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ÉTUDES JUIVES 



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IMt>IU\IKRlES Cr.RK, liV», RL'K DUI'LESSIS. 







REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION THiMËSTKlELLE 
DK [,A SOCIÉTÉ DKS ÉTUDES JUIVKS 



TOME CINQUANTE-SEPTIÈME 



PARIS 



A LA LIBRAIRIE A. DURLACHER 



5 

1909 ^.fc?* 



83 ''■s, BUE I.AFAYETTE A-'bC> t^ 



1)5 
lOI 



LE GLOSSAIRE D'OXFORD 



Le glossaire hébreu-français-lalin contenu dans le manuscrit de 
la Bibliothèque Bodléienne d'Oxford coté Bodley Or. 13o (cat. 
Neub. 1466) et publié par Neubauer et Bôbmer dans le premier 
volume des RomanhcJie Studien de ce dernier (pp. 163-196) sous 
le titre Un vocabulaire hébraïco-français, est bien connu de tous 
les savants qui se sont occupés des curieux et intéressants docu- 
ments de l'ancien français conservés en caractères hébreux. On 
l'appelle généralement le glossaire d'Oxford. L'été dernier, pendant 
un court séjour à Oxford, j'ai étudié le manuscrit en question. Le 
présent article est le résultat de cette étude. 

A l'exception de Neubauer, qui émet dans son catalogue l'asser- 
tion erronée que le vocabulaire hébreu du glossaire se compose 
de synonymes — il aurait dû écrire homonymes — personne ne 
paraît s'être occupé de l'origine ou de l'objet du glossaire depuis 
sa publication. Une allusion dans l'article Rime de la Jewish 
Eiicyclopedia au poème appelé Taynis ou u:"'ia"in de Moïse ibn 
Ezra m'amena à comparer les « lemmes ' » du glossaire avec les 
mots en rime dans le chef-d'œuvre du poète Sephardi ; d'où l'inté- 
ressante constatation que le glossaire était formé dans l'origine 
des bouts-rimés du poème dans leur ordre même, suivis de leur 
traduction en français. On savait déjà que le Tagnis était popu- 
laire chez les Juifs de langue française, puisque les manuscrits du 
poème conservés dans les bibliothèques de Munich (Mi et de Ham- 
bourg (H; voyez l'utile dissertation de T. Lewenstein, que je dési- 
gnerai dorénavant sous l'abréviation Lew., Prolegomena zu Moses 
ibn Esras Biich der ^j^J^', Halle, 1893, pp. 9. n. % et "24, n.) 

1. Je me sers de ce mot dans sa siirui(icatioii assez connue de « mot glosé », siirni- 
flcation qui ne parait pas se trouver dans les dictionnaires français. 

T. LVII, N« 113. 1 



2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

contiennent des gloses françaises. La nature du glossaire d'Oxford 
est révélée par la présence dans le manuscrit (IT. Ort-iO à) d'une por- 
tion des « lemnies » hébreux rangés comme dans le manuscrit du 
Tar/tiis dont le glossateur se servait. Ces mois sont intitulés : nh 
rn"n Nman niT^a '\1y^b^ n-'Dan -iso bœ nizû-i^a -^did ^b. 

Afin de reconnaître le caractère du texte ou des textes dont le 
glossateur se servait — une matière de quelque importance, vu 
l'authenticité douteuse de maints passages de nos manuscrits cf. 
Lew., passim — et afin d'apprécier quelle lumière le glossaire 
pourrait jeter sur l'interprétation des nombreuses obscurités du 
poème, j'ai passé en revue tous les manuscrits du Tagnis que je 
pouvais trouver en Angleterre. Sur cinq de ces manuscrits, Leuen- 
stein ne connaissait que les deux dOxford, mais il ne les avait pas 
vus. Dans l'élude suivante ces manuscrits sont cités sous les abré- 
viations suivantes : 

: Bibliothèque Bodléienne, Oxford, 0pp. Add. 4 to 84 cat. Neub., 
197-2 . 

P : Bibliothèque Bodléienne, Oxford, Poe. 09 cat.Neub., 1973,. 

B : Musée britannique, Ad. 11639 (Voyez Margoliouth, Descriplive 
List of the Hebrew and Samaritan Manuscripts in the 
British Muséum, Londres, 1893, p. 79; le calendrier sur 
f. o366 du manusci'it commence avec lan V'b = 127o-lâ7G]. 

A^ : Manuscrit appartenant à M. Elkan N. Adler de Londres, décrit 
sous le numéro '258 à la p. 27 de son livre About Hebrew 
Manuscripts, Londres, 190o. Ce manuscrit contient au com- 
mencement trois pages et demie de la préface décrite par 
Steinschneider cat. Bodl., col. 1808;; le fragment commence 
avec les mots : . . .p: -iNr;::rc.sT lN-it:. 

A:- Manuscrit de M. Elkan N. Adler, No. 1672. l()3/4cm.xlo 3/4 cm., 
ca. 12o lï. M. Adler dit que ce nis., qui est défectueux, est 
probablement caraïte et semble venir de Constantinople. La 
un porte la date 6nr; = 1699-1700. 

De ces recherches, il résulte que notre glossateur avait devant 
lui un texte ou des textes du poème ayant la plus grande simili- 
tude avec celui que représentent B et le ms. de Hambourg H (pour 
celui-ci voyez Levv., p. 9, n. 2, ci passim). Ce fait est clair quand 
nous leur comparons la liste des bouts-i'unés tels que le copiste les 
a rangés dabord sur If. 6 «-10^. Cette liste que je cite sous l'abré- 
viation X';, qui ne s'étend dans l'état actuel du glossaire qu'à la 



LE GLOSSAIHE D OXFOHD 3 

fin des bouts-riiiiés en r; du quatrième livre Je nie réfère pour le 
poème à l'édition de D. Gûnzburg, Meqice Nlrdamim, Berlin, 
1886, = Gj, parait avoir été plus longue primitivement, puisqu'elle 
s'arrèle brusquement aux mots tt ipy. La pagination aussi passe 
immédiatement de 10 à 13, de façon qu'on peut supposer que deux 
feuillets ont été perdus. Après le litre déjà donné (p. 38), suivent 
les deux groupes de Dps»-» et -i\n?3 'numérotés dans le glossaire 
imprimé, que je cite sous l'abréviation N-, oUO-oUl et 7U7«-708, 
respectivement), et puis les mots : Nn-'n ns^nh ma ^b «rr, après les- 
quels viennent les bouts-rimés en ordre. Les lettres initiales des 
premiers mots dans chaque groupe de mots commençant par la 
même lettre sont de proportions plus grandes que les autres. A 
côté de ces initiales se trouvent des transcriptions de leur nom en 
caractères romains, telles que « Gymel », -i Vaue », '< lotb », « La- 
meth », ft Hayn > , « Sadic ». Sur la marge supérieure se trouvent 
les mots, ( Alfabetum ebreum », d'une écriture qui date, d'après 
M. E.-W.-B. IN'icbolson, le savant bibliothécaire de la Bodléienne, 
de la seconde moitié du xiii^ siècle. Celte écriture n'est pas iden- 
tique, dit-il, avec celle des translations latines qu'on a intercalées 
entre les lignes du glossaire sur les ff. ^3:2 «-237 6. A la marge 
supérieure de f. 9«, sur laquelle commencent les bouts-rimés du 
second livre, on trouve les mots « Item Alfabetum ebreum ». Le 
nombre et l'ordre des bouts-rimés s'accordent en général assez 
exaclement avec ce qu'on trouve en B. Les divergences les plus 
importantes sont : Livre I : N' et N- omettent rsbr. (G i, 00-06) et 
m:: (G i, 297-298) : Livre III, N' et W (4o2-4o3) n'ont bws^ que 
deux fois (G m, 21-23 et B, trois fois] ; N' a Dsnp deux fois ; B et les 
autres textes vus, ainsi que ^-, l'omettent. On observe que le 
groupe mpi<, au lieu de terminer le second livre, commence le 
troisième. 

L'ordre des bouts rimes en >'' a été entièrement changé dans le 
glossaire imprimé (N-). On a abandonné l'arrangement original 
par livres, et on a groupé ensemble tous les bouts-rimés commen- 
çant avec la môme lettre, de sorte qu'en général les mots en i< du 
premier livre sont suivis par les mots en n du deuxième, etc. ; 
après viennent les mots en 3 du premier livre et des autres dans le 
même ordre, jusqu'à la fin de l'alphabet. Ainsi le glossateur a 
dressé une liste alphabétique très négligemment arrangée d'une 
grande portion des homonymes de la langue hébra'ique. On n'a pas 
fait la transformation d'une façon systématique, et par conséquent 
il y a des différences nombreuses entre N- et le texte imprimé du 



4 REVUE DES ÉTUDES JUIYES 

poème, outre les variantes dues au caractère du texte dont le 
glossateur s'est servi. Afin de faciliter l'usage du glossaire aux 
futurs étudiants du Teignis, j'indique ici les plus importantes de 
ces différences. Elles peuvent se diviser en additions, omissions, 
répétitions et changements d'ordre. 

Les vers dont on trouve les bouts-rimés dans N- et qu'on ne 
trouve pas dans G sont, dans le premier livre : les lignes en in"^ 
(N- 446-447), qui se rencontrent dans tous les cinq manuscrits que 
j'ai consultés, mises après -nsn-^ iG i, 1:21). Les voici : 

^^r.> rçip "laba [0 .- n?i] ibi i-ïï^D -i7:ii< ■':3 on nincip -«p^Tpy 

•nri; ".'?> "P^i \^ ■ 13213] c;:i3 ûi-« û-'i^n ^i'c:^ i"'"^'3N n^rçi: 

De môme on trouve après G i, 23^ dans tous les manuscrits 
anglais, alors qu'elles manquent en G, les lignes terminées par 
T«o (N2 786-787), à savoir : 

T^o [B : '3] nri-13 nn-]"^ •j"«?:n in7:in 3*5 

.-i-'O 3^31 û"3ip ir5> n33 1x^727 

Même observation pour les trois lignes en ^hy^h (N^ 103o-1037), 
placées après G i, 332 : 

V55-15 iB:aNnp] DNn3 irN" [B : piiti *::DDi] '53^1 piiTi non 

i'?j-i'5 D-'^Tp'; D^r-iis û-iiny i":? c.?!?*! 

.i'î^nb TJ<?:3 nby^ 'i"i7~ ^^ ni^n '^^t uy_ 

Au lieu de an-'^p^, P porte n^* ■'t;-; et B iv ^ly. 

Dans le troisième livre les lignes en mbn iN- 222-223), qui se 
trouvent dans et B, sont mises en marge de f. Ma dans et 
après G m, 13 dans B : 

[I Sam., XIV, 16] oibn "^îin Nim :ii723 intû i3b -^lob nwi* 

.anbn snpn noï) "joto 153 ly-* bnpb 'j-'TwSn 

Les lignes en nr:! >'^ 313-314, qui ont été imprimées par Lewen- 
stein op. cit., p. 71), se trouvent aussi dans et B (qui s'accor- 
dent avec le manuscrit de Munich, M, en lisant ii« pour ts ; lit 
TT" pour ■'Hm). Les mots mnsij bis (N'^ 416-417) correspondent à 
deux lignes dans et B (placées sur la marge de f. 44 6 dans et 
après G ui, 18 dans B). Voici ces lignes d'après B : 

mnca irpb.^Tg ^''^IT D''7303 n35 ""bj' ^bD axb 

.mnsa a"'n"';am nD":;i*-ib nip_72D m3:yn mcDT 



LE GLOSSAIRE D OXFORD 5 

i.es mots û-'T'-'y bis (N- 864-86o^ et 13 A« (N- 915-916; correspon- 
dent aux deux distiques suivants qui se trouvent après G m, 36 
dans et B : 

Q-'T'-'y amN Nnp [b : m'jsxbi] m35 Nbi û-^Dii:-; c^nn '\^^3':: Ti7:n n^wX 
p":;73 [B: -in33i] nT3m ûns^a pb:! ami* [B: nir] miy 
.û"'-T>''? [B: in2] D-Tin [B : '[ir'»::?:] 

^D b3> T'U)-^ nbip mn ûa a-'» b::> msy o-'c i3 ar 

B nous donne o-^o t^t^x hy pour ^-^12 by ms:». 

Dans le neuvième livre G omet les lignes en nn ^N- 39o-396), 
qui, dans tous les manuscrits consultés, se trouvent mises après 

G IX, 33 : 

in 2-in -iii: li^i^^^i: b^ [b : ^-z, v\y] -Vn -\^^r\ [B : •'rni: A : -^^in-ij ann bn-;; 
Bon:^ [B : nT^nb ; sic et v] n^r^ b''N"i3373 dt:'"' î<b •^'2 

nn nn'ib [P : aon«] 

A^ intercale le mot i-irn devant Ti'Ti [sic\ 

\ybis[W 179-180) correspondu Livre X, 9-10, dans B, qui subs- 
titue aux lignes en aab"'a de G les lignes suivantes : 

p_ -innn nnsT "ji?:-! onns -ydn nriN -.cp 

.p '^-c^xn by Jireibi:?! ib:;- nyn bon ain» [ou'n?] pn z.'Q 

On doit remarquer que le mot b-iDia», qui se trouve trois fois dans 
le glossaire imprimé (630-632) ne se rencontre que deux fois (= Gi, 
202-203) dans le manuscrit; on a écrit les mots regardant et res- 
piciens sur la marge en face de la ligne 632, comme des transla- 
tions alternatives, sous le mot in. 

Les omissions de N^ peuvent se diviser en deux classes, en 
dehors des quelques omissions communes à N^ et à W que nous 
avons déjà signalées (p. 39] : 1° les « lemmes » contenus en N' et 
omis en N- — bouls-rimés qui se trouvaient dans un manuscrit du 
glossateur, et que celui-ci avait omis, soit par mégarde, soit volon- 
tairement; et 2° les omissions qu'on ne peut contrôler par N', et 
par conséquent dues ou au glossateur ou à son manuscrit. Comme 
exemples de la première classe nous trouvons dans le premier 
livre : iîn (G i, 33-34) ; -^yn^ (G i, 131-132 ; a^Du:» (G i, 191-192) ; 
a^i^yia (G I, 243-244 ; a-Vbs G i, 283-286 ; r,7:p iGi, 329-330; cf. 
D^Top, N- 987-988 = G i, 322-323). Les finales (1) BU5a, (2j Bu:b iG i, 



6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

370-371 paraissent sons la forme Dob è/.v en N'. En N- on les a 
omis, de même que tons les bouts-rimés des distiques finaux voir 
sur ceu\-ci Lew., p. 20 et seq '\ à Texceplion de ceux du socond 
livre mpwX 43-43 a = G ii, l'2i-125>, et du dixième ;D"^'»Dnn Mo3 a- 
Ho3 ô = G X, 104-105). Cependant M' consei've tous les bouts-rimés 
des distiques qui terminent les livres quil possède. On supposerait 
que l'auteur de X- a omis la plupart de ces mots |)ai'ce qu'ils ne sont 
pas des homonymes parfaits; la raison pour laquelle il omet û"ibn"« 
G VII, 100-101 1 est obscure, mais r/'. aibrt, S'â'â-â^S. Dans le deuxième 
livre on remarque l'omission de brv G ii, 48-49 — cf nb-n 1127- 
1128 G I, 368-309 ; de p^tnt! G ii, 70-71 — omission seulement 
apparente, puisque le mot se trouve à la marge supérieure de 
f. 235 rt, suivi de quelques lettres, le relieur ayant retranché le 
reste de la glose — et de vny G ii, 92-93) — cf. my 825-826 fG v, 
76-77 et -^ny 874-875 G vu, 72-73. Dans le troisième livre, notons 
les omissions suivantes : nauj-» (G m, 19-20, — cf. "^n':: 10901(197 
(G vil, 94-95) — p'^jii bis et mbnD bis [cf. rrbns 710-712 = G i, 211- 
213 . Les lignes terminées par les deux derniers groupes de mots 
ne se trouvent pas dans le texte impiimé; on le renconire dans 
(f. 45 6, marge) et B (m, 41-44^. Dans ce dernier, elles ont cette 
forme : 

pcjns cinbb b-'n ;:)i:n3 | -^^-i qii'n n-i72T nN-;pb 
.p'w"i3 "i"'/:n oïDn ns-ci I pmn •jc^^ ^'^'3 rr^rn 
r-nbn;n pmn n^i'-in^m j a-'f<:n bà ■cann □"'p-iT7:3 
.mbnïr: nbNi nn i^n -in3 | û'^csî □■^•>::"'t< ■ibn:n-' uni 

-n"io G m, 35-36 est aussi omis. 

Pour le second groupe d'omissions, celles qu'on ne peut pas con- 
trôler par N', nous trouvons les cas suivants : Livre IV : \n (G iv, 
53-54, cf û-sro, 647-650 = G m, 31-34) ; S)-!-:: (G. iv, 67-68) ; nyiip 
(G IV, 89-90!. Livre V : n- iw et -itsw (G v, 27-28) ; nmo (G v, 72-73 ; 
B l'omet aussi) ; D^no (G v, 80-81 \. Livre VI : laa G vi, 7-8). Livre VIII : 
D-'ïina G viii, 17-18 : îr^nrca G viii, 27-28 ; nbtti (G viii, 44-45); 
bn^T G VIII, 46-47 ; n72n3 G viii, 100-lOL ; ^^-i^y iG viii, 120-121); 
T'.NO — 'r\ypr\ G vni, 141-152; sur la dernière omission, cf. ip 
1002-1003 = G vu, 86-87); ;ai72nn (G viii, 153-154); rnnn — nttin 
:G viii, 157-161). Livre IX : bDNî, b^iî G ix, 60-()l). Livre X : ûab^j 
(G X, 9-10; B l'omet aussi). 

A part ces omissions de groupes entiers de mots, on peut remar- 
quer que le nombre des mots de chaque groupe est quelquefois 
moindre dans N- que dans G. Ainsi on trouve dans le quatrième 



LE GLOSSAIRE D'OXFORD 7 

livre dans G o7-o9j i<j:w ter ; dans X- 600-606 et B seulement hh ; 
de même mita G 64-66 ter, N- 740-741 1 et B bis Dans le cinquième 
livre on note inr G 90-9-2) tei\ N- 1108-1109) et B bh ; dans le hui- 
tième : ^"UT G 41-43. sous n ter, N- 1081-108:2 i::-o, sous c et B bis; 
dans le neuvième : mn G 34-36 ter, \- (^397-398 bis ; dans le 
dixième '^oTj G 64-66 ter, \- 774-775 bis. 

Parmi les répétitions du glossaire on trouve : 2o0-2o0« -iwn, = 
G II, 38-39 = 312-312 a (-i72T ; observez que X' a -itût sous t et ip-'m 
[N- 2ol-2o2 = G II. 40-41] sous la forme ip^n sous n ; 881-882 G v, 
93-94: = 1 144-1143; et 1131-1132 G vu, 98-99 = ilo6-llo7. Il est 
douteux que ^t:? /8o3-8o4 soit une répétition de n3T3> i872-873 = 
G VII, 68-69 . Néanmoins on doit remarquer que ary occupe la place 
prise parnn:' en G 11, 92-93; et N', et que les interprétations de nry 
et de ^:ny sont tout à fait les mêmes, à l'exception de la différence 
de nombre. Les « lemmes » de ces lignes 8o3-8o4, s'ils ne sont pas 
des répétitions, sont les seuls du glossaire que je n'ai pu trouver 
dans aucun des manuscrits que j'ai parcourus. 

A part des changements d'ordre secondaires, trop nombreux et 
trop insignifiants pour qu'on s'en occupe, on constate que le 
manuscrit dont l'auteur se servait s'accordait avec B et H (cf. 
Lew., p. 38j en transposant les livres V et VII, de sorte que les 
bouts-rimés des livres IV, VII, VI et V, du texte imprimé se sui- 
vent dans cet ordre. Le groupe de npy (N- : oOO-aOl ; G x, 106-108 
= fin 1 se trouve dans le milieu des mots en ■> du dixième livre ; de 
même le manuscrit A' le met après ^:2 (G x, 33). Le glossateur 
met "i-'i^w (707 a-lOS) à la fin des mots en », bien que dans la plu- 
part des autres textes il se trouve au commencement du poème 
i,G, p. 1). Pareillement on trouve, par exemple, que les mots en i du 
premier livre sont mis après tous les autres mots en t ; qu'entre les 
mots en a du premier livre se trouvent deux mots (100-101) du 
neuvième (G ix, 12-13 : qu'entre les mots en 3 du même livre se 
trouvent deux mots !724-72oi du neuvième ^G ix, 62-63) et quatre 
mots (719-721) du dixième G x, 67-70 1, etc. D'un autre côté on a 
transféré vers la fin du glossaire msn Mlo8-llo8rti appartenant 
originairement au premier livre 1 G i, 362-363; ; on a déplacé de 
même TD3>n et yisn {llo4-lloo; 1161-1162) du deuxième (G 11, 120- 
123 — on avait mis y^sn d'abord immédiatement après 'cyn, comme 
dans le poème, et après on l'a biffé et mis à la fin du glossaire — 
pendant que y'Din 1 1139-1160) faisait originellement partie du hui- 
tième livre G viii, 39-40 , où il avait la forme ybin et prenait place 
en tête du groupe de mots en i. 



8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Des différences entre les formes dans G et dans N- se présen- 
tent dans les cas suivants : G i, 3o7-858 : na©-'; N^ 1063-10G4 rsa» 
(observez que la traduction marginale demua c< changea », corres- 
pond daprès le sens à G i, 357, tandis que la traduction dans le 
texte, an, lat. annus, n'y correspond pas) ; G v, 82-83 ^s^^, W 971- 
07'2 D"'Di:i (observez que nsi: se trouve aussi dans G iv, 81-82 [= N^ 
iH)3-064'). Les Iraduclions brec[h]es, « rayons de miel », et lat. favos 
données par N- ne s'accordent pas avec le sens de G v, 83. Elles 
impliquent aussi la leçon a-^ç^i:, et partant sont en désaccord avec 
les traductions de 1. 971 : regardors, « ceux qui regardent », lat. 
respectores, qui impliquent la leçon wzis.) ; G ix, 62-63 brr, N- 724- 
725 by3 (notez que 1. 724 soler « soulier », n'est pas d'accord avec 
G IX, 62, où by:-^ est un verbe et a la signification de « chausser ») ; 
G X, 77-78 nbiD\ N- 819-820 nbno (impér.). 

Quanta la valeur du glossaire comme secours pour linterpréta- 
tion du poème, on peut dire que la traduction française reproduit 
en général assez exactement le sens du texte original. Comme je 
n'ai pas pu faire une étude approfondie du poème, je me suis borné 
à considérer les passages traités parM. Lewenstein,qu'on peut sup- 
poser être les plus difficiles. Les exemples suivants prouvent que 
l'étudiant du Tar/nis peut trouver dans le glossaire un auxiliaire 
utile, vu que l'édition imprimée ne présente à l'ordinaire aucune 
indication du sens qu'on doit attribuer au mot en question dans les 
divers passages cités. A la ligne 1 la traduction cens o ces, ceux-ci », 
correspond aux explications de G i, 1 dans M (Lew., p. 41), P, et 
A', à rencontre du commentaire de G. De môme se pansées « ses 
pensées », lat. cogitationcs ejus, la traduction d ^, vtti (1. 182, G i, 
60) s'accorde avec celle de M (Lew., p. 59, n. 1). Les opinions de 
Lewenstein sont confirmées dans les cas suivants par les versions 
du glossaire : 1. 221, i-hvr\ aluma « alluma », lat. accendit (G ii, 
33; Lew., p. 62, n. 1) ; l. 1116, Q-^nbc jardins^ lat. iardinos (G ii, 
118 ; Lew., p. 64, n. 2) ; l. 1162, y-isn rusera « reculera » (G ii, 123; 
Lew.,p.65, n. 1). Il n'est pas besoin de suivre la traduction syriaque 
de Ez., XXIV, 14 dans sa paraphrase du sens do y-isN en traduisant 
f< sie... bat kein Erbarmen » ; revplication de Qimhi : 2i;::ï« NbïJ 
T-a-TUJ n»73 mni<, et le glossaii'o rendent littéralement le sens de 
l'hébreu). 

D'un autre côté le glossaire monire rinexactitud(^ des intei-préta- 
tions de Lewenslein dans quelques cas. Le plus fi-appant est celui 
de la ligne G m, 14, signalée par Lewenstein (p. QiiS, n. 1) comme 



LE GLOSSAIRE D'OXFORD 9 

l'an des passages du poème les plus difficiles à interpréter. Il y 
consacre environ trois pages, et finit par proposer nne émenda- 
tion. Voici la ligne : mDira aw^-o:n nd bi^i s'itwb "^b n:n û-''i"n m^^ny 
b^tbiïT. Le glossaire fl. 2o3) rend b::bi:i par e panier « et panier », 
lat. et confums, d'accord avec l'explication arabe qui se trouve 
dans 0, A', et A-. Dans cette explication on cite Ibn Balaam (sur 
lequel on peut consulter les renvois donnés par Lew., p. 40, n. 3 
et par la Jewish Encijclopedia s. v. Ibn Balaam) comme auto- 
rité pour cette interprétation. M. A.-E. Covvley, sous-bibliothécaire 
de la Bodléienne, a eu l'obligeance de me le faire comprendre. Je 
l'imprime ici d'après le manuscrit : 

T^T^ [Job, XL, .31] TOwS-1 a':ii biibiim bip iw tidnu n^ûhdto bi^bx 
n^D noDT • r!3NisbMi '-ix73Pj<bLX n-'D b73:>"' "''«a im [sic] q^i don nn 
DDï< niwS ^3yN T'DDnbN Nin nb ■'ib^ N-ip7:bN ÙNDbx ■'d cybn p 
r-;"i3::T msi: •'bwS riDxkN nîN mobwS vy b-'bnbwxi bxpT [«c] q-â 
•[Amos, IV, 2] T:-j,r^ mT'03 DDn-'nnNi msirn D^n.x n'o;t bsp -\-Qy "^-in -^d 
pNDLDNbN IN "îbobN nn-vi;'^ n n^s b-'p "jNricbN n-'D nos îiitô qcn im 
...p<_-^-iisl î<3^ b"T -irnin-i bnpb rî^NUin ^^b-; T'Si 

Le vers est maintenant très clair : « Prenez des parterres de 
roses pour votre couche, et ne les mettez pas dans des corbeilles 
et des paniers. » Lewenstein aurait pu trouver cette interprétation 
dans le dictionnaire de Parhon, auquel M. B. Chapira, de l'École 
des Hautes Études, a eu la bonté de me renvoyer. Parhon dit, 
s. V. bbi, dans son explication du passage de Job, xl, 31 : b:ib2:m 
Q-'ai -a l^j^-^aT^o bon ln"'i^ ^"^ "i"'^'*^ N-'nnb bsr ■'tt '-^d . . iuîni D"'3T 
piTZjb. Cette vue s'accorde aussi en quelque sorte avec la seconde 
explication de Qimhi, que Lewenstein n'a pas comprise tout à fait 
correctement ; cf. la leçon du diclionnaii*e hébreu-français de la 
Bibliothèque nationale de Paris (cod. 1243, fonds héb.), f. Go 6, 
5. V. bbi: : -^yov ■'bD [?] ■'"•oist i«i<"i tryi bitb^im 'ra ^ ^ic-^ujind N"b 
. . .'-^yi 13 'j-'niiuj bo 1"'70D. Puis Lewenstein compare (p. 72, n. 1) 
ïT'snDii ri« nn;i33'T (Deut., xxi, 12) pour justifier sa traduction de 

■oyn rr^înrî noy»3 nbn 'r,*rà niyji'n TTsb rrr: (G n, 120) 

« Wenn sie ihren Giirtel schniirt, ist es ihre Brust, welche sie an 
dem Herzen v»ieeine Lanze ausdehnt », tandis que le glossaire, qui 

1. Nansés, un diminutif de nasse; cf. la forme nunce dans Ducange, .s. v. naca, 
et le Maqre Dardeqe (éd. Moise Schwab, R. E. J., XVII, 121) : NON; nassa bb::. 



iO RKVUE DES ÉTUDES JUIVES 

traduit ^l. lloii orn fera, lat. facicl, indique que le commentaire 
de G, qui cile (Prov., xxxi, 13) n^sD yona ïjym, est. tout à t'ait cor- 
rect. Le vers veut dire tout simplement que sa mamelle produit 
sur le cœur le môme elTet qu'un coup de lance. Dans G ii, 1-2^2 
i=r: N2 1101) la traduction de Lewenstein (p. 6o), qui rend a^ns ...r3> 
y-itn m^U) par « wenn sie .. .ihre Haarlocken auflust », s'accorde 
probablement moins bien avec la pensée de l'auteur que le recovra 
(probablement une erreur pour decovra, cf. 11. 171 et 434, bien 
que des formes en re- à côté de celles en de- ne soient pas incon- 
nues) « découvrira», lat. dhcooperiet, du glossaire, qui correspond 
à la traduction de 3'nDi iNombr., v, 18) par é dékuvra dans le 
« Glossaire hébreu-français », publié par MM. Lambert et Brandin 
(Paris, 19l)o ; je le désignerai dorénavant par Br.). 

Cependant le glossaire n'est pas toujours correct. Les diver- 
gences suivantes par rapport au texte imprimé, à moins qu'elles ne 
soient dues à des variantes dans le manuscrit ou les manuscrits 
du glossateur, doivent être regardées comme des erreurs : L. o1, 
STiiN (lire ainsi, comme à la ligne oO, pour mis) = G iv, 4: r>^ri 
miN : codré « cueillerai «, lat. colligam; 1. 74, G i, 14, "liN (impér.), 
maldlz « maudit », lat. maledktm; 1. 1"28, i5N3 (G vi, i3n « nous 
considérerons ») venimea «vînmes», lat. venimus : 1. 139, G viii, 
19 : nb nD3 (impér.) le (ou H'.') pror moites, « le pleur moîte », 
\at. pluratnshiwiidus; 11. lo3-lo4, Gx, 7-8 : i^.na : elirel c, élirent », 
lat. elegerunt (sic) et eproveret « éprouvèrent », lat. probaverunt ; 
1. 604, G vni, 83 D">:3b as enfanz « aux enfants » ; 1. 626, G i. 209 : 
\x-\M2 L\^ irm) « peur » seele « flèche », lat. sagita [sic; cf. Br. 
168, 29, rriiTo [Ps., tx, 21] Jétemont) \ 1. 777, G i, 242, -iÙ3 
« prince », chanta, lat. cantavit (= -rà, notez Br. p. vu, § 22 : 
ci = *,• toujours avec le son dur: et observez que le mot se trouve 
dans le groupe de mots en d et suit no torna « tourna ») ; 1. 919 
(G VII, 81) "là-iE « cavalier», ordoia « il salit ^ : la traduction latine 
immundicia icniîi indique apparemment une méprise de ordoia 
pour un substantif [cf. ordure « fiente »). A la ligne 135, -nna (G v, 
8, = « jeune homme ») est traduit par an pertim « en perluis», 
lat. in foramine; celte interprétation paraît faire double emploi 
avec celle de 1. 134, où -nna est rendu par an bove « en caverne », 
lat. in spelunca, qui a pris la place de la traduction de mna «jeune 
homme ». J'ai noté ci-dessus (pp. 41 et 43) les lignes 631 et 1063, 
où se trouvent certainement des traductions écbangeables; la ligne 
626, que je viens de signaler, est peut-être un autre cas de ce genre. 



LE GLOSSAIRE D'OXFORD H 

On doit noter que l'oidre des traductions françaises d"un seul 
groupe d'homonymes dilTère souvent de celui du texte imprimé; 
ainsi 11. ^26-^27 = G i. 29, 28 ; 11. 114-ilo = G ii. 19, 1<S ; 11. 129-]3i 
G M, il, 12, 10, etc. 

Le peu de références aux gloses françaises de M et de H donné 
par Lewenstein rend difficile à décider si ces gloses ont quelque 
rapport avec >'- ou non. Puisque les gloses citées de M, cependant, 
dilïèrent de celles de >'- en trois des six cas que j'ai notés, à savoir: 
1. 234 G IV, IG ^bn N- ote « hôte », M G i, 66) erojit « errant » 
(Lew., p 72, n. 1' ; 1. o40 (G iv, 43) tp pâmer [?j lat. palma i. e. 
arbor, M culer « cuiller » iLew., p. 74, n. i ; 1. 683 [fi v, o8j ~oi» 
coroie « coun'oie », M coler « collier >> (Lew., ibid.); — il ne paraît 
pas que l'auteur du commentaire de M se soit servi du glossaire, 
ou vice versa. Les cas où les deux s'accordent sont : 1 81 G viii, 
H) "jiBaN ameçon « hameçon », ainsi M sur G iv, 44; Lew., p. 75, 
notej ; 1. 343 G i, 142 ban (jovernal, « gouvernail », 31 {ibid., Lew., 
p. 47, n.) governail ; 1. 136 iG i, 50) bsba chardon « chardon », M 
iibid., Lew., p. 34, n. 3) chardon. La discussion de ces dernières 
gloses dans Lewenstein n'est pas du tout satisfaisante : il dit « Das 
Wort "li::?:?? scheint einen Schreibfehler zu bergen » ; il transcrit 
la glose suivante « Gouvernaille » ; et il remarque à propos de 
chardon, apparemment parce qu'il n'a pas compris les paroles 
du glossateur : bi5:> lONi b^o nisn imp lT::b, qui évidemment 
n'ont pas d'autre but que d'expliquer l'élymologie du mot bsba, 
(' Zweifellos ist hier mit inip das altfranzosische » Cardo » = 
« Ghardon >; 'neufrz.i in dem Sinne von « Distelblume », « Distel- 
bltite » imDni gemeint ». Il attribue ainsi au mot français un sens 
dont je ne trouve aucune indication dans le passage de Lacurne 
de Sainte-Palaye auquel il renvoie. 

