effet, '^r.s SwN '^h'^-n "^-^n^T br Nb 

On voit, par ce dernier exemple, que les remarques grammati- 
cales de Lyre lui servent en même temps à améliorer le texte, 
contrairement à l'assertion de M. Fischer. Nous pourrions multi- 
plier ici les exemples, mais nous citerons de préférence les pas- 
sages où Lyre invoque l'autorité de Raschi et surtout ceux où il 
est question de modifications apportées à l'arrangement de ver- 

• Ad ciijus intellcctuin sciendum, quod in hac diclione < llanecbilolh » -lia » 
non est de subslantia vocabuli, sed est arliculare accusalivi casus in hebraeo. 

* Alio modo sifrnat juvenlutem, sicut < aima » in Ilebr. sijinal juveuculam, et banc 
sequilur Ra. Sa. diîeus quod David in Spiritu sanclo prwvidit juvenes fortes capli- 
vandos per Komanos etc. — et sic est sensus tituli pra-licti « super juventulem iilii » 
i. e. filiorum. 

' Lyre parle ici de la . 'l'ranslalio hier, juxla Ilebr. vcrilalem >, qu'il oppose à la 
• Translatio tomm. » ou « Transi, noslra », c'est-à-dire le Psaltertum gallicanum. 
Cf. Merx, Joël, p. 201, et Bleek, Einleiiung in da$ A.-T., 5» édil., Berlin, 188C, 
p. 55o. 



INFLUENCE DE RASCHI SUR NICOLAS DE LYRE 175 

sets et parfois de psaumes entiers. Ainsi, déjà avec Ps. ii, 1, com- 
mence toute une série de corrections, c'est-à-dire que Lyre pro- 
pose de supprimer des additions qui se sont glissées dans le texte 
du Psalt. gall. Voici ce qu'il dit : « Sciendum igitur quod iste 
psi. in Ilebr. et in transi. Hier, quae est iuxta liebraicam 
veritatem est omnino sine titulo etsi in aliquibus libris inve- 
niatur aliquis titulus ut Psalmus David vel aliquid huius niodi, 
non est de textu, sed est appositus ab aliquo expositore siciit et 
in multis aliis psalmis, propter quod de titulo psal. (prout com- 
muniter scribitur in BibliisJ parum est curanduni. » 

A Ps. II, 7, il dit : « Prœdicans prœceptum élus, in llebr. 
habetur : Xarrado Dci prceception vel statutwn et est princi- 
pium versus sequentis ( r;nr;i pn-bx nn^ON ) et similiter est in 
transi. Hier. i. Hebr., quod exponit Ra. Sa. ut sit verbum ipsius 
David dicentis Dominus prœcipit milii ut enarrem aliis quod 
sequitur. w 

Il corrige donc ici (jus en Dei, divise mieux le verset, et s'ins- 
pire, pour sa traduction, du texte hébreu et du commentaire de 
Raschi. Au verset 12, il dit que nn ip03 a été traduit de diverses 
manières, parce que les mots p">:;3 et nn ont des sens variés en 
hébreu, et, finalement, il adopte l'interprétation des « aliqui 
Hebr. », c'est-à-dire la signification messianique que le Midrasch 
donne à ces mots. 

A Ps. XIV, 4, il corrige le texte latin en coupant autrement le 
verset, d'après le texte hébreu. Pour xlii, 3, il traduit : « Anima 
mea ad Deum (brtem vivum pn bî<b)», et relève l'erreur commise 
par d'autres traducteurs qui ont écTÏi font em au lieu de f'o/irin, 
soit à cause de la ressemblance des lettres, soit à cause du verset 
précédent où il y a « cervus ad fontes aquarum ». De même, dans 
Ps. XLviii, 4, xLix, 12, et lui, 6, Lyre corrige, d'après le texte 
liébreu, une série d'erreurs qui se trouvent dans le texte latin. 
Voici ce qu'il dit à propos de Ps. lv, 15 : « I)i clomo Del anihulii- 
vimus ciim consoisn. In hebr. hab. cicm fremUii, i. e., cum turba 
magna, ut exponit Ra. Sa. » Raschi dit, en effet, "ir-^n mn-' -"^.w 
Dr m'in ujrrin ...-no p^-^72':' û'^b-'^-i . 

A XLVi, 3 et 4, il utilise le texte hébreu pour indiquer la liaison 
existant entre les deux versets ; au verset 8, il lit û'^n'rN 'y^'\^^^, et 
considère à tort ï:"'^;■?^î, non comme la fin du verset 8, mais comme 
le commencement du verset 9. A Ps. lviii, 9, Lyre ne s'atta- 
che pas seulement au sens des mots, mais modifie totalement 
la signification donnée à ce verset par la Vulgate. Dans i.xxxvii, 
0, il rappelle une explication de Raschi. Dans cv, 1, il explique 
le mot n^V^'^r:, disant qu'il est composé du mot "iVb- et de n^ 



17Ô REVUE DES ETLDES JUIVES 

et V. '2?,, il (lit que partout où le latin a « .Egyptus», l'hé- 
])rpii a n-'-i:': . A propos de c.xxx, 4, il change l'explication 
de la Yulgate et déclare se rallier à l'interprétation de Rasclii. 
Enfin, pour Ps. cxlv, dont les versets se suivent dans Tordre 
alphabétique et où manque le verset commençant par le noiin, 
il dit que la Vulgate a interpolé le verset Fidelis dominus , 
car il ne se trouve pas dans l'hébreu. Ces nombreux exemples 
prouvent que Lyre s'est écarté de la Vulgate pour le sens de 
versets entiers et même pour la coupe d'une série de versets. 
S'il se rapporte le plus souvent à la Transldl. Hier, juxla Helir. 
ver., il se permet aussi parfois de donner une autre traduc- 
tion, basée sur le texte hébreu. Du reste, pour la manière de di- 
viser les Psaumes, il est en opposition avec la Transi. Hier., 
quoiqu'il se tienne en apparence à la division adoptée par la 
Vulgate '. Ainsi, à propos du Ps. xxxiii, il dit : « Huic psal. non 
prœmittitur tit. in Hebr. propter quod dixerunt aliqui quod non 
est distinctus a prcecedenti : et occasione huius dicti respexi très 
Biblias Hebr. et très libros Hebraicos editos super librum psal. et 
in omnibus inveni hune psal. distinctum a prœcedenti non solum 
in signatione per spacium vacuum inter duos psal. sed etiam in 
quotatione, quia iste psal. apud Hebr. quotatur 32, praecedens 
autem 31, et eodem modo in transi. Hier. i. Hebr. distinguitur a 
pnecedenti per literam magnam capitalem in principio et per 
quotationem : quia hic psal. ab eo quotatur 32 et praecedens 31. » 
Il fait une observation analogue pour le Psaume xliii, et il admet, 
contrairement à saint Jérôme, que les Psaumes lxx et lxxi ne 
forment qu'un. 

Dans cette question de la division des Psaumes, comme dans les 
objections qu'il fait parfois à la traduction adoptée par la Vulgate, 
Nicolas de Lyre fait preuve d'esprit critique et il montre qu'il pos- 
sède les qualités nécessaires pour la saine interprétation d'un 
texte, tenant compte du contenu du pa>;sage à expliquer, n'accep- 
tant qu'avec réserve les traductions existantes, comparant entre 
eux le plus de mss. possible et osant avoir une opinion personnelle. 

Quel profit Nicolas de Lyre tira-t-il des autres sources rabbi- 
niques ? On connaît le passage de sa deuxième préface de la Ge- 
nèse, où il s'élève avec force contre les tendances mystiques de 

' Lyre réunit les Ps. cl 10, à l'exemple du Psalt. f/all, et de deux mss. de Kenn. 
et deux mss. De Hossi, et reste en arrière d'un numéro sur noire énuméralion jus- 
qu'au Ps. 147, V. 11. Cf. Breilhaupt, Psalmi, p. 5, note \'.\ : .... Vel Psalmus ille 
qui jam in exemplari hebr. est decimus, u-late R. Salomonis Jarchi conjunctus fuit 
psalmo nono >. 



INFLUENCE DE RASCHI SUR NICOLAS DE LYHK 177 

l'interprétation des rabbins. Il s'en prend surtout aux nombreuses 
légendes rapportées par le Talmud et le Midrascli au sujet du 
Léviathan et du fameux Beheniot de Job, xl, 15, et, dans cette 
polémique, il n'épargne pas plus Raschi, pour qui il [trofesse pour- 
tant d'habitude une profonde estime, que les autres rabbins. Tl 
combat une première fois les croyances Israélites au sujet du Lé- 
viathan, à propos de ce que Raschi dit sur Job : pi'j niTonn 
T'n::'5 ', il y revient à propos du commentaire de Raschi sur Ps. l. 
10 : r-iyyy Nino "rr^v- mii'Db 'îpin?:r; Nin C]Vw\ "^-nn^ m?:r;3 
...ûT'b D'^1^ c^bx, il en reparle à Genèse, i, où pourtant Raschi 
rapporte la légende du Léviathan sans dire qu'il y croit, et enfin 
il recommence ses attaques à propos de Ps. xxix, 9. Tl attribue 
même à Raschi. au sujet de ce verset, une explication qu'on ne 
trouve dans aucune édition. 

Nous devons ajouter que ces polémiques, comme le dit Lyre 
lui-même, sont « très rares » et peu variées. Par contre, il y a un 
certain nombre de midraschim que Lyre accepte pour son compte. 
C'est ainsi que, se référant à Raschi, il raconte à plusieurs re- 
prises un miracle qui s'est produit lors do l'inauguration du temple 
par Salomon (à propos des Psaumes 24, 30 et 132). C'est ainsi 
également qu'il parle de la délivrance miraculeuse des enfants de 
Korah. Raschi cite encore d'autres midraschim dont Lyre accepte 
les uns, rejette les autres, et parfois passe totalement sous si- 
lence. Mais comme, en général, Raschi, dans son commentaire 
sur les Psaumes, ne rapporte que peu de midraschim, nous ne 
pouvons pas nous rendre exactement compte si Lyre était fami- 
liarisé ou non avec la littérature rabbinique. 

Une fois, à propos du Ps. vu, Lyre cite un passage du Targoum 
d'après Raschi. 11 dit : '<■ Et ideo est alla expositio quam sequitur 
Ra. Sa. et Jonathan fîlius Oziel in transi. Chaldaica, quod Chus, 
sive Chusi, est hic nomen appellativum et significat y^]thiopem et 
vocatur hic ^Ethiops ipse Saul, eo quod fuit denigratus infamia et 
moribus. » Le passage du Targoum est ainsi conçu : « N'^nrnr 

ITû-'îa UTJ l-^wn ^""p -13 ^iNOT. » Raschi adopte cette explication 
en disant : « t-T3T«:3?3 SiNO ti^ n-nrn !n3TC7j ^'::^'D rrj .'\:5"iD 
T«u:y733 . 

Parfois Lyre s'appuie sur la littérature rabbinique, soit pour 
('claircir des points importants, tels que la division des Psaumes, 

* L'édition de Bùle ne donne pas le commentaire de Raschi sur Job, mais ces mots 
s'y trouvent certainement, car Breithaupt les rend ainsi : • Behemolh, pripparalum 
est (istud animal) in fulurum. i 

ï. XXVI, N° W. li 



178 HKVL'E Di:S ÉTUDES JUIVES 

soit pour combattre une explication de Rasclii. Pour le premier 
cas, nous avons cité précédemment un exemple, à propos du 
psaume 43. Le Midrasch Tehillim * ^o'mt les Psaumes 42 et 43, 
ou plutôt, sans faire aucune observation pour le P:>aume 43, il 
indique le Psaume 44 (irîTNa ûTj'rN) comme le 43^, mais à partir 
de 45 il suit l'ordre habituel. Nous avons déjà vu que pour 
-13 ip'C; (Ps. II, 12), Lyre oppose l'explication du Midrasch à 
celle de Raschi. Du reste, à plusieurs reprises, Lyre montre qu'il 
connaît le Midrasch. Ainsi, à propos de Ps. xiii, 2, Raschi dit : 
.-xa-j Itnt:;"' Vs b-'n-iîm r,-p::b?: imx ly.D z^jzyz rnix .n:n ";;• 
Lyre désigne nominativement les quatre royaumes auxquels Raschi 
f;ut allusion. Or, ces noms, il ne pt-ut les connaître que par le 
Midrascli. Ainsi, on lit dans Beréscliit Rahba, §2 : w-'pb p 'o 'n 
,-i«Nr:: /?n3 ï-rirb:3 -m ^imn nn-r; y-Nm .r-n-'sbrn «"«-ip nns 
,'^'112 ï-n3b72 iT ,ir:-,3i ; (-; î-t'72-T') nmn !-i:rn V""î<~ ^'î* '^r-'N-i 
, "iT» ïmisbn iT , ycT^^ -, ("> -ircs) i^izr, r^s K^^-b nb-rin^i , ^tz^v:: 
lanD ,tz;!-;b niriN nn-ina irîTnT'T:;^ b^Tw"' rc \rrw -r-wn-w 
■iT «l^inn "«îD hy ,h:NTC-' T;bN3 pbn t::b "jw-j -ircr; "j-ip '^y 
'isn ûn-n- irs "ipn anb "j-x":: -;'•::-- r-nrb?: . Et même là où le 
Midrasch est très obscur, Lyre indique clairement, et avec des 
observations historiques, les nations dont il s'agit. 

W y a principalement trois psaumes auxquels Lyre se voit con- 
traint, dans l'intérêt de la tradition, de donner une signification 
messianique, et pour se justifier de ne pas se ranger à l'avis de 
Raschi, il s'appuie sur les mêmes autorités que lui, et montre 
ainsi qu'il sait les interpréter avec indépendance. Il s'agit du 
Ps. 80, où Lyre se réfère au Beréscliit liabba, §88 : -rc -.n^'^T 
. . .bx-ic ibN ,-':3b73 "isa T^^:r,^ û'^pcrn ; du Ps. 45, où il appuie 
son interjirétation messianique sur les paroles suivantes du Tar- 
gouni : N":;: -^r^-: :]i-ir .Nn-^c-a Nsb): ^^itro ; et, enfin, du Ps. 110, où 
il sait opposer avec habileté un autre passage du Targoum à l'ex- 
plication de Raschi. D'ailleurs, pour ce Ps. 110, Lyre fait appel à 
toute son érudition rabbinique. Voici ce qu'il dit d'abord : «Et 
haec est sententia Ra. Barachite exponentis super Gen. illud 
Tlirenorum cap. v, 2; Pupilli facli siuans absque pâtre, Deus 
sanctus et b-'nedictus, ait Israël, vos dixistis coram me « Pupilli 
facti suraus absque pâtre » redemptor quem ego ex vobis suscitabo 
sine pâtre erit, sicut scriptum est Ps. 109 (Ps. ex, v. 3). De 
matrice aurora; tibi ros intàntiiê tua >». En réalité, il comprend 
mal les paroles de R Berakhya, qui fait allusion à Esther et non 
au Messie. Ce passage est ainsi conçu : ■'ib 'i nc3 rr-''^ 'n 

* Je me sers de l'édilioQ de Daniel Bomberg, Venise. 



INFLUENCE DE RASCHI SUR NICOLAS DE LYi;z 179 

Nb •'n?:3 ûrw T^rz^nb ■!\n:r ■^îwt:; VwXiir; qx , tiO-'-'n .3J< '5\st nr-rs 
-incwX N'r: ï-îonr: pn I^in "n^n (3 inox) n"r!- ûwNI sn wxb ï-r^rr^ 
QNT 3N nb V'^ "^^ ■'"''"' '""^ • P^^ contre, il rapporte exactement, 
à propos de Ps. xviii, 36, un passage du Midrasch Tehillim. 

Lyre ne se contente pas de citer le Midrasch, il fait aussi usage 
de la littérature rahbinique postérieure. Ainsi, il mentionne 
K. Moïse Darschan, si fréquemment nommé par Raschi. Il connaît 
également Maïmonide, comme le prouve ce passage de sa préface 
des Psaumes : « Rabbi Moyses dicit in libro directionis perplexo- 
rum... » Toutefois, le More Ncboi'.k/wu de Maï.nonide n'a jias 
exercé sur lui une influence aussi grande que sur un autre doc- 
teur chrétien du moyen âge, Albert le Grand'. Il ne reproduit 
les vues de Maïmonide que pour les combattre, à l'instar de beau- 
coup d'autres docteurs de l'Eglise. Du reste, on se trom.perait eu 
concluant de ce chapitre que Lyre avait quelque faible pour les 
interprétations messianiques des rabbins; il en était, au contraire, 
l'adversaire. 11 n'invoque les autorités rabbiniques que pour jus- 
tifier son oi)inion dans le cas où elle est conforme à la tradition, 
mais contraire à celle de Raschi. 

On voit donc, par les exemples que nous venons de donner, que 
Lyre était non seulement capable d'utiliser avec indépendance !e 
Targoum, le Midrasch et les ouvrages hébreux postérieurs, mais 
qu'il était familiarisé jusqu'à un certain point avec la littérature 
midraschique (Berèschit Rabba, Midrasch Eclia, Midrasch Tehil- 
lim") et d'y trouver les passages dont il avait besoin. 

Il nous reste encore à appeler l'attention sur deux noms men- 
tionnés par Lyre dans des passages où l'on s'attendrait à rencon- 
trer le nom de Raschi. Il dit à propos de Ps. 11, 7 : « Ego hoclie 
r/enui ie : quod exponit Ra. Josej>/i sic : « magnificavi te, consti- 
tuens te principem super populum Israël, qui dicitur primogenitus 
filius meus, et per consequens tu spécial! modo es filius meus. » 

Raschi dit la même chose, en s'en référant à II Sam., ch. 
m, V. 18 : i7:i^pr'' tim •'-^^^z•2 -^23 V"''^"'?" SwNTw-'b w\x-i .-PwX ■'::: 
ï^wV i'-^'JiN nT7 ■^n^r T^n ^"- -i?3N ttd -1:2x3 -i?:md-:j ^J2^ ^1^ br 
13D ■':2b nnx ab"'3-w3T bx-r:;-'. 

De même, dans son commentaire sur Ps. l, il attribue à un Rabl 
Samuel Hebrœiis une opinion qui semble avoir été celle de Raschi. 
Il dit que, d'après ce R. Samuel, l'arrivée du Messie sera annoncée 
par des miracles, entre autres, « scilicet quod omnes judaM, per 
orbem dispersi, quasi in momento congregabuntur ad ipsum in 

' Cf. Joël, Verhœllniss Albevi des Qrosscn m Moses Maimonides, Breslau, 1863. 



180 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Hierusaleru, et secundum hoc exponit, quodsubditur : Congregate 
illi soMCtor eius. » Raschi dit : ï«»:-,p'' ^rrJ^ . ■'•7'^on ■'b idon 
V:"^»"! \snm pD:^ -^-n:? -i7:i<:c i-"-'" »"n^*?^~ ^5 iedno y-iNii D-^Jicb 
(■7 -iv:;)' 

Les deux passages se retrouvent chez Breithaupt, on ne peut 
donc pas supposer que c'est par erreur que Lyre a mentionné 
les noms de Joseph et de Samuel. De qui s'agit-il, en réalité? 
On sait que parmi les continuateurs de Raschi, deux savants se 
distinguèrent particulièrement, Joseph ben Simon Kara et Sa- 
muel ben Méir, et que Joseph ajouta des gloses au commentaire 
de Raschi sur le Pentateuque. Ce sont là certainement les person- 
nages nommés par L3Te, Nous devons ajouter que, contrairement 
à l'assertion de Geiger, Joseph Kara, d'après le commentaire de 
Lyre, écrivit également des gloses sur les Psaumes, et que des 
passages du commentaire de Samuel ben Méir, comme le suppose 
avec raison Geiger, se sont glissés dans le commentaire de Raschi. 
Il est donc prouvé par ce qui précède, non seulement que Lyre 
doit beaucoup à Raschi, mais aussi que le commentaire de Lyre 
peut servir pour faire une étude critique de Raschi. 

Après avoir essayé de déterminer, dans ce qui précède, l'étendue 
et la solidité des connaissances bibliques et rabbiniques que Lyre 
avait principalement acquises par l'intermédiaire de Raschi, nous 
allons comparer, dans la suite, le contenu même des commentaires 
des deux auteurs. Pour les divers points de cette étude, nous 
suivrons la méthode que Lyre a employée dans l'interprétation de 
chaque Psaume. Il s'occupe d'abord de l'auteur, étudie ensuite 
l'épigraphe et s'occupe enliu du contenu. 

La manière dont Raschi divise les Psaumes n'offre rien de parti- 
culier. Raschi s'en tient aux cinq livres. Lyre, au contraire, dans 
Ps. I, déclare qu'il est impossible de retrouver aucun ordre dans 
le Psautier. Les Psaumes ne sont rangés, dit-il, ni d'après l'é- 
poque de leur composition, ni d'après leurs auteurs, dont les mor- 
ceaux sont souvent séparés les uns des autres et éparpillés^ ni 
d'après leur contenu. Il établit les divisions suivantes : 

Ps. 1. Introduction, composée par Ezra, le compilateur des 
Psaumes. 

Ps. 2-144. La partie principale, consacrée à la glorification 
de Dieu. 

Ps. 145-150. Fin. 

Ce qui nous importe le plus, c'est que, d'après Lyre, il n'existe 
aucun rapport entre l'époque de la composition d'un psaume et la 
place qu'il occupe. Lyre répète son jugement à propos du Ps. 72, 
où il s'agit d'expliquer la contradiction qui existe entre la phrase 



INFLUENCE DE RASCHI SUR NICOLAS DE LYRE 181 

finale "m mbcn ibD et ce fait que plus loin on retrouve des 
psaumes attribués à David. Ici également Lyre reconnaît qu'il se 
range à l'avis de Rasclii, d'après lequel les Psaumes ont été ran- 
gés dans l'ordre où ils furent trouvés. On s'explique ainsi que 
le Ps. 144 (145), qui, en réalité, est le premier, se trouve placé à la 
fin du livre, et que le Ps. 72, composé le dernier, est placé au mi- 
lieu du livre. « Et liane solutionem tangit Ra. Sa. in glossa sua. » 
En effet, Raschi dit : mbcn ibx b^ ibD r^m nî-rna-i .nn mbsn ibs 
!-i-:o:?i nip -^jI ^-nzn'o iiij ^n^ ,mT aa by -iDor: bs bib^b nn 
"ii'^i, (II Samuel, 23) b^TO"" mn-'T^T û-^i'D N-ip2 Nirio ûo b:> û-iipT 

■ Cll-^720 ITDTC , (Job , 24) a?» •\12-\-\ 1733 , "iWi-^inDÎ 173D ibD ^nnob 

nniN^jT n-i•p^'n V^"^"" i"2ip73a -n?:T)3rT nnDS Nb Nin p dnt ; (Jér., 2) 

Ce passage est de la plus grande importance, parce qu'il ne 
contient pas seulement une vue exacte sur la rédaction du Psau- 
tier, mais aussi une réfutation, appuyée sur des raisons gramma- 
ticales, de cette opinion, devenue traditionnelle chez les Juifs, que 
David est l'auteur de tout le Psautier '. Cette tradition avait été 
également introduite par saint Augustin dans l'Église, et Lyre ne 
se lasse point de la combattre à toute occasion. Paul de Burgos, 
dans ses Additiones, ne se montre pas moins infatigable à ré- 
futer Lyre. Il nous semble que, sur ce point, la postérité n'a pas 
mis assez en lumière le mérite de Raschi et de Lyre. 

Le passage talmudique auquel Raschi fait allusion se trouve 
dans Pesahim, 127 a : -i-ron ni-n«i<r: f-nn3':jin bo nToix '73 'n 
■"ip-^n bN ,-^"w"' 13 ^T^ mb-'-:n ibD ,-i73Nro /p73î< -nn piD s^-^br-;!-! 
V5N bD Nbx ^b■z. 

Voici encore deux autres passages du Talmud qui nous inté- 
ressent : Pesah., 121 «. bu: r-i'n73wX73 ï-tno^'n b"n^-i n?3NT ... 
,'V'û'2 ,-11737733 ,b''riï:733 ^'jis-'Ds ,mi:"'33 : tzi-ibrin noo -i73i« ns'o 
n"'ibbr!3 ,r!wsnir;3 ,r:b"'2n3 ^nbirins ,-«t::n3; B. Bâfra, Hb : n^t 
■'rb73 -^"y . iTCi^in ca-x """y , CL"^:pT n-icr ■>"i' f^brrri nso anr) 
:]ri< ^"i'i /"jim"!"^ "•"-' /p-r; ^"y , rT::?3 -""y , cmsN -^"y ,pni:. 

Raschi a combiné ensemble ces deux derniers passages dans 
son commentaire sur Ps. i, 1, où il dit: !rn'0:'3 .■«r-'Nn •'TwN 
^T^^us ,-n73T3 ,li5-';3 ,mi:;3 : rt- -iso -'.■3n: n73T buj r-n:icb 
nnc:' -ï^îd ;in^V5br:3 ,"'-.cn3 ,î-ii<mn3 ,!-td-i33 ^n'^-'îro /5br:3 
,r:73bo ,-'iT ,^T>r73 ,£3r!-i3N ,pni: ■'Db73 ,£2^wX : imn73wSO □TwS ^:3 
rr^n gin ï=;"«n;3iN o-^ /pmT' by VP'^^'^i /^imp -^n nc^OT ,r|DN 
e»^bN iriT nDD3":; vimT^ '{■'N t=<"^-i73nN a-'n ,a-'73TT i-i3i3 3inDa 1733 
b^","::'^ bi'i vb:? inni^o m-i"»u bo t^'^j'^nm immri D'û b:? . 

' Voir, sur l'exislence de cet'.e tradition chez les Juifs, Graelz, Geschichted. Judcn, 
VI, p. S3. 



182 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Dans ce passade, Raschi s'écarte du Talmud sur deux points : 
au lieu de dire -^T" by nTi, et de considérer David comme le seul 
auteur du Psautier, il le range simplement parmi les dix prétendus 
auteurs des Psaumes, et, de plus, il émet des doutes sur la per- 
sonnalité de Yedouloun. 

Lyre rapporte inexactement ce passage, il omet le nom d'Adam 
et adopte celui de Yedoutoun, En réalité, tout cela a peu d'impor- 
tance, car Raschi ne prend pas au sérieux la liste de B. Batra. 
Nulle part il ne reparle d'Adam et de Melchissédek comme au- 
teurs de psaumes, et pour le Ps. 89, attribué par les docteurs à 
Abraham, Raschi s'en tient à l'épigraphe, qui en accorde la pater- 
nité à Éthan. Lyre est d'accord, sur ce point, avec Raschi. 

Pour Raschi, Hèman ne semble pas avoir été un psalmiste, 
mais était simplement chargé de réciter le Psaume 88, composé 
par les fils de Coré. Il dit : l'^os Li'«"nT>::72r; \)2 inx -^--TNn V^"*"^ 

Lyre croit que Raschi reconnaît Hêman comme auteur des 
Psaumes, car il dit : « Ra. Sa. dicit quod materia hujus psalra. 
sunt afFlictiones. . . quos prievidit Ileman Ezraita. » 

Au sujet de Yedoutoun, Raschi rapporte les diverses opinions 
existant au sujet de ce mot, les uns le considérant comme un nom 
de personne, d'autres comme un nom d'instrument de musique, 
d'autres enfin comme un mot dérivé de ni et faisant allusion au 
contenu du Psaume. A Ps. "77, il se range à la dernière opinion. A 
Ps. 39, Lyre considère Yedoutoun comme un auteur, et à Ps. 77, il 
adopte l'opinion de Raschi, qui attribue ce Psaume à Assaf et 
explique le mot Yedoutoun par le mot n. 

Raschi dénie à Saloraon la paternité qui lui était attribuée des 
Ps. 72 et 127. Lyre suit Raschi pour le Ps. 72, mais il s'écarte de lui 
pour le Ps. 127, en disant que l'explication de Raschi est con- 
tcaire à I Rois, viii et à II Chroniques, v, et il déclare Salomon 
auteur de ce Psaume. 

La tradition attribue à Moïse non seulement le Ps. 90, qui porte 
son nom, mais aussi les dix suivants, jusqu'à 100 inclusivement. 
Raschi cite cette opinion pour le Ps. 90, l'accepte pour le Ps. 91, 
et ne fait aucune remarque pour les autres. Lyre dit, comme Ra- 
schi, que ces onze psaumes répondent aux onze bénédictions de 
Moïse dans rtr-.nn pnt, mais adopte pour le Ps. 95 l'opinion de 
saint Paul, qui l'attribue à David, et dit que le Ps. 99, qui men- 
tionne Samuel, ne peut pas être non plus de Moïse. 

jN'eumann. 
[La fin prochainement.) 



LES RELATIONS HÉBRAÏQUES 

DES PERSÉCUTIONS DES JUIFS 

PENDANT LA PREMIÈRE CROISADE 

(suite et fin '). 



Dans un précédent numéro delà Revue (XXV, 181), nous avons 
examiné quelle est, à notre avis, la source des trois principales re- 
lations publiées i>ar la « Commission historique pour l'histoire des 
Juifs en Allemagne » sur les persécutions des Juifs pendant la 
première croisade. Il nous reste à indiquer le contenu de quelques 
appendices et de deux autres relations plus courtes publiées par 
cette Commission, à étudier en détail le texte hébreu et la traduc- 
tion allemande et à faire connaître les corrections et les modifi- 
cations qui nous paraissent devoir y être apportées. 

Le premier appendice (p. 31) raconte la reconstruction, faite en 
1104, de la synagogue de Mayence, brûlée en 10&6. Le deuxième 
contient le récit de la persécution de Blois et des événements de 
Loches, de l'année 1171, contemporains de cette persécution. Ce 
récit (p. 31, 1. 6 du bas — 34, 1. 5], n.it à l'instigation de R Jacob 
ben Méir, est dû probablement à Barukh ben Méïr d'Orléans. Ensuite 
vient une lettre des notables de Paris relative à ces faits (p. 34, 1. 
— 1. 23), et, à la fin, une autre lettre concernant les mêmes évé- 
nements, adressée par une personne notable de Tours à R. \omtob 
pour être communiquée à Rabbênou Tarn (p. 34, i. 24 — p. 3o). 
L'auteur de cette dernière lettre est peut-être Barukh ben David 
Haccohen, nommé p. 33 et p. 68. Il est, en effet, raconté (p. 68, 
1. 10) que sou intervention auprès du comte de Blois en faveur 
des Juifs de cette ville, injustement condamnés, était restée in- 
fructueuse, tandis qu'il réussit à obtenir la grâce des autres Juifs 

' Voir Revue des Éludes juives, tome XXV, p. 181. 



18/i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(iemeur(^s sur les terres du comte, moyennant une somme d'ar- 
gent (68, 1. 13, on parle de mille livres, et p. 34, avant-dernière 
ligne, il semble qu'il s'agissait de cent livres). D'après 34, 1. 4 du 
b., c'est l'auteur de la lettre adressée à Yomtob qui réussit à prix 
d'argent à l'aire remettre en liberté par le comte de Blois des Juifs 
emprisonnés et baptisés de force ; nous supposons donc que les 
deux relations se rapportent au même fait, et nous en concluons 
que 1 auteur de la lettre de la relation I est le Barukh ben David 
Haccohen nommé dans la relation IV. 

M. Bresslau (Introduction, p. xxv) dit que la lettre écrite par 
Jacob d'Orléans (Rabbonou Tarn), au nom de la communauté 
d Orléans, se trouve dans le manuscrit de Londres de la relation 
de Salomon ben Siméon ; cette assertion est doublement erronée. 
Ce n'est pas Jacob d'Orléans tué à Londres pendant l'émeute de 
1190, mais Jacob ben Mé'ir de Karaerupt, le petit-fils de Raschi, 
connu sous le nom de Rabbênou Tam, et mort à la lin de 1171, 
qui a écrit la lettre mentionnée par P^phra'im de Bonn (68, 3 du b.) 
comme étant la source à laquelle il a puisé pour sa relation. De 
plus, ce n'est pas cette lettre qui se trouve en appendice dans 
le ras. de Londres, mais une relation envoyée d'Orléans à Rabbê- 
nou Tam sur les événements de Blois, et dont Ephra'im de Bonn 
parle (08, 1. 16) également. 

Outre cette méprise, fâcheuse à coup sur, M. Bresslau en a com- 
mis une autre p. xv, note 10, oii il confond R. Salomon ben Isaac 
(Raschi) avec R. Simon b. Isaac. En tout cas, M. Baer, auquel 
M. Bresslau se réière, est innocent de cette confusion. Le plus 
grand historien, s'il ne connaît pas l'hébreu à fond, — et M. le 
prof. Bresslau avoue qu'il ne possède pas cette langue — ne peut 
être à l'abri de ces erreurs désagréables. 

Nous avons déjà parlé, dans notre article précédent, des relations 
I, II et III. Le numéro IV (p. oS-lb] est une relation d'Ephraïmde 
Bonn concernant les persécutions de la deuxième croisade, avec 
(les appendices relatant également des persécutions de la seconde 
moitié du xir siècle. Le texte, publié pour la première fois par 
M . Wiener dans son appendice à la traduction allemande de VÉ^néh 
Hahbahha (Leipzig, 1858;, est réédité avec des notes critiques, d'a- 
près quatre manuscrits qui contiennent aussi le numéro II. 

Le numéro V ('p. 76-78) est le fragment d'une relation où Éléazar 
ben Juda rapporte des désordres qui se produisirent contre les 
Juifs de Mayence en 1187 et 1188 ; ce fragment est publié pour la 
première fois d'après un manuscrit de Saint-Pétersbourg. 

Les textes hébreux ont été édités par les soins de M. Stern. 
Préalablement, M. Neubauer, avec l'aimable obligeance et la cons- 



LES RELATIONS HÉBRAÏQUES DES PERSÉCUTIONS DES JUIFS 18o 

cience qui 1(3 caractérisent, avait accompli le travail ditficile do 
copier les manuscrits conservés en Angleterre et à Saint-Péters- 
bourg, (le les comparer entre eux et d'en indiquer les variantes. 
Ces textes sont suivis (p. 81-219) de la traduction allemande faite 
par M. S. Baer et revue par M. Basrwald. Le traducteur (voir 
Introduction, p. xxvii) s'est imposé la tâche de rendre le texte de 
l'original aussi fidèlement que possible. 

En tête des textes hébreux se trouve une petite préface où l'édi- 
teur énumère les documents manuscrits qu'il a utilisés (p. vii-xii). 
Suit alors une étude critique des relations des croisades par 
M. Bresslau d». xiii-xxix). Un. index des noms de lieu et do per- 
sonne et une liste de fautes d'impression terminent l'ouvrage. 

Déjà, dans notre précédent article, nous avons eu occasion de 
relever des incorrections dans le texte imprimé et la traduction 
des trois [trincipales relations '. Nous allons faire ici, en détail, ce 
travail de critique pour tous les morceaux contenus dans le volume 
publié i)ar la « Commission historique ». 

Voici pour le texte - : 

1, 10, lire [Dmonjn nnp (comme ;i6, 10) ; 1, 12, au lieu de N"w;, 1. 
CN-OD (comme 36, 42) ; 1, 4 du bas, au lieu de nN7:::i. 1. "î72i:T ; i, der- 
nière ligue, après b"N 11 manque le mol npr"'. — 3, 2, au lieu de 
D"':"a3m, 1. u"'3:iDr;i ; 3^, 7, le mot lD"'2Dn (avec le sens iutrausiiif) est 
confirmé par le mot ■I0"';3n qui se trouve dans le passage parallèle, 
31, 21 ; il ne faut donc pas le corriger, comme le propose M. Siern, 
en iDjDn. La correction proposée par M. Slern de D'T^^m (3, 9 d. b.), 
qui rappelle Ps., lxiii, 11, en ûTi^iom, n'est pas nécessaire. De même, 
M. Stern a eu tort de remplacer par nbrr "»n7j les mots "o": "«-i» de 
4, 8 (trad., p. 89, note 77), expression qui est imilée d'Isaïe, xl, 15, 
•"^^2 -i7:d Li-^Vj, )ri. — 4, 7 du bas, au lieu de nnx, 1. ibx (comme 
6, 22). — .'), 14 du bas, au lieu de ipT, I. 'ipT; 5, 13 du bas, au lieu 
de Ti-^ii-iD, 1. in"«i-in3 (comme lignes 7 et 9 du bas); 5, 10 d. b., lire 
vpy (corrigé à tort en i733> par M. Baer, 93. 9); 5, 9 du bas, au lieu 
de i-i3yn''C 1. i"i3y^O, et a"nDn72 n'a pas besoin de modification ; 
f), 6 d. b., au lieu de pb, l. p"5 mip (comme 52, 11 d. b.). — 6, 1, 
au lieu de rrim, I. •^rr'T; 6, 16, avant ipnm, l. inan (comme 53, o) ; 
6, 8 du bas, au lieu de n:?i3"w% 1. ;nn"0 (de même 26, 13); 6, 5 du 
bas, au lieu de m^n'^T:, l. rT<:;r:'5?:. — lo, 6, au lieu de rîD"', l. 'si 

' Nous sif^nalons ici quelques fautes qui se sont glissées dans notre article précé- 
dent. T. XXV, p. 184, 1. 21, au lieu de nT^J'in, 1. TT^^r». — Uid., 1. 21, après 
les mois hébreux, il manque l'indication du passage (17, \'l d. b.l. — Ibid., note 1, 
i. 2, après les mots hébreux, il manque l'indication (18, 15). — P. 194, 1. 1" du bas, 
au lieu de 21, 8, lire 21, 18. — Ibicl., 1. 3 d. b., au lieu de jeudi le 4, lire vendredi 
le 5. — P. 198, dernière ligue, au lieu de ^S'inS, lire rî51"3- 

* 11 est entendu que, dans ce qui suit, le premier chill'rc indique la page et le 
deuxième la ligne. 



186 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(deux fois); 10, H, après a"*bî, il n'y a pas de pause, mais il y en a 
une 1. 9, après ribbi" ; il n'y en a pas non plus après ne ligne 14 (cf. 
le passage parallèle 53, 22-251. — 11, 9, au lieu de Trciy, 1. -'w? 
(comme dans le passage parallèle 56, 20); 11, 16, il faut com- 
pléter la lacune d'après .o6, 8. — 13, 11 du bas, au lieu de 
m-nr-. 1- n-,rjp (cf. rî3:?-in r-ivjp, Is., i, 13); 13, 12 d. b., au 
lieu de i-rpnm du ms. corrigé faussement en rpnm, 1. rî'^'pnn. — 

15, 10, devant le mot "nx, il semble qu'il manque le mot ",-. — 

16, 13, au lieu de 0"':£n3, 1. i-'ii-^ (faute d'impression); 16. 15, au 
lieu de '~!^. 1. 173 ; 16, 17, il faut probablement compléter la lacune par 
h^^n":"»"], et non, comme M. Slern le propose, par ii:C2pn'^"i; qui se 
trouve déjà dans la ligne précédente. — 17, 13, au lieu de T'T'STS, le 
sens réclame 'j'^T'r?: J^p-^N] ; au lieu de luSna-o, 1. In-itj, et, au lieu de 
-rN-i. 1. irïîi. — 18, 13, il faut effacer le mot nsm ; 18, U, au lieu de 
"bine 1. r::-'?"irî"w ; 18, 23. au lieu de ■'irr, ce qui est tout a fait 
dénué de seus, il faut probablement "rr qui devait être suivi de 
quelques autres mots, puis venaient sans doute les mots proposés 
par M. Slern comme complément, d'après le second récit parallèle 
(peut-être [icrNr:; s-«-,m:rî; -^rr iwSn -,wNd, semblablement à 17, il 
du bas); 18, 3 d. b., après le mot "nxrb, il manque probablement 
encore "TN?: comme 20, 11, et dans le récit parallèle 41, 18). — 20, 7. 
au lieu de iriN^, 1. ir-.fîn 20, 12, au lieu de -"-c-n^p, 1. -^ci-p ; 20. 21, 
au lieu de w-'rcn?:-,, 1. ccn^T; 20, 22, au lieu de c^brri. I. c-^-ir':i, 
et, au lieu de :>izrz'-:, 1. ri^^îb. — 21, 2, au lieu de b^'o^, I. b-'"-'^-'; 
2L du bas, au lieu de nrnn:, 1. nr-.n:. —23. 8, devant CTnb, il 
manque le mot ncc^ ou r,yz-z:i : cette dernière date serait, il est 
vrai, fausse, mais elle concorderait avec les autres dates fausses in- 
diquées 20, 10. et 21, 18. — 2i, 12 d. b., au lieu de vnrisb, 1. vnnNi. 

— 26, 22. au lieu de SDa. 1. crb. — 27, 3, au lieu de t-^n. 1. cn^bx, 

— 28, 6, au lieu de iD-^binbi. I. nr-'b-rtbv. 28, 14, au lieu de dIwXt:. 1. 
c-N":-; 28, 21, au lieu de T^npc2. 1. rzz-py::^: 28, 22, au lieu de 
z-^:zm et ûb'a-jm, l. ::"io-';rr;-i et r-b^^-jm; 28, 23, après le mot 
cr. il manque probablement a-. — 29, 10, au lieu de Insv:. 1. mrsc ; 
29, 11, devant 'iz, manque le mot ";;: ; 29, 15, au lieu de n::p. 1- r,:ip 
(comme p. 30); 29, 9 du bas, au lieu de C'^;273, l. D-'O''::?:. — 30, 23, 
au lieu de bbc^, le sens exige ri'h'cz ; 30, 8 du bas, après rrr-:^!. il 
manque le mot n:;TS. —31, 1, il manque, après le mot -rbmx, les 
mots I7i:-i 52, ou bien il faut lire à la place de r::T, b^ ; 31, 2, de- 
vant "PJ', manque le mot "'S; 31. 21, au lieu de i:r::-, l. 'ùirsn; 
31, 5 du bas, au lieu de !:;•=, 1. zz'z: au lieu de cr, 1. ::;•-; au lieu 
de zy^. 1. zr: 31, 4 du bas, au lieu de -.r'>^, 1. -iP''; 31,2 du bas, au 
1 eu de r.z-.zzr. 1. rr.-.zzr; après mrrn, manque le mot "7"'. — 32, U, 
^:?^:i^^, l. :fr^z'r, 32, 22, au lieu de -m"i7j\ 1. ■irrr'TO"'. — 33, 21, au 
lieu de r;:m, 1. nn:m ;cf. 67, 8 du b.). — 34. 4, au lieu de nb^^p, 1. 
bs-'p; 3i, 6 du bas, au lieu de nb-nnDr, I. r:b'r.rzTz; 34, 3 du bas, 
au lieu de 3"p, il faut probablement 2"p (cf. 35, 19^; 34, 2 du bas, au 
lieu du second ib, 1. -^b. — 35, 17, au lieu de -nr- -|'br, l. nrr:;- ^r ; 



LES RELATIONS HÉBRAÏQUES DES PERSÉCUTIONS DES JUIFS 187 

35, 2 du bas, le point final après ûib'iiî doit être effacé et il faut lire, 
à la suite, n-'' ip--::- orj3 mza- pr^n rc, r-.Nr^ri pni: rnnr:» 

37, 3, au lieu de n?Dn 1. nban ; 37, «6, au lieu de r:;T«psn, 1 .r;'7"'p2n; 
37, 19, au lieu de :nT, 1. n^iT; 37, 20, au lieu de T:-\'Jiy, il vaut mieux 
lire nTij^', comme dans S.; au lieu de ^nT:i, 1, M"na, comme dans 
I Ghron., iv, 23; 37, 3 du bas, au lieu de DT!--jn, 1. ûinTC-'i, 
comme dans 0. et 2, 12. — 38, 15, après le mot --nnpb, il manque 
sans doute le mot □"'Wn;', comme 2, 11 du bas; 38, 3 du bas, de- 
vant r->yij> manque le mot "^rx. — 40, 18, au lieu de ■^"vSS, 1. "^jiMn; 
40, 24, au lieu de V^bn, I. "j'o-^bn. — 41, 10, au lieu de Dmn?:?, 
1. nmn7:b, comme dans S. et B.; 41, 12, au lieu de n;inp3i, 1. liinpn'T, 
comme B. et 18, 20; 41, 15, au lieu de D-nM, 1- ûi-.-i:o. — 43. 7, au 
lieu de ^■'"icn anb iiTm, 1. -icn ib -iTm (comme dans le passage 
parallèle 23, 13). Il n'y a pas à songer ici, comme le croit M. Baer, 
p. 163, note 30, à une autorité municipale comme les échevins, mais 
il est question d'un des fonctionnaires de la ville 1"':'" TJ, qui 
avait négocié avec les croisés au sujet des Juifs (cf. 23, 11 et s., et 43, 
4 et s.); 43, 7, au lieu de Nbi, il semble qu'il faut Tïîi; 43, 4 du bas, au 
lieu de inosn, !• noans. — 44, 4, au lieu de 'ii'2y\ nnî'^^, 1. -inr:^ 
inn:? (comme dans S. et B., et le récit parallèle 23, 3 du bas). — 45, 8, 
au lieu de ûr.X, 1- ûniiN, comme dans 0.; 45, 14, au lieu de Dicr, 1. 
c-iDD; au 1. de ûwn, il faut peut-être 1''T^ ûirm (I^- V"* an-n) ou arni 
I^T^; 45, 16, au 1. de I^SwX, 1. V^î*^"^; 45, 7 du bas, au lieu de rT^-i?0, 1. 
n-ir>r. — 46, 1, au 1. de r;72ip72, i. 2-:ip'?a , 46, 2, au 1. de V-, il faut peut- 
être n. 

47, 7 du bas, au I. de ^'1^o, h "i-no\ — 48, 5, au 1. de !i2r-'i, 
1. r,:z^-\ (comme 47, 5); 48, 5 du bas, au lieu de "pn"', 1- ini"». — 49, 3, 
au lieu de i.x-^n, 1. ^wS^^^ ; 49, 6, au lieu de np-^i, 1- "inp-'i; 49, 8, au 
lieu de nm^7:i'a, il faut probablement ij-^pr:rib; 49, 11, au lieu de 
-imoTjH, 1. ~72iD7:r;; 49, 13, au lieu de nVriD, 1. ûbiD; 49, 45, au 
lieu de "'Di73"'j3, 1. idi73'^D2; 49, 18, au lieu du second idOîjji, lire 
nb07:;i ; 49, derii. 1., au lieu de mT'Ur:, 1. m-^Tiin. — 50, 13, 
au lieu de 3::;o, 1. nic:'^; 50, 17, au lieu de iDnn, i. irnn (faute 
d'impression) ; 50, 22, au lieu de irmpb, 1. n-,pb (comme 11, 14 du 
bas, cl 5(i, 3 du bas), et, au lieu de 3?nDi, 1. 3rn3 ; 50, 2i, au lieu 
de VT^T i. Y~\^'i- —51, 1, il faut insérer fin dans le texte, au lieu de 
nriN ; 51, 9, au lieu de 'C^, qui est impossible ici, 1. ût:î ; 51, 11, au 
lieu de D"ci, 1. ^3-::n; 51, 9 du bas, au lieu de D-^iirpn. i- û-'r::pi; 51, 
2 et 1 du bas, au lieu de D"i3-'-i nn;^ 3^3D 'r^'-i, qui ne donne pas 
le sens véritable, il faut probablement mDm t]-':-n^i'r; n:i;D (comme 
dans le passage parallèle 4, 8 du bas). — 53, 10, au lieu de prn-:::ç:3, 
1. pbnor:;^; 53, 10 du bas, au lieu de n:onb73 dans le ms., 1. n^:<-':iz 
(et non, comme M. Stern corrige, mr-bw). — 54, 12, au lieu de nr7:T 
DDins^ n-^'oz, 1. n7:-73 n•'OZ'^D^:^ (comme 55, 14); 54, 15, au lieu de 
npnT73, 1. mpmT. — 55, 19, au lieu de Q^:r:73, 1. û^:?::»:?: ; 55, 22, après 
■«nbrn, il n'y a pas de pause, mais elle est après cbn^ (cf. 10, 9 et s.); 



188 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

S"), 5 du bas, au lieu de "irr"'"?. I. c::"^*:', comme 10, 17. — '66, '6, au 
lieu de rî'T'i:^ (ms. iT^icr). I. -^-iViiD. — 57, 7, le texte du ms. de 
Darmstadt s'arrête au milieu de la phrase, au mot T^T^sm ; suit la 
remarque du copiste que M. Stern {ibid., note e] a si mal comprise : 
:t:2 ""i*!" "^rN "jîon ^ms. -,:nj "".en, « ici il manque je ne sais com- 
bien ». Les lignes serpentées qui, dans le ms., surmontent ces mots 
elles suivants — ce signe est employé fréquemment dans les mss. 
hébreux du moyen âge et est bien connu — auraient dû appeler 
l'attention de l'éditeur et lui faire comprendre que c'est le copiste, 
et non l'auteur, qui parle. Cela eût évité à M. Stern une grosse er- 
reur, qui a déterminé chez M. Baer une faute de traduction et poussé 
M. Bresslau à émettre des hypothèses fausses. — 58. 4, au lieu de 
n-mrb, 1. r;-irirb. — .59, 4 et 12, au lieu de n^Nrr, i. b::wNr: «l'abbé » 
(cf. Revue, III, 13, et IX, 4(i\ On se demande comment l'éditeur et 
le traducteur (p. 188, note 14, il y a tcir « nous ») ont pu songer a 
expliquer ce nom par » Haber ». — fiO, 15, au lieu de npi'ri, I, liiy' ; 
60, 18, au lieu de ■n7:yT, il vaut mieux lire niîcyi, comme dans O. — 
(31. 2 du bas, au lieu de Dv^, 1. ûrb. — 62, 6, le mot Nbnais de notre 
texte parait être le mot exact, taudis que le mot N'iVr;::'!:; proposé 
par M. Stern et adopté par le traducteur (p. 192', et qui est aussi 
indiqué dans l'index des noms comme la véritable leçon, parait faux, 
car une source indépendante de la relation d'Ephraïm de Bonn, que 
l'éditeur a négligée, porte Nb"«"'rmi5. Dans la liste des noms des mar- 
tyrs de Worms publiée par M. Jellinek, xrm b-pn Nr-'r:-m cn:::ip, 
Vienne, 1880, p. 5. il y a une pièce portant celte inscription : nbNT 
•i":rn rvcn 'jT'D n"-,3 NT-^ir-pii •'•::-\-ç ^^^^'C, et mentionnant parmi 
les martyrs rr3:::r; Nb-^T;::!:; n~7:. Or, contrairement à l'indication de 
l'épigraphe, ce document ne donne pas les noms des martyrs de 1096, 
mais de ceux de 1146. comme le prouve la comparaison de ces noms 
uvec ceux qu'on trouve chez Ephraïm de Bonn. — 62, 9, au lieu de 
m.s". 1. "n^T ou ""N"i. — 63. 1, au lieu de "^^n. !. nzsN; après ~:iiD, 
il faut un point; au contraire, le point après r;:^::?:^ doit être effacé; 
63, 2, au lieu de Spbn, 1. npbn; 63, 3, au lieu de r::.n:2r;b, 1. r;5- aT»b, 
et au lieu de DpTnb.l. npTnb ; 63, 12. au lieudem^im.l.n^irî" ^comme 
dans Jér., v, 13); G3, 13, au lieu de crr^rnb. 1. 2"''?-', "^b, et au lieu de 
rr:\---,:i?:. l. z- rrrr^-z : 63, i7, au lieu de bb-n. 1. bbn; 63, 18, au lieu 
de n-ii:, 1. --j: ^comme dans Jér., iv. 31); 63, 19, au lieu de ynn^i. 
1. Vinri; 63, 21, devant ^b "^rT, il manque le mot bx. — 64, 3, au 
lieu de "i^rrb. il faut probablement "121D ; au lieu de p-mnTjr;, il faut 
probablement lire nTin/ûr: ; 64, 4, au lieu de !^:"i, 1. "^"i, comme 
dansO.; 64, 16, au lieu de ^"cci, qui n'a pas de sens, il faut peut- 
être lire 03 rmci (cf. l'expression talmudique ^2 ■':n r:::w-:l ou 
Sr'w?:-'-!. — 63, 10 du bas, au lieu de Dit")'', qui ne donne pas de sens, 
1. 3Cin"', comme dans S. — 66, 7, au lieu de irbm. I. i:b nn (corrigé 
dans l'errata en isbiD, ce qui est faux). — 67, 8, le mot ■'bai^a des 
manuscrits, qui est exact, a été corrigé à tort par M. Stern en "'bsnn, 
car il s'agit ici de chaînes pbnr), et non de cordes Cbin) de fer; 



LES RELATIONS HKBH AILLES DES PËHSECUTlU.NS DES JUIFS Ib'J 
67, H, le mot nriD, que M. Stern a laissé tel quel dans le texte et que 
M. Baer (200, 2 du b.) a traduit par « halle er die Sache beilegea wol- 
len » et qui ne peut signifier autre chose sinon « er zerschnitt», est 
tout à fait impossible; il faut sans doute lire, comme dans S. et B., 
nnD, d'après le passage parallèle 33, 18; 67, 3 du bas, au lieu de 
TT^TO"», !. "i"'?:"' ; 67, avant-dernière ligne, au lieu de 'ONT, 1. ciNi. — 
69, o du bas, au lieu de "inDi?:"»:), il faut sans doute "ins iJzb. — 70, 
avant-dernière ligne, au lieu de n73p3, I. r;::pD. — 71, M du l)as, au 
lieu de -nTND, 1. "i"::n3, comme dansO. et B. ; 71, 8 du bas, au lieu de 
laniDi, 1. insc-^, comme dans 0.; 71, dernière ligne, au lieu de 
i::w-iro'i, l- r;i:-irji. 

76, 5 du bas, au lieu de "'ibr ûO nnbbp, lisez ■'ibn 'D'ût, nbb"^ 
(cf. Deut., XXI, 23). — 77, 10, au lieu de ûDT'aT, lisez ûD"i">m ; 77, I8, 
au lieu de by, L bj<; 77, 4 du bas, devant ion, il manque le mot 
V^. — 78, u du bas, au lieu de mbob, L mb'^îT. 

En outre, il y a encore deux corrections, indiquées par M. Stern 
dans la liste des errata, p. 223, qui sont inexactes; il faut laisser tel 
quel le texte du ms. : i^' U, 24, ûmi< innpDi ne peut être corrigé en 
ûmN i"i3pi, la forme nif'al employée de cette façon particulière 
faisant partie des particularités grammaticales du texte que l'édi- 
teur (Introduction, p. xi) a déclaré ne pas vouloir corriger (cf., par 
exemple, 18, 20 et 30 ûmN mnpai, 23, l, nbis n,N iL:n"::ro); 2° le mot 
ûnn::3, 46, 2, que M. Stern change en ani:3, p. 223, est exact et a ici 
la même signification que Qin::3i de 6, 4 du bas. 

La traduction allemande, due à M. Baer, laisse moins à désirer. 
Elle est le plus souvent exacte, mais on trouve encore trop d'erreurs 
et d'inexactitudes '. Ainsi, M. Baer traduit û">innr; par die Irrendeii 
« ceux qui errent », et a"'ji"i"'?r; par die Stœdler « les citadins ». Celle 
traduction n'établit pas une distinction assez nette entre les û"':^*in et 
les Û"'3TT':?, parfois même on est tenté de croire que, pour le traduc- 
teur, les deux mots désignent une même catégorie de personnes 
(par ex., 90,5 du b.,et texte, 4, 12 du b., ynxrr'rrT a''2T-i"'i'm avinn). 
Kn efîèl, il semble donner au mot û'':^"in sa signification morale « ceux 
qui errent, qui commettent des erreurs », c'est-à-dire les hérétiques. 
Eu réalité, û"'::''in désigne « les croisés » et D"'DTT':? « les bourgeois », 
Bïirger, et non pas «citadins ». Le mot ~iO est également mal traduit 
en plusieurs endroits. Au lieu de parler d' « emplo3'és [Benmten) et 
domestiques de l'évêque », le traducteur parle (86. 20) de « princes 
{Fursten) et domestiques de l'évoque » (3, 3, VTayi t"-)",::;. Il en est de 
même p. 86, 17, et 176, dernière ligne, où il parle des « princes», 
des « nobles princes », 86, 2 du bas, et 177, 12, du « parent princier ». 
l'ârstlichen Verioa?idten, de l'évêque, 175, 15 du bas. Or, il s'agit, non 
pas de noblesse princière, mais d'employés de l'évêque. 

' Bien que nous écrivions ici pour des lecteurs français, nous croyons devoir cor- 
rifrer par les expressions allemandes convenables la traduction allemande de M. Baer. 
lia français, ces corrections perdraient une partie de leur valeur. 



190 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

M. Baer lit les lettres '-,'= placées devant les noms propres « bar » 
et dit, p. 91, note <J3, que c'est le mot 13 « fils» (Prov., xxxi, 2i. Or, 
tous les manuscrits ont 'n'^ avec les signes d'abréviation : cela prouve 
clairement quil ne faut pas lire -,5 mais ^2T p. Du reste, par piété 
filiale, un fils n'aurait jamais consenti à prendre le titre de P.abbi sans 
le donner au père. Quant à la manière dont les noms hébreux sont 
transcrits dans la traduction allemande, elle est très défectueuse, 
mais comme il n'existe pas de règles pour celte transcription, on 
comprend qu'elle présente des inconséquences, même dans un ou- 
vrage scientifique. 

