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REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



VERSAILLES — IMPRIMERIES CERF, o9, RUE DOPLESSIS 




REVUE 

DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME TRENTE-HUITIÈME 



PARIS 

A LA LIBRAIRIE A. DURLAGHER , 

83 »'^% RUE LAFAYETTB ^^-^--^^A^ 

1899 6 - ^ ' 



101 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 



SÉANCE DU 28 JANVIER 1899. 
Présidence de M. Joseph Lehmann, président, 

M. le Président prononce Tallocution suivante : 

Mesdames et Messieurs, 

Je n'ai pas voulu me dérober à mon devoir et, au moment de 
résigner les fonctions auxquelles m'avait appelé votre extrême bien- 
veillance, je tiens à vous remercier encore une fois de m'avoir élevé 
à l'honneur d'être le Président de la Société des Etudes juives, le 
successeur de tant d'hommes éminents par la science, par l'élo- 
quence, par les services rendus au judaïsme, par leur dévouement 
à la cause de la justice et de l'humanité ! 

Aux heures de tristesse amère — il en est dans la vie — c'est 
une consolation, un vrai réconfort de sentir qu'on a participé à une 
œuvre utile et grande, comme celle que vous poursuivez avec tant 
de persévérance et de succès, Messieurs et chers collaborateurs, et 
que, si faible que soit la part qu'on y a prise, on a été jugé digne 
par vous de recevoir le témoignage d'une si haute estime, suprême 
honneur pour lequel je vous exprime ma vive reconnaissance I 

Avant de quitter la charge que vos suffrages lui ont confiée, votre 
Président, d'ordinaire, a le devoir de saluer, en votre nom, ceux de 
nos collègues qui nous sont restés fidèles jusqu'au dernier jour et 
que, durant l'année écoulée, la mort nous a ravis. Ce pieux devoir 

ACT. BT GONF. ▲ 



II ACTES ET CONFERENCES 



dont racoomplissement n'est pas sans jeter sur nos réunions an- 
nuelles un voile de mélancolie, je n'ai pas à le remplir. La mort, 
cette année, a été clémente, pour notre Société du moins. 

Avant de donner la parole à nos dévoués collègues du bureau qui 
sauront nous intéresser en nous instruisant de la situation matérielle 
de notre Société et de ses travaux et à l'aimable conférencier qui 
nous a promis pour ce soir le régal auquel il nous a habitués, je 
n'ai donc qu'à vous souhaiter la bienvenue, Mesdames et Messieurs, 
à vous remercier d'affirmer par votre présence, avec tant d'éclat, 
la constance et la fidélité de votre sympathie pour notre œuvre, 
œuvre qui nous fait tant honneur. 

Elle nous fait honneur par le libéralisme qui l'inspire. Notre 
Société est une république pleine d'ordre et d'harmonie où chacun 
expose ses idées en toute liberté. Il y règne une égalité complète. 
Hier encore elle avait à sa tête un savant qui, sans doute, avait 
tous les titres à vos suffrages, mais qui n'appartient ni au culte ni 
aux croyances de la plupart d'entre vous : avec quelle chaleur, 
avec quelle autorité ne vous a-t-il pas parlé du judaïsme, de son 
passé, de ses gloires, de la force qu'il représente dans le monde, 
avec quels accents d'indignation frémissante, superbe, vengeresse, 
n'a-t-il pas flétri les haines stupides et sauvages qui s'acharnent 
contre les Israélites, l'esprit de perversité qui les suscite et les en- 
tretient, les dangers effroyables qu'elles font courir à notre patrie, 
à la civilisation l 

Notre Société nous fait honneur par le but qu'elle poursuit : faire 
connaître le judaïsme dans ses origines les plus lointaines, les plus 
obscures, sa langue, sa littérature, les innombrables documents qu'il 
a amassés pendant tant de siècles, les vérités nées dans le sillon 
fécondé par le labeur et le sang de ses enfants, son martyrologe, 
enfin, qui ne s'arrête jamais, qui recommence toujours ! Voilà ce 
que nous pouvons montrer à ceux qui accusent les Israélites d'être 
uniquement préoccupés d'intérêts cupides et égoïstes, cette œuvre 
(lui est la votre, Tétudo sous sa forme la plus austère, la plus in- 
grate et qui se poursuit sans interruption dans le recueillement de 
notre intelligence, même au milieu du déchaînement de passions 
qui ne pardonnent pas, qui ne pardonneront pas, surtout si — nous 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 28 JANVIER 1899 HI 



osons à peine l'espérer — elles devaient être bientôt, pour un jour, 
vaincues et réduites à l'impuissance î 

Au milieu des pensées tumultueuses qui accueillent parfois dou- 
loureusement notre esprit, n'affectons pas pourtant un stoïcisme que 
nous ne saurions avoir. Oui, ce déchaînement inouï de passions im- 
placables que nous croyions à jamais éteintes nous émeut et nous 
trouble jusqu'au plus profond de notre être, mais ce n'est pas, 
disons-le bien haut, parce qu'il rend l'existence plus pénible à tant 
d'entre nous et les menace dans leur repos, leur avenir. Le ju- 
daïsme connaît son histoire, il sait ce qu'il a souffert, ce qu'il peut 
souffrir encore, il sait que soufïrir pour la vérité, pour la justice, 
c'est, selon l'admirable parole du Talmud, le lot de ceux que Dieu 
aime et sur lesquels il fait briller une splendeur plus grande que 
celle du soleil ; ce n'est pas comme juifs — je l'affirme en leur nom 
— c'est comme Français qu'ils souffrent, que le rouge de la honte 
leur monte au visage, que, le cœur oppressé, ils interrogent 
l'avenir et, devant l'audace éhontée des uns, secondée par l'a- 
veugle et lamentable lâcheté des autres, ils se demandent avec 
stupeur ce qu'il adviendra de notre France si généreuse, le flambeau 
des nations, de cette France de 1789 qui a élevé au-dessus des 
peuples, comme pour les abriter tous, le glorieux étendard de 
sa triple et sublime devise ! 

Eh bien I qu'il advienne ce qui pourra et dussions-nous assister 
à l'agonie de la justice et du droit, les trois mots de cette devise 
resteront la devise des Israélites, car ils sont inscrits sur le 
frontispice du décalogue et à la première page de la Bible, et ce 
drapeau restera le leur, dussent- ils tous s'ensevelir dans ses plis 
glorieux. Pour eux, la torce doit être au service du droit, jamais ils 
ne courberont le front devant aucune idole, toujours ils seront pour 
la justice, pour la justice même méprisée et bafouée, pour la justice 
qui prend en main la cause de l'innocent, pour la justice qui prend 
en main la cause des opprimés, pour la justice sociale, enfin, qui 
prend en main la cause des déshérités, des humbles, des pauvres I 
La Société des Etudes juives s'interdit toute polémique, toute 
action politique ; mais ceux qui connaissent l'histoire du Judaïsme, 
le souffle qui l'anime, l'idéal de vérité, de justice, de paix sociale 



IV ACTES ET CONFÉRENCES 

qu'il propose, savent de quel côté doit porter l'effort de leur cœur, 
l'énergie de leur âme I 

C'est ce que vous dira sans doute_, dans le langage le plus élevé, 
avec toute l'autorité de son talent, celui que vos suffrages vont 
appeler à la présidence de votre Société, ce jeune maître dont la 
parole est si attrayante, qui enseigne, par l'exemple surtout, l'élo- 
quence aux futurs pasteurs d'Israël. J'ai l'honneur d'être son 
collègue : je regrette de n'avoir pas été son disciple. 

Aujourd'hui nous entendrons un autre de nos maîtres, qui vous a 
bien des fois déjà charmés et ravis. Je n'ai pas besoin de vous 
présenter M. Bloch. 11 serait aisé, rien que par nos souvenirs si 
vivaces, d'exprimer l'attrait singulier de cette parole si alerte, si 
vive, pleine d'imagination, d'émotion et de saillies; mais, au lieu 
d'analyser nos souvenirs, il vaut mieux les renouveler. A tout à 
l'heure la joie de l'entendre, et d'avance j'adresse au conférencier 
tous nos remerciements. 

M. Moïse Schwab, trésorier, rend compte comme suit de la situa- 
tion financière : 

Le budget de la Société pour l'an 1898 n'est pas chargé. Nous 
n'avons pas dépensé autant que nous l'avions prévu ; c'est que notre 
Conseil comptait mettre sous presse un premier volume de la tra- 
duction des œuvres de Flavius Josèphe. Le souci consciencieux avec 
lequel cette œuvre est dirigée a motivé un léger retard, et la publi- 
cation ne verra le jour que pendant la présente année. Le capital 
de fondation a été augmenté de la somme non dépensée. 

Voici donc l'état des recettes et des dépenses : 

RECETTES. 

Souscriptions et vente de numéros 7 . 728 fr . » 

Vente do volumes et de numéros par le libraire 1 . 134 75 

Souscription du ministère de l'Instruction publique. 375 » 

Compte courant chez MM. de Rothschild 1 .826 25 

Total des recettes 11 .064 fr. » 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 28 JANVIER 1899 



DEPENSES. 



Impression du n° 70 1 . 093 fr. » 

— — 71 1.110 20 

— — 72 1.068 » 

— — 73 1.151 60 



4.422 fr. 80 



Honoraires du n^ 70 710 fr. 60 

— — 71 742 80 

— — 72 700 40 

^ -~ 73 737 » 



2.890 80 

Secrétaire de la rédaction et secrétaire-adjoint 2.400 » 

Distribution de quatre numéros (360 fr.) et envois 

divers (65 fr.) 425 » 

Magasinage et assurance 150 » 

Assemblées, gratifications, impressions de discours, 

de circulaires, etc 229 50 

Souscriptions, affranchissements, timbres, frais de 

bureau 373 60 

Encaissements : Paris et province 98 70 

Total des dépenses 10 . 990 fr. 40 

Le chiffre des dépenses, comme vous voyez, est inférieur à celui 
des recettes, et grâce à l'excédent de l'actif, la Société pourra faire 
face à des publications supplémentaires. 

M. Lucien Lazard, secrétaire, lit le rapport sur les publications 
de la Société pendant l'année 1898 (voir, plus loin, p. vu). 

Il est procédé aux élections pour le renouvellement partiel du 
Conseil. 

Sont élus : 

MM. BiCKART-SÉE, avocat à la Cour de Cassation, membre sortant ; 
Henri Becker, docteur es lettres, membre sortant ; 



VI ACTES ET CONFÉRENCES 

MM. Léopold Cerf, imprimeur-éditeur, membre sortant ; 
Edouard de Goldschmidt, membre sortant ; 
Lucien Lazard, archiviste-paléographe, membre sortant; 
Joseph Lehmann, grand rabbin, directeur du Séminaire is- 

raélite, membre sortant ; 
Michel Mayer, rabbin, membre sortant ; 
Moïse Schwab, bibliothécaire à la Bibliothèque nationale, 

membre sortant. 

Est élu président de la Société pour l'année 1899 : M. Albert 

Cahen. 

M. Maurice Bloch fait une conférence sur Les Juifs et la pros^ 
périté puilique à travers Vhistoire (voir plus loin, p. xiv). 



RAPPORT 

SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ 

PENDANT L'ANNÉE 1898 

LU A L'ASSEMBLÉE GÉiNÉRALE DU 28 JANVIER 1899 
Par m. Lucien LAZARD, secrétaire. 



Mesdames, Messieurs, 

Les personnes à l'esprit sérieux — en plus grand nombre qu'on 
ne le croit en général, — qui se donnent la peine de parcourir, ou 
de lire les revues scientifiques, en prenant le mot au sens large, en 
y comprenant l'histoire, la philologie, l'archéologie et leurs dépen- 
dances, ont remarqué le caractère d'austérité extrême, fatigant par- 
fois, de ces recueils depuis peu d'années. Il semble que la science, 
arrivée à son apogée, reprenne un peu l'aspect qu'elle avait aux 
jours lointains de sa naissance quand, inaccessible au profane vul- 
gaire, elle était le domaine soigneusement gardé de rares initiés : 
en vain, le malheureux lecteur, désireux de s'instruire, essaye de 
comprendre : arrêté par les termes abstraits, agréable mélange de 
grec et d'allemand en général, effrayé par les questions ardues de 
grammaire ou d'exégèse, compréhensibles pour une douzaine de sa- 
vants dans l'univers, il se lasse bien vite d'efforts inutiles, à moins 
qu'il ne s'endorme. 

Pareille aventure n'arriva jamais, j'ai hâte de le déclarer, à aucun 



VIII ACTES ET CONFÉRENCES 



abonné ou lecteur — c'est quelquefois la même chose — de la Revuê 
des Études juives ; mais, malgré les soins vigilants d'administra- 
teurs attentifs et de collaborateurs aussi désireux de plaire que d'ins- 
truire, elle pourrait, si on n'y prenait garde, être atteinte par la 
contagion. Signalons le danger avant qu'il ne soit trop tard : pour 
les Revues, comme pour les humains, il est plus aisé de prévenir 
les maux que de lec guérir. 



#** 



Médecins et hygiénistes admettent généralement que, pour 
maintenir un corps en bon état, il est nécessaire qu'aucun organe 
ne se développe d'une façon excessive au détriment des autres; 
qu'aucune fonction vitale ne s'exagère, tandis que d'autres risque- 
raient de ne s'exécuter que d'une façon incomplète. Dans l'ensemble 
que forment l'histoire et la littérature juives, objet de vos études, il 
est des parties, les plus anciennes, celles du judaïsme biblique ettal- 
mudique, qui ont séduit vos collaborateurs d'une façon peut-être 
exagérée ; tandis que l'histoire et la littérature du moyen âge et des 
temps modernes, plus accessibles à tous, n'ont fait l'objet que de 
travaux, tous excellents, mais trop peu nombreux pour satisfaire à la 
légitime curiosité de ceux qui ouvrent une Revue, non pour critiquer 
le travail d'un savant, mais pour passer quelques instants agréables 
et utiles, qui voudraient lire pour s'instruire et à qui l'on doit 
pouvoir offrir les satisfactions qu'un homme du monde cultivé est 
en droit d'attendre de la lecture d'un recueil comme le vôtre. 

Rien n'arrête, d'ailleurs, les rédacteurs de la Revue des Ehides 
juives; comme Guzman ils ne connaissent pas d'obstacle : les pro- 
blèmes les plus ardus sont pour eux jeux d'enfant, et c'est un véri- 
table tour de force que la notice du colonel Marmier sur la géo- 
graphie de la Palestine et des pays voisins *, étude qui fait suite à 
d'autres travaux considérables du même auteur sur le même sujet. 
C'est aussi à la période biblique de notre histoire que nous trans- 
porte M. Mayer Lambert dans son Essai de reconstitution du cari' 

* T XXXV, p. 185-202. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ IX 

tique de MoïseK Aucun des contemporains de l'auteur primitif n'est 
plus là pour confirmer ou combattre les conclusions du savant 
auteur, et parmi les modernes quelques rares hébraïsants de pre- 
mière force seraient seuls en état de discuter la vraisemblance du 
texte établi par notre érudit confrère. Je dois me borner à vous 
signaler cette curieuse tentative. 

Tel est le bilan des études bibliques* : le judaïsme talmudique a 
fourni matière à un nombre bien plus considérable de recherches. 

C'est d'abord une intéressante question posée par M. Israël Lévi. 
Quelle est la valeur historique des textes talmudiques? Peut-on, 
avec leur aide, pour employer les termes mêmes de l'auteur, édifier 
des constructions historiques ? Des savants illustres, le regretté Jo- 
seph Derenbourg, entre autres, l'ont pensé. M. Israël Lévi semble 
infiniment plus sceptique à cet égard : il voit plutôt dans nombre de 
ces récits, sauf exceptions, ce que l'on appelle aujourd'hui du folk- 
lore*. Si on ne rencontre dans le Talmud que des éléments histo- 
riques insuffisants, peut-on au moins y trouver des indices chrono- 
logiques ? C'est ce que, dans un travail considérable, M. le Grand 
Rabbin Lehmann a cherché à tirer au clair en comparant une page 
du traité talmudique Aloda Zara avec Josèphe et les Evangiles, 
au sujet des rapports des Romains avec la Judée. 

C'est une étude d'ordre purement littéraire que celle de M. Krauss 
sur le Traité talmudique Dèrech Ereç ; l'auteur en étudie la composi- 
tion, les divisions, les sources, l'origine ; c'est une œuvre palesti- 
nienne due peut-être à un rabbin du iv^ siècle ; l'auteur ou l'inspi- 
rateur du traité — M. Krauss ne se prononce pas sur la question — 
se serait nommé Eléazar ben Irai ^ . 

Il faut joindre à ces importants travaux les notes de M. Bâcher, 
sur des Erreurs récentes concernant des sources historiques. 

A la même période de l'histoire juive se rattachent les recherches 
de M. Bûchler sur les Sources de la relation de Josèphe dans ses An^ 
tiquités concernant Alexandre le Grand. L'auteur arrive à cette con- 

» T. XXXVI, 47-53. 

> T. XXXV, 213-223. 

» T. XXXVI, 27-46, 205-221. 



ACTES ET CONFÉRENCES 



clusion que la relation de Josèphe est composée de trois parties, 
deux d'origine juive, l'autre d'origine samaritaine, et permet de ju- 
ger mieux qu'on ne l'a fait jusqu'à présent de l'antagonisme des 
deux partis. 

M. Epstein nous transporte à cinq siècles plus tard dans son travail 
sur les Saboraïm, rédacteurs babyloniens du Talmud au vi« siècle ; 
contrairement à l'opinion de M. Halévi, l'auteur voit en eux des 
écrivains non du v®, mais du vi^ siècle . 






La littérature et l'histoire du moyen âge occupent comme toujours 
une place importante dans vos publications. 

C'est d'abord l'étude très brève, trop brève pourrait-on dire, de 
M. Epstein sur Jacoh len Simson, mathématicien juif du xi® ou du 
XII® siècle, qui fut disciple de Raschi, vécut à Paris ou Falaise, et 
dont on ne sait que le peu que nous apprend M. Epstein '. 

D'un rabbin à un pape la distance est grande : le hasard les a 
mis l'un à côté de l'autre dans les pages de votre Revue, permettez- 
moi de ne pas séparer ce que la typographie a uni. M. Léopold 
Lucas a étudié Us rapports d'Innocent III avec les Juifs. Ce travail 
s'annonçait fort intéressant ; il était de l'espèce assez rare de ceux 
qui n'exigent ni connaissance exégétique, ni érudition grammati- 
cale, pour se faire lire et comprendre : quelques pages à peine en 
ont paru. L'auteur examine d'abord les opinions d'Innocent III sur 
le Judaïsme; elles sont assez étranges à nos yeux : le Judaïsme 
parait au pape préférable à l'hérésie. Il s'efforce ensuite de conver- 
tir les Juifs et, pour cela, il emploie les moyens temporels, c'est- 
à-dire qu'il fournit le nécessaire aux convertis. Là s'arrête l'intéres- 
sant article de M. Lucas. 

La littérature médiévale juive a inspiré de nombreux auteurs. 

C'est d'abord M. Bâcher, qui étudie la pul)lication, faite par 
M. Griinhut, d'un Midrasch sur le Ca7itique des Cantiques^ œuvre 
du xii" siècle. 

' T. XXXV, 2'iO-246. 



* ' RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XI 

C'est ensuite M. Lœwé, qui, dans une notice à la fois historique et 
scientifique, définit la physique du célèbre Ibn Gabirol ou Avicem- 
bron. Les philosophes, et, grâce au ciel, ils n'ont jamais manqué en 
Israël, liront avec le plus grand profit ce substantiel travail dont 
l'esprit se résume dans la dernière phrase : « Avec les restrictions 
qu'une telle comparaison comporte et sans oublier quelle originalité 
géniale se manifeste dans la conception des monades infinis enve- 
loppés et obscurs, on peut se hasarder de dire que, loin d'avoir été 
un Spinoza, Avicembron fut plutôt un Leibnitz du moyen âge. » 

L'étude de M. Kaufmann sur le manuscrit du Mischnè Tora de 
Maïmonide, qui, des mains des petits-fils de Don Isaac Abravanel, 
a passé, à travers une série considérable de possesseurs, au marquis 
de Trevulzio de Milan, et à M. H. Kramer de Francfort, possesseur 
actuel, indique trop brièvement qu'il s'agit d'une des productions du 
moyen âge qui valent, non seulement par le fond, mais par l'aspect, 
par l'ornementation artistique et par les miniatures qui la décorent . 
M. D. Kaufmann nous instruit de ces particularités; peut-être eût- 
il été bon, au lieu de se borner à faire l'histoire des transmissions 
de ce manuscrit, d'en donner la description, d'énumérer et, au 
besoin, de représenter quelques-unes de ces miniatures que M. K. 
déclare lui-même remarquables. 

Nous sommes forcés de le croire sur parole ; en matière de témoi- 
gnages, une preuve écrite vaut mieux qu'une affirmation. Le côté ar- 
tistique n'est pas, il faut l'avouer, des plus brillants dans notre Revue. 
M. K. a perdu une occasion de l'enrichir : on ne peut que le regret- 
ter. M. Lévi, heureusement pour lui et pour nous, n'a aucune aver- 
sion pour les représentations graphiques ; son étude sur les tom- 
beaux de Mardochée et d'Esther en est la meilleure preuve. 
L'édifice situé à Hamadan a été décrit par la plupart des voyageurs, 
M. Lévi a reproduit les plus intéressantes et les plus modernes de 
ces relations, donné le texte des inscriptions qui décorent ces tom- 
beaux, et établi qu'il s'agit du sarcophage élevé au xiV siècle à un 
Juif persan, qui est peut-être le célèbre ministre Saad el Daulah, 
dont le nom hébreu était Mardochée . 

Cette explication n'explique pas l'existence du tombeau situé à 
côté, nommé tombeau d'Esther. 



XII ACTES ET CONFÉRENCES 



Arrivons à la période moderne. M. Danon nous mènera en Tur- 
quie et nous fera renouer connaissance avec une secte judéo-musul- 
mane bizarre, les Dunmeh, divisée elle-même en trois partis et dont 
l'origine est due au mouvement produit par l'apparition du célèbre 
faux messie Sabbathai Cevi. 

M. Kaufmann a publié quatre élégies hébraïques consacrées à dé- 
plorer la fin du rabbin de Modène, Benjamin Trabotto, décédé 
dans cette ville le mardi 23 septembre 1653. 

Retournons en Turquie avec M. Danon, qui nous fournit d'inté- 
ressants renseignements sur Sahhataï Cevi et sa secte ^ comme M. Kay- 
serling sur les Juifs du royaume de Lèon^ et M. Kaufmann sur hs 
souffrances endurées par les Juifs du Maroc au XVIII^ siècle. 

L'histoire des Juifs de France n'a tenté que deux chercheurs, mais 
la qualité des productions supplée à l'insuffisante quantité. M. Rou- 
bin a donné la fin de sa consciencieuse étude sur la vie commerciale des 
Juifs comtadins en Languedoc. J'ai dit l'année dernière tout le bien 
qu'il fallait penser de cet excellent travail. Il est à lire et à méditer 
aujourd'hui plus que jamais : on y voit comment la concurrence 
commerciale, la jalousie contre des rivaux, aussi honnêtes mais plus 
actifs et partant plus heureux, savent transformer des griefs par- 
ticuliers en haines corporatives et faire d'un boutiquier, enragé de 
voir ses magasins déserts, un antisémite convaincu. Le travail de 
M. Roubin contient un ensemble de documents qui ne sont malheu- 
reusement plus uniquement historiques et éclairent d'un jour écla- 
tant l'âme des fanatiques du xviii° siècle et de ceux de nos jours. 

C'est à une autre conclusion qu'arrive M. Bauer* : la persécution, 
son travail le montre, n'atteint pas seulement ce que Xavier de 
Maistre appelait la bête; l'autre, l'àme, n'en demeure point indemne. 
Non seulement la persécution frappe le malheureux, mais elle l'avi- 
lit. Quand les Juifs comtadins furent menacés d'avoir à porter le 
hideux chapeau jaune, qui devait les distinguer du reste de leurs 
contemporains, ils résistèrent héroïquement : ils furent vaincus, 

' Le chapeau jaune det Juifs comtadins, t. XXXI, p. 1)3-65. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XIII 



comme ils pouvaient s'y attendre. Mais il se produisit alors ce fait 
bizarre, qu'ils s'accoutumèrent tellement au signe d'infamie qu'on 
leur avait imposé, que la Révolution dut, en quelque sorte, le leur 
arracher de force. 

Si je ne craignais d'abuser de vos instants et de retarder le plai- 
sir que vous allez certainement goûter en entendant la conférence 
de M. Bloch, qui sera, comme toutes celles qu'il vous a déjà faites, 
convaincante, émouvante et spirituelle, j'aurais bien d'autres 
choses à vous dire : j'aurais à vous parler des travaux grammati- 
caux et exégétiques de MM. Lambert et Poznanski, des notes litté- 
raires et historiques de M. Bâcher, Schwab, Perles, Bauer ; j'aurais 
à vous répéter que les revues littéraires de M. Israël Lévi sont comme 
toujours substantielles et piquantes ; que vos conférences et vos con- 
férenciers ont eu grand succès ; que chacune des séances de votre 
comité s'est terminée par des communications et des discussions scien- 
tifiques du plus haut intérêt. Mais cela nous entraînerait trop loin. 

Avant toutefois de vous délivrer du rapport et du rapporteur, 
permettez-moi d'être votre interprète à tous en disant à notre cher 
et vénéré président avec quel sentiment d'affection et de respec- 
tueuse sympathie la Société des Etudes juives a appris la haute 
distinction dont il a été l'objet. Le gouvernement de la République, 
en nommant M. Lehmann chevalier de la Légion d'honneur, a en- 
tendu rendre hommage à toute une vie de désintéressement, de 
vertu et de labeur. Nous pouvons affirmer, nous, que cette récom- 
pense s'adresse aussi à un savant aussi modeste qu'érudit : la col- 
lection de nos Revues en fournit la meilleure preuve. 

Si les distinctions honorifiques sont impuissantes à cicatriser les 
traces de malheurs aussi cruels qu'immérités, elles peuvent cependant 
apporter au cœur du savant et du pasteur une légère consolation ; 
elles lui montrent, comme elles le montrent à nous tous, que malgré 
les tristesses du présent et les clameurs de la rue, le sentiment de la 
justice n'a pas disparu du cœur des fils de la Révolution. La liberté 
semble s'abîmer dans le bruit et les vociférations du fanatisme; 
comme le soleil voilé par un nuage, elle reparaîtra plus brillante et 
plus belle. 



LES JUIFS 



ET 

LA PROSPÉRITÉ PUBLIQUE A TRAVERS L'HISTOIRE 

CONFÉRENCE FAITE A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 
LE 28 JANVIER 1899 

Par m. Maurice BLOCH 



Mesdames, Messieurs, 

Le langage a parfois de singuliers abus : il généralise, il applique 
à toute une race les défauts d'un individu. Et c'est ainsi que 
naissent certains proverbes contre lesquels protestent le bon sens et 
même le patriotisme : « Saoul comme un Polonais, filou comme un 
Grec, Belge comme une oie, menteur comme un Français, fourbe 
comme un Arabe ou comme un Juif, usurier comme un Juif. » Je 
vous fais grâce des autres jolies acceptions où Ton emploie ce mot. 

L'Académie fera-t-elle jamais une revision à cet égard? Etablira- 
t-elle jamais dans son Dictionnaire que Juif peut être synonyme 
d'honnête homme, de citoyen utile à son pays? Ce serait justice. 

En attendant, j'essaierai de vous démontrer rapidement, ce soir, 
combien l'on est mal fondé à dire que les Juifs sont des accapareurs, 
qu'ils s'enrichissent aux dépens du pays où ils vivent, qu'avec eux 
tout va mal, que sans eux tout irait bien. Les statistiques, les 
rapports officiels prouvent le contraire ; mille documents de toute 
nature mettent en lumière la part des Juifs dans la prospérité 
publique chez tous les peuples et à toutes les époques. 

Il ne serait même pas nécessaire de recourir aux statistiques. 
Prenez le premier livre d'histoire venu, vous verrez que les périodes 
de prospérité des Juifs concordent aVec les périodes de prospérité 
des nations. Là où vous trouvez les Juifs libres et tranquilles, là 
vous trouvez les nations riches et puissantes. 



LES JUIFS ET LA PROSPÉRITÉ PUBLIQUE XV 



La Turquie est à l'apogée de sa grandeur sous le règne de Soliman 
le Magnifique. — Soliman le Magnifique, c'est la belle époque du 
Judaïsme ottoman. Le sultan comble les Juifs de ses faveurs, les 
appelle dans ses conseils, leur confie les plus hautes missions. Son 
ami, son ministre favori, est ce fameux Joseph de Naxos qui rêva 
un instant de faire venir ses coreligionnaires qu'on opprimait ailleurs 
et de les établir en Palestine. Rien n'est nouveau sous le soleil, pas 
même le Sionisme. 

Lorsque le fils de Soliman, le sultan Sélim, veut traiter de la paix 
avec la république de Venise, il choisit comme ambassadeur un 
Juif, Salomon Eskénazi. Le Sénat tout entier, précédé par le doge 
Aloïsio Moncenigo, alla au-devant d'Eskénazi et le peuple accourut 
sur son passage poussant des hourrahs frénétiques. 

Un autre pays joua jadis un rôle principal en Europe, c'est la 
Pologne. Il fallait compter avec elle au temps du roi Casimir le 
Grand, qui fit construire soixante-dix villes et défricher d'immenses 
étendues de terrains. Jamais les Juifs polonais ne furent plus heu- 
reux que sous le roi Casimir. Il les fit venir des pays voisins et mit 
à profit leurs capitaux et leur intelligence pour les grandes œuvres 
qui marquent son règne. Dans toute l'histoire de la Pologne, il n'y 
a qu'un seul roi qui ait mérité le nom de Grand, et, nous avons le 
droit de le dire bien haut, c'est l'ami, le protecteur des Juifs, qui 
seul a su obtenir ce titre si glorieux. 

Il n'y a guère de Juifs aujourd'hui dans cette Espagne qui vient 
de perdre Cuba. Il y en avait autrefois en grand nombre, en très 
grand nombre ; ils étaient riches, très riches, très influents, avaient 
des armoiries, portaient l'épée au côté comme les grands seigneurs. 
C'est toute une conférence qu'il me faudrait pour rappeler les grands 
hommes que le Judaïsme a donnés à l'Espagne, et à l'Espagne 
musulmane et à l'Espagne chrétienne. Abdul Rahman, le puissant 
calife de Cordoue, Ibn Alarif, le premier roi de Grenade, Alphonse II, 
fondateur de la grandeur castillane , Jacques d'Aragon , un des 
plus grands princes de la chrétienté, recherchent les Juifs et riva- 
lisent dans la protection qu'ils leur accordent. 
. Je pourrais vous citer bien d'autres exemples : Florence sous les 
Médicis, Ferrare sous les d'Esté, la Hollande au moment de s'em- 



XVI ACTES ET CONFÉRENCES 



parer du sceptre de la mer ; partout le Juif apparaît comme un 
élément de prospérité, partout il en est un des agents les plus actifs; 
partout, si je puis dire, c'est un des rouages nécessaires pour faire 
fonctionner la machine. 

Mais sans le Juif qu'aurait fait le moyen âge ? 

L'Europe est émiettée en un tas de petites principautés, séparées 
les unes des autres par toutes sortes de barrières. Chacun vit enfermé 
chez soi; pour le seigneur comme pour le paysan, l'horizon ne 
s'étend pas au delà du château féodal ; les routes sont peu sûres ; il 
n'y a ni chemins de fer, ni télégraphes, ni aucune de ces créations 
merveilleuses qui facilitent les relations de nos jours. Et pourtant 
les produits arrivent sur les marchés, et d'infatigables voyageurs 
circulent du Rhin au Danube, du Rhône jusqu'à l'Elbe, et des 
vaisseaux vont de Marseille à Venise, de Venise à Constantinople, 
de Constantinople à Smyrne, et jusque dans l'Inde. Et c'est le pauvre 
Juif, abhorré, persécuté, qui, avec une adresse et une patience 
merveilleuses, ouvre les communications et forme la grande chaîne 
qui va à travers les peuples de l'Occident à l'Orient. C'est lui qui 
exerce cette fonction essentielle qui consiste à rapprocher le pro- 
ducteur du consommateur. C'est lui qui met la vie dans les grandes 
foires. Les fières châtelaines du moyen âge apparaissent dans les 
tournois, parées des étoflfes de soie et d'or que leur a procurées le 
Juif. Sans lui, elles ne pourraient ni s'habiller, ni se parfumer, ni 
se farder, car on se fardait déjà à cette époque. Et un prédicateur 
du moyen âge monta, un jour, en chaire pour prêcher contre une 
pareille mode, disant que les femmes n'avaient pas le droit de 
changer la figure que Dieu leur avait donnée. Assurément, ce pré- 
dicateur n'avait pas inventé la poudre... de rizl 

Mais les fards, les parfums sont les moindres choses que Ton doit 
aux Juifs. C'est grâce à leurs relations avec leurs coreligionnaires 
d'Orient qu'ils amènent en Europe les épices de l'Inde, poivre, 
gingembre, cannelle. Par eux arrivent sur les marchés le papier, les 
huiles, les cuirs, l'ivoire, Taloès, le camphre, l'alun, la réglisse, le 
cumin, les feuilles de laurier, le bois de santal, les oiseaux rares tels 
i^uo les paons, les perroquets. Il n'est pas possible de tout énumérer. 

Mais pourquoi tant d'historiens viennent-ils nous dire, en parlant 



LES JUIFS ET LA PROSPÉRITÉ PUBLIQUE XVII 

des Croisades, que ces expéditions ont eu, entre autres, comme grand 
résultat, celui de faire connaître l'Orient à l'Occident? Comme si 
l'Orient n'avait pas été connu ! 

Dans son chapitre des Croisades, qui fait partie de VHidoire géné- 
rale de Lavisse et Rambaud, M. Seignobos a dit : « On est porté à 
ciboire, dès qu'on voit un usage oriental en Europe, qu'il y a été 
introduit par les Croisés... Lorsqu'on attribue aux Croisades tous 
les usages orientaux adoptés en Europe au moyen âge, on exagère 
leur influence ; on confond, sous leur nom, toutes les relations des 
Chrétiens avec les Musulmans. » 

Voici la preuve, Mesdames et Messieurs, que ces relations entre 
les Chrétiens et les Musulmans se faisaient en grande partie par 
les Juifs : 

Dans son livre des Rouies et des Provinces, daté du ix^ siècle, 
l'écrivain arabe Ibn Kordadbeh parle des marchands juifs qui 
voyagent sans cesse d'Occident en Orient et d'Orient en Occident, 
tantôt par terre, tantôt par mer. Ils s'embarquent dans le pays de 
Firandja (France) sur la mer occidentale ; ils font, par mer, le 
long voyage du pays des Francs jusqu'à la Chine. Ces marchands, 
ajoute Ibn Kordadbeh, parlent l'arabe, le persan, le romain (grec 
et latin), les langues franque, espagnole et slave. Vient ensuite 
l'itinéraire ou plutôt les itinéraires suivis par les Juifs. 

M. Heyd, directeur de la bibliothèque royale de Stuttgard, s'ex- 
prime ainsi dans son savant ouvrage sur le Commerce du Levant au 
moyen âge : « Ibn Kordadbeh, maître général des postes, possédait 
une parfaite connaissance des choses de son métier et ce n'est pas 
sans étonnement qu'en parcourant les tableaux dressés par lui, nous 
voyons qu'il n'existait pas moins de quatre routes fréquentées par les 
marchands (juifs) à l'aller et au retour, entre l'Europe occidentale 
et l'Asie orientale, et cela à une époque où les sources occidentales 
sont si pauvres de renseignements qu'on serait tenté d'admettre que 
les relations entre ces deux parties du monde devaient être extrê- 
mement rares. » 

Nul n'a peut-être mieux apprécié l'importance des Juifs d'alors 
que les Croisas eux-mêmes, j'entends les habiles. Car, tandis que 
des hordes féioces de pèlerins se précipitaient sur les Juifs des bords 

ACT. ET CONF. B 



XVIII ACTES ET CONFERENCES 

du Rhin et du Danube et les naassacraient au cri de « Dieu le veut 1 » 
les chevaliers et la foule des marchands qui les accompagnaient 
entraient en pourparlers avec les prétendus bourreaux du Christ, 
établis en Palestine. Ainsi faisaient les Vénitiens, qui prenaient 
sous leur protection les ouvriers juifs de Tyr, uniques au monde 
pour le travail de la verrerie, industrie qui devait faire la gloire et 
la fortune de Venise. 

Il y en aurait bien long à dire sur les Juifs du moyen âge, ce 
moyen âge qui les hait, mais qui ne peut pas se passer deux. 

L'Église qui les persécute en demande, le seigneur qui les mé- 
prise en demande, et la grande dame, qui se signe d'effroi sur 
leur passage, est trop heureuse d'apporter dans sa corbeille de 
noces les taxes énormes qu'elle leur impose. C'est une bonne affaire 
alors pour une femme d'apporter en dot à son mari des Juifs. Car, à 
cette époque, on possédait des Juifs comme on possédait des terres. 
Non seulement les Juifs, comme je l'ai dit tout à l'heure, ont les 
connaissances géographiques et commerciales, mais ils ont encore 
les connaissances administratives et financières, si bien qu'on les' 
emploie un peu partout comme intendants, trésoriers, receveurs, 
collecteurs d'impôts ; c'est sur des registres tenus en langue hé- 
braïque que sont inscrits les comptes de l'P^glise, car le pape se sert 
plus d'une fois des Juifs pour percevoir ses contributions. 

Ailleurs encore on les charge d'un service public qui ne devait pas 
beaucoup contribuer à les faire prendre en affection par leurs propres 
coreligionnaires. Qui n^a jamais eu l'occasion, une fois dans sa vie, 
de maudire un douanier? Les Juifs étaient douaniers. Ils ont même la 
direction générale des douanes entre leurs mains dans certains pays. 
Ah ! ils étaient fort sévères sur la consigne. Un gentilhomme fran- 
çais, allant faire un pèlerinage en Castille, vit ses bagages ouverts 
l'un après l'autre, inspectés, fouillés, taxés, objet par objet. Il en 
conçut une telle irritation qu'à son retour dans ses domaines il 
en chassa tous les Juifs. 

Ce que c'est pourtant que de s'acquitter consciencieusement de 
son devoir I 

J'ai peut-être eu tort de mal parler des douaniers tout à l'heure 
car il est dit dans le Talmud : « Tu ne frauderas pas la douane. » 



LES JUIFS ET LA PHOSI'ÉRIÏÉ PUBLIQUE XIX 

Il y a bien autre chose dans le Talinud, et peut-être y trouverait-on 
l'explication de ce fait que tant de Juifs savaient lire et écrire à une 
époque où on le savait si peu. Racine, dans sa préface à' Athalie^vé- 
pond à ceux qui s'étonneraient de la précocité d'esprit du petit Joas: 
« Il n'en était pas de même des enfants des Juifs que de la plupart 
des nôtres; on leur apprenait les saintes lettres, non seulement dès 
qu'ils avaient l'âge de raison, mais, pour me servir de l'expression de 
saint Paul, dès la mamelle. Et, en effet, quiconque fait sa première 
communion doit lire dans la Bible, à haute voix, publiquement. » 

Il y a donc toujours eu chez les Juifs un enseignement obligatoire. 
Mais cela se bornait à l'hébreu! Qu'importe! L'homme qui sait lire 
est moins ignorant que celui qui ne le sait pas. Je me rappelle encore 
avoir vu dans les villages d'Alsace des Juifs et des Chrétiens qui ne 
savaient lire ni le français ni Pallemand, ni l'écrire. C'était même le 
grand nombre. Mais le courtier juif, en griffonnant l'hébreu, soula- 
geait sa mémoire, mettait de l'ordre dans ses affaires, se rendait 
compte de ses profits et de ses pertes, et pouvait se passer du con- 
cours salarié d'un commis d'écritures. Voilà qui explique, ce me 
semble, bien des choses et à toute époque. 

Mesdames et Messieurs, il est un genre de commerce fort répandu 
chez les Juifs du moyen âge : ils tiennent des banques de prêts dans 
un grand nombre de villes : le paysan, le seigneur, le prêtre, tous 
accourent apporter des gages et solliciter des avances d'argent. On 
a bien souvent reproché aux Juifs ce genre de commerce qui se fait 
aujourd'hui partout, avec cette différence que les vieilles banques de 
prêts de nos pères s'appellent les Monts-de-Piété. Dieu sait les ser- 
vices que les Monts-de-Piété rendent de tous côtés ; c'est une insti- 
tution indispensable et c'est, paraît-il, aux Juifs qu'elle est due. Non 
seulement les premiers Monts-de-Piété ont été calqués sur les banques 
de prêts juives, mais elles en reproduisent encore les règlements et 
parfois les mêmes mots. 

Il est encore une chose qu'on doit peut-être aux Juifs, une inven- 
tion que Montesquieu appelle une invention de génie : la lettre de 
change. 

Mais, dira-t-on : Vous parlez beaucoup des services rendus par 
les Juifs! Et le mal qu'ils ont fait'? Et leur abominable usure? — 



XX ACTES ET CONFÉRENCES 



Eh bien, parlons-en, de cette abominable usure. La question a, 
d'ailleurs, été examinée par des économistes distingués qui ont 
déclaré — J.-B. Saj entre autres — que le taux des Juifs, parfois 
énorme, n'était pas exagéré, eu égard aux risques à courir : une fois 
sur deux, ils ne sont pas payés. De plus, l'intérêt pris par les Juifs, 
intérêt qui va parfois de 50 à 80 0/0, est l'intérêt légal, fixé par les 
ordonnances des rois et des princes qui en prennent la plus grosse 
part! L'Église défendait le prêt à intérêt: il faut pourtant des gens 
qui prêtent de l'argent; on force les Juifs à le faire. Calvin a 
réclamé le premier en faveur de la liberté du prêt à intérêt. « Les 
peuples protestants, dit un économiste, doivent certainement à 
Calvin la supériorité qu'ils ont prise à partir du xvi° siècle en ma- 
tière de commerce et d'industrie. La liberté du prêt à intérêt a donné 
naissance au crédit et le crédit a doublé leur puissance. » D'ailleurs, 
à cette époque du moyen âge, les Juifs ne sont pas seuls prêteurs. 
Il y a les Lombards, qui demandent 40 à 50 0/0 là où les Juifs se 
contentent de 20 0/0. Mais les Juifs ont toujours été plus modérés 
que les autres. Ecoutez, je vous prie, le Messager russe de 1893 : 

Il y avait à Moscou des Monts-de-Piété tenus par des Juifs. Ces 
Monts-de-Piété prenaient (droits de timbre et de quittance compris) 
jusqu'à 36 0/0! On chasse ces Juifs; on ferme leurs Monts-de-Piété... 
et je laisse parler le journal russe: « Le nombre des Monts-de-Piété 
privés a considérablement diminué à Moscou. Cette réduction est 
due à la défense faite aux Juifs de posséder des établissements de ce 
genre. Mais, chose étrange ! cette réduction des Monts-de-Piété a 
imposé un nouveau fardeau à la population la plus pauvre de Mos- 
cou... Depuis que la possibilité de la concurrence a diminué, la 
plupart des Monts-de-Piété reçoivent 5 0/0 par mois et avec le 
droit de timbre sur les quittances, cela fait 70 0/0 par an ! N'est-ce 
pas chose horrible ? » 

Et c'est un journal russe qui dit cela! Ah! qu'elle avait donc 
raison la vieille chronique rimée du moyen âge: 

Car Juifs furent debonnères et doux 
Trop plus en faisant tels alTaires 
Que ne le furent ore chrestiens 
Mais se li Juifs, demeure' 



LKS JUIFS ET LA PROSPERITE PUBLIQUE XXI 

Fussent au réaume de Franco 
Chrestien mainte grande aidance 
Eussent en quoi ils n'ont pas ! 

Quand il fut question d'émanciper les Juifs d'Alsace en 1789, le 
député Rewbell monta à la tribune et dit: « Si vous émancipez les 
Juifs d'Alsace, je ne réponds pas des suites, c'est une bande d'usu- 
riers, incapables de faire autre chose! » Rewbell oubliait qu'on fai- 
sait de l'usure, non seulement là où il y avait des Juifs, mais là où il 
n'y en avait pas, à Bàle et à Genève. Et en sa qualité d'Alsacien, 
Rewbell devait savoir que le paysan recourait de préférence aux 
Juifs et qu'il disait: « Il faut trois Juifs pour faire un Bâlois, et il 
faut trois Bâlois pour faire un Genevois. » 

Mais si vraiment les Juifs rendent tant de services, pourquoi les 
a-t-on chassés? Mais si vraiment ils n'en rendent pas, pourquoi les 
a-t on rappelés? 

Je ne dis pas qu'on leur permet de revenir; on les prie de revenir, 
on leur fait des avances. 

Pour déterminer les Juifs à demeurer à Barcelone, un décret 
royal du 3 octobre 1392 dispense tous ceux qui viendront de tous 
les impôts directs et indirects pendant trois ans ! Pourquoi? 

En 1315, le roi Louis X décrète que les Juifs peuvent revenir en 
France, et, dans son ordonnance, il déclare qu'en rappelant les 
Juifs il cède à la clameur commune du peuple. Pourquoi? 

Lorsque le pape Pie V expulse les Juifs de ses États, les habitants 
de la ville d'Ancône le supplient de leur laisser les Juifs. Je demande 
de nouveau pourquoi? 

En 1660, la misère est si grande dans la principauté d'Orange 
qu'on décide, par délibération expresse, d'envojer une députation au 
roi Louis XIV pour obtenir de lui, quoi?. . . la permission de rap- 
peler en masse les Juifs qu'on avait chassés. Et avant même d'avoir 
reçu la réponse, ou fait venir provisoirement une cinquantaine de 
Juifs. Et si vous demandez pourquoi, la délibération vous le dira : il 
n'y a pas à Orange, un seul marchand de draps, un seul tailleur, 
un seul artisan, et la ville manque totalement de marchandises. 

Eu 1842, un immense incendie déti^uit une partie do la ville de 



XXII ACTES ET CONFÉRENCES 

Hambourg. Le Sénat se réunit, et pour la première fois, les Juifs 
sont autorisés à bâtir et à devenir propriétaires. 

J'ai parlé plus haut de l'expulsion des Juifs d'Espagne. En 1797, 
don Pedro Varela, ministre du commerce, adresse au roi Charles IV 
un mémoire sur la situation économique et financière du pays et il 
démontre tous les avantages qu'aurait l'Espagne à rappeler les 
Juifs. 

Le rappel des Juifs ! mais il est demandé à cor et à cris dans plus 
d'un district de la Russie. Mais des pétitions circulent et se rem- 
plissent de signatures. Adieu les Juifs, adieu la prospérité; adieu 
l'hygiène et la morale! Voici un fait des plus suggestifs: dans une 
de ses tournées, le président du conseil du district de Kischineff est 
frappé du nombre extraordinaire d'ivrognes qu'il rencontre dans 
tous les villages. Il s'informe et il apprend que, par suite du départ 
des Juifs, le paysan ne peut plus vendre son vin. Et, au moment do 
la nouvelle récolte, il boit le plus qu'il peut de l'ancienne pour vider 
les tonneaux. Le président reçoit la visite de quatre vieillards qui 
lui apportent une pétition où ils demandent qu'on leur procure à 
chacun un Juif pour vendre leur vin, sans quoi ils ne peuvent pas 
payer leurs impôts. 

Mesdames et Messieurs, il faut bien le dire: les vrais accapa- 
reurs ne sont pas ceux qui profitent de la concurrence, mais ceux 
qui veulent tuer cette concurrence. Là est tout le secret de l'anti- 
sémitisme. 

Mais tuer la concurrence, c'est détruire la base fondamentale de 
tout commerce et de toute industrie. 

Et voilà pourquoi il a fallu toujours rappeler ces Juifs dont on 
avait voulu se débarrasser. 

Nous avons sur cette question un témoignage précieux: il est 
d'un grand ministre dont on ne récusera pas la compétence en ma- 
tière commerciale, ni le patriotisme. Je parle de Colbert. Les 
négociants de Marseille réclament en 1681 l'expulsion des Juifs. 
Colbert prie l'intendant M. de Rouillé de faire une enquête en secret 
et avec adresse pour savoir si les Juifs sont utiles ou non. Et il 
ajoute: a — Vous devez bien prendre garde que la jalousie du com- 
merce portera toujours les marchands à être d'avis de les chasser. » 



LES JUIFS ET LA PROSPÉRITÉ PUBLIQUE XXIII 

— A la bonne heure! voilà ce qu'on appelle mettre les points sur 
les iy permettez-moi l'expression. 

M. Alfred Neymarck, dans son étude si intéressante sur Colbert 
et son temps, cite encore ce passage du ministre : « Il n'y a rien de 
si avantageux pour le bien général du commerce que d'augmenter le 
nombre de ceux qui le font * . » Gravées en lettres d'or et signées 
du grand nom de Colbert, ces lignes ne feraient peut-être pas mal 
dans la salle du Conseil municipal d'Alger. En tous cas, elles sont, 
non pas seulement d'un économiste éclairé, mais encore d'un homme 
qui aimait son roi et la France. 

Car le commerce et le patriotisme ont un lien des plus étroits. — 
J'ai parlé, ailleurs, du patriotisme des Juifs- et je crois avoir dé- 
montré qu'ils ne le cèdent à personne quand il s'agit de défendre le 
pays, les armes à la main. — Mais l'on défend son pays autrement 
encore que par les armes. Il est bien d'autres champs de bataille où 
se rencontrent les nations, et il est glorieux de remporter la vic- 
toire dans ces grandes luttes qu'on appelle les Expositions univer- 
selles. Là aussi, il y a l'honneur du drapeau à défendre ! — C'est 
au Juif Roufï, de Rome, que le roi d'Italie disait, après l'Exposition 
de 1878 : « Je vous remercie d'avoir si bien représenté l'Italie à 
Paris. » C'est un Juif qui contribue à soutenir, à Vienne, en 1870, 
l'honneur de la draperie française, c'est Blin d'Elbeuf qui, le pre- 
mier, fabriqua en France des draps pour dames. Il eut un jour l'hon- 
neur de les présenter — les draps et non pas les dames — au Prési- 
dent Carnot, et il put lui dire devant les autorités et devant ses 
concurrents : « Nous sommes d'autant plus fiers de vous les sou- 



* Voici ce que disait la commission chargée de délibérer sur l'admission des 
Juifs à Anvers en 1653 : « Et quant aux autres inconvénients que l'on pourrait 
craindre et appréhender au regard de l'intérêt public, à savoir qu'ils attireront 
à eux tout le commerce, qu'ils commettront mille fraudes et tromperies, et que 
par leur usure ils mangeront la substance des bons sujets et catholiques, il nous 
semble au contraire que, par le commerce qu'ils rendront plus grand qu'il n'est à 
présent, le bénéfice sera commun à tout le pays et que l'or et l'argent seront en 
plus grande abomlaucc pour les besoins indispensables de l'Etat. (Emile Ouver- 
leaux, Notes et documents sur les Juifs de Belgiçue^ Revue des Études juives, 
VII, p. 263.) 

' Les Vertus militaires des Ûuifs, Revue, t. XXXIV, 1897, p. xviu. 



XXIV ACTES ET CONFÉRENCES 

mettre qu'ils représentent à nos yeux une victoire de l'industrie 
française sur l'industrie étrangère. » 

I] j a deux ans avait lieu l'Exposition de Bruxelles. Il faut lire 
dans le journal d'horlogerie de Genève la description d'un chef- 
d'œuvre de bijouterie et d'horlogerie envoyé par une maison de La 
Chaux-de- Fonds : « Une montre de 7 millimètres de diamètre ; le 
mouvement composé de 80 pièces ne pesait pas en tout plus de 
95 centigrammes; la montre entière, avec la boîte, ne dépassait pas 
2 grammes 15. Et la montre marchait fort bien. » — Ai-je dit que 
cette maison de La Chaux-de-Fonds était juive? 

Je vois encore la foule des curieux et des curieuses se presser en 
1889 à l'Exposition de Paris, devant le travail des ouvriers juifs 
d'Amsterdam occupés à la taille du diamant. « Le diamant, dit Al- 
phonse Esquiros, déconcerte souvent l'ouvrier qui le taille par les 
transformations les plus inattendues. Quelques diamants jaunes ou 
bruns perdent leur teinte originale par le travail ; d'autres, au con- 
traire, changent du limpide au brun sur le métier. Il est nécessaire 
de prévoir toutes ces transformations si l'on ne veut s'exposer à des 
mécomptes énormes . Les efforts tentés pour transporter la taille 
du diamant à Paris ou à Londres ont toujours échoué. Cette partie 
exige des études et une habileté toute particulière, et, conclut 
l'écrivain, ne peut être faite que par l'ouvrier juif d'Amsterdam. » 

Nous le verrons à l'œuvre, je l'espère, en 1900. Et je souhaite, 
dans l'intérêt de la France, que la tribu des Kahn, des Lévy et 
autres, puisse se préparer tranquillement au grand combat interna- 
tional. Aujourd'hui, plus que jamais, il se livre une lutte ardente 
entre toutes les nations sur le terrain économique. C'est à qui trou- 
vera de nouveaux procédés de fabrication, c'est à qui ouvrira de 
nouveaux débouchés, c'est à qui saura conquérir de nouvelles colo- 
nies. J'ose prédire la victoire à ceux qui favoriseront le plus la li- 
berté et l'activité des Juifs. 

L'Espagne a commis la faute de chasser les Juifs, mais sa grande 
faute a été de les chasser au moment où elle en avait le plus besoin, 
au moment où Christophe Colomb découvrait l'Amérique. Que n'au- 
raient pas fait les Juifs dans ces pays nouvellement ouverts à notre 
industrie, à notre civilisation européenne I « Ils y auraient fait des 



LES JUIFS ET LA PROSPÉRITÉ PUBLIQUE XXV 

prodiges I » a dit un économiste célèbre. Mais qui dira la part 
même ties Juifs dans la découverte de l'Amérique ? C'est le savant 
juif Zacuto que la reine Isabelle fait venir de Lisbonne pour se 
renseigner sur la valeur des plans de Colomb. Ce sont les Tables 
astronomiques de Zacuto que le fameux navigateur portera toujours 
sur lui comme on porte des reliques. C'est le Juif Louis de Santan- 
gel qui avance, sur sa cassette particulière, la somme nécessaire au 
départ de Christophe Colomb. Louis de Santangel fut un des rares 
Espagnols qui prirent la défense du Génois, que la cour d'Espagne 
traitait de visionnaire. Il avait immédiatement compris la grandeur 
des projets rêvés par Christophe Colomb et il eut à cœur de les faire 
aboutir. Il multiplia les démarches auprès de la reine Isabelle, et, 
par ses instances réitérées, il la décida enfin à confier des vaisseaux 
à l'homme dont il avait deviné le génie. 

Curieux et triste rapprochement ! Christophe Colomb tomba en 
disgrâce, et fut jeté dans les fers. Son ami, son protecteur, qui avait 
le plus contribué à donner un monde à l'Espagne, fut poursuivi par 
l'Inquisition, ainsi que toute sa famille. — J'oublie d'ajouter que le 
premier Européen qui débarqua de la flottille espagnole pour prendre 
contact avec les indigènes fut un Juif. Ce furent également des 
Juifs de Madère, chassés de leur pays, qui implantèrent la canne à 
sucre dans l'Amérique espagnole. 

Mais tandis que Christophe Colomb voguait vers l'Occident pour 
donner un nouveau monde à l'Europe, de l'autre côté, vers l'Orient, 
Vasco de Gama donnait un monde au Portugal. Quelle ne fut pas la 
surprise des Portugais, en abordant sur les côtes inconnues de 
l'Océan Indien, de voir du groupe des noirs se détacher un homme 
blanc qui s'écria dans la pure langue castillane : « Dieu bénisse les 
navires, les seigneurs capitaines et toute la Compagnie ! » C'était 
un Juif portugais, Gaspard, au service du roi de Goa. Les rensei- 
gnements qu'il donne à son compatriote Gama sur la géographie du 
pays, sur les productions, sur le prix de divers articles de commerce 
sont inestimables. Vasco de Gama l'attache à sa personne et le 
ramène à Lisbonne, d'où il se rembarque immédiatement pour servir 
de pilote au successeur de Gama, Alvarez Cabrai. Cabrai, Albu- 
querque, d'Alméïda, tous ces grands explorateurs du xvi® siècle 



XXVI ACTES ET CONFÉRENCES 

emmènent avec eux des Juifs pour guides, secrétaires, interprètes. 
Et ils avaient bien raison de les emmener ; car, dans ces régions 
où les Portugais se risquaient pour la première fois, se trou- 
vaient beaucoup de Juifs qui avaient des établissements de com- 
merce et dont les affaires s'étendaient au loin. L'établissement de 
ces Juifs remontait à une haute antiquité, à la destruction même du 
temple de Jérusalem, si l'on en croit certaines traditions : plusieurs 
de ces émigrants auraient obtenu d'importantes concessions des 
princes indiens. On comprend quel puissant concours pouvaient 
apporter ceux qui parlaient la langue hébraïque et qui facilitaient 
ainsi les relations avec les indigènes. Cela est si vrai que ceux mêmes, 
qui dans l'Espagne et dans le Portugal sévissaient contre les Juifs, 
se gardèrent bien d'abord d'étendre leurs rigueurs aux Juifs des 
colonies ; on avait trop besoin d'eux. 

J'ajouterai que le roi de Portugal consulta, lui aussi, les savants 
juifs avant de laisser partir Vasco de Gama. A la junte réunie par 
le roi Jean II assistaient des médecins et des astronomes juifs. C'est 
un Juif qui construisit l'instrument dont allait se servir Vasco de 
Gama pour mesurer la hauteur des astres et trouver sa route dans 
l'immensité de l'Océan. On fit venir à Lisbonne, pour mettre à 
profit leur expérience, différents marchands juifs qui avaient séjourné 
à Ormuz, à Calicut, et qui avaient navigué dans l'Océan Indien. 

Ce sont encore des Juifs qui ont donné l'essor à cette Compagnie 
hollandaise des Indes qui tint jadis le sceptre de la mer et dont la 
puissance excita la jalousie de Colbert et de Cromwell. C'est 
avec les capitaux des Juifs chassés d'Espagne qu'elle a ouvert ses 
comptoirs dans l'IIindoustan, à Java, au Brésil. Ce sont les Portu- 
gais juifs établis au Brésil qui en ont facilité la conquête et qui 
surent y attirer bien d'autres émigrants, heureux de vivre sous un 
gouvernement où l'on ignorait les persécutions religieuses, heureux 
encore de mourir pour lui Car ce furent d'admirables soldats, lors- 
qu'il fallut détendre la conquête les armes à la main. Rappellerai-je 
ce fameux siège de Kécife, où les Juifs combattirent avec tant d'a- 
charnement, enflammés par les exhortations patriotiques du rabbin 
Isaac Aboab ? Celui-ci était parti d'Amsterdam avec son collègue 
Mosé Raphaël d'Aguilar et six cent douze émigrants, recrues pré- 



LES JUIFS ET LA PROSPÉRITÉ PURLIQUE XX VU 

cieuses qui allaient exploiter les ressources commerciales des nou- 
velles possessions hollandaises. D'autres Juifs, partis de Livourne 
au nombre de cent douze, s'établirent dans la Guyane : ils construi- 
sirent des maisons, défrichèrent le sol, et, grâce à un travail 
acharné, ils eurent bientôt des plantation.-; importantes dans des 
lieux jadis marécageux et insalubres. Grossie par l'arrivée de nou- 
veaux coreligionnaires espagnols et portugais, la petite colonie jeta 
la base de la prospérité de Surinam. 

Elle aussi fit preuve du patriotisme le plus ardent quand la Hol- 
lande soutint la guerre contre la France, et l'amiral Cassard rendit 
justice à la belle défense de ses adversaires juifs. Les mêmes colons 
contribuèrent à sauver le pays menacé par la révolte des esclaves 
marrons. Jacob d'Avila, David Nassy, Isaac Carvalho se mirent à 
la tête de vaillantes petites compagnies qui luttèrent énergiquement 
contre les rebelles. Tant de services valurent aux Juifs la plus grande 
considération, et la Compagnie des Indes hollandaises ne cessa de 
leur accorder des privilèges. Le premier gouverneur de la colonie, 
Jean-Maurice de Nassau, avait été immédiatement frappé des avan- 
tages qu'on pourrait tirer de l'activité des Juifs, et il s'était déclaré 
leur protecteur. Le fameux stathouder Guillaume d'Orange défendit 
en toute occasion leurs intérêts. L'abbé Raynal, dans son Histoire 
'philosophique des deux Indes^ a cherché la cause des grands succès 
coloniaux de la Hollande, et il l'explique par ce seul fait : la tolé- 
rance religieuse. Et sur ce point il se rencontre avec un antisémite. 
L'ambassadeur français à la Haye envoie en 1698 un rapport au 
ministère des affaires étrangères. L'ambassadeur n'aime pas les Hol- 
landais, n'aime pas les protestants, n'aime pas les Juifs. Et de son 
rapport fort malveillant se dégagent trois grands faits : « la pros- 
périté de la Hollande, l'heureuse influence des protestants chassés 
par la révocation de l'édit de Nantes, et surtout la grande activité 
commerciale des Juifs ». 

Ceci n'avait pas échappé à l'œil clairvoyant de Cromwell. Jamais 
peut-être le Protecteur ne fut plus éloquent que le jour où il ré- 
clama publiquement l'admission des Juifs. Les Juifs ont leur belle 
part dans la prospérité de l'Angleterre. Je lis dans un mémoire 
officiel relatif aux colonies: « Les Anglais ont un principe bien 



XXVIII ACTES ET COiNFÉRENCES 

posé : ils attirent chez eux ces peuples industrieux en leur accor- 
dant les plus grands privilèges. Ce sont les Juifs qui font fleurir le 
commerce de la Jamaïque. » Ils le fjnt si bien fleurir, que l'abbé 
Raynal demandait qu'on leur en abondonnât la propriété pour y 
fonder un Etat indépendant. Encore un Sioniste à sa manière ! En 
1753, quand fut discutée au Parlement de Londres la question des 
droits à accorder aux Juifs, une pétition signée par 200 principaux 
personnages de la Cité signalait les services rendus par les Juifs, 
peuple de grand jugement et de grandes aptitudes, « of the greatesi 
judgment and abilities )-). On signalait surtout la part considérable 
des Juifs dans l'exportation, ce qui explique pourquoi nombre de 
gens appartenant à la marine ont signé la pétition. Partout où 
l'Angleterre étend son activité industrielle et commerciale, elle 
accueille à bras ouverts les gens de bonne volonté. Dans la seule 
ville de Victoria, en Australie, il y a près de 4,000 Juifs. Melbourne 
a une Communauté assez sérieuse pour publier un journal Israélite. 
Il y a des Israélites juges, consuls, députés au Cap, aux Indes, oii 
des nègres juifs servent avec distinction dans l'armée. L'an dernier, 
je m'arrêtai chez un grand commissionnaire à Paris, et je vis de 
grandes voitures chargées de pains azymes qu'on expédiait. ... au 
Transvaal. Ce n'est pas l'Angleterre qui criera : « A bas les Juifs ! » 
pour empêcher ses colonies c'e se peupler. 

Ce n'eût pas été non plus Colbert, surtout au moment oii il rêvait 
de donner à la France un empire colonial. Déjà le Juif Benjamin 
Dacosta avait introduit la culture de la canne à sucre dans la Mar- 
tinique. Lisez les sages recommandations de Colbert au Gouverneur 
de nos colonies naissantes. «Ayant été informé que les Juifs qui sont 
établis dans la Martinique et les autres Isles habitées par mes sujets 
ont fuit des dépenses assez considérables pour la culture des terres, 
qu'ils continuent de s'appliquer à fortifier leurs établissements en 
sorte (jue le public en recevra de l'utilité, je vous fais cette lettre 
pour vous dire que mon intention est que vous teniez la main à ce 
qu'ils jouissent des mesmes privilèges dont les autres habitans des 
dites Isles sont en possession et que vous leur laissiez une entière 
liberté de conscience. . . » Je regrette de ne pouvoir citer d'autres 
documents intéressants donnés par M. Abraham Cahen dans son 



LES JUIFS ET LA PROSPÉRITÉ PUBLIQUE XXIX 

étude sur hs Juifs dans les colonies françaises au xviii® si'ccle *. 

La Révolution française, en émancipant les Juifs, a payé une 
dette de reconnaissance, une dette contractée vis-à-vis de ceux qui 
ont une si belle page dans l'histoire de notre marine française, 
n'eussé-je à nommer que la maison Gradis de Bordeaux. 

On se plaint amèrement aujourd'hui de voir tomber le chiffre de 
nos exportations. Le vice-amiral de Cuverville constate, dans une 
brochure, que nous ne faisons pas plus de 10 millions d'affaires avec 
le Canada. 

De nSO à 1763, le chiffre des exportations monte de 2,365,226 fr. 
à 9 millions pour le Canada seulement et par le seul David Gradis, 
si populaire sous ce nom de « marchand i~iortn(j a is ». 

C'est David Gradis qui affrète dix navires et va ravitailler le 
Canada au moment où l'Angleterre infeste les mers et s'empare de 
tous nos vaisseaux. 

C'est Abraham Gradis qui, après une victoire de la flotte anglaise, 
écrit à son correspondant Mendès Dacosta de Londres et le prie de 
faire rapatrier aux frais de la maison Gradis tous les officiers fran- 
çais faits prisonniers. 

«... .Vous avez ordre de notre part, et pour notre compte, de 
leur fournir tout l'argent dont ils pourraient avoir occasion, en 
écrivant à votre ami dans le port où ils seront conduits, de les voir 
et de leur offrir ce qu'ils demanderont. Je compte assez sur votre 
amitié pour espérer que vous voudrez bien me rendre ce service. 
Vous ne sauriez m'en rendre de plus signalé. » 

En 1830, en débarquant en Algérie, l'armée française trouvait 

^ Voici encore un curieux témoip;nage : 

« J'ai reçu la lettre que vous m'avés fait l'honneur de m'écrire, le 8 septembre 
dernier, relativement aux contributions auxquelles vous avés assujetti les Juifs 
de Saint-Dominj^ue pour subvenir à quelque dépense d'utilité publique, dans la 
colonie. Le Uoy à qui j en ai rendu compte a approuvé ce que vous avés fait à 
cet égard, mais je crois devoir vous observer que vous ne devés faire usage de 
ces contributions extraordinaires qu'avec la plus grande modération et la plus 
grande retenue, car les Juifs, quoique d'une religion différente, sont des hommes 
libres très utiles à VEtat et à la colotiie par leur attachement à la culture et leur ka' 
bilité dans le commerce, et qui, sHls y étoient contraints par des traitements trop 
rigoureux, pourraient porter chés Vétranger leur fortune et leur industrie. » 18 jan- 
vier 17G5. Lettre du Ministre au comte d'Estaing, gouverneur général des Isles 
françaises sous le Vent. 



XXX ACTES ET CONFÉRExNCES 

en plein pays ennemi des amis, des g'uides, des interprètes : c'étaient 
les Juifs, heureux d'accourir sous ce drapeau tricolore qui devait 
apporter dans ses plis la liberté et la tolérance. 

Dans un rapport de 1866 adressé au Ministère du Commerce et 
des Travaux publics, la Chambre de Commerce de Rouen réclamait 
pour les Juifs d'Algérie les droits de citoyens, en disant : « Ils savent 
qu'avec ce titre ils n'ont rien à redouter des caprices du despotisme 
oriental, et que toutes les avanies auxquelles leurs coreligionnaires 
ont été en butte depuis tant de siècles ne pourront les atteindre à 
l'abri du drapeau de la France. » Le rapport de 1866 disait bien 
autre chose encore. Il disait que les expéditions de Rouen pour 
l'Algérie, qui en 1840 étaient à peine de 800,000 fr., montaient en 
1803 à près de 28 millions, grâce aux Juifs. Il ajoutait enfin que 
seuls les Juifs d'Algérie pouvaient soutenir au profit du commerce 
français la lutte contre l'Angleterre. 

A la date du 31 janvier 1898, le ministre du Commerce recevait 
des plaintes amères à propos de l'antisémitisme algériea. des plaintes 
venues de Rouen : « Toutes transactions sont actuellement suspen- 
dues au grand détriment de la place de Rouen, qui trouve sur le 
marché algérien l'un de ses plus importants débouchés. Les sous- 
signés attendent avec confiance de la part du gouvernement une 
intervention immédiate de nature à ramener en Algérie le calme 
nécessaire à la sécurité des personnes et à Li reprise des attaires. » 
Mais élevons la question : il ne sagit pas de quelques chiffres. Il 
s'agit de la part même que la France saura se faire dans ce vaste 
continent africain ouvert aujourd'hui à l'Europe. C'est par les Juifs 
que peut êti'e soudée la chaîne qui reliera l'Algérie au Sénégal à 
travers le Sahara et le Soudan. Les Juifs algériens sont les pre- 
miers anneaux de la chaîne. Pour les autres, déjà le journal la 
France algérienne du 15 novembre 1845 eu signale Timponance : 
« ...Le fait de l'existence de ces tribus est à lui seul plein d'intérêt 
pour la science ethnographique et pour l'archéologie. Mais il a 
une importance plus grande encore. La plupart de leurs membres 
pénètrent profondément dans l'intérieur de l'Afrique. Us y entre- 
tiennent des relations étendues. Tous sont allés jusqu'à Timimout ; 
un très grand nombre guide les caravanes jusqu'à Tombouctou, où 



LES JUIFS ET LA PROSPÉRITÉ PUBLIQUE XXXI 

se fait un commerce étendu Peut-être la race juive est-elle 

destinée à devenir le principal élément de la civilisation des peuples 
arabes. » Et j'ajoute, le principal élément de l'extension française 
en Afrique. 

Lorsque la Commission du chemin de fer transsaharien se réunit, 
elle ne manque pas de consulter un explorateur des plus hardis qui 
connaissait le pays : c'était un pauvre diable qui n'avait d'autre 
instruction que l'instruction primaire acquise dans les écoles juives 
du Maroc. Pris de la passion des voyages, il se procura un ballot de 
marchandises, qu'il chargea sur un àne, et, au prix de mille périls, 
il réussit à pénétrer dans la mystérieuse ville de Tombouctou ! 
C'était le rabbin Mardochée Aby Serour, à qui la Société de géogra- 
phie de Paris donna une médaille d'or (18T1). Frappé des résultats 
féconds obtenus par l'explorateur, frappé de son esprit d'observation 
et d'initiative, le consul français au Maroc, M. Beaumier, deman- 
dait qu'on fit venir à Paris le rabbin Mardochée pour le préparer, 
par une éducation scientifique, aux grands voyages dont il avait le 
goût et qui pouvaient être si féconds. Et à qui demandait-il d'in- 
tervenir? A l'Alliance Israélite. Je lis dans le Bulletin de V Alliance 
israêlite, année IS^S : « Sur les explications dont M. Beaumier 
accompagne sa proposition, le Comité décide que le rabbin Mar- 
dochée peut venir à Paris. » 

Ah 1 cette admirable Alliance israèlite, comme on la méconnaît 1 
N'a-t-on pas été jusqu'à en réclamer la suppression? Œuvre cos- 
mopolite, œuvre internationale, œuvre anti-française. En elt'et, 
V Alliance israèlite ne confie ses écoles qu'aux instituteurs et aux 
institutrices dont les capacités ont été reconnues à Paris aux 
examens de l'Hôtel de Ville « Je les ai vues, ces petites Orien- 
tales, — écrivait Maxime du Camp après sa visite à l'Ecole Bischoif- 
sheim, — je les ai vues, ces petites Orientales, au milieu de leurs com- 
pagnes, vêtues comme elles, et parlant un français irréprochable 

Elles retourneront aux contrées du soleil où le muezzin chante 
dans la galerie des minarets, où les chiens errants vaguent à travers 
les rues, où les sentinelles accroupies tricotent devant la porte du 
corps de garde ; elles rentreront au milieu d'une civilisation si 
ancienne et demeurée si stationnaire qu'elle en est redevenue bar- 



XXXII ACTES ET CONFÉRENCES 

bare; elles y importeront la civilisation moderne, la civilisation 
française; elles la professeront, pour ainsi dire, dans les écoles 
qu'elles auront à diriger, et ce sera au bénéfice de notre influence... 

« Cette œuvre, qui est une (rmvre de moralisation et de propa- 
gande, où notre renom ne peut que grandir en Orient, est précieuse 
et mérite d'être encouragée. Si le gouvernement accordait le passage 
gratuit aux filles d'Israël qui viennent s'imprégner de nos idées pour 
les répandre autour de leurs berceaux, il agirait sagement... » 

Le gouvernement n'ignore pas le rôle bienfaisant de l'Alliance 
Israélite. Voyez ces quelques lignes d'une lettre de M. Féraud, 
ministre de la République française au Maroc : « Les écoles fran- 
çaises fondées par l'Alliance Israélite à Mogador ont appelé mon 
attention toute particulière pendant mon séjour dans cette ville. Il 
serait à désirer que cette œuvre si utile pour répandre au Maroc la 
connaissance de la langue française fût favorisée ici par l'envoi 
d'instituteurs et d'institutrices supplémentaires... » 

J'ajoute — il faut tout dire — que ce document, adressé par 
M. Féraud à M. de Freycinet, Président du Conseil, ministre des 
affaires étrangères, ne m'a pas été remis par une dame voilée. — 
J'en appelle au secrétaire de l'Alliance Israélite, qui, dans le Bulletin 
du mois dernier, nous apprend un nouveau fait très intéressant : 
l'ouverture d'une école à Téhéran. 

J'ai connu des patriotes qui se félicitaient jadis parce que le Shah 
de Perse avait pour médecin un Français. — Le Shah de Perse 
vient d'envoyer une belle souscription à cette école juive où l'on 
enseignera le français ! C'est le cas de dire que l'antisémitisme est 
plus qu'un crime : c'est une faute. — C'est ce que répétait encore 
le Temps d'avant-hier. N'a-t-il pas déclaré que crier : « A bas les 
Juifs I » dans cet Orient où V Alliance a ses écoles, « c'est faire une 
œuvre mauvaise pour la patrie » ? 

Mesdames et Messieurs, tous les ans, à l'occasion du 14 juillet, 
vous lisez dans les journaux les comptes rendus de la Fête natio- 
nale, qu'on célèbre non seulement en France et dans les colonies, 
mais encore dans bien des pays étrangers, et sur les points les plus 
éloignés. On la célèbre à Rio de Janeiro, à Pernambouc, à Manaos, 
à San Salvador, à San Francisco, à Buenos -Ayres. Dites-vous bien 



LES JUIFS ET LA PROSPÉRITÉ PUBLIQUE XXXIII 

qu'il y a là des Juifs alsaciens qui ont émigré des provinces annexées 
et qui se souviennent de la mère-patrie. Dites- vous encore que ces 
vaillants compatriotes travaillent au loin à assurer des débouchés à 
notre commerce et à augmenter le chiffre de nos exportations ! 

Mesdames et Messieurs, on parle beaucoup de nos jours de natio- 
nalisme, d'internationalisme... et l'on part de là pour attaquer les 
Juifs. — Ce n'est pourtant pas un Juif qui a écrit ces lignes : 

a Quel état, mon fils, que celui d'un homme qui, d'un trait de 
plume, se fait obéir d'un bout de l'univers à l'autre 1 Son nom, son 
seing n'a pas besoin, comme la monnaie d'un souverain, que la 
valeur du métal serve de caution à l'empreinte, sa personne a tout 
fait, il a signé, cela suffit... Ce n'est pas un temple, ce n'est pas 
une seule nation qu'il sert ; il les sert toutes, et en est servi : c'est 
l'homme de l'Univers... « Quelques particuliers audacieux font 
armer les rois, la guerre s'allume, tout s'embrase, l'Europe est 
divisée; mais ce négociant anglais, hollandais, russe ou chinois, 
n'en est pas moins l'ami de mon cœur : nous sommes sur la su- 
perficie de la terre autant de fils de soie qui lient ensemble les 
nations et les ramènent à la paix par la nécessité du commerce. » 

Ce que je viens de lire est de Sedaine, dans sa comédie Le Philo- 
sophe sans le savoir, jouée en 1765. — Et cela n'a pas soulevé, que 
je sache, l'indignation des nationalistes de l'ancienne France, qui 
ne connaissait pas, comme celle d'aujourd'hui, les chemins de fer, 
les télégraphes, les téléphones, toutes choses internationales. 

Sedaine a raison : le commerce est international, et c'est au 
service de cette chose internationale qu'il faut mettre aujourd'hui 
toutes les forces vives de la nation, à commencer par la guerre et la 
marine. Ce n'est pas moi qui le dis : c'est un grand citoyen anglais 
qui a l'amour, l'orgueil de la patrie : a Le commerce est le premier 
des intérêts politiques... La guerre et la marine préparent la défense 
de nos marchés et la protection de notre commerce... Notre premier 
devoir est le développement et le maintien des grandes entreprises 
agricoles, industrielles et commerciales dont le bien-être et peut- 
être la vie de notre population multipliée dépendent. . . * » 

* Joseph Chamberlain, Revue de Paris, 15 décembre 1898. 

ACT. ET CONF. G 



XXXIV ACTES ET CONFÉRENCES 

Vous rappelez-y ous le fameux emprunt français de 1871 ? 

Nous demandions 5 milliards, on nous en offre 40. C'est le plus 
grand succès financier que l'on ait jamais constaté. Et la France 
tressaillit d'orgueil quand elle vit son crédit demeuré debout dans 
la défaite, demeuré si haut que la Prusse victorieuse n'aurait pas 
espéré d'y atteindre. Mais où le patriote admire, l'économiste 
explique, et M. Leroy-Beaulieu a donné la clef de cette colossale 
opération financière. C'est l'action simultanée des financiers inter- 
nationaux qui a fait monter la souscription à un chiffre inouï 
jusqu'alors ; c'est la Banque internationale qui, par ses innombrables 
ramifications, a fait affluer vers Paris en détresse les capitaux du 
monde entier et a donné à la France le plus éclatant témoignage de 
confiance qui ait jamais été donné à une nation. Le vainqueur fut 
jaloux du vaincu. 

Mais combien d'autres services n'ont pas été rendus par les 
Juifs, grâce à ces relations internationales qu'ils ont toujours fait 
tourner au profit du pays dont ils étaient citoyens 1 Le maréchal 
de Saxe, le glorieux vainqueur de Fontenoy, disait que ses armées 
n'étaient jamais mieux approvisionnées que lorsqu'il s'adressait 
aux Juifs. 

Lorsque la Grande Armée prit ses quartiers d'hiver en 1806, sur 
la Vistule, Napoléon P"" eût été bien embarrassé sans les Juifs qui 
assurèrent les subsistances. Les subsistances en temps de guerre I 
On sait quelle importance y attachait le vainqueur d^Iéna et de 
Friedland, qui écrivait à Talleyrand : « Battre les Russes, si j'ai du 
pain, est un enfantillage ! Ces trois cent mille rations de biscuit et 
ces dix-huit ou vingt mille pintes d'eau-de-vie qui peuvent nous 
arriver dans quelques jours, voilà ce qui déjouera les combinaisons 
de toutes les puissances. » 

En juin 1795, quand Paris était menacé de la famine, un com- 
missaire des guerres fit afficher sur les murs de la capitale un appel 
aux Juifs. La Revue de la Révolution française a publié, dans son 
numéro du 16 janvier 1892, cet appel où l'on invite les Juifs, en 
reconnaissance des droits de citoyens qui viennent de leur être 
conférés, à secourir la capitale affamée, à faire venir des blés de 
l'étranger. « Eux seuls, ajoute l'auteur du placard, peuvent mener 



LES JUIFS ET LA PROSPÉRITÉ PUBLIQUE XXXV 

cette entreprise à bonne fin, vu leurs nombreuses relations dont ils 
doivent faire profiter leurs concitoyens. » 

« La France aux Français ! » Voilà ce que vous entendez répéter 
quelquefois bruyamment. Place alors au Juif alsacien Cerf Béer, 
dont Louis XVI reconnaissait les services patriotiques. Cerf Béer 
ne recevait-il pas ses lettres de naturalité parce que « la dernière 
guerre ainsi que la disette qui s'est fait sentir en Alsace pendant 
les années 1770 et 1771 lui ont donné l'occasion de donner des 
preuves du zèle dont il est animé pour notre service et celui de 
l'État » ? C'est ainsi que s'exprimait le roi par les lettres-patentes 
délivrées à Versailles en 1775. 

La France aux Français ! Place encore à ces Juifs de Metz qui, 
en 1727, sur des bruits de guerre, « firent entrer dans Metz en six 
semaines de temps deux mille chevaux pour le service des vivres, 
et plus de cinq mille autres pour la remonte de la cavalerie » . 

Place également à ces bons citoyens si connus sous le nom de 
Juifs portugais, dont les lettres royales de 1776 confirmaient les pri- 
vilèges, en reconnaissant combien ils avaient contribué à l'exten- 
sion du commerce en France et au bien-être général du royaume. 

J'ai parlé plus haut de la lettre de change, inventée, dit-on, au 
moyen âge par les Juifs. — Au temps où Alger était un nid de 
pirates, comment les Chrétiens tombés aux mains des corsaires 
auraient- ils pu payer leur rançon et revenir dans leur pays? 
Envoyer directement la rançon à Alger eût été une imprudence de 
la part des familles des captifs, car l'argent eût été gardé sans que le 
prisonnier fût rendu : « Heureusement les Juifs, qui possédaient des 
correspondants dans toutes les villes de quelque importance, étaient 
des intermédiaires sûrs et capables. Les amis de l'esclave faisaient 
donc leur versement entre les mains d'un banquier juif de Livourne, 
de Gênes, de Venise, de Naples, de Barcelone, de Lisbonne, de 
Hambourg, d'Amsterdam ou de Marseille, lequel avisait son corres- 
pondant à Alger, qui intervenait dans le rachat et désintéressait le 
patron. Souvent aussi l'opération se traitait exclusivement à Alger, 
et le négociant juif faisait une avance de fonds pour laquelle l'es- 
clave racheté lui consentait, par devant le chancelier de sa nation, 
une obligation payable dans l'une des villes que je viens de nommer. 



XXXVI ACTES ET CONFÉRENCES 



Par leurs opérations de banque, les Israélites ont beaucoup facilité 
les rachats d'esclaves, et il est certain qu'ils ont rendu de grands 
services aux chrétiens tombés au pouvoir des corsaires algé- 
riens '. » 

Quand on parle de la prospérité publique et des Juifs, il ne faut pas 
oublier leur part dans les choses de l'agriculture, cette agriculture 
qu'on leur a tant reproché de ne pas connaître. 

Le Juif ne pas connaître l'agriculture ! Mais le Juif est né agri- 
culteur ! Mais les plus belles fêtes juives sont les fêtes de l'agricul- 
ture ! Mais autrefois, dans la Palestine, le Juif ne connaissait d'autres 
instruments de travail que la bêche et la charrue ! Lui aussi aurait 
pu revendiquer comme sienne la fameuse devise : « Ense et aratro ! » 

Le vin, l'huile que l'on récoltait en Palestine étaient renommés, 
et bien d'autres produits encore. Strabon a parlé de ces magni- 
fiques palmiers de Judée qui faisaient l'admiration de l'antiquité. 
Pline a rappelé que les dattes de Jéricho étaient les plus estimées 
du monde, et que le baume de la Judée était un parfum unique, non 
moins qu'un remède des plus précieux et des plus recherchés. 
Lorsque Hyram de Tyr expédiait au roi Salomon des matériaux 
nécessaires à la construction du Temple et lui envoyait une grande 
quantité d'ouvriers, que demandait-il comme paiement? du blé et de 
l'huile de Palestine. Le livre des Rois vous en dira le poids et la 
quantité. 

Si plus tard, pour des raisons trop longues à rappeler ce soir, les 
Juifs ont dû renoncer au métier de leurs ancêtres, ils ont fait voir 
qu'ils ne l'ont pas complètement oublié. Ils y sont revenus avec le 
plus grand succès dès que l'occasion s'en est offerte. Déjà, en 
Espagne, ils passaient pour d'excellents agriculteurs et^ travaillaient 
la vigne ; ils récoltaient les excellents vins comme le malaga, l'ali- 
cante, le xérès. 

Un professeur de l'Université de Cracovie s'exprime ainsi en 180*7 
à propos de la Gallicie : « La civilisation est ici au plus bas degré ; 
le paysan ne connaît ni ses devoirs de citoyen, ni ceux de mari, ni 
ceux de père. 11 ne connaît qu'une seule chose : l'eau-de-vie. Une 

* Haddeys, Livn d*or det Jui/s algériens* 



LES JUIFS ET LA PROSPÉRITÉ PUBLIQUE XXXVII 

seule espèce d'hommes paraît mériter en Gallicie de demeurer dans 
ce pays aussi beau que fertile : je parle des Israélites. » 

Les Israélites ont-ils démérité depuis? Non. Je vous renvoie aux 
Impressions de Gallicie^ publiées récemment par M. Clemenceau. 

Dans le Minnesota, dans rOrégon, dans le Colorado, dans l'Ar- 
kansas, vous trouvez des Juifs occupés au travail des champs. 
« Les colons juifs tiennent le premier rang, dit le journal The Nev) 
Times du 11 mai 1883. Jeunes et vieux, le matin, le soir, ils ne 
semblent jamais se reposer. » 

Dans la New-England, là où des chrétiens, agriculteurs de père en 
fils, avaient échoué, des émigrants juifs viennent s'installer. Trois 
cent quatre-vingts familles juives vivent disséminées dans les 
fermes situées sur les confins du Maine et du Connecticut, fermes 
abandonnées par les propriétaires, las et découragés par leurs 
insuccès. Les nouveaux colons travaillent avec acharnement et 
réussissent. Au dire de toutes les personnes qui ont suivi cette 
tentative d'un intérêt si grand pour l'avenir de la colonisation juive, 
rien ne peut donner une idée plus forte de l'énergie et de l'esprit 
d'initiative de ces colons juifs, choisis avec discernement, que ce 
guccès obtenu par ces « individual farmers ». 

Près d'Odessa, le Conseil municipal abandonne à deux pauvres 
Juifs un lopin de terre dont personne ne veut : « Nous engageons 
vivement le lecteur, dit le journal russe, à aller voir comment les 
deux Juifs, à peu près sans fortune, mais doués d'une énergie ex- 
traordinaire, sont arrivés à transformer ce lopin de terre en champ 
de culture de premier ordre. Depuis la première récolte 1891 jusqu'à 
nos jours, nos fermiers ont obtenu aux expositions périodiques 
d'agriculture : une médaille d'or, trois médailles d'argent et une 
médaille de bronze. La Société impériale de culture maraîchère leur 
a décerné en 1895 le diplôme d'honneur, ainsi que le titre de socié- 
taire honoris causa * . » 



* Ua rapport qui remonte à une dizaine d'années déjà constate que, dans le 
gouvernement de Kiew, il y a près de 10,500 Juifs des deux sexes qui sont labou- 
reurs. Dans le gouvernement de Wilna on trouve près de 3,000 Juifs laboureurs ; 
il y en a également un très grand nombre dans le Caucase. Dans la ligue de 
Liwansk, sur 100 familles, les 9/10 s'occupent d'agriculture. 



XXXVm ACTES ET CONFÉRENCES 



Dans son numéro du 15 mars 1898, la Revue des Deux-Mondes 
donne d'intéressants détails sur la Sibérie : « Il y a peu d'années 
encore, le nom de la Sibérie n'éveillait dans l'esprit des Européens 
de l'Ouest que l'idée de sinistres bagnes perdus au milieu d'immen- 
sités glacées. . . Aujourd'hui la Sibérie commence à s'ouvrir ; le 
moment est proche où le chemin de fer permetira d'en exploiter les 
ressources; le sol est très riche... Quant à la population, elle est 
essentiellement agricole : l'élément rural qui comprend les 9/10 des 
habitants, est un bloc compact do paysans. ■» 

Il y a nombre de Juifs parmi ces paysans, car, si j'en crois l'au- 
teur de l'article, c< Israël a ses représentants jusque dans les vil- 
lages » ; la petite ville de Kaïnsk, entre l'Omsk et l'Obi, a mérité, 
par la quantité des Juifs qui y habitent, le nom de Jérusalem de la 
Sibérie. J'ajoute, d'après les documents officiels, que ces Juifs agri- 
culteurs méritent de servir de modèles. Ah, si la Russie savait 
mieux tirer parti de ses Juifs I Le chemin de fer Transcaspien a 
1.400 kilomètres de longueur; il couvre ses frais par le seul transit 
du coton. Et la part des Juifs est d'un bon tiers dans ce seul transit 1 

Je pourrais multiplier les exemples. Et nous ne sommes qu'à l'au- 
rore du mouvement qui porte les Juifs vers l'agriculture. La jeune 
génération de l'Ecole du Plessis-Piquet a déjà fait ses preuves dans 
les Expositions agricoles. Attendons ce qu'elle donnera un jour. 
Attendons ce que nous donneront ces jeunes Orientaux que l'Alliance 
Israélite envoie à l'Institut agronomique de Paris. Ce sera tout pro- 
fit pour les pays où ils iront plus tard, témoin ces chiffres éloquents 
sur les colonies agricoles de Palestine : 

A Zichron-Jacob — entre Caïffa et Césarée — est une colonie 
qui rapportait au gouvernement turc environ 1 .200 francs. Depuis 
l'arrivée des Juifs, les impôts perçus par le gouvernement sont de 
32.000 fr. Rischon-le-Zion était un vrai désert : c'est à peine si 
l'on pouvait en retirer 7 à 800 francs de contributions. « Nous 
avons payé cette année 45.000 francs, et nous ne sommes pas au 
bout », m'écrit l'infatigable directeur de ces colonies, M. Scheid. 

Mesdames et Messieurs, le travail agricole m'amène à dire un 
mot du travail manuel, bien longtemps aussi dénié aux Juifs. « Les 
Juifs ouvriers I Y en a t-il donc? Je croyais qu'il n'y avait que des 



LES JUIFS ET LA PROSPÉRITÉ PUBLIQUE XXXIX 

banquiers. » Cette boutade, qu'on prête à un savant, ne tient pas de- 
vant les faits. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter un coup d'ceil 
sur l'intéressante étude de M. Soloweitschik, Un prolétariat mé- 
connu. C'est par milliers, j'allais dire par millions, qu'il faut comp- 
ter les ouvriers juifs. L'auteur de la brochure dont je parle donne 
un chiffre de 60,000 pour l'Angleterre seulement. En Amérique, il y 
a des villes comme Chicago, Philadelphie, où le nombre des ouvriers 
juits est supérieur à celui des chrétiens. Il est des pays comme la 
Roumanie, où la plupart des métiers sont exercés par les Juifs. « Ils 
ne reculent devant aucun métier, ne craignent ni la dureté, ni même 
la répugnance de certains travaux. » D'après un rapport présenté 
au Parlement anglais, en 1893, sur la Russie, la classe ouvrière 
serait de près d'un million et demi de personnes. Parlerai-je de leur 
activité, de leur habileté, de leur supériorité même dans bien des 
métiers? « Tout ce dont la bourgeoisie de Wilna, riche ou pauvre, 
distinguée ou vulgaire, a besoin pour le vêtement, la nourriture et 
l'habitation, dans les limites du nécessaire, ou du joli et de 
l'agréable, tout est fabriqué par les Juifs. » 

Au surplus, voici un détail qui ne laisse pas d'être piquant : 
« Pour les travaux concernant les toitures on emploie spécialement 
les Juifs ; s'il faut couvrir de zinc la coupole d^une église ou la revê- 
tir d'une couleur à l'huile bleue ou verte, s'il faut rafraîchir la do- 
rure brillante de la croix, c'est toujours le Juif qui entreprend ce 
travail hasardeux et qui l'exécute. » 

Mais je n'aurais pas besoin de sortir de France pour montrer 
combien le travail manuel est en honneur chez les Juifs et combien 
ce travail est apprécié. Il me suffirait de parler des Ecoles profes- 
sionnelles de garçons et de filles et de rappeler leur part glorieuse 
dans les expositions universelles et de Paris, et de l'étranger* 
En 1889, en 1878, et en bien d'autres circonstances, le jury leur a 
prodigué les diplômes d'honneur et les médailles d'or. 

J'ai parlé plus haut des Juifs d'Alsace. Ils ont été les premiers à 
ouvrir en France des écoles d'arts et métiers. L'Ecole de travail 
de Strasbourg a été fondée en 1825 ; celle de Mulhouse en 1840. Et 
bien des écoles professionnelles chrétiennes, ouvertes en France, ont 
pris modèle sur ces écoles. N'est-ce pas un homme des plus compé- 



XL ACTES ET CONFÉRENCES 

tents, Jean Macé, qui a dit que les écoles juives de Strasbourg et de 
Mulhouse avaient le mieux résolu, en France, la question de l'ensei- 
gnement professionnel ? 

Mesdames et Messieurs, je regrette de ne pouvoir m'arrêter ce 
soir sur les services que les Juifs ont rendus dans les lettres, les 
sciences, les arts. J'ai parlé de ce qu'ils ont fait au moyen âge pour 
le commerce. Mais le commerce ne réunit pas seulement des inté- 
rêts, il réunit des idées et, trois siècles durant, comme le dit un écri- 
vain, les Juifs ont été les rouliers de la pensée entre l'Orient et 
l'Occident. Je pourrais dire, dans un sens plus étroit, qu'ils le 
sont encore aujourd'hui, car ils ont joué un rôle principal dans la 
construction des chemins de fer, des télégraphes, des transatlan- 
tiques. Ils le sont encore par les services qu'ils ont rendus dans l'im- 
primerie depuis le jour où le Juif Soncino publie tous ces livres 
sacrés si estimés des bibliophiles du xv^ siècle, jusqu'au jour où 
George Sand, Balzac, Dumas père, Dumas fils et tant d'autres 
écrivains célèbres sont mis à la disposition du plus humble, grâce à 
cette collection connue dans le monde entier sous le nom de collec- 
tion Michel Lévy ! 

Dans ses Souvenirs d'enfance et de jeunesse^ Renan a parlé avec 
gratitude de Michel Lévy, et le célèbre écrivain n'a pas oublié 
l'époque où le grand éditeur juif vint trouver le jeune savant, encore 
obscur, dans sa mansarde et lui offrit de réunir en volume quelques 
articles. 

Editeurs, imprimeurs, est-il de plus précieux agents de civilisa- 
tion? Ce sont les imprimeurs juifs qui ont répandu la connaissance 
de la langue hébraïque au xv« siècle, qui ont publié tant d'exem- 
plaires de la Bible, tant de traductions en langue vulgaire, et qui 
ont si puissamment contribué à ce grand mouvement religieux, la 
Réforme. Je ne dois pas oublier les femmes, en parlant de l'impri- 
merie; car plusieurs d'entre elles ont ouvert d'importantes maisons 
à diflérentes époques pour faire d'utiles publications. C'est ainsi que 
Régina Nassi, l'épouse du duc de Naxos, la fille de cette fameuse 
Gracia à qui Samuel Usque dédiait ses ouvrages, ouvrit dans 
son propre palais du Belvédère, à Constantinople, une imprimerie, 
d'cù sortirent nombre^do livres savants de tout genre. 



LES JUIFS ET LA PROSPÉRITÉ PUBLIQUE XLI 

Détail intéressant! avant même la découverte de l'imprimerie, les 
Juifs se faisaient remarquer par les soins qu'ils apportaient dans 
leurs manuscrits ; quelques-uns de leurs calligraphes, en Espagne 
notamment, étaient des artistes d'un goût et d'une habileté rares. 
Ils avaient choisi pour leurs ouvrages un caractère simple et élé- 
gant, tel que les plus fameuses maisons d'imprimerie de l'époque, 
Plantin à Anvers, Robert Estienne à Paris, n'hésitèrent pas à 
rimiter et à l'adopter. 

Mesdames et Messieurs, il y a loin, bien loin de la presse gros- 
sière aux caractères de bois avec laquelle Guttemberg imprimait sa 
Bible, à nos machines si perfectionnées qui fournissent en peu 
d'heures ces tirages prodigieux de journaux du soir et du matin. 
La vapeur, l'électricité sont pour quelque chose dans le dévelop- 
pement si considérable de cette puissance moderne, la presse. 
Mais le créateur de la presse à bon marché, celui à qui l'on doit 
la feuille quotidienne à cinq centimes, n'est-ce pas un Juif? Faut- 
il rappeler le nom de Poljdore Millaud, le fondateur du Petit 
Journal ? 

Et que dire de la médecine I Là encore les services sont incalcu- 
lables, depuis l'époque où Richard Cœur-de-Lion, qui chassait les 
Juifs, priait Maïmonide de venir le soigner, jusqu'à celle où le bourg- 
mestre antisémite de Vienne inscrit dans le budget municipal un 
crédit pour les ambulances urbaines du docteur Nachtel. 

Que de fois n'ai-je pas entendu raconter que, lors du choléra en 
Alsace, il y a un demi-siècle, nombre de chrétiennes coururent 
chez les femmes juives et les prièrent de leur apprendre à saler la 
viande ? Ce qui est un hommage rendu à l'excellence de nos lois 
hygiéniques. Le même fait s'est reproduit en Amérique, il y a 
quelques années^. 

* Dans les Annales de Médecine de février 1841, le professeur Wawruch re- 
marque que sur 3,864 malades qu'il a observés à la cliuique de Vienne, il a trouvé 
206 attaqués du ver solitaire, parmi lesquels trois Juives seulement : ce qui l'a 
d'autant plus Irappé, que dans une pratique de Ireute-quatre aas, il n'a trouvé 
qu'un seul Israélite atteint de cette maladie. Il explique cette observation patho- 
logique par ce fait que les Israélites ne se nourrissent pas de viandes impures '. 
ce qui le conGrme dans cette observation, c'est que les trois Juives en question 
ne se sont pas abstenues de pareilles viandes. 



XLII ACTES ET CONFÉRENCES 

C'est toute une littérature que la littérature médicale juive, à 
commencer par ces vieilles lois hygiéniques de la Bible et du Talmud 
pour aboutir aux savants travaux des princes de l'art d'aujourd'hui. 
Ah! si ]es médecins juifs avaient été méchants! Cette Europe du 
moyen âge, dont vous connaissez les persécutions, était en partie 
entre leurs mains. Des papes, des empereurs, des rois, des princes, 
leur confient le soin de leur vie. C'est la famille juive des 
Hamon qui, pendant des siècles, fournit les médecins aux sultans. 
François I", pendant sa maladie, demande des médecins juifs à 
Soliman et à Charles-Quint. Léon X, Paul III, Jules III ont des 
médecins juifs. Le frère de saint Louis, Alphonse de Poitiers, souf- 
frant des yeux, réclame un oculiste juif. Après l'expulsion des 
Juifs d'Espagne, nombre de villes y manqueront de soins médicaux. 
Que ne doit pas aux Juifs cette école de Salerne qui jeta autrefois 
un si vif éclat, où l'on enseignait la science d'Hippocrate et de 
Galien en grec, en arabe, en hébreu? Longtemps en Europe, Salerne 
n'eut d'autre rivale que la Faculté de Montpellier, devenue aussi, 
grâce aux Juifs, un centre d'études médicales. 

C'est encore un Juif, Hacquin de Vesoul, médecin de Jean sans 
Peur. Et Lopez, médecin d'Elisabeth, reine d'Angleterre, et Levison, 
que Gustave III de Suède fera venir à Upsal, et Silva, que l'impé- 
ratrice Catherine de Russie veut attirer à sa cour et que Voltaire a 
immortalisé dans ses vers* 1 C'est encore un Juif, ce Pereire qui 
s'occupait de l'éducation des sourds-muets, dont Buffon parlait avec 
éloge dans sou Histoire nalurelle, et qui avait pour amis et admira- 
teurs Rousseau, Diderot, d'Alembert. Je laisse de côté les Germain 
Sée, les Marc Sée, les Hayem, les Javal, membres de notre Aca- 
démie de médecine, et tant d'autres illustrations scientifiques dont 
la France s'honore à juste titre et à qui l'on doit tant de découvertes 
précieuses. 

Il faut des médecins, il faut des avocats 
dit un vers connu. Il faut bien autre chose encore, et il est une 

Malade et de douleurs sur un lit accablé 

Par l'éloquent Silva vous êtes consolé. 

Il sait l'art de guérir autant que de plaire. 



LKS JUIFS ET LA PROSPÉRITÉ PUBLIQUE XLIU 

m' ' .-.III _ — — ' — ■ ■- » ■ ■ ■ " ■" ■ ■ ■' — — ^ ~ 

gcience dont l'utilité est démontrée chaque jour davantage, une 
Bcience dont l'écrivain Bersot a dit « qu'elle ne permet pas qu'on 
l'ignore, car elle agite et remue le monde » ; je parle de l'économie 
politique. Et, à ce propos, je poserai volontiers une question : si 
vraiment les Juifs sont des accapareurs, pourquoi les voit-on parmi 
les collaborateurs les plus actifs de ceux mêmes qui se proposent, 
guivant l'expression d'un économiste célèbre, a de rendre l'aisance 
aussi générale que possible » ? On connaît la fameuse formule qui 
exprime si bien l'idéal de la justice ici-bas : « A chacun selon sa 
capacité ; à chaque capacité suivant ses œuvres. » C'est la formule 
de l'école saint -simonienne, où l'on trouve au premier rang les 
Rodrigue et les Pereire. 

Au surplus, j'en aurais long à dire si je devais citer tous les 
économistes juifs, hommes de science et hommes de cœur, qui n'ont 
jamais marchandé leur dévouement à la patrie. Que de fois Leone 
Levi n'a-t-il pas représenté l'Angleterre dans les congrès étrangers ! 
Que d'études remarquables sur l'épargne, sur la coopération, sur 
la protection du travail dans les fabriques, l'Italie ne doit-elle pas à 
Luzzatti? Et Joseph Kôrosi, de Buda-Pesth, et Edouard Millaud, 
et Alfred Nejmark, et combien d'autres encore faudrait-il nommer 
dont les avis sont réclamés, dont l'expérience est mise à profit tous 
les jours par des milliers de concitoyens et qui ont leur part dans 
cette vaste littérature illustrée par les Adam Smith, les Turgot, les 
Jean-Baptiste Say, les Bastiat ! 

Je lisais l'autre jour dans les Faties de Mouches de Sardou: «Mon- 
trez-moi un monsieur assis dans un fauteuil à bascule américaine 
comme celui-ci, devant une table flamande, et buvant dans de la 
porcelaine de Saxe une liqueur chinoise, en fumant du tabac turc 
après un dîner à la russe où il a causé sport en anglais à sa femme, 
qui lui a répondu musique en italien, je vous dirai tout de suite : 
« C'est un Français 1 » 

Eh bien l montrez-moi un monsieur qui est abonné au Petit 
Journal, fondé par Millaud, le créateur de la presse à bon marché, 
qui, chaque matin, au lieu de thé ou de café prend le chocolat in- 
troduit en France par les Juifs d'Espagne, qui, à midi, s'exclame 
devant un pâté de foie gras, trouvaille des Juifs d'Alsace, qui ne 



XLIV ACTES ET CONFÉRENCES 



manque pas à TOpéra un seul des ballets de Meyerbeer, tandis 
que Madame raffole des romances de Mendelssohn, se teint les che- 
veux avec de l'eau des Fées de Sara Félix, et use de l'alcool de 
menthe de Ricqlès, je dirai: «Voilà des gens qui se lèvent et qui se 
couchent au cri de: A bas les Juifs.» 

Mais alors quoi ? Il faut donc crier : « Vivent les Juifs ! » Les Juifs 
ne commettent pas d'abus? Les Juifs n'ont pas de défauts 1 Ah, si I 
Et je réclame hautement, très hautement pour eux la permission 
d'en avoir. Les Juifs, pas de défauts 1 Et les droits de l'homme ! 
Mais le Juif n'a pas plus de défauts que les autres; les statistiques 
criminelles prouvent même qu'il en a moins. 

Et quand on aura relevé contre lui nombre de délits commis pour 
fraude, usure, recel, il est un délit qu'on ne relèvera pas : le délit 
d'ivresse, source des fautes et des crimes. Le Juif ne connaît pas 
cette plaie qui fait des ravages effroyables et qu'on appelle l'alcoo- 
lisme. Le Juif se plaît dans son intérieur et ne va pas au cabaret ; 
la Juive aussi se plaît dans son intérieur et sait le rendre agréable, 
et tous deux ont l'amour du foyer où l'on contracte les habitudes 
de travail, d'ordre et d'économie, gages du succès dans la vie. De 
fougueux antisémites, qui ont fouillé les statistiques, ont dû le recon- 
naître, et je ne saurais mieux terminer ma conférence qu'en vous 
lisant ce que disait, un jour, le Ministre de l'Instruction publique en 
Roumanie : 

« Croyez- vous que vous puissiez régler la question juive par des 
lois et des règlements ? Non. Depuis huit ans que vous luttez par 
des moyens de répression, qu'avez-vous obtenu ? . . . Rien, absolu- 
ment rien. Savez-vous comment vous pouvez résoudre cette ques- 
tion ? Je vais vous le dire : permettez-moi de citer devant l'Assem- 
blée un fait qui s'est passé dans la Société de la jeunesse de Jassy : 
a Un soir nous avions discuté la question juive jusqu'à trois heures 
du matin, sans pouvoir nous convaincre les uns les autres, comme 
il arrive toujours, lorsque la passion s'en mêle. En sortant pour 
rentrer chez nous, nous apercevons un pauvre Juif, presque à la 
porte de la maison que nous quittions, qui travaillait de son métier 
a trois heures après minuit, un vrai tableau de Rembrandt, tandis 
que d'un cabaret voisin sortaient trois ouvriers roumains, pleins de 



LES JUIFS ET LA PROSPÉRITÉ PUBLIQUE 



vin et chantant des chansons patriotiques. Je montrai alors ce con- 
traste à mes contradicteurs, en leur disant: «Voilà la question juive ! 
Voulez-vous lutter victorieusement avec les Juifs? Soyez travailleurs, 
sobres, économes comme eux et vous n'aurez rien à craindre. Ce 
que j'ai dit, je le répète aujourd'hui : « C'est dans la concurrence du 
travail qu'est la solution de la question juive ! » 

Dans la libre concurrence du travail et dans l'égalité des droits 
pour tous. 

Egalité civile, tolérance! Voilà ce que réclament les moralistes 
au nom de la justice. 

Voilà ce que réclament les philanthropes au nom de l'humanité. 

Voilà ce que réclament les économistes au nom de l'intérêt. 

C'est, d'ailleurs, un économiste qui a dit cette grande vérité : 

a L'état, c'est, avant tout, la justice organisée. » 



APPENDICE 



Le 22 mai 1718, M. le contrôleur ge'ne'ral Leblanc e'crivit à M. de 
Courson, sous-intendant de Bordeaux, pour lui demander secrètement 
des renseignements sur les Juifs de Bordeaux et sur leur situation de 
fortune. Il demandait aussi un état de'taille' de leurs familles. 

M. de Courson répondit, le 11 juin, qu'il existait à Bordeaux environ 
100 familles juives, dont 70 avaient de quoi subsister et contribuaient 
par leurs aumônes à faire vivre les 30 autres qui étaient pauvres; 
qu'avec les femmes et les enfants, elles formaient une population de 
4 à 500 personnes; que ces Juifs e'talent d'une grande utilité à la ville et 
les seuls qui entendissent quelque chose au commerce, surtout à celui 
de la banque, qu'ils étaient très dociles et avaient bonne conduite. 

Il mentionne les services qu'ils ont rendus à la Cité de Bordeaux; ils 
ont, en diverses occasions, prêté des sommes considérables à la ville 
sauis aucun intérêt; en 1709, lors de la disette, ils ont avancé de fortes 
sommes pour l'achat des blés que M. de la Bourdonnaye a fait faire. Un 
seul avait prêté 12,000 livres. Ils ont refusé l'intérêt qu'on leur offrit. 
En 1710 autre prêt, en 1712, nouveau prêt de 100,000 livres pour le 
môme objets toujours sans intérêt. En 1715, alors qu'une crise com- 



XLYI ACTES ET CONFÉRENCES 



merciale amenait beaucoup de faillites à Bordeaux, les Portugais ont 
paye' toutes leurs dettes et ont soutenu de leur cre'dit la place de 
Bordeaux. 

Leur principal commerce, ajoute M. de Courson, est de prendre les 
lettres de change et d'introduire For et l'argent dans le royaume; ils en 
ont porte' à la monnaie de Bordeaux pour des sommes considérables 
depuis l'extinction des billets de banque; ils font leur commerce avec hon- 
neur, et sans eux, le commerce de Bordeaux et celui de la province péri' 
raient infailliblement. 

(Cité par Malvezin, Juifs de Bordeaux.) 



*** 



Dans un mémoire pour la communauté contre les prétentions de 
M. de Brancasj il est dit : 

« Les soldats de la garnison de la ville de Metz sur le point de se 
révolter en dififérentes occasions, faute de vivres, ont été apaisez par le 
payement de leur prest, avancé par le crédit de la communauté. 

» Les habitants de la même ville ont été garantis plusieurs fois de la 
famine par l'abondance des bleds que les Juifs ont tirés des pays étran- 
gers et qu'ils ont fait venir avec tant de diligence que ce qui avait coûté 
peu de jours auparavant une pistole, se donnait pour la moitié, et ce 
par le seul crédit des principales familles juifves qui se trouvent aujour- 
d'hui embarrassées par les emprunts qu'elles ont esté obligées de faire 
pour le service du Roy. 

» Cette communauté ne serait pas assez hardie pour avancer ces faits, 
s'ils n'estaient certifiez par les gouverneurs généraux et particuliers, par 
les intendants du pays messin et par le Parlement même, qui ont tous 
rendus des témoignages autentiques de cette vérité. » 

Dans un autre mémoire intitulé : très humbles représentations de la 
communauté des Juifs de Metz sur la déclaration du Roy, 24 mars 1733, 
et signé par M. Godefroy, avocat, il est dit : 

« I. Ils (les Juifs) ont très souvent des entreprises très importantes 
pour le service du Roy, surtout pendant les guerres, par leur crédit et 
leur correspondance avec l'étranger. En 1727, sur des bruits de guerre, 
ils firent entrer dans Metz en six semaines de temps deux mille chevaux 
pour le service des vivres et plus de cinq mille autres pour la remonte 
de la cavalerie. 

» 11 leur est encore à^l (1735) une partie du prix des chevaux. Il 
leur est encore du d'ailleurs de plus fortes sommes pour des avances 
faites par leur crédit en 1727. » 

[Mémoires de la Société d'Arêhéologie de Metz.) 



LES JUIFS ET LA PROSPÉRITÉ PUBLIQUE XLVU 






Voici quelques rapports des intendants du Languedoc à propos des 
Juifs que certains marchands chréliens prétendaient exclure des foires 
de Beaucaire, de Nîmes, d'Alais, ou que certains maquignons voulaient 
empêcher de vendre du bétail aux paysans. 

10 octobre 1740. Rapport de l'intendant Orry : « On ne peut pas 
disconvenir que le commerce des Juifs ne prive les marchands d'une 
partie des profits qu'ils feraient sur la vente de leurs marchandises, 
mais il est vray de dire en même temps que leur commerce est avan- 
tageux au public. » 

Fin de l'année 1740: ce Les foires du Languedoc sont considérables; 
si les Juifs en étaient exclus, je suis persuadé que cela ferait un vuide 
dont les fabriques recevraient peut-être un préjudice considérable. » 

31 mai 1740 : « Les marchands de Montpellier sont la plus part du 
temps si mal assortis et tiennent des étoffes à des prix si excessifs que 
quoi qu'ils disent sur la mauvaise qualité de celles que portent les Juifs 
dans les foires elles valent mieux par le prix auxquels ils les vendent 

que celles qu'on trouve dans les boutiques des marchands Ainsi je 

suis persuadé que le commerce des Juifs dans les foires fait moins de 
tort aux marchands de Montpellier que le peu d'attention pour le service 
du public et leurs volontés déterminées pour de trop grands profits. » 

Rapport du 11 août 1735 : « Le bien de la province demande que les 
réclamations de ces marchands (chrétiens) soient rejetées et les Juifs 
maintenus dans leur permission. » 

Rapport du 2 mai 1745 : « Tout le monde court aux marchands juifs 
alors que les toulousains se trouvent abandonnés. » 

[Eevue des Études Juives, tomes XXXIII, XXXV, XXXVI.) 

A 
Lettre de M. le docteur Fano, directeur des Affaires étrangères 

DU VlLAYET de BaGDAD. 

Constantinople, 25 décembre 1872. 

Messieurs, 

Ayant fait à Bagdad un séjour d'environ trois années et, à mon départ 

de cette dernière ville pour la capitale de l'empire ottoman, à travers le 

désert, ayant passé par Alep, j'ai eu l'occasion de visiter les écoles que 

l'AUiauce Israélite universelle possède dans ces deux villes. Je prends 



XLVm ACTES ET CONFÉRENCES 

donc la liberté de vous adresser ces quelques lignes pour vous donner, 
concernant ces deux établissements, des détails qui certainement ne 
vous seront pas tout à fait indififérents. 

Je commence par Técole de Bagdad. Les langues qui y forment la base 
de renseignement sont l'hébreu et le français; puis viennent l'anglais, 
l'arabe et le turc. 

La me'thode suivie pour les langues française et anglaise est des plus 
pratiques. Si l'on voit les élèves faire des progrès rapides dans ces deux 
langues, c'est parce qu'ils en apprennent les règles, non dans les 
grammaires, mais par la théorie orale du directeur, qui les leur fait 
comprendre et appliquer très rapidement. 

Voici en quelques mots l'impression que j'eus sur l'école des garçons 
et celle des demoiselles (Alep). 

Les élèves garçons sont au nombre d'une quarantaine, si j'ai bonne 
me'moire; tous sans exception sont intelligents et studieux et ont fait 
des progrès rapides. A l'exemple de M. Marx, de Bagdad, M. Nissim a 
aussi sa méthode grammaticale pratique, celle que les e'ièves peuvent et 
doivent apprendre inévitablement. Ici également la langue française fait 
la base de l'enseignement ;\qs, élèves, très jeunes même, lisent très couram- 
ment et avec un accent irre'prochable 

I Le nombre des jeunes demoiselles est d'une vingtaine tout au plus, 
on en voit même de très petites ; toutes ces enfants apprennent des 
leçons par cœur, et toutes indistinctement récitent sans hésiter, les fables 
de la Fontaine. 



#*# 



Rapport de M. Ramon Lon, consul d'Espagne, sur l'école 

DE TÉTUAN. 

Tétuan, le 29 décembre 1871. 

Je puis vous assurer, Monsieur le président, que depuis le jour où en 
qualité de consul d'Espagne, j'eus l'honneur d'être chargé du vice-consulat 
britannique, par intérim, j'ai toujours porte le plus profond intérêt et 
une attention particulière à cette école, parce que dans l'ëlat inculte où 
se trouve l'empire du Maroc, j'ai compris que c'est un e'minent service 
qu'offrent à l'humauitc ces écoles dans lesquelles les enfants de ce 
malheureux pays trouvent l'éducation qui change la rudesse de leurs 
coutumes naturelles et la culture de l'intelligence, et les arrache au 



LES JUIFS Kl" Iw\ l'ROSPKRlTÉ PLIiLhjUK XIJX 

fanatisme barbare qui les prive et les éloigne des avantages do la 
civilisation. 

Parmi les garçons de l'école, on en remarque huit qui se distinguent 
notablement, et je me plais à consigner ici leurs noms : Abraham Balensi, 
Amram Elcdguy. Saul Sedero. Jacob Nahon. Ce sont des enfants de douze 
à quinze ans qui, non seulement sont ties avance's en lecture, écriture et 
géographie, mais le sont également dans la langue française au point 
de faire parfaitement des versions et de traduire avec grande facilité. 
Joseph Gazés et Isaac Abudarham sont deux enfants de huit à dix ans qui 
se distinguent en la lecture; Judah Taurel et Moses Cazès par leur 
écriture. 

Quaut aux filles, je puis vous assurer, Monsieur le président, que 

leurs progrès sont plus notables Il y en a 48 qui se font remarquer 

par l'écriture, la lecture et le français; et je puis dire, sans crainte 
d'exagération, que 26 surtout ne feraient déshonneur et ne seraient 
déplace'es dans n'importe quel collège distingue' d'une capitale européenne, 
parleurs bonnes manières, leur application et leur politesse. 



*** 



MM. Weberet Kempsler ont visite', lors de leur voyage en Russie, les 
colonies juives du gouvernement d'Ekatérinoslav. Voici quelques extraits 
de leur rapport sur ces colonies : 

Si nous considérons toutes les difficulte's et les misères qui ont 
accueilli ceux des premiers colons qui sont encore en vie aujourd'hui, 
nous pourrons affirmer qu'ils ont re'solu d'une façon plus que satisfaisante 
le problème des aptitudes des Juifs pour l'agriculture. La seconde géné- 
ration, qui est aujourd'hui en pleine activité, offre un tableau exact de 
la vie des champs et du travail agricole pratiqué sur une grande échelle, 
toutes proportions gardées d'ailleurs. La prospérité matérielle des colonies 
est due exclusivement aux qualités et aux efiforts des colons. Sur une 
population juive de 5.000 âmes, on ne trouve pas d'éléments étrangers, 
le travail est exclusivement accompli par des colons juifs. Il n'y a pas 
de meilleure réponse à faire à ceux qui soutiennent que les Juifs sont 
incapables de se livrer aux travaux manuels ou de devenir agriculteurs. 

Un document publié par le ministre des Domaines (Recueil XIV des 
« Matériaux pour l'étude de la population rurale en Sibérie ») montre 
que partout où les Israélites ont le droit et la possibilité de se livrer au 
travail de la terre, ils deviennent de véritables agriculteurs, 

Les Juifs agriculteurs de la Sibérie sont les descendants des colons 
libres qui sont venus dans ce pays au commencement du siècle pour 

ACT. ET CONF. O 



ACTES ET CONFÉRENCES 



s'y établir à leurs frais et à leurs risques et périls. Ces Juifs habitent 
des maisons spacieuses, chaque famille a une habitation distincte; leur 
nombre est plus grand dans les villages situes près des grands centres. 
Tous ces Juifs sont dans une situation aisée, ils sont devenus de véri- 
tables cultivateurs, ils font tous les travaux des champs et cultivent 
leurs terres d'une façon très convenable. Plusieurs Juifs, surtout dans 
les communes de Baïmok et de Ischim, peuvent même être cités comme 
des cultivateurs modèles ; ce sont eux qui donnent l'impulsion aux 
autres cultivateurs pour l'introduction des machines perfectionnées et 
des instruments aratoires dans la culture des terres. Généralement, ces 
Juifs sont à la tête de toutes les améliorations à appliquer à la culture 
des terres. 



#** 



Une rupture eut lieu, en 1798, entre la France et la Régence. Elle fut 
motivée par le discrédit dans lequel la France était tombée, à cause de 
ses troubles intérieurs et de ses revers maritimes, par l'état pitoyable 
des comptoirs français, tombés dans un profond dénùment et placés 
dans l'impossibilité de faire face à leurs engagements, et, enfin, par les 
ordres réitérés de la Turquie, furieuse de l'expédition d'Egypte. Le 
21 décembre 1798, tous les Français furent arrêtés et mis au bagne, y 
compris le consul et ses employés. Dans cette position critique, ils 
eurent fort à se louer des Juifs Bacri et Bousnah, lesquels employèrent 
leur crédit pour faire adoucir leur sort et obtenir leur liberté. Cela est 
constaté par diverses lettres ofticielles de M. Astoin-Sielve, chancelier 
du consulat, qui sont à la bibliothèque publique d'Alger et dont voici 
quelques extraits. 

« Les Juifs Bacri et Bousnah ont fait l'impossible pour prévenir 

cette rupture, se sont donné tous les mouvements imaginables pour 
faire cesser de suite notre situation présente, et n'oublient rien pour 
qu'on nous rende intact notre avoir, ils se flattent que cela sera ainsi 

(lettre du 24 décembre 1798) Les Juifs Bacri et Bousnah croient 

fermement que nous ne tarderons pas à être remis dans nos maisons et 
dans la jouissance de nos propriétés et que peut-être ce sera demain. 
Dieu le fasse! Ils ont ofifert au kheznadji de racheter de leurs deniers 
tout ce qui nous appartient, pour nous le rendre, au cas que la Régence 

veuille nous dépouiller (lettre du 21 décembre) Après tout ce qu'ils 

(Bacri et Bousnah) ont fait ici pour empêcher la confiscation de nos 
propriétés et pour nous délivrer de notre détention au bague et à la 

marine (lettre du 15 février 1799 Enfin, les Juifs Bacri et Bousnah, 

à force de sollicitations et de sacrifices, l'on peut dire, sout parvenus, 



LES JUIFS ET LA PROSPÉRITÉ PUBLIQUE Ll 

malgré l'opposition des gens qui nons sont contraires, à faire délivrer 
des travaux tous les gens des concessions (lettre du 8 mai l'TOQ). f> 
(J.-M. Iladdey, Le Livre d'or des Israélites algériens.) 



#** 



Je n'avais jamais imaginé que le produit de ma pensée pût avoir une 
valeur vénale. Toujours j'avais songé à e'crirc; mais je ne croyais pas que 
cela pût rapporter un sou. Quel fut mon otonnemenl le jour où je vis 
entrer dans ma mansarde un homme à la physionomie intelligente et 
agréable, qui me fit compliment sur quelques articles que j'avais publiés 
et m'offrit de les réunir en volumes ! Un papier timbré qu'il avait 
apporté stipulait des conditions qui me parurent étonnamment ge'né- 
reuses, si bien que, quand il me demanda si je voulais que tous les 
e'crits que je ferais à l'avenir fussent compris dans le même contrat, je 
consentis. Il me vint un moment l'idée de faire quelques observations; 
mais la vue du timbre m'interdit: l'idée que cette belle feuille de papier 
serait perdue m'arrêta. Je fis bien de m'arrêter. M. Michel Lévy avait 
dû être créé par un décret spécial de la Providence pour être mon. édi- 
teur. Un littérateur qui se respecte doit n'écrire que dans un seul 
journal, dans une seule revue et n'avoir qu'un seul éditeur. M. Michel 
Lévy et moi n'eûmes ensemble que des rapports excellents. Plus tard, 
il me fit remarquer que le contrat qu'il m'avait présenté n'était pas 
assez avantageux pour moi, et il en substitua un autre plus large encore. 
Après cela, on me dit que je ne lui ai pas fait faire de mauvaises 
aflfaires. J'en suis enchanté. En tout cas, je peux dire que, s'il y avait 
en moi quelque capital de production littéraire, la justice voulait qu'il 
y eût sa large part ; c'est bien lui qui l'avait découvert ; je ne m'en étais 
jamais douté. 

(Renan, Souvenirs d'tnfanee et de jeunesse.) 



LISTE DES MEMBRES 



DE LA 



S(3GIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



Membres fondateurs '. 

Camondo (feu le comte A. de). 

Camondo (feu le comte N. de). 

GuNZBURG (le baron David de), l""" ligne, n*^ 4, Saint-Pe'tersbourg. 

GoNZBURG (le baron Horace de), 1'® ligne, n° 4, Saint-Pétersbourg. 

Lévy-Crémieux (feu). 

POLiAGOFF (feu Samuel de). 

Rothschild (feu la baronne douairière de). 

Rothschild (le baron Henri de), avenue d'Iéna, 41. 

Rothschild (feu le baron James de). 

Membres perpétuels ^. 

Albert (feuE.-J.). 

Bardac (Noël), rue de Provence, 43'. 

BiSGHOFFSHEiM (Raphaël), député, rue Taitbout, 3. 

Cahen d'Anvers (feu le comte). 

Camondo (le comte Moïse de), avenue d'Iéna, 11. 

Dreyfus (feu Nestor). 

Friedland, Wassili Ostrow, lig. 12, n*' 7, Saint-Pétersbourg. 

GOLDSCHMIDT (fcU S.-H-). 

IIarkavy (Albert), bibliotbe'caire, 4, Gr. Poucbkarskaya, Saint-Péters- 
bourg. 
Hecht (Etienne), rue Le Peletier, 19. 
HiRSCH (feu le baron Lucien de). 

Kann (Jacques-Edmond), avenue du Bois-de-Boulogne, 58. 
KoHN (feu Edouard). 

Les Membres fondateurs ont versé un minimum de 1,000 francs. 
Les Membres perpétuels ont versé -400 francs une fois pour toutes. 
Les Sociétaires dont ie nom n'est pas suivi de la mention d'une ville de- 
meurent à Paris. 



LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIETE LUI 



Lazard (A.), boulevard Poissonnière, 17. 

Lévy (feu Calmann). 

MoNTEFiORE (Claude), Portman Square, 18, Londres. 

Oppenheim (feu Joseph). 

Penha. (Immanuel de la), avenue d'Eylau, 15. 

Penha (M. de la), rue Tronchet, 15. 

Ratisbonnè (Fernand), rue Rabelais, 2. 

Reinach (feu liermann-Josepb). 

Rothschild (le baron Adolphe de), rue de Monceau. 

Troteux (Lëon), rue de Mexico, 1, le Havre. 

Membres souscripteurs *. 

Adlkr (Rev. D»" Hermann), Chief Rabbi, 6 Graven Hill, Hyde Park, 

Londres. 
Albachary (Dan. S.), III Hintere ZoUamtstr., 13, Vienne. 
Albert-Lévy, professeur à l'École municipale de chimie et de physique, 

rue de Vaugirard, 16. 
Allatini, Salonique. 

Alliance Israélite universelle, 35, rue de Trévise (175 fr.). 
Allianz (Israelitische), I. Weihburggasse, 10, Vienne, Autriche. 

Bâcher (Wilhelm), professeur au Séminaire Israélite, Ertzsebetkornt, 26, 

Budapest. 
Balitzer (S. -A.), chef d'insLitution, Servette, 28, Genève. 
Basch, rue Rodier, 62. 
Bauer, rabbin, Avignon. 
Beghmann (E.-G-), place de l'Aima, 1. 

Becker (A. -Henri), professeur, docteur es lettres, rue de la Victoire, 47. 
Bernhard (M"° Pauline), rue de Lisbonne, 24. 
Bibliothèque de la Communauté synagogale de Breslau. 
Bibliothèque de la Communauté synagogale de Kœnigsberg. 
Bigkart-Sée, avocat à la Cour de Cassation, rue de Lisbonne, 30. 
Blau(L.), professeur au Se'minaire Israélite, Barcsay-gasse, 15, Budapest. 
Bloch (Abraham), grand rabbin, Alger. 
Bloch (Armand), grand rabbin de Belgique, Bruxelles. 
Bloch (Camille), archiviste, Orléans. 
Bloch (Emmanuel), rue des Petites-Ecuries, 55. 
Bloch (Isaac), grand rabbin, Nancy. 
Bloch (Maurice), boulevard Bourdon, 13. 

' La cotisation des Membres souscripteurs est de 25 francs par an, sauf pour 
ceux dont le nom est suivi d'une indication spéciale. 



Liv ACTES ET CONFÉRENCES 



Bloch (Moïse), rabbiu, Versailles. 

Blogh (Philippe), rabbin, Posen. 

Blocq (Mathieu), Toul. 

Blum (Victor), le Havre. 

Blumenstein, rabbin, Luxembourg. 

BouCRis (Haïm), rue de Médëe, Alger. 

Bruhl (David), rue de la Boétie, 5. 

Bruhl (Paul), rue de Chûteaudun, 57. 

Brunsghwigg (Léon), avocat, 18, rue Lafayette, Nantes- 

BiJGHLER (Ad.), professeur, Kohlmessergasse, 4, Vienne. 

Cahen (Abraham), grand rabbin, rue Vauquelin, 9- 

Cahen (Albert), professeur agrégé, rue Coudorcet, 53. 

Cahen (Gustave), avoue', rue des Petits-Champs, 61. 

Cahen d'Anvers (Albert), rue de Grenelle, 118. 

Cahen d'Anvers (Louis), rue Bassano, 2. 

Cattaui (Elic), rue Lafayette, 14. 

Cattaui-Bey (Joseph-Aslan), inge'nieur, le Caire. 

Cebf (Ilippolyte), rue Française, 8. 

Cerf (Léopold), éditeur, rue Duplessis, 59, Versailles- 

Cerf (Louis), rue Française, 8. 

Chwolson (Daniel), professeur de langues orientales, rue Wassili Os- 
trov, 12*^ ligne, Saint-Pétersbourg. 

Consistoire central des Israélites de France, rue de la Vic- 
toire, 44. 

Consistoire Israélite de Belgique, rue du Manège, 12, Bruxelles. 

Consistoire Israélite de Bordeaux, rue IIonoré-Tessier, 7, Bordeaux, 

consistoirk israélite de lorraine, mctz. 

Consistoire Israélite de Marseille. 

Consistoire Israélite d'Oran. 

Consistoire Israélite de Paris, rue Saint-Georges, 17 (200 fr.). 

Dalsacb (Gobert), rue Rougemont, 6. 

Debré (Simon), rabbin, avenue Philippe-le-Boucher, 5 bis, Neuilly-sur- 

Seine. 
Delvaille (D' Camille), Bayonne- 
Derenbourg (Ilarlwig), directeur-adjoint à l'Ecole des Hautes-Etudes, 

rue de la Victoire, 56. 
Deutsch, professeur au Ilebrew Union Collège, Cincinnati. 
DiTisiiEiM (Arthur), La Chaux-de-Fonds, Suisse. 
Dreyfus (Abraham), à Sainl-Nom-la-Bretèche (Seine-et-Oise). 
Dreyfus (Anatole), rue Grange-Batelière, 10. 
Dreyfus (L.), avenue des Champs-Elysées, 77. 



LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ LV 



Dreyfus (René), rue de Monceau, 81. 

Dreyfus (Tony), rue de Berri, 6. 

Dreyfuss (Jacques-H.), grand rabbin de Paris, rue Tailbout, 95. 

DuvAL (Rubens), professeur au CoUèfre de France, rue de Sontay, U. 

Ecole Israélite, Livourne. 

EiGHTHAL (Eugène d'), boulevard Malesherbes, 144. 

Eissler, rabbiu, Klausenbourg, Autriche-Hongrie. 

Engelmann, rue de Chateaudun, 9. 

Ephrussi (Jules), place des États-Unis, 2. 

Epstein, Grillparzerstr., 11, Vienne. 

Errera (Léo), professeur à TUniversite', rue de la Loi, 38, Bruxelles. 

Essling (Prince d'), rue Jean-Goujon, 8. 

Feldmann (Armand), avocat, rue de Penthiévre, 11. 

Fernandez (Isaac), Constantinople. 

Fischer (D^Julius), rabbin, Gerstgasge, 15, Prague, Autriche-Hongrie. 

FiTA (Re'v. P. Fidel), membre de l'Académie royale d'histoire. Galle 

Isabella la Catholica, Madrid. 
Fould (Léon), faubourg Poissonnière, 30. 
Franck (E.), Beyrouth. 
FuERST (D'^), rabbin, Mannheim. 

Gautier (Lucien), route do Chône, 88, Genève. 

Gerson (M. -A.), rabbin, Dijon. 

Goeje (J. de), professeur à l'Université, Leyde. 

Goldsghmidt, rabbin, Mislitsch, Autriche. 

Goldschmidt (Edouard de), boulevard Haussmann, 157. 

Gommes (Armand), rue Thiers, 9, Bayonnc. 

Gottheil (Richard), professeur au Collumbia-College, New- York. 

Gross (Heinrich), rabbin, Augsbourg. 

Grunbaum (H.), I Franzensring, 18, Vienne. 

Grunebaum (Paul), rue de Courcelles, 73. 

GuBBAY, avenue du Bois de Boulogne, 34. 

GuBBAY (M"®), boulevard Malesherbes, 165. 

GuBBAY, rue Pierre-Charron, 63. 

GuDEMANN (D'), grand rabbin. Vienne. 

HADAMARD'(David), rue de Chateaudun, 53. 

Haguenau (David), rabbin, rue d'IIauteville, 23. 

Halberstam (S.-J.), Bielitz, Autriche-Hongrie. 

Halévy (Ludovic), membre de l'Académie française, rue de Douai, 22. 

Halfon (M'^^S.), faubourg Saint-Honoré, 215. 



LVI ACTES ET CONFÉRENCES 



IIAMMERSGHLA.G, II Ferdinandstr., 23, Vienne. 
Hayem (Julien), avenue de Villiers, 63 (40 fr.). 
Heller (Bernard), professeur, II Ker. realiskala, Budapest. 
Hermann (Joseph), rabbin, Reims. 
Herzog (DO» rabbin, Kaposwar, Autriche-Hongrie. 
Herzog (Henri), inge'nieur des ponts et chaussées, Dieppe. 
Hirsch (Joseph), inge'nieur en chef des ponts et chaussées, rue de Cas- 
tiglione, I. 

ISRAELiTiSGH-THEOLOG. Lehranstalt, Vienne- 

ISRAELSOHN (J.), boulcvard de Tver, maison Poliakoff, Moscou. 

ISTiTUTO suPERiORE, sczionc dï fîlologia e filosofia, Florence. 

Jaïs (Félix), boulevard de France, I, Alger. 

Jastrow (M.), rabbin, Philadelphie. 

JouRDA, directeur de l'Orphelinat de Rothschild, rue de Lamblardie, 7. 

Judith Montefiore Collège, Ramsgate, Angleterre. 

Kahn (Salomon), boulevard Baile, 172, Marseille. 

Kahn (Zadoc), grand rabbin du Consistoire central des Israélites de 
France, rue Saint-Georges, 17. 

Kaminka (do, rabbin-prédicateur, Prague. 

Kann (M™°), avenue du Bois de Boulogne, 58. 

Kaufmann (David), professeur au Séminaire Israélite, Andrassystr., 20, 
Budapest. 

KiNSBoURG (Paul), rue de Cléry, 5. 

Klotz (Victor), rue de Tilsitt, 9. 

KoHN (Georges), rue Ampère, 30, 

KoHUT (G. -A.), New- York. 

KomitetSynagogi na Tlomackiem, Varsovie. 

KOKOVTSOFP (Paul de), Ismailowsky Polk 3, rotle M. 11, log. 7, Saint- 
Pétersbourg. 

Krauss (Samuel), professeur, Kiralyutcza, 88, Budapest. 

Lambert (Abraham), avoué, rue de l'Atric, Nancy. 

Lambert (Elie'zer), avocat, rue du faubourg Poissonnière, 130. 

Lambert (Mayer), professeur au Séminaire israëlite, rue Condorcet, 53. 

Lassudrie, rue Lafjfîtte, 21. 

Lazard (Lucien), archiviste-paléographe, r. Rochechouarl, 49. 

Lebhar (Samuel), impasse de Chartres, Alger. 

Lehmann (Joseph), grand rabbin, directeur du Séminaire israélile, rue 

Vauquelin, 9, 
Lehmann (Mathias), rue Taitbout, 29. 



LISTK DES MEMBHIilS DE LA SOCIÉTK LVII 

Lehmann (Samuel), rue de Provence, 23. 

LÉON (Elie), rue Lesueur, 1. 

LÉON (Xavier), rue des Mathurins, 39. 

Léon d'Isaac Jaïs, rue Henri-Martin, 17, Alger. 

Leven (Emile), rue de Trévise, 35. 

Leven (Léon), rue de Trévise, 37. 

Leven (Louis), rue de Phalsbourg, 18. 

Leven (D"" Manuel), avenue des Champs-Elysées, 26. 

Leven (Narcisse), avocat, rue de Trévise, 45. 

Leven (Stanislas), conseiller général de la Seine, rue Miromesnil, 18. 

LÉvi (Israël), rabbin, professeur au Séminaire israe'lile, maître de confé- 
rences à l'Ecole des Hautes-Etudes, rue Condorcet, 60. 

Lévi (Sylvain), professeur au Collège de France, rue Guy-dc-Ia- 
Brosse, 9. 

LÉVY (Alfred), grand rabbin, Lyon. 

LÉVY (Paul-Galmann), rue Auber, 3. 

LÉVY (Charles), Colmar. 

LÉVY (Emile), grand rabbin, Bayonne. 

LÉVY (Aron-Emmanuel), rue Vauquelin, 15. 

Levy (Jacques), grand rabbin, Constantine. 

LÉVY (Léon), rue Logelbach, 2. 

LÉVY (Raphaël), rabbin, rue du Pas-de-la-Mule, 6. 

LÉVY (Ruben), institulour de rAUiauce Israélite, à Damas. 

Lévy-Bruhl (Lucien], professeur de philosophie au Lycée Louis-le- 
Grand, rue Montalivet, 8. 

Lévylier, ancien sous-prefet, rue Vignon, 9. 

Lœw (D"^ Immanuel), rabbin, Szegedin. 

Lœwenstein (MM.), [rue Le Peletier, 24. 

Lœwy (A.), 100, 15, Acol-Road, West End Lane, Londres. 

Lucas (Léopold), rabbin, Prenzlauerstr., 53, Berlin. 

Lyon-Cahen (Charles), membre de Tinstitut, professeur à la Faculté de 
droit, rue Soufflol, 13. 

Mannheim (Charles-Léon), rue Saint-Georges, 7. 

Margus (Saniel), inspecteur de la Régie ottomane, Smyrno. 

Marmier, colonel du génie, Versailles. 

Matthews (H. J.), Upper Rock Gardons, 45, Brighlon. 

May (M""®), place de l'Industrie, 22, Bruxelles. 

Mayer (Ernest), boulevard Malesherbes, 66. 

Mayer (Félix), rabbin, Valenciennes. 

Mayer (Gaston), avocat à la Cour de Cassation, avenue Montaigne, 3, 

Mayer (Henri), professeur agrégé, rue Miromesnil, 18. 

Mayer (Michel), rabbin, pkcc des Vosges, 14. 



LVin ACTES ET CONFÉRENCES 

Mayrargues (Alfred), boulevard Maîesherbes, 103. 

Meiss, rabbin, Nice. 

Meyer (D'" Edouard), boulevard Haussmann, 73. 

MiTRANi (S.)i professeur, Moustapha-Pacha, Turquie. 

MoGATTA (Fre'de'ric-D.), Connaught Place, 9, Londres. 

MODONA (Leonello) , sous-bibliothécaire de la Bibliothèque royale, 

Parme. 
MuNK (Mayer), pî'ofesseur, Kopernilka, 26, Lemberg. 

Netter (D'" Arnold), agrège' de médecine, boulevard Saint-Germain, 129. 
Neubauer (Adolphe), bibliothécaire à la Bodle'ienne, Oxford. 
Neumann (D""), grand rabbin, Gross-Kanizsa, Autriche-Hongrie. 
Neymargk (Alfred), rue Vignon, 18- 

OcHS (Alphonse), rue Lafayelte, 26. 

Oppenheim, rabbin, Olmûtz, Autriche-Hongrie. 

Oppenheimer (Joseph-Maurice), rue Le Peletier, 7. 

Oppert (Jules), membre de l'Institut, professeur au Collège de France) 

rue de Sfax, 2. 
OssovETZKi, à Rosch Pinah, par Safed, Palestine. 
OuLMAN (Camille), rue de Grammont, 30. 
OuvERLEAUx (Emile), conservateur honoraire de la Bibliothèque royale 

de Bruxelles, rue Cortambert, 13. 

Pereira-Mendes. rabbin de la Communauté' portugaise, 6 West, 9 '*» 

Street, New-York. 
Péreire (Gabriel), rue Maubec, 38, Bayonne. 
Péreire (Gustave), rue do la Victoire, 69. 
Perles (Félix), rabbin, Kœnigsberg. 
Perreau (le chevalier), bibliothécaire royal, Parme. 
Picot (Emile), membre de l'Institut, avenue de Wagram, 135. 
Philipson (David), rabbin. Lincoln avenue, 126, Cincinnati. 
PiNTUs (J.), square Monceau, 82, boulevard des Batignolles. 
PoLiAKOFF (Lazare de), Moscou (100 fr.). 
PoRGÈs (Charles), 25, rue de Berry (40 fr.). 
PozNANSKi, Tlomackie, Varsovie. 
PozNANSKi, rabbin, Pilsen, Bohême. 
Propper (S.), rue Volncy, 4. 

Raqosny, h la Compagnie générale, rue Taitbout, 62. 
Rkinach (Joseph), ancien députe', avenue Van Dyck, 6. 
Rkinach (Salomouj, membre de l'Institut, conservateur -adjoint du 
muse'e de Saint-Germain, rue de Lisbonne, 38. 



LISTE DES MEMMRES DE LA SOCIETE LlX 

Rbinach (Théodore), docteur en droit et es lettres, rue Murillo, 26. 

Rheims (Isidore), rue de Saint-Pétersbourg, 7. 

RoSENTHAL (le baron de), Heerengracht, 500, Amsterdam. 

Rothschild (le baron Alphonse de), membre de l'Institut, rue Saint- 
Florentin, 2 (400 fr.). 

Rothschild (le baron Arthur de)^ rue du Faubourg-Saint-Honoré, 33 
(400 fr.). 

Rothschild (le baron Edmond de), rue du Faubourg-Saint-Honoré, 41 
(400 fr.). 

Rothschild (le baron Gustave de), avenue Marigny, 23 (400 fr.). 

Rothschild (la baronne James de), avenue Friedland, 38 (50 fr.). 

Rothschild (la baronne Nathaniel de), faubourg Saint-Honoré, 33 
(100 fr.). 

Rothschild (le baron Edouard de), 2, rue Saint-Florentin (150 fr.). 

RozELAAR (Le'vie-Abraham), Sarfatistraat, 30, Amsterdam. 

RuFF, rabbin, Verdun. 

Sacerdote (G.), 2 Ferdinandchasse, Grossi ichterfelde, près Berlin. 

Sack (Israël). Gaisbergstr., 31, Hcidelberg. 

Sadoun (Ruben), rue du Chêne, 4, Alger. 

Saint-Paul (Georges), maître des requêtes au Conseil d'État, place des 

Etats-Unis, 8. 
Salpeld, rabbin, Mayence. 

ScHREiNER (Martin), professeur, Lindenstr., 48, Berlin. 
ScHUHL (Moïse), grand rabbin, Epinal. 
SCHUHL (Moïse), rue Mayran, 8. 
Schwab (Moïse), bibliothe'cairc de la Bibliothèque nationale, cité Tré- 

vise, 14. 
ScHWARTz (D0> Rector der Israël. -theolog. Lehranstalt, II Tempelgasse, 

3, Vienne. 
Sèches, rabbin, Saint-Etienne. 

Sée (Camille), conseiller d'Etat, avenue des Champs-Elysées, 65. 
Sée (Eugène), ancien préfet, boulevard Malesherbes, 101. 
Simon (Joseph), instituteur, Nîmes. 
SiMONSEN, grand rabbin, Copenhague. 
Sonnenfeld, rue Pasquier, 2. 
Stern (René), rue Paul Baudry, 12. 

Straus (Emile), avocat à la Cour d'appel, rue Miromesnil, 104. 
Sulzberger, Chestnut Street, Philadelphie. 

Taub, rue Lafayette, 10. 

Ulmann (Emile), rue de la Trémoille, 6. 



LX ACTES ET CONFÉRENCES 

Vernes (Maurice), directeur-adjoint à l'Ecole des Hautes-Etudes, rue 

Notre-Dame-des-Champs, 91 bis. M 

Vid^l-Naquet, président du Consistoire Israélite, Marseille. 
VoGELSTEiN (D''), rabbiu, Stellin. 
VooRSANGER (D""), Californie sir., 2318, San Francisco. 

Weill (D"* Anselme), rue Saint-Lazare, 101, 

Weill (Emmanuel), rue Tailbout, 8. 

Weill (Emmanuel), rabbin, rue Condorcet, 53. 

Weill (Gabriel), avenue Montaigne, 43. 

Weill (Georges), rue des Francs-Bourgeois, 13. 

Weill (Isaac), grand rabbin, Strasbourg. 

Weill (Vite), rue de Lancrv, 17. 

Wertheimer, grand rabbin, Genève. 

Wiener (Jacques), pre'sident du Consistoire Israélite de Belgique, rue 

de la Loi, 63, Bruxelles. 
Wilmersdœrker (Max), consul général de Saxe, Munich. 
WiNTER (David), avenue Velasquez, 3. 
WoLF, rabbin, La Chaux-de-Fonds, Suisse. 



COMPOSITION DU CONSEIL 

Président d'honneur : M. le baron Alphonse de Rothschild; 

Président : M. Albert Ca.hen ; 

Vice-présidents : MM. Rubens Duval et Maurice Blogh ; 

Trésorier: M. Moïse Schwab; 

Secrétaires : MM. Lucien Lazard et Mayer Lambert; 

MM. Albert-Lévy, Henri Becker, Bickart-Sée, Abraham Cahen, 
L. Cerf, Hartwig Derendourg, Edouard de Goldschmidt, J.-H. 
Dreyfuss, Zadoc Kahn, Joseph Lehmann, Israël Lévi, Sylvain Lévi, 
Michel Mayeu, Jules Oppert, Salomon Reinagh, The'odore Rsinach, 
Baron Henri de Rothschild, Maurice Vernes. 



COMPOSITION DU COMITÉ DE PUBLICATION 

Président -. M. Théodore Reinach. 

MM. Bloch, Abraham Cahen, Albert Cahen, Derenbourg, Drby- 
Fuss, Duval, Zadoc Kahn, Lambert, Lazard, Schwab. 



PROCÈS-VERBAUX DES SEANCES DU CONSEIL 



SÉANCE DU 28 AVRIL 1898. 
Présidence de M. Joseph Lehmann, président. 

M. Lehmann fait une communication sur la chronologie de la 
période du second temple d'après les sources rabbifiiqiies . 

Des observations sont présentées par MM. Zadoc Kahn et Israël 
Lévi. 



SÉANCE DU 30 JUIN 1898. 

Présidence de M. Joseph Lehmann, président. 

M. Lehmann continue sa communication sur la chronologie de la 
période du second temple d'après les sources rabbiniques. 



SEANCE DU 27 OCTOBRE 1898. 
Présidence de M. Salomon Reinach. 

Le Conseil s'entretient des conférences de l'année 1899. 

M. Schwab soumet au Conseil les grandes lignes d'un travail 
qu'il a entrepris : c'est le relevé de tous les articles relatifs au ju- 
daïsme parus dans les périodiques depuis 1789. M. Schwab est in- 
vité à apporter à la séance suivante un spécimen de son travail. 



l 



LXII ACTES ET CONFÉRENCES 

M. Lambert fait une communication sur les documents contenus 
dans le livre d'Ezra. 

M. Oppert présente quelques observations. 



SÉANCE DU 24 NOVEMBRE 1898. 
Présidence de M. Zadoc Kahn. 

11 est nommé une commission pour l'examen du projet de publi- 
cation d'un index des articles parus depuis cent ans et intéressant la 
science juive, projet présenté par M. Schwab. Sont désignés pour 
en faire partie : MM. Maurice Blocli, Derenbourg, Lazard, Israël 
Lévi, Salomon et Théodore Reinach. 

Le Conseil vote une souscription de 150 francs aux Juifs de 
Paris pendant la Révolution, par M. Léon Kahn. 

Sont admis comme membres associés : 

MM. Balitzer, de Genève ; 

PozNANSKi, rabbin à Pilsen ; 
Mayer Munk, professeur à Lemberg ; 
Bernard Heller, professeur à Budapest. 

Il est décidé que la traduction des œuvres de Josèphe sera tirée 
à 1,000 exemplaires. 

M. Lucien Lazard fait une communication sur le rôle des Juifs 
convertis dans la formation de la population française. 



SÉANCE DU T JANVIER 1899. 

Présidence de M. Maurice Bloch. 