Les interprétations du glossaire, comme nous l'avons déjà noté, 
sont fréquemment d'accord avec celles du « Glossaire-hébreu- 
français » ; les étudiants qui désirent s'en servir trouveront dans 
l'index très utile du professeur Brandin un bon moyen d'arriver 
au sens du vocabulaire du glossaire. Ainsi 1. 330 (G i, 99) D"'pbn — 
'j^720"':"is->x ùc le ms.) epranisemez, et peut-être la glose pro- 
vençale Tplanichemens que je n'ai pas trouvé dans Raynouard ou 
Mistral) sont expliquées par V éplénisemont « flatteries », de Br. 
180, 60. La ponctuation du livre de MM. Lambert et Brandin m'a 
servi en quelque sorte de guide dans la transcription des gloses 
françaises de notre texte. 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le glossaire d'Oxford est unique en ce qu'il offre une translation 
latine interlinéaire (en encre rouge) des interprétations françaises. 
L'auteur de cette translation paraît avoir été méridional, à en 
juger par l'emploi fréquent de mots provençaux (Bohmer en a 
dressé une liste, Romaimclie Studien, I, 213 '), à la place des mots 
latins ou avec eux. Il avait probablement quelque connaissance de 
l'bébreu, outre celle de l'alphabet; cela nous est indiqué par sa 
traduction exacte de *yi7oh \. 612 ô, G x, 56), celh tuis, où le glos- 
sateur français noffiait que D"«W":jb ; par sa version correcte de 
r^fy il. 833a, Gi, 256), nt:iM û\a en f/ens. et par le fait qu'il rejette 
la lva.{\u.ci\on jenev)'e « genièvre » de ami fl. 1010, G i, 344 , qu'il 
traduit par cjenesta « genêt », aussi bien que par son explication 
indépendante de bbn (1. 232, G v, 13) étoile » étoile » : Stella, i. e. 
hicifer. Il rend correctement ■'i< l 60, G vi, 3) par heu, quoique le 
glossateur français n'eût donné que l'hébreu ■*ii< (que Bohmer lit 
oi, comme si c'était du vieux français). On peut peut-être expliquer 
sa traduction étrange de l.'7l9a iG x, 68) vp'^ — D'::a ûï: et de 
1. 735 rt (G II, 85) n-iD-a^3 ma par nectar, qui a généralement dans 
le latin du moyen âge la signification de « hydromel » [cf. Ducange, 
6'. D.), quand on note que non est rendu par piamo)it dans Br. 30, 
21 et T-13 de même par pianiont dans Br. 56, 63, et que l'ancien 
français piment, du latin pigmentum, avait non seulement sa 
signification latine de « aromate » [cf. Br., index), mais aussi celle 
de Cl hydromel », et qu'il traduit nectar dans un glossaire latin- 
français cité parGodefroy. Cependant il est aussi possible que nectar 
ait ici la signification de « douce odeur », qu'on trouve chez 
des poètes dans les dictionnaires du latin classique. 

Nonobstant ces quelques indices de familiarité avec l'hébreu, on 
peut affirmer sans hésitation que le glossateur latin prenait les 
gloses françaises pour base presque unique de son travail. Il n'y a 
rien à inférer du fait ([uil n a pas traduit ma (1 797 a. G iv, 70), où 
il n'y a pas de glose française, et que, en général, il a négligé de 
traduire les mots nombreux, pour la plupart des noms propres, sur 

1. M. Antoine Tliomas a dressé une liste indépendante de ces gloses dans son 
article, « Gloses provençales d'ori^.'-ine j'iivc », Annales du Midi, IX (1897), ])p. 337-.'î30 
(article siirnalé par M.Brandin, R. E J ., XLIl. \\. 00, n. :î : il a et' le premier à con- 
stater (pie les mots romans appartiennent, an ninins en partie, à la lan.rne d'oc. Je ne 
puis ai)order à présent la ipiestion diflicile à trancher s'il y a des mots français pai'ini 
ces frloses. On peut noter que les mots liqa (1. 9o2) et spera (1. 100.3) dans la liste de 
M. Thomas sont des imp 'ratifs latins. 11 n'est pas sûr ipic les irloses inlerlim-aires 
soient « de provenance juive ». 



LE GLOSSAIRE D OXFORD 13 

lesquels le glossateur français n'offre que des explications hébraï- 
ques, par exemple 11. A^2a, 43a, 43 «, 41a, 64a, 110 a, etc. Ce qui 
le prouve, c'est le grand nombre d'erreurs, dues d'ordinaire à des 
ambiguïtés dans le français écrit en caractères hébreux sans les 
points voyelles, erreurs que le glossateur aurait pu éviter s'il pos- 
sédait une connaissance plus profonde de l'hébreu. 

Ses erreurs sont ou des contre-sens ou des fautes grammati- 
cales : les erreurs de sens sont les plus importantes et les plus 
intéressantes. L'homme qui a fait des méprises comme celles qui 
suivent savait peu l'hébreu. Ainsi 1. 19 (G i, 18) un bêlement « dou- 
cement, lentement », est traduit pulchre ; I. 234 (G iv, 16) Ynv7 ote 
« hôte » [cf. Br., 73, 86, ota « hôte ») : lat. au/fer {^= « ôte ») ; à la 
1. 303 (G I, '!io'^.) m»i les mots •'ibu5'''^a5î< -^n (?) e asénat lui « et 
visant, frappant lui », sont traduits etdocens (sic) eiim, comme s'ils 
étaient une répétition de la glose de 1. 30:2. Cependant la supposi- 
tion que le latin est correct dans le dernier cas n'est pas entière- 
ment invraisemblable, vu surtout que lémendation de 1. 30:2 par 
Bohmer est douteuse. L. 4o6 (G iv, 34) pDV prançon, « jeune 
plante o [cf. Godefroy et le Dictionnaire général, .s. v. plançon) est 
rendu par planlatio : de même « plantation est le seul sens attri- 
hué à plonzon dans l'index de Br., bien que dans le cas 105, 23 : 
V3'r>rya 3>ùj: la plonzon de ses abanaijemonz, la citation explica- 
tive i Isa., XI, 8i pDV yïjr^i, qu'on trouve dans le manuscrit 302, fonds 
héb., semble indiquer que le mot a ici sa signification ordinaire. 
L. 486 (G IX, 40) it» sajiroie >< sa plaie » (de même Br., 20, 40, rend 
T^ dans Ex., ix, 3, le passage cité dans G, par plaije) : lat. preda 
ejus. Bohmer parait avoir soupçonné Terreur ici, à en juger d'après 
son renvoi à 1. 687 (G v, 60), où nnooTo est rendu par proie, correc- 
tement traduit \^a.v plaga. L. o42 (G iv, 44) r\^ priiia « ploya » [cf. 
Br. 128, 23 C|i2bn [Isa., lviii, o] si a pluyér) : lat. pliivia (Bohmer 
compare justement 1. 162, G m, 10, ûiaa pruie « pluie », lat. pluvia). 
La traduction latine de vjsb (1. 377, G i, 177 1 (où le texte français 
porte ■'ib-jinm [sic] de devant lui « avant son temps »), par de 
corani ipso, est due à une méprise ; devant a ici son ancienne 
signification temporelle, = « avant ». Dans 1. 378a (omise dans le 
texte imprimé] on trouve r:Db (G i, 179) ■•ibaîniT devant lui, et 
aucune glose latine; devant a ici sa signification locale ordinaire, 
= coram. L. 840 (G i, 230 1 -ar^y — a-iTn=i< (?) est rendu \}a.v placue- 
runt, d'après quoi le mot ne serait qu'une variante du sens rendu 
par adociret « adoucirent » il. 838 ; il semble plus probable, cepen- 
dant, que nous avons dans le français une traduction juste de 



1* HEVUE DES ETUDES JUIVES 

rilébreii, = « garantir», et que la terminaison du verbe [cf. la 
forme aplajer « être caution, garantir », de Br.i, était peut-être 
confondue avec celle de eciirsiret dans la ligne précédente. Je n'ai 
pas pu trouver dans les dictionnaires un verbe apla'mr = «plaire ». 
En tout cas il est certain que l'auteur du glossaire connaissait une 
forme en pr- du mot plegier •< garanlir ». On trouve la forme pre- 
jant à 1. 863 (G vu, 1\) comme traduction de anb, lat. fUleJubens. 
Bobmer paraît avoir été fort embarrassé par ce dernier mot. Il le 
traduit par /■r«7,y*'//î/ et dit C/. /.. p. "20-2) : « De vocabuli frayant vol 
fraiiant derivatione. . . priusquam dicamus, audiendi sunt jure 
consulti. » Autres cas d'erreurs de sens : 1. 91 2 (G ii, 101) [rs] 
n:£iE ovrant « ouvrant », lat. operam [cf. 1. 88o, G viii, l'24, \h^y 
ovranl « travaillant », lat. operans; et I. 1100, G vi, 48 'où, comme 
dans 1. 44, il faut lire an-ç: pour nrb] ûno : ovri « ouvrit », lat. 
aperuit : 1. 973 (G viii. 13âi Dmi: lor fiance « leur confiance », lai. 
fumts eonnn hic, le favKs du texte imprimé est une répétition de 
la ligne précédente) — erreur curieuse, due à une confusion avec 
l'ancien français fiens «iiente » (que Ton li'ouve aux 11. 34 [=rtDTrN] 
et 175 ,'= bb:»]); 1. 1162 (G ii, 123) rncn rusera « reculera », lat. 
tramferet — erreur causée par les deux significations de « ruser » 
dans l'ancien français [cf. Godefroy, s. v. reuser), « reculer » et 
« faire reculer ». 

Le groupe le plus grand d'erreurs grammaticales est dû à la 
confusion des modes ou des temps des verbes. Ainsi 1. 11 (G i, 
ii) ^"i^ aclarsi «resplendis» (impér.j est rendu i^slv clarificavit ; 
1. 109 (G II, 12) Ma viiîl est traduit par veni (peut-être, comme 
Bobmer le pense, est-il un lapsus cahuni pour venit); de même 
1. 288 (G Tx, 28) n-'Dim e châtie (impér.), lat. et correxit ; 1. 361 
(G III, 17) nbin [âc3] amaladit « malade ». lat. infirmatus est; 
1. 36o fG. IV, 'AO] bpri des iôa fNao'^n) « détruisit », lat. dissipans ; 
I.08I (G I, 182) bnnb iDnp 113) a devivolé « à profané », lat. ad 
violandmn; 1. 736 (G. iv, 60) nro ec[h]aferet « s'écbaufl'èrent », 
lat. calefaciunt ; 1. 769 iG viii, llljnwpî [-«r:-!] repot « caché», 
lat. tatuit ; 1. 1004-1005 G v, 84-85) ïj-ip eposa « épousa », lat. 
desponsa ; semont » manda, » lat. cita [sic). 

Dans un autre groupe d'exemples l'auteur latin a pris des noms 
pour des verbes : 1. 168 (G vu, 11) n-\:^ ronge « ronge » [cf. Godefroy 
et le « Dictionnaire général », s. v.), est traduit ruminât, erreur 
répétée dans l'index de Br., où le mot est rendu par « il ronge, 
rumine » [cf. aussi Br. p. 293 ; de môme 1. 473 (G viii, ^^) pn^ 



LE GLOSSAIRE D'OXFORD Ib 

verdure, lat. viridavit ; 1. 1056 G viii, 140 rî72-, vermine, lat. 
vermiculavit ; et peut-être 1. 1083 (G m, 47) pn-j amenuise 
« poussière ? » c/". Br. tneniise, « miette », Godefroy menuise, 
« menu morceau,... sable très menu », et amenuise, « diminution ») 
lat. comminuit. Cependant il est aussi possible que le traducteur 
latin ail déchitTré correctement la glose française eu lisant amenuisa 
« broya » ; dans ce cas, le glossateur a dû lire pn-i et a probable- 
ment songé au passage de Job, xiv, 19 : D"''3 ipnis D"':3î<. On trouve 
aussi Terreur contraire ; j'ai déjà parlé de la ligne 919 (voyez 
p. 46); notez encore 1. 11:22 iG i, 361 1 msn desirance « désir, 
objet désirable », lat. desiderans. 

On peut noter aussi des erreurs dans le nombre des mots et des 
participes, dues en général au caractère de la déclinaison nomi- 
nale de Tancien français : 1. 196 G vu, lo) ninpi-^ menanz « me- 
nant » (plur.>, — traduction beaucoup plus claire que le renvoi à 

1 Rois, V, 23 dans le commentaire de G — lat. dueens ; 1. 383 G viii, 

02 D"^i:"i73n colorez « colorés », lat. coloratu^ ; 1. 7o9 (G v, 69 try: 
'présant « plaisant ", lat. placentes ; l. 886 G viii, 12o bbi:? anfant 
« enfant », lat. infantes erj-eur qui peut avoir été occasionnée par 
le pluriel infantes aux 11. 882 et 884 . 

On trouve les erreurs suivantes dans la traduction des pronoms: 
1. 29 G I, 31 irçN amasa lui « Taccueillit », lat. congregavit illi 
(du illi de l. 28?), et 1. 363 G iv, 28 yn ib a lui sëete « a lui une 
flèclie », lat. sibi sagita. La traduction humiditas ejus l. 607, 
G IX, oOj pour ■'nb ma moitor « mon suc », est probablement une 
simple inadvertance, de même que infra eam (I. 1150, G x, 98) 
pour iDin dedanz lui « dedans lui ». Le glossateur latin s"est tout 
à fait mépris sur la construction du français de 1. 174 (G vni, 31) : 
VST 1^2 an verger se nez « dans le verger [de^ ses justes », lat. m 
virgultis ejus mundis : il a piis verger pour un pluriel et nez pour 
un adjectif qui le modilie. 

Il y a quelques assertions dans la description concise du manus- 
crit donné par Neubauer dans les Ro)nanisc/te Studien, l. /., p. 64, 
qui ont besoin de commentaire. Quant à la date, la conclusion de 
Micbel et Sievers, citée par Neubauer, qui assigne les caractères 
romains des gloses interlinéaires à la première moitié duxni« siècle, 
n'est pas acceptée par M. E.-W.-B. Nicholson. qui m"a informé que 
récriture est celle de la seconde moitié duxiii*^ siècle. Cette opinion 
est corroborée parles formes françaises du glossaire, dans lequel 
\a remplace :i: en plusieurs cas, par exemple, 11. 113, 331, 624, 648, 



16 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

aussi bien que par les exemples de la chute de s devant une con- 
sonne, par exemple aux 11. 23, 46, 76, 1 lo, 180, 508, 972, 4003, 1004, 
1043 vmais notez 9o, 106, 114, 23o!. L'assertion du docteur M. Gaster 
{Folk Lore, vol. vu. p. 225), que le manuscrit appartient au plus 
tard à la seconde moitié du xii^ siècle, paraît invraisemblable. 

Le glossaire se trouve, comme Neubauer l'indique dans son 
catalogue, aux iï. 232a-237 6 du manuscrit, d'après la pagination 
moderne au crayon; le renvoi aux fï. 286-292 dans les Roma- 
nische Studicn, s'applique à l'ancienne pagination à l'encre, 
devenue inexacte maintenant que le manuscrit a perdu nombre 
de feuillets. Chaque page contient, non quatre colonnes, comme 
Neubauer le dit, mais six, dont trois contiennent les mots hébreux 
et trois les gloses françaises. 

Le rapport du glossaire avec Moïse ibn Ezra explique la pré- 
sence, f. 2376, des vers dont parle Neubauer dans son catalogue. 
La première partie de ces vers, à la tète de laquelle se trouve le 
titre nrn, est, comme il l'indique à la colonne 1164 du catalogue, 
identique avec lénigme diversement attribuée à Abraham ibn Ezra 
et à Moïse ibn Ezra, publiée et traduite par le docteur Wilhelm 
Bâcher dans son ouvrage .lôr^^am ibn Esra ah Grammntiker, 
Strasbourg, 1882, p. 187 et seq. Le texte du manuscrit, tel qu'il a 
été copié pour moi par mon ami, le Révérend M. H. Segal d'Oxiord, 
s'accorde en général avec le texte du manuscrit de Hambourg dans 
Bâcher; il en dilTère par les leçons suivantes : 1. 1 : rhi 13' pour 
Trj-on ■'13'; 12a pour -«Da ; 1. 3 : uj-'p "'3N pour c-^p lai* "ja ; 1. 6 : xbn 
pour •'ia; 1. 7 : ^•r^y^ pour ■'T3>i ; 1. 7 : nsi-n pour rtmna ; 1. 10 : "ibreb 
pour mbTTûb; ■'-i"'\:;3' n^iî pour -^"y^-oyin '5n; 1. H : Nbi pour by^ ; 1. 12 : 
•jnbïJD pour '\n•i•Q^ ; ^z^':^ pour ^pvA; nrvhy pour iDinn. Puis viennent 
les deux lignes additionnelles : 

"is-'jp iTo-^n ■'DN bi< •yn)!ù^ \ n^iyn nmn -^i; bip siz^y^ 
rj-^'jy^z û-'NTip irani* | n-^ssb -^d û">nD3' nrb ^b 

qui comblent la lacune supposée par Bâcher [op. cit., p. 10, n. 50), 
et le dernier vers : 

.ir3Tn "^nm ^v•r' ^bn | iD'^n"' -«-lanTDb li-'iias 

Sous un titre marginal "in.s bp-o» suivent les v.ers imprimés par 
Dukes, « Moses ben Esra », Alloua, 1839, p. 110, d'après H. Ces 
vers se trouvent aussi en tète de B. Les variantes du manuscrit du 
glossaire et de B sont : 1. 1, N- p^jb pour aab, i33-»a-< pour isdid'' iB : 



LE GLOSSAIRE D"OXFORD H 

i:3"i3-' , 1. o, B : TTna pour n-nr:;; 1. 6, X- : ■'Ki ^-^•^^': pour "^n» îrn; ; 
N- et B : la: pour -as ; 1. 7, N- omet bo et a mDTn pour n-.DT. Puis 
suivent quelques vers qui se trouvent aussi dans f. \'î)ô} : 

mrD23 ;o : tcd;: 

"iiPErn "«zb "'Vn cj :2pbn I m:ibn ^:::x Y^ ~^- ■''^''"■' 

-ii»-ir-3 rnt "17:2 c^npC73 1 ■•nbs "i-i-in-ri i*^"' ^-t 

-nrD33 2";2wwS"i r|-::; ■'-in | rn-N-i ^.z'^y [0: "t3 c:*] T-nn i-ni<T 

.-nnsDn ■'nb mp?: [O : ->yr) ou -^yn ?; -Jn ncK | riT^b^D ibs "^ibrin -iirib 

A la fin viennent les mots : rfrarr; mnin ittb"i:3. 

Aux pages précédentes, on a eu assez souvent occasion de cor- 
riger des fautes de copiste ou d'impression dans le texte imprimé 
du glossaire, fautes très excusables, vu les conditions dans les- 
quelles on la publié. Les erreui's qui suivent ont quelque impor- 
tance : 1. 39. lire enceniuni Ducange : enc:£niu)n = donunt, 
)nuniisj pour oncomiuni (de même lire 1. ()24, encenia pour enco- 
mia ; 1. 62-63, le Naqdan, qui a ponctué quelques-uns des mots 
hébreux du glossaire, a cbangé la leçon primitive -zyr.^ en r;:r:s 
[cf. G VI, 0-6 : r;:7:N ; 1. 116, lire madificavU pour modificavU ; 
1. 1o8, lire y-jM-i de dedanz « de dedans »; 1. loi) lire alhendra 
pour alhedra • 1. 216. lire vilans pour bilans; 1. 249 G n, 37, 
lire t^nj*""!!.^ e devéera « et empêchera >> (le mot — i:i3"< dans le 
passage Ps., lxxvi, 13, cité dans G, est j'endu par devoyra 
« empêchera » dans Br. 481, 35: ; 1. 297, lire "Cî-jT-'-id, pro- 
bablement une erreur pour Oi:r-i3 princes ; le texte imprimé omet 
1. 343 a (G I. I4t) bnn : angoisse, anyustia. et insère 1. 34o. qui 
ne se trouve pas dans le manuscrit : 1. 412, lire regimen pour 
requiem ; 1. 423. lire •jV'^-n royon « rognon ». pour yt\ ; l. 436, lire 
uJjTiiii* ocident « occident », et occidens pour :2:-i"'::iî« et occident 
[cf. 1. 644] ; 1. oo2, lire '^-im^ pesant et gravis pour cïtkd et graves ; 
1. 644, lire 2"i3>7: pour a-icT: ; l. 636, lire suxit pour succit ; 11. 688 et 
689, lire rnb-'OT: pournib-'OT:; 1. 743. lire y"'::-nx;::-îi9 furet norciz 
« furent noircis », pour y-'ii-n.r.i-j-i'is : 1. 748, liie ci-^-^nsp"»» ecuit 
« secoua » pour "C'^'^iNp^iî : 1. 757. xiiiz-'^^'C'iii. esevrenient pour 
aj7:-i;-''::'N ; 1. 789. lire D-'i'^D ; 1. 768, lire ynbisîN anpoluz >< pollué » 
pour yb-iDrî^ : 1. 849, lire falsitas pour fiitas et transcrire •'::':;nd 
faseté « fausseté «; 1. 923 le f expliqué comme f[em.] est proba- 
blement un r biffé, la lettre initiale de regio ; 1. 9o4, lire ;:;"'x: nés 

T. LVn, X" 113. 2 



18 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

« vaisseaux » pour cx"*? ; 1. 967, lire uT^ancN eproveret [?\ pour 
L:n"'32nD"'i< : 1. 974, lire fortiludo pour fortem ; l. 1103, lire eradica 
poiw eridaca ; 1. 1109, lire dUitculum \iO{\Y diliculuni . Les fautes 
de Bolimer eu corrigeaut l'impéralif dhcooperi il. 171, G v, 9; en 
dùcoopeniit, eu iuterprétaut Timpératif spera (1. 1003, G vu, 87) 
comme .s7>«?.<, et en transcrivant emarits d. 1118, G n, 116 au lieu 
de emerez peuvent induire le lecteur en erreur. 

Il y a un nombre considérable de notes marginales en hébreu 
dans le glossaire; la plupart ont été omises dans le texte impj-imé. 
Elles ont peu d'importance. Ainsi nous trouvons, par exemple, à 
la ligne 38'2 la note l"^3r» 'd ; 1. 387 [Isa., xxxiv, 131 msnb T^iïn 'd 
nsjp-i ; 1. 9i9 mn^y '-oh; 1. 10:2^ D-'ry 'cb ; 1. 1 153 pN v^hn. Dans la 
note imprimée 1. 469 iG vu, 41 ^im est une faute d'impression 
pour mm; la citation provient de 1 Sam., xxn, 3. F. "235 v., on 
trouve la note suivante : (de) p?"-N o: "'3-5' '--^d r^ri'^Ti ca-». 

Les faits étudiés dans cet article aideront, je l'espère, à mieux 
comprendre un beau poème hispano-juif, et faciliteront au philo- 
logue l'appréciation d'un document singulier du passé des Juifs de 
France. 

David S. Blondheim. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT 

ET LE SINAI 



DANS 



LA RELATION PRIMITIVE, L'ÉVOLUTION DU TEXTE BIULIOUE 
ET LA TRADITION CHRISTIANO-MODERNE 



LA TRADITION CHRISTIANO-MODERNE, SES ORIGINES ET SA PERSISTANCE. 

La grande table calcaire qui forme la berge orienlale de la 
dépression de l'isthme de Suez, plongeant au nord dans la Méditer- 
ranée et s'élevant en pente uniforme et insensible dans la direction 
du sud, finit, de ce côté, aux escarpements à arêtes vives d'une falaise 
de plusieurs centaines de mètres de hauteur dont le saillant central 
à angle droit présente, sur la carte, la disposition d'un bastion 
gigantesque. Elle porte le nom de Gebel Et Tih, et le plan supé- 
l'ieur qui vient se briser à sa crête est Et Tih, le désert de Y <■< Ega- 
rement », une des plus inhospitalières régions de la surface du 
globe. Peu élevée en général, — ses altitudes maxima sont de 900 
ou 1,000 mètres au voisinage du bord méridional, — cette table 
calcaire ne reçoit pas une grande quantité d'eau et absorbe dans 
la profondeur des couches poreuses, sans la restituer, la petite 
fraction du produit des averses désertiques qui n'est pas immédiate- 
ment écoulée à la mer ou au désert du versant méditerranéen. Les 
points d'eau y sont extrêmement rares, la végétation nulle : c'est 
une étendue morte qu'on ne fait jamais que traverser rapidement. 
Mais sa situation est telle que les voyageurs ne peuvent éviter d'y 



20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

passer ; depuis rantiquilé la plus lointaine, deux systèmes de routes 
la parcoureiU, un faisceau est-ouesl dont la principale ligne est le 
sentier direct qui joint les extrémités des deux golfes terminaux de 
la mer Rouge, golfe de Suez et golfe d'Akaba, et un faisceau nord- 
sud constitué par les chemins qui mettent en relation, avec la côte 
méditerranéenne et la Palestine, les régions moins déshéritées de 
la péninsule comprise dans la fourche des deux golfes. 

Immédiatement au sud de la falaise de Tîh on trouve d'abord 
une zone de grès caractérisée par un relief montagneux très acci- 
denté et la porosité beaucoup moindre des masses rocheuses, de 
sorte que Teau est notablement plus abondante, jaillit en sources 
assez proches les unes des autres pour que le voyage dans la région 
soit facile, et d'une manière générale laisse assez d'humidité 
sur le sol pour que le sable du fond des vallées produise de beaux 
arbres et une suffisante quantité de la dure broussaille dont se 
repaissent les chameaux, les ânes et les chèvres. Ce n'est nulle 
part encore, sauf peut-être à Gharandel, sur la côte occidentale de 
la péninsule, le ruisseau qui coule et l'oasis verdoyante; mais la 
vie des clans nomades est déjà possible dans ces vallées, où elle est 
menée de temps immémorial par des hommes qui vivent de chasse 
et d'élevage, et du métier ((ui consiste à fournir des bêtes de somme 
et des convoyeurs aux étrangei's qui traversent leur lerriloii'c. Ces 
Bédouins sont déjà connus des Égyptiens de la première époque 
pharaoniqiu^, qui avaient des exploitations minières dans la mon- 
tagne à une ou deux journées de marche de la côte, et, comme 
leurs monuments nous l'apprennent, vivaient en bons termes avec 
les tribus indigènes, pour qui leur venue était probablement, comme 
celle des voyageurs modernes, une source de j'ichesse ; les chefs 
bédouins, comme ils font aujourd'hui encore, se mettaient au ser- 
vice des étrangers pour le convoi et l'approvisionnement en eau 
du camp et des caravanes. Les Égyptiens, en effet, n'eurent jamais 
dans ces mines du désert de colonie proprement dite, d'installations 
sédentaires et permanentes ; elles leur paraissaient inutiles pour 
les entreprises de ce genre, et eussent été d'un entretien trop diffi- 
cile dans une région où les plus indispensables conditions de la vie 
sédentaire ne sont pas réalisées. 

Ces conditions ne se rencontrent qu'au sud de la zone gréseuse, 
dans la grande montagne granitique qui foi'me l'extrémité de la 
péninsule entre les deux golfes. Son périmètre, très net, a le 
dessin d'un triangle dont la pointe regarde le sud, dont le côté 
occidental est formi' par la grande escarpe du G. Thebt, du G. 
Oumm Shômer et du G. Serbâl sur la plaine d'El Gâa, et dont 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI 21 

le côté septentrional est facile à suivre sur la carte, au pied du 
flanc nord du Serbâl, par le 0. Feîran et le 0. Esh Sheikli. Les 
sommets de ces grands massifs, qui gagnent partout une alti- 
tude supérieure à 2,000 mètres, reçoivent la neige en hiver et la 
laissent ruisseler lentement, d'un bout de Tannée à l'autre, au fond 
des innombrables vallées et ravins où la cuvette granitique impei'- 
méable i-etieut Teau, soit à l'état d'imbibition dans le lit de sable, 
soit à la surface. Pas une de ces gorges abruptes qui ne possède 
son ruisseau plus ou moins permanent, et partout où l'eau sort du 
sable, jaillit spontanément une admirable et dense végétation de 
caractère tropical, dans laquelle dominent les grands arbres, le 
tamarisque tarfah, le palmier, l'acacia sejal, et qui constitue enfin 
l'élément naturel sans lequel l'ijistallation sédentaire au désert n'est 
pas possible : l'oasis. Strictement limitée à la bande de terrain 
arrosée ou humectée, l'oasis serpente au fond de la vallée, parfois 
au fond d'une gorge large de quelques mètres, encadrée d'énormes 
falaises abruptes, et si l'on se représente l'étroit ruban de végéta- 
tion, le long du ruisseau, entre les flamboyantes murailles de gra- 
nit rouge, sous le soleil etle ciel bleu, on pourra se faire une idée 
de la beauté de certaines routes du sud de la péninsule. La plus 
étendue et la plus connue de ces oasis est celle de Feîran, dont le 
beau ruisseau est alimenté par les eaux du flanc nord du Serbâl; 
mais des fonds de vallées semblablement arrosés se rencontrent à 
chaque tournant de route, dans la région, sur le versant d'El Gàa 
comme dans la montagne intérieure, et le couvent de Sainte-Cathe- 
rine, au pied du G. Mousa, possède dans son enceinte plusieurs 
sources qui jaillissent intarissablement de la base de la montagne. 
Les eaus des cimes portent même la Vie k grande distance du pied 
de l'escarpe extérieure de l'ouest, grcàce à la disposition du lit 
rocheux sur lequel reposent les immenses dépôts alluviaux vomis 
parles ravins et qui forment la plaine désertique d'El Gàa. Sous le 
sable et le gravier, la roche compacte est en cuvette, et dirige les 
eaux du versant ouest du Serbâl et du 0. Hebrân jusqii à la pointe 
du G. El Arabah, où elles alimentent, au bord de la mer à quelques 
mètres au-dessous de la surface du sol, une nappe aqiiilère de débit 
illimité. Des puits, creusés là anciennement, ont permis les belles 
plantations de palmiers qui n'ont jamais cessé d'être développées 
et soigneusement entretenues et ont donné naissance, à l'origine, 
à la petite ville de Tôr, sur la côte. 

Ce port du sud de la péninsule, dans son oasis, est d'existence 
et d'occupation très anciennes ; Agatharchides, dans sa description 
de la mer Rouge, en des termes que Diodore reproduisit et qui se 



22 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

retrouvent chez Slrabon d'après Arteniidore ', parlait déjà de la 
grande Palmei-aie du littoral, de ses fontaines et de ses rassemble- 
ments périodi(|iies autour d'un antique sanctuaire, et cette descrip- 
tion no laisse aucun doute sur lidentité de la place. Non moins 
ancienne sans doute est la ville de Pharan, dont les ruines d'époque 
clirélienne, dans la grande oasis de Feîran, sur un des chemins 
principaux de la péninsule, ont été décrites par d'innombrables 
voyageurs; car longtemps avant Tinstallation dans ces montagnes 
des premières colonies chrétiennes au ni' siècle l'existence de la 
ville se manifeste dans la description de Ptolémée -. On voit que dès 
cette époque, et même beaucoup plus haut d'après ce que raconte 
Agatharchides de la Palmeraie de la côte occidentale, les oasis 
du sud de la péninsule étaient^ le lieu d'établissements séden- 
taires ; mais les conditions de ces établissements ne se manifestent 
clairement à nous qu'à partir du début de la période chrétienne, 
lorsque Pharan, Tôr et de nombreuses localités de la montagne 
granitique sont occui)ées par les colonies monastiques venues 
d'Egypte et que nous entendons parler, pour la première fois, du 
Sinai et des autres lieux du récit biblique de l'Exode comme situés 
dans le périmètre de ces ermitages et le long des roules qui y 
conduisent. 

Au point de vue de l'histoire de la tradition couramment accep- 
tée, jusqu'à nos jours, en ce qui concerne la géographie de l'Exode, 
il est important de se convaincre que cette localisation des stations 
de l'itinéraire et du Sinai dans la pointe de la péninsule, qui en a 
pris et gardé le nom de sinaitique. est en relation étroite avec l'ar- 
rivée des moines et n'a jamais pu, auparavant, être imaginée par 
personne. Un doute pourrait résulter de la présence du nom de 
Pharan chez Ptolémée, dans le passage dont il vient d'être ques- 
tion ; car il est parlé à plusieurs reprises d'un désert de Pharan 
dans les mentions bibliques du désert égypto-syrien. Ptolémée n'a- 
l-il pu faire une identification entre le Pharan biblique et la pénin- 
sule du nord de la mer Rouge, — on se rend compte que le nom de 
Pharan, chez lui, ne s'applique pas seulement à une localité, mais 
à tout l'ensemble d'un territoire, — et la péninsule une fois nommée 
ainsi d'après la Bible, employer également son nom pour désigner 
sa ville i)rincipale? Il est heureusement facile de voir que le géo- 

\. rragments du De mari Eri/threo (rAi,'<itliarchidcs dans la Bihllollù'que de Pho- 
liiH; voir Miillcr, Geof/r. (Iripci min., I, i». Hri-ITS ; plus complètement, Diodore, 11, 
VI 43 (Scripf. Gripc. Uibl.. I, p. ir.6-1.57), et Slral)oii, XVl, i, 18 {i^cripl. Grœc. 
Bibl., p. 660-661'. 