Le nombre des passages mal traduits ou du moins inexactement 
rendus est considérable. Ainsi 88, 8, ce n'est pas a ueber diesalles », 
mais « fur ailes dièses » (texte pnt b^ b:?i ; cf. 3, 1 1 et 87. 2, nï br « da- 
fiir »)_ _ 89, 1 9 a été mentionné plus haut, à propos de "'^t ■^-,73 (4, 81. — 
89, 2\, il faut, non pas ereifert », mais « vollauf beschaftigt w (texte 
Cinn::). — 93, 9, ce n'est pas : e Auch ich wiil bei ihm hier bleiben », 
mais « auch ich will mein Volk zuriick halten » (texte "'7:^ nr^'r). — 
94, H, r!72~?7j ■'n'^wT:, d'après Is.. xxviii, 6, qui est expliqué dans 
Meguilla, \ob, par --nn V:; r;::nV7:a imn N-:;nrj T>-, doit être 
traduit par « die in religiosen Streitfragen Bescheid ^"ussten ». — 
102, 21, il ne faut pas « Damais fingen die Irrenden an den Namen 
ihres Erlosers zu entweihen », mais a Dann fingen die Kreuzfahrer 
an den ^'amen des Gekreuzigten zu preisen, denn sie hatten .. ihren 
Muth^^-illen getrieben... und sie erhoben ihre Fahnen (texte 10. 9 TS 
rbn? ib-'nrr;; cf. 33, 10 du bas; Vrnb est ici à la place de br-?\ — 
i03, 4 du bas, ce uest pas « So werde (sprach er) dièses Blut zur 
Yersohnung mir» qu'il faut traduire, mais ce sont des paroles de 
l'auteur a môge mir dièses Blut zur Silhne fiir aile meine Yergehun- 
gen gereichen » (teste 12. 6 du bas). — 108, 14, il ne faut pas « man 
stiess », mais «sie stemmten ihre Fusse gegen die Schwelle ^ (texte 
r::~ppmi. — 113, 13, il ne faut pas « dass falsch der Glaube ist, den 
sie sich gebildet », mais «sie erkennen nicht den der sie erschalTen 
hato (texte, 17, 13, v. plus haut). — 118, 7, la traduction de -.wND 
■iT:> INI a als sie ihn ohnmachtig liegen sahen » n'est certainement 
pas exacte (texte, 18, 13 du bas, voir plus haut); 118, 5 du bas, le mot 
n'-b"^ ne signifie pas « Kinder», mais « Jungfrauen ». — 120, 4 du 
bas, il faut, non pas : « die Wasserteiche, in die sie gelaufen \varen », 
mais « die W. aus denen sie entkommeu ^\"arenI) (texte CTû ""riiîîr; 
2^:2 "Nii"' w;. — 1 22, 2, ce n'est pas o aus dem Stamme Dan » qu'il faut 
traduire, car des traces de la tribu de Dan n'existent guère en Alle- 
magne, mais il faut dire sans doute a aus dem Stamme derer die das 
Richteramt liben » ; peut-être y a-l-il aussi dans les mots ancw 
•"Z'r, une allusion à IGhron., xii, 33, nrnrr^ "^rir ■■■;"" "jn, a quoi 
on pourrait rattacher également ï^'ûnba ■^a-'C» d'Is., xxvm, 6, dans 
le sens talmudique cité plus haut, et rirnb» "'D-n:?, 43, 7 du bas. — 
132, 4 et s., ce n'est pas a Sie beschenkten », mais « Wir beschenk- 
ten » (texte ^^r","!, comme 3, i du bas); il ne faut pas traduire : « un- 



LliS, RELATIONS HÉBRAÏQUES DES PERSÉCUTIONS DES JUIFS 101 

sere bosen Nachbareu unler den Sliidtera », mais : « unsere buseu 
Nachbareii, die Bïirger »; il ne faut pas dire vt dass man ihr Vermogen 
weggenommen batte t), mais « da nahmeD sic (die Juden) ibr Geld » 
(texte nnO"i n^M^u inpbi). — 'I33, 2, il ne faut pas : « entsclilos- 
sen sie sicb », mais « verspracben sie » (texte iiTZH cf. "it^Nt, 
31, '10, et 'i-\)2iii, 26, dernière ligne). — 134, 8 du bas, au lieu de 
« dann trat der Oberste des Biscbofs und der Beamten », il faut : 
« dann trat der Oberste der Garde des Biscbofs und die Beamlen » 
(texte û-i-ioni ]^'DÀr^, bo Nni:^î -lO). — 138, 13, il ne faut pas : « der 
Freund Israels », mais «-. das Lichl Israël» » (texte b^-i'^T"^ -niî''^). — 
'lo9, 5, non pas « durch die Grenze», mais « durcb sein ganzes Ge- 
biet » (texte ibin:^ b^n). — 141, 6 du bas, ce n'est pas : <r und jeden 
Tag kamen Zûgler », mais « und jeden Tag kommen Ziïgler », cf. 
23, 7. Le passage suivant est emprunté presque mot à mot à Jér., 
XII, 3, et, par conséquent, doit être traduit : « Du aber, Ewiger, 
ûberlieferesiedemTode » (texte ûwi"'~pr;i r:"i"'3?2!jj. — 142, 11, il ne faut 
pas traduire : « die ganzeNachbarscbaft der Juden », mais « das ganze 
Judenviertel ». Il en est de même p. 143, 1. 14 et 13. M. Baer n'a pas 
compris le mot t^JiD'::, qui se trouve fréquemment dans le Talmud. — 
144, 6, ce n'est pas « sJnd wir nicbl zu diesem Tage erkoren », mais « ist 
das nicbt der Tag an dem wir (von Gott) erkoren werden ? » (texte Nbn 
ij"-in33 d-T" i-îT, cf. 2, 1 : vsDb nnas -m- riTi). — 147, 14, il ne faut pas 
a bier sind », mais « und einen Scbuldenerlass von. . . » (texte n'ni, 
1. nnsm, 33, 21, V. plus baut). — 150, 17, ce n'est pas >< ob sie aucli 
iliren Feinden also tbun dûrfen », mais « ob unsere Ilasser aiso 
ihun dûrften (texte ^;NV«7p p rcy^ ÛN); 150. 7, il ne faut pas < deu 
Knaben » (au sing.), mais le pluriel « die Knaben ». — 152, .", doit être 
rattacbé à ce qui précède et traduit ainsi : « Liebe zur Tugend und 
Hass gegen den Frevel, Wohlgefallen an der Wabrbeit und Verwer- 
l'en dtr Liige, Rediicbkeit der Zunge, Festbaiten an Einsicbt und 
Sicbfernbalten vomZorne». — 135, 3, au lieu de: « liess die Glaubens- 
Ireue sicb biudou », il faut : « beobacbtete sie ibr Gottesgebot » 
(texte mans niT^p^n, 1. n-i:ji2 rrT^pDn), — 153, 7, au lieu de « ge- 
fàdige», il faut traduire : « (vor Gott) woblgefàllige ». — 155, 12, au 
lieu de a als bewahrte Krone », il faut « eiugebunden und eiuge- 
scblossen ist sie (in den Bund) mit dem Kouige in seiuem Ileim » 
(texte "nn:! ^bî^n D3> mini: mirs'). —159, 2, au lieu de « Seide », il 
faut traduire : « Purpur » (texte *30i) ; 139, 10 du bas, au lieu do 
Πsie konnen nicbt vertauscbt, nicht verwechselt werden.), il faut 
traduire « au ibrer Statt giebt es keinen Ersatz» (texte 1"^N nnmTjn 
';"'D"'bn). — 165, dernière ligne, au lieu de « aucb in der dorligeu Ge- 
gend gelegen », il faut traduire : « dort wo sie (die Stadt Altenabr) 
eben liegt » (texte D'J Nin nOwSn). On veut dire que, tandis que le 
rillage d'Altenabr doit être désigné d'une manière précise par cette 
indication « bel Jûlich », la situation de la mile d'Altenabr peut être 
présumée connue. — 166, 10 du bas, au lieu de « ich wauke und 
scbwanke», il faut traduire : <■; icb klage » (texte nlijn.s). — 167, 5, texte 



lVt2 REVUE DES ÉTL'DES JL'IVES 

45, 7 du bas, il l'aul « die geriistet wareu zum ofrenllichen Geisles- 
kampfe mit lioher Kraft, Thùrme der Eiusicht», — 170, 12 du bas. au 
lieu de « uad die beschwerliehe Reise mitmacht », il faut « und den 
Wegbahnt» (texte "^m m:i'5, 1. "^m mr^r". — 473, 18, au lieu de «des 
gelehrten R. », il faut e des Mar » (texte "n73, 50, 19, 1. n», comme il 
est établi par Jclliuek, N7""'7:"T^nT D";:3:ip, 4, 7). — 175, 23, au lieu de 
«Dort predigten sie », il faut: ffDaun fingen sie aa zu predigeu » 
(texte rrnpb "ib-^rirn tn). — 183, 10 du bas, au lieu de << So begaonen 
damais die Irrendeu ihre Greuelihaten imlS'amen des Gekreuzigten », 
il faut traduire : « Danu fingen die Kreuzfabrer an den Namen des 
Gekreuzigten zu preisen (texte bbnb, dans le sens de bbr;b) uad erho- 
ben ihre Fahne... » cf. 10, 9 et s., et 102, 21 et s.). — 186, 5, au lieu 
de « das ist mir nicht naher bekaunl geworden », il faut : « hier fehlt 
Ich weiss nicht wie viel», c'est une remarque du copiste concernant 
la défectuosité de son texte» (texte 37, 7, v. plus haut). — 187, 8, au 
lieu de « er muge einherziehen », il faut traduire : « zur Betrtibniss » 
(texte nnmrb, 1. n-irii'b; cf. Vn-;,::'' n^:?, I Rois, xviii, 17). — 190,2, 
au lieu de « Dranger und Irrende », il faut « feiudliche Kreuzfabrer » 
(texte 'D''yrji C'^T'i:»). — 192, 13, au lieu de 906, 1. 907, et au lieu de 
1146,1. 1147 (texte ""pnn nr^3, il est certain que cette leçon est la 
bonne, le mot rimant avec "pim]. Ibidem, au lieu de « ward mein 
Blut geschwacht und vergossen », il faut traduire : «ward... ver- 
gossen und abgezapft » texte Tpim p7:i- -^^ot). — 193, 14, au lieu de 
'( Man knifî sie an den Hànden », il faut « man schlug sie mit den 
Handen ». — 194, 4, au lieu de « Kein Rednerist nicht mehr in ihr a, 
il faut « und sprachlos (vor Schrecken) sind sie». — 19i, 7 du bas, 
au lieu de « dir gab ich mein Blut bei meiner Beschneidung schon », 
il faut traduire : « Bleibe nicht ruhig bei meiner Niedermetzelung » 
(texte ■'b-'7:r:2 ^h ■'Tct ibs]) ; cf. Is., lxii, 7, et Ps., cxviir, 10: 
ûb-^rtî'. — 193, 17 et s., la traduction de 64, 4 et s. est incomplète. 
nsi^D r;j:n (cf. "^3^3 yn, Abot, v, 20) n'a pas été traduit; un est un 
vocatif et non un génitif, puisque le mot est précédé de "ido!^; eufîu 
..."isrb imrb *in:r rp ne peut signifier : ■< der Herr batte ihn fiir 
seine Gemeiude als Siihne bestimmt », mais cela signifie : c ô Herr. . , 
mtigest du ihn als Siihne fïir seine Gemeinde hingegeben habeo >-; 
c'est là une pensée qui revient souvent, par exemple 17, 17 ; 43, 12 du 
bas. — 197, 5, au lieu de c. sie starben vor Ermattung bel der Fabrt 
ïiber das Meer », il faut traduire : « sie wurden schlaflT und standen 
davon ab ûber das Meer zu fahren » (texte ma;*?: n:?5DT ^y:.TZ, cf. 
I Sam., XXX, 10, n^r'/j mis . — 197, 4 du ba.s, au lieu de « von der 
Mahlzeit», il faut traduire : « nachder Mahlzeitw (texte ""iron nnN). 
— 497, 3 du bas et s., au lieu de c er wird das Blut zeichnen », il faut 
traduire « Es wird das Blut aufwallen » (texte OlDl"', 1- ODin"'). — 
200, 2 du bas, au lieu de « batte er die Sache mit Geld beilegeu ^\ ol- 
len », il faut traduire : a. fing der Herrscber von Geld zu sprechen an » 
(texte ^rcn:: "jiiibw- nn-:). — 201, 3 du bas, au lieu de « blos ihre 
Seelen \saren enttlohen », il faut « blos ihre Seelen waren in Feuer 



LES RELATIONS HÉBRAÏQUES DES PERSÉCUTIONS DES JUIFS 193 

entllohen » (texte t;n?;]">r5 nDTO p-| nsT03 Nbi , cf. 33, 12 du bas, 
où il est dit û^^p C1i;t htjcd pd^O, à rapprocher de Sanhédrin, 52 a! 
et du Midrasch sur Lév., x, 2-3, où il est aussi question des «âmes 
qui sont cousumées et des corps qui restent iniacis »;. — 203, \, au 
lieu de « So der Inlialt », il faut c. So der Wortlaut » (texte licbrr riT). 
— 206, o du bas, au lieu de « Zollbeamten », il vaut mieux traduire : 
« Steuerbeamlen » (texte û-^ODTO).— 207, \ ïj, au lieu de « ehe man uoch 
sie wieder eingesehlossen halte », il faut traduire : « ehe sie sich zur 
Ruhe begeben hatlen » (texte Tn::o'' Dtj); 207, 7 du bas, au lieu de 
« uud er antwortete », il faut : « und er zeigte sich gnu'lig » (texte 
nxnnzi). — 211, 15, au lieu de c gegen die wiiden VOiker », il faut 
« gegen die Mohamedaner » (texte : D-'N-iD employé comme paraphrase 
de û^bLSy7r:;^ d'après Oen.. xvr, 12) — 214, 1 i du bas, au lieu de « an 
einem ihrer Festtage:», il faut «an S'-Aegidien » (texte i<b-':;a, Saint- 
Gilles, le 1"' septembre). — 21-), 6, au lieu de « und Ekron », il faut 
« und sie zerstùrt » (lire dans le texte DTip:>T, et non "jTipri); 215, 12, 
au lieu de « das so genannle Grab des Gekreuzigten », il faut tra- 
duire « das Grab des Gekreuzigten» (texte 76, 5 du bas; v. plus 
haut;. — 216, 4, au lieu de « bestimmten », il faut traduire « sprachen 
unler Thriinen und er (der vorhergenanute Vorbeter) gab ihnen den 
Segen dazu » (texte ûDT^m -^^Dn, 1. DDl^ai "'333). A ceux qui s'olfraient 
pour jeûner le lundi et le jeudi, rofficiant, conformément à une 
pieuse coutume, adressait une bénédiction pendant l'olfice 

Outre ces inexactitudes, il faut encore relever ce fait que le même 
mot est parfois traduit de façons différentes. Ainsi, le mot no est 
traduit p. 84. 12, par « Lager », et 113, 3 du bas, par <( Partei »; ""Nd^ 
13.5, 5, et 137, 9, « Gemeinderechner », et 104, 3 et 16, et 184, der- 
nière ligne, « Gelderheber » ; û"'ynn est traduit deux fois exactement 
par « Kreuzfahrer », 91, 2 et 4, mais partout ailleurs par « Irrende » ; 
ibirijT, 31, 13 « beschlitzt», et ibid., 14 o gerettet » -, "^"iD, qui signifie 
toujours «Sladt» (ainsi Mors est appelée p. 43 tantôt "^id, tantôt 
"vy, et Niirb-^N "j-iD, la ville d'Altenahr, est ainsi appelée pour la 
distinguer, p. 45, de N-i'^rb\s 103, le village d'Altenahr) est traduit 
118.7 du bas, 121, 6, 130,8 du bas, 138, 14, 160, 2 du bas, par « Dorf », 
tandis que, 121, 11 ; 130, 6 du bas; 142, 2 du bas; 165, 7 du bas et 
ailleurs, M. Baer le traduit par « Stadt»; T^no. 86, 20, « Fiirsten », 
86, 2 du bas, « seine Grossen », 87, 1, «r seine Hoheû »; 134, 11, il y a 
la traduction exacte « seine Beamten ». 

Pour la traduction, la Commission historique avait résolu (Intro- 
duction, p. xxvii et s.) que le traducteur ne rendrait pas littérale- 
ment le sens des expressions et tournures de phrase employées dans 
les relations hébraïques pour désigner les objets et les pratiques du 
culte chrétien. Il est évident qu'il était impossible de transcrire lit- 
téralement ces paraphrases renfermant souvent une raillerie. Ces 
expressions étaient, en eflét, employées par pure habitude par les 
Juifs d'alors, sans qu'ils songeassent au sens réel du mol et à l'in- 
sulte qu'il renfermait originellement. Il serait donc injuste d'accu- 
T. XXVI, N° 52. 13 



10 i REVUE DES ÉTUUES JUIVES 

ser les écrivains qui se servaient de ces expressions davoir voulu 
proférer inleulionuellement des injures Contre les chrétiens. Celte 
circoLSlance a été reconnue par la Commission historique, qui ren- 
voie ù ce sujet au travail d'ensemble de Zunz [Synag. Poésie, 448 et 
suiv.'. Elle a encore fait valoir un autre motif pour sa résolution, 
elle a pensé qu'une transcription littérale de ces termes injurieux 
choquerait les lecteurs modernes. Elle a donc décidé qu'au lieu des 
expressions usitées, on emploierait les mots véritables, tels que 
a Kirche », « taufen », eu marquant ces passages d'un astérisque et en 
donnant une fois pour toutes en note la traduction littérale. Mais, d'a- 
près nous, c'est trop ou trop peu. C'est trop, en ce sens que si la Com- 
mission historique craignait de choquer les lecteurs modernes par 
ces expressions injurieuses, elle n'aurait pas dû signaler ces pas- 
sages à l'alleulion par des astérisques et des notes. D'autre part, pour 
éviter une interprétation fâcheuse de ces passages, il eût été oppor- 
tun de déclarer expressément dans l'Introduction qu'on s'est abstenu 
généralement de les traduire littéralement, et d'ajouter que ces pas- 
sages, même dans leur sens littéral, ne peuvent pas passer comme 
des témoignages de l'intolérance juive vis-à-vis des chrétiens : c'é- 
taient des cris de colère arrachés par la douleur aux Juifs maltraités 
et martyrisés de la façon la plus cruelle par les chrétiens au nom du 
christianisme lui-même. Qu'on lise les relations des croisades, où l'on 
voit couler à flots le sang des Juifs massacrés innocemment, et on 
reconnaîtra que ce n'était pas la faute des Juifs, si des sentiments 
d'hostilité, de vengeance et de mépris sont nés dans leur cœur contre 
l'Église chrétienne et tout ce qui dépendait d'elle et si ces sentiments 
se sont fait jour par des termes injurieux dans les écrits juifs du 
temps. Mais, quoique tout esprit impartial comprenne et pardonne 
ces imprécations des victimes contre leurs bourreaux, nous esti- 
mons que la Commission historique eût été mieux inspirée en lais- 
sant de côté les astérisques et la traduction littérale de ces termes 
injurieux, La science exige naturellement qu'on laisse dans le texte 
hébreu tous les mots injurieux, sans y rien changer, ^'ous aurions 
aussi compris que dans un commentaire philologique et exégétique 
sur le texte hébreu, on eût traduit littéralement tous ces passages. 
Mais pour la science historique, que la Commission avait surtout 
en vue, il suffit d'une traduction ne s'attachaut pas servilement 
à la lettre, mais rendant le plus fidèlement possible le sens, ^■ous 
devons ajouter que M. Baer a parfois placé des astérisques là 
où il s'est écarté, dans sa traduction, du texte, parce qu'il croyait à 
tort que ce texte renfermait quelque terme injurieux. Ainsi, 89, 4 
du bas, il traduit n:\-nrn '^-,^3 ^texte 4, 12) par « Weg zu Christus » 
et surmonte ces mots d'un astérisque, tandis qu'il siguitiait c Weg 
unserer Irrfahrt », c'est-à-dire la croisade (il a traduit pourtant avec 
exactitude m^-nn nobb, 82, 12, et mm ^mn nobb, 131, 7 du bas); 
de même, il traduit (90, 7 du bas) mi'nb Y^-ib, « zum Erloser wal- 
fahreu », avec un astérisque, quoique, dans les deux cas, le mot r;~n 



LES RliLATlUNS HÉBRAÏQUES DES PERSÉCUTIONS DES JUIFS l'Jo 

soit employé dans le sens de « faire la croisade », sans aucuu 
sens injurieux. Du reste, cette racine T'rJB a embarrassé M. Baer. 
Comme nous l'avons déjà fait remarquer plus haut, il voit deux fois 
dans le mot Li^y^^\ une expression injurieuse, « ceux qui sont 
dans l'erreur » au sujet de leurs croyances, pour désigner les 
croisés, et alors il y ajoute un astérisque, mais partout ailleurs 
il omet l'astérisque. — Les notes accompagnant la traduction 
témoignent de la compétence, du zèle et de la conscience du 
traducteur, mais ici aussi, il y a bien des choses à rectifier et à 
suppléer. La note 77 de la p. 89 (v. plus haut) et la note 91 de 
la p. 91 sont inexactes. "Cip ""C^N n'est pas seulement usité pour 
])arler des martyrs (cf., par exemple, 28, 9 du bas), mais, d'après 
Exode, xxii, 30, c'est un terme désignant les Israélites en géné- 
ral. — 142, note 293, le chiffre 836, abréviation du millésime 48.j6, 
est exactement la valeur numérique des lettres ponctuées dans 
les mots cités dans le texte d'après Lament., ir, 20 : j-,r;^ 2N 
iS"'2:T "iriD ■i"-' "j-ipfbà- — 144, note 288, au licu deRamru, l.Rameru. 

— 448, note 318, in73"r;"c: ne peut être rapporté qu'à ceux qui s'échap- 
pèrent du feu. — 163, note 30, au lieu de n''"iwr!, le texte hébreu doit 
porter "l'û, et le "lO retournant à la ville est le même que celui qui est 
allé au devant des croisés hors de la ville, à 163, 6. — 197, la note 48 
est fausse. Il est fait allusion ici, non à la fable du renard dont parle 
Roschi, et qui ne serait pas de mise ici, mais à celle qui se trouve 
dans Midrasch raiba sur Esther 3, 1. La fable est dirigée ici natu- 
rellement aussi bien contre les chrétiens que contre les mahométans. 

— 116, note 19o, il fallait renvoyer à Midrasch rabba, ch. lxx, sur 
Genèse, xxix, 24. — 116, 5, du bas, il y aurait eu lieu de renvoyer au 
Memorbuch de Mayence [Revue, VII, p. 9), d'après lequel le martyre 
des Juifs de Cologne n"jnn nnsii'n n"in-:72 aurait eu lieu le lende- 
main de la fête de la Pentecôte. — 168. 7, il manque l'indication de 
la source, qui est le Yalkout, ch. xx, et X^v p "ISD dans le Belhha- 
iVidrasck de Jellinek, t. II, n° 6. — 211, 19 (v. plus haut). Pour 
quelques noms de martyrs (p. 23, 31, 44, 48, .jO, 61, 62), il aurait fallu 
aussi tenir compte de la Hazkara de Worms publiée par M. Jellinek. 

L'identification des noms de lieu n'a pu se faire avec une certitude 
ol)solue pour tous les noms. Ainsi, par exemple, an, p. 63, est iden- 
tifié avec Ilam, dans le déparlement de la Somme, ce qui est contesté 
par M. Neubauer {Revue, III, 14, note 3). — pn?, p. 63. devient 
douteux par suite de l'existence de trois endroits portant le nom de 
Careulau ou Charenton. — rJT, p. 25, qui est remplacé à p. 28 par 
nV:j, est énigmalique ; la relation parallèle d'Eliézer b. Nathan, 
p. 46, 6, au lieu des mots û-'-^nsm b":;i3i N:i-iDm de I, a simplement 
Nr-N-iSai. Comme la relation I, p. 28, après une courte notice sur les 
événements de Ralisboune, en a une bur n""0 et ne parle pas du tout 
de Prague, il y a lieu de supposer que la persécution juive à Prague 
se rattachait étroitement à celle de b\rT ou ï<r«r, et que, par suite, 
Prague et bon étaient des villes voisines. Cette hypothèse estconfir- 



196 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mée par le récit de 28, 7 du bas, dont il résulte que les Juifs habitant 
l'Autriche p'iinri y~\^, cf. 30, lu) étaient considérés comme les coreli- 
gionnaires les plus proches des Juifs de Nbu:. L'Autriche et la Bohème 
avaient été réunies peu de temps auparavant (1081-1083) sous la 
domination du duc AVratislaw II de Bohême; c'est pourquoi, il est 
absolument logique que les croisés, d'après la relation I, citent aux 
Juifs bohémiens de Nbc l'exemple de leurs frères autrichiens qui 
ont subi le martyre. L'indication de la page 29, 3, disant qu'en face 
de la ville de Nbw il y avait, de l'autre côté du fleuve, une autre 
ville, permet de supposer que cette autre ville était Prague. Le mot 
û"»"'r;am qui vient après le mot b'Ci^ ne serait donc pas, comme 
M. Baer l'indique (p. 131),, Pappenheim, mais signifierait (1. D"'"^~23) 
« en Bohème ». On ne comprendrait pas non plus que l'auteur de la 
relation I, qui rapporte les faits dans leur ordre, fasse suivre les 
noms de Trêves, Metz, Ratisbonue, Prague et bCT du nom de Pappen- 
heim, et qu'après avoir parlé en détail de Trêves, Metz, Ralisbonne 
et Nr'C, il ne dise pas un mot de Pappenheim, quoique, en sa qualité 
de Maj^ençais, il ait dû entendre plutôt des récits concernant cette 
ville que touchant des communautés juives de la Bohème ou de 
l'Autriche. La seconde relation ne sait rien non plus d'une persé- 
cution qui aurait eu lieu à Pappenheim en 1096, pas plus que le 
Memorbuch de Mayence. 

Aronius {liegesten, n'^ 200) croit qu'on pourrait identifier cette 
ville au nom énigmatique avec Prague, si Prague n'était citée à côté 
d'elle. Peut-être s'agit-il d'une ville située en face de Prague, sur 
l'autre rive de la Moldau, par exemple, "Wissegrad. On s'expliquerait 
ainsi que la relation I concernant Prague et "Wissegrad (bciai Nr^Nnsa 
ï:""^r;3n"i, i. CTrsn "nricim iSJ^nsn) se contente d'une seule com- 
munication relative à Wissegrad et que la relation II ne mentionne 
que Prague, où les Juifs aient eu à souffrir des croisés. Le récit 
dans I, p. 28 et s., est, en tout cas, exagéré à la manière d'une 
légende et repose sur des rapports venus de loin ; le chiflre de 
1,000 cavaliers chrétiens armés et de oOO cavaliers juifs ne prouve 
qu'une chose, c'est que c'était une grande ville et une grande com- 
munauté juive. Il ressort aussi de cette phrase de la relation "'CrN 
N5C "y^vz T^riO ...C'Cn (28, 9 du bas) que celte communauté était 
très considérée. Un document de l'an 1091 (Aronius, Regesten, n^ 173) 
parle du faubourg de Prague et du village de Wissegrad, où demeu- 
raient des Juifs très riches. 

M. Bresslau (Introd,, p. xx, note 10) observe avec raison que pour 
le nom de lieu !:"'":b^72, 30, 16, il est difficile de songer, comme le 
veut M. Baer. p. 140, note 2S2, à Leiuingen; Aronius l'identifie 
avec MùUheim {lièges (en , n'^ 185) ; mais alors il faudrait lire 
D''r:jbntt[73]. — p-na:T"^}3, 30, 17, est sans doute, comme on l'observe 
p. 141, note 283, Wieselburg, en Hongrie, et, par suite, ne doit pas 
être corrigé en p~n3:T"'N, car Wieselburg (en hongrois Mosovj') s'ap- 
pelait autrefois Mosenburg, castrum Mosonium. Il faut donc rétablir 



LES RELATIONS HÉBRAÏQUES DES PERSÉCUTIONS DES JUIFS 197 

P'-i"i3:t"'W dans le texte hébreu, 30, M, et dans l'index aussi il faut, 
au lieu de p"n3jT''N. p"n33r73. Les noms de lieu Leiningen el Pap- 
penheim, quoique probablement inexacts, se trouvent dans la tra- 
duction comme dans lïndex sans point d'interrogation. b'Ci^ (Nbo) 
manque dans l'index, parce qu'on n'a même pas essayé d'identifier 
le mot. Par contre, l'index aurait dû avoir le nom de ^^cbm'O (p. 62), 
Sluhlbach (?), p. iO.i. 

Du reste, l'index n'est pas fait avec toute l'exactitude désirable. 
Les noms de Dani ("^n) et de Meir 1"'N7û 'n auraient pu être omis, le 
premier n'étant qu'un nom biblique employé dans un sens mali- 
cieux, et le dernier faisant partie d'une citation talmudique. Par 
contre, pour quelques noms de personne, il n'indique pas la page où 
ils sont cités, par exemple pour Juda bar Isaac, il manque l'indica- 
tion, p. 13; de même, pour Nathan bar Samuel, il n'indique pas la 
page 74; pour Kachel, la page l'S; pour Samuel, la page 60. Il y a 
aussi des omissions, par exemple, le nom hébreu im"^ pour Jean : 
"iZJTX à propos d'Ollo; au lieu de Isebel, il faudrait Isabelle (épouse 
du comte ïhiébaut de Blois); pour Juda b. Abraham, il aurait fallu, 
outre N1T», mentionner ^nn"i; au lieu de Ramru, 1. Rameru; enfin, 
il y a des fautes d'impression, par exemple, û'^'^Mjbn, 1. û"^rîDbT(?); 
Nb-'D''"'. 1. Nb-'n;-^-'; N;-bi:bi2, i. Nrb^biD. L'utilité de l'index aurait 
beaucoup gagné si, comme pour le mol Beiuricli, où les dilTérenls per- 
sonnages qui portent ce nom ont été distingués par des indications 
plus précises, on avait employé ce procédé régulièrement pour dis- 
tinguer les noms hébreux; ainsi, par exemple, au lieu de Abraham 
(nr;-i3N), 20,21, 60,71, 72, il faudrait Abraham (Dm2N\ 60; Abraham 
tbar Juda), mi-i nn û-nnx, 20,21; Abraham, le scribe de Carentan 
'i:::;-ip;û -iDion û--i3N, 71 et 72. — Au lieu de Joseph (Cidt^), 1o, 3o, 42, 
il faudrait: Joseph (bar Abraham) D""i2N "i3 C^DT^, 42; Joseph bar 
Kalonymos Oi7a"'jVr'p "13 C^OT*, 15: Joseph Haccohen irisn t\OV, 35. — 
Des épithètes comme "^ibn, I^D", ou des titres comme "^Nnsï^, binsn, 
lpT~, "["nn, ou des désignations par le nom du lieu d'origine, comme, 
par exemple, -pW'ibTiT: ';"'!0"':3 ou n-pe":;?: ipTr; t]Oi-' 'na 0"if:^;ibp 
auraient dû être cités régulièrement daus l'index, et non excep- 
tionnellement. 

Ces observations faites, il est de noire devoir de proclamer hau- 
tement que la Commission historique a rendu un service sérieux 
à l'histoire juive en publiant le second volume des QuelLen, qui 
renferme les divers documents que nous venons d'analyser. 

PORGÈS. 



LES JUIFS DE CANDIE 

DE 1380 A 1483 



On sait peu de choses de l'histoire des Juifs de Candie au raoj-en 
âge, comme, d'ailleurs, de celle de beaucoup d'autres régions. 
Aussi faut-il accueillir avec empressement tous les renseigne- 
ments propres à combler cette lacune. La Bibliothèque des 
Ecoles françaises d'Athènes et de 'Rome vient de s'enrichir d'un 
nouveau fascicule, le 61^, qui rf^pond, en partie, à ce desidera- 
tum, en fournissant quelques notices, qui ne manquent pas d'in- 
térêt, sur la condition des Israélites Candiotes de 1380 à 1485'. 
L'auteur de cette publication, malheureusement posthume, Hippo- 
lyte Noiret, avait dépouillé les papiers du sénat de Venise pour 
ce qui concerne la domination de la république sur l'île de Crète 
pendant ce laps d'un siècle. 11 avait anah'sé, résumé et quelquefois 
copié in-extenso toutes les pièces qui rentraient dans son pro- 
gramme, se proposant de poursuivre ses recherches et d'écrire 
une histoire de cette ile fameuse. Il est bien fâcheux qu'il n'ait pu 
lui-même présenter ses trouvailles et les accompagner d'un com- 
mentaire qui leur aurait restitué leur véritable caractère. Les his- 
toires écrites uniquement d'après des documents officiels sont le 
plus souvent des trompe-l'œil, car elles risquent de ne présenter 
qu'un côté de la vie, et non le plus intéressant ; il faut qu'elles ne 
négligent pas les autres sources d'information, si elles veulent 
être complètes et fidèles. L'histoire juive, en particulier, telle 
qu'on est en train de la constituer avec les données empruntées 
aux archives, a bien chance de rester stérile ou de répandre 
des idées fausses si elle ne profite pas des secours que peuvent lui 
prêter les écrits juifs ; outre qu'elle est nécessairement partiale, 
puisqu'elle n'écoute que des voix généralement hostiles à ceux 

• Noiret (Hippolyte), Documents ini'dits pour servir à l'histoire <h la domination 
vénitienne en Crète de 1580 à 1483, tirés des archive,^ de Venise. Pans, Thonu, 1892; 
ia-8<> de xx + 601 p. 



LES JUIFS DE CANDIE DE 1380 A 148o 199 

qu'elle étudie, elle les voit sous un jour que modifierait sûrement 
la connaissance des manifestations diverses de leur activité. 

Qui ne lirait que les notices ou analyses de ce volume et se for- 
merait là-dessus un jugement sur les Juifs de Candie serait 
bien surpris ensuite par le tableau, malheureusement un peu trop 
technique, que M. Steinschneider a tracé de leur activité litté- 
raire, justement dans cette période qui s'étend de la fin du xiv" 
à celle du xy« siècle *. C'est l'époque de la floraison des études 
scientifiques et littéraires des Juifs de cette île, renaissance 
dont témoigne à lui seul le nom des Del Medigo. Pour qu'une 
population pieuse comme celle de cette île, qui renfermait dans 
son sein jusqu'à des Kabbalistes, ait donné le jour à des savants 
instruits dans les sciences classiques et philosophiques, il faut 
supposer qu'elle n'y était pas si détestée qu'on le dit, ni qu'elle ne 
se composait que d'âpres usuriers et de sordides marchands. La 
France a bien vu au xiv^ siècle les Juifs honnis et maltraités à 
cause de leurs usures, mais ces Juifs, revenus avec la guerre de 
Cent ans, n'étaient que des prêteurs d'argent : aussi de leur tra- 
vail littéraire point de trace. La production littéraire est un 
sérieux critérium de la condition sociale. 

Ces réserves faites d'avance, examinons ce que nous révèlent 
ces documents. 

Pour le gouverneur de l'île, et, par conséquent, pour le Sénat 
vénitien, les Juifs avaient le tort d'être riches ou de passer pour 
tels. C'est le motif qu'on invoque toutes les fois qu'on veut leur 
imposer de nouvelles taxes, par exemple en 1387 *, en I39."3 *, 
en 1439*, ou qu'on restreint leurs droits, comme en 1412. En cette 
année, on se plaint qu'ils accaparent tout, à Rethimo, qu'ils sont 
les maîtres des deniers et des hommes, qu'ils possèdent toutes les 
boutiques de la place de celte ville et des alentours ■'. 

* Candia, Cenni di storia letteraria, tlans Mosè, Antologia israelitica, Corfou, Il 
(1879). 

» Page 13, 25 février 1387 : taxe de 2000 liyperpères. t... Sicut notum est ia 
civilate aostra Candide et per insulam saut quamplures Judei cum niaximo haverc 
et valde diviles, qui consecunlur in illa civilalu et in tota insula inasimam iitililatein 
et corr.modum cum modico onere suo. • Colle nouvelle taxe nannule pas les pré- 
cédentes. 

* l'âge 71 : nouvel impôt de 3,000 hyperpères. 

* Page 387, 21 février 143'.t. 

"' Page 213, 27 octobre 1412. «... exposuci-unl quod Judei dicte terre (Rethimo), 
non conlenti de ulilitaiihus et inexlimabilibus lucris que consequunlur ex usuris et 
colleganf.is, caniuiit lolum lucrnro et conviamen quod consequiiur, in illa terra, ex 
arte et exercicio mercantie, in tautura quod dici pot^sl quod ipsi Judei sint domiui 
denariorum et hoininum iliius terre et districtus, et ulterius quod ipsi Judei occu- 
pant quasi omues staliones, appotbecas et magaceua, tam posila super plaUa Kctbimi 
quam cire» et prope ipsam plaleam. • 



200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Les taxes pleuvent sur eux dru comme grêle : en 1387, 2500 
liyperpères en plus des 1000 h^-perpères qu'ils payaient jusque 
là » ; en 1395, 3030 liypprpèrps (p. 71). En 1403, c'est sur eux 
que retombe la charge d'acquitter la moitié des frais de rt^pa- 
ration d'une partie des murs de Candie, parce qu'ils profiteront 
particulièrement de ces travaux -. En 1407, ordre est donné au 
gouvernement de Crète denlever les immondices déposées par les 
particuliers ou se trouvant sur les voies publiques : les Juifs doi- 
vent supporter le cinquième de la dépense (p. 175). Or, il faut 
observer que, même au temps de leur plus haute prospérité, les 
Juifs de Crète n'ont pas dépassé le chiffre de 1.160, sur une 
population de près de 200.000 habitants. En 1439, il leur est 
enjoint de payer annuellement, et pendant trois ans, 4.000 ducats 
pour subvenir aux frais de la guerre, alors que les habitants des 
cités et bourgs de Crète et de Sithie n'ont à verser qu'une somme 
égale et pour une fois seulement (p. 387). 

Les impositions extraordinaires du genre de celles-ci sont les 
plus lourdes, mais non les moins fréquentes ; elles sont motivées 
toujours par l'état de guerre, qui est presque la condition normale 
do la république vénitienne en ce siècle ; elles sont le plus souvent 
de.stinées à l'armement de galères. En 1402, ordre du Sénat d'ar- 
mer deux galères, aux dépens des habitants de Candie, pour la 
défense de la Crète contre les Turcs (p. 123); même ordre en 
1431 (p. 350j et en 1432 (p. 354) ; en 1465 et 1485, c'est pour 
les fortifications de Candie qu'il est fait appel à leurs subsides 
(p. 498 et 552). Or la part contributive des Juifs dans ces dépenses 
est toujours énurme. 

Ce ne sont pas les seuls services qu'ils rendent à la République : 
ils sont tenus, à toute réquisition, de prêter au gouvernement de 
l'ile les sommes fixées par le Sénat ; il faut voir en 1447, sous 
quelles peines ils sont condamnés à s'exécuter et promptement ^. 

' Page 13, 25 février 1387. L'hyperpère était une monnaie d'argent valant 1/4 ou 
1/6 de ducat. 

* Page 143, 28 mars 1403 : .. . passus vigenti vel circa de muro circum Candidam 
a parle pouenlis ubi est Judatcha. 

* Page 417, 27 décembre 1447. « Cum his elapsis diebus accepte l'uerint mutuo a 
Judeis terre firme cerle pecunie pro armamento galeoaorum Pddi, et conveniens siî ut 
Judei a parte maris et presertim ci^itatis oostre Candide, qui sunl multi et potentes, 
contribuant ad expeditionem istorum VU galeonorum, qui ordiuati suui armari et 
pro aliis expensis occurenlibus ad Arsenatum nostrum. Va dt pars quod Judei civi- 
talis Canaide l'enerantes teueanlur accoinodare nostro dominio, pro dicta causa, 
ducatis quinque milia auri. Et ut imprestntiarum haberi possint iste pecunie, com- 
milldtur auctoritate buius Consi.ii Gubernaioribus Iniroyiuum, ut accipiant per 
cambium cum eo quaiu miuori damuo fieri potest, dictas pecuuias, quas mitiaut ad 
solvendum in Crela nostro Regimiui Crète, de bonis dictorum Judeorum. Et ut illi 
qui exbursabunt de liinc dictas pecunias habeant certitudmem suarum pecuniarum, 



LES JUIFS DE CANDIE DE 1380 A 1485 201 

Ils prêtent au gouvernement de Crète lors de la guerre avec les 
Génois; en 1392, il leur est dû encore 20.000 hy|.erpères que la 
Seigneurie s engage à rembourser (p. 51). En 1410, le sénat pres- 
crit l'emprunt d'une somme de 2.000 écus pour l'expédition de 
troupes à Négrepont et pour quelques autres dépenses : si on ne 
trouve pas d'autres prêteurs, on devra recourir aux Juifs (p. 202). 
Ce sont des banquiers dont la caisse est toujours mise à contri- 
bution. Mêmes instructions en 1413 (p. 219), en 1414 (p. 224j, en 
1416 (p. 242\ en 1421 (p. 287). On leur emprunte 20.000 ducats 
en 1431 (p. 372) ; 5.000 en 1447 (p. 417) ; 3.000 en 1452 (p. 435), 
en déduction de leurs impositions ; 1.000 en 1464 (p. 492), en plus 
de 1.000 qu'ils sont tenus de payer '. 

Les Juifs ont conscience des services qu'ils rendent à la Répu- 
blique, et parfois, pliant sous les impôts dont on les accable, 
ils ont le courage de réclamer contre ces abus, en invoquant ces 
titres et même d'autres qui ne sont pas assez clairement spécifié.^. 
Ainsi, en 1389, Sabbatoi Retu, Melchior Gassan et Justof Missin, 
Juifs de Candie, en leur nom et au nom de toute la communauté 
Israélite de Crète, protestent contre la taxe de 2.500 hyperpères 
qui a été ajoutée à celle de 1000 hyperpères qu'ils payaient jus- 
que là ; ils font ressortir les actes méritoires qu'ils ont accomplis 
pendant les guerres de la république et en d'autres circonstances, 
soit en s'associant gracieusement et à titre onéreux aux travaux 
du port et à d'autres œuvres utiles, soit en prêtant de grosses 
sommes avec de grands risques et sans profit ^. Ces faits sont 
attestés par des hommes de condition noble, entre autres par 
l'ancien duc de Crète. Le Sénat, reconnaissant la manière louable 
dont les Juifs se sont comportés en ces circonstances et aussi leur 

ex nunc captum sit quod si dicU Judei Crète non solverent cum effectu intra unum 
mensem dictas pecunias post presnntalionem lilerarum cambii in Crela, cadant 
absque remissione ad penam quarli, de qua pena tercium sil Re^2:iminis Crète, ter- 
cium illorum qui focerint cambia, et aliud tercium nostri comanis. Et nihilomiaus 
teneatur Uegimen Crète infra dictuin mensem, sub pena ducatorum \" cuilibet 
eorum, in suis propriis bonis, providere cum elFectu ad solvendum cambia, que mil- 
tentur de bine ad solvendum de bonis Judeorum predictorum. Et si dicte pecunie re- 
periri non possent do hinc, pro mittciido ad solvendum in Cretam per cambium, 
provideat dictum Rejiimen exigere infra dictum mensem post receptionem lilerarum 
nostrarum, dictas pecunias, sub omnibus pénis predictis, et exinde aul medio cambio- 
rum aut aliter provideat quod infallauter habeamus quam celerius licri potest de 
hinc iulegram summam ducatorum V™ ducatorum, etc. 

' La République en agissait de même avec les Juifs du continent, ainsi, entre 
autres, lors de la guerre contre la ligue de Cambrai; voir Cassel, art. Juifs, dans 
VBneyrlopédie d'Ersch et Gruber, p. 159 b. 

' Page 26, 25 mai 138'J : ... allegantes multa laudabilia opéra quîE feceruni in 
guerris nostris et aliis occurenlibus, sciiicet in laborcrio porlus et aliis necessitatibus 
in insula nostra Crète, gratis et liberaliter ac per modum mutui in multa pecunio 
quantitale, cum ipsorum incommodo non modico et jactura. » 



202. REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

situation précaire, réduit la taxe annuelle à 2.000 hyperpères '. 
En 1415, les Juifs font encore une fois entendre leurs plaintes, 
mais l'éditeur a négligé de nous les transmettre. 

On aurait tort de croire que là se bornait la part qu'ils prenaient 
aux charges de l'île. En 1392 (p. 52), on voit qu'ils doivent monter 
la garde, toutes les nuits, au nombre de douze, sur la partie des 
remparts appartenant à leur quartier. En 1395 (p. Il], ils en sont 
exemptés, mais on leur fait payer cette faveur. C'est, d'ailleurs, 
la règle que l'on suit toutes les fois qu'on croit leur accoriler une 
grâce. En 1386 (p. 12), ceux de Rethimo obtiennent la permission 
de rouvrir une sj'nagogue fermée par Pietro Grimani, ancien gou- 
verneur, mais à la condition de contribuer aux travaux de cons- 
truction du port pour la somme de 800 hyperpères. 

En échange de ces impositions ordinaires et extraordinaires, 
quelle conduite le Sénat et, par conséquent, le gouvernement de 
l'ile tiennent-ils à leur égard ? A l'étranger, on les protège. Un Juif 
de Candie ayant éprouvé en 1411 d \s dommages de la part d'un 
Sicilien dans les eaux de Rhodes, le Sénat charge l'ambassadeur en 
Sicile de s'informer du fait (p. 211). On voit bien l'intérêt qu'y avait 
la république. Dans l'île même, une fois le Sénat intervient pour 
défendre de poursuivre un Juif accusé d'extorsions et de vols *. 

Mais, par contre, toutes les fois que la politique exige de res- 
treindre la liberté des opérations de commerce et de banque des 
Juifs, on les sacrifie sans peine au désir de plaire aux popuhUions. 
D'ailleurs, c'est le siècle de la réaction économique; dans tous 
les pays, surtout dans les pays latins, des mesures sont prises pour 
enrayer le mouvement commercialdes Juifs et pour favoriser leurs 
concurrents chrétiens. A comparer la législation nouvelle à la- 
quelle sont soumis les Juifs de Candie avec celle qu'on décrète alors 
dans les autres États, on reconnaît qu'il souffle partout un même 
vent de protectionnisme. 

A Négrepont, il leur est interdit, en 1402, d'acquérir dans la ville 
ou au dehors aucun bien territorial ou immeuble, excepté dans la 
partie de la ville qui a été affectée à l'ancienne juiverie. i''n outre, 
comme ce quartier des Juifs a trop de portes qui leur permettent 
d'entrer et de sortir et de commettre beaucoup de choses mauvaises 
et immorales, il est prescrit de les murer et fermer à l'exceiition 

' «... (idelia portamenta Judeorum prediclorum ia serviciis nostris gesta tempori- 
bus opportunis. • 

* Page 3G9, 23 décembre 1432. Le Juif, de Relhimo, se nomme Crossone. — L'an- 
née precédenic, 30 mars l''i33 (p. 3n8l, le Sénal avait ordonné des poursuites contre 
le Juil Otiaviaiius Bunaiuta, de Candie, sur riusligation duquel quelquespersonaages 
sélaienl livrés à la vente des cbarges publiques. 



LES JUIFS DE CANDIE DE 13S0 A US^j 203 

des trois portes principales de la juiverie. Enfin, la juiverie ne 
pourra être étendue, sauf par grâce spéciale de la n'^pubiique 
(p. 131). Négrepont devançait ainsi de quatre années les avantages 
que l'île de Cor fou obtint contre les Juifs '. 

Bien plus, les Juifs ne pourront tenir boutique en dehors de leur 
quartier : telle est la n'-gle qui doit être observée dans toute l'île. 
Nous ne savons quand fut prise cette mesure, elle doit être con- 
temporaine de cette institution des ghetti. En tous cas, le recteur 
de Rethimo, Ser Marcus Marcello, ayant accordé à Salomon, fils 
de feu Lazzar de Meir, et à ses fils et descendants, d'avoir des bou- 
tiques (stationes et appothecœ) hors de la juiverie, des plaintes 
sont portées en 1412 au Sénat de Venise, qui révoque ce privilège 
et déclare que les Juifs devront à Rethimo se conformer à ce qui 
se fait à Candie et à La Canée (p. 213). 

En 1423, la loi édictée pour Négrepont en 1402 et pour Corfou 
en 1406, est généralisée pour tout le territoire de la République : 
les Juifs ne pourront plus acquérir d'immeubles "^ sous peine de 
confiscation, moitié pour le dénonciateur, moitié pour le trésor; 
il leur est accordé un délai de deux ans pour vendre tous ceux 
qu'ils possèdent. 

Mis en goût par ces rigueurs, les concurrents des Juifs deman- 
dèrent au Sénat de mieux les protéger encore et d'interdire aux 
Juifs de servir à l'avenir de courtiers et aux chrétiens de les em- 
ployer comme tels. Ce projet, présenté par deux conseillers de l'île, 
fut approuvé en 1433 ^. 

Mais c'est surtout dans les entraves apportées à leurs opérations 
de prêt que se manifeste cette réaction. Que les Juifs fussent sur- 
tout des banquiers alors, c'est ce que n'explique pas seulement 
l'état social du temps, mais encore l'organisation même de l'île*. 
La république vénitienne, après être devenue maîtresse de Candie, 
avait tout d'abord laissé aux habitants leurs terres et leurs pos- 



' Revue des Etudes Juives, t. XXIII, p. 1)9, On voit ([ue les Corlîotcs, pour appuyer 
leur demande, pouvaient invoquer un précédent. En tout cas, l'identité des dillerenls 
articles des deux roLrlemenls n'est pas fortuite. 

* Pajie 297, 26 septembre 1423 : ■ Quod est contra diviuurn mandatum et in onus 
ac infamiam nostri dominii, et quod pejus est, nisi de salibri remedio provideretur, 
ipsi in brevi tempore, pro inajori parte, possiderent in aliquibus terris et locis noslris 
plures domos et possessionesquam chrisliani, > Le Sînat avait renouvelé la même dé- 
fense à ceux de Venise, lu 2 mars de la inènie année ; voir FTchr. Jiifilin//r.^ \'l, 66, 

3 Page 3;:;0, 22 septembre 1433, 

* Les Juifs s'adonnaient aussi à la médecine dans l'île, on le voit suffisamment 
par ies noms de médecins cités par M. Steinschneider; mais nos documents !e 
montrent également : le j> septembre 1441 (p. 399) le Sénat met bon ordre à la fraude 
de beaucoup de gens, surtout de Juifs qui, sous prétexte qu'étant médecins, ils ont 
des lettres d'exemption de la république, ne pa3'aient pas certains impôts. 



204 REVUE DES ETUDES JL'IVES 

sessions, mais, dans la suite, elle les avait confisquées pour les 
attribuer aux colonies militaires, formées de nobles et de citoyens 
vénitiens, qu'elle envoya dans l'île : dans ce système féodal, il n'y 
avait pas de place pour les Juifs. Comme ailleurs aussi, les besoins 
des populations nécessitaient le concours de prêteurs, mais ces 
besoins étaient surtout produits par l'avidité du fisc. En effet, ces 
vassaux, pour prix des terres que leur conférait la R'^publique, 
étaient tenus de payer un impôt considérable appelé tie'rs du fro- 
ment : c'était le tiers de la récolte, fixé d'avance. Si l'année était 
mauvaise, c'était la ruine pour eux, puisque l'impôt absorbait tout 
le revenu des terres : d'où nécessité de recourir au crédit. De là 
aussi toutes ces hypothèques prises par les Juifs sur les propriétés 
de ces colons, et qui faisaient si souvent craindre que les Juifs ne 
s^emparassent de l'île entière. Pour remédier au mal. sans dimi- 
nuer la source de ses revenus, le Sénat de Venise mit en jeu 
deux systèmes. Tantôt, il réglementait les opérations de prêt en 
réduisant le taux de l'intérêt. C'est ce qu'il fit en 1398 à La 
Canée (p. 94). Les Juifs de cette ville prêtaient à 25 0,0, tandis que 
dans les autres parties de l'île, ils ne prélevaient que 12 OyO (taux 
légal, d'après le droit romain) : il leur est enjoint de ne plus pren- 
dre davantage, sous peine de perdre capital et intérêts, lesquels 
seront attribués par tiers à l'accusateur, au recteur et au trésor 
public. Ou bien on ne leur permet plus que de prêter sur gages 
mobiliers, comme en 1449 (p. 424 et 4-25). La recommandation 
était presque inutile, puisqu'il leur était défendu de devenir pro- 
priétaires de biens mobiliers. — Tantôt on protégeait les vassaux, 
en imposant un concordat entre créanciers et débiteurs. C'est à 
cette mesure qu'on eut recours en 1411, pour certames catégories 
de Candiotes qui avaient quitté l'île ou qui vaguaient dans la cam- 
pagne. Mais, séduits par ce moyen commode de gagner du temps, 
beaucoup de colons avaient usé de la même faculté, quoiqu'ils 
fussent dans l'aisance. L'abus parut choquant au Sénat, qui, 
en 1415, déclara qu'il était juste que chacun payât ses dettes, 
étant donné l'utilité du séjour des Juifs dans l'île. Les intéressés 
résistèrent ; les Juifs et les vassaux envoyèrent des délégués 
à Venise. Le Sénat ordonna de constituer une commission de 
trois nobles chargés de s'enquérir de la condition, des res- 
sources et des revenus des vassaux qui étaient entre les mains 
des Juifs et de concorder les débiteurs avec leurs créanciers. 
Mais on ne trouva pas trois nobles qui ne dussent aux Juifs; 
trois proviseurs furent alors délégués de Venise pour constituer 
ce tribunal. En 1418, l'affaire était loin d'être terminée, malgré 
. le terme fixé pour le concordat; sur 1970 personnes inscrites, 



LES JUIFS DE CANDIE DE 1380 A l^iSo 205 

338 seulement avaient été concordées. Elle traînait encore 
en 1420 '. 

Il ne faudrait cependant pas croire que les Juifs aient toujours 
été des créanciers, ils ont connu aussi quelquefois la condition de 
débiteurs. En 1387, un certain Philippe Pisansano a été mis en 
prison pour non paiement de taxes et de fermages. Il est relâché 
parce qu'il est un bon et fidèle sujet et que des Juifs lui doivent de 
l'argent (p. H). Eu 1421, un an après les démêlés que nous venons 
de raconter et qui semblaient indiquer que toute la noblesse était 
ruinée au profit des seuls Juifs, trois nobles, SerNicolaus, Ser Fran- 
ciscus et Ser Paulo Gorrario, ont pour débiteur un Juif, Ghersen, 
fils de Salomon, habitant de Rethimo, énormément riche, qui leur 
doit une somme considérable (p. 288). 

Il est difficile de suivre les vicissitudes des Juifs pendant ce 
siècle, les notices qui pourraient jeter quelque lumière sur ce 
point sont trop clairsemées. En 1389, les Juifs se plaignent du 
déclin de leur situation, qui a empiré à cause de la diminution de 
leur nombre et de leurs affaires, tant à la suite des épidémies qui 
sévissent dans l'ile que du déparfde beaucoup des leurs ^ En 
1395, pour justifier l'établissement d'un nouvel impôt, le Sénat 
allègue, entre autres, l'immigration de nouveaux. Juifs riches 
(p. 71). Ges nouveaux-venus, comme le fait remarquer une note, 
étaient peut-être des exilés de Venise, d'où un décret du 27 août 
1394 avait décidé leur expulsion pour l'année 1396. Peut-être 
aussi étaient-ce des Espagnols qu'avaient fait fuir les terribles 
événements de 1391. D'ailleurs, par sa situation, la Crète devait 
attirer les voyageurs, et l'on voit, par les noms des écrivains qui y 
vécurent, qu'elle servit de refuge même à des Allemands K 

Trouve-t-on dans les documents que nous étudions le souvenir 
de quelque épisode de l'histoire des Juifs de Gandie à cette époque? 
L'éditeur le croit, et lai, qui d'ordinaire se montre très sobre 
d'annotations, ne craint pas de voir dans les décrets de 1449, qui 
réglementent l'usure aussi bien des Chrétiens que des Juifs, le 
contre-coup d'un événement raconté par la Creta sacra (t. II, 
p. 382-83). « Les Juifs, dit-il, montraient alors en Crète une grande 

• Voir p. 239, 242, 244, 245, 262, 264, 274. 

* Page 26, 25 mai 1389. On voit, entre autres, Abraham, fils de Léon, de Candie, 
écrire un ouvraj^e à Barcelone en 1378, alors qu'en \Ti-\ il copiait encore à Candie 
la traduction hébraïque des Éléments d'Euclide. Voir Steinschneider, }h\<l., III (1880), 
p. 55. Peut-être Hiyya h. Juda de Candie, qui écrivit vers 140:> des traités d'éthique 
a Padoue, élail-il de ces émi;j;rés récents {ibid., p. 283). 