L'assemblée générale est fixée au 28 janvier. L'ordre du jour 
de cette réunion portera : !<> Allocution du Président ; 2'^ Rapport 



PROCÈS-VERBAUX DES SEANCES DU CONSEIL LXIII 

financier ; 3<» Rapport sur les publications de la Société ; 4'» Confé- 
rence de M. Maurice Bloch sur les Juifs et la prospên'lé ptiblique à 
travers l'histoire. 

M. Albert Cahen sera présenté aux suffrages de l'Assemblée pour 
les fonctions de Président. 

M. Schwab soumet un projet de budget pour l'année 1899. Re- 
cettes éventuelles : 11,200; dépenses : 10,900. 



SEANCE DU 23 FÉVRIER 1899. 
Présidence de M. Albert Cahen, président. 

M. le Président remercie ses collègues du Conseil de l'honneur 
qu'ils lui ont fait en le désignant aux suffrages de l'assemblée gé- 
nérale. 

11 rappelle la mémoire de M. H.-J. Reinach, membre perpé- 
tuel de la Société, et vante les qualités du défunt, qui a donné à la 
Société des Etudes juives deux de ses membres les plus distingués 
et les plus dévoués. 

Il est procédé à la nomination du Bureau. Sont élus : 

MM. Rubens Duval, Vice-Prés ide?it ; 
Maurice Bloch, — 

Lucien Lazard, Secrétaire ; 
Mayer Lambert, — 
Moïse Schwab, Trésorier. 

Le Comité de publication est maintenu en fonctions. 

M. Schwab donne quelques renseignements sur son projet de 
publication. Il est décidé que les poésies et articles d'imagination 
n*y entreront pas. — 11 est statué également que l'ouvrage sera 
autographié, et que la Société accordera à l'auteur une subvention 
de 800 francs, pour laquelle elle recevra 80 exemplaires. 



LXIV ACTES ET CONFÉRENCES 

M. Israël Lévi entretient le Conseil du Congrès de l'Histoire des 
Religions qui se tiendra en septembre 1900, à Paris, et dont l'orga- 
nisation a été confiée à la section des Sciences religieuses de l'Ecole 
des Hautes-Etudes. Un questionnaire sera envoyé aux membres 
adhérents. Les questions mises à l'ordre du jour, pour la section du 
judaïsme, sont : P Réaction du christianisme sur le judaïsme; 2° va- 
leur documentaire du Talmud pour l'histoire des idées religieuses et 
des rites. 

11 sera envoyé une circulaire aux membres du Conseil pour les 
inviter à faire connaître les points qu'ils sont disposés à traiter dans 
les séances mensuelles du Conseil. 

Sur la proposition de M. Schwab, une conférence sera demandée 
à M. Orner Jacob, archiviste paléographe. 



Le gérant, 

Israël Lévi. 



VERSAILLES, IliPRIMBRIES CERF, 59, RUE DUPLEBSI8. 



UN POÈTE JUIF DU XIF SIÈCLE 
JUDA HALÉVI 

CONFÉRENCE FAITE A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 

LE 10 MAI 1899 

Par m. Julien WEILL, rabbin. 



Mesdames et Messieurs, 

S'il est un moment de son passé dont le judaïsme, depuis sa com- 
plète dispersion dans le monde, ait quelque droit de s'enorgueillir, 
pour peu qu'il prenne la peine d'y étudier et d'y apprécier les hommes 
et les œuvres qui lui ont fait honneur, c'est cette époque vraiment 
privilégiée qui s'ouvrit pour lui, il y a quelque dix siècles, en 
Espagne, sous la domination d'ordinaire éclairée et tolérante des 
Arabes. On sait que ces protecteurs intelligents des arts et des 
sciences, qui prirent tant d'avance dans toutes les directions de la 
pensée sur la barbarie environnante, permirent libéralement à toutes 
les activités de se dépenser, à tous les talents de se donner carrière. 
C'est ainsi que du x® au xiii^ siècle environ, pendant tout le temps 
où la puissance de l'Islam tint en échec ou en respect celle de la 
chrétienté, lui imposant même par l'ascendant de l'exemple une 
mansuétude bien oubliée plus tard, le judaïsme des riches et popu- 
leuses communautés espagnoles, accueilli avec faveur, honoré dans 
ses plus illustres représentants, put se développer sans trop de con- 
trainte extérieure, coopérer pour une large part à la diffusion des 
sciences, et, s'assimilant tout ce qu'il pouvait des disciplines et des 
mœurs étrangères sans se dissoudre et sans cesser de s'affirmer, briller 
d'un éclat exceptionnel dans son histoire. Fidèle, en général, à ses 
traditions essentielles, dont il ne fit que prendre plus intimement 

ACT. ET aONF. E 



LXVI ACTES ET CONFÉRENCES 

conscience et qu'il apprit, à l'école des logiciens de l'Islam, à coor- 
donner avec méthode et discernement, il n'hésita pas à se lancer 
avec ardeur dans toutes les voies nouvelles qui s'ouvraient devant 
lui, prodiguant aux sciences des chercheurs sagaces et aux arts de 
la pensée de passionnés néophytes. 

Parmi les grands hommes nés dans le judaïsme de cette période 
et de ce pays, politiciens et savants, philosophes et théologiens, 
grammairiens et poètes, on est plus particulièrement séduit par une 
figure d'une beauté morale achevée qui n'a jamais eu que d'enthou- 
siastes admirateurs et qui, à beaucoup d'égards, apparaît comme le 
type le plus caractéristique de la société juive de ce temps. Au milieu 
de tant d'esprits d'une culture encyclopédique, nul n'a possédé plus 
de dons naturels ni de plus riches que le célèbre Juda Halévi, mais 
surtout nul n'a étudié avec autant de perspicacité et de profondeur 
tout ce qui était en dehors du judaïsme proprement dit et n'est 
demeuré, on définitive, malgré ou bien plutôt grâce à cette large et 
consciencieuse information, plus strictement et plus délibérément 
juif. Non pas qu'il n'ait subi, comme son entourage, un certain 
nombre d'influences étrangères, et il était trop averti lui-même de 
l'irrésistible action du milieu et des circonstances sur la destinée 
des hommes et des peuples pour ne pas prendre son parti des sacri- 
fices qu'il dut faire, vivant en Espagne, au milieu des Maures et des 
chrétiens, à certaines habitudes contemporaines de vie et de 
pensée. Mais précisément, et c'est l'un des traits originaux par où 
il se distingue des autres grandes personnalités juives de son temps 
qui se laissèrent plus profondément arabiser et « castillaniser » que 
lui, le progrès de son esprit a consisté à s'affranchir peu à peu de 
certaines de ces intluences et à ne subir les autres que dans la me- 
sure où non seulement elles ne lui faisaient rien abandonner de sa 
foi aux destinées privilégiées de son peuple et à ses espérances 
d'avenir, mais même elles l'y affermissaient davantage. 

Je n'apporterai ici rien de proprement nouveau sur l'œuvre de 
Juda Halévi, dont le Divan, c'est-à-dire le recueil de ses poésies, a 
fait l'objet en notre siècle de nombreuses publications et études et 
dont le dialogue théologique Alchazari, rédigé en arabe et traduit 
depuis son apparition vers 1140 dans beaucoup de langues, — pas 



UN POÈTE JUIF : JUDA HALEVI LXVII 

dans la nôtre malheureusement, — n'a cessé d'être lu et coDomenté *. 
Je voudrais seulement essayer devant vous une esquisse d'ensemble 
qui, se résignant à négliger beaucoup d'éléments d'intérêt, rappro- 
cherait surtout le poète d'exquise sensibilité et le penseur de ferme 
raison que fut Juda Halévi et ferait voir en lui l'homme curieux de 
tous les efforts de la pensée contemporaine, habile îi s'en assimiler 
les résultats heureux, sachant juger de haut, avec la clairvoyance du 
sage et la sérénité d'une conscience forte, toutes les règles de vie 
élaborées en dehors du judaïsme, capable de résister aussi bien aux 
assauts de l'intolérance haineuse qu'aux amorces du prosélytisme 
le mieux intentionné, gardant par-dessus tout sa foi intacte dans la 
restauration éventuelle de l'hégémonie de son peuple, « premier-né 
du Seigneur », s'acheminant peu à peu à la théorie la plus cohé- 
rente, la plus rigoureuse et la plus sincère de l'élection d'Israël qui 
ait jamais été conçue, et demeurant toute sa vie avec une limpide 
unité le croyant inspiré et ému qui retrouve, en même temps que la 
langue du Psalmiste, le souffle et la grandeur lyriques de ses plus beaux 
chants, le chercheur d'infini, altéré de visions divines et de pureté 
morale, associant dans une commune dilection son Dieu, son peuple 
et le pays de ses ancêtres, réussissant à donner l'expression la plus 
ardente et la plus délicate aux souffrances et aux vœux de la com- 
munauté juive en exil, redisant pour l'épouse inconsolée qui songe, 
dans les larmes, aux beaux jours d'autrefois, les plus radieux des 
épithalames, évoquant enfin Sion, la ville de splendeur et de gloire, 
l'incomparable demeure nuptiale qui solennisait jadis l'union des 
mystiques amants du Cantique et dont les ruines abritaient encore, 
pour le poète, tant de souvenirs et tant d'espérances. 

* Nous ne voulons pas donner ici de bibhographic détaillée sur Juda Halévi . 
Mentionnons seulement la première anthologie du Divan par S. D. Luzzatto 
{Betoidath bath Yehouda, Prague, 18'»0),qui fut suivie de beaucoup d'autres. L'édi- 
tion complète du Divùn se poursuit actuellement à Berlin (depuis 189-i). Quant 
au Chazari, la plus récente édition est celle de M. II. IIirschfeld,qui en a donné 
d'abord une nouvelle traduction allemande (Hreslau, 1885) et a publié ensuite 
l'original arabe et la version hébraïque (1887). En fait d'étude générale sur Juda 
Halévi, citons l'intéressant essai de M. D. Kaufmann, Jehnda Halewi, Versuch 
einer Charakteristik (Breslau, 1877), qui nous a été iort utile. 



LXVm ACTES ET CONFÉRENCES 



Mesdames et Messieurs, la vie même de Juda Halévi est enve- 
loppée de mystère. Les différents événements qui remplirent cette 
vie, leur succession chronologique sont fort mal connus et, si l'on 
en excepte la fin de sa carrière, marquée par la composition de 
l'Alchazari et ensuite par le voyage en Terre Sainte, dont les der- 
nières poésies du pieux pèlerin nous offrent comme un journal sans 
épilogue, la biographie de notre poète se réduit, en somme, à peu 
de chose. Les contemporains et les successeurs de Juda Halévi ont 
porté l'œuvre aux nues, mais se sont montrés très sobres de détails 
sur l'ouvrier. Nous n'avons pour nous renseigner que les confidences 
de l'auteur, qui, du moins, comme tous les poètes lyriques, nous livre 
volontiers les secrets de sa vie intérieure. Grâce aussi aux nom- 
breuses poésies de circonstance qu'il n'a cessé de composer, sa vie 
durant, on peut reconstruire sans trop de peine le milieu où Juda 
Halévi a vécu et la société des hommes avec lesquels il fut lié. Pour 
nous, toutefois, nous négligerons ce qui n'offre qu'un intérêt en 
quelque sorte anecdotique, et nous reporterons la plus grande part 
de notre attention sur l'histoire de la pensée et l'examen de l'œuvre 
littéraire et religieuse de Juda Halévi. 

Aboul Hassan Yehouda ibn Samuel Hallavi, pour lui donner son 
nom complet en arabe, sa langue maternelle, naquit dans le dernier 
quart du xi° siècle, selon toute apparence à Tolède, et peu de temps 
après qu'Alphonse VI, roi de Léon, de Castille, de Galice et de 
Navarre, faisant les premiers pas décisifs vers la reconquête de la 
péninsule sur l'Islam, avait pénétré en vainqueur dans la célèbre 
cité, le 25 mai 1085. Le déclin politique, sinon moral, se dessinait 
déjà pour la puissance musulmane. Juda Halévi se trouva donc 
placé historiquement et géographiquement au point de contact de 
deux puissances guerrières et religieuses, se croyant toutes deux 
appelées à la domination universelle, mais dont l'une fléchissait 
déjà visiblement. Il dut, dès ses premières années, être vivement 
impressionné au spectacle de ce grand duel de deux peuples et de 



UN POÈTE JUIF : JUDA HALÉVI I.XIX 

deux fois et sentir déjà se former en lui l'ardente conviction qu'il 
exprime si fortement au frontispice du livre où il mit l'expression 
définitive de sa pensée, à savoir que la puissance politique et mili- 
taire ne saurait témoigner en faveur de la vérité d'une religion, 
que le succès des combats est toujours précaire et le sang versé 
toujours une offense au Dieu qu'on prétend servir, et qu'inverse- 
ment, consolante pensée, l'abaissement du peuple juif ne signifiait 
pas, comme ces magnifiques conquérants se plaisaient à le conce- 
voir, une déchéance définitive. Revendiquant pour le judaïsme les 
maximes d'humilité des Evangiles, d'ailleurs renouvelées des pro- 
phètes, Juda Halévi aimait à se dire : « Heureux les humbles et les 
proscrits ! Ce sont les proches parents de Dieu. » 

Au reste, grâce à un équilibre momentané de la croix et du 
croissant, une sécurité relative régnait dans l'Espagne chrétienne. 
Alphonse VI, le nouveau maître de Tolède, confirma à ses sujets de 
toutes confessions les franchises dont ils avaient joui depuis plu- 
sieurs siècles, et Tolède put devenir même un abri pour les penseurs 
chrétiens et musulmans inquiétés ailleurs par le fanatisme. Il appa- 
raît donc que Juda Halévi passa son enfance à une époque et dans 
un milieu à peu près dénués de troubles violents et c'est à ces cir- 
constances heureuses qu'il dut de pouvoir en grandissant déve- 
lopper librement les dons de sa précoce nature au sein d'une fa- 
mille probablement fortunée, au milieu d'une société brillante, dans 
la belle cité où, selon l'^ mot de Henri Heine, « le Tage doré lui 
fredonna son chant du berceau ' ». 

Instruit dès le premier âge dans la lecture et l'étude de la 
Bible, dont il s'assimila bientôt le langage, Juda Halévi s'adonna 
de bonne heure à la composition poétique et conquit d'emblée la 
faveur des meilleurs poètes juifs de son temps, tels que l'illustre 
Abou Haroun Moïse ibn Ezra de Grenade qui allait devenir son 
ami le plus cher. Avant de poursuivre, je dois vous dire un mot 
de cette poésie néo-hébraïque, cultivée depuis fort longtemps déjà 
par tous les Juifs lettrés. Chacun se piquait de versifier ; on allait 
jusqu'à correspondre communément dans une sorte de prose rimée. 

* Sebrâische Melodien, JeLuda ben Halevy. 



LXX ACTES ET CONFÉRENCES 



Ce goût était venu aux Juifs des Arabes : depuis plus d'un siècle, 
les grammairiens juifs, ayant approfondi la parenté des deux 
langues qu'ils parlaient concurremment, avaient introduit les 
mètres arabes dans l'hébreu biblique et adapté, non sans quelque 
violence, à la langue des prophètes la prosodie, la rythmique 
et la strophique compliquées des Catulles et des Horaces musul- 
mans. Après quelques tâtonnements, ces innovations, d'ailleurs 
préparées par l'œuvre des anciens païtanim, nos premiers poètes 
liturgiques, firent une fortune merveilleuse. Déjà, au cours du 
xi^ siècle, Salomon ben Gabirol s'était acquis un grand renom 
par ses nombreuses poésies synagogales, ornement de nos rituels; 
mais l'époque de Juda Halévi put être appelée à bon droit l'âge 
classique de cette riche et un peu artificielle fioraison. Peu à peu, 
les versificateurs juifs, moins timides et habitués maintenant à con- 
sidérer rÉcriture sainte sous le jour nouveau de l'esthétique, bri- 
sèrent les cadres de la liturgie. A côté des sujets proprement reli- 
gieux, ils s'adonnèrent volontiers aux genres philosophique et 
gnomique, et enfin arrivèrent, à la faveur de la vie facile, élé- 
gante et voluptueuse qu'on menait sous le beau ciel de l'Espagne, 
à chanter en hébreu les joies et les plaisirs mondains. Oubliant ou 
éludant la signification ésotérique que la tradition attachait aux 
gracieuses idylles du Cantique, on en restaura la langue amou- 
reuse pour la mettre au service de l'inspiration la plus profane. 
Les décisionnaires galants des cours d'amour, les poètes-lauréats 
en faveur chez les princes musulmans ou chrétiens, friands de 
bel esprit, trouvèrent des imitateurs ingénieux et brillants en 
Israël. Les vizirs juifs de Séville et de Saragosse patronnèrent, eux 
aussi, leurs cénacles de littérateurs, et ce fut une débauche de 
poèmes chevaleresques, erotiques et bachiques, de madrigaux et de 
chansons, de kasides et de ghazels. Le prophète Isaïe s'en fût voilé 
la face ! Ne se servait-on pas pour fêter le vin et la beauté de la 
même langue dont il avait invectivé jadis avec son âpie éloquence 
les voluptueux convives d'Ephraïm, couronnés de fieurs parmi les 
festins? Je me hâte d'ajouter, toutefois, que ces amusements n'a- 
vaient rien d'orgiaque ni de païen et que les poètes juifs, même 
adonnés aux imaginations légères, l'emportaient généralement, par 



UN POÈTE JUIF : JUDA HALÉVI LXXI 

la pureté de l'inspiration et la politesse du ton, sur leurs modèles 
arabes. 

Juda Halévi, durant sa jeunesse et morne plus tard de loin en 
loin, fit comme ses contemporains, qu'il surpassa seulement par la 
fécondité de son talent, la grâce aimable et l'élégance de la diction. 
C'est l'époque où il accumule les poésies de circonstance, fêtant ses 
amis et ses maîtres, à Tolède, à Lucéna, à Cordoue, dédiant des 
épithalames et de ces éloges pleins d'enjouement, d'esprit et aussi 
d'hyperboles que le goût du temps autorisait, rimant des énigmes, 
chantant enfin le vin et l'amour avec une belle ardeur de vie dont 
il se vante ingénument, mais dont le souvenir ne laissera pas de 
lui peser un peu dans la suite. 

Mesdames et Messieurs, je ne pourrai vous donner de notre poète 
qu'une image fort imparfaite : pour les plus nombreuses de ses poé- 
sies, sinon par bonheur pour les plus importantes et les plus belles, 
l'intérêt réside presque exclusivement dans la forme, dans la versi- 
fication et dans de multiples procédés de style, le plus souvent in- 
traduisibles et dont quelques-uns même ont une complexité spéciale 
à la poésie néo-hébraïque. Ainsi, le versificateur rompu dans l'art 
complexe d'assembler les mètres, d'emboîter les refrains, d'ac- 
crocher des initiales de noms propres ou même de phrases entières ' 
à des strophes finement ciselées, et, pour user d'une métaphore 
classique à cette époque, de sertir des expressions bibliques, comme 
autant de joyaux rares, sur une monture appropriée, je ne pourrai 
l'évoquer devant vous, à moins de m'attarder dans de fastidieux 
commentaires. Il vous faudra renoncer à connaître ce cliquetis 
un peu funambulesque de rimes homonymes, d'allitérations, 
de calembours et de mots à double ou même triple sens * qui 

' C'est ainsi qu'une élégie sur un de ses parents assassiné en 1108, Salomon 
bcn Férizol, est composée de telle sorte que les lettres initiales de chacun des 
soixante-treize distiques qu'elle contient, forment, quand on les réunit, deux 
autres distiques constituant une courte complainte sur le même sujet. 

' La littérature française du moyen âge connaît de,-^ jeux analogues, comme la 
rime /guivoquée, en grand honneur jusqu'à Marot et que les versilicateurs de 
l'école de Th. de Banville ont essayé, en notre siècle, de remettre à la mode. Ils 
peuvent, à bon droit, chercher leur ascendance littéraire dans cette poésie his- 
pano-arabe. 



LXXU ACTES ET CONFERENCES 

forment, pour employer une autre image du temps, les pierres de 
ces étincelantes mosaïques. Aussi bien, pour apprécier à son mérite 
le « style mosaïque » — c'est le terme consacré — , faut-il savoir 
presque par cœur l'hébreu de la Bible ; à chaque instant, des allu- 
sions d'une perfide ingéniosité déroutent le lecteur mal informé ; et 
de plus, fùt-on apte à saisir au vol tant d'intentions, il faudrait 
pour s'y plaire ne pas trop mépriser la doctrine de l'art pour l'art. 
Quelquefois, heureusement, toutes ces complications n'empêchent 
pas l'émotion véritable du poète de se faire jour, et lorsque ces pro- 
cédés et ces artifices sont employés avec l'incroyable dextérité de 
main d'un Juda Halévi, il peut arriver que la pureté deyinspira- 
tion n'en soit pas trop altérée. D'ailleurs, dans les pièces où le sujet 
est tel que le poète sent d'instinct que la pure virtuosité verbale et 
la recherche d'eff'ets spirituels seraient déplacés, c'est la poésie 
même de la Bible qu^on retrouve dans ses vers, modernisée seu- 
lement par des rythmes nouveaux, des cadences rigoureuses et 
d'harmonieux balancements. On a dit de Bossuet qu'il s'assimilait à 
ce point le verbe grave ou familier, véhément ou tendre des Écri- 
tures, qu'on ne savait souvent, lorsqu'il cite et paraphrase tel pro- 
phète, où s'arrête la citation, où commence le commentaire : cet 
art d'entretisser des versets ou des fragments de versets dans le 
premier canevas venu, qui est un des principaux éléments de la 
rhétorique de nos poètes néo-hébreux, nul ne l'a possédé à un 
degré aussi éminent que Juda Halévi ; et c'est pourquoi, de son 
vivant déjà, ses admirateurs le proclamaient l'émule des Korahides, 
les immortels chantres des Psaumes. 

Obligé de faire un choix dans le considérable Divan de Juda 
Halévi, je me suis attaché de préférence à ses poésies religieuses 
et nationales, qui l'emportent, d'ailleurs, incomparablement en 
intérêt sur les chants profanes et les compositions d'apparat et 
de circonstance ; car c'est dans celles - là qu'on voit se déve- 
lopper et se préciser les vues si intéressantes qui se grouperont 
peu à peu dans la pensée de l'auteur jusqu'à former une doctrine 
tout à fait nette et tranchée. C'est là aussi que l'auteur est le 
plus original, le moins asservi à l'influence arabe, dont il tendra 
de plus en plus à se dégager, et où l'on a le moins à regretter l'abus 



UN POÈTE JUIF : JUDA HALEVl LXXIU 



des figures de style à la mode. J'aurais plaisir, cependant, si je ne 
devais me borner, à vous citer tel madrigal ou tel ghazel bien venu, 
où la passion s'exprime avec sincérité et où la verve du poète, ou- 
bliant le plus joliment du monde l'anathème fameux des Proverbes : 
« Mensonge que la grâce et néant que la beauté », ne veut se sou- 
venir que des plus caressantes modulations du Cantique et, dans 
des décors de lauriers-roses, de myrtes et de palmiers, chante com- 
plaisamment les cheveux noirs comme la nuit, les teints et les 
lèvres éclatants à faire pâlir saphirs et constellations, des Sula- 
mites andalouses. Certaines de ces pièces, quand elles ne sont pas 
déparées par l'outrance des comparaisons, l'abus des alliances de 
mots, ont la grâce des plus fines épigrammes* de l'Anthologie grecque 
ou des plus délicates romances des troubadours provençaux. Une 
histoire générale de la poésie chevaleresque et du goût précieux de- 
vrait, je crois, tenir compte de cette partie de l'œuvre de Juda 
Halévi, comme aussi des nombreux poèmes profanes de ses plus cé- 
lèbres contemporains. 



II 



En même temps qu'il s'adonnait à la poésie, Juda Halévi faisait 
de fortes études, d'abord à Tolède, puis à Lucéna, ville presque en- 
tièrement juive, où enseignait le célèbre talmudiste Isaac Alfasi ; 
c'est là que Juda Halévi , disciple aimé de l'illustre docteur ainsi 

* Citons ici ces deux quatrains tirés des compositions profanes de Juda 
Halévi : 

Ami, ne dors plus ! Que je me pénètre 
Du feu de tes yeux ! En rêve, peut-être. 
Quelqu'un d'un baiser tes lèvres scella ? 
Je t'expliquerai ce doux songe-là. 

Sur mes genoux je berçais mon amant : 

En ma prunelle ayant vu son image. 

Il a baisé mes deux yeux follement. 

Me3 yeux ? Non pas ! Mais son propre visage I 



LXXIV ACTES ET CONFÉRENCES 

que de son successeur Ibn Migasch, approfondit le judaïsme rabbi- 
nique. L'aridité de la dialectique ne nuisit nullement à la fraîcheur 
de son imagination, et il ne lui parut pas, d'ailleurs, que le Talmud 
eût rien de desséchant. Comme le note l'auteur du RomancèrOy Juda 
Halévi puisa à pleines mains dans le trésor de hautes pensées et de 
fines sentences, d'apologues et de méditations de la féconde Aggada. 
Il se remplit aussi de respect pour cette grande tradition qu'il voyait 
se perpétuer sans rupture à travers les vicissitudes les plus tragiques 
et les plus agitées du passé de son peuple, et formuler peu à peu, 
avec l'autorité du nombre et de la science, ce grand corps de lois 
jalousement défendues alors par l'orthodoxie contre le Caraïsme. Il 
aiguisait, par le commerce de ses savants maîtres, les facultés de 
polémiste dont on le vit faire usage plus tard dans la partie du Cha- 
zari où il défend le judaïsme rabbinique. En outre, il apprenait la 
médecine qui allait devenir son métier, et étudiait, en général, toutes 
les sciences avec une ardeur dont le Talmud lui-même lui fournissait 
l'exemple : les docteurs de Palestine et de Babylonie n'avaient-ils 
pas été, eux aussi, mathématiciens, astronomes, naturalistes, mé- 
decins ? Enfin, bien qu'averti des erreurs où la philosophie entraîne, 
il voulut connaître, pour les juger à bon escient, ces sages de la 
Grèce antique qui exerçaient sur son temps et sur ses plus proches 
amis une si grande séduction, Empédocle et Socrate, Platon et 
Aristote, Pythagore et Epicure. Et il y eut sans doute quelque 
trouble dans sa pensée en passant en revue les spéculations 
enivrantes de ces grands hommes ; mais comme il vit que tous leurs 
systèmes se contredisaient et se ruinaient mutuellement, laissant à 
la fin la pensée inquiète et sans point d'appui solide, il en venait 
peu à peu à considérer avec dédain les réponses humaines aux 
questions dernières, et s'en allait chercher le vrai réconfort dans la 
foi desespères, qui, elle, procurait d'emblée ces grands objets que 
la raison toute seule s'épuisait vainement à chercher, mais dont le 
cœur ne pouvait se passer sans se llétrir. Un livre qui fit grand bruit 
en ce temps-là dut inlluer grandement sur l'éducation philosophique 
de Juda Halévi, tant l'idée qui l'inspirait était faite pour lui plaire. 
Il lut, à n'en pas douter, le célèbre ouvrage d'un théologien arabe 
nommé Gazzâli, ouvrage intitulé « Sur la vivification des sciences 



UN POÈTE JUIF : JUDA HALÉVI LXXV 

religieuses » et qui fit scandale dans le monde musulman par la 
hardiesse de ses vues. L'auteur s'était proposé de défendre la foi 
positive contre les pièges et les égarements de la philosophie pure, 
qui prétend faussement, selon lui, parvenir à la certitude et demeure 
vouée, ainsi qu'en témoigne l'histoire des systèmes, à un scepticisme 
douloureux et même mortel pour l'âme. Faire de même le tour des 
doctrines, les étudier sans haine, puis prendre conscience de leur 
impuissance fondamentale à satisfaire le cœur avide de croyance et 
d'amour, tel a dû être un des efforts essentiels de la pensée de Juda 
Halévi; et l'autre eff'ort, qui, à vrai dire, n'est pas en fait séparé du 
premier, c'a été de s'assurer de plus en plus que le Judaïsme 
n'était pas mort, qu'il était, au contraire, la source même de la 
vie ; que les deux religions qui croyaient l'avoir définitivement 
remplacé sur la scène de l'histoire ne vivaient que de sa propre 
essence ; qu'Israël avait seul le secret ineffable du verbe divin, 
qu'il en était le dépositaire toujours, malgré les défaillances, 
la misère et l'abaissement momentanés, et que de la Terre Sainte, 
centre et sanctuaire du monde, aux temps meilleurs où le sceptre 
reviendrait entre les mains de Juda, retentirait encore, aux oreilles 
émerveillées des peuples, la prophétie souveraine. 

C'est, d'une part, cette philosophie d'amour, de foi et d'émotion 
et c'est, de l'autre, le regret des gloires passées, mélangé d'une 
indomptable espérance d'avenir, qui parient dans la meilleure partie, 
la plus humaine, la plus dégagée des habiletés de la rhétorique, 
et la plus accessible à tous les cœurs, de l'œuvre poétique de 
Juda Halévi. 



III 



S'inspirant des plus profondes intuitions du Psalmiste, le poète 
affirme sa croyance en une Providence, c'est-à-dire en un Dieu dont 
l'essence est inconcevable, mais dont la présence universelle et la 
vigilance incessante sont attestées et par la nature et par l'histoire, 
un Dieu donc à la fois caché et manifeste, dont l'inaccessible hauteur 



LXXVI ACTES ET CONFÉRENCES 

enivre et confond la raison impuissante et terrifiée par l'abîme sans 
fond de la cause première, mais dont la réalité créatrice est affirmée 
par la révélation juive et pressentie aussi par l'adoration divina- 
trice des âmes élues que Dieu veut bien éclairer et couvrir de sa 
grâce. 

Voici d'abord un fragment d'une poésie où s'exprime cette 
antithèse d'un Dieu dont les voies sont à la fois très lointaines et 
très proches : 

Oui, c'est à lui qu'il sied d'habiter ta maison, 
Ce peuple au sein de qui réside ton grand nom, 
Dieu qui planes sur les éternelles cimes, 
Mais que trouve le cœur de l'humble pénitent, 
Que ne renferment pas les firmaments sublimes, 
Mais qui vins au Sinai dans le buisson ardent. 

Une autre pièce débute ainsi : 

Seigneur, où donc te rencontrer ? Ta demeure est haute et cachée. 
Mais où ne te rencontrer pas? Ta majesté remplit le monde. 

Beaucoup des poèmes liturgiques de Juda Halévi développent 
cette simple et sereine théodicée, où l'on retrouve les grands 
thèmes des plus beaux psaumes, l'oraison implicite de la nature 
entière, l'espérance et la joie du croyant. Juda Halévi savait mettre 
en pratique ou plutôt a dû inspirer ce précepte formulé dans la 
Poétique de son ami Moïse ibn Ezra, à savoir que le meilleur 
poème est celui qui plaît aux esprits cultivés et qui est compris de la 
foule Simplicité et grandeur, Juda Halévi y atteint souvent du 
même coup. Un philosophe moderne, M. Ravaisson, a exprimé 
cette forte pensée : « Dieu nous est plus intérieur que notre 
intérieur; il est plus près de nous que nous ne le sommes, sans cesse 
et à mille égards étrangers à nous-mêmes. » Il est curieux de voir 
l'effort de la réflexion religieuse aboutir déjà chez un Juda Halévi, 
malgré la différence des points de vue, à quelque chose de sen- 
siblement analogue. 11 dit quelque part , s'adressant à Dieu : 
« Lorsque tu t'élèves sur ton trône majestueux au-dessus des 
hommes, tu es encore plus proche d'eux que leur esprit et que leur 
chair. « 



UN POÈTE JUIF : JUDA HALÉVI LXXVll 

Ce Dieu, Juda Halévi le cherche tous les jours de sa vie dans la 
simplicité de son âme aimante et vibrante : a J'ai recherché ton 
intimité, s'écrie-t-il, et de tout cœur je t'ai invoqué et comme 
j'allais à ta rencontre, voici que tu venais au-devant de moi I » 
Mais le poète se dit qu'il faut avoir l'âme très pure pour mériter 
l'infinie jouissance du pressentiment divin. Aussi s'applique-t-il à 
scruter sévèrement sa conscience, qui doit être, pour traduire sa 
pensée dans une image qu'il ne désavouerait point, comme une 
transparente fenêtre sur l'au delà. Il ne faut pas croire cependant 
que Juda Halévi ait donné dans une sorte de quiétisme : outre que 
ses occupations absorbantes de médecin le ramenaient aux réalités 
concrètes, il montra toujours de l'éloignement pour la contemplation 
stérile autant que pour la superstition et nul ne définira mieux que 
lui la véritable piété, dont les élans sincères sont réglés et espacés 
parla sagesse du culte traditionnel et dont, au surplus, la médi- 
tation austère ne constitue pas la seule forme. Les heures fixées 
pour la prière, les grandes solennités de l'année sont pour lui 
comme autant de relais bienfaisants où se recrée l'âme épuisée et 
anxieuse. Cependant, encore qu'il réprouve nettement l'ascétisme 
monacal, qui avait séduit beaucoup de Juifs de son temps, notam- 
ment le célèbre auteur des Devoirs des cœurs, Bahia ibn Pakoda, et 
un autre moraliste, Abraham ibn Hiyya, il est arrivé à Juda Halévi, 
et vraisemblablement sur le tard, de célébrer avec une réelle 
exaltation l'affranchissement, dès ici-bas, de l'âme, qui, s'évadant de 
la prison de l'instinct et comme « mourant au monde » — la pensée 
est aussi judéo-arabe que chrétienne — aspire aux délices de la 
grâce et de l'amour divins. Ne nous plaignons pas de cette crise 
de mysticisme, d'ailleurs contenu et exempt de fièvre, car nous lui 
devons, entre autres, la très remarquable méditation que le rituel 
Sephardi compte parmi les prières du matin de Kippour ; je vous 
demanderai la permission de vous la citer intégralement dans une 
traduction qui s'efforce de conserver à la pensée de l'auteur son 
sens littéral, mais ne saurait reproduire ce que l'original possède de 
souplesse expressive et d'harmonie. La pièce ne porte point de 
titre. On peut toutefois lui donner celui de Suprême désir ou Suprême 
espérance. 



LXXVIII ACTES ET CONFÉRExNCES 



Seigneur, tu lis en mol ce que mon cœur espère 
Sans même que ma lèvre exprime mon de'sir : 
Posséder ta faveur un instant, puis mourir ! 
Oh ! si je pouvais voir exaucer ma prière ! 

Vers toi s'exhalerait mon esprit délivré 
Et mon sommeil aurait une douceur suprême. 
Si je suis loin de toi, ma vie est la mort môme I 
Si je m'attache à toi, dans la mort je vivrai ! 

Mais je ne sais comment paraître en ta présence, 
Quel sera mon hommage et mon culte et ma foi. 
Apprends-moi quels chemins conduisent jusqu'à toi; 
Fais tomber les liens grossiers de ma démence. 

Tandis que j'ai la force encore de souffrir, 
Instruis-moi, sans dédain pour mon humble détresse, 
Avant que le fardeau du jour morne m'oppresse, 
Qu'en mon corps épuisé tout vienne à se tarir. 

Avant que, malgré moi, je chancelle et je tombe. 
Que se brisent mes os, sous mon poids accablés, 
Et que j'aille, — où jadis mes pères sont allés, — 
Dormir dans une tombe à côte' de leur tombe. 

Sur la terre je suis comme un hôte d'un jour. 
Et pourtant c'est dans son sein qu'est mon héritage. 
Ma jeunesse a cherche' les plaisirs de son âge : 
Quand donc m'attireront les vrais biens à leur tour? 

Tous les désirs mondains enfermés dans mon âme 
M'empêchaient jusqu'ici de songer à ma fin. 
Comment rendrais-je hommage à mon auteur divin, 
Esclave des penchants, tout brûlé de leur flamme ? 

Pourquoi vouloir briguer honneurs et dignités. 
Quand le ver du tombeau demain sera mon frère? 
Et comment pourrait-on jouir d'un jour prospère, 
Si demain voit cesser toute félicité ? 

Tous les jours et les nuits concourent à la ruine, 
A la destruction prochaine de ma chair- 
La moitié de mon corps va s'eUrilant dans l'air, 
L'autre sera bientôt et poussière et vermine. 



UN POÈTE JUIF : JUDA HALÉVI LXXIX 



Qu'ajouterai-je encor? Tourmenteur acharné, 
Le penchant d'autrefois persiste à me poursuivre. 
Sans ta grâce, Seigneur, que m'importe de vivre ? 
Et si tu n'es mon lot, quel lot m'est destine' ? 

Mon âme est sans mérite et pauvre et toute nue, 
Et ta seule bonté lui sert de vêtement. 
Mais à quoi bon prier, invoquer longuement? 
Mon ardente espérance, ô mon Dieu, t'est connue. 

Cette vision toute intuitive de la divinité où notre poète aspire, 
des hommes la possédaient jadis : c'étaient les prophètes. Hélas ! 
Le secret de ce souverain bien semblait à jamais perdu ! Mais ne 
pouvait-on en recouvrer l'incomparable privilège en se remettant 
dans l'état d'esprit, dans la situation matérielle même de ces princes 
de la conscience morale? Etre comme le prophète de l'exil, comme 
un nouvel Ezéchiel, jamais, sans doute, JudaHalévi n'y aprétendu for- 
mellement, mais on sent, en le lisant, l'ambition superbe germer et 
mûrir dans son âme. Parler le pur hébreu, le parfait instrument des 
entretiens d'autrefois entre Dieu et les hommes, rajeunir ces mots 
jadis si vivants et si pleins de sens, retrouver l'esprit qui les avait 
dictés, entretenir, enfin, par le culte du souvenir et par l'accomplis- 
sement pieux des rites séculaires le foyer intérieur capable d'ali- 
menter cette flamme, c'a été la tâche quotidienne du poète. Aussi, 
est-ce avec une souffrance réelle et profonde qu'il dénonçait en lui- 
même toutes les tares, toutes les faiblesses, qui lui semblaient re- 
tarder ou compromettre son élévation à ce Sinaï entrevu. Ses 
péchés, dit-il maintes fois, sont comme une muraille qui le sépare 
de Dieu. 

JudaHalévi ne se contentait pas de s'affranchir lui-même des ser- 
vitudes du monde pour tâcher de s'allier à la famille de ceux qui 
« mettent dans leur cœur les chemins de Dieu et apprennent à leur 
âme à se présenter devant l'Éternel », il y conviait ceux qui lui 
étaient chers et qu'il estimait particulièrement : « Quitte les plai- 
sirs du monde, dit-il énergiquement à un de ses amis ; toi qui es 
familier avec les vérités, repousse les mensonges et habite ce 
monde-ci comme si tu habitais un cimetière. » Juda Halévi avait 
goûté, grâce à son mérite et à sa valeur professionnelle de médecin, 



LXXX ACTES ET CONFÉRENCES 

aux honneurs et aux grandeurs du monde et il en avait éprouvé la 
vanité, surtout quand il les comparaît à son hautain idéal. Para- 
phrasant un mot biblique, il s'écriait fièrement : 

Le serviteur du monde est esclave d'esclaves ; 
Le serviteur de Dieu seul est en liberté ! 

Un tel caractère était bien armé pour garder intacte toute sa foi ; 
et ceux qui, encouragés par l'aménité de ses manières, crurent pou- 
voir aisément l'entraîner hors du judaïsme se heurtèrent à un roc 
inébranlable. On voit, par quelques pièces, qu'il fut l'objet, comme 
beaucoup d'autres à son époque, de tentatives de ce genre. Mais il 
répondait aux convertisseurs trop zélés, à « ceux qui marchent dans 
les ténèbres » et aux « adorateurs d'images fondues » : « Eh quoi! 
cesserai-je d'adorer le Dieu dont vos propres dieux ont besoin, de- 
vant le courroux duquel je suis le dernier des esclaves, mais devant 
la faveur de qui je suis le roi des rois? » Voici, entre autres, un des 
chants où il exprime l'incorruptible fidélité du judaïsme à son 
principe : 

Tes routes, ô Seigneur, sont toutes magnifiques 
Et j'aime en tes chemins à diriger mes pas. 
Point de pièges en eux ; l'on n'y trébuche pas ; 
Ils n'ont rien de sournois, ils ne sont point obliques. 

Dans tes sentiers j'ai cheminé, 
De tes doux liens enchaîne'. 

Voici qu'en toi j'ai mis toute mon espérance, 
source de ma vie et rocher de mon cœur. 
Mes yeux ont souhaité voir ta magnificence : 
Puis-je, hélas 1 mériter une telle faveur ? 

Pour que mon âme te conlemple, 
Je foule le seuil de ton temple. 

J'ai porté le fardeau de mou peuple pécheur, 
Et sous le joug pesant j'ai dû courber l'échiné. 
Mais je n'ai pas tendu mes mains aux dieux d'erreur, 
Et n'attends rien sinon de ton aide divine. 



Tombé pour attester ta foi, 
Je n'ai jamais servi que toi. 



UN POÈTE JUIF : JUDA HALEVl LXXXI 

O mon bien-aimé, qui fondes seul ma puissance, 
A regarder au ciel mes yeux se sont flétris, 
En toi pourtant je trouve énergie et vaillance. 
J'espère encor en toi, si par toi je péris! 

Oui, je puis subir ta colère 
Parce qu'en ton pardon j'espère. 

Mon âme en le servant grandit en fermeté'. 
Elle s'attache avec ferveur à ta tendresse, 
Et quand passe sur moi ta rigueur vengeresse, 
: Confiante, elle attend que luise ta bonté. 

En ton culte je persévère, 
• • Combien ta sainte loi m'est chère î 

Cette fierté de défense se changeait en tristesse douloureuse quand 
il regardait la masse de son peuple, troupeau épars que le divin 
berger semblait laisser à l'abandon. A voir la situation dégradée et 
généralement précaire où végétait depuis des siècles la race qui 
jadis avait fait paraître tant de grandeur et conquis tant de gloire, 
il songeait que c'étaient les péchés, les lâchetés et les défections de 
son peuple qui avaient causé et perpétuaient sa décadence, et, loin 
de récriminer contre des souffrances et des épreuves qui semblaient 
hors de proportion avec les fautes commises, il poussait parfois la 
résignation jusqu'à bénir, non seulement la Providence, mais les 
oppresseurs, les tyrans et les bourreaux, instruments de la juste 
colère divine. Voici ce que dit par sa voix la communauté tout 
entière : 

Depuis qu'a resplendi ta demeure d'amour, 

J'ai choisi pour aimer le lieu de ton séjour. 

Les clameurs des méchants, en ton nom, je les aime. 

Laisse-les frapper ceux que tu frappes toi-même 1 

Je veux que l'adversaire imite ton courroux 

Et qu'il s'acharne après ceux qu'ont meurtris tes coups. 

En voyant ton mépris, je me suis méprisée. 

Comment puis-je honorer l'objet de ta risée 

Avant le jour où ta colère aura passé, 

Où tu rachèteras ton peuple dispersé ? 

A vrai dire, cette note est assez rare dans l'œuvre de Juda Halévi 

ACT. ET GONF. P 



LXXXII ACTES ET CONFÉRENCES 

Il chante plus volontiers et plus souvent les plaintes et les regrets 
de son peuple et il imagine de touchants dialogues entre Israël et 
son Dieu. Aux questions anxieuses, aux appels attristés de l'épouse 
délaissée, le Seigneur répond par des paroles consolatrices : 

L'amant qui te tourmente est celui qui t'accueille ; 
Comme il est la souffrance, il est la guérison. 

Et ailleurs : 

Dis à ceux qui sont fiers de leurs rois, de leurs princes : 
« Mon Sauveur est mon roi, c'est le Dieu de Jacob. » 

Une telle nation, se disait Juda Halévi, ne devait pas périr et son 
relèvement ne pouvait manquer de s'effectuer un jour. L'avènement 
de cette ère tant souhaitée, il l'affirme avec une énergie sans égale, 
malgré tant de déceptions décourageantes, en protestant contre une 
sorte de scepticisme qui paraît avoir régné dans son entourage 
même à l'égard des croyances messianiques : 

Le soleil et la lune ont observé leurs lois, 
Jour et nuit, sans jamais s'arrêter dans l'espace. 
Dieu les prit à témoin pour Jacob autrefois, 
Proclamant d'Israël l'indestructible race. 
D'une main Dieu punit, mais de l'autre il fait grâce. 
Aux plus sombres moments qu'on espère toujours. 
Le peuple du Seigneur n'est pas l'ombre qui passe : 
Il doit durer autant que les nuits et les jours. 



IV 



C'est à rassurer les consciences faibles, guettées par l'apostasie 
ou l'incroyance, c'est à communiquer autour de lui cette ferveur 
d'espoir et cette haute moralité destinées à hAter la venue des 
temps promis que Juda Halévi consacra vers la fin de sa vie une 
bonne part de son activité. Il avait fondé une école à Tolède. Il 
conçut le projet, sans doute sur la demande de ses disciples, d'exposer 
dans un livre écrit avec clarté et simplicité, accessible ainsi aux 



UN POÈTE JUIF : JUDA HALEVI LXXXllI 

moins instruits, la substance même du judaïsme et les raisons qu'il 
apercevait d'en conserver intact et sans mélange le patrimoine mo- 
ral. Malgré son amour de la langue hébraïque, dont il s'attache à 
démontrer précisément dans cet ouvrage, par une curieuse argu- 
mentation, la supériorité et l'antériorité sur toutes les autres, c'est 
en arabe qu'il le rédigea, dana un but de vulgarisation, puisque la 
langue commune pour les Juifs même était l'arabe. L'histoire fournit 
à Juda Halévi le cadre le plus ingénieux et le plus approprié à son 
dessein qu'il pût concevoir. Sans entrer dans le détail, voici, en 
deux mots, où l'auteur trouva l'aftabulation de son Chazari. Au 
milieu du viii'^ siècle, un païen nommé Boulan, roi des Khazares, 
dont le pays, situé entre le Volga et le Don, devait à cette situation 
et au moment une population mélangée de chrétiens, de musul- 
mans et de Juifs, fut amené par diverses circonstances à rechercher 
quelle était la meilleure règle de vie et se fit instruire successi- 
vement des diverses doctrines eu faveur. D'étape en étape, il en 
arriva au judaïsme, souche des deux principales religions du pays, 
qui lui parut plus satisfaisant que celles-ci et il se convertit, lui et 
son peuple, fondant ainsi une dynastie juive. A l'époque de Juda 
Halévi, ce royaume avait pris fin depuis longtemps; mais l'histoire 
merveilleuse de cet état lointain, répandue au x« siècle en Espagne, 
avait excité une ardente curiosité parmi les Juifs, et peut-être Juda 
Halévi connut-il quelques-uns de ces prosélytes venus en Espagne 
après la ruine de leur État. Toujours est-il que, tirant parti de 
l'histoire de cette conversion réfléchie du roi Boulan, il imagina les 
entretiens qu'avaient pu avoir entre eux le Kliazari, c'est-à-dire le 
roi, et le docteur juif qui l'avait instruit et convaincu. Rien de 
plus vivant que ces dialogues où chacun des deux interlocuteurs 
joue un rôle bien net et bien distinct; le roi fait des questions et des 
objections qui sont toujours présentées avec la plus grande force, 
et le docteur, porte-parole de Juda Halévi, expose les thèses et ré- 
fute les objections. Le livre, intitulé aussi « livre de la preuve et de 
l'argumentation pour défendre la religion décriée », est écrit dans un 
langage imagé qui est bien celui qu'on pouvait attendre d'un poète, 
soucieux, au surplus, d'être compris de tous et ennemi par tempé- 
rament des creuses abstractions. Le langage scolastique n'est guère 



LXXXIV ACTES ET CONFÉRENCES 

employé que dans la partie critique, là où précisément l'auteur part 
en guerre contre ce qui n'est qu'ergotage et scolastique. 

Mesdames et Messieurs, je ne puis avoir la prétention de vous 
analyser, même à grands traits, les cinq entretiens du Chazari, qui 
sont tout un monde de pensées, par cela même que l'auteur fait voir 
dans le judaïsme l'origine providentielle de toute vérité et de toute 
connaissance. Je voudrais seulement, en vous demandant d'avance 
d'excuser l'aridité de ce développement que je ferai aussi bref que 
possible, tenter d'en dégager, en la condensant, l'idée maîtresse que 
nous avons déjà entrevue tout à l'heure, mais qui, dans l'esprit mûri 
de Juda Halévi, a singulièrement gagné en force et en précision. 

Juda Halévi nie résolument que la raison de l'homme tout 
seul, ou si vous aimez mieux, la philosophie pure soit capable 
de nous convaincre des deux ou trois vérités essentielles d'où 
dépend notre félicité. Cette raison, dont il ne méconnaît nulle- 
ment l'importance et le rôle, parvient bien, en fournissant le plus 
grand effort possible, à prouver qu'il y a un Dieu, unique, souverain 
du monde, mais elle n'a jamais pu et elle ne pourra jamais démon- 
trer que Dieu a créé le monde dans le temps par un acte libre de sa 
volonté, ni que Dieu existe comme Providence; en d'autres termes, 
jamais, selon Juda Halévi, la raison toute seule ne pourra nous per- 
suader que Dieu s'occupe de nous : or, cette proposition-là, absolu- 
ment indémontrable, c'est, qu'on le veuille ou non, la clef de voûte 
du bonheur et de la moralité. Qu'a fait Aristote, le plus grand des 
philosophes, l'incarnation même de la philosophie, celui dont on peut 
dire vraiment que, s'il a échoué à fonder sur le raisonnement seul 
une doctrine satisfaisante, c'est qu'il n'y a rien à tenter par cette 
voie? Aristote, s'appuyant sur l'expérience, qui lui montrait les 
phénomènes enchaînés l'un à l'autre indissolublement dans la 
nature, a fort bien vu que toutes les forces phvsiques qui régissent 
le monde et dont les anciens faisaient des divinités parce qu'ils n'en 
apercevaient pas la dépendance toute mécanique, se ramenaient, en 
remontant de cause en cause, à une seule force suprême qui mettait 
toute la matière en branle. Mais il n'a pu nécessairement s'élever 
plus haut et affirmer quoi que ce soit de positif sur l'essence de cette 
cause suprême. C'est que le rôle de la raison est uniquement des- 



UN POÈTE JUIF : JUDA HALKVI LXXXV 

criptif et critique : elle fonde la recherche scientifique et elle doit 
ruiner toutes les fausses doctrines, tant anciennes que modernes. En 
particulier, dans le domaine religieux, elle doit éliminer toutes les 
données en effet déraisonnables; et, par là, elle a bien un droit de 
contrôle, en quelque sorte, sur la religion, mais il lui est à jamais 
interdit de prétendre la fonder. La suprême étape où elle arrive, si 
elle est bien conduite, c'est la constatation d'une cause suprême. Libre 

A 

à elle de nommer cette cause Dieu ou la Nature ou l'Etre ou l'Esprit. 
Il importe peu. Ces noms ne sont que des étiquettes fallacieuses pour 
les esprits non prévenus. En réalité, pour la raison, Dieu est un 
être tout-puissant, mais impersonnel et impassible, dont la conception 
nous laisse aussi seuls, aussi livrés à nous-mêmes et au fond aussi 
malheureux que quand nous avons défini la ligne droite ou construit 
un syllogisme. Ce Dieu est nommé dans la Bible Elohim^ nom 
commun qui, autrefois, du temps du polythéisme, était pluriel, et que 
le monothéisme a fait singulier, mais qui représente seulement le 
Dieu de la raison éclairée, le souverain indifférent de l'Univers. Ce 
Dieu-là, qu'on l'affirme ou qu'on le nie, dans la pratique de la vie, 
cela revient à peu près au même. Les philosophes de l'Islam, pieux 
disciples d'Aristote, enseignent, sans doute, qu'à ce Dieu correspond 
un souverain bien, une béatitude qui consiste précisément dans une 
contemplation désintéressée, dans la communion de la raison hu- 
maine avec la raison universelle. Et un Maïmonide, plus tard 
prendra cette conception au compte du judaïsme. Mais pour Juda 
Halévi, c'est là un leurre : supposé même qu'on arrive ainsi à un 
certain état de félicité, l'homme n'est pas né pour la pure contem- 
plation. Il est né pour agir, et l'action veut être éclairée, guidée, 
encouragée et jugée. Cela posé, le monde serait donc condamné à ne 
rien savoir de sa destinée, l'homme ne soupçonnerait rien de son rap- 
port vivant au Créateur, si Dieu lui-même n'avait révélé le secret de 
sa paternité à l'homme, individuellement d'abord et dans de claires 
intuitions du cœur, puis formellement à toute une famille, enfin à 
toute une race choisie pour le divulguer à l'univers. Adam, Noé, les 
patriarches, les douze fils de Jacob et enfin les six cent mille Hé- 
breux réunis autour du Sinaï pour recevoir la Loi, telle est la lignée 
élue qui connaîtra, sans en comprendre d'ailleurs tout le mystère, 



LXXXVI ACTES ET CONFÉRENCES 



le nom propre de Dieu, son nom de personne vivante et agissante 
qui crée et qui suit pas à pas les destinées de la créature. A Israël 
choisi par Dieu, aussi gratuitement, pourrait-on dire, qu'il a choisi 
la figure de l'univers visible, à lui le Tétragramme ineffable, qui en- 
seigne symboliquement au cœur de l'homme qu'entre les mailles 
serrées de la nécessité brutale il y a place pour la liberté et le devoir, 
qu'au milieu du réseau des phénomènes naturels sévèrement en- 
chaînés Dieu intervient, quand il lui plaît, par une action mysté- 
rieuse et sous le couvert même des lois de la nature et qu'au-dessus 
des instincts aveugles de la matière, sorte de consigne qui lui est 
imposée de toute éternité, il y a, protégeant, réchauffant, ennoblis- 
sant l'âme, la loi divine qui modèle ses actes pour l'acheminer vers 
la béatitude. Le peuple juif, fils aîné de Dieu, cœur vivant de l'hu- 
manité, joyau de la Création, est nanti de cette loi; il la conserve 
comme un dépôt de génération en génération, et ses derniers reje- 
tons, si humiliés et avilis qu'ils soient ou qu'ils puissent devenir, 
gardent de cette suprême mission comme une prédisposition native 
à la suprématie spirituelle, une sorte de droit héréditaire et inalié- 
nable à l'intuition prophétique, avant-goùt de l'immortalité. 

C'est donc sur l'histoire seule, sur ce fait de la révélation garanti 
par le témoignage de tout un peuple et d'une tradition au cours de 
laquelle le docteur juif démontre au roi des Khazares qu'il n'y a point 
eu de solution de continuité, que Juda llalévi, avec une hardiesse 
qui le met à part de nos autres théologiens, fait reposer non seule- 
ment tout le judaïsme, mais encore, comme on voit, toute religion 
et toute morale. Ce réalisme théologique d'une parfaite netteté de 
lignes, dont les principaux traits, d'ailleurs, ont été recueillis dans h 
Talmud, est plutôt une grande profession de foi qu'un exposé doc- 
trinal. Juda Halévi, très lu et très admiré, n'a pas, en effet, été consi- 
déré par la suite comme un véritable doctrinaire. La plupart des 
penseurs juifs venus après lui, et le plus célèbre de tous, Maïmonide, 
n'ont eu garde d'interdire ainsi à la raison de prendre comme en 
tutelle les plus hautes vérités de la foi. Quoi qu'il en soit de la ma- 
nière dont Juda Halévi a conçu le judaïsme, ce contempteur éclairé 
de la philosophie ne paraît pas avoir été un moindre philosophe que 
l'aristotélicien auteur du Guide des Egarés. Si la partie positive du 



UN POÈTE JUIF : JUDA HALEVI LXXXVll 

Khazari est exposée à bien des critiques et porte la marque de 
l'époque, l'élément critique, les arguments sur l'incompétence de la 
raison dans l'ordre du surnaturel ont gardé toute leur valeur. Et les 
plus grands parmi ceux qui, dans les temps modernes, ont fait le 
procès du rationalisme dogmatique n'ont rien dit, je crois, de plus 
vigoureux et de plus pénétrant que l'humble poète juif du com- 
mencement du XII® siècle. 

Mesdames et Messieurs, comme vous Tavez vu tout à l'heure, 
Juda Halévi affirme la pérennité de son peuple. « Ne restât-il qu'un 
seul homme au monde de la famille de Jacob, dit-il quelque part, 
c'en serait assez pour assurer le relèvement futur et l'accomplis- 
sement des promesses messianiques. » Qu'importait l'hégémonie 
actuelle de l'islamisme et du christianisme? Ces deux religions 
n'avaient pas su garder cette humilité divine qui est le sceau de la 
vraie religion; elles employaient pour triompher la force et la 
violence, — songez qu'on était à l'époque des premières croisades, 
ce qui donnait toute sa valeur à l'argument — , l'héritage du Seigneur 
n'était donc pas entre leurs mains. 

Mais plus Juda Halévi méditait sur la signification du judaïsme, 
plus il sentait grandir en lui le désir d'en restituer, pour sa part, la 
teneur intégrale. Conserver la loi juive, la langue hébraïque, cela ne 
suffisait pas ; cette loi n'était entièrement observable et ce langage 
ne retrouvait son vrai sens que sur la terre du prophétisme, sur 
cette Palestine prédestinée faite pour la révélation divine « comme 
le coteau est fait pour le vignoble ». Nous avons vu que, rougissant 
de s'être trop abandonné à l'influence arabe et partageant ou plutôt 
inspirant les idées de son ami Moïse ibn Ezra, il avait, à partir 
d'un certain moment, réagi contre des tendances qui lui semblaient 
répugner au génie juif. Une sorte de révolution intellectuelle s'était 
faite en lui; on le voit rejeter, au moins dans ses dernières composi- 
tions nationales et religieuses, les mètres arabes, laissant désormais 
parler dans ses strophes plus libres son âme tout entière. De plus 
en plus aussi la pensée de Jérusalem le fascine. Ce qui devait 
contribuer à le surexciter, c'était cette pensée qu'Edom et Ismaël, 
c'est-à-dire les Chrétiens et les Maures, ainsi désignés dans la 
phraséologie juive de ce temps, se disputaient et s'arrachaient 



LXXXVIU ACTES ET CONFÉRENCES 



maintenant ce sol sur lequel Israël avait seul des droits et 
des droits imprescriptibles. Impuissant et navré, Juda Halévi ne 
pouvait que s'épancher en d'ardentes prières, où chante vraiment, 
comme autrefois dans les hymnes soupirées sur les rives baby- 
loniennes, toute la douleur d'un peuple. Voici une de ces élégies 
bien connues sous le nom de Sionides : 

Jérusalem, ge'mis, Sion, dis tes douleurs. 

Songeant à tci, tes fils ont les yeux pleins de pleurs. 

Se flétrisse ma droite, ô ma ville de gloire, 

Si je puis t'oublier jamais. 

Et que ma langue à mon palais 
S'attache si ton nom déserte ma mémoire! 

Mes fautes du logis maternel m'ont chassé, 
Et mon père a puni durement mon pèche'. 
Mon frère, aidé du fils obscur de la servante, 

A pris mon droit de premier-né. 

Aussi, devant Dieu prosterné, 
J'ai dit : « Mon âme, chante une plainte émouvante ; 

Tends la joue aux tyrans, offre aux crachats ton front ; 
Quand tes maux seront lourds, alors s'allégeront 
Les haines des me'chants. Va, sois la sœur funèbre 

Du hibou, du chacal plaintif. 

Marche d'un pas lent et furtif, 
Cherche l'ombre et la nuit et vêts-toi de ténèbre. 

Espère. Dieu n'a pas pour toujours oublié 
L'humble qui n'a recours qu'à sa seule pitié 
Contre la mort, jusqu'au moment où, délivrée, 

Sion renaîtra, jusqu'au jour 

Où, captive en des lacs d'amour, 
De la fosse d'exil Dieu t'aura retirée- » 

Seigneur, de nos péchés ne te courrouce plus. 
Sion ne veut pas voir ses derniers fils vendus. 
Parle au cœur de ton peuple et que l'étranger resse 

De fouler le sol consacré. 

Si la nuit a longtemps pleuré. 
Que le matin éclate en hymnes d'alle'gresse ! 

J'y joins tout de suite une autre élégie, la plus justement célèbre, 



UN POÈTE JUIF : JUDA HALÉVl LXXXIX 



celle qui est considérée comme le chef-d'œuvre de Juda Halévi et 
peut-être de toute cette littérature, et dont je ne puis pas ne pas 
vous citer au moins un fragment; nulle part la sensibilité du poète 
ne s'est alliée à autant de simplicité et de tendresse et nulle part 
l'évocation de la Terre-Sainte n'est plus saisissante. 

Ne t'informes-tu pas, Sien, de tes enfants? 

Eux songent tant à toi, suprêmes survivants. 

De l'Ouest et de l'Est, du Nord, du Sud s'e'lèvc 

Le vœu proche ou lointain du prisonnier qui rêve ; 

Et, telle la rosée au Hermon, de l'amant 

Qui voudrait sur tes monts pleurer éperdùment. 

Si j'ai, tel le chacal, gémi sur ta de'tresse, 

En rêve, je deviens ta harpe d'allégresse. 

Pour Béthel, Peniel, ma plainte et mes regrets, 

Et pour Mahanaïm et tous les lieux sacrés ! 

Près de toi, Dieu régnait dans sa splendeur suprême ; 

Tes portes regardaient les portes du ciel même. 

Ton flambeau, c'e'tait la gloire de l'Éternel, 

Et tu n'avais besoin d'aucun astre du ciel. 

Oh ! je voudrais aller, pour épancher mon âme, 

Aux lieux où Dieu donnait à tes élus sa flamme! 

Sion, royal palais, trône de Dieu, pourquoi 

L'esclave est-il assis où s'asseyait ton roi ? 

Oh ! que ne puis-je errer dans les saintes retraites 

Où Dieu se révélait jadis à ses prophètes ! 

Hélas ! que n'ai-je des ailes pour m'envoler I 

Là-bas, mon cœur brisé pourrait se consoler ! 

Je me prosternerais le front contre la terre, 

J'humecterais de pleurs ton sol et ta poussière. 

Et puis, j'irais sur les sépulcres des aïeux ; 

Hébron, j'admirerais tes tombeaux somptueux ; 

Je passerais par tes forêts et tes campagnes, 

Par Gilad et par tes merveilleuses montagnes, 

L'Abarim et le Hor, où les deux grands flambeaux ' 

T'ont donné leur lumière et leurs dogmes nouveaux. 

Sous ton ciel, ô Sion, l'âme s'ouvre et respire, 

Tes cours d'eau sont de miel et ton sol sent la myrrhe ! 

Oh I qu'il me serait doux de m'en aller nu-pieds 

Sur les ruines en deuil où furent tes palais, 

* Moïse et Aaron. 



XC ACTES ET CONFÉRENCES 

Et sur le sol où gît l'arche et le saint mystère 
Des Khe'roubs qui planaient au fond du sanctuaire ! 
Je jetterais tous mes joyaux, je maudirais 
Le jour qui profana tes nazirs exilés ! 
Comment m'attablerais-je à des festins de joie, 
Lorsque tes lionceaux des chiens vils sont la proie ! 
Comment aimer encor la lumière du jour, 
Voyant les aigles morts aux serres des vautours? 



La force impérieuse du sentiment intérieur qui animait le poète 
vainquit toutes ses hésitations. Malgré la sécurité et l'aisance dont 
il jouissait personnellement, malgré l'amitié des plus hauts per- 
sonnages de l'époque, qui firent tout pour le retenir, la tendre 
affection de sa fille et de ses petits-enfants, la vénération de ses 
disciples, tant de liens enfin capables de l'attacher à cette Tolède 
qu'il aimait certainement de toutes ses forces, il se mit en route, 
seul, peu après 1140, pour le long et hasardeux voyage au bout 
duquel il devait périr obscurément. 

Mesdames et Messieurs, je ne vous raconterai pas ce voyage par 
le menu, bien qu'ici les détails ne manquent point. L'accueil qu'on 
fit à Juda Halévi en Espagne jusqu'à la ville où il devait s'em- 
barquer (probablement Malaga) fut tout à fait enthousiaste. Les 
communautés se disputèrent l'honneur insigne de posséder quelques 
jours le poète dont tant de chants étaient déjà célèbres. Les vœux 
les plus chaleureux saluèrent son départ. 

La traversée de la Méditerranée fut pleine de périls et de souf- 
frances. Juda Halévi l'avait prévu; il savait que l'Océan était 
redoutable dans ses colères; mais sa piété passionnée se confiait 
imperturbablement en Dieu et son âme de poète trouvait là, au 
surplus, d'admirables thèmes poétiques. Les horribles tempêtes qui 
assaillirent le navire en chemin ne purent lui arracher que de nou- 
veaux chants où la fragilité humaine et le déchaînement des vents 
et des flots sont exprimés avec un merveilleux luxe d'images et une 



UN POÈTE JUIF : JUDA HALÉVI XCI 

éclatante richesse de coloris *. A. Alexandrie, où l'on finit par 
échouer par suite des vents contraires, à Damiette et plus tanl au 
Caire, il fut retenu par les rabbins célèbres du temps, Aaron ben 
Çion ben Alamani, Halfon, Samuel Hannagid et bien d'autres, 
qui le comblèrent de prévenances, et, sachant sans doute que la 
Palestine était un asile peu sûr à ce moment, usèrent de toute leur 
influence pour le faire renoncer à son dessein. Ils durent, entre 

* Déjà, dans un poème composé sans doute avant le départ, songeant aux 
longues heures qu'il allait passer en mer, il avait vu en imagination le grandiose 
tableau de la mer démontée suivi de l'apaisement sous la nuit brillante d'étoiles. 
Ses descriptions peuvent rivaliser avec les plus belles d'aucune langue. Voici 
quelques fragments : 

« ... Que ton cœur ne défaille point au cœur des mers, en voyant des mon- 
tagnes de vagues s'ébranler et se ruer, les mains des matelots battre l'air 
comme des loques et les charpentiers demeurer muets de stupeur. Joyeusement 
on allait droit devant soi et voici qu'on rebrousse chemin, consterné. . . Les voiles 
s'agitent et s'arrachent, les planches cèdent et se disloquent. Et l'ouragan se 
joue dans l'onde comme les moissonneurs dans les blés. Tantôt il y amasse des 
gerbes, et tantôt des meules entières. Quand les vagues s'entlent, on dirait des 
lions, et quand elles rampent, on croirait des serpents. Elles s'engloutissent 
l'une l'autre comme des basilics contre lesquels il n'est point d'enchantement. . . 
La vigueur des mâts ne sert de rien, et les cyprès sont des roseaux. . . Chacun 
de supplier son Saint, et toi, tu t'adresses au Saint des Saints. Tu te rappelles 
les merveilles de la mer des Joncs, du Jourdain, qui sont gravées dans tous les 

cœurs Et soudain s'apaisent les mers, tels des troupeaux dispersés sur le 

sol. Et la nuit, quand le soleil se couche, parcourant les rangées des cinquante 
astres dont il est le roi, semble une Ethiopienne parée de tissus d'or et d'azur 

enchâssant des diamants Et la face de la mer est pareille au ciel : ce sont 

deux océans maintenant rassérénés, et mon cœur est un troisième océan où s'é- 
lèvent les vagues de mes nouveaux cantiques. » 

A bord même du navire, Juda Halévi composa, entre autres pièces, un poème 
intitulé: « Tempête en mer », justement célèbre pour la perfection du stvle et 
l'heureux choix du rythme : ce sont des séries de strophes de quatre vers très 
courts qui donnent par leur mouvement précipité et comme haletant, l'impression 
de la tourmente. En voici quelques-unes : «... Et la mer fait rage, — et le vent 
d'Est fracasse — les cèdres et l'ouragan — disperse l'écume. — La proue 
s'enfonce, — la carène frémit, — et le màt se fatigue — d'étendre ses ailes. — 
L'eau houillonne sans feu, — le cœur se décourage — alors que le rameur — 
désespère de la rame. — Les marins sont impuissants, — la manœuvre est 
paralysée, — les pilotes perdent la tête — et les vigies n'y voient plus. — Et 
le navire, ainsi qu'un ivrogne, — titube en dérision, — et vend pour rien — 
ses passagers . — Et voici le Léviathan — dans la mer farouche — qui convie 
comme un fiancé — ses invités à un festin. — El l'océan est joyeux — d'en- 
gloutir sa proie; — plus de salut, — plus de refuge. — Mes yeux se tournent 
— vers toi, Seigneur; — je t'adresse en tribut mes prières. . . » 



XCIl ACTES ET CONFÉRENCES 



autres arguments, lui représenter que l'Egypte, elle aussi, avait été 
jadis visitée par des apparitions divines, honorée du séjour des 
patriarches et de quelques prophètes. Et l'Écriture elle-même ne 
comparaît- elle pas la terre que baignait le Nil au paradis terrestre? 
Juda Halévi était plus sensible que n'importe qui à ces raisons et il 
se laissa prendre, en effet, quelques mois aux délices de cette Egypte 
si fertile, si florissante et où il trouvait de si précieuses et de si 
hautes amitiés. Cependant il finit par se ressaisir. Plus que jamais 
ses regards se tournèrent vers Sion. Sans doute même sa conscience 
lui reprocha comme une défaillance le séjour assez long qu'il fit 
ainsi en Egypte. Un beau jour il reprit le bâton et, sous d'humbles 
vêtements, s'engagea dans les déserts inhospitaliers de l'Arabie, sou- 
tenu seulement par sa foi ardente contre les tortures de la faim, de 
la soif et de cruelles fatigues. On suit encore sa trace à Tyr, puis à 
Damas. Soudain cette douce lumière s'éteint; cette voix se tait pour 
toujours. 



VI 



Vous me pardonnerez, Mesdames et Messieurs, d'avoir retenu si 
longtemps votre bienveillante attention et je ne regretterai pas d'en 
avoir même un peu abusé, si j'ai pu imposer à votre souvenir, avec 
le nom d'un des plus brillants représentants de la pensée juive au 
moyen âge, la physionomie très douce et très énergique à la fois de 
celui qu'un contemporain *, poète lui aussi, appelait la « gazelle » 
et le « lion » ; vous vous rappellerez ce contemplatif qui fut un 
vaillant, incapable de s'enchanter uniquement d'un noble rêve, et 
qui, voulant l'accomplissement de tout ce qui lui semblait logique et 
nécessaire, eut le courage, pour mettre sa conduite d'accord avec 
un sentiment dominateur, de quitter des êtres chers, une situation 
enviable, une sorte de royauté spirituelle et morale exercée, grâce 
à l'ascendant d'un génie incontesté, sur tout un cercle de lettrés et 



* Joseph ihn Çadik. 



UN POÈTE JUIF : JUDA HALl^Vl XCIll 



de croyants, et d'entreprendre un pèlerinage dont les étapes, sans 
doute, furent embellies par de magnifiques hommages, mais qui 
devait s'achever dans la misère et l'isolement. Quoi qu'il en soit delà 
fin de Juda Halévi, poétisée par une légende qui le fait périr, frappé 
par la lance d'un cavalier musulman aux portes de Jérusalem, en 
train de réciter cette Sionide que je vous citais tout à l'heure, on 
aime à penser que ses derniers moments n'ont pas été trop pénibles 
et que le mirage charmeur qui lui faisait entrevoir au loin les rives 
du Jourdain , Siloé et le mont Carmel, n'a pas fait place à une 
réalité trop décevante. C'est ce que se disaient peut-être tant de 
pèlerins de tous les pays qui, gagnés par l'enthousiasme et la ferveur 
du poète, voulurent imiter son exemple. Combien de fois, en effet, 
depuis ces heures lointaines, surtout aux moments d'insécurité grave, 
dans le tumulte des haines grandissantes qui allaient pendant de 
longs siècles s'accumuler autour des Juifs d'Occident, combien de 
fois les phrases de tendresse de Juda Halévi n'ont-elles pas fait 
verser de consolantes larmes, réconforté les âmes abattues, vivifié 
les espérances et inspiré le désir de finir une vie d'épreuves, — fût- 
ce au prix d'épreuves plus grandes — , et d'exhaler le dernier souffle 
dans cette Palestine d'élection, a terre du jugement et de la pitié », 
comme disait notre poète, a vestibule de l'éternité », où l'atmos- 
phère est comme chargée de surnaturel, où l'on respire comme un 
indicible parfum de miracles et où l'on dirait vraiment qu'il fait bon 
mourir ! 



Le gérant. 

Israël Lévi. 



VERSAILLKS, IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 



% 



1 CONTE BABYLONIEN DANS LA LITTiRATURG JOIÏE 



LE ROMAN D'AKHIKHAR 



Tobit mourant dit à ses enfants* : 

« Mon fils, vois ce qu'Adam a fait à Akhiakhar, qui l'avait élevé, 
comment de la lumière il Ta conduit dans les ténèbres et comment 
il l'a récompensé. Cependant (Dieu) sauva Akhiakhar ; l'autre a 
reçu son salaire et est descendu dans les ténèbres. 

» Manassé a exercé la charité et a été préservé du filet de la 
mort que lui avait tendu (Aman) ; Aman, au contraire, est tombé 
dans le filet et y a péri. 

» Et maintenant, enfants, voyez ce que vaut la bienfaisance et 
comment la justice procure le salut. » 

Ce texte, quoique obscurci par quelques fautes de copiste, n'est 
pas, comme l'a dit Reuss ^, un tissu d'énigmes. Il devait même 

* The story of Ahxkar from the Syriac, Arabie, Armenian, Ethiopie, Greek and 
Slavonic versions, by F. G. Gonybeare, J. Reudel Harris and Aj^nes Smith Lewis. 
Londres, Clay, 1898. Je remercie M. Gonybeare d'avoir bien voulu m'envoyer ce beau 
livre, sans lequel je n'aurais jamais songé à aborder un sujet aussi étranger à mes 
études habituelles. 

* Tolit^ XIV, 10-11 (éd. Frilzsche, Lips., 1871). Je crois devoir reproduire ici le 
texte du Vaticanus, auquel j'ai apporté deux corrections nécessaires, signalées par des 
parenthèses. 1. Kal Oà^'ov [iz y.aX(îJ<;, xal rfjv [XY)Tépaaou [xet* èfxoO xal [JLr)X£X'. aùXiaôrïTe 
el; (Alexandrinus : èv) Ntveu-n. Téxvov, tôe xi èuoiTieaev 'A6à[JL" 'Axtax^^P^' "^^^ ôpé'j'avTi 
aÙTÔv, ùii èx Toù ipwTÔc "J^YaY&v aOtov etç tô axÔTOç xal oaa àvTaTCÉotoxev aÙToit xal 
'Axiàx^'P^^ l^^^ {0eoî) £<ro>(Tev (Alexandrinus : 'Axiaxotpo; (jlIv èotoOr)), èxstvwt ôà to 
àvTa7i65o(jLaàue668TQ, xal aùtàç xaxéSTQ el; t6 axoTo;. Mavaffafj; £7iotV,aev è).eTitJLO(Tvivr(V 
xal ia(jiby\ èx Trayîôoç ôavocTou "^î eTryi^sv (God. 23, 64, etc. : èTnri^av) aùxcôi l'Au-âv). 
'A[JLàv 6è èveTtecev elç tyiv uayiôa xal àucoXeto. 11. Kal vûv, uaiôîa, îScxe tî èXeri^iO- 
ffuvYj noitX xal Sixatoaûvr) pùexai. 

Au V. 10 le Vaticanus et les cod. 55 et 106 ont 'ASàix, le n" 44 'A6a)(x, les 
autres 'A[j:àv. L'archétype portait sans aucun doute EnOlHCENAAÂN ou EllCIHCE- 
NAAAB. Pour l'introduction évidente de ('A[xàv) vers la tin du verset, cf. le texte 
parallèle du Sinaiticus (où Na6à6 est systématiquement substitué à 'Aixàv), éÇ^XOev 
èx tri? "rtayiôo? xoO ôavàxou î^v ëurj^sv aOxôii Na5(x6, xal NaSàê êuscTSv, etc. 

* Ancien Testament, VI, 608, note 2 : • Tout ce passage qui contient autant 
d'énigmes que de mots pour le lecteur de cette histoire », etc. 

T. XXXVIII, N« 75. 1 



2 REVUE DES ETUDES JUIVES 

être très clair pour le lecteur contemporain du livre de Tobit. 
L'auteur, voulant prouver que la bienfaisance est toujours récom- 
pensée, l'ingratitude toujours punie, rappelle deux précédents ; il 
a dû les choisir parmi ceux qui étaient familiers à tous ses lecteurs. 
Le second n'est pas autre chose, à mon avis, que l'histoire d'Esther. 
Le « filet » dont le juste a été préservé et où est tombé son persé- 
cuteur, c'est tout simplement le gibet auquel Aman avait juré de 
pendre Mardochée et où Aman lui-même fut pendu ; Aman n'est-il 
pas nommé en toutes lettres ^ ? 11 est vrai qu'au lieu de Mardochée 
le texte nous offre le nom de Manassé. Cela prouve seulement que 
les versions, très divergentes, de l'histoire d'Esther variaient sur 
ce nom, comme sur plusieurs autres de ce récit. C'est ainsi que 
le père de la reine s'appelle AMkhaïl dans notre texte hébreu, 
Aminadab dans celui qu'a suivi le traducteur grec; le roi, Ahas- 
vérus (Xerxès) dans Fun, devient Artaxerxès dans l'autre; le 
double nom de la reine elle-même — Esther, Hadassa — atteste 
l'existence primitive et la fusion ultérieure de deux versions dont 
l'une l'appelait Esther, l'autre Hadassa. Le nom de Mardochée, 
par son origine païenne — le dieu babylonien Mardouk — avait 
pu choquer des critiques orthodoxes ; de là sans doute son rempla- 
cement par le nom purement juif de Manassé dans le texte du 
livre d'Esther qu'avait entre les mains l'auteur de ToHt. Objectera- 
t-on qu'il est absurde de placer dans la bouche de Tobit, supposé 
contemporain d'Asarhaddon, une allusion à un fait qui est censé 
s'être passé sous Xerxès? Mais qui nous garantit que dans la forme 
primitive de l'histoire d'Esther la scène se passait en Perse, et non 
en Assyrie? Et puis la agada en est-elle à un anachronisme, à 
une inconséquence près? 

Si le second exemple allégué par Tobit est tiré d'un conte 
populaire, on peut induire, par analogie, qu'il en est de même 
du premier. Mais quelle est cette mystérieuse histoire du bon 
Akhiakhar et du méchant Adam^ ou, comme nous pouvons tout 

* Renan [Origines du christianisme, VI, L'Eglise chrétienne, p. 556 et euiv.) est 
le seul critique, à ma connaissance, qui ait entrevu ici la vérité. Mais comme il con- 
servait la iausse lecture 'A[xav, au verset 10, il arrivait à la fausse conclusion 
qu'Aman, étant à la fois le persécuteur d'Akhiakhar, de Manassé et de Mardochée, 
« était évidemment, dans les romans juifs, l'homme qui avait pour rôle de tendre 
aux autres des pièges où il tombait lui-même ». 

M. Cosquin, qui a consacré à l'histoire d'Ahikar un article, d'ailleurs très inté- 
ressant au point de vue du folklore [Revue biùU'/ue, Vlll, 18^9, p. oU et suiv.), ne 
voit, lui, dans le Menasses de Tobit qu'un • intrus a expulser », une faute de copie 
inexplicable. A cette occasion, comme à propos de l'idée très juste également due à 
Renan, que Tobit aurait des origines babyloniennes, il adresse à Henan des critiques 
acerbes qui font sentir toute la d.flerence qui existe entre un folklorisle distingué et 
un historien de génie. 



UN CONTE BABYLONIEN DANS LA LITTERATURE JUIVE 3 

de suite écrire d'après le texte du Smailicus^ du méchant 
Nadab ' ? 



I 



La littérature orientale, tant médiévale que moderne, aurait dû 
fournir depuis longtemps la réponse à ce problème ; il n'y a cepen- 
dant que vingt ans qu'elle a été entrevue ^ et l'on n'en a pas encore 
tiré toutes les conséquences qu'elle comporte. 

L'histoire de deux personnages portant les noms d'Akhi (a) khar 
et de Nadab — ou des noms tout semblables ^ — dont l'un, père 
adoptif de l'autre, est récompensé de ses bienfaits par la plus 
noire ingratitude et finit par replonger l'ingrat dans la nuit où 
celui-ci avait voulu engloutir son bienfaiteur, — cette histoire, 
esquissée dans la brève allusion de Tobit, se trouve racontée plus 
au long dans une série de manuscrits syriaques, arabes, éthio- 
piens, arméniens et slavons*, dont voici un résumé. 

Akhikhar, vizir du roi d'Assyrie Sennachérib, et réputé pour sa 
sagesse aussi bien que pour son immense fortune, n'a jamais pu 
avoir de fils. Las d'importuner les dieux de ses prières, il finit par 
adopter son neveu Nadan ; il l'instruit dans sa science, le présente 
au roi comme son successeur et lui abandonne même la gestion de 
ses biens. Nadan en abuse avec tant de scandale, montre tant de folie 
et de dissipation, que le vieillard est obligé de le chasser de chez lui. 
Là-dessus Nadan, pour se venger, recourt à un moyen qui n'a j amais 

* Voir plus haut, p. 1, noie 2. 

LeSinaiticusa. Naoàê el substitue ensuite ce nom à 'Aiiàv dans la 2* partie du verset. 
Auv. XI, 17, où reparaît ce personnage, le Sin. a Na6àô (dansce passage le Vaiic. a 
Naa6à;, d'autres mss. de la même famille Nagà;). L'ancienne version latine [Vêtus 
Itala), proche parente du Sinaiticus, a Nabal, au v. xi, 17 (ce qui prouve qu'elle 
a été faite sur un texte grec : A et A se confondent facilement) et Nahad au 
V. xiv, 10. 

* Par Hoffmann [Ahhandl. filr Kutide des Morgenlandes, VII, 1880, p. 182). Mais 
il paraissait supposer que le livre d'Akhikar avait été hâli sur le verset de Tobit. La 
première vue juste est due à Bickell [Athenaeum, 1890, II, p. 170) et à Meissner 
{Zeitschr. dir morgenl. Gesellsch., XLVIII, 1894, p. 171 et suiv.j. 

^ Syriaque : Akhikar, Anadan. Arabe : Haykar (Hikar), Nadan. Arménien : Khi- 
kar, Nathan (Nadan). Slavon : Akyrios, Anadan. 

* Je renvoie pour la bibliographie détaillée au livre de Harris, où l'on trouve réunies 
les principales versions. Le texte arabe — ou plutôt l'un des textes arabes — a été 
publié pour la première fois par Salhani d'après un ms. arabe en caractères araméens 
(dits Karchouni) ; le texte slavon a été traduit par Jagic [Byz. Zeitschrift, 1892, 
p. 107 et suiv.). Des traductions libres du texte arabe ont été publiées dès 1788 par 
Cazotte [Cabinet des Fées, t. XXXVIII) et en 1806 par Caussin de Perceval [Conti" 
nuation des Mille et une nuits, viii, 167 et suiv.). Cf. Cosquin, art. cit.y p. 53. 



4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cessé d'être à la mode : il contrefait une correspondance censé- 
ment échangée entre Akhiktiar et deux rois rivaux de Sennachérib 
et s'arrange de manière qu'elle tombe entre les mains du roi. Les 
lettres portent le sceau d'Akhikhar, elles révèlent les plus noires 
trahisons ; Sennachérib, sans vouloir rien entendre, ordonne qu'on 
coupe le cou au vizir félon. Heureusement Akhikhar avait jadis 
sauvé la vie à l'officier chargé de cette pénible mission. Un bien- 
fait n'est jamais perdu. A la place du vizir, l'officier fait décapiter 
un esclave criminel, et cache le vieillard dans un trou creusé sous 
son propre palais; delà il a la mortification d'entendre Nadan, 
entré en possession de son héritage et de ses honneurs, faire nuit 
et jour bombance au-dessus de sa tête. 

Cependant, le roi d'Egypte, ayant appris la mort du sage vizir 
de Sennachérib, adresse un cartel au roi d'Assur : si Sennachérib 
lui envoie un architecte capable de lui bâtir un château entre 
la terre et le ciel et en môme temps de répondre à toutes ses 
questions, à lui les tributs d'Egypte pendant trois ans; sinon, 
il devra, pendant le même laps de temps, payer au Pharaon 
les tributs de l'Assyrie. Naturellement, Sennachérib, sot comme 
un roi d'opérette, et Nadan, aussi obtus qu'ingrat, ne voient goutte 
au problème proposé par le Pharaon. Sennachérib se lamente, il 
déplore le supplice peut-être immérité qui l'a privé d'un conseiller 
aussi sagace qu'Akhikhar. A ce moment, l'officier chargé des 
hautes œuvres rentre en scène; il se jette aux pieds du roi et lui 
révèle l'existence et la retraite de l'ex-vizir. Akhikhar sort de la 
tombe où il s'est enseveli vivant, « avec des cheveux traînant 
jusqu'à terre et des ongles crochus comme les griff'es d'un aigle ». 
Le roi, bientôt persuadé de son innocence, le rétablit dans ses 
dignités et l'envoie, sous un faux nom, comme ambassadeur en 
Egypte pour accomplir les épreuves et deviner les énigmes du 
Pharaon. Bien entendu, Akhikhar s'acquitte brillamment de sa 
mission et revient chargé des présents du Pharaon et des tributs de 
l'Egypte. A son retour, il obtient de Sennachérib que son neveu 
Nadan soit livré à sa merci. Il le met aux fers, l'enferme à son 
tour dans un sombre cachot et lui adresse un très long sermon de 
morale, assaisonné d'effroyables menaces. Mais le ciel lui épargne 
le désagrément de se souiller du sang de son neveu : en entendant 
ses reproches, le corps de Nadan se met à gonfler, gonfler comme 
une outre. . . et finit par crever. « Ainsi, conclut le conteur arabe, 
celui qui creuse une fosse pour son frère y tombera lui-même, et 
celui qai tend un piège y sera pris. . . Amen 1 Amen! Amen! » 

L'histoire que nous venons de résumer se compose, en réalité, 
de trois éléments : un conte moral destiné à illustrer les pro- 



UN COiXTE BABYLOxNIEN DANS LA LITTÉRATURE JUFV'E !5 

verbes « Qui creuse une fosse à son frère y tombera lui-même. Un 
bienfait n'est jamais perdu »; une série de maximes morales pla- 
cées dans la bouche d'Akhikhar, soit au début lorsqu'il veut com- 
muniquer sa science à Nadan, soit à la fin lorsqu'il lui reproche sa 
félonie; enfin, une collection de devinettes et d'épreuves pratiques 
ingénieusement résolues par le héros. Ces deux dernières parties 
se prêtaient, on le conçoit, à toute espèce d'additions, de retran- 
chements et de modifications; ce sont des cadres élastiques où se 
jouent librement la fantaisie du folklore et la a sagesse des nations » . 
On comprend même qu'on ait pu détacher ces hors-d'œuvre de leur 
contexte romanesque pour les traiter comme des thèmes à part ; c'est 
ce qui est arrivé dans la version éthiopienne et probablement dans 
celle des versions arabes dont elle dérive : la fable y est réduite aux 
« maximes du sage Haykar ». Enfin, on conçoit également que 
l'histoire tout entière ait pu être transportée sur le compte d'autres 
personnages : le folklore de tous les pays use librement des noms 
et des circonstances historiques et géographiques, et, si quelque 
chose doit étonner, ce n'est pas que les noms d'Akhikhar et de 
Nadan aient été altérés ou échangés pour d'autres, c'est, au con- 
traire, qu'ils aient été conservés presque intacts dans tant de 
littératures différentes. Seules les versions indoue et grecque font 
exception. La version indoue nomme le vizir Çakatala et le roi 
Nanda * ; la version grecque — du moins la seule qui nous soit par- 
venue — met l'aventure sur le compte d'Esope. Depuis longtemps 
nos lecteurs ont reconnu, en effet, dans l'histoire d'Akhikhar et de 
Nadan un épisode célèbre et facile à détacher de l'amusant roman 
qui a figuré pendant plusieurs siècles en tête de toutes les éditions 
des Fables ésopiqiies et qu'a traduit le bonhomme La Fontaine 2. 
L'auteur alexandrin ou gréco-romain, quel qu'il soit ^, auquel nous 

* Conte indieu sip;nalé par M, Gosquin (p. 63, d'après le Çukasaptati^ trad. 
R. Schmidt, Kiel, 1894, p. 68 et suiv.). Il offre, mais en partie seulement, les traits 
essentiels du conte d'Akhikar : on y trouve le roi, le vizir disgracié et jeté dans une 
fosse, les énigmes posées par les rois vassaux et résolues par lui ; mais la figure du 
traître est complètement absente, L'épisode du château aérien se trouve dans un conte 
du nord de Tlnde (Gosquin, ib., p. 69) qui met en scène l'empereur Akhbar et son 
conseiller Birbal et paraît être très récent. 

* L'identité a été reconnue dès le siècle dernier par Assemani (Biùl. Orientalis, 
111, 1, 286). 

3 La plus ancienne rédaction connue de la Vie d'Esope (qui paraît être restée 
ignorée de M. Krumbacher) est le papyrus Golenischell' publié par M. Weil {Revue 
de Philologie, IX, 1885, p. 19 et suiv.). Malheureusement le fragment conservé est 
relatif à l'aventure de Delphes, déjà en circulation au v« siècle av. J.-G., et nous 
ignorons si la Vie du papyrus renfermait l'épisode d'Egypte. Gependant, comme le 
dit M. Weil, « le papyrus s'accorde si parfaitement, dans sa partie conservée, avec 
les deux rédactions gréco-égyptiennes plus récentes, que l'on peut croire que cet 
accord s'étendait plus loin ». Le papyrus, que M. Weil date du vr siècle, pourrait 
être sensiblement plus ancien. 



6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

devons le roman d'Esope, s'accorde sur toutes les circonstances 
essentielles du récit avec les versions arabe, syriaque, arménienne, 
slave du conte d'Akhikhar • ; même les préceptes moraux placés 
dans la bouche du héros et les énigmes proposées par le Pharaon 
sont de part et d'autre à peu près identiques. Seuls les noms dif- 
fèrent. Akhikhar s'appelle Esope, son fils adoptif Ennos, le roi de 
Babylone (et non de Ninive) Lykéros, le bourreau Hermippos, le 
roi d'Egypte Nectanébo. Telles sont, du moins, les formes données 
par le texte dit de Planude; mais, dans la version plus ancienne 
publiée par Westermann^, le roi de Babylone porte le nom pure* 
ment grec de Lycurgue, et le fils adoptif d'Esope le nom trans- 
parent à'Ainos, c'est-à-dire « fable » en grec, dont Ennos n'est 
qu'une corruption. Le rédacteur a même, par inadvertance, laissé 
subsister un passage qui prouve que, dans une des formes du 
roman, Lycurgue était roi en Grèce et non à Babylone. 



II 



On est généralement d'accord pour reconnaître que le texte 
éthiopien d'Akhikhar dérive de l'arabe, qui lui-même provient du 
syriaque; le texte slavon remonte à un original grec où les noms 
primitifs étaient conservés, à la différence de la Vie d'Esope; 
enfin, la version arménienne paraît être une « contamination » 
des versions grecque et syriaque. Mais de quelle source commune 
dérivent ces deux dernières? Plusieurs des récents critiques, se 
fondant sur l'allusion contenue dans Tobii et sur quelques préten- 
dus hébraïsmes du texte syriaque, supposent un archétype rédigé 
en hébreu. Mais, sans vouloir nier qu'il ait pu exister, à un mo- 
ment donné, une version hébraïque, nous ne pouvons pas accepter 
l'idée que l'original, le prototype du livre d'Akhikhar doive être 
cherché dans la littérature juive. 

Tout d'abord, on a fait observer avec raison ^ que plusieurs dé- 
tails du conte, et, parmi eux, des détails de physionomie ancienne 
et rassurante, ont un cachet nettement païen, incompatible avec 
les mœurs et les croyances juives. Akhikhar a soixante femmes et 
soixante palais ; dans la version arménienne, il adresse ses prières 

* Il y a aussi une variante relativement à la fin du traître. Dans le texte vulgaire 
près un long et bienveillant sermon d'Esope, il meurt de mort naturelle ; dans le 
texte de Westermann il se pend. 

» Vita JEsopi..., Brunswick, 18i5 (d'après des mss. de Breslau, Munich et Vienne). 

3 Cosquin, art. cité, p. 58 et suiv. (en partie d'après Bickell): R. llarris, 

p. XXXVI. 



UN CONTE BABYLONIEN DANS LA LITTÉRATURE JUIVE 7 

aux dieux Belshim, Shimil et Shamin; il consulte les mages, les 
astrologues et les devins. Les divinités païennes appartenaient si 
bien au fonds traditionnel de l'histoire, que les rédactions mono- 
théistes n'ont pas osé les exclure complètement. Dans la plupart 
de celles-ci, c'est après avoir vainement interrogé les idoles 
qu'Akhikhar finit par s'adresser au vrai Dieu, et celui-ci le punit 
de son idolâtrie en lui refusant un fils de son sang. Evidemment, 
si la légende originelle avait été monothéiste, on ne comprendrait 
pas l'introduction postérieure d'éléments polythéistes; le procédé 
inverse s'explique à merveille. 

En second lieu, trois textes, connus depuis longtemps, mais qui 
n'ont pas été toujours compris ni appréciés à leur vraie valeur, 
nous apprennent que la « sagesse d'Akhikhar » était connue des 
lettrés grecs à une époque où la littérature hébraïque restait encore 
pour eux lettre close, et que cette « sagesse » était tirée d'un livre 
babylonien. 

1° Clément d'Alexandrie, voulant prouver que les plus illustres 
philosophes grecs n'ont fait qu'emprunter, en la démarquant, la 
sagesse orientale, arrive, dans son énumération, à Démocrite. 
« Démocrite, dit-il, s'est approprié les sentences morales des 
Babyloniens. Car on dit qu'il a incorporé à ses propres écrits une 
traduction de la stèle d'Ahiharos, et il faut lui faire un reproche 
d'écrire (en tête de cette traduction) : Voici ce que dit Déyno- 
crite^. » 

Nous n'ignorons pas que l'authenticité d'une partie des traités 
moraux de Démocrite, comme de ses autres ouvrages, est con- 
testée, et que les sentences qui nous sont parvenues sous ce nom 
célèbre ^ ne lui appartiennent sûrement pas toutes. Aussi ne vou- 
lons-nous pas trop presser l'argument qu'on peut tirer de ce que 
deux de ces sentences se retrouvent dans les dits d'Akhikhar. (La 

* Siromat., I, 15, p. 356 Potier (771 Migne) : ArifjioxptTOî yàp toù; BaguXwvtwv (ms., 
BaêuXwvîouç) )^0Y0u; T?i6txoùç ue7toi-/]Tat* léye-zai yàp Trjv *Axixàpou GTri),r,v épfXYive'jOsTdav 
ToTç ISi'ot^ ouvxà^ai avyyçiâ[i[iaoi^' xâffxiv èiriariixi^ivadOat aÙToO (ms. Trap' a'jToO, 
Sylburg : uap' aÙTÛt), TAAE AErEI AHM0KPIT02 ypàcpovToç. Après yiOixoù; on 
peut suppléer lôtouç, mais il ne faut pas substituer (avec Cobel) ce mot à y;6ixou;, 
car déjà Kusèbe (Praep. Ev., X, 4, p. 472) cite le texte de Clément : xat AYiij.6xpiT0ç 
Se êtt upôxepov toùç BaêuXwv itov Xoyou; tFjOixoù^ TreirotyiaOat XéysTat. Nous renon- 
çons à citer tous les contresens ou interprétations lanlaisistes dont ce texte a été 
l'objet. Ménage, prudent, jetait sa langue... aux haruspices. 

* Cf. Mnllach,\Frrtr/. pkilosophormn graecorum (éd. Didot), I, p, 340 et suiv. ; 
Lorlzing, Ueher die ethischen, Fragmente Demoknis, Berlin, 1873; Zeller, G>\ Phi- 
losophie, 4e éd., I, p. 763. Les traités pseudo-démocriliqucs de Bolus de Mendès 
(Columellp, VII, 5) ne rentrent pas dans cette catégorie. (Cf. Oder, Hh. Mus., xlviii, 
1 ; Susemihl, Alex. Lit , I, 482). Suidas exagère probablement en n'admettant que 
deux ouvrages authentiques de Démocrite (Méya; Sidxocrij.o:, riept (puoF.o); xôajiou). 
Lorlzing admet deux traités éthiques (Ilepi £06u[xtrj;, ^VTroOr^xat) . Rose les con- 
damne tous. 



8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

queue du chien lui procure de la viande, sa voix des coups. 
Mieux vaut trébucher du pied que de la langue ^) Mais Clément 
copie certainement un auteur plus ancien, un critique alexandrin, 
et ce critique pouvait être bien informé. A priori son information 
n'a rien d'invraisemblable. Démocrite avait beaucoup voyagé ; 
lui-même nous l'apprend, dans un fragment conservé par Clé- 
ment * et dont le langage naïf inspire toute confiance. Diogène 
Laërce ^ cite parmi ses ouvrages authentiques un traité Des lettres 
sacrées à Babylone et un autre intitulé Récit chaldéen. A Baby- 
lone, Démocrite dut se renseigner d'abord sur les recherches as- 
tronomiques des Chaldéens, dès lors célèbres en Grèce. Ses pro- 
pres ouvrages astronomiques trahissent l'influence chaldéenne, et, 
chose bien curieuse, se rencontrent sur un point particulier avec 
la doctrine de ce qui paraît avoir été la plus ancienne rédaction de 
VAhhihhar. En effet, Démocrite, pour accorder l'année lunaire avec 
l'annéesolaire, avait imaginé un cycle de 82 ans, comportant28 mois 
intercalaires*. Ce total de 1,012 mois, à raison de 29 1/2 jours en 
moyenne, représente 29, 854 jours, c'est-à-dire presque exactement 
82 années solaires de 364 jours : telle était donc pour Démocrite 
— au milieu du v° siècle, ne l'oublions pas — la durée vraie de 
l'année solaire. Une confirmation de cette évaluation bien gros- 
sière nous est fournie par le papyrus astronomique (dit d'Eudoxe) 
du Louvre ^ Le nom de Démocrite y est constamment associé à 
celui d'Eudoxe, ce qui signifie qu'Eudoxe n'avait fait que repro- 
duire en les corrigeant les données de Démocrite. Or, pour les 
3 saisons dont on nous indique la durée, Démocrite comptait 
chaque fois 91 jours, alors qu'Eudoxe ajoutait un 92° jour pour 
l'automne. La quatrième saison manque, mais comme elle avait 
sûrement 91 jours chez Eudoxe, — dont l'année a 365 jours, — il 
est infiniment probable qu'il en était de même chez Démocrite : 
l'année tout entière avait donc, d'après celui-ci, 364 jours, et telle 
était d'ailleurs à peu près l'évaluation du Pythagoricien Philolaiis, 
son contemporain : son cycle de 59 ans, avec 21 intercalaires, re- 
présente, en effet, une année solaire de 364 1/2 jours®. Maintenant, 
dans un des manuscrits syro-arabes de VAhhihhar, consultés par 

' R. Harris, p. xliii. 

" Strom., Igc. cit. = fr. var. 6 MuUach (p. 370). 

* IX, 49. 

* Censorinus, De die natali, XVIII, 8. C'est à tort qu'on a voulu corriger arbi- 
trairement ce texte en prétendant que l'ancienne oclaétéride supposait déjà une 
année de 365 jours ; rien n'est moins prouvé. Cf. Revue Critique^ 1889, I, p. 185. 

" Notices et extraits des mss.^ XVIII, p. 74 et 6uiv. Mal interprété par Unger ap. 
Iwan Muller, Handbuch^ I (2*' éd.), p. 745. 
' Censorinus, XIX. 



UN CONTE BABYLONIEN DANS LA LITTÉRATURE JUIVE 9 

Lidzbarski*, un des problèmes posés par Pharaon est ainsi conçu : 
« Quel est le pilier composé de Sj'VSG pierres, reliées par 365 bri- 
ques, sur lequel sont plantés 12 cèdres dont chacun a 30 ra- 
meaux ? » 11 s'agit évidemment de l'année solaire, et les pierres 
du pilier représentent le nombre d'heures contenues dans une 
année : en le divisant par 24 on obtient exactement 364 jours ; le 
chiffre de 365, qui est en contradiction avec celui des heures, est 
donc dû à un correcteur, et VAhhiUhar primitif, comme Démocrite, 
comme le livre d'Hénoch *, ne comptait que 364 jours dans l'année. 

Démocrite, génie universel, était aussi curieux de morale pra- 
tique que d'astronomie; sa grande fortune lui permettait de se 
faire traduire en entier un vieux livre, ou plutôt une « stèle » 
d'adages revêtus d'une forme piquante que ses guides lui avaient 
signalée comme une des curiosités de Babylone. Nous n'avons 
donc aucune bonne raison de rejeter la tradition recueillie par 
Clément : à savoir que VAhhikhar était un recueil de préceptes 
moraux gravé sur une stèle à Babylone et dont Démocrite avait 
donné, vers 450 av. J.-C, une traduction ou une adaptation. Il 
paraît seulement que Démocrite avait négligé d'indiquer la source 
de son trésor de maximes ; mais sans doute après la conquête de 
l'Asie par Alexandre, des Babyloniens hellénisés, comme Bérose, 
la firent connaître aux savants grecs et leur révélèrent le plagiat 
commis par le philosophe d'Abdère. 

2° Très peu de temps, en effet, après cette conquête, un autre 
génie universel, Théophraste, disciple et successeur d'Aristote, 
s'occupait à son tour — peut-être précisément pour démasquer la 
fraude de Démocrite — du vieux trésor de sagesse babylonien. 
Diogène Laërce^ nous signale parmi ses ouvrages un traité en un 
livre intitulé Ahihharos^ sur lequel nous ne possédons, d'ailleurs, 
aucun autre renseignement. 

3* Enfin Strabon, c'est-à-dire en substance ici Posidonius, par- 
lant, à propos de Moïse, des « devins » qui ont joui d'honneurs 
quasi divins, énumère, chez les Grecs, Amphiaraiis, Trophonius, 
Orphée, Musée; chez les Gètes, Zamolxis (et plus récemment 
Decsenéus), chez les Bosporiens Akhaïkaros*. Les Bosporiens, 
qui ne sont pas une véritable unité ethnique, détonent dans cette 
liste ; on a soupçonné depuis longtemps une corruption du texte : 
j'avais imaginé la correction Borsippiens (BopcmrTrTivot au lieu de 

* Cf. R. Harris, p. lxxxviii. 
« C. 74, 75,82. 

» V, 50. 

* XVI, 2, 39, p. 762. 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

BoTTrop-^ivoi, qui n'est même pas grec') ; je suis heureux de voir que 
pareille idée est déjà venue à M. Frsenkel % et M. Henri Weil, dès 
que je lui ai soumis le texte, a émis spontanément la même con- 
jecture. Elle est, en effet, bien préférable à toute autre, même à 
Bo<7TpT,vo(3, qui se rapprocherait plus de la leçon des manuscrits. 
Borsippa n'était pas seulement une ville sacrée de la Babylonie, 
mais le siège d'une école célèbre d'astrologues et de devins qui 
en avait tiré son nom*. Nous apprenons donc — et ce renseigne- 
ment complémentaire a son prix — que le héros et l'auteur censé 
de la stèle d'Akhikhar (car dans des formes qui paraissent an- 
ciennes, le récit est à la première personne) était, ou passait pour 
être, un mage de Borsippa. 



III 



Nous en avons dit assez, croyons-nous, pour justifier maintenant 
les conclusions suivantes que nous nous contenterons d'énoncer. 

L'histoire d'Akhikhar et de Nadab fou Nadan) est un très vieux 
conte babylonien. L'origine première de ce conte paraît bien être 
un mythe solaire. Les soixante épouses, les soixante palais 
d'Akhikhar rappellent étrangement les soixante « maisons » du 
soleil, la division primitive, en 60 degrés, du cercle (céleste) ', qui 
se retrouve également dans la division du talent babylonien en 
soixante mines, de la mine en 60 drachmes, de l'heure en soixante 
minutes, etc. Le panier, traîné par des aigles,oùAkhikar s'envole 
— ou fait envoler ses pages — dans le conte médiéval, semble être, 
à l'origine, une des nombreuses images sous lesquelles la fantaisie 
naïve des premiers peuples se représentait le « char » du soleil, 
tiré par des êtres ailés. Le soleil plonge dans la nuit, chassé par la 
lune, et reparaît bientôt pour y faire plonger la lune à son tour : 
tel Akhikhar, enseveli vivant par Nadan, ressuscite vainqueur et 
lui inflige le supplice même auquel il vient d'échapper. 

Quand le sens du divin et le goût des mythes physiques 
commencèrent à se perdre, la légende sacrée descendit du 
ciel sur la terre. Akhikhar ne fut plus qu'un lumineux ministre de 
Sennachérib, Nadan un intrigant ténébreux; le char ailé du soleil 
se transforma en un truc ingénieux imaginé par le devin pour 

* On ne trouve que BocrTuopioi et BodTropiavoi. 

* Ap. Pauly Wissowa. Real. Encyclop., II, p. 735. 

* C'esl la leçon préférée par Meissner. 

* Strabon, XVI, 1, 6. 

5 Cf. IluUsch, Métrologie, p. 381 , note 2. 



UN CONTE BABYLONIEN DANS LA LITTÉBATURE JUIVE 11 

résoudre le problème posé par Pharaon ; l'abîme de nuit oii 
plongent successivement les deux astres rivaux devient plus 
prosaïquement un sépulcre (comme dit la Vie d'Esope) ou une 
« fosse » creusée sous le palais d'Akhikhar. Tout le reste — 
maximes de sagesse, devinettes, épreuves pratiques — est acces- 
soire, broderie, remplissage. Même il ne faut pas attacher trop 
d'importance au « défi d'énigmes » adressé par Pharaon au roi de 
Babylone. C'est là un trait qui se retrouve dans un grand nombre 
de légendes de source juive (Samson, Salomon et la Reine de Saba), 
phénicienne (Hirara et Salomon), grecque (Galchas et Mopsus, 
Homère et les pêcheurs) ; c'est un cadre à jeux d'esprit, une sorte 
de « selle à tous chevaux » qui a servi à des conteurs de tout pays 
et de toute époque ; elle a été utilisée de bonne heure dans l'histoire 
d'Akhikhar; on n'est pas autorisé à croire qu'elle ait fait partie du 
fonds prbnitif àe cette histoire*. Il semble tout au moins que dans 
la première version purement humai7ie de ce conte, le défi de Pha- 
raon ne comportait qu'une seule épreuve : celle du château aérien ; 
les devinettes sont venues ensuite s'y greffer par surcroît. Morale 
et finesse, traits du folklore universel, proverbes, énigmes, adages 
figurés, toute cette végétation parasite où se complaît l'invention 
populaire a trouvé dans le conte d'Akhikhar un parterre commode 
et spacieux où elle a pu librement s'épanouir et foisonner*. 

Les Grecs y virent surtout un trésor de maximes morales ; 
ce que Démocrite s'appropria, ce que Théophraste commenta, 
se réduit probablement aux discours parénétiques placés dans 
la bouche du sage Akhikhar. A leur tour, les Juifs firent con- 
naissance avec ce livre populaire et peut-être le traduisirent- 
ils en leur langue^. Dans la plus ancienne forme du livre de 
Tobit — qui paraît dater du ii^ siècle avant l'ère chrétienne* — la 
seule mention de VAhhihhar est contenue dans le verset que nous 
avons cité : l'auteur y voit un conte édifiant, un exemple célèbre 
destiné à illustrer la justice divine, la « Némésis » qui fait tomber 
le crime dans les pièges et les abîmes qu'il a lui-même creusés. 
Mais plus tard un remanieur du livre de Tobit, craignant que cette 
citation ex abrupto ne parût choquante, voulut, par un lien 
artificiel, rattacher Akhikhar à la famille de Tobit. Il sema dans 

* Voir une étude d'ensemble sur le type du « devincur d'énigmes • par Th, 
Benfey, Die kluge Dirne [Kleinere Schriften zur M&rchenforschung, II, 3, Berlin, 
1894, p. 181 et suiv.). 

• Pour les épisodes du folklore universel, en particulier, je renvoie au travail très 
bien fait de M. Cosquin, p. 68 et suiv. 

> On a signalé des analogies plus ou moins décisives entre VAkhikhar^ les Pro- 
verbes de Salomon et l'Ecclésiaste. Cf. R. Harris, p. m. 

* Cf. en dernier lieu Schûrer, Geschichte (3« éd.), III, 176. 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le cours du récit diverses allusions à cette parenté : Akliiakhar, 
fils d'Anaël, et neveu de Tobit, est un prototype de Néhémie ; il 
est l'échanson et l'intendant du roi Asarhaddon (i, 21-22) * ; après 
l'accident arrivé à Tobit il pourvoit à l'entretien de son parent 
jusqu'à son propre départ (?) pour l'Elynaaide (ii, 10); lors de la 
guérison du vieillard, il est invité, avec son neveu Nadab, au repas 
de noces de Tobit le fils (xi, 18). Tous ces passages, par leur 
inutilité absolue, le dernier môme par son ineptie, trahissent 
clairement leur caractère d'additions tardives. Le rédacteur du 
texte représenté par le Sinaiticus et la version chaldéenne, qui 
apparemment ne connaissait plus le livre d'Akhikhar, va jusqu'à 
méconnaître le sens du verset final : pour lui, si Tobit mourant 
mentionne l'histoire d'Akhiakhar et de Nadab, c'est pour encou- 
rager son fils à quitter une ville où se commettent de pareilles 
iniquités! Plus tard, enfin, saint Jérôme, ne comprenant plus rien 
à ce verset énigmatique, se tirera d'embarras en le supprimant 
purement et simplement dans sa traduction — à supposer que le 
verset existât encore dans le texte « chaldéen » qu'il avait sous 
les yeux. 

Il est donc clair que ce n'est point par la littérature juive, où le 
souvenir en a été vite aboli', que le livre d'Akhikhar a pénétré 
dans la littérature grecque d'une part, dans les littératures 
arménienne, syriaque, arabe et hindoue de l'autre. L'inter- 
médiaire probable doit avoir été une version araméenne qui avait 
conservé fidèlement le caractère polythéiste de l'original babylo- 
nien, atténué puis eff'acé peu à peu, dans les versions postérieures, 
sous l'influence chrétienne et musulmane. 

L'existence assurée dans la littérature babylonienne ancienne 
d'un roman de ce genre est un fait de la plus haute importance, 
dont nous ne pouvons ici poursuivre toutes les conséquences. La 
littérature juive, on le sait, a conservé un grand nombre de contes 

* V. 21. Kaî èêa(yt),e\j(jev Sa/epSovô:, ô ulo; aÙTOû, àvr' aùroù, xai Ira^ev 'A/ii- 
ya/50v Tov *Avar))> u'.ôv toù àSeXçoù ^lou £7:1 Tzàffav tyiv £x),OYtaT£Îav xr;; êaaiXeîa; aùtoû, 
xal iià TTÔcoav tyjv ôioixYjaiv. Kat ri^îœdev 'Axiàyapo; 7:epi èiioO, xat ^X6ov el; 

V. 22. *Axi!xx*poî 2^ ^t"* ô oîvo/ooc xat eut tou 6axn»Xiou xaî StoiXYiTrj; xal èxXoyKT- 
71^;, xal xaT£arTr,a£v aùxbv ô Sax£p5ovô; u'.ô; ex SEUTÉpa;. 

lime paraît évident : l» que le v. 22 est un doublet du v. 21, une variante qui n'au- 
rait pas dû être insérée dans le texte; 2* que les derniers mots de ce verset sont, en 
réalité, une glose marginale surô ulô; a-jToû du v. 21 : Sennachérib est assassiné par 
deux de ees lils; il a pour successeur son plus jeune fils, Asarhaddon, né d'une seconde 
femme (car les deux meurtriers ont lui dans la montagne]. II n'est pas non plus im- 
possible que dans la version primitive Asarhaddon ait été appelé laxepScov plutôt que 
2ax£p5ovc;. 

• Au moins un souvenir préci'"; car un écho de l'épisode du « château aérien », 
comme Ta remarqué Meissner, se trouve encore dans le Talmud {Bechorot, 8i). 



UN CONTE BABYLONIEN DANS LA LITTERATURE JUIVE 13 

parénétiques ou ('édifiants : les uns forment des livres séparés, 
admis, avec plus ou moins de raison, dans le Canon (Ruth, Job, 
Daniel, Jonas, Esther); les autres ont été incorporés, parfois 
adroitement, dans des ouvrages plus considérables (Joseph dans la 
Genèse, Samson dans le livre des Juges, etc.); d'autres enfin 
n'ont survécu que dans des traductions grecques, si même ils n'ont 
pas été originairement composés dans cette langue (3° Macchabées, 
Judith, Tobit, Susanne). Il semble bien probable que c'est dans la 
littérature babylonienne, dont l'influence a dû précéder l'exil, que 
les Juifs ont trouvé les modèles de ce genre littéraire ; il y a même 
à présumer que plusieurs livres parénétiques juifs ne sont que 
l'adaptation et la transposition plus ou moins libre d'originaux 
babyloniens. Tel serait notamment le cas de Tobit lui-même*, de 
Samson et peut-être de la Meghilla par excellence, qui, sous les 
noms d'Esther et de Mardochée, nous a conservé, si je ne me 
trompe, une vieille légende dorée d'Istar et de son cousin Mardouk. 

Théodore Reinach. 



* Renan a déjà émis cette hypothèse pour Tobit. Après avoir signalé les rapports 
étroits de ce livre avec le vieux conte oriental du Mort reconnaissant^ il déclare ce 
conte • probablement d'origine babylonienne ». [VEglise cKr^tienne^ p. 160.) 



L'AiNTI-MESSIE 



Dans un travail récemment paru, j'ai cherché à démontrer 
que les Minim dont il est si souvent question dans la littéra- 
ture talmudique et midraschique, comme en témoignent les 
textes des deux premiers siècles de l'ère chrétienne, sont des 
gnostiques juifs antinomistes^ dont l'existence est même anté- 
rieure à cette ère. La secte était un dérivé de l'Ophianisme, 
système théologique se divisant en branches diverses et dont 
l'idéal était VOphis, qui apporta au premier homme la gnose. J'ai 
essayé de faire voir également que déjà au i^'" siècle de l'ère chré- 
tienne, môme en Palestine et dans le cercle des Pharisiens, cette 
hérésie s'était répandue, que même dans le Temple encore de- 
bout elle avait pénétré, au point qu'il avait fallu mettre le peuple 
en garde contre elle. Le courant était devenu si menaçant, que 
parmi les docteurs Ton commençait à craindre que tout l'em- 
pire n'en devint la victime. Une tradition talmudique du 
11° siècle, et qui certainement est la réminiscence d'une plus an- 
cienne opinion, porte que « le fils de David ne viendra que lorsque 
tout l'empire se sera converti au minout * ». En d'autres termes, 
à l'antéchrist, incarnation de l'impiété, de l'apostasie, succédera, 
quand les temps seront révolus, le christ, incarnation du divin, 
qui détruira l'ennemi. 

Écoutons ce que dit, à ce propos, un savant moderne : « Comme 
on sait, les Juifs attendaient pour les derniers temps une déca- 
dence universelle. Depuis Daniel, xi, 36, on s'imaginait que cette 
consommation du mal s'incarnerait dans un homme qui s'atta- 
querait à toutes les choses sacrées, même' au temple de Dieu à 
Jérusalem. Nous savons que de pareilles pensées hantèrent les 
Juifs même après l'établissement du christianisme... L'attente de 
ràvo[xûç de la deuxième Épître aux Thessaloniciens n'est pas une 



L'ANïI-MESSiE Vô 

invention particulière, mais l'expression d'une croyance qui s'était 
longuement élaborée et qui, à cette époque, était devenue géné- 
rale *. » 

Cet abandon de la Loi et de Dieu, qui l'avait donnée, était de- 
venu général à l'époque de Jésus, comme nous avons essayé de 
le montrer dans notre ouvrage ; et cette désertion était due à une 
longue et intense propagande des Minlm. L'antéchrist se trou- 
vait donc avoir revêtu une forme concrète ; il fallait, par consé- 
quent, comme l'annonçait la tradition, que le Messie parût pour 
l'anéantir. 

Par antéchrist, on n'a primitivement entendu désigner que 
l'ensemble des apostasies, le Satan, qui s'oppose à Dieu. Cela ré- 
sulte en particulier des plus anciens Pères de TÉglise. « Ce à quoi 
prétendra l'antéchrist, dit Irénée*, c'est à être adoré comme Dieu, 
et à être, lui l'esclave, proclamé roi. Lui, qui réunira en soi 
toute la force du diable, ne viendra pas en roi juste, dévoué à Dieu, 
légal, mais en prince impie, injuste et sans droit, en rebelle, 
criminel et assassin, en brigand, synthétisant dans sa personne 
la déchéance diabolique totale; il écartera, il est vrai, les idoles, 
afin de persuader que lui-même est Dieu, mais il s'élèvera en 
idole unique, qui renfermera les erreurs multiples de toutes les 
autres idoles. » 

Dans cette peinture sommaire on reconnaîtra l'antinomisme 
gnostique tel que nous l'avons remarqué chez Philon et les plus 
anciens adversaires de l'hérésie. 

Dans un autre passage d'Irénée nous lisons : « Et c'est pour- 
quoi l'apôtre dit : « Parce qu'ils n'ont pas reçu Tamour de Dieu 
» pour être sauvés, Dieu leur enverra un esprit qui donnera effi- 
» cace à Terreur, en sorte qu'ils croiront au mensonge, afin que 
» tous ceux qui n'ont pas cru à la vérité, mais qui se sont complu 
» dans l'injustice, soient condamnés ^ » ; lorsque celui-là — l'an- 
téchrist — viendra et ramassera en soi, par libre choix, l'apos- 
tasie et qu'il agira de sa propre volonté et décision et qu'il s'instal- 
lera dans le temple de Dieu, afin que ceux qui se laissent séduire 
par lui Tadorent comme le Christ ; et pour cette raison, il sera 
jeté dans la fournaise ardente *. » 

Ailleurs encore Irénée dit de l'antéchrist : « Et c'est pour- 
quoi dans la bête qui arrive a lieu une condensation de toutes les 

• Gunkel, Schoepfung und Chaos, p. 221 et suiv. 

* Irénée, V, 25, l : diabolicam apostasiam iu se recapitulans, et idola quidem 

se pouens ad suadendum quod ipse sit deus. Et, ibid., V, 25, 5, il désigne l'anté- 
christ comme celui € qui in se recapitulalur omnem diabolicum errorem ». 

» II Thessal., ii, 10-13. 

♦ Irénée, V, 28, 2. 



16 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

méchancetés et perfidies, afin que toute la force de l'apostasie, 
qui sera enclose en lui, soit jetée au foyer incandescent*. » A la 
fin du même chapitre, il appelle l'antéchrist « l'incarnation de 
l'apostasie, de l'injustice, de la méchanceté, de la fausse prophétie 
et de l'astuce soixante fois séculaires ' ». 

D'après cela, l'antéchrist, c'est le principe du mal, l'incarnation 
de l'apostasie. 

Or, les masses tombées au pouvoir de l'antéchrist, ce sont, en 
réalité, les gnostiques antinomistes ; c'est ce que confirme le même 
Irénée : « Tous les prétendus gnostiques, dit-il, les adorateurs de 
Dieu doivent les regarder comme les instruments de Satan ; avec 
eux, Satan s'est manifesté par des blasphèmes contre Dieu, qui a 
préparé le feu éternel pour toute apostasie. Car Satan lui-même 
n'ose pas blasphémer son maître; c'est ainsi qu'à l'origine du 
monde, il a séduit l'homme par le serpent, en se cachant devant 
Dieu 3. » 

Sans nul doute, nous avons affaire ici à ces sectes religieuses 
qui, d'après Philon, se donnaient pour les disciples de Caïn se di- 
vinisant lui-même : « ils l'avaient choisi pour guide et maître de 
leur vie » ; propriété du dieu égal à Dieu, ils se mettaient inso- 
lemment au-dessus de la Loi ; ou, pour parler avec Irénée, nous 
avons affaire « à ces gnostiques insensés qui veulent se guinder 
par dessus le Démiurge, car ils s'estiment meilleurs que ce Dieu 
qui a créé le ciel et la terre et les mers et tout ce qu'ils renfer- 
ment ; dans leur arrogance, ils prétendent être « spirituels », 
alors qu'à cause de leur athéisme, ils sont « charnels ». 

Les indications du Nouveau Testament sur l'antéchrist confir- 
ment également cette manière de voir. 

Ainsi II Thessal., m et suiv. est très important. Il y est dit : 
a Que personne ne vous séduise en aucune manière; car lui — le 
Christ — ne viendra pas que la révolte ne soit arrivée aupara- 
vant* et qu'on n'ait vu paraître l'homme de péché, le fils de per- 
dition ^ qui s'oppose et s'élève au-dessus de tout ce qu'on appelle 
Dieu ou service de Dieu, jusqu'à s'asseoir comme un Dieu dans 
le temple de Dieu, voulant passer pour Dieu. . . Et alors paraîtra 

* Irénée, 29, 2 : Et propter hoc iii bestia veniente recapitulalio fil universœ ini- 
quilalis et omnis doli, ut in ea confluens et conclusa omnis virtus aposlatica iu ca- 
minum mitlatur ignis. 

* Ibid. : in quem recapitulalur ses millium annorum omnis apostasia et injustitia et 
dolus, propter quae et diluvium superveniel ignis. 

> Irénée, V, 27, 2. 

* Tout à fait semblable à la conception lalmudique citée plus iiaut, suivant la- 
quelle le Messie ne viendra que lorsque tout l'empire se sera converti à l'hérésie 
des Minim. 

* Kal à7roxa>*v96rj ô âvOptoTro; tyî; àvo{x(a;, 6 w'6; tr,; àTcwXcia;. 



L'ANTI-MRSSIE 17 

ce méchant [o àvo|i.oç), que le Seigneur détruira par le souffle de 
sa bouche et qu'il abolira par l'éclat de son avènement. Ce mé- 
chant viendra avec la force de Satan, avec toute sorte de puis- 
sances, avec des signes et de faux miracles, et avec toutes les sé- 
ductions qui portent à l'iniquité ceux qui périssent, parce qu'ils 
n'ont point reçu l'amour de la vérité, pour (Hre sauvés. » 

A cette description il faut ajouter l'Apocalypse de l'antéchrist 
qui est ainsi conçue : a Et on lui donna une bouche qui pronon- 
çait des discours pleins d'orgueil et des blasphèmes. . . Elle ouvrit 
donc la bouche pour blasphémer contre Dieu, pour blasphémer 
contre son nom et son tabernacle et contre ceux qui habitent dans 
le ciel ; elle reçut aussi le pouvoir de faire la guerre aux saints et 
de les vaincre ; on lui donna encore la puissance sur toute tribu, 
sur toute langue et sur toute nation, et tous les habitants de la 
terre l'adorèrent. . . * » 

Nous avons là l'incarnation de l'antinomisme, tel qu'il appa- 
raît chez Philon et les plus anciens adversaires chrétiens de 
l'hérésie. 

Les plus récentes études apocalyptiques, comme celles de 
Gunkel - et de Bousset^, sont entrées dans la bonne voie pour 
trouver une explication satisfaisante de l'Apocalypse et de la 
légende de l'antéchrist. Nous sommes heureux d'être arrivé à des 
conclusions analogues, dont nous n'avions pas connaissance en 
commençant notre travail. 

Bousset dit justement : « Dans la tradition chrétienne, l'anté- 
christ ne représente pas l'empire romain... L'antéchrist est le 
pseudo-messie né parmi les Juifs de Jérusalem, qui par la force 
de Satan opère des miracles et des prodiges et s'installe dans le 
temple de Dieu. Les Juifs l'acclament comme leur souverain. Ce 
n'est pas un empereur, ce n'est pas une figure politique, mais une 
figure eschatologique. C'est ainsi que l'idée se présente déjà dans 
le Nouveau Testament. Suivant Paul, l'àvOpwTroç zr^ç àvotxiaç est le 
pseudo-messie, qui est envoyé aux Juifs pour leur châtiment, 
parce qu'ils n'ont pas adopté le vrai Messie *. » 

Nous avons montré que dans l'ancienne tradition l'antéchrist, 
c'est l'incarnation de toute l'apostasie. Cette apostasie, l'Apoca- 
lypse nous l'offre sous la forme du dragon, de Vancien serpent =, 
qui devait être tué par le Messie. « L'esprit prophétique, dit Justin 

* Apocal., XIII, 6; xii, 9. Cf. I Ep. de Jean, ii, 18*, Jean, v, 43 ; Math., xxiv. 

* Schœpfung u. Chaos. 

* Der Antichrist. ' . 

* Bousset, Der antichrist, p. 120. Cf. Gunkel, l. c, p. 221 et suiv. 

5 Apocal., XII, 9 : ô Spàxwv , 6 o?i; , 6 àpy^atoç, 6 xo'Xo'jjxîvoîc AtâôoXo; xac ô 

T. XXXVIII, N« 75. 2 



18 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Martyr, nous apprend par Moïse à ne pas croire à un serpent, 
attendu qu'il fait voir qu'au commencement il fut maudit de Dieu 
et que dans Isaïe * il annonce que cet être hostile sera tué par la 
grande épée, qui est le Christ 2. Suivant la tradition juive et chré- 
tienne, le serpent était un des archontes, le chef des démons. Ces 
mots d'un psaume : « Vois, vous mourez comme des hommes et 
tombez comme des princes » furent expliqués comme suit, au dire 
de Justin : « Par là, il est fait allusion à la désobéissance des 
hommes — Adam et Eve — et à la déchéance du serpent. . . ^ » 

De même chez Irénée. « C'est pourquoi, dit-il, Dieu établit une 
inimitié entre le serpent et la femme et sa postérité, qui se dressent 
mutuellement des pièges; car celle-ci, mordue au talon, peut, de 
son côté, marcher sur la tête du serpent; le serpent mord et tue 
et connaît les pas de l'homme, jusqu'à la venue du descendant 
qui était destiné à lui marcher sur la tête ; ce descendant, c'est le 
fils de Marie, dont le prophète a dit : « Tu marcheras sur des 
vipères et des basilics et tu fouleras des lions et des dragons. » 
Parla, il est signifié que le péché, qui se dresse contre l'homme et 
qui le fait frémir, sera anéanti en même temps que la mort, qu'il 
broiera le lion qui dans les derniers temps se jettera sur l'homme, 
c'est-à-dire l'antéchrist* , qu'il garottera le dragon, l'ancien 
serpent, et qu'il le livrera à l'homme pour que celui-ci ruine sa 
force ^. » 

Nous retrouvons cette tradition, comme on le verra, dans le 
Targoum du Pseudo- Jonathan et le Targoum palestinien sur 

' Ch. xxvii, 1. Voici le texte : « En ce jour TEternel punira de sa dure, grande 
et forte épée Léviathan, le grand serpent, et Léviathan, le serpent tortueux... • 

* Justin, Dial. c. Tr.^ cb. XCI. 

^ Dial., ch. Gxxiv, : xac tyjv tttwc-iv toO évo; Ta)v àp^ovîtov, ToutSaTi toû xîx).r.ae- 
vou èy.sivou ôcpcw;. .. Et Apol., I, 28, il est dit que chez les chrétiens le serpent est 
appelé chef des mauvais démons, Satan et Diable. Dial. c. Tr., cb, cm, les mots de 
Ps. XII, 14 : « Us ouvrent contre moi leur gueule comme un lion déchirant et rugis- 
sant » sont ainsi rapportés à Jésus : r, )iovTa tov wp'j6[xevov ètt' aOrov sXsys tôv cidt- 
PoXov ôv McoOcr^; (/.àv oçtv xaXeï, èv 6a xw Iwé xal tw Za/apid oiiooXo; xéxXrja, xal 
Otto toO 'Ir,(îoù catavà; TcpoGr^yôpeuxat xô yàp caxàv à7:o(jxàxr,; èaxi. 

'* Cf. Hippolyt, De Antechristo^ ch. vi, où l'anléchrist est représenté comme 
imitateur du Christ dans ces termes : « Le Christ est un lion et un lion est Tanté- 
christ, etc. » ; voir le passage cilé de Justin. Dia!.^ cb. cm. 

° irénée, III, 23, 7 : Quapropler inimieiliam posuit inter serpentem et raulierem 
et semen ejus, observantes iuvicein, illo quidem cui mordetur piaula, et potente cal- 
care caput inimici, allero vero mordente et occidente et interpedieute ingressus bo- 
rainis quoad usque venit semen praedestinatum calcare caput ejus — quod fuit par- 
tus Mariae — de quo ait propheta : Super aspidem et basilicum ambulabis et 
conculabis leonem et dracouem, Signilicans qui illud quod erigeretur et dilalaretur 
adverbum bomiueui pecatum quod frigidum reddebat eum, evocarelur cum régnante 
morte, et concularetur ab eo in novissimis temporibus iusiliens humano generi leo,. 
hoc est, Antichristus, et D''aconem illum serpentem vetustum alligans et subji- 
cieus potestati bomiuis, qui fueraC victus, ad calcaadum omnem ejus virlutem. 



L'ANTI-MESSIK ly 

Gen., III, 15: « Et j'établirai une inimitié entre toi et la femme, 
entre la semence de ton fils et celle de son fils, et il arrivera que, 
lorsque les enfants de la femme observeront les prescriptions de la 
Loi, ils chercheront à te frapper à la tête; mais, s'ils désertent les 
prescriptions de la Loi, tu t'efforceras de les frapper au talon. 
Toutefois eux seront guéris, mais toi tu ne seras pas guéri, et eux 
feront pénitence à la {In des jours du Messie. » 

Comment « le dragon, l'ancien serpent » est-il devenu l'incar- 
nation de l'antéchrist? Les dernières recherches sur l'Apocalypse 
sont tout près de la solution de cette question. « Dans la littérature 
de l'Ancien Testament et aussi par-ci par-là dans celle du Nou- 
veau, dit Bousset, nous trouvons, comme Gunkel en a donné la 
preuve serrée dans son Schœpfung it. Chaos, de nombreuses 
traces d^un très ancien mythe sur la création, qui s'est transformé 
plus tard en une attente eschatologique. Ainsi que cela est visible 
dans l'Apocalypse, la croyance populaire juive s'attendait à une 
révolt.e du vieux monstre marin, avec qui Dieu avait lutté lors de 
la création, et à un combat gigantesque avec Dieu, quand arri- 
verait la fin des temps. Ce qu'on attend, ce n'est pas un domina- 
teur quelconque ni des violences de sa part contre Israël, mais la 
lutte de Satan contre Dieu, du dragon avec le Tout-Puissant. La 
légende de l'antéchrist me semble donc être simplement l'effet 
d'une tendance à remplacer, dans le mythe, le dragon par un 
homme. Cette légende ne s'occupe pas immédiatement d'événe- 
ments et de puissances politiques. A la place du dragon apparaît 
Vhomyne doué de forces miraculeuses, qui se pose en égal de 
Dieu; pour les Juifs, ce ne pouvait être là que le faux messie *. » 

Ces réflexions sont parfaitement justes. Mais on ne nous dit pas 
où il faut chercher « l'homme doué de forces miraculeuses qui se 
pose en égal de Dieu ». Ce n'est pas le pseudo-messie qui apparaît 
et aussitôt disparaît. Philon, Irénée et les anciens écrivains de 
l'Eglise nous renseignent sur ce dragon d'antéchrist - : ce sont les 
antinomistes, les gnostiques séduits par l'antéchrist, qui préten- 
daient se passer du Dieu créateur et qui avaient pris possession du 
Temple de Jérusalem, ce sont les Minim maudits par la Syna- 
gogue. La lutte acharnée qui, sous nos yeux, se poursuit pen- 
dant des siècles est dirigée contre un mouvement intellectuel 
intense, agressif et victorieux. Le courant qui agite si vivement 
les masses, qui aujourd'hui menace le judaïsme pharisaïque et 
demain le judéo-christianisme conservateur, n'est autre que celui 
des Minim, des gnostiques antinomistes. 

* Bousset, p. 93. 

* Voir Dsr vorchr,jûd. Qnosticimus, p. 19 et suiv., p* Si e( Buiv. 



20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Dès l'époque du deuxième triumvirat, la Sibylle juive décrit un 
de ces mouvements sous l'impulsion de Béliar, ràvôpw-oç ty,; àvo- 
{xiaç de la 2^ Epître aux Thessal, et marque dans ce Béliar l'anté- 
clirist, tel que le reproduit plus tard l'Apocalypse chrétienne: 
« Un jour viendra, déclare la Sibylle, où Béliar arrivera de Sébaste 
et arrêtera la cime des montagnes, les marées, le soleil ardent et 
la lune magnifique, réveillera les morts et opérera de nombreux 
prodiges; or, en lui, nulle perfection, mais rien que de la trom- 
perie, et il séduira beaucoup d'hommes, des Hébreux pieux et 
choisis et aussi beaucoup d'autres impies *, qui n'ont pas encore 
entendu la parole de Dieu. Mais quand sera proche l'heure des 
châtiments et que le feu de Dieu ruissellera à flots sur la terre, 
alors il consumera Béliar et les hommes qui dans leur orgueil 
eurent confiance en lui ^. » 

Ainsi Béliar accomplira de grands prodiges, mais ils seront 
vains. C'est ce que fait aussi l'antéchrist, c'est ce que font, séduits 
par lui, les Minim, les gnostiques antinomistes. Il induira en 
erreur beaucoup d'hommes et aussi des Hébreux pieux et choisis 
et des païens ; de même l'antéchrist à qui « l'on donna le pouvoir 
de faire la guerre aux saints et de les vaincre ^ ». A la fin, Béliar 
et ses partisans seront consumés; de même, l'antéchrist, qui « fut 
jeté dans l'étang ardent de feu et de soufre '* ». 

D'où vient que le dragon a été remplacé par l'homme doué de 
facultés merveilleuses, qui se pose en égal de Dieu ? 

Ressuscité par l'ophianisme gnostique, le mythe du dragon s'est 
ranimé sur le sol juif, il est devenu « l'ancien serpent », qui 
apporta la gnose aux hommes. L'ancien serpent, l'antéchrist 
résume en lui toute l'apostasie, incarnée dans l'ophianisme, qui 
attire et enivre toute la terre. De la sorte, nous comprenons ces 
mots de l'Apocalypse : « Et le grand dragon, le serpent ancien, 
appelé le diable et Satan, qui séduit tout le monde, fut précipité 
sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui =. » De la 
gueule du dragon sortent des esprits de démons « qui font des 
prodiges et qui vont vers les rois de la terre et de tout le monde, 
afin de les assembler pour le combat du grand jour du Dieu tout- 
puissant « w. 

* Kai ôy) ixEpoTta; tcoXXoù; TcXav^ffei tckttoù; t' èx^eroyc 6' éppaiou;, àv6(io\j; te... 
' Or. SibylL, III, C.3-74 : Kal p£)îap çXÉ^si xat {iTispçtaXo'j; àv6pu)7ro'j;... 

' Apoc, ïiii, 7 : Kal èooOrj aÙTo) u6X£[i.ov Troificrat {xerà tcùv à^i\ii^y xal vixfjcrai aO- 
Tou;* xal èôôOy] aùxài èÇouaîa ètci Tràaav çXu^jv xal yXûffffav... Cf. Math., xxiv, 24. 

* Apoc, XIX, 20 ; XX, 10. 

* Apoc, XXII, 9 cl suiv. 

^ Apoc, XVI, 14; XIII, 12-14;xix, 19. D'après l'Apocalypse, le temps messianique, 
où tous les royaumes doiveut ge couvertir à la doctrine des Minim, est déjà ar- 



L'AiNTI-MESSIE 21 

La lutte séculaire contre l'antéchrist n'est donc pas une lutte 
contre des moulins à vent, mais contre des adversaires vivants et 
puissants. Ce que nous lisons dans les Apocalypses de Jean et 
celles qui ont été conservées par les Pères de l'Éj^lise sur la puis- 
sance de l'antéchrist et sur son charme irrésistible, ce n'est pas 
de la fantaisie, ce sont des faits historiques. L'antéchrist siégeait 
véritablement, comme « Anomos « réel, au Temple de Jérusalem, 
terrorisant la communauté fidèle, qui devait se garer de lui dans 
le Temple*, et qui sûrement aurait été forcé de capituler devant 
lui, si pendant ce temps le Temple et la nationalité juive n'avaient 
été ruinés. Aussi l'orthodoxie a-t-elle imputé la destruction de la 
nation au développement extraordinaire des Minim-. Les sectes 
antinomistes ont rompu l'unité nationale du judaïsme, et la Syna- 
gogue, qui prit la succession du Temple, ne put se défendre contre 
elles qu'en s'en écartant, tandis qu'elle les couvrait de malédic- 
tions dans ses prières. 

Toutefois, ces Minim n'avaient pas toujours été des trouble- 
fêtes. Il fut un temps — avant la destruction du Temple — où ils 
vivaient en bonne intelligence avec l'orthodoxie et prenaient part 
au culte du Temple, sans y porter atteinte. A ce m^oment, ces 
gnostiques n'étaient pas encore antinomistes, ou, du moins, ils ne 
se donnaient pas pour tels. Leur gnose s'agitait encore dans les 
limites permises et faisait, comme nous l'avons vu, les plus con- 
sidérables conquêtes parmi les docteurs pharisiens les plus émi- 
nents ^ Sans doute, au dire des adversaires, cette bonne entente 
n'était qu'une comédie, et elle ne dura que tant que le mouvement 
des Minim ne s'était pas imposé. Une fois les maîtres, ceux-ci je- 
tèrent le masque et se montrèrent les antinomistes qu'ils étaient. 
Cela se produisit du temps encore où le Temple existait et où il 
n'était pas question du christianisme. Nous en avons le témoi- 
gnage dans une Mischna qui nous apprend, qu'on dut dans le 
Temple apporter des modifications à de vieilles prières « à cause 
des Minim, lorsqu'ils dégénérèrent* ». 

La vieille tradition chrétienne fait subir un changement pareil, 
et pour des motifs semblables, à l'antéchrist, « le dragon, le vieux 

rivé. Cf. I Jean, ii, 18 : « Mes enfants, le dernier temps est venu ; et comiae vous 
avez ouï dire que l'autéclirist doit venir et qu'il y a déjà plusieurs antéchrists, nous 
savons que le dernier temps est venu. » 

* Voir Der vorchr. jUd. Gnosticismus, p. 92. 

* Jer. Sanh., x, 5 : nin^D ^2-15^1 "D^l^^f rC^y^^ 1^ «bx bNTJ"^ V^i wSb 

3 Die vorr.kr.jild. Gnosticismus, p. 43 et suiv. 

*• Berach., 54 ô : Û"'2'^73^7 "l'Dpbpw73. Nous ne pensons pas qu'il faille traduire, 
comme on le fait d^ordinaire : « Lorsque les Sadducéeus exercèrent des ravages ». 



22 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

serpent », qui vient des Juifs et qui va d'abord chez les Juifs. 
Voyons les instructives traditions apocalyptiques d'Ephrem sur 
l'antéchrist. 

« Une grande lutte, mes frères, aura lieu dans ce temps, pour 
les croyants, quand des prodiges et des merveilles seront accom- 
plis avec une grande puissance par le dragon, et qu'il se mon- 
trera régal d'un dieu sous de terribles et trompeuses apparences, 
qu'il volera dans les airs et que tous les démons flotteront dans 
l'air comme des anges devant le tyran ^.. Car, lorsque l'homme se 
laisse un peu aller, il est facilement dompté et se laisse prendre 
aux prodiges du méchant et perfide dragon-... Apprenons sous 
quelle forme le serpent éhonté apparaîtra dans le monde ! Comme 
le Sauveur, pour racheter la race humaine, naquit d'une vierge, 
celui-là prendra la même apparence. . . Et ainsi le mauvais vien- 
dra comme un voleur, pour tromper tout le monde; il sera humble, 
paisible, haïssant le mal, affichant l'horreur des idoles, une haute 
estime de la piété, il se montrera bon, plein d'amour pour les 
pauvres, il aura de beaux dehors, sera de bonne humeur pour tous, 
il honorera tout particulièrement le peuple juif; car ceux-là 
l'attendent. Cependant il opérera des prodiges, de faux miracles, 
des spectacles terribles avec une grande puissance. D'une façon 
astucieuse, il s'efforcera de plaire à tous, afin de se concilier la 
grâce de tous. Il n'acceptera pas de dons, ne se mettra pas en co- 
lère, ne se montrera pas abattu ; mais par l'apparence d'un être bien 
ordonné, il trompera le monde, jusqu'à ce qu'il ait assuré sa domi- 
nation. Quand les nations et les peuples assisteront à de pareilles 
vertus et au déploiement d'une si grande force, ils le proclameront 
roi unanimement et avec une grande joie, se disant les uns aux 
autres : « Peut-on trouver ailleurs un homme si bon et si juste? » 
Ainsi son règne s'établira vite, et dans sa colère il frappera trois 
grands rois. Alors il s'élèvera superbement dans son cœur et le 
dragon vomira son venin, il troublera toute la terre et agitera les 
extrêmes frontières. . . ^ » Combien fort avait dû être le mouve- 



^ Ephrcm Syr., Paris, 1832, V, 303. Sermo IX in secundum douum adveut, et iu 
adv. Anliclir. : • Mapuum, l'ratres, tune cuuctis hoininibus, maxime vero (idelibus 
erit cerlamcn in diebus illis, quaudo signa et prodigia iu magna polestale ab ipso 
Dracone perficienlur : quaudo rursus seiptum ut Deum oslentabit. . . » 

* Si cnim aliquis bominum vel paulo remissior invenlus l'uerit, facile expugna- 
bilur, caplivusque reddetur per signa alque porlenla Draconis pessimi ac dolopleni. 

* Ibid.^ 7. Perdiscamus, ô amici, quonam amietu impudeus ille serpens in terris 
apparebit. Quandoquidcm Salvator bumanum volens liberare genus e Virgine natus 
est, et iu babitu bominis per sauclam virtutem suae divinilalis conculavit boslem ; 
unde secum ipse cogilabil dolosus de assumeudo adveutus i|)sius babilu, quo sic nos 
decipiat... atque islo liabitu amictus veuiet scelestissimus ille ut fur ; et ut cuuclos 
decipere possit, se bumilem simulabit atque quietum injustitis osorem, aversorem 



L'ANTI-MKSSIE 23 

ment juif des Minim et le mouvement gnostique chrétien qui en 
était sorti, pour que, au iv° siècle chrétien, où il n'en restait plus 
que des débris, il eût encore un si profond retentissement, à en 
juger d'après Ephrem I 

Le Pseudo-Ephrem décrit l'antéchrist d'une manière semblable : 
« Lui, le corrupteur d'âmes, le dragon perfide, dit-il, revêtira 
dans sa période ascendante, avant qu'il ait obtenu l'empire, l'as- 
pect de la justice. Il se montrera alors usant de ruse, doux envers 
chacun, paisible, aimable, impartial, plein de désintéressement, 
sociable à l'égard de ceux qui l'approcheront, de sorte que les 
hommes, ne soupçonnant pas que sons la peau du mouton se 
cache un loup dévorant, l'exalteront comme un justes >5 

Si nous ne savions déjà que les masses séduites par l'antéchrist, 
c'est la secte des Minim ou le gnosticisme antinomiste, nous l'au- 
rions appris par ces descriptions de l'antéchrist. Ce sont les 
mêmes hérétiques contre lesquels prévient le premier évangé- 
liste, quand il dit : « Gardez-vous des faux prophètes qui vien- 
nent à vous en JiaMis de brebis, mais qui au dedans sont des 
loups dévorants"'. » Irénée, en son histoire des hérétiques, surtout 
dans la préface, emploie les mêmes termes, prévient contre les 
gnostiques antinomiste s , et il indique qu'avant lui « un plus 
grand » a parlé d'eux de la même façon : « Le mensonge, dit-il au 
sujet de l'hérésie gnostique, ne se montre pas nu, mais paré de 
faux dehors, en sorte qu'aux novices il semble, grâce à ses appa- 
rences, plus vrai que la vérité même. Un plus grand que nous a 
déjà dit, à propos de ces gens, que du verre simulant artificielle- 

idolorura, magnum pietatis aestimatorem, benignum, pauperum amatorem, speciosum 
ultra modum, longe placidissimum, hilarem in cunctos, supra modum autem Judaeo- 
rum gentem honorabil, quod hi scilicet maxime illim expectent adventum. Alque 
inter haec omnia ediluriis est signa portenta alque lerrores in poteslate magna. Astu 
doloque placere conabitur cunctis, ut cito populi amorem atque benevolenliam sibi 
conciliet. Munera non captabit, cum iracundia non loquelur, moestus non apparebit, 
sed omnino hilaris ; et sub specie religionis, quoad regnaverit, decapturus est mun- 
dum. Quando autem multi e populo ac plèbe tôt tautesque ejus virtutes aspexerint, 
ipsumque potentia adeo praestantem, cuncti pariter in eamdem sentenliam descen- 
dent, summoque cum gaudio illum sibi regem proclamabunt, dicentes adinvicem : 
Numquid reperiri poterit alius vir tautus adeoque benignus ac justus? Cilo autem 
ejus regnum erigetur... Deiude supra modum corde exaltabilur evomelque Draco 
universam suam amaritudinem j orbem terrarum turbabit. ultimes iines terrai com- 
movebit, aifliget uuiversa 

* Prf. Ephr., ch. VIII : Sed nefandus ille corruptor polius animorum quam corpo- 
rum, ûumque adulescens, subdolus draco sub specie jusliliae videtur versari, ante- 
quam sumat imperium. Erit enim omnibus subdole , placidus , munera non 
suscipiens, personam non praeponens, amabilis omnibus, quietus universis, xenia 
non appetens, all'abilis, apparens inter proximos, ita ut beatiûcent eum homiues, 
dicentes : Justus bomo hic est, nescientes, lupum laterc sub specie agni, rapacem esse 
intrinsecus sub pelle ovili (dans Caspari, Briefe, Ahhandl. u. Pred., p. 434). 

* Mathieu, vu. 15. 



24 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ment l'éraeraude peut paraître à d'aucuns supérieur à cette pierre 
précieuse tant estimée par les hommes, si personne n'est là qui 
soit capable d'éprouver et de reconnaître l'imitation habile. Or, 
qui saurait facilement apprécier un alliage d'airain et d'argent? 
Afin qu'il n'y en ait point qui par notre faute se laissent enlever 
comme des brebis par des loups, parce qu'ils ne connaissent point 
ceux C07itre qui le Seigneur nous a prévenus S . . .j'ai jugé né- 
cessaire de dévoiler ces profonds mystères *. » 

Tout cela démontre qu'à l'origine, le dragon n'était pas aussi 
terrible qu'il est devenu plus tard. Il y eut un temps où il était 
croyant, doux, paisible, pieux, bref l'idéal d'un Messie. Aussi, à 
cause de ses vertus éminentes et à cause de ses prodiges, il s'attira 
de nombreux adorateurs, jusqu'à des « élus », qui le regardèrent 
comme le Christ attendu, de sorte que, d'après la tradition apoca- 
lyptique de saint Mathieu, Jésus déjà dut le combattre et ses aco- 
lytes : « Prenez garde que personne ne vous séduise. Car plu- 
sieurs viendront en mon nom, disant : Je suis le Christ, et ils 
séduvvnt deaucoup de gens... Et plusieurs faux prophètes 
s'élèveront et séduiront beaucoup de gens . . . Car de faux 
christs et de faux prophètes s'élèveront et feront de grands 
signes et des prodiges, pour séduire les élus mème^ s il était 
possible ^. » 

Mais, lorsque le dragon se développa, qu'il s'assimila des élé- 
ments de plus en plus nombreux et que par là il commença à 
perdre de plus en plus contact avec le mosaïsme, les Juifs fidèles 
à la Loi qu'il avait attirés le quittèrent épouvantés, s'étant aperçus 
qu'il les avait trompés, levèrent le poing contre lui dans la syna- 
gogue, abandonnèrent au christianisme, pour qui ce dragon n'était 
pas moins dangereux et en qui il avait vu de bonne heure l'anté- 
christ, le soin de l'anéantir après une guerre acharnée de plu- 
sieurs siècles. 