2. Ptolémée, V, xvi: C. Millier, Ptol. Geofjr., II. ]). 9'J3-995. 



LE SEJOU» DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SI.NAI 23 

graphe grec manquait de tous moyens de procéder de la sorte. Pas 
plus qu'aucun autre Grec de son temps 11 n'a connu la Bible, et 
l"eùt-il connue, qu'il eût été dans l'impossibilité d'interpréter sa 
géographie du désert égypto-syiien, étant donné qu"au sein des 
colonies juives égyptiennes de la période alexandrine, on ne savait 
plus rien de la localisation de TExode entre le passage de la mer 
Rouge et larrivée en Palesline. Cela ressort avec évidence du 
texte de Joséphe, qui, reprenant et développant le récit biblique, 
se borne à dire, au départ, que Souccoth est Latopoiis, et à l'ar- 
rivée, que Kadesh est Petra', identifications d'ailleurs absurdes; 
dautre part, Apion, écho indirect duu Juif alexandrin, sait seu- 
lement que le Sinai est entre lÉgypte et lArabie-, et une autre 
tradition alexandrine, conservée par Trogue Pompée, met le Sinai, 
fort singulièrement, en Damascène^. Ptolémée ne pouvait donc 
avoir aucun texte biblique en vue lorsqu'il enregistrait la ville de 
Pharan de la péninsule ; c'est bien sur place que le nom se j-en- 
contre à son époque. 

Quant au vieux Pharan biblique de Gen., xn , 6 ; xxi, 21 ; 
Nombr.,x, 12; xii, 16; xiii, 4; Deut., i, 1 ; xxxm, 1 suiv., il est 
considéré depuis longtemps que ce nom désigne la vaste région 
déserte que bornent la péninsule sinaïtique au sud, la marche 
méridionale de la Palestine au nord, TÉgypte à l'ouest, et à l'est le 
grand ouadi Arabah : en d'autres termes, le plateau de Tîh. C'est 
à cette antique désignation que se rapportent, sans doute, le nom 
dune vallée de Pharan citée par Josèphe sur les confins de la Pales- 
tine méridionale ', et aussi le Phara qu'un itinéraire de la Table de 
Peutinger met en plein désert de Tih, entre Kalaat en Nakhl et 
Akaba, ce qui montre qu'à l'époque qui suit le début de l'ère 
chrétienne il y avait dans la région sinaïtique plusieurs Pharan 
distincts, au nord un grand Pharan au voisinage de la Palestine, 
avec un plus ou moins grand nombre de localités portant ce nom, 
et au sud, la ville et l'oasis du pied du Serbàl. Si Ion ajoute à cela 
que longtemps après, d'après Macrizi'^ Faran comme nom de lieu 
se rencontre encore dans la grande Arabie, on sera tenté de voir 
dans le nom une vieille appellation arabe, dispersée ultérieurement 

1. Josèplie, Ant. JucL. II. lo. 1, et IV, 4, 7. 

2. Dans Josèphe, Contre Apion, II, 2,4 (Th. Reinach, Textes relatifs au juduisme, 
p. 128). 

3. Dans Justin, XXXVI, 2 Th. Reinach, loc. cit.. p. 234). 

4. Josèphe, De bellojud., IV, 9, 4. 

o. Macrizi, Descr. hisl. et topogr. de V Egypte, trail. Bnuriant, clans Mnn. de la 
miss. arck. française au Caire, XVII (189.o', p. 543. 



24 REVUt: DES ÉTUDES JUIVES 

sur un grand nombre de lieux parliculiers, mais qui aurait couvert 
en général, à l'époque antéliébraïqae, de vasles tenitoires compre- 
nant le nord el peut-être le centre de la péninsule sinaïtique. C'est 
le Pharan-rrrjion que seul connaît la Bible, et qu"on retrouve bien 
des siècles après, comme appellation de l'Arabie Pétrée, cbez 
Pline', puis, en même temps que Pharaii-vllle, dans le texte de 
Ptolémée. 

La relation de Ptolémée donne lieu à cette remarque importante, 
en outre, qu'il est le premier en date des géographes classiques qui 
ait quelques renseignements sur le territoire intérieur de la pénin- 
sule : tous ses prédécesseurs, Diodore, Slrabon, Pline, se contentent 
de décrire la côte et les ports des deux golfes. Il est manifeste 
qu'au II' siècle de notre ère, nul voyageur égyptien n'avait encore 
songé à s'égarer dans les montagnes qui forment larrière-plan de 
ces rivages, et qu'il fallut que les ermites du iii^ siècle allassent s'y 
réfugier en grand nombre pour que la région à l'est du golfe de 
Suez entrât en relation avec le monde occidental ; mais puisque 
les moines eurent à découvrir le pays où ils allaient s'installer, 
comment supposer qu'une localité biblique quelconque ait pu, avant 
eux, être attribuée à cette terre inconnue? Seuls, les ermites du 
sud de la péninsule furent en mesure de concevoir le Sinai comme 
situé dans les montagnes qui les environnaient et que des lecteurs 
de la Bible n'avaient jamais vues avant eux. 

Les premiers de ces immigrés, la cbose est claire, étaient arri- 
vés dans les vallées de la grande montagne sans la moindre idée 
préconçue de localisation géographique des noms de la Bible, el se 
trouvaient dans la meilleure disposition d'esprit poiu' placer le 
Sinai à proximité de leur nouvelle demeure, quelle que dût être sa 
situation à lest du bras de mer égyptô-arabique. Au cœur des 
imposants massifs de granit rouge de la péninsule, où les images 
de la tbéophanie sina'itique se présentent comme d'elles-mêmes, 
ils ne purent douter une minute que la montagne sacrée était 
devant eux, et furent peut-être afTermis dans cette conviction par 
la découverte, sur la roule ])rincipale el au pied du versant nord 
des grandes montagnes, d'une ville indigène dont le nom de 
Pharan était le même que celui du drsert de Plioran du récit 
biblique. Se donnèrent-ils réellement la peine de faire ce raisonne- 
ment".' Allèrent-ils plus loin et discutèrent-ils l'itinéraire biblique 
de l'Exode, dans lequel le lecteur peut trouver des raisons de 
croire à une inllcxiou de la i"oute des Israélites vers le sud de la 

1. Pline, lli!<l. Xal.. XXXVII, 40. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI 25 

péninsule? Il est plus probable quil n y eut, de leur part, aucun 
efTort critique, et que le Sinai s'indiqua au-dessus de leurs tètes en 
vertu dun simple et passionné désir Le détail du pbénomène 
importe d'ailleurs assez peu ; ce qu'il faut constater, c'est qu'il est 
accompli et a déjà porté ses conséquences à la fin du iir siècle, 
époque àlaqiielle se présente à nous, toute cristallisée et désormais 
invariable, la géogi'dL[)h\e péni/isiilaire de la montagne de Moïse et 
de ses abords. 

D'importants témoignages à ce sujet sont à la fin du iv« siècle, 
ceux d'Ammonius * et de Nilus-, qui, décrivant les ermitages de 
la région sinaïtique, nomment un certain nombre de localités dont 
plusieurs se retrouvent sans la moindre difficulté sur la carte mo- 
derne de la péninsule. Il est singulier que lagéograpbied'Ammonius 
et de Nilus, qui aboutit à la définition précise de ce qu'était le monde 
sinaïtiqite au iv^ siècle, nail jamais encore été faite. On constate, 
par exemple, que lorsque Laborde relève, en 18^8, la vallée et les 
ruines chrétiennes de Barabra ^ dans le bassin du 0. Hebrân, il ne 
sait pas qu'Ammonius et Xilus parlent de BetJwambe. et, inverse- 
ment, lorsquEbers, plus tard, fixe son attention sur ceBethrambe ', 
il ignore à tel point le Barabra de Laborde qu'il identifie Betbrambe 
avec les ruines du couvent de SujiHiijeh, dans le massif du Serbàl, 
qui est en réalité Salael de Nilus. De même on na jamais remarqué 
que Chobar d'Ammonius se place aux ruines du 0. Gharbeh ", 
au nord de Sainte-Catherine, et que, non loin de là, les couvents 
ruinés de TeleJi ou Tlah^ sont déjà nommés par Nilus, sous la 
forme Tliola. A ces localités bien identifiées il faut joindre celle 
de Tôr, qu'Ammonius décrit sous le nom de Raithou qui lui appar- 
tiendra seul jusqu'à la fin de l'époque byzantine, et enfin Pharan, 
dont on connaît les ruines importantes dans l'oasis de Feiran, qui 
conserve son nom, et dont Ammonius et Nilus parlent comme 
d'une ville, d'une sorte de capitale de la région : au hf siècle déjà, 
Eusèbe mentionne son évêché et déciil sa situation et ses murailles. 
Il résulte de tout cela qu'au iv« siècle, les chrétientés de la pénin- 
sule occupaient déjà toute la montagne comprise entre la vallée de 
Feîran, la plaine de Tôr et la région de Sainte-Catherine, soit un 
territoire d'une cinquantaine de kilomètres d'étendue et non pas 

1. Tillemont, Mémoires etc., éd. «le 1701-l';i2, VII. p. 573-^80. 

2. Tillemoat, Mémoires etc., même éd., XIV, p. 189-218. 

3. Laborde et Linant, Voyage de l'Arabie Pélrée. 1830, p. 6o et pi. 16. 

4. Ebeis, Durcli Gosen zum Sinai, 1812, p. 396. 

o. Account of Ike Survey (1869), p. 215, et cartes du Survey. 

6. Pocûcke, Descr. of the East (1743), l, p. 149, et cartes du Survey de 1869. 



26 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

seulement les environs immédiats de Pliaran comme on fut parfois 
tenté de le croire. 

C'est dans linlérieur de ce périmètre que les moines plaçaient le 
Sinai du récit biblique. Il nest pas impossible de reconnaître, dans 
le te.vle d"Ammonius, que la montagne sacrée était déjà placée, non 
au.Y environs de Pharan, mais daiisie disti-ict méridional, où devait 
la fixer la tradition définitive ; car Raithou, dit Ammonius, est 
à deux jours de distance, du Sinai. Gela n'a pas toutefois une 
grande importance au point de vue de rétablissement de la tradi- 
tion, qui fut déterminée, en ce qui concerne la localisation précise 
du Sinai, non par lopinion des moines du iv^ siècle, mais par la 
construction postérieure, dans le district du sud, du grand couvent- 
forteresse de Sainte-Catherine, qui accapara vite tous les souvenirs 
religieu.! de la région et su.t tirer à lui la montagne sacrée, en 
conformité ou non avec ce qui avait été admis auparavant. En fait, 
il parait bien que la compétition du Serbàl de Feîran et du G. Mousa 
de Sainte-Catherine pour l'identité avec le Sinai biblique, qui 
préoccupe tous les voyageurs du xix« siècle, remonte aux premiers 
jours de l'occupation chrétienne de ces montagnes Cosmas que 
nous citerons un peu plus loin, est à vrai dire le seul des écrivains 
antiques dont la relation laisse supposer une localisation du Sinai 
au Serbàl ; mais, comme devait le remarquer en premier lieu 
Burckhardt, les ruines de toute sorte qu'on relève le long des che- 
mins d'accès du Serbàl démontrent qu'à l'égal du G. Mousa, la 
grande cime qui domine le 0. Feîran fut à une certaine époque un 
lieu sacré, fréquenté par d'importants pèlerinages, et il est presque 
évident que la chrétienté de Pharan, au iv^ siècle, y plaçait le Sinai, 
en même temps que les communautés du district du sud le 
mettaient au G. Mousa, au pied duquel Sainte-Catherine devait être 
bâti plus tard. On a même des indices que la ville du nord, jusqu'à 
sa ruine à la fin du yiv siècle, défendit obstinément ses prétentions 
sinaUiques contre celles du grand couvent méridional, et la topo- 
nymie locale, ainsi que les traditions conservées dans les tribus 
bédouines, reflètent aujourd'hui encore l'antique querelle pour la 
possession de la montagne sacrée. Il existe en efi'et, un peu à Test 
du Serbàl, un petit sommet qu'on appelle G. El Mounadja, « mont 
de l'Entretien », et les indigènes de Feîran expliquent qu'il s'agit 
de l'entretien de Dieu avec Moïse ; ils ajoutent que leurs clans 
descendent de Jethro, le beau-])ère de Moïse, qui avait sa résidence 
dans leur vallée. Qu'on se transporte maintenant dans le district 
de Sainte-Catherine, on y trouvera, au pied du G. Mousa, un 
0. Schouaïb, — ce nom est colui du beau-père de Moïse dans la 



LE SEJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SLXAI 27 

tradition arabe * — et un peu plus à l'est un petit G El Mounadja 
nouiuié comme celui de Feîran -. La dualité des lieux sacrés de la 
légende mosaïque se maintint longlemps, comme on voit, dans les 
traditions locales, ignorée cependant, au cours des siècles qui 
suivirent la ruine de Pharan, des voyageurs et des pèlerins, que 
renseignaient seuls les moines de Sainte-Catherine; quant au nom 
même du « mont de Moïse », G. Motisa, on peut croire que les 
moines arrivèrent sans trop de peine à ce que leur montagne, 
exclusivement, en fût décorée. 

Quoi qu'il en fût d'ailleurs, antérieurement au vii« siècle, et qu'on 
parlât du Serbâl ou du G. Mousa. il élait entendu que le Sinai se 
trouvait dans le grand massif du sud de la péninsule. En outre de 
la montagne sacrée elle-même, tout litinéraire de l'Exode, depuis 
le passage de la mer Rouge jusqu'au lieu de la théophanie, était 
localisé en détail Dès le lu^ siècle, on trouve chez Eusèbe que la 
ville de Pharan est située à proximité du Raphidim où la bataille 
fut livrée aux Âmalécites, et cette localisation de Raphidim se 
retrouve, en termes presque identiques, chez la pseudo-Silvie, 
chez Cosmas et chez Antonin Martyr au vi^ siècle. La pseudo-Silvie 
et Cosmas sont d'accord, en outre, pour placer le passage de la 
mer Rouge au port de Klysma, dont le site, aujourd'hui ensablé, est 
un peu au nord de Suez et qui marquait le fond du golfe à l'époque 
des deux voyageurs. En ce qui concerne enfin la station biblique 
d'Elim, le lieu des palmiers et des fontaines entre le passage de la 
mer et Raphidim. la pseudo Silvie et Antonin Martyr la recon- 
naissent dans l'oasis de Gharandel Arandara, Surandala de leurs 
relations , dont le site agréable a été de tout temps celui de la prin- 
cipale halte des voyageurs sur la route de Suez au sud de la pénin- 

1. Hobab dans certaines formes des traditions que le texte biblique a conser- 
vées. 

2. Il est à remarquer que ce <■ mont de l'Entretien » de Dieu avec Moïse, dans le 
cas du district de Feîran comme dans celui du district du G. Mousa, est une petite 
montagne au pied de la grande, et son existeuce implique une très singulière énigme. 
Est-ce le lieu de la théophanie sinaïtique? La chose est peu probable, ce rrtle étant 
réservé à la grande montagne voisine, G. Mousa ou Serbàl. Est-ce le lieu de la pre- 
mière entrevue de Dieu avec Moïse, celle du Buisson ardent? On pourrait l'admettre 
dans le district du nord, mais au pied du G. Mousa l'explication est aussi impossible 
que la première, car il est entendu que l'emplacement du Buisson est dans l'intérieur 
même des murs de Sainte-Catherine. Gomme pour mieux affirmer la complexité du 
problème, Pococke nous apprend [Descr. of the East, 1743, I, p. 143) que de son 
temps, le petit G. El Mounadja voisin de Sainte-Catherine était appelé par les chré- 
tiens a mont de Moïse •. Ou devine uni! curieuse super[iosition de traditions succes- 
sives, incompatibles, plus ou moins incomprises à la longue et toutes indifféremment 
conservées. 



28 lŒVUE DES ETUDES JUIVES 

suie'. On voit combien précisément il était comi)ris, au vr siècle, 
que l'itinéraire de l'Exode avait conduit les Israélites dans le massif 
méridional de la péninsule, (ju'ils avaient passé la mer à Klysma, 
c\y\Elim était Gliarandel, RapJddim, loasis de Feîran, et le Sinai, 
une montagne de la région au sud de cette vallée. Un coup d'oeil 
jeté sur la carte montre que les intei'prétateurs de cette époque 
supposaient le plus naturellement du monde que pour se i-endre 
du fond de la mer Rouge au pied de leur Sinai, les Israélites avaient 
suivi la route ordinaire, le grand chemin qui, aujourd'hui encore, 
est le plus suivi des voyageurs le long du versant occidental de la 
péninsule. 

Les pèlerins du moyen âge. suivis par les voyageurs des temps 
modernes jusqu'au commencement du xix'= siècle, acceptèrent 
sans objection ces détails de géographie biblique, vraisemblables, 
d'ailleurs, dès qu'on acceptait l'idée que le Sinni était dans le sud 
delà presqu'île. Et comment douter que la montagne sacrée fût à 
cette place? Une grande forteresse y dressait ses murs, en plein 
désert, occupée de temps antique par des moines qui détenaient 
évidemment la vérité sur tout ce qui concernait, dans la région 
environnante, Sainte-Catherine d'Alexandi'ie et Moïse 2. Latradilion 
monacale faisait foi, de même, dans le monde scientifique arabe, 
et nous la retrouvons chez tous les géographes arabes^ du x-^ siècle 

1. Gosmas s'écarte, ici, de la pseudo-Silvie et d'Antouin, et met Elitn à Tùr. 11 
semble qu'il a simplement embrouillé ses données géo-M-aplii(jues, et non adopté une 
tradition parliculièie de localisation iréograpliiiiue. 

2. Cliez nombre de voyau'^eurs du moyen âge, ceiiendant, Framaynsberir en 1346, 
Breydenbacli et ses compairiions en 14S3, Bauniifarten en loOT. lielon en 1.^48, on 
constate une tendance à identifier le Sinai, non avec le G. Mousa. mais avec le G. Ka- 
therîn du voisinai.'e. Cela indique simplement une confusion commise par les i)elerins 
dans les traditions monacales relatives à Sainle-Catlieriiie et à Moïse, et ne sujipose 
en aucune manière un essai d'interprétation ori;:inale. 

3. 11 faut remarquer, à ce sujet, qu'il y a dans la géographie arabe, sur les événe- 
ments du récit de l'Exode, deux traditions d'origine dillérente. l'une concernant le 
Sinai. que les auteurs mettent à Sainte-Catlierine, — c'est l.i tradition monacale, — 
l'autre concernant le Midian où se réfugie Moïse lorsqu'il du! quitter l'Kgyjite et où 
il prit femme. Ce .Midian est identifié par les Arabes, d'une manière évidemment indé- 
jiendante des moines de Sainte-Catherine, avec la ville anticpie de Mudiau dont les 
ruines se rencontrent un peu à l'ouest de Makna, à quelques étapes d'Aila sur la 
route de la Mecque, C'est une place bien arrosée, appelée aussi Maghair Sc/iouaïb, 
du nom de Schuiaiih, transcrijitiou de Hobab de la Bible, qui est celui du lieau père 
de .Moïse dans la tradition arabe ; et il est unanimement enlemlu que le jinits de cette 
oasis est celui où Moïse abreuva les troupeaux de Scbouaïb. Une circonstance curieuse, 
comme nous verrons plus loin, est que cette identification aralie de Midiou avec le 
Madian de l'est du golfe d'Akaba, a été adoptée, avec des conséijuences que les 
Arabes n'avaient pas prévues, par le plus grand nombre des critiques modernes dejiuis 
VVellhauseu, et constitue aujourd'hui encore la théorie régnante. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DESERT ET LE SINAI 29 

au XV*. Lorsque souvrit, après la période des simples pèlerinages, 
celle des géographes et des voyageurs occidentaux modernes, il y 
avait si longtemps que la péninsule de la mer Rouge portait le nom 
de sinaïtique, si longtemps que la montagne au-dessus de Sainte- 
Catherine était le mont de Moïse, que les ohjets avaient pour ainsi 
dire acquis les qualités que les noms supposaient, et qu'un énorme 
effort intellectuel était nécessaire pour oser mettre en question le 
moindre détail de géographie biblique dans la région. Il était iné- 
vitable qu'avec la hardiesse croissante de l'esprit critique, on 
viendrait à se demander, un jour, pourquoi la montagne sacrée 
était placée au G. Moiisn de Sainte-Catherine plutôt qu'en tout 
autre point des massifs environnants, et qu'on se demanderait 
ensuite en vertu de quelle nécessité, de quelle indication du texte, 
on engageait avec le Sinai la route de l'Exode dans ce formidable 
crochet par le sud de la péninsule, si difficile à expliquer dans un 
itinéraire d'Egypte en Palestine La position de cette dernière ques- 
tion supposait, toutefois, une force d'indépendance d'un caractère 
scientifique tout moderne, car il fallait se dégager à la fois de la 
tradition monacale de Sainte-Catherine, représentée parles innom- 
brables relations de voyage écrites depuis le début du moyen âge, et 
de la vertu d'une appellation devenue géographique, — différencier, 
en un mot, le Sinai da texte biblique du Sinai des cartes immé- 
moriales, de sorte qu'il ne faut pas s'étonner que des tentatives 
de cet ordre ne se soient guère produites avant le dernier quart du 
xix« siècle. Quant à la question de savoir si le Sinai biblique était 
effectivement le G. Mousa, ou bien une autre des montagnes du 
massif péninsulaire, plus modeste, plus accessible à la mentalité 
des chercheurs parce qu'elle ne heurtait ni l'orthodoxie géogra- 
pbique, ni Tortbodoxie religieuse, et ne rompait directement en 
visière qu'à la tradition locale de Sainte-Catberine, il y avait chance 
de la voir soulevée relativement de bonne heure. En fait, aucun 
doute n'est encore émis sur la localisation de la montagne sacrée 
par les voyageurs du win^ siècle, Shaw, Pococke, Niebuhr,Volney 
en 1780, Coutelle et Rozière en 1800 ; Seelzen dans ses voyages de 
1807 et 1810. Riippell, dans ses nombreux voyages à partir de 1817, 
n'en sont pas inquiétés davantage' ; Burckhardt. qui fait l'ascension 
du Serbâl en 1810, est le premier qui se demande si cette magni- 
fique montagne ne pourrait pas avoir été celle où la loi fut donnée 
à Moïse. Ainsi s'ouvre l'interminable histoire de la compétition du 

1. Riippell est encore entièrement dans la tiadition ancienne: v. lîeisen in Abyssi- 
nien etc., 1838, p. 123 suiv. 



W «EVUK DES ÉTUDES JUIVES 

Serbàl et du G. Moiisa, dont les épisodes remplissent de manière 
étrangement stérile tous les travaux sinailiques du \ix° siècle. 

La première origine du débat réside dans le texte de Cosmas, 
dont la relation, vague et sans ordre, comme écrite par un homme 
qui n'a pas vu les lieux, contredit en plusieurs endroits les indica- 
tions précises de la pseudo-Silvie, d'Antonin et de leurs prédéces- 
seurs du iv« siècle. Alors que d'après la pseudo-Silvie, le Sinai est 
à 35 milles de Pharaii, ce qui correspond bien au site de Sainte- 
Catherine et du G. Mousa, Cosmas, seul de tous les anciens, le 
décrit comme situé à 6 milles de Pliaran, donnée inexplicable si 
]"on n'admet pas un Sinai placé dans le massif du Serbàl. Cosmas, 
cependant, a été rarement invoqué directement parles modernes 
partisans du Serbàl, dont les arguments procèdent en général 
d'enquêtes topograpbiques menées sur place et de l'observation 
des lieux de culte et des immenses escaliers d'accès qui ont 
laissé, de même qu'au G. Mousa, des vestiges nombreux sur les 
flancs et le sommet de la montagne. Burckhardt, observant ainsi, 
émet cette opinion d'une lucidité remarquable, qu'il y eut une 
époque où le Serbàl était le principal des lieux de pèlerinage de la 
péninsule et où on le considérait comme le lieu de la révélation 
sinaïtique ' : thèse absolument irréprochable, qui, laissant en 
dehors le problème de l'identification de la montagne de la Bible, 
envisage simplement l'histoire des lieux sacrés de la péninsule. 
Wellsted^, en 1833, se montre peu disposé à accepter les vues de 
Burckhardt sur le Serbàl, où il y a eu, certainement, un ancien 
lieu de culte, mais qu'on ne considérait pas forcément comme le 
Sinai : l'hypothèse d'une situation voisine du couvent est plus pro- 
bable à toute époque. Un peu plus tard, lord Lindsay (en 1837)^ 
reprend à son compte l'hypothèse de Burckhardt sur une localisa- 
lion ancienne au Serbàl, et, cherchant sur place le Sinai biblique 
véritable, le reconnaît, non au G. Mousa môme, mais dans le 
voisinage, au petit G. El Mounadja qui domine Sainte-Catherine au 
sud-est ^ parce qu'on accède tout droit à (;e piton lorsqu'on vient 
d'ErRaha, le grand fond de vallée à quelques kilomètres au nord- 

1. BurcklianJt, Travels in Syria etc.. 1822, \>. 609. 

2. Wellsled, Travels m Arabia, 1838, II, p. 100 suiv. 

3. Lindsay, Letfers on Ef/ijpl, Ëdoni and Ike llohj Land. 1839, pp. 292, 299. 

4. Notons que Lindsay se reucontie dans cette opinion avec l'une des traditions topo- 
^apliiques qui se superposent, sans se fondre, aux abords du G. Mousa : le G. El 
Mounadja est, en effet, le « mont de l'Entretien » de Dieu avec Moise, et nous savons 
par Pococi<e {Descr. of the Eas/, 1743. 1, p. 143) qu'à une certaine époque cette jietite 
montaL'ne est aussi le « mont de Moise » lui-même. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI 31 

ouest et dans lequel campa le peuple d'Israël. J. Kinnear ', en 1889, 
suit fidèlement en tout cela Lindsay, avec qui se rencontre d'autre 
part Robinson ■- pour placer le Sinai au même G. ElMounadja. 
Laborde, en traditionaliste pur, n'admet pas qu'on s'écarte en 
quelque manière du G. Mousa pour localiser la montagne sacrée^. 
Rilter, dans le volume de VErdkunde von Asie?i qu'il consacre à la 
péninsule, rapproche'' les renseignements anciens sur le Sinai, 
particulièrement celui de Cosmas, du fait de la fondation de 
Sainte-Catherine au pied du G. Mousa par les ordres du gouverne- 
ment de Byzance, et croit comprendre qu'il veut dès lors, en ce 
qui concerne la localisation du Sinai biblique, deux traditions dif- 
férentes, la tradition byzantine en faveur de la nouvelle forteresse 
religieuse et la vieille tradition égyptienne qui était pour le Serbâl. 
On remarque l'analogie de cette ingénieuse théorie avec les vues 
anciennes de Burckhardt. Strauss, en 1845, se tient encore dans les 
vues traditionnelles"', l.epsius, à la suite de son excursion de la 
même année dans la péninsule, intervient dans le débat et aboutit 
à cette conclusion, que le Sei'bâl est indubitablement le Sinai de 
rÉcriture". Cette certitude ti'ouve des adeptes tels que W. H. Bart- 
lett^ et J. Hogg^, mais Tischendorf, plus tard, après d'autres 
voyageurs comme Graul'\ se prononce non moins catégorique- 
ment en sens contraire '", avec un long exposé des arguments favo- 
rables au G. Mousa. Il est suivi par Fraas", avant qu'ait lieu la 
grande expédition dans la péninsule de YOrdnance Survey, dont 
les publications paraissent en 1869 ; leurs auteurs se tiennent, en 
ce qui concerne le Sinai, dans les vues traditionnelles, que E. H. 
Palmer développe, un peu plus tard, dans un livre d'ailleurs très 



1. J. Kinnear, Cairo, Petra and Damascus, 1841, p. 89 suiv. 

2. Ed. Robinson, Biblical Researckes etc., 2» éd. (1856'!. I, pp. 90 suiv., 119 suiv., 
14:j suiv. 

3. Laborde et Linaut, Voijufje de l'Arabie Pélrée, 1830. pass. ; Laborde, Cotnmen- 
luire géogrnp/iiq.ue etc., 1841, pass. 

4. C. Ritter, Shiai Halbinsel, 1848, dans Erdkunde von Asien. t. XIV, p. 31. 
•i. Ad. Strauss, Reise in das Morqenland, Sinai etc., 1847, p. 129. 

6. Reise des Prof. Lepsius von Theben nach der Halbinsel des Sinai, 184.5, pass,, 
et surtout Lepsius, Briefe ans Aer/'/plen etc., 1852, pp. 345 suiv., 416 suiv. 

1. W. H. Bartlett, Forly days in Ifte désert on Ihe Irack of Ihe Israélites etc., 
1848. 

8. J. Ho;.'ii, Remarks and additionnai views on Dr. Lepsius's proofs etc., dans 
Trans. of Uie Roijal Soc. of Lileraiure, 1850, p. 183 suiv. 

9. Graul, Reise nac/t Aegijplen und dem Sinai, 1854, H, p. 221. 

10. C. Tischendorf, Aus dem heiligen Lande, 1862, p. 92 suiv. 

11. 0. Fraas, Aus dem Orient, 1867, p. 16. 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bon '. Immédiatement apn^-s paraît le cél(^bre ouvrage d'Ebers, dans 
lequel le savant voyageur examine longuement les opinions anté- 
rieures sur la localisation de la montagne sacrée et s'arrête, avec 
Lepsius, à la désignation formelle du Serbàl-. 

Il est visible, à partir de ce moment, que tout est dit sur la ques- 
tion. On semble se désintéresser de la localisation au Serbàl ou au 
G. Mousa, et lorsque Reuss, par exemple, parle du Sinai et de 
l'Exode, il lui suffit, au point de vue géographique, de savoir que le 
Sinai est dans la péninsule, et que les Israélites le rencontrèrent 
le long de la route du versant occidental qu'ils suivirent pour 
atteindre le golfe dAkaba, dans l'impossibilité où ils étaient de 
gagner Akaba par la roule directe, mais dépourvue d'eau, qui tra- 
verse le désert de Tîh^. On voit que Reuss ne doute pas du grand 
crochet que doit avoir fait dans la péninsule l'itinéraire de l'Exode, 
tant est grande la force d'une habitude d'interprétation séculaire. 
Que les naturalistes et les géographes continuent à penser de la 
sorte, la chose est assez naturelle '* ; mais on a la surprise de voir 
qu'il en est encore de même chez Renan, qui admettrait volontiers 
que dans le détail, « tout le récit de lExode est mythique, et qu'il 
n'en faille rien retenir que la sortie d'Egypte et l'entrée dans la 
péninsule du Sinaï"' ». L'entrée dans la péninsule, donc, est histo- 
rique. Renan, d'ailleurs, ne s'écarte guère de ses prédécesseurs en 
ce qui concerne la géographie de cet itinéraire peut-être mythique ; 
Elim est toujours le 0. Gharandel ^ et Raphidini, toujours Pha- 
ran '^ ; quant au Sinai, aussi nommé Hoi'eb, il pense qu'il est plus 
naturel de le placer au Serbàl qu'au G. Mousa ou au G. Katherîn, 
situés trop au sud *. 

Renan se demande, cependant, pourquoi les fugitifs sortis 
d'Egypte ne suivirent pas la roule directe de Syrie" ; et il répond 
que leur faiblesse se serait dangereusement heurtée à la puissance 

1. Ordnunce Survey de 1869. Accounl of Ihe Suive;/, mûni. cJivei's: E H. Palmcr, 
The Désert of ike Exodus, 1871, pass. 

2. G. Ebers, Durch Goseii zum Sinai, 1872, p. 380-426 : v. iiotaninuMil ]>. 392 
suiv. CeUe loiiirue discussion n'est pas ce qu'il y a de moilleui' dans le l)eau livre 
d'Ebers, un des plus précieux recueils de renseiirnements ([u'on jiossèdc sur la pénin- 
sule. 

3. Ed. Ueuss. La Bible. L'hisloirc Sainte et la Loi, II ilS79), p. 44, ii. .'5. 

4. Voir, comme type d'ouvrage de cette catcirorie, Edw. Hull, Moitnt Seir, Sinai 
and Western Palestine, 188o, p. 51 suiv. 

3. Renan, Hist. du Peuple d'Israël, I (1889 , p. 161). 

6. Ibid., p. 166. 

7. Ibid., p. 171. 

8. Ibid., pp. 191, n. 1. et 200. 

9. Ibid., p. 162. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SL\AI 33 

des Philistins de la côte. Reuss, de même, éprouvait le besoin 
d'expliquer pourquoi le peuple avait passé par le sud de la pénin- 
sule pour faire la traversée de Suez à Akaba : inquiétudes au plus 
haut degré significatives, et qui annonçaient la mise en question 
définitive et prochaine de la géogvsiph'ie péninsulai?'e de l'Exode 
et de la montagne de la Loi. A vrai dire, la question était posée 
depuis longtemps à la date de 1889, mais les biblistes respectueux 
de la tradition ne devaient jamais l'entendre, et c'est une note très 
purement orthodoxe que donnent, par exemple, Lagrange' en 1899- 
1900 et J. Rendel-Harris - en 190:2. La science elle-même s'obstine 
dans le respect de la tradition ; en 1897, Maspero ^ admet les don- 
nées générales du récit biblique tel qu'il se présente à nous, et en 
1906, FI. Pétrie' décrit encore l'itinéraire des Israélites dans la 
péninsule sinaïtique comme le faisaient Robinson ou Laborde. Le 
xix» siècle, cependant, avait encore vu les pénétrantes études de 
Wellhausen, succédant à de plus anciennes tentatives dont nous 
allons maintenant faire l'histoire. 



II 

LE TRAVAIL CRITIQL'E DE LA FIN DU XIX= SIÈCLE ET DU DÉBUT DU XX^. 

Il y a déjà longtemps que l'idée de placer le Sinui en dehors de 
la péninsule s'est présentée pour la première fois. Le mérite de 
cette hardiesse appartient à Charles Tilstone Beke, qui expose en 
1834, dans les Origines hiblicx'^ du début de sa longue carrière 
scientifique, des notions extrêmement étranges sur le Sinai et les 
circonstances de l'histoire de l'Exode. Constatant que la mer 
Rouge, primitivement, pénétrait beaucoup plus avant quelle ne 
fait aujourd'hui dans les terres de l'isthme de Suez, et raisonnant 
sur certaines indications d'Hérodote, Beke se représente la situa- 
tion du Delta et de l'isthme, à l'époque de l'Exode, comme ce 
qu'elle fut en réalité, non à cette époque ni à aucune autre des 

1. Lagrange, Le Sitjai Biblique et L'itinéraire des Israélites du Pays de Gesse7i 
aux bords du Jourdain, dans Rev. Biblique, VIU (1899\ p. 369-392: IX (1900j, 
pp. 6.3-86.248-281, 414-449. 