5 La famille des Del Mediaio venait d'Allemagne. 



206 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mauvaise vol(3uté à l'égard des chrétiens, les accablant par une 
usure intolérable et même allant jusqu'à crucifier des agneaux. » 
Un peu plus d'érudition lui ata^ait appris que cette accusation 
saugrenue, diminutif de celle du meurtre rituel, était classique au 
moyen âge. Encore au xvii« siècle, ce bruit était accré(iité dans le 
Comtat Venaissin. D'après André, sous l'épiscopat d'Horace Cap- 
poni, en 1603, le vendredi saint, les Juifs auraient traîné à Carpen- 
tras la croix dans la boue et auraient crucifié ensuite un agneau. 
On punit les coupables, et l'évèque fit dresser devant la cathédrale 
de Saint-Siffrein une grande croix avec cette inscription : Ilora- 
tius Capoiiiiis, episco]). Carpentor. Florent inus, crucem hanc 
sumptihus Hehrcieorum erexii ui quam irriserani magh cons- 
j'jicîiam venerandani aspicereni *. Il est à remarquer que cette 
inscription passe sous silence ce prétendu crime. Mais la légende 
n'était pas bien sûre d'elle-même, car, au dire de Cottier, « le délit 
qu'on reprochait aux Juifs de Garpentras et dont ils étaient 
restés convaincus, par suite d'une procédure prise en cette occa- 
sion, était d'avoir mis en croix un homme de paille le vendredi 
saint en dérision de la religion catholique - ». 

Les documents publiés par Noiret nous donnent la version au- 
thentique du règlement de 1387 (22 janvier) concernant les Juifs 
de Corfou. Les lecteurs de cette Revue se rappellent qu'il a été 
signalé ici même, mais l'analyse en est si vague et si brève, négli- 
geant les parties les plus intéressantes, qu'on se demande .si le 
texte dont s'est servi l'auteur de l'article était bien fidèle à l'ori- 
ginal ^ Voici le bref résumé de cette pièce : 

Les Juifs ne pourront être lésés ni molestés par les recteurs 
(gouverneurs de district nommés par le Sénat de Venise) dans 
leurs sépultures par la mise, dans leur cimetière, de fourches 
auxquelles sont suspendus les voleurs et autres délinquants; ils 
ne seront pas forcés de jouer le rôle d'exécuteurs ni de garder les 

' Pour qui a l'haLilude de ces sortes d'inscriptioDS, celle-ci ne vise pas un fait par- 
ticulier, niais le crime originel des Juifs. 11 est bien évident que c'est l'inçcriptiou 
qui a donné naissance à la lépende. En veut-on une preuve indéniable"? C'est à celte 
époque que Capponi faisait des embellissements considérables à la cathédrale, et c'est 
juste à ce moment que les Juifs se seraient avisés de ce sacrilège, pour permettre à 
l'évèque d'ajouter cet ornement à ceux dont il enrichissait l'église ! 

^ Le dernier Bulletin de l'Alliance israélite universelle (1893, n" îî) peut servir à 
illustrer ces récits; on y voit que la croyance n'a pas perdu de sa vitalité. Un porte- 
faix juif de Magnésie ayant été chargé de conduire un cheval chargé de bois, au 
retour l'animal cria. Les Grecs poussèrent alors des cris d'horreur et répandirent le 
bruit que les Juifs, n'ayant pu se procurer du sang chrétien, s'étaient servi de celui 
d'un animal. 

» Revue, t. XXIII, p. OC. 



LES JUIFS DE CANDIE DE 1380 A l/.So 207 

prisonniers ; ni de comparaître en jaslice les jours de lears fêtes, 
sauf en cas de nécessité ; ils ne seront pas plus imposés que les 
autres « in facto armandi ipsa ligua, barchas vel alla navigia ne- 
cessaria » ; ils ne seront pas obligés de prêter leurs lits (eorum 
lectos), ni leurs auimaux ni rien d'autre pour Fusage des recteurs 
ou celui de leur famille ; ils ne feront que quatre gardes par an, 
comme les chrétiens. 

Ils devront porter certains signes sur la poitrine ou ailleurs 
comme par le passé ; les recteurs devront tenir la main à l'exécu- 
lion de cette loi. 

Comme ils sont accoutumés par un antique usage à recevoir des 
pierres, à certains jours de l'année, du haut des murailles ou des 
tours, surtout par les officiers publics, dans Tintention de leur 
extorquer de l'argent, ce qui est contre toute humanité, à l'avenir 
ils ne pourront aucunement être lapidés par les chrétiens, officiers 
ou autres, de nuit comme de jour, si ce n'est modérément et par 
ceux qui en ont l'habitude depuis longtemps, et seulement aux 
heures où les litanies passent par la juiverie, suivant l'usage et la 
foi des Grecs ' . 

La pièce se termine par i'énuraération des précautions prises 
pour empêcher que les Juifs soient trop victimes des usuriers 
chrétiens ^. 

Or ce règlement est presque entièrement la copie d'un privilège 
accordé aux Juifs de Corfou, en 1332, par Philippe, prince de 
Tarente. « Parmi d'autres documents conservés par la synagogue 
des Juifs à Corfou, dit Mustoxidi, se trouve une lettre de Philippe, 
prince de Tarente. Dans cette pièce adressée aux autorités de 
Corfou, Philippe se plaint comme d'une injure et d'une tache im- 
primée à son gouvernement que les décrets rendus par lui en fa- 
veur des Juifs de la ville et de l'Ile de Corfou ne soient pas exé- 
cutés. Les fonctionnaires enlevaient les lits, les vêtements, les 
meubles et les bêtes des Juifs ; ils s'emparaient de leurs personnes 
et les obligeaient à servir gratuitement comme marins sur les 
vaisseaux de guerre ; ils les obligeaient à comparaître devant les 
tribunaux le samedi ou de travailler le samedi et les autres jours 

» Ilem cum dicli Judei es aaliquata consueludiae sinl solili lapidari aliquibus 
diebus anni a meniis vel lurribus civitatis, maxime per ofûciales iatendeales dicla 
causa ab ipsis pecuaiam extorquarc, quod est contra omaem humaaitalem, quod de 
celero ipsi Judei nuUo modo lapidari possint ab aliquibus chrisliauis, ollicialibus vel 
aliis, de nocle vel de die, nisi moderato per illos qui aaiiquilus lacère solili erant, et 
illis'horis tanlummodo quibus lilaaie Irauseimt pi^r Judaicbam suam, juxta morem cl 
lidein Grecorum. 

» On ne nous donne pas le texte de ce dernier para-raplie, il serait intéressant de 
le connaître [Misti del Senato, Rey. 40-60, 1» 58 verso). 



208 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de leurs fêtes: ils dressaient des gibets sur les tombeaux juifs, 
forçaient les Juifs d'exécuter les condamnations à mort et les 
autres peines infligées aux malfaiteurs. . , * ». 

Mustoxidi aurait-il tronqué ce document, ou le Sénat de Venise 
aurait-il accueilli d'autres plaintes qui ne s'étaient pas encore fait 
entendre en 1332? Quoi qu'il en soit, il est intéressant de noter 
cotte coutume de la lapidation, qui rappelle singulièrement celle 
qui sévissait à Béziers et dont se rachetèrent les Juifs en 1100, 

Nos documents (p. 329' nous ont également conservé le texte de 
la décision prise en 1429 par le Sénat de Venise, pour interdire 
aux patrons de navire de prendre à bord (pour la Palestine) des 
Juifs ou leurs marchandises ,p. 329). On sait qu'un Juif allemand 
de Palestine avait obtenu du Sultan le tombeau des Rois, qui jus- 
que-là était dans le monastère des Frères-Mineurs. Là-dessus le 
pape Martin V lança une bulle qui défendait, sous peine d'excom- 
munication, aux patrons de navire de prendre à bord des Juifs ou 
leurs marchandises pour ces lieux. Un moine, gardien du couvent 
des Franciscains du Mont-Sion, vint soumettre la bulle au Sénat, 
qui fit écrire à tous ses officiers de tenir la main à l'exécution de 
cette interdiction, à l'aide de peines pécuniaires. Ces ordres furent 
envoyés le 4 juin 1429 à Corfou, Modon, Coron, en Crète, à La 
Ganée, Rethimo et Nègrepont -. 

Israël Lévi. 



» Revue, t. XXUl, p. 65. 

* Od trouvera des détails sur celte affaire dans M. Lattes, Di un divieto fatto dalle 
republica Veneta ai pelegrini ehyei di Falestina, Ârc/iivio Veneto, t. V, \'' partie. Cf. 
Monatischrift, XXII, •282; Graelz, VIII, 4 48. — Il est curieux que nos documents 
n'aient conservé aucune trace d'une hisloire contée tout au lonjr dans 'E))r,viy.à àvÉxoo-a 
de N. Sathas, Athènes, 1867, p. xsvi et suiv. En 1403. une conspiration lut ourdie 
par Silios Blastos contre la domination vénitienne en Crète; mais elle fut dénoncée 
au Conseil des X par un prêtre et un Juif, nommé David lils d'Elie Mauro^ronato. En 
1462, nouvelle conspiration dirigée par Jean Gavala, et dénoncée par les mêmes 
personnages. Le conseil des X, en récompense des services rendus j^ar Maurogonalo, 
lui vola un certain nombre d'avauta''es. 



UNE LETTRE D'âBRâHàM HA.-YAKHINI 
A NATHAN GAZATI 



Pendant son séjour en Italie, le savant libraire R.-N. Rabbi- 
nowitz acquit, en 1887, une collection de lettres et autres docu- 
ments relatifs au Pseudo-Messie Sabbataï Cevi. Cette collection, 
que j'ai achetée, contient les pièces suivantes : 

1» Le récit de Barukh d'Arezzo, intitulé bNT>::^ -^-ab iinDT (voir 
Graetz, Geschichte d. Juden, X, notes, p. xxvi), en deux exem- 
plaires; l'opuscule mi» ^3i: des frères Francis (imprimé dans le 
T» by y^2^'p, I, 101) et d'autres documents encore. 

2° Quelques autographes, tels que la lettre du collège Kélér 
Tora d'Amsterdam à Sabbataï Cevi, signée, entre autres, par Ben- 
jamin Moussatia (imprimée dans le -ini: baiD nj:-'2C mirp de Sas- 
portas, Amsterdam, 25 &; la renonciation de Nathan écrite sous 
la pression du collège rabbinique de Venise (imprimée dans 
r;^ma i'i'::yn et mN^pn n-.m) ; une lettre d'A.-M. Kordozo de l'an- 
née 1614 (reproduite dans le bms n^^i: complet que je possède 
en ms.), etc., etc. 

3'^ Copies de lettres relatives à Sabbataï Cevi, dont la plus 
importante est la lettre d'Abraham ha-Yakhini à Nathan, que je 
publie plus loin. Abraham, savant prédicateur de Constantinople, 
fit une propagande active en faveur de Sabbataï Cevi (voir Sas- 
portas, l. c, 12«), et Nathan fut un de ses principaux collabora- 
teurs. Il est intéressant de savoir dans quels termes ils parlent 
entre eux de leur Messie. 

Cette lettre nous fait connaître un épisode galant de la vie de 
Sabbataï Cevi ainsi que d'autres détails qui étaient ignorés jus- 
qu'à présent. Elle ne donne ni date, ni nom de destinataire, mais 
il ressort de son contenu (§ 9) qu'elle a été écrite vers 1673 et 
adressée à Nathan. (§ 1), pour lui recommander un certain Elie, de 
la Pologne (§ 13 et 14), qui se rendait à Sofia, où résidait alors 
Nathan. Quelques passages de cette lettre, qui ont une teinte 
T. XXVI, no 32. u 



210 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mystique, sont assez obscurs; j'essaierai de les expliquer dans des 
notes. Je donnerai également quelques éclaircissements, à l'aide 
de documents imprimés ou manuscrits, sur les personnes et les 
événements dont Abraham fait mention. 
Voici la lettre : 

;m;3N":;r! nrinrm m^rr- Vd ^r^i"^ ,(2'n:"-^r; ^l1•^^<r;•^ ^•^nvi'r: 
"ipn73 ,n'::T:;7:i p":;'rr:r; n"N"'V'^- "m ri^Virm r"rri::;r! '"ly b"5?3 
ï">Ty^r! mN-"- mcTs ,n:n~n mrrîpn rwj-^i-' mc-rr-i p-ipn72rir! 
,(?)r-n:-iD b=i mTi::<r! n::r-':r: m-;D ^-ncn r-n-i-an (? 5-,vir:;ri) 

ï-n-'pîN- rT'73-';sr! mbrc-r: nn— : / r:;-,:: cvnn rr'rr) n^s-', ■'^bx 
î^bbD -TirD-v:: ^-l-lP p-c:: ,r-,-i:nD "jn r^s-^j^ û-'pbN rrr^wx:: rnrz 
im-i bpCTo ,m;:p_72 m ';i7:-iw\"i n-'^n nsd ■^;d T"nN7:^ r^xr^r N3pn:i 
r-nD'CDn73- r;Nb;-' -w\?;'7p :=:-n-; (? t^nn) r;T-i3 r-trm niz'zn mn 
bsn nnbi- r:rNn Nb ^y "irT^N",:: bis:; pn-?: .ni;:;- bx n-'"'N"om 
t>:b3 b'^'^y ti^r^br- 'cn^wn mire- "w^îj , j— n;ir-in"i nb^-^nr: 
î-în722m vip-n tz^^n- n-]:-iN3 -p-^io t-T'"wD:?3 mnN- Nr-;3 -n 
r-nrin373n h^D tiD/û: Tr^a ûm^j -^tî^ n::"c» ,rTi;ir::r: bsn xsb:? 
-ip-^ Sdi mmj^r: brn m-ib yisi m:» br3 ï^t'7:-';-:-i r-irrstnr; 
ï-;ib nr-'-nn -r'::p sriTr: nnï^a ,ï-n;-^r»m ïm-ir;;ri brn -i:"^;' r;pN-i 
r-îNbDïn in-ûCD t^"^- nnx i"ii:"i"'b rrn ï~in2 l-'i«b^:? ';-'7:di3 r-nap 
-irtiTT NbsiTû "nïî bD3 innm l^b:? -ip-3 -insiTa -iTrw .mian "["^n nn 
Nb û3> bi' nnxn ^2:2 -cns-» nii: :i-i'>:;d nr-i:» noi-pn nr7:'w: -.-^nT?: 
V>:î"'"ip r^'^''^^ )^^'2-^ Nim anbon rris û"'pTw:? ri?:::b t^jbpT^ ,n-;i3 
-no û-'-onp -no nonnn ti:^ tdt'3 ^-'^ ">::np7j ,r-n;-i5n -in^v sm-iTn73r! 
--r:-:- in-nn bnp rtii-'b:»:! ^tin y-ûCTo .mr.sbr r:7:o bano m-irtij 
,e<"':o"in3 pp'":r7o 1^^121 'j-'-im V^'T^ Ni:'-i"'b t*«î"w\Ni N::n t]">bn7o 

"•-in lo-'n "^b N-m t-»::-':^ N-in;- "jn^ h:N 'n -i3i Ti-'n 1n2 irnb 
•jnr-i bo ï-<3n irbx ribso: -^o "iro?:b r-îNir-i V'^ l^i"' "'^^ '"'^ 
r-nobn a"'m7jr; n; "i-,t' ';^;^-l^:n■l 1^!^-n•:;: brn ]r.t,-\ 'j;"2C ir-'^ 
■«niN m-)?: -^lisn bo -,po73 . ï— nnsr ■'rni r- ii;7:bN iiûdct: ^''^i-pa 
!-!:'Tw^2 r-is-^': r^:n7:N3 i:n7:i iwxc-j ^\sib^-: -^rn^xn t=-o (^-'ïnNi 
t-'pbN" "'^■'^^ ">r"npn nrn-i !-i72ip -nj^-ian ^Tcn riTcrna b2bî7û 
■i2-'o-^-n73 ^■'innb irn7:b73 nrpp'^'^'^ irccîb ï-im^To "ins — ',cn 
îZiV-*^" 'ir7:=n3 "imrT::^ inannpn —ri-:: 2b -,;33b7: i:2:7:n73 
K-n: nnN -lanb -n;* r|-'onN !-t72t n^bsiTon inv::-3 (? rr^p'^Nri) 
.^■^•w-rnr; -^-.^t -no Y-"'^"' ^"' ^"'pbNr; •w\n -w-np" irn-i rirN 

' Allusion au /SV/e>' Yeciia, IV, 12. 



UNE LETTRE D'ABRAHAM HA-YAKHIM A NATHAN GAZATI 211 

^"1^-72 i;pi-in3 TwN an:?!:?:- rz-^nr: n-'Y?"' nn-i-j a-iio rn^o 
mttv::-! m;rT3 r^ib^; r]-^:: q-^-j co-jna d^-:> dwS nb^^n-'T ■•pbi*- 
ï=7:t !i<-'p^ cmnx n^nnp n-i^Tj i-D"«DD i::'b3 b^srn dinwt ->ro 

•^nn Sn nrb-^ r-.sirjr; tsipT^bi niïmp n-i a-i:?): -^d tsmwS^i:?: 

.mr;n tzîrsb 
TnN Trx nb^n zixnD rns ■'r?:ca -^d r-rJ^"-!- 'CM-pr, irnnbi .3 
"rpiTûD ■^mKj::' n72Nn rtsr; nn-iN^^r; D-^nwr; û-'c;î<- nbwS sn"i7:i:r br 

n3>i3 -^nbi ^i=:-':Dbi ti^xn v^ ysp^ai ^bn:: ^:nt csbir- it: ûrr^-'n 
■^îD-3 SnN nb-^bn V'n nnbN -rij^ro ■'jTJî3 t^bn a-'^j-r: ab ir -Cîîn 
■0^5 ric-in M n;: !-t-i7:t î-rbnna ï-Tp;>i: p:'::NT ^b -r^n- bN-;^^ br 
r-inn ■'3273 tîî-"' -^d clts ■'ct tri-'n-i^ûi fDin "ir^n sV'**" 
ly x^ i;->;TiN mT p V'"^ "^ '"'^"' "''"'"î^i i=:'':'«^b-2r;n tî-^-iorcr: 
tzinrobn cn f<::n cnxTD r-in^^n;-! !-î.s2 r-7;r; !m-nc72- in-r^c 

^573 "int< nsn-i in-'ni: ts-'-yi^nn-'-i a-'mnT ti:-'"wi;n-: ^^^r 'j''?:'^ p 
rc-isbT nn Y-'-" i-''2^~i< ~wS S-^nn-b gt-^ r-îrb;n S.sTw-^ 
T^n-^iN "^r) h::? a-^n3Nj -^^r S=i y-,N "'i^p tn inbnrn nsno-T: 
n:3T:*"^ e*^b i-317:n V-^^ '^ '-^^ ^^'^ ''"'^"^ "'^ imrv- av.'^o 

.ïn2i7:b û-b nain 'r.-n ûV2 
i;"';TrN' rn-nm (nm-ivj) mnrj b:^ n:Nn-3n n;i:i si:^*n no ^-^v^!3^. .4 
rrbwS rii'TT' D"'-in?2D b-'bn din^c rrsn -ibr; 'r, ■^^■'ik vn-'is ns-'-î-i rrn 
bipi r^p-i-^i -im:3r! ni- -^d bNTw"' "Ctip ir-mp m-ii br ûi-in-" 
y"i7:3 mob *n5i»nri V-"'^ '"'^ ''"^^ ^'"^'^ "':ii*7û">:: rr^nî? N-ip-'T r;pr-j: 
(•?07:'^) û:* û"0 Tio^ -^în ■^n"'w\s-i3 •in-'b:' n-'banb "-^n-iny rr'nDî as 
'nrb73 5 bN-i •>::■' -n::' t-i't'z-^iz pp n-'^o^N a">r73T ^bN:?7ûC'^ p:. 
■tt^'t; "«b"»:: "'72;' nnpa ""^nnTjo ai"' l''72by '^Tcbyb bnnnn Nb ■>- 
^-nna a^bnwx:; in3:>^ t^^^nn y:' ^ "cm 1pn7o ^nnb S^:;-^ ''b^s 
■CN1 n3\Nn -^n ♦bNi"::"^ nrr» n^i^n nns'^ ''0. "i^sï^ ■';n73n3) "laoï^ 
asN arT3 ''^isn^b aip a;nT mn innb Ni^ a a in 73 (?">:;Nr;3i 

» Allusion à j/e«flAo^ 09 « : rfi^?: Hci^D rbr:: b-'s ■^■:n "3 ■^7;"i "^rn 
vin rr^a "^-in rîN"'pn"i« 

* Nathan fut excommunié à Conslanliuople [cf. "^n:»: ^^"i^ Pli"^jl, *?d. Amster- 
dam, 45]. Comme Abraham ne voulait ni approuver cette excommunication, ni se 
déclarer partisan de Nathan, il allait et venait pendant la cérémonie de l'excommu- 
nication. Cf. Menokot, mb : a'^icbi ri^Nn )')2 "iiSN n"'2ri 173 Tn;ri bnN- 

* Voir mXDpn nilP, 2a, Nathan s'appelait autsi y73"'D3 ; de là, PN llPa 

* Les lettres de ces mots valent 814, comme les lettres du nom de "^SiC "^PD"^. 
' Les lettres de ces mots valent 815, comme les lettres de ^2it ^NP3w. 

* Allusion à Bcreschit rabha. ch. xliv : pn72i:.* "^PiaT . . .a'"lJD 'y'-'^ "iCJ'^'vlîa? 



212 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

*3n 3-1:? t^N D-i''3Ni n-nirn niiin annb >im "^j^d» c:nn 

n\n s-^: nVi a-^: -^sn s-^nai- nbwS iriT-n '«liTipr; nrn-i .5 
T'"ip7:T nr:i";N r;"::^::^ pisn-'i "sb mz'C -j""'pn -,cc:: msa cbiD 

■^n?: ■^D» f :t»::n"i û"'7:'«b hrnm-iïb ^i^r;'a m^'d ïioy cpbNrr ""D 
Tbïbïb nD "jnnnD ûnb "jm; r;"npr; mo mn?: «ni: no rî:' 
■^D-nn :-::- r-nnn n-n mb^cinm ,"^n^7:N!-i n-i'CTob lEnnbn 
irn-i i^Db r-m;Ni mr:2n r-n.x-ir:b \-ind t-<bi •^z^'^yn ::":;Dr; 

i-in-no î><-'m3-',rm ï-rbnar: •::T^p^^ irmb -,e5n ï-!-:"i ••; 
rTomwSTon mjî'ir! ûr D"':T'brr; T^np-r ']-i-; i;i:itn ïrcro p^-d ■i:-i-'i'3 
£2mpD nn-^s rir-irr nNT ts-'b^yro-^r! ns-'Lîi'n r!E^::ym mr ib ion 
Y'y "^rwon -^rrr: "^.n Ti-'irn r^mm ir^an r^bi i^'T' xb -^d !-f3-,7:b 
•'D i-tb-'bn nb-^bn i"n ï=;"'N-n:rî T^oy-j ^r Nb nin r>:b2:r; lip-rir: 
■i"nD 'r: o-jp?:^ bbi^Tw^T -^"1:3 inba nn^iWN '—.jtnri ■'rr^i -i7:n Nin 
on-p nriiiN tsynn -::b -^abn \-i-i-:n b^x :?-!V i:inN n^rx^ t'T' 
s-iN nncrs lionp nnNT Szsbnj' iin ï*<^r: i-î.Nbcïrr '^n;-i72N?3 bjîTji 
Nb ^nDiiT ■^-im a:' ■'3 'OTi'pTi ira-i ■'-.;♦:£ r<!ir; n- r^-^mnK anb 
r-i:ia; r-tmcm i^is: ^v^ 'c^'n-p ne t^d73 r:30Na ^;• ■'n:?n "nprr» 
■^"j? i:7:n3 n-«07ar; ^:i7:n3 bN-ic-^ nbo^i Nbo T"-2-pT, oin-i Nb r;7ab 
r-i7:N3 T^Oi'» ^rio un "^3 ^t -inx -7 î-i-.inr-: it. cs-in-ii; a'^Oi*?^ 
hrx-iw"' r-inbb^ ^piops "^ba rii<b"i::> Nn'':Dm ■'^^■'pnb "j-iIut: r-îinrNT 
tzir^n tz^-^yiv srN ano r:;:3 r,"2'pr> tb-'or-' r:7:b n-^rn^a turso 

bN-io-' omp ws-n;n ' r;Tn:N -^3 tz^p^Nn o^s irn-Nb rin .7 
5>32:wN3 '•'DN T^ tibco "^nb Sr r-ibr-' ><b -^3 V-"~ iniX3 -^b nbo 
nmn Sy ip;i?2N -ribNn i'^CD t;5T ^îd-iin^û" ï-n^:- bo !-i;:2p 
r-:r"i30 -ibsT pDD ibn imiN ■^nn-r hî3i rnonb i:t^-i i-fn '^^o 
sn-iwX'o Nim —.37 13 mb-^-:; ir rrin ï-nr:- PwSj:-:: t=v:->r; r::ipbT 
"'ZDS ib-^r; ns ^.pobp ".i: ^d r>î-,i: Nbi: no;» tz-'pbsr: "^3 nbo 
ai-iNn û5 m-i t:"i^7û npiN ^-!wN-,-i ba ■^33 £3331» o?:?: 'nNn T3N 
\-iOTiN npib -^rTîN !-ï-ûb 1:7:7: î-rnpb'w mi'3 ■lr:^^i<b ^.TjH 'xr; 

* Voyez la uole -i de la paj^e précédeule. 

« On lit dans le • Livre de Zeroubabel • [Bel ha-Alidrasch, II, 56) : mTûyT 

T'bN iNi:">i ...-'bN n7:N"^i ..."';7:7: bNO b33TiT nwN-'T 1^^^ ';Tn::a» 
13 •ia'^3"'i ...n-'OT: Nin ■':n bwX-'T:^' p -iton-' nnbi b^nc*^ "'7:3n bD 
...1P1M n-'T3 npNO 17:3 ir:i73ii D''?:3nrT. Cf. b3i: Pir-'ii: mifp 

■^212, éd. Amsterdam, 11 b. Je ne connais pas le nom de TITi' "^""lî: comme désignation 
du Mitatron; il dérive peut-être du nom de bN'^'SIT: (Yalkout Reub('ni, éd. Ams- 
terdam, 27 a). Ailleurs [Hékhalot, ch. xxvi) ce nom de Mitatron s'écrit ^N'^IS"!?:. 
' C'est sous ce nom que Sabbalaï Cevi est souvent désigné par ses partisans. Le 

mot !TT'73N est une abréviation de ^1^T^ ûlT^ i:3b7: i;:nN. 



UNE LETTRE D'ABRAHAM HA-YAKHINI A NATHAN GAZATI 213 

bnan?^ vod:^! iiONin oi-iNr: p nwNa pr; r^3^n ^^^n riïJaDri tn 
"^r)! m-^bN:>;jc-'r! riNTr: riToiNn bD -^23 nmiN p t^mc t3'03 
Qw3 nb-T! riT ''^lipic î»<-n;rî t«<bDrf r:T t-i7DbT -,72 nb t-'mDn;^ 
n-i !-T3 nbu: i^b ir-i^inNi r-io-nN^ri Ti-'^y^T, ]-!2 n:3 Kiri'j irîiiN 
nrîTiN r-i;i72N -«pb^^ T'C:??^ iNboî (i. nsnT^xail î-iditonst mT^xn 
n;in-i nbn û'^'::-' n7:i< bx î*^;n -idt mpn f'pbx -nnD bn^ i"'rD:?3 
So-2 i-^nnb -im ■'i:n in "ai ijb "vI^-id-io ts^bnns tziron-i o^^pr^ 

ï-IjKNS y-i^ —.ly- ni:?: n::'-!b û^pbwN- c^x ir^mx ?-ti:i-i dn .8 
!-n-'3:? r-nm:; i-tn"in;n r;- nx Sdin ht rrbTi:; s*<"imn-i;*3 N'^n -"d 
t::n m^o:D ■^rnn D-^n-i D'^»"' -t ■'"DGn 'n 'n a-^-in-b ib-^nnri un 
!-i3-in iN-'i:!?:! riT rnx nt ij-^'^Db- -^d ï-i-ipw tsnb r;-ipT ma xb 
tp^\^ iMzi^ ^n^D ■>":? ^:"|;^n^{ s-in t«:)-i50 ii^n S:ib5 û-iiab tzii-rss 
•:pOD -^D Ssbri Mt bDT &n:?u;-i3 1313-1 "713133 mps ^d Ssbsrs 
£]iDn:?3n "[in bn:i np-ibn?: bD2 n^tti ûmi-iTDNs mpiirn b^ nr -inx 
1D1N3 tnii^'i 31 Si3b3 -|irr; !r-5b3b3n:i n- ar ht &i-!DiDr7 
113 N"D miinN i\x"i ^ï^^^ V^^ apc- 11N mbu: iwi jznbïj i^ws-^ 
t3ri3 !-t3r!N ûr;3 tib-:: 3b3 n72N3 î:3i-i7:N2rr nsiiiiN '— nn i;i«n?d 
DrNi nuTa niû^ ûTi nnirpc a:? nibiis ûiT^n-n m:'*i-n -inN -nni 
p^:: r-;-i72 Nn^i î-,ij«3i: '1-1 pni ^y t3m»-«b\:; niNirnb tL^biai 

.V:ni ittwS T713 lï-iDiiN 3ia b:3i nbi:73 
t:X]nn-:r; 'nr; ib -idiO'J J-i» lyb n-ini onp!-: i2i3-ib -idoni .0 
^.TjNi-i "iipor b:' ibisibN57û ûvrî N3 i"-id Snts?^ 'r;-i3î< '-ir;7:3) 
nbo V'-i3 v>:;n-ip ^5^^173 t3n-i3N '-in7:D tabon 'n- 1:2 ^b 
DiTJ3ip- innD ib—ibwxsb nib">:;rî n33i . . . -pj'td n3i3nwNb oi-!-j3ip 
ï^ibo 'm bN-i"::-' "Ci-p r3;r3 ^d 3mD r',ibbD3T ûï3 ncN tiT^Dnrr 
iTbi5 i"bn- t-i3'0 "CNi bo £217:1 n::p^ ay ybn- r-i3C7: ";i3i" 
."-îi- Nb 12 ipriT: ^N3b ûo ii^Nm ^n ^2 i3irb ■1313TÎN rni72i< 
1313-1 ■'2 !-i"-ii i3i:-nNb 3m2 i3 t;:;T p"3b ï-i3"C3 r-nb:irib -i-iîcn 
ni-i3T PN" aiipi p"iom piDpn ipî<i333 -jiwX ?-i":î< N133 Nin lainprr 
■ipri-îi rnNT rr: ip-i2r: Nb b3i< ,')-:nt V-N 3inp3 i3i;T7î< nbspi 12 
■— ,7:.x -j2 12 i-i:r>:;LN-i32 yj2'C bip p3 IwX -c-ir^iz r-rvcrib -2t CwS in 

.'n -,-:w\i p )i2i< ninio riT: nini 
oiiL2;-ipr; piprN\r ï-i::"i-n ■cmpr; 1313-1 3P2 ipb3p ^321 .10 
"iï:i2r! r:TC ib p^-jtp-o n:i3i3 13N p7:n ^j<3i i-i7:nx]3 ip-no -iCwX 
':;T;pr! 1313-1 -11321 Sisbi::*- iiT^y ni32 by :2y:yi iMir: mi:a 13N ^2 
S211 17J 12 t=ii'ayj2-iz luyin t=ii03 bD::3 131^1 -i3nb b2iwS xb nini 
CLipbNn oiwX 1313-1 ib bin»ii ni-ionn ibx bo n32rî ti:3iiT3 bi3ob 
i33r;i ai7:M-ir: 3N t2in-i7:r! Drni iy b-i37o 3br;i 353 iibp b2r: 12 
i23w\ tipbNH -ciN cnp- 1313-1 niTobp 12 172X3 3b3 in-i"::b piT?: 

.''w13N Nbl Di2b72 "153 "^b^ 101331 !-n31N1 

Sni7:o n"-ir!i732 fcinr; ipi:^*i is-'o tsban 'nb 3-1 ûibo .11 



214 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

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ï-tDnb/û bNTw-i by r;"wr-« ni- b^x 't;? n"OT "j-in-ir! "ja ^<r:- '-,d 
hi) r;?jD "j-io^n l^D-'bp M!>:d :n-irT^T ^iD-'pb E--:r:n m "^^r::"^ ir^ 
';■'■' mDHD 'T nnb tphl ï-nnsm n-^io nT«r nx- cxa icnc a-'iinp 
sr-inxi") c-npr; ira- -^rri t::pbm ipbn h^Tj"' t-inn iia^ra -lUicw 
p\N "'wTipT ir-rb T^b:? r.-n-ns r-j^sbr:"!'':- in-i-p r-.vpiwXi mr:::c"i 
.1:2^î"l ItrN CN-b brb .x-rr-'T ribrr-^i -br"» ^''pbNr; 
l-HN N",- in-na:;a c-^cn rNj:a mzn -"Z^ û-^'-zr, Tcb n^ .12 
nrc r<a::a r-iî:i?:T pin ■r\-\'''-'z:jri r^-i^'pbar, r^-br7:- — .-^a 'r, "cmp 
-T^iN "'rx ••'b:^' et; ■'b:iD -ipp-^ci mnb c^-iw- -^aaïaD ■;2"b"j nai"» 
-pbr 'ïv::ni i-mb-y N":;■^^p Np-in:?! e-<72iD-2 ^-na"» r-ianab -p^i-z "î^t 
bNi^w riOT" by-ï ';-'Nb''3'- 'j-'Nb-^:? 'j-'-'n -m 111m 'j'^^n ï»<biD b:? pb-^^ 
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Nb^-'r; "3372 l1"'730 nt^ ' V'-^mya irstiaD ■^pi:p72t \x-ipa nrr'N p-'OTDi 
qi:::? r-i-^pbxr; r;7:an- r-.:i::Na "^i-.a r-ri:-,7:N cw t-^cip N^rTCT 
n-T>N7:- im-N pn7:x r:n\s"^ laT r;"a n-nca ni7:rb rra'-'i n-'-a 
■'-,Nn wTTpr; ira- î:^' a"aip 'jT'brr: ''-r'r:ia ^«^-,-,: cibn abm 
nb:;--' n-.-T: 'p-^7:wN- rrc^z r.-ziia t^.D-^na ■i;7373 ^t^t r,"y ^^-:<T-, 
-ppan.N zb-,r ï-ar:i\n Pinp-^ ï-mi72n Pibiba lac laiNa ';7:i<i i-^x 
a-^ra-n n--p^r;--"i -:i7:i<r: -nx ao la in"'")- m^yr, r;s iNaai 
iP2i72Na "tJzy xirti aa-ipa ';\n rrn ba- rn'iP ""ti ■'b"a a'7:iT;r; 

. n7:T;7:- apbripb "^n sbn 
uPiirpo ar ribbir;72r: riK-'DiDb pabb tzz a- am r,:r,^ .14 
ab br lani bx-ic-^ -nx ■'•wi-pb nrnpm q-^-2* -an a"'7:-7a r:bb-,;7a 
ipb7:n iva nr-i-'bN. -i/'-in br n\vc-' n-c-;- pnx r<in bTT:.r; — N-;r: 

• Midrascli nnaTN n bi< {Bot ha-Mùlriuch, 11, GS). 
» Hèkhalot rahbati [ilid., 111, 88). 

3 Imité de N"nr;;- Nj'iXia [Sanhédrin, \',a). Par le mol de 'jnm72, Abraham fait 
peut-être allusion a Nathan. 



UNE LETTRE D'ABRAHAM IlA-YAKHINl A NATHAN GAZAT! 215 

ib b7ûi5 ^7:y ^D inb.sc r:-\s "ib t<:b7:^n in^::bn ^iwX mny ■jz'îûb 
iru-i nb ^p::r bLs ^n-pp-= ^^r:^z^ vrr-N cbn? r-r^s -^d mon 
r-wii'nc-' ir::-i D^ snvpbiîr: ^^-n■i7û ■'s br r-;*:;"'^ p ""^ 'Ci-çr. 
n-^-i-'nwsn rr^iibnD -^îa-.îû vi:3 n-'-iivo cm^o n733 ï7:"--'i n^x-i-'n 
bob nb N-,n n-^m n^^ni::r! ûbiy ■«■^nb û-idt û^pbx ^r^b;: r!;--i 
br n^v.-û r.conn ~b n^rr ^-nn:?3 D5i ar!^Dn:a bs b--^5 -ion n^vj 
o-npr: v.^^n u^bon Nin cioi^ map:>:: nnx ('?) qor ^3N ^d -pyr. 
rcDi-jH nb^En ^nb^cnb ûo ^:n Nmpn û-^^'O û'cb ^mr:;^ bsi 

.V^i*"! IT^N w-i-pn irni-ib nfov ûibo 
£=r;n û^7:^2 !-Tn-''7cN n^7:rNa n^-'"'" "^ ^''~ ^V'^ ^^ •''■' 
-,"-,n --n p^iirî n-n qis -iït --nh?: V':p m:o Se 2-=)-n=>:n 
i^m;D73 in:i72J< ^o;n n-ann mbn73 hj->:rwx:: f- V'n2 in-rN 
mpn tnmcnn rx n-i^'72 n-m rT'-i^ ir;i-N nx r-ncn v-:;rn 
tsn^n nn^2 aa ^d S-bj- yn^v bx (b^) '- n-= ir.-hv m-7:"i ^nt:;- 
nso- TCND -i^:>T n^i> bon !-!:i72Nn n-wX72T nancn- tn -i-n>"73 r-r- 
£i;^D-nn7:n tD^72^3 ■îw\7: -N7J i:2r;ï« ir;nwSi ^-i^b ns on-pn nrzn? 
rm::-on Sd n-^D f-^sn 'zo -b- V^D^n ^;n7: >ii;^ rn:m ;=r:r7 
rionnx r--^n- n= nb c-> -^3 r^ona nb r.n-i -wV2i02 ûc imnsD-c? 

-mis:; S NI 73 c '-n73D V'^*" n">^'"P f^"'^""^ -""• ^"^'^'^ "''^ „ 

^3 ,3 ^^5 Pjç û^3cr2n a--i2-3 r-îT^rùb m-psb n-^p373 ip^3 
s^bij^b 1730 'n^ oTip 3b ri:n30^ Sn v:d rrbnN ^:2 rnr^n 

r-^ poi: onp- ir^n on-p --t Si:: bN r:nnro73 N3 -:ni 
rrb^^ i2np £=73ii^ ib- ûnn^ i--î n-T-i niN n^N"^ mo 5N t-î:r:N 
iNn- i3nb^ ^.3>' n^3^iNi nnno- vbx Snto^ Sd -^r^*? irr-N 
n-n -'1 n^:-. c:no33 -,3ro^ ^<"^ r^ripn ûnb sn-nr ^bi to-d-i 
,_ „^^- ,.....^, ^s,-, î^''3 ^rhb 3:-. r<b n-^^n^ i=m ibrN- vi-t^^p 

.•i>:Ni I7:i< i^b-r^ !-T3^or,3 
1-i:-n-. i:x rr-^no; y-ii bx ir;Tis ro-bn r-.nNnn n^n bn -1' _ 

3p:<n -;3b n7:o-^n vj-;v vsn^ r^i n:o rtr--i 't=:-J-in3 r"-^^" 
'nb ï-in-m t=2"^>3y ^ro-i qi-io-^ -nv7:r: b.v nr3 . .3r::> riov ^o vS 
N-J37:i -nm :;:>b3 mr:bm -:mN 13^' n\--73 -d ■';73N1_ V-^^ no-r:;- 
Sso ^315^ 3-1 a^pmr; t]pin"i a^n^^'- ?v^ ^°"' -310^3 r:r-3 r-"* 
_,.,3,-; 5:::n-i3N •^3N n-:>]C ■^:r-3 r-73 --t ^m73 -^b rnn -=o --3 

Dans cette lettre, l'auteur, après avoir accumulé les épithètes 

i Dans r:73ipr: Tli'^O, § 67. Kordovcro croit que le C-Jim ^073 répond au T 
du tétragramme. 



216 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les plus élogieuses en l'honneur du destinataire, qu'il dcjsigne clai- 
rement par le nom de Nathan (§ 1), dit à son correspondant qu'il 
a été profondément allligé et violemment irrité des outrages dont 
lui, Nathan, a été victime de la part d'une foule méchante et 
impie. 11 déplore surtout qu'on ait eu l'audace d'excommunier 
ce Nathan (§ 2 et 3). Apre? ce préambule assez long, l'auteur 
parle avec admiration du Messie (Sabbataï Gevi) et des vi- 
sions concernant le Messie f§ 4 et 5). Puis, il raconte que 
Sabbataï a enlevé une fiancée et refusé de la rendre à son fiancé, 
quoique celui-ci affirmât qu'il avait déjà eu des rapports in- 
times avec elle et exprimât la crainte qu'elle ne fût enceinte. 
Cette jeune fille, que Sabbataï a convertie à l'islamisme nsiarm) 
ti''"rNr7:'j''r; r',-:'^:^:'^), a mis au monde un fils qui ressemblait 
à son fiancé. Il était donc prouvé par là, dit Abraham, que le 
vrai père était le fiancé. Du reste, Sabbataï a affirmé par serment 
à Abraham qu'il n'avait pas touché à la jeune fille, et Abraham 
explique le rapt commis par Sabbataï comme un de ces actes mys- 
tiques par lesquels le Messie essayait de réparer les bouleverse- 
ments produits dans les régions célestes (Z''iv'-:y t^rp-r). Cet en- 
fant, malgré sa ressemblance avec le fiancé de sa mère, passe 
pourtant pour le fils de Sabbataï auprès des musulmans (nrnN- bD 
n'^bay^'C^- rNTr:). Abraham ajoute que cet épisode, qui eut lieu à 
Constantinople en 1666, causa une vive surexcitation parmi les 
Juifs de cette ville et produisit de nombreuses défections parmi les 
partisans de Sabbataï. Abraham lui-même s'en étonne, tout en 
déclarant qu'il n"a aucun doute sur la correction de la conduite de 
Sabbataï, qui, pour lui, est le vrai Messie. Mais il ne peut s'em- 
pêcher d'exprimer sa surprise que le Messie accomplisse des actes 
qui égarent la foule et l'éloignent de lui. Il trouve aussi singulier 
que l'enfant fût élevé comme fils de Sabbataï, tout en ayant 
comme père l'ancien fiancé de sa mère. Il prie donc Nathan de 
lui donner des explications sur les faits et gestes du vrai Messie 
(§ 6 et 7]. 

Abraham ajoute que depuis que Nathan a été excommunié et 
expulsé de la communauté, la discorde sévit parmi tous les Juifs 
de Constantinople, excepté parmi les partisans de Sabbataï »?; 8 . 
Il lui raconte ensuite qu'Abraham Mendal, arrivé de Gallipoli, lui 
a rapporté que Mikhael Kordozo, de ... a envoyé à Nathan un 
opuscule où il annonce qu'avant que l'année 5434 (16'74) soit 
écoulée, tous reconnaîtront Sabbataï comme Messie • (§ 9). 

' Ce fait est con6rmé par Sasportas. On lit, en effet, au commencement de 
la quatrième partie du 122: 'rm; Pir-^li:, ms. : bm3 nil-'S: -,S073 'T p'în 



UNE LriïTIlE D'ABHAIIAM HA-YAKIliNI A NATilAN GAZATI 217 

Après s'être excusé de n'avoir pas encore traduit (p\n:>î<o), 
faute de temps, le mémoire qu'il a composé par ordre de son ami 
(§ 10), il adresse ses salutations à Samuel Primo (;^ 11) et à Aliron 
(^ 12). Il parle ensuite avec éloge d'Elie, de Pologne, porteur de sa 
lettre, qu'il recommande chaleureusement à Nathan (i^ 13). Cet 
Elie était déjà un partisan dévoué de Sabbataï Cevi, lors de son 
séjour à Smyrne. Plus tard, il s'établit dans la Galilée supérieure, 
et quand il fut dénoncé comme adepte du pseudo-messie, il se ré- 
fugia à Sofia (§ 13-15). Nulle part il n'est fait mention de cet Elie, 
qu'Abraham désigne comme un descendant de Raschi. En général, 
Sabbataï Cevi eut de nombreux partisans en Pologne. On sait que 
Tauteur célèbre du nn" "'-nij envoya son fils et son beau-fils à 
Constantinople pour rendre hommage à Sabbataï *, et que de 
nombreuses communautés polonaises lui députèrent encore des 
délégués quand il avait déjà embrassé l'islamisme -. Ce furent 
les Hassidim et les Frankistes qui profitèrent ensuite de l'agitation 
créée en Pologne en faveur de Sabbataï. 

Il ressort des ij 11, 13 et 14 que la lettre d'Abraham à Nathan 
fut envoyée à Sofia ^, et que Samuel Primo, le secrétaire de Sabba- 
taï Cevi, se réfugia aussi dans cette ville. Les partisans compromis 
de Sabbataï paraissent, du reste, s'être plu à Sofia, dont les Juifs, 
d'après l'affirmation d'Abraham, s'étaient déclarés en très grande 
partie en faveur du pseudo-messie (Tfiy nnii). Enfin, le § 16 parle 
d'un Samuel Gandor, qu'Abraham prie d'écrire de temps à autre 
à sa femme, qu'il paraît avoir laissée à Constantinople. Ce Gandor 
accompagnait d'habitude Nathan dans ses voyages; il s'était éga- 
lement rendu avec lui à Sofia. Baruk raconte (p. 14) : t::nd ^rr-\ 
ni'T^n Zi'^b inx-^^ -.■^rn ■'•:::w\ "ir^wwD , "'biDn:'^'-i-;:Nb ir: 'n ni-ip- 

s-irc^c ripn b-n s-'^p?:! ,131:20"' [rr^] h:r cnb 'j-'.su: i\-nn:23m 
3rr)- i-Ti . nbix:;- DOiDnn n-':^ bD by rrrcn CN-in i"br<- 
■':n rc-2y !-î:m . . . li'in >^brî : lo^rô t:"!"i::"w72N i.sDb nrso 
ï:;î<-,a i"Dnr; nrC2 . V^'P" ^^ ^'^^ xirr:: 1-172 -c-iui^ l'^yo 
bniD rii-^i: ni'zy Cf. . rnbiNr.r: -b^nn aib":;b irrxipb ^<3^: nr-w- 
^Di:, p. -ri. 

* Ce fait est rapporté dans nN^pn min d'Emden, éd. Lemberg, p. 14. 

* Voici ce que raconte Baruk d'Arezzo (bXTw"^ ""^Db lll^"!, p. 08] : mb'^ripr; 

tiTiibo rbN inbc ii-'r-nx "nno m -73 'j-'b-iin^o mc-npn irT^'c^i 
'-I 3-- !-i"jr72 "'u;;wS'i czc -^"CjN C2-^i^cnn c^^obcn a-»3n- n"- 
ap;'-' 'n ^ib"*^'-" ^3";"?3 'n , "i-'iûcnpT: ou) ';-^a"::inp3 — iTr-'bN 
Nim iiîDb iw\i3"'i .y-TTcp?: •miri"» '-n ^n-^Di^o rryc^ '-: ,-,wNnc: 

* Nous savons encore par une autre source que, vers la fin de sa vie agitée, 
Nathan s'établit à Sofia et y mourut en 1680 (voir Graetz, Gesch. d, Judcn, X, notes, 
p. lui). 



218 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

kN , 3-in ■'Db ûi?7D iDbr; ::773Da ^i^rTîN t^*T^5 un? z't^Nw n:: 
,'z-cb N2^-j n^^wTi n3\X"^ ib -ijjib ni7:rn '- iwX '- ■rxnpb inb-j 
",m?:">-ir;rr nbios^x "i^rm 2m . t:-^ br ï-rbpn -,2T r-x-^ i"- nt:-:: 
y-iii bx -i-:;' -t;:; iSxT:"w) 'nm î»>:ir; "fb^i .r-rbb i-ir-i-ism 
. . . !-TNii:"«mb »— rrb ^^ ^^-,1 r-T^rwSs -t-r-r: ys-'i . . . MN-'Tirr: 
(Sni7:"C '"!) crnr; cr nyjp r--N ï-ir^^^ -m::o nb-^b nnrm 

. . . "m:3 
Avant de terminer, nous allons encore donner quelques infor- 
mations sur l'aventure galante de Sabbataï Cevi à Gonstantinople. 
Aucun des nombreux documents qui s'occupent du pseudo-messie 
ne dit un mot de cette histoire, et pourtant nous devons l'accepter 
comme vraie, car Abraham ha-Yakhini, qui la rapporte, était un 
fervent adepte de Sabbataï et connaissait certainement ses faits et 
gestes. Je mVxplique ainsi ce silence. Diverses relations s'accor- 
dent à attribuer à Sabbataï un fils du nom d'ismaël, mais diffèrent 
entre elles au sujet de la mère de ce fils. Dans une lettre qu'il 
adressa de Chio aux frères de Sabbataï Cevi, Nathan fait les pré- 
dictions suivantes au sujet de cet Ismaël : "^n-T^ "'~ r::?:N: li'-n 
Tbi; n-'n"'! ,rz'Z ''r^azrz'C^ ''■2'z \-rwb 'rb^: p nir> rr- ^-'.y 
Sn;'::"c-' 'h -,7:n: -pb^n ,rma an n:::?: n-:-'::-' -Z'O :;'"' pn /o'^r.-n 
■■'n ''Ti^r^ -•7-' û^N t^-iD 7-rrr >^'im (Gen., xvii, 18) "^-^rsb rrin-» 
ï-n»nNb i—nizy-'i tii-'p i-t^-n "i--^ b^' ^d [ibid., xvi, 12) ^n bs 
mna rnncr:^ yen yx "r .iirN"' ^;b\:: . Ce passage se trouve dans 
le ■'2:: bm: n^-'j: complet de Saspoi-tas, f' 124, que j'ai en ms. 
L'ouvrage imprimé, qui est très abrégé, ne donne pas cette lettre 
de Nathan, mais il y fait allusion dans les lignes suivantes : n^-n 
. . . "-j: \nrwb "bn: p ■;- tznb p: -.wN* m^n '\\ri r-c ir^rczVi 
. . .-,7:x 'NT! "irNn^:^ xb-n . . . r-r-i-^-^pr; tîb r;:vcN-r: nrsi:: cn 

iTjO toinp-' Nb p ib -ibn DwX i-iTN ""rN ti::n . r-înmr; in^b ex 
.(éd. Amsterdam, p. 35 j-^z^i bai2 n:i:"'i: -^r^-p) bN^'?:w' ex -^r b^-w-^ 
-i^-'T D":i riT yr::! . . . s-'C^-jn: ï-nCDian pinn-^ -z-rz ^n "'^3 
.— r-nptn Nb "^wi . . . '"tn;-;---^ t:- t>i'-ipT p ib ï—.t:"' t (ir:? 
r-î:;'7:'wn fc-.n ^:tni , ?:::c tz-:: bc) in-i^jn m^N-ib :;■'-"• ^r';' 
''-^iiz"!Z'Z^b'\ -i7:wS; i-'b:* -n::'^i<3 ib -bi:ri pnci /T"rCjb nmpp-îî- 
ï-n7:"iNn br p-b n-'w/:- Y-'-'^ "i- """""i (Gen., xvii, 20) ^Tr':a 
(ny*':? "n3>pj. D'après ce passage , Ismaël aurait eu pour mère 
l'esclave que Sabbataï épousa après sa conversion à rislamisme-. 

> Abréviaiion de T'iZ'i', TT^IS, nnS'J, ~1Z. Voir Aboda Zara, 36 J. 

» Graelz, Gesch. d. Jiiden, X, notes, p. l. L'ouvrafre "^ZiC m;'~,"X7: dit qu'elle 
était polonaise, se uoiumait Gertrude et faisait partie du harem au sultau, qui l'oifrit 
coœuie présent à Sabbataï Cevi. Ce livre parle encore d'autres léinmes de Sabbataï, 
mais il contient de nombreuses erreurs et ne mérite aucune créance. 



UNIÎ LETTRE D'ABRAHAM HA-YAKHINI A NATHAN GAZATI 210 

Abraham Cuenqui * dit que la mère d'Ismaël était Sara la polo- 
naise, la deuxième ou la troisième femme de Sabbataï. Baruk 
d'Arezzo dit également dans son bvN-'J-' -^s^? 1ti:3T, p. 18 : nON nnx 

. . . nrr-.r -1-3 nwS b?a ifz:iyi i^^r^ û-'73-« ï-iitoo pT /p "ib n^m 
r-î73"w n.\ Nnp"'") m ib mb-> in^n ,-'3Ti73 bi<r7:ci i7:o n^^ N^p-'i 
(le nom manque). Dans une lettre adressée à Josei)h Philosophe, 
père de la troisième ou de la quatrième femme de Sabbataï-, celui- 
ci donne une troisième version, d'après laquelle la mère d'Ismaël 
aurait été la fille de ce Joseph. Il dit (Baruk, dans TnDT, p. 22) : 
^3b -i"i3\:j72- ni- y-iNn b:' 'j^-^rûr, >ii- ^o^^^ uybart ■«i:^^ "^j-ni^ 
'^ibwX ^^a i"-in"i "]:nn •^:n ']\^ -laann mNas: 'n û03 . . . y^xr: 
■^n;"!"» \-T':;-i \-nnwS nriDj* f<T; ln7:n ï-ro'i- h?3^7a •^nCwNi n-n-n 
...l-i-ûy 'nb nn ûiDnn t=;rT-i3NT bayi^'::^ n— ,2-r; T-r:-2 ^vd ^^7:n 
On voit donc combien les indications relatives à la mère d'Is- 
maël concordent peu entre elles ; à mon avis, elles sont toutes 
fausses. En réalité, la mère d'Ismaël était la fiancée dont parle 
Abraham ha-Yakhini, mais on désigna Ismaël comme fils de 
Sabbataï pour laire croire à la réalisation de la prédiction de 
Nathan. On comprend alors pourquoi on ne nomme jamais cette 
fiancée comme mère d'Ismaël, car il aurait i)aru scandaleux que 
Sabbataï eût eu des relations avec la fiancée d'un autre. C'est pour 
cette raison que les écrivains désignent comme mère d'Ismaël 
tantôt l'esclave épousée i)ar Sabbataï, tantôt Sara, tantôt la fille 
de Joseph. 

A. Epstein. 



» Dans le mi<jpn PIIH d'Emdea, à la fin de la troisième rclalion. 

2 L'ouvrafje J'Eindcn, p. 3, donne le nom de la première l'urnme sinyrniole de Sab- 
bataï ; celui-ci dut la répudier. D'après les récils suspecis du "i^li m;'mJî"J. Sab- 
bataï aurait épousé a Saionique une deuxième lemme ut l'aurait éf;alt::meui n-pudiee. 
Après, il se maria avec Sara la poloiiiiise. Doiii; la iille de Joseph qu'il épousa ensuite 
était sa troisième ou sa (piatrièmc lemme. M. Graetz (X, notes, p. lu) la désif^ue 
inexactement comme sa « deuxième lemme •. Du reste, il parle lui-même (X, 206), 
d'après ^3^ n"l""nN73 (et non d'après Barulih) de deux leiumes que Sabbataï a ré- 
pudiées avant d'épouser Sara. 



LA FAMILLE DE YEHIEL DE PISE 

(suite et fin ') 

PIÈGES JUSTIFICATIVES 
III 

3. 

Lettre de la communauté de Pise. 

-c^2 p"p TwX-: r"y î:"-ti bx-'r:"' -i"-irn7:D ^'.ib r,:irr. zy -rp 

niT'rDO "^D "^"13" ï--brîP .ia ri7:'w' tizr; "ib'Pi p-ii: "^^n V:i"' b-^s 

■^-^i ■p-'' -::-':' r-:Vrw\ z-.ii n:":N- . r^^:N^ 'j-i:i-' n':j tcx £2ip?:a 

:=:'^-2r;"i 'i-iC C-^nn r^3- \nr7:."j "jy t-;" ^"^iza-m r-r.TiZ- urT, 
J-ibN "7^3 turr^mTonnsn -^-m tr^-'p-bn i^-'irnb ni?:;' n::p t=:"'":;"iw''T 
r;"o'î: p"p n:n:NT y-iNn bD "p^x b:' n?:o:?n -iniiT! ^:n ^:-:j û-'n-jvr: 
CN"! wi-.nrs 'ir-^n £z"'2'v:)t^ irreN S=;3-,pm 2--'bi< '-^^n-ip- î^"1j:-' 
ytr, ^-,1- î-<:iT:b r-i2n-sj<i nd ri7:npi< pb . ^wSib iz:; -,2b n*:: wsb 
•jm; tojbi ■'2:n ti:''-!3T c-^n Nb -ex::-! . m^T 1:^21- •'-^jz nN:wb 

. . . -::-N "ww^ TN 

br -i2j:rr-' Nb-, czb :ns-' t<bc Eii-i<- "^irib -.cen 'N -'- n-- r::N- 

•zzrrby bn^rnb ûin n-'-'n'C b"T-i i;?:*:; DmN by pw bDT a-'m-ipr: -nr- 
T^ni^bT T^Nwb Si* -iD !-î-nn !-t-i72X . C'^r-Dn nnnîN): ciwS-'irir: ^wN 
rimnpr; i-ibipar; in-,ni<bT -prxbi innbT 1:2b T^n^sbi ir^sb rbwS n-npn 

• Voyez plus haut, p. 83. 