La légende de Tantéchrist s'éclaire encore par l'ancienne tradi- 
tion chrétienne, suivant laquelle l'antéchrist sortira de la tribu de 

* Mathieu, vu, 15. 

2 Iréuée, préface et 1,31, 3, 4. Hippolyte, De Antechnsto, 6 : iZtiy^r, ô a(7)Tr,p w; 
àpviov xat aÙTo; (ô àvrî/piaxo;] ofxoîo); çavôaETai à); àpvtov evooOcv Xuxo; (ov. El lùid., 
ch. 54, il applique Jérémie xvii, 11, à l'antéchrist; il le compare à une perdrix qui 
attire des petits qu'elle n'a pas pondus : Kai ""lepejJLia; Bï el; aùxôv yçtoii.r,yoz Trapa- 
Colfi <pr,ai OUTO);- « TTÉpSt^ èçtôv/joev c'JvriyaYîv à oùx 2T£X£v... tÔ) aOtâ) ci(ioia)|jLa-i 
6[j.oia)(; [/.exeypyiiTaTO elutov 6 7rpoçriTr,<; Tiepl toj àvxixptcrTou o; 7rpoçxaXé(j£Tai irpè; èau- 
TÔv TYiv àvOpcoTTÔxrjTa... 

■' Math., XXIV, 4, 5, 11, 24 : tôaxs uXav^aat, el ôuvaxov, xat xoùc éxXexxou;. 
Tout de même, d'après Or. SihylL, m, 68, Béliar séduit jusqu'aux Hébreux choisis : 
Kal 69) {jipOTia; ttoXXoù; TiXavi^aei iTiaxoO; x' txXsxxoù; 0' 'E^paio-j;. Cl. Apoc, xiii, 
7 : Kat èôôOr) aùx(o 7t6Xe[Xov 7toi:^aai [xexà xtôv àyiiov xai vixfjaai aùxoO; I Jean, ii, 18; 
Apoc, XIII, 14. 



L'ANTI-MKSSIE 23 

Dan; cette tradition est d'autant plus importante, qu'elle s'appuie 
sur le verset qui identifie Dan avec le serpent *. « Dans Ephrem, 
I, 192, nous trouvons sous le nom de Jacob d'Edesse une explica- 
tion de la prophétie de Genèse, xlix, 1G, sur Dan. Là on applique 
ces mots : « Qui mordet equum in ungula et dejiciet retrorsura 
ascensorem » à l'antéclirist, qui détruira l'empire romain -. » De 
môme Ps.-Epiirem ^ Hippolyte rapporte cette manière de voir 
longtemps auparavant *. 

La tradition que déjà Irénée relate est plus importante encore : 
a Jérémie n'a pas seulement annoncé son arrivée soudaine, mais 
il a aussi indiqué la tribu de Dan, d'où il sortira. Il l'a fait en ces 
termes : « Le ronflement de ses chevaux a été ouï de Dan, et tout 
)) le pays a été ému du bruit des hennissements de ses puissants 
)) ctievaux ; et ils viennent et ils dévorent le pays et tout ce qui y 
w est, la ville et ceux qui y habitent \ » Et c'est pourquoi l'Apo- 
calypse ne compte pas cette tribu parmi celles qui seront sau- 
vées ^. » 

D'après cela, l'Apocalypse aurait déjà connu la tradition qui 
faisait sortir l'antéchrist de Dan et aurait omis cette tribu, parce 
qu'elle était exclue du salut, lors du dénombrement des douze 
tribus d'IsraëP. 

Mais, doit-on se demander, comment du passage précité de Jé- 
rémie déduire que l'antéchrist descendrait de Dan? Lorsqu'on 
s'enhardit à appliquer les versets d'une manière aussi arbitraire, 
du moins faudrait-il essayer de justifier de pareilles applications. 
Mais Irénée s'en garde bien, pour la bonne raison qu'il ne saurait 
les justifier. Il a reçu cette tradition sans en saisir les rapports et 
il la reproduit comme une tradition sacrée, sans y rien changer et 
sans l'accompagner de commentaire. La source de cette tradition 

* Genèse, xlix, 17. Pour établir encore que l'antéchrist sortira de Dan, on se 
sertdeDeut., xxxiii, 22, et de Jérémie, vin, 16. 

2 Bousset, /. c, p. 79. 

^ Ch. V : Tune apparebit nequissimus et abominabilis draco, ille quem appellavit 
Moyses in Deuteronomio dicens : Dan catulus leoni succubans et exiliens ex Basan, 
accubat enim, ut rapiat et perdat et mactet. Catulus leonis vero, non sicut leo de 
tribu Dan, sed propter iram rugiens nt devoret. — Et au chap. viii : Cum ergo ve- 
nerit mundi finis, ille nefandus mendax et horaicida de tribu nascitur Dan. 

* De Antichristo, cb. xiv : « yôvrjOrjXO Aàv ô^iç ècp' ôooO xa07iîJ(.£vo; oâxvwv, TTTSpav 
ÏTtTrou ». "Otpt; ouv tîç àpa 9) ô à7r' àpx^;; TrXotvo;, ô év ty] yavéast £'.py][j.évoç, ô TrXav^qaaç 
Tfiv Euav 7.0.1 TiTspvîca; tov Aôàtj,. Pour d'autres traditions voir Bousset, p, 112. 

5 Jérémie, viii, IG. 

^ Irénée, V, 30, 2 : Ilieremias autem non solum subitaneum ejus advenlum, se det 
tribum ex qua veniet, manif'estavit, dicens : Ex Dan audivimus vocem velocitatis 

equorum ejus et propter boc non aiinumeratur tribus haec in Apocaiypsi cum bis 

quae salvantur. 

■^ Apoc, VII, 5-9. 



26 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

est juive sans nul doute. Interrogeons le Talmud et le Midrasch ; 
peut-être nous aideront-ils à comprendre. 

Le Talmud nous offre un passage intéressant, parallèle à la rela- 
tion d'Irénée. Partant de ces mots « ec il (Abraham) courut jusqu'à 
Dan * », R. Yohanan dit : « Lorsque cet homme pieucv, Abraham, 
arriva à Dan, sa force s'affaiblit. Il prévit que ses arrière-neveux 
adoreraient un jour des idoles à Dan, comme il est écrit : « Mais 
l'autre, il le mit à Dan. » — Par contre, ce méchant ne commença 
à prendre courage qu'une fois parvenu à Dan, car il est dit : « De 
Dan on entend ses chevaux soufïier - . . . » 

Ici donc Jérémie, viii, IG, est rapporté à « ce méchant ». Ce 
méchant, qui commence à prendre force dès qu'il arrive près de 
Dan, est opposé à « cet homme pieux », dont les forces déclinent 
à la vue de cette localité. Ce passage du Talmud complète donc 
celui d'Irénée et jette quelque lumière sur la légende qui s'appuie 
sur le verset de Jérémie pour l'origine danite de l'antéchrist. 

Ce qui prouve que celte légende provient de traditions juives, 
c'est que, d'après celles-ci, la tribu de Dan était comme prédestinée 
à produire l'antéchrist. Déjà, lors des pérégrinations d'Israël à 
travers le désert, Dan fournit une sorte d'antéchrist « qui ouvrit 
la bouche pour blasphémer contre Dieu et contre son nom «. 
L'Écriture raconte, en effet : « Le fils d'une femme Israélite, qui 
était aussi fils d'un homme égyptien, sortit parmi les enfants d'Is- 
raël, et il eut une querelle avec un Israélite dans le camp; le 
fils de la femme israélite blasphéma le nom de l'Éternel et le 
maudit; et ils l'amenèrent à Moïse; or, sa mère s'appelait Selomit, 
fille de Dibri, de la t?HI)u de Dan^. » Les fils de Dan s'étaient de 
bonne heure livrés à l'idolâtrie et y restèrent adonnés « jusqu'au 
jour où ils furent conduits hors du pays * ». 

La tribu de Dan rivalisait avec .luda, la plus éminente de toutes 
les tribus, d'où devait sortir le Messie, pour l'animal symbolisant 
la force noble, et elle reçut également le surnom honorifique de 
« lion ■■' w. 

D'après une Agada, le patriarche Jacob avait déjà nourri l'espcip 
ou plutôt la crainte de voir sortir le Messie de la tribu de Dan. 

* Gen., XIV, 14. 

» Sanharin, Î)G a : \-\ ^y p^n2£ imi^ N^t) "jT^r) lin*!"^ 'l ^12^ \1 ^y ^IT^T 

sn"inj 3>72Uî5 p7û 'y:j )in y^-j^rro ly n2:<n: ï<b y on im^s r]Ni pn "jn; 

1^010. Cl". Geji. rah., 43 Nous supposons que K. Yohanan a rapporté par erreur à 
Seunachérib ce que rancienne tradition applitjuail à l'auléchrist. 
3 Lévit., XXIV, 10, 11. 

* Juges, XVIII, 30, 31. 

" Deut., xxxHi, 22 ; ÏT'IN m.^ p. 



L'ANTI- MESSIE 27 

Dans cette Agada, il est dit, à propos de ces mots de l'Écriture : 
« Dan est un serpent sur le chemin, mordant les paturons du 
» cheval, afin que celui qui le monte tombe à la renverse », ces 
paroles ne s'accomplirent point. Lorsque notre ancêtre Jacob le 
vit en esprit (Samson), il crut que celui-là serait le roi Messie. 
Mais lorsqu'en esprit il le vit mourir, il dit : « Celui-là aussi est 
mort, j'espère en ton secours, ô Dieu •. » C'est aussi dans le sens 
de cette tradition que le Targoum Ps. Jonathan ainsi que le Targ. 
jér. commentent le soupir poussé par le patriarche Jacob : « En 
ton secours, 6 mon Dieu, est mon espoir ! » Jacob n'attendait le 
salut ni de la part de Gédéon ni de celle de Samson, le secours 
venu d'eux n'étant que momentané ; mais c'est de la part de Dieu 
même que le salut viendra, car le secours émané de Lui sera 
d'une durée éternelle ^ 

Mais tous les efforts de la petite tribu furent vains, « car, dit le 
Midrasch, si Dan ne s'était pas joint à la plus remarquable des tri- 
bus, à Juda, il aurait été incapable de produire le juge Samson ^ ». 
Sans aucun doute, cette entrée en concurrence de Dan avec Juda a 
donné naissance à ce mot rapporté par la Agada : « Aucune tribu 
n'est plus grande que celle de Juda et aucune plus basse que celle 
de Dan, issu d'une des concubines'*. » 

Les traditions talmudiques font s'élever de Dan des ténèbres à 
cause de son impiété. « Du Nord, est-il dit, des ténèbres s'étendent 
sur le monde. C'est pourquoi là-bas était située la tribu de Dan, 
qui s'était changée en ténèbres par les idoles que Jéroboam avait 



1 Gcn. rab., 98, sur xlix, 17 : nnp3"^ n^HO "^^b tDri^^inwXb D^im inTH"' 

i)2N n72\i3 imN n^Nno p^iD rpoT^rr Y-^ t^^in;:: nnon irnN* ï-iNin ir^N* 

2 Genèse, xux, 18 : "ji^'ia n-» js?2n ^D '2'py^ n?:N : '- ^n"i-ip "^nyicb 

liriDpmDn p^nrû r<:j< iroTacn n"^:p-nDb ^><b"i^^DD73 n:wN iiyr^i 
pi-]D '^^p'-nDT ^"-i P^p'>"iiNi m^^o ^:p-nDb pbwX t^n^'ci ipmD 

=» Ibid., sur xlix, 14 : ^t: nriT^ttD Hd^^-iO^ •'I^DO THiO 172^ l"^!"» p 

ib-^DN tzi'^ijn^Dn'iU inr)2b 'p:i^T:i Nbibw n^):nj nn :^"win^ n\\ û^::^':: 
m^TD 13 iiu:7ûO riT nr^i 1^72:^12 n^n «b n^^ynu: nnwX :3DV>a. On ren- 
contre des passages analogues à ces passages du Midrasch et de Sanh., 96a, dans 
Hippolyle, De Antichristo, ch. xv. A propos de l'anléchrist il y est dit : "On [xàv 
yàp ôvTw; èx Trj; çu),fi; Aàv (xsXXet yevvàaOai xai àvicTOaaOai xûpavo; pacrtXsù; xpiTY); 
8etv6ç ûià; toù 6iap6>,ou, çrjaiv ô nçio-^r^i-qc « ,Aàv xpive? t6v éauToO Xaov tioasl xal 
(Xtav çuXyiv èv 'laparjX ». àXX' speï Ti; ' toOto èttI t6v ilajji'l'wv £Ïpr,Tai, ô; èx tr^; çuX"^; 
ToO Aav yevvirjOel; expive t6v Xaov eïxocytv ëxY]. 10 (xyiv ètzI toO Sa[x*];cov [xsptxà); ysys- 
Vïjtai, TO ôè xaO' ôXou TrXsptoô'jQcreTat ètti tov àvTi/picrxov. léyzi^àp xal 'Icpefxîa; o'jtco;* 
a cTz6vùy]v èx Aàv àxouaôjxsOa 6|ÛTr,To; ïtittwv aOtoO. . .. 

♦ JEx. rab., 40 : ï-T^n'o p -jnujT^ ^m^ ^b "j-iNT ïimn^ 'jn'iîTD bin:» V V^^ 

mmbri "^12. Cf. ^aJd 5ar/-cî, 2. 



28 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fabriquées et qu'il avait dressées en Dan ^ )5 Et encore : « Du Nord 
les ténèbres s'étendent sur le monde. La tribu de Dan est désignée 
par là, elle qui avec ses faux dieux enveloppa le monde de ténèbres, 
après que Jéroboam eut fait faire deux veaux d'or. L'idolâtrie, c'est 
les ténèbres, comme il est écrit dans Isaïe : « Dans les ténèbres, ils 
opèrent. » Or, nulle part Jéroboam n'avait trouvé d'adeptes, si 
ce n'est dans la tribu de Dan. Car il est dit : « Et le roi, ayant pris 
conseil, fit deux veaux d'or. . . et il en mit un à Betliel et l'autre 
à Dan 2. » C'est pourquoi Dieu avait décidé que Dan camperait au 
Nord, ainsi qu'il est écrit : « La bannière du camp de Dan au 
Nord. . . Et à côté de lui Asser, pour éclairer les ténèbres. . . >> A. 
gauche, en face de Dan, qui est au Nord, se trouve l'ange Uriel (la 
lumière de Dieu), ainsi nommé à cause de la Loi, des Prophètes 
et des Hagiographes, en faveur de qui Dieu pardonne à Israël et 
lui donne la lumière ^ . . . » 

La tribu de Dan, malgré ses efforts pour disputer la primauté à 
Juda, ne put pas « produire » le Messie; elle s'en dédommagea en 
donnant au monde l'antéchrist. L'ancienne tradition chrétienne 
avait la même conception'^. 

Si Dan, la tribu idolâtre et la source des ténèbres, produit Tan- 
téchrist, il en est encore à plus juste titre l'origine var ses étroits 
rapports avec le serpent. C'est à cause de ces rapports, en effet, 
que les anciennes traditions apocalyptiques du christianisme font 
de Dan le père de l'antéchrist; elles le font, il est vrai, sur la foi 
d'anciennes traditions juives. Celles-ci disent à ce sujet : « Dan, 
sur le pectoral du grand-prêtre, avait la pierre leschem ; la couleur 
de sa bannière était bleu de saphir, et son animal symbolique 
était le serpent, conformément à cette parole : « Dan sera un 
serpent ^. » 

' Nombres rab., 3 : a3\D t]"^3in TTI n'^TT ûbl^b NilT^ ^'winn Û^?: "(ISS 

tyi y::^n n^no p... Cf. Sabbat, 62 è : t''^' ir::? n'^n \i l^^- ^^ ™^°^® 

Toi^èfta Sabbat^ 8. 

2 1 Uois, XII, 28. 

3 Nombres rab., 2 : -|72":5 N^pD 'n'nb llDitn Nn^'il) p lyZ'D V5N72073 bN-'n'lK 

n\s72T i^by ncriT: n'^-pr^o D*^mnDn tzî'i^'^ns min b^n'O'z S^mx 
St<T:J^b cnb... 

* Cf. Hyppolyte, De Antichr., ch. xiv : i-ntl ouv ),ÉovTa xaî axO(xvov ),£Ovto; tôv 
XptJTÔv 7rpoav£90)vri(Tav al ypo^Ç^tt, TÔ ô[xoiov xat Ttepl xoO àvTt)^p((rrou eîpriTat. çr,(jl 
yàp MtotTvï; auxo); * « oxv(xvo: )iovTo; Aàv. .. » à),X' tva [iy) crçaXri ti;, vo[xîcra;, 7:îpt 
ToO XpiGToO ebrjcOa'., t6 pr,Tàv toùto £7ii<rTT,(jâTW TÔv voOv « Aàv, çr,CTi, ax-jixvo; 
Xéovxo? «, Tïiv çuXyjv ovo[xà(ja;, Tyjv xoù Aàv, è(7açTQvi(7e t6 Trpoxsi'fxsvov è$ y); [xéXXîi 6 
àvT/tpiaxo; YevvaaOtai * axiTiep yàp, èx Tfjç 'Ioù6a çuXïî; ô Xpiaxô; y^T^'^" 
vY)Tai, ouTco; xat èx toO Aàv 9uXïj(; ô à.^-z'\.'^ç\o\o(, yevvTiÔTQaeT ai • oti fis 
ouTtoç ex^'» '^î JCY]CTiv 'Iaxa)[^ ' « yevvYiôyiTO) Aàv 091;... » 

» Nombres rab., 2 : b^ 'CH: "l^'I^TST n^Dob H^^ lb\a 1^^,12 y'l'Z^ Û\ab p 



L'ANTI-MESSIE 29 

Là est la source d'où vient le sigiium serpeniimim, sur lequel 
l'Apocalypse s'exprime ainsi : « La bête avait le pouvoir de parler 
comme le dragon * ; elle eut encore le pouvoir d'animer l'image de 
la bête, afin que l'image de la bote parlât, et de faire périr tous 
ceux qui n'adoreraient pas l'image de la b(^te, et elle obligeait tous 
les hommes, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, 
à prendre une marque à la main droite ou au front. Et personne 
ne pouvait acheter ni vendre, que celui qui avait la marque ou le 
nom de la bête ou le nombre de son nom -. » 

Parlant de l'antéchrist, Irénée commente ces visions apocalyp- 
tiques en ces termes : « Et il fera faire une image de la bête, est-il 
dit, et il lui communiquera le souffle et il fera mourir ceux qui ne 
l'adoreront pas; il est dit encore qu'il fera donner une marque au 
front et à la main droite, afin que nul ne puisse acheter ou vendre, 
s'il ne porte le nom de la bête 3. . . » 

De même, Ephrem Syr. sur les temps de l'antéchrist *. 

Plus explicite encore est la tradition apocalyptique que nous a 
conservée lePs. Ephrem : « En ces jours de l'antéchrist, il régnera 
une famine terrible et une effroyable disette d'eau; en outre, il 
arrivera que celui qui n'aura pas au front ou à la main droite le 
signe du serpent ne pourra vendre ou acheter le froment dénué de 
force ^. .. » 

Bousset^ rapporte encore d'autres traditions analogues sur le 
signe de l'antéchrist, et il en tire justement les déductions sui- 
vantes : « Par là s'élucide, pour nous, le dernier point resté obscur 
dans Apocal., xiii. On a déjà montré plus haut que c'est ici préci- 
sément que la tradition primitive de l'antéchrist a servi de base. 
Il faut expliquer Apoc, xiii, 16 et 17, comme un simple emprunt à 
cette légende. Nous avons ici une tradition parallèle et indépen- 
dante, en face d'Apoc, xiii, 16 et 17. Car, premièrement, c'est 

U5n5 \1 •^ÏT« î ^^. Cf. Ex. rai., 38: VsD 135 b^^ m^inS n^nO Û'^nwNÎ n""» 

* Apoc, XIII, 11. 

a Apoc, XIII, 15-18; SIX, 20; iiv, 11. 

» Irénée, V, 28, 2. 

** X. c, chap. viii : « Tune vehementer omnis lup;ebit anima ingemiscetque : tune 
omnes aspicient pressuram illam inelFabilem, qua dies noctesque premenlur : neque 
usquam reperient ubi cibis famem sibi expleant. Siquidem pra;sides quidam populi 
duri atque immites par loca constituentur, qui illos duntaxat paululum ciborum 
eorum scilicet quales tune invenientur, sibi coemere permittent, qui si"-naculum 
Tyranni secum in fronte vel dextra praetulerint. » Et à la tin de ce discours : « Quot- 
quot non aeceperunt signaculum impuri impiique Draconis. . . » 

' Ps. Epbr., 8 : « Et nemo potest venumdare vel emere de frumento caducitalis 
Disi qui serpentinum signunt in t'route aut in manu babuerit. 

' Der Antichr.^ p. 133. 



30 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'une manière directe qu'ici les fidèles reçoivent la marque de 
l'antéchrist, tandis que, dans l'Apocalypse, la deuxième bête at- 
tache le sceau au nom de la première; deuxièmement, cette parti- 
cularité, que seul le porteur de la marque pourra acheter et 
vendre, se tient bien avec l'ensemble, tandis que la relation de 
râpocalypse est une vraie énigme. L'auteur de l'Apocalypse a tout 
simplement emprunté ce trait; il aura probablement pensé à la 
médaille de l'empereur romain. Ce qui ajoute à l'importance, c'est 
Ps. Ephrem qui parle d'un siginim serpeniinum. L'antéchrist im- 
prime une image de serpent au front et à la main de ses adeptes; 
à nouveau renaît le mythe du dragon. » 

Que serait-ce, si l'on pouvait démontrer que ce » signum serpen- 
tinum » n'est pas une pure fantaisie mythologique, mais que, pour 
parler avec WApocalypse, « la bête parlait^ » et que, de très bonne 
heure, avant le christianisme, il avait été adoré des Juifs de Pa- 
lestine? Mais alors, la lutte acharnée de nos apocalypses contre 
l'antéchrist n'était pas dirigée contre le vide, mais contre un être en 
sang et en os; mais alors, il faut prendre à la lettre ce qu'on nous 
dit « des grands et des petits, des pauvres et des riches, des hommes 
libres et des esclaves qui portèrent le signe du serpent au front et 
à la main et l'adorèrent ^ »; et alors nous aurons de quoi nous 
former un jugement solide sur l'Apocalypse. 

Avant tout, il sera utile d'appeler l'attention sur une tradition 
très curieuse et trop négligée, qui nous a été conservée par Phi- 
laster. Il parle d'une secte juive qui, jusqu'au roi Ezéchias, sacrifia 
au serpent élevé par Moïse dans le désert. Mais même après la 
destruction du serpent d'airain par Ezéchias, les Juifs auraient 
continué ce culte du serpent, en imprimant ses images, ses for- 
mules, etc., sur des feuilles de métal et en les portant comme 
« phylactères )> autour du cou. « Ceux-là les portaient et les 
portent en guise d'amulettes sur la poitrine, ce que le Sei- 
gneur a pourtant défendu dans la Loi, car c'est une superstition 
païenne ^ » 

Le Talmud confirme que le « signum serpentinum )^ était en 

* Apoc, XIII, 15 : xaî èû60rj aOrw ooûvai Tzvt~j[X7. r^ eîxovi roy Or^ptou, l'va xai ),a- 

* Apoc, XIII, 16; XIX, 2U ; xiv, 11. 

' Philast., Hacr.^ 21 : « llli erj^o serpenli ;ereo usque ad rep;em Ezechiam sacriû- 
cabat Judœorum populus, formaliones eliara in lapide magno velul obelisco, qui erat 
in lemplo posilus pro coluraua, et in eo incisiones et impressiones manu homiuum, 
ut et litteraruin qiiaiiimdem sculpcules Judan eirormulas diveisas loUentes et ponen- 
les in lamina buiulabant in collo : incanlaliones eliam docenles et velul phylacteria 
habenles, imo potius exercentes maleticia. eadem percolebant alque inde alligaluras 
et tutamina suo porlabant et portant m pectore quœ dominas ubique in lege ve- 
tuerat lieri, quia paganic cecit'.lis hœc erat impielas. » 



L'ANTI-MESSIE 31 

usage avant le christianisme et qu'il le fut encore longtemps après 
parmi les Juifs de Palestine. « Si l'on trouve un objet, y est-il dit, 
qui porte la figure de la lune, du soleil ou d'un dragon, on doit le 
jeter dans la Mer morte. » Là-dessus, Ben Azzaï rapporte une tra- 
dition qui caract(^rise d'une façon plus précise le genre des 
images de dragon interdites ^ 

Nous apprenons par là que le « signum serpentinum » était 
adoré à la façon du soleil et de la lune et qu'à la fin du premier 
siècle de l'ère chrétienne où vivait Ben Azzaï, ce culte était encore 
en vigueur, puisque ce docteur donne une description détaillée des 
dragons défendus. 

Une autre relation ancienne du Talmud enseigne ce qui suit : 
« Tous les astres sont permis, sauf les images du soleil et de la 
lune; toutes les figures sont permises, sauf celle de l'homme, et 
toutes les images sont permises, sauf celle d'un dragon -. » 

Du premier siècle de l'ère chrétienne date incontestablement le 
passage talmudique ci-après : « R. Eléazar b. Çadok dit : Il y avait 
toute sorte de figures à Jérusalem , sauf la figure humaine. 
L'image d'un reptile qui ressemble à un dragon est interdite ^ « 
Ce docteur vivait au i^'' siècle, et il prouve que, dès ce temps, on 
avait dû défendre le « signum serpentinum ». 

Très instructive est l'explication que donne R. Yosé , au 
ne siècle, des paroles dont se sert Isaïe pour gourmander les filles 
de Sion sur leur démarche orgueilleuse et sur la manière ondu- 
leuse, « serpentine », dont elles traînent les pieds : « Ces mots, dit 
notre docteur, signifient que les filles de Sion avaient des images 
de dragon sur leurs chaussures*. » 

D'autre part, on trouve, dans le Talmud, des traces que le culte 
du dragon se pratiquait encore au ii° siècle de l'ère chrétienne ^ 
Ces indications du Talmud et les autres sur le « signum serpenti- 
num » concordent avec le passage précité de Philaster. 

» Jér. Aloda Zara, m, 2 : Ï-I3nb n-nîC T^12T\ P-niI p^V^n Û'^b^ tî::i?aï^ 

lipm "ITîT ■'N n)21N ^NT3' p ^"n p ^2mV... Dans Tosèfta Ab. Z., celte rela- 
tion est rapportée, non par Simon b. Azzaï, mais par K. Simon b. Eléazar, qui vécut 
au ir siècle. 

^ Ahod. z., 42 ô : ^5351 ni^n St7d7d ynn i-^nnTû mbî^^r^ Sd ^^m 

rpnir:. 

, » Tosèf. Abod. z., 5 : T^ii maiirisTî ^5 -iT^iwX pT72: nn -i7:7?wS 'n 

niDN lipn^r: v?3S •^^'0V^^ oinnn i^bn aiwN r]"i2:"iD7û yin û^bciT^z. 

* Midr. Hcha rabb.,\; Lév. rabb., 14, 2 : H/^l^î "'OT' '"1 n^DSi'n '[-■'b:;"!^ 

» Abod. z.,ASa: nHN ^b^iT^ ^-l■^1n nni< drs b"3">n n?:wS n"aa nnn tjwX 
lipm nmi: n-^bj'i n:?aa D'J nî^tst ^mn "^i^na ncpn kS"n. 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ainsi, le « signum serpentinum » était réel et était l'objet d'un 
culte. Nous comprenons maintenant la lutte acharnée que me- 
nèrent contre lui les Apocalypses chrétiennes. Le Christ, qui 
devait anéantir Tantéchrist et le jeter dans la fournaise ardente, 
devait ouvrir la lutte sur toute la ligne, le déloger lui et sa suite 
de toutes leurs positions. Le « signum serpentinum » adoré par le 
peuple devait céder la place au ctijxeTov cxaucou. De même qu'à la 
place de l'antéchrist devait paraître le Christ, à la place du signe 
du serpent devait être instauré « le signe du fils de l'homme ^ ». 
D'autant plus que le serpent que Moïse dressa dans le désert 
n'était pas autre chose que le symbole de Jésus crucifié, et c'est 
pour cette raison même qu'il avait eu tant de puissance *. 

Comment la croix s'est-elle substituée au serpent? La soi-disant 
lettre de Barnabe nous le montre déjà, mais mieux encore Justin 
Martyr. Il cherche à expliquer à Tryphon et à ses compagnons 
comment Dieu, après avoir défendu toute image, a ordonné à 
Moïse de dresser un serpent d'airain, qu'il suffisait aux Israélites 
mordus par le serpent de regarder pour guérir. Là est dévoilé le 
mystère, comment devait être anéantie la force du serpent, qui 
depuis Adam fut voué au péché. Là on apprend à ceux qui croi- 
raient au crucifié annoncé par ce symbole, qu'ils seront guéris 
des morsures du serpent, c'est-à-dire des mauvaises actions, de 
ridolâtrie et des autres péchés. « Comme Dieu par le serpent 
d'airain fit élever le signe de la croix ^, sans se rendre coupable 
d'une violation de la loi, la malédiction pèse d'après la loi sur tous 
les hommes crucifiés, mais nullement sur le Christ, car il a sauvé 
tous les maudits *. » Et ailleurs : « Moïse aussi devrait passer pour 
avoir transgressé la loi, si une fois il a défendu de faire aucune 
image d'aucun objet de la terre etc., et qu'une autre fois il confec- 
tionna lui-même un serpent, le dressa comme signe et ordonna 
que les individus mordus le regardassent, afin de guérir. Ainsi 
le serpent, maudit dès l'origine par Dieu, aurait alors sauvé 
le peuple! Devons -nous accepter tout cela tel quel, comme 
le veulent vos docteurs, et non pas comme un symbole? Et 
quoi, nous n'appliquerions pas ce signe à l'image de Jésus cru- 
cifié ^ l » 



* Math,, XXIV, 30 : Kal t6t£ oavr)<T£TO(t to cr.ixsïov xoO uioO xoO àvOptoTTOu èv Tto 
oùpavfp. 

* Justin, Apol.^ I, 60 : ... xai xar' ÈTriTTvoiav xat èvepyeiav xriv irapà toO OeoO Xe- 
yoixEvyjv, ).ap£tv t6v Mcodéa ya)>x6v xal iroiyjaai tûuov axaupoO xt),. 

' ovuep ouv xpÔTtov xo (jyijj.£îov ôià xoù yaX%o\i ôçeio; yévefrOa'. ô Oto; èxéXeuae. 

* Just., Bial. c. Tr., ch. xciv. Cf. Dial., ch. xci. 

* Justin, Dial., ch. cxii : ô 091; àpa vorjOYjOtxcoi acacoxevai xôv )a6v xoxe, ôv irpo- 



L'ANTI-.MESSIE 33 

Ainsi s'explique l'énigme de « la marque » de l'antéchrist dont 
parle l'Apocalypse. Il en est de môme de cette histoire incom- 
préhensible du Messie, qui, après sa naissance, se cache sous le 
trône de Dieu*, pour jeter plus tard l'antéchrist dans l'étang de 
feu 2. L'application violente de cette tradition à Jésus a faussé les 
idées ; c'est de nos jours seulement qu'on en est venu à une plus 
saine exégèse et qu'on s'est rendu comipte que le xiT chai)itre de 
l'Apocalypse n'est pas d'origine chrétienne ^ « Ce chapitre, dit 
Gunkel, raconte les embûches auxquelles le Christ, pendant qu'il 
naît dans le ciel, est exposé de la part d'un immense dragon et de 
la façon dont l'enfant nouveau-né est sauvé par devers le trône de 
Dieu ; puis ce chapitre parle de la persécution de sa mère et de sa 
fuite heureuse. — Celui qui ignore la tradition exégétique ne 
saurait guère donner de réponse à la question de savoir de quels 
événements de l'histoire de Jésus il s'agit dans le récit; et il s'é- 
tonnerait fort d'apprendre qu'on applique le chapitre à la nais- 
sance et à l'ascension de Jésus 1 Or, Jésus, d'après l'Évangiie, n'est 
pas nédans le ciel, mais surla terre, à Bethléhem de Judée; il n'est 
pas ravi vers Dieu étant enfant nouveau-né, mais après avoir 
vécu environ trente ans ici-bas. Par conséquent, ce que ce cha- 
pitre dit de Jésus ne se rapporte aucunement au Jésus historique. 
— Mais bien plus grave encore est ce que le chapitre passe sous 
silence : il ne contient aucune allusion claire à l'histoire de Jésus, 
à son activité divine et à sa mort sur la croix. Il en résulte que le 
chapitre ne s'applique pas à Jésus et que, par conséquent, il n'est 
pas d'origine chrétienne. — On ne comprend pas que des re- 
marques aussi simples et aussi topiques aient pu rencontrer de 
la résistance et qu'aujourd'hui encore on maintienne qu'il s'agit 
de la naissance et de l'histoire de Jésus* ». 

Le récit de l'Apocalypse, suivant lequel le Messie était caché 
sous le trône de Dieu et jettera plus tard l'nntéchrist dans l'étang 
ardent, est une tradition juive et ne se comprend que par elle. 

tJne tradition de ce genre est la suivante : 

« Quelle est la lumière qu'attend avidement la communauté 
d'Israël? C'est la lumière du Messie, car il est dit: « Et Dieu vit 
que la lumière était bonne... »; cela nous apprend que Dieu, 

Tceïov xaxyipàcraTO 6 Oso; xyiv àpx^v xal àvôO.s ôla Trj; (xEyà).yic [xaj^at'pa;, cb; 'Hcaîa; 
PoS ; xal ouTcoç àcppovcaç 7rapaÔ£^6{ji.£9a rà TOtaùta w; ôtodcrxaXoi u[JLà)v çaai xal où 
GU[x6o)va; où}(l Se àvot(70|Ji£v ètù t?)v elxôva xoO (TxauocoôévTo; 'IrjffoO t6 (rY)[X£îov... 

* Apoc, XIX, 15, 20. 

' Apoc, XII, 5 : Kal YipTràdôr) to tsxvov aOxYj; 7ip6; xôv 0àov xal xov 6p6vov 
aOxoù. 

* Cf. Vischer, Offcnb. Jok.^ eme jild. Apoc. in christl. Bearbeitung. 

* Schœ^fung u. Chaos, p. 173 ss. 

T. XXXVIII, N° 75. 3 



34 REVUE DES ETUDES JUIVES 

avant de créer le monde, considéra le Messie et son œuvre, et qu'il 
cacha le Messie et sa génération sons son trône sacré. — Le 
Satan dit à Dieu : « Maître du monde, à qui appartient la lumière 
que tu tiens cachée sous ton trône sacré? » Dieu répondit : « Elle 
appartient à celui qui un jour te rejettera dans la confusion. » Là- 
dessus Satan demanda à Dieu: « Montre-le moi 1 » Et Dieu ré- 
pondit : « Viens et vois ! » Lorsque Satan l'aperçut, il fut saisi 
d'un tremblement, il tomba à terre et dit: « Pour sûr, c'est le 
Messie qui un jour me jettera moi et tous les princes des nations 
dans l'étang ardent de l'enfer, car il est dit * : « Il engloutira la 
mort pour jamais et le Seigneur essuiera les larmes de dessus tous 
les visages. . . ^ » 

Ici nous trouvons sous une forme précise ce que l'Apocalj^pse 
nous présentait sans clarté et sans suite, du Messie caché sous le 
trône de Dieu et de son action de brûler l'antéchrist avec son 
puissant cortège. C'est là la vieille conception juive du Messie et 
de sa mission, et chacun pourra décider où est l'original et où 
est la copie. 

Il est hors de doute que l'antéchrist de l'Apocalypse et le Satan 
de notre Agada ne font qu'un. Il suffit d'une rapide comparaison 
pour s'en convaincre. Voici la description de l'Apocalypse : 
(( Alors il y eut un combat dans le ciel; Michel et ses anges com- 
battaient contre le dragon, et le dragon combattait contre eux. avec 
ses anges; mais ceux-ci ne furent pas les plus forts. . . Et le grand 
dragon, le serpent ancien, appelé le diable et Satan, qui séduit tout 
le monde, fut précipité à terre et ses anges avec lui. Alors j'en- 
tendis dans le ciel une grande voix qui disait : C'est maintenant 
qu'est venu le salut et la force et le règne de notre Dieu et la puis- 
sance de son Christ; car l'accusateur de nos frères, qui les accu- 
sait jour et nuit devant notre Dieu, a été précipité ^ » 

* Isaïe, XXV, 8. 

* Pesikta rabbali, 36; Talkout h. y 60 : ITIT ïlDitTû b^nO"» nD350 mX ÎIPN 

i-\":i'ç>ri -DiT-û n?ûb7D ma ■^:d "iin- nwS 'b^x 5<-p-i -^iz^v:: n^'Z'û b\r mwX 
t-inn Tiinb in^":î?2b iTsr^i ûb-jTi f<nn:o amp T'a:'7:m n^CTia 
niN tabiy bu: 1:13-1 ^''-^-pn "^^cb puîn '^,72^ nbo m^Dr: j^od 
"TT'Tnnb ^^:^y ^<^^a ^Tob b"î< r>îir; ^:3b ^b\:j ninrn ncd nnn 7:5:;» 
N3 "ib -i7:î< "^b ir^wNin nh^v y:: i:in-i b"N d^jD nuîinn '^T^'^bznbi 
iriT \Ni"i3 -i?:iiiT -i^2D br bsDT 3''T3>nT2 imN i^iinuj iriDi imN n.sni 
n72NrvD D3'^n:\3 ^b^yr'^ rwzi^ ^nc biDbi "^b b^Dnb T«n3> Nina rr-z-û 

:s>"«:jn-i i-i^Db rV2^ [m^ûiNn rcninn n^'O imxn] nx^b m?:n rb^i 

n"3prî cnb i7ûN m^-j r\i2 m^-q rm ii-'n û"«bDi3 ismNu: îit nih ^'û 

pli: Ti'^'O'n Q''"1DM V2'0^ n"^':i?3. Cf. PesuMm^ 54 a; Nedarim, 39 J ; Gcn. ;•., 1, 
Kuoch, xLviii, 2-7 ; lv, 4; lxix, 29. 
Apoc, XII, 7 et suiv. 



L'ANTI-MESSIF. 35 

Ainsi l'antéchrist est ici le dragon, le serpent ancien, appelé le 
diable et Satan. Contre lui et ses troupes combat l'archange Michel 
avec ses If^gions célestes. Et lorsque se produisit la chute de 
Satan, il éclata une allégresse, « parce qu'avait été précipité 
l'accusateur de nos frères qui les accuse jour et nuit ». 

Chaque mot porte sa marque de tradition juive. D'après celle-ci, 
le chef des satans — nommé Samaël ' — le Satan par excellence, 
c'est le serpent. De même, les Ophites appelaient le serpent 
Samaël*. L'Agada décrit comme suit les rapports entre Samaël 
et Michel: « R. Yosé disait: « A qui doit-on comparer Michel et 
Samaël? A Vavocat et à Vaccusateur qui sont devant le tri- 
bunal... Satan est l'accusateur, Michel prend la défense des 
mérites d'Israël^. » Toutes ces conceptions se retrouvent dans 
l'Apocalypse. 

Gog et Magog appartiennent à l'entourage immédiat de l'anté- 
christ. Dans les sources talmudiques et midraschiques, Gog et 
Magog apparaissent par-ci par-là comme étant l'antéchrist*. 
Lorsqu'on se rei)résentait encore le Messie sous un rôle politique, 
il a pu passer pour l'antéchrist; en général pourtant, les anciennes 
traditions juives figurent Gog et Magog comme les troupes ins- 
pirées de l'antéchrist. 

Déjà la Sibylle juive préchrétienne déclare que le pays de Gog 
et Magog est le séjour du jugement parmi les hommes ^ Sous la 
conduite de Satan, les armées de Gog et Magog partent en guerre 
contre Dieu et le Messie ^ Dans la littérature talmudique on leur 
applique souvent les paroles du psalmiste : « Pourquoi les gentils 
s'agitent-ils et pourquoi les nations conçoivent-elles des choses 
vaines ? Les rois de la terre s'élèvent et les princes délibèrent 
ensemble contre Dieu et contre le Messie '. » Déjà le patriarche 

1 Deut.r,\\ : Tû'i ^b "i-iN ...Nirj û'^3L3u:r5 biD u5Nn :yuî-irî bxToo ^ndt: 

"^ Iréaée, 29, 9 : « projeclilibus serpentem duo habere nomina : Michael et Sa- 
maël dicunt ». Il faut probablement altribuer à une erreur d'Irénée, quand il pré- 
tend que les Ophites appelaient le serpent Michel à cùlé de Samaël. Cf. Justin, 
Apolog., I, 28 : Trap' rijj.ïv (xàv yàp 6 àpxrjysr/;; tcov AT^Gi^ ôaifJLÔvtov ôçi; xa),£tTai, xal 
oraTavôc;, xat ôiàpo),o;. 

3 Cf. Ex, r., sur xii, 92; 18: i^Db Û^"I?3"I3^ bwSTDOT bNlD^Tî "^OT^ '"I nt3N 

-imb 5<n v^'^ïT» b5<nu:'i bu5 ini^T ^12^12 bND"«7aT 5Tjp73 v^'^'^^i ^^-^^'^în 
^ Sanh., 94 a : :\n:;)3i :;"i:\ nnnsoT n'^u:)^ ri-'pTn muj/^ ïi"3prT ^p3. 

5 Or. SihylL, III, 315 ssq. : Aî ai aoi Tony t^ôy) Maycoy... xaî xpiae'w; oixrjiji; cv 
àvOpcbuoiai X'/ivaêiiarj. Cf. Or. Sib., UI, 512. 

« Abod. z.,zb : DnN2 1112 by pb -iTDiN :^1573T :>15 n?onb7a v^^^"i^ l"'"'^ 

7 Ibid., et L<fv. r., xxvii, 22, 27. 



36 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Jacob prophétise sur ces derniers combats et sur la chute de Gog 
et Magog *; de même Eldad et Médad^ De toutes ces luttes, les 
dernières et les plus grandes, Dieu sortira vainqueur comme Dieu 
des mondes. 

L'Agada suivante nous renseigne sur la façon dont l'ancienne 
littérature juive concevait le rôle de Gog et Magog. « Maudits 
soient les criminels qui se concertent contre Israël et parmi les- 
quels chacun croit que son conseil est supérieur à celui des autres. 
Esaii disait : Caïn était un sot, pour avoir tué son frère du vivant 
du père; il ne songeait pas que son père pouvait encore avoir des 
enfants. Moi, je m'y prendrai autrement : les jours de deuil relatifs 
à mon père approcheront et alors je tuerai mon frère Jacob. — A 
son tour, Pharaon disait : Esaii était un sot ; car il n'eut pas l'idée 
que son frère pouvait encore du vivant de son père avoir des 
enfants. J'agirai autrement : je détruirai les enfants, alors qu'ils 
seront encore dans le sein de leur mère. Ainsi il est dit dans 
l'Ecriture : « Nous serons plus sages (que nos prédécesseurs); vous 
jetterez tout garçon nouveau-né à l'eau! » — De son côté, Aman 
dit : « Pharaon était un sot; il ne fit pas réflexion que les filles se 
marieraient et auraient des enfants. Je ferai mieux; je tuerai et 
anéantirai tous les Juifs. » — Gog et Magog tiendront le même 
langage : tous ceux-là ont été des sots, qui ont formé des desseins 
contre Israël, sans penser que ce peuple avait un patron au ciel. 
Je suivrai une autre tactique: je me ligue d'abord contre son 
patron et après je marche contre Israël. Ainsi il est dit dans 
TEcriture : « Les rois du monde se lèvent »... Mais Dieu dit : 
Méchant! tu oses te mesurer avec moi; par ta vie! je te com- 
battrai, comme il est écrit : « L'Eternel sortira comme un héros ; 
il réveillera sa jalousie comme un homme de guerre^. » Et encore : 
« L'Eternel sortira et combattra contre ces nations*. » Et encore : 
« L'Eternel sera roi sur toute la terre ^. » 

D'après cette tradition, qui nous montre qu'à différentes 
époques, plus tard dans le christianisme et auparavant dans le 
judaïsme, divers personnages démoniaques se sont vu attribuer le 

1 Gen. r., 98 : rîfi<-in 5^:^ nbD?3 ...û'^7:^n n->nnN3 ûddn Nnp"» n^N dn 

Ûrrb. Cf. Gen. r., 36. 

> Sanh., Ma : i^Nnsn?^ vn ai:»7aT aia -^poy by [n^DT mbN]. 

* Isaïe, XLii, 13. 

* Zacharie, xiv, 3, 9. 

^L^v. r., XXVII, 22, 27 : VH t2'':3"lU: : p ^7215 i^ny ai5?3T Sli t\N1 

ûSTiùDb :»'niT73 ^3N rtbnnn N5t< p n^i^^y -^^wX -«sn bsN u^'n'O^n in-i::^ 
D-'inm y■^^^ -^Db): ■l2i:^n■« n\nDT i<nn bN-i;a-> by nTin ""Dn ^d nnNi 
nn"';2J7a byï 'n b3> im Tioii 



L'ANTI-MESSIK 37 

rôle de l'antéchrist, on serait tenté de conclure que Gog et Magog 
désignent l'antéchrist. Mais il nous est dit par ailleurs que dans 
les derniers jours les peuples, poussés par im mauvais esprit^ 
se révolteront contre le roi -Messie et qu'ils seront anéantis 
par lui *. 

La même tradition reparaît dans l'Apocalypse. Il y est dit : « Et 
quand les mille ans seront accomplis, Satan sera délié de sa 
prison, et il sortira pour séduire les païens qui sont aux quatre 
coins de la terre, Gog et Magog, et il les assemblera pour les 
combattre, et leur nombre est comme celui de la mer. Et ils mon- 
tèrent sur toute l'étendue de la terre et ils environnèrent le camp 
des saints et la cité chérie. Mais le feu descendit de Dieu et les 
dévora , et le diable qui les séduisait fut jeté dans l'étang de feu et 
de soufre. . . - » 

M. Friedlaender. 



* Tanhouma Schôftim^ sub fine. : ^b7D3 'nD^?^ ,Ûlb^b ÎT^bît nNT5T 

mnm T^D an^rn y-iN r-i^m nJDiiTO ti2:i-nrt ^173 wo'dh 75733 
1"^î<i iDn3-> 113 '1 '3u: Sn-iuî-» «bwN -i^vj^^^ ^iî^-i ^^o-i n"'73"« vnBO 
"IDD bN M^y- 

* Apoc, XX, 7-10. 



LE MOT « MINIM » DANS LE TALMUD 

DÉSIGNE-T-IL QUELQUEFOIS DES CHRÉTIENS? 



Il vient de paraître un livre ingénieux et suggestif qui combat 
l'opinion, passée à l'état d'axiome, que par Minim les écrits rab- 
biniques ont entendu désigner sinon partout, du moins en de 
nombreux endroits, les chrétiens ou plutôt les judéo-chrétiens. 
L'auteur estime que « les Minim, si violemment attaqués par les 
docteurs à la fin du i'''' siècle et au commencement du ii® siècle de 
l'ère chrétienne », ne sont autres que « les adeptes de la secte 
gnostique des Ophites » (p. 100). Il part de la thèse qu'il a posée 
dans un travail antérieur, à savoir» que la diaspore juive-helléni- 
sante était divisée, dès l'époque de Jésus, en deux partis franche- 
ment opposés, l'un conservateur et l'autre radical, entre lesquels 
il y avait toute une dégradation de nuances, qui, dans la suite, 
se continuaient dans le christianisme » (p. vu). Il trouva « dans 
la littérature talmudique et {)hilonienne des sectes juives radi- 
dicales, qui, partant de l'exégèse allégorisante de l'école judéo- 
alexandrine, en arrivèrent au dédain, et, en fin de compte, au 
rejet des lois cérémonielles, et qui regardèrent le Dieu créateur 
comme un Dieu inférieur, à mettre loin au-dessous de l'Etre Su- 
prême, seul reconnu par les gnostiques » (p. vu). M. Friedlaender 
voit dans les Ophites, dont parlent quelques écrits de la littérature 
patristique, certains de ces gnostiques juifs antinomistes qui, aux 
1" et 11° siècles de l'ère chrétienne, présentèrent un caractère pré- 
chrétien et furent vigoureusement combattus comme Minim. 

Les arguments et les données dont se sert M. Friedlaender, 
dans la première partie de son étude (p. 1-43). pour établir l'exis- 
tence de « radicaux juifs de la diaspare préchrétienne », surtout 
les passages tirés de Philon, sont fort plausibles; de même on 

* M. Friedlaender, Dcr vorchristliche jûdische Gnosticismus, Goetlingue, 1898, 
in-8» de ix + 123 p. 



LE MOT '' MI.NfM » DANS LE TAL.MUT) 39 

peut admettre que les Ophites et autres sectes analogues sont sor- 
tis du judaïrne Iiellénisant. Mais il en va autrement de la deuxi(*ime 
partie (p. 43-123) sur « le gnosticisme juif préclirétien ». Là l'au- 
teur s'efforce d'appliquer les résultats de ses recherches aur 
passages de la tradition palestinienne qui parlent des Minim, 
ainsi qu'aux indications de cette littérature sur les théories cos- 
mogoniqups et théosoi)\nc[\ies {Maacé Jiereschit et Maacé Mer- 
caba) de l'époque tannaïtique. Tout esprit non prévenu apercevra 
la grosse contradiction que renferme la thèse de l'auteur : il attri- 
bue à la diaspore hellénisante, donc à une secte née hors de la 
Palestine, une influence très puissante et durable en Palestine 
même. De cette dinicuHé l'auteur ne souffle mot et il nous jette 
médias in res. Cette secte des Ophites attire dans ses filets nombre 
de docteurs, tandis qu'elle excite les plus violentes colères chez 
d'autres docteurs. Mais notre savant ne s'astreint à aucune cri- 
tique des textes si négligés et si mal conservés et il ne s'embar- 
rasse pas de leur degré d'authenticité. Il cite sans choix des pas- 
sages des parties les plus diff'érentes du Talniud et du Midrasch 
et il les faiÉ rentrer dans un système tout fait. Bref, l'auteur n'em- 
ploie pas la méthode inductive; il ne s'applique pas à détermi- 
ner le sens du mot Minim, d'après tous les passages ou tout au 
moins d'après la plupart des passages et les plus importants ; mais 
il introduit simplement son idée, obtenue de par ailleurs, dans les 
textes talmudiques. 

Nous ne nierons pas qu'ainsi il ne jette parfois une nouvelle 
lumière sur ces textes. Par exemple, l'explication nouvelle des 
t]"^2rb:i, dans le sens de tablettes (cf. Isaïe, viii, 1), et leur iden- 
tification avec le diagramme des Ophites (p. 81-89) est très spé- 
cieuse. L'auteur tient pour toute moderne l'opinion qui voit les 
Evangiles dans les û-^^vb:; qui sont mentionnés, à côté des "^nsD 
d''2''^, dans la baraïta de Sabbat, 116a, et la Tosèfta Sabbat, 
ch. xTv (éd. Zuckermandel, p. 129, 1. 2). M. Friedlaender dit : 
<i Un de nos modernes interprètes du Talmud a eu la spiritueffè 
idée de retrouver dans le mot Guilj^onim les Evangiles, et Cette 
identification ingénieuse a eu tant d'attrait qu'elle a obtenu une 
approbation prompte et générale. » M. Friedlaender ne se doute 
pas que cette identification est beaucoup plus ancienne. Il lui au- 
rait suffi d'ouvrir une vieille édition du Talmud ou la collection de 
variantes de Rabbinowicz(DiÂûfo?<^^ Sôferim, VII, 260), pour ap- 
prendre que le Talmud Sabbat, 116a, au bas delà page, immédia- 
tement avant l'anecdote de Gamliel II et de sa sœur Imma Scha- 
lom, renferme les indications suivantes : ivba pi< rT"'b mp n\xw 'm 
^vbi )^y ïT^b ^np ]^nv 'n. Ce qui signifie : « Ceux de l'école de R. Méïr 



40 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(d'après Raschi, ms. cité par Rabbinowicz : R. Méïr lui-même) 
l'appelaient li^bjj "j-N, R. Yohanan l'appelait irba liy. » Il s'agit 
évidemment de l'Evangile ; R. Méïr, au moyen de la méthode du 
Noiaricoyi, rend, dans un jeu de mots, le grec eùaYYÉXiov par deux 
termes hébreux, dont le premier signifie c^ injustice » ou « idolâ- 
trie » *. Quant à R. Yohanan, il se sert de \^y, « péché ». l\ n'est 
pas douteux que ces paroles de R. Méïr et de R. Yohanan ne se 
rapportent aux û'^3vb:\ dont il est question dans la baraïta, qui se 
trouve peu auparavant. Le mot Trh de notre phrase s'applique au 
singulier ivbs, qui signifie Evangile ; to-^ii-^b:;, ce sont des exem- 
plaires de ce livre. Au reste, le ms. du Talmud de Munich a dans 
la baraïta \yhyn au singulier. Ce n'est donc pas « un interprète 
moderne du Talmud » qui explique le mot de la baraïta par 
« Evangile », mais deux autorités du Talmud même, le tannaïte 
Méïr, disciple d'Akiba et d'Aher, et le plus grand Amora de la Pa- 
lestine, Yohanan ^ 

A la vérité , dans les écoles babyloniennes, ce sens du mot 
'a^T['^b'> de la baraïta n'était plus connu ; on lui attribua le même 
sens qu'à ces mots dans la baraïta : rr'JTD bon nb^^îo bo fsvb:», « les 
marges des copies de la Bible » où il n'y avait rien d'écrit. Ainsi 
seulement se comprend la discussion que nous lisons dans le Tal- 
mud. Mais cette discussion n'a pas empêché qu'on transmît les pa- 
roles de R. Méïr et de R. Yohanan et qu'on les insérât dans le Tal- 
mud. Même on y rattacha aussitôt une autre tradition sur 
l'Evangile, à savoir l'anecdote du patriarche Gamliel II et de sa 
sœur Imma Schalôm. M. Guedemann s'est occupé soigneusement 
de cette anecdote dans ses Religions g eschichtliche Stiidien (1876, 
p. 67 et suiv.) ; je renvoie à ce travail, où les citations de l'anec- 
dote de l'Evangile sont examinées de près. Ici, il suffira de faire 
observer que là où nous lisons dans nos éditions du Talmud : 
ND-^nnî^ Nn"«"'"n&î nn-^rî^rr^i^ « une autre Tora a été donnée », les an- 
ciennes éditions du Talmud et le ms. de Munich ont : (rr^n) nn^rî\-i^N 
•jrb:» *j"i3> a l'Evangile a été donnée » ; et, au lieu de n^dd^ n"^D"«5b 
« à la fin du livre », le texte primitif portait iT^bs 1i:î*t n^D-^Db « à la 
fin de l'Evangile ». M. Gùdeman a tort [l. c, p. 71, note 1), 
croyons-nous, de regarder \-i^"inL^ Nn-^'«^\^ comme la version pri- 
mitive. Car l'anecdote n'est là que parce qu'elle parle de ^ly 
irbr^ « l'Evangile », et que, par suite, elle se rattache aux paroles 
de R. Méïr et deR. Yohanan rapportées auparavant. 
En même temps, cette anecdote nous prouve que les docteurs de 

1 Voir Die Agada der Tannaîten, II, 36, 6. 

* Sur la polémique de Yohanan contre lexégèse chrétienne, voir Die Agada der 
palaest, Amoraeer, 1, 257. 



LE MOT « xMlXIM » DANS LE TALMUI) /il 

la Palestine connurent le christianisme et l'Evangile dès le 
f"" siècle de Tère chrétienne. Si M. Friedlaender avait bien examiné 
cette anecdote, il n'aurait pas tranché par la négative la question 
de savoir « si les sources talmudiques du i^'" siècle avaient déjà eu 
connaissance d'un christianisme » (p. 64). De môme, il n'aurait pas 
écrit la phrase suivante (p. 82) : « Si les Evangiles, au temps où 
nous parlons, avaient été réellement entre toutes les mains, les 
paroles suivantes de Jésus, qui comptent certainement parmi les 
plus anciennes et les plus primitives, auraient dû nécessairement 
y figurer : Ne pensez pas que je sois venu détruire la Loi et les 
Prophètes. Je ne suis pas venu pour détruire, mais pour accom- 
plir... » (Math., IV, 17, 18, ]9). Car précisément ces paroles de 
Jésus sont citées dans cette anecdote, d'une manière un peu dif- 
férente seulement : Nbw^ ''n\ni< rru572^ Nn'^-'i\^ nnD^?3'5 Nb iî:fc< 
•^riTiî^ rsu:m 'mt^ by * "«DiDii^b « Je ne suis pas venu diminuer la loi 
de Moïse, mais augmenter la loi de Moïse. » 

Si M. Friedlaender, qui, au commencement de sa préface (p. m), 
déclare avoir médité depuis vingt ans sur Sabbat, 116a, n'en a 
donc pas aperçu une partie très importante, il lui est arrivé encore 
un autre malheur : il a mal lu et, par conséquent, il a mal traduit 
une autre partie du même passage. A la page 88, note 1, on lit : 
NDis t="^3vte p û'^pn'12: "^nsD"!, qu'il traduit ainsi : « L'on doit con- 
sidérer les livres des hérétiques à l'égal des Guilyonim mêmes. » 
M. Friedlaender traduit ndi:\ par « même ». Or, nd"i:\ est le com- 
mencement d'une nouvelle phrase dans le Talmud et est un rap- 
pel de la baraïta déjà mentionnée, en vue d'une explication plus 
étendue. M. Wiinsche [Der babylonische Talmud, I, 160) traduit 
bien : « Plus haut, il est dit ». M. Friedlaender a tort aussi de ne 
pas traduire ici « Guilyonim » ; car dans la discussion du Talmud, 
û'^STb:^ signifie — ainsi qu'on l'a remarqué ci-dessus — les marges 
non couvertes d'écriture. 

Je me bornerai encore à observer que dans le Talmud de Jéru- 
salem (Sabbat, 15 c, 1. 52) notre baraïta est présentée d'une façon 
isolée et qu'il n'y a pas de confusion pour û-^^TbiJ avec la signifi- 
cation habituelle du mot, ce qui a amené la discussion du Talmud 
de Babylone. En Palestine, on connaissait encore plus tard le 
sens du mot, bien que le Talmud palestinien ne cite pas les pa- 
roles de Méïr ni de Yohanan *. 

* C'est là l'ancienne leçon pour t^bl (voir Guedemann, l. c, p. 72). 

* A cette occasion, je ferai remarquer que Levy (I, 415) comprend l'article de 
l'Arouch sur "Jl-^b:» IIN (éd. Kohut, I, 45 b), dans ce sens que R. Nathan aurait lu. 
dans Sabbat, 116 a, "ÏT^b:! "jlN, au lieu de D^3'T^b:jn. Or, l'Arouch a en vue les pa- 
roles de MéTir et de Yohanan qui manquent dans nos éditions, et l'anecdote de Gam- 
liel II et de sa sœur. 



hl REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ce n'est pas seulement ts'^Drb^, mais aussi û'^S'^td "^idd que 
M. Friedlaender a mal compris, dans son zèle à faire prévaloir 
son hypothèse. Les tir^^s^iz ■''ncD ne sont pas « des livres d'héré- 
tiques », comme il traduit continuellement ce mot (p. 80, 87) * , c''est- 
à-dire des « livres hérétiques », où « la doctrine ophitique » était 
« traitée au long » ; les û"'2'''?2 "«^dd, ici, sont simplement des copies de 
la Bible, faites par lesMinim, qui servaient à leur usage. Et cette 
explication n'est pas due à un interprète moderne du Talmud, 
mais au commentateur par excellence, Raschi (dans le texte non 
censuré) : t3''N"»n3 nmn pb inniD"! ïtht T^yysh ti''i^n^7o {=■'2''^ •'"idd 
i25"]prî in^bi n"'n"i;i:î^ ans ts-'mnrjT. Les codes rituéliques ont adopté 
cette explication, comme le prouvent les passages sur Sab'bai, 
116 a. Cf. les Tosafot sur la baraïta de Guittin.Aoa : n^in "idd 
tp^'^ Y)2 inniD^. II n'y pas de raison pour s'écarter de cette explica- 
tion. De même que t2\m5 "«^dd {Sifré sur Nombres, xv, 31 ; Sotà, 
33 &) signifient les copies du Pentateuque faites par les Samari- 
tains de même, d^r^o nsD, sont les copies de la Bible qu'utili- 
saient les Minim, c'est-à-dire les sectaires chrétiens, de la Pales- 
tine, se servant des bibles hébraïques. 

La Halacha des Tannaïtes s'occupa de ces Bibles tout comme 
des Evangiles écrits en hébreu ou en araméen, qu'on désigna d'un 
nom hébreu qui sonnait d'une façon semblable, de û'^irb:;. Bien que 
les deux livres contiennent le nom de Dieu, la prescription de sau- 
ver le sabbat du feu les Bibles ne s'y applique point. La ques- 
tion de M. Friedlaender (p. 81) : « Où y a-t-il dans les Evangiles 
des Azkarôt (des noms de la divinité) », est pour moi incompré- 
hensible. 

Je me suis étendu sur ce passage du Talmud, auquel M. Fried- 
laender d'ailleurs accorde une large place, parce que la manière 
dont il traite ce passage montre la façon dont il traite d'autres 
passages du Talmud, l'arbitraire de ses explications et l'omission 
des parties qui l'embarrassent. Je citerai encore un passage, pour 
montrer combien l'auteur s'est rendu aisée sa démonstration et 
combien le lecteur qui aime aller au fond des choses aura peine à 
croire au sérieux d'une pareille argumentation. A la page 72, 
M. Friedlaender rapporte le récit bien connu relatif à R. Eliézerb. 
Hyrkanos et à son entretien avec Jacob de Kephar Sechania selon 
la baraïta d'Aboda Zara, 16 h. Il cite, il est vrai, la version diver- 
gente de Kohélet rabba, sur i, 8 ; mais il oublie de dire que la ver- 
sion de la Tosê/ïa (Hoiillin, ii,24) lui sert de base-, et il n'utilise 

* Il est vrai qu'on trouve des Û''j"'73 "^"l^D dans ce seus, Hagxga, \^h ; San- 
hédrin, 1003. 

* Derenbourg, Essai, p. 358, ne mentionne pas non plus la Tosèfta. 



LE M(JT « MINIM . DANS LE TALMUI) « 

pas cette version. M. Friedlaender reprodait le texte et le traduit. 
Mais les premiers mots appellent une rectification. Le texte dit : 
m5''^b liy^bî!^ 'i o^r\WD ; M. F. traduit : <( Jadis lorsque R. ?^li4zar 
s'était engagé dans le Minotli ' », au lieu de : « Lorsque R. Eiiézer 
fut arrêté pour hérésie {Minout) » (ainsi Levy, III, lOoj ou, 
comme traduit Derenbourg, Essai, p. 351 : « R. Eliézer fut ac- 
cusé... » La Tosèfla renferme ces termes plus clairs : nm b^ 
mi-'t], et KohéL r. m5"')D dit:b. Ce qui est remarquable, c'est ce que 
M. F. omet dans le texte et dans sa traduction. R. Eliézer b. Ilyrca- 
nos raconte ainsi sa rencontre avec Jacob de Kefar Sechania : t2:>D 
la-^N 3p3>^T ir\^ ^PwNîtToi "^-nD^ir bu' iTibyrt p-iuJ2 Y^^'^ "^n-^TT nn« 
n73'J) î<^55D ^d:d « Une fois que je me promenais dans la rue supé- 
rieure de Sepplioris, je rencontrais quelqu'un du nom de Jacob de 
Kefar Sechania. » Tel est le texte dans les éditions. Or, au lieu de 
nnt^, il y a dans les anciens textes et dans le ms. de Munich, d^î< 
■^"lirn'rr "W "^TTobn» "iriN « un des disciples de Jésus de Nazareth »; 
et M. F. passe ce détail sous silence ! L'histoire d'Eliézer b. Hyr- 
canos dit ensuite que ce Jacob lui avait posé une question, à la- 
quelle lui-même (Jacob) avait répondu. Gettp rf^ponse commence 
par ces mots : '^'jiizb ^"2 "^b ^12^. Ces mots, M. F. les traduit comme 
suit : « alors il m'expliqua ce passage de l'Ecriture ». Il ne re- 
marque pas, ou ne veut pas remarquer, que le sujet de ^3^72 5 
manque ; que dans les éditions du Talmud cette omission est indi- 
quée par un petit espace blanc, et qu'à l'origine, avant l'interven- 
tion de la censure, il y avait n^iirr "luî"' ^virh ^"d « Ainsi m'a appris 
Jésus de Nazareth. » De môme, notre savant ne dit rien de KohéL 
r., où l'enseignement de ce Jacob débute ainsi Tiî^ d"rni^ ^":"i ''b n72j^i 
■'îibD (.( Il me dit une chose au nom de Jésus » - ; et la Tosèfla dit 
expressément : n''::2D p :?ti5"« tDTsDTo m^-^TD Va nnT n^ai^T. « Il me dit 
une parole de minout au nom de Jésus fils de Panthéra ». 

Quand on néglige ainsi, je ne dis î)as délibérément, les détails les 
plus importants du récit, il n'est pas étonnant qu'où charge « les 
interprètes modernes du Talmud » et qu'on les raille de ce qu' « ils 
eurent tôt fait d'affirmer que le Jacob de Kefar Sechania de notre 
récit fut un judéo-chrétien et que le « Minoth » où R. Kliésar était 
engagé désignait le christianisme ». Cependant, comment ces 
pauvres interprètes du Talmud (parmi eux il y a des hommes 
comme Derenbourg, Graetz, Levy, Weiss), du moment qu'ils ne 
se contentaient pas, à l'instar de leur hardi critique, des éditions 
expurgées du Talmud, pouvaient-ils faire autrement que de con- 
sidérer un disciple de Jésus de Nazareth comme un chrétien? 

* M. F. écrit toujours Elié^ar au lieu de Eliézer, et }A\notk au lieu de Hixxouth. 

* "^Slbs a ce sens d'après tout le monde. 



44 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ces deux exemples suffiront pour marquer la méthode de l'au- 
teur dans l'utilisation des textes talmudiques. Je ne poursuivrai 
point et n'examinerai pas d'autres textes dont il s'est servi. Gela 
est d'autant moins nécessaire que M. F. cite des passages qui ne 
s'appliquent pas à Tépoque que seule il a en vue, à savoir l'époque 
des Tannaïtes, les deux premiers siècles de l'ère chrétienne. Ainsi 
M. F. n'indique pas que R. Idit (p. 103) et R. Issi de Gésarée (p. 108) 
n'étaient pas des Tannaïtes, mais des Amoraïm du iv« siècle ^ 
Par contre, les deux passages mentionnés ci-dessus appartiennent 
au temps où florissaient les Tannaïtes, à la fin du i" et au com- 
mencement du II'' siècle de l'ère chrétienne; et ces deux passages 
établissent que les docteurs de cette époque n'ignoraient pas le 
christianisme, comme le soutient M. F., et que û'^j'^^d désigne aussi 
les adeptes du christianisme, mais surtout les judéo-chrétiens, 
comme le prétendent « les interprètes modernes du Talmud ». 

M. F. nous dit avoir consulté, dans ses voyages en Galicie, des 
rabbins et des savants « sur l'interprétation traditionnelle de cer- 
tains passages talmudiques difficiles ». Son livre ne nous offre pas 
une riche idée de ces consultations. Les Rappoport, les Krochmal, 
qui, nourris dans l'étude traditionnelle du Talmud, ont, au com- 
mencement de notre siècle, fondé, précisément en Galicie, l'inter- 
prétation moderne du Talmud, seraient surpris d'apprendre que 
l'on se sert contre leur école de la vieille école qui depuis longtemps 
n'est plus ce qu'elle fut de leur temps. M. F. n'a pas par ses ex- 
plications ébranlé les fondements de l'interprétation moderne du 
Talmud, ni relevé le prestige de « l'ancienne école ». Tout au 
plus a-t-il obtenu — et ce n'était sûrement pas son intention — 
que la confiance en la recherche de notre antique littérature et 
que la joie des résultats atteints jusqu'ici diminueront chez ceux 
qui se laisseront éblouir par ses paroles et accepteront ses affirma- 
tions les yeux fermés. 

En terminant, je dois répondre à la question posée comme titre 
de cet article. La réponse sera que, comme jusqu'ici il a été admis, 
« Minim signifie aussi chrétiens ». Personne n'admettra que les Mi- 
nim de l'époque tannaïte désignent uniquement des chrétiens, 
comme le soutient M. F. (p. 64). Personne, non plus, qui étudiera 
les textes sans prévention, ne mettra en doute que, dans beaucoup 
d'endroits, u^'^^'n désigne les chrétiens, particulièrement les ju- 
déo-chrétiens, lesgnostiques chrétiens et éventuellement les gnos- 
tiques juifs, les adeptes du « gnosticisme juif préchrétien » de 
M. Friedlaender*. 

* Voir Die Agada d. palest. Amoraeer, III, chap. xxii, § 47 et 64. 

' Rappelons les mots de saint Jerônre [Epistola ad Augustum) suivant lesquels les 



LE MOT € MINIM » DANS LE TALMUD 45 

Sur le sens étymologique de ^72^ au pluriel u^j'^'n, M. Friedlaender 
— et cela encore caractérise sa méthode — ne dit mot. Qu'on me 
permette une hypothèse qui, à ma connaissance, n'a pas encore 
été présentée sous cette forme. I'^'d est le terme biblique qui dans 
Genèse, i, par exemple, est traduit par yhoci. Au figuré, ce mot est 
employé dans le sens de secte, al'côa'.ç; c'est particulièrement dans 
les cercles pharisiens qu'on parlait du f^piiLin Y'^, de la secte des 
Sadducéens. Et, en effet, dans Josèphe, Antiq., XIII, 10, 6, nous 

trouvons ih SaBSouxatwv yévoç aveC le sens de Saôoouxaicov aVpefft; 

[ibid.]. Avec le temps, 1^73 signifia simplement secte, et d'abord, 
celle des Sadducéens. Et comme "^i^ désigne à la fois le peuple non- 
juif et tout homme non-juif, \^t2 désigne et la secte et le membre 
de la secte, tandis que û'^D'^td marque la pluralité des membres, 
comme û'^is la pluralité des païens. Le premier sens du mot, à sa- 
voir « secte », se perdit, et y^i2 ne désigna plus que le sectaire, le 
mécréant ou l'hérétique, en général quiconque comme juif se sé- 
parait de la communauté religieuse et suivait de fausses doctrines. 
Il semble que, lorsque le christianisme gagna de plus en plus 
d'adhérents, Ton attacha de préférence à ces derniers le nom de 
^t), mais que néanmoins on l'appliqua à d'autres hérétiques. De 
•J^TD on forma l'abstrait mr», qui, dans un sens plus particulier, 
désigne le christianisme. Ce sens éclate dans cette curieuse parole 
d'un grand Agadiste : m3'>73b m^bT^ri b:: ^srinn;:: ^y «n t\i p V^^- 
« Le fils de David ne viendra que lorsque tout l'empire romain sera 
devenu chrétien. » {Sanhédrin, 97 & *.) L'auteur de cette parole 
vivait peut-être encore lorsque Constantin érigea le christianisme 
en religion de l'Etat romaine 

W. Bâcher. 

P. S. — J'avais déjà donné le bon à tirer de cet article quand a 
paru, dans la Theolog. Literatiirzeitung (n° 6, 18 mars 1899), un 

jndéo-chrétiens de son temps étaient appelé Minae (Û'^S'^TD) et Nazaraei (D'<"l2t13). 
Voir Graelz, Gesch. d. Juden, IV, 2» éd. p. 433. 

* Cf. Die Agada d. Tann., II, 236, 5. 

* L'orthographe Û"'3">N73 (pour Û"'D"^72), qui se trouve dans le Sifra (ou Torat- 
Kohanim)^ est tout à lait isolée et ne peut pas servir à expliquer le sens du mot \^12^ 
comme l'a cru M, Goldfahn dans son article, d'ailleurs, fort remarquable [Monats- 
schrift, 1870, XIX» année, p. 163-177). 11 semble que l'auteur de cette ortho^^raphe in- 
dividuelle, qui ne se trouve pas ailleurs, a inséré de propos délibéré le N dans le mot 
D'^3^?3 pour le déformer et lui donner un sens détestable : Û^D'^î<?3 ou Q^DN^tD serait 
le pluriel de l^tJ (Exode, vu, 17; ix, 2 ; x, 14), ou bien de INt), comme dans Jé- 
rémie, xiii, 10 : •^-ûT riN 3'^73U5b to-^SN^rt. Selon cette orthographe, les héré- 
tiques sont ceux « qui refusent d'écouter les paroles du Seigneur ». Mais c'est une 
étymologie agadique, qui ne peut pas aider à éclaircir l'originô vraie de notre mot. 



46 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

compte rendu du travail de M. Fridlaender dû à M. E. Schùrer. A 
ce propos, M. S. apporte une très intéressante « contribution » à 
l'explication du mot mm, qui, s'accorde en partie, avec mon hy- 
pothèse, tout en partant d'autres données. M. Schiirer s'appuie sur 
ce fait que, dans l'araméen christiano-palestinien, 1">72, û"":""^, «"«r», 
5<"'j"'» ■':2, traduisent le grec eOvoç^ eOvr,, eOvixoi, môme quand le 
terme se rapporte au peuple d'Israël. M. Schùrer en conclut, pour 
la langue rabbinique : « l*"» aura été un doublet de ■'"1:1. De ';">!q 
« le peuple », on aura formé û^r?o « les nations, les païens », puis, 
au singulier V'^ « u" incrédule (sens du mot '^1:^ dans la langue 
juive postérieure) ». On voit que dans la deuxième partie de son 
explication, M. Schùrer se rencontre avec moi. Mais en ce qui 
concerne le point de départ de l'argumentation de M. S., je ne 
crois pas que le mot 1'^73 ait eu également dans les cercles juifs 
d'alors, par un abus de langage, le sens de « peuple », y compris le 
peuple d'Israël. Il en serait resté quelque vestige dans la littéra- 
ture. Par contre, le fait constaté par M. S. dans l'araméen chris- 
tiano-palestinien, pour l'emploi du mot min, permet d'en conclure 
par analogie pour l'usage du même mot dans la langue judéo- 
palestinienne. Je crois que min, dans l'araméen chrétien de la Pa-;- 
lestine, est un équivalent de ysvoç « espèce », qui en grec aussi est 
pris parfois dans le sens de « [lation, peuple ». Si l'on ne peut dé- 
couvrir pourquoi c'est justement dans ce dialecte que min a pris 
le sens de « nation », on peut cependant y voir l'influence de la 
signification que comporte le terme yivo; en grec. En tout cas, 
l'équivalence )^72 = yi-^o;; est attestée par la Septante. Cette équi- 
valence est à la base de l'explication que j'ai donnée du mot min 
dans les textes juifs. Seulement, ici nii/i ne veut pas dire nation, 
mais une « espèce », une collectivité distincte dans l'ensemble de la 
nation juive. Mais comme cette collectivité, celle des Sadducéens, 
était considérée par les Pharisiens comme une collectivité « d'in- 
crédules », 7nm a reçu l'acception d' « incrédule, mécréant ». De 
la signification de lOvoç, qui jamais ne dénonce spécialement l'ido- 
lâtrie, puisque dans les textes christiano-palestiniens le mot dé- 
signe aussi le peuple d'Israël, de cette signification neutre du mot 
7ni)i n'aurait pu sortir celle de « mécréant, incrédule «. 

W. B. 



MBBI ZEIRA ET RAB ZEIRA 



Dans le Talmud, le nom de Zeira (s^'i'^T dans le Talmud de Baby- 
lone, et i^n'^J'T dans celui de Jérusalem) est précédé tantôt du titre 
de rabj tantôt de celui de rabhU Le premier de ces titres a été, 
comme on le sait, porté par les docteurs babyloniens, tandis que 
le second, qui était considéré comme plus élevé, a été porté par 
les docteurs palestiniens ou même par ceux de la Babylonie qui 
avaient reçu l'investiture en Palestine. Rab Zeira et Rabbi Zeira 
sont-ils une seule et même personne, ou deux personnes diffé- 
rentes? Cette question semble avoir été soulevée dans le passage 
suivant du Talmud * : nb ■^nî^wsn p"i "^12^ )X2r\n nn nTûi^ î^tt m 172» 

n)33r:>b « Rab Zeira dit au nom de Rab Matna, qui le rapporte au 
nom de Rab, ou, d'après d'autres, Rabbi Zeira dit au nom de Rab 
Matna, qui le rapporte au nom de Rab : Tout ce que gagne une 
orpheline nourrie par ses frères lui appartient. » D'après Raschi, 
Rabbi Zeira est le même que Rab Zeira : ceux qui l'appellent r-ab 
pensent qu'il a enseigné cette halakha avant d'avoir reçu l'inves- 
titure, et ceux qui l'appellent rabbi admettent qu'au moment où 
il a rapporté cette halakha, il avait déjà reçu l'investiture en Pa- 
lestine. Mais, d'après les Tosafot, il s'agit de deux personnages 
distincts, et ils appuient leur opinion sur un texte du Talmud o\\ 
Rabbi Zeira et Rab Zeira expriment des opinions différentes sur 
une même halakha ^ 

Frankel aussi ^ a admis qu'il s'agissait, dans ce passage, d'un 
Rab Zeira, docteur babylonien, et d'un Rabbi Zeira, docteur pales- 

* Ketouhot,i2h. 

. » Menahot, 40 6 : ûr073 «21^733 n^aiT^i^T ■'"iWN i<r\b^l2 N^î «21 -173N «bx... 

i-i^yn nnïïN n-nnm iDnDrr^-i ':; "î^nn i3^no y^'p'^ ntdu: tiid n-i-'t "^n-n 

înb'^b niD^. Voir Tosafot, ibid. 

• Meho Hayerouschalmif p. 79. 



48 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tinien. Le premier serait ce docteur qui, en Babylonie, fut le dis- 
ciple de Rab Juda et reçut le titre de Rabbi (^m), en Palestine ; le 
second serait un docteur palestinien, disciple de R. Jérémie, qui 
lui-même avait été en Palestine le disciple du premier R. Zeira 
mentionné dans ce texte. 

Mais la distinction qu'établit Frankel ne repose sur aucun fonde- 
ment. Car R. Zeira le Babylonien, qui a reçu le titre de Rabbi en 
Palestine, n'est nommé dans le Talmud qu'avec le titre de Rabbi, 
et s'il se trouve un passage où ce docteur porte le titre babylo- 
nien de Rab, cela provient de la né;^ligence d'un copiste qui par 
mégarde a écrit rah au lieu de rahbi. C'est là une confusion qui se 
produit fréquemment dans le Talmud, pour d'autres docteurs. 
D'ailleurs, quelle importance peut-il y avoir, dans notre texte, pour 
la halakha, que R. Zeira l'ait dite au nom de R. Matna, avant ou 
après avoir reçu le titre de Rabbi en Palestine? Quant aux Tosafot, 
ils ne nous disent ni quels étalent ce Rab Zeira et ce Rabbi Zeira, 
ni à quelle époque ces deux docteurs auraient vécu. 

Nous croyons donc que ce texte doit être expliqué autrement. 
En nous appuyant sur plusieurs passages du Talmud, nous trou- 
vons qu'outre R. Zeira, qui appartient à la période des Tannaïm, 
il y eut trois docteurs du nom de Zeira, dont deux portaient le titre 
de Rabbi, et le troisième celui de Rab. D'après l'ordre chronolo- 
gique, on peut les désigner ainsi : Rabbi Zeira I, Rab Zeira II, 
Rabbi Zeira III. Ces deux derniers docteurs furent contemporains 
et vécurent peu après le premier. 

Rabbi Zeira I fut, en Babylonie, le disciple de Rab Juda, et, mal- 
gré la défense que lui fit son maître d'aller en Palestine, il quitta 
en cachette la Babylonie pour aller suivre, à Tibériade, le cours 
de R. Yohanan *. Nous savons que, vers la même époque, un autre 
disciple de R. Juda, R. Abba, enfreignant la défense de son maître, 
quitta également en secret la Babylonie pour se rendre en Pales- 
tine-. Déjà dans l'oraison funèbre qu'il prononça sur R. Houna, 
R. Abba avait marqué sa prédilection pour la Palestine en disant : 
« Notre maître R. Houna aurait mérité de recevoir l'inspiration 
divine, comme les prophètes, mais il en fut privé parce qu'il habi- 
tait la Babylonie ^. » Il n'est pas douteux que d'autres disciples de 
R. Juda aient encore quitté l'école de Poumbeditapour fréquenter 
l'école de Tibériade. 

Pour comprendre les motifs de cette émigration, il me semble 

* Schabhat, 41 a. 

> Berachoi, 24 b. R. Abba quitta la Babylonie après R. Zeira; voir Bèça, 38a, 
et Houllin, î)7 a et b. 

• Moed Katon^ 25 a. 



RABDI ZEIHA ET UAU ZEIRA 49 

nécessaire d'examiner l'état de l'enseignement en Babylonie à 
l'époque où Kab Juda était chef d'école à Poumbedita. Ce doc- 
teur, qui, encore très jeune, avait été reconnu {)ar son maître 
Samuel comme un esprit vif et pénétrant («sr-jj*, avait inau- 
guré à cette école une nouvelle méthode d'enseignement, celle 
de la casuistique subtile. Ce nouveau système avait , à cette 
époque, donné lieu à un proverbe. Lorsqu'un docteur se mon- 
trait trop subtil dans les discussions, les docteurs qui préféraient 
l'érudition à la finesse lui disaient : <( Peut-être appartiens-tu à 
l'école de Poumbedita, où l'on fait passer un éléphant par le trou 
d'une aiguille *. » De même, un jeune docteur du nom de Rami b. 
Tamri (i^?ûn ^n "^îon), de l'école de R. Juda, étant venu par hasard 
à Soura, où se trouvait R. Hisda,. engagea une discussion avec ce 
dernier. Rab Hisda lui ayant dit : « Je vois bien que tu es très sub- 
til, » Rami b. Tamri lui répondit : « Si tu avais été dans l'endroit 
de Rab Juda à Poumbedita, tu aurais encore mieux reconnu com- 
bien je suis sagace^. » 

Cette méthode de dialectique subtile, qui était encore nouvelle 
à cette époque, trouva tant d'adeptes *, qu'après la mort de 
R. Houna (297), chef de l'école de Soura, et pendant que R. Hisda, 
qui passait lui-même pour un dialecticien, et R. Schéschet, qui 
était un grand érudit ^, vivaient encore ^, les docteurs quittèrent 
l'école de Soura pour se rendre à Poumbedita auprès de R. Juda', 
que presque tous les rabbins babyloniens regardaient comme 
hors de pair ^. 

* Berachot, 36 a, et dans plusieurs autres endroits du Talmud. h'Arouch dit que 
Samuel l'appelait AcAmnewa parce qu'il avait de grandes dents, mais nous ne pouvons 
croire que Samuel, ud des plus grands docteurs du Talmud, se soit moqué ainsi du 
plus important de ses disciples. 

« Baba Mecia, 38 b, ^7^^31172 «^173 n^îia tnn tlUODT N3>TirTD3 ^^'2^y mn 

r*^n'^'7373iD?3 NTabn n^b ^n^ pn -nDT^bi nn-ib N7:bT n^izy nn t\<':> n73!ï< 

Nma nD-inm s^rTn rr^b ht^wN ...wN-ion n-n n^Topb mn^\^ ...uN-nob 
■^i<D-nn ^b N3■«^^LX min"' nm nnnî<n t^^^r\ -^i^ n^b '-i7JwN. 

* Un cas pareil s'est produit au xvi* siècle, lorsque le célèbre rabbin Jacob Polak 
fit paraître ses Eilloukim, qui révèlent une grande sagacité. Ce genre de sub- 
tilité trouva à cette époque un si grand nombre d'adeptes que les grands maîtres 
des écoles talmudiques s'en servaient dans leurs conférences, afin, disaient-ils, 
d'aiguiser l'esprit de leurs jeunes disciples. Les rabbins qui vivaient à l'époque 
de Tapparition des Hillonhini ne cessèrent de protester contre ces conférences d'un 
nouveau genre. Voir David Gans, dans son ouvrage ^m TMZ'H, et Samuel Edliss 
(N;:)'!^!?^), sur Baba 3Ieaa, 85 a. 

' Voir Schabbat^ 82 a, et Eroubin, 67 a. 

* D'après Scherira Gaon, R. Hisda est mort dix ans après R. Juda; le premier 
est mort en 299 (m-lLD'jb "«""in), et le second en 309 (mnz^^b ^"*in). 

' Lettre de R. Scherira Gaon. 

« Moed Katon, Ma : î^DH ND-^b miH"^ nnr) n^uînT «-13^ pm M-^b i-i:3&<... 
ni<''03 rmn-> 'm ^n^b b"^T ^bi^ ^b ina-'bT. 

T. XXXVIII, no 75. 4 



SO REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

C'est depuis cette époque que l'on employa deux termes spé- 
ciaux pour désigner l'érudit et le dialecticien, le premier étant 
appelé Sinaï (^:"'D), par allusion au mont Sinaï, sur lequel la loi a 
été promulguée dans toute sa simplicité, sans aucune casuistique, 
et le second « l'homme qui déplace des montagnes » (ûnin ipi:')*. 
En Palestine, on désignait l'érudit par le mot 1"mo, c'est-à-dire 
celui qui connaît les Mischnaïot et les Baraïtot dans leur ordre, et 
le casuiste par "jb^bD, c'est-à-dire celui qui traite les questions de 
casuistique à l'aide de la dialectique -. 

La méthode dialectique acquit une telle force qu'après la mort 
de Rab Juda à Poumbedita, lorsqu'on voulut remplacer ce doc- 
teur, les dialecticiens furent assez nombreux pour opposer leur 
candidat à celui des érudits : c'était Rabba bar Nahmani (na nan 
•^352113), qui, d'abord disciple de Rab Houna à l'école de Soura, pa- 
raît, après la mort de ce docteur, s'être rendu à l'école de Poum- 
bedita auprès de R. Juda ^, et y avait acquis la réputation d'un des 
plus grands dialecticiens de la Babylonie. Le candidat des érudits 
était Rab Joseph, qui avait été, lui aussi, disciple de Rab Houna* 
et d'autres docteurs encore *, et, à cause de sa grande érudition, 
était désigné souvent par le simple mot de « Sinaï »*. Les deux 
partis opposés, ne pouvant s'entendre, résolurent d'un commun ac- 
cord de se soumettre à l'arbitrage des docteurs palestiniens. Ceux- 
ci se prononcèrent en faveur de R. Joseph ^ Mais ce docteur, très 
modeste^, renonça à la dignité qu'on voulait lui conférer en fa- 
veur de Rabba, son concurrent, qui fut nommé chef de l'école de 
Poumbedita. D'après le Talmud, R. Joseph aurait agi ainsi parce 
que des astrologues lui avaient prédit qu'il mourrait deux ans 
après avoir été nommé chef d'école. Rabba resta à la tête de l'école 
de Poumbedita pendant vingt-deux ans. Après sa mort, R. Joseph lui 
succéda ; il mourut deux ans et demi après son entrée en foiic- 

* La formule complète est JiT3 tlT pmi^l D"^"!!! ^p1^ « Qui arrache des mon- 
tap;nes et les broie l'uue contre l'autre i ; cf. Sanhédrin, 42. 

" i.Horaiot, à la fin ....•jbDb'^Db Qllp p^^3n "^ïn. 

* C'est à tort qu'Abraham Zaccouto, dans son "j^DriT^n IDO, indique R. Juda 
comme seul maître de R. Joseph, cardans le Talmud on trouve que ce dernier était 
aussi le disciple de R. Ilouna. Voir Schabbat^ 129 i, "^n 'l^'^in ""ni t]31"' SH H^N 

...1331 n^n "^n^D^ûi N73n"» NDin mn, et Eroubin, 7 a, nii rr'^p ^::v nn n-rr' 

...N3in : cf. Soucca, lia, 

* Cf. Houllin, 18 rt. 

^ Eroubin, '>,\) a, Û^H^ iTOwS "^^D (nnwN) pn^t"^ 13 l^am 3-1 172N rj72D1.... 
Voir le commentaire de R. Hananel, ad ^,et le commentaire de R. Nissim, ad l., 
éd. Vilna, 1884. Voir aussi Kiddouschin^ 20 i, et Arakhin, 30*. 

' Berackot, à la lin, 

' Sota, a la Un, 



RABBI ZEIRA ET RAB ZEIRA 51 

tions*. Mais un autre texte du Talmud-, postérieur à celui que 
nous venons de citer, mentionne le refus de R. Joseph de devenir 
chef d'école sans faire intervenir les astrologues. La cause de ce 
refus nous paraît être simple, si simple que le rédacteur du second 
texte s'est dispensé de Tindiquer. C'est que R. Joseph avait com- 
pris qu'immédiatement après la mort de R. Juda, la méthode dia- 
lectique était encore prédominante à l'école de Poumbedita et 
qu'à ce moment, il n'aurait que peu de partisans. Il céda alors sa 
place à Rabba bar Nahmani, qui était à la fois dialecticien d'une 
grande valeur et très érudit^ Il facilita donc, par sa méthode 
particulière, qui tenait à la fois de celle des dialecticiens et de celle 
des érudits, l'avènement de R. Joseph à l'école de Poumbedita. 

La méthode de R. Juda avait eu un tel succès auprès des docteurs 
babyloniens que l'école de Soura, pour ne pas rester en arrière 
de sa rivale, prit pour chef R. liisda'^, qui était aussi un casuiste 
distingué, sans se préoccuper de la règle établie qui voulait qu'on 
donnât la préférence au fils du maître défunt \ Or, Rab Houna, le 
chef d'école décédé, avait laissé un fils^ nommé Rabba, qu'il avait 
même engagé à suivre l'enseignement très subtil de R. Hisda % 
pour qu'il eût plus de chance de lui succéder. Mais Rabba ne pos- 
sédait pas les qualités nécessaires pour devenir un bon casuiste. 
Il ne devint donc pas le successeur de son père Rab Houna, à la 
tête de l'école de Soura, malgré l'usage, parce qu'il fallait à cette 
école, sous peine de décheoir totalement, un dialecticien subtil 
qui pût retenir les élèves désireux de suivre l'enseignement à la 

* Berachot, à la fin. Scherira Gaon (dans sa lettre) avait une autre version de ce 
texte du Talmud que nous venons de citer et qui est : ^T^T^Nb "NlbD ÏT^b TlT^NT 
».ï*^:;bDl 'î"'jwî "îTiin 'l[b)3"*7j* "^^2^ « parce que les astrologues avaient dit à sa 
mère (de K. Joseph) quUl ne vivrait que deux ans et demi comme chef d'école ». 
Nous croyons que notre version, d'après laquelle « les astrologues dirent à R. Jo- 
seph qu'il vivrait seulement deux ans comme chef de l'école, alors quïl a vécu deux 
ans et demi » a dû être altérée par un copiste zélé qui a voulu donner un démenti 
à l'astrologie et en diminuer le prestige aux yeux du public. D'ailleurs, beaucoup de 
docteurs ont cherché à détourner le public de croire aux prédictions des astrologues, 
la Bible défendant de les consulter. Voir Pesahim, 113 è, et Sabbat, 156 acte. 

' Voici ce second texte (Horiot, à la fin) : "JI^'^j'wJ "j^n Ji3 "^^'^bo I^MT^ 'l ^12^ 

tjOT^ nn ,T\^^y o^-irt npi:^ ni2i< im ^[^1^ -^ro -itdn nn i:3-n bc<^b735 p 
v\-^iy "^lî^o ^nb -inbi:: nmp toriT^ riT-'N pnb inb'j ûnn npn:- nam "^ro 
ïT^by ^zv m b^np Nb -^^rt ib^Dt^T ix^-jn ^iizb "j^Dni: b^rr n73 n72NT 
...C]ov nn ^b?o -nm ^r^ i^n-im i-^i^y s-inn Y-'^. 

3 Baba Mecia, S& a, l^n^ i2N &i:>:»3n I^H"» "^^N "^57:113 in Ï-T3"l n?3N1 

mbriNn. 

* Lettre de R. Scherira. 
» Ketoubot^ 103 h. 

« Schahbat, 82 a, nn^S^ ^b ^12:!X2 "^N» nn^ îin-|b NSin n-l n"^b "173N 



52 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mode. On lui préféra R. Hisda, qui était un habile dialecticien, 
pour l'opposer à Rabba bar Nahmani, chef de l'école de Poum- 
bedita^ 

Nous allons maintenant remonter à l'origine de cet enseigne- 
ment casuistique inauguré à l'école de Poumbedita par R. Juda et 
nous examinerons le motif pour lequel R. Zeira I, R. Abba et tant 
d'autres disciples de l'école de Poumbedita partirent pour la Pa- 
lestine. D'après le Talmud, du temps de R. Juda, on étudiait ex- 
clusivement la section Nezikin ('i"'p''T3 mo) 2, c'est-à-dire celle 
qui s'occupe de la jurisprudence civile. En effet, cette partie de la 
Mischna offre un champ libre aux dialecticiens les plus dis- 
tingués, et déjà un Tanna, R. Ismaël, a dit : « Celui qui veut 
affirmer son intelligence doit s'occuper de la jurisprudence rela- 
tive aux affaires civiles, car il n'y a pas de meilleur instrument 
dans la Tora pour aiguiser l'esprit, et cette étude est comme une 
source toujours jaillissante 2. » Un Tanna, Simon ben Nanas, se 
distingua particuUèrement dans cette science*. En Palestine, les 



* D'après Scherira Gaon, Rabba bar Nahmani n'est devenu chef de l'école de 
Poumbedita que quelques années avant la morl de R, Hisda à Soura. Voici com- 
ment le Gaon s'exprime à ce sujet : NTHI ^'D NlOn D~n t"P72"l^ C1103T ..• 

^b73i rî^mr::^-) rT<u:DD b:f bnp Nn^nnT^isn nnTO rT>b N^niti :^2-i 
N^-^n -13 î^:ir; nn ^b)j rrrriîUJîin nnn bnp 5<b .'-mn"> ni nnm -^y^i) 

î<n'^1373"lD3... « A la fin des jours de R. Hisda, lorsque Rabba eut vu qu'il pouvait 
être utile à l'école de Poumbedita, il accepta les fonctions de chef de cette école, 
qu'il conserva pendant vingt-deux ans, jusqu'à sa mort (32()), et nous avons entendu 
des maîtres de notre école qu'après la mort de R. Juda, pendant le temps que Rabba 
ne voulut pas accepter d'être chef de l'école de Poumbedita, R. Houna bar Hiy^'a 
le remplaça en cette qualité. » Mais il y a différentes objections à faire à ces asser- 
tions du Gaon. D'abord, Samuel Sulam, l'annotateur du 'I^Cm'^i a déjà fait remar- 
quer que l'assertion du Gaon, qu'après la mort de K, Juda à Poumbedita, R. Houna 
h. Hiyya le remplaça, est contredite par le Talmud [Guittin, 60 i), qui, dounant les 
noms des chefs de cette école, ne fait aucune mention de Houna bar Hiyya. De plus, 
si Rabba n'a pas succédé immédiatement à R. Juda (299), comment trouver les vingt- 
deux ans pendant lesquels, selon le Talmud, Rabba a été chef de l'école de Poumbe- 
dita ? Voir à ce sujet la lettre de Scherira, édition Goldberg, Mayence, 1874, p. 33, 
note 30. D'ailleurs, l'on ne trouve nulle trace dans le Talmud que Rabba aurait, par 
modestie, refusé l'honneur de devenir chef de l'école de Poumbedita. Nous croyons 
donc que R. Houna bar Hiyya a été par intérim chef de l'école de Poumbedita, pen- 
dant tout le temps qu'a duré l'élection, car, comme nous l'avons vu, il s'était pro- 
duit une scission entre ceux qui voulaient l'enseigueraent érudit et ceux qui voulaient 
l'enseignement dialectique, et que l'on fut obligé d'avoir recours à l'arbritrage des 
docteurs palestiniens. Tout cela avait probablement pris du temps, et alors, pour ne 
pas interrompre les études à l'école de Poumbedita, on prit R. Houna bar Hiyya 
comme chef intérimaire, et comme ce docteur ne lut qu'un chef provisoire, on ne l'a 
pas mentionné parmi les chefs de l'école de Poumbedita. 

» Berackot, 20 a. 

3 Mischna Baba Batra, à la fin. -i^in plO:?"* £3"'r)n"'w5 riimn bwS:^?:w'> 'l HT^N 

y:i'\''jn \-'yiz:D "jno ]rii2 br>:^ rj-nna :>^L:p» p i^s-j m:i7:7:. 

* Ibid. 



k 



]U]m ZEIRA ET RAB ZFJRA Î53 

docteurs n'étaient pas tn>s familiarisés avec cette partie de la Ja- 
risprudence, et lorsque les Romains, à l'époque de R. Simon ben 
Yohaï, eurent défendu d'avoir recours, pour les affaires d'arj^ent, 
aux juges d'Israël, ce docteur s'écria : « Que l'Éternel en soit 
loué, car il n'y a plus personne qui soit capable de juger* ! » C'est 
que les calamités qui avaient atteint la nation juive depuis Titus 
jusqu'à la mort d'Adrien n'avaient laissé aux docteurs aucun ré- 
pit, et ils n'avaient pas pu approfondir cette science, qui exige une 
intelligence affinée et une tranquillité absolue. Quand, plus tard, 
les tribunaux juifs purent de nouveau juger les affaires d'argent, 
la maison du Nassi en tira profit, en vendant la charge de juge à 
des hommes ignorants. Les docteurs se plaignaient de cet état 
de choses, mais ne pouvaient rien faire contre le Nassi, protégé 
par les fonctionnaires romains^. Alors on se décida à inter- 
dire au Nassi de donner l'investiture ou de faire des nomina- 
tions sans le consentement du grand tribunal ^ On voit donc qu'en 
Palestine, la science juridique était très négligée à un certain mo- 
ment, ce qui explique pourquoi le Talmud de Jérusalem en parle 
si peu, comparativement au Talmud de Babylone. 

En Babylonie, au contraire, sous la dynastie des Sassanides, les 
docteurs juifs étaient familiarisés avec la science juridique, parce 
quMls pouvaient, non seulement juger les affaires civiles, mais 
aussi les affaires criminelles et faire appliquer au besoin la peine 
capitale*. L'étude de la section de Nezihin occupait donc la place 
d'honneur. Cependant il ne faut pas prendre à la lettre ces paroles 
du Talmud qu' « au temps de R. Juda on ne s'occupait que de la 
section de Nezikin », car d'autres explications données sur les 
autres traités de la Mischna sont citées au nom de R. Juda. Mais 
ce docteur, d'un esprit vif et perspicace, avait manifesté sa prédi- 
lection pour ce traité, qui prête à la dialectique. 

La préférence accordée à l'étude d'une section spéciale au dé- 
triment des autres sections de la Mischna déplut à R. Zeira, à 
R. Abba et à d'autres docteurs, qui quittèrent Poumbedita pour 
aller en Palestine, où ils suivirent l'enseignement de R. Yohanan 

* J. Sanhérin, vu, 2. 

* Voir j. Bikkourim, m, 3 ; cf. b. San/t^drin, 1 h, etj. Sanhédrin, ad l. 

' j. Bi^koîirim, I, 3, nt< ^127272 "THNI in^N b'D H^H nSTCN-^D N3 "^Dn n?2N 

■'•^1^73 i^irTD Vî^ N^'iîsr: rznb m'tû nî-^Too i^t rr^n TitDwX nrrr n^nb 

* Ainsi on lit dans Sanhédrin^ 52 b, que Hama bar Tobia fit brûler la fille d'un 
Cohen qui s'était rendue coupable d'adultère. Un autre docteur, R. Houua, condamna 
quelqu'un à avoir la main coupée {ib.^ 58 b]. 



54 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à Tibériade. En effet, R. Zeira vit bien qu'en Palestine l'érudi- 
tion avait le pas sur la casuistique ; on y considérait les dialec- 
ticiens comme incapables de formuler une décision halachique 
exacte, l'on disait d'eux qu'ils étaient, en quelque sorte, retranchés 
du mont Sinaï sur laquelle la Tora a été donnée ^ A son arrivée 
en Palestine, il jeûna quarante jours en priant Dieu de lui faire 
oublier l'enseignement dialectique qu'il avait reçu en Babylonie, 
afin qu'il fût plus apte à s'imprégner de l'enseignement palesti- 
nien ^ Il n'aimait pas plus la méthode aggadique des Babyloniens, 
et il traita les ouvrages de ces aggadistes de livres de sorciers '. 

C'est donc par préférence pour le système de l'érudition sur la 
méthode de dialectique subtile que R. Zeira, R. Abba et d'autres 
docteurs quittèrent l'école de Poumbedita pour se rendre à Tibé- 
riade, malgré la défense de leur maître, R. Juda. 

Voici maintenant certains détails biographiques concernant 
R. Zeira I^"" et qui ne peuvent être appliqués ni à R. Zeira II ni à 
R. Zeira III. R. Zeira 1^% lorsqu'il était encore en Babylonie et 
que, vu sa trop grande jeunesse, il n'osait pas se mettre en rela- 
tions directes avec R. Ychanan, chef de l'école de Tibériade, pria 
Abba bar Papa, qui se rendait en Palestine, de faire un détour 
par « l'échelle de Tyr » ('in^i t^Tobno) pour aller voir R. Jacob bar 
Idi, disciple de R. Yohanan, ets'intormer auprès de lui de la déci- 
sion prise par son maître au sujet d'une certaine halakha *. 
R. Zeira savait, en effet, que son maître Juda s'adressait lui-même 
au chef de l'école de Tibériade pour connaître son opinion sur 
certaines halakhot ^ Quand R. Zeira vint en Palestine, son pre- 
mier entretien avec R. Yohanan roula sur une halakha qu'il lui 
communiqua au nom de Rab*, que R. Yohanan tenait en grande 
estime'. Par ce moyen, il sut se faire bien voir, dès son arrivée, 
de R. Yohanan. 

» j. Sanhédrin, iv, 1 : ^Trd^iz r^r^i T^i^To 'nb m-^n p-^rrn T^^^bn n"i "i7:n 

Tl^*n '^j'^Dl N"T1l373 ^^lûûp. ^'oïr 'es notes de Siraschoun sur Eroubin, i3i, Vilna, 
1884. Ce savant, qui a la leçon mn ■'j"'0'l NIIZÛ rilûp N"T^72bn Ninï!, voit 
un éloge dans ces paroles, qui signifieraient, selon lui, que ce docteur « par sa grande 
sagacité, pouvait percer le mont Sinaï ». Mais l'édition de Kroloschiu porte iSinn 
'n^n "^j'^OT NmZÛ?^ J'TÛJp NT^Tobn « ce disciple est retranché du raont Sinaï », 
ce qui n'est nullement un éloge, cl cette version paraît exacte, si on considère la 
phrase précédente : 3>T^ Tl^Ti xb NT^^ûbri Nirrri rT'mTD, ' ce disciple ne 
pouvait pas formuler une décision halachique exacte ». 

* Baiia Mccia, 80 h. 

3 J. Maasrot, m, 10. 

•" Baba Mecia, 43 // ; cf. Bèça^ 25 b. 

* Kiddouschiji, 39 fl. 
« Ihid.^ n2a. 

7 BûuUiu, %b;ibid., 54 a, U 137 3. 



RABBI Zi:iHA ET RAIi ZEIKA oo 

C'est également R. Zeira I que les docteurs palestiniens louèrent 
pour sa grande franchise, car il eut le courage de déclarer qu'il 
ne fallait pas accorder une grande confiance aux halakhot de 
Schéschet ^ Gela nous montre la haute considération dont jouis- 
sait, en Palestine , ce docteur babylonien , renommé pour sa 
grande érudition. Déjà les docteurs babyloniens avaient apprécié 
la sincérité de R. Zeira et l'exactitude scrupuleuse avec laquelle il 
rapportait les décisions des docteurs ^. Cette indépendance de ca- 
ractère lui avait concilié l'estime des gens de la maison du Nassi, 
qui étaient cependant peu favorables aux docteurs, et ils se trou- 
vaient fort honorés lorsque R. Zeira répondait à leur invitation ^ 
De môme qu'en Babylonie R. Zeira avait eu deux maîtres, 
R. Houna et R. Juda, de même il eut deux maîtres en Pales- 
tine, R. Eléazar et R. Assi. Ce fut pourtant ce dernier qui fut 
son véritable maître , car presque toutes les halakhot qu'il a 
rapportées au nom de R. Yohanan lui ont été transmises par 
R. Assi. C'est ainsi que Ton trouve, presque toujours, cette 
phrase : « R. Zeira dit au nom de R. Assi, qui le dit au nom de 
R. yohanan. » Bien qu'il ait encore vu R. Yohanan, il est rare 
qu'il rapporte directement des halakhot au nom de ce docteur, qui 
mourut probablement peu de temps après l'arrivée de R. Zeira à 
Tibériade. 

R. Zeira mourut à Tibériade, et Ton peut juger pari' élégie récitée 
sur sa tombe, de la douleur que sa mort causa dans cette ville. 
L'auteur de cette poésie abaissa même un peu trop la Babylonie, 
quand il s'écria : « Le pays de R. Zeira, la Babylonie, a produit 
cet unique docteur, et encore sa principale éducation s'est-elle 
faite en Palestine*. » C'était inexact, car, ainsi que nous ve- 
nons de le voir, R. Zeira, étant le disciple de Houna et de R. Juda, 
les deux grands maîtres de la Babylonie, avait puisé, pour la plus 
grande part, son instruction dans ce pays. 



II 



R. Zeira II vivait au temps d'Abbaï et de Rabba ; le premier 

* J. Kiddouschin^ i, 17. 

* Berachot, 28 a et 49»; ffouUin, 18 3. 
» Ibid., kkh. 

* Moed Katan, 25 b : y^N N51S0 Ninrr n^'5:> JinD fc<nn "^^-l^ rT'CDD HS "^D 



5fi REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

était chef de l'école de Poumbedita, et le second, chef de l'école de 
Mehouza (323-352) . -Le Talmud raconte ce qui suit : « Dans une 
réunion où se trouvaient Abbaï, Rabba, R. Zeira et Rabba bar 
Matna, on se demanda à qui il fallait décerner la présidence. 
Les quatre docteurs décidèrent qu'on élirait comme président 
celui qui aurait traité une question halakhique de manière qu'on ne 
pût la réfuter. C'est Abbaï qui l'emporta • . » Ce passage prouve bien 
qu'un docteur du nom de Zeira vivait du temps d'Abbaï et de Rabba. 
Certains chroniqueurs soutiennent, il est vrai, que ce R. Zeira est le 
même que celui qui a quitté la Babylonie et l'école de R. Juda, mais 
qu'arrivé à un âge très avancé, il est revenu dans son pays natal 
au temps d'Abbaï et de Rabba, puis est retourné en Palestine, où 
il est mort, encore du vivant de Rabba-. Mais le passage que nous 
venons de citer contredit cette opinion. Car, comment admettre 
qu'on aurait discuté sur le choix du président dans une réunion 
où se trouvait R. Zeira I, qui avait été disciple, en Babylonie, de 
R. Houna et de R. Juda et qui, en Palestine, avait étudié auprès 
de R. Eléazar et de R. Assi? De plus, il aurait été alors d'un âge 
très avancé 3, et la présidence lui serait revenue de droit *. L'hé- 
sitation des quatre docteurs prouve donc avec évidence qu'il s'agit 
ici de Zeira II, contemporain et collègue d'Abbaï, Rabba et Rabba 
bar Matna. Du reste, l'on ne trouve aucune trace du retour de 

* Roraiot, \ia,^ «nm ^nn"^ i^rt ï-i5n7D nn ï-jnm jsi-'T ^'^-n «nm "^^^î^ 

...N\13"^"l '^1D'^"12£. Ce texte, comme nous allons le voir, parle de Zeira II, qui était Ba- 
bylouien ; il iaut donc lire Hab Zeira, qui est un titre babylonien, au lieu de Rahbi 
Zeira, qui est un titre palestinieD. Celte confusion se présente assez fréquemment 
dans le Talmud, parce que souvent le nom des docteurs n'était précédé que de 
Tabrévialion '-), qui pouvait se lire "^n"! ou 3^, 

' Yoîihasin, cité dans le m"mn "^,^0, s. v. MT^T 'l* 

* Rabba, le collègue d'Abbaï, est né Tannée de la mort de Rab Juda {Kiddou- 
schin, 72 b], tandis que Zeira I est parti pour la Palestine pendant que R. Houna vivait 
encore. Or, on sait (Lettre de Scherira) que R. Houna est mort en l'an 608 des Séleu- 
cides (297) et R. Juda en l'an 610 (299). 

'*' Cf. Baba Batra, 120 a, et le commentaire de R. Samuel ben Meïr. D'après ce com- 
mentaire, lorsque deux docteurs sont contemporains et que l'un n'est pas de beaucoup 
plus savant que l'autre, il faut donner la présidence au docteur plus âgé (voir "jnbT»:) 
^"7jn Xû'^:d t-\y^ nm"' ^^'~\y, ^ la fm, dans le commentaire ^T's "^""i::). Cette 
opinion parait être contredite par notre passage, où nous voyons que les quatre doc- 
teurs n'ont eu aucun égard pour l'âge, car il est impossible qu'il n'y en eût pas un 
qui (ùl plus âgé que les trois autres, et cependant, pour donner la présidence, ils ont eu 
recours au moyen conventionnel que nous venons de voir. Le Talmud de Jérusalem 
{Schehiit, IX, 1) examine s'il faut donner la préférence à Tâge ou à la science, dans 
une assemblée de docteurs. Pour résoudre celte difficulté, les docteurs se rendirent 
chez le Nassi. La gouvernante les introduisit par rang d'ancienneté (sens donné à 
D'^jUjb 1D33r; par le mm pip, dans j. Meguilla, ii, 2). Ils eurent ainsi la so- 
lution, car la gouvernante n'avait agi, tians celle circonstance, que d'après l'usage 
suivi dans la maison du Nassi. Ce passage du Talmud de Jérusalem confirme 
donc l'opinion du Raschbam. Voir encore à ce sujet Ï~I\:;7D "^jD sur le Talmud de 
Jérusalem, l, c. 



J{AI{|5I ZKII'.A I;T r.AH ZICIUA 57 

R. Zeira en Babylonie, et pourtant le Talmud ne manque pas de 
mentionner les docteurs qui sont venus ou revenus de la Palestine 
en Babylonie. 

Certains passages du Talmud ne peuvent se rapporter qu'à 
R. Zeira II et non à R. Zeira I. Le Talmud dit que R. Zeira, par 
suite de sa vivacité d'esprit, faisait beaucoup d'objections pour 
arriver à un résultat halakhique, à rop{)Osé de Rabba bar 
Matna, qui arrivait au même résultat par sa lenteur et sa pa- 
tience à approfondir les questions*. Cette qualité de casuiste ne 
peut certainement pas s'appliquer à R. Zeira I, qui, comme on 
l'a vu, a fait tous ses efforts pour oublier la méthode de dia- 
lectique des docteurs babyloniens, parce qu'il préférait l'érudi- 
tion des docteurs palestiniens. De plus, Rabba dit, en parlant de 
R. Zeira : « Moi et le lion de la Yeschiba, nous avons aplani la 
difficulté qu'on éprouve à expliquer la Mischna^. )> On s'exprime 
ainsi à l'égard d'un collègue, et non d'un supérieur; du reste, 
Rabba employa les mêmes termes à propos d'un autre de ses col- 
lègues 2. Ce docteur dit aussi une fois, au sujet d'une explication 
de Zeira : « Celui qui a ainsi expliqué la baraïta a parlé beaucoup 
pour ne rien dire*. » Il est évident que Rabba ne se serait pas per- 
mis de se servir de telles paroles à l'égard de R. Zeira P^ 

Autre preuve: Zeira, se trouvant à Mahouza, y prêcba qu'il est 
permis à un prosélyte converti au judaïsme d'épouser une femme 
issue d'une union illégitime (ce qui n'est pas permis à un Israélite 
de naissance). Ses auditeurs, qui, pour la plupart, étaient des pro- 
sélytes, lui jetèrent leurs cédrats. Rabba lui dit alors : « Peut-on 
avoir l'idée de prêcher ainsi dans un endroit où il y a tant de 
prosélytes*^? » Ces paroles aussi ne peuvent s'adresser qu'à un col- 
lègue ou à un ami, et non pas à un supérieur. 

C'est R. Zeira II qui rencontra Rabbah et R. Joseph, lorsque ces 
docteurs se sauvèrent de Poumbedita devant les excès de l'armée 
de Saporll, et qui leur dit : « Fuyards, apprenez de moi la halakha 
suivante, . . » ^, ce qui prouve qu'il n'était nullement le disciple de 
Rabbah et de R. Joseph. Il était, à ce qu'il paraît, le disciple de 
R. Hisda^ 

Le Talmud compte R. Zeira au nombre des « hommes pieux de la 

* Horaiot, à la fin, 

» Baba Batra, 88 : N'i'^T 'l "15731 m5-'?3:inn rj-nnnnu: •«nX"! "^Sw^ N::-! ^72N. 
^ Seder Haddorot, s. »., '}"'3N 13 N'^TI 31. 

* Soucca, 54 a. 

' Kiddouschtn,l'ôa. 

* Moullin, 46 a. 

' Berachot, 49 a, -^snaT 17: '^n"'3 N^on 315 Nin "^31 ÏT^b 173N. 



38 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Babylonie» (baaT^T^Dn)*. Raschi, qui, comme on l'a vu, admet qu'il 
n'y eut qu'un seul docteur du nom de R. Zeira, explique que ce 
docteur est placé parmi les hommes pieux de la Babylonie parce 
qu'il était originaire de ce pays. Mais il est peu probable qu'on ait 
donné un tel titre à R. Zeira I'^'', qui était plus palestinien que ba- 
bylonien, à cause de son pays d'origine, car tons les Hassidim de 
la Babylonie mentionnés dans le Talmud sont, non seulement ori- 
ginaires de ce pays, mais encore ne l'ont jamais quitté 2. Il s'agit 
donc de Zeira II, qui, en effet, est resté en Babylonie et n'est ja- 
mais allé en Palestine. 

On peut établii^ comme règle générale que partout où le Talmud 
mentionne le nom de Zeira à côté de ceux d'Abbaï, de Rabba ou 
d'un autre docteur contemporain, il s'agit de Rab Zeira II et non 
de Rabbi Zeira I, et l'on peut sans crainte remplacer dans le 
texte Rabbi Zeira par Rab Zeira ^ 



III 



R. Zeira III (n'T^j^t '^n'n) est né en Palestine et n'est jamais allé 
en Babylonie. Ce docteur eut la plupart de ses discussions hala- 
chiques avec R. Mani, fils de R. Yona*. C'est ce R. Zeira III qui 
perdit ses parents dès sa première jeunesse ; il en fut vivement 
affligé, parce qu'il fut ainsi empêché d'accomplir le devoir 
d'honorer ses parents. Mais lorsqu'il eut appris jusqu'à quel point 
R. Tarfon et R. Ismaël honoraient leurs parents, il se consola 
en disant : « Dieu soit loué que je n'aie plus de parents, car je 
n'aurais pu accomplir ce devoir comme ces deux docteurs ^\ » 

Un savant contemporain ^ attribue ces paroles à R. Zeira I, mais 
cela n'est pas possible, car Zeira I et Zeira II avaient encore leurs 
parents quand ils étaient avancés en âge. Ainsi, le Talmud de 

1 HouUin,n2a, n?ot< nsnin bu:^ 1-17:3 n-ib N^^m "^^ûp-i Nnn ^sn n-^n*^ 
bsnuj^i Ny-iN'7 ND-^pn "j^n r5>j "^Tn Nn ...Nbiy -i73wx ^^ri N2rn nn ^^"^ ^^^'^ 

b^ST "^T^Onb. Rabin bar Hinena, qui est menlionné dans ce texte, vivait du tenaps de 
Kabba, car on trouve que lui et son frère Rab Dimi se présentèrent devant Rabba 
pour qu'il jugeât leur différend [Baba Batra, 13 b). Cette époque est bien celle de 
Zeira II, et il faut lire dans notre texte Rab Zeira, au lieu de Rabbi Zeira. Voir 
p. 190, note 1. 

* Taanit, 23, h'221 "«n-^Onb b^TOn N^nNI "^D^pn Y^ Ï-IÎ2 "^TH «n, 
passage qui se rapporte à Nion D^IT 5<j1!n 3"1 ; cf. Meguilla, 28. 

' Voir Eroubin, 92 a et b. 

* Voir Frankel, Mebo ffayerouschalmi, 78 6. 
8 J. Péa, I, 1. 

* Frankel, ibid. 



lUmU ZKIRA ET RAB ZEIRA 59 

Babylone rapporte un entretien halakhique entre Zeira et son 
père, Issi *, tandis que le Talmud de Jérusalem * rapporte ce 
même entretien comme ayant eu lieu entre Zeira et un vieillard. 
Cela prouve que cet entretien a été transmis de la Babylonie en 
Palestine, où l'on ne savait plus que cet entretien avait eu lieu 
entre Issi, père de Zeira, et son fils. Il est donc évident qu'il ne 
peut être question, dans ce texte, de R. Zeira III, qui était pales- 
tinien, car, en Palestine, on aurait connu le nom de son père. 
Il s'agit donc ici du père d'un des deux Zeira babyloniens. Il reste 
à savoir si Issi était le père de Zeira îou de Zeira II. Nous n'hési- 
tons pas à dire que c'était le père de Zeira I, et voici pourquoi. 
Le Talmud rapporte une objection halakhique faite par le père de 
Zeira, sans mentionner le nom de ce père *. De même, le Tal- 
mud dit ailleurs : « Le père de Zeira fut pendant treize ans fer- 
mier du roi * », où le nom du père n'est pas indiqué non plus. Les 
Tosafot *, à propos de la fuite de Rabbah et de R. Joseph devant l'ar- 
mée perse, font bien remarquer que Zeira n'avait pas besoin de 
s'enfuir, parce que son père était fermier du roi. Or, nous avons 
vu que c'était Zeira II qui avait rencontré les docteurs fugitifs ; le 
fermier du roi désigné comme « père de Zeira » était donc le père 
de Zeira IL Nous pouvons admettre, par conséquent, qu'en par- 
lant du « père de Zeira » le Talmud veut dire le père de Zeira II et 
qu'Issi était le père de Zeira I. Les rédacteurs du Talmud ont ainsi 
distingué entre les pères des deux Zeira, en mentionnant Tun 
par son nom et l'autre simplement par son titre de « père de 
Zeira ». 

Il est vrai que l'on trouve aussi dans le Talmud un docteur men- 
tionné une fois simplement comme père de tel et tel ^, et une autre 
fois sous son nom propre', alors que c'est la même personne. 
Mais dans le cas qui nous occupe, si Issi, père de Zeira, et « le 
père de Zeira )> n'était qu'une seule et môme personne, le Talmud 
aurait dû dire s'il s'agit de Zeira I ou de Zeira II, les deux doc- 
teurs étant Babyloniens, car il s'efforce toujours d'indiquer aussi 
soigneusement que possible le nom du docteur qui a dit une hala- 
kha, surtout lorsque ce docteur peut être confondu avec un homo- 

* Moed Kato7i, m, 7. 
5 Taanit, 20 b. 

* Sanhédrin, 25 è. 

* Houllin, 46 a, s. v. '^i(pTn3>. 
® Baba Mecia, 5 b. 

'' Houllin, 64 a. 



60 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nyme'. Parfois même, pour empêcher des erreurs de ce genre, 
il les fait reconnaître par des signes distinctifs. Il est donc très 
probable que le Talmud désigne par « Issi, père de Zeira », le père 
de Zeira I, et par « le père de Zeira » le père de Zeira II. 

Il résulte donc de ce qui précède que Zeira I et Zeira II avaient 
encore leur père quand ils étaient déjà célèbres. Par conséquent, 
le passage où il est dit que Zeira regrettait vivement de n'avoir 
pas connu ses parents se rapporte à Zeira III, docteur palestinien. 

Le Talmud rapporte que, du temps de Zeira, des persécutions 
religieuses (nto'»d) eurent lieu contre les Juifs, auxquels on en- 
joignit en même temps de ne pas faire de prières et de ne pas 
instituer de jeûnes ayant pour but de faire cesser cette persécu- 
tion. Zeira dit alors : « Faisons vœu déjeuner; cela sera consi- 
déré par Dieu comme si nous avions jeûné dès à présent, et 
lorsque la persécution cessera, nous accomplirons notre vœu-, » 
Il s'appuyait en cela sur le verset de Daniel, x, 12. Si les persé- 
cuteurs défendaient aux Juifs de jeûner et de prier Dieu pour faire 
cesser les persécutions, c'est qu'ils croyaient à l'efficacité de tels 
moyens. Or, il est évident qu'une défense de ce genre ne pouvait 
provenir d'un gouvernement romain païen, mais d'un gouverne- 
ment chrétien, qui connaissait le judaïsme et savait que, dans ses 
malheurs, le peuple d'Israël avait l'habitude de faire pénitence et 
d'invoquer la protection de Dieu. 

Mais sous quel gouvernement chrétien ces persécutions ont-elles 
eu lieu? Graetz les place sous le premier empereur chrétien, 
Constantin le Grand (306-337), et pour appuyer son hypo- 
thèse, il dit que Zeira I ne devait plus en être en vie à Tavène- 
ment du second empereur chrétien. Constance (337-361). Ce sa- 
vant paraît s'être appuyé sur le texte du Talmud, tel que nous 
l'avons dans les nouvelles éditions corrigées par la censure, où le 
mot Nn?20 manque et est remplacé par le mot fiTi^. Cette ver- 
sion, qu'on peut appeler la version de la censure, a fait aussi dire 
à ce savant » que l'information donnée par ce texte est obscure », 
parce qu'en effet, le mot rrr^rri « défense » n'est pas clair. Mais dans 
les anciennes éditions du Talmud, avant l'intervention de la cen- 
sure, notre texte porte î^"i72"»r '< persécution religieuse », et alors il 
n'y a plus d'obscurité. Ce texte nous apprend donc qu'une persé- 
cution religieuse eut lieu à l'époque de Zeira. Or, non seulement 

1 Pesohim, 107a, ■— )3 blT^:; N*? ï^b N^tn N:N pnLT^ ^'2 V-l^-.^"! "l'^N 

NTîi^'nb r>Ti2 ^^pD^ -"NTob lNT^po biT»:! xbwx •^izvz'n nn :>tt»: wsbi n-'u::73 

n^T'^î^ Ï~T'^'T^T ; voir Kiddouschm, 44 a. 

' Taanit^ Sb. Nous expliquous ce texte comme Joseph Karo (n"M 'TTiy IH^TO 

a"o ^"y^n \J2^o) et Samuel liidiiss (î^"'v::-in?2l 



I 



RABbl ZElliA ET RAIJ ZKIHA 61 

aucune persécution religieuse n'eut lieu sous Constantin le Grand, 
mais encore le christianisme, comme religion d'État, observait 
une certaine tolérance au sujet des controverses religieuses qui 
se produisaient fréquemment à cette époque entre Juifs et Chré- 
tiens, quoique les premiers, par des répliques très ingénieuses et 
très piquantes, attaquassent le christianisme, son fondateur et ses 
adhérents*. Il est donc évident qu'il ne s'agit pas ici de Zeira I, 
mais du docteur palestinien Zeira III, contemporain de R. Yona et 
de son fils R. Mani et vivant, par conséquent, sous l'empereur Cons- 
tance (337-361), fils de Constantin le Grand. Cet empereur confia 
à son neveu Gallus le gouvernement de l'Orient (351-354), et celui- 
ci envoya le général Ursicinus en Palestine pour persécuter les 
Juifs dans leurs croyances-. 

Zeira III fut le disciple de R. Jérémie (n^T^n^ 'n), qui lui-même 
avait été disciple de Zeira I. Tous deux étaient des Babyloniens 
qui avaient quitté leur pays pour se rendre en Palestine ^, Dans 
le Talmud, c'est tantôt R. Jérémie qui rapporte une décision au 
nom de Zeira, et tantôt Zeira qui rapporte une décision au nom 
de Jérémie*. Dans le premier cas, il s'agit de Zeira I, maître de 
R. Jérémie, dans le second de Zeira III, élève de R. Jérémie ^ 

Arrivons maintenant à l'explication du texte du Talmud que 
nous avons indiqué au début de cette étude : nn nTON (X"!"»! nn n72N 
... m ^7ji< ît^nTo 2-1 -i»5< wsn-^T "^3-1 -it]i< rïb ■•nîDNT nn ^idh^ &<Dn72 « Rab 
Zeira a dit au nom de R. Matna, qui a dit au nom de Rab; d'après 
d'autres Rabbi Zeira dit au nom de Rab Matna, qui a dit au nom de 
Rab... » Nous avons déjà mentionné les différentes suppositions 

* J. Taanit, ii, 1 ; Midrasche Rabba sur Genèse, viii, 25; Ahoda Zara^ ia. 
' J. Schebiit, iv, et notre article Bigla, Revue, t. XXXIII, p. 161. 

5 Ketouèot, 75 b. 

* Sèder Baddorot, s. v. N*T^T 'l. 

» Menahot, 81/5», où il est dit: ...n?3NpT n^îT'T t^l^T 'n*7 tT^?3p iTT'Ta"!'' 'l n"^n"» 
...1D n7215< 1ir\^ "^31 Tl^b "l7Ji<, • R- Jérémie était assis devant Zeira et 
dit... Alors [R. Zeira] répondit : Rabbi [mon maître), vous dites ainsi... » 
D'après la plupart des commentateurs et de ceux qui se sont occupés spéciale- 
ment des règles concernant la rédaction du Talmud , lorsque l'on trouve l'ex- 
pression du Talmud ("iDlbs) TV^12'Î> ("^^l^^l ^Tn « Un tel était assis devant un 
tel », celui qui est mentionné le premier est le disciple du second (^DN'573 T^, 
§295, et Sèder ^««^tforo^, préface, lettre "^). L'auteur de ce dernier ouvrage l. c, 
demande comment expliquer notre passage du Talmud où il est dit que R. Jéré- 
mie était assis devant R. Zeira, ce qui prouverait que le premier était le disciple 
du second, alors que c'est R. Zeira qui a appelé R. Jérémie : Mon maître. Nous 
lèverons cette ditûcullé en admettant que le nom de Zeira manque dans la pre- 
mière partie du texte, qui devait être ainsi... J^l'^T '")"! ÏT^Tjp ÏT^TOT^ 'H D^P^ 
...n735<pi [N-l"*; '")] n^n">T « R. Jérémie était assis devant R. Zeira et (R. Zeira) a 
dit... i Uue telle façon de s'exprimer se trouve dans un autre passage [Ketoubot, 
soi, et Zebahim, 1156; voir Raschi et Tosafot, ad.l.^ et dans d'autres endroits). 
C'est donc R. Jérémie qui a dit : mon maître ! à R. Zeira, et il s'agit dans ce texte de 
Zeira I, qui était, comme nous venoas de le voir, le maître de R. Jérémie, 



62 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

émises pour expliquer s'il s'agit d'un seul et même docteur, por- 
tant tantôt le titre de Rab, tantôt celui de Rabbi, ou s'il s'agit 
de docteurs différents. Nous avons aussi examiné la valeur de 
ces explications. Croyant avoir prouvé qu'il existait trois doc- 
teurs du nom de Zeira, portant les uns le titre de Rabbi, les 
autres celui de Rab, et avoir déterminé les diff'érentes époques où 
ils vécurent, nous pouvons admettre que le texte qui nous occupe 
est tiré de deux documents différents. Dans la majeure partie de 
ces documents, les rédacteurs du Talmud ont trouvé cette hala- 
kha mentionnée au nom de Rab Zeira, qui l'a rapportée au nom 
de R. Matna, tandis qu'une petite partie de ces documents indique 
cette halakha comme émanant de Rabbi Zeira, qui l'a rapportée au 
nom de R. Matna. Il en résulte que dans la majeure partie des docu- 
ments il s'agit de Zeirâ II, qui, comme nous l'avons vu, était le 
collègue d'Abbaï et de Rabba, et aussi de Rabba, fils de Matna, au 
nom duquel Zeira a dit cette halakha. Dans les autres documents 
il s'agit de Zeira I, qui quitta la Babylonie pour aller en Palestine, 
où il est mort ^ Si, dans notre texte, les rédacteurs du Talmud ont 
placé Rab Zeira II avant Rabbi Zeira I, bien que ce dernier fût 
antérieur, c'est parce que la majorité des documents nommaient 
Rab Zeira II ^ En réalité, il peut s'agir aussi bien de Zeira I que de 
Zeira IL Le premier était, comme nous l'avons vu, le disciple de 
R. Houna et de R. Juda, qui tous deux avaient été les disciples de 
Rab; Zeira II était le disciple de R. Hisda, qui fut aussi l'audi- 
teur de Rab ^ comme R. Matna. Ce dernier docteur ayant été le 
collègue de R. Houna, de R. Juda et de R. Hisda , Zeira I et 
Zeira II, qui ont été les disciples de ces trois docteurs et ont vécu 
à la même époque et dans le même pays que R. Matna, ont pu, 
l'un aussi bien que l'autre, avoir entendu cette halakha de la 
bouche de R. Matna. Mais il serait presque impossible d'admettre 
que notre texte doute s'il s'agit de Zeira III ou de Zeira IL Car 
Zeira III était Palestinien et n'était probablement jamais venu en 
Babylonie. De plus, il n'a pas vécu dans le môme temps que 
R. Matna; il n'a donc pu entendre une halakha de sa bouche*. 

En terminant, nous devons faire remarquer qu'il y a désaccord, 
pour notre texte, entre le Talmud babli et le Talmud de Jérusa- 

* Voir ci-dessus, p. 189, note 4. 

* Voir Seder Haddorot, dans la préface, où cet auteur a rassemblé tous les en- 
droits du Talmud, où se présente un cas semblable et que les commentateurs ont 
toujours chercbi à expliquer d'une façon quelconque. 

■^ Bèça, 25 a, dans Uaschi ; Soiicca, 33 a, où il est dit : rîT nm NIOn 31 n»N 
...inTJ^a "^"n" D"lp7:m in?3î< binrin Ij'^n-l « U. Hisda dit : cette halakba a été 
formulée par notre émiuent m-;llre, que Dieu lui vienne en aide ! » 

* Voir ■^DNbîi T», parag. 74 et 75, et mmin mO, préface, lettre N. 



RABBI ZEIHA ET RAB ZEIRA 63 

lem. Dans le premier, il s'agit de savoir, comme nous venons de 
le voir, si c'est Rabbi Zeira I ou Rab Zeira II qui a rapporté cette 
halakha au nom de R. Matna, tandis que, d'après le Talmud de 
Jérusalem, Rabbi Zeira a envoyé de la Palestine en Babylonie pour 
demander à R. Nathan bar Jacob et à Abimi bar Pappa * si « le 
gain d'une orpheline, qui légalement doit être nourrie par ses 
frères, appartient à ces derniers ou à elle-même ». Ces docteurs 
babyloniens lui répondirent que Schokèd (surnom de Samuel) 
admet que ce gain lui appartient, mais R. Matna dit que cette dé- 
cision a été énoncée au nom de Rab, qui l'a déduite par l'interpré- 
tation d'un verset 2. Il y a donc là une contradiction entre les 
deux Talmud. A notre avis, il faut préférer la version du Talmud 
de Jérusalem à celle du Talmud Babli, parce que Rabbi Zeira, 
étant en Palestine, devait mieux savoir comment la chose s'était 
passée. Mais ce fait fut ensuite rapporté en Babylonie par des 
docteurs qui voyageaient de ce pays à l'autre, et en passant de 
bouche en bouche il fut altéré, au point qu'en Babylonie certains 
docteurs crurent plus tard que Rabbi Zeira avait dit cette halakha 
aU nom de R. Matna. 

D'ailleurs, ces sortes d'altérations, qui mettent souvent en con- 
tradiction les deux Talmud sur un même sujet, ne sont pas rares, 
et elles tiennent à la cause que nous venons d'indiquer. 

L. Bank. 



* Le texte porte : Irai bar Papa, mais c'est une erreur et l'on doit lire "13 *^53'^2N 
■^DD, Abimi bar Papi. Cet Abimi bar Papi était un docteur babylonien. 

* J. Ketouhot, IV, 2. 



NOTES LEXICOGIIAPHIQUES 



(suite*) 



•^EnDii^ n'est ni Popi ou Pipi, comme le dit M. Levy d'après Mous- 
safia, ni w ttotioc, comme le croit Kotiut, ni Apophis, comme 
le suppose M. Krauss. C'est, conformément à l'opinion de 
M. Jastrow, un mot forgé pour désigner Dieu ; cf. n""!:, p-iTS, 
•T^Ta. C'est ainsi qu'on dit en allemand : Potz Blitz pour 
GoLtes Blitz, 

D^D\nD\s, dans Schirr., tD-^n ûrjb ï-i"»o:^3 'i<. D'après Kohut, c'est utto- 
ou<7iç, refuge, délivrance. M. Jastrow lit oiTiniD'^i^, iTiTrûOôûoç 
{vôiLo^) et dit : « A tune played to mares on being covered. 
Cant. r., to i, 9, trDb î-T'\a3'2 'i^, a hippothoros is prepared for 
you in the sea (a satire on Egyptian lasciviousness). » Seuls 
MM. Levy et Krauss donnent l'étymologie exacte, k-jiiùemç, stra- 
tagème, surprise. D'après Perles, le ms. de Munich, après nT^n 
cî'^n, a û'^n rsî^n « il vous a trompés à la mer », en sorte qu'il 
est démontré que D^D\"i'iDi^ signifie bien a ruse, surprise » (cf. 
Glossariiim, '70 b). Il est inutile de corriger n">'jr3 en n.sns, car 
« une surprise, une ruse vous est préparée » se comprend, 
mais on ne comprend pas « une surprise vous est vue ». 

DlLû'^n'^CN, dans Midrasch Samuel, 5, et, d'après un ras. (Buber) 
0"^::"^"iDfi^; dans Schir r., 5. v. "^mn^, il y a V'^"'">°- D'après 
MM. Kohut et Krauss, u7rï|p£TY,ç, serviteur. M. Lfiyy lit S"i'jt-iDî<, 
qu'il identifie avecTipcoxo;, « le premier », et aussi « l'ange prin- 
cipal ». Dans mon Glossarium, 10b, j'ai également vu dans 
ce mot le grec uTirjpiT-r,;, mais je ne suis plus de cet avis. Que 
signifient, en eflet, ces mots : « Le serviteur était de lui » ? De 
plus, pendant que dans Midrasch Samuel, il y a Di::n"^D« 

1 Voir Revue, t. XXXVII, p. 65. 



N'OTRS LEXICOr.RAPlIIQUES ^ 

rr^n nb^î», Schirr. a i^n ibc?: ';^:3^nD. leron confirmf^e par 
M. Kehonnna. Je partage l'avis de M. Jastrow, qui explique 
ainsi : « C était à hd à supporter les frais pour changer nn 
Y'rha^ en rr'iDi^bTo, c'est-à-dire : il devait souffrir pour ce change- 
ment. » Mais contrairement à ce que dit M. Jastrow, il est inu- 
tile de corriger \^'û'^'^^ en 'j'^iûTid. CL Baba Batra, 165^ : "^lû-^^iS 

iD'iD'^i^. D'après MM. Levy et Kohut, c'est 7i7:ôpr,c£v, il s'appauvrit; 
dansj. Kiddoiischin, m, 4, 64 a: "«ib "jd^d^wX. M. Jastrow traduit 
inexactement : a il fut taxé par des fonctionnaires romains, 
c'est-à-dire sa propriété fut confisquée pour payer ses 
impôts. » 

«n^^ii-ij^ et '{"«^rûit'^N. M. Jastrow dérive ces mots de l'hébreu "^^i: et il 
dit qu'ils signifient : « 1» destruction ; 2° théâtre ; 'j'^'iaiS'^N, 
endroit plein de ruines. Ainsi, dansj. ErouM7i22b, rr^in nt^T 
'^'D^ ib-^iD 'ixn n^, vous regardez les ruines, et, dans Baba 
Batra, 103 &, le pluriel lïiTo '{•'i^TJSii^, si les pierres trouvées 
dans le champ proviennent de ruines, quelle est la règle ? » 
En réalité, ce mot est le grec axào'.ov, l'arène où avaient lieu 
les combats d'animaux et de gladiateurs et les courses de 
chars. Voir Levy et Kohut, 5. v. 

t3'^5&îb?3 b^ fi^^3^p'^i«, une procession d'anges, d'après M. Jas- 
trow, qui rend ainsi le passage de Schoher tob, Ps., xvii : 

}i"nprr « Une procession d'anges passe devant l'hbmme et 
proclame : « Faites de la place aux images (représentants) 
du Seigneur. » M. Levy traduit : « Des images d'anges 
marchent devant lui... » M. Krauss corrige N"'3np">5< en 

5<'^2nrp, xotvojvia, société. Pendant que dans Schoher tob et 
dans le Yalkout, Ps., xvii, on lit : N''3"ip"^5^ "^nb in s^^DnM"» 'i 'fc« 
N^snp^Nb û"ip73 lin i-^-it^int l^rnsTan visb v^bn^o û-^^^bt] b\D 
îi"npn bu:, dans Deidéronome rabba, 4, il y a : t^-'Dipii^ b"n"«^i« 
tDip53 iDD Y^12^^ p n»"i T^2Db in-n:: mn-ir)r:i û^^n -"ssb n^'^r?» 
'niDi V^^P'^î^b, et dans Yalhout, Ps., lv,. § 772 : rriD inn V'n'i-i» 
IT-irDTû nT«-i3m ï-ith ûTNn i^sn inrjbnt: N^Dip\^« -«cdd aibujn 
M.1"'3np''Nb tDipTD I5n [sic) ^iy\'iX^. Nous ne nous permettons pas 
de choisir entre ces diverses leçons. 

l'^bp'^N, j. Aboda Zara, 41 rf. Ce n'est pas aTxXov, repas, comme 
le croit M. Levy, d'après Sachs, 111, 199, opinion que 
M. Krauss croit vraisemblable, mais il faut lire r"!.?"^^^, d'après 
j. Schabbatj 13 bj que M. Jastrow traduit par présents, sa- 

T. XXXVIII, N° 75. 5 



66 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lutations. Le mot aTxXov n'était en usage qu'à Sparte et n'a 
donc pas pu pénétrer dans le domaine linguistique des Juifs. 

n'^n'^N, n-'^i-i-'n, n-^^nn'^:^, de petite ville. Dans Edouyot, ii, 5, V^job 
tn-^s^-^î^, des plats d'habitants de petite ville; du reste, ces 
mots sont traduits dans Bèça, 32 a, par Abbaï, par '^y^ 
Nn'i"'bpn. C'est ainsi que M. Levy explique ce mot dans I, 71 a, 
et III, 6. I^our Koliut, ce mot signifie « fermé liermétique- 

^ ment », àÉptvoç (ce terme grec n'a nullement le sens que lui 
attribue Koliut). D'après M. Krauss, c'est hirnea, vase à vin 
qui est clos. M. Jastrow explique ainsi : a ce qui est fait d'ar- 
gile blanche ». Il fait dériver rr'sn''» de ni^n (laine), et il 
traduit ce dernier mot par « substance blanche » ("n«), mais 
c'est, en réalité, un adjectif dérivé de n"'3> « ville ». 

Diab-'D^N. MM. Levy, Kohut et Jastrow identifient à tort ce mot 
avec ^uXtxoç, de bois ; le dernier l'identifie avec l'A-r^yj;, por- 
teur de bois, habitant des bois. C'est M. Krauss qui en donne 
l'explication exacte dans une note sur le mot Sesamholz. 

N"'1^3D:dn. D'après M. Jastrow, un marchand d'Alexandrie. En réa- 
lité, il faut lire t^^TDDN, (^yeoioL^ radeau, comme le disent avec 
raison MM. Levy et Krauss. 

tainsN, dans le Targoum sur Jérémie, viii, 21. M. Jastrow le tra- 
duit inexactement : « vêtement, drap ». MM. Levy et Krauss 
ont raison de l'identifier avec xpwjxa, couleur. 

r-i'^asibi^. M. Jastrow dit justement que c'est : « olvàvôri, œnanthe, 
œnanthine, ce qui est fait avec les graines ou les feuilles de 
la vigne sauvage. De là, 1° une eau aromatisée ; 2° un on- 
guent; 3° un vin (vinum œnanthinura) employé spécialement 
après les bains. » MM. Levy et Kohut expliquent inexacte- 
ment ce mot, le premier par <c Uniment » et le second par 
oleiunciiis. 

N">"^DD^ujbi<, dans Genèse r., 8. D'après M. Jastrow, c'est le maître 
des cérémonies à la cour, et, d'après M. Krauss, la garde de la 
cour, aùXoTa^ia. D'après Kohut, une vérité importante, iXr,6eta 
à^ta; dans mon Glossa^ium^ 51 a-&, j'ai corrigé ce mot en 
«"•tû-^bi^ D-'OS-j, la dignité de la vérité ; c'est M. Krauss qui en 
a donné la traduction exacte. 

I''rr:bwx, dans Kohélei r., au mot n-'ïi^ n^,'73(\ M. Jastrow veut 
corriger ce mot, sans nécessité, en ins"':::^^'', violet. H est vrai 
que les Septante et la Vulgate le traduisent ainsi. Mais 
l'i^'^abwS donne aussi un excellent sens; àX-rjôtvdv signifie cou- 



NOTES LEXICOGRAPIIIQUES 67 

leur de pourpre. Les Septante ne pouvaient pas traduire par 
ce mot, parce qu'il n'avait alors pas encore ce sens. 
MM. Levy, Kohutet Krauss disent aussi que c'est àX-r/jivov. 

N?3'>bi^, dans Nombres r., 18, et Tanhouma sur Hoiihhat, ^ 1 : 

n53n I3bn ni^apn?: 6<"^n. M. Levy traduit ainsi : « Si l'iiomme en- 
tend un son éclatant, ce son ébranlera ses oreilles et le ren- 
dra sourd. » Mais rji'Tn^D n'a jamais le sens de « son » ; rj:>"i72u: 
ïiujp, comme n:^n 'mj, signifie « une triste nouvelle » ; donc 
T:Ti<3 m^Din ne peut pas signifier « ébranler les oreilles ». De 
même, mujpn^D n'a pas le sens de « rendre sourd ». M. Jas- 
trow donne également à nuîp rf3>i?ou5 le sens de « bruit écla- 
tant ». M. Krauss voit dans n73''bwN le grec àXc.jxa =: àXoicp-Zj. 
Mais qu'entend-il par ces mots : « La graisse s'emparera de 
ses oreilles »? t3TN3 n^UDin t^bTobî^, « si le son éclatant s'em- 
parait de ses oreilles, il s'attacherait à son cœur et l'homme 
mourrait », cela ne donne non plus aucun sens. Il faut donc, 
selon nous, interpréter ce passage ainsi : « Au moment où 
l'homme apprend une mauvaise nouvelle, ïrn'^TDî^ (ex^sfi-a) 
nu5pn5:T r2Ti<3 moDin, un ulcère fermentera dans ses oreilles 
et deviendra dur. » Les autres leçons, comme on l'a vu, ne 
donnent aucun sens. 

ïTp'^bî^, dans j. Schabbat, vu, 2. MM. Jastrow et Krauss disent 
avec raison que c'est l'Xi;, hélice, machine, et Kohut l'explique 
à tort par Xsujca-'a, une espèce de lin venue d'un pays étranger. 
Il interprète ainsi le passage en question du Talmud : "^73 
î^p-^bi^ û-^bnn iî^ n^^y i^^i2XCi, et il ajoute que rtp^buN est une sorte 
de lin ou de coton servant à confectionner des liens. 
M. Levy lit aussi, d'après Louria : l-^bnn ""r^b 'n ^di^tot pn 
nsipb. 

'^p'^bi^, •^p'ij^bN. D'après M. Jastrow, ce mot serait un terme de fan- 
taisie pour û-«pbfi^, parce qu'on ne voulait pas prononcer le 
nom de Dieu. Cela n'est pas exact. Nous lisons, en effet, dans 
Sohir r.,s.v. "^ssuj^a, 6a : nwS ûiDb im^ ^35< "^p^^bi^ ii''y^'n ïznb "^12^ 
d''ma û-^nn^» •'b \S"^3rf Nb^ ïimnrr. Ce passage signifierait donc : 
<t Dieu leur dit : Par Dieu! je vous donne la Tora. . . » ■^p'ibi^ 
ou, plus exactement, '^p'^î^ b:', comme le dit M. Perlés, est le 
mot £cx7i (avec la préposition b3>, comme \^i2 by) et signifie : 
inutilement, à tout hasard. Cf. Levy, Kohut et Krauss. 

D''Dbt<, dans RuiJt. r., § 3, 39 a : Nn3::i \^ t^nnn "^biii p^c3. D'après 
M. Jairtrow, des grottes [très de Tibériade ; d'après Kohut, un 



68 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

marais, é'Xo; ; d'après M. Krauss, àXaoç, bocage. Dans Pes. r., 

§ 1 : N^^n:: bu: D-«Dbi^ N'irîn l'^y'^::'^ tiï-î; dans Genèse r., 96, 
f° 93 rf, et Tanhoiima, ^^ciion Wayehi^ § 3 (éd. Buber, § 6, 
p. 108), N"^nn-jb ynnïs ^b-^Dn ; dans j. KUayhn, ix, 32 d : 
N"^^n:3i (';^:ûn::D-'fi^n b"^:) ';'^tjd\x3 *;>b"^^;::^). Tous ces passages 
prouvent qu'il s'agit du « chemin » qui conduit à Tibériade. 
C'est donc, comme le dit Rappoport, le mot v-Xuatç, chemin. 
(Il est vrai que le mot signifie seulement * action de marcher».) 

•^rûpbfi^. D'après M. Jastrow, klixi-q, escalier en spirale ; d'après 
M. Kohut, xo'.Tcov, chambre à coucher ; d'après M. Levy, 
TjXax-iT-r). Comme le dit M. Krauss, I, 239, c'est le mot etpxxT,, 
espace clos ; plur. ïnr:3pbN, que M. Jastrow traduit inexacte- 
ment par « tas de blé ». 

N'^nbi^, dans Guiiiin, 70 a. D'après M. Jastrow, des souffrances 
iliaques, des spasmes des muscles abdominaux produits par le 
vomissement ; d'après Kohut, envie de bailler ; d'après M. Levy, 
vomissement. La vraie explication est celle de M. Krauss, qui 
y voit le mot àppota. 

mN'iaDinbN. D'après M. Jastrow, c'est cornes thesaiirorwn ; d'aiprès 
Kohut, le pluriel de thésaurus. M. Levy le traduit par trésor, 
magasin. En réalité, ce mot signifie : des vêtements teints en 
vraie pourpre, àX-rjôtoa^Tipa ; dans Const. Porphg., à)T|6tvxcpa. 
Le contraire est ^l^euoûaXiriôivà. 