2. J. Rendel-Harris dans J. Hastings, Dictionanj of tlie Bible, IV ,1902 , p. 536 suiv. 

3. Maspero, Histoire ancienne etc., II (1897), p. 444-447. 

4. FI. Pétrie, Researches in Sinai, 1906, p. 203 suiv. 

5. C. T. Beke, Orifjines Bibliœ or Researches in l'rimeval Histonj, 1834, I, 
p. 168-196. 

T. LVII, N» 113. 3 



34 REVUE UES ÉTUDES JUIVES 

temps historiques, mais au cours dune période géologique anté- 
rieure, alors que, le Delta non encore formé, le Nil s'ouviait en 
estuaire sur la Méditerranée, qu'un détroit marin unissait avec la 
mer Rouge. De là résulte, pourBeke, que le Miçraim biblique ne 
peut être situé ni sur l'isthme de Suez ni à l'ouest de l'isthme dans 
les limites de la Basse-Egypte actuelle, puisque ces terres n'exis- 
taient pas encore; et par suite, que le golfe de Suez n'a pu être 
rencontré par les Israélites sortis de Miçraim. Qu'est-ce donc que 
le yam soupJi, la « mer des Roseaux >-, quils eurent à traverser 
dans leur fuite? C'est le golfe d'Akaba. On voit alors qu'il n'est 
plus possible de placer dans la péninsule de Tùr ni le Sinai, ni le 
Midian où demeure Jetro ; comme ces lieux sont au delà du bras 
de mer franchi, on doit les trouver à l'est du golfe d'Akaba, c'est- 
à-dire sur le territoire de la grande Arabie. Où sont exactement 
Sinai et Horeb? Horeb, d'après la relation d'Exode, n'est pas loin 
de la route qui va de Midian (à l'est du golfe d'Akaba) en Miçraim 
lie désert au sud de la Palestine), et cette route passe par Petra ; 
le nom de Horeb rappelle d'ailleurs et celui d'Aradah et celui du 
mont Ho)\ voisin de Petra d'après Josèphe et Eusèbe, de sorte 
qu'on peut considérer Petra comme marquant à peu près la place 
de la monlagne biblique. 

Longtemps après la publication des Origines, Beke commença 
une série de voyages destinés à en vérifier et compléter les résul- 
tats. En 1801-62, il parcourt le Hauran ; vers 18t)i et plus tard, il 
est très occupé des questions relatives à lExode et à la position du 
Sinai \ et, en 1<S73, il découvi'e dans la description biblique de la 
tbéophanie que la montagne sacrée était un volcan 2; la même 
année, enfui, il part à la recherche de la montagne, sur la base 
des principes posés dans le livre de 1834, et découvre effectivement 
Sinai et Midian en Arabie, sur la côte occidentale de la mer Rouge: 
en ce qui concerne particulièrement le Sinai, il le reconnaît, à 
(juatre ou cinq heures au nord-est d'Akaba, dans le G. Baghir ou G. 
En Nou)\ '( mont de la Lumière ■' », dont le nom rappelle le volcan 
([ii'il fut encore à l'époque historique '. 

\. Voir. |iouf hihliogiiipliii', l'oinrage iiostluime do Brkc. Discoveries o/' Sinai in 
Arabia and of Midian, i^l8, \i. IH, n. 1, et Lcslic Stcplieii, Dicl. of Nul. liiof/iap/i;/, 
IV (1885), \>. 138-141. 

2. C. T. Beke, Mounl Sinai a Volcano, 187:} ; Discoveri/ of Ihe Irue MounL Sinai, 
1873. 

3. C. T. Beke, Discoi'eriesof Sinai in Arabia ami of Midian, 1818, pp. 4o suiv., 
124 suiv., 28.') suiv., 387 suiv. 

4. Le graud escarpement occidental de l'Arabie est, en ciïet, b(jrdé par une cliaîno 
de volcaus éteints, nu llarral, i\y\\ se jnolonge, au nord, tout le long de la dépi'ession 



LE SÉJtJUK DES ISHAÉLITES AU ÛÉSEHT ET LE SLNAI ^'6 

Il est bien clair que le point de départ de Beke, l'inexistence des 
teniloires de la Basse Egypte et de l'isthme au temps de l'Exode, 
étant faux, tout le reste de ses combinaisons s'évanouit en même 
temps. Mais il n'en est que plus curieux de constater que ses idées 
singulières devaient toutes, par la suite, être reprises et opiniâtre- 
ment défendues, en opposition, à vrai dire, les unes avec les 
autres. Que le Miçrahn biblique soit, originairement, le désert au 
sud de la Palestine, c'est la conviction de Winckler; que le yam 
soiiph soit le golfe d'Akaba, Sayce l'affirme; que Midian elle Sinai 
soient à l'est du golfe d'Akaba sur territoire arabique, c'est l'opinion 
de Burton, de Baker Greene, de Wellbausen, de Guy Le Sti'ange, 
de Moore, de Stade, de von Gall, de Bacntsch, cl finalement d'Kd. 
Meyer ' ; que le Sinai biblique, enfin, ait été un volcan, Gunkel, 
récemment, le retrouve, Ed. Meyer et H. Gressmann l'acceptent. 
Presque tout cela, cependant, est inexact, et nous nous attacherons 
particulièrement, plus loin, à montrer que Sinai et Midian ne sont 
pas à l'est du golfe d'Akaba comme le veut une théorie trop géné- 
l'alemenl acceptée. 

Grâlz, cependant, conclut différemment dès 1878, et veut cher- 
cher le Sinai biblique- dans le désert immédiatement voisin de 
loasis de Kadesh, Ain Gadis^, la place principale des souvenirs 
d'Israël au désert ; il le localise dans la montagne la plus remar- 
quable du massif au sud d'Aïn Gadis, le G. Araïf, à ^o kilom. de 
distance. Cette manière de voir très naturelle et très simple sera 
reprise, vers 1900, par Holzinger et par Cheyne, et nous serons 
ramené nous-mème au désert méridional de Kadesh en dernière 
analyse ; mais l'idée, aujourd'hui non plus qu'autrefois, n'est 

de l'Ârabali : v. à ce sujet Otto Lotli, Die Vulkanregion [Harra's) von Araiien nacli 
Jdkul, dans ZDMG, XXII (1868), p. 365-382, et remarquer, p. 378, ce qui concerne la 
Harrat al-Nur, «du feu », qui semble être identique à la montagne relevée par Beke; 
c'est le seul volcan de la région arabique dont des éruptions sont encore constatées à 
l'époque historique. 

1. Observer immédiatement, pour comprendre cela, que le Midian retrouvé par 
Beke dans la toponymie actuelle du district de Makna (Discoveries of Sinai etc., 
p. 338-349) est des plus réel? ; c'est le Madian que connaissent sur cette côte, au 
moyen âge, tous les géographes arabes; et tout près de là les indigènes connaissent 
Moyhair Schouaïb, la « grotte de Schouaib », beau-père de .Moïse, et l'on trouve les 
ruines il'un édifice qu'ils aj)pellent la mosquée de Moïse. On voit que, dans leur locali- 
sation du Midian biblique sur la cote de Makna, tous les savants qu'on vient de citer 
suivent simplement la tr.idition arabe locale. 

2. Grâtz, dans Monalsschrifl filr Geschichle des Judenthums, XXVII ^1878), p. 327 
suiv. ; V. particulièrement p. 337 suiv. 

3. Place que Trumbull devait découviir à nouveau vers 1880 (v. ci-après), mais qui 
avait été déjà signalée par Seetzen ea 1807 et John Rowlands en 1842. 



36 REVUE DES ETUDES JUIVES 

acceptée par le plus grand nombre des savants. Bnrton, en 1878 et 
1879, suit fidèlement Beke en ce qui concerne la localisation du 
Midian antique sur la côte de TArabio ', et Baker Greene, qui se 
rencontre à peu près avec Beke, on 1879, pour identifier le Sinai 
avec le mont Hor, — il convient d'ajouliM* qu'il renonce à faire le 
mont Hor voisin de Petra, d'après Josèplie elEusèbe.et le considère 
beaucoup plus justement comme formant une partie de Seir, — 
croit découvrir, de plus, qu'Elim de l'itinéraire biblique est Elath, 
l'antique /l/'/rt du fond du golfe d'Akaba ''', identification qui sera 
reprise par Sayce et lui servira à reconnaître le golfe d'Akaba dans 
le 1/am soitph. 

Reuss, en 1879, se tient beaucoupplus sainement dansla concep- 
tion classique d'un voyage des Israélites du fond du golfe de Suez au 
fond du golfe d'Akaba parla péninsule, avec rencontre du Sinai en un 
point indéterminé de l'espace intermédiaire; et portantson attention 
sur le texte, il en détache la phrase, souvent remarquée depuis, 
d'Ex., XV, 2o : « ...là il leur donna une loi et une règle, et là il 
réprouva... », aujourd'hui enchâssée dans l'histoire de la source 
de Mara, et soupçonne qu'elle pourrait se rapporter à la législation 
sina'itique '^. Celte simple remarque, extrêmement féconde en ce 
qu'elle permet d'entrevoir que la législation donnée au peuple par 

e dieu n'a peut-être rien de commun, primitivement, avec le Sinai, 
se présenta également à l'esprit de Wellliaiisen, mais, cette fois, à 
sa place, dans un ensemble de considérations déduites dans des 
conditions de clarté auxquelles les travaux ultérieurs ne devaient 
pas ajouter grand'chose, et d'où il ressortait que tout d'aboi'd, dans 
la plus ancienne forme de la tradition à laquelle il est possible de 
remonter, les Israélites traversaient directement le désert de la 
merdes Roseaux à la Palestine méridionale, et sans qu'il fût ques- 
tion du Sinai au cours du voyage. Bien que nous devions plus loin, 
avec Ed. Meyer, revenir en grand détail à cette question, il est 

utile de résumer ici ce que la pénétration de Wellhausen avait déjà 

acquis vers 1880 ''. 
L'observation capitale de Wellhausen i)orte sur ce que le récit 

1. Rii'haiil F. lUirlun, The Gold Mines of Midicai, 1818, p. 331 ; The Land of 
Midian, 1819, I, pp. 144 suiv , 235 suiv. 

2. Bakor Greene, The Uebrew Migration from Egypl \\"' éd., 1S79), 2' oïl. (1883;, 
pp. 138 suiv., no suiv. 

3 Ed. Reuss, La Bible. L'III.sloire Sainte et la Loi, II (18191, p. 4o et n. 2. 

4. La première éd. des Pi'olegomena zur Geschic/ite Israels de J. Wellhausen est 
de 1818, la seconde de 1883; après quoi viennenl les éditions, identiques de texte, de 
1886, 1895 et 1899. Voir principalement, dans cette 5" éd., les pp. 341-349 et 359. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI 37 

biblique, tel que nous lavons, place le Ibéàtre des événements, 
avant et après le passage au Sinai, dans la même localité, et qu'a- 
vant et après le Sinai, les événements racontés sont les mêmes, de 
sorte que Ton constate un véritable dédoublement d'une relation 
primitive avec intercalation, entre les deux versions dérivées,- de 
l'épisode sinaïtique. Cet épisode, enricbi à plusieurs reprises par 
des additions de plus en plus étendues au primitif recueil de 
prescriptions qui se rattachait à la manileslation divine, finit par 
prendre un développement extraordinaire, et remplit dans l'état 
actuel du texte toute la fin d Exode de[)uis le cbap. xix (arrivée 
au Sinai), le Lévitique entier et la presque totalité de >ombres, 
jusqu'au chap. xxi, où le récit naturel des événements reprend au 
début de la conquête delà Palestine. On se retrouve alors Nombr., 
xx) à Kadesh, où nous conduisait déjà, avant l'intercalation. Exode, 
XVII, dans lequel le nom de Kadesh a disparu, suppléé par les 
noms de Massa et Meriôa: mais ces noms appartiennent à Kadesh 
en toute cei'titude'. En ce lieu se déroule Ihistoii-e du miracle 
de la source que Moïse fait jaillir du rocher, et que racontent 
de la même manière Ex., xvii, et Nombr., xx ; le dédoublement 
de la narration primitive est encore caractérisé par le retour de 
l'épisode de la manne, raconté dans Ex., xvi, et Nombr., xi, et du 
récit de linslitution de Juges et d'Anciens sur le peuple qu'on 
trouve dans Ex., xviii, et Nomhr., xi. Qu'est-ce que cela indique? 
L'épisode intercalaire du Sinai supprimé, les doublets de Nombr., 
XI et XX fondus dans les passages correspondants d'Ex., xvi-xviii, 
il reste un récit déforme très simple dans lequel le voyage conduit 
directement le peuple de la frontière égyptienne à Kadesh, où 
il passe les quarante années du séjour au désert sur les confins 
méridionaux de la Palestine : c'est également à Kadesh, par suite, 
que dans cette forme primitive de la tradition avait lieu la révéla- 
tion de la Loi. 

A cette révélation, continue ^Yellhausen, se rapporte la phrase 
précédemment citée, aujourd'hui perdue au milieu dune histoire 
complètement étrangère, d'Ex., xv, 2o : « ...là il leur donna une loi 
et une règle, et là il l'éprouva... ». Ces idées de loi et iV épreuve 
sont évidemment les mêmes que celles qu'expriment les noms de 



1. Meriba, sous la forme Mè Meribat, V « eau de la querelle i>, nettement situé à 
Kadesli par Nombr., xx, 1-13, et Xombr., xxvii, 14 = Deut.. xxxii, 51 ; la relation 
étroite lie Massa et Meriba ressortant d'Ex., xvii, 7. La « querelle >> de l'eau de 
Meribat-KadesU est le débat de justice, le procès, comme il est montré par le nom que 
porte la source de Kadesh dans Gen., xiv, 7 : En mis/ipaf, la « source de justice ». 



38 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Meriba, « le débat », le lieu de « justice » ', et de Massa, r« épreuve », 
et cela vérifie que le lambeau eu question a trait à un épisode 
situé à Kadesb. Ce fragment est un des rares débris de la lelation 
primitive qu'on arrive à extraire du texte bouleversé qui nous est 
parvenu ; ce que la rédaction première pouvait être, quant au 
voyage au désert et à l'arrivée à Kadesb, Welihausen n'essaie pas 
de le reconstituer, et nul n'aura la bardiesse de s'y risquer avant 
FaI. Meyer et Bernb. Lutlier en 1906. 

Qu'est-ce au juste que ce lieu de Kadesb, dont Wellbauscn sait 
déjà qu'il est le centre des souvenirs du séjour au désert, le tbéà- 
tre de tous les épisodes dont Moïse est le personnage? Dès 1881, 
on apprenait que Kadesb était retrouvé, par H. C. Trumbull, dans 
l'oasis Ain Gadis sur la lisière méridionale de la Palestine^, et 
cette belle découverte, que rien n'est venu démentir depuis lors, 
peut être considérée comme tout à fait acquise. En 1884, Trumbull 
donna une description détaillée de celte grande oasis, au fond 
d'une vallée encadrée de collines, parcourue par un ruisseau dont 
l'eau jaillit du rocber en abondance ^ ; il n'y eut plus de difficulté, 
à partir de ce moment, à comprendre que ce point important du 
désert égypto-palestinien ait groupé tous les souvenirs de la vie au 
désert qu'on possédait encore au temps des premiers rédacteurs. 

Wellbausen, cependant, ne fait point état de la découverte de 
Trumbull. Ayant esquissé, comme nous venons de le voir, la forme 
du récit primitif du voyage d Egypte à Kadesb, où le Sinai n'appa- 
raît pas, il aborde la question de cette montagne sacrée et de son 
introduction dans un encbaînement de faits jusqu'alors extrême- 
ment cobérent et simple. Le Sinai, cependant, n'est pas une iuven- 
lion postérieure ; il existe à l'époque de la tradition la plus 
ancienne, mais sans rapport aucun avec le récit du voyage et la 
révélation delà Loi. Essentiellement, c'est la montagne de labve, 
la résidence du dieu, qui la quitte parfois pour venir au peuple, 
comme il ressort de Dent., xxxiii, !2, et de Jug., v, 4; dans le pre- 
mier de ces deux passages, c'est à Kadesb que se rend le dieu, 
et cela permet d'induire qu'il agissait de même dans la relation 

1. V. nolo prccédcriti'. 

2. H. Clay Tnitnl)ull, A visit lo Ain Qaclis, Ihe supposed Site of Kades/t Barnea, 
dans Quart. Statemenl, 1881, p. 208-212. 

3. H. C. Truml)ull, Kadesh Baniea, it.s importance and probable site witli Ihe 
storij of a hunt for it including sludies of t/ie route of Ihe Iixodtis and Ihe sou- 
Ihern boiindarij of Ihe llolij Land. New-York, 1884 (v. iiarticulièrement \>. 238- 
275'. Cf. H. Giilli.'. //. Clai/ TrumlrnlVs Kadesh Barnea, dans ZDPV. MU (1885), 
p. 182-232. 



LE SEJOUK DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI 39 

primitive du séjour du peuple à Kadesh, où le dieu se Iransporlait 
pour la révélation de la Loi. On croit comprendre qu'au bout d'un 
cerlain temps il parut peu convenable que le dieu se déplaçât ainsi 
pour venir au peuple, et qu'un rédacteur jugea meilleur que le 
peuple fût allé au dieu pour recevoir la révélation : ainsi la men- 
tion d'une expédition au Sinai fut intercalée dans le récit, et le 
Sinai devint une station de l'itinéraire. Wellliausen essaie, de plus, 
de préciser sous quelle forme l'intercalation de l'épisode fut réali- 
sée tout d'abord [ProL, 5<= éd., p. 349^ ; mais il tombe à cet endroit 
dans des erreurs qu'il serait sans intérêt de suivre ici. Bornons- 
nous à dire immédiatement que le voyage au Sinai, très probable- 
ment, avait Kadesh pour point de dépait et lamenait le peuple à 
Kadesh après l'entrevue divine. 

A l'époque relativement récente du Code sacerdotal ou docu- 
ment P, 400 av. J.-C.;, le cadre du récit n'a pas changé, et c'est 
toujours à Kadesh que le peuple arrive à sa descente du Sinai ; 
mais, comme ro])serve Wellhausen, le nom de Kadesh est alors 
supprimé partout, remplacé par ceux du désert du Sinai, du désert 
de Pharan, du désert de Sin : visiblement, l'orthodoxie hiéroso- 
lymite de l'époque sacerdotale prend ombrage de l'antique renom- 
mée de Kadesh, lieu sacré « par le long séjour qu'y avaient fait 
les Israélites avec Moise » p. 359 . Cette dernière explication est 
incomplète seulement dans la forme; car Wellhausen a parfaite- 
ment compris que la source de « justice » que Mo'ise fait jaillir du 
rocher, décèle l'existence d'un oracle local dont on fait remonter 
à Moise l'origine, et par suite que ce sanctuaire de l'oasis, Kadesh, 
appartient dans la même tradition à Moïse, c'est-à-dire à lahve. 

Il ne nous reste plus à interroger Wellhausen que sur un seul 
point, la situation du Sinai dont la mention fut intercalée dans le 
récit primitif du voyage au désert. Wellhausen traite la question 
en peu de mots et avec un cerlain mépris, la qualifiant presque 
d'insoluble p 349, notei; pourtant, dit-il, la meilleure indication 
qu'on trouve à ce sujet dans la Bible réside dans la relation qu'il y 
a entre Sinai et le Midian d'Ex., ii, lequel est vraisemblablement 
identique au Madiaii de la côte arabique à l'est de la mer Rouge : 
la localisation qui en résulte pour le Sinai satisfait bien aux con- 
ditions de l'itinéraire du Sinai à Kadesh, par Seir ei Pharan, qu'on 
trouve dansDeut., xxxiii, 2, et d'où résulte que le Sinai est conçu 
comme situé au sud-est d'Edom. 

On voit que Wellhausen possède déjà en totalité la théorie 
sur le Sinai à laquelle se tient aujourd'hui encore Ed. Meyer. Il 
sait d'abord, et c'est exact, que le Sinai appartient au Midian où le 



40 ' REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

beau-père de Moïse est prêtre ', et pour situer Midian et Sinai il 
invoque Deut., xxxm, ^, d'après quoi ces localités, par rapport à 
Kadesh, doivent se trouver du même côté que le pays de Seif, qui 
estEdom, c'est-à-dire au sud-est. Mais à quelle distance? Dillmann, 
en 1880, limitant le problème à la considération de ce passage de 
Deut., xxxm et de celui, très analogue, de Jug., v, 4, conclut sim- 
plement que la montagne est en Edom même"-. Tout à fait pareil- 
lement raisonne, plus tard, Rud. Smend^. Mais chez Wellhausen 
intervient, ici, l'eri'eur trop suivie dont il paraît être l'auteur res- 
ponsable et qui consiste à identifier le 31idian biblique avec le 
lointain Madian de Test du golfe d'Akaba décrit partons les géogra- 
phes arabes''. Nous reviendrons plus loin à la question, et verrons 
que Sinai et Midian ne sont pas à si grande distance de la Palestine 
méridionale. Pour l'instant, notons seulement la curieuse rencon- 
tre de la localisation sina'itique de Wellhausen avec la localisation 
à laquelle Beke, jadis, avait abouti par les voies singulières que 
nous avons vues. 

Après Wellhausen, de longues années se passent pendant les- 
quelles les questions relatives à la forme primitive de la relation 
de l'Exode restent à peu près stationnaires. Seule progresse la 
question du Sinai dans ses rapports avec Kadesh et avec les débuts 
de la religion iahviste ; mais Stade, ([ui s'en occupe, etWinckler, qui 
est la plupart du temps l'adversaire de Stade, cherchent à faire 
l'histoire des événements réels plutôt que l'histoire du texte bibli- 
que, et cela les oblige à un effort perpétuel et pénible pour ti-ans- 
poser la tradition sur le plan historique proprement dit. Voilà 
Stade, qui, en 1881, discute dans quelle mesure il y a lieu d'attribuer 

1. Cette superposition de Sinai et de Midian est assez diflicile ;i drmiuiticr en 
toute rigueur. Si l'on prend le texte en gros, consid(5rant Sinai comme identique avec 
lloreb et la rnontaçjne de Dieu, et acceptant le beau-père de Moise sous ses difTérents 
noms de prêtre de Midian et de letro, la relation apparaîtra clairement, puisque 
letro liubite près de la montagne de Dieu (Ex., m, !) : mais si Ton diftereneic les 
sources, laissant h J, comme il convient, les appellations Sinai et prêtre de Midian, 
et à E celles d'Horeô ou montagne de Dieu et de letro, on verra que la relation 
intime de Sinai et de Midian, dans J, ne jieut être qu'induite par analogie avec celle 
qu'on constate dans E entre Horeb et letro. Point d'autre moyen; et lorsciu'on expli- 
quera, plus loin, la parenté de Moise et du prôlrc de Midian comme exiirimant celle 
des cultes de Kadesb et du Sinai, nous verrons qu'on sera obligé de considérer l'iden- 
tité de Sinai et de Midian comme préalablement établie. 

2. Dillmann, Kxodus und Leviticus, 1880 (1" éd.), 1897 (.l- éd., R.vssel). 

:!. Rud. Sniend, Lehrhuch der alteslementl. lieligionsgesch., 2^ éd., 1899. p. 31. 

4. V., à ce sujet, la n. 1 de la p. 3.u ci-avant, et remarquer l'assurance avec laquelle 
Guy Le Strange, après Wellhausen, suit la tradition indigène locale de ce pays de 
Madian pour l'identifier avec le Midian do la Bible (Huy Le Stranue, Palestine under 
the Mosleins. 1890, p. 498). 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI 41 

un fondement historique à la tradition du séjour en Egypte, inter- 
prète la parenté de Moïse avec un Kainite ou un Midianite comme 
exprimant le fait positif de Temprimt de la religion iahviste aux 
tribus environnant le sanctuaire antéisraélite du Sinai, et cherche 
à voir à quels événements se rapporte le souvenir d'un sanctuaire 
à Kadesh '. Jusqu'en ses dernières œuvres, Stade n'arrivera jamais 
à se détacher de cette manière d'envisager les choses. 

Winckler, lui aussi, fait de l'histoire proprement dite, lorsque, 
dans son remarquable mémoire de 1893, il cherche à établir- que 
le séjour d'Israël en Egypte est un malentendu, et qu une tradition 
bien informée, antéi'ieure à vrai dire aux premières formes de ré- 
daction auxquelles on arrive à remonter, plaçait toute l'histoire des 
origines nationales dans le désert au sud de la Palestine. Miçraim, 
dit Winckler, est primitivement le J/usri de l'Arabie du Nord et 
non l'Egypte, bien que de très bonne heure une confusion à ce 
sujet se soit établie ; on remonte toutefois à la signification origi- 
nale du terme par plusieurs moyens, notamment par l'analyse de 
l'histoire d'Agar, femme de Musr, dont le fils épouse une femme 
de Musr, laquelle hisloii'e. de toute évidence, est entièrement 
située au désert. Les plus anciens souvenirs des Israélites se rap- 
portent au désert de la région sinaïtique, Seir et Sinai du chant de 
Dehora, Sinai qui est la demeure du dieu national; des siècles ont 
passé près de là, dans un état de communauté d'occupation et de 
connuhium avec les tribus arabes du voisinage, comme la légende de 
Moïse l'indique, et c'est là que se forma le peuple qui devait con- 
quérir la Palestine ; aucune de ses fractions jamais ne s'engagea 
en Egypte pour y faire un séjour de durée, car ces égarés ne 
seraient pas revenus. Si l'on put croire, plus lard à un séjour du 
peuple en Egypte, c'est par une confusion entre le nom du désert 
de l'habitat primitif, Mus,r ou Misr, et le nom identique qui servait 
à désigner lÉgypte ; mais cette confusion est déjà accomplie au 
temps des plus anciens rédacteurs, car dans leur esprit, la réalité 
des épisodes égyptiens est tout à fait certaine. 

Telle est la théorie de Winckler, à laquelle il devait revenir dans 
des termes peu différents en 1898^ ; elle a des côtés séduisants, et 

1. B. Stade, Gesch. des Volkes Israël, dans W. Oiicken, Allg. Gesch. in Einzel- 
darsfeUunr/en ; I (1887). p. 128-133 unipr. en 1881). 

2. H. Winckler, Das Nordarabische Land Musri in den Inschriften tend der 
Bibel, dans Altor. Foi'sckiingen, I (1893', p. 24-40, et note additionnelle sur Misr=^ 
Arabie du nord, Edom, etc., même vol., p. 337-338. 

3. H. Winckler, Musri, Meluhha, Ma'tn, dans Milleilunçjen d. Vorderas. Ges., 1898, 
fasc. 1 et 4. 



42 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

s'est vue tantôt acceptée ', tantùL ol)stin('mpnt combattue^ En ce 
qui nous concerne, nous nous hofuerons à noter qu'elle se déve- 
loppe sur un teri'ain tout difFérent de celui de Thistoire du texte, et 
n'atTecte en rien les notions relatives à la rédaction de J. Tout au 
plus pourrait-on remarquer que la parenté de Moïse avec \& prêtre 
de JlUdian est interprétée i)ar Winckler comme le souvenir de 
relations réelles, et non comme l'expression de relations supposées, 
à raison ou à tort, par les premiers rédacteurs ; Stade, un peu plus 
tard, se rendra coupable de confusions analogues. En ce qui con- 
cerne d'autre part la situation du Sinai, on a vu que c'est avec Seir 
que Winckler le met en rapport, d'après les indications de Deut., 
XXXIII, 2, et de Jug , v, 4, et en opposition avec les nombreux 
partisans d'une localisation à Test du golfe d'Akaba. Dix ans 
après, Winckler reproduira la môme manière de voir en cette 
question. 

Moins remarquables sont les considérations auxquelles Sayce, 
de 1893 à 1897, se livre sur le Sinai et l'Exode^ Raisonnant sur 
Jug., V, 4, et Nombi-., xxxiii, 2, à la manière de Dillmann, de Smend 
et de Winckler, il pense que le Sinai de ces textes anciens est en 
Edom, ce qui est d'une simplicité très saine, mais ne lui paraît pas 

1. Moore dans Cheyne et Black, Enajclopaedla Biùlica, col. 1431 (1901) ; Gunkol, 
Genesis. 

2. Ed. Meyer. Die hraelilen und ihre Nac/ibcuslaiiutie, 190G, j». 4'j.o suiv. — Lors- 
qu'on étudie la théorie de Winckler, on croit tout d'ahord y apercevoir une invraisem- 
blance grave dans le fait que le même nom aurait servi, très anciennement et durant 
des siècles, pour désigner le désert ésypto-palestinien et l'Egypte. Mais l'invraisem- 
blance n'est ((u'apparente, et si cette homonymie a eu lieu comme le pense Winckler, 
ce n'est point par une coïncidence fortuite; Misr aura été la désignation du désert 
méridional, tout d'abord, pour les gens de la Palestine, à une époque où leurs notions 
géographiques ne dépassaient pas les limites de la mer Rouge et de l'isthme de Suez, 
puis le nom se sera étendu aux régions africaines. en même temps que l'horizon géo- 
graphique s'élaruissait du côté occidental. Ce phénomène d'extension des noms géo- 
graphiques i)rimitivement donnés à une zone limitrophe, est connu par de très nom- 
breux exemples. Citons celui des noms de Lolanou et de Horoii, dont l'histoire est 
curieusement symétrique de celle du nom de Misr que nous venons d'esquisser par 
induction ; beaucoup plus certainement on sait que Lolanou, pour les Égyptiens de l'an 
2000 av. J.-C, était le nom du désert égypto-syrien, et Horou, celui de la côte médi- 
terranéenne immédiatement au delà de l'isthme de Suez, avant que les deux noms 
arrivassent à s'étendre vers le nord-est de telle manière que Lolanou, pour les géo- 
graphes égyptiens du Nouvel Empire, s'appli<iuàt à la Syrie intérieure tout entière, et 
Horou, à la Syrie maritime. Voir à ce sujet, en dernier lieu, Is. Lévy, Lotanu-Lolan, 
dans Sphinx, IX (1905), p. 70-86, et Les Horiles, Edom et Jacob dans les monu- 
menls éfji/pliens, dans Rev. des Eludes Juives, Ll '1906), p. 32-.')l. 

3. A. H. Sayce, dans Impérial and Asiatic Quarterl;/ Review, VI (1893), p. i-49 
suiv.; The Ilir/her Crilicism and Ihe Verdicl of Ihe Monuments, 180 1, p. 263 suiv.; 
The Earlij Hislorj/ of the Hebreu-s, 1897, p. 180-189. 



LE SÉJOUR DES ISRAELITES AU DÉSERT ET LE SINAI 43 

faire obstacle à la conception d'un itinéraire de TExode dans 
loqiiei le f/am souph est identifié avec le golfe d\\k.aba, au fond 
duquel on retrouve VElini biblique en la ville connue d'Elath, 
Alla. On ne peut s'empècber de rapprocber tout cela du livre cité 
plus baut de Baker Greene (1879-1883 , qui mettait Elini sur le golfe 
d'Aila et le Sinai en Seir. 

Avec Moore, en 189o, nous retrouvons ' dans son enchevêtrement 
de vérité et d'erreur la tbéorie créée par Wellhausen : le Sinai est 
en Midian cela est vraii, sur la côte de la grande Arabie (cela ré- 
sulte de ridentification injustifiée du Midian biblique avec le Madian 
arabe du moyen cage. L'article de Haynes-, en 1896, mérite à peine 
d'être cité ; à côté d'un bon résumé, d'après Wellhausen, du rôle de 
Kadesh dans l'histoire du séjour au désert, on y trouve des consi- 
dérations enfantines sur l'emplacement du Sinai, qui doit être situé 
entre l'Egypte et Kadesh. 

En 1897 paraît le mémoire connu dans lequel Stade ^ étudie les 
relations primitives de lahve, dieu national d'Israël, avec les tribus 
indigènes domiciliées autour du Sinai. Il est temps de préciser les 
termes de la question, à laquelle nous avons fait allusion plusieurs 
fois déjà. Comme nous lavons brièvement indiqué à propos de 
Wellhausen ^ci-avant, n. 1, p. 40), on arrive à se rendre compte que 
la personne du beau-père de Moïse est en relation étroite avec le 
Sinai de lahve. Le beau-père est nommé ditféremment par plusieurs 
traditions différentes, letro dans E, prêtre de Midian Qi Kain ou 
Hobaô le Kainite dans deux traditions que J a recueillies ; le dieu 
dont il est « prêtre » est évidemment lahve du Sinai, et comme 
Moïse est le fondateur de la religion nationale, sa parenté avec ce 
prêtre étranger à Israël signifie, croit Stade, que le culte de lahve 
fut emprunté par Israël à un peuple antérieurement fixé près de 
la montagne divine. Ce peuple, d'après les traditions les plus 
anciennes qu'on trouve dans J, serait Kain ou Midian '. Laquelle est 

1. George F. Moore, Commentary on Judges, 189o, pp. 140, 179. 

2. A. Hiiynes, The Route of f/ie Ejcodiis^ dans Quart. Stalejneul, 1896, p. 173- 
183. 

3. B. Stade, Die Entstehung des Volkes Israël, 1^' éd., 1897, 2« éd., 1899; qua- 
trième réimpr. dans B. Stade, Akad. Reden und Abli., 1907 (postliume), p. 97-121. 