* L. N"~|"^, voir Zunz, Gesammelte Schriftcn, III, 208, ou T"ni, abréviation de 

n^nNT i"'72n-i ■^:"<nt3"', Ps., cxix, ". 



LA FAMILLE DE YEHIEL DE PISE 221 

nnN nom nnx tii2::> "lir^ ^■d -^d '{y , 'ijt T^n^bn iWNb 'rx:: t^n ■'to 
ti7:no 5"t '^-;^3-n : tnbD V5":;bnc3 nni« T:;m Tnx Ci:^'?:! X ûd; ('xr:) 
TON ^-nrî b^ nVn 'iniD- :û-:;d7: !-tt pv Nb nnoN î*«ibî< i-.n-:; i^x 
.'7û^:^^ rsNbn iT^xb '"na tiûnsm i-iN->rb un "^^ 'kn bbs 'j-n -«d i;n7:wX 
S^ to:i -i7:Nrîb ">ni<-i r-i^r; -.-,/:n t^b ^n ■'s n- i-^iza izuTzar, 
"■-a tsiry mnDrr n-in» N-^n Da nPT^-b !-!-ii:>-l3](3) •c-'N- rrjx 
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m:T^Tn-2 a-^s-'j'cn a:; ■'a -,7j1wN l:;'::3i ai-^r; bD 'n PwX-,-'^ rr-riT i-p-ci 
NST» abij'72 rrr; nô . a-'r^b^'s rrr; pm inDCTo ■'by pi7:i:p3 r-rb'b 

* Job, XLi, 9. 



222 REVUE DES ETUDES JUIVES 

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. :=:^-^o NTi 12b ï— nx Nb nrN— 1 -2-1- f^::?: rT;-,r--i r-,::"'"'in73 
-w=wN ^s ■'2 "^-.Tci^^ P-!T rîî r,- t=-'-rno "^^-z-; .sbn '-^-.n '::wX-' !:ni 
n-.TûN '7i:'n £:::''2"'"'nn;:- 'r^-:: r^n:Nrn innri;'- î—.-'brn bwX t«<nb 

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"n-^ D"^r2-n ■>:•:: T^b:> np'i::-' p -i7:j:rn ins nrn nrp vb^ £::"»i-ûir 
-îcnb p-i rrr:"' Nb Itsj:^- -3 ••■2:^^:1 nnis nm .'-î?:n:m lis-j:;'- b"-i 
nbD -."war; -iCwNIst ce» npib -"wN n^j^Nn bïî i3Ti:["i][-<) -i":j3- "j-rs ^:ti2 
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a^brwS?: ■':-'/:t i".:im ■ji-'t tsnb rrnrsT ï-!nc;:3 "-n abirn ■^■'na aiwNr; 
";CN ■'ni:;r! -n^n y^'c-2 "Ctzr, 5:rnp p nsirrm r|i:jr; ï=;T'pb STiii^; 

-,-î:i3 r;2n::b i;i-,2t Tbn ûb'cr: c^n^- -mj: "-r ; -Nzb a-'T^rr -.:r;:N 
TtZiy n"''»n •■;:- -,wN a-^nn a^-^n a-'X-ip; anr: "^nni? t:^ TwwX a-'p-'-ii:- 
Prnn m7:bn3 i""wr: ■^aiTz T^:n nj« *]'^"it7: 2x-c ^^:' ba "a ï-iti 
ncw^i ^i^y Sa imTo -^-nN -^a tiNT -n» r-ra-in -nao !-î\-n::72 ai-'pi 
r!\a"i:?r! Nin nbsa T'b:' V-"'^ a"': a- -^t^ br d*^*:;?:! f na73 -pcrTa 
. m72ip7j iroa rr-nn- p i-î\s-i !-;t hy «■'372 -«"m . "n r.'•,^:? ib^an 
'72N . -,a 'jz^: i-,7: T;"y ira^sn aa'^aN amax bx rj'^ar; nricNnlain) 



LA FAMILLE DE YEHIEL DE PISE 223 

Tûc* PN DnnaN hy ^"^ N-^nn iST^b aDCSn t-ipn:c ï-^.Tw:i'b -^"i ']-- 
in-^3 nDT ■^nnwX t=;r;-i3N br ■'"■^ N-ian ';:?73b '7ox r;7:b ':3^m n^b:? -i2T 
"jr^wb mnDb nb rrrr . nm» -«-inN tsmnx ^z? >«î^3'^ !-t73 "^d nnnx 
CLmnN b:^ '7:wX t^bwS -i~t — wN mnx "n-'n bv mw-iT ts-^b:? N"'a- 

L'i-'n ûr: nCwX n-'^'n- "j-ia 'n -^"b nToir n;i"i:? an-inwX ibwxsi DwSa:' '^^212 
r-rrb r^7:T7^ z-^jj-o DwX t-rriT n\:;-iD3 Ni:?:»-! s:; . ^^T- !z:bn;'3 ï-in:? 
'7:n r-n::72T rrnn m7ûbb non -^r-n :^"'TT' tr:^:nb nx- ï-nD-rtn b:? 
^-nn ^nDbm '^n^nn ^nT::a tsn -imb !=;3-'j3 ï-iwX tzim.x c:n-72bT 
TwN r/crar, b;' sr;^:3 rz-^i û2^7:-^ 12-,-' 'ir72b . 'vr, ^7:1^31 '^nDoai 
tziDb nnb , y-Mir, by û"'7:cn '^72''n t^rib nnb û3■'m:3^^b i"-' -•:: w- 
h^:> Q-'-^n ï=!ni^* ibxD mnor; 'zzrrby ï-7br7:o Nb.\ mrrb ib rrr: 
. "07Û73 y-xn b^' yiwN- b:? L]^7:ar: ''T:'^:) '7:nc i7:d yn^s- 
ûTO-b 5Db ■û'^ r;7;D "^:tti l]"^'^:-'^:- cpx 2b b:^ i7:-'wi ini r;ni' 
bbrn im-r: b:v'i TinD inn-ù7:i "i-^tj by niTQ-cb-\ ^-^na m:7:r; b;» 
ûnn TCN r]"'3i::r! ûD-'r;'7:-i rc^Ta i:^-2 i-ijiy n-'-'n û- t:.\x s-'-^n- 
Tn nn7:":;nc iin-i 1di b\-m tce: n7:"wn -t bb;m -";' cr-^SwX sr^mn 
nsT:: b;* û-^nirro Y'n d^nid a-'in- ii-^c "îir; .\b ■'D ■ib"':;n T3 -i7:n;pm 
p'i;^ "'2j« bvp b"'^ 'lia ^Dnr; "jud r-irb-, ib'ri-'i ■in7:-j"' "^î^ t::ri-»2N 
tDbi;'n b-':; .b->:i-« b"':; '73X . in- ■i:-i72X73 mo"< 12 iCwS n^ n73C"' û^n nbi-^i 
::wD-3 "^3 riwX . in n7:-w"' ï22n nbi-o s"nN '7:wxn ï>43- nbi:>a b•':,'<^ r,-- 
t=;2n nbnii ■'S -i7:ib ^"^ 72"-3 û";pn::r; j-..\ --nb ^dd ïii^--' ^nnrr: 
'■«3 nn?:"»:: pb V3N2 ^<^r; c:» niz'::^ ïzisn p b^* acnn . "13 htoc 

. . . nb ■^Tw-' bo i:^:-i-n û■'p■«^^ nb-:iT 
tzsb t>i^:i7:N 13 ïr:vj !qj< nrj nni< "janx \xn nni< ^:ï< ^-l^sm 
^-l-n p'' rr'n-iDm s— i3i''nn72T n-'iNi r-ib:;i372T nbi^D ï-i-^n; ■'"i-, 
i;n "CJNn?^ r-iNb7a b::' a-'"^"ip73 ii^-^ib i21-,3T ûd-«3N3 '^ni<2:7:i '^nbn 
^"'n:-b '7:n -ib-c?: nro "t^d;- n-DC3 m"^ Y-^-" ^7:b':j '::i«7: T\^o 
ra b-^renb 'izn ib-'wSD -in-N b-'Hinb -.^'jwS . Nb7:N cn-rn-iiriwXT c""i -«nnN 
nn-x -^D "inyï û-^^nn nnriND rnanN pis mxbm -^"^ rsrtx?: ■'3 -^in 
n^-wNT '7:nd •'"•en n3-N7: -^D iiw b373 iTaini [1. û-irin] (a-'rs-i nnnsi ^"^ 
!=;nN Y^ r^^^ • ITiJ*'^ ^331 Y^s: ^33-1 '733b S33 ^T;bî< "'"■' rs 
bN û3^-nnbT &m3Tb in t':3 n3-N br tin7:i rc^j i3b ::^'3^ ab'C 
b3-: nb-'iT-bi nn7:-:;b ]r;" n-wSi a^nbN ■^rrs n-.c-^m ri3i::r; '^--r; 
n"c\x3 rJ3D î^N d:> t-î3T72 D^:3r: mx r-i3T7:r; -^3 ':3b73 -prjij^i ni: 
■'lo by mmnb "j"^ '7:n"i ■i"';3 art ■>73 -1^37:3 '7:n p ■'--n . i:n3T 
rr^cx-'. -icïî N"i:i^ bwXiToà -i"r;7:3T pnji-i -,"r;-:3 '7:r: 3rî77: 3-^-;7:n:r: r:a 
ûn-Tn-Tjiix '7:nb -^-î n'm . Nb72N arrrn-iiriwS-i 3"n:< '7:nt . m:""' am7:-::: 
^■^n;- -i'c\ j— n-ijiiwX ri'vao by TiTonb rrrrr' 't f-iwxa a:?:» c^bwN 
^y "npnb i;b •o-' r-rn:> . £*<b7:N t3-b r-innitiN 't '72N nbN3 T^iab 
-iinbT "ci-nb ^-^^ !-;-i73NT . mNb73 '72- r-!7:7: ibbn r-M-ii:iN n^cr; 
t=i-^:3LS awN iwX 3-T IN no3 f^in ûwsrî ï-îbs- î-.i-jciwsr; "'"iNb7a nnwS 



224 REVUE DES ETUDES JUIVES 

riNT r\oz- i-in '-,r2n '»n72d ^j:î<r;b fc::m -iffii< n-'b;-',):! r-i2i:j 
ti03 Nb ûïin 'j-'N inrriT n-nt . 'in r-r,j:iN3 1p; D-^bm pnt arîïn 
i-ii'ib ""wt: i-Twpn "n^* . rrr'bsnTs Nbn mai:: frriN Nb ant t><b-i 
bx ï-ix::M '%nr-;2 -,:iNr;b crn"» ncN -nn in :ib-:; n^bt: 'izr, un 
-n-inru; ::r7:D . -nx]:?: «bi t:*:,-! î-rN"in Tin m-ij:'.NT :>b'3 m-ii:nî< 
-i2:Nr;b ni- sa i3-ii -.^tn nsb?: '72r! rrn r;:m inx-^'^o ni' ûna 
'7:nb ^2b '^nc: '^■'N -i7:Nm 3-^-wn cnt . rm-ijriN?: mn NiiT^T '\nDnD 
r^nb b-^nr nrr nON p-'ni -wW^n mxb» '72r: rrn i-iba- m-ii:iNr;"w 
l-^b-2 ^a-'-wN -^rx . !-rbN3 cnm ';2X-' î«<b fbpn-:; bp s^bm . mn 
r^T-,:iiN "^r '::ibi nanb "^ncb b^* -,rb^i -^n -.2-; -^"^ m-i -^2 '■:iî<t 

^^"^"■'"lU^r; t=-wsr; ^:d bi' ^i2n-i7:r; ciribN mi r^in riTr; n-nr; 
ti;^;'3"w br )-!bj:N:T -"rn"^ b;- ^-rn; — wN rrnr, N-r: . N-np i""" -wN 
rrr- ><-- . ax'^b-N-i Swsbria '^y mrr. ncx mnr; ni- . frpîn 
r;;-i2-' p abs br -r: -,wwN m-ir; n:- . ",-'* P r-wi-"' by nn: -,'wi« 
TJN m-- wN-- . r-w-'bN br r-ibrcNri in^bx b;* nn: -,cï< mn- n'- 
. -^îicb bi' "inb7:i •'a -,n- '"'nb^ mi ';:n3 r:"r ^b;:r: nn b;? nra 
■^-bx m-, in-r; m-,r;c ni- n72w\ '?:ibi n'cnb r;?: "wW* rrnr bsri 
nn TwN m-in N-,r; Ti^rr-c ^:?:wxr; r-cT -,wN rrbwX br br -n: 
r»-!":.^ br rr^rr^'N ^:n r-ra-— , r-:="j "^-na r;;r; . Y- T-'- '"" »"iT^,:i:^i<r; 
. r<b?:s r:=^;^-^^-::-,N^ "i^: "-.'rx; ^^ n-i . -^-"rn sn f^:2 1:' ^"im 
nwDH snN Nb-: . 'i:n r^rana '^rîbx m-i imN Nb-jwNi hrNbirnn '■:wN':t 
nnir; apr abrn '7:n:t .r;7:rn m"i "jn^ si^v n^rrn mi ibnb ï-itj 2b 
m-i "jwXD tjN r-;?:r- m-i ib-b T-iu . •^-^r^a c^b?:-^-! i»? mini» mi 
ï-TCîîo '^Tso "'D !-f;:rn mn Nb?: ■;-: p rcnrr^i rw^rT'3 '7:n; . nrrn 
m-in Nir; . r;7:Dn m-i 'jîîd t]N -rrn mn prib 1-172 . i-ib:? vt^ dn 
pbn:- Nirn lu» n2'-7:-'3 rî--7:3 i;b nbs-^w r!">"r73r5 Y"^" ^^ "'.Nin-' -i':;n 
. ">"•> m-i ^'hy ï-imi in "n^ND ijTM-n iï^dt ncN r-,-n:i"iî< ï-îC"::b 
t-iO"^T •'"'' ^wSn-'T nrn m-i . rî-nnrii i-(::.y mn . rirm !-î72Dn nn 
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r;:Tnnm r.in nra*^ r:::zr;a '-rrr: ws:^-:; pi . ■'"■' PwN-p n? r;'""i r;m25 
"iDT !n7:2n «"^n '»"i r-,K-."^ \r, '^rz-.-z ^-î7:rnn £=;• r;w\n\": . isiai-i"" 
nnwX finiT: mpr^mm abn rmn; riii-i-' nma:^ ti' ni:yi . r;ra :-i7: 
^:n . — 'r -îr-ib:: im-.a bcnri -."laa:: fïiN "^-iN m:: '-^psid piwxrr; 
u5 ""n"7 ""lan »~'.x i'^p"^ "riNrî "^3 ""lanp"' nT2 î~i7 2^2 t~TTr; '^"nr; 
. nnn ipanrrn tc t^TwSn rrri-'w bwS S'nbwxr: Ti'cy n" r-:7:rb r^7 PwS 
r:bN bD qncn n;i cs-ia Nj:-:n r^n-irr; q-o nri cn-î:j 'n j-în^-^t 

'■^nsTD tzbw^ 'n i—wS— '21 i:7:-!p TwwXD "rn^s -,i:-wS tz.'-:'--! ■>"-• mx-.-» 

..m:3b':;-i î-nsbr: ptiLiin '^~ vr: m:y -^n i-i:";^ n'- ■'"■' ï-iwNT" 

13»« bsxn n";' C-n bN-in"» n"-ir!i7:D m:7:r! b:' r-ir; -icn m-.r; Nin 



LA FAMILLE DE YEHIEL UE PISE 223 

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b-I:i?3r^ u)\x!-i n^UN . ib ï-td^ï: Drr; -^T^rJN . ^t>::i;' r:^!-; xin ^•''c^y 
ri"-nb trin ",mi:i» nx tn^n^n ri^mi:» ûrpbi nmn 'n7:bnb i-^sn 
lipm nTn ûbn^n ';r!\-n-iD b^iN q-inc D"'-im ibx û-,7:n b"n -i7:N7:D 
rî-nn nnwbnb v:i b"75«n t2-iDO?2m ibbrDn tcn . xar: abirb sn-û-'-'p 

r!72D '\\03rî' 1133 ÛDM 1ir\y' INT . "liT?:-! -1CN3 r^^T73^ riDIT Min "13 

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rrinnoT Nb -^în rîro::^ ^bi nïrju'ON Nb -^în .r:n':::û3i !-i;::73cn ^\x 

'irr n:;"jr:b '^mi xn^j is-r; tx rjwSi rinnb rrmi^ob iini pb . Ti-j-jp 
: nN3N ^ONrD ûnb r;\sm mm^xn ïm-ii:iwy 
tri-'j-'-^Dp b"n '■^;i-';pr! mbnî -iirix ><-'r7 i-i-^j^-'n':jn ï-ibrert dnt 
î*<nb TTiT WV273 i-i72rî -ion tz^Db;: nbi^Di qosi ariT 11:13 û-'''inî< 
r-iv>:;r!3 û-'-'nbN û-^r^rp ':3r: nCwV ï-n"n73w\r! mniïiN 'in j-ibra bx 
yiN ^nn t=:y Mmn "nT^bn i-îs"^ D^nn '73N«d ';r!"':-'72b t-n-^^jbarr 
'■'j^'-^no J-ibn:r! b"-i -lirixr; hti ^tto . ^ly nnDO70 tirr'rj my-^^vo 
■^70 ti7:n b"nb ^2:7:3 -i3d 13 riTT .m7ji";prT 'i- m-ii^iNn br nw-i 
n'^a73m mrjrt D"nNi ri"n3 nbnn ^1373 r!",in-Ti ib n"'3r;i t^3n ib n7:a 
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T. XXVI, nO 52. 15 



226 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

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• Daniel, iv, 11 , 



LA FAMILLE DE YElllEL DE HSE 



227 



Vélégie de BezaleL de Sarteano. 

Manuscrit Halberstai/i, iOO (JudUh Collcrje). 



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228 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



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LA FAMILLE DE YEHIEL DE PISE 

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229 

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•230 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



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LA FAMILLE DE YEHIEL DE PISE 

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1:313 i^7:n i3na ïS^nTo 

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nr;-ir;7 v^"* l'i''^ D?"i;'r: 3rj3 
Ijniom r-irrs3 r<-n3 b:^' 
ir>j: me rmnsN 131 cn 



IV 

Inlroduclîon ri fin du mN3p nn373 d'après le manuscrit 
de Manloue. 

r-!7D5n ï-îïTob ib («m"T'^-ii:72 nrniN ia rnT:;yb inD pbn ûip-j-) 
;-iT7: . t;-«72^Nbi y-iN ■^3b7a hîwS-Tw^ r-,"iN3^ nu: . !-i2i3m r-)im 
tbo ins tmb:?7:r; .?-n73i2:m rr ib . ti:'^7:n-ici-! l»i ï-rmbTor; 
"n3D 13 n":£i lîm-i i"nn73 Cibon c^nn 3rcnn Viipn ,?-ii7:\sn73 
•i>o'ibc3 "c-nin r-iN73 . "riD-iin !-i"-bT o"'nT'na rjOT^ n"nr:7o n^Dnn 
1"- N"N '133 13 û-^Dj bx-'H-' l:'^73\n 311 n'^7:-' pp T^'73:?3'v:: -iir::n 

•31 ûibo . nd-^dt: rî"r;bT bNi7:">::: 

rr^b^n ■^D . nt:bm73 riTosort i72"=or; ûbD (b":^ pbn £=iip-:r;) 
iirû '0\x ^r 'n i-ib7:n3 ^3:^3 ^r-;7: "in"'r;b tiiwxr; r^j«m3 n:i5 
Nin iCwN mm7:r! nr y^r û;7:w\i .û"':"':r3"j 3il^3 ^--'by inmirnsi 
CwNi "inbiT ûr I3nn73"i p3nP72 im-»- 1:^-3 "13 t^i:?:"' ,DnwX3 rrbir.o 
nbiron ?-,nt 13 ^-:J:7:n Nb ■'n-r;-^ n^m r-,ir"77crî r:T !rT>r; Nb 
r<ip: sb n-bn n"3r; ■>;"^73 1N0 b:' m^sr; nby^ rr^by i^n s-tNbsîin 
t>ii3y:j inwXi .ztc rr^n Nb pb mip -^s ■^-ti'^ inT^r: i-jt bs cic< 
î^ip-^i t=!Ni3 !-!3p3i 13T Ii3n"^ ii7oî< •\T^A^ ûTN î<ip; £*»:mi3nr; 

* Note de M. le rabbia Jaré. 



232 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

n;^?: . ût-:? pVnn r;3r;i<m . ï-înnsr; n-ir:i:?:N3 nVx y-^^^ ab 
i—i^-ar, tz:bir7: r-:br7:b -nri .^"':?n72r! ranx -:W72 . s-ij^r; rnni* 
b2w\ nn^-.prii rr'^-'îr-sr:!- ni-^im-TD na'in rr^nbn in^rN ncN rin-'tiNn 
t*;-'- t-^N-i c-^^rm-in z^^-cf:- a-'rjyr; ^cncn npaiîT nnno; N-^n 
Nnp3T rî":^' ir^x ar!"i3N r^b^' r;by t:;n rr^ni^aNrr ribn^r; nbr^rr 
Tw'N "131:: ï-TNiii;: l^'X ■'D t=b-,:'?: pcrr t><b rirbi "nmwX £z--,=i< 
t<">r; '^s .■'NTin n3nc-:ri m^-' r-73Dr; -i-oa ■'n icsn- -ib r-i-ip"' 

rrrra h5"T-i Ij^d i-ivii tcn r-,\-i-'7:Nr; t<p-,-:nr! N^n ^ntt 
~n"i;n ""rc S^-'W i:b n- r/'D ":d »-im imNi ■'-.n^N 'n:-^ .r^Mz'.'p'û 
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3r!T ni::3T::73 •c'ip cpin ■'mPD 3PiNib73 . ^-rvs »— 'u ■^33» 
r-TP7:nb73 Dinbb -;-;"'3 r-ivs-'D 3in rnnpb ^r\i2i<- r^ss ï-iip\:;in73 
c"'-ir;*-\n73ni û'^-iNîP7jn ni3 f-iPiP72N S3' yczz ppbi !-nin S'O 

' Baba Mecia, 85 a. 



LA FAMILLE DE YEHIEL DE PISE 233 

•'pian S-n:i i-n3iin72r: s-naort '.-^t: mbN bD in . t:> irr^n riNï; 
■^w bD ï-nnis-' Nb û-oû -icn ï-it:? nanx -^mN -^na-N cni ■^sd^t 
ûnpwX r!723 rnn:?T . ']Cd53 ï-i-',i":;p ^csït -«mw ■^"inwX -'D :]Xt Tivr! 
in-in-j ■^3Wo i-tD'^N ^3'^^"!^ r!7oa"i riD ï-ij:"in riT^m 'n^ "^îd pn 
mr^rn bo '|\x ^-ibn "^pn im^ -la^^t n-'^n2:3r; n-^n-^WNr! ï-mn^n 
s-in5N Y^ r-iN3in noN !-T::ûpr-; nî<T ^-1^;tt3 dn "id t^-inrib v^s 
"îi'ii . ln^-^D-l^^ ^nar: ^7ûcbT rrrnnn -lOx mN'pr: nn^?: 
■«-13T nc< z"i2'OD l3"'2:; qi'^îdn ""jO v^ cûircbi nrnb 3b ']-i::t' ^"n 
^"T Ti^yi^ '-\ ûDn- hsinsn o\Nr; .û-^-innTo in"» irro imn-i 
T^-im S3> pbinn -^îni . mb::;nnn n-i5N rm-ii- irn:iî<3 •^c-i-inr; 
'P''i:z'n nN p'^n:in"i ir:-:: nm î^n-' n-TrbNt-: nri mmD7û ï-inrîï?^ 
!-io-npn in-nn ^yii cnbD -^sn 't m7:nb72 ■':: û-^jD mx-'Oi ■'nb272 
■"bixn DN1 .y-iNn "•»■> b3) 'iir ^-l720;^ "^ni") rx "jn^ "^"f !~i"'':3~i 
nbiN- on-'\-n "'n3r::73 l-^bn tn £=^n?:iN72 Tiba tz-'ian n"ri nic?:"' 
-i-njnttn i^T- nrobn t-\^p^y■l21l mn-iu)b q-ni:): . s^own -i2:ipb 
udct: "ji:? r-iï? od-'t ii-^iî-i-j ono"^T n^T^irp nb">r-'T i-ny fnz^rf^ 
mno ;ii72nri ^D3 ion ripmn t-iaor! nT^xn ^-JT: t^tn br^an 
I333r: 1-iDon b"T bTi:;r; n-in cdisî -iCi< mT^bo r-:;^?)^ rmi'ï-iTjr: 
■jn pi:nn ';••■' Kst»::"' •^■jtj cni ^nî<73 !nbia7o mnDin rtman . N"n 
'^mnTûN '-np737j :?iD">::-b nD3 -^-itn; ^:^7:"'i "ç^mnDca t-i::Nr: 
n^3 '^p-'n r-nip ^52:3 q^nno-b 3wS\n- ^nny br ^n-n-C"' ^z-^-'^iz-ci 
izn^ Y' rn.xmr; ton TDnn ï-in n: np nn^n . r^;■l:^:^; rn2i7:Nr! 
.cnbOT dbi:>b '^-i3:> m-'a '^-nn-i "jnDnnTOT ."'•wd: -^nm t>i-'n -iri:» 
p"Db S'^'^ nro p" n"-i no-ioto 

o^ma iDnv '?"-ii^73S ûb^rr dDirtn n-^^urro nniDT^ nm'On n-tî pntt 
.t«^D'2-û D"'Dj bî^-rp '-i-b 

•'ibu: bN"''7a73T 11:373 rin^N .b^-ic^n bii:;"i -10 
■131: rm"T'7:T ïT'p''pDa l^oanb ■^rN'n r-î73C2r! Tîbn y-iNn !:]:r72 
ï— np'Oin'û riDiD mpn-'-în î— .ippii^a m-nn:: r-n-i7:N -^r^yj^'O pi"7i:b 
!-:3"0-^T rroN-i rî7a"npn rnnnwS- f-nmazT! n-nano b:' t-nb35i73 
173 "1313 n"'ibn ni-^r-^N ■'d • n*-bi" iirirD Nbi . r!73mrî npbn; Nb nTnn 
riDi-irT' mn-r: "jnby73 n3i3 nmj73 n3r:j< p-i n^-^'n'Cj^r, û-'-i3nr! 
mbr73n b33 1.^73 nbi:; -^d n^m"' •^02:1 nr-'T'T n73bo b3 3 
. n3-J3 » r-n;iD ï-it^d ^30 nrsbn ^n r-iT'rm?3m r-iT^-'b^'on 
N-CNT ymi': i-'-n;*; ion -rinDT i-n^n-j Nb y-iwX3 ■'nsba npy c:n 
3«30n icni 3bn b-oxb -1730 irmi:^^;' rmprr t»<r^03 173iî:73 ^p:;n 
lî-^oTû tZ3\si:v ï=m3i- n^m nmrrm mmrr; r-n-ppn3 i;oc: 

» Soucca, 32 a. 
* Berachot, 30 a. 



234 REVUE DES ETUDES JUIVES 

nîPwn £*<bi nnsnn Nb î-iT^rbcr; Sd3 T>nbibD nnrîNi mT?:Nr: 
'r-î-.n-j 5np::3 rrcîTwT ï-î-,p^* -ins ï-îsn; ^r:; 17:71 tz-p» b:3 
î^b -iSNn i:m:' nb^-cnn -^jj -^sbi: hy Sin-:: •'■^m t>t;b\N rrjTrpn 
b w 3 n-'bnbom bnsn 'j-'îîi n\mb"'btt E)-jp72 pin-7ST T'mpsT' n3b"« C]ap'^ 
^pbN ^r i\niî<îb i-^p-^c:-: iT-.-Ti-^ -,-;r7:2 -,cîî SL-'irtr: ^3t sz"» 

11-inN nnb -,Dio^ -n"3[n](n;s pim» ï-TwN-ù V"= T" "-î< 2^"»"^ P aa 
■^iib.N !-!rri •t;-"^"' br tznnD t^ rD'sn ï-ôi?:b"i niNb pn -ib:? 
''~^- !^br; IN-: 'i-,'?:^ tz-^rca l[-n r57:2n2 Swxb bb» ■»» "^yn^r-i 
. ï-ib-'nnr: ■'^-,c; r-r^^cNr; ci-ibnpM r-îbi:D ^,1-^:1x1 y-iwX "^r^Tj bD 
!-!n:^in r-i^bcT: ipn ipm luX t=;''-;^r! am n-irn- bn:; tz^n r,- 
■in-,î<2n :?i-iT £]-rni n-rr: m^Y'^ n^x nbiii -nrinn nbi --^bvwa 
cp-'T rr^mranN 1:133 .^b-^nb i-^:!-!:?-!! lab r*:: riTnTiD'^ i::73 "TCN3 
"l-iTi .nbi r-.-'b:; -:•-:-• -,;'-i"r; r-.bc-u: bx rrro '^-'n j-7':in"i ^,"'^^7:r 
bi:;b:;- 333 >*"j-';t'3D y-.N ''rD"'b:?3 !-;-in-,''d n-i-ipT: rib:;:-! ro; 
Src3 -rrnr t5-,i p'c; i-i^ri"^ !-î-it:2 im rrT^nnn un nr^^m 
!~t"2nb ^Dn r"iNi3n7:3i ^■'"nnn t:-'E:3 mirijrp !nb:::3 £::''bpNr; 
i-13"^-; e-iD-iD rr^y^ tz^^^'icr; "jt: bN-,w' Y-'^ ^^'^^ "'-"'"3 ^~^•'- p 
3:3"'b -iip3 TwN 3nTNb ii:3b3 -i-^tn t-,n- r-nbc ^^-,- ■wN-,3 -3 
ti:-'^7:^:Dr; !=:pn-ppn3 bNi:iT 3-1 j?-»':;-!?: f'n n-'-ibK niD-i;*?: rivp3 
-,CN3 !=:-^7:3in7: c»3n !-r-2r:i tDbi:' ^:-ii<5 f ;2ii:^'r; ys n-'-xnb 
i::^-^ 12 ■'rwV î^-,%-i72-i . r-npibr;7:r: rbss '^m3n mr^wn ^ir!^ p-:: 
tz-^rs r-r:::p r3i:N ::"^cin id û^pd b3r;3 ^-nN ■iDT«r"« in ^-lb;b■l; 
"•br-wS £="'p3-r: "j-^s mn ln-r;i n^csi ;:;r:5 -^SN inrrN c=-a 
m:?:! . nb:;:rr;r; nP3 . tzrr^-sr "^rc» D"'31pd nr: ^»îbr^ f>i-,2:r: 
7-r::jV -w-b^ra p-,:-::: pb";3si ^313 cv4b3 pb3 si-'^bT: in-'ro ,r',^i'p 
n3cb =;•:: ^■•;pi; ibxi -bN '3 \-3-:;r: pi^-i 3*~"' prnb r-ss: 
pt'-j::: p-piic:- ■'"w':3 t^b ■^3 PT^P3".r pt'N~3 S'^ti J^'pbx ■'-,3T 
PT-^bi:i3 Pir-i3-3 pvb:' Pibsi !-::r! pi^n "^s pv-,3r- rr^Tyn 
Gipw» piToniT: pittN-n \3-«33 pi7ûbi2W p-i3ia îi:'';3N"i nvbs-i?^ 
r-i;p3 pib-;' 17:3 r^iTT^s ';r:\-mbip piKipm ^^y'Jir>■z in3-i cnp 
~:ip7:i Cpbx r-i"'3 3wN ^3 r-:- yj^i î-n-ib*:;"! p-,3i::"i sm^b^j 'n 
tn-'HTysT y-iN3 -i7:i":;i n-i::"«3?: yii-^br 'i"'--'-;p »— wv: r,rzz 3'^-p S'?: 
■b ip-« -ri "]pbi'7:b "jn p pIwXTwPI . tz;-'b-iii7: t3-';"::;:3 f^rprra 
■':^"ibu;3 c-r-wS' t^-:pi "ip--- S2;*i:3 r-ii-rb i—^z'v^ fr.-^z -3n 
rr-wN- -b'.-.s -b:?7: nbr:: r-ibrpi 'jp-' ■'::"i '^p'3 31:1: 31-; -P3":»i 

. t^::-':i^3372 mbci "^pri ^•^3 
. ::"j:- t^-^p !"■' 'i ct" 
:b"T \3"«'-:-i:: ris*"' -i"-33 "jrr-^ 

' Berachot, 19 *. 

* Mahkot, 12 4, et Kiddouschin, \0b. 

3 Pea, II, 1 . 



LA FAM1LL15 DE YEHIEL DE PISE l:3o 

.iz^^zfr, ^'D'2 ii:nD3 mni^ni-; vmbr?^ ".on prnm -i-^'iNr: b^^,^^r^ 
-iDT . ï^o'STa 'p'n:!'' '-13 t=;":n S.s'^n-' n"--'': . £=^-i3'a3 :?m2 itto 
:]2-nDr!b 3>3an -^abi: m^'jTo ni- -v^n r-î3-,3b t=:-'":J-np"i t^p-^n:^: 
!-T'-i72N ■'b3":;73 îi^ipbb . i-i^j^mn ■^3o;o3 Tinw^Di . r-T-::Dnn b:i3 
. £3"'7jib"«:::?:T t2-i'-i\x« . !=i"'73r;:3 ^vob riTT . rr'-np-o ^iw\*3?2 3i.N-wbi 
ppnr":j73 n^'s::?: ïr^iNn rvrîb .t=i-'-iJ:i;r; nn37: ^'3:33 SLwin nn.xn 
-,003 -,pinr! nsT -i"::î<d inx r30 s-ir-'T' ûy riTi . :=m3ir; j-i^'-ib 
■^Di-n "'jpn "•mn ■^o-'.t . -inî* T^^ranb -^lor; . ^inNO i-ijz-^i zyiz'cr, 
. !nb:\T bi' ta-^sin . ^^^-nnb^ b3> £=mp"io . ^n\npn ■^cp3^:T r-ninn 
p-i3 -ip^-nTû , ï-T^m3\n;b -Hw^t rr'brr.b 13 -pr; . lnb::3 ii;^3'>::"ii 
r;":;np3":5 -i3T bob liOwXi- n:r3w^5 n"n . !n^i-i33 •^^3p?2 . ^-î^-l•^-or3 
.n^T-j-ibi n-nn- 3mN b"T ■'ipT "uni b^^n-' n""ir;7a bwXT:J-'3 bm^n tû 
mns in"'3 . !-I^-l-|^:■a r-n3'n-)3 >c3n 30 . n-mT'-;-' -pbN inrû n^a 
î-î3ii£i3 . f<nn;'7:c- md ^y^^^ b^ . inm:» 1x1:73"' t^o . innmb 
^-53)1 n-ib 03wS Nb TT bs . r-7::3n !-i3-ir! ï-tn-i 13b (•.') ï-i-i^-in-ipT 
T:nb , tzi'^oiN û;*i 'n û;» 3i:j . ti:-'"c-in ï=3m cnb 113; • r-!;:ibi'n 
Sdi . t=^D72i'5 VJ3 rrnp^r! ï-i"nn3 vr-jD . t:3^r:N: n--?:-'?: ins 
. in-'-iî"' r-rnr^r: -ni:3> -^jû nnb . rbx S'^-.o . T'bbn-j !=i"':i'73Twr! 
^^012 ciTiD 1730 .iLDDi 13^7 inb7:03 n-ii: r<b .ini-ii:'^ cin i^^-'T' 
-1^5-1:1:3 Nb . t=i'^i3T nni::-' bo t3DiD3 -^Nb^o b-»:::» . idid iy'\ ûbirn 
mb:y nriwN"! . tzimp^n •'•d^i^i^ nN3 nNb»3) ûN "^D . f-i-^KNin 'CN'n3 
^"1372 ibrN . non b::3 non iTinn t'Ds iTnp . t:"^7:-n73 ■'T^cb i w35 
!-."- • t:r;"mb:;r?a "w: xb . t=;r!-^"T^3 tnTn3N -^or?: ithn . t^"7j7û 
mxo;- .m73Dn3 rr^n nb tcn b"; -pn-^^ n"nD ■'Tn -nn:-! iin^ 
• î«3'-n ii3N'7 m-^nr;3T . r-n'n7:n w-»j< b^-^no . smT^ nor . mTD-im 
nb;*m ù'iTi-M t=!^723 bb'Z . !-î3:io n;?:?: "lOwX !-T-.p ï-irr^- Nb 
.ts^in û-'Ta r72"'?3 . t:-'D">::ro t:pbi rr-nn- -^^r-s t-ir-p, .n'erra nnro 
nvvTDS MTi- . mN35 r-,im-i pn ni- . !=:\Ni:T' wTpn p -^d 
■^':::wN Sdi . t2""T:C nro t=ic::2 niD . t=-'-,icNb nx':: -.?:n . r-iiwS?:^: 
■j-iT^:;-' pT^i^"' nnx ï-id czbo .1-133 i-inwX7a c\n iojî ."nto ï-nbs 
tn"'3 . nb T!-'?o fnp . ibns b3n T'p-13 n-i^wSr; . nbbnTo ^nn'O h:? 
Ti'^H'C f^-jn r-,wS-i^3 ncN ■'3N -^r-iiN 3^-;- c:. . ibbr;?: :.-::Vw^ n?L:3 
— ini< ']-n ^"t hDi<n730 '-in S'J<t>:3"'3 yr^zr^ '::^iir, . p<^"'3bD nb 
inpii: . nbrin Ti-j^yiz i-arw . t^rf-^n ■^73"'7:73 nbi ribi . t3nTi-i3-'nD 
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PN 1NC3" . Qi-no Nbi m73bi: [.û]"'-iop -^b::' -lop pTr; b.-b5 -^3 !:]Ni 



236 REVUE DES ETUDES JUIVES 

•^•wN-i n-iUr "^i/û» "inpb . mwrTT ii-in r]N2 . nwnî^ i-ittiia "'bs'?^ ■«T'ti 
!=:'^rT:;y«:; r^nn . t2-^;i:j:;' -^rr i^nr: -tz-^rc -cb':: p -^zni b"T n"n 

rri.sr; ']-n ir-i" pnt . i-'d-'n- >^b -^^xb -,T:iNn .ts-^ipT ■'-j ><cn 
!-î7:n . rr-îc-^r: -j-nn ■^:::-'-,n-b ■'br nr-r; 'n -•> ^n .-l'm:- >^b 
"iCM ■'mr: nb-^N f-J-^n . r-r-nr- n"i3 in-^nn t]2"ir3r; T-inn . r-;-::! 
^T'^r, -"ri bs TwS'?: •:;n«:r Nb . rrr-sns \-i-,2n-: .nr^-xn ^-l^y:; 
T^yizr, bD"^ -^b^'::! . cwtj -^^rx -irn ■'^t . -rr";"i Nbc t^'T^ -^d ti^i 
D^snab imirr . >i;:5nD 'j-'-py r-ni^a ■'pp-np: 7:"r . •.:;-'N27o -t^s-t: 
t-rb^^wS . -3 T^N cmn V- !~;'^':~ "lipn r2nr::b ^-lD:::: . ^ran:? 
•^-■.SwNn . ï-f-ip-TT riTcirn- Pnr:p7:w\ "^•wcnn ST^n -^niT . la ï-tn?: wNi 

t^npi yrn ■'nm î^:i-:b . p-rp-n pi:n73 ■'N-id . Pipicpn ^,-.i;ï43 
.t3''"i3572 û-^b-^ipi irn-nn mmo-ini • ï=!no-< n5"^pbN ^nn . tzi-'-im 
mn . !-ibr7: bir br rr^br^ • PibT75 r-n:.i< "^r^b r:;-n p^x-,xt 
■•cr: P:m:::T bipbi . !-:^rr: ■'w-:: P-i'bN -:-:;n . j-td-^ r;7:r;3i rir^b^ 
c^nb . j— ;cnr7:r: p-i^sr: t^cin . r^Do-jPTû p;"'b;' -,T3 px • picnc 
r-nb:::pp;r; m-iSN- p-!N-:p . ï-f-sprD TTTia b-,i5 ^rr^rT' S bm;n 
. PT^-nnsT r;p7:nb7: "^w^n . r-iiT^n n'^b'^-^N ï~i^rm-iD y-iN "":;:n-: 
ï-!"i::r -i^îb .iizrs ^•^■n-- ::-«i22rwr: pnt .tziiz:^''' pin t:-'b:i:p:: 
"i p;-:b w S ^n-r-r: 2-r: . bx ""-r,:: iP73::n t^n . Sn-,*--^ r-,-iN=P 
t^mn nn .b^-icin un a-'^sb PDm"'7:r7 t«<;ib2:-in -i-'y?: b"T s-n-wX 
-lOwS . t=i-'p\-^? c-^-'.m b? . ï::2Pibj::nr: -j-^jj-^ • ^irn -inT" ï-T»i'T^ -^ 
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LA FAMILLE DE YEHIEL DE PISE 237 

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. SibD ina^n; ^m ibtJiD iJ^'^aT . Sibm ma:; nn b^ ï^nb^? 
— :\:;î< o-'Nb -^li^n T-^^r, xbi . invo- insm .Tir-'T' nicip Tn^-i 
><b -^D-iDT . r-T7j3nn TJir72 n:^'2"iD >>ib ■'r;' nox ^bm bn ■^îiwd 
D^nmn mmn.- -anbi -jbî^r: ■'-cb N2b . rT73-TOr! y-i no37a Nb7:nD 
yN o -^nona »"7a • t=:-'7ûDnr; -^rr^: iwsbi:;i . y7:v p^n::' p^'^iJ 
oinsb n3N û'^n-'-'inM .r;i:-i3>7:3 rniD tirD72ri n^; . ini:^ y^si -rrn 
la^-inno £=- C=n . rn-,rin m;i72w\r:i . m:'-;n ^binbn ynn;bT 
::d':;?3 inb . J-ninb pnbnb "^"ix-; m^Dn .i;nbnD irr'n'wm • "i:n73ii< 
t=p-n3; b^c-b . ambro -:in n:^m7: ton t=:^r72 ■«-isdt • ï-r-nsnr; 
r:7:"0 ^^N-p^ nNTr: nnriwS'r! ^nnan p bi' • ùn-nNi ds^'ji: -i^srsbi 
-iN-wb ^«i•^^: ton . m-nnbi bxn tziob ■'HNjpb mx^pr; nn:73 
. D^;nî< -a-T' TON •o-'Nb . it.-'jd non Nbi • î-i-nNi nbni: m?:3nn 
n^T^-" . in-^-'b): -^DraT . injinn n-^nai • in7:Dn y203 f^js b-«r:^-'"i 
p'ON .:?^-iDr!b moni rinrin û:» s-iN-^D-^oib-^on mnaoi • :?'^t C|N 
ynN V'^ia . r^?:NN mnronr; n-nnn mr"n . r-ir^Nr; p::?o?: r:? 
. n-'D"' PN n"^Toni ar::'- r- .-iwN-irtb . ri^-.p na-n-iai 

» Berachol, l'ail. 



238 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



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Le poème cVElia Bahour. 



Aïs. Halberstam, 4t)6. 

.b"7 nd-^dt: rri-i^KX -,"-nr:b inb-^ri pip'i'sr; N-'btî 'n r,'::-j n-'C 

5 £-7:3 ■^n.\73 mrj: "^-^-ini ûnnaNb -;on rr:;;"^ bs [N»] n":' 

anaa min ib i»t«_ Nb a:; ♦ii- '\-^fz'}2y] nm;: 2^' Nb 'jnîab ■'Tin 

ûnsD -"rT^ sginrap i^y [nb] ib rjrnis r;7jn n"î Nb 

ûrr^boa Ni:«: -i":;n bs m [arrj-'Sinî i"^3 mpnbn m73rn 

Dm: -«nND ""aab « i-inx ■^r-rz^y-n yiz':: "i"' br "jn 

(?) ûmn 17:3 (?) û-^b» Nbi nsn la Nin nCwS p -^b (nj-^rr' -^Nibr: 

ûin -^aab iMirTiN-i TN73 ai:: û-^Nb» û-^na -r^aa r;:r; 



' L'acrostiche de ce petit poème donne : Yehiel, et celui de l'autre : Raphaël. 
' Voir Zunz, Synagogale Poésie, p. 445. 

* C'est Barzilaï, d'après II Samuel, xix, 39. 

* Ezéch., XXXI, 8. 

5 Comp., II Sam., xxi, 10. 

* Ensuite, depuis ce temps. 



LA FAMILLE DE YEHIEL DE FISE 239 

[I- tm^iD] ' csmwD TCJN "^--2^ 235 HToo [1. tM] mT pbn iiy ûm73D [■i>xnx 
'ar; n-^npn a^nov ^d'^ntû "^b 3-j[i-'i T'a ■':■:':> -i2?n 

ûrT'^on»: ano (1)335 "7i:>-i7a "niTob "inob [i. ^b ■';nî< in:] 'n "'b "{pd 
= riDCN Tn3 [ 1. b::i» ] b'Oi;j Ni:7û; ncN N3 a"';::»^ "p -^^ 

[I. a-TJ -ipi] an loip-^ 

am: "C-^nd n^nx Nbi -tî.x 113:? i:i<T « (?: qs lis-' p V^ 

an n:ci;:3 mbip b'in ■'3["'n] ■'niD b>*3 'in3\:; -,-'w3 p-^ocN 

[1. anN::i733] 
t-jnioib'j ";a C^IjS £3^-13 p-i hd ^wt p'i "'-itdt p b:' 

. 8 ii. an B-iobo] 

» Comp. Ps., Lxii, 2 [1. an7:^^]. 

* Plus de mille florins. Cf. GeQ., xiv, o, I Rois, i, 41, et Ps., cxix, 72. 

* Allusion à l'origine allemande d'Eiia Bdhour, nn p étant le sobriquet des 
Juifs allemands, en Italie, mais le mètre est encore en désordre. J'espère, du reste, 
revenir un jour sur l'histoire du nom riH 1:3 daos ce sens. 

* Is., L, 4. 

5 Communication de M. Abraham Epstein. 

6 Peut-être : ^D '^•^:2^ ^p Y^. 

"^ Probablement : ma bouche manque d'expressions pour les exprimer [ces louanfres 

•«n3"i). 

* Le nombre des hémistiches est de 30, car le poème contient lo vers ; n"D don- 
nerait 28. 



LE TRESOR DES JUIFS SEPHARDIM 

JVoles SU/' les fa //tilles françaises is?YiéiUes du rit porhigais^ 

IV. 

ÉTAT-CIVIL DES ISRAÉLITES FRANÇAIS AVANT LA RÉVOLUTION. 



Établissement de l'élat-civil en France en 1539 ; le clergé catholique en est charj^é; 
les Juifs d'Alsace-Lorraine et ceux de Guienne en ont cependant un particulier. — 
Mariages israélites reconnus valides par les Parlements; ces tribunaux imposent 
même le léviral. — Familles Pereira-Brandon, Peixotto, Telles-Dacosta, Ca- 
rasque ou Carrasco, et Teiles-Arary. — Constatation des décès. Actes mortuaires 
de Daniel Lopes-Laguua et d'un fils de Jacob Péreire, premier instituteur des 
sourds-muets en France. — Famille Lopes-Laguna ou Lagonne. — Registres des 
naissances, à Metz depuis 1717, à Bordeaux depuis 1706; le Thezoro de ios circum- 
sidados. Famille de Mezas ou de Mezes. Parler des Juils bordelais plutôt portugais 
qu'espau'nol. — Traduction anglaise du rituel hébraïque en i729. Le mohel 
M. I. Henriques, de Londres. — Circoncisions retardées pour cause de maladie. 
Opérations faites sur des adultes ou des vieillards venus de la Péninsule. Familles 
Ribeire, Lopes-Pereire, Machuca ou Machouque. — Prénoms et noms de familles 
des Juifs bordelais. 



Personne n'io:nore que la tenue régulière des registres de l'état- 
civil date, en France, de IVMit de Villers-Cotterets il" aoi^it 1539), 
confirmé plus tard par diverses ordonnances ro^'ales. 

Ces actes du pouvoir central confièrent au clergé catholique l'en- 
registrement des naissances, mariages et décès. L'édit du mois 
d'octobre 1685 est très explicite à cet égard. Il exclue, en réalité, 
des avantages d'un état-civil authentique tous les Français hété- 
rodoxes, a Par exception, rappelle Dalioz -, les Réformés et les 
» Juifs d'Alsace avaient des registres particuliers tenus par leurs 
» pasteurs et rabbins. » 

En fait, les Protestants seuls durent attendre jusqu'au 18 no- 
vembre llHl, pour avoir, dans le reste du royaume, le droit de 

* Voir Revue, t. XX, p. 287, et t. XXV, p. 97 et 235. 

* Répertoire de Législation, Y» Acte de l'État-civil, section I, 1Ù. 



LE ÏHÉSOU DES JUIFS SEPIIARDIM 2 'il 

faire enregistrer aux greffes des tribunaux les naissances et les 
décès de leurs coreligionnaires. 

Quant aux Juifs des provinces autres que l'Alsace-Lorraine, ils 
eurent assez tôt un état-civil officiellement reconnu. 

Pendant la période du « catholicisme apparent », les Juifs por- 
tugais, venus comme Nouveaux-Chrétiens, conservèrent leur cou- 
tume nationale : ils se firent baptiser, marier et enterrer comme 
s'ils avaient été les plus fervents catholiques. Les registres des pa- 
roisses de Bordeaux, — la cathédrale, Sainte-Eulalie et Saint-Éloi 
notamment, — conservent de nombreuses traces de cette manière 
de faire. 

Dès qu'ils pratiquèrent exclusivement le judaïsme, les Israélites 
bordelais eurent un état-civil particulier dont les Parlements re- 
connurent le caractère légal. 

Pour ce qui est du mariage, il se célébrait à la synagogue, après 
la rédaction d'une Ketoiiba, écrite en hébreu et en espagnol. Ce 
document était précédé d'un contrat par devant notaire, conte- 
nant une promesse d'union avec engagement de « faire faire la cé- 
» rémonie suivant l'usage et la coutume de la Nation » juive por- 
tugaise. Telle est, par exemple, la formule que nous trouvons dans 
l'acte de mariage de Ribca Nunes ', fille de feu Semuel Nunes et 
de Rachel Nunes, avec Elle Pereyra Brandon, demeurant tous deux 
au Bourg-Saint-Esprit (Bayonne), fiancés le 3 octobre 1759. 

Les deux témoins de cette pièce sont chrétiens : Pierre Dargenton, 
marchand et jaugeur juré de Bayonne, et Martin Depeton, praticien. 
Elle est, en outre, signée par la mère de la future, par ses frères 
Abraham et Moïse Nunes, par ses oncles Jacob Dacosta. Moyze 
Nunes et Jacob Gommes Fonseca, et par ses cousins Izac Ferre et 
Izac Gommes Fonseca. Du côté du mari, nous trouvons les signa- 
tures de ses frères Semuel et Salomon Pereira Brandon, de ses 
cousins-germains Moyze et Izac Brandam, et de son cousin par 
alliance Izac Silva Valle. 

A plusieurs reprises, les tribunaux eurent à se prononcer sur la 
validité du mariage more judaico. Ils lui reconnurent toujours 
pleine et entière authenticité. 

Vers 1779, notamment, Charles-Paul-Joseph Peixotto -, seigneur 
de Beaulieu, intenta une action en nullité de mariage à demoiselle 

* Minutes de Cassolet, notaire royal au Bourp-Saint-Esprit, dont le successeur 
actuel est M" Jourdàa, notaire à Bayonne. — Nous devons l'obligeante communica- 
tion de ce document à M. Sommer, de Biarritz. 

* Archives du Consistoire Israélite de Bordeaux, Registre des délibérations de la 
Nation Portugaise depuis le il mag lllO, n» 478, l» 1'23, et n» 482, ('• 120 r» (20 juin 
et 20 août nSO) ; Malvezin, Hist. des Juifs à Bordeaux, p. 230. 

T. XXVI, N° 52. \: 



2.2 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Meiides Dacosta, qu'il avait épousée à la synagogue portugaise de 
Londres en 17G2. Gomme il était originaire de Bordeaux, leChâtelet 
de Paris le renvoya devant le bet-din de cette communauté par 
arrêts des 10 mai et 20 juillet 1779. 

Le Parlement de Bordeaux alla plus loin : il admit la légalité du 
lévirat ' : 

En 1768, le 17 avril, Blanche Silva, veuve de Jacob Telles 
Dacosta, demanda la haliça à son beau-frère Daniel Telles 
Dacosta, qui la refusa. Le rabbin assembla le ljel-din,q\\\ ordonna 
audit Daniel d'avoir à se soumettre à la cérémonie dans un délai 
de trois jours -. Il n'obéit pas à cette sentence, et le Parlement ' 
dut l'y contraindre par arrêt du 7 mai suivant. 

Cette famille Telles Dacosta était portugaise, établie à Bordeaux 
dès la fin du xvi" siècle. 

Le 29 novembre 1697, « Biaise Dacosta Teilles, marchand i)or- 
tugais », fît enregistrer ses armoiries : « d'azur à un pal d'or acosté 
de deux lis au naturel *. » Syndic de la Communauté de Bordeaux ^ 
en 1745, il portait le prénom de Biaise {)0ur la vie civile et celui 
d'Abraliam dans les actes religieux. Il eut au moins deux fils : — 
l^" Daniel Teilles Dacosta '^, circoncis le 27 août 1706, filleul de 
Jacob Gommes Silva ; — 2° Ahraliam Teilles Dacosta ", le 6 jan- 
vier 1709. 

Nous trouvons encore, à Bordeaux, vers cette époque, les bran- 
ches suivantes de cette famille : 

I. — Jacob Teilles Dacosta, dont la femme, Racket, eut trois fils 
circoncis aux dates ci-après : — 1° Daniel ^, 17 février 1713, filleul 
de sa mère et de Gabriel Gommes Silva ; — 2° Salomon ^, 6 février 
1714, tilleul de son père et de sa tanteRachel de Silva ; — S° Abra- 
ham '", 8 janvier 1715. 

II. — Samuel Teilles Da Coste, qui eut, de sa femme Sara, un 
fils nommé Moïse ", circoncis le 24 avril 1726, ayant pour pari-ain 

* D'après le Deutéronome, xxv, .o et 6, c lorsque deux frères demeurent ensemble 

• et que l'un d'eux sera mort sans enl'ant, la temme du mort n'en épousera point 

• d'autre que le Irère de son mari » ; mais elle peut être déjjagée de celte oblif^aliou 
jjar une cérémonie dite ï"!^"^^"- 

* Archives du Consistoire de Bordeaux, Registre des délibérations depuis le II mai/ 
4110, n» 367, f» 91, 17 avril 1768. 

3 Malvezin, Hist. des Juifs à Bordeaux, p. 280. 

* Bibliothèque nationale à ^a.x\s. Armoriai général, Guienne (texte), p. 82b. 
5 Malvezin, loc. cit., p. 218. 

'• T/iezoro de las circttmsidados, A. f° 1. 

7 Ibidem, A. 1» 3. 

8 HAdem, A. f» 7. 

9 Ibidem, A. f» 8. 

'0 Thezoro de los circumsidados, A. f* li. 
" Ibidem, A. f" 34. 



LE TRESOR DES JUIFS SEPHARDLM 243 

un autre Moïse Telles Dacosta, représentant Benjamin Carasque ^ 

Moïse de Samuel Telles Dacosta se convertit au catholicisme à 
l'âge de quarante-deux ans. Il fut solennellement baptisé en 1768, 
dans l'église Saint-André de Bordeaux; son parrain fut M. de 
Farges et sa marraine Adélaïde Dillon. îl fit batipser, en même 
temps, sa fille Éléonore, âgée de six ans : le comte Alexandre 
de Ségur et Madame Éléonore Dillon la tinrent sur les fonts bap- 
tismaux "-. 

Je ne sais quels degrés de parenté originaire existaient entre les 
Telles Dacosta et les Telles Arary, dont l'un, Jacob, eut deux 
fils : — 1" David Teilles Arary ^, filleul de Racliel Teilles, le 28 
mars 17U); — 2° Abraham Ai^ary Teilles '*, filleul de sa grand' 
mère Judith Teilles, le 15 juin 1720, 

Pour ce qui est des décès, les déclarations s'en faisaient au greffe 
des justices royales dans les provinces. A Paris, on les signifiait au 
lieutenant-général de police, qui mandait un commissaire au do- 
micile du défunt et délivrait ensuite le permis d'inhumer. 

C'est ce qui advint notamment pour le premier Israélite enterré 
au petit cimetière de la rue de Flandre ^. 