•jifi^bipbi^, dans ScJiir. r., sur i, 11 : b© nn:>in Tii^^^'n *;i '^ n^sb^î 
ïi"npn. M. Levy lit liNbnpni^, eùpoa/.ùXwv, tempête ; d'après Ko- 
hut, 1"ii«b"ip"îi^, assecla, adhérents. M. Jastrow voit avec raison 
dans ce passage une glose corrompue : nmniî p Dibp5is^ n^buî 

DTT«n?3î^, dans Midrasch Tehillim, Ps., xii, n'est pas le mot 
D"n"<s?Qi<, ejjLuupoç, brûlé, mais c'est une corruption de DTT'DD"«73"«fi«, 
à moitié brûlé. Cf. Schir r., 31 c, où ce mot a été changé en 

nrr'ti^ II. M. Jastrow traduit ce mot par proclamation, acceptation 
des hommages ; d'après M. Levy, c'est la reddition des 
otages (ôjjLTjpeia), la conclusion de la paix. Pour Kohut, c'est 
TjijLEpoTTjç, bienveillance, douceur de caractère. Dans Exode r.^ 
29 : tn-inrin i)3:> 5<i:T< tnb: ^Tn^ fi^i:"!-» rj-i^^xb î^i:r Y'2 '^bt:, 
le mot rî"i''?2Nb est une cotTuption de DTDVTûb. Dans Sifrè sur 
Nombres, § 102, il y a ûib^ab, au lieu de 073T»V, et dans Pes.r,, 



NOTES LEXICOGRAPHIQUES 69 

§ 21, il y a DVDb. Comme on ne comprenait pas le mot cwtt:!?, 
on l'a remplacé par d'autres termes. Cf. Schoher tob, Ps., 
XVIII, 13 : ibu5 DTDVTob b^^'ûh ^binuJD. Le mot irviz\i< III doit donc 
être rayé des dictionnaires. 

•^an^N, dans Yalliout Eslher, ^ 1058 : -"lûnSN Y^r-b lips"" i^Ctzy bD 
Nnbi:t)b p^DD Nin^i "^i<"nrT>"T. MM. Jastrow, Levy et Kohut tra- 
duisent ainsi : « Que chacun se rende sur cette hauteur, où 
ce Juif doit être pendu. » Comme Ta déjà montré M. Buber 
dans Pesihta Orner, note 63, ""lûnDï^ est une altération de "'IJjDn 
= aTravrào), aller à la rencontre. Dans Esther r., ""lûjDi^b est 
devenu izûtid. 

«■^nr^st^. C'est àyyapsia, le service des courriers, et, par extension, 
service de relais, corvée. Dans Lévit. r., §12, f° 155 rf, les 
mots : Nn3'^'772n n'^i^îî^ ^^ym^ ne signifient pas, comme le croient 
MM. Levy, Jastrow et Kohut : « Ils apprirent qu'une confis- 
cation de biens aurait lieu dans la province », mais : « Us ap- 
prirent que des courriers étaient arrivés en ville. » Ce sens 
est confirmé par la suite : « ... et ils allèrent voir ce qu'il y 
avait de nouveau en ville » Nni-^^Ton ^bp r^n ^izrvrb inbii^i. Les 
àyyapot étaient chargés d'épier et de recueillir des informa- 
tions sur les dangers qui pourraient menacer du dehors ou à 
l'intérieur la sécurité de la ville ou de l'Etat : préparatifs de 
guerre, conspirations, tentatives d'émeute, etc. Plus tard on 
les appelait curiosi. 

0'ip\-i'^^3N, dans Esther r., au verset "jN^m. D'après M. Jastrow, 
c'est une corruption de '{"«p'^'iNiûp ; c'est plutôt une altération de 
Dip'^'i^rûjN, qui signifie, dans ce passage, « ennemi ». 

'^D'^'7lû5&< est le mot vstcottov, comme le dit M. Krauss avec raison, et 
signifie « onguent ». Le Talmud l'explique par « tempe » et 
M. Jastrow par « boucle de cheveux ». 

D"'Lûni:;55<, dans Pesihta Beschalah, f"^ 91 &. D'après Kohut, ce mot 
désigne l'officier préposé aux travaux de corvée. M. Levy lit 
CLûrDi^DN, àvôpa/ÔVjç, portefaix; d'après M. Krauss, c'est àyya- 
peuTT^ç, surveillant des travaux accomplis par corvée. M. Jas- 
trow donne la même explication. Mais le àyyapsuxriç n'avait 
pas seulement la surveillance des travaux publics, il était 
également chargé de la police secrète (voir &^n:i35^). Dans la 
Pesihtay on reproche à Eléazar ben Simon de faire ce métier, 
et il est qualifié, pour cette raison, de « vinaigre, fils de vin », 
c'est-à-dire fils indigne d'un père honnête. 



70 RKVUE DES ETUDES JUIVES 

'^pO'^'735^. D'après M. Levy, ce mot vient de év et ot^yxoç et signifie 
« encaisser » ; pour M. Krauss, c'est 'évtcjç'.ç, requête. Nous 
croyons avec le gaon Haï et Kohut qu'il signifie : cachet 
royal. 

nn:3i"j-i^. Ce mot signifie, d'après M. Levy, « un vêtement dans le- 
quel on a laissé des lettres », et d'après Kohut, « une toile de 
couleur ». M. Jastrow dit avec raison que c'est a vindicta, ou 
l'action d'affranchir un esclave par une déclaration devant le 
tribunal ». Voir Guittin, 20 a : 'î^t ïid^d ^''TiD 2n:Da, que M. Jas- 
trow propose de lire 'fi^n rîD"^^:3, et dans j. Guitlin^ iv, 45cï: 
0''3i^''"j pTD-im r;D::n, qu'il lit N'L:p''^:"^im. 

fc^'^DTmbi'Ti^î^. D'après M. Levy, massacre d'hommes ; d'après Ko- 
hut, épidémie; d'après Fiirst [Glossamcm, 56 ô), enlève- 
ment d'hommes, àvopoXufxaffta. MM. Jastrow et Krauss y voient 
avec raison le mot hZooli\^'\>î<x, action de voler des hommes et, 
par extension, de les châtier, qu'ils soient coupables ou non. 

1"^u3"T7j''N, dans Genèse r., 8. M. Jastrow corrige ce mot d'après le 
Arouch, qui a D'^:35"«'Tii^, et lit ';''c:'«3nm25<, qu'il traduit « salle de 
banquet, salle de réception royale ». En réalité, c'est le mot 
àvoGiàç , à l'accusatit àvoc-rivra , comme l'admettent aussi 
MM. Levy, Kohut et Krauss. Gomme, dans ce passage du Mid- 
rasch, il s'agit de délibérations de Dieu avec les anges au su- 
jet de la création de l'homme, il ne peut pas être question, 
comme le croit M. Jastrow, de salle de hanquet ou de salle de 
réception; mais Dieu dit : ïTi::i:> "'Dt^ ';'':û"i'73'»i^ «Je lai donnerai 
une forme humaine. » Du reste, c est arbitrairement que 
M. Jastrow corrige "j^Lû-iisi^ en ';^::"'2n"njj<. 

1^::l"i!iN, dans Tosefta Kêlim, Baba Mecla,, iv, 8. M. Jastrow veut 
changer ce mot, sans raison aucune, en "'i^niûîniN « a teethed 
strigil ». 

Di3''5iL]5i<. MM. Jastrow et Levy traduisent I"i7:^n 'wS par « le géné- 
ral Antonin » ; en réalité, il faut dire : le gouverneur Anto- 
nin. C'était le grand-père de l'empereur Antonin le Pieux, 
qui fut gouverneur (praeses, 7]Y£[i,(ovl d'Asie. Dans iVom6?r5 r. 
4, ce nom est corrompu en D"i:û^jirf, et dans Becfiorot, 5 a, 
en DV"i!:û3"ip. 

rr^-^^irûSi^, n^"':»'^::^^^, dans Kllayim, ix, 32 «, et M. A'., m, 82a. 
M. Jastrow propose de lire n'^:û^"'J<, tjxâxta, vêtements; Kohut y 
voit le grec àvOtvà, étoffes bigarrées; M. Levy, ôOcivta, toile fine, 
linge pour le bain ; r'iilin, M. Krauss dit que c'est àviSerai, 



NOTES LEXICOGHAEMIIQUES 71 

serre-tête. Le Talmud demande dans ce passage : f< Quel linge 
les hommes doivent-ils prendre pour le bain ? Les rabbins de 
Césarée disent... » Le mot qui convient le mieux dans ce pas- 
sage est : étoffes bigarrées. 

'^5'^D5i^. Ce n'est ni iy^(o^xy\, comme le pense M. Jastrow, ni ivoo- 
/£ïov (Kohut) , ni àvOpàx-.ov (Krauss) , mais , comme l'admet 
M. Lewy, et comme le dit une note dans Krauss, un vase d'An- 
tioche. 

fc^-ibiûSi*. M. Krauss dit inexactement : sentina. C'est un seau à pui- 
ser de l'eau. 

KSasK, dans Schoher Tob^ Ps., xv. M. Jastrow a tort de dire que 
c'est peut-être 1'^::"^31)d ou i<^->L:''3i)a ; d'après M. Levy, c'est àv- 
6iva, des vêtements bigarrés. C'est plutôt tàvOiva, vêtements 
violets. 

i<">^lD3N. D'après MM. Jastrow et Krauss, IfiTtoota, marchandises; 
d'après M. Levy, àvacpopsùç, appareil pour porter. C'est peut- 
être le pluriel de àvà^opov, sangles, bretelles. 

NmD3î^, dans Schoher Toh, Ps., cxviii, 19 : "iV^D 'n VP^nrittî "in^b 
fj-i'^i^n ni<^b. Kohut y voit âaTropsTa, provisions de route, 
MM. Jastrow et Krauss, àu-Tropia, marchandises, M. Levy ha- 
vresac. C'est l'explication de MM. Jastrow et Krauss qui con- 
vient le mieux pour ce passage. 

Di:^'ib"«D3i<, dans Kohélet r., au verset "^b "«i<. M. Levy croit que c'est 
le mot àpicpiXoyoç, querelleur, mais MM. Jastrow, Kohut et 
Krauss ont raison d'y voir èTrcÀoyoç, réflexion, déduction : b-^nnn 
rî?3:Dn3 'î^. C'est d'après cette explication qu'il faut rectifier 
mon Glossaire, 60 «. 

m'iDSi^. Kohut et Levy disent avec raison que c'est le mot àva- 
^opà, renonciation par contrainte à une propriété. M. Jas- 
trow fait dériver inexactement ce mot de nno et le traduit : 
1° acquisition d'un objet dépareillé {Schabbat, 80 b) ; 2" paye- 
ments partiels {Guittin, 44 a). Les deux traductions sont er- 
ronées. Dans iScJtabbatf Kohut dit à tort que c'est le mot àvw- 

cpeXwç. 

y^N, dans le Targoum de n"i5i:3ntD û-'^Dn "^ini, Ecclésiaste, xii, 11. 
Kohut dit que c'est xvi^w, aiL'uillonner, exciter; mais xvi'^o) n'a 
jamais ce sens. D'après M. Jastrow, le mot signifie : altac^her. 
Seul M. L"vy l'explique exactement dans son W. B. derTar^ 
gumim : aiguiser. 



72 REVUE DES ETUDES JUIVES 

D'^Diibpjî^, dansj. Baba Mecia, viii, lld. M. Levy voit dans ce 
mot le grec àvàxXrjffiç, renonciation, Kohut, eyxXYjc.ç, citation 
devant un tribunal ; M. Jastrow le corrige en oizjrb^iippx 
bail ; M. Krauss lit k^yAlz'jc.q , ordre. L'explication exacte 
semble être àvàxXrjcrtç, rétractation, résiliation. 

tî^nbp:5^. rîTDibpjïî. D'après MM. Levy et Krauss, c'est iyxÀTiaa, accu- 
sation ; d'après M. Jastrow, IxxaXoOixa-., j'appelle. Kohut l'ex- 
plique avec raison par àvàxÀY,aa, appel à une cour supérieure. 
On trouve ce mot dans Kohélet r., au verset lizûbo *;\n^ f» 90 a, 

ïi?jibp5N ^12^-^^ ^12 Vî^ ; dans Dent, r., 9, f<» 261 b : ûit^ ';-^5< 
N)3ibp25< T^3Db '^12^b biD-». 

';'^::'^bp5iî^ àvàxXiQaiç, aller en appel^ dans Genèse r., 49^ et Deut, 
r., 9. 

';"'a'^bp2î^, dans Dénier, r., 2 : '^n Dcni. C'est le mot eyxXrjc.ç, accu- 
sation, crimeyi. M. Levy traduit inexactement : « Il fut déclaré 
coupable en appel. » M. Jastrow lit ';^::^'^bp:5^^ et Moussafia 
l'itJ'^bpiN ; ce dernier mot serait le pluriel chaldéen du mot grec 
'£YxXTri[ji.a, accusation. « 

«■•DbpSi^^ dans Tosefia Baba Mecia, i, 7, et T. Baba Batra, xi, 5. 
D'après Kohut et Levy, ce mot désigne la demande adressée 
par le tribunal à des témoins pour savoir si un débiteur a re- 
connu sa dette en leur présence. M. Krauss dit que c'est Éy- 
xXrjdca^ lettre de créance, mais son explication ne parait pas 
juste, car il était déjà question précédemment des lettres de 
créance, dans les deux passages (mn "^"iiûu: n^td). C'est M. Jas- 
trow qui semble avoir raison en identifiant ce mot avec êve* 
yucTta^ lettre de gage; b et n sont souvent confondus et pré- 
pond fréquemment au /, comme î^pn^yp = /tXtàp;^T,ç, tribun 
militaire. 

VTU3:\Dfi^. D'après M. Lev}^^ c'est signalorius, un noble, d'illustre 
naissance. Ainsi^ dans Esiher r., au v. ûnrs^n "^rTii, f* 107 a : 
n"pn bu: 'n ■^sjî, « je suis le noble de Dieu, parce que mon aïeul 
Benjamin était le seul des fils de Jacob qui fût né en Pales- 
tine. » Pour Kohut, c'est àyyevéxTiÇ, indigène, noble = signato- 
rius. M. Jastrow dit que c'est une altération du mot i"'n::D"«ii\N^ 
« je suis le chevalier de Dieu. >^ Le mot est, en effet, altéré, 
mais il faut lire ';^:^::5'^5'^:^'ni<, eùyevÉrjraTov, traduction grecque 
du titre latin : )iobUisshnus, que l'empereur donnait à quel- 
ques princes de sa cour. Le passage du Midrasch signifie 
donc : « Je suis le 7iobUissimus de Dieu, je suis à l'égard de 
Dieu comme un prince du sang à l'égard de l'empereur. » 



NOTES LEXlCUGUAl'IIiQUES 73 

NbaiûDfi^. MM. Levy, Kohut et Krauss admettent avec raison que 
c'est stabuliim, axàpXcDv, étable, écurie. M. Jastrow a tort de 
le considérer comme le diminutif de Nn:35K, c7Toà, une galerie à 
colonnades pour se promener. D'après Matnat Kehounna, les 
mots "'::Nbn:3DN D'^Toip, iVEsther r., au verset I^Tam, f*» 104^;, 
doivent être lus m^îbnLDSK 'p, le chef des écuries, xôixy,; azi- 
pXwv, plus tard xovotjTauXoç, d'où le mot connétable. L'article 
aNb^LûDî^, N::î<b3:jD5^ doit donc être rayé dans les dictionnaires 
de Kohut, Levy et JastroAV. Voir aussi Krauss, s. v. Nb^::^:^. 

nfi^'i^s^iaDi? indiqué dans j. Schabhat^ xi, 8&, comme traduction 
d'Aquila pour le mot ^Dïn "^na. M. Levy dit que c'est crTOjxa- 
/pc'a, un objet de toilette que les femmes portaient sur l'esto- 
mac; d'après Kohut, c'est <7TO[jLa/ox-fip''a, bandelettes pour l'es- 
tomac. M. Jastrow lit hc-zo^xi^/n-oL, pluriel de IvaTOfià/tov. 
M. Krauss corrige, avec le Yalhoui Mahhiri, en N"'n72"n:ûD&^ = 
(TTpofApicov, diminutif de cTpo[jL|Boç = <TTp6cpoç, ceinture qu'on roule 
autour du corps. C'est l'explication de M. Krauss qui paraît 
la plus exacte ; le mot serait donc N"'n73n"i:2Si<, arpôcpia, de arpô- 
cpiov, ceintures servant à soutenir les seins. 

Iv^UDN, dans Genèse r., 19. M. Levy dit que ce mot désigne une 
ceinture, et Kohut un pardessus; M. Krauss litpnD:3Di<, axi/i- 
pcov, tunique, explication que j'avais adoptée {Glossariiim, 
61/?) et que je considère maintenant comme inexacte. Briill 
dit avec raison (Trachte7i der Jiiden, 57) que c'est le mot ctî- 
yioy=: stica, tuuica. M. Jastrow compare ce mot à n"»:D'i3^ (pfc<) 
elle traduit par « ceintures brodées ». 

ibaDi^. M. Jastrow a dit à tort que ce mot signifie : halte pour les 
voyageurs. Tous les autres lexiques sont d'accord pour y 
^ voir le mot aTrjXiq, colonne, borne. Le mot '^brjDiî II, dansj. 
Sota, 21 d, 11^)2 ûnb ln2 nrb-jDNi, est aussi corrigé inexacte- 
ment par M. Jastrow en "«bLûD-^Di^, testament. Il s'agit des 
bornes que Moïse avait données aux Israélites pour marquer 
les villes de refuge. En général, M. Jastrow évite autant que 
possible de reconnaître aux mots une origine étrangère, et 
cette tendance lui fait commettre souvent des erreurs. C'est 
ainsi qu'il veut faire dériver ■^bLDDN debb::. 

FURST. 

{A suivre.) 



LES 

CYCLES DIMAGES DU TYPE ALLEMi^ND 

DANS L'ILLUSTRATION ANCIENNE DE LA HAGGADA 



Jusqu'ici un seul manuscrit, celui qu'on désigne sous le nom de 
deuxième Haggada du Musée national germanique de Nurem- 
berg, donnait le type des illustrations allemandes de la Haggada, 
comme M. Julius von Schlosser l'avait deviné *. L'exemplaire de 
la Bibliothèque nationale de Paris, ms. hébr. 1333, ne saurait 
être considéré comme contenant également ce type, car il diffère 
du ms. de Nuremberg par le nombre et la matière des illustra- 
tions ^. Cet exemplaire allemand étant le plus riche en illustra- 
tions, qui n'ont pas encore été classées méthodiquement, on ne 
pouvait donc que souhaiter la découverte d'un autre manuscrit 
qui vint confirmer ce que nous connaissions du type ancien de la 
Haggada allemande. 

Il n'a pas fallu attendre trop longtemps. A peine avait paru le 
bel ouvrage de MM. von Schlosser et D.-H. Millier sur la Haggada 
de Sarajevo, que M. J. Rosenbaum, antiquaire de Francfort-sur- 
le-Mein, eut l'obligeance de mettre à ma disposition un deuxième 
exemplaire de la Haggada de Nuremberg. Ce manuscrit en par- 
chemin (40 pages sur 26 X 20 cm.), que le temps a noirci et dont 
les marges sont à peu près brûlées, n'est qu'un simple fragment; 
toutefois, par un heureux hasard, on y retrouve au complet toute 
la série d'images contenues dans le ms. de Nuremberg. 

Ce ms. nous permet de voir avec quel soin fut maintenue la 
tradition du type allemand et comme le scribe et le miniatu- 
riste, qui, en réalité, ne formaient qu'une seule personne, se 
servaient d'un modèle tout fait et ne donnèrent que peu de car- 

1 Die Hagfjada von Sarajetvo. Eine spanisch-jûdische BUderhandschrift des Mittel- 
alten, par D. II. Muller et J. il. vuu Schlosser. Avec un appendice de David 
Kaulmaiiu, Vienne, 1898. 

» Jlnd., 171. 



I 



LES CYCLES D'IMAfiES DU TYPE ALLEMAND 75 

rière à leur fantaisie individuelle. Les courtes sentences en vers, 
les épigraphes de ces images, comme aussi les illustrations, dans 
quelques détails, diffèrent dans les deux manuscrits de la Hag- 
gada ; mais pour l'essentiel ils se ressemblent tant, qu'il est hors 
de doute qu'un type identique s'est trouvé sous les yeux de leur 
auteur. Maintenant que nous connaissons deux représentants du 
type allemand, nous possédons les éléments nécessaires pour nous 
rendre compte du modèle et des principes qui ont guidé l'ancien 
miniaturiste. Les séries d'illustrations peuvent se diviser en trois 
cycles : 1° le groupe liturgique ; 2° le groupe historique s'inspirant 
de la sortie d'Egypte ; 3" le groupe s'inspirant de l'ancienne his- 
toire juive, 

Un cérémonial solennel comme celui des soirées du Séder était, 
certes, de nature à inspirer le crayon d'un dessinateur. Les di- 
verses parties de ce cérémonial, destinées à agir sur l'esprit des 
enfants, la composition du plat du Séder avec ce qui s'y rattachait 
de souvenirs et de symboles, la suite des pratiques liturgiques que 
de tout temps on s'était eiforcé de perpétuer par des versets et 
des signes mnémotechniques, autant de tentations pour le dessi- 
nateur et le miniaturiste d'aider à l'imagination et d'orner le texte 
d'images pariantes. 

Ce sont sûrement les illustrations liturgiques qui conduisirent 
aux images historiques. Dans un très vieux fragment de la Hag- 
gada provenant de la Gueniza du Caire, nous voyons des essais 
pour représenter les pains azymes et les herbes amères. De cet 
embryon est sortie toute l'illustration de la Haggada. On s'appli- 
qua d'abord à figurer la sortie d'Egypte et l'histoire des dix plaies. 
Et comme le récit remonte jusqu'aux origines de l'histoire d'Israël 
et parle des patriarches et «les biens dont l'Éternel les combla, nos 
artistes furent amenés à retracer avec le crayon et le pinceau 
toute l'histoire ancienne des Hébreux jusqu'à l'époque du pro- 
phète Élie, le héros de la soirée. Ce n'est pas tout de suite, mais peu 
à peu, comme le prouvent quelques monuments isolés, que l'his- 
toire de l'exode d'Egypte fut détachée de l'ensemble de l'histoire 
juive ancienne et qu'on représenta celle-ci et celle-là dans des 
séries d'images distinctes. Ce qui caractérise précisément d'une 
façon toute particulière le type de la Haggada allemande, c'est la 
figuration séparée des deux groupes. 

Dès l'instant que le deuxième cycle d'images, celui de la sortie 
d'Egypte, trouvait sa place naturelle en tête de la Haggada, le 
troisième, celui qui se rapporte au reste de l'histoire d'Israël, de- 
vait nécevssai rement prendre place à la (in du livre. De même que 
le relias coupe logiquement en deux la soirée du Séder, de môme 



76 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les actions de grâce après le repas forment, dans la Haggada alle- 
mande, le point de démarcation entre les deux groupes d'images. 
Le deuxième cycle devait s'achever avant les actions de grâce ; 
ensuite venait le troisième. 

Dans le travail qui suit, nous cherchons, à l'aide du nouveau 
manuscrit, à déterminer auquel des groupes appartient chaque 
image, à les décrire et à les expliquer au moyen des versets bi- 
bliques et des formules mnémotechniques qui y sont jointes. 



IMAGES LITURGIQUES. 

Le plus grand espace est occupé par les illustrations relatives 
aux préparatifs et aux cérémonies de la soirée pascale; ces images 
sont en tête du livre et dans la partie consacrée au Hallel et aux 
actions de grâce après le repas. La série ouvre avec des images co- 
loriées qui représentent la confection des azymes; elles se trouvent 
— et c'est une première caractéristique du type — sur le verso de la 
première feuille et le recto de la seconde. En examinant ces illus- 
trations liturgiques qui servent plutôt d'introduction, nous trou- 
vons qu'elles se suivent dans l'ordre suivant : F"^ 1, n» 1. L'image 
du moulin d'où sortie meunier, qui exhorte le domestique, appor- 
tant le froment sur le dos d'un âne, à se dépêcher. Cette image, 
qui remplit la première moitié de la page, est expliquée par ces 
verselets : 

,r\\znn s^nn^ nnxct:^ bv 

2° A droite, deux talmudistes discutent devant une fontaine en 
forme de tour s'il est permis d'y puiser de l'eau. 

nî Dy ni winvn d^^d^dd 

3° A gauche, deux hommes portent, suspendu à une barre sur 
leurs épaules, un seau en cuivre rempli d'eau. 

D^mov Dorit:; bv Q'cn 

4° (fo 2 a). Sur le premier tiers de la page, on voit la préparation 
des azymes sur une table et leur enfournement. A droite, au-des- 



LES CYCLES D'LMAGES DU TYPE ALLEMAND 77 

SUS de trois hommes qui se tiennent près de la table, on lit cette 
inscription : miiDn ns ppnQ mmi ^^Jn ; à gauclie, une femme 
passe un pain azyme au boulanger : l'inscription est effacée. 

5^ Sur une table en pierre couverte d'une nappe, une femme 
verse la farine dans un vase : 

6" Une femme pétrit la pâte dans un bassin en cuivre : 

HD^iDO HT [JKH lin 

7° A gauche, une femme verse sur la pâte de Teau d'un broc en 
cuivre : 

8« Sur une table on passe le rouleau sur la pâte. A droite et à 
gauche ces inscriptions : 

(eiracé) imiû bv ^n irs 
OHD b^i mon ^b 

9" Au bord inférieur de droite se tient un petit chien, en souve- 
nir du verset d'Exode, xi, 7 : 

):)^b 17:3 pn ifh 

10» (f« 2&). Les illustrations de la Haggada proprement dite ne 
commencent qu'avec celles qui représentent l'action de faire dis- 
paraître le levain. On voit une maison à trois étages ; à l'étage 
supérieur, un homme, la tête coiffée d'un morceau d'étoffe bleue, 
tient dans la main droite une aile d'oie et dans la main gauche un 
plateau, pour recueillir le hamèç, 

.npnn ni::'';^ pn-i 

Le personnage du rez-de-chaussée manie un gros balai ; dans la 
cave opère un individu à allure étrange, muni d'une aile d'oie et 
d'un plateau : 

niiv^pn pnn tjniDi 
.numnnn nnr^*m 

IP En bas et à gauche, un homme et trois corbeaux dans la cour : 



78 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

12« {(°3a). Le chef de famille, les recherches terminées, pro- 
nonce la formule de bénédiction : 

f en npnn b'îi 

13o Un homme nettoie un baquet ; deux souris arrivent en sau- 
tillant : 

14° L'image remarquablement caractéristique d'un Juif au nez 
pointu, à la barbe blonde, avec un vêtement brun et une coiffe 
bleue, qui se dépêche de brûler le hamèç : 

15<* (f" 3 &). On prépare le harossét ; un garçon casse des noix et 
un autre pèle des pommes et des poires, qu'il tire d'un panier : 

16'> Sur la table, le plat doré du Séder, et, à côté, les herbes 
amères dans un vase : 

17«* A droite, en bas, dans la cave, le vin rouge jaillit du ton- 
neau dans un broc en cuivre : 

18° A gauche, un homme a dans les deux mains des brocs rem- 
plis de vin, et, sur les épaules, des baquets : 

19° (fo 4a). Le chef de famille, à table, de la main gauche lève le 
gobelet en or sans pied et muni d'un couvercle en forme de calice, 
tandis qu'il avance l'index de la main droite : 

uito nv b*^ tt'^Tpn 



I 



LES CYCLKS D'IMAGES DU TYPE ALLEMAND 7'J 

20° La table du Séder\ en tête, le maître de maison avec un 
bonnet rouge brodé de noir : 

mini^n in^Ni n^nn ^yn mis 
Du bout de la table quelqu'un fait signe au porteur de brocs : 

Au bout de la table de la fig. 19, pend la lampe d'huile à quatre 
angles. La femme porte une coiffure bizarre, un fichu envelop- 
pant la tête et le cou. 

21° (f° 4 &). Au-dessus de la lampe, une perruche au plumage 
doré et au bec rouge : 

22° Un jeune homme, en train de vider le gobelet du Qiddousch 
et de lever l'index de la main droite : 

23° (fo 5a). Illustration de la cérémonie de habdala. Le chef 
de famille tient dans la main gauche une espèce de bougie et 
regarde ses ongles de la main droite *. Sur la table garnie d'une 
lampe quadrangulaire, devant lui, il y a une carafe de vin, la boîte 
dorée aux aromates et un livre de prières qui est ouvert ; sur un 
pied en forme de calice, d'où s'élancent à droite et à gauche deux 
figures d'animal, repose un tabernacle gothique qui s'achève en 
une fleur cruciforme, et sur lequel sont perchés deux petits 
oiseaux. Ce tabernacle sert plutôt d'ornement, de cadre au tableau 
de la cérémonie de iiabdala. Nous rencontrerons souvent ce décor, 
que la Haggada allemande se plaît à employer pour les céré- 
monies liturgiques. Voici l'inscription : 

24° (f° 5&). On vide la coupe de habdala : 

[Du lœser Knâuel=] ^XIJp in H 

' Il est probable qu'il faut également expliquer ainsi la scène reproduite dans la 
Haggada de Nuremberg (à l'encontre de Muller et de Schlosser, p. 133). 



80 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

25« Le chef de famille se lave les mains : 

26° On trempe le persil dans le vinaigre : 

^Dnn prxi ^itd 

27° (f*' 6 a). Les enfants dérobent la moitié de l'azyme du milieu 
[afihomèn) : 

28o Les lettres du mot sn sont placées dans trois champs colo- 
riés où s'agitent des figures d'animaux ; c'est le moment où com- 
mence véritablement le Séder avec les termes de sr:n7 xn. Au- 
dessous de ces champs, la table, éclairée par deux lampes à quatre 
angles : 

29" (f'' 6&). Le maître de maison soulève le plateau dans un ta- 
bernacle gothique au pied richement décoré ; un chien se trouve 
en bas : 

/isnD 7:27 l'rss 

30° Sur la marge de gauche, un dessin à la plume : on verse le 
deuxième verre. 

31° Un garçon, étonné, regarde son père, en montrant le pla- 
teau du Séder ; à droite et à gauche ces vers : 

32*» (fo 7 &). Dans un tabernacle muni de portes au bas et dont le 
sommet est couronné par des cigognes qui boivent dans un bassin, 
un rabbin est assis avec une coiffe dorée et célèbre les miracles de 
la sortie d'Egypte. 

33° (fo 8 a). R. Eliézer et Ben Zôma dans un cadre de style go- 
thique, avec cette inscription : 



LES CYCLES D'LMAGES DU TYPE ALLEMAiNU 81 

et cette suscription : 

34° {(^ 8 &). Le premier des questionneurs, le sage : 

.D^::: vn^n nos nii^S"!::! ^ï<^*.:' 

35° (f'^Oa). Le méchant en uniforme de lansquenet, avec Tépée 
et la hallebarde : 

yvn nns r\:)] sin >u,n 

36o (^ 9 ^^). Le simple, un enfant : 

37" Le fou coiffé d'un bonnet à grelots : 

38° (f° 16 a). R. Juda avec un chapeau doré, dans une chaire, au 
milieu d'un tabernacle, couronnée d'une sphère et d'une pointe 
en or : 

39° (f° 17 b). On se prépare au repas. Dans la cuisine, une femme 
remue la soupe. Du plafond descend une chaîne avec un bassin en 
métal : 

[Souf=^ soupe =] Pjii r\)z'yb y^"^ 

40° (f» 20&). Un homme debout, avec un pain azyme dans la main 
droite. 

41° (f° 21 à). Un homme debout, avec des herbes amères dans la 
main droite. 

42° (f<^ 22 a). Le maître de maison, dans un fauteuil, lève le go- 
belet pour réciter le morceau "jlD^S?. Au-dessus de cette image, le 
mot ']ytib se trouve dans un cadre orné de figures d'animaux, d'oi- 
seaux et de fleurs coloriées. 

43" (fo 22 &). Le chef de famille entonne le Hallel ; comme cadre 
un tabernacle gothique flanqué d'oiseaux : 

'ncu ^7n r\)b'b'2 
T. xxxvii , no ?;; 6 



82 REVUE DES ETUDES JUIVES 

44° ((''23 a). Continuation du Hallel. Le maître de la maison, 
dans un tabernacle orné de dragons gotliiques et d'un animal 
sous le dôme. 

45° (fo 23b). le personnage qui chante le Hallel se trouve dans 
une chaire, couverte d'une toiture en forme de branchage avec un 
nid de cigognes. 

46° (f«24a). Le père de famille à table lève la coupe ; il est re- 
présenté dans un tabernacle surmonté d'un nid avec deux cigognes 
et d'une pointe dorée : 

.n^iwn inn bv 

470 ((-o 24^). La bénédiction du vin avant le repas. Le maître de 
la maison, dans un tabernacle qui s'achève en forme d'arbre, porte 
la coupe à ses lèvres : 

48° L'ablution des mains avant le repas : 

49« (f° 25 a). Le chef de famille, dans un tabernacle qui repose 
sur un pied couvert d'ornements et s'achève en une rosette, récite 
la bénédiction des azymes : 

50° Il joint à ce pain azyme celui du milieu : 

5P(fo25&). Le même, debout, les herbes amères dans la main 
droite, le harossét dans la main gauche : 

uh^yù nonnn ^no 

52° Une personne debout, un azyme dans la main gauche, des 
herbes amères dans la droite : 

» Ibid.^ 155, par erreur : >^CJ1^ el J^C\ 

> Ibid., 156, par erreur : HilDOn 11V IViJi. 



LES CYCLES D'IMAGES DU TYPE ALLEMAND 83 

53« On commence le repas : on prend la soupe avec des cuillers 
dans des soucoupes ou des assiettes : 

54« Le père cherche la moitié de l'azyme du milieu qui avait été 
cachée : 

♦jDiû n;jn ^^i< 
550 (fo 26 a). On verse le troisième verre : 

56"* A droite, en bas, on se lave les mains avant de réciter les 
actions de grâces qui suivent le repas : 

57° A gauche, en bas, les actions de grâces après le repas : 

.pîD.-i n^nn pinD 

58° (f*» 26 &). Dans un tabernacle, le père de famille lève la coupe 
d'or ; au bord inférieur, un éléphant qui porte une tour. 

590 (f« 27 a). Des images analogues se succèdent sur les feuilles 
contenant les actions de grâces. Un petit singe couronne le taber- 
nacle; au bord inférieur, une licorne. 

60° (f*' 27 b). La rosette du tabernacle s'achève en une pointe do» 
rée ; deux dragons se battent au bord inférieur de la page. 

61° (f° 28 a). Tabernacle sur un pied en forme de calice ; combat 
de dragons au bord inférieur. 

62<^ (fo 28&). On boit le troisième verre. Deux images : en haut, 
un personnage qui lève le gobelet en or, en bas, un autre qui 
porte la coupe à ses lèvres. 

63° En bas, on verse le quatrième verre : 

64° (f° 29 a). On lève le verre, lors de la récitation de ^iDu;; ces 
mots sont enveloppés d'ornementations : 



84 REVUE DES ETUDES JUIVES 

65° Un jeune garçon au guet avec un chien près de la porte ou- 
verte, d'où arrive Tàne d'Elie : 

x^nn^ nnn Ti^n nnij: T;:n 
.x^n:n in^7xi n^rc 

66*^ (f° 29&). Continuation du Hallel; c'est la dernière illustration 
liturgique. Elle représente un homme debout devant un pupitre, 
lisant la Haggada qui est ouverte. 

Ainsi, malgré les divergences qu'on remarque pour quelques 
images prises isolément et qui se trouvent sur la première feuille, 
divergences qui prouvent que notre Haggada a suivi pour ces 
images un modèle dififérent de la Haggada de Nuremberg, on peut 
affirmer que tout le cycle des illustrations liturgiques que nous 
avons passé en revue présente absolument le même type que 
l'autre ms. Une tradition fixe impose au dessinateur les passages 
qu'il lui faudra illustrer; les images lui sont, du reste, indiquées 
par les verselets qui servent d'épigraphes. Les motifs demeurent 
semblables dans leurs éléments essentiels ; c'est dans le dessin et 
la couleur que pourra se marquer la personnalité de l'artiste. Ce- 
pendant, des décorations mêmes il résulte que le modèle fut iden- 
tique. Le tabernacle gothique est le cadre préféré, où l'imagina- 
tion de chaque miniaturiste peut pourtant se donner libre carrière 
pour les détails. 



n 

LES IMAGES HISTORIQUES DE LA SORTIE D'eGYPTE. 

Tandis que les images liturgiques s'étendent plus ou moins sur 
tout le texte de la Haggada, les illustrations des miracles égyptiens 
ont leur place nettement tracée, dans le type allemand, entre 
Dnn> etp^D^. Et de fait, la première image du cycle historique se 
trouve au-dessous du mot Dni>, lequel est tout brillant d'or et de 
couleur à la feuille 7 a. 

1° L'image qui ouvre cette série est celle de l'orgueilleux Pha- 
raon sur son trône ; derrière lui, un soldat avec une hallebarde. 
Pour l'instant, le despote ne soupçonne pas la naissance du ven- 
geur qui sortira d'entre ses esclaves : 



L?:S CYCLES D'IMAGES DU TYPE ALLEMAND 85 

2" Mais un magicien, dans un costume brun-rouge, lit la nou- 
velle dans les astres qui scintillent la nuit dans un ciel bleu : 

3° (fo 7/)). La fille de Pharaon, entourée de six de ses com- 
pagnes, étend son bras, démesurément allongé, pour saisir le coffre 
YOguant sur le Nil : 

.nnpm 'nos ns ^^ti^1^ nnnn sim 
A gauche, ces vers : 

.Q^iJD 17D inD "':2c 
4<^ (f'' 8a). La fille du roi ouvre le coffre : 

ins^m nnnn nx nnsni 

5° Miriam cherche sa mère : 

niD^m imn («^c) nsi onc 

6" (f** 8 b). Le jeune Moïse prend la couronne de la tête de Pha- 
raon (conformément à la légende). En bas, des lions en or ; à côté 
de la table, une cruche de vin : 

70 Bileam, un devin, jette un regard plein de pressentiment sur 
le jeune garçon : 

D"'::^n: ^7pm D^Dipn Dp?! ics 

8° (f° 9a). La fille de Pharaon sauve le petit Moïse paré de la 
couronne ; un faucon sur la main droite, tenant un chien par la 
main gauche, il semble aller à la chasse. Construction en forme 
de forteresse : 

9« (f° 9 b). Les Israélites préparent de l'argile et font des 
» Ibidem :r\y%n. 



86 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

briques. A droite, un surveillant égyptien, couronne en tête, maU 
traite une femme israélite. 

10* (fo 10 a). Moïse voit deux Hébreux qui se disputent : 

11° Dathan et Abiram dénoncent Moïse comme ayant tué un 
Egyptien ; 

12^ Toute la marge de la page est occupée par l'image des tra- 
vaux d'Israël : les esclaves apportent sur la tête ou sur le dos des 
briques qu'au moyen d'échelles on hisse, pour construire les villes 
d'approvisionnement : 

13* (f^lOS). Moïse est livré au bourreau, qui brandit déjà le 
glaive au-dessus de sa tête : 

♦ntî^pn t:^^t:^ ji^kid nxis nt^^v^^ 

14<* Moïse en fuite vers Midian ; des troupeaux paissent dans la 
campagne : 

p^nn niniD iû^d: it^rs:: \-i^i 

1^° (f* lia). Les filles de Jéthro et les bergers près du puits; 
Moïse défend les jeunes filles : 

x'sn rnins m^Dis 

16« Une fille de Jéthro dépeint Moïse à son père : 

u'^:) ns^ ^^n inj 



17« Moïse est prié de venir : 



inis n:i<y nn^ idk^i 



LES CYCLES D'LMAGES DU TYPE ALLEMAND 87 

18° (fo 11 b). Séphora apporte de la nourriture à Moïse, enfermé 
dans une prison en forme de tour qui s'élève au milieu d'un étang 
de cygnes : 

D^ri; yi'i^ 11DX n^n nro 

19° Moïse et Séphora sous le dais nuptial peint en bleu. A côté 
de la fiancée, une femme qui donne la bénédiction; à côté de 
Moïse, qui met l'anneau au doigt de Séphora, un homme qui tient 
une coupe dans la main droite et le rouleau de la ketoiiba dans la 
main gauche. Des musiciens jouent : 

20° (f° 12 a). Moïse pâtre (Exode, m, 1) : 

21° Moïse, la panetière aux côtés, les pieds nus, est prosterné de- 
vant range qui lui apparaît au-dessus du buisson ardent ; l'ange, 
avec des ailes dorées, descend du ciel bleu : 

22° (f° 12&). Uu monstre à forme de dragon s'apprête à dévorer 
Moïse, en commençant par les pieds (Exode, iv, 24) : 

23° Séphora circoncit l'enfant : 

'b nns D^iii [nn n^iD^i loxm 
/^pn^ nD^j mon t^iyo^ 

24° Séphora avec ses enfants sur l'âne, en marche vers l'Egypte : 

25* Rencontre d'Aron : 

."inpnn^i ins^p^ jn^i 
26° (f° 13a). Israël sous le joug égyptien. Un homme et une 



88 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

femme, agenouillés, prient, les mains jointes et les regards au 
ciel : 

27" Le Pharaon aux cheveux blonds, couronne en tête, nu dans 
un bain, qu'il prend pour se guérir de la lèpre : 

28° Le bain sera formé du sang d'enfants hébreux qu'un individu 
égorge et qu'un autre amène : 

29° (f° 13&). Du haut de la terrasse d'un fort on jette des enfants 
hébreux en pâture aux poissons : 

30° Moïse, avec un bâton doré, et derrière lui Aron avec le bâ- 
ton de voyage ; ils sont devant Pharaon : 

31° (f° 14 a). Pharaon avec une couronne d'or et une crosse d'or, 
drapé de rouge, sur son trône ; derrière lui, deux lions qui portent 
des couronnes. Dans l'arrière-plan, un palais et sur la tour du mi- 
lieu un coq : 

32° (f° 14 &). Des taches de sang dans l'eau marquent la première 
plaie : 

.niD b^'y^ n^so Din hm 

33° Des grenouilles qui sautent jusque dans la figure d'un 
homme marquent la deuxième plaie : 



LES CYCLES D IMAGES DU TYPE ALLEMAND 89 

340 La vermine, la troisième plaie : 

35^ (fo 15 a). Toute sorte de bêtes féroces en train de déchirer et 
de dévorer des hommes, la quatrième plaie : 

.nnp )^y: nv;n nvn 

36« Deux personnages nus qui grattent leurs ulcères, la cin- 
quième plaie : 

.* ins^ inxD an? sn 

37" Trois figures qui, par leurs mouvements, expriment la dou- 
leur que leur font souffrir leurs tumeurs ; c'est la sixième plaie. A 
droite ces vers : 

.nipti; ^D nni mis 
A gauche : 

38<»(fol5&). Des grêlons ravagent les champs et les forêts et 
s'abattent sur les troupeaux dans les prairies : 

»ii)r\ n^nn ^d bv 

39" Des sauterelles aux ailes énormes tombent sur deux 
hommes : 

DV^DI mis 

.a>^n b:} b^ isn 

40° Un esclave tire son maître de la maison, où il tâtonne dans 
les ténèbres : 

."[tt^nn 'JDO nsn irsu; 

41o L'ange de la mort, les ailes dorées, un grand glaive dans la 
main, se précipite sur une foule de premiers-nés; quelques-uns 
jonchent déjà le sol : 

annnn jin 

» Ibid., 147 : mjj^ ll^D, d'après le modèle du ms. 

« ibid., 148 : imt2 i^yn nx n^i^n. 



90 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

42° {(^ 16 &). On égorge un agneau sur un bloc en bois : 

HDD l'zy Hî 

43° Un homme recueille le sang de l'agneau dans une bassine 
en métal ; d'autres, de petits bassins dans la main, teignent les 
linteaux de sang ; il y a quatre toits dont chacun a des tuiles 
d'une couleur différente : 

♦e]ipti^Dn bv P'^r? Q^n ^^pS 

440 (fo 27 a). L'ange de la mort, dont les ailes sont l'une rouge et 
l'autre dorée, drapé dans une sorte de robe sacerdotale, traverse 
la nuit, tenant dans ses deux mains le glaive justicier. Il semble 
que l'œuvre de la mort se fasse sentir dans l'immense silence. En 
bas, dans les maisons égyptiennes, les victimes attendent leur 
bourreau : 

Dnn nin nx is^on 

45o(fol7&). Les femmes Israélites empruntent des ustensiles 
d'or et d'argent : 

46<* Elles fouillent chez les Egyptiennes et emportent les objets : 

47° (fo 18 a). Pharaon sort de son palais avec une canne : 

jnin npiD s^d^i 

48° Moïse et Aron restent calmes devant sa colère : 

.ï]Dix x^ 7jd mxi 

490 (f° 18&). Les Israélites, munis de lances et de bâtons, sont 
rassemblés pour le départ : 

.□VIS 'n^n 'pxnir^ 'i^b 
50° Un chariot avec aes femmes et des enfants ; deux chevaux 



LES CYCLES D'IMAGES DU TYPE ALLEMAND 9i 

attelés Tun derrière l'autre tirent le chariot ; sur le deuxième 
cheval, un homme. Chacun des chevaux est accompagné d'un 
porteur de lance \ au fond, une forêt qu'on vient de traverser : 

51° (fo 19 <2). L'exode. Des hommes et des femmes, quelquefois à 
deux, à cheval. Un porteur de lance avec un enfant emmailloté 
dans une hotte ; une femme avec un berceau sur la tête, et à ses 
côtés un enfant plus âgé (Exode, xii, 38) : 

.1^; DHK ni ni-; qji 

52<' Un passage dans les montagnes ; des animaux sur les ver- 
sants et dans les gorges, des oiseaux sur la cime des arbres, un per- 
roquet doré dans le bois qui se trouve au pied de la montagne ; 
illustration de la route à travers le pays des Philistins : 

on:: iff? ^sii:''^ wriub^ in 
.anr [d non^D onisin 

53o (fo 19&). L'armée égyptienne, bannières'déployées, poursuit 
les fugitifs : 

)b'n b:^) npiû f)ii ^siti^^ ^:n nns 
♦i^u bv "*^'b^) Qonnn 

54° Pharaon, portant une couronne d'or et brandissant un 
grand glaive, marche à la tête de ses troupes^ Adroite, au-dessus 
de l'image : 

A gauche : 

,r\ir\t2 ])^i<^ nnn n>ns 

550 (f« 20 a). Le passage de la Mer Rouge ; à la tête du peuple, 
Moïse tenant élevé un bâton doré ; devant le peuple, la colonne de 
feu; un ange, une aile rouge et l'autre dorée, répand de la lumière 
du haut d'une colonne. Derrière le peuple, la colonne de nuées *, 

* Ibid., 151, probablement par erreur: Qti;\ 

" On a vu {ibid., 153) ici « deux anges sur les colonnes d'eau qui s'avancent ». 
En réalité, ce sont des rameaux, des colonnes en bois avec des feuilles et des 
branches, au sommet desquelles apparaissent les deux figures. 



92 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

au milieu desquelles apparaît un fantôme orné d'ailes vertes. Sur 
la marge d'en haut, ces vers : 

En bas, au-dessus de la tête de Moïse, ces mots : 






Pour la colonne de feu : 






Pour la colonne de nuées : 

56° (f° 20 &). La mer a couvert les Egyptiens ; des chevaux, des 
guerriers, des armes surnagent; la tête couronnée de Pharaon ap- 
paraît ; sur la marge de côté : 

Au-dessus de la mer, ces mots : 

57° (f° 21 a). Marche triomphale des femmes ; en tête, une joueuse 
de luth et Miriam avec des tambourins : 

ni<''2:r\ d^d :]inn npni 

Au-dessus du cortège, des femmes enveloppées d'étoffes de cou- 
leur et leurs blancs fichus autour de la tête, ces lignes : 

58° {f° 21 b). Les bois de palmiers d'Elim : 

* Ibid., 1K3, on a lu "li^b, ce qui a fait paraîlre obscur • le sens de ces vers ». Il 
est question naturellement d'Exode, ix, 27. 



LES CYCLES D'LMAGKS DU TYPE ALLEMAND 93 

59° Les Israélites aperçoivent la source d'Elim, qui coule dans 
un bassin de pierres coloriées ; cette image termine la série des 
illustrations sur la sortie d'Egypte : 

.nr:^7^x7 r;D:i isn 

Plus encore que dans les images liturgiques, le type allemand de 
la Ilaggada se marque dans le cycle historique avec une netteté 
tranchée et un caractère fixe. Depuis la première image du cycle, 
celle de Pharaon ivre d'orgueil, jusqu'à la source d'Elim, nous ob- 
servons dans le choix des motifs, dans l'exécution artistique et 
dans les inscriptions rimées l'inspiration d'un même modèle ; les 
différences qu'on peut constater sont très minces. Pour l'histoire 
de la jeunesse de Moïse comme pour le récit des souffrances d'Is- 
raël en Egypte, ce sont les mêmes traits empruntés au midrasch. 
La seule différence un peu importante, c'est l'omission, dans notre 
ms., de la scène où Moïse tue l'Egyptien. Cet oubli n'est pas dû au 
hasard ; il faut probablement l'attribuer à une sorte de pudeur de la 
part du miniaturiste, qui répugnait à reproduire cet acte sanglant 
de la vie de Moïse. Autre détail à noter : ce sont les femmes ici qui , 
à elles seules, mettent l'Egypte au pillage. Tandis que la Haggada 
de Nuremberg se complaît à la peinture de ces scènes de pillage, 
ainsi que l'indiquent les divers distiques, toutes ces opérations 
ne sont figurées ici que par un tableau représentant quatre 
femmes. Il arrive parfois que des vers sont omis ; ainsi, dans la 
Haggada de Nuremberg, l'aspersion des maisons juives avec du 
sang est signalée par le distique suivant qui manque ici * : 

nnnon bv nir[]'p)] 

Par contre, cette dernière Haggada n'a pas les vers sur les pal- 
miers et les sources d'Elim. Au point de vue des illustrations, notre 
nouvel exemplaire du type allemand paraît avoir en plus l'image 
de l'ange de la mort qui plane sur l'Egypte. Pour tout le reste, 
c'est l'entière similitude ; elle est surtout sensible dans la représen- 
tation des dix plaies. Toutefois, il n'y pas copie servile ; et si, pour 
l'essentiel des motifs et de l'exécution, il y a parité, l'artiste se 
donne un libre essor dans le rendu des détails. 

« IHd., 149. 



94 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



III 



LE DEUXIEME CYCLE DES ILLUSTRATIONS HISTORIQUES 
DE LA HAGGADA. 



Avec la partie du Hallel qui est récitée après le repas, sous le 
texte de 1J^ N/, commence la deuxième série des images histo- 
riques. Là se manifeste encore plus nettement ce qui constitue en 
propre le type allemand. La figure d'Abraham, qui, le premier, prit 
une pleine conscience de la notion de Dieu, ouvre le cycle. Une 
sorte de parallélisme commande au miniaturiste de représenter, 
dès le commencement, un roi avec son compagnon, comme dans 
Tautre cycle. 

1° (f° 29&). Nemrod, couronne en tête et sceptre en main, ac- 
compagné de Térah, père d'Abraham, observe le spectacle d'Abra- 
ham qui reste sain et sauf au milieu des flammes : 

sip: 102^ -iio: i^nn 
Au-dessus du roi et de Térah, ces mots : 

2° Du milieu de la fournaise surgit Abraham, enfant, dans une 
attitude de supplication vers l'ange qui arrive à lui : 

i^^in i^DH D^::y 'j p QinK 

S'» (fo30a). Isaac sur l'autel du sacrifice; devant lui, Abraham, 
qui de la main gauche tient la tête d'Isaac et dans la droite un 
couteau : 

i:ip nso vDtr'c^D i:n b^ ^n s^ Dn"ini< 

.mon m }ù)nub iTn n7Dson npb ^^n]"^ 



Sous l'autel, ces lignes : 






LES CYCLES D'IMAGES DU TYPE ALLEMAND Jd 

A côté d'Abraham^ ce quatrain : 

4<> Un ange aux ailes vertes et drapé de rouge arrête le couteau : 

S'' En haut, un bélier dans une prairie, les cornes engagées dans 
les broussailles : 

vjipn lion îns: inx ^\^ 

6«> (fo30&). Isaac, d'après Genèse, xxiv, 62, se livrant à la prière 
au milieu des champs, les mains levées vers le ciel. Pour que la 
caravane d'Eliézer l'aperçoive, l'image d'Isaac est renversée, de 
façon que les pieds soient en haut et la tête et les bras en bas, 
non point pour représenter son 7'etour *, mais afin que, sur Villus- 
tration^ Rébecca puisse le voir et que leurs regards se croisent : 

^ mon \V7V p xi "*3 

7° Èliézer signale la présence d'Isaac à Rébecca, suivie d'un 
page ; elle fait un mouvement en arrière comme si elle voulait 
descendre de chameau. Au-dessus d'Eliézer : 

wbi< nninx -ir; 
pjD ^^1 Dnn: diso lîna'D 

Au-dessus du cortège : 

.nî^n pnv nnsn ^:: r[]n 7Djn b^;n r^p'Tï %n) 

* Comme explique von Sclilosser, l. c, \Q]. 

' Ces vers ont besoin d'éclaircissement : *inn appartient comme infinitif à 1|n = 
^îni lin. Isaac s'en retourne à son logis, car il s'en va de devant Dieu, devant qui 
il se trouvait pour la prière • 



96 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

8" (f** 31 a). Eliézer conduit Rébecca vers Isaac : 

9" Abraham attend Rébecca à l'entrée de la tente de Sara ; cette 
tente se compose d'une toile rouge et verte, ornée d'oiseaux et de 
bêtes, laquelle est maintenue par une agrafe d'or et surmontée 
d'un chapiteau à trois noisettes d'or : 

10° (fo 31 b), Isaac en face de Rébecca (d'après Genèse, xx, 21), 
les mains et les regards levés vers le ciel : 

n^^cnn y^^n ina^s niDi:^ pnr 
.n^ i<b^ )b ^n-;'i 

llo Rébecca, dans un état de grossesse avancée, en robe brune 
et un fichu blanc autour de la tête, sort de sa maison pour con- 
sulter les savants Sem et Eber, selon la tradition ; ceux-ci sont 
assis devant un in-folio grand ouvert. Au-dessus du groupe, ces 
mots : 

En bas, à côté de Rébecca : 

D^imn nnipn ir:inn^'i 

12*» (f° 33a). Rébecca, étendue sous un ciel délit, attend l'heure 
d'accoucher ; une femme à son chevet, une autre à ses pieds : 

.D^ji ':^ npnn ib^) 

13° Rébecca conduit ses deux fils chez Sem, qui tient sur ses 
genoux un gros livre ouvert : 

14° (fo32Z>). Esaû, habillé d'un costume de chasse rouge, pour- 
suit avec des chiens le gibier dans la forêt : 

rvn y^i >nv i»; 
.n^nn ins ï)nn pb 



\M% CYrXF.S D'IMACRS DU TYPE ALLEMAND 9? 

IS*" Esaû, en costume de ch?îBSP, la plume sur le chapeau devant 
une marmite bouillante, dans un local ouvert que la vaisselle et le 
chaudron qui pend du plafond font reconnaître comme une cuisine. 
Son glaive est fiché en terre et son arc se trouve à côté. Dans la 
cuisine, ces mots : 

Au-dessus de la tête d'Esaû : 

IQ^ (fo 33 a). Isaac aveugle donne la bénédiction à Jacob en pré- 
sence de Rébecca : 

n^ Esaù arrive armé du glaive et de l'arc : 

.inr^nn np^ 2pT n:m 
IS*' Le songe de Jacob : 

,D^iD niî]ic i'"ix^ n^m ubn) npr pi 

19° L'échelle de Jacob dont le sommet se perd dans les nuages ; 
un ange descend la tête la première et un autre plane au-dessus 
de Jacob qui songe : 

.D^iDn p Dnnn wby^ 

20" (f« 33&). Jacob avec un bâton de voyage; devant lui ses 
quatre femmes : 

vn D-; lîn irns npr 

21» Les douze fils de Jacob, en deux groupes égaux ; ils ont 
chacun leur bâton de voyage et se suivent par rang d'âge, par 
ordre de taille décroissante : 

22° (fo 34 a). La lutte de Jacob avec l'ange : 

D^;:nQD ^x^d xn 

T. XX.XVIII, N« 75. 7 



98 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

23" Jacob boitant et se tenant la hanche : 

24° Dans le ciel, au-dessus de lui, brille le soleil, qui est doré : 

25° (fo 34&]. Jacob dans un fauteuil, le petit Joseph devant lui, 
encadré dans un tabernacle dont les colonnes supportent des cha- 
piteaux dorés : 

26° De loin, ses frères tendent les mains vers Joseph. Des 
arbres émaillent le paysage. Au-dessus de Joseph, ce distique : 

27° (f° 35a). La femme de Putiphar retient Joseph par son man- 
teau ; le manteau lui reste dans les mains. Au-dessus nous lisons : 

,nîns nm pn^in ^jovi 

Du côté gauche : 

^n^inonfKi n^i^ c]:Dn fjDV 

28« Joseph est jeté en prison par un geôlier; devant la prison, 
une tour sur laquelle perche un coq : 

29° (fo 35&). Joseph explique les songes de l'échanson et du pa- 
netier de Pharaon : 

30° Joseph s'empresse vers Pharaon ; il porte la main gauche à 

* Ibid., 166, par erreii/ : ini2 HM V2S "lV':i:2 =]DV, avec cette traduction libre : 
« Josepli accompa^Miail itun.N^ge de soq père. » 
■^ nnnf^n slffiutle : dans la f>;alerie; iùid., 1G6, par erreur nînDl. 



LES CYCLES D'LMAGES DU TYPE ALLEMAND 99 

sa coiffe et il étend la main droite vers le roi ; celui-ci est sur son 
trône avec sa couronne et son sceptre d'or. Au-dessus de Pha- 
raon : 

Derrière Joseph, ces lignes : 

'.non m^i^n iniD i^cn 

31*' (f*^ 36 a). Joseph à cheval, avec couronne, sceptre et glaive à 
poignée d'or ; derrière lui un écuyer à cheval ; devant lui un hé- 
raut avec une trompette à double courbe ; ils sont sur le point 
d'entrer dans la capitale de l'Egypte, dont l'image représente la 
porte flanquée de créneaux et de tourelles : 

■jiis ^Dn nD"i njti^Dn nnr^inn 

32° (fo36&). Le Sinaï. Au pied du mont, Moïse agenouillé, les 
mains croisées, dans l'attitude de la prière. Sur le haut de la 
montagne, Moïse debout déploie la Tora, dont les rouleaux sont 
terminés en boules dorées ; elle est ouverte à la section du Dé- 
calogue : 

33° (f« 31a]. Josué en face de l'ange qui, de ses ailes dorées, 
plane au-dessus de lui. Josué a retiré ses sandales. Entre Josué et 
l'ange, ces vers : 

Au-dessus de l'ange, ce distique : 

34<' (fo 31 b). Hanna à genoux devant Iléli ; cadre gothique : 

Au-dessus de Hanna, ces mots de I Sam., i, 13 : mp ''n^'i* pi. 
35*» Elkana et Hanna, qui conduit le petit Samuel ; un chien les 
suit; ils vont à Silo : 



m REVUtî PE3 jiTUDRS JUIVE« 

Hanna est désignée par ces mots : 

36° (f° 38<2). Samson ouvre la gueule d'un lion, d'où sort un es- 
saim d'abeilles. Le héros aux cheveux blonds est à cheval sur le 
lion qu'il serre entre ses jambes : 

37° La femme de Samson , drapée d'une tunique rouge à 
manches dorés, divulguant le secret de l'énigme. Au-dessus d'elle, 
un arbre avec un oiseau doré dans le feuillage. Ces mots d'après 
Juges, xiY, 18 : 

,^nTn DHSîîo s^ 

38° {f° 38&). Une colonne dorée, à laquelle Samson aveugle est 
attaché, supporte une terrasse remplie de Philistins. Un jeune 
homme tient la corde qui noue les membres du héros ; un homme, 
les joues gonflées, souffle de toutes ses forces dans une trompette. 
Au-dessus de la terrasse, ces vers : 

.□.Tj2^ ir; pot!/ iNiK^3 
Autour de la colonne : 

39° (f. 39a). David, qu'une couronne et une harpe désignent 
comme futur roi et poète, lève sa fronde contre Goliath, qui appa- 
raît armé d'une cuirasse d'acier, d'un casque doré et d'une halle- 
barde gigantesque : 

40° (f° 39&). Le jugement de Salomon. Les deux femmes compa- 
raissent devant Salomon, assis sur un trône élevé. Les femmes 
sont désignées par ces mots : 

DH^rn ni:i2p u'*:;: ^nty 
.Dn^:n dv "i^cn ':^b ':xnm 

' Ibid., 109, par erreur : Qni;2> DH'?'; D\i:2n VrO- 



LES CYCLES IVLMAGES DU TYPE ALLEMAND 101 

Au-dessus de Saloraon, que dominent les colonnes dorfjes de son 
trône : 

41° (f*» 40 a). Images relatives à Jonas. En haut, un bateau ; sur 
la cime du mât, un matelot ; sur le pont, une hutte couverte de 
briques et deux hommes représentant l'équipage. Le bateau lutte 
contre les flots. En bas de la page, à gauche, un poisson à forme 
de carpe avale le prophète ; le torse apparaît encore. Jonas porte 
une coiffe rouge. En bas, à gauche, Jonas est assis sous une touffe 
énorme que le Kihayôn déploie au-dessus de lui. Jonas lit dans un 
in-folio qu'il tient ouvert sur ses genoux. Seuls, les deux derniers 
épisodes sont expliqués par des distiques. Au-dessus du poisson : 

nrDDn "^inD 

Au-dessus du Kihayôn : 

ivp^n ht; 

42o(fo40&). Eiie sur une colline verdoyante que couronne un 
arbre avec un oiseau doré, souffle dans un cor doré : 

43" Le Messie sur son âne tire derrière soi, sur une immense 
perche*, les Juifs qui triomphent. 

Malgré l'étroite ressemblance des illustrations, notre nouvel 
exemplaire, qui représente le type allemand, paraît postérieur à 
celui de Nuremberg. L'omission du premier couple, à qui la Ilag- 
gada de Nuremberg consacre un quatrain spécial-, n'est pas 
fortuite. J'y vois plutôt un oubli volontaire, vu qu'Adam et Eve 
n'appartiennent pas proprement à l'histoire d'Israël. Ce n'est qu^à 
partir d'Abraham et jusqu'à Elle, c'est-à-dire le Messie, que le cycle 
se forme et se ferme. Les deux exemplaires, pour cette troisième 
série d'images, ont copié un modèle commun. Ce qui le prouve, 
c'est qu'ils ont utilisé tous deux la légende pour l'histoire d'Abra- 
ham, révélateur du vrai Dieu, qu'ils ont fait choix des mêmes su- 
jets et font succéder Samson à Samuel, et, parmi les prophètes, ne 
citent que Jonas. L'emploi plus fréquent de quatrains distingue le 

* Ibid., 170 : « Sur la queue démesurément longue de l'àne •. 
» Ibid., 159. 



102 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

deuxième cycle historique du premier. Gomme dans les deux pre- 
mières séries, l'artiste se donne toute liberté dans l'exécution des 
détails. Le trône de Salomon ne présente pas un caractère stéréo- 
typé; ici l'on ne reproduit pas la maison, d'où sortent les femmes 
du jugement de Salomon, et que représente le livre de Nu- 
remberg *. 

Ces illustrations, surtout celles du troisième cycle, relèvent- 
elles de l'art chrétien, qui a si souvent reproduit les sujets bi- 
bliques? Il suffit d'examiner les objets et la manière dont ils sont 
rendus pour conclure négativement. Ainsi, Daniel dans la fosse 
aux lions et les trois jeunes gens dans la fournaise ardente man- 
quent parmi nos illustrations. Ce fait seul prouve manifestement 
l'indépendance de nos artistes. Qu'on jette aussi un regard sur la 
scène du sacrifice d'isaac ou sur les épisodes de Jonas, où le mi- 
niaturiste représente naïvement le prophète englouti par une 
carpe, parce qu'il n'a jamais vu d'autre poisson, et l'on se con- 
vaincra que nos dessinateurs n'ont consulté ni les tableaux ni les 
enluminures des artistes chrétiens. Et c'est cette naïveté et cette 
indépendance qui communiquent aux illustrations juives leur 
charme et leur prix. 

Il est un autre trait qui marque l'originalité de nos artistes juifs. 
Les images se suivent de droite à gauche comme dans l'écriture 
hébraïque. De là vient que dans le cas où une page contient plu- 
sieurs scènes, les images se suivent, sur le recto, de haut en bas, 
tandis que sur le verso elles vont de bas en haut, de sorte que les 
scènes représentées en haut sont postérieures, au point de vue 
chronologique, à celles d'en bas. En outre, la connaissance des lé- 
gendes du Alidrasch et du Se fer Haijyaschar comme de celles qui 
avaient cours dans le {)euple, établit avec certitude que les dessina- 
teurs de la Haggada allemande étaient juifs. On ne saurait tirer 
objection des motifs gothiques qu'ils emploient, attendu que par- 
tout leurs regards ne rencontraient que des constructions et des 
ornements de cet ordre. 

David Kaufmann. 

» Ibid., 169, tableau XXVI. 



TIN IIEGUEIL 

DE CONSULTATIONS DE RABBINS 

DE LÀ FRANCE MÉRIDIONALE 



La Gallia judaica de M.'Gross, ce monument de science dont 
on ne saurait surfaire les mérites divers, n'a pas épuisé la matière. 
D'abord, elle ne contient pas la liste iXe toutes les localités fran- 
çaises habitées par les Jufs au moyen âge, car elle n'enregistre 
que les noms figurant dans des écrits hébreux. Or, la nomenclature 
de ceux qui n'ont pas eu ce sort est incomparablement plus 
longue ; il est telle province de l'Ouest ou du Sud où les Juifs 
demeuraient dans les plus petits villages et qui n'a fourni que 
(juelques noms à la Gallia. Dresser ce catalogue, en marquant 
exactement la provenance et la date des documents qui permettent 
de le constituer, est une tâche qui s'impose et que nous nous pro- 
posons d'entreprendre un jour. Mais même le domaine bien limité 
que s'est adjugé notre savant collaborateur ne pouvait être défriché 
entièrement, car il eût fallu, pour cela, deviner tout ce qui avait 
chance de se trouver dans les documents encore inédits au moment 
de la composition de ce travail, déjà si vaste. 

Une bonne fortune nous met en mesure d'apporter un complé- 
ment sérieux à ce dictionnaire si utile, en môme temps que de 
faire connaître certains renseignements inédits sur les Juifs et les 
rabbins des communautés de la France méridionale, i)rincipale- 
ment au xiv® siècle. Nous venons d'acquérir de M. Nissira Elischa 
Zecharia, rabbin de Bombay, un manuscrit, assez bien conservé, 
qui renferme principalement dps Consultations, et ces documents, 
provenant de rabbins de la France, sont, pour une bonne part, 
non seulement inédits, mais encore uniques. 



104 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Comme nous n'écrivons pas pour les bibliographes, nous j ugeons 
inutile de décrire avec minutie ce manuscrit, d'écriture orien- 
tale incomplet, au commencement et à la fin. 11 débute au f° 28, 
va jusqu'au f° 75, puis manquent 5 ff. ; il reprend au f<» 80 pour 
s'arrêter brusquement au f« 205 *. On le voit grâce à la foliotation 
qui s'est conservée sur quelques pages, grâce aussi à la numérota- 
tion des pièces due à un des propriétaires du ms. Celui-ci, en 
divers endroits, déclare qu'il a les mêmes pièces dans un autre 
recueil. 

Le copiste s'appelait probablement Israël, car toutes les fois que 
ce nom paraît ou que les initiales des lignes permettent de le 
former, mots ou initiales sont pourvus de signes destinés à appeler 
l'attention. 

Ce volume appartient tout au moins à la même famille que ceux 
dont parle, dans ses Consultations, R. Joseph b. Leb. Ce rabbin, à 
propos d'une question de droit matrimonial, rapporte qu'ayant 
fouillé la bibliothèque de Don Méir Banbanast, il y trouva des Con- 
sultations de rabbins provençaux contemporains de R. Salomon b. 
Adret (Raschba), en particulier dlsaac Kimhi, « qui dans sa cor- 
respondance apparaît comme un rabbin important ». Il mentionne 
également l'opinion, sur le même point, de Mardochée, père d'Isaac 
Kimhi*. 

' Le relieur a placé les (°b 80-205 en têle du volume. Les f°» 94 et 95 manquent. 
' Consultations de R. Joseph b. Leb, I, 23 <ï : 

ï-ibrsi tD'Dr.n b^ T:Jn"i7ûn mmonn mnn72N "^"CDria Di?:N ^n 
t>i"3u:nn bo 1j73T2 T^n"*:: r-isrrmiD "^sinn ^^wSi:73 ncsn V'^^ ">^N'^ 11*1 
113373 ï-T-'m rrri pnaiTD n-i ^n72p pri:"^ -^n-i 3-1- rr^n cr:?^ nnNi 
vmmu:m T^mbï^iD '^ir\i2^ ib n^-orro mm-jn $-173^2 N"n\:;nn incstst 
Ti^yn by ^2^'Qr> tisb^ itd^ û^sm 1-112^ myi ,bT7:> n-i rr^nc id"»: 
Nbi inn^i v^i"^P^ ^T ^b imD ^:n "^nn n^N'j -^7:^ mr^jz^-^ n^no 
,^"T nu:o nn nnn pbno pnbn- mb ii-i"^ Nbi ^b^ v^^t^P 11^ 
T» ^im n7D"ib bDi3 !z:nm n'JTip?^ r-ix "^nnTo m^T '\nr\^'o n^-iin 
,tD"^'^o Nbi b^nnm tzi'^'^Dn iDprro ';Tv:jbn72 rrbnnnn ï»<in"J ^rci2 
nb">Dt< û^L^n rjT73i û^73Dn i-nou: )r::b'n nbnnr: i2^î< "jm^ Tnn s:?:» 
inn "^r: ympr? int<3 ';'^'^j'73n i^^y^ D'^nn^ D^Tora T3nr) myi "^nn Nb t^ 

.1^:y imx bv mnrcnn i2"i 17:d 

Jbid., 27 c, au bas de la colonne : 

^^ i2?3Tn rriD ï-tir^^rai-iD ^33^73 mmon bu: yaipa iSNiTTsuj "^ob 
iN\::D73n -nnDTj r-T^no "^nT^p pn^^ '-^.nrî tznTo inN ri^m N"T:;nri 
nn ïmnuj n3">3 n^n vmbNO "^-iPT^i ib 3vj-«j mmcnn ï^"TC-irî 
tzob riT "^b pi3 ^3N nb n^wN-:: -i73i< nns t2r;^7û"'3 n-'n ï-irr7:i bni 
nnn n^-om "^m^ -oi'piD "^^n ï-tt3 itcw^^u *-i?3wX -«scr! nrn ^'«^'""'P 
nn3i 'nD'^D sz'^73ran73 "^b ï^jba ncmp73 ï-'wN -^-inTD rn:n 'Trrr 
ï-tNi:^^ D-^rsU ï-i''2D nn t=^Dint< tz-^-imm V'tt nnrcnn rir^^xn 
TN miD nD"ii:,^33-i i7:'^DDn ar!7jyi b"T roN ^nn -^^zb'n rt^mn 
n^n "3Db72"i tpn373n Srn "i:^3inp ï-rn-^uî^^n ï-T;pT3 t^ibciT^ 
nciirn min bni t-i^nu nnN nn t::» :::i rsîbn Nu^rb ï-n-i\nm 



UX RECUEIL DE CONSULTATIONS DE RADULNS lOo 

Or, comme on le verra par la suite, notre volume est formé en 
grande partie des Consultations de Mardochée et surtout de son 
fils Isaac Kimhi. 

En outre, la question discutée par Joseph ben Leb est justement 
traitée tout au long dans notre recueil, comme on le verra plus 
loin (n'^ V). Elle fait l'objet de lettres du fameux Abba Mari de 
Lunel et de Bonafoux de Viviers. Celui-ci répond à une Consulta- 
tion d'isaac, fils de Mardochée. Il est vrai que cette Consultation 
elle-même semble manquer, ainsi que celle de son père, dont parle 
Joseph b. Leb. Mais cela tient à ce que notre ras. est incomplet au 
commencement; sûrement la lettre d'isaac Kimhi, tout au 
moins, s'y trouvait, car le premier feuillet de notre ms. (f" 28) 
contient précisément la fin d'une Consultation de ce rabbin en 
réponse à la lettre de Bonafoux. (Cf. plus loin, n« V). 

Il est vrai que les mêmes lettres — sauf celle de Bonafoux de Vi- 
viers — se retrouvent dans une autre collection de Consultations \ 

tj'^DT' riTDT b"TT np^) 3nr)7nr: b:^^ anrii ^Yd^ ^n^n nn b^tû toD^Dob 
nnN ^u:733 •^D:m ^rrb ï-r^n^rî nî< nnwS ^^b.N \n-<b:i n^m nn^b ^it 

^<72byn n3\-i b"Ti nn:D 'TDrr rinsi b'vD i^n^î ■^n72p ■'dti73 'n 2-im 
r<^"«b I73pb \nî<i nr )^i:2 b3wN ï-nn"«Di73 '2\t:: t^^T» mm t^D^n 
r<i)a53 a"^n::T;n mn-'::i73 ûri<\D ts^n^b "^^ût r^ibi Sb^ ^pi^ob 
'■•T^iDn lipnn ii:^:D -i^^t: 'lob ^73ii< ^'7p7ûr: tznrn '^:?n:i t>ib.x 
l^^in -^Dn ûii:::72'i n-'b v^:,i Nb.^ n'::-n:i73 iti n-^r^ipTj nx nn -i7:Na 
rm2rwîbn73 -rn^x i^dttd t^^in tDipTs b::73 bnN mn^3i?3 ûrxo f-'^ 
nuJTip73 PN ^nn 'it^in'sD N73b3>b mnoNDi '^^t< p\aw>î pa^^sn b"Tn i3pp*:î 
T'rb V'^'Tip^ l'^ "i-*"^i3 •^r-;- -iT^wN":: riT biN r-im^p i^s nmpb iwX 
Sbr) ^in Nb ?-nn^:Di73 na^NO tzi^i^ nb^DwNi SbD ':jin^73 p"^3 "jn^ T^^ 
t^bip -^PN! j^n73in rr^b c^^mrri :::\ ir-iD'^-Lirîb Ns^b "^r^r: s-ct^t 
ï-T-iD^nb ';iî<^73 ND-«b f^iDm riPinwNa i-^ddip i^i^inp i^n ti?:wv:: 
tLn-'nmTan Pi3r:;p73 ^HwN v=np '^"^ 'T^n ann 122731 ï-tth mnT^i b''^^' 
Q-«bj<iu: vnD r-nbN^Dn "îiptû d:» tD"'prîm73 0^22-1 mna -ns-»: 

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...l'^^Dnpi ï-iDin -"T» by VDin\x PD-133 &n73iî< i2wS':j -m^ n3T 

C'est une indication de M. Gross, Rcvue^ IV, p. 203, note 5, qui nous a mis sur la 
voie de ce rapprochement. 

* d'^inN n^33-ll N3"Cnrr73 P"1'::, ms. de la Bibliothèque Bodléienne d'Oxford 
(Catal. Neubauer, n° 2,550) . 11 conlieut beaucoup de pièces de Mardochée et de son 
hls Isaac qui fout double emploi avec les nôtres. Isidore Loeb, Remiey XV, p. 70, dit 
avoir acquis pour la Bibliothèque de V Alliance isradite universelle un ms. de tout 
point semblable à celui d'Oxford. Ce ms. a disparu de cette bibliothèque; peut- 
être a-t-il été vendu, par erreur, avec les livres de notre regretté maître. Avis à 
celui qui en est le détenteur actuel. 



106 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dont notre savant confrère M. Ad. Neubauer a rendu compte ici 
même (Revue, XII, p. 80 et suiv.). Mais ce recueil est formé plutôt 
de lettres de Salomonb. Adret que de celles d'Isaac, circonstance 
qui s'accorderait mal avec les termes de Joseph b. Leb. Le titre 
même : « Consultations de Salomon b. Adret et d'autres rabbins », 
s'il avait figuré dans l'exemplaire de ce rabbin, n'aurait pas été 
transformé par lui en « Recueil de Consultations des rabbins de 
' Provence ». 

Il n'est pas jusqu'à ce détail, fourni par Joseph b. Leb, qu'Isaac 
adressa des questions à Salomon b. Adret, qui ne soit conforme 
au contenu de notre ms. 

Peut-être donc notre ms. est-il celui de la bibliothèque de Don 
Méïr Banbanast, qui aura passé aux Indes. Habent sua fata 
libelli. 

Notre recueil, comme le montrera suffisamment la description 
que nous allons en faire et comme en témoignent principalement 
les titres des pièces, est l'œuvre d'un disciple dlsaac b. Mardochée, 
qui s'est servi des documents qu'il a trouvés chez son maître. Il est 
donc du milieu du xiv<^ siècle. 

Nous procédons maintenant au dépouillement de notre ms. en 
prévenant que nous ne nous arrêterons, cela va sans dire, que sur 
les pièces qui offrent quelque particularité curieuse ; nous passe- 
rons rapidement sur les autres. 

I. — Dès le premier feuillet, f° 28, nous trouvons la copie de 
documents inédits qui ne manquent pas d'intérêt et que nous 
publions in extenso. 

La communauté Israélite de Carpentras était fort embarrassée 
par le cas d'une femme nommée Dora *. Celle-ci avait été mariée 
à Don Astruc, fils de Don David de Saint Savorne (ou Sorne *), 
qui demeurait à Limouœ. Don Astruc avait un frère nommé 
^ Maymon, qui s'était baptisé. Devenue veuve, sans enfants, Dora 
devait, d'après le droit juif, pour convoler en secondes noces, 
obtenir de son beau-frère l'acte de la hnliça. 

Trois ans après la mort du défunt, au mois de tébet de l'année "71, 
1310 ou 1311 de l'ère chrétienne, la mère de la veuve, Mayrona, 
vint à Carpentras ei la maria à un des notables de la ville sans 
le prévenir de l'inexécution de cette formalité. 

* Ou Dura. Ou trouve, précisôineul à Carpentras, eu 1357, uue Na-Dura {Revue^ 
XII, p. 194). 

* L'ideutification de cette localité est (iit'licile à établir. Oa pourrait penser à 
Saint Savourniu [Bouches-du-Hhôue), ou Saiut Sernin, l'ormés l'un et l'autre de Sa- 
turniims, mais la iiiiale in n'aurait pas disparu. Savorne, nous dit M. Paul Meyer, 
suppose le iatiu Saturuus ; or, il n'y a jamais eu de JSaïul Saturne. 



UN RECUEIL DE CONSL'LTATIÛ.NS DE UAIiJJlNS 107 

Or, écrivent les autorités de Carpentras, il y a quinze jours est 
arrivé ici un Jeune liorame, Davinou de Rodez. Celui-ci a raconté 
que sa sœur Asiriiga avait précisément été noariée à ce Maymon 
qui avait disparu. A la nouvelle des secondes noces de Dora, il avait 
pensé que son beau-frère était mort — autrement Dora n'aurait pu se 
remarier sans autre formalité — et, fort de ce raisonnement, avait 
fiancé sa sœur. Mais le futur ne voulait pas procéder au mariage 
avant que le décès de Maymon n'eût été officiellement constaté. 
Pour cela, il avait demandé à Davinou d'aller prendre des infor- 
mations auprès de Mayrona et des autorités juives de Carpentras. 

Mayrona, interrogée, répondit qu'elle n'était aucunement répré- 
hensible : si elle avait ainsi marié sa filie, c'est quelle avait appris 
la mort de Maymon, et elle tenait le fait de Don Bonet d'Agcie, 
demeurant à Perpignan. Celui-ci avait entendu dire par un chré- 
tien, parlant sans arrière-pensée, que l'apostat, ayant commis à 
Limoux un vol au détriment d'un chrétien, avait reçu tant de 
coups qu'il en était mort peu de jours après. 

Mais, lui demanda-t-on, Dora s'est-elle présentée, avec Don 
Bonet, devant le tribunal rabbinique pour faire rpcueillir ce témoi- 
gnage et obtenir le droit légal de se remarier? La mère répondit 
que le rapport de Don Bonet lui avait paru suffisant. 

Ensuite se présenta un témoin dont la déposition détruisait 
l'attestation de Bonet. Trois ans après le vol commis par Maymon 
et, par conséquent son prétendu décès, l'apostat était venu chez sa 
tante N'astruga, laquelle demeurait dans le môme courtil que le 
témoin. Il y était resté caché pendant huit jours , puis s'était 
enfui en Espagne, d'après le bruit public. 

La mère du témoin confirma ces paroles ; le père, interrogé 
également, raconta qu'il était justement à Carpentras à la fête de 
Pàque (1311), qui suivit le mariage de Dora, et qu'il dit, à ce propos, 
à sa sœur : « Je crois bien à l'irrégularité de ce mariage, puisque le 
beau-frère vit encore. » Mais sa sœur lui conseilla de garder le 
silence, puisqu'il ne pouvait rien affirmer. De retour à Perpignan, 
il alla voir Asiruga, qui lui demanda des nouvelles de Dora. Gomme 
il lui contait qu'elle s'était remariée : « Comment est-ce possible, 
s'écria-t-elle, puisque son beau-frère vit encore ? » 

La Communauté de Carpentras demandait donc à celle de Per- 
pignan de procéder à une enquête sur ces faits et de dire son avis 
sur la question de droit soulevée par ce cas : Dora avait-elle le* 
droit de convoler en secondes noces sur la déposition d'un seul 
témoin, témoin indirect, d'ailleurs, et sans l'autorisation expresse 
du tribunal, et le témoignage reçu après le mariage avait-il un efi'et 
rétroactif pour régulariser la situation ? 



408 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Il est fâcheux que le copiste ait cru inutile de reproduire les 
noms des signataires. Le plus important devait être le savant 
R. Abraham de Montpellier, dont nous parlerons tout à l'heure. 

II. — C'est Menahem, fils de Salomon, qui répond, au nom de la 
communauté de Perpignan, à R. Abraham de Montpellier. 

Il a procédé à une enquête minutieuse, interrogé Astruga et sa 
sœur Pia\ qui demeure avec elle, leur frère Enjosé^ de Saint- 
Savorne, \iommQ considéré; tous lui ont confirmé le rapport fait au 
tribunal rabbinique de Carpentras. Isaac de Castelnau^, qui n'est 
pas de leur familie, a déposé également qu'il avait vu Maymon et 
lui avait parlé postérieurement à la date où on le disait mort. 
Astruga et sa sœur ont invoqué, en outre, le témoignage de Don 
Moïse d'Agde, qui était leur voisin, mais Moïse n'était justement 
pas à Perpignan. 

D'autre part, Don Ronet d'Agde a confirmé ses dires : il avait 
appris d'un chrétien la mort de Maymon ; il en avait communiqué 
la nouvelle à Mayrona, et c'était sans doute sur ce bruit que la 
fille de celle-ci s'était remariée sans autre formalité. 

Menahem ben Salomon examine ensuite la question de droit et 
conclut à la validation du mariage, tout en déclarant accepter 
d'avance la décision de son correspondant. 

III. — Abraham de Montpellier répond à Menahem, mais sa 
lettre n'est probablement pas reproduite en entier, car elle n'est ni 
précédée ni suivie de ces compliments plus ou moins hyperbo- 
liques qui étaient de style dans ces correspondances entre savants. 
Il n'adopte pas les conclusions de son collègue. 

IV. — Réplique de Menahem ben Salomon — Don Vidal Salo- 
mon — à Abraham de Montpellier par l'intermédiaire de Davinou 
de Rodez. Menahem y affirme son respect pour l'autorité du savant 
rabbin de Carpentras. 

En particulier, le désaccord provient de variantes du Talmud 
que présentent l'exemplaire d'Abraham et celui de Menahem. Ce 
dernier est un vieux manuscrit, qui provient de l'école d'Abraham b. 
David de Posquières et est annoté de la main de ce célèbre rabbin. 
La leçon sur laquelle il s'appuie se lit dans quelques exemplaires 

* Le mot pourrait, à la rip:;iieur, se lire Fava, raais ce prénom est inusité dans la 
France méridionale; celui de Pia est commun, au moins, en Italie. 

^ Le nom d'Eujosé est orthoj.'raphié de la même façon dans les documents hé- 
breux relatifs a la taille levée sur les Juifs de Perpignan en 1413-1414, Hcvue, XIV, 
p. 70. 

•'' Il y a plusieurs localités de ce nom dans la région. 



UN RKCUEIL DR CONSULTATIONS DK RABDINS i(ù 

corrects du Talmud ; elle est confirmée par les observations do 
certains Gaonim. Mais, nflanmoins, il s'incline devant la science 
de son correspondant, qui est très versé dans le Talmud et la litté- 
rature des Gaonim ; comment ne serait-il pas d'accord avec un 
maître qui le dépasse en savoir et aussi, semble-t-il, en âge? 
Ici s'arrête la correspondance. 

Disons quelques mots sur les personnes dont le nom paraît dans 
ce procès. Mayrona, la mère de Dora, n'était pas la première 
venue. C'est évidemment la même Mayrona, épouse de Bonet de 
Perpignan, qui, en 1308, s'était portée caution, avec deux autres 
Juifs, pour une somme importante, pour la ferme d'un impôt con- 
cédée par les procureurs royaux du Roussillon *. 

Il est question d'un Astruc, habitant de Limoux, dans une en- 
quête faite, vers 1284, par le sénéchal de Carcassonne. Cet Astruc 
et son père avaient été habitants de Carcassonne *. 

Quant aux autres personnages qui interviennent dans ce pro- 
cès, ils ne nous sont pas connus autrement. Davinou est la pro- 
nonciation provençale de David, en latin Davinus. Un Davinet de 
Rodez habitait Arles vers 1385 -^ Ce peut être difficilement le 
nôtre, jeune homme en 1311. Un Salomon Davin de Rodez est dis- 
ciple d'Imraanuel ben Jacob de Tarascon, et, par conséquent, 
appartient à la fin du xiV siècle. Ce nom de Davin de Rodez s'est, 
d'ailleurs, perpétué longtemps ; on le retrouve encore dans une 
liste des Juifs de Carpentras en 1540 *. 

Don Bonet d'Agde n'est certainement pas Bonjuses Abram 
d'Agde qui était à Perpignan en 1308, car Bonjuses, n'étant pas 
un nom hébreu, ne saurait être pris pour une autre forme de 
Bonet. Un autre Bonet, auteur d'une Consultation de notre re- 
cueil, s'appelle en hébreu Yedidia. 

Les deux chefs spirituels des communautés de Carpentras et de 
Perpignan ne sont pas, eux, des inconnus pour nous. Abraham, fils 
d'Isaac de Montpellier, était une des autorités rabbiniquesde Car- 
pentras 5 ; dans nos Consultations il porte toujours le titre de 
bbnsïi, qui répond probablement à une dignité éminente. Il prit 
part aux luttes religieuses de 1303-1306 en envoyant son adhésion 



* Pierre Vidal, Les Juifs du Roussillon, Revue, XVI, p. 22, note 2. Ce nom de 
Mayrona, avec la même transcription hébraïque, se lit encore dans la taille de Per- 
pignan de 1413-1414, l. c. 

* Saige, Les Juifs du Languedoc, p. 215. 

* Gross, Gallia judaica, p. 626. 

* Revue, t. XII, p. 200. 

' Voir Gross, ibid,^ p. 607, 



110 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

au fameux Abba Mari de Lunel *. Nous aurons Toccasion de re- 
venir sur ce rabbin. 

Plus connu est encore Don Vidal Salomon de Perpignan, en hé- 
breu Menahem, fils de Salomon, ou plus simplement Meïri ; c'est 
Tauteur du Bet Habehira, commentaire des plus importants sur 
le Talmud. Voir sur lui, Neubauer, Rabbins frayiçais, p. 528, et 
Gross, Galliajudalca, p. 461 et suiv. 

Ce rabbin, né à la fin de l'année 1249, comme il le rapporte à la 
fin de la préface de son Commentaire, assista à l'expulsion des 
Juifs du Midi ; il en parle dans la prélace de son ouvrage intitulé 
nss rr^np. Il vivait donc encore en août 1306, date de cet exil. Il 
mourut, prétend-on, peu de mois après, et voici sur quoi se fonde 
cette assertion. Abba Mari de Lunel adressa à la communauté de 
Perpignan une lettre de condoléances à l'occasion de la mort de 
Meïri. Or, Abba Mari, après l'expulsion des Juifs de Montpellier, 
ayant élu domicile à Perpignan au mois de schebat 1307, sa lettre 
doit avoir été écrite avant cette date, c'est-à-dire entre août 1306 
et janvier 1307. En outre, dans la même épître, Abba Mari dé- 
plore la mesure décrétée par le roi de Majorque contre les livres 
hébreux, mesure prise en 1306, au témoignage de Lévi ben Gerson 
(commentaire sur npn). 

Ces preuves n'avaient pas convaincu Graetz, arrêté par la sous- 
cription d'un manuscrit du 'IJd: n'^o^D, que l'auteur, le Méïri, dé- 
clare avoir terminé enheswan 5077, octobre-novembre 1316. 

Ce traité, il est vrai, est consacré à la pénitence et, dans un 
autre de ses écrits, Meïri déclare avoir donné telle explication 
da7îs sa jeunesse, dans son ouvrage sur la pénitence. Or, si la 
date du ;aD3 i^^^iz est celle de la rédaction, notre auteur aurait 
eu alors soixante-neuf ans ! 

On voit comme le problème est obscur. Nos documents viennent 
l'embrouiller encore, car ils nous montrent Meïri, Don Vidal Sa- 
lomon de Perpignan, agissant comme rabbin principal de la com- 
munauté de cette ville après iôi i. En outre, le début de sa lettre 
à Abraham de Montpellier où il parle des malheurs du temps 
pourrait viser la période qui suivit la néfaste année 1300. 

D'autre part, l'humilité qu'il montre dans sa lettre à Abraham 
de Carpentras, s'accorde mal avec l'autorité dont il devait jouir à 
l'âge de soixante-quatre ans et après la composition de son Bet 
Habehira, qui produisit une vive sensation. 

Y aurait-il eu à Perpignan deux Menahem Salomon, appelés 
tous les deux Don Vidal Salomon , c'est bien invraisemblable. 

* Minhat Kenaot, p. 170 ; Rahlins français^ p. 688. 



UN RECURIL DE CONSULTATIONS DE HADIJINS 111 

Il faut donc en conclure que la date 1311 est une erreur de copiste. 
C'est la solution la plus sim[)le. 

S'il était besoin d'une confirmation de cette hypothèse, la con- 
sidération suivante la fournirait. L'affaire dont il va ôtre question 
dans le § V donna lieu aux Consultations simultanées d'Abba 
Mari de Lunel et d'Isaac b. Mardochée, lesquelles, comme nous le 
verrons, furent envoyées en janvier 1307. Or, à cette date, Abra- 
ham de Montpellier ne vivait plus, ainsi que le montre la lettre 
d'Isaac : le Meïri ne pouvait donc pas correspondre avec Abraham 
en 1311. 

V. — Consultation de Sen Astruc (Abba Mari) de Lunel (f° 34 b). 
Titre : ::373bpïi •^'nn'r by b-'s-ib'i p-iTj'::.^ lo bb^Dr^ tsrinrr nnT»::n. 

Signature : ]rvny "^"^ rp^^ '")3 !t::73 '-\n ^-ito ndn. 

Une femme de mauvaise vie était venue dans une ville et avait 
reçu la visite de vauriens. L'un d'eux avait pris un objet sans 
valeur nommé ::373bp* et le lui avait donné en disant : ^b ims "^as^ 
V^OîTip tD^îîb riT, '( Je te remets cela en gage de mariage. » Elle 
n'avait pas protesté et avait accepté ce gage en présence de deux 
témoins; mais ceux-ci différaient sur la formule qu'il avait em- 
ployée : l'un déclarait qu'il s'était servi de ces mots : 0"îp?3 ■>:&? nT3 
•^mî^, « Par ceci je te consacre. » Tous les deux, au surplus, 
disaient que tout cela n'avait été qu'un jeu. La question était 
de savoir si ce simulacre de mariage exigeait un acte de répu- 
diation, étant donné que la formule n'était pas celle qui est en 
usage et que surtout manquait le mot -b « à moi », qui est indis- 
pensable. 

Or cette question est précisément celle dont s'occupe R. Joseph 
b. Leb ; pour qu'il n'y ait pas de doute sur ce point, nous publions 
en appendice cette Consultation, qu'il suffira de confronter avec le 
texte que nous avons cité plus haut en note. 

Jusqu'ici on ne connaissait en fait de Consultations d'Abba Mari 
— outre ses lettres du Minhat Kenaot — que celles qu'il échangea 
avec Salomon b. Adret, et une autre dont a parlé amplement 
M. Gross, dans cette Revue, t. IV, p. 203. Notre recueil en con- 
tient encore plusieurs. Le ms. d'Oxford en a conservé également 
quelques-unes. 

VI. — Lettre adressée à Isaac, fils de Mardochée, par Bonafoux 
de Viviers, Le signataire remercie beaucoup Isaac de la réponse 



* M. Paul Meyer, que nous avons consulté au sujet de ce mot, pense au terme 
calament « herbe à chat » (voir Reynouard, Lexique roman, II, 288). 



m REVUE DES ÉTUDES JUIVE* 

qu'il a envoyée sur la question en litige. Tu nous as demandé de 
t'informer de l'opinion des contradicteurs et de la décision prise à 
ce sujet. Toute la réunion a été d'avis que la répudiation est 
inutile, et l'arrêt a été rendu en présence de toute la commu- 
nauté. Mais l'honorable Don Joseph de Caslar et ses fils (nb?:rt 
nNb^p'i t]Dia Ii^t) s'y sont opposés. Nous leur avons montré la fra- 
gilité des arguments qu'ils invoquaient, et l'opinion contraire que 
tu as exprimée. Mais ils ne veulent rien entendre. Nous avons 
envoyé alors une lettre à Don Astrucde Lunel, le mardi, 26 tébèt, 
après avoir reçu ton mémoire. Tu recevras immédiatement com- 
munication de la réponse. — C'est précisément cette réponse qui 
figure au numéro précédent. 

Bonafoux, continuant à discuter les questions soulevées par le 
cas en litige, invoque le commentaire de feu Abraham'. C'est 
probablement Abraham de Montpellier, dont nous avons parlé 
plus haut (n° III), et cette citation, en même temps qu'elle con- 
firme l'existence d'un commentaire de ce rabbin, nous permet de 
supposer que Bonafoux était de Carpentras. 

Justement Isaac, fils de Mardochée, avait prié son correspon- 
dant de lui faire connaître ce qu'avait écrit cet Abraham sur la 
matière. 

Signature : 

•^72^ mn^b ppin^uTî t-n"i-i:3b îsre ^niTo ^^mirTon nnisrr -«în 
^nnriN 173N3 rr^^y^ îmiTTD T^n^^bn "^sap^j x^V V^^^ biiD-'rj n-'^N^i 

Bonafoux ajoute, en post-scriptum, que cette affaire a donné 
lieu à toute sorte de controverses, ou plutôt de bavardages qui ne 
valent pas la peine d'être reproduits, qu'à sa première rencontre 
avec son correspondant, il lui dira la chose tout au long, ce qu'a 
écrit son frère et ce qui se sera passé de nouveau. 

tonujbin 3T173 aniD-^b i^rr^a Nb ïit ^-^^ ^-^^ D'^tibd î-innm 

Le copiste — - qui a coUigé ces lettres — avait sous les yeux la 
lettre d'Isaac fils de Mardochée, car, après cette réponse de Bona- 

^ b"T ûri^iraN 'n bbisrr û^nn im?2 nin ^i:ît-id3 lî-^irti \2\ f» 37. — 

Isaac do Lattes dit, en ell'et, qu'Abraham de Montpellier est l'auteur d'un commen- 
taire sur trois parties du Talmu-i. 



UN RECUEIL DE COiNSULTAÏlONS DE RABDI.NS 113 

foux, il ajoute quelques mots qu'il a trouvés à la marge de la Con- 
sultation d'Isaac, écrits de sa main : 

Bonafoux se réfère à une lettre de son correspondant Isaac b. 
Mardochée, et cette épître paraît avoir été omise dans notre 
recueil. Mais il n'en est rien. En effet, la question qui fait l'objet 
de cette discussion est traitée également dans le ms. d'Oxford, aux 
n" 77-81. Là il est même dit expressément que le fait avait eu 
lieu à Garpentras. Les n°^ 80 et 81 contenant la demande adressée 
à Abba Mari et la réponse de celui-ci ("^ibn» iiTi « résidant à 
Arles ^ »), correspondent exactement à notre n° V. Or, le n° 79, 
formé de la lettre d'Isaac Mardochée, est le double de la lettre dont 
notre ms. n'a conservé que la fin* (f*' 28a) et cette épître elle- 
même est, comme on le verra plus loin, une réplique à la ré- 
ponse de Bonafoux. Il y avait certainement, dans notre recueil, 
avant cette réplique la première réponse d'Isaac à la demande de 
son correspondant de Garpentras. Ge sont ces deux lettres d'Isaac 
qui forment les n^" 78 et 79 du ms. d'Oxford. 

Le nom de Bonafoux de Viviers est nouveau pour nous. Il y 
avait à Garpentras en 1400 un Durand de Viviers (Viviers-sur- 
Rhône, d'après M. Gross ^). Inutile de relever tous les noms de 
Bonafoux qui dans la première partie du xiv° siècle vécurent dans 
le midi de la France, aucun ne coïncide certainement avec le 
nôtre \ 

Peut-être Don Joseph de Gaslar (Gaylar, Hérault) est-il le père 
d'Israël, fils de Joseph Halévi de Gaslar, qui habitait Avignon 
en 1327. 

Isaac, fils de Mardochée, le destinataire de cette lettre, comme 
nous le verrons par la suite, est l'auteur de la plupart des consul- 
tations conservées dans notre volume. Il est assez remarquable 
que jamais il n'y est nommé autrement, tandis qu'ailleurs il est 



^ Si Abba Mari était à Arles, au mois de tébet, comme il ne vint habiter cette 
ville qu'en 1306 et la quitta en schebat 1307, la Consultation doit donc être datée de 
janvier 1307. 

' Voir Appendice, n» VI. 

3 Voir Revue, XII, 196. M. Ad. Neubauer a analysé, dans cette Bevue^ t. X, 
p. 82, des pièces, datées d'Avignon 1578, signées entre autres par Isaac de lliN"^")^!. 
Est-ce la même localité? Le changement d'orthographe se jusliGerait par la modi- 
fication de la prononciation. C'est ainsi que dans un document de Tannée suivante 
[ibid.), Béziers, qui à l'origine était transcrit U3m3, s'orthographie 717*^3 (ou plutôt 
PT'^D). Nous avons déjà vu cefte orthographe dans le livre-journal de Ugo Teralb 
de 1322 {Revue, XXX VII, 260). 

'* Voir Neubauer, Les écrivains juifs français du XIV^ siècle, p. 761. 

T. XXXVIII, NO 75. » 



114 REVUE DES ETUDES JUIVES 

appelé Isaac fils de Mardochée Kimlii, etMaestre Petit de Nions; 
c'était l'arrière-petit-fils de David Kimhi. Dans le recueil des Con- 
sultations de Saloraon b. Adret, avec qui il fut en correspondance, 
il est dit habiter Salon. C'est peut-être dans cette localité qu'il 
reçut la lettre de Bonafoux de Carpentras. Salon est tout près de 
Carpentras et d'Arles. Nous verrons par la suite qu'il était peut- 
être de Narbonne; il signe une fois une lettre adressée à Salomon 
ben Adret : Isaac, fils de Mardochée de Narbonne. Ces derniers 
mots, il est vrai, peuvent se rapporter uniquement au père. En 
tout cas, dans une autre lettre, il est dit expressément que Tun et 
l'autre habitaient cette ville. Narbonne était, du reste, la patrie 
d^adoption des Kimhides. — Isaac vivait encore en 1341 ou 1343 K 

Israël Lévi. 
(À. suivre.) 



APPENDICE 



I 

•ciN-iurDip bnp •'^333 inb^i: nn^ri oerj )-it 

laip ny "^uîN-i t32b3 û^Dîi n-nn pi:: "^Diin d-^o^n tz^^bx 
u:N"iL:rDnp bnp iNirn '^i^y:^ ism^ N-ip: v"'^'<2'2"i° '^"P ^"l'îpn bri'p^ 
!-T73^ nnN nujî^t) ^5?2^p?2n )-j-ip\a )'^:yj2 nm rnn725< hy is-n-'wyn^D 

VHN riN "ib rj^rii nn t^^bi p n^sn t^b 'Tsn nbyn nn-^Ts r-ij'om 

ttîb^ ïiTT ,nN?3 Hbyn -^hn iit^'^-'is^û ^\srî riTb r:pipT î-rn^n 'DTsn 
Ji73\a !-i?3N î-Tn5<n a-iDb r^":' ns^w nn^'^ rs'J ujnnn nnn:^ ï='^:"»3 
Ï-TNUÎ3T ^^'':>n'p -^nDiDD?: inN uî\sb n:DT:JT i::N",:2rD-ip n^^b r;N:-n^"'73 
t*^bN ûbi5>?3 ton-» -^iob nbosuj im3>mn r^bi nDT:n nna u;ina 

in-irtN^ isb n73NT ^m-n "im n72\a ihn -nna rj:n ^^3 d-'TS'» n^::^ 
in7D'i-'N73 uj-'NriT^ ï-i)::: ïit V'^"''^P ï^bnp 5*7:'>:J5n "^sb n^inacN ï-i?:« 
li73"^^N?3 n?D;a n\:;n ni<03 r-nDTsn nm^ ï-tto^t: n^sTu: im^nm 'Tsn 

* Voir Landshuth, Amotid^ Haaboda,!^ p. 124, Zunz, Literaturgeschichte, p. 505; 
Gross, Eevue^ t. IV, p. 203, et Uallia judaica, p. 384 ; Neubauer, Rabbins français^ 
p. 680 et écrivains juif $ français du XIV siècle^ p. 729. 



UN RECUEIL DE CONSULTATfONS DE RABBINS 115 

{sic) 17213 î-iT tn'Dr:i'n !-ti7û:>t nn.x o^i^b n:;'n::'rM imnwS ^t-t 'iin 

î-i?:^ nr r-TD^ip -iuî^n iitd-^^ntd imN t-,720 rT« n:' rrr^-:;^ t-^îb'j 
N-^m ^lîNTjrD-ipa nriN ^wb n^'^aa inTon*» c^bm i^izn iriT ib "jr-^i 
^b '^nuj?:!-! ib l^'^i tn^n ii72^^t<73 tnu ^t^^i n^-'bnn nnmn c>îb 
3>mm 'n^Tsrr ïi-rn dn r73Tn^->72b Y^yr. riT :j>nirn \::î<"i::rD-ip3 
triNi nN":iD ^^n pb ib.NUî'^T u:N-i:ûrDnp bnp "^CN-ib p ts ';^::>rr 
t^m .ïTû^'î^ rT7a 3>"in "^b^ ansn î^^nn n»':: bnpn ^'»:în-i "]b iT^rn"' 
D.Nn -im:n hy iiD^^yi^ n5i7o:>T npnpT î-rn^n "^d "isb -iddi isbi:^ i2-<T7 
r-i3?3bN npTnn ïi73ir:i' s-rN^-om np-^Trî rnhynizi 1:7373 iw^b:?!-: nnm 
în?DN "^D nN"::5 ^-^n •j-'^i»- nn73w\ :>n3 -i'OwN ^2^ ï-rbynT: risvw-Dm 
p "«nnis ^iTT^nn i^a^r» n^^^T^ n-jN':: rî"i7:wN î^-^'m "i"':'^ r-in^n r<b 
t<^ï-:i rinn n^N'iîD '^^N J-rb ib^ci Sï-ipn "^on-i ^rsb tz^n r;ri<3 
■^'rriNn ^"^313 ^tt •^'d rîn-«u5m v2N73 Mbs^n nx '}i73"'"«i<?3b rjpipT nn-Tr 
ton*» "imN ini2^ "inx "^iriTo :'73u;o nb n73J< i-«^n3"^=:td3 tzvr: I73ij>n 
br) impbm u:i73''b73 ^nx "^ni^b nn^Di^ 33:^ \::-i7a^Ô3 in:>i n-«72r!\:: nnx 
■^■ONn nb ibN^^T niN^nn M73n73 '^yM2 173T ^in wi7j"«b3 n73':: *iy ^d 
T^ym i">n n"«3b ^^313 i"n "i::"«Nrî nr tzir rin3 rrrn nN3 ûi< bnpn 
ib î-i"^n "^i "«r) i<b ti:nb ni7:Ni t*<ï':î3^b mn\nm t3rT«3D3 ^n nb 
nnî^ Ti» N3 t*<inn "i73:j'733 p "^-m.^ /Dnn ::'^3n3 in ""b nT:^':: r;733 
bip ï^is^D pT nn^ t=i"^3'si5 ^ïsbu: 173D î-it "^s bnpn ■''^în-i "1303 'T':>rîi 
inii!T^3 173U5 Nip3 tT^n i^ïî n73i73rr uî^Nrr iniN tvï3 r;3"»3;r! nNT73 
rrm î-in-^nu) 3^73^3^ ^cb rî:;i"i:3':îN3 nNipsn in^n"; n^33 ';i73\X73 
ib ^bm tzi^73-> rt373'ia i73D t*<3n3 ûo ^733^1 nn^ ni:n3 ^j^rr ni t^y 
"^nv ujinb ''is "ij'in ï-tt û^b ib^':: p nn^s ,!-T^^3D":i\N3 :^73'w3rt "^^b 
31 ';73T -inwS "^D Dnb n-i73Ni V33?n ï-tt3 ni^ii-t î^-«ï-î 1173 ^3^3 
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Mn-«rT "^31 nb p-^i 'nT3r5 nnn nnix nci:' j^^n r;73 nnN i^nn 1733^ 
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■^3D t3-'bn73 i3ï< ni3>i b-^i^v ^<b i&< b-'3>i"' DN mn ûx rrrwsn i73\33 
i3n"«y "^^asi^ i-iiipb pcnos":) ^73 m^5<-i3 û3n3''i 13b i:>mno irm3T 
■•D73 ^^N IN nnwN i:î^j< 'n7jN733 ntb rnî^-ûia n733-« tiN n73n t3"'733n 
Y'3 ib3pi i"2 mrsa-13 Nb;a nN^30 -inwX CwS Yn nr::'i3 Kbo c^x 
!nin"'i nb3>ab m-i"^n">i ujin "^373 ^d-in im^^ ii< s^inn a-^j<n nn:' 



I 



116 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

n-i^rn^ '-inN i:f ^^y rrmN mD.N'^ ><bo J-T:rwNnn7:s ti:'^r:îs iD^'iy 
V^i: iN^îi "^i^nN ynNif -^b-^t^ Drt<i ,t^b 2n "^n r<"in":î p nriN 
^Tû^m Vpn^u n':;N7a û^pDD?:r; "^rj^T i"^2rrî ï-173 irr:? nvwsn tz^-j:ip 
INitr; '^'T'riS ûd-^hn ûDnnrîî^ v7:t<3 u^rroT û:d':;s::d CD'^br mb-> mb-cm 

.toinnn 5:> û\N3rî ^t^nij^^D^p nbnp ni:p 



II 

n-iLins nm i-^N msT^ mn^ bDsnn û-^nr: -jT:n V"^^'^ "i^»!i2 
tsT" nt n^jyb Ï-7T i^')2r\ tzi'^bDnn73 û-^bN^wX nx tz-^piiTToi tinnnn 
■^''b nnn "^in ipnT^ iri-^n^a 'O-^i^ yen "^biD ti^-iT^ inau;'^ Nb ï-ib-^bi 
■^D i3> rr^^r i::'7nn t)"i"« û*i"i nnb73 r:^^:^ s^b rriirb -^it^ mp'^rn s^b 
\ïî5-i-> ^^b^ ïîirr' t^b myi'}2 û^n b^ njj'ns b^^tj^ bD i"^^» mN-173 na 
Sins i3f i^niTTD ci-^pnn ï-ini' û^ ût^v^u Sr ^nn rii:-in:T rrbrî ^y 
li^Ts' 5^:i-> Dsnb^'^ ûin):!?^ bnp i5:>720n û^T^^nT^ is^'^o:' inb":: û^nbi'?: 
tsiDmbuî .^5ï-: 5>^:ri tsiDSiitn p-^snbT ûiDniNn t>:b?3b nr:;r: bnn^T 

^3^ nnnx iniNnb nsm n^rf to-^nma n^n?::^ ■^n'^'^rî in-in?aT isbnp 
ï-imN 'S:>^ "^^Db \nNam nn^ ^nDn dr ^m mpn \nbnnr7 's^ ût^t 

>><b 'lyrs "^D^ ûiDDnrDn tn-i^o iuîn b^s "^b ir:r:T !-i?2:^' rin-1^1 n^mp 

û'^nn'in :i>n^ -^s \nuJin!i inn^ ^nn^n piT^i ï-n?3^ "^b Tj^^i ^r^'n Dix 
i-i'ina vnNan niD bL:r:p^ pni: 173^5 miy b:Db t:j3 Dnb -^^dî nnwX 
Tiyi ,ri3m Sn^n?:?! v^'^^ V^ i^^y "nnm inwNn î^irr -^d "^b "-iddt 

tsbit^T ,-i3nN i2rN ^N tonals rj^^ Dr: tz:^oi in-^s-i -^ "7:1 NT n"»r72 

nn-^TD i7:-in 12b n^o^D -^iji -^d^ y^Du: •'^ n-i^n r-i7:N3i "^ "1:1x1 ::"^:i3 
imi:» "^D S3>^ mno t^inuJT riT^n-^îi dn m^n^b nr i^r^riuîT w\Nn 
■^3073 'i''^ r;u:j'73 Ï-IT7J Dinnb i:n?:^orT r-rrr^n ï^b ^n nTas-^rr nwr::3 

C]Ni .^bibo ^iT i:Dm inT::^^ n7:wNr: m^-nm nipTnn m^bn^Nn 
r'TS ^y nsbrim "j-in!! nm":J •'•rb p mo^^nb ts^bD-j v^^ mN*^ "«d 
,"i"nT:in n-ct^ brsb -.i^ri n:Dbb tosmn 1^730 rr^n"» TCwsm d::5"ii:-i ï-it3 
Ï-T73 i^5j*30 Nim nn tD-^pspDTj i^wN ï-ir^brir: ii:?: sinu; tz-^rom 
inN dN ûmom Yn n^N-nn t^ba m^x 'rra nNu;:uî r-TTin"» DnbkSOO 

i?rt5a Kama, 89 i. Les noies de ce paragraphe sont dues à M. L. Bank, 



UN RECUEIL DE CONSULTATIONS DE RABBLNS 117 

^DT l-'N':: D'r'^< ,v^m Nzirs 'iHwN n:? ""d by ^ly noN-^b j^b':; rz-^r:; 
toipiû bD?û !-TT b:> nn-iiDi/û ï-î\n-i V^ ir':''3 q^sci n"i7:bn3 nmb 
"inN n:'^ nN\::30 bD ijn:>V?'^ i^dtd ^Db ï-ib-i^n^j nnbnp'û Tjb !-in-i3 
n"3 nrr^rî riDni: c^^^^rî^ 'D'3>'t<':: Dn nn*»- wics T'd m^i c^bn qx 
"]\xn nnnb i^Dn^ n"m i-i^^?: t^in nwnn b:' t^72'>a rrb-^nn^b î*^p-n 
*SbD ûmii*3 r-ip^n3 '^ni: ^^"^ ïn:''i73":jr: ^du ^-i^td^d C]i<n riws-i 
by nN'^uruJDTo nm-» ï-r^b^Ta n^iL^rcîD irrn-i- "^li:?: -irnrr: Dip:: b^?: 
•n7:Nu:D p £*^b ûn\d tzir: Dm?::; l-^i^TOi t<r.^73 nnr^in bn.N n"3 ^s 
p:;:: rib ï^Dansi Mn i^n ^^^'^^^ V'wi^p »t<?:p ï-i'wwNn 'd t^^^ion 

t3U5 T173N':: pi "j^T n^n nr^^n û'J V'^"»^ -^ P "^^wS ^>y^ ?-,wNcrûD 
■^nb \snN^ ii:;^ )j^T^oy ^i^i^n î^d^t v^^i^^ nna^ ^s:bp^ ^t^^iinon 
Nb3 c*^nD5)ji £^!D\ST yi2':i)o "^N^n r<rc^b \sm i-ib pn-wT ^*!2^^ 
r<bi< "{•^•ci^y riT im^ij'n i"n nbnp "j^s ï-în3>?3T ma nrn n"3 mr::-! 
T>rî t>ib ibî<T Ti^y^ v^:d^ n^us^rij Ti'n by -n-i^m r<nb-«7: ^^V::^ 
vc^y p'::i3> i"n iwNii^ûS T'a moi C2\d s^inno i:' &m7:i i-'iîr:;::! 
•nnN^j b3N 3>-iS7ûb tDib:D ntiir tzinbnp i-^î^t pwNT»::^ p^Vw^n n^ 
tDnt^ ûNT ,t^*nb^73 ^^ib^j^ xbi^ v^^y ûnbnp "jw fm)::» ';\NT:;2r;'0 
bn.N ,t3D^bL^ rimoD"! v^'ït^'^^ i^^t^nrsb tj^ion?: ï-tt ^snn tL-^T^sos 
t<irr VD b3> nwNor:: mirrr:: Nin riT 'i^srn pspDTo •^îwVj ri73 
ir-"i c*^nn '^n:>rj "^dtd •^it::: inb nc&< rn-n:'n û^'^ud'O tzmws;: 
nn m uji û-ibioarî \i2 C]ni ,nni Ssb -l'js ^y t^-rr a-^-'puî i-^rT^u: 
t^3 p nn^T nNO:i n73 '73-iw\ 'ly^ nniDu: *^73 \n\sn n7ûi<3T ^m:>"i 
rT\siuJ572 "^''DT m^■^r;7û N^n t^bo i3 pnrr:: pt: s^b '7:ni nnw\ 1:^ 
■»D b3> ï-i-ininb i-^in t>iiî-f û^io ti'^i:'^ nmi^ fc-^-^r-iS?: i:Na !:"ri< 
^nr?:^-'^ bbDD t>i'^rT t]NO nuîr) ij> ii-> b:' ^wX t<:in ^ba ï-icuN 
'72i<^ m-iT-u "^n-inm "^^i^ ^ mninD:: tit^î^c r^7:73 !-î\x-i N^nm » j-j-nn 
pT 'i^"i s-Ti-^i rsToiDwN t<nn'::7a "^rîxx r-nwN7:;u ^nn^m r-i^x ihwN ^,y 
'm^ o\Nn nws rr^jw^r;! siOwNn dn "vn-^ns?: •w\Nr7 i-it^.n ^oi^^b-ûin^n'^a 
c*^i:n rT*::wN mu'n tni^or:: bso tzm^iwN u:"^ ûip^a b572i un ti:^rja 
inwNT njîosi tn'12 niizM^ ï-t\i\^ p nnniD ^^ti3"-irT r]NT no^n r-nirn 
n'::Nn 'dd n\N72 n^-^nn C]wN"i r<i:n nij >ib '7ûni no^ i:? t^2 ^d 

* Voir Yebamot^ fin; Maïmonide, Hilkhot Guèrouschin, xiii, 15. 

a Yebamot, 92 i. 

' Yebamot, 91 a. 

'► Yebamot, 92 a. 

» iéù^., 121 i. 

8 Ibid., 88 J. . « ; 

' 7*irf., 117i. 

» Voir noT^ ■^p1723, ad loam. :. 

'•» 7i/rf., 22 b. 

^"^ Sota, VI, 4. 

^^ Hilkhot Guèrsuchin, xii, 21. 



118 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tzii"^ rinisu) t^bi< «••llna ï-rnhs nvzr:^ 'n'i ni'il:'* •^biDô'i ^N-^^iDa mjz'p 

nN ïii^in tonp^: b^Toi '^*i^i7i "j): ::f)2^'0b Y^Ti t<^n '^5^'i-n ït^ns n 
^12^0 •^i'^N^i: >ibN ^n^ by rjn 'r-nr^n^ 15N ti^^i to^n^^i by ^iTarb 

t^i^ps "i'Mzii 2^3nr::73T»:i d'3>'no rtn û-^di ti:n&< 11)2 în-'è^ii::: ^nxb 
cznpTg b^^T ïnn ir:)i^DT 'nm nt?:"?: iiON-i n^'CJ rjn-ixa n-^ïi 
om^^n '1^51 in^73nrT r<b ^Tan'^n t>i?3'0 inn ib^n û-^Dnirr b^i t<i:n 
msM:"' mnin^i nitpn sint ^«"nrr^ 2-1 112 ton s:]N'->^,n N-^nno >n^ 
t2-ip5on bprtb fiit'^bn î^bn nN'v2î5U5 ï-r^n*^ nn72NO V-^*^ M^ r<2i:723 
nn::^ i^^riT V"iai:3 in^'^o t3•^J^N^r^ "-inoo d'3>'ni û"^53 too c^o 
tNiirn Nb û"'3n ïnb t)"» ûnuî inn^u) ïiTai t^bt^ n-*^ t>ib •^'-lïi ï]'"»'-!?! 
im^brsn mn::© i^ds ■>?2bu:TT'ri Tr^^ii ns-^T^nu) 'r-i^bn 1:^55 "^«m t^ïri 
Sb:3 nrr^D >ib ib n^imn ûn^» m^'n ""ni nnDU5 n?: i"^3rb bs&< nnn 
bt^-iir-^n t]N "^NÎT Nïini i>iiïi Nm-'T^p tisr::^ «"n^nN iriD -^nsbi 5"3>i<n 
ï-iTn l'nNSUj î-iN'T'i bbi nrr^S'^n '^:\ibD'^i<b t^i-^b "^nii ?<ri ^■:i^hi p 

ï-rntî*! /T^b irî5<^3N ^i^b V^'^^^^^ "^nTosor: yiii "ly ï-rûs'^^b p^ 
mnin tD5ûip73 oipn rrr^û'^D^û ^^^TvIî mn-^m nnr:î73 y^is 'Tria ^inir? 
UDO^i n?2i< nn"«'n "^nn^ m7ûib:>n -n^b N^itinb ï-rbiNin aoo^ ^b 
^-^n^sni T^apt^ ^b tap"^") "i^in nium ^n^'^D ^^it b:» mo"^ tznb'»a 
♦r-TTabo 'na DriD^a i73nbc 'nns:? ^aiD ^npiujn "t^on uîdsd 



III 

b*ii:j;i ûi^nin onisipirr nt i^bt< nbo p ■^-intî 

^bïi^ii niL^Nb "?3^^^ N3U5 ^»uj ^^'^i-î ^nyn ''DibN nansï) ^173 "^sb J 

r<iiin o^N!-î "^"iini br nn:5>'7 niDT^OT '^■^bi'a n;: tz^r: în5-«'77ab nb:?3 
Nibi ^''Dn rt T^3>rj t*^b\:5 Vj^'n ï-I^^or:i ritb r-inn^:':: r-iw^osn 
r-myi i"n 'nn^r? n^ib^ n"3 rn^un i^^^'s Nbn r<':î:"'b T'2 rTi-i\nrT 
b:' Tiiziyiz nNUJa tzsN bn^ J-rbnnsb t^iO^-^b t^bwS i"3n tvî"irfrî c-^nï-i 
ïin 'nmyo inbj'DT i-^ntod rr^Nvo^ inb^n n730 rib nTONUî ïiwn nni 

,MnT3 15^^ ■'nïDon ,nb:*n:: nnm?o N-^m 

1 Yebamot, 88 3. 

* Tehamot, x, 3. 
3 Les Tosafot, Yehamdt, 92 J, disent ép^alement : tDïl3 niPSO Û'^ISD O"^*! 

nibii:\ msbn ir»::b b^ i^pb. 

* Voir Mischna Ychamot, xv, 7. 



UN RECUEIL DE CONSULTATIONS DE RABBINS 119 



IV 

toïDnb M2^b^ bNT^-i i-i'i b^'l^1l dirrn iiy nb\i5 o'n^sipii îitt 

Uî'rrin ^in ^'i^ inN '^'-^ ^uj^n non Sid iNn-« tz'O ^inn it^in ib;: 
tDNi D'^^D'^ïi bs "^m n^< )ni< ta "^nbi ir^^ ûo inn'::3 nno "^"i^oi 
^n"jb bDi5 t<b '^'D ^y tn^v^-^ii vby Y^^^ mn\n2 '^bim [mn-iN ib^n 
n-im ro-» Nm ^s nT^nT^rr^ uni î-isna tD^?:"^ ypbT mpirr-i to^n^D pi 

^■^itpn nn^ouJiD ■i5n?3\D i-im'nN-i "inbu) b:' inb -^s^^u: ûv n'iaDsrj 
'^"■« ïrnpin t^bi !inD:;:5n t-rbis^:: û"^"!"» b:>73n imsbnp mrm^ ■l3D0^ï^ 
i^nttt' V^'i^^^i ">'^2^ "^^"J ^52^N n^^p"^ J-rn:^ ^y ^Dy •o^a i^'^sob 
.12 nn^^ST nb-ir^: ib is-^ip ûrïi m i5-i3 n-'T^ rî'vU:»):^ ib^sn 
ni^'^w ïi5on"^ l-^Dyn Tis^'T '^•^buN \n3n:D ï-isr? qib&<-i 'ins: ::>Tw1 i^p 
mij'rî nN '7"n nbnp^u::: ûnbNu:u: T'n n^mr: t^ba nOwN ^y m^^y:l 
*nDN'«b Nbu: û-^^uî toipTon nvrib nsiuît^na^^iD b-'^T' un ïT^t^r.iîs "int^ 
tiNOi "ii-^bm -i2ib nDT v^'^ 5':j''n':5 \-in'::m ^hn iy "^d b3> mr 
tnT^i"iyïi\i: )'72i bsu5 "^b !-TwNn5\a ï-tt br nrrnDiï^ n^Ni ^^ is'^'T'^ 
bïDïi ûîi nnn "^Niui^ v^vr^ïi ûip^ bîD^û^u "^ioûi Sr-ib:>"i73 ûnbnp t]'«r»D 
ïibrnu:i nbi^nb r-i'imTou) -i^nn^i^ mn 13:2-1 ï-thni ^■'^sb i:3n5UJ i^5 
tDnb n-i"inn3 ts^bu) ^:>i n-ni^r! n^ ^"n nbnp-«"0 tDiip ti&< i-in nmti 

^bu5 r<Dn:^ai ns-^ieo^y: ron:^^ ■^n^^iDïio ïT'Nnn tninzn^ ^7:1 
p D5 isbtî û^-iSD tnitpi «"«s-f '^b'vD Non^:; Sn^^n /^'o'-i pd-i"^:» Ni'^ti 
r|t<':i i^^n^ib t>i->u:ip nr^ it to-1^5 tiNi ,p nnriD 'n\N)3 lain'i ^ni 
isnns'iî t^is-i-^ro ï^2:7o3 isbuî ^i-i725 mn::":: NbN ^<^r: !-îbnn:Db r;T 
'7"2N"nrî tnn'^'iJ'^Ta ïiNi:^':jn ïimr: np-^^i^i^ni ï-i3pT t^n?::; n^^i^b a-'T 
c^in iHT nDi53 ï-iT Ni:)35-i m^ip^D n^sn it« nniDs n^niToi b"T 
Nbn iv:d r<'n\m nin?: ï-rb "js-^-iuît t^S'^i ^nb ^^n^n i"i5D irpor \x733 
-irsDbo U5"n •^uJin'^ï::: ti&<T b'tj'p "^12^ ]-'i<^^': "^^ip^n t^bp:: t>:n"»DrN 
^"nb t*^3b niD'nirim b-^Niln 'iid-i ^<D■''^ ""ib \xnï<n ';n35 »noi5n mns 

...nmnV:: t^"«\aip 
•^nïTi tniDiN:» "^-inom ^i^abn ^-iinn ^p3 nr^':: ^3 "^DpTm^a t*^bô< 

...r:?:^'^ b:^ -not^b i-^^yb rtiuJn"'D to-^iiNS m*i 
nnuj Ï-J7273 NbN 1^ 1731^ "^Dî^ ï-i-^N-i ^i:7û ?<b "^^no ^\-i3>^-in i^'d 

* C'est aussi la leçon des éditions : J-T-i"inïlb '7"3b îî^b MSnitlïlT b'^NI?: 



120 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Cd"^^P n:uî?3 -^nno tzrr^nmb ^:'o ^^'^ *;\s^n?:T r<^nnb p rT'nNi:)^ 
r-i^b i^irr ""iDn i^b ^nt bj'nn s<ïbN n:'':: rrmt^a nn-^n a^-'pn ^rn 

nriN Nn'^;D tzs'i&^rt r:73 "^d nb:'7:b r-i20DT nnn-i TwJ< rnDTm rr^psr: 
-iD^D'^ ^Db^ N:Db7û nsN ti72Dn !r-i:pu: pT mm n::^ t^iîwX nî< ^-^^ 
^nmn -^nm^b nn ûib^D ,n:n2n ^n]:ym ns^ua r<b '^-^nn^ nnwS Nsb:? 
yipna ppnn^wi C]D^rl ^npnuînn NUîsn» "^nanN^ nbrn?: CDsr? 
^riDiD "^-^bN nr:i3 tD^i'^is^ mbujn tr^b^arî nrcnb Tcm amD "]n:i7:n 

.(•ijrT'2n ^"^ mn) rrn n^b^a 'na tsnjTj n?3"ib'»a 



nm b:> S'^Dib^ pn^a^îîN 1^ bbiisn to^nr: nni^zîn 
as^obpr; '^;25i^p 

t-i>:::n bsa û^Tobu: tzi^nN tj^^'^ "^b tonnb^ driwso •«wsns -«s^n ^5n 
^np-» nn^nbi rî-nnb r-TUJi^:^ mwn t::D723> t^î^-i ^by:: y^i2 bDm 
^nna nT2 ï-tt 'j"^jm::T tmrj npi^^i -^^d t:Dî*72u: \n3??:':: -^b^n 
tziiDbiDt: vra ûmin?: to-i-imn '>r) riDW p DwSi -«b^^D r-nD"'nn 
Ninn "^2 r<D"«73D &<tû3 D^3"ir)3b to^bD-i^n .^bi tzDb rî7: ï-Tb7:03 
poy tzDb "j^î^T J-î-nn "«-iina t:z\s"'p3 m)2i::D î-nb"i:iD"im v^"* T"* 
û:D^n'i'77j "^rr^s^a n^m m):^yrr n^ nw ■'bN fcnNa 3>"ii73 m::o"nD?33 
uj^Nb r]N tosnbiTb C'^D'^ni: tzDrN "^^ ^nyi"^ ,^\^l2^'^^\^2 r-î7:"i-in am 
•^r) ^3b ^15201 .\n:?'7 t3:Dy"'^\N -^sd by tziDPwX-i^ -^d "^^dt^t "^^itjd -icn 
■'jsr: \n-i7oi< p b:» bTi:ib i^motD l\s p^m p*^ ^3r^->on tzi^ann niDT 
ï-TUJr)3 n7{<^ .tz-^^o'CJn 172 "^n^nn n'CwN:^ &^-':Db p [^3]->-im ■•rïr; 
û^osnt: r-in^s nmnn nb::.^ iodd2t iDn-ij^n nw\n rrc^ip nni< ncio 
tz'ob r!u:npr; ^-^n isn^i aj7:bp b"jD nbi:^ nmo '^n^N-i ts^TniD 
Y? pi3 "^jwx nb n73wNT asTobpn p5 t^inuj t^^tt nn.\rî i^^m vcnp 
l-iyn '^2u:ri "i^m a573bpri ïibrspT npna f<mi V"*^"''^? ^'^^ ^^^ 
aD73bpr7 nbnpT npnuj t^mn ^m^s 'oi'p'n "^sî^ nra nb n7:wX t>iino 
.ri^uj-npi m^:; -^-poy by bbr) rir.y nm?: nm ^<buJ ^i^yr, C2r;^:cT 
riNn: niltyj^ .^"■:' t-nn-'Drû û"'T« vrr^o psD nrn uî-» cn is-ir 
riTn ir:::) v^^iy t<bi mn^Dn73 D"»!"» Ind i\n"J Yin r-imuj "^r^^a 
fc":)b ï-iT "^b p^D -^sn i^bT ^n^Nn '7::>n "^imb "|mN ujnptj "^sk 
p"Dn i^3pD&<"i t-iu;'np73 nwN nn iiujb?: '^iujn nrn ■^"lanb v^i'^P 



UN RECUEIL DE CONSULTATIONS DE RABRINS 121 

^'2^^'s):^ V:''» »''b 'TON Nb^ t^ri^rj mn^Di?: i^nuî t^n^ iim V'^^-npi 
^•'Nno NDri po bD l'^'Oiip D'vDb ^2^^n2 rroNm c^nh*:: -n-"33 
"•Dm ,binm p-ini: tsnnn"! bD ^d i-iton onr:' nn^r: -1:^-1 ncxm 
•^b rnt:^p73 "]b foa^n"' "^n '^ona irtbiDs «i^-Jinpi p"DTn ^nni^ 
Nbi t^iD-Ti baN ■'b tn'::^p7: ^b î<rpui73 -^n "«b n":jip": ^b n:-«tû \x 
nbnn tz;"'-im73 vTi t<b^ )^'*:: ^'^izob tmn^DiTj i-it^c fi"" -"ir: "^b '»« 
''p^^'^ 'busi)3^r) "jb '7:-«p mir^Di^ "j^î^us tzi-iTm rs^uîinp ^j>zy:i 
■^^3 t^a^T T«3Db nm3> -i^tduj3 *'t>T3'7 'pD3 tîrrt^ -iToiNm '%i^Dn7ab 
''i'^bD'7 lan-ib '"^si^ rr^nb^^ûb -^piToi «toms^i 'pcn n^b t^T^no "^^rr 
•^n^jt^p Nb iNiD 'i:>'i ^l'in 'jr:'^ c^bT o-i:i7:n '22 rmîT" 'n'r rr'b:' 
t^bn im^ t<73b3>3 bnN nnan nujx ^-ii^ to^i^^ •j-'&iT 11:53 t<bt< pn^ 
'73N bprjb m-i^TD pco*! r-nT^na «■•j^a^» t«<b b&<i7:':jT û'^t' i-^-^irr 
l-^-iin t>jb ^^?:nrib dn^i tano^ cn^r^a ib-^DN t**ibi< û">t^ i->^ir: ^^b 

•^pi^ÛT 'iai ^?37J "^SUJ-IDITO ^1212 •'^l'iMZ t^n^IS^ 'psa l^-^n^t^T Û^T" 

taïujyû ûnr: ^«inb'^73^ t<tt:j>:;:T ^b tos^ir: ■'SN^a '73NU) ib^^ 'b^iTo;:: r-ib 
tD"«T' "nn ^b t]:5>-ia "«Dî^uî '»t< Nbi t^D-^n bax r-nn^::i7: û-t^ I2"«:'a'i 
ta'^T' intin ^r3Db^2: "jn^Da -^725 t^an 137390 ni^rs-^b nm^on t-nrr^a-iTo 
baN i^irr nm^ •^s'^ya n^ns p nanit ïh^-^n r::^ '-«Di^ f-nn-«ai7o i-^no 
nbN tj'^rsj'a r-nitinD bt^-i^a-» msa vrr» t>ibu5 t^rai t^nb-^^oT r<m-ib 
.î-ia'na rb^^ «an ?nTa -i'«73n^m l::» ï-ja-^nit^bn n-ibr n^Tonïib ai:: 
iN-i^ la^tîrri ïit nn5< tan^su) n^n^^ns ta^ D'^'rrb i^bt^u: ^n^i^ty 
"nisD taiu) ïT^n dn ûrrb libî^uîi nuît^m ^"«Nr: tsn^r:) iin-^nr^ 
rrb inius C]an -"a la^^arti mn^n t=iTip i-^'CJi^pr: nrno nni< tarr^ra 
153 nnsî nb a-^uîm t-i^uj:> n^ nb ^)on v^^niz ^hn iir^ann ao^obpn 
J-T"»aNn Tn'}2^^ pnriir ^a^ i^uîi'rpn nnaîn "«a î-ita ;D^n i"«fi< û'«i7n 
1iia7o •^s-'îî -iToN ^a-ipToïi a:; pinir is-^naT ba "«a ib uîipnrîb "^b nb-^bn 
in p ^^n^ '^^y )ii in rr^a 'Dn^c< -^t^ mn^n nta i5-iv ,i^'::-npb 
1"^^ MTa irn73fi< \s nbi^asu: tn^^y^i li^-i '-^Di^i i^b ûi< i-TwS^a '^ly 
mna nan "^s-^^^a n^-is Hilty]^ «iNb dn m3T nb-^ya inb^3>a n":ji:^ to^t< 
r^b mrr^n tmp v^ainp -«pD:^ b:^ t3-«-!an7o i^n r^bo ^nt<?: "^a 
Yii2M< l^M ï-rbi^aîïD mt*-! '-^dn «b^ nnn'^ns'ûJ a-^n:^ m^-ia fsi-'ya'^w 
^)oi<:v t2"ip73 ûi^a irit^o Nbu5 m3T nb^5>a in"^bya noi:? anN i\x ira 
bran iN5n b:^ ;anp53a "^Tor^ b::^ai nton^ia mu37o mnoa ^a'ipToa NbwX ïit 
ia;a bai isb t>i7:b:>a ba^ ■^pnDiaa M^y nabi inuJN nx u:i:>73na ^72:\x 
taab DibuJi nai5 ''n:'n ^^a ,m3T n"^niN"'a bai i-\'::^p t^^n*:: iTa 

* £iddouschin, 5 J. 
> 7*ii., 9 a. 

» lbid.,^h. 

* Nazir, 2 J. 

" Nedarim^ 5 è. 
s Guittin, 85 6. 
' Nedarim, 5 a. 

* Dans le ms. d'Oxford cette question forme un paragragraphe séparé du pré- 
cédent. 



i 



122 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

'13 Î1U593 '13 -iiiD N3^^ tDSn^iiN \i2i<': ûrsrr^in U5^&< lacsi û:Dï:D5tD 



VI 

tzs^anus nansi ti"jiiD ni^ri?: mns"! i-nb'jDa dnpbnsu? n»"!... (f°28«») 
l^uïinp û*)^ n72ip NbT tin d:\ 12b Y^^ ^^^^^ ■j'^D-ii^Nr: i^a nu:-i:jn5a 
n:^ p rî-iT^^u r;^ nb S":puj Nin '^N'n rriî'ipb rr^iriN ntri?: nsi^'^u îiii-^iî 
t^JiïTviî mnrrb "ipoD^u 'd':>'n-i i"^M;-np "jm^ n?o^ip b^y^D "nhyi^ ûN\a 
j-TUj3>73ïi "j-^n "^^^12 iinNciDi .tî^r^iDn nn^i^uj n73D n'iUipb itnïj 
uî-^nin TN pDb t^bu: :^^^^r^^ \D^hm ï-ros'^ri i-^m pDc:: -n?3ari 
•'b inui^ipw n5< •'irr i^n^id ']'«ii!:u3 riN^sn \Dip!>:a 3>-ii^t .ûnNiMîna 
S3>i3 r<"in;D l-^T^Nrib nsnn^-'Uî mi 1:0 i^i<uJ3 û-^i3> ^:^2 it ïii^-^aa 
731N nj^n y"5 ûiDnrî nnsuî rs^^i ,niDT nb">yn>: dbiz'^':: rr^ nt:ip Dy 
îi203^b N1Ï1D im iinsr::^ la-^s^ Nb iiDibr: t^osn Nb '151 rriîipnî 
Niin N'^îsn î^b 'jiujb';!: f<in "«Nn '";T»i5bn "jy J^««n72 "«nw t^?:bn 
t^bu: ni>2it<i m by n&^nïi MbNn*:îU)3 n^dsd ï^b^a nb Cl•»173^N i^nu? 
d-'iSwX isnn .HT :^'ii .nujm t^b n^ntib î<i:^n ûip^ !i):'i ïTwipnî 
^-ii£i '^nirn it^^T^n ûU5 asb^iN i^in^ uni tD-iiriN D"^jDd riiN^a 

/:>D -^D^i?: '13 priiT"^ nsTJONt) ^^mx \:3d5D ^litT' 

^ C'est la fin d'une Consultation dont le commencement a disparu avec les vingt- 
sept premiers feuillets du ms. Cette réponse devrait suivre la lettre de Bonafoux de 
Viviers qui occupe les 11°» 36 et 37. C'est à cette lettre, en effet, qulsaac b, Mar- 
dochée répond. Elle est ainsi conçue, pour ce qui a trait à ce point (37 a) : tZ2j735<ï1 

byn l'-j^y'n ^lûiid mu:^ mnan it^ rs-ib?^^ ujip733i nsn^a n?:n -^sin 
•^mni mri p riN^n -^i^^ p nn-» •«15' in nin is-'itsn t^bn \\n 
î::i*)3 pDpî:73 'TT^Tnbr tnri '^'d ^'^y 'n tZiVTD nîn i:pbn-i nnann'^a 
•^ly in in nn^ "^li* in in i5n?3N ntm "^ni^i ï-n"«::j'b n^m nT2 
•^li» in in 13^17:n t*^bi nTabnn iiwN"^3 t*<b\:: nrn rr^Nim n^N-^a 
Di inb VN^:) "«3D)a i^oni"^Nn Ito noi^n^n !sbN n^-^n -^^y in in mn"> 
M.-G^pb n^iHN iTn73 r^^rr:: nir-o 'v^-inp d"iu5 i72ip NbT nn 

' Ces mots sont la répétition d'une citation faite [31b) par Bonafoux du commen- 
taire d'Abraham de Montpellier, quMsaac lui avait demandé de lui faire connaître. 



UN COMMENCEMENT DINSURRECTION 

AU QUARTIER JUIF D'AVIGNON 

AU XVIP SIÈCLE 



On connaît, par les excellentes études de M. Léon Bardinet, 
l'organisation de la juiverie d'Avignon*. Cette carrière formait 
une sorte de petit État placé sous la haute surveillance du viguier, 
représentant du légat et du souverain pontife ; elle avait à sa 
tête un conseil ou parlement, tantôt de quinze, tantôt de douze 
membres, qui représentaient par tiers les trois classes du peuple : 
la grande, la moyenne et la petite main. Ce parlement faisait les 
lois ou ascamoth, nommait les fonctionnaires, veillait au bien- 
être matériel et moral de la carrière et votait les impôts. 

Les impôts étaient progressifs et frappaient, non les personnes, 
mais les biens. La progression varia avec les circonstances, mais 
le principe même semblait immuable ; il paraissait aussi ancien 
que la carrière et répondait aux tendances démocratiques et éga- 
litaires des Juifs. La justification en était, d'ailleurs, fondée sur ce 
seul fait, que la communauté était souvent obligée d'acheter à prix 
d'argent le droit d'exister. La contribution de chaque Juif devait 
donc être proportionnelle au bénéfice que lui rapportait sa pré- 
sence dans la ville. Tout le monde s'accordait sur ce point. Et, en 
effet, pendant de longs siècles, malgré toutes les difficultés et tous 
les scandales provoqués par la taxation, personne ne s'était jamais 
insurgé contre le principe même de l'impôt progressif sur la 
richesse. 

Pourtant, dans le courant du xvii" siècle, les conseillers et bai- 
Ions, rompant avec toutes les traditions de la juiverie, essayèrent, 
par un véritable coup de force, d'y introduire l'impôt personnel. 

' Revue, t. I, p. 266 et suiv. 



124 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Nous montrerons par des documents comment une telle mesure 
fut prise et comment elle fut combattue ^ 

En 1642, un nouveau parlement arrivait aux affaires; il avait 
été élu, selon la coutume, par les conseillers sortants, qui, de par 
les ascamoth, avaient le droit de désigner leurs successeurs. A. la 
tête du nouveau conseil se trouvaient les quatre Juifs les plus aisés 
de la carrière ; ceux-ci ne tardèrent pas, grâce à leur fortune, à 
exercer une influence toute-puissante sur leurs collègues. Le sys- 
tème d'impôts en usage était loin d'avoir leurs sympathies, car il 
les frappait durement, en les obligeant à verser régulièrement de 
fortes sommes dans la caisse du fisc. Aussi se hâtèrent-ils de pro- 
fiter de leur pouvoir passager pour abolir à tout jamais l'impôt 
progressif et lui substituer l'impôt personnel. La réforme était 
urgente; en l'année 1643, en effet, les Juifs d'Avignon avaient à 
payer de fortes redevances et de gros arrérages pour les dettes 
contractées pendant les épidémies et fléaux qui venaient de ra- 
vager le pays. Ils décidèrent donc de changer radicalement les 
statuts de la carrière et de donner ainsi, par un moyen détourné, 
satisfaction, non seulement à leur égoïsme, mais encore à leurs 
ambitions, en interdisant pour toujours l'entrée du conseil aux 
Juifs pauvres. Sans se laisser arrêter par de vains scrupules, ils 
élevèrent le cens électoral ^ et statuèrent que, pour être électeur 
de la troisième classe, il fallait avoir une fortune minimum de 
100 livres ; que, pour être électeur de la deuxième classe, il fal- 
lait une fortune minimum de 200 livres et, pour être électeur 
de la première classe, 300 livres. C'était supprimer du corps 
électoral toute la troisième classe et rendre inéligibles les trois 
quarts des habitants de la carrière qui y étaient compris ; c'était 
aussi livrer la juiverie à l'arbitraire de quelques familles aisées 
ou riches. 

Bien plus, même les représentants du suffrage ainsi restreint 
n'étaient plus égaux d'après les nouveaux statuts, car les huit dépu- 
tés de la deuxième et de la troisième mains avaient beau combattre 
une proposition financière et s'y opposer par leurs votes, elle n'en 
faisait pas moins loi lorsqu'elle avait l'approbation des quatre 
conseillers de la première main et des deux contribuables « les 
plus hauts du manifeste ». La première classe devenait ainsi mai- 

* Toutes les pièces qui nous ont servi pour faire ce travail forment un cahier compris 
dans la liasse E 11 des Archives de Vaucluse. 

• Le sulFrage slriclement universel n'a jamais existé chez les Juifs d'Avignon. Pour 
'être électeur de la troisième classe, il fallait, avant la réforme susdite, une fortune do 

20 à 100 livres; la seconde classe comprenait les fortunes de 100 à 200 livres, et la 
première les fortunes au delà de 200 livres. 



UN COMMENCEMKNT D'LNSURRKCTION A AVIGNOiN 125 

tresse absolue du budget. La carrière était leur chose et ils pou- 
vaient en disposer selon leur bon plaisir. D'autant plus que les 
nouveaux bailons avaient choisi comme secrétaire un homme à 
leur dévotion, parent et ami des plus riches contribuables de la 
carrière. Enfin, un article additionnel réprimait toute velléité de 
protestation, en menaçant des foudres de l'excommunication qui- 
conque serait tenté d'élever la moindre critique contre les nou- 
velles ordonnances. 

Comme on le voit, tout était admirablement combiné, et les bai- 
lons étaient en droit de croire leur œuvre durable. 

Il n'en, était cependant rien. L'article même qui, aux yeux des 
bailons, rendait leurs statuts inattaquables, souleva la défiance 
générale et provoqua dans la juiverie un véritable mouvement de 
révolte. A peine en eut-on connaissance, qu'un grand nombre de 
mécontents, unis par une égale exaspération, introduisirent une 
instance auprès du viguier, leur juge naturel, afin de pouvoir 
a ouvrir leur bouche pour dire leurs raisons sur les griefs qui sont 
dans lesdits statuts ». En même temps, ils se plaignirent amère- 
ment de la conduite de quelques riches qui s'étaient emparés du gou- 
vernement dans un but intéressé, commettaient des dilapidations 
de toute nature et ruinaient les pauvres Juifs de leur carrière. Ils 
demandèrent aussi, et avec insistance, la vérification des livres du 
conseil. A ces véhémentes attaques, les bailons répondirent en 
affirmant la pureté de leurs intentions, l'intégrité de leur adminis- 
tration, et essayèrent de justifier leur réforme par l'article "72 des 
anciens statuts ainsi conçu : « Quand arrive à faire quelque dé- 
pense extraordinaire, les gens du conseil la concluront et la feront 
par voie de capage. » Ils s'opposaient, par conséquent, de toutes 
leurs forces, à la vérification de leurs comptes. 

Cependant, malgré cette fin de non-recevoir, le viguier, qui, 
dans toute cette affaire, paraît avoir obéi aux sentiments les plus 
droits, décida de se rendre personnellement avec deux assesseurs 
à la carrière pour examiner les livres et faire une enquête sur les 
plaintes des Juifs. 

Il arriva bientôt à V « escole » et, à sa stupéfaction, il trouva tout 
le quartier en insurrection. « Lors est arrivé une grande quantité 
de Juifs, criant tous fort : M. le viguier, nous vous prions faire 
oster l'herem (excommunication) apposé à nos ascamoths, afin que 
nous puissions dire nos griefs et nos raisons et avoir justice; tout 
le pauvre peuple est ruiné et perdu à cause que quatre ou cinq 
des plus riches ont usurpé le gouvernement. » Aussi, le viguier, 
« voyant une si grande multitude de Juifs qui étaient beaucoup 
plus que la moitié et voire deux tiers des habitants de ladite car- 



126 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rière, ordonne à un rabbin, nommé Gassin del Puget, d'oster l'he- 
rem, ayant au préalable crié à haulte et intelligible voix à tous les 
Juifs qui étaient là assemblés de lever la main qui voudraient con- 
sentir que l'herem soit osté. » 

Soixante-dix-neuf hommes levèrent la main. Et le rabbin, sur 
Tordre du viguier, ôta l'herem et par ce moyen ouvrit la bouche 
aux Juifs. De quoi, lesdits Juifs, par l'organe de leur avocat Bou- 
chard, rendirent grâce au viguier *. 

Ce n'était que la première partie de la tâche du viguier. Le he- 
rem enlevé, il voulait se rendre compte par lui-même de la gestion 
administrative des ballons. Mais les livres de la communauté se 
trouvaient dans un local fermé à clef. En vain le magistrat dépê- 
cha un courrier au domicile des ballons, dépositaires des clefs. Us 
étaient introuvables, et le courrier revint bientôt, disant que les 
conseillers s'étaient cachés. Malgré leur absence, le viguier requit 
un serrurier et fit forcer la porte. Mais une nouvelle difficulté 
surgit : les livres étaient dans une caisse à triple serrure. Le 
viguier y fit mettre des scellés et se retira, non sans avoir jugé 
sévèrement les procédés des conseillers. 

Leurs menées louches eurent, d'ailleurs, de graves consé- 
quences. D'abord, elles augmentèrent encore l'indignation géné- 
rale ; puis, elles introduisirent la division au sein même du con- 
seil. En efl'et, dès le lendemain, deux représentants de la main 
moyenne, Mossé de Valabrègue et Eléazar del Puget, rompirent 
toute solidarité avec leurs collègues et se rangèrent ouvertement 
du côté des protestataires. Un jour plus tard, Jacassue de Lattes 
et David Gard suivirent leur exemple. Ces quatre ballons de- 
vinrent désormais les chefs des mécontents et soutinrent avec 
énergie leurs revendications. 

