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University of Ottawa 



http://www.archive.org/details/revuedestudesj55soci 



REVUE 



DBS 



ÉTUDES JUIVES 



-JJ^ 



VERSAILLES. — IMPRLMERIE CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 




REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TIUMESTRIELLE 

l)l<; LA -son I ET K DKS ÉTUDES JUIVES 



TOME CINQUANTE-CINQUIEME 



PAIUS 

A LA LIBHAIHIK A. DURLACHER 

83 '''», RUK I.aFaYKTTK 

1908 






lOl 

t. 55 



ETUDE 

SUR 

LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 

DU V« AU XIV« SIÈCLE 



PREMIERE PARTIE 

CONDITION POLITIQUE 

LIVRE PREMIER 

PÉRIODE MONARCHIQUE (Ve-X« SIÈCLE) 

CHAPITRE PREMIER 

sous LA DOMINATION WISIGOTQIOUIÎ 

I. Sidoine Apollinaire et le Juif Gozolas ,410-473). — II. La législation conciliaire 
et les Juifs : concile d'Agde ^306). — III. (Concile de Narbonne ['689). — IV. Lettre 
de Grégoire le Grand au sujet de quatre chrétiens, esclaves de Juifs narbon- 
nais (.i97). — V. Loi de Sisebut sur les conversions forcées, et le quatrième 
concile de Tolède 633). — VI. Sixième concile de Tolède (638). — Vil. Inscrip- 
tion funéraire juive de Narbonne 688 ou 689). — VIII. Seizième concile de 
Tolède (693). — IX. Dix-septième concile de Tolède (694). — X. Aucun docu- 
ment sur la condition des Juifs de Narbonne sous les Sarrasins (Ti9-7o9). 

I. — La première nienlion liisloiM([iie rolalive aux Juifs de Nar- 
bonne est à peu près contemporaine de lenlrée des Wisigotlis dans 
cette ville'. Dans deux de ses lettres adressées à son ami Télix, 
de Narbonne, Sidoine Apollinaire fait allusion à un Juif nommé 

1. Od sait que la ville de ISarbonne et une grande partie de la province de même nom 
furent cédées aux Wisigotlis par l'empereur Sévère, eu 462 (Uist. de Long., t. I, p. 469)^ 
T. LV, N» 109. 1 



5 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Gozolas, qui faisait partie do la clientèle de Félix '. Or, il est pos- 
sible de placer ces deux lettres entre les années 470 et 478-. 

1. Monumenla Germaniœ historica, Auclores unliquissimi, t. VIII, Berlin. 1887. 
iu-i», édition Liietjoliann, p. 43 et p. 57. On trouvera le texte latin et la traduction 
française de ces deux lettres dans la Colleclion des auteurs latins de Msard, Œuvres 
complètes de Sidoine Apollinaire, Paris, 1887, in-8», p. 13o, Lettre n» Lxxxii, et 
pp. 138-139, lettre lxxxv. Cf. Hist. de Lanr/., t. I, p. 531 et Aronius, Rerjeslen zur 
Geschichte der Juden, Berlin, 1887-1892. in-i", I, 6. 

2. Ces lettres sont postérieures à l'élévation de Sidoine à l'épiscopat. Les sentiments 
exprimés dans ces deux lettres, les préoccupations morales que l'auteur y laisse percer, 
l'allure sévère et grave du style révèlent un dignitaire ecclésiastique qui a reçu charge 
d'àmes et qui se l'ait uti scrupuleux devoir de bien remplir les obligations de son 
sacerdoce. 

Voici, d'ailleurs, en quels termes Sidoine termine ces deux lettres : « Si chez vous, 
du moins, les choses vont bien, tant mieux. Ouvertement punis pour des crimes qui 
nous sont cachés, nous n'avons pas le cœur si mal placé que nous soyons jaloux du 
bonheur des autres. Assurément, celui-là est l'esclave du vice autant que des ennemis, 
qui, même en des temps mauvais pour lui, ne saurait former des vœux en faveur des 
autres. » — « Quant à l'état des affaires, je ne te demande plus comme autrefois où 
elles en sont, de peur qu'il ne te soit désagréable d'avoir à m'annoncer de mauvaises 
nouvelles, si elles ne doivent être suivies de rien de bon. Car, s'il ne te convient pas 
d'écrire des faussetés et que tu n'aies rien à m'annoncer qui soit conforme à mes vœux, 
fie mon côté, j'évite, quel que soit le mal, d'en être informé par les gens de bien. » 

Dans sa première lettre, Sidoine ne parle du Juif Gozolas que pour exprimer à Félix 
le mépris que lui inspire sa secte. Ce mépris sent son homme d'Église. Dans sa 
deuxième lettre, il ne reparle de Gozolas que pour envisager sa conversion : n'est-ce 
pas là une préoccupation bien ecclésiastique ? Or, Sidoine fut élevé à l'épiscopat par 
le peuple de Clermont en 470 ou 471, suivant Mommseu [Prsefatio in Sidonium, éd. 
Luetjoliann, ni supra, p. xlvui) ; vers la lin de 471, suivant V Histoire littéraire de la 
France, t. II, Paris, 1735, in-4'>, p. 554 : en 472, suivant ['Histoire de Languedoc, 
t. I, p. 488. >ous placerons prudemment cette élévation entre 470 et 472. >ous trou- 
vons donc comme terminus a (juo aux deux lettres de Sidoine la date de 470. 

Reste à fixer le terminus ad quem. Dans sa première lettre, Sidoine compare sa 
ville de Clermont à une proie misérable, qui excite à la fois la convoitise des Bur- 
gondes, alliés des Gallo-Romains et celle des Wisigoths, ennemis de ces derniers. Cette 
lettre a donc été écrite avant le siège de Clermont par les Wisigoths en 473 [Uisl. de 
Lang., t. I, p. 489), mais peu avant ce siège, puisque la ville était déjà menacée. 
Cette dernière considération a i)robablenient déterminé Gmss ((îa///a Jj<f/aica, traduc- 
tion française de Moise Bloch, Paris. 1897. in-8», p. 402 à placer ces deux lettres en 473. 

Ce terminus ad quem soulève, rependant, une difficulté assez grave. Eu 473, Félix 
ne se trouvait pas à >"aibonne mais à .\rles. Il avait cpiitté la première ville en 472, 
pour remplir dans la seconde les fonctions de préfet des Gaules durant les années 472 
et 473 [Hist. de Lang., t. I, p. 464). Gozolas serait alors un Juif d'.\rles et non uu 
Juif de Narbonne. Toutefois, rien ne s'oppose à ce que Félix ait emmené son client 
Gozolas de Narbonne à Arles. Quoi qu'il en soit, il est inlinimeiit piobable que Gozo'as 
était, siuon haliitant de Narbonne, du moins, originaire de e^tte ville. 

.Vu suiplus. la philologie nous permet d'al'lirmer qu'il y avait des Juifs à Narbonne à 
l'époque gallo-romaine. Le 20 août 1363, le guet parcourt plusieurs rues de la ville et 
entre autres « carrayriam vocatam Dejos aygas » (A. Blanc, Les transformations du 
lutin «juduicus V, dans Annales du Midi, année 1896, t. VIII, p. 196). Le 24 juillet 
1355 ou 1356, Arnaud Sapte, fustier, vend à Jean Genès, tailleur < quoddain hospitium 
meum, situm in civilate ISarboiie loco vocato, juxta Jos aigas, prope pondus farine 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE iNARBONNE 3 

L'ami de Sidoine, Félix, était un grand dignitaire gallo-romain : 
il appartenait à lilluslre famille narbonnaise des Magnus Félix ; 
il quitta Narbonne pour Arles, en 472, quand il fut élevé par le 
gouvernement impérial à la haute fonction de préfet des Gaules. 
Félix devait vivre à Narbonne au milieu d'une nombreuse clientèle. 
Parmi ses clients, se trouvait un Juif, nommé Gozolas, qu'il hono- 
rait d'une confiance particulière, puisqu'il ne craignait pas d'en 
faire son courrier habituel. Il éprouvait même de l'affection pour 
lui. Et pourtant il est fort probable que Félix était déjà à ce moment 
un adepte de la religion chrétienne, mais un fidèle assez tiède, tel 
qu'on en trouvait beaucoup encore au v^ siècle parmi les grandes 
familles de l'aristocratie gallo-romaine. Sa foi deviendi'a plus ferme 
quand il aura éprouvé la vanité des honneurs terrestres : il tro- 
quera alors sa toge de pourpre contre la bure monacale '. 

En sa qualité d'évêque, Sidoine éprouve peu de sympathie à 
l'endroit des Juifs. Il ne cache pas son sentiment à propos de 
Gozolas : « Gozolas, écrit-il à Félix dans sa première lettre, Juif 
de nation et client de Ta Grandeur, dont la personne me serait 
chère à moi aussi s'il n'appartenait à une secte méprisable, t'ap- 
porte une lettre, que j'ai écrite dans la plus grande anxiété^. » 

Sidoine trouve l'occasion de reparler encore de Gozolas et d'ex- 
primer à son égai'd les mêmes sentiments : « C'est par le môme 
messager que je vous renouvelle mes salutations, déclare-t-il à 
Félix. Votre ami Gozolas (plaise à Dieu qu'il devienne aussi le 
nôtre] se fait une seconde fois porteur de ma lettre. Epargnez donc 
à l'un et à l'autre un affront qui nous serait commun ; car si vous 
persistez encore à garder le silence, tout le monde pensera que 
nous sommes indignes, moi, que vous m'écriviez, lui, qu'il soit 
chargé de vos lettres ^. » 

11 y a deux bommes en Sidoine Apollinaire : h' patricien gallo- 
romain et le prélat catholique. Il déteste les Wisigoths i" parce 

CiNilalis » (.\rch. muii. do Naih.. rciristic do jiaiiier iiuii iineutoriù, f" 3'J . Dejus uygas 
ou Jos aiqas sont une CDrruption do Jusaigas lut. Judaicas). Or, la forme jusaigas 
indique qu'il y avait des Juifs à Narbonne dès une époque très ancienne, vi' siècle, 
peut-i'tre v', le cliangeincut de c en g dnus Jusaigas ijudaicas) s'étant produit avant le 
VII' siècle (.\. Thomas, Essais de philologie française, Paris. 1897, petit in-S", p. ll.j). 

1. Féliv embrassa la vie monastique à .Vrles, en 4"4 {Uisl. de Lang., t. I, p. 464). 

2. Stdonius Felici suo salulem. Gozolas nalione Judœus, cliens culininis tut, 
cujus mihi quoque essel persona cordi, si non essel secla despectui, deferl lit- 
ieras meus, quas grandiler anxius exaravi. 

3. lierai porlilorem salutalionis ileralio : Cozolas tester, Deiis tribual ut nos- 
ter, apicum meorum secundo gerulus efficitur. Igitur verecundiam utrique exi- 
mite communem ; nom si eliamnum silere medilemini, omnes el me oui et illum 
per quem scribere debebas, indignum arbitrabuntur. 



4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qu'ils sont d'une race différente de la sienne et surtout d'une race 
barbare, 2^ parce qu'ils sont en révolte contre l'orthodoxie chré- 
tienne. Il considère également Gozolas comme un élvan^ar (tiationn 
Judœus), mais non comme un barbare ^ La nationalité de Gozolas 
lui est indifférente, mais ses croyances religieuses lui font horreur. 
A la différence de son ami Félix, Sidoine est un chrétien enthou- 
siaste et agissant^. Sa fonction pastorale lui fait un devoir d'aug- 
menter son troupeau. Aussi ne s'intéresse-t-il à Gozolas que pour 
envisager sa conversion. 

Cependant, l'antipathie de Sidoine pour la « secte méprisable » 
n'est pas un sentiment violent et obstiné. Elle se tempère chez lui 
de tolérance philosophique et de véritable charité chrétienne. Nous 
avons, pour nous en convaincre, une lettre de Sidoine à Eleuthère, 
successivement évoque de Blandin et de Tournai^. Voici ce qu'il 
lui écrit au sujet d'un .Juif auquel il s'intéresse : « La présente 
lettre recommande un Juif, non que j'aime l'erreur dans laquelle 
ses pareils périssent enveloppés, mais parce qu'il ne convient pas 
de déclarer aucun d'eux condamné sans appel tant qu'il est vivant; 
car celui qui a la ressource de se convertir peut toujours espérer 
qu'il obtiendra l'absolution. 11 t'exposera lui-même plus exactement 
tout le détail de son affaire ; car il y aurait peu de goût à déparer 
l'élégante brièveté du style épistolaire par de trop longues expli- 
cations. Assurément, soit dans les affaires, soit dans les débats de 
ce monde, les hommes de son espèce ont très habituellement de 
bonnes causes ; tu peux donc, tout en déplorant l'absence de foi, 
défendre la personne de ce malheureux. » 

1. Il est curieux de noter (juc le nom de Gozolas est un nom germanique (Giry, 
Manuel de diplomatique, p. 3oo). Il semble mùine être le diminutif de Golli. 11 est 
possible que ce Juif soit venu à Narbnune avec les Wisigotlis, en 462. Il n'y aurait rien 
d'étonnant que Gozolas fût un Goth converti ou un descendant de converti. Ou voit, 
cependant, que Sidoine le distingue bien des Wisigolhs. LCvèque de Clermont consi- 
dère les Juifs, non seulement comme un groupe religieux, mais encore comme un 
groupe ethnique. Cette conception, justifiée, d'ailleurs, en partie, par l'esprit de solida- 
rité qui ne cessa de régner entre les membres des communautés juives, resta la con- 
ception du moyen âge et même de tout l'ancien régime. 

2. Sidoine n'est pas un nouveau converti. Il appartient à une famille chrétienne. 
Son aïeul s'était converti au clirislianismo [lUsloire litléraire de la France, t. II, p. 550). 

3. Cette lettre est adressée à domino pa/jse Eleullierio. Il s'agit évidemment de 
l'évèque Eleuthère, — papa à celte époque désignant indilléremment le chef de l'Église 
et les chefs des diocèses — , qui fut appelé à l'évèché de Blandin en 481 et à celui de 
Tournai eu 496. Sidoine mourut le 21 août 488 ou 489 \Uistoire littéraire de la 
France, t. II, jip. 556-557 . 11 faut dune placer cette lettre entre 481 et 489. On en 
trouvera le texte latin dans les Monumenla Gen?ianiœ historica, Auctores antiquis- 
simi,\.. VIII, i)p. 100-101, et une traduction française dans la Collection des auteurs 
latins de Nisard. (Il'.ucres de Sidoine Apullinairt, |>p. 1101 11, lettre i.x. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE b 

L'antipathie de Sidoine pour le judaïsme n'est donc pas à ce point 
vivace qu'elle lui interdise de tendre la main à un Juif malheureux. 

II. — La conversion des Juifs au christianisme apparaît comme 
la grande préoccupation de l'évèque de Clermont. Ce sera égale- 
ment la grande préoccupation de l'Église dans les siècles qui vont 
suivre. Il est intéressant de relever les mesures prises à l'égard 
des Juifs par les conciles wisigothiques auxquels les archevêques 
de Narbonne ont pris part et où ils ont joué quelquefois un rôle 
très actif. Parmi les nombreuses décisions conciliaires qui régle- 
mentent la situation des Juifs placés sous la domination des rois 
wisigoths, il en est plusieurs qui s'appliquent si bien aux Juifs de 
Narbonne qu'elles semblent avoir été inspirées directement par les 
archevêques de celte ville. 

Le 11 septembre o06, sous le règne du roi wisigoth, Alaric II, un 
concile se réunit à Agde ' : le métropolitain de Narbonne, Capra- 
rius, n'y assista pas en personne, mais il y délégua à sa place le 
prêtre Anilius-. Entre autres choses, ce concile s'occupa de déter- 
miner dans quelles conditions le baptême pouvait être administré 
aux Juifs qui manifesteraient le désir d'embrasser le chi'istianisme. 
Le clergé ayant constaté que certains Juifs se convertissaient au 
christianisme sans y croire sincèrement, et que, selon l'énergique 
expression de la Bible, « ils retournaient à leur vomissement «, 
les membres du concile imposèrent certaines épreuves prélimi- 
naires aux Juifs, qui se montreraient disposés à confesser la foi 
chrétienne. Voici ce que le concile décida à ce sujet : « Les Juifs 
qui veulent se rallier à la loi catholique doivent, à l'exemple des 
catéchumènes, se tenir pendant huit mois sur le seuil de l'église : 
si au bout de ce temps, leur foi est reconnue sincère, ils obtien- 
dront la grâce du baptême. Mais si, dans l'intervalle, ils se trouvent 
en danger de mort, ils pourront être baptises avant le terme 
prescrit ^. » 

Ce même concile défendit aux chrt'tiens de participer aux festins 
des Juifs : « Tout chrétien, clerc ou la'ique, doit s'abstenir de 
prendre part aux banquets des Juifs : ces derniers ne mangeant pas 
des mêmes aliments que les chrétiens, il est indigne et sacrilège 
que les chrétiens touchent à leur nourriture. Les mets que nous 
prenons avec la permission de l'apôtre sont jugés immondes par 
les Juifs. Un chrétien se montre donc l'inférieur d'un Juif s'il 

1. Labbe et Cussart, Sancla co/(C(7(Vï, Paris, 1071-1672, 17 toI. iu-fol., t. IV, col. 1381. 

2. Jbid., col. 1395. 

3. Ibid., col. 1389, canon sxxiv. 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



s'assujettit à manger des plats que ce dernier lui présente, et si, 
d'autre part, le Juif repousse avec mépris la nourrilure en usage 



parmi nous '. » 

11 apparaît clairement de cette seconde prescription que les chré- 
tiens des premiers siècles du moyen âge entretenaient avec les 
Juifs des relations très amicales, puisqu'ils prenaient plaisir à 
banqueter ensemble. Saint Paul n'avait-il pas laissé entendre aux 
Corinthiens qu'ils pouvaient accepter sans scrupule une invitation 
chez un étranger non chrétien'-? Les chrétiens de Narbonne abu- 
saient, paraît -il, de cette tolérance : non contents de prendre 
part aux spectacles et aux banquets des païens, ils faisaient des 
offrandes aux idoles. En 459, le pape Léon P-^ avait écrit à ce sujet à 
l'évoque de Narbonne, Rusticus ^ La tradition signalée et réprouvée 
par Léon 1" n'était donc pas perdue au commencement da \v siècle, 
puisque le concile d'Arles jugeait nécessaire d'intervenir à son tour. 

A cette époque, les mœurs restaient encore favorables à la popu- 
lation juive. Mais l'Église s'élevait déjà avec force contre ce contact 
perpétuel entre Juifs et chrétiens. Elle voulait éviter aux fidèles 
des controverses religieuses d'où leur croyance eût pu sortir 
ébranlée. A une époque où il restait encore des païens à convertir, 
l'Église redoutait la concurrence de la Synagogue. Les catéchu- 
mènes ne distinguaient pas très bien entre les cérémonies chré- 
tiennes et les cérémonies juives. Il était donc nécessaire que 
l'Église en marquât fortement la distinction. Ces considérations 
expliquent que les conciles aient considéré de bonne heure les 
communautés juives comme des foyers de contagion religieuse. 
De là à isoler les Juifs dans des quartiers à part, généralement 
clos de murs, comme les pestiférés dans des lazarets, il n'y avait 
qu'un pas. 

III. — Non contente de pousser à la séquestration matérielle et 
morale des communautés juives, l'Église inaugure une législation 
restrictive à l'égard du culte judaïque lui-même. Un concile se 
réunit à Narbonne le i"'^ novembre 589, sous le règne de Récarède '. 
Le canon iv interdit à tout homme, libre ou esclave, Goth, 



i. Lahbe et Cossart, Sancla concilia, t. IV. col. 1390. canon xi.. .Vu sujet lic ce 
concile cf. Uist. de Long., t. I, p. 531. 
•2. Paul. 1 Cor., i, 25. 

3. Histoire de France, imbliéc sous la direction de M. Ernest Lavisse, t. II, i .Paris, 
1903, in-4'>), p. 20. 

4. Labbe et Cossart, Sancta concilia, t. V, col. 102S. Sur ce concile cf. Histoire de 
Lanrj., t. 1", pp. 651-G52 et Gross, Gallia judaica, p. 403. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 7 

Romain, Syrien, Grec ou Juif, d'enfreindre le repos dominical et 
de mettre les bœufs sous le joug ce jour-là, sauf en cas d'absolue 
nécessité, sous peine pour les personnes libres de six sols d'or 
d'amende payables au comte de la Cité et pour les esclaves de cent 
coups de fouet '. Le canon ix interdit aux Juifs de cbanter des 
psaumes aux enterrements : il leur ordonne de revenir sur ce 
point à leurs anciens rites, sous peine de six onces d'or 
d'amende-. Le canon xiv prescrit la répression de la sorcellerie : 
« Pour développer la discipline de la foi catholique, nous avons 
décidé que, si quelques hommes ou femmes, devins ou devine- 
resses, sorciers ou sorcières, étaient surpris dans la maison d'un 
Goth, d'un Romain, d'un Syrien, d'un Grec ou d'un Juif, ou 
bien si quelque personne osait interroger les sorts décevants et 
qu'elle ne voulût pas les dévoiler, l'entrée de l'église leur serait 
interdite et il leur serait infligé une amende de six onces d'or 
payables au comte. Quant à ceux qui, remplis d'iniquité, se livrent 
au trafic des sortilèges et séduisent le peuple en prévariquant, 
qu'ils soient libres ou esclaves, maîtresses ou servantes, ils seront 
tous fustigés vigoureusement en public, vendus comme esclaves et 
le prix de leur vente distribué aux pauvres ^. » 

Ce dernier canon ne s'applique pas exclusivement aux Juifs, mais 
à tous les devins, à quelque nation qu'ils appartiennent. Il nous a 
paru bon, toutefois, de l'analyser pour montrer que l'accusation 
de sorcellerie n'était pas encore dirigée surtout contre les Juifs, 
comme nous le constaterons dans la suite. 

Nous avons fait observer plus haut que certains canons des con- 
ciles Avisigothiques qui s'occupent des Juifs semblent s'appliquer 
surtout aux Juifs de Narbonne. Les canons du concile de o89, que 
nous venons d'analyser ci-dessus, ont été inspirés probablement 
par le métropolitain de Narbonne, 31igetius, qui dut jouer un très 
grand rôle dans les délibérations et qui, en tout cas, souscrivit le 
premier aux décisions de ce concile '. La population de Narbonne 
présentait, en ctTet, ce mélange de races auquel font allusion les 
canons iv et xiv, mélange de Goths, de Romains, de Syriens, de 
Grecs et de Juifs. 

IV. — Le concile narbonnais de 389 nous renseigne, non seule- 
ment sur la situation ethnique des habitants, mais encore sur leur 

1. Labbe et Cossart, ul supra, t. V, col. 1029. 

2. IbicL, col., 1029-1030. 

3. Ibid., col. 1030-1031. 

4. Labbe et Cossart, ut supra, t. V, col. 1031. 



8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

situation sociale. Nous avons vu plus haut que le Juif Gozolas faisait 
partie de la clientèle d'un liche gallo-romain. Il y avait donc à Nar- 
bonne des Juifs clients, des Juifs libres {mgenui)el(ieshdîs esclaves. 
Les Juifs de condition libre employaient quelquefois pour leurs 
travaux des esclaves chrétiens. Mais, dès la fin du vi» siècle, 
l'Église s'élève énergiquemen t contre la coutume qui permet que des 
cbi-étiens soient esclaves des Juifs. C'est ainsi que les quatre frères 
d'un certain Dominique avaient été rachetés de captivité par des Juifs 
de Narbonne, qui les gardèrent à leur service en qualité d'esclaves ^ 
Dominique se plaignit au pape Grégoire ^^ Au mois de mai 597, ce 
dernier manda à son légat des Gaules, le prêtre Candide, de procé- 
der à une enquête diligente : « 11 est tout à fait grave et exécrable, 
écrit Grégoire le Grand à Candide, que des chrétiens vivent dans l'es- 
clavage des Juifs : nous exhortons ton alTection par les présentes à 
rechercher soigneusement et à t'informer avec toute la sagacité et la 
sollicitude désirables de la véracité de ce fait. Si ton enquête cons- 
tate que cette plainte estlégitime, je compte sur ton zèle pour rache- 
ter ces chrétiens qui n'ont pas les moyens de payer eux-mêmes le 
prix de leur liberté, tout en te donnant lassurance que la somme 
que tu fourniras pour leur rançon sera portée sur tes comptes^. » 

V. — La législation des rois wisigoths et des conciles wisigo- 
thiques va renouveler sur ce point et sur beaucoup d'autres les 
mesures les plus rigoureuses que l'intolérance avait inspirées aux 
empereurs chrétiens. Le roi des Wisigoths, Sisebut, qui succéda à 
Gondemar, en février 612, força les Juifs répandus en Espagne et 
en Septimanie à embrasser la religion chrétienne, après leur avoir 
défendu d'avoir des esclaves chrétiens ^. Cette dei-nière interdiction 
rappelait une loi de l'empereur Constance, qui défendait aux Juifs 
d'acheter des esclaves d'une autre religion, sous peine de les voir 
confisqués par le trésor : si ces esclaves étaient chrétiens, la 
fortune entière du Juif contrevenant était confisquée ^ Le carac- 

1. Les Juifs de cette époque pratiquaient le commerce des esclaves et particulièrement 
des esclaves sarrasins. 11 semble bien que les Juifs dont il est question dans la lettre de 
Grégoire le Grand sont des marchands d'esclaves et que les quatre chrétiens qu'ils ont 
rachetés de captivité ont été capturés et réduits en esclavage jiar des pirates sarrasins. 

2. Monumenla Germanise histoi'ica, Epislolse, t. I, éd. Hartmann, Berlin. 1891, 
in-i». p. 464. Cf. Histoire de Languedoc, t, I, p. 651 ; Aronius, Hegeslen der 
Geschic/ile der Juden, 1, 19, et Gross, Gallia Judaica, p. 403. 

3. Codex Visigolliorum, I. 12, tit. 2. De omnium hwreficorum atque Judseorum 
cunclis enoribus a7npulandis, legg. 13 et 14. Cf. Ilist. de Long., I, 665. 

4. Cad. T/ieod., XVI, 9, 2 (an 339). Cf. Daremberg et Saglio, Dicl. des antigiiilés, 
art. Judœi par M. Th. Reinach, p. 631, 2* col. 



ÉTUDE SUR L\ CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 

tère rigoureux de cette loi empêcha, d'ailleurs, qu'elle fût main- 
tenue. 

Les Wisigoths étaient passés de l'arianisme au catholicisme vers 
la fin du vi« siècle '. Entraînés par leur zèle de néophytes, les rois 
wisigoths vont redoubler de rigueur à l'égard des Juifs. Nous 
venons de voir que Sisebut avait préconisé la conversion des Juifs 
par la violence. Les évêques estimèrent qu'il était allé trop loin 
dans cette voie. 

Le quatrième concile de Tolède, tenu dans cette ville le 9 décem- 
bre 633 -, abolit la loi de Sisebut relative à la conversion forcée des 
Juifs. Il déclare qu'il faut amener ces derniers au iaptème, non parla 
force, mais par la persuasion ^. Le concile interdit aux prêtres et aux 
laïques de recevoir des présents offerts parles Juifs, qui se rendent 
par là les chrétiens favorables. Il prescrit des mesures sévères 
contre les Juifs convertis qui blasphèment le Christ, continuent à 
observer les rites judaïques et à pratiquer les circoncisions ^ Les 
fils ou filles des convertis relaps seront enlevés à leurs parents et 
élevés dans des monastères ou des familles chrétiennes'. Les Juifs 
convertis doivent être tenus à l'écart de leurs anciens coreligion- 
naires". Les Juifs qui épousent des chrétiennes doivent se conver- 
tir, sinon s'en séparer. Les enfants seront de la condition et de la 
religion de la mère^. Les Juifs convertis qui auront prévariqué de 
la foi du Christ ne pourront plus être appelés en témoignage **. Les 
Juifs seront exclus des fonctions publiques parce qu'ils n'offrent 
pas des garanties suffisantes d'impartialité ^. 

Enfia, le concile confirme la loi de Sisebut relative aux chrétiens 
esclaves des Juifs: il est interdit à ces derniers d'acheter des esclaves 
chrétiens. Les chrétiens esclaves des Juifs doivent être mis en 
liberté'". 

Telles sont les décisions très importantes prises par le quatrième 
concile de Tolède à l'égard des Juifs. Le métropolitain de Narbonne, 

1. Hist. (le Long , t. I, p. 529. 

2. Labbe et Gossart, ^acra concilia, t. V, col. 1702. Cf. Hist. de La7}p.A. 1, p. 685. 

3. Ibid., col. ni9, canon lvii. 

4. Ibid., col. 1719, canon lviii. 

5. Ibid., col. 1720. canon lix. 

6. Ibid., col. 1720, canon i,xn. 

7. Ibid., col. 1720, canon lxui. Les codes Ihéodosien et justinien punissaient de 
mort les Juifs qui épousaient des chrétiennes (Dicf. de.': antiqxiités, art. Judaei, 
p. 631, 2'- col.). 

8. Ibid., col. 1720-1721, canon LXiv. 

9. Ibid., col. 1721, canon lxv. 
10. Ibid., co\. 1721, canon Lxvi. 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Selva, y joua un li'ôs grand rôle à côté du président, Isidore de 
Séville. La souscription de Selva vient en seconde ligne, immédia- 
tement après celle d'Isidore '. 

VI. — Selva présida le sixième concile de Tolède, réuni dans 
cette ville en janvier G38-. Les évêques y félicitèrent le roi Chintila 
du zèle avec lequel il poursuivait la conversion des Juifs établis 
dans ses États. Ils décidèrent, ensuite, conjointement avec ce 
monarque et du consentement des grands, que les rois à leur avè- 
nement à la couronne, prêteraient le serment de ne jamais per- 
mettre que les Juifs abandonnassent la religion chrétienne après 
l'avoir embrassée^. 

Vil. — Vers la fin du vii« siècle, les rois wisigolhs deviennent de 
plus en |)lus intolérants à l'égard des Juifs. Le comte de Mmes, 
Hildéric, se révolte contre le roi \visigotb, Wamba, et l'appelle, 
en 672, les Juifs non convertis ''. Mais, en 673, Wamba triomphe du 
rebelle et expulse tous les Juifs de la Septimanie '■'. 

La persécution devient encore plus violente sous le règne 
d'Egica, qui succéda à son beau-père, Euric, le 24 novembre 687. 

La deuxième année du règne d'Egica, c'est-à-dire entre le 24 no- 
vembre 688 et le 28 novembre 689, un enfant et deux jeunes gens 
de NarbOnne, Dulciorella, Matrona et Justus, fils et filles de feu 
Paragorus et petits-enfants de feu Sapaudus, meurent coup sur 
coup, sinon le même jour, du moins à très peu de temps d'inter- 
valle, la première à l'âge de neuf ans, la seconde à l'âge de vingt 
ans, le troisième à l'âge de trente ans. Le fait que ces trois jeunes 
orphelins sont morts, à peu près en même temps, nous autorise à 
supposer qu'ils ont été victimes de quelque persécution dont les 
documents ne nous ont pas conservé le souvenir. De plus, l'ins- 
cription latine qui fut gravée sur leur tombe porte trois mots 
hébreux, qui se traduisent ainsi : u Paix sur Israël ! « Cette parti- 
cularité, qui nous fixe sur la religion des défunts'', nous confirme 



1. Labbo et Cossart, Sancla concilia, col. IIQ!. 

2. Ibid., col. 1742-1743, canon m, et col. 1749. 

3. Au sujet de ce concile cf. Histoire de Languedoc, t. I, pp. 692-693. 

4. Ilist. de Lun'j., t. 1, p. "13. 

5. Ibid., p. 728. Cr. Gallia chrisliana, t. VI (Paris, 1729, in-foi.), c. 12, Aroniiis. 
Regesten der Geschiçhle der Juden, I, 23, et Gross, Gallia judaicn, p. 403. 

6. Ce qui montre bien encore qu'ils appartenaient à la communauté juive, c'est le 
chandelier à cinq bras (au liou de sept), gravé sur la tombe à la place qu'occupe la 
croix dans les inscriptions cliroticnues. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 11 

dans rinterprétation que nous venons de formuler sur le genre de 
mort des trois jeunes Juifs '. 

D'après M. Théodore Reinach, Paragorus serait un nom grec, 
Sapaudus, un nom gallo-romain, Justus, un nom purement latin, 
Dulciorella et Matrona ^, deux cognomen également latins : les 
Juifs narbonnais du vii« siècle portaient donc les mêmes noms 
que les autres habitants de la ville. 

M. Gross attire notre attention sur la qualification de dominus 
accolée au nom de Paragorus et à celui de Sapaudus. Mais il l'inter- 
prète à tort par le mot «seigneur». En réalité, nous sommes ici 
en présence de personnes de condition libre, de propriétaires, en 
un mot de maîtres, au sens antique du mot dominus. 

VIII. — Nous n'aurions pas de doute sur la cause de la mort de 
Justus, Dulciorella et 3Iatrona, si cette mort était survenue quatre 
ans plus tard, en 693. Cette année-là, la peste désola la Septimanie : 
les évêques de cette région ne purent assister, en mai 698, au 
seizième concile de Tolède, qui conllrnia les anciennes lois promul- 
guées contre les Juifs et les nouvelles mesures qu'Egica venait de 
publier pour engager les Juifs à se convertir. Les convertis sincères 
« de pleine intention d'esprit » furent exemptés de toutes les 
exactions fiscales qui frappaient les judaïsants. Ils furent, en outre, 
assimilés aux personnes de condition libre ^. 

IX. — Il ne restait plus qu'à, organiser une caisse des convertis. 
Le dix-septième concile de Tolède, tenu en novembre 694, eut 
recours aux mesures les plus rigoureuses. Les évèques de la 
Septimanie y assistèrent. Une accusation formidable avait été 

1. Le texte de cette inscription a été publié par Le Blant, Inscriplions chrétiennes 
de la Gaule anlérinures au VIII' siècle, t. II, p. 476, n» 621, par Tournai, Descrip- 
tion du musée de \arbonne, Narbonne, 1847, petit in-S», p. 86, par Vllist. de Lanc/., 
t. XV, pp. ."579-380, n» 1291, enlin par M. Tliéod. lîcinacli, Inscription juive de Xar~ 
bonne \l{. É. J., 1889, t. XIX, pp. 7j-83). Cf. Gross, GaUia judaica, pp. 403-iOi. 

2. M. Tli. Reinacb rajiproche Dulciorella de Dolça. Douce, Ducia, Dolzetlo: Renan, 
de Noémi. Nous verrons jilus bas (pi'il y avait à Narbonne des Juives qui s'appelaient 
na Dossa. 

Pour M. Gross, Matrona est l'équivalent de l'hébreu Miriam et du provençal Meironna 
et Maronne (Gross, GaUia juduica, p. 404). Nous trouverons à Narbonne dans la suite 
de cette étude des Mairona, .Mayrona. Phonétiquement Mairona est bien l'équivalent du 
latin Mairona. Mais nous trouverons également des Juifs narbonnais qui s'appelaient 
Mayron, Mayrot. Il est possible que Mayrona, .Mayrou et Mayrot fussent des dérivés de 
Maïr. forme provençale de .Meir. 

3. Labbe et Cossart, !>anckt concilia, t. VI. col. 1327, et col. 1336-1357, canon i. 
Cf. Hisl. de Lang., t. 1, pp. 749-750. 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lancée contre plusieiH's Juifs convertis : ces derniers étaient 
accusés d'avoir conspiré contre le roi Egica et de s'être concertés 
avec les Juifs « transmarins » pour s'emparer de tous les royaumes 
chrétiens. Egica demanda au concile la punition de tous les Juifs 
de ses États, comme étant tous coupables d'apostasie ou de baute 
trahison. Le concile confisqua leurs biens au profit du roi et les 
condamna à une perpétuelle servitude. Il fut décidé que les enfants 
des Juifs n'auraient plus de relations avec leurs parents après l'âge 
de sept ans, qu'ils seraient élevés par des chrétiens et mariés à des 
chrétiennes ^ 

Il est curieux de noter que les Juifs des Gaules et de la Septi- 
manie furent exceptés de ces mesures ; il est probable que l'arche- 
vêque de ^'arbonno ne fut pas étranger à l'insertion dans l'acte du 
concile de cette clause réservative. A cette époque, la temporalité 
de l'église de Narbonnedevaitavoirune certaine importance, siTon 
songe qu'elle comprenait déjà des immeubles deux siècles aupa- 
ravant'-, sous le règne d'Alaric II (484-509). Il est probable que dès 
la fin du vil' siècle, un certain nombre de Juifs étaient tenanciers 
censitaires de biens ecclésiastiques. L'archevêque de >'arbonne 
avait donc tout intérêt à ce que les Juifs de la Septimanie ne 
fussent pas assujettis à la mesure qui frappait les Juifs d'Espagne. 

Nous venons de constater que la situation des Juifs sous la domi- 
nation wisigothique n'a cessé de devenir de plus en plus précaire. 
Les rois ariens ont été tolérants, mais les rois catholiques ont 
poussé l'intolérance jusqu'à la persécution. La royauté wisigothique 
était devenue une véritable théocratie : les conciles étaient à la fois 
des assemblées religieuses et politiques, 

X. — Les Juifs de Narbonne, en même temps que ceux de la 
Septimanie, ne souffrirent pas beaucoup des persécutions ^visigo- 
thiques. Mais ils ne durent pas regretter la domination wisigothe 
après que Narbonne eut été prise par les Sarrasins, entre le 
19 octobre 719 et le mois de février ""20 ^. Nous ne savons presque 
rien de la situation qui fut faite aux Juifs de Narbonne pendant les 
quarante années que dura l'occupation sarrasine. D'après le 
Pseudo-lMiilomena, les Juifs auraient payé une certaine somme 

1. Labbe cl Cossart, ni sttpm, t. VI, col. 1361 et col. 1369-1370, canon viii. Cf. 
Hist. de Long., t. I, p. 751. 

2. Privilèges accordés par les roys aii.r arcfievêqKCS el à l'êfflise de Sarbonne 
confirmés par Louis le Grand, à Narbonne. cbez (iuillaume Besse, imprimeur du 
roy, (Je Monseigrneur Tarchevôque et des Estats, 1715, iu^", pp. -40-46. 

3. Hist. de Lang., t. II, Noies, p. 184, 2' col. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 13 

tous les ans pour avoir la proteclion du roi sarrasin'. Cela est 
fort possible. Nous avons vu que, sous la domination wisigotliique, 
les judaïsants payaient un impôt spécial, qui rappelait peut-être le 
fiscusjudaicus,\evé sur les Juifs de l'empire romain après la chute 
du second Temple-. La situation des Juifs de Narbonne sous la 
domination sarrasine paraît avoir été très bonne, en vertu de cet 
adage bien connu que les peuples heureux n'ont pas d'histoire. 



CHAPITRE II 

sous LA DOMINATION CAROLINGIENNE. 

SOUVERAINS JLDÉOPHILES : PÉPIN LE BREF, CARLOMAN, 

CUARLEMAGNE, LOUIS LE PIEUX. 



I. La prise de Narbonne par Pépin en 7u9 et les Gesta KaroU Magni ad Carcas- 
sona?n et Narbonam : valeur documentaire de ce texte. — II. Examen critique 
du passage des Gesta relatif aux Juifs narbonnais : Gharlemagne substitué à 
Pépin le Bref dans le récit du siège de 759. — III. Présence légendaire d'un 
roi sarrasin à Narbonne. — IV. Traduction du passage des Gesta relatif aux 
Juifs narbonnais. — V. Invraisemblance de l'ambassade et de l'allocution 
d'Isaac. — VI. Présence à Narbonne d'un <> roi juif ■> : ses prétentions généalo- 
giques ; les Gesta et le Sefer Hakkabala. — VII. Que Narbonne n'a pas été livrée 
à Pépin par les Juifs, mais par les Goths. — VIII. Que les Juifs n'ont pas parti- 
cipé au partage de la Cité, mais seulement l'archevêque et le comte. — IX. Que 
Pépin, Carloman et Gharlemagne ont reconnu aux Juifs narbonnais le droit 
de propriété : lettre du pape Etienne III contre les Juifs allodiaires (768). — 
X. Lettre d'Agobard, archevêque de Lyon, àNibridius, archevêque de Narbonne 
(826-8281. — XI. Attitude bienveillante et « débonnaire » de Louis le Pieux à 
l'égard de trois Juifs méridionaux (22 février 839). 

I. — En 759, après un siège de huit ans, Narbonne lomba entre 
les mains de Pépin le Bref^ Quelle fut l'attitude de la commu- 
nauté juive pendant le siège de cette ville ? A cette question, un texte 
narratif connu sous la triple dénomination de Phihmena, Pseudo- 
Philomena, Gesta Karoli Magni ad Carcassonam et Narbonam, 
nous fournit une réponse '. Les Gesta consacrent un long passage à 

1. Gesta Karoli Maf/tù ad Carcassonani et Narbonam, éd. Schncegaiis, Halle, 
1898, petit 10-8", p. 178: pro amparuncia dabamus ei certain pecuniani annuathn. 

2. Daremberg et Saglio, Dict. des antir/uités, art. Judaei par M. Théod. Reinach, 
p. 625, 2' col. 

3. Hist. de Lanr,., t. I. pp. 816-817. 

4. 11 existe de ce texte une version latine et une version provençale. Ciampi n'a édité 
que la première : Gesta Caroli Ma;/ni ad Carcassonam et Sarbonani, Florence, 



U REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la reddition de la ville et aux circonstances qui l'accompagnèrent*. 
Avant d'accepter le témoignage des Gesta, il est indispensable 
d'en l'aire un examen critique. Nous demanderons, dabord, aux 
érudits qui ont (Hudié ce texte quelle est sa valeur documentaire 
en gfMK'ral. Nous examinerons, ensuite, à notre tour, les assertions 
contenues dans le passage qui intt'-ressc notre sujet, en les com- 
parant avec les renseignements qui nous sont fournis par d'autres 

■ textes. 

En général, les critiques considèrent les Gesta comme un texte 
sans grande valeur historique. Gaston Paris le déclare en ces termes : 
« Le fonds du récit est une de ces misérables supercheries monas- 
tiques comme nous en avons déjà rencontré plus dune. Illustrer le 
monastère de la Grasse, lui faire reconnaître d'énormes privilèges, 
authentiquer des fausses reliques, et par-dessus le marché édifier 
les fidèles par quelques pieuses anecdotes, tel est le but essentiel 
de l'auteur de ce triste roman 2. » M. Paul Meyer est sensiblement 
du même avis. 11 prouve que le Pseudo-Philomena a puisé à des 
sources épiques françaises et notamment danslœuvre du Pseudo- 
Turpin. Il déclare, en outre, d'accord avec Gaston Paris, que la 
généalogie d'Aimeri, telle quelle se trouve dans les Gesta, a été 
empruntée à Aubri de' Trois -Fontaines. Finalement, M, Meyer 
conclut ainsi : « Le Pseudo-Philomena a créé de toutes pièces, pour 
la plus grande gloire de l'abbaye de la Grasse, un roman où il 
contredit à la fois l'histoire, qui ignore les « gestes de Charlemagne 
auprès de Narbonne et de Carcassonne », et la légende, qui place au 
retour dEspagne, après la mort de Roland, en de tout autres cir- 

' constances, l'investiture de Xarbonno donnée a Aimeri. M. Gaston 
Paris a donc i-aison dans son appréciation générale du Philomena^. » 

1823. petit in-S». M. F. -Ed. Sclineegrans a ilonué une édition des deux textes, qu'il a 
disposés assez ingénieusement en regard l'un de l'autre : Gesta Karoli Mafjiii ad 
Carcassonam et Narfjonam, Halle, 1898, petit in-8» [RomaniscUe Bihliotliek, publiée 
sous la direction de M. Wendelin Fœrster, n» lo). 

1. Ed. Ciampi, chapitre xiv, pp. Ol-IOS, et éd. Sclineegans, pp. 176-189. M. Israi= 
Lévi a réimprimé le texte latin du passage relatif aux Juifs narhonnais, d'après cette 
dernière édition, dans son étude sur Le roi juif de Narbonne et le Pliilomène 
(R. É. J., année 190i, t. XLVUI, pp. 199-201). Le texte provençal des Gesta n'a qu'un 
intérêt philologique; il n'a pas de valeur historiiiue, puisqu'il n'est, de l'avis de 
M. Paul Meyer [Biljl. de l'École des Chartes. 28* année, p. 54, note!) et de l'avis de 
M. Schncegans, lui-même {Introduction, pp. 34-33), que la traduction du texte latin. 

2. Gaston Parii, Histoire poétique de Charlemagne, Paris. 1863, in-8», pp. 90-91. 

3. Paul Meyer. Recherches sur l'épopée française, dans Bibl. de l'Ëc.des Charles, 
28" année, pji. Ji6-57. Philomena est le nom du personnage qui aurait élé chargé de 
rédiger les Gesta. L'auteur de ce récit est un vérilahle mystilicateur. Voici ce qu'il 
écrit : (. .. .Charles appela Philduiena. le maître de l'histoire, et lui recommanda de ne 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 15 

Cependant, Léon Gauthier' et M. Schneegans sont moins sévères 
pour les Gesta. Le premier considère comme certain « que le Phi- 
lomena contient le récit extrêmement précieux de très anciennes 
légendes, toutes particulières au Midi et qui ne sont le sujet d'au- 
cun poème français ». Le second d<''finit les Gesta une compilation 
d'éléments historiiiiies déformés et de traditions locales ampliliées. 
L'auteur aurait utilisé les documents très nombreux conservés dans 
les archives de l'abbaye de Lagrasse et il en aurait combiné les 
données avec des légendes très anciennes, inconnues à l'épopée 
française, méridionales d'origine et conservées dans un recueil 
d'épopées prélittéraires en langue provençale"-. Cette hypothèse 
d'une épopée provençale, indépendante de l'épopée française, est 
assez peu vraisemblable. Nous ferons observer à ce sujet que 
M. Schneegans ne l'a pas imaginée, mais qu'il l'a empruntée à Léon 
Gauthier, sans le dire. 

IL — Nous jugeons superflu d'entrer, à notre tour, dans l'examen, 
détaillé de tout le texte des Gesta^. Une pareille i-echerche nous 
entrahierait trop loin '. Nous examinerons seulement le passage 
qui intéresse notre étude. Aussi bien cette critique partielle des 

mettre aucun mensouire dans son histoire sous [icine de perdre son amitié. » Kd. 
Schneegans, lignes 614-G16.) 

1. Les épopées françaises, t. I, Paris, 1865, iii-8», fiji. 486-487. 

2. Ed. Scimeegans. îniroduclion, pp. 1 et suiv. 

3. Sur la date de n-dactiou de ce récit, les avis sont jiartagés. Fîainouard place les 
Gesta entre 1226 et 12jo (Compte rendu de léd. Ciampi dans Journal des Savants, 
année 1824, pp. 6C8 et G74). .M. Demaison, l'éditeur de la chanson de gestes Aymeri 
de ^arbonne (Société des anciens textes français, Paris, 1887, in-S»), place la rédac- 
tion vers le milieu du xiii* siècle [Introduction, p. ccxxxiv, n. 1); M. Israël Lévi, 
vers 1170 au plus lard [R. É. /., t. XLVIII, p. 214) ; M. Schneegans, dans les pre- 
mières aimées du xm' siècle [Introduction, p. 40). La démonstration de ce dernier 
nous paraît la plus convaincante. 

4. Nous avons cependant recherché si les renseignements topographi(]ues fournis par 
les Gesta à propos de Narhnnne et de sa banlieue étaient conformes à la situation des 
lieux. Ces renseignements sont généralement exacts. L'auteur connaît très bien la topo- 
graphie de Narbonne, remplacement du (|uartier juif ^éd. Schneegans, lignes 2360 et 
suiv.), de la Porte Rey {ibid., 817, 1376. lo27, 1331, 1869, 1969, 2197, 2435, 2803), de 
la Porte .Aiguière \^ibid., I.j27, 1381. 2224, 2439). de l'église S' Félix [ibid., 1383, 
1.372., du tènement du Broil (1463, 1324, 1334, 1970, 2248, 2413), du gué de Capra 
picta (13801, aujourd'hui écluse et moulin du Gua. Le compilateur connaît aussi la 
topographie des environs immédiats de la ville, de Montlaurés i2773, 2794, etc.), de 
Capestang (1362), de la bastide d'Ensérune (2718), de Coursan (1383). L'étymologie 
de Coursan suggère à l'auteur un mauvais calembour. Cliarlema::ne aurait appelé ce 
lieu ainsi parce qu'il y avait tenu sa cour (1370i. L'explication aurait été plus heureuse 
si elle s'était appliquée à un tènement limitrophe des remparts de la Cité de Narbonne, 
côté ouest, connu sous le nom de Coiran [en lut. Corianum\ 



16 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Gesta ne fera-t-elle que confirmer l'opinion formulée sur l'en- 
semble par Gaston Paris et M. Paul Meyer. 

Les Gesta nous font assister au siège de Narbonne par Char- 
lemagne et non par Pépin. Cette substitution n'a rien qui nous 
étonne : elle est courante dans les cbansons de gestes qui se 
rattacbent au cycle de Cbarlemagne. La littérature romanesque du 
moyen âge a démesurément grandi le rôle du grand empereur : 
non contente d'amplifier et d'idéaliser les actions réellement 
accomplies par ce monarque, l'épopée lui a prêté des expéditions, 
purement imaginaires, dans les contrées les plus excentriques de 
la cbrétienté et de lislam : elle est même allée plus loin, en attri- 
buant à Cbarlemagne les bauts faits qui ont été accomplis par tel 
de ses ancêtres ou tel de ses descendants. La forte pbysionomie du 
grand empereur a, pour ainsi dire, recouvert les pâles figures des 
rois qui l'ont précédé et des rois qui l'ont suivi. 

Il arrive souvent que les textes épiques substituent Cbarlemagne 
à Cbarles Martel, cette confusion, involontaire ou préméditée, se 
trouvant favorisée par l'bomonymie de ces deux monarques. Par- 
tant de ce fait, quelques bistoriens ont pensé que le Pseudo-Pbilo- 
mena avait substitué dans le passage relatif au siège de Narbonne 
Cbarlemagne à Cbarles Martel'. Il est bistoriquement certain que 
ce dernier roi assiégea Narbonne, en 737, et qu'il battit les Sarra- 
sins entre Villefalse et Sigean, mais il ne réussit pas à s'emparer de 
la ville ^. 

III. — Les Gesta nous apprennent encore qu'il existait à Nar- 
bonne, au moment du siège, un roi sarrasin nommé Matrand. 
Cette assertion est purement fantaisiste. Il n'y a jamais eu de roi 
sarrasin à Narbonne^. Par contre, plusieurs rois uisigotbs ont 
tour à tour fait de Narbonne leur résidence babiluelle. Alaric II 
(484-507) y posséda un palais '. Gésalic y fut élu roi en 307 "\ 
Amalaric (526-531) fit de Narbonne son séjour ordinaire et la 
capitale de ses États •■'. Liuva cboisit cette ville pour résidence à la 

1. Saige, Les Juifs du Languedoc antérieureitienl au XIV' siècle, Paris, 1881, 
in-8», p. 8 ; Gross, Gallia judaica, p. 404. 

2. //i\s7. de Lang., t. I, pp. 806-807. 

3. Il existait, toutefois, ii Nartmniie une tradition sur la pn-sence d'un roi sarrasin 
dans la ville à l'époque de Charleuiagne iVoy acte de 13ti4 dans Mouynos, Anne.ves 
de la série AA, p. 339;. Le Pseudo-Philoniena s'est évideininent lait l'echo de celle 
tradition locale. Cf. Saige, Juifs du Languedoc, p. 44. 

4. Hist. de Lang., t. 1, p. 513. 

5. Ibid., p. 538. 
ti. I{)i<l., 1». 551. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 17 

fin de 367 ^ Tl est possible que le Pseudo-Philomena ait confondu 
les rois wisigoths et les gouverneurs sarrasins de Narbonne -. 

IV. — Les Gesta font jouer aux Juifs dans la reddition de Nar- 
bonne un rôle capital. 11 est indispensable de mettre sous les yeux 
du lecteur le récit des événements qui, suivant les Gesta, ame- 
nèrent la prise de la ville par les Francs : « Les Juifs qui demeu- 
raient dans la Cité apprirent par leurs sortilèges que Charles 
prendrait la Cité et se rendrait maître de toute la terre transma- 
riiie. Après avoir tenu conseil, ils se rendirent auprès de Matrand 
et lui conseillèrent défaire la paix avec Charles à n'importe quelle 
condition, lui déclarant qu'il perdrait certainement la Cité et même 
la vie, lui et tous ses partisans. Matrand, indigné, répondit qu'il 
n'en ferait rien : il comptait recevoir, ajoutait-il, un tel renfort et 
dans un si bref délai, qu'il mettrait Charles en déroute et le tue- 
rait, lui et les siens. Aumassour [le roi de Cordoue] lui avait fait 
savoir par ses émissaires qu'il accourait à son secours. Mais les 
Juifs répondirent à Matrand que c'était là pour eux une maigre 
consolation et qu'avant d'être tués, ils aimaient mieux se rendre 
à Charles et lui obéir en toutes ses volontés. Matrand leur défendit 
de faire défection. Mais les Juifs, méprisant cette défense, choi- 
sirent Isaac et dix autres délégués, leur remirent soixante-dix 
mille marcs d'argent et les envoyèrent auprès du roi Charles. 
L'ambassade se présenta à Charles et le salua. Isaac prit le premier 
la parole et lui dit : « Sire, nous savons bien que ^'arbonne ne peut 
vous résister plus longtemps : nous sommes Juifs et demandons 
merci tant pour nous que pour tous ceux de la ville, et nous ferons 
tout ce qu'il vous plaira. » Et Charles lui répondit : « Qui demande 
merci doit obtenir merci, et moi je vous reçois sous ma juridiction 
et sous ma sauvegarde. » Isaac reprit : « Sire, ne croyez pas que 
nous fassions quelque trahison. Matrand n'a pas de pouvoir sur 
nous ; nous ne tenons rien de lui : en retour de la protection 
[amparancia] qu'il nous oH'j'e, nous lui donnons tous les ans une 
certaine somme d'argent. En outre, nous vous demandons qu'il y 
ait toujours à Narbonne un roi de notre nation, puisqu'il doit en 

1. llht. de Lauf/., t. 1, p. o90. 

2. Saije a commis une crosse erreur en faisant raconter par- les Gesta que Cliarle- 
magne aurait accordé, aiirés la prise de la ville, aux Sarrasins habitant >'arbonne le 
droit de vivre sous l'obiissanm d'un roi sarrasin {Juifs du Lanf/uedoc, p. 42). Saige 
renvoie à la version provençale des Ges/a publiée par Dumège dans son édition de 
VHist. de Lang., de dom Devic et dom Vaissete, Addillons au t. II, p. 30, où il n'est 
nullement question de roi sarrasin. M. Isr. Lévi a relevé l'erreur de Saige dans R. É. J., 
t. XLVIII, p. 203, note 3. 

T. LV, x" 109. 2 



18 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

être ainsi à l'avenir et qu'il en est ainsi aujourd'hui. C'est de sa 
part que nous sommes venus vers vous : il est de la race de David 
et originaire de Bagdad'. Il vous envoie par notre intermédiaire 
soixante-dix mille marcs d'argent. Si vous en voulez davantage, 
vous en aurez davantage, et tout ce qui nous appartient vous 
appartiendra. Vous assiégerez Narbonne du côté de notre quartier 
et vous la prendrez : nous occuperons cent brasses de rempart et 
môme davantage ; personne n'osera vous lancer de pierres ni vous 
causer de dommage. » Charles leur accorda tout ce qu'ils deman- 
daient et prit l'argent. Les ambassadeurs revinrent dans la Cité 
et rapportèrent aux autres Juifs les paroles du roi Charles, ce qui 
leur valut toutes sortes de compliments. 

... La ville fut bloquée. Les Juifs se préparaient à la livrer à 
Charles quand Matrand accourut avec une multitude de soldats et 
les en empêcha : cependant, une grande dispute s'éleva entre eux. 

. . . Ayant appris que Matrand venait d'être tué, plus de 500 
Juifs armés montèrent vers la Porte Rey ; 400 et plus se portèrent 
sur le palais de Matrand et empêchèrent les Sarrasins d'y péné- 
trer. Roland et toute l'armée chargèrent les Sarrasins en dehors 
de la porte et en tuèrent sept mille. Ils s'avancèrent ensuite 
vers la Porte Rey, que les Juifs leur ouvrirent. Aimeri accourut 
au palais royal, et les Juifs le lui remirent après avoir arboré 
l'étendard de Charles à son sommet. 

... Et au bout de huit jours d'occupation, Charles tint sa cour 
générale et partagea la Cité : il nomma Thomas de Normandie 
archevêque de Narbonne et lui subordonna dix évêques. Il lui 
donna, en outre, le tiers de la Cité, construisit l'église Notre- 
Dame, et le gratifia de toutes sortes de possessions et revenus. 
Pareillement, il donna le tiers de la Cité aux Juifs, qui la lui 
avaient livrée et il leur accorda un roi selon leur volonté. Puis, 
s'asseyant sur le siège royal du palais, le sceptre dans sa main, 
entouré de la multitude inlinie des nobles guerriers, il fit venir 
Aimeri devant lui et lui dit : « Aimeri, j'ai donné un tiers de la Cité 
à l'archevêque, un tiers aux Juifs ; je te donne l'autre tiers ^. » 

V. — Plusieurs assertions de ce récit sont parfaitement invrai- 
semblables. La démarche des Juifs auprès de Matrand est assuré- 
ment très chevaleresque. Ils ne veulent pas faire défection avant 

1, Eii laliii Balilachi. Aronius et M. Israël Lévi tiaduisi'iit Ihililnc/ti par Baircla<l 
(fl. É. J., t. XLIX, II. 148, noto). M. Lévi estime que liciUlaclii était la forme italienne 
de Bagdad au moyen âge {R. É. J., XLVIII, 204). 

2. Ed. Ciampi, pp. 97-103. Ed. Schneegans, pp. nO-189, 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DÈS JUIFS DE NARBONNE 19 

d'avoir averti le roi sarrasin du malheur qui le menace. Mais ils ne 
lui cachent pas qu'ils aiment mieux se rendre à Charlemagne que 
se faire tuer pour une cause perdue d'avance. Ce qui est tout à 
fait extraordinaire c'est que Matrand ne les mette immédiatement 
dans l'impossibilité d'exécuter leur projet : il se contente de s'y 
montrer défavorable. Les Juifs n'ont pas plus tôt quille Matrand 
qu'ils envoient une ambassade à Charlemagne. 

Le chef de l'ambassade se nomme Isaac. Ce n'est pas sans motif 
que le Pseudo-Philomena a choisi cette dénomination : il s'est 
probablement rappelé que Cliarlemagne avait adjoint un Juif de 
ce nom à l'ambassade qu'il avait envoyée auprès du khalife 
Haroun, en 797 '. 

Le chevalier Du Mège croit ingénument que l'ambassade men- 
tionnée par les Gesta a réellement eu lieu, et il la place téméraire- 
ment en l'année 791 '^. 

L'allocution que les Gesta prêtent au chef de l'ambassade, Isaac, 
en présence de Charlemagne, est singulièrement typique : elle 
révèle des sentiments qui sont ceux de la société féodale des 
xiie et XIII® siècles. Charlemagne ne place pas les ambassadeurs 
sous sa mainbournie comme tout bon roi de l'époque carolin- 
gienne, mais sous sa juridiction et sauvegarde, à l'exemple de 
n'importe quel roi capétien. Isaac et ses compagnons se défendent 
d'être des félons. Ils n'ont, disent-ils, aucune obligation à l'égard 
de Matrand, puisqu'ils ne tiennent de lui aucun bien. Le roi sarra- 
sin se borne à les protéger, comme tout bon seigneur justicier 
de l'époque féodale, et ils lui paient en retour une redevance 
annuelle. Les moindres détails du récit reflètent fidèlement les 
mœurs d'une époque bien postérieure à l'époque carolingienne. 

VI. — Nous avons à examiner maintenant une des asser- 
tions les plus curieuses des Gesta. Dans le petit discours qu'il 
adresse à Cbarlemagne, le Juif Isaac lui demande de permettre 
qu'il y ait toujours à Narbonne un roi de nation juive. 11 ajoute 
qu'il a été justement délégué vers lui par le roi juif qui se trouve 
présentement à la tête de la communauté de Narbonne. D'après 
Isaac, ce roi est de la race do David et originaire de Bagdad. 

Il est évident, de prime ai)ord, que le Pseudo-Philomena n'a pas 
emprunté ces renseignements sur la double origine davidique et 

1. Grande Ënci/clopéclie, art. Juifs par M. Théodore Reinacli, p. 257, 2* col. 

2. Du Mège, Mémoires sur quelques inscriplions hébraïques découvertes à Nar- 
bonne, dans Mémoires publiés par la Sociélé des Antiquaires de France t. VIII 
Paris, 182», iii-8% p. 349, note. 



20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

babylonienne du roi juif de Narbonne à une source chrétienne, 
mais à une source juive. Nous trouvons un écho des prétentions 
généalogiques du roi juif dans un manuscrit rabbinique de la fin 
du xii° siècle, intitulé le Livre de la tradition (en hébreu Se fer 
Hakkabbala), dont Tauteur, Abraham ibn Daud, mourut à Tolède, 
avant il 80 '. Neubauer hésite à attribuer le passage du manuscrit 
qui se rapporte au roi juif de Narbonne à Tauteur du Se fer Hakkab- 
bala, lui-même ^ M. Israël Lévi n a pas les mômes hésitations : il 
démontre que cet extrait ne peut avoir été écrit que par un Espa- 
gnol et, par conséquent, par Abraham ibn Daud, en personne^. 

L'auteur rapporte qu'il existe à Narbonne une tradition sur 
l'histoire des docteurs et nasis : « Le roi Ciiarles avait mandé au 
roi de Babel (au calife de Bagdad) de lui envoyer des Juifs descen- 
dants de David. Le calife lui en adressa un très célèbre, nommé 
R. Makhir. Nous savons par ailleurs que le « prince de la capti- 
vité » ou « exilarque » qui fut placé à la tôte des Juifs babylo- 
niens, à partir du iii« siècle, avec l'assentiment de la dynastie des 
Sassanides, appartenait à une famille qui se croyait du sang royal 
de David ''. Seul, un Juif au courant des prétentions généalogiques 
des exilarques babyloniens a pu imaginer de rattacher à leur 
famille le chef héréditaire de la communauté juive de Narbonne. 

D'après l'bistorien allemand Aronius, la tradition qui fait venir 
Makhir de Babylone à Narbonne serait le prototype de celle qui 
rapporte que Charlemagne fit venir Moïse ben Calonymos ben 
Meschoullam ben Calonymos ben Juda de Lucques ■' ou de Rome 
à Mayence. Le rabbin Moïse aurait été le restaurateur des écoles 
talmudiques d'Allemagne *"'. 

Il y a eu compénétration entre la tradition allemande et la tra- 
dition narbonnaise, compénétration qui s'explique par l'homonymie 
du talmudiste de Mayence avec plusieurs rois juifs de Narbonne. 

1. Neubaupr, Documents sur Xarbonne dans B. É. J., année 1885, t. X, pp. 99- 
lUj. 

2. Ibid., jip. 99-100. 

3. Isr. Lévi, Le roi Juif de Narbonne et le P/iilomène dans /î. É. J., année 1904, 
t. XLVIII, p. 203. 

4. Théod. Reinach, Histoire des Israéliles. Paris, 1903, p. 44. 

5. Sur (jnels textes s'appuie M. Kleiiiclausz [llis/oire de France, publiée sous la 
direction de M. Lavisse, II, i, 340; pour écrire que Charlemagne fit venir de Luc(iues ;i 
Narbonne, vers 787, deux Juifs, Kalonymos et Moïse, et <iu"il leur accorda de vastes 
terrains pour y bâtir des maisons ? 

G. Aronius, Karl der Grosse und Kalonymos aus Lucca, dans Zeilsclirifl fOr 
Geschichle der Juden in Deusc/dand, t. II, p. 82 et suiv. Cf. Isr. Lévi, Encore un 
)not sur le roi juif de Narbonne, dansiî. É. J.^ t. XLIX, pp. 147-148. 



ÉTUDE SUR LA CONDITÎON DES JUIFS DE NARBONNE 21 

Il est possible que la tradition narbonnaise soit passée en Alle- 
magne. Il est plus probable, cependant, que ces traditions se sont 
formées presque simultanément et qu'elles ont été inspirées par les 
mêmes préoccupations, à savoir de rattacher la fondation des 
écoles talmudiqiies au grand mouvement de renaissance intel- 
lectuelle qui se produisit sous le règne de CharJemagne. 

VII. — Examinons après cela la déclaration la plus importante 
du Pseudo-Philomena. Narbonne a-t-elle été livrée aux Francs par 
la communauté juive de cette ville? 

MM. Louis Demaison ' et Israël Lévi - ont fait observer très judi- 
cieusement que la conduite prêtée par les Gesta aux Juifs vis-à-vis 
de Charlemagne rappelle d'une manière frappante celle qui fut 
tenue par les Gotbs à l'égard de Pépin, lors du siège de 759. Les 
Annales dAniane et la Chronique de Moissac expliquent la reddi- 
tion de Narbonne à Pépin par des raisons presque identiques. La 
Chronique s'exprime ainsi : « L'an 7o9, les Francs assiègent Nar- 
bonne. Les représentants de Pépin, roi des Francs, promettent 
sous serment aux Goths qui habitent cette ville, de les laisser vivre 
sous leur loi, s'ils consentent à livrer Narbonne. Forts de cette pro- 
messe, les Goths massacrent la garnison sarrasine et livrent la Cité 
à l'armée franque ^. » Les Annales rapportent qu'à la fin, les Goths 
qui habitaient la ville se soulevèrent contre les infidèles, les égor- 
gèrent et livrèrent la place aux Francs, à la condition qu'ils seraient 
maintenus dans l'usage de leurs lois et coutumes ''. Un troisième 
texte narratif, la Chronique d'Uzès, rapporte le même fait, mais 
dans des termes légèrement dissemblables. Les Goths n'y deman- 
dent pas à conserver leurs lois ; ils sont plus exigeants : ils ne 
livrent la ville aux partisans de Pépin que sur la promesse qu'ils 
seront régis par un gouvernement autonome "^ Cette dernière ver- 
sion nous paraît la plus vraisemblable. Les Goths de Narbonne 
n'ignoraient pas que les Francs permettaient aux peuples qu'ils 
soumettaient d'être jugés suivant leur code national. Ils ne furent 
donc pas à ce point naïfs d'exiger des avantages qu'ils savaient 
leur être assurés d'avance. La conservation de leur gouvernement 
national était pour les Goths un privilège bien autrement précieux, 

1. Luuis Demaison, Aymeri de .Y«r6on?ie, Introduction, p. ccxxiix. 

2. Israël Lévi, R. É. J., t. XLVIII, pp. 201 et 206. 

3. Monumenla Germanise hislorica, Pertz, Scriplores, t. I, p. 294, et Ilisl. de 
Lang., t. II, Preuves, col. 7. 

4. Historiens de France, t. V, p. fVJ. 

i). Ilisl. de Lang., t. H, Prouves. co\. liî. 



22 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et il est tout à fait vraisemblable qu'ils en aient fait la condition de 
leur concours ^ . 

Sur ce point particulier, l'histoire se trouve confirmée par la 
numismatique. Au moment où Pépin assiégeait Narbonne, le comte 
Milon, celui qui sera le premier comte carolingien de Narbonne, 
frappait monnaie à Trausse, près de la célèbre abbaye de Cannes, 
en son propre nom, tout comme un souverain'-. M. Amardel sup- 
pose avec beaucoup de vraisemblance qu'à la veille de la capitu- 
lation de Narbonne, Milon était le cbef des Wisigoths de Sepli- 
manie. Milon n'aurait consenti à livrer à Pépin la partie de la 
Narbonnaise qui lui obéissait que sur la promesse que toutes les 
villes conserveraient leurs comtes particuliers^, et, qu'étant lui le 
premier seigneur des Goths, le gouvernement de Narbonne lui 
serait viagèrement conféré '•. Après la réunion de cette ville au 
royaume carolingien, Milon resta bien le chef national des Goths 
de la Septimanie, puisqu'il y frappa une nouvelle monnaie qui 
portait son nom au lieu de celui de Pépin •'. 

11 est donc hors de doute que la ville de Narbonne a été livrée 
aux Francs par les Goths et non par les Juifs. A côté de ces 
preuves historiques, nous pourrions faire valoir des arguments 
psychologiques. Les Juifs de Narbonne n'ont pas favorisé la prise 
de cette ville par les Francs, parce qu'ils n'avaient aucun intérêt 
à passer de la domination sarrasine sous la domination franque. 
Leur situation n'avait pas été tellement satisfaisante sous le joug 
des Wisigoths catholiques pour qu'ils aient désiré vivement 
retomber sous la suprématie d'un peuple également très ortho- 
doxe. 

L'histoire comparée nous affermit dans notre opinion. En l'année 
oOH, la ville d'Arles avait été assiégée par les Francs. Le biographe 
anonyme de saint Césaire accuse les Juifs d'Arles d'avoir voulu, de 
concert avec les Goths, livrer la ville aux assiégeants. Mais ce bio- 
graphe ne porte cette accusation contre les Juifs et les Goths que 
parce que ces derniers ont tout d'abord accusé du même forfait un 

1. Il est facile de voir ([uc les Gesfa ont substitut' le roi juif au comte wisigotli. Le 
Pseudo-Philumena a connu certainement les chroniques dont nous venons de rajiporter 
le témoignage, mnissurle lliénie ({u'clles lui ont fourni, son imai;ination a hrodé un 
récit absolument fantaisiste. 

'2. G. Amardel, Niimismuliqne de Nurùonne an VIII' siècle (Extrait de la Revue 
munis ma ligue, année l'JOl), p. 7, fig. 8. 

3. M. Amardel emprunte cette opinion à 17//s/. de Lang., t. I, p. 829. 

4. G. Amardel, La première monnaie de Milon, comte de Narbonne ^Extrait du 
Bulletin de la commission archéologique de Narbonne, année 1900\ pp. 9 et IP. 

5. G. Amardel, Numismatique de Narbonne au VIII' siècle, p. 8, Jig. 10. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 23 

parent de Césaire, l'évêque d'Arles ^ Or, il est infiniment plus 
vraisemblable que ce sont les chrétiens orthodoxes, eux-mômes, 
qui ont voulu livrer la ville aux Francs. En ol)8, la ville d'Arles 
était placée sous la domination des ^Visigotbs, qui n'avaient pas 
encore renoncé à l'hérésie arienne-. D'autre part, elle était assiégée 
par les Francs, qui observaient strictement l'orthodoxie catholique 
depuis la conversion solennelle de Clovis et de 3,000 de ses guer- 
riers à la fête de Noël de Tan 490 ^. A qui devait aller la sympathie 
des catboliques d'Arles, sinon aux Francs catholiques, par consé- 
quent aux assiégeants? A qui devait aller la sympathie des Juifs 
d'Arles, sinon aux Wisigotbs ariens, qui s'étaient toujours montrés 
tolérants à leur égard, par conséquent aux assiégés? A Arles comme 
à Narbonne, les Juifs n'avaient aucun intérêt à passer de la 
domination d'hétérodoxes ou d'infidèles sous celle de catholiques 
orthodoxes. 

Il y a eu peut-être compénétration entre la légende arlésienne et 
la légende narbonnaise '*. En tout cas, l'une et l'autre se rattachent 
à cette croyance très répandue au moyen âge, d'après laquelle les 
Juifs auraient joué un grand rôle dans toutes les redditions de villes 
méridionales ^ Cette accusation était de la plus haute gravité, sur- 
tout à une époque où toute la société, reposant sur le serment et 
la foi jurée, considérait la trahison comme le plus grand de tous 
les crimes. 

VIII. — Il nous reste à examiner maintenant l'assertion des 
Gesta relative au partage de la Cité de Narbonne entre l'arche- 
vêque, les Juifs et Aimeri. Cbaiiemagne aurait nommé archevêque 
de la ville Thomas de Normandie, un des sci)t ermites qu'il 
avait rencontrés dans la vallée Maigre ^ devenue la vallée Grasse"^ 

1. Isr. Lévi, Saint Césaire el les Juifs d'Arles, dans R. É. J., année 189o, t. XXX, 
pp. 295-298. 

2. Ils ne rabandonneront (|n'à la fin du vi« siècle {Hist. de Lang., I, 529). 

3. Les alliés des Francs, les BuiL'oiides, étaient encore ariens en 508, mais leur roi 
était si tolérant pour les catlioli(|ues qu'il laissait ses (ils se convertir à l'orthodoxie. 
Son fils aîné, Sigismond, rpii lui succéda en 516, était un catholique fervent. 

4. Comme à Narbonne plus tard, les Juifs d'Arles auraient conseillé aux assiégeants 
de dresser des échelles contre la muraille dont ils avaient la garde. Us auraient 
demandé en retour la liberté pour leurs personnes et le respect de leurs biens. 

5. Ainsi d'après la Vie de saint Théodard, qui fut archevêque de Narbonne de 885 
h 895, les Juifs de Septimanie se seraient concertes avec les chefs sarrasins pour leur 
favoriser la conquête de toute la Gaule (abbé Guyard, Vita Sancli Theodardi, Mon- 
tauban et Paris, 1S56, in-12, pp. 159-178). Ce témoignage n'a aucune valeur. 

6. Ed. Schneegans, lignes 127 el suiv. 

7. Ibid., ligne 624. 



24 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

depuis qu'il y avait fondé l'abbaye de ce nom. Il faut remarquer 
que le premier abbé de La Grasse, Nébridius, Nibridius, Nimfridus 
ou Nifridius, qui gouverna le monastère à la fin du viiie et au com- 
mencement du ix« siècle, devint archevêque de Narbonne'. Le 
Pseudo-Pbilomena s"est apparemment souvenu de ce détail. 

D'après les GesLa, Charlemagne donna un autre tiers de la Cité 
à un de ses compagnons nommé Aimeri, qui, depuis ce moment, 
s'appela Aimeri de Narbonne. Nous sommes là en présence de 
l'ancôtre légendaire de la maison vicomtale de Narbonne, dont les 
prouesses ont été si souvent célébrées par les chansons de gestes 2. 
Quant à la tradition d'après laquelle les Juifs de Narbonne 
auraient été admis au partage de la ville, elle est sans aucun doute 
d'origine juive. Nous la trouvons, en effet, reproduite dans deux 
textes rabbiniques. Le Se fer Hakkabbala raconte qu'après la con- 
quête de Narbonne, Charlemagne divisa la ville en trois quartiers : 
« Le premier fut donné au gouverneur de la ville nommé don 
Aymeric, le deuxième, à l'évêque, et le troisième, à R. Makhir^. » 
La relation du Se fer Hakkabbala diffère de celle des Gesta, en ce 
qu'elle attribue un tiers de la Cité, non à la communauté des Juifs, 
mais à l'un de ses membres, à ce R. Makhir que Charlemagne 
aurait fait venir de la Babylonie. De plus, à la différence des Gesta, 
le Sefer Hakkabbala ne fait aucune allusion au rôle qu'auraient 
joué les Juifs de Narbonne dans la prise de cette ville. 11 présente 
la cession d'un tiers de la Cité à R. Makhir comme une sorte de 
dotation accordée au célèbre rabbin pour le récompenser d'être 
venu ouvrir à Narbonne une école talmudique. Enfin, si Charle- 
magne octroya aux Juifs de Narbonne « d'excellents privilèges et 
lois », c'est, dit le Sefer Hakkabbala, « par amour pour R. Makhir ». 
Le rabbin Meïr bcn Siméon, Juif de Narbonne, dans un factitm 
contenu dans le livre hébreu intitulé Milhémct Mirvah, que 
M. Neubauer a découvert à Parme^, adresse des remontrances à 
saint Louis au sujet de son altitude à l'égard des Juifs : il lui rap- 

1. Gallia christiana, t. VI, ce. 936-937. Au xiv« sièdo, un autre abbé de La Grasse, 
Pierre de la Jugic, devint arcliev('<iue de Narbonne. 

2. Voici les trois jjrincipales chansons de gestes qui ont cilébré les exploits du légen- 
daire Aimeri : Aipneri de Narbonne, éd. Demaison, Paris, 1887, in-S» ; La 7)iort 
Aymeri de Narbonne, éd. Couraye du Parc, Paris, 1884, ii)-8'; Les Narbonnais, 
éd. Suchier, Paris, 1898, 2 vol. in-8°. Ces trois œuvres ont été publiées dans la collec- 
tion de la Société des anciens textes français. 

3. Neubauer, Documents sur Narbonne, dans R. É. J., année 1885, t. X, ji. 103. 

4. Neubauer, Rapport sur une mission scientifique dans le midi de la France et 
en Italie din% Archives des missio7is scientifiques et littéraires, 3' série, t. 1", Paris, 
Imp. nat., 1873, in-S", p. 557. Cf. Saige, Les Juifs du LaïKjuedoc, p. 8. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 25 

pelle, entre autres cboses, lacté de dévouement dun Juif narbon- 
nais, qui se lit tuer pour sauver Cliarleniagne. Dans un combat le 
roi Gbarles, désarçonné, allait périr ou être fait prisonnier quand 
un Juif se dévoua en lui cédant son cheval et succomba bientôt 
après sous ses yeux. En récompense de cette belle action, le roi 
Charles « accorda sa protection aux descendants du Juif et leur 
octroya une portion importante de la ville de Xarbonne et de ses 
environs. C'est une tradition très ancienne qu'il leur donna le 
tiers de la ville et de la banlieue et leur accorda des privilèges 
avec l'assentiment des gouverneurs et du clergé qui l'accompa- 
gnaient *. » 

Donc les deux textes rabbiniques, le Sefe?' Hakkabbala et le 
Milhémet Mirvah, ne disent mot du rôle que les Gesta prêtent 
gratuitement aux Juifs dans le siège de Narbonne. Ils s'accordent 
en ce qu'ils présentent la cession d'un tiers de la Cité comme faite, 
non à la communauté juive de Narbonne, mais à l'un de ses mem- 
bres, vraisemblablement à son chef. Ils fournissent, toutefois, une 
version dilTérente sur les circonstances qui précédèrent et déter- 
minèrent cette donation. L'une et l'autre explication sont, d'ail- 
leurs, parfaitement imaginaires. Quant à la légende relative au 
dévouement d'un Juif de Narbonne pour Charlemagne, elle est la 
transposition pure et simple du dévouement du Juif Calonymos 
pour le roi Otton II. à la bataille de Crotone, livrée le 13 juillet 
982-. Lhomonyniie du sauveur d'Otlon II et de plusieurs nasis 
de Narbonne explique le transport de cette tradition d'Italie à 
Narbonne. 

En ce qui concerne le partage de la Cité entre l'archevêque, les 
Juifs et le comte de Narbonne, le récit des Gesta, du Sefer Hak- 
kabbala et du Millirmet Mirvah n'est pas invention pure. La 
fiction recouvre quelques parcelles de vérité. Le point de départ 
sur lequel l'imagination des auteurs a brodé un récit fantaisiste se 
trouve dans un fait historiciue, le partage de la Cité entre l'arche- 
vêque et le comte de Narbonne. 

Nous avons vu, plus haut, que les Goths de Narbonne obtinrent 
du roi Pépin le privilège de conserver leur comte national Milon. 
Mais, à côté du comte, il y avait à Narbonne un autre chef tem- 
porel, l'archevêque. La puissance de ce prélat n'était pas seulement 

1. Neubauer, Documents sur Narbonne dans /?. É. y., t. X. p. 99. Cf. Isr. Lévi, 
R. É. J., t. XLVin, pp. 203-204. 

2. Aronius a siiriialé le premier cette transposition {Zeilschrift fiir Geschichte der 
Juden in Deiilschland, t. II. p. 82 et suiv.V Cf. Israël Lévi. Encore un mol sur le 
roi juif de Narbonne. dans R. È. J., t. XLIX. pp. 148-149. 



26 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

spirituelle. L'église de Narbonne possédait déjà des biens ' sous le 
règne d'Alaric II (48^-509). Quand le général sarrasin El Samab se 
fut rendu maître de Narbonne, vers la fin de 719 ou le commence- 
ment de 740, il partagea les terres du pays entre les Sarrasins et 
les anciens babitanls, à qui il en laissa une partie et annexa le 
reste au fisc ou le donna à ses soldats '^. 

Il est probable que, sous la domination des Sarrasins, le temporel 
de l'église de Narbonne fut singulièrement amoindri. Il se recons- 
titua après la prise de la ville par les Fj'ancs. Le roi Pépin donna à 
Tarcbevéque la moitié occidentale de la Cité, avec les murailles, les 
tours et les dépendances mtra et extra miiros. Il partagea, enfin, 
entre l'archevêque et le comte, le droit de tonlieu, prélevé sur les 
navires qui côtoyaient le littoral narbonnais, et le droit perçu sur 
les salines. Jusqu'alors, ces droits avaient été perçus exclusivement 
par le comte ^. Le jugement du 3 juin 78'2, rendu par les missi 

\. En 5H, le roi des Ostrogoths, Tliéodoric, écrit au duc Ibbas, qui veuait de 
reprendre, en 509, Narbonne aux Burgondes et de la rendre aux Wisigoths, pour lui 
mander de restituer à l'éirlise de Narbonne les biens qui lui avaient été concédés par 
Alaric II {Privilèr/es accordés aux urclievèques de Nai'bonne, Narbonne, 1715, in-4°, 
pp. 45-46. Cf. Hisl. de Lanf/.. t. I, p. 543). 

2. Hist. de Lang., t. I, pf). 780-781. 

3. Le diplôme de Pépin qui attestait cette donation ne nous est pas parvenu. Il est 
surprenant qu'elle ne soit pas mentionnée dans l'acte d'immunité accordé par Louis le 
Pieux à l'édise de Narbonne, le 29 décembre 814 {Hisl. de Lang., t. II, Preuves, 
ce. 94-96). Elle est rappelée et conOrmée pour la première fois dans l'immunité du 
20 juin 844 [Ibid., c. 238). Elle apparaît, ensuite, dans toutes les confirmations d'im- 
munités que l'église de Narbonne s'empressait de solliciter à chaque changement de 
souverain. Nous la trouvons, notamment, dans les actes d'immunité du 4 juin 881 {Ibid., 
t. V, ce. 68-70). du 26 juin 890 {Itfid., ce. 85-87), du 1" novembre 898 (Ibid., ce. 95- 
97), du 6 juin 899 [Ibid., ce. 103-106), etc. 

Nous ne connaissons l'acte d'immunité du 20 juin 844 que par des copies. Les deux 
plus anciennes sont l'une du xi' siècle (Bibl. nat.. Baluze, Armoires, vol. 390, n" 478), 
l'autre, du xii' siècle (Bihl. nat., ms. latin 11015, f-» 6 v"). La copie la plus ancienne, 
celle du xi' siècle, ne contient pas justement le passage qui nous intéresse : a...[illi, 
medielalem tolius civilulis, cum lurribus et adjacenliis earum iniresecus et e.rfrin- 
seciis,] ab oynni integrilale, de qnocumqite conmerlio, ex quo leloiieiis e.rigititr vel 
portalicus,a de îiavibiis circa litlora maris dlscurenlibus necuon salinis quidquid 
et comis ipsius civUalis exigil, pro oporlunilale ejusdem œcclesisp in ovinibits 
[medielalem]. Ce passage paraît donc avoir été intcrj)olé dans la copie du xii« siècle. 
Nous sommes d'avis, toutefois, qu'il s'agit d'une omission attribuable au scribe du 
II* siècle, parce (jue ce passage est nécessaire au sens. D'ailleurs, tous les actes du 
moyen Age attribuent la moitié de la Cité, du ciMé du cers (ouest), à l'archevêque. Les 
vicomtes contestèrent longtemps cette possession aux archevé(iucs. Mais un arbitrage 
d'octobre 1066 adjugea à l'archevêque la moitié occidentale de la Cité ef la moitié de 
la leude terrestre et maritime [Hisl. de Lang., t. III. pp. 353-354, et V. Preuves, 
ce. 540-541). C'est à partir de cette époque que les vicomtes se reconnurent généra- 
lement, dans leurs actes d'hommages, les vassaux des archevêques pour cette partie 
de la Cité. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 27 

dominici en faveur de Daniel, archevêque de Narbonne, et contre 
Milon, comte de cette lille, nous montre que larchevèque possé- 
dait la moitié d'une foule de villas situées dans les environs de 
Narbonne et que l'autre moitié appartenait au comte'. 

Il apparaît, donc, clairement de ce qui précède que la Cité de 
Narbonne n'a jamais été partagée en trois sections. Ce sont les 
Juifs narbonnais du moyen âge qui ont imaginé cette division 
pour se créer des titres à la propriété de la partie de la Cité où se 
trouvaient leurs habitations. Cette invention a eu un certain crédit, 
puisque le Pseudo-Philomena n'a pas hésité à l'adopter et à lui 
découvrir une explication historique. 

En somme, l'œuvre du Pseudo-Philomena est un roman histo- 
rique. 

Que faut-il retenir du long récit des Gesta et des assertions 
légendaires du Se fer Hakkabbala ou du Milhémet Miçvah? Sim- 
plement ceci : après la prise de Narbonne, Pépin y aura trouvé une 
forte colonie juive; la communauté aura demandé, par l'intermé- 
diaire de son chef, non pas l'octroi de privilèges nouveaux, mais 
la confirmation de droits anciens. Et Pépin aura reconnu ces 
droits aux Juifs, notamment le droit de posséder héréditairement 
des biens immeubles. 

IX. — Cette dernière hypothèse se trouve confirmée par une 
lettre pontificale que nous allons analyser-. 
Le pape Etienne III écrivit, en 768^, à l'archevêque de Narbonne, 

1. Hist. de Lang., t. II, Preuves, ce. 47-56. 

2. Cette lettre a été publiée par Catel, Mémoires de l'histoire de Languedoc, Tolose, 
1633, in-fol.. p. 771 ; par Mansi, Conciliorum amplissima collectio, Floreiitiae, 1759, 
in-fol. t. XVUI, p. 177 ; par Migne, Pafrol. lut., t. 129, p. 857. Elle a ••té analysée ou 
citée par Gallia ckristiana, t. VI, c. 14; par Jaffé-Lœwenfeld, Regesta pontificum 
7'omanorum, t. I (Leipzig, 1885, 10-4°), n" 2389; par Hist. de Lang., iiou?. éd., t. 1, 
p. 1014 et t. II, note xcii ; par Aronius, Regesten der Geschichte der Juden, I, 24; 
et par Gross. Gallia judaica, p. 404. 

3. La lettre d'I-'.tienne III n'est pas datée. Les érudits qui l'ont examinée se sont 
demandé à quel [)ape il fallait l'attribuer. Catel, qui est dépourvu de tout sens cri- 
tique, l'a attribuée au pape Etienne VII, qui monta sur le siège pontifical en 898 
{Mémoires de l'/tisl. de Lang.. p. 771). Dom Devic et dom Vaissete ont démontré qu'il 
s'agissait du pape Etienne 111, qui fut élu en 768 [Hist. de Long , 1. 1. p. 1014 et t. II, 
Notes, ce. 340-341). En 769, l'urchevéque de Narbonne n'était plus Aribert, mais Daniel. 
La lettre d'Élienne III est donc de l'année 768. C'est également l'opinion de Gross, 
Gallia judaica. p. 404. L'autlienticité de celte lettre n'est j)as douteuse, bien que 
Catel qui l'a publiée, le premier, indique ses sources d'une façon très Tague : •< ...Un 
homme docte et curieux, dit-il, m'a envoyé un extraicl de certaine Epistre escrite par le 
Pape Estienne à Aribert, arcbevesque de Narbonne. qui ■•» esté treuvée imparfaicte 
dans un ancien livre manuscrit. » .Au point de vue diplomatique, cette lettre nous 



28 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Aribert, pour s'élever contre les Juifs qui possédaient des alleux à 
l'intérieur des villes et dans leurs banlieues. Le ton de cette lettre 
est d'une singulière violence. Nous sommes déjà loin de la manière 
courtoise avec laquelle Sidoine Apollinaire traitait les Juifs de son 
diocèse ou d'ailleurs. Le pape adresse sa lettre à Aribert, arclie- 
vôque de Narbonne, ainsi qu'à tous les prélats de la Septimanie et 
de la Marche d'Espagne '. 

« Il nous appartient, dit le pape, à nous, qui avons reçu par les 
voies apostoliques la clé du grenier céleste, de présenter le remède 
de la foi divine au troupeau pestiféré, et de distribuer, sinon des 
muids de froment, du moins, un setier de cette nourriture. C'est 
pourquoi, nous avons été frappé de douleur et tourmenté jusqu'à 
la mort quand nous avons appris que la plèbe judaïque, toujours 
rebelle à Dieu et hostile à nos cérémonies, possède, tout comme les 
chrétiens du pays et au milieu de territoires chrétiens, des alleux 
héréditaires dans les villes et leurs banlieues, ce droit leur ayant 
été concédé à prix d'argent par des diplômes de rois Francs. Des 
chrétiens cultivent les vignes et les champs des Juifs: des chrétiens 
et des chrétiennes vivent sous le même toit que ces prévaricateurs, 
souillant jour et nuit leurs paroles de blasphèmes; ces malheureux 
et malheureuses doivent s'abaisser constamment à toutes les 
complaisances imaginables à l'égard de ces chiens. Et quoi les 
promesses faites aux ancêtres des Hébreux par leur législateur élu, 
Moïse, et son successeur, Josué, n'ont-elles pas été remplies sous 
toutes leurs formes et dans tous leurs détails par Notre-Seigneur, 
lui-même ! Eh bien, il est juste que les promesses jurées et remises 
à ces incrédules et à leurs pères scélérats leur soient reprises pour 
venger la mort du Sauveur crucifié. Et, en vérité, le chef de 
l'Eglise 2 le conseille aux communautés orthodoxes quand il s'écrie : 
« Est-il possible d'associer la lumière et les ténèbres, de rapprocher 
le Christ etBelial ou d'ouvrir leTemplede Dieu aux idoles^? » Et le 

apparaît sous un jour favorable. Etienne y paraît avec le titre de papa. En effet, au 
VII* siècle, la formule episcopus, servîis servorum Dei, est exceptionnelle. Elle est de 
règle absolue à partir du ix" siècle (Giry, Manuel de diplomatique, p. 668). 

\. « Stephaniis papa Aviberlo archiepiscopo Narboiiœ et omnibus potentatibus 
Seplimaniœ et llispaniœ salufem. » 

2. U s'agit là de saint Paul, II Corinthia, chap. vi. 

3. « Quœ societas luci et tenebiis. Quse convenlio C/iristi ad lielial, nut quis 
consensus templo Dei cum idolis? » Le pape Etienne III cite les paroles île saint Paul 
de mémoire et, par suite, d'une manière légèrement inexacte. Voiri le teite des versets 
auxquels le pape fait allusion ; nous imprimons on italicpie les phrases reproduites 
par Etienne : « Nolitc jugum ducere cum infidelibus. Quiv eoim jiarticipatio justitiae 
cum iuiquitate? Aut qu,T socie/as luci ad lenebrus'.'» (verset 14). « Qux autem 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE N.\RBONNE 29 

conseiller du Verbe très hauL les avertit en leur disant : « Si quel- 
qu'un lui a dit: Ave, etc. » 

Il n'est pas diflicile d'apercevoir à quelle préoccupation obéit le 
pape en écrivant cette lettre. Il envisage la question juive du même 
point de vue que les prélats des conciles wisigothiques. Il croit la 
solutionner par l'isolement et la séquestration des Juifs. Mais on 
ne peut arriver à ce résultat du premier coup. Il s'agit avant tout 
de mettre lin à celles de ces relations dont les conséquences sont 
le plus préjudiciables à la dignité des catholiques, c'est-à-dire aux 
relations de domestiques à maîtres. Or, le meilleur moyen de sous- 
traire les chrétiens à cette sujétion déshonorante, c'est de faire 
subir aux Juifs une expropriation immobilière et de les priver à 
jamais du droit de propriété. Le pape déplore que certains rois 
francs — il ne les nomme pas, mais il est clair qu'il s'agit de Pépin 
le Bref, de Carloman et de Charlemagne —aient consenti moyennant 
finance à confirmer aux Juifs le droit de posséder des domaines 
héréditaires. Il suggère au successeur de Charlemagne de refuser 
aux Juifs la confirmation qu'ils ne manqueront pas de lui demander. 
Le pape Etienne fait un tableau mélodramatique des indignités que 
doivent subir les chrétiens qui sont au service de maîtres juifs et 
de toutes les bassesses auxquelles ils doivent condescendre « à 
l'égard de ces chiens ». 

Et pardessus tout, le pape ne pardonne pas « à cette plèbe 
judaïque, toujours rebelle à Dieu et à nos cérémonies », la résis- 
tance qu'elle oppose à toute teutative de conversion. 

Il est curieux de rapprocher du passage de la lettre pontificale, 
où il est question de diplômes octroyés aux Juifs par les rois 
francs, le témoignage du Se fer Hakkabbala, qui rapporte que Char- 
lemagne « octroya aux Juifs de la ville [de Narbonne] d'excellents 
privilèges et lois, ainsi qu'il est écrit dans une charte cbrétienne 
(latine), revêtue du sceau de Charles, qu'ils conservent encore 
aujourd'hui' ». Etienne 111 fait remarquer que les Juifs obtinrent 
ces diplômes moyennant une certaine somme d'argent -. Les 
sources rabbiniques ne mentionnent pas ce détail, et il est probable 

convenlio Christi ad lielial'.' Aut quce pars fideli cum infuleli? » (verset 15). t Qui 
autem consensus leinplo Dei cum idolis'.' Vos enim estis tcmiiluin Dei vivi, sicut dicit 
Deus : quoniain inliabitabo in illis et inambulabo iiiter eos et ero illDrum Deus et ipsi 
erunl inilii poimlus. » (Verset 16). 

i. Neubauer, Documents sur Narùonne, R. É. /., t. X, p. 103. 

2. L'auteur des Gesla Kuroli Magni s'est peut-être inspiré de ce iiassage quand il 
fait offrir à Cliarlemagne par l'ambassadeur Isaac la somme prodigieuse de 70.000 marcs 
dargeut. (Voy. plus haut.) 



30 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

que les Juifs de Narbonne ont obtenu des garanties du pouvoir 
royal à titre purement gracieux. 

A l'exemple des églises et des abbayes, qui ne manquaient jamais 
de faire renouveler leurs privilèges à cbaque changement de sou- 
verain \ la communauté juive de Narbonne s'empressa, lors de 
l'avènement de Cliarlcmagne et de Carloman, en 708, de leur 
demander confirmation du diplôme qui lui avait été octroyé par 
Pépin. Carloman et Charlemagne lui donnèrent satisfaction, et 
c'est vraisemblablement ce diplôme que les Juifs de Narbonne 
possédaient encore dans leurs archives, au moment où Abraham 
ibn David de Tolède écrivait sa relation, cest-à dire à la fin du 
xn« siècle. 

Il faut noter que ces confirmations sollicitées par les Juifs à 
chaque changement de règne ne constituaient pas un amoindrisse- 
ment de leur droit de propriété. C'était là une simple précaution : 
si le premier diplôme royal venait à disparaître, le souvenir en 
était conservé et perpétué par les diplômes suivants. Et puis la 
lettre d'Etienne III nous montre qu'il n'était pas inutile pour les 
Juifs d'entourer leur droit de propriété de garanties sérieuses et 
efficaces. L'appui dij souverain n'était pas à dédaigner, surtout 
quand ce souverain savait, comme Charlemagne, faire respecter 
ses volontés. 

X. — Il semble, toutefois, que les archevêques de Narbonne 
n'aient pas montré beaucoup d'enthousiasme pour les mesures 
restrictives préconisées par le chef de l'Église. Ils subissaient dans 
une certaine mesure l'influence du milieu cosmopolite et tolérant 
dans lequel ils vivaient. L'attitude des archevêques de Narbonne à 
l'égard des Juifs ne parut pas suffisamment orthodoxe au célèbre 
pamphlétaire Agobard, archevêque de Lyon, qui s'empressa de 
dénoncer à l'un d'eux le péril dont l'Église était menacée. Nous 
retrouvons dans la lettre qu'Agobard adressa à Nibridius, entre 826 
et 828, les mêmes préoccupations que dans la lettre d'Élienne III à 
l'archevêque Aribert. .\gobard redoute les conséquences fâcheuses 
qui peuvent découler des relations fréquentes entre chrétiens et 
Juifs et, surtout, quand ces relations sont celles de valet à maître-. 

1. En ce qui concerne rinnnunité, les églises devaient en demander le renouvelle- 
ment à la mort du roi qui l'avait accordée. Il est possible (]ue, sous l'influence de cette 
idée, l'Kglise ait considéré les privilcu:es octroyés aux Juifs comme valables seulement 
pendant la vie du roi qui les avait accordés et, par suite, comme parfaitement révocables. 

2. Le texte de la lettre d'.\u:obard à Nibridius a été publié par Diimniler dans les 
Monuinenla Germanise hislorica, Epislolœ, t. y,Ka)'olini a?iii lU, Berlin, 1899, in-4», 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 31 

S'adressant à un vieillard dont il veut ranimer le zèle engourdi, 
mais dont il doit vénérer les cheveux blancs ', Âgobard commence 
sa lettre par des témoignages de respect et d'admiration pour la 
foi inébranlable du métropolitain de Narbonne. 

« Si la proximité des lieux et l'opportunité des circonstances le 
permettaient, je prendrais plaisir, déclare Agobard, à m'entretenir 
plus souvent avec votre paternité, bouche à bouche : j'aimerais 
dans les crises publiques ou privées être toujours guidé par les 
conseils de votre sainteté. Mais l'immensité des terres qui nous 
séparent me prive de cette douce joie ; ce que je ne puis vous 
confier de vive voix, je vais vous le transmettre par écrit. 

« Je viens vous découvrir la situation très critique où je me trouve 
et, surtout, où se trouve l'Église de Dieu. Ne trouvant pas eu moi- 
même assez d'énergie pour y faire face, j'ai senti le besoin de me 
retrancher derrière votre courage comme derrière un bouclier très 
puissant et derrière un mur inexpugnable. » 

Après cet exorde insinuant et habilement llatteur, Agobard énu- 
mère une série de griefs à la charge des Juifs de son archidiocèse. 
Il expose à son collègue la campagne qu'il a entreprise pour per- 
suader à ses diocésains de rompre tout commerce avec les Juifs. 
« ...J'ai prescrit à tous les lidèles, conformément à la loi de Dieu 
et aux préceptes des saints canons, de rompre, s'ils veulent vrai- 
ment observer la foi chrétienne, toutes relations avec les infidèles, 
et j'appelle inhdèles non pas les gentils, qui sont très peu nom- 
breux parmi nous, mais les Juifs, qui sont répandus en très grand 
nombre dans notre cité et quelques villes voisines. » 

Puis, s'inspirant des Saintes Écritures, des Pères de l'Église et, 
notamment, de saint Paul, Agobard met en relief, en l'exagérant à 
dessein, l'incompatibilité qui règne entre l'Église et la Synagogue : 
« Il est indigne et malséant pour notre foi que les lilsde la lumière 
soient couverts d'ombre par la société des ténèbres et que l'Église 
du Christ, qui doit se présenter sans tache et sans ride aux étreintes 
de l'époux céleste, soit défigurée par le contact de la Synagogue 
souillée, ridée et répudiée. » 

Agobard insiste particulièrement sur les conséquences funestes 
que présentent les rapports de table et de société entre Juifs et 
chrétiens : « Il est vraiment absurde que la vierge chaste, fiancée 

leUre 9, p)p. 199-201. D'après Dûmtnier, cette lettre a été écrite entre 826 et 828. M. Th. 
Reinach coiumeuta très spirituellement cette lettre dans une conférence qu'il fit à la 
Société des Études juives, le 15 janvier 1905 [R. É. J., t. L, pp. i.xxxi-cxi) sur Agobard 
et les Juifs. 
1. « Sciai ituque palernilalis vestrae reverencla canidés. ., » 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à un seul homme, le Christ, sollicite les mets de la courtisane et 
qu'en partageant sa nourriture et son breuvage, elle se précipite 
dans des indignités sans nombre et coure le danger de perdre la 
foi. Par suite d'une trop grande familiarité et dune trop conti- 
nuelle fréquentation, quelques membres du troupeau chrétien 
célèbrent le sabbat avec les Juifs, violent le repos dominical par 
un travail illicite, transgressent les jeûnes prescrits. » 

Parlant des rapports de domesticité entre Juifs et chrétiens, 
Agobard sindigne à la pensée que les Juifs entretiennent à leurs 
gages des serviteurs chrétiens et surtout des servantes chrétiennes : 
« Beaucoup de femmes sont employées au service des Juifs comme 
domestiques ou comme ouvrières. Quelques-unes sont perverties, 
mais toutes, sans distinction, sont prostituées pour satisfaire leurs 
caprices, assouvir leur passion et les consoler de leurs déceptions : 
ces fils du diable les séduisent en déguisant leur haine et en leur 
prodiguant des caresses trompeuses. » 

Agobard se plaint ensuite de l'orgueil insatiable des Juifs, et il 
profère à leur adresse les mêmes imprécations dont leurs propres 
prophètes les ont accablés : « Ils se déclarent, d'une bouche 
superbe, la postérité des patriarches, la race des justes, la descen- 
dance des prophètes, et les malheureux qui les écoutent ignorent 
que leurs propres prophètes traitent continuellement de nation 
pécheresse, de peuple chargé d'iniquité, de semence de vauriens, 
de fils de scélérats : leur père Amorrhée, leur mère Géthée, les 
princes de Sodome et le peuple de Gomorrhe. Ils ignorent aussi 
que Jean, le précurseur de Dieu, les appelle progéniture de vipères 
et que le Seigneur, lui-même, les traite couramment de serpents 
ou de génération méchante, dépravée, perverse et adultère. » 

Agobard met les chrétiens en garde contre les paroles insidieuses 
des Juifs, beaux discoureurs. Il se moque assez spirituellement de 
ces gens simples et gobeurs qui les écoutent bouche bée et se 
laissent prendre aux filets de leur argumentation subtile : « Des 
hommes du peuple, des paysans se laissent entraîner en pleine mer 
d'erreur, au point qu'ils se figurent, en leur esprit séduit, que les 
Juifs sont le seul peuple de Dieu, qu'ils déclarent entre gens de 
même acabit que, là seulement, se rencontre l'observance d'une 
religion pie et une foi bien plus certaine que la nôtre. » 

Après avoir diagnostiqué le mal, Agobard indique les remèdes 
et comme il s'agit d'une épidémie, l'évêque de Lyon prescrit des 
remèdes énergiques : « Nous avons constaté, dit-il, que le mal ne 
cessait de se répandre parmi le peuple commis à nos soins et de se 
propager de jour en jour par contagion. Nous avons donc fait tous 



ETUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 33 

nos efforts pour tendre la main aux défaillants et ramener les 
esprits égarés dans le chemin de la vérité. La loi de Dieu défendit 
autrefois aux Juifs de contracter mariage avec les idolâtres, de 
participer à leurs banquets, à leurs cérémonies religieuses et de 
laisser leur liberté d'esprit se placer sous le joug de Tidolàtrie. De 
même, nous avons interdit à notre peuple de manger, de boire et 
d'habiter avec les Juifs infidèles, de crainte qu'à leur contact, ils 
ne perdent la simplicité chrétienne, et qu'en écoutant les fables 
juives, ils ne se laissent prendre aux lacets inextricables de 
l'erreur. » 

Agobard ne peut s'empêcher de reconnaître que les Juifs restent 
obstinément fidèles à leurs croyances et qu'ils ont opposé à ses 
tentatives de conversion une résistance inébranlable : « Avec 
quelque humanité, avec quelque bienveillance que nous les trai- 
tions, nous ne réussissons pas à en attirer aucun à la vertu spi- 
rituelle de notre foi : bien au contraire, plusieurs des nôtres, 
partageant volontiers leurs mets charnels, se laissent séduire par 
leur nourriture spirituelle. » 

L'évêque de Lyon redoute donc, par- dessus tout, les consé- 
quences du prosélytisme juif. Il se résigne à ne pas accroître son 
troupeau de fidèles, mais il ne peut tolérer que son troupeau soit 
amoindri par les défections. Toutefois, par l'exécution des mesures 
qu'il préconise, Agobard espère éviter à ses fidèles le châtiment 
divin qui les attend. Mais il déplore l'aveuglement de son roi, Louis 
le Pieux, qui persiste à ne pas vouloir sanctionner ces mesures 
coercitives et qui tolère que les Juifs de son royaume jouissent des 
mêmes droits que le reste de ses sujets : « Certains misai et Everard, 
le maître actuel des Juifs, ont essayé de miner notre œuvre reli- 
gieuse et de l'ébranler sous le couvert d'édils impériaux. Jusqu'à 
celte heure, nous ne leur avons pas cédé, résolu de maintenir iné- 
branlable la vérité de la loi divine et la constitution vénérable des 
Pères de l'Église. Nous avons refusé notre adhésion à des ordres 
si funestes, persuadé que des édiis contraires à la loi divine, hos- 
tiles aux saints canons, dangereux pour le salut de l'Église n'ont 
pu être promulgués par un prince très dévot et digne de Dieu, 
par un roi dont laclivité religieuse et la piété admirable veillent 
à ce que la loi de Dieu soit partout observée, les règles canoniques 
respectées, la puissance de l'Église développée et glorifiée chaque 
jour davantage sur toute la surface du globe tci-restre. » 

Fort de ces considérations et persuadé (\n\'n violant les t'dits 
royaux, il exécute les véritables intentions du roi, .\gobard tMigage 
Nibridius à mépriser les ordres des fonctionnaires royaux et à sou- 

T. LV, x" 109. 3 



34 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mettre les Juifs de son diocèse à des prescriptions sévères et éner- 
giques. Il commence, d'ailleurs, par célébrer Ténergie du métropo- 
litain de Narbonne : « père bienheureux, colonne et firmament 
de la maison de Dieu, dresse-toi immobile, intrépide, inébranlable 
sur la pierre de l'observance ecclésiastique, insensible aux vents, 
à la tempête, aux pluies, aux torrents, qui peuvent bien heurter les 
fondements de la maison de Dieu, mais non pas l'engloutir, caries 
portes de l'enfer ne sauraient prévaloir contre elle. Vous n'ignorez 
pas, ô père vénérable, que les hommes soumis à la loi mosaïque 
sont maudits et recouverts de la malédiction comme d'un vêtement, 
malédiction qui s'est infiltrée comme l'eau dans leurs entrailles et 
comme Ihuile dans leurs os, maudits à la ville et maudits à la cam- 
pagne, maudits à l'entrée et maudits à la sortie. Maudit le fruit de 
leurs entrailles, de leurs terres et de leurs troupeaux, maudits leurs 
celliers, leurs greniers, leurs bouti({ues, leurs nourritures et les 
miettes de leurs repas ! . . , Ceux qui refuseront d'entendre la pré- 
dication apostolique fouleront de leurs pieds la poussière de leurs 
cités et de leurs maisons, et seront plus punis au jour du jugement 
que ceux de Sodome et de Gomorrhe. » 

Après avoir jeté sa malédiction sur les opiniâtres zélateurs de la 
loi mosaïque, Agobard expose les moyens qu'il se propose d'emplo- 
yer pour écarter les chrétiens des Juifs. Il exhorte Nibridius à per- 
suader à ses diocésains de rompre tout commerce avec ces damnés 
et ces maudits et à communiquer son zèle à ses évêques sufïra- 
gants. Il célèbre en termes enthousiastes l'unité religieuse : « Com- 
blons de joie notre mère FÉglise, exprimons tous la même idée, 
pensons tous la même pensée, éprouvons tous le même sentiment, 
soutenons tous le même combat; c'est là le désir que notre rédemp- 
teur très bienfaisant exprime dans sa prière à Dieu : « Je ne t'im- 
plore pas seulement pour ceux-ci, mais pour tous ceux qui en 
paroles croiront en moi : qu'ils soient tous un comme tu es un en 
moi et comme je suis un en toi, et qu'ils soient tous un en nous. » 

Le succès de l'œuvre entreprise par Agobard dépend du concours 
que Nibridius lui prêtera : elle réussira si Nibridius la favorise, elle 
échouera si Nibridius la néglige. Agobard termine sur ces mots : 
« Et que Dieu vous donne la résignation et aussi la joie de penser 
en autrui selon Jésus-Christ, afin que dune seule bouche et dune 
seule pensée nous honorions à la fois Dieu le l*ère et Notre Sei- 
gneur Jésus-Clirist. Amen. » 

Il nous a paru intéressant d'insister, aussi longuement que nous 
l'avons fait, sur la lettre d'Agobard à Nibridius. Aussi bien l'arche- 
vêque de Lyon n'est-il pas un pamphlétaire médiocre, à court de 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 35 

souffle et d'arguments : c'est un polémiste de grande envergure. 

D'autre part, les griefs qu'Agobard relève contre les Juifs de Lyon 
s'appliquent également aux Juifs de Narbonne. Il connaît très bien 
cette dernière ville ; avant son élévation à l'épiscopat, Agobard a 
séjourné quelque temps dans le diocèse de îs'arbonne ; il a même 
fondé dans le Razès, de concert avec un Espagnol nommé Altala, 
entre 790 et 80o, le monastère de Saint-Polycai*pe ' . Il a probable- 
ment connu Mbridius au moment où ce dernier était abbé de 
Lagrasse. En tout cas, il fut son ami et entretint également des 
relations amicales avec Barthélemi, son successeur sur le siège de 
Narbonne -. 

Agobard connaissait très bien Xarbonne et la communauté juive 
de cette ville. Indirectement sa lettre nous renseigne sur la situa- 
tion de cette communauté au commencement du i\« siècle. Elle ne 
fait, d'ailleurs, que confirmer ce que nous ont appris les documents 
antérieurs : Juifs et chrétiens fraternisent ensemble, organisent des 
banquets communs, babitent sous le même toit, des chrétiens et 
des chrétiennes sont employés au service des Juifs, les mariages 
entre Juifs et chrétiennes, d'une part, entre chrétiens et Juives, de 
l'autre, sont fréquents. Les chrétiens acceptent la discussion avec 
les Juifs en matière religieuse ; quelques-uns célèbrent le sabbat 
avec les Juifs, enfreignent le repos dominical, rompent les jeûnes, 
se laissent même convertir au judaïsme. 

XI. — Cette lettre met en lumière la tolérance des rois carolin- 
giens à l'égard des Juifs. Bien qu'il soit d'une dévotion monacale 
et qu'il mérite par ailleurs l'épithète que ses contemporains ont 
accolée à son nom, le fils de Cbarlemagne reste fidèle à la tiaditiou 
inaugurée par Pépin le Bref et respectueusement observée i)ar 
Carloman et Cbarlemagne. 

Le 2^2 février 839 ^, trois Juifs de la Septimanie, Gauzios, Jacob et 
Vivas, se présentent au palais royal de Francfort pour prier Louis 
le Pieux de faire récrire le diplôme qu'il leur a accordé autrefois et 
qu'ils ont perdu « à la suite de certains malheurs ou plutôt à la 
suite de certaines déprédations malveillantes ». Sur le rapport 
favorable de son frère, l'abbé Hugues, archichancelier royal, Louis 
le Pieux confirme par rescrit impérial aux trois Juifs leur droit de 

\. Ces rcnseii.'ncmcnts nous sont fournis par un diiilômc i|u'Aui:uste Molinier jusc 
faux, tout en ticcordant qu'il peut l'onlenir des assertions vcridi(|ues [Hisl. de Luikj.^ 
t. IV, Notes, ji. o49, l'^col., n. 1). 

2. Uist. de Laiiy., t. I, pp. 97o-97G. 

3. Hisl. de Laiiij., t. II, Preuves, ce. '2\[-l\2. 



36 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

propriété sur cerlains biens héréditaires, sis à Banyuis-les-Aspres '. 

Louis le Pieux se montre très bienveillant pour ces trois pauvres 
Juifs, qui sont venus des rives de la Méditerranée sur les bords du 
Mein. Son frère, l'abbé Hugues, les introduit dans le palais royal. 
Le roi écoute attentivement leurs doléances. Le préambule de l'acte 
du 22 février 839 dénote chez Louis le Pieux des sentiments d'une 
singulière élévation : « Quoique la leçon apostolique nous engage 
à faire du bien aux adeptes de la foi, elle ne nous interdit pas de 
faire bénéficier les infidèles de notre dévotion bienveillante : elle 
nous exhorte, bien au contraire, à nous inspirer respectueusement 
de la miséricorde divine et à ne faire aucune différence entre fidèles 
et infidèles. » 

N'est-il pas vrai que ce langage nous repose des malédictions 
proférées par Agobard? Et après cela, comment ne pas s'étonner 
que la plupart des historiens aient durement reproché au succes- 
seur de Charlemagne sa dévotion et sa faiblesse excessives ? Par 
sa fière indépendance à l'égard du haut clergé, par sa paternelle 
bienveillance à l'égard de ses sujets non catlioliques, Louis dit le 
Pieux ou le Débonnaire nous apparaît, non pas comme un « moine 
couronné », mais comme un souverain essentiellement laïque. 

{A suivre.) 

Jean Régné. 



1. 11 y a dans le texte : Valerianis sive BaçiniUs. Il s'ay;it là probablement de 
Banyuls-les-Aspres, situé au sud-ouest d'Elue (Cassiai, Perpignan : feuille 59). En 
tout cas, il ne peut être question de Bag^neux-sur-Bièvre et du Mont-Valérien, suivant 
l'hypothèse trop ingénieuse de M. Th. Reinach (R. É. /., t. 50, p. cvm). L'acte du 
22 février 839 faisait partie des archives de Lagrasse. Cette abbaye était située aux 
confins du Narbonnais et du Carcasses (acte du 3 septembre 837, Hisl. de La»^., t. Il, 
Preuves, c 207). 



PHILON 

D'APRÈS DEUX OUVRAGES RÉCENTS 



Deux livres sur Philou viennent de paraître, celui de Tabbé 
J. Martin dans Les Grands Philosophes ', celui de M. Emile Bréhier, 
qui a pour titre les Idées philosophiques et religieuses de 
Philoîi^. Nous ne sommes ni hébraïsants ni même bellénisants et 
nous avons été invités à parler ici de ces deux ouvrages ! On nous 
pardonnera donc d'en parler en simple admirateur de Philon. 
Certes nous n'avons fait que « lire » sans l'étudier. Mais cette 
lecture nous a singulièrement attaché. En Philon, la rencontre de 
l'esprit grec et de l'esprit juif, déjà ancienne, et favorisée par le 
milieu alexandrin commence à produire des résultats durables. 
Cette rencontre, d'ailleurs, ne fut jamais un choc, bien au contraire. 
Et l'on en vient à se demander à quel point il fallait que l'esprit 
grec se fût lui-môme transformé pour rendre possible un si curieux 
etpresque si heureux mélange. Je ne suis pas sûr que le livre de l'abbé 
J.Martin donne à la question une réponse directe Son livre est fait 
diligemment. L'auteur a traduit beaucoup de textes, et sa manière de 
traduire est agréable. Certes les étudiants qui voudront, en peu 
de temps, savoir sur Philon d'Alexandrie ce qu'il est défendu d'en 
ignorer, remercieront M. J. Martin de leur avoir facilité la tâche. Et 
ce sera toute justice. Les savants, j'en ai peur, se montreront plus 
difficiles. On s'est déjà étonné que M. l'abbé Martin n'ait lu Philon 
que dans l'édition in-i8 publiée chez Tauchnitz et M. l'abbé Martin 
s'esl étonné de cet étonnement. Hélas! M. Martin devrait savoir 
que les conditions du travail n»^ sont plus aujourd'hui ce qu'elles 
étaient, non pas seulement hier, mais avant-hier, et ([iià nos âges, 

1. Paris. Alran, 1907. 

2. Paris, Aliihonsc Picard, 1908. 



38 REVUE DES ETUDES JUIVES 

(M. l'abbé Martin et moi. nous sommes à peu près contemporains) 
il est imprudent de tenter sur PliiJon un vrai livre : on manque des 
outils nécessaires et si. d'aventure, on les avait à côté de soi, la 
manièi-e de s'en servir, à son tour, ferait défaut. Mieux vaut regar- 
der travailler les jeunes et se féliciter de les voir réussir là oii, 
malgré notre bon vouloir, nous eussions échoué à leur place. 
Quand il faudrait conclure d'un tel succès que nos encoura- 
gements à ne pas nous imiter de trop près n'ont pas été vains, je 
ne vois décidément point ce que nous y perdrions de notre propre 
estime. 

M. Emile Bréhier, lui, ancien élève de la Sorbonne, et qui avait 
commencé ses études de philosophie ancienne sous la direction de 
Victor Brochard, est un chercheur robuste, et qui sait s'informer. 
Aussi son œuvre dun bout à l'autre inspire-t-elle la plus entière 
sécurité. A-t-il dit sur Philon tout ce qu'il y avait à dire? Nous ne 
sommes plus au temps où l'un de nos maîtres de l'École Normale 
pouvait, sans nous faire sourire, nous inviter à « épuiser » les 
questions. Et j'imagine que, sur Philon, la quantité de choses que 
M. Emile Bréhier aurait à nous apprendre, en dehors de son livre, 
est fort considérable. Je souhaite qu'il n'ait pas dit son dernier 
mot sur Philon : qu'il songe à nous parler un jour, et plus à loisir, 
de ses sources, qu'il aborde le problème de son influence. Le pro- 
blème est des plus attrayants par la richesse des aperçus qui 
s'improvisent aussitôt qu'on le pose. Le travail est des plus 
difficiles, par l'inévitable nécessité de convertir ces aperçus en 
inductions fermes, d'y séparer l'induction de la présomption; sans 
compter que « rinlluence » se laisse déduire de la « ressemblance » 
avec une facilité des plus dangereuses. Similitude et filiation, cela 
peut faire deux : et la métaphore des idées « qui sont dans l'air », 
auxquelles il suffit d'avoir été respirées par plusieurs pour 
imprimer à leurs doctrines un cachet de ressemblance, mérite tout 
le contraire du dédain avec lequel on accueille Irop souvent les 
métaphores. Le problème de linfluence de Philon est donc un 
problème fertile en pièges. M. Emile Brébier sait sans doute cola 
mieux que personne. Mais il est bien oulillé, il ne se paie g(u>re de 
mots, et sa circonspection est inlassable. Que la doctrine de Philon 
reste donc son port d'allache, attendu qu'à ne jamais naviguer (|ue 
dans ses parages, M. Bréhier peut se promettre de fréquentes et 
fécondes navigations ! 



*** 



PHILON 3â 

La première idée qui se dégage du livre de M. Emile Bréhier 
(elle n'a pas non plus échappé à M. J. Martin, mais il ne Ta 
regardée que de profil) est que Philon est un juif dans toute l'éner- 
gie du terme, qu'il l'est par la ferveur de sa foi, par lintrépidité de 
sa confiance en l'avenir du peuple de Dieu. « Philon se donne 
comme un Juif fervent, observant avec piété toutes les coutumes 
religieuses de son peuple. Son activité philosophique est 
presque entièrement consacrée à l'explication de la loi mosaïque. 
Si l'on ne considère que la forme de son œuvre, elle prend place 
dans l'immense littérature exégétique qui a suivi dans les Écoles 
de rabbins la fin de la période créatrice du judaïsme '. » Et pour- 
tant les idées de Philon ont une valeur universelle et dépassent la 
nationalité juive. C'était d'ailleurs le sentiment de Philon lui- 
même, qui croyait, non pas à la pérennité du temple ou de Jéru- 
salem, mais à celle de la loi. Cette loi, qui a subsisté malgré les 
famines, les guerres et les tyrannies, n'est-elle pas appelée à durer 
autant que le monde? L'œuvre des Septante n'est-elle pas un effet 
du désir de connaître cette loi dont les Grecs savaient, uniquement 
par ouï-dire, l'efficacité souveraine? Aussi quand Philon écrit son 
Moïse, ne le destine pas au seul peuple juif. Et comme il écrit 
pour tous, il se place à un point de vue universel. Cette attitude, 
d'ailleurs, n'est pas une attitude de commande ou de circonstance. 
Elle est l'expression exacte d'un état d'esprit vraisemblablement 
nouveau dans l'histoire du monde et dont 31. Bréhier croit décou- 
vrir des traces, d'abord, chez des sectes juives contemporaines de 
Philon, ensuite chez les Grecs de son temps, attachés aux 
doctrines et aux traditions stoïciennes. 

On sait les résultats à peu près infaillibles de la méthode 
allégorique, qui fut celle de Philon. Le piincipe de cette méthode, 
à savoir que rien ne veut être pris au pied de la lettre, dédivre le 
chercheur du joug des textes. C'est là, il est vrai, un avantage tout 
négatif. Les embarras causés i)ar une interprétation littérale sont 
évités. Ne sont-ils pas compensés par d'autres? Des textes peuvent 
signifier tout autre chose que ce (juils disent. Encore est-il qu'on 
ne peut se passer de leur donner un sens et que, ce sens, il le faut 
découvrir en limagiiuint. Imaginera-l-oii au iiasard? La chose, on 
soi, n'a rien d'impossible. Tel n'est point, toutefois, le cas de 
Philon. Il est persuadé que ces textes, s'ils sont dépourvus de 
vérité littéialf, ex])riin('n( la vérité quand même; et non seulement 
ceux de la Bible, mais ceux de tous les maîtres de la sagesse 

1. Chapitre i, p. 3. 



40 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bumaine. Il est donc permis de dégager le sens profond et unique 
de tous ces livres, quels qu'en soient la provenance et les auteurs, 
puisque le même esprit les anime et la même vérité les inspire. 
On aurait tort d'attribuer linvention de la mélbode allégorique à je 
ne sais quelle crise de débordement de l'imagination bumaine. 
Il faut évidemment, pour que la métbode s'exerce, que l'imagi- 
nation soit prête à déborder. Mais cette méthode procède d'une 
conviction aux racines profondes, celle que la Vérité est une 
et qu'elle a été révélée aux sages. Peut-être conviendrait-il ici de 
distinguer : l'idée d'une vérité révélée pouvait entrer facile- 
ment dans l'esprit d'un Hébreu. Je me trompe. Elle n'avait 
nullement à y entrer, puisqu'elle Ibabitait dès les origines de la 
race. L'esprit d'un Grec du temps et de la famille d'un Platon, d'un 
Aristote surtout, s'y serait peut-être moins facilement plié. Au 
contraire, l'idée d'une vérité à laquelle les termes de semper, 
ubique et ab omnibus seraient applicables ne coïncide-t-elle pas 
avec la définition même du vrai? — En ce moment je ne suis plus 
M. Bréhier pas à pas. Mais ce que je viens d'écrire dans la marge 
de son livre m'étant suggéré par le livre lui-même, j'espère bien 
n'être pas démenti.- — Ainsi de même que toute fonction crée son 
organe, toute conviction crée ses moyens de propagande : et la 
métbode allégorique en est la preuve. 

Une méthode créée pour les besoins d'une cause, instrument de 
défense, par conséquent, réagit ordinairement sur la cause. Un 
avocat même persuadé du bon droit d'un client, n'en est-il pas per- 
suadé davantage à mesure qu'il prend conscience des arguments à 
produire? On peut donc attribuer à l'usage constant de la méthode 
allégorique une grande part de l'énergie avec laquelle Philon défen- 
dit les croyances qui lui étaient chères, et, ce qui importe davantage, 
l'aisance avec laquelle il sut se maintenir, dans l'interprétation des 
textes, à un point de vue intérieur, indépendant de la durée. 
La formule spinoziste : sub spccie œternitatis se présente d'elle- 
même et vient presque à sa place. C'est que Philon est un Juif de 
la période de la diaspora. Donc si le judaïsme est appelé à vivre, et 
il a devant lui de longs siècles d'existence, pour ne rien dire de plus, 
il vivra loin de Jérusalem et de son temple. Il vivra par le culte de 
ses traditions, par son inébranlable atlachement à la loi de Moïse : 
voilà ce que Philon sut prévoir et prédire. Il n'y aurait rien de plus 
à dire sur Philon que son nom, pour cela seul, mériterait d'être 
inscrit parmi les grands noms de l'histoire. Il y a, certes, plus à 
en dire. 