Le 8 mars 1780, par devant Jean Graillard de Graville, conseiller 
du roi, commissaire-enquêteur au Châtelet de Paris, comparaissent 
les sieurs « Aaron Vidal et Benjamin Mendez, Juifs, demeurants en 
» cette ville, Rue Saint-André-des-Arts, sindics et anciens sindics 
» en place d3 la Nation Juive i)ortugaise. » Ils déclarent que « Da- 
» niel Lopes Lagonna, negotiant, Juif natif de Bordeaux, âgé de 
» près de vingt-trois ans, est décédé hier soir à huit heures, à la 
» suite de maladie, en une chambre qu'il occupoit avec la veuve 
y Lagonna, sa mère, au premier étage sur le devant d'une maison 
» ditte le Collège d'Autun, sis Rue Saint-André-des-Arts. » Le ma- 
gistrat va constater le décès avec eux et avec « Jacob Dacosta, 
» m[archan]d Juif, trouvé dans lad[ite] chambre, demeurant Rue 



• Benjamin Carasque, — ou plutôt : Rodrigues Cahrasgo, — eut une fille Sara, 
avec laquelle il fut parrain dWarou Alvares de Paz, le 23 nov. 1740, et qui épousa 
un sieur Mondes Corre. On voit encore, à Bordeaux, une liarhel Carrasco Cardoze, 
marraine de Salomon Lopes, le 16 mai l'olj, et de David Isaac Torres, le 30 janv. 
l'ol. La famille Carrasco porte un nom qui peut être rapproché de Carvalho, puisque 
ces deux mots signilient cligne, l'un en espaj^nol et laulre en portugais. Les Carrasco 
étaient originaires d'Kspa^me, pa^'s d'oii vint, à Bordeaux, Joseph C'arasco, circoncis 
à vini.'t-cinq ans, le 17 lévrier 1709. [Theznro de los circumsidados, A. 1" 57 ; B. f" 22, 
n» 138, 29, n° 183, et 33, n° 209 ; A. 1° 3.) 

* Malvezin, Uist. des Juifs à Bordeaux, p. 164. 

* Theeoro de los circumsidados, A. f» 15, 

♦ Ibidem, A. f° 17. 

5 Léon Kabn, Hist. do la communautc israélite de Paris. Le Comité de Bienfai- 
sance, ch. VII, p. 103. 



2/i4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

» de l'Hirondelle, Hôtel de Reiras. » A la suite du procf^s-verbal 
vient l'ordonnance du lieutenant- général de police portant que 
« le corps dud[it] Lagonna sera inhumé nuitamment, sans bruit, 
» scandai, ni appareil dans le cimetière des Juifs à la Villette, en 
» la manière accoutumée K » 

La formule du permis d'inhumer ne paraît pas avoir toujours 
comporté que la cérémonie aurait lieu « nuitamment, sans bruit, 
» scandale, ni appareil. » On peut le vérifier par le document sui- 
vant : 

« Le décès de Samuel Pereire, âgé de huit ans, fils du sieur Jacob 
» Rodrigue Pereire, agent de la Nation Juive Portugaise, et de Me- 
» rian, sa femme, a été constaté ce jourd'huy par nous Hugues- 
» Philippe Duchesne, con[seill]er du Roy, com[missai]re-enquesteur- 
» examinateur au Gh[àte]let de Paris, et, ensuite de notre procès- 
» verbal, est une ordon[nan]ce de Monsieur le L[ieutenan]t-général 
)) de Police, rendue sur les conclusions de Mons[ieu]r le Procureur 
» du Roy, le tout en datte de ce jour, qui ordonne que Ir cadavre 
» dud[itj Samuel Pereire sera inhumé à la Villette, dans le cimetière 
» des Juifs de la Nation Portugaise, en la manière accoutumée, et 
» enjoint aux officiers du guet et de police de prester main forte si 
» besoin est et en sont requis. — Fait à Paris, en notre hôtel, le 
)» six mai mil-sept-cent- quatre-vingt. 

» Com^e Duchesne. » 

Le Daniel Lapes Lagonna, qui fut enterré, à Paris, le 8 mars 
1780, appartenait à la famille Lopes Laguna, qui tire son nom de 
la ville de Laguna de los Negrillos -, où existait, au xv« siècle, 
une communauté Israélite ^. 

La transformation de Laguna en Lagona était éminemment 
française. On en trouve un curieux exemple dans Rabelais *. 

Daniel Lopes Laguna était, comme on l'a vu, natif de Bordeaux. 
Il y avait été circoncis le 26 mai 1756, ayant pour marraine sa 
grand'raère Esther de Pas ^. Son père Juda cCIsaac Lagoune ou 

' Celte pièce, ainsi que la suivante, nous a été très oblij.'^eamment communiquée 
par M. Eugène Pereire, membre du Consistoire central des Israélites de France, 
arrière-petit-fils de Jacob Rodrif;ues Pereire qui fut, on se le rappelle, le premier 
syndic des Juils portugais de Paris et le premier instituteur des sourds-muets en 
France. 

* Laguna de los Negrillos est un gros bourg de la province espagnole de Léon. 

* Amador de los Hios, Historia de los Judios d'Espana, t. III, docum. III, 
p. 598. 

* Gargantua, 1. I, ch. v (t. I, p. 100. Paris, 1887). Rabelais dit Lagona éclatera, en 
basque, pour Laguna edatera. 

5 Thezoro de los circumsidados, B. f» .'{1, n" 193. — Sa tombe n'existe plus au ci- 
metière israélite de la rue de Flandre, 



LE TRÉSOH DES JUIFS SEPHARDIM 245 

Lopes Lagowie S né en 1712, avait eu quatre autres fils : 1^ Ja- 
cob'-, filleul de son grand-père paternel, le l^r novembre 1740 ; 
2» S(xmuel\ circoncis le 4 janvier 1743; 3° Isaac *, filleul de Sara 
Lagonne, le 26 février 1754; 4° Benjamin % opéré le 14 juil- 
let 1761. 

Parmi les Lopes Lagiina, fixés à Paris, nous devons mentionner 
les suivants, dont les tombes se voient encore au cimetière de la 
rue de Flandre : 

ICI REPOSE LE CORPS d'ABHAHAM LOPES LAGUNA NÉ A BOR^ DÉCÉDÉ 
LE 19 JUIN 1807 ÂGÉ DE 58 ANS. LE TEMPS MAITRE DE TOUT l'A 
RETIRÉ DE CE MONDE AVEC TOUT « LES REGRETS DE SA FAMILLE. 

C'était le frère des divers Lopes Lagonne dont nous avons 
donné les noms ci-dessus. 

ICI REPOSE LE CORPS DE RACHEL-SILVA-LOPES LAGONNA NÉE A 
BOR^ ÂGÉE DE 44 ANS DÉCÉDÉE LE 12 NOV««^ 1806. ELLE^ FUT BONNE 
ÉPOUSE ET TENDRE MÈRE. LE TEMPS MAÎTRE DE TOUT l'a MOISSOxN- 
NÉE A LA FLEUR DE SON AGE. 

A Bordeaux, il n'existe ni au Consistoire ni à la mairie, d'an- 
ciens registres des décès de la communauté israélite. Celle de 
Bayonne en a fourni au moins un aux archives municipales' ; il 
remonte seulement au xviii« siècle. 

A Metz, on signale : 1° plusieurs registres de naissances, ma- 
riages et décès, paraphés par le président du baillage '*; 2" « un re- 
» gistre des décès des membres de la communauté israélite de 
» Metz" depuis sa fondation et dont le premier inscrit porte la 
» date du dimanche 27 Tamouz -irj = 1564. Ce registre est la 
» propriété de la Confrérie des Inhumations. Les premiers statuts 
» de cette confrérie datent de 1621. » 

Pour ce qui est des naissances, Metz, qui possède un registre 

1 Thezoro de los circumsidadon, A. f° 6. 

« Ibidem, A. i" 27. 

3 Ibidem, B. f» 1 , n" 4. 

* Ibidem, B. f» 27, n" 171. 

5 Ibidem, B. f» 39, n» 2'i9. 

^ Copie textuelle. 

7 Ce manuscrit porte la cote GG15 ; il nous a été signalé par M. E. Ducéré, sous- 
bibliothécain; archiviste de Bayonne. 

8 Archives isrm'lites, t. LX. (1848), p. 162-ir,3. D'après les renseignements fournis 
dans cet article, il existe, au grelle du tribunal de Metz, un registre commun pour 
les naissances, mariages et décès depuis 1717, et un registre séparé pour les nais- 
sances depuis 1770. 

^ Cette communication nous a été faite dans une lettre de M. le grand-rabbin 
Isaac Weil. du 2 avril 1889. 



2i6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de 1717, vient après Bordeaux, comme nous allons le constater. 
Dans cette dernière communauté les registres n'étaient pas remis 
en double au greffe de la justice royale. M. Henri Gradis, dont les 
travaux historiques sont bien connus et qui appartient à l'une des 
plus anciennes familles du judaïsme français, nous assure môme ' 
que « les registres des Mohelim n'ont jamais figuré dans les 
» archives de la communauté de Bordeaux. » 

Celui que nous avons souvent cité sous le titre de Thezoro de 
los circiimsidados appartient actuellement aux archives munici- 
pales de Bordeaux -. 11 y est venu en vertu de la loi des 20-25 sep- 
tembre 1792, dont le titre VI, art. 2, portait que « tous les re- 
» gistres [du culte], tant anciens que nouveaux, seront déposés 
>) dans la maison commune ». 

Une note, placée à la fin du volume ^, est ainsi conçue : « Je 
» certifie que le présent registre contient les actes des circonci- 
» sions faites par feu mon grand-père Jacob Mezes et feu mon 
» père Abraham Mezes. — Bordeaux, le 30 septembre 1793. — 
» E. Jacob Mezes. » - 

Ce registre porte le titre suivant dépourvu de tout ornement : 

X n E >: o Ft o 

De los circumsidados. Que 

haze iahacob de r//ezas etnpesando de 

edad deSo. anos el todo seapor honra 

Gloria y loor del eterno dios di- 

zerael suplicando hicmildemente 

su divina majestad que circon- 

sida nuestros corasonnes por seruirlo con 

amor y temor alleyando todo jserael 

a los dias del bien prometido. A.71ietl, 

Bquc sea en nuestros • 

ordeaZ. A j^ Deadciv 

anno oA66. que corresponde a 28.fcurero 
170G 

' LeUre à l'auteur du 5 avril 1889. 

* GG800 lis du Répertoire général. — Nous tenons à remercier Lieu piiicèrement 
M. Léopold Delisle, administraleur de la liihliolhèquc nationale, pour le bienveillant 
empressement avec lequel il nous a procuré le moj'en de prendre connaissance à Paris 
de ce curieux manuscrit bordelais. 

' Deuxième partie, i" 46 v». 



LE TRÉSOR DES JUIFS SEPHARDIM 2.7 

Je crois inutile de rectifier l'orthographe espagnole de ce titre 
dont voici la traduction : Tréfior des circoncis que fait Jacob de 
Mezas, commençant à l'âge de 2-i ÇLns- Le tout soit pour L'hon- 
neur, La gloire et la louange de r Eternel Dieu d'Israël. Sup- 
pliant Sa divine Majesté qu'il circoncise nos cœurs pour le ser- 
vir avec amour et crainte, rapprochant toid Israël du bien 
promis {que ce soit de nos jours). Amen. Bordeaux, ii Adar, 
an Ù466, qui correspond au 28 février ilG6. 

Les mots nrj p^on peuvent se traduire : A bon signe, à bon 
augure. 

Ce manuscrit forme un volume in-8° d'environ 20 centimètres et 
demi de hauteur sur 15 centimètres et demi de largeur. Il est re- 
couvert de veau fauve et contient 106 folios dont les 30 derniers 
sont blancs. En général, le recto seul ' est couvert d'une écriture 
dont l'ampleur varie sensiblement, puisque l'on trouve 33 lignes 
au folio 1 de la première partie contre 17 au folio 45 de la seconde. 
Les lettres sont toutes dépourvues d'ornement, sauf le titre initial 
dont quelques caractères ont des filets rouges et verts ou noirs et 
verts. 

Le Thezoro est divisé en deux parties qui portent une pagina- 
tion originellement différente. Chacune des circoncisions a un 
numéro d'ordre dans la seconde partie seulement. Depuis, l'on a 
écrit, à l'encre rouge, de nouveaux chiffres qui se suivent sans 
égard à la division en deux parties primitivement établie. Cette 
nouvelle numération est inexacte - ; elle ne correspond pas au 
nombre des actes, aussi avons-nous tenu compte de l'ancien ordre 
pour toutes nos citations. 

La seconde moitié du manuscrit porte le titre suivant : nrj 17:03 
. bNi"»:;-' -^ribN ^^ ûca. Thezoro de los circumsidados que haze Ab"' 
de Mezes empesando de Edad de 45. afios. Eltodo seapor honra, 
gloria loor del Eterno Bios dizerael suplicando humildemenlc 
sudiuina majestad que circonsida nuestros corasonnes par se- 
ruirlo con amor ytemor. allcgando todo Iscrael a los dias dcL 
bien Prometido que sea en nuestros dias. Arncn. Bordeaux a. .9. 
de ab So02. Dia de tishabeab que corresponde a. 9. de agosto 
il 42. Ab. Dêmêzês. Moel. 

Comme on le voit, sauf la date et le prénom du Mohel, les 
deux titres sont semblables. Aux mots nrj 17:03 {à bon signe], on 

' La première parlie a deux folios écrits au verso, le 41» et le o8^ La seconde par- 
tie présente le même cas au verso du litre et aux f« 4, 19, 30 et 46. 

» Le manuscrit contient, d'ailleurs, une erreur aux t°« 44 et suiv. de la 2' partie. 
Le mohel a répété les mêmes numéros de 280 à 284. 



248 REVUE DES ETUDES JUIVES 

a cependant ajouté : VwS—w"' ""Vn ■^•^ 2^2, a2< nom du Dieu d'Israël^. 

Le texte du Tliezoro est en espagnol du [" 1 ("28 février 1706) au 
f° 28 (17 février 1723), puis en français, sauf le titre de la seconde 
partie, ainsi qu'une note inscrite au verso du f° 58 et concernant 
la famille de Mezes. 

L'espagnol employé par l'auteur du manuscrit est très incorrect, 
plein d'expressions portugaises : le mois de janvier, en castillan 
lne7"0, est écrit, par exemple, Icviero- ou même lanciro"^, ce qui 
correspond au portugais Janeiro. 

Le français du bon mohel ne vaut guère mieux : tantôt il le mêle 
à l'espagnol dans des phrases comme celles-ci : Sara da Costa 
madré de ranfan^, — Moshe [liijo] del Mon. ^ le H. H. Atias^ ; — 
tantôt il emploie des expressions telles que nore' pour6r«e. Quant 
à l'orthographe, c'est de la haute fantaisie : etictinle devient an 
sainte, mère se transforme en niaire^, etc. 

La famille de Mezes ou de Mezas, à laquelle nous devons le 
Thezoro de los circumsidados, n'a pas laissé de descendants mâles 
directs dans la population Israélite française. Cependant comme 
elle se rattache par de nombreuses alliances à beaucoup d'autres 
familles, nous en donnerons la généalogie : 

Les de Mezes ou de Mezas sont originaires de Portugal. Ils érai- 
grèrent d'abord en Hollande. L'un d'eux, Abraham Jahacob de 
Selomofi de Meza, fut grand rabbin d'Amsterdam ; il y publia, en 
1524 (in-4"), un recueil de Meditaçùes sacras ou sermoes varios 
composios e récit ados n'este KK. de T. T. °. 

Son petit-fils, Christoplie Rodrigues Meze, s'établit à Bordeaux. 
11 fut pèi-e de Enimanuei Meze *", mort vers 1688 et qui figure, 
sous le nom de Manuel de Messe •', comme expulsé de Bordeaux 
par l'arrêt du Conseil du 20 novembre 1684. Sa veuve, Marie, 



1 II y a lieu de faire observer que les N et 5 sont liés et londus eu un seul 
carap.lère. 

* Thezoro, A. f»' 3, 4 et 5, ligne 5. 
» Ibxdem, A, l- 5, 1. 9. 

* Ibidem, A. f° 34, 1. 18. 
3 Ibidem, \. f- 40,1. \. 

6 Ibidem, A. f» 57, 1. 3. — Le mot nore correspond au portugais nora. M. Kayser- 
ling a publié, dans la Revue des Études juives, t. XXII, pp. 123-124. une liste des 
mots espagnols conservés dans le parler des Juils de Bordeaux et de Bayonne ; il y a 
lieu d'observer que ces mots paraissent, en partie, plus portugais qu'espagnols : faja, 
prononcé fascha = faxa, desapegar^ etc. 

■ Thezoro, A. fo 41, 1. 17. 

s Ibidem, A. f« 40, 1. 3. 

* Innocencio da Silva, Diccion. bibliogr. portug., t. I, p. 1. 
>» Malvezin, Hist. des Juifs à Bordeaux, p. 134. 

" Archives nationales. E 1827. 



LE TRÉSOR DES JUIFS SEPHARDIM 249 

Lopes ' n'en demeurait pas moins dans cette ville en 1717, rue 
des Ayres. 
Emmanuel de Mezes eut quatre fils : 

I. _ jacol) de Mezas, qui Cut mohel du 28 février 1706 au 16 fé- 
vrier 1742, c'est-à-dire jusqu'à sa mort, ainsi qu'on peut le cons- 
tater par l'inscription de sa tombe- : 

S^ DEL PiO VMILDE. VIRTVOsO Y. PiADOSO. AYASIS. ANIHBAD. YSRAEL. 
YAHACOB. DE. MEZES MOEL. Y FVNDADOR. DE. LA. S^-^ JEBRA. F» A, 
6. DE. ADAR. SENi. 5502. QVE. CORESPONDE. A 12 MARCO 1742. 

De son mariage avec une demoiselle Dacosta, il eut deux fils, 
Abraham, dont nous parlerons ci-après, et Moïse^, circoncis le 
2 août 1706. 

n, _ Abraham de Mezes, connu sous le nom à: Alexandre 
Mèze, et associé avec son père\ Il eut un fils % dont j'ignore le 
prénom, et qui fut circoncis le 28 juillet 1717. 

III. — Isaac de Mezes, marié à Rebecca Gommes «, dont il eut 
une fille, Rebecca'' , et sept fils circoncis aux dates suivantes : 
1" Elie^, le 15 aoiit 1707 ; — 2° Emmanuel- Jacob ^ le 20 février 
1709; — '2>° Samuel, le 8 juin 1710; — 4° David, le 15 septem- 
bre 1713; — 5» un autre enfant nommé aussi David '", le 18 oc- 
tobre 1714 ; — 6° /l braham^', le 27 novembre 1721 ; — 7° Isaac, 
le 15 novembre 1722, filleul de sa mère Rebecca Gommes. 

IV. — Daind de Mezes eut également huit enfants : — 1° Abra- 
ham'% le 5 novembre 1706; — 2^ Mardochée '\ le 5 mars 1708, 

» Francisque Michel, Hist. du commerce à Bordeaux, ch. xlvi, t. II, p. 426, note 2. 

2 Ciraelière Israélite du cours Saiat-Jeau à Bordeaux. — Cette inscripliou, qui 
est accompagnée des insignes du mohel, veut dire : Sépulture du pieux, humble, ver- 
tueux et religieux 13DDn O-'OT! -Jacob de Mezes, mohel et fondateur de la sainte 
confrérie. Il mourut le 6 d'adar seni 6502, qui correspond au ti. mars 1742. 

3 Thezoro, A. i» 1. 

* Maivezin, Hist. des Juifs à Bordeaux, p. 171. 

5 Thezoro, A. 1" 12. 

6 Ibidem, A. f" 8 : elle est marraine, le 29 mars 1714, de son neveu Jacob Pcreira 
Soares. 

' Ibidem, B. 1" 6, n" 31 : elle est dite Rtbica de Isaac de Mezes. 
5 Ibidem, A. (• 2. 
9 Jbidcm, A. f» 3. 
10 /hulem, A. f» 4. 
" Ibidem, A. (" 7. 
»2 Ibidem, A. f" 8. 
>3 Ibidem, A. 1» 22. 
'* Ibidem, A. 1» 26. 
•■ Ibidem, A. 1» 1. 
»* Ibidem, A. f» 2. 



2o0 REVUE DES ETL'DES JUIVES 

filleul de sa grand'mère Baesa; — ^° Emviianuel- Moïse ^, le 
10 mars 1700; — 4" Juda-Macchabée'^, le 3 décembre 1714; — 
5° Isaac'^, le 23 octobre 1718; — 6° Jacob*, le 12 septembre 1720, 
filleul de sd. mère Esther de j\Jezas; — 7" ^arou^, circoncise deux 
mois, le 29 juillet 1723, filleul de son oncle Aaron Baesse; — 
8o Samuel^, circoncis normalement le 22 septembre 1725, « filleul 
de sa mère Anna Baesse" », et père lui-même de deux fils : David^, 
opéré le 26 octobre 1754, et Isaac '', circoncis le 26 janvier 1760. — 
Je ne sais trop à quelle branche de la famille de Mezes il faut rat- 
tacher les trois sœurs Rebecca, Rachel etAbigaîl, qui furent réin- 
tégrées, le 15 juillet 1758, par ordre du roi, dans le couvent des 
Ursulines de Bordeaux, où leur mère s'était retirée pour se con- 
vertir 10. 

Parmi les autres membres de cette nombreuse famille, nés avant 
le xix^ siècle, je citerai Esther de Mezes, dont la tombe se trouve 
à Paris 1' et porte l'inscription suivante : 

ici REPOSE ESTHER-DÉsiRÉE MÉZÈS ÉPOUSE d'aBRAII.\M 5:iLVEYRA 
DÉCÉDÉE LE 9 FÉVrIeR 1860 ÂGÉE DE 77 ANS. 

De tous les de Mezes, les seuls qui présentent un intérêt historique 
sont évidemment ceux qui remplirent les fonctions de Mohelini à 
Bordeaux, au xvrii« siècle. Le premier, comme nous l'avons dit, 
fut Jacob, qui eut pour successeur son fils Abraham. Celui-ci fut 
péritomiste'2 du 9 août 1742 au 26 janvier 1775. Il mourut en 1780, 
ainsi qu'on peut le constater par l'inscription de son tombeau '^ : 

S^ DEL ZELOSO Y BIeNAYENTURADO AYASis. VEAKiciIBAD ABRAHAM 
DE MEZAS FUNDADOR DE LA IIEBRA Y DE HATERET ZEQUENIm. MOKL 
DEbTE KAAL KAUOS F" A 23 DE KÎSLEU 5547 Q. CORRESPONDE A 21 
X"'"^ DE 1780. S A. G. D. L. g. A. 

» Thezoro, A. f» 3. 
* Ibidem, A. i" 8.. 
3 Ibidem, A. foU. 
" Ibidem, A. f» 18. 
5 Ibidem, A, f» 29. 
« Ibidem, A. 1»33. 

' Il faut lire : « Filleul de sa grand' mère •, cnr Esther, femme de David de Mezes, 
vivait encore le 29 janvier 1760 [Thezoro, B. 1" 38, n" 241). 

8 Ibidem, B. i" 28, n» 176. 

9 Ibidem, B. f» 38, n» 241. 

*" Malvezin, Rist. des Juifs à Bordeaux, p. I00-I06. 

1' Cimetière du Montparnasse, Sépulture Silveyra. 

" Secoude partie du Thezoro de los circumsidados. 

'^ Cimetière israélile du cours Saint-Jean à Bordeaux. Dans le leste espairnol les 
caractères suivants sont tous liés : .A et D, A et N, A et H, A et V, A et L, .\ et M, 
H et D, D et E, M et E, U et E. En voici ia traduction : S(fptHture du z-'lé et bien- 
heureux narrm C'^iri Abraham de Mezas, fondateur de la Ccnfrérie et [de la So- 



LE TRÉSOR DES JUIFS SEI^HARDIM 2ol 

Ce saint homme eut deux fils et trois filles : I. — Emmanuel- 
Jacob, né 1 le 5 janvier 1729 et circoncis le 12 du même mois -; du 
24 avril 1754 au 22 février 1*759, il remplaça son père comme péri- 
tomiste ^, et ce fut lui qui remit le Tfwzoro de los circumsidados , 
en 1793, à la municipalité de Bordeaux''. 

IL — Rachel de Mezes, née ^ le 24 août 1732. Elle épousa Abra- 
ham Miranda'', vers 1751, 

III. — Rebecca, née" le 12 avril 1735, mariée^ le 6 décem- 
bre 1758. 

IV. — Sara^, née le 11 janvier 1738 et morte en bas âge. 

V. — Isaac, né^° le 7 août 1747, circoncis'* le 15 du même mois. 

Le Thezoro de los circumsidados, auquel sont empruntés ces 
détails, ne renferme pas toutes les circoncisions faites à Bordeaux. 
Les de Mezes n'étaient pas les seuls mohellm de la communauté : 
on peut citer notamment Moïse-Israël Henriques « de Londres '- », 
comme ayant fait une cinquantaine de circoncisions '^ du 4 juin 1726 
au 13 mars 1740. 

On sait que la communauté portugaise de Londres fut établie 
vers 1655, à la suite de la mission du célèbre lisbonnais Manassé 
ben Israël , envoyé auprès de Cromwell par les Sephardim 
d'Amsterdam. Plusieurs des membres de cette fté'/îJ/« anglaise ont 
grandement honoré les noms de plusieurs familles de Bordeaux et 
de Bayonne : Josué da Silva, David et Joseph Pardo, etc. 

L'auteur de la présente étude a trouvé à Bordeaux et conserve 
un manuscrit qui peut fort bien avoir appartenu au mohel Hen- 
riques, de Londres. Il est daté de cette ville : Londini. Anno 1729. 

ci('té] llatéret Zequenim, mohel de cette sainte communauté. Il mourut le 2<î kislev 
Sôi7, (pii correspond au '^1 décembre ilHO. Les lettres S. A. G. D. L. G. A. si'jni- 
fieut : Su aima goze de la gracia anunciada. — Qtie son âme jouisse de la (jrûce 
annoncée. 

1 Thezoro, A. f° 38. 

2 Ibidem, A, f° 58 V". 

3 Thezoro, f»' 27, n"^ 173 et 174 ; 29, n"* 182 et 183 ; 30 r", n"' 183 et 187; 30 v° ; 
31, n» 1D3 ; etc., etc. ; 37, n°» 231 et 234. 

* Ibidem, B. 1° 46 v". 
5 Ibidem, A. f» 58 v». 

8 Ibidem, B. f" 21, n" 133 : Acte du 13 décembre 1750 : « Pareins Ab™ Miraade, 
» mon bcau-l'rère, et Rachel Mezes, ma GUe, sa promize. • 
' Ibidem, A. f» 58 V". 

8 Ibidem, B. i" 36, n" 229. 

9 Ibidem, A. 1 ■ 58 v». 
" JbHem, A. 1» 58 v, 

»« Ibidem, B. 1° 14, n" 84. 
'•^ Ibidem, A. (" 34. 

'3 Ibidem, A. f"^ 34, 35, 38 à 42, 44, 46 à 49, 51 à 54, 56 et 58; B. (• 2, u<" 9 et 12, 
et i" 9, n" 52 et 54. 



2o2 REVUE DES ETUDES JUIVES 

25° Augusii. C'est un volume de 24 centimètres de hauteur sur en- 
viron 18 de largeur. L'écriture en est fort belle. Il contient 4 feuillets 
l)rél)minaires et "710 pages de 10 lignas, encadrées d'un filet rouge. 

Le titre de ce manuscrit n'existe que sur le dos du volume et 
porte cps mots : Common prayers. Hehrew. C'est, en effet, une 
traduction anglaise du rituel ; elle ne paraît pas dé[)ourvue d'intérêt 
au point de A'ue du judaïsme britannique. 

Le péritomiste Moïse-Israel Henriques, auquel appartinrent 
nos Common Prayers, épousa une fille du sieur Isaac Fernandez. 
Il eut, de ce mariage, quatre enfants circoncis à Bordeaux aux 
dates suivantes : Isaac \ le 17 mai nSl ; Joseph-, le 29 décem- 
bre 1732; Abrahnm\ le 19 avril 1738; olJacob\ le24 juillet 1740. 
La circoncision d'Abraham Henriques porte la mention que voici : 
« Ab"" de Moshe Israël Henriques, [âgé] de 8 jours. Pareins : 
■» Joshef Henriques MeJine et Ribica Lamego. Mohel : le père de 
)> lanfan. Et, à 4 heures de laprès midi, il i est survenu unne hémo- 
» rogie de san fort considérable, laquelle, sur l'istant, moy, Jb. de 
» Mezes, ay arété ». 

Il y a lieu de faire observer que les mohelim bordelais n'hési- 
taient jamais à retarder « le berit^ «lorsqu'une maladie quelconque 
eût rendu l'opération dangereuse. 

Le 13 septembre 1714, par exemple, on circoncit un fils (VAbra- 
ham MacUouqiia, âgé de i)lus de 8 jours, en faisant observer qu'il 
ne l'a pas été en temps voulu, « par aver sido enfermo^ ». 

Le sieur Macliouqiia (ou mieux : Machuca), dont il s'agit, eut 
deux autres enfants : Isaac', le 10 février 1713, et Jacob^, le 
17 janvier 1716. Sa sœur, Ruchel Machuca'\ tigure comme mar- 
raine d'Isaac d'Aguilar, le 20 mars 1719. 

Autre exemple de circoncision retardée : — Le 12 mai 1760, Da- 
vid Ribeyre^" fut opéré à l'âge de 4 mois « par maladie ». Cet enfant 
appartenait à la famille portugaise Ribeira '•, dont la branche éta- 

1 Thezoro de los circumsidados, A. f" 40. 
» Ibidem, A. f" 42. 

* Ibidem, A. i" 33. 

♦ Ibidem, X. f" 56. 

• Thezoro, B. f" 7, n" 41. — rT^-;3. 

fi Ibidem, A. i" 8. — « Pour avoir été malade. • 

7 Ibidem, A. 1° 7 , 

8 Ibidem, A. f" 10. 

9 Ibidem, A. f» ITi. 

"> Ibidem. li f" 19 V», n. 123. 

•1 Je crois qu'il y eut aussi une famille RiBEino. dont le nom devint également Ri- 
beire en français. A Peyrehorade, nous trouvons Antoine Ribeyrou, expulsé par lar- 
rèt du Conseil de 1684, et Mardor.hée Rivera, mort eu 1661, d'après M. Henry Léon, 
Hist. des Juifs de Bayonne, ch. xs. 



LK TRKSOH DKS JUIFS SEPHARDIM 2133 

Llie à Bordeaux ont pour chef Isaac Ribeyre, qui eut de sa femme 
Rebecca : 1° une fille', mariée à Moïse Dacosta; — 2'^ Salomon 
Ribeyra-, circoncis le 22 juin H 10, et père lui-même (VIsaac\ le 
24 janvier HSO; — 3« Esther, marraine de son neveu Isaac de 
Salomon Ribeyre ; — 4« Jacob, père de David Ribeyre, dont nous 
avons parlé ci-dessus. 

Je citerai un troisième et dernier cas de circoncision tardive. Il 
s'agit de Da7îiel Lopes Pereire, « né le 16 janvier HôO et [qui] 
À) n'a été sirconsi que le 20° jour de sa nesanse, et ce cauzé par 
» vnne anflure et jnflammation qui lui estoit survenue" ». C'était 
le petit-fils de Jacob Loppes Pereyre ^ « venu de Portugal » on 
juin 1747. Cet immigré épousa, à Bordeaux, une demoiselle Rebecca 
Torres «, dont il eut : 1° Joseph ', le 9 décembre 1758, et 2° le David, 
susnommé ®. 

Pour les circoncisions, on faisait choix d'un parrain et d'une 
marraine, chargés de tenir l'enfant pendant l'opération. On les 
prenait généralement parmi les proches parents. Nous trouvons 
comme parrains : le grand -père, l'oncle, le père et rarement le 
frère. La grand'mère, la tante, la cousine, et, parfois, la mère ou 
la sœur figurent comme marraines. 

On pouvait être parrain par procureur, et la marraine, désignée 
par la famille, pouvait être remplacée en certains cas. Un acte du 
14 décembre 1731, par exemple, porte la mention suivante : « David 
i> de Abraham Keiros, [circoncis à l'âge] de. 8. jours. Pareins : 
« Abm Lameyre et Ester Carbaillo, sa sœur; et, se trouvant 
» ansainte, [elle] a donné la inisba à Ester Fonsèque ^ » 

» Thezoro, A. 1» 53, et B. !" 6, n" 31, — 7 juin 1738 et 23 sept. 1744. 

» Ibidem, A. f" 10. 

3 Ibidem, A. f° fi4 . 

* Ibidem, B. f° 38, a» 242. 

^ Ibidem, B. f-lS, n» 79. 

6 Ibidem, B. f° 42, n" 269 = 2ijn. 

7 Ibidem, B. f" 36, u" 230. 

8 Avant que Jacob Lopes Pereire n'arrivât de Portutral, nous trouvons, dans le 
Thezoro, A. f° 22, à la date du 13 juillet 1721, la circoncision de David dJsaac Loppes 
Pereira, . venido de Espa^na ., ù-é de 17 ans. - M. Eug. Pereire a eu l'obli^^eance 
(le me communiquer une lettre de M. Ambroise Tardieu, historiojjraphe de 1 Au- 
vergne, siirnalaiit un . Lopez Peruira, grand armateur à .\lger en 1 ;20 ■• 

» Thezoro, A. 1- 41. — La iamille Qukiroz. dont le nom est écrit Keiros, Keyros, 
Kayros et Cuiras, est ori'.'inaire de Poriugal. Le chef de la branche bordelaise parait 
être Abraham Mendcs Queiroz, père de : 1' Isaac Quetros, père lui-même d un autre 
Abraham, circoncis le 3 janv. 1738 : 2» Rachel Mendes Keyros; — 3' Moise Mendes 
A'«»-o5, circoncis le 8 juillet 1729; — 4' David, dont nous avons parle c.-dessus; 
5<> Aaron Mendes Keiros, dont le (ils Moise eut pour parrains, le 16 fevr. 1742, ses 
grands-oarents Abraham Vitoria et Rebecca Mendes Cayros. — Abraham Kayros 
hgure comme • vishayeul à Tanfan . dans l'acte de circoncision d'Abraham '^«rrea 
Déballe, le 13 nov. 1772 (Thezoro, A. f"' 52, 55, 38, 41, 58, et B. 1° 4b, n» 284 
= 289). 



234 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Lorsque le circoncis avait plus de 5 mois, il n'avait généralement 
pas de marraine, mais seulement un bulial br?. Cependant David 
Mandes ^ opéré le 3 mai llôS, eut pour parrain son grand-père 
David MendesMadeyre - et, pour marraine, sagrand'môre Rebecca 
Mendes ; il fut tenu par Jacob Mendes son père. 

Sur 6 enfants, âgés de 1 à 3 ans, on en trouve deux qui eurent 
une marraine à leur circoncision ; mais il faut reconnaître qu'ils 
appartenaient à des familles notables. 

Puisque je parle de l'âge des circoncis, il est curieux de voir 
comment se répartissent, à cet égard, les divers actes du Thezoro 
Lie los circumsidados : 

Sur "755 circoncis, il y en a : 617 opérés dans les délais pres- 
crits par la loi religieuse ; 3 de 1 mois ; 5 de 2 mois ; 1 de 3 mois ; 

1 de 4 mois ; 1 de 5 mois ; 1 de 6 mois, et 1 de 7 mois ; — 1 de 1 an; 

2 de 2 ans ; 3 de 3 ans ; 4 de 4 ans ; 3 de 5 ans ; 1 de 6 ans ; 6 de 
7 ans ; 1 de 8 ans ; 1 de 10 ans ; 4 dé 11 ans ; 2 de 12 ans ; 2 de 
13 ans ; 3 de 14 ans ; 5 de 15 ans ; 2 de 16 ans ; 5 de 17 ans ; 5 de 
18 ans ; 2 de 19 ans ; 4 de 20 ans ; 2 de 21 ans ; 6 de 22 ans ; 5 de 
23 ans ; 4 de 24 et 4 de 25ans ; 1 de 26 ans ; 3 de 27 et 3 de 28 ans ; 
4 de 30 ans ; 1 de 34 ans ; 2 de 35 ans ; 4 de 36 ans ; 1 de 37 et 
1 de 39 ans ; 4 de 40 ans ; 1 de 41 et 1 de 44 ans ; 2 de 45 et 2 de 
48 ans ; 1 de 49 ans ; 7 de 50 ans ; 3 de 52 ans ; 1 de 58 ans ; 3 de 
60 ans ; 4 de 65 ans ; et, enfin, 1 de 68 ans ! 

La plupart des adultes venaient d'Espagne ou de Portugal. 

Pour tous les cas particuliers, on avait recours au jugement du 
rabbin, ainsi que nous le verrons dans un autre chapitre. 

Une des grandes difficultés que présente la reconstitution de 
Tétat-civil des Israélites Sei)hardim provient de leur habitude d'a- 
voir deux prénoms, l'un civil emprunté au catholicisme, l'autre 
purement biblique. Quelque chose d'analogue se faisait déjà du 
temps des Séleucides. En Portugal, surtout, le double prénom était 
commun : le célèbre instituteur des sourds-muets, Jacol) Péreire, 
s'appelait Francisco-Antonio dans son pays ■''. 

Des nombreuses coïncidences que j'ai notées, je crois pouvoir 
conclure que l'emprunt du prénom chrétien ne se faisait pas tou- 
jours arbitrairement : c'est ainsi que le nom juif ^&rrt/ia?ii' est 

> Thezoro, B. f» 23, n° 161. 

* Les Mendes Madeyre, ou plutôt Madeira, viennent de Portugal. Outre le David 
Mendes Madeyre, circoucis a 7 mois et dout nous venons de parler, nous trouvons, à 
Bordeaux, un Isaac Mendes Madeyre qui lut parrain de son petit-iils Isaac Mendes 
Veif^^a, le 19 mai 1755 {Thezoro, B. f» 29, n» 183 bis] . 

3 Notons, en passant, que son petit-fils le fameux économiste Emile l'creire avait 
reçu, à la synagogue, le prénom de Jacob » 



LE TRESOU DES JUIFS SEPHARDIM 235 

g*^n(^ralpment transformé en Antonio, celui de Jacob en Francisco ; 
quant au mot Jacques (ou Diego) ce n'est qu'une altération de 
l'hébraïque Jacob. De Hahn, 'w'^n, les Espagnols juifs faisaient 
volontiers HUln, Jain, Chaïm, Jai/m,Ja'hn, que l'on peut rappro- 
cher du James, si commun chez certains Israélites de nos jours. 

Le prénom juif du premier-né était toujours celui du grand-père 
paternel. Le parrain ne paraît pas avoir eu d'influence sur le choix 
des noms donnés aux autres enfants. 

Voici, avec leurs transformations en judéo-bordelais *, la liste 
des prénoms employés au xyiii® siècle : Abraham ; Isaac := Jshak 
ou Jsac ; Jacob; Moïse = Moshe et Moseh ; David ; Joseph = 
Joshef; Haïm =: Jaïn et Jaïm, très commun chez les Avignonais ; 
Aaron ; Daniel ; Mardochée = Merdoxay, Mordojay ; Benjamin ; 
Israël = /.serae/!; Raphaël; Samuel = 5'em«e^; Salomon = Salomo; 
Salom, fréquent chez les Avignonais; Aser ; Baruch ; Besalel ; 
Galef ; Elle = Eliau; Eliézer ; Elisaman ; Emmanuel = Ymanoel 
et Manuel ; Gabriel ; Gad ; \::-r^ = Herson; Jonathan ; Josué = 
Jeosua, Jeosuan ; Juda = Jehuda, Jewla\ Manassé = Menaslic\ 
Manoah ; Macchabée ; ^'r^w = Mesidman ; Nasaoth ; Isathan ; 
Néhémie ; Nissim ; Noë = Noa, Nohac, Noue ; Pinhas ; Ruben ; 
Sebi ; Simon ; Tobie ; Jonas ; et, enfin, parmi les très rares : 
Alchanan, Abiou, Jesurum, Joha et Semah. 

Les doubles prénoms étaient peu communs ; les triples excep- 
tionnels. 

Pour ce qui est des femmes, elles portaient soit des noms bibli- 
ques ^, soit des noms profanes. Ceux-ci étaient presque toujours 
très gracieux : Blanche, Belle, Rose, Gentille, Reine, Régina, 
Réginette, etc. 

La plupart de ces prénoms sont très anciens dans le Judaïsme 
français : Reine, Bonne, Belle, appliqués à des femmes Israélites 
étaient en usage, dès l'an 1292, dans la Communauté de Paris ^ ; 
sur une inscription du Moyen-Age, à Dijon *, on lit le charmant 
prénom de Florette. 

En ce qui concerne les noms patronymiques, les Juifs hispano- 
portugais en eurent un, constamment le même, depuis leur éta- 

' Nous les classons par ordre de fréquence : les plus communs en têle. — Les 
mois soulignés sont les formes usitées à Bordeaux, au xviii' siècle. 

* \ oici, par ordre de fréquence et avec leurs alléralions bordelaises, les principaux 
prénoms de femmes : Rachel; Eslher ; Sara ; Rebecca = Hibicca, Ribka ou Jiihcu, 
Mica; Abigaïl = rarement Abiar/uil ; Marie = Mirian, Merian; Judith = Judique; 
Léa ; Anna = Chana ou Jana ; Sephora = Sipora ; Thamar ; Débora, etc. 

* Henri Legrand, Paris sous Philippe-le-Bel, p. 178 : Rôle de la taille à Paris. 

* Le rabbin Gerson, Pierres tunmlaircs hébraïques de Dijon, dans la Rev. des 
Étud. juives, t. VI, p. 22o. 



•2o6 RKVUE DES ÉTUDES JUIVES 

blissement en France. Tout à fait au début de leur immigration, 
ils conservèrent, quelque temps, un double nom suivant la coutume 
de leur paj's d'origine '. Depuis, ils ne portèrent plus que celui de 
leur père, comme il est d'usage en France. 

Les Avignonais, fondus actuellement avec les Sephardim, ne 
se servaient de leur nom de familles que pour la vie civile. En 
voici un exemple : 

Les héritiers du sieur Abraham Vidal, de Paris, — en faveur 
desquels le droit d'aubaine fut aboli comme nous l'avons écrit pré- 
cédemment-, — produisirent diverses pièces d'état-civil. 

L'un de ces actes fut un certificat délivré le 26 janvier 1784 par 
D. Silveyra % « S3'ndic général et Agent de la Nation Juive Portu- 
» gaise et Espagnole à Paris ». Il est dit que Abraham Vidal, mort 
à Paris le 21 décembre 1783, habitant cette ville depuis 45 ans et 
« un des premiers fondateurs de l'École Gratuite de Dessin », était 
né à Bordeaux, en 1720, de Blanche Ravel et de Joseph Vidal, 
<( ainsi qu'il appert du registre de circoncisions ». Or ce registre 
porte simplement, à la date du 31 août 1720 : « Abraham [fils] de 
» Joseph-Haïm fils de Noé ; parrains : son frère Noë et Rachel 
» Perpignan* ». 

Non seulement les Juifs Portugais ont constamment porté un 
même nom de famille depuis leur établissement en France ; ils ont 
•encore poussé le zèle jusqu'à franciser ces noms, comme ils fran- 
cisaient leur esprit et leur cœur : Pereira est ainsi devenu 
Péreire ; de Cardozo on a fait Cardoze ; de la Penâ s'est trans- 
formé en Peigne ; et Del Valle a parfois été littéralement traduit 
en Duval. 

L. Cardozo de Béthencourt. 



' Les Espagnols et les Portugais joigaent habituellement le nom du père et celui 
de la mère ; mais les Espagnols mettent celui-ci le second avec la particule y, tandis 
que les Portugais en font le premier. Rodrigues y Cardozo désigne en Espagne un en- 
fant d'un sieur Rodrigues et d'une dame Cardozo ; en Portugal cela signifierait : fils 
d'une dame Rodrigues et d'un sieur Cardozo. 

^ Voir chapitre i. 

3 Marlineau, Mémoire pour les héritiers d'Abraham Vidal, Juif portugais, p. 30. 
(Pdris, 1784, in-4°.) 

♦ Thezoro de los circumsidados, A. i" 19. 



NOTES 



SUR 



L'HISTOIRE DES JUIFS DE SAXE 

(suite et fin ') 



II 



La Rt^forme eut-elle une influence favorable sur la situation des 
Juifs? Il semblerait que non, car bientôt après cet événement 
plusieurs villes de Saxe et de Thuringe défendirent aux Juifs d'y 
séjourner, en leur refusant « l'eau et le feu ». En 1543, sous le 
règne du prince-électeur Maurice, ils furent chassés de Zwickau, 
où, sous le margrave Frédéric, en 1308, on leur avait permis 
d'habiter-. Un fait analogue eut lieu, dans la même année, à 
Plauen. Auguste, successeur du prince-électeur Maurice, se mon- 
tra encore moins favorable aux Juifs; il leur interdit rigoureuse- 
ment le séjour de tout son pays. Les villes et surtout les corpora- 
tions en faveur desquelles « le père Auguste » avait ainsi agi 
n'étaient pas encore satisfaites des mesures prises contre les 
Juifs. A la diète de l'année 1565, on reçut une adresse des villes — 
la copie se trouve aux archives de Leipzig — se plaignant qu'on 
tolérât rà et là des Juifs, « qui s'occupaient non seulement du 
commerce de velours, de soie et de toile, mais aussi d'usure». 
Une ordonnance du prince Auguste, édictée à Freiberg le 5 octobre 
1554, et défendant aux Juifs le commerce d'argent, renouvela et 
aggrava les ordonnances de ses prédécesseurs. Nous y lisons : 
« Aucun Juif ne recevra l'hospitalité de nuit dans nos villes mi- 
nières, et nos sujets seront punis de contrainte par corps en cas de 
transgression. Si un Juif est pris en faute, la moitié de tout ce 

' Voyez Revue, t. XX.V, p. 217. 

» Tittmann, Cleschichte Heinrich des Erlauchten, t. I, p. 393. 

T. XXVI, N» 52. 17 



238 REVUE DES ETUDES JUIVES 

qu'il a sur lui reviendra à celai qui Taura arrêté. S'il récidive, on 
lui infligera un châtiment corporel et ses biens seront con- 
fisqués '. )' 

A partir de ce moment, non seulement les Juifs n'avaient pas le 
droit de passer la nuit à Freiberg, mais même quand leurs affaires 
les obligeaient à y faire un court séjour, ils devaient se faire ac- 
compagner, contre une taxe fort élevée, par un employé de police. 
La nécessité de cette surveillance est expliquée dans les Annales 
de Freiberg, de A. MoUer, par le fait suivant : « Année 1621. Le 
24 juin, plusieurs Juifs ont été arrêtés à Freiberg pour permettre 
Texamen de leurs marchandises; on y trouva beaucoup d'ar- 
gent caché. Il y en avait aussi dans un double fond, ainsi que 
dans les poches de leurs vêtements et dans leurs ceintures ; de 
même, les havresacs, les selles et les harnachements des che- 
vaux étaient remplis de monnaies hors cours. On leur prit tout 
l'argent et le cuivre acheté par eux, d'un poids total de deux cents 
quintaux, et, sur l'ordre du prince, tout fut envoyé à Dresde. » 

On peut pourtant prouver par des documents que ce commerce 
illicite de monnaies défectueuses n'était pas toujours exercé par 
des Juifs. Le prince électeur Georges I", dans une lettre adressée 
à la municipalité de Leipzig, en date du 3 décembre 1621, rend 
responsable de la circulation des monnaies tous les industriels et 
commet^çanls àas, y'iWQs, saxonnes-. M. G. Beutel, de Dresde, a 
publié dans les Mittheilungen fur Gesch. der Stadt Meissen, 
plusieurs documents concernant le système de monnayage de 
l'année 1621 ^, et, entre autres, une pièce nommant plusieurs 
personnes qui ont été citées devant le tribunal sous l'accusation 
d'avoir fait le commerce des monnaies et parmi lesquelles ne se 
trouve aucun Juif. 

Gomme le règlement édicté sous le prince Auguste contre les 
Juifs voyageant en Saxe empêchait beaucoup de grands commer- 
çants de visiter la foire de Leipzig, on en atténua la rigueur 
dans l'intérêt de cette ville. Le 2 octobre 1682 Jean-Georges 
accorda certains privilèges aux Juifs étrangers fréquentant la 
foire de Leipzig. Il faut ajouter qu'on n'était pas seulement intolé- 
rant envers les Juifs *, mais envers tous ceux qui ne professaient 
pas la religion reconnue par le pays, comme le prouve le vœu 
exprimé par les représentants des États à la Diète de 168.j : a Qu'il 
ne soit pas permis, disent-ils, dans le pays de Son Altesse, aux 

» Cod. Aug., t. II, art. 80. 

' K\o\.zsc\\^ Mûnzgesckichtc, t. Il, 308. 

^ Mitûmlungen des Vereins fur Geschichte d. Stadt ifeissen, p. 453. 

* Sidori, Geschichte der Juden in Sachse>i, p. o1. 



NOTES SUH L'IIISTOIHE DES JUIFS DE SAXE 2o9 

personnes des autres confessions de faire partie des corporations 
et encore moins d'obtenir les privilèges de citoyen ». 

Un peu plus tard, le 20 septembre 1693, Jean-Georges IV, 
animé de sentiments de malveillance à l'égard des Juifs, écrivit à 
leur sujet à la municipalité de Leipzig : « Ne voulant pas intro- 
duire chez nous les superstitions des Juifs, vous devez sévèrement 
défendre à ceux qui arrivent chez vous d'observer la fête des Ta- 
bernacles et, en général, de célébrer leurs faux offices divins. » 
Le sort des Juifs s'améliora lorsque Frédéric-Auguste monta, en 
1(594, sur le trône de Saxe. Déjà le 12 février 1695, il intima l'ordre 
à la municipalité de Leipzig de permettre à son « hofjud «Berend 
Lehman de Ilalberstadt, et au « hofjud » Leffmann Berentz, de 
Hanovre, ainsi qu'à ses deux fils, d'ouvrir pendant la foire une 
boutique, sans leur faire payer une taxe plus élevée qu'aux autres 
marchands. Ce n'est qu'après des ordres réitérés que la munici- 
palité de Leipzig tint compte du désir du prince. Mais, lorsque le 
6 avril 1698, le prince ordonna à cette municipalité d'autoriser les 
Juifs, pendant la durée de la foire, à célébrer le service divin 
dans leurs demeures et à emporter leurs morts contre le paiement 
de 12thalers, la municipalité fît de sérieuses représentations, dans 
une adresse du 10 juin 1698, où elle en appelait aux anciennes tra- 
ditions. Lorsqu'en 1699, le Consistoire et les représentants des 
États demandèrent à leur tour qu'on défendît aux Juifs de célébrer 
les offices en temps de foire, Frédéric-Auguste céda par le rescrit 
du 4 janvier 1704*. 

La famille de Berend Lehmann, dont il est question plus haut, 
occupait une situation privilégiée en Saxe, parce que le chef de la 
famille, né en 1659, à Ilalberstadt, avait rendu des services impor- 
tants au prince Frédéric-Auguste I«''. Ainsi, il lui avait procuré 
l'argent nécessaire pour obtenir la couronne de Pologne, en 1697, et 
payer ensuite les frais du couronnement à Varsovie. Dans ce but, 
il avait négocié la vente du droit de bailliage sur Quedlinbourg, 
acquis en 1697, au prix de 340,000 thalers, par l'Etat de Brande- 
bourg. La comtesse Konigsmark, supérieure du couvent de Qued- 
linbourg, parle en termes peu aimables de Mo)isieur Lehmann et 
se plaiiit qu'un Juif ait conclu cette affaire. Vchse afhrme que ce 
fut aussi Lehmann qui négocia, en 1706, l'emprunt nécessité par 
l'invasion de Charles XII, roi de Suède. Berend Lehmann est 
mentionné dans les actes du conseil général de 1708 comme ayant 
rendu des services d'argent et négocié le rachat du bailliage de 
Borna. Dans la lettre- qu'il adressa, le 22 septembre 1707, au 

* Vogel, Leipzigcr Annalen. 

* Emil Lehmann, Ber polnisckc Résident Berend Lehmann, p. 13. 



260 REVUE DES ETL'DES JUIVES 

Statthalter, pour lui demander son avis sur la pétition de B. Leh- 
raann, concernant son établissement et celui de sa famille à 
Leipzig et à Dresde, le roi de Pologne parle des « fidèles services » 
et des « sentiments dévoués » de Lehmann. Dans une lettre en- 
voyée de Dresde le 27 mars 1708, le roi parle en termes analogues 
de J. Meyer, de Hambourg, et de son fils aîné, qui s'établirent avec 
leurs familles et leurs domestiques à Dresde. 

Le 8 mai 1708, le roi de Pologne, électeur de Saxe, écrivit de 
nouveau à la municipalité de Leipzig en faveur de B. Lehmann et 
de Leffmann Berentz, disant « que suite devait être donnée à ses 
ordres ". Mais, malgré la bienveillante intervention du prince, les 
Juifs ne purent obtenir la liberté de leur culte pendant la durée de 
la foire à Leipzig. 

Leur situation n'était pas meilleure à Dresde. Le 12 décembre 
1705, les épiciers et les commerçants se plaignirent à la munici- 
palité « que les Juifs occupassent des ouvriers de leur secte et se 
réunissent pour leurs cérémonies religieuses ». Une enquête faite le 
23 décembre 1705 montra qu'en tout quinze Juifs habitaient 
Dresde '. On leur permit quand même, comme dit Sidori, d'établir 
une Betsluhe, un oratoire. Les représentants des Etats en furent 
fort mécontents, et, pour les apaiser, le roi, dans son discours de 
fin de session, en 1711, dit v qu'il ne permettrait pas aux Juifs 
d'exercer leur culte >;. Exception fut faite par lui en faveur de la 
famille Lehmann. Dans un rescrit du 25 avril 1711, il autorise le 
ti résident Lehmann et son fondé de pouvoirs J. Meyer, à célébrer 
le service divin d'après le rite juif, mais sans bruit et sans cris 
dans la maison qu'ils habitaient à Dresde, ou celle qu'ils habite- 
raient à l'avenir ». En même temps il ordonnait « que les livres de 
prière, tables ou tout autre objet enlevé de la maison seraient 
restitués à Meyer ». 

On se montrait moins tolérant pour les Juifs étrangers. En 1708, 
on bannissait les Juifs de Pologne, de Silésie, de Moravie, de 
Bohême, de Saxe, en leur interdisant de venir visiter les foires en 
qualité de marchands ambulants, excepté celles de Leipzig et de 
Naumbourg. Du reste, B. Lehmann et J. Meyer s'adressèrent eux- 
mêmes au roi à plusieurs reprises, pour empêcher l'aftluence des 
Juifs étrangers. Ce n'était pas par la crainte de la concurrence, 
mais uniquement « pour tenir éloignés des éléments qui auraient 
pu justifier la défense d'admettre des Juifs «. Les privilèges dont 
jouissaient les deux familles sus-mentionnées excitèrent l'envie et 
la haine, et, en 1716, les représentants des États se plaignirent que 

* E. Lehmann, Dcr polnische Résident B. Lehmann, p. 13. 



NOTES SITR L'HISTOIRE DES JUIFS DE SAXE 2fil 

le culte Israélite fût exercé dans la résidence électorale. En même 
temps, les commerçants de Dresde exposèrent leurs griefs contre 
les Juifs, disant « qu'ils s'arrogeaient le droit de faire le com- 
merce, sous le faux prétexte qu'ils se trouvaient au service du 
roi ». Après plusieurs tentatives pour acquérir une propriété, B. 
Lehmann fut autorisé, par rescrit royal du 17 mars 1718, à occu- 
per le « Postliaus » dans la Pirnaisclie Gasse » (aujourd'hui 
V. Landhausstrasse »), pendant vingt ans, contre le paiement de 
13,000 tlialers. Lehmann et Meyer y étahlirent une maison de 
banque ', mais il paraît qu'ils vendaient également au détail de la 
soie et des denrées coloniales. Fournisseurs d'une cour qui aimait 
le luxe, leurs affaires prirent une grande extension. Le l^r sep- 
tembre 17-20, J. Meyer donna dans sa maison, meublée avec luxe, 
une grande fête, à laquelle prirent part le prince et la princesse '. 

La confiance dont jouissaient B. Lehmann et J. Meyer à la cour 
et de la part du gouvernement était méritée, malgré l'hostilité 
qu'une grande partie de la population de Dresde leur montrait et 
malgré les critiques amères des auteurs contemporains. C'est 
ainsi qu'en parlant de la bonté de Frédéric-Auguste b^, qui, en 
1720, quand le prix des vivres était très élevé à Dresde, fit impor- 
ter de grandes quantités de blé, son biographe Fassmann s'ex- 
prime en ces termes malveillants : « Mais comme l'afïaire a passé 
par les mains des Juifs, il faut se demander si le prix du blé a été 
mis à la portée des pauvres, ainsi que Ta voulu et ordonné le 
roi ». Il est pourtant avéré que J. Meyer, chargé par conces- 
sion royale de l'approvisionnement de Dresde, fit venir à ses frais 
plus de quarante mille boisseaux de blé de l'Elbe inférieure et 
même de Danzig, vendant le boisseau à 3 thalers, 1.5 groschen. 
La foule venait journellement en telle affluence devant la maison 
de Meyer que, pour maintenir Tordre, il fallait l'aide des soldats ^ 

La bienveillance que le prince témoignait à quelques Juifs pro- 
voqua à Dresde et dans d'autres villes de Saxe des adresses et 
des plaintes sans nombre. Le renouvellement du privilègf; accordé 
au « Mimzjud » Gad Lévy fit dire, en 1725, aux représentants des 
États, « qu'à Leipzig aucune fourniture de monnaie ne serait né- 
cessaire ». Longtemps le gouvernement résista à ces pétitions. 
Mais lorsque, dans leur adresse du 22 mars 1728, les représentants 
exigèrent de nouveau « que les Juifs fussent complètement élimi- 
nés et le traité du Postliaus rompu », le gouvernement céda et 
publia, en avril de la même année, un édit en vertu duquel tout 

» Vehse, Geschichle der Eofe^ Haus Sachsen, t, V, 13. 