Malgré cet appui inespéré, « la cause du pauvre peuple * n'était 
pas encore gagnée, car la défection de quelques-uns des leurs, au 
lieu de l'amollir, exaspéra la résistance des autres ballons. Mais 
leur cause étant mauvaise, ils n'osaient lutter de front. Aussi 
eurent-ils recours à la procédure. L'impartialité du viguier leur 
paraissant suspecte, ils en appelèrent de sa juridiction à celle du 
vice-légat. Mais celui-ci les renvoya devant leur juge naturel. 
Battus de ce côté et après avoir fait défaut devant le tribunal du 
viguier sous les prétextes les plus saugrenus, ils résolurent, après 
de longues hésitations, de soumettre le jugement du vice-légat à 
l'examen du Souverain pontife. 

On était au 18 juin et, depuis le 23 avril, l'affaire avait occupé 

1 Nous publions aux pièces jasliûcalives la liste des proleslalaires. On constatera 
qu'ils n^étaient qu'au nombre de soixante-seize. 



UN COMMENCEMENT D'INSURRECTION A AVIGNON 127 

presque toutes les audiences du viguier et une partie de celles du 
vice-légat. Un procès de cette importance n'était pas sans occa- 
sionner de grands frais. A qui incomberaient-ils, voilà ce qu'on se 
demandait, non sans inquiétude du côté de l'opposition. Même 
dans le cas où les réclamations et les griefs des mécontents, c'est- 
à-dire de la majorité des habitants de la carrière, seraient recon- 
nus justes et valables, les ballons n'en étaient pas moins les re- 
présentants officiels de la juiverie et, en tant que tels, leurs actes 
n'engageaient-ils pas tous les citoyens de la carrière? Et, en fait, 
c'étaient bien là les intentions des ballons ; leur avocat l'avait 
proclamé publiquement. De sorte que le procès, quelle qu'en fût 
l'issue, était désastreux pour les plaignants. 

Pour éclaircir ce point de droit, l'opposition porta la question 
devant le viguier. Celui-ci, toujours empressé, se rendit avec 
quelques gens « à l'azara de Tescole ». Il y trouva une grande 
quantité de Juifs « criant à la coutume des Juifs ». Les vociféra- 
tions y furent si assourdissantes, que le magistrat se vit contraint 
d'expulser tous ceux qui n'étaient pas du conseil, « afin de pou- 
voir entendre paisiblement les parties ». L'ordre et le silence ob- 
tenus, l'avocat de la majorité des ballons prit la parole. Fidèle à 
sa tactique, il s'éleva avec véhémence contre les procédés du 
viguier, contesta sa compétence et finalement demanda l'ajourne- 
ment de la cause sous le prétexte qu'elle serait portée devant le 
vice-légat. En même temps, il se permit de rappeler au magistrat 
le respect dû à son supérieur. Mais le viguier, l'interrompant brus- 
quement, lui fit observer « qu'il sçait l'honneur et le respect 
qu'il faut porter à Monseigneur le vice-légat, néangmoins il veut 
entendre les dires et raisons des particuliers et après y pourvoira 
ce qu'il verra à faire ». Comme l'avocat voulait répliquer, le 
viguier le pria de se retirer. Cet incident terminé, Mossé de 
Valabrègue et Eléazar del Puget, deux des conseillers dissidents, 
exposèrent l'affaire et demandèrent au viguier d'ordonner un vote 
afin qu'on connût les ballons qui approuvaient le procès. Ainsi, 
on pourrait, le moment venu, les rendre responsables des frais 
engagés. Malgré les protestations et les menaces de Mossé de 
Monteux, Mordechai del Puget, Bénestruc de Carcassonne et Lion 
de Milhaud, le viguier adopta les conclusions des porte-parole de 
l'opposition. Le vote auquel on procéda immédiatement fut désas- 
treux pour les quatre bailons de la première main, en réalité 
seuls auteurs des nouveaux statuts. Sur douze votants, quatre 
seulement, c'est-à-dire les bailons de la première main, approu- 
vèrent le procès, sept votèrent contre et un fit une déclaration ver- 
bale approuvant certains articles et en réprouvant certains autres. 



128 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Là s'arrêtent nos documents. Mais tout nous porte à croire 
qu'après cette séance, qui révéla d'une façon si évidente les vrais 
sentiments de la majorité du conseil dominé par l'influence égoïste 
de quatre collègues riches, une transaction intervint donnant dé- 
finitivement satisfaction aux exigences légitimes des mécontents. 

Nous donnons ci-après les raisons et griefs des deux parties, tels 
qu'ils ont été rédigés par leurs avocats respectifs. Ces mémoires 
ne sont que le résumé des dépositions individuelles. 

Jules Bauer. 



PIÈGES JUSTIFICATIVES 



Rôle de touts les Juifs qui ont demandé 

LE changement DES STATUTS. 



1 Jacassue Dole, 

2 Moussé Gaz, 

3 Aron de Meyrargues, 

4 Boniace Profa, 

6 Mordacay Gassin, 

6 Jacob Petit, 

7 Bendil de Meraides, 

8 David Ravel, 

9 Jacassue de Sazia, 

10 Isaï de Bèze, 

11 Samuel de Carcassonne, dict 

Montauban, 

12 IsacMossé, 

13 Abram Mossé, 

14 Lion Mossé, 

15 Mordecay Mossé, 

16 Israël de Lunel, 

17 Samuel de Carcassonne le 

Jeusne, 

18 Mordecay Naquet, 

19 Boudi Naquel, 

20 Mossé Naquet, 

21 Jacob Naquet, 



22 Efram de Carcassonne, 

23 Jacassue de Milhaud, 

24 Vidau de Carcassonne, 

25 Lyon Roget, 

26 Moussé Rouget, 

27 Saul Profa, 

28 Jacassue Rogier, 

29 Abram Astruc, 

30 Isac de Carcassonne, 

31 Alissa de Carcassonne, 

32 Elie de Carcassonne, 

33 Mordacai de la Garde, 

34 Saloraon de Pampalone, 

35 Abram Petit, 

36 Jacassue de Laies, 

37 Elie de Viviers, 

38 Jassé de Perpignan, 

39 Isac Rogier, 

40 Davin Profa, 

41 Massé de Perpignan, 

42 David Alla, 

43 Isac Alla, 

44 Abram Tossane, 



UN COMMEiNCEMENT IJ'JNSUUUECTION A AVIGNON 



129 



45 Moussé del Puget, 

46 Mordacay del Puget le jeuue, 

47 Jacob del Puget, 

48 Israël Profa, 

49 Jonatam Profa, 

50 Jassé de Milhaud, 

51 Samuel de Milhaud, 

52 Samuel Rogier, 

53 David Rogier, 

54 Jacob Rogier, 

55 Jacob Naquet, 

56 Mossé Naquet, 

57 Boudi Naquet, 

58 Salomon Petit, 

59 Jacob Petit, 

60 Israël Petit, 



CI Ain Petit, 

62 Jacassue Ravel, 

63 Abram Ravel, 

64 Davin Ravel, 

65 Judas Ravel, 

66 Israël de Cortezon, 

67 Salomon de Milhaud, 
fi8 Moussé de Garcassonne, 

69 Jacassue de Garcassonne, 

70 Boudic Naquet, 

71 Jossé de Sazia, 

72 Jacassue de Sazia, dictGratiou, 

73 Boudi Naquet, 

74 Samuel Naquet, 

75 Natan Gaz, 

76 Aron Rogier. 



II 



Grikks des opposants. 



Premièrement, par la création des ballons et conseillers seroit 

notoirement iceux articles être ambitieux et injustes. Gar par lesdits 

nouveaux articles et au septième d'iceux a été statué que nul 

ne seroit de la première main qui ne fust en son manifeste couché 
pour trois cents livres, qui sont 600 v. Et de même, nul ne seroit de 
la seconde main qui ne fut couché en son manifeste pour deux cents 
livres ; et aussi nul ne seroit reçu à la troisième ou petite main qui 
ne fut couché en son manifeste pour cent livres, là ou auparavant la 
petite main estoit de quelques livres jusqu'à cent, et la seconde estoit 
de cent et une livres jusqu'à deux cents livres et la troisième et 
grande main estoit de deux cent et une livres jusques à plus. 

Lequel changement de main est grandement préjudiciable au public 
et aux particuliers parce que par ce moyen il n'y auroit que sept 
qui puissent être de la grande main, desquels sept il y en a trois 
qui sont frères et par ainsi la grande main seroit réduite à quatre 
qui seroient continuellement du Gonseil. 

Veu que par iceux nouveaux articles est porté que en faisant le 
nouveau Gonseil ou peut retenir six des vieux conseillers et par ce 
moyen se trouveroit que lesdits quatre seroient perpétuellement 
dans le Gonseil. 

Laquelle raison et inconvénient auroit lieu pour la seconde et troi- 
sième main parce que en le façon que les mains ont été changées, il 
n'y a que quatre juifs qui puissent être de la seconde main. 

Et pour la petite main, il n'y auroit que huit ou neuf juifs, desquels 
T. XXXVIII, no 7b. y 



130 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

il y en a quelques uns qui sont suspects et par conséquent en sont 
exclus et par ainsi ne resteroit que le nombre de quatre ou cinq, 
lesquels avec les quatre de la première et quatre de la seconde se- 
roieut les maisires absolus de toutes sortes d'tiflaires, veu que le 
Conseil u'est composé que de douze conseillers. 

Il y a aussi un autre grand intérêt de ladite carrière, parce que ceux 
de la première main paient le capage de soixante sous, ceux de la 
seconde de quarante, ceux de la troisième de vingt sous et le même 
est gardé pour les aumônes. 

Tellement que diminuant le nombre des personnes qui peuvent 
entrer respectivement auxdits mains on diminue l'exaction que la 
.carrière faisoit pour raison desdits capages et aumônes. 

Toutes lesquelles nouveautés ont été introduites par quelques uns 
qui veulent absolument gouverner et empêcher que leur mauvais 
mesnage ne soit découvert, et qu'on ne poursuive les procès qui sont 
pendants contre eux ou contre leurs proches parents et parti- 
culièrement contre feu Abraham de Montels, auquel procès la com- 
munauté y est intéressée pour plusieurs très grandes et notables 
sommes. 

Et pour empêcher telles fraudes et ambitions semble estre plus à 
propos que aux nouvelles élections des gens de leur Conseil, fut pro- 
cédé par voie de sort, comme se fait en la carrière des Juifs de Car- 
pentras, et que les mains fussent confirmées et ordonnées au même 
estât qu'elles fussent aux précédentes escamots,et si on ne faict ledit 
règlement en la façon cy exprimée et demandée, on bannit environ 
quatre vingt familles d'iceux juifs de pouvoir jamais avoir part ou 
connaissance des affaires de ladite carrière. 

fin second lieu disent que le dix huitième article est grandement 
ambitieux et injuste parce que par iceluy est posé que personne ne 
pourra aller contre les conclusions du Conseil pourveu que quatre 
des conseillers de la première main et hors du Conseil, deux qui 
sont les plus hauts du manifeste aient faict lesdites conclusions. Ce 
que seroit notoirement injuste et ambitieux, parce que lesdites con- 
clusions et délibérations se doibvent faire par pluralité de voix et 
estant leur Conseil composé de douze conseillers, il faudroit que les- 
dites délibérations s'y fissent par l'opinion de sept, là où on les veult 
faire par l'opinion de quatre et ou donne tout le pouvoir aux riches, 
lesquels infailliblement s'advantageront en toutes choses pour sur- 
charger les pauvres et faire que les charges réelles soient person- 
nelles. 

D'ailleurs l'injustice dudit article est très manifeste en ce que on 
oste et empesche le recours au supérieur, chose laquelle est contre 
toutes les lois divines et humaines et même en ce qu'il y a de l'in- 
térest du prince qui ne permet semblable introduction et écoute ceux 
qui proposent les raisons justes et équitables ; que si ledit article 
étoit receu, la porte serait fermée de pouvoir recourir au prince ou 
autres supérieurs. 



UN COMMENCEMENT D'INSURRECTION A AVIGNON 131 

En troisième lieu, l'article cinquante est notoirement ambitieux et 
injuste parce que par iceluy est introduite une nouvelle peyne pour 
les aflaires et causes passées, ce qu'est contre les dispositions du 
droit, parce que les lois et estatuts ne peuvent avoir aucun lien ni 
aucune force que pour fadvenir et non pour le passé. 

En outre, par le même article semble qu'on ouvre la porte à mille 
confusions ou désordres parce qu'on donne le pouvoir aux estima- 
teurs ou députés de faire leur rapport ou estime selon leur caprice 
ou fantaisie et de cottiser un homme, non selon la faculté de ses 
biens mais a leur volonté et présomption, ce qu'est contre tout droit 
et raison, parce que personne ne doit être cottisé que selon la faculté 
de ses biens. 

Ne sert de dire que cela se fait en haine de ceux qui commettent 
fraude, parce que est répondu que qui fera quelque faute doit être 
chastié selon son démérite et n'est pas pour cela à dire qu'il doibve 
être cotisé pour plus de ce qui est de ses facultés ou de ses biens, 
et si celuy-la fait faute, il ne faut pas pour cela faire une autre faute 
et le cotiser au dessus de ses facultés. 

Et ce qui est encore plus injuste et ambitieux, c'est qu'on oste le 

moyen à celui qui sera de pouvoir recourir et se défendre, ce 

qui est notoirement contre le droit de nature, et par ce moyen on 
donne le pouvoir aux juifs députés de juger souverainement, ce qui 
n'appartient qu'au prince souverain. 

En quatrième lieu, l'article soixante deux est aussi notoirement 
ambitieux et injuste, parce que par iceluy est porté que en cas qu'il 
faille faire quelque nouvelle dépense, le paiement et cotisation 
d'icelle se fera par voie de capage égal et se exigera et imposera par 
teste et non selon la faculté des biens, ce qui est contre tout droit et 
raison, parce que les charges réelles doivent être supportées et payées 
à tant pour livre et non à tant pour teste. 

Joint aussi que dans le même article et autres précédents vieux 
articles, les capages ne se paient également, mais que la première 
paie soixante soûls, la seconde en paie quarante et la petite main 
vingt. Et maintenant, en suite dudit soixante deuxième article tous 
les capages seroient égaux et toutes les despenses se rejecteroient 
sur les pauvres, ce que est contre toute sorte de droict et équité. 

En cinquiesme lieu le septante huictiesme article est notoirement 
ambitieux et grandement dommageable à ladite carrière et autres, 
grand et injuste profit de Manoa de Garcassonne contre la teneur 
d'une ordonnance rendue en faveur de ladite carrière par monsei- 
gneur le vice légat; et ledit article et autres ont été faicts par induc- 
tion et séduction et les faiseurs d'articles ont été subornés et cor- 
rompus par ledit Manoa, estant véritable en fait que iceluy Manoa, 
avant que les députés s'assemblassent, fit jurer lesdits députés et 
leur promettre moyennant serrement qu'ils ne feroient rien autre 
que ce que iceluy Manoa trouveroit bon; ce que soit dit sans avoir 
intention d'injurier personne, mais tant seulement pour défendre le 



132 REVUE DES ETUDES JUIVES 

droit de ladite communauté et des pauvres juifs qui ont été mal- 
traités par ledit Manoa. 

En sixième lieu, que le cent et vingtième article disent que Jacob 
de Monteux et par iceluy article a été député secrétaire ne peut 
exercer ladite charge. 

Primo, parce que il est grandement suspect et la carrière d'iceux 
juifs a un grand procès avec feu Abraham de Monteux, frère dudit 
Jacob, comme aussi iceluy Jacob est beau frère dudit Manoa, avec 
lequel ladite communauté a beaucoup d'afi'aires a desmêler, et de 
mesme iceluy Jacob est père de Moussé de Monteux. Lequel Moussié 
et Manoa sont les deux qui ont le plus gros manifeste et veulent 
s'advantager et empiéter sur les pauvres de ladite carrière et par 
conséquent n'est raisonnable que les affaires passent toutes dans 
leurs mains. 

Secundo. La coustume a toujours été que le secrétaire ne soit per- 
pétuel mais amovible ou annuel, mais lesdits Manoa et Moussié ont 
affaicté d'avoir leur dit père et beau père pour secrétaires, pour pou- 
voir faire coucher par escritles conclusions à leur mode et faire passer 
leur mauvais mesnage et artifices au très grand préjudice des pauvres. 

Tertio, et se voit clairement qu'il y a de l'intelligence et mauvais 
mesnage parce que le secrétaire n'a que deux escus de gages et néan- 
moins ladite carrière (?) a payé pour ledit Jacob et à son défaut plus 
de huit escus à celuy qui a escript à sa place. 

Et tout ce dessus disent et advancent, sauf d'y ajouter ou diminuer, 
protestant que tout ce qu'ils ont dit ou diront est sans intention 
d'injurier personne, et demandent leur eslre dict droict, non seu- 
lement en la manière cy dessus spécifiée, mais encore en toute 
autre meilleure voye et moyen que faire se peust et doibt, implorant 
l'office et ayde de Monsieur le viguier et le priant d'avoir compassion 
des pauvres, que à l'advenir le peuple ne soit continuellement et 
successivement chargé de tant d'impositions, et que pour une fois 
on sorte de tant de misère, il sembleroit estre plus à propos de 
penser à l'extinction des debtes, desquelles ladite carrière est gran- 
dement oppressée; et faisant un mespartiment de quatre à cinq mille 
escus par an dans quelques années, on pourroit sortir des debtes et 
le pauvre peuple seroit deschargé de tant de tailles, emprunts et 
despenses, qu'il convient faire journellement ; et si on slncommodoit 
pour quelques années, on s'accomoderoit pour tout le reste de leur 
vie. Et les enfants et postérité desdits juifs se trouveroient hors de 
captivité et de misère. 

Requièrent encore les comptes de ceux qui ont administré les 
deniers et alï'aires de ladite carrière estre rendus, et c'est depuis 
quatre ou cinq ans de ça, attendu qu'iceux opposants sont prest 
véritler et faire voir par ladite révision qu'il y a de très mauvais 
mesnage et perte au préjudice de ladite carrière de quatre ou cinq 
mille escus, qui ont esté empruntés durant ledit temps et on ne sait à 
quoy ont esté employés. 



UN COMMENCEMEiNT D'JXSURRECTION A AVIGNON 133 

III 
RÉPONSE DES BAILONS. 



La commune sive carrière des Juifs d'Avignon et pour icelle le 
soussigné advance, les raisons et exceptions suivantes en la meilleure 
forme et a toutes meilleures fins contre les particuliers de ladite 
carrière qui se sont rendus opposants envers les articles ci-après 
mentionnés, sans toutefois se despartir, en aucune façon, tant du droit 
acquis à ladite carrière en vertus des décrets rendus en la présente 
cause passés en force de cause jugée, que de ce que déjà a esté opposé 
pour la part de ladite carrière ad impediendum litis ingressum estant 
requis que, par ung préalable et advant passé outre, il y soit faict droit 
comme aussi sur ce que lesdits particuliers ne peuvent être ouys au 
présent faict, attendu l'herem intervenu sur la confirmation desdits 
articles duquel n'ont pu estre dispensés sans qu'il y heust un rap- 
port des Rabbins, protestant que les raisons et exceptions suivantes 
ne sont advancées que subsidiairement pour y être faict droit en 
temps et lieu. 

Requiert néangmoins y estre respondeu ex adverso pertinem- 
ment moyennant serement et ladite carrière estre admise à vériffier 
le nyé sans soy charger de preuve superflue et non nécessaire dont 
et de toutes despence, dommage et intérêts a protesté et proteste. 

Lesquelles et toutes autres protestations présupposées est advancé 
pour le soubstien du septième desdits articles que l'expérience des 
années passées a fait voir que ladite carrière a souffert de gros dom- 
mages et intérests pour avoir été gouvernée souventes fois par des 
personnes qui avoient fort peu de moyens faute que le nombre des 
livres que ceux qui pouvaient entrer au conseil et aux charges ne fut 
rehaussé. 

De sorte que, pour y remédier, et aux fins que les affaires de ladite 
carrière allassent mieux à l'advenir, il a été nécessaire et par le re- 
haussement porté par ledit article, étant même raisonnable que le 
gouvernement desdites affaires soit entre les mains des moins inté- 
ressés. .. 

Et ne sert de dire que tel rehaussement fait tomber leurs affaires 
entre mains d'ung fort petit nombre de personnes au préjudice 
du public. Comme s'il n'y avait que sept personoes de capables d'en- 
trer en la première main dont il y en a trois qui sont frères. Car 
outre que cela est nié en fait en la façon qu'est articulé ex adverso tel 
inconvénient a son remède porté par ledit article vu que, au cas qu'il 
ne se trouve assez de personnes pour entrer dans la première main 
et ainsi des autres suivants, tel rehaussement, le conseil a le pou- 
voir d'en prendre de la main immédiatement suivante, ceux qui se 



134 REVUE DES ETUDES JUIVES 

trouvent les plus hauts en livres pour parfaire le nombre de la main 
précédente. 

Et quant à l'autre inconvénient de ce que ledit rehaussement di- 
minue le nombre des personnes qui peuvent être de la première et 
ainsi des autres mains et par même moyen le capage, il est respondu 
négativement. Et que quand cela serait, ce que non, ce ne serait qu'un 
intérêt bien petit et secondaire et qui, d'ailleurs, se trouverait com- 
pensé par de grandes advantages que ladite carrière reçoit dudit re- 
haussement. 

De ce dessus, je vois que, sans juste subjet, les adversaires instant 
a ce que à l'advenir les élections se fassent par sort en ladite carrière, 
mesmes que cela a été autrefois décidé par plusieurs bonnes et puis- 
santes raisons sur lesquelles nos Seigneurs supérieurs ont jugé a 
propos que lesdites élections se fissent par pluralité de suffrages. 

El encore y a, sur ce chef, des ordres venus de Rome qui sont 
en termes expresses et envers lesquels rien ne peut être opposé ny 
juger au contraire. 

Quant au dix-huitième que lesdits opposants disent être ambitieux 
et injuste en ce qu'ils présupposent que par icelui personne ne 
puisse aller contre les conclusions du conseil pourvu que quatre de 
la première main et deux de ceux qui sont hors du conseil, les plus 
hauts en manifeste ayant fait telles conclusions, est advancé que 
lesdits opposants procèdent avec ung grand artifice, veu que ils s'at- 
tachent à l'article sans considérer de quelle façon il a été authorisé, 
estant véritable quel'authorisation, laquelle seule fait droit entre les 
parties, porte que telles conclusions doivent être faites par la ma- 
jeure partie du conseil, outre laquelle aux emprunts et donatifs font 
appeler deux des principaux en manifeste. 

Et le reste qui est opposé envers cet article en ce que les adver- 
saires disent que, par iceluy, le recours au Supérieur est prohibé 
contre les lois divines et humaines, quoiqu'il soit plausible en appa- 
rence néanmoins n'est pas soutenable en effet veu que possunt eundi 
statuta absque eo quod adversus illa recurri possit etiammodo sint 
justa. 

Principalement en ce cas auquel avec l'authorisation du seigneur 
Viguier qui est pour lors il y a la coustume inviolablement observée, 
de tout temps immémorial, en ladite carrière de faire des Escamots 
au temps préfixé sous cette qualité. 

Lesquels Escamots, par les statuts municipaux de ladite ville, 
doivent demeurer comme établies pendant le temps de dix années et 
sont comme lois et statuts particuliers de ladite carrière envers les- 
quels aucun appel ny recours ne doit être reçeu. 

Quant au cinquantième consistant en ce que ceux qui auront 
fraudé leur manifeste et qui, parce moyen, se treuveront parjures et 
excommuniés seront à l'avenir cotisés au dire des députés de ladite 
carrière, il suffiroit de dire que lesdits opposants se rendent sus- 
pects de mauvaise foi, vu que tout homme qui procède fidèlemenl 



UN COMiMENCEMENT D'INSURRECTION A AVIGNON 135 

en semblable faict doibl estre bien aisé que cellui qui fraudera soit 
chastié. 

Et en ce faict ce qui est ordonné par ledit article ne se peut pas 
même appeler peine car par iceluy ou ne fait que bailler pouvoir aux 
députés de manifester en lieu et place de ceux qui auront fraudé, ce 
que de droit est permis. 

Venant au soixante deuxième pour le soubtien d'iceluy estrépliqué 
que les faiseurs d'articles ont eu égard à ce que les charges extraor- 
dinaires ne peuvent estre probablement que personnelles et par ainsi 
doisvent estre soubtenues par capage. 

Et quand bien il y auroit quelqu'une des charges réelles ou mixtes 
par la mesme probabilité, elles seroient si petites que neraériteroient 

d'eslre couppées par ces 

Pour le septante huitième est advancé que ce qui concerne Manoa 
de Carcassonne ne peut aucunement estre traitté au tribunal de M. Le 
Viguier attendu que Monseigneur 111'"'^ et R"^^ vicelegat y a mis la 
main tant par moyen de divers decrelz que d'un appointemant mis 
au pied d'une requeste présentée à son Excellance par ledit Manoa 
en l'année présente, et, après la confection et authorisation desdits 
articles que autrement y étant mesme intervenu le consentemant de 
messieurs les créanciers de ladite carrière. Ayant par exprès que 
ledit Manoa aye corrompu ny suborné les faiseurs d'articles protes- 
tant de l'injure contre lesdits opposants tant en ce chef que plusieurs 
autres contenus en leurs prétendus griefs. 

Quant au cent huictième touchant la députation du secretere est 
répliqué premièremant la personne de Jacob de Monteuz ne pouvoit 
estre allégué suspecte pour noster lesdites raisons advancées au con- 
trere inévitables en faict avec supportation en la façon qu'elles sont 
advancées. En second lieu ladite députation ne peut estre impugnée, 
ratione temporis, parce que de droict un secretere peut estre créé an- 
nuel ou ad bene placitum, ou perpétuel. 

Quant aux intelligences et aux mauvais mesnages et autres choses 
advancées pour debatre ladicte députation non seulemant elles sont 
formellemant nyées mais au contrere est mis en faict que despuis 
lesdits articles lesdits bayions de la carrière de présent qui ont 
manié et manient ont faict et font les dictes affaires avec fort bon 
mesnage au profit évident du public et des particuliers ayant de 
beaucoup amoindri les tailles et autres charges et retranché les abus 
qui se commettoient auparavant au détriment de ladite carrière et 
des particuliers. 

Quant à !a demande du mespartiment faicte par lesdits opposants 
aux fuis qu'il soit faict un mespartimnnt pour payer les debtes de 
ladite carrière ou d'une partie d'iceux, est advancé et mis en faict 
quedespnisla contagion dernière, ladite carrière se seroit engagée en 
de si grosses sommes de deniers et se serait trouvée débitrice de tant 
d'arrérages qu'elle auroit fait beaucoup du despuis de sortir desdits 
arrérages et de payer la debte contractée pendant ledit temps ayant 



136 REVUE DES TUDES JUIVES 

été impossible qu'elle fist davantage. Et quant à présent, il seroit 
aussi impossible par un mespartiment sans la ruine évidente de la- 
dite carrière et particuliers d'icelle. 

Estant mis en faict que tous leurs biens tant en général qu'en par- 
ticulier ne valent pas plus de dix buict mille escus ou environ. Et les 
debtes passives arrivent à plus de vingt six mille escus, outre qu'il 
faut supporter annuellemant quatre ou cinq cents escus quae babent 
naturam variabilem et indeterminatam. 

D'où se void que c'est plustost par l'industrie desdits Juifs que par 
moyen de leurs biens et mespartemant qu'il s'en pourrait faire qu'il 
faut subvenir au paiement desdites dettes et charges. 

Et quant à la reddition et revision des comptes demandée ex ad- 
verso, ledit soussigné déclare ne l'empescher contra omnes aux dépens 
des opposants et appeler les premiers auditeurs quant au chef de 
ladite revision. 

Finalemant est mis en faict que lesdits opposants auroient autrefois 
formé semblable opposition en la présente cause envers lesdits ar- 
ticles de laquelle seroient esté déboutez par décret, en façon que 
nonobstant icelle, lesdits articles seroient esté confirmés publiés et 
mis a exécution. Le tout serait passé en force de cause jugée. 



NOTES ET MÉLANGES 



ENCORE QUELQUES NOTES 
SUR LE NOUVEAU FRAGMENT DE L'ECCLÉSIASTIQUE 



Dans le nouveau fragment de l'original hébreu de l'Ecclésias- 
tique retrouvé par M. Schechter, on lit ce vers : 

dont le savant professeur de Cambridge corrige ainsi le deuxième 
hémistiche, d'après la version grecque : 151'^ïin û*^^ n^'ûi^, et qu'il tra- 
duit ainsi : « a pit like the sea in its abundance » [Jewish Quar- 
terly Revieiv, 1898, p. 203). Le mot I3i72ïi3 signifierait donc pour 
lui : « dans son abondance ». M. Israël Lévi, s'appuyant sur le 
passage de l'Ecclésiaste, v, 9, inT^nn nnifi^ '^'n, traduit ce mot : « à 
ses frais ». Mais, outre que le passage de l'Ecclésiaste est douteux 
lui-même et, par conséquent, ne peut pas servir de preuve, il faut 
remarquer que, dans tout le contexte de ce vers, Ben Sira ne men- 
tionne pas une seule œuvre qui ait été exécutée aux frais du 
grand-prêtre Simon. L'auteur fait seulement ressortir que c'est 
sous son pontificat et par son ordre que ces diverses œuvres ont 
été entreprises et menées à bonne fin : 

b'D^r: pm vT^-^m n-^^rr npss Tm^n t::n 

^b73 brj-^rtn \^yi2 mss n^p nan: vu^-n n-ax 

Il ne nous paraît donc pas possible d'adopter le sens proposé par 
M. Lévi. Du reste, M. Lévi lui-même suppose que Ben Sira pour- 
rait bien avoir pensé à Isaïe, lx, 5 : û"« )'\i2ii ^'bif "^idït^ ■»=). Or, 
dans ce passage, le mot IT^ïi, malgré le parallélisme de b-'n, ne 
doit pas être traduit par « abondance », mais a son sens ori- 
ginel de « bruit, tumulte ». Ce sens est confirmé, non seulement 



138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

par Jérémie, x^ 13, û^^tsa d'^53 ';^^ï^, mais aussi par les pas- 
sages où il est question de foule, comme Jérémie, xli, 42, ^by 
ïinDD5 vb:; liTann tz'^n ban b:^, et où le verbe n^^n a également 
le sens de « faire du bruit », comme dans Isaïe, xvii, 12, m73r!D 
in^Qn*» û'^TD"' ; Jérémie, vi, 23, nTaïr^ û^r) ûb"ip. Cette racine est surtout 
employée pour désigner le bruit produit par les vagues, comme 
Jérémie, v, 22, vbri i^m; li, 55, û^ni û-^tod un^h'^ n)om ; Isaïe, li, 
15, et Jérémie, xxxi, 34, vh^ iTon"""! ; Psaumes, xlvi, 4, TiTcn"" iTan*^ 
TiD^'n. Dans Ben Sira aussi, ijiTjnn indique le bruit causé par une 
grande quantité d'eau. Si notre supposition est juste, les mots rT>Cî< 
et mp)3 ne désigneraient pas un réservoir où s'amassent les eaux 
de pluie, mais un réservoir où se déversaient bruyamment des 
conduites d'eau. A supposer que l'énumération des travaux ac- 
complis sous le pontificat de Simon ait été faite d'après un ordre 
régulier allant de la partie intérieure de la ville vers l'extérieur : 
temple, réservoir d'eau, mur de la montagne du sanctuaire', le 
réservoir aurait été placé sur la montagne du temple, où il pou- 
vait être utilisé même en cas de siège. Mon explication de cet hé- 
mistiche de Ben Sira semble être confirmée par une relation 
d'Aristée sur les conduites d'eau de la montagne du temple (éd. 
Schmidt, dans Archiv de Merx, I, 270, lignes 8-26) qui a été cer- 
tainement empruntée à une source grecque de caractère sûr. 
L'auteur raconte avec admiration comment le sang des innom- 
brables victimes était nettoyé par de forts courants d'eau, parce 
qu'outre une source naturelle très abondante dans l'intérieur, 
il y avait encore d'admirables réservoirs souterrains , à une 
distance de 5 stades autour du temple, et vers chacun de ces 
réservoirs convergeaient un très grand nombre de conduites 
d'eau. Et il ajoute : « On me conduisit hors de la ville, à une dis- 
tance de plus de 4 stades, et l'on me dit de me pencher pour 
entendre le bruit causé par la réunion des eaux. » Ce bruit pour- 
rait bien être le même que celui dont il est question dans l'hémis- 
tiche de Ben Sira. 

Voici une autre remarque à propos de xxxiii, 7-13. On sait que, 
pour démontrer que Ben Sira a riposté aux attaques dirigées par 
les Tobiades contre les prêtres, Graetz {Monatsschri/Ï, 1872, 
p. 109; Geschichle, II, 2« part., 287) s'est surtout appuyé sur le 
ch. XXXIII, 7-13. Gomme les particularités contenues dans l'Ecclé- 
siastique permettent seules de déterminer la date exacte de la 
composition de cet ouvrage, il importe d'examiner la valeur de la 
preuve mise en avant i)ar Graetz. Nous ferons remarquer en pas- 

• La version grecque a transposé les vers 2 et 3 ; le réservoir aurait donc été si- 
tué eu dehors de la ville. Voir plus loin. 



NOTES ET MELAiNGES 130 

sant qu'il est étonnant que Ryssel, dans la traduction et le com- 
mentaire des Apocryphes publiés sous la direction de Kautzsch, ne 
dise pas un mot de l'argument développé avec tant de sagacité par 
Graetz. Le passage en question est ainsi conçu dans la traduction 
de Zockler : 

7 Pourquoi un jour est-il meilleur que l'autre, 

Puisque toute lumière du jour, daus toute l'année, provient du 
soleil? 

8 Ils furent distingués i'un de l'autre par la sagesse du Seigneur, 
Et c'est lui qui créa la diversité pour les époques et les fêtes. 

9 A quelques-uns d'entre eux il attribua l'élévation et la sainteté, 
Et quelques-uns d'entre eux, il les plaça parmi les jours (or- 
dinaires). 

40 De même, les hommes viennent tous de la poussière 
Et Adam fut créé de la terre. 

41 (Mais), par sa grande sagesse, l'Éternel établit une distinction 

entre eux, 
Et leur (traça) des voies diverses. 
4 2 (Quelques-uns) d'entre eux, il les bénit et les éleva, 

Oui, (quelques-uns) d'entre eux, il les sanctiiiu et les rapprocha 

de lui; 
(Quelques-uns) d'entre eux, il les maudit et les abaissa, 
Et les précipita de leur position. 
43 Comme l'argile est entre les mains du potier 

(Et) est soumise, dans toutes ses transformations, à son bon 
plaisir, 
4 4 De même les hommes sont entre les mains de leur Créateur, 
Afin qu'il les traite selon sa volonté. 

Pour Graetz, les hommes « élus, sanctifiés et rapprochés de 
pieu » sont les prêtres, et il expose comme preuve de sa thèse le 
fait que Tauteur les présente comme des favoris de Dieu. Mais on 
peut opposer à cette thèse les objections suivantes : 1^ La foule 
dans laquelle Dieu distingue quelques personnes, selon sa volonté, 
est formée des homynes en générai^ comme Ben Sira le dit expres- 
sément au vers 10; or, les prêtres n'étaient pas choisis parmi tous 
les hommes (malgré lxv, 16) ; 2*^ Aux élus Ben Sira oppose les mau- 
dits. Or, personne n'ose admettre qu'avec la plus grande licence 
poétique l'auteur qualifie de maudits ceux qui n'ont pas été choisis 
comme prêtres. Cette opposition montre, au contraire, avec évi- 
dence que l'élévation d'une partie de l'humanité a comme corollaire 
l'abaissement d'une autre partie ; S** Nulle part la Bible ne désigne 
les prêtres comme des personnes bénies; le passage de. Nombres, 
VI, 27, auquel on pourrait songer, ne peut pas avoir ce sens. L'ex- 
plication que donne Fritzsche du vers 12 et, en partie d'après lui, 



140 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Edersheim, n'est pas satisfaisante. Or, dans Genèse, ix, 25, il est 
question de la malédiction dont fut frappé Cham, fils de Noé, et 
de la bénédiction accordée à Sem ; le premier fut déclaré esclave, 
et l'autre son maître. C'est là ce qu'il faut voir dans 12a : « Quel- 
ques-uns d'entre eux, il les bénit et les éleva », et dans 12c: 
« Quelques-uns, ils les maudit et les abaissa. » Israël descend de 
Sem ; de là 12 & : « Oui, quelques-uns d'entre eux, il les sanctifia 
et les rapprocha de lui » (Exode, xix, 6) ; Canaan donna le jour 
aux peuplades établies en Palestine (Genèse, x, 16-17), que Dieu 
chassa de leur résidence, comme le dit le vers 12 d. Ben Sira 
examine donc pourquoi Israël a été élu et les habitants de Ca- 
naan chassés, et il déclare que Dieu a ainsi agi parce qu'il l'a 
voulu, de même que c'est par sa volonté que certains jours de 
l'année sont devenus saints. L'argument sur lequel Graetz a ap- 
puyé sa thèse est donc sans valeur. 

A. Bi)CHLER. 



LE SENS DE KiVjS, fVj'? 



Levy et Kohut attribuent aux mots NSrsb et l^sb, outre le sens 
de « légion », celui de « capitaine, commandant de légion », n*J5 
\v^b bu5 TpDïi. Levy traduit : û'^u:b^a in \ni<nn iv^h^ )T^b bD by^ 
iXi'ûO^ (Der., 32 &) « et au-dessus de chaque capitaine j'ai placé 
trente chefs » ; Taiihouma Balaq, 12 : nn*^^ n'^^n ^121 i"^^;a \T:!h 
« l'officier qui s'est rebellé contre le roi est punissable de mort » ; 
j. Taan., G5& : tir^^ û5^ ^b^n n^5^ d-'usp msT^:» "^r^a ib rn^ ^b^ab 

imi^. (( Tel un roi qui a deux lieutenants (ou : gardes du corps) 
sévères et qui se dit : S'ils vont habiter avec moi la ville et que les 
habitants me mettent en colère, ils tomberont sur eux et les tue- 
ront »; j. Sonlika, 55 & : pnx yr\ii "«5î< iwn \-n2T5bb lp^ my^scjs 
<( Si vous cédez à mes capitaines, je ne vous tuerai point » ; 
Lévit. r., 30 : t^i:i!-;i n^ditdi >'2yi2h "jr^b ^n ivhy ^'^y it:T ^n 
Nns"»"!): i< Un jour, un capitaine passa par là, afin de prélever les 
contributions de cette ville. » 

Pour ce qui est de Ber.^ 32 &, il est évident qu'on ne donne pas 
trente chefs à un capitaine, mais à une légion. Le passage de Tan- 
houma Balaq doit se traduire ainsi : « La légion qui se révolte 
contre l'empereur est passible de mort. » La suite porte, en effet : 



NOTES ET MELANGES 141 

ûmbDb ^-«nis rr^n ta b^n^-» '^■^nbwN rîbtî b">rb ti73&<t lia in-i72T msD nb^ST 
ïi:>U3 nniNn « Or, ceux-ci l'ont renié, se sont révoltés contre lui 
et ont dit au veau d'or : « Voici tes dieux, Israël ! » ceux-là ne 
méritaient-ils pas de périr à ce moment ? » Autrement dire : 
Le peuple d'Israël méritait la mort comme une légion qui se sou- 
lèverait contre l'empereur. Donc, ici non plus, il ne s'agit pas 
d'un « capitaine ». De môme, il ne faut pas traduire j. Souhha, 
55 & : a Si vous cédez à mes capitaines... », mais « si vous 
vous livrez à mes légions «. Dans le passage parallèle de EcJia ?\, 
s. V. û^bp, il y a ces mots en plus : pnm vm2v:ib 'jD'^pn T», « aus- 
sitôt ses légions les cernèrent et les massacrèrent ». 

Quant à j. Taan,, il faut l'entendre ainsi : « Tel un empereur 
qui a deux légions cruelles ; il se dit : Si elles prennent garni- 
son avec moi dans la ville, ces légions, au cas où les habitants 
viendraient à m'irriter, tomberaient sur eux et les tueraient » (et 
non pas « deux officiers. . . »). 

MM. Krauss et Low admettent également que lv:ib et N^vib dé- 
signent un soldat en particulier. Mais, abstraction faite de Pe- 
sihia, 182a [Vayih. r., 30), passage sur lequel il nous faudra re- 
venir, ces mots ne signifient jamais que « légion, armée ». Gomme 
nous l'avons montré plus haut, c'est une erreur de voir dans 
Ta7ih, Balaq, 12 : nn-^To n-i-in ^b)2n ^-|530 )vib, un officier ; il faut 
traduire : « Tout le peuple d'Israël eût mérité la mort à cause du 
veau d'or, comme une légion soulevée contre l'empereur. » Il ne 
s'agit pas de quelques Israélites, donc non plus de quelques sol- 
dats. Qu'on se rappelle les prétoriens que Septime Sévère fit cer- 
ner et massacrer. 

Voyons maintenant Pesikla, 182 a. Ce n'est pas un soldat qui 
est chargé de prélever les impôts, mais un légat, « legatus ad cen- 
sus accipiendos » pour une province césarienne. (Voir Marquardt, 
Roem. Staatsrechty p. 527, note 7) ^ ; de là ']b73 bo n"'b'::b buî^j, 
a comme lorsque le legatus Caesaris vient (dans la province césa- 
rienne) pour prélever les impôts » ; car dans les provinces sénato- 
riales, c'était le proconsul qui recueillait les contributions. L'obser- 
vation de M. Low que (^12 bui) n'^b^a peut désigner « legio » ne peut 
se soutenir. Ici N3"i">:\b, ir:\b doit être corrigé en arûT^. Jamais on 
n'a le droit d'attribuer à un mot étranger un sens autre que celui 
qu'il a dans la langue même d'où il est pris, surtout quand c'est 
sur un seul passage douteux qu'on s'appuie. Il faudrait, tout au 
moins, apporter d'autres passages où toute autre signification 
serait impossible. 

* Cf. aussi Tacite, Annales, l, 33. 



142 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Or, tous les autres passages cités par M. Krauss marquent exclu- 
sivement le sens de « légion ». Ainsi Tanh. Waycscheb, 3 : 'n rii^n 

tr^iMzy biD D'T^bi^Dpb y-^y^ noN^i nnT::):i riwSD '^ni^ p^ib iirro et 
Yelamd. Ehel) {Arouch) q^t^^îd r-^)Xj ^ni< ir^b ::i5^:Tu::i< û:> iTir\ 
to^n)33' biD l^bD^pb 1"'3>'«:\^ Iït^u:^^, il s'agit là encore d'une légion, 
mais non d'un soldat. Quand le Midrasch parle d'un seul soldat, il 
se sert des mots l:v^"id ou niûtdtjCw^. 

J. FURST. 



LA TREIZIÈME SYNAGOGUE DE TOLÈDE 



Comme l'atteste le poète Juda Alharisi dans son Tahkemoni^ 
la grande et florissante communauté de Tolède possédait au 
xii« siècle plusieurs belles synagogues. Aces synagogues vint s'en 
ajouter une nouvelle au commencement du xiip siècle, élevée aux 
frais de Joseph ben Salomon ibn Sclioschan, qui jouissait d'un 
crédit considérable à la cour d'Alphonse VIII. Nous connaissons 
ce fait par le récit du Provençal Abraham ben Nathan, surnommé 
Hayyarhi % qui visita Tolède en 1204, c'est-à-dire presque immé- 
diatement après la construction de la nouvelle synagogue, et par 
l'inscription de la tombe de Joseph ibn Schoschan : rr^a n^n ^^« 
y'-^n ^"inrt noi^ïi. La personne qui a recueilli ou copié les épitaphes 
éditées par S. D. Luzzatto sous le titre de Abne SikJiaron. Denh- 
steine oder sechsundsiebzig Epitaphien welche auf den Grah- 
steinen in Toledo gestanden a lu l'abréviation ^''-irt : ïit^u:' *d^xii ; 
l'inscription tumulaire devrait donc être lue ainsi : n^n nrn t*15K 
Tir^'^y ;zjbu:n ^inrî nDSiDn, et signifierait : « . . . qui a construit la 
nouvelle synagogue, la treizième ». S'appuyant sur cette inscrip- 
tion, Graetz a dit : « Dans sa générosité, Joseph ibn Schoschan 
édifia avec une pompe magnifique la ireizdème synagogue de To- 
lède *. » En concordance avec cette assertion, il avait dit à la page 
précédente : « Tolède possédait douze somptueuses synagogues. » 
Il prétendait que ce dernier nombre était indiqué par Alharisi ; 
mais celui-ci parle, en réalité, de plusieurs synagogues, sans 
fixer aucun nombre précis-. Dans sa période la plus florissante, 

1 Hamanhig (éd. Berlin), p. 27 : "n N^^^n 12DT1N Su) DD^Dn t-|"«aa 

b"i:T r]D"in^ 

* Graetz, Geschichte derJuden, VI, 224. 

» Tachkemoni, Porte 46, hu commencement : 1ii< niCN ^13 DDj^ "^na rT735"l 



NOTES ET MÉLANGES 143 

la grande communauté de Sévillo n'avait que trois synagogues *. 
Nous pouvons affirmer que Tolède non plus n'en posséda pas 
douze et, par conséquent, que celle qui fut élevée par Joseph ibn 
Schoschan n'était nullement la treizième. C'est que l'abréviation 
a"->ïi de notre épitaphe ne doit pas être lue m^ûy *»i:b'::rî, la trei- 
zième; c'est une formule qui accompagne souvent la mention qui 
est faite d'une synagogue. Ainsi dans les Consultations Zichron 
Juda, n" 21 : y^n no^^n n^nn ; n° 51, y^rt nTD33 ^nn n'>::V::3 ; n« 1^, 
y-in nDSi^rr n-'nb '[■«■'nn "^n^r^ rrr, Nnrj-npn, etc. C'est l'abréviation 
des mots ibisi; \y^ ûorr, ou nbini; n-«n-i^ û':;rT « Que Dieu protège ou 
augmente sa superficie ! » 

La synagogue construite par Ibn Schoschan n'est pas, comme 
le croit M. Harkavy (tD^r^îi-" m d"^'::"!?!, n^ 7, p. 90), celle qui fut 
transformée ensuite en une église sous le nom de S. Maria la 
Blanca; car cette dernière ne fut élevée que sous le règne d'Al- 
phonse X le Sage. 

M. Kayserling. 



SAMUEL ÇARÇA ÉTAIT-IL DE PALENCE OU DE TALENCE ? 

Samuel Çarça est un des nombreux écrivains juifs dont la vie 
nous est presque inconnue, malgré leurs ouvrages. Même les 
rares renseignements que nous possédons sur lui ont été défigu- 
rés et diversement interprétés. Tous ceux qui ont parlé de lui dans 
leurs écrits, sans aucune exception, ont mal compris même l'in- 
dication sûre qu'il donne touchant sa patrie. Samuel Çarça n'a pas 
vécu, comme on l'admet unanimement, à Valence, mais à Fa- 
ïence. 

Si défectueusement que nous aient été transmises les indications 
historiques fournies par Çarça à la fin de son commentaire sur le 
Pentateuque, Mekor Hayyim ^, et au début de ses explications 
de l'Agada, Michlol Yofi^, les manuscrits sont pourtant d'accord 
pour désigner la patrie de Çarça expressément par N''D3'>bD , 
N'^itS'^bD, ou rr^D^bD. Vu la manière constante dont ce nom est écrit, 
c'est-à-dire par un d, il n'y avait aucune raison de penser à Va- 

* Zunip^a, Anales de Scvilla, II, 237. 

' ïm^J"^ U3"Û3, éd. M. Wiener, p. 131 et suiv. 

* Graetz, Geschichte der Juden, VII, p. 429, note 2 ; Béer, Philosophie und phil, 
Schrifsteller der Juden, p. 80 et s. {=Onent, XII, 557). 



144 REVUE DES ETUDES JUIVES 

lence, dont le nom s'écrit par un a ou par m, comme le prouvent 
de nombreux textes de la littérature juive. L'orthographe du nom 
ne nous permet de songer qu'à la ville de Palence * sur le Carrion, 
dans la province du même nom, entrée Burgos et Valladolid. 

L'ensemble de quelques notices historiques fournies par Çarça 
aurait également dû montrer que sa patrie, qu'il représente 
comme ayant été durement éprouvée par les péripéties de la lutte 
entre Don Pedro et Henri de Transtamare était bien éloignée de 
l'Aragon et de Valence. D'après les récits concordants des chroni- 
queurs^ ce furent les communautés juives de Gastille et de Léon* 
et, en particulier, celle de Palence ^ qui furent les plus éprouvées 
par les incidents de la guerre entre les deux frères ennemis. 
L'Aragon était si paisible et si peu troublée par ces événements, 
que les Juifs de Burgos, lorsqu'on les pria de choisir entre Don 
Pedro et Henri, ne se décidèrent à se prononcer que si on leur pro- 
mettait un sauf-conduit pour se rendre en Aragon ou au Portu- 
gal, au cas où leur décision différerait de celle de leurs conci- 
toyens chrétiens*. Les habitants de Palence abandonnèrent aussi 
la cause de Don Pedro lorsque son puissant allié le Prince Noir, 
le prince de Galles % prit le chemin du retour. Les Juifs, fidèles 
partisans du roi légitime, qui combattirent et souffrirent pour lui 
dans toutes les communautés de Gastille et de Léon, se trouvèrent 
le plus durement atteints par sa chute. Des amendes considé- 
rables leur furent infligées lors de l'entrée d'Henri de Transta- 
mare dans les villes conquises. Pour les Juifs de Palence aussi 
une période de terreur commença lorsque les portes s'ouvrirent 
à Henri de Transtamare. Les contributions qu'il imposa à la ville 
étaient écrasantes. A l'appauvrissement matériel succédèrent les 
horreurs de la cherté et delà famine, qui réduisirent les membres 
de la communauté, déjà ruinée, à la misère complète. Au milieu 

* Il y a bien aussi une Valence dans la province de Léon, mais celle-ci est ap- 
pelée Valence de Don Juan ; cf. Eevue, XXXVII, 141, note 4, et II, 137. 

* b-n^ -i:^ir3 un "ji^N-^bi rr^b-'^u^p n-iDb7a mbnp b^ t>::î<, dit Çarç.a 
(Graeiz, tôtc/.) ; N-^bn^j-jp m^b?: bD3 TJwX a"«n"in^b nn^ n:' ni-T-m, du 

Menahem b. Zérah, ^Tlb ^!^^, éd Sabionetta, f" 16 b. La relation de Menahem 
b. Zérah a été copiée lilléraleiueut par Abraham b. Silomon de Torrutiel [Me- 
dtaeval Jewish Chronicles, éd. A. Neubauer,, I, 109) et Joseph b. Çadik d'Arevalo 
{ibid.^ 97). P. 109, 1. 2, d'en bas, au lieu de n"D, il »aut lire 'riD — r.21730D et, 
ligne 1, du bas, pour m H 73 b";), Hre (= 1370) mn73 bp. 

î Çarça : N"«::rbD2 V'^^^ anD^T mDb?3n b33 bii:> ny^ imirr' anuj, 

p. 132). 

* Graetz, Geschichte der Juden, VII, 424. 

" Au lieu de a"<bN:i b»D 1"^ que Wiener, Schevet Ychouda, p. 265, traduit par 
le « Cv3lèbre prince de Galice •, il faut lire, comme dans rnin"^ U3C, p- 132, 1. 14, 
^■^bN^ et, comme Graetz, i^id.^ VII, 42G, l'a déjà reconnu, il faut traduire ce mot 
par « prince de Galles ». 



NOTES ET MÉLANGES Viù 

de ces terribles souffrances corporelles, les âmes durent aussi flé- 
chir. L'étude de la Loi tarit ', la culture de la littérature prit fin *. 
Durant ces années de deuil de l'histoire des Juifs d'Espagne, 
1368-9, ce l'ut Garça qui entretint le flambeau de la science et lui 
donna un nouvel éclat. 

Peut-être est-ce Palence qui donna naissance à un autre savant, 
contemporain de Çarça, Jacob b. Salomon Alfandari, traducteur 
d'ouvrages arabes en langue hébraïque. D'une déclaration de 
Çarça, qu'il a dû faire sans doute oralemoil à son ami Jacob pour 
l'exhorter à faire des traductions de l'arabe en hébreu ^, il semble 
résulter que les deux amis habitaient la même localité. C'eit sans 
doute ce passage qui a servi de source à Zunz* pour attribuer à 
R. Salomon Alfandari Valence comme résidence. Comme Çarça 
était originaire de Palence, nous avons aussi le droit d'assigner 
cette ville comme patrie à son ami. 

D. Kaufmann. 



DON ISAAC ABRABANEL ET LE COMMERCE DES ÉPICES 

AVEC GALIGUT 



Pendant son séjour à Venise, Don Isaac Abrabanel, l'ancien 
homme d'État, ne cessa pas toute activité politique ; il noua même 
d'étroites relations avec le Sénat de Venise à l'occasion de la ques- 
tion du commerce des épices avec le Portugal. Ce trait n'était 
connu jusqu'ici que par le témoignage de Baruch Uziel b. Baruch 
Haskito, ou Forti ^. Gelui-ci tenait sans doute ses renseignements du 
fils de Don Isaac, Joseph Abrabanel^, qui avait émigré avec lui en 

* Çarça termine ses deux récils historiques par la même phrase ; ÛTN '^îl N5 
' Cf. Steinschneider, Die heàrœischen Uebersetzungen des Mittelalten ^ p. 448, 939. 

' tD"«^n -np73, 87a : i-inDDbN np:?-« — i"n "^oddd —iujn "«T^T^b ■^no''"'D 
■^b ï:p'^n3'"'U5 ::"o r;53b\a n"n nbnnbi Q;i5b Ti'^y'jn \a"''0^n ^^nD p ::"o 
iD'ipn ';"iu)bb. 

"* Zur Geschichte und Literatur, p. 425 è. 

s Préface de n^n^in ^^^'^^12 : ^3 nn'::Dïi n.^ m7û:;b i-^id?: ï-r^r; 5<irf 

inb m-i"'p npn7û y-iwN "^[aDv:: û^ir^^i^m D'^n^an n"iwN"i=>T ts^Tj'jnn n-nno 
rr-Ts -nam tn-i^iDir^ji û-^nno bD nb ibrii d-^DDbi "^^Db tsniij'n imo"«:Dn 
û'^nbNrî nmn '^j-ii^ bt^-sr-» -t::nd Drr^3'^r3 np^. 

« ibid., u:^N i'i-^ bwN^nnnx ^dt^ in n\:;rî wsir: 'nn 122 ^y ro3 ûC7a 
5|iDT» û'^"nn-i Nb73T pT û-i^r nî m-nnab y^-j^r^ -ton w^izn pn:: innsn D^n 
D''»"'T û-^r^D T^^û-» b3^ 'n. 

T. XXXVIII, N« 75. 10 



146 REVUE DES ETUDES JUIVES 

1503 de Monopoli à Venise et qui, à l'âge de quatre-vingts ans, 
se trouvait à Ferrare, en 1552*. 

La première attestation documentaire de ce détail nous est 
fournie par une pièce originale conservée dans les archives 
royales de rÉtat vénitien. Nous y trouvons la première réponse 
écrite adressée par le Conseil des Dix, dès le 12 août 1503, à la 
proposition de Don Isaac. Évidemment Abrabanel, aussitôt après 
son établissement à Venise, avait commencé à se mettre en 
rapport avec le Sénat. Peut-être faut-il même voir dans les 
affaires qui le mirent en relations avec la Seigneurie la raison de 
son établissement à Venise. 

Tout occupé qu'il fût de ses projets littéraires et de ses vastes 
travaux scientifiques, ce pratique homme d'État, qui avait servi 
tant de pays et de gouvernements, avait encore conservé assez 
d'intérêt pour les affaires publiques et la situation politique géné- 
rale, pour pouvoir à tout instant passer de ses occupations litté- 
raires à l'activité politique. Des nouvelles d'une importance extrême 
étaient parvenues à ses oreilles de son ancienne patrie, du pays où 
il avait exercé si glorieusement ses talents. Le Portugal était sur 
le point d'amener une transformation complète du commerce 
européen avec l'Orient, et ses caravelles rivalisaient par leurs suc- 
cès dans les découvertes avec celles de l'Espagne. Le 20 mai 1498, 
les vaisseaux de Vasco de Gama étaient arrivés sur la côte de 
Malabar, dans le port de Galicut. Le Portugal était parvenu au 
but de ses vœux en touchant cet avant-poste du commerce des 
épices des Indes Orientales, cette source fabuleuse de toutes les 
richesses. Le 9 mars 1500, une nouvelle escadre avait été expédiée 
du port de Lisbonne, sous le commandement de Pedralvarez 
Cabrai, vers ce pays merveilleux, et, dès le 5 mars 1501, une 
troisième expédition y fut envoyée sous la conduite de Joao de 
Nova. Les espérances devenaient de plus en plus grandes et 
l'esprit d'entreprise grandissait toujours davantage Un nouvel 
empire portugais allait s'élever dans l'Orient. Le 10 février 1502 
Vasco de Gama partit avec une flotte très nombreuse pour un 
second voyage à Calicut. 

C'est avec terreur qu'on apprit à Venise la nouvelle de ces 
entreprises. Le commerce des épices, qui jusqu'alors se faisait 
d'Arabie en Egypte et de là en Europe, par l'intermédiaire des 

' Canuoly, Ozar Nechmad, II, 63, noie 2i. remarque que Forti n'indique pas la 
date de sou départ pour Venise : cependant il le dit expressément : !T^bî<I3"'î<!3 mT'S 
T^nTibr^TO "«^y^'^'^yn imbri n">r; [riO.'î =] a^'^JlS "^D nSO- Q^^m à la prononciation 
du nom d" Abrabanel, voir le véuioignage de Léon di Modena, qui le partage dans une 
de ses poésies en trois mots hébreux : b"N "^"3 ^''SN {Israël. L^tterbode, III, 101. 



NOTRS ET MÉLANGES 147 

vaisseaux de la R^piablique de Venise, menaçait tout à coup de 
tomber entièrement aux mains des Portugais. Les épiceries, les 
épices de l'Orient, les trésors des Molluques, le poivre, la cannelle, 
les clous de girofle, le gingembre, la muscade, etc., allaient bientôt 
se vendre à des prix d'an bon marché inouï, en passant directe- 
ment du port de Lisbonne dans le commerce européen . Des 
commerçants étrangers s'étaient également joints aux Portugais. 
Des capitalistes allemands, comme les grands négociants dWugs- 
bourg, les Velser et les Vôhlin, des négociants génois et florentins^ 
avaient saisi l'occasion favorable; seule Venise, qui était menacée 
directement dans ses intérêts vitaux, se tenait à l'écart, en 
boudant. Abrabanel crut le moment venu de mettre à la disposition 
du Sénat ses relations avec le Portugal pour nouer des rapports 
commerciaux nouveaux et plus favorables. Sa renommée et sa 
personnalité garantissaient suffisamment qu'il serait un agent 
digne de confiance. Il ne s'était pas borné à des encouragements 
et à des conseils, mais il avait envoyé son neveu en Portugal pour 
obtenir du gouvernement portugais les conditions d'un nouveau 
traité de commerce avec la République. 

La réponse officielle du Conseil des Dix à Abrabanel témoigne 
delà haute considération qu'on eut pour lui dès son installation à 
Venise. Le projet de Don Isaac avait fait une si bonne impression 
auprès des Chefs de la Seigneurie, qu'on ne tarda pas à le remer- 
cier en termes honorifiques et solennels. On avait accueilli avec 
plaisir la nouvelle qu'il serait bientôt en état de transmettre des 
renseignements directs et personnels de la part du gouvernement 
portugais. Jusque-là on l'assure des bonnes dispositions et de la 
bienveillance de la République, dont la gratitude eff'ective lui est 
promise, si son projet vient à se réaliser. 

Quoique ce ne soit qu'un rayon fugitif de clarté qui se trouve pro- 
jeté ainsi sur l'activité politique d'Abrabanel, c'est là néanmoins un 
précieux exemple de ce que la biographie du grand homme d'État 
peut encore espérer de l'étude des archives des différents pays où 
il a séjourné. Ici aussi l'histoire juive n'est encore qu'à ses débuts. 

D. Kaufmann. 



APPENDICE 

MDIII die xii augusti cum additione 

Quod domino Isaach Abraha(m)[u]anel hebreo,qui nuper hue venit 
ex portugallia fecitqueeam Dropositionem in materia spetierum cholo- 

^ Sophus Ruge, Geschichte des Zeitaltersder Entdeckunge», p. 147 et s. 



148 REVUE DES ETUDES JUIVES 

cuth quae nunc lecla fuit huic consilio, responderi debeat per capita 
in haoc sententiam. 

Che nu3^ lo habiamo veduto et aldito volunlieri, si per le bone qua- 
lité et virtù de la persona sua, si etiam per la materia proposta, et 
per la bona mente el dimonstra haver, al beneficio et commodo de la 
Signoria nostra de la quai el sij cum parolle grave et accommodate 
rengratiato. Siali deinde facta mention de la antiquissima amicitia et 
benlvolentia, che naturaliter è sempre stata fra quel Ser"^. Re et la 
Sig''* nostra et tuta la naliou poriogalese et Venetiana come è noto 
a tuto il mondo. Poi se subzouzi, che nuy habiaioo intesa la oblatione 
el fa de rcmandar el suo nepote in portogalio, per portarne una reso- 
lutione in questa facenda; et che quando el sarà ritornato, nuy al- 
diremo tulo quello el ne proponerà et ben consyderato et ponderato 
el tuto, non se partiremo da quelli termini che ne parerano rasone- 
voli et convenienti. In Gaso veramente che la cossa habi luogo, et 
sortisca effecto, el puol esser certo, che non lié, per manchar la solita 
gratitudine del stato nostro. 
• 9 

Ser Dominicus Bollanj, Ser Petrus Duodo consiliarij volunt. Quod 
praesens materia et responsio, differatur usque ad appulsum trire- 
mium nostrarum viagij Alexandriae. 

+ 48 — 1 _ — 

Venezia. Archivio di Stato, 

Gonsiglio dei Dieci — Misti. R'^o 29, c»« 485 t^. 



moïse di fano 



On ne savait rien jusqu'à présent des enfants de Menahem Azaria 
di Fano, sauf le nom de son fils, Isaac Berèchia^ qui portait le 
nom de son grand-père et d'Elisa Yohaï, qui est nommé par Jo- 
seph Yedidia Garmi ^. Sur une feuille détachée d'un vieux livre 
de copie que je possède, où, suivant l'habitude italienne, des lettres 
et des documents paraissent réunis plutôt à cause du style que pour 
l'intèrôt historique, nous trouvons le nom d'un second fils du célèbre 
rabbin deReggio Eoiilia, celui de Moïse, qui était fixé à Modène et 
qui y a traversé des épreuves. 

La lettre que la communauté de Modène avait donnée à Moïse di 
Fano pour son triste voyage à l'étranger donne un exemple sai- 
sissant de l'instabilité de la destinée dans une des familles juives 

» Cf. Bevîie, XXXV, 86, noie li. 

* D-'i^n q^D, 1° 107 fl. 



NOTES ET MÉLANGES l/,9 

les plus considérées de l'Italie. Moïse di Fano était le descendant 
d'aïeux, non seulement illustres, mais encore fortunés. Son père 
R. Menahem Azaria avait uni à l'éclat de l'érudition et de l'autorité 
rabbiniques une fortune assez importante, qui lui permit d'enrichir 
sa collection de livres des manuscrits les plus précieux ^ Par son 
père comme par sa mère, Moïse di Fano était le neveu d'hommes 
éminents dont la renommée s'étendait bien au delà de l'Italie. 
Isaac b. Vardimas Foa, le rabbin de Reggio Emilia % reconnu 
comme une autorité incontestée dans toutes les questions rabbi- 
niques, était le beau-père de R. Menahem Azaria. Moïse di Fano 
pouvait s'enorgueillir à juste titre aussi bien de ses oncles, frères 
de sa mère, que de son grand-père, lliskiya Vardimas, Samson et 
David Hananel di Foa sont appelés par le disciple de R. Menahem 
Azaria et l'éditeur de ses Consultations, Isaac b. Mordechaï de 
Pologne, les trois colonnes de l'Italie ^. 

Cependant Moïse di Fano, malgré tout l'éclat de son origine, ne 
put échapper à la pauvreté. Il avait tout tenté pour lutter contre le 
destin, ne considérant aucun travail comme déshonorant, ni aucune 
profession comme indigne du descendant d'aïeux si illustres. La 
communauté deModène lui donna l'attestation élogieuse que le fils 
de R. Menahem Azaria, le petit-fils de R. Isaac Foa, n'avait suc- 
combé qu'après une lutte désespérée et héroïque contre les persé- 
cutions du sort et que la nécessité seule l'avait décidé à invoquer 
le secours de ses semblables. S'il ne lui restait rien que le grand 
nom de ses aïeux, il pouvait, du moins, conserver la satisfaction 
de savoir qu'il n'avait rien fait qui eût pu amoindrir leur mémoire. 

D. Kaufmann. 
APPENDICE 

.b"ii:T 1DND72 rtnT3' 
173 "•DION * Niïi '^N'irj ïiu:72 n^7:N^i ûnb^ ms-^s^asiNS ■i:^^:'^ n73«5 

1 Revue, XXXVl, 108 et s. 

» Dans les Consultations, n° 32, du livre des Responsa de R. Menahom Azaria, qui 
lui est attribué, au lieu de: ib "llin «■'"iT'^m nn'T'D ■'D3 b^ ^IHO, il l'aut, 
d'après mon exemplaire qui a peut-être été corrigé de la muin de K. Menahem lui- 
même et qui provient de la bibliuthèqut: d'Abraham Joseph Salomou Graziano, 
lire "^ini. 

> Ci". Landshuth, min^^ri "^^73^, p. 188. C'est peut-être un autre Moïse de Fano 
dont l'épitaphe a été écrite par Léon de Modena, voir Israël. Letterbode, III, 102. 

* Be rachat, 4 a. 



150 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ï-iT ^D !rî57:w t-n^5> i^j^'nb nsNi tiDy pb ^ -«b^Tû "^"ninTûTai ^ piuîn 

i73u: p'inn it:"^ t2"^p23>3 bn:i n^n n^-i ^d nc7373 b-n:; i:b "17:1 t.sn 
b^ 3 ri^7jbn73 T^on "^is T's:' "^î^ b"2:T iSwSdtj h^St:' en:?: 'mro ûDnn 
inn p tinm in-^sn nn^n n?2N n-nn ,b"^T ^"acnn 5<nN "i3T n^hn 
m?ûO-nD7abi its":: D^^n^^rjn r^i3 b":rT r-iNiD pn::-^ '.-11733 ';iN:rî bo 
^Np-^To:^ Nn-^nb t*»i-i:i"^t<t3 bD3^ ib n^n ï-it: ^IwN /ï-i^i<-) ^ni: v^ 
■^iby -^-im ^N72 b^ binob ito^^l' '^^1 N^n^NT t<73nnnb ^ij^-^p-i û-nTû-, 
rriD"' d^DD "1303 tibnpT «i;dn-i nb ys:': b;T b:i b^ Sri n-^^j^ p 
Su2i Npiujn Nnb^î ::u:d "n:?i r-iî<T -^s^-i 1N3 "^n^ iNn "ht^n-^t p'^-\ 
nn^nb t]n"j N^nnb rninn:: n730 nn:: ' Nin n3^ î<:n3T iyi< ^^-l^K 
V^i tnb l^N in"'3m » 3'"«nu:72 y73nprr V^ ""^ "^'^ ^^^ ^b riT bDi 
■^D -i-itJNb ■in-'^iipm -^b i^td^ "^DibN rinj^n nnpn moD «bi nb73'>a 
•«33 bD Dr ion bTjiiiD do-^^wx tzjm^N b^ t2n3:iin mi: b» ",t3''3n 
b3> innrs m-i ï-i!d3i -«D^n riT hy wizm nonn T^D-nn dnobm dbiyn 
iT^ Sn3n730 IU"^N imp-^Dm p"^33>m ib dD"^"!"^ nx innon mno 'n nm 
:r3U) do*>720î< ^ià'D'^ rrT no^m to^b ';n3 tcjn do-^pibi* 'n nr)-i3d 

— litinD"» d^-np-» -j-nTi 
■i-id:\ t^rtn ^dT ^j^by -^Nm iprc-irr "j^'ydDDN p-^Tan v^^^^ T^'^t 
NbN iT ï-n-^7D V^ ND->72t< £^7:inm Np73iyb N^^pn di-i73 i-^basi ■'-iv'' 
■>np3 b"«TNT 1^73 bdT 13b bN irr^ ■'"nm i^DDbTa iwNn^'^d ï-i'ia:^ '•'pibNn 
ï-i3n n^i:^) mdbnd b"T d"373nr: ^n^s^D "jm b:? «nn mpTa -i7:ni 
••73 c^D^N p dN rin nN p-^b T^nyï ■i7û:'3 ïn'<::^y 31:: Nb "^«n 
■^Topn Nmi3n inbid "^T^p c^ï^n-jnujN •'dn brjTDNT ■'b'^73 ';iy7DU3-'T p-» 
[N](n)r73t< ïibsn bu: r-n3nr:b -1^2:^31 bwS-^-iwN inbi:» -^cn-i inbid 
•^b^^rt 3i:"in "ni: bN Tj"^3rr drr"i3N -^pibN t^y "'3'^n3 id''3'^72 c^mL]733 
^^on 3"i3 "^DN n"j3i7DT ï-iT 3nd t^^oiD 'n -131 bj' "rnm mn rid^T 
nb '^^^n3 i^bi' "ibn73nm loinm tZ!d\nn3N tm^723 irn^n -^d cidm 
babrirr nr^iT^i in-i^i bdTo Cddb-»::-^ ivb:? bN riT -id03T n^n rnds 

— dbi^d ntinn 



1 Pesikta jK., 42. 
' Berachot, 51 è. 

• Sanhédrin, \\ a. 

* Zunz, 6^C5. <ScAr., III, 265. 
■ Haguiga^ 5 J. 

« Tebamot, 121 a. 
' Pesahim, 113 a. 
« Ber.,2b. 



BIBLIOGRAPHIE 



ScHURER (Emil). Geschîclite «les jiidischen Volkcs iiii Zeitalter «leçiu 

ChriKti. 3. Auflage. Zweiler Band : Die inneren Zuslânde. Dritter Band : Das 
Judenthum in der Zerstreuunpç und die jûdische Literalur. Leipzig, libr. Hin- 
richs, 1898; in-8° de 584 + 562 p. (prix : 24 m., relié 28 m.). 

Cette nouvelle édition de la deuxième partie du Manuel de l'his- 
toire juive aux environs de l'ère chrétienne, œuvre du savant pro- 
fesseur de Giessen, est certainement la publication la plus utile 
de l'année. La deuxième édition était devenue introuvable. M. Schii- 
rer aurait donc déjà mérité la reconnaissance du public savant en 
se bornant à la réimprimer. Mais l'auteur n'aurait pas volontiers 
accepté un rôle si modeste. Pour qui lit régulièrement la Theolo- 
gische Llteratiirzeltmig^ dirigée par M. S., il était visible que celui- 
ci ne laissait passer aucune étude se rattachant aux matières traitées 
dans son Manuel sans l'examiner avec soin, en en confrontant les 
résultats avec ses propres conclusions. Dans un espace de douze 
ans — intervalle qui sépare la précédente édition de celle dont nous 
parlons en ce moment — il a rendu compte, dans son journal, de 
toutes les monographies et découvertes qui ont enrichi ou éclairé le 
domaine qu'il s'est approprié par droit de conquête. Ces recensions 
sont le plus souvent marquées au coin du bon sens; M. S. incline 
toujours aux opinions moyennes et ne se laisse pas séduire par l'at- 
trait des hardiesses faciles ; c'est ainsi, par exemple, qu'il a pris très 
nettement position contre les théories révolutionnaires de M. Wil- 
rich. Or, depuis douze ans, l'histoire de la littérature juive aux envi- 
rons de l'ère chrétienne a été fouillée avec le plus grand zèle par une 
légion de savants chrétiens et Israélites. Celte ardeur des travail- 
leurs a été surexcitée par les nombreuses découvertes faites dans ce 
laps de temps : découverte de la traduction grecque (fragmentaire) du 
Livre d'IIénoch, de l'original hébreu (fragmentaire aussi) de l'Ecclé- 
siastique, de textes slaves dans lesquels se sont conservés d'an- 
ciens Apocryphes, etc., découverte aussi de papyrus historiques ou 
magiques, d'inscriptions grecques montrant l'expansion du judaïsme 
dans le bassin de la mer Méditerranée, etc. C'est le bilan de ces 
douze années d'un labeur poursuivi dans toutes les directions par de 
nombreux chercheurs qu'a dressé M. S. Aussi le deuxième volume, 
consacré aux institutions et à la littérature, qui, en 1886, comptait 



152 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

884 pages a-t-il dû être dédoublé et il eu forme maintenant deux, 
comprenant ensemble plus de 1100 pages. 

Comme les additions sont signalées suivant un système très ingé- 
nieux, il sera facile d'évaluer les enrichissements nouveaux ; c'est ce 
que nous ferons prochainement dans une recension détaillée, qui 
portera uniquement sur les améliorations et perfectionnements qui 
rehaussent le prix de cette 3° édition. Mais, outre les parties neuves, 
nous examinerons les remaniements, corrections et modifications que 
M. S. a cru bon d'apporter à son œuvre primitive. Avec un courage 
peu banal, l'auteur n'a pas craint, quand il le jugeait à propos, de 
brûler ce qu'il avait adoré. C'est ainsi, par exemple, qu'au lieu de 
considérer, comme autrefois, la Vie d'Adam, appelée aussi à tort VAi^o- 
calypse de Moïse^ comme un écrit d'origine juive, il y voit maintenant, 
ajuste raison, une composition chrétienne. Nous enregistrons ce 
point avec une certaine satisfaction, car c'est notre thèse, défendue 
seulement en passant, qui triomphe. — Inutile d'ajouter que la litlé- 
rature, c'est-à-dire la Mblioffrap/iie de toutes les questions traitées à 
fond ou accessoirement dans les présents volumes, est toujours 
admirablement soignée ; impossible d'y découvrir la moindre lacune 
sérieuse. Même, par un véritable tour de force de l'imprimeur, cette 
bibliographie est à jour, dans toutes ses parties, presque à la date 
de la publication de l'ouvrage. L'ouvrage serait parfait si l'histoire 
des idées était tracée avec la même sûreté et la même ampleur d'ex- 
position que les institutions et la littérature. Mais M. S. ne 
pouvait l'entreprendre, car cette histoire est loin d'être encore au 
point et il lui aurait fallu, pour faire œuvre personnelle, se plonger 
dans la mer du Talmud, ce dont il n'a ni le loisir ni les moyens. Ce 
n'est pas à M. S. que doit s'adresser le reproche, c'est aux savants 
compétents qui n'ont pas encore procédé aux recherches avec la 
rigueur de méthode nécessaire ni exposé dans des manuels à la 
portée de tous le résultat de leurs investigations. — Nous avons 
voulu aujourd'hui annoncer simplement l'apparition de cette œuvre 
magistrale ; nous comptons en rendre compte plus copieusement 
une autre fois. 

Israël Lévi. 



Apoki'yphcn (Die) und Psoutlepigraplion des AUeii Testaments, 

ubersetzt u. herausgegeben vou E. Kautzsgh. Fribourg en Brisgau, libr. J. C. B. 
Mohr, 1898; in-4". 

Si nous envions à l'Allemagne le monument de science et de 
patience dont nous venons d'entretenir le lecteur, nous sommes 
réduits à éprouver le même sentiment en présence de la traduction 
des Apocryphes et des Pseudépigraphes de l'Ancien Testament dont 
le savant M. Kaulzsch a pris la direction. Qui croira qu'en France, 
manque encore aujourd'hui une œuvre analogue ! Nous avons, il est 



i{iMLior.HAi*niK m 

vrai, la traduction des Apocryphes entrés dans le canon de l'Église, 
mais cette version répondrait-elle aux exigences de la science mo- 
derne, qu'il faudrait encore déplorer l'absence de tous les pseudépi- 
graphes, et l'on sait l'importance de ces écrits pour l'histoire des idées. 
G. Brunet avait voulu combler la lacune par son Dictionnaire des 
Apocri/2^hes, qui fait partie de la collection Migne. Mais Brunet était 
dépourvu de toutes les qualités requises pour une telle entreprise. 
Aussi s'est-il borné à rendre en français les plus anciennes versions 
des œuvres connues de son temps. C'est ainsi, par exemple, que la 
traduction du livre d'IIénoch reproduit servilement celle de Lawrence. 
Nous ne disons rien de l'esprit dans lequel sont conçues les notes et 
les introductions. Mais que d'oeuvres ne figurent pas dans cette collec- 
tion, soit qu'elles aient reparu au jour depuis, soit que Brunet les 
ait écartées par caprice. Reuss n'a pas non plus cru devoir faire 
entrer ces écrits divers dans sa traduction de la Bible. Il lui aurait 
fallu, pour cela, des collaborateurs unissant à la connaissance de 
l'hébreu et du grec celle du syriaque ou de l'éthiopien, langues dans 
lesquelles se sont conservés plusieurs de ces livres pseudépigraphes. 
M. Kaulzsch a mené à bonne fin son entreprise précisément parce qu'il 
a eu l'heureuse inspiration de partager la besogne entre plusieurs 
savants. Voici la liste de ses lieutenants avec la tâche qui a été 
répartie à chacun : 

Le livre d'Enoch et le Martyre d'Isaïe (Georg Béer) ; 

Le Proemium et les livres III-V des Oracles sibyllins (Friedrich 
Blass) ; 

L'Assomption de Moïse (Cari Glemen.) ; 

Le IVe livre des Macchabées (Adolph Deissmann) ; 

La Vie d'Adam et Eve, ou Apocalypse de Moïse (E. Fuchs) ; 

L'Apocalypse d'Ezra, ou IV^ Ezra (Hermann Guukel) ; 

Le 3^ livre d'Ezra (Ilermann Gulhe) ; 

Le 2^ livre des Macchabées (Adolf Kamphausen) ; 

Les ■1'"' et 3° livres des Macchabées et le Testament de Nephtali 
d'après le texte hébreu (Emil Kautzsch); 

Les Psaumes de Salomon (Rudolph Kittel) ; 

Le livre des Jubilés (Enno Littman); 

Tobit et Judith (Max Lohr) ; 

Le livre de Baruch, les lettres de Jérémie et les additions à Daniel 
(Wilhelm Rothstein) ; 

La prière de Manassé, les additions à Eslher, la sagesse de Jésus, 
fils de Sirach, ch. 39-49, d'après le texte hébreu, et l'Apocalypse de 
Baruch (Victor Ryssel) ; 

Les Testaments des 12 Patriarches (F. Schnapp) ; 

La Sapience de Salomon (Karl Siegfried) ; 

La lettre d'Aristée (Paul Wendland). 

Qu'on nous permette de présenter quelques observations touchant 
l'adoption dans cette collection de certains écrits. Pourquoi, d'abord. 



154 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la préférence accordée au Testament de Nephtali hébreu? Sans aucun 
doute, ce morceau, signalé seulement il y a quelques années, se 
rattache étroitement au même Testament du texte grec Mais repré- 
sente-t-il la forme originale? Sûrement non; la rédaction en est des 
plus récentes, le style est celui des conteurs occidentaux du xii« ou 
du xiii^ siècle. Si donc M. Kaulzsch le croit digne d'une traduction 
et d'un commentaire, et non d'une simple mention à propos de la 
discussion sur l'âge et l'origine des Testaments des douze Patriarches, 
pourquoi ne pas conférer le même honneur au Midrasch Vayissaou, 
semblable pour le fond au Testament de Juda et au livre des Jubilés ? 
Et si M. K. accepte cette addition, il n'y a plus de raison pour ne pas 
ajouter à la collection tous les opuscules hébreux ou araméens pa- 
rallèles aux Apocryphes, le Tobit publié par M. Neubauer, Jtidith, 
Meguillat AntiocJios^ Suzanne etc., et même le Midrasch Tadsché (à 
cause de ses analogies avec le Livre des Juhilés). — Nous connaissons 
le motif qui a fait ranger parmi les Apocryphes ou Pseudépigraphes 
la Vie d'Adam et Eve. Sur la foi de quelques savants, M. E. Fuchs 
croit encore à l'origine juive de cet écrit, qui s'est conservé en grec, 
en latin, en arabe et en éthiopien. Nous avons protesté autrefois 
contre cette hypothèse, sans exposer toutes les raisons qui la com- 
battent; on a vu plus haut que M. Schûrer a abandonné cette hypo- 
thèse. L'origine chrétienne de ce petit roman est hors de doute, et 
s'il s'y trouve quelques agadot semblables ou parallèles à celles du 
Midrasch, cette rencontre n'est pas plus surprenante dans cet écrit 
que dans la Caverne des Trésors, qui est sûrement l'œuvre d'un chré- 
tien. — Si nous ne sommes pas d'accord avec l'éditeur sur ces points, 
en théorie, nous ne nous plaignons pas cependant que ces écrits 
soient rendus plus accessibles au grand public et nous lirons certai- 
nement avec le plus vif plaisir les notices et commentaires qui 
les accompagneront. Nous demanderons seulement aux éditeurs 
puisqu'ils sont en veine de générosité, de nous donner les textes 
slaves des Secrets d'Enocli qui ont été publiés récemment. 

Les dix premières livraisons que nous avons sous les yeux con- 
tiennent : l^Leo'^ livre d'Esdras, les I", II« et 111° livres des Mac- 
chabées, Toint, Judith^ les Additions aux livres canoniques : la prière 
de Manassé, la prière d'Azarla et le Cantique des trois jeunes gens dans 
la fournaise, Suzanne, Bel et le Dragon; les additions au livre 
d'Eai/ier, le livre de Barucli et V Ecclésiastique (jusqu'au ch. XVIII). 
Nous regrettons que la traduction de ce dernier écrit paraisse avant 
l'éditiuu — qui ne tardera pas de voir le jour — de nouveaux frag- 
ments de l'original hébreu, édition qui ne manquera pas de rendre 
inutiles, tout au moins, nombre d'hypothèses sur l'état du texte pri- 
mitif et peut-être de modilier certaines vues touchant l'auteur de cet 
écrit. 

Le plan suivi par M. K. et ses collaborateurs est celui qui est devenu 
traditionnel dans toutes les éditions sérieuses. Une introduction 
traite de l'origine, de la date de composition, de la langue originale, 



BIBLIOGRAPHIE 155 

de l'histoire du texte et des manuscrits. Comme on le devine, ces 
introductions sont de valeur inégale, elles sont plus ou moins éten- 
dues. Si, par exemple, l'introduction au I'^'" livre des Macchabées est 
bien conçue et ne laisse dans l'ombre aucun point important, celle de 
Judith est singulièrement écourtée. Ajoutons que les auteurs de ces 
introductions paraissent complètement ignorer notre Revue et, en 
général, toutes celles qui s'occupent spécialement des études juives. 
Aussi ne connaissent-ils pas, entre autres, les travaux de M. Bûchler 
sur le 3e Esdras, les lettres du 2° livre des Macchabées, les sources 
de Josèphe pour l'histoire des Macchabées. Les thèses défendues par 
notre excellent collaborateur méritaient d'être signalées, sinon dis- 
cutées. — La collection formera de 24 à 30 livraisons; prix de sous- 
cription, 15 m. 

Israël Lévi. 



Resch (Al(red). I. iHc LojUfia Jesii, nach dem griechieschen und hebràischen Text 
wiederherf^estellt. Leipzig, libr. J. G. Hinrichs, 1898 ; in-8'' de xxiv -f 302 p. — 

II. yy:^'' -^nm — TT^u:7an y^'Q'^ n-nbin hdo ta AoriA insor. Leipzig, 

J. G. Hinrichs, 1898; pet. in-8" de 120 p. 

Ce n'est pas ici le lieu d'examiner si M. Resch a atteint le but 
qu'il se proposait, et qui nous paraît singulièrement chimérique à 
tous les points de vue : la reconstitution de l'Evangile primitif, 
VUrevanffelium des écoles allemandes. Notre Revue s' inlev dit d'aborder 
ce terrain, à moins qu'il ne rentre dans le domaine des études aux- 
quelles elle est consacrée. Nous ne suivrons donc pas l'auteur dans 
la discussion minutieuse des raisons qui lui ont fait donner la préfé- 
rence à telle leçon plutôt qu'à telle autre ; nous ne discuterons pas non 
plus le fond de la thèse elle-même, à savoir s'il y a jamais eu un 
Urevangeiiu7n. L'éditeur, en soumettant à notre appréciation ce tra- 
vail, a probablement voulu nous demander notre sentiment sur la 
valeur même de la reconstitution de M. R. jugée au seul point de vue 
linguistique. C'est ce jugement que nous rendrons avec la plus 
grande loyauté, ayant le courage d'appeler « un chat un chat... » 
Peut-être encourrons-nous ainsi de nouveau les foudres de M. Schû- 
rer, qui semble nous reprocher notre sévérité pour une reconstitu- 
tion analogue, qui elle, au moins, s'appuyait sur un texte sûr qu'il 
fallait simplement retraduire en hébreu. Mais pourquoi déguiser sa 
pensée et laisser croire qu'on est dupe des amateurs qui prétendent à 
la science parce qu'ils savent manier les dictionnaires? — A notre 
sens, une œuvre comme celle de M. R. se condamne d'avance à 
la stérilité. Qii'oti se borne à restituer des expressions isolées, des 
locutions, des membres de phrases, des tournures, à la bonne 
heure! Mais vouloir rétablir des versets, des tirades entières dans 
les conditions désavantageuses qu'offrent les Evangiles, c'est une 
présomption ingénue. La découverte de l'original de l'Ecclésiastique 



\r,fy REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

a porté le dernier coup aux illusions des faiseurs de restaurations. 
Des savants, dont plusieurs maniaient l'hébreu avec aisance, n'avaient 
pas cramt de rétablir l'original en suivant les versions grecque et 
syriaque. Encore avaient-ils la chance de travailler sur une traduc- 
tion qui est le calque presque fidèle de l'ouvrage hébreu. Quelle le- 
çon ! Etnunc, translatores, erudimi/ii! On. avait bien retrouvé parfois 
un nom, un verbe, une forme grammaticale, un tour de phrase; mais 
même dans les versets où le sens est transparent, la construction des 
plus simples, le calque grec ou syriaque d'une exactitude parfaite, pas 
une fois on n'est arrivé à une reproduction entièrement fidèle ! Et 
l'explication de cet insuccès est facile : une condition était requise 
pour réussir, la connaissance de la langue de l'auteur : était-ce l'hé- 
breu rabbinique ou l'hébreu biblique, et, dans ce dernier cas, quel 
hébreu, car la langue de Job n'est pas celle des Psaumes, celle de 
Malachie diffère de celle d'Isaïe?. . . Or, il s'est trouvé que Ben Sira, 
tout en s'inspirant de la Bible et en la pastichant avec amour, ne 
laisse pas d'avoir son style, son vocabulaire, sa syntaxe à lui. — Le 
problème est singulièrement plus compliqué en ce qui touche à VUr- 
evangelium. D'abord il n'est pas sûr qu'il ait été écrit en hébreu, il 
peut tout aussi bien, sinon plus vraisemblablement, l'avoir été ea 
araméen, langue populaire du temps. Pour une expression insolite 
en grec qu'expliquent concurrement l'hébreu et l'araméen, il en est 
d'autres dont l'araméen seul peut rendre compte. Mais, à supposer 
une rédaction hébraïque, de quel hébreu s'agit-il? Est-ce celui de 
la Bible, ou de l'Ecclésiastique, ou des prières composées alors, 
comme celles qui accompagnent le Schéma et le Schemonè Bsrè, ou, 
enfin, l'hébreu rabbinique proprement dit"? Pour qui connaît tant 
soit peu Phistoire de la langue hébraïque post-biblique, le problème 
est absolument insoluble. — En tout cas, ce n'est pas la rédaction 
de M. R. qui modifiera notre sentiment a priori. Le style que M. R. 
attribue à l'écrivain juif est un mélange innommable d'élégance et 
de platitude. C'est ainsi que \q vav couver si f, le he locatif sont em- 
ployés à côté d'une construction comme celle-ci : nNT Ninb bnn nCît^T. 
Bien plus, certaines expressions, que nous prenons au hasard dans 
la même page, n'ont certainement jamais pu sortir d'une plume juive. 
Exemples : 13> 73b ^Ti'ny T-in"T'"i imosn^ pMjb û-'Uipn?^ Q">-iDion"i. 
,t-ibNn m^-^n^^rî b^i2 abT^rtb c:-'^Nn TTin ]yi2b omt^ -10^' 
ù"'nnNn tii'^U)3Nrî <( les autres hommes, autrui ». Nous pourrions 
multiplier les spécimens de cette sorte. Si vraiment le texte grec exi- 
geait une telle retraduclion en hébreu, la preuve serait faite : un 
original semblable n'a pu jamais exister. Ce n'est évidemment pas la 
démonstration qu'a voulu faire M. R. 

Par une coïncidence qui n'est pas pour surprendre — il y a des 
questions qui sont dans l'air à certains moments — M. Dalman 
s'attaquait au mémo problème, et son étude corrobore nos conclu- 
sions (Die Worte Jezn, m\t Bcrikksichtigwig des nachkanonischen 
jildischen Schriftums und der aramàischeii Sjivache erœrtert. Band 



lUDLluGRAPIJIE 157 

I, Elnleitung u. wkhiUje BcgrifJ'e. Leipzig, Hinrichs, 1898; in-S'* de 
VIII + 319 pag. ; prix S m. 50). M. D. a Tavanlage sur M. Resch 
d'être un philologue, qui conoail bien, pour les avoir pratiqués, les 
divers dialectes usités chez les Juifs des environs de l'ère chrétienne 
dans leurs écrits et leur parler. M. D. est, d'ailleurs, celui des théolo- 
giens non-juifs qui sait le mieux s'orienter dans la littérature rabbi- 
nique et étudier avec un esprit critique les idées qui y apparaissent. 
M. D. prend le contre-pied de la thèse de M. R., et il se borne à expli- 
quer certains termes ou locutions des Evangiles en les replaçant dans 
la bouche des Juifs du temps. Pour lui, cette langue est plutôt lara- 
méen que l'hébreu. Ce qu'il s'attache surtout a déterminer, c'est, 
étant donnée l'expression même employée par Jésus dans ses discours, 
le sens qu'elle comportait pour les auditeurs. Le travail de M. D., 
qui laisse loin derrière lui tous ceux qui l'ont devancé et qui 
témoigne d'une science sérieuse, mérite un examen attentif, car ce 
n'est rien moins qu'un tableau des idées juives à l'époque de 
Jésus. M. D. y a joint la collection des textes messianiques de la 
littérature postbiblique, Oracles sibyllins, III, 652-672: V, 414-433; 
Psaumes de Salomon, xvii, I — 9, 23-54 ; Hénoch, xlvi, I — 6; lxii, 

1 — 16 ; XL, 5 — 38 ; Apocalypse de Baruch, xxxix, 5 — xl, 3 ; lxxii, 

2 — Lxxiii, 3; 4« Ezra, xii, 31-34; xiii, 1—13, 25-40, 48-o2; le 
Sckemonè Esrè, version palestinienne, retrouvée récemment par 
M. Schechter dans un fragment de la gueniza du Caire; version 
babylonienne ; Sclumoiiè Esrè abrégé, versions palestininienne et 
babylonienne; le Kaddisch ordinaire et le Kaddisch de-Robanan; 
Moussaf de Rosch Haschana, et deux compositions liturgiques 
modernes. — Cette partie se vend séparément, à l'usage des étu- 
diants en théologie. 

Israël Lévi. 



Gunzict (Israël). Le Commentaire sur les Proverbes du Caraïte Ye- 
pheth ben Ali Halévi, publié pour la première fois d'après plusieurs manuscrits, 
avec une introduclion et des notes. Cracovie, Joseph Fischer, 1898; in-8» de 
50 -j- XXXII p. 

Des ouvrages d'exégèse — qui existent encore en grande partie 
— du Caraïte Yéphet b. Ali, n'ont été imprimés jusqu'ici que la 
traduction des Psaumes, le commentaire sur le Cantique et le 
commentaire sur Daniel, les deux premiers par l'abbé Barges, le 
dernier par M. Margoliouth*. Aussi faut -il accueillir avec plaisir 
le présent ouvrage, qui contient la courte préface et les trois pre- 
miers chapitres de sou Commentaire sur les Proverbes. L'édition 
de M. Gûnzig est faite d'après trois manuscrits, ceux de la Biblio- 
thèque nationale de Paris, de la Bibliothèque royale de Berlin 

* On a édité encore quelques rares fragments de l'œuvre de Yéphet. 



1S8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et du British Muséum. M. Gûnzig a conservé avec raison dans son 
édition l'écriture hébraïque des manuscrits et se borne à de rares 
emplois des signes de l'écriture arabe [tcschdîd, hamza et quelques 
points-voyelles). Il est vrai que, comme il le dit expressémenl, il 
suit constamment la méthode de transcription usitée depuis Munk, 
mais il se permet de faire la modification, également admise par 
d'autres, qui consiste à rendre ^ par - et ^ par ^. Si ce procédé est jus- 
tifié par une partie des manuscrits hébreux-arabes, il serait à sou- 
haiter néanmoins qu'on conservât dans les éditions la méthode sui- 
vie par le grand maître de ce genre d'études, dans son édition 
classique àM Guide des égarés, et qu'on transcrivît ^ par à et ^ par :♦. 
L'édition de M. Giinzig, qui cite, dans ses notes, les variantes des 
différents manuscrits qu'il a utilisés, mérite des éloges pour l'exac- 
titude avec laquelle a été établi le texte en général, et témoigne par- 
tout des connaissances scientifiques de l'éditeur. Nous réunissons 
ici quelques corrections du texte, que déparent seulement de rares 
fautes d'impression : 

P. III, dernière ligne, :-:dn, lire nsN- —P. iv, 1. 12, -^hy, l. -^bN- — 
Ibid., 1. 20, tnn^ci) 1. ûrTn^oi, ^^3- — v, i, rsïusbN-i. i. ïïnn'o:bNi 
aeçon de deux manuscrits). — ix, 8, ^iN:jbbi<, 1. liN-jbbN- — I^-t 
1. 4 d'en bas, n-inn, 1. -^^nn (= '■^^). — xi, i, -ini -«d, l. nn:i"^D 
^= y^y)- — Ib., 1. 13, nnnn, 1. l'^'inn- — Jb., avant-dernière ligne, 
e teschdU au-dessus du à de \n-jy doit être supprimé (le teschdîd se 
trouve également à tort, xii, 5 ; xiv, 5). — xii, 12, rrT:îbN, I. rÏT^Iîb.s. 

— Ib., 1. 22, ^r^y, 1. -in:?- — Ib., 1. 24, -^711:3, 1. -in:i3- — xiii, 22, o::b5«^ 

I. DD:ib&< (^-^i)- — XIV, 19, 3>i2bN% 1. 3^iV::n. — xv,6, i^nnj^p, 1. i^^î^p. 

— xviii,8, n:Sn-i, i. ri:ïm. — /^.,l-25,yV::57obN-i, 1. ybà-ûb^T ( = jaJL^ij). 

— XIX, 6, rîn"^"^:bN, 1. rni->ib5< (= »>^). — Ib., 1. 7, nnïsr 1. nn^rr- 

— Ib ^ ';i-iny\ l. in-in:?'^- — Ib., 1. 17, i-ii-inbN, 1. i-^^n-^.nbLN- — xx, 5, le 
teschdîd au-dessus du second 7a de ntoht^ doit être supprimé. — 7^., 

^J. '^^' ''^"''^' ^' ^'^'^^ ^^^^^' ~ ^^^' ^' ^"^'^'^DND, 1. Dn^'iDD- — XXIII, 6, 
fnbN, 1. inbN ; c'est le mot hébreu in avec l'article arabe. — Ib., 1.-11, 

HDNDTsbN, 1. riNDï<^72bî< Tde même le ms. de Londres, qui, au lieu de 

II, porter). Peut-être faut-il aussi lire, ibid., nyNrûbwS- au lieu de 
nNyN::bî<. — xxiv, 6, vb^, l. "^bx. — Ib., 1. 9, après Y^^^a n-^^s-^T» il 
manque le mot "^bN. — Ib., 1. 19, supprimez le teschdîd au-dessus de 
C|DbDn\ — XXV, 8, D35bN^ i. Û35bfi<-1 (v. sur xiii, 22). — Ib., 1. 20, ^3ti, 
1. yl^•^' — Ib., dernière ligne, rjbrb, 1. ribîb- — xxvi, 23. Après 
Vr)Dt)n7abb il manque le mot Nnn. — xxvii, 6, ni^Ni, I. Ni:\NV — Ib., 
1- 12, rrû^yiz^ au lieu de na^^'^. -— /^ , i. 14, «n:n-iD'i\ 1. Nnn-iSi-^- 
Ib. 1. 15, Nm-'^i, 1. ^rrr^bn- — Ib., 1. 24, om^^n, 1. Dn-r^Jii. — xxviii, 
19, nnb^T, 1. rinbiv — axix, 18, yrNrjb.sa, 1. yTNrjb^a- — xxx, 13, 
riDm, 1. riDinm. — 7^., 1. 12, ^n3f\ l. -inr-^- — Ib., 1. 13, !lP^b^ 1. T>pnb\ 



BIBLIOGRAPHIE 1o9 

— Ih.y 1. 24, niT^^ J- "n^3>7^ (de même, xxxr, 1). — xxxr, 6, ^DbN^» 
1. nobN. — Ih., avant-dernière ligne, 1. pTNrr^bN- 

Dans les notes (p. 31-50), quelques intéressants morceaux tirés 
de manuscrits caraïtes, transcrits en arabe, se trouvent cités, par 
exemple des extraits du Commentaire de rEcclésiaste de Salmon b. 
Yerouham (p. 34-35), du Commentaire des Psaumes de Yéphctb. Ali 
(p. 37), de sou commentaire sur Job (p. 41). Les matériaux réunis 
dans ces notes contribuent beaucoup à l'intelligence du texte et prou- 
vent l'érudition de l'auteur ; mais M. G. aurait pourtant agi sagement 
en traduisant quelques passages importants du Commentaire de 
Yéphet et en les rendant ainsi accessibles aux non-arabisants. La 
comparaison avec le Commentaire de Saadia aurait dû être faite 
avec plus de précision encore qu'elle n'est faite ici, car les points 
de ressemblance entre le Commentaire du Gaon et celui de Pexégèle 
caraïte, qui ici ne doit à Saadia que peu de chose, aussi bien que 
leurs divergences ofïrent de Tintérèt. Comme points de détail au su- 
jet des notes, voici les remarques que j'ai à faire: 32, 1. 1, ^j^^^l, 
L ■y.';-*Jl. — P. 33, 1. 11, vbsNi^bb ^'^iiTr\ (traduction de D^t^nsb nnb, 
chap. I, 4) n'est pas incorrect, les « Proverbes ^) du l^"" verset devant 
être pris comme sujet de i:23>n; l'^bD5<:ibb est un hébraïsme rempla- 
çant l'accusatif 'j'^bDwSiibN, ou bien, ce qui vaudrait mieux, doit être 
corrigé ainsi. — P. 35. Le signe d'interrogation après T'Oi û^D doit 
être remplacé par un renvoi à Isaïe, v, 1 et Ezéchiel, xxiv, 3. En 
effet, il est question des deux paraboles du vignoble et du pot. — 
P. 36, note 21. Ici, comme en beaucoup d'autres endroits, M. G. cite 
le Commentaire sur les Proverbes édité par Ilorowitz (et aussi par 
Driver, Oxford, 1881) et portant le nom d'Ibn Ezra, comme un ou- 
vrage d'Ibn Ezra. Or, cette attribution d'auteur est fort douteuse. 

— P. 37, note 32. "is^^ ne correspond pas à l'expression "inDD (= arabe 
pN3), mais c'est la traduction hébraïque exacte de l'arabe 's^ym 
{— métaphore). — P. 39. La remarque de la note 43 aurait dû être 
ainsi conçue ; pour le duel, au lieu du nominatif ';5<, on emploie 
souvent le génitif-accusatif "ji, — P. 40, note 45. Si les agadistes ex- 
pliquent D'^NnD par le mot arabe "^nD, qui a la même assonnance, ils 
n'entendent pas le mot dans le sens de « nobles », mais dans celui 
de « jeune homme, garçon ». —P. 42, note 50. L'admission de la 
forme -nî^^^ est fmpossible et inutile, car ailleurs aussi le nombre 
cardinal NmriN, avec adjonction du sufhxe, précède le nombre ordi- 
nal i3Nnbî<- Voir dans notre texte, p. xvii, 1. 3 et 10 ; ihid., 1. 6 et 8. 

— 7^., note 58. La remarque sur l'expression NrN3î< "^d est inexacte, 
cette expression ne peut pas signifier : « dans les livres des pro- 
phètes ». Si Yéphet dit (p. xix, 1. 10) n^n^n ""d r^b^p T'Lîa NÎm et cite 
à ce sujet Jérémie, xi, 15, il entend par là que u ceci ressemble à ce 
qui a été dit de nos ancêtres (les anciens Israélites) ». Dans le même 
sens il dit précédemment [ïbid., l. 1) N3t<b^< "«d nbip ddà 1?:. —P. 45, 
note 88. Si les manuscrits portent "i:*i:n, cela ne peut être lu que 



160 REVUE DES ETUDES JUIVES 

y4^f comme Saadia traduit, du reste, le mot du texte V"^P*^ (in. ^0* 
M. G. fait précéder son édition d'une introduction et d'une relation 
de la vie et des ouvrages de Yéphet. L'introduction (p. 1-13) reproduit 
uniquement les renseignements déjà connus sur les débuts de la 
connaissance de la langue hébraïque et de l'exégèse biblique chez les 
Garaïtes et chez Saadia. Toutefois, l'auteur s'en tient généralement 
à des théories qui ont vieilli. Les caraïtes R. Mocha et R. Mose pas- 
sent à ses yeux comme les inventeurs du système de ponctuation 
(p. 6). Il appelle l'historien de Tolède, non pas Abraham ibn Daud, 
mais Abraham b. Dior (p. 8). — A la fin de l'introduction, l'auteur an- 
nonce trois chapitres ; L Vie et écrits de Yéphet; L Yéphet exégète 
biblique; IIL Y'éphet grammairien. Mais dans le présent ouvrage 
nous ne trouvons que le premier chapitre (p. 14-30) et cette omission 
n'est pas même signalée. Ce chapitre contient rénumération des 
dates concernant la vie et les écrits de Yéphet, faite avec beaucoup 
de soin. Nous y trouvons aussi des indications sur ses polémiques 
avec Saadia et sur les sources mentionnées par lui. Il eût été très 
désirable que M. G. établît d'après les catalogues une liste des 
manuscrits existants dans les diverses bibliothèques qui contien- 
nent les écrits de Yéphet. Dans l'aperçu qu'il donne des parties 
déjà publiées des écrits éxégétiques de Saadia, il est curieux qu'il 
oublie de citer l'édition du Jubilé dont il ne mentionne que le volume 
sur les Proverbes. L'auteur ne sait rien du volume sur le Peuta- 
teuque et du volume sur Isaïe. De même, il ignore que Derenbourg 
avait déjà édité l'Isaïe de Saadia dans la Zeitschrift de Stade. M. G. 
explique inexactement (p. 27) un passage du commentaire sur Da- 
niel de Yéphet (sur Dan., xii, k). L'expression T^bpnbiî n^n^t^ ne dé- 
signe pas les anciens docteurs du Talmud, « les hommes de la tra- 
dition », comme M. G. le dit, mais elle vise les partisans de la tradi- 
tion, les rabbanites, dont Yéphet cite aussitôt comme type le 
Fayoumite (Saadia). Ce n'est pas pour désigner les ouvrages de lit- 
térature talmudique que Yéphet emploie — comme M. G. le prétend — 
la dure expression : « livres de fraude », mais il le dit des ouvrages de 
Saadia : aî<n:D '^^y nn:D i?3b inc-^T nsnbTTabN nnn^n ON:bN ■^:::xd 
pi:ibN2 '3^1 nbbN « C'est ainsi qu'il a induit les hommes en er- 
reur par ses écrits brillant d'un faux éclat et qu'il atteste la vérité 
de ceux qui ont proféré des faussetés au sujet de l'Écriture sainte. » 
— Il me paraît surprenant que Yéphet n'ait cité de toute la littéra- 
ture targoumique que le Targoum de Jérusalem (p. :27, note 47). 
L'auteur promet d'en fournir la preuve dans le 2" chapitre de son 
travail, qu'il publiera sans doute prochainement. 

Budapest, novembre 1898. W. BaCHKR. 



Le gérant, 

Israël Lévi. 



VERSAILLES, IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 



ANTIOCHUS CYZICÈNE ET LES JUIFS 



Antioclius VII Sidétès, le dernier roi vraiment digne de ce nom 
qu'ait produit la dynastie des Séleucides, périt en 129 avant J.-C. 
dans une glorieuse expédition contre les Parthes. il laissait un 
fils, Antioclius IX de Cyzique, qui, après une série de vicissitudes, 
finit par partager le royaume, vers l'an 111, avec Antiochus VIII 
Grypus, son cousin du côté paternel, son frère du côté maternel. 
Dans ce partage, Grypus eut la Gilicie et la Syrie du Nord avec 
Antioche , le Cyzicène la Gœlé-Syrie avec Damas. Ce dernier 
devint ainsi, en théorie, le suzerain du petit État juif, alors gou- 
verné par Jean Hyrcan (135-105), et qui, depuis la mort d'Antio- 
chus Sidétès, avait ressaisi une indépendance de fait à peu près 
complète ; Hyrcan devait la consolider encore à la faveur des 
luttes incessantes des deux cousins-frères. 

Josèphe, qui n'a pas entre les mains les Annales de Jean Hyr- 
can (mentionnées à la fin du 1^^ livre des Macchabées), est très 
mal informé des rapports qui existèrent entre ce grand prêtre et 
Antiochus de Cyzique. Il n'en connaît qu'un épisode, relatif à la 
conquête de Samarie ^ Cette ville, assiégée par Hyrcan, aurait 
invoqué le secours d'Antiochus, qui fit deux campagnes pour la 
délivrer. La première fois, il fut battu. La seconde, quoique ren- 
forcé par 6,000 auxiliaires que lui prêta Ptolémée Lathyre, il se 
borna à opérer une grande razzia, perdit du monde dans des em- 
buscades et se retira à Tripolis, abandonnant la conduite de la 
guerre à deux lieutenants. L'un se laissa battre, l'autre acheter ; 
Scythopolis, puis Samarie, tombent aux mains d'Hyrcan. 

La date exacte de ces événements n'est pas connue ; on les place 
d'ordinaire vers la fin du principat d'Hyrcan, mais avant 107, 
époque de la chute de Ptolémée Lathyre. Il faut remarquer que 
dans la Guerre des Juifs, Josèphe attribue l'expédition de Samarie 
à Antiochus Grypus (« Antiochus d'Aspendus )>) et non au Cyzi- 

» Ant. jud., Xlll, 10, 2-3 (§ 275 suiv.). 

T. XXXVIII, N» 76. 11 



162 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cène* ; elle se placerait, dans ce cas, avant 11*7, date approxima- 
tive du soulèvement d'Antiochus de Gyzique contre son cousin- 
frère. Quoique, en général, on préfère la version des Antiquités, 
comme plus récente et plus détaillée, il faut avouer que certains 
indices parlent en faveur de l'autre : on ne comprend pas très 
bien, s'il s'agit du Gyzicène, qu'il ait battu en retraite sur Tripolis, 
ville située à l'extrême Nord de la Phénicie, et probablement en 
dehors de ses domaines, plutôt que sur Damas, sa capitale. 

Cet Antiochus de Gyzique était un singulier personnage, pas- 
sionné pour la chasse, le théâtre et les automates-; mais il ne 
manquait ni d'énergie, ni de talent militaire; l'on s'étonnerait 
qu'il n'eût pas fait pour réduire les Juifs à la raison de tentative 
plus sérieuse que la misérable expédition de Samarie, à supposer 
qu'il en soit l'auteur. Déjà Gutschmid, avec son coup d'œil ordi- 
naire, a reconnu qu'en réalité le Gyzicène a fait aux Juifs une 
guerre victorieuse, dont les résultats ne furent paralysés que 
par l'intervention répétée des Romains 3. Malheureusement Gut- 
schmid n'a pas poussé assez loin l'analyse des deux documents qui 
nous renseignent sur cette guerre; il a commis des erreurs dans 
leur appréciation, et c'est pourquoi ses conclusions ont été re- 
jetées ou faiblement défendues par la plupart des savants com- 
pétents ; en particulier Schûrer les a écartées. Il me parait donc 
nécessaire de revenir sur ce petit problème pour tâcher de l'élu- 
cider définitivement. 

Les deux documents en question nous ont été conservés par 
Josèphe, qui les a copiés sans doute dans un historien plus ancien, 
probablement Nicolas de Damas, sans en comprendre, sans même 
chercher sérieusement à en pénétrer la signification. L'un, que 
j'appellerai pour abréger document A, figure dans la farrago de 
décrets et de sénatus-consultes favorables aux Juifs groupés au 
livre XIV des Antiquités, sous le principat d'Hyrcan II *. L'autre 
pièce, ou document B, a été insérée par Josèphe au livre XllI, 
dans l'histoire de Jean Ilyrcan ^ Faisons abstraction de ces attri- 
butions purement conjecturales, et qui, pour émaner de Josèphe 
ou de Nicolas, n'ont pas plus de poids que celles d'un savant mo- 
derne quelconque. Les erreurs de date grossières, évidentes, com- 

* Bell.ju'l., I, 2, 7 {ï5 65). Cette version est adoptée par Niese, ap. Wellhausen, 
Isr. Geschichte i,3« éd.), p. 274. 

* Diodore, XXXIV, 34. 

3 Literarisches Centralblatt, 1874, col. 12o9 = Kleine Schriften^ II, 303. 

* Ant.jud., XIV, 10, 22 (§ 247-255). 
» Ib., XIII, 9, 2 (§ 259-266). 



ANTIOCIIUS CYZICENE ET LES JUIFS 163 

mises par Josèphe à propos de plusieurs documents de ce genre, 
enlèvent même à son opinion toute valeur sérieuse. C'est aux 
textes eux-mêmes, sérieusement étudiés, qu'il faut demander de 
nous éclairer sur leur sens et leur date. L'histoire n'est pas une 
science d'autorité, mais de critique. 

Document A. 

« Décret des Pergaméniens. 

» Sous le prytane Cratippe •, le l^' du mois Daesios, avis des 
stratèges. 

» Attendu que les Romains, se conformant à la conduite de 
leurs ancêtres, affrontent volontiers les périls pour le salut com- 
mun de tous les hommes et se font gloire d'assurer à leurs alliés 
et amis la prospérité et une paix solide ; 

» Attendu que le peuple des Juifs et leur grand prêtre Hyrcan 
leur ont envoyé une ambassade composée des prud'hommes Stra- 
ton fils de Théodotos, ApoUonios fils d'Alexandre, Enée fils d'An- 
tipater, Aristobule fils d'Amyntas, Sosipatros fils de Philippe; 

» Qu'à la suite de l'exposé détaillé fait par ces ambassadeurs, le 
Sénat a rendu, sur l'objet de leur requête, une décision ainsi 
conçue : 

» P Défense au roi Antiochus, fils d'Aniiochus, de faire 
aucun tort aux Juifs, alliés des Romains ; 

» 2° Il l-diir restiluera les forteresses, ports de yner, terri- 
toires et généy^alement tout ce qu'il a pu leur enlever ^ . 

» 3° Personne, ni roi ni peuple, ne devra rien exporter du 
pays des Juifs ou de leurs ports sans acquitter les droits de 
douane, à Vexception du seul Ptolémée, roi d' Alexandrie, parce 
qu'il eU notre ami et allié; 

» 4*' Le roi devra retirer sa garnison de Joppé, comme les 
Juifs nous en ont priés ^ 

» Attendu que L. Pettius (?)*, homme de bien, nous a prescrit 

1 Oa connaît ce nom à Pergame. Il est porté notamment par un stratège sous 
Marc Aurèle et Vérus [British Muséum Coins, Mysia, p. 146-8; Coll. Waddington, 
n"" 963 et 7039). Sur les cistophores de Pergame les lettres KP pourraient bien dé- 
signer notre prytane. 

> La phrase qui suit : xal icr^ aOtoîç èx tôjv Xtaivwv |i.r,ô 'è^aYaYSîv est inintelligible 
et sûrement corrompue. 

3 xa6(o; eSsYjôrjaav. Les mots qui suivent (tr); êou).-^; :?i[xwv) ne se comprennent pas: 
à la rigueur (quoique fjO'j\-f\ pour ffûyaXrjXo; soit incorrect), ils peuvent se rattacher à 
âôeriOTjffav, mais alors il y a une lacune où il devait être question du sauf-conduit des 
députés. Plutôt TY] êouXri T?i[xà)v (Tcpodé TaÇsv). 

* Sans doute un légat du gouverneur de la province d'Asie (qui écrit d'Epbèse), 



16/1 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de veiller à l'exécution des ordres du Sénat et de pourvoir à ce 
que les ambassadeurs Juifs retournent sains et saufs dans leur 
patrie ; 

» Nous avons accueilli au sein du Conseil et du peuple Théodore 
et avons reçu de ses mains la lettre (de Pettius) et le sénatus-con- 
sulte ; il a prononcé une harangue pleine d'ardeur, vanté la vertu 
et la magnanimité d'Hyrcan, rappelé les bienfaits dont il comble 
tous en général et en particulier ceux qui viennent chez lui. Là- 
dessus nous avons déposé ces écrits dans nos archives publiques 
et décrété, en notre qualité d'alliés des Romains, de faire tout en 
faveur des Juifs conformément au sénatus-consulte. 

» En outre, Théodore, qui nous a remis la lettre, a prié nos 
stratèges d'envoyer à Hyrcan une copie du présent décret ainsi 
qu'une ambassade chargée de lui exprimer le dévouement de notre 
peuple et de l'inviter à conserver et à accroître son amitié envers 
nous, voire de nous rendre quelque service, dont il pourra attendre 
un retour convenable, se souvenant aussi que du temps d'Abra- 
ham, père de tous les Hébreux, nos ancêtres étaient leurs amis, 
ainsi que nous l'avons trouvé consigné dans nos archives pu- 
bliques. » 

Sauf ce dernier trait, — simple galéjade qui se retrouve dans 
la correspondance apocryphe des Juifs et des Spartiates — l'en- 
semble de ce document paraît mériter une confiance absolue. La 
situation politique qu'il suppose est parfaitement claire. Le roi de 
Syrie a fait la guerre aux Juifs, il leur a pris des forteresses, des 
ports, du territoire, mis garnison à Joppé, entravé la perception 
des douanes de sortie. Les Juifs portent plainte à Rome ; le Sénat, 
conformément à leur requête, ordonne le rétablissement du statu 
giio ante et charge ses « amis » les Pergaméniens de rapatrier 
les ambassadeurs juifs. 

Le grand prêtre juif s'appelle Hyrcan, évidemment Hyrcan 1", 
et non, comme l'a cru Josèphe, Hyrcan II ; d'abord parce que ce 
dernier se serait intitulé etimarque, ensuite parce qu'au temps 
d'Hyrcan II, il ne pouvait plus être question d'un roi de Syrie 
tenant garnison à Joppé, entravant le commerce juif, etc. 

Le roi est appelé « Antiochus, fils d'Antiochus ». Or, des trois 
Antiochus contemporains d'Hyrcan I^', l'un (Sidétès) était fils de 
Démélrius 1'% le second (Grypus) de Démétrius H. Seul Antiochus 
IX Cyzicène était fils d'Antiochus (Sidétès). C'est donc de lui qu'il 
s'agit sûrement, et l'on doit condamner comme absolument arbi- 
traire la conjecture Ô2 Ritschl (suivie par Mendelssohn, Sclmrer, 
etc.), proposant d'écrire AïjjxyjTgi'ou ul6; au lieu de 'AvTid;)^ou. D'ail- 



AimOCHUS CyZICKNE ET LES JUIFS 163 

leurs, pendant les querelles d'Antiochus Sidétès contre les Juifs 
(135-130) les Romains étaient beaucoup trop absorbes par la for- 
midable insurrection d'Aristonic en Asie-Mineure pour intervenir 
dans les affaires de Syrie; et jamais ils n'auraient eu l'idée de 
rapatrier alors des ambassadeurs juifs par la voie de Pergarae, 
c'est-à-dire précisément par le théâtre de la guerre. 

Antiochus Gyzicène a régné en Syrie depuis 113, en Cœlé-Syrie 
depuis 111; Hyrcan est mort en 105; c'est donc entre 113, plus 
probablement entre 111, et 105 qu'il faut placer la date de notre 
ambassade. On peut même, je crois, la resserrer davantage. La 
3« clause du sénatus-consulte concède un important privilège com- 
mercial au « roi d'Alexandrie ». Cette clause étant stipulée d'ac- 
cord avec les Juifs, il faut en conclure que le « roi d'Alexandrie » 
d'alors était leur ami. Or Ptolémée Lathyre, qui régna jusqu'en 
107, se montra toujours hostile envers eux ; il envoya des secours 
à Antiochus — Grypus ou Gyzicène, peu importe — dans sa 
campagne entreprise pour débloquer Samarie. Au contraire, sa 
mère Cléopâtre, qui reprit le pouvoir en 107 en s'associant son 
deuxième fils Ptolémée Alexandre, était éminemment judéophile ; 
on sait qu'elle eut deux conseillers juifs, Heikias et Ananias'. 11 
y a donc tout lieu de croire que les Juifs n'ont pu stipuler une 
pareille clause qu'en faveur d'Alexandre, et dès lors notre ambas- 
sade se place entre 107 (avènement d'Alexandre) et 105 (mort 
d'Hyrcan). 

L'ambassade juive profita de son séjour à Rome et de son 
passage à travers l'Asie Mineure pour obtenir des garanties rela- 
tives au libre exercice du culte par les importantes communautés 
Israélites de ce pays. Il existe, en effet, au dossier de Josèplie un 
document ainsi conçu ^ : 

« Les magistrats deLaodicà C. Rabilius, C. f., (pro) consul(?), 
salut. 

» Sopatros, ambassadeur du grand prêtre Hyrcan, nous a remis 
ta lettre par laquelle tu nous informes qu'il est venu certains en- 
voyés de la part d'IIyrcan, grand prêtre des Juifs, porteurs d'é- 
crits (du Sénat) rédigés au sujet de ce peuple, et enjoignant 
1° qu'il leur soit permis de célébrer le sabbat et leurs autres céré- 
monies conformément à leurs lois traditionnelles; 2'' que nul ne 
leur donne des ordres, attendu qu'ils sont vos amis et alliés; 
3« que nul ne leur fasse injure dans votre province. En outre, les 

1 Slrabon, ap. Jos., XIII, 287. 

2 Ant. jud., XIV, 10, 20 (§ 241-3 Niese). 



166 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Tralliens ayant répondu en face qu'ils n'approuvaient pas les déci- 
sions prises à ce sujet, tu leur as ordonné de s'y conformer. Enfin, 
tu nous fais savoir qu'on t'a invité à nous donner les mêmes ins- 
tructions au sujet des Juifs. 

» En conséquence, nous conformant à tes ordres, nous avons 
reçu la lettre communiquée et l'avons placée dans nos archives 
publiques, et au sujet du reste de tes instructions, nous ferons en 
sorte de ne mériter aucun reproche. » 

Le destinataire de cette lettre est inconnu — un gouverneur 
d'Asie — et je ne m'attarderai pas à discuter les conjectures et 
corrections proposées à son sujet. Mais l'ambassadeur Sopairos 
me paraît bien probablement identique au Sosipatros, fils de Phi- 
lippe, qui figure parmi les ambassadeurs d'Hyrcan dans le docu- 
ment A.. Je crois donc que la lettre date du temps d'Hyrcan I'^'', 
et non, comme on l'a cru sur la foi de Josèphe, d'Hyrcan IL A 
l'appui de cette opinion, on peut faire valoir : 1° Qu'Hyrcan II 
est toujours appelé « grand prêtre et ethnarque » et non, comme 
ici, simplement grand prêtre; 2° qu'il résulte du texte même de 
la lettre qu'à cette époque Laodicée et Tralles faisaient partie de 
la même province, c'est-à-dire — puisque Tralles n'en a jamais 
changé — de celle d'Asie. Or, au temps d'Hyrcan II, au moins depuis 
52 (proconsulat de Cicéron), Laodicée, avec deux autres diocèses 
phrygiens était rattachée à la province de Cilicie. Je n'ai pas besoin 
de rappeler qu'il résulte du Pro FLacco que dès la première moitié 
du i^" siècle Laodicée était, après Apamée, la plus importante 
agglomération juive de l'Asie Mineure. 

Document B. 

«... Fannius, fils de Marcus, préteur, a convoqué le Sénat, le 
février, dans le Comitium, en présence de L. Manlius, L. f., de la 
tribu Mentina, et de C. Sempronius, Gn. f., de la tribu Falerna, 
pour délibérer au sujet de l'ambassade des prud'hommes Simon 
fils de Dosithée, Apollonius fils d'Alexandre et Diodore fils de 
Jason, envoyés par le peuple des Juifs. 

» Ces ambassadeurs ont discouru au sujet de l'amitié et de 
l'alliance existant entre leur peuple et les Romains, et au sujet de 
leurs afiaires d'Etat, demandant P que Joppé, les ports, Gazora, 
les Sources et toutes autres villes et places fortes que leur a prises 
Antiochus en guerre, contrairement au décret du Sénat, leur 
soient restitués; 2° qu'il soit défendu aux troupes du roi de tra- 
verser leur territoire et celui de leurs sujets; 3" que toutes les 



ANTIOCHUS CYZICENE ET LES JUIFS 167 

mesures décrétées par Antiochus au cours de cette guerre, con- 
trairement au décret du Sénat, soient annulées; 4° que les Ro- 
mains envoient une ambassade cliar-^^ce de l'aire restituer aux Juifs 
les territoires enlevés par Antioclius et d'estimer les ravages faits 
pendant la guerre; 5» qu'il soit accordé aux ambassadeurs juifs 
des lettres de recommandation, adressées aux rois et aux peuples 
libres, pour assurer leur retour dans leur patrie. 

» Là-dessus il a été décidé : 

» l'^ On renouvelley^a Vamiiié et Vaillance avec les pru- 
d'hommes envoyés par un peuple honnête et ami; 

» 2" Quant aux écrits demandés, le Sénat en délibérera quand 
ses propres affaires lui en laisseront le loisir; 

» 3° Le Sénat veillera à l'avenir qu'il ne leur soit fait aucun 
dommage semblable ; 

» 4° Le préteur Fannius donnera aux ambassadeurs, sur le 
Trésor public, les f07ids nécessaires pour rentrer chez eux. » 

Josèphe a supposé, et l'on a répété après lui, que l'ambassade en 
question avait été envoyée par Hyrcan V"^, pour renouveler l'al- 
liance contractée avec Rome par son père Simon; dès lors les 
ravages et usurpations dont il est parlé seraient ceux qu'avait 
accomplis Antiochus Sidétés, au début du principat d'Hyrcan, dans 
la guerre qui se termina par la capitulation de Jérusalem ^ Cette 
hypothèse est inadmissible pour plusieurs raisons. D'abord, comme 
nous l'avons déjà dit, aucun document n'indique la moindre im- 
mixtion des Romains dans les démêlés d'Antiochus Sidétès et des 
Juifs; or, non seulement le présent document est par lui-même un 
acte d'immixtion, mais encore il fait allusion à un décret antérieur 
du Sénat, enjoignant à Antiochus l'abandon ou le respect de certains 
territoires. Ensuite, et ceci est décisif, il résulte du récit détaillé 
et digne de foi de Josèphe que dans le traité qui termina la guerre 
de Sidétès contre les Juifs, Joppé et les autres villes extérieures à 
la Judée occupées par les Juifs leur furent expressément laissées 
sous la seule condition de payer tribut '^ Or notre document nous 
montre, au contraire, Joppé et d'autres localités voisines^ occupées 

1 Telle est encore ropinion de Gutschmid [toc. cit.) et de Wilcken {ap. Pauly- 
Wissowa, I, col, 24"9). Schurer a maintenaat des doutes (II, 3« éd., p. 101, note 
13îi) et Wellhausen (p, 271) a bien reconnu que le document vise Antiochus de 
Cyzique. 

^ Ant. jud., XIII, ^ 246. 

^ Gazora n'est pas Gadara, la célèbre ville d'eaux voisine du lac de Tibériade, 
mais l'ancienne Gezer, entre Joppé et Azot (cf. Strabon, XVI, 2, 29, qui a, d'ailleur?, 
conl'ondu les deux villes). « Les ports » sont sans doute ceux de Joppé et de Jam- 
nia. Tlriyai est une localité inconnue. 



168 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

manu militari par Antiochus, qui refuse de les évacuer, malgré 
un ordre antérieur du Sénat. 

Autant l'ensemble de ces circonstances exclut Antiochus Si- 
détès, autant il se rapporte parfaitement à Antiochus de Cyzique, 
et la conformité entre les documents A et B est tout à fait saisis- 
saate. Nous savons par Josèphe qu'Antiochus de Cyzique ravagea 
à plusieurs reprises le pays juif, comme l'Antiochus du docu- 
ment B. Le document A nous a déjà appris qu'il avait enlevé aux 
Juifs « des forteresses, des ports de mer, des territoires », et de 
plus qu'il avait mis garnison à Joppé. Le sénatus-consulte en- 
cadré dans le document A lui avait ordonné de restituer aux Juifs 
toutes ses conquêtes et notamment de retirer ses troupes de 
Joppé : c'est là « l'ordre du Sénat » auquel fait allusion le docu- 
ment B. Antiochus Cyzicène, comme beaucoup de princes grands 
ou petits de cette époque , n'avait tenu aucun compte des 
<( ordres » du Sénat romain. De là Tenvoi d'une nouvelle ambas- 
sade juive, parmi les membres de laquelle figure (comme l'a déjà 
vu Niese) un des ambassadeurs de la première, Apollonius, fils 
d'Alexandre; la coïncidence est trop complète, le nom. païen Apol- 
lonius trop rare en Judée, pour qu'on puisse croire à une simple 
homonymie. 

Antiochus avait compté sur l'éloignement, sur l'apathie bien 
connue de l'aristocratie romaine, peut-être aussi sur des raisons 
sonnantes, pour lui assurer l'impunité. L'événement prouva la jus- 
tesse de ce calcul, car la réponse du Sénat à la nouvelle ambassade 
juive, tout en s'entortillant de belles phrases et de vagues pro- 
messes, équivaut, en somme, à une fin de non-recevoir : « On verra 
quand on aura le temps. » 

L'époque de cette seconde ambassade juive ne doit pas être très 
éloignée de la première. Non seulement les deux missions ont un 
membre commun, mais le document B parle de l'agression d'An- 
tiochus, de ses usurpations, du décret du Sénat bravé par lui, 
comme de faits tout récents; il suppose même que les ravages 
opérés par son armée peuvent encore être appréciés de visu et 
faire l'objet d'une estimation servant de base à une indemnité. 
Si donc nous ne nous sommes pas trompé en plaçant l'ambassade 
A entre 107 et 105 av. J.-C, probablement en lOG, l'ambassade 
B devra se placer en 105 ou 104. 

Deux faits sont de nature à confirmer cette date : 1° la réponse 
dilatoire du Sénat donne à croire qu'il avait à ce moment de 
graves préoccupations, des affaires urgentes sur les bras ; or en 
105 commence précisément la guerre contre les Cimbres par la 
terrible défaite de Toulouse, et le terror Cimhriciis dura jusqu'en 



ANTIOCHUS CYZICÈNE ET LES JUIFS 169 

102; 2*' d'après la chronologie adoptée par Josèphe, Hyrcan meurt 
en 105, laissant le pouvoir temporel à sa veuve et la grande prfi- 
trise à son fils aîné Aristobule; celui-ci, on le sait, n'accepta pas 
cette situation, se défit de sa mère, emprisonna ses frères et prit 
lui-même les rênes du gouvernement. Cette tragédie de famille, 
sur laquelle Josèphe passe rapidement, n'a pas dû s'accomplir en 
un jour; il y a donc eu, après la mort d'JIyrcan, une période d'in- 
certitude et d'attente, pendant laquelle, aux yeux de l'étranger, 
nul n'était pleinement autorisé à représenter le peuple juif. C'est 
pendant cette période de demi-anarchie que je placerais volontiers 
l'envoi de notre ambassade, et ainsi s'expliquerait peut-être le fait 
singulier que ses membres se présentent simplement au nom du 
(■( peuple juif », sans mentionner aucun chef d'Etat. C'est au nom 
du peuple juif qu'ils sollicitent et obtiennent le renouvellement de 
l'alliance contractée nommément avec Simon d'abord, puis avec 
Jean Hyrcan. 

C'était, à cette époque, un principe du droit public romain que 
les alliances avec les royaumes étrangers étaient contractées in- 
iidlii personœ et devaient être formellement renouvelées à chaque 
changement de règne. Strabon allègue comme une dérogation 
remarquable — et d'ailleurs suspecte — le cas de la Cappadoce, où 
le traité d'alliance ne visait pas seulement la personne du roi, 
mais la nation elle-même*. Le gouvernement romain trouvait à 
cette pratique le grand avantage de soumettre, en quelque sorte, 
chaque roi d'Asie, lors de son avènement, à une investiture nou- 
velle, et de lui faire acheter par un nouveau tribut, déguisé sous le 
nom de présent, le renouvellement de l'alliance conclue avec son 
prédécesseur. Les grands prêtres et rois juifs ne font pas exception 
à la règle: chacun d'eux a dû, à son accession, obtenir et payer la 
reconnaissance de son titre et la confirmation de sa qualité 
d' « ami et allié » du peuple romain. Laissant pour le moment de 
côté les ambassades, mal autorisées, de Juda Macchabée et de 
Jonathan, nous voyons, en 139 av. J.-C, Simon envoyer à Rome 
Numénius pour faire alliance (aTT^aa'. duaixa/iav) avec les Romains 
et leur apporter un bouclier d'or du poids de 1000 mines, soit 
environ 1 million de notre monnaie-; quelques années après, en 
135, Hyrcan succède à son père et suit son exemple : j'estimCj 
en effet, que le sénatus-consulte rendu sur la proposition du pré- 
teur L. Valerius, L. f., et dont Josèphe nous a conservé le texte % 
ne se place ni, comme il l'a cru, sous Hyrcan II, ni, comme le 

» Strab., XII, 2, 11. 

* I Macc, XIV, 24; xv, 15-24. 

' Ant., XIV, 8, 5 (§ 145-148). 



170 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

croient Schùrer et d'autres, sous Simon, mais bien à l'avènement 
d'Hyrcan l^', encore qu'il n'y soit pas nommé. Un des trois 
ambassadeurs, Numénius, fils d'Antiochus, est sans doute iden- 
tique à l'envoyé de Simon; le prix de l'alliance est, cette fois 
encore, un bouclier d'or de 50,000 statères; c'est-à-dire de 1 million 
de drachmes. 

Nous avons vu plus haut que le document B, de Tan 105 proba- 
blement, nous a conservé le renouvellement de l'alliance avec la 
veuve et les fils d'Hyrcan l^\ Quant à Alexandre Jannée, qui, 
d'après Josèphe, succéda à Aristobule dès l'an 104 '^ce qui, par 
parenthèse, me paraît bien invraisemblable), l'acte de son inves- 
titure est perdu, mais nous en connaissons encore le prix. Stra- 
bon, en effet, raconte qu'il a vu au Capitole, parmi les off'randes 
des rois, une vigne d'or estimée 500 talents (3 millions) portant 
l'inscription 'AXsçavopo'j tou twv 'lo-joauov Sac.XÉtoç *. Quoique Stra- 
bon et Josèphe identifient cet objet avec la vigne d'or envoyée par 
Aristobule II à Pompée en 64- et que j'aie autrefois accepté cette 
hypothèse, je reconnais aujourd'hui qu'elle n'est pas fondée : une 
vigne offerte par Aristobule aurait porté le nom de ce prince et 
non celui de son père. En réalité, Alexandre Jannée avait offert, 
lors de son avènement, une vigne d'or ; Aristobule II en fit autant 
à Pompée pour assurer sa succession. Nous avons même la preuve 
mathématique que la vigne d'Aristobule ne doit pas être con- 
fondue avec celle d'Alexandre. Un peu plus haut, en effet, Josèphe, 
sans doute d'après Strabon, nous apprend qu'Aristobule, pour 
prix de son investiture, avait promis (à Scaurus, avant-coureur 
de Pompée) une somme de 400 talents (2,400,000 fr.) et que cette 
offre fut acceptée^. La vigne apportée à Pompée dans son quartier 
général de Damas n'était pas autre chose que l'exécution de cette 
promesse, et l'on ne voit pas pourquoi Aristobule aurait tenu plus 
qu'il n'avait promis. Ainsi sa vigne ne valait que 400 talents, au 
lieu de 500, comme celle de son père : signe incontestable de 
décadence l 

Pour revenir, en terminant, aux rapports des Juifs avec Antio- 
chus Gyzicène, on voit que le gouvernement romain, malgré son 
intervention répétée, fut impuissant à faire rendre gorge au bel- 
liqueux Séleucide. Si pourtant les Juifs finirent par rentrer en 
possession des villes côtières, débouchés indispensables à leur 

1 Strab., ap. Jos., Ant., XIV, 3, 1, J^ 35-36. 

» Elle figura à son triomphe : Pline, XXXVII, 2, § 12 Jan. 

3 Ant., XIV, 2, 3, § 30. 



ANTIOCHUS CYZICÈNE ET LES JUIFS 171 

existence nationale, ils le durent surtout à leur propre vaillance, 
à l'alliance de l'Egypte et aux nouvelles luttes ruineuses qui à 
partir de 104 environ éclatèrent entre les deux Antiochus. Joppé* 
et les places environnantes durent retomber aux mains des Juifs 
soit sous Aristobule, soit dès les premières années d'Alexandre 
Jannée. Car Josèphe, racontant le siège de Ptolémaïs par ce 
prince avant l'an 97, déclare que dès ce moment « toutes les 
places de la côte lui étaient soumises à l'exception de Gaza et de 
Ptolémaïs. » * Ptolémaïs fut sauvée par Lathyre, Gaza succomba 
en 96 et Josèphe peut écrire un peu plus loin : a Le long du lit- 
toral les Juifs possédaient alors les villes de Tour de Straton 
(Gésarée), Apollonia, Joppé, Jamnia, Azot, Gaza, Anthédon, Ra- 
phia et Rhinocoloura. » L'État juif se complétait ainsi définiti- 
vement par la possession de cette bande côtière sans laquelle il n'y 
avait pour lui ni sécurité, ni commerce, ni contact direct avec la 
civilisation. 

Théodore Reinach. 

» Ant., XIII, 324. 



ISRAËL ET JUDA 



Tout lecteur attentif de la Bible sait que le nom d'Israël y dé- 
signe très souvent l'ensemble du peuple hébreu et qu'en d'autres 
passages, la tribu de Juda est présentée comme ne faisant pas 
partie de la nation d'Israël. En effet, Juda y est cité à côté d'Israël, 
ou même lui est opposé. Dans ces cas, on comprend sous la déno- 
mination d'Israël les tribus hébraïques habitant le nord de la 
Judée, en deçà et au delà du Jourdain. Cette distinction géogra- 
phique correspondait aussi à une opposition politique, depuis que 
les tribus du Nord se détachèrent de la dynastie de David, à la 
mort de Saiomon, pour former un royaume à part; seule la tribu 
de Benjamin, dont le territoire touchait au royaume de Juda, con- 
tinua à faire partie de ce dernier et à être comprise dans ce qu'on 
appelait \e pays de Juda ^ . Toutefois, cette opposition n'était pas 
uniquement politique et elle ne commença pas seulement lors du 
schisme. Elle remonte beaucoup plus haut, à l'époque préhisto- 
rique, c'est-à-dire au temps où l'union des tribus sous le gouver- 
nement d'un roi ne s'était pas encore réalisée et où, suivant 
l'expression du Livre des Juges, « chacun faisait ce qui lui semblait 
bon ». Ce fait ressortira clairement dans la suite. Pour le moment 
nous nous bornons à appeler l'attention sur ce point : un siècle 
avant le schisme, lorsque toutes les tribus étaient réunies sous le 
sceptre de Saùl, dans le dénombrement des gens de guerre, le chiffre 
des combattants de la tribu de Juda est cité spécialement à côté 
du nombre total des combattants d'Israël -. Plus tard, sous David 
et Salomon, Juda est également cité, à plusieurs reprises, à côté 
d'Israël ^. Quelque tardive que puisse avoir été la composition des 

* Il est vraisemblable qu'il en élait de même delà tribu de SinWou, qui avait sa 
résidence au sud-ouest de la Judée. 

* 1 Sam., XI, 8 ; xv, 4. 

» II Sam., XI, 11 ; XXI, 2; xxiv, 1, 9 ; I Rois, i, 35; iv, 20; v, 5. 



ISRAËL ET JUDA 173 

livres historiques de la Bible, les auteurs n'auraient eu aucun motif 
pour faire remonter la scission, survenue après Salomon entre 
Israël et Juda, à une époque antérieure, si cette scission n'avait 
pas existé de tout temps et si ce fait n'avait pas été bien connu 
des auteurs eux-mômes. Or, s'il y a eu effectivement de tout 
temps une opposition entre Juda et Israël, elle a dû avoir son 
origine dans la diversité des destinées préhistoriques des tribus, 
c'est-à-dire dans la différence de leurs traditions, de leurs idées 
et de leurs tendances. 

Nous essayerons d'établir cette opposition entre Israël et Juda, 
envisagée sous toas ces points de vue, d'après les indices fournis 
par la Bible elle-même. Pour éviter tout malentendu, nous dési- 
gnerons les tribus et les territoires du Nord par la dénomination 
ft Israélites du Nord ». 



Les rivalités entre les deux parties de la nation se manifestent 
déjà par certains incidents qui précédèrent la scission politique. En 
effet, on relate qu'aussitôt après la mort de Saiil, les Judaïtes nom- 
mèrent David roi de leur propre tribut sans paraître se préoc- 
cuper de l'union de la nation, qui avait pourtant déjà existé sous 
le règne de Saùl. Ils ne tinrent non plus aucun compte, à ce qu'il 
semble, de l'existence d'un héritier légitime du trône, Isboseth 
(Ethbaal), fils de Saùl, qui fut reconnu comme roi par les tribus 
du Nord. C'est ainsi que se produisit la scission du pays en deux 
royaumes, qui ne tardèrent pas à entrer en lutter II fallut deux 
assassinats, celui du chef de l'armée des tribus du Nord et celui de 
leur prince lui-même, pour décider celles-ci à reconnaître éga- 
lement David pour leur roi. Cependant elles hésitèrent cinq ans 
et demi % quoique, pendant cette longue période, elles fussent 
restées sans chef suprême. 

Il semble résulter du récit biblique que la responsabilité de la 
sécession retombe sur les Judaïtes. Mais si nous examinons de 
plus près la situation, les événements prennent un aspect dif- 
férent. C'est un fait fort surprenant en lui-même que les Judaïtes, 
qui étaient très attachés au roi Saùl et qui considéraient David 

^ 11 Sam., II, 4. 

* Ibid., III, 1. 

» Ibid., II, 10 et s. ; v, îi. 



174 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

comme un rebelle ^ qu'ils songeaient à livrer aux mains du roi *, 
soient représentés comme ayant pris spontanément et librement 
la résolution de proclamer roi David, au mépris des droits de l'hé- 
ritier légitime, et cela aussitôt après la mort de Saiil. Il ne faut pas 
oublier que David avait dû quitter la Judée et se réfugier chez les 
Philistins, qu'il avait accepté do servir le roi de ce peuple à titre 
de vassal et que, désigné pour prendre part, lui et ses gens, à la 
guerre contre les Hébreux en qualité de soldat de la garde royale 3, 
seule la méfiance dans laquelle le tinrent les princes philistins 
l'empêcha de participer à la lutte*. Or, la bataille du mont Gilboa 
avait tourné tout à fait au désavantage des Hébreux, et leur dé- 
faite avait été décisive. Trois fils de Saiil étaient tombés sur le 
champ de bataille, et lui-même avait dû se donner la mort de déses- 
poir ^ Evidemment, tout le territoire intérieur des Hébreux tomba 
alors au pouvoir des Philistins, de sorte que le successeur de Saûl, 
qui régnait sur les Israélites du Nord, jugea bon de transférer sa 
résidence à Mahnaïm, au delà du Jourdain *. Il va de soi qu'à ce 
moment, les Philistins devinrent aussi les maîtres du territoire de 
Juda, dont ils étaient voisins, et qu'ils le gouvernèrent, comme 
jadis au temps des Juges. Si donc David a été nommé alors roi de 
Juda, cela n'a pu avoir lieu que sous l'égide des Philistins et en 
qualité de vassal. La responsabilité de la sécession n'est, par suite, 
nullement imputable aux Judaïtes. Elle répondait plutôt aux in- 
térêts des Philistins, qui tenaient à diviser et à affaiblir la puis- 
sance du peuple hébreu. David avait été imposé comme roi aux 
Judaïtes, et pendant sept ans et demi, il les gouverna sous la su- 
zeraineté des Philistins. Ceux-ci assistèrent avec joie à la lutte 
entre les Hébreux du Sud et ceux du Nord. Mais, lorsque les Hé- 
breux du Nord eurent fini par se soumettre à David et quand 
l'unité du peuple hébreu se fut refaite à leurs dépens, les Phi- 
listins y virent avec raison le prélude de la révolte de David 
contre leur souveraineté, et ils lui déclarèrent la guerre. David 
les battit complètement en trois rencontres et, les rejetant sur 
leur propre territoire, délivra tout le pays hébreu de leur domi- 
nation ^ 

Si les Israélites du Nord attendirent cinq ans ot demi pour se 

* I Sam., XXV, 10. 

2 Ibid., XXIII. 12, 20. 

* Ibid., XXVIII, 2. 
'^ Jbid., XXIX. 

^ Ibid., XXXI. 
'^ Il Sam., II, 8. 
^ Ibid., V, 17 et s. 



ISRAËL ET JUDA 175 

réconcilier avec Juda et se placer sous le sceptre de David, quoique 
le manque d'un chef du gouvernement menaçât de les replonger 
dans l'état d'anarchie de l'époque des Juges et qu'ils pussent 
attendre leur libération de la domination étrangère de David 
seul, cette irrésolution doit avoir eu son motif principal dans 
leur profonde aversion contre la personne du roi de Juda. On n'avait 
pas encore oublié sa révolte contre le roi Saiil et sa situation 
de vassal des ennemis de la nation. On le considérait encore 
comme le protégé des Philistins. A cela s'ajouta sans doute le 
soupçon qui planait sur lui des deux assassinats mentionnés plus 
haut. L'affectation avec laquelle il blâma ces meurtres, même 
l'exécution des régicides \ ne paraissent pas avoir convaincu les 
Israélites du Nord de son innocence. Cependant, comme il s'agis- 
sait ici d'un intérêt capital pour le peuple, l'antipathie pour David 
ne semble pas avoir été l'unique motif qui empêcha si longtemps 
les tribus du Nord de s'unir à Juda. Il y avait encore une autre 
raison non moins sérieuse, c'était leur antipathie contre la Iribu 
de Ji(da en général, celle-ci, grâce à la réunion des tribus sous 
le sceptre de son roi, étant sur le point d'acquérir la suprématie 
sur les autres tribus. 

En effet, même quand les tribus du Nord, contraintes parla 
nécessité, se furent soumises au roi de Juda qui les avait délivrées 
des Philistins, même alors les sentiments d'hostilité contre David 
et contre la tribu de Juda ne s'éteignirent pas encore dans leurs 
cœurs. C'est ce qui explique que le propre fils de David, Absalon, 
put fomenter la rébellion contre lui parmi les Israélites du Nord * 
et se faire proclamer roi. Les troupes dont il put disposer aussitôt 
étaient si nombreuses, que David ne vit d'autre moyen de salut 
que dans la fuite au delà du Jourdain^. David craignait même 
que le peuple ne proclamât sa déchéance et n'élevât au trône le 
petit-fils de Saùl, seul survivant de sa race, tous ses autres re- 
jetons ayant été massacrés par les Gabaonites'^; aussi le garda- 
t-il auprès de lui, comme par faveur % mais, en réalité, pour le 

* II Sam., III, 31 et s. ; iv, 9. 
s Ihid., XV, 2, 10. 

3 Ibid., XV, 13 et s. ; cf. xvii, 1. Le l'ait que la révolte fut organisée par les Israé- 
lites du Nord résulte non seulement des passages déjà cités, mais aussi de celte cir- 
constance qu'ici, comme lors de la révolte suivante dirigée par Schéba ben Bikhri il 
est question d' « Israël » et que ce terme désigne, ici comme là, les Israélites du 
Nord. Des deux cents Judailes qui accompagnèrent Absalon à Ilébron, il est dit ex- 
pressément qu'ils ne savaient rien de ses desseins (xv, 11); le jiro/iunciamento de 
Hébron fut donc une surprise pour les Judaïtes. Mais Absalon a dû choisir cette 
ville judaïie afin de tenir les JudaiUs en bride. 

* Ibid., XXI. 
» Ibid., IX. 



176 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tenir sous sa surveillance. Il le dépouilla en partie de ses biens, 
parce que le pauvre homme, paralysé des deux jambes, ne 
l'avait pas accompagné dans sa fuite devant Absalon^ Le roi 
David se fiait fort peu à la fidélité des tribus du Nord ; quant à la 
tribu de Juda, elle n'avait pas de motif d'être mécontente de lui, 
comme nous le verrons bientôt. 

Cependant, si ces incidents prouvent seulement l'antipathie des 
Israélites du Nord pour David , les événements ultérieurs 
montrent clairement qu'elle se manifesta également contre la tribu 
de Juda. En effet, lorsque dans la lutte entre les deux armées^, 
celle d'Absalon eut été vaincue et qu'Absalon lui-même eut été tué, 
les tribus du Nord perdirent courage. Elles se rappelèrent alors 
que David les avait délivrées des Philistins, et partout des voix 
s'élevèrent pour qu'on rappelât le roi. Alors David fit engager les 
anciens de Juda à prévenir les autres tribus, parce qu^ils étaient 
de sa tribu. Les anciens se hâtèrent alors de l'inviter à revenir et 
allèrentà sa rencontre jusqu'au Jourdain^ Les Israélites du Nord 
en furent très dépités, et une violente altercation éclata entre eux 
et les Juda'ites'*. Gomme ces derniers prirent vis-à-vis d'eux une 
attitude particuHèrement hautaine et injurieuse, une nouvelle 
sédition des Israélites du Nord se produisit, à l'instigation d'un 
Benjamite, nommé Schéba ben Bikhri. Les rebelles se proposaient 
de détacher les Israélites du Nord de Juda et de son roi, mais ils 
échouèrent ^ 

Cette nouvelle insurrection, d'une portée si considérable, ne 
peut avoir eu uniquement pour cause le manque de tact de 
David ou les discours « arrogants » des Judaïtes. Il est plutôt à 
supposer que le roi favorisa sa propre tribu par des avantages 
matériels. C'est ainsi que nous trouvons mentionnées des faveurs 
accordées à cette tribu à l'époque de Salomon. Celui-ci avait 
divisé son territoire du Nord et d'au delà du Jourdain en douze 
districts, dont chacun devait fournir ce qui était nécessaire à 
l'entretien de sa cour et de sa personne pendant un mois. Mais 
Juda échappa à cette lourde charge*^. Il est probable que Salo- 

1 II Sam., XVI, 3 et s. ; xix, 25 et s. 

* L'armée de David comptait naturellement aussi par milliers (xviii, 1) ; mais de 
Jérusalem, il n'y eut que six cents hommes qui accompaf;;uèrent David (xv, 18). 
Sans doute de fortes troupes de gens de guerre judaïtes l'avaient rejoint dans Tinter- 
valle. C'était ce que Huschai avait espéré quand il donna à Absalon son conseil 
perfide (xvii, 7 et s.). 

a Ibid.,xiyi, 10-16. 