Son nom, et c'est depuis longtemps chose jugée, appartient à 



PllILON 41 

l'histoire de la philosophie. Et c'est parce qu'il s'est adonné aux 
études philosophiques que M. Bréliier a entrepris d'exposer les 
« idées philosophiques et religieuses » de Philon. Philon est le pre- 
mier des écrivains en langue grecque dont, s'il est permis de dire 
qu'il doive heaucoup à la pensée grecque, il est certain qu'il n'en 
est pas l'héritier. Il puise à pleines mains aux sources platoni- 
ciennes et stoïciennes, il en mélange les eaux, mais c'est pour don- 
ner plus de force, plus de fécondité aux doctrines qu'il veut répan- 
dre, car c'est un théologien, j'entends un penseur plus soucieux 
de démontrer ce qu'il sait être vrai, que de chercher le vrai par la 
seule énergie de la raison. C'est un théologien qui n'a jamais douté 
ni de l'existence du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, ni de 
l'efficacité souveraine de la loi mosaïque. C'est un théologien con- 
vaincu et pressé de convaincre. C'est un prédicateur au sens pro- 
fond du terme. 

C'est bien ainsi que M. Bréhier l'envisage et que, par suite, il le 
présente. Et l'on comprend, à sa suite, ce qu'avant lui, l'on aurait 
eu quelque peine à comprendre. En lisant les textes de Philon — 
trop peu parmi ces textes ont passé devant nos yeux mais par- 
tout notre impression est restée constante — , nous nous sommes 
figuré un auteur faisant usage de la philosophie, mais, au demeu- 
rant, peu philosophe. Et quand nous avons cherché la raison de 
cette impression, il nous a paru que l'auteur développait à côté, 
qu'il ne tirait point de ses thèmes le parti qu'un philosophe de 
grande race n'eût point manqué d'en tirer. C'est qu'en effet, Philon 
n'avait pas à demander aux philosophes une vérité qu'il tenait 
d'ailleurs. Il n'avait à leur emprunter que des « illustrations » de 
cette vérité. Dans ce rôle d'emprunteur et, nécessairement de 
syncrétiste, puisqu'il est tout près de croire à l'ubiquité, sinon à 
l'unité de la révélation divine, Philon devient très intéressant. Car, 
dans son désir de faire confluer les cours d'idées issues de diffé- 
rentes sources, il agit avec discernement. Le stoïcisme est le grand 
fleuve qui est destiné à recevoir les affluents multiples, et la doc- 
trine du Logos, tout en suivant son cours, rencontrera la théorie 
platonicienne des Idées, qui versera ses eaux dans les siennes; 
et cela sans qu'un trop grand trouble résulte du mélange. 

« Etudier la théorie du Logos, nous est-il dit, c'est étudier le 
philonisme tout entier à un certain point de vue. La parole divine 
retentit d'un bout à l'autre de la chaîne des êtres : c'est le principe 
délia stabilité du monde et de la vertu de l'àme humaine. Le vice, 
qui est la mort véritable, l'instabilité des choses qui fait ressembler 
le monde à un songe fuyant, arrivent lorsque les êtres se détour- 



42 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lient du TiOgos ou le retranclient deux-mêmes'. » On voit, à 
travers Phiilon, transparaîlre Heraclite, l'un des pères de la doctrine 
stoïcienne. Et il ne faut pas que l'on s'en étonne. Dieu, pour se com- 
muniquer à ses créatures, a besoin d'un intermédiaire : c'est là, 
d'autres l'ontfait remarquer avant nous, une idée très juive. L'idée 
d'un Dieu tout-puissant par qui tout a été fait, tout subsiste et tout 
existe, excite dans l'esprit des images d'immensité telles, qu'entre 
la créature et le créateur la distance ne saurait être mesurée. Pour 
remplir l'intervalle, un ou même des « Intermédiaires » sont indis- 
pensables. Le logos de Philon n'est pas Dieu, ce qu'il est chez les 
Stoïciens, mais son rôle est d'une importance à faire croire parfois 
qu'il se suffit à lui-môme. Il n'est que la parole divine, Dieu est au- 
dessus, et ce Dieu là qui prend l'apparence du Démiurge n'est ni 
celui des Stoïciens ni celui d'aucun penseur grec. Peut-être exagé- 
rons-nous l'importance du terme ; mais quand, dès les premières 
pages du De Opificio Mundi, nous avons rencontré le opoçtrxrjSK/v aVT-.c-v 
que Philon élève au-dessus de l'Idée platonicienne du Bien, nous 
avons eu peine à n'y point reconnaître le Dieu de la Bible chez qui 
domine l'attribut de la Toute -Puissance et de l'Efficience. M, Çnpile 
BréUier, je l'avoue, nous a fait réfléchir sur ce texte et nous crai- 
gnions d'en avoir j'adis singulièrement accru la portée. Et puis 
opaiTYiptov a-t-il toujours le sens de productivité ? Pourtant, si l'on 
ôtait à l'expression une partie de la force que nous lui avons indù- 
nient (?) prêtée, le Dieu des Juifs n'en garderait pas moins sa, place 
dans les idées philosophiques du théologien Philon, Il resterait 
toujours à constater qu'au-dessus du Logos, Philon a élevé Dieu. 
Si donc il a plu à Philon, deux siècles et demi avant Plotin, de 
superposer à la divinité du Stpïcisme, colle de la Genèse illustrée 
par des textes empruntés au Tùnce, il ne cédait pas uniquement 
à un désir de « syncrétiste ». Sans doute il se figurait Platon 
orienté ds^ns la même direction que Moïse, mais il n'eût jamais 
consenti à sacrifier le Dieu de Moïse à celui de Platon. 

Et pourtant on ne peut aller jusqu'à dire, ce que dit presque 
l'abbé Martin, que le Dieu de cette philosophie est le créateur du 
monde, son créateur ejp nihilo. Sur ce point, où M. J. Martin affirme 
un peu plus qu'il ne discute, — encore, et sachons lui en gré, qu'il 
ait mis sous nos yeux les principales pièces du débat — la discus- 
sion de M. Emile Brphiev nous paraît aisément victorieuse. Ajou- 
terai-je que le -oïs-v, voisin de ttoiy.ty,; ne nous parait nullement 
avoir le sens de « faire de rien ». Ici, d'ailleurs, la chose impor- 

\. Emile Bréliier, p. 83. 



PHILON 43 

tante n'est point tant de savoir, une fois pour toutes, ce que Pliilon 
a pensé de la création, — je ne parle point de « l'idée biblique ' » 
de création, assez confuse d'ailleurs, mais de celle qui, en raison de 
linterprétation plus ou moins littérale des textesde la Genèse, a fini 
par s'acclimater cbez nous — mais de constater que Philon a fait 
un visible effort pour réduire la part de la matière et opposer son 
Dieu au Démiurge du Timèe'^. 

Très intéressant aussi est le chapitre de M. Bréhier sur les Inter- 
médiaires et les Puissances divines"^. Il était particulièrement diffi- 
cile à faire. L'abbé J. Martin s'en est tiré avec la plus entière bonne 
foi, en confessant que la pensée de Philon lui avait paru « embrouil- 
lée ». Embrouillée, c'est peut-être trop dire : imprécise, j'en con- 
viendrais. Mais c'est précisément là que se montre le caractère 
essentiel de la pensée de Philon, pensée, non d'un philosophe pro- 
prement dit, mais d'un propagandiste qui fait usage de la philoso- 
phie d'une part, et à qui, de l'autre, les philosophes de métier et 
presque de race donnent l'exemple. Il est vrai que toutes les épi- 
thètes conviennent à l'Esprit parce que chacune d'elles exprime une 
partie de sa nature et que leur somme ne l'épuisé pas. Il est égale- 
ment vrai que la « polyonymie » convient aux Puissances; ainsi la 
Sophia divine est-elle identique au Logos'^ Oui, car elle est, comme 
lui \ moyen de la création de l'univers ; elle divise, comme lui, les 
choses en contraires opposés, elle est, comme lui, et terrestre et 
divine. Ailleurs elle en est la mère : contradictions indéniables, 
certes. Philon ne se les dissimulait pas, n'avait aucune raison de se 
les dissimuler. D'abord ces contradictions avaient leur source dans 
des « conceptions religieuses hellénistiques » qui s'imposaient à 
son esprit. La religion grecque et en particulier celle des Orphi- 
ques est encombrée d'hiérogamies assez confuses ; il est parlé, 
entre autres, d'une éponse mère qui garde sa] virginité. C-hez les 
Orphiques Artemis et Athena fusionnent. 

Mais chose encore plus grave, les fusions de ce genre ne déplai- 
saient pas aux Stoïciens, qui laissaient prendre à leur principe 
suprême tous les noms de l'Olympe, successivement. En quoi d'ail- 

1. Avons-nous tort d'en jn^rcr ainsi ? Il nous a toujours paru (|uc l'idée liibliiiuc de 
création est celle, miu d'uni! création ex iii/iilo, mais d'une fuhrica/ion à la inaniéro 
de ce que l'ouvrier fabriiiuc saii.t modèle préejisliinl. l'iiilun imairinc avec Platon un 
modèle préexistant, le Lofjos, mais si le Loç/os émane do Dieu ou en est le Fils, l'idée 
bibliijue de création reste sauve. 

2. P. 80-82. 

3. P. 112-157. 

4. Cf. p. 115. 



44 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

leuis ils it'pétaient Heraclite. Pliilon n'avait donc pas à se préoccu- 
per de suivre une méthode plus rigoureusement philosophique que 
celle de certains philosophes, ni à vouloir surmonter des contradic- 
tions dont plus dune philosophie avait réussi à vivre. Il y a plus 
encore selon nous. I/idée juive de la divinité est éminemment 
favorahle à l'éveil de Vimagmatio?i litanù/ite .V essence de la litanie, 
on ne l'a peut-être point assez remarqué, est de ne jamais finir. 
C'est l'imagination qui, lasse de fournir, dirait ici Pascal, s'épuise 
faute de savoir chercher encore. Mais le sujet sur lequel elle 
s'épuise est lui-même inépuisable. Et que rien ne saurait rem- 
plir le concept de Dieu, n'est-ce pas une expérience presque fami- 
lière à toute âme religieuse? La litanie est l'elTort de la pensée 
humaine pour remplir l'abîme qui la sépare de Dieu, efTort impuis- 
sant, nul n'en doute, etlort digne d'être tenté quand même pour 
maintenir Tàme dans la crainte et dans l'adoration. 



#** 



Aussi bien n'est-ce point là ce que chacun de nous a principale- 
ment à faire dans la- vie, et la vie religieuse n'est-elle point la vraie 
viede l'homme? Nous touchons ici à l'essentiel de la doctrine de 
Philon, qui est, avant tout, une doctrine d'édification et de piété. 
M. Emile Bréhier, dont c'est aussi l'opinion, conforme d'ailleurs à 
celle d'Edouard Zeller, a traité longuement, dans la dernière partie 
de son ouvrage, des idées de Philon sur le u culte spirituel et le 
progrès moral ' ». Je cite : « La valeur des idées religieuses de 
Philon repose moins sur des arguments dialectiques, auxquels, 
très consciemment, il donne une place secondaire, que sur le 
sentiment vif et l'expérience intime des faits religieux... Philon 
inaugure peut-être dans la morale grecque cette analyse de soi- 
même, méthode si ditférente des portraits du sage idéal qui cons- 
tituaient lessentiel de la plus ancienne doctrine stoïcienne...'^ ». 
Philon, en effet, rejette la divination inductive des Stoïciens, inven- 
tion tout humaine et, à bien des égards, invention inquiétante. Le 
Sénat romain en décidant d'expulser de lltalie tous les devins n'a 
fait que suivre, au dire de Philon, l'exemple de Moïse. Mais si tout 
genre de divination ne saurait être proscrit, si la divination induc- 
tive, voisine de la sophistique, par exemple, ne dépasse jamais le 
probable, même (juand elle s'en rapproche, il s'en faut qu'il faille 

i. Livre IV. p. 180-310. 
2. 1'. r.'.). 



PHILON 45 

refuser à l'homme le pouvoir de connaître les événements futurs. 
Dieu seul les connaît, il est vrai; et le contraste est saisissant entre 
nos opinions incertaines sur l'ordre du monde, la manière dont cet 
ordre se réalise en conformité avec la raison divine. Ainsi nous 
croyons aux miracles, c'est-à-dire à des faits contraires à la raison. 
De tels faits sont impossibles. Ils peuvent surprendre chaque fois 
que Dieu change la nature des objets ou manifeste, dans les choses, 
des propriétés jusque-là inconnues. Le miracle n'en est pas moins 
conforme à la loi de la nature dont la raison de Dieu ne saurait 
être distinguée. Et c'est parce que le miracle est possible, en har- 
monie avec cette raison, qu'il faut condamner les opinions des 
prétendus savants sur les sciences de la nature. Alors il faudra 
renoncer à connaître l'avenir ^ ? Point. Si la divination inductive 
est mensongère, il en est une autre, la Divination intuitive, dans 
laquelle la parole de Dieu se communique à l'homme. Les Pro- 
phètes eurent cette divination en partage. Qu'est-ce que cette divi- 
nation? Ici, comme bien Ion pense, Philon ne laissera pas échapper 
l'occasion de discerner et de disserter : il y aura, d'une part, 
l'intelligence humaine, de l'autre celle de Dieu. Et dans l'intelli- 
gence humaine on divisera encore : il y aura lintelligence terrestre 
et rintelligence divine, qui malgré son divin caractère, ne coïnci- 
dera point absolument avec celle de Dieu, etc. . . 

Nous ne pouvons suivre M. Bréhier dans ce très curieux cha- 
pitre, l'un des plus soignés de son livre, et qui demande à être lu 
avec lenteur, sans quoi les idées se brouilleraient vite. L'abbé 31artin 
répondrait que, dans l'esprit de Philon, il arrive souvent aux idées 
de se brouiller comme à plaisir : de quoi nous ne sommes point tout 
à fait aussi sûrs que l'abbé Martin. Et puis, quand il arriverait au 
théologien Philon de dépasser dans ses distinctions et dans ses 
analyses les bornes de la perception distincte, loin d'en concevoir la 
moindre surprise, on ferait mieux de se souvenir que le premier 
vrai psychologue de l'extase, dans l'histoire de la philosophie 
grecque, — ce qu'est Philon — était excusable d'avoir, sur la 
nécessité de penser par idées distinctes et claires, d'autres opinions 
que celles d'un Descartes. Après tout, les distinctions subtiles qu'on 
exprime généralement avec moins de diflicullé qu'on ne les con- 
çoit, sont-elles toujours exclusivement verbales? Aucune idée pré- 
cise ne leur correspond peut-être ; mais il est des impressions et des 
émotions entre lesquelles des nuances se laissent apercevoir, et ces 
nuances, la parole n'est pas toujours radicalement impuissante à 

1. p. 188, 



46 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les saisir et à les rendre. Sans compter, ainsi qu'on le disait à peu 
près tout à l'heure, que l'état d'esprit, ou d'imagination duquel la 
litanie procède, en même temps qu'il porte la fantaisie à multiplier 
les images, réagit sur la pensée et Tinclineà envisager le plus grand 
nombre de solutions possibles. Il n'y a pas à dire : Philon annonce 
Plotin. Il l'annonce, entre autres, par sa conception de lextase. Et 
si nous ajoutions qu'il prépare Proclos par son souci de distinguer 
et de multiplier les intermédiaires, peut-être ne serions-nous pas 
loin de la vérité. 

D'ailleurs, ce qui caractérisera les deux grands derniers penseurs 
grecs Plotin et Proclos, ne sera-ce point la conception de la vie 
morale intérieure dans son intimité avec la vie religieuse? Les 
Stoïciens, on le sait, prescrivaient au sage de ressemblera Dieu. 
Philon et les grands Alexandrins l'inviteront à se rapprocher de 
lui. Même, ils lui en enseigneront la manière. Il semble dès lors 
qu'à l'entrée de la grande avenue qui mène à Plotin et qui va exiger 
de la pensée philosophique un parcours long de plus de deux 
siècles, il y ait un personnage dont l'importance doive attirer et 
presque absorber le regard : ce personnage n'est autre que Philon, 
grand, très grand par son influence, beaucoup plus grand par 
l'étendue de son influence que par l'originalité de sa pensée. 

De ce qui vient d'être affirmé, à cette induction que l'inspiration 
juive aura joué un rôle considérable, nous serions tenté de dire : 
prépondérant, dans la formation de la « mentalité ^> philosophique 
alexandrine, la distance est courte. Telle était notre opinion avant 
d'avoir lu M. Emile Bréhier. Nous ne lui occasionnerons aucune 
surprise en lui aflirmant que son livre n'a point changé notre 
manière d'interpréter, dans ses origines, la dernière philosophie 
des Grecs. Entre notre interprétation et la sienne j'entrevois une 
infinité de nuances, par là môme, une nmltiplicité de dissentiments 
possibles. Sur l'essentiel, il paraît bien, quand môme, que nous 
soyons d'accord. Il est pourtant une thèse qui se dégage du livre 
et sur laquelle les affirmations de l'auteur nous ont donné à 
réfléchir. Elle a trait à l'influence du Sto'icismc sur la ])ensée de 
Philon. Nul n'essaierait de la mettre en doute. Mais depuis 
M. Emile Bréhier, il faut aller plus loin et reconnaître que, sans les 
Sto'iciens, Philon n'eût pas été possible. La mentalité alexandrine 
dont celle de Philon dérive doit beaucoup au Stoïcisme. Ce n'est pas 
encore tout. En prenant M. Emile Bréhier pour guide, on ne tarde 
pas à comprendre que nul, ])lus (jue IMiilon, n'était pn'-paré à cette 
influence. Car l'esprit grec, à [)artir d'.Viistote, avait cessé d'être 
l'esprit d'Athènes et s'était rapproché de l'esprit oriental. Ouvrez 



PHILON 47 

Platon, ouvrez Aristole : cliercliez-y le plus faible Indice de l'ima- 
gination litanique, vous en serez pour vos frais. Cliez les Stoïciens 
vous en trouverez sans y prendre la moindre peine. Chose plus 
significative encore, vous en trouverez chez Heraclite. Et vous ne 
vous permettrez plus, alors, d'établir entre l'esprit juif et l'esprit 
grec une opposition fondamentale. Vous allez me dire que le Dieu 
des Juifs était infini, ce que ne furent ni le Dieu de la Dialectique 
ni celui de la Métaphysique. Je le sais, mais ètes-vous bien sûr que 
le Dieu du Sto'icisme n'ait point participé de l'Infini, au sens 
moderne de l'expression? Autrement dit : ètes-vous sûr qu'avec le 
Stoïcisme, la décomposition de l'esprit athénien n'ait pas été à peu 
prés définitive et que l'ancien esprit grec, celui des temps héracli- 
téens, ne se soit point, de nouveau, installé au cœur même de la 
philosophie? 

Que le livre de 31. Emile Bréhier ait réussi à soulever et à 
presque résoudre des questions de cette importance, là est un de 
ses mérites. Et ce n'en est point le seul, si ce livre se recom- 
mande par les qualités « objectives » auxquelles nous rendions 
hommage en commençant. 

Nous eussions désiré parler en termes semblables du Philon de 
M. l'abbé J. Martin. Mais au temps où nous sommes il nous est 
défendu de mettre sur le même plan un livre « de lecture » et un 
<( livre d'étude. » Et c'est pourquoi, si nous attribuons la seconde 
place à lœuvi'e de M. J. Martin dans l'histoire contemporaine des 
études philoniennes françaises, au risque de remplacer un vers 
par dé la prose, nous dirons à regret, de cet historien très clair, 
travailleur consciencieux mais d'expérience insuffisante ryjro.rmms 
sed longo intei'vallo. 

Lionel Dauriac. 



DEUX LETTRES 

DE L'ÉPOQUE DU DERNIER EXILARQUE 

(1020) 



Parmi les quelques fragments hébreux de la collection de papy- 
rus (ancien fonds) de la Bibliothèque de FUniversité de Heidelberg 
figure, sous le n°,910, un feuillet de papier écrit des deux côtés, 
que je dois jà la libéralité de la direction de la Bibliothèque de 
pouvoir publier ici. 

Ce feuillet, qui provient de TÉgypte, a 28 centimètres de lon- 
gueur et 18 de largeur. Il est plié par le milieu et les textes hébreux 
n'occupent qu'une moitié de la largeur sur chaque côté, la moitié 
fauche d'un côté, la droite de Tautre. Les deux autres moitiés sont 
remplies par des articles de comptabilité en arabe, qui ont été évi- 
demment ajoutés plus tard et n'ont aucun rapport avec les textes 
hébraïques. De même, les notes en hébreu et en arabe qu'on lit à 
la ^aucbe du recto, au-dessous du texte hébreu, sont des additions 
postérieures qui n'ont rien de commun avec ce dernier. Par contre, 
la suscription qui se trouve à la gauche du verso, juste au milieu, 
est visiblement, quoiqu'aucun nom n'y soit indiqué, l'adresse de 
la lettre. L'encre et l'écriture sont les mêmes i)our les deux textes; 
seule, l'adresse est d'une encre plus fraîche. 

L'absence du nom du destinataire dans le texte ' et dans l'adresse 
ne suffirait pas à prouver que nous n'avons pas aiïaire à l'auto- 
tnaphe. Ce nom a pu être omis à dessein dans la lettre et commu- 
niqué verbalement seulement au porteur. Est-ce un biouillon, une 
minute ou une copie ? Comme le début de la première lettre 

i. Au verso. 1. 12. i: '-) serait-il "«ïVîE '"I ■' 



DEUX LETTRES DE L ÉPOQUE DU DERNIER EXILARQUE 49 

manque, je ne saurais exclure avec assurance aucun des trois cas 
possibles. Je ferai seulement remarquer que le feuillet porte 
encore les traces visibles duii pliage en croix, par suite duquel 
l'adresse s'est trouvée placée juste au milieu. On reconnaît même 
dune manière non équivoque que le feuillet était déjà plié dans le 
sens de la largeur quand on a écrit dessus; c'est ce qui ressort de 
l'absence des syllabes finales au verso, I. 7 et 9, et du déplacement 
de la syllabe finale, à la 1. 10, rejetée au-dessous de la ligne. Ces 
détails donneraient à penser que les textes représentent l'auto- 
graphe. Mais alors se pose cette question : comment les deux 
lettres, dont Tune (celle du verso) est datée dun mois plus lard 
que l'autre, se trouvent-elles sur le même feuillet? Le caractère 
fragmentaire de la première lettre me met dans l'impossibilité de 
résoudre, jusqu'à nouvel ordre, ce problème. Quoi qu'il en soit, la 
forme et le style des lettres elles-mêmes portent le cachet de 
l'authenticité. 



. A {recto). 

Ce côté ne contient malheureusement que le fragment d'une 
lettre. Qui sait ? peut-être le commencement se retrouvera -t-il 
dans la collection papyrologique d'un musée ou d'une bibliothèque 
de l'Europe. A cause de cette lacune, le sens général de la lettre et 
certains détails sont provisoirement pour moi tout à fait obscurs ' : 

* (?y r^■i^> 'r-c nz-j''^ ï]Vîx min-' i 

' !,? -i-iD-i wN-i ^pn'^N) -17:73 ■'rN -rm 
r;3"'w^n -lya 'rx ann iDTOTa nd "«s 



1. Je mels entre pareiiUiéses ( ) les mots iini mit été rayés dans le texte même, entre 
crocliets [ ] les leçons rétablies par moi. 

2. Sur roriijinal on reconnaît qne la 1"^ iii^ne a été ajoutée après coup, probablement 
à la placi; des mots ("?-n07t ON") priri* rayés à la 2' ligne. \ cause du caractère 
t'raLrmentaire de la lettre, il est dillicilc de reconstituer la suite des idées. Au sujet 
de n'îia'^C rî3"''C"' je remarque que d'après le NCÛIT sbl? "110 \Med. Jew. Chron., 
I, p. VI. |i. 77), c'était depuis "'ZJZUZ 13 r!3~l la désitrnation de l'.Académie de Pouni- 
badita. Cf. b. Rosch ha-Schuna, 23 6 : MP-T^-i^lD IT qST' "1"N n'nan "»J<7:. 

3. On dislingue encore les deux mots "C;j<-i "irnîN. le troisiènu^ mot est probable- 
ment mm. ^ur (3"N ri"»-l72">y "'3"i"'3) nior; "CN"1 pn'^X -173 v. Harkavl. Sludien 
und Millheilungen, IV, 2, 3i2 ; J. Q. «., VI, 223 et XI, 648 ; cf. S. Poznanski dans 
Z. /". W. fi., 1906, p. 144. A l'époque des derniers Gaonim les dénominations rîD"*"^"' 
~îi:« '50 et Z'py YiHJi na"'»:;"' étaient eniployées indifféremment par l'Académie de 
Poumbadita et celle de Soura : cf. Poznauski. Reçue, t. LI, p. o3. 5», lll!', et Z. H fi., 
X, 14:i. 

T. LV, ,\» loy. -4 



50 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

' ['cn-pT -iiD-'m] in^T-':: 53V nV ■'d 
* h;i:]Dn bu ""-i-^-ini V""^"* "'•mp "^p'n- 

■";r:r y-iNi iriscm pc?:-!^ -2i:i3 
NTn '«:;p373 Nnn -"iTC sbiNi 

nu;»-! b" ~n2y ' "ji-nn ■'ri p-D 
■^^ct" b~ ""2 n^'ircT r;"!>rî3 15 

rfz^'C- y-'-z -i7:im bp □■'p-Dn 
IN ■]~\'iÂr, ■;:- 1"~"' nipw riT 'N?: 
--n-' "C"i73^u:n Nrn * ap":-: ^tj 
nn-^'w^- -c'zn Z5i ^m7:bn "(72 20 

-17: Ni:;^ t ry bzn a'-i^rîTa 

T'bN "b- t;:;^ bx n' y.ri'rn 

ib 3T mon "Cini S]Di< m -.73 

CTT5 i7:'"bwr; c^:::*"!?: d"'7;-'3t 25 

T'3-n ri:p72 -n -i7:i;72 

T'C'p•:l^ TbN':; r;:rî D-'^mm 

T'rynb '"n-i iz'j -\^in- ciibNT: 

T«y-i n:s:p73 nbx- c-^-n^- b;* 

"in":: 31:33 nnr"' ti^n P3-cm 30 



1. Le gaon ici mentionné est sans doute Ha i (998-1038). Puiir l'expression TJT TI^ 
qui revient souvent dans les écrits de cette époque, comparer l'aialic 5«'^JL' -Ij. 

2. Cf. Isaïe, xi., 28. 

3. Ces deux mots sont presque eutièremeut etl'acés, mais leur présence dans le 
contexte n'en est pas moins certaine. 

4. Expression empruntée à Ps., xvi, 3. 

5. On sait que Mar Elhanan a l)eaucoup voyagé, v. Poznauski, /. c. 

6. □; « parler » se trouve dans la Misclnia et chez les anciens pailanim, ▼. Zunz, 
Lileralurgesch. d. sy?iag. Poésie, G37, 639. 

1. T)ri13 est un nom propre, v. ./. Q. H., XIX, 738 L'expression TCNI by T'Zy 
signifie peut-être « être en |)résence de quelqu'un >\ comme l'araiie o j«l^ ^^X^ o»J>j. 
Le sens m'échappe. 

8. Cf. 11 Ilois, VI, 21. 

9. Cf. h. lierachol. 1 b. 

10. Abréviation de N373n"l nnai- 



DEUX LETTRES DE L'ÉPOQUE DU DERNIER EXILARQUE 51 

' nD-i[m m]bci n\:;m imi: ban 
lyb 



B [verso). 

^:iN-i in"'pTn"' p i 
5 in in-'pTn-' p ^n-'n p 
i-i Tini p "--nr^"^ p 
^ m-'ba ONT -ï<s7 p 
-mr:73 *.rim35 -itn .--.wNc»- pîb 3 

1. La formule finale — cf. J. Q. R., XIX, 106 — doit probablement être complétée 
et traduite comme suit : « Veuillez liàter daus votre bonté la réponse de ma lettre avec 
l'indication de tous vos désirs et vœux. Paix et bénédiction pour toute éternité. Paix 
profonde 1 » La date est : adar 332 (c'est-à-dire 1332 de l'ère des Séleucides), soit 
mars 1020. 

2. Cette ligne est rayée. 11 est visible que l'auteur de la lettre était sur le point 
d'écrire au nom du fils de l'exilarque. Le dernier exilarque, Hizkiya, avait etfectivement 
uu fils nommé David, v. Neubauer. Med. Jew. Clir., I. p. 178 ; cf. Baclier, dans J. Q. R., 
XV, 80. 

3. Nous savons par la chronique de Yerahmeel (Neubauer, op. cit.) que l'exilarque 
Hizkiya florissait encore en 1046 et réunissait alors en sa personne les deux dignités 
de l'exilarcat et du gaonat (cf. Bâcher, l. c.}. Notre texte nous apprend qu'en 1020, 
c'est-à-dire du vivant du gaon R. Haï, il exerçait la i)remiére ; il fut nommé gaon (de 
Pumbadita) à la mort de Haï, en 1038. 

4. Le père du dernier exilarque, David, inconnu jusqu'à présent [v. Graetz, Ge- 
schichle, 3" éd., 1893, V, 394), n'était pas exilarque : c'est ce qui ressort de cette 
généalogie. 

5. Jusqu'à présent, ce Hizkiya, petit- fils de David b. Zaccaï, était souvent considéré, 
sur la foi d'ibn Daud dans son Séfei- lia-Kahhala (,p TU b'vIJ 113 p a""1 rT'pTn 
^MST), comme le dernier exilanjue de la maison de David b. Zaccaï, c'est-à-dire qu'on 
l'identifiait avec son petit-fils, v. Graetz, l. c, et F. Lazarus, Die Haiipler der Ver- 
triehenen {Juhrbiicher fiir jiidische Geschichie nnd Lileralur, X, p. 179, 180-181K 
Graetz se demandait si le petit-lils de David .ben Zaccaï avait revêtu la dignité d'exi- 
larque : ce doute tombe maintenant. 

6. Graetz remarque, /. c: « On ne voit pas bien, par les paroles de Nathan, si 
Juda fut revêtu de la dignité ou non. » Il résulte de cette généalogie que le fils de 
David b. Zaccaï ne fut pas exilarque. On sait qu'il survécut tout juste se|)t mois à son 
père. 

7. Chose tout à fait remarquable, Zaccaï reçoit ici le titre dexilan|ui'. D'après la 
relation de Nathan le Babylonien, le prédécesseur de David ne fut pas son père, mais 

son oncle Oukba : na^o N"":;; Nzpn^ bo "mT p Nin-w •'N2T p mn; cf. 

Graetz, /. c, 393. 

8. Cf. le début du i>iyyout de R. Elazar Kalir r;~iT33 "HTN "^bTj ,|>our le 1" jour 
de Roscli lia-Scliana). Peut-être cette expression renferme-t-elle une allusion à l'âge du 
destinataire, qui aurait eu alors 80 ans (cf. Ps., xc, 10 et Pirkê Abot, v, 21). 



52 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

*[m]"i]i3 -nn Nim -i—n'C "j-n3 2n:rn2 
nri ^1:3^ -croiz •mp-' m "«annb 

'jT'rr [sic rn-!^ h n n7:n2m « □■'rrm 

■i53n n-iiNT nj'ic-' ib n"'?:::"' N-nn 

mayi dn i;:û7: -l'^n^'-'i ^ rn^c--"" inrn:T 

" -ncp anbo n pN n-i-'nn- rr^n 13 
yir2 -nob mrrm -iT^m -rinn 
-iTCN DCi -Twn yci -;TwE 

n-iNWT -n\y»73i D-'-ii:?:^: -nroy 
'^n3T nbcm niasn "jm .-noaTjT 20 
"|b Nj i^-"" mnbi:r:-"i m-^-'j:- -in"<T 
nbo "{"""ib:"! 1"'3Tip bsbi irciCTo 

"^ a"'^"ibî<r! '[•)z^ ^■']''i r^^'z nu Drnnu "i?:T 

1. Lire probablement r;^,n bnp ; d'après rinterprétatiun agt^adique de Caut , vi. 
9, 10, ma est l'épithète de bNTJ"* PDID- Cette expression, de même que la suivante 
nmOT nbna DIN, est empruntée à la « hoschana » ri7iin ""jN D"iS- 

2. Cf. Ps., Li, 12 : pD: m-i- 

3. Cf. Soph., m, 9. La terminaison m a été omise à cause ilu manque de place. 

4. Cf. 1 Sam., xxviii, 16 : "irbi' rm n7jin. 

5. Cf. Lanient., v, 15. 

6. Le mot Tnmj (cf. J- Q- fi- VI, 223) ou b73n73 "'est pas bien lisible, mais assez 
certain, cf. Ez., xxiv, 21. 

7. "T^TXn ipTn est sans doute une imitation de l'arabe D'^ri^'N 'T"'"w5N. 

8. Cf. Il Sam., i, 23 : 2"'73'3'3-i a"'nr:.s;n. 

9. Cf. Ps, XVI, 6 : mo-j "^rirns. 

10. Cf. Ps , Lxxxvi, 8 : na-"" mrnn qx. 

11. Le paragraphe qui suit est écrit dans un style un peu diUérent (pii rappelle celui 
de Kalir. Pour l'expression r;7:in3 "Twp cf. Néli., m, 38 : rr^inn 72 "iCpm. 

12. Cf. Job, XVI, n. 

13. Cf. Ps., LXXii, 3 : 3nbc D""ir; INC- Celte formule de salutation se retrouve 
dans d'autres lettres de ce temps, v. /{. /:. ./.. XL, 262-263 ; XLIV, 238, etc. 

14. Il s'agit de K. Haï de Punibadita ^mort en 1038) et de U. Samuel b. liofni de 
Sora (mort en 103 i). 

15. Inconnu. Le ~i"nn est le ' président du tiilmnal » qui vient ininu-diatenn-nt 
après le gaon ou "o"''rn, v. Bâcher, ./. Q. K., l. c, p. 82. 

16. Les 3"'D1-N, au nombre de soixante-dix, venaient, d'aiircs leur rantr. derrière les 
sept mbD "'CN1. Clia(|ue irroupe de dix a^cibN était subordomu' à un nrr w\s~. 
D'ailleurs, les O'^DlbN sont parfois mis sur le nu'me rang (]ue les mr3 "^^N";. 



DEUX LETTRES DE L'EPOQUE DU DERNIER EXILARQUE 53 

D"'7:Dn-:i 2-'t-.\- a-^rrsnm z-'rr'xr: 25 
Ti-Dm c-^:3cm 2"«-inm ' a"'"i^iNn 

Tn:j3 -■T::n3 'rx'^ ^z"z mm:: 30 

i iby 

j-b --nriT'i *'{:-[^ nb-s r;r.«">2T 
■jir-iN P3w3"i ii;:2Tw-«3 ■'"■' nhn by 35 
n-ii:n:3 v-n: zbw'T " h::s:07: by 

qrws r:-w p-: 
mN7a •cb':;T 

* 2["'"â:b]-^i 

Au milieu de la moitié de gauche : 

bDCm ^:r^3 n'^tj:: -iri :rr; -asb 

irî3"3P"^i 3ip:? bz) ib ■«""« "ic"« "irciu;?: 

np-i: T'^^^ 

A. S. Kamenetzky. 



1. La répétition provient de ce que le premier C'^'i'^nsn ost un lapsus. On reconnaît 
encore que l'auteur avait voulu écrire par erreur S'^STl^Nn . 

2. Cf. I Chr., XXV. 8. 

3. Abréviation de 31PDD. 

4. Ps.. xni, 6. 

5. ON est un lapsus pour nX- 

6. Cf. Is., XXXV, 2. 
1. Cf. Jér.. XXX, 18. 

8. Cette formule finale se retrouve dans d'autres lettres de cette époque, v. p. ex. 
J. Q. R., XIX, 108. 

9. Dans la date le mot C^CT seul n'est pas sûr. Sous □''"^bOT il n'y a pas de 
place pour un autre mot, c'est ce qui a fait ([ue le dernier mot a été rejeté à la marge 
de droite. La date est donc: Nissan 1332 de l'ère des Séleucides, c'est-à-dire avril 1020. 



MÉLANGES JUDÉO-ARABES 



XXX 

Formules dans les Lettres de « Gueniza ». 



M. Ernest James Worman a comblé une lacune sensible de lépis- 
tolographie arabe en nous initiant, dans son article si important : 
Foj^ms of Address in Genizah Letters -, basé sur une grande 
richesse de matériaux, à la technique des lettres arabes. La série 
de lettres provenant d'une Gueniza que possède la Bibliothèque 
de l'Académie des Sciences de Hongrie (fonds Kaufmann permet 
d'accroître et d'illustrer les matériaux fournis par M Worman. Je 
voudrais, dans les lignes qui suivent, signaler quelques détails 
de cette question. 

/. — A propos des noms des auteurs et des destinataires de 
lettres, que M. Worman donne sous les n"* xlvi, xlix, lu, lvi, lviii, 
je ferai remarquer que notre fonds possède plusieurs lettres où il 
semble que figurent des membres de la même famille. 

N° \ ^. Adroite : j^\ JIW ts;-^l) ,f^*>*^ ^jj <^>j? aj t^V*^ t5"-Ny-*^ 
sltXû!^ <i0.x>*ow o-î-Sj »LjL) jl A gauche : «L^xi. ^ ou-^j ^ «rî^**^ 

N"- 16. A droite : b[N:ûx] yi □■>d3 '•; "«Nhln: rrrv' ■'sn ■'n'ï-itot ■^t«05 
m"'wsm nry n^nsT "nm-p-^ n'^bx \\ A gauche : yi iidVd p d-'DD yn 
(?) n-'.xsD "I. 

1. V . Revue, LU, 187. — Los caractères arabes employés dans cet article viennent 
de l'Imprimerie nationale. 

2. J. Q. li., 1907, p. 721-743. 

3. Celte numérotation est provisoire. 



MELANGES JUDEO-ARABES 55 

N» 18. A droite : m-'a I ^N-inD -i"-'3 û-'o; ni'o lax '^•^'Ziba \xbi73 
r.aizy'j snini n^pn nVr^ bwS-jN | ii ri bn-isn pn || A gauche : 
yi •'air,-: p "jp: niSN'CT nnnTO. 

Parmi les noms, j'en relèverai un qui est rare : c'est celui de 
^Ux«, (Worman, n° lxxx), que je retrouve dans l'adresse de notre 
morceau n" io*. lettre adressée à r;:i:n7: p rr-,iy p qibD7j mro idx, 
où la notice de fauteur de la lettre est ainsi conçue : p^ncN )12 
--riTrn -:3^ ct-Vn -^rwN "ri:- n n :: :i c; p y': -n.N- p. 

5. — Une formule bien remarquable est celle qui est employée 
à la fin des adresses, à la suite du nom de Fauteur de la lettre : 
tnm» n3î«73N (Worman, l.w.mx), ou !^î^^TO n3î<ttî< (ib., lxxxiii), en 
caractères arabes sl^^ <xiLoî (xlvii;. Elle se trouve souvent aussi 
dans nos documents, par exemple au u'^ 17 : ^i t_jU53! \<y^a> Jx^j 

»ijj« aoLol A^j ^i^^JI <_.yut> (dans le ms. écrit deux fois comme ^!) 
»*>JI^ o^jLc. ^ jo^iyi). Cette formule signifie que la lettre est confiée 
à l'honorabilité du |)orteur, qui est prié de la transmettre sûrement 
au destinataire : 'iV:>^ ajU! . La fréquente orthographe »l:>^ et 
riNii^iw ne permet [)as de penser à 'i^y> , « amour ». Il y a une for- 
mule hébraïque équivalente (empruntée à Is.,2o, 1) dont je noterai 
un exemple, emprunté au n" 2 de notre collection : rTr'îNi ">5n 
r-îNT^ysT -TJ* DwNn.xi r^in-^^-^ ï-tVîn tn^n ni-d: nT:^: n'-fi r-ip-12: <ny. 
A gauche : r^yiii zmnN n^i n;'c t^n -r.y px. Au-dessous : -rr:» 

Mais, à cOl(' de cette formule, j'en ai trouvé une autre servant 
au même but, dans notre u= 13. A droite : b.s^N ■'O^^m [•'i;]^c -^'^n 
y'j n-130 pN 2--i3;n t3 '\~\^■y1z nspn nrbwX. A gauche : nan?: p 
y: pnx-' -12 Dmax mbn. Au-dessous : n^T raba. 

Le n' :27 Budapest, lettre de recommandation dun nommé Sâlim 
à Mançour b. <^yC« ?) d'.Alexanclrie, contient les deux formules 
l'une à côté de lautre : à gauche, sous le nom du destinataire, 
jva.^ àVj» (le second mot est formé par une ligature assez em- 
brouillée et est douteux) ; à droite, sous le nom de l'expéditeur, 
...*5UI; je n'ai pu déchiffrer le groupe qui suit, tant il est com- 
pliqué. Il n'est pas douteux que la formule iai nabn exprime, elle 
aussi, le souhait que la lettre parvienne sûrement aux mains du 
destinataire. 

^. C'est peut tMre c mot qu'il faut lire dans Worman. n» xc, à la fin de la ligne 



56 REVUE DES ETUDES JUIVES 

La si<i;nifiration du mot isn dans cette formule ne m'apparaît pas 
clairement Al-Dalial)î cite ce dicton, sous la forme du hadith : 
« Quand quelqu'un a terminé 'un écrit), qu'il n'écrive pas : bala- 
gha (la fin est atteinte), car c'est le nom d'un Satan, qu'il écrive 
plutôt: Alldli^ "Mais j'ai peine à croire que ce conseil ait quelque 
chose à faire avec la formule qui nous occupe; il se rapporte à 
l'intérieur de 1 écrit. 

3. - On trouve souvent dans les introductions et souvent 
même dans les formules d'adresses de ces lettres, à côté des sou- 
haits de bonheur pour le destinataire, l'expression de sentiments 
opposés poui' ses ennemis et ses envieux : Nmci<m ^rmy ...pddi 
(Worman, n" lxxiii). Celte formule épistolaire constante n'est 
pas spécitiquemenl juive. Aussi bien que dans les introduc- 
tions dune foule de lettres de la Gueniza dont les destinataii'es 
sont des personna,i;es d'une situation élevée (Naguids, etc.\ elle 
se retrouve, par exemple, dans une lettre atlressée au Kàdi 
suprême par le célèbre Schàli'ilt; Aboù Ishàk al-Schîrâzî (mort 
en 1083 -. J'en reproduis le dél)ut pour montrer que les for- 
mules des letti-es judéo-arabes ressemblent tout à-fait à celles des 
Arabes de religion musulmane : sLàuLÎi ^l\j> boJLw *ljb ^î JlLs! jUS' 

»il*J^3. Sur le côté de l'adresse de la lettre {'ninnrdn , la formule 
est lasiiivante : ^_^:>l)V^jj^\ ij-^ ^j^ f>^^y^ ^^ c5*'^^'^ \i j^^\^ »pU.. 
La même formule, empruntée à la correspondance ai'abe, est tra- 
duite aussi en hébreu^ et quelquefois même développée par rhé- 
torique. Entre une foule d'exem|)les ', j'en choisis deux, parce que 
les lettres qui les contiennent ont peut-être pour destinataire ^ou 
du moins la S(;conde) la même personne à laquelle est adressée le 
n" VI de la liste de Worman. 
a) Voici le début de la première (non nuuKMotée encoi'e] : 

rrrri: mp"! n-n- | s-'-^n nsc ^'^ id-'ct't ']"'7:"' la-i"' ■'3 t 
nnDîrîi czzn- -iizzr, 'j-'-'-r: j prn t^-n^N Nrn-n f<;-i?3 n-iNcn 

1. Mlzân ul'i'lUUil, II, i>. 't'rl : y'-'^^ f^' *-'^ iW -^^ 'r^. -^ ^^^^ £7* '■>' 
aWI *~Lc t-vxXj jil|). 

2. Al-Soubki, Tabakâl al-Sclidfi-ii/f/a v>\. du C.aiiv , lU, p. 2H8. 

3. Z. D. M. G., U. p. 445, 1. lu. 

4. Il y in a aussi dans des leUres dr .luda lia-Li-vi, Dindn. éd. Brody, I, p. 213, 
d. 1. : T'72?3ipP73 irin, T'Tip IT-ri, T'':t:T IK'P"' : '6''/., H, P- 328, 1. 3 : 
T'3''"iS l^nyï T'nmx Tirr^»"». Cf. la litlre pli'in( d'iiumiiur dans la 8' Makame de 
Al-Harî/.î idans r.mdy-Alhieciit, Neu/iebr. Dichlersc/nile. ]^. 191. I. 15 et s.]. 



MÉLANGES JUDEO-ARABES 57 

T'3"'ixi T'TcrT' apTCT mro T^Trn ntcn | '-rx innTS'r"' T'onn 

"^-^n'ix yn?:"» I "cx-n ■'hst "mnx npx ^d "i"':' 3wVn"« -73 "3 Ti-in 
'131 "'r? "jr^N-is "i-'vNTci "rTii rin-i -«mwS nr^T wN-,3 s't-^dc^i. 
La lettre est signée : ■^ann riTobo incn rn^■Jz "çtûiV^t a"mn '^na^' r»r^ 
:2'o in-'bwN. 

ô) N° 3 Budapest, par l'intermédiaire d"nn certain -la n"«nyo 'i 
insn pn^f^ par "'53' isana imn nm, adressé à rarn- cmax ip aa 
1^31 T-^i xbiT^r] p^im. Le discours d'introduction contient ces 

mots entre autres : rtro bat] n7:n;i 5Da"i?a "ia",ri a-'ro n'înn 

'iai T yir-Ni inp p?:--i wN:i\a nbD"::m a-^ix rtr:am. 

J'ai voulu montrer seulement que ces procédés employés pour 
introduire et pour adresser les lettres correspondent exactement à 
des formules empruntées par les scripteurs juifs à des modèles 
arabes qu'ils n'ont fait qu'imiter. 

4. — Qu'il me soit permis de rattacher ici quelques observations 
aux textes publiés par M. Worman. dans la mesure où je puis le 
faire sans avoir eu connaissance des originaux Je sais par expé 
rience que les formules d'adresses écrites en caractères arabes 
soulèvent iréquemment, avec leurs ligatures et leurs arabesques, 
les énigmes les plus difficiles, qu'il est très difficile et souvent 
même tout à fait impossible de résoudre. Néanmoins, il est presque 
certain qu'au n° xii il faut lire Làyisî [l^J-sî n'est sans doute qu'une 
faute d'impression); n» lxx, 1. : l^JSAa. ^i :>\y, n° lxxvi. 1 j«j.^ 
au lieu de ,ji*^^ ; le sigle c:»^', n'* lu et lix, doit être pour 
jj^m, « le défunt », et se rapporte au nom qui précède immédia- 
temeut. — N" xci deux fois ^;HJà^^! (?). 

Dans les textes en caractères hébreux: n"'xLvetLxxxvii, aulieii de 
isnalire -isna =jjt.^. Le nom d'Alexandrie est toujours accompagné 
de ce déterminatif. — >'"' l\ii, lxiu, lxiv, lxxh : •^a-'-:;b et ■'a-'O "bx, 
ce que Worman appelle une « somewhat uncommon epithet ». Elle 
est, au contraire, très commune : c'est ■«à-'C — N" lxvu : rîpcxnm, 
1 nnowsnm '. >'° lxxx : aao ■;» pabb est sans doute la date a"abb, 
« le 29 du mois », et le 1 est un hipsus calami de l'écrivain. Le mot 
qui précède : Nna (on attend Nnoin ou quelque chose d'analogue) 
ainsi que celui qui suit : p-iïjDbN n'ont pas de sens. — N° lxxxu : 
■':>i«ij. TyNi, « celui qui m'est cher entre toutes les créatures ». — 
N" Lxxxvii : 'riT^N'^ûNi, lire nrNy:i<i. 

1. Cf. lievue, L, p. 183, texte, 1. 2. 



58 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



XXXI 



Fragment d'une lettre des communautés du Caire 

A CELLE d'AsCALON. 



Le 11° XXXIX des textes édités par M. Worman me fournit l'occa- 
sion de choisir un fragment, analogue par le contenu, qui se trouve 
dans la collection de Budapest (numéro provisoire 21). Cest un 
fragment, comme on va le voir; le texte coupé ne se poursuit pas 
au verso, qui est recouvert d'autres notes d'un caiactère commer- 
cial. Ce texte semble — c'est ce qu'on peut inférer des corrections 
— être le brouillon d'une lettre adressée par les collèges rabbi- 
niques de Fostât et du Caire à la communauté d'Ascalon, à l'occa- 
sion d'un malheur {ri-'i-\) survenu aux trois communautés juives 
de la capitale égyptienne. Malheureusement le fragment s'arrête 
exactement à l'endroit où le véritable sujet commenceàêtre exposé 
en arabe. 

"ry û"'3niTn l •ijL-ci2 ""«D-m non "'biù-^n, i^^by ■'Di-i^ pni:n ■'b-'N ^n 
•^nm by D-'i-inn | r-n2:70D □i-T^nTr; wj^ nbr,^^ m ^^^n tz,"a bzi 

n'5"iao -iNDPn':' "i">T' rroyTj i'ya7j -12:3 1 -ion m^r'? □"'-ir;?:"^ m-nr 
^STi-i m'înp wmp zy r-iix^i: -rcT' ["'î'^^ns | ï-rpni: ^'C^y ■;v'?r 
amn uînip- ^T^pr, 2- an tt'dt ■^yzl^^\ cV^o ■^-•tûtc | r-cp-t:i 
C:d-i3"' I c-'-ip-'-i 'r:-'ri::Nri □"'-l'iî'^n a-^rrcnr!* "[V^pcN î-iriTDD 
■>'^2 ly ï-iD-3 I nrrby p-^i-^i ip-ti: i-^To-^n nDT^n-^T d-i7:'>2:'t irnbN 
CDyiDVT ub'.yb \ Ninb m^3-in73n nr::pn r-n-ii:n v^ ab-^i:"^T ''t 
nyrcn ■'-13 rdiD l'-rN-i'C'^] mno-wî M-ip7û !:n*"ry □■'■'p'? ^^r:'^^^y nrion 

•i["'7û]'n733 n-w-iy- sibTijrt inx "':i 3 n[D-im ajibc 211 inc 

1 ;ab;iJ73T ^ Yj''-\ t3 ■':o * i;n "i;?27:i mbc n73"'?2nn | in-nn7:T o^yo 
Ï-103D1 Q-iibann no33T D-'T^baiT^r; moro bnp mbi:»?;- r-nbnpn 
t=53"'nN nm'r^D '^C3-«nbN ']-'-iwS"' mn^xp bwS *nN"npn r!Dib7:n T'y* 

1. Corrigé au-dessus de la ligne ; le texte priinitil' l'tait : \:;j<"13 DCH ^31p3 

D"^3pTm. 

2. Il y avait d'abord ';">i n"'3. 

3. Gorrectioii; texte primitif : nmbwr! n"«y nNi-,pn mnxpbN bnp. 

4. Correction ; d'abord : i;m^. 



MÉLANGES JUDÉO-ARAUES 59 

r-ibDn ba aan^'a ^^:n'G rT^'O-'O s-^T^on inb» "^sobT^ pii"! | rr^rr'O 

tiDarT»! r:72Nt>obN asb nbbx d^sin DD^aby: n;nn ibsi] 

T-iT^'^LiybN H'nbN N;a b^^riwS N72b r;:iï noxibNi fiTon-ibN 

Budapest. 

I. GOLDZIHER. 

1. Je suppose qu'il y avait là uue pluMse telle ipie ■< ceut «pii sont tcuus Je vous 
aimer », comme par exemple dans Wormau, u* lxx : nmiTO Vin^W- 



LE NOM DIVIN DE VINGT-DEUX LETTRES 

DANS U PRIÈRE QUI SUIT L\ BÉNÉDICTION SACERDOTALE 



Nulle part peut-être dans la liturgie juive, le mysticisme, avec 
ses formules énigmatiques, n'a persisté avec autant de ténacité 
que dans la prière qui suit, aux jours de fête, la bénédiction sacer- 
dotale Birkat Cohanim. Nous essaierons ici d'exposer l'origine et 
d'expliquer l'introduction et le maintien, dans les rituels, de cette 
étrange prière, qui se récite encore de nos jours. 



Les phières avant, pendant et après la bénédiction sacerdotale. 

Les trois versets de Nombres, vi, 24, 25, 26, qui forment la béné- 
diction sacerdotale figurent dans la liturgie tant des jours ordi- 
naires que des jours de fête. Cette bénédiction, d'une concision 
admirable, a paru justement un peu trop brève. Ne comptant que 
quinze mots, elle finit à peine commencée. Il s'agissait donc de 
l'élargir, de la développer, c'est-à-dire de l'encadrer d'autres 
prières. On a commencé par mettre dans la boucbe des prêtres 
une eulogie introductive et une conclusion sous forme de vœu 
[Sôta. 39a-6; Nombr. IL, ii, éd. Vilna, p. 33ci. L'eulogie fut ainsi 
conçue : b^nw 173^ n.s ^nsb i;i:iT inriN bia ir^J'npa lî^anp -icjn 
nnriNa « qui nous as sanctiliés par la sainteté ({"Aaron et nous as 
ordonné de bénir son peuple Israël avec amour «. 

Le texte de celte eulogie est resté le même jusqu'aujourdiuii '. 

1. Le Sitlilour du Gaon Amraiii, pour pnS b'C TP"w"np3, nu't TTI^':::, éd. 
Varsovie, p. 11 : llulac/iol GeJolot, éd. Hildeshcimor, p. 'J22, otlre les deux variantes. 



LE NOM DIVIN DE VINGT-DEUX LETTRES 61 

Eti achevant la bénédiction, les prêtres devaient, à Tépoque talmu- 
dique, prononcer linvocalion suivante : nmbs 'n '^-îcbw '|^]£-l "'rr» 
)^T•\ bT::DW na i<rf «b btrm'' yjy pn "^-ab iDn-«i2:o it riDna Nnno. 
c Qu'il te plaise que cette bénédiction, par laquelle tu nous as pres- 
crit de bénir ton peuple Israël, soit sans esclandre ni pécbé. >♦ 
Cette prière a changé et de place et de texte. Destinée à suivre la 
bénédiction, elle précède, au contraire l'eulogie, sans doute par 
suite de la décision de Maïmonide '. Son texte a subi une série de 
modifications -. 

Enfin, se détournant du peuple, la l'ace vers l'arche de l'alliance, 
les prêtres ont à dire : ht: i:?:y n'::y nrby n-iTV^a n73 iru:r j'"ï5a-i 
'iai r!S'^pï:n ,"\:nri:::nr;u:. " Maître du monde, nous avons fait ce que 
tu nous as enjoint, toi, fais ce que tu nous as lait espérer », puis 
le verset du Dentér., xxvi, 13. Cette prière a gardé sa place et n'a 
que légèrement changé de texte ^. 

Les additions à prononcer par les prêtres furent admises sans 
controverse. Mais une discussion '* s'éleva sur le point suivant: 
comment le peuple doit-il écouter la bénédiction qui le concerne? 
R. Zéra au nom de R. Hisda (ce sont eux qui ont aussi transmis 
l'eulogie) recommandent à la communauté les trois derniers ver- 
sets du Psaume cm qui commencent chacun par'n nD^a. Au mous- 
saph du Sabbat le peuple doit — d'après R. Assé — répondre par 
les deux premiers versets du Ps. cxxxiv et le dernier du Ps. cxxxv. 
Au minba du jeûne on récite — d'après R. Aha b Yacob - trois 
versets de Jérémie xiv, 7, 8, 9i ^. Dans la prière de Nnla de Yom 

1. Mischné Tara, Hilch. Nesial Kappaim, xiv, 12. Maïmonide expliiiue -pr ^3 
rr'yiO [Sola, 39 «; comme nbyb T'bs") "Ipiy, quancl le piètre part pour 
monter sur l'estraile ; en réalité, cela veut dire que le piètre (luitte la place où il a 
prononcé la bénédiction. 

2. Nombres Rabba, ch. ii, 4 !éd. Vilna, 43f) : M"?c pour NT' : Hdlachof Gedolof. 

p. 221 : nn"'i::o nr n^-a n-po i:m2j< "^ribNi "i;"'nrN 'n "^"izibjz -i"n' 
DbiT ^^7^ rtpyT^ i- "ii""i "[-ty '"^rcz^z ~a •'n-' bx bx—:;"' y2y rs i^ib. 

— Siddour Amram (Vaisovie, p. \[b : n2~ia NrîPw "irTibs 'rt T'rDbT: "l"""' 

pyi bicr?: na xn- bxT i:b —-es ^m^'C ~7:y PwX "^"ab "i:p^i:c it 

Ob-ir lyi -Pyr. — Mahzor Ytlnj B.Mlin. 1889, p. 100-101) : i:"<r;bx '- r:"-\Tr^ 
bncor na «rp Nbi nn-'boT -icr r;a-Na bx-i-C' ...n^pu; irpiaN TibNi 
ûbiy "T^T np^TO '\^y^. — Maïmonide, xiv. 12 : naia rpnno 'n 'n ^""in'' 
\\y^ ?r::a7o na -^n^ b.sT riTa-bo naia bsTC-» 'yny nx ^nab isp-^iî:*:; it 

0513* in nr^yiZ- C'est presque la même version que celle <|ui a pénétré dans le 
Schoulhun Aroucli, Orah llui/i/im, § 128, 12, et dans la lituririe actuelle. 

3. Hulacknl Gedolol ont rSTOD pour n73. M- Viti;/ omet '^Z'Cy, .\hoiidarliani l't 
Sclioullian Arouch. Or. lia;/., 12.S, 15, mettent rtPN a sa place; lleiilerdieim dumie : 

•i:pn:2ar; -icxs tzny --ry nPN qx. 

4. V. Zunz, Die Ri/its, Berlin, lSo9. p. 14. 

o. Sola, 39 6. Dans le Talmud palestinien, les trois dires sont transmis par un seul 



62 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Kippour la réponse du public devait comprendre les trois derniers 
versets du Psaume cxxviii. On voyait dans ces réponses de la com- 
munauté une manifestation de reconnaissance envers Dieu. Les 
uns voulaient en restreindre l'emploi au seul temple de Jérusalem. 
Les autres les trouvaient tout à fait inconvenantes, comme si un 
serviteur négligeait d'écouter la bénédiction de son maître. 

C'est pourquoi les Halachot Gedolot, le Siddou?' Amrnm et le 
code de Maïmonide ne font aucune mention de ces versets et 
Jacob b. Asclier ixiv siècle] les désapprouve '. Son contemporain, 
David Âboudarham, connaît un usage en vigueur chez quelques- 
uns, qui accompagnent d'un verset biblique chaque mot de la 
bénédiction, mais il ne l'approuve pas non plus-. Le Mahzor Vitry, 
au contraire, fait l'énumération complète de ces versets qui sui- 
vent chaque mot. tandis que, dans leïalmud, les réponses ont lieu 
de verset à verset. Ces versets sont presque les mêmes que ceux 
qu'on récite aujourd'hui encore dans la synagogue-*. 

Mais nous ne sommes pas encore au bout des additions d'origine 
talmudique. Si l'on est inquiet d'un songe à présage douteux, le 
Talmud le babylonien de même que le palestinien) recommande 
de prononcer pendant la bénédiction des prêtres une prière qui 
tend à réaliser les songes favorables et à paralyser, à « guérir » 
les songes funestes. Le babylonien ajoute encore une autre prière 
non moins efficace : ûnb;r 'yrz^^^ mb^j rtrN nma^a pTO ai-i7:3 T'nN 
mbo i:^b3> Q"'Tz:nï3 73"-) tt' -* - 

Au temps de R. Asclié 1 v« siècle) un amôra (Amémar, Mar Zoulra 
ou R. Asché lui-même) rapporte cette prière comme tout à fait 
inconnue de ses collègues "^ Le Siddour Amram l'adopte encore 

rabbin : R. Houna {j. Ber., 2c, 25) ; Ps. cxxxv, 21, est remplacé par cxxxiv, 3 (le seul 
Terset qui se soit maintenu dans le Mahzor d'aujourd'hui^ de sorte que le Psaume 
cxxxiv est entièrement récité. — So)»bres R., ii, 4 ^éd. Vilna, p. 43 cdj suit la ver- 
sion babylonienne. 

1. Tour Orah Haijyim, § 128. 

2. Séfer Aboudarham, éd. Amsterdam, 1726, p. 43; pareillement Schoulhan 
Arouch, Or. lia;/., S 128, 2t). et même la glose de Moïse Isserles. 

3. Mahzor VHrij, \\. 101. Toutefois il l'iiut noter les divergences suivantes: Ps. 
cxxiii, 1, ■'D'^j-rc* "^ri^w*; "T"»bN et Ps. x.\v, o<'CN """Cd; 'n ']"';'N cliani.H>nt de place. 
Après le second T^OD, M. Vilry met ■':« p"«DNT "*:? "D ''l'CiZ ~"':t ""iPOn bi* 'rt, 
contaminant Ps. xxvii, 9, ou en, 3, avec i.xxxvi, 1, tandis que dans le rite actuel il y 
a Ps. cil, 3. Le plus frappant est que jiour Nombres, vi, 27, "'TC'C'PN ^T^'tlîl japrès 
DiZ3"'l) M. Vitrij met Ps. cxxxii, 17 : mib pp r!">7:^i< a'j. comme s'il avait lu 
D"Ô pour ab. 

4. Ber., Ûb ; j. Ber., 9 «, l.'i. 

5. Ber., 53 6,rT'-13nb Tv'-S y">730 Nri Nnb-»':. j. lier., 'J^j.'n 2C3 -:!■' '-I 
H^^n ■'i:"! ""n a"in:n rapportent la prier.', sans le 0117:3 "flN- 



LE NOM DIVIN DE VINGT-DEUX LETTRES 63 

pour celui qui esl inquiété par un songe'. De là, elle a passé 
au Mahzor Vitry '-. Méir Ha-Golien nous apprend, que son 
maître, R. Méïr de Rolliembotirg ixni« siècle i, avait Ihabitude de 
réciter ce yo"a"-i'. Mais au \vn« siècle encore lesaya Honrvitz 
n'y oblige que ceux, qui sont eiïrayés par un songe '. Dans les Mah- 
zors courants cette restriction est tombée, le y^jV"'. modifié de 
place en place devint obligatoire pour la communauté entière et le 
m"i733 ■^"'^i<, altéré quelque peu, a pénétré jusque dans la liturgie 
quotidienne^'. 

Si, avec la guérison des songes, la superstition est déjà entrée 
dans le rite de la bénédiction, une addition plus grave allait • 
encore intervenir. Elle est empruntée, non plus au Talmud, mais 
à la Cabale. Le point de départ, c'est le Se fer Raziel'^, qui se sert 
pour ses amulettes de ce groupe de mots mystiques : 

.Q-^on-^T D^CDCl; DPCS DPP2N 

Une fois ce groupe de mots est suivi des versets de la bénédic- 
tion', une autre l'ois le mot q-'Decd s'intercale dans ces versets^. 
Voilà donc un rapport établi entre la formule mystique et la béné- 
diction des prêtres et voilà un motif sufllsant pour broder sur ce 
thème une prière finale pour la bénédiction. C'est de quoi s'est 
chargé Nathan b. Moser Hanover Aschkenazi (.vvii« siècle) en rédi- 
geant un liï-i Ti"^ qui s'est cristallisé, si j'ose ui'exprimer ainsi, 
autoui' de ladite formule. 



Le nom divin ue vingt-deux lettres. 

A côté du tétragrammc, déjà l'ancieiine littérature post-biblique 
connaissait les noms divins de douze, de quarante-deux et de 
soixante-douze lettres^. Le livre.de Raziel ne se contenta pas de 

1. P. 116, 12 «. 
•2. p. 102. 

3. PT^-^nTo-»?: PTr::ir! ad a'SD PX"''w: 'b:^. \iv, ~. 

4. D''7:'>:;n "l^O, Amsterdam, 1711, ;"7:p. 

'ù. La version courante est : ri"'3 "^7:^' b'D 5^1 t;"?" a''bp"w n"n"' ...T'IX 

6. Zunz iGolfes(Jienslliche Vortrnge, 2e ci., p. 177) le date du \r siècle. 

7. liaziei, Amsterdam, 1701. p. ti h : la formule eutiéi'e se trouTe encore p. 4i6, 
p. 45a. 

8. P. 416. 

9. V. L. Blau, Dus alljuclixc/ie Zauherwesen. Budaix-st, 1S98, di. v. p. 117-146. 



64 REVUE DES ETUDES JUIVES 

révéler ces mystères, il en ajouta un nouveau : le nom de vingt- 
deux lettres ^ Le mysticisme ne pouvait se passer aisément dun 
nom qui compte autant de lettres que l'alphabet héhreu revêtu 
par la Cabale d'une sainteté magique. 

Paulus (Selig; Cassel semble être le premier qui ait essayé l'ex- 
plication de cette formule mystique. Il propose la ponctuation 
suivante : 

« àvxxTEç, les dieux Hephaestos et Dionysios, qui persuade, qui 
gagne tout le monde, formule fort remarquable dans laquelle 
Hephaestos et Dionysios, les xaïosç de Zeus. sont nommés Anaktes 
comme les Dioscnres- ». 

Plusieurs autres explications se trouvent alléguées ou proposées 
par M. Grïmwald : 

"Ava; 7:'.(7TY,acov Iiowjoç. Anaxos, Hephaistos, oojcrcpoGoi; (par exemple 
Hermès), Dionysos. 'AvàxsiTai Ai&vûrrco -'.c-à Osôjv â-iTTrctaiç » il 
convient à Dionysos, foi des dieux, une libation-^ ». 

La deuxième de ces hypothèses a donné lieu à une variante 
spirituelle : Anax,'jMephislos Phosphoros. Dionysos^; la troisième 
fait trop d'honneur a la logique de ces combinaisons mystiques. 

Contrairement à ces interpi'étations qui se flattent de découvrir 
des pro[)Ositions complètes pleines d'un sens profond, d'autres n'y 
reconnaissent pas même des mots, mais seulement des lettres 
amalgamées. Albert Katz y voit les lettres qui commencent la 
prière : '^^L'zt2 r^'iujn 3"ip XD bNV Après d'autres, cet acrostiche est 
également indiqué par M. Schwab, qui trouve la conjecture de 
P. Cassel bien hypothétique et met un point d'interrogation après 

1. Raziel. 4o «, riTTN 2":? Z'O, à lire PT^nN 3"3 "JD D^, nd normain -jn 2'C 
mTnX r3-|N. v. Blau, p. 126. 

2. Paulus Cassel, Messianisc/te Sfellen, Berliu, 1885, p. 92. Cassel ne donne pas 
de transcription grecque; M. Schwab [Vocabulaire de l'Anijélolof/ie, Paris 1891, 
p. 65) et apiés lui, M. Griinwald [MitleiLungen (1er Gesellsc/iaf/ fiir jilii. Volks- 
kunde, V, Hambourg, 1900, p. 71) lui font lire à tort : 'Avr>.xT£: "Hiatcr-ro; r^iii^xci: 
AiôvuTO; ; le mot Tîàfiçaaii; qui d'ailleurs ne paraît pas exister) n'a ici aucune raison 
d'être; Cassel pense à un dérivé de ireîôto, persuader, composé avec iràv, composition 
qui n'existe pas non plus 'c'est pourquoi Cassel hésite à la transcrire^ mais qui vou- 
drait dire : •■ celui qui persuade tout le monde ». 

3. Griinwald, Milleilungen, etc., V. p. 51, n. ad 135 o. p. 58, n. 

4. Denkschrift zur Be(/riindung des von dem Grossherzoglick Budischen Ober- 
rate der Ixraelilen lierausgegebenen Gebelbiicheiituurfs. Karlsruhe, s. a., .Appen- 
dice, p. 35. 36, n. Voir le texte, |). 92, n. 

5. Allgemeine Zeiliot;/ des JiKhnIiim.'!, li'in mI), n" 26. p. 312. 



LE NOM DIVIN DE VINGT-DEUX LETTRES 65 

Aiovûff'.o;, l'élément le plus assuré dans celte hypothèse '. L'hypo- 
thèse des initiales est trop facile. On trouve toujours des acros- 
tiches. 

L'auteur du ir:^ '''■)yo est infatigable dans ces combinaisons 2. 

Il vaut mieux chercher dans la même voie que P. Cassel, sauf à 
ne pas essayer de découvrir une sentence profonde. Pour l'auteur 
du Raziel il ne s'agissait que d'arriver à une combinaison de vingt- 
deux lettres. Lui-même n'en comprenait pas les éléments cons- 
titutifs. On s'en aperçoit bien à la manière dont il explique le mot 
D"'03rT; il y voit une composition de vi etû'<03 « deux miracles » ^. 

L'équation de û'^D^m avec A-.ôvlkjoç semble hors de doutée Les 
rapports réels ou imaginaires du judaïsme avec le culte de Dio- 
nyse sont un curieux sujet d'étude. P. Cassel pense retrouver — 
idée bizarre — le nom du dieu grec dans le livre de Daniel (xi, 38) 
où il lit D'^T5'3 ;]T5n'3i (pour d-t:»» nbî<bn) « Dionysos » ^. Il considère 
la lutte contre l'hellénisme comme une lutte contre le culte de 
Dionysos*^. Plutarque de Chéronée, Glaudius lolaos supposent que 
les Juifs adorent Dionysos. Tacite aussi allègue cette croyance, il 
est vrai, pour la combattre". On était surtout tenté de rapprocher 

1. Vocabulaire de l'Angélologie, p. 102, s. v. CO-T'T. H est aussi étrange qu'après 
avoir cité Cassel, Schwab (p. 66) ajoute : « N. B. On peut lire 'Avaxte; qui égale en 
astronomie les Dioscures. » 



2. Il offre pour anpDN : 



pour QnOD : 



pour D''OSDD 



pour a'>03rT 



^n'^-^n» rt3"in lunp t^-ns nîn 
m-i»73 "«ssyn T^ri^np N3 bx 

";3ic:73 ■'swnnn nnbo ""y'vDD 

"^-^mw baban nnbo id'^j'UJd 

w^fTD ■'îs^nn nbo ^y^s 

'j'^mantt y^" •^33730 nnc nn"«bo "^nno 
^n273 y^D^' nbo npD nn'^bo ^nno 
n-i^rw n-' 133730 i3-id isn^o mis 



"im3n73 nn-« '^i7;o t<; *]ni:7'^i ^y-l^•^ wTH 
mman \"n'^n-' "«-ino t2;e33 N-13T -ix'^ "^m 

Édition Vienne, 1817, p. 346, 35a, 38a, 60a, 63a. 

3. P. 45a; il s'appuie sur l'analogie de l'^DIStlD T^T, voir Krauss-Liiw, Lehn- 
wôrter, II, 198. 

4. Notons que Dionysos figure aussi dans l'oracle pour la « guérison des songes », 
V. le lexique de Rosclier, ci-après cité, I, p. 1033 (ligne 6). 

5. Messianische Stellen, p. 91. 

6. Ibid.,i). 73, 90-94. 

7. Voir Th. Reinach, Textes d'auteurs grecs et romains. Index, p. 366, s. v., 
Bacchus. 

T. LV, N- 109. 5 



66 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

des initiations et fêtes mystiques de Dionysos les rites de la fête 
des Cabanes'. Le Talmud et l'ancien Midrasch semblent ne pas 
connaître le nom de Dionysos. Mais dans la généalogie fantastique 
de Haman, un Targoum présente des noms comme ûJiorT na orn^, 
le Targoum schéni (m, \) un dovT *i3, où Ton entrevoit une alté- 
ration de Dionysos^. Dans le mysticisme juif du moyen âge, Dio- 
nysos eut sa vogue, grâce justement au Se fer Raziel. D'ailleurs, 
on a cru rencontrer les traces du culte dionysiaque dans la liturgie 
catholique aussi ^. 

Pour les autres éléments du nom de vingt-deux lettres il n'y a 
plus évidence parfaite, mais probabilité. ûnpîN^ c'est bien "AvaxTe; = 
"Avax£ç, qui désignent les démons protecteurs, notamment les Dios- 
cures ^. Que DnoD soit Héphaistos, ou — d'après M. Schwab — u^f'^rToç, 
c'est possible; lire onDE?3 Dp2N Anax Méphistos est ingénieux, plus 
ingénieux que probable, puisque Méphistos est inconnu à l'anti- 
quité et qu'il est fort douteux qu'à l'époque du Raziel ce nom fût 
déjà connu ; le plus simple est de penser à riiartç, Fides, déesse 
de la fidélité, dont le culte grandissait « au fur et à mesure que la 
vertu elle-même devenait plus rare « *'. 

Mais que veut dire û'^ddod, objet de tant de combinaisons invrai- 
semblables? Forger plus ou moins habilement des vocables grecs 
comme 7:à[x;pa<7tç, 7ra[j.7r£t(7tç, c'est se divertir à peu de frais. Y voir 
Phosphores, c'est assez séduisant, mais une telle altération gra- 
phique ne se peut guère imaginer. Faire dire à un cabaliste Itz'.u- 
TTEtiTiç, c'est lui prêter de sérieuses connaissances de grec, alors 
qu'il ne pouvait avoir la moindre teinture d'hellénisme. M. Bâcher 
a déjà très justement signalé l'erreur qui consiste à attribuer à ces 

1.' V. Ad. Biichler, La Fête des Cabanes chez Plularque et Tacite, Revue, XXXVU 
(1898), p. 181. Les Grecs ùlaient disposés à reconnaître leurs divinités un peu partout: 
a Der indische Feldzug Alexander des Grossen liess die Griechen, die bekanntlich mit 
grossier, liochst uukritisclier Leichlfi^rtii^keit in fremden Gottheiten die lieimische 
wieder fanden, bei den Indern dionysischen Kult vorfinden. (F.-A. Voigt, dans 
Ausfiihrliches Lexicon der griechischen a. rô7nischeii Mi/lhologie de Roscher, I, 
p. 1087.) 

2. Cité aussi dans Soferim, xiii, 6. 

3. V. Krauss-Low, Lehnwo)'ter, II, 200; Levy, Chaldàisclies Wôrterbuch ûberdie 
Targumim, n'enregistre ni OTl, i>i mOT^T. ni DOT^I- 

4. Il s'agit de « euouae » dans les autiplionaires catholiques, que Fr. Michel et de 
Martonne ont mis en rapport avec VEvohé bacchi(iue : la controterse est rapportée par 
Léon Gautier, Les épopées françaises, 1818*, 1, p. 368, 369. 

5. Oertl dans le Lexicon der gr. u. rôm. Mythologie de Roscher, I, p. 334 ; 
J. Perles, Etymologiscke Studien, j». 135, voit, d'après Laia, àva^ dans DISIN, mais 
V. Krauss-Low, Lehnwôrter, II, 21. 

6. Wissowa dans le Lexique de Roscher, I, 1483. 



LE NOM DIVIN DE VINGT-DEUX LETTRES 67 

groupes de lettres plus de sens que ne leur en donnaient leurs 
inventeurs'. Il ne faut pas oublier que l'auteur du lîaziel avait 
absolument besoin de six lettres. Résignons-nous donc à recon- 
naître dans Q-^ccDS un mot de remplissage nécessaire qui, d'ailleurs, 
s'explique assez aisément, dd&d n'est que le redoublement de la 
première syllabe de ddoej. Redoubler « une syllabe du mot sacré 
par une sorte de bégayement » était un des procédés des caba- 
listes, dont M. Schwab a donné plusieurs exemples ^. cdejod se 
trouve, d'ailleurs, assez souvent dans la littérature du ïalmud, du 
Targoum et du Midrasch, comme pluriel de odd'^d = 'i/Ti<poç. 

Une fois créé, le nom de vingt-deux lettres fit fortune. Il entra 
dans les amulettes ^, il pénétra dans la liturgie, par l'abus d'une 
ancienne tradition. La baraïta atteste que dans le sanctuaire de 
Jérusalem les prêtres prononçaient le tétragramme ttJ"nE»!i û« '. 
Pour d'autres noms mystiques aussi la bénédiction des prêtres 
était un propos favorable. « Primitivement — nous rapporte une 
baraïta — on transmettait le nom de douze lettres à tout le monde; 
depuis que les débauchés devinrent de plus en plus nombreux, on 
le transmit aux vertueux d'entre les prêtres, ceux-ci le glissaient 
furtivement pendant que se prolongeait la voix de leurs frères, 
les (autres) prêtres. R. Tarfon rapporte ceci : un jour je suivis le 
frère de ma mère, en montant sur l'estrade des prêtres, je penchai 
mon oreille vers le grand -prêtre et j'entendis qu'il glissait le 
nom ^ dans le chant de ses frères, les (autres) prêtres •"'. » Le mysti- 
cisme ultérieur attribuait aux prêtres qui avaient béni le peuple 
une force magique ^. 

Il est donc bien naturel que la ('abale ait voulu introduire un 



1. Dans la recension du Vocabulaire de l'Angélologie de M. Schwab [Monats- 
schrifl, 1898, p. 570). 

2. Vocabulaire de l'Angélologie, p. 26; voir aussi M. Griinwald, Mitteilungen, 
etc., V, p. 23, n. ad n» 16. 

3. Raziel, 42 6, amulette d'une valeur générale, 44 6, contre les armes; dans les 
superstitions du xvi' jusqu'au xviii' siècle la formule est extrcmeiiient fréquente, v. 
M. Griinwald, Milleilungen (1er Geselhchafl fiir judixche Volkskumle. V (Haml)ourg^, 
1900), p. 17, 23 (u» 9), 31 (n» 37), 50 (n» 128), 51 (n., n» 135 a), 58 n., 66 (n* '22(;). 

4. Sôla, 38a; Nombres R,, ii, 4, 8; éd. Vilna, p. 43 6, 45 6, à la mort de 
Siméon le Juste, les prêtres, pour manifester leur deuil, s'abstinrent de prononcer le 
tétragramme, Yoma, 39 6. 

5. R. Tarfon n'indique pas avec plus de précision (]uel nom mystique il entend. 

6. Cette baraïta de Kiddouschin, 71a, est un peu altérée <lans Nombres R., ii, 8. 

7. M. Griinwald, Milleilungen, etc., V, p. 26, 27; c'est la même croyance qui- celle 
qui a donné naissance au y"'^ ljT3n el qui engageait à se rendre à la synagogue si 
l'on avait vu en songe un glaive coupant la jambe, et d'écouter la bénédiction des 
prêtres; alors uul mal ne pouvait vous atteindre. Nombres R., n, 3. 



68 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nom mystique dans la liturgie de la bénédiction des prêtres. L'au- 
teur du irit ''^'ô avait à choisir sur lequel de ces noms il devait 
broder sa prière. Les noms de quarante-deux et soixante-douze 
lettres lui paraissaient sans doute trop longs, de même le a""' la ûï) 
nmiN que le Séfer Raziel (p. 24 «) composait de douze variantes 
du tétragramme, en somme, de quarante-huit lettres. C'est donc 
au nom de vingt-deux lettres qu'il rattacha sa prière. D'ailleurs, 
il le met assez gauchement en rapport avec la bénédiction des 
prêtres, invoquant « le nom grand, fort et terrible de vingt-deux 
lettres qui sort des versets de la bénédiction des prêtres ^ ». Sa 
prière elle-même ne présente qu'une chaîne d'étymologies popu- 
laires, obtenues en partie par des fautes de lecture. ûnpsN, avec 
changement de d en D, est résolu en TipNi, -^npiN, dn np3K « mon 
gémissement », « le gémissement de l'irréprochable », c'est-à-dire 
de Jacob. Dnoc lui rappelle nn nsD « le morceau de pain de l'irré- 
prochable Jacob » ; û-«dddd le q-'OD nîns, la tunique de choix que 
Jacob donna à Joseph. Pour n-^oivi (au lieu de didîti) il suit l'éty- 
mologie du Raziel-, invoquant les lD">D3, miracles de Dieu ^. 

Le dernier chapitre du beau livre de M. L. Blau sur la magie 
juive est consacré à la superstition dite étymologique, c'est-à-dire 
relative au double sens d'un mot^ Dans le mysticisme secondaire, 
dans celui qui ne crée plus, mais qui interprète plutôt, se fait 
jour une étymologie populaire qui se plaît à découvrir dans une 
formule incomprise des lettres, des syllabes, des mots, enfin des 
éléments connus. Ce procédé rappelle un des trois « principaux 
artifices» de la Cabale^, le notaricon, mais c'est un notaricon 
involontaire. C'est ainsi qu'on reconnut en cnp5N le radical pSN 
« gémir », le substantif npsN « gémissement », et nous croyons que 
c'est là le motif pour lequel on préposait onpSN aux sons (« au 

1. Ce n'est même pas exact : les lettres p, n^ "n, du mTnN 3"D "JD D'ilî ne se 
trouvent pas dans Nombres, vi, 24-26 ; '0 ne se trouve que sous la forme de Ù3. 

2. P. 45 a. 

3. Le '[T'it "'"lyUJ (éd. Wien, 1817, p. 63 ab) recommande sa prière pour le temps 
où les prêtres montent sur l'estrade. Il en a aussi composé une variante pour la litur- 
gie du mardi (p. 38a6) ; ici le nom de vingt-deux lettres est résolu en '^'i'^ nOD, û'^03 
DP rpN3, et encore une fois "^li rOD, D"^Oj. Dans la prière pour la nuit (nN'"ip 
"1372" by yw^a), il engage aussi à penser, en prononçant 'nD*ia'', au nom de vingt- 
deux lettres (p. 75 6). 

4. Das altjûdische Zauberwesen, 1898, p. 165-167 ; aux deux sens du radical p"io 
fasciner et leinci)-e (un arbre) de rouge, on peut encore joindre un troisième par la 
métallièse pno "jb-î* (« arbre sans fruits »). 

5. î<">-m7:3, lip'^nCilD, rril^On qui d'après le oby^M 0~1172 sont signalés dans 
le verset du Caiiti(ine, vi, 11, Tni"' TliiS nia bX- M. Griinbaum, Z. D. M. (i., 
XXXI (1887), p. 302. 



LE NOM DIVIN DE VINGT-DEUX LETTRES 69 

gémissement ») du schofar dans la liturgie de la fête du Nouvel An. 
Dans un appendice nous essayerons de démontrer que le démon 
n"nD ne doit son existence qu'à un pareil besoin étymologique. 

Ainsi, la prière accompagnant le nom de vingt-deux lettres n'est 
pas née d'un recueillement pieux, elle n'a pas jailli spontanément 
d'un mysticisme fervent, elle est un composé fâcheux d'éléments 
factices, disparates, laborieusement rattachés ensemble. Tout de 
même elle ne manqua pas de faire fortune. Elle fut recommandée 
aux fidèles dans le recueil de prières rédigé par l'auteur du rj"b\o, 
Isaïe Hallévi Hourvitz (xvii« siècle) '.Et de nos jours encore une 
des tentatives liturgiques les plus remarquables, le livre de 
prières que le Consistoire israélite du grand-duché de Bade vient 
de publier, ne s'en est pas tout à fait débarrassé ; il l'a abrégée, il 
Ta modifiée, il ne l'a pas rayée 2. 



POURAH DÉMON DE l'OUBLI. 

Les croyances populaires tiennent à la conservation de la 
mémoire et ne se lassent pas d'inventer des remèdes contre l'oubli. 
Comme le judaïsme a toujours attaché une valeur capitale à la 
science ou plutôt à l'étude, il est bien naturel que la lutte de la 
superstition juive contre l'oubli ait été particuHèrement acharnée. 
Cette lutte est fort ancienne ^, et l'on en trouve un écho dans la 
liturgie. 

Oéja le Siddour Arnram nous offre la prière suivante à pro- 
noncer après les adieux faits au Sabbat : ^mno VXnmc i^hy n-'j^awK 
D03 Knw-i 'hy^ i^-^-na hy îT^n-« b-«Em ■':»m «sdu ab -i-'onu} nnDï) lis 
b^nno bN-» o-^ostt oto-'TO'^w-in 5«''it« 07o-ii< ûU53 t<nu5"«np i*nn?:\a « Je t'ad- 
jure Polliéh (lire : Poi^raA), démon de l'oubli, de m'enlever mon 
cœur stupide et de le faire tomber sur les monts, sur les hauteurs, 
aux saints noms, au nom de Armas, Arimas, Armimimas Ansiss 
Yaël, Petah'él '. 

1. D'^ttïîn ^yo, Amsterdam, 1714. p. a"73p : Isaïe Hourvitz iHait le contemporain 
plus jeune (le Nathan h. Muses Hannover Asrlikônazi ; la citatiim empruntée au\ "'"lyC 
"jT'lt est-elle de l'auteur ou bien de 1 éditeur ? Que quelqu'un mieux rompu à ces 
questions hit)li()2ra|)hiques en décide. 

2. (iebeihuch, herausgegeben von dem Grossherzoglich Badischen Oberral der 
Israeliten, Karlsrulie (s. a.), I, p. 472. 

3. Voir l'article de M. Goldzitier dans les Mélanfies-Berliner, p. 131. M. r.ninwald, 
Milleilunf/en, etc., V (1900). pp. 66 et 67 (n"" 227-233}, donne sept formules magiques. 

4. Ed. VarsoTie, 1865, p. 316. 



70 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le S(?/éT Raziel est plein de ces recettes. Entre autres, il prescrit 
un gâteau, préparé avec des cérémonies compliquées, avec des 
noms divins inscrits sur les deux côtés. Huit feuilles de myrthe, 
chacune portant un nom, devront être trempées dans du vin. 
Avant de le boire, il faudra dire cette prière : -i\a rtmc ^-^y x^''yy^\^ 

bî^-'nriDT bN-'E^D2N b«"'D3N bN-'DN DW-^wiN ott-'-iDN DwnN v^^ Nn^inp 
«nnoT .. .A la fin on mangera le gâteau '. 

En somme, il n'y a ici que trois noms qui entrent en ligne de 
compte : 1° DWMit< expliqué comme Hermès ou Ormuzd par Jos. 
Perles 2, comme Arminius ou Rémus par M. Schwab^ le plus pro- 
bable c'est Hermès) ; 2° bx-'DîN le démon qui contraint, qui fait 
oublier; 3°bNinnc ^ l'ange qui ouvre l'esprit. Ces trois noms sont 
variés, abrégés et allongés. 

D'ailleurs, il est évident que le Raziel n'a fait que développer, 
« enrichir » les données du Siddour Amram^. Ensemble ils ne 
forment donc qu'une seule variante en face de la version courante 
plus naturelle et — d'après Jos. Perles— originale : 

En diminuant les lettres du nom du démon, on diminue le démon 
lui-même, on l'exorcise. J. Perles signale l'exemple d'un pareil 
procédé donné déjà par le Talmud [Pesahim, -12a; Aboda Zara, 
12 6) : ■'"1 •^n*' ■'"i"^1 nnn nnauî ^. On peut aussi rappeler D'^nn xb 
■'sn» «bi ^"Jn ^ Q-^rinn «bi dans l'exorcisation Ber., 62 a. Une seule 
page du Se fer Raziel n'offre pas moins de douze exemples '. Le 
« ms. n° 1380 du fonds hébreu de la Bibliothèque Nationale * » 
fait de même avec Dis^anamt*, iT^pw, ïJ^n. On essayait même 
d'éteindre des incendies par de pareils exorcismes^ 

1. Raziel, 42 a. 

2. J. Perles, Etj/mologische Studien zur Kunde der rabbinischen Sprache und 
AlterUiûmer, 1871, p. 78 ; ridentilicatiun avec Ormuzd est déjà chez Schorr, Halouç, 
Vm (1889), p. 12. 

3. Vocabulaire de l'Anyélologie^ p. 74. 

4. Zunz, Die Synagogale Poésie des Millelallers, 1855, p. 478. 

5. L'éditeur du Siddoiw Amram, Varsovie, 1865, II, p. 59a, voit daus notre pas- 
sage une interpolation jiostérieure. 

6. Rasclii au passage de Abodu Zaru, 12 6, expliiiue déjà le decrescendo comme 
une exorcisation. 

7. P. 40 6, fait diminuer tous les mots du rerset Canl., vu, 6, et ensuite "ilU. 
D1U, "1173 ; — p. 33 6 le même pour (n^~i3î<7;). 

8. M. Scliwal), Supplément oî/ Vocabulaire de l'Angélologie, Paris, 1899, p. 22 et 42. 

9. GTnnviS.\A, Mitleilungen der Gesellschafl fiir jitd. Volkskunde, V (1900), p. 10, 
Q, 5^ _ p. 43^ II» 93. Ou peut aussi citer les Djinns de Victor Hugo, où l'apparition 



LE NOM DIVIN DE VINGT-DEUX LETTRES 71 

07:"«73"iN s'impose d'autant plus à ce procédé, qu'une variante 
0»"' marque justement la diminution, la disparition du démon, et 
une autre, o»"'tt"i, rappelle quelque peu Nnttn les hauteurs sur les- 
quelles le cœur stupide doit tomber. 

Mais que vient faire ici Pourah ? M. Schwab ' suppose que la 
forme correcte rtms fut défigurée en nmc, « par allusion à Isaïe, 
Lxiii, 3 ». C'est l'explication contraire que nous proposons. A miD 
qu'on n'a plus compris, on a substitué rtmo^ qui donne un sens 
suffisant : le irompeur, le démon qui égare, confond 2. Mais d'où 
vient Pourah? On ne comprenait pas le mot dwts-in. Dans la Bible 
entière il n'y a pas de mot qui lui ressemble mieux que DOttiN, qui 
présente toutes les lettres de 0tt"«73"iN sauf le '"«^ et qui, d'après le 
témoignage des Concordances, ne se trouve qu'une seule fois : 
Isaïe, Lxiii, 3. On identifia les deux, et on interpréta le verset 
de la manière suivante : « J'ai écrasé Pourah sans le secours de 
personne, je les ai écrasés, lui et Armîmas, dans ma colère.» Ainsi 
d'une étymologie populaire naquit le démon Pourah. 

Bernard Heller. 



des démous est marquée par le renfuiccmunt, par le prolongement îles lignes, et la 
disparition par le descrescendo des rythmes. 

1. Vocabulaire de l'Angélologie, p. 219, où il faut lire rtnD pour HniD- 

2. L'identification avec le Buit persan est dû à la manie de Schorr (Hàlouç, VIII 
1869, p. 12) et Kohut d'expliquer tout par le persan. 



LES GLOSES FRANÇAISES DE RASCHI 

DANS LA BIBLE 



SUITE 



PETITS PROPHETES 
OSÉE 

11,9, riDTTi. Elle poursuivra : 

A T'-^litp-liD Porkaçjjér — V -iiitp-ilD — W Y T T^iipmE — 

M -|i"'2:i"'p-nD % 
— 16, rr^ns». Je Tattirerai : 

A l'i-i'n-iUN Elrajjmjj — F T^'^nUK — f Nn"'"»-iaNI — 2 ■>n"'"«npN - 

m, 2, m 3 5< 1. Je l'achetai (sens de commerce) : 

Vf Nr.-'ana Bargajjne — Y iX^^^y-O — AU Nr^'anû — M N"<'^ra"l2 — 

~ 5, •) T n D 1. Ils s'empresseront : 

Y :::i-|''D''U52iii< Ajjnséph-onl — T a2TlU5r"»N — 8 a'in"'\ar"'N — 
9 U:-m^D'^'^N et deux lignes après : ::\ai">13p-1 (V3D73 NT^n! '• 

1. Voir Revue, t. LUI, p. 161 ; t. LIV, p. 1 et 205. 

2. Lire : porcaçiér. 

3. Lire : atrayray. 

4. Lire : bargayne (« mouillée). Cf. anglais i)argain et l'article conreniant re mot 
dans Murray, iVei/' English Dicliotiary. 

0. Lire : eyspondront, futur de cspoindre, qui a clé confondu avec enserrer par les 
mss. autres que Y. Cf. Gl. h. /"., 131, 57, qui doit iHre traduit par exciteront et non 
par s'épouvanteront. Le second loaz se lit : reconuyst. 



LES GLOSES FRANÇAISES DE RASCHI DANS LA BIBLE 73 

IV, 13, 1 1 b N. Chêne : 

Y fc<3ï3"^p Kéanà — Z fc«3Ujp — V NU)'>p'. 

Ibid., Arbre dont le fruit s'appelle : 

z V o;ba Gint — ry^DDi — t ijanba \ 

Ibid., rtb». Ormeau: 

YVT NTabix oima — Z ^n:>^î<\ 

IV, 14, t3 n b ■•. Trébuche : ce verbe indique la lassitude : 

V T'Tpb"''! Délasér — Z -i">'J?bn — Y T^lCNb — WT f T-'ûbT — 
M "i'^''tt5b'7 — A ""j^b — a l'^wb'^'n — y T>"'ObT — 8 T^œV^T \ 

VI, 9, -^ D n D T . Et comme les pêcheurs : 

A V ^a-^^l-n^^ii Ajjmedours — F O-iina"^» — VVM iamnî3''^N — 
T ï53nst'73->-'N 5. 

— 11, nnaa. Égarement: 

A Nn^n;a'«'^113J* Anwejjsdoure — f N-nn;0"^"'3_3j5< — IV'' Y î<-nTC"'"'2"N 
— m'nii;23"«-»i33"'s — u N-n\a"«"»i3N — y \D-nTI)in3"«N ^ 

VIII, 9, T 3 n n. Aspiraient (à des amours adultères), comme fré- 
missent les narines du dragon (la racine de ce verbe est 
la même que celle de dragon) : 

A U3"«-)'^Di4n-!3-«N£'i(/'-a^oncVe/i<— Y ra3T^3ia-nN — Ua3-|"»^^a-n3■'N- 
/' asTasi-ian» — m ;i3T<3naN-nN - x aT'"'3in3nN ^ 

X. 7. S]i£p3. Comme l'écume : 

A N^^pia-^N Eskoume — MIT NTûip^a"»» - WT NTOipUJN — A 

nN»np'»-'N«. 

1. Cf. LIV, 231, 6. 

2. Lire : glaot. 

3. Lire : olme, flu latin ulmum, détenu orme. 

4. Intéressant certificat de vie d'un mot qui jusqu'ici n'était cité pour la première 
fois que d'après un document du xv' s. C'est delassare. Notre moderne délasier tient 
de • dis 4- lassare. 

o. De * hatnalores, tiré de fiamus. 

6. Cf. LIV, 218, 2. 

7. Lire : éndragonért. Cf. Gl. h. f., 132, 84. 

8. Lire : éscume. 



74 REVUE- DES ÉTUDES JUIVES 

X, H, rTi»V>tt. Aiguillonnée: 

A Npr"'iD"liD Porpojjnte — W Y Na2"'"'1Q-nD — TV U3"«"'nD-|"ID — 

Ibid., mttb». Piquée par l'aiguillon : 

A w -jlbiiiaN Agojjlon — 7 K M -j^iibiaN — z 'jinb-'iaN — 

XIII, 13, Q "^ 3 n "1 a ttj 72 n. Sur la chaise (de raccouchement) : 

À V «biuj Séle — FT Kb-»;:: — M «b-'-'it — A Nb"»''"^ — c «b-iffi. 

XIV, 1, DT13 N n. Sera reconnue coupable : 

A N^Elbip2^< an'^N-I"«i< Èdért ankolpade — F IST^pipDN ï3TiN - 
T yibDDipN UT'N — cj NT'sbipDN UT'''N *. 

JOËL 

I, n, T U3 a y. Ont moisi : 

V l^U5i">l73 Mojjséd - /" T'Ta'i'^itt — ^ Ni;iN"'\15i;^i7D — AMT^UÎ-^-^in — 

T N-nTDi->ia — Y uîbp-i'^ii: yi«T \zjm-i usniujiTa \ 

IV, 10, 5 TIN. Vos coutres : 

^T M^nubip KoUret — WYZ UJiabnp - V «"lubip — M 

\0"»nubip ». 
/ôèrf., d D "^ m n » T tt . Vos serpes : 

AVI U5E3-1UJ Sarpes — W N\î5Dn« — Y ^zrm — M U52:Dn\0*. 

V, 11, T «) 1 ^ . Pressez-vous, venez en masse : 

AVWYl N\î5:a Mase - Z «u:a — M aUJNtt '. 

— 16, non». Abri : 

A n-^N-^-iaN Abriér — FUM niN"'-|2« — Y nN^DN — Z -l«'''»n3N«. 

1. Participe passé de porpoindie. 

2. De * aculionem; cf. Gloss. de Reichenau, 849 (aculeus : aculionis). 

3. Lire : Éd ért (lat. erU) ancolpéde (lat. ' inculpa ta). 

4. Lire : moysir. Y explique moysirenl par : roves desoç cercles. 

5. De cullrum. 

6. Forme primitive du mot actuel serpe, de * sarpa. 

1. Lire : mase = musse. M donne : masaç (lire V au lieu de U). 
8. Cf. LIV, 2i, 7. 



LES GLOSES FRANÇAISES DE RASCHI DANS LA BIBLE 75 



AMOS 

1,3, nisrnna. Avec des scies : 

WV}i mu-'b Lhna\ 

II, 7, D "^ D N u) n, Aspiren.t (à abaisser dans la poussière'; : 

A ZW YV .K '^1'::•\b^y Goloser — M F T'i^lbia — G -1^5155 *. 

— 9, û ■* 3 T b N :: . Comme des chênes : 

Y <0j^"')5 Késnes — Z G F 233Ta"'p — ^ T U33Tap — V NDU)''p 

W'C33-^ip - M c:p — A \a3\ap». 
IV, 7. M p b n. Une plaine : 

A «r-iDSp Knpjjna — Z N373np — Y ÏJ^ttip — M fi<rmp 
T «3T73ip *. 

— 11, TiNr). Comme un tison : 

A iio"'a Tison - WYMT piT'^ù — >";ira. 

VI, 4, p 2 n ». Parc (où l'on assemble les taureaux) : 

A T'bçip Kopléd — WVZYyiT «bEJip «. 

VIII, 13, n3Db:>nn. Se pâmeront : 

A T^TgipD Pasmér — W FZ FMT Ti»\OD. 



OBADIAH 
1,3, "^ 1 a n 3 . Dans la cîme : 

A N3"'"'Ç3'^'''nD Frajjtéjjne — f .. •X^^^'^p — W NU-^-'nD — K^^taS'^nD — 
V T'U^ID — A y"«a"'"'"lD — T u;'^;''"'a"'''"lD — m 'Ji"^13"'t3''1D (?) — 

F N;ar"'œ::"'-<-iD — u Nii-'-'unD — a a"'3:''t:"'"'nD *. 

1. Lire : lime. 

2. Tiré de gulosus. 

3. Cf. LIV, 231, 6. 

4. Lire : canpayiie, avec A. Y et Z donnent combe et combes; M comine, sans doute 
pour comuue donné par T. 

5. Cf. LIV, 226, 3. 

6. AT F (en supprimant le premier "O dans ce dernier) lisent fraytéyne, de * frac- 
tanea. A u et ff ^o^l il faut lire ê<i: au lieu do ^'^iî donnent fraytiç «/ fraytiça, de 
* fraclicia. 1' donne fraitid, de 'fractituui. W trayte de fraclu. Y et M soûl corrompus. 



76 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

I, 14, p "1 B n. L'angle (des routes) : 

V ai-iu Tro} — T 5l-i£2 — AYiiAWYZ l^-^'^U ^ 

— 16, "1 y b 1 . Ils seront étourdis : 

VkF 'j'lU5"''TmaU3'^N Estordison — Yl a51~."^nnm2)'^N -- 

— 20, PDiit. Les Interprètes disent que c'est le royaume 

appelé : 

A Nirp-lD Frençe — AFTZ F NirSID — M N1S3TID. 

— 21, UDiab. Pour juger: 

A "T'^'^UTan'^ Joustisér— V 'T'St^D'iaT^ — F "T>U)"^c:\25T^ — T T^T^taiÛT' (?) 



JONAS 

1,6, bann 3"i. Le chef des marins : 

A Ï3nin3-i3ia Gobemeàors — A F F lamTlîmA — V ï3-m3-|''3na 

w -nN3-ima — MT ^D-nî-i-'Dia *. 
IV, 8, E) b y n -^ 1 . Il se pâma : 

ACFT^VVZFF ^''TJ'^ÎD — Psmer — / M -|"i-'73WE *. 



MICHAH 

I, 11, b îs N n n -^ 3. La maison construite dans V alignement de 
la voisine : 

f C33»pM5^'N Ajoustemant — V ur73"'t2\aVN — Y Vi:^12'L:^^^» — 

w 'û'i'mz^'i'^» — z iDDTûUTD-^N — A :3pi72av;pN — t :::i?3uu3nn - 

M :3r73:2U5NlTON \ 



1. Cf. LIV, 232, 2 et Dict. général : troche. 

2. Cf. LIV, n, 3. 

3. Lire : govémerlors de gubernatores. 

4. Lire : pasmer. 

5. De • ad + juxtare. 



LES GLOSES FRANÇAISES DE RASCHI DANS LA BIBLE 77 

II, 4, T 3 T U5 : . Forme complexe à la fois active et passive signi- 

fiant : nous sommes livrés aux mains d'hommes qui 
nous ont dévastés : 

f ïîij a-i-^uNaT uîwiuî Somes degatéri nos — z aDiaïîauj-n U37:1ï: 

urLJïiiT^n — M :::-i^a'ijim «jm« - t \23i3 ;z5"<:n"'au5nn ïj»iu; — 
o ;si: L53T?3C3rii uj-'Wt:: •• 

Ibid., ■'b Tû'^tt"' T"^K. Comment se dctournera-t-il (pour aller) 
vers moi : 

A ■'•'72N Nn'nbia^U'^ny) Npip Rome se désloldara amajj — T Dis 

"'"''^îl 'ÏT!^'i;::w"'nç — f •>•'»« Nnnbiap"^"! i<\a çijî — r mp 
■'irN 'T'biuïî-'T^c — <j ■î"'5ÇN Nn3-ii:2p"^"iU5 aip — r Dis 

III, 3, n n b p. Marmite : 

A NTibp Kaldére — WYVl NT^nbp — M î^T^-^nbp - Z N-^mbp ». 

IV, 3, n D TD n. Et il jugera (sens de réprimander) : 

A :2pi»5TC'^"^nT Derajjnemént — Y USSj'^UJ")*! — V ÙîTO^Û"'"!''"! — 
Z a573"'3U5'^-|-I — X a37a3"«"«-n — T Ù3»3tt3'<nT — M a3"'7:3'^''-lW^T *. 

NAHOUM 

I, 10, N b tt . (Herbe^ remplie, c.-à-d. complètement mûre et prête 
à se dessécher : 

V niaiUJN Asobiâ — T -|^3itt5N — AZ -y^yWtH — M T^-^aïUλ — 

11,8, mansw. Se lamentant : 

A C33-«^W1Ta Sedemajjnt — V a3721« — T ara3ittTq — Y a33-'70"^1ÏJ 

- m' a3-'r'::-"»"'i^ — /'•j:;»tj - z U373^'>« - a ar:»"»-!*^;?*. 

i. Lire : degastérent. 

2. Lire": déstoldra. Cf. LIV, 6, 3. <j lit : se di-stornera. 

3. Mod. : chaudière, de caldaria. 

4. Cf. Lm, 184, 6. 

5. Lire : asovid, participe passé de asovir. Cf. Godefroy : assovir, et Dicl. gén. 
assouvir. 

6. Lire : se démentant (de demenlare) . 



7» REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

II, 10, m » n "^ b D b D tt T 3 D. Balai/ant tous les objets pré- 
cieux : 

V UDaipm Askobanl — iil A Z a3mp\UN — Y a33npu:''N — 
T U3*D3ipU3N \ 

— U, npbnwT. (Ville). .. forcée : 

f N'I'^pi'iaïpiN Ésbrajkide — A rTT'U"lD'fflN — Z NT«ai3"^N — 
M NT^U-ISID-'N — T Nn-^unDUJ^N — Y t<T'\2J'i-13ÏJ-«N — a «n-'Unsp'^N 

— 14, n 3 n n. Son « armée de chariots o (le mot hébreu a le 

sens collectif) : 

^ V"''ÎP''"!1P Karajkediç — Y y^'^'^p_ — V y'S-'^ip — X y-'T^mp 

y V"^«^"'i<-ip ». 
111,3, 3ïibi. Et la lame (du glaive) : 

AWYV f ,»'i-^T2hi^ Aleméle — T Nb>pbN - 2X «b-'^bN - 
M «b'^abb-'N — À ajoute : "jna Bran *, 

Ibid., pnan. Et l'éclat (de la lance) : 

>4 w r r -mibs Pindor - m x m-i3ibD — t mnanbè ». 

III, 17, '^3iJ3n;3t. Comme des armées de sauterelles : 

A y^jppiaîbtiip Komelangostedéç — V y-«-iUïîi33bttip — 

r y^iùTUirjsbttip — x yiT>au:nanbi<mp — t y«-ipiaDibtti3 — 
M •yi'^'T'tJUjnasibTsip - /" ■y'Oiasbnip «. 

{. Lire : éscovant. Cf. LIV, 34, 2. 

2. Lire : /" esbraichiédc. Y ésbriséde. A M donnent éspartide. ZMT et a doivent se 
lire ainsi, le 3 devant être remplacé par un Q. \j donne déspartide. Le Gl. h. f 
traduit ce mot par dOzérté (14i, 66). 

3. Lire : caraijediç, collectif en-aticium, fait sur carroie, de carroier. M donne, en 
outre, ses carigles. 

4. Cf. Godefroy ; aleméle et brant. 

5. Cf. LIV, 222, 2. . 

6. Lire : corne lo ^'ostediç avec X. Collectif en-aticium, fait sur locusta. Les 
différeutcs leçons nous attestent l'existence de : logoste (X) et longoste (T et M) postulée 
par locusta. 



LES GLOSES FRANÇAISES DE RASCHI DANS LA BIBLE 79 



HABAKOUK 
1,7, laDffi». Sa justice: 

T NlfU^rn"' Jousliçe — Y VZ Nlt'^UTîJT' — AX N^J'^UVCT' — 

M t<T>a;aTi ». 
— 10, D ? p n "^ . Il sera parlé (il sera un sujet de conversation] : 



A. 



II, 1, "^ n n D 1 n. Le reproche qu'on m'adresse : 

^ arnniipN 'ji73 Mon aprobemént — f UIpainON 1173 — V p» 

— 10, ']\î5D3 «unn, Tu pèches (tu perds, en péchant) ton âme : 

A «73nî<\D ::"'-'DXOniD Forspajjt saarme — Y NmNia U'^-'EïîmD — 

X N7aN723nî<\a a-'-^E^iîmD — t NaN^ç tî-^-'cniD - m ntssnu: a-'^cuîmc 

— z n73:n\u« u-^-^mo *. 

— 11, o''D3T, Etladoloire: 

A ïjn^nbin Doidours — yvt u:nn*7bin — m ïjn-.ibn — z uj-nbin 

— X UJN-nNblT ». 

— 13, ttJ N ■• n 3 . Par assez de flammes : 

A V y-'CN Aséç — MTZ y^lHH - A' Y y^-^CN °. 

III, 16, ibbi:. Ont tinté : 

Y MD-l-'iar^ Tinlnirnt - FC -VUTU - f A XV kl F 1-»urU — 
M U3-'73rUD"'U'. 



1. Cf. LIV, 208, 3. 

2. Lire : parlediç. Cf. LUI, 172, 1. 

3. Lire : mon aprovemént ; même sens que : reproTement. Cf. mod. : réprouter. 

4. Lire : forsfait sa arme. Arme correspond à anima. 

5. Lire : doledures. Cf. LIV, 212, 2. 

6. De * ad -\- salis. 

7. Lire : téutenért. Cf. LIV, 27, 8. M. donne téntineméul. F G tenlir ou tiniér. Les 
autres tintin. 



80 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

HT, 19, "«n 13 "^5 3 3, Sur mes chants (7V<?.9'î<mo^ signifie les modu- 
lations mélodieuses de la voix qui s'élève et s'abaisse) : 

A V ia-iin;5-n"N Orgenedors — T Ta-iiii35^iN - A M 7 u:-n":35-nN — 
f c-,i;3-iN — X ;::-in3iTiN — wf -i-'3mN — cz c32-n« — 
F Tum-isaiiN - 9 ;:j-m3"'a"i'N K 



ZEPHANIAH 



m. 15, *] •» a c "(25 tt . Tes justices, e.-à-d. tes châtiments : 

rZM UÎC'^IÛCT' Josliss — T u^iciaCI"' — A NT'^aTUT^ 



ZACHÂRIAH 

IV, 42, •^bnœ. Tas (d'olives) : 

VAT ujpinp Troks — f "O^yrci — WY 'lù'ç>^'^^'^ — x ir^pTi:: — 

V, 9, rrr^ D n n . Sorte d'oiseau : 

A 'i^iabii YoUofjr — WFrx v-^nabii — z manb-n*. 

XI, 2, "^ 3 ib N. Chênes : 

ZT ©3ïï5p Ksns — FM ;a"<3Tûp — W ïî5\"'P — V 1î53UJ"'p — A C3C''p 

— X )aw"^p ». 

XII, 2, by"i. Vertige, engourdissement qui rend l'homme im- 

puissant comme s'il était enveloppé dans un vêtement : 

A a3"'7a"«Dibil3-'N Involopiment — /" a3»Dib"l"13-^N — V a373"'DiblirN 

— T a:■'73p'5iâ3"'^< — m a3"^73C'ibii3"^N — IV NTrî<"'pib"n3''N — 
Y ■CN'>EnbTi3"«N — X asn'^Dnbiij-'N*. 

1. Lire : orgenedores, de * organalorias, tiré de organtim. 

2. Lire : tés justices. 

3. Cf. LIV, 232, 2. 

4. Cf. LIV, 209, 2. . 

5. Cf. LIV, 231, 6. 

6. Lire : eoToIopemént. 



LES GLOSES FRANÇAISES DE RASCHI DANS LA BIBLE 81 

XII, iO, m n. Esprit : 

T urba Tient — X u3ib«:3 — AWVYzyi. uaba '. 

XIV, 10, ■• 3 p '. Fossés : 

A "^"«XpiD Foséç — WYZVT yi;2J1D — M X 'J^"'iï:id '• 

— 20, m b it » . Grelots : 

A yais-'Uru Téntlnonç — Y 'j-'iNSara — WXZ VAMT I''a3''a '• 

MALEACHI 

I, 1, N TC 73. Charge (de la parole de Dieu^ : 

A W tînioniD Porport — A C F M T r F ^-ns-ilD — XZ a-|E-i1D — 

11,13, np3NT, Gémissement: 

A ar72ia"':i»n Dmonesnmxl — YT UDyj'O'^ÏIttT — M ^rTiC:"!;:"»-! 

z 'sTOttn ». 
m, 2, n "^ -1 3 3 T. Comme le saTon (herbe qui lave les taches) : 

A NT^^piâlO î<2T^N Erbe savonijére — W Nn"':iT>p N3-PN — 

— 17, n b 3 0. Réserve : 

/■•sîia^N Éstouj — }'T -^rû-OH — M •'•'iL3\::"'N '. 

— 20, p3n»"'ba:>3. Comme des veaux de parc (à l'engrais^ : 

M T Nbcip Kopla - Y «baip ». 

1. Lire : talaiit. 

2. De * fossatos. 

3. ^ F téntinoDç. Pour les autres, voir ci-dessus, p. 79, n. 7. 

4. Subst. verbal de porpurter. Y donne proféte. 

5. Lire : démoniseméut, tiré de demonir. Cf. LIV, 228, 7. 

6. Lire : érbe savonére. 

7. Lire : éstui ; mod. : étui. 

8. Cf. LIV, 226, 3. 

T. LV, N» 109. 6 



8â REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

HAGIOGRAPHES 
PSAUMES ^ 

1,3, b n 3 "^ N b . Ne se flétrira pas : 

M T^iU'Oi'^bD Plestjjr — A nia^y^bD — T "T'"ia^"'bD — d ^J-^aTe-t-^bD 

u * ^zj-ipbD — X -lUTiî'i'^bD f'rs'bn .T'pbDN — l -iuï5">"^bD '. 

V, 43, 1 1 i£ n . Bonté, paix du cœur : 

LTU^W Î3373'^"'DS Apjjmni — MA l:3"'72"'"'::N — d u:tt''''iSBN — 

VI. 3, b b 73 N. Abattu : 

A ynnpiËîip Konfondouç — XTU yinSIESip - bd yTlD3ip — 

X y-mD-iD5ip (?) — M -nn3is3ip v 
— 8, n ï: w s». S'éclaire : 

TUXe NST^UDb Interna — A NSn-^Upb Xd N3'T>'i!::5nb — M Ni-^nUSb 

— b arr^'ù^h — L Nn-'Db «. 

VIII, 8, !i 3 1£. Enclos pour parquer le menu bétail : 
w y^nbm'N Obéidiç — KXd -y-iib-^-mN ^ 

XVII, 14, T b n M. De vieillesse, m. à m. rouille : 

A b-^^-^nin RocTijji — b\ N">"^bTT'-i — M(/ Nb-^-^mi — u Nb-i-^iT-i — 

L b-'-'Tm — T Nb-t-^Tl — X Nb-^"»!"!» '• 

XVIII, 3, nn noriN. Je me mets à l'abri : 

A "lN"^nnN Abriér — À' -i"''^N"<'12N - bt nN'^-inN — d T^N-^-^-inN — 

u -l^{^^DN^ 

1. Pour un très irraml nombre des gloses des Psaumes (surtout jusqu'au Ps. Lviii), 
les cahiers de Darmesteter ne contiennent pas de variantes de mss. 

2. Lire : flaistir. Vb donnent flakis, cf. LIV, 221, 2, et Godefroy, Oachir. 

3. Lire : apayemént, de ad + pacamenlum. Cf. LUI, 171, 6. 

4. Lire : confondue;. M b de môme. 

5. Lanterne. X (/ lontérne, L latérne. 

6. Lire : ovéylediç (yl = 1 mouillée), de * oviculaticium. 

1. AMf/, rodil et rodile (tous deux avec / mouillée), indiquent une élymologie * rufi- 
liare. L roduii, U rodoile, une étymologle ' ruieliare. T et X donnent la forme plus 
récente : royle. 

8. Cf. LlV, 21, 7. 



LES GLOSES FRANÇAISES DE RASCÏÏI DANS LA BIBLE 83 

XVIII, d8, 11 3 y. Ont passé : 

A a:"43D"^"ip Trépasant — e a3pDÏ)np — U6 î32"«TaDU5"^"ia — 

— 37, -^bonp. Mes chevilles : 

A Nb-'ip Kevile — eML N5"^3p — A'UXô Ni^b">Dp — 1 d Nb'^-'np — 

w b-^np ». 
XXII, 16, ■'mpbTopnnM. Attachée à mon palais : 

A y-i^bs Palajjç — M T WU X L e 6 (i ^y^-'bs '. 

XXXI, 14, D "^ 3 "I n a 1 . La parole de la foule : 

A yi-lb-lD Parlediç — ct/TWU y>-lb"IS - M y>binb-|D - i y'blD 

— e N-^-bn"iD \ 
XXXIV, 3, bbnnn. S'enorgueillira: 

A nUjTniOïJ Seporvvanlera — T NCûSiTlÉTI) — X NIû^TniDlT — 



Arsène Darmesteter. 



[A suivre. 



1. Lire : tréspasant. 

2. Lire : chevilie (Il = 1 mouillée). 

3. Lire : palayç. 

4. Cf. LUI, 172, 1. 

5. Lire : se porvantera. 



DEUX PROBLÈMES D'HISTOIRE LITTÉRAIRE 



L'auteur du commentaire des Chroniques. 



Zunz ' et surtout Joseph Weisse ^ ont démontré que le Commen- 
taire des Chroniques imprimé dans les Bibles rabbiniques n'est 
pas l'œuvre de Rasclii. On n'a pas encore essayé de retrouver 
l'auteur ou le compilateur véritable; aussi bien le commentaire 
ne fournit-il aucun indice sur la personnalité de celui qui l'a 
composé. 

Or, j'ai trouvé dans un ouvrage peu connu, à ce qu'il semble, 
une citation de ce commentaire, introduite par une abréviation qui 
permet peut-être d'identifier l'auteur. Je n'y ai pas réussi pour ma 
part, il se peut que d'autres soient plus heureux ; c'est pourquoi je 
vais reproduire le passage en question. Au troisième volume de la 
Massorah compiled de Ginsburg (p. 191-206; est publié un opus- 
cule massorétique sur le nombre des noms de Dieu, intitulé nsD 
mMï5 :5>aa. On y lit ce qui suit (p. 194, col. 2) : 

l'^aTis "irr^is'^TOT irr^'D^"^! nrr'bny ... rr^^ Idido û">ï53 m»o \a"' ca 

hy a-^T^Tt -^-isn -iDob TàJi-iica p-indnn nro pT D-'Or^n 
rîTn n-noTom isiob mîi -^yû n"i3 a"i '^03 b-'ybi bwV-^-ivs na ^r>'^':i^ri 
^-^Nl:73 pT -vnwX J='J3 ■'b -i7ûn pT ."iT^bx nmn acn yi^:i np-ri 
'723 nn3UJ rnott 1T nuJM non iit ti-ioiToo aipTj boa v3N •win-'oa 
n-'bD-^ pi (II R., XI, 3: u ciir . XXII, 12) y-iNH by PDbTa irfbnr ^rfbny 
D->;o i'-^ bD hîN-i"-'^ rN n-jc'a n-ti "'D nn"»n n'^rrnïjrr'i ■'ob irr'bD"" 
p n:3 rr^T? nx nsibtrn r-i?ou:3T n"C"«2b rr^iTTûN nbyn (i. or»^^ D?U3 

\. Rasclii. 344-0 

2. Kérem Hémed, V, 232 et suiv. 



DEUX PROBLÈMES D'HISTOIRE LITTÉRAIRE 85 

Ce passage cité d'après le commentaire des Chroniques de «"aion 
se Irouvelittéi'alement dans celui qui nous occupe. Il n'est donc pas 
douteux, étant données surtout les autres indications, que l'auteur 
du traité massorétique cite notre commentaire des Chroniques, 
celui qui est attribué à Raschi. Ce commentaire a donc pour auteur 
un certain n"3'^"i, sigle qui peut d'ailleurs être résolu de plusieurs 
manières. 

Il sera plus facile de découvrir lécrivain qui se cache sous cette 
abréviation si l'on soumet à une critique attentive les indications 
courantes sur son époque et sur sa patrie. On admet généralement 
que l'auteur était un Allemand, qui a vécu ensuite en France, à 
Narbonne, dans la première moitié du xn« siècle. En ce qui touche 
la patrie, cette opinion se fonde sur les mots allemands du com- 
mentaire. Mais la citation de mots allemands ne prouve pas l'ori- 
gine allemande d'un écrivain; c'est ce qui ressort du fait que des 
auteurs dont l'origine française est certaine, et qui n'ont peut-être 
jamais été en Allemagne, donnent des explications par l'allemand, 
tels : R. Menahem bar Helbo, Raschi, R. Joseph Cara, ainsi que 
d'autres savants français '. Le fait s'explique en partie par les rela- 
tions de ces auteurs avec leurs collègues et leurs élèves des 
pays rhénans, en partie par le remaniement et la copie de leurs 
ouvrages en pays allemand-. Notre commentaire rapporte l'expli- 
cation d'un mot par l'allemand au nom d'isaac b. Samuel de Nar- 
bonne, c'est-à-dire d'un savant du sud de la France *. 

Zunz '' dit que notre commentaire, « à côté d'un petit nombre de 
mots français, glose presque tout en allemand » ; Weisse^ affirme 
semblablement que la plupart des gloses sont allemandes. Ce n'est 
pas exact. Weisse remarque lui-même en un autre endroit»^ que 
dans certaines éditions la glose allemande est remplacée par une 
glose française ou italienne, et même dans les éditions utilisées 
par Zunz et Weisse, qui contiennent le plus de mots allemands, 
ces mots ne sont pas plus nombreux que les autres gloses, comme 
on le voit par les listes qui suivent. Ce qui est plus important 

1. Cf. Poziianski. Menahem bar Helbo, j). IG et note 4. 

2. On trouve aussi un mot français et un mot allemaiiil ^abattre, iiansa) dans le 
commentaire des Chroniques édité par Kircliiieim ; cf. Donatli dans Maf/azin, I, 91, 
Or ce commentateur, Donalli le prouve, est ori-iiiaire du nord de r.\fri(iue. 

3. Sur II, XXIV. il : i-'cmz":: xnn t;dwN iT:;b3 Stosseï b'\"-crji'C nb^m 

M:T3-1373 bNlWO -13. 

4. L. c, p. 344. 

5. L. c, p. 234. 

6. i. c, p. 238. 



86 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

encore, c'est que l'édition de Bomberg, 1518, ne contient que trois 
mots allemands. 



/. Gloses allemandes. 

I, VI, 29 : Tm^aa (Éditions de Bâle, 1619 ; Amsterdam, 1687 ; 
Vienne, 1816; Varsovie, 1866). 

IX, 18 : Nn^y) ^n p:>n:s ^-m. 

XIII, 8 : ipND. 

xxii, 3 : ba:?3 (Quelques éditions ont «)"Nnbp, clous)'. 

XXV, 9 : £]T25 "T-mna. 
II, I, 16 : i^aiûTî) ^. 

II, 6 : n-^a-'-i:». 
9 : C|-iî* b.sr 

15 : 'j-'iiibi ^D'autres éditions ont y""'"i)^. 

III, 4 : '{■'DnmasN'*. 

IX, 21 : I^Np -13>ÎD '\ 

X, 11 : 'î73"<n2«. 

1. Weisse, l. c, p. 238. 

2. Zunz transcrit « Stute ». Ce mot, qui signifie jument, ne répond pas à l'hébreu 
D'^OTDfl nc^ON ; il faut donc songer à « Stuterei » eu moyen haut-allemand « stuot », 
maison d'élevage de chevaux, troupeau de chevaux d'élevage. 

3. « Flossen, Floss » se trouve aussi dans Raschi sur 1 Rois, v, 23 ('j"'^3S''bD), où 
R. Joseph Gara (cité dans Ha-Schahar, IV, 62) lisait daus le texte de Raschi Dlbl, mot 
qui revient dans Raschi sur Berachol, 28 b. Dans le Glossaire hébreu- français édité 
par MM. Lambert et Brandin, mODT (H Chr., ii, 15) est traduit par « veléï », qui 
n'est pas un mot français, ce que les éditeurs indiquent par un point d'interrogation. 
Certainement ce terme n'est autre que DlbT, Y^'b'0 « Floss, FlOsso », que l'autour du 
Glossaire connaissait par Raschi. 

4. Dans une explication de R. Élazar b. Meschoullam. Si Gross, Gallia, 353, 476, a 
raison de voir ici R. Élazar b. Meschoullam de Narbonne, nous avons un nouvel 
exemple d'un auteur du sud de la France employant un vocable allemand. 

5. « Meerkatzen » ; même glose dans Raschi, sur Bechorot, Sa (î<"S£p"173). La 
transcription de e par 3? prouve que l'orthographe de notre commentaire n'est pas pri- 
mitive. Encore au xiii" siècle on ne rendait pas le e, ou bien ou le rendait par ^, 
v. Giidemann, Geschichle des Erziehiingsiresens, 111, 280, 281. Le y rendant e se 
trouve pour la première fois dans le « Sittenbuch », qui remonte au xvic siècle, v. 
Giidemann, ibid., et 225. La même observation s'api)lique à b'^a^D. 

6. Zunz et Weisse entendent : D + "jW^I, « avec des courroies » (Riemen). Ce 
serait une traduction tout K fait impropre <le D"'2"lp3^ qui. à côté de D''t3Tw, doit 
désigner une sorte de plante piquante et est d'ailleurs e\i)ii(|ué ainsi par tous les com- 
mentateurs. He plus, il est inadmissible (ju'on ait joint une préposition hébraïque à 
un mot allemand. En réalité, 173^13 n'est pas autre chose que « Pfrieinen », plantes 
piquantes (v. Sanders) ; l'omission du p ne doit pas nous embarrasser; au xiii'' siècle 
on écrit t31"l3Nl211D, UTn3n3"l"lD pour a Pfriiudebrod », v. Giidemann, op. cil., 



DEUX PROBLÈMES D'HISTOIRE LITTÉRAIRE 87 

XVI, 10 : aa^na. 

XXIV, 14 : b-i-yiiiiio i^Dautres éd. ont "[1^3, « pilon »). 

XXX, 6 : 1"'D"'nn. 

XXXIV, H : 1-«55DU5 '. 