4. Ou encore, remarquons-le de suite, une peuplade édomite, si l'on observe que 
dans l'une des formes de la tradition de J, le beau-père s'appelle Hobab ben Reouel, 
et que Reouel est un fils d'Esaii. Kain^ d'ailleurs, fait parUe d'Amaieq, et quant à 
letro de E, le nom peut être ismaélite ou horite. Donc, au total, cinq indications de 
nationalité pour le beau-père de Moïse : Midian, Amaleq (Kain), Edom, Hor, Ismacl 
(on sait d'ailleurs qu'Amaleq est un bâtard édomite-liorite). Les quatre derniers noms 
caractérisent de manière évidente le désert au sud de Juda, le plateau d'Edom ou de 



44 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la plus ancienne des deux dénominations conespondantes du 
beau-père? En 1894. Stade exprime l'opinion que c'est Kain \ et 
que les Kainiles, dont on sait par ailleurs qu'ils portaient un signe 
de clan, probablement le signe de lalive, dit sirpie de Kain. furent 
les iahvistes de la première époque-. Dans son mémoire de 1897, 
il se demande de plus comment lahve, dieu des Kainiles, peut être 
appelé cliftf des ancêtres, et quelle qualité il peut avoir pour en- 
voyer Moïse en Egypte ; et il explique tout cela en supposant qu'une 
partie seulement des clans descendus en Gosen était tombée sous 
le joug égyptien, tandis que le reste se retirait vers l'est et allait au 
Sinai, qu'il faut chercber, continue l'auteur, à l'est du golfe Elani- 
tiquë'. Là, cette moitié d'Israël dut entrer en relation avec les 
tribus locales adonnées au culte de labve, et parmi tous ces 
nomades se sera formée, sous l'égide du dieu, une confédération 
dont Moïse était l'envoyé lorsqu'il apparut aux asservis d'Flgypte 
comme libérateur. Stade pousse encore plus loin son bypotbése, 
et induit que l'oasis de Kadesb était au pouvoir de la confédé- 
ration sinaïtique au moment de l'Exode, puisqu'Israël, d'après 
la relation d'Ex., xvii, parvint jusque-là sans avoir eu de combat 
à livrer. 

De ces combinaisons trop ingénieuses se dégage l'impression dé- 
concertante que nous avons déjà signalée, et qui tient à ce qu'on ne 
sait jamais au juste si l'événement appartient, dans la pensée même 
du critique, à un stade déterminé du développement de la tradition 
ou à l'ordre des faits bistoriques. D'ailleurs malsain dans son 
ensemble, le mémoire de Stade fut réfuté avec une extrême 
véhémence par Winckler ', à qui il faut savoir gré de poser éner- 
giquemeut en principe quen analysant les vues des rédacteurs 
anciens, il ne faut pas cbercber à y voir des lémoignag(;s bisto- 
riques, et "ne fonder des conséquences bistoiifiues que sur les 

Seir. Seul s'en écarte, dans la théorie aujourd'hui encore dominante, Midian. qu'on 
place — bien à tort — de Faulre côté du golfe d'.\kaha. Mais nous reprendrons tout 
cela lorsque nous traiterons au fond la question du Sinai de J'. 

1. En 1881, déjà [Gesch. Israël, p. 131), Stade pensait que prêtre de Miilian est 
inconnu de la tradition i)riniitivt'. 

2. B. Stade, Dus Kuinzeichen, dans ZATW, XIV (l.S94\ p. 2.50 suiv. 

3. Localisation absolument jrratuite en la circonstance, étant donné que Stade, qui 
met le Sinai en relation avec Kain et non avec .Midian, se déy^agc par là du souci 
d'identifier ou de ne pas ideiititier Midian avec le .Madian arabique Mais deimis que 
Wellhauseu l'a dit pour la première l'ois, c'est devenu une sorte de doj.'me (|ue la 
situation du Sinai a l'est du trolfe d'Akaba. 

4. H. Winckler, dans Or. Lill.-Zeitun^, II ,1899), col. 117-122, 141-148, 184-191, 
219-226. 



LE SEJOUR DES ISRAELITES AU DESERT ET LE SINAI 45 

résultats une fois extraits d'une analyse intérieure des vues 
anciennes. 

Dun caractère tout différent est létude consacrée par von Gall, 
en !898, au Sinai et à Kadesli'. Elle serait des plus estimables et 
constituerait un bon exposé, à celte date, de l'état des questions 
visées, si l'on n'avait la surprise d'y voir paraître comme idée es- 
sentielle, fondée sur quelques arguments d'apparence scientifique, 
la vieille idée d'une montagne de Dieu péninsulaire, d'un Horeb 
que le rédacteur biblique aurait placé dans le massif où nos cartes 
modernes inscrivent le Sinai. Comment l'auteur arrive-t il à ce 
résultat? Dans la liste des stations du voyage qui fait l'objet de 
Nombr., xxxiii, et appartient certainement à l'époque du document 
P, il est question, au v. 8, de la traversée de la mer, qui ne peut 
avoir lieu qu'au fond du golle de Suez, et au v. 10, d'une station 
près de la mer de>i Roseaux : mention inexplicable si l'itinéraire 
n'est pas engagé le long de la côte occidentale de la péninsule. 
Le Sinai, non loin de là v. 16), est donc situé dans la péninsule à 
l'époque du document, soit vers 400 av. J.-C. Mais cette localisation 
est encore plus ancienne de deux ou trois siècles, et remonte jus- 
qu'à la rédaction de E dans sa forme finale Que l'on considère en 
effet le récit du départ de l'Egypte, tel qu'il est donné par E dans 
Ex., XIII, 17-18 : « . . .Dieu ne les conduisit pas par le chemin du 
pays des Philistins, qui eût été le plus court, car Dieu pensait que le 
peuple pourrait éprouver des regrets, s'il venait à y avoir bataille, 
et rentrer en Egypte. C'est pourquoi Dieu fit obliquer le peuple par 
le chemin du désert, dans la direction de la mer des Roseaux. » 
Voilà la phrase qui constitue, pour von Gall, la preuve d'une route 
engagée le long de la rive orientale du golfe de Suez. Dans l'esprit 
de Renan, pour qui le passage dans la péninsule est indiscutable, 
il y a là une tentative d'explication, de la part du rédacteur, du grand 
détour imposé à l'itinéraire, et c'est au moins logique ; mais qu'on 
puisse y voir, non plus une explication, mais une preuve du détour 
par la péninsule dans la rédaction considérée, nous osons dire que 
c'est une absurdité manifeste. Que signifie, en efl'et, « vers la mer 
des Roseaux '> ? Simplement, comme le dit le texte, qu'au lieu de 
s'engager sur la route de la côte méditerranéenne les Israélites 
prirent l'une des routes orientées plus au sud qui s'enfoncent dans 
le désert orienlal, ce qui est bien naturel puisque dans ce dései't se 
trouve le but de leur voyage. Tout à fait inconcevable aussi est que 

1. Von Gall, Allisraelilisclie Kulhtdlten. dans Beihefte zur Zeitschrift fur die 
aUleslamentlictie Wiss., m, 1898 (156 pp.), p. 1-37. 



46 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le résultat affirmé par voii Gall ait i)assé dans le travail ultérieur 
(l'Ed. Meyer comme une vérité démontrée ^ Von Gall, d'ailleui's, 
poursuit son idée : l'itinéraire de E étant engagé ainsi dans la 
péninsule, c'est dans cette direction que se placent les stations 
nommées' par le document, Mara, Elim, Raphidim, la monlafjne de 
Dieu ou Horeb : Horeb est donc dans la péninsule à l'époque de E, 
soit vej's l'an 700 av. J.-C. 

Tout autres étaient les notions de J sur la montagne sacrée, que 
le document appelle Sinai et qui était situé en 31idian, sur la côte 
d Arabie : von Gall ne se cache pas, à cette place, de suivie les 
vues de Wellliausen, de Moore et de Stade. Il rappelle, dans l'esprit 
de Slade, mais avec nombre de précisions utiles, que d'après les 
données de J sur le beau-père de Moïse, le sanctuaire de lahve du 
Sinai appartenait, avant de devenir Israélite avec Mo'ise, à Kain ou 
à Midian, tribus du désert sans doule apparenlées entre elles. 

Le Horeb, dans la tradition de E, était la demeui-e de lahve abso- 
lument comme le Sinai dans J, mais Horeb et Sinai étaient deux 
•localités différentes, très éloignées l'une de l'autre, et qui ne furent 
confondues que lors d'une compilation ultérieure. Comme les deux 
traditions ont existé concurremment, von Gall se demande à quoi 
peut tenir ce phénomène de double localisation de la démettre du 
même dieu, et pense pouvoir l'expliquer en admettant que le ber- 
ceau des Kainiles iabvistcs était en Midian, auprès du Sinai de la 
côte arabique, et qu'une fraction de ces clans nomades émigra vers 
le Horeb du sud de la péninsule, où ils placèrent leur dieu et sa 
montagne. 

11 est tout à fait inutile de discuter celte tbéorie dans le détail. 
Aucune raison n'existe, nous l'avons dit, de croire que l'itinéraire 
de l'Exode dans E s'engage dans le sud de la péninsule, et par 
suite, que Horeb de la tradition de E soit à chercher de ce côté ; 
aucune raison, donc, pour que l'emplacement de ce Horeb soit dif- 
férent de celui du Sinai de J. En ce qui nous concerne nous croyons, 
au contraire, qiV Horeb et Sinai sont une seule et même chose, 
nommée différemment par J et par E pour des raisons qui nous 
échappent; quant à l'emplacement de cette montagne unique, 
nous verrons plus loin que ce n'est pas au delà du golfe d'Akaba 
qu'il faut le mettre. 

Ce qui concerne ensuite Kadesh, au mémoire de von Gall {loc. 

1. baentscli, cependant, remarque fort bien, en 1900, (lue le raisonnement de von 
Gall n'a aucun fondement dans le texte, et qu'on n'a pas de moyen de savoir où était 
le Horel) de E (B. Baentscli, Eroi/us-Leviticus, j». 139). 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SLNAl 47 

cit., p. 29-37), est de tendance beaucoup plus saine. Un bon résumé 
rappelle que Kadesl), le « Sanctuaire », est une place de lahve au 
temps de Moïse ; que lobjet sacré est une source. En mishpat, « fon- 
taine du jugement», de Gen., xiv, 7, Mè Mcriba, « eau du procès », 
de Nombr., xx, 13; Nombr., xxvii, 14 = Deut., xxxii, 51, etc., et 
qu'avec le nom. de Meriba, Ut « procès «, celui de Massa, « Tépreuve », 
dans Ex., xvii, 7, appartient à la place. Von Gall, cependant, paraît 
oublier que c'est Moïse qui fit jaillir Veau du jugement et créa, 
par suite, l'oracle que décèlent ces mots divers de « jugement » et 
d' « épreuve » ; car il est tenté de croire à un Kadesli iabvisle anté- 
rieur à Moïse, et même suppose un dieu original de la place, anté- 
rieur à l'intrusion de labve : on prend sur le fait, ici, les formes 
d'investigation défectueuses de Stade, et la délétère influence de 
l'intervention de l'bypotbèse historique dans l'analyse de la tradi- 
tion. Grossissant jusqu'à l'absurde une idée déjà paradoxale de 
Stade, von Gall se laisse entraîner à supposer que Kadesb, sanc- 
tuaire de lahve antérieur à l'Exode, était le centre dune confédé- 
ration iabviste formée en vue de libérer les tribus apparentées, 
l'elenues en Egypte. 

L'auteur, cependant, finit par une indication très juste sur le 
Sinai : comme le voyage au désert a pour but Kadesb, et non le 
Sinai, on voit que ce dernier lieu n'a cVaulre signification que 
d'être le berceau de la religion nationale. Von Gall est tout près, 
ici, de toucher la véiité qu'Ed. 3Ieyer mettra en évidence. 

Le commentaire de Baentsch sur Exode, qui paraît en 1900, ne 
s'écarte pas du point de vue de l'analyse du texte et de la restitution 
des traditions successives, et peut être considéré comme repré- 
sentant exactement, à la date de son apparition, l'état des connais- 
sances acquises sur les questions qui nous occupent'. Très 
intéressantes, tout d'abord, sont ses considérations sur le Sinai, 
qu'il s'abstient de placer d emblée en Midian comme font avec tant 
d'aisance VVellhausen, Moore, Stade et von Gall, nous obligeant 
ainsi à reviser la question du lien qu'a aperçu Wellhausen entre le 
Sinai et \q prêtre de Midian apparenté avec Moïse : celte relation, 
nous l'avons dit à propos de Wellhausen (ci-avant, p. 40, n. 1;, est 
impossible à démontrer en toute rigueui- et ne repose que sur l'ana- 
logie supposée de la tradition de J avec celle de E, le letro de E 
ayant sa résidence près duHoreb. Baentsch, cependant, arrive par 
une autre voie, et au prix d'une erreur, à la constatation du voisi- 

1. B. Baentsch, Exodus-Levi/icus, 1900, dans W. Nowack, Ifandkominentar zum 
alten Teslamevt, I, 2, i. Voir pp. 14, 18, 138-140, 142-143, 158-160. 



48 REVUE DES ETUDES JUIVES 

nage de Sinai avec Midian, en étudiant [Ex.-Lev., p. 18i les condi- 
tions de la première manifestation du dieu à Moïse dans Ex., m : de 
même, dit-il, que E place la scène au Horel), J la place au Sinai, qui 
n"est pas nommé explicitement, mais désigné parTimage elle nom 
du Buisson, Seneh — là est la faute, que Tétude d'Ed. Meyer mettra 
en évidence : le Buisson n'est pas identique au Sinai ' ; — et puisque 
Tentrevue divine, dans J, a lieu sur la route de Midian en Egypte, 
il faut admettre que le Sinai est sur ce trajet, non loin sans doute 
de Midian. Quant à ce qui concerne la situation de ce Midian, 
Baentschse conforme, lui aussi,àla théorie régnante en l'identifiant 
avec le Madian de la côte arabique, au sud-est d'Aila, et bien qu'il 
sache que Midian, à l'époque historique, est nomade dans le désert 
au sud de Juda où sont aussi les Amalécites^ (Jug., vi, 3 et pass.), 
si grande est la force d'une théorie plus ou moins exacte qui a 
réussi à s'établir. 

La géographie de la route suivie de la mer des Roseaux à la 
montagne sacrée [Ex.-Lev., p. 138-140), Sinai de J ou Horeb de E, 
est particulièrement difficile à déterminer dans la tradition de E. 
Dans J, le problème est au moins résolu en ce qui concerne la 
forme la plus ancienne de la tradition, car on sait depuis Well- 
hausen que tout d'abord, les Israélites faisaient route directement 
sur Kadesh, et que l'expédition au Sinai fut intercalée dans le récit 
ensuite. Mais les vues de E sur le voyage sont des plus obscures, 
d'autant qu'on ne sait absolument pas où est situé le Horeb: 
von Gall veut le reconnaître dans le sud de la péninsule de 
Tôr, mais son argument unique est sans valeur^. Quant au texte 
résultant dans sa forme actuelle (Ex., xv-xix, etc.), on y reconnaît 
des bouleversements tellement graves que la séparation des 
sources n'est plus un moyen suffisant de rétablir les relations 
primitives. 

Quelques années plus tard. Ed. Meyer et B. Luther manifesteront 
plus de hardiesse; Baenisch se borne à reconstituer sur un point 
le récit primitif de J, en rétablissant la continuité de \v, 2:2 : 
« . . .trois jours ils allèrent par le désert sans trouver d'eau... » et 
de XVII, 2: « .. .alors le peuple querella avec Moïse, etc. » (début 



1. I/identi(icatioii du Buisson et ilu Sinai se retrouve encore dans les dernières édi- 
tions de VHisloire de Wellliauseu. Voir Wellliausen, Israelitische und Jiidische 
Gesc/iicfi/e, 5« éd. (1904), p. 13. 

2. Comme nous verrons plus loin, d'autres mentions de Midian à l'épocjue liistoriciue 
confirment la situation de ce peuple dans le désert au sud de Juda. 

3. Nous avons réfuté, plus liaut, le raisonnement de von Gall sur la situation de 
Horeb, et mentionné la protestation de Baentsch. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI 49 

du récit du miracle de la source, situé, comme on sait bien, à 
Kadesiv. L'observation, d'ailleurs, a pour auteur von Gall '. 

Longtemps auparavant, Wellbausen avait déjà extrait du texte 
intermédiaire la phrase d'Ex., xv, 2oô : « . . .là il leur donna une 
loi et une règle, et là il l'éprouva... », perdue dans l'histoire de 
Mara, et avait reconnu ses rapports avec la place d'« épreuve» et 
de «justice» de Massa-Meriba-Kadesh, ainsi qu'avec la révélation 
de la Loi qui, dans l'ancienne forme de J, avait Kadesh pour tbéâtre. 
Chez Baentsch (p. 142-143), les vues à ce sujet sont plus confuses ; 
il connaît bien ce vestige fossile d'une vieille tradition qui ne 
mettait pas encore la révélation de la Loi au Sinai, et sait que nno: 
est en rapport avec no» ; mais il ne comprend pas comment le 
lambeau est venu s'égarer dans l'histoire de Mara, et finit par 
l'abandonner sans lui attribuer de date. 

Très précises et tout à fait complètes, par contre, sont ses notes 
sur les noms de Massa et Meriba qui appartiennent à Kadesh et à 
la source qui fut l'objet du miracle, et sur les tentatives d'expli- 
cation étymologique de ces noms qui sont faites à diverses époques 
du développement du texte. Baentsch a rassemblé là (pp. 140, 158- 
160) tous les passages sur lesquels Ed. Meyer, plus tard, exercera 
son raisonnement, et où il trouvera l'objet d'une belle découverte. 

En 1900 on trouve encore à noter, relativement à la position du 
Sinai, une opinion extrêmement intéressante de Holzinger-. Rai- 
sonnant sur Jug., V, 4, et Deut., xxxiii, 2, à la manière de Dillmann, 
de Smend et de Winckler, mais avec une plus pénétrante hardiesse, 
il exprime l'avis que d'après Jug., v, 4, la montagne devait être 
cherchée près de Kadesh^, en accord d'ailleurs avec l'antique 
tradition de Kadesh qui transparaît dans l'histoire de la révélation 
de la Loi. C'est, à peu près, la vieille manière de voir de Gràlz qui 
est ainsi retrouvée ; Cheyne s'y rangera en 1902 et nous y serons 
finalement ramené nous-mème^ 

A partir de 1901, le développement des questions relatives à 

1. Vou Gall. Altis)'. Kultsl.. p. 3, ii. 1. Nous revieiidrons eu détail à la question. 
'■1. H. Hoizinjer, Exodus, 1900. — dans K. Marti, Kurzer lland-Commeit/ur zum 
allen Testaynent, p. 66. 

3. Holzinger ose à peine appeler eu témoignasse, ici, Deut., xxxm, i, où l'itinéraire 
Sinai-Seir-Paran-KadesU le gène pour considérer Sinai et Kadesh comme voisins. Mais 
comme nous l'expliquerons plus loin, il ny a pas là de difficulté, Soir et Paran dési- 
gnant la même région immédiatement au sud de Kadesh ; ce n'est pas un itinéraire à 
proprement parler, mais une sorte de superposition de synonymes topographiques. 

4. Aucun des collaborateurs de Holzinger ne se montre chaud partisan de la théorie 
du Sinai à l'est du golfe d'Akaba. Voir, par exemple, Alf. Bertholet, Deuleronominm, 
1899, — dans K. Marti, Kurzer lîand-Commenlar etc., — p. 102. 

T. LVII, N" 113. 4 



bO REVUE DES ETUDES JUIVES 

l'Exode, au séjour au désert et auSinaiest à suivre dans plusieurs 
grandes publications encyclopédiques dont les plus notables, sans 
parler du très ortbodoxe Dlctionary of the Bible de J. Hastings et 
de la Jewish Encyclopedia de critique très faible, sont YEnci/clo- 
paedia Biblica de Cheyne et Black (1901 suiv.) et la ReaJencyclo- 
pâdie fur proiestantische Théologie und Kircheà\K\\). Hauck 189(3- 
1907). Dans Eue. Hibl., on relève un article de Moore ^ dans lequel 
il se montre disposé à admettre la tbéorie connue de Winckler : 
Israël n'a jamais été en Egypte, et Miçraim est en Asie ^ — ou, à son 
défaut, celle de Stade : les Israélites non tombés sous le joug 
égyptien étaient entrés dans une confédération iahviste formée 
dans le voisinage du Sinai, et les Israélites sortis d'Egypte vinrent 
les rejoindre à Kadesh^ En ce qui concerne la situation du Sinai, 
on se rappelle que Moore se range parmi les nombreux partisans 
duMidian-Madian de l'est du golfe d'Akaba; il n'a pas changé d'avis 
depuis son livre de 1895''. Parlant enfin de Kadesh et mettant en 
relation celte place, dune manière qui semble un peu arbitraire, 
avec les vestiges du vieux récit de théophanie et de législation 
divine que nous conserve Ex., xxxiii suiv., il exprime l'avis que 
la tradition correspondante est plus ancienne que celle de la théo- 
phanie et de la législation d'Ex., m suiv. et xx suiv., et que cette 
théo])hanie i)rimitive dEx., xxxiii suiv., avait Kadesh pour théâtre. 
Ces inductions très intéressantes sont malheureusement entachées 
de confusion, notamment en ce que Moore paraît fondre en une 
seule, dans la pensée de leurs rédacteurs, la scène de la première 
apparition divine d'Ex., m suiv., et la scène de la révélation de la 
Loi d'Ex., XX suiv. Cheyne, dans le même volume de ïEnc. Bibl.'\ 
raisonne à peu près de la même manière sur la théophanie très 
brutalement anthropomoi'phique d'Ex., xxxiii-xxxiv, et malgré ses 
eflForts, ne trouve point de raison rigoureuse d'en placer le lieu à 
Kadesh; mais une idée d'intérêt et d'importance infiniment supé- 
rieurs se manifeste chez lui à ce sujet, à savoir, qu'en raison de 
ce qu'on croit comprendre du Kadesh de la tradition primitive, 
théâtre probable d'une apparition et d'une législation divines, il y 



1. George F. Moore, Exodiis. dans Glieyiio et Black, Enc. Bibl., 143-2-1433 ;1901), 

2. V. ce qui est dit plus haut de Winckler, Dus nonlarabiscke Lun>l Masri etc., 
1893. 

3. V. ce qui est dit plus haut de Stade, Die Eiils/ehung des Volkes IsiaeL 1S97. 

4. George F. Muore, Commenlanj on Jiahjes, 18'JiJ; v. ce qui est dit plus haut à 
ce sujet. 

5. T. K. Chevue, Kadesh, dans Chejne et Black, Enc. Bibl., 2049-2652 (1901) ; 
V. 2G51. 



LE SÉJOUR DES ISMAÉLITES AU DÉSERT ET LE SLNAI 51 

a lieu de penser qaon y plaçait aussi la première manifestation 
de lahve à Moïse : ce qui sera lumineusement démontré plus tard 
par Ed. Meyer. Dans le même esprit et sans y insister autrement, 
Cheyne indique, ailleurs', que dans le voisinage de Kadesli il pla- 
cerait volontiers le Sinai lui-même : il se rencontre en cela, on le 
remarque, avec Holzinger. 

Voici enfin Winckler, qui, dans Fimportant article consacré à 
Sinai-, précise de manière intéressante ses vues de 4893. Il com- 
mence par concéder et emprunter à Stade que la plus ancienne 
tradition sur le Sinai est celle qui le met en rapport avec Kain ; mais 
pour situer ce Sinai primitif, au lieu de continuer avec Stade à le 
reléguer à l'est du golfe d'Akaba, il profite plus habilement de ce 
qu'une identification importune avec Midian ne l'attire plus du côté 
du Madian arabique, et fait simplement appel aux vieilles indications 
de Deut., xxxiii, % et Jug , v, 4, qui mettent la montagne dans la 
région au sud de Juda, c'est à-dire du côté dEdom. Il est forcé, 
ajoute ^Yinckler, qu'à lorigine le Sinai, demeure du dieu national, 
ait été conçu comme situé dans les limites de Ihorizon visible de 
Juda ; plus tard seulement, avec l'élargissement des notions géo- 
graphiques, il a pu se déplacer en s'éloignant, s'enfoncer peut-être 
dans le sud de la péninsule de Tùr comme paraît l'indiquer, à 
l'époque de P, la liste des stations de Xombr., xxxni. 

Dans l'idée de Winckler, cette montagne divine qui se déplace 
avec les siècles est identifiée avec précision, à chaque instant, avec 
une montagne réelle; pourtant, on voit poindre sous son raison- 
nement une notion entièrement nouvelle, celle dun Sinai non 
localisé précisément, queles yeux humains ne voient point, en 
somme, dans l'esprit des rédacteurs, un concept traditionnel et 
plus ou moins consciemment mythique. Cela se manifeste surtout, 
chez Winckler, dans le mémoire de 1905 où il développe ^ ses 
considérations de l'article précité de 1903. Nous nous garderons, 
d'ailleurs, de le suivre dans ses spéculations sur Horeb et Sinai, 
images complémentaires, pôles opposés du monde, Sinai, mont de 
Sin ou de la Lune, Horeb, mont du Soleil, « Flamboyant » : cela 
esta côté du sujet. Plus inquiétantes sont les vues de l'auteur sur 
Kain et Midian dans leurs rapports avec Horeb de E et Sinai de J. 
Winckler, qui pense que des deux relations c'est E la plus ancienne, 
suppose que letro du Horeb est Kainite, en attribuant à E la 

1. T. k. Chcyiie, dans Glieyuu et Black, Enc. Bibl., 3208 (1902). 

2. H. Winckler, Sinai, dans Cheyne et Black, E71C. Bibl., 4638-9, 4643 (1903). 

3. H. Winckler, Sinui, dans AUorieiitalische SliuUen, III* série, 111 (1903), p. 360- 
380. 



S2 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tradition qui porte « Hobab le Kaiiiile », de sorte que le Horeb se 
trouve en Kain ' ; et c'est alors J, postérieur, qui substitue à ce 
letro ou Hobab Kainitedu pays d'Edoni, un prrtre de jIiclian,\oa- 
lant exprimer par là icne chose très rrellf, iinfluence religieuse 
qui était exercée par la région à lest du golfe d'Akaba : car 
Midian appartient au Miisri de F Arabie du nord. Pour nous, qui 
repoussons, comme nous l'expliquerons plus loin, toute assimi- 
lation du Midian biblique- au Madian de la côte d'Arabie, il est 
inutile de discuter cette Ibéorie un peu extraordinaire. 

A un ordre d'idées tout diiïérent appartient la note dans laquelle 
Gunkel, en 1903, signale le caractère volcanique du Sinai de la 
grande tbéophanie'' : l'auteur, qui ne doute pas que le Sinai ail été 
un volcan, retrouve ainsi sans le savoir la vieille idée de Beke en 
1873. D'ailleurs, le principe posé, il ne cbercbe pas à déterminer 
l'emplacement de la montagne, laissant ce soin aux géologues et 
aux géograpbes. Tout à fait de la même manière que Gunkel rai- 
sonne, un peu plus tard, Gressmann, pour qui la théopbanie 
sinaïtique est la description très fidèle d'une éruption volcanique, 
souvenir d'un événement historique indiscutable ^ 

L'idée du Sinai volcan est acceptée avec plaisir par Ed. xMeyer 
parce qu'il y a des volcans éteints le long de la côte ouest de la 
grande Arabie, au voisinage du Madian arabe où il met, lui aussi, 
le Midian biblique et le Sinai de la tradition primitive. Le Sinai, 
d'ailleurs, n'intervient dans les recherches de Meyer qu'en raison 
des relations où il se trouve avec l'autre résidence de lahve, le 
sanctuaire deKadesh, relations qui se manifestent pai- d'importants 
épisodes de la légende de Kadesh et de Moïse. Ces recherches, d'où 
sortira le beau livre d'Ed. Meyer en 1906 ■% donnent lieu dès l'année 
précédente à un exposé en forme de résumé où sont annoncés les 
principaux des résultats acquis''. De la lecture de ce court mémoire 
ressort (|ue, sauf l'ancienne idée retrouvée du Sinai volcan, aucune 
notion supplémentaire notable ne s'est produite sur la montagne, et 

1. C'est à re Horeb de Kain que Wiiickler pense dès 1903 (v. un peu plus liant), 
lorsqu'il raisonne sur Deut., xxxiii, 2, et Jui;., v, 4, pour situer la niontai:ne. 

2. La question du .Midian bililiquu est examinée, sans qu'il en sorte rien de précis au 
point de vue de la localisation, par T Nœldeke dans Clieyneet Black, Enc. BibL, 3079- 
3082 (III, 1902). Nous y reviendrons plus loin. 

3. Herni. Gunkel, notice dans Deulsc/ie Uleralur-Zei/un;/, WIV (19031. p. 3058-9. 

4. Hugo Gressmann, Der Ursprutig der Israelilisclien-judiscken Esc/iulolotjie, 
1905, pp. 31 suiv., 40-49. 

5. Ed. Meyer, Die Israelilen und dire Kucfiburslamme, 1906. 

6. Ed. Meyer, Die Mosesaf/en und die Lewilen, dans St:b. d. Kvn. I'reus}<. Ak. d 
Wiss., 1905, p. 640-632. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SIXAI 53 

que rien n'est changé au fond en ce qui concerne la relation des 
deux demeures de lalive, Kadeshetla montagne divine, qu'exprime 
la parenté de Moïse avec l'homme de Midian, de Kain ou du Horeh ; 
point de nouveauté, non plus, touchant le récit du voyage au désert 
de J', qui conduisait le peuple directement de la frontière d'Egypte 
à Kadesh et dans lequel fut intercalé postérieurement l'épisode 
sinaïtique. Mais plusieurs traits importants viennent compléter le 
tableau du Kadesh iahviste qui constitue l'élément principal de 
la légende de Moïse. On apprend d'abord que le Buisson où le dieu 
se manifeste à Moïse pour la première fois, dans la tradition de J 
(Ex., iii-iv , n'est autre chose que le lieu sacré de lahve à Kadesh, 
et qu'un des éléments essentiels de la narration de J, en cet 
endroit, est la révélation du caractère sacré de la place oii Moïse, 
plus loin, accomplira le miracle de la source ' . Près du Buisson, la 
nuit qui précède la manifestation divine, se place la scène de l'at- 
taque de l'homme par le dieu, dont le rapprochement avec la 
phrase de Deut., xxxiii, 8, où il est question de Moïse, ancêtre de 
Lévi, que lahve éprouva à Massa et qu'il combattit aux eaux de 
Meriba-, montre que dans la tradition la plus ancienne, le combat 
avec le dieu, sur son territoire de Kadesh, avait été le titre prin- 
cipal de Moïse à obtenir les secrets de l'état sacerdotal, c'est-à-dire, 
avant toute chose, l'oracle ^. 

Nous aurons l'occasion, plus loin, de suivre en détail les consi- 
dérations qui ont conduit 3Ieyer à ces résultats. Acceptons-les pour 
le moment; ils nous permettront de compléter, ainsi qu'il suit, le 
tableau de Kadesh dans l'esprit de la relation primitive : 

Kadesh, le « Sanctuaire », est une place de lahve dont le caractère 

1. Le Buisson n'est donc pas la même chose que le Sinai, contme Baentsch l'avait 
cru voir en 1900. Cheyne, au contraire, parait avoir entrevu, eu 1901. l'identité du 
Buisson avec le sanctuaire de Kadesh ; v. ce qui est dit à ce sujet plus haut. 

2. Mettons en garde, immédiatement, contre la faute de traduction qu'entraîne, chez 
Baentsch et chez Steuernag-el (Nowack, Hctndfcommentar, I, 2, i [1900], p. 140, I, 3, 
m [1900], p. 12.5), l'incompréhension du sens véritahie, et qui leur f;iit dire : « ...et 
pour qui tu as lutté aux eaux de la Querelle ». Le sens : « .. que tu cimhattis. . . » 
est certain (cf. Bertholet, Deuleronomium, 1899, p. 106'. — Remarquons de suite, 
aussi, qu'il ne faut point voir dans le verset en question l'origine véritable des noms 
Massa et Meriba, mais seulement une explication, très ancienne et de beaucoup anté- 
rieure aux explications dégénérées d'Ex., xvii ; mais le combat divin, par quoi le 
lieu sacré se manifeste tout d'abord, est primitivement sans relation avec les objets 
d' « épreuve » et de « justice o, qui se rapportent au fonctionnement de l'oracle. 

3. Ce mémoire d'Ed. Meyer est le dernier en date des documents que connaît Gulhe 
dans son article de 1906 : H. Guthe, Sinai. dans .Alb. Hauck, Realencyclopiidie fiir 
prolesl. Théologie und Kirclie (p. 381-383 du vol.^; bibliographie et histoire critiipie 
sommaires, dans un esprit de grande prudence. 



54 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sacré fut révélé à Moïse à la suite d'un combat soutenu contre le 
dieu, que l'homnie sut contraindre à lui livrer ses secrets. On y 
trouve le Buisson, qui est la demeure divine proprement dite, la 
source de «justice » et la place d' « épreuve », où s'accomplit le 
fonctionnement de la juridiction divine. La source de justice fut 
ouverte par Moïse, lorsqu'il revint avec le peuple pour le mettre 
en présence du dieu auparavant révélé et recevoir sa législation. 
De Kadesh, ensuite, le peuple se mit en route pour la conquête de 
la Palestine. 

Cet aperçu sera suffisant pour nous permettre de comprendre 
quelle relation il y avait, dans la même tradition, entre ce Kadesh 
de lahve, où séjourna le peuple, et le mystérieux Sinai du dieu où 
le peuple n'était pas allé. Car avant de nous engager, avec Ed. 
Meyer, dans l'analyse de détail et la restitution des versions 
anciennes de l'histoire du voyage au désert, nous commencerons 
par déblayei' le terrain de la question sinaïlique ; et ce ne sera pas 
d'une mauvaise méthode, car Meyer, par une singulière malchance, 
a recueilli et adopté lout ce qui fut imaginé en fait d'erreurs sur 
Sinai, xMidian et Horeb, par Wellhausen, les successeurs de Well- 
hausen et en dernier lieu von Gall. Les admirables restitulions 
auxquelles arrive Meyer en ce qui concerne le séjour au désert 
n'en sont d'ailleurs à aucun degré contaminées, tant il est vrai que 
le lieu de la montagne divine, Sinai ou Horeb, ne joue aucun rùle 
dans les formes primitives de cette histoire. 