■^ Ibid., 42 et s. 

•* Jbid., XX. 

* I Rois, IV, Le mot Necib 2'i!iS3 v. 19) signifie Tadminislration, radmiDislration 



ISRAKL ET JL DA 177 

mon proctida de même pour recruter les ouvriers sur le Liban 
et à l'occasion d'autres impositions, et que ce réf^ime existait 
déjà sous David. De là vint l'attachement des Judaïtes pour la 
dynastie de David. Leur fidélité lui fut désormais acquise pour 
toujours, et ce fut là la raison de la vénération dont sa personne 
fut entourée chez eux. Mais des tribus du Nord, ni lui ni son 
successeur ne surent se faire aimer, et cela parce qu'ils favorisaient 
leur tribu aux dépens des autres. Cette méthode de gouvernement 
si partiale serait tout à fait incompréhensible de la part de ces 
rois, s'ils n'y avaient été amenés, en quelque sorte, par l'antipathie 
enracinée chez les autres tribus contre la tribu de Juda et qui 
remontait jusqu'à la personne des rois a{)partenant à cette tribu. 
Aussi ces derniers traitaient-ils les autres tribus comme des 
étrangers. 

La scission entre les Israélites du Nord et Juda devint ainsi de 
plus en plus profonde. Sous Salomon aussi, on relate un complot 
fomenté dans le pays du Nord par Jéroboam, mais il fut décou- 
vert à temps et vite réprimée 

Le motif déterminant du complot n'était plus la dynastie judaïte, 
à laquelle les Israéhtes du Nord s'étaient déjà résignés, mais les 
charges trop lourdes qu'ils avaient à supporter, à l'exclusion de 
la tribu de Juda. En effet, après la mort de Salomon, ils voulurent 
bien reconnaître comme roi son fils, le prince héritier, mais ils 
demandèrent l'allégement de leur joug, c'est-à-dire la faveur 
d'ôtre traités comme les Judaïtes-. Mais Roboam s'en tint ferme- 
ment à la tradition de ses prédécesseurs. La scission eut lieu; les 
Israélites du Nord se séparèrent pour toujours de Juda et de sa 
dynastie et fondèrent un royaume à part, sous la domination du 
même Jéroboam, fauteur du complot^. 



II 



Si les événements du règne de David et de Salomon ne mettent 
pas encore suffisamment en lumière l'opposition entre les Israélites 

supérieure de la perception des impôts, sous les ordres de laquelle étaient placés les 
douze fonctionnaires {Û'^3i23, v. 7). 

* 1 Rois, XI, 26 et s. 

' C'était sans doute aussi là l'appât grâce auquel Absalom entraîna les Israélites 
du Nord à la rébellion contre son père, et non les discours et actes futiles qui sont 
rapportés dans II Sam., xv, 3 et s. 

^ II Sam., xii. 

T. XXXVIII, N» 76. 12 



178 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

du Nord et Juda — vu la façon partiale et tendancieuse dont sont 
rédigés les récits et l'omission complète de beaucoup de traits 
caractéristiques conservés dans les Clironiques — nous espérons 
qu'elle ressortira avec évidence dans les développements suivants 
qui traiteront des causes de cette opposition. 

Les deux derniers chapitres du livre de Josué (xxiii et xxiv) 
nous paraissent particulièrement instructifs sous ce rapport. Ils 
rapportent le môme événement, en en donnant une version 
différente, et cette différence n'est pas simplement extérieure. 
Elle trahit aussi une divergence dans les idées nationales et reli- 
gieuses. Il y est dit que Josué, avant sa mort, convoqua une 
assemblée de tout le peuple d'Israël, c'est-à-dire de ses anciens, 
de ses chefs, des juges et fonctionnaires, pour leur recommander 
la fidélité envers le culte de Jéhova et les avertir de prendre garde 
de se laisser entraîner à l'adoration d'autres divinités. Or, le 
chap. XXIII s'accorde bien pour le style et le fond avec le Penta- 
teuque et surtout avec le Deutéronome, mais cela n'a lieu pour le 
chap. XXIV que sur des points secondaires. Gomme la composition 
du Deutéronome, quelle que soit l'époque où en aient paru les 
diverses parties constitutives, appartient, dans tous les cas, à une 
époque tardive et doit être attribuée à des auteurs judaïtes, notre 
chap. XXIII a le caractère d'une production plus tardive encore, 
également d'origine judaïte, et même comme la contre-partie du 
chap. XXIV. Ce dernier présente, de son côté, le caractère bien 
net d'une production des Israélites du Nord, par le fait qu'il 
indique comme lieu de rassemblement la ville éphraïmite de 
Sichem, tandis que dans le chap. xxiii, l'endroit n'est pas indiqué 
du tout et que le texte ajoute môme (chap. xxiv): « Ils se présen- 
tèrent devant Dieu », c'est-à-dire devant le sanctuaire de Jéhova. 
Si ce détail est en contradiction avec le passage de Josué, xviii, 1, 
d'après lequel l'arche d'alliance fut installée à Silo, l'auteur a 
sans doute été amené à parler de Sichem par la circonstance que, 
comme le verset 27 semble l'indiquer, il existait de son temps à 
Sichem un sanctuaire ou les restes d'un sanctuaire auquel la 
légende populaire rattachait cet événement. 11 en résulte que ce 
chapitre a dû être composé encore avant la destruction du royaume 
du Nord. 

Pour montrer la dillérence essentielle qui existe entre ces deux 
chapitres, nous allons en comparer le contenu. 

Dans le chapitre xxiii, Josué, comme Moïse dans le Deutéro- 
nome, parle en son propre nom. Il invoque le secours dont Jéhova 
a favorisé les Israélites dans les luttes contre les habitants de 
Canaan. Jéhova a combattu pour vous, dit~il, et vous a donné la 



ISMAEL ET JUDA 179 

victoire sur ces nations, de sorte que tout le pays, m<5me les terri- 
toires non soumis encore, a pu être partagé entre les tribus. Car 
Jéhova chassera aussi devant vous les nations de ces territoires, 
et vous prendrez possession de leur pays. Mais il faut que vous 
vous appliquiez à observer très fidèlement tout ce qui est écrit 
dans le livre de la Loi de Moïse, sans vous en détourner ni à 
droite, ni à gauche. Ne vous mêlez point aux nations qui sont 
restées dans le pays ; ne jurez pas par le nom de leurs dieux et ne 
les servez point. Mais attachez-vous à Jéhova seul, comyne vous 
Vavez fait jusqu'à ce jour. Ainsi, l'Éternel a chassé devant vous 
des nations grandes et puissantes ; aucune n'a pu subsister devant 
vous. C'est pourquoi, sur votre âme, appliquez-vous à aimer 
Jéhova, votre Dieu. Car si vous vous mêlez et vous unissez aux 
nations qui restent encore dans le pays, Jéhova ne les chassera 
plus devant vous et elles seront pour vous un piège et un fléau, 
jusqu'à ce que vous ayez été exterminés vous-mêmes du pays, 
parce que vous aurez transgressé Valliance avec Jéhova et adoré 
des dieux étrangers. » 

Au chapitre xxiv, au contraire, Josué parle comme les pro- 
phètes après lui, au nom de Jéhova. Il débute comme un pro- 
phète de la période des Rois par ces mots : « Ainsi parle Jéhova ». 
Mais le contenu du discours de Josué est une esquisse de l'histoire 
d'Israël : « Vos pères, Térah, le père d'Abraham et de Nahor, 
habitaient anciennement au delà de l'Euphrate et servaient 
d'autres dieux. Mais je fis partir Abraham de ce pays et je le 
conduisis à travers tout le pays de Canaan ; je lui donnai une 
nombreuse postérité et je lui donnai aussi Isaac. Je donnai à 
Isaac Jacob et Esaii, et je donnai en héritage à Esaû la mon- 
tagne de Seïr, mais Jacob et ses fils descendirent en Egypte. 
J'envoyai Moïse et Aaron et je frappai les Egyptiens de fléaux, 
puis je vous fis sortir de l'Egypte. Et quand vous arrivâtes à la 
mer et quand les Egyptiens poursuivirent vos pères jusqu'à la mer 
avec une force imposante, moi Jéhova, je mis une épaisse nuée 
entre vous et les Egyptiens et je ramenai sur eux la mer. Ensuite 
vous avez séjourné longtemps dans le désert et lorsque je vous 
conduisis dans le pays des Amorréens, de l'autre côté du Jourdain, 
ceux-ci combattirent contre vous. Mais je les livrai entre vos 
mains et vous prîtes possession de leur pays. Ensuite le roi de 
Moab, Balak, se leva contre vous et il appela auprès de lui Balaam 
pour vous maudire. Mais moi je ne voulus pas lui prêter assistance 
et il dut, au contraire, vous bénir. Ainsi je vous délivrai de la main 
de Balak. Puis, vous passâtes le Jourdain et vous arrivâtes près 
de Jéricho ; les gens de Jéricho p) et tous les autres peuples du 



180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pays firent la guerre contre vous, mais je les livrai entre vos 
mains. J'envoyai au-devant de vous la cira, qui les chassa devant 
vous, ainsi que les deux rois des Araorréens : ce ne fut pas par la 
puissance de vos armes. Je vous ai livré un pays que vous n'aviez 
point cultivé, vous habitez des villes que vous n'aviez point bâties 
et vous jouissez des fruits de vignes et d'oliviers que vous n'aviez 
point plantés. » 

« Maintenant, — dit ensuite Josué, parlant en son propre nom, 
— servez Jéhova avec sincérité et fidélité ; faites disparaître les 
dieux qu'ont servis vos pères de l'autre côté du Fleuve et en 
Egypte, et adorez Jéhova. Si ce n'est pas là votre intention, choi- 
sissez qui vous voulez servir, ou les dieux de vos ancêtres ou les 
dieux des nations dans le pays desquelles vous habitez maintenant 
(les dieux de votre nation ou les divinités du pays). Quant à moi 
et à ma maison, nous servirons Jéhova. » — Le peuple répondit 
et dit : « Loin de nous la pensée d'abandonner Jéhova pour servir 
d'autres dieux, car c'est lui qui nous a comblés de bienfaits et qui 
a opéré pour nous tant de prodiges. » Mais Josué dit au peuple : 
« Vous ne saurez pas servir Jéhova, car Jéhova est un Dieu saint, 
un Dieu jaloux qui ne pardonnera point vos transgressions et vos 
péchés. Si vous l'abandonnez et si vous servez des dieux étrangers, 
il vous traitera avec rigueur et vous exterminera, lui qui vous a 
comblés de ses faveurs. » Comme le peuple persistait à dire qu'il 
voulait servir Jéhova, Josué le prit lui-même à témoin de son choix, 
et quand ils eurent accepté d'être témoins, Josué leur ordonna 
d'ôter les dieux étrangers qui étaient au 7nilieu d^eux et de 
tourner leur cœur vers Jéhova, le Dieu d'Israël. De nouveau, le 
peuple promit de servir Jéhova et d'obéir à ses commandements, 
et alors Josué fit une alliance avec le peuple (au nom de Jéhova) 
et il établit pour lui des lois et des ordonnances, à Sichem. Il 
écrivit ces choses (les lois et les ordonnances) dans le livre de la 
Loi de Dieu et dressa une grande pierre, sous le chêne qui était 
dans le sanctuaire de Jéhova, en disant à tout le peuple : Que 
cette pierre serve de témoin contre nous, car elle a entendu toutes 
les paroles que Jéhova nous a dites; elle vous servira de témoin, 
afin que vous ne soyez pas infidèles à votre Dieu. » 

Quelle difi'érence entre le tableau que ce chapitre évoque et celui 
que nous ofi're le chapitre précédent ! Tandis que le chapitre xxiii, 
d'accord avec le chapitre xiii de Josué et le premier chapitre des 
Juges, reconnaît, ce qui était vrai, qu'à la mort de Josué beaucoup 
de territoires du pays étaient encore aux mains des peuples cana- 
néens, le chapitre xxw (v. 11 et s.) présente les choses, et cela 
conformément à Josué, xi, 16-19, comme si à ce moment-là 



FSRxVKL ET JUDA 181 

tout le pays avait déjà été conquis et débarrassé de la présence de 
ses anciens possesseurs. Une différence beaucoup plus innportante 
et plus frappante, c'est celle que présentent ces deux cbapitres 
en ce qui concerne la législation religieuse et la personne du légis- 
lateur. Autant le chapitre xxiii nous inspire conliance et nous 
paraît fannilier, en raison de ses affinités de langage et de contenu 
avec le Deutéronome, autant le chapitre xxiv nous paraît étrange 
et nouveau. Au chapitre xxiii, Josué s'en réfère à la Loi de Moïse ; 
ici il n'est fait mention de Moïse que comme envoyé, avec Aaron 
pour compagnon, auprès du roi d'Egypte en vue d'obtenir la déli- 
vrance d'Israël. En tant que législateur, Moïse paraît être ignoré 
ici, et c'est Josué lui-même qui est présenté comme tel. C'est Josué 
qui donne à Israël des lois et des ordonnances à Sichem et qui les 
inscrit dans le Livre de la Loi de Dieu. C'est lui le prophète qui 
révèle la parole de Dieu. De Talliance entre Jéhova et Israël que, 
suivant le Pentateuque, Moïse a conclue près du Sinaï ou du Ploreb 
et qu'il a renouvelée dans le pays de Moab ', — dont il est fait 
aussi mention dans le chapitre xxiii (v. 16) — le chapitre xxiv ne 
dit pas un mot. Bien plus et nettement en opposition avec le cha- 
pitre xxiii (v. 8), il y est dit que ju.^que-là Israël a adoré, non pas 
Jéhova, mais des dieux étrangers et ne s'engagea à servir Jéhova 
que par devant Josué. Ainsi jusque-là, Israël n'était lié par aucun 
pacte. Josué lui donne le choix entre Jéhova et d'autres dieux, et 
ce fut seulement quand Israël se fut prononcé en faveur de Jéhova, 
que l'alliance, par conséquent la première et unique alliance, fut 
conclue avec Jéhova et qu'une législation écrite fut composée par 
Josué au nom de Jéhova ! 

n n'existe pas dans la Bible d'autre trace de ce système qui ferait 
de Josué un prophète et un législateur, auteur d'une Tora. Cela 
se comprend, nos écrits historiques de la Bible n'ayant reçu leur 
forme actuelle que pendant la période postérieure à l'exil ; ces écrits 
ont donc pour auteurs des Judaïtes — car il n'y eut que des Ju- 
daïtes qui revinrent de l'exil — ou bien, dans les passages où ceux- 
ci utilisèrent des écrits provenant des Israélites du Nord, ils les 
transformèrent suivant leurs idées. En tout cas, ils n'ont pu con- 
server des passages où la dignité de Moïse en tant que législateur 
se trouvait rabaissée. En ce qui concerne spécialement le livre de 
Josué, le chapitre xxiii et d'autres passages (i, xx, xxi, xxii.et viu, 
3U-35) furent composés plus tard en remplacement du chai), xxiv 
et d'autres, ou bien furent arrangés par le moyen d'additions et de 
suppressions, au gré des opinions régnantes. Si le chapitre xxiv 

* Deut., xxviii, 60, 



182 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fat ajouté au livre, cela a été sans doute le fait d'un rédacteur 
vivant à une époque où l'opposition existant plusieurs siècles 
auparavant entre les Israélites du Nord et Juda était depuis 
longtemps oubliée. Ce chapitre a été inséré dans l'ouvrage, sim- 
plement parce que c'était un écrit ancien, sans que le rédacteur se 
doutât de son importance. Nous nous garderons de l'en blâmer; 
au contraire, nous lui savons gré de nous avoir conservé un pareil 
document inaltéré, suffisant à lui seul pour nous donner un aperçu 
de l'état des choses de l'époque de l'hébraïsme primitif. 

Nous avons dit que l'admission du chap. xxiv dans le livre de 
Josué a dû certainement avoir lieu à une époque assez tardive pour 
que l'opposition entre les Israélites du Nord et Juda (ut depuis 
longtemps oubliée. En effet, à l'époque plus rapprochée de l'exil, 
les auteurs judaïtes de notre Bible ont eu vis-à-vis du héros des 
Israélites du Nord, Josué, une attitude toute différente : ils l'ont 
ignoré ! Même là où il y avait lieu de parler de lui, il n'est pas dit 
un mot dans la Bible, en dehors duPentateuque, de sa personne, de 
ses exploits et de ses faits merveilleux ^. Une seule fois, un psaume 
fait allusion (ps. cxiv) au prodige de la séparation des eaux du Jour- 
dain, et une seule fois encore il est fait mention de sa personne 
comme d'un prophète. Mais le passage a l'air d'une addition 
postérieure ^ Le simple nom de Josué ne se trouve que deux 

1 II nous semble aussi qu'en même temps qu'eut lieu l'addition du chap. xxiv, une 
autre raodilication importante du livre de Josué tut faite, à savoir sa séparation du 
livre des Ju^es, avec lequel il formait jusqu'alors un seul livre. Celui-ci aurait 
renfermé toute la période dite héroïque d'Israël, depuis son entrée dans le pays 
de Canaan. Cette hypothèse a surtout pour elle le passage de Juges, ii. 6-9, 
qui répète presque textuellement Josué, xxiv, 28-31, mais qui, dans le livre vies 
Jupes, n'est nullement à sa place. Si le verset du livre des Juges a été mo- 
dilié par l'addition des mots • pour prendre possession du pays », cela même trahit 
bien le remaniement judaïle (voir plus haut, p. 181) et confirme notre hypothèse. En 
ell'et, nous croyons que ce passage du livre des Juges était la suite immédiate de Jo- 
sué, xxin, que son auteur judaïte l'a emprunté au chap. xxiv, d'origine nord-isra<flite, 
en l'arrangeant d'après sa théorie sur la conquête du pays. Ensuite, il continue les ré- 
cils du livre des Juges, Ainsi, de son temps, les livres de Josué et des Juges étaient 
encore réunis. C'est seulement le rédacteur postérieur qui divisa le livre en deux et 
finit le premier livre par le chap. xxiv, qu'il ajouta, et par le récit de la mort de 
Josué. De cette manière, il ne put laisser subsister aussi ce récit dans le chap. xxiii; 
mais ce récit garda sa place dans la suite de la relation, c'est-à-dire dans le livre 
des Juges. On se borna à le faire précéder des morceaux retrouvés sans doute après 
coup, chap. 1 et II, 1-5, des Juges. 

* Voir, par exemple, Isaïe, lxiii, 11 et s. ; Ps., lxxviii, cvi et cxxxvi ; Nébémie, 
IX. — Par contre, voyez Sira, xlvi, 1-10. 

• I Rois, XVI, 34. Ce qui fait supposer que celte partie du verset aussi bien que 
Josué, VI, '26, ont été ajoutés poslérieurement, c'est que la partie du verset qui les 
précède ne dit nullement que les tils de Hiel fussent morts pendant la reconstruction 
(la reconstruction âe la forteresse, voir II Sam., x, 5) de la ville de Jéricho. Elle 
semble plutôt relater que la rose des fondements fut inaufjtirée par son fils aîné et 
l'achèvement par son plus jeune fils. Or, le rédacteur postérieur ne pouvait pas 



ISRAKL ET JUDA 183 

fois •. Il en résulte, ainsi que de Josué, xxiv, que dans les deux 
royaumes des Hébreux, il régnait des théories différentes au sujet 
de la londation de la religion de Jéhova et de la législation : les 
Israélites du Nord l'attribuaient à Josué ; les Judaïtes, à Moïse. 
Conformément à ces théories, des cycles de If^gendes différentes 
se formèrent chez eux. Chez les Israélites du Nord, ce fut Josué, 
et chez les Judaïtes ce fut Moïse qu'on vénéra en lui attribuant des 
miracles. Chez les uns on racontait que devant Moïse les eaux 
de la Mer Rouge se séparèrent; chez les autres, on disait que 
devant Josué les fiots du Jourdain se divisèrent. Si, au sujet de 
Moïse, la légende judaïte rapporte un nombre bien plus considé- 
rable de miracles, les prodiges de Josué se distinguent par leur 
puissance; non seulement les murs de Jéricho s'écroulent d'eux- 
mêmes devant lui, mais le soleil lui-même arrête sa course à son 
commandement I 



III 



La pensée qui s'impose à nous maintenant, c'est que, si les Israé- 
lites du Nord et les Judaïtes attribuaient leurs Toras à des légis- 
lateurs différents, ces Lois elles-mêmes ont dû différer plus ou 
moins l'une de l'autre. En effet, maints passages des Prophètes 
paraissent l'indiquer. Mais cela résulte clairement, comme nous 
le croyons, des paroles de menaces que le prophète Amos adresse 
successivement à Juda et à Israël (l'IsracM du Nord) 2. Il annonce 
à tous deux des malheurs: aux Judaïtes, parce qu'ils méprisent 
la Tora de Jéhova, négligeant ses commandements et se laissant 
égarer par les doctrines mensongères que suivirent leurs ancêtres. 
— Ainsi vis-à-vis des Judaïtes, le {)rophète ne cite aucune faute 
particulière; il parle en termes généraux de la Tora et des lois 
de Jéhova, disant que tout ce qui n'y est pas conforme n'est que 
fraude et mensonge. 

Voyons maintenant ce qu'il blâme chez les Israélites du Nord. 

permettre que la malédiction de Josué fût resiée sans eflet. Il interpréta donc faus- 
sement les paroles du livre des Kois eu ce sens, aue les (ils de Hiel seraient morts 
lors de la reconstruction, et pour mettre son récit eu liarmonie avec le livre de Josué, 
il s'en refera aux paroles de Josué, en lui prOlaiit la aussi les mêmes expressions, 
sans réfléchir que dans la bouche de Josué des expressions pareilles sont dénuées de 
Sens, Car qie serail-il advenu si un homme sans enfants avait rebâti Jéricho? 

* Néh., VIII, 7; IChion., vu, 27. 11 faut encore remarquer que le premier de 
ces passages donne le nom de Josué sous une forme modillée I^TO"^)- 

* Amos, II, 4-16. 



184 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Il ne fait pas mention de la Tora, mais il les accuse de graves 
péchés : « Chez eux, les justes et les pauvres sont vendus (par les 
juges) pour de l'argent et des présents; les pauvres sont écrasés 
dans la poussière; la voie des justes est détournée. Le père et le 
fils se livrent aune luxure impudique (comme acte de culte?) pour 
profaner le saint nom de Jéhova ; on s'étend sur des vêtements 
pris en gage, près de chaque autel, et on boit le vin de ceux qu'ils 
condamnent dans la maison de leur dieu (comme si Jéhova n'était 
pas le Dieu adoré par les Israélites du Nord !) » 

De cette différence si frappante entre les deux admonestations, 
il résulte clairement: 1° qu'en Juda et chez les Israélites du Nord, 
des Toras différentes étaient en vigueur et qu'aucune n'était 
reconnue comme authentique par la partie adverse. C'est pour- 
quoi le Judaïte Amos — il était originaire de la ville judaïte de 
Tokéa — ne pouvait parler aux Israélites du Nord de la Tora en 
général et devait spécifier leurs principales transgressions. Il en 
résulte secondement que les deux Lois différaient beaucoup l'une 
de l'autre par leur contenu. Autrement, le prophète aurait pu 
néanmoins invoquer auprès des Israélites du Nord leur Tora. Et 
comme il ne signale que des infractions morales et n'attache 
d'importance qu'aux devoirs moraux, comme tous les autres pro- 
phètes, tandis qu'il estime médiocrement les exercices du culte ', 
la différence des deux Lois doit avoir consisté précisément en ce 
que la Tora des Israélites du Nord enseignait principalement des 
prescriptions concernant le culte, les sacrifices, les rites, les droits 
dus aux prêtres, etc., tandis que la Tora des Judaïtes devait 
renfermer exclusivement des préceptes touchant la conduite 
morale. C'est pourquoi le prophète se borna vis-à-vis des Judaïtes 
à leur rappeler leur Tora. Ceux-ci savaient bien ce qu'il voulait 
dire. Troisièmement, nous voyons qu'à cause de la grande impor- 
tance que les Israélites du Nord attachaient en théorie et en pra- 
tique aux lois du culte, comparativement aux lois morales, et 
surtout parce que les exercices du culte ne se distinguaient que 
peu ou pas du tout de ceux des païens, le prophète considérait le 
Dieu qu'on y adorait comme une divinité païenne, quoiqu'on y 
crût devoir rendre le même hommage à Jéhova. 

Dans le même sentiment que le prophète Amos, le prophète Osée 
s'écriait: « C'est moi (Jéhova) qui écrivis pour lui (pour Éphraïm 
— les Israélites du Nord) les paroles de ma loi, mais celles-ci sont 
regardées comme quelque chose d'étranger'*'. » En effet, chez les 

• Amos, V, 20 et s. 

» Osée, VIII, 12; nous lisons avec Graetz : '^P'nin i"lD1. 



I su A KL ET .lUDA 18o 

Israélites du Nord, on ne reconnaissait pas la Tora que le prophète 
avait en vue, c'est-à-dire la Tora judaïte. Osée, dont l'origine 
n'est pas indiquée, devait être lui-mf^rae Judaïte. Cela ressort de la 
prédilection bien marquée par lui, dans tout son livre, en faveur 
de Juda contre les Israélites du Nord et surtout de l'espoir qu'il 
caresse de voir ceux-ci se soumettre de nouveau à la dynastie de 
David'. En un autre passage, il dit : « Si toi, Israël, tu es infidèle, 
que Juda ne se rende pas coupable^! » Et plus loin: « Israël et 
Éphraïm tomberont par leur péché, et avec eux ^pareux) tombera 
aussi Juda^ » Il compare l'infidélité des chefs de Juda à un dépla- 
cement des bornes de frontières*, c'est-à-dire il prétend qu'ils 
empruntent ainsi les procédés de leurs voisins, les chefs des 
Israélites du Nord. Sa prédilection pour Juda se trahit aussi dans 
ses paraboles des trois premiers chapitres. Les deux prostituées 
qu'il épouse successivement représentent les Israélites du Nord. Il 
donne aux enfants de la première^ les noms ù'Isreel (comme sym- 
bole de l'accusation de meurtre portée contre la maison royale), 
de Lo-Ammi {no)i-mo7î-peuple) et de « Celle dont on n'a pas eu 
pitié », car Jéhova renonce à Israël, il ne veut plus lui pardonner, 
mais il pardonnera à la maison de Juda et la sauvera '\ Le salut 
d'Israël (du Nord) ne viendra que quand il s'unira à Juda dans la 
fidélité envers Jéhova. Alors son frère (Israël) sera appelé par lui 
« Ammi' » et sa sœur « Rouhama ». Cette préférence constante 
donnée à Juda sur les Israélites du Nord, quoiqu'il y eût aussi 
beaucoup à reprendre dans la conduite de Juda, ce que le prophète 
fait d'ailleurs, mais en termes modérés '^, ne peut se comprendre de 
la part d'un citoyen du royaume du Nord, d'autant plus que le 
même prophète rriille aussi les Iraditiotis historiques de ce pays, 
comme nous le verrons. 



* Osée, m, 5. 

* Ibid., IV, 15. 
'^ Ibid., V, 5. 

* Ibid., 10. Le rédacteur du livre, lui aussi, a dû considérer le prophète comme un 
Judaïte, car il indique d'abord sa période d'activité d'après les rois de Juda, quoique 
ses discours s'adressent presque constamment aux Israélites du Nord et qu'il ne 
mentionne Juda qu'occasionnellement. 

' La seconde prostituée renonce à la prostitution après son mariapje, mais elle reste 
aussi éloignée du prophète lui-même. Elle symbolise le retour d'Israël à Jéhova après 
son intideiué complète. Ainsi le chap. m, qui en f)arle, devrait se placer entre le 
chap. I et le chap. ii. 

« Ibid., I, 6-9. 

'' Ibid., II, 3 et s. 

* Cf. ch.. xir, 1-3, quoique le verset \ b UQ soit pas bien compréhensible çt soit 
sans doute un texte corrompu. 



186 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



IV 



La question de l'origine judaïte du prophète Osée est impor- 
tante, parce qu'il en résulte le fait que le domaine où se forma le 
prophétisme ayant pour but de relever les idées sur Dieu et la 
morale était précisément le pays de Juda, et non celui des Israé- 
lites du Nord. En effet, on sait que tous les prophètes qui vinrent 
après lui habitaient le pays de Juda. Le royaume du Nord ne 
compte aucun prophète de ce genre. Il est vrai que nous y trouvons 
aussi des prophètes, et parmi eux Elle et Elisée, qui devinrent très 
célèbres. Mais les récits de leurs actes, surtout des actes du dernier 
prouvent précisément que le prophétisme dans ce pays dégénéra 
de plus en plus en thaumaturgie et en science magique. On ne 
trouve chez Elisée aucune trace de doctrines morales, et cette 
circonstance prouve également que dans le royaume du Nord, 
celles-ci ne constituaient pas les doctrines fondamentales de la 
religion de Jéhova. Les doctrines religieuses ne pouvaient généra- 
lement provenir que du sacerdoce ou des prophètes (écoles ou 
associations de [)rophètes). Pour les prêtres, les questions de culte 
ont naturellement le plus d'importance, et si le sacerdoce judaïte 
hxa à cet effet des règles qu'il voulut faire passer pour des com- 
mandements divins, elles trouvèrent de l'opposition chez les pro- 
phètes, qui niaient l'origine divine de ces prescriptions et ensei- 
gnaient la loi morale comme la plus divine et même comme l'unique 
loi ayant ce caractère. Et comme ils prétendaient parler sous l'ins- 
piration immédiate de Dieu, ils durent aussi trouver créance auprès 
du peuple * . Mais dans le royaume du Nord, les prophètes paraissent 
avoir agi d'accord avec les prêtres. Aussi le prophète Osée les 
mit-il sur le même rang, bien entendu dans un sens défavorable : 
« Toi (prêtre), tu tombes (dans le péché) le jour, et le prophète 
avec toi tombe la nuit (par des visions nocturnes)-.» Comme les 
prêtres des Israélites du Nord, au lieu de rencontrer de l'opposi- 
tion chez les prophètes, avaient leur appui, les prescriptions tou- 
chant le culte dominaient la religion des Israélites du Nord, et de 
là vint que la moralité se trouva chez eux bien inférieure à celle 
du pays de Juda. 

Chez les Israélites du Nord, les prophètes ont dû ressembler, 
pour la valeur morale, au sacerdoce, au sujet duquel le môme 

* Jérémie, xxvi, 10. 

* Osée, IV, 5. 



ISUAfclL ET JUUA 187 

prophète nous dit que « les prêtres se repaissent du péché de mon 
peuple et sont avides de ses iniquités ' » c'est-à-dire ne songent 
qu'à leur intérêt personnel. Us faisaient leurs propres affaires en 
multipliant les lois touchant les sacrifices et la pureté. Mais Osée 
raille les Israélites du Nord, qui attachent de l'importance à ces 
lois. En effet, il leur prédit qu'ils ne resteront pas dans le pays de 
Jéhova et qu'ils seront exilés dans le pays des païens. ^ Là on 
n'apportera pas de sacrifices à Jéhova, on ne lui offrira pas de 
libations; ils mangeront des choses impures, et ce sera pour eux 
comme du pain de deuil, qui rend impur ceux qui en mangent, car 
il ne pourra être porté dans le temple de Jéhovn : « Et que ferez- 
vous aux jours d'assemblée, aux fêtes de Jéhova^ ?... » Quand arri- 
vera ce temps du châtiment, Israël reconnaîtra que le prophète 
était sot, et fou l'homme inspiré... Le gardien d'Ephraïm est avec 
son Dieu, le prophète est un filet d'oiseleur sur toutes ses voies, 
excitant la haine (de Jéhova) dans le temple de son Dieii^, 
Comme Amos, Osée ne veut pas que ce Dieu soit Jéhova. Les 
prophètes des Israélites du Nord paraissent donc avoir habité, 
comme les prêtres des oracles, auprès des lieux saints ; en tout 
cas, ils poursuivaient le môme but que les prêtres sacrificateurs, 
c'est-à-dire leur intérêt personnel. Les prescriptions rituelles et 
les usages rituels étaient considérés par eux comme l'essence de 
la religion de Jéhova. Amos, lui aussi, parle ironiquement de ces 
coutumes et prescriptions : « Allez à Betli-El et commettez des 
infidélités (envers Jéhova) ; allez à Guilgal et péchez davantage 
encore. Chaque matin, offrez vos sacrifices, et vos dîmes tous les 
trois jours. Faites monter la famée de vos offrandes d'actions de 
grâces faites avec du levain ^ ; proclamez tout haut vos sacrifices 
volontaires, car c'est là ce que vous aimez, maison d'Israël ^. » — 
De son côté, le prophète Michée'' flagelle la cupidité et la frivolité 
des prêtres des Israélites du Nord " et de leurs prophètes en termes 
énergiques et solennels ; il traite ces derniers dn magiciens. Mais 
ce qu'il considère comme le véritable culte dû à Dieu, ce que, 

* Osée, IV, 8. 

* Ibid.^ IX, 3 oi s. Il est évident que le prophète n'approuve cas ces règles louchant 
les sacrifices et ces lois de pureté, et qu'au contraire, il les raille. Sans cela, il serait 
absurde de parler de pareilles choses, à savoir de grandes calauiitcs, de la destruclion 
du royaume et de l'exil. 

2 Ibld.f 1 et s. Au verset 8, il faut lire, au lieu de "^Ï^Tî^, T^riTN- 

* Cf. Lévil., VII, 13. 

'''• Amos, IV, 4 et s. ' 

^ Michée, m, 5 et suiv. 

'' Cela ressort du fait que son discours s'adresse aux « chefs de .Jacob et d'Israël ». 
Les versets 10 et 12 ne sont, en tout cas, pas à leur place ici; le dernier verset est 
un emprunt fait ultérieurement à Jérémie, xxvi, 18. 



188 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

selon lui, Jéhova demande à l'homme, ce n'est pas le sacrifice, 
mais la droiture dans les actes, le zèle dans la charité et l'humilité 
devant Dieu '. 

Un autre passage du livre d'Amos nous renseigne également 
sur l'opposition qui existait entre le pays de Juda et les Israélites 
du Nord. Ce prophète haranguait le peuple à Beth-El, le principal 
lieu de culte de ce royaume. Pour cette raison, le grand prêtre de 
Beth-El, à qui ce discours ne plaisait guère, dénonça le prophète 
au roi comme conspirateur et dit ensuite à Amos : « Hé ! l'homme 
aux visions, va-t-en au pays de Juda et manges-y ton pain, 
là tu pourras prophétiser; mais à Beth-El tu ne continueras 
pas à prophétiser, car c'est un sanctuaire royal et une maison du 
roi *. » Cela signifie-t-il qu'il n'y avait pas de gouvernement dans le 
pays de Juda et pas de sanctuaire royal à Jérusalem 1 Qu'enten- 
dait-il donc par là? Voici quelle était la signification de cette 
parole dans la bouche du prêtre : « Chez les Israélites du Nord, il 
n'existe pas le genre de prophétisme qui existe dans le pays de 
Juda ; là-bas, le prophétisme est considéré comme une institution 
• populaire contre laquelle l'autorité n'oserait pas prendre de 
mesures ; par suite, c'est un moyen pour le prophète d'en tirer sa 
subsistance, comme le prophétisme des Israélites du Nord était un 
gagne-pain pour les prophètes; mais ici nos lois ne peuvent tolérer 
de pareilles prédications. » 

Dans le pays de Juda, il se forma donc un prophétisme tout diffé- 
rent de celui du pays d'Israël. A la vérité, ce genre de prophé- 
tisme était d'une espèce originale et unique dans l'histoire des 
peuples ; les prophètes judaïtes jouissaient du respect du peuple, 
sinon à un degré supérieur, du moins à l'égal des prêtres. Il est 
vrai qu'ils ne pouvaient songer à tenter l'abolition du culte des 
sacrifices ; mais tous en parlaient à chaque occasion avec un mépris 
plus ou moins vif, tandis qu'ils voyaient dans l'équité, dans la bien- 
veillance et la charité envers les pauvres et les niisérables le vrai 
culte de Jéhova. Ils cherchèrent à relever la moralité du peuple 
par leur parole et leurs écrits comme par l'enseigii'Tnent d'une 
nouvelle et plus haute conception de l'iilée de Dieu (û-nb^î nyn = 
connaissance de Dieu). Sûrement, c'est à eux qu'il faut attribuer 
aussi les prescriptions d'éthique sociale que nous admirons dans le 
Pentateuque et que, suivant l'esprit et la tradition plutôt que sui- 
vant la lettre, ils avaient plus de droit à attribuer à Moïse que les 
prêtres des Israélites du Nord n'en avaient à attribuer leio" 

' Michée, vi, fi el s. 
? Atnos, VII, 10 el s. 



ISRAËL ET JUDA 189 

Tora à Josu(^. Il n'est pas possible de savoir quel succès leurs pré- 
dications et leurs écrits eurent auprès du peuple. Sans doute ils ne 
laissèrent pas d'exercer une certaine influence, quoique les pro- 
phètes eussent toujours encore des reproches à adresser aux 
Judaïtes eux-mêmes et surtout aux hautes classes judaïtes^ Cepen- 
dant, nous trouvons au sujet du roi Amasia cette mention que, 
conformément aux prescriptions de la Loi de Moïse, il ne fît pas 
mourir les enfants pour venger les meurtres de leurs pères ^. 

L'influence des idées des Israélites du Nord sur le peuple judaïte 
ne pouvait manquer de s'exercer, surtout dans les zones frontières. 
Beaucoup de prêtres et de prophètes de cette contrée durent 
chercher fortune dans le pays de Juda et l'y trouver, et ainsi 
ils purent exercer là aussi une action funeste sur les idées reli- 
gieuses du peuple. Cette situation fâcheuse devint certainement 
fort dangereuse pour la doctrine prophétique, lorsque le royaume 
du Nord fut envahi par les Assyriens et quand, la capitale étant 
aussi tombée en leurs mains, le royaume cessa d'exister. Il était 
naturel qu'à ce moment-là, les prêtres et les prophètes de ce pays 
émigrassent au pays de Juda, quoique les relations ne rapportent 
pas le fait^ 

Ce danger ainsi que la réalisation des prophéties judaïtes contre 
les Israélites du Nord furent propres à déterminer le pieux roi 
Ezéchias, sans doute à l'instigation du prophète Isaïe, à tenter en 
ce sens une réforme religieuse complète. On dit, en effet, de ce roi 
qu'il observa les commandements de Jéhova transmis par Moïse, 
fit disparaître tous les lieux de culte hors du temple de Jérusalem 
(les Bamot), les Macéba et les Aschéra (les colonnes sacrées et les 
arbres ou pieux) ainsi que le serpent d'airain, dont on attribuait 
l'érection à Moïse et devant lequel on avait coutume d'oflfrir des 
sacrifices*. Nous considérons ce récit comme historique, car cette 

* Voir Amos, vi, 1-7 ; Isaïe, ni-v. 

' II Rois, XIV, 6; Deut., xxiv, 16 ; cf. Josué, vu, 24. 

3 C'est à ces prêtres et à ces prophètes immigrés que paraît se rapporter Isaïe, 
XXVIII, 7, où ils sont dépeints comme des gens très frivoles, car le commeocement 
du chapitre est également dirigé contre Ephraïm {== Israël du Nord). 11 semble 
aussi qu'on comprenne mieux les versets suivants si obscurs, surtout les ver- 
sets 10 et 13, si nous admettons que la « Tora de Dieu ■• du Nord contenait 
deux parties (Loi et ordonnances de Josué, xxiv, '25', qui portaient les noms de 
çaw (commandement) et qaw (règle). Les immigrés parlaient aux Judailes un lan- 
gage étrange, à bâtons rompus : « çaw sur çaw, qaw sur qaw, un peu ici, un 
peu là. » Mais Jéhova fera du vrai droit la règle (qawi et de la justice la véritable 
balance. Cette h3'pothèse est corroborée par ce passage d'Osée, v, 11 : « Ephralm 
est opprimé, écrasé par le droit, car il a suivi résolument la prescription, le « çaw ». 
Isaïe, au chap. xviii, paraît aussi viser les Israélites du iNord et les désigner, entre 
autres, sous le nom de qaw-qaw. 

* II Rois, XVIII, 4 et s. 



190 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

réforme, conformément à renseignement des prophètes, dut 
paraître à ce moment-là un préservatif nécessaire contre les 
influences du Nord. Elle mit fin à l'action des prêtres et des pro- 
phètes immigrés. Cependant, jusque-là, les lieux du culte choisis au 
hasard ainsi que la représentation de Jéhova par des statues, des 
pierres, des arbres, des pieux, etc., n'avaient pas été défendus 
officiellement au nom de la religion. Mais les prophètes de Juda, 
qui avaient donné à l'idée de Dieu un sens plus spiritualiste, pré- 
sentant Dieu comme le principe éthique embrassant tout l'univers 
et l'humanité entière, virent dans les formes du culte se rappro- 
chant des usages païens quelque chose de contraire à la religion 
de Jéhova et lui [)ortant préjudice, et ils flétrirent ces formes en 
les traitant d'idolâtrie, bien que le nom de Jéhova y fût invoqué. 
Ils cherchèrent, pour cette raison, à répandre leur doctrine sur 
Dieu, et surtout la partie éthique, par la parole et le livre. "Mais 
sans l'aide de l'autorité temporelle, ils ne pouvaient faire passer 
cette réforme fondamentale; au point de vue moral seulement, ils 
purent avoir un certain succès auprès de la foule ^ C'est quand le 
roi Ezéchias leur prêta son appui qu'ils purent espérer le triomphe 
officiel de leur réforme. 

Toutefois, cette espérance ne se réalisa point. Car bientôt les 
Assyriens pénétrèrent aussi dans le pays de Juda, s'emparèrent de 
toutes les places fortes et menacèrent la capitale, tandis que 
le roi Ezéchias négociait avec le roi de Babylonie une alliance 
contre l'Assyrie et que celui-ci envoyait ses ambassadeurs à Jéru- 
salem. Le prophète Isaïe était fort mécontent de cette politique du 
roi -. Il avait plus à cœur de voir l'organisation intérieure de l'Etat 
conforme aux principes de sa doctrine sur Jéhova qu'il ne s'inquié- 
tait de sa politique extérieure; c'est aussi ce que nous constate- 
rons plus tard chez Jérémie. Mais, pour cela, il fallait que le pays 
fût en repos, fût-il tributaire de l'étranger. Or, voici que le fléau de 
la guerre se déchaînait sur le pays, la soumission d'Ezéchias 
accompagnée du paiement de grandes sommes d'argent n'ayant pu 
apaiser le roi d'Assyrie. Dans cette nécessité, l'œuvre de la 
réforme dut tomber à l'eau, d'autant plus que ces malheurs ébran- 
lèrent la foi du peuple dans la parole des prophètes, qui annon- 
çaient que la réforme serait la source du salut. En outre, le peuple 
de la campagne, i)ar suite de la suppression des Bamot, ne pouvait 
plus remplir aussi fréquemment et aussi facilement les devoirs 
religieux, c'est-à-dire apporter des sacrifices à Dieu. On vit donc 

* Elle trouva aussi du crédit chez les rois ; voir plus haut p. 184. 

* Isaïe, XXXIX. 



ISRAKL ET JUDA 191 

dans l'invasion des Assyriens le châtiment de Dieu causé par la 
réforme. Cette opinion se répandit beaucoup, grâce aux prêtres et 
aux propliùtes immigrés ainsi qu'aux prêtres indigènes des hauts- 
lieux, à qui la réforme avait fait perdre leur gagne-pain. Il est donc 
admissible que, même lorsque le pays de Juda fut délivré miracu- 
leusement des Assyriens, l'œuvre de la réforme ne donna que de 
très maigres résultats, si toutefois elle fut reprise. 

Quoi qu'il en fût, après une ou deux dizaines d'années, il ne res- 
tait plus de traces de la réforme religieuse. Après Ezéchias, son 
fils Manassé occupa le trône pendant cinquante-cinq ans. Non 
seulement ce roi rétablit les Bamot et les objets du culte, mais il en 
introduisit d'autres empruntés aux païens. 11 paraît même avoir 
exercé contre les partisans dn la réforme des persécutions san- 
glantes ^ Les prophètes selon l'esprit d'Isaïe se turent; leurs écrits 
sur la Loi mosaïque qui ne furent pas détruits furent cachés. Cette 
réaction montre combien peu profondes étaient les racines que la 
réforme d'Ezéchias avait jetées dans Tespritdu peuple. Nous avons 
Indiqué plus haut les causes de cet état de choses. Ainsi la situa- 
tion de la religion de Jéhova devint de plus en plus mauvaise, ses 
adversaires acquérant toujours plus d'influence sur le peuple, 
comme nous le constatons au temps de Jérémie. En face du pro- 
phétisme judaïte se dressa alors un prophétisme beaucoup plus 
puissant, qualifié par Jérémie de faux-prophétisme . 

Ce l'ut, en effet, seulement vingt ans après la mort de Manassé 
que les vrais prophètes, comme nous les appellerons avec raison, 
purent élever de nouveau leur voix et faire entendre leurs exhor- 
tations et leurs avertissements; ce fut quand on mit au jour un 
livre de la Tora qui avait été caché dans le temple de Jérusalem. 
Le roi Josias, frappé du contenu de ce livre, poussa énergiquement 
à la restauration de la réforme d'Ezéchias, bien qu'il paraisse avoir 
tenu davantage compte des tendances du sacerdoce-. Mais cette 
fois encore, quoiqu'on se préoccupât aussi de la situation des 
prêtres des hauts-lieux restés sans fonctions^, le nouvel état de 
choses ne dura guère au delà d'une dizaine d'années ; il semble 
qu'il jouit de peu de crédit auprès du peuple. Puis survint la 
mort tragique du prince réformateur. Ce singulier assassinat* 
dut faire croire au peuple que Dieu l'avait puni à cause de la 
réforme de la religion et de la suppression du culte des sacri- 

* II Rois, XXI, 16. 

* Cela paraît résulter de ce que le prophète Jérémie ne voulait pas recounaltre la 
Tora officielle comme la vraie i^Jér., viii, Sj. 

* II Rois, XXIII, 9. 

* Ibid., 29. 



192 REVUE DES ETUDES JUIVES 

fices. Cet événement fut aussi interprété en ce sens, ainsi que les 
misères produites par la guerre à l'époque d'Ezéchias, par les 
prêtres des hauts-lieux destitués et les « faux » prophètes. De 
même, les rois qui se succédèrent jusqu'à la destruction du roj^aume 
eurent une attitude hostile à la réforme. Le culte des hauteurs et 
des symboles, ainsi que les cultes païens nouveaux introduits par 
Manassé, refleurirent. 

Mais quand la catastrophe prédite par les vrais prophètes au 
royaume de Juda fut arrivée, quand le temple de Jéhova fut 
brûlé, les classes moyennes et supérieures du peuple jetées en 
exil, à la honte des faux prophètes qui avaient assuré que le temple 
serait indestructible ainsi que l'Etat, le cœur du peuple se tourna, 
dans l'exil, vers la doctrine des vrais prophètes. Les esprits intelli- 
gents, désormais débarrassés des soucis des affaires publiques, se 
consacrèrent aux travaux intellectuels afin de fixer d'avance les 
institutions pour le jour où, suivant les promesses de Jéhova 
faites par les vrais prophètes, les exilés retourneraient en Judée. 
Il se produisit là surtout une vive activité littéraire. Les écrits 
qu'on avait trouvés — les écrits historiques, prophétiques, poé- 
tiques et législatifs — furent rassemblés et remaniés suivant l'opi- 
nion, les idées et les tendances de l'époque. Des choses nouvelles 
furent composées dans les divers sens et ce travail fut continué 
pendant l'époque qui suivit l'exil, de sorte que le peuple judaïte 
devint un peuple adonné aux choses de la pensée et aux travaux 
littéraires. 

Cependant, il ne régnait guère d'unité dans l'exécution de cette 
entreprise. En face des partisans de la doctrine prophétique se 
dressait, à l'époque de l'exil et à l'époque qui le suivit, la nombreuse 
classe des prêtres*, qui, composée des descendants des prêtres 
jérusaleraites et des prêtres des hauts-lieux, contenait aussi un 
grand nombre des descendants des prêtres immigrés du pays du 
Nord. Ceux-ci conservèrent leurs traditions du Nord -; ils avaient 
donc leurs propres livres de la Loi provenant de leur pays, 
traitant principalement des sacrifices et des rites, que les prêtres 
judaïtes durent adopter. Or, ces livres de traditions et de lois, 
d'après lesquels les Macéba et les Aschéra avaient été autorisés 
par Josué lui-même"^ et qui légitim.aient certainement aussi les 
statues d'animaux, s'ils ne les prescrivaient pas, puisqu'en fait 
elles représentaient Jéhova, ne cadraient pas avec la doctrine 

* Parmi les 42,360 exilés qui revinrent, il se trouva 4,289 membres des familles 
sacerdotales (Ezra, ii ; Néh., vu). 

* Cela est déjà attesté par W conservation du livre de Josué et des Juges. 
^ Voir plus haut, p. 180. 



1 



ISKAEL ET JLDA l'J3 

prophétique et la nouvelle organisation que ses partisans voulaient 
introduire. Mais comme les sacrifices ne pouvaient être abolis, il 
fallut s'entendre avec les prêtres et faire des compromis*. Sans 
doute avec l'aide des prêtres jérusalemites (les Sadokites) on 
réussit cependant à défendre légalement le culte dos hauts-lieux et 
la représentation symbolique de la divinité. En revanche, les pres- 
criptions sacerdotales au sujet des sacrifices, des rites, de la pureté 
corporelle et des droits dus aux prêtres, parmi lesquelles se trou- 
vaient aussi des prescriptions provenant des Israélites du Nord *, 
furent admises dans le livre de la Loi. Ainsi, notre Pentateuque est 
le livre des compromis entre les deux partis, et comme les quatre 
premiers livres sont disposés par succession chronologique depuis 
la création du monde, le premier livre, comme nous le verrons, se 
compose aussi principalement de traditions provenant des Israélites 
du Nord. 

Israël Sack. 
[A suivre.) 



^ Nous avons décrit en dlélail les luttes des partis et les compromis de cette époque 
dans notre ouvraj^e, Altjûdische Reiiyion (Berlin, Dùmmler), l"" section. 

* Il y a déjà des indices à ce sujet dans les premiers chapitres du Lévitique, cest- 
à-dire dans les expressions qui s'y trouvent à plusieurs reprises : - un holocauste 
à^udexir agréable à Jéhova ». Ce f^rossier anthropomorphisme ne peut être aitribué 
qu^aux prêtres ; mais nous ne croyons pas que des prêtres judaïtes eussent osé ris- 
quer celte expression dans le livre de la Loi eu présence des vrais propliètes, bien 
qu'elle lût en usage dans le langage populaire (I Sam., xxvi, 1U ; Amos, v, 21). 



T. XXXVIII, N° 76. l^i 



ENCORE UN MOT 



SUR 



MINIM, MINOUT ET GL'ILIONIM 

DANS LE TALMUD 



Dans un récent ouvrage, Der vorchristliche judische Gnosti- 
cismiis,ydi\ soutenu cette tlièse, que les Minéens dont parie le 
Talmud, notamment dans les textes datant du premier siècle de 
l'ère chrétienne, n'étaient autre chose que des gnostiques antino- 
mistes dont la doctrine était antérieure à l'ère chrétienne. Cette 
thèse, tout en ralliant bien des suffrages, n'en a pas moins été com- 
battue i)ar la critique. C'est pourquoi je veux encore une fois ré- 
sumer les preuves sur lesquelles s'appuie mon assertion, et cela le 
plus brièvement possible. 

Afin de prévenir tout malentendu volontaire ou involontaire, je 
me vois forcé de déclarer, ainsi que je l'ai fait à maintes reprises 
dans mon ouvrage précité, que ma thèse ne vi^e que les sectes mi- 
néennes mentionnées dans les passages du Talmud datant du i«'' ou 
du commencement du ne siècle de l'ère chrétienne ; mais j'admets 
que plus tard, lorsque le christianisme eut pris un développe- 
ment tel, qu'il finit par absorber toutes ces sectes nombreuses, les 
judéo-chrétiens furent aussi désignés dans le Talmud sous le nom 
de Minéens. 

Commençons par nous i)oser la question suivante : y a-t-il eu 
des sectes minéennes avant l'ère chrétienne ? 

A cette question l'on ne saurait donner qu'une réponse absolu- 
ment affirmative. En voici les preuves. D'une tradition de la 
Mischna nous apprenons que, non seulement les Minéens exis- 
taient déjà du temps du temple, mais qu'ils étaient même déjà 
tombés dans des aberrations telles, qu'elles avaient fini par ame- 



MIMM, MINOUT i:ï GUILIONIM DANS LK TAL.MUI) 19o 

ner leur rupture avec l'orthodoxie '. Ailleurs, le Talmud attribue 
à la multiplicité des sectes minéennes la cause décisive de la dé- 
chéance d'Israël*. Ailleurs encore, le Midrasch nous a[»prend que 
du temps d'Alexandre-le-Grand, il y avait déjà des Minéens. Il 
ressort môme de ce passap^e que lanimosité était déjà grande 
entre eux et l'orthodoxie \ Ce même Midrasch nous rapporte en- 
core que le livre de Kohélet avait failli être soustrait à l'étude 
à cause de ses tendances minéennes'*; or, il est notoire que 
les sentences de TEcclésiaste n'ont nul rapport avec le chris- 
tianisme. 

De même, le Talmud accuse le premier homme de tendances mi- 
néennes •''. Ailleurs, c'est le serpent que le Midrasch traite de mi- 
néen "^ Tout ce que nous venons de citer autorise, sans que nous 
ayons besoin de nous appuyer sur les raisons énumérées dans 
notre ouvrage, à affirmer que l'hérésie des Minéens a précédé le 
christianisme. * 

Reste à savoir l'origine des Minéens. Ceux-ci étaient-ils des 
païens ou des Juifs ayant renoncé à leur religion pour embrasser 
le paganisme? 

Ces deux questions n'admettent qu'une réponse décidément né- 
gative. En effet, outre la déclaration formelle du Talmud qu'il ny 
avait point de Minéens parmi les païens ", Rabbi Tarphon lui- 
même, dans le passage connu deSabbat, 116a, établit unedislinc- 
tion nette entre païen et Minéen, en disant que, « si l'on vient à être 
poursuivi par un assassin ou un serpent, l'on peut bien se réfu- 
gier auprès d'un païen, mais non chez un Minéen. De même, la 
Tossefta distingue les Minéens des païens, déclarant que l'on peut 
tirer profit de la viande trouvée chez un païen, mais non pas de 
celle qu'on trouve chez un Minéen^. Il ressort même clairement 
de plusieurs autres passages du Talmud et du Midrasch que sous 

» Mischna Berachot, 54 a : "-iV ^in?31N 1^77 *Cip732C rm^nn '^?:mn Vd 

» Jér. Sanhédrin, x, 5 : min^D ::'3-iJîT Sn"^:? TJi'rj Nb.s bwXT»::"' ib:» N*b 

&^r73 bu:. 

> Lévit. Babba, xiii : cz^5<p mn p'^iiTH 'jir'w^jb ■^7:n mn "13 DTm:Dr;bN 
Q-^Np rn.N wiin^ s=)np ^.Nj^7j n^b 'j-i7ûi< rS'Dy-^ by 

* Lévit. liabba, xx.viii : rm:-»?: "Tilb X^'ûlû Û"«-'i3"î 13 li^il^I'J ^l'DlZ. 

» Sanhédrin, 38^ : rîTî ^12 llwNir; tST^- 

** Genèse Habba, xi\, riTI V'^ 'CUI. 

^ Houllin, 13 b : m?3"lN3 D'^j'^TJ 'j'^J^- Celle assertion est parfaitement juste. 
La déiinition à^Aboda Zara,26b : Tll'J m"l3y "rD'^Tî HT 1'^73 Î^PN • Qu'appelle-t- 
on Min? L'idolâtre », résulte, au contraire, dune supposition erronée. 

s Tosefta Houllin, ii, 20 : *\^l2T-i T'a Hi^îna "m72 ^i:^ 1^2 Xi:^:rw nC3 



196 REVUE DES ETUDES JUIVES 

l'épithète de Minéen l'on entend des Juifs hérétiques, des Juifs par 
la circoncision *. 

Les sectes minéennes existaient donc avant la naissance du 
christianisme ; rien, par conséquent, ne pouvait les empêcher de 
subsister encore dans la suite, à côté du christianisme naissant, et 
indépendamment de lui. De plus, il est inadmissible que les Mi- 
néens mentionnés dans le Talmud, notamment au i*''" siècle de l'ère 
chrétienne, aient été des chrétiens; car non seulement rien en 
eux ne laisse apercevoir la moindre trace de cliristianisme, mais 
leurs doctrines religieuses même sont diamétralement opposées à 
celles du christianisme : les Minéens nient les dogmes capitaux qui 
servent de base au christianisme. Ainsi, ils nient la résurrection 
des corps et poursuivent de leurs moqueries ceux qui l'admettent ^, 
tandis que le christianisme, sans ce dogme, serait incompréhen- 
sible. Le christianisme vénère le D^eu créateur de l'Ancien Tes- 
tament en tant que Dieu suprême et considère l'Ancien Testa- 
ment lui-même comme inspiré de Dieu. Les Minéens, au contraire, 
parlent très irrévérencieusement du Démiurge et de ses lois et ne 
vénèrent que le Dieu invisible qui trône bien au-dessus du Dé- 
miurge et n^est connu que d'eux, c'est-à-dire des Gnostiques. 

Les Minéens sont donc des Juifs hérétiques qui, au moyen de 
spéculations gnostiques, déjà du temps où le Temple était encore 
debout, avaient rompu avec le judaïsme. Le Talmud lui-même 
ne rapporte-t-il pas que déjà du temps du Temple les Minéens 
avaient dégénéré et s'étaient complètement séparés du judaïsme 
orthodoxe? — Or, admettre une fusion immédiate des Minéens 
avec le christianisme serait absurde, car les mêmes raisons qui 
leur faisaient renier le judaïsme devaient aussi leur faire rejeter 
le christianisme, et si, vis-à-vis des Juifs orthodoxes, ils té- 
moignaient le plus grand dédain pour les doctrines que ces pre- 
miers professaient ainsi que pour le Dieu qu'ils adoraient, en les 
apostrophant par les expressions» votre loi », « votre Dieu ^ », 
quels points de ralliement pouvaient exister entre ces renégats et 
les chrétiens, surtout ceux du i'^'" siècle qui, non moins que les 
Juifs, professaient la plus grande vénération pour l'Ancien Testa- 
ment et le Dieu qu'il révèle ? 

Nous demandons donc au critique impartial s'il est possible que 
les Minéens du r"" siècle et du commencement du ii*" dont le Talmud 

* Cf. Bxode Rabba^ xix :1DNT b'^NTH tZ5''"l?3nwN ...!z:^r72r; nn*^ nVu: ^HD 
':dT 'l'^inT' 13^ "{"^N ';''b"in7J- a. XoliffUt Rabba, I, s, où U. Jonalhaa apos- 
trophe les Mineeus degéuérés : '{"'TDN "^tmrT'T liriTinf* \D 

» Cf. Sanhtfdr., 91 b, 91 a; Genèse Rabba, xiv, lxi ; Sabbat^ 152 i, etc. 

' Cf. Aboda Zara^ IGi; Sanhédrin^ 39a, elc. 



MINIM, MINOUT ET GUrLIONIM DANS LE TALMUl) 197 

fait mention aient ^té des disciples do Jésus. Est-il possible de 
considérer comme authentiques les versions du passage qui ra- 
conte l'arrestation de R. Eliézer pour cause de doctrines mi- 
néennes { Aboda Zara ^ 16 & ; Kohélet Rabba, i, 8; Tosefta 
Houllln, II, 24 : ûTi:^ mr^ h^ nnn -h ^yfz^^ i^a*^ "^T^bnT: '^^^^ ûtî^ 
"'^"'lûDD p 3>i^"«, OU bien encore ■'nitisrr lO" "^s^T^b ^d ou bien "^-^ii:?!)? 
Peut-on admettre que les désignations \rh^ "ji^ ou ivb:; \\y (Sab- 
bat, 116a), en acceptant même qu'elles s'ap[)liquent aux Kvan- 
L^iles, se soient déjà identifiées du temps de R. Tarphon avec les 
écrits des Minéens?Pour nous, d'après ce que nous venons de dire 
et d'après les raisons que nous avons exposées dans notre ouvrage, 
cela est tout à fait inadmissible, et c'est pourquoi nous n'avons 
pas jugé nécessaire de discuter des versions qui ne sont que des 
interpolations faites alors qu'on n'avait plus aucune notion de 
l'action désorganisatrice des Minéens dans le sein du judaïsme*. 
Les passages talmudiques sur les Minéens devenus alors presque 
incompréhensibles firent croire à des critiques superficiels qu'ils 
se rapportaient à toutes les sectes hérétiques qui avec le dévelop- 
pement du christianisme furent confondues dans l'hérésie géné- 
rale. Dès lors, des inter[)olations devenant nécessaires, on en 
fit où besoin était. 

Ce sont précisément ces interpolations qu'on invoque pour prou- 
ver que déjà au i"'' siècle de l'ère chrétienne les talmudistes 
avaient des notions non seulement sur la personne et les actes 
de Jésus, mais encore sur l'Evangile même. Or, pour nous 
faire une idée des notions qu'ils possédaient en réalité, il nous 
suffit de ce trait. Sanhédrin , 106 b , nous apprend que Jésus 
était disciple de Rabbi Josué ben Perachia , qui vécut juste 
un siècle avant l'ère chrétienne. Et c'est de contes erronés, de 

* On n'a qu'à voir le livre des Jubilés, où l'on trouve, surtout dans rintroduc- 
tion, des propos si violents contre les antinoraistes juifs, • les fils de Béliar », 
pour se faire une idée des dévastations que ces derniers avaient causées daus le 
sein du judaïsme. Faute de connaître la suite des époques et lesprii prédomi- 
nant dans chacune d'elles, l'on ignore encore aujourd'hui à qui étaient adressées 
ces prédications virulentes qui parlent avec tant de véhémence de l'immutabilité 
de la loi de Moïse. On reste donc libre de former toute sorte de combinaisons 
plus ou moins hasardées — Un savant a dernièrement voulu prouver, avec un 
formidable appareil scientifique, que les violences, dudit livre dirigées contre Tanti- 
nomisme visaient la dortrinn chrétienne professée par Paul : t Notamment, dit, entre 
» autres, Tauteur, c'esi l'Inlroduclion qui apparaît dans la plus vive lumière. 
» D'après ce que nous venons d'expliquer. cpUe-ci, sous sa forme apocalyptique, 
» vise des conjonctures concrètes, des faits contemporains que l'auteur a connus daus 
» les sphères au mi:ieu desquelles il vivait. Ma s on saurait à peine trouver une 
» époque qui correspondît à la description de l'auteur, à moins de remonter à la 
» période syrienne, ce que la critique ne saurait pourtant admettre. Or. à la pre- 
» mière vue du tableau dépeint^ nous reconnaissons la, physionomie du Paulintsme ». 
[Singer, Das Buch der Jubilàen, p. 32\ 



198 REVUE DES ETUDES JUIVES 

traditions manquant de toute autorité que l'on tire des conclusions 
historiques ! 

Après ces observations préalables, considérons d'un peu près 
les quelques passages talraudiques que la critique nous oppose et 
qup, à l'en croire, nous avons mal compris et mal rendus. Occu- 
pons-nous avant tout de la relation du Talmud qui rapporte l'ar- 
restation de R. Eliézer pour cause de « minout » [Aboda Zara, 
16 &, etc.). On prétend, et cela sans autre appui, que les mots : ^D 
"«nitijn TiD"' ■'D"i7:b, du même caractère que le passage que nous 
avons reconnu pour être une intercalation, que R. Eliézer avait été 
mis en jugement pour ses tendances chrétiennes. Sans ces inter- 
calations de date postérieure personne n'aurait pu concevoir 
l'idée de découvrir dans l'histoire de ce personnage le moindre 
trait ayant rapport au christianisme. On aurait même repoussé 
une présomption aussi hasardée, car tout, dans ce récit, reflète 
un esprit aussi bien antichrétien qu'antijudaïque, un esprit mi- 
néen en un mot. Ainsi, le Minéen Jacob de Kepliar Sechania s'y 
présente comme antinomiste décidé et, par Tapostrophe mnr) 
ûDn'i^nn « il est dit dans votre loi », qu'il lance au savant R. Elié- 
zer , il [)rouve suffisamment son attitude hostile vis-à-vis du 
mosaïsme. D'ailleurs, R. Eliézer lui-même, qui, pendant un cer- 
tain temps, s'était plu à fréquenter les Minéens et à discuter avec 
eux, les désigne ailleurs comme antinomistes et athées, auxquels 
il applique les passages de Deutéronorne^ xxxii, 22 : « Je les irri- 
terai j)ar une nation abjecte », et du Psalmisle : « L'impie dit en 
son cœur : il n'y a point de Dieu^ » Or, le jugement que rend 
R. P^liézer sur les Minéens devant avoir pour nous une autorité 
incontestée, ces derniers ne sauraient être, à nos yeux, que des 
antinomistes athées , mais nullement des chrétiens croyants , 
comme, malgré l'évidence, une interpolation postérieure, néces- 
sitée par une supposition erronée, veut à toute force le faire 
accroire. Des propos que R. Eliézer sur son lit de mort tint à ses 
disciples, qui faisaient allusion aux relations regrettables qu'il 
avait eues avec les Minéens, il ressort aussi que ces derniers 
n'étaient autres que des antinomistes gnostiques, dont il engageait 
ses disciples à se tenir à l'écart. C'est ainsi qu'il leur recomman- 
dait de retenir leurs fils de recherches philosophiques et de les pla- 
cer sous la surveillance de savants talmudistes -. 

On cite encore l'arrestation de R. Eliézer comme preuve cer- 

G^rr'r^N 'i^x in'^i 'r^: n?:N : i73iwX ni- pi. Cf. Berarhot, \2b -. i-ini* 

« Bemchot, '11 : n"n 1D"|3 p D"l3"«UJ-|m p"^:inn p DD'^DD 173731. 



MIMM, MINOIJT KT (JLILIOMM DANS LK TALMI I) 199 

faine de son pfînchant pour la rloctrine chrétienne, en attribuant 
sa citation devant le tribunal à ses relations avec les chrétiens, 
qui, à cette époque, auraient été persécutés par les autorités ro- 
maines. Nous ne saurions dire au juste si les chrétiens de la Pales- 
tine eurent effectivement à subir alors des persécutions de la part 
des Romains ; toute source historique nous manque pour l'affirmer. 
Ce qui, par contre, est certain et ce qui estconnu de quiconque est 
versé quelque peu dans l'histoire romaine, c'est que la magie était 
alors sévèrement interdite par la loi et que les autorités faisaient 
partout épier ses adeptes pour les livrer à la justice. D'un autre 
côté, le Talmud et les premiers Pères de l'Eglise nous apprennent 
que les Minéens, ainsi que leurs confrères, les gnostiques, n'étaient 
pas seulement adonnés à la magie, mais en faisaient un objet 
capital de leurs études, de sorte que leurs écrits étaient désignés 
sous le nom infamant de « livres de sorcellerie '. » 

L'arrestation de R. Eliézer pour cause de « Minout- » aura eu 
lieu sans doute en conformité de la loi romaine, si sévère à l'égard 
des individus suspectés de magie. Ce n'est que cette supposition 
qui nous rendrait compréhensible le reproche adressé à R. Eliézer 
par le « Hégémon » romain lors de sa comparution devant lui : 
« Comment, un savant tel que toi s'occupe-t-il de choses aussi oi- 
seuses ^ ? » Le Talmud nous montre combien R. Eliézer se complai- 
sait dans ces « choses vaines ». Il nous rapporte (Sanhédrin, 68 a] 
que, sur le désir de son disciple Akiba, par la vertu d'un charme, 
il fit couvrir un vaste champ de concombres, lesquelles, sur une 
autre conjuration du docteur, se rassemblèrent en un tas (cf. j. 
Sanhédrin, 25 d). C'est merveille de voir avec quelle désinvolture 
on traite les renseignements historiques fournis par le Talmud. 
D'un côté, on fait poursuivre R. Eliézer par un Hégémon romaine 
cause de ses tendances chrétiennes; de l'autre au juge « philo- 
sophe » que R. Gamaliel II, beau-frère de R. Eliézer vient con- 
sulter, on fait confesser hautement le christianisme sans crainte. 
Ce juge se sent tellement sûr dans la confession de sa foi qu'il ose 
motiver sa sentence dans les termes suivants : « Le jour où votre 
exil eut lieu, la loi mosa'ique fut abolie et remplacée par l'Evangile 

* Cf. j. Sanhédrin, vu, 13; Tosefta Houlliii, ii, 20, etc.,. — Irénée, I, 16,2- I, 
10,3; I, 20, 2; I, 8, 17; Origène, Contra Cels., vi, 38; Terlullien,' De persec\ 
43, etc. 

* Schlatter, Die Kirche Jerusalems vom J. 10- l.îO (Giitersloh, iS98) croit avoir 
trouvé dans cette arrestaùon de R. Eliézer pour cause de « Minout » une preuve irré- 
futable de l'attitude hostile du gouvernement vis-à-vis du christianisme : . Ainsi 

» dit-il, le gouverneur de la Judée, à cette époque, avait déjà mis eu œuvre les 
» poursuites judiciaires contre les chrétiens » (p. 13). 

3 J.ôo(/a iTara, 10 r> : ibbn tzi"»b a 3 D''"i:2i2 'poyiTi^ "jn-^rc pT. 



200 RKVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(irb"»!; )^y) K » Et l'on met bout à bout des récits aussi contradic- 
toires ! Mais « l'Evangile » dont parle notre juge philosophe et que 
la critique cite contre nous pour prouver que déjà au i" siècle les 
talmudistes connaissaient le christianisme et l'Evangile, ainsi que 
tout le reste de ce récit satirique n'est, comme on le devine, d'ail- 
leurs, au premier coup d'œil, qu'une addition postérieure-. Le fait 
que ce passage est le seul dans toute la littérature talmudique qui 
prouve que les talmudistes de ce temps reculé connaissaient déjà 
l'Évangile et le christianisme devrait déjà à lui seul éveiller notre 
juste défiance touchant son authenticité. Quant à nous, il nous a 
toujours paru naturel que les sources talmudiques du i^^ siècle ne 
fassent pas mention du christianisme par la simple raison qu'elles 
n'avaient pas la moindre notion de son existence ^. 

On nous objectera bien que les « Gilionim » dont le Talmud 
[Sabbat, 116 a) défend le sauvetage le jour du sabbat sont les 
Évangiles, que les disciples de R. Méïr appellent dérisoirement "ji^^ 
\rh^ et R. Yohanan \Th^ X^v. Avant de formuler notre réponse, 
nous nous permettrons de demander à la critique si les « livres 
de Bè-Abidan « ('jTnî^ ^i^i "'^iSD), auxquels se rapportent immédia- 
tement les dénominations dérisoires de "{vb:; 1"ii< ou \vhj^ 1^:>, étaient 
identiques eux ausyi avec les Évangiles ! . . . Nous ne croyons pas 
qu'elle ose l'affirmer. 

Constatons d'abord que les dénominations de ivbr^ lit? et \y^h^ 1i3> 
s'appliquant à l'Évangile ne sauraient dater du temps de R. Tar- 
phon, lequel, en parlant des « gilionim », dit qu'il les laisserait 
brûler eux avec les noms saints qu'ils contiennent. La raison en 
est que le nom d'Évangile était alors inconnu encore dans les mi- 
lieux talmudistes. Il en est autrement du temps de Rabbi Yoha- 
nan, qui a vécu au iii'^ siècle, lorsque le christianisme et les Évan- 
giles étaient df^jà répandus. Personne donc ne contestera que 
R. Yohanan ne lui ait donné la dénomination ironique de \rh^ \^y, 
Quant à R. Méïr, à qui est attribuée la dénomination de irbii "jin, 
bien qu'il ait professé jusqu'au milieu du ii« siècle, le cas en serait 

1 Sabhat, \\%a : 'n^Tiw^ inb"^:3:nw^ in^rnî^t] ';in''ba'7 n?2V i?^ lî^b n^N 
';i^b'^:i pyb 'n^rrriN"! ncTji. 

* Schlaller (/. c, p. 21, noie 1), qui a lait des recherches minutieuses dans le Tal- 
mud pour y recueillir tous les passages datant du i*^' et du commencement du 
ir siècle de l'ère chiélienuc relatifs aux t Minim », qu'il prend pour des judéo- 
chrélieus, se voit pourtant forcé de reconnaître lui-même que cette anecdote tal- 
mudique n'a aucune valeur historique : • D'autres passages, dit-il, ... ainsi que 
» l'anecdote du juge philosophe corruptible, lequel, en citant TEvaupile, se déclare 
• tantôt pour, tantôt contre le droit d'hérédité des lilles, sont trop défigurés^ inventés 
» même, pour peser quehjuc peu dans la balance de l'histoire. » 

' Cf. Der vorchristl. Gnostic, p. 64 sq. 



MINIM, MINOUT KT flUILIONMM DANS LU TAI.Ml I» 201 

moins sûr, à moins d'adoi)ter la version : i^nt^ "^nm, c'est-à-dire 
(( l'école de R. Mé'iv », laquelle fleurit au moment où le christia- 
nisme se trouvait d(^jâ aux prises avec les gnostiques antinomistes 
et que leur combat acharn(^ faisait déjà bien du bruit ; cette exi)li- 
cation nous a paru la plus juste et nous l'avons adoptée. 

Nous avons donc exposé les objections qu'on pourrait opposer 
à notre thèse et, après avoir minutieusement pesé le pour et le 
contre, nous sommes arrivé à la conclusion que les talmudistes, 
qu'une lutte acharnée contre les sectes puissantes des Minéens 
gnostiques avait tenus en haleine durant tout le i^'" siècle et une 
partie même du ii®, ne pouvaient avoir connu ni le christianisme 
ni l'Évangile, et lors même qu'ils eussent entendu parler du chris- 
tianisme naissant au milieu de tant de petites sectes, ils en auraient 
été à peine frappés ; car ils auraient confondu le christianisme avec 
les autres petites sectes et n'auraient pas songé à réagir contre lui. 
C'est là une assertion que la critique n'a pas pu combattre et dont 
la valeur n'est diminuée en rien par les allégations que nous ve- 
nons de citer. 

Revenons au Minéen Jacob de Kephar-Sechania, que R. Eliézer 
ainsi que d'autres talmudistes contemporains aimaient à fré- 
quenter. Nos devanciers étaient embarrassés par ce Minéen et, ne 
sachant pas dans quelle secte le classer, ils en firent sans autre 
raison un chrétien. Pour nous, ce personnage est le magicien Bar- 
jésu dont la défaite par l'apôtre Paul est rapportée dans les 
Actes. En effet, lorsijue Paul et Barnabas, traversant l'île de 
Chypre en prêchant dans les synagogues, furent arrivés dans la 
ville de Paphos, « ils trouvèrent un ceriâin Juif , magicien et faux 
» prophète nommé Barjésu, qui était avec le proconsul Serge 
» Paul, homme snge et prudent. Celui-ci, ayant fait appeler Bar- 
» nabas et Saiil, désirait entendre la parole de Dieu. Mais Elymas, 
» c'est-à-dire le magicien, car c'est ce que signilie ce nom, leur 
» résistait, tâchant de détourner le proconsul de la foi. Mais Saiil, 
» qui est aussi appelé Paul, étant rempli du Saint-Esprit, ayant 
» les yeux fixés sur lui, lui dit : « homme, rempli de toute 
» sorte de fraudes et de méchanceté, enfant du diable, ennemi de 
y> toute justice, ne cesseras-tu point de pervertir les voies du Sei- 
» pneur, qui sont droites ' >> ? 

Ce pseudo-apôtre est dépeint avec des traits si caractéristiques 
qu'à première vue on reconnaît en lui le gnostique antinomiste : 
il cherche à convertir des païens, est fourbe et imposteur, ennemi 
de la justice, fils de Satan, il pervertit la voie droite du Seigneur 

* Actes, XIII, 4 sqq. 



202 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

— un Juif, combattu également par les Juifs fidèles à la loi et 
par Paul le chrétien, adversaire de la loi ; un « Minéen » en un 
mot. Ce magicien juif se trouve donc placé aussi bien hors du 
judaïsme que du christianisme. Il est le type des Minéens sortis 
du sein du judaïsme, lesquels, après s'en être émancipés, n'en 
tenaient plus compte et faisaient au christianisme naissant une 
concurrence menaçante en fait de prosélytisme, d'autant plus 
qu'ils avaient pour alliée la philosophie. Il est, en un mot, le 
ménechme de Jacob de Kephar Sechania en action dans la 
Diaspora. 

On nous reproche encore d'avoir une idée erronée, non seule- 
ment des « guilionim )>, mais aussi des û'13'^73 "«'nsD, que nous pre- 
nons pour des écrits hérétiques'. Nous lisons, à notre stupéfaction 
la critique suivante : « Ce n'est pas seulement û^'svb:; , mais aussi 
û"'5''7D '^'iDD que M. Friedlaender a mal compris, dans son zèle à 
faire prévaloir son hypothèse. Les 'd^j'^Jd ^"ito ne sont pas « des 
livres d'hérétiques », comme il traduit continuellement ce mot, 
c'est-à-dire des « livres hérétiques », où « la doctrine ophitique » 
était « traitée au long v ; les d'^i"'^ "^"idd ici sont simplement 
des copies de la Bible faites par les Minim, qui servaient à 
leur usage. Et cette explication n'est pas due à un interprète 
moderne du Talmud, mais au commentateur i)ar excellence, 
Raschi ^ . . . » 

Ordinairement, la critique n'a pas l'habitude de traiter le com- 
mentaire de Raschi comme un 7îoli me tangere dogmatique ! 
Ainsi, les û'^3^)3 ">n2D ne seraient donc que des Bibles copiées par 
des Minéens, et voilà pourquoi R. Tarphon et R. Ismaël sévissent 
au point de les détruire elles et les n-nsTi^ qu'elles contiennent! 
Ne sait-on donc pas que nos talmudistes désignent sous le nom de 
d'^rTo "^nts des écrits de sorcellerie ^? Y entendaient-ils peut-être 
aussi des copies bibliques, faites par les Minim? Et les nombreux 
d"'r^ ""^DD que le gnostique Aher tenait cachés dans son sein lors- 
qu'il professait au Bet-Hamidrasch et qui, lorsqu'il se levait, tom- 
baient par terre 's étaient-il aussi des copies de la Bible? Même 
notre critique n'oserait aller jusqu'à le soutenir. 

Les Minéens, comme nous le savons, s'occupaient beaucoup de 
magie. Leurs écrits étaient, en effet, des livres de magie conte- 

' On veut bien loulel'ois nous concéder qu'en eiïel, d'^2'^73 "^"IDO a quelquefois le 
sens que nous lui donnons, voir Revue, XXXVIIl, p. 42, uoie 1. 
^ Revue, XXXVIIl, 42. 
3 et. Tosefta Houilin, ii, 20 : l-^^Dip """IDD 'jrî-'-lDOI. 

* Hii'juina, \^b : nnnr; ?2"-î^Dr3 ^73^r rr^nu: nrujd nnN b^* t^?^' intrN 
ip^n73 ^^-rov^ t3T?3 •'-iDd. 



MINIM, .MINOIJT ET GUILIONI.M DANS LK TALMUI) 203 

naiit des formules magiques, des exorcismes et des évocations de 
tout genre et de toute vertu, composés de versets bibliques et de 
noms mystiques de Dieu. Ces écrits comprennent, outre les 
û"'!)"'?3 ""ncD"! û^jvbii, les « Berachot et les Kamèot », que, sans tenir 
compte des noms saints et des passages de la Ttiora, on ne doit 
pas sauver de l'incendie le jour du sabbat, mais qu'il faut laisser se 
consumer ' . Nous avons donc ici affaire à des écrits magiques sem- 
blables à ceux dont il est fait mention dans les Actes, qui nous rap- 
l)ortent qu'à Ephèse « il y eut aussi beaucoup de gens qui avaient 
exercé des arts curieux », et qu'après leur conversion par Paul 
*< ils apportèrent leurs livres et les brûlèrent devant tout le monde; 
et quand on en eut supputé le prix, on trouva qu'il montait à 
50,000 deniers d'argent- ». 

M. Friedlaender. 



i Sabbat, ii5è:bu) ï-n^TiN 1713 ':j"<o "^D by t]^ '}^::?">73pr;T r^insn 

■jTDipTrn. et. Sabbat, 16/-. 

^ Ad., XIX, 19: 'laxaTT'ji oà tô)v ta usptspya 7rpa?avt(ov, cuvevs'yxavTî; rà; pî- 
êXovz xaxiy.aiov èvojTtiov iràvTwv xal auvc'l/rjîtaav ta; Ttaà; aOtcôv, xal c'joov 
àpYuotûu (xupiâôaç uévrô . outw xaxà xr^àxo; 6 ),6yo; toO Kupîo'j r/j^av£ xat '.(jyyzv. — 

« Tteptsf-ya tsL le terme technique pour la Matiie xà; pîgÀov; livres et écriteaux 

aux formules maj^iques, tels qu'/jn vendait en masse à Euti^se ». Vuir II. H. Vendt, 
£rît. exe;/. Comment, des N. T., Apostelg., p. 315. — TrcpUpya TcpâxxEtv serait iden- 
tique avec ibrrr D"^?lJ!3 C^nm que le « lIé,i:;émoii » romain reproche à Rabbi Elié- 
zer, lors de sa comparution devant lui. — Iréiiee, 1,24, 5, nous apprend, d'ailleurs, 
où les TTep'ispya doivent être classés. Ainsi, en parlant des Basiliens, il dit : Utunlur 
et hi magia et imaginibus et incanlaiiotiibus et invocationibus et reliqua universa 
periergia. Cf. Epiph., xxiv, 2 ; Théodore, I, 4. 



LE MOT « MINIM » 

DÉSIGNE- T- IL JAMAIS UNE SECTE JUIVE DE GNOSTIQUES 
ANTINOMISTES AYANT EXERCÉ SON ACTION EN JUDÉE 
AVANT LA DESTRUCTION DU TEMPLE ? 



M. Friedlaender a conçu le louable dessein de voir clair dans 
les différents mouvements religieux et philosophiques qui ont agité 
le judaïsme, aussi bien à l'étranger, dans la Diaspora, que dans la 
mère-patrie, la Judée, avant la naissance du christianisme. Au 
fond, nous sommes très peu renseignés sur les conceptions di- 
verses qui se partagèrent les esprits à cette époque, et si nous 
savons que la révolution qui se produisit alors en Judée n'est, en 
réalité, qu'une évolution, nous ne voj'ons pas toujours les racines 
des nouveautés qui alors sortirent de terre. Pour combler ce vide, 
notre savant collaborateur a soumis à un examen méticuleux la 
littérature judéo-alexandrine. On n'a pas perdu le souvenir du 
travail, plein d'aperçus originaux, qu'il a consacré ici même aux 
deux courants qui emportaient les Juifs de la dispersion à la 
conquête morale du monde, l'un conservateur, l'autre libéral, 
courants qui ont marqué leur passage, en particulier, dans les 
Oracles sibyllins '. 

Dans une brochure^ dont il a déjà été question dans cette 
Revue, M. Fr. a tenté de dissiper un peu plus les ténèbres qui 
recouvrent c^tte période de l'histoire si vivante; il a fait sortir de 
l'obscurité une secte, née dans le judaïsme et qui, partie du gnos- 
ticisme alexandrin, ét^it arrivée à l'antinomisme, c'est-;\-'iire au 
rejet de toute la Loi. L'hérésie, quittant son pays d'origine, avait 

* La propagande religieuse des Juifs grecs avant Vhe chrétienne (Revue, t. XXX, 
p. 161 et suiv.) 
À * Der vorchristliche judische Gnosticismus (Gotliogue, Vandenhoeck et Rup- 
rechl, 1898). 



LE MOT « MLNIM >' 203 

pénétré en Judée et fini même par s'insinuer dans le temple de 
Jérusalem. 

L'autorité qui s'attache au brillant polémiste à qui nous devons 
les Patristicke Sltuiien, œuvre de premier ordre, devait néces- 
sairement recommander à l'attention cette thèse si neuve. Et 
comme la thèse heurte de front les idées généralement reçues 
— tout au moins en ce qui concerne le sens du mot Minim — il 
n'est pas étonnant qu'elle ait provoqué la discussion. Elle appelle 
d'autant plus vivement l'examen des talmudistes de profession 
qu'elle invoque en sa faveur justement le témoignage du Talmud, 
car c'est cet ouvrage, dans des relations remontant au ii" et même 
au !*"• siècle de l'ère chrétienne, qui atteste l'existence et l'action 
de cette hérésie en Judée, même avant la naissance du christia- 
nisme. Il n'est pas mauvais que ceux qui ne sont pas tout à fait 
étrangers à la connaissance de cette vaste compilation expriment 
leur sentiment quand on s'appuie sur elle, car on est encore trop 
habitué dans certains cercles à accueillir — ou à rejeter — sans 
discussion toute information puisée à cette source. C'est un des 
motifs pour lesquels notre excellent collaborateur M. Bâcher a 
soumis à une critique détaillée les vues de M. Friedlaender sur un 
point particulier, qui n'est pas le centre de la thèse même. M. F., 
comme on vient de voir, répond aux arguments de son contradic- 
teur; avec quel succès, c'est ce que nous n'avons pas à dire; mais 
comme notre savant ami reprend, pour justifier son interprétation 
des textes talmudiques, les raisons qui doivent démontrer la jus- 
tesse de la thèse initiale et principale, nous croyons devoir les 
examiner pour savoir si décidément l'histoire religieuse doit en- 
registrer ou écarter l'existence en Judée, et avant l'an 70, d'une 
hérésie juive qui se serait signalée par son gnosticisme antino- 
miste. 

Gomme l'hypothèse ne se fonde que sur des relations talmu- 
diques, notre tache sera aisée et se réduira à examiner si les 
textes invoqués par M. F. visent le moins du monde cette hérésie. 

Disons-le tout de suite, il semble que l'auteur ait établi trop ra- 
pidement le syllogisme suivant : Min signifie gnostique antino- 
misle, donc il sultit qu'il y ait eu des Minim avant l'ère chrétienne 
pour qu'on puisse affirmer qu'il y avait des gnostiques antino- 
mistes avant cette date. 

Or, le mot MÎM comporte-t-il nécessairement cette acception? 
Quelle qu'en soit l'étymologie — et nous nous rallions sans réserve 
à celle qu'a mise en avant M. Bâcher* — il est bien certain qu'il 

^ Plus haut, p. 45. 



206 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ne renferme en lui-même rien, absolument rien, qui fasse allusion 
au gnosticisme ou à l'antinomisme. C'est un terme neutre, passe- 
partout, s'appliquant indifféremment à toutes les hérésies, ici 
aux Samaritains, là aux Sadducéens, tantôt aux judéo-chrétiens, 
tantôt aux chrétiens', souvent aux gnostiques chrétiens. A cer- 
taines époques, comme il est naturel, il a désigné plus particu- 
lièrement telle ou telle hérésie en contact plus direct ou plus 
fréquent avec l'orthodoxie. Mais, encore une fois, jamais ce mot 
par lui-même ne dénonce une hérésie déterminée; il signifie tout 
simplement : hérésie, et pour préciser le caractère de celle qu'il 
désigne, on n'a d'autre ressource que l'examen du contexte. Sur 
ce point, aucune contradiction possible. Or, le contexte des pas- 
sages cités par M. F. oblige-t-il ou même permet-il d'attribuer 
au mot Min le sens restreint qu'il lui confère? C'est ce que nous 
allons voir. 

Le premier texte, emprunté à la Mischna de Berachol, ix, 5 
(pareillement la Tosefta, vu, 21), est ainsi conçu : 

ab"irn )12 &n72iî< vr^^'o i::^pnrT ^n^x Nb5< ûbiy iw* ■in?:NT c-^PTor: 

•ûbirrr "irT 

a Toutes les finales des euiogies qui se récitaient dans le Temple 
se terminaient par les mots : « Jusqu'à l'éternité ». Lorsque les 
Minim eurent exprimé leur erreur, en disant qu'il n'y a qu'un seul 
monde [le mot ûb^3' « éternité » ayant reçu dans le langage rabbi- 
nique le sens de « monde »], on décida de dire dorénavant « d'un 
monde à l'autre ». 

Quand se produisit cette réforme, c'est ce qu'il est inutile de re- 
chercher. D'après Raschi , elle serait l'œuvre des compagnons 
d'Ezra, puisque ce sont eux précisément qui, dans Néhémie, ix, 5, 
emploient cette formule rectifiée. La Mischna, dans ce cas, serait 
purement théorique et reconstituerait l'histoire ancienne d'après 
sa connaissance des sectes plus récentes. La Mischna ne veut-elle 
pas plutôt dire qu'on a pris la formule de Néhémie pour protester 
contre une hérésie nouvelle? C'est plus vraisemblable, mais quoi 
qÔ'il en soit, le texte nous assure de l'existence d'une secte de Juifs 
repoussant la croyance en un autre monde. 

Or, cette néjj^ation caractérise-t-elle uniquement le gnosticisme 
— antinomiste ou autre? C'est une gageure que personne ne sou- 
tiendra. 11 y avait, par contre, une secte bien connue, dont le nom 

Considérés comme formant une secte juive. 

La leçon de la Tossefta est préférable : ûb^i*!! 17. 



I.E MOT '< MIMM » 207 

remplit Tliistoire des deux siècles qui ont précédé la destruction du 
Temple, et qui précisément professait cette doctrine, c'était, tout 
le monde le sait, celle des Sadducéens. Les textes imprimés du 
Talmud ne porteraient-ils pas ici, en propres termes même, le mot 
Sadducéens D'ipiiii, au lieu de MinUn, qu'il faudrait de toute né- 
cessité attribuer ce sens à MinUn dans ce i)assage. En effet, tout 
concorde pour imposer cette identification. La secte des Sadducéens 
avait pour principaux représentants les prêtres, et c'étaient les 
prêtres, qui, dans un local du temple ad hoc, récitaient les prières. 
Rien de plus naturel, par conséquent, que ce soit dans le Temple 
qu'on ait été obligé d'introduire cette réforme. Dans les synagogues, 
c'eût été inutile, car les prières y portaient le cachet pharisien 
D'autre part, c'est un fait bien connu que les Pharisiens, après la 
défaite de leurs adversaires, les obligèrent à proclamer eux-mêmes 
les principes qu'ils avaient combattus jusque-là. Certains rites 
n'étaient célébrés avec éclat dans le sanctuaire que pour affirmer 
l'erreur des Sadducéens : û''p"ni: bu3 l^b» 5<'«:iinb. Inutile d'insister 
sur cette vérité, admise sans conteste par tous les historiens du 
Judaïsme. 

L' « orthodoxie » dont parle M. F., c'est donc le Pharisaïsme, et 
l'hétérodoxie visée par les auteurs de la réforme, au dire de la 
Mischna, est sans aucun doute celle des Sadducéens. 

Or, remarquez que ce texte est le rempart le plus solide de la 
thèse de M. F., les autres relations ne sont là évidemment que 
pour faire nombre, elles ont, s'il est possible, moins de force pro- 
bante encore. 

Ailleurs, continue M. F., le Talmiid attribue à la multiplicité des 
sectes minéennes la cause décisive de la déchéance d'Israël. A sup- 
poser que le passage serait ainsi conçu, comment en résulterait-il 
que le gnosticisme antinomiste eût compté nécessairement parmi 
ces sectes ? Mais, en fait, le Talmud n'a aucunement l'intention 
qui lui est prêtée. En la circonstance, le Talmud, c'est R. Yohanan, 
rabbin du m® siècle, qui commente un verset d'Ezéchiel. Au lieu 
d'une opinion du Talmud ' sur les causes historiques de la déchéance 
d'Israël, nous avons la fantaisie d'un commentateur du iii« siècle, 
qui, pour expliquer l'étrangeté d'un mot du texte, imagine une 
explication personnelle. Il est dit, en efi'et, dans Ezéchiel, ii, 3 : 
« Voici je t'envoie vers la maison d'Israël, vers les nations qui se 
sont révoltées contre moi. » Le pluriel, qui est inattendu ici, veut 

' Le Talmud n'a pas d'opinion, pas plus que le Journal officiel, par exemple, 
dans sou compte rendu des débats des Chambres. Un historien s'avisera-l-il jamais 
dédire : « Le Journal officiel aUribue... •, alors qu'il sa^^it de l'opinion exprimée 
par telle ou telle personne, dans telle ou telle discussion, et rapportée par ce journal? 



208 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dire qu'Israël par ses divisions, formait comme un grand nombre 
de nations. Il ne faut pas oublier, en outre, que H. Yohanan, 
comme il va de soi, a en vue les Israélites qui furent emmenés 
en captivité en Babylonie par Nabuchodonosor. Que nous voilà 
loin d'une 7'elation du i^'" ou du ii^ siècle se rapportant à des gnos- 
tiques antinomistes ayant exercé leurs ravages avant la destruc- 
tion du second temple ! 

Voici maintenant une « relation » d'une portée plus singulière 
encore. Le Midrasch Lévitique Rabba nous apprend, paraît-il, 
qu'il y avait déjà des Minéens au temps d'Alexandre-le-Grand et 
que Vanimosité était grande entre eux et les orthodoxes. Ainsi, 
les hérétiques dont nous entretient M. F. auraient existé déjà à 
cette époque lointaine ! Bien que les termes dont se sert notre 
collaborateur nous obligent à interpréter ainsi sa pensée, nous 
nous refusons à croire à une pareille hérésie. . . historique. M. F. 
veut probablement dire que le Midrasch estimait si ancienne cette, 
scène qu'il n'a pas craint de la reporter jusqu'à cette date si re- 
culée. Or, lisons ce passage, et nous y reconnaîtrons du premier 
coup l'adaptation araméenne d'une baraïta célèbre conservée 
dans Yoma, 69 a, et dans la glose de Meguillat Taanit (au 21 
Kislew). Cette baraïta, qui est bien une relation historique, c'est- 
à-dire un fi'agment de chronique, raconte les menées de certains 
adversaires des Juifs qui sollicitèrent du conquérant macédonien 
la destruction du temple de Jérusalem, mais qui, pour punition de 
leur audace, virent les Juifs passer la charrue sur l'emplacement 
de leur propre temple. Or, si notre confrère s'était référé à ces 
textes, il aurait vu qu'il y est question en termes précis des 5ama- 
ritains, dont le sanctuaire s'élevait sur le mont Garizim. Le 
chroniqueur a simplement antidaté un fait qui se produisit sous 
Jean Hyrcan. Ce scrupule d'érudit lui eut, du même coup, révélé 
que le mot Min^ dans les textes relativement récents comme celui 
de Lévitique Rahha, remplace môme celui de Samaritain. 

Le même Midrasch nous enseignerait encore que le livre de 
Kohélet faillit être soustrait à l'étude (pourquoi pas à la lecture?) 
à cause de ses tendances minéennes. « Or, ajoute M. F., il est no- 
toire que ces sentences de l'Ecclésiaste n'ont nul rapport avec le 
christianisme. » Mais, si elles n'ont aucun rapport avec le chris- 
tianisme, ne reste-t-il d'autre alternative que de les déclarer gnos- 
tiques antinomistes? Consultons, au lieu de la citation tronquée 
que nous offre M. F., le texte complet du Midrasch. Nous y verrons 
tout d'abord que Vopinion qui y est exprimée n'est ni une relation 
ni une opinion du i^r ou du u* siècle, mais l'avis de Samuel b. 
Nahméni (du iii<^ siècle) et de K. Benjamin b. Lévi (du iv^l Ce sont 



LK MOT « MLNIM » 209 

ces docteurs, qui, plusieurs siècles après l'événement, ont ainsi qua- 
lifié l'hërésie apparente de l'Ecclésiaste; rien ne nous assure que 
les rabbins du i"'" siècle l'eussent ainsi désignée. L'eussent-ils fait 
qu'ils n'auraient certainement pas voulu ainsi signaler le gnosti- 
cisme antinomiste, car, d'après ces docteurs, et aussi les Abot de 
R. Nathan, ch. i, ce qu'on reprochait au livre, ce sont ses conseils 
matérialistes, sa négation de toute rémunération future ou même 
de la Providence, toutes choses qui, pour s'expliquer, n'ont pas 
besoin de découler du gnosticisme antinomiste. 

Nous avouons ne pas bien comprendre la valeur des deux der- 
nières preuves apportées par M. F. à l'appui de son assertion. Le 
Talmud soutient, parait-il, qu'A-lam était Min. Evidemment on 
ne veut pas déduire de ce texte que le gnosticisme antinomiste a 
pris naissance avec le premier homme. Que doit donc prouver 
cette opinion du Talmud? Ici encore notre savant collaborateur 
nous semble avoir eu tort de ne pas reproduire en entier le pas- 
sage qu'il invoque. Il y aurait vu que le Talmud est, dans la cir- 
constance, le commentaire de Genèse, m, 9, rapporté par R. Juda 
au nom de Rab, amora du iw siècle, bien connu pour avoir inter- 
prété des séries de chapitres de la Bible. La négligence de M. F., 
en l'occurrence, est d'autant plus fâcheuse qu'elle l'a empêché de 
reconnaître justement dans ce commentaire le sens véritable du 
mot Min. Pourquoi, en effet, d'après Rab, Adam fut-il Min? Parce 
que Dieu lui demanda : où es-tu? C'est-à-dire, d'après l'explica- 
tion de ce docteur, de quel côté s'est tourné ton- cœur ? ^^nb irî::2 15<. 
On ne saurait mieux dire que Min signifie simplement : celui qui 
se détourne de Dieu, l'hérétique. 

Enfin, « le Midrasch traite le serpent de minéen ». Nous pour- 
rions reprendre tout ce que nous venons de dire au sujet d'Adam. 
Nous nous contenterons de faire remarquer que R. Jérémie b. 
Eléazar, amora du m*' siècle, qui est l'auteur du dire cité par 
M. F., entend seulement que le serpent s'est exprimé à la façon 
d'un Min. Bien mieux, ce docteur ne prononce même pas le mot 
Min : il se sert de celui de D"n"ip"«D5<. 

Conclusion : la thèse essentielle de M. F. ne peut revendiquer 
en sa faveur aucun texte talmudiqice, ni du i*"", ni du ii« siècle, ni 
à plus forte raison des siècles suivants. Il faut écarter délibérément 
de l'histoire religieuse du Judaïsme l'hypothèse que le Talmud ait 
conservé la moindre trace d'une secte gnostique antinomiste qui 
aurait exercé son action en Judée, et même dans le temple de 
Jérusalem, avant l'an 70. 

Mais il n'en reste pas moins que le mot Min désigne par la 
suite des gnostiques antinomistes. Sera-t-il permis de procéder 

T. XXXVIII, N« 76. 14 



210 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à rebours et de supposer que ces hérétiques sont les successeurs 
de ceux qui vécurent au i^"" siècle et dont le Talmud ne sait plus 
rien ? 

Cette conjecture n'est pas défendable, car le mot Mifi, quand il 
qualifie des gnostiques autinomistes, se rapporte toujours à des 
gnostiques chrétiens. Toutes les objections que M. F. oppose à 
M. Bâcher, en s'appuyant sur l'impossibilité pour des chrétiens 
d'avoir exprimé les opinions de certains Minim du Talmud, dis- 
paraissent comme par enchantement, quand on s'avise que ce ne 
sont pas des chrétiens orthodoxes, mais des gnostiques, comme 
Marcion,qui sont en scène. Dans un article qui paraîtra prochaine- 
ment, nous étudierons en détail les arguments de ces gnostiques 
contre l'Ancien Testament, les réponses inattendues qu'elles pro- 
voquèrent dans le camp chrétien et la singulière fortune qu'elles 
eurent par la suite dans la polémique antijuive. 

Israël Lévi. 



LES TROIS BRANCHES 

DE LA SCIENCE DE LA VIEILLE TRADITION JUIVE 

LE MIDRÂSCH, LES HALACHOT ET LES ÏÏAGGADÛT 



Un docteur palestinien du iv^ siècle, Josué ben Nehémia *, ratta- 
chait au mot û"'u:'^bu5 (Prov., xxii, 20) cette pensée, que le nombre 
trois se retrouve dans tout ce qui concerne la doctrine d'Israël et 
ses représentants-. Pour lui, les mots û-'a^bo ^b -^nnriD î^bri 
semblent indiquer que la Tora est écrite avec un alphabet où les 
lettres sont <c triples » : ^hjj^:^ sn^n j:]b.^ û-i'^jbT^jTa n\mmx":: rinn m. 
Après ce préambule, l'agadiste continue en ces termes : rr'r: bsm 
UîbnuJTQ « tout (ce qui concerne la Tora) était triple ». 11 donne en- 
suite une liste de « choses triples y>, se terminant par une allusion 
au rôle qu'a joué le nombre trois dans la Révélation du Sinaï 
(elle eut lieu « le troisième mois », Exode, xix, 1 ; dans le désert 
de l'^O (=^ "^ro) qui a trois lettres; après trois jours de prépara- 
tion, Ex., XIX, 15). En tête de cette liste, se trouvent les deux 
indications suivantes : riy::'D û^mniDi t:2"'î<"'33 nnin ncbrûTj nnin 
rm:im mDbn ^"i^bn nu:b"iuî?3. « La Tora est triple : Pentateuque, 
Prophètes, Hagiographes ; la Mischna est triple : Talmud, Hala- 
chot et Haggadot. » 

Le mot Tora est pris ici dans son acception la plus large*, elle 
se divise en Pentateuque (la Tora dans son sens le plus étroit), les 

* Voir Die Agada der palàstinenischen Amoràer^ III, p. '{03-309. 

* Tanhouma sur Exode, xix, 1, 

' On ne voit pas clairement en quoi consisterait cette • trioilé > des lettres de l'al- 
phabet hébreu. Deux explications sont possibles ; 1° peut-être écrivait-on Talphabet 
par groupes de trois lettres ...^m ^DN- Avec les cinq lettres tinales il y a viu^l- 
sept lettres, donc 3 X 9 ; 2° la plupart des lettres portent des noms (]ui s'écrivent 
avec trois lettres, b73^ ïT^S Db5<. C'est l'explicalion adoptée par l'auteur des Otiot 
de R. Akiba (Jelliuek, Bet Hamidrasch, III, 17). 

* Voir Blau, Zur Einleitunt/ in die heiligt Bçhrift^ p. IG. 



212 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Prophètes et les Hagiographes. La « Miscliria », c'est-à-dire la 
tradition, a trois divisions : le Talmud, les Halachot et les Hag- 
gadot. Cette seconde partie est omise dans la version anonyme 
où Ton trouve également la sentence de Josué ben Neliémia ^ et, à 
sa place, après la phrase sur les trois parties de l'écriture, vient 
le paragraphe qui est en tête dans le Tanhouma, et qui a trait 
aux lettres de l'alphabet hébreu. Ce Midrasch, où l'auteur de 
la sentence est nommé, a certainement conservé la leçon primi- 
tive. En effet, la phrase sur les lettres, de l'alphabet est l'appli- 
cation qui convient le mieux au texte û'^'0''bu5 *^b TinnD ; le mot 
'>nnr\'D renferme une allusion à l'écriture employée pour la Tora. 
L'absence de la mention concernant les trois divisions de la Mischna 
dans la version anonyme s'explique par le fait que l'auteur de 
l'extrait n'était plus bien au courant de cette trichotomie de la Loi 
orale, analogue aux trois parties de la Loi écrite; voilà pourquoi 
il la laissa simplement de côté. En réalité, cette trichotomie de la 
tradition n'est pas une invention de l'agadiste, mais elle remonte 
à la première période des Tannaïm, comme on peut le prouver 
par toute une série de sentences. Ces sentences, qui sont authen- 
tiques, seront reproduites ici littéralement, car jusqu'ici les con- 
séquences qui en résultent n'ont pas encore été établies avec assez 
de netteté : 

1° Une baraïtafort ancienne, qui traite de profanation la récita- 
tion du Cantique des Cantiques et d'autres versets bibliques à 
des banquets [Sanhédrin^ 101«)*, fait adresser par Dieu à la 
Tora, qui se plaint de cette profanation, cette question : « Ma 
fille, de quoi mes enfants doivent-ils s'occuper quand ils sont à 
table ? » La Tora répond : û\S"'23n-i nmnn ^'^^y^ un N"ip73 "^bra dî< 
jmi^ni"! mDbna n^o^n yp'oy^ an ns^a^o "•bj'n DwSI îD-^mn^m « S'ils 
sont connaisseurs de la Bible, qu'ils s'occupent du Pentateuque, 
des Prophètes et des Hagiographes; s'ils sont connaisseurs de la 
Mischna, qu'ils s'occupent de la Mischna, des Halachot et des 
Haggadot. » 

Ici il faut ajouter après le mot « de la Mischna » celui de ;a"n73n 
« le Midrasch », comme le porte, en effet, la leçon d'un manus- 
crite Ensuite, le parallélisme exige que dans la première par- 
tie de la phrase, on ajoute aussi avant nmnia le mot N"ip732. 
Ainsi, la baraïta met en regard Nnp?2 et nrjTî, ayant chacun trois 

» Pesikta, éd.Buber, p. 105a et, d'après elle, Talkout, 1. 271 ; II, 960. Voir aussi 
Midrasch Mischlè, sur xxii, 20 (éd. Buber, p. 92), où K. Ismaëlest nommé comme 
auteur. 

* Voir Die Agada der Tannai*en, 1, 193. 

^ Voir Rabbinowicz, IX, 305. 



LA SCIENCE DE LA VIEILLE TRADITION JUIVÎ-: 213 

subdivisions, absolument comme dans la sentence de Josué ben 
Nehémia. 

2° Juda ben Haï, disciple d'Akiba, comptait parmi les condi- 
tions requises de l'officiant récitant la prière des jours de jeûne 
celle d'être versé dans la Loi écrite et dans la Loi orale. Voici 
comment la chose est énoncée {Taa^iit, 16 &) : nmna rninpb h^yl^ 
rm^î^m mDbnn on^Ton r-n5u:bn û-^mn^m û\^"^2D3i « Ayant l'ha- 
bitude de lire le Pentateuque, les Prophètes et les llagio- 
graphes, et d'étudier le Midrasch, les llalachot, et les Hag- 
gadot. » 

On voit qu'ici les deux domaines de l'étude de la Loi sont dési- 
gnés par les verbes N^p et r53\D, dont furent formés les noms des 
deux genres d'étude : N"ip^ et nr^TJ. 

3° Parmi les choses interdites aux personnes en deuil, figure 
aussi l'étude (baraïta Moecl Katon, 21 a) : nmnn r-nnpb "nsj^n 
'-!i73'bnn'i îmîDbr^m ^m^n nrcTon r-nr^iibi a-'mp:^^ ts-iN^nsm 
în"i";:;ï-;m (La censure a changé niTobnm en D";::m). 

Il résulte des variantes mentionnées par Rabbinowicz, in /oc, 
que, dans la seconde partie de cette phrase, il manque dans 
quelques sources le mot TiTobnm et dans d'autres le mot "ûn^iT^a. 
De fait, le mot ^'\rihr\ est l'équivalent de cn'iTD. Le manuscrit du 
Talmud de Munich porte : Jm^irin^T i-n^bïin iiTobnn ; ce sont les 
trois parties de la Mischna dont parle Josué ben Nehémia. Natu- 
rellement, le mot nsia'n a ici aussi son sens le plus étendu. En 
outre, il faut ajouter dans la première partie de la phrase le mot 
N^p7:n après mnpb. 

4'» Celui qui est atteint d'impureté rituelle peut se livrer néan- 
moins à l'étude (baraïta Berachot, 22a; Moed Katon, 15«) : 
ï:m7am ï-ira^::: m^'cbi û-^ainiDm tw^^îm rriinn ^nnpb ';"'nm7a 
^i"T:\ï-im miDbrrm. C'est aussi ce que porte le manuscrit de Munich 
dans Moed Katon ; si on efface le i dans ;::"n7D3"i, on aura la leçon 
exacte. Dans Berachol, le ms. de Munich, après ^niT^m, a encore 
le mot TiT^bnm. Ce dernier mot seul se trouve dans les éditions du 
Talmud ; mais dans Berachot, la censure l'a remplacé par N"i)a:^m 
et dans Moed Katon par ^''^am. Dans la Tosefla Berachol, ii, 12 
(éd. Zuckermandel, p. 4, 1. 15), la phrase est ainsi conçue : 
tn-n^îi2T m^bnni u:n^^m n^uj^n m:ujbi ïi-nnn rni^ipb i-'-imt]. 
Après ri"iin3, il faut ajouter û-'mnDm û\s"»32n"i. Dans j. i?^r<2C/?., 
Qc, 1. 39, la phrase est ainsi libellée : •^D'nTj pT»ai nninn imp 

5° Une sentence de la Mischna, Nedarim, iv, 3, dit que celui 
qui s'est engagé par un vœu à ne procurer aucun avantage à un 
de ses semblables, ne peut lui enseigner l'Écriture sainte, mais il 



214 REVUE DES ETUDES JUIVES 

peut lui enseigner la discipline de la tradition : ninbïi "Olll^ ni^b^l 

NipTD "lii^ûb-* Nb bnN m^:m. 

6° Dans Sifré, sur Deut., ii, 12 (§ 48 ; éd. Friedmann, 84&), une 
paraphrase du texte s'exprime en ces termes : ■^n'iinb nTOi^n i<b^ 
imiTTon br) riN "jT-iT^on m72":5 tzN -^^ -i72ib i-^'nbn -«b ""T r-n^bn 

bj' ^n ':jn^72 î-it ûiNn ï-i^n^ l'inb cnbr: b:' Nb ^:d "i^-^-nr: "jj^^ob 
r-n"i:im ni^bn ibi< tzsiNn n^n^ 'n "^d Ni:i72 bs. 

Ici l'ensemble de l'étude de la tradition dans ses trois branches 
est considéré comme ayant la même valeur. La sentence est ano- 
nyme et sans doute ancienne. 

^o Dans -S^7r^ sur Deut., xxxii, 2 (§306, éd. Friedmann, p. 132a, 
1. 13), il est dit, au sujet du même esprit qui pénètre toute la doc- 
trine, malgré la diversité de ses parties^ comme la même pluie 
donne un goût différent aux divers fruits : nn^N dbiîD ïimn ■'^n'i 
i-i"n:^m msbn !1j0721 anpiD drinu:"^"!. Ici il faut évidemment ajouter, 
après le mot riiuJTûn, le mot idtii^. 

8" Dans l'énumération des matières qu'embrassait le savoir de 
Yohanan ben Zakkaï, il y a en première ligne i"i7:bn r;ra7:n Nnpta 
m'i"i:jm miDbr;. Ainsi le portent Soucca, 28a; Baba Batra, 134a 
(les éditions mettent N^iToi au lieu de 'iiTobn) ; Aboi di R. Nathan, 
ch. XIV (également i^nTa:»). Dans le traité de Sofrim, ch. xvi, 
Hal. 8 , au lieu de liTobn, il y a '^j-inTo, et Nnp'n est remplacé par 
dir^^n. C'est à cette version que se rattache celle de la seconde re- 
cension des Abot di R. Nathan, ch. xxviii(éd. Schechter, p. 58), 
mais où ^'i'itd manque. Ici, comme dans le traité de Sofrim, le 
mot ^iDu:73 a été omis. 

9° Eléazar b. Arach, en adressant des paroles de consolation à 
Yohanan b. Zakkaï, lors de la mort de son lils, fait l'éloge de ce- 
lui-ci en ces termes [Abot di R. Nathan, ch xiv, fin) : ^b irin 

Je propose de corriger cette phrase ainsi : t<rip)2 i^'^'p )^ ^b Tm 
m"i:;m mdbn [^1112] n5^5D [nsusi] û"«mndi û\s^n3 n-nn. Par là, cette 
sentence se rapproche de celle qui est rapportée ci-dessus sous les 
n"^ 1-4. On ne s'expliquerait pas, du reste, pourquoi le mot '::^i't2 
serait omis. 

10° Voici ce qui est dit des députés du gouvernement romain 
qui, sous le prétexte de se convertir au judaïsme, étudièrent 
la doctrine juive chpz Gamliel II {Sifré sur Deut., xxxiii, 3, 
§344, p. 143 L^): m::br7 ^1^12 !nr»:573n n&< lauîi N-ipTsn nî< iN-ipn 
r-m:iïTi. D^ns le passage parallèle, j. Baba K'imnia, 4b, 1. 31, 
il y a TiTûbn au lieu de oni^a. Dans b. Baba Kamma, 38 a, 
rénumération des matières d'étude est omise et les mots ifi^npn 



r.A SCIENCE DE LA VIKIfJ.E TMADITION JUIVE 2i!5 

i2UJn sont complètes, par suite d'un malentendu sur le mot iîïît, 
par i^b^T. 

11° La science de R. Tarphon est caractérisée en ces termes, 
dans Abot di R. Nathmi, ch. xviii, au commencement : n^on 
tt5"n?2 rr2\r73i Nnp?: ib r"»ni?3 "^b nsuj ib -i73Ni Ib^N 0333 to^n T«73bn^ 
rrririm mribrt. Dans la version du Midrasch Ilaggadol (voir la 
not(î de Schechter sur Abot di R. N., p. 69), le mot ^^^td 
manque. 

12** Dans les mêmes ^7;o/, l. c, on rapporte au sujet de R. Eléa- 
zar b. Azaria : "ib i)2'Mi NlpT^n "ibwS'^D ibsr.s "iD3:d3 u^iz^n "«Tî^bn'O iTDTn 
nb 'n?3nfi< m^ir^î^n nb -i»i5^ m^bni ib n?3"i&^ ;25"i^»n nb n^^nx ïi2^72a. 
Dans la version du Midrasch Haggadol [ibid.], le membre de 
phrase "ib "n^it^ ïi5U57:a manque, et cela avec raison, car le mot 
rt3ia)3 n'est que la dénomination générale des trois branches de la 
tradition nommées ensuite. Au lieu de m^bn et msrj, le Midrasch 
Haggadol a nsbn et rrisn, conformément à l'usage postérieur de 
la langue, où les deux parties sont désignées par un mot au 
singulier. 

13" R, Yona, un important Amora du iv^ siècle (contemporain 
de Josué b. Nehémia), caractérisait les mérites d'Akiba au point 
de vue de l'étude de la Loi par ces mots, qui font allusion à Isaïe, 
LUI, 12 : m"i:;m msbm ^^112^ nsuîTo i^pnrju) î^a^p:^ "^an m (j. Sche- 
halim, ch. v, au commencement, d'après le texte des éditions du 
Talmud de B., Sb). Dans le texte du Talmud de Jérusalem (48c, 
1. 64) : Jm^isïn mabn ^'-i^^ VP^™- Dans la version complète, il 
faut lire U5^^^, au lieu de ^n'i^i (cf. n<>4). En outre, on rapporte 
comme une opinion divergente (d'""i^"iî< "iî^i) que ce n'est pas Akiba, 
mais « les hommes de la Grande Synagogue » qui ont arrangé, 
c'est-à-dire rédigé ces parties de la science de la tradition ■•'^iîî^ it 
lapTi rîbi"i5!i nD3^ (dans le Talmud palestinien nD3D ■'ujsm ibs 
[nrpnn] nbnain) » . 

Il résulte jusqu'à l'évidence de ces passages que la division de 
la science traditionnelle mentionnée par Josué b. Nehémia dans 
sa sentence agadique doit être considéré'3 comme un fait histo- 
rique. Par nsu:):, — ceci résulte aussi clairement des passages ci- 
tés — on entendait primitivement l'ensemble de l'étude de la tra- 
dition. Le mot est un corrélatif de itrypiD, la dénomination de la 
Bible et de l'étude de la Bible. L'objet de l'étude de la tradition 

* l'^pP^ (= Ipri, Ecclé5.,xii, 9). est synonyme de *T1D . Cf. Tosefta Zabim, 
I, 5 (éd. Zuckermandel, p. 076) : Û"'"I"»^bnb niDbn •IDTD Na"'pî' '"I rT^H'^UD. 
De même *;rT^m''U3")D ';"'Dpn73, Tosefta Schabbat^z, VI = rW'CjlZ) ^11012 de b. 
Sabbat, 13 a. 



216 REVUE DES ETUDES JUIVES 

était : 1° le Midrasch ou l'interprétation du texte biblique, et sur- 
tout de la partie législative du Pentateuque ; 2° les Halachot, 
c'est-à-dire les thèses acceptées comme lois et transmises sous 
une forme certaine, sans qu'il soit tenu compte de leur dérivation 
du texte sacré ; 3» les Haggadot ou interprétations scripturaires 
non-halachiques et les maximes s'y rattachant concernant des 
questions de morale ou autres. Au lieu de m::bn et rmrirj, on finit 
par dire niD^n et (n^Si^) mr^rt pour désigner ces deux groupes. Du 
reste, pour U5'T1^ on trouve aussi des traces de la forme primitive 
m^:'!^^. Pourtant les passages cités montrent qu'il était d'usage 
d'employer, à côté de la forme du pluriel miD^rt et m'i^rr, le sin- 
gulier 1251173 pour désigner la première branche de la science de la 
tradition. 

A la place de "û^iid, on a mis parfois TiTDbn. On désignait par 
Uîll^, dès l'époque des Tannaïm, la base exégétique et l'expli- 
cation dialectique des Halachot ; nn^bn et ^^^12 ont donc en partie 
le même sens. Leur différence consiste en ce que le Midrasch 
s'appuie sur le texte biblique et y rattache ses interprétations et 
ses démonstrations, tandis que le Talmud prend comme point de 
départ les Halachot, qu'il motive et interprète par voie exégétique. 
Le « Talmud » comprend donc principalement l'interprétation ha- 
lachique de l'Ecriture, ainsi, du reste, que le « Midrasch », les 
Haggadot (Haggada, Agada) ayant été considérées comme une 
discipline spéciale. 

Quant aux Halachot, qui forment la seconde branche de la 
science de la tradition, elles ont reçu leur forme définitive dans 
l'ouvrage de Juda I, le Patriarche, qui fut aussi appelé m^brr en 
Palestine, à l'époque des Amoraïm. Mais pour désigner spéciale- 
ment cet ouvrage, on employa le mot r!5u:7D*, de sorte que le 
sens primitif de ce mot se rétrécit et que désormais le mot ïiîUîTo 
xax' I^o/Yjv ne servit plus qu'à désigner une branche de ce que 
comprenait autrefois ce nom de Mischna dans son acception la 
plus large. Le « Talmud » ou « Midrasch » , qui était à l'ori- 
gine coordonné aux « Halachot », devint la discipline qui traita 
la Mischna de Juda I comme livre de texte et qui fut la principale 
étude des écoles de Babylonie et de Palestine du iiP au v° siècle. 
C'est de là que sortit le Talmud sous la double forme qu'il a 
prise en Babylonie et en Palestine. 
Dans un ouvrage qui paraîtra prochainement* je donnerai des 

* De même les autres collections de Halachot qui existent encore dans la Tosefta 
et les baïaïta des deux Talmuds furent appelées • Mischna ». 

» La plus ancienne terminolop;ie de l'exégèse juive, dictionnaire delà langue tech- 
nique de Texégèse biblique au temps de Tanuaim (en allemand, chez Hinnchs, Leipzig}. 



LA SCIENCE DK LA VIEILLI-: TliADlTION JUIVE 217 

détails plus circonstanciés sur les noms des diverses parties de 
l'ancienne science de la tradition. Je me bornerai ici à appeler 
l'attention sur ce fait que les Pères de l'Église, surtout saint Jé- 
rôme, comprennent sous le nom de ôs'jxspojT'.ç. traduction conforme 
à l'étymologie de nwn, en araméen Nn-«:n5o, tout le domaine de la 
tradition juive. Voir les passages y relatifs dans Schïirer, Geschichte 
des jûdischen Volhes, P« partie, 2° éd., p. 88 et 96. Mais saint 
Jérôme comprend aussi par ce mot les opinions agadiques, 
comme il résulte de ce qu'il dit à propos d'Ezéchiel, xxxvi (Val- 
larsi, V, 422) : « Neque enim juxta Judaicas fabulas quas illi 
8euT£poS(7eiç appellant , gemmatum et aureum de caelo expec- 
tamus Jérusalem '. » Voir encore epist. 48 ad Damasiim, ch. xx 
(Vallarsi, I, 62) : « Sed ne videamur aliquid praeterisse earum 
quas Judaei vocant ocUTcpoWs'.ç et in quibus universam scientiam 
ponunt. » 

Les trois branches de l'ancienne science de la tradition *, telles 
qu'elles sont connues depuis l'époque de la destruction de Jéru- 
salem, mais qui datent certainement d'une époque plus reculée^, 
ont donc été opposées avec raison et d'après des indices historiques 
aux trois divisions de rÉcriture sainte par l'agadiste du iv*^ siècle. 
Mais, en réalité, cette division en trois parties se suivant dans cet 
ordre : Midrasch, Halachot et Hagadot, n'existait plus à cette 
époque. La Mischna de Juda I s'était placée au premier plan, et à 
côté d'elle il y avait les collections de baraïtot, désignées du nom 
de Tosefia. Outre cela, le Talmud, qui était primitivement iden- 
tique avec le Midrasch, s'était métamorphosé et se rattachait à la 
Mischna de Juda L C'est pourquoi on ne s'en est pas tenu, en 
citant les branches de Tétude de la tradition, à l'ancienne division 
trinitaire, et c'est aussi pourquoi dans plusieurs des passages que 
nous avons cités, l'usage a introduit des variantes du texte primitif. 

Comme exemple de la forme nouvelle que prit la liste des 
branchf^s de l'étude de la tradition, nous citerons les passages sui- 
vants empruntés au Midrasch palestinien. 

* Cf. comme exemple d'une «< Mischna >> agadique, Pesikta, 107 ô : N?2'^^^^< "l"N 

ni^n "^DNbTD. Voir Die Agada d. palâst. Amor., III, 537. 

* Voir aussi Tosefta Sota, vu, 20 (éd. Zuckermandel, p. 309, note suri. 12), où 
Ton trouve dans Prov., xxiv, 27, rm:\N mDTTt 'ûm'û, et d'après une autre ver- 
sion 'TiTorn n"n:»N niD^rr. 

* Feu N. Brûll, dans son Essai sur la Tosefia {Zunz-Jjibelschri/t, p. 101), dit de 
R. Akiba qu'il « divisa tous les matériaux de la science traditionnelle en trois 
branches principales : Mischna, Halachot et Haggada •. Brùll a sans doute en vue 
notre n» 13. Mais les autres passages cités ici prouvent que cette Irichotomie est 
bien antérieure à R. Akiba, qui n'a fait autre chose que rédiger les trois disciplines 
dans un ordre systématique. 



218 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le Midrascb ^nnn [Schir Rabdn) sur Cantique, i, 14, donne deux 
fois comme paraphrase du mot b::ON : snp» m brïto ;:î\^ b^-^UN in^a 
mi:i5<i mPDsin "n?:bn nj\iî72. Ici nr^jTa a été mis à la place de l'ancien 
mot miiDbrj; in^bn remplace ici "^anTn, mais avec le sens nouveau 
qui le rattache à la Mischna. Ce qui a été ajouté, ce sont les Tosefta. 

Dans Exode Rabba, ch. xxiii (10), on trouve l'interprétation sui- 
vante sur Cantique, i, 5 : û-'î^st yinnt] ûm:?5 û'^b:^»^'' bo d-'brîN ntj 
ûbnyn t2^my:D û\Nn2 t^nu: "^d b:' îqN t:^72Dn '^"i^72bn un ^p 5=^:0273 
mm:;m m^brr Ti7:bn nrc^ Nnp7: &^:Dn"3 û^wXbTo tzrs nin. 

Dans Schir Rabba, in loco, la fin de cette sentence est ainsi 
conçue : TDobn mrDbïi mu5n"i^ îi3ï:^ ^npTD nmn ûrsn ;z5'' d^5D2 bn« 
rn"n:iî<"i mnssnri. Il est clair que la version d'Exode Rabba est la 
version primitive; l'énumération faite ici correspond exactement 
à celle qui est citée plus haut. La version plus récente dans Schir 
Rabba met en premier n^in, qui embrasse ren.>ïemble de la science 
dans son sens le plus étendu. Ensuite on indique les diverses par- 
ties et comme on le fait dans Exode Rabba, surtout les deux par- 
ties principales î^ipTD^ et ï-îS^D):. Viennent ensuite les divisions de 
la Mischna ; de fait, aux trois parties primitives (m^brî ïmon^it) 
i-m^i^) on ajoute encore le Talmud et les Tosefta. — Dans Genèse 
Rabba, ch. xvi (4). l'interprétation de la deuxième partie de Ge- 
nèse, II, 12, est ainsi conçue : nr:)'^ Nip^D tir'.'zn pwNi nb^^ïi ûï3 
rî"i5i^"i NnrDim "nTobm. — C'est la même liste que celle qui se trouve 
dans ScTiir Rabba sur i, 14, sauf le singulier employé pour Nnssin 

Une explication souvent citée de Josué ben Lévi sur Deut., ix, 
10, dit que Moïse reçut au Sinaï la révélation de toute la Loi, et 
dans j. Haguiga, 76 rf, 1. 33, on en trouve la liste très exacte : N"ip^ 
m^sm niiDbn ii^bn !i:^^i ; dans j. Pèa, 17 a, 1. 59, le motniDbrî 
manque ; de même dans j. Megidlla, 74 rf, I. 25; dans Léxnt R., 
ch. XXII, au commencement, imnDDnn niT^bn rriDbn r:r:j73T a^pn 
n'iijin, ; dans Kohélei R. sur i, 5, le mot iiTobn manque aussi. Dans 
Koli. R. sur V, 8, de même que dans Lév. R., ch. xxi, il y a ïisbn, 
au lieu de r-ndbrr. Une agada anonyme qui se rapproche par son 
contenu de la sentence de Josué b. Lévi se trouve dans Exode R., 
ch. xi.vii (7) : Dieu dit à Moïse : im"i3ï<T mo-i^?3 r^iDbn "^b \r\y: ■'3N, 
c'est-à-dire la doctrine traditionnelle en trois parties. Et ibilem : 
dnD3 in'^'»:; S'^ninDi D"»N"«a2 ï-rmn Y^ mr^ r-i"3pr5 ib n73wS ^p 

* Ce qui prouve que N"lp73 n'est pas rais ici pour compléter le mot n^TiD et ne 
désigne pas les parties de la Bible en dehors du Penlateuque, comme le croit 
M. Blau, Zur Smleitunf/, p. 26, c'est que N"lp?3 n'est pas rattaché à ÏTIin par la 
conjonction "). 



LA SCIENCE DE LA VIEILLE TKADITiON JUIVE 210 

Si on ne tient pas compte de in^bnm, nous avons ici les trois 
parties de l'Ecriture sainte à côté des trois parties de la science 
de la tradition, tout à tait comme dans la sentence de Josué ben 
Nehémia. Kn tête des trois groupes, dans ces deux passages 
d'Exode Rabba, il y a msbn parce qu'à l'époque où ces sentences 
reçurent cette forme, on comprenait par « Halachot » la Mischna 
de Juda I , la partie la plus importante de la science de la 
tradition '. 

Budapest, mai 1899. 

W. Bâcher. 



1 Dans le Tana dihê Eliyahiou Kahba, œuvre midraschique du n^- siècle, mais qui 
imite le langage des sources antiques, on trouve souvent mentionnées les disciplines 
de la science religieuse et traditionnelle. Voir eh. xiii : nmP SZIN IT^b"^ ?^< 

— lb.:i-[v::-2 rî3Ci ..."j-^pTm Tmnb^D □"dipdt 3^wH^z2 n-iin six Nip 

rm"i:iN1 m^bn "^"1173 (Le ms. Vat., 31, a ^-,7:bn après r-.rbn . — Ch., iiv : 

ï-TDTiJT^bT N-.p7ûb brîcNn m73b otolt^ Q^hoitouj 2rPT73bm t=^72sn 

mn:iNl rntDbnb '»D~',T?jb (le ms. a la préposition D, au lieu de b : ...Î<'np723). 

— ih. : ':iw\n-i 'b-a c-n7û3 r::c?:m ^-1-7:2 ynr>b. — Ch. xvn : bN-.-w'» i^m 
tmir^wXi msb-n u;in7:3 r-::\:;?22i 5<-ip":3 "j^pci^'. — ch. xvm : f<-ip cn 
'am 'bn 'û-n?3 nri;7û nr'Oi D^nm^n sw^zn n-^nn tz-wx. U. -. ibN 
rrnrim m^bm 'i;-in73 rr.'OJzi Nnp?a nmn i^nn eu: t3^7:2n "«i^/abn. 

— Cl). XXII : DT b^n nmna û-^ponr-j cr:^n^7:bn bN-iw^^T:; a-«?:3nn 
rn-n:;N3i m^brin a-inTDi n:uj?:m NipT^D Viiir pn 'i^-^.o^^iz'). — Ch. xxx ; 
tm^:im m^bn ^1112 ri^W2 ht:: D^niPDi c:\s^3:t n-nn mî< n"i:5. 



NOTES LEXICOGEAPHIQUES 



(suite et fin ') 



1::0N, dans le traité de Semahot, ch. xiii , 'n2 p ^"isa Ni:i»r5. 
D'après Levy, ce mot désigne un espace étroit, (ttévov ; dia- 
prés KoJiut, la tombe d'un notable ; d'après M. Krauss, des 
ossements (il lit "^i^n irjDN N^:ii):rj). M. Kaufmann hésite 
entre ostiariiim, vestibule qui conduit aux tombes, et ossiia- 
rium, ossuaire. M. Jastro\v lit l'^nï?, caisse (pour y rassembler 
les ossements], comme dans Tour Yoré Dèa, § 403, D'inN. 

&?"i"73^Sî^. Levy traduit ce mot par a porteur de dépêches ^. Kohut 
et M. Jastrow disent avec raison qu'il signifie « gouverneur ». 

D'^d::dn dans Maccot, 5 a. D'après Levy, « inconstant, peu sur ». 
Kohut traduit exactement par « convention ». M. Jastro\v 
fait dériver ce mot de Xû'o, 1"^">^) ^^ ^^^ que c'est : calomnie 
systématique. 

D'^SN^&::dn. Kohut y voit (7Ta<7ia)TT,ç, agitateur ; M. Jastrow lui donne 
le même sens qu'à D'^D::Ci<(p5). M. Krauss croit que c'est une 
nouvelle forme de (TxaatwTSi'a, séditieux. C'est Levy qui donne 
l'étymologie exacte, cTa^uoor,;, séditieux. Dans mon Glossaire, 
p. 62, je l'ai identifié avec (TTaaiaCoj^a. 

linuDï^ dans Yalkout Kohélet, 909 : -ibo liTjDî^b ^b?:rî ^iz^. D'après 
Levy, soldat; d'après Kohut, udTspot, escorte. M. Krauss lit 
1"'"i::::5<, « qui semble avoir le sens dt» corps de g^rde ». M. Jas- 
trow le corrige en l^rzû-iLicN. En tenant compte de Yalkout 
Kedoschim et Tantioiana, ad L (éd. Buber), il faut lire 

îT'DnSDN. M. Krauss y voit à tort le mot cxoTri'a, observation. 
Comme le disent tous les autres lexicograi^hes, ce mot désigne 
le seuil. 

» \o\T Revue, t. XXXVll, p. 65, et t. XXXVUI, p. 64. 



NOTES LKXICOGHAPHIQUES 221 

mTDDOK n'est pas une nouvelle forme de nT^-^DDi^, fs/pcy-^., comme le 
croit M. Krauss, mais la forme syriaque du mot n7:D^n, nom 
verbal de û^^orr. Cf. Levy, W. B. iïber die Targumim. 

riTT^DDN. Kolmt voit dans ce mot le grec «TTrcTpo;, démolition 
{Nombres r., 4 : OTT'DDiî l^^n), mais Lovy, MM. Jastrow et 
Krauss l'identilient avec raison avec Tcp-jpôv, la cheville du 
pied. Seulement, M. Jastrow a tort de le faire dériver de 
noiD. Dans mon Glossaire, je me suis trompé en l'identifiant 
avec dTTsTûoç. 

i<"'b2Dti. Ce mot, qui signifie « affirmation », est dérivé inexacte- 
ment par M. Jastrow de aàD. Tous les autres y voient 

àacpàXsia. 

i^p'^^DDfi^. D'après M. Jastrow, armement (de pDDJ ; d'après MM. Levy, 
Krauss et Kohut, ceinture teinte en rouge. 

"iDDN. D'après Levy, une bande de soldats, legio, manipulus. Dans 
Sanhédrin, 106 a, 'n ]^^'^b signifierait, selon lui, la légion 
blanche (Xsuxôv). Kohut propose deux explications : armée de 
Chypre, et troupes romaines. M. Jastrow lit nsDwS pn^'b et y voit 
Aéwv "Iffaupoç, Léon risaurien, l'empereur byzantin qui était 
opposé au culte des images et provoqua ainsi une longue 
guerre entre l'empire d'Orient et celui d'Occident. Comme 
cela arrive souvent à M. Jastrow, c'est très ingénieux, mais 
inexact. D'après M. Krauss, ce sont deux mots qui ont chacun 
le même sens, l'^Db ^ddn, Xô/av et ctzzi^oc, comme ]'pvi m72i et 
û'^^D n::5bp. J'adopte l'avis de feu J. Perles, qui lit «"•mn-'b 
nsDi^, des voiliers rapides. 

D^i'^DDX. Pour Levy et Kohut, c'est le mot àdTcàpayo;, asperge, 
breuvage provenant d'asperges. Mais MM. Krauss et Imma- 
nuel Lœw lui donnent avec raison le même sens qu'au mot 
grec, c'est-à-dire : jeunes pousses de chou ou d'autres plantes 
qu'on mange comme légume. Le « breuvage d'asperge » est 
du vin fait avec de jeunes choux. 

rr^npDN dans Esiher r., au mot mnpm. Levy lit mTiTp, pierres, 
et, par extension, dés pour tirer au sort; pour M. Jastrow, 
c'est [Hlpaël de np = y^'p, et le mot signifie : décision, 
sort, sentence judiciaire, jugement; Kohut y voit le mot s<rx*- 
Toç, fin, destruction; pour M. Krauss, c'est xpTj(7tç, oracle. 
M. Imm. Lœw y voit avec raison le grec cy-EuxcU, prépara- 
tion. Le passage nDpiriTû ûnbu) mnpoi< nn"»n p'^n ''idt signifie 



222 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

donc : « Où fut organisée leur préparation (la préparation de 
de leur sort) ? » 

«rr'DpDiN. D'après Levy, un petit pont; d'après M. Jastrow, un 
pont pour le débarquement; d'après Kohut, couvert de bois. 
Perles corrige ce mot (Sanh., 67&) avec raison en Nn-'DpD"i5<, 
(Txà<pGç, canot. 

!^S'lpD6î dans j. Sanhédrin, 23 &. D'après MM. Kohut et Krauss, 
c'est le grec cxottôç, but. C'est plutôt « seuil », comme le 
croit M. Jastrow avec raison. Levy hésite entre les deux 
explications. 

l'ntû'^TJCN dans le Targoum de Zacharie , iv, 12, pour mnnss. 
Levy y voit le mot £G-/aptTa, poêles, M. Krauss /'jT-/,sa>v, arro- 
soir. MM. Jastrow et Imm. Lœw lisent avec raison l-iTaisp», 
jxu^(oTY,p£ç, mot par lequel les Septante rendent minsis, ad. /., 
lampe. 

1">a">npDî^. M. Jastrow fait dériver ce mot de anp, pâtisserie en 
forme de boule ; c'est, en réalité, le grec £ff;(ap{TT,ç, cuit sur le 
gril (Levy et Krauss). 

fi<"na">npDfc^. D'après MM. Levy et Krauss, scriptor, scribe; d'après 
MM. Jastrow et Kohut, exactement, ffexpïixàpto;, secrétaire, 
greffier royal. 

n'^3'^5bnD5^. Kohut traduit ce mot par « complice w, M. Krauss par 
« chef de bande », jjLuaxaywYÔç, MM. Levy et Jastrow par 
« bande ». 

npnoK. Kohut y voit le grec axatpoj, sauter; Levy, cligner des 
yeux ; et M. Jastrow, exactement, regarder autour de soi. 

rr^ipiinDî^. D'après Levy, 'c'est Istrien, d'Istrie, ville du Pont ; 
d'après Kohut, originaire d'Astrakhan; d'après M. Jastrow, 
sorte de sel (forme iipaël de p"iD). C'est M. Krauss qui donne 
l'explication exacte : d'Ostrakène, ville située sur la frontière 
de la Palestine et de l'Egypte. 

■'nsN. MM. Krauss et Jastrow traduisent ce mot par « obsidienne ». 
Levy et Kohut disent avec raison que c'est la traduction de 
noau, fronteau. 

NTHCX, dans Pesahim, 50^. Dans Kohut : bénéfice; d'après 
MM. Levy et Jastrow, exactement, une masse. 



NOTES LEXICOGRAPHigUES 223 

'jnp"'::i-:N dans Exode r., 24, chambres pour provisions (Kohut, 
Levy et Krauss). Dans le passage nb V^^P^'^ "j-^i^ "jî^^n rv2 
ûT» bDa nj'Ti t^bi< ';"'P'':û"ids, M. Jastrow veut changer sans rai- 
son 'c^ en l'^DiDî^. Dans le passage parallèle de Schoher Toh, 
Ps., Lxxvni, Yl, M. Buber a bien fait de corriger l"'0"'::bs"'i< en 
l'^p'^rûnsî^, d'après notre passage d'ici, tandis que M. Krauss 
veut le changer en d''3:û"iD« (100 a), où il voit le grec cpàrv-r,. 

Np'^n::i2&< dans Genèse r., 94. M. Krauss y voit le mot TOTràs/r,;, 
juge local, mais tous les autres lexicographes le traduisent 
avec raison par patriarche, le chef des Samaritains. 

•^slDi^, qui signifie « quittance, salaire, récompense » (àzo/y,), dé- 
rive, d'après M. Jastro\v, de '^sn, ainsi que le mot "^"idî^ à'Echa 
r., 65 a, où il signifie : action de retenir un otage (etto/t-). 

nr3"i:2DN dans Kohélet r., au mot û'^:>:\'^ d'inmn bD. Kohut et Levy 
expliquent ce mot, d'après de Lara, par « châtiment », ôtce-J- 
Ouvoç, xà uTisuôuva. Ainsi, pour Levy, ces mots rr^nDUîsi bTi< 
nrsiUDN p na:^ signifient : « Celui-ci le poursuivit, l'at- 
teignit et lui infligea un châtiment. » Kohut traduit : « Il 
le rendit responsable. » M. Jastrow corrige nv3i::Di< en 
fi^DTsnDDî^, qu'il traduit par catering, cooMng. Perles [Ziir 
Sprach-wid Sagenhxmde^ p. 21) y voit le grec TiuTotvri, cour- 
tisane. Enfin, M. Krauss veut le corriger en nrszjSD, pluriel 
de (TTràScav. Seul Graetz a donné l'explication exacte de ce mot 
[Geschichle, IV, 564) en Tidentifiant avec àôcpovia, terme tech- 
nique pour désigner le communisme concernant les femmes, 
comme le pratiquait la secte des Garpocratiens. 

^■'biDi'iaDi^ dans YalkoiU, I, 4 a. D'après Kohut et Levy, gouver- 
neur, TraTTjp TTôXswç; d'après M. Krauss, c'est le mot "^bianniûD. 
M. Jastrow a raison de le corriger, d'après Genèse r., 6, en 
1"'Di"i::iDfi<, èTTiTpoTToç, procurateur , c'est-à-dire administrateur 
d'une province impériale. 

llb'^DN dans Yelamdènou, irbiDî^ b^noTû. Kohut y voit àTrwXeia, des- 
truction, et dans j. Berachol, ix, 14c, i)2bi3>b inb^i^N s^iïi, il lit 
à7C£tXwv, menaçant. MM. Levy, Jastrow et Krauss traduisent 
dans les deux passages : « menaçant ». Le passage de j. Be- 
rachat doit être rectifié ainsi, d'après Schir r., 34 c : ncin 
ynbiyb pb-iDi^ Nirj, « il songe à la destruction pour son monde ». 
Dans Malalas (par exemple, p. 142, l. 12 ; p. 154, 1. 10) le mot 
àTietXYJ a le sens de « malheur, destruction ». Le Tanhouma, 
éd. Buber, 12, f*» 4 Z^, a cette variante : ^12b^y n^ Vatib nx"n 
y^y^i2\ Voir Buber, ad l. 



224 REVUE DES ETUDES JUIVES 

l^niDiD-'N dans Kohélet r., 80 &. Dans ce passage ainsi que dans le 
passage parallèle de Genèse r., 17, M. Jastrow lit lrD"»DN, 
èç-'TrTriov, couverture de selle. En réalité, dans ces deux pas- 
sages et dans YalJwyt Kohélet, § 970, il faut lire 'j-'mD-is-'it, ùtco- 
TTÔûiov, escabeau. Le passage de Genèse r. nsd ib nu::'^) ^b^ab 
nbiîs ';'''ns'is"*5^ rTu:iy ij^^j^otot ne peut pourtant pas signifier : 
« Le roi, après s'être fabriqué un trône, se confectionna une 
couverture de selle » . M. Krauss aussi lit ivs-^si^ et traduit 
inexactement par « selle ». 

è^nvD'^Di^ dans Aboda Zara, lia. D'après Levy, c'est eui^opo;, 
écuyer d'un haut dignitaire ; d'après Kohut, prince ; d'après 
M. Krauss, TiaTiTiiaç, officier du palais impérial. C'est cette 
dernière explication qui me paraît exacte. 

D-i'iDD'^DN dans j. Teroiima, viii, 46 &, "jib-i^n iy D-iiDs^Di^ X^'ûiz 5<b 
linbiD. M. Jastrow veut corriger ce mot en NT'Tobob et il tra- 
duit : « Ils n'arrivèrent pas à Palrayre ». Levy et Kohut y 
voient le grec cTiEtpa, mais ce sens ne convient pas dans ce 
passage. Le contexte et l'époque à laquelle vécurent les Amo- 
raïm dont il est question en cet endroit semblent confirmer 
la leçon de ^"T^îûbD proposée par M. Jastrow. 

p"^Di< signifie, d'après M. Jastrow, « administrateur, fonctionnaire ». 
Ce mot signifie plutôt « fort ». Ainsi, dans Schir r., 26 & : 

rrmn bï: rviTi2 hy w^^t^ 'OrrQ û'«73 "^p^si^ by veut dire : « Ils 
sont forts sur les eaux de la Loi ». Ce sens est confirmé par 
la suite : -^72 biDb on V^^^^'^ nmn """la^ Nnpi:> nn ixnn 'n "i?3Nn 
pnis bs un pDiy Nir;;a. Voir aussi Levy, 5. v. 

Dimp'^Dï^. M. Jastrow ne veut pas voir dans ce mot le terme d'épi- 
curien, c'est-à-dire partisan d'Kpicure, mais il le dérive de la 
racine npD, comme npDn. Le passage des Actes des Apôtres, 
XVII, 18, qu il cite comme preuve, réfute, au contraire, son 
explication, car on y lit : nvéç os to5v 'E7rtxoup£i'cov xal i^Tcoixcôv 

CplXo(7()CpO)V. 

V"i'ip"'2N dans //oî<//i?^ 104 &: '«n xh'2\^z liy^'2y\ ti"i:>. D'après Levy 
et Kohut, mélange (de la racine ÈTitxsçâvvuuLi) ; d'après M. Jas- 
trow, sans arrêt. Pour M. Krauss, c'est le mot fe^^cidum, 
table avec plusieurs cases. Dans Tosefta Hoidlin, viii, 3, 
p. 509, il faut corriger Dibnp^DN en l"'bip'i-:N, ferculum, une 
série d'aliments qu'on sert en une fois. 

'j'^n:3p'»Dî^. D'après MM. L^yy, Kohut et Krauss, vomir, un vomitif; 



iNUTKS LKXICiJi.l'.Al'IlKjUKS 225 

d'après M. Jastrow, transvaser du vin, et vomitif. Comme l'a 
déjà fait remarquer M. Immanuel Lœw, xô-rxaoo; n'a jamais 
ce sens. Ce doit ôtre plutôt le mot àzoTTruc:'.!;, avec le change- 
ment de t: en x. M. Krauss mentionne ce mot 'j.t.Utzx^j'j:^ (1,202) 
comme un terme conservé seulement dans la littérature juive 
et qui doit enrichir le trésor de la lexicographie grecque. 

l'^D'^npjDi^. Kohut [s. V. l'^D'^ipiD, VI, 372 i») et M. Krauss y voient le 
grec 7ràX/&7|aTa, pâtisserie; d'après Levy, pêches; d'après 
M. Jastrow, c'est ';^D"^"iDp, des câpres. Le mot ';^5'«npDD, iden- 
tique avec V5"'"ip">°. est le grec ttûoxviç, Trpoxpi; (Pesikta, 104 &J, 
une espèce de figues séchées, sloo; Ic/àoov dans H^sychius. 
Dans Péa, vu, 20 r/, où nous lisons iDmYm n^bDwX':: t]irDD riD"" 
iDmspTn VP^'^s^' il iaut corriger l^pDiDTo en *j^D"^np3D73, d'après 
les passages parallèles de j. Terouma, ii, 3, et j. Sota, i, 
f«n&, IX, f«24(!/. 

û'^DDii^ ,V05:"ii^, dans Melihilta Deschalah, 57 h, hy ^^^ tit^ "i3\\ 
û"'DDi5^rî. D'après Levy, vj 'l'.a, de petites pierres; d'après 
M. Jastrow, paume de la main ; d'après Kohut et M. Krauss, 
xà'J;a, réservoir, réceptacle. Kohut renvoie avec raison à 
Sifrc, I, § 89 : ^m"» n^n rbrii) pT DDDiriT: p^ -ai7:n -^^d Vj n:^T 
...^VjipSwS YTJD y-iNb rT:j:?2i iib^nn 

ïT^nnosK dans Dérécli éréç r. D'après les passages parallèles, il 
semble qu'on doive corriger les mots NbDTûb \sn njî 'J■'Db^^7 TTi 
•jnV^D en Nbi^puîb n^d"^:» ';'^DD"in TU, « on a tourné le rideau vers 
la gauche ». 

è^r'^r^DSi^ dans j. Schabhal, vu, 10 a. D'après Levy et Kohut, pelle 
à vanner ; d'après M. Jastrow, fourche. Ces sens ne con- 
viennent pas pour le passage î^DDipn «^■'sn'^s pn, comme l'a 
déjà fait remarquer M. Immanuel Lœw. Ce mot est plutôt le 
terme technique «ïTràOïi, spatha, peigne de tisserand. 

nroDî^. M. Jastrow traduit inexactement : (des dattes) d'Ephès. 
M. Krauss veut corriger le mot (j. Demaï, ii, 22 &) en nrbDSN, 
qui signifie « fèves ». Le véritable sens est indiqué par Levy 
et Kohut : (des dattes) tardives. 