Au total seize gloses. Si Ton considère, en outre, que T^n-'-ia, à 
cause de la désinence "t^, peut être, non Talleniand « graben », 
mais plutôt le français » graver » -, il ne reste que quinze gloses 
allemandes. D'après le témoignage de M. Berliner^ Tédition prin- 
ceps (Naples,d487) n'a pas les gloses allemandes surl,ix, 18; xiii,8; 
II, I, 16 ; II, 6 et 9, en tout cinq ; il ne dit pas si elle donne les 
autres. 

2. Gloses fra.nçaîses. 

Éd. Bomber g, 1518. Éditions postérieures. 

I, II, 5:2 : T^Diniamo, rD"»"Y7tt^iD 

"la-'b^biD [Glossaire , 210, 
55 : « éfurt poralouz »). 
I, XVI, 20 : aD2"»bî< -n^. 

27 (b-iy») : Ntp, cape. 
XVIII, 7 (lybffi) : \''s.'rû^ ttjriaip. ïJiS'^'in [Glossaire, 210, 69 : 

« Kuybrins », bouclier). 
XXIX, 7 : Tûjnitp. 

H : nt^-'-iaipri^ !iî<->nt3ipN. 
19 : '^©:2"»'inDK. 
XXX, 19 : vp"'-isN. 

II, 1, 9 : ;e-o"'"i3N-iD. 
II, III, 16 (nD3ffl) : «■•onp [Glos- 
saire, 29, 5; 36, 26; 77, 87, 

etc. : « Kuyfe », trad. de 
nD3i:tt et de rjaaa). 

, 216. La pircuve directe de l'exactitude de cette explication est fournie par l'éd. de 
1518, où D"'3"ip3' est rendu par -.■'D-man « Hagedorn ». 

1. Les ;,'loses de I, ix, 8 ; II, m, 4; xxxiv, 11, manquent chez Zunz. 

2. Gtidemann, op. cit., I, 219, donne, à la vérité, un exemple unique d'un mot 
allemand atrcrté d'une terminaison française : mais ce traitement est si singulier qu'il 
ne doit pas être supposé là où le mot français correspondant est connu. Du reste, 
même l'exemple unique de Gùdemann n'est rien moins que sûr. L'indication p^ba 
T3D1I3N appartient certainement à un copiste ignorant. 

3. Magazin, I, p. 57. 



88 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

IV, 3 : Tab-'WiD. la-^b'^wiD^ lab-^ttiD [Glossaire, 77, 

84; 211, 49 : « puméls », 
pommier). 

Ibid , i«-nibiu:, soudure. Idein. 

IV, 17 (""3^3) : îïb-'niîa. i^b-^T-ia. 

IV, 21 : l-^D. 



IX, 21 (û''Dip) : N"'»'^ia 



XX, 6 : X'irin. 
XXIV, 11 : T'n-i!;:. 

12 : n'iiï2U)''!Di^. 



XXIV, 14 (mb:!>m) i'ito-'D (1. 11^!:, 
pilon). 

XXV, 17 (û">n»ia ...mx-inb) : 1"«d\2:v. 

XXVI, 10 (û-«-i3iN) : •CT^ma. 

XXXI, 6 (mn^-i:>) : ujVitsw [Glossaire, 10, 88; 23, 4; 42, 45; 44, 
45 : G monzel, monzels », monceau). 

XXXIV, 11 (m^ian^b) : iraDDW. 

Ibid. (m-ipbi) : T^n-^nTj {Glossaire, 208, 57 ;'213, 13 : « trâvér », 

charpenter ; 55, 57, « trayvayure », charpente). 
12 (nitab) : "i-'^i-jttJ'^iWN. 
Ibid. : l-'it^DT imp® l^nsti. 

XXXV, 13 (UDiDttS) : i:3''N'73ip. 

Ainsi, les éditions postérieures ont quatorze gloses françaises et 
même quinze, si l'on y ajoute T^nna, c'est-à-dire exactement le 
nombre des gloses allemandes dans les mêmes éditions. 

Quant à l'édition Bomberg, elle contient, comparée aux éditions 
postérieures, plus de mots français que de mots allemands. Car 
môme en défalquant waîDUJ (allemand « Spangen ») et \aT'3i3 (alle- 
mand : « Bauern »), il reste encore seize gloses françaises. Le troi- 
sième mot allemand, dans cette édition, est n-'î'man (« Hagedorne ») 
pour û-ia-ips», dans II, x, 11. En outre, on trouve encore trace de 
deux autres vocables allemands. Dans I, vi, 29 : '»î«m) nti:\Ti Drr^ni* 
TDiDUîN )^db'2, il manque la glose "i^^mnaa, « Gebriider ». Dans II, ii, 9 : 
.."ITnnD nnw û"'n73iî< ujit cibî< î<b3 mD» û'^an ne donne aucun sens; 
la glose t|ii< b^'\, « vollauf » est tombée et N"b3 (nDiuN 'bn) est 
devenu qb^ «bn. 

Le Commentaire des Chroniques ne nous étant pas parvenu dans 
sa forme primitive, mais dans dilférenls remaniements^, il estdifti- 

1. Singe en provençal: de même Gerionide. 

2. Voir plut loin, ]>. 90. 



DEUX PROBLÈMES D'HISTOIRE LITTÉRAIRE 89 

cile de décider si les gloses allemandes sont primitives ou si ce sont 
des retoucheurs et des copistes allemands qui les ont introduites 
dans le texte '. Dans le dernier cas, il n'y a aucun indice en faveur 
de Torigine allemande de l'auteur; dans le premier cas, l'ortho- 
graphe des mots allemands — n pour rendre Ve muet du français, 
dans i^anau), « Stuot », n"iî<^, « Schaar » ; s comme sigr.e du plu- 
riel, dans TuasDTB, « Spangen », anma, « Bauern » — prouve que la 
langue maternelle de l'auteur était le français -. C'est donc en 
France qu'il faut chercher sa patrie. Il est vrai que les Juifs alle- 
mands des bords du Rhin parlaient également le] français, mais 
puisque notre auteur a vécu en France et a eu des savants français 
pour maîtres, toutes les vraisemblances portent à admettre que la 
France n'était pas seulement son pays [d'adoption, mai» sa véri- 
table patrie ^. 

Pour ce qui est de l'époque de notre commentateur, on le fait 
vivre dans la première moitié du xii* siècle, parce qu'il cite comme 
ses contemporains des savants qui ont vécu dans ce temps. L'ar- 
gument serait sur si l'âge de ces savants était connu avec exacti- 
tude. Mais ce n'est pas le cas et les critiques'se meuvent dans un 
cercle vicieux. Tandis que les uns fixent l'époque de notre com- 
mentateur par celle de ses contemporains, d'autres font exacte- 
ment l'inverse ^ Il n'est pas prouvé davantage que R. Kalonymos 
ait été le maître du R. A. 6. N. Le seul indice sûr qui resterait 
serait constitué par les relations personnelles de l'auteur avec 
Salomon ben Lévi de Narbonne, neveu de R. Moïse ha-Darschan. 
Mais il disparaît, lui aussi, dès que Ton tient compte du texte 
donné par le manuscrit de 3^unich•^ qui est ainsi conçu : ot^d ']'d 
pn^-" 13 n»b">a is-in-i ib nwN ^si Dba« ira-i p -iT^bx 'i im ûuja "^m» 
^DT iu5-nn rr^w 'n thn (?) w"n •= û©2-ittN\a -«nb 'i r»n Dca ^-^aai» i» 
li:»»^:^ p CjOT" '"» ib nwN. Ce n'est donc pas notre commentateur, 

1. La transcription flottante de e par "^ ol y trahit l'orthographe judéo-allemande du 
xvi« siècle ; aussi bien est-ce de cette époque que date la première édition allemande 
de notre commentaire (Prafjue, 1376). 

2. Cf. Giidemann, op. cit., I, 279. 

3. Ibid., 273 et suiv. 

4. V. Weisse et Zunz dans un sens, et dans l'autre Gross, Gallia, 33, 353, 416, à 
propos des mêmes personnages. 

0. V. Berliner, dans la Motialsschri/'t, 1863, 396; dans la liebr. Bibliographie, 
XIV, 130 ; inexactement dans Gross, Gallia, 320 ; « mss. de Leyde, ms. Scaliger n' 1 », 
mais correctement p. 476. 

6. Texte donné dans H. B. et dans Epstein, Moïse ha-Darschan, 34Jd'aprèsî,une 
copie de J. Perles ; dans la Monatsschrift et dans Gross, 320, on ;iit "'ttn, ce qui est 
certainement une faute, attendu que R. Lévi était un frère de R. Moïse ha-Darschan. 

7. D'après //. B., sur I, iv, 11 (lire : 31), d'après Berliner et E]isttin, sur I, ix, 20 ; 



90 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mais son maître qui fut en relations avec Élazar (Éliézer) ben 
MeschouUam, avec Salomon ben (Isaac ben) Lévi et avec Joseph 
Gara. C'est une différence de trente ans pour le moins, de sorte que 
notre commentateur ou compilateur aurait vécu dans la seconde 
moitié du xii^ siècle. 

M. Gross * dit sur ce passage : » Il est possible que le commentaire 
contenu dans ce ms. soit un remaniement de l'ouvrage primitif. » 
Mais d'une façon générale il est plus vraisemblable d'admettre que 
des remanieurs postérieurs abrègent une série de noms propres 
d'abord complète que de supposer qu'ils complètent une indica- 
tion sommaire par l'addition de nouveaux noms. Dans le premier 
cas on aurait une simple inexactitude, dans le second, une falsifi- 
cation ^. Toutefois, l'opinion de M. Gross ne doit pas être exclue^. 

Il a été question plus haut des divergences que présentent les 
éditions du Commentaire des Chroniques. J'ai pu seulement com- 
parer l'édition de Bomberg, 1518, avec quelques éditions alle- 
mandes^ ; celles-ci diffèrent entre elles en ce que la première est 
plus étendue dans la plupart des cas, mais parfois aussi plus brève 
que les suivantes. Il n'est pas rare non plus de trouver des diver- 
gences dans le style, comme on va le voir par quelques exemples. 
Ce que nous savons de l'éd. princeps et des manuscrits nous 
permet de reconnaître que cette édition sécarte des éditions pos- 
térieures et des manuscrits, que ces derniers diffèrent et entre eux 
et des éditions. 

Quelques exemples illustreront les divergences entre l'édition 
de 1518 et les suivantes : 

Venise, 1518. Bâle, 1 619, etc. 

I, I, 1 : 3n3 N-iTy .uJnSN nu: ms i, i, i ■■ 3nD nitt xi2N nuj dtn 
r-i3^ m;ay nswu: ^inn riT "-idd rr'nDT "^an •^t' by nin on"'n nso 

peut-ôtre dans les deux endroits. Toutefois Geiger, Parschandatha, p. 25, ne cite pas 
I, IV, 31 parmi les passages où J. Gara est mentionné dans le manuscrit de Munich. — 
Le texte en qnestion est ainsi conçu dans ce manuscrit de Munich : laiNH 'îDT 

irr^bN. J. Gara rejfttc donc l'identitication de Pinlias avec Élie ; il ne peut, par consé- 
quent, pas être l'auteur de l'explicatidu ((ue lui attrii)ue Geiïor, Siteê Xaamaiiitn, 

p. 4 : nn^Db ^^■\DD mnDn iNipi pDn oroc ht -lyby ■'acin?: •'3*o»-^n nn-^bN 

bNTOJ"' T'n ÛIN bDb mbUJ (3'^\2J?3) Q-^TUTÛ rT'Hia iDb. 

1. Gallia, p. 416. 

2. Le Talmud (h. Nazir, 56 6) autorise et considère comme usuelli' l'aliréviation 
dans les séries de « rapi)ortturs » : -^NTSip Nnbn ^^"2 r^-^lZUrti-l NPrytJ'C: bD 

. . ."imwN Nb iN5"«i:w p-i-iTiN ^s-inDT- 

3. V. une autre donnée, pour la fixation de l'Age du commentaire, plus loin, p. 93. 

4. V. plu» haut, p. 87. 



DEUX PROBLÈMES D'HISTOIRE LITTÉRAIRE 91 

f^ibm mn otr^'^b -^ist ."-inoN y'^airr^n '-ïnai-iT D'ibiai-i'^b t^au: 
nT'izy'n ^n'^n ûn'iiuJam Di-i:>r:JT N30 '^y iiuîxin \z:-nr) ^wn pDn 
Nnia '^y d*7Ntt msTob binnn mi m-i on-» mo73 bism ^noN p iut^s 
bnN .'j-iNn n3w^ omni* m-ibipb tzjn^icbT Q-^-iyTiCb a-inbm ^bwn 
^itp m»iN -iNO ?-mbin bD3 by nn nT^73yrt ^ntt n"«-niu:b»T 
^boiuj n-'ba-iwb b'0^2 .tnD^bor.T '^is-'cb .am-i7o;D»b û-<Dnsm û-iwy» 
Sina U5»"vD7373 ïznN binrj v^ "'sbi tamnN ny din» taon"»"» 
.n-'ba-iTar! Niriïïu: '^y nnn^n -nn^T n-'DTn amaN pn on'«b T^i£^r^2J 
^Vi^:^ bmn '^■^bo^j ï-iNirr-w^wn 1-^33 ■'Dm T'33 t"7o-i35T! 'nx^a aa 
pnss"» b;a mi3D ■'sbi •r-i-'ba-iHrt a"iD:y -in">j on-^b "^i-ii: -1132 aiïJTn 
■^33 ^n:j>7ûU5'' ■'Dm iu33> ■«D3 OH^'i amaN u:t^ '^ntî 3'ininb i3>Da ^Da 
^-yyQ 13a 'n-^Dïn a:»i n-nap -iiaTnb -j-iirino -inN«T aiC-iN nx 
lujyb toîS-iN riDnaia "^sb mnn aaa by T'af^ i^dd mibin orr^bi 
y3ttn on^'^' tiai .pnif f-iariNa uy» an^aTToi faïay -inï) mibin 
ï-itta tairjiaN buî inbna y^iinb ^p-'^'b y^yn^ nr aa-^b^a^ai t:3>tt 
^DWn .ny-iTa pannb a^'a^n rn aiNb bu:» na-i n"«uJN^aa u:-id»id 
mnNi -ittND'O nn-^ri a-^cibN na nbsDi aipTsb aip»« -laiy n\'i«5 
■^3U3Ti -^sibN» .pibi :s>D72n pib ^aai aiN^ n^ûri r-iTiba-iya nb 
ï-iaiT •'D-^N !-n73N nn-Ti ^-^i»!:: ïnT'ba^iîo Niswu) ny nsj'n n-iaaa 
laabs n^nn^ ^Nibn ib r-^'^D-^nb au: Dn^>b -^b rt» ï-i"apn n«N '^a 
.Ts''bNb uîabs nn-^n rDTom -itDNDu: N"i::7ûb Nbx n-im 'iai -i-^i^aD-iNT 
on'^"«n np"'y p-^NUj ■'ob .u:idn nu: iwnd taab r-iN nNitTai tonnaNb 
barri iip i^a ana «bu: jitdi ."[-lirpTo an-' pn::-^ bu: imaa "«DCTai .^-^Dob 
.r-mbin iT^a^rj «bu: isb !-j-nap ■'Dai S^yyju:"'"! iu:y 13a 

•^3ai 1^3731 ay» 12^73 p"«bu5tti 
ï-i'^u)3>3u: j'D>3n arrib aan a'iu:-!'^^' ■lu:^ "^Da -^a by T'aT73 •'-nnn t^^uj 
to-'N-'OD mDa nn'^nuj tasnnawX bu: nnau: y^Tinb tamaN ■•Dab u:3bD 
nvu: ""Da on^^'' pb Tiri . . . arrnaN y-iïb u:ab"«D n"i-«nb nns:-n a^'DibMi 
pnit"^ nar^Nai rr^n -i-'yu: bu: ^-^yu: nrn CD-^ab?:*! a-^oibN t'h canu: 
y-^mrtbi .tannn ■iau:''i C3"iu:n^i r::y ■'3ai a-^nai ■iu:yb ï-j"apn n3n3 
b"'au:ai .baa ■ia'^bu:nb"i i^-it ma-inb pni:"'b nwNu: !-j"apn ■•naT aTip 
taTiN y-iNa lab» nu:N a"»ab72r! nbNi p ijja ana pnit"» bu: iTiaa 
■^sbi u:i3N nu: 1331 nu: btn -^33 iToa iDinnc u:"i:n nu: anx : ^mai 
i*T^73yn Nbu: ■'sb bam ^-p T^aTn Nbu: riToi .pirpTo orr^n np-^y p-^Nu: 
.TiT ny amaNTûT C3n-i3Ni hd mnbin ini:-' nu:73 b3fi< .t-mbin 

Sur III, 10, rédition de I0I8 contient une assez longue explica- 
tion, dont le fond appartient à la Pesikta {Parschat ha-Hodesch, 
53 a Buber) et à Genèse rabba, xv ; les derniers mots (nan 



92 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nsab bia rm») coïncident avec le dernier Midrasch. L'aggada est 
introduite par les mots ffinnn mr-is btj n-^bT 'icn «n^i:». Je ne sais 
ce que peut être le « Commentaire des Psaumes sur la parascha 
de Ha-Hodesch » . Y aurait-il eu un rite dans lequel certains 
psaumes figuraient dans la liturgie de ce sabbat? ou bien les 
Psaumes en général ont-ils joué le même rôle que les chapitres 
des Prophètes? et faut-il en rapprocher le fait que dans deux 
manuscrits de la Bible ^ les Psaumes sont divisés en 459 et en 
470 chapitres? Dans ce cas, le premier nombre, qui est égal à 
53 X 3, répondrait au triple du nombre des sections sabbatiques. 
La provenance de ces manuscrits, qui viennent d'Orient, ne doit 
pas nous gêner, car l'auteur de notre commentaire a utilisé des 
exemplaires palestiniens. Ainsi il cite, sur I, i, 36, un « Sifrè 
correct de Jérusalem » ^. — Mais il se peut aussi qu'au lieu de 
û-^bn '-«Dn, il faille lire Nnp-'ODD, le passage se trouvant effectivement 
dans la Pesikta. 

L'explication de I, xi, 5, dont le style diffère de celui des autres 
éditions, est suivie de la remarque : p ^'T'D nh nsb^a nî^nm. — 
lèid., 16, l'édition de 4618, de même que l'éd. princeps, porte •'îb'^rja 
nribwrj, au lieu de nriN n^b^n, comme dans les éd. postérieures. — 

I, XII, 48 : ...'^b:' ■';2 x-\y -^îd» rr^rrû bNnwcn is^T'D "ûdi. L'explication 
visée se trouve dans le commentaire de Raschi sur I Sam., ii, 30. 
Ce passage de notre commentaire pourrait donc être considéré 
comme un fragment de celui de Raschi sur les Chroniques. Mais 
cette explication est si naturelle qu'elle peut appartenir à plus 
d'un auteur. — Dans II, ii, 43, on lit : Tti^biD '■'n-i "«Da "r^ttiD '^d 
b'^iasiH):. Le même Salomon est nommé ailleurs dans le commen- 
taire Salomon ben Lévi de b-iiasn». — On sait que l'édition de 4548 
contient des extraits du Yalkout intercalés et précédés des mots '"^d 
■'avîoio^. — Remarquons, enfin, que, dans cette édition, il n'est pas 
dit que le commentaire appartient à Raschi ; c'est seulement sur 

II, VIII, 42, qu'on lit le titre ■^''œn '■'D. 

1. V. Ginshurfr, Infroduclion to the hebrew Bible, 725-726. 

2. ■'WbUJl"!"' p">"'"n)3 """IDDa; p■'"'^^73 manque dans les éd. postérieures. — Il 
semble que les manuscrits orientaux n'étaient pas rares eu France: dans Pardès, 
n« 25, on mentionne un exemplaire liabylonien des Prophètes, qui contenait l'indica- 
tion di-s Haftarot. Kimhi, Lexique, s. v. "5in, mentionne un nis. correct de Jérusalem. 

3. V. Rapoport, dans Kérem Uémed, VII, 7 ; Kiichheira, dans Lille ralurblalt des 
Orients, 1844, 254; Epstein, da.iis II a- Uoker, 1,134. 



DEUX PROBLÈMES D'HISTOIRE LITTÉRAIRE 93 



IL — Notes sur le « Choix des Perles ». 

Tout le monde connaît la collection de sentences intitulée 
Choix des Perles (Q-'rsDrj ^natt). Mais on est incertain sur Fauteur 
de l'original arabe et sur celui de la traduction hébraïque. En se 
fondant sur une indication de la préface du Schékel ha-Kodesch 
de Joseph Kinihi, on attribue l'original à Salomon Ibn Gabirol, la 
traduction à Juda Ibn Tibbon. Steinschneider a fait valoir des 
arguments sérieux, sinon péremptoires, contre la paternité de 
Gabirol; quant à voir le traducteur dans Juda Ibn Tibbon, le môme 
savant objecte ^ : « Il n'est pas moins singulier que le nom de 
J. Ibn Tibbon ne se trouve indiqué nulle part en dehors du passage 
de Kimbi, qui en fait un Sévillan, alors que partout, même dans 
les épigraphes de son fils Samuel et de son petit-fils Moïse, on le 
dit originaire de Grenade {y^z'o "jitt-itt). Ce qui pourrait expliquer 
une interpolation qui fait de lui le traducteur du Choix des Perles, 
c'est qu'il cite cet ouvrage et qu'il a été considéré comme le pre- 
mier traducteur d'écrits philosophiques. » 

Cette question est étroitement liée à celle de l'époque à laquelle 
a vécu l'auteur ou le rédacteur de notre commentaire des Chro- 
niques. Ce commentaire cite, en effet, dans l'éd. de Venise, 1318, 
cinq morceaux assez étendus du Choix des Perles. Si l'opinion qui 
fait vivre l'auteur de ce commentaire dans la première moitié du 
xii« siècle, est exacte, Juda, né vers 1120, était encore bien jeune à 
cette époque. De plus, on sait que Juda n'a commencé ses traduc- 
tions qu'après avoir émigré à Lunel, vers 1150. En Espagne, il n'y 
avait aucune raison de traduire des ouvrages arabes. La traduc- 
tion du Choix des Perles ne peut donc pas être l'œuvre de Juda Ibn 
Tibbon. 

Mais si l'on écarte les scrupules de Steinschneider et que l'on 
fasse de J. Ibn Tibbon le traducteur du Choix des Perles, le 

1. Die hebrdischen Uebersetzunqen, 388. En 1852, dans riiitroduction du Testa- 
ment de Juda édité ])ar lui, Steinschneider ne faisait encore aucune objection contre 
Ibn Gabirol comme auteur ni contre Juda Ibn Tibbon commi traducteur; rien non 
plus en 1837 dans sa Judische Lileralur. Mais en 1858 il émet déjà des doutts sur la 
paternité d'Ibn Gabirol, Heb7\ fiibl., VI, 366. Gross, Gallia, 282, ne connaît que le 
Steinschneider de 1852. Mais tandis que Steinschneider disait seulement : « traduit 
peut-être aussi pour Aschcr », sans invoquer le Testament de Juda, qui n'en dit 
rien, Gross écrit sans hésitation : a C'est également sur les instances d'Asoher qu'il 
traduisit le Choix des Perles... (Testament, l. c, introduction, p. 11). i 



94 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Commentaire des Chroniques ne peut avoir été écrit qu'après 1150, 
ou, pour mieux dire, après 1160, puisque la première traduction 
de Juda Ibn Tibbon, celle des Devoirs des cœurs de Bahya Ibn 
Pakouda, a été faite au plus tôt vers 1161 '. 

Il se peut, à la vérité, que les extraits du Choix des Perles inter- 
calés dans le Commentaire des Chroniques soient des interpola- 
tions postérieures. Dans ce cas, elles perdraient l'importance que 
leur donnerait leur authenticité, mais elles n'en resteraient pas 
moins pleines de valeur et d'intérêt. 

En effet, elles nous révèlent d'abord un autre titre, inconnu par 
ailleurs, du Choix des Perles, ensuite une introduction différente 
de celle que nous connaissons par les manuscrits et les éditions -. 
La première citation (sur II, xxvi, 10) est introduite par ces mots : 
ûbwn n2''n2 -loon donn '»n n-^sbwn ibs Va^n ; la quatrième réunit 
deux chapitres qui sont tout à fait séparés dans nos textes. L'au- 
teur ou l'interpolateur du Commentaire des Chroniques connais- 
sait donc le Choix des Perles sous le titre de Behinat ha-Olam. Si 
l'on tient les citations pour interpolées, on pourrait conjecturer que 
le Choix des Perles était réuni dans un manuscrit quelconque au 
Behinat Olam de Yedaya ha-Penini sans porter de titre distinct. 
Il s'ensuivrait qu'avant 1318 on considérait déjà le Choix des Perles 
comme l'œuvre de Yedaya, ce qui était seulement une hypothèse 
de Gaulmin. 

Mais inversement on ne peut pas identifier l'ouvrage cité dans 
notre commentaire sous le titre de Behinat Olam avec celui de 
Yedaya, de façon à obtenir la preuve certaine que ces citations 
sont des interpolations. Car, même si l'on accorde l'identité des 
deux livres, il est vraisemblable, étant donné que les quatre 
autres passages sont introduits seulement par les mots i»n nt hy^ 
DDTti, que les mots dbvn nrna nsoa dans la première citation 
proviennent d'un copiste ou d'un lecteur à demi-savant. 

Les citations de notre Commentaire ne sont pas d'un grand prix 
pour le texte du Choix des Perles ; elles concordent en gros avec 
l'édition de Londres^. Les divergences sont secondaires, mais 

1. Steinschneider, op. cil., 273. 

2. Kirchheim dans Lbl. d. Or., 1844, p. 254, mentionne ces citations sans les exa- 
miner. Epstein, dans Ha-Hoker,\, 135, y touche aussi brièvement comme citations du 
Behinat Olam. 

3. Concordance des citations (dans II Clir.) avec l'édition de Londres, 1859 : 1» sur 
XXVI, 10 = §§ 498-519 ; 2° sur xxix, 17 = §§ 521-540 : 3» sur xxx, 28 = § 323-332; 
o» sur xxxiv, 28 = §§ 363-371 ; 4° sur xxxiv, 3 = §§ 372-378, 300-310 (aprèt le 
g 378, qui se termine par n"l3T!l n^*!?!, vient le g 300 précédé des mots "iTûNT 



DEUX PROBLÈMES D'HISTOIRE LITTÉRAIRE 95 

quelques-unes ne sont pas insignifiantes. L'édition de la Bible de 
Bomberg, 1518, n'étant pas très répandue, on me permettra de 
réunir ici les variantes : 

§ 302 : my-\ nON biao-^ia ; 303 : T>33>n nx -i-'ocri ; 307 : -nana 
nujnn nns-^uj-» ; 3io: ...nn rrri^uj bs^n noDn np-ri^an; 328: ^•^2H^ 
ù^nb b>NUJ ; 330 : man^m mysicn nrT73T n^ann -imn mr-^iirn in» ; 
337 : mbyn baoi ; 333 : T^ian T>rT^ Nb nx ; 363 : ,n-ii: ^b» rja t^nï: 
D^m NEi-n pni: asi^ nn i-^xa T^ra mnn bx n w n t ; 366 : bïîaî 
lyNS '^bwrj; 369: nnv nyb; 373: nujirn noDn nbi&tm; 377: -i72Kt 
ûsnn; 498: riNsrinb ; 499: muaw "^sd» ...pw?^ 3ti ; 503 : Ninab u:-'0 
nma; 303: rtDW-^n ; 306 : pp-i; 3io : n"':ia'' n»D im ; 513: ^otn 

"inN-l-'n : 323 : 3^1 nbsb ; 323 : DbiJ'n nnriN ; 327 : -)73N THN &nN 

■^sns ûDnb ; 329 : aiipn n'5an -iDi^n ; 533 : mu:i-iDn -i«î»i ; 534 : 

D'sD'O 1» -IWNT ; 333 : 33b b^ I^NT ; 338 : -«b IHîn O^ID ; 349 : 1373 

litt-'^N "'îN onb nwN . ■ . s'p-ip. 

V. Aptowitzer. 



LES MANUSCRITS HÉBREUX 

DE LA BIBLIOTHÈQUE DU LOUVRE 



M. Léopold Delisle, le maître de la bibliographie française, dont 
la carrière féconde et la verte vieillesse évoquent, pour nous 
profanes, le nom de Tinoubliable Moritz Steinschneider, vient de 
publier, à quatre-vingt-un ans, un gros ouvrage, qu'il présente à 
la fois comme un hommage à FAcadémie des Inscriptions et Belles- 
Lettres, dont] il est membre depuis cinquante ans, et comme ses 
adieux à la, Bibliothèque Nationale, dont il fut l'actif administra- 
teur général jusqu'en 1905, et qui lui a fourni la matière de ses 
principaux travaux, entre autres Le Cabinet des manuscrits de la 
Bibliothèque impériale \ Son nouveau livre reprend justement la 
première partie de ce dernier ouvrage ; il se rapporte aux volumes 
réunis par les rois de France Charles V et Charles VI dans leur 
bibliothèque du Louvre et est intitulé Recherches sur la librairie 
de Charles V^. Çà et là, M. Delisle a l'occasion de citer des manu- 
scrits écrits en hébreu ou ayant trait à des Juifs. Nous voudrions 
grouper et compléter ces renseignements, qui se rapportent à 
une des plus anciennes collections de livres de l'Europe, berceau 
de la Bibliothèque Nationale. Ils permettent d'enrichir la notice 
consacrée récemment par M. Schwab, dans la Jewish Encyclo- 
pedia ^, à l'histoire du fonds hébreu de cet établissement. 

Charles V, grand amateur de lettres et de livres, fonda une 
« librairie » somptueuse, qu'il installa dans son château du Louvre 

1. Paris, 1868; 3 vol. in-^. 

2. Paris, H. Champion, 1907; 2 vol. iu-S» de xxv -f 442 et 325 p. En tète du pre- 
mier Toliime de charmants « Souvenirs de jeunesse ». 

3. Jew. Encycl., m, 205-207. 



LES MANUSCRITS HÉBREUX DE LA BIBLIOTHÈQUE DU LOUVRE 97 

en 1367 ou 1368. Son père, Jean II le Bon, était également un 
bibliophile. C'est lui qui lit exécuter par Jean de Sy (ou de Gis) 
une superbe Bible française avec commentaires \ dont les frais 
furent mis à la charge des Juifs, et qui ne fut d'ailleurs jamais 
achevée ; un fragment forme le manuscrit français 15397 -. Nous 
devons ce renseignement à l'inventaire de Gilles Maiet, biblio- 
thécaire du roi, inventaire dont nous avons deux copies, éditées 
par M. Delisle ; on lit dans l'une et dans l'autre : « soixante-deus 
cahiers de la Bible que commença maistre Jehan de Sy, et laquelle 
faisoit translater le roi Jehan, que on a fait escripre aus despens 
des Juifs » ^. Il paraissait juste de faire copier aux frais de ces 
mécréants l'Écriture, témoignage de leur aveuglement et de leur 
perdition. C'est le mot d'un pape disant aux Juifs qui lui apportent 
processionnellement leurs livres saints : « Nous acceptons la Loi 
qui vous condamne. » 

On sait que Jean le Bon, pressé d'argent, rappela en 1360 les 
Juifs expulsés; il leur assura, moyennant finances, toutes sortes 
de garanties et de privilèges *, ce qui ne l'empêchait pas, on le voit, 
de recourir à certaines exactions. Celle-ci décèle la même arrière- 
pensée théologique qu'on lit entre les lignes du projet d'ordon- 
nance sur les Juifs tout récemment publié par M. Jusselin ^, quoique 
nul indice intrinsèque ne permette de le rapporter précisément à 
cette époque, comme le voudrait l'éditeur. Contrairement aussi à 
l'avis de M. Jusselin, il nous semble que ce document, d'après 
l'esprit qui s'y manifeste, émane d'un membre du clergé plutôt 
que d'un légiste ; les mesures décrétées contre les Juifs trahissent 
généralement leur origine ecclésiastique et, pour comprendre la 
politique des rois de France à leur égard, il faut voir la main de 
l'Église poussant le pouvoir séculier. 

Charles V, qui avait provoqué le retour des Juifs pendant la 
captivité de son père, leur continua, quand il fut monté sur le 
trône, la bienveillance qu'il leur avait montrée comme dauphin. 
C'est ce qu'a établi, en particulier, il y a une trentaine d'années, 
Siméon Luce, qui rapporte à ce propos l'un des témoignages de 

1. Sur ce personnage et la Bible qui porte son nom, v. S. Berger, La Bible fran- 
çaise au moyen dge (Paris, 1884), p. 238-243. 

2. Delisle, op. cit., I, 328 et n. 2 ; cf. p. 146 et 406-410. 

3. Delisle, Le Cabinet des manuscrits, III, 117, col. 2. 

4. Graetz, VIII, 3*é(lit., 4-6 (trad. française, IV, 286); I. Loel), Les Expulsions des 
Juifs de France au XIV' s., 4-14 (^ Jubelschrift Graetz, 42-u2). Cf. Jew. Encijcl., 
V, 463 a. Is. Loub a montré que les Juifs chassés en 1306, rappelés en 131ij, avaient été 
de nouveau chassés en 1322. 

5. Revue, LIV (1907), 142-146. 

T. LV, N» 109. 1 



98 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sympathie qu'il leur donna et qui, « pour être tout littéraire, n'en 
est pas moins touchant » ^ D'après lui, M. Delisle rapporte le fait 
en ces termes : « En 137^, il (Charles V) se fit remettre par Gérard 
de Montaigu - des livres hébraïques qui étaient déposés au Trésor 
des chartes, et dont les uns furent incorporés dans la librairie du 
Louvre et d'autres prêtés à des Juifs, notamment à un nommé 
Menecier. Huit volumes hébreux furent mis à la disposition de 
l'astrologue du roi, maître Thomas de Boulogne ^. » Siméon Luce a 
publié et M. Delisle réédite l'inventaire de cette répartition de livres 
hébreux provenant sans doute de confiscations opérées sur les 
Juifs à diverses époques ^ La première catégorie comprend « les 
livres des Juyfs. , . lesquels nous avons prestes à Menecier le Juyf 
et autres Juyfs demourans à présent à Paris, le xxi« d'avril, Tan 
de grâce mil ccc soissante et douze ». Dans la triple liste qui suit 
figurent des livres bibliques, des commentaires, des pièces de 
calde, c'est-à-dire de largoum, des dictionnaires de la Bible, c'est- 
à-dire des glossaires hébreux- fr ançais, deux petits livres de méde- 
cine, un petit livre d'expérimens, etc. 

Pour la seconde catégorie, S. Luce dit que « quoique Charles V 
ait cru devoir retenir par devers lui les manuscrits de cette caté- 
gorie pour les mettre en sa librairie, M. Léopold Delisle ne les a 
retrouvés dans aucun des catalogues de cette précieuse collection 
du château du Louvre, premier noyau de notre Bibliothèque 
Nationale». M. Delisle"^ dit, en effet, que quoiqu'il y ait eu des 
livres hébraïques dans la librairie de Charles V, aucun des anciens 
inventaires n'en mentionne. « Je ne crois pas, ajoute-t-il, qu'il faille 
prendre pour un livre hébraïque l'ouvrage indiqué dans l'article 
715 comme « escript de lettre de Juifs », puisque cet ouvrage était 
« partie en latin et partie en espagnol ». C'était plutôt, en effet, 
quelqu'une de ces lettres apocryphes qu'on faisait circuler, en 
Espagne particulièrement, contre les Juifs pour prouver leurs pré- 
tendus crimes. 

Cependant Siméon Luce cite, après M. Delisle, une note latine 
de Gérard de 3Iontaigu, qui l'ésume sommairement les faits 
énoncés dans l'inventaire, et dont le texte a été publié par Bordier 

1. s. Luce, Les Juifs sous Charles V el le fonds hébraïque du Trésor des Charles 
en 1372, dans la Revue historique, VII (1878), 362-70. 

2. Garde du Trésor des Chartes et secrétaire du roi. 

3. Delisle, op. cit., p. 53. 

4. Ibid., Aiipendice ix, p. 370-378. L'original est aux Archives Naliouales, section 
histori(iue, .1 47G, n° 9, 

5. Le Cabinet des 77ianuscrits, 1, 48 et n. 1. 



LES MANUSCRITS HÉBREUX DE LA BIBLIOTHÈQUE DU LOUVRE 99 

dans sa description des Archives ^ Il suffisait de suivre cette 
piste pour être en mesure de s'assurer que ces manuscrits existent 
encore aujourd'hui, et nulle part ailleurs qu'à la Bibliothèque 
Nationale. 

En efTet, Bordier rapporte cette notice, tirée d'une des éditions 
de la grande Préface écrite par Gérard de Montaigu, en signalant 
l'existence aux Archives de « deux liasses (boîtes 1 ct!2) de volumes 
ou cahiers en hébreu (contenant diverses parties de la Bible) con- 
fisqués à des Juifs expulsés de France au xiii^ {sic!) siècle ». Ces 
deux liasses, qu'il ne décrit pas autrement, ne figurent pas dans le 
dernier inventaire des Archives Nationales parce qu'elles ont été 
transportées à la Bibliothèque Nationale (alors Impériale) en 1862, 
lors de l'échange qui fut ordonné entre ces deux établissements 
scientifiques. M. Delisle, relatant cette opération, dit : « Les 
Archives remettent à la Bibliothèque les volumes hébraïques 
déposés au Trésor des Chartes depuis qu'ils avaient été confisqués 
sur les Juifs ^ » Ces volumes ont été compris dans le Catalogue 
des manuscrits hébreux, ainsi que le rapporte Taschereau dans 
son Rapport au ministre : « Les manuscrits, écrit-il, entrés à la 
Bibliothèque par suite de cet échange sont fort anciens et parais- 
sent devoir être ceux dont Gérard de Montaigu parle, au temps de 
Charles V, dans son Inventaire du Trésor des Chartes, et qu'on 
suppose avoir été confisqués sur les Juifs par ordre de Philippe 
le Bel 3. » 

Malheureusement on a négligé de dresser, en 4862, l'inventaire 
de cet échange, de sorte qu'il faut feuilleter tout le Catalogue pour 
retrouver les manuscrits en question. Ce sont les numéros actuels 
78 (Onkelos), 302 (glossaire hébreu-français), 638 à 639 (siddours et 
mahzors) ; du moins ce sont ceux dont la provenance est indiquée ''. 
Le n° 302 est le Glossaire hébreu- français édité par MM. Lambert 
et Brandin en I90o. En décrivant ce manuscrit, A. Darmestetcr, 
négligeant la mention du Catalogue,' ne s'expliquait pas sa pré- 
sence à la Bibliothèque Nationale •'. Mais les éditeurs, tout en 

1. H.-L. Bordier, Les Archives de la France, ou Histoire des Archives de l'Em- 
"pire... Paris, 1855, p. 168. L'original est à la Bibliothèque Nationale, ms. latin 9835. 

2. Le Cabinet des manuscrits, II, 307. 

3. Catalogues des manuscrits hébreux et samaritains de la liibliotlièque impé- 
riale, p. V, n. 1. 

4. Sleinschneidcr, dans la conconlance qu'il a dressée des numéros actuels du Cata- 
logue et des numéros des (liflërents fonds [Z.f.H.B., VI [1902], 150-156), n'indique pas 
la provenance de chaque manuscrit du Supplément. 

5. Gloses et glossaires hébreux- français, dans la Romania, I (1872), 163 (= Reliques 
scientifiques, I, 182). 



100 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

avouant n'avoir rien trouvé sur l'histoire même du manuscrit, 
considéraient déjà comme « plus que probable qu'il a fait partie 
des livres hébreux confisqués sur les Juifs et déposés au Trésor 
des Chartes » ^ On voit que cette hypothèse est assez fondée. 

M. Delisle, qui a dépensé tant de science et de sagacité pour 
reconstituer la bibliothèque de Charles V, ne se doutait pas qu'il 
avait tout près de lui des manuscrits qui en avaient fait partie. Il 
est vrai que ce sont des manuscrits hébreux. 

Quant au « nommé Menecier » qu'il cite, c'est évidemment le 
fameux Menecier de Vesoul qui négocia le retour de ses corehgion- 
naires sous Jean II et reçut ou plutôt acheta la charge de recueillir 
les taxes qu'ils devaient acquitter 2. Originaire de Franche-Comté, 
c'était un des principaux changeurs de VesouP. En 1348, à la 
suite de la Peste noire, il fut arrêté avec d'autres Juifs de cette 
ville et impliqué dans l'accusation d'empoisonnement des puits 
et fontaines ; on en voulait surtout à leur argent. Il s'évada avec 
quatre de ses co-détenus, mais fut repris et finalement condamné 
au bannissement. Il n'en fit pas moins de brillantes afl"aires et 
étendit si bien ses relations qu'un an après l'avènement de 
Charles V, il prenait, dans les actes et sur son enseigne, le titre 
pompeux d'argentier du roi de France (1365)'*. Il jouissait d'un 
certain crédit auprès de Charles V ^, qui le dispensa en môme 
temps que le rabbin Matatia du port de la rouelle. Cette exemption 
est ainsi libellée : « Exceptez tant seulement Manessier de Vezou, 
sa femme et ses enfants, et Johannen, son gendre, maistre Mathatias 
et sa mère et Abraham son fils '^ ». Maistre Mathatias est Matatia b. 
Joseph, qui fat grand-rabbin de France sous Charles V et eut pour 
successeur son fils Yohanan ^ Graetz a supposé que ce dernier est 

1. M. Lambert et L. Brandin, Glossaire hébreu-français du XIII" siècle, i, n. 4. 

2. Voir, sur ce itersonnai,'e, Graetz, VIII, 3° édition, 4-8, 33-34 (trad. française, IV, 
286-287); Is. Loeb, loco citalo, 3-4, 16-18 (41-42, 54-56); L. Lazard, Un Juif fran- 
çais du XIV^ siècle. Menessier de Vezou, dans l'Annuaire des Archives israélites, 
VU (1890), 52-56 (-= Archives israélites, LI [1890]. 19G-197). Cf. Jacobs, dans Jew. 
EncycL, VIII. 290-291. 

3. Je ne sais d'après (luels textes Is. Loeb suppose et M. Lazard affirme la parenté 
de Menecier avec son cunfière et compatriote Héliot de VesouL 

4. J. Morey, dans Revue, VU (1883), 26, 27, 33. Cf. Gauthier, ibid., XLIX (1904), 9. 

5. Toutefois, vers 1360, à la suite d'un procès avec son associé Jacob de Pont-Sainte- 
Maxence, il fut condansné à faire amende honorable au roi et au Parlement et à deux 
autres... amendes (I. Loeb, toc. cit., 16-18 [54-56]^. Mais, ajoute Loeb, il recouvra 
bientôt son crédit à la cour, ce que prouve aussi le fait qui nous occupe. 

6. Ordonnances des rois de France de la troisième race, V, 498. 

7. Voir, sur ces deux rabbins, Briill, Jahrbiicher, I, 91-99, et Gross, Gallia judaica, 
532-534; sur le second, eu outre, Giidemann, Geschichle des Erziehungsweseiis und 



LES MANUSCRITS HÉBREUX DE LA BIBLIOTHÈQUE DU LOUVRE 101 

le même que « Johannes », ou, en d'autres termes, que Menecier 
de Vesoul et Matatia ben Joseph avaient marié leurs enfants ; 
cette hypothèse, assez vraisemblable, a été adoptée par Brtill et 
par M. Gross'. 

Ce n'est pas tant pour lui-même que pour ses coreligionnaires, 
dont il était l'agent, et surtout pour Matatia, dont il était le parent 2, 
que Manecier reçut de Charles V une partie des manuscrits du 
Trésor des Chartes, livres bibliques et rituels, destinés à la prière 
et à l'étude. Matatia paraît avoir été amateur de manuscrits. S'il 
n'est pas prouvé que, comme l'avance Graetz-^, il ait fait copier le 
Talmud, il est certain qu'il en acheta un exemplaire, où il inscrivit 
son nom à la place de celui du précédent possesseur. C'est actuel- 
lement le fameux manuscrit de Munich, qui a servi de base à 
Rabbinowicz pour ses Dikdoukê SoferimK Un autre manuscrit qui 
a appartenu à Matatia et qui pourrait être de ceux que le roi prêta 
(on dirait mieux : rendit) aux Juifs de Paris, est un Séfer Tora cité 
par Joseph Colon, le rabbin italien du xv^ siècle, comme appar- 
tenant à Abraham Trêves, petit-fils de Joseph Trêves, et remon- 
tant à Matatia Trêves^. Yohanan b. Matatia, qui appartenait à la 

der Cultur der Juden in Frankreick und Deutschland, 247-249, et I. Lévi, dans 
Revue, XXXIX (1899), 83-88 et 90-94; cf. le même, dans Revue, XLIII (1901), 281-282, 
et dans Jew. Enci/cl., V, 465. 

1. Graelz, loc. cil., 9, n. 1 ; Briill, p. 92 (sauf qu'il fait par erreur de Manecier le 
beau-frère de Matatia) ; Gross, 532. — Quant à Abraham, on ne sait rien de lui ; voir 
cependant une hypothèse assez fragile de Briill, p. 99, n. 46. Si je ne craignais 
d'ajouter une nouvelle hypothèse, je serais tenté de le rapprocher d'Abraham b. 
Matatia U3X"'~m73, nommé dans un manuscrit du Séfer ha-Nayyar (Gross, dans Revue, 
vu, [1883], 77), et qui paraît bien appartenir à la môme famille (idem, Gallia, 242- 
243 ; cf. Revue, LIV [1907], 87 et plus bas, n. 5). 

2. C'est sans doute grâce à leur parenté avec Manecier que Matatia et son fils furent 
recnnnus par le rui grands-rabbins des Juifs de France, comme en témoigne leur con- 
temporain Isaac b. Schésrhet [Consullalionx du Ribasch, n» 271;. 

3. Graetz, l. c, 10 et note (trad. franc., IV, 288). Il songe au manuscrit de Munich. 

4. V. Steinschneider, Die hehrnischen Handschriflen. . . in Munchen, 2' éd.. p. 60 
(ajouter à la bibliographie : M. Schwab, Un manuscrit hébreu-parisien à Munich, 
dans les Mémoires du Congrès provincial des orienlalisles, 1874, 51-68 ; Renan, Les 
Écrivains juifs français, 65). 

5. Consultations du Mahariq, n" 122 (28 c Crémone) : '^m hy "'b naiîl rtDm 

-T'-in73 b-:: m3 p Vi:*' ^"'-iTia nn-i3N ■'Dn T'a rt-nn nco "C "^d t^jzuti 

b"T ;::"''nT)a ^5^^^l5^ -|"-ir!W73 N3^ b"T ^^"■'ma C)0T'. — Un fils de Malalia, 

Joseph, fit copier à son usage, en 1391, « le Livre du papier » ("l'^^j" 'D), manuscrit 
qui a appartenu à Halberstamm et qui est maintenant à la Bodléieime, 2696 (Catalogue 
Neubauer-Cowley, II, 891, v. Halberstamm, cité par Rabbinowicz. Dikdouké Soferim, 
II. i. f.; Briill, loc. cit., 99; Neubauer, Rapport sur une mission dans l'Est de la 
France. . . , 22-23 ; Les Écrivains, 63-65 ; Gross, dans Revue. VII (1883), 74 (vers 1391 ) ; 
Gallia, 208 (en 1392 ; manque dans l'Index, s. v. Joseph ben Malatia de Paris idem, 
[pourquoi de Paris?]), 242 (vers 1392; « voir plus haut >> se rapporte à la p. 208), 532. 



102 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

célèbre famille Trêves, émigra en Italie après l'expulsion des Juifs 
de France. 

Avant de quitter Charles V, signalons que, dans une lettre qui 
aurait été écrite par ce roi à Gilles Malet, mais que M. Delisle consi- 
dère comme l'œuvre d'un faussaire (elle fait actuellement partie du 
Musée Thomas Dobrée à Nantes), il est question de « deus Juiz », 
qui étaient venus présenter au roi des livres, que celui-ci charge 
son bibliothécaire d'expertiser'. 

Nous retrouvons Malet sous Charles VI, auprès duquel il exer- 
çait les mêmes fonctions, un peu après l'expulsion définitive des 
Juifs en 1394. Toute une « collection de livres hébraïques fut 
livrée à Gilles Malet vers 1397 : elle se composait de cent quatorze 
volumes, de quatre rôles [rouleaux] et d'une quantité de cahiers de 
la Bible ou du Talmud, qu'on avait trouvés, après l'expulsion des 
Juifs, dans une maison du faubourg Saint-Denis ayant pour enseigne 
un porcelet » ^. M. Delisle emprunte ce renseignement à Sauvai ^, 
sans dire que l'exactitude en a été révoquée en doute depuis 
longtemps par Jourdain dans son Mémoire historique sur la Biblio- 
thèque du Roy * : « Pour montrer, dit-il, combien ce fait est dou- 
teux, il suffit d'observer que Malet lui-même n'en parle en aucune 
manière dans son inventaire ; quoyque ces livres fussent en langue 
qu'il ignoroit sans doute, il n'auroit pas manqué du moins d'en 
faire mention en général. » L'argument serait péremptoire si Sauvai 
ne donnait pas des chiffres précis. Taschereau est aussi sceptique, 
mais plus embarrassé que son prédécesseur^ : « En s'appuyant 
sans doute sur un texte mal interprété, Sauvai a voulu faire 
remonter l'origine du fonds hébreu de la Bibliothèque impériale 

Sur Joseph, v., en outre, E.-N. Adler, dans Revue, XXXIX (1899), 89, et I. Lévi, ibid., 
XLUI, 282. M. Gross et M. I. Lévi Tindentilient avec le « maistre de la loy » Joseph de 
Trêves qui commerce à Dijon de 1378 à l.'JOl (Simounet, Juifs et Lombards, 212, 
[Mémoires de l'Académie de Dijon, 1865]; Gauthier, dans Revue, XLIX [1904], 14, 
n. 4, 254). 

1. Delisle, op. cil., p. 337 et s. 

2. Ibid., p. 130. 

3. Ilisloire et anliqiiilez de la ville de Paris, livre X, II, 520. Cf. la citation que 
Boivin (ms. français 22571, p. 89) fait du texte de Sauvai d'après le manuscrit original 
de la hibliothùque du chancelier (Note de M. Delisle). Boivin, dans sun Mémoire pour 
l'histoire de la Bibliothèque du Roy (nouv. acq. fr. 1328 ; copie dans le ms. fr. 22571), 
cite le passage de Sauvai, dont l'ouvrage était encore inédit, mais se montre fort scep- 
tique. 

4. Kii tète du Catalogue des Livres imprimez de la Bibliothèque du Roij, Théo- 
logie, 1'* partie, p. v. — Cf. A. Franklin, Les anciennes bibliothèques de Paris, 11, 
120, n. 2. 

5. Loc. cit., p. iii. 



LES MANUSCRITS HÉBREUX DE LA BIBLIOTHÈQUE DU LOUVRE 103 

au temps de Charles VI, et l'a donné comme étant, dans son prin- 
cipe, un produit de confiscations opérées sur les Juifs en 1397. Il 
serait difficile d'établir quel fut le sort de ces livres confisqués, s'ils 
ne furent pas rendus plus tard ' aux Israélites sur lesquels ils 
avaient été saisis, s'ils ne devinrent pas l'objet de dons royaux, 
ou quelle autre voie ils prirent; ce qui est constant, c'est que 
dans un inventaire de la Bibliothèque de Blois, réunie à celle de 
Fontainebleau, en 1344, sous le règne de François I*^ on trouve 
mentionnés trois volumes seulement en langue bébraïque. » 

Rapportant le renseignement de Sauvai, M. Delisle ajoute, pour 
être complet : « L'expulsion des Juifs est rapportée à l'année 1393 
dans la Chronique du religieux de Saint-Denis. » C'est ce que le 
vieil historien de Paris avait remarqué au même endroit avec plus 
d'humour : « Car ce ne fut ni en 1386, comme le prétendent Cohen 
et Gantz 2, ni en 1393, ainsi que l'assure la Chronique manuscrite, 
ni en 1393 non plus, quoi qu'en puissent dire Gencbrard et Holtin- 
gerus, mais bien en 1394, le trois Novembre, comme il parott par 
deux Déclarations du dix-sept Septembre de la même année ^. Et il 
ne faut pas s'étonner que les Auteurs ici que je viens de nommer 
l'ayent ignorée, puisqu'ils ne sont venus que deux cens ans depuis, 
mais il est estrange que l'Auteur anonyme de la Chronique manu- 
scrite, qui vit chasser les Juifs, raconte ce bannissement treize ou 
quatorze mois plus tôt ; si bien qu'après cela, je ne sais plus où j'en 
suis, ni quelle foi on doit ajouter aux Historiens contemporains. » 
M. Delisle a identifié la « Chronique manuscrite » avec le Religieux 
de Saint-Denis, qui a été édité depuis '*. Seulement il faut dire que 
ce chroniqueur ne date pas chaque événement en particulier, mais 
groupe en un livre tous les événements d'une année, et qu'il fait 
commencer l'année à Pâques, de sorte que pour s'expliquer, au 
moins en partie, la date de 1393, il suffit qu'on ait songé à inquié- 
ter les Juifs dans les premiers mois de 1394 nouveau style. Mais à 
quoi bon insister? Signalons à nos érudits le mémoire d'Isidore 
Loeb sur Les expulsions des Juifs de France au XIV^ siècle ^, où il 
a élucidé ce chapitre si compliqué par l'arbitraire des rois autant 
que par celui des chroniqueurs. 

\. Quand donc? — De même d;ins Le Cabinet des manuscrils, I, 48. 11. 7. 

2. Joseiih lia-Coh.'ii et David C.aiis, les deiiv <liroiii(|ueurs juifs. 

3. Sauvai vise ici les « Lettres » et « rExiruluire » i>ul)liés dans les Ordotmances 
des rois de France, VII, 615-676. 

4. Clironique du religieux de Saint-Denis, livre XIV, cliap. xvii, éd. L. Bollai.'uet, 
Paris, 1840 (Collection de documents inédits sur l'histoire de Fraoce), t. II, p. 119-123, 

5. Paris, 1881 (tirage à part de la Jubelschrift Graetz). 



104 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Parmi les manuscrits de la bibliothèque du Louvre qui sont 
venus jusqu'à nous, il en est deux, des plus précieux, à l'histoire 
desquels sont mêlés des Juifs. Voici ce que dit M. Delisle du 
premier, qui est « Le Contenant de Rhasès », c'est-à-dire l'Encyclo- 
pédie médicale [El-Haivi] de Abou Bekr Mohammed ibn Zakariyya 
el-Razi : « Charles d'Anjou, en ayant reçu du kalife de Tunis un 
exemplaire du texte arabe, le fit traduire par le Juif Farag, origi- 
naire de Girgenti, qui exécuta son travail en 1278 et 4279. » Le 
comte Durrieu a retrouvé ce volume dans le manuscrit latin 6912 
de la Bibliothèque Nationale, où on lit dans le titre final, f° 189 v° : 
« facta... per manus magistri Faragii, filii magistri Saleni de 
Agrigento, devoti interpreti ejus [régis Karoli] ^ ». 

D'abord, l'identification du manuscrit de la Bibliothèque Nationale 
a déjà été faite par Michèle Amari 2, qui a travaillé dans cet éta- 
blissement pendant son long séjour à Paris ' ; ses droits de priorité 
sont d'ailleurs reconnus par le comte Paul Durrieu, dans son 
article intéressant et assez peu connu''. Il y raconte, d'après les 
documents conservés aux Archives deNaples, que Charles d'Anjou, 
protecteur de l'école de Salerne et promoteur de traductions des 
médecins arabes,, demanda officiellement au souverain de Tunis un 
exemplaire de YEl-Hawi et, ayant reçu le précieux manuscrit, « en 
confia aussitôt la traduction à un de ses interprètes ordinaires 
pour la langue arabe, le Juif Farag ou Farach Moyse, fils de Salem, 
originaire de Girgenti en Sicile, directeur de l'école de Salerne, le 
même dont une fausse interprétation du texte contenant les mots 
de Carolus primus a fait à tort, sous le nom de Farragut ou Ferra- 
guth, un médecin de Charlemagne ^ La traduction, commencée 
le 6 février 1278, était achevée à Naples le 13 février 1279; elle fut 
approuvée par les médecins du roi, les docteurs de Naples et de 
Salerne. » 

1. Delisle, p. 271-272. 

2. La belle Mngraiihie du célèbre arabisant et patriote italien par M. Hartwig Deren- 
bourg a été récemment rééditée, augmentée d'un chapitre nouveau, dans les Opuscules 
d'un arabisant (Paris, 1905), p. 89-242. 

3. Amari y est revenu à plusieurs reprises, en dernier lieu dans sa Guerra ael 
Vespro siciliano, 9« éd. (Milan, 1886), lU, 483. 

4. P. Durrieu, Un portrait de Charles I d'Anjou, dan? la Gazette archéologique, 
XI (1886), 192 et s. 

5. Cette vieille histoire, dont on trouvera les principales sources dans I. Bédarride, 
Les Juifs en France, en Italie et en Espagne, p. 459, n. 12, est encore reproduite 
dans la Jew. Encycl., s. v. Charlemagne, III, 6"7 a. Elle est implicitement corrigée 
dansfiraetz, VU, 18S (trad. française, IV, 215), où il faut nctitier « Ibn » en « ben », 
comme Ta l'ait remarquer Harkavy dans les notes sur le tome V de la trad. hébraïque 
de Rabbinovitz, p. 20. 



LES MANUSCRITS HÉBREUX DE LA BIBLIOTHEQUE DU LOUVRE 105 

Le manuscrit de la traduction fut recopié avec un grand luxe et 
orné d'enluminures; cest cette copie que possède la Bibliothèque 
Nationale. Ce qui en fait l'intérêt pour nous, ce sont les trois 
miniatures du début'. Elles représentent respectivement Charles 
d'Anjou remettant à Faradj le traité à traduire, le médecin juif à 
l'œuvre dans sa cellule, enfin le même personnage recevant des 
mains du roi les honoraires de son travail. Ce qui a surtout frappé 
M. Durrieu dans ces miniatures de l'enlumineur Giovanni, moine 
du Mont-Cassin, « c'est une tendance incontestable à la recherche 
de l'individualité dans les physionomies, une intention évidente du 
portrait. Voyez, par exemple, comme on retrouve bien les traits 
caractéristiques du tj'pe sémitique sur le visage, au nez fortement 
recourbé, du médecin juif Fardj . . . Nous sommes en présence d'un 
véritable artiste, sans doute fort incomplet encore, mais qui se 
préoccupe certainement de la nature et du modèle, au lieu de se 
borner à suivre des formules de convention -. » 

La notice du comte Durrieu n'échappa pas à la perspicacité de 
David Raufmann. Kaufmann, qui joignait à la science consommée 
d'un érudit le goût délicat d'un artiste, salua avec un véritable 
enthousiasme ce portrait qui immortaliserait les traits d'un savant 
juif de la fin du xiii« siècle, et dont il alla jusqu'à considérer 
la découverte comme « une des surprises les plus inattendues de la 
littérature juive ». « Nous n'hésitons pas un seul instant à recon- 
naître dans le portrait de Faradj une reproduction fidèle et authen- 
tique. Du reste, l'art de Giovanni s'est élevé dans ce portrait à 
la perfection. Il a représente trois fois notre héros... Nous ne 
doutons pas qu'un artiste ne distingue dans ces trois scènes les 
traits d'ensemble qui doivent composer le portrait parlant de 
Faradj. L'image qui le représente au travail est parfaite d'expres- 
sion. Cette petite miniature est inoubliable quand on l'a une fois 
bien regardée'. » Que dirai-je après ces deux juges experts? Que 
j'ai attentivement examiné ces miniatures dans le manuscrit même 
et que je n'ai pas été autrement frappé par leur caractère vivant 
et individuel. Même dans la troisième, où les traits sont le plus 
accusés, c'est le portrait conventionnel du Juif au nez crochu. 

Rassurons-nous d'ailleurs. Faradj ben Salem, appelé aussi Moïse 
Faradj de Girgenti, est connu autrement que par ce portrait, et 

1. Reprofluites ibid., pi. 23. 

2. Ibid., p. 199. 

3. D. Kaufmana, Ln portrait de Faradj, le traducteur, dans la Revue, XIX (1889 , 
152-154. 



106 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

M. Delisle aurait pu renvoyer tout au moins à l'ouvrage monu- 
mental de Steinschneider sur les traductions hébraïques, qui fut 
jadis couronné par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres ' . 
En ouvrant la Jewish Encydopedia, à l'art. Faradj, on avait toutes 
les indications désirables^. 

La même Encyclopédie pouvait renseigner M. Delisle sur le 
second manuscrit ; il est vrai qu'elle aurait pu aussi l'égarer. Mais 
citons d'abord notre auteur. « Au mois de novembre 1381, D. Juan, 
duc de Gérone, fils aîné de Pierre V, roi d'Aragon, fit remettre à 
Guillaume de Courci, pour l'offrir au roi de France, une mappe- 
monde qui était déposée dans les Archives de la couronne à Bar- 
celone, et qui était l'œuvre d'un Juif nommé Cresques ^. » M. Delisle 
s'en réfère à une étude de M. Hamy, dont on nous permettra d'in- 
diquer la substance, plusieurs auteurs l'ayant mal comprise ou 
n'en ayant pas tenu compte '•. M. Hamy y publie deux lettres con- 
servées dans les archives de la couronne d'Aragon et qui émanent 
de D. Juan, plus tard roi d'Aragon sous le nom de Juan L Le 
5 novembre 1381, D. Juan, voulant faire un présent au nouveau roi 
de France, le jeune Charles VI, résolut de lui envoyer une mappe- 
monde précieuse.' Il ordonna à l'auteur, « Cresques lo juheu, qui 
lodit mapamundi a fet », et qui devait se trouver dans la juiverie 
de Barcelone, de fournir à Guillaume de Courcy toutes les infor- 
mations utiles à répéter au roi de France. Ce n'est donc pas, 
conclut M. Hamy, le fameux atlas catalan de la Bibliothèque Natio- 
nale, qui se trouvait au Louvre en novembre précédent et est noté 
dans le récolement de 1380 et nous ne connaissons pas l'ori- 
gine de l'atlas de Charles V, antérieur de cinq ans à l'envoi de 
D. Juan. Toutefois, nous sommes autorisés, « dans une certaine 
mesure, à attribuer provisoirement à ce même cartographe la 
paternité d'un mapamundi envoyé probablement quelques années 
plus tôt à la cour de France dans des conditions toutes sem- 
blables ». 

Si spécieuse que soit cette hypothèse, une chose est certaine, 

1. Die hebràischen Ubersetzungen, 975. — Moïse ou Faradj ben Salem ne pourrait-il 
pas être identique avec Moïse ben Salomon de Salerne, comnieutattnir du Guide des 
Éc:arés [ihid., 433-434) et controversistc [Les Rabbins français, 570-5"ll? 

2. Jew. EnajcL, V, 342-3i3. L'auteur ne cite du reste ni l'article do M. Durricu, ai 
celui de D. Kaufmann, tout eu reproduisant deux des miniatures. 

3. Delisle, p. 129, 

4. E. T. Hamy, Cresques lo Juheu, note sur un géoqraf^lir juif culalan de la fin 
du XIV' siècle, Paris, 1891, 7 p. (Extrait du Bulletin de ijcoi/rapftie hislori(fue et 
descriptive, 1891, 218-222). Cf. la recension de M. Israël Lévi, Hevue, XXV (1892), 129- 
130. 



LES MANUSCRITS HÉBREUX DE LA BIBLIOTHÈQUE DU LOUVRE 107 

c'est qu'il faut distinguer l'atlas catalan de 1373 de celui qui fut 
envoyé à Paris en 1381 et qui est l'œuvre du Juif Cresques. Mais 
les auteurs qui se sont occupés de ce cartographe, même après 
M. Hamy, ne les en ont pas moins confondus. 

L'atlas catalan de 1373 est justement célèbre; c'est un des trésors 
de la Bibliothèque Nationale'. Minutieusement décrit par Buchon, 
qui l'a fait lithographier^, il a été superbement reproduit par le 
procédé de l'héliogravure dans le Choix de documents géogra- 
phiques conservés à la Bibliothèque Nationale^, puis dans le 
Périple du célèbre explorateur Nordenskiôld \ où l'a pris M. Jacobs 
pour illustrer son article « Chartography » àe.\diJewish Encyclo- 
pedia ^ comme étant de la main de Cresques. 

Cette paternité est généralement admise sur la foi d'un archéo- 
logue espagnol, D. Gabriel Llabrés ". Sans indiquer ses références, 
il retrace la vie de Jafuda Cresques, fils de Cresques Abrae, qui 
travaillait à Majorque, de 1381 à 1394, à la confection de cartes et 
de boussoles, et qui peignit, entre autres, à la fin de 1381, une map- 
pemonde envoyée au roi de France : c'est, d'après cet auteur, la 
célèbre mappemonde de Bouchon {sic). En 1391, à la suite du sac 
de lajuiverie de Palma, il aurait pris le nom de Jaime Ribes" et se 
serait établi à Barcelone; et c'est encore lui qu'en 1438, c'est-à- 
dire quarante ans plus tard, Henri le IXavigateur, fils de Joâo I, 
aurait appelé, sous le nom de Mestre Jaime de Majorque, à la direc- 
tion de l'académie maritime qu'il fonda à Sagres, et qui fut l'école 
des grands navigateurs portugais. Quelle carrière accidentée ! « Il 
nous paraît certain, conclut le savant espagnol, quoique nous ne 
puissions fonder notre opinion sur des documents sûrs, que Jafuda 
Cresques, devenu Jaime Ribes, le cosmographe du roi d'Aragon, le 
grand maître de la brillante pléiade des cartographes majorquins, 

1. Mss. espagnols, n" 30 (ancien 119). V. le Catalogue de M. Morel-Fatio, p. 40. 

2. J. A. C. Buchon, Notice sur un allas en langue calalane de l'an 137-'i, 2 vol. 
(le second formant la lithographie). Le faux-titre la donne comme tirée des Notices et 
Extraits, tome XIII; elle a paru seulement, et sans la gravure, dans le tome XIV, 
2« partie, Paris, 1841. V. aussi l'Atlas de Santarem tParis,1842 et suiv.), pi. xxx-xxxii. 

3. Paris, 1883 ; gr. in-folio. 

4. A. E. Nordenskiôld, Periplus. An Essay on the early history of charis and 
saiting-direciions, trad. angl. de F. A. Bather. (Stockholm, 1897 ; gr. in-S»), pi. xi-xiv 
(cf. p. 38-59). 

5. Jew. Encycl., III, grav. hors texte entre les pages 678 et 679. 

6. El Maestro de los cartôgrafos Mallorquines. Jafuda Cresques, dans Doletin 
de la Sociedad arqueologica Luliuna, Palma, tome III (1890), 310-311. 

7. Cette identification avait déjà été proposée par J. M. Quadrado, La Juderia de la 
ciudad de Mullorca en 1391, dans Boletin ue la Real Acudemia de la Hisloria, IX 
(1886), 309, n. 1. Mais M. Hamy a fait observer avec raison qu'elle était fort fragile, 
Jaime Ribes ûgurant comme hôtelier et logeur. Cf. Israël Lévi, loc. cil. 



108 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

est le même que Maese Jacome de Majorica, premier directeurde 
récole nautique de Sagres en Portugal, institution qui contribua 
tant à la création du grand empire colonial dn Portugal ». A pre- 
mière vue, cette double identification paraît fort douteuse. 

Néanmoins D. Cesareo Fernândez Duro, un des meilleurs con- 
naisseurs de la littérature relative à Christophe Colomb, a adopté 
cette « découverte » de son confrère ^ ; et, depuis, deux hébraïsants 
ont emboîté le pas aux deux érudits espagnols, sans donner plus 
de preuves : d'abord Kayserling, dans son Christophe Colomb ^, 
puis M. Jacobs dans son Histoire des découvertes géographiques ^. 
L'un et l'autre citent la notice de M. Hamy, mais n'en continuent 
pas moins à attribuer — le second avec un peu moins d'assu- 
rance — l'atlas de 1375 au Juif Jafuda Cresques '. Ainsi se font les 
vérités scientifiques. 

N'est-il pas vrai que de menus faits, replacés dans leur cadre et 
convenablement interprétés, peuvent être aussi suggestifs, comme 
on dit aujourd'hui, que des événements considérables? Derrière les 
quelques notes que nous avons réunies, il semble que c'est l'his- 
toire des Juifs au moyen âge qui se profile, en quelque sorte, sous 
sa double face : d'une part, les Juifs de France, maltraités, pillés, 
expulsés, mais conservant jusque dans leur abaissement l'attache- 
ment à leur foi et le culte de leurs livres saints ; d'autre part, les 
Juifs d'Espagne et d'Italie, traités plus humainement, concourant 
activement au mouvement intellectuel, devenant médecins, tra- 
ducteurs, géographes, héritiers des médecins grecs et arabes, 
précurseurs des navigateurs et des explorateurs du xv« siècle, 
propagateurs de la science et rouliers de la pensée. 

En faveur de cet intérêt, on nous pardonnera d'avoir ravaudé 
quelques lambeaux de bibliographie. Nous n'avons l'ail que suivre 
l'exemple de M. Léopold Delisle, nous imaginant que des manu- 
scrits dus à des Juifs méritaient d'être décrits avec autant de soin 
que les autres. 

M. LiBEH. 

1. Los Cartôgrafos Mallorquines, Anr/elino Dtdcel, Jafuda Cresques, dans Boletiyi 
de la Real Academia de la Ilistona, XIX (1891), 3t)6-3n. 

2. M. Kayserling, Chrisloph Cohnnbtis und der Antheil der Juden an den spa- 
nischen und porlugiesischen Entdeckungen (Berlin, 1894), o-8. 

3. Slory of Geof/raphical Discovenj, 60-62. Je n'ai i)u trouver cet ouvrage, mais il 
est résumé jiour cette question dans la notice de M. Jacobs sur Cros(iucs, dans la Jew. 
Encyclop., IV, 3S4 a. — Le lecteur attentif corrigera d'après les indications données 
ici les références inexactes de Kayserling et de M. Jacobs. 

4. De même Nordenskiold, op. cit., Addenda, p. x, avec cette référence inexacte : 
C. F. Duro, dans Bol. Soc. Geogr. Madr., XXXI, 1891, 293. 



MONTAIGNE A ROME 



Montaigne, qui a toujours été aimé en France, bénéficie aujour- 
d'hui d'un regain de faveur. La ville de Bordeaux, dont il fut le 
maire si peu intrépide, publie une édition municipalede ses Essais, 
œuvre d'un professeur qui vient d'écrire par la même occa- 
sion l'histoire de sa pensée', et tant est grand l'intérêt qui s'at-, 
tache à ses œuvres que môme son Journal de Voyage a eu tout 
récemment les honneurs presque superflus d'une réédition, où nous 
avons glané quelques notices qui peuvent intéresser l'historien 
des Juifs de Rome et compléter les monographies de MM. Berliuer 
et Rieger 2. 

Montaigne venait de publier deux livres d'Essais quand il se mit 
en voyage, le ^2 juin 1580, à la fois pour soigner sa maladie et pour 
voirie monde. Il était accompagné d'un secrétaire à qui il dictait 
ses impressions; à la fin, cependant, il tint lui-même la plume. 
Cette relation fut retrouvée au xviif siècle au château de Montaigne 
et publiée en 1774^. Elle est reproduite dans le Montaigne de 

1. F. Strowsky, Montaigne (Paris, Alcaii, 1906). Ce volume fait partie de la collection 
(les « Grands pliilosii[)lies •>, i laquelle nous devons, entre autres, l'Aviceûne et le Gazali 
du baron Carra de Vaux {Revue, XL Vil [1903], 154-157), le Spinoza de P.-L. Couclioud 
(ibid, XLIX [1905], 166, n. 1), le Pliilon de l'abbé J. Martin (1907) et qui comprendra 
bientôt, dit-on, un Maimouide par M. Karppe. 

2. A. Berliner, Geschichte der Juden in Rom., 2 vol. (Francfort, 1893). — Vogel- 
stein et Riegcr, Geschichte der Juden in Rom., 2 vol. (Berlin, 1895); le vol. II, qui 
se rapporte à l'époque qui nous intéresse, est de M. Rieger. Ces deux auteurs ne con- 
naissent (II, 19; II, 172) que le passage de Montaiirnc relatif au « Rabbi renié » (voir plus 
loin), passade déjà signalé par tiraetz, Geschichte, 3° éd., IX, 467 (manque dans la 
1" éd.). Toutes ces citations remontent, d'ailleurs, à l'article de M. Dejob dont il sera 
question plus bas. 

3. Journal de voyage de Michel de Montaigne en Italie par la Suisse et l'Alle- 
magne en 15S0 et I5SI, avec des notes par M. de Querlon (Rome et Paris, 1774 ; 
in-4'> de Liv + 416 ]ip.). Sur l'Iiistoire de cet ouvrage, (jui eut en même temps deux 
autres éditions et fut presque aussitôt traduit en allemand, voir les bibliographes de 
Montaigne, particulièrement le û' Payeu. 



410 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Buchon *. Une édition critique en a été donnée parle célèbre savant 
et littérateur italien, le professeur Alessandro d'Ancona ', et, sauf 
sur quelques points, elle est loin d'être dépassée par celle, toute 
récente, de Lautrey ^. 

L'auteur des Essais, qui avait « l'iioneste curiosité de s'enquérir 
de toutes choses... pour frotter et limer sa cervelle contre celle 
d'autruy»\ portait un intérêt particulier aux cérémonies religieuses 
et aimait à converser avec les théologiens et avec les savants. En 
passant par Vérone, nous dit son secrétaire, « nous vismes aussi 
les Juifs, et il fut en leur sinagogue et les entretint fort de leurs 
serimonies »'. M. d'Ancona rappelle, à ce propos, que les Juifs, qui 
avaient été chassés de Vérone sous l'évêque Michaeli, en 1499, 
habitaient dans la via « S. Sebastiano » et avaient leur synagogue 
dans la ruelle « dello dei Crocioni » ou « Crosoni ». Sous Tévêque 
Valerio (1565-1591), ils furent obligés de s'enfermer dans le ghetto*. 

A Rome, Montaigne fit deux séjours consécutifs. Il y trouva les 
Juifs «aune des époques les plus critiques de leur histoire ». Ils 
étaient parqués dans le ghetto, ce « monument architectural de 
l'odieux Paul IV «'^.L'étroitesseet l'entassement y étaient tels ^, que 
les cérémonies avaient souvent pour théâtre la rue. Ce fut le cas 
pour la circoncision à laquelle Montaigne assista le 30 janvier 1581 ; 
« la plus antienne cerimonie de religion qui soitparmy les hommes», 
qu'il « considéra fort attentivement et avec grande commodité » '. 
De sa description, qui ressemble beaucoup à celle de Léon de 

1. Œuvres de Montaigne, par J. A. G. Buchon, dans la collection du Panthéon 
littéraire, t. 45 iParis, 1842, in-4"). Le Voyage occupe les pp. 634-758. 

2. Alessandro d'Ancona, L'Ilalia alla fine ciel secolo XVI. Giornale del viaggio de 
Michèle de Montaigne nel Ilalia nel 1580 e 1581 (Citta di Castello, 1889 ; in-8» de 
719 pp.). 

3. Montaigne, Journal de Voyage, publié... par Louis Lautrey (Paris, Hachette, 
1906; in-S» de 532 pp.). Sur les passages qui se rapportent aux Juifs l'annotation 
est insuffisante ou plutôt nulle. Evidemment ils n'intéressaient pas Lautrey (ce nom 
serait un pseudonyme). Quand donc nos érudits apprendront-ils à se départir de cette 
indifférence ou plutôt de cette négligence et de ce dédain pour l'histoire et la litté- 
rature juives ? 

4. Essais, livre I, ch. x.xv. 

5. D'Ancona, p. 122 ; Lautrey, p. 161. 

6. Sur les Juifs de Vérone voir D. Fortis dans VEducatore israelilico, XI et XII, et 
U. Cassuto dans la Jew. EncycL, XII, 420-421. 

7. D. Kaufmann, dans la Revue, IV (1882), 88 et s. 

8. Outre les ouvrages cités sur l'histoire des Juifs de Rome, voir Rodocanachi, Le 
Saint Siège et tes Juifs. Le ghetto à Rome (Paris, Firmin-Didot, 1891), pp. 60 etsuiv. ; 
cf. le môme dans la Revue, XXII (1891), Actes, lïix-lxxi. 

9. D'Ancona, p. 246-249; Lautrey, p. 223-226. Ces pages ont été également repro- 
duites par M. Rodocanachi & la fin de sou ouvrage cité, p. 311-314. 



MONTAIGNE A ROME Hl 

Modène ^ et qu'on peut rapprocher de tableaux analogues dus à la 
plume ou au pinceau 2, nous ne retiendrons que ce trait : « Le mi- 
nistre peut estre autre que rabbi, et quiconque ce soit d'entre eus : 
chacun désire estre appelle à cet office, parce qu'ils tiennent que 
c'est une grande bénédiction d'y estre souvent employé : voire ils 
achettent d'y estre conviés, ofifrans qui un vestement, qui quelque 
autre commodité à Fenfant.et tiennent que celuy qui en a circoncy 
jusques à certain nombre qu'ils sçavent, estant mort, a ce privilège, 
que les parties de la bouche ne sont jamais mangées des vers. » 
M. d'Ancona dit avoir interrogé des personnes compétentes^ sur 
cette curieuse croyance, mais sans succès. C'est évidemment une 
interprétation superstitieuse de l'opération de la succion [meciça], 
mais nous n'en savons pas davantage. 

Avant de décrire ce « mystère », le secrétaire de Montaigne rap- 
porte par prétention une visite faite par le philosophe à la syna- 
gogue : « Il avait des-ia veu une autrefois leur synagogue, un 
jour de samedy le matin, (et) leurs prières, où ils chantent désor- 
donnéemant, comme en l'église calvinienne, certenes leçons de la 
bible en hébreu, accomodées au tems. Ils ont les cadences du son 
pareilles, mais un desaccord extrême, pour la confusion de tant de 
vois de toute sorte d'eages : car les enfans, jusques au plus petit 
eage, sont de la partie, et tous indifTeramment entendent 1 hébreu. 
Ils n'apportent non plus d'attention en leurs prières que nous 
faisons aus nostres, devisant parmy cela d'autres affaires, et n'ap- 
portant pas beaucoup de révérence à leurs mystères. Ils lavent les 
mains à l'entrée, et en ce lieu là ce leur est exécration de tirer le 
bonnet; mais baissent la teste et le genouil où leur dévotion l'or- 
donne. Ils portent sur les espaules ou sur la teste certains linges, 
où il y a des franges attachées : le tOut seroit trop long à déduire. 
L'après-disnée tour à tour leurs docteurs font leçon sur le passage de 
la bible de ce jour là, le faisant en italien. Après la leçon, quelque 
autre docteur assistant choisit quelcun des auditeurs, et parfois 
deus ou trois de suite, pour argumenter contre celui qui vient de 
lire, sur ce qu'il a dict '. Celui que nous ouïmes lui sembla avoir 

1. Cérémonies el coutumes qui s'observent aujourd'huy parmi/ les Juifs, traduit 
de l'italien de Léon de Modène par le sieur de Sinionville [Richard Simon] (Paris, 1681), 
i* partie, cliap. viir, p. 142-147. 

2. On trouve une description, dans la Synagoga judaica de Buxtorf, des gravures le 
Philologus hebraeo-mixtus de Leusden, le Judisc/tes Ceremoniel de Kirchnor, la Kirck- 
liche Verfassung de Bodenscliatz, les Cérémonies des Juifs de B. Picart, etc. 

3. Sans doute le rabbin D. Castelli, qu'il nomme dans la préface. 

4. Léon de Modène, op. cit., 2' partie, chap. i, par. 6-7 (p. 50-51) : « Comme on 



H2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

beaucoup d'éloquence et beaucoup d'esprit en son argumenta- 
tion ^ . » 

On sait que la prédication était très populaire chez les Juifs 
d'Italie ^ et qu'elle se faisait dans la langue du pays. Léon de Modène 
le dit formellement dans ses Riti ^ ; et, comme Montaigne savait 
passablement l'italien, il a pu suivre le sermon. Le fameux rabbin 
de Venise avait acquis une grande réputation de prédicateur. 
« Il plaisait tellement que les nobles et les ecclésiastiques se pres- 
saient au pied de sa chaire, pour la plus grande gloire des Juifs ». 
Un samedi de 1629, il eut pour auditeur « le frère du roi de France 
lui-même (Louis XIII), accompagné de gentilshommes français et 
de cinq prêtres cathoUques. Ils furent émerveillés et les Juifs en 
répandirent la nouvelle chez leurs coreligionnaires du pays '. » 

Il y avait des sermons que les Juifs entendaient avec moins de 
plaisir : c'étaient ceux que faisaient à leur intention des prédica- 
teurs chrétiens, souvent des apostats, et auxquels on les obligeait 
à assister avec l'espoir de les convertir. M. Rodocanachi a parlé 
tout au long de cette prédication obligatoire [predica coattiva) qui, 
inaugurée en 1576, se prolongea jusqu'au xix^ siècle ^. Jules Simon, 
qui visita le ghetto de Rome quelques années avant sa disparition, 
à la fin de 1866, écrit à ce sujet: «Jusqu'aux dernières années du 

permet aisément de prescher, celuy qui en a envie prend son temps, que toute l'as- 
semblée est assise tranquillement dans la synagogue... La prédication se fait le jour 
de sabbat et dans les grandes festes tout au plus. » Cf. Reggio dans l'Introduction de 
Behinat ha-Kabbala (Gôrz, 1852), p. vm : « 11 est d'usage que le samedi tout étudiant 
prêche en public selon ses facultés » (d'après rautobiograpliic de L. de Modène). 

1. D'Ancona, p. 245-246 ; Lautrey, p. 223. 

2. V. en dernier lieu L. Blau, Léo Modenas Briefe und Schriftsucke (28* et 29' 
Jahresberichte der Landesrabbinerschule in Budapest, 1905-1906), partie allemande, I, 
60 et n, 168. 

3. Cérémoîiies, loc. cil. : « Leur prédication se fait en langage du pais ». Cf. Cor- 
riete israelilico, I, 94 et s. 

4. Autobiographie de Léon de Modène, dans les fragments publiés par Geiger, Léon 
da Modena (Breslau, 1856), part, hébr., 16 a et 6, et dans la correspondance de Luz- 
zatto [Igguerot Schedal, p. 292). Cf. Libowitz, Biographie de L. de Modène (2* éd., 
New-York, 1901 ; en hébreu), p. 22 ; S. Bernfeld, Kàmpfende Geister im Judentum 
(Berlin, 1907), p. 11. 

5. Op. cit., ch. XIX, pp. 272-292. Cf. aussi D'Ancona, p. 299, n. 1, et Perugini, dans 
la Revue, III (1881), 98-99. Une consultation rabbinii]ue italienne examine la question 
suivante : « Beaucoup d'Israélites avaient été obligés d'assister à un sermon que le pré- 
dicateur du roi faisait dans l'oratoire royal. Pendant le prêche, ils s'étaient cachés 
derrière d'autres assistants et n'avaient pas ôté leur chapeau, mais, menacés par le roi 
de sévères châtiments, ils furent contraints de se découvrir. On demande si ces Israé- 
lites, en se découvrant, ont manqué à leur devoir religieux ». M. G. Montefiore, Revue 
X 1885), 184. 



MONTAIGNE A ROME H3 

pontificat de Grégoire XVI, ils étaient obligés d'assister tous les 
samedis à une instruction calholique ; cet usage est aboli en droit; 
seulement, les deux places de prédicateur des Israélites et de 
président du sermon sont conservées, et les noms des titulaires 
ligurent dans l'almanacb de 1866 » *. 

Montaigne entendit pendant le carême de io81 un de ces conver- 
tisseurs, qui l'émerveilla par son éloquence. C'est lui-même qui 
parle ici, ayant donné congé à son secrétaire: «Entr'austres plesirs 
que Rome me fournissoit en caresme, c'étoient les sermons. Il y 
avait d'excellans prêcheurs, comme ce Rabbi renié 2, qui prêche 
les Juifs le Sammedi après dîner, en la Trinité. Il y a tousiours 
soixante Juifs, qui sont tenus de s'y trouver. Celui étoit un fort 
fameus docteur parmi eus ; et par leurs argumans, mesmes leurs 
rabbis^ et le texte de la bible, combat leur créance. En cette sciance 
et des langues qui servent à cela, il est admirable. Il y avoit un 
autre prêcheur qui prechoit au Pape et aus Cardinaus, nommé 
Padre Toledo '*. » Cette église de la Trinité ne doit pas être, d'après 
M. Dejob, la Trinité du Mont, trop éloignée du ghetto, mais «peut- 
être la Trinité des Pèlerins, si sur l'emplacement de l'église qui 
porte actuellement ce nom et qui date du xyii^ siècle, il s'élevait 
auparavant une église sous le même vocable » "'. M. Rodocanachi 
dit également qu'il s'agit d'un oratoire voisin du ghetto, et qui 
appartenait à la confrérie de la S. Trinità de Pellegrini ^. 

On croit connaître le nom du prédicateur si éloquent qui battait 
ses anciens confrères par leurs propres armes. M. Gh. Dejob a 
supposé et Ton admet généralement que c'était l'apostat Andréa 
del Monte, qui reçut un jour une lettre d'avertissement où on lui 
faisait entendre que les Juifs supporteraient tout autre prédicateur 
chrétien plutôt que lui^ M. d'Ancona a d'ailleurs fait observer que 
l'animosité des Juifs à son égard pouvait avoir une autre raison que 
son apostasie. 

1. J. Simon, La liberté de conscience, 5* éd., p. 313. 

2. Lautrey remarque sur ce mot (p. 506) : « Ce Rabi (en note : suppléez, converti, 
devenu chrétien). Cette note [dans l'éditiou de 1774] montre que le mot renié a été 
ajouté par le premier éditeur. » Ce n'est pas absolument nécessaire. 

3. Lautrey lit : « par leurs ar^'umans niesmcs, leurs rabbis » (la ponctuation est du 
premier éditeur). Dans tous les cas la phrase est enchevêtrée. 

4. D'Ancona, j.p. 298-299 ; Lautrey, 254. — Francisco de Toledo (1532-1596), pré- 
dicateur ordinaire de Pie V et de plusieurs de ses successeurs. 

5. Ch. Dejob dans ]à Revue, IX (1884), 87, u. 1. 

6. Op. cit., p. 277. 

7. Dejob, loc. cit., 87-88. 

T. LV, N» 109. 8 



H 4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Andréa del Monte n'est pas un inconnu pour nous'. «Censeur 
aussi vigilant que prédicateur fanatique ^ », ce « mauvais génie des 
Juifs ^ », qui s'appelait de son vrai nom Joseph Çarfati, se fit bap- 
tiser sous le pontificat de Jules III, dont il devint l'ami et le confi- 
dent. Il obtint de Grégoire XIÏI de faire des sermons aux Juifs. On 
a supposé '' qu'il était identique avec le Filippo del Monte qui 
inquiéta les Juifs en 4oo8, au témoignage de Joseph Haccohen"'. 
Enfin, M. Rodocanachi dit qu'après sa conversion, il prit le nom de 
Giovanni del Monte ^. 

Andréa del Monte — ou quel que soit encore son nom — avait 
un émule dans la personne de Domenico Gerosolomitano, qui a 
également prêché aux Juifs de Rome de io73 à 1386, et dont les 
sermons se sont conservés en manuscrit'. Mais il n'avait pas la 
même vogue et ce n'est sans doute pas lui qui eut Montaigne pour 
auditeur. Son confrère, au contraire, était assez célèbre pour être 
appelé, comme nous allons le voir, « l'Hébreu » tout court. 

Si je ne me trompe, nous possédons, en effet, sur notre prédica- 
teur un autre témoignage, contemporain de celui de Montaigne, et 
non moins précieux, car il émane de Giordano Rruno. Dans sa vie 
vagabonde, le philosophe de Noie vint deux fois à Paris, où il ensei- 
gna avec éclat à la Sorbonne^. Il s'y rencontra la deuxième fois 
avec Guillaume Go tin, bibliothécaire de l'abbaye de Saint-Victor, 
qui consignait ses entreliens dans un journal dont M. Lucien 
Auvray, l'aimable conservateur au département des manuscrits de 
laRibliothèque Nationale, a publié quelques fragments^. « Cotin, 

1. Voir les faits et les références dans Vogelstein et Rie^er, II, 172-173, et dans la 
Jew. EjicycL, s. v. Joseph Zarfati, VII, 273-274. A la bibliographie de ce dernier 
article ajouter la source principale, qui est le contemporain Bartolocci, Blbliolheca 
Rabbinica, III, 818, reproduit par Basnag-e, Histoire des Juifs (La Haye, 1716), tome IX, 
ch. XXXI, § 12 (XIV, 863), et en outre : M. Stem, Urkundlicke Beitràge ilber die Stelliing 
der Pdpste zu den Juden (Kiel, 1893), 161 ; Rodocanachi, op. cil., 276-278; cf. le même 
dans la fleyz^e, XXII (1891), .4c/es,LXXvii-LXXviii. — On écrit aussi de Monte et di Monte. 

2. G. Sacerdote, Deux Index expurgatoires de livres hébreux, dans la Revue, XXX 
(1895), 257 et s. 

3. Le même, / Codici ebraici délia Pia Casa de \eofiti di Roma, dans Alti dell' 
Academia dei Lincei, Classe di scienze morali. Série quarta, vol. X (1S92|, p. 181, n. 1. 

4. S.-H. Margulies, dans Festschrifl Berliner, 267 et s. 

5. Emek ha-Dacha, p. 111, 119 Wiener. 

6. Loc. cit. 

1. Vogelstein et Rieger, t. II, 173, 286, principalement d'après Sacerdote, Atli. 178-181. 

8. Sur ce second séjour voir les biographes de Bruno, p. ex. son ardent apologiste 
D. Levi, Giordano Rruno (2' éd.; Turin, 1888), 245 et s. 

9. L. Auvray, Giordano Bruno à Paris d'après le témoignage d'un contemporain 
{15S.')-1ôSC)), in-S» de 16 j). (extrait des Mémoires de la Société de ihistoire de Paris 
et de l'Ile-de-France, t. XXVIII [1901], 288-301). 



MONTAIGNE A ROME 115 

dit M. Auvray, s'intéressait fort à la prédication, et ne manquait 
guère une occasion de s'informer des orateurs en renom, tant à 
l'étranger qu'en France, de Panigrola notamment, de Fiamma, de 
Toledo, d'un autre encore, plus oublié aujourd'hui, qu'il appelle 
l'Hébreu. » Le 20 mai 1586, il écrit dans son journal : « Pierre-Vive 
dit Panigarole estre vivant'; l'Hébreu estre encor»; plus sçavant 
que lui et tout ce qu'il dit estre cousu de sentences ; Toletus près- 
cher toutes les festes devant le Pape. » Le 12 décembre 1585, il note 
cet entretien avec G. Bruno : « 11 prise entre les prédicateurs le seul 
Hébreu pour son éloquence et plus pour son sçavoir... Il mesprise 
fort Toletus. » 

L'article de M. Auvray fut commenté dans un magazine italien 
par le professeur Felice Tocco, un des éditeurs de G. Bruno -. Ce 
savant, après avoir repoussé l'hypothèse de voir dans ce prédica- 
teur Léon l'Hébreu, qui était mort depuis longtemps et qui n'avait 
été qu'un philosophe, concluait que c'était sans doute un converti 
ou le descendant d'une famille juive, et exprimait le regret que 
l'histoire littéraire eût perdu le souvenir d'un orateur placé par 
G. Bruno au-dessus de toutes les célébrités de la chaire contem- 
poraine. 

Ces réflexions tombèrent sous les yeux de M. G. Jarè. Le savant 
rabbin de Ferrare pensa que si le nom de notre sermonaire était 
omis, c'est parce qu'il était juif; autrement on ne l'aurait pas appelé 
l'Hébreu et on n'aurait pas caché son nom de baptême. Qui était-ce 
donc? M. Jarè était tenté d'y voir Juda Moscato,dont les sermons, 
s'ils sont imprimés en hébreu, ont pu être prononcés néanmoins 
en italien ^. 

Nous croyons que M. Jarè a fait fausse route et que Giordauo 
Bruno n'avaitenvue ni Juda Moscato ni un autre prédicateur juif '. 
On admettra sans difficulté que l'Hébreu que Bruno préfère à F. de 
Toledo est le même que le Babbi que Montaigne a entendu à Rome 
en même temps que ce Toledo Ce ne peut donc pas être Moscato, 

1. Panigarola, célèbre prédicateur, né à Milan en 1548, mort en 1594 (Note de 
M. Auvray). On avait dit précédemment à Cotin qu'il était mort. — Ou ne sait pas qui 
est ce Pierre-Vive. 

2. F. Tocco, Di un nuovo documento su Giordano Bruno, dans Nuova Anlologia 
di letfere, scienze edatli, 4« série, t. Cl (Rome, 1902), p. 86 et s. 

3. G. Jarè, Wer war der judische Prediger der von Giordano Bruno gertihtnt 
wird? dans Zeilschrifl fiir hebr. Bibliogr., VII (1903), 28-29. 

4. C'est aussi le sentiment de M. Auvray, à ce qu'il m'a dit. — A la rigueur, Bruno 
aurait pu comprendre un sermon en hébreu, témoin l'anecdote qu'il a racontée a Cotin : 
« Jordanus me dit qu'appelé à Rome par le pape... il récita en hébreu à tout 
endroit le psolme Fundamenta [Ps. lxxxvii] » (/. c, p. 291J. 



116 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qui, du reste, n'a pas exercé son activité à Rome ^ De même que le 
philosophe des Essais, le penseur hardi du Candelaio ne connaît 
que des prédicateurs catholiques. Ni l'un ni l'autre ne cite nommé- 
ment le docteur néophyte, probablement parce qu'il était connu sous 
le nom d' «Hébreu». On sait d'ailleurs que les convertis restent 
rabbins après leur conversion. Enfin, comme il est fort improbable 
que deux prédicateurs d'origine juive aient fait courir tout Rome à 
la même époque, nous sommes autorisés à retrouver celui qui exci- 
tait l'admiration des deux philosophes dans la personne d'Andréa 
del Monte, qui se donne justement dans un de ses ouvrages de 
controverse comme «rabbin et prédicateur hébreu à Rome ». 

Une contrainte plus humiliante pour les Juifs était leur partici- 
pation aux jeux du carnaval. Paul II ayant introduit le carnaval 
à Rome, on les obligea à prendre part aux courses, dans un cos- 
tume baroque ou à demi nus, sous les lazzis et les insultes des 
spectateurs-. Ces scènes infâmes se prolongèrent pendant deux 
siècles dans la capitale des papes. Aujourd'hui la Ville éternelle 
vient d'élire un juif pour maire. Que les temps sont changés ! 

Montaigne, qui assista à ces jeux, les décrit sobrement : « Le 
long du Cours, qui est une longue rue de Rome, qui a son nom 
pour cela, on faict courir à l'envi, tantôt quattre ou cinq enfans, 
tantost des Juifs, tantost des veillards tout nus, d'un bout de rue 
à autre ^. » 

M. Rodocanachi, citant ce passage, ne peut s'empêcher de 
remarquer que Montaigne, qui a vu ce « lamentable spectacle, n'en 
est pas le moins du monde révolté; le divertissement lui paraît un 
peu maigre, mais point du tout messéant, et ce n'est pas un des 
traits les moins curieux de cette curieuse relation de voyage, trop 
oubliée aujourd'hui, que la sereine indifférence du grand mora- 
liste en face de ces mesquines tracasseries qu'inventait l'esprit 
étroit de quelques zélotes et qu'exploitait trop ardemment une 
populace trop brutale et désordonnée » '*. 

Qu'aurait dit M. Rodocanachi s'il s'était rappelé que Montaigne 
avait du sang juif dans les veines? Lui, qui décrit avec une curio- 

1. V. la monographie en hébreu de Abbe Apfelbaum (Drohobycz, 1900) ; Elbogen, 
dans Jew. Encycl., IX, 38 i — 39 a (ajouter à la bibliographie : Kaufmann, dans 
J. Q. H., Vm[1896], 516, n. 3). 

2. V. les nombreux textes cités par D'Aucona, 250, n. 1 ; Rodocanachi, op. cil., 151 
et s., 190 et s.; Vogolstein et Ilicger, op. cit., H, 137-141. 

3. D'Ancona, 249 ; Lautrey, 227. 

4. Op. cit., 192-193. 



MONTAIGNE A ROME 117 

site amusée, et sans qu'une fibre soit remuée en lui, une circonci- 
sion et une prédication à la synagogue, les sermons de conversion 
et les courses du carnaval, était par sa mère dorigine juive. C'est 
un point mis en lumière par le biographe de la famille de Montaigne, 
qui est en même temps l'historien des Juifs de Bordeaux '. La mère 
du philosophe, Antoinette de Louppes, appartenait à une famille 
d'origine espagnole, appelée d'abord Lopez, qui était venue en 
France à la fin du xv<: ou au commencement du xvi° siècle et faisait 
partie, selon toutes les probabilités, des nouveaux Chrétiens, c'est- 
à-dire des Juifs déguisés^. Après cela, il importe peu qu'Antoi- 
nette de Louppes ait été, comme quelques auteurs l'ont prétendu, 
protestante, ou que le préambule de son testament respire une 
piété édifiante; on sait que les Marranes de Bordeaux pratiquaient 
extérieurement le christianisme et que beaucoup d'entre eux furent 
soupçonnés d'être favorables à la Réforme. 

Malvezin s'est demandé quelle influence a pu être exercée sur 
Montaigne par l'origine juive de sa mère, par les idées religieuses 
de celle-ci, et il a cru pouvoir avancer que cette influence a été 
très grande en citant cette phrase des Essais : « Je treuve que nos 
plus grands vices prennent leur ply des notre plus tendre enfance, 
et que notre principal gouvernement est entre les mains des 
nourrices. » Ce texte prouve tout le contraire. 3Iontaigne, qui ne 
cite jamais sa mère, — quand l'occasion de la nommer se présentait 
sous sa plume, allègue les nourrices! M. P. Stapfer dit plus juste- 
ment que, si Montaigne a gardé le silence sur sa mère, celte sin- 
gularité doit être attribuée « moins à quelque vanité nouvelle ou à 
l'absence d'une dose ordinaire de piété filiale qu'à l'ensemble de sa 
philosophie qui, dans la formation morale et intellectuelle de 
l'homme, lui faisait attacher fort peu d'importance au rôle et à 
l'influence de la femme. Cependant la religion, ou, pour mieux 
dire, la situation religieuse de M""^ de Montaigne la mère ne doit 
pas avoir été sans influence sur la direction qu'ont prise les idées 
du philosophe dans le sens d'une largeur tolérante et de ce qu'on 
a appelé son scepticisme ^. » 

Je ne sais si une théorie philosophique — dans la mesure où il y 

1. Tli. Malvezin, Michel de Mon(aif/ne, son origine, sa famille (Bordeaux, 1875), 
chap. IX, pp. 99-128. — Histoire des Juifs de Bordeaux [ihid., 187.i), passim (voir 
à la Table des noms). Au collège de Guyenne, Montui($nu eut pour maître Antoine de 
Govéa ; il cite avec éloije André de Govéa. Les Govéa étaient des nouveaux Chrétiens. 

2. On lit dans les Essais, livre I, chap. xi, une page assez circonstanciée sur l'ex- 
pulsion des Juifs du Portugal. 

3. P. Stapfer, La famille et les amis de Montaigne (Paris, 1896), 49-31. 



us REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

a des théories philosophiques dans les Essazs — justifie Montaigne, 
qui parle si complaisamment de lui et de son entourage, de n'avoir 
pas dit un seul mol de sa mère, avec laquelle il passa la plus grande 
partie de sa vie et qui lui survécut. Cette omission volontaire ne 
révèle-t-elle pas plutôt un trait de la physionomie morale de notre 
philosophe, sa vanité, « la vanité sous sa forme la plus puérile, la 
vanité nobiliaire du bourgeois enrichi » ? Lui qui appartenait à 
une famille de robins et qui, suivant la spirituelle expression de 
Brunetière, quitta la robe pour Tépée sans jamais tirer celle-ci du 
fourreau, ne parle que de ses titres et de ses armes. Que s'il n'a 
pas soufflé mot de sa mère, n'est-ce donc pas parce que « sa vanité 
le détournait d'en parler, si cette mère était d'origine juive, d'une 
famille portugaise de nouveaux Chrétiens » ^ ? 

Montaigne n'a d'ailleurs pas donné le change à tous ses contem- 
porains. Pierre de Lancre ^, qui le malmène assez rudement, cite 
un théologien espagnol, le P. del Rio, qui « semble mettre le sieur 
de Montaigne au rang de ceux qui suivent les hérétiques... Il ne le 
traite pas avec les éloges qu'il donne à un sien parent dans ce cha- 
pitre, bien qu'on die que le neveu de Montaigne estoit son parent 
du costé de sa mère, qui estoit Espagnole de la maison de Lopes ^ » 
Et Pierre de Lancre était, lui aussi, un peu parent de Montaigne '. 
Mais avec Montaigne la sévérité n'est pas de mise. On s'est 
d'ailleurs chargé de lui faire expier sa vanité de bourgeois gentil- 
homme qui rougit de ses origines : M. Jacobs l'a fait figurer dans 
une liste de censeurs des livres hébreux-'. Montaigne inquisiteur! 
Quelle injure ! et quel ami de Montaigne ne se révolterait à cette 
pensée ! Mais la vérité est que, si l'auteur des Essais a été censuré 
à Rome — oh ! légèrement, pas comme les Juifs — il n'a jamais cen- 
suré autrui. M. Jacobs avait la dans l'ouvrage de M. Rieger, auquel 
il renvoie, que Montaigne avait entendu le rabbin converti à Rome ; 
il se sera rappelé qu'il avait eu maille à partir avec l'Inquisition, 
et c'est ce rapprochement ou plutôt cette confusion qui aura donné 
naissance à une — hérésie littéraire. 

M. Liber. 



1. G. Lanson, Ilisloire de la litléralure frcuiçaife, p. 323. 

2. Sur ce personna!,'e et son ouvrage si édifiant, v. Malvczin, Ilisloire des Juifs de 
Bordeaux, pp. 116-121, et surtout l'article tic M. Israël Lévi dans la Revue, \\\ (1889), 

235 et s. 

3. L'Incrédulité et mescréance du sorlilcpe, traité 8, p. 445 et s. (cité par Mal- 
vczin, Michel de Montaigne, l. c). 

4. Malvezin, Histoire des Juifs de Bordeaux, 116-117. 

5. Jewish Encyclopedia, lit, 625. 



UN ÉTABLISSEMENT JUIF A MARSEILLE 

AU XVIP SIÈCLE 



I 



Depuis leur expulsion de Provence par les rois Charles VIII et 
Louis XII', les Juifs n'avaient pas pu faire de tentative sérieuse 
pour venir se fixer à Marseille et séjourner dans une ville où 
leurs ancêtres avaient longtemps joui d'une sorte de droit de cité. 
Ils n'avaient pas méconnu cependant les admirables ressources 
offertes aux marchands par le port de Marseille. Ils avaient donc 
essayé de venir créer dans cette ville des établissements commer- 
ciaux. Mais, très vite, ceux d'entre eux qui s'étaient ainsi risqués à 
enfreindre les édits royaux, avaient été contraints de plier bagage. 
Marseille était donc restée rigoureusement interdite aux nombreux 
négociants juifs qui résidaient en Italie ou dans le Comtal-Venaissin. 

C'est que, aux prescriptions royales, dont on pouvait parfois faire 
fléchir la soi-disant inflexible sévérité, s'ajoutaient des coutumes 
locales dont les Marseillais exigeaient la stricte application. Non 
seulement les statuts de Marseille refusaient le droit de cité à 
quiconque ne professait pas « la religion catholique, apostolique et 
romaine » ^, mais encore ils interdisaient aux Juifs de séjourner 
plus de trois jours sur le territoire de la ville'. Il était donc difficile 

1. Y. Revue des Éludes Juives, 1903, t. XIA'I, Les Juifs de Marseille au Moyen 
Age, par Ad. Crétni(;ux. 

2. V. iioUmnruiit aux Airliives Communales ilt> Marseille, Hegislre des Délibéralions 
du Conseil Général de la Ville, n" 55, f° 15 ulélib. du 5 janvier 1656). 

3. Arch. Conmi. de Marseille : Registre de la Correspondance, n» 1. LeUre des 
Consuls de Marseille à Guitton, agent de la ville à Aix (14 janvier 1648); — Arch. de la 
Chambre de Commerce de Marseille, G G 1. : Résidence des Juifs à Marseille, passim. 



120 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à un Juif, quels que pussent être son désir de s'enrichir ou son 
audace, de se soustraire longtemps à la vigilance des officiers 
municipaux, et surtout à l'animosité des marchands marseillais, 
jaloux de conserver pour eux seuls les avantages que leur offrait la 
position exceptionnelle de leur ville. 

Vers 1670, cependant, les circonstances semblèrent être devenues 
plus favorables. L'on crut alors que le port de Marseille allait être 
également ouvert à l'activité des négociants étrangers comme à 
celle des négociants indigènes. Colbert, poursuivant le dessein 
qu'il avait formé de régénérer suivant des principes nouveaux le 
commerce de la France, avait poussé Louis XIV à signer un édit 
qui établissait la franchise du port de Marseille. Cet édit, donné 
en mars 1669, contenait, entre autres décisions, les prescriptions 
suivantes : 

« Voulons et Nous plaît que les étrangers et autres personnes de 
toutes nations et qualités puissent y aborder et entrer avec leurs 
vaisseaux, bâtiments et marchandises, les charger et décharger, y 
séjourner, magasiner, entreposer. . . Et, pour co?ivier les étrangers 
de fréquenter ledit port de Marseille, même de s'y venir établir 
en les distinguant par des grâces particulières. Voulons et Nous 
plaît que lesdits marchands et étrangers y puissent entrer par 
mer, charger, décharger et sortir leurs marchandises sans payer 
aucuns droits, quelque séjour qu'ils y aient fait et sans qu'ils soient 
sujets au droit d'aubaine, ni qu'ils puissent être traités comme 
étrangers en cas de décès, lequel arrivant, leurs enfants, héritiers 
ou ayants cause pourront recueillir leurs biens et successions, 
comme s'ils étaient vrais et naturels Français. . . Même ceux qui 
auront étabh leur domicile et fait un commerce assidu pendant le 
temps de douze années consécutives dans ladite ville de Marseille, 
quoiqu'ils n'y aient acquis aucun bien ni maisons, soient censés 
naturels Français, réputés bourgeois d'icelle ' . . . » 

Les Juifs d'Italie et du Comtat crurent voir dans ces dispositions ^ 
le moyen de tourner les autres décisions royales et les prescrip- 
tions des statuts municipaux qui leur interdisaient le séjour de 
Marseille. Quelques-uns vinrent de Livourne établir une maison 

1. Édit pour ranVaiicIiissement du port de Marseille (imprimé), passim, dans divers 
dépôts publics, et notamment aux Archives des AfTaircs Étrangères, Mémoires et Docu- 
ments : France (Provcnci'), 1729, f»" 307-310. 

2. Les Marseillais acceptèrent d'assez mauvaise !.M;\ce l'édit de la francliisc du port. 
Le Conseil C.énéral de la ville ilélibéra, le 1°' avril 1669, que dos remontrances seraient 
présentées au roi, au sujet de son intention d'établir la franchise du port de Marseille, 
à cause du préjudice que cet établissement pourrait porter à la ville et à son commerce. 
(Arcli. Comm. de Marseille, Reg, des Délibérations, n» 69, f" 168 v".) 



UN ÉTABLISSEMENT JUIF A MARSEILLE AU XVII= SIÈCLE 121 

de commerce. Quand ils eurent réussi, d'autres coreligionnaires les 
imitèrent. Bientôt, une petite communauté se trouva organisée à 
Marseille, éveillant la méfiance des habitants, jus'; . >jit en quelque 
sorte les appréhensions que leur avait lait concev'- . ''^'atjlissement 
du port franc'. Ceux-ci dénoncèrent au Parlemeni. à l'Intendant 
de la province, au Roi, ces violations de la législaîion du royaume, 
ces infractions à leurs statuts : ils en demandèi-eot la répression. 
De là naquit une assez longue affaire, dont nous nous proposons 
de raconter ici les péripéties, nous aidant à la fois de documents 
conservés aux Archives de la Chambre de Commerce de Marseille - 
et de pièces conservées à Paris, aux Archives du Ministère des 
Affaires Étrangères^ et à la Bibliothèque Nationale'. Ces divers 
documents, tous concordants et inédits, présentent un épisode 
assez curieux de l'histoire des Juifs en France pendant la période 
de la monarchie absolue. Ils peuvent aussi servir à l'étude du 
commerce de Marseille pendant le ministère de Colbert, grâce à 
l'abondance des renseignements qu'ils renferment sur les mouve- 
ments du port et sur la nature et l'origine des marchandises qui y 
étaient débarquées. Ce sont là autant de raisons qui justifient notre 
publication. 



II 



L'Édit de la franchise du port de Marseille avait été mis en 
vigueur depuis quelques mois à peine que Louis XIV était appelé 
à en appliquer celle de ses dispositions qui paraît avoir, plus que 
toutes les autres, excité la mauvaise humeur des négociants 
marseillais. Deux Juifs de Livourne, beaux-frères l'un de l'autre, 
au caractère entreprenant et décidé, sans doute déjà nantis de 

1. Les Marseillais paraissent, en effet, avoir, surtout redouté que l'étahlissoment du 
port franc n'amenât dans leur ville un trop grand nombre de marcliauds étrangers, 
dont ils auraient eu à souffrir la concurrence. Aussi s'efforcérent-ils d'obtenir qu'on 
écartât tous ceux contre lesquels on pouvait invoquer un motif plausible : de ce nombre 
furent les Juifs et les Protestants. Tandis donc que les Marseillais énonçaient contre 

es Juifs les plaintes dont nous allons parler ci-dessus, ils émettaient des griefs ana- 
ogues contre les Protestants, bien que la France véciU alors ofliciellement, et encore 

pour quelques années, sous le régime de l'Édit de Nantes (V. Aug. Fabre, Les liiies de 

Marseille, IV, 268 etsuiv.). 

2. Arrliives de la Chambre de Commerce de Marseille, B. B. 2. Rei/islres des Déli- 
bérations \ — G G. i : La résidence des Juifs à Marseille. 

3. Archives des Affaires Étrangères, Mémoires et Documents : France (Provence), 
1729, ff« 292-339. 

4. Bibliothèque Nationale, Ms. Fr. 18979, f" 146 et sq. 



i22 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

quelque fortune, et nommés, l'un Joseph Vais VillaréaP et l'autre 
Abraham Alias, sollicitaient, en effet, l'autorisation de venir à 
Marseille et d'y demeurer avec leurs familles pour y faire du 
commerce. Le roi y consentit par une lettre de cachet, donnée à 
Saint-Germain le 16 juin 1670 et contresignée par de Lionne ; il 
« manda très expressément » à ses divers officiers eu Provence 
« qu'ils aient à les laisser sûrement et librement passer par tous les 
lieux et endroits de leurs pouvoirs et juridictions, sans souffrir qu'il 
leur soit donné aucun empêchement tant en venant et retournant 
que dans leur séjour, ni qu'ils soient inquiétés sous prétexte des 
ordonnances faites contre les Juifs de la rigueur desquelles nous 
les avons relevés et relevons"^ ». 

A peine en possession de ce précieux passeport, Villaréal et 
Atlas, associés tous deux dans une même entreprise commerciale, 
se rendaient à Marseille, s'y établissaient et commençaient bientôt 
leurs opérations. D'abord peu nombreuses, celles-ci s'accroissaient 
insensiblement et prenaient assez vite une extension qu'explique la 
situation de ceux qui les dirigeaient. Villaréal avait, en effet, des 
correspondants à Livourne, dans les Échelles du Levant, à Smyrne, 
à Chypre, à Alexandrie, à Tripoli et à Tunis. C'est à eux qu'il 
adressait des marchandises de France ; il en recevait en retour 
divers produits étrangers. Peut-être entretenait-il dans ces différents 
ports de véritables succursales de la maison qu'il avait fondée à 
Marseille. A coup sûr, il en était ainsi pour le port de Livourne, 
avec lequel Villaréal paraît avoir fait ses plus fréquentes et peut- 
être ses plus fructueuses opérations. 

Quelles que soient, d'ailleurs, les conditions dans lesquelles ces 
diverses opérations étaient effectuées, on ne peut nier qu'elles 
n'aient été actives et prospères. Un acte notarié constate, en effet, 
que, au cours des neuf années qu'il a séjournées à Marseille, 
Villaréal a contracté des assurances maritimes s'élevant à la somme 
de 856.400 livres et a payé à cet effet pour 58. 81^2 livres de primes ^ 

1. Ce personnage, nommé Josepli Vais Villaréal dans les documents des Archives 
des Alfairos Étrangères, est aussi appelé Joseph Vias Villaréal dans le manuscrit de la 
Bibliothèque Nationale. 

2. Arch. (les Aff. Étr., loc. cit., f» 306. 

3. Arch. des Aff. Étr., loc. cit., foSit. — Certificat, délivré le 21 ilécembre 1679, par 
Jean-Baptistf Auiiimar, notaire royal à Marseille, et validé jtar Jean-François de lUlIon, 
lieutenant général civil et criminel de la Marine et Amirauté des nuis du Levant au 
siège de Marseille, attestant que, du 2 juin 1670 au mois de décembre KilO, Joseph 
Vais Villaréal et Comiiagnie, marchands juifs résidant a Marseille, ont contracté sur 
divers navires des assurances s'élevant à une somme de 8o0.400 livres, et ont payé une 
prime de 53.812 livres. 



UN ÉTABLISSEMENT JUIF A MARSEILLE AU XVII« SIÈCLE 123 

Un autre document du même genre atteste encore que, pendant ce 
même laps de temps, ce marchand a signé 861 polices de char- 
gements pour diverses marchandises embarquées sur différents 
navires marseillaise 

Non seulement Villarcal et ses associés exportaient des marchan- 
dises nombreuses et variées, mais ils importaient aussi d'abondants 
produits étrangers. Pour montrer l'importance de leur participation 
à la prospérité du port de Marseille et justifier ainsi la faveur qu'ils 
sollicitaient d'être autorisés à y prolonger leur séjour, ces marchands 
juifs firent dresser pour les soumettre au roi divers états des opéra- 
tions auxquelles ils se livraient. L'un de ces états fournit notamment 
la longue liste des marchandises qu'ils ont fait transporter à Mar- 
seille depuis les premiers temps de leur séjour dans cette ville. Ces 
états offrent ainsi un véritable tableau en réduction du commerce 
de Marseille dans le dernier tiers du xvii" siècle. Des navires de 
toute forme, « vaisseaux, polacres, barques, tartanes » et de natio- 
nalités différentes, français (Levantais ou Ponantais), anglais ou 
hollandais, venus des pays les plus divers, Italie, Pays barbaresques. 
Échelles du Levant, y apportent les marchandises les plus variées. 

De Livourne, Villaréal fait venir des drogueries, des épiées, des 
cuirs, des étoffes de laine et de coton. La plupart de ces objets ne 
paraissent pas être des produits de l'agriculture ou de l'industrie 
italiennes. Beaucoup semblent, au contraire, avoir été déjà impor- 
tés à Livourne par les correspondants ou par les associés de Villa- 
réal, qui les fait venir à Marseille à son tour pour en tirer un 
meilleur parti. D'autres chargements arrivent des ports du Levant, 
Smyrne, Chypre, surtout Alexandrie : ce sont des balles de laine 
de chèvre, de soie, des cuirs tannés, des épices et des drogueries. 
Villaréal se flatte, d'ailleurs, de pouvoir mieux et plus avantageu- 
sement que les négociants marseillais trafiquer dans ces pays : 
d'après lui, les Juifs y détiennent tout le commerce, et il est en 
correspondance suivie avec eux '^. Enfin, il fait venir encore d'autres 

1. Arch. des Aff. Étr., loc. cil., f» 31(5. — CertiCicat, délivré le 22 décembre 1G79, 
par Pierre Maillet, notaire royal à Marseille, et validé par Antoine de Pellegrin, lieu- 
tenant particulier et assesseur civil et criminel au siège de Marseille, constatant que, 
du 9 septembre 1670 à ce jour, Joseph Vais Villaréal, Abraham Atlas et Franco Dalmcdo 
ont fait « soit ensemblement que séparément, des polices de chari:ements faits de 
diverses marchandises en ce port sur plusieurs bâtiments de mer, pour être trans- 
portées en divers endroits, au nombre de huit cent soixante-une, cnntenant icelles sept 
mille cent vingt-six balles de diverses marchandises, sept mille six cent sejit cuirs et 
quatre cent vingt-sept charsres et demi de blé... » 

2. Arch. des Atf. Ktr., loc. cit., î° 339. — .\'ofe (à la fin d'un document) : «... Ce 
qui prouve, k ce qu'ils disent, qu'ils font plus de négoce à Marseille que tous les autres 



124 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

produits des Pays Barbaresques, de Tripoli et de Tunis : ce sont des 
cuirs, de la cire, des éponges, du corail ^ 

Ces arrivages ne se font pas avec régularité. Les tableaux annuels 
que nous avons pu dresser des diverses opérations faites par Villa- 
réal accusent, au contraire, des différences assez sensibles d'une 
année à l'autre. 

Sans parler de Tannée 4670, où Villaréal et Atias vinrent s'établir 
à Marseille, et, par conséquent, année de début où le nombre des 
opérations fut forcément insignifiant, les années qui suivent jus- 
qu'en 1679 ne présentent ni une progression constante dans les 
importations faites pour leur compte, ni une suite d'opérations 
régulières avec les diverses places de commerce d'où provenaient 
les marchandises importées. 

Livourne est toujours le centre principal de ces opérations, mais 
le nombre des chargements partis de ce port à destination de 
Marseille, pour le compte de nos négociants juifs varie d'une année 
à l'autre, sans qu'on puisse saisir les raisons de ces variations. 
Notre tableau accuse donc 14 chargements pour 1671 et 27 pour 1672; 
puis il tombe à 17 pour 1673 et même à 7 pour 1674. Il remonte, il 
est vrai, à 11, 15', 16 et 27 chargements pour les années suivantes 
1675, 1676, 1677, 1678, pour retomber à 22 en 1679. 

Nous pouvons faire des constatations du même genre pour les 
autres ports d'embarquement. Nous relevons, en effet, les chiffres 
suivants pour les chargements provenant d'Alexandrie : 2 en 1671, 
1 en 1672, 7 en 1673, 4 en 1674, 9 en 1675, 5 en 1676, 10 en 1677, 5 
en 1678, 8 en 1679. Tunis envoie 1 navire en 1672, 3 en 1673, 3 en 
1675, 1 en 1676, 1 en 1677, 2 en 1678, 4 en 1679; — Tripoli, 1 en 
1672, 2 en 1674, 2 en 1675, 3 en 1676, 3 en 1677, 3 en 1678, 1 en 
1679. Quant à Smyrne, Chypre et Alexandre Ite, les opérations 
que ces ports font avec les marchands juifs de Marseille restent 
suspendues parfois pendant plusieurs années successives, sans 
que nous paissions expliquer la cause de ces interruptions. Par 
exemple, nous relevons en 1671 deux chargements provenant de 
Smyrne, en 1672, 3 de Smyrne et 1 d'Alexandrette, en 1673, 1 de 
Smyrne; mais nous n'en relevons aucun au cours des années 
suivantes 1674, 1675, 1676, 1677, 1678; en 1079, enfin, un charge- 
étrangers, ot, enfin, qu'ils sont plus propres au commerce que tous autres, tout leur 
bien consistant en argent, en/an/ des correspondances dans lotit le Levanf, avec les 
Arméniens, en Barbarie, en Italie, et surtout dans l'Empire du Turc où les rece- 
veurs des douanes et négociants sont Juifs pour la plupart. » 
1. V. Pièces Justificatives, 1 et IL 



UN ÉTABLISSEMENT JUIF A MARSEILLE AU XVII« SIÈCLE 12b 

ment est marqué comme ayant Alexandrette et Chypre pour ports 
d'origine. 

C'est bien là ce qui constituait jadis le commerce de mer, à une 
époque où la division du travail et le système de séparation rigou- 
reuse entre les diverses industries et les divers commerces, que 
nous appliquons aujourd'hui, étaient à peu près complètement 
ignorés. 

Il serait intéressant de connaître l'usage que Villaréal et ses 
associés taisaient des marchandises qui leur étaient ainsi apportées 
de divers côtés. Aucun des documents dont nous disposons ne nous 
fournit de renseignements à ce sujet. Tout au plus pouvons-nous 
supposer, d'après des indications tirées de pièces que nous ana- 
lysons plus loin, que ces Juifs ne se contentaient pas d'importer 
à Marseille des produits d'outre-mer. Ceux-ci, au contraire, étaient 
dirigés par leurs soins dans l'intérieur du pays. Ils se vantent, en 
effet, dans divers mémoires, dont nous parlerons bientôt, d'avoir 
acquitté eux-mêmes, pour des marchandises déterminées, des 
droits importants entre les mains des receveurs des fermes royales, 
ce qu'ils n'auraient pu faire s'ils avaient vendu ces marchandises 
sur place, Marseille étant port franc ^ Ainsi leur commerce s'éten- 
dait directement sur tout le reste du royaume ; mais rien ne nous 
permet d'établir dans quelles conditions il s'y faisait. 

Quant aux profits que Villaréal en retirait, il ne nous est pas 
davantage permis de le savoir. Aucune indication à ce sujet ne se 
dégage des documents que nous avons eus entre les mains. Tout 
au plus pouvons-nous supposer que les bénéfices réalisés par un 
commerce aussi varié et aussi actif furent importants, puisque, de 
très bonne heure, la présence de ces négociants juifs à Marseille 
excita les inquiétudes et provoqua lès plaintes du commerce local. 
Si le commerce des Juifs avait été précaire et les bénéfices insi- 
gnifiants ou nuls, il est probable, en effet, que les représentants 
officiels du commerce marseillais et ses défenseurs naturels ne s'en 
seraient pas alarmés. C'est, au contraire, ce qu'ils ont fait, dès le 
premier jour, et leurs plaintes sont allées croissant, à mesure ([ue 
se dessinait de plus en plus le succès de l'entreprise de Villaréal, 
comme va le montrer la suite de ce récit. 

1. Les Députés du Commerce ont bien essayé, il est vrai, de contester cette afflr- 
mation, prétendant, au contraire, que le commerce de Villaréal et des autres Juifs 
établis autour de lui ne dépassait pas le territoire de la ville. Mais nous essayons de 
démontrer plus loin (jue leur argumentation à cet égard ne repose sur rien de solide et 
que, par conséquent, il peut être tenu compte de lafOrmatioa de Villaréal. 



426 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



III 



La prospérité de la maison de commerce fondée à Marseille par 
Joseph Vais Villaréal et son beau-frère, Abraham Atias, avait été de 
bonne heure rendue évidente par la multiplicité des affaires aux- 
quelles se livraient les deux associés. Dans un port de commerce, 
comme était celui de Marseille au xvii« siècle, où les diverses opé- 
rations se faisaient au grand jour, il devait être assez difficile de 
dissimuler leur nombre et leur importance. C'est pourquoi les pro- 
fits que Ton attribua aux chefs de cette entreprise provoquèrent 
à la fois un sentiment d'envie chez certains marchands juifs de 
Livourne, témoins de l'extension prise par les affaires de leurs 
coreligionnaires, et un sentiment de crainte et de jalousie chez les 
marchands marseillais qui se crurent dépouillés par ces intrus d'un 
bénéfice légitime. De là, divers incidents qui devaient à assez bref 
délai causer la ruine de l'établissement de Villaréal. 