Raymond VVeill. 
{A suivre.) 



LA FAMILLE JUIVE DES HAMON 



CONTRIBUTION A L'HISTOIRE DES JUIFS EN TURQUIE 



FIN 



PIECES JUSTIFICATIVES 



h"i pû.n TOû 1.T1DD lîrnû Donn 



r^br: C|"';i: ^7oo ■'3"::nm 'r, ■^nt' -«niNTo m^ns m^n m:?rc"^ tij^î^ 
nbia -it: 'n ■'D-iin nï«7a rta:;") n03 .-tis:' '!-i rpni nbnn 
r-n3> n-N-rn — ip"" nn-i-j^nr: niK nnûi:' r!::^» ir-iN-i nbn 
•^pbm ■'33b ■— i-'is lî-nnî* ,n3-nm imn y-'i: ^Tvi;-' ~-."'3N 

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TiT'bm ■'nb ']:2r f:.'T a-^Tûn "i^p^N nna — nx ^^did -in"» pn 
■^■"rD -iiN3 ■^rc^b pn^ ,nu3ab -nm iir: "^îd b-i?j bN "jïinPN -jrir'JN 
-fT^n "ina;b nrrx: r!:i73n ■':■':> nn^-i -p-^ ']ri-,p-' r-i:'3"J 'rjD ■':7:3» 
-nn:: -n-^: ab ^nb ■'r?::: ^nnx ■'bx ibs: tî<73 d-i^ûtî bs ^3d r-i^zi^bi 
ï-T^.mDn nb'5 nNsn '^■'bD *|-c3b"iT noab pn:: ,y-i3 m^i^û C2^r:> 
csiiT .nD is^bn-i 'n ■'•np ';-'7:-'b mr^o N^^n m7:n -^bD bs r-naiN 
■îCDî rrr::^ Nb nbsiy nbmn ■'mi ■'inp-'iirn ^zdiz'C "'tud: n:73N 

1. Voir Revue, t. LVI, p. 1. 



56 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

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t-iKNT Dibo ■'-13-1 "cniD yi^v m-i3 ninuin i^n ^;L'nr;n !^^p^cn^ 

nT:^ 'n t» nn-r; ■'a-ipa 13b dn td'O nbb^ bipb .Tyni i:-i'^3:i 
,rzr,^ nby '.— i s^x û-'n-i □■^72'> nî ninbo 'wîî -yan >;\-.nn nT^ iNi^n 
rirp Nb mns" 'tît:?! ^-nn ■'îi* r'-iT^n Nin y-^nsn ^i;d^ ■'nbNT 
lïmNrn -ip-* iriN'o m7:n 133b ttict^ i3nc3 -iCN Ty m-i -ny -«n 
n^-N"J ur.-)72 -:iy -byp-' nniL] r;nr>C3 by h;Ni7:c -n"-"i7:D DDnn 
"i-'Nri^j "^lûy r;i?:N myiïj-» pn npny -^nb bN ^m^N pnt i:ra-«bD 
'n PN bbm pi-nnn "^t» ^-l•c;■^D^ /•::T3n"' ']"'bN in-'sc' '^-'bî» ^z-^y 
s-'y-i m by -nT-y •'r iibb-N n^m ']nnai -jnDpn D^nc^ •'sa iKia 
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LA FAMILLE JUIVE DES HAMON 37 

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58 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

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LA FAMILLE JUIVE DES IIAMO.N o9 

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60 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



III 



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,•^"■^^ 27 'j îl^T' "-n"m7jD ab">:jn Dsnnn :2nD3 a^-CD T' mbu)b 
r-i"<-ia ■<-i3i3> , ''TTi^-ia'^ rr^nNO -^-isn;* crr d- -^d 3— ,D7ûb t^;"' ^nnD 
an-'2T nnnub arr'Db:: -iNnrr tcn rNin ayD3 qN "^n^Nn 'd ,a"'3-i- 
"•^"innn ^f,^ ■'dc-i "^-"«Jj "^cn inna a:* a''7:an7û -ino2 onai r:72"i73 
nb-'bo "^-n am-^ny ban nb.s ban qirn-^ an-'3£ r? -ir2P iCwS T\vin-\ 
nniN ^-m a"'>'n^ ir-.CNTo :jid"0"'1 'n n-i-» .nvr; "^m Nb ncnam 
t3"'3rar: ba ^niaa -^sob a; mb'vab T-^TrN pb .i^'ba mrn '-ra i''n 
r-inNT arfiob n^-T' "«3na oci:: pin ba f-'a) *;Ty3'^n nsm ,-ibbn 
^''bs> ■'■ib"! T'in-' aVr'cm rizar, aibuîT p7:n V'bw "i^bTca aan -i^nsn 
^riT^N ara rD'^a lia; Nia iy C'^-n?2 r;NP073 aiND .r;:DP TwN babi 
"^Trnb'^a nniN PToirb 32c: '^nai d-'îd bwS a-'îST 
b"T [^ûn :]DV nn"ni?oa3 .Tti'û 



IV 

•n b 11 3» 
r-ibn3 pbisa nbnp pbnn pbn ■'^ït» ■'73an ,ib b5"7273 r-ti^ p"?" 
n72">a: niCNi b? a-^rtbN 13 nbm iTjan-' ::-'3n a-^'cinTow "'t.u 
^a-'N ^a ni:3 ba ■'b-^ba ■'bbr!73 -^brrN ■'b? !-T,k' -na caix 
•ITCwS ta:ii3a Naa ';ia^ ''p''jl'7.S*u2 -itn bwsnc"< 
fnNbas :? ma-'bN) rni^bn piaai nixa-j: '-tn-ic Pibnn j-nbnp?^ 
nbisa i;"'pi:i:":d: m-'nas p^'d-" p-ip"' p-ittt pinp ir\'\-pr\ ■'îT'b:^ nir» 
ï-ib-p mK: a-^— :j'b r!7:an pnn^taa j— '.ir-N pm;7: ^12 hy r-ibnpo 
r-n?3n ii-'nibj y-.N ■'Tnr; pinrnr irm: Pib^sa mbacN rmbbiy 



LA FAMILLE JUIVE DES HAMON 61 

in^r-D n-i^j» r.^'::)^: r-JC» mwi^nTû dVd'O m5:bi':n m?:-i mwDn 
mb^ns n-nn ni3D iid-' tzib-ii' iy irîDbi "!;b i?mm:r!! r-i-im-r; 

pinnnb ûTûinOT: ■o^nn?: nwHncr] nwTC ''2»^ ■"cs: rrr::"^ nbsy !~r;n 

Q"^73"û: ■'-i^niD monD rr'Dm rfsrrm nmbo t' ns"' ~w ncy nbaTon 
in'' TinTi 3bT nba a-'Din'J d'^-:-i3 d-^d-^j^ût d-'dii: ■'TyU ■'731-173 ■'dj by 
TwEN- mj:p b:? QrDipn": nN::iw pD3 nb:? -inon 172Dt ,3bip "i;»-t« 
n-i\sc73 nb bDiN Nb r;35C3 ■'Std?: nyn -«bo; ,r;NbDD n"i">bi>o nnnrjnn 
nN-T^T nyn ninn n730 n-'n-' nCN bi« nr mpmr: n-icNr; s'mD 
h::!'7: bi;'7ûb Nunn •'d '>::d; ci:N3 Nir; mi in 'n -^n-^iN ris;p nï«r,a 
ï-iT- siTiD □■>;'y ni^-iïïb D7ûi-!nn D''p"''!i: "'pdu;3 "^-narn □■'t::"' ■'cn 
toann^-j nN SobDb Dom pa: ">d\^ cvïittod "ribn rmp-^n n-^inb Y'n 
DTiEO Ni:i7a ">::'« l"^" .s-^-iny- r;;n733 a-^-iNair: nx7:73 miy»- pnb 
tr;72ibT i3T3>"' mon csmabn an'^iî'^i a-^niD; G-""i73N ■^biï a-'CTo p^"« 
.CaoNCWT CDn-,:: dd-'-ido bri mb'om n7:î<- nmo^rb isdi:'' lai-iN"" 
ynsn Dp rsin inns"' abD ,t=ra-'n"i DDnxrp ,DrrN:o aa :=DP3r;N 
nb-ibi i3-i>i^ □"'inN ^"'•'O'^ -inN N'ûisn D-'D^n -^rj moi3' moiD yo"»:: 
r-inc73 nnND y^"«::-irîbT pi-iirnb a-'omp n;n mo-' mx^ mn-^ nb-^bb 
■'73ib":5 QNi -I"':? rti-'nyï r!37;Nj rr^np n:^ rf-DVzbv IT'Id nnni: nnnî* 
ti"'733'r; br) ■'pnn ^^K\n TiDian 'nain '^"'biN r;:N /rNiu;"' "^K^n "'31WN 
'-z^-2 r,3My -m;- rop n-^D-m 72731 3r!T72 a-'iTcm a-inaosi a-^n-i 
Y^inb Î-1D3 133 nmn^n "CTrorr ■'D'i'b Ni:7:n-i n^nn bsb i-niToon 
iDin -iwN ms"in n3::t m-iDpi mnriii nmrn lixo "jiNaa arnx-ipb 
i-imbo T" r,:- ,r-t33 -iT^nx riT aD'-jcr-:: £=D-opT mo-^D73 mapy 
nmuj- v^ D^:3b nm33 m:;* bip nNC-" li^ip'' n- a''737 nn"«Di73 
■^n3T '3-37: ^n-^a ^n3T ,j)-:£. 'n3T nn3r au3 a-n7:3 abip •^yvzin-' 
tzisn-"' 713103 r-tws:p nn an^b:^' ^3y- □^3-1 pi a^Tobin ==-'»bïa 
3>"''winb p'i^ l-'iûib m72rn abiyb 'n rï:.' tzn:::' b^ob cidtt» 
,Y-\n r-iT^T npibn- yni^b r^i3G72:rî -b^ "vubv:; nnn t>:;d3 "'::Di"^'a 
r;:::?3i rD3i byio3 b?-" by723i n-i7:3 V'n as a-^n^T' Nb rrya-iN dni 
■'D iN "p^^.^r, PN yc-nbi p";::b in p «b tcn n'nnb n-':3nb ^^d'O 
n-iTCDN iDiD"^ ■'a V-N"^ ^"- ,!~!b'bn i"ii:-i li^'T' p"!-:: tdo -^TobNn 
î-ib-iwsar: L3r«a73 anb n'«^N; "«a '^n tbiy •*bp_ by qN nïb ï-«in"'^w 
CariD "^-iTCwX -i-pn?:! aaia ai-ia -îu;n ,ï-ibr;n nana ba by ,r-Tbiaan 
nbrn nrimm ■in-n353 TZi-ii:- m-i ax in -lyb ^laTi n72î< J-ia© 
■'a pi' aa-ip-i p "^«^733 rrr:-' 3i:;'t niu: 13173 r;;5oa toniwt aa'^bj' 
,y^\air;b 3-1 b-^itTo l'Ni rim:: rpiN 'Od: ■«173 a-'CNiD D"'o:n aaa lyao-^ 
r!b3>73b NTt rîbnjyn m-in mas micbc 133b n^n "«bN in7:Nn na dn 
!-i"i::p -n:ip aN in ,n}:i;73-i -1:731 r;ni: r;3>n ai"'3 bn bx '-^■'a'arsb 



62 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

r:"''wn; Pi<-ip'? -rx^ nz'^b ^nco ^»-t'o; n^ ■'ppicm DO'a •'73::^' -ins: 
Kn- bj<-i"0-'T y-iv Nin 2"'-rK ""^b lis: am"JD:3 n-Ni^nn a-'C^j^- 
rr:i:irm m^r nr-^' iix; a-p -^-nn a-'-.-r: Vr "nb iids arn yTi-» 
r!:;"3n ■'-nn niDia m^rc-' m;'D">r mi'sri^j ni- n-:i nixcnbi nnob 
037:^3 1133 -i-im PN a-ip"" n:) "iwi« br ^:d73 mcN n'^ nbnn %-^co 
D"i:"«:n n73n pt^'^n p7û\s phst nns -is aamN -n>"' ""si ,y-ii<3 nbnp 
B"'3~r; P13T BDPi^Ti t«-!br; aDDipn -3;' ni- "^TaN a"':PD cï^-n 
n3i::n irribx -r'3 -n::33T r;m:7:3 -nbi:r;n •\^•zl2 di-i73 by -itTzyn 
(■.' pimo72/ ■'-ncTû "p:' nnaTo p-izop pr P3'>::n PTiîn y^z-b irby 
bb"i:>nnb bbnprn bbnp"' Pi«T3 "]« Ts^-ï'Z'a ■^-i72TcbT T^3mî«b p-^-i3rî 
^is tiN^-^ i3yD "jp-i -ip^ aap-^wS-TP ■np'^bi ana-bi Pib^by bbirnbi 
■'P'c;3b pn:i: -^a r-iTû^n panx r-iî<;p mi q.scxT aanrx bx t^rci* 
.aaappi:: ■'l:3w?2 -ni<b N-^i:ii< t^'n -ty n;-:nN xbi ^•^pT^- \-^p-i2:-i 
m^T aD"':i"'n:72 ï-ii 'ldso aa 'iin-cb aaaba i^axr; T>m t^3? r^.xT 
•j;np P72inp aaPN72 irar: irT^Tn nr7û"^n T'in-' tti"' "«a a-^T^ann pn73n 
D'^intî PHK riDoa nnN 35 -invTon in^a aba "C-'N a^'-abca h5N-na-> 
i-nrinr, pva^a nvabp nbna ïsbp by a"'n7oi:?n a''7:aai73 ca-'-iTiD 
^;-i ">ij'T':b a'^jiPD a''jWiT73 a"':"na73 a-'jia: T'hi nr^nm :• r;b73nr;] 
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nbab 'n a">ab r;:>i"jp ■^i::£"i: '•'^u D'^'^nr, i-an .'n p-iTyb a'^"n353 
CD"il:3 aaN"'3j banb ban t^^na-» BTja aaaiP7: rpca i'cca y'cz:r, 
r-iNLîn ap-b anmi^"' a-ibam S'^-i^:^ a-'aïaa a"'va ûa^nTr^a irai 
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-ipab a^nTDT:;?: 'nb icdd ,by-û "njî\ai -«bN aaparcpi aa-'iroa Pia-'^s 
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LA FAMILLE JUIVE DES HÂMON 63 

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Ti'Tiya» ïSDnbrîn ">-nj<;2 "'"i~n "^n^'^n Nin y-n3 "i-ri^cn b-\y s-s^tTjS 

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iD lom ti^n Pin-iN rmn^ip 1-13-1 iDDibr n-iT^yp -hcnd -ir^Et^n 

IPINSTTT "'P13iwN ipiTIN bD PM TibrO iD3X Hj- .yx 2N1 ,3-'::2-b b^'DV 

û3i3 cyaism D"'n-n73n bo b:» tt-T! mabyi r,^-on ni2-'i<'\ nTo^m q^n 
n:^3i73 Diin3 liini liicni 131 .abi:' -ii- nn;73i n3T3 Djiy -idid"" xb 
ii;r iD^ax loni v'dz'd ■nnu'i DDnon p-iin Pis-ipb ']b"'^^ u:in3 iîn 
bs ;2ipu:i ,'n Pi<-ii3 ini-im i72y:3"i inpb 31^3 ûsasnb ipi3i25n73 1:3 



64 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

3>-.3i •:;iN3-' mTû ■'dist nb^Toi r,irt ût^hto 'c^ria iNio bip "(inj iixo 
i7'2cn mci'? irDn ■'3 ,■l^-n^7J "d "?:> niT'n nmn irort np"n v^"»^ 
Ni^nm )i-jr, -«dn n-^n by-i ib;» DD-iDn inwiJ -,'':;n ■^-idt -"d by 3"^D"'nb 
niKct:! ■cnp ^sto 'sl:-! ncirTon br -■'7:n -^ini Y'n DDb nnp"' -nrx 
-icN ;'-)3 mi<-i7o D""ry "nn:: Dbi r;:7jN2 riJPTû mi3:*i î^u;?: miny 
r-np^ i'^DT ny b^a pDj mna 2D-l^^N^ □D-i^:':i72 mno nN ^"^ Ni:?:-' 
^n-:b ^rîinnr; -^cn Dm ^zmzx:: tcn nb.N ^laT nd Tn-^i -obr) riN 
.t33b -ii:a 'w*d; •'îrr'^r m-û-^D -^s-rnin mon DDnbi-is n-.n ,û3mtt?3Tn 
ï-t^'Tcnn r;j>n-in ts"«o n:3-in a3-'-îy>:;3 rr^rr. pî^nt aibia dn l» 
&3-1ND j'O'' ■'1:13 ■'j'w-'nbn 'nn ■w"''Ji< «lO ,aDn-nr! njD"» ms'icn 
■'"imbT D-'Tîbiy nsnbnn rr^yi2 rt:23>K aDnbim npnx npbn npii: b-'y?: 
Cl-,-:-' QDmbïJ D^mn.s rr^nn V-î^î ""-î* "'^t DDTonib 'm d'^T' a-'-ii- 
'n N'^c ,Nw"^ nbon bs -snn bo oamNon n-iTS-' mp-^ man byi 
'n HD n; ^n;-' inm in^">:3 itd-:;"' D-':i:nm in m-iai as^^bN t^;d 
C37:"'u;''i DD"^n"iaiC72 «d-p nb nbn?: bon 3^33 bs dddtp^û rr^Dcnb 

.y"iK3 nbnpsi acb 



£=!-'2-ir! ■'p-'ni:7û apjn iij^j iiny i-jy Snt»::'' ïJnp ï-n^nic ''3^ 
rt'cn-in rrjJiipno nni bob "lyvo •'H^-^'p i-nyr, '^n^-::': d^3did 
■'Dm irT-i-» nn"' D^wn bs 'n noy p .•;7:n anb mb ^y 
DDn-iNEn nian t^n bD ^îsb "Cni r:::"7:b ma-'onm nnb]:::- 

.112» bbnn-' 
ibs Nb ■'3 'In mbr:»-) rm^n ■'«ibo iTon Nb ■'a -i"'DTwS 'r-i ■'ion 
in.x: ^D-n û-'-inn bi' iin; 7:73 amaba antt-'T a"'73-'7:n ■^72^373 T'7:n-i 
■'KJ'D iD"" rT7a xnp mx: 'rr n-'a pia pTnb p-12: ■'b-^N ^ban DaTi3> 
Vi'p'OT: a.ibu3 3'i73Cnb rr^iain "'-■'nTa any ■'bb::: ■'bba "^b^x ■'b:ibi "'7:7:t 
mn PN 'm -T^z^n ■'s "'•::i<-i a-i-^i^ ■'tidd nn-'^^N .apy v^ "'"'^ '^^^ 
173^:: la^uim t'N-i"' p-iNn pipn ans ■^d'^o; iD-icn 3Db "^na ■>-ii:'' m:: 
no-'OT a-'T' mnaî2 -iin:: nbn no -^ma^ -^T^aN itdto nbnas ibnps 
r-iN;pa P73Nr: nariN mx: nanx- pn -i-iirb n:-'73"'r; nin^pn y-iz'^» 
ncN bDi an a^-'n idot: ^ujz^ iin -"byiD P05-173 in-iD-» a-':'-i73 pis;-»:; 
Q-^rîbN mN"i73 niN-ib *nn73;a ■^ibjai ipoa niar 'opa'' anbi ^anb 
n;ia-i 5-n"' n:PN t^t c a^'n^Na ■'Cdd b^p y-iNa -iï:n a^bins a-'bi:? 
î^b Pi73n yai yacb y^D — lai ba b:yn "i:im "i3iï<a isiaby u)-m 
PNTD Pi'bi ."jraNT ■':;• ■j-'t PT,Kyb nba dî^ -i'>::n 'ly aaia-^ «bi inn*' 



LA FAMILLE JUIVE DES HAMON 65 

C3n-'3''3' ■^27373 D-^Ton^ryn û"'72-i D-'?3b-«y o^Toy» î-IwX-in "-d nzr, "ty "«3^3 
Tbn: j'inx 'Ji^y ^'^yz^ -^nx !-î3n ^y o^s i-^st "«aab mn mx-i» 
"iTiy Vî*"" û:"'nNT nb -irî»^ ^^Tp sriD-i^n» 3-ipn Y'^^'^ "'ûûNb -^PNm 
■^bnw a73TiP-b D73iP\rNi dstoï: 11:10 nm b:? -«îay pmn» ns -iTJî'n» 
..— iD n:5? V'n pni: r-nD7i p^î^ — im by t=:Dni3D pcn ^?:ip "itûid 
f-iiD-m PTDT C3-'T> ipTn ,Gbi3' pi^^i P1NP niNa Tby !-i:î< 
■"îD •\-]'\'Cr\ TTI5P ni:"i:*p bxT it^hp bN ,pi73y nbi pid"i ts^^poon 
T^73n i-iimpD aDPmiun '^'^'^^s'iz ■'3"'y"i r-nmu:p D^i-^rTï^ .'-î3"'t;p ^■'N 
t3DP-nn -^DD rT:î< .cdd3"'73"'3 pn7a-^yD n-^'^n mix ■'3i::''^mp ■'3n3>'^73ï:n 
r<Tn bwS-i'o^ •''^■2^ 'cn-o vi-^^^n Nin yji'p'q "«Pinb i3d^ Dva r-nnyitt 
Q-i^ast* pT^T-^ -^ST .i;ncî< -^«du: br -mn bnaD "^b mnuy i3n3::'N -s-^ra 
■'ariN pb-'i* pbT ma^ab l'CJ^"» or ""-iiiwxb D'^'T'snwT dit::n23 D"<;Dî<n3 
1P3173N3 piix i^pinn i^y iinbrjb ';73î<3 -i"":: ■^"i''}£ b3> 3iop ■'■^int^t 
t^tiiTi pp \-ib2b N-'H p-iaiotti nmao 'n p-i72î< PN-rin nn-'ini n^n'' 
-lyb psp DDPbnp 0^2 prN pdC3 un ■'^ niinm "«PD^a bi73 t*<3i 
iP-)iD30 -nsnrr n^Dnb -isab n:73N3 n3iD3 n;::nT72 n3::p nab pnnx 
131D3 DDPnbitn n73n ino nb d-'TwT ,mnn-' -isbNa pvnb -i-'y^cm 
;2JDnp ï:dpp D'^T'a 'ri ■'s-nn aa:- naiST liNSi rt^a û'^'^iy ">nya 
D'i-t3'n3 nn o-'T^rp» Nbn a^naa r!"C73 ■^t' ont .nb-ij' -^^^y bD ycsb 
fT^iî^rr D^a D"'^^-l^ yu:D nb^bi D-'mi73n ,mN::n Dpnb C"'i73ir 
roi: c»o Na ly n3i72N i"!"» r-i3i7:Nb xbn iSPionn y-Nn niPibaa 
■«■laNi rtnNi ."iiso ppinw ppbn ppaN ppn:r ^7:0 ï-rnnn "i:piD'bn 
-nm mai riTn nrs oDTiyw Pinx Piin phtsuj i"i-n oa-'Piab mTSJ 
\-n3ï: bD mix nnx riTT^i nnx nm'-^-i-^ idwp "^ab ivsm ^ca p^pî 
ï-ipiTTPi ■^P73N tioia PT^n P-i"»!:: r^by Pi3ab naa\a3T n73i nTsinai 
Spob babab nan miari miaxaT m73n "ba bD73 piïaipWT nx-i»D 
ab mb by -)ii:3 r-ibn dni naam aaN'«D73i aaniL: oa-^bs»» bpn 'ny 
r^ybtn •^'iiy •^'iii^^ 3131 -^^ dipd":; a-^s ain nsiu-' iisaba n^n p-'nit 
rnariNa tnann P7:nb73b r:;3> ■^n^a Pin""?^ vn-i rn ■'a -irTL373b apr-^ 
p73yT i»-) tzivb DiTiTor: a-^nar: anp bN a-in .!-TaT-i73 narn r-iT'P-' 
na -«T^aa ■'-i">iîî ■'i-'aN -«-naa bN ann .ib^nsT a-'rob a-^scn ca*^-ii:n 
aabi an">Da pipob aa anba am-n ani'vUa Bn-«D ana pnwbiatt a'^saN 
bcsi Tu:r::73 b^ a-,n ,aiN"i a-ribN ■'3"':?a aian T^r:iy'^:> pas «b aa-ipa 
np-'Tiitb '-ia»3 as-^-pT ariT ■'DbN rmaa-i Piaa-,73 iaa-n la-ipa -lab 
t=ia-ipa aab -bp33 ■'pdo npo -^ps-i) nj73bï«p ina.si biNUJ r-np-'-ia 
taniaa tt^td"^ cnn^a apiaiaT (?0PD-in) apsTo BPbbp a"'bip sais 
î-i^3apa -noHTsb fN c-'pdo -ian n-zy SaiN mo p-iiapa caiim 
rTii:33 ai\sb amm anoa aTi ti3> nnap piaisnp iT^iJb rr^^iP 
•ca^mb pnir-'DS pi2:tid piujnna arrosai Piitnn ba ïi^na n-^im n-'iba 

T. LVII, N» 113. 5 



66 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mn»3 y-'Wffinb n::'?3 np-' vr^^n non m^acD npib npi-i p^ y^inb 
t<^r\ an ■'D bD73^ m3D '-im 32b ai-jm nn7203 nnbstnn 11373 
n^sb mm -^r^ ■':q J-i-nn miias (?nnp-') nn^'-' n-i^-^T D-^nin t-ip"7i:i 
û"'1U5"'7:t pli: '^np ni-12 n-noT: nn:ni< r-i:2p Tib-'Dn "j-iDn nin -^nbi ^r^» 
•^D p^by bNb ■^T' "^mTonn i-t^i nbsm nbnn î-nM3 nmaba D''-i^"'b 
■«-tn"»:;! ■^ny ■'T' ■j-'^unm m7:nm Mpi^rnn "^wi-i?: "^KitJ bs ï><u5n 

r-11-13 Ûp3 n72pi3 •'3-in pn3 TIS^ DN n73N T'nbNb KSpb D-'73Tn733 

QTîbN bx -iu:a bDb mmanT mmnn ^nba ba nb •>-i3TB2b iDinnb 
C23 ynv Nin b'^n nujiy bNi^-'T ,nrbD -ipim nb ima j'^t» Nirr 
n-'UJ mpi r-i-i3n ■'bî< Ninn "^nTo 'rsn^x ^Nni: "^wi bD ■'o r;Tn tsi-n 
Tb nn-» byi r-iNO nn-i by piDb pi^XT pinnnb lîin'^iJN ,'-3k-i;:î'' 
J-iN ,"':d n7:np m73i3-'b û"'UJ'^ D"'u:73 "^byi D'-n-in nbnn niToiicym 
D"''>n ^y "^nj» ■'mpm -^miN ■'nmiTo nsT .nariNb btîno"" ^Jzy -^mT bD 
w^a Nb .'n -^D nx -i3"ii' b"'D3 'O'xb 13373 n-iTys -^dd^ "^ujdst "^cNa 
naiN V^^ ■'^^s "itt" P*'^"* '^s'^bs -«-laTi DDnn; "'i::v inij ■'d^;* n:iDb 
np-ii:72i npiirn n-iir ciyn ^y^'n DnbD 12173 yipD 121x31 i:int::3 i3im 
ain73 «in non S;2 1217373 02173^731 ann s'a-» ir-^Ni npia?3i f-ipia 
"id:?731 ibip V1N73 br:":: ininD •''j^y ni-i73b ti733 by733 b3>2 ^n^a i3>i 
bD Dnn'' 'nb Din ib nCN bDi Nin "naoD s^t»::-' îqno in-i73N non 
'-sy npDnn73 mpDnn73 r-iipbn \ie"ù: 'm n-iD-" ,111x731 icc2 lUiiDi 
ni-iDinn nibpni nib-^Dnn r-iipDon mp3î< r-npi::73 mmnr minbi 
•pr\y ,r-fw inji7:x3 -■'li: by ninnin niiiri nnsi' mim r~)in?3N 
Dn2i73Lsa cnpi]ii 'n ■'ijy nbn: nbm nbn733 m-^DDm ni-iD2nn pDN 
iO'i73m ici-inn ^d pDiSnx ïi-^-.nx nbx byn "ji-^nx ■j-^To-'b ni^yn nbu'b 
n-^aTrir! ■'nbab r-n-iio qnD i"n i2nn ,iNb73 D"'73T gdt' i"r"^7:ni 
yr:i anb dt«dd dt» nib\:;73i ,173'»^ •'na 'n -'D'^in^ nnp •'bD n'';nb 
DDnbnn T'y '3UJii niDiiSD73 niNn73 ni2nN2 niN'in DD''2''y r;2"'5*cn 
D-^^ninb rTD"^y n^an*^ 120021 •^od2 bns^n nxT by nnb 71173 min ■'3 m 
"-ino in-^ i2"'73"^ '^iiNi i3"«"'n niba ii3D ri'^732:nbi n-'Wnb a-'iNion 
1N73 iDin nNT ^y 17310 d-^TjO *n ^Snioi ■'73Dnb mrs 1-11731 ijb 
■^lîS pny^i yinTi DTJ'n tD3y73bn ,!rT^b-'i:Ni i-^biia mis bD lain 
^1131 l'iù-p N31: -^rcb nny's •'3i3onn in un rrb'bn i73ip7373 bxio-^ 
■»n''">n ■^iD2 -DDnwnbtt "«2d ^ïcb yibn by2n yibn DDDinn Nin wo 
CDiON CDDnbibD ?-i3ip nn-Nb roiMOnD ynyn73D C3D-'2''ya 
t3"'nmn ';iD]2y73 ^Dnn ■>oy7373 tsm lyiisn -^d im rixoNi 
Ti-i'ûy iiD-^on non nxTD nyb aDT r:m2 ddpw^ D"^73bi3' ririom 
Ï-1D11N nDi:^7:b" n-^bii^ cdi">d 'n yoni r;;OT>b nnnsn nmn 
i"n omn 'n n3T73 by ibyn tnbin ibinn nbrn niXDi r<Di73i 
Sy njn iy anbnp t»^b inn-" ix idicc ■'D iJ^n^n DD-'2n73 aipn 
anriD nn^T i<b bwSio-' ■'73Dn nDnb —120 by 1301 0-^31 n3 "-130 



LA FAMILLE JUIVE DES HAMON 67 

!-mr bN-i^"' -ipT: nbmn nbm j-nn^b dont noisa ^s-i':;-' ^yxj^s 
rjiy\iD r.^n rn'.-p^ iromn ronn '^'bi; n:N ,-Trî □t'd n^iTS'-i rty-: 
130 NT2D N3 -^^x nz>* ,']^^'^^ m ■^^'nT' ban rnna 3:y •^bsr-: n"i7a72*.ri 
■'-ND nriîna ncp Tcp -ioid -i'>riN3 y^izn -icpi -^se -i2^b i-^'c ^y 
iS'^Tt TN» i;b nxT Nbn inp'' -ip'^i m^-^-vri pin q-ncjb q-io^'» ■'ina 
"•îa -^33» inbn miD mn-in?: mn-ina Q'brTwD ù'^d-:: by im^nx "iiab 
m -^nbab i:m-i ntt D-'O^xa?: ynnn 30t« "«jobi am23>b is'^or nbij' 
lï^'r^'b ym- î*^:!T ■'îTbpo"' nbi oar^^bi rT>;-573b riD-^aToi !-i:nn n:b 
■'-no"' biNO mbnb D-ni:i abn;i bwS-ic'^ -«n^n -^3 ,a''7:yT3 a-'W^n 
cz-'Torm c-'p-'-îi: n^'«r2N n:''^c-.n rty^'C ::dc»- aipTûn ispd-' y-ixa 
im^iis '^sb i5'-'7:"y::n n7:TT n?:-)?: "ina daraa SD-^aicb t3"'3'iT'T 
DD33b •173'^'J"' DsbD ^53 Di*3 D"'2n;p73- nb ''npn D'^bni "<bnN C'^b-'bD 
STîbN n:n7a m33' SipDi cnn □"'}:N:7:n piscns nj:^' bsobn ^pob 
c^N bD 2b bx nbn73 bo ya; bs -ni):?: lyiacn nnx imN n-n3:>a 
^y T^rnb n-'npnb n'^nnb cTiiTai î»<Tw mî<'w73 lab in'Jd ^on 
QmN irnn 'rrrcm r\y-i -«ban -irrx en D'^Tîb'»:; n^Tarnn Q'^'iarNn 
r-ic<;"J 'r'D ■"rrb ym"< pN ■'b:?"D nx iT^n:; c-'svin ambpbpy □"':û7:n 
15;?: iDiTTr; y-iNn -^^dt^ ■';sb"i pr^ crr'by □"'-iniin r^xbn nxip 
□T'H rtny 33 n7jT dint D"^~bN -^rra CNn: "CNn; ""n^N "'"lan ninob 
■^T^nN ■'T'aN DnNi n^b î-nx}iy aanpn:: D"^"m "imb □o-'cy» mbnn 
SD"'">"iD 0"^;'»:: 'ob'^ub rnsi i:nn W'^n yy p">n:£ "'-id aD"'"'-iD ^Nnc 
nrNH nariN iT^yn dd-'IOn tt'wXï;»-! nD-in iXwn ddd33' D'^bibn U)np 
iT'Tûiiin Drnon mrsi r^s'O ns?: Tibxo î<"'n r-inx .anny?: ^<^rt 
npc3 aibcT p-ii: i;:55E3 ï-i73N1 non -^dîd n-i3i< i-ni73n iT'73nn 
Hdn-ic ■'ïit:^ ■'mbo û-^nb^a biN">ab nmbnn nîn orm ^DD-^mnssïJ 
t-mr; nn-'Oi: r,-n7:n QDb Tinao D"^3-rr ïzsnNi D'^D'^an i«nn pi 
Dom^rbu; n3T72 by pii-ib ■iby< an'p nn dd^'d b^i DDnanir; p-iNsn 
Sx-C"' -QM-p lyjzb D-'ip-'T baip-' bn^D ppD bNTJ"' uj-^n bo nsnïn 
^nm Tir; — ,pi -.nx c^pin Srni ai^pn •'loiN tto bD3 o^-^nd -«d 
£z!"'-.73n (■? a-«7:n) a-'-iN3 □■«-■'yiib bis-iu)"« "«33 -ns» inaf s>ib p'T:b r-i03b 
liwS'j t:p':jm ,m33bn n^Ni nsNO nsnn nx bsbo prbi D'-i-iMwn 
r-ivî^n ncN nin b-«nr! mbs -"ivax "sy non-" 233T ,npVrn73n liNi 
mo m-,T m73 odîs ipy^c-i "^st ,mi?:n rnv cnb n-«;r! xb mbnm 