^"«"«DDK dans Tanhouma sur Nasso, § 23; le Yalkoiit, p. 91, a la 
leçon '{■'■^rûTîwN. D'après M. Krauss, il faut lire l'^D'^sb^, XsTrt;, 
écailles ; Levy y voit TtiTuca, écailles ; pour Kohut, c'est jnita- 
men, écorce ; M. Jasurow lit 1"'"'DD5<, obsidienne, employée en 
guise de miroir. C'est probablement o^Jy, œil, au pluriel V"^dd5î. 
T. XXXVIII, N° 70. ' i:; 



226 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

«?3'^pDDN dans Eroubm,bSa. Kohut et M. Jastrow y voient le grec 
cxi^tvoç, tressé avec des feuilles de palmier; d'après Levy, 
c'est la filasse du tronc da palmier; d'après M. Krauss, un 
objet tressé avec des feuilles de palmier. Le sens exact a été 
indiqué par Al. Imm. Lœw, qui y voit le grec <70Y|/'.toaa, une 
cordelette. 

ïT^rr^pnDîiï^. Kohut attribue à ce mot une origine persane et le tra- 
duit par « paquet ». D'après M. Krauss, c'est I-cgtsiçe, il 
marcha près d'elle (en effaçant le mot nb-'DN). MM. Levy et 
Jastrow disent avec raison que c'est o'|/gOy,xy,, garde-manger. 

-iDN dans j. Bihkourim, ii, 1, 64 c : Ni-'U nan !t:j:>t û-i'yaTon ncN 
M.ITT^UJ *nDi^ ...niD^nn. Pour Kohut, c'est le mot Ozks, au delà 
de ; pour Levy, c'est celui qui transgresse. M. Krauss ne 
donne pas du tout le mot. M. Jastrow corrige ainsi le passage : 

"im nu::>i û^u:^ (p) nb^SwS n-iD^nn «nnu) nm na^'T û^u:72n ^b'^L^ 
..."•Dni \saro n-iDnn n^o nn^?: lij^n Niriu: 

snD^Dn^^DN. MM. Lq\'y, Krauss et Kohut traduisent avec raison 
ce mot par « étrange, extraordinaire ». M. Jastrow le cor- 
rige en ûvd:d1!dn, sttcûéç'.o;, raffiné. Le passage du Midrasch 
signifierait donc : « Son nom était Laban, c'est-à-dire l'homme 
extraordinairement blanc », et non pas, comme le prétend 
M. Lœw : « il s'appelait — ô paradoxe — le blanc », car, 
qu'y aurait-il eu de paradoxal à ce qu'il lut appelé « blanc » ? 

';"''Tn'ncr^. Ce mot désigne, d'après M. Jastrow, ceux qui sont pré- 
posés aux ouvrages extérieurs (nniD) d'une forteresse. 
MM. Levy, Kohut et Krauss y voient avec raison le grec oooû- 
piov, garde, poste de surveillants. ' 

man:3"iDi< dans j. Ketoub., 26 rf. D'après Levy, c'est TraçitTraxai, 
les chefs de file; Kohut et Jastrow corrigent en mD"i::i-iD5<, et 
Kohut y voit le mot TrcwriaToi ; mais d'après MM. Jastrow et 
Krauss, c'est le mot apparalics, machines de guerre. Nous 
croyons, d'après le passage parallèle de j. Guiiiin, 45 <7, I. G, 
qu'il faut corriger ce mot en nr::n:û5i< et eff"acer des lexiques 
les mots mDTJTnDi^ et m-ji:::n-:tî. 

NpnDN dans San/iédrin, 39 a. D'après M. Jastrow, cuiller ; d'après 
Kohut, qui en donne le sens exact, c'est un maillet; d'après 
Levy, conformément à l'explication de Raschi, c'est le cou. 

6<">i::irN, (TTaStov ou stadlum, champ de courses ; cf. Kohut et Levy. 
M. Jastrow fait dériver à tort ce mot de "^ns: et le traduit par 



NOTKS LKXICOfiHAFIIlQUKS 227 

« ruine » et, par extension, « théâtre, arène ». De m«*(ne, il cor- 
rige «""ntûCN fîans Ahoda Zara, )6, en î<"^"i::c:< et le df^ rive de 
la racine nnD, lieu de spectacles immoraux. C^4te manie d'at- 
tribuer à des mots étrangers une origine hébraïque fait sou- 
vent commettre des erreurs à M. Jastrow ; c'est ce qui lui 
arrive aussi pour ';'^'7::j:^i^, qu'il lit ^"i^^i^- 

mbtîirN, dans Tosefta Kêlim, baba batra, iv, doit être corrigé en 
rr^bLÛjicî. M. Krauss dit avec raison que c'est àyx'jÀY,, nœud, 
cordon de soulier. M. Jastrow maintient le mot mb:::i:i<, qu'il 
fait dériver de bb^] et traduit par « couverture, enveloppe ». 
Kohut et Levy ne donnent pas le mot. 

m*i m'nitN. D'a[)rès M. Jastrow, c'est la cavité de l'huître perlière^ 
où se trouve déposée la perle; d'a[)rès M. Krauss, /aÀa<>- 
ToaTov, de la potasse. Kohut et Levy disent avec raison que 
c'est (jTpo'jO-'ov p'.C'-ov, du saponaire. 

'jlta'^nipN, accubitiun. C'est le lit placé i)rès dp la table (ofcrxo;. sur 
lequel se mettaient les convives, vers la tin de la république 
romaine. M. Jastrow veut corriger à tort les mots î<nD"«"i 
irj'^app (le Tarpomn yerouschalmi II, Genèse, 40, 17, en 
1ia''mppi<^ Ê^nsn, et iVLi^mpi-; de PesWa r., 82 a, en ';n:::^mpprî ; 
il traduit : a pain des repas ». Le in:û''npp de Targoum yer. 
est le grec xaxxaSi; et signitie « poêle, pot », et, par extension, 
pain ou pâtisserie cuite dans une poêle; dans la Pesihta, ce 
mot signifie « perdrix «, sens qu'a aussi xxx/.aS-'ç. 

N"npN ,Nr;p5^. D'après Levy, ce mot désigne celui qui cherche à 
ébranler une halakha , comme dans Ythamoty 110^ : ^nn"» 
Nrmpi^ nip72pi, '^ ils étaient assis et soulevèrent des objec- 
tions », comme le dit Raschi dans sa deuxième explication. 
Kohut, Vil, 71 a, s. v. N!ip II, traduit « être précis, diligent » ; 
M. Jastrow, « ce qui ébranle les dents » et au figuré « objec- 
tion, argument ». C'est la première explication de Raschi ad L 
qui semble être seule exacte; il dit que ce mot vient de la 
racine d'^T^rj np"», se réunir. Le passage de Yebamot signifie- 
rait alors : « Ils étaient assis, réunis, sur le marché de Poum- 
bedita ». 

•^asipN, "^jmpi^. D'après Kohut et Levy, dôme, cime. Dans Baba 
Batra, 73a, la leçon exacte est &^"»Dip. Le passage de Tos. 
Kêlim, baba mecia, ii, 14, 'idt û-'bi:i7Dnu5 mw^^asnpN est traduit 
par Levy : les dômes des tours et des ciels de lit. M. Krauss 
traduit exactement : les lacets (xôixêoç) sur les armoires et 
les ciels de lit. 



228 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

"jmiûpN. D'après Kohut et Levy, actoi-es, directeurs, administra- 
teurs ; d'après M. Jastrow, actor publiciis, surveillant des 
propriétés de l'État. J'avais expliqué dans mon Glossarium, 
74a, avec J. Perles, que c'était le mot agitatores, conduc- 
teurs de voitures, mais je crois maintenant avec M. Krauss 
que c'est àxTcopoc, gardes de côte. 

"^pi^, dans Yelamdênou sur Èkeb. Levy dit : « C'est le mot àyrj, 
adoration; peut-être aussi àx/,, silence! repos !» MM. Jas- 
trow et Krauss disent que c'est sixs, fais de la place! La pa- 
raphrase du Tanhouma l^^nsib ipbn:::-! est une explication 
fantaisiste. Kohut dit avec raison que c'est àx/j, silence 1 

5<np"np5^. MM. Levy, Kohut et Jastrow disent avec raison que c'est 
une grenouille; d'après M. Krauss, c'est xpoxÔTaç, un grand 
quadrupède. 

N^î^, dans Sanhédrin, 25a. D'après MM. Levy, Krauss et Kohut, 
c'est area^ aire d'oiseleur. M. Jastrow lit nIwS (le mot hébreu 
mit), oiseleur qui place des pièges pour attraper des pigeons. 

';''a"'5:;nN, dans Genèse r., 63; dans j. Teroumoi, viii, 46c, il y 
a D'^"i:û^:;:i<. D'après Kohut et Levy, argonaute (un démon). 
M. Jastrow corrige le mot en D''::ij^"ns, àpojyova'j-rY,; (sous- 
entendu oatatov), Argonaute, le génie tutélaire des matelots. 
M. Krauss lit D'^l:"':^^^^, àpyriTTiç, épithète servant à désigner la 
foudre ou un cyclope. Mais on ne comprend pas qu'un génie 
tutélaire des matelots, ou la foudre, ou un cyclope se soit 
avisé de transporter les docteurs de la Loi, à l'issue du sab- 
bat, de Tibériade à Paméas, afin de leur permettre de com- 
paraître devant Dioclétien au moment précis* où se termine le 
sabbat. Il me paraît donc probable que D'^")::"»:;:^^ (comme dans 
j. Teroîimoi) doit être corrigé en D"'::T»:ii<, àyupTT,ç, magicien. 
Car c'était là plutôt le rôle d'un magicien que d'un cyclope ou 
d'un esprit de la mer. 

fi^-i&î, dans ScJiir r., au verset mr)"'"»a ^y, 16 c?. C'est àp, dommage, 
destruction : lirmï? -inn nr^b^rr •ib::"'C -«n^, « afin que les puis- 
sances soient jugées pour les dommages qu'elles ont causés ». 
Kohut et Levy traduisent inm^iî^ nnn, « d'après les dommages 
causés ». M. Jastrow corrige lirr^nt^ en n-^^iî^, ïarichée, et tra- 
duit ainsi : <* afin que les puissances soient payées pour (le 
sang versé à) Ariach » ou Tarichée; il dit que ce passage fait 
allusion aux massacres qui ont eu lieu sous Vespasien, ou 
peut-être à la guerre de Barkokba. Cette dernière hypothèse 



NOTES LEXICOGMAPMIQUES 229 

n'est pas exacte, car il est question explicitement du carnage 
accompli à Bethar. Il n'y a, du reste, aucun raison de changer 

lirr^^wS en rv^i^. 

Nbm:i'ni^. MM. Kohut et Krauss disent, comme de Lara, que c'est 
le mot èpyoXa^&ç, entrepreneur de maçonnerie. MM. Levy et 
Jastrow traduisent exactement par « architecte ». Le Tar- 
goum rend tD-^ba^m de I Rois, V; 32, et û'''T7:;bT de II Rois, 
XII, 13, par i^^bnir^ni^'i. Les habitants de Guébal (Byblos), 
réputés pour être de bons architectes, ont prêté leur nom 
pour désigner en général des architectes. 

!n"n"iN, dans j. Aboda Zara, m, 43 &, et j. Berachot, ii, 4& : iriTD 
fi^Tob^ n-nni^ ^12^'p "ini'T^b. D'après M. Krauss, c'est Arueris, nom 
d'une divinité égyptienne. Cette interprétation n'est certaine- 
ment pas exacte, car on ne comprendrait pas qu'il fût plutôt 
défendu de passer devant cette idole que devant toute autre. 
Levy dit avec raison que ce mot signifie ici « idole », et il 
s'appuie sur le passage A' Aboda Zara, 51 a, où on lit, d'après 
la leçon du Arouch, fi^-'i^nTo nninsb ; nos éditions ont ^x-^yyn fvh. 
M. Jastrow lit ■«m^i^b et traduit ainsi : « Gomment faire quand 
on passe devant une procession où se trouve l'image d'une 
divinité? » Selon lui, '^n'ni^ est pour m^ni^, de -nn = i7n. 

fc<bnunN. Levy {Targinnwôrtey^buch) et Kohut disent avec raison 
que c'est le mot iabellarius, messager ; cf. Imm. Lœw sur le 
W. B. de Krauss. Celui-ci lit ••i^y::!:' et suppose que c'est 
ardeliones \ M. Lœw combat cette explication. 

D'^D'^::")^^. D'après Levy, àspcoosç, ce qui est vaporeux, air; d'a- 
près Kohut arspooTTiÇ, dureté. C'est là le sens exact. On lit 
dans Exode r., 13, D-iDz^n^i iv^y^ nb"::nn?3 s^^rrvD nrn iddd 
riDinn ; M. Jastrow veut corriger à tort en D3=)D y^^n I'^kt 

l'^'iD-'b ba"iN, dans Pesihta Beschalah, 91 ^ : b:û^x ^5?2ni^ o"n3 î<"-i 
l'^^D'^b. D'après M. Krauss, ce sont les mots yuliliis rufu- 
lorum, un gouverneur. Cette ex[)lication est inexacte. 
D'après la Pesihta, Eléazar ben Simon avait été nommé àyva- 
p£ÛT-r|ç. Ce fonctionnaire, outre l'obligation qu'il avait de pro- 
curer aux employés de l'empereur les chariots, chevaux et 
mulets pour le service public, servait aussi d'espion à l'em- 
pereur, rapportant les propos qui étaient tenus concernant le 
souverain ou l'État; il remplissait donc en même temps des 
fonctions policières. C'est à ce titre qu'Eiéazar est appelé 



230 HE VUE DES ÉTUDES JUIVES 

dans Baha Mecia, 83 ô : l^biap *\^i^^r\ Tirri 5<u35n ""Dn b::p « un 
homme qui a causé la mort de gens qui l'avaient méritée »>, 
et que Josua ben Korha lui adressa cette apostrophe : ( Toi, 
vinaigre, fils de vin », c'est-à-dire fils indigne d'un père ho- 
noré. Il était donc tout autre chose qu'un gouverneur miii-? 
taire. Nous sommes plutôt de l'avis de Levy, qui voit dans 
l-'-iD'^b b::",i< le grec àç/'.ÀY,-TY.^, le chef des sbires; d'après 
M. Jastrow, c'est le chef des gardes du corps ; d'après Kohut, 
àp/'.Xa'vûpcov, le chef du pillage, des saisies. 

Iiw^s^. D'après M. Jastrow I), c'est une armoire avec plusieurs 
compartiments; d'après Levy (II), c'est un ustensile; d'après 
Kohut, c'est oçaoç, collier ; d'après M. Krauss, un bijou. Ea 
réalité, ce mot doit être effacé des lexiques. Comme l'a dé- 
montré M. Buberdans Tanhouma Bemidbar, §23, note 183, 
1"i2iN est une corruption de û''5nN. Cf. Lœw sur Krauss, 132 b. 

NiiD^^N. Kohut et Levy expliquent à tort ce mot par "Épavov, impôt. 
MM. Jastrow et Krauss ont raison d'identifier ce mot avec 
armona. 

"pi^poii^, dans Knhélet r., sur le verset û-^bn::! br), 12 d. MM. Kohut 
et Jastr()\\" voient à tort dans ce mot le grec èo'.oc-jÀov, coton. 
Comme le disent MM. Levy et Krauss, c'est lij'ipnoi^, gy.ç-.xov, 
vêtements en soie. 

DD2nî<. Ce mot ne signifie pas « clepsydre », comme le croit 
M. Jastrow, mais « entonnoir », àp-a; (dans Genèse /'., 4). 

l'^NbipnN. D'après Kohut, c'est assecla, partisan, celui qui fait 
partie d'une suite ; Levy ne se prononce pas ; d'après MM. Jas- 
trow et Krauss, c'est à^xa-jÀrp, cornemuse. La meilleure ex- 
plication me parait être celle de Sachs [Beib'dge, II, 169), 
cùpuxÀctç, ventriloque. 

5«np-)ïî, dans Schabbat, 100 &. D'après Kohut et M. Krauss, ce mot 
signifie «jaunisse » ; MM. Levy et Jastrow disent avec raison, 
comme Raschi, que c'est un ver intestinal. Cf. les observa- 
tions de M. Lœw sur l'ouvrage de M. Krauss. 

FURST. 



LES GLOSES HÉBRAÏQUES 



DU 



ariAMMAIEIEN YIRGILIUS MARO 



Le grammairien Virgilius Maro, qui, selon toute vraisemblance, 
a vécu, dans la Gaule méridionale, au vi" siècle, est une des 
figures originales de la littérature du haut moyen âge. On ne sait 
ce qui excite le plus Tétonnement chez lui, de son érudition ou de 
sa hâblerie, de son sens critique ou de sa foi naïve. Sa langue, 
tantôt classique, tantôt vulgaire, est pour les romanistes et surtout 
pour les linguistes français une énigme en raèuie temps, par- 
fois, qu'une mine de renseignements sérieux. Les savants qui se 
sont occupés de son œuvr? n'ont pu asseoir sur lui de jugement 
définitif, il reste pour eux un mystère ^ L. Traube, l'homme qui 
connaît le mieux l'époque carolingienne, le qualifie de nébuleux et 
lui reproche de l'affectation dans son érudition ; il croit cependant 
qu'il ne doit plus être considéré comme l'auteur de fables menson- 
gères, mais comme un écrivain intéressant qui a laissé des notices 
qui n'ont que le tort de n'avoir pas encore été tirées au clair*. Le 
grammairien Virgilius doit son importance à ce fait, qu'il écrit 
dans un siècle sans littérature, et qu'il est une autorité familière 
aux grammairiens irlandais de l'époque carolingienne. 

Il intéresse également la science juive parce que, comme on 
l'a déjà renaarqué, seul dans un temps sans littérature il témoigne 
de la connaissance de l'hébreu en Gaule. 

Parmi les nombreux écrivains qui ne sont mentionnés que par 
lui, se trouve, entre autres, un savant hébraïsant, Reginus Corni- 

' G. Gr<)ber le nomine le bizarre Vir}^ilius, chez WôUtlia, Archiv fiir lat. Lexicogra- 
phie und Grammatxk^ Leipzig, I, 08 ; P. Geyer, Beitràge z^r i^cnntniss des gallisch«n 
Lateins [l. c, II, 26), l'appelle une énigme. 

* Hermès. XXIV. 607. 



232 RKVUK DES ÉTUDKS JUIVES 

lius*, « linguiste très habile, excellent interprète des langues 
grecque et hébraïque 2 ». On peut se demander ce que Virgilius 
entend par ces derniers mots; il n'est pas bien établi qu'il ait 
possédé lui-même assez la langue hébraïque pour pouvoir juger 
la science d'autrui. Les citations que nous emprunterons aux 
ouvrages du grammairien montrent qu'il n'avait pas une notion 
claire de l'esprit de la langue hébraïque et qu'il n'en connaissait 
pas le matériel. Il faut ajouter que Virgilius, très érudit et habile 
abréviateur, n'a certainement pas puisé aux meilleures sources ses 
gloses hébraïques. 

Le bagage hébraïque de Virgilius peut se ranger sous trois 
rubriques. Il se compose : 1° de remarques générales de philologie 
sur l'hébreu dans ses rapports avec le grec et le latin ; 2° de cita- 
tions bibliques ; 3^ de mots hébreux avec leur explication. 

Notre grammairien a la singulière idée de dériver le mot lalinitas 
de la richesse de cette langue {ex Latiiudine ipsius linguœ). Pour 
cela, il se sert de l'argument suivant : si l'on voulait traduire de 
l'hébreu et du grec en latin, l'on trouverait que la langue latine 
est plus riche en locutions, en expressions, en s}'llabes ^ 

Dans un langage diffus et presque inintelligible, notre grammai- 
rien fait une distincton entre le nombre [niimerus) et le dénombre- 
ment [annumeratio] du verbe ; le nombre est simplement de deux 
sortes : singulier et pluriel; le dénombrement comprend, d'après 
lui, jusqu'à 22 espèces'*, fait que « nos maîtres » expliquent par cette 
raison que dans la langue primitive des Hébreux il y a ce même 
nombre (22) de lettres de l'alphabet et de volumes (livres de la Bible 
hébraïque ^). C'est aussi pour cette raison que les anciens philo- 
sophes admettent que le verbe est composé de 22 espèces, et pour 
rendre la chose plus claire, ajoute-t-il, il faut énumérer les espèces 
particulières. On trouve d'abord que le verbe a 10 espèces, quant 
à la forme et au mode ; il y a, en effet, 6 modes et 4 formes ; puis 
il y a 3 sortes de conjugaisons et 5 sortes de significations, d'où 
ressortent 8 espèces; en ajoutant la figure double et les 2 nombres 

* Cornilius comme Cornélius : i et c sont souvent confondus dans le latin du 
moyen âge. 

2 ...Re^nnum Cornilium , virum salis eloquentem, graecœ et hebraics linguae 
proraptissimum interprelem. Voir Virgilti Maronis Grammatici opéra, ed, I. Hue- 
mer, Leipzig, 1880, p. 13.^, 1. 14. (En citant cet ouvrage j'indique toujours la page 
et la ligne). Sur la connaissance des « trois langues » {trei lingua), voir Isidore de 
Séville, EtumoL, VI, 4; sur l'hébreu, le grec et l'écossais, voir l'index des Poeta 
latini de Traube (Berlin, 1896), p. 807. 

^ Omnibus raodis, loquelis orationibus syllabisque latiorem (5, 9). 

'* 149,25, duouienti species. 

5 Ibid. : quia in prima Heb^iorum lingua idem Hementorum voluminumque nu- 
merus editus est. 



LES GLOSES DU (IRAM.MAIHIKN VIHGILIUS MARO 233 

on arrive au total donné, 22. On voit que le nombre 22 était préé- 
tabli cliez notre auteur, et que de parli-[)ris il réunit dans la conju- 
gaison du verbe les combinaisons possibles, de manière à obtenir 
le nombre 22. Comme il le dit lui-môme, il s'est laissé guider par la 
langue hébraïque, dans laquelle on admet aussi 22 espèces (species) 
du verbe. Mais, tandis que les 22 formes du verbe latin peuvent 
s'établir exactement au moyen de Texposé du grammairien, on 
découvre difficilement les ^2 species du verbe hébreu qu'il imagine. 
Il serait aussi intéressant de savoir où le grammairien de ce temps 
reculé (vi^* siècle) a pu trouver une telle division des formes 
grammaticales hébraïques ; il ressort, en effet, de ses propres 
paroles qu'il avait trouvé ce nombre 22 préétabli et qu'il ne l'a 
pas inventée 

Les citations de la Bible forment le deuxième groupe des maté- 
riaux hébraïques de Virgilius. Très caractéristique est la citation 
du prophète Sophonias, que le grammairien donne dans l'original 
comme suit : et habet in plurali numéro cœla Sufphonia {sic) 
Hebrea scribente tenebrosa cœlant cœla cceli claraque consur^ 
gunt sidéra. Virgilius veut par ce verset démontrer deux choses : 
1° que le pluriel de cœlum (ciel) est c(rla, c'est-à-dire que le 
mot reste neutre au pluriel et ne fait pas cœli comme on écrivait 
dans le mauvais latin du temps ; 2*^ que cœlum dérive du verbe 
ca3lare-celare « cacher- ». Le passage cité de Sophonias prouve 
effectivement bien l'une et l'autre chose. Mais ce verset existe- 
t-il? Dans Sophonias, i, 15, il y a quelque chose d'analogue; et 
c'est bien ce verset que vise l'auteur, à en juger par la multiple 
allitération cœUvit cœla cœli, qui Fst une imitation évidente de 
l'allitération hébraïque r;i<T::7:T tii^r:: ûr. Seulement, le verset cité 
par Virgilius n'est pas tout à fait semblable à l'original, ni ne 
s'accorde avec la Vulgate, qui traduit ici par les mots célèbres : 
dies irœ, dies illa, traduction parfaitement conforme au texte 
hébreu. Virgilius a donc eu dans l'esprit quelque version libre de 
ce passage de Sophonias, de même que, dès les premiers temps du 
moyen âge, plusieurs chants d'église ont pour base ce même 
verset. Cela nous permet de voir de quelle manière notre auteur 
se documente ; il use des sources avec une grande liberté et 
s'inquiète peu de les tenir de seconde main. 

' D après Saadia, on peut former du verbe hébraïque 19,169 formes, voir Bâcher, 
Die Anfàngc der hebrâischcn Grammatih^ p. 54. Cepeudant il y a là aussi une combi- 
naison avec le nombre 20. 

* 120,9 : caelum aput veteres neulraliler uubium glohum significat, qui solem, 
luoam stellasque caelare solet. Cf. Malt., xxiv, 21,29; Luc, xxi, 25, et Thilo, Cod. 
apocr. Novi Testamenti ^Lipsiae, 1S32\ I, f>8. 



234 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Les autres citations des Écritures faites par Virgilius sont d'un 
caractère assez général; il ne cite pas exactement, il n'indique pas 
avec précision le passage. Il parle des lois des Hébreux et admet 
que certaines notions philosophiques contredisent ces lois '. C'est 
encore en se fondant sur un verset de la Bible qu'il fait sa descrip- 
tion de l'homme, qui fut d'abord formé d'argile, puis reçut d'en 
haut un souffle et réunit de cette façon en lui miraculeusement 
deux natures 2. 

Pour toutes ces citations, le grammairien se sert d'un texte latin 
de la Bible qui diffère sensiblement de la Vulgate : ces citations ne 
se conforment certes pas exactement au texte hébreu; on peut 
donc les considérer comme une traduction libre des passages cor- 
respondants de la Bible; elles sont, par suite, impropres à une 
comparaison avec la traduction littérale de saint Jérôme. La teneur 
en est toutefois telle, qu'on peut en tirer cette conclusion négative 
qu'elles ne sont pas empruntées à la Vulgate. Je ne puis désigner 
d une manière positive de quelle source elles proviennent. Mais, 
d'une manière générale, il ressort des citations de Virgilius que le 
texte de la Vulgate est resté longtemps inconnu en Gaule. M. S. 
B'^rger, qui a écrit avec tant de compétence l'histoire de la Vul- 
gate dans les premiers temps du moyen âge, dit également : « La 
Gaule est restée longtemps fidèle aux anciennes versions, et c'est 
du dehors que lui sont venus les manuscrits de la Vulgate ^. » 

Quant aux gloses hébraïques qui se trouvent dans Virgilius, nous 
devons constater, d'abord, qu'elles sont de deux sortes : I« celles 
qui se présentent à l'occasion de comparaisons philologiques; 
2** celles que l'auteur cite comme des singularités de langage; 
celles-là sont très nombreuses dans son ouvrage. 

Le grammairien établit une distinction entre les mots latins 
res et corpus. Pour son explication, il introduit le mot hébreu 
t:n, nom de lettre qu'il pouvait bien connaître. Il dit (2'7, 12) : res 
hebrea litera est quse interpretatur caput « re5 est une lettre hé- 
braïque qui signifie tête » (^""n = UJi^n!, ce qui est parfaitement 
exact. Il en conclut que le mot latin res est un nom capital [pri- 
mariuni yiomeii). Et il continue à développer cette idée. Au temps 
de Virgilius, ces rapprochements qui nous font sourire pouvaient 

* 4,9 : quîE antiquioribus Hebreorum legibus qiias diuiaos aulumant... conlro- 
versari videaulur. 

- 23,10 : hoino. .. qui primum plaslum ex limo (Genèse, ii, 7 ; Vulfrate : de limo 
terras) dein altlam (Vul^^ate : spiraiulum vilip) ex superioribus et haec inetlabiliter 
coniuucla habet, dissimili iiatura in semet ipso perfruens. — Il faut remarquer Pex- 
pressiou affla. Virgdius l'emploie encore 8,6 et se voit obligé de l'expliquer parle mot 
anima {ofHa, quie est anima, 23,16). 

•^ S. Berger, Histoire de la \^ul.jate^ Pari:î, 1893, préface, p. xii. 



LES (iLOSKS nu GHAMMAIHIUN VIKGILirS MAHO 235 

passer pour de la vraie science. Malheureusement, nous ne pouvons 
laisser à cette glose la moindre apparence d'érudition, car on sait 
que les noms des lettres de l'alphabet hébraïque se trouvent répé- 
tés dans toutes les éditions de la Vulgate, au livre des Lamenia- 
tiones et au psaume cxix, et l'on y trouve spécialement le nom de 
res tout à fait comme dans Virgilius, alors que cette lettre devrait 
s'appeler rechs (cf. ô/,/; dans la version des Septante, et Frankel, 
Vorstudien zii dtr Sepiuaginta, p. \^1)K Virgilius emploie donc, 
pour sa comparaison des langues, un mot hébreu qui, en lui- 
même, n'a pas d'existence proi)re et qui n'est que le nom d'une 
lettre; il l'emploie, d'ailleurs, sous une forme altérée, qu'à la 
vérité il a rencontrée. Mais s'il avait eu la chance de connaître la 
forme exacte et primitive du mot, il n'aurait pas eu l'idée bizarre 
de cette comparaison hébraïco-latine. N'oublions pas, du reste, 
que, dans une phrase remarquable (92, 9), il se vante de pouvoir 
lire la Bible dans le texte grec. 

La remarque suivante est de même valeur que la glose qui pré- 
cède : hele chez les Hébreux signifie Dieu [h^) et se ratcache à 
hélium, nom du soleil en grec -. Par là il s'explique comment les 
auteurs peuvent confondre les mots elementiim i Virgilius écrit 
elimentum) et creatura : ils le peuvent parce (^u'il y a quelque 
chose de divin dans elementum : liele. Y a-t-il eu réellement des 
auteurs ne faisant point de distinction entre élevaient et créature? 
C'est ce que nous ne nous chargeons [)as de rechercher. Virgilius 
sera arrivé sans doute par lui-même à ces comparaisons latino- 
gréco-hébraïques. — Ce qui nous intéresse surtout ici, c'est le mot 
hébreu fiele. Le mot a eu un préfixe et un suffixe : un préfixe à 
cause de -/]Xto;, et un suffixe en vue à'elemenhim, car nous ne 
sommes pas autorisés à croire Virgilius assez ignorant pour ne pas 
savoir que le véritable mot est el. L'étymologl^ de mots tels que 
JsmacU, Israëly Daniel, etc., ne lui a pas été inconnue, et le mot 
hele ne prouve rien de plus. 

Au moi levitis'^ (lévite), qu'il cite (29, 14) au sujet de la formation 
des adjectifs en lis, à côté de celestis, il ne fait [)as la remarque 
que levitis est d'origine hébraïque ; peut-être aussi y voit- il quelque 
mot latin, qui ne se retrouve nulle part ailleurs. 

Intéressante est la remarque de Virgilius sur le nom me)'. Il 
fait dériver le latin mare de amarum « amer »; chez les Hébreux, 

' Voir aussi mes remarques dans le Magyar Zsido-Szemle, VII (1890), o21. 

* 21,21 : hele apud liebreos daus erit (eral?^ et oniid Grecos Ileluau sol dicitur. 
Il doit vouloir dire ti),io;. Variâmes de ce pa^sa^ti daus Hueiuer, daus Sitzungs- 
berichte lie PAcadémie de Vieune, 1881, p. 514. 

^ IJbbiluellcmeui levtta ; mais levilis est peut-êlre une transcripliou de Asytty,;. 
Levita dans le sens de diaconus est très fréquent dans le latin du moyen âge. 



23r. REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

on nomme mer tout amas d'eau *. Cela se rapporte évidemment au 
passage de la Genèse (i, 10), où le nom de mer est accompagné 
d'une espèce d'étymologie. Ici encore Virgilius n'a pas le texte de 
la Vulgate sous les yeux 2, chose que nous avons déjà remarquée. 
Mais ce qui est surprenant, c'est que le mot iam û^) manque, bien 
qu'il soit expliqué; comme il y a aussi un mot latin iam, qui ici 
contrarierait le sens, il est possible que les copistes l'aient omis, 
ne remarquant pas que le mot était hébreu. 

Nous arrivons maintenant à ce passage de l'ouvrage de Virgi- 
lius où, en défigurant, disloquant, estropiant des termes hébreux, 
il crée une espèce de patois, qui est un ^véritable galimatias. Vir- 
gilius Assiamis, un homonyme de notre grammairien, est, dit-on, 
l'auteur d'un ouvrage d'une latinité tout à fait composite. Nous 
nous bornons à effleurer cette question, autant que le nécessite 
notre but. 

Il y a : 1° la latinité ordinaire; 2*^ la latinité dite assena, terme 
qui semble avoir été formé ad hoc et que notre grammairien ex- 
plique par le mot notarial. C'est une espèce de tachygraphie qui 
résume toute une syllable enune seule.lettre ^ Cela n'est pas sans 
importance pour l'archéologie judaïque, parce que, dans la litté- 
rature rabbinique tant ancienne que moderne, il est aussi fré- 
quemment question d'une écriture abrégée, désignée sous le nom 
de )iotaricon, mot qui semble être identique au notarla ci-dessus 
nommé ^ Le terme assena lui-même peut, à la rigueur, être sémi- 
tique, si on le rattache à X^'^'^ « désigner »; 3° la latinité semedia, 
qui, d'après l'explication, n'est ni tout à fait insolite, ni tout à fait 
ordinaire ^ ; 4° la latinité niwiey^osa, langage dans lequel les 
nombres (niimeri) ont des noms spéciaux. A partir de vingt, tous 
les nombres ont la terminaison sin ou in, ce qui peut indiquer une 
origine sémitique. Sous le nom de sémitique je ne comprends que 
l'hébreu et Taraméen, car on ne peut songer à l'arabe, puisque 
nous sommes en Gaule, au vi<^ siècle. Cette remarque s'applique 
surtout aux mots excessivement difficiles qui vont suivre, et qui 

* 83. 1i) : mare ah amaritudine dicilur, ab Ilebreis aquai uin collectut:. 

* Congref^alionesque aquarum appellavii Maria. (Je me sers de l'édition de Katis- 
bonne, 1863, qui a été publiée sous les auspices de Pie iX.) 

^ 89,3. Les autres passages cités ici se trouvent également p. 89 et 90. 

** Assena, hoc est notaria, quîc uoa tanlum liltcra pro loto sono contenta est, et 
baec quibusdam iorraulis picta. 

5 J'ai parlé lon^aiement du 'JTp'^HLDIj dans Bi/zant, Zciischri/'t., 11, 513; voir aussi 
Neubauer, Jcmish Quarterly lievieio, Vil, 303, et mon dictionnaire, s. c, "{Ip^lCûlS. 
Virgilius parle encore silleurs d'une espèce de Noiaricou, p. 79, ligne 15). 

^ Semedia semble formé de semi -\- eùr,8îia. Je ne trouve nulle part l'explication 
du mot. Il laut remarquer qu'aujourd'hui eacore l'argot est quelquefois émaïUé de 
mots hébreux. " 



LKS GLOSES Df (ilrVMMAlHIKN VlhiillJLS MAHn 237 

ne peuvent être expliqués par l'hébreu. La préoccupation de ces 
difficultés ne doit pas nous entraîner à des comparaisons avec 
les langues qui ne conviennent ni au pays, ni à l'époque en 
question. 

Le cinquième groupe de mots, désigné par l'auteur sous le nom 
de nietrofia, est le plus important pour nous. Je crois que le mot 
est une altération m ou\mq àe met aphorn. Voici comment l'auteur 
l'explique : metrofia, hoc est intellectualis. C'est donc une langue 
« intellectuelle » dont il s'agit ici. Entendez sans doute : artifi- 
cielle, conventionnelle. Comme ce passage est immédiatement 
suivi de quelques termes hébreux, on peut considérer la dénomi- 
nation : lingua intellectualis comme désignant particulièrement 
l'hébreu. 

Le premier exemple de cette langue « intellectuelle » est celui- 
ci : dicantabat, id est principium. Véritable énigme, que nous 
essaierons de résoudre de la façon suivante. Le mot \y'^^ 
(Job, III, 1), d'après Levita, s. v. ûtd, devient dans le Targoum 
û-'TS") ; de même Exode , xv , 21 , Drib \v^\^ est rendu dans le 
Targoum palestinien par ^yrb m73"'T-:"i ^ Ces expressions ne se 
trouvent pas dans nos textes 2. On peut admettre que cette tra- 
duction n'est pas particulière à ce passage de Job, mais se ren- 
contre dans ce livre partout où un chapitre commence par I^'^t. 
De cette façon, ce mot peut aussi avoir le sens de commencement. 
Le mot ûTD (3° personne du singulier) peut répondre à dicanta- 
hat ; telle serait donc la pensée de l'auteur : Dicantahat signifie 
commencement. L'imparfait de narration montre suffisamment 
que le mot est emprunté à une phrase. La Vulgate a, à la vé- 
rité, ici aussi une autre expression , mjis quelque ancienne tra- 
duction latine peut avoir rendu par « dicantabat « le \y^^ de Job 
comme le Targoum. 

Le deuxième exemple de la langue « intellectuelle » est sade id 
est iustilia. Ici c'est incontestablement de l'hébreu. '^^':i signifie 
justice. Il est question de la lettre is, qui sonne comme 'pi'2, « jus- 
tice » et qui dans le Talmud et VAlfabela de R. Ahiba est toujours 
interprété ainsi. Rappelons que le nom 7'es dont nous avons parlé 
plus haut est également le nom d'une lettre. L'orthographe saie 
pour la lettre i: est très correcte , c'est celle que donne saint 
Jérôme ^. 



* Lire n^'^TDV 

* Voir Perles, Beitràge zur Gesck. der hebr. und aram. Studien, p. 68; Zuuz, 
Synaqogale Poésie^ p. 368 ; Krauss, Lehnwôrter, s. v. ûTs. 

3 Onomastica sacra, éd. P. de Laf;;arde, Gollingue, 1887, p. 10, 7 ; cf. Hpistola 
ad Titum, 3, 9, et mes notes daos Magyar Zsido Szemle^ Vil, 521. 



238 ME VUE DES ETUDES JUIVES 

Le texte porte ensuite : gno idUitas : l)ora hoc est fortiiudo ^ 
Je ne peux pas expliquer le premier membre de phrase, mais, dans 
ie second, il s'agit probablement de gehoiira (nina^), fortitudo, 
force. 

Viennent ensuite des barbarismes monstrueux, tels que ter, 
rfoph , brops, que personne n'a encore pu expliquer-. En re- 
vanche, il me semble de nouveau reconnaître un vocable hébreu 
dans le mot suivant : rUiph (variante : rip), hoc est hilaritas ; ce 
serait nn ; il faudrait lire dans le texte j-inh et 1'/^ muette finale 
serait surtout à remarquer. 

Au risque de passer pour un étymologiste forcené, je vais en- 
core essayer d'expliquer l'exemple de la latinité rangée sous le 
ïï^ 9. Celle-là s'appelle presina (variante : hresina), c'est-à-dire 
spaciosa (extensible) , un son ayant plusieurs significations. 
Comme exemple : su}\ hoc est vel campus, vel spado, vel gladius, 
vel amnis^. Je me permets ici une petite correction : au lieu de 
campus, qui dans le Fragmenium Angeliciim devient campos^ 
je lis carnpio, génitif campionis, qui ne serait autre que le mot 
français et anglais champion, ancien haut-allemand chemphiOy 
chempho, hempho, haut-allemand moderne Kâmpe, mots qui tous 
semblent dériver du latin campus"* : telle est l'explication de 
« rextension « pour le mot sur, qui n'est autre que m::, qui, sous 
la forme nir, û^ni:, signifie quelquefois le combattant ; m:: signifie, 
en outre, spado, le castrat ou l'eunuque, puisque d'après l'Exode, 
iv^ 25, Séphora circoncit le fils de Moïse avec un ni: ; c'est pour- 
quoi ^ir a aussi le sens de gladius, épée (cf. Josué, v, 2-3) ; mais 
pour la signification de fleuve (a»infs), j'avoue mon impuissance à 
rien trouver de plausible. Je reconnais que ces trois explications 
sont forcées; d'autre part, je ne connais aucune autre langue que 
l'hébreu dans laquelle le petit mot sur pourrait avoir, à la rigueur, 
ces trois sens. 

Les gloses hébraïques de notre auteur ayant un caractère de 
certitude ne sont pas a.^sez nombreuses pour servir de base à un 
jugement définitif sur la science hébraïque de Virgilius Maro. 
Même au temps des Carolingiens, les ecclésiastiques francs n'a- 
vaient que de très faibles connaissances en hébreu-*, n'exigeons 

' Cf. aussi dans Frngmentum Anfjelicum [95, 21) : gnoutilbea fortitudo. 

* Nous essayerons plus loin de les expliquer. 

^ et. aussi Fraginentiim Anijelicum, 90,10. Pour sut\ il y a la variante titur. 

'*■ Khij^e, Ftymolof/ischcs Wôrterbuch der deiitschen Sprache, o* éd., s. v. Kampf. 

^ Daus l'Index du prani ouvrage de Traube, Poeta Latini avi Carolini, il n'y a, à 
part les noms propres, que deux noms hébreux : 1» manzir = filius merelricis ^ 
'nT?273 ; cf. ibid., p. lifiO, 1. 15, le Chant sur la chute de Rome, dans lequel oe mot 
s'applique aux Ismaélites ou Sarrazius. Daus Ducange, Crioss. med. et infim. lat., 



LES GLOSES DU CHA.MMAIRIEN VIRGiLIUS MARO 239 

donc pas trop de Virgilius. lluemer, l'éditeur des œuvres de cet 
auteur, qui n'en a pas examina s(;ru[)uleusement les élf^ments hé- 
braïques, dit ce qui suit: « Ses connaissances hébraïques semblent 
avoir été plus grandes que sa science du grec, bien qu'on n'en 
puisse déterminer ni l'étendue ni la provenance ^ » Nous sommes 
tout à fait de cet avis. Encore un exemple pour donner une idée 
de l'érudition grecque et hébraïque de notre auteur. 

En parlant des douze signes du zodiaque (zodiacus), il dit que 
les Grecs les appelaient ynazaron '-. Il ignore donc que ce ternie 
n'est rien autre qun le mot hébreu mbiTD (II Rois, xxiii, 5) ^ ou 
rm\i2 (Job, xxxviii, 32)'*. L'expression « xii signa » qui commence 
sa phrase peut même venir d'une traduction latine de la Bible, 
caria Vulgate, dans le livre des Rois, traduit mbi): psiv duodecim 
signa. On peut encore reconnaître quelques mots hébreux parmi 
les noms mêmes des signes du zodiaque : tamimon^ par exemple, 
a beaucoup d'analogie avec û^)3iNn teômim, les gémeaux, auquel 
on aurait donné une terminaison grecque. 

Pour compléter notre jugement sur l'importance de Virgilius, 
il tant préciser la place qu'occupe le texte delà Vulgate dans son 
œuvre. La Bible latine était-elle connue en Gaule de son temps? 
Ni M. S. Berger, dans son grand ouvrage déjà cité, ni M. E. 
Nestlé ^ ne le citent, bien qu'il mérite de l'être. Nous avons vu 
que ses citations bibliques diffèrent sensiblement de la traduction 
latine de saint Jérôme; il faut, en revanche, signaler que ses 
gloses sur les deux noms de lettres 7^es et sade se trouvent de même 
dans saint Jérôme. Entre saint Ambroise, de Milan, et saint Jérôme 
d'une part, et Isidore de Séville d'autre part, il faut placer notre 
grammairien Virgilius pour ne pas interrompre la chaîne de la tra- 
dition. Les interprétations de res = caput et de sade := iustitia 
sont de tradition dans toute l'église chrétienne. Peut-être faut-il 

IV, 490, on a adopté la forme mamzer (avec e) d'après le grec [xav^r,p, d'où manzeri- 
nus, manzarus ; 2° tora [torach) = lex. — A remarquer la uolice, ibtd., p. 595, 1. 325 : 
Hebraico sonitu i^^notos proterre rritillos. Cela rappelle les plaintes de Jérôme, qui 
s'inquiète que sa laiifjue prend un accent horrible par suite de ses études bébraïques. 
Voir Siegfiied, Zeitschrift fih' alttestam. Wissenschaft, 1884, p. 67 ; G. Edon. Ecri- 
ture et prononciation du latin, savant et du latin poj)ulaire, Paris, 1882, p. 138, et 
mon article dans Maf/yar-Zstdo-Szemle, Vil, 523. 

* L Huemer, Die Epitome des Grammatikers Virgilius Maro, dans Sitzunqsherichte 
der philos, histor. Classe der kaiserlichen Académie.^ Vienne. 1882, t. XCIX, p. 514. 
Pour ce qui concerne les connaissances hébraïques des savants carolingiens, Hueraer 
renvoie au traité de L. Muller, dans le Rheintsches Muséum, 1871, p. 364. 

* 22,11 : ex qua XII signa principalia supputanlur, quae Greci mazaron vocant. 
' Field, Oriqenis Hexaplarum quœ supersunt, I, 693, donne les variantes suivantes : 

Jj,a2^oupa)0, [xa^aXwô, rendus danr la scholie par ^toôta. 

* Voir Field, II, 71. 

' Realencyclopedie filr prot. Theol. und Kirche, 3« éd., ariich Bibelsiibersetzun^en. 



240 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

aussi mentionner ici la phrase hora hoc est fortihido, expliquée 
plus haut; la tradition chrétienne met foytitndo pour taie, la der- 
nière lettre de l'alphabet hébreu ; dans Virgilius, vient après /"or/i- 
tudo le terme inexplicable ter (variante teer), cela ne serait-il pas 
une corruption de tau, qui se rattacherait ainsi à fortitudo ? Bien 
plus, avec la tradition chrétienne on pourrait même expliquer la 
phrase qui suit : rfoph^ hoc est veneralio (variante : veracio), en 
lisant voC(2/zo, qui est l'explication de Gophp^. Il faudrait donc 
lire coph le mot si barbare rfoph. Je ne vois pas mieux que Dar- 
mesteter pourquoi on traduirait par vocatio. Dans la phrase sui- 
vante : hrops (variante : brop), hoc est pietas, je trouverai l'ex- 
plication symbolique de caph s. Caph est traduit d'une manière 
inexplicable^ par operacio [travail) dans le fragment anglais étu- 
dié par Darmesteter. Ne pourrait-on pas, dans le texte de Vir- 
gilius, lire operacio au lieu de pietas ? Cette interprétation per- 
mettrait de classer le mot dans la langue intellectuelle dont parle 
Virgilius. 

Il est surprenant que Virgilius ne fait pas même la remarque 
qu'il s'occupe de termes hébreux. N'en aurait-il pas soupçonné 
l'origine hébraïque? Il n'était, d'ailleurs, pas tout à fait dépourvu 
d6î connaissances hébraïques. Dans un passage dont le texte n'est 
pas sûr, nous lisons cette intéressante remarque de notre au- 
teur : si en latin le nomen (nom) occupe le premier rang, c'est le 
verbe [verhum) qui en hébreu -* est la partie essentielle du dis- 
cours. Impossible de discerner si cette manière de voir lui a été 
transmise ou si c'est une idée qui lui est propre ^. 

Le même Virgilius Assianus, qui passe pour l'auteur des gloses 
examinées précédemment et que le grammairien Virgilius tient 
pour un savant très distingué, est aussi cité comme l'auteur d'un 
joli quatrain que nous donnons ici à cause de la fin. C'est le Dieu 
des Hébreux : 

Summa in summis 

Potens cœlis 

Celsaque cuncta 

Guberuat celsa^ 

^ Ce mot manque dans le Fragmentunt Angelician. 

* Darmesteler, Jiel/gues scientifiques, Paris 1890, t. I, p. 24 (de même. Revue des 
Étîides juives, IV, 255-2(58). 

^ L'explication de tO a peut-être pour base le mot main, qu'on a pris métaphori- 
quement pour travail; saint Jérôme et Radebert donnent tnanus. 

* 26,3 : cum in Ili signum crucis bnnorum elocutione et conpossitione [sic] prima- 
tum estimatur verbum. L'éditeur Huemer suppose Hebreorum ; voir Pindex. 

^ Je ne sais ce que si}i;niûe : Hebreorum minulœ, 4,17. 

* 91, 16-20 : id est Hebreo.am Deum (Deus?) 



LES GLOSES DU GRAMMAIRIEN VIRGILIUS MARO 2/il 

Pour terminer, nous ferons remarquer qu'il se trouve encore 
bien des passages dans des ouvrages peu étendus de Virgilius qui 
sont comme un écho de choses juives; telles sont, par exemple, 
la division des langues {lingay^um divisio), 5, 3, ou la représenta- 
tion de rhomme comme mundiis mUior Xû'pn ûbij», ou microcosme. 
Il faudrait une étude spéciale pour remonter à l'origine de ces 
doctrines. 

L'auteur fait aussi une citation qu'on attribue à Flaccus, intéres- 
sante pour la situation des Juifs dans le royaume des Francs. La 
voici : « Comme nous avons va parmi les Hébreux un homme 
élégant que nous admirions et dont nous prenions le parti*. » Le 
grammairien fait cette citation textuellement comme exemple de 
construction correcte. 

Budapest, mai 1899. 

S. Krauss. 



* 43,14 : ut vidimus ex Hebreis virum elegantem et mirati eum sumus atque 
complexi. 



T. XXXVIII. nO 7G. 16 



INSCRIPTIONS Hébraïques en frange 

(NOUVELLE SÉRIE) 



La publication de notre étude sur les Inscriptions hébraïques de 
la France nous a valu d'utiles communications. On lira plus loin 
celle que M. le capitaine Armand Lippmann a bien voulu nous 
envoyer sur l'inscription de Montreuil-Bonnin. D'autre part, 
M. Lucien Lazard nous a fait connaître une longue série d'épi- 
taphes du xiii® siècle, provenant du cimetière juif de la rue de la 
Harpe à Paris. Elles ont été copiées dans diverses maisons de cette 
rue par Baluze, qui a encore vu les stèles, aujourd'hui disparues, 
et ces copies ont été heureusement conservées avec les immenses 
matériaux que cet écrivain a réunis pour ses travaux*. M. Lazard 
avait ajouté ces textes à sa thèse sur les Juifs dans le domaine 
royal au xiii'^ siècle, présentée à sa sortie de TÉcole des Chartes, 
en .1885. 

Notre savant collaborateur avait eu l'heureuse inspiration de 
soumettre sa copie à M. Isidore Loeb, qui parait l'avoir examinée 
avec soin, en vue de tenter la restitution des épitaphes originales. 
De ces tentatives il reste quelques traces, bien fugitives il est vrai. 
Voici, semble-t-il, comment Isidore Loeb a procédé. D'abord il a 
numéroté les "76 textes conservés par Baluze, y compris dix ou 
douze fragments, dont il n'y a « rien à tirer », comme il dit en 
regard de ces fragments. Ces stèles se trouvaient encore au xvii® 
siècle sur l'emplacement dudit cimetière, les unes chez un 
M. Donjat, les autres chez un M. Maréchal, d'autres encore chez 
Madame de Vins ; quelques pierres ont passé plus tard aux mains 
de M. Brisonnet, et l'on va voir pourquoi il importe de le cons- 
tater. 

Ensuite, l'examen comparatif fait par Isidore Loeb a dû lui révé- 

* Bibliothèque Nationale, départ, des Mss., fonds français. Armoire VII de Baluze, 
ms. n» 212, fo 144a-lî)Ga. 



IXSCRIPTIOiNSTIIliBRAIQUKSîEN FRANCE 243 

1er que la majorité des textes sont copiés plusieurs fois. En effet, à 
partir du !« 149 b (ou n" factice 27), l'écriture est différente de 
celle des feuillets précédents. Donc Baluze avait inséré plusieurs 
fois dans ses notes, sciemment ou non, plusieurs copies d'un même 
texte. C'est qu'après un long espace de temps, lorsque ces pierres 
avaient changé de propriétaire et avaient été de nouveau signalées 
à Baluze en raison de leurs inscriptions, il les avait fait recopier. 
Les n°' 1, 8, 24 et 27 ne sont pas en double exemplaire. 

En outre, de grandes pierres ont été parfois cassées, ou coupées 
en deux, et il en est résulté trois n^^ d'inscriptions pour: l^le grand 
texte complet, 2° la moitié supérieure, 3° la moitié inférieure. C'est 
le cas pour le n^ fragmentaire 13, qui est complet si on réunit les 
n°' 21, 66 et 73; il en est de même des ii<^^ 20 et 26 comparés aux 
n°* 40 et 54, ainsi que pour le n° 4 comparé aux n°^ 28, 43 et 49 bis. 
Une autre fois, la pierre a été fendue dans sa longueur: les n°' 6 
et 1 sont réunis dans le n" 56, avec cette complication que la 
moitié de gauche a constitué le n° 6, et la moitié de droite le n" 7. 

Nous publions ces copies en tenant compte de ces observations ; 
les numéros placés entre parenthèses après les numéros d'ordre 
renvoient aux textes répétés dans le ms. de Baluze, dont la repro- 
duction serait superflue. 

NM. n3i£[7a n^T] Voici la stèle 

[Tl"' '1] minp tumulaire do [R. Yfhi-] 
["IlûjD^u: bN -ol, qui est décédé 
. , .[nj'ttJnD '1 U[V] le 4» jour (mercr.) de la section. . . 
[r»]nDn Que son âme soit dans le faisceau de 

la vie î 

N* 2 (63, 74). [mi]3p r\n)Zi2 DNT Voici la stèle tumulaire 

nn n;z:b3 m^: de dame Belschalh (= ? Bele-Assez), 

fille de 

[ïlJnUDS^ qui est partie 

[nUîljD ':> ÛV ]iy ph pour TEden le 3» jour (mardi) de la 

section 
... "^5 niia au)"^! Wajescheb, Vài\ iventc l;^) 
:2"iDb ïiu:73m et cinq du petit comput. 

nuîbn correspond sans doute à Bele-Assez, nom de femme que 
l'on retrouve huit fois dans le Livre de la Taille de Paris, et qui 
est porté par des habitants des rues Atacherie et Court-Robert (Is. 
Loeb, Revue, I, 63). — Quant à la date, on remarquera qu'après le 
« il y a la trace soit d'un b (= U^\dbin 30), soit d'un n {= u^y:i^ 70), 
second chiffre, qui nous mènerait à 75^ 1315, date impossible. 



244 

N» 3 {65, 75). 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

nn^^ nNT Voici la stèle 



ta^-^n '-1 n-nnp 
[nu5]-iD (ou n) '1 Dr p[y] 



du sépulcre de R. Hayyim, 

fils de R. Slmson, 

qui est parti pour le jardin 

d'Eden le 6» (ou 2«j j. de la section . . 



La copie des n<^' 65 et 75 n'a plus de traces des 2 dernières 
lettres : -id. 



N« 4 (28, 43, 49 Hs). n3iS72 DNT 

rî2sn 



Voici la stèle 
de Rabbi..., décédé 
Tan 26 (= 1266) du comput (petit). 
Que son âme soit dans le faisceau de 
la vie ! 



No 5 (33, 42, 48, 57). nminp n2i:73 dNT Voici la stèle tumulaire 
ïiJS"»"nbD n"i73 de dame Floria 
...'nïi nn fille de Maître... 

On sait que le nom de Floria se retrouve sur les stèles encore 
existantes à Paris ; dans le livre de la Taille de Paris figure « Flo- 
rion, fille de Vivant ». 



N- 6 (56). n'^^:ap n[nis^] 

\iv p ... 



Pierre tombale 
de Betsabée, fille de R. 
Abraham, fils de R. 
Mardochée b. R. Juda, 
... jardin d'Eden. 



Le nom de femme Betsabée, peu fréquent il est vrai, n'est pas 
plus extraordinaire que celui de Jocabed d'une autre pierre à 
Paris, ou celui d'Abigaïl à Worms en 1279 (n* 10 de la liste publiée 
par M. Lewysohn). 



N« 7 (31, 56). 



n-i"i3p n2ir73 nï<[T 

(ou no ) 

...Ûh"']3 naDD^D 

\iy p npT 



Voici la pierre tombale 
de..., fille de..., 

décédce le... 
de la section Bereschit, 
? ... nu jardin d'Eden.. 
de la création. 



Nous ne savons quel est ici le nom de femme, ni le sens de npn. 
Enfin, le dernier mot, se référant à la date, a dû être déplacé par 
le lapicide. 



N» 8. 



INSCHIPTIONS lIÉBRAiOUES EN FRANCE 

Voici la pierre tombale de 
..., fils de R. Yehifel... 
au jardin d'Eden 
le l•^iour (dimanche) de l'an., 
du (pelil) comput. 



245 



.n-nnp [nais]?: n^T 

..[bN]->n-' 'nn p... 

iny pb 

::"iDb ... 



N» 9 (29, 50,53, 72). nalDD^ ... 

[n]ianD ':; dr py pb 
[nbjiin :2-iDb 



. . . parti 

pour TEden le 3" jour de la section 
Bemidbar de l'an 26 (= 1266) 
du (pelil) conipul. Que son âme soit 
dans le faisceau de la vie ! 



N» 10 {'44, 58). [nnliTTo n^^T 

[p3> pb] n£:D2;D 
anob ^b 



N'^ H (30, o0/^î5). 



...pjr pb 



Voici la pierre tombale 

de R. Juda.. ., 

parti pour l'Eden 

le 3« jour de la seclion. . . Tan 

36 (= 1276) du (petit) comput. 

Voici 
la pierre sépulcrale 

de Meruau, 
nis de Jacob, parti 
pour l'Eden le. .. 



Pour la première fois, on voit ici un nom de famille en français 
Méruau. Peut-être cependant faut-il lire Merwan. 



N» 12 (51, 70). n-)^ n-nap n3ii73 nt^r 
[n]-i:jDD "^DT^To 'n nn n^b 



Voici la pierre sépulcrale de dame 
Léa, fille de R. Mardochée, décédée 
Tan 22 (= 1V.G2) du comput. Son âme 
soit en paix! 



Dans le livre de la Taille [ibid.), il y a « Léa, femme de Cres- 
cent ». Pour nD, on avait lu à tort 3D, 82 {= 1322). 



N» 13 (21, 66, 73; 



■)2mtD n-nnp 

'-ID 'J< Dl"" IIJ' pb 

rîbbh anob t'd 



Voici la stèle 

sépulcrale de noire maître 
le vénérable R. Mardochée 
Aron, fils de.. . R. 
Malalia, parli 

pour le jardin d'Eden le l'^jour 
de la seclion Eeeh^ l'an 
27 (--=1267) du comput. Son àme soit 
en paix ! 



24ê 

N" 14 (69). 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 






Voici la pierre 
sépulcrale de dame 
Judith (?), fille du savant 
R. Abraham, décédée... 



Au n° 69, au lieu de inin rr^^iïT» )r-i'n73, on lit: 'n dnn niiïT» 'n I3"'*n>3 
version qui nous paraît la meilleure. 



NM5 (61). 



[nn] "^DNDn nn72 
...bn pnif 'nrr 



Voici la stèle 

de dame Bone Foy, fille 

de R. Isaac, (?)... 



Le nom féminin Bone-Fo}' est fréquent dans le livre de la 
Taille. — Noter que Foy est transcrit "^d ; prononçait-on Fé? 



NM6 (60). 



NM7 (41, 55^ 



p3> *(:ib nu^ro 
minp n:ii:w riNT 



No 18 (45, 59). n^nnp nn^r^û] 

^b« 'nn p liirîtNj 



N° 19 (52, 71). 



n'::N mnz-^n (?) 
N-^bi^:; !t.:J7û '-i 

[nj^n'iD 'n tiv liy pb 



Voici la pierre sépulcrale 
d'Elhanan, lils de R. Juda, 
parti pour le jardin d'Edon 
le 1" jour de la section. . . 

Voici la pierre sépulcrale 
de l'intègre R. Moïse Lévi, 
fils de Hayyim Lévi, décédé... 

Pierre sépulcrale 

d'Aron, fils de R. Salomon, 

décédé... 

(?) Samar (ou Sabar), lemmc 

de R. Moïse Gadolia 

. . .r, partie 

pour TEden, le 5» j. de la section 

Bereschit, l'an 19 (= 1258). 



Le premier mot n'est pas sûr. 

Le n" 20 est un morceau du n° 26, ci-après, et le n° 21 fait partie 
du no 13. 



No 22 (36, 68). [nj-linp nDi73 n5<[T] 

'n'3 iiizh'O ^'2^ 

[n^nc] ':. ûv )iy pb 

nbT D"^Db.x n nDD n?:^ 

nasn a-icb 



Voici la pierre sépulcrale 
de R. Salomon, fils de R. 
Hayyim, qui est parti 
pour rKdeu le 3» jour de la section 
Emôr ran 50J8 (= 1278) du 
grand comput. Que son âme soit en 
paix î 



i 



INSCRIPTIONS HÉBRAÏQUES EN' FRANCE 247 

Cette derni(^re inscription est accompagnée par Baluze de la note 
marginale suivante: « Gilbert Génebrard a, ce semble, transcrit 
» cette f^pitaphe au livre Symholum fidei Judeornm a. R. Mose 
» ^gyptio (Maïmonide), f" 15 a. de riif^brnu et f 27 b. d\i latin, 
» imprimé en l'année 1569, chez Martin le jeune. Il a lu Tt-iî^, nom 
» d'an mois, au lieu qu'il semble que le mot ^J2^y est bien visible- 
» ment premier mot d'une section du Pentateuque qui donne le nom 
» à la 3« semaine (?!) de l'année des Juifs. Il ne la rapporte pas si 
>i ample qu'elle se voit et a lu en celle qu'il a vue n23 rrûnsb in 
» sectione nns », au lieu du terme ;::^Db suivi de l'eulogie n'a':'n. 

L'opuscule visé par Baluze est une plaquette fort rare de 19 ff. 
d'hébreu, imprimé avec une version latine par Gilb. Génebrard*. 
Elle contient : l** les 13 articles de foi par Maïmonide ; 2° le céré- 
monial de deuil d'après le Mahzor de Rome ; 3° d'autres extraits de 
prières. A la suite du susdit cérémonial, elle donne précisément 
notre inscription n^ 22 (68), plus une autre, n° 24: « Tombe de 
fi^T» (sic), fille de R. Samuel, etc.. » Outre la remarque de Baluze, 
que Génebrard a eu le tort de lire 3 lyar, il faut noter que cet 
hébraïsant avait fait concorder cette date, sans aucune justifica- 
tion, avec le l*"" avril. 

N» 23 (35, 67). n"n3p n3i:73 dnt Voici la pierre sépulcrale 

n3 nN['^D]b'in niTD de dame Belniah, fille 

ïinaD[D]^ Tpv 'n de R. Joseph, partie pour 

...n^ns 'H DT^ \iy pb l'Eden le o» jour de la section... 

Le nom de Belniah est déjà connu par les inscriptions existant 
à Paris, n*'' xxviii et xxix, et à Li.may. 

N° 2^i. nn2t7a nt<[T] Voici la pierre 

NT» n"i73 nmap sépulcrale de dame 

'nn na rtZûNT^ Juvelte, fille de R. 

ti^:2S5^ bNi7a^ Samuel, décédée... 

Ici encore, on est en présence d'un nom de femme Juvete, 
révélé par la première des inscriptions de Mantes. — Le nom 
inachevé, faute de place, ligne 2, est repris entier à la ligne 3, 
comme aux n°' 13 et 14. 

N» 25 (62). nm^p n:n^72 n^T Voici la pierre sépulcrale 

""in nn j^'^^b-^n de Relia, tille de Ratjbi 

iibri iS"'3>OiN Oschaïa Hallévi, 

pb ïi-iasr^iJ partie pour le jardin 

* A la B. N., 8«, H invent. 6019. 



k 



248 REVUE DES ETUDES JUIVES 

DUînD 'n ûi"* )[iy] tl'Edcn le 5» jour de la section 
[:2]"iDb ...nro ran... du petit comput. 

C'est la transcription n"" 62 qui a été suivie ici, parce qu'elle 
parait plus vraisemblable que la version n** "25, différente du n<* 62 
en deux points: 1° au lieu de Belle, nom qui se retrouve dans le 
Lwre de la Taille, le n° 25 a le nom bizarre de ni<"^b3; 2° à la fin de 
ce numéro, il y a — après une lacune — les lettres mby parais- 
sant provenir de ^n"ib:>rîn. Cette lecture d'un nom de section 
biblique irait à merveille tout de suite après le mot n^nD, mais 
non après une lacune d'au moins deux mots, qui suit ce mot. 

N» 26 (40, 54). n32:t) n5<T Voici la pierre 

T^N73 '"1 nmnp sépulcrale de R. Meir, 

UJTiprt p fils du saint (martyr) 

bN">n"' ""nn Rabbi lehiel, 

\iy pb naD3\D parti pour le jardin d'Eden 

't ût^ y-^n nso l'an 9 (= 1249) le 6» jour 

rb"^'^^^ nc:nD de la section Waijischlah. 

Le n° 26 n'est qu'un fragment de la stèle. 

N" 27. n3i:73 nN[T] Voici la stèle de 



...nJUDi'C: décédé... 
...170 n[r»D] de l'an 4(5 (= 1286). 

N" o6 (6, 7). nmnp n 3^:73 pnt 

'nïi nn y:i ...n . . . nc-niinD 

">2-l p Û[T>j3 -lt2D5^ 

p3> 1:^ ...npi[n] 

Ce texte est d'une authenticité douteuse. Il est visible qu'il est 
formé des inscriptions 6 et 7 mises côte à côte. 

Des n»* 32, 34, 38, 39, il n'y a rien à tirer. A la suite de ce der- 
nier, une note de Baluze dit: « J'ai vu une grande pierre en l'hôtel 
» de Fiscamp, situé en l'Université de Paris, où sont gravées 
» maintes bonnes lettres hébraïques. Pareillement, j'en ai vu dnux 
» autres pierres, aussi gravées en hébreu, qui sont en la muraille 
» de la cour de la maison... ». 

Dans le ms. de Baluze, chaque copie est accompagnée d'une tra- 
duction latine, qui est bien ingénue. Par exemple, le mot t-i» 
dont l'initiale t est souvent cassée (=: voici), est traduit: tu! Le 



INSCRIPTIONS IIÉBHAIUUES EN FRANCE 249 

qualificatif ^^^^^, « le vénérable " (n° 13), est traduit: Jessé. Une 
lettre ^, initiale évidente d'un nombre 30, est traduite 300; ce qui 
nous reporterait au milieu du xvi" siècle. Pourtant, il faut parfois 
utiliser la version latine pour savoir comment le copiste a lu, et 
c'est le cas au n° 13 (73), oii id est traduit xxvji. 

Quoi qu'il en soit, voilà donc de 30 à 40 documents complémen- 
taires pour l'histoire des Juifs de Paris au xiii» siècle. Avant 
Philippe-le-Hardi, les Juifs pouvaient vivre librement dans tous les 
quartiers de Paris, et on les trouve, entre autres, rue de la Harpe, 
« dont la Juiverie, dit SauvaP, était à la censive de S. Benoit, sur 
» la paroisse S. Séverin ». Jaillot* cite plusieurs documents de ce 
temps où cette rue de la Harpe est nommée la rue des Juifs, ou 
vieille Juiverie, velus judearia. Les Juifs y avaient des écoles; 
car le cartulaire de la Sorbonne en 12T2 mentionne « une maison 
de la rue Réginald le Harpeur (ou de la Harpe), au coin devant les 
écoles des Juifs ». Or, dans ce quartier, les Juifs avaient aussi 
leur cimetière, comme en font mention plusieurs actes cités par 
Sauvai (i&irf.)» Delamare\ Félibien\ et Dulaure^ Aussi l'un de 
ces historiens, Sauvai, a-t-il raison de dire: « C'est des épitaphes 
de ce cimetière que Génebrard veut parler quand il raconte en 
avoir découvert deux. » 

D'autre part, à propos d'une charte de Philippe-le-Hardi datée 
de 1283, et relative au cimetière des Juifs, Depping affirmes — 
contrairement à l'assertion de Sauvai, — que ceux-ci avaient 
acheté d'un chanoine, nommé Maître Gilbert, un jardin pour leur 
servir de cimetière, et que le roi approuva cette cession. — Grâce 
à la publication de cette charte par Philoxène Luzzatto, on voit 
que les Juifs possédaient un cimetière près de la maison de Gilbert, 
auquel cimetière ils avaient ajouté jadis (olim) un jardin y attenant. 
Cette acquisition remonte donc assez haut. 

Qu'il nous soit permis d'ajouter à propos de ces inscriptions qu'à 
Soissons, en creusant près de la cathédrale aux fondations de 
l'enceinte romaine, on a trouvé un commencement d'inscription 
ainsi conçu : riDn mn r^ii^ n.sT « Stèle de dame Hanna ». La date 
manque, mais d'après la grandeur et la disposition des caractères, 
ce texte doit être attribué au xiii® siècle". 

' Histoire de Paris, t. II, 1. X, p. 529-32, rappe'ée par Philoxène Luzzallu, Mém. 
de la Société des Antiquaires de France, t. XXIi, 1853, p. 80. 

» Meckerches sur... Paris (1775), l. V, p. 73. 

3 Traité de Police, t. I, p. 283. 

* Histoire de Paris (Paris, 1725), p. 227. 

5 Histoire de Paris [6* éd't., 1837), II, 415, 

^ Les Juifà au, moyen cuje, p. 223. 

^ Bulletins de la Société archéologique de Soissons, 2" série, IV, 1873, p. 328, avec 
fac-similé. 



250 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

A propos des inscriptions de Worms, relevons un nom de femme 
cité dans l'une des épitaphes de cette ville, publiées par L. Lewy- 
sohn. Ce savant donne au n° 19 de sa liste un texte commençant 
par N^ûj"»"^, qu'il transcrit ainsi : « Jenie Oppenheim, décédée le 2® jour 
de la fête de Schebouoth 5056 » <r= 1296). Or, le mot fi^rûS-^"», traduit 
et suivi du mot biblique nsn (gracieuse), transcrit littéralement le 
terme français de l'époque : gente, dont Hannah est l'équivalent 
exact. Les deux '^'^ donne le son gi, intermédiaire entre le ; latin et 
le g français tel qu'il est actuellement maintenu en italien ; par 
exemple giorno = jour; Jonah = en italien Giona. Il en résulte 
qu'à ce moment-là, sur les bords du Bhin, des noms français 
étaient encore donnés aux filles. 

Notons sans commentaire les noms de femmes juives de France 
gravés sur les inscriptions: Angélique (à Mâcon), Balschet (= Bele- 
Assez), Belia, Belniah, Bona (à Worms, n*' 7, en 1143), Bonafé ou 
Bone-Foy, Floria, Françoise, Joie, Juvete, Margalit (Marguerite), 
Précieuse, Sagira, (à Worms n^ 1), en dehors des noms bibliques 
Abigaïl, Esther, Hannah, Jocabed, Judith [?], Léa, Miriam, Sara. 
Peut-être sera-t-on conduit ainsi à identifier les noms si singu- 
liers de l&^"'bn, de nt^^^u et de "idi:;''^d. Le dernier est-il apparenté 
à celui de Périgoros, nom répandu chez les Juifs de France? 

Notons encore la façon de dater les épitaphes par péricopes, ou 
sections bibliques hebiomadaires, qui paraît spéciale à la France. 
On ne retrouve pas ce mode dans les plus anciennes épitaphes 
connues, allant du x® au xiv® siècle, ni à Prague (selon le Gai Ed 
de S. L. Rappoport), ni à Ulm (selon les Jûdische Alterthûmer 
de Hassler), ni même à Worms (selon les 60 E pitaphien von 
Grabschriften par L. Lewysohn). Dans tout*^s ces localités, c'est 
le quantième mensuel qui figure à côté de l'année de l'ère juive. 

Moïse Schwab. 



LES SYNAGOGUES DE TOLÈDE 



Nos renseignements sur les synagogues de Tolède ne se ré- 
duisent pas aux indications sommaires de Harizi^ L'élégie sur la 
terrible catastrophe de l'année 1391, publiée par M. Neubauer 
dans le IsraelUische Lelterbode de Rœst ^ VI, 33-3'7, d'après le 
ms. de Rossi, n° 959, nous fait connaître les noms et aussi, si 
nous pouvons considérer les écoles comme des lieux de prières, le 
nombre de ces synagogues. Il ressort de la partie de cette élégie 
consacrée à la destruction de ces divers édifices (29-43) que le 
nombre des synagogues de Tolède, tant [)etites que grandes, 
peut être évalué à douze. Quant à leurs noms, l'élégie fournit à 
leur sujet les indications suivantes : 

(Nombres, x, 12) rN-',c-' "^jS ij^D"»! 
•ribb-in bip c^nn Tibin rirn by 'rrb-nrir! mosiDrî n"^3 

bi^n'»:)-^ ^02D 

(Nombres, xni, 24) bN")^"^ "'^n Dw?3 inn:: 

L'édifice auquel ces vers font allusion a porté, pendant tout le 
temps qu'il subsistait, le nom de « Grande Synagogue ». Nous 
savons qu'il fut incendié en 1250, que l'on considéra cet incendie 
comme une véritable catastrophe, et que l'on fixa même les dates 
d'après cet événem.ent ^. Cette synagogue fut reconstruite et s'ap- 
pelait encore « Grande Synagogue » l'année de l'expulsion des 

* T'hkemoni, cb. lxvi ; éd. Lagarde, p. 165. Mon ms. dit : dDj^ n"^3 Ï1733T 
? Cf. mes noies sur celte élégie, Let/erbode, VI. 79-83. 

"iU33>i w^Dba 'îi nji:::i nonoDu: ribi:û^b::2UJ. Voir/wMwrK;» deKobak. ix, 

2* fasc, p. 4. 



252 KEVUK DES ETUDES JUIVES 

Juifs d'Espagne. En 1492, le roi l'offrit aux chevaliers de Galatrava, 
avec ordre de la changer en église *. 

(Deut., IV, 44) bNTû"« ^^"2 ■'rob T-r^^fD 

La synagogue dont il est question dans ces vers était certaine- 
ment la plus ancienne de Tolède et était désignée, pour cette 
raison, sous le nom de l'ancien temple. Elle paraissait inspi- 
rer un respect tout particulier, si je comprends bien le vers, à 
cause du « rouleau de la Tora Hilleli » qui, à en croire la tra- 
dition rapportée par David Kimhi, était conservé à Tolède "^ Peut- 
être était-ce dans cette synagogue, appelée « la synagogue de To- 
lède », que se trouvait encastrée, dans la muraille du Nord, la 
pierre sur laquelle était gravée la poésie énigmatique consacrée 
aux douze signes du Zodiaque et composée, à ce que l'on pré- 
tend, par David ben Yedidya ^. 

'r^^y nNT ni2 n73Nn 'ï-t^ti:» nOwsr) Tin 'n'^i-inn noz^n n-in 3 

bxTCj'^bT nu; 73b "«"■' 

(Nombres, xxiv, o) bN"iuJ"» 

C'est la synagogue élevée par Joseph ben Salomon ibn Scho- 
schan. Elle s'appelait, en effet, « nouvelle synagogue », comme 
l'indique expressément Tépitaphe d'ibn Schoschan ^, et elle con- 
serva ce nom même lorsque plus tard on eut construit encore 
d'autres synagogues à Tolède. D'après le témoignage d'Abraham 
ben Nathan ibn Yarhi^, qui dédia son livre Ha-Manhig au fonda- 
teur de cette synagogue et à ses deux fils Salomon et Isaac ", on ré- 
citait tous les samedis, dans ce superbe édifice, le psaume cxxv, 
pour en célébrer la magnificence. Joseph ibn Schoschan, mort en 

* Cf. Isidore Loeb, dans Revue, XIV, 311. 

' Zacuto, Db'kUr; 'J'^Om'^, éd. Filipowski, 220 è. 

■* Cf. A. Neubauer, dans Isr. Letlerbode, IV, 133, el Berline , ibid., \', 31 : a"** 

tnbiL:"'bi:3n nor^n ^^33 Cw pwX b-j mb by a-^pipr cn-in 

^ Voir linDT "^"^N, éd. S. D. Luzzalto, n» 7o : mo:Dr: T'^n mZ2 "ICN 

5 Dans :i-^n:?3rT, p. t"d, n° 22 : tio'ir,^ '1 ii^'czn ir^nN Vo norm n-'am 
br -|b3 "'"■' m-«3 "^b 2'^n73nwSn ^r\ni2'0 ?mbr7:r: n"»uj mr •j-'d-^oitj b"iT 

"1N1D7: "{^33 t^^î-inO n33"0 OTnn w"ip?:- I^WZ'O tza. En disant qu'Iba 
Yarbi a écrit le rituel de cetlo synagogue, Jacob Heilmann, dans le Magazin de Ber— 
liner, V, 62, a commis une méprise, car les mots "^nb^b bl3T P^3 ")^D1. dans 
^"^rijTOrî, p. 1 , se rapportent îi cet ouvrage même. 

* /6iâf., p. 1. Ct. D. Cassai, dans Zum-Jubelschrift^ p. 126, note 34. 



LES SYNAGOGUES DE TOLEDE 283 

1205 * et dont les mérites ont été cél(^brés par Harizi et Ibn Yarhi 
aussi bien que par son épitaphe, a eu le bonheur de vivre assez 
longtemps pour voir sa belle œuvre achevée-, comme l'indique 
l'inscription de sa tombe. 

(Ps., xxfi, ''i) ^Nnu:-» mbnn ncv ^np 'bN-^iN 

Il s'agit ici de la magnifique synagogue élevée par Samuel Abou- 
lafia, ce trésorier de Pedro IV qui était encore tout-puissant en 
1357, comme le montrent les inscriptions de cet édifice, et qui fit 
la malheureuse expérience de la versatilité des grands ^. Cette sy- 
nagogue, qui fut témoin de la chute de son fondateur, des catas- 
trophes de 1391 et 1492, et qui devint l'église del Transito, est 
placée aujourd'hui, à titre de monument national, sous la surveil- 
lance du gouvernement de l'Espagne. 

'npy^'n vs ribuj nn'r •mp::r nmapisr t^-^n^iN 'npy^ an o-nTsiS 

(Jes., IX, 7) bNn"::-'3 bD3T 

L'école à laquelle ces vers font allusion, et qui certainement ser- 
vait aussi de lieu de prières, portait probablement le nom de 
« R. Jacob », en souvenir de Jacob ben Ascher, l'auteur des Tou- 
rim, décédé vers 1340*. 

:5'D3 tDVD 'N-^nTQT N-^iti^a ib ^^ "^2Vj-npbN r-iD^^rr n">3T 6 

(lï Rois, n, 12) bNn^-> 33-1 -"^N t2î< •■^m-iDr; 

La « synagogue de Cordoue » devait sans doute rappeler par son 
nom, soit le nom de son fondateur, soit l'origine des premiers 
fidèles qui s y réunirent pour prier et qui étaient probablement 
venus de Cordoue à Tolède. 

*[rt](N)TT tziu372 '>'D -"IN '^T-ibr ï-iD-rT TJN 'NT-'T "; mD3r)rr n-^m 7 

(I Sam., IV, 21) bNn'::-^7a ^nnD 

Le fondateur de cette synagogue fut-il cet Abraham ibn Ziza 

* Voir Rappoport, dans '^Tan ûn^, VII, 249-253. D'après la copie des épitaphes, 
faite par Almanzi, et que j ai sous les yeux, la date est indiquée de la façon suivante : 
1?1D3"'T IT'nn nN '^3■^^, ce qui est certainement inexact. 

* Imitée de I Rois, iv, 9. 

* Voir Graetz, Creschichte der Juden^ VII, 360, note 2 (3« éd.). 

* Cf. Zunz, Zur Geschichte, p. 419, 



254 ri: VUE DES ÉTUDES JUIVES 

qui est mentionné par Aboudarham ? Il est difficile de l'affirmer 
avec certitude'. Le nom de Ziza, écrit aussi Sisa et Guiza dans 
les documents espagnols, était usité comme prénom, particulière- 
ment à Tolède. Ainsi en 1296, on y trouve Ziza ben Yona ibn Çad- 
dik, appelé dans le document don Gisa Abon Çadic % et Ziza Aben 
Sciioschan^. 

' T 't : : — 

(Ps., Lxviii, 36) bNT:;"^ [b5<] yc^i-^iziz 

Il s'agit ici sans contredit de l'école d'Abraham ben Samuel Al- 
naquava, ce bienfaiteur delà communauté de Tolède qui fut assas- 
siné* le 10 Tischri 1341 et dont l'épitaphe^ rappelle la fondation 
qu'il a créée : 

♦inmm ms:?^ n:n nb-^brin nm m^b 

pn^:*^ 'EzrinnwN j-nT bi<i 'ûn:"^ û^d ^ab 'tan-ii^nN noDD br "^in 9 

(Jér., XXXIII, 26) bN"iu:"'l 

La « synagogue d'Aboudarham » était peut-être une fondation 
créée par David Aboudarham'', percepteur des taxes imposées aux 
Juifs par Don Sanclio. 

•np3>3 iToipTjT: *-ip-«i -iNs !-i"«n -l'CJN -iphlp) '*; uj-n?^ by rinx to 

(Nombres, xx, 2i) bN")'!)"^ vbyiz a*^"! 

Cette « école d'Aben Wakar » a peut-être été fondée par don 
Samuel Abenhuacar, médecin du roi de Castille, avec lequel le 
chapitre de Tolède, d'après un document du 3 avril 1327, a fait 
un échange de maisons ". 

•bNn3>n "^DibN i^i -^id 'biNiri ib ';\x -«^ nnx •bN-r::-' nn '^rmTcnii 

[Jcrémic, ii, 14) bî^")'»::'^ 12:^? 

Il est presque certain que cette « école de R. Israël » rappelle le 

» Isr. Letterhode, VI, 83. 
» Dans Revue. XII, 141. 
> Zunz, /. c.,415, 437, 438. 
<* Ibid., 411,434. 

* ';^n^T --siin, n° 28. 

^ C'est ce David Aboudarham qu'il faut voir dans le • Dani Abuilarhan viejo del 
Aljama de los .ludiosdi Toledo » cité par Joseph Jacobs, An inquiry into the sources 
ofthe history ofthc Jews in S^div, p. 1 il. Il faut simplement corriger eu Daui Abu- 
darham. 

7 Eevue, XII, 141. 






LES SYNAGOGUES DE TOLEDi: 2'Z 

nom d'Israël ben Joseph, l'ami d'Ascher ben Yehiel, qui mourut à 
Tolède en 132G et fut un des membres les plus savants et les 
plus considérés de la famille Israéli', laquelle a produit tant 
d'hommes célèbres. 

*ûmbn y[m](in)bb ti-'i 'Dni?: 1373 ipfDlC^'is •anÎ73 ni ":j m toi 12 

« L'école de R. Menahem » était certainement destinée à perpé- 
tuer le souvenir de Menahem ben Zérah ^ mort peu d'années avant 
la catastrophe de 1391, au mois d'Ab de l'année 1385, élève et suc- 
cesseur des Ascherides à Tolède. 

Cette poésie peut être considérée presque comme un document 
authentique pour fixer à douze le nombre des synagogues et 
des écoles établies à Tolède, et il n'est pas possible d'admettre 
l'existence, dans cette ville, d'une synagogue n*' XIII. Outre qu'on 
ne trouve nulle part une preuve qu'on ait ainsi désigné par des 
numéros les synagogues d'une communauté quelconque, aucun des 
passages qui pourrait être cité à l'appui de cette assertion n'est 
probant. Bien plus, si nous admettions qu'il existait à Tolède une 
synagogue n° XIII, nous serions obligé d'admettre que Cordoue ^ 
aussi possédait une synagogue n*XIII*, bien que nul document ne 
laisse supposer qu'il y eût tant de maisons de prières dans cette 
dernière ville. Du reste, d'après la consultation n° 51 de R. Juda 
ben Ascher, où il est dit qu'une communauté avait décidé que 
chaque règlement devait être adopté, en présence de tous les 
membres, dans l'une des trois synagogues 5, on voit clairement 
que l'expression ^"^n noii^rt n"^n ne peut pas signifier « syna- 
gogue n« XIIl ». Car, malgré les mots V'^n dvo'^d "^nn ':^J2 's^n, 
on ne peut pas supposer qu'il y ait eu dans une communauté trois 
synagogues avec ce numéro. 

Il faut donc reconnaître avec M. Kayserling <^ que y'">rî ' est une 

* Zunz, Zur Gesckichte^ 426. 

* Ibid., 415. 

3 Cf. Jievue, X, 244 et s., et XI, 156. 

* Isaac ben Nahmias fut attaqué en se rendant à la synago^rue à Cordoue. A 
ce sujet, la Consultation n» 79 de rîTirt"» "JIHDT, dit : J— l'^nb '{"'■'Trî ^b."!73 nT5 
y'Tt nDDDn. Cf. Zunz, Le, me. 

5 H laut pourtant corriger le texte de la Consultation. Au lieu de lire : 3TriD ^tiy 

^"^H nvODD "^nn '^12 s<"'d lirnpn-'O ï-i?2Sonn, ou doit lire 'n3 = nnj<3. 

De même plus loin : '^^ [lire 'i^n] N"d VlDpn nTI ND- Dans la réponse, on lit ; 
m-03:D ■'n3?3 [lire 'nd] ï<"D 1i:Dpn3 i^b Di^l ; on voit que ce passage n'a pas 
l'abréviation 0,"'^n. 

6 Dans Hevue, XXXVIII, 143. 

■^ Dans les Consultations d'Ascheri, V, 2, où l'on examine la question mentionnée 



256 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

abréviation. Mais, en songeant que lorsqu'on parlait d'une syna- 
gogue, on arrivait naturellement à former le vœu de voir bientôt 
la restauration du temple de Jérusalem et la fin de l'exil, nous 
sommes disposé de croire que le mot ^"^r* est l'abréviation de 'n 
i5nb"iN:i ^■'^P'', ou peut-être de nn'ii ïiDn-' 'rr. 

David Kaufmann. 



dans la consultation n" 21 de "jTlDT "^jDN et relative à Temploi qu'on pouvait faire 
dans la synagogue du tapis musulman appelé segdda, la formule y"'*n ne suit pas le 
mot !I)"n3D. En denors des passages cités dans la Revue, XXXVIII, 143. cette abré- 
viation se trouve encore dans la Consultation de Juda ben Ascber, n" 36 : "12T 
y^n D"n2n D:p ^•hy a^^nnrwJ.et ^''^n S"n">3 imbr "^rSTj, ainsi que dans le 
Règlement des communautés de Castille de 1432 (cf. Jahrhuch fur die Geschichte 
der Juden^ IV, 172), oti Isidore Loeb l'a expliquée inexactement par bMi"' Û^ÎH 
[Revue, XI, 278). 



\ 
I 



I 



L'ARCHIDIACRE FERRAND MARTINEZ 

ET LES PERSECUTIONS DE 1391 



Grâce au concours des « grandes Compagnies » dirig»^es par Du 
Guesclin, Henri deTranstamare était devenu maître de la Castille, 
après une guerre civile de plusieurs années, et, par le moyen d'un 
fratricide, il était morxté sur le trône : il avait à Montiel porté le 
coup de grâce au malheureux roi Don Pedro*. 

Le pays éfait dévasté, \^s villes désolées; partout régnait la 
plus effroyable famine. Ceux qui souffrirent le plus de ces guerres 
civiles, ce furent les Juifs, les fidèles alliés de Don Pedro, le roi 
légitime ; ce fut la grande et riche communauté de Tolède qui fut 
la plus éprouvée. Soit pour punir les Juifs de leur attachement à 
Don Pedro, soit pour se procurer de l'argent en vue de suffire 
aux exigences des « grandes Compagnies » , Henri, trois mois 
après son avènement, le 8 juin 1369, imposa à la communauté 
juive de Tolède une taxe extraordinaire de 20,000 doublons 
d'or, ce qui fait, si Ton estime le doublon à 44 maravédis , 
880,000 maravédis. Afin d'obtenir cette somme exorbitante de 
près d'un million de dineros , il ordonna à son ministre des 
finances, D. Gomez Garcia, de mettre aux enchères tous les biens 
mobiliers et immobiliers des Juifs de Tolède, de faire prisonniers 
hommes et femmes, de leur refuser toute nourriture, de leur ap- 
pliquer, d'une façon générale, toutes les espèces de contraintes et 
de tortures, afin qu'ils acquittassent les contributions 2. 

* Dans sa chronique intitulée p'^lit "IST "Tlilp {Mediaval Jeioish Chronicles, éd. 
Neubauer, Oxford, 1887, p. 9). Joseph ibn Çaddiq, contemporain de ces événements, 
raconte ce qui suit : ^b72n DN rinn IOdV^J^ ]M Y'TT^rî p p-i-irN ^M "b'^" 
-5<^l2('^)D?3[D] T'TT^D "jn l^nî^- « l^e roi Don Henri, (ils du roi Dou Alonso, tua 
le roi son frère Don Pedro à Monliel. » Neubauer corrige bj<'^Z3373 « Moaliel » en 
b'^fi<T27I < Manuel ». Or, Don Pedro ne s'appela jamais Pedro Manuel. 

' "Voici l'allusion que Joseph ibu Çaddiq l'ait à ces contributions : CTT^^r^ û w'^T 

b"p tD-isb^ 'n nDTD (!) rrn n'»::rb t^nb ns nma 5<b -lOwX 073 "jb-^n. 

L'edit du roi déclare : E mandamos al dicho Gomes Garcia que los (Judios) tenga 
T. XXXVIII, N<> 76. 17 



258 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Mais l'aversion du roi contre les Juifs était dépassée encore par 
la haine du peuple, haine qui se révéla dans les différents Cortès. 
Ils imputaient tous les maux du pays aux Juifs et à cette circons- 
tance que les rois avaient choisi pour confidents les plus riclies 
d'entre eux. Aussi les Cortès de Burgos firent-elles la motion 
que ni le roi, ni la reine, ni les infants, ni leurs descendants ne 
pourraient prendre de J uifs à leur service, pas même à titre de mé- 
decins. Le roi déclara qu'en Castille jamais pareille réclamation ne 
s'était produite. Assurément, quelques Juifs passaient par sa cour, 
mais simplement pour entrer et sortir ; jamais il ne les prendrait 
pour conseillers ni ne leur accorderait assez de pouvoir pour cau- 
ser du dommage au pays ^ 

Dans les Cortès de Toro, qui siégèrent de 1369 à 1371, les enne- 
mis des Juifs alléguèrent encore d'autres griefs. Ils se plaignirent 
que les Juifs occupassent de hautes fonctions dans le palais du roi 
et dans les maisons des grands et des gentilshommes, et que, par là, 
ils exerçassent une action sur les conseils des cités. Ils demandèrent 
que dorénavant ils ne fussent plus fermiers ni receveurs des im- 
pôts ; que, entièrement séparés des chrétiens, ils n'habitassent que 
les Juderias ; que, à l'exemple de leurs coreligionnaires des autres 
pays, et comme les Maures, ils portassent certaines marques spé- 
ciales; qu'il leur fût interdit de revêtir des habits luxueux, de 
monter sur des mules et de se donner des noms chrétiens. Le roi 
dut satisfaire aux exigences des Cortès; toutefois il borna ses me- 
sures à deux points : défense fut faite aux Juifs de prendre des 
noms chrétiens, et ils durent porter des marques. Il se réserva le 
droit de fixer la nature de ces marques *. 

Henri, (juelle que fût son aversion pour les Juifs, ne pouvait pas 
se passer d'eux; il en avait besoin pour rétablir la situation finan- 
cière. Malgré les doléances des Cortès, il institua des Juifs comme 
percepteurs d'impôts ; même il nomma « Contador mayor », collec- 
teur en chef, un Juif de Séville, Don Jusaph Pichon (Picho), dont 

presos é bien bien recabdados e les dé tormentos, é non les dé a corner nin a beber, 
et les t'afj;a lodas las preraias é afticamienlos que en esta raçon les pudiere lacer, 
para que las dichas doblas se cobren para nuestro servicio ». Archives de la Iglesia 
Caiedral de Toledo, daus J. Amador de los Hios, Historia de los Judios de Espana 
y Portuf/al, II, o71 et s. 

• Coleccioji de Cortès de los Reyes de Lcon. y de Castilla (Madrid, 1836), II, 144 : 
• ... uiaudaieiuos que eu la vuesira casa, uin de la reyua, uiu de los ialanles que 
non sea nin<^un judio ulicial, ni lisico, nin haya oticio niiii.runo ». • A esto respon- 
demos (dice cl Uey), père nunca à los olros reyes que tuerou en Caslilla lue deman- 
dada tal peticioa. E aunque aiguuos Judios audeu en la uuestra corte, non los pone- 
mos eu nuestro consejo, etc. ». Voyez aussi Mariua, Ensayo historico-critico sobre 
la antif/ua ler,islacion de los Reyes de Léon y Castilla (Madrid, 1808], p. ISuet suiv, 

* CoUccion de Cartes^ 11, z03 et suiv. 



L'ARCHIDIACRE FERRAND MARTINEZ 259 

il appréciait fort la probité et l'iiablleté. Certains Juifs envieux, 
parmi les plus notables des communautés, qui avaient f^'galemont 
accès à la cour de Don Henri, (^'levèrent une accusation contre 
lui *. En quoi consistait cette accusation 1 Avait-elle quelque rap- 
port avec l'imposition de 20,000 doublons établie sur les Juifs de 
Tolède? Nous l'ignorons. Toujours est-il que Piclion fut arrêté à 
Séviile, condamné par le roi à payer 40,000 doublons, et remis en 
liberté, quand, après un délai de vingt jours, il eut donné la 
somme. A son tour, il accusa ses accusateurs. 

Cependant Henri mourut à Burgos le 30 mai 1379, et son fils 
Juan, à peine âgé de vingt-un ans, monta sur le trône de Castille; 
c'est à Burgos qu'eut lieu le couronnement. Le jour du couron- 
nement, quelques notables juifs, représentants des différentes com- 
munautés, s'approchèrent du roi et lui déclarèrent que parmi eux se 
trouvait un « Malsin », un traître, et que, suivant les coutumes 
traditionnelles de leur religion, ils devaient le punir de mort; ils 
demandaient au souverain l'autorisation ou plutôt V « Albala » 
d'appeler le bourreau royal, pour procéder à l'exécution. Le roi, 
croyant qu'il s'agissait d'un individu quelconque, dangereux pour 
les Aljamas, céda à leur requête. On prétend qu'il y fut poussé 
aussi par certains de ses confidents qui auraient été achetés par 
les Juifs 2. Avec l'écrit du roi et un autre écrit des Juifs, qui 
étaient à la tête des communautés 2, ils se rendirent chez le bour- 
reau, Fernan Martin, qui s'empressa d'accomplir l'ordre du roi. 
Le 21 août, à la première heure, Don Zulema et Don Zag pé- 
nètrent chez Pichon avec Fernan Martin ; ils le réveillèrent sous 
prétexte qu'ils allaient saisir ses mulets. A peine fut-il apparu 
à la porte de sa maison, que, sans plus ample formalité, il fut ap- 
préhendé et eut la tête tranchée. 

L'exécution de Pichon, dont on s'était gardé de révéler le nom 
au roi, produisit à Burgos une sensation immense. Le roi s'in- 
digna qu'on eût osé tuer, le jour même de son couronnement, un 
homme aussi généralement considéré qui, durant de longues an- 
nées, avait fidèlement servi son père ; il ne fut pas moins outré de 
la façon perfide dont on avait obtenu son autorisation. 11 fit mettre 
à mort D. Zulema et D. Zag ainsi que le rabbin de Burgos qui 

^ Ayala, Cronica de Don Juan I, II, 126, parle seulement de • alprunos de los Ju- 
dios de los mayores de las Aljamas que audaban en la Corte queriante mal ». Zu— 
niga, Anales de Sevilla, II, 211, dit : « D. JucafPicho ... envidiado de los suyos ». 

* Ayala, l. c, II, 126 : • e auu deciase que algunos privados del Rey ovierau algo 
de los Judios por librar aquel albalâ ». 

• Ayala, /. c, 127 : « el albrlà del Rey y otro de los Judios que regian y gober- 
nabau las Aljamas del Reyno ». Ou retrouve souvent dans les Consultations des rab- 

.bins espagnols le mot nbN2bi< ou îl^N'^aViS; c'est l'espagnol albaUi. 



260 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

avait été leur complice. Fernan Martin, qui devait également être 
exécuté, ne dut la vie qu'à l'intercession de quelques personnages; 
toutefois on lui coupa une main. 

Toute la Gastille se montra révoltée de la manière dont on 
s'était débarrassé de Piclion. A Séville, où le collecteur juif était 
très aimé des chrétiens pour son aménité et sa probité, la haine 
des Juifs trouva un nouvel aliment. Cette haine fut activement 
entretenue par un clerc fanatique qui dirigea tout son zèle et toute 
son animosité contre les Juifs * ; ce clerc s'appelait Ferrand Mar- 
tinez, archidiacre d'Ecija. 

Chose singulière, Ferrand, ou Fernando Martinez, le prédéces- 
seur de Vicente Ferrer, n'est nommé nulle part par les chroni- 
queurs juifs, et cependant c'est lui qui suscita contre les Juifs 
la plus terrible persécution dont ils eussent été victimes en Es- 
pagne. Joseph ibn Çaddiq parle seulement des massacres et con- 
versions forcées de l'année 1391 ^ 

Ferrand Martinez était de ces gens à idée fixe qui poursuivent 
leur but avec une ténacité implacable. Comme le dit dans son 
« Scrutinium » Paul de Burgos ou de Santa Maria (c'est le nom 
que prit après sa conversion le savant Salomon Lévi), il était 
« plus saint que docte », très honoré à Séville à cause de sa piété, 
de son zèle enflammé et pour avoir fondé un hôpital. Sa haine 
des Juifs ne connaissait pas de limites. Dans ses sermons, quMl 
prononçait non seulement dans les églises, mais sur les places pu- 
bliques, devant des milliers d'auditeurs, c'étaient les Juifs qu'il pre- 
nait continuellement à partie. Il leur imputait tous les vices pos- 
sibles; tantôt il tonnait contre leur orgueil et leur opulence, 
tantôt contre leur usure et leur rapacité, et ainsi il excitait 
contre les Juifs la population de Séville, qui déjà n'était pas bien 
disposée à leur égard. 

Pour comble de malheur, il était aussi vicaire général de l'ar- 
chevêque Barroso de Séville, ce qui lui donnait une grande in- 
fluence. De la sorte, il s'arrogea le droit de juridiction sur les 
Juifs du diocèse et ne négligea aucune occasion de les molester. 
Bien mieux, il exhorta les autorités du diocèse à ne pas tolérer 
davantage les Juifs et à les chasser. 

La communauté de Séville, alors la plus importante et la plus 
riche du royaume, s'inquiéta des prédications de l'archidiacre et 

* Zuniga, /. c, II, 211 : « y por ser este Judio muy amado del pucblo de Sevilla 
comenzo a aborrecer los de su Aljama » ; II, 136 : • El pueblo de Sevilla, con que 
era may bien quislo, quedio eu gran odio con los Judios. • 

- Joseph ibn Çaddiq, l. c, p. 98 : N"'DD^bN"im t^"»b">n\:îN3 "ir"<nonN 1»^ 

fc<3p bis p-iom t^'Y-p û-'sbN 'n n:\D npnvTDi "^^V^itinT m-^n-^bv 



L'ARCHIDIACRE FERRAND MARTIN EZ 261 

sollicita, en 1378, la protection de Don Henri II. Le roi ne pouvait 
rester indifférent devant ces excitations, car les excAs contre les 
Juifs pouvaient avoir un fâcheux contre-coup sur ses finances. Dans 
un écrit, du 25 août 1378, à l'archidiacre, il dit : « La communauté 
juive de Séville s'est plainte auprès de nous que vous prêchiez 
constamment des choses méchantes et dégradantes contre les 
Juifs, en sorte que vous ameutez le peuple contre eux et qu'il est 
à craindre que vous ne provoquiez des manifestations contre le 
roi et contre le bien et la vie des Juifs. On s'est plaint que, nonob- 
stant notre stricte défense, vous vous arrogiez le pouvoir d'abo- 
lir les droits reconnus aux Juifs, que vous rendiez des sentences 
illégales contre eux et que, contre toute justice, vous preniez des 
mesures à leur égard. Il nous est revenu que récemment, depuis 
que nous avons quitté Séville, vous avez, d'une façon malveillante 
et en dépit du droit et de la loi, exhorté par écrit, en les menaçant 
d'excommunication, les conseils d'Alcala, de Guadeyra et des 
autres villes et localités de l'archevêché de Séville, à ne pas tolé- 
rer la présence des Juifs et à n'avoir aucun commerce avec eux. 
Nous ne sommes pas peu surpris de votre conduite et nous vous 
ordonnons de ne rien entreprendre à l'avenir, sans mission d« 
notre part, contre les Juifs, qui sont nos sujets, de ne pas sou- 
lever les populations contre eux et de ne pas trancher les procès 
relatifs aux Juifs. » 

Les Juifs reçurent directement l'avis de ne pas comparaître sur 
l'injonction de l'archidiacre et de ne pas se soumettre à ses juge- 
ments. L'édit royal fut envoyé à tous les fonctionnaires royaux de 
Séville et aux autres villes et localités de l'archevêché avec la 
recommandation particulière de défendre et de protéger partout 
les Juifs K 

L'édit royal ne fit pas la moindre impression sur le fanatique 
archidiacre; il poursuivit ses prédications incendiaires et continua 
de s'arroger la juridiction des Juifs; si bien que, quatre années 
plus tard, la communauté de Séville se vit forcée d'adresser une 
nouvelle plainte au roi. Le blâme sévère que D. Juan P' admi- 
nistra à Martinez, le 3 mai 1382, n'eut pas plus de succès que 
l'édit d'Henri. L'archidiacre poursuivit de plus belle; il savait, 
disait-il, dans ses sermons, que le roi et la pieuse reine voyaient 
avec plaisir les chrétiens se jeter sur les Juifs et que quiconque 
massacrerait un Juif ne recevrait aucune punition. Il s'attachait 
évidemment à anéantir les Juifs et la florissante communauté de 
Séville. Cependant le roi estima qu'il fallait montrer de l'énergie. 

* Ce document est tiré de A. de los Rios, II, 581 et suiv. 



262 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Par un édit du 25 août 1383, il lui déclara que, sMl ne cessait pas 
ses persécutions, il le châtierait d'une façon exemplaire; « que s'il 
voulait être un bon chrétien , il devait l'être dans sa propre 
maison. » 

Ferrand Martinez n'était pas homme à se laisser facilement 
intimider; il ne tint aucun compte des menaces du roi et continua 
comme par le passé. Alors la communauté de Séville résolut de le 
citer devant le tribunal suprême. Le jeudi 11 février 1388, à midi, 
comparurent devant les « alcades majores » Ferrand Gonzalez et 
Ruy Ferez, Ferrand Martinez, archidiacre d'Ecija, chanoine de 
l'église Sainte-Marie et vicaire général de l'archevêque de Séville, 
et le drapier Don Judah Aben Abraham, représentant de la com- 
munauté juive de Séville, tous deux accompagnés de leurs 
témoins. 

D. Judah, qui eut le premier la parole pour exposer ses griefs, 
dit : a D. Ferrand Martinez, archidiacre d'Ecija ! Moi, D. Judah 
Aben Abraham, représentant de la communauté juive, je vous 
déclare en son nom : Vous savez que le roi magnanime D. Henri 
et son fils, notre seigneur et roi D. Juan — Dieu l'ait en sa sainte 
garde — vous ont fait défense, par plusieurs rescrits, de faire ce 
que ces rescrits contiennent. Bien que ces actes vous aient été 
rappelés à différentes reprises parla communauté juive et qu'elle, 
aussi bien que les fonctionnaires de la ville de Séville, vous aient 
sollicité de ne rien commettre de ce qui vous avait été interdit, 
vous n'avez pas laissé, dans votre obstination, d'agir par vos pré- 
dications et par d'autres moyens contre les ordres du roi et vous 
vous êtes arrogé le droit, contre toute justice, de prononcer dans 
les procès des Juifs. C'est pourquoi je vous demande une fois pour 
toutes, au nom de la communauté, en présence du tribunal, de ne 
plus rien faire désormais de ce qui vous a été détendu de faire 
contre la communauté ou contre l'un quelconque de ses membres. 
Au nom de la communauté je vous signifie qu'en cas de récidive, 
nous adresserons immédiatement une plainte au roi, afin qu'il voie 
que vous n'obéissez point et que vous refusez d'obéir à ses pres- 
criptions, et que vous avez fait et faites encore ce qu'il vous a 
interdit, afin que le roi avise à prendre des mesures. Je demande 
au tribunal de me donner une attestation au sujet de cette décla- 
ration, monition et admonestation. » 

Après qu'on eut donné lecture à F. Martinez des rescrits pré- 
sentés par D. Judah, Tarchidiacre en demanda copie et déclara 
qu'il répondrait par écrit. Lorsque ensuite D. Judah, escorté 
d'autres Juifs, se trouva avec le personnel du tribunal devant la 
porte de l'édifice — l'alcade mayor Ferrand Gonzalez s'était 



L'ARCHIDIACRE FERRAND MARTINEZ 2fi3 

éloigné sous prf^texte de prendre son repas — il demanda à l'ar- 
chidiacre pourquoi il lui avait illégalement saisi une pièce de drap 
dans son magasin; pour toute rf'^ponse, on lui lança des insultes 
au visage. 

Huit jours après, le 19 février, D. Judah parut de nouveau de- 
vant le tribunal, afin de recevoir la réponse écrite de Ferrand 
^lartinez, qui était également présent. Dans sa réponse, celui-ci 
déclara ne ]»ouvoir prêcher ni agir autrement qu'il avait fait 
jusque-là, et (;ela en vertu des doctrines de l'Evangile. Il ne niait 
pas avoir contraint les Juifs et les Maures de vivre séparés des 
chrétiens; mais il n'avait pris cette mesure que sur l'avis de l'ar- 
chevêque et pour le salut de l'Eglise et le bien du roi. Que si, 
d'ailleurs, il avait voulu appliquer rigoureusement les prescrip- 
tions de la loi, il aurait dû démolir les 230 synagogues qui se 
trouvent dans le diocèse et qui ont été élevées contrairement à la 
loi. Il affirmait aussi que les Juifs lui avaient offert 10,000 dou- 
blons, pour trancher en leur faveur un procès important, qu'ils 
avaient marqué du mépris envers le symbole chrétien et qu'ils lui 
avaient refusé la révérence, etc. *. 

Le zèle désordonné de F. Martinez avait fini par lasser jusqu'au 
chapitre archiépiscopal, qui estima devoir mettre des entraves aux 
excitations du moine fanatique. Deux membres du chapitre, Diego 
Ruis de Arneda et le scholaste de la cathédrale, furent envoyés à 
la cour, afin d'éclairer le roi sur les menées dangereuses de l'ar- 
chidiacre et de lui représenter que, dans ses prédications, il atta- 
quait jusqu'à l'autorité du pape. D. Juan, qui subissait entière- 
ment la direction de sa femme, la pieuse Léonore, avait oublié, 
dans sa légèreté, qu'il avait administré quatre ans auparavant un 
blâme à F. Martinez; il répondit donc aux membres du chapitre 
qu'il fallait encore attendre et que provisoirement il ne fallait pas 
brusquer les choses; que le zèle de l'archidiacre était l'efifet de 
sa piété et digne de louanges. Seulement, il devait s'abstenir 
d'ameuter le peuple contre les Juifs, car ceux-ci étaient sous sa 
protection. 

L'indécision du roi eut pour résultat d'enhardir F. Martinez, et 
il excita plus que jamais la masse contre les Juifs. La situation 
était des plus inquiétantes. Mais lorsqu'il s'altaqua à l'autorité du 
pape, proclamant que le pape n'avait pas le droit de permettre aux 
Juifs de construire des synagogues, l'archevêque de Séville crut 
devoir rappeler à Tordre l'entêté zélateur. 11 convoqua un collège 
de théologiens, de docteurs séculiers, de clercs en droit canon, et 

* Voir Amador de los Rios, II, 579 et suiv., 586 et suiv. 



264 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

somma F. Martinez de prouver ou de rétracter ses assertions. 
Celui-ci ne renia point ses paroles contre le pape, déclara qu'il ne 
se défendrait pas devant le collège, mais devant le peuple. L'ar- 
chevêque lui interdit alors de mettre en question l'omnipotence du 
pape, et môme d'en toucher le moindre mot. Martinez ne fit point 
cas des ordres de l'archevêque et devint encore plus agressif. Le 
pape, disait-il dans ses sermons, né peut pas accorder d'absolu- 
tion; et il ajoutait d'autres propos qui, non seulement provoquaient 
le mécontentement public, mais encore le mépris à l'égard du 
pape. Le fougueux moine désobéissait au chef de l'Eglise, il était 
rebelle et suspect d'hérésie ! Sous peine d'excommunication, il lui 
fut interdit, jusqu'à nouvel ordre, de prêcher, de remplir aucune 
fonction ecclésiastique et de prononcer aucun jugement ♦. 

Ainsi l'archidiacre était destitué ! Les Juifs de Séville respirèrent. 
Cependant leur joie fut de courte durée. L'archevêque Barroso 
mourut le 7 juillet 1390, et, trois mois plus tard, ce fut le tour de 
D. Juan. Sur le trône de Castille monta Henri III, enfant de 
onze ans, fils de la pieuse Léonore, qui prit F. Martinez pour con- 
fesseur. Le siège archiépiscopal demeura provisoirement sans 
titulaire, et l'archidiacre excommunié fut élu vicaire général sede 
vacanti par le chapitre, qui, en secret, sympathisait avec lui. 
F. Martinez était donc plus puissant que jamais et n'avait plus 
rien à craindre. Le moment était venu de réaliser ses terribles 
desseins contre les Juifs détestés et abandonnés. Le 8 décembre 
1390, lui, l'excommunié, intima l'ordre, sous peine d'excommuni- 
cation, aux clercs et sacristains du diocèse de démolir les syna- 
gogues trois heures après la réception de l'avis; il leur enjoignit 
dé saisir et de lui envoyer les livres et les rouleaux de la Loi, ainsi 
que les lampes qui se trouvaient dans les synagogues, pour en 
orner les églises et chapelles. En cas de résistance, l'on devait 
employer la force et frapper la localité d'interdit, jusqu'à ce que 
la démolition fût obtenue-. 

Le clergé d'Ecija, lieu de naissance de Martinez, et d'Alcalâ de 
Guadayre, exécuta sans tarder l'ordre de l'archidiacre et abattit 
les synagogues. A Alcalâ, l'on commença immédiatement à recons- 
truire l'église de Saint-Miguel sur l'emplacement de la synagogue. 
Il s'en fallut de peu que les synagogues de Soria et de Santillana, 
dans l'archevêché de Séville, ne subissent le même sort. 

1 Le jugement archiépiscopal daté du 2 août 1380 commence par celte formule 
extraordinaire : • A vos... salud é méjor couoscimiento de verdad » — A vous. .. 
salut et meilleure connaissance de la vérité; A. de los Ries, II, 592 et suiv. 

' Voir De los Uios, l. c, II, 613 ; au lieu de • ... e los libres é cosas », il faut 
lire : • é lùs libres é loras que y oviese » ; dans 1' • Acta Capilular », dont il est 
question plus loin, il y a : • los libres é la Tora (las toras) », 



L'ARCFIIDIACRE FERRANI) MARTINEZ 2^5 

Les communautés juives, à leur tête celle de Sflville, étaient 
plongées dans la plus effroyable angoisse. Vers le milieu de dé- 
cembre, elles portèrent plainte devant le roi. Elles lui annoncèrent 
que F. Martinez, qui avait été excommunié par l'ancien arche- 
vêque de Séville, ne se bornait pas à les insulter, elles et leur reli- 
gion, et à soulever la multitude contre les Juifs, mais encore qu'il 
faisait démolir les synagogues du diocèse. Les Juifs déclarèrent 
que, si on ne leur accordait pas une protection suffisante, ils quit- 
teraient le pays et s'établiraient ailleurs ^ 

Dès le 22 décembre, avec une rapidité surprenante, le roi 
Henri III adressa au chapitre archiépiscopal et aux intérimaires 
du siège archiépiscopal un écrit, où il disait son étonnement de ce 
que, contre tout droit, ils eussent nommé vicaire général l'archi- 
diacre d'Ecija, lequel était suspect d'hérésie ; il les rendait respon- 
sables des dommages causés et qui viendraient à être causés aux 
Juifs, et leur enjoignait de rétablir à leurs frais ou de réparer les 
synagogues. Sous menace pour chaque proviseur d'une amende 
de 1,000 doublons d'or à payer au fisc, sans préjudice d'autres 
peines exemplaires, le roi leur ordonna de destituer l'archidiacre, 
de lui interdire rigoureusement toute espèce de prédication et de 
lui enlever tout moyen de nuire. 

Cet écrit était rédigé de la propre main du roi, il portait le sceau 
royal ainsi que la signature de l'archevêque de Tolède. Le 10 jan- 
vier 1391, le notaire du roi en donna connaissance au chapitre 
assemblé et lui en remit copie. 

Cinq jours après, le 15 janvier, tous les membres du chapitre, 
le doyen, le trésorier, l'instituteur, tous les archidiacres, cha- 
noines et dignitaires ecclésiastiques se réunirent dans l'église 
Sainte-Marie de Séville, afin de faire connaître leur réponse au 
notaire du roi. En son nom et au nom de tous les prèlres présents, 
le doyen Pedro Manuel déclara que, comme ils s'étaient toujours 
montrés obéissants envers le roi, ils lui obéiraient encore main- 
tenant. A l'exception du chanoine Juan Ferrandez, ils avaient été 
unanimes à destituer Ferrand Martinez du vicariat général, à lui 
défendre de rien dire dans ses sermons qui pût nuire aux Juifs ou 
à leurs synagogues; à lui imposer l'obligation de rétablir ou ré- 
parera ses frais dans le délai d'un an les synagogues qui par sa 
faute avaient été renversées ou endommagées — le tout sous 
peine d'excommunication. 

Là-dessus, Martinez prit, à son tour, la parole pour répondre 
à l'écrit royal. Le glaive séculier, dit-il, est entre les mains des 

* . . . • que estan en punto de se despoblar et yr et fuir de los mis reynos a morar 
et a vebir a otras partes ». 



266 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rois, pour qu'ils punissent ou protègent leurs sujets; un autre 
glaive a été confié à FEglise, c'est-à-dire au pape, aux cardinaux» 
aux prélats, à tout le clergé, pour maintenir et défendre la croyance 
catholique. Le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel sont deux 
pouvoirs tout différents. Les clercs ne sont aucunement soumis à 
la juridiction royale. L'écrit du roi son maître — que Dieu l'ait en 
sa garde — dont l'ignorance l'emplit de pitié, n'est qu'une usur- 
pation sur le droit ecclésiastique ; donc il n'a aucune valeur juri- 
dique. Le doyen, pas plus que le chapitre, n'ont le droit de 
prendre des mesures contre lui ni de le destituer, ni d'exiger de 
lui de rétablir ou de réparer les synagogues, vu que toutes les 
synagogues du royaume ont été élevées à rencontre du droit cano- 
nique. Le jugement a été inspiré par des gens qu'il refuse de recon- 
naître pour ses juges; il est donc nul et non avenu, de sorte qu'il 
n'est même pas besoin d'en faire appel. Pour son aff'aire, où 
d'ailleurs il a été condamné sans même avoir été entendu, il ne 
connaît qu'un appel, l'appel à la foi catholique. Quant à la démo- 
lition des synagogues, il peut démontrer qu'elle a eu lieu sur 
l'ordre de l'archevêque Pedro Barroso ; il en a fait démolir deux, 
dont l'une située dans la cour des Tourneurs *, du vivant même de 
l'archevêque. En terminant, il déclara qu'il ne se repentait de rien 
de ce qu'il avait fait^. 

Gomme l'archidiacre s'était élevé contre le chef de l'Eglise , il 
tint tête au roi; il devint hérétique et rebelle. La régence, établie 
durant la minorité du roi, le laissa faire; il put tout oser. Il avait 
le plus ferme appui dans le peuple aveuglé qu'il excitait de plus en 
plus et qui n'attendait que le moment de piller et de massacrer les 
Juifs. La communauté de Séville, qui vivait dans une peur perpé- 
tuelle, redoutait chaque jour une explosion des passions populaires. 
Lorsque les Juifs les plus considérés de la Castilie s'assemblèrent 
en janvier 1391 à Madrid pour le fermage des impôts royaux, ils 
reçurent des lettres de Séville et de Gordoue, où leurs coreligion- 
naires leur annonçaient que la haine de la population était à son 
comble. En mars, une première émeute éclata à Séville. D. Juan 
Alfonso de Guzman, comte de Niebla, gouverneur d'Andalousie, et 
son parent D. Alvar Perez de Guzman, « alguacil mayor » de 
Séville, marchèrent avec la force armée au secours des Juifs. 
Le 15 mars, qui était le mercredi des Gendres, ils firent arrêter 

^ € .. . dos mal dichas sioaj^ogas, la una en el corral de los tromperos et la otra en 
la varrera de D, Enrique auiigua ». « Troinpero » signifie aussi bien • tourneur » 
que « trompeur ». 

* Acta capitulai' del CabtUo de Sevilla. D'après un ms. de la Biblioteca Nacional 
de Espana, publié pour la première ibis par Henry Cb. Lea dans American Htsto- 
rical Heview, vol. I, n. 2, p. 220-225. 



L'ARCHIDIAr.RE FKRRAND MAHTINKZ 267 

quelques meneurs et fustiger publiquement deux d'entre eux. Ce 
fut le si^inal d'ane révolte générale; le peuple se jeta sur les Juifs, 
dont plusieurs furent tués ; il n'épargna pas non plus les grands, 
accourus pour les protéger. Les Guzman s'estimèrent heureux de 
sauver leur vie. Cependant, en peu de temps, les autorités, avec 
l'aide de la noblesse, réussirent à rétablir Tordre. La régence 
envoya partout l'ordre d'étouffer dans son germe tout soulèvement 
contre les Juifs. Mais ce fut en vain. L'archidiacre ne cessa point 
dans ses prédications de pousser le peuple contre les Juifs. Mort 
aux Juifs ou le baptême ! Tel était le mot d'ordre. 

Le 6 juin 1391, la population de Séville se rua sur les Juifs; 
plusieurs milliers furent massacrés; les autres furent contraints 
de se convertir. De Séville le soulèvement se propagea dans la 
Castille et l'Aragon jusqu'à Palma. Dans l'espace de quatre 
mois, la plupart des communautés d'Espagne furent mises à sac et 
ruinées, des milliers et des milliers de Juifs furent égorgés et des 
centaines de mille forcés à embrasser le christianisme. 

Ferrand Martinez, l'archidiacre d'Ecija, qui, comme le recon- 
naissent les chroniqueurs, fit tant de mal non seulement aux 
Juifs, mais à l'Espagne tout entière, ne fut pas sérieusement 
inquiété'. A la vérité, le roi Henri, parvenu à sa majorité, le fit 
incarcérer à Séville, en 1395. Mais Martinez, conesseur de la 
reine-mère, eut tôt fait d'être remis en liberté. On continua de 
l'honorer comme un prêtre digne et pieux, et il laissa ses gros 
bénéfices à l'hôpital Sainte-Marie, qu'il avait fondé-. 

M. Kayserling. 



* Zuniga, l. c, II, 29 ô : « El Arcidiano cuyo zelo tanto persiguio los Judios y si 
ese por alj^o demasiado en parte fue culpable por sus résultas. » Ayala, l. c, II, 
389 : « E tue causa aquel Arcidiano de Ecija desde levantaraiento contra los Judios. ■ 

* H. Ch. Lea, L c, 216, noie 2. 



NOTES ET MÉLANGES 



NOTES EXÉGÉTIQUES 



I. DiTTOGRAPHIES VERTICALES. 

Aux fautes de ce genre que nous avons signalées précédemment 
(t. XXXVI, p. 101 et XXXVII, p. 207, note) peuvent s'ajouter 
les exemples suivants. Dans Isaïe, xxxviii, 19, les mots "^riT^t^ b^ 
proviennent du v. 18, à une ligne de distance. Il doit y avoir une 
lacune entre 3'">^T' et les mots '^D^'UJnîib 'n, qui commencent le ver- 
set suivant. 

On a depuis longtemps remarqué que les mots rs nnD"^ «bi, dans 
Is., LUI, 7, sont une répétition des mêmes mots au verset 6. Il y a 
également une ligne d'intervalle entre le verset 6 et le verset 7. 

On a probablement une diltographie en sens inverse dans le 
mot Dfi^ de Jérémie, xxxviii, 16, qui est un hetib velô qeré. Les 
deux lettres de cette particule se trouvent juste au-dessus des d^ux 
premières lettres du mot "^jnî^. De même, dans Joël, ii, 20, les mots 
mu5:>b b-^irin "^d spmblent ajoutés par erreur d'après le verset 21. 
Une faute pareille, déjà remarquée par Gesenius, se trouve sûre- 
ment dans II Sam., xxr, 19, où le premier û"':i"iwN est superflu. Il est 
à une ligne du secDn 1. On peut y joindre triD û"'3, dans Ps., cvi, 6 ; 
C]1D d'^n se rencontre au verset 8, une ligne plus loin. 

Le mot anormal dn^nnn^^o (Ezéchiel, viii, 16) est évidemment 
pour û"'"inn;D?2. Mais d'où est venu le n? En comptant trente lettres 
avant le n, on trouve le mot dïT^nriN. Le n entre le yod et le 77îêm 
de dn"'"inrotD nous paraît une dittographie du n entre le yod et le 
mêm de drr'nnN. D'ailleurs, drrinniïî, précédé de tt)"^», offre une 
certaine ressemblance avec dn"'inn©t2. 



NOTES ET MÉLAiNGES 269 

Psaumes, cm, 5, au lieu de iDnnnn, on attendrait, conformément 
à la grammaire et au contexte, usin?:-. Le copiste a dû se laisser 
influencer par les lettres nnn des mots (''D"'">]n nn'wTs) , qui se 
trouvent au-dessus de ujnnnn. 



II. JONAS, I, 4. 

On traduit la phrase iTonb nn^n rT«:&<m par : le navire pensa 
se briser, c'est-à-dire faillit se briser, et on voit dans cet emploi 
du mot nu:n une figure hardie, mais usitée dans les langues mo- 
dernes. La métaphore est d'autant plus risquée que nwn n'est ja- 
mais appliqué dans la Bible à une chose inanimée. Ensuite, les 
exégètes n'ont pas cru nécessaire d'expliquer pourquoi on a em- 
ployé le piêl de ce verbe, au lieu du qal. Selon nous, riTin est 
pour ïiDtiin comme nns se rencontre pour nns^ et ce mot est un 
exemple du passif du qal. La phrase en question signifierait donc : 
« Le navire fut estimé devoir se briser », ce qui enlève toute 
étrangeté à l'expression nuîn. 

III. Troi2, Th'2>i2, ir^yn 

Le mot iraiz, dans II Chr. ii, 9, est considéré par quelques com- 
mentateurs comme une altération de nbD73, qui se trouve dans le 
passage correspondant de I Rois, v, 25. Le mot nb^tD serait lui- 
même pour nbsNTD. Cette supposition est peu fondée, car de même 
que "jt:^ est suivi, dans ce passage, de l'épithète nTD, û-^iiûn, à ce 
qu'il semble, devrait avoir aussi une qualification. D'autre part^ 
les mots xroi2 û'iiûn, rappellent les mots rr^iTo û'^an, dans Ezéchiel, 
XXXVII, \1. ly^Vû ne paraît pas être la ville de ce nom dans le pays 
des Bené-Ammon, puisque Ezéchiel parle d'Israël et de Juda. Quel 
que soit le sens véritable de rr^DTs, ce mot peut être identique avec 
Tcai2 des Chroniques et, en ce cas, c'est nb^T: qui serait une alté- 
ration de rron. En tout cas, la ressemblance de mD?3 û"«::n avec 
1^^373 "«[un mérite d'être notée. 

Mayer Lambert. 



270 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

QUELQUES OBSERVATIONS 

SUR L'ÉDITION DU TRAITÉ DES SUCCESSIONS 

DE SAADIA^ 



Les observations suivantes ne se rapportent qu'à une toute 
petite partie de cette œuvre importante, à la préface de Saadia 
(p. 1-8). 

P. 4, L 1. L'éditeur propose de corriger "^jNwnbî^n en -"ri^nnbi^i. 
Cette correction est inutile, car la leçon du ms. est bonne; "«ji^Dn 
est, en eftet, la G« forme de ""jD « être élevé ». Or, on emploie très 
souvent la 6^ forme du verbe pour exprimer les attributs éternels 
et immanents de Dieu, comme '^-iwsnn, ^bi<^»n. Cf. Fleischer, KLeine 
Schriften, I (ad De Sacy, 1, 136, § 289). 

P. 5, 1. 10. Au lieu de "ji^, lire \s. — IhUi., 1. 11. b^ riDiT «b 
3i:3 i^bn. L'é(!iteur dit en note que ces mots ne sont pas clairs 
(n-nn^n i^-^n mb^on) et il les traduit ainsi : t^b nm bD iï-îP':?'' «b 
nit73... Il semble avoir pris b:D pour le mot houll et considérer 
3i:D comme un hébraïsme. En réalité, ce passage ne présente 
aucune obscurité : u II n'est atteint ni par l'épuisement [hall), ni 
par la douleur. » — Ibid., 1. 14 et 15. L'éditeur lit, en plaçant les 
voyelles, ûsn"; et ûbj»"» et il traduit nTsrnn t^jp"^ et ^^nT^n n^p"^. 

Le contexte prouve qu'il faut lire db^"] et ûsn"*.- « Comment pour- 
rait-il acquérir des connaissances, comment pourrait-il être ins- 
truit ?»— P. 6, 1. 5, d:^'27jbj« li^^'^bi^ est traduit par non:^ mp7:n 
m:3n. Cette traduction est impossible. Saadia ainsi que les autres 
théologiens judéo-arabes suivent, dans leurs écrits arabes, les 
idées et la méthode des dogmatiques mahométans et emploient 
exclusivement leur terminologie * ; même ils se la sont tellement 



* Œuvres complètes de R. Saadia ben losef Al-Fayyoûmi. . . Volume neuvième. 
Traité des Successions. Paris, 1897. 

■■^ Ci. Zeitschrift d. monj. Oes., XXXV, 775; XLI, 692; Wienet- Zeitschr. fUr die 
Kunde des Morgenl., 111, 83. 11 ne serait pas sans intérêt (l"'ajouter de nouveaux 
développements aux remarques que nous vêtions de citer. Je protile de celte occasion 
pour signaler encore un détail dans cet ordre d'idées. La dernière allocution adres- 
sée par Mahomet à la communauté des croyants est appelée par les Musulmans 
khutbat al-wadù^; la même expression est employée par Ibn Balam ^éd. J. Deren- 
bourg, à&Qs JRevue, XVil, l^l) et Moïse \bn Ezra (éd. Kokowzow, 208, 4) pour dési- 
gner les chapitres du Peutaleuque '13'^TNn et D'^SitS ûnN. 



NOTKS ET MKLANGES 271 

appropriée, que Saadia, par exemple, utilise ici (p. 7, 1. 1) et 
ailleurs une expression du Coran (';"»:cn?:'rN n;î< r^i^ «b, Soura 
IX, 121 ; XI, 117; xii, 00). Or, dans cette littérature, qui a exercé 
une si puissante influence sur Saadia, on n'emploie Jamais le TÔro; 
pour désigner Dieu. Il est donc impossible d'accepter dans le texte 
le mot li^^'^bN^^ûpT^n. Il faut lire simplement "in-t^'^wX, cr le dis- 
pensateur des grâces » ; ce qualificatif cadre très bien avec les 
autres épithètes. 

P. 7, 1. 6. Au lieu de riD^i^, lire ïid^tt ; il faut donc corriger aussi 
la traduction et dire "ini^in, au lieu de i^mnmi^. — Ibicl., 1. 9, ûnpn 
T::n?NT ^inb^n rtpbi ^bx. La traduction que l'éditeur donne de 
ces mots fait supposer qu'il a lu taqaddama ild h halqihi ; cette 
lecture est inexacte. De même que dans les paragraphes précé- 
dents les phrases commencent par une formule eulogique , de 
même cette phrase débute par une eulogie, le mot oipri ; le mot 
suivant est ^^5^ avec la préposition 'a. Le passage signilie donc : 
« il apporta à ses créatures la direction, etc. ^>. 

/6irf.,l,12. '-i^i:73bwN "^D iDnnD^v L'éditeur dit en note que le 
iD-ir5^i du ms. doit être corrigé en iD^inn-'i, et il traduit en consé- 
quence : ûmTûn ia I73u:r;bi. Il est hors de doute que cette correction 
lui a été inspirée par la pensée que ce passage arabe est la para- 
phrase du verset hébreu que Saadia cite immédiatement après : 
yhy "nTouîn ^^D^an, verset où le Gaon, dans sa traduction des Pro- 
verbes, rend le mot n73u:n par la même racine arabe que celle que 
l'éditeur propose ici. Mais, à mon avis, Saadia cite ici ce verset 
pour un autre but que dans son commentaire, et, par conséquent, 
je crois qu'il faut conserver ici le mot lannSi, qui, d'ailleurs, au 
point de vue graphique, ne peut être confondu que difficilement 
avec lonnn^ proposé par l'éditeur. Le sens de ce passage est le 
suivant : « ils récoltent ainsi les fruits au temps de leur retour 
[vers Dieu] », c'est-à-dire : ils reçoivent après leur mort la récom- 
pense des efforts consacrés à l'étude de la loi. La suite ne sert 
qu'à expliquer ce passage. Pour montrer que le mot id-ipS-^t 
f< cueillir des fruits » peut être employé en arabe, surtout dans la 
langue théologique, dans le sens de « recevoir la récompense de 
ses bonnes œuvres», je ne citerai qu'un seul exemple. On lit 
dans le recueil des Traditions de Musiim, V, p. 237 : « Si quel- 
qu'un rend visite à son frère malade (û^b"in Tipa), il ne cesse de 
se trouver fi hhourfal al-djénné jusqu'à ce qu'il retourne dans sa 
maison. » Une glose admise dans le texte demande : « Que faut-il 
entendre par le Khourfa du Paradis ? — Réponse : Djanàhd, 
c'est-à-dire : cueillir les fruits du Paradis ». 11 est à remarquer que 



272 REVUE DES ETUDES JUIVES 

déjà l'ancienne exégèse n'a plus saisi l'image exprimée par ces 
mots arabes, comme le prouvent les nombreuses variantes du mot 
Khourfa réunies dans le Lisân al-'arab, s. v., X, p. 411 et s. 
Dans le Mousnad Ahmed, I, p. 91, le principal passage de notre 
sentence est ainsi formulé : « Dieu lui prépare hharifan (c'est-à- 
dire des fruits destinés à être cueillis) dans le Paradis, w Une an- 
cienne glose, ne comprenant pas le sens de cette explication, voit 
dans liharif un puits (sâkijah) qui sert à arroser les palmiers. Le 
sens primitif de ce mot commença à être ignoré bien avant qu'on 
ne songeât à recueillir les sentences de la tradition musulmane. 
Déjà Ibn Kuteyba, dans le MouhhtaLif al-haaith (ms. de Leyde, 
Warner, n*' 882), f'' 141, rapporte notre sentence sous la forme 
suivante : « Celui qui visite les malades est dans les mahhàrif al- 
djé7i7ié », et il continue en expliquant que mahhàrif esi le pluriel 
de mahhrafa, avec le sens de « chemin »; cela signifierait donc 
qu'il est « dans les chemins conduisant au paradis ». Mais on peut 
affirmer avec certitude que toutes ces hésitations sur la signi- 
fication de notre sentence proviennent de ce que le texte pri- 
mitif avait été altéré et le sens exact ignoré. C'est aussi ce sens 
qu'il faut donner au "iDnn5-'"i de notre texte de Saadia. J'espère 
qu'on m'excusera de m'être laissé aller à une aussi longue di- 
gression pour expliquer ce mot de iD-ini-^v 

P. 8, 1. 3 !S3pni"i (c'est ainsi qu'il faut ponctuer) ne doit pas être 
traduit par i^b n^Ni, mais : « Nous reconnaissons comme vrai le 
dogme de son unité. » Le sujet est nd « nous ». — Ibid., 1. 5. Au 
lieu de y^'O, lire yyo. 

Budapest, avril 1899. 

Ignace Goldziher. 



j 1 



L'INSCRIPTION HEBRAÏQUE DE MONTREUIL-BONNIN 



Dans notre étude intitulée : Inscriptions hébraïques en France, 
nous avons publié - un gralïite hébreu, d'environ 40 crat. de long, 
sur 20 cmt. de hauteur, qui se trouve dans le donjon démantelé 

* Note lue à l'Académie des Inscriplious et Belles-Lettres, séance du 14 avril. 
« Voir Jicvue, XXXIV, 3C2. 



NOTES ET MELANGES 273 

de Montreuil-Bonnin (Vienne). L'estampage que nous avions sous 
les yeux laisse à désirer. Le 26 février dernier, M. le capitaine 
Armand Lipman a copié ce texte, et il a bien voulu m'envoyer sa 
copie, qui permettra peut-être de reconstituer un nom de ville 
française du xiii® siècle. 

Primitivement, on avait cru devoir lire ce nom ' tibira, et, à dé- 
faut d'autre identification, nous avions songé à la ville espagnole de 
Besalii. Cependant, M. Lipman voit dans la deuxième lettre de ce 
mot, non un it, mais un y, ce qui ne nous avance guère, vu que 
ni en France, ni dans les pays voisins, on ne connaît de nom de 
ville correspondant à cette transcription. Il faut donc chercher 
une autre lettre similaire. Or, à la deuxième ligne, après la men- 
tion du « mois Weadar », la dernière lettre, en fout semblable à 
celle qui est en question ici, ne saurait être lue y. Inutile de songer 
à l'initiale de n^:> « veille de », précédant un mot absent n20 
(veille de Sabbat), car 1" la section hebdomadaire n'est pas in- 
diquée (bien que la place ne manque pas) ; 2° il y a la mention du 
mois (et les deux manières de dater ne vont pas ensemble). 

Il ne reste donc qu'à voir dans ce caractère le nombre Y'^ (16), 
dont le premier chiffre "^ (10) touche le second : i (6). Ce défaut de 
calligraphie n'est pas le seul et ne mérite pas de reproche; pour 
graver ce texte, — Dieu sait avec quel outil, un caillou ou un 
tesson, — à peine de 50 cent, au-dessus du sol, le prisonnier, de 
gré ou de force, a du être assis par terre, position que M. Lipman 
a dû prendre aussi pour faire sa copie. Ainsi, à la troisième ligne, 
le mot r\'yû'i a un 3 tout à fait semblable à un 5 ; à la quatrième 
ligne, le i: du nombre 4995, incomplet à droite, est à peine recon- 
naissable ; en tête de la première ligne, Fn est dégingandé. 

On aboutit à l'hypothèse que le nom géographique de ce texte 
est mal lu, lorsqu'on voit un h dans l'avant-dernière lettre, au 
lieu d un 3 défiguré comme à la ligne deux, et surmonté d'une 
haste qui n'est qu'un défaut de la pierre. Ces rectifications faites, 
on arrive à lire n^rn, Baione", nom orthographié de cette 
façon dans un écrit rabbinique de la fin du moyen àge^. Nous 
donnons cette identification pour ce qu'elle vaut ; car jusqu'à pré- 
sent on n'a pas d'indice attestant la présence des Juifs dans cette 
ville avant le xvi« siècle. Mais est-elle im[»ossible et n'est-il pas 
probable que les Juifs venant du Portugal pénétrèrent en France 
par l'embouchure de l'Adour, et de là en Aquitaine, aussi bien 

* La dernière lettre n'est pas douteuse : c'est un tl. 

* Selon l'orthographe française usitée àhs le xiii' siècle, « peut-être même aupara- 
vant », nous dit M. Longnon. 

* Elie Del Medigo, S. Elim, 138; Gross, Gallia Judaica, p. 92. 

T. XXXVIII, NO 70. 18 



274 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qu'à l'est des Pyrénées ils arrivèrent en Provence par NarbonneV 
Déjà l'on connaît la présence des Juifs dans ces parages, vers 
cette môme époque. A Oloron, « la peine de l'exposition dans une 
cage, suivie de trois immersions dans la rivière, était appliquée 
aux Juifs qui ne payaient pas le péage », comme l'atteste la cou- 
tume locale publiée d'après le ras. Douce 221 de la Bibliothèque 
Bodléienne par M. Giry, dans ses Élablissements de Rouen (t. II, 
p. 24, note). Il est à peine nécessaire de rappeler que le gave 
d'Oloron (et c'est la rivièrn nn question dans le ms. précité), après 
sa marche vers le Nord-Ouest et sa jonction avec le gave de Pau 
au sud de Peyrehorade, va se jeter dans FAdour. 

Or, ce que l'on sait d'une petite localité, qui n'était guère un 
lieu de passage, n'est-il pas applicable à la ville de Bayonne? Elle 
était si importante dès le xi*' siècle, « par son commerce, sa popu- 
lation, sa situation * », que le vicomte Sanche fit alors abandon 
d'une moitié de la cité à l'évêque. A cette concession, confirmée 
par Guillaume IX, duc d'Aquitaine, en I12I, et par le prince 
Richard en 1174, le duc Guillaume ajouta des privilèges pour la 
ville, selon la tendance des seigneurs de ce temps « d'essayer de 
peupler leurs domaines en y ouvrant des asiles privilégiés* », et 
il en fut de même peu de temps après, sous la domination anglaise. 
— Voilà plus de motifs qu'il n'en fallait pour attirer les Juifs dans 
cette ville et y justifier leur séjour. 

Moïse Schwab. 



LES 
INSCRIPTIONS DES TOMBEAUX DE MARDOCHEE ET D'ESTHER 



Parmi les papiers de Pinsker, conservés au Beth Hammidrasch 
de Vienne, on trouve, sous le n" 47, une copie des inscriptions des 
tombeaux de Mardochée et d'Esther à Hamadan. C'est le hahham 
de Hamadan lui-même qui avait copié ces épitaphes et les avait 
envoyées à Firkowitz par l'intermédiaire d'Isaac Alexandrowitz 
Igranowitz. Il n'y a accord que pour quelques mots entre cette 

» Giry, ihid., I, 106. 
» Ib., 103. 



NOTES ÇIT MÉLANGÇIS 275 

copie et celle qui a été publiée dans la Revue, XXXVI, 230 et s., 
par ejçemple, p. 242, pour Di^rD et nb^^^. Au lieu de û^sbi^ '-: n:^ 
n"">in'i, notre copie a î^^nn &^ dsï: ou nsnn. Mais nous devons faire 
observer que le copiste semble avoir mal lu l'original, car au lieu 
de pph ûbo3 (p. 245) il a écrit 'jljxid ■'O^^îtd. 

Il en résulte qu'on ne peut probablement ajouter aucune foi aux 
renseignements suivants. Le copiste prétend, en effet, que sur le 
Sarcophage de Mardochée, au centre, on lirait l'inscription 
suivante : 

et sur le sarcophage d'Esther, au centre également, on lirait 
ces mots : 

')'y^^T,i rr\^i2 'i Ni:725 -inoi< m^b 
•ji^N-i rr^n pnn amp û^30 i"b 

D. Kaufmann. 

iV. 5. — Ces deux mentions figurent également dans la copie de 
M. Morris Cohen dont j'ai p^rlé, Revue, t. XXXVI, p. 243. 



Israël Lévi. 



L'AUTODAFÉ DRS QUARANTE-CINQ MARTYRS DE SÉVILLE 

EN 1501 

Le rapport adressé par l'ambassadeur de Ferrare au duc Her- 
cule I, dont la Revue, XXXVII, p. 269, a donné une traduction 
inexacte et abrégée, mérite d'être publié in extenso et dans l'ori- 
ginal, tel que je l'ai sous les yeux d'après le document des archives 
des d'Esté à Modène. L'ambassadeur s'appelle Alberto Cantino, et 
non pas Gansino. Il parle de l'effroyable exécution de Séville 



276 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

comme témoin oculaire, car peu de temps avant le 19 juillet 1501 , 
date de sa lettre, il se trouva à Séville, où il vit de ses propres 
yeux brûler les quarante-cinq malheureux martyrs. La « foi héré- 
tique » qu'ils confessèrent était manifestement le judaïsme, auquel 
ils étaient revenus tout en pratiquant en apparence la religion 
chrétienne. En leur qualité de relaps, comme les appelait l'Églii^e, 
ils furent condamnés à être brûlés. La jeune dame dont l'ambas- 
sadeur loue la remarquable beauté avait une culture générale très 
développée ; ce fut sa connaissance de la Bible qui causa sa con- 
damnation, car ce fut elle qui lisait la Bible avec les autres mar- 
tyrs, et ceux-ci ladoraient et la vénéraient. On apprendra un jour 
les noms des victimes avec les détails de cet autodafé par les 
archives de l'Inquisition, qui seules peuvent fournir les matériaux 
nécessaires pour écriie l'histoire des Marranes espagnols. Les 
inquisiteurs qui, déjà avant l'expulsion des Juifs de 1492, avaient 
sévi avec la plus grande rigueur contre les Juifs de Séville (Loeb, 
dans Revue, XII, p. 106 et s.), se montrèrent ensuite plus cruels 
encore et plus Inexorables à l'égard des néophytes. 

David Kaufmann. 



APPENDICE 

Ulme Princeps et Ex""® Dux ac Domine Domine 
mi observantissime etc. 

AUi giorni passati fu in Sibilla et vidi brusare cinquantaquatro 
homini, li quali credeano ne la fede heretica, et etiam diceano che 
una belletissima giovaue de anni XXV de la terra propria esser cosa 
divina, et adoravonla. Et epsa giovene era docta et lezevali la lege de 
Moyse. Et cusi Lei di quella medesima morte che lor morirno tu 
morla. 

Altro non ho se non che a V. Ex^'« me racomando. 

Die 19 Julij 1501. 

Albertus Gantinas scripsit. 

[Foris] lUus^o Principi et Ex'"» Domino Domino IlercuU Duci 
Ferrarie et Domino meo observantissimo. 

{Archlvio di Stato in Modena — Cancelleria Ducale — Dispacci dalla Spagna.) 



NOTES ET MÉLANGES 277 



UNE NOUVELLK ÉLEfiIE SUR 11. AZRIEL DAYÉNA 



Un manuscrit fragmentaire qui me vient d'Italie renferme, 
outre les trois élégies parues jusqu'ici sur la mort de R. Azriel 
Dayéna, une quatrième élégie encore inédite. En tête, se lit la 
pièce dont je donne pour la première fois le texte ; les poésies 
n»2 et n'' 3 sont celles que M. L. Lœwenstein a publiées ici : m^ 
uv ■'bi^ et bip bî^ ^i^y ""^d^ * ; quant à la dernière, c'est celle que 
l'on connaît : D-«T«i: '{iNu:n^. 

La comparaison entre le nouveau manuscrit et l'autre permet 
de corriger certains points de la seconde élégie. Dans la huitième 
strophe, au lieu de "lir^'D nnira riNZûn î^un, il faut lire : nwXun N::n 
ni:3>3 riDinn ; dans la dixième, au lieu de "^^ot ■^3"'L:p l^i: N2 ira, il 
faut hre ^ic^i "^s^irp dnt n5 ira; dans la treizième, comme déjà la 
rime suffisait à l'indiquer, au lieu de i?d5>t73, il faut i^^tto ; dans la 
quatorzième, il faut remplacer p">ni pnnTDi, qui n'a pas de sens, 
par p-^nn p^272n ; dans la dernière strophe, lire nbriTD, à la place de 
nbbrîTa. 

Dans la troisième élégie, le deuxième vers, ainsi que je l'avais 
supposé {Revue, XXXI, 318), est ainsi conçu : rîb:>in n^nn "in^ib ûi< ; 
à la sixième ligne, la rime se prononce nbmD ; dans la seconde 
strophe, il faut lire, à la seconde ligne : nau:! nt^'i "lax, au lieu de 
")su:a; à la cinquième ligne : û'^iiiTo, à la place de û-^mnTD ; la der- 
nière rime de la troisième strophe doit se lire : ûnbn, au lieu de 

Entre la quatrième et la dernière strophe, il y a, dans le ma- 
nuscrit, un morceau assez long en prose qui appartient à l'élégie 
et que nous imprimons plus loin (appendice II). Dans le dernier 
vers, il faut corriger D3D en or::, qui désigne le Messie, lequel ras- 
semblera Israël. 

Dans la quatrième élégie, qui est d'Abraham de Pise, il faut rem- 
placer, à la treizième strophe, tinD*» par nar"» ; à la dix-huitième, 
piN par pij^ ; à la vingt-troisième, d^nn par 'D''''^n, à la vingt- 
sixième, bî<r:'' par bt^n'Cî''. A la strophe 30, le deuxième hémistiche 
manque ici ; à la trente deuxième, il y a nsj^To ainsi que je l'avais 
deviné. Gomme pour les cinq premières strophes qui donnent 
en acrostiche dma^, dans les cinq dernières, qui forment rtD'^DtD (de 
Pise), les lettres initiales sont mises en relief dans le manuscrit. 

« Jtevue, XXXI, 122-3. 
« Ib., 71-3. 



278 



REVUE DES ÉTUbES JUIVES 



Aux deux élégies de Samuel b. Mose Anaw et à celle d'Abraham 
de Pise s'ajoute, dans le manuscrit, une quatrième élégie; elle est 
en tête, et l'acrostiche donne le nom du rabbin Azriel '. Elle affecte 
la forme usitée alors dans les poésies italiennes-juives. Les pla- 
nètes et les astres, qui sont représentés comme déplorant la perte 
du défunt, apparaissent dans cette élégie comme des accusés ; car, 
d'après les croyances astrologiques, ils sont les agents de tous les 
événements et de toutes les influences sur terre, donc, ils ont causé 
ou, du moins, permis la mort d'Azriel. 

D. Kaufmann. 



APPENDICE 



in'iy^ r-n^nr) hdotû rr^y^t ï-idn tp t^^ -33n ti^dI^ 



i^yi2 i^n^ ^^îx "^jînnu: t*<in 
'nbm:; im72 'CJ"^n ^bN ^iTJ^b 

T'";33>T vnn^73 "^ri) 
n^y T'^'anb nn*^ -"bn ■^^:» 



t2^pbi<n "j-iN npbn -"brR 

'fnr bip tD-iinb s^ncom 

riniNi r'iî^b ï^73i: bD -^irr 

*n2i"«brn nri-ian -«72b 

rrnn r773-«73n n nnin 



' L'acrosliche de toutes les strophes donne : yyQ Ï13i:3ri bX'^lty Tini7Î)5 
b3M. Comme les deux derniers mots n'olFrent aucun sens, il se pourrait que les 
points placés dans le ms. au-dessus de ces lettres initiales fussent mis là par erreur. 

* Hos., XIV, 9. 

» Berachot, 6ô; bip Û'^inb = "^-^ibl, selon le commentaire de Raschi. bip 
Û^Hj"^ = une voix qui gémit. 

* Comp. Isaïe, xil, 1 1 et vu, 3. 
^ Ketoubot^ 17 a. 

* Voir Isaïe, l, 10. 

' Dont le sort est la mort. 

* Comp. Hos., viii, 3. 



NOTKS ET MELANGES 



271^ 



Mn3"«n3 ir^*iy Y-bi^ i-ÎDn 

T3U) t:Dm?2'i :2b TC-^b 

ts^-nirn »nr:j72i 2:11^ iToi' 
n73^'N ï-iD-in TiJc* pno "itd'i: 

"SN-iu:'^n ùvr: Nbn Sdd 
n7:'>T73 ir^Ki Nb^n £*<-ia:^ 

bNv:: ^"^N biD "^bx n-«;D-^ -«73 n^iN 
**-ib non"^ t:jn imon72 "^"i 



' ■'p-i •'r^a -«i:? à:>7a i?3i-i 

i-î^Ni "13-irn c^in rncp 

■«pii: mnn ^-rcî iT'Nï:m 

Sî^-iC"^ in-^n bsb liuîK-i 
^'birn bî^ n^'py^ î-ibb 

Sî<v in nn:; •ûD^'n manb 

i"'-n73 bipb r72"û £>^bT ï-i?3n 

* bw^ n::' inb :n i-^d ^-^nan ^b-i 

imb:'^n û:i ' tumn-^n'yUa ^Db: 
nb-^n bipb mb:5> Nb m:n2 



M-^s-cjjib :3;a -ib -i^lN ^Nn -^d 



in-ia ■''»DDN "ntîT û-'3t«7: 
n73'::b 3^:^-12 ï-T»n v^t 

■^333 b->^::T "^53 n^b 

'^D13>7: "fin ^'s^DD ï-rbi'Ni 

:'^^3DD rnnî< ^b n«iN t::ii 



II 



'^tz:"«"i3:i û-^Diunn : nsirim tnyï m3's::i7an s-nm3^ ".poD : 'c^wsnn 
"«3 : iD33b ^\::m?3 ipn3 : 1:2b rin n^n nr br n-jN : M2^2n "^r^DT^ 
0153 ^12 bN tzvn n2D "^id iDb "«in : nDnT:^^ inT^w^i ido.n-i r-in:::^ nbc^ 



» Job. VII, 19. 