Celui-ci était à peine installé à Marseille avec son beau-frère et 
sa famille, comme Louis XIV lui en avait accordé la permission, 
que d'autres Juifs arrivaient comme lui, de Livourne, s'établissaient 
dans notre ville et s'y livraient aussitôt au même genre de com- 
merce. Les états des opérations faites par Villaréal, dont nous avons 
déjà parlé, mentionnent, en effet, avec celui-ci, d'autres Juifs aux- 
quels étaient destinés les chargements dont il est question dans 
ces états. Ce sont Franco Dalmeda ou Dalmedo, Jacob Samuel, 
Avidor, Habran Jacob et Manuel Nunès ^ 

A vrai dire, il nous est assez difficile de dire si ces personnages 
étaient autant de chefs de maisons de commerce distinctes. Le 
document, qui nous signale leur existence, le fait dans les formes 
les plus diverses et les moins précises. Tantôt c'est un nom isolé, 
tantôt c'est une série de noms, véritable raison sociale, qu'il four- 
nit. Dans ce dernier cas, les formules sont les plus variées. Dal- 
meda, par exemple, devient successivement Jacob Samuel, Dalmeda 
et Avidor, — Franco Dalmeda et compagnie, — Franco Dalmeda, 
Avidor et Vais. Il en est d'ailleurs de même des deux noms de Vais 
Villaréal et d'Atias, qui paraissent tantôt réunis, tantôt, au contraire, 
séparés et comme chefs de maisons différentes : ainsi Villaréal 
se transforme en Villaréal et Atias, puis Villaréal et compagnie, 

1. V. Pièces Justificatives, II. 



UN ÉTABLISSEMENT JUIF A MARSEILLE AU XVII« SIÈCLE 127 

Villaréal père et fils, sans parler de la raison sociale, précédemment 
citée, Franco Dalmeda, Avidor et Vais, qui paraît aussi s'appliquer 
à lui. De son côté, Atias donne Nunès, Atiaset compagnie, — Habran 
Jacob et Atias, — Manuel Nunès et Abraham Atias. 

Il nous paraît donc difficile de déterminer exactement combien 
de maisons juives furent établies à Marseille de 1670 à l<)79. ^^ous 
ne serions même pas éloigné d'affirmer que ces différentes maisons 
de commerce étaient liées entre elles par des intérêts communs plus 
étroits que ceux que pouvait créer la communauté de religion et 
d'origine dans un pays où les Juifs étaient, pour ainsi dire, traités 
en parias. Villaréal apparaît, en efl'et, comme le chef de cette colonie 
juive : c'est lui qui est désigné nominalement à l'exclusion de tout 
autre dans les documents où les négociants marseillais se plaignent 
des marchands juifs qui sont venus s'établir dans leur ville. C'est 
encore lui qui agit au nom de tous les Juifs résidant à Marseille et 
qui rédige les mémoires destinés à combattre les imputations diri- 
gées contre eux. C'est à lui que sont délivrés les actes authentiques 
dont il se sert pour appuyer les arguments qu'il présente en faveur 
des établissements qu'il a créés. C'est enfin dans sa maison que 
sont ordinairement célébrées les cérémonies religieuses qui réu- 
nissent les membres de cette petite communauté le samedi et les 
jours des grandes fêtes. 

De tout cela nous conclurions sans hésitation que Villaréal 
fut véritablement le chef avéré ou secret des quatre ou cinq 
maisons de commerce juives, dont l'existence nous est révélée à 
ce moment à Marseille, si nous ne trouvions dans un de nos docu- 
ments un passage qui ne nous semble pas permettre semblable 
affirmation. Nous lisons, en effet, dans un mémoire présenté contre 
les Juifs parla Chambre de commerce de Marseille, que « un d'eux, 
nommé Franco, a fait faillite depuis peu ' ». Assurément, c'est de 
Franco Dalmeda qu'il s'agit, dont la déconfiture paraît devoir être 
fixée à l'année 1679, date à laquelle ce mémoire a été rédigé. Cette 
aventure malheureuse, dont les marchands marseillais tirent argu- 
ment contre les marchands juifs, nous paraît prouver que ceux-ci 
faisaient isolément leurs affaires, à leurs risques et périls, et que la 
solidarité qui les unissait s'arrêtait le plus souvent à leurs affaires 
d'intérêts. Comment supposer, en effet, s'il en avait été autrement, 
que Villaréal eût ainsi laissé sombrer un de ses associés dans une 
faillite dont leurs ennemis communs devaient s'autoriser pour incri- 

1. Arch. de la Chambre de Commerce de Marseille, G. G. 1. : Résidence des Juifs 
à Marseille : Premier mémoire. 



128 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

miner indistinctement la probité de tous les marchands juifs et, 
les présentant comme un danger public, réclamer contre eux des 
mesures de proscription ? 

Il paraît certain toutefois qu'il existait des liens réels d'amitié, 
de parenté ou d'intérêt entre Villaréal et les Juifs dont nous venons 
de parler. Rien, en efifet, dans les documents dont nous disposons, 
ne nous autorise à voir en eux des personnes étrangères entre elles 
et vivant tout à fait à l'écart les unes des autres. C'est sur l'initiative 
de Villaréal qu'ils sont tous venus après lui s'établir à Marseille, et 
c'est sur ses conseils, sinon avec une partie de son argent, qu'ils 
ont entrepris leurs diverses opérations. Aucun d'eux n'a sollicité 
de permission spéciale pour se fixer en France, sans doute parce 
qu'il a jugé suffisante celle qui avait été précédemment accordée â 
Villaréal et à Atias. Or, l'établissement de ces deux personnages à 
Marseille n'avait pas créé un précédent dont pouvaient s'autoriser 
indistinctement tous les autres Juifs disposés à les imiter. Par 
conséquent, il n'est pas téméraire de conclure que Villaréal a 
entraîné à sa suite le groupe de Juifs de Livourne qui sont fixés à 
Marseille autour de lui en 4679. 

Mais d'autres Juifs avaient eu la tentation de l'imiter. N'ayant 
avec lui aucune relation, ils eurent recours à la procédure qui lui 
avait réussi. Ce sont encore deux marchands de Livourne, Raphaël 
Emossé Ergas et David Moron, qui demandent à Golbert de Croissy 
pour eux et pour leurs familles « de leur faire la grâce de faire 
expédier un passeport pour venir négocier à Marseille, y séjourner 
et s'en retourner de la môme manière que l'on a accordé ci-devant 
plusieurs passeports à des Juifs qui sont présentement audit Mar- 
seille, où ils font un négoce très considérable ' ». Il est probable 
que cette démarche n'eut aucun succès. Elle montre cependant 
combien était vif le désir de certains négociants juifs d'Italie de 
profiter de la franchise du port de Marseille pour venir y faire du 
commerce et, peut-être, y faire fortune à l'exemple de Villaréal. 

Cette démarche explique et justifie dans une certaine mesure, 
en tenant naturellement compte de l'esprit d'intolérance et de par- 
ticularisme politique et économique qui dominait à cette époque, 
les méfiances et la colère que manifestèrent les Marseillais pour 
ainsi dire dès le lendemain de l'établissement de Villaréal. 

Les premières opérations faites à Marseille par Villaréal remon- 
tent au mois de mai 1670 : c'est donc six mois à peine après son 
établissement dans la ville que la Chambre de commerce prend sa 

1. Arch. d«s A£F. Étr., Icc. cit., i" 338. 



UN ÉTABLISSEMENT JUIF A MARSEILLE AU XVII" SIÈCLE i29 

première délibération par laquelle elle demande qu'on n'y supporte 
pas la présence des Juifs. A la séance du Bureau des Députés du 
commerce, tenue le ^^2 décembre, le premier Député, Guillaume de 
Saint-Jacques, saisit l'assemblée de cette réclamation. Les Députés 
du commerce, dit-il, « ont reçu plainte de divers négociants qu'il 
babite en cette ville quantité de Juifs, ce qui est contre les édits 
et ordonnances, même les arrêts du Conseil qui leur défend de 
résider en cette ville que pendant trois jours et qu'ils n'y pourront 
négocier que par commissionnaire et porter la marque des Juifs. Et, 
sous prétexte de certaine commission qu'ils ont captée au Conseil 
du roi, ils s'y sont introduits sans que les Écbevins et Députés du 
commerce soient été ouïs en leurs raisons et défenses, requérant y 
être pourvu. Sur quoi, conclut le procès-verbal, a été résolu que 
Messieurs les Échevins recevraient leur permission de se pourvoir 
à la Cour pour en porter plainte * . » 

Nous ignorons si les Écbevins ont rempli la mission dont ils 
étaient chargés: rien dans nos documents ne nous en informe 2. Il 
est à croire cependant qu'ils n'y mirent que peu d'empressement, 
caries opérations de Villaréal et de ses coreligionnaires allèrent 
en augmentant, ce qui ne serait sans doute pas arrivé s'ils avaient 
été inquiétés par les magistrats municipaux ou par les officiers de 
justice dès les premiers temps de leur séjour à Marseille. Si même 
les Échevins remplirent scrupuleusement le mandat donné par les 
Députés du commerce, le gouvernement fit la sourde oreille. Il ne 
plaisait probablement pas à Colbert d'interrompre, par des mesures 
de rigueur ordonnées contre d'intelligents et actifs négociants, et 
dès les premiers mois de son application, l'exécution de l'édit sur 
la franchise du port de Marseille. Le ministre de Louis XIV suivait 
à ce moment, à l'égard des Juifs dénoncés par la Chambre de com- 
merce, la même politique qu'il avait suivie à l'égard des Protestants 
également dénoncés à l'instigation des Marseillais par le premier 
président du Parlement d'Aix'. 

Les négociants marseillais ne se laissèrent pourtant pas décou- 
rager par l'attitude indifférente du ministre. Deux mois après, le 
6 février 1671, le député du commerce Croiset renouvelle leur 
plainte. « Ils reçoivent journellement plainte des négociants de 

1. Arch. de la Ctiambrc de Commerce de Marseille, B B. 2. Registre îles délihé- 
raliona f» 81u : Bureau du 22 décembre 1670. 

2. Il manque, en ellet, aux Archives Communales de Marseille le Rejjrislre des copies 
des lettres écrites par les Échevins, pendant les années 1670 et 1671. Le Retristre, «pii 
conUentles lettres écrites eu 1672, n'en renferme aucune se rapportant à celte affaire. 

3. V. Aug. Fabre, Les Rues de Marseille, IV, 268. 

T. LY, N» 109. 3 



130 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cette place que les Juifs viennent en grand nombre habiter en cette 
ville sans qu'on y puisse mettre ordre, à cause qu'ils font voir des 
ordres précis de M. de Golbert. » Et, derechef, le procès-verbal 
enregistre qu'il « a été résolu que Messieurs les Échevins en 
écriraient à mondit seigneur de Golbert' ». 

La démarche fut encore vaine, si tant est qu'elle ait été faite. 
Cependant, les Députés du commerce gardèrent le silence pendant 
quatorze mois. C'est seulement, en effet, à la réunion du Bureau, 
tenue le 22 avril 1672, que le premier député Boisselly représenta 
« qu'il arrive journellement des Juifs en cette ville qui y viennent 
habiter, ce qui est contraire aux édits et ordonnances et aux statuts 
de la ville, étant nécessaire de prendre garde à cet abus, puisque 
ce sont des pestes des villes ». Sur quoi, les assistants décident: 
« Messieurs les Échevins et Députés du commerce en écriront au 
Roi pour obtenir les ordres de Sa Majesté à les faire chasser de 
cette ville, après qu'ils y auront résidé les trois jours portés par 
les statuts^. » 

Il n'est pas surprenant que ceux devant qui furent portées ces 
plaintes du commerce marseillais n'y aient ajouté d'abord que peu 
d'importance. Elles manquent toutes trois de précision, et la 
deuxième et la troisième ne sont, en somme, sous une forme d'ail- 
leurs peu différente, que la répétition de la première. Leur exagé- 
ration même leur enlève toute portée : les plaignants auraient 
notamment été, à coup sûr, fort embarrassés s'il leur eût fallu 
dénombrer cette « quantité de Juifs » qui, d'après eux, seraient 
venus habiter à Marseille. Nous savons qu'elle se réduisait à pas 
grand chose, une cinquantaine de personnes au maximum. Aussi 
a-t-on de la peine à comprendre l'émotion accusée par les délibé- 
rations dont nous venons de citer les passages essentiels. 

Non seulement ces plaintes étaient exagérées, — et il n'était pas 
difficile de le prouver, — mais elles étaient encore maladroites. 
Invoquant les prescriptions des édits et ordonnances du Roi, des 
arrêts du Conseil et des statuts de la ville qui réglaient les condi- 
tions du séjour des Juifs sur le territoire de Marseille, elles étaient 
muettes sur les prescriptions particulières de l'édit de l'atTran- 
chissement du port, en contradiction avec celles-ci et paraissaient 
affecter d'ignorer que les Juifs pouvaient s'en réclamer ])Our justifier 
leur présence dans la ville. Or, ce n'était pas seulement à propos 
du cas particulier des Juifs que les Marseillais manifestaient leur 

1. Anli. de la Chambre de Conuneice, BB. 2. Registre des Délibérations, f" 879. 

2. Arcli. de la Cliambre de Commerce, BB. 3. Registre des Délibérations f" 49. 



UN ÉTABLISSEMENT JUIF A MARSEILLE AU XVII» SIÈCLE 131 

mécontentement au sujet de l'édit de 1669 ; peut-être même 
voyaient-ils dans cette dernière démarche un moyen détourné de le 
battre en brèche. Colbert était trop avisé pour ne pas s'en méfier. 
Il dédaigna de répondre à la réclamation des Marseillais, et les 
Juifs demeurèrent à Marseille. 

Ne pouvant pas olilenir satisfaction du gouvernement, les mar- 
chands marseillais se tournèrent d'un autre côté. Ils demandèrent 
au Parlement d'Aix de prononcer l'incapacité des Juifs à demeurer 
et à commercer dans leur ville. Une première fois, au mois 
d'avril J674, le Parlement dut prononcer entre eux et Franco 
Dalmeda; une seconde fois, au mois de septembre 1676, entre eux 
et Villaréal et Atlas. A deux reprises, ils perdirent leur procès. 

L'arrêt relatif à l'atTaire de Franco Dalmeda ne nous est pas par- 
venu. Par contre, nous possédons une copie de l'arrêt prononcé en 
faveur de Villaréal et son beau-frère : il est catégorique ' . Sans même 
faire allusion à toute la législation antérieure, qui, seule, aurait 
dû être prise en considération s'il avait admis la manière de voir 
des plaignants, le Parlement ne tient compte que de l'édit de 
mars 1669, qui, en déclarant port franc le port de Marseille, a 
modifié de fond en comble la condition légale des étrangers venus 
pour y commercer. Reconnaissant aux Juifs la qualité d'étrangers, 
la Cour souveraine les admet donc au bénéfice de cet édit et, en 
conséquence, « leur permet de trafiquer, négocier et séjourner en 
la ville de Marseille, et disposer eu cas de décès de leurs biens 
comme les autres étrangers, le tout conformément à ladite décla- 
ration de Sa Majesté ». 

Il semblait après cela que les Juifs eussent dû avoir désormais 
cause gagnée. Proscrits de France à cause de leur origine et de leur 
religion ils paraissaient avoir du moins la ressource d'y vivre, en 
qualité d'étrangers, et sous la protection du Roi à la condition de 
s'y livrer au commerce maritime dans quelques villes déterminées. 
C'est le contraire qui arriva et un incident assez obscur, survenu 
au cours de cette même année 1676, permit à leurs ennemis de 
reprendre contre eux l'avantage qu'ils avaient momentanément 
perdu. 

1. Arch. des Aff. Étr., loc. cit., ff<" 304-305 ; — v. aux Pièces Justificatives, ni. 



Iâ2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



IV 



Le 2 février 1676, entra dans le port un navire qui avait été retenu 
en quarantaine depuis le 14 décembre par les Intendants de la 
Santé. Ce navire, chargé de diverses marchandises, était parti de 
Tripoli de Barbarie à destination de Livourne, où résidaient les 
marchands pour le compte desquels il accomplissait ce voyage. 
Mais son capitaine, le patron Nicolas Hermitte de Marseille, étant 
mort de la peste deux jours après son arrivée, les magistrats de 
Livourne Tobligèrent à quitter ce port sans lui laisser le temps de 
débarquer son chargement. Etienne Sibelly, qui en avait pris le 
commandement, le ramena donc à Marseille où, aussitôt arrivé, 
il s'empressa d'aller faire sa déclaration devant le lieutenant de 
l'Amirauté \ 

Les marchandises transportées depuis Tripoli étaient toutes des- 
tinées à des marchands juifs de Livourne. A leur arrivée à Mar- 
seille, elles furent entreposées aux Infirmeries, ainsi qu'il arrivait, 
sans doute, pour toutes les marchandises suspectes pour raison de 
contagion. Joseph Villaréal et Abraham Atias vinrent les y réclamer 
en même temps que les marchands livournais Moïse Agib, Moïse et 
Gabriel de Faro. Mais des marchands marseillais intervinrent et 
s'opposèrent à cette réclamation. Ils prétendaient être les légitimes 
propriétaires de ces marchandises : elles portaient encore leurs 
marques et ils les reconnaissaient comme ayant fait partie d'un 
chargement pris pour leur compte à Alexandrie d'Egypte par la 
polacre Sai7it- François, capitaine Joseph Thomassin, que des 
corsaires de Tripoli auraient pillée en cours de route ^. 

Un procès s'en suivit entre les marchands marseillais et Villa- 
réal, Atias, Moïse Agib, Moïse et Gabriel de Faro. Une sentence du 
lieutenant de l'Amirauté, rendue le 26 mars 1677, donna raison 
aux chrétiens, qui rentrèrent définitivement en possession des 
marchandises après un ari'ôt du Parlement de Provence rendu le 
22 octobre 1678-'. 

La bonne foi des marchands juifs en cette affaire pouvait être 
complète; il n'y a rien d'impossible à ce qu'ils aient ignoré l'origine 

1. .\rcli. des .4(1". Étr., loc. cit., f» 336. — Pièces Justificatives, IV. 

2. Arch. (le la Cliainhre do Commerce, GG. 1. 1682-1193 : Résidence îles Juifs à 
Marseille. — Premier mémoire. 

3. Ibidem. 



UN ÉTABLISSEMENT JUIF A. MARSEILLE AU XVII« SIÈCLE 133 

frauduleuse des marchandises que des correspondants leur expé- 
diaient de Tripoli. En outre, Villaréal et Atias n'étaient qu'indirec- 
tement intéressés dans cette afifaire, où ils nous paraissent n'être 
intervenus qu'en qualité de mandataires de leurs coreligionnaires 
livournais. Leurs noms ne figurent pas, en effet, sur la liste très 
détaillée des marchands, tous livournais, pour le compte desquels 
Nicolas Hermitte avait pris son chargement à Tripoli. Il était donc 
injuste de leur faire subir les conséquences d'un événement dont 
l'origine leur échappait et dont, en tout état de cause, ils n'étaient, 
en aucune façon, responsables. 

Les négociants de Marseille profitèrent cependant de cet événe- 
ment pour renouveler leurs plaintes contre les Juifs et demander 
qu'on ne les supportât pas plus longtemps dans leur ville. En I679\ 
un mémoire fut rédigé par les soins des Députés du Commerce, où 
furent réunies toutes les raisons qui militaient en faveur d'une 
expulsion pure et simple de ces redoutables concurrents. 

Rappelant que, depuis le jour où les Édits de Charles VIII et de 
Louis XII ont chassé les Juifs de Provence, « aucun Juif n'a osé 
s'étabUr à Marseille », les auteurs du Mémoire déclarent que « la 
résidence des Juifs dans Marseille est d'un grand préjudice à la 
gloire de Dieu, au bien de l'État et du commerce «.C'est là ce qu'ils 
vont s'efforcer de démontrer, afin de bien pénétrer les agents du 
roi de la justesse de leur cause. 

Au xvii« siècle, Marseille était une des villes de France les plus 
étroitement attachées à la foi catholique. Elle l'avait montré à difi'é- 
rentes reprises, notamment lorsqu'il s'était agi d'apphquer l'Édit 
de Nantes. Se rappelant qu'elle était restée longtemps fidèle à la 
cause de la Ligue, elle n'avait consenti a reconnaître Heuri IV qu'à 
la condition que le roi confirmerait ses privilèges et reconnaîtrait 
que ses habitants ne pourraient professer que la religion catho- 

1. Arch. de la Chambre de Commerce, GG. 1. — Résidence, etc., 1" mémoire. — 
Ce mémoire n'est pas daté. Il résulte cependant d'un passade qu'on peut en fixer la 
rédaction au mois de septembre 1679. Le mémoire rappelant que les Juifs présents a. 
Marseille ont célébré, le 7 septembre, la fête des Trompettes, et, le 16, leur Grand- 
Jeùne, ajuute « le 22« doivent s'y assembler pour faire la fête des Cabanes ». Le 
mémoire a donc été écrit entre le 16 et le 21 septembre. Quant à l'année, nous pouvons 
assigner l'année 1679, puisque un mémoire de Villaréal adressé à l'Intendant Rouillé, 
— V. plus loin —, riposte certainement à cette dénonciation par ces mots : « On pré- 
suppose que les suppliants font des Assemblées scandaleuses dans leurs maisons, et la 
vérité, qui n'a qu'un chemin, a fait voir le contraire à tous ceux i\u\, de votre ordre, 
le '22' septembre dernier, se sont portés à la maison dudit Villaréal .. » Or, si c« 
mémoire n'est pas daté, il est accompagné de pièces notariées qui sont du mois de 
décembre 1679. Par conséquent, c'est bien à la date indiquée, 17-21 sept. 1679, qu'il 
faut placer le mémoire des Députés du Commerce. 



134 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lique, apostolique et romaine, à l'exclusion de tonte autre ^ Il 
n'est donc pas surprenant que les Marseillais aient cru « la gloire 
de Dieu » menacée, parce que, sur le territoire de leur ville, non 
seulement des hérétiques, comme les protestants, mais des impies, 
des Juifs se livraient, même en secret, à la pratique de leur religion. 

« On les a vus à Marseille, rapporte le rédacteur du Mémoire, 
s'assembler tous les samedis dans la maison dudit Villaréal et dans 
une autre maison à Saint- Jean - ; et comme c'est un jour de repos 
pour eux et que leur loi les oblige de s'abstenir de toute sorte de 
commerce et de travailler, il faut conclure qu'ils ne s'assemblent 
que pour faire l'exercice de leur religion : et, en effet, on les a vus 
dans une chambre avec des lampes allumées, leur rabbin habillé 
en surplis, avec un fimbre sur la tête. Ils ont fait venir le rabbin 
de la synagogue d'Avignon, qui a circoncis deux enfants mâles, 
l'un du susnommé Villaréal, et l'autre neveu de Abraham Atlas, 
de Livourne, demeurant à Saint-Jean. Et la cérémonie a été ache- 
vée, suivant la loi de Moïse, en pleine assemblée, prenant l'enfant 
et le redonnant à la mère moyennant une oblation. Ils ont fait la 
fête des Trompettes, chez Villaréal, le 7'= septembre, mois courant, 
le 16 leur Grand-Jeûne, le 22« doivent s'y assembler pour faire la 
fête des Cabanes, en laquelle ils dressent des cabanes où les 
hommes vont avec une palme et un citron, qu'ils ont mandé quérir 
à Nice par un Juif, nommé Avora Koyen, sacerdot de la race de 
Lévy. Et cela continuera, sans qu'on puisse l'empêcher contre le 
privilège des Marseillais, suivant lequel il ne doit point être fait 
d" autres exercices de religion que de la Catholique, Apostolique et 
Romaine, ce qui donne sujet de plainte aux habitants ». 

Mais cette violation sacrilège des privilèges de Marseille ne suffit 
pas pour justifier la réclamation des négociants. Les Juils, qui 
résident à Marseille par suite d'un attentat manifeste aux lois du 
royaume^, portent aussi par leur présence un préjudice mortel au 
commerce de cette ville. Les rédacteurs du mémoire n'ont garde 
d'oublier les usures dont les Juifs ont coutume de se rendre 

1. V. Aug. Fabru, Les Rues de Marseille, IV, 2GG. 

2. C'est le nom d'un quartier de Marseille. 

3. V. Mémoire, etc. « . . .Ces établissements sont contraires aux Édits et Ordonnances 
du Roi, particulièrement aux Lettres-Patentes du 2ti juillet IGU), enregistréi'S au grelTe 
du Séuéclial de Marseille, f" 1382, qui leur ont défemlu toute résidence, amiu.l le Par- 
lement de Provence ayant voulu donner atteinte par un arrêt du 14 janvier 1(J4S, il fut 
cassé par Arrêt du Conseil du 16 avril même année, avec injonction au sieur Gouverneur 
de la Province et aux Officiers de l'Amirauté de tenir la main à l'exécution des Édits 
et Ordonnances du Roi, faire vider la Ville et embarquer les Juifs qui aborderaient à 
l'avenir à .Marseille, trois jours après leur arrivée. » 



UN ÉTABLISSEMENT JUIF A MARSEILLE AU XVII« SIÈCLE 135 

coupables à l'égard des chrétiens, ce qui les rend particulièrement 
dangereux à Marseille, dont la population est en grande partie misé- 
rable '. Cependant ce grief a été si souvent formulé qu'ils jugent 
inutile d'y insister, comptant sans doute produire plus d'effet et 
arriver plus sûrement à leur but en invoquant un nouveau grief, 
auquel l'affaire de la barque du patron Nicolas Hermitte semblait 
donner une apparence de raison. 

Les Députés du commerce se servent donc des arrêts rendus au 
cours du procès auquel avait donné lieu la contestation de mar- 
chandises dont nous avons déjà parlé, pour accuser formellement 
les Juifs établis à 3Iarseille d'entretenir des intelligences avec les 
corsaires barbaresques, de les aviser des départs des navires 
chargés de marchandises et d'en acquérir à vil prix celles qui pro- 
viennent du butin, afin de les vendre ensuite eux-mêmes à meilleur 
compte que ne peuvent le faire les marchands chrétiens, dont les 
marchandises n'ont pas une origine frauduleuse -. 

Ce sont là, à leurs yeux, des raisons suffisantes pour qu'on 
applique aux Juifs les ordonnances royales qui leur sont applicables 
et qui n'ont pas, d'ailleurs, été abrogées. Cette mesure s'impose 
d'autant plus que l'impunilé dont ils ont joui jusqu'alors ne peut 
qu'en engager un plus grand nombre à venir à Marseille. Cette ville 

1. Ibidem. « . . Les Juifs sont fies gens fie mauvaises mœurs. La tromperie et l'usure 
est toujours en usage parmi eux et ils ne doivent pas être mêlés ni confondus parmi 
les Chrétiens, iiarticulièrement dans une grande ville comme Marseille, où la pauvreté 
du plus grand nombre des liabitaiits leur donne lieu de corrompre les nni'urs et 
d'exercer leur usure sans aucune règle. » 

2. A deux reprises, le mémoire revient sur cet objet, f[ui jtiirait ainsi être celui qui 
tient le plus à cœur aux Députés du Commerce. Un premier passage dit : « Le com- 
merce ne peut pas durer avec ces sortes de gens, qui sont capables de le ruiner dans 
peu de temps : 1' par la raison qu'on vient de dire de leurs usures ; — 2» parce qu'ils 
aclièteÊit les marchandises déprédées, ayant correspondance dans tous les lieux de la 
Barbarie et autres endroits où il y a des corsaires, et, les ayant à vil prix, les vendent 
moins que ne peuvent faire les marchands qui les ont fait venir du Levant et par des 
voies légitimes, et, par ce moyen, en font diiniliuer le prix par des voies injustes et 
défendues. . . 3" Ils donnent incessamment des avis aux corsaires de toutes les voiles 
qui partent de Marseille et leur facilitent les moyens de les aller surprendre. ..» — Le 
second i)assage développe le précédent : « Ils continuent toujours ce commerce \des 
marchandises déprédées] qu'ils ne quitteront jamais à cause du grand i)rolit qu'ils y 
font. -Mais, parce que M. le Procureur du Roi est en droit de faire saisir ces sortes de 
marchandises, et qu'il le fait cfl'ectivemeut et sans support dès qu'il a avis qu'il en est 
venu en cette ville, ils Us font juirtcr à Livourne, et nolisent ici des barrpu's pour aller 
charger à Tripoli et autres lieux de la Barbarie ou ici à leur choix jiour pallier... Il 
ne faut pas douter que, pour augmenter et favoriser ce mauvais commerce, ils ne 
donnent des avis aux Corsaires du dé| art des navires marchands pour faciliter les 
moyens de les aller surprendre, et des armements qui se font à Marseille ou à 
Toulon. . . » 



136 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

servira de refuge à tous ceux qui, dit-on, vont être chassés de 
Gènes; « et, comme c'est ici une ville très chrétienne, qui a tou- 
jours conservé la pureté de la véritable religion, on a sujet de 
demander un remède à un si grand mal ». 

Une semblable requête, qui paraissait être d'ailleurs fortement 
motivée, ne pouvait pas être accueillie dédaigneusement, comme 
l'avaient été les plaintes présentées précédemment par les Députés 
du Commerce. Cependant le Conseil du roi ne voulut pas frapper 
les Juifs sans examiner auparavant la légitimité des plaintes por- 
tées contre eux. Agir autrement eût été violer trop ouvertement 
l'édit de la franchise du port, et le contrôleur général tenait sans 
doute trop à son œuvre pour qu'il en fût ainsi. L'intendant de 
Provence, de Rouillé, fut donc chargé d'informer au sujet de cette 
affaire. Saisi de la plainte des Députés du Commerce, celui-ci 
ordonna aux Juifs de lui fournir des explications sur les griefs 
qu'on formulait contre eux. 

C'est Villaréal et Atias qui se chargèrent de rédiger le Mémoire 
que l'Intendant leur demandait '. Ils le firent avec netteté et répon- 
dirent, semble-t-il, avec franchise aux accusations dirigées contre 
eux. 

S'ils sont venus à Marseille, y déclaraient-ils, c'est sur la foi de 
l'édit de la franchise du port et d'une déclaration du Roi donnée 
en leur faveur à Saint-Germain en 1670, ratifiée par M. d'Oppède, 
Premier Président du Parlement de Provence, et confirmée en 1676 
par un arrêt de ce Parlement. Copies de ces actes divers ont été 
communiquées aux Échevins de Marseille, ils n'ont pas voulu en 
tenir compte puisqu'ils ont adressé au Roi la plainte qui fait l'objet 
de l'enquête confiée à M. de Rouillé. 

<' A ces causes, poursuivent-ils, Votre Grandeur agréera de savoir 
la vérité sans aucun déguisement»; et, après avoir invité l'Inten- 
dant à «jeter les yeux sur la misère de cette nation «, qu'il « trou- 
vera digne de pitié, tous les jours persécutée et accusée des choses 
bien éloignées de leur pensée», ils entreprennent de discuter les 
plaintes de leurs ennemis. 

Aux reproches qu'on leur adresse « de faire des assemblées scan- 
daleuses dans leurs maisons », ils opposent le résultat de la visite 

1. Copie de ce document est aux Archives des Atlaiies Étrangères, loc. ci/., f° 298- 
301. Le titre on est : « Requête présentée ù M. noiiillié. Intendant » Il "'oinineiice 
ainsi : « A Monseigneur de Rouillié, Intendant de Justice et Police, et Commandant 
jiour Sa Majesté en Provence. — Supplient très humblement Joseph Vais Villarèal e*' 
Abraham .\tias, Juifs de créance de la ville de Livourne, résidant à Marseille depuis 
dix années. . » 



UN ÉTABLISSEMENT JUIF \ MARSEILLE AU XVII« SIÈCLE 437 

faite, sur l'ordre de l'Intendant, le S'a septembre, dans la maison 
de Villaréal : « On n'a rien trouvé qui soit contraire aux ordres de 
Sa Majesté, ni préjudiciable au public : c'est la preuve la plus 
authentique que les suppliants peuvent donner de leur inno- 
cence ! ') 

Quant à l'accusation portée contre eux d'aviser les corsaires des 
navires qui partent, ils la déclarent invraisemblable et se refusent 
à la discutei-, d'abord parce que la plupart de ces navires sont 
chargés de marchandises qui leur appartiennent; ensuite, parce 
qu'il est impossible de donner des avis de cette nature à des cor- 
saires qui sont « outre-mer» '. « C'est sur cette calomniation que 
Sa Grandeur doit remarquer, s'il lui plaît, à quels termes les sup- 
pliants se trouvent réduits et, par sa claire prudence, faire la consé- 
quence pour tout le reste qu'ils voudront exposer de contraire à la 
raison. » 

Poursuivant leur argumentation, Villaréal et Atias protestent 
contre les traitements qui leur sont infligés : les Intendants de la 
Santé imposent une quarantaine aux Juifs qui viennent de Livourne, 
mais ils donnent la libre pratique aux navires qui les ont transpor- 
tés et à leurs compagnons de route et ils admettent sans réserve 
les marchandises dont ces navires sont chargés. On intercepte 
leurs «lettres missives, qui sont nécessaires pour le commerce et 
société civile », commettant ainsi un acte « qu'aucun magistrat, à 
moins que d'être criminel d'État, n'entreprend». Non seulement, 
cette vexation leur cause un grand préjudice, puisqu'elle les em- 
pêche de faire leur négoce, mais elle est encore « contraire à la 
volonté de Sa Majesté qui, jusques à présent, entend que les sup- 
pliants soient traités comme les autres marchands étrangers, sans 
être troublés ni inquiétés en leurs ïiégoces ». 

Ils subissent enfin une autre persécution. On leur refuse de la 
viande à la boucherie, contrairement à ce qui s'est passé jusqu'à 
présent. C'est qu'on espère que, exaspérés par cette dernière vexa- 
tion, ils se hâteront de quitter la ville et éprouveroni, de ce fait, 
« une ruine totale, puisque, ayant des effets très considérables dans 



1. Cf. Requête, etc. « Pour les noircir encore, on les accuse d'un crime plus l'énorme, 
supposant que les suppliants donnent des avis aux corsaires de la partance des bâti- 
ments. Cette accusation d'elle-niùme reste t'vanouie et fait voir que les intentions de 
leurs calomniateurs sont hors du droit et justice. Les suppliants ayant intérêt généra- 
lement en tous les bâtiments qui vont et qui viennent en cette ville, comme se peut-il 
croire qu'ils voulussent user d'un semblable crime pour se détruire eux-mêmes et ses 
amis? Et, de plus, qu'étant les Corsaires outre-mer, les avis seraient inutiles et sans 
Iruit, ne pouvant à l'incertain savoir la partance des bâtiments. » 



138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

leurs magasins et beaucoup qui leur est dû sur la place, si tant 
est qu'il fallût se retirer, il faut qu'ils aient du temps pour recou- 
vrer ce qui leur est dû. « Ils se retirei'ont cependant, à la condi- 
tion toutefois d'obtenir un délai et l'aide nécessaire pour recouvrer 
leurs créances. » En attendant, ils demandent à l'Intendant d'or- 
donner qu'ils « soient mis sous la sauvegarde du roi et traités 
comme il se doit et comme ils ont accoutumé ». 

Passant ensuite à l'examen des griefs élevés contre eux à propos 
des procédés auxquels ils ont recours pour faire leur commerce, 
ils invoquent tout d'abord le témoignage «du corps des marchands 
droguistes, marchands tanneurs, capitaines des vaisseaux et bar- 
ques, et corsaires publics «. Ils pourront tous « distinctement 
déclarer l'intégrité et manière de négoce des suppliants», contre 
lesquels l'envie seule, causée par le grand commerce qu'ils font au 
Levant, en Barbarie et en Italie, a pu donner naissance à tous ces 
reproches et à toutes ces accusations. 

Pour eux, ils n'ont fait que répondre aux intentions du Roi, for- 
mulées dans l'édit de 1669, qui offre aux étrangers d'importantes 
prérogatives « pour les attirer à l'agrandissement du négoce de 
la ville w, car, « Messieurs de Marseille n'y peuvent pas réussir 
étant en l'impuissance de le faire, n'ayant pas les correspon- 
dances si générales partout, ni des marchands qui aient un 
fonds si considérable pour cet effet. Et jamais l'expérience a fait 
voir que les habitants d'une ville aient fait son agrandissement. » 
Au contraire, poursuivent-ils sans s'apercevoir qu'ils fournissent 
eux-mêmes à leurs ennemis un redoutable argument dont on s'est 
souvent servi contre les Juifs, ceux-ci sont plus à même que tous 
les autres marchands, indigènes ou étrangers, de faire la prospé- 
rité d'une ville de commerce. Leur fortune ne consiste pas en biens 
fonciers, mais en argent, et ils l'emploient au commerce maritime, 
a ce qui ne peut pas être exécuté par les autres étrangers qui 
s'attachent en leurs pays ». Ainsi les Juifs ont fait la prospérité 
des ports d'Amsterdam, Hambourg, Venise, Livourne; en outre, ils 
ont entre leurs mains toutes les afl'aires financières elles douanes 
de l'Empire ottoman '. 

1. Requête, etc. — « Et sur tous les autres ctrang^ers, il n'y a pas nation (|ui puisse 
mieux bénéficier des néf.'OCes que les Juifs, parce (ju'ils n'ont pas de biens fonciers, 
négociant tous jiar la force de leur argent et industrie. Et comme son commerce est 
tout généralement par mer, en toutes les places du monde, cela attire d'autant [dus de 
commerce, ce qui ne peut pas être exécuté par les autres étrangers qui seulement 
s'attachent en leurs pays. Et cela a été cause de la grandeur et richesse d'Amsterdam, 
Hambourg, Venise et Livourne, dont, comme il est notoire, ce sont les Juifs qui sou- 



UN ÉTABLISSEMENT JUIF A MARSEILLE AU XVir SIÈCLE 139 

C'est aussi aux Juifs qu'il faut attribuer la prospérité du port 
franc de Marseille. On pourra s'en rendre compte en consultant le 
relevé des affaires qu'ils ont faites en cette ville depuis leur établis- 
sement. En sept ans, et de Tripoli seulement, ils ont fait venir « mil 
cent vingt balles de séné ». En tout, ils ont fait entrer à Marseille 
pour plus de deux millions de livres de diverses marchandises ; 
ils en ont sorti pour plus de un million de livres d'objets manufac- 
turés et de fruits divers. Le mouvement d'alTaires qu'ils ont ainsi 
provoqué a été profitable au trésor du roi : les seules taxes levées 
pour le poids et le débit de leur séné ont produit seize mille livres. 
Enfin, c'est encore grâce ta eux qu'on importe à Marseille une grande 
quantité de soie. Ils procurent donc au public un grand profit « au 
lieu que, si Messieurs de Marseille faisaient seuls le commerce, le 
public n'en pourrait pas recevoir tant de satisfaction, étant seuls 
quelques particuliers que leur profit les empêcherait de rendre un 
bénéfice si général ». 

La présence des Juifs rapporte encore d'autres avantages « aux 
habitants, bourgeois et artisans, et gens de marine », dont ils 
louent les maisons, achètent les denrées ou marchandises, ou qu'ils 
font travailler, « lequel profit, les particuliers marchands de la 
ville ne peuvent pas donner, puisque, comme habitants, ils ont eu 
tout ce qu'il leur faut pour vivre des fruits de leurs bastides et 
maisons ». 

En concluant, Villaréal et Atlas s'efforcent de prouver qu'on 
ne peut pas soutenir que les marchands de la ville pourraient faire 
ce même genre de commerce. « Que, comme lesdits marchands 
étrangers, qui sont en Levant et Barbarie, sont propriétaires des 
marchandises qu'ils envoient à 3Iarseille, ils demandent pour retour 
d'icelles des manufactures et fruits du royaume dont la levée est 
considérable ; au lieu que les habitants, la plus grande part de ceux 
qui mandent, enlèvent des piastres, les étrangers ne sortiront 
du royaume que desdits fruits et marchandises. » Ainsi, pourraient- 
ils conclure, c'est l'argent étranger qu'ils laisseront en Fiance, 
tandis que les Français emporteront l'argent français dans le 
Levant. 

Les Juifs viendraient, en outre, en plus grand nombre, si la 
liberté du commerce leur était confirmée ; ils assureraient ainsi 



tiennent ces plares, et qui les ont parleur négoce rendues fameuses par tout le monde. 
Et, en toute l'i-temlue de l'Empire du (Jrand Seii:neur, ce sont les seuls Juifs <|ui main- 
tiennent le négoce et, comme gens intellitribles, manient et font toutes les affaires des 
finances et douanes de l'Empire ottoman. •> 



140 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la prospérité du port franc, « ce que Messieurs de Marseille ne 
peuvent exécuter, puisqu'il faut plusieurs marchands pour l'expé- 
dition d'un vaisseau, au lieu que les suppliants font tous seuls 
l'expédition de plusieurs ». 

Les registres de l'Amirauté, enfin, peuvent montrer si d'autres 
étrangers ont procuré aux domaines du roi des profits aussi grands 
et fait entrer des marchandises en aussi grande quantité, « qui est 
un bien général et auquel on se doit attacher, et non pas aux parti- 
culiers que les intérêts les fait parler ». 

Ayant ainsi exposé tous les arguments qui leur paraissaient sus- 
ceptibles de faire sur l'esprit de l'Intendant une bonne impression 
en leur faveur, Villaréal et Atlas terminent leur mémoire par cette 
prière : « A cette fin que le commerce soit fait avec satisfaction 
générale, faudrait qu'auparavant Sa Majesté leur accordât de 
pouvoir faire son exercice privément, dans leurs maisons, de sa 
religion sans être troublés, et qu'en cas de mort, puissent disposer 
de ses biens comme les autres étrangers. » 

Sans doute, l'Intendant se sentit embarrassé à la lecture de ce 
mémoire. Il devait lui paraître pour le moins aussi concluant que 
celui que celui qui avait été présenté au roi par les Députés du 
commerce. Villaréal et Atias avaient répondu avec précision, sans 
faux-fuyants et sans embarras, aux diverses accusations qui avaient 
été portées contre eux. Cependant, Rouillé n'osa pas se prononcer 
en leur faveur et, l'affaire traînant en longueur, en 4680, Villaréal 
et Atias adressèrent un mémoire justificatif au roi'. Ils y repre- 
naient, sous une forme plus succincte, les arguments qu'ils avaient 
développés dans leur requête à l'Intendant, leur attribuant, sans 
doute, une si grande force de persuasion que, par eux, ils espé- 
raient gagner Louis XIV à leur cause. 

Il eût été intéressant de connaître quelles réflexions ces mé- 
moires firent naître dans l'esprit des gens du roi. Il manque 
malheureusement à notrQ enquête le rapport de l'Intendant Rouillé : 
nous ne l'avons trouvé ni à Paris, ni à Marseille. Il nous manque 
aussi les considérants sur lesquels fut appuyée la décision royale 
dont il nous reste maintenant à parler. 

Nous savons, en effet, que les faits dénoncés par les Députés du 
commerce et que Villaréal s'était efforcé de réfuter dans sa requête 
furent tous retenus contre eux. Convaincus d'avoir installé une 
synagogue dans la maison de Villaréal et d'y avoir célébré leur 
culte, d'avoir donné aux Barbaresques d'Alger des avis au sujet des 

1. Arch. des Atl". Étr., loc. cil., ît" 293-291. — V. Pièces Juslificalives, V. 



UN ETABLISSEMENT JUIF A MARSEILLE AU XVIP SIÈCLE 141 

préparatifs que le roi faisait contre eux et de s'être concertés avec 
ces mêmes Barbaresques pour acquérir d'eux à vil prix des mar- 
chandises enlevées à des marchands chrétiens \ il furent expulsés 
de Marseille par un ordre du roi, donné à Saint-Cloud, le ^ mai 
4682, et exécuté, le 22, par les soins du gouverneur de Marseille, 
M. de Pilles '^ 

Mais Villaréal et ses associés ne crurent pas cette décision irré- 
vocable. Aussi, à peine eurent-ils été expulsés de Marseille, qu'ils 
essayèrent d'y revenir. Les prétextes ne leur manquèrent pas 
pour justifier leur requête. Ils avaient laissé, affirmaient-ils, des 
intérêts en souffrance, des créances qu'ils avaient de la peine à 
recouvrer, s'ils ne se trouvaient pas sur les lieux mêmes où rési- 
daient leurs débiteurs. 

Une première fois, ces raisons furent jugées bonnes par le 
Parlement d'Aix, puisque la Chambre des Vacations autorisa 
Atias à séjourner trois mois à Marseille. Mais les négociants de 
la ville firent entendre des plaintes et l'Intendant Morant, qui 
avait succédé à Rouillé en Provence, renouvelant alors l'interdic- 
tion prononcée auparavant par le roi, ordonna à Atias de quitter 
la ville. 

Cette décision ne persuada pas Villaréal — dont Atias paraît 
n'avoir été que le prête-nom — de la nécessité où elle le mettait 
de renoncer à jamais à ses projets d'établissement à Marseille. 
Il persista donc à rechercher l'autorisation qu'il désirait et il 
adressa à cet effet une nouvelle requête au roi-'. 

Villaréal lui demande d'abord la permission de se rendre à Mar- 
seille et d'y séjourner afin d'y poursuivre le règlement de diverses 
créances qu'il a sur des particuliers de la ville et qui s'élèvent à la 
somme de 51.599 livres, 17 sous. Il fournit à l'appui de cet argu- 
ment un acte dressé par M^ Maillet, notaire à Marseille, qui contient 
un état de ses débiteurs. 

1. Bibliothèque Nationale, Ms. fr. 18979, f 146 : « Réponse des S" Échevins et 
Députés du Commerce de Marseille au mémoire de Jusepli Vias Villaréal, juif de 
Livourne. » V. Pièces Justificatives, VII. 

2. Arch. de la Ch. de Comm. G G 1, à la suite du Premier mémoire des Députés du 
Commerce. — V. Pièces Justificatives, VI. 

3. Nous ne possédons pas le texte de cette seconde requête de Villaréal. Nous ne la 
connaissons que par la Réponse des sieurs Échevins, citée plus haut et reproduite aux 
Pièces Justificatives. Celle-ci appartient, eu etret, à une série de documents différente 
de celle dont nous avons précéilemment analysé les principales pièces. Nous ne pouvons 
fixer que d'une façon approximative la date de la Réponse des sieurs Échevins et, 
par conséquent, de la requête de Villaréal. Celle-là est cependant postérieure au 
23 novembre 1683 où fut passé un acte notarié dont il est question dans la Réponse. 



142 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Nous ne sommes cependant pas loin de penser, malgré l'exac- 
titude de la créance, qu'il n'y a là qu'un prétexte et que Villaréal 
ne veut pas revenir à Marseille seulement pour y recouvrer les 
sommes d'argent qui lui sont dues. Il désire surtout y réorganiser 
sa maison de commerce pour reprendre le cours fructueux de ses 
opérations. Il dissimule, d'ailleurs, à grand peine ce désir puisque, 
si nous en croyons ses contradicteurs, il rappelle dans sa requête 
les profits que rapportait aux fermes royales son seul commerce 
de séné. 

Les Marseillais comprennent donc qu'il s'agit surtout d'écarter 
un concurrent redoutable. Aussi, insistent-ils auprès du roi pour 
qu'il repousse cette requête. Cependant, comme ils ne doivent 
pas se dissimuler que les raisons de Villaréal sont susceptibles 
d'impressionner favorablement en sa faveur quiconque n'est pas 
prévenu contre lui, ils vont s'efforcer de le ruiner dans l'esprit 
du roi. 

A vrai dire, leurs arguments sont loin d'être particulièrement 
probants, soit qu'ils contestent sans preuve décisive ceux de Villa- 
réal, soit qu'ils les confirment, au contraire, indirectement, en 
ayant toutefois l'air de les contester ou de les combattre. 

Ils attaquent d'abord la légitimité de l'arrêt de la Chambre des 
Vacations autorisant Atias à séjourner trois mois à Marseille, peu 
après l'exécution de l'ordre d'expulsion de 1682. Ce n'est pas pour 
récupérer sur un négociant marseillais une créance de 30.000 
livres que Villaréal a envoyé son beau-frère à Marseille. Aucun 
marchand de cette ville n'était débiteur de semblable somme 
envers lui. Il n'est pas vrai non plus qu'il ait consenti une perte 
d'un quart pour rentrer dans ses fonds Mais ils s'empressent 
d'ajouter que, pour régler un contrat passé avec Villaréal à 
Livourne, un marchand de Saint-Malo lui a remis pour 21.397 livres 
11 sous de lettres de change tirées sur divers négociants de 
Marseille. Ceux-ci auraient d'abord contesté la légitimité de la 
créance; ils auraient cependant fini par en accorder le règlement 
dont les conditions auraient été arrêtées dans un acte passé par- 
devant notaire le 23 novembre 1683. 

Ce dernier détail semble donc indiquer que, effectivement, 
Villaréal et Atias avaient en 1683 une créance importante sur la 
place de Marseille, où leur présence était indispensable pour la 
régler à leur satisfaction. Qu'importe, après cela, que cette créance 
n'ait pas eu pour origine un contrat véritable passé entre Villaréal 
et dos marchands marseillais? Celui-là n'en avait pas moins légiti- 
mement en sa possession les lettres de change que son débiteur 



UN ETABLISSEMENT JUIF A MARSEILLE AU XVII« SIÈCLE 143 

lui avait remises et dont il avait, par conséquent, le droit de 
poursuivre le remboursement. Quant au montant de cette créance, 
les auteurs de la Réponse tirent prétexte de ce qu'elle ne s'est 
élevée qu'à 21.597 livres 11 sous pour essayer de convaincre Villa- 
réal de mensonge. Mais ils omettent de calculer que, si Ton 
retranche des 30.0(J0 livres annoncées par celui-ci le quart qu'il dit 
avoir perdu, il reste 22.500 livres, chiflre sensiblemcnl rapproché 
de 21.597 livres 11 sous, qui aurait représenté, d'après eux, le 
montant total des lettres de change tirées par le marchand de 
Saint-Malo. 

Quant à la seconde créance de 51.597 livres 17 sous qu'a invoquée 
Villaréal pour justifier sa demande de retour à Marseille, elle 
n'existerait pas davantage, à en croire les Échevins et les Députés 
du Commerce. Ceux-ci justifient leurs dires en renvoyant le roi à 
l'état qui a été dressé parle notaire Maillet et que Villaréal a joint à 
sa requête. Cet état nous manque et rien dans l'argumentation des 
auteurs de la Réponse ne nous permet d'en apprécier l'exactitude. 
Tout au plus pourrions-nous remarquer l'aveu qu'ils font de la 
perte subie sur cette créance, soit par le risque de mer, soit par 
l'insolvabilité notoire de quelques débiteurs. Cela permet, en elTet, 
de supposer qu'il peut y avoir contestation entre Villaréal et ses 
créanciers sur ces deux objets qui paraissent ici secondaires et 
même naturels. Il n'est donc pas étonnant que, pour mieux faire 
valoir ses droits en cette occurrence, Villaréal juge sa présence 
nécessaire sur les lieux, car, au xvii^ siècle sans doute comme 
aujourd'hui, il n'y avait en ces matières de meilleur juge que 
l'intéressé lui-même. 

Mais Villaréal a indiqué dans son mémoire la raison d'intérêt 
général qui doit entraîner le roi à autoriser la présence des Juifs à 
Marseille. Il a rappelé l'importance de sou commerce de séné et le 
profit qu'en retiraient les fermes royales. Les marchands marseillais 
s'inscrivent en faux contre cette affirmatiori. Mais Icui- démenti ne 
nous paraît avoir ni grande force ni, piobablement aussi, grande 
véracité, puisque, si l'on se reporte au mémoire de 1079, Villaréal 
a invoqué le témoignage des receveurs des douanes', dont les 
registres peuvent être aisément consultés et sont plutôt dignes 

1. V. Requête présentée a M. Houille, Intendant (Arcli. Ail'. Ktr., loc. cit., f» 298- 
301) : « . . .Ayant donné par ce moyen au conimercc géniTal un grand bénéfice, et aux 
douanes de Sa Majesté un profit assez considérable puiscpie l'article des sénés, que les 
suppliants pesaient et débitaient toutes les années, montait à 16.00U livres pour les 
Coffres du Roi, comme les contrôleurs, porteurs et receveurs du poids et casse pourront 
le témoigner. . . » 



U4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de foi que l'affirmation imprécise des auteurs de la Réponse ^ 
Au reste, ceux-ci n'insistent pas longtemps sur ce détail. Ils en 
reviennent au seul argument déjà précédemment invoqué contre 
les Juifs et qu'on ne cessera pas d'invoquer contre eux jusqu'à la 
Révolution. Ils sont des étrangers en France et ils enlèvent aux 
sujets du roi, en venant leur faire concurrence dans leur propre 
pays, des profits dont ceux-ci prétendent avoir le droit de reven- 
diquer le monopole. Ainsi l'habileté commerciale des Juifs se 
change en fraude. A vrai dire, c'est seulement parce qu'ils achètent 
mieux et vendent mieux que les Chrétiens qu'ils ne doivent pas 
être autorisés à demeurer en France, et en particulière Marseille, 
malgré l'édit de la franchise du port qui ordonne d'y admettre 
librement les étrangers. 

Il est vraisemblable que Louis XIV se laissa persuader une 
seconde fois, comme il avait déjà fait une première et que Villaréal 
se vit interdire à nouveau le séjour de Marseille. Nous n'avons pas 
le texte de la décision royale. Cependant des documents postérieurs 
parlent d'arrêts du Conseil en date des 28 septembre 1688 et 
12 mai 1703, défendant aux Juifs non seulement de séjourner, 
mais encore de pénétrer en Provence. Il est permis de supposer 
que ces arrêts ont été provoqués par les diverses requêtes de 
Villaréal et par les plaintes qu'elles ont entraînées. 

Ainsi, les Juifs proscrits au commencement du xvf siècle de Mar- 
seDle, dont ils avaient été considérés presque comme des citoyens 
pendant tout le moyen âge, n'ont pas pu y retourner et s'y établir 
à demeure au cours de la période moderne. Vainement ils ont 
revendiqué leur qualité d'étrangers, quand l'Édit établissant un 
port franc à Marseille, a autorisé, bien plus, a convié les étrangers 
à venir y faire librement du commerce. Ni Français ni étrangers, 
les Juifs ont été impitoyablement proscrits, malgré l'activité et la 
prospérité de leurs entreprises, malgré les services réels qu'ils 
rendaient au pays où ils essayaient de pénétrer, malgré les profits 
que leurs transactions rapportaient au trésor royal. Peut-être, il 
est vrai, leur habileté, leur réussite, leur fortune n'étaient-elles pas 
étrangères à la haine que leur portaient les marchands indigènes, 

1. On lira, en effet, dans cette Réponse des Échevins, etc., cette phrase qui nous 
parait, par sa forme même, incapable de détruire la valeur de l'alfirmation de 
Villaréal : « Car, quant à la première [l'assertion relative au.r taxes perçues sur le 
séné], Ton soutient qu'il n'a peut-être pas l'ait passer par Lyon cent mille onces 
de marchandises, pendant plus de douze années de résidence... » L'emploi du mol 
peut-être ôterait donc, suivant nous, toute valeur à cet argument, d'autant i)lus que 
Villaréal a invoqué sans réserve le témoignage des agents des douanes royales . 



UN ÉTABLISSEMENT JUIF A MARSEILLE AU XVIP SIÈCLE i45 

heureux de pouvoir invoquer contre eux leur religion détestée, afin 
d'écarter des concurrents dangereux. C'est bien là, en eiîet, la 
conclusion véridique qui nous paraît se dégager de l'intéressante 
histoire des efforts persévérants mais inutiles de Joseph Vais 
Villaréal, Juif de Livourne, pour fonder à iMarseilie un important 
établissement commercial. 

Ad. Crémieux. 
(A suivre. ) 



T. LV, N» 109. 10 



NOTES ET MÉLANGES 



LES PSAUMES LXVIII ET LXXXVII A LA LUMIÈRE 
DES DÉCOUVERTES D'ASSOUAN 

On peut prévoir que les découvertes d'Élépliantine nous ména- 
gent des surprises, qu'elles jetteront plus d'un trait de lumière 
sur le domaine de Fexégèse biblique et fourniront de nouvelles 
solutions à des passages énigmatiques des Psaumes et des Pro- 
phètes. 

Le Psaume lxvhi, pour Texplication duquel, d'après Immanuel 
Romi dans ses Mahberot, le roi David, dans le Paradis, propose 
un prix aux savants, et qu'Ed. Reuss qualifie de « monument de 
détresse exégétique^ », ne peut être lu maintenant sans que l'idée 
vienne qu'il remonte à l'époque de la construction du second 
Temple et qu'il parle d'hommages offerts par les Juifs du sud de 
l'Egypte. L'hypothèse s'impose que le v. 30 : ûbwiT« by '^bD-'Mw 
'lUJ D-^ribtt nb"^2T^ ^ doit être traduit : « De ton temple (d'Éléphan- 
tine) vers [hv comme bî<) Jérusalem des rois t'apportent des pré- 
sents. » Comparer Sophonie, m, 10 : nn -^-inT ans nnsb '•ayn 
Tinsw "inb-^nr "^itnD, « D'au-delà des fleuves dKtliiopie la fille de la 
Dispersion m'apportera de l'cnccîis comme présent », et Isaïe, 
XVIII, 7 : mN2it 'nb "^ffl bar, où il s'agit aussi, comme on voit par le 
V. 1 (u)i3 nnsb -13^72), de la môme contrée éloignée. 

A propos de la fête de l'achèvement du Temple, qui l'ut célébrée 

d. Der GS. Psnlm. Ein Denkmnl e.regetischer Sol iiud Kunst zu Ehren unserer 
ganzen Zunfl. It'iia, 18ul. M. J. Halévy a consacré à ce |tsauinc une clnde dans la 
lievîie, XIX, 1-ltJ. 



NOTES ET MÉLANGES 147 

l'an 6 de Darius (vers 517 av. l'ère chrét.), il est dit dans Ezra, vi, 
16 : « Et les Israélites, les prêtres et les lévites, ainsi que les fils de 
la Dispersion («mba -ra "iî<U5n), fêtèrent l'inauguration de la maison 
de Dieu avec joie. » Sans doute, l'Egypte ayant été soumise par 
Cambyse, et des princes et satrapes perses (D''3b») ayant secondé 
la construction du sanctuaire de Jérusalem, la Diaspora de tout 
l'empire perse envoya des députations à cette solennité. 

C'est évidemment une énumération des communautés de la 
Diaspora qui rendirent hommage à Jérusalem que nous a con- 
servée le Psaume lxxxvii : 

. . .Pour sa fondation [scil. du sanctuaire) sur les saintes montagnes '. 
Le Seigneur aime les portes de Sion plus que toutes les demeures de 

Jacob *. 
Des paroles glorieuses sont dites de toi, ville de Dieu 1 Séla. 
Je mentionne Raliab ^ et Babel parmi les adorateurs de Dieu, 
La Philistée et Tyr, ainsi que l'Ethiopie : celui-ci '' est né Ik-has ! 

Le dernier verset : •\'2 '^^^sn bs d-'bbinD ûn\an doit sans doute être 
expli(iué par Ps., lxviii, âO-^" : « Ils le saluent, les chanteurs 
accompagnés de joueurs de harpe, au milieu de jeunes femmes 
battant du tambourin. En chœur louez le Seigneur, louez) Dieu, 
tous ceux qui sont de la source d'Israël. » En efl'et, bK-i'Cj"» mp»tt cor- 
respond à '^a "'ry73 bs « tous ceux qui ont leur source"' en Toi ». 
Il faudrait ainsi interpréter ces versets : 

[a'^nbx 13-13] D-^'^bins an^i mbnp733 ...û"';:ii: nnx û-'io lanp 

[D-'nbN 13-13] ^3 ■«D-«3'73 bD DTlbwN ID^S 

bN-ic-> -\^'[>•>:i'n [i«5NbD] -«înNLis-ia] 

Ainsi le Temple dont parle le Psalmiste dans lxvui, 30, ne serait 
autre que celui qui est mentionné dans le papyrus de Yeb^, à la 
ligne 13 : Nn-113 a-«a "^t i^-nSwS m T^nas V"ût'2 ^bw ■'«t» pi. La qua- 
lification de « chien » donnée à rtMinenii [\. 10) serait-elle une 
réminiscence de Ps., lwhi, "lï : '^laba l^b? 

PtHit-être d'autres découvertes projetteront-elles encore plus de 

1. lanp "'-i-ina imio"'; cf. Ezra. vu, 'j, nby73n lo"». i^nonp "i-nna le poMe 

fait allusinn à Is., u, 2 (= Mirh., iv, 1) Qinrjn CNna. 

2. C'est-à-dire : plus <|ue les communautés de la Diaspora. 

3. L'Euyptc C'est ;i l.i I)i.is|M>r;i di' ce pays que se rapporte Ps., i.xviii, .12 : VPN^ 

A. Ou « («lus d'un •>; se rapporte aux l'-tranuers (jui partiripeiil à la ff'te. 
.5. Lire is^j'TÛ. ou prendre ^i^^'Ta pour un pluriel, lomme "^nn ; "'lU). 
6. liecue/lW, 15-4. 



148 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lumière sur l'époque du v® siècle et sur les rapports des Juifs d'Élé- 
phantine avec le temple reconstruit de Jérusalem. Quoi qu'il en 
soit, étant donnés l'incertitude des exégètes sur l'âge des psaumes 
en question et l'insuccès des tentatives faites pour les expliquer, 
nous espérons que la nouvelle interprétation que nous proposons 
trouvera considération. 

Vienne, 

A. Kaminka. 



LE NOM DE JÉSUS CHEZ LES JUIFS 

Tout ce que M. S. Poznanski a écrit touchant le nom de Jésus, 
dans le dernier numéro de la Revue \ avait déjà été exposé en 
gros par moi il y a plusieurs années -. J'avais accordé l'attention 

qu'elles méritent à la forme arabe c$^^*^ el aux tentatives d'ex- 
plication dont elle avait été l'objet; enfin, j'avais mentionné le 
porleur de ce nom à l'époque musulmane : Aboû 'Isa al-Isfahâni. 
Aujourd'hui, si M. Pozuanslci a raison de restreindre la portée de 
l'assertion de Sleinschneider, d'après qui aucun Juif n'aurait reçu 
le nom de Jésus à l'époque islamique et s'il faut lui savoir gré 
d'en avoir cité trois exemples, je dois, à mon tour, restreindre 
l'aflirmalion de M. Poznanski, qui croit que le nom de 3'va'' ou 
'W' ne se rencontre plus chez les Juifs depuis l'ère chélieune, en 
montrant que ce nom, tout en étant fort rare, n'a pourtant pas 
entièrement disparu. 

Mais d'abord quelques mots sur la forme \y\aoZc •*. Il est évident 
qu'elle ne provient pas de 3'cin\ mais de yiio'». A l'époque post-exi- 
lique on ne trouve plus « Yolioschoua » (Josué), mais « Yeschoua » 
(Jésus . Le premier grand-pièlre de la communauté de la Restau- 
raliou est appelé yvinn'^ dans Aggée, i, 1, et Zacharie, m, 1, mais 

1. Reinie, LIV, 276 et s. 

2. Dos Lehen Jesu nuch jihUschen Quellen (Berlin, 1902), p. 250. 

3. Sur « Jésus » ot les noms lu'l)reux aïKiio^ues \. Fr. Praetorius dans Z. D.M.G., 
LIX, 341. Mais cet aiticle liïciaire pas la (|ueslinn qui nous occupe, et il faut ren- 
voyer à la littérature antérieure, réunie dans Wincr, Bibl. \Vôrlerbuch, 3' éd., I, 
556. Praetorius aussi bit n (pie Wincr examine la comparaison avec le nom Nl^"'. 
11 est iiiexuct que ce nom s'écrive lïî'^ a dans la cabbale », ainsi que le rapporte 
Winer au nom de Fritzsche. 



NOTES ET MÉLANGES U9 

yw dans Ezra. ii, "2, et Néhémie, vu, 7. D'une manière générale, 
les livres d'Ezra et de Néhémie ne contiennent que la forme 
« Jésus » ; il en est de même des Chroniques, quand il s'agit de 
personnages postérieurs (I, xxiv, 11 ; II, xxxi, lo). D'où vient ce 
changement? Ou bien le nom si commun de Josué s'usa, comme 
il arrive souvent aux noms propres, et s'alTaiblit en Jésus, ou bien 
la crainte de prononcer le nom divin, qui constitue le premier élé- 
ment de « Josué », a contribué à faire prononcer et écrire ce nom 
sous une forme inoffensive. 

On peut admettre sans hésitation le second motif pour l'époque 
qui a vu naître la Septante. C'est ainsi que les traducteurs grecs, 
depuis « Jésus » fils de Noun, écrivent toujours « Jésus ». Tous les 
personnages qui nous sont présentés dans cette période portent le 
nom qui nous occupe sous la forme « Jésus », c'est-à-dire y^^\D''. 
La transcription grecque ir^iouc, forme plus lourde qu'on trouve 
ça et là ', n'a pu, dans un milieu aflairé, prendre le dessus; aussi 
disait-on beaucoup plus naturellement 'W>, en y ajoutant seule- 
ment la terminaison grecque qu'on aflfeclionnait. C'est ainsi — n©"' 
— qu'auront été appelés dans la vie ordinaire les nombreux per- 
sonnages, de race sacerdotale surtout, qui ont porté ce nom à la 
fin de la période hasmonéenne et hérodienne. Dans ITndex de 
l'édition de Josèpbe par Niese, on ne trouve pas moins de quatorze 
porteurs de ce nom, sans compter Jésus-Christ, depuis l'époque 
maccabéenne jusqu'à la destruction du Temple. Quelques-uns 
d'entre eux appartiennent déjà par la date de leur naissance à 
l'ère chrétienne, d'où il faut conclure qu'au début de cette ère au 
moins, ce nom était usité chez les Juifs D'ailleurs, il y a là rien de 
surprenant, car le christianisme qui venait seulement de naître ne 
pouvait pas le faire disparaître tout d'un coup ; il fallait un assez 
long temps. 

Même dans l'onomastique rabbiqique nous trouvons encore à 
cette époque reculée des personnages du nom de Jésus '- : 1" Yoha- 
nan à. Yeschoiia (yi^a*»-'), fils du beau-père de R. Akiba (M. Ya- 

1. Par evcmple, dans un Onomaslicoii, apiid Lagaido, Onom. Sacra, p. 200. L'in- 
terprétation (jui est donnée de ce nom tient encore compte de ses deux éléments : 
l7\ijo\ji Qwnripta àopâTOv), « salut de l'Invisible », c'est-à-dire de Dieu; cf. ibidem : 
'U'/ovia; (rî^;D"'l âT&tfxaiîa àopaToy, c'est-à-dire 11373, plus le nom de Dieu. Je ne 
sais pourquoi c'était justement n"^ qu'on expli(|uait par « invisible • : cette explication 
ne peut provenir de cercles rabbiniques, car l'hébreu n'a pas de mot unique pour 

2. Les deux exemples qui suivent sont également donnés par Levy, U 213; Koiiut, 
IV. 168; Jastrow, 600. 

3. C'est ainsi que le nom est écrit dans léd. Lowe, non i'UjTïT'. 



150 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dayim, m, 5) ; cette parenté permet de le dater avec assez de pré- 
cision ' ; on voit que nous sommes passablement avancés dans 
Fère chrétienne. — 2° Yeschoua frère de Doraï (j. iMoed Katon, 
ni, S, 82c, 1. 30) -. On ne peut préciser l'époque, mais ce Jésus doit 
avoir vécu également à l'époque chrétienne. — 3° Jésus, sur- 
nommé Justus, explicitement désigné comme né « dans la circon- 
cision » (Coloss., IV, U). Ce nom fournit en même temps un 
exemple de la manière dont on échangeait, pour le grand monde, 
un nom hébreu contre un nom consonnant. — Dans des inscrip- 
tions grecques on trouve lT,aoùç dans quatre cas"', dont une fois 
sous la forme 'leaé ; les porteurs de ce nom peuvent être reven- 
diqués par le judaïsme, car des chrétiens ne se seraient pas donné 
le nom de leur Christ. La forme 'Ugz peut, du reste, correspondre 
à •'«5'', 'Is'ffffxt, nom du père de David, quoique nous ne puissions 
pas prouver par d'autres exemples l'existence de ce nom, et on 
peut se demander s'il ne s'est pas produit une confusion entre 
'Iiri<Toîj; et 'l£<7(7at'*. Jésus, « le fils de David », peut, en un certain 
sens, être désigné comme « Isaï » (Jessé), et de toutes les explica- 
tions qu'on a proposées de la forme arabe 'Isa, l'hypothèse d'une 
confusion avec « Isaï » me paraît encore la meilleure. Il n'est pas 
besoin de songer à une confusion entre les noms de « Jésus » 
et de Isaï : c'est Jésus même qu'on prit pour « Isaï )3, de même que 
Miriam, la mère de Jésus, fut identifiée avec la sœur de 3Ioïse. 

Encore une observation. Le surnom arabe Abou-1-Faradj Four- 
kân que porte le caraïte Yeschoua b. Yehouda trahit déjà une 
influence chrétienne, car « Faradj » et « Fourkân » ne suppor- 
tent qu'une interprétation messianique. Ces noms peuvent avoir 
pénétré des Chrétiens de Syrie chez les Arabes; le syriaque NSpTiD 
est un mot des plus courants et n:>nï5'> rappelait au Chrétien de 
Syrie son Sauveur. Les noms formés à l'aide de nus, jJàj, décèlent 



1. On sait que le beau-père de R. Akiba était Kalba Sabou'a; « Jésus » était-il son 
nom personnel ? Dans ce cas, il faut le considérer comme un prêtre, car le nom de 
Jésus est porté surtout par des prêtres, ainsi qu'on le voit par la liste de Josèphe. On 
trouve encore plus tard un R. Josué ha-Cohen, ou R. Josué ha-Cohen b. Nabmani, 
V. Buberdans l'Introduction à son Tauhouma, p. 51. D'autres, comme R. Josué b. 
Hanania, R. Josué ba-Lévi, étaient au moins lévites; cf. encore R. Josué b. Lévi. Le 
caractère sacerdotal de Kalba Sabou'a convient aussi au rAle qu'il joue dans les der- 
niers jours de Jérusalem [Guitlin, 56a). 

2. Le nom est écrit avec deux yod (yv^"*"^) dans les éditions de Venise et de Kro- 
toscbin, pour assurer la prononciation ; mais peut-être est-ce pour yi'UV (avec omis- 
sion du Tt à cause du nom de Dieu), c'est-à-dire J'UJIM^. 

3. Réunis par Pape, Wôrterbiick (1er griec/iischen Eigennamen, s. v. 'Iviaoùj. 

4. V. Z. D. M. G., XII, 470, 504. 



NOTES ET MÉLANGES ' ISl 

la même influence, et les Juifs ont seulement témoigné d'idées parti- 
culièrement libres en prenant les noms de « Natira », « Natronai ». 
11 est vrai que dans leur pensée ces mots n'avaient pas tout à 
fait la même signification que chez les Syriens; le Juif attendait 
la délivrance irjyra-'b ne::» , le Chrétien la parousie. M. Bâcher s'est 
déjà étendu sur le caractère messianique de ces noms. 

Vicnni-, 

S. Krauss. 



BIBLIOGRAPHIE 



Bâcher (W.). ZAvei jûdisch-persische Dichter. Schâhin und Imrâni. 

i. Hâlfte. Strasbourg, K.-J. Teûbner, 1907; in -8-' de iv + 124 p. M. 2,50. 
(Tirage à part de : 30. Jahresbericht der Landes-Rabbinerschule in Budapest 
fur das Schuljahr 1906-1907.) 

La littérature judéo persane, qui longtemps fut représentée uniquement 
par la traduction du Pentateuquo, de Jacob Tavous, s'est extraordinaire- 
ment enrichie dans ces derniers temps. M. Elkan-N. Adler, Tinfatigable 
chercheur, a amassé, au cours de ses voyages répétés en Orient, quelques 
cent manuscrits judéo-persans, qu'il a décrits dans la Jew. Quart. Rev., X. 
D'un autre côté un savant, Siméon Hacham, membre de la colonie de 
Bokhara a Jérusalem, a édité toute une série d'ouvrages de cette litté- 
rature. 

M. Bâcher revient avec prédilection, dans ces dix dernières années, à 
ses études de jeunesse, qu'il avait commencées par un travail se rappor- 
tant à la littérature nationale de la Perse, son ouvrage universellement 
estimé sur la vie et les œuvres de Nizàmi. Depuis 1896, il a écrit une foule 
d'études, grandes et petites, sur des écrivains judéo-persans. Entre toutes, 
il faut relever son livre sur le Dictionnaire hébreu-persan de Salomon h. 
Samuel de Gourgang et celui qui nous occupe ici, consacré à Schàliin et 
Imrâni. 

Schâhin et Imrâni, qui a vécu deux siècles après Schâhin, sont consi- 
dérés par les Juifs persans comme étant, l'un le créateur, l'autre le 
maître de leur poésie particulière, qui se détache de la littérature natio- 
nale, tout en en faisant partie. C'est ce que liabaï ibu Loutf, auteur d'une 
chronique rimée traduite ici-mème par M. Hacher' fait ressortir avec 

1. Revue, LI, 123-136, 265-279; LU, 77-97, 237-271 ; LUI, 85-110. 



BIBLIOGRAPHIE 151 

émotion, quand il célèbre Hafiz et Sadi et rappelle avec amour Schâhin 
et Imrâni. 

A l'aide de l'édition de Siméon Hacham et des manuscrits de 
M. E.-N. Adler, M. Bâcher retrace la vie de Schâhin (chap. i), étudie en 
détail ses ouvrages : le Livre de la Genèse, le Livre de Moïse, le livre 
d'Ardeschir et le Livre d'Ezra, sa langue poétique, sa métrique, son 
orthographe (chap. n;, examine d'après les sources la manière dont il 
traite la-matière fournie par la Bible, établit, dans des notes instructives, 
ce qu'il a puisé à l'agada et à la littérature musulmane, et tire enfin 
au clair ses rapports avec le « Youssouf et Souleikha » de Firdouzi 
(chap. Hi). 

Schâhin florissait dans la première moitié du siv^ siècle. Il vivait à 
Chiraz, et termina son Commentaire du Pentateuque en 1358. Nous 
n'avons pas d'autre renseignement sur sa vie et sur son activité. Il chante 
bien, à la manière des épiques persans, le prince Abou Sa'id Bahadâr, 
et se prononce sur l'état des mœurs de son temps ; mais il ne souffle 
mot sur les circonstances extérieures de sa vie, ni sur les grands person- 
nages de son milieu. Son commentaire poétique s'attache fidèlement aux 
péricopes du Pentateuque et s'exerce sur les données bibliques, non sur 
les histoires d'amour de l'épopée persane. En cela il a frayé la voie et il 
a trouve un successeur en Imràni, qui a traité de la même manière les 
Premiers Prophètes. 

Le travail d'histoire littéraire de M. Bâcher a toutes les qualités de ses 
ouvrages précédents. Il domine, comme toujours, parfaitement son sujet 
et sait le rendre intéressant par une exposition claire et bien ordonnée. 
Il nous révèle le poète, nous présente son fidèle portrait, encore qu'il 
soit obligé d"en réunir lui-même les traits. La matière n'était pas toute 
faite et rebattue; les travaux antérieurs sont à peine dignes de mention. 
L'oeuvre n'en est que plus considérable et la science doit une sincère 
reconnaissance au savant infatigable qui a fait revivre à nos yeux « Mau- 
lànâ Schâhin Schiràzi ». 

Les notes si riches sur les sources de Schâhin méritent une attention 
particulière. Peu d'hommes connaissent aussi bien que M. Bâcher le cycle 
de l'Agada. En indiquant dans les lignes qui suivent quelques nouvelles 
références, nous n'avons nullement la prétention d'avoir réussi à décou- 
vrir de nouvelles sources auxquelles Schâhin aurait puisé. Le domaine 
de l'Agada est immense, les frontières n'en sauraient être circonscrites, 
et si nous ne retrouvons pas certains traits dans la littérature qui nous 
est accessible, il n'est pas prouvé que ces traits soient l'onivre de l'ima- 
gination, une amplification de la matière fournie par la tradition. On 
ne peut niei- avec une pleine assurance que Schâhin n'ait connu d'autres 
ouvrages agadiques que les nôtres. On a l'impression que Schâhin se 
réfère à des traditions et que c'est à peine s'il a enjolivé lui-même les 
légendes, mais il va de soi qu'on ne peut appuyer cette impression 
d'exemples précis. 



iU REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Livre d'Ardeschir, ch. 46 (p. bO) : Aman prend la potence à la solive 
de sa maison, v. Yalkout Esther : in^3 '^ira np-^riC rr,'i'p; Panim Ahé- 
rbn, II, p. 37 : "iwny î^in ^r.:£.yh r!\-T'373 -mo N'.no mT^rr. Peut-être 
Schàliin songe-t-ii à la parole de R. Simon b. Lakisch, Hag., 16 a : m-npi 
13 VT'i''3 an mN bia in"«3. — Ibid., note 3 : « Il ajoute : Taufre nuit 
trois personnes tombèrent du toit et moururent. » V. Pan. Ahér., Il, 35 
(sur n3i22 l^no -T^ym) : )-QW ^nn3 N-'n-in-^ri --ra ^''^D-pr, b-'cm 
'nsi nrr^T aan "ju nbcsT m-pc ni::u:b r^bir! rT«rN. — /6., ch. 47 : 
« Les fils d'Aman étaient les secrétaires du roi. » V. Yalkout Esther, 
I0b7, ©n-ntJnN bt: vi^'P^C) m iwr: b^n T-sn nncy; P. A., II, p. 74: 
"^b?: buj n:ji: rfn ';7jr! bu: isn iib -i"î< ; P/rA-»? de R. E., l : "«-ab -iwnt 

ibU) T^ItlDI T^T1372^ V^ï^, et : V-^^'- "^"^ "l""^ 2"^'2 '73 -17:ii< nT:?"'bî< '-1 
*]bttn "«nDlD T^nu: '■>. — P. 48, n. 5, v. aussi Pirkè, t. c. — Ibid., ch. 48, 
V. encore P. A., II, 76; Pirkê, l. c. — P. 51. ch. 51. note 5. v. P. A., II, 
76 : msb-'Nrt tn ';-'i:s:p» iwn b:i5 T'îa ibvND vb:? nwi3 rr^m ; Pirkê, 
L c. — P. 78, n. 2, Gen. -mfeba, xviî, 4 (non XXXVIII), parole de R. Aha. 
— Ibid., n. 3. v. Yalkout Hadasch, ÛIN, 5 : rpT72 mi nrcm (tiré de 
t25nn nniT). — ibid., n. 4, v. aussi Yalk. Reoubéni (éd. Varsovie, p. 69) : 

nbbpa p^br;. Une phrase analogue dans . Yalk. Hadasch, ûiN, 102 : 
UIH'D "iba"^3 d'^im nu:®, « Adam perdit s(a? choses ». — Ibid., n. 6, v. 
Pir/fê, XXII. — P. 79,, n. 6. v. N. r., xiii ; Yalkout, a-'L^cno, 47; Yaift. 
/saïe, 2 ; Schoh. Tob, 36, 87 ; Yalk. Had., 51, 54. — P. 80, n. 4 : « La 
tente d'Abraham avait quatre entrées ■», v. Gen. rabba, xlviii, 9 : n"» 
rr^n u:biE73 ûn-i3N iS-^nN bu: ibs briN iriDwS ; Aboi de R. Natan, vu : 
D'^'^iy in"' Nbu: nn"'3b ûTins 't nu:yu: m'N:3 nm-ib mne '^n-^n "^n*» 
'13* îT*pnb û"^i"i:2îw?3. Cependant Job ne surpassa pas l'hospitalité d'Abra- 
ham. — Ibid., n. 9, cf. Kohélet rabba, sur ix, 7 : Abr. prit Éliézer et 
Ismaël avec lui. — Ib., n. 10, cf. Pesikta rabbat, chap. 41, et U)"n73 
ylDV^. — P. 81, n. 4, V. Â'oh. rabba sur ix, 7, 3'u:t«i \a"n» ; Lév. rab., 
XX. — P. 82, n. 1, V. Yalk. Reoubéni, sur mu: "'"'n, i. f. — Ibid., n 6, 
V. encore Pirkê. — P. 83, n. 1 (non 2\ Pirkê, 39, Tanh., ^rT«-i, 9 ; ^f/arf. 
Bereschit.. p. 82. — 76îrf., n. 3 (non 4\ Yalk., 162, Pirkê, 40; Tois. 
Guittin, 55 6, Serfer ha-Doroi., p. 70. — P. 85. n. 4, cf. Yalk., 164; Ya/A-. 
Reoub., II, p. 8; Josèphe, Antiqu., II, 5 ; Zohar, II. — //>., n. 6, cf. Yalk. 
Hadasch, T,Z-12. 60; D-'SNb^û, 67. — Ibid., n. 7, cf. ib., nC72, 14. D'après 
le Séfer Haaschar Jochabed appelle Moïse Yekouticl. — P. 89, n. 2, 
cf. Yalk. Reoub., II, p. 16 : n:b:s:r: i-ii:73 u:'^N. — Ibid., n 1 : la verge de 
Moïse, cf. Schalschêlct ha-Kabbala, éd. de Varsovie, 5 c. — P. 90, n. 4, 
V. Bachia Gen. 50, 26 : mrST oib-'Dn ib-^am inN OU bas nu3tt noj» Mtt 
'iDi -nu: nby vb3>. - p. 93, n. 3, cf Sifrê, *]b-^T, 304; Yalkout, Tb-'i. 
— P. 95, n. 1, cf. Yalk., ibid. — P. 100, n. 6, v. Fabricius, Codex Pseu- 
depigr. (Leipzig, 1713), chap. xviii, p. 30 cl 56. — P. 101, n. 1, cf. 
Fabricius, ib., 114. — Ibid.. n. 3, cf. Schalschêlct ha-Kabbala, p. 3 : 
-i33> du: pd-^ na dnx omn^ nt<"^n ûiip abira it<n3n;u: D"'N"^a3 ï5-n«2 



BIBLIOGRAPHIE 155 

— Ibid., n. 6, v, Gen. Rabba, xxxi, 13 : des démons entrèrent avec >'oé 
dans l'arche. — P. 102, n. 7, sur Haran, cf. Schalsch. ha-Kabbala, p. 6 — 
P. 100, n. 2, cf. Yalk. Reonb., I, p. .302 : '15T nOT^ D? Dbiri rî^n bN-<-i33. 

— P. Ii:j. n. D, V. Yfli/i. Meoiib., I, 320 : Putiphar amène Joseph devant 
Pharaon, a^ors (iabriel afiparaît et conseille d'examiner les vêtements de 
Joseph. 

Les passages cités n'appartiennent pas à des sources primitives, mais 
à des compilations qui accueillent pour la plupart des explications tirées 
du Zohar ou d'auteurs cabbalistiques. La légende est un tissu organique, 
elle croît et s'enrichit avec le temps. Mais souvent aussi un seul détail 
se développe, de sorte que la forme primitive se perd. Quoi qu'il en 
soit, il est difficile sinon impossible de déterminer la source à laquelle 
est emprunté tel trait aggadique, car ce trait décrit souvent différents 
circuits. Même après les travaux fondamentaux do Béer, de Gri'in- 
baum et d'autres, nous n'avons pas encore de Tlicsaurus des légendes 
bibliques. 

L'ouvrage de M. Bâcher, précis comme tous ses travaux, est des plus 
suggestifs et nous en attendons avec curiosité la suite, qui sera consacrée 
à Imràni. 

J. Wellesz, 



Jevrs' Collège Jubilee "Volume : comprising a History of the Collège by the 
Rev. Isidore llarris, and Essays by Teachers and former Students of the Ins- 
titution. Londres, Luzac et C°. 1906 ; gr. in-S" de vi + cr.ii + 274 p. 

Ce somptueux volume, bien imprimé, élégamment relié et illustré 
avec goût, est à la fois une histoire de l'œuvre du « Jews' Collège » pen- 
dant les cinquante années de son existence et un témoignage des résul- 
tats de cette œuvre. Un peu moins de la moitié du livre est occupé par 
une histoire très complète et détaillée du Collège. Le reste se compose 
de quinze études dues à des savants qui y ont étudié ou enseigné. La partie 
historique présente do l'intérêt pour ceux qui ont des rapports avec 
l'école et de la valeur pour l'historien futur du judaïsme anglais, mais 
l'importance du volume pour le monde savant réside dans l'aulie moitié, 
celle qui permet de porter un jugement critique. 

D'abord, il faut dire — et ce n'est pas nécessairement une criticiue — 
qu'il n'y a aucune espèce d'unité entre les quinze essais. Ils ne prétendent 
évidemment pas représenter un point de vue quelconque, ime altitude 
particulière vis-à-vis du judaïsme ou de la science juive. En aucun sens 
ils ne donnent l'impression d'une seule personnalité ou d'une seule insti- 
tution ; chaciiie travail réfléchit, dans son sujet et sa méthode, le goût et 
les vues de l'auleur. Le résultat en est que presque chaque branche des 



156 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

études juives est abordée et que les essais diffèrent beaucoup par leur 
nature et leur destination, quelques-uns étant «populaires», d'autres plus 
purement « scientifiques». Pour cette raison, il est difficile de trouver un 
point de vue d'après lequel on puisse juger le livre tout entier ; on est 
obligé de s'en tenir à l'un de ses aspects, en excluant plus ou moins 
complètement les autres. C'est en tant qu'œuvre d'érudition, en tant que 
contribution à la «science juive", que le volume sollicite l'intérêt des 
lecteurs de cette Revue; et c'est pourquoi nous insisterons, en général, 
sur les essais qui ont été écrits plutôt pour les érudits que pour les 
profanes. 

Quatre d'entre eux fournissent, soit à l'état original, soit sous forme de 
traductions, des matériaux littéraires ou historiques inédits. Le Rev. 
Barris M. Lazarus publie, en les accompagnant de savantes remarques, 
quelques passages d'un manuscrit de la bibliothèque du « Jews' Collège » 
(Cod. 362, ancien n" 318 de la collection Halberstamm, écrit proba- 
blement vers le xv^ siècle), qui contient un certain nombre de courts 
poèmes attribués à Ibn Gabirol, et dont quelques-uns étaient encore 
inédits. 

Ces poèmes ne présentent aucune valeur ou importance spéciale, et 
M. Lazarus est tenté de croire que plusieurs d'entre eux sont faussement 
attribués à Gabirol. Il prouve, en eflet, avec beaucoup de force que le 
poème commençant par "DjD dt^ by nb""'? Ti)"iDri, imprimé par Geiger, 
Salomo Gabirol und seine Bichtungen, comme étant de ce poète, a été 
écrit, en réalité, par Ibn Nagdilah. 

M. Israël Abrahams donne le texte de deux documents hébreux appar- 
tenant k la « collection de la Gueniza » de la Bibliothèque de Cambridge. 
Le premier est un modèle de Ketouba, daté de 1220; M. A. promet de 
l'étudier plus complètement dans un volume, prêt à paraître, sur les 
Ketoubot possédées par les bibliothèques d'Oxford et de Cambridge. Le 
second texte est une Consultation sur la convenance à nommer les auto- 
rités rabbiniques dans les documents. M. A. assigne à ce manuscrit la 
première moitié du xii® siècle, principalement pour cette raison négative 
que Maimonide n'est pas cité comme une autorité pour la mention du 
Naguid. Ce procédé, en tant qu'il concerne les Ketoubot, apparaît comme 
étant devenu plus ou moins régulier à partir de HOO, mais il est très 
vraisemblable qu'il a encore fait l'objet de discussions un certain nombre 
d'années après, et le ton du document «prouve que la question était 
brillante» au moment oi'i il fut écrit. Incidemment, la Consultation 
contient une vigoureuse affirmation du jirincipe i"nT2 bxi^cr imn rpc, 
qui, sur certains points, est plus importante que la décision sui- la (juostion 
principale. 

Un autre manuscrit de Cambridge forme le sujet d'une courte note du 
Rev. M. Abrahams. Deux feuillets de vélin recouverts de caractères 
hébreux ont été employés à raidir la reliure d'un manuscrit latin qui est 
actuellement au Pembroke Collège ; et l'un d'eux, dont la plus grande 



BIBLIOGRAPHIE 157 

partie est déchiffrable, contient des fragments de Selihot. A part quelques 
fautes évidentes, ce fragment présente une ou deux variantes intéres- 
santes du texte tel qu'il est entré dans le rite allemand. Ainsi, nous avons 
nssiûnNTi iDn;c< a'>"'p3,au lieu û"'p"'n2C. De cette indication et de quelques 
autres, M. A conclut que le feuillet faisait partie d'un Siddour du nord 
de la France. L'écriture est du xu" siècle au plus tard, et comme le 
volume latin dans lequel se trouve le feuillet vint à Cambridge de 
Bury St. Edmunds, M. A. conjecture avec beaucoup de vraisemblance 
que ce Siddour fut à un certain moment en usage à la synagogue de 
Bury. 

« Histoire d'une conversion caraïte », est la traduction, par M. Hartwig 
Hirschfeld, d'un manuscrit arabe (en caractères hébreux) du xv^ siècle, 
qui rapporte la conversion au caraïsme de quelques Juifs européens qui 
vinrent de Tolède au Caire. Il en résulta une dispute entre les Rabbanites 
et les Caraïtes de la communauté du Caire, et les seconds en appelèrent 
aux magistrats musulmans qui déclarèrent leur incompétence à inter- 
venir, à moins que les deux sectes ne différassent actuellement sur les 
maximes de foi ; dans lequel cas, suivant la loi musulmane, aucune con- 
version ne serait permise, excepté une conversion à l'islamisme. Cette 
histoire jette quelques lumières intéressantes sur la situation des Juifs 
sous le sultan de cette époque. 

M. S. A. Hirsch a écrit sur « le Temple d'Onias» une étude qui, par la 
faute même du sujet, est plus heureuse dans sa partie critique que dans 
sa partie positive. 11 n'a aucune difficulté à démontrer que le récit de 
Josèphe dans les Antiquités n'est pas digne de foi, mais on se demande 
s'il est suffisamment fondé à accorder plus de crédit à la relation du même 
auteur dans la Guerre. M. H. défend l'assertion de Josèphe, disant que le 
Temple a existé 343 ans, c'est-à-dire qu'il fut bâti vers 270 av. J.-C, et il 
soutient qu'il ne fut jamais regardé comme un temple rival de celui de 
Jérusalem, mais qu'il n'était autre chose qu'une « bama». Il est certain 
que les Juifs d'Alexandrie demeurèrent fidèles au Temple de Jérusalem ; 
mais, d'un autre côté, les fouilles du Prof. Pétrie semblent prouver que 
l'édifice d'Onias voulait être une reproduction du Temple à une plus 
petite échelle et, s'il en est ainsi, il a dû être regardé comme quelque 
chose de plus qu'un haut-lieu. Dans tous les cas, M. H. admettrait proba- 
blement qu'une « bama » comme le Temple d'Onias aurait été impos- 
sible en Palestine même, de sorte que, quoiqu'on puisse admettre qu'on 
n'avait pas songé à un temple rival, la thèse de M. H. est difficilement 
acceptable. 

Nous ne pouvons plus accorder qu'une brève mention aux autres essais. 
La conférence sur «les Fils de Prophètes» du Grand-Rabbin Adler est en 
réalitéune défense du « Jews' Collège » et « Où le clergé faillit » est la 
réédition d'un discours adressé par le Rev. S. Singer aux étudiants de cet 
institut. Des parallèles suggestifs entre les idées juives et non-juives sont 
tracés par le Rev. M. Hyamson dans « Quelques points de comparaison et 



158 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'opposition entre les lois romaine et juive » et par le Rev. S. Levy dans 
« Conceptions juives sur le péché originel ». M. Friedliinder, l'ancien 
principal du Collège, écrit « Quelques notes sur la prophétie de Malachie», 
le Rev. A. Feldman aborde un grand sujet dans « Métaphores et compa- 
raisons dans la poésie midraschique » et le Rev. Morris Joseph étudie les 
conceptions religieuses et morales de R. Eléazar de Worms dans l'intro- 
duction au Rokéah. « Un empereur païen étudiant la Bible », par le 
Rev. Michaël Adler, expose les vues de l'empereur Julien sur le judaïsme 
et le christianisme, recueillis dans les fragments de sa polémique, te's 
qu'ils ont été conservés dans la réplique de Cyrille d'Alexandrie. Le Rev. 
B. Berliner traduit une assez longue Consultation de R. Salomon Louria 
sur le livre de prières et le Rev. D. Wasserzug écrit avec clarté sur le 
« Calendrier juif ». 

Londres. 

Léon Simon. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



T. XLIX, 300. — La leçon "1*33 est déjà proposée par Mnnk, cité par 
L. Wogue, Esquisse d'une théologie juive, p. 88, n. 1, et Harkavy, dans 
Revue, VII, 199. — M. Liber. 

T. LUI, 235 et s. — Le massacre des Juifs de Montcliis par les Pastou- 
reaux n'est pas « un épisode tout à fait inconnu » ; le Schébet Yehouda 
en parle, v. Gross, Gallia jadaica, 189. — M. Liber. 

T. LIV, 66. n. 6. — Sur les 1"'0"n'ip cités par J. Caro (ajouter Yoré Déa, 
334!, V. Halberstainm dans le Jeschurun de Kobak, III, 167, et Freimann, 
dans Z. /'. H. B., XI, 30. La forme DTijip avec T est décidément assez 
fréquente. — P. 07, n. 5. Sur ce sigle (non : signe M. Wellesz me renvoie 
à Orhol Hayyim, éd. Schesinger, p. xxii, n. 4 : rr^ia:»? na"'2n 3n"<n "^-^nn 
rrriTOS "in. — P. 68, n. 4. Sur le nom de Navarro, v. Loeb, dans Revue, 
IV, 75 ; n. 5, sur les Navarro portugais, v. Kayserling, ibid., XXXII, 282-3. 

— La note 11 de la p. 70 et la note 1 de la p. 71 sont à intervertir. — P. 73. 
Sur une allusion au christianisme dansDeut., xxxii, 39, v. H.B., XIV, 131. 

— P. 75. A propos de Joseph B. Sch. et de J. d'Orléans, M. Wellesz me fait 
remarquer que le Or Zaroua, I, 7, col 2, cite it>i commentaire du Prnla- 
teuque de J. dOrléans. — P. 80, n. 9. Strack, dans Z. A. W-, 1907, 70, 
parle encore de Saadia! — P. 82. Sur Menahem Vardimas, v. encore 
M. Schwab, Les Inscriptions hébraïques de la France, 292-293, mais cf. 
I. Lévi, dans Revue, L, 285 (le .Men;ihein le Saint au^iuel pensait M. Schwab 
est cité dans Toss. Houllin, Il b). — Sur le nom de Vardimas, v. Loob, 
dans Revue, XVI, 298, et XXXVIII, 149. — P. 85. M. Cross, dans Z. f. U. B., 
1907, 179, retire son opinion touchant l'identification de Baruch le Français 
avec l'auteur du S. ha-Tcrouma; mais il continue à distinguer B. de 
Worms et B. de Hatisbonne. — P. 88, n. 2. Sur Ascher ha-Lévi, v. Epslein. 
dans Revue, XXXV, 241, n. 2, et Freimann, dans Z. f. H. B., 1907, 87. — 
P. 93. Un R. Dan est cité dans les Consultations de Méir de Rothenbourg, 
éd. Berlin, p. 48 : H n"r! '^ym''73T '^DibN (Communication de M. Wellesz). 

— P. 9b. Sur le Beçamim Rusch et ses tendances, v. aussi D. Philippson, 
dans A'it'. Encycl., X, 352 &-353 a. — M. Liber. 



160 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

T. LIV, p. 103. — Sur 5tdd désignant (in écrit ecclésiastique (ma citation 
est exacte), M. Wellcsz me signale encore Lèket Yosrher, éd. Frcimann, 
II, 13, 14. J'ajoute que le mot devait être courant, car on voit des prêteurs 
juifs l'inscrire — ô ironie ! — dans des manuscrits d'ouvrages canoniques 
qu'on leur donne en gage (M. Schwab, dans Revue, XXX, 289 et s.). — 
M. Liber. 

T. LIV, p. 276 et suiv. — Sur la Kounya « 'Aboû-'Isà », cf. encore 
Goldzihcr, dans Z. D. M. G., LI, 259, qui montre que les théologiens 
musulmans la désapprouvaient, parce que Jésus n'a pas eu de père. Mais 
ce blâme resta confiné à la théorie, tandis que dans la pratique on trouve 
cette Kounya aux époques les plus différentes de l'Islam, même dans des 
cercles d'où émanait la direction religieuse du peuple. — D'un autre 
côté, AL Goldziher, dans une lettre, attire mon attention sur un passage 
de Djàhiz, éd. van Vloten, p. 109 ; on y lit que quelqu'un ne voulait pas 
se laisser soigner par un médecin qui portait la Kounya « 'Aboù Hârith », 
mais par un médecin qui portait celle de w 'Aboù 'Isa », c'est-à-dire qu'i 
avait plus de confiance dans l'art des médecins chrétiens que dans celuil 
des médecins arabes. On voit donc qu'en général le nom de « 'Aboù 'Isa » 
désignait plutôt un chrétien. — Samuel Poznanski. 



Le gérant : 

Israël Lévi. 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DDPLESSIS. 



ESSAÎ 

SUR LE GREC DE LA SEPTANTE 



BIBLIOGRAPHIE 

Pour iH'itfT li^s répétitions dans les renvois et, d'une façon générafe, même quand 
les renvois ne sont pas indiqués au bas des pages, pour que le lecteur averti com- 
prenne d'un coup d'œil dans quel esprit est conçu le présent mémoire et à quel état 
des études sur le grec liihlique il répond, nous donnons tout de suite ici, par ordre 
alphabétique, la biblioirrapbie principale des ouvrages que nous avons en vue : 
Adrians Eî-jaYwyyi ei; xà; Osia; i'pa;pâ;, éd. Fr. Gnessling, Berl., 1887 (v. p. 27 s., 
8iS s. ; W.C. Allen, The oriffin. Lang. of Ihe Gosp. ace. lo SI. Mark, Tli(> Kxpositor, 
June, 1900, 430-443; The aram. Elem. in SI Mark, The Expository Times. XIIl (1902), 
32X-:j:$0; B. 'AvTwvtâoïi;, «ï>i),o).OYixà Èx x. K. A.. 'AOr,và. VI, 1894, lO.'i-lST ; H. Anz, 
Siibsidia ad cor/n. yr. serm. vulr/. e Peut. vers. Alex, repelila, Diss. |)hil. Hal., XII, 
1894, 2o9-387 ; F. Blass, Te.vikr. Bemer/c. z. Mallh., Giitersioh, 1900 (Beitr. z. Ford, 
clir. Tlieol.. IV, 4); Gra)ttm. d. Seul. G/'.», 1902; Die rhijihm. Komp. d. Hebr.br , 
Theol. St. u. Kr., 1902, 420-461; Dr. an d. Ilebr., Halle. 1903; S. Bochart. Op. 
omnin*, 3 vol., Tr. ad Rh., 1712; E. Biihl, Forsch. n. ein. Vollcsbib. z. Z. Jesu u. der. 
Zus.h. m. d. Sept.-Ueb., Wicn. 1873: J. Boehmer, Daa bibl. « Im Namen », Giessen, 
1898: Zwei irichl. Kap. ans d. bibl. Ilerm.. Isl zum sprachl. Vers!, d. N. T. d. 
MU. Spr.fjebr. anziizielien ? (Beitr. z. Ford. d. clir. Theol., V, 1901, 49-127); J. Bre- 
iiiuis, Et. sur les hellén. dans la si/nl. lai., Paris, 1893; W. Briiiiing, Die Spr.forin 
d. zii'. Thess.br.. I, Naundjurg, 1903; E. Combe, Gramni. f/r. du N. T., Lausanne- 
Paris, [1894]; Santi Consoli, Neolofj. bolan. n. carmi bue. e f/eorg. di Virg., 
l'alermo. 1901 ; G.B. Cottino. La /less. d. nomi gr. in Virg., Torino, 1906; U. Cys:- 
mcr, liibl.-lheol.Worl. h. d. Neul. Graecilaet\ Gotha, 1893; Gustaf Dalman, Die 
Worle Jesu, Lpzg, 1898; .K. Deissniann, Die Seul. Form. in Chrislo Jesu, Mar- 
l.urg, 1892: Uibelsludien, 189:3; Neiie Dib.sl., 1897; Die sprachl. Krforsrh. d. gr. 
llib., Giessen, 1898; Hellenisl. Grie., Realenc. f. pr. Th. u. K.'. Herzog-Hauck, 
f. 67-68, 1899, Lpzg; Die Spr. d. gr. Bib., Theol. Rundschau, Tiib. u. Ljizg, I, II 
(1898), 463-472 ; V, 2 (1902, ;;8-69 ; Die Ilellenisier. d. sem. Monnih., Lpzg, 1903 
(dans N. Jahrb. f. d. kl. Alt., 1903, 161-177^ ; l'apgrus u. l'ojigri, Ibrzog', op. cil., 
667-07:., 1904: TUe philo l. of Ihe gr. Bible, Kxpositor, Ocl. 1907, 289-:î02. Nov. 42:i- 
43:;: K. Dietericli, Uniers. z. Gesch. d. gr. .s>/., Lj.zg, 1898; F. Ficld, Orig. He.r. 
(/. supers., 2 vol., Oxford, I87:j; P. Foucarl, BapporI sur un S.C. inédil de l'année 
110, Anh. des miss. se. et litl.. sér. II, t. VII, Paris. 1872, p. 321-379 (extrait, 63 p.) ; 
S.C. de Thisbé ,170,, Paris, 1905; Z. Frankel, Vorsl. z. d. Sepl., Lpzg, 1841; leb. 
d. Ein/l. d. palnsl. E.ieg. uuf d. Ale.r. llermen., Lpzg, 18:il : P. F. Frankl, St. i,b. 
d. Sepl. u. I'e.«ch. z. Jerem., Breslau, 1873; E.W. Grinfieici, An A/.ol. f. Ihe Sepl., 
London, 18:j0 ; W.ll. C.uillemard, Ilebr. in Ihe gr. Tesl., Cambridge, 1879; G. Hae- 

T.;.LV, nMIO. 11 



162 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

berlin, Gr. Pap., Centr.bl. f. Riblioth.w., Lpzg, XIV, 1897, 1-13, 2Ul-22a, 2G3-2S3, 337- 
361, 389-412, 473-499; K. Hartung, Sept. Si. Ein Beitr. z. Graec. elles, liib.iibers., 
Damberg, 1886; E. Hatch, Ess. in bibl. Gr., Oxford, 1889; Hatcli a. Re(l|.ath, A 
concord. lo the SepL, Oxf., 1892-1906; J.M. Heilmaier, Ueb. cl. Enlsl. d. romaisch. 
Spr., Ascbaffenburg, 1834 ; G. Heine, Synonym. d. Neul. Gr., Lpzg-, 1898; W. Hcit- 
miiller, Im Namen Jesu, Gôtt., 1903, (Forscb. z. Rel. u. Litl. d. A. ii. N. T., B. I, 
b. 2); R. Helbing, Gramm. d. SepL, Laul-u. Worll., Gott., 1907; D.C. Hcssel'uig, 
Les cinq livres de la Loi. Trad. en uéo-gr., publiée en caraet. bùbr. a C. P. en la47, 
Leide-Lpzg, 1897; H. Hody, De bibliorum texl. oriyinal., vers, gr., etc., libri IV, 
Oxf., 1705; B. Jacob, Ini Namen Galles, Eine sprachl. u. relig.gesch. Unters. z. A. 
u. N. T., Berl., 1903; G. Jahn, Das B. Daniel n. d. Sept, hergestelll, Lpzg, 1904; 
Das B. Ezech. a. Gr. d. Sepl. herg., Lpzg, 1905; A.N. Jannaris, St. John's Gosp. a. 
the Logos, Zeitschr. f. d. Neut. Wiss., 190), 17-25; H. A. A. Kennedy, Sources of 
N. T. Greek, Edinb., 1895; J. Korsunsiii, IlepeECA-b LXX. Eio sna-ienie btj ncxopin 
rpc'iecKaro flSbiKa n cjOBecHOCxH, Moscou, 1898; M. Krenkel, Jos. u. Luc, Der 
schr.slell. Einfl. d. jUd. Gesch.sckr. auf d. christl., Lpzg, 1894; P. Kretschmer, 
Beitr. z. gr. Gramm., Giiterslob, 1889 ; Die Enlsl. d. Koine, Wien, 1900 (Sitz. 
b. d. k. Ak. d. W. i. W., Piiilos.-liist. Cl., CXLllI^; P. de Lagarde, Sepluagintasf., 
Gott., 1892; X.C. Laugblin, The solecisms of l/ie Apok., Princeton, 1902; S. Mein- 
hold, Sabbal u. Woche i. A. T., Forscb. z. Rel. u. Lit. d. A. u. N. T., b. 5, Gutt., 190.j; 
Israël Lévi, L'ecclésiastique .. édité, trad. et commenté, 2 parties, Paris, 1898-1901 : 
J.H. Moulton, Characlerist. of N. T. ^r/-., Expositor, 190 4, IX, 67-75, 215-225, 310- 
320,359-368, X, 124-134, 168-174, 276-283, 335-364, 440-450; A Gramm. of N. T. 
Gr., I, Edinb., 1906; A. Millier, Tiirk. Gramm., Berlin, 1889 (P. L. 0.) ; Th. Nâgeli, 
Der Wortsck. d. Ap. "Paul., Gôtt , 1903 ; E. ?sestle, Septuag.st., I (sur la Sixtine\ 
Prog. d. kgl. Gymn. in Ulm, 1886 (Progr. N. 547) ; II (Sixtinc, Aristée), Ulm, 1896 
(Progr. N. 606); III (Apocrypbes), Stuttgart, 1899 (Progr. N. 618) ; IV (Apocr., etc.), 
Stuttg., 1903 (Progr. N. 668); V (observ. paléogr. et gramm. sur la grande éd. de 
Carabr., v. ci-dessous The 0. T.), Stuttg., 1907 (Progr. N. 733) ; Sepluagint, dans 
Hastings, A dicl. of the Bible, t. IV, Edinb., 1902; B.G. Niebuhr, Ueb. d. Aeg.- 
Gr., Kl. bist. u. philol. Schr., Bonn, 1843; E. Norden, Die anf. Kiinslpr., 2 vol., 
Lpzg, 1898 ; K. Oixov6iJ.ou, Jlspi xwv o' £p|Ar,v., 4 vol., Athènes, 1844-1849 Je t. Il 
seul est intéressant pour nous); The OUI Test, in Gr., cd. by A. E. Brooke-N. 
Me Lean, v. I, p. I, G.n., Cambr.,1900: H. Ostboff, Schrifl.spr.u. Volksm., Berlin, 
1883; 'A. ITotXXYiç, *H yéa 5ia6-ô)c-/i (A£Ta:ppa(T[A£vri, Liverpool, 1902; A. Pallis. A few 
notes on Ihe Gosp., Liverpool, 1903: H. Paul, Prinz. d. Spr.gesch.^, Halle 1898; 
D. Schilling, Comm. e.reg. -philol. in hehraism. N. T. seu de dict. hebr. \. T. gr., 
Meclilini.ie, 1886; A. Schlatler, Verkannt. Gr., Beitr. z. Ford. chr. Theol., IV, 4, 
Giitersl., 1900; Die Spr. u. Ileim. d. viert Evang., ib., VI, 1902, 297-470; E. Schiircr, 
Gesch. d. jiid. V. i. Zeit. J. Chr., Lpzg, P-\ 1901, II*, 1908, HP, 1898 ; Die sieben/. 
Woche, Zeitschr. f. d. Neut. Wiss., VI, 1903, 1-G6; E. Schwyzer, Die gr. Spr. i. Zeil . 
d. ilellen , N. Jahrb. f. d kl. Alt., 1901, VH et VHI, 233-248; Richard Simon, Hisl. 
critique du vieux Testament, Amsterdam, 1683; H. Strack, Einl. i. d. A. T., Miiii- 
cben, 1906; F. G. Sturz, De dial. maced. et ale.r. liber, Lpzg, 180S ; H.B. Swcte, 
An Inir. to the 0. T. in Gr., Cambr., 1902; St. Székely, llerm. bibl. generalis, 
l-rihourg en Br., 1902; A. Tbeinier, Beilr. :. Kennln. d. Spr.gebr. i. X. T., II, 
1901 (XXIX Jahrb. d. nied. osterr. Land.-Real-u. Ob.-Gymn. H.irnj ; H.G.J. Thierseh, 
De Peut, vers Ale.v., diss., Erlangen, 1840, reprise (p. 21-64) et développée dans 
De Pent. vers. Ale.i-. l. 1res, Erl., 1841 (ces deux ouvrages ne sont pas toujours 
distioLMiés) ; A. Thumb, Die \am. d. Wochenl. i. Gr., Zeitschr. f. deulschc 
Wortl., 1900,163-173; lUe gr. Spr. i. Zeit.d. Hellenism., Beilr. z. Gesch. u. Beurth. 
d. Kotv•l^, Strasbourg, 1901: Die Forsch. il. d. helien. Spr. i. d. J. I90'j-l90-i, 
\\T\i. ï. Pap. f.,IH, 4 (1906), 453 (bibl. Graez.)-i61, si>écial. 158-465; Prinzipienfr. 



ESSAI SUR LE GREC DE LA SEPTANTE 163 

(/. Koine-Forsch., N. Jalirh. f. d. kL AU., WII 1906), 248-263; M. *i),VivTa,-, 
rpaajx. T. pw{tatixr,; yXiôffcra;, 1, Alhènes, 1907 ; P. Viereck, Sermo tjrsecus quo 
S. P. Q. H. . ..uni sunt, Gott., 18S8 ; J. Viteau, Et. sur le gr. du N. T. Le verbe : 
Si/nf. d. prop., Paris, 1893 (= Et. I; ; EL sur le [jr. du N. T., comp. avec celui des 
Sept., Paris, 1896 (Bibl. de l'Éc. d. H.É., f. 114 = Et. II) ; Grec bibl., dans le Dict. de 
la Bible, de F. Vigoureux, f. XVII, 1900, 312-331; Tli. Voarel, Z. Charakter. d. Luk. 
n.Spr. u.Slil\ 1899; J. Waciieruagel, Hellenislica, GoU.,1907; J. WeUliausen, iVn/. 
j. d. drei ersl. Ev., Berlin, 1903; U. Wilcken, Gr. Papyri, Berlin, 1897; Wilke- 
Grinim, Lex. gr. lai. i. l. N. J.*, Lpzg, 1903 ; G.B. Winer, Gramm. d. Xeul. Spr.i.^, 
Lpzï, 1867; Winer-Moulton, A Treatise ou the gramm. ofN. T. gr., Edinb., 1882; 
Winer-Sclimiedel, Gramm. d. Xeul. Spr.i.^, Giitt. 1894, I Th., Einl. îi. Form.l.: 
St. Witkowski, Ber. u. d. Lilter. z. Koine a. d. J. 1S9S-I90'2, Jalirb. ù. d. Fortschr. 
d. cl. .\lt.w., CXX, 1904, 153-236 ; Th. Zahn, Einl. vi d. N. T.^, I-II. Lpzg, 1906-7 
(principal. I, 24 s.); G. v. Zezschwilz, Prof. gr. ti. bibl. Spr.g., Lpzg, 1839; J. de 
Zwaan, S'jtif. d. Wijzen e. tijden in h. Gr N. T., Haarlem, 1906 adaiitation en liol- 
laudais de: Burton, Synt. of S. T. moods a. Tenses, Ed., 1898; v. cependant Zwaan, 
p. 3, n. 1). — Nous ne mentionnons ni tous les dict. ou lex. bihliciues (sauf excep- 
tions voulues), ni les ouvrages d'utilité générale, collections de papyrus, grammaires 
ni m^me granimaiies spéciales, telles que celles de Croiiert, Nachmanson, Mavser, 
Meislerhans, Schweizer, etc.. etc. — Les caractères russes, arméniens et arabes, em- 
ployés dans cet article, viennent de l'huprimerie nationale. 



Le grec de ce que Ion appelle /a Septante ou les Septante \ 
constitue un document de tout premier ordre au point de vue de 
riiistoire de la langue grecque, nous entendons ici cette histoire 
dans son plein et entier développement, depuis les origines jus- 
qu'à nos jours. La traduction grecque de la Bible tombe juste au 
moment où la Ko-.vr, domine dans le bassin de la Méditerranée ; 
elle est contemporaine de Polybe (^05-140 -) ; elle apparaît vers la 
iin du troisième ou plutôt vers le commencement du deu.xième 
siècle, elle est achevée en l'an 13:2 environ avant notre ère^. La 

1. Cf. Nestlé, art. Sept., 438 n, II et n. *, sur la date où l'on a dit en anglais the 
Septuagint ; c'est aussi l'usage en allemand, ib., 438 6.- il observe, 468a, que le Dict. 
deVAc. fr., éd. VII [1878], dit les Se/?/.,- mais je vois que dans Littré, t. IV, 1876, on 
lit déjà la Septante, d'après une ellipse toute française et des plus courantes : le Brie, 
le Champagne [du réglisse- à cause de jus ou bilton de r. - du quinine - à cause 
de sulfate de q. - sont encnre combattus par les grammairiens, rendus cette fois 
plus attentifs par la terminologie scientifique^ v. leUre d'.V. Meillct. Le .Matin, 26 déc. 
1907, p. 2, col. 5, à propos du débat récemment soulevé ib., H déc. 1907i au sujet 
du dirigeable Za ou le Patrie, — La Septante est une désignation aujourd'hui fami- 
lière aux hébraisants, et nous la préférons comme plus imiiersonnelle en un sens. 

2. Cf. Christ. Gesc/i. d. gr. Lit.*, 1903, 383, n. 3. 

3. A cette date, le traducteur du livre de Siracli connaît la version grecque dans son 
ensemble (à ce que Ion peul su])poser d'après Sir. Pr. '."ijtoO vôtxovxaî twv îrpoçr.TMv y.al 
Twv â)>. (i)v iiaTf,{fi)v P'.fi'Atujv), Stra'-k. Einl., 211. 2. Tel parait être le point de vue le 
plus sage et !• plus prjcis. Les exidications de H. Willrich, ./>id. u. Gr., Giitt., 1893, 
33, l.jV, surtout li'i, sont peu convaincantes et (luelque pou confuses. Quant à Swetc, 



1^ REVUE DES ÉTUDES m\^S 

Septante se place donc, en quelque sorte, au milieu de ce long 
espace de temps où les documents s'échelonnent, à parlir d'Homère, 
sans presque jamais nous faire défaut, depuis trois mille ans, pour 
aboutir à la période actuelle. Elle est ainsi à mi-chemin du grec 
ancien et du grec moderne, entre les deux ; elle arrive à l'époque 
oïl les dialectes disparaissent ou, si l'on veut, à l'époque où, 
d'après certaines théories, ils s'absorbent dans la langue commune 
et même contribuent à la former '. La Septante est le grand monu- 
ment de la Ivoiv/,. 11 est, par conséquent, essentiel, il est indispen- 
sable de se rendre compte de sa valeur grammaticale exacte, de la 
mesure où elle peut être utilisée, comme texte, dans une histoire 
de la langue grecque, telle que nous venons de la définir. 

La question, dans ces termes précis, n'a pas encore été posée, à 
notre connaissance. Elle l'a été d'une autre façon, toute voisine, il 
est vrai, celle des Jiébraiimes, que nous examinerons tout à l'heure. 
Voyons bien d'abord ce dont il s'agit pour nous. Lorsque, par 
exemple, nous rencontrons dans la Septante les accusatifs sin- 
guliers masculins ou féminins en -av de la troisième déclinaison, 
nous devons les admettre dans le texte. La plus grande confusion 
règne à ce sujet dan^ la critique. Tâchons de clarifier les idées. 

Les exemples sont des plus nombreux ; les voici : alyav Num. 
lo, 27, A, T. -, Sw. App. ; àxsîoav Ex. 10, 4, A, it.; àvOpxxav Ezech. 

Inlr., 17-18 et passim, il manifeste en général, quoique moins que Scliiirer, une trop 
grande tendance à majorer. Le témoignage du Déniétrius des Slromala, en paiticu- 
lior, ne paraît pas [louvoir tenir, puisqu'il nest ]ias authentique, cf. Clirist'% 614. Il 
est, d'autre part, de toute évidence que la traduction n'a pu se faire d'un coup, cf. Swole, 
Inlr., 290 (même pour le Pcntateuque, ib.), Deissmann, E.rpos., 1907 oct. 290 lof. ib., 
nov. 430). Il faut donc admettre avant 132 un espace de temps au moins de 60 à 70 ans. 
Lan 20o (W Swete, 17-18) serait la limite extrême des concessions. Au commencement, 
il nu s'est jamais agi ipie du PentatêU(|ue ; il est clairement désigné par rà tûv 'loy- 
6ato)v v6(JLt|xa, § 10, ou par Triç yip vopLoOccrîa; y-îiiAÉvr,; Ttàat xoic 'louSaîotç, § I.j de la 
lettre d'Aristée (v. Ar. ad Ph. ep., P. Wendland, Lpzg, 1900, éd. avec Ind.1 : c'est l)ien 
la un synonyme de m:n Itip [d. R. Simon, 190 6,- Hody, 167-176 s.); il y en a un 
écho jusque dans la lér/ende (P. Wendland, dans Kautzsch, Apokr. ti. Vseuilep. il. 
A. T., Tiil) , II, 1900, 2) recueillie par cet auteur. Mais ceci m'amènerait à certaines 
remarques sur le caractère liltéraire de cet écrit, que ce n'est pas ici le lieu d'exposer. 
Sur la fable d'Aristée, v. déjà R. Simon. 186 s. et p. 191 b. 

\. Cf. P. Kretscimer, E«/s/. .Malgré l'admiration que je professe pour ce savant, je ne 
saurais m'associci" à sa théorie. A propos des ace. s. masc. nu fém. de la 3' décl. en 
-av (ci-dessous), il constate, p. e., ce phénomène o in mohreren Dialekien », 28 ; c'est 
donc un mouvement général de la langue. Quant au traitement i + p = e -f- p, sou- 
tenir qu'il est éolicn (lO-M), c'est ne tenir aucun ronqite des aciions i>hysiologiques où 
ce phénomène se produit de la même façon encore de nos jours {w i. P.. 'Pûôa x. 
Mfî),a. IV ( 'A7ro),oyta), 18i s. Nous reprendrons ailleurs ce sujet plus en détail. 

2. T.=Tiscliendorf, V. T. (jr., 2 vol., 1887 éd. Vil (Nestlé) ; Sw.= The 0. T. in 
gr.y éd. II. It. Swete. 3 vol. 19(11-190:; ; N. C. = notes critiiiiics au lias des pages, 



ESSAI SUR LE GREC DE LA SEPTANTE 165 

28, 13, A, T., Sw. NG. ; [iacriÀsav 3 Reg. 1, 45, A, T., Sw. NC, Jer. 
21, 7, F*, T., î« S^v. NC. ; ypau-aaTÉav 4 Reg. 22, 3 et 2o, li), 2 Parai. 
34, io, A, T., Sw. NC. ; Yjv'arxav Rulh 4, 11, A, T., Sw. NC. ; o.-Àov- 
oav 1 Rog. 2, 19, A, T., Sw. App. ; IXzioav Sir. 13, 6, A, T., Sw. NC. ; 
ôcopaxav I Reg. 17, 39, A, T., Sw. NC. ; Uséav 1 Reg. 22, 11,2 Parai. 
34^ 9, 1 Esr. 8, 8, A, T., Sw. NC, Jer. 21, 1, FA*, T., s* Sw. NC. ; 
xo'.Xâoav 2 Reg. o, 18, A, T., Sw. NC. ; xo-.Twvav 2 Reg. 13, 10, A, T., 
Sw. NC. ; acsioav 1 Reg. 30, 24, A, T., Sw. NC; vûxrav Ex. 13, 21, 
A, T., Sw. App., 1 Reg. 14, 34, A. T., Sw. NC. (dans A seulement), 
1 Reg. 19, il, 24, 2 Reg. 2, 29, A, T., Sw. NC ; nToÀsaatoav 1 Macc. 
10, 1, A, T., Sw. NC. ; çayicav Es. 7, 19. A, Sw. NC. ; ^isxav Jer. 
(2o, 31) 32, 17, A, ï., î<' Sw. NC. ; axvroav Ek. 8, 18, A, T., Sw. 
App. ; o7.ûaYYav Judith 13, 10, A, T., Sw. NC. : 2>ç.£vav 3 Macc. 3, 47, 
A, T. ; ysTpav 1 Reg. 21, 8, A, T., Sw. NC. ; Jer! lo, 6, Q, Sw. NC. 
(Pour le N. T., v. Sturz, De dial. mac, 127-8; Sopliocles^, Gr. 
Lex., p. 3t)rt, 2 (ôs'./OÉvxav), K. Dietericli, Cnters., lo9 ; Rlass^, Gr. 
d. N. T. Gr., 27, i^ 8, 1 ; etc., etc.i 

Ce phénomène, de heaucoup antérieur à la Septante, est très 
ancien en grec. Le plus ancien exemple, pour moi, serait ixvv (cf. 'P. 
X. ^r., III, 309 s., où éclaircissements; de toutes façons, d'ailleurs, 
le V y est analogique). Mais tenons-nous aux faits incontestables 
de la tradition écrite. Nous avons Ar,aY,Tçav chez Plat., Cral., 404 R, 
si les mss ne nous trompent pas — et pourquoi nous trompe- 
raient-ils? "Ilpav suit Ar,u.r,Tçxv dans ce passage : donc, comme ZY,va 
(v. V. Henry, Et. .sur l'analof/ie, 1883, p. 261) sur Mx, comme 0ôav 
(Hes. fr. 118, Rzach, 1902) d'après le nom. Boa?, égal à vîavîac, 
conmie ScoxçocttiV sur7roX';TY,v, etc., etc. (cf. Brugmann Gr. Gra/ain.^, 
1900, 177 et 221, § 254). Il va sans dire que Cobet et M. Schanz (P/. 
op., II, 1, 1887, ad l. , suivis par Burnet (PL op., i, Oxf., [1895], 
ad /.), corrigent (v. I. AY,a/,Tçav, dans Sclianz, /. /.; v. sur A.v, Lob. 
Parai. 142 ; Wagner, Qwcî'67. de cp. tjr., 1883, 105, 1, qui rai)polle 
le titre de l'hymne liom. =■; A/,aY,T:xv: Kiihner-Rlass, i, I, 42!\ .\. 
13; G. Meyer, Gr. Granirn.\ I89(), p. 42(5; rap[)r. Perrot, Erpl. 

coinnic toujours chez T. ; mais Sw. siimali? souvent les v. 1. dasis r.V|(|p. ; AppeuJi-V^ . 
celui-ci |>oite eu exeiirue : ïva (ati ti à-ô/r,ro(t; donc, ce (/ui n'a pus <riin/jorl(ince : 
l'éditeur y rejette ce quil ne croit i as essmliel. On sait, au surplus, (juaucune de ces 
deux éflitions, i)as jdus celle de T. i|iic' celle de Sw.. n'est une édition critique et qu'il 
n'existe pas d'édition crilifjue pour le moment. Eu somme, on en est resté à la Si.'line 
;l.ï8f>) : la ditIVrenee que présentent nos éditions modernes consiste uniquement - ce 
(|ui assurément est quelque chose — dans le relevé des vaiiantes d'un plus Lrand 
nombre de mss en onciales ou en minuscules, et dans la ])référence donnée à l'un de-; 
mss principaux v. Sweto, Iitlr., 12i s., i90 s.), l'Alexandrinus (AI, le Vaticanus \iy, le 
Sinailious ^S ou N), etc. 