!-I» D-'3-!3'n -1313 "^N .I-IDT" ÛO^DT □n-'C 3T*.7a 1D ,3b iw'^n bî< 

px ma 01:33 "«D cn^T' ca ,'^-i">:;dn3 a3-':3nb nnb iDnyn rm7:n 
C-'pn i7:u3 n"ibi3:i V535 D-'îiONin D-';i3r! nbyn i^yn ^in3 nsob 
^33 pb3 myri-» Nbo -i7:i:r! m-:;y "i3t by ld"id3 Dsnr n3n73 3-ip3 
1T3:"' ï«»ib -in SwS-i\::-' "«333 Cun ■^■d rr^nn xb Dr)n-:i33' !rT<-in3T 
?n:33n «b i''m373bî<T oxn'ûbi T3b bN-i*:)"' m:3 n3"'"'nn «bi DSDina 
orr^s^yi Dn"<''nb mT^ nDNb733 mnc'O m3-i i3nn "^d ,no3-iDn m^nb 



68 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

iry fiuiz û''N3'i72n D"'">rinb72T ircn ■'isn ^2-!2 d .rnibsi mNTi 
S^ D? innpa onN •— iu;n ayn nmjTob nimpo î-^rTin aanm^an 
c^n n-iiNa nb-^nb DDnb Tn'ïîn n3?:fr<; Tyr^ onbiTi D'EJ-isn nbN 
— iDT m-'p: in'jD"»:)"' "icto n72î<"i non n:73y ■'"';y ']n7:nb DDwr nom 
.CD"'''pb'' "^if^^ r-noyb Ti72u:n nm» tnina by» mas û^bD^D nnT 
n-in DDb noy n"::^ marj -i-'im bsD nbiao ûs'b DTtbN c:Dwp-«T 
■^D ponmn Dv ûT« "^mN -iNcnN nnmMon du:3 -iCwN "isn ^bi pw 
Qt:3 -nax bD vyi 'jy?:': ynon^ □DmD"«"»:;n -n^Di nby-in iD-n rjpi 
Dm: "':7273 m-^ inb^b m3u;n72 mujnb -«a-ipn ■'nb inss n;p^ Sniu)"» 
■'ri n"'^n72 "^b -in23 mTon n» idt -ii: oD^mni: brni ,û">7:on n::ptt 
^a■'^; mn -ii:-ipi n3n:n iny72"i DD-nis p^73 bi3T bi2;3 niy y^u:" 
rmp^y73 m ^-•ni piitTo uj-^nt cds ito '-^■'n ^rb ^^273 nir^nn?: i"n 
mbw v^ ,^bTj3 nuJN nbun bN dd-'D-ij' nx i7:'^'>rn a^- bTi:;T pp 
■jN .as'^^D cpm DON-i -iCN n^ na: i?jnnn ainn nTûi T^a l'^a 
m"i35innm mN^urnnn o- "bwN TvIJn ^-«Nb niSTD nyb n:?D mN3 nNT3 
•rîiyn innb y;D-^ "^d □■'-in^bi ib Sn-îuj-' non» "jinT n-n^-a rT::iy 
n-'n-' •'D DD3 npn-ib nDnTrs m-n rtai "rein aan-'nn n-inoTon tnab 
,';''wS t=iï<T ,ib ND-n a-aï ib nbo^ 'm aa-^bii msa nnn ^dn 
D'^b73y mwbna ,Danpni: niDy m7:7:Ti •^ryb yiNi a'^T:*:: la ^m-iyn 
caanab aanN Nbi ,vm m -^î^jr^ nyb ywca idio-'N nna iDn-^uJN 
n-np naiya ODanb •^n-'a bv^ "jiy "'by '^a riTn "lana a-'baio» isaibN 
,u:-np aairiTs anpa noy r!7a nynb na^cN r:si:73r! by n^73n namn 
mm- nbnn 'T':ii ^cnd pn •'bab aicys pin-i73 aiTD ^-^ïra i33n^ 
DToiyb nbN û"«2i3nn -^"laT b-'aiTor: Y'i:"' bNi720 '-i-i"r:i7:a aann n-iu:"' 
naisn» ">a73wn Nnan anaa "inbwb -inab "^nTûDon p by aannar!73 
niN ""Du:-! "«Da by" y72\aja V'n aa^iiab ■'ab ^ina nnacs rrn na2ty73 
'n pbn aapbm aaaab -iii: mp-^ n-ipsa wSiab nr:ni:yn baa Daot< 
naya i^cunb ,nam73bc nara by labm -^731 N-'irTûrib laïai -^pbn pdto 
rmbnn nay73 t-iLjy"' la-ipa -^abi tdu) ibbn ca-^b-t 'CN-iai y-ix 
&an-iKsn oibo r;':;y72 mu3y73 0"'7abnn n-^iita "^■'îcn î<b"i aanyion 
^-^ra^a nn-^?: -nNnnbn b^isnnb r!by73b Nb •'ryn ^ry?: ba T'rr' aan^i 
pTjyn ^■'pnTo nbyrb r-iasrt aamiay "it«d •^t'W nroanb rja7:b r^bi 
r-i-iKn my myrr -ryn ay ''rpT n;3T 'n i53 nyiaoa-i nbxa nbx':: 
VST baa-i ry baa an Ta72'i ariT73 a-'n7:n3 a-^iyisn aamTobc ni:iap 

.canbnn '>aip nbi-is rmab ';7aiTWi V:wS3 

b"T Jlûn »']JV n-i"m73aa nVtH 



LA FAMILLE JUIVE DES HAMON 69 



VI 



,Ti3 iDmbj ^TN-i by '^•\n::ir: C]-':!:.-! "iDn^na 
"^bDUj anT ^mT nvp3 nma -«bD-ir ^wti» ■'wa "j-^^ia riN-iN -^d 
au32 n'élit"' £]« s'-^n-' n-^T^ pinn73 "]n;yDi nn m-iiN ba "^ba^ iD-i;y"« 
n72N ijj-y^T ■'7303 ■>»">» û^'^H D^72 nbT"! 'n PNT^i n3'i m"i "im-i 
pin-173 pin -ibna "j'nn'c:^^ "'a-ipa "^m-i lt< "^vni-iN ""UJdd ,'^n»r)n Q^nî 
non D3 ■'onD'o:» d":' ^DnartN d:i3' rianN mma^'a "^b r-ix-iD "jinsn 
lïJN 3n3 1^-nyn^î< •^•«i;;'» iiaoi "jn nbio n-^Nb» TinnD bana n73Nn 
113D nN-173 mr nitnsT aitin ï-nn:» b;?» maa ^bDi» 'mi:» 3nD3 
pli: m:yT n?:^ -im b;» i3a n72n i-iN3p lUwS -D'::") ']-'duj-i ^a^art 
m-in:T nrN nanj* nan^n pn maob ibsT" «b D"'a-i D"'73 D"'"<n D">73 
na:» 3i:^nn73 ■jin^'a"' ^<b by^bz "^bns "^diuo-" «b m-iur t-n-ipi 
']r73"' /n ni<T' bo-rin -ipnbi 'n ■'D-n û"'-iuj'^ ,t nw oyisa mmb 
^y-i-iTi nriT- p^ub "{aiujb b:? non min n-nn bia nnD nD3 ■^■nK3 
"i73n-^Trn Dn-'i:-i -^d an^n û'^nbN -«îd T'Sd m^n Sn-iti:"' m^Dn :?i-it 
ynp"^ yi-iT3 pN: rtn-iD 'n -ny im:? nj'nr) ^-tbr^ ,-iyb r-n^na 
laoD mina mnba y-'D"' ^-i5"« mi<"';:;7jT mt^iï: "ji^m m^bm D"'NbL3 
D-'ryT; D-^îD N\Dn ûib'O.Ti n»wxn p-'n ip-'nai bx-iO"^ n-^a n"«an by 
'^'^mma mn-'T:: mm;» "'73 b^ bnDn m^biaMi mba mby -ipo 1"iu:b 
ai'-i 1T72 -^rby liK\a pw ^vyiz^ -^rN aa .'^ny-iujn py -^b^brt -^bnai 
ï-iNO -irr^ by Di:n i33"id cxinr my nci<3 'n DSEsn Eiu5-i ■^73inbT 
•^73-n S-^n ; niTN □i3b72Nn n-^bï^n; es-'b'^DjT cmrra D-^maa mujp 
3>ai:Na i^^-j: piab "^nx a-^mas b^T ,D"^yna a-^^Tr^T D-'W^n n7aipn 
nnm n^ïb ^n .it^uj ^au:im rN-»-!"» itto "«na "^^Db nbso"» ts-^nb» 
y^^-in ba-]^^ m^-p-n iwx-ipn 'n -^sriD as ^d ,i7aipr» nmn ^aab 
nb^DDHm a-^yiun innc a-in tnaa-in by amwy /ï-t a:' nN anrn 
cn-^bi*!; a^bsu; ar^^b "^mia a-^r-a ""s .a-'^Tin n-'ax ,'y'm nnn nNTn 
r-T2B bD ^UKia a-'snan nais» pN anî<i a^nbx ■'3-^ya a-'Ta; ,C3-n72b 
,mT::T a72n "^ba a-^ban bx a-^sam anina a-^-mpn ,m5T bnp ^ina 
pïTa ï*<Dan p72ya i-iai^» 'n ^z nN B"'-iaiy an^io nJD 3>w la^w 
.a^nwn bN a^^nn nsa laimb ni:7aT a^m nuîiipau) naT bsb iwmujn 
^3i73N nao ai<rt ,m-i73n ^73ibu3 iwn onh ^od: nanN'^u ^b n^an 
nnp ï-iNb» r^«-^u;r bî<-^T::^a aï*! l'^'îa «"•« ^sa aa ans* ^3a b^nu)^ 
Sx iSDP. bN iD3iam ^^bK nma^:^ "î^b» -j"»!-! ,^aw p Nb nrby 
ûbnp beuj Sdin iwd nno^y ynî<7a ixa anp73 a^u:in r-naiNn 
'!-i nit:? nssy istij» Bn-i?3N man rjTans'T liTn td-'n mc-^no -idj^wt 



70 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dp-^ Nbi -I3N n-i^T û^t<::n ^'^^^'\ d-'^t::-! r\:iy — iDim •^^•)zy^, ûbiyb 
m-13-nn mv:; -^n?: npc ^-lE)^:: r:D7:bNn nb^^b Dip"' D^ribN nm '^-laTi 
^^^nn ">rjo ;:;pD -ij^'^b^an "^ri-in rbcn ,T"iai mxan m- tm^.mn 
{îin:^'') nnu: ct<3 n-'moD n-'irip r-i-'-ci t't:;!! ûjnbn rinnbDT it'T "«^y 

m-iin:; nnp-' nnyon D!:-i"in p n:Nu:n riT^n'^ "]^jD by 'r^ nî<T>T nyj 
DTo^'rn nrN" qoiD r|OD q^'cm "ibs-vU pdid nDii:3T "^^oa 'n m-iin 
an cnp?:n ■j-'^ n-^-^n d^wi Dn-iNrn D-^-iTon "^to o-^Tan "^rs by r^^pn 
-nnb DDi»y by iiT^y n: nT^y .'n -'s pn -narb ht:-) t^d D'niit' 
m.NCTo iNv:n ^3i n^ijsiu:! rr^nu: n'^3u:v y-iNn ny ■'r^b nm:w nrb 
^3T nbnnn ib3>^ r;7:n rT':in372T m^n ir^ tNbrr dd-^id niST: nmiNi 
.ï-rb-.y ;iîNn noDi ^iy D3 — na^'"' Nb cn-'bN n-ip-i t^b "'.t 

Dn^D b:» 'n "NI"' '-r^n -^^in û"^^;n D3b ■'in3 û79'''ii;n ^^■:iy^ -■i:ibn 
'n yon ba D''-mMT r;?:^ y-i5<3 n^u:"np oyi 'nb 3-'-) ba rrrc 
iNis-' riTû-^w^ D-T^^To D-^bbinis □■'ncn ^bT: n'^t: pn Div:b n-'bif dvs 
Q-^NbicT::: Q->-ip"«n pii: ■':3 ûD-^by nby y-iî<3 b^rixjn mn DD-'by 
■'3rîT nrriT r3T7û by nb-'nn3 pi:ib iby-^ nwrr mbiam nr^n td3 
ri3p ûN Nbn DDnm3y -i3n bsb 'o-n3 nbr-^ yi:i:i'3n nnn D3mi3y 
mit» -i3 bNiia-i -iD nN r;33in rî3Dn Nb nriD nrroDT -n3''>::n Nb yiirn 
■^n-iToN 'ï-îb -^sb -^mrDn "i^:y3 ■'SwS-i .^t72'> p-ii:3 mNiiD -nN nmm 
pT^y- n:ni:73 y^^ ']nbNu:b tc-ttî p-i2:3 ■'»u;3 f^snip -^i:» bN "^rsH 
']3-«T' r-itn "^Tni:» ■'•cîn itn ^-l■'b3 "'S ri^ t-ibyrb r!3:i- i5< nb^;:: 
*ny bn ■^■'n Sob Nip"» r-ibcr n-is ^-l"'3 Dib;25 nr rr^m 31-iN ■'SN 
"— lUîTiT 3iar! mujy73 v^iT^bnn ^liSD iditon «b ■'72ip7373 "^3 TWirs 
"î? m-nN7:b vm nby7ob nti i-ibiyn :::d:d dpn mMi DTibN •^31^3 
■'a'^nwy^ "^m723 byi rriTai ban arj-^ba-i Ss-i ■^nyiTob iidd t:3:7:î<2 ^dn 
r~nwii:ym t^t pnci -in-'3 t]Dn3"'W nx b^bsb 



VII 

.1 b "n y 
Cs-'-inn .QimbT yiNb û-'T'Nt:^ i-iiiynbi n-nnb myn ''i^;; 

.Y'i:-! i-ini -j^i:! 'n nyb nms» 
S^na-» nbr;r3 nbcn bip ir-i;nn bip ^•^T' û'^7:t::n bx r<^N "«D 

•IWN nbiy nyi nbiyn^o cD^sn u'ziz'o -^^-in^^ 
r-i3-'Ty3 n;n iy imso ■'Din ■'D p^::i:N rti^'i -i3-!î< rt7ûi -i7aiN m2 
•— ijnnb D3"'7Dp man -nnN3 Tinyn ■'DSnt "^nNan "^s:» /!~t P^ops pn 



LA FAMILLE JUIVE DES HAMON 71 

c^::'^ pny mm-'T nyn-^ ST'b dti mxbn niMirin -^m-i n-n DDmNDn 
ns"'OT' niy m^T c^^b D3inb mb->b3> n:2r; ib -^^ 'n nvn ^ t2rpD7a 
-iT^Nb -jiN "^byiD bs Ti73Nni n-«nM:72b un-^'^y ^sna nmn amy Nianb 
^pin ab im3 ,n2n i^ r\i2H-\ oib*:: -^^nja-ip ,b-'2:nb ribiD-' TbnTo 
nn^r-n na-'::-' [-^biN] uji-in» riNP-CN d-^totî bD T^yan -^d y-tv r~iT«b3 
r-iDim Di72yn 3-ip3 Tisb ht!: "{dt abiarib d"^:3 13^:1 tnibbj'ttT 
Cnpni: m? ■^sprs nx:: Tibsb ■'273» nyDiwn nti /^y nbos ij-'c-nn 
pnN :::2ipnN D37073ipn703T ,V73?:'9n73 "153 ywNnnwT 'n ■«3">in nxnpb 
•«:npi:n ^d nn^' oa rîTsi ,t?Db3) nbn ny DSTn-i riNnpb -naoT rr^sn 

Jm3-«-l -«-131 -^SINS N3 TN73 pONmW HD imXy Nbl "'SUS mT 

Sy -i3'CT nr»:: di-itû "^b D"'73nib □"73^73 □■^33 ntw3 TNbs dd''"!3'U53 
yc-,3 bbnariTo SDi-^^jn: t^TjD ,ib.-i7:N"' oinp dd-^'Ht: 3-ip3 "n3U) 
,'in72n'T'T vnbx bxT ,rT'ni iD-n72 310 ^nb3b miSiD yo'<a yoiïJ yosi 
î=:D33wN":: tnto -«d nTn orn yT^ wNin bs-i^D^T rnv Nin mpnwy nbna 
Ss T'73n i3^bN i"i:"' û'723nn r-np-' m-tn -i3~i ^<^33 •^3TN3 nby 
■^niDUjn Nb 3i:y3n 31:3 ■'3N QDmn3y mnu:73 b^T ysiSTo ■>3n Cs-'wn 
D3)N'>::7aT c^nncj D3tn mbab mDb7ûn bD •^s-'^b DD'^msibn bD "^i-i^n 
Sdh nb'n:\ nî< r;3::p i3-''>ryi 13-313 tjî< boi 073n Nb by Qns-'-n 
■^3Db j'-n3 ^"»UN "l'i-'nn ii3D Sy ohd □3m:£723i ûd-i»N733 m-Tt 
^3n7anyb "^oyan "'n'^o Tn^Ta T'7an t-io t<b ,c:D3-ip3 "1730 nsmsD 
Ti-^ba -«nyTin tûnd rT'3Tr iiny dj htct ,aD^"l^3•lNbn rmiN "^y 
^ycns n3TON3 j-t"-)"^ N'::no aNuoin Snsn nsowri t3-is3 C5D3tn 
■'-isT bD "«-tnN ib [nbN] ncN ïjin inT y'>r-i y7a;ab y-1733 mbysnn 
"•nysoa abD nx "«d •i3np3 -^n^u: •t>::n immN3 ■^mDDim ^mNnnnn 
TiiTTaNm -iCN Ï-1N1 Dr!"'3Db "^nD-iy in-iinD D"'-i3T inn C2'«nbî<3 
i^by b3p noN nï<i □■'3D bN û^3d n3n '^ns nt3D dd-'3-'3 Q-'bcnb 
r-iN-ipb nbina mnn n-in y^as inNijn by q-'oin nyai ,D"'73'^n bs 
-l'^iD "i-iWN 3nD»3 c-'NH rrcy -i;z)n mbTisrr ib ainab •'Sissi ^•«naT 
d:i ■'nyT' TwN nrc:?b -i73n73n3 tcn bD» D-''>::-nD73 T<3-^3y •^ïdid bDi 
nr^uyb Eiitp» Nin -i;:5i< nx nnbin n"^i D"<73Dnn -i3TOn ""OTa Tiyuw 
Tasnb \a-iim -ipin imi s-j"-ii ':]b73r; Dyui73 -iTas ,D"^a-isbT bbDb 
""ncN D"»3i73N ^a-'N '.— ! T'T' by T»bby73T vy'OD r-nbab r-inx îaanbi 
^b72n '-iy«M (?) uîiNa ^tdn ^xb?:! yen"» »b 3nTT 3\:jn-' t>^b 6]0D 
Sdi ,Q-iDn 173 D"'2:ip iy3b nbbpn by m»y nbxi ,vby n3yb 
p .fT^cn nnr73 i73;a pn mnTab Tib73 i3pd"»i ipHi"" isd3 T'n3T 
Sy nniToy in^y 'n 13T nujiy hd "^-nsa n3ê< pb niDbwn p330 
.tDDn-^-^yo» DmDT T>aN û"«3"in ni3Di D'^Ta'j ni3Db ncim QDTmasî 
tDDm7073Ti ^s-'ys ï-TNT» ON i»y ni3;2: r-iNT .y^^n p \2:i34< yniyb 



72 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

■^3"i yn^r: asio ^"^sn bx i3t::i ixim iDbi Q^a nm ûS'sy inp 
21^3 Dnbn3^ NbT rjTn c-'NrrTo nro-in: Drcnns nrn nr -^d nb •n-'an 
■'îTNa nb'j ^zti^'C^ iTs-ipr; a:n nrn . Ci^n ry-173 ::b?:nb D"'3i:: a-i-.nn 
is-'N-i DDiiDD a? ■':î<t ,-,t33 Tv^n pn vby -im iby i":i:'> ibrn -«pn 
3C173 'in-'N3 Tipnb -iT •w-'N f-iin-^ ■'d ï-it b372 Si-inb i:b aiu ■'D 
in-' •'D ■'-l'CEND ,-Trf c-iwxn mj' n^N pn ipn^ Nim .T'iyyjT iti^tû 
TNT QDToipr nyoa nin ^u-^xn m:?n tcm b^ by 1?) -^t-i^» &DT«a 
n73 nsn ,aDnpy ■'3:' nron na m-i73b 12b bN Tn" ont .137373 ibnnn 
m73nb73 nain n73nb73b Nai: Niajib □■'•,:j:n iinar "^d n-'ys r!73i a-o 
•^binn lari 'CJiNan ^r-'Nn -^sd pn ^■'a nb "tcsi .anbs ""Sn 'n 
insim 1P1— I nbap .^ji-iri bsa b"^n titî^p n^-naaa 'î-i p-iu' PN-ipb 
'n bip DD3n72a iT^ayp -bn^ nbi73na nbN bipai an '^npa n73n 
''p-'ribNa "^-wiN^ '^-"N Sy nbiy "31X5 t:'^72Dnr! c"ca i73"'-inn naa 
my-in DP-ij'ai r,ir, "O-^Vir, y^^ -nan by 15373 aj:"'nnb y73î*prîb 
ans nai^an i-ihnp n3 bs "'3y73b .m? in-^p xb ai-iN"j:r!i ,Daa-ip7: 
"na-t by PNirb ûitî bo lias nayn ds r-n3b7:n i7:n7o ni:'' -^a r-iT 

.237:0 maa 
•b"T ji;::n ^^DT" i-i"m733a nî^D □Dnby73 PiHN n3nN 17:n3 DIK3 



VIII 

.1 b 11 y 
•\-a^ ■'NT^b i-i-^r::r\ b^T^jD ni73i'P abiyb '!-i p^tj» m^r:? X'^^SO 
T'rj"' Cû-i^nr: y-,Na «maa ip-iiasa CTr^n r-iNira rain^bi 
toann i3T'aa ^l'c^np r!Dn3 «ers 'n -^rob ]ia: i^-it aa 
"in23N-i73 D1-I72 pD'j"' vnN byi n73^73cn y':i73 icni3 i-^s-^j' 

.i"i:'' "iibn 'i-^7:"^:3 -n"ni7:a» 
C2-'3"':? -iinu ^733^ ■^33 yiN •^73np73 ï-t3rN t::ni73 PD03 tabiy» 
nbiP'^ nbi^T: nbioa n3ia ip-^ bi' CDbc73i a"'3i7:N n^i3 ,y-ia PIN173 
"^nb-^ ^11: a-^nbN -iiaa r-ibnsi np-' niNDP ■^-iia-' a-^p"'"!^ ï^^^^ 
■^D3 ']-i3T cabij'b ,']brîpp ompri aip7373 "ins -iip737: 137373 P3i:n 
s-iTT m-13 Pi3^-(:jnn -^Ta-^sr; -^7:1-173 ■^73w3 -iPToiyb 30 ,piP73b ïjana 
''sy ara T^asH '^^p-'ni "^d 1-13 n\snb ,ibb73 ']-'PDa ■'pa-i''3 '-11-13 
T'pnTs by T'.T^n "jîsva \i2'::r, by ana ,ï-i3a-i Nb mipi nii:73 •i3n 
n;apn nN-iToa inN-173 uj"'N73 pnci73 b^-r:;'' 'w-îp nma» p^i loni ^b 
!-tpirt 173 T\-pi a"'730 nap ipy p;^ ip; ,it'i: ■^hn-« rT^73i î-i\rp 
mvcD3 npib np-^, po yan TU-Nan ni-i^a ba73 -ini-^Tan 'n nan 
ribn73 inbnn baba*' ^y» 133 aa an» ^3373 i-inpi i-<3''?a Nin aaan 
m3 nbna pu^a nbiba nbipcn by ona ,r:;N\i3"« -^ts nNa3 ni-ia 3b 



LA FAMILLE JUIVE DES HAMON 73 

nD\i!i7û» nbmn n?m rN idd ids rtrcDD ■id:?t Y'n ^^t^ û'^s^'cn "i3 
1SW73 p-^ii: lî-inn y^-i :>bnD ï:i-in73 r!isn;zjw ï-int^ Dn-'by ^ti3di 

"iD lïianN N5T n-'^N Nb m^TT» m-n7:n -^b^n srr^bann nroïo D7Dt 
bvcDnb T^ "irN [■'D] nb-^bn abir rrnorta yicnN Nbi "rN -icn yen 
nbi3D3 32 -^jitTi bo ■'-i^-ii^i n73rj y-isn -iïjn □■'■viî-ipa on?: S-'z^nbi 
TTiTHN Ti-i'^nD nT'CDn ^\■a^y'^: r;n.'cz":: Nin DTibN y^::^ i:7:>2 ri^bcî 
DN ,cnbn3 yi:i':£. a-'iT! by hn^; m-: "^m"! a^CN irî:rN Nb i:d-iî< Nb 
nN n:nN ne -nio-^ t^îd Tiyn rrr^Esm m5:nnr! ■'»i"in "'po po"» 
,i-n---r: nnc nrjT TibNi cidd -^nb^a ib biNC r-^i:-^ îdni ,ib ""mn 
î^yT\ r,i:zn n— in ipin Nb^wSi irt^D 2-'mN vn:? 3-il]3 y^n^rnb "«iîn 
,c"NE3 TNr V3N n^rsn "itiî* ^n-^b; -^ï^î^d ,it^3 n^Dinî<-n«Tir-Dia bsi 
^':;îo Nin p Tworn -li'p ■'7:y -i?"^n insîitj yiDî -in^ •'d:^ e«^'CN 
-nrîiaK -it^dt —ici:? nbi-inm nb^isn di n-''^rN3 nsr'C pn"»:: bDr 
i-^iN/û \n"'bD CN T>rs iy 3TwwS Nb aisn «bn ma: "•ri* it^jnd n:-i:!£N 
nnp nw-i ^n-o-'nn r;«-i T't f-rpm "i-^ ^"ii!::n Nbn a"«bï;N ■'iKcn Sdt 
nbpn N^cn Nb -^'jiKy twz^ by^ -^nyor r-t7:»"n 'n V'^"'") "^nb^a 
•>n3:j' bu -^Tio nbax CN "^nba nbnna in r!;t:p nc3'N «bi it' nnn» 
iT'733'rîb n:i\:;N-i3 i3 n^nn '^t^i ûttî "^"iks -i7:ia ■'nonm r^T^ 'rt 
L2i7:b ipi t^bT -nnD ']i7:r-' -lonabn tibuî ib NTipb "^nb ^23 '^^^ 
'î-ti /n D1D T'by 3^Dn "jc rrrinr nDO^i nnnTi ï-n'a"* bi-i nbsi 
S^-'tD^T ,i»y a*^::» n-'an tcd3 m^n ".-cn bD3 ttûn nr iianp bs^na 
n-T^n-i r!3n n3i-,73 riDnN a:£i3>i ■'by luinn bs n» "iistn Nb Ti3y 
bNT n3-ir; bs ywji i<b tcn r\:i•p^ 'it'T3 "«nidi ,"'3b 3-ip3 ib n3'-n3 
bNb ûrn ■'rnsn n^sn 25 ■133b tn yr^si n^ny nN n^pm ,n3nrn 
■>»■' b3 -^s-^y na;b i3::\-ti sb r:-n333 -itn3 in3-i n-'^anp tiD3 ynya 
,niy an^:D r-nx-ib ■c-'N -^32 t^wN xb noDN «bn biTons Nb tzsbiy 
iKNb "'b ninn\::m D3"iy tn ■mjrm ni:-;^ a"'£î< "^bx inis-^ ni3 TiyT' 
^\aN m-iicT m3n j-ny-i nn"iî< -:N}:72n ny □■'-13^3 dk d-':3D cn 
&wST n-.35 ûTis lirr b-^yii t>ib cht: ^:d -l^-^ON nnorî i-iy^D"» t»^b 
mz573 û3p^ iTû-'Tiî'' û-^D^jb '{■'3 CN1 ,'ri^yii r:rn3 ibs a-r: yp^'p'2 nNia-^ 
ry^D» t-i"Ti ']b72n i33Tin 3nn ■'D n^n^n ,ar;3 'n n»p3 nnb bt^tin 
Sy in3b 'n 3r:J3 ^tz-'J -inonb irn-" —icn a"'73cn r-nm-i y3-iN3 
i"n n'^n'>rnb rbab bpir?: izdcw tT^ rnnT: Ni:"' n72b ,i:ii:-i -«-lany 
"iCN -133 n7:n rN:pT i;':-^3 -i'â:N 'n nyis'O rN3pb a3'C iï< rino'»::?: 
t:itt3 ■'31NO-» g-p:"*: m ■'a ibrrr^ ap'^nn -iniî '»ai3N3 SnnD ■^:ikd 
ibip — i-'can in-« «b -^s »nyT> -i-'a^n inr^n .Ti3y y^ "13^2 t2"'3':;3 
■'3D n73iyb T3:c''rT' xb •'z aTTi Qa3 ■^mii'n ,iab ax "'nb3 insi^Ta» 
nbn3 ûTT'by Tinpom ana; •:;i:{<72 n"'3'cr!b m72i:ynn ■'30"in ■'3"^7a bs 
D-'-ianyn n» ■'3ab mi<bi ynaïb nKT nn-'m ,nnin3 «b nmTas 1"«iîn 



74 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

"UîDî m72b \-iD-in lïJN nnn -of^ iin^m û"^:"'^' ivbDn 'n -^d pn 
"T'3'tt n-^-isnb bD -^îsto an^TN Nb mbv: -nny^ ddtt» ,'-iByb "mnoT 
■'îirnn -iip n^ 'n yT^o-' ^-i^bn ^n^N-i on px -Iin -^byi-D br» 'm 
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IX 



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LA FAMILLE JUIVE DES HAMON 75 

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7« REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

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r-in-'an T«bN 5)ioî<i -nuN ;ds3 -i» u:\x b^T n\i:i3 nb n\ys wn b::T 
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rrri Nb '^-inm ■«b-'itN ay inb-na ■'32»i i3ii:-iD niay Y'::i ûrinn 
1T' cann n"::"' 3-;n Nirt oii .1133 r|i:Di£70T ns nisncT S|3d mis 
"i3nNu:3 r-jTn aT«n /r-iï;^ -iu:n msinTm t=)"«-n73r! bs o-y iss-n^b 
•i373n3 n-in nyp33 nTsnsD i:3Trn3 in-' "isbri rt3inn u^to n3"'m3i3''3 

^3T' -1U5ND n33inN "^Sob D'^-1'^ya 13n3NT .t>i7jaN3 ■'Sp "'bap 13^3-'y3 

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ujwN Tin 3n33rT bD3 i3nK n73N yN dnt ,n73Nn riN iuj3D"'t o-'p-'ii: 
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LA FAMILLE JUIVE DES HAMON 77 

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•irm3i3'3 bsN .ccN-i b:? nby-^ «b n-iitct D-'m353 oab y-i^sN -«d in 
pTa«n f-n3>::p»3 irci:-' n-iis-'T jitoî iiwnn ti^n -ir-^ bs i2^;a 
^rwDTo ibm iT5-n -n^Ti ià^ onb hej v^n "'''3^ "''^^n in- dtdt'3 
n-,n?3 bpi iny-i7û nTini<n û'^an cnb iwnb ■'bsiN irbx Ti72-i7jn"«T 
r»iim pin-17: ■n733''«n mnx ^tc ayrt nn"' ^^t -«nan ro^D i^o^wi 
.ipin"» Nb mir»m b-^i:72 'l''•^^^ Tab irTi ismssDtta n:n:Ni imaDOttn 
La fin manque. 



XI 



■>bip PNïJS -^bibtt -n-i-'2m ibDn d3T^3 inpn nmn-^ nnsTa 



NOTES ADDITIOxNNELLES 

M. le professeur Simonsen, de Copenhague, a eu la bonlé de me 
signaler qu'il existe à Vienne un précieux manuscrit grec de Dios- 
coride, qui, d'après une communication faite en 1903 par M. Wentz 
au Congrès des Orientalistes à Alger, avait été antérieurement à 
Conslantinople entre des mains juives : c Denique cum diu apud 
ludœum quendam Constanlinopolitanum. Hamanis medici filium 
fuisset. » Sous ce dernier nom, il s'en trouve encore d'autres en 
hébreu. 

M. le professeur Kraus, de Vienne, à qui je me suis adressé 
pour avoir des renseignements plus précis, a bien voulu 
m'apprendre que le manuscrit en question est très difficile à lire. 