* Hos., XII, 1. 
^ Jér., IV, 7. 

* I Sam., XIV, 13. 
' Lament., iv, 20. 
« 7ôiW., III, 52. 



^ Ibid., iiî, 9. 

* Ps., LXIV, 5. 

^ Jol), XII, l6. 
'« II Sau)., III, 38. 
'1 Deul., XV, 8. 
'- Ps.,cx,l. 



*3 Peut-être faut-il traduire : les ténèbres Jcvieuueut plus fortes qtie fes perles 
\uibaute6 de U science. 



280 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

npbr: bî< ï-imN * ^."Dy 1121 y-\ pini tn^ann nn^rî nbibi: ^:nD^3'3 
pinnbT m-ipb pn inn bnpb in^^n n^-^ b^n ?-t':î5> t^V-^* '11"ik 

nn'iZ:i73 ^ti"" t!'^73T: "in"!"» SNi : nab r^n'^"« r^b "i73i-n i72"ii::>m i73'û 
Tbn tzs'iNn nocn nnn b:DNn n^r^br: tny^b mr-rn r|"^Dim c^?2-«n3 
^•i3:>D yin-' yin^ ^bTon ^aiD yin -^zz S:? ib tz;o i>x Nsnn dni 
^by^^ Dbo r-iu;:;''^ nbci bnn "^dto ûbis' r-n"n5 ync ynsn mn^"^ 
"121 p -^D ti2^^nrî y-it<3 n^td^ r<îb nno mni?: lib^st^T iT^n iû-'Cûts 
înnn mny^ ^^n b^ sd^didi ncr i-inn :'-'p":;nb y^^Ts imi ^bizn 
•-it:* y-iN by t)ii< D-ipbN t>i-i3 nujwN tz:Tr: iTobi "jtoth nsiTo ^na 
iy72UJ nnb "«^2N pb im73 tzjm ncn m?::: f>ibi m^?::^:! m-^n 
i3^î<n r-i^^^' nbD3 "^D "iD"«ry ï-rnN-i b^ "jn i^bip nj'T^un iD"^7i<rT ,i:b 
t)-iT73 mn IN rr^T^ ^dd:d mnD[73]bT ï-ion73b iDb rrrî"' nn72wN ^-^i'»::» 
n^mx t3"^ni7: bnN tzii^n ni^ "^it^ i^'^b:' mbr m-i7D min^n -11:^721 
"^sujip dTou;! "in-^y r-innn i:\n"iD"i:'n -^n tsbi:? b':: nsb^a irpbx ""^cb 
nb "^iN ib r-idS'^D -nib *ib -^in irT^73 '- mr ï-itcd i^ip"» nb^i 
r-ibD3 D"'"nwxn szn p-ic ■^:b\s t>D3'"« ï-it: 'niûrDnp mn^jC nrccb 
^.-^î^'ijrr nu:in:5 î-t;::^-^ "ircs: tsn::': hrwS-iw-^ r^.bm n^D 'r-inrrb-j 
12m iTjn^nm y7ûinjn ibnp n^p r-TinD^^T m-, -liiip n":î3>73 i:b 
ï-72n-'wNb n3^i^b nn^mm r-nLjy 12727: "T»on n^x Sn bx ^,'\:id 
mnntj t-rbirN2i riD^rn ûujto idn lainp ûip722 ï-inrn p3 "jicN-ir: 
r^b yr n2:i< ûipT: ts^nnoi d'^^i-id ":ip7o yuJwNiTo cli-itû nnD ï^^did 

."ib nDHTob n"*D3>-' ^nbiT '""pb^ nnNn 



LA DÉFENSE DE LIRE LE MEOH ENAYIM 
D'AZARIA DEI ROSSI 

La mesure qu'au printemps de l'année 1574, les rabbinats réunis 
des communautés les plus considérables d'Italie avaient prise 
contre l'étude du Meor Enayim d'Az^ivia dei Rossi* demeura lon^r- 
teraps en vigueur. Quiconque voulait avoir ou étudier chez soi 
ce livre devait obtenir au préalable l'autorisation du tribunal 

» Bereschit R., 80. 

* Baba Batra, 91 a. 
3 Mogd K., 25 b. 

* Voir Revue, XXXIII, 83 et suiv. 



NOTES ET MELANGES 281 

rabbinique de sa communauté. Nous possédons la formule suivant 
laquelle le rabbiriat de Ferrare accorde, le 7 nov. 1619, cette 
permission à Samuel dei Rossi '. 

Je puis aujourd'hui apporter la preuve que cette disposition de 
1574 fut maintenue encore après 1619. Dans un exemplaire du 
Meor Enayim, appartenant à M. Ignace Goldzilier, de Budapest, 
est un acte en vertu duquel le rabbinat de Ferrare autorise, le 
25 janvier 1635, Moïse b. Isaac Berechya di Pesaro * à étudier le 
livre d'Azaria dei Rossi La formule est la même que la précé- 
dente ; seules la date et les signatures diffèrent. Les voici : 

nnbî r^D-ibN '?333 r;:nNb73 Dn:73 

inN0''D7D r:"nbT dh^td '73^2 b^My:: ^diitd n^y^n 

.rï"r;bT l7:nD "; t]oi"» 'n?:D3 \12rrj 

Des signataires le troisième est le plus connu. Nahman b. Jo- 
seph ibn Nahman a appartenu , non seulenipnt au rabbinat de 
Ferrare, mais encore à celui de Modène. C'est dans cette commu- 
nauté qu'Abraham Joseph Salomon Graziano eut l'occasion de le 
connaître ; il faisait partie du tribunal rabbinique présidé par 
R. Nalhanaël Trabotto \ Graziano mentionne de lui des traditions 
rabbiniques dans ses gloses manuscrites sur le code de Joseph 
Garo '^ Ces gloses nous apprennent aussi que Josué Loeb Lonigo 
fut à Ferrare le maître d'Ibn Nahman ^. 

Quant à Mar.lochaï Samuel b. Menahem de Pesaro, il occupait 
encore en 1648 le siège rabbinique de Ferrare •"'. 

Menahem b. Elischa di Lavena doit son nom de famille certai- 
nement à sa ville natale. 

David K.yufmann. 



» Ibid., 87. 

2 II y a ici : rr^oia pHiT^ WDn in":j73 ^nr!?:D ^Timn — nnan bx 

* Cf. Kautmann, Revue, XXXV, 2o6 et suiv. 

'* Kauiinann, Jevjish Q,ua>terly Revieio, IX, 2o5. 

5 Dans les gloses sur le n^T rî"!"!"*, u" 45 : y^ni '"j \izr.': n""im7273 TlbDp 

cin-j73. 

Et dans les gloses sur le nT5>rî pN (ni:"'bn 'D, § 34) : "«Tib n'CJ^TD !1N2 pT 
« Voir Nepi dans bNTO"» "^blHA miblH de Ghirondi, p. 233. 



BIBLIOGRAPHIE 



REYUE BIBLIOGRAPHIQUE 

2« SEMESTRE 1898 ET 1^^ SEiMESTRE 1899. 

{Les indications en français qui suivent les titres hébreux ne sont pas de l'auteur du livre^ 
mais de l'auteur de la bibliographie , à moins qu'elles ne soient entre guillemets,) 



1. Ouvrages hébreux. 

^yV2 5Ï1M 'D Recueil de novelles talmudiques de divers rabbins, éd. par 
Yekoutiel Kameelhaar. l'''-' livraison. Cracovie, impr. Fischer, 1898 ; in-4° 
de IV + 80 p. 

'^i'Q'D 5mfcî '0 Home'lies sur le Pentateuque par Moïse Thumira, e'd. par 
David Thumim. Lemberg, impr. Rohalyn, 1899; in-1" de 3 tT. non pa- 
ginés + 8 -|- 20 ff. 

D^'^n SmmiN 'O Novelles sur le Schoulhan Arouch, Orah Ilayyim, l""^ et 
2^ parties, par Nachmanu Kahna. Sziget, impr. Blumenfeld, 1898; in-f° 
de 178 + 202 ff. 

DVnna Onb ■'l rr^-'-nHûCN Histoire juive de Théodore Reinach, trad. en 
judéo-espagnol par Joseph Bakisch et Gabriel Faro. P" partie. Philippo- 
poli, impr. Pardo [1899]; in-8° de (57 p. 

;i73Dn rr^D Commentaire sur le Cantique des Cantiques par Isaïe Jacob 
Hale'vi. Podgorze prés Cracovie, impr. Deulscher, 1898; iu-l'' de 82 p. 

b'^'^n tni3"in 'd Les 613 lois en hébreu et eu araméen, par Ch. B. Kohon. 
Berdilschew, impr. Scheftel, 1899; in-4*^de99p. 

priit"^ rr^n 'o Consultations sur le Soulhan Arouch, H' partie : Yore' Dca 
et Eben Hae'zer, par Isaac Danzig. Varsovie, impr. Baumritter, 1898; 
in-F de "iO p. 

n?3rn nn Bath Ruchomo. Erzahlung von Rabbiner Dr. M. Lehmann. aus 
Maini, jgédruckt im ^ Israelit >> mit d'em Namen « Jacobine » hebr. 
iibersetzt vou Blume Peiuaschewitz. Varsovie, impr. J. Halter, 1899 ; 
in-8*> de 124 p. 



lilRLIOrihAPHlK 2« 

?1tt53^ b"in:i '0 Gewul Menasche, enthalt belehrende Aussprûchc imswet 
allen Weisen aus einer alten Ilandschrift in Oxford copiert, und mit 
Quellenangaben u. Anmerkuageu versehen, nebst einem Anhange en- 
Ihaltend Responsea Libne Menasche, von Menasche Grossberg. Francfort, 
Kauffmann, 18'J9; in-8" de 64 p. 

Contient principalement la lettre de Salomon, de Montpellier, à Nahma- 
nide, publiée déjà par M. Neubauer dans VIsraelit. Letterbode\ un certificat 
d'acte de divorce délivré en 1228 à Astruga, fille de R. Salomon, fils d'Isaac, 
do Sommières (dép. du Gard), par son mari Azriel (ils de Gerson, siv^faè : 
Moïse Ilacohen fils d'Isaac, Mardochée fils de Joseph, Samuel H\i de 
Salomon; — acte déclarant veuve Eslher, domiciliée à Montpellier, tille de 
Salves de L'argentière (nT»"':J3"'"'nb'T ;D"'lbUî), dont le mari Dieulosal 
(b'CJlbn'^l) avait été jeté, enfermé dans un sac, dans l'eau par les gens de la 
j'orteresse de L'argentière (l'éditeur pense que cet acte est de la même date 
que le précédent) ; opinion de Benjamin fils de Jiida de Lunel, sur une 
question de casuistique (voir Letterbode, 111, 4) ; décision de Juda fils de 
Tobie, d'Arles (voir ibid.) 

■"21: ■'-)3"T D Novelles sur le Pentateuque, le Talmud et les décisionnaires, 
par Cevi Hirsch Cahna. 2*^' partie. Lemberg, impr. Bednarski, 1897; 
in-4° de m + 53 flf. 

ti3'^313jb r\yi 'O Divers sur certaines parties du Pirké Abot, plus une 
histoire sommaire des Juifs de Pologne, par M. J. Schwerdscharf. 
Munkacs, impr. Kohn et Klein, 1898 ; petit in-8° de 22 + 4 fif. + 26 p. 

D'^IDID ""piipT Varise Lectiones in Mischnam et in Talmud Babylonicum 
enclore Raphaelo Rabbinowicz, opus aucloris morte interruplum ad fînem 
perduxil llenricus Ehrentreu. Pars XVI. Tract. Chulin. Prezmysl, 1897; 
in-8« de 207 p. 

3N ''iT^:»?! « Vibrations d'un cœur paternel. Conseils de moral [sic) à un 
Bare-Mizvah par Aisik BentauAvim. » Jatia, 1899 ; in 8° de 25 p. 

bM17û'>13 ÎHT^'^T Oraison funèbre de Samuel Mohilewer, par Yehiel Michel 
Ilawscba. Varsovie, impr. Scbuldberg, 1898 ; in-8'^ de 52 p. 

Û'^53N ■'pbn '0 Novelles sur le commentaire biblique de Raschi, suivies 
d'une homélie, par David Lida, nouv. e'd. par R. Gelbier. Podgorze, 
impr. Deutscher, 1898 ; in-l" de 52 p. 

tn^T "Ipn 'O Homélies sur le Pentateuque, 1'° partie, Genèse, par Moïse 
Simon Ziwitz. Jérusalem, impr. Salomon, 1898 ; in-4® de 4 ff. non pagi- 
nées + 181 p. 

"1550 Dnn Novelles sur le Talmud Houllin par Moïse Sofer, éd. par A. -S. 
Schreiber. Munkacs, impr. Kohn et Klein, 1898; in-f° de 6 ff. non pa- 
ginées -f- 72 ff. 

"l©"^?! '0 Responsen des Rabbenu Tam im Sepher Hajaschar, nach einer 
Handschrift von neuem hrsgg. u. mit kritischen Noten versehen von F. 
Rosenthal. Berlin, impr. Ilzkowski, 1898; gr. in-8o de x + 228 p. 

Û'^aipbn 'o Sefer Ah-Likkutim {sic). Sammlung altérer Midraschim u. wis- 
senchschaftl. Abhandlung. 3 Theil : Midrasch Eser Golijoih, Einiges 
ûber die Zeit Sçhimeon des Gerechten, Pirke Rabenuha-Kadosch, hrsgg. 
von L. Grûnhut. Jérusalem [en commission : Francfort, KauCTmaun], 
1899; in-80 de 28 + 93 p. 



284 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

n'IDI "nnsiD « Caftor va-pherach, par Estori ha-Parchi, le premier explo- 
rateur de la Terre sainte, nouv- édition, avec nombreuses notes et obser- 
vations, etc., par A. -M. Luncz. Tome II. » Je'rusalem, impr. de l'édi- 
teur. 1899 ; in-S'^ de p. 377-854. 

A la fin une table analytique des auteurs et ouvrages mentionnés dans 
les deux volumes, corrections et additions par divers, index des règles, 
index des noms géographiques. 

tm^irr^l tm"lDn lU'TTn Midrasch sur les mots de la Bible écrits tantôt 
avec, tantôt sans les matres leciionis, par Salomon Aron Wertheimer. Jé- 
rusalem, 1898 ; in-12 de 56 p. 

Un m?, de la Bibliothèque Nationale de Paris offre de nombreuses diver- 
gences avec celui dont s"est servi M. Wertheimer. Nous avions commencé à 
relever pour lui les variantes, mais nous n'avons pu achever le travail. 

tD'^JD b'DV2 'D Novelles sur le Pentateuque, par Yehiel Michel Hawscha. 
4e partie. Varsovie, impr. Schuldberg, 1899 ; in-4'* de 213 p. 

!~nN3p nn5>:3 'O Minchalh Kenaoth von Jechiel b. Samuel aus Pisa (1539). 
Streitschrift gegen Jedaja Penini's Vertheidigung der Philosophie, mit 
Anmerkungen hersgg. und biographisch angeieitet von Prof- D"" David 
Kaufmann. Berlin, impr. Itzkowski, 1898; gr. in-8° de xviir -\- 118 p. 
(Publications de la Société Mékize Nerdamim). 

Est-il nécessaire de dire que nul n'était mieux qualifié pour éditer cette 
œuvre ihéologique que notre savant collaborateur, M, D. K., l'historien de 
la théologie juive et Thistorien du Judaïsme italien des derniers siècles? 
L'introduction est une biographie complèîe de l'auteur et des membres de 
sa lamille ; elle donne aussi un aperçu général de la doctrine, qui est celle 
de Juda Halévi : la philosophie ne peut ionder la vérité sans le secours de 
la révélation. 

ïlUJinri ym *^"T7 SnDDTO Traite' humoristique sur la manière de vivre des 
Israélites en Amérique, par Abraham Cotliar. Varsovie, impr. Al. Gins, 
1898 ; in-8° de 39 p. 

la^ïîDD N"ip7D Mikrà ki-Pheschulô. Scholien u. kritische Bemerkungen zu 
den heiligeu Schriflen des Hcbriier. I Thcil : Der Pentatcuch, von Ar- 
nold B. Ehrlich. Berlin, Poppelauer, 1899 ; gr. iu-8^ de x -h 385 p. 

Commentaire très curieux à consulter, qui tient à la fois de l'exégèse du 
moyen âge et de celle de l'école critique. Beaucoup d'observations ingénieuses 
et originales, à côté de prouesses de subtilité. Pourquoi l'auteur a-t-il 
choisi l'hébreu pour exprimer sa pensée? On ne le découvre pas. 

î<n'^D'*D Nn"<jan7D 'O Biographie de Natan Spira de Ilorodno, parB. Fried- 
berg. Drohobycz, impr. Zupnik, 1899; iu-S*' de 16 p. 

TIDO r\y Aide pour les oraisons funèbres, par S. Klein. Faks, impr. Ro- 
senbaum, 1898 ; m-S" do 36 ff . 

N"l72n •'plÛD The classitied Psalter, arranged by subjects ; the hebrew 
text with a new english translation on opposite paires by J. D. Eisenstein. 
New- York [impr. A Ginsbergj, 1899 ; in-8'» de xvi -+- 123 p. 

ûbiaTTil iT^i: Keoueil consacré à la publication des manuscrits qui se 
trouvent à Jérusalem, éd. par Isaac M. Badhab. 1^' année. Jérusalem, 
impr. Fromkin, 1898 ; in-40 de 54 p. 

£2"»3nD72 niTiap Recueil de lettres relatives à la colonisation de la Pales- 



BIBLIOGRAPHIE 285 

tine adressées à diverses personnes par Calonymos Zeev Wisolzki. 
Varsovie, impr. Schuldberg, 1898 ; in-S" de viii -f- 336 p. -|- un portrait 
de l'auteur. 

1"^ by ynp Sammelband kleiner Beitrag^e ans Ilandschriften. Bd. VIII, 
Jahrgang XIV (1898). Berlin, impr. Ilzkowski, 1898; in-8o de xvi + 74 
+ 12 + 4 + 7 p. 

Conlient: 1» Ï~)bn73 ni5N. récit très émouvant et (Jétaillé des souH'rances 
supportées par les Juifs de Prague pendant la guerre de la Successiou 
d'Autriche, particulièrement en 1741. L'auteur en est un certain Beçalel, 
fils de Moïse, fils de Jacob Halévi. L'éditeur, M. Freimaun, a enrichi cette 
relation d'une introduction très instructive et de notes sobres et précises; 
• — 2° Récits des persécutions subies par la communauté juive de Worms, 
en 1636, en judéo-allemand, éd. par J. Lœweuptein; — 3° Selihah, élégie 
composée sur la mort des Juifs de Lunteschitz, tués par les Suédois en 1656, 
éd. par M. Brann; — 4° Deux lettres en hébreu de Zdcharias Fraukel, 
éd. par S. Bernfeld. 

ï^5\ZÎT^b Tni^y nn::5np Consultations rabbin iques par Barucb Elie Wessel. 
Bonyhad (Hongrie), impr. Rubitschek, 1897 ; in 8^^ de 12 ff. 

•T'^ZDm pDS"^^ ■'231 Biographie des rabbins et savants de Minsk, par 
B. M. Eisenstadt. Wilna, Romm, 1899; in-8^ de 72 p. 

b^ntU"^ "llit") 'D Novelles sur le sabbat, la circoncision et les tefillin, par 
Israël Simha. Munkacs, impr. Kohn et Klein, 1899 ; in-S" de 22 ff. 

nUît) '^T' n'i'U: Consultations rabbiniques de Moïse Samuel Horwitz. Pe- 
trokow, impr. Pinski, 1898 ; in-4'* de 155 p. 

bî<"1^"^ ^T>"1NUÎ Poésies par V. A. IsraeL New- York, impr. Just, 1898; 
in-12 de 60 p. 

ïmiaiDn 'O SeferHaschetaroth. Dokumenlenbuch vou R. Jehuda ben Bar- 
silai aus Barcelona, nach der einzigen Handscbrift in Oxford zum ersten 
Maie hrsgg. u. erlâutert von S. J. Halberstam. Berlin, impr. Itzkowski, 
1898 ; iu-8° de 152 p. (Publication de la Société Mekitze Nirdamim\ 

U3D3ri nn>3^ 'O Livre de inorale en judéo-allemand, refondu et enrichi du 
taosn tnn^OTD, par J. Krausz ; suivi de b^^ri'ylî^^ p de Lewinger. Faks, 
impr. Rosenbaum, 1898 ; in-8o de 101 + 20 p. 

!in73^1 nniN ^^^yc: 'o Dissertations théologiques, par T. J. Reines. 
Wilna, Romm, 1899 ; in-8° de xv + 71 p. 

Ù'iTSIDn "^ns^ 'D Commentaire sur le Talmud Berachot, Raschi, Tossafot, 
Alfasi, Ascher b. Yehiel (Rosch) et Salomon b. Adret (Raschba), avec 
la reproduction des textes visés par le Talmud et ces rabbins, par Abra- 
ham Herczl. V^ partie. Presbourg, impr. Alkalay. 1899, in-f'^ de 81 ff. 

ban'Q^ rnT7b"in 'D Histoire des Israélites par H. W. Jawitz. 3« partie. 
Wilna, impr. Schuldberg, 1898 ; in-8« de 55 p. (Les deux premières par- 
lies ont paru, en 1894-6.) 

L'ouvrage se lit avec beaucoup d'intérêt; l'auteur ne suit pas le sentier 
battu des historiens de profession et ne se préoccupe pas des exigences de 
la méthode critique, mais il fait preuve d'une science très étendue et pré- 
sente les faits avec aisance, selon un plau bien ordonné. 

Û'^73yïl r^Tin 'o Lois universelles qui constituent la « crainte de Dieu », 
sans nom d'auteur. Munkacs, impr. Kohn et Klein, 1899 ; 16 p. 



286 REVUE DES ÉTUD|:S JUIVES 



2. Ouvrages en langues modernes. 

Addis (W.-E.). The documents of tlie Hexateuch, translated and arranged 
in chronological order with introduction and notes. Vol. II. : The deu- 
teronomical writers and the priestly documents. I.ondres, Nutt, 1898; 
gr. in-8o de x -f- ^^85 p. 

Adler (Cyrus) et Casanowicz (I.-M.). Biblical antiquities. A descrip- 
tion of the exhibit at the Cotton states international exposition, Atlanta, 

1895. Washington, Government prinling office, 1898 ; in-8° de p. 945- 
1023 + 46 planches (Extrait du Report of the U. S. National Muséum for 

1896, Smithsonian Institution). 

Bâcher (Wilhelm). Die Agada der palâstinensischen Amoriier. Dritter 
Band : Die lelzten Amoriier des heiligen Landes (Vom Anfange des 4. 
bis zum Anfange des 5. Jahrh.j. Strasbourg, Triibuer, 1899; in-8° de 
xii + 803 p. 

M. Bâcher est un heureux liomme : il a pu planter le drapeau sur l'édifice 
dont il a poursuivi Tachèveraent avec une patience ei une conscience dont 
lui seul a le secret. Voilà donc maintenant un répertoire complet des opinions 
des rabbins de l'époque talmudique eu matière de théologie, d'exégèse et de 
morale. La somme de travail que représente un tel monument, seuls peuvent 
l'évaluer ceux qui en ont étudié telle partie intime. Et non seulement rien 
n'y manque, mais tout y est d'une sûreté parfaite ; voilà enfin un guide au- 
quel on peut se fier sans crainte. Nous. nous reprocherions de parler au pied 
levé aujourd'hui de ce volume, qui l'orme le couronnement de l'œuvre ; nous 
y reviendrons à loisir. Nous voudrions seulement aujourd'hui exprimer 
notre reconnaissance à l'auteur pour Tatlenlion qu'il a accordée au vœu que 
nous exprimions ici en rendant compte du tome précédent. M. Bâcher laisse 
entendre qu'il donnera peut-être un jour un répertoire analogue de ce qui, 
dans ces matières, est présenté dans le Talmud et les Midraschim d'une 
manière anonyme. M. Bâcher dit avec raison que beaucoup de ces dires 
anonymes ne le sont parfois que parce qu'on a laissé tomber le nom des 
auteurs, et que si on avait la patience de teuilleter les cinq volumes de son 
Af/ada, on découvrirait les auteurs responsables de ces opinions décapitées 
par la faute des copistes ou des compilateurs. Mais ces réserves faites, il n'en 
reste pas moins que le champ de ces traditions impersonnelles est encore 
très grand, en particulier dans les baraita, et ce ne sont pas les moins inté- 
ressantes pour Phistoire de la pensée juive. C'est pourquoi nous insistons 
encore une fois pour que notre savant collaborateur et ami ne nous laisse 
plus rien à désirer : nul ne saurait s'acquitter de cette tâche avec plus de 
succès, et en exauçant notre vœu, il acquerra un nouveau titre à la recon- 
naissance du public savant. 

Baethgen (Fr.). Hiob, deutsch mit kurzen Anmerkungen. Goettingue, 
Vandenhoeck et Huprecht, 1898 ; iu-8° de xx -j- 98 p. 

Barton ('W.-E.). The Psalms and their story. 2 vol. Boston, Pilgrim 
Press, 1898 ; in-12 de xii 4- 249 + ix + 267 p. 

Bassi (D.). Mitologie orieutali. I. Mitologia Babilonese-Assyra. Milan, 
U. Iloepli, 1899 ; in-12 de xv + 219 p. 

Bkgk (J.-C). Erkiiirung der Propheten Micha u. Joël, nebst einer Einlei- 
tuug in die Prophétie, hrsgg. von .1. Lindeumeyer. Qiiterslob, Bertels- 
mann, 1898 ; in-8» de Vxi +246 p. 



BIBLIOGRAPHIE 2*1 

Çeck (J.-C). Erklarung der Propheten Nahiim u. Zephanja, nebst eiu^m 
prophet. Titelbild der Zukunft, hrsgg. von U. Gutscher u. J. Liaden- 
meyer. Gùlersloh, Bertelsmann, 1899 ; in-S» de vi + 168 p. 

Ben Elieser. Die Judeufrage u. der socialislische Jiidenstaat. Berne, Stei- 
ger, 1898 ; in-8« de 68 p. 

Benzinger (I.). Die Bûcher der Konige erkliirt. Mit 9 Abblldungen iin 
Text, ein Plan des alten Jérusalem u. eine Geschichtstabelle. l'ribourg- 
en-Brisgau, Mohr, 1899 ; gr. in-8" de xxiii -|- 216 p. 

Bericht (Siobzehntei) ûber die Lehranstalt fur die Wissenschaft des Juden- 
Ihums in Berlin, mit eiiier Beilage : « Zur Erinnerung an Steintbal ». Vo- 
rangebt : Maimuni's Neumondsberecbnung, Theil II., von E. Banelh. 
Berlin, irapr. llzkowski, 1899 : in 4° de p. 31-62 + 15 p. 

Berkowitz (El.)- Kiddusb or Sabbath sentiment in the home. With spé- 
cial illuslçations by Katherine M. Kohen. Philadelphie, 1898 ; in-12 de 
70 p. 

BiÇRLiNER (Abr.). Aus meiner Bibliothek. Beilrage zur hebr. Bibliographie 
u. Topographie. Francfort, Kauffmann, 1898 ; in-8° de 77 -f- xxxv p. 

Bernfeld (s.). Das Buch der Bûcher. Populâr-wissenschaftlich dargestellt. 
Berlin, Gronbach, 1898 ; in-80 de vu + 298 p. 

Bertholet (a.). Das Buch Hesekiel erklârt. Fribourg-en-Brisgau, Mohr, 
1897 ; in-8'' de xxvi -\- 259 p. (Kurzer Hand-Commentar zum Alten Tes- 
tament, hrsgg. von Karl Marti. : XII. Abth.). 

Bertholet (A.). Zu Jesaja 53. Ein Erklârungsversuch. Fribourg-en-Bris- 
gau, Mohr, 1899 ; in-8° de 32 p. 

Blangkenhorn (M). Das Todte Meer u. der Untergang von Sodom u. Go- 
morrba. Mit einer Karte u. 18 Bildern. Berlin, Reimer, 1898; gr. in-8** 
de 44 p. 

Blau (L.). Das altjûdischeZauberwesen (voir Jahresbericht der Landes-Rab- 
binerschule in Budapest). 

Bliss (F.-J.). Excavations at Jérusalem, 1894-1897. Plans and illustra- 
tions by A. C. Dickie. Londres, Palest. Exploration Fund, 1898 ; in-S" 
de 390 p. 

Boehmer (J.). Reich Gottes u. Menschensohn im Bûche Daniel. Ein Bei- 
trag zum Verstàndniss seines Grundgedankens. Leipzig, Deichert, 1898; 
gr. in-80 de vu + 216 p. 

Bôttgher (K.). Aus geweihten Landen. Studienfahrten durch Palastina, 
Syrien u. d. Sinai-Halbinsel. Leipzig, Franke, 1898; in-8'' de x -}- 
212 p. 

Breslauer (E.). Sind originale Synagogen-u. Volks-Melodien bei den 
Juden geschichllich nachweisbar? Vorlrag. Leipzig, Breitkopf et Hiirtel, 
1898; in-12 de 76 p. 

Briggs (Ch.-A.). The gênerai introduction to the study of Holy Scripture. 
New-York, Scribner, 1899 ; in-8'' de xxii + 688 p. 

Brown (R.). Semitic influence in hellenic mythology, wilh spécial réfé- 
rence to the récent mytLological works of F. Max Mùller and Andrew 
Lang. New-York, Scribner, 1898 ; in-S*^ de 228 p. 



288 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

BuCHHOLTz (A.). Geschichte der Juden in Riga bis zur Begriindung der 
Rigischen Hebrâergemeinde im Jabre 1842. Herausgg. von der Gesell- 
scbaft fur Geschichte u. Alterlhumskunde derOstseeprovinzen Russlands. 
Riga, Kimmel, 1899 ; in-8o de iv + 161 p. 

BuHL (F.)- Die sociale Yerhâllnisse der Israeliten. Berlin, Reuther et Rei- 
chard, J898; in-8o de 130 p. 

BURROWS (W.-O.) Ames. With introduction, notes and map. Londres, Re- 
vingtons, 1898 ; in-8" de 90 p. 

Castelli f David). Gli Ebrei.Sunlo dî storia politica e letleraria. Florence, 
Barbera, 1899; in-8° de xvi + éHS p. 

Nul ne s'entend mieux que M. D. Castelii à vulgariser les résultats de la 
science; cela tient à ce que lui-même est un savant des mieux outillés. La 
partie de l'histoire post-biblique, que nous avons seule lue — avec le plus 
grand plaisir — est traitée avec un art consommé et. surtout pour l'époque 
ancienne, une sûreté impeccable : l'essentiel y est dit en termes brefs et 
expressifs, les laits sont bien groupés et exposé-. Le moyen âge, comme on 
devait s'y attendre, y est raconté un peu trop rapidement; quelques erreurs 
par-ci par-là. Mais ce sout là taches de peu d'importance qui n'enlèvent 
rieu au rare mérite de l'ouvrage. 

CHA.IKIN (Avigdor). The celebrities of Ihe Jews. Part I. (70-1290;. Shef- 
field, Pawson et Brailsford, 1899 ; in-S» de viii -\- 219 p. 

Chauvin (C.)- Leçons d'introduction générale, théTiogiquc, historique et cri- 
tique aux divines Écritures. Paris, Lethielleux, 1898 ; in-S" de ix 
+ 656 p. 

Cheyne (T.-K.). Jewish religious life after the exile. New-York, Putnam's 
sons, 1898; in-12 de xxi --|-270 p. 

Cheyne (T.-K.) and Blagk (.T. -S). Encyclopœdia biblica, a dictionary of 
the Bible. In 4 vol. Vol. 1. New-York, Macmillan, 1898 ; in-8o. 

[Chwolson (\L Daniel)]. Recueil des travaux rédigé? en mémoire du ju- 
bilé scientifique de M. Daniel Chwolson, professeur émérite à l'Univer- 
sité de Saint-Pétersbourg. 1846-1896. Berlin, S. Calvary, 1899 ; in-8o de 
IV 4- 267 p. 

Contient, entre autres, les mémoires suivants : A. Biichler : Zur Geî^chichte 
des Tempelcultus in Jérusalem; — A. Epstein : Biblische Texlkrilik bei 
den Rabbinen ; — David de Gunzbourg : Le premier livre imprimé en hé- 
breu ; — W. Bâcher : Beitrâge zur seraiiischen Sageuvergleichung bei 
Moses Maimuni ; — C.-D. Ginsbur;; : Ou ibe relalionship of the so-called 
Codex Babilonicus of A.-D. 916 to the eastern recension of the hebrew 
text; — A. Merx : Psalm IX u. X und andres (sic) Maccabaeische. 

M. le baron David de Gunzbourg, qui a pris rinilialive de la publication de 
ce recueil et qui y a contribué par une élude des plus remarquables et des 
mieux fouillées, nous prie d'insérer les lignes suivantes: « Au cours de 
mon tra<?ail sur le Premier livre imprimé en hébreu, publié en l'honneur de 
mon vieil ami M. Daniel Chwolson dans le niTlT^n ^'"i<'? mn?2n anb, 
j'ai été amené à parler de 1 abbé Thomas \'alperga de Caluso. — Je ne pou- 
vais m'expliquer l'abréviation M'» qui précède son nom dans un document 
daté de 18U3; je- vois maintenant qu'il l'aut lire M"" = Monsignore. — U con- 
vient d'ajouter que c'est le même qui a fait imprimer en 1783. par les soins 
de De Rossi, chez le fameux Bodoni, directeur de l'Imprimerie Royale de 
Parme, un livre sur les éléments de la langue cophte ou ('(jyptienne. Déjà 
auparavant (1781) il av-it apporté à l'ouvrage intitulé : / Ptemontesi illustrx^ 



BIBLIOGRAPHIE 289 

paru à Turin chez Brido en 2 vol.. sa contribution sous forme d'un éloge 
de l'érudit Bussi, évêque d'Aleria. Cf. Voij. en Italie de M. de La Lande, 
3. éd., Gen., 1790, 1, p. 198 et 458. . 

CoHN (N.). Die Zaraath-Geselze der Bibel nach dem Kitab al-Kafi des Ju- 
suf ibn Salamah. Ein Beitrag zur Pentateuchexegese u. Dogmatik der Sa- 
maritaner. Francfort, Kauflmann, 1899; in-8° de 54 -["^viii p. 

CooK (Stanley- A.)- A glossary of ihe aramic inscriptions. Cambridge, 
Universily Press, 1898 ; in-8" de viii + 127 p. 

CORNiLL (G.-li.). Geschichte des Volkes Israël von den âltesten Zeiten bis 
zur Zerstôrung Jerusalems durcb die Romer. Leipzig, Harrassowilz , 
1899 ; in-80 de 326 p. 

Corpus scriptorum ecclesiasticorum lalinorum, edilum consilio et impensis 
Academiœ Lilterarum Caesarete Vindobonensis. Vol. XXXV'Il. Vienne, 
Tempsky, 1898 ; gr. in-8'' de liv -|- 152 p. (Flavii Josephi opéra ex 
versione latina antiqiia edidit,commentario critico inslruxit, prolegomena 
indicesque addidit Carolus Boysen. Pars VI. De Judaeorum vetustate sive 
contra Apionem libri II). 

Dalman (Gustav). Die Worte Jesu, mit Berùcksichtigung des nachkano- 
niscben jiid- Schriflbums und der aramâischen Sprach. erôrtert. I. Band : 
Einleitung u. wichtige Begriffe. Leipzig, Hinrichs, 1898; gr. in-8'^ de 
VIII + 319 p. 

Voir plus haut, p. 156. 

Dalman (G.)- Messianiscbe Texte aus der nacbkanoniscben Litteralur. 
Leipzig, Hinricbs, 1898 ; in-8*' de 31 p. 

Davies (T.-Witton). Magic, divination, and demonology among the *He- 
brews and their neigbbours. Londres, J. Clarke [1899]; in-8° de xvi -|" 
130 p. 

DuPERRUT (p.). Qu'est-ce que la Bible? Paris, Fiscbbacber, 1899 ; in-S»* 
de 20 p. 

EcKSTEiN (A.-D.). Geschicbte der Juden im ebemaligen Fûrstbistum Bam- 
berg. Bamberg, 1898 ; in-8° de 8 -f 328 p. 

Feilghenfeld (L.). Rabbi Josel von Rosheim. Ein Beitrag zur Gescbicbte 
der Juden in Deutscbland im Reformationszeitalter. Strasbourg, Heitz, 
1898; ln-8«de211 p. 

Frankenberg (W.) Die Sprûcbe, ûbersetzt u. erklârt. Gottingue, Vanden- 
hoeck et Ruprecht, 1898; gr. in-8° de 170 p. (Handkommentar zum 
Alten Testament brsgg. von W. Nowack. II. Abtbeilung, Die poet. 
Bûcber, 3. Bd, 2. Tb.). 

Frankl-Grîjn (A.). Gescbicbte der Juden in Kremsier mit Rûcksicbt auf 
die Nacbbargeraeinden. 2. Tbeil (1848-1898). Francfort, Kauflmann, 1898 ; 
in- 8° de 179 p. 

Fresgo (m.). Histoire des Israélites, depuis le retour de la captivité de Ba- 
bylone jusqu'à nos jours. Constautinople, cbez l'auteur à Galala, [1898] ; 
in-80 de 96 p. 

De sérieux efforts sont poursuivis depuis quelque temps pour introduire, 
dans l'enseignement des écoles primaires israélites, l'histoire du judaïsme 
T. XXXVIII, N'> 76. 19 



290 REVUE DES ETUDES JUIVES 

depuis le retour de l'exil babylonien jusqu'à nos jours. ^Alliance israélite 
universelle, qui entretient des établissements d'instruction publique en 
Orient, a fait entrer dans le programme des éludes cette science qui, en 
dehors de son intérêt propre, peut être un excellent ferment de moralisalion 
et de régénération. Mais dans les pays où Ton parle français, ce dessein se 
heurte à ia pénurie de manuels élémentaires. L'histoire populaire de Graetz 
est trop volumiueuse, celle de M. Théodore Reinach est plutôt un livre de 
lecture et ne se prêle pas à des leçons que l'écolier puisse apprendre par 
cœur. Pour combler celle lacune, deux instituteurs de TAlliance se sont mis 
à l'œuvre, M. Cohen, dont nous avons déjà parlé, et M. Fresco. — Rien 
n'est plus difficile que de condenser en quelques pages la matière de plu- 
sieurs volumes; il l'aut savoir dégager l'essentiel de Taccessoire, rejeter 
délibérément le fatras, et disposer le tout dans un cadre qui n'ait en 
apparence rien d'artificiel. A la vérité, une telle entreprise ne saurait être 
menée à bonne lin que par un historien de profession, dominant tous les 
détails, en possession, sinon d'une philosophie de celte histoire, tout au 
moins du fil conducteur qui permet de s'y mouvoir sans danger. — Autre 
qualité requise : il faut une certaine expérience pédagogique pour trouver la 
forme concise, simple, claire, à la portée du lecteur enfantin. M. Fresco ne 
s'est pas mal tiré de ces diflicultés, et sa petite histoire mérite, en attendant 
mieux, d'être placée entre les mains des écoliers. Comme l'auteur ne man- 
quera pas de procéder bientôt à une nouvelle édition, ce que nous lui souhai- 
tons, nous nous permettrons de lui présenter quelques observations, qu'il 
pourra mettre à profit. Ce qui frappe tout d'abord dans ce livre d'hisloire, 
c'est l'absence presque complète dédales : Simon Macchabée est nomme chef 
des Juifs, Jean Hyrcau lui succède, Pompée arrive en Judée, Hérode monte 
sur le trône, les Romains s'emparent du pays, quand? l'élève est réduit à 
l'ignorer,, il doit lui suffire de savoir que ces divers événements se placent 
entre le ii« siècle et l'an 70, seuls points de repère indiqués. On devine 
les confusions auxquelles donne lieu une pareille imprécision. L'auteur lui- 
même en a été victime. P. 25, par exemple, il s'exprime ainsi : 
• Archélaûs fut exilé par l'empereur (lequel?) et la Judée fut réduite en 
province romaine et administrée par un gouverneur romain. Mais les gou- 
verneurs romains (lesquels ? tous ?) persécutèrent les Israélites, parce que 
ceux-ci ne voulaient pas permettre qu'une statue quelconque, même celle 
de l'empereur (lequel?), fût placée dans le temple de Jérusalem. » Notez 
que justement, pour le fait dont il est ici parlé, le gouverneur [sic] prit, au 
contraire, la défense des Juifs contre l'empereur — Caligula — et que pas 
une seule fois, ni avant, ni anrès ce gouverneur — Pelronius — pareil ordre 
ne fut donné ni par les procurateurs ni par l'empereur. L'auteur aurait eu 
la préoccupation de dater l'événement auquel il pensait, qu'il aurait vu du 
même coup que ce fait ne se produisit qu'en la circonstance — Mais conti- 
nuons : t En Egypte aussi les Israélites enduraient (quand et depuis quelle 
époque?) de pareilles persécutions. Ils y étaient très nombreux et jouissaient 
des mêmes droits que la population grecque. La situation prospère de la 
communauté juive d'Alexandrie excita la jalousie des Grecs, et les persécu- 
tions commencèrent. La foule se précipita un jour (quand?) dans le quartier 
des Juifs, pillant leurs biens et les massacrant. En môme temps le gouverneur 
de l'Egypte leur défendit de suivre leur religion sous peine de mort (? — pure 
imagination de l'auteur). Alors les Israélites envoyèrent à Home auprès de 
l'empereur (lequel?) trois députés pour le supplier de (aire cesser ces persé- 
cutions. » Qui s'aviserait, à moins d'être prévenu, qu'il est ici question du 
même fait que plus haut : de l'ordre donné par Caligula de l'adorer comme 
un dieu, et que tout ce paragraphe se rapporte à un seul et même épisode? 
Une date et un nom propre eussent suffi pour débrouiller ce chaos. — Même 
dédain pour les noms propres. On a déjà vu dans les passages que nous 
venons de citer la manière de l'auteur : « un gouverneur ». « un empereur », 
alors qu'il eût été si simple d'ajouter: Petronius, Caligula. Nous pourrions 
en fournir d'autres exemples à foison. Celte suppression des noms propres 



BIBLIOGRAPHIE 291 

est-elle inspirée par des considérations pédagogiques ? Il nous semble, au 
contraire, que les noms propres tout oitice de patères auxquels s'accroche 
lacilement la mémoire. — Défaut plus frrave : rarement le récit est éclairé 
par la moindre observation qui en précise la sifrnification. L'auteur trouve 
utile d'accumuler au hasard des détails insif^nilianls sur la révolte des 
Macchabées, d'apprendre à l'élève, par exemple, que Juda vainquit tour à 
tour les Iduméens, les Ammonites, les Philistins; mais il oublie de déter- 
miner le caractère de cette insurrection, de telle sorte que l'écolier ne saura 
jamais que la révolte a été motivée par la persécution religieuse et que les 
combattants ont lutté pour reconquérir la liberté de leur culte. — Puisque 
nous sommes eu veine de conseils, nous inviterons M. F. à se défier de 
l'exagération. « Les livres de Josèphe sont, nous dit-il, écrits en grec dans un 
style clair et élégant. • Les hellénistes n'en sont pas si sûrs. • Les Juifs de 
France habitaient les campagnes et vivaient du produit des champs et des 
vignes qu'ils cultivaient. • Nous savons d'où M. F. a tiré ce renseignement; 
seulement, l'auteur dont il s'inspire n'a pas présenté cette conjecture sous 
cette forme tranchante, et si l'hypothèse peut se défendre, c'est pour certains 
siècles. Même procédé quand l'auteur parle de Philippe Auguste (ici, au 
moins, une date : xiii« sièele^ seulement les faits visés par notre historien 
ont eu lieu au xii» siècle) : « Quelques années plus tard, Pnilippe Auyuste leur 
permit de revenir dans ses Etals et quand ils acquirent quelques biens, le roi 
les expulsa de nouveau (?). Il traitait les Juits comme des éponges qu'il fallait 
laisser gonfler pendant quelques années pour les exprimer ensuite au profit 
du trésor. » M. F. a appliqué à un seul et même roi l'image dont M. Théo- 
dore Heinach ne s'est servi que pour représenter la politique r/é^nfrale des 
rois et seigneurs français. En fait, justement Philippe Auguste est celui 
qui a donné à l'établissement des Juiis et à leurs opérations commerciales 
une sanction légale. — Nous pourrions multiplier ces critiques; celles que 
nous avons exposées montreront à lauleur qu'il lui reste à perfectionner son 
œuvre pour la rendre plus utile encore. 

Freudentha-l (J.)- Die Lebensgeschichte Spinoza's inQiiellenschriften, Ur- 
kunden u. nichtamtlichen Nachrichten. Leipzig, Veit, 1898; gr. in-8" 
de XVI + 304 p. 

Frey (J.). Tôt, Seelenglaube u. Seeleukult im Alten Israël. Eine religions- 
geschichtl. Untersuchung. Leipzig, Deichert, 1898; gr. in-8'^ de vni -|~ 
244 p. 

Friedlaender (m.). Der vorchristliche jûdische Gnosticismus. Gottingue, 
Vandenhoeck et Ruprecht, 1898 ; in-S» de x -f- 123 p. 

Fromer (J.)- Maimonides Gommentar zum Tractât Middoth. Breslau, 1898; 
in-8» de xv + 31 p. 

Gall (a. von). Die altisraelitischen Kultstàtten. Giessen, Ricker, 1898; 
iii-8'^ de VIII + 160 p. (III. Beihefte zur Zeitschrift fur die alttestament- 
liche Wissenschaft) . 

Gesellschaft fiir Sammlung u. Conservirung von kunst-und-historischen 
Denkmâlern des Judeathums. Zweiter Jahresbericht, 1897. Mit dem wis- 
senschafll. Beitrage • Das Judenthum u. die bildenden Kiinste, von Ober- 
Rabbiner D'" Moritz Gùdemann. Vienne, à la société, 1898 ; in-8° de 
69 p. 

GiBSON (E.-C.-S.). The book of Job. Londres, Methuen, 1899 ; in-S» 
de 266 p. 

GoLDSCHMiDT (Lazarus). Der Traktat Sukkah, iibersetzt nach der ersten 
zensurfreien Ausgabe (Venedig 1520-23), mit Beriicksichtigung der neue- 



292 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ren Ausgaben, nebst kurzen Erkiârungen. Berlin, Calvary, 1898; in-4° 
de 216 col. (Der babylonische Talmud, III. Band, 1. Lieferung). 

GoTTHEiL (Gustav). Sun and shield. A book of devout thoughts for every- 
day use. New-York, Brenlano, sans date ; in-12 de xx -p- 466 p. 

GuNNiNG. Jesaja xl-lxi. Rotterdam, Bredie', 1898 ; gr. in-8° de 56 p. 

Guy-Valvor (Pseudonyme?). Les Israélites et le judaïsme en Occident. 
Paris, impr. H. Bouillant, 1898 ; in-18o de 85 p. 

Eq somme, malgré des erreurs, très boa coup d'oeil sur l'histoire des Juifs 
en Occident. 

Hartung (K.). Der Prophet Amos nacb dem Grundtexte erklàrt. Fribourg- 
en-Brisgau, Herder, 1898; gr. in-8<* de vu -}- 169 p. (Biblische Studien 
hrsgg. von 0. Bardenhewer. 3. Bd, 4. Heft). 

Henry (A.-B.). Les difficulte's critiques et historiques du livre de Daniel 
(thèse). Gahors, impr. Coueslant, 1898; in-8'* de 178 p. 

Herkenne (h.). De veteris latinae Ecclesiastici capitibus i-xliii. Una cum 
nolis ex eiusdem libri translationibus iethiopica, armeniaca, copticis, 
latina altéra, syro-hexaplari depromptis. Leipzig, Ilinricbs, 1899; in-8o de 
VI +268 p. 

HiRSGH (Samson-Raphael). The nineteen letters of Ben Uziel, being a spiri- 
tual présentation of the principles of Judaism. translated by Bernard 
Drachman. New- York, Funk et Wagnalls, 1899 ; in-8<* de xxxvii -f- 
222 p. 

HoGART (J). La question juive. Cinq conférences, avec un appendice sur 
la charité juive. Paris, Fischbacher, 1899; in-8** de 242 p. 

Holzhey(C.). Das Buch der Kônige (Reg. III. IV.). Untersuchung seiner 
Bestandteile u. seines litterarischen u. geschichtlichen Charakters. Mu- 
nich, Lentner, 1899; in-8° de 63 p. 

Holzinger (h.). Genesis. Fribourg-en-Brisgau , 1898; in-8'' de xxx -+- 
278 p. (Kurzer Handkommentar zum Alten Testament, hrsgg. von Karl 
Marti. Abtheilung I). 

HuHN (E.). Die messianischen Weissagungen des israelitisch-jiidischen 
Volkes bis zu den Targumim, historisch-kritisch untersuchtu. erlàutert, 
nebst Erôrterung der alttestamentl. Citate u. Reminiszenzen im Neuen 
Testamente. I. Theil : Die messianischen Weissagungen des israelilisch- 
jùd. Volkes. Fribourg-en-Brisgau, Mohr, 1899; gr. in-8° de xiv-|- 165 p. 

Hummelauer (F. von). Das vormosaische Priesterthum in Israël. Verglei- 
chende Studie zu Exodus u. I Chron. 2-8. Fribourg-en-Brisgau, Herder, 
1899; in-80 de vii+ 106 p. 

Jahresbericht (V.) der israelitisch-theolog. Lehranstalt in Wien fur das 
Schuljabr 1897-1898. Voran gebt : Strophenbau u. Responsion. Neue 
Beitrage von D. H. Millier. Vienne, Israël. -theolog. Lehranstalt, 1898 ; 
in-8' de 109 p. 

Jahres-Berichl des jud. -theolog. Seminars Fraenckerscher Sliftung. Voran 
geht : Interprétation des II. Abschnittos des palâst. Talmud-Traktats 
Nesikin, Heft IL, von J. Lewy (en hébreu). Breslau, impr. Schalzky, 
1899 ; in-8° de p. 45-61 + 12 p. 



BIBLIOGRAPHIE 293 

Jahresbericht dor Landes-Rabbinerschule in Budapest fur das Schuijahr 
1897-08. Voran |zebt : Das altjùdische Zauberwesen von Prof. D' Ludwig 
Blau. Budapest, 1899; in-8« de viii + 168 -f- 32 p. 

Il y a plaisir à prendre M. B. ponr cicérone dans l'exploration du Talmud, 
il en connaît admirablement les détours. Si, en roule, on est tenté de discuter 
ses explications, on n'en admire pas moins l'étendue de son savoir. Dès que 
nous en aurons le loisir, nous reprendrons en détail, en le suivant pas a pas, 
l'élude des nombreuses questions qu'il a abordées en ce volume et qui sont 
à Tordre du jour depuis qu'on étudie le Talmud, non plus seulement pour 
l'édification et la jurisprudence, mais comme un document humain d'une 
époque ancienne où les sentiments populaires étaient à fleur de terre. 

Journal of the American oriental Society éd. by George F. Moore. Nine- 
tenth vol., second half. New Haven (Connecticut), the American oriental 
Society, 1898; in-8° de 200 p. — Twentieth volume, first half. 1899; 
in-8° de 208 p. 

Dans le premier de ces volumes, seul intéresse nos études l'article de 
M. George F. Moore sur Schamgar et Sisera. Dans le second nous relevons 
ceux de : 1" MM. Morris Jastrow Jr., Dust earth and ashes as symbols of 
mourning among the ancient Hebrews ; — Charles C. Torrey, The site of 
Bethulia; — W. Scott Watson, A samaritan ms. of the hebrew Pentateuch 
written in A. H. 35. 

Kahle (p.). Texlkritische und lexikalische Bemerkungen zum Samarita- 
nischen Pentateuchtargum. Leipzig, Harrassowitz, 1898 ; in-8° de 58 p. 

Kahn (Léon). Les Juifs de Paris pendant la Révolution. Paris, Ollendorfif, 
1899 ; gr. in-8o de 369 p. 

M. Léon Kahn avait déjà mérité notre reconnaissance pour ses excellents 
travaux sur la communauté Israélite de Paris; il a trouvé le moyen de se 
surpasser. Le présent volume que nous annonçons est une œuvre de premier 
ordre, dont la lecture s'impose non seulement à tous les Israélites, mais aux 
historiens de la France et malheureusement aux savants qui étudieront plus 
tard les maladies psychologiques des peuples. M. L. K. s'est attaqué à 
l'époque la plus importante de l'histoire du Judaïsme, celle qui a décidé de 
ses destinées futures, la Révolution française. Comment a été obtenue cette 
reconnaissance des droits civiques des Juifs dans notre pays, chacun croyait 
le savoir pour avoir lu le Moniteur officiel, les factums de l'abbé Grégoire, 
de Michel Béer, et quelques autres écrits de circonstance. Mais quelles 
étaient les résistances qu'il fallut vaincre pour atteindre à ce résultat, quelle 
était l'opinion des différents partis, quels eflorts durent déployer les hommes 
courageux et libéraux qui défendirent alors la cause de la justice, c'est ce 
qu''on ne savait que très imparfaitement, car, pour s'en rendre compte, il 
aurait fallu s'enfoncer dans la lecture des innombrables journaux et pamphlets 
qui parurent dans cette période troublée. 11 fallait plus encore, et c'est ce 
que Taine lui-même n'a pas sulûsamment compris, il fallait faire la critique 
de ces représentants de l'opinion, déterminer la valeur de» témoignages. 
C'est ce travail qu'a accompli M. L. K. au prix des plus pénibles recherches 
et des plus fatigantes lectures. Le succès a couronné ses etl'orts ; il se 
manifeste dans la confiance qu'inspirent immédiatement la rigueur et la 
sûreté de ses informations, la fermeté et la précision de ses jugements. Le 
style même de l'auteur ajoute à l'intérêt du récit ; la vivacité, le trait, la 
fine raillerie, l'absence de considérations prétentieuses, font lire comme un 
roman ces pages qui deviendraient si facilement arides. Les trouvailles faites 
par M. L. K. ne se comptent pas, les curiosités foisonnent, les chapitres 
d'une piquante originalité abondent; mais ce qui, à nos yeux constitue 
l'intérêt essentiel de ce volume, c'est le tableau de l'opposition des partis à 
la mesure réclamée par les esprits libéraux du temps. Il faut lire tous les 



294 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

moyens auxquels recoururent les « rétrogrades », les calomnies infâmes ou 
grotesques lancées par certains organes de la presse contre les « judaisants • 
d'alors, les vilenies débitées sur le compte de ceux qu'on baptisait • rabbins », 
€ juifs » uniquement parce qu'ils avaient la hardiesse de s'élever au-dessus 
des passions savamment entretenues. On croirait entendre les clabauderies 
qui retentissent aujourd'hui à nos oreilles et qui, il faut le noter, sortent 
toujours des mêmes rangs. Mais nous ne voudrions pas déflorer l'article 
qu'un de nos collaborateurs nous a promis sur l'ouvrage de M, L. K. Nous 
tenions seulement à amorcer la curiosité de nos lecteurs et à leur 
recommander cette oeuvre remarquable qui doit figurer dans toutes les 
bibliothèques et être méditée par ceux qui ont le souci de la cause de la 
liberté et de la justice. 

Kennedy (J.l. Studles in hebrew synonymes. Londres, Williams et Norgate, 
1898; in-80 de xi + 143 p. 

KiRCHHOFF (A.). Palâstinakunde zur Erlàuterung der bibl. Geschichte. 
Halle, Buchhandlung d. Waisenhauses, 1898 ; gr. in-8'' de 44 p. 

KiTTEL (R.). Zur Théologie des Alten Testaments. I. Das Alte Testament 
u. d. heutige Théologie. — II. Jesaja 53 u. der leidende Messias im Alten 
Testament). Leipzig, Hinrichs, 1898 ; gr. in-8° de 31 p. 

KoESTSVELD (C.-E. van). Dîe Frau in der BibeL Trad- du hollandais par 
Kohlschmidt. Leipzig, Laasa, 1898; in-8o de 334 p. 

KoHUT (A.). Geschichte der deutschen Juden. Ein Hausbuch fur die jù- 
dische Famille (In 10 Lifer.). I. Lifer. (p. 1-84). Berlin, Deutscher Verlag, 
1898; in-8«. 

KôNiG (Ed.). The Exiles' book of consolation contained in Isaiah xl-lxvi, 
translated from the german by Rev J. A. Selbie. Edimbourg, Clark, 1899; 
in-8« de viii + 218 p. 

Krengel (J.). Das Ilausgerât in der Misnah. I. Theil. Francfort, Kauflf- 
mann, 1899 ; gr. in-8° de 68 p. 

Kroner (Th.). Geschichte der Juden von Esra bis zur Jetztzeit fiir Volks- 
schulen u. hôhere Lehranstalten. Francfort, Kaufifmann, 1898 ; in-8° de 
VIII + 151 p. 

LA.MBERT (Eliézer). La solidarité' sociale d'après la morale juive. Conférence. 
Paris, impr. Alcan Lévy, 1899 ; in-8'^ de 20 p. 

Landaq (S.-R.). Unter jûdischen Proletariern. Vienne, Rosner, 1898 ; in-8<> 
de 89 p. 

Laudowigz (F.). De doctrinis ad animarum praeexistentiam atque metem- 
psychosin spectanlibus, quatenus in Judysorum et Christianorum theo- 
logiam vim quandam exercuerint quiestiones. Leipzig, Fock, 1899; in-8° 
de 73 p. 

Lazarus (M.). Die Elhik des Judenthums. Francfort, J. Kauffmann, 1898; 
gr. in-8° de xxv -j- 470 p. 

Un des meilleurs et plus profonds essais auxquels ait donné lieu la mo- 
rale juive. Nous espérons qu'un de nos collaboiateurs en rendra longuement 
compte, dans un prochain numéro. 

Lazarus (N-R.). Das jvidische Haus. I. Bd. Berlin, Duncker, 1898 ; in-8<» 
V + 322 p. 



BIBLIOGRAPHIE 29S 

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Sermon. Lyon, impr. Schneider, 1899; in-B** de 18 p. 

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lacher, 1898; in-12 de 165 p. 

LiÉNARD (J.-L.). La religion des patriarches. Étude d'histoire et de Ihe'o- 
logie bibliques. Cahors, impr. Coueslant, 1899; in-8° de 87 p. 

Lippe (Cli.-D). Bibliographisches Lexicon der ficsammten jûdischen u. 
theologisch-rahbiniscben Literatur der Gegenwart mit Einschluss der 
Schriften ûber Juden u. Judenlhum. Zehnjâriger rosp. 10 jâhriger Bûcher 
- u. Zeitschriften - Catalog (1881 bis 1899) neu erschienener und neu 
aufgelegter altérer Bûcher, mit besondere Berûcksichtigung aller eins- 
chlàg. Publicationen u. Bûcher nichtjùd. Autoren. Neue Série : I. Bd. 
Vienne, Ch. D. Lippe, 1899; gr. in-8° de xxxii -[-496 p. 

LONARDO (P. -M.). Gli Ebrei a Benevento. Con documenti inediti. Béné- 
vent, impr. Alessandro, 1899; iu-8"de32p. 

LoRRiAux (R.l. Laprièredans le Pentateuque (thèse). Cahors, impr. Coues- 
lant, 1898; in-8o de 48 p. 

Lucas (A.). The jewish year. A collection ol" devotional poems for sabbats 
and holidays throughout Ihe year. Translated and composed. Londres et 
New- York, Macmillan, 1898 ; in-B» de xix -|- 187 p. 

LuEKEN (W.). Michael. Eine Darstellung u. Vergleichung der jûd. u. der 
morgenland.-christl. Tradition vom Erzengel Michael. Mit Sachregister, 
Register der bibl. u. Register der ausserbibl. Citate. Gottingue, Van- 
denhoeck et Ruprecht, 1898 ; gr. in-8° de x + 186 p. 

Mader (J.). Kompendium der bibl. Hermeneutik. Paderborn, Schôningh, 
1898; in 8° de vu + 80 p. 

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Epstein, 1898; in-B» de 51 p. 

Matheson (GO- The Bible définition of religion. Londres, Clarke, 1898; 
in-80 de 86 p. 

Meinhold (J.). Die Jesajaerzahlungen .Tesaja 36-39. Eine historisch-kri- 
tische Untersuchung. Gottingue, Vandenhoeck e'. Ruprecht, 1898 ; gr. 
in-8°del04 p. 

Meinhold (J.). Jesaja u. seine Zeit. Fribourg-en-Brisgau, Mohr, 1898; in-8° 
de 46 p. 

Meiss (Honel.) Discours prononce' au temple Israélite de Nice le l""jour 
de Pâque. Nice, impr. Malvano, 1898; in-8" de 24 p. 

Méritan(J.). La version grecque des livres de Samuel, précédée d'une in- 
troduction sur la critique textuelle. Paris, Maisonneuve, 1898 ; in-16 de 

XI -f 252 p. 

Michelet (S.). Israels Propheten als Tràger der Ofifonbarung. Vortrag 
(trad. du norvégien). Fribourg-en-Brisgau, 1898 ; gr. in-8^ de 40 p. 

Mitteilungen der Gesellschaft fur jûdische Volkskunde, hrsgg, von M. Grun- 
wald. Heft II., mit einem Anhang : Die Sammlung jûdischer Kultgerâte 



296 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

im hamburgischen Muséum... von J. Brinckmatin. Hambourg, à la So- 
ciété, 1898 ; in-8^ de 89 p. — HeftIII, 1898; in-8° de 90 p. 

MoNNiN (J.)' I^a jeunesse du roi David. Étude des chapitres I Sam., xvi 
à II Sam., I (thèse). Paris, impr. des ouvriers sourds-muets, 1898; in-8* 
de 94 p. 

MoNTEFiORE (C.-G.)- Some introductory remarks on the book of Psalms. 
A lecture delivered at Bradford, october 23'"<^ 1898, S. 1. ni d. impr. 
Women's Printing Society ; 36 p. 

MONTEFiORE (G. -G.). The Bible for home reading, éd. with comments and 
reflections for the use of jewish parents and children. Second part con- 
taining sélections from the wisdom literalure, the Prophets and the Psal- 
ler together with extracts from the Apocrypha. Londres, Macmillan, 
1899 ; in-8« de xxvri + 799 p. 

MORPURGO (G.). Il libro Koheleth. Padoue, 1898 ; in-8o do 59 p. 

MiJLLER (D.-H.)- Strophenbau u. Responsion. Voir Jahresbericht {V.)der Is- 
raël. -theol. Lehranstalt. 

MiiLLER (D. H.) et Schlosser (J. von). Die Haggadah von Sarajevo, eine 
spanisch-jûdische Bilderhandschrifl des Mittelalters. Nebst einem An- 
hange von Prof. D*" David Kaufmann. Mit einem Frontispiz in Chromo- 
lypie, 38 Lichtdrucktafeln, 18 Textabbildungen u. einem Allas von 35 
Tafeln. Vienne, Hœlder, 1898; 2 vol. in-4°. Textband : iv + 316 p. ; 
Tafelband, 35 p. 

C'est, on peut raffirmer, la plus belle œuvre artistique consacrée jusqu'ici 
au moyen âge juif. Nous en parlerons plus longuement dans un prochain 
numéro. Signalons, dès à présent, l'excellent compte rendu qu'en a publié 
notre cher collaborateur M. Harlwig Derenbourg dans le Journal des Savants 
(1898). 

MiJLLER (S.). Ueberblick ûber die bibl. u. nachbibl. jiid. Geschichte fur 
d. Oberstufe. Strasbourg, Melzler, 1898 ; in-8" de 52 p. 

Nacht (Albert). Einst u. jetzt in der jiid. Wissenschaft. Francfort, Kauf- 
mann, 1899 ; in-8° de 83 p. 

Charge à fond de train contre M. A. Epstein, coupable d'avoir critiqué 
{Bévue, XXXVI, 222) la méthode et les conclusions de M. Halévy dans son 
œuvre t colossale » Dorot Harischonim. 

Neile (Th. W.). Readings from the Pentateuch. Vol. 2. Exodus. Londres, 
Bemrose, 1898 ; in-S» de 398 p. 

NovATiANi Epistula de cibis iudaicis, hrsgg- von G- Landgraf u- C. Wey- 
man. Leipzig, Teubner, 1898; in-8» de p. 221-249- 

Oettli (s.). Das KÔnigsideal des Alten Testaments. Greifswald, J. Abel, 
1899; gr. in-8« de 26 p. 

Passigli (Dott. Ugo). Le levatrici e Tarte ostetrica nei tempi biblici. Bo- 
logne, impr. Gamberini et Parmeggiani, 1898; in-8° de 26 p. (Extr. dal 
Bollettino délia Societa Bologneso délie Levatrici). 

Passigli (Dott. Ugo). Un' antica pagina d' igiene alimenlare. Florence, 
typogr. deir Anuunzio, 1896 ; in-8*' de 82 p. 

Passigli (Dott. Ugo). An po' d'igiene del passato. La nettezza del corpo e 



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17 p. (Estr. dal Raccoglitore medico, série VI, vol. II, n" 0). 

Passigli (Doit. Ugo). Dermosifilopatia biblica. Le malattie vénerie presse 
gli Ebrei. Milan, Tamborini, 1898 ; in-8° de 17 p. (Estr, del Bolleltino 
délia Poliambulanza di Milano). 

Passigli (Doit. Ugo). L'allatlamento. Saggio di pediatria biblica. Bologne, 
impr. Gamberini et Parmeggiani, 1898 ; in-8° de 21 p. (Estr. dal Bollel- 
tino délia Sociela Bolognese dolle Levatricij. 

Passigli (Doit. Ugo). La prostituzione e le psicopatie sessuali presse gli 
Ebrei air epoca biblica. Milan, Tamborini, 1898 ; in-8° de 24 p. (Estratto 
dal BoUettiuo clinico- scieniifico délia Poliambulanza di Milano). 

Passigli (Doit. Ugo\ Le cognizioni ostetrico-ginecologiche degli anlichi 
Ebrei. Bologne, impr. Gamberini et Parmeggiani, 1898; in-8" de 32 p. 
(Estr. dal BoUettino délia Societa Bolognese délie Levatrici). 

Passigli (D*" Ugo). La donna ebrea. Trieste, typogr. Morterra, 1899; in-8<* 
de 18 p. (Extrait du Corriere israelitica, xxxvii). 

Pavly (Jean de). Manuel du me'nage israelite. Lois fondamentales de la re- 
ligion juive, coordonnées et traduites pour la première fois sur les origi- 
naux rabbiniques, en collaboration avec M\J. les grands-rabbins Salem 
Sopher de Cracovie et Hayim- Joseph Haghiz de Smyrne. Orle'ans, Her- 
luison, 1899 ; in-8o de xiii + 92 p. 

Mélange étrange de divagations cabbalistiques, de règles de casuistique 
et de réclames en faveur du savon du Congo, des pastilles Géraudel, etc. 

Pavly (Jean de), ^liy "jnblD. Rituel du Judaïsme, traduit pour la pre- 
mière fois sur l'original chaldéo-rabbinique et accompagné des noies et 
remarques de tous [sic) les commentateurs, avec le concours de M. A. 
Neviasky. T. III. Orléans, impr. G. Michau, 1898; in-8° de 144 p. — 
T. IV, ibid. , 1899 ; in-8« de 95 p. 

Peritz (I.-J.). Woman in the ancient hebrew cuil. In-8° de iv -f- p. 111- 
148 (Reprinted from Journal of biblical literature, 1898, part II.)- 

Petersen (J.). Cherubim. Kurze Zusammenstellung der wichtigsten An- 
sichten u. Eiklârungen seit Luther. Giittersloh, Bertelsmann, 1898; gr. 
in-80 de 48 p. 

Piepenbring (g.). Histoire du peuple d'Israël. Paris, Grassart, 1898 ; gr. 
in-80 de iv + 730 p. 

C'est, croyons-nous, le premier essai de ce genre qu'ait à enregistrer la 
littérature française. L^Histoire du petiple d'Israël de Henan est destinée au 
grand public ; c'est une histoire suivie, où l'art a une place prépondérante. 
L'œuvre de M. P. est plutôt un manuel. Le lecteur qui n'a pas le temps de 
parcourir l'effrayante bibliothèque à'Einleitung, d'Introductions à TAncien 
Testament, qui s'est formée depuis un siècle, trouvera ici les dernières hypo- 
thèses de la critique biblique. L'histoire politique, sociale, religieuse et lit- 
téraire des Israélites y est suivie depuis ses origines jusqu'aux approches de 
l'ère chrétienne; au récit se mêle la discussion; là se montre la personualité 
de l'auteur, qui appartient à l'aile droite de l'extrême gauche de l'école critique. 

RaboissOn. Judith, la ve'racite' du livre de ce nom devant les documents 
cunéiformes et les Histoires d'Hérodote. Rome, typ. Polyglotta, 1899 ; 
in-8ode396p. 



298 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Rahmer (Moritz). Die hebrâischen Traditionen in den Werken des Hiero- 
nymus, mit den jiidischen Quellen verglichen u. kritisch beleuchtet. 
2. Theil : Commentarii in xii prophetas. Heft II. Joël. Berlin, Calvary, 
1898; in-8« de 18 p. 

Rasmussen-Lendegaard (N.). Profanhistorien i Daniel. Copenhague, Mad- 
sen, 1898 ; in-8« de 84 p. 

RAMriGz (M.). Der Traktat Kethubolh unter steter Beriicksichtigung der 
franzôs. Uebersetzung von Rabbinowicz, iibertragt u. kommentirt. I. Th. 
Francfort, J. KauËfmann, 1898; in-8'^ de xviii -}- 261 p. (va jusqu'au 
fo 54 b). 

Regeffe (A.). La secte des Esse'nfens. Essai critique sur son organisation, 
sa doctrine, son origine (thèse). Lyon, impr. Vitte, 1898 ; in-8*' de 104 p. 

Regesty i nadpissi. Svod materialov dlia islorii Evreev v Rossii (Regestes 
de l'histoire des Juifs en Russie). Saiul-Pétersbourg, A. Rabinovitch, 
1896-1898; gr. in-S» de p. 1-334. 

Riedei. (W.). Die Auslegung des Hohenliedes in der jiid. Gemeinde u. der 
griech- Kirche. Leipzig, Deichert, 1898 ; in-8° de 120 p. 

Riessler (p.). Das Buch Daniel. Textkritische Untersuchung. Stuttgart, 
Roth, 1899 ; in-8° de viii + 56 p. 

RoBERTSON (J.). The poetry and the religion of Ihe Psalms- Londres, Black- 
wood, 1898; in-8» de 376 p. 

Roi (j. de le). Isaak da Costa, der hollândische Christ u, Dichter aus 
Israël. Leipzig, Hinrichs, 1899 ; in-8'^ de 42 p. (Schriften des Institutum 
judaicum in Berlin, n» 26). 

RoDKiNSON (M.-L.). New édition of the babylonian Talmud. Original text 
ediled, corrected, formulated and translated into English. Section Moed 
(Festival), tracts Yomah and Hagiga. Volume VI. New-York, New Tal- 
mud publishing Compagny [1899] ; gr. in-8° de xx -|- 147 -\- iv -|- 54 p. 
(sans le texte original). 

RosENBERG (J-)- TT^UÎTOn Hcbrâische Conversations -Grammatik. Kurzge- 
fasstes theoretisch-praktisches Lehrbuch der modernen hebrâischen Con- 
versations-und-Schriftsprache, mit chronologisch u. geographisch geord- 
neten Schriftproben u. einem Abriss der hebr. Sténographie. Vienne, 
A. Hartleben [1898] ; in-8° de viii+ 184 p. 

RoSENFELD (Morris). Songs from the Ghetto, with prose translation, glos- 
sary and introduction by Léo Wiener. Boston, Copeland et Day, 1898 ; 
in-8^dell5p. 

M. Rosenfeld a accompli ce tour de force de plier le jargon judéo-polonais 
aux lois de la versiticaiion allemande. Ses poésies louchent et émeuvent; 
elles atieignent parfois presque au génie. En tout cas, elles font entendre 
une note nouvelle, saisissante et puissante. M. Léo Wiener, qui les a tra- 
duites en anglais, met à même tous les lecteurs de comprendre certains 
termes du jargon judéo-polonais qui émaillent ces vers étranges d'une beauté 
si mâle. 

RUPPRECHT (Ed.). Wissensrhattliches Handbuch der Einleitung in das Alte 
Testament. Gûtersloh, Bertelsmann, 1898; in-8° de xxiii -j- 548 p. 



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Drittc Auflage. II-III Bd. Leipzig, J. G. Hinrichs, 1898 ; 2 vol, in-8o 
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Paris, Durlacher, 1899; gr. in-8*' (extrait du volume des mémoires pre'- 
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ûber Hosea 1-3. Leipzig, Dieterich, 1898 ; in-8^ de 44 p. 

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Vandenhoeck et Ruprecht, 1898 ; in-8° de 126 p. (Handkommentar zum 
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Stein (Salomon). Geschichte der Juden in Schweinfurt. Zwei Vortrâge. 
Francfort, Kaufifmann, 1899; in-S^ de 56 p. 

Stolz (Joseph) Funeral agenda. Chicago, [1898] ; in-S*' de 23 p. Tirage 
à part. 

Strack (Hermann-L.). Die Sprùche Salomos ùbersetzt und ausgelegt. 
Zweite, teilweise neubearbeitete Auflage, Munich, 1899; in-8° de 104 p. 

Ce volume fait partie du Commentaire sur l'AucieD et le Nouveau Testa- 



300 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ment, publié sous la direction de Strack et Zôckler. Il contient une Iraduo- 
lion des Proverbes, précédée d'une introduction critique, et accompagnée 
d'un commentaire qui consiste en notes placées sous la traduction. En outre, 
chaque morceau est suivi d'une analyse qui en indique le sens frénéral et 
fixe la valeur des termes principaux qui y sont employés. On sait que les 
tendances du manuel de Strack et Zôckler tiennent le milieu entre les idées 
orthodoxes et celles de l'école critique. La disposition de la traduction et 
du commentaire nous paraît très pratique pour un ouvrage destiné à l'en- 
seignement de la Bible. Les notes sont substantielles et précises. La littéra- 
ture sur les Proverbes est fournie très complètement. Enfin chaque rolume 
est d'un prix très modéré. Les Proverbes ne coûtent que 3 francs. Quand 
aurons-nous en français des ouvrages de ce genre ? — M. L. 

Streane [A -W.',. Ageof the Maccabees, with spécial référence to religions 
literature of the period. Londres, Eyre, 1898: in-8<* de 290. 

Taylor (Charles). Sayings of the jewish Fathers comprising Pirqe Aboth 
in hebrew and english, with notes and excursuses. Second édition with 
additional notes and a Cairo fragment of Aquila's version of the Old Tes- 
tament. Cambridge, University Press, 1897 ; in-8° de viii -f- 2 héliogra- 
vures 4- 192 + 51 p. (Titre hébreu, DblJrî m3N "^-lai). 

Ce commentaire témoigne de sérieux efTorts; le texte est éclairé souvent 
par des rapprocheioetils inslru<îtifs; comme de juste, c'est la partie que j'ap- 
pellerai théologique qui intéresse le plus l'auteur, et la comparaison qu'il 
institue entre certaines pensées ou expressions du Pirké Abot et les 
Evangiles et les épîtres du Nouveau Testament est très instructive. Il 
manque à M. T. la connaissance des beaux travaux d'Hoffmann sur ce 
traité; il accepte peut-être avec trop de complaisance les données tradi- 
tionnelles. Mais, somme toute, l'ouvrage est digne d'éloges. 

TORREY (R.-A.l. What the Bible tcachcs : a thorough and comprehensive 
study of ail the Bible has to say concerning the great doctrines of which 
it treats. New-York et Chicago, Réveil, 1898 ; in-8° de 539 p. 

Transactions of the jewish historical Society of England. Vol. III. 1896-8. 
Londres, 1899 ; gr. in-8° de ii -h 235 p. 

Table des matières : H. Adler, A survey of anglo-jewish history. — 
Frank Haes, Moyse Ilall. hury St-Edmunds, whence its name — what it was 

— what il was not — Hermann GoUancz, A furiher paper on Moyse's 
Hall. — Report of the sub-commitee on Moyi:e''s Hall. — S. Singer, Early 
translations and translalors of the jewish liturgy in England. — Richard 
Garnett, Address. — Lucien Wolf, American éléments in the re-setllement. 

— Frederick Harrison, CromwelPs Toleration. — David Kaufmann, Rabbi 
Zevi Ashkenazi and bis family in London. — Joseph Jacobs, The typical 
character of anglo-jewish history. — Lucien Wolf, Menasseh ben Israel's 
stuJy in London. — S. Levy, Bishop Bariow on the « Case of the Jews ». 

— J. Jacobs, Aaron , of Lincoln. — Frank Haes, Lincoln, 1898. — 
C. Tryce Martin, Documents relaUng to the history of the Jews in the thir- 
teenth ccntury. 

Wallace (E.-S.). Jérusalem Ihe Holy : a brief history of ancient Jérusa- 
lem, with an account of the modem city and its conditions, political, 
religious and social. New-York et Chicago, Réveil. 1898; in-8° de 259 p. 
(Avec illustrât, et cartes). 

Weichmann (F.). Das Schiichten. Mit einem Vorwort von H.-L. Strack. 
Leipzig, Hinrichs, 1899: in 8" de 48 p. (Schriften des Institutum judai- 
cum zu Berlin, n^ 25). 



BIBLIOGRAPHIE 301 

Excellent exposé, populaire et scientifique tout à la fois, de la queslioa 
soulevée en Allemagne au sujet de 1 abatage des animaux d'après le rite 
juif. L^auteur examine d'abord en quoi consiste ce rite, s'il est fondé dans la 
Bible, s'il a pour les Israéliics un caractère obligaloire ; puis il passe en re- 
vue les attaques dirigées contre ce procédé, les motifs invoqués pour le 
prohiber, les raisons alléguées pour le maintenir; à ce propos il résume les 
principales Consultations de savants qui protestent contre l'accusation de 
cruauté portée contre ce mode d'abatage et il termine, comme il avait com- 
mencé, par un appel à la tolérance. Si c'est au Lom de l'hygiène ou d'une 
soi-disante sentimentalité qu'on s'insurge contre une pratique investie d'un 
caractère religieux par ceux qui l'observent, quel est le culte qui sera a 
l'abri de semblables entreprises? — La préface de M. Herm.-L. Strack est 
telle qu'on pouvait l'attendre du courageux et savant auteur de tant de tra- 
vaux relatifs au judaïsme rabbinique ; Der Blutaberglaube in der Alenschheit, 
Blutmorde u. Blutritus^ Die Judtn dilrfen sie Verbrecher von Religionswegen 
genannt loerden? 

"Wiener (Léo). The history of yiddish literalure in the nineleenth century. 
New-York, Scnbner's sons, 1899; in-8° de xv -}- 402 p. 

M. Léo "Wiener, qui est professeur de langues slaves à New-York, s'est 
consacré à l'étude de la liiléralure judéo-slave. Personne ne l'avait fait 
jusqu'ici avec tant de soin et une telle compétence. Il faut l'en reniercier, 
car il fait connaître au grand public des œuvres qui autrement resteraient 
ignorées de lui et qui accusent des qualités peu communes. Cette littérature 
des Juifs de Russie, qui embrasse lous les genres: poésie, nouvelles, 
roman, se distingue par une naïveté d'impression, un humour de terroir, 
une puissance d'imagiualiun et surtout un sentiment de la misère qui la 
rendent singulièrement attachante. 

Wiener (Léo). Popular poetry of the Russiaii Jews. (Americana germa- 
nica, vol. II, n** 2, Reprint n° 14). Gr. in-8<^de 52 p. 

Wiesen (J.). n-;in nr'::. Thora-Pforte. Ausgewâhlte Slûcke der fûnf 
Bûcher Moses fiir den Schulgebrauch mit einer dem Worle gegeniibers- 
tehenden deutschen UeberseLiung u. lehrreichende Erklarung. Osterode 
am Harz, chez l'auteur, 1899; in-8o de 373 p. 

WijNKOOP (J.-D.). Manual of hebrew grammar, translated from Ihe dulch 
by C. "Van den Biesen. Londres, Luzac, 1898 ; iQ-8° de xvi -j- 158 p. 

Wildeboer (G.). Jahvedienst u. Volksreligion in Israël in ihrem gegen- 
seitigen Veihàltniss. Fribourg-en-Brisgau, Mohr, 1899 ; iii-8^ de 44 p. 

WiNCKLER (H.). AUorientalische Forschungen. 2. Reihe. 1. Band. 4. Hefl. 
Leipzig. E. Pfeiflfer, 189S ; in-8° de p. 143-192 iConlienl : Zeit u. Verfas- 
ser der Kohelet, Gog, Psalm 22, etc.). 

WiNTERFELD (E. vod). Commenlar ûber d. Buch lob. I. Th. Ueberset- 
zungu. sprachL Analyse. Anklam, Woller, 1898; in-8* de 76 p. 

WoGUE (Lazare). Le Guide du croyant Israélite. Préface de M. Zadoc Kahn. 
Paris, Durlacher, 1898; petit in-S-^ de 030 p. 

YoNGE (C.-M.) The patriots of Palestine, a story of the Maccabees ; illuslr. 
by W. S. Stacey. New-York, Whittaker, 1898; in-S*» de vu -j- 263 p. 

Zadoc-Kahn. Souvenirs et regrets. Recueil d'oraisons funèbres prononcées 
dans la communauté israe'lile de Paris (1868-1890). Paris, Durlacher, 
1898;in-18de vu +438 p. 



302 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Zahn (A.)- Vortrage ûber kritische Fragen des Alten Testaments. 1. Vor- 
trag ùber die Kritik des Alten Testaments. 2. Vortrage ûber das Buch 
Josua, die Bûcher der Konig, die Psalmen u. das Gesetz. Leipzig, Un- 
gleich, 1898; gr. in-8o de xv + 163 p. 

ZiMMERN i^H.)' Vergleichende Grammatik der semitischen Sprachen. Ele- 
mente der Laut-und Formenlebre. Berlin, Reuther et Reicbard, 1898 ; 
in-80 de xii -+- 194 p. 

ZuGK (W.-J.j. The book of Job. With an introduction and noies. Dayton, 
United Bretbren publ. înouse, 1898 ; in-16 de xii -}- 214 p. 



3. Périodiques. 

The /inierican journal of semîtic laiiguages and littératures. 

(Chicago, trimestriel). 14° vol. = = N^ 3, avril 1898. Duncao B. Mac- 
donald : Some externat évidence on the original form of the legend of Job. 
— Feu Alexander Kohut : The talmudic records of Persian and Babylo- 
nian festivals critically illustrated. TNe diffère pas beaucoup de l'arlicle 
du môme auteur paru dans notre Revue, t, XXIV, p. 256 et suiv.) — 
G. Levias : A grammar of the Aramaic idiom contained in the Babylo- 
nian Talmud [suite. n° 4). — N. Herz : Hosea, x, 14. — Max. L. Margo- 
lis : Dogmatic influences in our voca'ization. = = N*' 4, juillet. George 
Alexander Kohut : Judah Monis, the first instructor in Hebrew at Har- 
vard University (1683-17G4). — T. Witton Davies : Magic, divination and 
demoDology among the Semiies. == Vol. XV, 1898. = = N*' 1, octobre. 
Henry J. Weber: Material for the construction of a grammar of the book 
of Job. — Hope W. Hogg : Another édition of the hebrew Ecclesiasticus 
(la nôtre). — George Alexander Kohut : Contributed noie?, 1. Judah 
Monis. 2. A persian custom in the Talmud (à propos des ongles ; l'usage 
est très re'pandu, il appartient au folk lore général et n'a rien de particu- 
lièrement persan). 3. A talmudic saying in the Quran (pareillement 
, cette purification au moyen de la terre, à de'faut d'eau). = = N° 2, jan- 
vier 1899. Duncan B. Macdonald : The interchange of sibilants and den- 
tals in semitic. — G. A. Kohut : Prayers for rain (histoire de Honi) ; A 
turkish taie in the Midrash (le vieillard qui plante). — S. N. Deinard : 
Isaiah, ch. 10, 3*. =: = N° 3, avril. G. Levias : The Palestinian vocali- 
zation. — S. N. Deinard : Notes on Isaiah, ch. 7. — D. B. Macdonald : 
Job and Muslim cosmography. 

The tiewish quarterly Review (Londres). Tome X, 1898. ^= = N** 39, 
avril. G. Margolioulh : Isaac b. Samuel's commentary on the second 
book of Samuel. — W. E. McUone : Seventh-day christians. — D. Kauf- 
mann : Letter sent to Constantinople by Alafdhal's ex - minister of 
finances. — Du même : Leone de Sommi Portaleone (1527-92), draraa- 
tist and fouuder of a synagogue at Mautua. — D. Kùnslliuger : The 
numéral « two » in the Semitic languages. — G. Taylor : Sludies in Ben 
Sira. — G. H. Skipwith : The burning bush and the garden of Eden, a 
study in comparative mythology. — J. D. Wijnkoop : Hebrew verbs with 
a biliteral stem. — M. Steinschneider : An introduction lo the Arabie 
literature of the Jews. 1. {suite^ n^^ 41-43). — Paul Ruben : The song 
of Deborah. — Critical notices. := i^ N° 40, juillet. T. K. Cheyne : Glea- 



BIBLIÛGHAPHIE 308 

nings in biblical crilicism and {^^eography. — E. N. Adler : Tlie persian 
Jews, their books and Ihoir ritual. — Miss Nina Davis : Poetry, songs of 
exile. — Joseph Jacobs : Aaron of Lincoln. — \V. II. Bennet : The book 
of Josua and Ihe Pentateuch. — S. Schechler et I. Abrabams : Genizah 
spécimens, — G. II. Skipwilh : The letragrammaton, its rneaning and 
origin. — Adolf Biichler : The fore-court of women and Ihe brass gâte 
in Ihe temple of Jérusalem {suiie, n" 41). — N. Ilerz : The hebrcw Eccle- 
siasticus (l'auteur arrive un peu lard ; il pourra s'en assurer on parcou- 
rant notre édition). — Samuel Krauss : The duration of the persian em- 
pire. — The names of Moses- — James Kennedy : The song of Deborah. 

— D. Kaufmann : Sirach, l, 5-8. — W. Bâcher : A citation by Isaac ben 
Samuel. (Ce numéro contient, outre la table des matières par ordre des 
matières et des auteurs, un index des passages de la Bible expliqués 
dans le tome X. C'est une excellente innovation.) = = T. XI. = = 
N" 41, octobre. F. C. Conybeare : The Testament of Salomon. — I. 
Abrabams : « The jewish year ». — G. Buchanan Gray : The meaning 
of the hebrew word déguel. — Ilope W. Ilogg : The genealogy of Ben- 
jamin, a criticism of I Chron., viii. — Samuel Krauss: Notes on Sirach. 

— D. Kaufmann : Notes to Sirach xuii, 20, and xl, 2. — Du même : 
Errors in the Septuagint and the Vulgate from which illustrations and 
sculptures derived their oiigin. — H. Barnstein : A noteworthy Targum 
ms. in the British Muséum. — Critical notices. =::= N** 42, janvier 1899. 
G. Margoliouth : The writings of Abu'l-Faraj Furkan ibn Asad. — MissLily 
H. Montagu : Spiritual possibililies of Judaism to-day. — T. K. Cheyne : 
Further remarks on the hebrew word h:^1. — Du môme : Note on Gant. 
VII, 6. — G. H. Skipwith : Hebrew tribal names and the primitive tradi- 
tions of Israël. — D. Kaufmann : Méir b. Ephraïm of Padua, scroU- 
writer and printer in Mantua. — I. Abrahams : An aramaic text of the 
scroll of Anliochus. — Poetry : Miss Nina Davis : Wedding song, ho- 
shana, hymn of refuge; — P. J. Hartog : Adon Olam. — W. Bâcher : 
Four quotations from the hebrew Ben Sira. — Critical notices. = =: 
N*^ 43, avril. A. Neubauer : I. Pseudo Josephus, Joseph ben Gorion. 
II. Yerahmeel ben Schelomoh. — Oswald John Simon : Jews and modem 
Ihought. — T. K. Cheyne : Biblical studies. — Poetry : Miss Nina Davis: 
To the glory of Jérusalem, the fast of Tebeth ; — Charles B. Mabon : The 
Jew in english poetry and drama. — Paul Huben : Strophic forms in the 
Bible. — Critical notices. — H. Isaacs : Malachi ii, 11; Ps. lxix, 5. — 
E. N. Adler : Spanish exiles at Constantinople. — Thomas Tyler : Somes 
observations on Job, xi, 6. — A. Cowley : Megillath Zutta. 

Journal asiatique (Paris, bimestriel). 9*^ série, tome XI. r=: = N° 2, mars- 
avril 1898. J. Hale'vy : L'étymologie populaire dans l'histoire de Ge'déon; 
Jérémie, li, 34, et Michée, vi, 14 ; le x correspondant au n final doit 
indiquer Taspiration de celte lettre. — Mayer Lambert : le mot \Q1\ la 
première date dans le livre d'Ézéchiel. == =: Tome XII. = == N" 1, 
juillet-août. Alfred Loisy : Le monstre Rahab et l'histoire biblique de la 
cre'ation. (Pour les besoins de la cause, l'auteur se livre à des correc- 
tions de texte bien étranges. Voici comment il reconstitue 1 Rois, viii, 
12-13, d'après le grec : 

(mrr^) û"^73i252 t^j^ih x:iq^ 
^5 bDT n^n \sic^ n^33 n^D 



304 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Jahvé a marqué sa place au soleil dans les deux ; 
11 (lui) a dit d'habiter hors des ténèbres : 
« Je t'ai bâti une maison pour (y) demeurer, 
Un lieu pour y habiter, mois par mois, » 

Que dire, par exemple, de '3^73 "IDUJ^ « habiter hors des ténèbres»). := = 
Tome XIII. = =N° 1, janvier-février 1899. J. Halévy : Haraalb ; Hadrak. 
= = N<^ 2, mars-avril. J. Halévy : La date du déluge d'après les textes 
principaux (la Bible hébraïque et les versions samaritaine et grecque). 
— Le mariage d'Osée (femme prostituée veut dire : appartenant à la 
« génération stigmatisée en gros comme infidèle à Dieu »). 

Monatsschrift fur Geschichte und Wi^ssenschaft des Judenthuma. 

(Berlin). 42^ année, 1898. ^= = N°4, avril. D. Feuchlwang : Assyriolo- 
gische Sludien, IV, Josua, vu, 21 ; ïlpljl; "CNin "^Tn'»:: ; "iDC ; Genèse, 
X, 10, Joma, \()a. — Feu David Rosin : Die Religionspbilosophie Abra- 
ham Ibu Esra's [suite, n°* 5-12; 1899, 1-4). — Moritz Stein-chneider : 
Die ilalienische Literatur der Juden [suite, n* 6, 7, 9, 10, 11, 12 ; 1899, 
n"^ 1, 2, 4). — Martin Scbreiner : Samau'al b. Jahja al-Magribi und 
seine Schrift « Ifham al Jahud » {suite et fin, n'^ 5, 6, 9, lOj. — Max 
Freudenthal : Zum Jubilâiim des erslen Talmuddrucks in Deutschiand 
{suite et fin, n°^ 5-6). — Besprechung. =: =rr: N° 5, mai. M. Rahmer : 
Welcher biblische Ortsname ist « Cedson » ira Onomastikon des Hiero- 
nymus? — David Kaufmann : Der Grabstein des R. Jakob b. Mose ha- 
Lévi in Worms. — Besprechung. = = N" 6, juin. Simon : Verein- 
fachtes Verfahren jiid. u. christl. Daten in einauder umzurechnen. — 
L. Lœwenstein : Das Wiener Memorbuch in der Klaussynagoge von 
Fiirth. — W. Bâcher: Eine dunkle Pesikta-Stelle. — Besprechung. ==: 
N° 7, juillet. J. Guttmann : Ueber zwei dogmengeschichtliche Mischna- 
stellen (/^/^, n°8). — D. Kaufmann : R. Chajjim Jona Theomim Frânkel. — 
Albert Wolf : Eine Médaille auf R. Elieser b. Samuel Schmelka. — Be- 
sprechungen. = = N** 8, aoiit. Morilz Steinschneider : Miscellen 41 u. 
42. — D. Kaufmann : R. Abraham Darschan von Wien u. die Familie 
Helen. — M. GrnnwalJ : Randbemerkungen zu Steinschneiders Biblio- 
graphisches Handbuch. — G. Wertheim : Ein zweites mathemat. Werk 
Emanuel Porto's. — Besprechung. =: = N° 9, septembre. S. Horovitz : 
Die Dûnnner'schen Talmudglossen [fin, n^ 10). — D. Kaufmann : Zur 
Geschichte der Familie Dreyfus?. — Besprechungen. = = N° 10, oc- 
tobre. Albert Wolf : Ein Gutachten des Sénats der Universilàt Jena. — 
Besprechungen. .= = N° 11, novembre. W. Bâcher : Ein polemischer 
Ausspruch José b. Chalaftha's. — I. Bergmann : Ans den Briefen Abra- 
ham Bedersi's. — Albert Wolf : Jiidische Ex-libris. — Besprechungen. 
= =: N" 12, décembre. M. Brann : Ein Wort ùber die Mandelkern'sche 
Concordanz. — Louis Ginzberg : Die Ilaggada bei den Kirchenvatern u. 
in der apokryphischen Literatur [suite, 1899, n°» 1-4). — D. Kaufmann : 
Mordechai Model Oettingen u. seine Kinder. — L. Atlas : Chajjim Jona 
Theomim's DICûDip. = = 43« année, 1899. == N^ 1, janvier. D^ L. 
Katzenelson : Die rituellen Reiuheilgesetze in der Bibcl u. im Talmud 
[suite, n** 3). — D. Kaufmann : Die Kinder R. Jaïr Chajjim Bacharacbs. 
= zz: N® 2, février. Moritz Peritz : Zwei alte arabische Uebersetzungen 
des Bûches Ruth ^suite, u^^ 3-4\ = = N° 3, mars. A. Harkavy : Aus 
dem Original von Mose Ibn Esra's DUJT3n r.:4T"iy. — D. Kaufmann : Jo- 
seph Sark, der Grammatiker u. Lexikograph. =^ =» N*^ 4, avril. J. Zie- 



BIBLIOGRAPHIE 303 

gler : Die hagadische Exégèse u. der einfache Wortsinn. — D. Kauf- 
mann : Alexander Zunz, Rabbincr in Austerlitz. 

Revue biblique înternati«>nale (Paris, trimestrielle^. 7® année, 1898. 
= =: N° 1, janvier. Scheil : Fragment d'un nouveau récit babylonien du 
de'luge. — Lagrange : Les sources du Penlateuque. — M. Touzard : L'ori- 
ginal hébreu de l'Eccle'siaslique (/2/i). — Lagrange : Phounon (Nombr. , 
XXXIII, 42). = = N° 2, avril. Aucler : Le temple de Jérusalem au temps 
de Jesus-Ghrist. — M. Touzard : Le développement de la doctrine de 
l'immortalité. — M. llackspill : L'œuvre exogétique de M. A. Scholtz 
{fin, n° 3). — Condamin : Notes critiques sur le texte binlique : 1. David 
cruel par la faute d'un copiste (II Sam., xii, 31, traduire : Il les mit à la 
scie, aux instruments de fer, et il les fit travailler — T^3^rî — au moule 
à briques). 2. La disgrâce d'Aman (Les mots TDTl l72n ^^zz^ ne signifient 
pas : « On couvrit la face d'Aman », mais comme le disent les lxx et 
Josèphe : « La face d'Aman fut couverte de honte. » Le P. Condamin ne 
connaissait pas l'interprétation du Targoum, qui a compris ces mots dans 
le même sens. C'est, d'ailleurs, je crois l'exégèse de tous les commenta- 
teurs juifs.) = = N'' 4, octobre. M. Touzard : Delà conservation du texte 
hébreu, élude sur Isaïe, xxxvi-xxxix {suite, 1899, n» 1). — Lagrange : 
La prophétie de Jacob. — Le même : Saiot Jérôme et la tradition juive 
dans la Genèse. — Parisot : Exégèse musicale de quelques titres de 
psaumes [suite, 1899, n<* 1).=; = 8" année, 1899. == N<^ 1, janvier. Ger- 
mer-Durand : Nouvelle exploration épigraphique de Gérasa. — Cersoy : 
L'apologue de la vigne au chapitre v® d'Isaïe. — Cosquin : Le Livre 
de Tobie et l'Histoire du sage Ahikar. — Clermont-Ganneau : Nouvelle 
inscription à Gezer. — Lagrange : Les Kabiri. — Condamin : La forme 
chorale du chap. m d'Habacuc. = = N» 2, avril. A. von Hoonacker : 
Les prêtres et les lévites dans le livre d'Ezéchiel. — Deiber : La stèle 
de Mineptah et Israël. — Vincent : Un hypogée juif (très intéressante 
découverte). 

Zeitschrift fur die aittestamentliche Wissenschaft (Giessen, semes- 
triel). 18^ année, 1898. = n^: N*^ 2. Georg Kerber : Syrohexaplarische 
Fragmente zu den beiden Samuelisbiichern aus Bar-IIebraeus gesammelt. 

— Richard Klopfer : Zur Quellenscheiduug in Exod. 19- — Ed. Kônig : 
Syntactische Excurse zum Alten Testament. — Nestlé : Deuteronomius. 

— G. Wildeboer : Zu Prov. viii, 31. — Th. Nœldeke, ^Tl mbDD Ps. lxxii, 
20. — Georg Béer : Textkritische Studien zum Bûche Job {fin). — B. Ja- 
cob : Miscellen zu Exégèse, Grammaiik und Lexicon. — Le même : 
Nochmals "inb "l^T. — Eberhard Baumann : Die Verwendbarkeit der 
Pesita zum Buch Ijob fiir die Textkritik {suite, 1899, n'' 1). — Eduard 
Meyer : Zur Hichfertigung (Das Datum der Einnahme Babylons durch 
Kyros, Die Parsismen der Urkunden Esr. 4-6. — Sesbassar und Sen- 
asar. — Georg Béer : Bemerkungen zu Jes. 11, 1-8. — Berichtigungen 
zu Mandelkern's (grosser) Concordanz. — Bibliographie. = := 19'' année, 
1899. =: = N» 1. Samuel Krauss : Die Zahl der bibl. Vôlkerschaflen. — 
Ad. Bûchler : Zur Geschichte der Tempelmusik u. der Tempelpsalmen. 

— Karl Albrecht : Zum Lexicon u. zur Grammaiik des Neuliebiaischen 
(Tarsis des Mosè ben Ezra). — T. K. Cheyne : On Ps. lxviii, 28, 31. — 
Klostermann : Eine alte RoUenverteilung zum Hohenliedo (texte grec). — 
W. Bâcher : Zum Verstândnisse des Ausdruckes "13*75 "i^T. — T.-W. 
Riedel : Zur Redaktion des Psaltors. — A. Freiherr v. Gall : Deuterono- 

T. XXXVIIl, N» 76. 20 



306 REVUE DÉS ÉTUDES JUIVES 

mium u. Deuteronomius. — Siegmund Fraenkel : Zum Bûche Ezra ; — 
Zur Wurzel mil. — Eb. Nestlé: Ps. cm, 5. — S. Mandelkern : Pro 
domo. — A. Bùchler, B. Jacob, Karl Ludwig, E. KÔnig, A.'Frecherr von 
Gall : BerichtiguDgeu zu Mandelkernf? Concordanzen. — Bibliographie. 



4. Notes et extraits divers. 

— = Une nouvelle Bible française. — Nous annoncions récemment l'appari- 
tion prochaine d'une nouvelle traduction de la Bible, faite par les 
membres du rabbinat français , sous la direction de M. Zadoc Kahn, 
grand rabbin du Consistoire central des Israélites de France. Le premier 
volume vient de paraître à la librairie Durlacher ; il renferme le Penta- 
teuque et les livres historiques des Prophètes (Josue', Juges, Samuel, 
Rois). Pour rendre compte de l'esprit qui a préside' à ce travail, nous ne 
saurions mieux faire que de reproduire ces quelques lignes de la préface : 
« Notre œuvre n'a pas de prétentions scientifiques. Notre seule ambition 
est de reproduire aussi fidèlement et clairement que possible le texte 
original, tel que la tradition nous l'a conservé à travers les siècles. . . Ne 
faisant pas tâche de criiique, mais seulement de traducteur, nous avons 
accepté les textes comme ils se présentent à nous et cherché à les com- 
prendre du mieux que nous pouvions, en optant pour l'interprétation 
la plus plausible. Bref, ceci n'est pas une œuvre de science et de cri- 
tique, c'est une œuvre modeste de translation... » — « Le Pentateuque de 
L. Wogue a servi de base à la présente traduction, mais revu avec soin 
et notablement modifié, d'une part, par l'auteur lui-même, d'autre part, 
surtout depuis sa mort, par ceux de ses amis qui avaient sa confiance. 
C'est M. Wogue qui avait préparé aussi la traduction des premiers Pro- 
phètes jusque vers la fin du premier livre des Rois. . . » — L'impression 
du volume fait honneur à M. Léopold Cerf, qui a accompli un véritable 
chef-d'œuvre de typographie. 

: := Vorigine de l'original hébreu de V Ecclésiastique. — C'est le titre d'un 
factum, pour ne pas dire « pétard v, que vient de lancer M. Margo- 
lioath, professeur d'arabe à l'Université d'Oxford. On sait que l'una- 
nimité des savants s'était prononcée pour l'authenticité des fragments 
hébreux, récemment découverts, de V Ecclésiastique de Jésus fils de 
Sira. On croyait avoir retrouvé, partiellement au moms, cet écrit célèbre 
dont l'existence est attestée chez les Juifs jusqu'au xi® siècle. La thèse de 
M. M., que nous ne voulons pas discuter longuement aujourd'hui, pro- 
teste contre cette croyance. Pour ruiner la théorie régnante, il cherche 
à prouver que ces fragments appartiennent à une retraduction d'une des 
versions, grecque ou syriaque. Il s'appuie, pour cela, sur la nature des 
variantes marginales, qui, pour lui, sont des corrections faites par l'au- 
teur ou un lecteur à un premier essai de traduction. Et quel est ce 
traducteur? Un Juif persan du xi^ siècle! Un Juif de Perse connais- 
sant, au XI*" siècle, le grec et le syriaque, voilà qui n'est pas banal Et 
ce Juif persan, pour procéder à sa traduction, consultait tour à tour la 
version grecque et la version syriaque. Qn'i plus est, il utilisait aussi 
une version persane ! Enfin, ce phénix des traducteurs, unique, on 
peut l'affirmer, aussi bien chez les Juifs, que chez les Chrétiens et les 
Musulmans du moyen âge, non seulement a compris le grec, qui très 
souvent est inintelligible, mais encore il a su restituer le texte original 



niBLIOGRAF'HIE 307 

qu'avaient mal lu et le traducteur grec et le traducteur syriaque ! Ainsi, 
cb. xLii, 17, lisant dans le ltcc cette phrase absurde : « Qu'a fortifiées (les 
merveilles) le Dieu Tout-Puissant, » et dans le syriaque : « Il a donné 
de la force à ses amis », par une inspiration ge'niale, ce Juif persan du 
xi^ siècle a deviné qu'il devait y avoir dans l'original : « Dieu a donné 
la force à ses milices », le grec ayant pris T'i<2^ « ses milices » pour 
nN3iS, rendu ordinairement dans les Septante par « Tout-Puissant », 
et le syriaque ayant lu T^nmN « ses amis ». Et ces traits de génie ne sont 
pas rares dans l'œuvre de cet obscur traducteur. — Pour ceux que ne sa- 
tisferait pas cette première solution, M. M. en réserve une autre. Un Juif 
persan apprend par un chrétien l'existence de l'Eccle'siastique (comme si 
l'ouvrage n'avait pas été connu alors, témoin les citations de Saadia) ; 
voyant avec tristesse que ses cpreligionuaires ne peuvent profiter de cette 
œuvre, il s'en procure un exemplaire syriaque et le lit avec l'aide d'un 
maître. Tous les deux s'adressent alors à un Grec, qui leur fait comprendre 
qu'au lieu de se servir de la version syriaque, ils feraient mieux d'uti- 
liser la version grecque. Le Juif alors engage le Grec à traduire sa version 
en persan, et lui, Juif, retraduira le persan en be'breu. — Pour nous 
réduire au silence, M. M. livre à nos méditations une note persane de la 
marge, que personne jusqu'ici, n'avait comprise. Laissons ici la parole 
à M. M. : « Ce qui confirme notre hypothèse, que l'hébreu n'est qu'une 
relraduction, c'est la glose persane : « Il est probable que cela ne se 
trouvait pas dans la copie originale, mais a e'té dit par le traducteur », 
car b"ip5<3 a aussi souvent ce sens de traducteur que celui de copiste 
or, nous renconirnns des noies de ce genre dans plus d'un ouvrage européen 
sw VEcclésiatique: chaque iois qu'il se présente dans le texte quelque 
obscurité, difficulté ou singularité, les savants disent immédiatement : 
« Gela n'était pas dans l'original, mais a été ajoute' par le traducteur. » 
Le Juif persan a fait la même réflexion que Fritzsghe et 
Edersheim. Mais une telle réflexion ne se comprend de sa part que si 
le texte hébreu qu'il avait sous les yeux était une traduction, et non 
l'original. » Sans insister sur les propositions dont nous avons sou- 
ligné les termes, examinons rapidement l'argument de M. M. On croirait, 
à lire M. M., que le copiste, se référant à une phrase du texte, ajoute, à 
la marge, son observation. Or, en réalité, il n'y a absolument rien dans 
le texte qui se rapporte à sa remarque; ce n'est donc pas parce qu'il 
« se présentait dans le texte une obscurité ou une difficulté » qu'il a 
cru nécessaire d'écrire cette note. Mais alors pourquoi s'en avise-t-il? 
Tout simplement parce que les deux versets que suit cette remarque et 
qu'il a insérés dans la marge figurent dans le Talmicd comme étant de 
Ben Sira et précisément manquaient dans son exemplaire, comme ils 
manquent dans les versions grecque et syriaque- Il veut donc dire : u Ces 
versets, qui nous sont connus par la tradition, c'est-à-dire par le Talmud, 
probablement ne se trouvaient pas dans l'original ; voilà pourquoi ils ne 
sont ni dans la copie que j'annote, ni dans celle que jai sous les yeux, ce 
n'est qu'une tradition- » Or, précisément tel est le sens do la phrase persane 
d'après M. Bâcher, qui sait mieux que personne le persan et, en particu- 
lier, le persan des Juifs : «11 semble que ceci [la sentence deBen-Sira re- 
cueillie dans Sanhédrin et reproduite en marge] ne se trouvait, en réalité, 
dans aucune copie.) mais que c'est une simple tradition. » M. M. a cru prendre 
toutes les précautions nécessaires contre les répliques à prévoir en disant 
que << b'^pW a aussi souvent le sens de traducteur que celui de copiste » ; 



308 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mais pourquoi choisit- il justement le sens de traducteur? Uniquement 
parce qu'ainsi il espère assurer le succès de sa thèse, sans se préoccuper 
de savoir si cette interprétation cadre le mieux avec le contexte. (En fait, 
bpD est l'e'quivalent exact de l'hébreu p'^P^n, qui signifie quelquefois 
seulement « traduire», mais le plus souvent « copier. >-•) — M. M. a oublié 
aussi de lire la petite note marginale qui suit les dernières variantes : 
« Ce manuscrit ne va pas plus loin. » Pour tout homme non prévenu, ces 
mots ne comportent qu'un sens . « Le manuscrit collationné avec celui 
du texte ne va pas plus loin. » Les notes marginales sont donc donne'es 
expressément pour ce qu'elles sont en re'alité : des variantes relevées sur 
un autre ms. Celui qui les a écrites a traité l'Ecclésiastique comme un 
livre biblique et l'a enrichi d'une espèce de Massora. Voilà pourquoi il a 
même noté les variantes les plus insignifiantes, môme les leçons dépour- 
vues de toute signification, simples lapsus du copiste du ms. qu'il utilisait 
pour son collationnement. Dans l'hypothèse de M. M., à quoi rimeraient 
ces sortes de leçons? Que viendraient faire des « corrections » dénuées de 
sens? — A ceux qui voudraient reprendre la tentative de M. M., nous signa- 
lerons loyalement une particularité' qui ne laisse pas de nous troubler et 
sur laquelle nous avons appelé l'attention dans notre commentaire : xxxix, 
25 et XL, 1, l'hébreu porte pbn « donna en partage », tandis que le grec 
et le syriaque disent : a été créé. Or, p^n n'a ce sens qu'en arabe ; il fau- 
drait donc supposer que G. et S. ont l'un et l'autre pris l'hébreu pour de 
l'arabe, ce qui serait bien e'trange. Au contraire, si notre hébreu est une 
traduction de l'arabe, ou l'œuvre d'un Judéo-arabe, on comprend, à la ri- 
gueur, que le traducteur ait vu dans le verbe halaka « créer » le corres- 
pondant de halak « donner en partage ». — A la dernière heure, nous re- 
cevons l'édition des nouveaux fragments découverts par M. Schechter. 
Hélas, il faut nous rendre à l'évidence : le texte he'breu.qui a son inte'rêt, 
ne saurait plus être considéré comme l'original ; il peut uniquement servir 
à le reconstituer. Décidément notre premier mouvement avait été le bon, 
quand, seul dans la presse, nous n'avions pas voulu d'abord voir dans cet 
étrange hébreu les paroles mêmes de Ben Sira (voir ^^i?w<?,XXXII, p.303). 

= z= La condition des Juifs dans l'empire romain. — Ce sujet a été traite' 
avec l'autorité qui le distingue par M. E. SchOrer dans son Manuel, et la 
nouvelle édition de cet excellent ouvrage complète et enrichit singuliè- 
rement le chapitre qui y était consacré dans les deux premières. Presque 
en même temps M. Th. Reinach faisait paraître dans le Dictionnaire des 
Antiquités de Saglioet Daremberg une étude analogue mi'\i\i\ée Judœi. Un 
parallèle entre ces deux monographies serait oiseux ; il montrerait, en 
tout cas, que deux savants, anime's d'un môme esprit scientifique, ne 
peuvent que se rencontrer dans leurs conclusions, et cet accord est une 
preuve que la science n'est pas un vain mot. L'arlicle de M. Th. Reinach 
est, comme tout ce qui sort de sa plume, marqué au coin de la pre'cision, 
de la clarté et de la rigueur scientifique; les matières y sont distribuées 
avec art, et l'information est au courant des dernières découvertes. 
Notre Revue bibliographique est déjà tellement chargée, que nous se- 
rions oblige' de réduire la place réservée à l'analyse et aux extraits de 
cette étude; on nous saura gré de réserver pour une autre fois un 
compte rendu détaillé de ce remarquable travail. Ce qui vaudrait mieux, 
ce serait de le reproduire in extenso ; malheureusement nous n'en avons 
pas le droit. 



rUHLIOr.RAPHIE 309 

= = La colleolion des Apocryphes et Pseutlépigraphes de TAncien-Tes- 
tament dont nous avons parlé dans le dernier numoro (p. 1. "32) s'est en- 
richie de quatre nouveaux fascicules, qui contiennent la Lettre d'Artstée, 
le Livre des Jubilés, le Martyre d'haïe et le commencement des Psaumes 
de SaJomon. La publication de la traduction de V Ecclésiastique a ote' sus- 
pendue. Sommes-nous pour quelque chose dans cette détermination 
deTéditeur? Nous disions, dans notre compte rendu, qu'il conviendrait 
d'attendre l'apparition des nouveaux fragments qui nous sont promis par 
M. Schechter, avant de poursuivre cette traduction. Aussi les quatre 
nouveaux fascicules forment-ils le commencement d'un second volume 
réservé aux Pseudépigraphes. Maigre' l'augmentation du contenu, supé- 
rieur aux prévisions, l'ouvrage ne coûtera pas plus cher aux souscrip- 
teurs, le prix en reste fixé à 15 marcs. — Les raisons d'après lesquelles 
la Lettre d'Aristée aurait été composée entre 93 et 63 avant l'ère chré- 
tienne sont très plausibles, plus que celles de M. Schûrer, qui veut y voir 
une œuvre des environs de l'an 200. — Dans l'introduction au Livre des 
Jubiie's, on passe trop rapidement sur la question de date. On n'y dit, 
d'ailleurs, rien de nouveau sur l'auteur et l'esprit de cette étrange His- 
toire sainte. C'est avec raison que l'hypothèse de M. Singer est écartée. 
— Pour les Psaumes de Salomon, on a eu également raison de rejeter la 
conjecture de M. Frankenberg et de garder l'opinion commune qui en 
place la rédaction au temps de Pompée. 

= = Il a été souvent parlé dans cette Revue, des Enseignements des Philo- 
sophes, recueil de sentences morales traduit de l'arabe eu hébreu et qui 
a eu chez les Juifs un succès considérable atteste' par le grand nombre de 
manuscrits qui en restent. Jusqu'ici, sur la foi du traducteur juif, le 
célèbre Ilarizi, l'ouvrage était attribué au chrétien syrien Honein b. 
Isaac. L'original n'existe plus complet qu'en un seul ms., déposé à la 
Bibliothèque de l'Escurial. Or, dans cet exemplaire, il est dit explicite- 
ment, en tête du livre, que les Âphorismes des Philosophes avec nombre 
d'additions sont l'œuvre de Mohamed ibn Ali ibn Ibrahim ibn Ahmed 
ibn Mohamed Al-Ansari. Telle est la découverte faite par M. Ilarlw-ig 
Derenbourg (Mélanges Weil, Paris, Thorin, 1898). C'est par erreur qu'on 
aurait prêté à Honein la paternité de l'ouvrage, parce que le nom de cet 
auteur figure plusieurs fois au commencement du livre. Cette erreur doit 
être ancienne, car elle n'a pas seulement été commise par le traducteur 
juif ou le ms. dont il se servait, mais encore par le traducteur espagnol. 

= = M. Samuel Berger, qui poursuit ses fructueuses recherches sur les 
manuscrits de la Bible, a communiqué à la Société des Antiquaires une 
notice extrêmement intéressante sur deux Bibles castillanes enluminées 
sous la direction de Juifs {Bulletin des Antiquaires, 1898, p. 239-244). 

« Les Juifs devenus chrétiens, dit M. S- Berger, ont apporté à la lit- 
térature castillane, en particulier à la poésie, le plus précieux concours. 
Ce qu'on sait moins, c'est qu'ils ont également infusé, pour leur part, à 
l'art espagnol un sang nouveau et qu'ils lui ont enseigné à chercher des 
inspirations d'un autre côté que dans la tradition séculaire du moyen 
âge chrétien. 

» L'histoire de la civilisation espagnole ne se comprend que par la 
proximité des Arabes et par les relations avec les Juifs. Les plus an- 
ciennes bibles visigothes sont décorées d'arcs arabes surhaussés, et le 
texte biblique y est disposé, comme le voulait saint Jérôme, suivant 



:U0 REVUE DES ETUDES JUIVES 

l'ordre du canon des He'breux : loi, prophètes et hagiographes. Tandis 
que, dans tout le reste de l'Europe, il n'est pas un pays où nous puis- 
sions constater une version de la Bible en langue vulgaire faite sur l'ori- 
ginal hébreu, en Espagne, dès le xiii® siècle, nous trouvons des textes 
castillans traduits sur le texte he'breu ou plutôt corrige's à l'aide de Ihé- 
breu. Telle est la version du Psautier d'Herman l'Allemand (ou l'Alé- 
man), un traducteur latin d'Aristote qui vivait à Tolède vers 1250 et qui 
a traduit les Psaumes d'après le texte « hébraïque » de saint Jérôme, 
mais en les revisant sur l'hébreu (Escorial, ms. I. j. 8). Au siècle sui- 
vant, pendant que Samuel Lévy est le ministre de Pierre le Cruel, l'in- 
fluence de la Bible hébraïque se fait mieux sentir encore dans les tra- 
ductions de la Bible. Nous possédons tout un groupe de textes bibliques 
castillans qui sont au fond plutôt une revision des anciennes versions 
qu'une traduction nouvelle, mais cette revision d'après l'hébreu est faite 
avec un soin extrême et dans un excellent esprit scientifique : les livres 
de la Bible y sont rangés dans l'ordre de la Bible hébraïque. On y joint 
d'ordinaire les Macchabées, qui ne sont pas dans le canon des Hébreux, 
mais dont l'esprit belliqueux des Castillans ne pouvait se passer. 

» Un de ces manuscrits (I. j. 3 de l'Escorial), exécuté au xv*^ siècle 
pour le duc de l'infantado, fils du célèbre marquis de Santillane, pré- 
sente une décoration toute particulière. Soixanle-six grandes miniatures 
y représentent toute l'histoire biblique depuis la création jusqu'à l'his- 
toire des Macchabées. Le slyle de ces peintures diffère absolument, tant 
pour la conception que pour l'exécution, de celui qui est traditionnel 
dans le moyen âge. Le choix même des sujets indique une pensée toute 
nouvelle et qui n'a rien de traditionnel. 

» Un autre manuscrit, bien plus beau et beaucoup plus intéressant 
encore, attire notre attention, c'est la célèbre Bible d'Olivarés, conserve'e 
au palais de Liria, à Madrid, parmi les trésors de la Casa de Alba. Ici, il 
s'agit de l'œuvre de la collaboration d'un rabbin et d'un groupe de sa- 
vants chrétiens. 

» En tête de la Bible d'Albe, on a copié la correspondance, d'un inté- 
rêt vraiment exceptionnel, du grand maître de Calatrava, D. Luiz de 
Guzman, et du rabbin maître Moise Arragel, date'e de l'an 1422 : 

» Nous, maître de Calatrava, nous envoyons beaucoup de salutations 
» à vous, Raby Mose Arragel, notre vassal en notre ville de Maqueda. 
» Raby Mose, sachez que nous avons le désir de posséder une bible « en 
» romance », glosée et historiée, et on nous assure que vous êtes prêt à 
» la faire très bien. . . » 

» L'œuvre collective du rabbin de Maqueda et des savants de Tolède 
se continue jusqu'en 1430, où le volume né de cette remarquable colla- 
boration est corrigé une dernière fois, avant d'être remis au grand 
maître, D. Luiz de Guzman. Ou aimerait à citer la belle harangue que fit 
Raby Moïse, à Sainl-François de Tolède, eu présence des seigneurs, 
maîtres"^et docteurs « de l'honorable et révérend i/scudio real de Sainl- 
» François de Tolède », pour leur remettre son livre. Ce discours est 
rempli de choses flatteuses à l'adresse de l'ordre de Saint-François. Le 
gardien, qui ne veut pas rester en arrière, lui répond (et il dit bien) : 
« Soyez bien sûr que, s'il plaît à Dieu que l'mtérieur de la Bible réponde 
» pour la substance à son apparence, ce sera 1 œuvre la plus belle et la 
» [)ius ]auicus(^ qu ^n puisse avoir eu bi-aucoiip do royaume'^ -^ Raby 
Moïse est Juif, mais il est Castillan, et sait parier avec un orgueil, du 



hiiujogmaimiir: :mi 

reste, parfaitement justifid « des quatre prééminences de? Juifs de Cas- 
» tille, en lignage, en richesse, en bonté et en science ». Il y a dans 
toute colle correspondauoe. un ton de bonne compagnie et des égyrds 
réciproques qui font grand honneur au grand maître, aux Franciscains et 
au rabbin. Quelque respect que Moïse Arragel ait pour l'cxé-gese chré- 
tienne, il met beaucoup de dignilc' dans ses accommodemenls. el on sent 
que c'est le Juif qui veut bien faire une place dans sa bible à l'exégèse 
catholique. La largeur d'esprit qui anime ces remarquables documents 
donne un grand prix à ce tableau des anciennes mœurs littéraires cas- 
tillanes. 

» Mais le^ peintures de la Bible d'Olivarès n'ont pas élé faites unique 
menl d'après la bible de la catlK'drale. A côté de nombreuses fijfures oii 
l'on reconnaît très bien un original chrétien, il en est d'autres qui in- 
diquent une tout autre tradition. On sent que le rabbin, du moment 
qu'il n'avait pas à tenir le pinceau lui-même, n'a pas pu s'empêcher de 
diriger la main de l'ouvrier. C'est ainsi que le mobilier de la synagogue 
est reproduit avec un soin qui nous fait, penser (est-il permis de le dire?) 
aux peintures de Tissot. Moïse est représenté élevant en ses mains la 
loi, non pas sous la forme de ces sortes de stèles arrondies par les- 
quelles les chrétiens aiment à se la figurer, mais écrite sur une large 
plaque de marbre. Le=! trois plus beaux tableaux de ce manuscrit presque 
sans égal sont la peinture intérieure du Temple, l'image de Salomon «ur 
son trône et surtout le tableau de dédicace, qui représente le grand 
maître sur son Irone, revêlu du manteau blanc à la croix rouge de l'ordre 
de Calatrava, et autour de lui ses chevaliers et ses vassaux. A ses côtés 
se tiennent un Franciscain et un Dominicain (car les Dominicains de Sa- 
lamanque ont eu, eux aussi, leur part dans le travail de revision de la 
bible), et devant lui Raby Moïse, à deux genoux, présente son livre à 
son suzerain ». 

=: = M. J.-M. Vidal a trouvé aux archives et à la Bibliothèque du Vati- 
can des documents nouveaux sur Vémeute des Pastoureaux, dont les Juifs 
eurent tant à souS'rir dans le midi de la France {Annales de Saint-Louis 
des Français, Rome, 1899, fascicule de janvier). Entre autres, on y lit la 
déposition d'un Juif, nommé Baruc, devant l'inquisiteur de Pamiers : 
baptisé à T(>ulouso pour échapper aux menaces de mort dos Pastoureaux, 
Baruc s'était enfui à Pamiers pour y reprendre l'exercice du judaïsme • 
traduit comme relaps devant le tribunal inquisitorial. il linit par céder 
aux arguments par lesquels on rofulail ses objections contre la foi chré- 
tienne. Le document publié par M. Vidal résume celte discussion Ihéo- 
logique. — Nous empruntons cette notice au Polybiblion. Quand nous 
aurons pu consulter ces Annales, nous rendrons compte plus longuement 
de cet article, s'il y a lieu. 

= =: M. L.-G. Pélissier a tiré à part un article intitulé : Un prédécesseur 
de Shi/lock (Correspondance historique et archéologique, année 189S). Le gou- 
verneur du château de Gênes. Zanono de Cropello, ordonne avant de 
mourir qu'on l'enterre en Lombardie. La famille du défunt charge un 
chirurgien, le Crémouais J.J.de Verano, d'extraire du corps les viscères, 
mais les viscères seulement ! et lui défend de toucher à un pouce de la 
chair. Or le malheureux, en ouvrant le cadavre, ayant <v pris du gras », il 
est poursuivi et condamné aux galères. C'est la pitié d'un capitaine 4© 
chiourmes pour ce vieillard qui lui épargne le banc de rame et le laisse 



312 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

en prison. Il faut que des gentilshommes crémonais et des citoyens gé- 
nois interviennent pour que le commissaire ducal à Gênes demande enfin 
à Ludovic Sforza la grâce du chirurgien. M. Pélissier conclut de ce cas, 
entre autres, que Shakespeare « n'a fait que mettre en scène un fait dont 
les analogues n'ont .pas sans doute été rares pendant tout le cours du 
XVI® siècle, et qui en tout cas n'avait rien de spécial aux Israélites- » 

= = Les Juifs d'Alsace au XVIP siècle- — M. Rodolphe Reuss est un 
historien admirablement renseigné sur tout ce qui touche à TAlsace. 
Dans son IP volume sur L'Alsace au XVII'' siècle (Bibliothèque de 
rÉcole des Hautes-Études, 120*^ fasc, Paris, 1898), il a consacré un 
chapitre aux Juifs de cette province (p. 575-591). C'est un excellent 
tableau de leur vie sociale et économique en ce siècle qui vit l'an- 
nexion de l'Alsace à la France. En 1689, d'après le Dénombrement, ils 
formaient 525 familles, habitant pour la plupart les campagnes; en 1697, 
ils avaient augmenté d'un tiers, ils étaient au nombre de 3,655, dont 897 
dans la Haute et 2,766 dans la Basse-Alsace (peut-être, dit avec raison 
M. R., le premier relevé n'avait-il pas été fait avec soin); vingt ans plus 
tard, ils comptaient 1,269 familles. Leur occupation en temps de paix 
était le trafic du bétail, le brocantage et le prêt de l'argent. En temps de 
guerre, ils se livraient au commerce des chevaux, et l'on peut dire, écrit 
La Grange en 1697, qu'ils sont utiles et même nécessaires. Ils ne portent 
plus de marque distinctive. Un voyageur, en 1675, dit qu'on les recon- 
naît bien pourtant « à la pâleur blanche de leur teint; ils ont la plupart 
le nez aquilin, les yeux verrons ou tels que ceux des chênes, les che- 
veux crespez et courts. . . Au reste, ils sont plutôt beaux que laids. » — 
Dans révêché de Strasbourg, il leur est défendu d'acque'rir aucun im- 
meuble sans autorisation spéciale de la Régence, de prendre plus d'un 
ptenning d'intérêt par livre pfenning de capital. Défense d'inviter un 
chrétien à la cérémonie de la circoncision d'un de leurs enfants, défense 
aux femmes juives de se rendre au bain autrement que le soir ou de très 
grand matin; défense d'héberger un coreligionnaire durant plus de qua- 
rante-huit heures; défense d'enterrer un de leurs morts le dimanche; 
défense de causer de religion avec un chrétien ; défense de se montrer 
dans les rues pendant les fêtes de Pâques et de faire, à ce moment de 
l'année, un acte de négoce quelconque. « A une époque où le moindre 
paysan portait sur soi des armes pour se protéger contre les chenapans et 
les malandrins, il était interdit aux Juifs, toujours sur les grands chemins, 
de s'acheter un fusil.» — En 1616, l'évêque Léopold autorisa le magistrat 
de Saverne à prélever sur eux un droit de péage spécial, le /wrf^^jzo^/. Tout 
Israélite qui se retirait en temps de guerre à l'abri des murs était obligé 
de verser 5 livres pour droit d'asile {Schutzgeld)\ en temps de paix, le 
séjour dans la résidence épiscopale leur avait été d'abord interdit tout à 
fait. Mais, en 1622, un Juif fugitif d'Otterswiller, ayant contribué vail- 
lamment h la défense de la ville contre Mansfeld, obtint la permission d'y 
établir son domicile, et, dans la suite des guerres, quelques-uns de ses 
coreligionnaires furent tolérés aussi comme utiles au service de la gar- 
nison. Une ordonnance de 1669 les chassa de nouveau hors de la ville et 
leur assigna comme résidence un faubourg entièrement dévasté pour s'y 
construire des maisons. — Le règlement concernant les Juifs de Dam- 
bach, édicté par le régent suédois Mockhel, administrateur temporaire du 
baillage de Beufeld, en dato du 26 avril 1643, montre la méfiance qu'ils 
inspirent aux populations par les précautions prises pour se garer à la 



BIBLIOGRAPHIE rîl3 

fois de leur contact et de leurs embûches financières. — Après la signa- 
ture du traité de Munster, on avait pu croire un instant que tous les 
Israélites allaient être expulsés de TAlsacc. En elFet, le 2f) (évrier 1651, le 
jeune Louis XIV écrivait au gouverneur de Brisach la lettre suivante : 
« Ne de'sirant pas souflfrir que les Juifs demeurent dans Brizac. non plus 
qu'aux autres lieux de mon royaume, à pre'sent que cette ville est réunie 
à ma couronne, je vous faicts cette lettre pour vous dire. . . que je trouve 
bon que vous fassiez sortir de Brizac ceux qui y sont. » Le 25 septembre 
1657 survinrent des lettres patentes par lesquelles le roi les prenait sons 
sa protection, et celte protection les garantit, encore en 1671, contre 
l'arrêt d'expulsion lancé contre eux parle duc de Mazarin pour des motifs 
que nous ignorons. A partir de ce moment, les intendants, suivant 
l'exemple des anciens maîtres du pays, s'appliquèrent surtout à tirer 
autant de profit que possible de la présence de ces parias détestés. En 
1672 se produit un fait bien caractéristique. L'adjudicataire général des 
douanes et fermes du roi en Alsace proteste contre les taxes que cer- 
tains gentilshommes et communautés faisaient payer à leurs Juifs, vu que 
la religion desdits Juifs 7iest tolérée dans les pays que par autorité royale,- il 
se prétendait, en conséquence^ frustré d'une partie de ses bénéfices, ces 
taxes rentrant désormais dans « sa ferme ». Les seigneurs territoriaux et 
les villes impériales répondirent que de temps immémorial ils avaient 
joui de ces revenus. Que fit alors l'intendant ? Par ordonnance du 16 août 
1672, il enjoignit aux Juifs d'Alsace de verser à l'adjudicataire dix florins 
et demi par famille pour droit de protection annuel et de donner, comme 
par le passé, dix florins aux seigneurs particuliers pour droit d'habita- 
tion^ etc. Les Juifs prote«!tèrent avec d'autant plus de force que peu au- 
paravant ils avaient obtenu des fermiers royaux un contrat les libérant de 
tout autre droit à pays contre versement do 375 écus blancs pour trois 
années, engagement suivi d'un nouveau contrat en 1688. Rien n'y fit. — 
Une fois encore, vers la fin du siècle, et malgré la protection royale, les 
Juifs d'Alsace se virent sur le point d'être expulsés ; le maréchal d'Huxelles 
en avait reçu les ordres après la paix deRyswick et les aurait fait mettre à 
exécution sans la guerre de Succession. Les services qu'ils rendirent 
alors pour l'approvisionnement des armées françaises leur valurent d'é- 
chapper à ce danger, et le 31 janvier 1713, le chancelier informait les 
autorités de la province que Sa Majesté n'avait pas jugé à propos de les 
obliger à en sortir. — C'est surtout dans la Haute-Alsace que l'antipathie 
des catholiques était des plus prononcées. Magistrats et particuliers leur té- 
moignaient une égale rigueur- En 1669, un Juif de Soultz, protégé payant 
de l'évêque, voulut échanger de gré à gré sa maison contre celle d'un 
autre habitant, transaction particulière qui ne regardait personne et que 
le bailli approuva sans aucun scrupule. Mais le magistrat protesta pour le 
motif que le nouvel immeuble était situé dans le voisinage de l'église 
paroissiale et qu'il serait indécent de faire passer le viatique devant la 
maisdi d'un Juif. La Régence épiscopale elle-même trouva l'argument peu 
topique et repoussa la demande des protestataires. Mais le magi^îtrat 
s'adressa alors directement à l'intendant d'Alsace et lui exposa que le 
nombre des Juifs augmentait sans cesse et bientôt dépasserait celui des 
chrétiens... — On connaît les sentiments de la ville de Strasbourg à 
l'égard des Juifs, qui avaient été chassés de la cité en 13l8. Les Juifs 
organisèrent un marché en dehors des remparts, et, malgré les ordon- 
nances du Conseil, les habitants de Strasbourg s'y rendaient. Le Conseil 



314 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mit fin à ces agissements, en 1661, par des mesures draconiennes. Pour 
la fin du xvii^ et presque tout le xviii^ siècle, le marchand d'habits, le 
Kleiderjudy fut le seul représentant de sa race qui péne'trât dans l'enceinte 
de la ville libre afin de circuler dans les rues au cri de Nixze handle? On 
connaît aussi les krœussel Hœrner, trompes massives en fer forge', qui les 
invitaient chaque soir à quitter au plus vite la cité- — 11 ne semble pas 
qu'on ait directement persécuté les Juifs pour motif de croyances reli- 
gieuses. On recherchait assurément leurs conversions, plusieurs eurent 
lieu au xvii'' siècle. Par contre, à Bouxwiller, en 1605, un sieur Breche- 
nacker se convertit à la loi juive, malgré les eflforts des pasteurs de son 
consistoire et à la suite de la me'ditation prolongée de certains passages 
de l'Ancien Testament. Les Annales des Pères Jésuites de Schlestadt 
mentionnent, à la date de 1681, une femme catholique qui, « poussée par 
le diable, s'est associée aux rites et aux croyances des Juifs ». — Les 
seigneurs territoriaux avaient abandonné de tout temps l'organisation 
religieuse et la discipline intérieure des communautés juives aux rab- 
bins. Ceux-ci étaient nommés par le pouvoir civil. Pour les Israélites de 
l'évêché de Strasbourg, le siège du tribunal rabbinique était à Moutzig. 
Après les réunions prononcées par le Conseil souverain en 1680, le gou- 
vernement français voulut annuler ces différentes autorités locales ou du 
moins les soumettre à une autorité centrale. En 1681, Louis XIV conféra 
à Aaron Wormser, natif de Metz, le litre de rabbin des Juifs de la Haute 
et Basse- Alsace Le Conseil souverain enjoignit au nouveau fonctionnaire 
d'établir son domicile dans la Ville-Neuve-de-Saint-Louis-lès-Brisach. 
L'autorité de ce grand-rabbin d'Alsace fut, d'ailleurs, longtemps com- 
battue par les communautés juives. 11 y eut, de 1702 à 1704, de nom- 
breuses contestations entre l'un des successeurs de Wormser, nomme 
Samuel Lévy, établi à Colmar, et certaines de ces villes. Il les dénonça 
aux autorités, les accusant de toute sorte de méfaits. — Par un arrêt du 
2 décembre 1704, le Conseil souverain lui reconnut le droit de mettre au 
ban de la Synagogue tous ses coreligionnaires qui se montreraient récal- 
citrants à son égard. — M. R. Reuss termine par cette citation du Mé- 
moire de La Grange qui, dit-il, les défend sans intention directe, et, par 
cela même, d'une façon plus efficace, contre l'accusalion si fréquemment 
répétée depuis, qu'ils appauvrissaient les populations : « Ils prêtent à 
usure, prennent les denrées et autres marchandises en paiement, et il 
n'y a rien où ils ne Irouvent quelque tempérament pour leur commerce, 
qui cependant ne leur produit pas considérablement. Car ii n y en a que 
très peu qui soient à leur aise et aucun qu'on puisse dire riche. » 

= r= Nous trouvons dans la Revue des traditions populaires^ n° 2, février 
1899, p. 93, la description d'un usage populaire qui, nous le croyons, 
n'était guère connu. <^ A Rechesy, Courtelevent, Lepuix, Suave, Chavanne- 
le-Grand et Vallée de la Saarcine, le samedi saint, au matin, on allume 
un feu dans le cimetière, ce qui est dit : brûler les Juifs. Ce bûcher, élevé 
dans un coin du cimetière, est formé de croix funéraires tombées ou 
brisées dans le cours de l'année, du buis bénit qui na pas été distribué 
le jour des Rameaux, et des tampons de ouate ayant servi pour essuyer 
les enfants lors de leur baptême. Le curé, précède' de la croix procession- 
nelle et accompagné de chantres et d'enfants de chœur, vient bénir ce 
singulier biàcher. — A Haitemanviller, Falkwiller et dans plusieurs 
communes de la vallée de la Thuir, le samedi saint au soir, chaque ha- 
bitant de la vallée se rend au cimetière portant une bûche et un bout de 



BIBLIQfiRAI'HIE 313 

bois brûlé, ce qui sert à former un bùrher, «laus un coin du cimetière. Le 
curé, accompagno de son clergé, bénit lui-mAme ce bûcher, qui est des- 
tiné à brûler les Juifs qui ont crucifie Je'sus-Christ. Cette brùlade ter- 
minée, chacun prend un reste du bûcher pour le rapporter à la maison. 
Ce bout de bois brûlé est placé dans le jardin et recouvert de terre. 
L'année suivante, il sera repris pour former avec une nouvelle bûche un 
nouveau bûcher. » (Dieudonné Dergny, Usages^ coutumes et croyatices, 
Abbeville, 1885, p. 310-1.) 

Israël Lévi. 



Grunhut (L.), Û^I31p5;i IDD- Sefer Ha-Likkutini. Sammlung altérer Midra- 
schim und wisseuschaftUcher Abhandlungen. Erster und zweiter Theil. Jéru- 
salem, 1898. 

M. Grunhut, de Jérusalem, qui a déjà édité le Midrasch Schir 
Haschirim (voir Revue, XXXV, 230 et s.), continue à consacrer ses 
efforts, avec un zèle digne d'éloges, à la publication et à l'examea 
critique d'oeuvres midraschiques. A un court intervalle, il a fait de 
nouveau paraître deux petits volumes, que je tiens à signaler aux 
lecteurs de cette Revue^ en me contentant d'en faire connaître le 
contenu. 

La première partie renferme : l" Midrasch Haschkem (p. 1a-20a). 
Sous ce titre, M. G. a réuni tous les fragments, connus par des cita- 
tions, de cette œuvre midraschique qui est perdue et qui est appelée 
Haschkem d'après le mot DD'^rn d'Exode, viir, 16 ; ou y trouve seize 
passages sur l'Exode, onze sur le Lévitique et sept sur les Nombres. 
— 2" Midrasch bbnn"< b^ ; Jellinek avait déjà publié cette œuvre dans 
le volume VI de son Belh Hammidrasch (p. 106-108), mais M. G. l'édite 
dans un texte un peu différent, d'après un manuscrit du Yémen 
(p. 20^-24^). — 3° Additions au Miirasch Haschkem. — 4» Additions 
et observations de M. A. Epstein sur le Midrasch Schir Haschirim. 
A cette première partie, M. G. a joint, avec une pagination spéciale, 
une étude sur les Midrasch Tanhouma et Yelamdènou qu'il avait déjà 
publiée dans le journal hébreu Hammaguid (1 a-SOb . L'introduction 
à cette première partie, qui a également une pagination à part, con- 
tient : h^ Une étude de M. G. sur le Midrasch Haschkem (p. 5-15 et 
p. 23-26) ; 2° des additions à l'étude sur Tanhouma et Yelamdènou 
(p. 15-23); 30 des observations de M. S. Buber sur une grande partie 
du contenu de cette première partie, avec des noies de Téditeur 
(p. 27-50) ; 40 observations de M. I. Lôw, de Szegedin. 

La deuxième partie contient : l'» La baraïtha mi72 U"12 (p. I6ô-20a), 
principalement les fragments que le Yalkout nous a conservés de cet 
ouvrage pHpilu. — 2** Les deux derniers chapilies de la baraïla 
pU373n nDwsb?3 (p. Mh-\<oa). — 3" Des fragments de V^D^T u:-n73 



316 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(p. 16 ^-20 a). — 4° La baraïtha de Pinhas b. Yaïr, d'après un manus- 
crit du Yémen (p. 20^-21 a). 

L'introduction à cette seconde partie contient : 1° Quelques ren- 
seignements sur les Midraschim édités dans cette partie (p. 1-16); 
1^ une lettre de M. Epstein sur l'étude que M. G. a publiée dans sa 
première partie sur Tanhouma q\. Yelamdènou, avec des notes de l'édi- 
teur (p. 17-28)'. 

On voit par ce compte rendu qu'une partie des matériaux du Sefer 
Ha-LiMutim ont été fournis à M. G. pendant que l'ouvrage s'impri- 
mait ; il en résulte un peu de désordre dans l'arrangement, les obser- 
vations sur les textes ne se trouvant pas avec les textes mêmes. La 
lecture de cet ouvrage en est rendue plus difficile. Il contient pour- 
tant bien des choses utiles et intéressantes, et nous sommes parti- 
culièrement obligé à M. G. de nous avoir fait connaître également les 
remarques assez étendues de savants aussi autorisés que MM. Buber, 
Epstein et Lôv^. 

Budapest. 

W. Bâcher. 



Grunhut (L.]. D'^LJ1pr»r: 'O Sefer Ah-Likkiitiiii [sic]. Sammlung altérer Mi- 
draschim uud wi6>enschaltlicher Abhandiungen. 3. Theil : Midrasch Eser goli- 
jolh, Einiges iibfr die Zeit Schimeon des Gerechten, Pirke Rabenu ha-kadosch. 
Jérusalem [eu cornmissioa chez J. Kauffmann, Francfort], 1899 ; in-8" de 28 
+ 05 p. 



Nous louerons, nous aussi, M. Gr. pour l'intérêt qu'il porte aux 
Midraschim. Il en fournit une nouvelle preuve par cette édition du 
iMidrasck des Dix exils et des Pi7'ké Rahbénou Hakadosch. Celle réim- 
pression de ces deux opuscules n'éiait pas inutile; en plusieurs 
endroits, les mss. utilisés par M. G. améliorent le texte de Jellinek. 
Les notes ne sont pas non plus dénuées de toute valeur, encore 
qu'elles soient parfois trop sobres de références. 

Il va sans dire que ces petits traités sont précédés d'une intro- 
duction et il va bans dire également qu'ils sont, pour l'éditeur, 
extrêmement anciens. Qu'on en juge : le Midrasch des Dix exils n'est 
rien moins que l'embryon du Séder Olam Rabba, et déjà le rédacteur 
du ISifo'é Ta mis à contribution. Quant aux Pirké, c'est une sorte de 

* Je si^rnale ici une 6Ài\àe plus étendue de M. Epstein sur le même sujet, qui vient 
de para'lre dans le dernier volume de bTlDONH, éd. J. Gûuzig (Cracovie, 1899), p. 
252-262, Voir aussi le chapitre sur R, Tanhouma ben Abba dans le volume lll de 
mon Âqada der palâst Amorcer. 



BIBLIOGRAPHIE 317 

Tossefta rédigée par R. YohanaQ pour suppléer à l'absence d'une 
guemara palestinienne sur les Pirké Abot. 

Le procédé suivi par M. G., pour arriver à ces conclusions, ne 
manque pas d'une certaine naïveté : A et B se ressemblent, donc A 
est la copie de B. Pourquoi n'est-ce pas le contraire? Voila la question 
que l'auteur ne se pose jamais. A est la co[)ie de B, tout simplement 
parce que B est l'ouvrage qu'il édile. Etudions, au hasard, un pas- 
sage de l'un et l'autre Midrasch pour voir si nous arrivons au même 
résultat que M. G. 

Voici, par exemple, un paragraphe des Dix exils, qui en lui même 
est intéressant; il est ainsi conçu : « Les Israélites qui restèrent en 
Egypte (de ceux qui s'y étaient rendus au temps de Nabuchodonosor) 
allèrent à Alexandrie. Ils y crurent et se multiplièrent par milliers 
et myriades. Qui n'a pas vu leur gloire n'a jamais vu de gloire. Là 
étaient un temple, un autel, des fabrieateurs d'encens, une table de 
pains de proposition, des écoles innombrables, des gens riches et 
puissants. Trajan vint les attaquer, en tua le double de ceux qui sor- 
tirent d'Egypte (soit 1,200,000). Puis ce fat le tour d'Alexandre, qui 
en tua tout autant. — Tels sont les huit exils qui se produisirent pen- 
dant l'existence du premier Temple. » (Ces derniers mots se rap- 
portent au paragraphe précédent coupé par cette notice, qui n'est 
qu'une incidente.) 

Il est évident, à première vue, que ce morceau renferme deux ren- 
seignements qui ne se concilient pas bien : comment Alexandre 
aurait-il commis ces excès après Trajan? Si l'on supprimait cette 
seconde relation comme le fait un des textes indiqués par Jellinek, 
la difficulté disparaîtrait. Mais comme M. G., qui ne dit rien de ce 
détail, s'en rapporte au ms. qu'il édite, il lui faut rendre compte de 
ce singulier contre-sens historique. Supposer, comme l'ont fait cer- 
tains auteurs, qu'il s'agit ici d'un autre Alexandre, Alexandre Sévère, 
par exemple, c'est se mettre en opposition avec l'histoire. Grand 
embarras pour M. G., qui veut que les Dix exils soit un texte 
ancien, antérieur au Talmud. 

Or, pour nous, ce paragraphe n'offre aucune difficulté. La première 
partie provient de la Tossefta Soucca, iv, 6 (— j. Soucca, 5o d), qui dit, 
ce qui est la vérité, que le temple d'Alexandrie fut détruit par Trajan; 
l'autre du Talmud Soucca, 51 b, où Abbaï, Babylonien du iv« siècle, 
ajoute à ces mots de la Tossefta : « Et Alexandre les lua tous » (les 
Juifs d'Alexandrie). Le chiffre des victimes est emprunté également 
à la Tossefta commenté par Abbaï. Il est dit que dans le temple 
d'Alexandrie il y avait un nombre d'assistants double de celui de la 
population qui quitta l'Egypte (1,200,000); Alexandre les ayant tous 
massacrés, le nombre des victimes fut donc de 1,-200,000. Et comme 
Alexandre, pour notre chronique, imite l'exemple de Trajan, celui-ci 
nécessairement en tua aussi 1,200,000 (dans le Talmud de Jérusalem, 
il est dit seulement que Trajan détruisit le temple). Notre chronique 
a donc cousu bout à bout les deux renseignements de la Tossefta et 



318 REVUE DES ETUDES JUIVES 

d'Abbaï. Il en résulte qu'elle est postérieure à la clôture du Talmud. 
L'inverse serait incompréhensible : si Abbaï avait connu notre chro- 
nique, il n'aurait eu aucune raison de parler seulement d'Alexandre 
et de passer sous silence Trajan. Mais comment s'expliquer une 
pareille bévue de la part d'Abbaï? Très simplement, par l'ignorance 
qui caractérise Abbaï dans les choses de Thistoire; n'est-ce pas lui 
qui dit que Jannée (Alexandre Jannée) est le même personnage que 
Jean (Hyrcan)? Il s'intéressait fort, semble-t-il, à l'histoire, mais les 
documents dont il se servait n'étaient pas de première qualité (voir 
notre article sur Les sources talmudiques de l'histoire juive. Revue, 
XXXV, p. 222, note 3). Cette particularité même confirme not^e con- 
clusion. 

Prenons maintenant, au hasard encore, un passage des Pirké Rah- 
bénou Hakadosch et procédons de la même façon. Ce traité est une 
collection de sentences, règles de morale, etc, ayant pour cadre une 
énumération : le mauvais penchant a trois noms ; trois classes 
d'auges ont été consultées par Dieu au moment de la création du 
monde, etc. La première impression que laisse la lecture de ce petit 
traité, c'est qu'il est une collection factice d'opinions exprimées aussi 
bien par les Tannaïm que par les Amoraïm, et même de choses du 
Midrasch. Circonstance aggravante : le nom des auteurs est souvent 
supprimé, ce qui caractérise d'ordinaire les ouvrages récents. Chose 
plus grave encore, certains morceaux sont même conservés dans la 
langue araméentine employée par l'auteur quand il était Bab^ionien. 
Ainsi, p. 54 : ?nbn "^aïi^û nn iinmON N^^T^ -^12 bD n?:^ bNi720 -i73 
';"'b72... passage qui se lit sous cette forme dans Baba Mecia, Wà b. 
(Je n'insiste pa