1G6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

arch de la Gai. et de la Bith., '187'2, i, 54, N. 34, 7 et n. à 1. 7 p-y^rpav 
pour [j,7]T£Gav; postérieurement, A/([j.r,Tpav, dans Sclimid, Der Atlic, 
1890, IV, 58(); Cruuert, Me7n. Heic, 11303, 101», o, où maints détailsi. 
Épigi'apliiquemeut, on relève : tjxT-?,sav Coll. G. D. l., I, GO, 3, 
Edalie, en écriture chypr. épichorienne, v« s. (Kretschmer, Entst., 
28) ; 7.(v)oçgoc(v)Tav Coll. G. D. /., I, 50, 2, Ed., I^-^ quart du iv^ s. 
(Kretschmer, Entst., 29); un autre à{viop'.â(v)Tav, plus récent, dans 
Hoffmann, Gr. Dial., i, 1801, 75, N. 440 (Deecke, Berl.ph. \V., 
1880, 1324; Rev. arch., 1887, ix, 82 = S. Reinacli, Chr. d'Or., i, 
J81)l, 301 [il est exact que le <> v fmal est conlorme au dial. gr. act. 
de Ch. », mais ce v, essentiel, v. plus loin, se retrouve aujourd'hui 
dans bien d'autres dialectes, cf. J. P., Essais de fjramm hist. ng., 
II, 1889, XXXll, Tô Taçto'. [xou, (1888-)I905^ 159 s.. Et. de pliilol. ng., 
1892, XXIX s.; — v se cache dans un plexus tel que 7caT£pa[/.u.o'j 
ace; TraTÉpado'j, Syra]; Clermont-Ganneau, Rec.d'arch. or.,i, 1885, 
198-200; J. P., 'Pa)[jLauV.o eéaTpo, 1901, 75), Chypre, 350-300 av. J.-C. ; 
àYaX[j.aTocpcooav Jahr.h. d. ôst. arch. Inst. i. W., i, 1898, p. 199, 1. 13, 
bronze éléen d'Olympie, milieu du iv s. av.. J.-G. (cf. ib., 197, 
207 s.) ; Tàv xiôvav (mot grec et non pas h. "irs ; développé dans un 
travail en coui's ; cf. Hody, 115 ; Gesenius, Th., s. v.; Muss-Arnolt, 
Sem. W. in Gr. a. Lat., Trans. of the arii. ph. Ass., xxiii, 1892, 
7; K. Marti, Dodekaproph., 1904, p. 197, Am. 5, 20; nous Pavons 
dans l'arm. »/"-'/', siun, cf. Hûbschmann, K. Z., XXIII 1875, 34 et 
Ar7n. Gr., i, 2, 490, N. 308 (cf. 491, N. 372, 489, N. 301, 490, N. 304, 
305i ; Meillet, Esq. d'une gr. conip. de l'arm. cl., 1903, 10, 12, 
jMf'm. Soc. Ling., x (1898), 278; rappr. Pedersen, K. Z., xxxviii 
(1905), 199; Bopp., Gl. Comp., 398/^; Hubschmann,K. Z., xxiii, 17; 
Vv^Wwïii, Etym. Worl.b. d. gr. Spr.^, 1905, s. v. xilov; Pedersen, 
/. /., 197, etc., etc.), Hoffmann, op. cit., ii, 1893, p. 10, N. 7, l. 40, 
Thessalie, un peu plus jeune que les précédentes (Kretschmer, /. /.); 
rlpcoav Ross, Inscr. gr. ined., fasc. 2, Ath., 1842, N. 122, B 4, l. 30, 
pas antérieure au ii<= s., A. D. {ib., p. 30; écrit T,poav = 1. G., Xll, 
f. 7 (Delamarre), 1908, 394, B [1. 4]); x»-p'Tav Kaibel, Ep. gr., 1878, 
N. 107, 0, Atlique; àvopav C. 1. G., I, 1781, 1, Tliessalio. ép. rom.; 
•yjvatxav Rev. circh., 1879, t. 37, 282, Thasos, postérieure à l'an 27 
av. J.-C., Latyschev, Inscr. ant. or. s. P. E., i, 1885, p. 141, N. MO, 
3, Olbia; ib., 1. 4 OuyaTÉpav, « ïraiano non vetustior », d'après 
Boeckh, ib.;axr^liZ<x[w, ib., p. 149, N. 118, 3 « aMatis admodum recen- 
tis » ; 7X](opÔTY,Tav Perrot, Gai., i, N. 91, m, 1. 10; cf. p. 132, n. à 
1. 10: Xi|j.£vav C. I. A., m, 1379, 7, ïrarpcSav ib., 1. Il (Meisterhans, 
Gramm. d. att. Inschr.^, 1900, 130, 7; J. P., 'Pw. ôé., 75', ii« ou 
111° s., A. D. 



ESSAI SUR LE GREC DE LA SEPTANTE i<)T 

A travers los papyrus : (XT,TÉfav A. Peyroii, Pap. (jr. reg. Taur. 
M. .Efj.y I, 18-20, ±2, l'i). roin.; Pap. Liip. {= Not. et exti\, xviii) 
XVIII, o, p. ^33, o, J. 1*., Essais de gramm. hist. ng., ii, 1889, 140; 
Volker, Pap. gr. st/nl. sp., 1900, 'à^\ Mayscr, Gramm. d. gr. Pap. 
ans d. Pt.z., 1900, 199. ép. rom. ; /Tsav Pap. Liip., l, 20, p. 322, 20, 
100 av. J.-C, Essais, L /.; Volker, Mayser, //. //. ; rappr. ttïv tôv 
TÔTTov Pap. Liip.. xxxvii, 11, p. 298, 11, 103 av. J.-C, Essais, ii, 147 
lOù expliqué; cl". ib.,\L\ ÈÀÉc&av, etc.) ; Volker,/. /.,où a7rav-av[/p>>/o[vl 
(/;. G. i'., II, 1898. 000. 23. 175/170 A. D.), Mayser, /. /. ; -z'-oot, 
Kenyon. CL T. fr. Pap., 1891. p. 102, 40, i^^ s. av. J.-C. Mayseï-, 
/. /.; d'autre paît, on ti-ouvera les exemples suivants chez Dietc- 

l'ich, Unters.^ lo9 : v-jvaïxav (187-8 A.D.), ooy.xov-av^ /.ô[X'.Tav, [x-fiTÉpxv 

(ii«-iii° s. A. D.), v'jxTEiîoav; cliez Volker, /. /. ; x'.vàv a-jpxv (m" s. 
A. D.), V. ci-dessus; chez Mayser, /. /. ; OuyaTÉçr/ (n'^-in^ s. A. D.), 

îcppayïoav (197 A. D. , Kxsavroav (1 lo A. D.), -a?oav (189 A. D.), xpîzo- 

oav. /Tjav (lo2-3 A. D. . xa-y. [j-rp/av (ép. l'om.). Pour la bibliographie 
générale du sujet, il faut ajouter aux indications incomplètes de 
Mayser, 287, 1 : Lob. Parai. 142; Mullach, Gr. d. gr. Valg.spr., 
1830, 22, 162 (où bibliographie ; Sophocles, Gloss. of lat. a. hgz. 
gr., London, 1800. p. 84, 2= Gr. Le.r. of the rom. a. bgz. pcr., 
1887, 30, «, 2 (et non 4, Dieterich, Unters , 100)' ; Le Bas-Wadding- 
ton, m, 1, texte, 1870, p. VI, s. vi, 2418, 1. 2 où il faut maintenir 
Ousioav); Maupo<ppuoT,ç, Aox^a.. 1871, 490; PeiTOt, Gai., I, 1872, 129; 
C Wessely, Proieg. ad Pap. gr. mjv. coll. éd., Vind., 1883, Oo 
(où dans a7ro7rp-f,po'jTav, W. a reconnu àTro-ÀY.çoovxavi ; J. P., Essais, i, 
1880. 190, II. 1889, xxxi, 140 (où neuf collections de pap. dépouil- 
lées, p. 140-149, souvent citées depuis, toujours sans renvois); 
W. Meyer, S. Portius, 1889, 127-8 (Bibl. de TÉ. d. H.-É., f. 78^, 
Kuhner-Blass, i. 1. 1890. 413-4, A. o; Viteau, Et., I, 1893, p. \^ ; 
Gregory. Proieg., 1894, 118 et n. 3 i= ïisch., N. J.^,Hi IIIi; Jan- 
naris, Hist. gr. Gramm., 1897. p. 342, 0; J. P. 't^ou dé., 1901. 73; 
Cronert, Mem. gr. herc., 1903, )09, 4. Corriger, chez Mayser, 287, 
1 : Schweyzer. 130. pas 110; dans Wagner. Qiiœst. (v. 3Iayser, ib.], 
bibliographie, p. 101 s. et nombreux exemples, dont èaév, etc.) 

Voyons maintenant l'importance de ce -v pour les temps moder- 
nes. Elle est énorme. Fîjvaïxav, une fois entraîné par vÀojT^av, à 
cause delà également bref des deux accusatifs, a donné un nomi- 
natif Y'jvzTxa, d'après yXwitx: avo:av a suivi Y'jvxïxav et, de même. 

1. Au sujet df CCS deux édilioiis de Soiiliodes, il est hou de renianiuer, ce (]n.' T. m 
ue sait lias toujuui», (juc la troi.siènie a oublie de reproduire VAppendix. Modem 
Greck l'eriod, (\ai se trouve dans la première (p. •••70 s.). 



168 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

est vemonlé à àvoiaç, nomJ ; en d'autres termes, sans ce -v ana- 
logique, les imparisyllabiques masculins et féminins (ie la troisième 
déclinaison ancienne, ne seraient pas tous aujourd'hui devenus 
des parisyllabiques, ce qui amène dans le système de la déclinaison 
une transformation radicale v. plus loin . 11 n'y a donc pas moyen 
de négliger un fait giammatical aussi considérable. 

Voici cependant l'attitude de la critique à cet égard. On a vu plus 
haut que Swete rejetait ces leçons tantôt au bas des pages, tanlùt 
à l'Appendix ; il ne sait encore à quoi se décider. Les autres ne 
cachent pas leur dédain : /âçiTav « forma non magis barbara quam 
v-ÀTT'.^a ib.^ », dit Kaibel, Ep. gr., X. 1(17. 6, p. o9 ; « Aufnahme 
verdienen sie nicht », observe Blass placidement, Gr.-, '27, §8, 1. 
Cela nous paraît contraire à tout esprit historique. H. a. R., dans 
leur Concordance, ne daignent pas relever les var. avec -v (cf. Deiss- 
mann, Blb.st., 13o, qui signale chez eux le mot xa6' suivi d'un 
point d'interrogation !). Helbing, mieux averti, donne des raisons 
plus sérieuses, p. x et p. oO : ces -av. dit-il, se trouvent surtout 
dans A ; B et N en paraissent affranchis, alors que A d'ordinaire 
partage ses vulgarismes avec î« ; en outre, les papyrus de l'époque 
ptolémaïquene présentent pas beaucoup de ces formes (v. la même 
remarque chez Mayser, 198-199 ; elles sont donc « sicher spilteren 
Ursprungs und auszusclieiden ». 

Aucune de ces raisons ne tient contre la grammaire historique. 
C'est ici la critique verbale qui doit s'inspirer d'elle et non point 
la dominer. 11 est inexact, on l'a déjà vu, que ces accusatifs soient 
d'origine postérieure. Leur peu de fréquence à l'époque ptolé- 
ma'ique ne prouve rien ; ils sont tout aussi rares aux autres 
époques, avant le x" s. L'essentiel est que ces formes ne sont point 
ua accident; leurs apparitions, sporadiques à l'origine, accrues 
plus tard, nous représentent un développement continu. Nous 
avons montré et même démontré ailleurs [Essais, 1, 9l)-l elpassim \ 
avec quelle lenteur se répandent en grec les phénomènes analo- 
giques, jusqu'à leur complot triomphe v. aussi A. Thumb, lif/z. 
Z., IX 19UU,, 390; cf. Yiteau, Et. J., p. iii-iv . Il s'agit donc de bien 

i. J'adopte l'explication de Kretscliner, EnlsL, 28. Elle rend conijite des exciniilc 
les plus anciens (iv et v s.), tanrlis que celle de Dietoricli, l'nleis.. lu!), et la mienne, 
'Pw. Os',, l'6 (ci'. Essais. 1, ISSC), 00-1 i supposent poui' cuniniencer, ropav et v£avtov avec 
un a bref; les masc. du paradigne vîivîoç constituent, au surplus, des types assez 
rares. Le processus, à ma connaissance, a été indiqué pour la première fois par Soplio- 
cles, Gloss., 1!S60, p. 84, 2 (— Gr. Lex., 1887, 36, o, 2>, puis expliqué complètement 
par Wajrner, Quaesl. ep., 18SU, 101 s., surtout 106-7 ; nieutioiiué aujourd'hui dans 
Kùluier-Blass, 1, 1, 41-i (.\nm. 5); v. ci-dessous, p. 16'J. 



ESSAI SUK LK GKEC DE LA SEPTANTE 169 

voira quelle époque pullulent les v analogiques, à quelle aulre ils 
commencent à se montrer;ce travailaété tenti-dans les Essais, t. H. 
si l'on veut bien se donner la peine de comparer, dans le tahleau 
que nous y dressons, des textes où ces -v sont rares ou absents, tels 
que Pap. Lup., etc., Gloss. Laod , Interpvet. Montep., Uali)(ji\r<a, 
etc., d'une part, d'autre part des textes tels que Prodr., Sponras, 
etc., où ils abondent. 11 est donc tout à fait de règle que dans la 
Septante il y en ait peu; mais il est tout aussi de rùgle qu'il y en 
ait; il faut bien que ces accusatifs paraissent quelque part; on ne 
comprend pas i)ourquoi ce ne serait pas là et à cette époque, puis- 
qu'il y en a d'antérieurs et de contemporains dans les papyrus 
mêmes. 

L'argument de l'Alexandrinus est faible. En réalité, une confusion 
extrême règne en ces matières chez les éditeurs et chez les gram- 
maii'iens. parce qu'ils ne savent pas chercher dans le grec moderne 
le point d'appui nécessaire. Ezecb., -28, 18. Swele signale aux N. C. 
avOpzxx d'après A ; cela signiûe qu'il le rejette ; mais il admet dans le 
texte Tiiv ci-dessus ; Mullach. :216 ; Soph.^ ;5(). a; Essais, II, xliv-v, 
U7 Pap. Lup. , loi), etc.. v. Y liai, vcrb., 818 «; Belléli, Rev. d. 
Et gi'., \\\ 1890, 304. v. ^\ ; Thumb, Prinz., 250; Mayser, 278, a; 
Helbing. ol ÀîOov, malgré -ivrx donné par A; Tischendorf agit de 
même, tout en étant seul à noter -avra ; on ne voit pas du tout la 
raison. 7:av ace. m. étant moins intéressant que avOsaxav pour le 
développement ultérieur du grec. Voici ([ui est plus frappant : 
2 Parai. 25, 15, Swele imprime sl-av, alors que A poite sl-ov ; Ruth, 
4. Il, Tischendorf va jusqu'à se décider pour crzoTav ' \hi$\, quand 
il y a dans K i'.ht.^) la seconde fois ; mais il recule devant v-jvxTxav. 
î6.;S\vete également; enfin, Helbing, p. 02, déclare ct-a fort accep- 
table. H. et R. donnent cï-x et slTrav, Personne ne songe à corriger. 
Pounjuoi cela? Ici la raison apparaît nettement : on n'a pas encoi'e 
pris son parti de l'ace, -av, parce qu'on ne s'est pas encore fami- 
liarisé avec lui et qu'on le suspecte, tandis que sl^ra, d'explication 
plus abordable îItix sur lluix , déjà dans Selon cf. Blass, Tlicol. 
Literz., \IX, 1894, N. 18, p. 389 est enregistré depuis longtemps 
dans toutes les grammaires de grec ancien et n'étonne |)lus. La 
preuve en est facile : R Kiihner, Aiisf. Gr., I. l S.i')':). p. 817, men- 
tionne et commente tl-Kx; il est muet sur -av et sur -a; au même 
paragraphe 118 cf. Anm. 4 , où Blass se voit déjà obligé d'ajouter 
une Anm. 5 sur ces formes v. Kiibner-Blass, I, 1. i^':)0, p. 418-4!. 

1. Cf. àTtr./Ooaav. Foucart, S. C. (lOUii , 4U-1; U)., iiii'xr.çi.'i, ol. Ces formes n'ont 
((Oint prospéré dans lu Kciivr; moderne. 



170 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

C'est (Jonc toujours le préjugé classique; il se montre naïvement 
dans Blass-, 27, i^ 8, 1, où, après avoir dédaigneusement passé à 
côté de àffTÉçav (v. ci dessus), il honore d'une remarque plus indul- 
gente les accusatifs absolument similaires en - y.v « aucli dem 
Allischen nicht fremd », parce que tg'.Yjpy,v, AY|(jloc;Oïvy,v. Scoxç'y.TY,v, 
etc., traînent partout. Mais il perd patience à propos de - y,v, con- 
traire au canon atlique : f. unglaubhaft N ï. à7cpaÀY,v jAccent ?) » - 
naturellement, i.Goc^l■}^v [Essais, II, ItSRi. Helbing. oOo, repousse ces 
ace. en -y,v avec ceux en av, voulant sans doute une Septante plus 
atlique que le v^ s. (sur ces adj., v. Sturz, 127 ; Essais, II. aux (WDr- 
rents textes ; G. Meyer', p. 428 ; Jannaris. 5i2, G — en App. seule- 
ment, dans une grammaire historique laite par un Grec — Schweyzer, 
158, l^ùô, Moulton, Gr., 49, Mayser, 199, etc., etc.). 

Or, il faut bien se rendre compte de ceci, c'est que les motifs 
qui constituent la valeur de sma sont exactement ceux qui consti- 
tuent la valeur des accusatifs en -av, hxtIo^v. etc. Les apparitions 
sporadiques dans les textes anciens de phénomènes de ce genre, 
n'ont d'importance que si on les voit plus tard se généraliser. Il 
est par trop évident que si slua et que si TTaxÉsav n'avaient ni atta- 
ches dans le passé, ni rayonnement posléi-ieur, ce seraient des 
manifestations isolées, individuelles, éphémères du langage, aux- 
quelles il ne conviendrait pas d'attacher une trop grande impor- 
tance. Tel n'est pas ici le cas et c'est le développement de ces formes 
à travers les siècles, leur triomphe détinitif dans le grec moderne 
qui les met en plein relief. Mais e^Tra n'a pas triomphé plus que 
îtaTÉpav. Nous avous expliqué comment c'est grâce à cet accusatif 
que les parisyllabiques ont pu se former et arriver à une domina- 
tion absolue. Cette considération est essentielle. De même que 
nulle part en Grèce aujourd'hui ekov ou tout autre -ov n'ont sur- 
vécu, de même tous les imparisyllabiques masculins et féminins de 
la troisième déclinaison ancienne ont cédé la place à des parisyl- 
labiques. Dès lors, ils sont aussi légitimes que s^ira. Sans doute, 
si on lit les journaux grecs ou les comptes l'cndus de la Chambre 
des Députés de Grèce, on vejra lleurir des imparisyllabi([nes sur 
toule la ligne. l>ien plus : on pouira, dans la conversation, à 
Athènes ou ailleurs, en rccueillii" de nombicux échanlillons. Nous 
nous adi'cssons ici à un public averti e( ce public là n'ignore point 
que les imparisyllabiques auxquels nous faisons allusion, n'ont 
aucune autorité srientifique. Il n'y a guère qu'en Grèce que Ion 
pense ditléremment. La chose est pourtant claire. Ces imparisylla- 
biques viennent des livres et de l'école, où ils ont pénétré par les 
livres. Ils ne reposent donc sur aucune tradition. La tradition 



ESSAI SUR LE GREC DE LA SEPTANTE 171 

écrite est indifférente, étant ou n'étant pas, suivant qu'on y a ou 
qu'on n'y a pas recours. Supposons, par un miracle — il ne fau- 
diait pas moins — que la Grèce entière anjourd'hui se mette à 
imparisyllabiser. Ces imparisyllabiques ne prouveraient rien. Le 
mot ministère ne prouve point que le français vient du latin. L'al- 
lemand empruntera tout aussi bien ministerium au latin livresque. 
Le vulgaire métier témoigne seul d'une trituration ininterrompue, 
par conséquent d'une tradition. Que les puristes grecs, férus d'une 
résurrection uniquement typographique des formes anciennes - 
-aTY|P est pi'ononcé -Kxziz, 'r^^xizoL'. est prononcé taîss - méprisent les 
imparisyllabiques -arépaç ou les pluriels [xsssç, c'est leur affaire. Il 
ne faut pas que des savants sérieux se laissent prendre à de pareils 
jeux. Nous verrons plus loin p. 180 qu'il y a eu quelques méprises 
dans ce sens, quelques confusions malencontreuses entre la langue 
liviesque et le grec vivant. Plus une forme est vulgaire dans la 
Septante, plus elle mérite notre respect, c'est-à-dire notre étude. 
Les précurseurs de ces parisyllabiques, devenus plus tard monnaie 
courante, ont donc tous les droits de figurer dans un texte bien 
établi et il faut beaucoup de critique, il faut une sévère informa- 
tion historique et grammaticale, il faut une réllexion très délicate, 
avant de les en exclure '. 

Je ne puis entrer dans le même détail pour tout. Je note en cou- 
rant, pour la morphologie de la Septante : /s-ixappoç, àosÀ'^-.oôç, 

"s'iv/yav. y;a-r,v, etc. Swete, Intr., 8Uo , 'ji'(tax:, v.xr/y.nx'., xoiai-rx'. cf. 

4»'.À7,vTa;, ±^H, t. 11, SOUS presse), l'absence de l'augment ib., i!)7, 
cf. XwxpiTY,;, I, 320, Ath., 1874., la confusion de l'opt., du subj et 
de lindic. (<I".à/,vt3:;, 290, § 008, cf. ^ 803), la disparition de l'oplalif 
\ib., 280 , le passif pour le moyen yz-^t^hi^zM tô hilr^u.i n<j<j-, Mattli., 

1. Dans la Koivr, inoilenio, y.avets, xaOeî;, gén. xavevô;, xa6ivô;, âvôç, pronoms, sont 
les seuls impariNyllai)i(iues subsistants de la catégorie que nous étudions. Les inijiar. 
neutres lîpàtxa, TrpotaâTO'j, les niasc. et fém. [j.avvâoc;, TtxTcpâSe;, au phir., apitarlieu- 
nent à un autie ordre d'idées. 

2. Cf. B. Weiss, Das Af.-Ev., Gott., 1898, p. 1:!4 : i Genieinf ist der geljieteude 
Wille Gottes », 6[v.;fial voluntas, ete. Mais Oé)r,aa n'est pas OéXyiciî, voloulê; 0£)r,jj.a 
désigne le vouloir conceulré sur un moment, sur un acte, l'ordre, le commandement: 
c'est ainsi que [tar une dérivation de sens tnute naturelle, on dit aujourd'liui ëva «aifi't 
TToù xâvci 0£).iî[iaTa = qui oitéit à son patron, exécute ses ordres, fait ses courses, ses 
commissions, etc. Dans l'ÉijIise primitive, il faut se représenter le langaire lommc beau- 
couji plus familier ; ou était en communication quotidienne avec Dieu et l'im sait que 
pour saitit Paul, p. e\., la vie terrestre de Jésus et sa vie d'onfre-t..mbe constituaient une 
seule et même existence, sans aucune solution de continuité liistoricpie, v. Deissmann, 
Im N. J., p. 80, où très (ine analyse ; v. E. Renan, les premiers chapitres des Apnfres, 
etc., etc. Les exemples et les remarques de Cromer, Bibl. tli. Wiirl.b., p. 414, cadrent 
assez bien avec ce que nous proposons. 



172 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

0, 10, cf. «I>tX., 274, 3, mais Rutli., 2, 42, yÉvotTo ô a-.^Oôî to-j tià/.st.çI, 
O'jyâTYip pour O'jyaTep Ruth, 2, 22, A, V Swete, Inlr., 80() ; ce voca- 
tif est un lénioin précieux de la prédominance analof^ique de la 
voyelle du nom. aux autres cas, tendance des plus anciennes, cf. 
J. P., "P. X. M., III, 309 s. ; cf. Traxv, voc.,Nageli, Wortsch., 13, 1, 
etc., etc. ; pour l'accent du nom., v. àosXcpÉ, Gen.. 33, ; pour la 
syntaxe : aosç IxêàXw (cf. Tlnimb, A. f Pap.f., III. 462. ôV^v 
sicry-ç/ETo (Geu , 38, 9; Swete. Inlr., 30(1, Vva avec Findic, âàv oToau-cv 
(N. T. ; *'.X.. 284; cf. Blass, qui résiste, Theol. LUer.z.,W\ 1894 . 
N. 43, 339i, certaines anacoluthes telles que lowv Zï <I>apxco... y, xaçoia 

«^apaoj lEx., 9. 7 ' ; Swete, Intr., 300, irapà dans txéyaç Ttaii Tr-ivTx; 

l'cf. prœler; Swete, iô.i, l'infinitif substantifié \ib. ; cf. Hesseling, 
dans J. P., Et ng.. 4 s.) ; pour le vocabulaire : oô-.vôttwooç^ ^Thumb, 
HfilL, 19, A. f. Pap.f., III, 4()o ; ajoutez : 'iO'.voTrcopiffjxôç, Terre- 
muzza, Iscr. Palcnn., 4762, XXIX, v ib.), etc., etc., v. plus loin ; 
pour la pbonéti(|ue : Tsc-TsoâxovTa (cf. xEcnapeç poaç Num., 7, 7, indi- 
qué dans T., Prol., 56, comme notabile, non signalé au passage 
même), tieïv, rafjLstov^, èyOÉç iSwetè, M//'., 301-2, Moulton, Gr., 45\ 
(7(p = 'b (Frankel, Vont., 192, n. G-, ôàîoç [Essais, II, lxx, 1 et 142, 
dans Pap. LeicL. II, 125, col. 4. 17 ; Krumbacber, /yva/. -Sp., 1886, 
366 ; J. P., R. C , 1888, 364-370 ; Tlmmb., Hell , 187, etc., etc.), xçau-/,, 
ç-£U£iv 'surtout dansN . ÈTricavTtÇc-.v Swete, /«^z'.. 301 1 ; voilà une série 
de phénomènes qu'il faut examiner rigoureusement, avant de les 
proscrire. On ne saurait surtout être assez attentif en fait de i)ho- 
nétique : T. ProL, 56 (cf. 'AvTwvcâoT|Ç, 443 relève opOo'j oçO-.^;; 
!^ c-iOp.j dans A (cf. T. ib., Ex., 34, 4, où ces mois figurent entre 
parenthèses) ; or, Philintas a prouvé (I, 209, § 589, cf. 76, î^ 255) 

i. 11 est vrai iinu toutes les laugues iiréseiiteiit do eus aiiacoliitlies, même les idus 
classiiiues. Cf. Racine, Bér., I, iv, v. 239 (HaclieUe) : 

Mais eiilin, suceoiubaiit à ma mélaiiculie, 
.Mou désespoir porta mes pas veis l'Italie. 

2. Le gr. class. dit ôîtiôpcx cf. J.B. Mayor, <I>0tvo7ta>piv6.:, ExposUor, Febr., 1904, 
s. VI, N. L., 99; ^Otv., ib.. 101), mot aujourd'hui disparu. XuvÔTiwpo; (paiétyniologie 
de çOtv-yT:., f/iii verse dex fruils, XaT^r.o., je ne sais |dus où) doit ùtrc ancien eu sv. 
niod., jiuisqu'il ne peut (pie remonter à une époque où ou avait encore le sentiment 
de ônwpa (itwpf/à me parait d'oiiuiuc savante. — On lit oOivÔTCCDpo; « aulnmne » d.ins 
Hipjiocr. Épid., I, 8 (éd. et Irad. Littré, t. 11. 1S4(I. ti42-3 ; ce livre est autlieuti(|uc, 
V. Littré, I, 29;i); cf. ÔEpivri; xcti (lETomopivï): Mi^r^-^ Hipp. tv. SiaÎT. ÔÇ. {de rai. l'icl.. 
etc.) dans les '«ôôa, Littré, 11. 4"i(). 

3. Cf. 'P. -A. M., I, 120. Pour une nrcillf attentive, les mois savants SiT,YY,aa. 
SirjYoO[j.o(i, r.oiTii'.ç, hoiyittjC, etc., dans des bouches savantes, n'ont jamais deux / 
consécutifs disUncts ; l'un des <leu\ se réduit {li.'isai.^. 11. LIV s.) et très souveid dis- 
jjar.iit. l'our ôriY^iiia, (Jri-{o\ni.a\., 5riYr)0r,y.a, c'est chose faite. 



ESSAI SUR LE GREC DE LA SEPTANTE 173 

que la chute du second s a lieu encore aujourdliui dans àpOo = 
àiOpov. terme d'origine savante 

Je me résume. Swete, Iiitr , ;Wl-:2, s'exprime ainsi : « Anoi-mal 
spelling sucli as thèse occur on every page of an uncial ms of 
Ihe LXX and sometimes cause great perplexily lo an editor of the 
text, » Celle pe)-p/e.rit/' disparaîtra le jour où Ion prendra sérieu- 
sement en considération révolution postérieure du grec. Nous 
devons poser comme principe inéluctable que, sans le grec 
moderne, il n y a pas de conslitiilion possible du texte de la Sep- 
tante. Elle n'est un document linguistique qu a ce prix '. 

*** 

Jusqu'ici nous avons examiné le texte de la Septante en lui- 
même. Il est toutefois évident que si, pour une raison quelconque, 
il s'y trouve des hébraïsmes, elle cesse, là ou il y en a, de mériter 
la confiance de Thelléniste. Le grand mérite de M A. Deissmann, 
dès ses débuts, peut-on dire dès son ouvrage Im Namrn Joxu, est 
d'avoir apporté à la solution de ce problème la méthode philolo- 
gique véritable et d'avoir largement éclairci la question dans ses 
autres travaux. Présentement, sa doctrine se trouve exposée pour 
le mieux dans son article Hclleni^itUches Gricc/iisc// de la //. Enc. 
de Herzog-'. Il y fait justice — là et ailleurs — de toutes les quali- 
fications subies par le texte de la Septante, où l'on voulait voir, où 
l'on veut voir encore, tantôt un hcl/c/iisiischcs Idioni cf. Deissm., 
Herzog', 6:29, !2I) — ce qui revient à àxve grec judaïque ou Jihlen- 
(/ricchisch cf. ib., (^H, 18-17 — tantôt un bib/isc/tes GrierJihch 

cf. ib, terme différencié par quelques-uns en Scptiiar/inta (iric- 
clihch ou Neutestamentlichea Griechisch, élargi par d'autres en 
christ/iches Or. ou même en /circhllchcs cf. ib , 634 "loSA . Blass 

TheoL Liler z , XIX, 18U4, N. 13, p. 338, c. r. de Viteau. Et. I \ 
parle d'un grec du N. T. qui serait a ein besonderes, seinen eige- 

1. Le texte héhreu Iiii-inènie est pivcieuK pipur lliistniie tlu grec, dans les trans- 
criptions, relies des noms |iro|irfs, par exemple. On sait que l'iinuf/e cnidilive, iniiiri- 
mée par avance dans le cerveau, produit ce que nous appelons rassiniilalion réijn'S- 
sive : â;a5va £?.), ôtiTrpô; i.), etc., etc. (cf. J. P., Byz. Z. XVI fl90G , 16.j, à P. 41.3, 
V. 9 . Ce phénomène apparaît chez les Septante où le schewa est assimilé à la vo\. 
suivante : Ba).adt[i = QyVa, ï.ooo\La. = dHd. même 1"/ : «Pâ-rya = r;a02. Maptàu. 
= 0^173 • V. Kiankel, ]'ors(., 121 ; l'étude serait à reprendre au i)oiiit de vue moderne. 
— Pour lies phénomi-nes analof-^ues en arménien i ^luiniuniuAj lidlapan capitano, 
Brockelm , D. gr. Fremdw. i. Ann., Z.D..M G., XLVIl 1S'J3 , 36, cest-à-dire o xaT£- 
itâvto Const. Adm., 228, 24, etc., etc., et pas xaTSTtâvw Tiiuinh, Byz. Z., IX (1900], 
39'» , v. notre mémoire E/'endi (à paraître]. 



174 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lien Gesetzen folgendes ». Pour Swele [Intr., 9;, la Seplanle serait 
le monument d'un patois « of tlie Âlexandrian streets and niar- 
kels », d'un « Jewish-Egyptian Greek », et l'on ne comprend pas 
1res bien le compromis qui lui lait écrire ip. 294 : « tlie Jewisli 
Greek spoken in Palestine was « Hellenistic » in ihe strielest 
sensé w ; cf. aussi Grinfield, ApoL, X, 3rd. ; Székely, Herm., BO : 
dialectus vulgaria melior hebraizans « et passim, etc., etc.'. 
M. l'abbé Viteau, à qui nous devons des travaux excellents sur le 
Nouveau Testament, croit à un <■< grec hébraïsant tel qu"on le par- 
lait à Alexandrie, au sein de la communauté juive » Dict. Vif/., 
p 316), ce qui supposerait chez nos hellénistes une connaissance 
du grec presque effrayante, puisque nous arriverions ainsi à déter- 
miner, même le grec d'un quartier d'Alexandrie. M. Viteau constate 
dans ce grec « un énoi'mc mélange d'hébraïsmes o iib., etpassim, 
cf. Et /, p. viet p xii. On ne sépare pas, dans ces jugements le 
grec de l'A. T. de celui du Nouveau. Deissmann, qui ne les sépare 
pas davantage, blâme cette terminologie et soutient qu'aucune de 
ces qualifications ne se justifie scientifiquement (V. surtout Her- 
zog^ 634, 25-34). 

La méthode de Deissmann est simple : il compare la langue du 
V. T. avec celle des papyrus contemporains et reste frappé de 
leur parfaite concordance. L'argument est décisif. Celte théorie a 
quelques attaches dans le passé et Deissmann a eu des précurseurs, 
qui, naturellement, ne pouvaient encore avoir recours aux papyrus, 
sans parler des progrès philologiques accomplis depuis. Vulgari 
Alcxandrinorum dialecio iisi sunt, disait déjà Thiersch Diss., 6 ; 
Frankel ( Fo;'5/. , entre autres, p. 164 s., 266, cf. 8-11) ne s'arrête pas 
un seul moment à l'hypothèse des hébra'ismes ; il examine le grec 
de la traduction en lui-môme-; Hody, avant eux, avait reconnu là 

1. Cf. R. Simon : « la Version dos Si'i>laiite est écrite en un Grec de Synairogue, 
([ni ne pouvoit être connu que des Juifs Hellénistes » 200 6. Quelques philologues pen- 
sent de môme aujourd'hui. Cela tient purement à une erreur d'optique : ils jugent la 
Septante du point de vue du v' s. grec, et Deissmann \Herzog', 631, 35 s.) a précisé- 
ment fait ressortil' que l'idée d'un J iideng riechlsck a dû naître eu grande partie de 
cette comparaison antihistorique avec le classicisme. Que les Grecs conijirenaient la 
Septante, cela nous est prouvé par le dédain même que leur in.spirait ce grec barbare 
et dont Norden a recueilli les témoignages chez les Pérès de l'Église, cf. Die Ant. 
Kunstpr., p. 479, 521, v. plus loin, p. 200, n. 1. — Au surplus. Origcne le comprenait 
liien et nous ne voyons guère que le N. T. n'ait pas été compris. On sait, par notre 
étude même, qu'il passe ]iour héhra'iser autant que l'Ancien. 

2. Ce livre qui, au début de mes études, m'avait été signalé par M. ChMinont Gan- 
noau, est souvent Cité dans les liihliographios, mais il est vraiment ir.q> peu utilisé. 
Pourtant, voilà bien l'ouvrage modèle que, dans sa partie gramn>.alicale, il faudrait 
reprendre et compléter aujourd'hui, pour le remettre au point. 



ESSAI SUR LE GREC DE LA SEPTANTE 17b 

une dialectu^ alexamlrina (cf. p. 1J:2 s., où preuves et discussion, 
comparaison avec la grécité postérieure, Elien, etc. ; v. p 1 13, \ U, 
Ho, etc.). Plus récemment, Geldart The mod. gr. Lanf/., Oxford, 
1870, p. 102i avait pris une position encore plus intelligente v. 
plus loin) ; Zezschwitz aussi [Prof, fjr., 9-10, lo s.; })oint de vue 
surtout lexicologiquei raisonne bien. Mais Deissmann, à l'aide des 
papyrus, apporte les preuves. La langue de l'A. et du N. T. est bel 
et bien une langue grecque et une langue vivante. C'est la Ko-vy, du 
temps. La phonétique et la morphologie le démontrent irréfutable- 
ment : elles se retrouvent dans la grécité profane contemporaine. 
Insistons sur ce point, qui est capital, car la phonétique et la mor- 
phologie sont, dans toute langue, les œuvres vives. C'est même à 
cause de cela que la langue savante en Grèce aujourd'hui est des- 
tinée à périr, périt dans l'usage quotidien, parce ([u'eile ne tient 
aucun compte du développement historique de la morphologie et 
de la phonétique, qui sont essentielles en fait de langage cf. J. P., 
'P. X. M., Il, 11K)3, 11) s., etc., etc.;. Or, dans ce prétendu judéo- 
grec on ne relève pas un seul phénomène phonétique ou morpho- 
logique, qui ne se retrouve dans le grec proprement dit ou qui ne 
se justilie par le grec moderne Pour ce qui est du vocabulaire, 
les Bibehttidien ne laissent plus de doute. Des mots qui passaient 
pour uniquement bibliques, apparaissent dans les papyrus ou les 
ostraka : tel àvT'.Àr;;j.7:T(o; liib.st., 8(5-7 ; pap. de 158 157 a. C. , 
employé Tis-à-vis du roi et de la reine, alors qu'on le croyait 
réservé à Dieu; (7toTT|p, et le fait est important, était connu, dans ce 
même sens, chez les païens P. Wendland, Zeitschr. f. d. N. T. 
Wks., V rl904i, 336; sur Ptol. S., p. 338, considéré comme une 
divinité, v. p. 339-40 ; cf. 35! s. ; Thumb., Prinz., ^M . Korsunski, 
au contraire, veut à toute force qu'il y ait un grec hébraïque et 
relève avec complaisance et prolixité toutes les acceptions nobles 
et élevées, inconnues des classiques HepeBoji. l\\, 4(56 s. ; môme 
point de vue, plus outré chez Székely, Herni., 84-5; cf. Schilling, 
Comm., 87 s.i. Korsunski ne s'incline pas même devant le ivf.X- 
T-fATTTwp de Deissmann et cherche à infirmer ce témoignage, sous 
prétexte qu'il est unique; il souligne enfin sa signiûcation extra- 
religieuse p. 473 , ce qui le lui fait ranger dans le chapitre des 
hébraïsmes ^p. 460, ! Il établit ainsi la supériorité du vocabulaire 
biblique. Ailleurs p. 467-4()9 , il passe longuement en revue les 
(lillérents sens classiques de àvxOci,-, montre ({ue les Grecs n'avaimt 
pas soupçonné la valeur spiritualiste de cet adjectif, n'avaient donc 
pas senti comme les Septante p. 469 le besoin de créer des dérivés 
tels que -xYxhoTzo'.iia ^cf. Halch, Essays, 7i, elc , et que chez eux 



1*76 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

àyaObç esl bien un liébraïsme, puisqu'il emprunte à nitj tous ses 
sens nouveaux. Cela signifie simplement que le sens des mots se 
transforme, sous l'influence d'événements sociaux, non pas qu'il y 
a là un grec spécial, mais un grec qui se développe cf. Nageli, 
Wortsch., p. 8, p. 28-^., et ses études sur le vocabulaire de Saint- 
Paul, 14s.; v. les comparaisons de Kennedy, Sources, 29, T'as., 
06 s. eipassim, entre le vocabulaire classique et celui de la Sep- 
tante). De ce que TtsxT'.à se rencontre chez les classiques Pindare, 
Eschyle, Hérodote), mais n'y figure jamais avec oùpavoS p. 488-9 , il 
n'y a pas à conclure qu'il y a là un rcôpansMt [ib ; cf. D'^^ri'r; n3:ç 
2 Clir., 33,3, etc., etc., v. Mandelkern, 982, col. 2; E. Renan, Vie 
de Jésus, p. I « l'innombrable armée des étoiles », expression 
biblique qui n'est nullement un bébraïsmeL Cela relève du voca- 
bulaire cf. Deissmann, Goft. Gel. A71Z., CLX (1898>, 922, à propos 
de àvaOwffûvY,, /iicTTÉaTropc-;, etc.i. 11 est aussi quelque peu puéril de 
prendre texte p. 470 de la graphie incomplète de ài^(y.[~]r^v Deiss- 
mann, Bib.st., 8O1, pour donner à entendre que le document n'est 
tout de môme pas complet, et, par suite, pas tout à fait probant. 
C'est qu'on tient beaucoup à ce mol : « der Prof. -Crac, vôllig 
fremd «, dit Cremer. s. v. v. aussi Deissm., /. /. ; Zezschwitz, 20, 
C2; Viteau, Et. II, XV; Tbumb, He/L, 185; bonne remarque de 
Swete, I/U)'., 45<); etc., etc. . Il faut donc qu'il demeure propriété 
exclusive de la Septante. 

Korsunski voit également à tort un liébraïsme dans les divers 
sens de i-7,ajc, calqué, d'après lui, sur -in"! p. 483 : il y a là un fait 
de linguistique générale, et déjà Gesenius Thés., 316 rt, 2 avait 
l'émis les choses au point. Que £It,t£?v l/u/v t-.vo; 'ic5 "ijîa, cf. Ex., 
4, 19, etc.), que à/.0Y, àxoû(7Y|Ç (v. H. a. H., Conc. : Ex., 15, 26, yiTO'i 
y73'.2:n, cf. Moulton, Gr., 14 '1, soient des locutions transcrites, c'est 
encore là une question de vocabulaire, du moins pour Cv-''' '}• = 
tuer queh/uun cf Schilling, Comm., 144-5 , de syntaxe, si Ton 
veut, pour àxo>, à., mais ni l'un ni l'autre n'enlament le fond de la 
langue grecque. Là où l'on cherche une grécité judaïque, il convient 
souvent de reconnaître une émanation de la foi juive Deissm , 
Herzog^, 637,3-4. J'espère démontrer ailleurs que àr^p"- a passé du 

1. Le inùrite du livre de Korsunski, dans la partie i|ui nous occuiie. consiste surtout 
dans f|uel(mps analyses iexicoioiriques assez fines sur l'etrorl tenté par les traducteurs 
pour rendre et tr'ansfornier certaines expressions Men iiéliraiijui's, eonune ils ont l'ail, 
entre auties, pour aÙTCiiaTo:. traduisant IT'EC, ]>■ -itHl. 

2. Je clurchais, je soupçonnais à ce mot une étymoloirie hchianiue, lorsfiuo M. Mayer 
Landiert me sugg-éra Tort heureusement le mot "liN. L'histoire du !.Mee et quelques 
jiarticularités de sémasiolojrie héhraïque coidiiinenl ideinement pour moi ce point de 
vue, qui! se trouve déveloiijié avec déttiiis dans un ménioirc en cours. 



ESSAI SUR LE GREC DE LA SEPTANTE 177 

sens de ténèbres, brouillard, ù. celui d'air pur ou Ao, plein air, sous 
rinfliiencc probal)le de la philosophie présocratique. Autant vau- 
drait parler alors d'un grec des philosophes ou, suivant Deissmann 
iHerzog^, 637, 9-10 , d'un grec des stoïciens à cause de la Stoa. Les 
locutions bibliques que ïrénel [Lanc. T. et la long. fr. du moyen 
df/e, YlII-XV s., Paris, 1004 a signalées en masse dans le français 
courant — effacer le nom de p. 3t)o , dormir son sommeil p. 371), 
sonder les reins et les cœurs p. 406 , parler au cœur p. 4o6, etc., 
etc.;, — locutions aussi neuves à leur époque que ^r^zilv -W/r^t, ne 
portent pas la moindre atteinte au français. Le point de vue lexi- 
cologiquc ne doit pas être confondu avec le point de vue religieux 
(Deissm., Herzog^, 636, 5o-7). 

Pour ce qui est de la syntaxe, Deissmann ib., 637, 19 s. observe 
que. au premier abord, elle semblerait le plus favorable à Thypo- 
tlièse dun grec hébraïque. Cette syntaxe n'a pas son équivalent 
dans les papyrus. Cela lient simpltMnent à ce que nous sommes ici 
en présence d'une traduction ; le IV'^ livre desMaccabées, les Épitres 
de saint Paul, l'Épître aux Hébreux sont affranchis de ces judaïsmes, 
parce que ce sont des textes originaux. Il n'y a donc pas lieu de 
parler de grec judaïque, mais d'un grec de traduction Ceberselzer- 
f/riechisch, ib., 637, 37, 638, 9 . Ce ne sont point des sémitismes 
usuels; ce sont des sémitismes d'exception, des anomalies momen- 
tanées. La Septante non demeure pas moins un excellent monu- 
ment de la Ko'.vYj ib., 638, 46-7!. S'il existait un idiome judéo-grec 
caractérisé, pourquoi le Juif Philon, pourquoi le Juif Aristée, pour- 
quoi le Juif Paul n'y écrivent-ils pas ib., 637, 54 s. ? car, enfin, la 
question est la même pour le N. T. (cf. Viteau, Rev. de phil., XVIII 
il894 , 1 s.i. Le livre de la Sagesse de Siracli, l'évangile de saint Luc 
tranchent le débat. Tous deux ont un prologue qui n'est certaine- 
ment pas en judéo-grec. C'est que, dans leurs prologues, ces deux 
auteurs écrivaient comme ils parlaient, tandis que, pour le reste, 
ils s'inspiraient, directement ou indirectement, d'un oiiginal sémi- 
tique 'ib., 637, 60 s.;. 

J'expose ici, en y ajoutant quelques réflexions personnelles, la 
théorie féconde de Deissmann, avant de m'en séparei- ou de la 
préciser sur quel(|ues points, parce que celte théorie n'est pas 
encore, que je sache, connue en France '. Elle rt'présonle une réac- 

1. De ISOa, ilatr «les IU/ksI., à 1907, je ne vois atiruri article consacré à Deissmann 
dans la Heu. cv. (sauf 1!)03, 10 s., sur un ouvra^'C cl'un tout aulre caractère, Ein oriq.' 
Do/:, a. il. Diocl. C/irislenver/'.^Ti'iU. n. Liizt:, lilOi. par Lejay), 'lans la H. de Pli. et 
li.ins la /!. il. (•!. f/r. Ie> comptes reinhis hililiographiques de cotte dernii're maii(|iient 
d'index). M. Tabbé LeijMain, qui av.iit suivi mon cours à TÉcolc des Hautes-Études, a 

T. LV, N» 110. 12 



178 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tion nécessaire. On est vraiment étourdi de tous les héhraïsmes 
que des savants sérieux sont allés découvi-ir dans la Septante. Sans 
parler de Schlatter, pour lequel -îç àvOicoro; est inspiré de cn^-Vs 
{Spr. u. Heim., 35 = 3'2o ; v. les conclusions qu'il tire de ces 
hébraïsmes, 178 = 468 et 9 = 299; cf. Thumb, Prinz., 25-2, Arch. f. 
Pap.f., III, 460-61) \ on n'est pas peu étonné de voir, à propos de 
la formule sic ovoaa, Iv ôvop.aT;, J. Bolimei' p. bihl. 1. N., 11, 2 dis- 
courir pendant des pages sur l'emploi des prépositions hébraïques 
2 et 5 avec ût^, sans chercher à se rendre compte de la valeur 
historique en grec — il passe à côté, p. 17 s. — de la préposition 
e!;, une des prépositions les plus riches en surprises, à notre sens, 
une de celles dont la monographie minutieuse jetterait le jour le 
plus inattendu sur la grammaire, sur l'esprit et sur la psychologie 
des Grecs, sur ce que G. Hermann appelait la mu'a Grœcorum 
celeritas cogitandi [W. provisoirement J. P., Et. ng., p. iv s.]. L'évo- 
lution du grec reste pourBôhmer un horizon clos. Il déclare même 
(p. 20; que dans l'examen de cette question, il faut partir de la 
grammaire hébraïque et non point de la grammaire grecque ; il qua- 
lifie sic pour £v, dans ei? ovoixa, de « ungriechisch » ip. 18 , alors que 
déjà Frankel notait l'emploi de si; avec des verbes de repos Vorst., 
157, n. il, et que Winer Gr. d. N. T. Spr.i.', 385-390 s'était placé 
au juste i)oint de vue, précisément en matière de grec biblique. 

bien voulu nie faire la mèiup. vérification jiour le Bullelin Critique de 1895 à 1906 ; 
les résultats de ses recherches ont été négatifs. Il me signale toutefois dans ht 
H. d'hist.el de lilt. relig., x (1905), p. 502, une courte notice sur « Die Hellenixier. d. 
sein. Monolh. », de Deissmann, Leipzig, 1903, notice où il est fait allusion à la Seidante 
et à quelques j)0ints de vue voisins de ceux que nous examinons. Dans cette même 
Revue, xi, I90t), p. 261, le Orig.-Dok. (ci-dessus) est aussi menticuné. Enfin, M. le 
rahbin Liber, qui suit aussi mon cours, a eu la complaisance de dépouiller la Rev. des 
Et. juives et n'y a trouvé que de simples mentions bibliograplii(|ues. 

1. Le raisonnement []). 10 = 300) sur le coq qui çwvsî en grec, comme il t'ait en 
hébreu (Nlp), est proprement fantastique. Aujourd'hui, malgré des variétés lexicolo- 
giques sjtéciales, le verbe çwvâ^ît i>eut s'ap(di(iuer à bien des animaux. Cela 
n'atteste en rien une influence (juclconque de N'ip- — Sur le livre de Boelimer, D. bibl. 
« i. N. », et sur la polémique engagée, v. Deissm., Tlieol. Lit. Zeit., 1900, >'. 3, 
71-74 et Bolimer, Zwei wichl. Kap., 51 s. et ib , Sind z. Versiiindn. etc., p. 81 s. 
(v. Giesebreclif, ci-dessous, p. 179, n. I). liemarquons, au sujet de ce dé))at, que deux 
choses sont possibles : et; ôvofi-a, nnnime li- veut Di-issmanu (/. /., p. 73), peut être 
« eingebiirgert » en grec, longtemps avant St Paul (v. ib., un docun)ent de 260-259, 
a. G. Il), et, dun autre côté, la formule peut très bien recevoir une coloration nou- 
velle à l'éiiofpie dti christianisme, sous riidluencc de l'hébreu biblique, mal interprété, 
comme U) veut Jacob, Ini. X. 0., 3 s., v. ci-dessous, p. 179, n. 1. 11 est aussi vrai de 
dire que les conclusions de Jacob confirmeraient l'opinion île Deissmann, ]iuisque 
Jacob, dans tout son livre, montre la ditl'érence de sens et de conception entre si; 
ôvoiia et le 2^3, hébreu. Mais il est aussi bien dlUicile di" croire à une rencontre for- 
tuite des deux langues dans une formule pareille. 



ÏSSAI SUR LE GREC DE LA SEPTANTE 1*79 

Sil y a bien dans Jo. 1,18 b côv zU -rôv xoàttov toC; -arsôç, cela lient à 
ce que, par la suite tU a complètement évincé Iv en gr. mod. sous 
l'orme de : <y dans t-ov, a' dans T'âva, as dans çk asva . Celte subs- 
titution nous apparaît cbez révangéliste ; Winer p. 389 pense avec 
raison au gr. mod. et, avant lui, M. Hase Léo Dicte, 1819, p. xiii 
avait remarqué cette promiscuité. Viteau Et. Il, ITli signale un 
passage Malth., o, 34-5 , où zU et Iv alternent: il n'y a point là 
d'bébraïsmes, il n'y a point là d'influence du grec bibli([ue, comme 
le croit M. Viteau [iô., 472, § 214, où exemples pris à TA. T.; cf. 
aussi 209 : c'est la lutte qui se poursuit normalement entre deux 
formes rivales. De même, elç ovo[jLa, où il n'y a pas trace d'bébreu, 
n'est autre chose que du grec moderne cf. sur Bohmer et e!;, 
Tliuml), Prinz., 2o3, sur sic Deissm., Bib.st., 113-3, etc.) '. 

HeitmùUer, dans son Im N. /., remet les choses au point, en se 
plaçant sur le terrain philologique p. l-i27i ; il abonde en compa- 
raisons grammaticales avec la langue contemporaine icf., entre 
autres, p. 47-o2, surtout 101-9 -, il aboutit au résultat positif que 
cette construction est grecque p. o3 , que eîç ov. est un « Eigenlum 
der hellenistischen 'Weltspracbe », particulièrement dans la langue 
des affaires, au sens de au compte de ip. 104-o ; 10(5, 2 ; 109; comp. 
au nom de ; v. Jacob, Im N. G -, lo4, et ib. : « in jemandes Inté- 
resse » ; cf. loo, lo6 s. ; nombreux exemples et jolie explication 
historique . Toutefois il ne fait jamais direclement appel au grec 
moderne, par exemple, p. 87 ce qu'il entend par Vuhjarspraclie, 
p. 4 s., c'est le grec hellénistique ; p. 47-52, devant la rareté, dans 
les papyrus, de Iv ovou.., il ne songe pas une minute à se demander 
si celte rareté ne provient pas de ce que Iv -\- dat. est en train de 
disparaître, alors que sî? o. est beaucoup plus J'réiiuent dans les 
papyrus v. p 101 s. . justement parce (|ue l'accusatif gagne du ter- 
rain. Cette considération est essentielle pour la bonne apprécia- 
tion du grec de la Septante et des hébra'ismes eux-mêmes v. plus 
loin, p. 202 s. . 

Si le grec moderne est indispensable à la constitution criti(iu« 

1. V. Jacol), Im. N. G., sur ôvojxa = oûvaiAi;, |>. .jI, 18, IID, ou = tiîcti;, 
."il, ou = n StellvcitielunL.'», iiS, daus le N. T. Que ce dernier seus, c.-à-d. «in Stell- 
Mirlreluiii: (ioUcs ». n'est jamais relui de D*w2, J.icol» Texpliiiue el le discute par 
laiialysc de tous les passages bil)li<|ues, p. 1-48 ; cf. 43 s., el lti:j. — Je n'ai pas eu 
le temps et je n'ai pas vu la nécessité de me rendre compte du contenu des ijrux 
éludes suivantes : ISrandt, ôvo{i.a en de doopsfonntila in het .Y. T., dans la Tlieol. 
Tijdsrhrifl. 1802, o6o-GiO (ap. Jarid), 30, 4; v. aussi Tliumh, A. f. l'op-f., \\\ (10itt'.\ 
40.} : >oi: eens v.z ô.. Th. T. XXXVl (1003), l'J3--2n) et (iiesebrcdiit, IHc .lUl. 
Schàlznng d. (jollesn., etc., Konigsl)., 1901 (cf. Jacoli, fi >orr. le renvoi de la p. 42], 
u. 1 in f.). 



J80 REVUE DES ETUDES JUIVES 

du texte de la Septante, il l'est plus encore dans la question des 
liébraïsmes. Ici nous sommes complètement d'accord avec la doc- 
trine professée en Allemagne et en Angleterre. Nous craignons 
toutefois que, sauf exceptions, cet amour du grec moderne ne 
demeure à l'état de principe platonique. On nous le recommande 
depuis si longtemps que nous finissons par ne plus y croire, 
ïliiersch (Diss., p. 43) compare une fois déjà le gr. mod. au grec 
biblique, en choisissant, malheureusement, son exemple dans le 
grec puriste, qui ne prouve rien, étant livresque : r.Sx; 'é/exs; où le 
pluriel est un xénisme accommodé à des mots classiques '. Geldart 
{Tke mod. gr. lang., Oxf., 1870, 102 s.) tombe dans la même 
méprise, sans éveiller l'attention de Swete, qui rapporte [Intr., 
309), avec une certaine indulgence indifférente, des phrases pourtant 
aussi profondément intuitives que celle-ci : « the Greek of the pré- 
sent day affords a better conuiientary on the language of Poly- 
bius, of the Septuagint, and of the New Testament, than either the 
"vvritjngs of contemporary hislorians, rhetoricians, grammarians, 
and philosophers, who for the most part wrote a purely artificial 
Greek — or than from the many thousand pondérons tomes uhicli 
encumber the threshbld of verbal criticisin » Geldart, p. 101-2 '^. 

M. Deissmann sait ce quest le grec moderne et il parle très jus- 
tement d'un « unterirdischer Zusammenhang » Herzog^, 632, 20), 
de ces courants sous-marins, dirai-je, qui semblent parfois ratta- 
cher le grec moderne au grec ancien ^ ; mais il se trompe quand il 
appelle ib., 1. 21 le grec moderne xxOoaiXojasvri, lequel n'est pas 
moderne ; celte expression est réservée à la xaOxpÉSojTa, qui elle- 
même n'est pas d'accord sur son propre nom cf. J. P., Txlio'.-, 237^. 
Je n'ai pas besoin d'ajouter que Thuml), précisément à propos du 
grec biblique, ne manque pas une occasion de recommander létude 
du grec moderne Hell., 123, 17o, surtout Prinz., 2ol). Helbing est 
catégorique : « Endhcli bat aucb das Neugriechische, die Tochter 

1. Eu grec modoriK! ntb; 7rr,YaiveT£ ; ttw; xà Trâxe. Le pluriel y est éiraleuieiit 
impurté, avec cette difTércnce que le gr. mod. l(î sait et ne vise point à rattiscisuie. La 
réponse oùyl ^Tiiierscli, ih.), pour ô/_i, est entiéronuMit inusitée, même en gr. savant. 
Sur ceUe tendance interrogative (|ue note TliiiM-scii, p. 12. rt qui est très dévelo|>pée 
en grec mod., v. J. 1',, Tt»., bi., 38-'J. 

"1. -M. l'abbé Vilcau songe trop peu vraiment au gr. mod. : /{. de P/til., xviii.'Jl. on 
lit, au milieu de tout : « En grec moderne, la voix moyenne n'existe pas > ; El. I, 
x\xn : « la conjugaison en ixi (complètement inconnue en grec moderne) ». Et c'est 
tout, si je ne m'abuse. 

3. Je songe surtout aux mots dits poétiques, ceux qui apparaissent cliez Hom. ou 
plus tard, disparaissent chez les attiques et remontent à la surface, soit dans la 
Koivr,, Sdil anjounl'liui seulement. J'en parle ailleurs. On en verra plus loin dans 
âçavToç un exemple. 



ESSAI SUR LE GREC DE LA SEPTANTE 181 

der Ko;vr,, die îçebuhrende Beachtung gefunden, ohne die qui se 
rapporte, je siiitposo, à Beaclit.) man lieiite bei solchen Forscliun- 
geii niclit inehr auskoiiiiiit. » p. xii . Mais je ne vois guère l'appli- 
cation de ce beau principe. Il ne faudi-ait pourtant pas se croire 
quitte envers la Grèce moderne en faisant figurer dans une biblio- 
graphie le manuel de M. G. Hatzidakis '. Cela vaut assurément 
mieux que rien-. Ce qu'il faut avant tout, c'est de pratiquer cette 
langue de façon à s'y sentir à son aise, de n'en point posséder 
quelques mots seulement, toujours faciles à rapprocher d'autres 
mots, mais encore là syntaxe, le tour et l'esprit ^. Nous n'entendons 
pas ici le grec moderne à la façon dont on l'entendait un peu jadis 
en France, quand on y comprenait en quelque sorte tout le grec 
post-classique (v. J. P., Les et. de gr. mocl. en France an XIX^ s., 
Paris, 1904, p. lo) : nous entendons le grec moderne tel qu'il 
se parle, à l'heure où nous écrivons, dans la plaine ou sur la 
montagne. Cette connaissance nous serait utile au dernier degré 
pour juger à leur juste valeur maints et maints hébraïsmes. Ainsi., 
l'hébiaïsme qui jusqu'ici a paru le plus convaincant, la construction 

1. Cf. Athenœum, Jiiiie IC, 1906, p. 727, coL 2. 

2. Je ne veux, certes pas, précisément en raison de ses aUaques virulentes, mex- 
prinier a,vec trop de sévérité sur ce linguiste, si bien doué par ailleurs. Mais la pas- 
sion et le fameux Çrjxri^a jouent malheureusement un trop grand rôle dans les 
ouvrages de H;itzidakis. Ils y altèrent, pour des raisons d'ordre purement personnel, 
la vérité scientiliiiuo. La même forme, p. e. âvxpoi et jusqu'à âvTooç, est niée contre 
moi, aflirmée en dehors (cf. 'P. x. M., III, 21, où la [treuve est donnée) ; les 
orthograjdies adoptées par H. (âvSpa?, yatiopô:, vsoov, TipaYiiatta, ça(îou).£a, v5i),ît- 
tâvry;;. cf. 'P. x. M., ii, 343-4) faussent la phonétique [lopulaire par suite de ten- 
dances puristes ou comhattives. Hatzidakis lui-même a écrit : ;râvTOT£ xw).uu.a îrpôi; 
£<;ixpd(Tr,a'.v twv àvTsôvtxûv xal àv£-'.(îTr,[j.6vwv [c'est un linguiste qui parle] aù-rùv 
o'.oayiAàTwv •j-/î;-yîa(Tô KpatTo:, Atli., jeudi,. 31 Janvier 19081. Il se vante ainsi de coni- 
h.ittre les vul-^aristes. Par une pente fatale, il en est arrivé, sans doute jiour ne pas 
leur donner troj) d'importance, à dénaturer (v. vSO.errâvTr,; ! etc., etc ) les formes 
normales auxquelles il supprime de leur vulgarixme, c'est-à-dire de leur règle. Les 
savants étrangers plus d'une fois s'y laissent prendre. Nous croyons devoii' les ])révcnir. 
On ne saurait se servir de ces livres qu'avec rircnnspection (avertissements et jiréci- 
sions dans El. nr,., 211-213 et n. 1, 2, 3 de la p. 211, 'P. x. M., ii. 312, 343, 344, 345. 
cf. 346, 3.j6-7, 339, 371, n. 1 ; v. Ensuis, 11, xviii-xxi. Et. ng., GXV). J'ai |)référé à 
la Einleitung. dans ma bibliographie (p. ICI s.) la grammaire de Philintas pour ces 
diverses raisons et pour deux autres : elle est plus récente; elle offre de plus aux 
linguistes l'occasion de sa familiariser avec le grec moderne, puisqu'elle est en grec. 

3. Pour des besoins pratiques, la Gramm. gr. mod. d'H. Pernot, Paris, [1897], me 
parait excellente, meilleure, eu un sens, que celle de Thunib, trop scientifique par 
endroits et ne ilonnant pas toujours les formes communes (p. ex. ÈçTrîôa, papfAÉvo:. 
p. 17, cf. J. P., .Mém. 0)\, 1905, changement de > en p, 318-319). Ou aura grand ]irofit 
à joindre à \a Gramm. gr. de Pernot. la ChresL gr. mod. de Logrand et Pernot, Paris, 
1899 (chrestom. choisie aussi dans Thunib. llandb. d. ng. Volksspr., Strasbourg:, 
1895, p. 125-194) ; l'essentiel est de beaucoup lire. 



182 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

du pronom répété comme en hébreu -i^x, suivi d'un autre pronom, 
est une construction toute moderne. En lisant pour la première 
fois, Gen., 1, 11, les mots (i3}-i:?-}T -i^is = qiiœ cjus semen in ea , 
oj tô ffzÉpaa x'Ltou (èv aÙTw), j'ai tout de suite été frappé par la simi- 
litude syntaxique, car il n'y aurait pas moyen de dire aujourd'hui 
autrement que izob (indéclinable comme TiNli -zh T-Ésax to-j ' 
'T'à-j-ôi. Moulton, qui connaît pourtant Gr., p. 1)4 la tournure o 
Y'.aTiô; Tio'j Tov 'i<7zz<.A7. — on dirait plut(H ici b y- 71. "ÉTT. — au lieu de 
songer à notre rapprochement, va chercher des équivalences loin- 
taines entre or-, et ~i"àN, jjour nier un hébraïsme dans oxi y^vécoîév to-j 
TO'j; o'i^xÀtjLO'Jç, qui se passe de cette comparaison -. A. ïhumb lui- 
même, qui, de tous les savants mentionnés, est certainement, avec 
K. Dieterich, celui qui possède le mieux, pratiquement et théori- 
quement, le grec moderne, ne s'explique pas avec la clarté attendue 
sur le phénomène en question {Hellen., 128 , peut-être parce que 
les exemples syntaxiques ne lui viennent pas tout de suite à l'es- 
prit. 11 n'y a point là pour nous un « spontanés ZusammentrefTen » 
(ib.). Le grec de la Septante préludait déjà sûrement à l'usage qui 
a prévalu ; nous en avons quelques précurseurs dans le grec clas- 
sique (cf. Jannaris, op. cit., § 1433, A, v. § 1441 ; mais, § 1439, 
il y voit des hébraïsmesi. Helbing p. iv , sans s'occuper de grec 
moderne, n'en signale pas moins un papyrus, postérieur, il est 
vrai iiMii^ s. A. D.l, mais décisif : è; wv o(Ô»t£;; to?; t.-x<.1<.o<.c, gou 'èv 
È; aÙTtov ^v. ib., la juste remarque sur l'usage populaire de cette 
syntaxe)^. Pour Swete, au contraire, l'hébraïsme ne fait aucun 

1. AÙTÔ; donne en grec mod. àirô;, ce qui aUeste un u dans au (Blass, Ansspr.^, 
72 ; opinion confirmée par le rabl)jni(iue 'j'^UjrmN. c'est-à-dire awulenfhin (aO0£vTr,v), 
inexaclement transi'rit a^lkunlin par S. Kranss, Gi\ u. lut. Lehnir. t. Talm., II, 1899, 
16 6). Mais Blass, /. L, cite alxâv, èniay.c.iiv . Cela prouve un U régional dans au, d'où 
/. Pès lors, a -f- t aboutit réu-uiièrement à a ^àît7râf,â£vO(; = àTiâpOîvr,, etc., 4>i),y;vTaî, 
p. 99-100); ainsi s'explique l'inexplicable àTÔç, qui, certainement par aphérèse {Kssais, 
II, LXiii s.) devient To;, gén. tou, etc. Nous y reviendrons ailleurs. Chez Hatz.. Einl. 
la (et '"AOrjv. X, 208), tout est mal présenté (ôcyouitto; ib., et déjà 'AOtjv. X, /. /., mis 
sur le même pied que àTÔ:, appartient à une tout autre catégorie de phénomènes; c'est 
un pur emprunt lexicolofjique au lat., v. El. ng., lxxvii et ib., 242-3, d'où en turc 
^yi.MiyS'] âyhnuslous, B. de M, I, 81 a^. 

2. 11 est regrettable que M. Moulton, dans un livre d'ailleurs utile, se serve comme 
texte moderne du recueil de M. Abbott (cf. xvii, 12, 2, etc.). .Mon article du Times, 
Fridav, January, 10, 1902 (aujourd'hui 'P. x. M., iv, 210-12,v a dil lui échapper. Il pré- 
vient dans un autre passage (p. 2G-7, surtout 29-30) avec raison contre l'usage du 
grec puriste. .Mais il a dû mal lire l'article de Hatzidakis. cité ji. 2(î. 2, car Kriimbacher 
ne m'y paraît pas mis à son rang. 

3. Voir plus loin, p. 194. n. 1. un &ç indéclinal)le. U est postérieur, mais le ndalif 
ancien qui tendait à disparaître de rusaire, ne paraissait plus ni assez consistant ni 
assez clair : on le renforçait par le proncni. 



ESSAI SUU LE GREC DE LA SEPTANTE 183 

doute Inlr., 307 . Les choses pourtant sont d'une simplicité 
extrême. Prenons dans Steinthal fipsch.d. Spr. W., Il-, 1891, 01 
les versets suspectés (« uahrscheinlicii », ib. d'hébi'aïsmes : [Ixpaçsv 

ToT; TÉTTapç'.v àvvîÀo'.frl ois ÈoôOyj aÙToT<7 ào'.XYjTa'. ty,v yt,v xal ty,v OiXacTav 
[ApOC. 7, 2] et [looù oyÀod TTOÀuc], ov àç'.0u.Y,(7a'. aùxbv oùosÎT loûvaTO 

[ïô.^ 7, 9'. Traduisons en grec moderne : owvaçs a-ro-jç (=dat. : le gr. 
mod. prouve donc ici qu'il n'y a point d'hébraïsme inspiré par N-ip 
suivi de h ' ; cf. au surplus Ar. Ran., 98:2 xsxixvç ttsô; toj; oIxétx;, 

etc., etC.i TEffTîOî'.; àvvçÀo'jç TTOÙ Toù; ociOr,xî vxo'.xr,cc-'JVî tTj yt; xal ty, 
OàÀao-Ta et : v-y. oyXoç TloXy^ç, -ol» va tov àç'.OfXiGY, OU : va tovs aîTÇYiiY,; 

xavEva; osv a-opo-^Tî. Il n'y a pas d'autre façon de dire, en deliors 
même de toute idée de traduction. Steinthal a dailleurs pensé à 
TToû, qui lui est suggéré par Mullach v ib., et sur npwS, Viteau, 
Et. I, p. xxxv, Dict. Vif/., 319; Swete, Intr., 331 . 

On a bien reconnu quelque chose de moderne v. Tliumb, He/- 
lon., 128 et n. 7 dans la répétition partitive de certains noms ou 

pronoms, tels que -i'N Ui-N avOpwTro; àvOiwrroç ou ■'ia lia 'ÉOvY, 'ÉOvY, 

Swete, Intr., 307, cf. 374 et du même : The Gosp. ace. to St Mark, 
Lond., 1903 - avec Ind. - 6, 7 o-Jo Sûo, cf. Schilling, Comm., lOo, 
qui, comme Swete, voit un hébraïsme dans ce oûo ô-jo, ainsi que 
Allen, Expos , June, 1900, 440 Pallis, p. 97 : o-.ô oib - ; cf. Gen. 7, 9 
— pas 12, Dieterich, Untcrs., 188 ; Jannaris, p. 178, i< 666, et 6, 39 

ç'jaîrÔT'.a (Tja-ÔT'.x Pallis, p. 99 : TcapÉîç Tcaoésçi; ajoutez 6, 40 TrpaT'.a'. 

7:px<j'.al, Pallis, /6. .• xaTîSaTà xaTsêaxà^ ; V. Nôsgen, />/<? Evatig., 



1. Ex. 19, 20, la Septauto traduit très bien 'Exâ),£(3ev... ISIwOgtjv ^ çtôvaHî xô MwOrîri 
= appela Moise, là où l'hébieu donne piùcisénient b i^nÇTw?). On ne voit pas coniiuciit 
Swete, Inlr., 331. ranire ce verset parmi les liébr. : il le détruit par ses jHopres remar(|ues 
Ih. . — V. pour un cas analo^m; à ^\6n, le fait très intéressant coininiMité par Cler- 
niont Gaoneau, liée, d'arc/i. or., 1 (188.j), 200. 

■2. Sur cette orthograpiie et ?es inconvénients, v. J. P., lievjte cril., 1901, 409. — 
La Iradnctinn en grec moderne des suintes écritures est interdite en Grèce par lanto- 
rité ecclésiastiiiue ^v. J. P., La r/iter. des Ev. en Gr., La lievue, 1 Janv. 1902, 19 s., 
'P X. M., IV, 12 s., I."j2 s.l. Voici cependant ipie ces traductions prenncid, en Europe, 
un intérêt scientilii|ue immédiat dans la ((uestion des hébiaïsmcs. Pour ap|irécier la 
Septante à sa juste valeur de document pliiloliii.'i(|ue, il faudrait même la traduire 
tout entière dans le irrec le jdus vuUjaire. S. S. le Patriarche œcunniiicpie de CP , 
Juachim lll, qui est un lionmie intelli^'ent, n'avait sûrement jKiint pensé aux 
béliraïsmes! — La tr.iduction de Pallis, qui peut-être ne les i)réviijait jias davantaL-^e, 
présente un i.'ros défaut; les vérifications n'en sont jioint faciles pour les clierclieurs, 
parce que Pallis, (|ui tient évidtniment à se distinifuer en tout, a ailnpté une numéra- 
tion hors il'usai-'e. 

3. Cette traductio'n ne nous parait jms alisulnnient exactf. J'aurais j;ardé îrafe';; 
lio\u' Tpa<ïtâ ; les deux sens se couvrent tout à fait : Trfaatâ planche de poi- 
reaux, d'où plaie-bande de polof/er, d'où plaie-bande de lér/utnes, d'où division, 



184 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Miinch., 1897 = /ù<rs^,.iromm. de StracketZ9ckler,«6//.,p. 240, ii.)- 
Mais le grec cité parThumbf/. /.), d'après Diclcrich, Unters., 188, 
où Marc, /. /., figure), sauf oub ouô, qui est courant, ue prouve rien, 
parce que ce n'est pas du grec : itêiTrarw tô y'-^càô yiaXô (= aiy.aXbs) ne 
veut rien dire ; yiaXô ycaXô, coninie crTsaxt «rTfaTî', sont pris adverbia- 
lement, donc sans xô, et l'on dira -TTEpTraTw ou 7rY,Yaîvoj Y-.aÀô y-^''^^^' "'lY^- 
(TToarl urpaTt (pour le sens, cf. carpere prata fuga Verg. Georg., III, 
\4"2,7norcemi par morceau, v. T'er/y. i¥rtr. 0;;., éd. A. Forbiger, I', 
1872, adl.y^. Les seules comparaisons à faire eussent été : ^Xs-to 

ou [JL£Tpw ou Ttaîpvw TÔ xoTtiot àpvl àpvî, ip/ouvrai OU sva; sva; OU TrpoêaTa 
Trooêata (cf. lOv^ lOvr, ; rappr. va p.£ 0'.;^oto|Ji.7j(7ou(7'.v [jlÉÀy, jasay, daus 'l'A. 

X. nx., V. 246, W. Wagner, ii/^^. gr. Texts, Lond., 1870, etc., etc.). 
Jannaris, qui est Grec, rappelle plus directement [Gramm., § 666) 
le classique (xîav [xiav àvr-. xaxà aiav de Sophocle dans VAntiatt., 
Bekk. Anecd., I, 108, 9 (rappr. tU xarà eïç chez Allen, Expos., 
June, 1900, 440). 'ETcspij^sva (écr. ticg., sans augment !] woeç wcc? 
(Dieterich, /. /.) ne signifie rien, si ce n'est des heures et des heures 
(mieux : wpeç xi djps;). Pour obtenir le sens partitif, il faut supposer 
des pbrases comme : wpeç cope; ysXio (xi) wpeç wpEç xXaûo, Alors seu- 
lement on comprend que le grec de la Septante et le grec moderne 
sont une seule et même langue. 

Dans ÈTOisiv aTCO (TpcoYw aTTo), icpspcv £Lç Tpiâxovxa l'Éosps, xà'^îpî rrxà 

xp'.âvxa; autrement t^allis, 91), où Swete (éd. de saint Marc, citée 
ci-dessus, 7, 28 èaO. à. xwv 'W/jm^, cf. Schilling, Comm., 201, 4 s , 

section, groupe (v. Bailly, s. v.). C'est ici ce dernier sens qui convient. Or, Trapéa 
signifie précisément cela, groupe, compagnie (Ttaf/c'yia seulement daus G. Meycr, 
Neugr. St., lV,D/e rom. Lehnw. i. ngr., Wien, 1895, s. v., cf. J. P., Reu. criL, XXIX 
(1895), 27o) ; du vén. paregio (G. Meyer, /. l. [c'est-à-dire pareyio, avec^of/l, il. pareg- 
giare [G. M.; cf. Tommaseo-Belliui, Diz. d. l. it., lU, s. v.et "2 Pareggiare i conii, 
régler, égaliser ses comptes (v, ib., 4), d'où Divenire eguale, ib., 8 ; même sens de 
pnrègio en vén., v. Boerio*, Di:. </. dial. ven., 1856, qui ue cpnnait (jne W semàe pareg- 
giamento, v. Tomni.-Bell., s. v.), cf. parificazione (« L'atto del iiariUcare » Tomni.- 
Bell., s. v., donc : former groupe). — Pareggio, terme de marine (cf. Jal, Glosa, naul., 
1848; Corazzini, Voc. naxit. it.,Y, 1906, s. v. paraggiO', parage, « eigenll. gleicliliuit, 
ehenburligkeil von par » (Diez, Et. Wort.b. d. rom. SprK, 1881), u"a pas l)es(iin 
d'entrer en lit;iie de compte. KaTcfiaxà cliez Pallis a dû être entraîné par àviueuav 
Marc, 6,40; cru[j.u. oujxu. aurait pu être garde à la rigueur. 

1. Le / lat. de slrata, hospitium (ottîti), -dlus (-cxto;), etc., etc., s'est conservé en 
grec moderne. iTpati est une formation analogique inUépend.anle — comme xa).oxai[;i 
— caries formes pleines en -lov n'ont probablement ici jamais existé (sur -iv Et. iig., 
238, 'P. X. M., II, 322 s., où je maintiens ma position). 

2. On dira bien naîfvw xô axpoxi ffxpaxt, mais il faut faire attention à cette syntaxe 
délicate : Traîpvw, actif, euti'aîne l'article et dans le second oxpaxi, en réalité, il y a 
deux 'îxpaxî pour le sujet parlant. La locution adverbiale s'est, par le contact du pre- 
niier oxpaxi, avec l'article, condensée dans le second, 



ESSAI SUR LE GREC DE LA SEPTANTE 18S 

4, 8' découvre des liéhraïsmes, A. Tlmmb Ilellen., h28, ^ peut 
être sur qu'il uy en a point, pas plus (|ue dans àp~ov oxv£iv bsx 
Dnb, Swete, //</;•, 307; Dalman, W. J., «JO , ou ni la construction 
(cf. gr. mod. Tptôyw fojaî, V. Kuhner-Gerth, I, l, p. 3o6, A. !2, et 
ÈTT-eufAo) -}- ace Deissm., lUb.st., 48 ni le sens cf. Rutli., 1, 6, vivres] 
ne se prêtent à un liébraïsme ; ce serait, tout au plus, un hébraïsme 
de vocabulaire Scbilling, /. /.). Swete lui-même reconnaît ^p. 297, 
àyvsÀo;, etc.) que les influences lexicologiques doivent être mises à 
part. Dès qu'on fait intervenir le grec moderne, bien des prétendus 
iiébraïsmes nous apparaissent comme de précieux incunables du 
grec tel qu'il se parle aujourdbui. Voici quelques rapides rappro- 
chements : c-iN, vir et aliqtiis cf. Gesen., Th., 8o ô , rendu, Lev., 
17, 9, par 'i/u/T, cf. Hatcb, Ess., 101), paice que le grec moderne .î/j/y, 
veut dire âme et quelqu'un ou même personne : o'ev ripOe •}'->//,, ou : 
■z-r^-r-AvM- 'Vj/7- ! Inversement, Gen., 14, "21 toù; xvSpa; = "opsrr ^sur •!/. 
V, encore Hatcb Ess., M;2-o si. — 'Eêadi'Àsu^ev tov Sxo'jX I Reg. 
15, 3o, a fait rétjner, nest pas un bipbil pas plus que les autres- 
verbes cités par Viteau, R. de Ph., XVIII ,1894 , 37 ; cf. gr. mod. 
TovÈ (j-rjuoilM, je le fais étudier, xovs î^w, je le fais vivre, je lui 
fournis les moijens de subsistance, ijik -sOavs, // m'a fait mourir, il 
m'a ennuyé, enragé ;\. dailleurs, cbez Viteau lui-même /. l. , les 
attacbes avec le passé xaOiCw, faire asseoir ; cf. xaç-w^x-. Deissm , 
Bib.st., 133 . — Elç, art. indéf. Viteau, Et. I, xxxv; Allen, E.rpos., 
June, 1900, 440'. comme le mod. sva? àOpojzo; cf. Deissm., i?/6.. s/ , 
135, xaO' sic, ci; xaO' l'xacToç, qui traduisent pourtant •O'^n). — 
Presque tous les -o-.oj qui passent pour des piël ou des bipbil 
(Viteau, R. de Ph., XVIII, 37, 6:2, « se rendraient par des xâvw 

(= xâavw . — A'.oôva'.= 7ro'.£iv dans 'Éowxav ç-ayelv ib.\ ils firent 

manger, se dira xou oo'jcravs va -.^i-r^ cf. bibere dare, Brenous, Hellén., 
269). — 'O uLEvx; à-ô TO)v àScXcptov aÙToU (T'HwNitt ^iian) Lév., 21, 10 
Swete, Intr., 308 est moderne quant à %izo (cf. Act., 8, 10, dans 
Viteau, Dict. Vig., 323; le à-ô de iTrixaTipaxoç (tù k-zh ttocv-wv, etc. 
Gen., 3, 14, qui, pour R. Simon, 214/!>, ne « fait aucun sens 's en 
fait un excellent en grec moderne. Sur à-ô en composition, 
V. G. Heine, Syn., 40, avec le sens moderne de renforcement, 
d'acbèvement ^à7ro-£À£'.(6voj = /yrt/'acAé-fi?;'), que na pas vu lauteur 
dans certains des verbes cités, 'ib., tels que àTr&ToXaôi;. — Mr, ooSeï-jOc 
àuô Twv àzoxTEvvôvTojv Tô Twixx (Mattb., 10, 28; ScbilHng, Co7nm., 

1. Mais ici le passaj-'e est obscur, v. Swete, Saint Marc, ad. l. Pour ma i)art, c'est ëv 
que je lirais sùiciiient, iiiaL'ié Wetlli.,D. Ev. Me, Berlin, 1904, p. 31, et Klustermann, 
Markus, Tiib., 1907, |i. 33-i, ii. à 4, 8. V. aussi Allen, E.i/jos., June, 1900, 4i0. 



486 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

184, 40) fait de très bon grec moderne : [xr, '^oSaTis à-ô [j-Éva, c'est-à- 
dire quoique ce soit, ou pm'ei/fe chose, t-'-zotiç ou tîto'.o Triàax'. — 

Dans: Aûxot xolioI pac.ÀETç aÙTwv xat o; OLoyo^rtç a'jxwv xat ol leocii; aÙTojv 

xal ol TToopiTai aÙTwv Jer., 2, 2C, OÙ le traducteur pourrait bien avoir 
été, en partie, entraîné par Toriginal — ce n'est pas toujours le 
cas (v. plus loin) - il n'en faudrait pas moins aujourd'hui autant de 

Touç répétés : oî paT-.À'.àoâç to'jç y.ai oî àç.yôvTO'. rou; y.a; ol Σsy,o£ç- to'j; 

xat 0'. Trpo'piTc; to'jç. — Il V a beaucoup de rapport entre Luc, 24, 
21, TO!TY,v TaÛTY,v -/ifAEsav . . . ào ' 0-j (Viteau, /i"^. /, .xxxvni et Pallis, 
p. 211 (où TsiTY, aspa TOJTY,, àooU Y£v/,/'.y.v£ ô).x serait i)rérérable . — 
Los /.xt répétés entre propositions principales, Jud., 13, 10, au lieu 
de xa/scoç o£ Yj Y'jvY, oçaaovca, voulu par Viteau (Dict. Vif/-, 317; 
rappr. Allen, E.rpos., June, 1900, 437 s. , constituent, au con- 
traire, un exemi)le excellent de syntaxe analytique, homérique 
et moderne. Quant au /.'A de fîo'jÀe'jscrOE xal à~o/.ç.'.Ow 3 Reg., 12, G 

(Viteau, Dict. Vif/., 317 , TrpOTÉOETO Xa-. IxàÀECrSV, <7'JVT7.;£'.Ç TOTç UîOtÇ 

'I-rpaY,/,, xal oco(7&u<:'.v (Swete, 7///r., 308 , au lieu de la proposition 
subordonnée, cela est essentiellement moderne : xbv eloa x' ex/.a-.vE, 

<7'JVY,0''^£'. xal ÀÉe;, XI 0£À£X£ xa- xou àTioxçivouaai ; etc., etC. (SUr CC 

xal et sur le vaw consécutif, v. tour à tour et à des points de vue 
divers, Moulton, Gr., 12; Niigeli, IVortsch., 13, 2 ; Thumb, Hellen., 
129 et ib , n 3; rappr. Kaibel, Std u. Text. d. IloÀ. 'A6., Berl., 
1893, p. 70 s , surtout 78-9 pour Aristote (l'usage du xaï dans le 
N. T. n'est peut-être pas aussi loin du grec classique que le croit 
Kaibel, ib., 78-9 ; il n'y a pas de langue au monde qui ait fait et qui 
fasse encore de xal un plus grand usage que le grec, cf. ib., 182, 
ad XXV, 4, et 193, «rfXXXVlI, 2 ; cf. Zwaan, 12; ïh. Vogel, Z. Ch. 
d. L., 32; Brenous, Hellén., 59 ; au sujet du xal = aii, pour aussi 
(Swete, Iiitf., 331 , je note que ce sens est fréquent en grec de tous 
les âges et môme en latin : et dona fcrrntes, Verg. Aen , II, 49; 

1. ScliiUiug. l. /., oppiise le classiiiue ooorî^Oaî ~vix et ilaiis àirô voit un lié- 
))raisnie. Ce volume a un irrund avaiita.ire: c'est iiu'au point de vue où nous nous 
l)la(;ons en ce niutnent, il mériterait J"ùtre repris tout entier, l'auteur y ayant accu- 
mulé avec lieaucoup de soin des liébraismes aussi illusoires souvent (lue celui dont 
nous veiinns de i)atlrr [ih., U, ç-j/.âT'jE'TOî àirô (cf. Briinin;:, Lie Spr.f. </. zii-. T/i. 
hr., iO) est éifalcment muilerno ; cf. ei:. [ii'a, î-i, dans le sens de xî?, tivôî, cunime 
aujiiurdliui, p. 125, 6, etc., etc.) Une excellente tal)!e (p. x-xv) et un Index (p. 219- 
233) facilitent les reclierclies — de sorte ipi'il n'y a iju'à s'y reporter, jionr jirendre le 
contre-pied, et tomber juste. 

2. Le grec savant Ispeî;, prononcez ii;iî;, n'est [ilns aujourd'hui d'aucune décli- 
naison et ne présente jdus aucune forme grammaticale connue. La désinance -oe;, au 
contraire, est actuellement en pleine prospéiité, ijnisipi'elle s'applique, dans le parler 
naturel, même aux substantifs d'iniportalion savante : po-j),£ÇTio£:. ;— pow/£"j:ai, 
pr. [io\;)£ÇT£\ y.a()YiY/;TàS£;, ^oiTTiidoeç, etc. 



ESSAI sua LE GllKC DE LA SEPTANTE 187 

cf. Kocli, Volht. Wnrt.b. z. d. Ged. d. P. V., 1875, p. 168 «; assu- 
rément, il y a on moins une nuance de sens dans le grec. — Enfin, 
on a tiré grand avantage de labsence relative des os dans la Sep- 
tante V. à ce sujet, Nageli, Worlsch., 12; cf. Schleusner, Le.r. in 
LXX, Lond., 18:29, s. v. ; H. a. R., Conc, donnent s. v. « pas- 
siniB!\ et l'on a reconnu là une influence hébraïque. M. 3Iau- 
l'ice Croiset me fait remarquer l'absence de ces mêmes oï dans 
Ménandre. là où on s'y attendrait en grec classique : cf., en ellVt, 
G. Lefebvre, Fr. d'un ms de Mén., Le Caire, 1907, p. 37, v. 48, 
et, en général, dans le récit, v. p 41. Nous y reviendrons ailleurs 
■pour les rapprochements lexicologiques entre la Septante et \a 
comédie moyenne, v. Kennedy, Sources, 72 s. ; etc., etc. '. 

Que dire maintenant d'un hébraïsme aussi complaisant que celui 
que Swete [Inlr., 307; cf. Viteau, Dict. Vig., 319 constate dans 
(Toôopa ffooopa OU dcpôopa dcpoopwç? La répétition pour renforcer le sens 
est tellement naturelle à toutes les langues, que M. Bréal Mém. 
Soc. Ling , XI 1900:, 277-8) explique par le redoublement de la 
racine les parfaits grecs XÉXuxa, etc. cf Brugmann-\ § 384 s.;. En 
arabe vulgaire, on signale iJ i) là là, c'est-à-dire là redoublé, non- 
non iGasselin, Dict. fr.-ar., II, 1880; Marcel, Voc. fr.-av. d. dial . 
viilg. afr., J837 et éd. V, 188o, où la transcription Id-ld indiquerait 
que les deux mots n'en forment qu'un), et l'on dit, en effet, sous 
toutes les latitudes, non no7i et oui oui'-. 

Il y a, pour nous servir d'une expression de R. Simon 203a , 
quelque « emportement dans toutes ces opinions ». Nous ne voyons 
pas pourquoi on n'a pas prétendu tout aussi bien que l'hébreu de 
la Bible est un idiome néo-grécisant, un Vulgàrgriechischjudisch. 
Il y en aurait presque autant de preuves. En effet. Gen , 6. 14, 
nnn- rx nmn D"'5p cf. Ges., Th., s. v. nc^, conclavia faciès 
arcam i. e. arcam in conclavia dividas, conclavia facias in arcai 
semble nous présenter au premier abord une construction toute 



1. Nous vouliins |tr(f voir toutes les objectiiuis. Ou pourrait jieuser que les moder- 
nisme.'i relevés par nous dans ces pages sont tout de même des hébraïsme.f, parce 
qu'ils provieiidraieut de la traduction même de la Seiitanlc, d"où ils seraient passés 
dans la langue. Cett" thèse serait bien difficile à soutenir. Jamais on n'a vu de //■«- 
(ludion jouir d'une influence pareille ni même d'une influence quelconque. .\u sur- 
plus, nous avons montré partout qu'il s'affissait dun dévelnppement coidinu. antérieur 
et postérieur à la Septante. L'hypothèse d'un judéo-grec, qui serait ainsi confirmé 
par l'état moderne, ne tiendrait jias davantage. On a <h"i comprendre, par toutes nos 
déductions, fpie cette hypothèse ne se soutenait par aucun endroit. 

■2. Mon fils Ernest m'apprend qu'en baya , Congo français), déclé signifie simplement 
bon. D'autre part, méchanl se dit déna, où na est une négation. D'où il ajipert que 
dédé, superlatif ancien par rcilnublement, s'est émoussé en simple jjositif. Cf. bonbon. 



188 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

hébraïque avec le double accusalif v. Ges.. /. /. ; Strack, Die Gen., 
Mûnchen, 1903, p. !27, n. oi ; on pourrait soutenir pourtant qu'elle 
est iniilée du grec uiuderuc où elle est de règle. On dirait donc ici : 
TYjV x'.êwTo fou tout autre mot) Oà ty,v xxa-/-,ç xEÀÀ'.à (xcÀX'' S sens de 
p ; cf. Sept. voiT'.àç 7ror/j<7£'.(; ty,v xifjtoxov). "ExoLit.t '6vrj\j.x est aujourd'hui 
courant; nous le retrouvons dans ci ib i->by, cf. Gen., 11, 4 fecit 

sibi nomen Gesen., /. /.), tio'./iTcoijlsv éauToT; ovoixa. Kâvco Y£V£'.a,.Tç,'!y£ç, 

etc., répondent exactement aux locutions bibliques énumérées par 
Gesenius (?6.), et xivoj Ta vû/ta [jlou serait la seule expression juste 
pour rr^î-.Eîç-rN -nb^i Deut., 21, 12, où la Sept, ne sait mettre 
que 7:3oiovu/!£tç. La Septante ne comprend. pas 2 Reg., 13, 4 ^p'33 
npba (tô Tipoji 7IS0JC, cf. Adrian., El^ay., 102, § 87), alors que cela 
signifie m ^/e^', cf. Ges., Th., 234 «, K. Budde, Z)/e /?. 5rtm., 1902, 
p. 200 ; trad. allem. dans A. Kloslermann, Die B. Sam. ii. d. Kôn., 
NôrdUngen, 1887, p. 185.: Morgeti fïir Morgen; grec moderne 
(A£pa TYi [xÉoa ; OU pourrait même, sur ce modèle, tenter ttioùvy, ty,v 
Tipwïvvî, qui rendrait exactement n]5'3. 

Il y a donc des coïncidences fortuites entre des langues qui 
n'ont entre elles aucun contact historique. Par exemple laoriste 
gnomique est très employé en turc osmanli Millier, T. Gr., p. 79; 
et n'a rien de commun avec l'aoriste gnomique ancien. Même 
des langues contemporaines, en contact perpétuel l'une avec 
l'autre, ne se contaminent pas nécessairement pour cela. Le turc 
dit volontiers jA^ a!^^ iô^i, f/ïdé r/iilé gelir (Mùller, p. 84, § 73), // 
vient en riant sans cesse, tout en riant, comme le grec moderne 
y£Ào')VTaç ^(s.\ôiVTixi; "lo/Exa-., OÙ uous retrouvons uu gérondif iden- 
tique, sans que ces gérondifs et sans que ces répétitions se doivent 
rien réciproquement. Dans une étude très intéressante et qui est 
demeurée d'ailleui's complètement inaperçue I\ô(7[i.oç, G. P., 1883, 
«I>!XoX. ]xi\. iz. T. oOtoix. yÀ., 569 s.), l'auteur, A. Karathéodori, croit 
à tort à une influence turque sur certaines locutions grecques 
(v. fasc. 38, p. 035 s. et surtout 637 d . l^'influence contraire pour- 
rait se soutenir tout aussi bien et ce qui est encore plus probable, 
c'est qu'il y a des rencontres fatales, en quelque sorte, quand il 
s'agit principalement de verbes aussi élastiques que ni? ci-des- 
sus), /'«c^r, xâvco, etc. Les emprunts lexicologiques du turc au grec 
moderne (J. P., Et. ng., LXXÎIl-LXXXII; G. Meyer, Titrk. St., t, 



1. v. ci-dessus 184, 1; le c latin est resté de iiiènie en grec iiindenie. Mais ici lums 
avons x£),),îov et même x£).).a, v. Soi»liocIes, Gr.Lex.^ s. v. Sur ce mot, cf. S. Krauss, 
Gr. V. lai. Le/inw. i. Talni., etc., II, Bcrl., 1899, p. 503 h: Scldattcr, Verk. Gr., 66; 
cf. 67, ib., xîvuTepva, etc. 



ESSAI SUR LE GREC DE LA SEPTANTE iS9 

Wien, 1893;, les emprunts du grec moderne au turc, sur lesquels 
nous navons jusqu'ici aucun travail méfhodiiiue, apparljennent à 
un tout autre ordre de faits. Dans la question des hi'braïsmes, il 
faudrait suivre ou plutôt reprendre le système excellent de Swete 
Intr., 330 s. , qui passe en revue les différentes parties de laBihle, 
afin d'y faire la chasse aux liébraïsmes '. Deissmann iHer/og-', 
639, 25 s.) demande également des études spéciales pour chaque 
livre, et Schiïrer [Gesch., \W, 311 ohserve avec raison que les 
héhraïsmes varient suivant les livres, bien que lui même il se place 
à un point de vue retardataire. Il conviendrait, dans ce travail nou- 
veau, de tout contrôler à la lumière du grec moderne. 

Une dernière remarque sur les héhraïsmes de la Septante est 
que celle-ci n'est pas toujours une traduction servile. Elle est sou- 
vent une traduction libre Deissm., Herzog^, 637, J4-15 : « nicht 
iibersetzen, sondern ersetzen » ; Swete, Intr., 329; cf. 313-4, à 
propos des Macc. ; Hatch, Ess., 16 s. ; Schtirer, /. /. ; Thumb, 
Hellen., 130, 1, l7o, 3; cf. Thiersch, Diss., 34, sur pp = ïy. ou 
T.x'A, et les bonnes études de Frankel, Vont., 146s., sui- les pi'épo- 
sitions; pour Esther, v. Jacob, Im N. G.. 140 s. . Cette traduction 
est même fréquemment inexacte Frankel, Vorst., 209, n. j, etc. ; 
Suete, Intr., 325-6 et présente hien des contre-sens v. ci-dessus, 
TTiwi TToco!; Frankel, Vorst., 75, 194 et à parlir de 191 ; cf. ib., I(i3 4 ; 
Thiersch, Dm., 29, sur -jtpoTEso; toj = -zh c7ov ï^'rop ; R. Simon, 
219 6, par confusion du n et du t ; cela lient parfois à ce que les 
traducteurs travaillaient sur un manuscrit non vocalisé 11. Simon, 
217 s.; Frankel, Vor>it., 214, v. ex. ibid ; Smith, Dict. of ihe 
Bible, III, 1893, art. Sept., p. 1206 ; rappr. Israël Lévi, Eccles., I, 
xLi s. ; Frankel tient aussi compte des altérations dues aux 
copistes, ib., 89; v. surtout Fétude approfondie du môme dans 
Ueb. d. Einfl., etc. p. 4 s., avec détails sur le mode et V esprit de la 
traduction, p. 89 s.'. En réalité, tantôt ils suivent de près le texte, 
tantôt ils s'en écartent Frankel, Veb. d. EinfL, 13 s., etc., etc.). 
Thiersch Diss., 6 remarque qu'ils ont souvent abandonné l'héhreu 
pour être plus près du grec : ad communem Grœcorum loquendi 
modiini [ib., 39l. Ils en usent avec le texte assez familièrement : 
'AaaÀO£':a; xspa; Job, 42, 14, doit rendre "rj^ûr; "jnp, qui est un 
hébraïsme caractérisé (cf. Volck-Oettli, Z)/f /)op/. liagiogr., Nôrdl., 

1. On a relevé aussi uu éf/ijptisme, jiisqu'iii uiii(|uc, dans le Koiv^, ôvo; Oîtô oïvou, 
Deissm., Hcrz.», 638, 4.3-,"), Thumb, llelleu., 124. V. dans Tiiumb 6, Prinz.. 248-9, 
la divination avec la((uclle Wellliausen, D. Ev. Mallh., Berl. 1904 (14), rend Traf.f,).8Év 
par vorgeriickt [non : vorhei], conformément au sens du ir. mod. Ttapâ. 



190 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1889, p. 100; B. Duhm, Bas B. Hiob, Freib., 1897, p. 20G/, le 
fameux biN'i est couramment rendu par aor.ç Frankel, Vorst., 
'iO'd^ . Pour éviter la monotonie, ils varient bien des fois leurs 
expressions Tbiersch, Dhs., 32-3, où jolis exemples ; v. ib., 40 iw? 
Toù oùoavou, pour a;*wçr: nb-n:y-i ; cela devient ainsi une £ÀÀY,v'.xcoT£ç,a 
TTaç.aŒ.paT'.; ib., 33 . Tbierscb a noté une certaine recherche poé- 
tique dans les Cantica du Pentateuque ib., 41. Parfois aussi leur 
vocabulaire est pauvre : Vvh sert à quatre mots hébreux différents 
(E.J. Goodspeed, Did Alex. inf). the naiitical Lang. ofSt Liike? 
Expositor, Aug.,1903, N. XLIV, 13oi. On sait, d'autre part ^cf. Fran- 
kel, Vont., 8-9 , que ^a, advena /cf. Muss-Arnolt, op. cit., 61 ; 
Bochart, Hierozoic, I, 577(7, 1. 49 si est représenté tantôt par 
Yeuôoa; Ex., 12, 19; 14, 1, Is., 14, 1, tantôt par ttsot/iXuto; (cf. Schleus- 
ner, op. cit., s. v.) Ex., 12, 48, 49, I.ev., 19, 34, etc., aussi bien, 
comme on peut s'en convaincre, dans les passages où le sens est 
favorable Lev., 19, 34; Ex., 14, 1 , que dans ceux où il ne l'est 
pas Ex., 12, 19i. Le mot i-^n reste ïv Lev., 23, 13^mais il est décrit 
par /oyç Lev., 19, 36. Enfin, n'oublions pas le mot le plus im])or- 
tant : ra«, àvàitaua'.ç Ex., 23, 12 où il faut certainement adopter 

la leçon de A avaTr'auaY, = àvaTiaûir, =^ àva-aÛTS'. = n'3Cn, 2" pers. dc 

l'bébreu , Is., 37, 28 cf. Lev , 2o, 8 , alors que nous avons c-i^jSaTa 
Ex., 31, 13 ib., lo, A aàSéaTov, qui se lit à partir des Rois, v. Har- 
tung, Sept. St., p. lo ; H. a. R. Conc, s. v. ; cf. Th. Vogel, Z. Ch 
d. L., 14, 2; Krenkel, Jos. u. Luc, lOo ; nous trouvons même les 
deux à la fois SàSêaTa àvâ-Traucîç Ex., 16, 23 'Cijî-naç lina-ç ; cf. Ex., 
31, lo; 3o, 2; Lev., 16, 31 ; 23, 3 ; 24, 39; 25, 4, o ; sur le sens 
primitif probable de l'hébreu, cf. H. Hirschfeld, Journ. Boy. As. 
Soc, N. S., XXVIII 1896;, 3o7 ; J. 3Ieinbold, S. u. W. cf. Biblio- 
ç/raphio, p. 161 s., 1-2, 12-13, et, en dernier lieu, ainsi que sur -linaç, 
J. Hehn, Sicbenz. u. Sabb. bci d. Bcibyl. u. i. A. T., Lpzg, 1907 
(= Lcipz. Sem. St., Il, o , 93-4, cf. 98 s. . Ces divergences signifi- 
catives i)rouvent pour le mieux que la traduction ne s'adressait 
point aux Ptolémées pour lescpiels cràêÔaTov et qxooxtx demeuraient 

d. Ib. je signale à Kriinil)a(lier (ir, xauxâcrOu 6 v.uf.TÔ; w; ô opOè; (3 Reg. 21, 11), 
où Frankel suppose un iiioveibu irrec. Je n'ai riiMi pu trouver de pareil ni daus 
Crusius, ni dans Politis, ni dans llesseliiitr-Waincr. ni dans IkteTta:, ni dans IJîvi^éXo:, 
ni dans les Millelrjr. Hjjvichir., 1903. 

■1. V.w réalité, ils n'ont ]-.as osé rendre 3?, cœur, jiisrju'au cœur du ciel. .Mais la 
même eliose n'arrive t-elle lias un peu dans nos diclioimaires modernes? Par exemple, 
dans le Ilebr. Worlerb. de Siegfried-Staile, Lpzg, 1803, s. v., in f., N. 3. retle même 
locution (Dcut., 4, 11) est ainsi rendue — ou eommcnlée : f/a.f Intier.'^fe einer Sache, 
et non pas : bis zum llcrzen der Uimmel, iiui serait compréhensible. 



ESSAI SUR LE GREC DE LA SEPTANTE f91 

lettre close, mais bleu à des Israélites de langue grecque, restés 
au courant des expressions rituelles et consacrées Frankel, ]'orsl., 
8 1> , (|u'ellc adonc été laite « sponte à JudaMs in usum suoriim po[)u- 
loi'um » Hody, 97, cf. 175; v. Deissmann, Bibl.st., ~r2 : cf. S. Krauss, 
(;;-. u. lat. Lciniw. in Ta/m., i vol., 1808-9, I, p. :2-21 ' ; sur Gi^'^. 
V. Thiei'sch, Diss.,9, et iù., 15 oîopa/aov =; bp p Ô'joào;, n-a. tix/.o:, 
tandis que à[Ji.r,v et àXXY,Ào'JVa ne changent pas, Swete, I/i/r., 'S'a . 
En revanche, ils diront Zdyi pour EJa ;^ n-in Gen., 3, :2() et ils 
auront une variété de trente expressions pour l'unique "jr*^ Thierscli, 
D/ii'., 37, ; ils hellénisent volontiers les noms propres ib., 7 et ; 
ils leur gardent aussi leur forme sémitique, 'Aoia, KâVv, AaS;o, etc. - ; 
ils procèdent de même avec les noms d'animaux Frankel, For.s/., 
193; Hody, "205-17 ; Bochart, Uieroz., t. III, p. l-!2 s. et passint . 
Le tétragramme flotte entre xup-.o; et b wv cf. Apoc, 1, 4 ô y,v ! 
V. Frankel, Vorst., 178, 179 s. ;'w. R. Smith, 0. T. in Jcir. C/t., 

1. Swi'té, Iiilr., 445 s., dit: « It is évident tliat Greek-speakiiig .lews, ^vll()so 
knowledge of Hebrew was prohâbly acquiied at Alexandria from teadiers of very 
moderato altainnients, possess no presciiiitive riglit to ait as guides le tlie nieaning of 
ol)scure Hobrew words or sentences. » >ous nu savons pas sur quels faits précis l'auteur 
appuie cette assertion ; mais l'iiypotlièse est des plus heureuses et concili<'rait tout : 
des Israélites de langue grecque auraient appris lliébieu de professeurs i)lntôt 
médiocres et auraient ainsi procédé à la traduction. 

2. Ces indéclinables bébraïfiues ont toujours été une gène pour le grec qui aime à 
décliner. Mr/ar,),, savant, se dit constamment Mr/_â).r,;, de même Mavo/r,?, etc.; Maj.îa 
déjà dans le N". T. à côté de MoL^ii^i., cf. Bruder, Conc; pour le m. à., cf. Villeliar- 
douin, éd. N. de Wailly, Lex. iiSl b (s. v. Sursac) : Kyr-sac; Budion, L. de la Conq., 
I, 1845, 10, Quir Saqy = Kùp lây.r,, ace, gén. ou voc, forme esscntielleuient popu- 
laire, que ne nous ont point conservée les clironographes byzantins, avec la cluite régu- 
lière de 1'/ intcrconsonantiiiue atone (cf. J. P., liev. cr., 1887, 408) et la réduction des 
deu.x voy. contigués semblables de 'iTaàx en une seule ^ci-dessus, ji. 172, n. 3). C'est 
bien ce Kyrsuc qui me paraît devoir ligurer dans le texte de Villeli., au lieu de Sursac 
(admis par N. de W.) ; dans Sursac il y a une contamination, peut-être uniquement 
paléogra|)lii(}uc, à laquelle on ne voit pas clair, à cause de sires, sire — et pas sir à 
l'époque — entre Ki/r — sire (?) et y = u (cf. jS. de W., 5816 Syrsac . Dans les deux 
cas, la chute de \'i linal est due à la protonique romane. Dans per/ires [Villeh., 63!)i, il 
n'y a pas chute du i (u) grec de ûrtépnypa, mais encore une phonétii|ue toute romane 
amenée par la pn.touique. On lit bien TiépT^upa Prodr. UI, 80 (Du Gange, i. IGiO, y lisait 
irépit£fa), Chron. .Uor., éd. John Schmitt, Lond., 1904, 4482 ^TrépTrripa), avec l'aphérèse 
(mais Prodr. VI, 66 ynÉpTiypa). La forme populaire était itér.-Kiçct, avec i -f. p = e 4- p 
('P. y.. M., 111,184 s.; cf. Ikpatx, Schlatter, Ver/,-. Gr., 74: vi.ir N. Papadopoli, Di aie. 
mon. Ven. p. Candia, Ven., 1871 (cf. Arcli. ven. t. II, P. Il, p. U'J:, p. 5 l'erperus. 
Rer/ni. Crele. V. aussi D. C. latin (s. v. ]l;/perperum) pcrpera. perperum etc., tou- 
jours avec e, (pii ne saurait être là pour un \j{=i). Le calembourg pourpres, jiorpres 
(Villeh., 63'J, v. l.i rend pins probable dans Sursac un calembourg semblable. — 
Pour la contamination entre Sursac et Ki/r-sac. M. Paul Meyer me suggère fort à 
propos le génois ser, où nous n'avons plus les diflicullés de sire. Ce serait là l'inter- 
médiaire. V. d'antres détails dans notre mémoire Efemli (à paraître). 



192 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1907, 77 ; Swete, Intr., 327; Dalmaii, W. J., I4() s., 149 s. ; Jacob, 
Im N. G., 164, etc., etc.; '. 

Il suffit d'ailleurs de comparer la Septante à la vej'sion d'Aquila, 
pour voir de quel côté il convient de chercher rattachement scru - 
puleux à la lettre et les véritables hébraïsmes. La Septante dit 
simplement : 'Ev às/y, k-oir^mv [Pliischke, ap. ïhicrsch, Diss., 38, a 
voulu, d'après Itt., rétablir dans l'hébreu r;by, Tro-.w au lieu de 
N-:3 ; cf. sur £71. Richard Simon, 213 ù ; Siegfried, P/iilo v. Alex., 
léna, 1875, 233; Holzinger, Gen., Freib., 1898, p. 2: cf d'ailleurs 
M;a ys.A'.oiov ly.z où xz'.ts'. {= ttcsT, xâv£'.), daus Krumbaclier, Mit(. 

r/r. Spr.lV., p. 103] ô bioç tov o'joavôv x-A Tr,v yT,v. Aquila : 'Ev x£ça- 
Xaûo ly.-'.Gtv Ocôç trùv (pn) tov oùccc^bv (/.ai) (rùv ty,v y'^iV Field, HeJ., I, 

p. 7 ; V. ib., xxi-xxiv ; Thierscb, Diss., 40, etc., etc.i. Encore pour- 
rait-on soutenir qu'Aquila lui-même n'est pas très strict, puisqu'il 
rend par le sing. oùpavôv le pluriel nyz-ér: du texte, tout comme la 
Septante, qui connaît aussi oùiavoj; ^v. H a. R., Conc, s. v.; cf. 
Schilling, Comm., 97; Adrian., Eia., p. 94, § 72; A. Merx, Deutsche 
Lilter.z-., XIX (1898!, 990;, ce en quoi elle innove d'après Thébreu, 
car le grec classique ignore ce pluriel v. le Thés., d'H. E. s. v ). 
Nous sommes surpris que Korsunski n'en ait pas tiré avantage 
(p. 469 s.). Cremer lui-même 's. v., 698-9 n'insiste pas trop, con- 
trairement à ses habitudes. 

On voit donc que les choses se passent assez naturellement et 
il n'est aucun besoin, pour expliquer bien des particularités de 
la Septante, de recourir, comme le font, sans hésiter, Rothe et 
Cromer, à une langue qui serait propre à l'esprit saint ef. Cremer, 
1). vu; Deissm., Herzog^, 633, 1-13 ; Thumb, Hellen., 181 ; Prlnz., 
2o3 . Un peu de philologie et beaucoup de grec moderne nous 
mettent dans la juste voie -. 

#** 

\. Sur les iHTOccupatiiiiis qu'avaient les tradiirtiurs <iï'viliM' r.iiitlir.iiioniori.liisme, 
ce iiiii faussait souvent leur traduction, v. Frankel. Vorsl.. \~i s., 177 s., etc.: Swete. 
Jiifr.. 327, cf. 53, etc., etc. 

2. Thuml) {A. f. V.f.. 111 (lOOG), 4G0, Prlnz., 2iM dit avec raison (lue Pallis, j.ar le 
seul fait (m'il sait le fricc moderne de naissance, iieut souvent, à côté de conjectures 
un peu risquées, résoudre, natui-ellenienf, i)ien des problènii^s de critique verbale du 
]N. T. (voir les échantillons ib. et parcourir la suuuestive brochure A feu- noies de 
l'auteur — bibliographie ci-dessus, p. Kil s.: cf. .1. P.. II. il. Et. gr., XVIl \l!)Oi\ 
o88-9). l'allis, à son tour, uie sii.'nale l'article de .Kinnaris sur le Àôvo: du (luatru'inc 
Evangile (1,1), cité dans notre bibli<igra|iliie. Pour P.iliis oralement^, ce fameux /oyo; 
serait un simple titre honorifuiue ,cf. .laiin., p. \:\). (pii s'e\pliiiuerail par le moderne 
Toû Î.ÔYoy <joy, T. ),. Toy, etc., éciuivalent de voire Grâce, « your. . . Honour » (poiuls 



ESSAI SUR LE GREC DE LA SEPTANTE 103 

iS'oiis examinons les faits avec impartialité. Bien des liébraïsmes 
sont des fables. Il n'en est pas moins vrai, cependant que des 
liébraïsmes caractérisés, indiscutables, se manifestent dans la 
Septante ; d'autres se dérobent sans doute et ne se laissent point 
saisir avec facilité. 3Iais, de toutes façons, il nous seml)Ie que 
M. Deissmann est allé trop loin dans le sens négatif et ses adeptes 
ou élèves ont, en général, exagéré. Moulton Gr., 13 ne consent 
plus à voir que ça et là, dans la Septante, un « translation Greek » ; 
Helbing p. iv considère la question comme écartée, et quant à 
Witkowski Ber., 164 , il range tranquillement la Septante parmi les 
« reinsten Quellen der Umgangsspracbe », sans en donner, d'ail- 
leurs, la moindre preuve. Zwaan est aussi trop affirmatif ip. l;2i. Au 
surplus, il ne suffit pas d'accorder que le prétendu Judengricchhch 
doitètre simplement attribué à une méthode défectueuse de traduc- 
tion Deissm., Herzog\ 638, 14-15; rappr. Thiersch, Diss.,C), qui loue, 
au contraire, les qualités des traducteurs . Il ne suffit pas, comme 
Thuml) le faità maintes reprises Hellen., \^\ elpassun], de rejeter 
sur un « Uebersetzergriecliiscb » le peu d'hébraïsmes, selon ct3« 
Messieurs, qui resteraient encore à élucider. Il y a, dans cette 
question, plus et autre chose que cela. Et d'abord, n'eussions-nous 
affaire qu'à des liébraïsmes de traduction, encore faudrait-il les 
relever soigneusement elles préciser. Mais, qu'on me permette de 
le dire franchement, la question, telle qu'elle est posée, me paraît 
éminemment oiseuse. De quoi s'agit-il, en somme? Il s'agit de 
savoir s'il a oui ou non existé un idiome judéo-grec. Or, le seul et 
unique monument de ce judéo-grec est la Septante, car, d'après 
les conceptions en cours, le judéo-grec des écrits du N. T. ne serait 
qu'une émanation de celui-là et se. confondrait avec lui ;v., entre 
autres, Viteau, R. de Pli., XVIIl, 1 s. ; ci-dessus, p. 174; cf. Swete, 
Intr., 300-1. à propos d'orthographe, etc., etc.). Ce document 
unique est pourtant une traduction. Dès lors, il nous sembl* que 
le débat disparaît et que l'intérêt capital est de savoir jusqu'à quel 

dHpimi et usages dans le N. T. chez Janii.. do et ib., ii. 1). Le passaïe reviendrait 
donc à dire : Au commencement, il y avait Lui, etc. Ce serait peut-être aller un peu 
loin. Aôyo; dans le N. T. est la traduction de l'aramécn memra [l7ûN73] (Jann., io). 
Il y a doiic peut-être là quelque influence séniasiologique de D'i : nommer les choses, 
équivaut à leur donner une existence individuelle, à les créer [cï. Jacoh, Im. N. G., 
6-7 ; rappr. Jann. 21 ; v. Geu. i, o s. etc.); le )6Yo;seiait donc ici non pas seulement 
« tlie utterance » Jann., 24), mais le TtXàoTï); ou iroiy;Ty;; icf. N"l3l. Je note (|ue cette 
idée de ÛC nomen, synonyme d'existence, fréquente, d'ailleurs, se retrouve, légè- 
rement poétisie, dans Gœtlie. v. Gœl/i. IVez-Xe, Stuttgart, I, 1866, Euphros'fne, p. 224 
[v. 27 s.]; Schat/en vom Xamen r/etiennl. 

T. LV, N» 110. 13 



194 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

point ce grec traduit est un document de valeur dans une histoire 
de la langue grecque. Il y aurait alors à se demander si, d'une façon 
générale, une traduction peut valoir un texte qui n'en serait pas 
une (cf. Et. ne/., xxxivj. Dans l'espèce, nous avons un terme de 
comparaison de tout premier ordre, auquel on n'a point pensé : la 
traduction du Pentateuque de lo47 en grec moderne, publiée par 
Hesseling [v. Bibliographie, p. 1(34 s. ; cf. L. Belléli, R. d. Et. ^r., III, 
(1890j, 289-308; H. d. Ét.j., XXII il891i, 250-263 . Cette traduction 
est faite, non point d'après la Septante, dont elle n'offre aucune 
trace, mais directement sur Thébreu. Les hébraïsmes y abondent : 
^wvYi atjxaTQt (Hesseling, VII' ; Belléli, /?. E. G., 304, v. 20 , -a-éoaç 
6'Xa rà TiatBià (Belléli, R. E. J ., 261 ; l'auteur hésite à tort, ib., 262 , 
[/.Épeç ôXr'Jyy, (Hess., ib.\, sont des états construits, avec, toutefois, un 
appui dans les constructions 7roT/,p'. vepo, un verre d'eau, [j.aO/jtxaTa 
[j.ou(7ixvj (Ta^t'ô'.^ 195), etc. (v.. aussi Bell, R. E. G., 307, v. lOi ; mais 
^. at. ne se comprendrait guère et Ton ne dira ij-spcç OXt-JyT,, qu'en 
tournant par el/a ttoXàs? tJLspsç ôXi'J/v], où OÀtK, est soutenu par sl/a, 
ou bien, dans une phrase telle que : IvaÀÉ, Tt Àé; ; MÉpeç xal asçe; 
OXi'j/Yi, la même syntaxe est sous-entendue, j'aimerais à dii'e, sous- 
sentie ; àxou<7{xo va àxc/û(7£T£ (Hess., VIII) est de même ordre que 
àxor, à>cou(7yjç Ex., 15, 26 (i'^'çri yiîûMJ; cf. Korsunski, 484] ; npoixtuLÔ 

va TrpoixojcrY, iHesS., ib.), (f^aycop-ô va cpaç (Bell , R. E. G., 291, 306, 

V. 4; écr. 'f-iç, de cpâyr,? = '^ivç = cpâ;), empiètent encore plus vive- 
ment sur la syntaxe; 'éxoJ^ev... oiaOr,xY], Gen., 15, 18 Hess., ib.\ 
est calqué sur n^na ••mjs (cf. Strack, Gen., Miinch., 1905, p. 60 et 
p. 28 ad Gen., 6, 18) ne relève, il est vrai, que du vocabulaire, mais 
Tou £lz£?, qui suit, n'est autre chose que ^73Nb si? ou crk £l-£ï eût été 
encore plus rigoureux) et touche à la morphologie elle-même, car, 
certainement, il n'y avait i)lus d'infinitifs, même ainsi déclinés, au 
xvie s. D'autres infinitifs de ce genre ont été signalés par Belléli 
(/?. E. G., 303, V. 14; 307, v. 7). La construclion r,Tov 6 "E6£X ^rju^v. 
Gen., 4, 2 (Bell., îY»., 291 -, est un hébraïsme évident (cf. Èy£V£-o "AêeX 
TTota/jv, Sept., ib.\ cl identique à èyévîto. .. YÎv£yx£ KâVv Gen., 4, 3; 
V. Dalman, W. J., 25; cf. Y(v£Tat xaTa/.£?<jôai Marc 2, 15, Svvete, éd. 

citée, ib.; 4, 4 âyÉvETO. . . Itzigiv: Pallis, p. 91 : i-jvifj-r, pour (7uv£5r,x£" 

1. IIoss., vu, o; iiiv;irial)l(', r.ipiii'oclu', il>., d(> TpN, nt'st pas précisi'inoiit jiour moi 
un iK'hraïsnu' ; o; est déjà une lonm> savaulo au xv!"^ s. cl Ton ne sail jiKis coiunient 
s'en servir [Kssais, II, xi.iii s. . lîolUli, /{. E. (i., lU. 290-1, n'est pas exact; mieux 
/{. l'J. ./., 2l):i, iiù il cûiislato ec inème o; iiuléelinal)le dans la version greetiue de Jouas 
(xii' ou xur' s., V. Kssciis, I, 216). Le cas de 6? est distinct de celui de aÙToO, ci-dessus, 
J). 1S2 ; mais voir i/t., n. 3. Il est aussi possible que le 6; de 1547 s'apj)uie d'une façon 
quelcounue, par tradition écrite ou autrement, sur les o; du Jouas. 



ESSAI SUR LE GREC DE LA SEPTANTE 195 

...£7r£(7c). Belléli nous indique encore a; f^va-. ;écr. zhxi ' y^dU'- H. E. 
G , 303, V. 6i, ytà Itoûtti '290, v. /ô. , Sèv xaXô, qui est très bien vu 
(30o, V. 18 ; cf. ib., v. 10, v. 19 , toù xàOExa-. 308, v. 20 , lequel est une 
atteinte à la langue elle-même; ajoutons l'étrange et probléma- 
tique oXo TÔ /TTivo ;Gen., 3, 14, ib.]. Quant à -h -iitêéXt tt,? Trxoàos'.uoç 
va TT|V So'jXcûyr, (ib., 303, V. lo;, il peut être écarté, et àvY,ç, àv-r,p 
(Hess., VIII) s'explique tout autrement (v. ci-dessus, 183 s.), avec 
cette différence que àvT,s ne représente plus ici qu'une déclinaison 
périmée ^. 

Ces hébraïsmes incontestables et importants résultent du fait 
même de la traduction, car, par ailleurs, les traducteurs savent 
bien la langue de leur temps Hess., VU; Belléli, R. E. G., 289; 
/{. E. J., 262 . Il faudra bien cependant exclure ces hébraïsmes 
d'une grammaire du grec médiéval, comme il faut, pour les mêmes 
raisons, supprimer d'une histoire du grec hellénistique ou de la 
KoivT, 3, les latinismes aujourd'hui démontrés des sénalus-con- 
sultes V. Foucart, Rapport, 1872, p. 8, 3o de V Extrait; S. C. de 
Thisbé, 1875, p. 10 ; J. P., Et. ng., lo9 s.) ; l'omission de l'aiticle 
dans certains cas Viereck. S. gr., p. 00, § I ; cf. Cl, § 3 ttso tojto-j 
yiôvoit, etc. , les datifs absolus ib., 02: E. Egger, Mnn. Soc. Ling., I 
(1808), 9; Cousin et Deschamps, S. C. de Panamara i39 a. C.) 

1. liev. des Et fjr., X (1897), :i98a, M. Tli. Keiiiai'h, iiui roroiiimaïuie pour le '^v, 
mod. « roithograplie phonétique (cu»î .7/'a7)0 sa//s^ » l't même « Talphabet latin... 
beaucoup mieux approprié à son système phouéti(|ue », dit que la triapliie ôîvai, 
3' pers. s. pr. ind., donnera « iufailliblemeut > aux élèves l'idée que le gr. mod. est du 
« petit nègre ». Je ne saisis pas bien le sel de cette remarque. 

2. Belléli, R. E. ./., /. /., p. 233, mentionne une traduction Cretoise (ms de LaCanéc) 
où n'oinan T'J'Ï^,. Jon. [l, 2, avec l'article] est rendu par )iâ<7T,,o (neutre) ^Liyilri 
(rr'ni.\ à cause du fém. hébreu. C'est l'Aqùila moderne. Belléli fait observer que le 
traducteur du Pentateutjue al.'jure cette littéralité excessive. Celui-ci a même de 
jolies expressions bien grecques : lioL'ioêyjyo . pluie fine, yo^-Çioêpoyo, ffros.te pluie 
[th., 2.56). Néanmoins, Belléli a raison d'ai)puyer sur les hébraïsmes syntaxiques 
(p. 258). Les réserves (|ui suivent sont njo'ius bonnes; ^Jelléli, dans ses deux arliilcs 
(/{. Ë.G. et Il.E.J.), était encore un peu neuf eu matière de grammaire moderne (sa 
bibliographie est nulle sur ce point); p. e. dans xfaffî toy ffijyx£pa(7|j.â to'j (i7^,'2t)l, 31, 
il n'y a aucun besoin de croire que la syllabe zo\) est tombée à cause du to-j suivant 
l't il n'y a pas là non plus d'état construit, car le gén. en -u.a des noms en -[xa (toû 
7tâ7t)u)|j.a, etc.) existe aujourd'hui à Cl*. — Sur cette version, v. 11. Simon, 308 : 
f elhs (la version grecfjuc et la version espagnole) sont fort à la lelln-. .. elles suivent 
presque mol pour mot le Texte-Hébreu; ce qui les rend quebiuel'ois barbares et peu 
intelligibles »; sur l'éd. môme de IbiT, ib. ; Legrand, Uibliorjr. llellén., II, iSSii, l.j'J; 
Hesseling, op. cit., I, et corriger d'après Hess., p. 1, la transcription de Legrand (p. i(iU), 

3. A moins qu'on ne préfère — ce qui revient au même — faire de ce grec spécial 
une nouvelle subdivis^ion de la KoivV). On n'est comj)lètemenl d'accord aujourd'hui 
ni sur les dati-s ni sur les caractères de la Koivi^, ancienne. Nous pensons fju'il convient 
surtout de distinguer; nous éludions, dans un travail en cours, ce sujet plus eu détail. 