* Hasche, Diplotn. Geschickte Dresdens, t. II, p. 70. 

^ M. B. Lindau, GescMchtc. der Residenzstadt Dresden, 552. 



262 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

commerce était interdit aux Jaiis. « Nous voulons imposer des 
limites plus strictes aux Juifs et nous confirmons votre décision à 
l'égard de G. Lévj-. » La maison de Lehmann avait déjà beaucoup 
souffert dans les dernières années, par suite des restrictions ap- 
portées peu à peu à son commerce: le 12 avril 1728, tout com- 
merce industriel lui fut interdit, avec ordre de vendre toutes les 
marchandises dans un délaide trois mois. Toutes les réclamations 
furent vaines. Avec la mort de B. Lehmann, survenue en 1730, 
et la prohibition de tout commerce, suivies de la faillite de plu- 
sieurs de leurs olients distingués, les maisons Lehmann et Me3'er 
déclinèrent. Cependant Elias, un des (ils de B. Lehmann, fut 
nommé, un peu plus tard, à un poste de confiance. Bien qu'on 
permît aux familles Lehmann et Meyer de continuer à habiter le 
Posthaus, elles le quittèrent en 1733, une émeute populaire leur 
ayant fait craindre que la population ne se portât aux pires excès 
contre eux. Leur maison devint alors l'hôtel des Postes ', 

Déjà le 12 mai 172.5, une ordonnance défendit le séjour de Dresde 
à tout Juif n'appartenant pas à la domesticité d'un « Hofjud » et 
non pourvu d'un permis visé par le Gouverneur. A plusieurs re- 
prises, les représentants avaient proposé de ne permettre aux 
Juifs de séjourner dans le pays qu'au temps des foires^. Le 4 avril 
1733, le prince Frédéric-Auguste II imposa à tous les Juifs, sans 
distinction d'âge, qui traversaient le i)ays, le paiement intégral de 
la taille. Sur les réclamations des Juifs de Dresde, présentées par 
Elias B. Lehmann, l'ordonnance fut maintenue seulement pour les 
adultes, tandis que les enfants au-dessous de dix ans étaient 
exemptés de l'impôt. Elias B. Lehmann fut reconnu comme re- 
présentant des Juifs de Dresde, et on établit ainsi la taxe de la 
future communauté religieuse de cette ville •''. 

A la suite de nouvelles plaintes des commerçants de Leipzig, 
Frédéric-Auguste II renouvela aux Juifs la défense d'avoir un 
magasin public et do séjourner à Leipzig au-delà de la durée des 
foires. Pour faire enlever le droit de séjour à Leipzig au « Aliinz- 
jud » Lévy, on l'accusait de faire le commerce de monnaies hors 
cours et de ne pas envoyer tout le métal acheté par lui à la Mon- 
naie. Les fonctionnaires furent alors invités à faire attention que 
le privilège de Ci. Lévy, pour la fourniture des monnaies, ne fût 
pas exploité par lui pour faire le trafic de marchandises en de- 
hors de la foire \ 

' Hasche, Dresdner Merkwiirdigkeiten, 2« partie. 

* M. B. Lindau, Gesch.der Residenzst. Dreitilen. p. 604. 
' Sidori, Gcsch. der Juden in Sachsen, p. 73. 

* Ibid., p. 77, 80. 



NOTES SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE SAXE 263 

Sur la proposition des représentants des États du 18 juillet 
1746, une nouvelle ordonnance, du 16 août de la même année, 
limita le commerce et le séjour des Juifs à Dresde, Ils n'avaient 
pas le droit de construire une synagogue, ni de posséder un local 
pour célébrer en commun le service divin. Chacun était tenu de 
faire ses prières tranquillement dans sa propre maison. Seuls 
furent tolérés les Juifs qui possédaient une permission du prince 
ou un passeport du gouvernement. Ces derniers étaient obligés 
de déclarer une fois par mois leur domicile et l'état de leur 
famille '. Lorsqu'en 1749, l'impôt fut augmenté à Leipzig et à 
Dresde, la « taille » des Juifs fut élevée dans la même proportion. 
Mais, malgré ces fortes impositions et des restrictions multiples, 
le nombre des Juifs augmenta dans ces deux villes, principalement 
à cause des guerres de l'époque, qui rendaient le contrôle difficile. 
En 1750, fut fondé à Dresde la caisse de secours pour malades 
Israélites, dont les statuts et les comptes forment les documents 
les plus anciens de la communauté Israélite de Dresde ^. Bientôt 
après, les Juifs obtinrent un endroit spécial pour enterrer leurs 
morts, qu'ils avaient dû, jusque-là, transporter à grands frais à 
ïeplitz. Frédéric-Auguste II leur assigna, par un rescrit du mois 
d'avril 1750, un terrain situé « sur le sable » devant Neustadt, 
sans cependant leur donner le droit d'y construire une maison. Ils 
avaient à payer pour cet emplacement une somme de 1000 tha- 
1ers, et, de plus, pour chaque enterrement, 15 thalers pour un 
adulte et 7 pour un enfant au-dessous de 12 ans. In peu plus tard, 
on leur permit de construire une maison pour le fossoyeur, qui de- 
vait être chrétien. Il avait l'ordre de s'opposer à tout enterrement 
si préalablement on ne lui avait pas remis quittance des frais dus 
à l'état civil. Ce cimetière fut inauguré en nSP. 

En 1794, un débat s'éleva entre les Juifs de Dresde pour décider 
si tous les membres de la communauté avaient le droit détre en- 
terrés dans ce cimetière, droit contesté par les anciens et les des- 
cendants des familles qui, en 1751, avaient acheté le terrain. 

Pendant la guerre de Sept-Ans, de nouveaux Juifs vinrent s'éta- 
blir à Dresde, sans y être autorisés, mais aussitôt la paix conclue, 
ils furent expulsés. Sous le règne de FrédcTic-Auguste III, une 
nouvelle ordonnance, publiée en 1772, proclama qu'aucun Juif ne 
serait toléré à Dresde sans l'autorisation spéciale du prince ré- 
gnant. 

On devait faire le relevé des habitants juifs trois fois par mois, 

* Émil Lehmann, Det- poln. liesident B. Lehnann, p. 68. 

* Sidori, Gesch. der Juden in Sachscn, p. 86. 

3 Ilasche, Dnsdiier MerkicUrdigkeUen, p. 751. 



264 REVUE DES ETUDES JUIVES 

afin qu'on pût mieux se rendre compte de leur nombre. Us auraient 
le droit d'habiter 1' « Altstadt » , mais seraient exclus des fau- 
bourgs et de la « Neustadt «. Les Juifs étrangers, de passage à 
Dresde, seraient conduits par les gardiens au bureau de la ville, 
où ils paieraient un « groschen », en échange duquel ils rece- 
vraient un permis, qu'ils devraient rendre à leur sortie de la ville '. 
Lorsqu'en 1777, plusieurs Juifs, par suite de ce règlement sévère, 
furent expulsés de Dresde, ils sollicitèrent l'intervention de Moïse 
Mendelssohn ; celui-ci, qui connaissait le baron de Ferber, cham- 
bellan du prince, lui écrivit le 19 novembre 1777 une lettre émou- 
vante, où nous lisons : « J'apprends qu'on chasse de Dresde plu- 
sieurs centaines de mes coreligionnaires. Parmi eux, il s'en trouve 
plusieurs que je connais personnellement et de Thonnêteté des- 
quels je suis sûr. Ils ont perdu leurs biens et ne sont pas en état 
de s'acquitter des lourdes charges qui pèsent sur eux. Ce n'est 
certes pas par paresse ou par un trop grand luxe qu'ils se sont 
ruinés. Où voulez-vous que ces malheureux se rendent avec leurs 
femmes et leurs enfants innocents? Où pourraient-ils trouver pro- 
tection, si le pays qui a englouti leur fortune les rejette? L'expul- 
sion est la punition la plus dure pour un Juif, c'est plus que le 
bannir de son pays, c'est l'exterminer, puisque de toutes les fron- 
tières le préjugé le chasse à main armée -. . . » 

A la fin de la guerre de Sept-A.ns, le nombre des Juifs de 
Dresde était d'environ 900, en 1783, de 932, en ISOO, de 1031. Ce 
nombre diminua pendant l'occupation française. La communauté 
iuive de Dresde ne comptait, en 1815, que 500 âmes, en 1830, 
après de longues années de paix, 742, en 1832, seulement 712, en 
1834, 682, en 1837, 647, et en 1843, seulement 626 âmes. Cette 
communauté, qui, au commencement de ce siècle, se réunissait en 
sept différents locaux privés, pour le service divin, eut un centre 
de ralliement quand elle eut i)lacé à sa tête le rabbin D. W. Lan- 
dau. Venu en 1803 de Polnisch-Lissa à Dresde, il y resta jusqu'à 
sa mort, survenue en 1818. Les Juifs furent admis à prendre part 
à la solennité qui eut lieu le 7 juin 1815, à l'occasion du retour du 
roi Frédéric-Auguste de la captivité. Le cortège, qui alla à la ren- 
contre du roi, comprenait également quarante délégués juifs con- 
duits par le rabbin Landau "*. 

Par un rescrit du 20 juillet 1818, le gouvernement permit aux 
Juifs d'apprendre les métiers dont les corporations avaient jusque- 
là le monopole. Mais dès le 20 octobre de la même année, sur les 

' M. B. Lindau, Geschichte der Residenzstadt Drcsden, p. 707. 

* JJoses Mendehsohns gesammclte Schriften, Leipzig, 1844, t. V, p. 544. 

' M. B. Lindau, Gesch. der Res, Dresden, p. 827, 



NOTES SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE SAXE 26o 

instances pressantes de la population, le rescrit fut révoqué. Après 
la mort du rabbin Landau, ce fut le savant B. Béer (né le 20 juillet 
1801, mort le P-" juillet 1861) qui fut nommé chef religieux de la. 
communauté de Dresde. Pendant que le rabbin Lippmann Lévy 
faisait les sermons traditionnels pour les membres âgés de la com- 
munauté, B. Béer réunissait autour de lui la jeune génération et 
prononçait, à partir de 1826, en sa qualité de président de la Société 
de secours pour les malades, des homélies en langue allemande. A 
l'occasion du centième anniversaire de naissance de Moïse Men- 
delssohn, il fonda, le 10 septembre 1828, le iMendelssolin-Verein, 
dans le but de développer le goiit de « l'industrie, de l'art et des 
sciences dans la jeunesse de Dresde, et, en général, de relever 
l'état intellectuel des Juifs * ». Les Juifs ne jouissaient cependant 
pas des droits civils. Pour se marier, il fallait des démarches coû- 
teuses dont le résultat dépendait de l'avis du Conseil de la ville. 
Entravés dans leur commerce, ils espéraient en vain que le mouve- 
ment de 1830 améliorerait leur situation. Mais la population trou- 
vait qu'ils avaient déjà trop de liberté. C'est ainsi que, dans une 
pétition adressée au gouvernement, la bourgeoisie de Dresde récla- 
mait « protection contre les Juifs, qui, trop favorisés, travaillent 
de tout côté à s'approprier les biens de la bourgeoisie ^ ». B. Béer, 
dans toute une série de brochures, réclama l'amélioration du 
sort des Juifs. En 1833, il obtint un premier résultat. A la suite 
d'un mémoire rédigé par lui et apostille par le professeur Krug, 
représentant de la première Chambre saxonne, celle-ci prit una- 
nimement la résolution de prier le gouvernement royal de faire 
réviser la législation régissant les Juifs et d'améliorer leur situa- 
tion civile. La première Chambre demandait qu'il plût à Sa Ma- 
jesté et à Son Altesse royale le régent, après révision de la légis- 
lation existante concernant les Juifs, de promulguer une loi pour 
l'amélioration de leurs droits civils, et, sans attendre cette loi, 
d'abroger la mesure de police obligeant les Juifs qui traversaient la 
ville de Freiberg à se faire accompagner par un garde payé par 
eux ^ » Le futur roi, le prince Jean, membre de la première 
Chambre, prononça ces paroles mémorables : « Je suis confus que 
dans le pays oii je vis, des habitants en soient encore à réclamer 
l'égalité *. » Le 27 février, la deuxième Chambre vota comme la 
première, mais le 4 mars, à la suite d'une pétition des Corpora- 

* Emil Lehmann, Ein Halb-Jahrhuniert in der tsr. Religionsgemeindc :u Dresdeii, 
p. 10; M. B. Lindau, Gesch. der Rt>s. Dresden, 889. 

* M. B. Lindan, Gesch. der Hes. Dresden, p. 849. 

* Sidori, Gesch. der Juden in Sachsen, p. 115 et 116. 

* E. LehmanD, ibid,, p. 12, 



2fir, REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tions, elle modifia la proposition en ce sens « que le gouvernement 
consentit à proposer la loi en question, à la session suivante des 
Représentants et à ne pas permettre jiisque-là l'établissement des 
Juifs étrangers «. Le 30 octobre 1834, la deuxième Chambre 
accepta les résolutions de la première. Le 20 décembre, l'ensei- 
gnement juif fut i)lacé sous la direction du Ministre des Cultes et 
de TEnseignement public. On permettait aussi aux Juifs d'ap- 
prendre un métier et de l'exercer ; l'impôt pour le mariage était 
aboli, de même que la défense de demeurer à Dresde-Xeustadt 
et dans les faubourgs. Finalement, la loi du 18 mai 183'7 autorisa 
les Juifs de Leipzig et de Dresde à former une communauté reli- 
gieuse et à posséder un temple commun. « Cette loi, écrit M. Leh- 
mann, qui parait inconnue même aujourd'hui de beaucoup de 
personnes, transforma la situation des Juifs à Dresde et à Leipzig. 
Les associations religieuses devinrent des communautés, le culte 
privé devint un culte public, la religion, d'abord défendue, puis 
tolérée, devint une religion légalement reconnue, la religio tôle- 
rata devint religio recex)ta ^ » 

Après la mort d'Abraham Lippmann Lévy, survenue le 30 avril 
183.5, Zacharias Frankel, rabbin de Tepliz, fut élu grand-rabbin 
df Dresde Entré en fonctions le 29 mai 1836, il inaugura, le 
1 août, l'Ecole communale juive, formée de deux écoles privées. 
En même temps, il s'efforça de faire construire une synagogue 
unique pour remplacer les divers locaux existants. Après de nona- 
breuses difficultés, la peu riche et peu nombreuse communauté 
réunit les moyens nécessaires pour acheter le terrain, et la pre- 
mière pierre fut solennellement posée en présence de deux mi- 
nistres et de toutes les notabilités de la ville *. La synagogue fut 
inaugurée le 8 mai 1840 ^ 

Une loi, du 16 août 1838, accordait aux Juifs de Dresde et de 
Leipzig un certain nombre de droits civils ; par une autre loi, du 
W) mai 1840, le gouvernement modifia la forme injurieuse du ser- 
ment juif, qui, cependant, ne fut entièrement aboli que le 20 jan- 
vier 18*9. L'égalité civile fut accordée « aux Saxons de confession 
juive «d'abord en 1849, et ensuite constitutionnellement garantie 
par la loi du 3 décembre 1868. La loi fédérale du 3 juillet 1869 
(étendue depuis IS'O à tout l'empire allemand), abolit toutes les 
restrictions qui avaient leur source dans la différence des confes- 

' E. Lehman, Ein Halb-Jahrhundert in der Relig. Gem. Dresden, p. 13. 

« lèid., p. 28. 

» M. B. Lindau, Gesch. d. Ees. Dresden, p. 900. 



NOTES SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE SAXE 267 

sions, en statuant que la faculté d'Atre représentant ou fonc- 
tionnaire public est indépendante de la confession K 

Frankel, grand-rabbin de Dresde, quitta cette ville, le 6 août 
1854, pour prendre la direction du séminaire de Breslau. Il fut 
remplacé par ^Volf Landau, également vénéré pour les services 
qu'il rendit comme prédicateur, rabbin et homme de bien. Lan- 
dau est mort le 24 août 1886, et, depuis cette date, la commu- 
nauté de Dresde a, comme directeur spirituel M. T. Winter. Son 
président, depuis le 9 février 1869, est M. E. Lehmann, député, 
dont les efforts incessants pour l'amélioration du sort des Juifs 
de Dresde et de toute la Saxe, méritent une vive reconnaissance. 

Ce que B. Béer fit pour la communauté de Dresde, Jacob Na- 
chod l'a fait pour la communauté de Leipzig. Il a commencé par 
établir des liens entre tous les Juifs de Leipzig en fondant « la So- 
ciété des Amis », qui, dans la suite, donna naissance à la commu- 
nauté de Leipzig. Klle eut pour premier prédicateur M. Adolphe 
Jellinek, qui y resta jusqu'à 1856, et fut ensuite nommé à Vienne. 
Son successeur fut M. Goldschmidt. Depuis sa mort, M. Porgès 
continue l'œuvre bienfaisante de ses prédécesseurs. En 18'79, fut 
fondée la communauté de Chemnitz, en 1880, celle de Zittau, et 
en 1884, celle de Plauen. En d'autres villes de Saxe vivent égale- 
ment des Juifs, sans cependant être assez nombreux pour former 
des communautés. La communauté de Dresde, qui, en 1843, ne 
comptait que 626 âmes, en contenait 2,595 en 1890. Dans cette 
môme année de 1890, il y avait dans toute la Saxe 9,368 Juifs. 
Depuis deux ans, peu de Juifs étrangers sont venus s'établir en 
Saxe, car ce pays paraît devenir le centre de l'agitation antisémi- 
tique. Les Juifs ne forment partout en Saxe que 3 0/00 de la 
population totale, et, dans ces conditions, il est vraiment excessif 
de les considérer comme un danger social. 

Depuis mille ans, les Juifs de Saxe se sont avancés peu à peu 
des ténèbres vers la lumière. Aujourd'hui, on leur conteste de 
nouveau une partie de leurs droits, mais c'est un temps d'arrêt 
dans la marche du progrès qui ne durera pas. Gomme l'a déjà dit 
en 1844 M. de Mayer dans la Chambre des députés saxons en 
citant la parole de Grégoire: « La grande question est finalement 
celle de savoir si les Juifs sont des hommes. » 

A. LÉVY. 

' E. Lehmann, Ein Halh-Jah-hnndert in d. R:l. Gem. Dresden, p. 39. 



TRÂNQUILLO YITA CORCOS 

BIENFAITEUR DE LA COMMUNAUTÉ DE GARPENTRAS 



.l'apporte ici, comme un hommage à la mémoire de notre re- 
gretté ami, Isidore Loeb, cet appendice à l'histoire des Juifs de 
Garpentras. dont il a dessiné les lignes principales de main de 
maître. Je dois la lettre d'où j'ai tiré la présente étude à l'obli- 
geance de son possesseur, notre savant collaborateur, M. Abraham 
Epstein de Vienne. La netteté et la beauté de la calligraphie, la 
variété des signatures, l'adresse et les plis qui montrent encore la 
forme première de la lettre à laquelle il ne manque que le cachet 
qui la fermait, tout prouve que nous sommes en présence de l'ori- 
ginal de la missive adressée par la communauté de Garpentras, 
ses notaires, ses rabbins et ses administrateurs, la veille du jour 
de Kippour de l'année 1711, à Hiskia Manoah Ilayyim Corcos, rab- 
bin et secrétaire de la communauté de Rome. Les différents noms 
de ce rabbin sont reproduits dans leur ordre successif dans des 
versets bibliques placés à la fin des divers paragraphes. Gette 
lettre devait servir à justiiier à ses yeux les membres de la com- 
munauté et à l'assurer de leur gratitude. 

Ce rabbin distingué de la communauté de Rome, descendant 
d'une famille de Juifs castillans', comme Aboab le rapporte dans 
sa Nomologia, p. 360, apparaît ici pour la première fois comme 
bienfaiteur des Juifs résidant hors de Rome dans les Etats de 
l'Eglise. Lors de son entrée dans le Conseil de la communauté, an- 
térieurement à l'an 1692, il fréquentait déjà, comme on le faisait 
ressortir, les palais des plus grands princes et cardinaux, dont il 
était fort estimé à cause de son érudition -. 

* Je suppose que les trois frères qui disposaient d'une fortune de plus de 700,000 
couronnes dont parle Manassé b. Israël, dans sa déclaration à la République anglaise 
(Kaj'serling, p. 76, noie 201 a), étaient les trois banquiers romains Elie, Josué et 
Ephraïm, 61s de Salomon Corcos, qui vivait vers lo6(); voir Berliner, dans la Juhel- 
schrift de Hildesheimer, lo9, 161. 

* Berliner, l. c, 164 : C;7;cm C'?"!*^ Z^".'^ -'C '^llbz^ Z'^l 'ZV'T't ''^-"i 



TRANQUILLO VITA CORCOS 269 

C'est grâce à cette influence dont il jouissait auprès de la cour 
papale et qu'il devait aussi, en partie, à sa réputation de médecin, 
qu'il put intervenir efficacement en faveur de la communauté 
juive de Carpentras. Son nom était aussi estimé chez les Juifs du 
Gomtat Venaissin que chez ceux de sa communauté natale, Rome. 
La renommée de ce rabbin, qui avait ses entrées chez les cardi- 
naux, était venue jusqu'à eux. La reconnaissance pour son inter- 
vention salutaire était si vive à Carpentras, que son nom fut ins- 
crit dans les annales de cette communauté et de toutes les com- 
munautés de la région, comme celui d'un bienfaiteur inoubliable. 
Pour une communauté au-dessus de laquelle planait, comme un 
nuage toujours menaçant, le danger de l'expulsion que l'on ne 
cessait de demander au pape ', où chaque incident donnant lieu à 
des attaques contre les Juifs devenait un prétexte de vexations et 
de procès sans lin, il était d'une importance capitale d'avoir, au 
siège même de la papauté, un défenseur ayant l'oreille des auto- 
rités ecclésiastiques. 

C'est à lui que la communauté envoya des délégués lors de nou- 
velles complications qui surgirent. Un de ces délégués, du nom de 
Josué, est cité comme l'auteur de la calomnie dirigée contre Cor- 
cos. On ne sait pas au juste la nature de cette affaire; en tout cas, 
il réussit de nouveau à faire rendre justice à la communauté. Vai- 
nement le procureur essaya de susciter de nouvelles difficultés, 
grâce aux prétendues obscurités du texte du bref papal. 

La consternation de la communauté fut d'autant plus grande 
en apprenant, par une lettre de leur protecteur, écrite en italien, 
que, par suite de querelles entre les délégués, la calomnie avait 
osé s'attaquer à son nom respecté et qu'il avait été accusé de s'être 
approprié illégalement une somme qui lui avait été confiée. En 
présence de ces soupçons révoltants, les sentiments de gratitude 
de la communauté se manifestèrent avec une force et une vivacité 
irrésistibles. On lui fit savoir qu'on n'avait jamais osé lui deman- 
der le moindre compte de sa gestion des sommes mises à sa dispo- 
sition. On était, disait-on, intimement persuadé que l'intérêt qu'il 
témoignait aux communautés et la connaissance qu'il avait de la 
situation à Rome le détermineraient à employer l'argent de la ma- 
nière la plus utile à son but. 

Les noms des signataires de cette lettre se retrouvent encore, en 
partie, dans les rôles des contributions de Carpentras des années 
1G69 et 1679, publiés par M. Loeb [REJ., XII, -216). 

Les secrétaires de la communauté mentionnés dans la lettre sont 

• JjOeb, dans la Jieoue des Etudes Jinves, XII, 109. 



270 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Jacob Lunel, qui signe du nom d'un des accents de la Bible, Yerah 
ben Yomo, allusion à la ville de la lune, Lunel, et expression de 
sa modestie (il ne se compare qu'à la lune à peu près visible), 
Menahem Lion et Israël Lévi (?) ; ces deux derniers font pré- 
céder leur nom de pareilles formules de modestie. Comme il est 
déjà question en IGTQ de la veuve de Jacob de Lunel [ibicl., 217], 
notre Jacob est sans doute le petit-fils de ce dernier. Ont signé 
comme assesseurs du tribunal rabbinique de Carpentras : Isaac. 
de la famille Roquemartine, qui comptait à Carpentras de nom- 
breux et riches représentants, Juda délia Roque et Mordachay.. . 
Le premier administrateur est Àbram de Roquemartine. C'est pro- 
bablement le même que celui de la liste de IblQ, mais ce ne peut 
être guère celui qui vivait encore en lloi {ibid., 219). Joseph de 
Milhaud , qui a signé comme deuxième administrateur, peut 
être le Jassé de Milhaud qui apparaît encore (p. 220) en 1754 ; 
c'est sans doute en cette année 1754 qu'il mourut, puisqu'à cette 
date il est question de sa veuve. La famille à laquelle il apparte- 
nait, fort répandue à Carpentras S d'où elle était originaire, a 
produit beaucoup d'hommes renommés dans l'histoire et la littéra- 
ture des Juifs français. David Lion, qui a signé comme troisième 
Parnes ou administrateur de la communauté, pourrait être iden- 
tifié avec le David Lion que nous trouvons encore en 1754 dans 
une liste destinée au censeur des livres de Carpentras-. 

David Kaufmann. 



PIÈCE JUSTIFICATIVE. 

-laT b2>^ mno ba nb:;^ nb . ab-i3:;b c-^rn a-ic-^i nncb nDTiî nai'^rr: 
N-^nn[i. nnNj-i^'-iN .n-'îsoi NiiD-ncnx bD "«rîb .r;"<':;im r^-^y ib .nby: 
!-jbj» . Nn3\-i73 '^jim NPîpbN . Nnr-?: lyba b'zi •'N^" mb .^ r^i-^nim 
Nj-173 ■';?:-'r: irzy pmr; c^ûd ûTci-irr; r^-b^r; T>"r, . Nn-ino7:T Nnpi?::' 
n"-i3 Dnpmp 'c^^n n^ziz rr^pm -i"-irî?:D is:n-n 

» Cf. D. Kaufmann dans Luncz, Jcrusalem, III, 10".-107. Josepli nN-'bi?:T a 
contresifrué, en qualité d'assesseur du rabbinat de Carpentras, le D^5i"l 'ûDUJD "ITO 
y'N"î-:"^S"1Np 'p"'P j^TtZfZ-, Amsterdam, 1741. 

« Loeb, JtEJ., XXIll, 147. 

^ Daniel, m, 2, 



TUANQLIILLO VITA CURCOS 271 

nam ï^3^;^{ nnnb nnnbo ribcs mas hyi2 riins iisabnus n^r:?: SlX 
rjTimar) nnn mr? ,"irb:? m^D ï:ip727: rVs--;:! ^bici^ riDVjn ^;-,^n■' 
Tcy^ "73 "iD riT^-'Vrr; nbnsT r;\:J^n^! "Jn Tip"':: "ip"' -p*^ i;n:2":;;-i -,:Dn5 
niDi) ri7 v^^ •'^'^"'^ ?-i3"'T:>7an ri-ipn -^bn» rrms r-iSc:p T^p "^n-Tw 
ti:''!:;^ t;-'n-3"ib7:DT i->d-'"ip "'bi^-nD 1:3-^ Kpibn?: '«::i2b ■'b372 ï-!-3i-,i' 
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ïnN -naT r^^^■l3^n nx rrr^T ï-!bpD"«T ripT:»^! in^imrj -n:i ^la: 
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i;73b"iyn 13b i\x ^d n^iT^D-":: n?: b:? D-b ^î^ irb:' -^^ ii^r:;^ d-id? bxT 
n^ipT -is: lîîT'^'a :2:2T:;b •jiî-'M n':N3 riDbr; b-:; r-n73N rT:>mN nb*-:N 
•i;:nrjb ^-^nsnb n;n n^' i:nm i^n-'O n-n-:T i;n^;:'7:b n;2-,jîr! £2x1 
mbrb n;3p û-^nois V^ ^-^ob irN-'-J- 1:3b pN:; tCwN i:b i"nsb n:rN 
m-iD:' "^ri T^b;-i j-iidd m-icrb i;r:ir: sb fs^i^n -^b^n û-^Tw^d -i3N 
t>*b 1-^'.r•,^ i=ib-i::'3 v3-j n^-' nnD -ic^n i^Tj'O iî^t^ r;:- -^d ib nnr 
^-^3'::■'b^ lîT'sm iDTcb -«i; ■'sr ^m722 irN"i ^cntû ■^::nn ncb -;:nr! 
y-D -i2"]:>i ins-^n?: -i'>a« bnnsri -io:n Nnn nbi-;» mnn?: p-b -jps «-"byT^ 
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» II Rois, XX, 13. 



272 RKVUE DES ÉTUDES JUIVES 

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nîir ni-iriN T^n inrr n-^CN-iTo i:b T^rr *— CwX ït'^ ■jrri-'T: m-r; nns 
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i3tt;mci û5 -1:^1:; r;:r;-i is^bN riN-^n-'T ï^marr by Tipo-^i d-'^wcnn \-ib-î 
r-)-i-''^u; ûnn mr^i irT^n "liT-iir; n-irnN î-nmbi ï-i^irn r!:r;wS '^'tic 
Sï-.n ::5*n r— ,wSt i^pd-' -iCN irmbibi brb i::"7-- pi !-t::t;t rinn^s 
PwNi r-îp-nn it^ pn ir^n tjn "^inNi . a-^:-, n-":-^ nny p-ib p-^D^y^ 
^3» i3D-ip3 hîbn n;3bi lîi^a mn irpp"^::!! ip-n3:ii ispp ît:;;-o bD 
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irpDO nïïn->733 cn-ib r\mh £]nT^ i-^bNir. br tcï^i r|n:'* eii^d D-'Tûon 
mN-> t^^p-iD i^d;n3 ';-2"^' t>ibb7:bi rrij^T^bi mx-ib 'b^->r> nPD bN 
ro"ip ûip;û3 L!ip"« "'■ûi 'TIN ■^r!3 r;b:r-« ■^'": '^n . vrrb bbnb PTnrtb 
bip 13-inpD b:? d:7on Np-^mi Np-im ^mx -o lii-'-iy-b m3D mp7:3 
i;p3io PN tL-'pni Vpi^~ ^">^Nb 'j-'ppoTj i\si tz-'ir: û-^ir:! a-^v^T: 
^ D^'^n yr ircb NDn73 irpr::c;'b -^in^-iI irrrrb yvnjz iPii 
pb3p 173 :inr tcni ipinn r::;'-^ '-i\::n7: iT^rrib lïT^rtTn '-i"iP373 
t^np . pi-i:i-'Nrî ib i;-i07ja —int* !-i:ni rtwNbrti rbi* ï-iimbo pn:;\sr: 
toîbi bpnb Nb iTCNi.bïj ir->srD — nx lira ^li-jb t-^ir-^i ûr!3 r::ci 
:?i3ï:r:73 CwX a"^72i ncnbcr; omoT: i;\s pnswn I7j\:: i-i::îo •T^7:nnb 

1 Gen., vin, 9. 
* Argent, Q^i2l. 
' Prov., XV, 4. 



TRANQUILLO VITA CORCOS 273 

17:t3 n"d ln;n aà Dnp73 bD3 rirbr; m':j-i d^i ^îïoî^t: in •:innr;72 in 
N-no pT b2T my tnpTn» nrKO D'^-'is r!N573 t>:T"D'«riMr: r>:r;r -iCN 
irtT ir-inN ^dod*' Nbi ï:Dn-« Nbo iDb -i»n p-n 1^ D'«a inbb in^nn^ n-'spn 
ûin3:yTD73 iD'^iaT "IjTOwS Y""^^"^ "'-"'^ ^''"'^'^ T'''^'^ "'""^^ • '^''"'^■' ^"^"'^ '-^ 
TTD'^JDbi ir-inN r^-n-ib Nnb7a N-'bn rr^T^nbi yon bDbn nr bob t^ii nnn 
■^anp-'nn ^dD2 anrcn nnas -lanrr tiiooin "naso iT'rWT ir'^rs'wa 
Nbi t^:>-^"i ^<b i;i:72Nn m"! l^y riopan -i""inD73 i:b anD — wNd curîbo 
■^nbs n3n3XT , -02073 -nwNb •^<■']:^^! ly ûn[— i];in:; -ion riwS nmb y^-^-^ 
bizy ^ON nb733' bai z's-' mr-'^-' r:72Dn m:j mnniû n»D nrsob 3>iT>n 
p-ipa ny^nn -l'D-isn r:D 13^ dnt , r;j<-nnm nnon r:T2 p-^csn «bi 
NOC73 n"'3 n-ibi -lanD ib^j:' bon p-in"' ib rï<i a^bb-?: n-nom a-'-iai 
-iDO CNi binp n-^m np-'rT nrnx 12 o-^o -'.a-in n:?i::b yp o-^ r::n 
N;b n\xT 'j-'onî bai . nb:3n '-nDO N3\n nh Nb^b t«-:7jb:? -^Nnn n'ni:73 
S^b^ rjbiDO nbiy p-ipD lin^ 1"l^b^D rî;p:n ir:pi s-<^720 bs mnn 
n-':>o»b pinb y«3D73D T^b:' nTijn imiDO-a -"tt^ i:PN7ai ûonT^T im-iay? 
^Dr T^mDia b:^ :?do T^b:» m:>-'T :?-'co-'i r^-'DV — ys073b b''::N?2b 
'n m03 iT'Dn mna la-'Oinbi )V':>y irinbi d'inné û-'*^n '— ison ûnn-'T 

yN-iiaro^Np ^''p ■'5-^rî372 ■^o^-iD T'bj-i msib D-'-nnn073T D-':?mDn avN3 
. . nrzy mbnais ni:-^ -nob 3":?nn nro "^''v a-i3> yN-Tjro-iwXp no 

ipi-in ûrî-i3N nrans»ipn-n pn^^ n"-idd np:?^ i72i^ p n"-!"" 

Oins (?) nr::-iï<72 V^t b"';TbT " iTo^-b n-j -^-it:! 

D3-1D ax^b^MT qor r^n ri^pn^bi rmrr» » ûmnn p n:->NO 3ip3 y^i:r 

03-lD pN^b in y^l (•?) . • .N ■^DTITD IIN^^ Ûn373 

NnTon N-)DO (?) ■^■ibri bi<T«-> 
Sur l'adresse : 

y:>n . r-ninnso "^-iwS . triNcn bp» Tiy rn;a73 . rriiSTor! ■'Sd biw bx 
^Nno"» ï-t:'i-i n"r: .n^p73i nna .n-'pnca «in T'nn .^«i-n3^ ""ip^ 
t>ï-nn3T ws:^i:i3 mn-jn q^32ir: . -i^ni<^T î-nin b-^nr . n^ib iii: 5m3- 

■«"-13 oip-iip ai-^n n"i:73 "irr'pTn i"-in73Db 
m-«3n ■'73in3 



» Z)mfl», V, 10. 
* Berachot, 40 o. 



T. XXVI, N» 52. 



18 



NOTES ET MÉLANGES 



LES POINTS-VOYELLES EN HÉBREU 



Graetz ' a montré que le système hébreu des points-voyelles 
n'est nullement emprunté au syriaque, comme on avait cru pou- 
voir l'affirmer en se fondant sur la ressemblance toute fortuite de 
quelques signes. D'après lui, le système babylonien dérive des 
maires lectionis n, ^\ en y joignant Vy . Toutefois, le ûbn et 
tout le système palestinien auraient pour origine un ancien point 
diacritique, usité aux premiers temps de la Massore. Graetz s'est 
appu3^é, pour prouver l'existence de ce point, sur l'emploi des 
termes hyVû et:-;b», par lesquels la Massora finalis et le traité 
Ohhla loeoMla désignent des séries de couples de mots ne dif- 
férant entre eux que par une voyelle soit dans le préfixe, soit 
même dans la racine. Les mots bi'b?: sont ceux qui auraient eu le 
point supérieur, et les mots y^b'ù ceux qui étaient pourvus du point 
inférieur. Le point supérieur aurait été employé pour marquer 
soit la voyelle pleine, par opposition au schera ou aux voyelles qui 
le remplacent, soit les voyelles essentiellement longues, et le point 
inférieur aurait désigné les voyelles relativement courtes et le 
sclieva. Il est étrange que Graetz, après avoir rei)roché (p. 351) à 
Frendsdorff d'avoir parlé de la différence des voyelles au point de 
vue de la quantité, reprenne (p. 357), au moins en partie, la même 
théorie, sans paraître se souvenir des objections qu'il y avait 
faites lui-même. La valeur quantitative des voyelles ne paraît pas 
avoir été considérée par les Massorètes, puisque le tVn n'est pas 
plus long que le ■'-,^1 et que le y7:p se trouve avoir le point tantôt 
en haut, tantôt en bas. Le principe qui paraît avoir guidé les 

' Monatsschrift, 1881, p. 348-367 et 3yo-4U5. 



NOTES ET MÉLANGES 270 

Massorètes est, selon nous, la distinction des voyelles hautes et 
basses, fondée sur la prononciation de ces voyelles. La bouche se 
relève plus pour prononcer o ou ou que pour (7, et s'abaisse encore 
davantage pour r et pour i. Cette distinction est, en réalité, la 
même qu'a faite Jacques d'Edesse en parlant de voyelles pleines 
et voyelles grêles, et l'on comprend pourquoi, en syriaque, le 
point était mis en haut pour les voyelles pleines, et en bas pour 
les voyelles ténues. 

Mais une fois qu'on distingue les voyelles hautes des voyelles 
basses, les termes ^^^12 et y-ib?3 employés par la Massore peuvent 
s'appliquer aux voyelles elles-mêmes, sans qu'il soit nécessaire de 
recourir à l'hypothèse d'un point diacritique. On pourrait donc 
admettre que les signes des voyelles existaient déjà au temps de 
ces travaux massorétiques, qu'ils aient eu alors leurs noms par- 
ticuliers, ou qu'ils fussent encore innommés. 

Même en supposant que ce point diacritique existât, il pourrait 
servir difficilement à expliquer l'origine du nbn, puisqu'il était 
employé également pour d'autres voyelles; et il serait étonnant 
que tandis qu'on recourait aux consonnes pour marquer toutes 
les voyelles, pour le ûbn seul on aurait pris l'ancien point, doublé 
pour la circonstance. 

La manière dont Graetz explique la formation du ■'-lir (p. 402) 
est aussi des plus forcées. D'après lui, le ■'"ii: étant considéré 
comme composé de a + i, les deux points seraient l'un pour l'alef 
et l'autre pour le yod. 

Nous croyons qu'on peut trouver une origine plus simple aux 
signes du i-ii: et du û'?n. Le Talmud fait, comme on sait, le plus 
large emploi des maires lectionis pour marquer les voyelles. 
A côté des voyelles simples, il y a encore des diphtongues qui sont 
désignées également à l'aide des lettres i et ■>. Pour la diphtongue 
ay, on redouble généralement le yod, exemple : ■^n">"'M (1. "'*?"!'?), 
et, à la fin des mots, dans le Talmud de Babylone, on l'écrit par 
■^N ("^N» = "^H), tandis que dans le Talmud de Jérusalem on met 
deux yod ■'t: ("^rt). Pour la diphtongue aiv, on redouble le vav, 
exemple : Nina = n;")5^ ou bien on l'écrit in (exemple : mù =Vp)^ 
ou encore à la fin des mots on se sert de v, exemple : t^'wT:' 
(1. r>p53>), parce que le suffixe de la troisième personne mas- 
culin singulier dans les noms pluriels s'écrit r et se prononçait 
aïo (aou). 

Or, les diphtongues ay et aw se rapprochent beaucoup pour 
le son du -"-is et du ûbn. On sait que les Juifs occidentaux pro- 
noncent le ns ey ou ay, et le cbn non. Il ne faut pas y voir une 



276 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

altération récente de la prononciation, car l'hébreu biblique lui- 
même fournit la preuve que le-^-i:!: etlenbn devenaient facilement 
des diphtongues. La Massora ponctue ûrjTi"' alors que la voyelle 
é du lamed est attestée par les anciennes versions. La stèle de 
Mesa donne pour a;'_:-ir; pnn qui indique une prononciation 
X:"". A côté de l'hébreu ai"' et du targoumique NToi"", le syriaque 
ponctue n::v. 

Le son de la diphtongue ay ne différant pas beaucoup de é, il 
est naturel qu'on se soit servi, pour distinguer é de i, du signe qui 
marquait oy, à savoir les deux yod. Il faut bien penser que la 
ponctuation, à l'origine, était un aide-mémoire. Elle devait rap- 
peler les sons plutôt que les représenter. On pouvait donc se 
contenter d'un à [leu {)rès, et l'enfant à qui on mettait le signe i"' 
sous ou sur la lettre savait qu'il ne fallait pas lire i, mais é. 

Les deux points du abr; babylonien s'exi)liquent d'une manière 
analogue. Nous avons vu que la diphtongue aïo pouvait être 
marquée par -ii . Ce signe aura été appliqué au cbn et sera 
devenu i, puis : , le trait du rav s'étant réduit à ne plus être 
qu'un point. 

Une fois que l'origine des signes " et " avait été oubliée, il est 
possible qu'on ait inventé un signe de plus pour Va bref, en pre- 
nant la position oblique f.-) des deux points comme représentant 
une voyelle intermédiaire entre la voyelle haute cbn (:) et la 
voyelle basse "i-,2£ ' .. . 

Il est difficile, quoi qu'en ait dit Graetz, de ne pas reconnaître 
une grande analogie entre le système palestinien des points* 
voyelles et le système babylonien, et nous croyons même que 
celui-là n'est que le développement de celui-ci. Le pnn 7 et le 
■'-.i: ("] sont identiques. Le nns (n) est la simplification du signe n , 
le y7:p r ne diffère guère de " . Si dans certains manuscrits le 
y«p est composé d'une barre et d'un point détaché, il n'est pas du 
tout prouvé que ce soit la forme primitive. Le tDbn et le pno seuls 
diffèrent dans leur forme actuelle. Enfin, le '^^o n'existe pas 
dans le système babylonien, et c'est la preuve que le système pales- 
tinien est plus moderne : si le "disd était une voyelle aussi an- 
cienne que les autres, il tirerait son nom, comme toutes les 
autres, de sa prononciation ; or, le b-io est ainsi appelé à cause 
de sa forme (.,}, qui ressemble à une grappe. Il doit donc être, en 
quelque sorte, une variante d'un autre signe, dont il se sera déta- 
ché à l'aide d'une légère modification. Le bi;D répondant le plus 
souvent au nra dans le système babylonien, nous sommes porté 
à croire que les trois points du biSD sont les trois extrémités du 
signe. La forme primitive du bnso aurait été ^, . 



NOTES ET MÉLANGES 277 

Le point du obn, qui, seul de toutes les voyelles palestiniennes, 
se place au-dessus des consonnes, s'explique facilement d'après 
ce que nous avons dit plus haut du ûbn babylonien. Le cbn étant 
marqué par v, il suffisait, quand le vav était dans le mot, de 
mettre un yod au-dessus : on savait que le vav ne devait pas se 
prononcer n, mais aou (ou ô). On a ensuite employé ce ?/orf su- 
périeur, même quand le vav n'était pas écrit. Il ne pouvait se 
confondre avec le yod = i, puisque celui-ci était placé en bas. 

Le point qui, dans le vav, marque le son on, est peut-être aussi 
la réduction du vav usité en babylonien, de sorte que ^ serait 
pour il. On l'aura mis au milieu du vav, pour qu'il ne se confondit 
pas, soit avec le yod du ûbn ou du pnn, soit avec le ;ri7a et les 
accents. Cette hypothèse permettrait de croire que le signe primi- 
tif de la voyelle on n'avait {)as la môme forme que le daguesch. 
Quant au signe ~ , il a peut-être aussi pour origine v Les deux 
points d'en haut et d'en bas représenteraient les extrémités du 
grand vav, et le point du milieu le petit vav '. 

Si le S3^stèrae palestinien est plus compliqué et plus difficile à 
expliquer que le système babylonien, cela tient sans doute à ce 
qu'il aura été fixé officiellement beaucoup plus tard. Les formes 
primitives des signes auront subi plus de changements. En l'ab- 
sence de manuscrits anciens, on est malheureusement réduit à 
des hypothèses plus ou moins vraisemblables. 

Mayer Lambert. 



NOTES EXEGÉÏIQUES 

I 

Genèse, xv, 17. 

Les exégètes ne paraissent pas avoir été étonnés par le mot 
lujy -nin qui apparaît dans la scène de 1' « alliance entre les 
morceaux ». Pourtant on se figure malaisément ce que peut être 

' Si les points sont, comme nous le croyons, la réduction de traits, on pourrait 
aussi penser que les deux points du srAeoa proviennent d'ua ancien trait vertical dont 
on se serait servi en Palestine, tandis qu'en Babylouie on se servait du trait hori- 
zontal supérieur. On aurait alors une curieuse analogie dans les deux points verti- 
caux qui, en éthiopien, séparent les mots. Ces deux points, en eilet, ne sont autre 
chose que la barre verticale usitée eu himyarite. 



278 REVUE DES ETUDES JUIVES 

un four de fumée', et encore plus difficilement ce qu'il peut 
représenter. Nous ne vo3'ons nulle part dans la Bible le min 
apparaître autrement que comme limage du feu destructeur 
(Is., XXXI, 9 ; Mal., m, 19; Ps., xxr, 10) ou d'une chaleur exces- 
sive (Osée, Yii, 4, 6; Lament., iv, 32). Autre obscurité, le texte 
nous dit que le brandon de feu, qui accompagne le ycy -,"i:n, passe 
entre les morceaux. En est-il de même du four, ou bien reste-t-il 
sur place ? 

Nous pensons qu'avec une légère correction on lève toutes 
ces difficultés. Au lieu de Ti:n, il faut lire •mjd (ou n^rr). Le plu- 
riel v-- Pi"i?:\-i se trouve Joël, m, 3, et Gant., m, 6, et est traduit 
partout le monde colonnes de fumées. Le sens primitif du mot 
est « palmier M. Le mot ^a'j ncN, bien qu'au singulier, doit natu- 
rellement se rapporter aussi bien à V-^" ""-'"i qu'à 'JN i-^sb. La 
colonne de fumée et le brandon de feu, passant entre les morceaux, 
représentent la divinité qui conclut l'alliance avec Abraham (v. 18). 
l'cy "i'Zri et ex -■'sb sont les équivalents des ^zv "ircJ et cn l'^zv, 
qui guident les Hébreux dans le désert. Nous croyons inutile d'ex- 
pliquer que le 72 a pu se décomposer en n ;, et l'on ne trouvera 
sans doute pas la correction trop hardie. 



n 

Exode, xxiii, 2. 

Dans ce verset on prend généralement rrnb comme pluriel de 
TrJi et on traduit : pour (faire) le mal. Mais ri:— i signifie bien plu- 
tôt malheur que mal, et pourquoi le pluriel ? Nous proposons de 
voir dans nynh l'infinitif du piel der;:5>-i, qui se trouve dans Juges, 
xiv, 20 (~:"ij avec le sens du êti\^ l'ami, l'associé (r-'.). Ici on 
pourrait admettre l'acception de « avoir des égards », que présente 
l'arabe -^rn à la troisième forme, minb a-^^i nnx rr-r\ ab serait 
donc le pendant de inns bi m-n Nb et nous traduirions : Tu ne 
suivras pas le parti des puissants ^ pour être partial (envers eux). 

Mayer Lambert. 



1 M. Wogue traduit "ll'n par tourbillon, mais sans expliquer comment "nsn 
peut avoir ce sens. 

* C'est le sens que 0*31 nous paraît avoir ici, comme dans Job, x.\xv, 9. û'^2") 
est alors l'opposé de bl. 



NOTES ET MÉLANGES 279 



On lit dans llabaccuc, m, 6 : un:* nn-^ ?-Ti<n ^x ^mr.-^ n::^' 
nb Dbiy riD^bri ûbn:r m:^a:^ ino n:^ ^nnn iii:i=n^n - Pour expli- 
quer la fin de ce verset, tous les commentateurs ont donne au 
mot tbi:', dans nbvj nno^bn, le sens de bnn, univers. Mais jamais, 
dans la Bible, ûb^^^ n'a ce sens, il signifie « éternel, perpétuel >>; 
plus tard seulement, dans la langue rabbinique, nbi^' désigne «le 
inonde, l'univers «. Nous proposons donc de corriger niD^^n en 
ni-n et de lire nb Db^3> mbs^n. Le passage de Habaccuc devient 
alors très clair S le prophète dit ceci : «Des montagnes existant 
depuis un temps immémorial se briseront, des collines destinées a 
durer toujours s'aflaisseront, mais les palais de Dieu subsisteront 
éternellement». A mon avis, les Soferim ont changé mbD^n en 
m^^bri, à cause du passage d'Osée, viii, 14, où le prophète re- 
proche à Israël u d'avoir oublié son Créateur et construit des pa- 
lais » parce que Dieu ne devait avoir qu'un seul palais ou un seul 
sanctuaire, celui de Jérusalem. C'est pourquoi les Soferira ont 
remplacé partout le pluriel mbD-n par le mot niD^bn. 

La correction que nous proposons pour Habaccuc est également 
vraie pour Ps., lxviii, 25, où nous lisons : û^nbN r^^^-^^ iNn 
cnon ^3b73 ^bN mr^D-. En laissant ce verset tel qu'il est, on ne 
comprend pas du tout son rapport avec la suite : nnx n-^TJ ^J2^? 
mw'^^- niPD û-::*2. Mais, si on corrige mDV:,n en mDD^n, tout ce 
passage devient clair : ^^b): ^b.s rmbD^n a^nbi* ^^nnbD^n vsn 

bi^no^ (nnp7:73) nip5:« 'n û^-b5< ô^n?) n^ns mbnp7:n. « Ils ont vu 
tes palais, ô Dieu, . . .(où l'on entend tes chants, car) les chanteurs 
marchent devant, suivis de joueurs d'instruments de musique... 
bénissez (ils bénissent) Dieu dans les assemolées. . . » 

Dans Ps. xxii, 4, dans le passage : nibnn 2cv •::t!P nn.xi 
^s,^'0- le mot mbnn me semble aussi devoir être corrige en 
^,^^,^; Jusqu'à présent, on a toujours été obligé d'expliquer 
•ht:5-^ mb-n par « les louanges adressées par Israël » a Dieu. Ur, 
inbnn suivi d'un nom de personne ne signifie pas : louange 

. Surtout si on le compare à Ps. xxix, 9 : ^'^^''^'^\- ' '^'^^^^Jl^^jl^^lZ 



280 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

exprimée par cette personne, mais adressée à cette personne. Je 
crois donc que là aussi il faut lire Vnt:;"' nbrr-'n nci"' '. 

Dans Jérémie également (vu, 4), les Soferim paraissent avoir 
supprimé le pluriel mbD-n Le prophète dit : bx ûDb nn:2an bx 
-Ton 'r, br^- '- bs-^n 'n r^Ti -i7:î<b -,p'wr! i-,2i. Bien des com- 
mentateurs ont déjà essayé d'expliquer ce pluriel r;73n, qui n'a pas 
de raison d'être ajirès le singulier bD-^n. Il est très probable qu'à 
l'origine, le texte disait: nbr-^n 'n bs-^n -i7:Nb np":: "^lan bx... 
r,'A2n '-. « N'ajoutez pas foi aux paroles mensongères de ceux qui 
vous disent : c'est le sanctuaire de Dieu, ce sont les sanctuaires 
de Dieu»'. On sait, en effet, que dans le royaume de Juda ii n'y 
avait jamais eu qu'un sanctuaire, celui de Jérusalem, tandis que 
le royaume d'Israël en avait contenu plusieurs. Mais les Soferim 
n'ont pas voulu laisser ce pluriel et l'ont remplacé par deux sin- 
guliers; de là, dans ce verset, trois fois le mot bD-^n. Le mot nizr, 
était resté, par inadvertance, du texte primitif, où il se rapportait 
à nbs-'îi. 

Besredka. 



UNE ALLUSION A L'HISTOIRE CONTEMPORAINE 

DANS L'AROUCH DE R. NATHAN. 



Dans son édition de VArouch, M. Kohut nous fait connaître les 
mots rimes par lesquels R. Nathan a terminé chaque partie de 
son grand dictionnaire (à la tin de chaque lettre). La finale de la 
lettre » est ainsi conçue : 

■'no'^p t=i-'prt)2T !-nyrî73 
n-i-j:» obo '^-ira (1. ■^3T'3Jn) ■'"l'^narr 

L'épithète appliquée à Dieu, dans la première ligne, est, comme 
M. Kohut le remarque avec raison, empruntée à Daniel, ii, 21, 

V^ib» D'^pn7JT i^obT: rny-12. Seulement, à cause de la rime, i-^^biz 
a été changé en no-^p. Cette explication suffit pour l'intelligence 
du mot "'"icp, mais le fait anormal d'appeler Dieu « Celui qui ôte 

» Cf. Isaïe, VI, 1 : T^bTCT NCn Û", t>!DD bv '2'::^ "^^IN PM ï-Tî^nNI 



NOTES ET MELANGES 2f<l 

et qui établit les empereurs » paraîtra toujours singulier dans une 
prière où il s'agit de demander à Dieu la force de continuer l'ou- 
vrage commencé. Peut-être est-il permis de supposer que cette 
épithète a été inspirée à R. Nathan par quelque événement sur- 
venu à l'époque où l'ouvrage a été composé. R. Nathan a terminé 
VArouch en l'an 1101 et il y travaillait vraisemblablement depuis 
de nombreuses années. Or, c'est dans cette période qu'eut lieu la 
lutte entre le pape Grégoire VII et l'empereur Henri IV. En 107', 
Henri IV fut destitué et Rodolphe de Souabe fut nommé empereur 
des Allemands. En 1081, Hermann de Luxembourg fut nommé 
également empereur, en opposition contre Henri IV ; il se démit en 
1087. Conrad, le fils aine de Henri IV, depuis 1087 roi élu des 
Allemands, fut déclaré déchu de sa dignité en 1098. Dans l'empire 
byzantin aussi, les années 1056-1081, depuis Michel VI jusqu'à 
l'avènement d'Alexis P»- Gomnène, furent marquées par des chan- 
gements continuels de règne. R. Nathan, qui vivait à Rome et 
travaillait, à cette époque, à son grand ouvrage, était certaine- 
ment au courant des événements contemporains. Les nouvelles de 
la destitution et de l'intronisation d'empereurs dans l'Est et le 
Nord pénétrèrent sans doute jusque dans la paisible retraite de 
notre savant. Il n'est donc pas surprenant qu'il ait fait allusion à 
ces événements par une heureuse réminiscence d'un verset de 
Daniel, auquel il apporta une habile modification nécessitée par la 
rime, en invoquant Dieu comme l'auteur des grands événements 
historiques et en l'appelant « Celui qui dépose et élève les empe- 
reurs ». Peut-être sa phrase avait-elle à l'origine une plus grande 
analogie avec la phrase de Daniel et était-elle conçue ainsi : 

Budapest, mars 1893. 