196 RE^'UE DES ÉTUDES JUIVES 

B. C. H., XI 1887 , ^233 ; G. Unger, Zii Jo^., Silz.l). d. philos. -philol. 
u. hist. Cl. d. k. I). Ak. d. W., 1895,388, 1 , tant d'autres idiotismes 
troublants v. Viereck, ()0-70 ne sauraient passer pour du grec. On 
pouri-ait suivre, en quelque sorte, pas à pas, mot pour mot, ce latin 
hellénisé dans le monument d'Ancyre (cf. Gagnât- Peltier,/?^*- gestœ 
d.Aiig., Paris, 1886 . Peut-être Polybe lui-même n"est-il pas exempt 
de quelques latinismes iViereck, 68; rappr. Et. ng., lxxvi, où Pol. 
n'aurait pas reculé devant GTou-K-Kio^j] -. Blass croit même reconnaître 
un latinisme de syntaxe dans Luc, 7, 4, cf. Theol. Lile)\z-., XIX, 
1894, N. 13, 338 (pour les mots latins chez cet apôtre, v. Th. Vogel, 
Z. Ch. d. L., 14). Pour des motifs analogues, nous devrons sus- 
pecter l'inscription de Silko !v. Letronne, OEiivr. Ch., I, 1, 1881, 
17, 21, etc. ; R. Lepsius, Hermès, X il87oi, 133 s., 139 s., mais tous 
les coptismes n'y sont point sûrs). Si, d'autre part, nous faisions 
une histoire du latin, sans parler même de toute traduction immé- 
diate ou démontrée telle, les héllénismes, quelque épineuse que 
soit ici la question, ne sauraient entrer en ligne de compte. Par- 
courons VÉtnde de Brenous; nous y trouverons, avec toute la dis- 
cussion critique que provoquent les différents passages, des héllé- 
nismes qui ne laissent point de doute : Ihjhlœh apibus florem 
depasta salicti (p. 169), scribiintur aquœ potoribus ib.i, vinctiis... 
mamis iProp., p. 2ol ; etc., etc.!, occurrunt praeripere Lucr., 273, 
etc., etc. , dare avec l'infinitif p. 281), sensil dclapsus 333-6, etc., 
etc. ; V. p. 439 s.). Nous y rencontrons jusqu'à des héllénismes 
morpliologiques Hesperos, CncJopa, p. 80; cf. :Michel Psichari, 
Ind. rais. d. l. mi/th. d'Hor., Paris, 1904, 12, 28, etc.i, héllé- 
nismes purement littéraires d'ailleurs, sur lesquels nous renseigne 
consciencieusement Cotlino ïm fless., etc., v. notre llibliot/r. pour 
Virgile, avec les controverses qui s'y rattachent p. 40 s.i : cra- 
tères, herol'S, Arcades (p. 32i, Arcades (p. 33 1, avec Ve ou Va des 
désinences, bref comme en grec. Gotlino rappelle fort à propos 
(p. 52, Il le Graece loqid in sermone latino des Tusculanes. Cela 
passait dans la conversation (v. p. 68 sur ce qu'on peut appeler la 
langue des salons à Romei. Observons du même coup que Virgile. 
dans les noms de plantes, même là où il innove, suit la déclinaison 
natale cf. Gonsoli, Neol. bot. (v. notre liibliogr., p. 9, 15, 93, 97, 
103, 104, 121, 123, 130, surtout 100 et 129, 1 : cf. Flora Virgiliana, 
dans le P. Virg. M., de Lemaire, Paris, 1822, t. VIII, in /'., p. ix s. . 
Pareillement, la Septante laisse quelquefois les noms propres 
intacts, tandis qu'elle décline les noms communs, sauf exceptions 
très rares ^v. ci-dessus, 191 . 
Nous recommandons, dans le débat qui nous occupe, la lecture 



ESSAI SUR LE GKliC DE L\ SEPTANTE 197 

de l'excellente Introduction de Brenous. Sans vouloir en lier ici 
dans la vaste et presque universelle bibliograpiiie du sujet, nous 
rappelons simplement quelciues faits que Brenous met très bien en 
lumière : l'influence syntaxique de l'anglais sur le français ip. 9', 
des anglicismes même chez V. Hugo p. "29 , des germanismes en 
français p. 9 , des gallicismes en allemand p. 10 , dont Gœtlie et 
Schiller ne sont point exempts. Moiilton Gr., p. 13 note quelques 
curieux gallicismes en anglais. Je citerais ici volontiers la langue 
savante en Grèce, farcie de xénismes cf. J. P., Tô -.x\io: aoj-, 06-09 : 

7) Xufft; Iyï'^-' — ^^- T*- ^■- ^ï- III- ^^- — -'' ^îooaÉvY, T'.vl T-'.yjJLr,, etc, 

etcJ, si ce n'étaient là des xénismes livresques: mais, dans le grec 
parlé, Traisvco Ào'jToô, au lieu de xâvco À., 7:a'ivo> zh -czoLlvr,, au lieu de 

\LÏ Tixizvv. TÔ rzxr/rj, COmme tt,v 7:y,û£ tô xaçiêt cf. 'P. x. M., I, 180 1) 

sont entrés dans la langue, ainsi que j'ai pu m'en convaincre. Bi-e- 
nous p. '2'2, n. "2 note, d'après M. Bonnet, l'exemple d'un Alsacien, 
sachant peu d'allemand et qui, néanmoins, accuse des gei'manismes 
(cf. p. 28, n. 3 . L'influence peut ainsi s'exercer même indirecte- 
ment p. 24 . Je n'ai i)as besoin de signaler aux spécialistes le 
Slawo-deulsches de H. Schuchardt Graz, 1884 .Les observations de 
Brenous pourraient s'appliquer aussi bien aux latinismes dans le 
droit byzantin Et. m/., 159 s., ou à saint Jérôme Brenous, 80. 2 ; 
V. M. Bonnet, Le lat. de Crréç/. de Tours, Paris, 1890, p. 490, n. 4 
in f. : Goelzer, Lat. de St Jrr., Paris, 188i, p. 323, hébraïsmes'. 
ïhumb lui-même Prinz., 247 cite « contra y?,;, contra/tente aoZ », 
d'après le livre très utile d'AudoUent Dc/i.r. tab., Paris, 1904; 
ajoutez J. P., Et. ng., Mots lat. dans Thropli., \l\^d s., v. p. 108, 
et, aujourd'hui le joli travail de L. Halin, Romanhmus u. Itellen., 
Lpzg, 1907 — Philol., Siippl.b. X, 4, p 090 . Dans le cas qui nous 
occupe, il s'agit dr quelque chose de plus précis encore, il s'agit 
de traduction sur les xi-nismes des traducteurs, v. Brenous. p. 30; 
cf. sur le grec et le latin, j). 43, p. 04 . N'oublions pas davantage 
(pie nous parlons d'influences syntaxiques, ce (jui esl [oui à lait 
dans la règle, la pensée étant mobile et moditiable, tandis (|iie les 
organes de la parole ne le sont guère. Il rt'sulle donc clairenuMit 
de cet ensemble de réflexions (lu'il i)()iiirait y avoir, dans la Sep- 
tante, même des hébraïsmes vi\anls, des In'braïsmes passé's dans 
le grec du traducteur et faisant i)arlie de sa langue — connue nous 
espérons le démontrer au moins poiii' un cas — sans que les lin- 
guistes de profession aient besoin de sinsin-gei- jjour cela. 

La vérité est (jue la Septante a sa part, sa ti'ès grande part d lie- 
braïsmes. Deissmann va juscpi'a concéder Herzog\ 038, 23-31 1 que 
des sémitismes livrestiues peuvent èlre quelquefois entrés dans 



198 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Tiisage, et J. Weiss [Theol. St. u. Kr., 189(), p. 33, cité ib.) parle 
d'une décoloration iAbfarben sur la langue religieuse de cer- 
taines tournures de la Septante. Que la langue de lÉglise inllue 
sur le langage courant, le fait n'est pas contestable (v. J. P., 'P. x. 
M., II, 1003, p. 24 s. de curieux exemples pour le gr. mod.. Mais 
Deissmann et J. Weiss v. ibicL] pensent surtout au vocabulaire. Il 
n'y a pas que cela, et ce n'est pas assez non plus, à notre sens, 
qwfi de ne pas exclure de notre texte la possibilité de quelques 
sémitismes iTbumb, Prinz., "254i. Il convient de les ariirinrr plus 
positivement. Et tout d'abord, d'une façon générale, on peut dire 
que la Seplante est une traduction, si ce n'est toujours servile, 
du moins toujours, surtout pour le Pentateuque, étrangement 
fidèle K La preuve empirique de cette fidélité outrée est que, pour 
le débutant, la Septante constitue, dans la grande majorité des 
cas, une jiixta de tout repos ^. Et ce n'est pas seulement la syn- 
taxe, ce n'est pas l'ordre des mots seulement qui suit l'hébreu; 
le style lui-môme est perpétuellement contaminé. Le style n'est 
pas grec. Que l'on prenne un verset de la Genèse, par exemple, 
I, il et 12 ou même tout le chapitre i; que l'on compare la phy- 
sionomie de ce morceau avec un document papyrologique ([uel- 
conque, une lettre familière, celle qui est donnée dans les Essais, II, 
143 = Pap. Lond. I, N. XIX ; v. Essais, I, 168, et Pap. Lup. = AoL 
et extr., XVIII, N"' 18, 18 bis, cf. ib., N. 21, p. 241 , ou le fragment 
ci lé par Zwaan Stjnt., 20i, ou, mieux encore, une des lettres de 
l'époque des Lagides dans le choix de Witkovvski Epist. priv. 
gr., Lpzg, 1906, p. 3, etc., etc.j ; on verra que les deux grecs 

\. Un (IcB oxcmiilos donnés imr Swete [Intr., 323), Gen. 1, 4 \'j''2!t •.•'J''3^ o.-tk pédov, 
n'est jias dos })lus jn-obants ; ils ne mettent, en réalitô, qu'un seul àvà |iÉ(70v pour 
D''):'5 • • .'J"'- '^-i ^' '^^ "^ rendent donc pas V, comme l'ait Aquila : !J.£TaS'J OSaTiov cl; 

2. Cela ne signilic point que nous n'aurions pas hesoin, en France, d'une traduction 
juxta- linéaire, ne lùt-ce que de la Genèse, sur le modèle d'excellentes petites éditions 
anixlaises de ce genre {Tregellcs, llebr. read. less., Lond., 1900, et. du nu^uie, Hemls 
of Ilebr. gvamm., Lond., 190S — choix de morceaux avec trad. iiiterlinéuire dans les 
deux et lexique dans le second ouvrage). Le Guide du Irad. du Vent., de S. Klein, 
éd. n, Colmar [1852], La Genèse, ne peut plus servir; outre (|ue le plan est un peu 
conl'us, les renvois sont faits à une grammaire dont i)ersonne ne se sert jdus aujour- 
dliui. .M. Salonion lieinach a eu l'obligeance de me communiquer une juxla faite par 
lui même pour les sept premiers chapitres de la Genèse, avec un commentaire gram- 
matical au bas des pages; il m'a même autorisé à la publier. J'ai quelque lieu d'es- 
]iérer (pu\j'arriverai à reprendre cette juxta avec la collaboration de deux de mes élèves 
de l'Ecol»; des Hautes Ktudes elles conseils de mon collègue et ami Mayt>r Lambert. Les 
débutants sont souvent arrêtés par le manque de livres de ce genre, et il y aurait, du 
fait de ces nianuels, quelcpio encouragement donné aux études hébraïques en Franco. 



ESSAI SUR LE GREC DE LA SEPTANTE 199 

sont dossence tonle diftercnte. Je sais bien que nous parlons du 
stylo. Mais le stylo, c'est le niouvemont de la pensée et cela est 
essentiel; ça Test, non pas uniquement pour la syntaxe; ça l'est 
aussi pour le fond. Du moment que l'on pense étranger, la porte 
est ouverte à tous les xénisnies. La langue puriste moderne nous 
donne ici, encore une fois, un excellent point de comparaison. Le 
vocabulaire y est souvent obscur, précisément parce qn'il est imité, 
parfois gauchement cf. un exemple topique, T. x. M., III, 38-9i. 
Il va plus. La langue savante alTocto aujourdliui, et, à bien yréné- 
cliir, c'est toujours par purisme, de ne point altérer la désinen^'e 
dos noms propres étrangers : elle dira donc : h Ti-i ou Ty.izi — 
Gœthe — ô Kv.vt, alors que le souvenir du ç des uominatifs mascu- 
lins est demeuré vivace en grec vulgaire et qu'un Grec du peuple, 
entendant Vy.ixi, en fora instinctivement ?/.£-£;': Pallis et Mar- 
cbeli, dans leur traduriion du premier livre do la Raison pare 

(KivT. Kç'.T'.XY,; Toïî àooXoj Àov-dao'j aspoç ttçojto, Livoi'pool, 1904), Se 

sont laissé sans doute entraîner par le canon puriste, carie sen- 
timent moderne eût décliné Iviv-y,;, etc. ^. De l'éxs, on en vient 
aisément à lindéclinable ô çETroçtsp, o\ oETrosTsp, qui se lisent cou- 
ramment dans les journaux bien écrits. Ainsi, la morphologie est 
entraînée. C'est de ce biais, croyons-nous, qu'il faut juger, inata- 
tis miitandis, les noms propres ou noms communs, comme ïv, 
restés sans déclinaison dans la Septante-''. 

Cet ensemble de considérations élémentairos nous incline déjà 
à estimer que, comme document linguistique, la Septante ne vaut 
pas les papyrus. Mais nous avons des exemples d'hébra'ismes qui 

1. Javai-i iliMiiH' f(ucl(jues loltres de reconiiuandatioii pnur Athènes à un de mes 
éli'ves di' rKoolc des Langues orientales, qui se nommait Barnabe. Dans les milieux 
cultivés d'Atliéoes, on causant, on ne l'appelait jamais autrement que 6 MuapvaiJiTte:. 

2. KâvTto;, qui se rencontre, est fait pour éviter KâvTr,:, qui ne paraît pas assez noble. 
— P. 191, 2. ci-dessus, aj. Kdr,;, Palamas, rpâ|X(xaTa, II, 1907, 3,1; 'P. x. M., III, 101, 1. 

3. Il convient de reniar(|uer, à cet endmit, que les noms propi'es égyptiens sont gré- 
cisés d'ordinaire et que telle est la pluralité des cas (cf. W. Spiegell)erg, .Kg. u. gr. 
Eif/enn. otts Muiniend. <l. n'iin. h'aiserz., Ljizg, 1901, p. VI; cf. TOyi; 'Auevvîû;, 
«1>-Siy.'.:, Grenfell a. Hunt. Tfte liihek l'ap., I. I.imd. 1900, ].. 297, I. Il, 13, 21, 
etc., etc.; on na qu'à parcourir les dilléreuts leoueils). Mais ici il faut s"evi)liquer. Il 
est évident qu'un nom piopre étranger ne s'assimile pas immédiatement à une gram- 
maire indigène, puisque l'indigène le recueille d'abord, ne fut-ce «lue jiar l'oieille, 
siius sa forme étrangère. Donc, il peut se jnoduire des liésifations et la forme étran- 
gère peut, dans la vie (|uolidienue, se diie et même s'écrire. Seulemeid, la situation 
des traducteurs île la Bible hébraïque est différente ; ce n'est point pour les besoins 
journaliers de la vie ((u'ils trailui.>;ent les noms propres ; ils travaillent, ils réfléchissant; 
quelquefois aussi, nous le savons, ils sont embarrassés. Il n'en est pas moins vrai que 
c'est là une œuvre plus conscii'iite que la transcription, telle quelle, ilans les papyrus, 
d'un nom égyptien, qui vient souvent sous la plume pour la première fois. 



200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sont des plus précis. Dès lors, pour nous en tenir au point de vue 
auquel nous nous sommes placés dès le début, nous devrons 
exiler ces hébraïsmes d'une bistoire de la langue grecque. En voici 
quelques-uns, car, dans ces quelques pages, nous voulons moins 
épuiser la matière qu'indiquer une métbode, si celte ambition nous 
est permise. Nous insistons d'autant moins que nous avons liàte 
d'arriver aux exemples restés inaperçus jus([u'ici. Personne ne 
contestera que les nombreux âyÉvsTo sans xai les reliant au verbe 
qui suit (cf. Gen., 4, 3 lyé^eio... r^^syx.z; v. ci-dessus, 194, etc., etc.i 
sont des bébraïsmes tout crus (v. Viteau, EL II, 81 s., 88-4; cf. 
85, § lOG, 40-20: Allen, Expos , .lune, 1900,438; Pallis, Le, 24, 4, 

p. 210, traduit scrupuleusement Kai cuvÉSy,... va otô àvrosç TrpdSaXav 

oix-rtrvôç Touç; mais cela n'est nullement grec) ; des locutions toiles 

que lowv t'oov, aTTOiTTpocpri aTiO'TTpé'l^w (Svvete, Itltv., 308! o'.ooùç ol.jijoj 

[ib., 338'), qui, strictement parlant, n'ont rien de grec, introdui- 
sent dans la langue des tournures étrangères (v. Tbumb, HelL, 
132 ; Blass, Gr.-, 24o ; Viteau, Et. II, 217, dans le même sensi, bien 
que, à la rigueur, ces tours nouveaux puissent se réduire encore à 
une question de vocabulaire; l/. '/j-iobc, [=z 1^73 Gen., 9, 5) est avec 
raison suspecté par Viteau (/)/c/. Vig., 319; le cas signalé par Tbumb, 
Prinz., 252, est dilTérenti ; dans 6 [Jt-éyaç aTrb twv àoEÀîpwv aÙToï Lev., 
21, 10 (Swete, Intr., 308), si àirb est grec (v. ci-dessus, p. 185 , ô 
[xÉyaç, positif au lieu du comparatif, est la copie de binart: ào-xEorOa-. 
sojç Ttpoç Tiva (Sw., Intr., 323i n'est pas catbolique ; xa-. lyévsTo aÙTwv 
TTopeuojxévcov ÈTropeuovTO xat âXàXouv 4 Reg., 2, 11 (Swete, Inti'., 33oi ne 
saurait être grec à aucun titre (cf. y,v oio-icrxwv etc., Allen, Expos., 
June, 1900, 438i; âyoS eljxt xaOi(70[j.at Suete, /;*//'., 308; cf. iô., 317, 
Blass, Gr.^, 198i ne peut se défendre iY,aa... XÉywv, owvr,... 
XéyovTsç, cités ib., 308, et mille autres, appartiennent à une tout 
autre catégorie de phénomènes que nous étudions dans un très 
long travail; cf. 'P. x. M., III, 340, à propos du x'kiwiç... xxTaÀa- 

6dvT£ç de Hatzidakis) ; £0Î'];T|(T£ goi r^ 'l"jyr^ aou, 7TO<7a7:Ào)ç no'. r, cas; aou 

Ps.02, 2 I Viteau, Et. Il, 161 1 ne signilient rien en grec : il n'y a là que 
des imitations de l'éternel '5. C'est aussi une très juste remarque 
de M. l'abbé Viteau, que la fréquence des adjectifs verbaux en 
— Tôç dans la Sei)tanteet le N. T., en legard du petit nombre de — 
TÉoç, tient à un usage purement bébraïque H. c/a Pli., XVIIl, 40 . 
Observons toutefois que — xô? est resté en grec moderne, tandis 
(jue — TÉos a disparu complètement '. 

\. On ne jH'iit s'oiiipùdu?!, iii rclcv, inl ces diH'éreiits liébraisines, do songer encore une 
fois à (lut'l [loiut un di's ininciiianx nlistacles à la ditriisinn du christianisme dans les 



liSSAl SUK LE GKEC DE LA SEPTANTE 201 

Jarrive maintenant, dans ce môme ordre d'idées, à un hébraïsme 
qui, à la lecture, m'avait frappé tout de suite, que, depuis, j'ai, il 
est vrai, retrouvé signalé ailleurs Thumb, Hellcii., 181 ; Blass, 
G)'.-, 80: Viteau, Et. II, ;209 , mais dont, il me semble, ou n'a pas 
fait suffisamment ressortir la valeur : xat ol oûo "ÉTovra-. sic ^içxa aiav 
Gen., !2, ;24. L'bébreu construit ici comme le latin : hoc erit ?ni/ii 
bono, et si; n'a aucune autre fonction que de rendre la préposition 
bébraïque b ^-jn^x nonb i^rn ; de même, Gen., 2, 7 (Viteau, /. /.) 
xal ÈyÉvsTo... dç 'I/u/YjV î^couav (n»n cç^jb-- ■'~;'^ Rutb, 1,11 (Viteau, Dlcl. 
Vif/., 319], é^ovxa'. Ja-v eiç àvoça; cf. « cucli zu Manuem Avûrdeu », 
Volck-QEttli, Die poet. llaf/ior/r., Nordl., 1889, -218; sî; rarÉça, 
biblique dans Br. an d. Hebr., Blass, p. 11, etc., etc.). Voici main- 
tenant l'exemple le plus remarquable : '2 Reg., 7, 8 xoo slvat tî si; 
YjYoûfjLEvov âxi Tôv Àaôv [xou = II Sam., 7, 8 ■'7rî-5ï "!"'5; ni'Tîb', c'est- 
à-dire que le subst. en bébreu n'est point ici précédé de b et que 
le '5 du verbe est déjà rendu par le tou de dva-. ; en d'autres termes, 
le traducteur tire ce v.z, et sa construction de lui même v. d'autres, 
exemples identiques, Viteau, Et. Il, 210 rf, cf. c et, ib., ^ 207 . Pour 
nous, cet bébraïsme fait partie de la langue de l'auteur. M. Viteau 
[Et. II, § 267 1 y veiTait, lui, une sorte dbébraisme d'entraînement, 



li.iutps classps si raffiuées, si ailtivées du i" et du ii* s. et ftlus tard aussi, ce fut la 
lanque du .\. T. Les ln-braïsmes u'étaient point nécessaires pour eflaniucher ces fins 
lettrés; (|uand ils lisaient (cf. Norden, U. .'i20 s.) ou entendaient dire : 6 J)v t\a tôv y.6>,Ttov 
Toù itaTpÔT J". 1, 18 (cf. ci-dessus ô f,v, part, passé), oùx £/.£Tc otà ib (j.yi aÏTEÏcôai 
yjiàn" atTeixE xai où ),a|jLg(iv£Te, Siôrt xaxûiff atxEïîjOe Lac. ep., 4, 2-3, l'actit et le 
moyen mêlés, [laxifio; à/OfwTio; ô; sups aoçîav Prov. .3, 13, TîaaspâxovTa, vixoûvti, 
TtapaSoî du >'. T. (Viteau, El. I, XIX), bien plus, ([uand ils ai)prcnaient le nom 
des ade(ites de la foi nouvelle, -/ptdTiavoî, où le suffixe -avô; est latin, ils devaient 
croire à coup si'ir ipie la Grèce ancienne s'écroulait, (jne la patrie était perdue et cette 
Luigue leur semblait à bon droit papêapiÇouua xaxaxpâTo; xai 5o),oixi!;oyaa, papêapô- 
swvo; xal ôvo|jiaxoTtou'at; levai; oyvxixayjxévTi cf. Tliund), ïlellen., 180; v. les belles 
pages de Norden, 419 s. ; cf. L. Habn, op. cit., Pldlol.. Suppl.b. X (11)01), 4, p. 098, 
n. 60). Les Pères de l'Kglise répondaient qu'ils se souciaient peu de l'attiipie, que les 
écrits chrétiens parlaient la langue des bateliers, parce qu'ils voidaient être compris de 
tous et coïKpiérir le monde (cf. Norden, II, 321 s.). Tlunnb {Ilellen., 180) a justement 
conijiaré les païens de ce temps aux jiuristes modernes. J'ajoute que les Pères de 
l'Eglise ou, du moins, les apôtres ont aussi trouvé des imitateurs. Je lis dans le'ETxta, 
Athènes, 7 janvier 1908, p. 3, col. 4,qu';i Smyrne un papas, originaire de Crète a récité, 
pendant la messe, la prière dominicale en grec parlé. Il est vrai que ce prêtre fut tra- 
duit devant le saint Métropolite Ba<;i>.£io;, qui le fit enfermer comme fou dans un asile 
d'aliénés et lui fit, après huit jours, réintégrer son ile natale, ))our lempéclier de 
porter atteinte désormais à « la tranquillité publique ". — Je ne suis pas de lavis de 
M. Viteau [R. de Pli.. XVIIL 10), quand il dit, a propos de lac. ep., 4, 2-3 qu' « ils 
ne pouvaient employer le moyen d'instinct, comme le faisait le Grec de naissance ». 
Cette alternance entre le moy. et Tact, est luécisément curieuse comme phénomène 
d'évolution lente, et le grec a toujours évidué lentement. V. ci-dessus, p. 1*9, 



202 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

un hébraïsme de métier. Mais si le traducteur, de la construction 
hébraïque, a i-eleim b et en a lait ré(]iiivalent de cU, cela signifie 
donc que l'hébraïsme était désormais entré dans sa propre menta- 
lité et, par conséquent, dans sa propre langue. Aussi, quand il 
rencontrait ce même b^ il le rendait tout naturellement par tU -. 

:2 Reg. 7, 14 Icojxa-. aùxw si; TraTÉpa fSNtbV 1 Parai., S'a, 10 l'jzxi [xoi 
£îç 'jIôv (pb ■'b-rr'rT') xàyw aù-co si; zaTspa (Dxb ib-'SNi) ; ib., 28, 6, le 
second membre de phrase sv aùrto c^/a• ao-. ulôv = lab ■'b ia, n'est 
pas moins étrange. On relèverait dan 1res cas plus intéressants 
dans H. a. R. Dans tous ces exemples, il faudrait toujours le nomi- 
natif dans le grec de tous les temps: cf. Ep. Hebr., 1, 3 v^.og iao-j 
eI <7û, tandis que, au même endroit, quand il cite, il emploie Serra! 
[xot z'.(j ulov 'sur cette ép., Deissm., Herzog'*, 638, oO s. ; Rlass, G?'.^, 
290 s., etc., etc.). 

Voilà donc une préposition essentielle, la préposition sic, où le 
texte de la Septante ne saurait nous servir de guide. Il faudrait, 
avant de pouvoir les utiliser dans une grammaire historique, passer 
au crible tous les exemples. 

Nous allons aborder un genre d'hébraïsmes plus délicats, parce 
quils ne sont pa§ apparents et qu'ils sont, en quelque sorte, 
négatifs. Je choisis exprès, pour commencer, mon exemple dans 
la formule év ôvoixaT-., elç civoaa, qui a fait l'objet de tant d'études 
(v. bibliographie, p. 16ii. Nous avons vu, dans Heitmiiller ici-des- 
sus 179i, que. hors de la grécité profane, le type àv ôvôaaTt, avec 
le datif, était fréquent dans la Septante Heitmiiller, p. 47-o2, gr. 
prof., comparé avec p. 14-5 N.T., 21-3 A. T.). D'une façon plus 
nette, dans la grécité profane, papyrus, inscriptions, ostraka. etc. 
(v. bibl., ib., p. 47, 2), âv ovoulxt'. est très rare; cette rareté étonne 
Heitmiiller (p. 47-9», et Deissmann {Hib.St., 145) attribue le fait au 
hasard. Rien de plus régulier et, ajouterai-je, de plus attendu. Si 
la formule lU ovoaa abonde dans la grécité profane, c'est que les 
documents de la Koîvy, sont des témoins de tous points conformes 
au développement du grec ; on sait, en eiïet, que âv, dans le cours 
des siècles, a été remplacé par lU v. provisoirement Et. /?y.. V-Vlir. 
On saitque cette substitution est visible dans la prédominance gra- 
duelle des prépositions qui se construisent avec l'accusatif songer 
aux différents travaux de Tyciio Mommsen, Krobs ; v. bibliogr., Et. 
nr/., à notre Indexi. Or, ce développement régulitu- de l'accusatif, 
que Ion peut suivre à travers les auteurs, s'arrête brusquement à 
la Septante, où nous n'en surprenons plus aucune trace, puis- 
qu'elle n'offre, en quelque sorte, pas d'exemple de tU o^o\lx (v. Heit- 
mùllei-, MOi. Pourquoi cela? C'est que la Scptanle traduit constam- 



ESSAI SUR LE GREC DE LA SEPTANTE 203 

monl ûôa par h ôvoaar'. v. Hoitmilller, p. 21, 22, 23, 24, sans une 
seule exceplioii et (|iie h est la Iradticlion (lominanle, classique, 
convenue tle 3. Heitnniller et Deissmann ne s'en sont point aper- 
çns, parce qne, absorbés par les discussions sur le judéo-grec, ils 
n'ont point songé au développement général dn grec depuis l'an- 
tiquité jusqu'à nos jours. Les trois tU ovoaa de la Se[)tante, relevés 
par Heitnnilior p. 110), sont eux-mêmes des hébraïsmes et confir- 
ment de tous points notre assertion, puisque chacun deux rend, 
non point CC3, mais acr, et (pie "•? se rend i)ar i\; : Heltmiillei- en 
iait lui-même la remarque ib. ! Donc, nous pouvons voir mainte- 
nant les choses sous un autre jour : âv ôvoayT-., dans la Septante, 
est assurément grec, quant à la construction: mais ce qui cesse 
d'être grec, au point de vue de la morphologie et de l'histoire, c'est 
précisément l'emploi de Iv avec le datif, au lieu de lU avec laccu- 
satii", conformément à la marche normale des événements. 

Que ceci n'est point un hasard, un autre exemple nous le mon- 
trera. Nous y apprendrons du même coup combien il faut être 
circonspect dans cet ordre de faits, ainsi que dans lusage de la 
Septante. Dans un mémoire en cours, je retrace brièvement les 
origines de la particule négative moderne Sèv iSe devant spirantes: 
V. Essais, II, xxix s. , c'est-à-dire oùoév, avec déjà ce sens dans 
Homère, ojokv ÉT-.Ta; A 244 (= A 412 = n 274 et X 332, donc deux 
fois en tout. Plus tard, chez les Attiques, cet usage se multiplie : la 
synonymie parfaite de oôolv yjtov et de où/ y,ttov nous en est, pour 
le moment, -une [)reuve suflisante. Cetoùoèv s'établit délinitivement 
dans le sens de oj, ainsi qu'on le voit dans Hesychius (III, lo64i : 
o'josv àvT>. Toj o'j. De nos jours, oJ est totalement disparu, ne subsiste 
plus que dialectalement dans un palais de Tri'bizonde, et okv règne 
en maître, même dans la langue puriste qu'il envahit. Mais cela ne 
s'est pas fait du jour au lendemain. Cela s'est fait par à coups suc- 
cessifs. 11 y a cependant solution de continuité dans TA. et le N. T. 
De l'Ancien nous retenons deux emplois : Job, I, 52 oOokv y^aasTev, 
et 3 Macc, 3, S c/jokv ÀjO-xYiaÉvoç. Ce livre, comme on sait, a été 
écrit en grec directement Strack, Eiid., U\{\-~ , et, pour ce qui 
est de Job, lidce de en rien ' semble comme sous-entendue dans le 

I. L.i transition de sens entre en rien, rien i-t pd.i. est, comme on sait, des itlus 
faciles. En haya (ci-dessus, 187. n. 2\ bouna, qui répond à no», est léciuivalent exact 
de oCiôàv (6oM = rien, no, négatiou copulativc», d'après mon lils Ernest, »|ui a passé 
div-liuit mois en mission dans le Congo français et y a appris la lani'ue du pays. Je note 
aussi, au sujet de ce dialecte, cette ohseivation <iue je tiens du même témoin, c'est 
que, en baya, la déclinaison n'existe pas et se pn'sente, comme en liélueu, avec le 
pronom accolé, postposé au nom : chez lui se dit Ijou. Je ne tire de l'ensemble de ces 
faits aucune conclusion. Je les sifj'nalc. 



204 REVUE DES ETUDES JUIVES 

verset cf B. Diibm, Bas li. Hiob, 1897, p. 12 13 ; dans le N. T. 
nous avons des o-joév, mais qui ne sont pas plus sûrs que ceux de 
l'Ancien : 31t.. '27, 24 oôclv (ogeàeT gr. niod. oè -ùù.i , Act. 2o, 10 o-jokv 
YjOixT.xaç et trois fois dansl'Ép.aux Gai., 4. 1 ojo=vo'.a.p£Ç£'.,4, 2 ojokvak 
•/;o'.x/,craT£, o, 2 ojo=v wo£À7)C£'.. C'est eucore là un hébraïsme négatif: 
la Septante ne connaît que où', représenté toujours pour elle par son 
équivalent classique Nb cf. Slrack, He.br. Gr.^, Mtinchen, 1907, P. 
L. 0., p. ol : ïouzard, Gr. hébr., Paris, 1905, 342, î; 879 : Gesenius- 
Kautzsch-', 1902, p. 486 s., § 152: rien de semblable à oJokv en 
hébreu!. Des particularités de cette espèce pourraient être utiles au 
point de vue de l'étude des sources, comme, par exemple, pour les 
Actes H. Wendt, Z)/>,4j!;oi^G.,Gott., 1899, p. 19 s. : Zabn,II\342 : 
on pourra mieux reconnaître sous un écrit grec un original sémi- 
tique, suivant le plus ou moins grand nombre de ces hébraïsmes 
néqatif^. Lorsque les plus minutieuses monographies de ce genre 
sur une forme ou sur une catégorie grammaticale, auront été faites 
et menées depuis l'antiquité, la plus reculée jusqu'à nos jours, on 
aura là des points de repère inattaquables pour la critique et la 
jusie appréciation des monuments bibliques et de bien d'autres 
documents. 

,Ie clos ce travail par un exemple où j'espère montrer à quel 
point le grec moderne peut être de secours, non seulement dans 
la question des hébraïsmes de la Septante, mais encore dans la 
mise en valeur de la langue ancienne elle-même. 

Arrêtons-nous au mol a-.iavTo;: nous le rencontrons dans Homère 

Z 60 ÈçaTroÀGiar' . .à-yavTO'.. Y 303 aoavTo; oÀYTa;, puis chez Pindare 
0. 1, 46 àï-avTOç sTieXe; : N. Mil, 346 twv oà-yàvTojv xvoo; : Pv., XI, 30 

aç-avTov ^-A^^'. adv ). Ensuite, a^av-ro,- disparaît à l'époque atlique, 
laquelle ne connaît plus que àoavv-;. La poésie seule a retenu cet 
adjectif : Escb., Ag. 624 àvY,p a-^avroç è; 'A/atVxoy <jTiaTo-j au V 623 
oj/. £jxvj-Ta v'ivvïTa- ~T?jt. précède immédiatement , 657 ôj/ov-' àoav- 

TO'., 695r/vo;... aç-avTOv, 1006 aç.avTOv £iaa, Suppl. 779 aÉÀaç Y£vo{u.av 
xaTTvc»; vÉoscc. vîitovwv A'.oç" tô ttxv o xoxvto; aaTTSTr,; iVcro; «o; xôv.; 
xii'M -TTspÛYwv opoiaav DJnd., ôÀo'aav M. ap. ^Vt'i^^ XWVMI : auCUlU^ 

raison de changer, cf. Hom. Y 303, ci-dessus : So|)h.. 0.1». 5()0 

aoavTo; 'âsp^'-, 832 pa;T,v àoavTOç, Pbil. 297 âoavToy a^oi; : Kui'., Hel. KA\^> 
%-Jïtl<s às-av-o;, Herc. 873 s; Sôjxo'j; o'tjixsTç àoavTO'. oitaôasaO' 'HsaxÀÉo-jç, 
Hipp. 828 àoavTOç eI, Or. 1495 Èvsveto Sta-JTfô ocojjiaTov àçiav-o;, 1557 
i-javTo; oV/îTa-., fr. 781, 63-4 yx; Otiô xevOo; àç-av-rov £;au.a'jpwO(T) Nauck, 
l'r </r. fr., IS89 : Adespolon. ib., 127, 8, p. i^i\{\ aoav-o? xioçéCa. 
"A-.ixvTo; persiste encore phis lard chez les poètes, Théocrite, 



ESSAI SUR LE GREC DE LA SEPTANTE 205 

Àralus, Apollonius, où il est très fréquent, et chez d'antres épiques 
;H. S., s. V . Ensuite, nous le voyons tout à coup reparaître, en 
prose cette fois ci, à lépoquc hellénislique chez Diod. Sic, IV, (kj,!» 
àoavTo; èvîvîto, III, (30, :i ioxvTov -^vtinfix'. V. aussi Plut., Mor., éd. 
D. Wyttenhach, t. VIII, i, 183(1. p. :2U3, ou [)lusieurs exemples; 
pour Josèphe, v. Rrenkel, Jos:. u. Luc , 144 . 

Je n'entre pas ici dans l'examen de la question de savoir pour- 
quoi ce mot portique se retrouve chez les poètes attiques depuis 
Homère, ni comment il reparaît à l'époque de la Ivo-.v-/, . J'en parle 
ailleurs — après beaucoup d'autres. Un point tout particulier nous 
intéresse en ce moment. Ce même mot revient dans Luc 24, 31, 
dans des conditions toutes spéciales : àç^xvToç èvévè-o à-' aÙTwv, Ce 
complément circonstanciel indirect n'est pas grec'. Aucun des 
passages ci-dessus ne nous le donne. Dans Eschyle, Ag., t)!24. il 
n'y a point de vej"be et k\ en est indépendant. L'état ancien s'est 
lidèlement maintenu dans le grec moderne ; dans le grec le plus 
usuel, on dit, soit àç.av-o;, tout seul, dans une proposition exclama- 
tive constituée par l'unique a-^avToç : àç-av-o;! = il est devenu invi- 
sible! Il a disparu de la circulation, soit avec yivo-juLai : ev.vî a^pav- 
-o;, ULY, v/vr,; àoavTo;, etc, etc. Cela uous permet de comprendre 
pourquoi, dans les exemples classiques, le verhe qui accompagne 
xoavTo? V. ci-dessus , revient toujours à dire : devenir invisible, 
disparaître, s'en aller, elc, sans que jamais, toutefois, le verhe ait 
besoin de préciser, à l'aide d'un complément, le lieu ou l'entourage 
d'où Ion dispai'aît. exactement comme aujourd'hui, où l'on n'em- 
ploiera pas a-pavTo; à-::' àç.TOj; OU xoavTO; x~o ow, FUais x^xvto; tOUl 
coui't. Ce mot se suffit à lui-même. Il se plaîl toutefois parliculiè- 
renient, en grec ancien ainsi qu'en grec moderne, au voisinage de 
Y''vvoaa'. (Yîvo'jaxi). C'est pourquoi, dans Esch., Suppl. 771) ci-dessus , 
Y£vo;axv entraîne dans l'esprit du poêle le x-^xvto; qui suit. v. 781; 
je ne mettrais donc pas de point en haut après A'.b; et garderais 
ôÀoiixxv pour les mêmes raisons (ci-dessus . Je veux tirer main- 
tenant de celle explication la conclusion qui s'impose : àyxvroî 
ÈvÉvîTo àz' xJTwv de Luc nous olVre un curieux mélange de locution 
grecque xoxvtoî Y-Yvoaa; dans une construction sémitique à-' 

1. B. Weiss, Die Evany. d. Mark. u. LS', l'JUl ^ilans le kr. e.i ef/. Komrn. ii. d.S.T. 
de Mcyer), ad. L. 24, 31, p. 68.j, parle de « piâL'imntfr Koiislruktioii », ce qui sijL'uine 
qu'il a été frappé par ceUe construction insolite : c'est justi-nient parce quelle fait 
défaut dans les textes purement trrecs. — Dans la Chr. of Moi-., éd. J. Schinitt, 1904, 
V. 4720 -ô(7a ço-Jd-TiTa âsavTa va -rà £/a)|i£v xepoî'jei, i?. ne veut pas dire « iuuume- 
rable » «6. p. 001. Le passaire signifie (piclque chose comme ceci : nous avotis vaincu 
tant d'années idevenui-s) invisi/des. 



206 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

aÙTojv), car cet à-ô n'est pas autre chose que )j:, et Tauteur met 
ici aTio, simplement parce que le verbe correspondant de sens 
en hébreu, n^y, latidt, se construit, lui, avec )-i2 cf. Ges., J'h., 
s. V. nby '). 

Il est important que cet hébraïsme se trouve dans Luc Deissm , 
Herz.3, 637, 60-038, 1 s. ; Moulton, Gr., 13-4; Norden, II, 48o 92; 
Thumb, Helloi., 184, surtout 121; Th. Vogel, Z. Char. d. L., 7, 
3 s.; 12; 13 « Gra^ci sermonis ercditissimus »; sur sa connais- 
sance de Varaméen, ib., 14 s., mais v. 22, [i cf. Krenkel, Jos. ii. 
Luc, 11 s.i; p. 21 s.; 31 ; 34 s. ; E. Renan, Les Evangiles, 1877, 
p. 2o5 s. ; les rapports entre Luc et Jos. sont étudiés dans Krenkel, 
Jos. II. Luc, liste, p. xi s., v. ib.,'È'd, etc., etc.) : on voit mieux ainsi 
et, dans l'espèce, côte à côte, les deux grécités dont parle Deiss- 
mann /. L], dans cet Évangile. Cet hébraïsme a échappé à Guil- 
lemard [op. cit., Le, p. 23i, et cependant il les relève à la loupe 
(cf. également Theimer, Beitr., 14-loj, ainsi qu'à Krenkel, qui étudie 
spécialement ce passage dans son excellent livre [Jos. u. Luc, 
p. 144). Pallis (p. 212) traduit aùxoç toùç 'éyive aç^avroç. Il a bien senti 
que k-K àcj/Toùç ne pouvait guère convenir en grec moderne; il 
n'a pas osé, d'autre part, supprimer le complément circonstan- 
ciel et il l'a rendu par tojç; mais ce toj; est un hébraïsme et 
n'a rien de moderne (sur acpavxoç, etc., v. Ec pr. d. H. E., Ann. 
10U8, p. 46, et y corriger la faute étrange yba (!i p. 47, ib. pour 
ûby). 

1. Dalinan [W. J., U s.) dit avec raison que, dans la (fnestion des hébraïsmes dais 
le N. T., il faut savoir distinguer entre un hébraïsme proprement dit et un aranu'ïsme. 
Mais, dans le cas que nous envisageons, peu importe que ce soit de l'hébreu ou de l'uru- 
méen, puisque "JTO est commun à tous les deux (v. K. Marti, Kurzg. Gi: d. bihl.-ar. 
Spr., Berlin, 1896, dans la P. L. G., p. 97). Il n'y a point de aby, lafuil, dans Daniel 
(v. Strack, Gr. d. bibl.-ar., Leipzig, 190;J, Woiiv., p. 54*) ni dans Fr. Delitzsch.. 
l'rol. ein. n. hebr.-ar. Wôrt.b. z. A. T., Lpzg, 1886, cf. p. '215 c ou dans J. Levy, 
Cludd. Wor/.b., Lpzg, 1867 (l'ar. obj* s'emploie, comme on sait, dans un tout autre 
sens; v. à nus divers renvois . Mais nous ne pensons pas (jue celte lacune accidentelle 
entame notre raisonnement. Sur les araméismes dans le N. T., v. Allen, Expos. T.. XllI, 
(1902), 328 s. ; Swete, The Gosp. ace. to St Mark, op. cil., xi.i. U s'agit de Marc, et 
non de Luc ; mais la question est la même, puisijue les araméismes de l'un ont passé 
dans l'autre (Allen, l. L, 328 a). J'ai tenu à savoir si "y avait un équivalent de cons- 
truction et de racine en arabe; vuiii ce que m'éçrivail à ce sujet et au sujet de la 
négation la. eu date du 18 Février 190S, iimn très regretté ami et eolléguo, Hariwig 
Derenhourg : 

« La racine ûbj', nifal ûb?; " se cacher de », n'a d'équivalent dans aucun arabe. 
On n'y connaît que la transcription x'-^ de l'hébreu D^T? et une racine |«Jc signi- 
liant « apprendre, savoir », d'où les fameux nul 'inà, qui j> ni-iit un si grand rôle d:ins 
le monde musulman. 

Je ne connais lien do semldable à ii D rrdoulilement de la m'iiation V. » 



ESSAI SUR LE GHKC DE LA SEPTANTE 207 

Je termine ici ce long mémoire, trop court peiit-èlre pour le 
sujet auquel j'ai osé m'attaquer. Jajoulerai deux mots, en linis- 
sant. Si sur les trois points examinés ci-dessus — constitution du 
texte de la Septante, liébraïsmes à écarter, liébraïsmes à recon- 
naître — je ne me trouve pas complètement d'accoi"d ni avec la 
critique allemande ni avec la critique anglaise, puisque, même 
dans la question des prétendus liébraïsmes, je cherche à les con- 
trôler d'une façon quelque peu difîérente, je n'en dois pas moins 
rendre un hommage éclatant à l'une et à l'autre de ces deux cri- 
tiques, qui, seules, ont rendu la discussion possible. En France, 
nous n'avons rien ou presque rien dans cet ordre d'études. En 
dehors de quelques autres travaux, les beaux livres de M. l'abbé 
Viteau sont notre unique apanage, et encore ne s'est-il principale- 
ment occupé que du N.ï, On a vu, d'autre part, que nous ne parla- 
gions pas ses points do vue. En Grèce v. bibliographie, p. 101 , on 
s'est occupé davantage du texte de la Septante et de la version elle- 
«lème. J'ai voulu, dans ces quelques pages, pousser un peu plus- 
loin ces études. Elles prennent, ce me semble — et ce sera là ma 
seconde réflexion — plus d'importance chaque jour. Le livre excel- 
lent de Frankel représente en somme une opinion trop retarda- 
taire, où se laissent surprendre quelques préoccupations confes- 
sionnelles ou, tout au moins, conservatrices. Il y a mémo, p. "KVi s. 
(cf. 164 s.i, une dépréciation presque systématique de la Septante, 
dans l'intention de conserver au texte hébreu une supériorité abso- 
lue. La pierre de scandale, la fameuse addition du texte grec AiéX- 
Owaev eU tô -jtso'Iov Gen., 4, 8, proposition essentielle qui maïuiiic au 
texte hébreu, donnerait à croire — entre diverses preuves — que 
les Septante ont connu un autre texte que le notre v. Snele, Intr., 
44^ s., où liste des divergences; Swete garde une attitude très réser- 
vée; cf. Smith, Dict ,111, 1"20X, l!209: songer aux travaux projetés par 
Lagarde, cf. Sept. St., p 3 ; Swete, Intr., 494, 490 . Frankel - qui 
accentue bien mal le grec ! — se tire de ce passage comme il peut 
(p. 107 . Il est possible ([ue son explication puisse se défendre. Mais 
une comparaison méthodique, que nous voudrions bien voir entre- 
prendre, entre la Septante et la version samaritaine \Pentateiichiis 
samari tamis, cdd. H Petermann et C. Vollers, Berlin, 187^-1S!)l, 
en caractères carrés hébraïques , versions qui coïncident entre 
elles sur tant de points (v. Frankel lui-même, 34, 35, 209, n., mais 
cf. 404 ; rappr. Ucb. d. Ein/L, 105, § 40 s. — le AiéXOioulev, etc., n'y 
manque pas! — nous réservera bien des surprises cf. R. Simon, 
240 6, où le rapprochement entre ces deux textes a lieu). Dès à 
présent, les ouvrages importants de Jahn, mentionnés à ce dessein 



208 "REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dans notre ])il)liograpbie, démontrent que, pour les livres examinés 
(Daniel, Ézécliiel; v. aussi Berl. ph'U. W., 1907, 1688, surtout 
11)8 o, la Septante repose sur un original héhieu différent de celui 
que nous possédons aujourd'hui. Cette opinion perce déjà chez 
R. Simon p. 191 b suiv.. Il ne reste plus qu a l'éprouver définiti- 
vement. 

[Rédaction et documentation closes le 24 février 1908.) 

Jean Psicuari. 



LA liliCITATIO.N DU SCIIKMA ET M LA UAFTAUA 



M. Elbogeii vient de publier un ouvrage où il éUulie les prières 
principales de roiïïce du matin ainsi que la « Aboda » du Jour du 
Pardon '. C'est une contribution importante à Tbistoire de la litur- 
gie juive et Tautenr mérite notre sincère gratitiule pour avoir consi- 
dérablement enrichi nos connaissances sur ces (jueslions. 

Tandis que la deuxième partie du livre est une histoire complète 
du travail liturgique qui s'est exercé sur le « culte » du Jour du 
Pardon, la première, qui avait paru antérieurement en anglais dans 
la Jewish Quarterly Review-, est limitée à quelques points essen- 
tiels des «éléments principaux de la prière du malin», le Schéma 
(p. 3 8:2' et la Telilla (p. 83-48). L'auteur parait avoir ignoré mon 
article Origine et histoire de la lecture du Schéma et des formules 
de bénédiction qui V accompagnent'^ , où les questions qu'il traite 
ont été examinées à côté de quelques autres. Il semble que mon 
article Liturgg de la Jeicish Enci/clopedia \ où les principaux 
résultats de son travail se trouvent déjà indiqués, ait également 
échappé à son attention. Renvoyant le lecteur à ces deux études, 
je me contenterai, pour éviter les répétitions, de l'cvenir sur les 
points où je ne puis m'accorder avec M. Elbogen et sur ceux où ses 
assertions me paraissent devoir être rectiliées ou complétées. 

M. Elbogen avance « que yn^ hy ons Meguilla, iv, 51 est Van- 
cienne désignation tecliniciue pour la recitation du Schéma et des 
bénédictions c/ui l'accompagnent dans l'office public du matin. 

1. I. KlbOL-^rii, Sludien zur Gescliiclite der judisc/ien Gotifsdieiisles. Berlin, 
Miiycr et Millier, 11)07 ; in-S» de viii + 192 p. (Scliiit'ten der Leliraiistalt fur die 
Wissensch.ift des Judeiitiiiii'i, Dand i, llel't 1-2). 

2. J. Q.R., t. XVllI et XIX. 

:). Hevue des Éludes Juh-es, XXXI ,lS"J.j), 170-201. 
4. Jeir. Encycl., VlII. 132-liO. 

T. LV, x» 110. U 



210 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Nous y ajoutons les bétiédiclioiis, car elles en font également par- 
tie, comme le prouve la phrase nT-nî^» rti^-i nVj bD "^w^ min-" 'i 
3>7ûO b'J dtiî:"' kSb vw^Tû qui se rapporte évidemment à l'culogie 
^is -liTT en tête de la prière « (p. 5). J'avais, moi aussi, cité ce 
texte ', mais j'en avais joint un autre encore plus probant. On lit, 
en etï'et, dans la Tosefta de Meijuilla,\\, 27 : ']-)372r!"i vtj::) ?y Diisn 
1-11 riT -^-iri n^y ûiîi Xù^ ^ri1^s "injî '-rj^ Nb rm^Ton b:»! m-i-'s- by 
m-nn. Le passage parallèle du Yerouschalmi- est ainsi couru: "^in 

r;;:'i Nb rmna »-nm:oi*r; mij^Ton br^TD phn by inaTom N^nia -i"UD7:m 
'iDT mn riT "^"in n":» ûïît Xû^ i«i:y nnx. On voit donc que jpwo b:' o-non 
ne s'applique point même aux bénédictions, mais à elles en pre- 
mier lieu. C'est ce que prouve aussi le texte des Halachot Guedolot 
cité par M. Elbogen et dont voici le commencement et la fin : ■^î*» 
niTva ■'T^n-' 1it2t "^ci-îp miD-iTo nu:?;: N7:->b nît y720 by roms Vn 
"i:-'^m ^i-im nciip n»ib iin-'b t^^dx -^no innm nonp :!bT' htd'îi -iiwS 
moj'To mn:: y7:a by v^^ii- T^"* pm.-- ^ 

L'histoire d'Eléazar Hisma montre semblablement que par o-no 
y»TB bj» on entendait avant tout les bénédictions, car elle est intro- 
duite par cette remarque : quand dix bommes entrent dans une 
maison en deuil, qu^aucun d'eux ne peut dire les bénédictions de 
circonstance, et qu'ensuite vient quelqu'un qui ouvre la bouche 
pour les réciter, il est semblable au «lis entre les épines». On peut 
encore comparer au lis entre les épines celui qui, dans une maison 
de noces, prononce les bénédictions des noces et celui qui, dans la 
synagogue, est ^toï; \>y oms et r!n\-in i;sb imy. Ensuite vient l'anec- 
dote de l'humiliation d'Eléazar Hisma, qui, à l'invitation de la com- 
munauté qui lui disait onns et mn:?, répondait : ton ^y^h (je ne sais 
pas) et se laissa ensuite instruire par Akiba. Et voici les derniers 
mots: ...R. Yona enseignait à ses disciples les bénédictions de 
mariage et de deuil, afin qu'ils fussent instruits de tout '. I.o 
contexte montre clairement qu'il s'agit des niDia, car le Midrasch 
veut justement insister sur l'importance qu'il va pour les rabbins 
a"^»Dn ">T)3bp à pouvoir remplir à l'occasion les fonctions qui incom- 
bent régulièrement au scribe "idis ou à l'officiant im. On dit, en 

1. Revue, l. c, p. l'J7. 

2. j. Bemchol, 9 c eu l)as. 

3. Cité par Ëlbogen, p. 20. Cf. aussi le passaifi^ dos Hal. Gued., éd. HildcslieinuT, 
p. 249, cité par lui, p. 5, n. 1, et celui des Hulachol d'isaac ibu Gavvat, I, ;J9, au 
uom d'Amram Gaon, cité par Biicliler, Revue, U"V. 202. u. 8 : rT^bo n7jT"S5 '\^'^'D 

nnxT "i;'^^nr:o ']-)'2i2 LDmcDn DT^n n-ia-iyn' y » c by cinsb ni2j: 

4. Sc/tir r., ii, 2 ; Lvv. r., x.viii, 4. 



LA RÉCITATION DU SCHEMA ET DE LA liAFTAHA 211 

effet, dans le Talmud ' : yi:^ by 0"n;n -id":cs. Le Traité Soferlm 
est un Manuel du «sol'er»; aussi ivunit-il les règles du scribe et 
celles de rofficiant. Le peuple témoignait son respect en conliant 
au «docteur» riionneur de réciter le Schéma et la Tcj'dla. Il 
attendait aussi de lui qu'il put dire dans une maison de noces ou de 
deuil les bénédictions d"usage. Parmi les choses qu'un D^n T»bn 
doit apprendre Rab compte tD-'ïrn nDin-. Comme le particulier réci- 
tait un -nwS "iitr et luie nnrîN sommaires, on s'explique qu'Eléazar 
Hisma n'ait pas su dire la version plus longue. Ce n'eût pas été le 
cas pour le Schéma seulement. 

Il est donc certain que yrj^ by omo comprend les bénédictions 
du Schéma ; la question est de savoir comment ce terme fut intro- 
duit. Dans sa belle conférence sur la prière, M. Israël Lewy dit : (■ ce 
paragraphe (le Schéma) fut sans doute jadis — c'est ce qui semble 
résulter d'une ancienne source — récité alternativement, verset 
par verset, par l'ofûciant et par la communauté, et c'est sur ce mode 
de récitation qu'est fondée l'expression j'K'J by oi-is « partager le 
Schéma»^. M. Elbogen se rallie à cette interprétation: «Le sens 
fondamental de D"io est «séparer, briser». . tous les dérivés de 
cette racine et toutes les liaisons qu'elle reçoit nous ramènent 
toujours à la signitication de «partager, réduire en morceaux». Il 
est naturel de supposer que la manière dont on récitait ces pièces 
liturgiques a déterminé le choix de notre terme » (p. o). Après 
avoir reconstruit pour ses besoins, à l'aide de Tos, Sota, w, "2, '6 ; 
j. Sota, :^ c et b. Sota, 30 b, la forme primitive de la.baraïta sur la 
récitation du Schéma, il en déduit que « par yiyo by o-:d, on enten- 
dait une récitation verset par verset, dans laquelle l'officiant et la 
communauté alternaient» (p. 7). 

En présence des passages cités précédemment, on accordera bien 
la « récitation verset par verset » du Schéma, mais on contestera 
qu'elle soit contenue dans l'expression siyQ hy diû. Le verbe ono 
ne signifie nullement « réduirp en morceaux», c'est-à-dire en 
plusieurs parties, mais seulement « rompre, diviser en deux 
parties » ', de là le substantif onc « moitié w, etc. Il est encore à 
remarquer qu'on n'emploie jamais le mot ons à propos du « hallel », 
qu'on récitait également « réduit en morceaux ». Il me paraît donc 
absolument certain que rexpression ^720 \>y ono a été formée pour 



i. Sola, 30 /j. cité liai- EUiogeu, \>. 6. 

2. ]l oui lin, 'Ja. 

3. Monalfischrift, XXW • 1886 , 120. 

4. V. les iiassab'fs dans Lewy, Sh. W., IV, 122-123. 



212 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la récitalion des bénédictions du Schéma. Je continue à tenir pour 
l'explication la plus simple celle que j'ai i)roposée dans mon 
ai'ticle ' : C'est ([ue D"iq est emprunté à l'araméen, oii']"i3est lendu 
l)ar ons- ; yjz-û by d'hd équivaut donc à yj^-o: hy '^-a». Dans le néo- 
hébreu on emploie aussi did pour '^^a dans la bénédiction du 
repas, comme on le voit i)ar le texte suivant^ : ^ai-iD D'in dtid"i ab 
pinb ■'i:: inin "^^abn Vj3"5 ni- omc bnN nriToy bDiN "js dn nVn linmNb 
N'i:i72 Ni:"^^ ■'"Di'N M?3»3i bbTtii mn^T^n. M. Elbogen lui-même 
remarque avec raison au sujet de ^toû ni« 'j-'Id'tid : « C'est une sin- 
gulière expression que « rouler » le schéma ; elle pourrait, comme 
onc, être empruntée au langage de la table et là les deux mots 
paraissent avoir été transportés du langage de l'habilleiuent '■ ». Mais 
il ne lait qu'effleurer cette conjecture, car il se décide pour le sens 
de « réduire en morceaux », que o'is n'a jamais. Si la bénédiction 
du repas est donnée comme biblique d'origine, et rapportée à 
Deut., VIII, 10, tandis que toutes les autres sont considérées comme 
jabbiniques •*, c'est la preuve que cette bénédiction est la plus 
ancienne ou du moins une des plus anciennes. On s'explique ainsi 
facilement que le terme d^id ait pris le sens de « dire une béné- 
diction », car on en disait toujours une en rompant le pain. 

Je crois qu'il faut supposer cette filiation des sens dans le Tar- 
goum Jonatan sur I Sam., ix, 13, où nnîn ']n2i Nnrr "^^ est rendu par 
5<nos3 D"^-i2-> Arouch) ^ On trouve la même expression dans le 
Talmud palestinien. Un passage de Moed Katon, qui ne se trouve 
plus dans nos édilions ', dit : ^'iTONya l"irîm bin^ uns» D'^'^d bat^n rr^an 

rs^y ai:y Ej-^or NbT T^w:?n îî"^!! 'nns-ia. Le rapprochement de 

1. Lnc. cil., p. 107, 11. .'j. 

2. V. Lewy, Targ. Wôi'lerbxich, s. /'. 
.'!. Rosch ha-Schana,2d/j. 

4. Op. cit., p. y. — On lie peut p;is admettre (jue OTD ;iit été emprunté au lau- 
tragc de riiabilleiueut, car ce verlic signifie « étendre » à proiios de vêtements et 
« roniiirc » à propos de pain (cf. Isaïe, vi.iii, 7 : ']7ûn'5 Dyi'î 0"12"' ; pour '^'ID 
reinprunt est à tout le moins inutile, car le pain plat des anciens pouvait èlie 
mangé roulé. 

5. ISerachol, 33 «. 

(j. V. la Septante, le Targoum, Raschi et David Kimlii sur Jérém., xvi. 7. La Se|i- 
tante lit : ûtlb TOID"' n'5T. C'est ainsi (ju'a lu également Ec/ta r., iv. 7. car il y est 

dit_: in-"::; '>i2 l'^a d.s î<"i-i p3-n r-i^iom '-n r-n'iT^^ '-i ûnb i'5î<u) a*»';:""?!? 
Dnb in"ip •>73 ^l'N N":-! ,b3N by anb id-id"> «bi n"173D ûTim"" ■>» ûnb 
'^D^ ']«nb nynb oino «bn ^<"^7ûD onb bu: noino 

7. V. Cnttniaiin, *n7jbnn nntW, 1, 1.S2, 11» 0. 
s. Lainriit.. I, 17. 
'•. l'iov.. \. :>J. 



LA RÉCITATION DU SCHEMA ET DE LA IL\FTAliA "213 

D">nD el de 'ri ms-a t'nlèvf toulc incerUtndo sui- la signilioation du 
preiiiicr mot Mais il faiU remarquer en même temps le rappro- 
chement de 0"»-i2 et de rr^va n'O'^iD, qui suppose une autre élymo- 
logie. En eiïet, dans nos éditions du 'largoum, n3Tn '^-Q"» ni- 'D 
(I Sam., IX, 13, est traduit î<3it» by sns Nin, ce qui est l'abrégé de 
•'mr 0''-iE K^n. Dans Gen . xii, 3, le Targoum Y. traduit ']"'D-i37o par 
ibi:3 'jirT'T V^isT N"'2r:D ce qui, d'après Hoid/in, Ad a, signifie mo-ia 
D-'ini^b. Dans Nombres, vi, "23, li^inn est rendu dans le même Tar- 
goum par n:31i hy 'jim-' innsi-'^a II résulte clairement de ces 
lexles que t« ois, qui, en liéhreu, désigne la prière en général ', a 
pris en araméen le sens de '^nn, « dire une bénédiction ». 

Il est vrai que les prêtres étendaient la main en prononçant la 
bénédiction sacerdotale, mais des laïques pouvaient avoir procédé 
de la même façon aussi bien pour la prière que pour une bénédic- 
tion. Or il est lacile de concevoir, il est môme vraisemblable que 
c'étaient les prêtres qui, lorsqu'on institua la récitation quotidienne 
duJSchema, disaient les deux bénédictions qui le précédaient ainsi 
que celles qui le suivaient. A vrai dire, c'est la Mischna qui l'atteste, 
quand elle dit: «Les prêtres allaient réciter le Schéma dans la 
salle des pierres de taille. Le préposé leur disait: Récitez une béné- 
diction. Ils la récitaient, lisaient le décalogue, le schéma, etc.-.» 
Ensuite ils disaient aussi la bénédiction des prêtres. 11 est hors de 
doute qu'il s'agit ici d'une liturgie sacerdotale, et cette liturgie est 
en son fond identique avec celle de la synagogue. Je ne puis donc 
pas accepter cette thèse de M. Elbogen : « Le culte que la synagogue 
a développé prenait son point de départ dans la communauté-'. » 
La loi, aussi bien la loi écrite (jue la loi orale, était propagée et 
développée par des prêtres. Ezra< Simon le Juste, le premier des 
cinq couples étaient des prêtres. 11 est donc conforme à la marche 
de l'histoire que ce soient des piètres (jui aient créé les anciennes 
institutions religieuses, telles que la li'clui-e du schéma, des sections 
sabbatiipies, etc. 

C'est ainsi qu'on {)eut rapporter aussi aux |)rêtres le terme de 
a'Tso by 01^. En tout cas, ce qui est certain, c'est (pie déjà des 
Tannaïtes rapprochaient ons de i"» oid. Il est non moins sûr que 
0*1D dans le sens de r^-yz a été tiré de ::nb s-s. Quant à une éty- 
mologie de dis dans le sens de « n'-duire en morceaux », le Talnuid 
ne la connaît pas. De fait, Raschi cl Rabad disent seulement, l'un 

i. Is., I. i:i : J"li. XI. i;J: l's., c.xi.iii, (i. 

2. Tdtnid, IV, /. /'. it V //( iiii/. V. flevKC, l. <•., 181. 

3, (f/>. cil., ].. li. 



21 't REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

-ûT -«in )ydb D-iD, l'autre Nsbo srin o n nsn 17:3 ono ', car D"id signifie 
])ien «rompre, briser en deux morceaux», mais jamais «réduire en 
bec^ucoup de morceaux ». Mais comme cette étymologie ne s'adapte 
pas à la récitation du Schéma verset par verset, il faudra lécarter, 
malgré l'autorité de Raschi et de Rabad, et donner la prélerence à 
celle qui convient davantage et qui sappuie sur le Talmud ; elle 
consiste à dériver D"i2 de ûnb S"id, par abréviation o~d, «réciter une 
bénédiction », ou de T» dis, « étendre la main » pour la prière ou 
pour la bénédiction sacerdotale, puis « réciter une bénédiction » 
quelconque. L'expression yjz-:: n3^",D ne se trouve ni dans le ïalmud 
ni dans le Midrasch ; elle apparaît pour la première fois chez Amram 
Gaon, qui la sûrement tirée de la fausse leçon yn'û pn did. 3Iais 
cette leçon elle-même provient de non-i-: D"id «rompre un morceau 
de pain», d'où «réciter la bénédiction sur le pain». La double 
étymologie du mot sis explique aussi les deux constructions, 
avec by et avec rtî. En elTet, quand le verbe Dia signifie «étendre 
la main pour la prière », il se construit avec hy, et avec rii< quand 
il signifie « rompre ». - 

Sur Fenlogie i:s>i ûbiyb "im^b» -1123 aa ^7^12 M. Elbogen a une 
théorie particulière, pour ne pas dire singulière. Il croit que la 
communauté entonnait le bi^^'v^"» :j'WO et que l'officiant récitait alors 
leulogie à voix basse. Il s'appuie sur le Psendo-.Ionatan (Deut., vi, 
4) faisant dire aux fils de Jacob : « Écoute Israël, FÉternel est notre 
Dieu, l'Éternel est un ». Jacob représente ici l'officiant, ses fils la 
communauté. Cette interprétation soulève plusieurs objections. 
I" On ne trouve aucun autre exemple d'une eulogie d'adhésion 
prononcée par l'officiant. C'est toujours la communauté qui inter- 
rompt par '^■nn et I^dî*. — ^^ On ne trouve aucun autre exemple 
d'un morceau liturgique entamé par la communauté. — 3" On ne 
voit pas pourquoi cette disposition aurait été renversée plus tard. 
— 4° Les mots «écoute, Israël» n'ont de sens comme vocatif que 
si c'est la communauté qui est apostrophée, mais non si c'est l'offi- 
ciant. Comme le Schéma était récité en alternant les versets — 
M. Elbogen ladmet également — ce devrait être la communauté 
qui reprendrait api-ès ^"oan, alors qu'un passage dé'cisif dit - : n^nsn 
v-)ni< Y^^y im nbnn nmo .\ir;o noirn n-'na y7:o by 0-112. D'ajirès 
l'opinion de .M. Elbogen, les mots, r^bno nm::, (pii figurent dans les 



N:i'?r) o-iD I3':rn l" dd Tn^j^ -i"..s ■:<r,r, oi^n m^yr; c~c3 \. '/"'/., 'i~i i>, 

(>:i hn.n\). C'est co ii.issaL-^i- (|iii est la souivo tli> l\'\|ilicali(iii. 

2. Sola. ;{()/.: cf. Tos. So/ti, vi, 3, tcxli' i.-itr- par Klbou'cn, |i. 0. 



LA RÉCITATION DU SCHEMA ET DE LV IIAFFAHA 215 

sources et qu'il conserve dans sa reconslilution du texte primitif, 
ne seraient pas à leur place, car ce n'est pas l'officiant qui com- 
mence. On devra donc s'en tenir à l'ancienne inlerprt''tation : par 
Sc/ieiua hraël, c'est l'officiant qui interpelle la communauté et non 
la communauté l'officiant ; l'officiant s'adresse à Israël, et non 
Israël à l'officiant. Il en fut tout autrement pour Jacob et ses fils : 
là Jacob seul s'appelait Israël. Le Targoum intervertit donc avec 
esprit l'ordre en usage et croit que ce sont les fils de Jacob qui 
s'adressèrent à leur père en disant : écoute, Israël '. 

Une Miscbna dit : « Celui qui lit dans les prophètes, récite le 
Schéma, s'avance devant l'arche et dit la bénédiction sacerdotale. 
Si c'est un mineur, son père ou son maitre s'avance à sa place. Un 
mineur peut lire et traduire dans la Tora, mais ne récite pas le 
Schéma, ne s'avance pas devant l'arche et ne dit pas la bénédiction 
sacerdotale -. » Là-dessus M. Elbogen ^ pose plusieurs questions : 
« Qu'est-ce que la Haftaract le Schéma ont à faire ensemble? Puis, 
pourquoi l'exercice d'une fonction cultuelle antérieure est-elle 
rendue dépendante d'une fonction postérieure? A-t-on seulement 
déterminé en principe qui avait à dire la Haftara? Le récit de Luc, 
IV, 16 etsuiv., ne donne pas l'impression que la lecture des Pro- 
phètes dépendît d'une autre fonction et nous n'avons absolument 
aucune raison de nous défier sur ce point de la peinture de l'évan- 
géliste. » M. Elbogen réfute alors l'explication de Raschi et conclut 
(jue notre Mischna ne formule pas de loi, mais indique un usage : 
« Si quelqu'un ^a'U lire les Prophètes, on peut sans crainte le laisser 
fonctionner aussi comme officiant. S'il est mineur, le respect de la 
communauté ne permet pas qu'il fonctionne en personne, mais les 
personnes auxquelles il est redevable de son savoir, son père — et 
celui-ci était à l'époque la plus ancienne le maître de ses enfants 
— ou son maître s'avancent à sa place ; on peut être certain qu'ils 
possèdent les connaissances nécessaires à l'officiant '. » 

On voit que M. Elbogen, daiis son explicalion de la Mischna, 
se tire mal déjà de la dernière phrase. Est-ce que tout fils savant 
a un père savant? Les mots it' by V^i^ signi(ient-ils simplement: 

1. Cf. Revue, l. c, 183, u. 3. — Sur Ellioirrii. p. 18, je n-nvoii' éLraliMnciit à ce que 
j'ai écrit au même jiassaijc de cet arlii-le. 

■2. Meyidllu, iv, o i,l). Meq., 24a) : Nim ?7:a b^ OIIS NTH N'3:3 "',"'::D7jr: 

by l'^-i3i3' 13"! IX T>2X pp rr^n nxn ."fss Pi< nc^^ Nim -ith "':d"? -\•:i^y 
■^ss':' naiy -.ri<T i*^:a "?y c-,ie i^wX 'r::wS c:;-.p7:t r.-nra .s-iip \-^-^ .it^ 
vss PN {<":;•: i:\si n^'pr;. 

3. I>. 11 et s. 

'i. 0/-. ril.. |,. !.!. 



216 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

« ils s'avancent à sa place » et ne sigiii(ient-ils pas pliilùt : » ils 
s'avancent à sa place grâce à son nK'i'ile» ? Pourquoi rénuméralion 
comprend-elle la bénédiction sacerdotale ts:d n;^ N'::i:\ qui ne 
demandait pas une science profonde? Mais le point de départ lui- 
môme est faux. On explique que celui qui sait lii'e les l'ropliètes 
peut aussi réciter le Schéma et la Tefilla. Mais l'histoire d'Eliézer 
Hisma montre le contraire. Les docteurs palestiniens étaient tous 
familiarisés avec la Bible, et pourtant ils étaient obligés d'appren- 
dre à part la récitation du Schéma et de la Tefilla, car, ainsi que 
le remarque avec raison M. Elbogen ', « tous ne possédaient pas 
les connaissances requises et Texpérience suffisante, tous n'avaient 
pas la présence d'esprit nécessaire pour pouvoir officier en public ». 
Que la lecture des Prophètes ne présentât i-jende singulier, c'est 
ce que prouve la Mischna elle-même (juand elle cite comme nor- 
mal le cas d'un maflir mineur. Des enfants qui, non seulement 
lisent la loi, mais encore la traduisent, sont capables aussi de 
lire un morceau dans les Prophètes, surtoul s'ils s'y sont préparés. 
Qu'il me soit permis d'examiner ce point plus en détail, afin 
d'éclaircir le véritable sens de plusieurs textes de la littérature 
traditionnelle. 

J'avance qu'en Palestine, c'étaient, en règle générale, les écoliers 
qui se chargeaient de lire la Loi à l'office. C'est ce qui ressort des 
passages suivants : « On ne doit pas lire (le vendredi soir) à la 
lumière d'une lampe. Toutefois, le surveillant de la synagogue 
peut regarder où les enfants lisent, mais lui-même ne doit pas 
lire-. » Il est évident que les enfants préparent une dernière fois le 
vendredi soir la lecture du lendemain aidés par leim, qui pourvoit 
à l'office et est en même temps instituteur. A défaut de lecteurs, 
c'est le lm qui s'en acquitte (nous l'appelons « surveillant de la 
synagogue » en l'absence d'un terme consacré) ; c'est pourquoi on 
lui défend de lire le vendredi soir. La Tosefta dit : « Enfants et 
maîtres i)ré|)arent leurs sections le soir du samedi, à la lumière 
d'une lampe ^ ». Une baraïta dit la même chose en d'autres 
termes : « Les écoliers règlent leurs ^sections et lisent à la lumière 
d'iuie lampe ' ». Une troisième version de cette prescription est 

1. Op. cil.. |i. 11, 

2. Sabba/. i, : p-^n HNTi ]inn (''il. Ti7:ï<' n?:.N3 -i:r! -nwx"? N-.p"' ws't 

:{. Tos. Siihimi, 1,12 iiio, 2i Ziickci-inaiHli'r, : -,::"ix 'Tv^-^'t"::. p py^r'w' p-: 
-13- -iin":» n^'vU. ■•'^v in"'m"'C-iD 'j"'3"'P'~"2 n"n mpirr. 

\. Saii/jcii, i:î(/ 011 iiiiiit : "j-i-noT^ TTî p") rr^a bu: mpirTn "i:jtn 5"2'i;~ 
nsn mî<'? ^mpi mv,:;'^r. 



L\ RÉCITATION DU SCHEMA ET DE LA IlAFTARA 217 

(lonui'V par Simon bon Gaiiiliol : » On peut n'-lec aux onlanls les 
débuts (le leurs scetions à la lumière d'une lampe ' ». 

Il est tout à fait ('vident que, non seulement les trois baraïtas 
citées au nom de Simon b. Gamliel, mais même la Mischna disent 
une seule et même chose, c'est-à-dire que même la 3Iischna 
reproduit l'enseignement de Simon ben Gamliel. Cet enseignement 
est formulé sous les quatre formes suivantes : 

Vmp mpirn- ]z^r, r.n'i-', ^-nr, A 

î-i'ro-\-ù "(-«mD?: v- -p-i p-'3 "■jo r-.ipTrp- ..'5 
p"'p(Y:cD •'w\S"^ "-'■: ';-'rpn7j i^.i-p^z-'Dr, .'t 

Dans toutes ces variantes il est question de linstitutcur et d(* ses 
élèves, auxquels on montre où commencent leurs sections; il est 
donc clair qu'il s'agit de la préparation à la lecture du Sabbat. 
Il faut montrer à chaque enfant où commence sa section; il 
s'exerce sur cette section encore une fois la veille de la lecture 
sabbatique. Quand l'écolier connaît bien le commencement, la 
lecture du morceau, qu'on lui a d'ailleurs déjà appris précédemment, 
va toute seule, comme on dit. Ce qui était donc important pour 
chacun d'eux, c'était de connaître le commencement de sa section. 
L'expérience nous apprend que la mémoire de l'enfant ne retient 
pas le premier mot. Les variantes '{-■'pnos ■'OwSi et irs-'prD ""c:»"! 
proviennent de ce qu'à l'école c'était le commencement du verset 
qu'il fallait « régler >>, tandis que pour la lecture de la Tora, le 
samedi, c'était le commencement de la section. Pour tirer les 
élèves d'embarras dans l'un et l'autre cas, les maîtres de Bible 
eurent l'idée de marcpier dans le texte même le commencement 
des versets et des sections, de façon que les enfants pussent se 
passer de leurs instituteurs sur ces deux points. 

Tel est le sens d'un passage mal compris du Traitr Sofcrim : 
V Un rouleau de la loi, (jui est (iivisé en sections ou dont les com- 
mencements de versets sont marqiK's par des points ne peut pas 
servir à la lecture i)t'n(lanl iolïice - ». Cette défense se rapporte 

I. j. >v<//Art/, 3 A .'Il ii.is : ■^u;ï<"i yrh ";"';"'pn72 mpi^à-Ti T:ii< ^''^cn "in 

"i;n "lisb ■jTT'piOD. Au lii'u de 1r;"'pi02, il '""t l'i" 'jr;"'pOî:, i-omiiie ou dit ;iu 
nii'me (Midroit à inopos de cotte barait.i : 'j'^pOï: 3''p~D """wX"! ";pP"Û ^TiT.. — I-a 
lecture fli's livres saiuls était aussi usitée eoiuuie moyeu de protection contie les 
démous: c'est aiusi que je crois comprendre le passage suivant de la Tosefta : T'iCJtT^ 

r-iaw ■''r"<"D:! n"? 'd3X -^''•wn zv -c-i^■p7', "«apr^ rmpi nr-'cn 2" ';'"'^sri3. 

■1. Mas. Sa/., III. 1 : 13 ^<"^p■' '7Î< T3C û^piCO "^wS- t^p^yC IS ipCCC "IDC 
MiUli r. Massec/ic/ Soferint. p. H. n'a pas l'oinjnis cr texlr. Les ler(uis di'S amiens 



218 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

premièreincul à des seclions et secondement à des versets. Les 
sections étaient indiquées au moyen d'un trait vertical — c'est le 
signe que dans notre système d'accents on appelle encore pgs ou 
p-ips — et les versets au moyen d'un point. C'est que depuis le 
deuxième siècle l'école a fait des progrès et a veillé à ce que les 
élèves pussent savoir même sans l'aide d'un maître à quel endroit 
commence une section. En revanche, les maîtres ont rétrogradé, 
car ils voulaient que les seclions de la lecture de la Loi, qui ne se 
confondent pas avec les para^cha ouvertes et fermées et les com- 
mencements de versets qui leur importaient, fussent marqués dans 
le texte même de la Biljle. Déjà Simon b. Yohaï dit que celui qui 
néglige d'étudier « ne trouvera pas h début de la section ^ ». 

Je crois avoir établi qu'il était courant en Palestine, au ir- siècle, 
d" faire lire des mineurs à l'office. Que si la Mischna de Meguilla 
dit D^nnTjT riiinn ^lyp pp^ elle ne fait en cela que codifier la pra- 
tique Cette codification était nécessaire parce qu'auparavant les 
enfants n'étaient sûrement pas admis à faire la lecture, de même 
que dans les siècles suivants cet usage tomba en désuétude. Etant 
donnée la connaissance si remarquable que les écoliers avaient de 
la Bible, les docteurs de la Mischna ne peuvent pas avoir tellement 
prisé la capacité de lire les Prophètes qu'ils en aient conclu à une 
science considérable. D'ailleurs, notre mischna elle-même suppose 
que môme des mineurs lisaient la haftara. Les Évangiles, qui 
relèvent souvent avec admiration les réponses faites par Jésus aux 
questions qu'on lui posait, ne voient pas dans la lecture de la section 
propliétique la marque d'un savoir extraordinaii-e, quoique les 
apôtres fussent de leur propre aveu des illettrés. Dans le passage 
de Luc, IV, 16-21, que M. Elbogen mentionne, on appuie, non sur 
la ler.turc delà section prophétique, mais sur la prédication qui suit. 

L'office se terminait, en effet, par la prédication. Paul et ses 
compagnons vinrent à « Antiocbe en Pisidie, se rendirent à la 
synagogue le jour du Sabbat et s'assirent. Après la lecture de la 
Loi et des Prophètes les chefs de la synagogue leur firent dire : 
Vous, hommes et frèi'es, si vous savez une parole d'exhortalion 
pour le peuple, parlez. Paul se leva, fit un signe de la main et prit 

iiult'urs im'il cite luotitrent qu'à nue (''poquo ri'culrc un w s;t\;nt plus ce «[u'clle pouvait 
siiriiiricr. — Los mots Î<np7:a ^l''^2^'^ (Néli., viii, S; l'taicnt rapporli-s itar (laucuns 
aux couiuu'uccnii'uls (le versets : Û^plCC "'ON") ri'îN D'n'^TN O'^T (j- -l^<','/-< "< i''. 
1. 42). Le piOD CITO u'ost pas moutiotiiié par les aueieiuies soui'ces. 

\. Sifrc DeuL, W ^83 A riieiluiaunl : riCID b'J r.npD cp3": î^ino Y''^^2^ 
Nlt"l7Û "!3''NT. L'article HP-î uiaïKiue dans Uaeher, Terminologie, 1, 1G2 ; le mot n'est 
pas cité non pins à l'arliclc rîTnn W- lin-lOS). 



LA RÉCITATION DU SCHEMA ET DE LA IIAFTARA 219 

la parole. . J ». Comme R. Eliézer prêchait trop longtemps le jour 
de fête, les assistants s'en allèrent en groupes. Finalement il ren- 
voya aussi ses élèves-. Il résulte de cette histoire qu'on finissait 
par le sermon. Quand il y avait la un homme qui savait prêcher, 
on rinvitait à prendre la parole, ou bien il parlait sans y avoir été 
invité, comme Jésus. Ce dernier rattache son discours à la lecture 
du prophète '^ 

Il est tout à fait certain maintenant qu'Éléazar Hisma, connu de 
la communauté comme docteur, était également désigné pour lui 
annoncer la parole de Dieu, partant pour lire la hat'tara, à laquelle 
il aurait, comme le montre encore la Pesikta, rattaché son ser- 
mon. C'est justement à cause de sa qualité de docteur qu'on lui 
offrit de réciter le Schéma, puis, comme il avait décliné l'offre, la 
Tefilla. Cette histoire reflète déjà l'usage de confier au maflir toutes 
les fonctions de l'office. Le Talmud de Babylone a donc raison 
d'expliquer honorh causa '. Il arrivait parfois que la haftara n'était 
pas offerte à un savant, mais la règle se maintint, sans quoi la 
répartition des honneurs eût conduit en pareil cas à des contes- 
tations, comme un Amora en fait la remarque à ce propos. Les 
questions posées par M. Elbogen ont ainsi reçu leur réponse. La 
fonction la plus importante était justement « la lecture du Pro- 
phète », car elle était confiée au docteur. 

Ce qui prouve encore qu'il fallait résoudre d'avance la question 
du maftir, c'est la règle d'après laquelle, en cas de présence d'un 
traducteur ou d'un prédicateur, on ne lisait que trois ou cinq ou 
sept versets du Prophète"'. L'impression que produit cette pres- 
cription est qu'à l'origine on avait introduit la lecture du Prophète 
dans le but de faire entendre un discours à la communauté. De 
même que l'orateur partait du le.xte de la Tora qu'on venait de 
lire, de même le texte du Prophète devait contenir quelque chose 
de celui de la Tora. On s'expliquerait ainsi pourquoi on choisissait 
souvent des haftaras qui ne contiennent qu'un seul mot de la sec- 
tion du Pentateuque. Le Prophète devait remplacer l'homélie, qui, 
elle aussi, ne prenait assez souvent pour point de départ (lu'un 

i. Ai-tes, XIII, 15-10. 

2. Béça, \:,f). 

3. Luc, ibiit. 

4. Meg., 29 6. 

5. j. Me{) , Tni 1. 16 ilVn l);is : la'^n "^.".S .'5 a''Nmp 17:5-1111 ÛUJ C UN '^DN 

nn'rn ■'■'N-ip "jz-t» 'i ^"n^p triin '-i ■';:ip. So/erim, xu, i : m^ra r,^r, zaï 
't ix 'n iM 'j iwS N-'ara V"!''^^'^ ^i-n im iTja-nn ; iOUi., xiv, 2 -. n'?c: n"i3 

lïïîm N''?! i7:5-,n. 



220 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

seul mot (lu texte. Mais quil suffise d'avoir effleuré cette question. 
Rapoport conclut des passages de M. Soferim précités — il ne cite 
pas celui du Yerousclialmi— que le )uaftiré[a\l un homme savant, 
qui savait aussi prêcher '. 

L, Blau. 



1. Erech Millm, 1G8. — Encore fiiielques observations de détail sur le livre de 
M. Elboireu. P. 19-32, sur les variations dans les bénédictions qui encadrent le schéma. 
Comme rÉi-^yiite était depuis l'époque la plus reculée en relations étroites avec la Pales- 
tine, je crois qu'on peut admettre que la tradition palestinienne s'est conservée dans ce 
pays (de même Elbogen, p. 44). 11 est possible ipie, <lans son rituel. Saadia ait fait 
place à la litur^'ie de sa patrie, qui appartenait au domaine de l'Éifvpte ; il faudrait 
faire sur ce point des recherches de détail. — P. 39 : o Aujourd'hui encore c'est 
l'usaiie dans les communautés italiennes et sefardites que, le Yom Kippour. deu\ 
membres de la communauté soient placés pendant toute la journée aux côtés de 
l'olliciant ». J'ai observé cet usage dans la communauté sefardite de Venise même à 
Pàipie et un sabbat ordinaire. 



ETUDE 

SUR 

LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 

DU V" AU XIV" SIÈCLE 

(suite') 

CHAPITRE III 

SOLS LA DOMINATION CAROLINGIENNE (Sllifc). 
SOUVERAIN JLDÉOPHOBE : CUARLES LE SIMPLE. 



I. Larchevèque Théodanl (88.j-89o) et les Juifs narbonnais. — 11. Examen critique 
lie quatre diplômes de Charles le Simple relatifs aux biens immeubles des 
Juifs de Xarbonne : le diplùme du 1" novembre S98. — III. Le diplôme du 
6 juin 899. — IV. Le diplôme du 7 juin 922. — Y. Critique historiciuc de ces 
diplômes. — VI. Interprétation de la clause de ces diplômes relative aux pos- 
sessions juives : que celte clause n'implique pas la confiscation totale des 
immeubles juifs, mais la conliscalion partielle dos immeubles assujettis aux 
dîmes ecclésiastiques. — VII. Explications possibles de cette mesure illégale. 
— VIII. Conséquences de cette spoliation. — IX. Examen du (juatrième diplôme 
de (Charles le Simple ; critique diplomatique ou externe ; irrégularités de la 
date et des formules. — X. Criti<pie historique ou interne : identification des 
jiersonnages cités, et date de la rédaction du diplôme (918 ou 919). — XI. Iden- 
tification des noms de lieux, et conclusion en faveur de l'autlicnticité du (jua- 
lrièmedii)lôme. — Xll. Que ce diplôme ne fut pas exécuté : actes du 19 décembre 
9do-9o6 et du 2G janvier 976-917. — Xill. Conclusion : la situation politique des 
Juifs narbonnais sous la domination carolingienne est demeurée invarial>le- 
ment très prospère. 

I. — La situalioii des Juifs, en général, devient plus précaire à 
mesure que le pouvoir royal perd de son autorité. Sous les faibles 
successeurs de Cliarlemagne et de Louis le Pieu.v, les Juifs se 
trouvent en butte a la malveillance des églises, qui travaillent 
âpreraentau développement de leurs biens temporels. 

1. Vuir Heviiv. t. LV, p. 1. 



222 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

En Ire 8So et 80o, le siège archiépiscopal de Narbonne est occupé 
par Tliéodard, lequel semble bien n'avoir pas été favorable aux 
Juifs, s'il est vrai que quelque temps avant son avènement, dans 
un concile tenu à Toulouse, sous la présidence de Sigebode, arche- 
vêque de Narbonne, il ait donné la réplique aux Juifs de Toulouse, 
qui se plaignaient de recevoir un soufflet trois fois par an '. 

11. — La situation des Juifs de Narbonne s'aggrave sous le règne 
de Charles le Simple, ce roi sans couronne et sans autorité, qui ne 
réussit à se conserver des partisans qu'en les comblant de faveurs 
et de terres. 

Quatre diplômes de ce roi sont relatifs aux Juifs de Narbonne. 
Le second et le troisième ne sont que la confirmation du premier. 
L'authenticité de ces quatre diplômes ne nous paraissant pas abso- 
lument évidente, nous avons jugé indispensable de les soumettre 
à un examen critique. 

Le premier des calendes de novembre ^, première indiction, 
sixième année de son règne, à Vienne, le roi Charles le Simple 
confirme, sur le conseil de la reine Adélaïde, sa mère, les diplômes 
d'immunité accordés à l'église de Narbonne par ses prédécesseurs 
et, notamment, par son père Louis le Bègue ^. En outre, le roi fait 
de nouvelles donations à la cathédrale de Narbonne : il lui concède 
des terres domaniales, telles que le fiscus Colonegas. 11 y ajoute 
encore les terres, vignes, salines et autres biens que les Juifs 
tiennent dans le comté de Narbonne et pour lesquels ils doivent 

\. L'HiKl. de Laitf/., t. U, Notes, p. 19. rejette celte histoire « quoiqu'il puisse y 
avoir quelque chose de vrai ». Le récit de la participatiuii ilc Théodard au concile de 
Toulouse et de sa eontrovei-se avec les Juifs de cette ville se trouve dans la bioirraphie 
qu'un anonyme a consacrée à ce salut. {Vila sancii Tlœodai-di, é<l. Guiard, Montauban 
et Paris, ISiiG, in-12, pp. 157-178.) 

2. L'oriiriual de ce diplôme ne nous est pas parvenu. >ous n'en avons que la tra- 
duction française qu'eu a donnée Antoine Rocque, l'auteur de linventaire manuscrit 
des archives de l'archevèclié de Nar))onne, I. 1, f" 40. Cet inventaire en 4 volumes, con- 
fectionné par A. Rocque en 1639-1640, se trouve actuellement à la hihliotlièquc com- 
munale de Narbonne. Rocque a traduit les actes les plus importants, ni>tanim<-ut les 
privilèges royaux : « Pour aultant que les actes quy contienent ces privilèges, quy sont 
au nombre de vingt sejit sont les plus anciens actes des archifz du sieur archevesque 
de Narbonne et qu'ils sont eu effet tout substance, il a esté trouvé bon de les mettre et 
transcrijire au long et non par abrégé eu cest inventaire en langue françuise. » (T. I, 
fo 12 r».) 

3. ÎSous ne connaissons pas ce diplôme de Louis le Régue. Voici la liste des dijil6n>es 
d'immunité ([ui, à notre connaissance, ont été accordés à l'église de Narbonne avant 
celui que nous examinons présentement : 29 décembre 814 [Hisl. de Luny., t. Il, /'/•., 
ce. 94-96), 20 juin 844 [Jbid., ce. 237-238;, 4 juin 881 {Ibid.. t. V, /V., ce. 68-70), 
4 février 884 {Ibid., ce. 76-78), 26 juin 890 {IbUl., ce. 8o-87). 



ETUDE SUK LA COMDlTIOiN DES JUIFS DE NARUO.NNE 223 

les mômes dîmes que les chrétiens avaient coiUume de fournir'. 
La sixième année du règne s'étend du -2S janvier 898 au :27 jan- 
vier 809, Charles le Simple ayant été couronné le '28 janvier 893 -. 
Notre diplôme est du l*' novembre 898. L'indiction de 898 est bien 
la première indiction, '^ous les éléments de la date concordent 
donc parfaitement. 

III. —Le diplôme du 1°'" novembre 898 ^ fut confirmé par Charles 
le Simple, le 8 des ides de juin, la seconde indiction, la septième 
année de son règne, la deuxième année de sa restauration, à ïours- 
sur-Marne '. Ce second diplôme reproduit, sauf quelques légères 
additions, le diplôme précédent. Charles le Shiiple confirme à 
nouveau le privilège d'immunité conférai par ses prédécesseurs et, 
notamment, par son père Louis le Bègue et son frère Carloman ••. 
Voici dans quels termes, légèrement ditïérents de ceux employés 
dans l'acte du 1" novembre 898, le roi concède à l'église de Nar- 
bonne des biens appartenant à des Juifs : « Toutes les terres, 
maisons, vignes, que les Juifs possèdent, dit-on, dans le comté de 
Narbonne, sur lesquelles les églises de Dieu avaient coutume de 
prélever les dîmes, de quelque manière que les Juifs aient acquis 
les dites possessions, nous les concédons à titre dauniône royale 
à l'église de Narbonne *"•. » 

1. Antoine Rocrjuc traduit ainsi : « . . .Davantai;:e dans le mesinc cunitr (Narbonnois) 
le fisqu»* Colonies et teires, viirncs, saHlnes et toutes autres clioses (juc les Juifz tienent 
et dou ilz doibveut donner les niesines dixnies que par les clirestieus ont esté donnez 
suyvantla coustuine. » Blljl. niun. de N'arij., Invent, des archives de raixliovt"^elié, t. I, 
f»40r°. 

2. Giry, Manuel de diplomatique, p. 129. 

3. Rocquo u'a connu ce diplôme que par une copie transcrite au 111' feuillet d'un livre 
coté n" 2 dans l'inventaire des reiristres. Cf. Inveut, des arcli. de l'areli., t. I, ï" tiôli. 

4. Marne, arr. de Reims, canton d'Ay. 

5. Le diplôme de Carloman est du 4 juin 881 {Uisl. de Lanrj., t. V, Preuves, ce. 
C8-"0). 

0. « Terras fjuoque oinnes el dornos ac vineux quas Judei in Xurbonensi coviifalu 
possidere videnlur unde décime in ecclesiis Dei exire consueveranl, quocumque 
modo ipsas adquisierinf possessiones, pro elemosina nosira eidem concediinus 
ecclesie. ■> [lUsL de Lan;/., t. V, Preuves, col. lOo, et Privilèf/es accordés par les 
roijs ù l'église de Xarùonne, Narbonne, ni.i, in-l", p. 12. Ce dernier ouvrage ramène 
à tort les formes barbares du latin médiéval à la correction classique.) La publication 
de Vllist. de Lang. a été faite d'ai>rès Dibl, nat., Armoires de Baluze, t. 390, pièce 3So, 
copie du xi° siècle. 

Le passap,'e relatif aux Juifs est ainsi traduit par V. Rocque : « Comme aussy les 
terres et toutes les maisons et vii.'ne5 que les Juifs i)0ssedent au dit comté (Narbonnois) 
desquelles ils avoient accoustumé de payer la disme aux églises nous la concédons a 
la dite église pour nostre aumosne, en quelle sorte que ce soit qu'ilz les ayent 
acquises. » (luv. des arcli. de l'archev. de Narb., t. I, f» 42 r-). 



224 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La septième année du règne de Charles le Simple sélend du 
i28 janvier Hdi) au ^7 janvier 9U(J et la deuxième année de sa restau- 
ration, du l"'^ janvier S99 au 81 décembre 899, puisque Tannée de 
la restauration est comptée à dater de la moi-t dEudes, advenue 
le 1" janvier (S9<S '. Ce diplôme est du 6 juin 899, et lindiction de 
cette année est bien IMndiction ^. 

A notre avis, le diplôme du G juin 899 est aullientique et, par 
suite, le diplôme du i^'' novembre 898, qui en est le prototype, l'est 
également. La formule d'invocation verbale : In nomine sancte et 
indlvidue Trinitatis et la formule qui suit la suscription royale : 
dlvina propitiante clemcnlia sont conformes à l'usage courant-. 
Charles le Simple sintitule simplement rex jusqu'à 911, année de 
l'acquisition de la Lorraine^. L'adresse ne vient pas immédiate- 
mont après la suscription, mais seulement après la formule de noti- 
fication : Quaproptcr noverit omnium sancte Del Ecclcsie ftddhim 
nostrorumque tam preseniium quam fitturorum solertia quia, 
etc. L'exposé mentionne la requête de l'archevôque de >'arbonne 
Arnuste, qui invoque l'extrême pauvreté de son archidiocèse et 
rintervention.de la reine-mère Adélaïde. Puis, vient le dispositif. 
La formule de corroboration est régulièrement suivie de l'annonce 
des signes de validation : Et ut hoc preceptum nostre auctoritatis 
inviolabile ac eternum obtineat vif/orem, manu propria subter/ir- 
mavimus et anulo nostro i/isigniri jussimus On voit que la sus- 
cription royale y est exprimée conformément à l'usage par les 
mots manu propria, et le sceau, par le mot anulwi '. La formule ~' 
(jui encadre le monogramme i"oyal et la façon dont elle l'encadre, 
le nom* du souverain étant placé avant le monogramme au lieu 
qu"il ('lait [)laré api'ès dans les diplômes des souverains pr(''cé- 
dents, tout cela est bien conforme au style de la cbancelierie de 
Charles le Simple ; il en est de même de la souscription de chan- 
cellerie : llrrireus notmius ad vicem Fo/c/ninis archiepiscopi 
recorjnovit et subscripsit''. 

Ayant affaire ici, non à un diplôme original, mais à une copie 
du xi« siècle, nous ne pouvons utiliser pour l'examen de cet acte 



1. Le diplôiiu' tlu (i juin 899 est analysé dans llisl.de Latir/., t. V, Preuves, c. I."i49, 
h" XXX, dans Htsloriens de France, i. IX, p. ISO, dans BiJhmcr, /fez/es/a harolorum, 
Fianct'urt, 1833, in-i», n" 1903, dans Bréquiirny, Table des ilijihhttes, l. I. ji. 359. 

2. (liry, Manuel de dliAoïnaUque, p. liu. 

3. Ihid. 

4. Vnd., p. 72(.. 

;j. tSif/nuni Karoli (niono^rr. fjlo)'iosissi)ni ref/is. 
(>. Giry, ul supni, i>. 727. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 225 

quelques éléments de critique que fournissent, par exemple, les 
ruches, les notes tironiennes, le sceau, etc. 

La disposilion de la date en deux parties ', l'une commençant 
par dation et comprenant l'élément chronologique, l'autre com- 
mençant par actum et constituant l'élément topographique, est 
absolument régulière -. La partie chronologique comprend suivant 
l'usage le quantième et le mois d'après le calendrier romain, Tin- 
diction, l'année du règne et l'année de la restauration. Enfin, la 
formule d'appréciation : m Dei nomiiie féliciter. Amen est d'un 
usage courant ^. 

Si après avoir soumis ce diplôme à la critique externe, nous en 
faisions la critique interne, nous n'y relèverions rien d'insolite et 
d'anormal. Les clauses d'exemption, énumérées dans ce diplôme 
d'immunité, sont caractéristiques de ce genre de document. Il 
renouvelle toutes les concessions royales qui ont été faites, anté- 
rieurement, à l'église de Narbonne, et il en donne une énumération 
chronologique très exacte. 

IV. — La disposition des diplômes du 1" novembre 898 et du 
6 juin 81)9 relative aux biens confisqués sur les Juifs narbonnais se 
trouve reproduite encore dans un troisième diplôme d'immunité 
délivré par Charles le Simple en faveur de l'église de Narbonne, à 
Tours-sur-Marne, le 7 des ides de juin, dixième indiction, l'année 
30 du règne, l'année 23 de la restauration, l'année M de l'annexion 
de la Lorraine '. La trentième année du règne s'étend entre le 
28 janvier 92-2 et le 27 janvier 923, la vingt-cinquième année de la 
restauration, entre le h^ janvier 922 et le 31 décembre 923, la 
onzième année de l'annexion de la Lorraine entre septembre- 

1. Daiiim viij idus jîinii, indiclione aecunda, anno septimo, rerjnante Karolo 
serenissimo rege, et in successione Odonis II pleniler régnante. Aclum apud 
Hlurniun in Del nomine feliciler. Amen. 

2. Giry, Manuel de diplomaliqite, p. 7Î28. 

3. Ibid. 

4. Voici la bibliographie de ce diplôme : I. Publ. : Calel, Mémoires de l'histoire 
de Languedoc, pp. 7~6-l"7 ; passage relatif aux Juifs, p. m. Privilèges accordés 
par les roys à l'église de Surbonne, pj). 13-16 ; passage, p. 15. Baluze, Concilia 
Gulliae Xarbonensis, Paris, 16C8, in-S", Appendices, pp. 74-17; passage p. 76. 
Gullia chrisliana, t. VI, Paris, 1739, iu-f". Instrumenta, ce. 15-16; passage, c. 16. 
Historiens de France, t. IX, pp. 535-556 ; passage, p. 555. Ilisl. de Lang., éd. 
Privât, t. V, Preuves, ce. 103-106 ; passage, col. 105. 

II. Traductiou française : Inventaire manuscrit des archives de larchevùché de Nar- 
bonne, 1. 1, f° 45 r» et \o. 

m. .\nalyses : BOhmer, Regeslu Kurolurum, w 1976, et Uréquii:uy, Table des 
diplômes, t. I, p. 384. 4* diplôme. 

T. LV, N» 110. 13 



226 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

novembre 922 et août-octobre 923, Tannée de l'acquisition de cette 
province étant comptée à partir d'une époque indéterminée com- 
prise entre le jour de la mort de Louis IV, soit le 24 septembre 911 
et le 27 novembre de la même année ^ La onzième année de l'an- 
nexion de la Lorraine n'était pas encore commencée le 7 juin de 
l'an 922, date à laquelle fut octroyé le présent diplôme. A part 
cette légère inexactitude, tous les éléments de la date concordent 
parfaitement. 

Le présent diplôme étant postérieur à l'acquisition de la Lorraine, 
la suscription royale y est suivie de la mention rex Francorum. Il 
est, d'ailleurs, parfaitement superflu de faire l'examen détaillé 
des formules qu'il renferme. Le diplôme du 7 juin est authentique 
comme ceux du l"' novembre 898 et du 6 juin 899. Il se contente, 
au surplus, de reproduire le passage concernant les biens des Juifs, 
sans lui faire subir aucune modification-. 

V. — Si la critique diplomatique proclame l'authenticité absolue 
de ces trois diplômes, la critique iiistorique paraît moins affirma- 
tive. L'historien de Charles le Simple, M. Eckel, s'étonne un peu 
que ce roi disposât de toute une série de biens dans les comtés de 
Bésalu, de Narbon'ne et de Roussillon, qui n'entretenaient avec le 
reste du royaume que des relations fort peu suivies ^. Mais il ajoute 
plus loin que le midi de la France resta fidèle à Charles le Simple 
au point de ne reconnaître que fort tard l'élection de son succes- 
seur, le roi Raoul '. Même après l'année 923, c'est-à-dire après l'em- 
prisonnement de Charles le Simple, les seigneurs du Midi dataient 
une partie de leurs chartes du règne du prince carolingien^. 

En général, Raoul ne fut reconnu au sud de la Loire qu'à partir 
de la mort de Charles le Simple, survenue en 929*^. 

M. Israël Lévi, se fondant sur les explications embarrassées de 
M. Eckel, déclare qu'elles jettent quelque doute sur lauthenlicilé 
de ces diplômes ^ 

1. Giry, Manuel de diplomatique, p. T2'J. 

2. Catel et les auteurs du Gallia christiana fournissent une ié^'èrc variante f)our ce 
passage. Us impriment consueverunl au lieu de consiieverant. Cette dernière leçon 
est préférable : c'est, d'ailleurs, la lei-on du ms. lat. 11015 do la Dibl. nat. 

3. Eekel, Charles le Simple {Bibliothèque de l'École des Hautes Éludes, l'2i' fas- 
cicule, Paris, 1899, in-S»), pp. 42-43, 

4. Ibid., p. 12G. 
0. Ihid., p. 129. 

6. Eckel, Charles le Simple, p. 45. 

7. Isr. Lévi, Les Juifs de France du IX' siècle au.i Croisades (/{. É. J., t. LU, 
p. 164). 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NAUBONNE 227 

Toi n'est pas noire avis : nous constatons un l'ail, à savoir que 
Cliaiies le Simple reste loujoui's très populaire dans le Midi ; cette 
poi)uiarité s"e\|)lique par les privilèges intéressés dont ce roi ne 
cessa de combler les églises et les abbayes de celte région. 

La critique historique n'infirme donc pas Taulhen licite des 
diplômes de 898, 899 et 9-2^2. 

'VI. — Il nous reste maintenant à interpréter d'une manière 
exacte le sens du passage qui nous intéresse. Nous constatons sur 
ce point quelques divergences entre le diplôme de 898, d'une part, 
les diplômes de 899 et 92'2, d'autre part. Le premier rapporte que 
Charles le Simple cède à l'église de Narbonne « lés terres, vignes, 
salines* et autres biens que les Juifs tiennent dans le comté de 
Narbonne et pour lesquels ils doivent les mêmes dîmes que les 
chrétiens avaient coutume de fournil* ». D'après les deux autres 
diplômes, Charles « concède à titre d'aumône à l'église de Nar- 
bonne toutes les terres, maisons, vignes que les Imh possèdent^ dit- . 
on, dans le comté de Narbonne, sur lesquelles les églises de Dieu 
avaient coutume de prélever les dîmes, de quelque manière que les 
Juifs aient acquis les dites possessions ». Dans l'énumération des 
biens confisqués sur les Juifs, le second et le troisième diplôme 
mentionnent des maisons là où le premier mentionne des salines. 
Cette dernière version est plus naturelle, puisque la dîme était 
une redevance en nalure — du moins dans les premiers siècles de 
son application — qui portait sur les produits de la terre, végétaux 
ou minéraux, tels que le blé, les grains, le loin, les légumes, le vin, 
le sel. Il est probable que cette substitution du mot domos au mot 
satinas est la conséquence d'une faute de lecture. 

Les diplômes de 899 et 9'22 indiquent que la donation royale a 
été faite à litre d'aumône, c'est-à-dire à titre tie libéralité purement 
gracieuse : c'est là un moyen pour Cliailes le Simple de travailler 
pour le salut de son âme et le salut des âmes de ses parents 
décédés f/9;'o remédia animaruni (jcnitoris et fratris nostri). Il faut 
noter que cette donation faite à titre d'aumône est insérée dans un 
acte d'immunité et que, par suite, .elle bénéficie des avantages que 
comporte ce genre de privilège. 

L'auteur de l'invenlaire des archives de l'archevêché de Nar- 
bonne a Iraduil par Urnncnt l'expi'ession ridentur possidcre- : en 

1. Niiiis imprimons en italiques les termes et les expressions qui ne se rencontrent 
|ias il la fois dans les trois diiilûmes. 

2. Nous supposons que le diplùmu original du 1'^ novembre 898 contenait videntur 
possidere et non videntur lenere, ce dernier verbe n'étant pas encore très employé à 



228 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

droit féodal les \Q,vhG9, possidere et tenere ont le môme sens, mais 
aux ix« et X* siècles, on emploie presque exclusivement possidere ; 
le premier terme est plus conforme au droit romain, le second, au 
droit féodal. 

Quoi qu'il en soit, ces termes de possidere, possessiones marquent 
bien qu'il ne s'agit pas ici de biens possédés par les Juifs en toute 
propriété. De plus, le verbe acqidrere montre clairement que ces 
biens ne sont pas des biens patrimoniaux, mais des biens acquis, 
on dira plus tard acquêts par opposition à propres. L'acte du 
1" novembre 898 nous apprend même que ces biens ont été aliénés 
en faveur des Juifs par des chrétiens. 

Cette clause relative aux Juifs de Narbonne a généralement été 
mal interprétée. Les auteurs de \ Histoire de Languedoc en ont 
donné une traduction exacte : « Toutes les terres^ maisons, vignes 
et autres biens fonds que les Juifs possédaient dans le comté de 
Narbonne et dont on avait accoutumé de payer la dîme, de quelque 
manière qu'ils en eussent fait l'acquisition. . . etc. » Mais ils l'ont 
mal interprétée, puisqu'ils ajoutent : « ...ce qui nous donne lieu 
de remarquer que les Juifs de la Septimanie ne jouissaient plus 
alors, comme sou^ le règne de Louis le Débonnaire, du privilège 
de pouvoir posséder des immeubles ' ». Les Bénéd'ct'ns croyaient 
donc que la conûscation royale portait sur tous les immeubles qui 
appartenaient aux Juifs dans le comté de Narbonne. 

Le chevalier Dumège, qui a donné une édition fort médiocre de 
l'œuvre de dom Devic et dom Va'ssete, a suivi leur opinion ^ . 
Bédarride dit également que Charles le S-mpie donna à Saint-Just 
« toutes les terres que les Juifs possédaient dans le comté de Nar- 
bonne, à quelque titre qu'i's en eussent acquis la propriété » ^. 
Il n'hésite même pas à traduire par propriété le mot possessiones. 
M. Théodore Reinach partage la même erreur quand il écrit ' : 

répoque carolingienne. Le verbe videri n'implique pas à Tépoque barbare comme à 
l'époque romaine un sens dubitatif. On peut le rendre par l'expression : dit-on, ou 
môme n'eu tenir aucun compte. Videntur possidere est l'équivalent de possident. 

1. Hist. de Lang., t. HI, p. 63. 

2. Dumège, Mémoires de la Société des Antiquaires de France, t. VIII, p. 338, en note. 

3. Bédarride, Les Juifs en France, en Italie et e;j i'^-î/wp/ie, Paris, 1867, in-8», p. 92. 

4. Histoire des Israélites, pp. 93-94. Nous ne voudrions pas laisser le lecteur de 
ces lignes sous cette mauvaise imi)ression et l'induire à croire que le jietit livre de 
M, Roinach n'a jias de caractère scientili(iue. Cette œuvre de vulgarisation historique 
nous a été du plus grand secours pour nous initier à l'histoire juive. Nous y avons 
retrouvé les qualités ([ui font le charme de toutes les œuvres de M. Reinarh : méthode, 
ckirU-, précision, sobriété. Au surjjlus, pdur ne jias se méprendre sur le caractère scien- 
tifique de cette petite histoire des Juifs, il suffit de jeter un coup d'oeil sur la subs- 
tantielle bibliographie critique qui termine le volume. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE iNARBONNE 229 

« Charles le Simple donna aux églises de Saint-Juste {sk) et de 
Saint-Quentin « à titre daumùnc » tontes les terres, métairies (sic) 
et vignobles que les Juifs possédaient dans le comté de Narbonne 
(014). » M. Reinach confond dans cette phrase les diplômes que 
nous examinons présentement avec le quatrième diplôme que nous 
étudierons plus bas. 

Gustave Saige a été le premier qui ait interprété ce passage d'une 
manière judicieuse. Il dit qu'il faut y voir l'interdiction pour les 
Juifs de posséder des terres assujetties à des dîmes ecclésiastiques 
et non l'abrogation du droit de posséder des terres franches, des 
alleux '. 

M. Israël Lévi interprète le passage de la même façon (juand il 
écrit que Charles le Simple accorda, en 899, à l'église de Narbonne 
« les terres, maisons et vignes que les Juifs possédaient dans le 
comté de Narbonne et qui étaient assujetties auparavant à des 
dîmes ecclésiastiques ^ ». H ajoute même ces mots très justes : 
« La confiscation se masquait de zèle pour le droit : les Juifs avaient 
eu tort d'acquérir ces sortes de biens. » 

L'interprétation de Saige et de M. Lévi soulève une objection. 
D'après MM. Kohler et Imbart de La Tour, la dîme était due par 
toutes sortes de personnes et toutes sortes de biens, par les rois, 
princes, nobles, roturiers, moines, clercs, hérétiques, Juifs, infi- 
dèles, pour des alleux, des fiefs, des tenures libres ou servîtes, des 
biens de mainmorte, etc., « la dîme étant considérée, dit M. Kohler^, 
comme une portion des produits de la terre et du travail des 
hommes que Dieu avait réservée pour son service, en conséquence 
de son universelle seigneurie. . . » — « Cette redevance, écrit 
M. Imbart de La Tour \ affectait la terre, non la personne. La dîme 
était due par toute propriété rurale enclavée dans la paroisse... 
Nous voyons des femmes, des Jiii/'s (Hist. de Lan g., t. V, p. 105) 
astreints à payer la dîme, en raison m<hne des c/iamps, prés, 
vif/nes qu'Us possèdent. La loi ne tenait compte, ni de la condition 
des personnes, ni même du mode de possession du sol. » 

Nous ferons remarquer que M. Imbart de La Tour s'appuie, pour 
démontrer que les Juifs étaient assujettis à la dîme, sur nu des trois 
diplômes que nous avons examiuf's plus haut. Il faut aussi noter 
que M. Iml)art ne tient aucun compte, dans sa traduction, du mot 

1. Les Juifs du Lcuifjuedoc, p. 9. 

2. R. É. J., t. UI. 1). 164. 

3. Grande Encyclopédie, article dime, p. 374, 2' col. 

4. IniLart de La Tour, Les paroisses rurales du IV' au XI' siècle, Paris, 1900, 
in-8». 



230 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

do?nos. Evidemment, ce terme gênait son argumenlation el il a 
mieux aimé ne pas en faire état. 

Si nous en croyions donc MM. Koliler et Imbart de La Tour, tous 
les biens des Juifs de Narbonne, qu'ils fussent patrimoniaux ou 
non, auraient été soumis aux dîmes ecclésiastiques, et, par suite, 
la confiscation ordonnée par Charles le Simple aurait porté sur 
tous leurs biens indistinctement. 

Il est facile de répondre à l'objection. Si la confiscation avait eu 
un caractère général, la chancellerie royale n'aurait pas senti le 
besoin de parler de biens assujettis aux dîmes et, par suite, de 
viser uniquement une catégoj-ie de biens, dont le caraclère 
commun était d'avoir été aliénés par des chrétiens qui payaient la 
dîme. On n'a pas assez remarqué le temps du verbe consiieverant, 
qui montre clairement quil s'agit de biens dont les précédents 
possesseurs avaient accoutumé de payer la dîme. Catel et les 
auteurs du GaUia christiana, comme nous l'avons fait remarquer 
plus haut, ont l'emplacé à tort ce plus-que-parfait par un parfait, 
ce qui change absolument le sens. 

Nous ferons remarquer, ensuite, que tous les détenteurs du sol 
n'étaient pas au ix" siècle assujettis aux dîmes ecclésiastiques : 
c'est ainsi que les Espagnols aprisionnaires ne payaient aucune 
redevance au clergé'. Or, la condition de ces étrangers, qui 
s'étaient établis à titre d'hôtes [hostolenses) dans toute la Sopti- 
manie, était très voisine de celle des Juifs narhonnais. Les 
aprisionnaires ne payaient pas de droit de pâture, de lonlieu, pas 
d'impôt public. Ils n'étaient pas soumis au droit de gîte. Ils étaient 
placés sous la mainbournie du roi et jouissaient du droit de 
propriété absolue. Leurs principales obligations consistaient à 
faire le guet, à marcher en guerre sous les ordres du comte, à se 
rendre au plaid comtal pour les cas d'homicide, de rapt, d'in- 
cendie et de pillage. La condition des Juifs ressemblait à celle 
des aprisionnaires au moins sur trois points : ils ne payaient pas 
de redevance au clergé, ils jouissaient du droit de posséder des 
biens héréditaires, et étaient placés sous la mainbournie ou tutelle 
royale -. 

1. lital. de Lan/j.. t. I, ji. 942, note 2. 

"2. C'est du moins ce <iuo nous pouvons iiilcrer ilu récit îles (>ex/a hatoli ^éd. 
SchiiPogaus, p. \~Ci), (|ui rapporte que Cliarlemaijue reçut les Juifs de Narlxuuie dans 
sa Juridiction et sous sa sauvegarde : les expressions des Grsia sont purement féo- 
dales, mais il est facile de leur substituer les e\pressious synnuymes di- réjxiiiue caro- 
lingienne : sauvegarde = mainbournie. D'après le Se/'er llukkalxila (Neubauer, R. E. J., 
t. X, p. 103', le ciii'f (II' la eonmiuiiauté juive de Narbonne était justiciable du roi. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARRONNE 231 

Il est arrivé, sans doiilo. un moment, où la dîme a été exigée 
légalement de tous les détenteurs du sol, catholiques ou non. Mais 
il est infiniment probable que cette théorie de la seigneurie 
universelle de Dieu s'est formée, non à Tépoque carolingienne, 
mais plus tard, en pleine période féodale. Elle paraît avoir été 
imaginée par quelque canoniste retors, soucieux avant tout de 
favoriser les intérêts temporels de l'Église. 

L'extension de la dîme à toutes les catégories d'individus et de 
terres a été amenée, en partie, par la confusion, qui s'est établie 
de bonne heure, du moins dans le Narbonnais, entre les dîmes 
ecclésiastiques et les dîmes laïques'. Les premières ont perdu 
leur caractère de redevances religieuses et personnelles pour 
revêtir l'aspect de redevances laïques et réelles. 

Nous croyons avoir suffisamment démontré que les diplômes de 
898, 899 et 9:2:2 ne constituent pas pour les biens des Juifs narbon- 
nais une confiscation générale, mais une confiscation partielle. 

VIL — Reste à expliquer comment Charles le Simple a été 
amené à confisquer parmi les biens des Juifs ceux qui auparavant 
étaient assujettis à des dîmes ecclésiastiques. Le roi semble avoir 
obéi aux objurgations de l'église de Narbonne ; celle-ci ne 
voulait pas renoncer à prélever les dîmes sur les produits de cer- 
tains biens qui n'avaient jamais cessé, pendant tout le temps 
qu'ils avaient appartenu à des chrétiens, de fournir cette 
redevance. En vertu de ce principe de droit canon, que le temporel 
de lÉglise ne saurait être abrégé en aucun cas, l'église de 
Nai'bonne n'a pas voulu consentir à perdre les revenus qu'elle 
tirait de ces terres, vignes et salines. Elle a, par suite, considéré 
les Juifs comme inhabiles à posséder en toute propriété des biens 
assujettis à des dîmes, puisqu'ils ne lui paraissaient pas aptes à 
remplir les obligations qui incombaient aux détenteurs de ce genre 
de biens : plus tard le suzerain refusera l'investissement du lief à 
des mineurs, des roturiers, ou des femmes, pour incapacité féodale. 
Les termes mêmes des diplômes marquent biiMi que l'Église 
considère les Juifs acquéreurs de ces biens, non comme des 
proprii'taires, mais comme de simples occupants, {possessoirs), 
voire même des usurpateurs. 



1. Le 2?, avril 104S, rarclievôijuc cl le vicntnio il(> Narhoniic ilmHii'nt aii\ Joik ciia- 
pitivs de Saint-Jiist et île Saint-P.'inl la ilinn' «lu poisson it <lti sel de eerlaiiies salines 
à la réserve du sel qu'on lirait de l'alleu des .Inifs [llisl. île Lang., l. 111, p. 310, et V. 
Pr., ce. 4o4-iot3). 



232 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

En somme, l'église de Narbonne ne justifie ses prétentions que 
par des sopliismes. Elle avait soumis au paiement de la dîme les 
premiers détenteurs des biens aliénés, non en tant que proprié- 
taires, mais en tant que chrétiens : elle n'avait pas le droit d'assu- 
jettir à la dîme les Juifs, seconds détenteurs de ces biens, en tant 
que propriétaires. 

Il est probable qu'avant de faire appel ù la volonté royale, l'église 
de Narbonne a essayé de prélever les dîmes sur ces biens nouvel- 
lement acquis par les Juifs. Ces derniers ont protesté contre les 
prétentions du clergé narbonnais. Le clergé a porté plainte au roi, 
qui est intervenu parce que, depuis le capitulaire de Charlemagne 
de 779, l'obligation de payer la dîme était devenue une loi posi- 
tive et civile'. Cbarles le Simple est donc intervenu comme sou- 
verain. 

Mais il est possible qu'il soit intervenu à un autre titre. Les 
biens acquis par les Juifs sont mentionnés dans les diplômes de 
898, 899 et 9:22 à côté de propriétés domaniales [fiaci) que le roi 
concédait à l'église de Narbonne : ils avaient peut-être fait partie 
également du domaine royal à l'origine. La confiscation royale 
l'evctirait alors la forme d'un acte de reprise ou de retrait. 

Gomment se fait-il maintenant que des biens confisqués par le 
souverain fussent attribués à l'église de Narbonne? En vertu d'une 
des clauses de l'immunité, tout ce que le fisc royal pouvait exiger 
dans l'étendue des terres de l'immuniste devait être remis à l'im- 
inuniste et, dans l'espèce, à l'église de Narbonne-. Nous en avons 
un exemple typique. Un vassal de Cbarles le Cbauve, qui avait 
reçu des propriétés dans le comté de Razès, fut condamné par le 
tribunal du comte Acfred à la confiscation. Le 4 février 884, les 
biens confisqués furent dévolus à l'église de Narbonne en verlu du 
privilège d'immunité ^. 

Dans tous les cas, Charles le Simple n'avait aucune raison 
sérieuse de confisquer les nouvelles acquisitions des Juifs nar- 
bonnais : le désir de conserver l'appui du clergé de cette région 
ramena à commettre cet acte d'arbitraire. 

Sa mesure n'aurait pas été illégale si elle s'était bornée à placer 
ces nouvelles acquisitions sous la souveraineté de l'église imnui- 

1. Grande Encyclopédie, art. d'une par Kohler, p. 573, 1" col. 

2. « Et quidfjuiil jus fisci exinde exhjere polenit, lolitm nos pro elerna remxi- 
neratione eidem concedimus ecclesie... » Un arlo de 1165, qui est une confirmation 
(les ininuiniti;s ancordées à l'église do Narbonne, définit ce Jus fisci : hoc est omniu 
rcgalia jura. (Privilèges accordés par les roijs à l'église de Sarbonne, p. 19.) 

3. Hisl. de Lang., t. V, Preuves, ce. 76-78. 



ÉTUDE SCR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 233 

niste, comme cola se prodiiisii souvent pour les pi'opriétés des apri- 
sionnaires '. Qu'arrivait-il si, dans le domaine de la villa que le fisc 
cédait à l'église de Naibonne se trouvaient des enclaves possédées 
en toute liberté par des propriétaires et non par de simples tenan- 
ciers? Le roi déclarait alors que les redevances publiques exigées 
de ces propriétaires seraient prélevées désormais au profit de 
l'église immuniste. Les propriétaires d'alleux ne perdaient de ce 
fait aucune parcelle de leurs droits : ils changeaient tout simple- 
ment de souverain : au lieu de payer l'impôt au comte, ils le 
payaient à l'archevêque. 

VIII. — Quelles furent pour les Juifs narbonnais les consé- 
quences de la confiscation partielle de 89<S-0!2!2 ? Si la mesure 
royale avait été appliquée dans toute sa rigueur, le patrimoine des 
Juifs de Xarbonne aurait été condamné à ne plus s'accroître et par 
suite à dépérir. Les Juifs, se trouvant dans l'impossibilité d'acquérir 
des biens assujettis aux dîmes ecclésiastiques, c'est-à-dire n'im- 
porte quel bien ayant appartenu à un chrétien, en auraient été 
réduits à n'acquérir que des immeubles ayant appartenu à des 
coreligionnaires. L'application stricte des diplômes de Charles le 
Simple aurait donc arrêté net le développement de la propriété 
allodiale des Juifs narbonnais. 

Heureusement, Charles le Simple n'ayant pas la force de faire 
appliquer ces mesui-es coercitives, les Juifs de Narbonne continuè- 
rent à faire des acquisitions de biens sur des chrétiens : nous en 
verrons des exemples très nombreux dans la suite. 

Toutefois, celte mesure de spoliation partielle présentée sous le 
couvert de la légalité, sinon du droit, dut accroître singulièrement 
l'audace de tous ceux, clercs ou laïques, qui refusaient aux Juifs 
le di'oit de posséder des immeubles. 

IX. — Nous allons examiner niaintenant un ((uatrième diplôme 
de Charles le Simple, par lequel ce roi semble conlisquiM- des 
immeubles sur des Juifs narbonnais sans en fournir aucune justi- 
fication. 

Les nones de juillet, huitième indiction, trente-deuxième année 
de son règne (?) ou de sa restauration ;? , àTours-sur-3Iarne, Charles 

1. n Si vero infrn islas vel alias villas eiilem ecclesie Hostolenses vel Ispani 
fuerint, rjuicqiiid jus fisci inde exiqere débet, tolum ad opus sancle inatris ecclesie 
Sarbonensis jure perpeluo concedimus ohflnenduin nique per iioc noslrc auclori- 
lalis preceptuni confirmai nus. » (Immunité Ju 6 juin 899.) 



234 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le Simple, sur la (Irmando de l'cvèque Érifons et à la prière de 
Roger, arclievèque de Trêves, et de Guillaume, grand marquis, 
reçoit sons sa inainbouriiie l'évêque Erifoiis et le prêtre Goiifard; 
il donne, en outre, à Érifons et à Goufard, serviteurs de Dieu et 
de l'église Saint-Quintin de Narbonne, la terre et les moulins qui 
appartenaient à des Juifs, les moulins dits de Matapezouls, les- 
quels appartenaient également à des Juifs ; le territoire con- 
cédé s'étendait de la porte Goiran jusqu'au lieu dit Celada, et, 
de là, jusqu'au milieu de la rivière d'Aude, qui, avec la butte de 
Montjuzaic, entourait ledit territoire de toule pai't jusqu'au lavoir 
de Goiran '. 