W. Bâcher. 



UN ÉPISODE DE L'HISTOIRE DES JUIFS EN ESPA&NE 



Le manuscrit hébreu n" 585 de la Bibliothèque nationale 
(f. 92a,&), qui est un vol. de Mélanges, sans tête ni fin, renferme 
un feuillet isolé qui raconte un épisode de l'histoire des Juifs 
d'Espagne : 



282 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

r-n3-i tm-is£ nniaao ï-risna3 msbttjj 'nbs itto r^Tti «"^Nin . . . 
r-i-;N ■'T' S:? 13b TT^jm ■— ,cnd i;3 ï-nmx by maa-ibi n-iDbNb 
Sd73 np-^ -iST 123 û''bNr! iDin J— i«N p ... !-i?2irT72r; j-nsiN 
t^^bcbD !-:2-n^ ■'"'^ r-n?:N2T rrin m-^ rrii^rbi minbi rnyzn ibD 
—.p-' e-^ro w^n p "inTTî ûi' b-^scnb d"il]t r;N-i7:b "!72n3 r<E"'-in 

nD3 ^D "j-rb imN ■ibT;"'T iTim im-:-';-: ■^^i-'i i-Tin ii:j:i;' 
K-iib-'Zjop r-nDb7:7o niD '-o ^«i-|p; cipT^a :->-p-!n tisi ^in:i 
nm2-«bi-«T in mn^x m-^ni^nb rnsD shn tt^7:ii r-inos'j J-i25>nn 
tz"'?:-' i;3 Si' bn^r^i — îsin pn r'^o t«3n*i i-î:î<i T-iza tznrr 
^"'::rib lopnb £i">::-'-;;n ■'nn ■'nnc '-^y r-;22i Y-~ Y^"^"" tL"'^"' 
r:bij<a bzwS -^in bwX --iN '3 -i72i<"'T ."-rbii:» rrrnn Tin-'i loo: m»» 
^•w\s' ^,y n: r>ibi :::p\:: i^^bi ibo Nb tn^^io 't riT vb'^/sb ■^i::p 
■i"':-im 12-71 12C2 i"i:j'a "jn-ii inN« ibxo ^"On ^33 im^ii iwNi:73 
ï-iisb» i-rc i:3 pn r^-^n'-i i^i^pi loisn Sdt: niai min qoiii 

. . . 1i:4-iN 
■'TC1 Y'^" ^- "i^""^"! Tî^'2 P^"^ Ti"" f^i< i;p"nr; l'n;» nini 
t2ipn;i "^bîin &03 3r33 noN nn^n Y^'-^" "i^"'"' ^^"^^ -^ t<3i:- 
1231 r-î-rs CNn t:;; czipci sion^û i^^sb niro'' w-'.s h:r -,om 
r-i2-: 1DCD P3p-o î-î-bn' w\x- Sn-io^ ^D3 -^b-^sTN û;»n i3 r:;-i b.si 
■iiri: Tn-K} qoD yinsb n^n î-îîûin-û hrs iwn ib '^bn brN -t^ 
TiD^r, ^i-'n -pirirn smiar -^d sp^t' w-ip ;-it ïzipn n"-' -b"-" 
^" ib7:np . . . VPD w b- b^ b;' ^i7:nb bwSic-^b pn m-:;'o n-t; 

. . . 1PD13D o-'Ni o^ï^ . . . bN-;:;"' 
ï-iDttD ip"'5r?:r; r-ipi^oni tz!-'^i:wrr nr;"« nri: riDi"' ^n -incb 
5-ii7jw3 i2p; ION 'zz'^iz'ri -■' ^,17:^-l^ ■,■'37: -^Piinb . . . mbi it» 
^121 i;-^D bD2 . . . pTî iriD Pi^Tû ùPiorp d:' 

Tout ce récit peut se résumer en ces mots : Un enfant de cinq 
ans, enlevé de Castille par des brigands, finit par être retrouvé; 
le père, un certain « Joseph» (dont on ne sait rien de plus que le 
prénom), se dépouilla de tout son avoir [lour racheter son tils, et il 
le conduisit en Aragon, sous la protection du roi de ce pays. 

A quelle date, ou, du moins, à quelle époque approximative pla- 
cer cet épisode ? Si encore le roi d'Aragon visé dans ce récit était 
désigné nominativement, le lecteur serait fixé. Toutefois, pour 
nous orienter, consultons l'histoire des Juifs en Espagne. A l'avè- 
nement de Henri de Transtamare, des hordes de gens armés, 
moins militaires que brigands, dévastaient le pays à la faveur de la 
guerre civile. Tandis que dans un grand nombre de provinces à la 
l'ois les Juifs étaient alors persécutés (13'Jl), ceux d'Aragon avaient 
prudemment cherché refuge à la cour en mettant tous leurs biens 
à la disposition du gouvernement, comme l'indiquent deux textes : 



NOTES ET MÉLANGES 283 

1° une lettre publique adressée par Hasdaï Crescas à la commu- 
nauté Israélite de Perpignan; 2° une note d'Efodi dans l'Introduc- 
tion à sa Gtammaire hébraïque^ 

De plus, selon Llorente-, les Juifs avaient une certaine influence 
sur Juan I d'Aragon (1378-93), prince remarquable par sa douceur 
et son amour des lettres. Ces circonstances favorables ne se re- 
trouvent plus au siècle suivant, lorsqu'eut lieu l'exil général des 
Juifs d'Espagne, puis celui du Portugal. En réunissant ces données, 
on arrive à assigner pour date possible de cet épisode les dix der- 
nières années du xiv^ siècle. 

Qui sait si la page que nous publions n'est pas un fragment du 
rm73an li-i^T, ouvrage perdu de Profiat Duran Efodi, dont Abra- 
vanel, dans ses ^^n•^^^2 r\rjyz^, a conservé de notables parties (cf. 
Graetz, ibid., p. 404)? 

M. Schwab. 



UN CHANT NUPTIAL 



M. D. Kaufmann a publié, dans le numéro 48 de la Revue, au 
sujet d'un exemplaire du Mahzor romain, la remarque manus- 
crite suivante : 

.b"j- -^mr-i '=>"y 'idi nbDi irn 

Où se trouve ce chant nuptial qui était connu communément 
chez les Israélites italiens? Certainement, ce n'est pas celui qu'a 
publié M. Kaufmann. Nous croyons l'avoir trouvé dans un ma- 
nuscrit écrit en Italie et conservé à la bibliothèque épiscopale de 
Tolède. 

Voici ce chant, -i»t, tel qu'il est dans le manuscrit : 

''0^ T12"» n'5D\::?a riwN nb :»nTb nbboiT: -b=) nb •yr.aî'i 

» Graelz, t. VIII. p. 68 et 409. 

* Hiitoire de l'Inquisition, t. I, ch. v. 



284 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

, moi BmnN 'n '^nsD nbsi irn nsma"' 

!-iNbn bn-i np:-' 'n "^nar nbr-, ^rn -is-na*' 
r-7Db«!r;-inDNT p-'nirn-'STiT: '-^-nr nr=- i»"^" irma-' 

Le compositeur de ce chant est. selon l'acrostiche, Eléazar, peut 
être Eléazar Kalir. Au reste, ce chant avec le refrain laT^T inD"« est 
imprimé dans le Mahzor romain ', le même Mahzor qui se trouve 
la possession de M. D. Kautmann. 



M. Kayserling. 



* Landshutb, Amude ha-Ahoda^ I, 43. 



BIBLIOGRAPHIE 



REYUE BIBLIOGRAPHIQUE 

2« TRIMESTRE 1893. 

{Les indications en français çui suivent les titres hébreux ne sont pas de V auteur du livre, 
mais de Vauteur de la bibliographie, à moins qu'elles ne soient entre ffuillemets.) 

1. Ouvrages hébreux. 

onn -lIN '0 Commentaire du livre des Proverbes et de Zacharie, par 

Berisch Goldenberg. Tarnopol, impr. Alkalay à Presbourg, 1892; in-S» 

de 74 p. 
©-nD72 N-ipW 3ï<ni « Mikra Meforache. Méthode pour l'étude de la langue 

et de la grammaire hébraïque, éléments d'histoire Israélite, sentences 

morales, etc., par S. Flah. » Tunis, impr. internationale, 1892; m-S» 

de 160 p. 
I^"»?: D"^-ni ■'nnDW Correspondance de Juda Jacob Néhama avec dififérents 

savants et rabbins. 1'° partie. Salouique, 1893; in-S" de 184 p. 
n"n nsian bN-lï5"^ ynsb 3>07: Voyage en Palestine en l'année 2040, par 

A.-L. Lewinski. Odessa, Abba Douchna, 1892; in-S" de 66 p. 

bNlT^O '0 t]"':iWN-i Û"'N"'3D Liber Samuelis. Textum masoreticum ac- 
curatissime expressit, e fonlibus Masorœ varie illuslravit, notis crilicis 
confirmavit S. Baer. Leipzig, Tauchnitz, 1892; in-8o de iv + 156 p. 
^3b20!^ Considérations sur le livre de Ruth, par Joël Libusch Herzop. 

Varsovie, impr. Ginz, 1892 ; in-8o de 32 p. 
a^3N ^n-lO Jugendblûthen. Erzahlungen u. literarische Beitràge von Isidor 

Brustiger. Lemberg, Ehrenpeis, 1892; in-8'^ de 70 p. 
n-i^N^DNn nablB '-I Beitràge zu Salomo Da-Pieras Lebeu u. Wirken nebM 
Auszùgen aus seinem Diwan. von Heinrich Brody. Berlin, imp. Ilzkowski, 
1893; in-8°de 37 p. 



286 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



2. Ouvrages en langues modernes. 

Annuaire des Archives israélitcs pour l'an du monde 5654 (1893-1894), 
10* année, par H. Prague. Paris, |1893' ; in-32 de IIG p. 

Contient : Revue de l'année israélite 56o2-o65P>, par H. Prapue ; Goud- 
chau et la duchesse d'Orléans (17o2-17o5), par Léon Kahn; les Juifs de 
Paris pendant la Révolution, la femme de Chabot, par le même. 

Baentsch (B). Das Heiligkeits-Gesetz Lev. XVII-XXVI. Eine histor.-krit. 
Untersuchung. Erfurl, Gûlher, 1893; in-8'> de vu -\- 153 p. 

Barth (J.). Etymologische Studien zum semitischen, insbesondere zum 
hebr. Lexikon. Leipzig, Ilinrichs, 1893; in-8° de 76 p. 

Berger (Samuel). Quam notitiam linguœ hebraicse habuerinl cbrisliani 
medii îevi temporibus in Gallia. Paris, Hachette, 1893 ; in-8° de 61 p. 

Le prochain numéro contiendra un compte-rendu développé de cette 
savante monographie, qui n'est pas moins intéressante pour l'histoire des 
études chez les chrétiens que pour celle de la langue hébraïque au 
moyen âge. 

Bloch (Philipp). Die General-Privilegien der polnischen Judenschaft. Po- 
sen, J. Jolowicz, 1892; in-8° de 120 p. (Erweiterter u. verbesserter Son- 
derabdruck ans derZeitschrift der histor. Gesellschaft f. d. Provinz Poseu, 
Bd. VI). 

Charles (R.-H.,. The bock of Enoch. Translaled from professer Dilmann's 
elhiopic text, emented and revised in accordance with hilherto uncollated 
ethiopic mss., and with Ihe Gizeh and olher greck and latin fragments, 
v,-hich are hère published in full. Londres, Frowde, 1893 ; in-8<^ de 
380 p. 

FuRST (A.). Christen u. Juden. Licht- u. Schattenbildcr aus Kirche u. Sy- 
nagoge. Strasbourg, impr. strasb., 1892; in-8'' de 316 p. 

Gerson (M. -A.). Essai sur les Juifs de la Bourgogne au moyen 3ge. Dijon, 
impr. Berlhoud, 1893; in-S" de 68 p. 

Cet ouvrage nous est arrivé trop tard pour que nous puissions en rendre 
compte dès à présent; nous nous acquitterons de ce soin dans le prochain 
numéro. Disons, tout de suite, que cette étude est complète, et même ren- 
ferme des documents inédits. 

IIackmann (H.). Die Zukunftserwartung d. Jesaia. Gœltingue, Vanden- 
hoeck, 1893 ; in-8'' de iv + 174 p. 

Hamburger ' J.). Real-Encyclopi\die fur Bibel u. Talmud. Dritte durchgese- 
hene u. verbesserte Auflage. Leipzig, Kôhler, 1892; in-8° de 1102. Con- 
tient la partie biblique, i 

Hamburger (Leopold). Die Miinzpràgungen wâhrend des letzten Aufstan- 
des der Israeliten gcgen Rom. Berlin, impr. Pormetter, 1892; in-8'' de 
108, plus une planche. 

IlELLER (S.). Die echten hebraischen Melodieen, Uebersetzungen. Aus dem 
Nachlasse hrsgg. von Prof. D-" David Kaufmann. Trêves, Sigmund 
Mayer, 1893; in-S" de xxiv + 284 p. 



BIBLIOGRAPHIE 287 

Il est iimlile de faire l'élo-zie de l'introduction de ce charmant petit vo- 
lume il safût de dire qu'elle est sortie de la plume savante de notre excel- 
lent collaborateur, M. Kaulmann, qui trouve le moyen de se délasser de. 
ses travaux ordinaires en publiant les œuvres posthumes des écrivains qu'il 
a connus. Dernièrement il éditait ainsi celles de Hajî, aujourd hui^ c est le 
tour de ces poésies qu'avait polies et serties avec amour le rejrretté Sehg- 
maun Heller. Ce sont des traduclious des morceaux les plus caractéristiques 
de nos poètes du moyen â-e ; comme de juste, la place de laveur a été 
réservée à Juda Halévi, à Salomon ibn Gabirol et a Abraham ibn Ezra. 11 
est fâcheux qu'il ne se soit encore trouvé personne parmi nous pour iaire 
passer dans notre langue les plus belles de ces productions poétiques. 

HOLST. Der Prophet Elias. Ein alttestara. Geschichts- u. Charakterbild. 
Riga, Hœrschelmann, 1893; in-12 de xiii +202 p. 

Jacobs (Joseph). The Jews of Angevin England. Documents and records 
from latin and hebrew sources priuled and manuscript for the firsl time 
collected and translated. Londres, David Nuit, 1893; in-8" de xxix + 
425 p. 

Jagig. Slavische Beitrage zu deu biblischen Apocryphen. I. Die altkirchen- 
slav. Texte d. Adambuches. Vienne, Tempsky, 1893; in-4° de 104 p. 
(Extr. des Denkschr. d. k. Akad. d. Wissenschaft.) 

Jahresbericht der Landes-Rabbinerschule in Budapest fur das Schuljahr 
1892-1893. Voran geht : Der Vertrag nach raosaisch- talmudischem Rechle 
von Rabb. Moses Bloch. Budapest, 1893 ; in-8o de 108 -f 32 p. 

Judith Montefiore Collège, Ramsgale. Report for the year (18^)2-1893). To- 
gether wilh Origin and sources of the Shulchan Aruch, and the Sefer 
Assufoth, by M. Gaster. Londres, impr. Wertheimer, 1893; in-8" de 
74 p. 

Kennard. Philistines and Israélites, a new light on the world'.s hislory. 
Londres, Chapman, 1893; in-8'' de 250 p. 

Klostermann (A.). Der Pentateuch. Beitrage zu seinem Verstandniss u. 

seiner Entslehungsgeschichte. Leipzig, Deicherl, 1893; in-8" de 

vu + 447. 
KoGHENMEiSTER. Die Todtenbcslatlungen der Bibel und die Feuerbcslal- 

lung. Stutgard, Schweizerbart, 1893; in-S" de x -f 163 p. 

Lattes (Guglielmo). Educazione e civilta israelitica. Livourne , impr. 

Belforte, 1892; in-S" de 86 p. 
Ledrain (E.). La Bible, traduction nouvelle d'après les textes hébreu et 
grec. T. VIII. Œuvres morales et lyriques. II. Psaumes, Job. Paris, Le- 
merre, 1893; in-8o de 475 p. 
Ley (J). Historische Erklâfung des 2. Teils des Jesaia, Capitol 40 bis Ca- 
pitel 6G, nach den Ergebnissea aus den babylonischen Keilinschrifton. 
Marbourg, Elwert, 1893; in-8« de xii + 160 p. 

MuNGH (G.-N.). Die Zaraat (Lepra) der hebr. Bibel. Einleilung in die Ge- 
schichte des Aussalzes. Mit 2 Lichtdrucktafeln. Hambourg et Leipzig, 
Voss, 1893; in-S" de 167 p. 

Neubaur (L.l. Neuc Mitleilungen iiber die Sage vom cwigen Juden. Leip- 
zig, Hinrichs, 1893; in-S" de 21 p. 



288 REVUE DES ETUDES JUIVES 

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Geiste des agadischen Schrifllhums. Halberstadt, impr. Schilling, 1892; 
in-80 de 334 p. 

Perles (J.)- Beitragre zur rabbinischen Spiach- u. Alterthumskunde. Bres- 
lau, impr. Schotllainder, 1893; in-8° de 49. (Tirage à part de la Monats- 
schrift fiir Gesch. u. Wissench. d. Judenlhums, 37'' année). 

Picard (Charles). Sémites et Aryens. Paris, Félix Alcan, 1893; in-18 
de 104 p. 

Rémy (Nahida). Cultursludium iiber das Judenthum. Berlin, Cari Duncker, 
1893; in-8de322 p. 

ScHLATTER (D.-A.l. Zur Topographie u. Geschichte Palaslinas. Calw et 
Stuttgart, Vereinsbuchhandlung, 1893; in-8° de viii -(- 432 p. 

Smyth (J.-P.). How God inspired the Bible. 2« éd. Dublin, Eason, 1893; 
in-80 de 230 p. 

Testament (The) of Abraham, the Greek text by Montagne Rhodes, wilh 
exlracls from the Arabie version of the testaments of Abraham, Isaac 
and Jacob, by W.-E. Barnes. Cambridge, University presse, 1892; 
in-8o. 

Theologischer Jahresbericht, hrsgg. v. H. lloltzmann. 12. Bd., die Litera- 
tur d. Jahr 1892. 1. Abtheil. Brunswick, Schwetschke, 1893 ; iu-S" de 
148 p. Contient l'exe'gèse, par Siegfried et Holtzmann. 

WORDSWORTH (Elizabeth). The decalogue. Londres, Longmans, Green et 
C», 1893; in-8» de xxiii + 240 p. 



3. PnUicatio7is pouvant servir à Vhistoire du Judaïsme moderne. 

Balis. Moderne Teutonen. Schauspiel in vier Akten. Berlin, Bibliogr.- 
Bureau, 1893 ; in-8° de 91 p. 

Bericht der dritten Generalversammlung des Vereines zur Abwehr des An- 
lisemitismus. 1893. Vienne, imp. Jacobi, 1893; in-8° de 16 p. 

BiRNBAUM (Nathan). Die nationale Wiedergeburt des jiid. Volkes in seinem 
Lande, als Miltel zur Lôsung der Judeufrage. Vienne, 1893; in-8° de 
44 p. 

BôGKEL (Otto). Die Quintessenz der Judenfrage. Berlin, Dewald, [1893] ; 
in-8° de 24 p. 

Caro (Leopold\ Die Judenfrage, cine ethische Frage. Leipzig, Grunow, 
1892 ; in-80 de 66 p. 

DECK.ERT (Josef). Ein Ritualmord, aktenmâssig nachgewiesen. 4« éd. 
Dresde, Gloss, 1893 ; in-8o de 39 p. 

Deutscher "Weckruf, von einem deutschen Manne. Berlin, Hoppner, 1892 ; 
in-8° de 32 p. 

Erdmannsdôerpfer (Hans Gustave Die Juden u. die Choiera. Eine intolé- 
rante Streilschrift. Leipzig, Werther, 1892 ; in-8" de 32 p. 



niBLIOGRAPHlE 289 

Ethischo (Die) Rewegung im Judentbum. Ernste Gedanken eines Modernou. 
Berlin, Scbildberger [1893] ; in-8" de 10 p. 

Fall(G.-H.), Die rechllicbc Stellung der Juden in Œslcrreicli. Vienne, 
Verein zur Abwcbr des Antisemilismus, 1892 ; in-S" de 14 p. 

FôRSTER (D'' Paull. Talmud u. Sebulchan Arucb. Breslau. Geschafslelle 
des deulscb-sozialen Provinzial-Verbaudes, 1892 ; iu-8° de 54 p. 

Frank (D'' Friedricb). Die Kircbe u. die Judeu. 2^ éd. Ralisbonne, Manz, 
1892; in-8» de 77 p. 

FREDERIC (Harold). Tbe new exodus, a study of Israël in Russia. Londios, 
1892; in-8° de 300 p. 

Freimut (Bernardin). Altjiidiscbe Religionsgebeimnisse u. neiijiidiscbe 
Praktiken. Munster, A. Russell, 1893 ; in-S» de 144 p. 

Frikdemaxn (Edmund). Antisemilismus im alten Rome. Berlin, Cari 
Dunckcr, 1893 ; in-8° de 16 p. 

Friedenheim (Constantin-Ignaz-Anton). Die Irrthiimcr u. Geheinanisse des 
Judentbums nachgewiesen aus der Vernunfl. der hl. Schrift, besonders 
aus dem Talmud u. anderen rabbiniscben Scbriftem von dem jûdischen 
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Wurzbourg, Bueber, 1893 ; in-8° de 165 p. 

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reicher. Hanovre, Westen, 1893; in-8^ de 36 p. 

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die deutscbe Nation von Philippikus einem Katboliscben Deulscben. 
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T. XXVI, N» 52. 1S 



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Dewald [1893] ; 4 p. 

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semitisches Schauspiel in 1 Akt. Berlin, Dewald, [1893] ; in-8o de 16 p. 

KoNiECKi (Hermann). Wuotan. Die Gôtterdàmmerung unserer Zeit. Berlin, 
Dewald [1893] ; in-S» de 112 p. 

Landgraf, wordc hart. Ein Mahnruf an das deutsche Volk in zwolfter 
Stun,de. Volkswirlschaftliche Oper (mit Ballet) in 5 Akten, etc., von 
eincm deulschen Nationalôkonomen. Berlin, Dewald [1893] ; in-8° 
de 48 p. 

Lksz (II. K.). Alban Stolz u. die Juden. Ein zeitgemasser Beitrag zur Jn- 
denfrage liir das deutsclic Volk. Munster, Adolf Russell, 1893; in-S" 
de 80 p. 

Levy (Emile). Les quatre enfants de la Hagada, sermons. Bayoune, impr. 
Lespés, 1893; in-8o de 22 p. 

LôHNEYSEN (Heinrich Erbr. v.). Antisemitismus und Niicbslenliebe. Berlin, 
Waltber, 1893; in-8° de. 35 p. 

Meurin (Mgr Léon). La Franc-maçonnerie, synagogue de Satan. Paris, 
Victor Retoux, 1893; in-8o de 556 p. 

Mgr Meurin, archevêque-évêque de Port-Louis, membre de la S. J., a 
découvert dans les rites et les doctrines maçonniques l'intluence ou 
plutôt la suite, entre autres, de la Kabbale. Il s'étend longuement sur les 
liens qui unissent la doctrine maçonnique au laimudisme, et il insiste sur 
raciion des Juifs dans les loges. Sa charité chrétienne, que nous n'osons 
comparer à sa science, lui fait résoudre ainsi la question juive, puisque 
question il y a ; t L'expulsion des Juifs d'un pays est un manque de 
charité et de justice envers les pjys voisins sur lesquels on décharge 
ces vers rongeurs. Elle est également une mesure trop dure contre ceux 
d'entre les Juifs qui ne sont pas coupables des crimes de la poignée auda- 
cieuse qui, au moyen de la franc-maçonnerie, exploite les nations. Il 
suffirait, nous croyons, de défendre aux Juifs les occupations de banquiers, 
de marchands, de journalistes, de professeurs, de médecins et d'apothi- 
caires. » 

Nathan (Paul). Xanten-Cleve. Belracbtungen zuin Prozess Buschhof. 
Berlin, II. -S. Hermann, 1892 ; in -8° de 16 p. (Separat-Abdruck aus der 
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+ 328 p. 



2.(2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Zukunft (Diej des Deulschen Judenlhums von eincm Juden. Dresde, 
Damm, 1891; in-8« de 13 p. 

4. Périodiques. 

"ipinn « Revue hébraïque» ^;Vienne, Scholzgasse, 2, mensuel). V année 
1892-1893. = = N*'" 7-8. A. Harkawy : Fragment d'un commentaire sur 
le Pentateuque d'un Caraïte ancien. — A. Epstein : Études critiques : 
P le petit-fils de R. Juda Hanasi, la permission d'étudier le grec pour la 
famille de R. Gamliel; 2° si les auteurs lialakhiques ont interprète le 
texte biblique à l'aide de la langue grecque; 3° altération du texte du 
Tanna de R. Eliahou par l'auteur du Zikoukin denoura; 4" les divinités 
présidant au l*^"" de l'an. — S. Fuchs : Le Sèfer Otiot Haimanim de R. Juda 
b. Balaam. — A. Neubauer : Extrait d'un ouvrage de grammaire ms. 
écrit en arabe. — H. Brody : Dialogue de Libni et Schime'i d'Immanuel 
Franzos. = = N^' 9-10-11. Edition nouvelle des Etilakhot Pesoukot des 
Gaonim avec notes par Joël MùUer. 

Archives Israélites (Paris, hebdomadaire). 54^ année, 1893. = = N° 5. 
Moïse Schwab : Une fausse antiquité' he'braïque à la Bibliothèque natio- 
nale. = = N° 6. Albert Bloch : L'e'tymologie du mot chimie. = = N° 16. 
Isidore Cahen : Ad. Franck. = = N° 24. Léon Kahn : Les Juifs de Paris 
pendant la Révolution : la femme de Chabot [Leopoldine Frey ; Chabot 
fut guillotiné avec les comtes Emmanuel et Junius Frey, ses beaux- 
frères] (suite, n'' 25). 

11 Corrîere israelitico (Trieste, mensuel). 30^ anne'e, 1892. ^ = N° 7. 
G. Cammeo : 7 Terafim [Suiie, n° 8). — Leone Racah : Il Talmud {suite, 
qo 8). = r= îs° 9. Cav, Prof. David Terracini, rabbino maggiore di Asti. 
— G. Cammeo : Il libero arbitrio nella Bibbia. = = N° 11. G. Cammeo : 
Arli e mestieri nella Bibbia, = = N° 12. Margulies : Dell' influsso del 
Giudaismo suUa coltura dell' Umanita (discours). — Samuel Colombo : 
Rab-Azulaï. 

Jiidisehes Litleratur-Blall (Magdebourg, hebdomadaire). 21® anne'e, 
1892. r= = NO 40. Moritz Rahmer : Ueber die Thierquâlerei nach den 
Grundsaizen des Judenthums (iuile, n"^ 41-42). — Goldfahn : Eine aile 
Syuagogenorduung [suite, n"* 45, 46j. = = N'^ 41-42. M. Grûuwald : 
Urspruug der Tischzuchen. = = N° 43. Gross : Sethiten u. Kaiuiten. — 
G. Wolf : Ein privilegium odiosum. — Ad. Jellinek : Der Anfang des 
Midrasch rabba zur Genesis.. = = N° 44. E Landau : Die gegensinnli- 
chenWarter im All-u. Neuhebraischen (fin, n° 4.ô). = = N° 45. S. Gelb- 
haus : Ueber miltelhochdeutsche u. jûd. Litteratur (suite, n"^ 46 et 47;. 
;= = N° 47. A. Kaminka : Talmudische Bibelexegese im Targutn Jona- 
than. = = No 49. Karl Ochsenius : Die Juden in Nordafrika. — A. Jel- 
linek : Senior Sachs. = = N° 50. Die Religionsphilosophie Saadja's 
(suite, n°= 51, 52;. = S. Gelbhaus : Ueber den Iwein Harlmann's von 
Aue {suite, n" 51). = = N'' 52. B. Kœuigsherger : Die Namen Jethro's 
(fin). = = 22^ année, 1893. Is° 2. B. Kœnigsberger : Zur moderneu Pen- 
tateuchkritik (suite, n*"^ 12. 13, 14, 17, 19, 20. 21). — .Goldfahnj : Eine 
alte Synagogenordnuug, Das Buch des Propheten Jonas [suite, n'S). = = 
N" 3. Nathan Grûn : Zwei Briefe von Zuuz an Rapaport. = = N° 4. L. 



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griffe K an t 's. — Salomou Buljer : Der Midrasch Ilaflarot. ^ ^ N° 9. 
Singer : An D' Loopold Caro, Vcrfas. der Eisciimengoriade •-•; Die Jiiden- 
frage, cine ethischo Frage » [suite, n"^ 10, 13). — S. Schweinburg-Eiben- 
schiitz : Jud. u. cliristl. Armeelieferungen zu Endc des SOjalirigen Krieges, 
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n. Jahrhundert. = = N° 14-15. Du même : Judcn bei der Erwerbuug 
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Bamberger Tekanolh v. J. 167S (suite, n"^ 20, 21, 22). 

Magazin fiir die Wîssenschal't des Jndentliunis (Berlin, trimestriel). 
19" année, 1892. = = N"* 3-4. Bardowicz : Die rationale Schriftausle- 
gung des Maimouides (suite, année 1893, n° 1). — M. Rosenmann : Dar- 
stellungen aus dem inneren Lebeu der spanischen Juden im xv. Jahr- 
hundert. — E. Goitein : Das Vergcltuugsprincip im biblischen u. 
talmudischen Strafrecht (suite, annc'e 1893, n" 1). — Emanuel Blûth : 
Joseph Kimhi u. seine Grammalik. — Samuel Krauss : Die romischea 
Besatzungen in Paliistina. — D. Hoffmann : Die Antonirms-Agadot im 
Talmud u. Midrasch. — Steinschneider : I. Miscellen, II. Diplomatische 
u. kritische Genauigkeit. =: =: 2'' année, 1893. N'^ 1. Salomon Fuchs : 
Studien ûber Abu Zakarija Jahja Ibn Bal'am. 

Tlie nienorah moiitly (New-York\ XIIl" vol., 1892. =^ = N" 4, octobre. 
Kayserling : The first Jew on American soil. = = N° 5. novembre. 
G. A. Kohut : Mendelssohniana. ^= = N° 6, de'cembre. Alexander Ko- 
hut : Références to Columbus and Araerica's discovery in contempora- 
neous hebrew literature. = = XIV« vol., 1893. îs" 1, janvier. Aaron : 
The Megillah ol' Saragossa. = ^= N° 3, mars. Jewish genius and jewish 
intellcctuaîity, adapted from the article of Anatole Leroy-Beaulieu in 
the Revue des Deux-Mondes. = = N" 4, avril. Grossmanu : Baruch Spi- 
noza. — Jewish names, adapted from the frencli of Anatole Leioy- 
Beaulicu : The language of the Jews. 

IHonatssrlirîrt Tiir Geschiclite iind Wissenschaft des Judenthunis. 

3'7" année. 1892; nouvelle se'rie, 1'^ anne'e. ^=: =-- N" 1, octobre. Roscii- 
thal : Das Sikarikon-Geselz [suite, n"^ 2 et 3). — J. Perles : Beilriige zur 
rabbiiiischen Sprach-und Alterlhumskunde (suite, n°^ 2, 3, 4 et 8). — 
D. Kaufmann : Das Alter der drei Benediclionen von Israël, vom Freien 
und von Mann. — Philipp Bloch : Die In^^TO "'Tl"!"', die Mystikor der 
Gaoonenzeit, und ihrEinfluss auf die Liturgie (suite, n^^ 2, G). — Alexan- 
der Kisch : Das Testament Marduchai Mcysols (suite, n" 2, 3 et 1\ — 
Max Freudcntbal : Die ersten Emancipationsbestrebungon der Judcn in 
Breslau (suite, n'^'' 2, 4, 5 et 7). -^ =^ N° 2, novembre. A. Epstein : 
Pseudo-Saadja's und Elasar Rokeach's Commentare zum Jezira-Buche. 



294 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Die Reccnsion Saadja's [suite, n° 3). — Moritz Steinschneider : Mi?:cellen 
{suite, n°= 3, 4, 5 et 7). = = N° 3, décembre. D. Kaufmann : Ziir Ges- 
cbichte derEuphemieen. — David Rosin : Eine Lûcke im religionsphilo- 
sopbischen \Yerke des Gersonides. = = N'^ 4, janvier 1893. M. Giide- 
mann : Neutestamenlliche Studien [suite, n°^ fî, 7 et 8). — A. Schwarz : 
Die erste halachische Controverse {fin, n° 5). — J. Theodov : Der Midrasch 
Bereschit Rabba {suite, n" 5). — M. Gaster : Das Schiur Komab \fi,i, 
n° 5). == N° 5, février. S. J. Halberstam : Notizen. = = N» 6, mars. 
Epstein : Studien zum Jezira-Buche u. seinem Erklârern. — Kaufmann : 
Die Verbeerung von Ungariscb Brod durcb den Kuruzzenûberfall vom 
14. Juli 1683 {suite, n° 7). = = N° 7. avril. J. Derenbourg : Ueber einige 
dunkle Punkte in der Gescbicbte der Juden. ^ = N° 8, mai, Kaufmann : 
Der Stammbaum des R. Eleasar Fleckeles, eine Ahnenprobe Moritz 
Hartmanns. 

Israelitische Honatsrhrift. (supplément de la Jûdiscbe Pre?se, Berlin). 
23« année, 1892. == N° 9. D. Hoffmann : Zur Erkliirung des Hùttenfestes. 
^= = N" 10. E. M. : Die Kircbe u. die Juden. = = N» 11. Frankel- 
Grùn : Die Wiener Emigranten in Kremsier. — S Rotbscbild : Ans dem 
Wormser « Maaseb Nissim Bucbe ». = ^= 1893. N° 1, M. Weinberg : 
Die Almosen-Verwaltung der jiid. Ortsgemeinden im talmud. Zeitalter 
{suite, n'"* 2. 3, 5). = = N'* 2. Versucb der Erkliirung eines dunklen Aus- 
druckes (le mot "51"^), =i = N° 4. M. Simon : Die mitteleuropaïscbe Zeit 
u. der jûd. Kaleuder. — D'" Hoffmann : Zum Pessacbfeste. = = N° 5. 
A. von MôUondorf : Professor Robling, D"" Justus u. Cari Paascb {5«t7tf, 
n" 6). = = N'^f). Papst Nicolau-; V gegon die Blutbescbuldigung. 

Die Xeuzeît Vienne, bebdomad.). 32"^ an., 1892. = = N°45. Friedlânder : 
R. Jebuda II und die Ordination (Semicba) {suite, n» 46). = r-= N**47. 
Engelmann : Bisebofe jiidiscber .Abstammung, = =^ N" 48. Senior Sacbs. 
— Ad. Kurrein : Das Idéal Israels u. dessen Friedenslebeu {suite, n"^ 50, 
51,52,53). = = 33* année, 1893. N" 3. J. : Aus kabbalistiscben u. 
cbasidaischen Kreisen {suite, n'^5). — A. KO rein : Das Idéal Israels u. 
dessen Friedensleben [suite, n''* 4, 5). ^ = N'' 4. David Cassel. — Fa- 
bian Jolies : Talmud, Spinoza u. Gôthe. = = N'^ 5. Ad. Jellinek : Das 
Gedilcblniss dos jiid. Stammes. = = >s'' 7. S. Scbweinburg-Eibenschutz : 
Der erste jûd. Advocat in Oesterreich (20. Juli 1790) (suite, n'^" 10, 11). = 
= N'* 21 : Max Weissberg : Zur Genesis des Iheoretischen Anlisemi- 
tismus. 

Die Judiscke Presse (Berlin, Lebdùmadaire). 23*^ année, 1892. = = N" 42. 
Micbel Erlanger. = = N° 45. Bibjrfeld : Professor Strack ûber don Blut- 
mord [suite, n"^ 4(5, 47). -- = 24'- année, 1893. N» 1. Adolf Blumenthal : 
In's Marcbeualbum vom « rituellen Morde ». = = N° 4 David Cassel. 
= = N° 8. D-- Jakob Ecker {suite, n"- 9, 10. 12). = = N» 11. Wer sind 
die « Akum » des Schulcban Aruob ? {suite, ij° 12). = = N° 17. Die 
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Samuel Porlalconi's proposed restrictions on games of chance ; — Skip- 
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mier homme (suite, n» d'avril). — Du même : Deux inscriptions sémi- 
tiques de Zindjirli. = = Avril. J. Ilalévy : Les deux inscriptions hé- 
te'ennes de Zindjirli. 

L't'nivers israélii*e (Paris, bimensuel). •1"'' année, 1892-1893. -= = N" 3. 
L. SVogue : Michel Erlanger. — A. Lévy : Les Israélites de Lyon {suite, 
n»* 5, 13, 18). = = N° 7. L. Woguc : Senior Sachs. = = N" 8. llerr- 
maun : Un document israelite, prière pour la reine (le 10 mars 1*7(38, à 
Bordeaux). = = N° 16. L. Wogue : Adolphe Franck. 

Il Vessillo israeiîtioo (Casal-Monferral, mensuel). 40« année, 1892. 
= = N° 10. L. Modona : Gli Fbrci e la scoperla delP America {suite, 
n°s 11, 12). — Ella Bcnamozegh : Il sign. Reynach e la Cabbala. 

/eitschrift lïii- «lie altlestainentliche \Vi»is*iischaft (Giessen, semes- 
triel). 12° année, 1892. = = 2» semestre. C Bruslon : Les cinq docu- 
ments de la loi mosaïque. — Julius Ley : Origenes iiber hebr. Melrik 
— Th. Slockmayer : liai Lucian su seiucr Sepluagintarevisiuu die Pos- 
chito bemilzf? — J. J. P. Valelon : Das Worl rr^nn in den jehovistischen 



2% HKVDE DES ETUUES JUIVES 

und deutoronomischen Slùckea des Ilexateuchs, sowie in den vcrwandlcn 
historischen Bùchcrn. — Karl Buddc : Zum hobr. Klagelied [suite'K — 
Stade : Bemerkungen zum Bûche Jeremia. — Bibliographie. = = 13^ an- 
née, 1893. = = 1" semestre. Silberstein : Uebcr den Ursprung der im 
Codex Alexandrinus und Valicanus des drilten Kœnigsbuches der 
alexandrin. Ueber^jetzung ûberlieferten Textgeslallt. — Eckardt : Der 
Sprachgebrauch von Zach. 9-14. — Fries : Parallèle zwiscben den Kla- 
gcliedern Cap. IV, "V, und der Maccabaerzeit. — Cheyne : The Ninetenlh 
Chapter of Isaiah. — Bâcher : Jehuda Ibn Balaams Jesaja-Commentar. 
— Ans einem Briefe Nôldekes'. = Couard : Gen. 15, 12-1(5 und sein Ver- 
haltnis zu Ex. 12. 40. — Ilackmann, Erklàrung. — Bibliographie. 

Allgemcine Zeiiung «les Jiidentliums (Berlin, hebdomadaire}. 56° an- 
née, 189^. =: = îs»4l. Emil Franzos : Moriz Rappaporl fs«2Ye, n°* 43, 
44, 46, 4"). := = N° 42. S. Fessier : Die Satire u. die Stellung dos 
Judenlhums zu ihr. = = No44. G. Karpeles : Erinnerungen an Henriette 
Herz. = = N° 45. Leopold Katz : Zur Geschichte der jûd. Melodien, Kol 
nidre. — M. Silberstein : Die Mélodie des Neilah-Kaddisch. = = N° 47. 
A. Ackermann : Der jiid. Vorsangerdiensl. = = N° 49. Emil Lehmann : 
Zacharias Frankcls Berufung nach Berlin. = = N" 50. J. Horowitz : Die 
sozialen Instilutionen dos Mosaismus u. der platonische Staat {suite, 
no^ 51 et 52]. = = N° 52. Félix v. Luschan : Die anthropologische Stel- 
lung der Juden C/?«, n" 53). — Richard M. Meyer : Bcrthold Auerbach 
(/?»; n" 53V = = 57e année, 1893. N° 2 Emil Schifif : Seligmann Heller. 
= = N° 3. David Cassel. ^ = N° 6. M. Kayserling: Die jûd. Bevôlkerung 
in Spanien. — Blumenau : Etwas ûber jûd. Namen. — Gelbhaus : Ueber 
das zweite Targum zum Bûche Eslhcr. = = N° 12. Nathan Grun : Die 
bibl. Schiiflerklarungen eines Kaisers (Frédéric II) (fin, n" 14). ^= ■= 
N° 13. H. Sleinthal : Das Buch Daniel u. dessen Einflu&s auf die Folge- 
zeit {fin, n" 14). = = N" 15. E. Baumirarten : Isak Noe Mannheimer. = 
= N" 16. H. M. Cohn : Die Kriminalstalistik nach Koufessionen. = = 
M" 19. M. Kaj'serling : Ein ungedruckter Briet Moses Mendelssohn's u. 
seiner Frau. = = N° 20. Stier : Das « Massa * des Propheten [suite, 
n^^ 21 et 22). 



5. Notes et extraits divers. 

- Revue rétrospective, 9" année, octobre 1892 fp. 257 et suiv.). Un policier 
homme de lettres : l'inspecteur Meusnier il748-1757), par Paul d'Eslre'e. — 
Les Juifs, dans la deuxième moitié' du xYiii" siècle, ne pouvaient de- 
meurer à Paris que « trois ou six mois sur le visa, par le lieutenant de 
police, d'un passe-porl que délivraient aux intéressés les intendants de 
leur province, ou les ministres secrétaires d'Elat. Un inspecteur de police, 
spécialement chargé de cette mission, vérifiait les papiers des Juifs cl 
chassait impitoyablement de Paris ceux qui n'étaient pas en règle. S'ils 
n'obe'issaieut pas à ses injonctions, ils e'taienl conduits au Forl-LEvèquc 
ou à Bicêlre- Tapin el Langlade furent les premiers inspecteurs de police 
auxquels incombèrt-nt ces fonctions. Legrand leur succe'da, qui neut ni 
la conscience, ni l'honnêteté' de ses prédécesseurs. Cet agent pre'varica- 
teur fermait les yeux lorsqu'il était grassement paye', et se montrait sans 
pitié pour les pauvres diables incapables d'acheter son silence. La Coni- 



BIBLIOGRAPHIE 297 

munaulé juive (?), rançonnée par Legrand, le dénonça, sur la double 
initiative d'Assur Mayer, facteur de l'électeur de Cologne, et de Bernard 
Valahrègue, interprète du Roi. Le premier de ces Israélites était un 
espion allemand, le second un honnête homme, fort estime à la Biblio- 
thèque royale. Sa plainte fut écoulée, et Legrand invité à fournir des 
explications. Il prélendit que ses accusateurs lui avaient tout simplement 
fait des cadeaux. Il n'en fut pas moins suspendu de ses fonctions. 
Mais, pour leur édification personnelle, le lieutenant et les inspecteurs de 
police chargèrent Meusnier, au commencement de 1752, d'ouvrir une 
enquête sur les faits reprochés à leur collègue et de leur en communiquer 
le résultat. » 

C'est ce rapport de Meusnier que publie M. d'Estrée. 
Legrand avait commencé par être puni par la privation de son poste. 
Une vingtaine de Juifs avaient été entendus et s'accordaient à dire que 
le sieur Legrand n'avait point sollicité les présents qu'ils lui avaient faits 
depuis trois ans, en faveur des étrennes, par récompense des peines qu'il 
se donnait pour l'enregistrement de leurs passeports, quoiqu'ils n'eussent 
jamais rien donné aux sieurs Tapin et Langladc, ses prédécesseurs. » 
Seul Bernard de Valabrèguc <- insistait pour le contraire ». Il semblait 
donc prouvé à Meusnier que le sieur Legrand n'avait pas exigé de pré- 
sents ni pris de l'humeur contre ceux qui ne voulaient pas « contribuer ». 
« 11 était encore moins prouvé qu'il eût eu de l'indulgence pour aucun 
en particulier, au préjudice de son devoir et en considération des présents 
manuels ou annuels qu'il en aurait reçus. » 

Meusnier s'était adressé au juif Moyses Elias, pour avoir des rensei- 
gnements, et celui-ci avait répondu, de Strasbourg, par une lettre des 
plus explicites : Legrand, prctendait-il, ne tourmentait pas les Juifs qui 
le payaient : seulement lui, Moyses Elias, avait résisté à ses tracasseries, 
parce qu il était au service du Roi. D'autre part, Bernard de Valabrèguc 
redoublant d'animositë contre Legrand, Meusnier demande un suppie'- 
ment d'enquête. 11 dresse une liste de te'moins qu'il faudra interroger, 
pour savoir ce qu'ils pensent de Bernard. Ce sont Manuel de Léon, 
Raphaël de Léon, Salomon Benjamin, Olry Gain, Israël Dalpuget, Lazare 
Dalsace, Samuel Jonas Lévy, Daniel Gunlz, Joseph de Valabrèguc, 
Assure Mayer, Lange de Sazia, Abraham Vidal, Jacob Goldschmidl. Ils 
demeuraient pour la plupart chez des particuliers ou à l'hôtel. 
On ignore la suite qui fut donnée à cette affaire. 

Dunionl, qui remplaça Legrand, touchait 600 livres pour la surveil- 
lance « des Juifs et des charlatans ». Ces appointements modestes ex- 
pliquent, en partie, la conduite des inspecteurs. 

= On lira avec intérêt l'étude que consacre au poète juif Sem Tob M. Mar- 
celine Mendez y Pelayo, dans sa Biblioteca dass'ca, Antologia de poetas 
liricos castellams desde la fonnacion del idioma hasta nuestros dias. Madrid, 
Viuda de Ilernando. 1890-92, in-12. 

= Notre cher Président, M. Ilartwig Derenbourg, vient de terminer la 
Vie d'Ousatna, dont le premier fascicule (ch. i-iv) a paru en 1889. Celle 
partie est beaucoup plus volumineuse que la précédente, puisqu'elle va 
de la page 203 à 730. Il ne nous appartient pas de faire l'éloge de cette 
savante publication ; qu'il nous soit permis seulement de féliciter M. H. 
Derenbourg de ce beau travail qui fait honneur à sa haute science. 

= « De quelques faits relatifs à l'histoire de la circoncision chez les peuples 



298 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de la Syrie ». Sou^ ce titre, M. Théodore Reinach vient de publier dans 
r Anthropologie une curieuse note que nous allons re'snmer. D'après Hcro- 
dole (II, 104), « les Colques, les Égyptiens et les Éthiopiens ont seuls 
pratiqué la circoncision dés l'origine. Les Phéniciens et les Syriens de 
Palestine reconnaissent eux-mêmes qu'ils ont appris celte coutume des 
Egyptiens. » Qui sont ces Syriens de Palestine? Les Juifs, comme le 
croit Josèphe ? Rien ne le prouve, Ile'rodote n'a jamais mis les pieds en 
Judée, il ne connaît de visu que la côte. La Syrie de Palestine est, pour 
lui, la côte syrienne comprise entre Joppe' et la frontière de l'Egypte, 
c'est-à-dire la contrée habitée par les Philistins. Ce sont donc les Philis- 
tins dont veut parler Hérodote ; d'ailleurs Palestine vient de Philislée. Il 
est vrai que, d'après la Bible, ceux-ci e'taient incirconcis. Mais les Philis- 
tins du temps d'IIe'rodote élaient-ils semblables aux contemporains de 
David '? Ils ont pu subir l'influence de l'Egypte. Peut-être aussi ne for- 
maient-ils plus alors qu'une population mêlée, depuis la déportation en 
masse qui suivit la conquête de la Philistée par Nabuchodonosor. Peut- 
être est-ce pour cette raison que les derniers prophètes n'^appliquenl plus 
le terme injurieux d'incirconcis aux Philistins. Au contraire, Eze'chiei 
range encore les Sidoniens, c'est-à-dire les Phéniciens, parmi les incir- 
concis. Or le texte d'Hérodote constate l'existence de celte pratique chez 
ce peuple vers 445. Ne doit-on pas en conclure que la circoncision avait 
pénétre' en Phe'nicie, sous l'influence e'gyplienne, enlre ïtlh et 445. Mais, 
d'après Hérodote aussi, lès Phéniciens eu rapport de commerce avec les 
Grecs ne pratiquaient plus cet usage. Ainsi, les Idume'ens, qui circon- 
cisaient leurs enfants d'après Je'rémie (ix, 2G), devaient avoir aban- 
donné cette coutume, puisque Jean Hyrcan, en 125, la leur imposa 
de force. Ces résultats sont intéressants pour l'histoire des mœurs 
religieuses. 



Grunbaum (M.) Xeue Boitrsoge rnv seiiiîtisehen Sagenkuiide. 

Leyde, E. J. Brill, 1893; iu-8° de 291 p. 



Ce titre de « Nouvelles contributions » l'erait croire à un premier 
ouvrage de ce nom : bien habile celui qui le découvrirait. Evidem- 
ment M. G. a pensé à l'article qu'il a publié, il y a une dizaine d'an- 
nées, dans le Journal asiatique allemand (t. XXXI). Ces « Nouvelles 
contributions » rappellent, d'ailleurs, par plus d'un point leurs 
devancières. Celles-ci avaient séduit par la richesse des informations 
et le luxe des comparaisons, mais elles avaient un peu rebuté, même 
les savants, par leur décousu et leur aspect rébarbatif. L'introduction 
du présent volume, qui est une sorte de longue causerie à bâtons 
rompus sur la Agada, évoque le souvenir de cet article, non seule- 
ment par les chapitres qui n'en sont qu'une répétition, mais par la 
confusion et l'absence de plan. Pour comble de malechance, l'auteur, 
dans son horreur des tables de matière et de tout point de repère 
propre à soulager et à aider le lecteur, n'a même pas eu la pensée de 



BIBLIOGRAPHIK 299 

diviser en paragraphes ces nombreuses dissertalioas et observations 
de détail. 

Au moins le corps même de l'ouvrage a-t-il, celte fois, de grandes 
sections commandées par le sujet. Ce sujet, le titre n'en donne 
qu'un aperçu très général ; en réalité, c'est un parallèle entre les 
traditions ou plutôt les midrascliim juifs et musulmans sur les héros 
de l'histoire sainte. Tout le monde sait que le Coran et les commen- 
tateurs de ce livre relatent une foule de légendes qui illustrent le 
texte biblique. Ces légendes ou midraschim, Geiger l'a déjà mon- 
tré en partie, sont empruntées pour la plupart aux Juifs; cepen- 
dant, il est arrivé bien des fois que de prêteurs ceux-ci sont 
devenus emprunteurs, les Musulmans ayant pris goùl à ce jeu 
littéraire et ayaut, eux aussi, appliqué leurs broderies sur le tissu 
biblique. 

A notre sens, une élude sur cette question d'histoire littéraire 
et religieuse devrait être ainsi conduite : 1° on comparerait les 
midraschim musulmans à ceux des Juifs; 2° on essaierait d'établir 
les liens de parenté qui les unissent ; 3- on chercherait les raisons 
des transformations subies par ces légendes dans leur migration. 
A dire vrai, même, une étude de ce genre qui remplirait ce pro- 
gramme ne serait pas encore complète. Elle ne serait vraiment fé- 
conde qu'à la condition de nettement marquer, pour chaque Irait 
agadique, s'il est manifestement juif, par le tour, le caractère, les 
préoccupations qui l'ont créé, ou, si ne se rattachant ni à la Bible, 
ni aux conceptions proprement midraschiques, il ne rentre pas dans 
le folk-lore universel dont les limites territoriales sont invisibles. Mais 
pour mener à bonne fin de pareilles recherches, il faut avant tout 
tlxer l'âge extrême et même la patrie d'origine des recueils qui 
nous ont transmis ces agadot. Pour les auteurs musulmans, qui 
ont un état civil, la précaution est inutile ; elle est indispensable 
pour les compilations midraschiques, qui sont anonymes. 11 est 
évident qu'un ouvrage écrit en pays musulman, bien après la 
conquête de Mahomet et qui porte des traces incontestables d'in- 
filtrations arabes, ne peut être invoqué seul pour justifier l'origine 
juive de midraschim musulmans. Les lecteurs dépourvus de no- 
lions exactes sur l'histoire de ces écrits seront toujours tentés de 
les placer tous sur le même plan et à une époque très ancienne. 
On objectera que celte histoire littéraire n'est pas encore assez sûre 
d'elle-même. A quoi nous répondrons qu'il y a certains points sur 
lesquels personne ne discute plus, et que même ceux qui sont 
encore contestés peuvent être étabUs avec une approximation 
suffisante. Or, de ces divers points que nous venons de signaler, 
M. G. n'en a traité le plus souvent que deux, le premier et le troi- 
sième. D'où celle conclusion que le lecteur, devant ce savant travail, 
se trouve, sauf de rares exceptions, dans le même embarras qu'autre- 
fois devant les Biblische Legenden der Muselmamir de G. Weil : 
il lui faudrait un cicérone. Ainsi, p. 65, M. G. s exprime comme suit 



300 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(cette citation donnera, d'ailleurs, une idée de la manière de l'auteur) : 
« Dans le ïalmud (Erubin, ^8 b , il est raconté qu'Adam jeûna pen- 
dant 130 ans et pendant le même laps de temps se tint à l'écart 
d'Eve. Dans le Pirké R. Eliézer ch. 20) il est dit qu'il se baigna dans 
le fleuve du Gichon et jeûna pendant sept semaines, au point que 
son corps ressembla ;i une passoire ; il pria Dieu de lui pardonner et 
Dieu exauça ses supplications. Dans Tabari et Ibn-el-Atir il est ra- 
conté que Dieu dit à Adam de bâtir la maison sainte (la Kaba) et que 
Gabriel lui montra le cbemin et lui apprit les cérémonies du pèlerinage, 
ce qui est raconté aussi par Jakut et Baïdawi. En outre, il est raconté 
qu'Adam et Eve jeûnèrent pendant 40 jours, qu'Adam se tint à l'écart 
d'Eve cent ans et que Dieu accueillit cette pénitence avec renvoi à 
Sour. 2, 3o ; 7, 22; ». Et c'est tout. Une pareille juxtaposition de 
textes, assurément commode pour l'auteur, laisse le lecteur dans 
l'incertitude, si elle ne l'induit pas en erreur. Celui-ci ne pourra 
s'empêcher d'être frappé de l'analogie et il conclura forcément à une 
parenté entre ces relations. On aiguise sa curiosité sans la satisfaire. 
Tout au plus infèrera-t-il de l'ordre dans leq'uel sont cités ces divers 
textes que c'est des Juifs qu'est venue aux Musulmans cette tradi- 
tion. Une simple notice, placée en tète du volume, sur l'âge et la pro- 
venance des Midrascbim aurait mis eu garde contre ia témérité de 
pareilles conclusions, car elle aurait appris que le Pirké R. Eliézer 
est une œuvre postérieure au triomphe de l'Islam et est farcie d'élé- 
ments non-juifs. Ici, d'ailleurs, M. G. ne s'est pas acquitté entière- 
ment de sa tâche, car, contrairement à son habitude, il a négligé un 
autie ordre de références, les sources chrétiennes. Il semble n'avoir 
pas noté dans le livre d'Adam, que cependant il connaît et cite par- 
fois (ainsi, p. 67 , une analogie frappante avec le Pirké R. Eliézer et 
les auteurs arabes, surtout avec ceux-ci, car la Kaba s'y trouve déjà 
en germe. Cette lacune est d'autant plus regrettable que la présence 
de cette agada dans trois écrits chrétien, musulman et juif soulève 
un problème curieux que nous avons essayé, dans celte Revue, de 
résoudre. Nous avons cherché à démontrer que l'auteur du Pirké R. 
Eliézer, en cette circonstance, s'était inspiré de Popuscule chrétien. 
M. Epstein, dont la compétence en ces matières est suffisamment con- 
nue, s'est prononcé en faveur de noire In'polhèse. Nous pouvons nous 
être trompés l'un et l'autre, encore aurious-nous désiré savoir pour- 
quoi. En tout cas, les textes musulmans se rattachent incontesta- 
blement à la Vie d'Adam. Peut-être aussi M. G. a-t-il négligé de 
propos délibéré cette référence, parce qu'il n'accorde guère de crédit 
à ce Livre d'Adam, qui, sous la forme qu'il connaît, la version éthio- 
pienne, parait relativement récent et est assurément postérieur 
a l'hégire. Seulement, outre cette version et même outre celle, 
l'arabe, qui lui a donné naissance, il en existe deux autres, en grec 
et en latin, qui attestent la haute antiquité de cet apocryphe, qui 
selon certains savants, à tort suivant nous, aurait été écrit au i"' 
siècle de notre ère. 



BIBLIOGRAPHIE 301 

Quant à la quatrième partie du plan que nous avons esquissé 
plus haut, personne n'était mieux qualifié que M. G. pour la réaliser, 
ses travaux précédents l'ont montré avec éclat. Il est bien dommage 
qu'il ne s'en soit pas avisé. Ainsi, à propos de l'invention du feu, il 
eût été bon d'avertir que ce récit n'a rien de particulièrement juif, et 
qu'il n'a même aucun lien avec la Bible. C'eût été ouvrir la voie à 
de nouvelles recherches ; le lecteur plus curieux aurait lu avec 
fruit l'excellent chapitre consacré à cette question par M. G. lui- 
même dans le Journal asiatique allemand. 

Par contre, il faut louer sans réserve M. G. de la manière dont il 
a traité le troisième sujet : il a très bien mis en lumière les préoc- 
cupations théologiques qui ont déterminé la prédilection des Arabes 
pour certains héros de la Bible et qui leur ont fait modifier certains 
traits que la tradition juive leur prête. De même que les Chré- 
tiens, les Musulmans ont vu dans l'histoire sainte une figure de 
la religion nouvelle, mais, comme cette histoire leur est parvenue 
avec tous les ornements dont l'a chargée la Agada, c'est l'hisloire 
des patriarches telle que l'a représentée la Agada qui est devenue le 
type de celle de Mahomet. Les savants juifs qui ne sont pas versés 
dans la littérature arabe sauront gré à M. G. de leur avoir fourni 
les éléments de comparaisons instructives et d'études très intéres- 
santes de folk-lore. 

Voyons maintenant dans le détail comment s'est acquitté de sa 
tâche M. G., quel parti il a tiré des sources juives. Nous n'avons pas 
l'intention d'exercer ce contrôle sur tout le travail de l'auteur, notre 
critique portera seulement, comme nous l'avons fait jusr[u'ici, sur le 
premier chapitre, consacré à Adam : ab uno disce omnes. 