La trente-deuxième année du règne de Gharles le Simple s'étend 
du 28 janvier 9'24 au "27 janvier iHo, la trente-deuxième année de 
sa restauration, du 1'^^ janvier 929 au 31 décembre 930, ce qui 
donne comme dates de ce diplôme le 7 juillet 924 ou le 7 juillet 
929 ; aucune de ces dates n'est admissible, puisque Gbarles resta 
prisonnier d'Herbert de Vermandois depuis 923 jusqu'à 929, date 
de sa mort. De plus, l'indiction de 924 est l'indiction 12, et celle 
de 929, l'indiction 2. Or, le diplôme a été délivré en l'indiction 8, 
qui est l'indiction de l'année 92 ). Nous avons constaté pour les 
trois diplômes examinés plus baut que les divers éléments de la 
date y concordaient d'une façon à peu près parfaite. Il est surpre- 
nant que cette concordance ne s'observe pas dans le quatrième 
diplôme de Gbarles le Simple. Besse a été frappé de cette ano- 
malie : il a supposé que le scribe du xu'^ siècle qui avait transcrit 
ce diplôme - s'était trompé. Il a donc corrigé XXXII en XXII et 
placé le diplôme en 914 ou 91o^. Gatel se range à l'opinion de 
Besse ''. Les auteurs de Y Histoire de Laïu/uedoc corrigent égale- 
ment XXXII en XXII et placent le diplôme tantôt vers 9i4'', tantôt 
.vers 916 ". Les auteurs du recueil des Hislorieas de France' et 
Bréquigny^ ont adopté la date de 914. 

Besse et les Bénédictins appliquent le nombre XXXII (corr. XXII) 
à l'année du règne, mais l'énoncé de la date ne laisse pas d'être 
ambigu sur ce point. Gette ambiguïté auloi'ise à appliquei- ce 

i. Dii'PC justHicativo w I. 

2. Bil)l. liât., nis. latin 11015, f l.j v°. 

3. Ilisloire des ducs, marquis el comtes de yarhonne, Va.r\s, lOriO, iii-i», p. ISO. 
i. Catcl, Mémoires de l'histoire de Latif/uedoc, pp. 777-778. 

o. Ilisl. de LanQ., t. IV, Notes, p. 26, 2" col. 

6. liiil., t. III, |i. 84, d'après Mcirca liispanirn [AppemUces, p. 8iO). M. Israi'l 
Li'vi a choisi cette date (vers 910), dans /{. É. J., I. I.ll, \>. 104. 

7. Historiens de France, t. IX, pp. o21-522. 

8. Table chronolor/ique <les diplômes, t. I. ]>. 375. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 235 

nonibi'o aussi \non à raniiro do la restauratidii qu'à l'année du 
rè.t^nc, co qui nous donnerait pour le diplôme la date de 9l*J, 
la(iuelle n'est pas tellement éloignée de la date de 9:20, indicdon <S, 
quelle ne paraisse assez vraisemblable. Il est même possible d'ad- 
mettre que le scribe du xii« siècle ait lu XXXII au lieu de XXIII : ce 
dernier nombre, considéré comme l'année de la restauration de 
Cliarles le Simple', nous donnerait exactement la date de 9:20, 
in diction 8. 

D'ailleurs, la formule de la date est à ce point extraordinaire et 
anormale qu'elle semble jeter quelque doute sur rauthenlicité de 
ce diplôme. La partie cbronologique de cette date est ainsi libellée : 
Datnm no/tas julli, indictione VIII, anno XXXIl redint/'tjrnntn 
atquc régnante Karolo rege gloriosissimo. . . Si elle était conforme 
au style de la cbancellerie de Cbarles le Simple, elle devrait se 
lire : Dalum nonas Julii, indictione VIII, anno XXVIII régnante 
donino Karolo, redintegrante XXIII, largiore vero heredilate 
indempta X. 

L'examen des autres formules de ce diplôme est également défa- 
vorable à son authenticité. La formule qui suit la suscriplion 
royale- renferme le mot rnisericordia, qu'on ne trouve jamais 
accolé' au verbe propiliari dans les diplômes de celte période du 
règne ^. La loi-mule re.r Francoruni est conforme au style de la 
chancellerie, puisque notre diplôme est postérieur à racquisilion 
de la Lorraine (911 1. La formule de corroboralion ' est également 
libelb'e d'une façon bizarre. D'ordinaire, l'annonce de rap[)osition 
du sceau et l'annonce de l'apposition du monogramme l'oyal sont 
st''parées en deux membi'os de phrases ■'. 

Les autres formules, notamment celles de la souscriplion du roi 
et de la souscription du chancelier, sont parfaitement régulières. 

X. — Critiqué du point de vue diplomatique, cet acli> nous 
paraît donc suspect. Si nous l'examinons maintenant du point de 

1. Étant lioiiui' «lue li- uoiiibre XXXII se trouve inimOdiatriiiont avant redin/erjran/e, 
ou jioul supposer viaisemblaljliMnetit (ju'il s'applique plut(it à l'aiiiiéc de la restaura- 
tion iju'à l'année du rèL'ne. Dans ce cas, le scribe aurait omis cette dernière année. 

2. Karolus divina propiliante rnisericordia rex Fruncorum. 

3. Karolus rnisericordia Dei rex est très fréquent, mais avant l'acquisition de la 
Lorraine. On trouve également : divina larfjienle rnisericordia (2.j juin \)[\} : Voy. ; 
Historiens de France, t. IX, p. j4C, n» LXXVIII). 

4. ...El anuli nostri manu propria confirmantes impressione sutilcrfirmare 
precepimus. 

.'j. .. .Manu propria sub/erfirmai'in77is et aniilo nosiro insif/niri jiissimus {tii[tUm\c 
du 7 juin 899 . 



236 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vue historique, c'est-à-dire si nous ifleiitillons les noms de per- 
sonnes et les noms de lieux mentionnés dans cet acte, et si nous 
contrôlons les événements aux(|uels il fait allusion, nous conslate- 
rons également des anomalies, mais, dautre part, nous relèverons 
assez d'assertions exactes, pour que nous ne nous croyions pas 
obligé d'assimiler ce diplôme à un faux bien caractérisé. 

Les circonstances dans lesquelles cet acte a été octroyé nous le 
présentent sous un jour extrêmement favorable. Il a été délivré à 
la suite dune requête présentée au roi par l'évèque Érifons. Com- 
ment expliquer la présence de cet évèque à la cour de Charles le 
Simple? Il existe une lettre de l'archevêque de Narbonne, Agio, 
aux évêques Agambert et Élefons. Agio a appris que ces deux pré- 
lats étaient sur le point de joindre la cour royale : il a donc chargé 
les comtes Ermengaud et Raimond de prier les deux évêques de 
soUiciter du roi un diplôme pour l'église de Narbonne '. Élefons et 
Érifons sont évidemment le même personnage^. La présence d'Éri- 
fons ou Élefons auprès du roi s'explique donc aisément. 

Il est surprenant d'apprendre que l'évèque Érifons était un habi- 
tant de Narbonne et qu'il y desservait avec le prêtre Goiifard 
l'église de Saint-Quintin. Goufard était le nourri d'Érifons, c'est-à- 
dire qu'il tenait probablement de lui sa fonction et ses moyens de 
subsistance^. Érifons était le véritable titulaire : il devait perce- 
voir les revenus de l'église, quitte à assigner au prêtre Goufard 
une portion congrue. 

Comment se fait-il que cet évêque sans évêché habitât Nar- 
bonne, à côté de l'archevêque de cette ville? Il est à peu près cer- 
tain qu'Érifons avait été précédemment titulaire d'un siège épis- 
copal et qu'il avait, pour des raisons difficiles à découvrir, renoncé 
à ses fonctions d'évéque sans, toutefois, en abandonner le titre. 
Nous croyons même savoir qu'Érifons avait été évèque de Vénas- 
que-Carpentras. Un évêque de ce nom et de ce siège assista, le 

1. Voy. le texte de cette lettre dans llisl. de Lang., t. V, Preuves, c. 115, et daus 
Catol, Histoire des comtes de Tolose, Tolosc, 1623, iu-f», p. 83. Dom Dcvie et dom 
Vaissete placent cette lettre vers 922 : ils suivent en cela l'opinion du Gallia c/tris- 
tiaiKi, t. VI, col. 20, (|iii en donne également le texte. Catel {Mémoires de l'Iiisl. de 
Laiifj., p. 77()i prétend que c'est à la suite de cette lettre que fut octroyé le diplôme du 
7 juin 922. L'IIist. de Lanr/., t. IV, Notes, p. 24, 2" col., conteste ceUe assertion et 
fait remarquer avec assez de justesse que le diplôme du 7 juin 922 fut sollicité, non 
]iar Açambert et Klefons, mais par Gui, évêque de Ginme. 

2. Krifoiis, Élefons, Arifims sont des variantes du i)n'nom Alfonse, qu'on écrit assez 
arbitrairement Alphonse. 

3. Cette épitliète de noitn-is s'applique, notamment, aux fidèles qui tenaient du 
prince leurs bénéfices et Icuis dignités (Fustel de C-oulantres, Les transformations de 
la ro'jaiité pendant l'époque carolingienne, Paris, 1892, in-S", pp. G42-643). 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 237 

1" septembre 917 ', à la dédicace de la cathédrale Sainle-Eiilalie 
d'Elue, eu compagnie de Gui, évèque de Girone, Guimera, évèque 
de Carcassonne, et de Guillaume le Pieux, comte d'Auvergne et 
marquis de Gothie, le même que Guillaume, grand marquis, dont 
il est queslion dans uot"'e diplôme. 

Érifons était donc encore évoque de Carpenlras on 917, mais il 
cessa de l'être bientôt après. Nous pouvons supposer avec beau- 
coup de vraisemblance que le jour où Érifons dnt renoncer à son 
évêché de Garpentras, il reçut en compensation le temporel de 
l'église Saint-Quintin de Narbonne -. 

Il s'occupa dès lors des affaires du diocèse de Narbonne : c'est 
ainsi que, le 17 décembre 9:24, il assista à la donation consentie 
par Odon, vicomie de Narbonne, en favsur de l'abbaye de Monto- 
lieu^. Il est probable que dès qu'il cessa d'être évèque de Gar- 
pentras pour devenir desservant de Saint-Qu'utin de Narbonne, 
l'évèque Érifons se préoccupa immédiatement d'arrondir le tem- 
porel de son église, et c'est sûrement, à cet efîet, qu'il se rendit à 
la cour de Charles le Simple. Ce voyage doit se placer après le 
!«'■ septembre 917. 

A côté d'Érifons, notre diplôme mentionne Roger, archevêque 
de Trêves, Guillaume, marquis de Gothie, Hervé, archichancelier, 
et Goslin. notaire. 

Quelques brèves considérations sur la biographie de ces per- 
sonnages, jointes à celles que nous venons de mettre en lumière à 
propos d'Érifons, nous permettent d'assigner au quatrième diplôme 
de Charles le Simple la date de 918 ou 919. Dans ce diplôme, Roger 
n'est encore qu'archevêfiue de Trêves : il sera archichancelier 
sur la fin du règne de Charles le Simple, de 919 à 9:2:2, notam- 

1. Cet acte a été pulilié dans Marca hispmiica, Appendices, ce. 839-840. Cf. Gallia 
chrisliana, t. VI, ce. 25-26; Hisl. de Lanr)., t. III, p. 84. Vénasquc [Venasca, Ven- 
dausca, Vendascetisis civilas) était le siège d'un évèclié à la fui du m' siècle, qui 
fut réuni à celui de Carpeiitras à la lin du V. 

2. La présence de l'éTéque Érifons ;ï Narboiiiu- ;i côté <le l'archevé(iue Agio a Ix-au- 
coup intrigué l'érudit Calel. Il lui parait, d'abord, étrange ([u'Érifons ait été arclie- 
vtique do Narbonne : « Toutesfois, voyant que plusieurs ductes personnages ont jugé 
(ju'il a esté aicbevesque de Narbone, je l'ay voulu mettre en son ordre. » Erifons fut 
donc, d'après Gatel, archevêque de Narbonne « sur la fin du règne de Charles le 
Simple, environ l'an neuf cens et unze ». {Me'nioires de l' histoire du Laiiffuedoc, 
pp. 777-178.) Baluze place judicieusement Érifons au nombre des évéques de Caipen- 
tras et le Gallia chrisliana se range à son avis (t. VI, ce. 2o-26). Les auteurs de 
VHisl. de Lang., t. lll, p. 84, partagent également l'opinion de Baluze. 

3. llisl. de Lanç)., t. V, Preuves, c. l.'iO. L'évèque Érifons ne doit pas être con- 
fondu avec Alitons, abbé de .Montoiieu, qui assista à un jdaid, tenu à Alzonne. le 
16 juin 918 Jbid., c. 138), et aussi à la donation du 17 décembre 924 [Ibid., c. 148). 



•238 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

menl'. Son pnklécesseur, rarchcvêque Hervé, occupa la mémo 
dignité (le OH à918 ou 919-. Quant au notaire Goslin, il demeura 
à la chancellerie royale au moins de 9i'd à 92^''. Enfin, Guillaume 
le Pieux, comte d'Auvergne et marquis de Gothie, mourut en 918, 
ou, au plus lard, en 919 '■. 

XI. — L'identification des noms de lieux contenus dans le 
diplôme de 918-919 nous le présente égaleiuent sous un jour très 
favorable. Les renseignements topographiques qu'il contient sont 
tout îi lait conformes à la situation respective des édifices ou des 
quartiers mentionnés. 

Il a réellement existé à Narbonne une église dédiée a saint 
Quintin : elle se trouvait entre la cathédrale Saint-Just et le palais 
archiépiscopal, tout près de l'église de la Madeleine, qui était 
situ('e dans le prolongement de la partie nord du cloître de Saint- 
Just". Il est encore question de cette église le 15 juin 1160''. Dans 
un acte de 1;248", il est fait allusion, non à l'église, mais à l'autel 
de SaintQuintin construit dans la chapelle archiépiscopale, ce qui 
nous autoi'ise à supposer que l'église Saint-Quintin avait disparu 
pour faire place à cette dernière. Saint-Quintin était bien situé 
infra Narbone mur'os, ainsi que le mentionne le diplôme de 918- 
919, mais il était pi'obablement accolé à l'enceinte de la Cité. 

Cette église reçoit des moulins situés sous le pont ou, plus 
exactement, en aval du pont de la Cité^'*. Ces moulins existaient 
déjà, au témoignage dun auteur arabe '^ au moment où les Sarra- 
sins enti'èrent dans la ville, soit entre le 19 octobre 719 et le mois 
de février 7-20'"'. 

Quant aux moulins de Matapezouls, ils se trouvaient également 
en aval du pont de la Cité, mais sur la rive gauche de l'Aude, entre 

1. >ous avons iixii cts dates extrêmes d'aines les diplùines souscrits par Roger, 
aicliicliaiicelier. Roi.'^er était iiotamnieut archioliaiiceiier le lo juin 922 {Hisloriens 
lie Fiance, t. IX, ji 558, G]. 

2. ISous trouvons la snseription d'Hervé, arcliichancelicr, au bas d'un acte du 
17 juin 9H [Ibùl., t. IX, p. 513, G) et d'un acte du 23 novembre 918 {Ibid., p. 540, A). 

3. Ibid., t. IX. Diplômes de Gbarles le Simple, passim. 
i. Ilisl. de La7if/., t. II, Noies, p. loi, 2° col. 

5. Mouynès, Inventaire des arc/uves mimicipales de Narbonne, série AA, p. S5, 
note 1. 

fi. Inventaire des archives de rarc/tevec/ié de Narbonne. l. I, 1" 264 v°. 

7. //;/(/., t. I. f» 2SS r". 

8. Ce pont est égalenimt comui sous les noms île Pont-Vleux et de pont des Mar- 
cliauds. 

9. llist. de Lan;/., éd. Dumége, t. Il, Additions et notes, jt. 9. 
10, Hisl, de Lany., nouv. édit., t. II, Notes, p. 184, 2' col. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 239 

la rivière et renceinto de la Cité qui la longeait'. Ces moulins 
existaient encore au milieu du xiv« siècle : la seigneurie et la jiiii- 
dictioii en étaient disputées entre le vicomte et Tarclievèque. La 
sentence arbitrale du '2:2 lévrier i8o:2 les adjugea finalement au 
vicomte-. Il était, en eflet, tout naturel quils fussent placés dans 
la seigneurie et sous la juridiction du vicomte, puisqu'ils étaient 
plus rapprochés du palais vicomlal que du palais archiépiscopal. 
La porte de Coiran, dont il est question dans lacté de 918-919, et 
qui n'existait plus déjà au xn« siècle, ainsi que le lait remarquer 
dans une note marginale le scribe qui a transcrit l'original du 
di[)lùme, s'élevait sur la rive gauche de l'Aude, tout près de la 
rivière •*. Le territoire de Coiran était situé en dehors de la porte de 
même nom et des murailles de la Cité, à l'ouest de la ville '. 

Le tènement de Celada se trouvait au nord-ouest de la ville, au 
nord de l'église Saint-Félix, qui se trouvait elle-même au noid du 
bastion auquel elle donna son nom "Sa peu près sur l'emplacement 
de la gare des voyageurs actuelle. La limite du territoire concédé 
à Saint-Quintin partait donc des bords de l'Aude, de la porte de 
Coiran, et atteignait le tènement de Celada, puis, de là, rejoignait 
la rivière d'Aude au lavoir de Coiran, qui se trouvait probablement 
au gué de Capva pkla, où s'élève aujourd'hui le moulin du Gua. 
De la porte de Coiran jusqu'au lavoir de Coiran la rivière décrivait 
une forte courbe, de sorte (jue l'acte de 918-919 dit juste quand il 
nous montre l'Aude et le Montjuzaic [Mons judaicus) enveloppant 
le territoire concédé de toutes parts. La butte de Montjuzaic s'éle- 
vait entre la porte de Coiran et le tènement de Celada, limitant au 
sud-est le territoire concédé, qui ne constituait pas à proprement 
parler une île mais une presqu'île. C'est sur cette butte, en dehors 
de l'enceinte de la Cité, que se trouvait le cimetière juif, à peu 

1. C'est de Matnpezouls ijuc provieiulrait liiiscriplioii la'l)i<iïi|uc nailtoniuise du 
tombeau de don Vidal Saloinon Nalliau, (jui se trouve au uuiséi; de Toulouse (.Neu- 
bauer, Rapport sur une mission dans le tniili de la France, dans Archives des 
missions scien/ifi(jues el liUéruires, 3' série, t.I", j>. o'Jl), d'après Tournai, Catalogue 
du musée de Xarùonne, p. .ol). I)umè|.'e, inaniuebien (jue ees moulins de Matapeznuls 
étaient situés bois des murs (Mémoires publiés par lu Société des Antiquaires de 
France, t. VIII, ji. 340. note). 

2. Mouynès, Annexes de la série AA, p. 352, 2* col. 

3. Mouynès, Inventaire de la série A A, p. 99, 1" col., note 1. 

4. Acte du 5 décembre 1203 (Invent, des arch. de l'arcbev. de Narh., t. I, f<> 207 v»). 
0. Mouynès, Inventaire de la série A A, p. 31, 2* col., note. 

6. Le cimetière des Juifs est appelé indifféremment cimetière des Juifs ou tout sim- 
plement Montjuzaic (Acte du 22 février I3o2, Mouynès, Annexes de la série AA, 
p. 347, l"col. et p. 3o4, l"=col.) « ...cimilerium Judeorum \artjone vocatutn Montem- 
judaicum ». (Bibl. mun.de Toulouse, ms. 626, loi. oo4 r". Acte du 22 no\enibre 1297). 



240 REVUE DES ETUDES JUIVES 

près sur remplacement qui s'étend maintenant entre le collège 
Victor-Hugo et la gare des marcliandises. Il est curieux de noter 
que les Juifs du moyen âge établissaient généralement leurs cime- 
tières sur une éminence : un exemple curieux nous est fourni par 
le cimetière des Juifs de Barcelone, établi autrefois sur la colline 
de Montjuich, laquelle domine au sud le port actuel de Barcelone. 
En résumé, bien que le diplôme de 918-919 nous paraisse suspect 
par l'irrégularité de ses formules et notamment de sa date, sa 
teneur nous le présente sous un jour si favorable qu'il nous est 
impossible de le tenir pour inautbentique. Aussi bien ne con- 
naissons-nous ce diplôme que par une copie du xir siècle très fau- 
tive. Le scribe qui l'a transciit était un clerc très peu lettré. Nous 
relevons sous sa plume des formes incorrectes ' ou barbares '-. 
L'ignorance du copiste explique donc facilement les bizarreries des 
formules et les inexactitudes de la date. 

Xn. — Il est permis de se demander si le diplôme de 918-919 fut 
rigoureusement exécuté. C'est peu probable. En ce qui concerne le 
premier lot de moulins situés en aval du pont de la Cité, nous avons 
la preuve formelle que les Juifs qui en étaient propriétaires refu- 
sèrent de consentir à leur spoliation et, finalement, obtinrent gain 
de cause. Ainsi, avant le 19 décembre 935 ou 9o6, les frères 
Samuel, Moïse, Isaac et Lévi, fils d'Abraham, étaient propriétaires 
d'un des moulins situés en aval du pont. Au sud de ce moulin se 
trouvait un vivier qui appartenait au Juif Joseph, fils d'Abraham 
Veneroso"^. Entre le moulin des fils d'Abraham et le vivier de 
Joseph se trouvait un autre moulin dit Casai dont la moitié appar- 
tenait avant 955 à André, à sa femme ïencia et à leur fils 
Guillaume, lévite. C'est cette moitié de moulin avec son vivier, ses 
pêcheries, sa tôte de meule que les quatre fils d'Abraham ache- 
tèrent, le 49 décembre 955 ou956 '', à la famille André moyennant 
le prix de 90 sous payés comptant. André et sa femme Tencia 
n'avaient pas reçu la moitié de ce moulin en héritage; ils l'avaient 
acquis par achat, ce qui pourrait laisser supposer que l'église Saint- 

1. Molendina que sxint in luco quem vocanl Macta Pedilii similiter ipsis Jiuleis 
pevlineixlUma (corr. perlinenlia). 

2. Alaze au lieu de Atacis, bracmalicum au lieu de praymaUcxim. 

3. Saiirc, Juifs du Lanf]uedoc, pièce justincativc ii" 1, pp. 129-130, d'après Ilibl. 
uat., Mélanges Golbert, n» 414, pièce 5, et collection Doat, t. 57, f<" 10-H. 

4. L'acte de vente fut dressé la 2° année du roi Lothaire, ce (jui nous donne l'année 
9Î35, si nous comptons les annt'cs du règne à partir du 10 septembre ou du \1 no- 
vembre 9;)4 (Giry, Manuel de diplomatique, p. T29) ; ou l'année 9o6, si nous faisons 
coïncider complètement la première année du règne avec l'année 95». 



ETUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNË 241 

Quintin avait aliéné bientôt après les moulins concédés par Charles 
le Simple. Mais de telles aliénations n'étaient pas dans les habi- 
tudes des églises, qui répugnaient beaucoup à diminuer leurs biens 
temporels : elles pouvaient en aliéner le domaine utile moyennant 
une redevance annuelle, mais jamais le domaine éminent. Or, 
André, Tencia et Guillaume cèdent leur moitié de moulin en toute 
propriété. Les Juifs acquéreurs pourront en disposer à leur guise, 
sans que personne puisse s'y opposer et y contredire. Les vendeurs, 
leurs héritiers, filles ou neveux, leurs parents, ou bien quelque 
personne oubliée, interposée et subrogée ne pourront exercer leur 
droit de reprise sur la chose vendue. Tout usurpateur devra com- 
poser pour le double ou le triple de sa valeur et restituer le double 
des améliorations apportées par les coacheteurs. En outre, il sera 
tenu de restituer le bien usurpé. 

Vingt ans après, le 26 janvier 976 ou 977', les mêmes Juifs, 
Samuel, Moïse, Isaac et Lévi, fils d'Abraham, vendent à Belshom, 
abbé de Saint-Paul et à Guillaume, lévite, une parlie de leur alleu, 
à savoir un moulin en entier et les deux tiers d'un autre, avec leurs 
dépendances, tètes de meules, pêcheries, aqueducs, fonds de terre, 
au prix de 130 sous payés comptant. Par cette vente, les quatre 
frères cèdent à labbaye de Saint-Paul leur droit complet de ^vo- 
priélé [ad proprium perhabendum). Ils ne retiennent que le tiers 
du moulin situé au nord. Il suffit, d'ailleurs, de remarquer que les 
acquéreurs sont ici des clercs mainmortablespour en conclure que 
les Juifs vendeurs étaient entièrement propriétaires des biens 
aliénés. Si l'église Saint- Quintin avait exercé un droit éminent 
sur les moulins vendus, elle serait intervenue à ce titre pour 
exiger un droit d'amortissement, et lacté de vente en aurait fait 
mention. 

Il est donc certain que les moulins situés en aval du pont de la 
Cité n'ont pas été elfectivoment confisqués sur les Juifs qui en 
étaient propriétaires. La mesure arbitraire prise par Charles le 
Simple en faveur de Saint-Quinlin de Narbonne et contre les Juifs 
de cette ville est restée lettre morte, parce qu'il n'a pu mettre la 
force à son service. A cette expropriation illégale les Juifs nar- 
bonnais ont opposé leurs titres de propriété et ils n'ont pas pu être 
dépossédés. C'est le châtiment des mesures arbitraires arrachées à 

1. Hist. de Lang., t. V, Preuves, ce. 283-284, d'après collectioQ Doat, t. LVII, f» 20. 
Cf. Gallia chrisliana, VI, 142 et Saige, Juifs du Lunquedoc, p. 68. Cet acte de vcnie 
fut dressé la 23« année du règne de Lothaire, c'est-à-dire en 976 ou 977, selon qii>^ 
l'on place la première année du règne en 934 ou 955 iGiry, Manuel de diplomatique, 
p. 729). Gross (Gallia judaica, p. 404) le niace en 977 

T. LV, .N» 110. 10 



242 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la faiblesse d'un souverain de ne pouvoir matériellement être mises 
à exécution. 

A la fin du x^ siècle, la plus grande partie des moulins du pont 
de la Cité était donc devenue propriété de Téglise de Narbonne, et, 
plus particulièrement, de Fabbaye de Saint Paul, non pas à la 
suite d'un acte de confiscation, mais à la suite d'un acte de vente. 
Voilà pourquoi le roi Louis Vil, une première fois à Melun, 
en 1457 ', une deuxième fois à Sentis, en HGo^, confirme, non pas 
à l'église Saint-Quintin en particulier, mais à l'église de Narbonne 
en général la propriété des moulins et autres immeubles que le roi 
Charles le Simple a"vait voulu concéder à Saint-Quinlin. 

Malgré toutes ces confirmations royales, les arbitres qui s'occu- 
pèrent du grand conflit survenu au milieu du xiv* siècle entre le 
vicomte et l'archevêque n'hésitèrent pas, le 22 février 1352, à 
adjuger entre autres choses au vicomte les fameux moulins de 
Matapezouls, bien que les procureurs de l'archevêque préten- 
dissent que ces moulins avaient été donnés par un roi de France à 
l'église de Narbonne^. 

Les procureurs faisaient évidemment allusion au diplôme octroyé 
par Charles le Simple à Tévêque Erifons et à l'église Saint-Quintin. 
Les arbitres firent peu de cas de ce diplôme, ainsi que de tons les 
autres qui en portaient confirmation. Aussi bien étaient-ils fixés 
sur la valeur de ces actes solennels que l'église de Narbonne solli- 
citait à cbaque nouvel avènement, textes de parade, sans vertu 
exécutoire. Tous ces diplômes prétendaient confirmer, sans tou- 
tefois viser à le faire revivre, un état de choses qui avait cessé 
d'exister : c'étaient, en somme, des actes platoniques qui n'enga- 
geaient en rien le pouvoir royal et qui flattaient, sans les satisfaire, 
les prétentions des bénéficiers ecclésiastiques. 

XIII. — Nous avons épuisé la série des actes relatifs à la situation 
politique des Juifs de Narbonne sous la domination carolingienne. 
Cette péiiode a été l'âge d'or du judaïsme, suivant une assertion 
généralement admise parles historiens. Nous venons d'en vérifier 
l'exactitude sur une petite portion du royaume carolingien. Grâce 

1. llisl. (le Lang., t. V, Preuves, c. 1208 et c. 15G5, n° CXXVU. Inventaire des 
archives de l'arclievèché de Narbonne, t. 1, f" 47 r». Bibl. mun. de Toulouse, ms. 666, 
f- 408 V». 

2. l'rivilèges accordés par les roys de France à l'église de Narbonne, p. 18. 
Iijvenlairc des archives de l'arclievèché de Narbonne, texte latin et traduc. fraiiçai>e, 
t. 1, P 49 r». Analyse de cet acte : Ilisl. de Lang., t. V, Preuves, c. 1566, n» CXWII, 

'■i. Moajnùs, .innexes de la série AA, p. 348, l" col. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 843 

à l'appui du pouvoir royal, les Juifs de Narbonne ont réussi à 
conserver intact leur droit de propriété, et cela malgré toutes les 
attaques des théologiens et des canonistes. Un instant, la faveur 
royale leur a manqué et ils ont été sur le point de succomber, 
mais le roi qui les abandonnait était un roitelet sans autorité et ils 
sortirent vainqueurs de cette courte épreuve. 

Dans cette lutte contre la royauté et lEglise coalisées, les Juifs 
de Narbonne furent certainement appuyés par le bon sens public. 
Ils vivaient dans une atmosphère favorable. Narbonne était un 
centre essentiellement cosmopolite et, par suite, tolérant. Une 
population très bigarrée s'agitait dans son enceinte : sous la sur- 
veillance de fonctionnaires francs, vivaient, non pas un peuple- 
unique, mais des fractions de peuples, des Goths, des Sarrasins. 
des Italiens, des Grecs, des Syriens, des Juifs. Tous ces éléments 
avaient besoin les uns des autres. Les indigènes gallo-romains s'ac- 
commodaient très bien de celte diversilé de races et de croyances, 
pourvu qu'elle ne fût pas un obstacle à la prospérité de la ville. 
Le commerce maritime narbonnais avait besoin des étrangers et 
surtout des Juifs. L'accord des intérêts engendrait l'accord des 
individus et des races. Tout le monde se préoccupait d'éviter un 
conflit, puisqu'on avait tout intérêt à maintenir les bonnes rela- 
tions. La libre discussion aidant et peut-être aussi le scepticisme, 
résultat du contact et de l'échange d'opinions si diverses, l'esprit 
de tolérance persista à Narbonne malgré l'intransigeance de 
l'Église. 

Cette dernière réussira-t-elle à modifier l'esprit public nar- 
bonnais et à lui inspirer la haine de l'infidèle, c'est ce que nous 
verrons dans la suite de cette étude. 

{A suivre.) 

Jean Régné. 



SUR LES DEUX LETTRES 

DE L'ÉPOQUE DU DERNIER EXILARQUE 



Les deux lettres que M. Kamenetzky a publiées \ d'après les 
fragments delà Gueniza conservés à Heidelberg. jettent quelques 
nouvelles lumières sur les dernières années de la période des 
Gueonim. L'éditeur se demande si ce sont des autographes et laisse 
la question indécise. Mais il me semble que la réponse doit être 
résolument négative. Car, d'abord, ces deux lettres appartiennent à 
deux personnes diiïérentes. La première a pour auteur un membre 
considérable d'une des deux académies babyloniennes (v. surtout 
1. 4, 20), tandis que la seconde a été écrite par le dernier exilarque. 
D'autre part, les deux lettres ne sont conservées qu'en partie : 
dans la première, il manque au moins tout un passage à la 1. 31, 
après les mots n-jim '^-n:: Vdt-; dans la seconde, le commencement 
(1. 1-31 i est suivi immédiatement de la fin 1. 3:2 et suiv. , tandis 
que le contenu proprement dit de la lettre manque. Il est ilonc 
vi'aisembiable que quelqu'un, que le sujet de la lettre n'intéressait 
pas, a copié seulement le commencement et la lin comme modèles 
de style. Le début surtout qui est écrit en vers burlesques et qui 
olfre une grande ressemblance avec beaucoup de lettres de cette 
époque, se prêtait tout parliculièremenl à cet usage. Aussi le 
copiste a-lil laissé de côté le nom du destinataire, qui lui était 
sans doute inconnu, et l'a remplacé 1. 12 par h^, c'est-à-diie "i 
•^z-ib^, suivant la juste bypollièse de 31. Kamenetzky. Par contre, il 
a conservé le nom de l'expéditeur Hizkia, qui était, en sa qualité 
d'exilarque, connu de tous. 

1. Revue, LV, 18-53. 

2. V. U note de M, KanienetzLy, p. ol, ii. 1. n'Cn est un néologisme d'après l'âfâ- 
méen nn'Cn. Ezra, vu, 20 (cl. vi, II;. 



SUR LES DEUX LETTRES DE L'ÉPOQUE DU DERNIER EXILARQUE 24b 

Quant à la première lettre, elle parait avoir été envoyée à Kai- 
rouan. En effet, le 'n-\ b3 T'INh c^Vïn de la 1. 28, qui est prié d'en 
communiquer le contenu à ses amis, est nommé à la ligne i : TnMi'^ 
nbia ba na"'*::'':: riibi*. Or, nous ne connaissons à cette époque qu'un 
alloiif (\\\ nom de Juda : Juda b. Joseph de Kairouan, qui corres- 
pondit activement surtout avec Sclierira et Haï et dont beaucoup 
de consultations qui lui sont adressées se sont conservées. Voir 
Harkavy, Stud. u. Mitt., IV, n°' 207-208 mirr' an -i73T V^''^'* i<nb\^u5 
'nsi N572'ipb 1PD3 qsr ni -mi tv''\'2 i<-iTO ï5"«-i ; ces deux consultations 
sont en arabe; et n"' 434-442 (datés de 997, cf. p. 23o : "^nuj !iri<i 
b:?3 rt'?N'rt mb^on nbN':: -l'i'x t^ST^ K:3"n ■^it: t3 nbs u;n-i nnrT« 
•jniN larDi irii: nbsn mb^'ûm ...n-iin -iiNT^a -j-'r:> T'N-' D^XDmn 
Jm-iu"»:; I1373 bx û-'i^iî r:3i73U5T t-nN73 tih'0^ tibwX n;uj T«bDD uînna) ; 
puis û"^«Dn pjtinp, éd. Stern, p. 106, avec la date de 1011 it nbsï: 
11N5 "^Nn 2-172 'jNTi"'p ITDT cior 172 13 û"<b3'D 31 :]ibî« r\^^^rT 'i bi<u: 
^iDT NDnn iwiN 'ai 'dt 'an qbx n3\i: «"'nu: it iiï^am . . .b"Ti. Cf. encore le 
Ms. Bodl. 2669, 2, qui contient une partie d'une lettre adressée, à 
N1T0 u:"'n S]ibN i-inn\ et?6/f/.,2680, 16, où on lit : "^itû na-^iass nrî<i 
Nnb"^NU5 l"'''"'^ i^nb.Tûi 'ni '::3 nbo lïîiîi rtiirr' 'an'. Enfin, un index 
de plusieurs collections de consultations de Gueonim, édité, d'après 
un manuscrit de la Gueniza, dans /. Q. /?., XVIII, 440, contient 
cette suscription : naaib Cjoii aiTo la nnrr» aiTj mb^u) :?Di<nbN àiibi< 
b"i£T 11N3 -iNn. 

Nous connaissons mieux maintenant le personnage auquel se 
rapporte cette lettre et qui est nommé à la 1. 2 : nori ffli<i pnbN, 
c'est-à-dire Elhanan b. Schcmaria de Fostàt. Nous savons effecti- 
vement qu'il portait ce titre et qu'il a beaucoup voyagé-. Notre 
lettre nous apprend de plus qu'il a séjourné également à Alep et 
en Palestine. 11 entretint une correspondance active avec les Gueo- 
nim babyloniens, surtout avec Sclierira et Haï. Le premier notam- 
ment est plein d'éloges pour lui^ et lui a adressé plusieurs consul- 

1. Ainsi Juda a porté d'abord le titre de HOn U5N1 puis celui île C)nbN, qui est 
réquivalent de nbD ^Nl- Or, comme il n'est pas encore designé par le second titre 
dans les consultations Harkavy n<" 207-208, celles-ci sont d'une époque antérieure à 
997 et partant proviennent également encore de Sclierira. 

2. V. Z. /. //. B., X, 144. Cf. sa signature au bas d'une lettre à la communauté de 
Malidj en Egypte [J. Q. R., XIX, 729, n" xx) : bî<10-« bD *5U; IlOn CNI pnbx 

■CNin ain isnbx p bNiia"» br) bï3 i-ii n-'a ax n-'i^iu p- 

3. Cf. /. Q. n., VI, 223 ; 1N73 "iit^by aïonn -iib-^ir.x i^r^rt pn û:; 
Nin iD 0372X1 ...r!aia"^a im33730 Twî< iii b3 i3i2n pnbx m 172 
r;"«3D^ TCN72 naia i3'^3Db '\r\n12 «an i;rt< ni:iN bai ny by nr72 V\^'0^J2 
l^pTi iy iD i:n û-imaaT ...ni:ncNin 173 mai:: m^s;:: mbi<':; bai 
Nin ni b3 pnbx 1:21 ■ ■ .:^^Jz^:iy•^ o^ai b:^ q^i^'ii ci^ov y-^a-" mnaab 

'131 iri3"«n Tjbini;. Sur cette consultation de Sclierira, cf. Z. f. U. B., l. c. 



246 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

talions; de même Haï, qui lui a envoyé entre autres ses explica- 
tions de mois sur Aboda zara^ . Or, comme Elhanan n'est pas Irailé 
avec beaucoup d'aménité dans noire lettre, il faudrait proljable- 
ment voir dans le gaon nommé 1. o, non pas Haï, comme l'admet 
M. Kamenelzky, mais Samuel b. Hofni. Nous savons encore, 
d'autre pari, que ce gaon était en relations avec Kairouan et qu'il 
s'y est adressé à l'effet d'obtenir des subsides pour son académie. 
Son « cbargé d'affaires » à Kairouan pour cet objet était Josepb b. 
Berechya, qui correspondait également avec Haï v. la consultation 
bien connue imprimée dans Taam Zekénim, 54 ô, et Harkavy, op. 
cit , p. 76,1 ^. Du reste nous avons aussi des vestiges de questions 
adressées par Elhanan à Samuel b. Hofni, v. /. Q. /?.., /. c, 430 : 

Étant donné le caractère fragmentaire de la lettre, il n'est guère 
possible d'en deviner le contenu. En tout cas, la restitution ^in"'3>D 
;aiTpi, à la ligne 8, me paraît inadmissible, car depuis la lutte de 
Saadia et de Ben Méir nous ne savons pas que des questions de 
calendrier aient pu être l'objet d'une intervention b:Dr ^b ■'D 
aisTnb). n s'agit plutôt du dessein qu'aurait eu Elhanan ,qui 
avait alors porté déjà le titre de *T(ot\ lUi^n) de se mettre à 
la tête d'une académie indépendante ou de s'arroger quelque 
autre prérogative, et pour lequel il aurait écrit au tribunal de 
l'Académie^. Là dessus l'auteur de notre lettre recommande à 
son correspondant de lui dire (à Elhanan' qu'il écrive au gaon 
(personnellement?) ' et de l'engager à ne rien entreprendre avant 
d'avoir reçu du gaon le rang de Yl rr^a ax^. Ses actes en ce sens, 

1. v. la note précédente ; Harkavy, op. cit., Index, s. v. !T^"173W '■) pn'^N, et la 
consultation du ms. Bodl., 2682,1. 

2. v. mon Schechters Saadyana, p. 5. 

3. L. 3 : nn-'TD'^n '^y^ bm nnn (pnbM natt b"n) n5'273 Nn "^"d. h est probable 

qu'filhanan a agit au nom de l'académie, car autrement le gaon n'aurait pas pu 
intervenir, les communautés étant déjà à cette époque entièrement indépendantes. 
— Sur n2"'T::"'rî "i^'O ou NnnTTST N3Na, v. Harkavy, op. cit., Index, s. i'., et 
Revîie, LI, 55. 

4. lyb ■«n"' ■'3i: pNS i:-iw bN 2nD (i. nrc) n'?o -^d ^b v:*n. Le titre de 

''33£ 1TN5 au lieu do apj»^ "jlN^, qui est usuel, no se retrouve pas >Tutroment, que je 
sache, à cette époque. L'académie palestinienne est nommée quelquefois i2ii r3''">3^ 
(▼. Hevue, XLVUI, 157; J. Q. R., XIX, 255, 726), mais elle ne fut fon.lée qu'après 
1020 (v. ibid., 152) et de plus il ne peut être question d'elle ici (v. lignes 20-22). 

5. C'est sans doute ici qu'il faut interpréter les mots de la 1. 5 : \a^^"' bnb TT'MTn 
m3N D\i:3 ISap"* '^^N ly "im.— ma» est ici abrégé de ]^'s n^a ma», expres- 
sion qu'on trouve pai' exemple chez Sclierira (éd. Neubauor, p. 38, 1. 9 et p. 41, 1. 8; 
cf. Briill, Jahrbiicher, II, 3C, n. 42), de même que '|"'n rr^a aN est souvent abrégé en 
as (ce qui rend inutile la correction de Harkavy, Slud. u. Milleil., 111, p. 30, qui 



SUR LES DEUX LETTRES DE L'ÉPOQUE DU DERNIER EXILARQUE 247 

c'est-à-dire les efforts qu'il a fait pour s'élever à la considération, 
sont déjà connus à Alep, à Damas, à Fostàt et en Palestine II veut 
toujours acquérir une autorité, mais celle-ci le fuit. Il prétend à la 
vérité qu'il a déjà donné des leçons et que Bariioùn y a assisté \ 
mais comment les habitants des localités sus-nommées peuvent-ils 
jugera sa valeur une telle activité, eux qui ne connaissent pas les 
usages de l'Académie et qui manquent de la piati'iuc nécessaire? 
Les membres de l'Académie racontent fréquemment que lors- 
qu'Elhanan était à Bagdad, il fut visité par R. Asaf -n-ri "ww^n-. 
Elhanan se vanta devant lui de sa science talmudique et de ce 
qu'il avait achevé le Talmud en peu de jours; mais c'était là une 
étude par bonds, c'est a-dire qui n'avait pas été poursuivie dans 
l'ordre^. Ce n'est là qu'une partie des actions peu convenables 
d'Elhanan ; on ne doit donc pas lui permettre de mettre son projet 
à exécution. 

En quel endroit Elhanan avait-il conçu ce projet? C'est ce qu'il 
est difficile d'établir. Le plus naturel est de penser à Kairouan. 
Nous savons, en effet, qu'il a séjourné dans cette ville et peut être 
a-t-il été l'élève de Nissim b. Jacob, bien plus jeune que lui, d'ail- 
leurs ^ Mais comme il correspond déjà de cette ville avec Sche- 
rira"', donc avant 998, il est assez singulier qu'en iO'20 on parle de 
lai avec tant de dédain. A moins d'admettre que l'auteur de notre 

veut chaugcr llwSA p 3N p I-^N:; Irt^r, bii-\12'C en 'iDT ]^-, n"'3 3N p 'a 'n 'c). 
Elhanan a ol)tenu, en effet, le titre tic "["^n rT'a 3N, v. Z. /. //. />., /. c. (où il faut 
lire : t nachdem er beieits "non ">I3î<1 gewesen »). 

1. L. 4 : •i;aî<T by ^737 "jima "^DI. m. Kamenetzky a tniit ;ï f.iit rai.sou «le rap- 
procher cette expression «le l'arabe ^ON^ "^by CjpT- Ici, elle siiruilie peut -être de 
plus que Barhoùn l'assistait en qualité d'auxiliaire occupant le second rau;.'. 

2. 11 faut ajouter cet Asafaux listes que j'ai dressées 'Schechlers Siiadijana. p. 1.3, 
n. 1; Revue, XLVIII, 152, n. 3; Z. f. If. B., l. c.) des personnaires qui ont porté le 
titre de '^-[Zin TTN"). 

3. C'est peut-être ainsi qu'il faudrait comprendre les mots obscurs des liijnes 24-25 : 

TOMiz O"!")"':! i7:"''ror! D"'::;n73 n-53'^3'i m>o'?rn t':d'5 o-nr. f<in ■'3 ns-im. 

La construoticin de la première phrase n'est pas très claire et on pourrait la corriirer 
en 'n7;'';nr! OTi:* N"I~ "3 T^jS'? nsn— t. Quant aux mots "l?ûT;t] DTT5, « étude 
bicarrée », ils désignent peut-être une étude faite eu omettant et sautant îles pas- 
sages. 

4. V.le poème de Salomon b. Galiirol à Nissim (Brody-Albrecht, "i^Cn "iJ'w. J). 361 : 
1D""jn p^V^J'r D5 mbCT. Ce qui prouve que Nissim était plus jeune qu'Elhanan, 
c'est que celui-ci a encore correspondu avec Scherira, tandis que de Nissim nous 
n'avons conservé que des consultations de Hai (v. Harkavy, Slud. u. Mitf., IV, 105; 
J. Q. /{.. IX, 706 ; Consultations riTIjS mTOn, n» 134. etc.V 

5. V. Harkavy, op. cit., p. 2 en haut : irn'lTN "l"?: bS'J y"Z ■i:"'3N ",1X5 ■^:\333 

i^n-:; 2"'T'73''5m 1ti:3d -i"7o 13 3p:y' -i"73 nn^wS ^inp nrnx rf-r»:*- -i"73 p 
nx i"'?:Nn3 1Nii\-53 r^rr.-c ran ^niTDn p3y3 '3*5 3':>i3 3137 "intt'pt 



248 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lellre, étant son adversaire, ne lui rend pas justice, ou bien que la 
date de 1332 contr. est, soit inexacte, soit empruntée par le copiste 
à la deuxième lettre ^ . 

Cette seconde lettre est bien plus intéressante que la première, 
car elle nous renseigne avec exactitude sur la succession des der- 
niers exilarques. Il était établi depuis longtemps que Hizkia, le 
contemporain et successeur de Haï, ne pouvait pas être, comme 
le dit Abraham ben David, un petit-fils de David b. Zaccaï^ ; mais 
voici que nous apprenons à connaître exactement sa généalogie : 
Hizkia b. David b. Hizkia b. Juda b. David b. Zaccaï. Il a donc 
été confondu tout simplement avec son grand-père, qui portait le 
même nom que lui. 

La partie de la lettre, à partir de ûnbu) n© (1. 23 , offre également 
de l'intérêt. Cette formule était employée par les Gueonim qui, 
au salut qu'ils adressaient à leurs correspondants, ajoutaient celui 
des autres membres de l'Académie. Elle a été empruntée aux Gueo- 
nim par Ben Méir et par d'autres^. Mais ici nous voyons pour la 
première fois, à ma connaissance, l'exilarque offi'ir le salut, non 
seulement en son nom, mais aussi de la part des deux cbefs d'aca- 
démie et de leurs /Suites. L'énumération des personnes apparte- 
nant à l'académie a des parallèles dans d'autres formules finales '; 
mais on trouve ici une expression qui n'est pas usitée ailleurs : T-irn 
"Tibam (1. 26-27). Quoi qu'il en soit, il apparaît qu'à l'époque de 
Hizkia les relations étaient bonnes entre l'exilarque et les Gueonim. 
Hizkia avait probablement été lui-même d'abord un membre de 
l'académie, ce qui expliquerait aussi qu'à la mort de Haï il ait été 
élu gaon et ait ainsi réuni en sa personne deux dignités qui étaient 
généralement hostiles l'une à l'autre. Nous savons d'ailleurs que 
ce cumul ne dura pas longtemps'^ et qu'avec Hizkia disparurent et 
l'exilarcat et le gaonat. 

Varsovie. SaMUEL PoZNAWSKI. 

1. Nous avons dùjà vu plus haut, ji. 2li, u. 2, quo la lin «lo la prcuiière lottre ost 
fragmentaire. 

2. Cf. par exemple mon "jlNJ rT'iyD 3"I3 NOIT 3"1 ^IU'nivc/.ew, 1006), ji. 1. Du 
reste, les mots d'Al)raliam beu David : liîDT p mi '5U3 133 "jl m'rS "«TN"! """pm 
(6d. ISeubauer, p. 67, 1. 11) siffiiiliont pout-ôtie non pas « potit-lils », mais « desoeii 
danl » de David b. Zaecaï. 

3. V. par exemple la lettre de la oonimunautr du Caire à Ascalon, éditée par ("lold- 
zilier (Revue, LV, 58, 1. i d'en bas). 

4. Outre la lettre de Ben Méir [Revue, \l, 262 ; nornsteiii. pi 5"c-! np'r'nTû 
n''i<U, p. -iS), qui cite également les D"^3aD^1 l^mnn, voir ./. n. />'., Wlll, S04. 171 : 
XIX, 105, 400. 

5. V. Bâcher, J. Q. R., XV, 79 et suiv. 



LE LIVRE D'EZRA 
DE SGHAHIN SGHIRAZI 



J'ai récemment fixé la place qui revient dans l'histoire de la lit- 
térature au poète judéo-persan Schahin'. Des quatre poèmes que 
nous possédons de lui je publie ici, pour la première fois, le plus 
petit. Cette œuvre, malgré son peu d'étendue, est particulièrement 
propre à faire connaître les traits originaux qui caractérisent cet 
épigone juif d'une littérature illustrée par Firdoùsi et Nizàmi. Bien 
que le Livre d'Ezra ne forme qu'un appendice du grand Livre 
dArdeschir de Scbahin, il doit cependant être considéré comme 
une épopée distincte et, comme tel, il commence, en effet, par deux 
chapitres qui introduisent toute épopée persane, depuis le Livre 
des Rois de Firdoùsi : la louange de Dieu et la louange du Prophète. 
Le poète juif exalte naturellement le prophète d'Israël, Moise, à 
l'instar de ses modèles mahométans, qui glorifient le fondateur 
de l'Islamisme, Mahomet. Le véritable héros de notre épopée est 
Koresch (Cyrus), de même que le principal personnage du Liv7'e 
d'Ardeschir est le père de Koresch, le roi Ardeschir, identifié au 
roi Assuérus de la Bible. Ce dernier ouvrage se termine avec la 
mort d'Ardeschir ; le nôtre débute avec l'avènement de Koresch et 
s'arrête à la mort de ce roi. Mais le règne de Koresch ne constitue 
à proprement parler que le cadre, dans lequel Schahin a inséré 
le véritable sujet de son poème narratif. Si les faits relatés dans le 
livre l)ii)liqued'Esther occupent une grande place dans le livre d'Ar- 
deschir et ont été très habilement insérés dans l'épopée persane 

1. Zuei jiklisch-persische Dichler. Scliahin und Iinrani : 1. Hâlftc. Strasbourg-, 
Triibiier (tirage à part du 30" Jaliresbericht der Laudes-Rabbiiierschule zu Budapest). 
La deuxième moitié paraîtra cette aaiiée. 



250 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

du Roi, au point d'en former une parlie inlégrante, alors que la 
majeure partie de cette épopée est formée de narrations non juives, 
le contenu de notre Livre d^Ezra, que Ton pourrait tout aussi bien 
appeler Li^ré* de Koresch, est presque entièrement juif. Schahin 
n'emprunte rien à l'Esdras de la Bible mais raconte à sa façon, 
tout en puisant certainement les éléments de son récit dans une 
légende populaire en cours chez les Juifs de la Perse, dans quelles 
circonstances le roi Koresch accorda aux Juifs exilés la permission 
de retourner dans leur patrie et de construire le second temple de 
Jérusalem (chap. vi, vu). D'ailleurs, l'histoire du retour même et 
de la restauration de l'état juif en Terre sainte n'est rapportée que 
succinctement et sert d'introduction à la seconde partie essentielle 
du poème (ch. viii), qui a donné à l'ensemble le titre Livre d'Ezra. 
Ce chapitre contient une légende curieuse, et qu'à ma connais- 
sance on ne retrouve nulle part ailleurs, sur le séjour d'Ezra parmi 
les descendants de Moïse, dans le but de vérifier sa copie de la 
Tora. Le sujet du troisième morceau du poème (ch. i.\) est tout spé- 
cialement judéo-persan; il raconte, en effet, le voyage de Mardo- 
chée et d'Esther à Hamadan et leur mort dans cette ville. Si l'on 
considère que tel pst le contenu de ses parties principales, le 
Livre d'Ezra de Schahin a toute l'importance d'une source unique 
des légendes en vogue parmi les Juifs persans de cette époque, 
c'est-à-dire de la première moitié du xiv« siècle. 

Il est toutefois impossible de séparer nettement, dans la forme 
actuelle de ces légendes, les éléments d'origine populaire des 
additions du poète. Ainsi, pour ne citer qu'un point, il serait du 
plus haut intérêt de savoir si l'indication d'un rejeton de la race 
royale de David, nommé Mattitya, qui joue ici le rôle de Zoro- 
babel, a été empruntée par Schahin à une source littéraire anté- 
rieure ou si une légende orale ne la lui a pas fournie, ou enfin si 
elle n'est pas une libre invention de son imagination. 

Le manuscrit qui sert de base à mon édition est un iinician. Le 
ms. 392 de la collection de M. Elkan N. Adler contient, entre 
autres productions de la littérature judéo-persane, le Livre d'Ar- 
deschir ainsi que le Livre d'Ezra, dans un texte des plus corrects 
et que je publie en suivant la transcription du manuscrit'. J'ai 
renoncé à traduire le livre, et me suis borné à donner un résumé 
des chapitres, en faisant ressortir les détails caractéristiques Cela 

1. La lettre persane ^ (tsch est transcrite par :» (= ~) on ij, rarement à; 3 = i), 
'i=z ^. Quant aux divergences d'orthographe, elles sont relevées queliiuefois dans les 
notes, qui contiennent aussi quelques rectilications. 



LE LIVRE D'EZRâ DE SCHÂHIN SCHIRAZI 251 

suffira à donner aux lecteurs, auxquels le persan n'est pas familier, 
une connaissance assez précise du poème. Quant aux spécialistes, 
ils trouveront l'occasion d'apprécier la facture légère et facile et 
les nombreuses beautés poétiques des vers de Schahin, qui, le pre- 
mier, introduisit dans la liltérature néo-persane un esprit et un 
fond juif et qui, au témoignage d'un savant compétent et distin- 
gué, mérite une mention dans l'histoire de cette littérature'. En 
tout cas, une place d'honneur lui revient dans la littérature juive, 
celle de créateur, pour y avoir inauguré une branche nouvelle'-. 



n N n 15 

I 

lN73n-n □"'npi 5 17:d[i] "ns i^nni * bxn ^n-i cn3 -12 

'\n^v^m -11731 l-\M2 n-'T "in-i linna '^-lai nT 'mn^i 

I 

De l'Unité du Créateur. 

« Au nom de celui qui embrasse les sphères, au nom du Dieu unique, 
« éternel existant depuis le premier commencement et miséricordieux ». 
Les distiques qui suivent ces premiers vers contiennent un éloge de la 

1. Paul Horn. Deutsche Literalurzeitung, 26 octobre 1907 (coL 2" 13). 

2. Chaque hémisticlie du mètre, qui est un dérivé du hazadj, a le schème suivant, 
qu'il faut lire de droite à gauche : ^ \ — w — w | w . 

3. Le titre N"1T^ nbsw "1D3 doit être lu comme de l'hébreu. Dans le ms. le 3 do 
nbSTa est surmonté d'un trait, qui indi(iue la prononciation g (et non dj). Le titre 
est imité de celui du livre biblique d'Esther. 

4. = 'rTin. 

5. = n73S. 



252 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



1NÏ:31D1 MHJ -103 y73"0 

"'^i: n-13 iS3"iD -1UJ2 rriNi^n 
520 TN -imsT -inD3 -•<-iî<n-n73 

■^nO"! ^N-lD n-l53 IN TwSl 

■'^n:ï3N -iT itt;3 iNa nd 

moT DnN72 iKnm T^côn 

iNittîim Dor:i uavi yaS nd 

nn-np T^n mS nam TwN 

liîiDtt -m n5ND3 n-iap tt 
"in ^i-ipiDi bybi riTiTD 

3N — n ^x5i "1X31 TUnïî m 

nx"'"':: inôwS Vti 5-112 m 

xbin nnn ni n«n ■'ii m 

T^oi n-ixij:!' bniTi '(■^173 



'"jxnaiiîi -.i3i: ^;5 pxb5 
'■'n n-,"npi -ixd in -nrx 5 

Tor: ^NSi non qid 1X3 
--1X33 nmiji -in -13N tn 

riwN-'-i-i 3X1 r.'C-!i mi r:i3 
U3i;i mn m:33 tic53 10 

n3;xT3 iwS y;i:£i nmip wNp 
■'"'NDon-i rsNi ni ht'T 17 
1131 PTûbâi Tx-n siri Tll 

"ixT^-is nira IX n-mp xn 

n-iiit T'-iËx-'s rîc:2i3 tx 15 
•jin'^s n-,3 ixm n-i:2p tx 

-133X J'Sli: 1P 1:1: 513 TX 

n:x- r!5 •tw3 ix n-nip m 
TD-ixii ncm nÊn mxp ix 
3xr:i 5*211:3 1553 0"i5 ai5 20 

-1x111 -in-ro niD 'jiToxT's 

xbyx ^T ixnnDx r!b72ia xn 

T^nx:i •'-'.noiui nw iMT^n 



toute-puissance de Dieu, de sa force créatrice et de l'inépuisable abon- 
dance de ses bienfaits. A l'homme il a donné les sens et la raison, « pour 
qu'il reconnût sa puissance et sa providence et extirpât l'incrédulité de 
son cœur » (il). L'œil révèle à l'âme humaine la toute-puissance divine, 
la succession du jour et de la nuit, de la tristesse et de la joie (12-14). 
Par la puissance de Dieu, d'une youttc est formé le corps de l'homme ; 
une goutte devient le fleuve rapide ; une goutte produit la perle précieuse 
(l;)-t6). La pierre se change en pierre précieuse qui étincelle avec splen- 
deur (17). M 11 est le maître des sept (planètes^ des huit (paradis) et des 
quatre (éléments) » (18). Il a créé les neuf sphères et les douze constella- 
tions (21). Toutes les planètes, « telles que la Lune, Jupiter et Vénus, 



1. = 'ixn3iD. 

2. = T'-lXn-l» (marirarita) . 

3. Par « huit » il faut enleudie ou les huit païailis ^cf. Vnllcrs, II, 1455) ou h»s huit 
sphèies célestes (ibid.), mais comme le v. 21 mentioiuie oxplicitomeiit neuf s|>hères 
(sur ce nombre des sphères, cf. Maimouide, More, II, 4 ; Munk, Le Guide, II, ï,2., il 
faut adopter ici la piemière explication du nombre « huit ». Dans sou Livre de la 
Genèse, à propos du quatrième jour de la créati(ui, Schahin parle aussi des neuf 
sphères (niD *^xbDX, u, 23). Y. aussi plus bas, ix, 13. 



LE LIVRE D'EZRA DE SCHAHIN SCHIRAZI 



âB3 



naNra nan '^•'s •'•^d n*73N 

» nNriTN ïp^b^ T'-'di nu; n-na 

*pns:nTa "^ii 7211:3 -iso niiu 



-i3Nn2 ""D" -.n r,\ sma tn 

pn ni-np no"'03 rtDia n 



II 



n"T •'OTTa *p-mn ny; ^t 



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10 



Mars et Saturne, Mercure et le Soleil » (23), exécutent ses ordres; « c'est 
par leurs mouvements et leur course que le mal et le bien se manifes- 
tent, que la bonté divine devient visible » '25'. 

II 
De Véloge ,de Moïse. 

Une foule d'épithètes variées qui toutes glorifient Moïse ouvrent ce 
chapitre (1-4;. Suit un aperçu de sa vie et de ses prodiges : enfance et 
jeunesse (o-9), fuite de l'Kgypte et séjour chez Schoéib (Jéthro (lO-M) ; 
les dix plaies (12) ; la mort de Pharaon dans les flots de la mer (13-15) ; 



1. = -iNn::». 

2. = nn^TO (musahhali), 

3. L. m "^'na. 

4. = min. 

s. = 303. 



254 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



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20 



30 



les tables de la Loi (16); les épisodes de la pérégrination dans le désert 
(17-20); la sollicitude admirable témoignée au peuple d'Israël dans le 
désert (21-27); rapports de Moïse avec Dieu : « il n'avait pas besoin d'un 
ange, il disait lui-même tous ses secrets à Dieu (30) ». Le poète termine 
le chapitre par une bénédiction pour l'àme du Prophète. 



1. = -in:<d ,nN5!5i<. 

2. Tamlis que Mahomet n'avait des rapports avec Diou que par l'intermédiaire de 
l'ange Gabriel, Moise communiquait directement avec le Créateur. V. Ztvei jiidisch- 
persische Dichler, p. 21. 

3. = DN-'p. 

4. = n::nb. 

5. Lisez : ÛT- 



LE LIVRE U'EZRA DE SCHAHIN SCHIRAZI 



255 



III 



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Koresch monte sur le trône à la place d'Ardeschir. 

Après les jours de deuil en l'honneur de son père, Koresch prit place 
sur le trône de ce dernier (1-4). Les grands du royaume parurent 
devant lui avec leurs hommages (5-7) et le nouveau roi leur adi'cssa un 
discours ,8-35). Ce discours, oi^i Koresch déclara que la justice serait le 



1. = 510. 

2. L. nxo-iT ['1 quib^cjaib 'i). 

3. L. m. 

4. = Dbnà- 

5. Dans les vers 14-19, Koresch, rappelle la conduite injuste de soo père Ardeschir 
envers Zal, père de Roustim. V. Zwei judisch-persische Dichler, p. 48,62. 



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tlÈVUE DEâ ÉTUDES JUîVÈâ 



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20 



30 



35 



principe fondamental de son règne, « les rend tous joyeux et fait germer 
dans tous les cœurs les semences de l'équité » (37). Chaque jour, Koresoh 
rendit la justice et devint le bienfaiteur du peuple. 



1. = D5VJ. 

2. Koresch éimnière 
l'oubli. 

3. = nin. 
4- = ^î<3î<. 



les rois et les héros de l'antiquité perse (jui sont tombés dans 



LE LIVRE DEZRA DE SCIIAIILN SCHIRAZI 



2b7 



IV 



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10 



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IV 
Distribution de dons et festin du roi Koresch. 

Vertus royales du roi Koresch (1-3). Il invite les héros et les nohles à 
un festin qu'il donne au palais royal (4-5;. De belles jeunes filles entou- 
rent le trône du roi et des groupes de dix et de vingt chanteuses font 
entendre de la musique et du chant (6-8 . Le roi hoit du vin qui le met 
de belle humeur ^9-10; et ses hôtes ne résistent pas davantage aux. effets 
d'un vin trop abondant (H-13). Koresch fait ouvrir alors son trésor et 
distribue des cadeaux précieux et variés (14-17). A la tombée de la nuit, 



1. = mwN. 

2. = ûbrJ. 

3. L. "^NS. 

4. L. ^N3. 

T. LV, >» 110. 



258 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



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20 



23 



30 



le roi et ses hôtes vont se coucher (18-24;. Le lendemain, nouveau festin 
aussi somptueux pendant lequel règne une aussi belle humeur (25-33). 
Une félicité générale remplissait l'univers. De tous les pays aftluèrent les 
impôts. Les rois reconnurent Koresch pour souverain. 



1. La tombée de la nuit et le lever du soleil sout décrits avec les images familières 
à l'épopée persaue, telles que Schaliiu les emploie avec prédilection. 

2. = '^^2i^. 

3. L. "ÎND. 

4. = pii-i. 
S- = piin. 

6. Par un curieux auaclirouisme, le pays des Francs (53-|S) ost cité jianni ceux qui 
envoient le tribut. 



LE LIVRE DEZRA DE SCIIAHIN SCHIRAZI 



259 



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10 



15 



Le roi Korèsch à la chasse. 

Après une réflexion d'ordre général (l-li) le poète raconte que « Ko- 
rèsch alla à la chasse, avec les chevaliers au cœur de lion et pleins de 
gloire » (7). Avec une grande suile, Koresch arriva, à dix milles de Suse, 
dans une contrée oii foisonnait du gibier de toute espèce ; les captures 
furent abondantes (8-22), après dix jours de chasse, Koresch se rendit 



1. Le texte porte, par erreur, tnxT ÏIXUÎ (priiici'), à la place de TîNC (roi) 

2. = M-^-n. 

3. Mot douteux. 

4- L. noj. 



260 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



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2n 



30 



à Setourk, séjour favori des rois persans (23-25), où il passa son temps 
à de joyeux divertissements (26-28). « Mardochée, le sage et intelligent 
vieillard, lui était particulièrement cher (29). » 



#** 



Les chap. iv et v ont pour but de nous montrer le nouveau roi 
Koresch dans sa dignité de souverain. Les descriptions de festins et 
de chasses sont les éléments inévitables des épopées des rois perses. 
Comme Schahin n'a rien à raconter du règne de Koresch que ce qui con- 
cerne les Juifs, il croit nécessaire de dépeindre, de faire paraître au 
moins sa magnificence princièrc dans les festins et à la chasse, après 
nous l'avoir présenté dans le chap. ni comme le modèle du roi juste. 



1. = 3ni:. 

2. = ^-nnO (V. 25,26). 

3. Setourk semble avoir été un château de plaisance. Le mot signifie « fort >>. 

5. Mardochée, (jui avait été le vizir d'Ardeschir, fut également honoré par son fils 
Koresch. 



LE LIVRE D'EZRA DE sr.HAlIIN SCniRAZI 



?61 



VI 



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10 



VI 



De la destruction du sanctuaire. 



Le peuple d'Israël était devenu semblable aux incrédules, avait oublié 
le Prophète et l'alliance avec Dieu ; aussi le malheur fondit-il sur lui (1-6). 
Le roi de Babel, Nabuchodonosor, marcha — Dieu lavait voulu ainsi — 
avec une puissante armée contre Israël, (~-lS), dévasta le pays, détruisit 



1. Israël est appeli; D'^bD Ûllp • le peuple de Moïse ». Outre Babel, on donne 
encore comme résidence des rois babyloniens Basra, la ville la plus importante de 
l'Irak du temps du poète. 

2. = -|N3J. 

3. = -1721:. 

4. = ON-p. 

5. Le nom de Nabucliodonosur (Bouklitiiaçar^. 

6. C'est le mot hébreu (ba-areç), qui rime avec-ii:3nD2 hukiiatnat;), dcint le conson- 
nant dernier (n) n'est pas prononcé. 

1. Des éléphants font partie de l'armée babylonienne; Schahin, d'ailleurs, dans ses 
deux poèmes sur le Pentateuiiue, fait toujours paraître des élt'[diaiits dans les armées 
ennemies. 

8. L. n'N-i. 



262 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



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le sanctuaire, dont il emporta les trésors comme butin et emmena les 
habitants en captivité ii6-2S). Le tyran cruel fut enlevé par une fin tra- 
gique et il laissa un mauvais nom (26-28). « Le paradisiaque a dit cette 
belle sentence : « Tu récoltes le mal du mal que tu as semé ! » (29). 



VII 
Reconstruction du sanctuaire. 

Après une introduction d'ordre général (1-3) et la remarque qulsraël a 

1. = "jNnsio. 

2. Je ne comprends jias ce vers, qui parle de la « Tora sublime ». 

3. A rayer. 

4. Cette ^'pithête de « paradisiaque » désigne peut-être Firdoilsi, car n\D!13 est 
synonyme de OTIID- 



LE LIVRE D'EZRA DE SCHAHIN SCHIRAZI 



263 



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subi le châtiment do sa propre faute 4-6), le poète raconte que le sanctuaire 
resta détruit pendant soixante-dix années. A la fin de cette période vint le 
temps de la miséricorde divine, la fin des malheurs. Deux prophètes, Ezra 
et Aggée, exercèrent alors leur ministère, et un seul prince survivant de la 
maison de David Mattitya (7-1 1). Ezra exhorta le peuple à marcher dans les 
voies de Dieu, pour devenir digne dune nouvelle gloire (12-18). Ces exhor- 
tations portèrent leurs fruits, et quand Ezra s'en aperçut, « son cœur déchiré 
fut de nouveau guéri » et, plein de joie, il convoqua une assemblée (19- 
22). Il dit à Aggée et aux autres chefs du peuple: « I.e temps du malheur 
est passé. Allons d'abord auprès du roi de l'Iran et prions-le de nous déli- 
vrer de notre situation lamentable, en nous permettant de nous établir 
de nouveau dans le pays de Canaan et de reconstruire notre sanctuaire 



1. L. -ivm ■^0''. 

2. Ezra est ddiiiié comme prophète, pjirce que la tratlition riili'iiti(ic avoc Mala- 
chie. Le prophète Zacharie est cité plus loin, a» v. 32. 

3. Cet énigmatiijuc Mattitya tient ici la place qu'occupe Zorobabel ilans les récits 
bibliques (v. l'introiluction;.!! existe un Mattitya, contemporain d'Ezra, et nccupant une 
situation élevée (Néhémie, vni, 4). 

4. = riwS-i. 



264 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



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(23-29). » Ses paroles furent écoutées. Le lendemain, Ezra avec Aggée, 
Zacharie, ainsi qne le prince Mattitya, accompagnés d'autres hommes 
nobles et pieux, se rendirent auprès du roi Koresch. Ezra et ses trois 
compagnons ressemblaient à « un aigle suivi de trois faucons royaux » 
(30-34). 

Ezra, « semblable à un noble cyprès », s'arrêta à la porte du palais royal 
(36). Le portier lui demanda ce qu'il désirait et annonça au roi que quel- 
ques personnes «dont les joues resplendissent d'un brillant éclat et dont 
la belle apparition est incomparable» demandaient k être admis à l'au- 
dience (40). Koresch ordonna de les introduire et, leur vue pioduisit un 
tel effet sur lui que « son cœur fut saisi de respect» (44). Mardochée ins- 



1. = -i"^"^Tny (nom arabe d'Ezra). 

2. Ezra est ajipelé ici le « Limi de Dieu », nom que Schaliin donne ailleurs à Moïse. 
V. Zirei judisch-persisc/ie Dichter. p. 20. 

3. Ceci rappelle l'etlet de l'apparition du jj-rand-prètre des Juifs sur Alexandre le 
Grand, 



LE LIVRE [i-EZRA HE SCIIAIIIN SCHIRAZl 



265 



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50 



55 



60. 



truisit le roi du rang et de l'importance des députés et les lui présenta 
chacun par son nom (45-48). Koresch les fit gracieusement asseoir et 
ordonna à ceux qui n'appartenaient pas à son entourage immédiat de 
s'éloigner (49). Puisse tournant vers le prince juif Mattitya, il l'interrogea 
sur ses désirs, qu'il était disposé à satisfaire (50-53). Mattitya introduit sa 
réponse par des louanges et des bénédictions pour le roi (54-58), puis il 
continue: «Sache, ô roi, que le royaume de Canaan a été, depuis l'époque 
de Moïse, fils d'Amram, notre patrie et notre demeure, de par la grâce et 
la volonté de Dieu. Aussi longtemps que nous avons pratiqué le droit et 
la justice, que nous nous sommes montrés obéissants envers Dieu, la 
richesse, le diadème et le trône nous furent départis, la victoire, la puis- 
sance et le bonheur nous furent accordés. Mais, lorsque nous eûmes 
abandonné le ciiemin pour devenir idolâtres et semer les semences de la 
violence et du mal, nous perdîmes notre considération et, la tète courbée, 
nous tombâmes dans les malheurs de toutes sortes. Par un tyran cruel 
nous perdîmes notre foyer, notre patrie. Soixante-dix années se sont 



1. Bien qu'Erra fût 1« chef de la députation, le roi s'adresse à celui, qui lui avait 
été préseiiti' comme étant d'extraction royale, et qui était considéré comme le plus 
important dos dc^tulés. 

2. = 2Nno. 

3. Ici comme souvent ailleurs (v. plus haut, yu, 1) l'épithèle U^b'D désigne Moïse. 



266 



REVUli DES ÉTUDES JUIVES 



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70 



écoulées depuis que ce royaume a été détruit par l'iniquité. Je demande 
que ta grâce nous autorise à repeupler ee pays, ô roi sublime. Tu auras 
un nom glorieux dans le monde grâce aux prières de la race de Jacob 
(58-67).» Le roi répondit: Votre vœu sera exaucé, mais seulement si aupa- 
ravant, ô Mattitya, tu réalises une demande qui t'est adressée. « Je veux 
absolument que tu boives du vin de la coupe que ma main te présentera »* 
(70). Mattitya répliqua évasivement. Il pria le roi de ne pas exiger tout de 
suite l'accomplissement de son désir; il voulait d'abord se concerter avec 
les chefs du peuple et découvrir « quelle règle la Loi divine prescrit en 
pareil cas » (70); il se présenterait de nouveau devant le roi le lendemain. 



i. La demamle sinïuliéve du roi a pour but, comme le prouve la suite, de mettre à 
l'épreuve la fidélité du prince juif: pour accomplir le vœu du roi, il doit faire une 
chose que lui interdisent les prescriptions de sa religion. Déjà Daniel et ses amis 
refusent de boire du vin à la cour du roi (Daniel, i, 8;. En même temps. Koresch 
distingue le prince juif, en lui faisant cette demande. Si ce trait est de l'invention 
de Schahin, ce qui n'est pas inviaisemblable, il a pu lui être suggéré par un fait 
presque contemporain. Argoun, le célèbre prince mongol, grand -père d'.\bou Sa'id 
Baliadour, sous le régne duquel Schahin composa ses écrits, distingua également 
son vizir juif Sa'ad al DauKih en lui présentant de sa propre main une coujie de vin 
(v. B. É. /., XXXV'L 252). On peut aussi rappeler le rôle que joue l'action de boire du 
vin dans les descriptions anciennes et modernes de la vie de la cour persane (t. le 
livre d'Esther). Deux siècles après Schahin, un autre poète judéo-jiersan, Babaï b. 
Loutf, retrace une scène à la cour du khan de Schiraz, dans laquelle ce souterain, dans 
la gaîté du vin, ordonne au pieux Midla Ibn Yamin, le « chef » (Nasi) des Juifs de 
Schiraz, de boire une coupe de vin (v. Les Juifs de l'erse, p. 59, = R. È. J., LU, 
240 . — Dans l'aporryphe du III» Ezra fch. m), il est également question du pouvoir 
du vin dans la discussion des trois pages de Darius. Parmi ces pages, se trouve Zoro- 
babel — qui, dans Schahin, est remi)lacé par Mattitya — qui. vainqueur dans la lutte, 
est distingué par le roi Darius et reçoit la permission de reconstruire le temple. Ne 
serait-ce pas, par hasard, un écho du \\i' Esdras qui serait parvenu jusqu'à Schahin? 



LE LIVRE DEZRA DE SGIIAHIN SCHIRÂZI 



267 



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80 



90 



Mattitya consulta alors les trois prophètes et les autres chefs éclairés. 
Ezra résuma la discussion en prononçant cette sentence, tourné vers 
Mattitya : « serviteur du Dieu incomparable et éternellement vivant, 
quelles que soient les lois que Dieu ait prescrites à son peuple concernant 
les choses permises ou défendues, tu dois boire la coupe de vin, puisque 
le roi équitable le demande », atin que le sanctuaire soit reconstruit (78-83). 
Le lendemain matin, Mattitya, accompagné do Aggée, de Zacharie et 
de (juelques autres hommes considérés, se présenta derechef devani le 
roi. Koresch l'accueillit gracieusement, le fit asseoir près de son trône et 
le traita avec autant de distinction que s'il eût été « le souverain de 
Roùm, de l'Inde ou de la Chine » (9o). Puis il lui tendit une coupe de vin 



1. L. Nn. 

2. L. N3. 

3. C'est le mot hébreu ^muttâr). 

4. V. 86-92 : description de la tombée de la nuit et du lever du jour ; v. plus haut, 
sur IV, 18. 

5. L. 3NDT. 

6. Ezra n'est pas mentionné cette fois. 



268 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



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en disant : « Bois afin d'obtenir la réalisation de tes vœux ! » Mattitya prit 
la coupe et la vida. Koresch, alors, accorda aux Juifs l'autorisation de 
s'établir de nouveau dans le pays de Canaan, de reconstruire le sanctuaire 
et d'y employer de l'or et de l'argent. «Le peuple de Moïse » en fut joyeux 
et allégé de toute peine (100). 



VIII 

Ezra écrit le nom de Dieu et se rend dans la ville des fils de Moïse. 

Ezra retourna avec le peuple en Canaan et vit le pays se repeupler et 
les descendants de Jacob être joyeux et heureux (1-2). Mais il n'avait pas 
de Tora, car Nabuchodonosor l'avait brûlée. Alors Ezra, avec l'aide de 
Dieu, mit par écrit, sans y changer même une lettre, la Tora, qu'il con- 

1. La maxime géiiùralc qui clôt le chapitre (« le méchant ne reçoit (lUP du mal et 
erre par le monde, en proie au tourment ») n'est rattaché que par un lien assez lâche 
à ce qui est raconté à la fin du chapitre. Elle veut probablement dire qu'Israël fui 
chassé de sa patrie à cause de ses péchés, et que, par son retour au lion rhemin, il 
mérita de revenir en Palestine. 

2. = nNTb. 

3. Selon" IV Kzra (xiv, 19 et s.), Ezra écriTit une deuxième fois la Loi, après 
qu'elle eut été brûlée. D'après Sanhédrin, 20 A, Ezra était disne de donner au\ 
Israélites la Tora, si Moise ne l'avait déjà fait. — Le récit de la destruction de la Tora 
jiar Nabuchodonosor semble se rattacher à I Macchabées, i, 36, où l'on voit les soldats 
d'Antiochus déchirer et brûler les rouleaux de la Loi qu'ils trouvaient. 



LE LIVRE DEZRA DE SGUAHIN SCHIRAZI 



209 



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10 



15 



naissait par cœur (3-b;. Lorsqu'il remit au peuple celte loi (juil venait 
d'écrire, ce dernier reconnut le prix du don, mais il exprima la crainte 
qu'une erreur se fût glissée dans le texte, car il y avait soixante-dix ans 
que la Tora avait été brûlée, et depuis il n'y en avait pas eu d'exemplaire. 
Et quoique Ezra eût retenu la Tora dans sa mémoire et l'eût mise par 
écrit, il était possible qu'elle contînt des divergences du texte primitif 
(6-13). Aussi « est-il nécessaire que tu te rendes, comme une étoile, au 
delà du sable mouvant, dans le pays de Recliab, auprès des descen- 
dants du Lion de Dieu : de Moïse, fils d'Amram. Ils possèdent toute la Tora 
dans un texte exact. Si tu vas chez eux, ils te la montreront. Compare 
alors exactement ta copie avec leur Tora, et vois si elle concorde avec 
elle. Rapporte-nous ensuite ta copie afin que nous en soyons entièrement 
satisfaits » (14-18 . 
Ezra fut très chagriné par cette demande. Mais il savait par tra- 



1. Singulière conception : «jne pendant l'exiL il n'y avait pas eu di- texte de la Tora. 

2. C'est le mot hébreu (= étoile). 

3. L. -13. 

4. Les descendants de Moïse demeurant au delà des « sables mouvants » c'est-à-dire 
du fleuve Sambatioa (v. Tavyouin l's. -Jonathan sur Exude, ixxiv, 18 ; Epstein, 
Eldad ha-Dani, p. lo), dans le pays de Réchab, qui doit sou nom aux descendants 
de Jonadab b. Réchab (Jérémie, xxxv;. Chez Pétahya de Ratisbonne on voit (juc les 
Réchabites séjournent au delà des Montagnes des Ténèbres, c'est-à-dire du Caucase. 

3. = iNnoio. 

6. L'idée que les descendants de Moïse possèdent le texte primitif de la Loi de leur 
ancêtre se comprend facilement. Chez Eldad ha-Dani, les descendants de Moïse conser- 
vent, en hébreu, les traditions qui leur viennent de Moïse lui-même (le Talmud). 



270 REVUE DES ETUDES JUIVES 

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«';î<-ia3' bis Dnp n3 msN in3>3D3 mm "^î^win n? Nnty 

dition de quelle manière il pouvait accomplir ce désir. 11 s'assit et 
écrivit le grand nom de Dieu, par le pouvoir duquel il s'envola avec la 
rapidité du vent, jusqu'aux sables mouvants et à l'endroit qui était le but 
de son voyage (19-21). Les descendants de Moïse lui souhaitèrent la bien- 
venue, et il leur lut sa Tora exactement. Souriant avec bienveillance, ils 
l'assurèrent qu'il n'y avait pas la moindre différence entre sa copie et 
l'exemplaire écrit par Moïse. Pleins d'étonnement, ils dirent à Ezra : Tu 
es sans doute un ange formé de la lumière divine, pour avoir pu mettre 
par écrit la Tora de mémoire sans la moindre omission ! (22-29). Ezra le 
cœur joyeux retourna dans sa patrie et fut salué avec entliousiasme par 

1. Voici mol pour mol le premier liémisticlie : « A\nci (|ue cet homme cminent — 
Ezra — eut entendu un secours » ; c'est-à-dire il savait par tradition quel moyen il 
devait employer pour entreprendre le voyage, qu'on lui deuiandait de faire, en d'autres 
termes, l'emploi du nom de Dieu. 

2. = ûb3>N. 

3. C'est avec l'aide du nom de Dieu (du Schem ïlamephorasch) que David Alrol, 
dans la relation de Benjamin de Tudèle sur ce Pseudo-messie, parcourt en un seul 
jour une distance de vingt et un jours de voyage. — Kazwini (cité par Epstein, Eldad 
ha-Dani, p. 15) rapporte une légende qui remonte à Ibn-Abhas, suivant laquelle Maho- 
met aurait visité, à l'aide du BorrAq, les descendants de Moïse. Si le récit de Schaliin 
sur le voyage d'Ezra est d'origine plus ancienne, elle peut avoir influé sur la légende 
tiiusulmane. 

4. 11 n'est pas dit, parce que cela va sans dire, (|ue les descendants de Moïse ont 
comparé avec leur exemiilaire authentique pendant la lecture d'Ezra, 

6. L'emploi du mot nupiS (= rimpD) montre que Schaiiin se figure le texte de la 
Loi pourvu de points voyelles, aussi bien dans l'exemplaire de Moïse ([ue dans celui d'Ezra. 

7. = nupii. ■ 

8. < La race d'Amram » désigne le peuple d'Israël, en tant que peuple de Moïse^ 
fils d'Anu'ami 



LE LIVRE D'EZHA DE SCHAIIIN SCUIRAZI 



271 



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IX 



1 N n t: n — 1 n a d 1 n 2 1^ 1 m n d t n 









le peuple. Tous étaient remplis de respect devant Ezra. Ils firent des 
œuvres pies, louèrent Dieu et furent à l'abri de tout malheur (30-34). Le 
cours des astres était favorable au peuple d'Israël, le bien-être et le 
bonheur constant lui échurent en partage (33-36). Le chapitre se termine 
par des réflexions et des exhortations d'ordre général. 

*** 

La tendance de ce récit où le texte de la Tora copié par Ezra apparaît 
comme concordant exactement avec l'exemplaire écrit par Moïse, réside 
sans doute en ce qu'il infirme la conception bien connue des Musuhuans 
sur la falsification du texte de la ïora par les Juifs. 



IX 

. Mardochéi; et Esthcr, à la suite d'un songe, vont à Unniadan 
et y meurent. 

Ainsi Israël était redevenu heureux, observant les lois de Dieu dans sa 
patrie ; et ceux qui vivaient en e.\il retournaient dans la Terre sainte (1-6). 

i. L' « ami », c'est Diôu. 

2. V. plus haut, sur i, 19. 

3. = nî<si^. 



2T2 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



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Mardocbée, qui était resté en Perse, eut un songe : ciel et terre trem- 
blaient et un ange apparut du haut du ciel et dit à Mardochée : «Il est 
temps que tu quittes ce monde; ta dernière demeure sera près du mont 
Alwend, dans la ville de Hamadan. Pars demain pour cet endroit avec 
Esther ^7-12). «Esther eut un songe semblable et le raconta à Mardochée ; 
puis tous deux se mirent en devoir d'exécuter l'ordre reçu en songe 
(13-16). Misérablement vêtus, ils se mirent en route. Tous deux abandon- 
nèrent honneurs et dignités. Arrivés à Ilamadan, ils ne virent personne 
qui les reconnût. La nuit était déjà tombée et ils entrèrent dans une syna- 

i. Le soDge de Mardochée, qui ouvre le livre d'Esther dans la version des Septanle, 
et dont il existe des rerensions hébraïques et araniéennes [v. Monalschrift, 1869, 
o42-o44^. s'ouvre également par la description d'un trombltMnput de terre. 

2. = -l^DN. 

3. .\rah. hin"). 

4. « Elle lance son canot sur la surface de la nier », c'est-ii-dire elle s'abandonne, 
Sans résistance à sou destin. 

5. L. -in»»? -n. 

6. « Comme le feu et l'eau », c'est-à-dire brûlant de douleur ^ou d'ardeur) et sans 
d.dai. 

1. L. nn T. 

8. V. plus haut, sur iv. 18. 



LE LIVRE D'EZRâ UE SCHâHIN SCHIRAZI 



273 



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gogue. Aux questions de radministrateur de la synagogue (Pannes) Mar- 
dochée répondit qu"il était un étranger qui s'était égaré en voyageant 
dans cette contrée; c'est sa fille qui l'accompagne ; voyageur harassé de 
fatigue, il demande à passer la nuit dans la synagogue; il continuera son 
voyage le lendemain matin 17-29). Le Parnes exauça amicalement cette 
prière et lui désigna une place dans la synagogue, après quoi il alla se 
reposer (30-31 « Quand Mardochée vit qu'il n'y avait personne dans la 
synagogue que le Tout-puissant, l'Unique et le Miséricordieux (31), il dit 
en pleurant à Esther : Le monde est rassasié de moi et de toi. Je partirai 
le premier d'ici-bas. Le temps est venu où je vais entrer dans le sommeil 
éternel... Je suis maintenant sur le chemin du néant, mon Ame déses- 



1. Lu synagogue servait déjà à l'époque du Talmud d'auberge pour la nuit. v. 
j. Merjuilla, 74 b, b. Pesahim, 101 a. 

2. C'est le mot bébreu parnâs. 

3. = 2^5. 

0. Dans les vers 35-43, le discours de Mardoebéo renferme des réflexions générales 
sur la fiagilité de la vie humaine et du monde. 

6. = nnnr. 

7. L. r!5. 

T. LV, X» 110. 18 



274 



REVUE DES études! JUIVES 



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pérée est arrivée jusqu'à mes lèvres. La main de l'échanson me présente 
la disparition de la vie terrestre. Je m'en vais à la rencontre de l'échan- 
son » (46 47). Ainsi parla Mardochée et il rendit le dernier soupir; « il 
remit sa douce âme à l'ami» (49). Esther le pleura, telle une nuée prin- 
tanière, et tout en larmes, elle rendit sa douce âme, tombant à ses côtés, 
cyprès d'argent. Ainsi moururent Esther et Mardochée; un soleil et une 

1. Dans le ])remier hémistiche, réchansoa est sans doute la Mort; dans le second, 
Dieu (v. Zwei judisch-persische Dichler). 

2. C'est le nom hébreu du mois Adar. 

3. Les vers 53-73 contiennent une élégie sur la fragilité du monde ; à relever sur- 
tout les vers 63-67, où celte fragilité est montrée par l'exemple des héros de la Bible 
et de l'antiiiuité perse : a Où sont Adam et Seth, où Noé et Job, Moise, Abraham, Isaac 
et Jacob? où sont Irad.j (fils cadet de Féridoun\ Kaikobad et Nidar (?), Djamschid et 
Kaï et Kobad et Kaisar ^l'empereur) ? Où sont Uoustem, Zàl et Niram et S;\m, où 
Bigoun et Gaw, Tous et Bahràm ? Ils étaient tons très renommés en leur temps, 
c'étaient des faucons royaux, des héros incomparables. Sur le vent des plaisirs terres- 
tres, ils couraient vers la terre ; maintenant ils dorment tous dans la poussière. Leur 
matin à tous est devenu le soir par la mort. » 

4. = nânb. 



LE LIVRE D'EZRA DE SCHADIN SCIIIRAZI 



275 



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lune avaient quitté le monde (o0-52). On leur éleva un tombeau, qui 
devint un lieu de pèlerinage et un lieu'de pieux recueillement (74). 

X 

Mort de Koresch, fils d'Ardeschir. 

Après une brève réflexion qui sert d'introduction (1-3) le poète raconte 
que Koresch, après un règne glorieux (4-6), tomba malade (7-9), mourut 



1. == n3ii:. 

2. Lacune à la lia du premier et au commencement du deuxième liémisliclie. 

3. Ce tombeau de Mardochée et d'Esther à Hamadau est déjà meuliouné par Ben- 
jamiu de Tudèlc. V. fi. É. J., XXXVI, 237 et suiv. 



276 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



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quelques jours après et fut enterré dans son caveau (10-16). Au récit de 
la mort de Korcsch, le poète rattache des réflexions sur le thème inépui- 



1. L. TiTia. 

3. L, naia2. 



LE LIVRE D'EZRA DE SCHAHIN SCHIRAZI 



277 



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40 



45 



XI 



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bpsy 1173 noNiin ns bôMâ 



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béi<i ï;n37û iNinô 13 "[li 



sable de l'impossibilité d'érhapper à. la mort et de la fragilité des choses 
terrestres (17-2G\ suivies d'exhortations à une vie grave (27-54;. 

XI 

Fin (lu livre. 

Le dernier chapitre de l'ouvrage consiste presque entièrement dans une 
apostrophe du poète ii lui-même, qui jette un regard sur l'iichèvement de 
son travail. Il n'entend pas seulement le petit Livre d'Ezra, mais encore 



1. = "7ï<r;i^£ fDlmliliak). 

2. = an^n. 

3. = "^Nmi. 

4. = nonin. 



-a78 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



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le Livre d'Ardeschir, dont le premier est la fin. Voici les premiers vers : 
Schahin, prends en considération le chemin droit; il n'est pas un faucon 
(c'est le sens du mot Schahin), celui qui ne sait pas voler. >'e sois pas 
insouciant, semblable à l'insensé; il n'est pas permis qu'un homme 
raisonnable soit insouciant. Tu es venu de la mer de la raison dans la 
nacelle de rintclligence ; ouvre l'œil à l'intelligence! Tu as bu en grande 
quantité les eaux empoisonnées du mal, avant de rencontrer la perle du 
fond de la mer ! (1-4). Le poète rappelle ensuite les « longues nuits » qu'il 
a passées assis à son travail, le visage tourné vers le mur » (10), fuyant le 
sommeil et le repos, livré tout entier aux recherches de la religion et de 
la sainte Écriture (12). C'est ainsi que la perle, extraite de l'huitre, 
parut au jour augmentée do toutes sortes de pierres précieuses (13). 
Des considérations sur la IVagilité et les illusions du monde introduisent 
les indications sur l'époque de la composition du livi-e, Schahin indique 



1. = mni: (nwsast). 

2. L. tjlStT. 

4. L. ni< nb. 



LE LIVRE D"EZR\ DE SCHAHIN SCHIRAZI 



279 



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13-1-^53 ["']n-|53 m IN-T-D 

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-î;\rT-,D" ■'5: p-iT r!7:r; i^i^o 

iw\733 -^-ri 7-^ nrn 'j-'nwSïJ 

-li<"'C3 531 ^35 "'■'D ■^"1-113 



30 



35 



45 



en premier lieu l'année 1644 de l'ère des Séleucides (24), puis l'année 733 
de l'ère musulmane (28) — c'est-à-dire l'année 1332 de l'ère clirétienne — 
comme étant l'année de l'achèvement de son ouvrage. 

Dans les distiques suivants, Schahin exprime son intention de laisser 
dorénavant en repos son goût pour les créations poétiques et de se con- 



1. i. r\'::nrj>-2. 

2. L. m-. 

3. L. -iwxi:. 

4. = li:. 

5. C'est le mot hi5I)rcii "iTS^Ta I Rois. xxu. 25). 

6. = •:;n3ii:. 

7. = niiin. 

8. L. PNSin. 

9. Sur les vers 41-47, v. Zwei judisch-persische Dich/er, [>. 13 et suiv. ; sur les 
vers 34-40, ibul., p. 25. 



280 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



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T^z\D'ô -^ï^sa "31=) r]::ib na 

T^-'NUî IHNTD m» -n5 -1-11 i^ri 

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-iMr) n-i5 n'D û-ibr) mi -id 



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-iN-'on nn-n «m n»ni n3 



tsr-i 



55 



sacrer à la pieuse contemplation qui conduit à l'union avec Dieu (41-47). 
Précédemment il avait dépeint sous de sombres couleurs l'état religieux 
et moral de son époque (34-40). Le poème se termine par une prière et 
une bénédictionpour l'àme de Moïse. 

W. Bâcher. 



1. = 5i:D. 



NOTES ET MÉLANGES 



XOTES EXÉGÉTIQIES l-T LEXICOGRAPHIOIK^^ 



I. ÉZÉCHIEL, XXIV, lo. 

L'expression mnirt « tremblements » ne cadre pas avec le verbe 
lonb-" « ils revêtiront », et le copiste paraît avoir été entraîné par 
le verbe Tinm, qui vient tout de suite après. Nous serions porté 
à corriger rmnn en mmp « noirceur, couleur sombre », d'après 
Isaïe, L, 3 : m-np a">aa ï)"'3bs « Je revêtirai le ciel de noirceur ». 
Les mots : « Us se vêtiront de couleur sombre » répondent bien à 
la pbrase précédente : « Ils se dépouilleront de leurs vêlements 
brodés. » 

IL EzÉcniEL, XXXIV, 29. 

La phrase ûob tûiz ■'PTapïTi « çt j'établirai une plantation pour la 
renommée » est vague et s'accorde mal avec le contexte. On pour- 
rait, il est vrai, comparer -iXDnnb 'n ya» « plant de l'Éternel pour 
se glorifier » dans Isaïe, lxi, 8. Mais là, c'est Israël qui est le plant 
de Dieu, tandis qu'ici il n'est guère probable que le plant désigne 
les Israélites. Nous proposons de lire nnb na» « bàlon de pain », 
locution qui se retrouve chez notre prophète dans les ch. iv, v. IG; 
V, V. 16 ; XIV, V. 12, où il est dit que Dieu brisera « le bâton de 
pain »; ici, au contraire. Dieu promet de le perpétuer. Le verset, 
de la sorte, se continue bien par la phrase : « Et il n'y aura plus 
de gens périssant par la famine dans le pays. » 



282 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



m. -JN-:;. 

On traduit généralement ce mot, qu'on ne rencontre que dans 
Ézéchiel, par « mépris », en se fondant sur l'araméen ::Ti. La Masora 
a, il est Yrai, ponctué û"::no et m::^^'::, comme si ce participe venait 
de aiïi ; mais ::i<-:3 et ::v:: sont deux racines difTérentes ', et le sens 
de « mépris » ne convient à aucun des passages où se trouve soit 
le substantif :2NC, soit le participe ::nc- Par exemple, dans le cha- 
pitre XXVI, V. C), CDîn '^•JNO b32 riToam ne peut guère se traduire 
par : « Tu t'es réjoui dans tout ton mépris avec âme. » Il en est de 
même dans xxxvi, 5, pour l'expression xf} ::n*::3 nnb bD nnw^sn et 
dans XXVI, 13, pour i::d:3 ::iî"i;3 aps iTop^-^T. Il semble qu'il faille inter- 
préter 'iii^'à par « impulsion, élan ». Le verset xxvi, 6, voudrait 
dire : « Tu t'es réjoui de tout l'élan de ton âme. » Le même sens 
s'adapterait aux autres versets. 

Le participe 'ûix6 dans xvi, o7 ; xxviii, ^4 et '26, paraît signifier 
« attaquant ». 

'IV. p-ipt^ ET « ATTIQUE ». 

Le mot p'^nN, terme d'architecture qui se trouve dans Ézéchiel, 
XLi, lo, 16; XLii, 3, o, offre une singulière ressemblance avec le 
mot « attlque », qui désigne un étage élevé au-dessus d'une cor- 
niche et servant parfois à masquer la toiture. Y a-t-il là une 
simple coïncidence? M. Salomon Reinach.àqui j'ai posé cette ques- 
tion, a bien voulu m'informer que le mot « altique » est d'origine 
inconnue voir le Dictionnaire de l'Académie des Beaux-Âi'ts à ce 
mot et qu'il n'apparaît qu'à une époque récente. M. Reinach ne 
croit pas impossible que ce terme, né peut-être en Phénicie, ait 
passé en Grèce et en Italie, et soit parvenu en France par l'inter- 
médiaire des maçons italiens. Le mot « altique » n'a donc proba- 
blement aucun rap])ort avec l'Attique et n'a été rattaché à l'archi- 
tecture athénienne qu'en vertu d'une fausse étymologie. Si le mot 
"p^DiH fournit ainsi une origine au terme employé dans l'architec- 
ture européenne, il en reçoit lui-même un peu de lumière, car il 
désignerait, s'il n'est autre chose que /'affi(/iic, un étage construit 
au-dessus d'une corniche. L'étymologie qui dérive p-'PX de pn3 
reste incertaine. 

1. Eu arabe il existe une racine C3t<p, mais qui signifie « sentir mauvais ». 



NOTES ET MÉLANGES 283 



V. Psaume xix, o. 



On a depuis longtemps remarqué la contradiction qui existe 
entre le verset 4 et le verset o du psaume xix. Le psalmiste dit 
d'abord que Ton n'entend pas les paroles des jour? et des nuits, 
et ensuite il dit que leurs paroles vont à l'extrémité du monde. 
Mais le passage présente encore d'autres difficultés. — Tout d'abord 
on ne voit pas clairement comment les paroles des jours et des 
nuits s'étendent aux extrémités de la terre. Puis, la lin du verset 3 
« et il a mis au soleil une tente au milieu d'eux » ne s'accorde pas 
avec le commencement du verset. Enfin, le mot 2p_, si on ne le 
détourne pas de son sens naturel, n'est pas parallèle à ûrr^bw, et, 
au lieu de ban ri:q>'2 il faudrait bnn n^p bi< : « leurs paroles s'éten- 
dent à l'extrémité du monde ». Toutes les difficultés tiennent au 
seul mot ûrT'b», et c'est pourquoi nous pensons que ce mot est 
altéré et qu'il faut un terme qui soit analogue à ip « ligne ». Ce 
terme nous paraît être û"'iw» « mesures », qui, dans Job, xxxviii, o, 
est parallèle à ip. Au verset 5 le poète se met à décrire le ciel, dont 
il a parlé au début. Il dit que la ligne du ciel s'étend sur toute la 
terre, et ses mesures embrassent le monde entier. De cette façon 
il n'y a pas contradiction entre le verset 4 et le verset o ; le mot np 
garde sa signification usuelle, et la fin du verset o s'accorde avec 
ce qui précède. Au point de vue paléographique la corruption de 
ari^iTCTo en ari""bM n'a rien de surprenant. 

VI. Le Psaume xxii serait-il alphabétioue? 

Est-ce par IcfTct du basard que dans ce cbapitn> le verset 2 
commence par un n, le verset 5 par un 3, le verset 9 par un a? 
Nous ne le croyons pas. En effet, l'acrosticbe concorde avec la 
division stropbique, réglée d'après le sens et le rythme, encore 
que le texte ait subi maintes altérations. 

Chaque strophe nous paraît contenir d'abord un vers de quatre 
pieds, puis deux vers de six pieds avec césure au milieu, et un vers 
de six pieds avec double césure. Nous donnons ici les strophes 
telles que nous les avons établies, sans nous dissimuler que les 
corrections ont toujours quelque chose d'arbitraire. 



284 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Première strophe iv. 2-4). 

■"i-ibN : %-i5NUJ * ■'-im ['r-i] ■'nyiC73 pim 

i^-rr'ïaTi Nbi ï-7b"ibi nayn-Nbi tmr^ x'yp^ 

Deiixiè^ne strophe (v. 5-8l 

iï:n-t^bT nn-jn ^3[i] rjb?25T ip^^T 'T'bx 

Troisième stropJie v. 0-141. 

^ nnb'^S2"^[i] -in-jbD- 'n-bN 'bbj 

^Ti:? 1"^ï»-'^:d ï-rmnp n'iit-'i ■^5«73 pnnn-'^N 

Dans la suite du psaume on peut retrouver une strophe presque 
entière dans les versets 15 et 16 : 

TiiToiTi' bD msnrn tiSdos ta-'^ûS 

«■^npbtt pn*!tt ■'STiJbn '^n^ ■:5-inD cn'^ 

_ — — _ _ _ i^nson s-n): — \z^yh^ 

Pour le reste il nous a été impossible de construire des strophes. 
D'ailleurs, les versets 23 à 31 ne semblent pas avoir de rapport 
avec ce qui précède '' . 

Si notre hypothèse est juste, les versets 1-22 ne seraient que les 
débris d'un grand psaume alphabétique. 

Mayer Lambert. 

\. Au lieu (lo "^"la"! lin atlomlrait un viM-lie siLJiiiliant « tu as iir-liL;(' ». pcut-i'liv 

2. Nous proposons Je mettre le particiin:' au li(Mi ilr riniiu'ratit'. 

3. Nous supi)rimons 13 yen "^3. 

4. Le mot "^^JN parait inutile. 

5. Lire •'Sn. 

G. Lire peut-iMrc "^'^nb^. 

7. Voir nulim. l'salmcu, dans Kiirze)' Unnd-Commenlùr . 



NOTES ET MELANGES 285 

ENCORE liN MOT 
SLR LE TEXTE \R.\MÉEN DL TESTAMENT DE LÉVT 

RÉCEMMENT DÉCOUVERT ' 

Parmi les douze arbres ou arbustes dont le bois, d'après le Tes- 
tament de Lévi, est propre à la combustion de l'holocauste figure, 
en dernier lieu, celui que le texte araméen édité par M. Cowley 
appelle i<npn "^^n. Notre savant confrère déclare le mot NnpT inin- 
telligible-. De fait, ce terme n'offre, en apparence, aucune parenté 
avec aToâXaOo; (= àrr-iXxOo;), qui lui correspond en grec. On est 
donc tenté d'en suspecter l'authenticité. 

On am*ait tort et le bien fondé de cette leçon est attesté par le 
Targoum du Pseudo-Jonathan Genèse, xxi, 3). S'attachant au sens 
précis de nbiy ■'iîy, qui veut dire, non « des bois pour l'holo- 
causte^ », mais « des bois d'holocauste », il traduit : « des bois qui 
conviennent aux holocaustes o, et il énumère ceux qui sont dans ce 
cas : inr\byb ]^^mi .sbp-'nT Nn;xm i^rcpT ^■«o-'p Tû•p^. Or, Nn-'pn ^oy est 
l'équivalent exact de Nnpi "irN ; i^O"^]) correspond dans le Targoum 
palestinien à n'':'^ du Targoum Onkelos, et np-'P't n'est que «npn 
avec la maler lecllonis en plus. 

Pour î«n3î«n et Nbp-^n, point d'obscurité : ce sont le « figuier » et 
le « palmier-dattier ». Nous avons déjà dit ' que, d'après la Mischna 
de Para (m, di;, le figuier était parmi les bois servant à la combus- 
tion des sacrifices et que, d'après la Mischna de Tamid (ii, 3 , la 
coutume était d'employer pour. cet usage, entre autres, de jeunes 
plants de figuier''. L'auteur du Targoum était donc autorisé à 
désigner spécialement cet arbre. Il n'en est pas de même pour le 
« palmier ». Il en est bien question, à propos de la combustion de 
l'holocauste, dans le Sifra [Vayikra, iv, 6 , reproduit dans Tamid, 
296, mais le rabbin qui le cite le déclare impropre à l'usage rituel. 
Seulement ses paroles venant tout de suite après la mention des 

1. Voir Revue, t. LIV, p. 16G et particuliéremoiit \\. 111. 

2. Jew. Quarl. Review, t. XIX, p. 580, note ii. 

3. Traduction des Septante et du Targoum Ouivelos. 

4. Revue, t. LIV, p. 172. 

5. Le Pseudo-Jonathan rorrobore ainsi notre hypothèse (p. 1"3). — Raschi, Ze'jn- 
him, 38a, reproduit une explication agadique qui met en rapport le choix de cet 
arbre pour la combustion de l'holocauste avec le récit de la Genèse <|ui fait ceindre 
Adam de feuilles de fliruier. 



286 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

espèces combustibles, et se donnant comme une addition, notre 
Targoumiste a pu facilement s'y tromper'. Peu nous importe, 
d'ailleurs, que l'opinion de cet auteur soit orthodoxe ou non, ses 
termes ne laissent place à aucun doute. 

Reste Nrr^pn, dont le sens n'apparaît pas à première vue. Il appa- 
raît si peu, que le copiste du ms. de Londres de notre Targoum, 
qu'a édité récemment M. M. Ginsburger-, a substitué à ce mot 
ND-'n « d'olivier ». Le malheur est que la Mischna proscrit expj'es- 
sément cet arbre dans des termes qui écartent la possibilité de 
toute méprise^. En outre, et cette raison suffirait, la comparaison 
de la leçon ordinaire NPipi avec celle du Testament de Lévi en 
assure l'exactitude. 

M. J. Levy, dans son Dictionnaire des Targoumim, n'a pas été 
plus heureux ; il voit dans ce mot un adverbe : « menu, en petits 
morceaux », comme s'il venait de pi'*. Cette étymologie déses- 
pérée ne cadre pas avec le contexte ; que signifierait, en effet, cette 
phrase : « Il fendit des bois en petits morceaux et des figuiers et 
des palmiers qui conviennent aux holocaustes » ? Il est certain que 
« bois » doit être déterminé par des noms d'arbres. Le T de Nn-^pT 
est incontestal)lement la préposition « de ». 

Il est vrai que le substantif «rr^p ou Nnp ne figure dans aucun 
dictionnaire sémitique ; M. Immanuel Low, dans son excellent 
répertoire des noms de plantes araméens [Aramàische Pfîanzenna- 
men\, ne le mentionne même pas. Il faudrait supposer, par consé- 
quent, que ce terme se serait maintenu uniquement dans nos textes, 
à propos des bois propres à la combustion des sacrifices. Mais 
nous n'en sommes pas réduits à cette extrémité : ce nom nous a 
été consei'vé par Dioscoride fi, 12i sous la forme x-.ttw, qui est, 
comme l'a bien vu Gesenius iThesaiinis, s. v. mp , l'araméen de 
nnp j^mp'' contracté en Nnpi. C'est une variété du cassier, arbuste 
à épines, dont le fruit est employé en médecine •'. Justement l'àscpâ- 
XaOo;, qui correspond à xnp, est un arbuste analogue'. 

1. Le lecteur s'y tromperait si les commealateurs u'avaiLiit pas jugé nécessaire Je 
prévenir cette erreur. 

2. Pseudo-Jonathan nuch der Londoner llandschrifl, Berlin, 1903. 

3. M. Ginsburger est obligé de supposer une uiiposition entre l'opinion du Targoum 
et celle de la Mischna. 

4. Chaldàisches Worterbuch ilber die Taryumba, I, p. 184. 

î). C'est vraisemblablement cette forme qu'ont retenue les Geojjonica et que M. LOw 
fait suivre (p. 23) de deux points d'interrogation. 

6. C'est parc^ que le fruit était plus connu que l'auteur de la version aramécune du 
Testament a jugé nécessaire de dire « les bois du cassier ». 

1. Voir LOw, p. 340. 



NOTES ET MÉLANGES 287 

Bien mieux, le terme liéhrou nous a été conservé par la version 
éthiopienne du Livre des Jubilés, car c'est rtnp qui se cache sous la 
forme qedar, et non x'to'.ûv ou xsoaTîa, comme le croyait M. Charles. 
Qu'on remarque que justement qedar occupe le douzième rang 
dans la liste, comme Nnp dans le Testament de Lévi '. 

La rencontre du Pseudo-Jonathan avec le Testament araméen de 
Lévi n'offre pas seulement un intérêt lexicographique ; elle permet 
de voir plus clair dans les sources du Targoum palestinien. Lors- 
qu'à propos du sacrifice d'Isaac, l'auteur mentionne le cassier, on 
pourrait croire à une invention : on a vu qu'il en est tout autre- 
ment. Comment se rattache-t-il au Testament? Ce n'est probable- 
ment pas par l'intermédiaire de la tradition populaire: il serait 
bien extraordinaire qu'on eût gardé, en Palestine, au vni'' siècle 
encore, le souvenir d'un rite antérieur au Talmud et aboli avant 
même la destruction du Temple. C'est donc, selon toute vraisem- 
blance, à la tradition littéraire que le Targoumiste a emprunté ce 
détail, c'est-à-dire à quelque écrit s'inspirant des ouvrages anlé^ 
rieurs à l'an 70, sinon à l'un de ces ouvrages mêmes, comme les 
Testaments des Patriarches, dont la conservation parmi les Juifs 
de Palestine ou de Syrie est aujourd'hui avérée, ou comme le Livre 
des Jubilés, que Saadia possédait encore en hébreu. 

C'est pour avoir exploité ce fonds, d'une richesse plus grande 
qu'on n'imagine d'ordinaire, que le Pseudo-Jonathan reproduit si 
souvent des opinions antétalmudiques ; inutile, par conséquent, 
d'attribuer une haute antiquité, comme le fait Geiger, à un Tar- 
goum certainement récent, puisqu'il n'est qu'un remaniement, avec 
des additions de basse époque, du Targoum Onkelos. 

Israël Lévi. 



LES CINQ ÉCRITl RKS JAPHLTITES 

D'APIŒS LE MIDRASGH HAG.\DOL 

Le Midrasch llar/adol nous a conservé le curieux texte (pii suit 
(sur Genèse, x, 3;2j : « Les descendants de Japhet se servirent de 

1. Nouvel iiiilicu alleslant que la liste des arbres dans le texte du Livre des Jubilés 
traduit eu élhiuiiieu n'était pas rOdiijée en araméeu, mais en hébreu. Voir Revue, 
t. LIV, p. 171 et s. 



288 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vingt-deux langues et de cinq écritures (n'^an^) ' ; ces écritures 
sont : -^itti ■^3T' ■«p'-ipsT -^Kin-n ■'Oin-i. >> 

De ces cinq adjectifs les deux derniers, qui correspondent d'ail- 
leurs aux noms des fils de Japhet inwn )v (Genèse, x, 2), désignent 
sans aucun doute les caractères grecs et ?nèdes, encore qu'on ne 
sache pas au juste ce que vise cette dernière dénomination : 
sont-ce les lettres des monnaies perses? 

'''P'^tip doit être lu ■'p'isp « cappadocien ». Justement Josèphe 
[Antiquités, I, l^o}, écho de la tradition de son temps, identifie 
avec les Cappadociens ^«^73, qui figure dans le même verset que 
Yavan et Madaï -. Une autre tradition, ancienne également, ratta- 
chait les Cappadociens, non àMeschech, mais à Gomer -i?:5, le pre- 
mier dans la nomenclature des fils de Japhet. C'est cette tradition 
qui explique la traduction de d'^i?:^ (Ézéchiel, xxvii, 11) dans le 
ïargoum par « Cappadociens ». Le Targoumiste a lu û->ntt5 et peut- 
être même D"'"i?2à « Gomerim », comme Théodotion (ro[j.ao£t[jL). On a 
fait remarquer, à ce propos, que Garnir est le nom arménien de la 
Cappadoce ^. 

Qu'on ait connu en Palestine l'écriture cappadocienne, rien 
d'étonnant; la Mischna parle des monnaies de Cappadoce Ketou- 
bot, xn, 11 ; cf. Ketoubot, 110 6); il y avait à Sepphoris une com- 
munauté de Juifs de ce pays ij. Schebiit, 39 « ; la Palestine 
comptait même des rabbins ayant la même origine (voir Levy et 
Neubauer) ; plus anciennement les rapports entre les Juifs de Cap- 
padoce et ceux de la métropole étaient plus étroits encore Josèphe, 
Antiq., XVI, 6, 7 ; Actes, ii, 9-11 1. 

"isii"» ne se laisse pas identifier aussi facilement. Bien entendu, 
ce nom n'a rien à faire avec celui de la peuplade chanaiiéenne 
connue. Il est assez vraisemblable qu'il désigne Éphèse, ville qui 
d'après Talmud palestinien Me(/uilla, 71 b et le Targoum des Chro- 
niques il, I, 5 répond à "jv et dont le nom est orthographié dans 
ces deux ouvrages D'^O'^mx et DiD"ni!<. Éphèse comptait également 
des Juifs (Josèphe, Contre Apion, II, A et l'on sait que Paul y prê- 
cha dans des synagogues. Peut-être même les Juifs de Palestine 
avaient-ils entendu parler des fameux 'EoÉGia ypaaaTa « formules 

1. Chaque rameau iioacliide dispose de ("iiKi écritures, celui de Sem eu a uue de plus. 

2. Une traditiou divergente identifie la Cap]tadore avec mriDD : Septante, Deutéron., 
II, 23; Anios, ix, 7; Syniinaque, Amos, ix, 7; Aquila et Tliéodotion, Jéréni., xlvii, 4; 
Tariiuum Onkelos, Genèse, x, 14; Deut., ii, 23; Targ. Jonathan, Anios, ix, 7. 

3. Paul de Lairarde, Smend. — M. Krauss {Jeirish Enci/clop., s. v.) écrit ;\ propos 
de Q-^lToa « ...and the targuni on Ezek. 27, 11 [identilies itj with Gauiniadini, where 
tlie reading W^liz D5 serves as basis ». C'est vrai seulement pour Symmaque, mais 
non pour le Targoum, qui y voit "1735 de la Genèse. 



.NOTES LT ilELA.NGKS 2s0 

épliésiennes », qu'ils auront pris pour des « lettres épiiésieniies ' ». 

Sous des noms divers, ce sont, au fond, les mêmes caractères 
grecs qui sont visés dans notre texte. 

Mais qu'est-ce que ■'Kinn? Pour un nom jai)liéti<iue, ce vocable a 
un cachet singulièrement sémitique, témoin le n. Il resterait une 
énigme s'il ne se rencontrait pas ailleurs, avec une signification 
assurée. On lit dans le Midrasch Ayadat Schir IJaschirun, à la fin : 

s'5-:;tt« au;"3 nnTTan 2im"3 inwSi ■i7:in-iN Dw'î n::T7:r: "jidi:'? nnwX s-'Nba. 
« Fuis, mon bien-aimé [dit Israël à Dieu, Gant., vu, 14\ Quand 
[furent prononcées ces paroles]? Le jour oùrmoi, Israël] j'ai conclu 
une alliance avec Arhoumo ou Arhoumi) et où ceux-ci olfrirent 
deux chevreaux, l'un au noid de l'autel au nom dArhoumo et 
l'autre au sud au nom de Jérusalem. » 

Cet étrange passage est commenté un peu plus loin par nne 
autre interprétation de ce mot des Cantiques, 

t2ri->;"'2 rpVrn:3 hz.i'O Vît;! îz;n:73 ■<x:->n tx.^\h "^-m nna n"t 
Nm 3-T b"j •j^rip-'-iD D^03Vr« a^T'wbn mt<« n;7:*CT Nin cn:73 Ni:-'') 
nbjT -is-im tnr: 'ro vr^x mnn-a -13 ,sic] pi3>2 '\^•^\Vi')2 p ^;n 
■«'^jrN in'rc nr^r rrrriN ,rm"':tt r-.r:-: nir^m yizy û'^T'^rrm '^'y•:^ 
T>rTw C2'w:r! '?3 'j"'^''^::?^ rm £::ib':;"i-i"« hy 5<-inop la^cim irn-itwS 
nniN t^nrcp ^w:n "ro iDrii i>:r a"'T«?:'?nr!T — it^în n'rri ,r,-z^r^-2 
"'x:ni "^Ti- n-,3 i-i-:n tw:: nn^x "r:^ ,t3'rOTT'a npV^na nbca nra 

■ =-^b"'w\- -,::ii'b iwX ^2-.cb Y^ 

« Fuis, mon bicu-aimi'". » Huaiid cela? Au temps de Menaliem et 
Hillel. A la suite d'une discussion, Menahem sortit avei- huit cents 
disciples revêtus de i'ip"'T»3 d'or. Alois vint Hanan, fils de Metron, 
qui se jeta sur Juda, frère de Meuahem, et le tua. Là-dessns, 
Éléazar avec ses disci[)les le dépecèrent en morceaux. Immédiate- 
ment les gens de Orhamo mirent le camp i<-inop devant Jérusalem 
et souillèrei\t toutes les femmes (|ui s'y trouvaient. Mais Ëh'azar et 
ses disciples taillèrent en pièces tous les gens du camp. Alors la 
discorde se mit à Jérusalem et c'est à cette occasion qu'on s'écria : 
« Fuis, mon hien-aimé, semblable à un cerf on à un chamois. » 
Dans une autre rccension de notre tfxti'. ou lit Orhimo, au lieu de 
Ourhamo, et Éléazar frappe Elhanan. 

C'est un chaos de traditions dilTérenles amalgamées. La « sortie » 
de Menahem est un épisode de l'histoire d'Hillel, qui se lit dans 

1. A m croire la Jeu-. Enci/cL, s. v. Ephesus, les « lellres KpliOsietincs » aiiraiiMit 
été employées éir.ilemeiit par les Juifs et l'on renvoie, à ce propos, à Low, (iesamm. 
Sf/iriflen, 11, 80. 11 n'v a jias viii traître mot ilf i eja iliiiis re travail. 

T. LV, N» 110. lit 



290 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Hàf/uifjfa, iC) b et j. Har/uif/a, 11 cl. Ce Menaliem est confondu avec 
un homonyme plus récent, le zélote Menabem, lequel a un père et 
non un frère du nom de Juda Éléazar est sans contredit le fameux 
chef de révolte de lan 66. Hanan ou Elhanan est-il le même 
personnage que l'Ananias de Josèphe Bel. Jiid., II, 17i, nous 
n'oserions pas l'affirmer avec M. Schechter*. En tout cas, il est 
indéniable que les événements racontés ici doivent se placer aux 
approches du siège de Jérusalem par les Romains. 

Quant à ces entreprises odieuses de la soldatesque, il est facile 
de voira quelle confusion elles sont dues. C'est un emprunt à la 
Meguillat Taanit, vi (p. 12 de l'éd. Neubauer) : ïT«n ^'^y n^ntoa 

Snan iriDn pnv p inTinab nrr^n rn» nm ...mbDri pn 
!-TN»r2b p-iaopn N3 i^^manb n:?oT yarr^î^i. 

Ici, il est question de l'époque des Macchabées, mais l'auteur du 
commentaire du Cantique s'est trompé sur le mot "«NTai"), qu'il a 
traduit par « les Romains ». Et c'est précisément ce nom qu'il a 
remplacé par •^»w-in. 

L'écriture '^ti^m est donc tout bonnement celle des Romains, 
les caractères latins-. Ce mot, de même que celui de -^Taimi^-^ (c'est 
ainsi qu'il faut lire au lieu de n^oimN ou i72n'-ni<\ est l'orthographe 
de Rome employée en particulier dans la Damascène. C'est ainsi 
qu'on trouve Corpua Inscript. Semitic, pars aram., n» 161 Yère 
des Romains rendue ainsi : «"'Knn'iN 1"^37j. Le n est mis ici pour 
indiquer l'esprit rude et I'n sert de support. Que si le n a été rem- 
placé par un n, la faute en est aux copistes, qui, ne comprenant 
rien à ce vocable exotique, l'ont rapproché de la racine nm. 

Il ne faudrait pas conclure de cette circonstance que le nom de 
Rome est ainsi transcrit dans nos textes, pour les placer dans la 
Damascène. 11 se peut que cette orthographe ait été répandue en 
dehors de cette région. Mais, comme elle ne se constate ni en 
Palestine, ni en Rabylonie, ni même dans le Midi de l'Europe, il 
est licite de l'assigner en propre à la Syrie ou à l'Asie mineure. 
Nos textes auraient donc gardé des traces de la littérature juive 
de ces parages. 

Israël Lévi. 

\. Af/adat/i S/iir Ilashirim, p. 96. 

2. D'ordinaire, c'est D'^PD de Genèse, x, 4, (Ils de Yavan. qui désigne Rome, et cette 
identiliration traditiounciie Justifie amplement l'opinion de l'auteur de notre texte, 
mais, comme les quatre autn-s noms i)ropres sont mis on r.ipport avec ceu\ du verset 2, 
il n'est pas impossible (lue cet auteur ait vu Rome sous le nom de Mairog. 

'.). M. Scliechter(/6.) dit que "mn":}* est peut-ùtre la corruption de N'^Saii* ;'•') ou 
'II' ^7311 "^'CJSÎ*. Il est très étoiiuaut qu'ayant été si prés de la vérité, à notre sens, il 
n'ait plus pensé à ce tevte dans son commentaire du 'Midrasch Hacadol. 



BIBLIOGRAPHIE 



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nier, 1907: gr. in -8° de xxiv + 013 p. 

Écrire une Histoire de la philosopliie juive tout entière, une histoire 
qui, recueillant d'abord les premiers bégaiements d'une pensée encore 
peu sûre d'elle-même, en suivrait la destinée et le développement à tra- 
vers les siècles et en dégagerait l'expression originale au milieu des élé- 
ments étrangers qui de toutes parts sont venus l'envelopper, la fortifier 
ou l'obscurcir, — voilà l'entreprise, considérable avant tout par la pré- 
paration qu'elle a nécessitée, qu'a tentée M. Neumark. Aussi bien M. N., 
qui s'est déjà fait connaître par une série d'études remarquables sur la 
philosophie juive ' et qui vient d'être nommé titulaire de la chaire de 
philosophie religieuse à l'Hebrew Union Collège de Cincinnati, était-il 
particulièrement apte à aborder ce travail que souhaitaient depuis long- 
temps tous les amis de la science juive. 

M. N. aurait donc déjà mérité notre reconnaissance si, dans cette œuvre 
de synthèse qui vient combler une vraie lacune, il s'était contenté de 
réunir et de fondre dans un ensemble harmonieux les traits et les ren- 
seignements épars dans les diverses monographies qui existent actuelle- 
ment sur le sujet. Mais il a voulu faire plus et mieux. Estimant qu'un 
auteur consciencieux ne pouvait guère, sauf exception, prendre pour 
base d'une histoire générale de la |)liilosopliie juive les études (}ue nous 
avons déjà sur la matière, dont les unes sont incomplètes et dont les 
autres — la plupart, selon M.N. — pèchent tout bonnement par l'ignorance 
du sujet, il se dit que tout — ou presque tout — était à refaire et, se 
mettant hardiment au travail, il lut et approfondit toutes les «pu\rcs oîi 

1. V. Ilascliilouh. juilli-t-d.;cemtMe 189'.!; .ivrii-jiiiu lOiU ; sept. 1!)0:{ ; iiviil-juin 
1!)0 4: l'fe. 



292 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sont consignées les idées dont il avait à faire l'iiistoire, s'enquil de toutes 
les sources directes ou indirectes, arabes ou grecques, et fut ainsi conduit, 
par ces recherches personnelles, à des résultats qui diffèrent souvent de 
ceux qui sont généralement reçus. Ce n"est pas seulement telle doc- 
trine particulière qui lui apparut sous un autre jour, telle théorie isolée 
qui lui sembla avoir été mal comprise par son historien, c'est encore, 
c'est surtout la tendance fondamentale, le vrai sens et la portée réelle de 
la philosophie juive qui auraient échappé à tous ceux qui s'en sont 
occupés jus([u'a maintenant. 

Et voilà certes qui parut bien fâcheux à M. >'. Car « conter pour 
conter semble peu d'affaire » à M. N., qui est philosophe juif autant 
qu'historien de la philosophie juive, qui n'est même ceci que parce qu'il 
est cela et qui précisément ne cherche dans les produits de la pensée de 
l'antiquité et du moyen âge juifs, que des indications, plus, des éléments 
pour construire un « système monothéiste de philosophie transcendan- 
tale » — au sens kantien du mot — et remplir ainsi la troisième tâche 
du Judaïsme n)oderne. Celui-ci a en etfet, vous l'ignoriez sans doute, 
trois devoirs a accomplir, trois devoirs qui fondent proprement sa raison 
d'être. 

La religion des Hébreux nous apparaissant dès le début comme la 
lutte de la raison contre la mjthologie, contre l'irrationnel, et se 
formulant dès son origine en des principes assez abstraits, est déjà rela- 
tivement une philosophie. Il faut donc faire une exposition historico-phi- 
losophique des dogmes de la religion : et c'est la première tâche'. La 
seconde, qui ne s'impose pas avec moins de nécessité, c'est de faire luic 
histoire de la philosopliie juive au moyen âge. - Nous en examinons 
plus loin le premier tome. 