M. G. traite d'abord de la création d'Adam et d'Eve, de leur chute 
et de leur étal après le péché ; il donne, à ce sujet, tout le matériel 
de la Agada juive. Ici déjà, nous constatons un manque de rigueur 
dans la citation des sources. Il est évident qu'il faut indiquer avant 
tout les textes les plus anciens qui ont conservé ces détails. Au 
sujet de la durée du séjour d'Adam dans le Paradis qui ne fut 
que de douze heures, M. G. renvoie à la Pesikia de R. Kahana et à 
Vayikra Rabba ; or il fallait nommer tout d'abord Sanhédrin, 38 b. — 
Plus loin, à propos des suites du péché d'Adam, on se réfère à 
Bamidbar Rabba 11 et Pesikia de R. K., 44 b. Il est pour le moins 
imprudent de placer B. R. avant la Pesikia, qui lui est bien anté- 
rieure. Il valait mieux renvoyer à Cantiq. R., m, 7, qui donne un 
meilleur texte que la Pesikia, et même a conservé le passage entier 
dont Sifré, Nombres, v, 3, n'a retenu qu'un extrait. — Au sujet 
de la longueur du corps d'Adam avant sa chute, on renvoie à M. 
Tanchuma, à la Pesikia et aux autres passages cités par M. Buber. 
Pourquoi passer sous silence le ïalmud, Hayiga, \la\ Sanhédrin, 
38, en 10 a; et Bereschit Rabba, 12 et 19 ? 

Nous ne reprocherons pas à M. G. d'avoir négligé nombre d'i'[)i- 
sodes intéressants imaginés par la Agada, puisqu'il ne réunit que 



302 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ceux qui prêtent à des comparaisons avec les écrits musulmans. Il y 
en a cependant qui méritaient d'être relevés : ce sont ceux qui son'' 
en opposition bien tranchée, soit avec ces midrasehim, soit avec les 
idées théologiques des chrétiens et des musulmans et qui oflrent 
matière à cousidéralions suggestives. Par exemple, en regard des 
textes chrétiens et musulmans, qui font d'Adam le tjpe de Jésus ou 
de Mahomet, et un roi, prêtre et prophète, il était bon de placer les 
opinions des docteurs qui s'évertuent à charger Adam de tous les 
crimes possibles, l'opposition des auges qui veulent empêcher sa 
création. . . 

Certaines lacunes sont surprenantes, des références indispensables 
que le premier venu peut faire sont mises on ne sait pourquoi. 
Ainsi, p. 67, M. G. rapproche bien les textes talmudiques et midras- 
chiques relatifs aux sœurs jumelles de Caïn et d'Abel des récits ana- 
logues des chrétiens et des musulmans, mais il oublie le principal, 
à savoir le Livre des Jubilés, qui donne même le nom de ces femmes. 

On nous permettra de nous arrêter ici : les critiques que nous 
continuerions de faire fatigueraient par leur monotonie. M. G. vou- 
dra bien n'y voir qu'une preuve de l'intérêt avec lequel nous l'avons 
lu et de la haute estime dans laquelle nous tenons ses travaux. 

En disant ces mots, nous n'ignorons pas qu'ils n'arriveront pas à 
leur adresse, M. G. en est encore à ne pas se douter de l'existence 
de notre Revue ; nous le regrettons vivement. 

Israël Lévi. 



^NlTûUJ ">IÎ"i~72 Midi'aseli Samuel, avec des notes et un commentaire pré- 
cédés d'une introduction, par Salomon Buber. Cracovie, 1893, in-S» de 142 p. 



L'infatigable maître des études midraschiques vient de donner aux 
amis de ce genre de littérature une nouvelle preuve de sa féconde 
activité. M. Buber, qui a publié, il y a deux ans, le Midrasch Tehil- 
lim, fait paraître aujourd'hui un nouvel ouvrage, de moindre étendue, 
le Midrasck Samuel. Cette fois, il n'a eu à sa disposition aucun ma- 
nuscrit pour son travail. Le seul qu'il eût pu utiliser, le ms. 563 de 
la bibliothèque de Rossi à Parme, est incomplet et incorrect, et ne 
lui a servi que pour comparer entre elles les diverses leçons. Pour 
l'édition du M. Samuel, il a suivi Védii^ion pr inceps de Consiantinople 
(1522) et celle de Venise (lo46}, qui fut faite d'après la précédente. Il 
est vrai que le manque de manuscrits n'a pas d'importance considé- 
rable pour le Midrasch Samuel, car son texte ne parait avoir subi 
que des modifications insignifiantes et peu nombreuses. Sauf deux 
interpolations faciles a reconnaître (ch. iv, p. oï, et ch. xxxri, p. 140 
jusqu'à la tin), il n'y a rien été ajouté. M. Buber établit aussi que 



BIBLIOGRAPHIE 303 

tous les extraits de notre ouvrage rapportés dans les auteurs an- 
ciens depuis Rasclii se trouvent dans le texte édité. 

Quoique faite sans l'aide de manuscrits, l'édition Buber, qui est la 
reproduction de l'édition prlnceps, est appelée à rendre des services, 
car elle nous donne le texte sous une forme et avec des additions 
telles que nous pouvions les allendre de ce véritable maître dans 
l'art d'éditer des midraschim. Pour eu faciliter la lecture, il a divisé 
les chapitres en paragraphes numérotés, bien séparés les uns des 
autres; les citations bibliques sont accompagnées de l'indication 
des passages. Un commentaire rend compte avec précision des rap- 
ports existant entre les divers passages du Midrasch Samuel et les 
passages parallèles de la littérature talmudique et midiaschique. Ce 
commentaire contient naturellement aussi des explications de fond 
ainsi que l'interprétation des mots étrangers difficiles, qui se ren- 
contrent, du reste, en assez petit nombre. Comme toutes les éditions 
de M. Buber, celle-ci est précédée d'une introduction complète riche- 
ment documentée. Qu'il me soit permis de faire au sujet de cette 
introduction les quelques remarques suivantes. 

Dans le premier chapitre ;p. 7-9), M. Buber traite du titre de la 
rédaction, de la date et de la patrie du Midrasch Samuel. A signaler 
l'intéressante indication où il dit que Raschi, qui est le premier 
à en parler, appelle une fois notre Midrasch V'iVO irN --"o 
'nb rir:;rb ny, d'après les premiers mots de ce recueil, et que partout 
ailleurs il l'appelle bi<n72':: '72 , bxi/rûT r-rr^^ ou nso "«lîni:: m>x 
bvSiTûO. M. Weiss {Dor Dor Medorschaw, III, 277), sans citer un seul 
exemple et sans pouvoir invoquer l'autorité de Zuuz, avait émis 
l'hypothèse que le Midrasch Samuel a emprunté bien des passages 
au Talmud de Babylone pbnnr: )i2 p^^3>^: ûn?:N73 nnirr). Cette hypo- 
thèse est fausse. M. Buber prouve par une série d'exemples que noire 
Midrasch, quand il est en présence de deux versions diflérentes 
d'une agada, l'une palestinienne et l'autre babylonienne, donne tou- 
jours la préférence à la première. Il aurait encore pu citer comme 
exemple la sentence d'un amora babylonien, que le Midrasch Sa- 
muel (ch. II, § 10) rapporte, non comme elle se trouve dans le Tal- 
mud babylonien (Eroubin, 6i a), mais selon la version du Jeruschalmi 
(Teroumot, ch. i, 40 c). Il n'appelle pas non plus l'Amora babylo- 
nien N3n- 3-1 nn «nn, mais, à la manière palestinienne, an "3 N2N 
N;"irî(voir Frankel, introduction au Talmud de Jérusalem, jG b,. Il 
semble que ce passage de jér. Teroumot ait échappé à M. Buber, car 
p. ol, note 39. il ne le cite pas, et il ignore aussi que le passage V-^ 
^5,3- ^y -13^5 bnD^ i^NO ^70 53 r">"-^''' QUI suit la sentence d'Abba 
b. Houna. ne se rapporte pas à b. Eroubin, 64 «, mais est em- 
prunté littéralement a jer. Teroumot, 40 rf, où -172N Xr.^^ n'est qu'une 
abréviation erronée de r^'2ï< V^^- D'après cela, il faut aussi corriger 
la remarque de M. Buber dans l'Introduction, p. 3, dernière ligne, 
^baaa an::wX-:blv=:. M. Weiss généralise le fait de cet unique 
exemple où le Midrasch Samuel désigne par l'expression n"N Vsn 



3ri4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les écoles babyloniennes et dit : « Le fait que ce Midrasch à plu- 
sieurs reprises... » t'na r:rn by in:m22 1'^-i7:n l^zn n^-cy^b t-,7:n-:t. 
Les sentences d'Amoraïm babyloniens qu'on rencontre dans notre 
Midrasch n'afTaiblissent en rien son caractère purement palestinien, 
car ces sentences sont également empruntées a des sources pales- 
tiniennes comme le montre l'exemple de Rabba b. Houna. Il faut 
donc corriger, dans ce sens, ce que M. Buber dit p. 3, L 10 : a^T 
bNT«r-' y-iN ■':n nvz'C cbo nn nn û-«-i3T'n û-'Nti7:n n7:uj. Du reste, 
cette correction est faite tacitement dans la liste des noms établie 
par M. Buber. 

Zunz indique comme date probable de la composition du Midrasch 
Samuel le commencement du xi<^ siècle [Gotlesd. Voitrage, p. 270), 
mais M. Buber montre que les arguments invoqués par Zunz ne sont 
pas probants. De fait, notre Midrasch a dû être composé beaucoup 
plus tôt. 

Dans le second chapitre de l'introduction (p. 9-14), nous trouvons 
la nomenclature des sources auxquelles l'auteur du Midrasch Sa- 
muel a puisées. La Mekhilta y est représentée par deux exemples. 
Mais, en réalité, aucun des deux n'est emprunté directement à la 
Mekhilta. En eflet, le premier exemple (ch. v, § 8) contient une sen- 
tence de l'agadiste R. Lévi (rapportée par Josua de Siknin), qui re- 
produit sans aucun doute une phrase de la Mekhilta. L'autre 
exemple (ch. xviii, § 1) rapporte une sentence de R. Hanina qui dé- 
bute par un passage de la Mekhilta. Du reste, pour prouver qu'avant 
de cl àtier les nations, Dieu punit leurs génies tutélaires au ciel, 
llanina cite d'autres exemples bibliques que la Mekhilta. Au sujet 
de la remarque de M. Buber, note I, p. 98, nous ferons observer que 
dans Bereschit rabba, ch. xxviii, ce n'est pas Hanina mais Jonathan 
qui, sur la demande de Hanina, explique Job, xxxiv, 2.o (cf. mon 
Agada der falastin. Amoràer, I, 83 et s.) Parmi les exemples cités 
par M. Buber pour prouver que le Midrasch Samuel a utilisé le Sifré, 
il en est deux (xiv, 3 et xix, 3) qui ne sont pas directement em- 
pruntés à cet ouvrage, mais sont des sentences de l'agadiste sus- 
nommé R. Lévi (rapportée par Josua de Siknin), s'appuyant sur des 
passages du Sifrè. Deux autres de ces exemples [n, 13, et 32, 1) 
montrent par leur formule initiale, im"' p lir":^ "'m "':n, qu'ils 
sont empruntés au Midrasch des Tannaïm. Cette même formule ini- 
tiale se trouve dans le passage unique (ch. vu, 2) que M. Buber cite 
pour prouver que le Midrasch Samuel a utilisé la Pesikta rabbati. La 
source primitive de ce passage est donc le Midrasch des Tannaïin 
(sur Deut,, xxii, 7), où la Pesikta a ensuite puisé. 

Comme source de notre Midrasch apparaît tout dabord le Talmud 
de Jérusalem, et, parmi les ouvrages midraschiques palestiniens, on 
trouve cités le plus fréquemment Bereschit rabba et Vayikra rabba; 
en seconde ligne, nous trouvons les Midraschim des cinq Meguillot 
et l'ancienne Pesikta i^di R. Ivabana-, ainsi que le Midrasch Tan- 
bouma, dont il y a quelques rares citations. Cependant, les exemples 



BIBLIOGRAPHIE 305 

réunis par M. Buber pour indiquer les diverses sources de notre 
Midrasch ont besoin d'un examen attenlif. C'est ainsi, par exemple, 
que, ch. v, § 13, le dialogue entre José ben Halafta et une matrone, 
sur Dieu considéré comme auteur des mariages, doit servir à prouver, 
d'après M. Buber, que le Midrasch Samuel aurait utilisé comme 
sources quatre ouvrages midraschiques différents, et cela, parce 
que ces quatre ouvrages rapportent le même dialogue, savoir Bc- 
res'hit rabba (ch. lxviii), Vaijih'j, rahba (cli. viii), PesiUa, Il b 
et Tanhouma N^n "^D (chez M. Bab3r, p. 14, n" 17, il y a, par erreur, 
N:i:n "^s]. Or, précisément pour cet exemple, il se trouve que, dans le 
Midrasch Samuel, le récit de cette anecdote diffère en beaucoup de 
points de détail de la version des ouvrages midrastîhiques mention- 
nés, de sorte qu'aucun d'eux ne peut être considéré comme la source 
du Midrasch Samuel. Mais en aucun cas, M. Buber n'avait le droit de 
prouver par cet exemple l'utilisation de quatre ouvrages différents. 
De même, le second exemple, servant à prouver l'emploi du Tan- 
houma pour l'Exode (dans les éditions ordinaires) doit être écarté, 
car, comme M. Buber l'indique lui-même, pour le ch. xxiii, § 2, c'est 
Koh. roMa qui a servi de source. Ce procédé, suivi dans l'introduc- 
tion, et consistant à indiquer tous les ouvrages qui rBuferment un 
pas-age comme sources de ce passage a été employé également ail- 
leurs par M, Buber. C'est ainsi, par exemple, qu'il cite dans la liste 
des passages empruntés au Talmud de Jérusalem, le passage vu, 2, 
qu'il mentionne ensuite comme unique emprunt fait à la Pesikta 
rabbati (dont nous avons parlé plus haut). Dj plus, ce même pas- 
sage doit prouver que le Midrasch Samuel a utilisé le TcDihoumi sur 
Deutéronome. Ces observations suffisent pour montrer comment 
M. Buber a été amené à grossir indûment les listes du second cha- 
pitre de l'introduction et à ranger sans raison tel ou tel ouvrage 
midraschique parmi les sources du Midrasch de Samuel. 

M. Buber cherche aussi à établir, par une assez longue série 
d'exemples, que le Midrasch Tehillim a été utilisé par le Midrasch 
Samuel. Mais un examen plus minutieux des treize exemples 
cités montre qu'il faut le rayer de la liste des sources de notre 
Midrasch. Le passage du chap. in, § 3, est emprunté, comme 
M. Buber l'indique lui-même, à jer. Megiùllci, lie Pour le passage de 
9, 2, à la fin, dont M. Buber croit voir la source dans le Midrasch 
Tehillim, 106, 1, une étude plus attentive montre clairement que ce 
passage est mentionné dans le Midrasch Samuel sous une forme 
plus ancienne et, en tout cas, différente. Il s'agit d'une sentence, éga- 
lement intéressante par son contenu, de l'Amora palestinien Eléazar 
(ben Pedat). Dans le Midrasch Samuel elle est conçue dans les termes 
suivants : 

i-i-'TTn n*i m Di;5^ 1'^^::)^y i-!"3pr: rroT nn-j'n 7'j lO"* !^"~ t^T-s 
n-nai 3>;2t:j onDm v^i^" "^"'"^^ "«u-aibi i^b:;-i3 LD-'C-DTai vT'a ::i'::D7a 

Dans le Midr. Tehillim., nous lisons : 

T. XXVI, n" 5-2. 20 



306 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ï-iibins mxbî: ï-i":;iy5 dts Tn: r:N-i n^rs p nîrbN ■'3-] ^^n 
ï^:; yi-27: -«rn:! r-;::):- by t^-jwX "rii-^D... :?nv T725 t»^ir: -nab 
rSD'??: en:- n-a i^rs-, ::rwîb Kn-r irr -cnrr; (■.') rrb c-^^nn ni7:7b 

.17:^ r;"npn î-icy m^bs r!7:ri :?-t^ irxi 

Oa voit facilement que nous sommes ici en présence de deux ver- 
sions différentes de la même sentence agadique, dont l'une se réfère 
à Job, 37, 5, et l'autre à Ps. 136, 4. Il n'est pas nécessaire de prou- 
ver que la version originale est celle qui a été conservée dans le Mi- 
drasch Samuel. Cela est déjà démontré par le fait que ce dernier 
appelle le mo^'en dont Dieu s'est servi pour avertir le dormeur du 
danger qui le menaçait le rr'îTn mn, l'esprit de trouble el de dé- 
sordre qui agit inconsciemment. Ce^e idée, n'étant plus familière à 
l'auteur de la version postérieure, est laissée de côté par lui, ce qui 
rend son récit plus obscur. Les autres exemples montrent aussi 
que le Midrasch Samuel renferme une version plus ancienne de ces 
passages, en tout cas différente, reposant sur d'autres sources, orales 
ou écrites, de l'Agada . et qui n'est pas empruntée au Midrasch 
Tehillim. Ainsi comparons W, 1, avec Ps. 7, 2 : Dans le Midrasch 
Samuel, la controverse à propos de I Samuel,. 4, 12, débute par une 
introduction usitée dans les anciens ouvrages midraschiques : "'ib '"i 
l'n-ii 1'\')2''0 "^n"! ; suivent ensuite les trois opinions. Dans le Mi- 
drasch Tehillim, il n'y a que ces dernières, et cela avec l'omission de 
parties essentielles. Il serait trop long d'examiner ainsi en détail les 
autres exemples. Comme preuve typique des variations de la tradi- 
tion au sujet de la même expression, il faut signaler les différences 
existant entre Midrasch Samuel, 16, 2, et Midrasch Tehillim 94, 3. 
Il est certain que le Midrasch sur les Psaumes n'a pas pu être uti- 
lisé par l'auteur du Midrasch Samuel. Ce dernier, au contraire, 
comme le prouve la disposition de son contenu, est plus ancien que 
le Midrasch Tehillim. 

Le troisième chapitre de l'Introduction (p. 14-26) donne une liste 
alphabétique des Tannaim et des Amoraïm mentionnés dans le Mi- 
drasch Samuel, dans le genre des listes données par M. Buber pour 
le Tanhouma et le Midrasch Tehillim. Au sujet de la liste du Tan- 
houma, j'ai proposé naguère des corrections dans la Monalsschrift 
de Graelz cannée 1885, p. Sol-5o4). La présente nomenclature con- 
tient aussi des oublis et des erreurs que je vais passer en revue 
en suivant l'ordre alphabétique des noms. 

n:i- 21 -i3 N3N '"I. Le 'n devant le nom doit être supprimé, car dans 
le passage en question (2, 10) le nom est écrit, comme dans le Talmud 
de Jérusalem, N:ir; a- na NaN. Il s'agit du docteur connu dans le 
Talmud babylonien sous le nom de Kabba (= R. Abba}, fils du célèbre 
chef d'école de Sora (voir au sujet du petit nombre d'exemples de son 
Agada, mon Agaia der hahyl. Amo'der, p. 63, note 18). Dans le ^^- 
der Haddorot, il y a, par erreur, ';"'aTi-'l p"D, au lieu de mrTim p"s; 
M. Buber ne l'a pas remarqué et cite le passage dans jér. Erouàiii, 18c: 



BIBLIOGRAPHIE 307 

'î"';n na 'j'^niî 'n. Comme M. Buber lui-même le prouve dans une 
noie, "13 est mis pour "i"3 = im a":;a. De même, il faut corriger -i3 
en "^n-i t^'2 dans les articles r;-'3-i3 "^an ,NvrT "^n-i -12 Nvon N3 'n 
, pni:i '1 'nn iti"' 'n , rioi"" -12 N;-in 'n , nhwN nn vs:i- '-i , pn^:-' -^n-i -13 
■i3"^"'i< 'n n3 pT' 'n- Il est vrai que M. Buber rectifie, en partie, ces 
erreurs dans ses notes, mais il n'aurait pas dû accueillir dans sa liste 
des noms faux. 

■^-123 -13 •'3i\^î '-). Au lieu de "la-^iN, lire I3"'\x. 

■'pT'N'-i IN ■'pnN '1. C'est une erreur fort étrange pour IN "^tN 'n 
■'T^'^N 'n. Les notes que M. Buber a consacrées à ce paragraphe de sa 
liste ont les noms exacts. 

"iT^bN'-i. C'est l'Amora Eléazar ben Pedat. Il faut donc effacer un 
des passages cités (9, 8), parce qu'il s'agit là du Tanna Eléazar ben 
Jacob (voir Agada der Tannaïten. II, 286). 

ITS^'^bN'l. A la fin de l'article, M. Buber renvoie à sa liste du Tan- 
houma, p. 44, note 23. Or là il dit simplement que c'est un des der- 
niers Amoraïm. Un examen plus approfondi des quatre passages du 
Midrasch Samuel cités dans l'arlicle sur ce docteur montre de quels 
docteurs il s'agit en réalité dans ces passages. Ainsi, dans 3, o, on 
lit : {«rrn n3 ^z>v 'n D"w3 "it;'vn 'n. Ici , il s'agit certainement de 
^jvh^ '"1 (Eléazar ben Pedal), soit que la conjecture de M. Buber 
(p. 93, note 8) soit exacte, soit qu'Eléazar rapporte, comme ailleurs 
aussi, une opinion de José ben Hanina (v. Ag. der paldst. Amorâer, 
I, 422). Dans 5, 2, ""«U'^i 'm nTi'"'-N 'i, on parle, sans aucun doute, 
du Tanna Eliézer ben lI^Tkanos. Dans 24, 8, -iT^"^bN 'i 2C3 3-1 "Mza, 
il faut probablement lire "iT;'bx 'i CC3 inaN'-i. Abbahou, le célèbre 
Amora de Césarée, rapporte souvent des sentences d'Eléazar ben 
Pedat. Dans le Talmud babyl. , Alegiiilla, 1 6 a, c'est, en effet, à Abbahou 
qu'est attribuée l'opinion en question ; primitivement elle apparte- 
nait donc à R. Eléazar. Dans 29, 1, n\::3 nî-d "i3 N3X '-n r!"'Di3 'n 
nT::'"<5N '"1, il faut lire également "iTi'bx 'n, et il s'agit d'Eléazar ben 
Pedat. 

■'DV '-I -13 -iTi'-'bwS '-1 el 3p3>i p -iT::'-'i:wN 'n, lisez : -iT:?bN, 

A la lettre N, il manque l'article :?"i?:':: p -iTy^iS '"i, qui est nommé 
32, i. Voir au sujet de ce passage Agada der Tannaiten, II, 388, 
note 4. 

N2ir! '-1 ti-c^i ■'•^33 '-1. Aux explications de M. Buber sur <8, t (p. 99, 
note S) je préfère la version du passage parallèle de Koh. Rabba 
sur 7, 16, rr^-iis '-1 n"J3 Nîin 'i (v. Agada d. Tann., II, 543), car il n'a 
pas existé d'Amora du nom de Benaya ou Baunaya parmi les der- 
niers Amoraïm. Il s'agit plutôt du Beuaya qui faisait partie de la 
dernière génération des Tannaïles, et c'est en son nom que l'aga- 
diste palestinien Houna a rapporté cette sentence. 

N:irr -^s-i. a la fin de l'article, M. Buber dit qu'il s'agit de Houna 
de Sora, le célèbre disciple de Rab et de Samuel. En réalité, dans la 
plupart des exemples cités, ce n'est pas de ce dernier qu'il est ques- 
tion, mais de l'Amora palestinien du iv" siècle meulionué ci-dessus 



308 REVUE DES ETUDES JUIVES 

et qui s'appliqua à rapporter des sentences agadiques d'auteurs 
anciens. 

Np"'-)T '-1. Les mots 'oy 'iîT'I induisent en erreur ici, comme dans 
l'article :i"~''"i ba n;2 ■^7:'■'b^^ 'i. attendu qu'il s'agit d'une sentence 
du Tanna Eliézer, fils de José le Galiléen, rapportée par R. Yohanan 
et, après lui, par l'Amora Zerika. Par contre, dans l'article sur "jn:*"' '"i. 
il est dit avec raison ^;r:n 'i a^* ~n-'2 j<-i3D Nr;- 'i Dans une sentence 
rapportée seulement dans Midrasch Samuel, 2'j, 2, on trouve m'^zu 'i 
Niso Nr;n 'i aaa ncî -12. Au lieu de niîs n^:- '1, M. Buber veut 
lire N-i:3 3"i, mais en ce cas il faudrait dire "13 n:^zr> '1 a":;^ wxnsa ni 
N3D. Il est sans doute plus simple et plus exact d'identifier ce Nr:" '"i 
N-îDa, qui ne se retrouve nulle pirt ailleurs, avec N"ip Nr:n 'i, cir 
le mot N"ip a lecteur de la Bible » est synonyme de N":Da * maître 
d'école ». Et de fait, Hanina « le lecteur de la Bible » était maître 
d'école (V. mon Açaia der pcilasl. Ainorân\ 1,6), et comme il vécut dans 
la première moitié du irr siècle, Hanina ben Papa fin du ni'' siècle, 
voir l. c., p. 480 peut avoir rapporté une tradition en son nom. 

ly.ZTi 'n. Lire ";••:" '-i, car il s'agit de Hanina ben Hama. 

P',3'j. L'indication 5X172- a-j:3 nn-j (2:5, 3) est difficile à consi- 
dérer comme exacte, le Talmud babyl. ne parlant qu'une fois d'un 
Amora du nom de ms:: ai. Il me semble que ma'j provient de 
mxaa, qui se trouve quelques lignes plus loin. Peut-être, eu raison 
du passage qui vient après et qui parle de la mission de Yohanan 
auprès des savants babyloniens, faut-il corriger la première indica- 
tion ainsi bN'i':- a"Ja niwXa'j ;n?:x ";•-"' l^a-i. 

■'ana rmr!"^. M. Buber dit simplement que ce nom est identique 
avec "la-ia pi"* de Kiddoiischin, 21 b. La vérité est qu'il s'agit de Juda, 
fils de Hiyya (voir Ag. d. pal. Am., I, 51). 

■^OT» '1. Gomme de nombreux personnages portent ce nom, M. Ba- 
ber renvoie ici à a. l'Introluclion au Talmud de Jérusalem » de 
Frankel. Il admet donc que les passages cités sous ce:te rubrique 
émanent d'Amoraïm. Mais, en réalité, dans cinq des neuf cas cités 
(2,8; 5,13; 8, 4; 13, 8; 27, 5), il s'agit du Tanna José ben Halafia. 

Nr-n -la -laT»'-). Au lieu de rj^aa -iTi'-^bx'n, lire 'a -i7:??n '-), car 
Eléazar ben Pedat rapportait au nom de José ben Hanina. 

''V? p liJ^To-j 'n. Il n'y a pas d'auteur de ce nom y. Graetz, Monats- 
Schrift, 1885, p. Soi) ; la véritable leçon est celle que M. Buber (p. 100, 
note 8] cite d'après le Yalkout : '^^'z) la yjiri"' '"i. 

Indiquons encore ici le contenu sommaire des autres chapitres de 
l'introduction de M. Buber. Le chap. iv (p. 27-28) contient la nomen- 
clature des expressions étrangères dont il est question dans le com- 
mentaire; dans chap. v (p. 28-32) se trouve une liste des auteurs qui 
ont utilisé et citent le Midrasch Samuel, depuis Raschi, au xi'^' siècle, 
jusqu'à l'auteur du Yalkout Relibéni (mort en 1673 ; riMaa, p. 3î, 
1. 8, est une faute pour :iN"isa); le chap. \i (33-36) décrit le ms. de 
Parme, n<> o'33, qui, outre le Midrasch Samuel, contient encore beau- 
coup d'autres écrits de contenu divers ; le chap. vu (36-37) décrit les 



BlBLIOGRAPnili: 300 

deux précédentes éditions du Midrasch Samuel ; le chap. viii (37-40) 
énumère les passages du Yalkout Schimeoni où se trouvent des ex- 
traits du Midrasch Samuel parfois sans indication de source. 

En dehors des services incomparables qu'il a déjà rendus à la lit- 
térature midraschique, M. Bubcr s'est acquis un nouveau titre à 
notre reconnaissance en publiant, dans une édition fort belle, un 
ouvrage qui ne manque pas de valeur et contient de nombreuses 
traditions agadiques sans doute anciennes. Les notes dont il a accom- 
pagné cet ouvrage en rendent la lecture plus facile et plus instructive. 
Nous lui en exprimons publiquement noire gratitude et formons le 
vœu qu'il continue à rendre de tels services à la science. 

Budapest, mars 1893. 

W. Bâcher. 



CORRESPONDANCE 



RÉPLIQUE DE M. BACHER A M. HIRSCHFELD 

M. Hirschfeld a cru nécessaire de répondre longuement [Revue, 
XXV, 260) aux remarques que j'ai eu l'occasion de faire dans 
mon compte -rendu de son Arabie Chrestomathy (ibid., 151). 
Si je réplique, à mon tour, au plaidoyer de M. Hirschfeld, ce n'est 
certainement pas pour maintenir à tout prix mes observations 
et mes corrections, mais pour rectifier toute une série d'erreurs 
qui se sont glissées dans sa réponse et faciliter l'étude des divers 
morceaux qu'il a édités dans sa Chrestomathy. 

Je remercie, avant tout, M, H. de nous avoir appris que c'est 
faute de place suffisante qu'il a dû s'abstenir de nous donner des 
informations sur les sources de ses morceaux choisis. Qu'il me 
permette pourtant de lui faire remarquer que tous ceux qui veu- 
lent utiliser son ouvrage lui auraient su gré de publier quelques 
pages de texte en moins, afin de se réserver de la place pour une 
introduction. M. H. dit aussi qu'il a « donné aux textes extraits 
des mss. du Eritish Muséum les numéros et les titres que ces mss. 
portent dans le catalogue officiel manuscrit. « Par là, il veut sans 
doute réfuter les objections que j'ai faites au sujet du morceau 
qu'il a emprunté au n" 2524 du Br. M. et qu'il indique comme un 
chapitre du Sèfcr Bammizvôt de laqub al-Qirqisâni. J'avais 
dit, en effet [ilnd., 155), que la teneur du morceau ne concorde 
pas avec l'indication de M. H., mais est conforme à la description 
que M. Hart^vig Derenbourg a donné de ce ms. [Rei'ue, XXIIl, 
284). M. H. s'est abstenu de s'arrêter à mes objections et de 
nous faire savoir si l'erreur provient de sa part ou de celle de 
M. Derenbourg. Grâce à l'obligeance de M. Adolphe Biichler, 
je suis en mesure de pouvoir affirmer que le ms. 2524 ne 
porte nullement le titre de mi£?:rî -idd de laqub Qirqisânî ; il 
contient un certain nombre de chapitres relatifs à la dogmatique 



CORRESPONDANCE 311 

et est désigné, avec raison, par M. Derenbourg, comme un recueil 
de « fragments d'un ^iha biïN SNns caraïte ». Ce ms. ne contient 
plus que les chapitres suivants, munis de numéros et d'épigraphes : 
chap. 7 (avec la fin du chap. 6), 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16 (c'est ce 
dernier chap., 46 a- 49 h, qui a été édité par M. Hirschfeld), 17, 18, 
19, 20, 22, 23. Le ch. 1 a cette épigraphe caractéristique : ^NibN 

N-a'î^bx, et le chap. 17 est intitulé : bmp )'û •'b:^ n-ibx ■'d 'rbx axabN 
'ÏDNinbJO. D'après la communication de M. Biichler, le n° 2525, 
que M. Derenbourg désigne comme un « abrégé du mjt?^ 'o d'Abou 
Yousouf Iakoub al-Kirkisànî » contient, en réalité, un exposé 
des commandements rattachés au Décalogue, mais ne fournit 
aucun indice qui permette d'en attribuer la paternité à Kirki- 
sânî. Il semble donc que ce que M. Dsrenbourg en dit n'a que la 
valeur d'une hypothèse. Comme on attribue à Kirkisânî (voir 
Pinsker, Likkoutè Kadmoniyot, p. 192 et 84, et Fûrst, Gesch. des 
Karàerthums, II, 112) un livre de dogmatique ('j-'nbN b-i^rx) et un 
livre de préceptes (m^i^r; "ii:o), le contenu du ms. 2524 peut, à la 
rigueur, être considéré comme son œuvre, mais en aucun cas 
M. H. n'a le droit d'appeler ce ms. m::?:- nsD, car il ne contient 
évidemment que des chapitres d'une dogmatique. 

M. H. dit à propos de mes corrections : « Plus de deux tiers des 
corrections qu'il propose ne sont pas justifiées. Il y a, d'abord, 
toute une catégorie de fautes d'impression relevées par M. B.. . 
Ce sont les lettres avec points diacritiques. » J'avais fait observer, 
moi-même, à la fin de mon compte rendu, que dans la liste des 
corrections j'avais « noté même de simples fautes dimpression. » 
Je dois pourtant ajouter que M. H., qui déclare non justifiées « les 
deux tiers » de mes corrections, se trompe dans sa statistique. 
Sur 90 corrections, environ, que j'ai indiquées, il en accepte lui- 
même une bonne moitié (près de 50), puisqu'il n'en dit rien, et 
dans ce nombre il se trouve tout au plus dix fautes d'impression 
produites par les points diacritiques. Reste près de 40 de mes obser- 
vations auxquelles M. H. a répondu. Mais j'ai le regret de cons- 
tater que M. H. n'est pas très heureux dans ses réfutations, car il 
s'est exposé à encourir le reproche de n'avoir pas compris divers 
passages des textes qu"il a édités. Comme il conteste le bien-fondé 
de mes observations, je me vois forcé de les justifier. 

D'après M. H., « b\xnoNbi< est très rare, mais non incorrect. . . 
b\s-iof< bN, proposé par M. B., n'a guère de sens ». Je rappellerai 
à M. H. que Saadia traduit toujours b^Tw-^ n-'n et np:?" r"»a par bx 
b-iN-iSN et aipy bx (voir sa traduction d'Isaïe éditée par M. J. De- 
renbourg, 2, 6 ; 5, 7; 10, 20; 29, 22; 40, 3; 48, 1). Du reste, le 



312 REVUE DES ETUDES JUIVES 

passage de l'original hébreu de Meguillat Anlioclms correspon- 
dant au passage en question du morceau arabe de la Chrestoma- 
thie (p. 5, 1. 21) a : rxTw^ rfs. Et de fait, la vraie traduction 
arabe du mot n-'n, dans le sens de « famille, descendants », est bx 
âl). — « 1, 22, 1^2 est bien. » Voici le passage entier : û-irr' Nbi 
rr^ti "iNS IN N72 ï-î-irr :?pT -;: "iX zb? li* xbwS -aVx. Il n'est défendu 
d'employer le blé x>3ur du pain azyme que si Von sait que 
de l'eau est tombée dessus oit qu'il a été dans Veau. Je ne sais 
vraiment pas quel sens peut donner la leçon "ji^n maintenue par 
M. H. — Je suis d'accord avec M. H. quand, à propos de 15, 15, 
et d'autres passages, il dit que dans l'arabe vulgaire, le suffixe in 
est séparé du mot auquel il appartient, car moi aussi j'ai consi- 
déré ce suffixe comme provenant de la nounnation. M. H. a donc 
eu raison de séparer "(N du mot précédent, si tous les ms. l'écrivent 
de cette façon. M. H. ajoute : « Quant à l'exemple 17, 20, l^ri 
IX risN-^ii: Th — que M. B. a bien voulu lire inp^n-^':;, je ne sais 
pas pourquoi — il n'est que nominatif. » C'est là une erreur; en 
réalité, l^rs^^iï: est à l'accusatif, conformément au principe suivi 
par l'arabe vulgaire et aussi par les écrivains juifs, qui mettent le 
sujet à l'accusatif quand il suit "jn^. Ainsi, N'?in "iNn, il y avait un 
homme. Ct\ Vollers, dans la Zlschr. der deulschen morg. Gesell- 
schafl, t. XLI (188*), p. 388. — « 15, 21 et 26 nr-^nr-::, ce mot 
ne peut pas être corrigé, parce qu'il est ainsi écrit deux fois dans 
le ms., qui est unique. » Elle est bien singulière, cette règle de 
critique qui consiste à écrire un mot avec une orthographe vi- 
cieuse, ne donnant aucun sens, sous prétexte qu'aucun ms. n'in- 
dique l'ortliographe correcte de ce mot. Du moins, M. H. semble- 
t-il reconnaître que ce mot, que, par suite d'un petit changement, 
je lis ninr^"»:; — c^ip", ne signifie pas « doute », comme l'indique 
son glossaire, mais « vieillesse ». Il aurait donc dû accepter ma 
correction avec empressement. A propos d'autres corrections 
encore que j'ai proposées et dont M. H. semble avoir reconnu la 
justesse (17, 20; 19, 8, et passim), il dit qu'il n'a pas changé l'or- 
thographe vicieuse du mot, parce qu'il se trouve ainsi écrit dans 
le ms.; mais il aurait au moins dû rectifier ces mots dans ses notes 
de la fin ou dans son glossaire. — A 33, 6, j'ai proposé d'ajouter un 
mot. M. H. dit : « Il n'y a rien à mettre avant T:zt: \y. » "Voici 
le pa.>sage : nrpri: r;:'wN yjz'C l-,zzz ^r pnVwX nr b'çr\ Y-^"-- En 
ajoutant '^np"', ce passage aurait un sens : Peut-être, diras-tu : ne 
vois-tu pas que Dieu dit de lui-môme (Exode, xxii, 22) : « J'en- 
tendrai ses cris'! » — A 54, 9, si l'on ne veut pas ajouter rxDPwSr, 
il faut, du moins, mettre ce mot à la place de s'NrrNS. — 55, 15, 
il faut ajouter r::r (et non pas n::*, comme je l'ai écrit par erreur), 



CORRESPONDANCli; 313 

parce b\^{pT n-':;?: est la traduction de -i7:wN'i r,zy. — 61, 25, Moïse 
ibn Ezra dit : rn-^LS Y- ^"^^ î<^ "^^'û ï^Tv^n yj2i û^t:jm "[.s ^o:>n. J'ai 
corrigé î-î^-cJwX ^'îrà en t:;lS yizi, parce que cette rectification seule 
donne un sens aux paroles de Moïse ibn Ezra : « Il est possible 
que û^^^N soit le pluriel de nc.x, forme masculine de nn-CcX. « 
Conformément à l'habitude des anciens exégètes, Moïse ibn Ezra, 
au lieu de mentionner simplement le mot n-iCN, cite un passage 
(Deutér., xvi, 21) où se trouve ce mot. M. H. ne reconnaît pas 
que -i::n72 est à l'état construit avec . . .ran ^b ; c'est pourquoi il a 
mal compris ce passage et rejeté ma rectification. — « 76, 5, et 
94, 13, je maintiens ûNp\ comme dans le ms. » Et pourtant ces 
deux passages ne se comprennent qu'avec CNpr L'auteur dit 
qu'il n'expose qu'une partie des arguments, et que, par analogie 
(OwS-^p), on peut deviner les autres : Nti ■'pwN3 cxp-i n73 ...-iDiJî -^s^b 
îT^b3? N?-!;x] r-n^j'-^a ûb et : ■'pN^bx c^p^ a-^^-j n^. Cf la formule si 
fréquente : n-'by ûpi. — « 81, 8, il faut laisser bNn. » J'ai corrigé 
en '^n (hall) parce que, d'après le sens, ce mot ne peut être que 
l'infinitif de la 1'° forme de la racine bn, avec la signification de 
a délier, pei mettre », en hébreu n\n- ; b.sn, « état », est impos- 
sible. — Je suppose qu'à 81, entre les lignes 16 et 17, il y a une 
lacune, parce que le texte annonce trois espèces (•'i^rT: r:ni<bh) 
de r;it7:i:j, et qu'il n'indique pas toutes les trois (cf 1. 18 ■'2:-;:bN ain 
inbxnbkN). Le premier 'i3:>n de 1. 17, qui est suivi do l'explica- 
tion relative à l'impureté produite « par le contact, le trans- 
port ou le fait de se trouver sous le même toit », ne peut nul- 
lement se rapporter au dernier mot de la ligne 16, n7:r:ir,):bx, 
qui désigne la deuxième catégorie de nwS72ro — « 81, 19, Çm-i est 
bien (t est mater leclionis) ; cf. Glossaire (à corriger dans Al- 
Khazari, p. 196, 1. 9) ». M. II. a tort de vouloir remplacer la leçon 
correcte de son édition du KJiazari, d'où ce morceau est extrait, 
par la variante incorrecte quMl donne ici, car ce mot ne dérive 
pas de bn» mais de bnx, et est le passif de la 2" forme (you'ahhalou) 
ou de la 4" forme. Les deux formes signifient « rendre ou croire 
quelqu'un digne de... », avec la préposition b devant le complé- 
ment. Ainsi, nbb bm^ n?^ veut dire : « ce qui est déclaré digne de 
Dieu, ce qui est consacré à Dieu. » Ibn Tibbon traduit le passage 
en question du Khazari : û-^nb^b •vii'iipjj Nina T\)2. — « 88, 12 
■«biNbN est impossible, peut-être 'Vîn. » M. II. parait n'avoir pas 
compris ce passage, ni, par conséquent, ma rectification. Voici le 
passage en entier, qui est l'explication d'Exode, xxiir, 5 : ylb^ 
rii:*Nott i")Db ^1yb>!^.^ p^^itbN ûn?:^ -^ïy.jb.sT inrbwX in ^=7bN ']N:r:;3 
^bisbN '^•^^■û 172 nT^ns p">ns:bN . L'auteur veut dire que la Tora, 



314 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

en nous ordonnant d'aider à relever un animal succombant 
sous sa charge, ne parle que de l'animal appartenant à notre 
ennemi, parce qu'on sait que le même précepte s'applique à l'ani- 
mal de notre ami « par voie de raisonnement a fortiori ». Les 
mots entre guillemets sont la traduction de -^b-N^N pnu Itt, ex- 
pression arabe qui répond à l'hébreu ■;::•:: bs "yniz ou bp yniz 
T:^m. Le terme "^biN (aulâ) sert, en quelque sorte, d'introduction 
aux raisonnements de ce genre; c'est dans ce sens qu'il est em- 
ployé dans ce morceau même, à la ligne L5 (-^biN nriDb). En ponc- 
tuant d'abord -^'^ibN et ensuite -«bibN, M. H. donne à la phrase un 
sens que je ne saisis pas. — A. 92, 14, il y a frrjsbtî y-rn in iDn- 
En changeant "j^s en 1^% on a ce sens : On raconta cl" un prêtre . Je 
ne comprends pas pourquoi M. H. dit que « tout ce passage est 
douteux et probablement altéré ». —97, 8, je regrette que M. H. ne 
veuille pas accepter ma correction, pourtant bien simple et bien 
évidente, de ûnnxT en nn"iî<T. Ses objections n'atfaiblissent nulle- 
ment la valeur de mes observations concernant la traduction 
qu'il donne des mots î2inK et û",2n ; car, en traduisant ces mots 
par « most sacred » et .« suprême », il ne donne pas de sens sa- 
tisfaisant à la phrase. Je maintiens donc le changement que 
j'ai proposé. — 99, 9, les mots -,r:N"iN'bïî yr:J is iTcbc^ ^b li* 
•'!^Ni;bNT ne se comprennent que lorsque le deuxième "jn est cor- 
rigé en \y : Qu'ils ne soient pas exempts d'observer tous les 
coûimandernents et toutes les défenses, car le verbe ûbo doit être 
suivi de •;:'. — 104, 3, j'ai changé "làxT en i-iiiNi, parce que ce 
verbe (4^ forme de ^-,aj se rattache à -r.Si: de p. 103, 1. 24 (-ncî 
•jsbN r-r- •'^y nbs -isDb.s T-ih.si . . . -iDCbx, il s'agit de l'interpréta- 
tion allégorique de YEcclésiaste). A cette correction si simple et si 
nécessaire, M. H. objecte que « dans na^sT, n est mater lectio- 
nis «. Je ne comprends vraiment pas la remarque de M. H. Il me 
semble évident que le ^ est la conjonction et que le wS est la lettre 
caractéristique de la 4'' forme. M. H. veut-il peut-être lire wa- 
djarà et considérer le verbe comme étant à la l-"" forme '? Mais 
ce verbe a comme sujet les exégètes nommés p. 103, 1. 23 (ûip). — 
A 105, 8, pour traduire lï-ircr -i33 ^-sL'ïî pn (Eccl., ii, 12), le texte 
arabe dit : mr:in itib^'D ip ^•:;'' Nb -^bx. J'ai corrigé -^bx en ■'Vdn 
(= -îUîwX) ; on trouve de même, à la ligne 23 : Nb "^nbM ^btt'?N ''zy^ 
r:pb= r::N t::. M. II. dit : « lire yc Nb ». Il paraît donc reconnaître 
l'exactitude de ma correction, mais il a tort de changer Y-"' Nb (là 
youschakkou) ; tout au plus faut-il ajouter r;:N devant ^p. — 106, 
16. On ne comprend les mots n^j^np b:?à^ iwS Dby>D et, 1. 18, ûb 
Tiii'^'p bi'i»'^ IN ûb:>\ qu'en corrigeant ix en i^n « où » : où il place 
son pied. M. IL persiste à laisser 1î<. — 110, 1. Comme un cb n.x 



CORRESPONDANCE 315 

p^-is ne se comprend pas, j'ai changé ûb en o>b et un en un, parce 
que un c^b est d'un usage fréquent chez les auteurs philoso- 
phiques et est rendu en hébreu par ûo V'"*- Le sens serait : puis- 
qiCil n'y a pas de secte qui ait une autre opinion. M. H., renonçant 
ici à son principe de ne rien changer au ms., dit : « probablement 
on"» »; mais cette correction ne donne pas de sens satisfaisant. — 

117, 23. Dans riiriNïïXDbNT ^nb bn nanN N73, j'ai corrigé inb ba 
en nnbb.sn, ce qui signifie alors : ce qui est établi par la tradition 
et le témoignage des yeux. M. H. dit : « nnb ba est correct », 
mais il n'indique pas quel est, dans ce cas, le sens de la phrase. ~ 

118, 5, n\^n5T est imprimé sans point diacritique sur (ou, d'après 
le système de M. H., sous) le 5; j'ai dit qu'il laut ce point. Je ne 
sais pas pourquoi M. H. maintient 5 sans point. — A 121, 8, mon 
exemplaire a maa, sans point sur le n ; j'ai remarqué qu'il faut 
un point. M. H. dit : « il y a 3=1:23, la correction proposée est donc 
inutile. » Son exemplaire aurait-il sur le n le point qui manque 
dans le mien ? 

Après avoir ainsi défendu contre les objections de M. H. la très 
grande partie des corrections que j'ai proposées, je me plais à 
reconnaître qu'il y en a un certain nombre que M. H. a eu raison 
de déclarer inutiles ou inexactes. Ce sont les suivantes : 2, 8 ; 
31, 24; 79, 13; 80, 12; 110, 1 ; 110, 26 ; 114, 21. Puisse cet aveu 
prouver une fois de plus à M. H. que dans mon premier article 
sur sa Chrestomathy , comme dans la présente réplique, je n'ai été 
guidé que par l'amour de la vérité. 

W. Bâcher. 

Budapest. 



CHRONIQUE 



La dissolution du Sanhédrin en 1807. — On s'était toujours 
demandé la raison de la brusque dissolution du Sanhédrin réuni à 
Paris, par Kapoléon I'^'", en 1807. Un passage des Souvenirs du comte 
Chaptal en donne une singulière. « Dans le temps qu'il avait réuni 
les Juifs en Sanhédrin à Paris, j'assistai un jour à son dîner où il 
causait gaiment de diverses choses. Tout à coup entre le cardinal 
Fesch, avec un air très préoccupé qui frappa l'Empereur. « Qu'avez- 
vous donc? lui dit-il. — Ce que j'ai, c'est facile à comprendre. Com- 
ment ! Vous voulez doue la fin du monde ? — Eh ! pourquoi? répartit 
l'Empereur. — Ignorez-vous, reprit le cardinal, que l'Écriture an- 
nonce la fin du monde du moment que les Juifs seront reconnus 
comme corps de nation? — Tout autre eût ri de cette sortie du car- 
dinal. Mais l'Empereur changea de Ion, parut soucieux, se leva de 
table, passa dans son cabinet avec le cardinal, en sortit une heure 
après. Et, le surlendemain, le Sanhédrin fut dissous. » Mes souvenirs 
sur Napoléon, par le comte Chaptal, publiés par le vicomte A. Chaptal. 
Paris, Pion et Nourrit, 1893. 

Le rôle des Juifs dans la propagation des contes. — Celait, 
depuis l'apparition du Pantchatantra de Benfey, un dogme univer- 
sellement admis que tous les contes et fabliaux sont l'œuvre de 
l'Inde. Les savants s'ingéniaient à raconter la marche de celte inva- 
sion de l'Occident par l'Orient, c'était à qui marquerait avec le plus 
de sûreté les étapes de celle migration des productions bouddhiques. 
Les Juifs avaienl aussi leur rôle dans ce voyage. Comme pour la 
philosophie, ils avaient été des rouliers littéraires, des intermédiaires 
entre les musulmans el les chrélicDS. En efîet, le Pantchatantra, 
source de toutes ces fictions, a été traduit du sanscrit en pehlevi, du 
pehlevi en syriaque, du syriaque en arabe, de l'arabe en hébreu, de 
l'hébreu en latin. Ils étaient donc un anneau dans la chaîue de la 
tradition. Ces prémisses, malheureusement, reposaient sur une affir- 
mation qu'on avait négligé de contrôler, à savoir que le Pantcha- 
tantra, avec ses dérivés, est positivement la souche des contes et 



CHRONIQUE 317 

fabliaux populaires. Or, ces ouvrages sont toujours restés enfermés 
dons les cercles lilléraires ; jamais leurs contes n'ont pénétré dans 
le peuple pour y vivre et durer. Quant aux contes populaires, ils 
n'offrent aucun indice qui permette de leur assigner une origine in- 
dienne ; ils sont pour la plupart universels et internationaux. Telle 
est la thèse que vient de soutenir et, à notre sens, de démontrer 
M. Joseph Bédier, avec une rigueur de méthode, un brio juvénile et 
une science que nous ne craignons pas de taxer d'admirables. 
{Les fabliaux, études de lillérature populaire et dViistoire littéraire du 
moyen âge ; 98o fascicule de la Bibliothèque de l'École des Hautes- 
Éludes, sciences philologiques et historiques). Son ouvrage est un 
des plus remarquables qui aient vu le jour depuis celui de Benfey. 
Encore une idole de renversée ! L'auteur de ces lignes ne s'en plain- 
dra pas, car il s'était déjà attaqué à celte superstition dans les éludes 
qu'il a consacrées à divers contes juifs. 

Les inscriptions sémitiques de Zindjirli. — Nous nous étions 
trop pressé d'affirmer (lue la langue de ces inscriptions est hébréo- 
phénicienne. Une lecture plus attentive montre qu'elle ne se distingue 
pas seulement par le vocabulaire en partie araméen, mais encore par 
certaines flexions grammaticales propres à cet idiome. Le problème 
posé par celte découverte est donc des plus curieux au point de vue 
linguistique : celte nouvelle langue offre le plus étonnant mélange 
de mois et de formes caractéristiques de l'hébreu et de l'araméen. On 
n'avait jamais vu pareil éclectisme. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



T. XXV, p. 44-52. — La préface de Yalkoul Makbiri a déjà été publie'e 
par feu Straschoun, dans ses additions au Kiria Néémiaa de Finn (Vilna, 
18'j0, p. 33i-335). L3 ms. dont s'est serv^i Straschoan ne lui appartenait 
pas, comme semble le croire M. Gaster, il faisait partie de la ricbe et pré- 
cieuse coUecliou de livres imprime? et manuscrits de Josepb de Vixsen 
(voir, sur cette bibliothèque, Zunz, Zur Geschichte, p. 244, Qi Kiria Néémana, 
ibii.). Malheureusement, celte bibliothèque est devenue la proie des 
flammes, ainsi que notre ms. probablement. L'ouvrage de S. Finn, à cause 
de sa rareté', n'e'lant pas à la porte'e de tous, il ne sera pas inutile de noter 
ici les variantes que le teste de Straschoun offre avec le texte de M. Gaster 
et de comple'ter les lacunes que pre'senle ce dernier. 

Texte de M. Gaster. Texte de Straschoun. 

Ligne 4, t::^ vû;>t 

Ibid., irc: irc"» 

Ligne 5, ^;::2 ^rsb 

— 8, V-T lincnn (du verbe t-Jr:] ';«'' linonr: 

— 9, ]T2- b^bi Ti'TJob yen ^>y',i2 rrb 
Ibid., D-'pn (Sir. corrige en '{■'n-ip! VP"'-^ 
Ligne 12, "li'lD (mieux à cause de la rime) ~y^D 

— 13, "^-172 3N ■'-^7: î<2N 

— 14, ■'~l?: 3N "'IN?: N2X 

— 17, "^V :.":'::: "b ■'b r7:Tw' 

— 18, 13 nj:-i^23 N:ci^r2 

— 20, lacune n"":;'? 

— 21, lacune wnTTj 

— 24et25, 'nm 'în"» 't' "'r>r;ûT 2V.^ zvn •'r:;-: 2v.s 3"<b.-:n a\s''20 

— 26, n^iCT r;;y::T 

Ibid.^ lacune "7:^"": N? "'ZXT 

Ligne 27, ^2*^73 ^a 

— 28 et 2d, lacune ""D "«nx rr^n -1333 nVi i.-i"»w;' ■i-i32b nVi 

nsn'jrib -n-sn-b ï-ra i""^* nsT- r!3.S77:n 
pn J-T^a Hr-o mp-i;\n -b^îwS" ■'S -^Nrrribi 

^"irin? \-^:ir m'rzn -r3-:;n-: -^pv ^3» 

— 31, nm72T nnT:2i 

— 34, t:;n'i n«as 

— 35, -^fyn bN":;x -iTr n3N'::î< 

Les deux premiers versets de la fin manquent. — /. Israelsohn. 



Le gérani, 

Israël Lévi. 



TABLE DES MATIERES 



REVUE. 

ARTICLES DE FOND. 

Bachkr (W.). Élude de lexicographie talmudique 03 

Gardozo de Béthenco'Jrt. Le trésor des Juifs Sephardim {suite). 2*0 

Ei'STEiN (A.). L Le Yalkout Schimeoni et le Yalkout Ha-Makhiri. 7o 

IL Une lettre d'Abraham Ha-Yakhiui à Nalhau Gazati ... 209 

Franco. Les Juifs de l'Empire ottoman au xix« siècle h\\ 

Kaui'-mann (David). I. La famille de Yehiel de Pise 83 et 220 

IL Trauquillo Vita Corcos, bienfaiteur de la communauté 

de Garpentras 2G8 

Lambert (Mayer). Le vav conversif 47 

Lévi (Israël). L Si les morts ont conscience de ce qui se passe 

ici-bas 69 

IL Les Juifs de Candie de 1380 à 1i8o 198 

LÉVY (A.). Notes sur l'histoire des Juifs de Saxe (/7?i) 259 

Marmier (G.). Recherches géographiqu es sur la Palestine 1 

Neumann'. Inûuence de Raschi et d'autres commentateurs juifs 

sur les Postillce perpetiKB de Nicolas de Lyre 172 

PoRGÈs. Les relations hébraïques des persécutions des Juifs 

pendant la première Croisade {fin) 183 

Reinach (Tnéodore). 1. Q,i.ùd JiUcRo cum Verre 3(> 

IL Inscription juive des environs de Constantinople 1ti7 

Sachs (Senior). Le titre du livre des Macchabées 161 

NOTES ET MÉLANGES. 

Bâcher (W.). Une allusion à l'histoire contemporaine dans 

l'Arouch de R. Nathan 280 

Besredka. mD-'br! — mbD-<n 279 

DKRENBOURa (Harlwig\ Piuamou, fils de Karil ISo 

Kayserlixg. Un chant nuptial 283 

Lambert (Mayer). L Les points-voyelles en hébreu 274 

IL Notes exégéliques 277 



320 REVUE DES ETUDES JUIVES 

LÉvi Israël). Noies complémeulaire? sur le repos sabbatique 

des âmes damoées i 31 

Schwab (Moïse). Uq épisode de l'iiislolre des Juifs d'Espague.. . 281 

BIBLIOGRAPHIE. 

Bâcher (W.). Midrasch Samuel, édité par Salomoa Bubsr 302 

LÉVI (Israël). I. Revue bibliographique, 4° trimestre 1892 et 

l<=- trimestre 1893 139 

H. Le livre d'Eûoch, fragmeuts grecs découverts à Akhmia, 

par A. LoDS 1 46 

m. Revue bibliographique, 2- trimestre 189i 283 

IV. Neue Beitrœge zur semitischea Sagenkunde, par 
M. Grunbaum 298 

Correspondance 139 et 310 

Chronique 132 et 316 

Additions et rectifications 160 et 318 



ACTES ET CONFERENCES. 

Bloch Mourice). L'œuvre scolaire des Juifs français, confé- 
rence xcrri 

Jacques (Victor). Types juifs, conférence xlix 

Vernes (Maurice). Rapport sur les publications de la So- 
ciété pendant l'année 1892 xxi 

Assemblée générale du 28 janvier 1893 i 

Allocation prononcée à l'Assemblée générale par M. Théo- 
dore Reinagh, président v 

Pfo:ès-verbaux des séances du Conseil xlvie et cxx 

Liste des membres de la Société des Études juives pendant 

l'année 1 892 lxxxi 



FIN. 



VEaS.MLLES, IMPRIMERIE CERF ET C'°, 59, RUE DUPLESSIS. 



DS 

loi 

t. 26 



Revue des études juiyes; 
historia judaica 



PlEASE DO NOT REMOVE 
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