Enfin, comme aboutissement et coiu-onnement des efforts précédents, 
viendra la troisième entreprise mentionnée plus liaut. Il nous faut donc 
« un système de philosopliie transcendantale fondé sur un monoliiéisme 
éthique ». Il nous faut asseoir les principes fondamentaux du jiida'isme 
sur la base de la science et de la philosophie moderne. Cela s'impose 
d'abord à l'israélite croyant : car la religion, la religion juive surtout, 
qui a toujours favorisé le progrès de la science, ne peut point se trouver 
en contradiction avec les exigences de cette dernière, et doit être en 
état de fournir une réponse à toutes les questions que nous nous posons. 
Gela est ensuite nécessaire à tous ceux qui pensent : car seul, le mono- 
théisme éthique pourra assurer, au milieu de celte débâcle intellectuelle 
et morale à laquelle nous nous acheminons, un fondement objectif à 
la connaissance, à la science, à la morale. Que l'édification d'un tel 
système soit possible, c'est ce dont nous ne douterons point, nous affirme 
M. N., quand nous aurons étudié avec lui tout le développement de la 
philosophie, ou, si l'on veut, car c'est tout un, de lu religion juive. Nous 

i. L'auteur, ijui est hou juif, s'en est udiuitté : v. D^np"'3> daus mrT^n "illN, 
éd. -Vcliiasaf, Vaistivic, l'JOG. 



DIBLIOGHÂPFIIE 293 

verrons bien alors que cette dernière peut nous fournir tous les moyens 
désirables pour résoudre les différents problèmes (|ue l'évolution de la 
science a mis au jour. 

M. N. donc, enhardi sans doute par les essais de Cohen, réminent pro- 
fesseur de Marbourg, voit dans les prophètes et dans d'autres représen- 
tants de la pensée juive les censeurs de tous nos grands métaphysiciens 
modernes et, — bien que cela invite, comme on le pense, à des contro- 
verses théologiques déplacées ici, — nous n'y verrions pas d'inconvé- 
nient, si dans une certaine mesure cette arrière-pensée de dogmatisme 
n'avait point influé, fâcheusement à notre avis, sur la méthode et l'éco- 
nomie générales de l'ouvrage. D'abord, M. M. cherchant des principes, 
des résultats, ne nous expose pas les différents systèmes et doctrines avec 
leur agencement particulier, dans leur unité plus ou moins harmonieuse, 
conformément au dessein d'ensemble de leurs auteurs. Il a adopté cette 
méthode, commode à certain égards, mais artificielle, qui consiste à divi- 
ser la matière en divers problèmes et à étudier successivement chacun 
de ceux-ci chez tous les philosophes qui en ont traité. Mais cette liste de 
problèmes, c'est l'historien qui la dresse, et elle ne répond pas toujours 
aux idées des auteurs, qui souvent ne se sont guère posé les questions 
sous cette forme tranchée et dont elle dépèce assez arbitrairement la 
pensée, unissant ce qui était divisé, et divisant ce qui était uni. En outre, 
cette façon de procéder n'est même pas très commode pour le lecteur, 
car le moyen d'embrasser dans sa vigoureuse coordination la philosophie 
d'un Maïmonide par exemple, si nous sommes forcés d'en recueillir ça 
et là des lambeaux qu'il nous restera ensuite à grouper péniblement? Et 
puis, ce travail accompli, serons-nous certains d'avoir fait tout le tour de 
la pensée que nous cherchions à saisir? En aura-t-il donné une analyse 
exhaustive l'historien qui l'a fait entrer dans des cases limitées et rigides, 
nécessairement impropres à enserrer et à reproduire la souplesse de 
l'esprit? 

Autre inconvénient, plus grave peut-être que le premier et dont nous 
voyons la source dans ce même souci de dogmatiser : M. N. considère 
Ma'imonide comme le plus gi-and philosophe juif du moyen-âge et des 
temps antérieurs, en quoi il a sans doute raison. Mais où il va trop loin, 
à notre sons, c'est quand il voit en la doctrine du grand docteur l'abou- 
tissant logique et nécessaire de toutes colles qui l'ont précédée, le foyer 
unique où sont venus converger les rayons partis de tous les points, et 
qu'il en fait par suite un critérium à l'aide duquel il examine les pro- 
ductions antérieures et pour les comprendre et pour les apprécier. Chez 
Maïmonide, ce qui était auparavant inachevé et imparfait, <leviontachevé, 
parfait: nous jugerons donc de l'enfant par l'adulte, des autres théolo- 
giens par Maïmonide. — Dangereux prisme, qui risque fort de défigurer 
l'image des clioses qu'il devra réfléchir. Ajoutons pourtant à la décharge 
de M. N., — fait que nous aurions déjà dû noter, — qu'une dos causes 
pour lesquelles il a fait de Maïmonide ce centre de rayonnement, c'est 
qu'il s'était proposé décrire d'abord une monograpliie sur cet auteur 



294 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et enbuite seulement sa grande histoire et qu'il ne se décida à trans- 
former immédiatement celle-là en celle-ci, que quand il s'aperçut que 
dans aucune des études existantes il ne pouvait même puiser avec 
confiance les renseignements nécessaires sur les antécédents et les 
sources de Maïmonide. 

Voilà dabord les quelques remarques d'ordre tout extérieur que nous 
a suggérées la lecture, très intéressante d'ailleurs et très instructive, du 
premier volume de cette histoire monumentale de la philosophie du 
moyen-âge, auquel viendront s'ajouter quatre autres volumes, qui trai- 
teront respectivement les questions suivantes : le deuxième : les théories 
sur les attributs de Dieu ; le troisième : les preuves de l'existence de Dieu ; 
les principes fondamentaux dans la philosophie post-maïraonidienne'; le 
quatrième : psychologie, théories de la connaissance et prophétologie; 
enfin le cinquième : l'éthique et les dogmes. 

#** 

Le tome présent se divise en deux parties. Dans la première, qui forme 
près de la moitié du volume et qui sert d'introduction à tout l'ouvrage, 
l'auteur, embrassant dans une vue générale fortement conçue, la destinée 
pleine de péripéties de la spéculation juive sous toutes ses formes, phi- 
losophique, légale, mystique, nous en retrace à grands traits et avec un 
art incomparable le développement entier depuis les prophètes jusqu'à 
Juda Abravanel. Dans la seconde partie est examinée la question de 
matière et forme dans la philosophie juive depuis Israéli jusqu'à Maïmo- 
nide, question qui, constituant le noyau du problème de la substance, 
embrasse, en les dépassant, les théories de la création, des sphères et l'an- 
gélologie. On ne résume pas un tel ouvrage d'un bout à l'autre. Nous 
essaierons seulement de mettre en lumière et de discuter, s'il y a lieu, 
quelques-unes des principales idées de l'auteur, dont la nouveauté ou 
l'intérêt méritent de fixer notre attention, en regrettant de ne pouvoir 
montrer ici comment M. N. sait faire preuve d'autant de patience et 
d'habileté dans la critique et l'interprétation des textes que d'étendue et 
de pénétration dans ces conceptions d'ensemble qui, même quand on 
ne les juge pas toujours incontestables, ne laissent pas de nous découvrir 
des perspectives toutes nouvelles. 

Une des idées maîtresses de M. N., qui anime tout l'ouvrage et lui 
donne une couleur si particulière, c'est que la pensée juive, en ce qu'elle 
a d'essentiel, reste elle-même à n'importe quelle phase de sa longue 
évolution. La forme qu'elle revêt peut varier selon les époijues et les 
circonstances, mais le fond en reste toujours homogène. Ainsi M.N. nous 

1. Jusqu'ici il n'aura exposé que les opiDions des philosophes qui vont dlsraéli à 
Maïmonide. Car pour l'époque postérieure, beaucoup de documents imprimés font 
défaut, et l'auteur serait obligé de consulter divers mss., ce qu'il n'a pas encore fait 
complètement jusqu'à présent. 



BIBLIOGRAPHIE 295 

inoiitrei"! les mêmes proltlèmes qui piroccupaient déjà les esprits au 
temps des premiers prophètes, continuer à alimenter la spéculation 
juive, à travers les siècles, jusqu'à la fin du moyen âge cl même au delà. 
Remontons aussi haut que les documents prophétiques nous le per- 
mettent. 

Ine longue évolution de la religion des Héhreux aboutit au renouvelle- 
ment du pacte sinaïtique par Josias. Après une forte lutte contre la cos- 
mogonie et Tangélologie des Babyloniens, s'établit fermement la croyance 
à un Dieu un. Mais que faut-il entendre, d'après M. N., par ce mono- 
théisme des vieux prophètes? Tout simplement ceci, dont s'accommode- 
rail parfaitement tel spiritualisle moderne, que l'Esprit est un cl unique 
par essence ; ([ue celle unité est absolument indivise et indivisible ; que 
cet Esprit est Dieu, et qu'il n'y a donc d'Esprit que Dieu '. 

L'angélologie, tellement combattue que son intluence ne se fait plus 
sentir dans le Deutéronome, continue pourtant à compter des partisans 
fervents, comme Ezéchiel. 

El voilà déjà les linéaments précis de celle théorie de l'unité de l'Esprit 
qui formera le thème principal des doctrines de Plotin et du nt'oplato- 
nisme, mais aussi, et essentiellement, de colles de Maïmonidc et même 
de Gabii'ol. 

Ezra et le Grand Synode continuent a s inspirer des enseignements 
« unitaires » de Jérémie, mais sont cependant forcés de faire une place 
aux Anges, à l'égard desquels ils pouvaient, d'ailleurs, se permettre plus 
d'indulgence, attendu que l'idée de l'unité de l'Esprit avait pénétré dans 
toutes les classes du peuple. 

Mais déjà longtemps avant — quand? l'auteur reste dans le vague, qui 
est comme on lésait un élément de la poésie... — celle doctrine de l'unité 
absolue de l'Esprit eut à souft'rir de l'apparition, bien antérieurement à 
l'influence de Platon, dune théorie des Idées dont nous reli'ouvons la 
trace, comme le remarque... Pliilon, dans les récits bibliques de la création 
de l'homme à l'image de Dieu et de l'Archétype céleste du Sanctuaire 
terrestre dont .Moïse eut la vision. 

Cependant la lutte autour de l'angélologie continue cl se prolongera à 
travers le Talmiid jus([u'au moyen âge. Les influences étrangères ne ces- 
sent di' s'excn-er sur le .ludaisme non officiel; la théorie des Idées et l'an- 
gélologie font des ravages dans l'.Vggada elles livres apocryphes, entrent 
même — la seconde surtout — dans le Canon lors de sa clôture, et sont 
cause aussi de l'admission officielle de certains dogmes étrangers au 
.Judaïsme, comme celui de la résurrection. 

La .Mischna, étant l'expression du Jiulaïsme officiel, conserve en les 
développant les doctrines des prophètes et ne mentionne que discrètement 
les dogmes de l'expiation après la moi't, de la résurrection, et de la pré- 

1. Notons, fil |i;issaiil, (iiic, stluii l'auteur. cVst ce mi'-mi» soiu-i de l'Unité de l'Esprit 
qui aurait fait rejeter des documents bibliques fout ce qui avait trait à la destinée de 
l';\me [= esprit] et au\ espérances escliatolouriques qui tenaient pourtant une trrande 
place dans les croyances d'alors ! 



296 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

existence de la Toi-a. L'angélologie, sauf une exception, en est" nnênie 
complètement exclue. Il ne faut pourtant pas croire que toute spéculation 
myslico-philosophirjiie faisait défaut aux Tannaïtes. Beaucoup de faits 
font foi du contraire. Nous lisons, en effet, entre autres, dans le Talmud'. 
(jue les Schamniaïtes et les Hillélites dis(;utèrent pendant deux ans et 
demi sur cette question dénuée de tout intérêt halacliique : Eùt-il mieux 
valu pour l'homme qu'il ne fût pas né ? Et plus d'une fois il est question 
des doctrines ésotériques de « Maassé Bereschit » et de « Maassé Merkaba», 
dont la première, nous dit l'auteur, avec plus de certitude que ceux qui 
avant lui avaient émis cette hypothèse, équivalait à cette théorie des 
Idées dont nous avons déjà fait la connaissance et la seconde à l'angélo- 
logie et à la doctrine de rémanation. 

Longtemps ces disciplines secrètes restèrent séparées l'une de Tautre. 
Ainsi les Schammaïtes et les Hillélites ne discutèrent que sur « Beres- 
chit ^> tandis que R. Yohanan b. Zaccaï et, avec plus de profondeur que 
lui, son disciple Josué b, Hanania, ne s'occupèrent que de « Merkaba >>. 
Mais Akiba les confondit. La distinction entre elles était pourtant nette : 
la première admettant un principe matériel coéternelàDieu et la seconde 
enseignant, sans aucun doute, que tout ce qui existe émane d'une source 
uni(iue qui est Dieu. Il est vrai qu'on les faisait servir l'une et l'autre à 
l'explication du problème de la Substance, dont la préoccupation avait 
remplacé, dans les esprits de l'époque, la vieille croj'ance à la création. 
On s'apercevait bien qu'elles battaient en brèche, comme du temps des 
prophètes, l'unité de l'Esprit, mais on se tira d'aff'aire, dune façon très 
inconséquente, en élevant Dieu au-dessus même du spirituel ; en décla- 
rant que tout en dehors de Dieu est créé; en même temps qu'on conser- 
vait la croyance à la préexistence de la Tora et les autres éléments de la 
théorie des Idées, ainsi que la « Merkaba » avec les « Hayot », etc. 

Ces traditions ésotériques se transmettent sans doute aux Amoraïm 
palestiniens, dont les plus célèbres en la matière sont lioschaya et Josua 
ben Lévi, et sont même importées en Babylonie par Bal) ; il n'en est pas 
moins vrai — c'est une idée que l'auteur développe longuement, et que 
nous retrouverons encore plus loin — que la Halaclia, qui seule avait 
une autorité officiellement reconnue, ne cessa d'exercer, à mesure qu'elle 
se développait et par les qualités d'esprit qu'elle nécessitait, l'action la 
plus dissolvante sur ces disciplines mystiques. C'est ce qui nous explique 
que colles-ci, tout en ne disparaissant pas complètement, soient allées 
s'affaiblissant à une époque et dans des contrées oii les extravagances du 
mysticisme alexandrin égaraient tant d'esprits. A la vérité ces vieilles 
doctrines de « Bereschit» et « Merkaba » avaient déjà eu le temps, elles 
aussi, de faire des victimes. Elles ont été en effet la source directe et 
lirosquf uni(iue de la Gnose juive, dont on connaît un célèbre adepte. 
Aller, et aussi de la Gnose chrétienne. Celle-là a inspiré celle-ci, et non 
inversement, comme on est tenté de le croire. Les chrétiens ont été les 

1. Eroubiu, 13 Z», 



BIBLIOGRAPHIE 297 

disciples, — disciples terribles, des Tannaïlos. Inutile de supposer je ne 
sais quelle influence platonicienne. Le christianisme, même dans ce qu'il 
semble avoir de (MMilraire au Judaïsme, y était contenu en puissance, de 
temps immémorial ; puisque la divinisation de Jésus nesl (jirune consé- 
quence de la vieille liiéorie des Idées remportant enfin la victoire sur son 
ennemie séculaire : ri'nité de l'Esprit, de Dieu ; et que la (inose qui 
fournit tant de dogmes à la religion nouvelle n'est (pic l'épanouissement 
au grand jour de la Merkaba juive, restée longtemps secrète. 

En d'autres termes, à l'époque talmudi<iue encore, il y ,i d'un cùlé 
toute sorte de croyances irrationnelles et de l'autre le Judaïsme officiel et 
rationnel : n'est-ce pas à s'y méprendre la vieille lutte dont déjà Jérémic 
et Ezéchiel furent, entre autres, les champions ? 

Passons au moyen âge et ici encoi-e nous verrons que ce sont les 
thèmes traditionnels de la spéculation juive qui font l'objet des discus- 
sions philosophiques ou mystiques. 

Durant les deux siècles qui suivent la clôture du Talmud, les deux 
courants mystiques: théories des Idées et de lEmanalion, (jui avaient été 
fusionnés à partir de R. Akiba, comme nous l'avons vu, teiulent <à.se 
séparer de nouveau. En Palestine on cultive surtout la « Merkaba » 
mélangée çà et là de ({uelques éléments de « Béreschit » '. En Babylonie, 
au contraire, c'est cette dernière doctrine qui prédomine, comme Valtesie 
le Sefer Yecira. Cet ouvrage, dont l'origine est si obscure et la date 
inconnue, aurait, en effet, sous sa forme actuelle, vu le jour en Baby- 
lonie, mais le fond en aurait été importé dans ce dernier pays de Pales- 
tine'. On compre'ul alors que la langue de cet écrit porte le cachet 
palestinien ; quant à l'influence gréco-arabe qu'on y remarque, elle s'ex- 
pliquerait tout naturellement par les additions dont on enrichit la 
recension babylonienne. Il est vi-ai qu'on y relève des éléments d'un 
système émaualioniste. Mais, outre qu'ils sont peu nomlireux, ils font 
manifestement pai'lie d'une théorie parallèle et ajoutée à celle des Idées, 
après coup '. 

Cette séparation des deux doctrines va nous aider à comprendre léclo- 
sion de la véritable philosophie juive du moyen âge et aussi l'origine de 
la Kabbale restée jusqu'ici si mystérieuse. En même temps — et c'est ici 
oii on l'attendait sans d(uite, (jue .M. N. rend sa thèse particulièiement 
intéressante — nous allons voir comment philosophie et Kabbale se 
rattachent toutes deux ;i raucicuiie sfȎculatiou juixe, comment ces mani- 

i. Ia's édits: rîT^ip "n:^-*;:; ci mr^'n = « Merltaba » ; n73Dn yyi^ ainsi (|tio 
■j'ID w73~72 et rm2in m"^y '"1 coiilifiiiiciil les deux tliéories, el<"., etc. 

2. l'piit-ètre ii;ir Rai) même, dont les idées sur les «dix paroles» llaffhif/a 12 a) 
ont fourni la matlire dévi'lupiiée jiar le .S. Vectra. 

3. I/auteur rend cette liyi)Olliése du parallélisme des deux tliéories très vraisem- 
blalile. >ous renvoyons au texte pour jdus de développement, .\joulons seulement rju'elle 
supprimerait beaucoup de diflicultés au sujet du S. Y. — \ y bien regarder, Franck, 
qui d'ailleurs a interprété le .S. )'. dans un tout autre sens, l'avait déjà émise : ?. La 
Kabbale, 2' édit., p. 111, 



•298 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'estations intellectuelles, complètement nouvelles en apparence, s'expli- 
quent en grande partie par la tradition intérieure du Judaïsme. 

On est ordinairement d'accord pour dire que le réveil et le développe- 
ment de la philosophie juive à partir de la fin du ix« siècle sont dus à ces 
facteurs : la naissance du Caraïsme et le contact des Juifs avec les Arabes 
d'Orient, qui leur enseignèrent les doctrines de Platon et surtout celles 
d'Aristote, de l'Aristote néoplatonicien. 

C'est d'abord le Caraïsme, dont l'origine remonte plus haut (jue celle 
du Motazalisme, qui explique l'amour soudain des llabbanites pour la 
dialectique grecque. En effet, les Caraïtes attaquent dans le Talmud, 
l'aggada anthropomorphique et toute la littérature mystique, rcjeltent 
complètrment la «Merkaha » ; adoptent d'autant plus volontiers la tliéorie 
des Idées, de « Bereschit » — se rappeler le rôle du Logos chez N'abàwcndi 
— et pour l'un et l'autre se servent d'arguments philosophiques. Les 
Rabbanites, pour soutenir la lutte, sont forcés d'en faire autant, — 
d'où la naissance de la philosophie juive. Ainsi donc, rejet de la «Mer- 
kaha » et adoption de la vieille doctrine de Bereschit : voilà sa canse pro- 
chaine et vous voyez que nous ne sortons pas des limites du Judaïsme. 
Direz-vous que cette cause est tout extérieure, purement formelle et 
que la matière de cette philosophie, ce sont toujours les Arabes qui l'ont 
fournie? Eh ! non, vous lépondra d'abord M. N., abondant dans le sens de 
Schreiner ' et le dépassant, les fondateurs de la philosophie juive, Saadia 
et Almokammeç, Israeli et Abousahal, n'ont i-ien pris aux Arabes, sauf 
peut-être la méthode. Ils ont puisé aux mêmes sources qu'eux, se sont 
mis directement à l'école d'Aristote et avant eux même ont pu connaître 
la philosophie grecque dans les centres d'instruction hellénique de la 
Syrie ou dans dos traductions persanes. Le Motazalisme n'a donc pas fait 
naître la pliilosophie juive ; il a, au contraire, puisé une grande partie de 
ses principes fondamentaux dans le Judaïsme. — Mais, en dernière ana- 
lyse, il reste la philosophie grecque, qui fait le fond de celle des Juifs, 
et qui est apparemment autre chose que " Merkaba » et « Bereschit »1 A 
supposer même, comme le veut M. N., que les Juifs aient en grande 
partie débarrassé Aristote de la poussière néoplatonicienne dont il resta 
toujours couvert chez les Arabes, toujours est-il (juc le Stagirite fut une 
connaissance nouvel e pour les premiers comme pour les seconds. — 
Effectivement, c'est un fait histori(iue, et M. X. est bien obligé de s'y 
résigner. Du moins, nous montrera-t-il que c'est grâce k la longue éduca- 
tion des esprits par la Halacha, qui a fait rejeter la mysti(iue « Merkaba » 
et purifier de tout élément mythique la théorie des Idées — le halachiste 
Saadia repoussera même cette dernière — que les Juifs ont pu adopter le 
plus souvent l'Aristotélisme, n'accepter qu'un Platon préalablement 
amendé, et écarter — cela est même vrai de Cabirol comme nous le 
verrons — entièrement les doctrines essentielles du néoplatonisme. 

1. .hiliresbericht (1er Lehrnnslall f'i/r d. Wissenscluift d. Jnd.: Der halciin in </. 
Jiid. Lin., p. 1-4 ; Bwrlin, 1893. 



UIULIUGKAPIIII'; 299 

Accepter presque exclusivement le péripatétisnie, c'était contininT sous 
une autre lorine l'esprit du prophétisme,de la Halacha, c'était défendre le 
Judaïsme « officiel v et rationnel contre l'envahissement d'un Idéalisme 
irrationnel et mystique. 

Et voilà le lien renoué entre l'antiquité et le moyen âge juifs! 

Mais il l'est encore par une autre voie : celle de la Kabbale. On sait que 
le subit essor de cette dernière au xm» siècle a donné beaucoup de tabla- 
ture aux savants. Certains Texidiquent en faisant de quelques philosophes 
antérieurs des Kabbalistes avant la lettre, sans se donner la peine de 
montrer en détail comment elle est sortie du mouvement philosophique. 
Et puis on accorde beaucoup trop à l'influence arabe. La vérité, c'est que 
la Kabbale, dont la note spécifique est bien juive, n toujours formé un 
courant parallèle à celui de la philosophie. Son fond est constitué par ces 
idées mystiques de la«Merkaba» qu'on se rappelle que nous avons laissée 
en Palestine et qui de là passa en Allemagne et dans le Nord de la 
France, d'où elle fut importée en Espagne. Ce dernier pays fournit les 
éléments purement philosophiques, et ainsi naquit la Kabbale. M. N. mon- 
tre ici avec beaucoup d'habileté et de justesse et après un examen appro" 
fondi des produits classiques de la K., que ses principes fondamentaux 
sont déjà contenus dans l'ensemble de ces trois ouvrages : le commen- 
taire sur le S. Yecira de Saadia, pour une petite part ; le « Torot Hcwné- 
fesch » ' où se trouve déjà esquissée la théorie des quatre mondes et 
même celle de l'Adam Kadmon » ; enfin et surtout le commentaire sur 
le S. Yecira de Juda Barzilaï, (jui donne franchement le pas à la doctrine 
de l'Emanation, de la « .Merkaba », et qui emploie même pour la première 
fois le terme de nbnp dans ce sens particulier. — Chez Ibn Cabirol, con- 
trairement à ce qu'on admet d'ordinaire, ni la chose ni le mot ne se 
trouvent encore. 

Il ne faut donc pas se demander d'où vient le fond métaphysique de 
la Kabl)ale et répondre, avec Jellinek, de la Babylonie, ou avec Harkavy, 
de la Perse, ou très simplement, presque naïvement avec Graetz, de 
la réaction contre Maïmonide. La question serait mal posée. Il faut se 
demander comment on est revenu à la « Merkaba « ; car la K. n'est 
qu'un retoui- à la Merkaba et nous venons d'en voir le développement 
ininterrompu. 

Et voilà comment, par dessus tant de siècles, Ezéchiel et Abraham 
Aboulatia se donnent la main! N'est-ce pas la meilleure preuve de la suite 
originale de la pensée juive? 

Telle est l'idée directrice de l'ouvrage de M. N., que nous n'avons pu 
que résumer très sèchement et de façon à lui enlever toute la séduction 
que l'ingéniosité et la profonde érudition de l'auteur ont su lui donner. 
Nous ne pouvons davantage nous attarder à en faire la critique : de 
celle-ci les (iuel([ues indications suivantes tiendront lieu. L'auteur s'ap- 
puie sur les hypothèses de la critique bibli(|ue, comme sur des faits 

1. Que l'auteur attribue à Baliya, comme nous le Terrons plus bas. 



300 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

historiquement incontestables (16-23). 11 voit trop les propliètes k tra- 
vers la philosophie grecque, ce qui projette naturellement une lumière 
ti'onipeuse sur les premiers et l'entraîno même, chose curieuse, à faire 
de Texégèse rationaliste à la suite de Piiilon et de Maïmonide 23-43). 
Il voit en la plupart des docteurs du Talmud des philosophes consommés 
— et cela, en partant d'une interprétation extrêmement tendancieuse de 
certains textes passablement obscurs. Une assertion dont l'auteur tire 
grandement parti, est que la Halacha, de par son essence même, a 
dû avoir une action dissolvante sur la mystique ; oui, à moins qu'elle 
ne mène, par un effet de cont)'aste, au mysticisme, comme ce fut un 
peu le cas dans les provinces rhénanes, au xiu'^ siècle. En outre, 
ce qui touche aux hases mêmes de la construction de M. >'., il ne 
doute pas un seul instant que les doctrines « Merkaba » et « Beres- 
chit », n'équivaillent la première à la théorie néoplatonicienne de 
l'Emanation ' et la seconde au système dualiste des Idées de Platon* Or, il 
nous est bien difficile de nous prononcer aujourd'hui sur cette question ; 
et déjà au moyen âge on ne savait plus ce que représentaient ces termes 
que chaque auteur tirait à soi (48-107). Pour ce qui est de l'influence 
arabe, la thèse de M. N. est assez exagérée, au point qu'il lui arrive à hii- 
même au cours de l'exposition de rendre d'une main ce qu'il avait enlevé 
de l'autre (117-170). Quant, enfin, à ses vues sur l'origine de la Kabbale, 
tout en convenant q'ue l'auteur y répand de vives clartés, notamment par 
le parallèle qu'il institue — et qui établit ainsi une chaîne continue — 
entre les passages essentiels des ouvrages kabbalistiques et certains 
ouvrages antérieurs, et qu'il apporte sur ce sujet des contributions qu'on 
peut qualifier de définitives, il faut dire que sa démonstration est un 
peu viciée précisément par la conception (ju'il s'est faite de la « Merkaba » 
(179-239). 

Venons en à l'exposilion de la philosophie juive du moyen âge pro- 
prement dite, k l'examen du proldème « Matière et Forme »,qui en cons- 
titue en quelque sorte la pierre angulaire. Dans ce second livre, les idées 
de M. N., tout en restant neuves en grande partie, présentent certaine- 
ment un caractère plus solide, plus scientifique, nous allions dire plus 
sérieux, que ce qui précède. 

Notons d'abord ceci, qui se rattache par un côté aux vues (jue l'auteur 
nous- a exposées plus haut : on s'abuse profondément, quand on voit — 
et nous sommes tous habitués k le faii-e — en Maïmonide un disciple 
d'Ibn-Siua. Tout comme ce dernier, Maïmonide a connu .\ristote dans le 
texte — arabe — et il sécarte très souvent de l'interprétation des com- 
mentateurs musulmans, y compris IbnSina. Son système même s'op- 
pose, dans ses traits fondameutatix, k celui du philostqihe arabe. Et 
pour prévenir le juste étonnement que nous ne pom-rons nous eujpêcher 
déprouver k la pensée (ju'uiie pareille erreur ait pu se prculuire et per- 

• 1. Déjn Gi;it7. (liins GnosUzismiis uiul Jinientum avait (''iiiis retto opinion ; mais 
combien plus liniidenicnt ! 



mULIOGRAPHIE 301 

sister jusqu'à nos jours, M. N. nous apprend que c'est Narhoni ({ui est 
cause de tout le mal, que c'est lui, à ijui la gloire de Maïmonide pesait, 
qui a émis le premier celte 0[)inion erronée, (luellc fut ensuite acceptée 
avi'uijlémenl par Munk, qui la transmit à Graetz, qiii la répandit un peu 
partout. Elle devint ainsi parole d'évangile, personne ne savisant plus 
de comparer de près les prétendues ressemblances. Et M. .\. cite, en effet 
(288-9 , un passage d'Ibn-Sina qui dilï'cre assez du passage parallèle et 
qu'on a cru inspiré du premier, du Guide. Et puis on sent, à la façon 
même dont M. N. en parle, qu'il est profondément convaincu du bien 
fondé de son assertion. Malheureusement l'auteur ne fournit pas assez de 
preuves pour qu'on se permette de modifier une opinion professée par 
la généralité des savants compétents en la matière. Quant aux deux ou 
trois citations que l'auteur rapporte d'Ibn-Sina, on pourrait leur en oppo- 
ser cent autres qui témoignent en sens contraire '. 

Mais ce n'est pas tout. Munk et tous ceux qui l'ont suivi — et combien 
y a-t-il d'historiens de la philosophie juive qui ne doivent beaucoup à 
Munk? — n'ont pas compris les principes essentiels du système de Ma'i- 
monide, pas plus que de celui de Gabirol, parce qu'ils n'ont pas bien saisi 
la marche et les tendances générales de l'ensemble de la philosophie 
juive au moyen âge. C'est donc de ce côté que tout était k recommencer. 
M. N. l'a fait. Et voici aussi brièvement que possible les résultais, pour 
le moins suggestifs, ({u'il nous apporte. 

On sait qu'il y a des contradictions très sérieuses clans le système 
d'Arislote *, au sujet du problème de la Substance, des raj)pi)rts de la 
Matière et de la Eorme, du vrai objet de la Définition, etc., etc. D'un 
côté, Aristote admet (pie, le degré de vérité de la science se mesurant à 
la réalité de son objet, il n'y a de vraie science que du général, qui seul 
est stable et réel; de l'autre, (jne, les Idées étant dans les choses, il n'y 
a de science que du particulier. Il en résulterait alors que tantôt c'est la 
Forme, tantôt le composé de Matière et de Forme, d'acte et de puissance, 
qui est donné par Aristote comme étant la réalité suprême. Puis le |)rin- 
cipe d'individuation n'est pas le même ici ([ue là, pas plus que la oTéf.Yioi;, 
condition du changement, du devenir, ne peut s'entendi-e partout de la 
même façon etc. etc. Eh bien, M. N., érigeant en système la contradiction 
du système, s'efîorce de prouver ({u'Aristote a profess('; sur toutes ces 
questions et d'une façon parfaitement consciente deux doctrines opposées, 
dont l'une est contenue principalement dans la Pliysiquc et l'autre dans 
la Métaphysique. 11 y aurait — et vous allez voir l'importance (jue cela 
présente pour nous — deux Aristote bien distincts : celui des sciences 
de la nature et celui de la philoso|diie [nemière. 

1. V. t'ii ij:irli(MilitM' les passages très (•aractiM'istiqucs ot très |»i(»haiits où M.iïiiioiiiile 
prend de l'Ibii-Sina pour lie l'Aristoto. Kiitre autres: Guide, i, p. IM-I'.i ut ii. ; 301- 
302: 3io-4t); n, n3, etc.. i-tr. Munk cite et compare avi-c sa rouscicncc et sa pn-cisiou 
habituelles et e!>t loin de s'en èhe rapporté a .iveuijlénienl » u Narlioiii, qu'il a d'ailleurs 
souvent utilisé avee Itonheur, mais non de la l'ai-on (|u'iniiii|ue M. N. 

± Voir Zeller. Die Philosophie il. G/'., II, :J0S-2O ; 3îO-3iH. 



302 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Celiii-lk — pour ne rapporter que ce qui nous intéressera dans la 
siiite — admettrait une substance double dès l'origine, c'est à-dire com- 
posée de matière et de forme inséparables l'une de l'autre, presque 
inconcevables chacune à part et n'ayant d'existence réelle qu'en tant 
(}u'ellcs sont unies. La forme n'est pas plus principe d'individuation et 
de changement ([ue la matière, et la question de savoir si le plus haut rang 
d'existence doit être attribué à la première ou à la seconde n'a pas de sens 
(doctrine du p-eTa^y). L'Aristote de la Métaphysique, au contraire, profes- 
serait que forme et matière sont deux principes également indépendants, 
mais que l'essence de la première, source du devenir, est supérieure à 
celle de la seconde. Ici la aT£pr,rrt; est fondamentale, universelle ; là elle 
est spéciale, individuelle. 

Les conséquences de cette distinction, on les voit déjà pour les difficul- 
tés soulevées; nous allons maintenant les voir dans la philosophie juive. 

Les philosophes juifs du moyen âge construisent leurs systèmes sur 
le terrain de la Physique ou de la Métaphysique. De là deux groupes dis- 
tincts : le premier — groupe Saadia, — prenant pour base les principes 
de la Physique, comprend Israéli, Saadia, Almoquammeç, Abùsahal et 
Bahia. Ce dernier, tout en devant être compté i)armi les premiers, 
marque pourtant la transition au second groupe, — groupe Gabirol — 
oii entrent : Gabirol. Abr. b. Hiyya, Abr. et Moïse Ibn Ezra, Hallévi, Ibn- 
Saddik avec dos hésitations et Ibn Daud. Maïmonide, tout en profitant 
des travaux de ses prédécesseurs espagnols, se placera de nouveau sur 
le terrain delà Physique, en repoussant les principes de la Métaphysique 
plus énergiquement encore que le reste du groupe Saadia dont il fait 
partie '. 

Que ce nouvel angle sous lequel M.N. envisage la philosophie juive lui 
ait été imposé par la nature des choses, ou que, l'ayant conçu a priori et 
par désir de symétrie, il ait cherché ensuite à le justifier, c'est ce qu'on 
ne peut pas toujours dire avec certitude. Le fait est que, se plaçant à ce 
point de vue, l'auteur a l'occasion d'exprimer des vues nouvelles, d'indi- 
quer des interprétations originales dont nous allons relever quelques- 
unes. 



1. .M. N. a fait d'Aristoto, à ce sujet, mie ctinlc iieisoniielle. {'ouillée el iiéiiétraiite. 
Il y a cuiisacré une ceiilaiac rie paires, el on ue le reirrette jias. Pourtant celle distinc- 
tion des deu\ systèmes ne laisse pas d'èlrv, au denieuiant, subjective et queliiue peu 
aiiificii'lle. Nous ne sachions pas (|u'Anslote l'autorise iui-niénie quelque part. 11 y a, 
d'ailleurs, comme on le sait, beaucoup de [ihysique dans la Métaphysique et inverse- 
ment. En outre, les pliiloso|dies du moyeu ;Vi.'e eussent élé bien embarrassés pour faire 
ce partage dans les mauvaises traductions d'.\ristote, surchargées de commentaires où 
il y avait lui peu de tout el (lui contribuaient encore à dénaturer le sens du texte. 
Eidiu — pour abréirer — au sein même de chacun îles groujies on voit, en effet, des 
philosophes «pii ne se sont pas toujours souciés de la classilication de M. N. Ainsi: 
Saailia lui-môme. Hallévi, Ibu-Daud, el Maïmonide même au sujet de l'angélologie. etc. 
Sous ces réserves et d'autres encore (pie nous exprinuTons plus loin, ce cadre nouveau 
peut avoir son intérêt et son ulililé. 



BIBLIOGHAPHIE 303 

On croit généi-alcinoiil ' que Maïmonicle enseigne l'existence, à l'origine, 
d'une v>ïi potentielle — créée il est vrai par Dieu — dépourvue de toute 
forme. Or cela n'est pas. Aristote lui-même n a admis cette u).r, que dans 
la Métaphysique, et Maimunidc ne s'est pas inspiré de cette dei-nière. Une 
des tendances fondamentales de toute la philosophie de Maïmonide, 
comme de celle de tout le groupe Saadia, et qu'on n'a pas assez consi- 
dérée, c'est précisément de détruire toute idée d'un principe matériel 
originel. Et c'est pourquoi il s'en tient à la Ph\si([uc exclusivement', oii 
pas de matière sans forme ; rejette la « potentialité » substantielle pour ne 
conserver que l'accidentelle (la aT£pr,(Ti; spéciale). L'on se rappelle aussi sa 
fameuse sortie contre. Aristote [II, 22], contre la Métaphysique, qui est 
imprégnée de la théorie des Idées de Platon que Maïmonide a constam- 
ment combattue, et qui était alors en vogue chez les .luifs d'Espagne, où 
régnait le groupe Gabirol. Maïmonide professera donc que Dieu a créé la 
matière en même temps que la forme, et que cette dernière, force 
inhérente à la première, lui communique son propre degré d'existence 
et est ainsi, non seulement cause du devenir, mais encore principe de 
l'être. Et c'est sur cette base ([ue Maïmonide édihera son système de la 
création ex nihilo, etc. ^. 

Israeli déjà avait assumé la tâche d'adapter la Physique h la doctrine 
de la création ex 7iihilo: la matière n'émane point de Dieu, cai- il serait 
alors sujet au changement; Dieu crée le imtolI-j et les éléu)ents etc. Mais 
c'est surtout Saadia qui donne de cette théorie une exposition systéma- 
tique: Forme et Matièi-e sont inséparables; pas de principe hylique à côté 

i. V. Guide, I, :JOt'; II, 1S>; 20'»; 21*: Kaufinaiiii, Gesc/i. d. ALtributenlelive, 
\^. 415, etc. 

2. V. ib. et notamment ii, ch. 13 eu entier, où il prend pour Itase de la discnssion 
des trois théories sur rori^rine du monde le (XETa^û de la Physique. 

1. L'auteur s'élève ici (Ii99-412> avec force contre Munk, lequel ne comprenant iias ce 
qui fait le fondement nirme du système de Maïmonide, aurait interprété la fliéorie de 
la création de ce dernier dans ce sens (jue la matière exista dahord, et que la forme ne 
vint s'y ajouter qu'ensuite, etc., ce qui détruirait simplement la base de toute la doctrine 
maimunidienne. Une polémiipie plus amère encore est dirii.'ée contre Mar;;ulies, qui, 
eontre M. N., avait plutôt défendu l'mterprétation de Munk. V. /{(iv's^; Isntelilica. 190.j, 
n. 3 ;mai-juin . Nous n.' pouvons suivre l'auteur jias à pas. Nous lui ferons seulement 
remarquer : i" que les passatres en ([uestion du More (I, eh. G!); II, 17 vi passiiu) 
s'expli(iurnt jikis naturellement par l'interprétalion di' .Munk, si on l'atténue un peu à 
laide même des observations de .M. N. : 2» que les passatres «pie l'auteur rite des 
autns traités de Maïmonide pom- apjmyer sa thèse peuvent se comprendre <le la même 
façon. Car le « 553 m")::. T5373 "I7jin NXT:'' n"? » doit s'entendre de l'état actuel 
des choses et non de l'état originel ; > que de tous les textes cités par M. N. il résulte 
que .Maïmonide s'est fiijuré, à y bien re.'arder, une réunion de formr et île matière 
4<>(|ue tout en admettant que Maïmonide a professé le [lexaÇû et rinipossibililé pra- 
tique de l'existence d'une matière privée de forme, il faut tenir compte de cette ten- 
dance invincible de l'esprit humain de se lijjurer comme ayant été à part, à un certain 
moment, les éléments dont une chose est composée : u" que i)our cela on n'a même 
pas besoin d'admettre plus d'un aete créateur, théorie d'ailleurs (pie .^aadia parait 
avoir ado|itée. 



304 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de Dieu ; Dieu est non seulement cause du devenir de la Substance, mais 
encore source de son être. ADnoquamnieç et Abûsahal professent les 
mêmes principes. Chez Bahia, qui a subi d'un côté l'influence de Saadia 
et de l'autre celle de l'Encyclopédie des « Frères de la pureté», s'observe 
une lutte entre la doctrine de la Physique et celle de la Métaphysicjue, 
mais c'est la première qui triomphe : tout composé est créé — principe 
fondamental — et créé de matière et de forme en môme temps, d'où 
l'existence de I>ieu, etc. 

Pour ce qui est du problème chronologique, l'auteur voit en Bahia le 
contemporain aîné de Gabirol. Les plaintes de Bahia au sujet de l'absence 
de toute philosophie juive en Espagne montrent bien qu'il est un précur- 
seur. Son œuvre daterait du milieu du xie siècle. Les analogies que pré- 
sente sa doctrine avec celle d'Al-Gazàli ' ne prouvent rien contre cette 
thèse;- ils ont pu puiser tous les deux aux mêmes sources. Kaufmann * 
déjà avait démontré que Gabirol s'est inspiré de Bahia et non inverse- 
ment. Mais Jahuda^ ayant soutenu le contraire, l'auteur reprend la dis- 
cussion a nouveaux frais et par des preuves i[ui n'ont pas encore été pro- 
duites et qui paraissent inattaquables, établit la solidité de la thèse qu'il 
défend. Pourtant il est sage de ne pas se prononcer encore dune façon 
définitive, Jahuda n'ayant pas encore dit son dernier mot sur la question. 

Signalons encore l'étude remarquablement informée que ^I. N. consacre 
[p. 490-bOOj à la question de la date et de la paternité du '::^^r, m-iin. 

Le ms. de cet ouvragp indique clairement Bahia comme en étant l'au- 
teur, et pas plus ({ue J. Derenbourg '' et Harkavy ■', M. N. ne met en doute 
la véridicité de cette indication. Seulement il reprend un à un les argu- 
ments qu'a produits Guttmann ^ pour démontrer limpossibilité d'atfi'ibuer 
ce livre à Bahia, les réfute vigoureusement, et donne un bon nombre de 
preuves de détail qui militent singulièrement en faveur de sa thèse. Et 
l'on sétonne, en effet, après avoir lu M. N., qu'avec des raisons comme 
celles de Guttmann on ait pu douter de ce que le ms. détermine si net- 
tement. 

Passons au groupe Gabirol. Il se distingue du groupe Saadia en ce qu'il 
prend pour base de sa philosophie ce que celui là avait si énei'giquement 
rejeté : la doctrine d'une matière originelle potentielle. Cette dernière — 
et voici quelque chose de très neuf — est tout d'abord enseignée par le 
Fons vit;e: Car Gabirol, qui, contrairement à ce qu'on pense d'ordinaire', 

1. Mort eu flll. 

2. V. Die Theol. d. Buchi/a, p. 8. 

3. Pi'oleijomena zu einer erstm«li</en llerctKsi/aOc des Kilub al-lildaja. etc.. 
Dannstadt, 1904, p. îi-lO. 

4. n.E.J., XXV, p. 2i8-50. 

5. A.kl. à la trail. hél)r. de Giaelz. IV, V,, ol V. 18. 

6. Muiials., 189", p. iii-îiC. 

1. Drjà Kaufniaim, dans le rociu-il pnslliimii' Sludicn llhcr S. tUdiind, consacie 
tout un cliapitro (le 4'i à dcmonlrer rinfluonce qu'a l'xurcûe le Mekor int lu pliilo- 
sophie jiust< rieure. L'auteur, (|ui combat K. assez souvent, n'aurait pas di\ l'oublier. 



BIBLIOGRAPHIE 305 

a excroc rinfliicncc la plus profonde sur ses successeurs, a emprunté les 
principes fondamentaux de son système, non point au ncoplalonisme, 
mais à la Métaphysique d'Aristote. Sa Substance universelle, qui sert de 
substratum à tout ce qui est en dehors de Dieu, n'est autre que lay).r,bien 
connue de la Métaphysique, avec laquelle Gabirol combine — oh ! si 
accidentellement — les substances intelligibles suivant la conception de 
Proclus. 11 nenseigne point lémanation du sein de Dieu, de la matière, 
mais seulement l'émanation de l'esprit, de la forme qui façonne la 'Jlr,^ 
laquelle est éternelle. 

Munk, que tons les autres historiens ont suivi, a donc eu tort de faire 
de lui un néoplatonicien. Son erreur provient de ce qu'il s'est trop fié à 
Ibn-Falaquera. A ne lire, en effet, que les extraits hébreux du Fons vUic 
de ce dernier, on a l'impression d'avoir affaire à im adepte du néoplato- 
nisme. Mais cette impression, déjà atfailtlie par les notes, inspirées de la 
traducton latine du Fons vil;i', (jue Munk a ajoutées aux fragments 
hébraïques, s'évanouit complètement si l'on s'en tient exclusivement à 
la version latine. D'ailleurs, Munk lui-même avoue ' qu'à vrai dire, le 
système de riJmanalion et des liypostases n'est nulle part exposé formel- 
lement dans la «Source de vie». N'est-ce pas là une bonne preuve, que 
Gabirol ne l'acceptait pas? Et .M. N soulève plusieurs objections de cette 
nature contre Munk, . . 

Que vaut cette thèse de M. N.? Si nous devions en juger par ce que 
l'auteur en dit dans le présent volume de son ouvrage, où il lui consacre 
pourtant bien des pages, nous déclarerions nettement que c'est un para- 
doxe — un paradoxe de profond savant, donc tant soit peu vraisemblable 
— mais rien de plus. L'opinion de (juiconque a lu le Fons viUv ne se modi- 
fiera en aucune façon, ce nous semble, devant les simples affirmations, 
sans preuves sérieuses ni textes à l'appui, que nous offre .M. N. Mais nous 
devons lui faire crédit jusqu'à la publication de son second volume, où, 
traitant du problème des attributs divins, il pourra nous donner l'exposi- 
tion complète du système de (iabirol comme de ceux des autres philo- 
sophes de ce groupe. Nous sommes vraiment curieux de voir comment 
l'auteur s'y prendra pour démontrer, ainsi qu'il le promet, l'indépen- 
dance de Gabirol à l'égard des doctrines essentielles du néoplatonisme, 
comme il la démontrée — et cela nous nous plaisons à le reconnaître — 
à l'égard des « ("inq Substances » de pseudo-Empédocle, oii Kaufmann * 
avait voulu voir une des sources de Gabirol. Sans doute qu'alors laulciir 
nous dira aussi pourquoi, selon lui, la version latine du Fons vil;r, 
mérite plus de créance que les extraits du même écrit, colligés par Ibn- 
Falaquera. 

Les autres théologiens de ce grou[ie ont tous sui\i plus ou moins leur 
chef de file, mais leurs théories sur la (luestion qui nous occupe ne 
peuvent être séparées du problème des attributs cl — fâcheuse consé- 

1. Mélanges, p. 2o9-t>0. 
i. P. .■;2 .'tss. .l.-s S/H'lien. 

T. LV, N" IIU. 20 



306 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

quence de la méthode dont nous avons signalé les inconvénients — ne 
pourront par suite être examinées que dans le second tome. Notons seule- 
ment qu'Ibn-Daud, à qui l'auteur consacre ici quand même quelques 
pages, et que l'on prend ordinairement pour un aristotélicien, serait 
d'après lui beaucoup plus néoplatonicien que Gabirol, sans d'ailleurs 
s'écarter pour cela des principes essentiels de la doctrine de ce dernier, à 
qui il doit les irails fondamentaux de son système. C'est ce que n'ont vu 
ni Munk, ni Kaufmann, ni Guttmann, qui n'ont pas saisi la véritable 
signification de la polémique d"Ibn-Daud contre Gabirol, et cela d'ailleurs 
parce que le vrai sens de la philosophie de ce dernier leur avait échappé. 
Ihn-Daud tâche de concilier la Physique et la Métaphysique, n'y réussit 
pas et reste exclusivement sur le terrain de cette dernière. Ses efforts ne 
profiteront qu'à Maimonide. 

Mais laissons là ces indications qui peuvent tout au plus essayer de 
démolir, non de reconstruire, et attendons les développements complé- 
mentaires que l'auteur nous promet. 

La façon dont M. N. comprend les théories des sphères (angélologie), 
leur signification et leur portée se rattache, comme on devait s'y attendre, 
aux points de vue précédemment exposés. Cette partie de l'ouvrage se 
recommande par un grand nombre d'observations parfois profondes, sou- 
vent ingénieuses, toujours curieuses et intéressantes. Notons sommaire- 
ment au moins quelques-uns des aperçus longuement développés : Saadia 
professe que les anges même, ainsi que l'âme humaine, sont composés de 
forme et de matière : 1" parce que c'était là pour lui le seul critérium qui 
distinguât la créature du Créateur; 2^ parce qu'il avait admis le y.^-'xlJ et 
rejeté dès le début la théorie des Idées. Si donc Saadia — et on doit y 
ajouter Bahia — avait déjà admis que tout, en dehors de Dieu, est composé 
de matière et de forme, on a tort de voir en cette théorie une innovation 
de Gabirol. La vraie originalité de celui-ci est d'avoir débarrassé léma- 
nation spirituelle, qu'il a admise, de l'émanation matérielle qu'il a rejetée. 
Par là il a préparé Maimonide tout comme le prépareront Abr. Ibn Ezra, 
— lequel pour la première fois dansla philosophie juive admet Texistence 
d'êtres purement spirituels à côté de Dieu ; Hallévi, Ibn-Daud, — sur 
lequel, comme l'auteur nous le montrera, l'inlluence de Pbilon, par l'in- 
termédiaire de Nahàwendi, s'est fortement exercée, etc. 

Enfin Maimonide, faisant la synthèse de tous les essais de ses prédéces- 
seurs des deux groupes, résoudi'a définitivement ce problème, solution 
qui servira de point d'appui à tout son système. Sa théorie des sphères 
lui est personnelle en ce qu'il la purifie de tout ce qu'elle off'rait chez les 
Arabes d'incompatible avec le judaisme ; en en rejetant — point extrême- 
ment important et que M. N. établit très bien contre Munk' — l'énuina- 
tion matérielle des sphères, du sein de Dieu, etc. Il admet l'émaniition 
spirituelle, ce qui lui permet de professer que, malgré le ^s^alù, le prin- 
cipe spirituel peut, à sa plus haute expression, exister sans nu\lière ; 

1* Guide, II, 1». 96». 



BIBLIOGRAPHIE 307 

mais il lu transporte sur le terrain de la physique, ce qui lui permet 
d'aboutir à la négation de tout principe hylique ', qui est le but primor- 
dial de tout le groupe qu'il dot et résume si brillamment. 

(Ml voit l'idée qui domine tous ces développements: c'est qu'il y a un 
lien constant entre les dilïérentes époques de la philosopliie juive au 
moyen âge. On sait que, sauf de rares exceptions, les auteurs juifs du 
moyen âge n'ont pas lliabitude de citer leurs prédécesseurs, même (juand 
ils les combattent ou s'inspirent d'eux. C'est pourquoi les iiistoriens ont 
considéré chaque œuvre comme une apparition isolée, n'ayant ni source 
d'inspiration ni influence dans le cercle du Judaïsme'. M.N. réagit contre 
cette tendance et nous montre que depuis Israéli jusqu'à Maimonide — 
pour l'époque postérieure, cela va sans dire — la « chaîne de la tradition», 
ici comme ailleurs, n'a point été interrompue. Malheureusement, M. >'. 
va trop loin dans sa réaction et tombe dans l'excès contraire. 11 voit des 
influences et des imitations là oi'i tout autre, moins ingénieux, ne verrait 
que simple coïncidence ou ressemblance lointaine. Et puis, il est trop 
enclin à retrouver une marche ascendante, une progression constante 
dans le développement de la philosophie juive. Il y découvre une sorte 
d'évolution, consciente d'elle-même dans les divers ouvrages qui en 
forment les étapes, et du but qu'elle veut atteindre ^ Il est en un mol un 
peu trop "causetinalier )i. 

Mais, malgré tout, la réaction de M. N. est bienfaisante et nous auiions 
mauvaise grâce à trop nous en plaindre. 

Il y aurait encore beaucoup d'autres choses à relever dans ce volume 
si nourri de faits et d'idi'cs et dont il ne serait pas exagéré de dire qu'il 
vient renouveler en grande partie l'étude de la philosophie juive. Mais 
nous devons nous arrêter et nous borner à souhaiter la prompte publica- 
tion de la suite de cet ouvrage dont nul ne songera à contester l'utilité et 
la valeur. 

M. Vexleh. 



Jahrbuch der jùdisch-literarischen Gesellschaft, IV, 1906-5667. 

Francfurt-s.-M., J. RaulTiiiann, 19<t6; gr. in-8» de 344 (iiart. allein. + IIS ipart. 
hébr.i p. — M. 12. 

La <■<■ Jii(lis(;h-literarische Gesellschaft », dont le siège est à Francfort 
et qui est pour l'élément orthodoxe ce que le « Vcrband der Vercine fiïr 

1. Ici, on voit, comme nous l'avons indiqué i>lus haut, ce qu'a d'arlilicii'l la classifi- 
cation de M. X. Si celle-ci était conforme à I;i nature des choses, Maimonide se nion- 
trer;iit singulièrement incousr-iiui-ul, ce iiu'il esl inutile di' supposeï' si on n'admet p.is 
la division de M. N. 

2. L'auteur exagère : Kaufmann déjà dans VMtribulenleltrc avait insista' sur ce point 
dans le môme sens que M. >'. 

». V. stirtout p. 'ia.î-tKl'». 



308 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ji'id. Gesch. ii. Liter. » de Berlin est pour les autres israélitcs allemands, 
pul)lie chaque année, comme annuaire, un fort volume dont les travaux, 
d'ailleurs inégaux en étendue comme en valeur, forment un ensemble 
respectable. Les études originales s'y étendent sur presque toutes les 
branches de l'histoire et de la littérature juives. 

Sauf la période biblique, naturellement. Etant données les tendances 
de la Société, on ne doit pas s'attendre à un travail critique sur cette 
période. La miscelle de M. A. Marcus s(/r la chyoïioloyie Juive (p. 331-339) 
ne prouve pas le contraire : pour « sauver nos saints livres des assauts de 
la critique », il justifie les 430 ans du séjour en Egypte et les 70 années 
de l'exil de Babylone, les semaines de Daniel et la chronologie des rois 
perses dans le Séiler Olam. P. 332, Zerahya ha-Lévi a vécu non vers 
1100, mais vers 1150; en tout cas pas « aussitôt après les Gueonim»; 
ibid., l'institution du calendrier est communément attribuée à Hillel II, le 
seul texte est une assertion de Haï rapportée par Abr. b. Hiyya et encore 
n'esl-elle pas aussi explicite. — On est inquiet aussi en lisant le titre du 
travail de M. I. Goldhor sur les limites de la Palestine à l'ouest du Jour- 
dain, lors de l'occupation du pays par les Juifs revenus de Babylone 
(p. 169-194). L'auteur reprend l'étude des textes talmudiques qui indi- 
quent ces frontières (Tos. Scheb., iv, 10 et parallèles) et arrive à des con- 
clusions différentes, sauf pour le littoral, de celles de ses prédécesseurs. 
Ses nouvelles identificaj;ions éveillent plus d'une fois la défiance ; on nous 
assure qu'un article rectificatif paraîti-a dans le prochain annuaire ; atten- 
dons. L'auteur, qui est géomètre à Rosch-Pina, prépare une géographie 
de la Palestine pour le compte de la Société, — La Société a aussi son his- 
torien en titre : M. Isaac Halévy, l'auteur des Dorot ha-Hischonim. Le 
croira qui voudra, c'est à lui qu'est consacrée Fétude de M. Wolf Jawitz : 
N'eue jiïdische Gescliichtsforschunr/ und einigc ihrer u'ichliyslen Hcsullate 
(p. 283-292). « Il y a deux méthodes diamétralement opposées dans les 
études historiques : la méthode déductive et la méthode inductive. » 
L'historien déductif se forme à l'avance un schème, auquel il adapte les 
faits ; l'historien inductif commence par grouper les faits sans aucune 
tendance préconçue (bien sûr?), après quoi il construit son système. 
Ainsi, les historiens du judaïsme ont étudié jusqu'ici la période talnui- 
dique d'après ce qu'ils savaient de l'histoire grecque et romaine, en 
sorte qu'ils ont éliminé tous les éléments originaux et caractéristiques 
de l'histoire et de la littérature juives. Halévy, au contraire, « fami- 
liarisé dès la prime jeunesse avec l'histoire du judaïsme, dont il a 
congénitalement saisi l'esprit original grâce à son étude approfondie du 
Talmud, a réussi, avec une maîtrise géniale, à imprimer à la matière la 
forme, à lui insuffler l'esprit qu'elle recelait naturellement », J'en suis 
lâché pour le maitre de génie, mais si Ihistoire juive est comme en 
marge de l'histoire des autres peuples, c'est peut-être tout de même par 
ceux-ci qu'il faut commencer. Mais voyons un peu ({uelles « révélations» 
et quelles « découvertes » la nouvelle méthode nous réserve. On dit que 
la Mischnaa été rédigée par Hahbi. Hrreur! Elle existait déjà avant Hillel 



BIBLIOGRAPHIE 309 

et Schammaï; son premier noyau (nous avons enfin la <( L'rmischna ») 
était clos à l'époque de la grande Synagogue. Si les lois de celte époque 
sont seules anonymes, c'est qu'avec les agitations de colle des Maccha- 
bées la mémoire des traditions s'était perdue. Ainsi, « la clôture du 
canon biblique et la première rédaction de la Mischna sont des faits con- 
temporains ». Halévy a encore découvert: l'activité raitbini(iue delà Baby- 
lonie, qui a commencé avant la destruction du premier temple, un demi- 
siècle que les historiens avaient oublié entre Ral»bi et R. Yohanan, un 
quart de siècle entre la mort de Rabbi et l'arrivée de Rab k Sora (v. Ep- 
stein, dans Rovuo, XLIV, 4a-G2), rétablissant ainsi l'unité et la continuité 
dans l'histoire et supprimant les prétendues rivalités entre rabbins. 
« En un mot, les découvertes historiques de Halévy constituent elles- 
mêmes un important événement historique. » Cette apologie est d'autant 
plus louable que M. Jawitz est lui-même en train d'écrire une histoire 
des Juifs en hébreu ; mais ce n'est pas une apologie personnelle : « dans 
les chapitres qui se rapportent à la composition et à la clôture de la 
Mischna, je suis d'accord pour les neuf dixièmes avec Halévy ». A la bonne 
heure ! — Nous retrouvons Halévy et ses découvertes dans le travail qui 
est intitulé : Ilerodi' l't les fins dernières de sapolitiipte p. 12o-140 , et qui 
n'est pas de Machiavel, mais de M. J. Bondi. « Hérode est un spiiynx », 
dont M. Isaac Halévy est l'Œdipe. Hérode était l'ennemi de ses sujets ; il 
bâtit Césaréc dans le but de détrôner Jérusalem (où il continua à résider) 
et, pour dissimuler ses intentions, il reconstruisit le Temple en même 
temps. Non content d'être le tyran de son peuple, c'est lui qui est cause de 
l'hostilité des païens pour les communautés de la Diaspora. Telles sont 
quel((uos-unes des <i innombrables solutions » que nous devons à Halévy, 
dont M. B. a bien voulu se faire l'oracle. 

Avec le Talmud nous sommes sur un terrain plus solide. M. Ehrentrcu 
donne une série d'explications fort intéressantes et en grande partie nou- 
velles (5jorac/i/jc/ie5 u??rf5ac/(/tV/je.v aj/s rfpjji Talmud, p. 141-168): /<> Dans 
la phrase r;\mn Nn^:J-,72 mr-^T: ^jz Ncon ^b -^nbi-i inb in [Yeb., 
92 b., et paraît.), NDDn sigiiitie « coquiltage » niais ""mn '.') ; même sens 
pour l'équivalent hébreu "û-in dans ^-m ain n-i^ym D"'T'-:n D"'«3 nbbic 
{B. À'., 9t a; un coquillage vidr! et aussi dans Job, xli, 22. — 2° dans 
B. M., VI, 1, la comparaison avet- le texte du Yerouschalmi montre qu'il 
faut supprimer «"^nrib et lire V"!- î<""'"i3 '< porteurs de litières » 
(^ofEiofo'po? ; de même 'j'^b'^bri « joueurs do flûte » ; c'est une excellente 
correction, mais pourcjuoi ne pas dire ([uo c'est une correction? — .'i'> "^îS 
(ou "^b *]b:) équivaut dans le Yerouschalmi à rtDb ^b ; c'est aussi la véri- 
table explication, déjà dciniiée par Raschi, Sabb., 14:1 a, de ce mot, qu'il 
faut lire "bB (aphérèse du pi-euiier b,. — {<> parmi les trois persécutions 
d'.Vntiochus Epiphane, la Me;inillat Anliocltos nomme l'interdiction de 
Cin wC<~ ; le texte aramécn, édité par Filipowski, a Nnn" : il s'agit du 
bain mensuel dos femmes et l'auteur a traduit le grec oi (it.vsî ; cette 
défense figure aussi, non seulement dans Meila, 17 r/, et dans les Yorerot 
du !«' et du 20 samedis de Hanoucca, mais encore dans le passage obscur 



310 REVUE DES ETUDES JUIVES 

de I Macc, I, îi8. — o" dansBer., 32 a, on lit :ii3N n72t< niT:!:? b':i CwS.-^ï*» 
''X;"!:»"; t^niUN : à quoi bon cette traduction? C'est que l'expression liébraïque 
est une trad. de l'araméen, où «ncN signifie « fièvre » ; des aramaïsmcs 
semblables sont yin nï^i^T (pour rr3lT), û"^"i3T, « béliers », niN « soir » 
(L'iiébreu était plus vivant à lépoque de la Miscbna que ne paraît le 
croire M. E.). — 6° dans Yoma, 3 b : n"«b tl-'b"' ND-Ti^j -|?2 NîN, il faut lire, 
d'après une variante, nob"' et traduire: mais dis-moi d'où tu le déduis ; 
"172 est la forme palestinienne de 172 N, conservée, comme il arrive rare- 
ment, dans le Babli. — 7° dans M. Sabb., 140 b, "«yn désigne le bétail qui va 
paître. M. E. fait remarquer en post scriptum que cette explication a 
déjà été proposée par M, Porges, Bévue, XX, 307-9; voir aussi les articles 
de M. Simonsen, Bcvue, XXI, 278-9, et Monafsschrifi, XLI, 585-388. Elle 
avait déjà été donnée par A. Krochmal et O.-H. Sciior (Balouç, V, 51 ; X, 
73), mais repoussée par Luzzatto {Correspondance, I, 549). — S° les Piské 
Tassa fot de Taanit résument d'autres Tossafot que les nôtres; expli- 
cation d'une phrase singulière qui s'y trouve ; dans M. K., 5 a, c'est la 
!■■« partie de Ps., l, 23; dans Abat, m, 3, celle de Lam., ni, 28, qui est 
visée. — 9° justification de l'explication de Raschi sur Ber., 8 a, s. i\ 
U'Oin "«D3 im^-^D^. — 10° explication de Hagiiiga, 24 b ; mélange de 
l'huile et du vin (cf. Goldmann, dans Monatsschr , LI, 40). — Dans une 
excellente monographie sur Baba (p. 204-213), M. Funk, auteur d'un 
livre et de plusieurs articles sur les Juifs de Babylonie, expose la vie, 
Je caractère et les fonctions de cet amora, caractérise sa méthode 
d'enseignement et montre la part qui lui revient dans la rédaction du 
Talmud. Il aurait fallu mettre un peu plus d'ordre dans l'exposition. — 
M. B. Cohn, C hronolofj isch-halacli isrhe Frayen (p. 195-203), confronte 
quelques éléments du calendrier juif avec les données actuelles de l'as- 
tronomie et se demande comment on pourrait réformer ce calendrier. 

De M. J. Wellesz, qui a publié dans la Monatssrliyift de 1905 une 
copieuse étude sur Isaac Or Zaroua, nous aurions attendu que, dans son 
travail intitulé Jjber B. Isaak b. Mose's « Or Sarua » (p. 75-124), il fit 
connaître au grand public l'œuvre du rabbin de Vienne, et il nous a 
d'ailleurs montré qu'il excellait à brosser un tableau d'ensemble 
(p. 76-77). 11 a préféré — mais ce n'est pas nous qui nous en plaindrons 
— compléter sa monographie en passant en revue Isaac en tant que déci- 
sionnairc, les mœurs et les conceptions qu'on relève dans son ouvrage 
(chapitre des plus intéressants pour l'histoire de la civilisation), les loca- 
lités qui s'y trouvent mentionnées (chapitre important pour l'histoire 
rabbinique), Isaac et Raschi (variantes dans les citations de Raschi, no- 
tamment pour les leazbn — pourquoi M. W. écrit-il « loazim»?). Dans 
l'Appendice, il défond contre M. H. Vogelstein les dates qu'il avait pro- 
posées pour lacomposilion de YOr Zaroua et réunit quelques données 
sur les descendants de l'auteur. M. W. est un collectionneur aussi con- 
sciencieux que le rabbin qu'il étudie, et nous regrettons de no pouvoir ici 
le suivre dans le détail de son article richement documenté. 

C'est encore une excellente monographie, mais d'un autre genre, que 



BIBLIOGRAPHIE 311 

celle do M. S. Slein : Zur Geschichte (1er Judm in Schircinptrf laul dem 
Vofjteidorf Goclisheim im XVI. Jahrhundert (p. 1-74). Consacrée à deux 
points connexes d'histoire locale, elle jette de la lumière sur la situation 
des Juifs dAlleraagrie à l'époque de la Réforme. C'est l'histoire des efforts 
faits pour expulser ou plutôt pour ne pas admettre les Jui,fs qui demeu- 
raient dans la ville de Schweinfurt avant sa destruction en 1554; les Juifs 
s'emploient activement à faire triompher leur bon droit, à pouvoir rebâtir 
leurs maisons et prendre domicile au même titre que les autres habi- 
tants, et le conseil de Schweinfurt s'évertue avec non moins d'énergie à 
faire échouer leurs prétentions. Le Juif Samuel, médecin et commerçant 
à la fois, prend en mains l'atïaire, qui passe par toutes les instances jusqu'à 
l'Electeur et à l'Empereur. Le 3 septembre 1553, celui-ci autorise gracieu- 
sement le Conseil de Schweinfurt à se débarrasser des Juifs. Un des actes 
les plus intéressants est une lettre de protection en faveur des Juifs, 
document important pour l'histoire cultuelle. D'autres actes se rap- 
portent à l'expulsion des Juifs de Gochsheim et à un procès soutenu 
devant la Cour suprême impériale de Spire, car le Conseil de Schweinfurt 
avait été autorisé à chasser les Juifs non seulement de celte ville, mais 
aussi de tous les villages prévôtaux, dont Gochsheim ; les débats traînè- 
rent de 1548 à l.*)81 ; dans l'intervalle la ville de Schweinfurt avait cédé 
ses droits à l'évèque de Wurzbourg,qui n'y alla pas par quatre chemins et 
donna l'ordre d'expulser les Juifs dans les huit jours. Entre autres docu- 
ments, M. S. publie deux lettres de l\. Josselmann de Rosheim, qui inter- 
vint en faveur des Juifs de Gochsheim, après avoir obtenu une lettre de 
protection pour eux. 

Ainsi traités, les Juifs d'Allemagne se réfugiaient naturellement en 
Pologne et un historien allemand a pu éci-ire que les « Juifs du moyen 
âge ont pi'oprement transporté la civilisation allemande dans l'est en 
émigrant d'Allemagne» (A. Hildebrand). M. L. Lewin étudie ce transfert 
qui dura plusieurs siècles, à l'aide de matériaux abondants, dans son 
travail : Deutsche Einiranderungen in polnische GlieUi (p. 293-329 ; à 
suivre). Après avoir rappelé les origines fabuleuses du judaïsme polonais, 
il suit les traces de la pénétration allemande dans la langue, les rites et 
les usages, les noms de personnes et de villes ; tout en se vantant de leur 
origine allemande, les Juifs do Pologne s'estimaient heureux de vivre dans 
un pays tolérant. M. L. montre par des exemples comment les Juifs de 
quelques villes allemandes émigrèrent vers l'est et il donne une longue 
liste alphabétique des localités allemandes qu'on trouve chez les Juifs 
polonais p. 317, ']"'b3 doit être transcrit « Rliri »), « touciiant ténidignage 
de la fidélité qu'ils gardaient à la patrie qui les av;iii rejelés de son 
sein ». 

L'Annuaire ne contient qu'un article populaire : Bibrl und Menschen- 
rechie (p. 275-282) par le professeur Lofmann. C'est un extrait d'une 
conférence sur « le judaïsme antique et les idées modernes », oïi l'on 
montre, oïi l'on affirme plutôt, que les principes de 1789 sont puisés dans 
la Bible. — M. Silberbing achève l'étiule d'un ouvrage de mathématiques 



312 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

écrit en hébreu par Mordechaï Comtino (xv'= siècle); M. HausdorH" présente 
des observations sur une étude de M. Lerncr : Jelamtlenu Rabbenu, parue 
dans le l»"" volume, et M. Sulzbach donne quelques additions et rectifica- 
tions à sa pulilication, dans le volume précédent, du Biour ha-Guct de 
R. Simson de Chinon ; elles ne sont pas encore suffisantes, mais nous y 
reviendrons une autre fois. 

Nous n'avons rien dit ici de deux contributions des plus importantes: 
l'édition du Commentaire des Juges de Joseph Kara, avec une étude sur 
cet exégète, par M. S. Eppenstein (p. 238-268 et part, hébr., p. 1-28); celle 
de la correspondance de Michael et de Zunz, avec de courtes remarques 
par M. Berliner (p. 269-274; p. hébr., p. 29-H8). M. Poznanski a examiné 
le premier travail dans la Bévue (LIV, pp. 147-152) et nous analyserons 
prochainement le second, dont nous avons reçu un tirage à part. 

Nous ne connaissons pas le fonctionnement de la « Jiidisch-Literarische 
Gesellschaft », n'ayant reçu de son rapport annuel que l'annexe scienti- 
fique due à M. Bambcrger ; mais cet Annuaire est un témoignage très 
favorable de son activité et comme, après tout, elle ne peut être respon- 
sable de la valeur de tous les travaux qu'on lui envoie, elle mérite la 
sincère reconnaissance de tous les amis de la science. 

M. Liber. 



Aron (A.). Das hebràisch-altfranzdsische Glossar der Leipziger Uni- 
versitâts-Bibliothek (Ms. 102). Zum ersten Maie ausfûhriich 
besprochen. Erlangen, imprimerie Junge et Sohn (Leipzig, W. Kaufmann], 
1907 ; gr. in-8» de 53 p. M. 3. 

Ce consciencieux travail d'étudiant eût été plus satisfaisant si l'auteur 
avait été au courant de la question. Qu'il ignore que le Glossaire de 
Leipzig a été décrit en 1906 dans le Catalogue de Vollers (où il a pris le 
n° 1099), on l'en excusera d'autant plus volontiers qu'ill'y a été très défec- 
tueusement; qu'il ignore que cette description a été excellemment refaite 
par M. Porges [Z. /". H. B., XI [1907], 16-18), on le comprend encore, puis- 
que cette notice est assez récente. Mais qu'il parle des autres glossaires 
inédits (p. H, n. 28) et ne sache pas que celui de Paris (ou plutôt l'un des 
deux) est publié depuis tantôt trois ans, c'est ce qu'il est plus difficile 
de comprendre et, donc, d'excuser. Nous ne cherchons pas à y\. A. une 
chicane de bibliographe : cette ignorance diminue de moitié la valeur de 
son travail. Jusqu'en 1905, on ne connaissait les glossaires que par des 
descriptions et des spécimens; en publiant celui de la Bibliothèque .Natio- 
nale, MM. Lambert et Brandin ont fourni aux savants une base plus large 
et plus solide, wa point de départ et un terme de comparaison. M. A. a été 
privé là d'un secours dos plus précieux. — Il y a, en revanche, du superflu 
dans son livre: à quoi bon discuter les attril>utions fantaisistes de je ne 



mULIOGRAPlIlE 313 

sais quel liibliothéc;uro du xvii» siècle (p. 1-3'? La description exlorioure 
du manuscrit et l'indication de son contenu (p. 4-11) ne nous apprennent 
rien de nouveau après Delitzsch et Forges (à noter seulement la numéro- 
tation différente des Psaumes, n. 2")), et il eût mieux valu que M. A. nous 
expliquât la nature et la destination de ces glossaires. Ces œuvres, que 
nous étudions scientifHiuement, ne sont pas des œuvres scientifiques, 
mais des manuels populaires composés chacun par un maître d'hébreu, 
un melammed quelconque, dans un but pédagogique; qu'on songe, p. ex., 
au Guide du Traducteur du Pentafevque de S. Klein. Ainsi s'expliquent 
les étourderies et les négligences dans l'orthographe et dans la ponctua- 
tion ; elles ne prouvent pas du tout, comme le croit M. A., que notre ms. 
soit forcément une copie. Ainsi l'on comprend qu^^il y ait eu tant de glos- 
saires. Dans une liste de livres hébreux confisqués au xivï siècle on en 
cite plusieurs v. plus haut, p. 98). Nous en connaissons aujourd'hui une 
dizaine, chiffre relativement considérable, et aucun ne parait entièrement 
semblable à un autre (voir la liste dressée par M. I. Lévi, Revue, L, 197). 
Naturellement, les glossateurs se copiaient plus ou moins les uns les 
autres; c'étaient des scribes autant que des auteurs (ce qui répond à 
l'objection faite par M. Poznanski aux éditeurs du Glossaire de Paris, 
Monalsschrift, 1906, 378). 

Mais comment retrouver les sources de notre glossaire, si les auteurs 
qui y sont cités occasionnellement (Aron, p. 11) ne suffisent pas à nous 
renseigner ? Il faudrait examiner si l'auteur ne s'est pas servi, pour les 
gloses françaises aussi bien que pour les gloses hébraïques, de commen- 
taires hébreux, lesquels ne seraient pas forcément les mêmes pour ciiaque 
livre biblique, ce qui expliquerait les traductions différentes d'un même 
mot. Voyez .lob. On sait que les gloses hébraïques, particulièrement nom- 
breuses pour ce livre, se retrouvent en majeure partie dans un commen- 
taire français de Job, qui a été édité par Wright en 1905 (v. Poznanski, 
dans Revue, LU, 52-r)3, 08-69); ce commentaire a-t-il été utilisé aussi pour 
les leazun! M. Aron nous l'aurait dit, s'il l'avait connu. On a été jusqu'à 
identifiei' notre glossateur avec ce commentateur de Job ; on a attribué 
les deux ouvrages à Berachya ha-Nakdan — que n'a-t-on pas attribué à Be- 
rachya? M. A. aurait pu ajouter' ces hypothèses à celles qu'il passe en 
revue touchant l'auteur du glossaire (p. 20-22) , ou plutôt il aurait pu 
nous les épargner toutes, car elles ne reposent sur aucun indice sérieux. 
Tout ce qu'on peut dire, c'est que l'auteur ou le copiste devait s'appeler 
Simson, car ce nom se présente enjolivé dans le ms. et une fois le nom 
de Jacob (v. Porges, L c). Delitzsch a songé à Simson ha-Nakdan et M. A. 
réfute ses raisons ; il eût suffi de faire remarquer (juc Simson est un Alle- 
mand (voir en dernier lieu Freimann, dans Z. f. H. B., \l, 90). 

M. A. essaie de dater et de localiser le glossaire en en étudiant la langue: 
morphologie (p. 12-14) et formes dialectales (p. 14-19). Celte partie de 
son travail est très instructive et paraît solide. La langue du glossaire 
appartiendrait au troisième tiers du xiii» siècle; « mais, ajoute-t-il, comme 
notre manuscrit n'est pas l'original, on pourrait placer l'ouvrage (juelques 



314 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

années pins tôt, vç.rs 1250». Cette conclusion est déconcertante. Admet- 
tons que le manuscrit ne soit qu'une copie. De deux choses l'une : ou la 
copie a respecté le texte primitif, et alors il ne faut pas avancer celui-ci. 
mais reculer celle-là; ou elle l'a modifié, et alors nous n'avons plus aucun 
indice pour dater l'original. Quant à la patrie du glossaire, il semble que 
ce soit« l'est de la Cliam,pagne,àpeu près la Haute-Marne ». — Enfin, M. A. 
indique le système qu'il convient d'adopter pour transcrire les gloses en 
caractères français (p. 22-31) ; ceux de Bolimer et de Darme&teter lui 
paraissent l'un trop inexact, l'autre trop compliqué ; le sien est d'une 
éconon^ie satisfaisante. Il l'applique dans le spécimen qu'il publie 
(p. 33-53) et qui porte sur les vingt premiers psaumes, ainsi que les pre- 
mières et les dernières lignes du ms. (Gen., i, 1-4, et Esther, vu, 8-vni, 13). 
Pourquoi M. A. a-t-il justement choisi les Psaumes, dont les sept premiers 
ont déjà été édités par Bôhmer ? Aux. trois colonnes du glossaire (mot 
glosé, glose française, explication hébraïque) il en ajoute deux: trad. 
allemande du mol glosé, transcription de la glose ; en note il justifie ses 
transcriptions, quand il y a lieu. Si l'on compare ce spécimen avec la 
partie correspondante du glossaire de Paris, on constate que ce dernier a 
401 gloses, tandis que celui de Leipzig en f\ 420 environ ; mais les gloses 
communes sont toutes les mêmes, alors même qu'un mot hébreu est rendu 
par denx leazim, et les petites variantes orthographiques sont de celles 
qu'on relève dans tous'les textes du moyen âge; rarement le glossaire de 
Leipzig présente des formes plus anciennes (à noter que dans Ps.,xviu, 43, 
il a lu a"'tû2 et traduit en conséquence). Pour les Psaumes au moins, les 
deux glossaires sont donc pour ainsi dire identiques. 

M. Liber. 



Abbott (G. F.). Israël in Europe. Londres, Macmillan, 1901 ; 
in-8» de xix -|- 533 p. et 1 carte. 

Cette volumineuse histoire des Juifs en Europe est plus qu'un livre de 
vulgarisation, comme les Anglais savent en écrire et en éditer; c'est un 
livre original, si l'on entend par originalité non Lindépendance dans les 
recherches et la nouveauté dans les conclusions, mais la finesse des 
aperçus et le piquant des rapprochements. Dans un ouvrage destiné au 
grand public, on passera condamnation sur les erreurs de détail et sur 
les lacunes ; mais on aura de la peine à n'en pas €riti(iucr l'économie 
générale. M- A. a] voulu <' suivre les destinées du peuple juif depuis le 
moment de son premier'^Jcontaçt avec les nations occidentales jusqu'au 
dernier quart du xix« siècle » (p. 404) ; les deux tiers de son livre sont 
consacrés à la période moderne (à partir de 1492), de beaucoup la moins 
intéressante pour l'historien et en tout cas la plus courte ; c'est ce ([u'en 
Angleterre on appelle être « praliciue». Même dis|>roportion, même manque 



BIBLIOGRAPflIE 31 b 

de perspective dans le détail. L'époque asmonéenne ethérodienne est vite 
expédiée. Peu de chose sur les Juifs de France au moyen âge ; rien sur 
leur littérature. Ceux dWngleterre sont naturellemonl mieux traités, cl 
nous apprenons ce que Sliakespcarc, Byron et Walter Scott ont pensé du 
judaïsme. Les pamphletsde Luther remplissent le chapitre sur la Réf(u-me, 
lequel aurait pu tomber, car on ne voit décidément pas ce que la Réforme, 
moins la Renaissance, a fait directement ou indirectement pour les Juifs. 
L'aventure de David Rubéni tient autant de place que la première croi- 
sade. L'histoire de la civilisation et de la littérature n'est qu'effleurée ; 
toute la littérature est bornée à Maïmonide et à Juda Hallévi. Ce livre, c'est 
« Israël en Europe » vu du dehors et incomplètement. — La période con- 
temporaine est traitée avec plus de détails ; deux chapitres sont consacrés 
aux persécutions en Russie et à l'oppression en Roumanie, deux autres à 
l'antisémitisme et k son antidote le sionisme, et quoique les éléments en 
soient empruntés surtout aux télégrammes d'agences et aux articles de 
revues, on les consultera avec fruit. Tout l'ouvrage est dominé jiar la 
préoccupation de poser « la question juive », et voici la conclusion : <i Si 
le passé et le présent sont des guides pour l'avenir, on peut prédire avec 
assurance que pendant des siècles encore le monde continuera à être le 
témoin du spectacle unique et lugubre d'un grand peuple errant çà et la 
sur les grandes routes de la terre, à la rcclicn-he d'un foyer. » Est-ce une 
conclusion ? 

Il faut souhaiter à M. A. plus de lecteurs que de critiques. Il conte avec 
adresse et apprécie avec justesse. Tout en reprochant aux Juifs leur » into- 
lérance », il est plein de sympathie pour leur long calvaire et s'elïorce 
d'expliquer par les circonstances politiques et les conditions économi- 
ques (d'où une foule de digressions) leur étrange destinée. L'auteur, qui 
n'appartient pas au judaïsme, a su le comprendre en général. Aussi son 
ouvrage sera-t-il utile aux lecteurs pour lesquels il a sans doute été écrit. 

M. LiisER. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



T. LIV, p. 03. (7?. Salomoii b. Adret a-t-il écril un Commenlnire du 
Penialeuque y). — Le texte du Ban cité par M. Aptowitzer lire n° 73; a 
déjà été signalé par Firiill, Jahrbûcher, IV, à propos d'un nns. de Munich 
{n° 66,1) qui est censé contenir un commentaire du Rascliba. Ce qui 
paraît à Briill confirmer cette indication, c'est que Bahia b. Ascher, dans 
son Commentaire du Pentateuque, cite R. Salomon b. Adret, son con- 
temporain. Seulement il faut remarquer que, tout en le nommant une 
douzaine de fois (v. B. Bernstein, dans 3fagazin, XVIII, 91), il ne fait 
nulle part allusion à im commentaire biblique qu'il aurait composé. — 
31. Liber. 

T. LIV, p. 87, n. 4, 2°. — Juda b. Salomon Halaç (>^bs), originaire de 
Castille et qui émigra'à la fin du xv« siècle en Afrique, où il écrivit un 
supercommentaire sur Raschi, cite dans sa préface, parmi les ouvrages 
dont il s'est servi, les Hiddouschê Çarfat et les Hiddousrhim de R. 
Ascher : ce dernier est sûrement notre commentaire. Le texte a été pu- 
blié par Neubauer, Bévue, V, 48, d'après le ms. 1334 de la Bibliothèque 
Nationale (fo 9 a). N. dit que le ms. est de 1486 ; il a trouvé cette année 
dans la préface de l'auteur, mais c'est une date biographique antérieure. 
M. Schwab, Bévue, XXXVII, 129, donne le millésime 1440-1441, que 
M. Marx, /. Q. B., XX, 260, révoque en doute avec raison. En réalité, le 
ms. a été écrit — M. Schwab s'en est assuré avec moi — en 1491, date 
attestée par un double chronogramme dans le colophon du copiste : 
^"-iHb ...n:03n ...nT:^'' ...nrC3, et il faut ainsi rectifier la description 
de M. Schwab: « Le volume a été écrit en 251 (1491) par Soliman... ». 
Ce supercommentaire ne peut être qu'identique avec celui que Toledano, 
Apiryon (Jérusalem, 1905), 9 6., n" 145, cite sous le nom de "Tin'' 'n 
yxbsbN (cf. n» 158). Quoi qu'il en soit, il contient la plus ancienne men- 
tion que j'ai trouvée jusqu'à présent du commentaire du Rosch. — Sur le 
nom de ybr ou V^-^/ ^O''" Steinschneider, dans ,/. Q. B., XI, 125. — 
J/. Liber. 

T. LIV, p. 276. — Il y a treize ans, parmi les thèses soutenues en doc- 
torat, j'ai émis l'opinion que la forme arabe du nom de Jésus est due à 
une étymologic populaire qui a confondu "'C"' avec yvc, ce qui n'est pas 
surprenant, les Juifs désignant le Messie par les mots ■^»3"' p (Isaïe, xi, 1) 
« fils de Jessé ». — Félix Perles. 



XDDITIONS ET RECTIFICATIONS 317 

T. LIV, p. 285 et suiv. — /. — Pour rendre compte des suffixes en n 
tant en hébreu CpT?"!"' /'is?:'"'^?^'. etc.) quen araiiiécn ('Tj^nT-'G') /"2?»71), 
il suffit qu'ils s'ajoutent en araméen n toutes les personnes même au par- 
fait, par exemple : ';"'=i3''^'2wN, p^rnpc — rî"':"'73-'pN, — ^rsp-'-N, "i-'ips 
etc. (à la p. 4 de mon ouvrage). C'est la preuve certaine que in ne peut 
pas être une terminaison de l'imparfait. Si la troisième personne du plu- 
riel 1ir, ^nz^^ est plus fréquente que d'autres, ce phénomène n'importe 
pas à la question de la composition de ces suffixes. 

2. — Si ces suffixes en in ne s'ajoutent pas à l'imparfait avec waw con- 
sécutif en hébreu, au jussifen araméen (oîi il ne revient d'ailleurs que 
rarement), l'explication en est simple : c'est qu'ici et là on choisit les 
formes d'imparfait les plus courtes et semblablement les suffixes les 
plus courts. 

3. — La vieille opinion qui fait venir !~t:x, "jN, « oîi », de ayna avec 
disparition constante et sans exception aucune, en hébreu comme en ara- 
méen, de y dans l'écriture, ne peut s'appuyer d'aucun cas analogue dans 
l'une ou l'autre de ces langues. La diphtongue primitive ay aurait dû se 
conserver quelque part dans récriture coiniiie dans l'hébreu T^^). — 
Pour la même raison, le suffixe araméen an-hi ne peut pas provenir de 
ay-\'hû -p hi. D'ailleurs, il n'y a pas en araméen de suffixe hû, mais 
seulement hi; cf. mes remarques dans Z. D. M. G., LVIII, 435. — Le 
syriaque -aal^AûJ est composé de neqtul -\- '"ihû (nrfN). 

-i. — L'hébreu nrr: ne peut pas être séparé de l'arabe hd-dà, araméen 
hd-de{n). Si le mot n'est employé en hébreu qu'avec des substantifs, c'est 
aussi le cas de beaucoup le plus fréquent en arabe. Ce phénomène de 
syntaxe est indépendant de la composition du mot. 

5. — Dans nn^ doit être contenu, comme je l'ai prouvé par les syno- 
nymes, un élément déterminatif (le démonstratif n . M. I,ambert soutient 
à tort que dans n^'IN, nis^n sans démonstratif, il v a une détermination ; 
ces formes doivent être rapprochées au contraire de l'arabe )>-*?j 'jj 
« par eau et par terre », et sont, au même titre que ces derniers mots 
avec nunation. indéterminées. Autrement elles ne pourraient pas être 
suivies d'un génitif, comme dans l^ss nitiN, "^snsî tnç"»^'' l^'^aT nirnN. 
Mais comment donc expli(iuerait-on que nn^ soit toujours « milra », 
tandis que les locatifs sont toujours « mil'èl », si ceux-ci étaient la même 
chose que celui-là? 

6. — C'est par mégarde (jiie j'ai qualifié (p. 20) "''pj, "^np de participes 
passifs, ainsi ([ue M. i^ambert le fait remarquer avec raison. J'ai donné 
l'explication exacte — à savoir ({ue ce sont des parfaits passifs — dans 
Z. D. M. G., LIX, 163. Ce point n'a pas d'importance pour la ((ucstioB en 
jeu. — /. Barlli. 

T. LV, p. 54. — Alioi'i Valiya Nahraï (ou Ncliora'i) b. Nisslm de Fostât 
paraît avoir occupé une situatictn dislin^uéc, ainsi qu'il ressort des nom- 
breux documents de la collection de la Cueniza conservée à la Hodléienne 



318 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dans lesquels il est nommé {v. le Catalogue de Neiibauer-Cowley, II, 
Index, col. 484, s. v., et cf. Z. /'. H. B., X, 140). Il est désigné une fois 
comme r!2"'UJ''n b-iia (ms. Bodl., 2806,16; 2876,40). Son .nom complet 
était : Naliraï b. Nissim |^b. Yeschoua' ?] b. Joseph {ibid., 2807,16). Ce qui 
permet de déterminer son époque, c'est quil est mentionné dans une 
lettre adressée au gaon palestinien Ébiatar (ibid., 2878,27). Or, on sait 
que celui-ci exerça les fonctions de gaon depuis 1084 {v. en dernier lieu 
Revue, LI, 52); Nahraï appartient donc à la fin du xi^ siècle. Abou Sa'd 
Nissira b. Nahraï, cité par Goldziher, pourrait èlie un fils de notre >'ahraï 
et son correspondant Natau b. iS'ahraï fut également en correspondance 
avec Nahraï b. Nissim (Ms. Bodl., 2876,40 ; 2878,79.91). — P. iio. — Abou 
Zakaria (ou Zalvari) Yehouda b. Moïse b. "iN70:iO, nommé par Worman, 
est également mentionné dans quelques fragments de la Gueniza de la 
Bodléienne ms. 2806,15 ; 2878,133 ; probablement aussi 2805,20 et 
2878,36;. On trouve encore cités : Aboù Ishàk Abraham b. ■;iN7j:;a (ms. 
2876,63 et 2878, 14, et Labràt b. Moïse b. "iNK:;» (ms. 2834,30). Ce nom 
n'était donc pas si rare parmi les Juifs d'Egypte. — Samuel Poznauaki. 



Le gérant : 

Israël Lévi. 



TABLE DES MATIÈRES 



REVUE 

ARTICLES DE FOND. 

ApTowiTZER (V. . Deux problèmes d'histoire littéraire 84 

Bâcher (VV.). Le livre d'Ezra de Schahin Scliirazi .2i9 

Bl.vc ^L.). La récitation du Schéma et de la Hal'lara 209 

Crémieux (Ad.)- Un établissement juif à Marseille au xviic siècle 119 

Darmesteter (Arsène). Les Gloses françaises deRaschi dans la Bible 

{siiile) 72 

Dauriac (Lionel). Philon, d'après deux ouvrages récents 37 

GoLDziiiER iL). Mélanges judéo-arabes 54 

Heller Bernard;, Le nom divin de vingt-deux lettres dans la prière 

qui suit la bénédiction sacerdotale GO 

Kamenetzkv (A. S.). Deux lettres du dernier Exilarque 1020 48 

Liber (M.). I. Les manuscrits hébreux de la Bibliothèque du Louvre. 90 

II. Montaigne à Rome 109 

Poz.NANSKi i^Samuel). Sur les deux lettres de l'époque du dernier E\i- 

larque * ... ; 244 

P.sicHARi i.Iean). Essai sur le grec de la Septante 101 

RÉGNÉ (Jean). Étude sur'la condition des Juifs de Narbonno du v= au 

xive siècle 1 et 221 

NOTES ET ML;LAN(.ES. 

Kaminka (A.). Les Psaumes lxvmi et lxxxmi à la lumière des décou- 
vertes d'Assouan 140 

Krauss (S.). Le nom de Jésus chez les Juifs 148 

Lambert (Mayer). Notes exégétiques et lexicographiqucs 281 

Lévi (Israël;. I. Encore un mot sur le texte araméen du Testament de 

Lévi récemment découvert 28a 

IL Les cinq écritures japhétites d'après le Midrasch llagadol. 287 



320 REA'UE DES ÉTUDES JUIVES 



BIBLIOGRAPHIE. 



Liber (M.). I. Jahrbuch dcr jiKlisch-litcrarischen Gesellschaft, IV, 

1900-b667 307 

II. Das hebraisch-altfranzosische Glossar der Leipzigcr Univer- 
sitiits-Bihliothek (Ms. 102). Ziim ersten Maie ausfuhrlich 

besprochen, par A. Aron 'Mi 

III. Israël in Europe, par G. F. Aiiiion 314 

Simon (Léon). Jews' Collège Jubilee Volume : comprising a History 
of the Collège by the Re\ . Isidore Harris, and Essays by 
Teachers and former Sludents oi' tbe Institution lUIi 

Vexler (M.!. Geschichte der jïidischen Philosopliie des Miltelalters, 
nach Problemen dargestellt. Erster Band : Die Grundprin- 
zipien, i, par D. Neumark. 291 

Wellesz (J.). Zwei jiidisch-persische Dichtcr, Schàhin und Imràni, 

par W. Bâcher 132 

Additions et rectifications loî) et 316 

Table des matières 319 



ACTES ET CONFERENCES 

Assemblée générale du 8 février 1908 i 

Allocution de M. Maycr Lambert, pi'ésident i 

Rapport de M. Edouard de Goldschmidt, trésorier vi 

Liste des membres de la Société des Etudes juives au 31 mars 1908. vm 



VERSAILLES. — LMI'RIMERIES CERI", 59, RUE «Ul'LESSlS. 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 



SEANCK DU 8 FÉVRIKR 1908. 
Présidence de M. Mayek Lambert, président. 

M. le Président prononce l'allocutiou suivante : 

Mesdames, Messieurs, 

Au moment où expire le mandat de votre président, c'est un 
plaisir pour lui de vous remercier de l'honneur que vous lui avez 
fait en l'appelant pour un an à la direction de votre Société. Je ne 
ferai pas montre de fausse modestie en vous disant, à l'instar de 
beaucoup de mes prédécesseurs, que je me croyais indigne de ces 
hautes fonctions. Tous ceux qui, successivement, ont recueilli vos 
suffrages ont eu leurs mérites plus ou moins éclatants, et les juris- 
consultes et les financiers n'ont pas été moins utiles à notre Société 
que les historiens ou les grammairiens. Parmi vos présidents les 
uns ont été, en quelque sorte, désignés d'emblée à votre choix, les 
autres ont suivi la filière hiérarchique ; ils ont été d'abord secré- 
taires, puis vice-présidents. C'est à cette modeste catégorie que 
j'appartiens, et si vous avez voulu surtout me récompenser de 
mon assiduité, je ne vous en suis pas moins reconnaissant. 

D'ailleurs, je dois avouer que j'ai passé avant mon tour. Un de 
nos vice-présidents a refusé, a notre grand regret, d'accepter ce 
poste d'honneur, auquel il était tout naturellement appelé par les 
services qu'il avait rendus à la Société des Etudes juives. Ses con- 
naissances juridiques ont été mises à contribution en maintes cir- 
constances et il eut fort bien conduit nos délibérations. Lui seul n'a 
pas été de cet avis, et nous avons dû nous incliner. 

ACT. ET CON?. A 



ACTES ET CONFERENCES 



Un autre de nos collègues du Conseil aurait dû être depuis long- 
temps notre président. Il en a été empêché par son dévouement. 
M. Schwab — car c'est lui le second coupable que je vous dénonce 

— avait accepté, après la disparition du regretté Erlanger, de gérer 
vos finances, et le Conseil, pour lui marquer sa gratitude, l'a main- 
tenu aussi longtemps que possible comme trésorier. Il a fallu une 
circonstance impérieuse, un affaiblissement de la vue — auquel 
une habile intervention chirurgicale a heureusement porté remède 

— pour que notre collègue fût relevé de ses fonctions. M. de Gold- 
schmidt, notre ancien et excellent président, a bien voulu rem- 
placer M. Schwab, et nous avons enfin pu témoigner à notre cher 
collègue toute notre estime en le proposant pour la présidence. Sans 
être grand prophète, il est permis de prédire que l'unanimité de 
vos voix se portera sur son nom. . . et ce sera justice ! 

Les fonctions du président ne sont vraiment pas pénibles, étant 
donné qu'il est secondé par un secrétaire général, qui, connaissant 
les rouages de la Société pour les avoir vu créer, s'entend fort bien 
à les faire marcher. A lui incombent les besognes difficiles et parfois 
ingrates; c'est lui notamment qui s'occupe de la publication de 
notre Revue, travail qui se complique maintenant de l'impression 
de l'index des cinquante volumes parus de 1881 à 1905. Cet index, 
préparé par un jeune rabbin M. Herz, est une œuvre considérable, 
car il ne s'agit pas seulement de ranger par ordre alphabétique 
les noms des auteurs et les titres des articles, mais d'avoir des 
rubriques pour toutes les questions traitées dans la Revue et pour 
tous les personnages qui y sont cités. M. Israël Lévi, qui s'est 
chargé de le mettre au point, a déployé une fois de plus le zèle, la 
compétence et la conscience dont il a fait preuve depuis vingt- sept 
ans d'abord comme secrétaire adjoint du regretté Isidore Loeb, 
puis comme secrétaire général. Sans passer pour un vil flatteur, il 
me sera permis de dire que la Société des Etudes Juives sait ce 
qu'elle lui doit, et elle lui doit beaucoup. 

Nous avons craint un instant d'être privé pour l'avenir de la pré- 
cieuse activité de M. Israël Lévi ! Les électeurs du grand-rabbin 
du Consistoire central, en nommant M. Alfred Lévy, ont écarté 
cette éventualité. M. Alfred Lévy est un de nos membres, qu'il me 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 8 FEVRIER 1908 111 

soit permis de le féliciter ici eu votre nom et d'exprimer l'espoir 
qu'étant rapproché du siège de la Société, il lui consacrera une part 
plus grande de son temps et de sa science. 

Je me reprocherais d'oublier ici les dévoués secrétaires du Con- 
seil, MM. Julien Weill et Isidore Lévy. Cette année leur tâche a 
été allégée par la suppression du rapport sur nos publications. Le 
Conseil a estimé que le profit que les auditeurs en tiraient n'était pas 
proportionné au labeur que l'auteur de ce travail devait s'imposer. 
Certainement beaucoup d'entre vous regretteront de voir dispa- 
raître une des traditions de la Société. Les rapports n'étaient pas 
seulement, comme on l'a dit, de véritables tours de force consistant 
à donner une unité factice à une série d'articles disparates il y en 
a eu — je ne parle pas des miens — qui étaient de petits chefs 
d'œuvre dans leur genre, car ceux qui les écrivaient trouvaient 
moyen d'extraire de questions isolées des idées générales intéres- 
santes et de donner un cadre élégant aux objets les plus arides. Ils 
accomplissaient un ouvrage de marqueterie des plus délicats, ils 
fabriquaient une mosaïque ingénieuse et fine. Seulement, il faut 
bien le dire, ces rapports destinés au grand public étaient surtout 
appréciés par les connaisseurs, par ceux qui lisent la Revue, et 
ceux-là pouvaient le plus facilement s'en passer. 

Il a donc été décidé que tous les deux ou trois ans l'un des secré- 
taires donnerait un coup d'oeil d'ensemble sur les progrès de la 
science juive, signalerait les découvertes les plus importantes dans 
ce domaine. Son oeuvre aura donc une portée plus grande que les 
rapports annuels consacrés uniquement à la Revue. Il est toutefois à 
souhaiter que les intervalles déterminés auxquels les nouveaux rap- 
ports se succéderont ne deviennent pas des intervalles indéter- 
minés ! 

Le secrétaire ne vous entretenant plus de nos publications, vous 
me permettrez de vous en dire un mot ou même deux. Les fasci- 
cules de la Revue ont paru à peu près ù la date habituelle. Ils con- 
tiennent des articles ou des notes concernant l'exégèse biblique et 
la grammaire hébraïque ou araméenne, l'histoire des Juifs anciens, 
on particulier sur les colonies militaires juives établies par les 
rois de Perse aux confins de l'Egypte et de l'Ethiopie et dont l'exis- 



IV ACTES ET CONFÉRENCES 

tence nous a été révélée par les papyrus d'Assouan, datant du 
ye siècle avant l'ère vulgaire. D'autres études se rapportent à l'his- 
toire des Juifs du moyen âge ou des temps modernes, d'autres 
encore aux commentaires sur la Bible — je relève notamment les 
gloses françaises de Raschi publiées d'après les cahiers de feu 
Arsène Darmesteter —, d'autres aux apocryphes et à la littéra- 
ture talmudique, etc. Comme vous le voyez, le champ de la science 
juive continue à être remué dans tous les sens. Cependant, pour 
vous dire la vérité, il semble que le zèle de nos collaborateurs se 
soit un peu ralenti. La copie — appelons les choses par leur nom — 
est moins abondante qu'autrefois. Ce phénomène, qui n'est pas par- 
ticulier à la Revue des Eludes Juives, tient probablement à ce que 
des organes périodiques de plus en plus nombreux se partagent les 
dissertations savantes. La science elle-même, croyez le bien, n'est 
pas encore épuisée. D'autre part, l'élection de notre cher collègue, 
M. Théodore Reinach, comme député de la Savoie a fait un peu de 
tort à Flavius Josèphe. Les travaux parlementaires laissent moins 
de loisirs à M. Reinach pour s'occuper de la traduction des œuvres 
de cet historien. Il est à espérer que cette importante publication 
reprendra bientôt son cours régulier. . . sans nuire aux intérêts de 
la Savoie et de la France. 

Nos conférences, elles aussi, ont été un peu plus espacées que de 
coutume. Au mois d'avril de l'année dernière vous avez eu le 
plaisir d'entendre M. Levaillant vous exposer magistralement les 
origines de l'antisémitisme en France. L'orateur nous a instruits, 
émus et charmés. Vous allez entendre tout à l'heure une confé- 
rence sur un sujet bien différent : Les Juifs chez les arlisles hol- 
landais. Après avoir appris comment les Juifs sont traités dans la 
réalité de la politique, vous verrez comment ils sont représentés 
dans la peinture par des hommes de génie. Après les leçons de 
l'histoire vous serez sans doute heureux de passer à l'idéalisme 
artistique. 

Mesdames, Messieurs, 

Avant de terminer cette allocution, il me reste une douloureuse 
obligation à remplir, c'est de rendre un dernier hommage aux 



ASSKMBLKR GÉNÉRALE DU 8 FÉVRIER 1908 



membres que la mort nous a enlevés. Cette année encore des vides 
bien sensibles se sont produits dans nos rangs. Nous avons eu 
d'abord à déplorer la perte d'un de nos fidèles adhérents : M. Las- 
suderie. Secrétaire de notre président fondateur, M. le baron 
James de Rothschild, puis de M. le baron Alphonse de Rothschild, 
M. Lassuderie avait puisé auprès d'eux pour notre œuvre une véri- 
table sympathie, qu'il lui a toujours conservée. La Société des 
Etudes Juives gardera un souvenir de reconnaissance à cet homme 
serviable et bienveillant, qui mettait sa joie à obliger tous ceux qui 
avaient recours à son intermédiaire. M. Hippoljte Cerf était de ces 
hommes qui font honneur à la soc' été à laquelle ils appartiennent. 
Sa haute distinction d'esprit, sa droiture parfaite, son activité 
féconde, sa bonté charmante lui avaient valu les respects et l'affec- 
tion de tous. Nous adressons à son fils, M. Louis Cerf, et à son 
gendre, M. Alphonse Ochs, nos excellents collègues, qui ont 
recueilli ses nobles traditions, l'expression de nos condoléances sin- 
cères et émues. 

En la personne de M. Albert Lévj c'est un des meilleurs qui 
nous a été ravi. M. Albert Lévy était des nôtres depuis la création 
de la Société, et pendant de nombreuses années il avait fait partie 
de notre Conseil. Nous étions fiers de compter parmi nous ce savant 
éminent, cet homme de bien. Son aff'abilité était proverbiale, et 
qui l'avait vu une fois ne pouvait oublier ce bon sourire dont il 
partageait le secret avec son ami le grand-rabbin Zadoc-Kahn. 
Accueillant pour tout le monde, il s'intéressait particulièrement ù la 
jeunesse, aux enfants des écoles d'abord, aux étudiants ensuite, 
surtout à ceux qui étaient dénués de ressources. A combien at-il 
donné de sages conseils, apporté des secours efficaces ! Lui seul le 
savait, car il était aussi modeste que bon, aussi discret que chari- 
table. M 'étendre sur son éloge serait peut-être contrevenir à son 
suprême désir. Sa mémoire restera gravée dans nos c^nirs. 

L'exemple d'une vie aussi bien remplie que celle d'Albert Lévy 
doit être pour nous tous un encouragement, car elle nous montre 
comment l'amour de la science peut être uni aux sentiments les 
plus ardents de solidarité. La Société des Etudes Juives se consacre 
avant tout à la recherche de la vérité, mais la connaissance du 



VI ACTES ET CONFÉRENCES 

passé nous montre les liens qui nous rattachent aux générations 
précédentes et prépare les générations de l'avenir. C'est pour ce 
double but que nous avons besoin de voire appui. Donnez-nous 
des adhérents, des lecteurs et des collaborateurs. Que notre Société 
voie sans cesse venir à elle de nouvelles ardeurs, de nouvelles 
forces! Ainsi elle pourra compter sur de longues années de vie et 
de prospérité, et l'arbre planté il y a vingt-sept ans continuera à 
porter les plus beaux fruits. 

M. Edouard de Goldschmidt, trésorier, rend compte comme 
suit de la situation financière : 

Nous avons clos le dernier exercice avec un excédant de 
1.368 fr. 10 et nous clôturons celui de 1907 avec une disponibilité 
de 918 fr. 30, mais vous vous souvenez que, pour l'exercice 1906, 
nous avons été favorisés d'un don exceptionnel de 2.000 francs. 

Les frais de publication de ÏI/ide.c^ qui n'est pas rncore achevée, 
seront à imputer sur les exercices à venir. 

Notre situation s'établit de la façon suivante : 

Actif. 

En caisse au l^r janvier lOOT 1.368fr. 10 c. 

Cotisations 6 . 395 » 

Vente par le libraire 1 . 710 » 

Chez MM. de Rothschild 841 30 

En caisse "77 » 

Total 10.391 fr. 40 c. 

Passif. 

Frais d'encaissement 203 fr. 10 c. 

Secrétaires de la rédaction 2.400 » 

Conférences et assemblée générale 166 85 

Frais d'envoi de mandats, timbres, ports, etc. . . . 322 10 

Frais d'impression de la Bévue 4.217 85 

Honoraires des auteurs 3.081 50 

Total 10.391 fr. 40c. 



assemblée générale du 8 fevrier 1908 vu 

Balance. 

Doit : 

Frais divers 2.996 fr. 20 c. 

Publications T. 097 15 

MM. de Rothschild 841 30 

Caisse .... 77 » 



Total 11.011 fr. 65 c. 

Avoir : 

Cotisations et ventes 7 . 646 fr. 50 c. 

Coupons et intérêts 3.365 15 



Total 11.011 fr. 65c. 



M. André Blum fait une conférence sur les Juifs dans l'art hol- 
landais au XV 11^ et au XVIII*> siècle. 

Il est procédé aux élections pour le renouvellement partiel du 
Conseil. Sont élus : MM. Henri Becker, Edmond Bickart-Séb, 
Edouard de Goldschmidt, Lucien Lazard, Joseph Lehmann, 
Isidore Lévy, Léon Lévy, Gaston Mater et Moïse Schwab. 

Est élu Président de la Société pour l'année 1908 : M. Moïse 
Schwab. 



LISTE DES MEMBRES 



DE LA 



SOCIETE DES ETUDES JUIVES 

AU 31 MARS 1908. 



Membres fondateurs '. 

Camondo (feu le comte A. de). 
Camondo (feu le eomtç N. de). 

* Gtjnzburg (le baron David de), l'"*' ligne, n° 4, St-Pétersbourg, 

* GuNZBURG (le baron Horace de), l""" ligne, n° 4, St-Pétersbourg. 
Lkvy-Crémieux (feu Raphaël). 

PoLiACOFF (feu Samuel de). 

Rothschild (feu la baronne douairière de). 

Rothschild (le baron Henri de), faubourg Saint-Honoré, 33. 

Rothschild (feu le baron James de). 

Membres perpétuels'. 

* Adler (Elkan N.), Copthall avenue, 15, Londres, E. G. 
Albert (feu K.-J.). 

Bardac (Noël), rue de Provence, 43 ^. 

BiscHOFFSHEiM (feu Raphaël). 

Bruhl (feu David). 

Cahen d'Anvers (feu le comte). 

Camondo (le comte Moïse de), rue Hamelin, 19. 

' Les Membres fondateurs ont versé un minimum de 1,000 francs. 

* Les Membres perpétuels ont versé -iOO francs une fois pour toutes. 

* Les Sociétaires dont le nom n'est pas suivi de la mention d'une ville demeu- 
rent à Paris. 



AU 31 MARS 1908 IX 



Dreyfus (feu Nestor). 
Friedland (feu). 
GoLDSCHMiDT (feu S. -PL). 

*Harkavy (Albert), bibliothécaire, Gr. Pouohkarskaja, 47, Saint- 
Pétersbourg. 
Hecht (feu Etienne). 
HiRSCH (feu le baron Lucien de). 
Kann (feu Jacques-Edmond]. 
KoHX (feu Edouard). 
Lazard (feu Alexandre). 
LÉvY (feu Calmann). 

* MoNTEFiORE (Claude), Portman Square, 18, Londres. 
Oppenheim (feu Josephi. 

Penha (Immanuel delà), avenue d'Ejlau, 15. 

Penha (feu M. de la). 

Ratisbonne (feu Fernand). 

Rrinach feu Hermann- Joseph). 

RiiiNACH (Théodore), député, rue Haraelin, 9. 

Rothschild (feu le baron Adolphe de). 

Trotbux (Léon), rue de Mexico, 1, le Havre. 

Membres souscripteurs '. 

*Adler (Rev. D"" Hermann), Chief Rabbi, 6 Craven Ilill, Hydo 

Park, Londres. 
Alliance Israélite universelle, 45, rue La Bruyère. 

* Allianz (Israelitische), Weihburggasse, 10, Vienne, I., Au- 

triche. 
*Antébi, rabbin, professeur à l'Ecole de l'Alliance Israélite, 

Alexandrie, Egypte. 
Arditi, rabbin, Tleracen. 

* Bâcher (Wilhelm), professeur au Séminaire Israélite, Erzsebet- 

korut, 9, Budapest. 

* Balitzer (S.-A.),chef d'institution, Delftschevaart, 32, Rotterdam. 
Bauer (J.), rabbin, Nice. 

Bechmann (E,-G.), 68, rue Pierre Charron. 

' La cotisation des Membres souscripteurs est de 25 francs par an, sauf pour 
ceux dont le nom est suivi d'une indication spéciale. L'astérisque indique les 
associés étrangers. 



LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



Becker (Henri), docteur es lettres, rue de la Victoire, 47. 
BiCKART-SÉE (Edmond), rue de Monceau, 62. 

* Bibliothèque de la communauté de Berlin, Oranienbur- 

gerstr., 60-63. 

* Bibliothèque de la communauté de Breslau, Wallstr., 13. 

* Bibliothèque de la communauté de Kœnigsberg. 

* Bibliothèque de la communauté Israélite de Vienne, Sei- 

tenstettengasse, 4, Vienne, I. 
*BiBLiOTHKQUE de la Société pour la diffusion des lumières parmi 

les Juifs de Russie, Malaja Schitomouskaia, 20, Kiew. 
Bloch (Abraham), grand rabbin d'Alger. 
Bloch (Armand), grand rabbin de Belgique, Bruxelles. 
Bloch (Isaac), grand rabbin, Nancy. 
Bloch (Maurice), boulevard Bourdon, 13. 

* Bloch (Philippe], rabbin, Posen. 
Bloch (Raoul), II, rue Saint-Dominique, 
Blum (Victor), le Havre. 

Bruhl (Henri), 10, avenue de Messine. 

Bruhl (Paul), rue de Ghâteaudun, 57. 

BijCHLER (Ad.), directeur du Jew. -Collège, 18, Tavistock Square, 

Londres. 
Cahen (Abraham), grand rabbin, rue Vauquelin, 9. 
Cahen (Albert), rue Condorcet, 53. 
Cahen d'Anvebs (Louis), rue Bassano, 2. 
Cerf (Louis), rue Française, 8. 
Cerf (Paul), imprimeur, rue Duplessis, 59, Versailles. 

* Chwolson (Daniel), professeur de langues orientales, rue Wassili 

Ostrov, 7, ligne 12, Saint-Pétersbourg, 
Cohen (Joseph), rabbin, Sétif, Algérie. 
Consistoire central des Israélites de Fraî^ce, rue de la 

Victoire, 44. 

* Consistoire Israélite de Belgique, rue du Manège, 12, 

Bruxelles. 
Consistoire Israélite de Bordeaux, rue Honoré-Tessier, 7, Bor- 
deaux. 

* Consistoire Israélite de Lorraine, Metz. 
Consistoire Israélite de Marseille. 

Consistoire Israélite de Paris, rue Saint-Georges, 17 (200 fr.). 
Daltrof, rue de Cléry, 17. 



AU 31 MARS 1908 XI 



*Danon (Abraham), directeur du Séminaire israélite. Constanti- 
nople. 

Debré (Simon), rabbin, avenue Pliilippe-le-Boucher, 5 bis, Neuilly- 
sur-Seine. 

Derenbourg (Hartwig), membre de Tlnstitut, avenue Henri- 
Martin, 30. 

Dessus-Lamare (A.), 6, rue Leclerc. 

Dreyfus (Abraham), avenue de Villiers, 74. 

Dretfus (L.-L.), avenue des Champs-Elysées, 11. 

Dreyfus (René), 31, rue Octave Feuillet. 

Dreyfuss (Jacques-H.), grand-rabbin de Paris, rue Taitbout, 95. 

DucAS (Ernest) 145, avenue Malakott". 

Ecole Israélite, Livourne. 

EiCHTHAL (Eugène d'), boulevard Malesherbes, 144. 

Engelmann (Moïse), rue de Cliàteaudun, 51. 

Ephrussi (Jules), place des Etats-Unis, 2. 

*Eppe.\stein (S.), rabbin, Brisen, West.-Pr., All'magne. 

* KpsTEiN, Grillparzerstr., 11, Vienne. 

* Errera (M™« Léo), rue de la Loi, 38, Bruxelles. 

* Fernandez Isaac), à la Société générale de l'Empire Ottoman, 

Constantinople. 
*FiTA (Rév. P. Fidel), membre de l'Académie royale d'histoire, 
Galle Isabella la Catholica, Madrid. 

* Gautier (Lucien), Grande Boissière, Genève. 
*Ginsburger, rabbin, Soidtz, Haute- Alsace. 
GiNSBURGER (Emest), rabbin, rue Fléchier, 4. 

* GoEJE (J. de), professeur à l'Université, Leyde. 
GoLDSCHMiDT (Edouard de), boulevard Haussmann, 157. 
Gommes (Armand), rue Thiers, 9, Bayonne. 
GouGUENHEiM 'Jsaïe), boulevard Voltaire, 137. 

* Gratz Collège, 1634-35 Land Title Building Broad and Chest- 

nut Streets, Philadelphie. 
*Gross (Heinrich), rabbin, Angsbourg. 
Gru.nebaum-Ballin (Paul), ])oulevard Beauséjour, 21. 
GuBB.w (Reuben), avenue du Bois de Boulogne, 34. 
GuBBAY (M'""), boulevard Malesherbes, 165. 
*GuDE.MANN, grand rabbin, Werdethorgasse, 17, Vienne. 

* Guildhall Library, Londres. 

*GuNZBURG (baron Alfred de), Galernaia, 43, Saint-Pétersbourg, 



Xn LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 

Haguenau (David), rabbin, rue d'Hauteville, 23. 

Haguenauer (P.)i grand-rabbin, Besançon. 

*Heller (Bernard), professeur, II, Ker, realiskola, Budapest. 

Herrmann (Joseph), rabbin, Reims. 

Hertz, rabbin, 10, rue Debelleyme. 

Herzoq (Henri), ingénieur des ponts et chaussées, Dieppe. 

HiLDENFiNGER ( Paul), 69 bis, TUC Charles-Laffitte, Neuillj-sur-Seine. 

* IsRAELiTiscH-THEOL. Lehranstalt, Tempelgasse, 3, Vienne, II. 

* IsTiTUTO SUPERIORE, sezione di filologia e filosofia, Florence. 

* Jewish theological Seminary of America, 531 West, l'23 str., 

New-York. 
*Kaminka (A.), Weiiiburggasse, 10, Vienne, I. 
Kann (M'"e), avenue du Bois de Boulogne, 58. 
KiNSBOURG (Paul), rue de Clérj, 5. 
KoHN (Georges), rue Ampère, 30. 

* KoMiTET Synagogi na Tlomackiem, Varsovie. 
*KoKOVTSOFF (Paul de), Ismailowàky Polk, 3 rotte 11, log. "7, 

Saint-Pétersbourg. 

* Krauss (Samuel), Tempelgasse, 3, Vienne, II. 

Lambert (Mayer), professeur au Séminaire Israélite et à l'Ecole 

des Hautes-Etudes, avenue Trudaine, 21. 
Lazard (Lucien), archiviste-paléographe, rue Rochechouart, 49. 
Lebhar (Samuel), rue de Chartres, 13, Alger. 
Lehmann (Joseph;, grand rabbin, directeur du Séminaire Israélite, 

rue Vauquelin, 9. 
Lehmann (Mathias), rue Taitbout, 29. 
Lehmann (Samuel), avenue Victor-Hugo, 49. 
LÉON (Xavier), rue des Mathurins, 39. 
LÉON d'Isaac Jaïs, rue Henri-Martin, 17, Alger. 
LÉONINO (baron Emmanuel), 41, avenue d'Iéna. 
Léonino baronne David , 102, avenue MalakofF(100 fr.). 
Leven (Emile), rue Brunel, 26. 

Leven (D"" Manuel), avenue des Champs-îlljsées, 26. 
I ËVEN (Narcisse), rue d'Auraale, 9. 
Leven (Stanislas), faubourg Saint-Honoré, 201. 
Lévi (Israël), rabbin, professeur au Séminaire Israélite et à l'Ecole 

des Hautes-Etudes, 54, rue La Bruyère. 
LÉVI (Sylvain), professeur au Collège de France, rue Guy de la 

Brosse, 9. 



AU 31 MARS 1908 XllI 

LÉvY (Alfred), grand rdbbin du Consistoire central des Israélites de 

France, rue Taitbout, 58. 
*Lévy (Charles), Colmar. 

LÉVY (Aron-Emmanuel), rue Pierre Corneille, 61, Lyon. 
Lévy (Isidore), directeur-adjoint à l'École des Hautes-Études, 4, rue 

Focillon, 
Lévy (Léon), rue Logelbach, 2. 
LÉVY (Louis-Germain), rabbin, 24, rue Copernic. 
LÉVY (Raphaël), rabbin, 14, place des Vosges. 
Lévy (Raphaël Georges), 3, rue de Noisiel. 

*Lévy (Ruben), directeur de l'École de l'Alliance Israélite, à Saïda. 
Lévy-Bruhl (Lucien), professeur à la Sorbonne, rue Lincoln, 7. 
Liber (Maurice), rabbin, 07, rue de Clignancourt. 

* Lœw (Dr Inimanuel), rabbin, Szegedin. 
*LŒ"WENSTErN, rabbin régional, Mosbach. 
Mannheim (Charles-Léon), rue Saint-Georges, 7. 
Lœwenstsin, rue de Trévise, 47. 

Mayer (Gaston), avocat à la Cour de Cassation, avenue Mon- 
taigne, 3. 
Meiss, grand rabbin, Marseille. 
Meyersohn, boulevard Malesherbes, 78. 

* MuNK (Mayer), professeur, Kopernika, Lemberg. 

Netter (D"^ Arnold), membre de l'Académie de médecine, boulevard 
Saint-Germain, 104. 

* Neumann, grand rabbin, Nagy-Kanizsa, Autriche-Hongrie. 
Neymarck (Alfred), rue d'Amsterdam, 90. 

OcHS (Alphonse), rue Lafayette, 26. 
OppEKHEiMER (Joseph -Mauricô), rue Le Peletier, 7. 
Ouvkrleaux (Emile), conservateur honoraire de la Bibliothôriue 

royale de Bruxelles, rue Cortambert, 13. 
Pereire (Gabriel), rue Maubec, 38, Bayonne. 
Pereire (Gustave), rue de la Victoire, 69. 

* Perles (Félix), rabbin, Kœnigsberg. 

* Philipson (David), rabbin, Lincoln Avenue, 852, Cincinnati. 

* Philippson, rue Gueynard, 42, Bruxelles. 

* PoLiAKOFF (Lazare de), 6, grande Brannuya, Moscou (100 fr. ). 
*PoLiAKOi''F (Michel de), 87, boul. Twerikoi, Moscou. 
*PozNANSKi (Ad.), rabbin, Neubachstr., 37, Vienne, IX. 

* PozNANSKi (S.), rabbin, Tlomackie, 7, Varsovie. 



XIV LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 

Propper (S.), rue Pierre-Charron, 64. 

ReiiiNS (M. -A.), rue de la Faisanderie, 40. 

Reinach (Joseph), député, avenue Van Dyck, 6. 

Reinach (Salomon), membre de l'Institut, rue de Traktir, 4. 

*RoSENTtiAL (le baron de), Heerengracht, 500, Amsterdam. 

Rothschild (le baron Edmond de), rue du Faubourg -Saint- 
Honoré, 41 (400 fr.). 

Rothschild (le baron Gustave de), avenue Marigny, 23 (400 fr.). 

Rothschild (le baron Henri de), rue du Faubourg-St-Honoré, 33 
(400 fr.). 

Rothschild (la baronne James de), avenue Friedland, 42 (50 fr.), 

Rothschild (le baron Edouard de), 140, avenue des Champs- 
Elysées (400 fr.). 

*RozELAAR (Lévi- Abraham), Sarfatistraat, 30, Amsterdam. 

Ruff, rabbin, Verdun. 

Saint-Paul (Georges), maître de requêtes au Conseil d'État, place 
des Etats-Unis, 8. 

Sakphar (Lucien), 31, rue Octave-Feuillet. 

Schuhl (Moïse), grarld rabbin, Epinal. 

Schuhl (Moïse), rue Majran, 8. 

Schwab (Moïse), bibliothécaire honoi^aire de la Bibliothèque natio- 
nale, rue de Provence, 29. 

Schwartz (Isaïe), grand rabbin, Rayonne. 

Schumacher, rabbin, Dijon. 

Sèches, grand rabbin. Lille. 

Sée (Camille), conseiller d'État, avenue des Champs-Elysées, 65. 

Sëe, ancien préfet, 103, rue Miromesnil. 

Seelmann, 49, rue de Trévise. 

*SiMONSEN, grand rabbin, Copenhague. 

*SoNNENFELD (D""), ruc Pasquier, 2. 

Spitzer (Arthur), rue Cardinet, 41 (50 fr.). 

Stern (René), boulevard Malesherbes, 90. 

Straus (Emile), avocat à la Cour d'appel, rue Miromesnil, 104. 

Taub, boulevard de Courcelles, 86. 

*Uri, grand rabbin, rue des Juifs, Strasbourg. 

Vernes (Maurice), directeur à l'École des Hautes-Études, boule 
vard Raspail, 248. 

Vidal-Naquet, président du Consistoire Israélite, Marseille. 

Weill (Emmanuel), rabbin, rue Mayran, 6. 



AU 31 MARS 1908 XV 



Weill (Julien), rabbin, Versailles. 
Weiller (Lazare), rue de la Bienfaisance, 36. 
* Wellesz (Gjula), rabbin, Nagy-Bittse, Trencsen, Autriche- 
Hongrie. 
WiNTER (David), avenue Velasquez, 3. 
WoLF (J.), rabbin, La Chaux-de-Fonds, Suisse. 
Zadoc-Kahn (D"' Léon), 9, rue Arsène-Houssaye. 



MEMBRES DU COiNSEIL 

PENDANT l'année 1908. 

Président : M. Moïse Schwab; 
Vice-présidents : MM. Bickart-Sée et X... ; 
Trésorier : M. Edouard de Goldschmidt; 
Secrétaires : MM. Isidore Lévy et Julien Weill. 

MM. Henri Becker, Maurice Bloch, Abraham Cahen, Albert 
Cahen, Hartwig- Dehenbourg, J.-H. Dreyfuss, Mayer Lambert, 
Lucien Lazard, Joseph Lehmann, Israël Lévi, Sylvain LÉvi,Léon 
LÉVY, Gaston Mayer, D"" Arnold Netter, Salomon Reinach, 
Théodore Reinach, Baron Edouai'd de Rothschild, Baron Henri 
de Rothschild, Eugène Sée, Maurice Vkrnes, 



Le gérant : Iskael Lévl 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE ÛUl'LESSIS. 



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