78 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Il est inlitulé : Codices Grœci et Latini photographiée descripti, 
duce Scatone de Vries, tom. X, Dioscorides, Codex Aricicie Iulianae 
picturis illiistratum, nunc Vindobonensis, Med., Gr. I, Pars prior 
Lugd. Bat. A. W. Sijtlioff 1906, folio. Dans le Proœmium (de A. 
Premerstein), ch. ii, « de codicis, dum Constaiitinopoli adservatur 
historia «, on lit ce qui suit (col. 14) : « ïempore autem insequente, 
saeculo fere xvi, codicem, nescio qao pacio in cujusdani ludaei 
manus pervenisse altero inscriptionum génère demonstratur; 
extant enim in imis plerumque picturarum paginis ipsa herbarum 
vocabula Grœca lingua sed Hebraicis litteris transcripta. Atque sat. 
probabilis videtar conjectura, additamenta hœc Hebraica exarata 
esse manu Hamonis dum viveret Suleimani medici, pênes cujus 
filium. Busbeckius anno 1362 Dioscoridem a se repertum esse tes- 
tatur. » M. Kraus remarque qu'il s'agit sans doute de la note inscrite 
sur le feuillet du titre, noie qui provient de la main de Hamon et 
est difficile à déchiffrer. Il ajoute que les noms de plantes grecs 
transcrits en hébreu sont accompagnés de noms arabes, qui 
rendent pour la plupart le grec. — Pour plus de détails sur l'usage 
fait de Dioscoride par des médecins juifs, v. Steinschneider, 
Die hebràischen Ubersetznngen des Blittelalters, II, 6oO. 

Sur p. 26 de mon article, j'ajoute que le ms. hébreu n° 41 de 
la Bibliothèque de Strasbourg contient des poèmes liturgiques 
d'Aaron b. Isaac Hamon, v. Landauer, Catalog, p. 63. 

H. Gross. 



UN JUIF 

FOURNISSEUR MILITAIRK DE NAPOLÉON P'' 

CONTRIBUTION A L'HISTOIRE DES CAMPAGNES 
DE 1842-1813 



« Dans cinq ans, avait dit Napoléon à de Pradt en 1811, je serai 
le maître du monde ; il ne reste plus que la Russie, mais je l'écra- 
serai. >) Au printemps de 1812, six cent mille hommes, une armée 
telle qu'on nen avait jamais vue jusqu'alors, pénétraient en Russie. 
Avec eux une bande d'aventuriers accouraient, attirés par la for- 
tune du Corse, comme des papillons par la lumière. Mais il y avait 
aussi des commerçants dont l'esprit positif calculait les riches 
bénéfices que promettaient les fournitures pour cette armée géante. 
De même que le vieux coursier, lorsqu'il entend retentir le signal 
guerrier, dresse l'oreille et, oubliant le bien-être honnête de la 
vie bourgeoise, apparaît tout équipé sur les rangs, de même l'appel 
de la guerre de Russie mettait en mouvement plus d'un brave 
qui avait depuis longtemps imposé silence à son humeur belli- 
queuse et trouvé un refuge paisible au foyer domestique. Parmi 
eux figurait l'auteur de mémoires manuscrits dont l'amabilité de 
ses descendants m'a permis de prendre connaissance et dont les 
lignes qui suivent offrent quelques extraits ^ 

Les événements des années 1812 et 1813 nous apparaissent ici 
sous l'angle pai'ticulieroù les voit un négociant qui cherche à faire 
ses affaires à la suite de la Grande Armée. Nous le trouvons sur 
les traces de l'armée française en Russie, où il reconnaît irnmé- 

I. L'original appartient à M. le D' R. Huldschiner, de Hambourg. 



80 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

diatement dans le lamentable système d'approvisionnements le vice 
fondamental de toute l'entreprise. Une captivité de huit mois en 
Russie, la retraite par la Galicie, la Bohême et la Moravie, les aven- 
tures de Dresde et de la bataille de Leipzig dans l'entourage immé- 
diat de Napoléon, la rencontre du noble Poniatowski à la veille de 
sa mort, puis le dernier acte de la tragédie, l'armée débandée, 
dans une misère indescriptible, à chaque instant le cri d'alarme 
« Les Cosaques ! » et, pour finir, Erfurt, — tels sont les tableaux 
qui défilent sous nos yeux et dont le réalisme pittoresque fait 
honneur à l'art du peintre. 

Isidore Lehmann — c'est ainsi qu'il signe ses Mémoires — né à 
Strasbourg en 1785', était le fils de Léonard Liebmann Lehmann 
de Bischheim, négociant en gros et fournisseur de l'armée fran- 
çaise, et de Hannchen Diespecker de Furth. A l'âge de quatorze 
ans il entra dans le commerce de son père. En 1807 il avait pris, 
avec onze autres fournisseurs, le chemin de l'Espagne, mais crai- 
gnant à juste titre d'être empoisonné, à peine arrivé à la frontière, 
il revint sur ses pas. 

Un de ses compagnons, Yoël Loeb Diespecker d'Aschaftenburg, 
sans doute un parent de Lehmann, nous a laissé une relation sur les 
destinées de ces treize Juifs. Diespecker avait échangé en 1800 son 
titre d'étudiant en théologie contre celui d' « employé » de l'armée 
française. Après avoir, en 1806, parcouru en tous sens la Prusse et la 
Pologne, il était venu échouer en Espagne au milieu de cette société. 
Lehmann rebroussa chemin ; neuf autres furent victimes de guets- 
apens meurtriers et de maladies insidieuses. Les deux survivants 
furent pris en mai 1809 par les insurgés et placés sous la surveil- 
lance d'un hôtelier. Ils devaient être fusillés aussitôt après. Dans 
son désespoir, Diespecker s'écria : « Schéma Isroël (profession de foi 
de l'Israélite), qu'avons-nous fait en venant de Prusse en Espagne? » 
L'hôtelier entendit ces paroles et demanda aussitôt en français : 
« Etes-vous Juifs? » Et comme, tout surpris, ils répondaient affir- 
mativement, il se fit reconnaître à eux comme leur coreligion- 
naire : c'était un Marrane, ou Juif secret, dont les aïeux avaient 
été obligés, trois siècles auparavant, d'embrasser le christianisme. 
Il les prit tous deux à son service, l'un comme garçon, l'autre 

1. [Isidore Lehmann, en liébreu Reb Itzig, était né en 1182 ; c'était un homme in»- 
truit dans les choses religieuses. Un de ses frères, R. Menke, mourut en faisant cam- 
pagne en Espagne; un autre, Léon, devint capitaine d'artillerie. Ses deux ])lus jeunes 
frères furent rabbins : Léopold à Belfort, de 1829 à 1876, et David à Wintzenheim ^Ba8- 
Rhin), de 1831 à 1878. — Note de la Rédaction, d'après une communication do M. le 
grand-rabbiu J. Lehmann.] 



UN JUIF, FOURNISSEUR MILITAIRE DE NAPOLÉON I" 81 

comme cocher et, par des chemins secrets, il les fit parvenir à 
Barcelone, où ils furent en sûreté. 

Lehmann avait également fait la campagne de Prusse en 1806. 
En 1808, revenu d'Espagne, il se retira avec une fortune modeste 
à Randegg, dans le grand duché de Bade. Il y épousa sa cousine 
Minette Lévi de Strasbourg, petiie-fille du facteur de la cour Michel 
Lévi Heumann de Hohenems. Deux beaux enfants resserrèrent les 
liens de Theureux ménage qu'une paix durable semblait devoir 
abriter. 

Vint la nouvelle : « L'empereur part pour la Russie! » C'en était 
fait du bonheur de la famille Lehmann : ni les prières, ni les larmes 
de sa femme ne purent le retenir. « Que m'importent femme et 
enfants? » Le 3 août 1812, il était sur le chemin de la Russie. 

Après avoir passé par Berlin et Kœnigsberg, où il rencontre de 
nombreux amis, qui entreprennent le même voyage, il traverse la 
frontière de la Pologne. Dès la première ville, Jurburg (Georgen- 
burg), il est saisi parla détresse d'une vie figée dans sa malpro- 
preté ordurière et où les conditions restent immobiles à travers 
les siècles. Lehmann recommande aux champions de l'émanci- 
pation de son temps de jeter un coup d'oeil dans la cabane d'un 
paysan polonais. L' « eau de mort », un horrible trois-six, nivelle 
la société par le bas. Le Juif est le seul l'ayon de lumière Toutes 
les professions sont entre ses mains. Cordonniei', tailleur, tisse- 
rand, serrurier, menuisier, potier d'étain, horloger, orfèvre, tan- 
neur, meunier, le Juif est tout. Sans auberges et hôtelleries juives, 
il n'y a ni logis, ni pain, ni boisson. Le Juif est marchand, le Juif 
est voilurier. Il y a même parmi eux de bons médecins. Peu de 
riches, encore moins de mendiants. 

Ce dithyrambe — et d'ailleurs Heine a entonné le même air — 
pourrait paraître partial dans la bouche d'un Juif. Mais il est con- 
firmé, sans parler des Souvenirs d'E. M. Arndt (éd. Geerds, p. 131 
et 176j, par l'éloge que fait des Juifs polonais de son temps un 
professeur de lUniversilé de Gracovie, Schultes. Dans les « Annales 
de littérature et d'art de l'empii-e autrichien », année 1807, Schultes 
retrace les impressions qu'il a éprouvées en 1806 au cours d'un 
voyage à travers les Garpathes. Il décrit, d'un pinceau sombre 
mais fidèle, la misère du paysan polonais. Même les Allemands de 
la Galicie ne sont pas jugés très favorablement. Par contraste avec 
ces colons allemands, il cite le principe appliqué par les Romains: 
n'envoyer dans les provinces conquises que la meilleure popu- 
lation. Une seule classe d'habitants, dit-il, paraît encore mériter 
de demeurer dans ce beau et fertile pays. « Je parle des fils d'Israël. 

T. LVII, N» 113. 6 



82 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

— Ils sont les tailleurs, cordonniers, tapissiers, fourreurs, verriers, 
orfèvres, graveurs, ils polissent les pierres et cultivent les champs 
qu'ils afferment mieux que leurs voisins chrétiens; ils sont partout 
les hôteliers. » Souvent les voyageurs, au milieu d'une solitude, 
trouvent chez un Juif villageois de quoi se rafraîchir et se res- 
taurer, « tandis que tous les liabitants chrétiens d'un chef-lieu de 
district leur refusent un morceau de pain pour leur argent «. 
Schultes a soin de se défendre expressément contre le soupçon 
qui atteint d'ordinaire lout avocat des Juifs. « Je nai jamais, dit-il, 
emprunté de l'argent à des Israélites » comme ceux qui ont écrit et 
agi contre leurs créanciers au lieu de les payer. Je n'ai donc aucun 
intérêt à exprimer une opinion favorable aux descendants d'Israël, 
que je considère comme plus nécessaires et utiles que nuisibles au 
bien de la Galicie. » Pour comprendre cette conclusion, on doit se 
rappeler que les Juifs de Galicie. à cause de leur prétendue infé- 
riorité, étaient considérés par la législation elle-même comme des 
citoyens de deuxième ou de troisième classe. 

Cette peinture des Juifs de Pologne de cette époque qu'au cours 
de son voyage Lehmann trouve de plus en plus confirmée par ses 
observations, explique le rôle extrêmement important que les Juifs 
de ce pays ont joué comme seuls fournisseurs de l'armée de Napo- 
léon. Lehmann reconnaît immédiatement le danger que l'intendant 
général Daru a provoqué par son système, inspiré par une éco- 
nomie mal placée, de faire suivre derrière l'armée ses propres 
magasins. Ce qui s'était justifié dans des campagnes victorieuses 
devait devenir fatal dès le passage de la frontière russe. La cava- 
lerie de Murât ne trouva d'autre fourrage que les grains en pied 
dans les champs. La conséquence en fut la perte de près de 
vingt mille, voire, si Ton en suit reiïet. de trente à quarante mille 
chevaux. La route de Kowno à Wilna, quatorze milles environ, 
était jonchée de cadavres de chevaux, au point que la voilure de 
Lehmann ne pouvait avancer qu'avec la plus grande peine. 

Lehmann décline l'offre d'un poste lucratif dans l'intendance 
militaire. A Wilna il entreprend des affaires pour son propre 
compte. Après la bataille meurtrière de Moshaisk — appelée plus 
communément d'après le village de Borodino — et l'entrée de 
Napoléon à Moscou le 14 septembre, Lehmann se rend avec un 
commissaire de guerre, chargé d'établir des magasins derrière 
l'armée, à Smoigonj, à trente heures environ de Wilna, le même 
endroit où peu après, le 5 décembre, l'empereur devait abandonner 
l'armée en retraite, dans une détresse indescriptible, pour rentrer 
en hâte à Paris. 



UN JUIF, FOURNISSEUR MILITAIRE DE NAPOLÉON I" 83 

Contre son attente, Lehmann ne trouve aucun ordre àSmorgonj. 
Il est plus heureux à Minsk, où l'on avait installé de très grands 
magasins et des hôpitaux. A Minsk arrive un jour, escorté par des 
grenadiers de la garde, sous la surveillance d'un haut fonctionnaire 
de la cour dont Lehmann était l'ami, un convoi de vingt-huit voi- 
tures, contenant d'innombrables objets de prix, pour la cour de 
Napoléon. Le fonctionnaire invite Lehmann et ses compagnons à 
poursuivre leur voyage dans sa société. Mais le même soir il reçoit 
du maréchal de la cour Duroc l'ordre, daté de Moscou, de rester 
jusqu'à nouvel ordre à Minsk avec le convoi. Lehmann n'est pas 
peu étonné quand le fonctionnaire lui fait connaître conhdentielle- 
ment les ordres qu'il a reçus et exprime la conjecture que iSapoléon 
fait un mouvement tournant pour prendre les (juartiers d'hiver sur 
la Dvina ou la Milia. Jusqu'alors on ne répandait que des messages 
de triomphe ; pourquoi tout d'un coup la retraite? 

L'inquiétude fut bientôt accrue quand, près de quatorze jours 
plus tard, l'intendant général, le comte Daru, conclut à toutes les 
places, depuis Wilna jusqu'à Smolensk, des marchés considérables 
pour la fourniture des approvisionnements. Ce mauvais payeur 
faisait maintenant de grandes avances aux fournisseurs. Seulement 
il fallait livrer vite. « Celui qui avait eu auparavant des relations 
avec cet homme féroce, dit Lehmann, et voyait combien il était 
maintenant agréable et prévenant, pouvait en conclure qu'une 
grande détresse était imminente. » Cependant on ne croyait pas le 
danger si proche, car on était sans nouvelles de l'armée Les 
Cosaques interceptaient tous les courriers. 

Le 11 octobre, Lehmann et ses compagnons acceptèrent de livrer 
dans l'espace de huit jours 40.000 quintaux de farine dans les ma- 
gasins deMohilew d'Orscha, qui fut en effet, grâce aux fournisseurs 
juifs, un poste de salut pour les débris de l'armée, et à Stariza 
(Storrison). Le contrat était déjà dressé, il ne manquait que les 
signatures. Dans l'intervalle, midi sonna et l'on se mit à table. 
Alors, raconte Lehmann, « on frappa à la fenêtre. Je me retournai: 
c'était le fonctionnaire de la cour qui me faisait signe d'aller le 
retrouver. Je fus effrayé par la pâleur mortelle de son visage et 
m'écriai : « Pour l'amour de Dieu, que vous manque-t-il? » — 
« Cher ami, répondit-il, gardez votre contenance : cela nous 
manque à tous. 'Voici les ordres que j'ai reçus à l'instant par le 
gouverneur». Je lus : " Au reçu du présent, vous reprendrez 
aussitôt avec la plus grande hâte votre retraite sur "Wilna avec vos 
voitures chargées. Vous vous ferez donner une escoi'te aussi forte 
que possible. Duroc ». Le fonctionnaire ajouta qu'il savait parle 



84 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

gouverneur quaucLine autre route n'était libre que celle de Wilna. 
Il nous conseillait donc en ami de prendre avec lui ce chemin. 
Dans une demi -heure au plus ses voilures seraient en roule, 
protégées par douze cents hommes des grenadiers de la garde. 
Larmée était en pleine désorganisation et on ne pouvait plus 
songer au salut. 

Lehmann et ses amis chargèrent aussitôt six voilures de leurs 
effets. Ils durent abandonner des équipements et des approvision- 
nements pour plusieurs régiments, qu'ils avaient achetés à leurs 
frais pour les revendre le cas échéant au gouvernement et qu'ils 
ne purent placer dans le désarroi général. Ils perdirent ainsi non 
seulement l'argent qu'ils avaient apporté en Russie, mais encore 
tout ce qu'ils avaient gagné jusqu'alors pendant la campagne. Arrivés 
sur la place du marché, ils apprirent par le commandant de la 
garnison que l'armée russe commandait déjà par ses cosaques la 
route de Wilna. Il les engageait à rester à Minsk. Avec ses deux 
régiments, petits mais bons, de troupes allemandes et ses deux 
mille hommes de cavalerie, d'ailleurs mal montés, il résisterait à 
un ennemi dix fois supérieur, pour obtenir au moins la capitu- 
lation la plus favorable qu'il pourrait, dans laquelle eux aussi, les 
deux fournisseurs, seraient compris comme tous les militaires. On 
resta donc à Minsk. 

Dans la nuit, la brigade allemande fut envoyée avec ses quatre 
canons à trois ou quatre milles de la ville pour observer l'ennemi. 
La cavalerie devait reconnaître l'autre côté. Pendant les premières 
vingt-quatre heures, cette petite ai'mée fut décimée. Alors tous 
ceux qui pouvaient porter une arme, fussent-ils incapables de la 
manier, même les malades des hôpitaux militaires, furent ras- 
semblés à coups de trompette, et cette troupe à demi-morte fut 
rangée en ordre de bataille sur la place du marché. Du mercredi 
au dimanche, pendant trois jours, il ne se passa pas d'heure que la 
générale ne fût battue. Le dimanche soir, comme toute résistance 
paraissait vaine, le gouverneur se décida à vider la place. Le 
maréchal de Saint-Gyr et lui, avec trente à quai an te cavaliers 
en tète, derrière eux le reste de linfanterie, sept cents hommes 
environ, et tout ce qui pouvait suivre à la course ou en voiUii-e, 
se dirigèrent à la lumière des torches vers Moscou. Peu devaient 
échapper. Ils partagèrent sans doute le soi't des victimes de la 
Bérésina, au milieu de laquelle les cadavres d'hommes et de 
chevaux formaient encore, disait-on, plusieurs années après, des 
îles sur lesquelles des myosotis en fleurs rappelaient les journées 
de novembre 1842. 



UN JUIF, FOURNISSEUR MILITAIRE DE NAPOLÉON I^-" 85 

Lehmann et son ami se laissèrent retenir par des gens de 
connaissance à Minsk Ils confièrent tous leurs biens à un Juif 
de la ville, dans !a maison duquel ils cherchèrent un refuge pour 
leurs affaires. C'est là que le commandant français avait résislé au 
dernier moment, à peine s'était il, après le pillage des magasins, 
élancé avec deux cavaliers sur la route de Moscou que, dp l'autre 
côté, les Russes faisaient déjà leur entrée, pour piller et com- 
mettre des excès avec la barbarie russe. Quiconque hébergeait 
un Français était frappé des plus fortes peines. Lehmann et son 
compagnon ainsi qu'un troisième Juif furent, pour plus de sûreté, 
emmenés par leur ami, le Juif de Minsk, avec des domestiques, 
dans l'hôpital juif, où ils reçurent une chambre meublée. Le Juif 
leur procura aussi moyennant une grosse somme d'argent la per- 
mission de rester en ville. Le troisième compagnon de malheur 
avait confié sa fortune, assez considérable, à un médecin allemand 
au service de la Russie, le docteur Schmied, qui se disait son ami 
et qui l'escroqua avec la plus grande impudence. Dans sa détresse, 
il eut recours à la pitié de quelques meuniers juifs auxquels il 
avait donné des arrhes pour des livraisons de farine promises par 
contrats et, quoiqu'il ne pût élever aucune prétention juridique 
sur ces arrhes, les Juifs les lui restituèrent sans difficulté. 

Le gouverneur russe avait aupi'ès de lui un agent qui se faisait 
passer pour son intendant et qui exploita autant qu'il put les trois 
Juifs, qu'il considérait comme une proie venue à point nommé 
pour assouvir sa cupidité. Lehmann remarque à ce propos : « C'est 
ainsi que la sécurité publique est compromise dans un pays où la 
police n'est connue que de nom. « A la suite de ces émotions conti- 
nuelles, les trois compagnons d'infortune furent atteints par une 
violente fièvre typhoïde, à laquelle l'un d'eux, la victime du doc- 
teur Schmied, succomba au bout de quelques jours. Lehmann et 
son vieux compagnon s'efforcèrent alors d'obtenir des passeports. 
On les traîna, d'exaction en exaction, jusqu'au début de 1813. 
Finalement un ami de Minsk leur procura des passeports pour 
Wilna à de faux noms et les recommanda à des fonctionnaires de 
cette dernière ville Le rouble leur permit encore de se tirer de 
toutes les contestations jusqu'à Wilna. Là ils obtinrent, en ache- 
tant chèrement la gratitude, des passeports comme sujets prus- 
siens : la Prusse était alors le seul pays qui ne fût pas coalisé 
contre la Russie. Mais comme beaucoup s'étaient déjà servis de ce 
détour, le gouvernement prussien avait décidé que les passeports 
présentés à ia frontière russe seraient d'abord expédiés à Berlin 
pour être examinés au ministère. Au lieu donc de se diriger vers la 



86 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

frontière prussienne, on prenait le chemin de Grodno, pour passer 
par le duché de Varsovie. De nouveau le rouble vint à bout de 
tout. Après la rencontre nocturne d'une bande de brigamis au 
milieu d'un bois et le lendemain celle d'une horde de Baschkirs 
armés d'arcs, on atteignit Varsovie. Là un ami, que nos voyageurs 
rencontrèrent inopinément dans la rue, leur procura des passe- 
ports pour la frontière autrichienne. Comme Napoléon avait été 
vainqueur à Lutzen et à Bautzen et que ces batailles étaient tom- 
bées au milieu de la foire de Leipzig, beaucoup de commerçants 
prussiens s'étaient vus contraints de passer avec leurs marchan- 
dises parla frontière de la Bohème, puis parla Silésie ou la Galicie 
pour regagner leur patrie par la frontière autrichienne. Nos deux 
voyageurs furent donc inscrits dans leurs passeports comme 
étant des marchands prussiens qui allaient au-devant de leurs 
marchandises en Galicie. La chose alla d'autant mieux qu'il y avait 
alors une trêve. On arriva ainsi heureusement, en traversant la 
Vistule, sur le sol de la Galicie. Là Lehmann se sépara de son ami, 
qui choisit un autre chemin pour rentrer chez lui, et par la Galicie, 
la Silésie, la Moravie et la Bohême, il arriva sans encombre en 
Saxe. Le i'=' août, il entrait à Zittau et peu après à Dresde. 

Mais dans l'intervalle la trêve avait pris fin et Caulaincourt était 
revenu sans succès de Prague. Les hostilités furent reprises. Dans 
ces conditions on ne pouvait songer à poursuivre le voyage. 

Le 26 août au matin, les Autrichiens s'étaient emparés de 
quelques travaux avancés de Dresde et prenaient déjà des dispo- 
sitions pour l'assaut général. Tout le monde fuyait vers la ville 
neuve. On conçut le plan de mettre le feu, si on y était réduit, au 
pont sur l'Elbe, qui était en bois depuis la bataille de Lutzen, et de 
s'enfuir en Silésie pour y rejoindre l'armée française concentrée. 
Les bombes ennemies tombaient dru comme grêle dans la vieille 
ville et même dans le palais royal. Napoléon arriva à dix heures, 
ayant parcouru seul à cheval la route de Silésie jusqu'à la porte de 
la ville neuve. Devant le désarroi général, il commença par faire 
évacuer par les gardes la rue principale de la ville neuve, qui 
était barrée par toutes sortes de voitures prêles à fuir. Aussitôt 
après l'artillerie montée entra au galop par la porte. L'infanterie 
et la cavalerie suivirent en masses épaisses. Les 26, 27 et 28, 
Napoléon remporta quelques avantages sous Dresde ; ils furent 
contrebalancés, et au delà, par les défaites de la Katzbach et 
de Kulm. 

Lehmann reconnaît la situation désespérée des Français. C'est 
seulement dans le quartier général qu'il se croit à l'abri jusqu'à un 



UN JUIF, FOUHNISSEUR MILITAIRE DE NAPOLÉON 1" 87 

certain point. Quand Napoléon quitte Dresde avec sa garde pour 
marclier, à ce qu'on dit, sur Berlin, Lehmann la suit à cheval avec 
un parent qu'il avait rencontré à Dresde. On couche à Meissen. où 
le roi de Sa.xe campe également pour la nuit avec sa garde. Napo- 
léon établit un cantonnement à deu.K heures en avant sur la route 
qui va à Leipzig On passe la nuit suivante à Wurzen, à trois milles 
de Leipzig, où Napoléon établit aussi le quartier général. Mais dans 
le plus grand silence et dans un profond secret il quitte le camp 
pendant la nuit Le lendemain matin de bonne heure, la garde à 
cheval qui entoure généralement sa personne, se met en marche. 
Lehmann et son compagnon se joignent à elle. Sur la route de 
Berlin on rencontre une forte colonne de cavalerie française. Vis- 
à-vis défile un corps de Cosaques. A gauche, sur une colline, on 
aperçoit des hommes et des chevaux réunis en cercle. Napoléon se 
tient là prés d'un feu, on déplie devant lui la carte, il donne ses 
ordres aux généraux. Le quartier général s'établit à Eulenburg. et 
aussitôt commence la canonnade qui se poursuit jusqu'à la tombée 
de la nuit. 

Le lendemain, le bruit court qu'on va maintenant à Berlin. En 
effet, on reprend la marche en avant. Le quaitier général se trans- 
porte à Dûben. Napoléon y passe quatre jours, du M au 14 octobre, 
sans rien faire, attendant des nouvelles de l'Elbe. Il avait espéré 
une bataille, mais l'ennemi lui avait échappé. De nouveau appa- 
raissent les conséquences funestes du système d'approvisionne- 
ment de Daru, qui consiste à inscrire de petits comptes et l'oblige 
de recourir aux pires représailles contre les habitants du théâtre 
de la guerre. Ce blâme de Lehmann trouve sa meilleure confir- 
mation dans la lettre de Napoléon à Daru du 23 septembre, où il 
écrit au directeur de l'administration de la guerre. « Monsieur le 
comte Daru, l'armée n'est plus nourrie. Ce serait une absurdité de 
considérer la chose autrement. » 

Le second jour du séjour à Dûben, la police militaire brûla sur la 
place du marché les superbes voitures des généraux, parce qu'elles 
prenaient trop de place et gênaient l'armée dans sa marche. Le 
lendemain, toutes les troupes retournèrent vers Leipzig par Wur- 
zen, en formation de carrés mobiles, sans cesse inquiétées par 
l'ennemi. Â sept heures de Leipzig la cavalerie engagea la mêlée. 
Nos deux amis s'empressèrent d'entrer à Leii)zig. 

« La fameuse bataille » — nous laissons maintenant la parole à 
Lehmann lui-même — qui avait déjà commencé après quelques 
jours par de petites escarmouches entre le petit corps du maréchal 
Augereau et de petites fractions de l'armée ennemie, se poursuivit 



88 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

avec la plus grande énergie à l'arrivée des doux grandes armées. 
Le second jour, comme je voyais tonjoiirs rapporter la foide des 
blessés, je dis à mon ami : « Voyons ce qui se passe hors de la 
ville. >y Nous descendîmes à cheval le long de TEIster jusqu'au vil- 
lage de Lindenau. Tout le chemin était couvert de blessés de tout 
genre. A Liiidenau nous rencontrâmes près de FElster, dans un 
enfoncement, une section d'artillerie avec un canon dirigé vers 
l'autre bord. L'officier nous cria : « Vous êtes des bourgeois : ce 
lieu est dangereux. Les chasseurs prussiens sont en face de nous 
dans le fourré » Ayant reçu ce conseil amical, nous reprîmes notre 
course en remonlanl. Juste au moment où nous passions auprès 
d'une propriété siluée sur la hauteur, une pluie de balles siffla à 
nos oreilles et s'enfonça dans le mur de la propriété. Nous nous 
éloignâmes en toute hâte avec la ferme résolution de réprimer à 
l'avenir notre curiosité. 

La nuit fut tranquille, mais, au matin, comme la canonnade 
s'approchait toujours et que beaucoup de civils quittaient la ville 
pour se loger dans le faubourg, nous nous décidâmes à les imiter, 
d'autant plus que je prévoyais la retraite. » A peine avaient-ils pris 
le déjeuner et fait selleries chevaux qu'une bombe, la première 
qui tomba à Leipzig et qui fut suivie de beaucoup d'autres dans la 
môme direction, fit s'écr.'uler une partie de la maison de derrière. 
<(■ Les hennissements des chevaux et les cris d'épouvante des 
hommes, dont quelques-uns avaient été blessés par la chute de 
la construction, formaient un spectacle effroyable. » Ils s'installè- 
rent alors dans le faubourg. « Dans l'après midi, nous parcou- 
rûmes à cheval le champ de bataille et cherchâmes la cavalerie de 
la garde, car je voyais bien que le désarroi ayant commencé et des 
corps tout entiers étant déjà désorganisés, elle était le seul corps 
auprès duquel il fût possible d'être quelque temps en sûreté. Car 
j'étais toujours tourmenté par la perspective d'une seconde capti- 
vité chez les Russes, à laquelle j'eusse préféré une mort soudaine. 
Nous finîmes effectivement par apercevoir cinq régiments de ce 
corps rangés en ordre de bataille derrière ime colline. Nous vîmes 
le prince Poniatowski, qui commandait ce corps, réconforter les 
fugitifs et les engager à joindre les corps encore formés. Il ren- 
contra entre autres un colonel de dragons, qui errait à pied sur le 
champ de bataille. Le prince lui cria en français : « Colonel, où 
est votre régimeni ?» — « Je ne sais pas », répondit l'autre naïve- 
ment. — « Un colonel doit rester avec son régiment jusqu'au der- 
nier homme et comme vous ne l'avez pas fait, malheureux, je vais 
vous livrer au conseil de guerre, auquel je vous recommanderai. » 



UN JUIF, FOURNISSEUR MILITAIRE DE NAPOLÉON I*' 89 

Le prince regagna alors ses régiments. Nous le suivîmes, toujours 
à cheval. Comme nous n'étions plus séparés de ces régiments que 
par cent pas environ, le corps d'armée suédois posté vis-à-vis 
ouvrit sur la colonne une canonnade nourrie, de sorte que les bou- 
lets sifflaient devant nous et allaient retomber loin derrière nous. 
La nuit était claire et nous apercevions sur la hauteur des corps 
d'armée suédois avec quarante canons ; en face, de grosses troupes 
d'infanterie de ligne française passaient près de nous en ordre de 
bataille des deux côtés de ce corps, qu'elles ne faisaient qu'ob- 
server. De la cavalerie auprès de laquelle nous nous trouvions, 
les lanciers polonais se tenaient au bas de la colline, tandis que 
les grenadiers, les cuirassiers, les dragons et les chasseurs de la 
garde étaient postés en réserve sur la colline. Il n'y avait pas du 
tout d'artillerie à cet endroit. A la fin, le prince fit venir quelques 
pièces d'artillerie légère, mais elles restèrent inactives pendant 
ce soir. 

Le prince allait et venait à pied avec ses officiers généraux ; il 
s'approcha de nous et nous adressa la parole avec la plus grande 
cordialité : « Que faites-vous ici sur le champ de bataille? » Je lui 
racontai mon histoire aussi brièvement que possible et j'ajoutai 
que, comme je savais par expérience qu'on était plus en sûreté 
auprès de son corps que partout ailleurs, nous le priions de nous 
autoriser à rester en cet endroit II répondit : » Restez seulement 
ici. personne ne vous gênera; c'est effectivement le lieu le plus 
sûr. » Ni le prince, ni les autres généraux qui étaient avec lui 
n'avaient auprès d'eux des serviteurs ou des chevaux de main et 
tous paraissaient très fatigués. Nous avions de petites gourdes que 
nous avions fait remplir à Leipzig d'un bon araque. Le prince nous 
demanda ce qu'elles contenaient. Nous le lui dîmes en ajoutant 
qu'il pouvait en goûter. Il accepta l'invitation, en prit une gorgée 
et me rendit la gourde en me remerciant et en disant : « Cela 
donne des forces. » Nous en donnâmes aussi aux généraux qui 
l'entouraient. 

La nuit se faisait peu à peu, sans que ni un homme ni un cheval 
de ce corps fût tombé. La canonnade des Suédois avait cessé. Le 
prince commanda le départ et retourna avec ses officiers généraux 
dans une grande cour. Nous suivions à cheval. Le prince descendit 
de selle et pénétra dans la maison. Nous voulûmes mettre aussi 
nos chevaux dans l'écurie, mais les gardes ne nous laissèrent pas 
entrer » Ils durent camper toute la nuit sur le champ de balaille 
sous une pluie battante Le lendemain matin, ils retournèrent dans 
le faubourg et changèrent leurs vêtements. 



90 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

« A ce momeni arriva une forle colonne de dragons, qui suivait 
la route (iErfiirL On disait que ce corps était chargé de dégager 
les clieniins. » Ils suivirent. Au milieu du plus efiroyable désarroi 
de voitures cliargi'es de blessés, entrt^coupées d'officiers et de 
soldats désarmés, on était arrivé dans laprès-midi à Weissenfels, 
quand le bruit du canon se fit entendre de tous côtés dans un voi- 
sinage immédiat, mais [)our s'éteindre aussitôt après C'est là que 
Napoléon essayait de remettre quelque ordre dans l'armée en fuite. 
Le même soir, on traversa le grand pont sur la Saale. On passa 
la nuit à la belle étoile. Les adjudants « d'un général fameux » 
(Bertrand ou Bertliier *?), qui devait diriger la retraite, invitèrent 
Lehinann. leur vieil ami, à se joindre à eux. Rien ne manqua plus à 
nos liéros. Comme le |)assage principal était entièrement barré par 
les fuyards, le général conduisant son cheval par la main, passa 
avec sa suite, quinze chevaux environ, sur un petit pont de bois 
improvisé pour l'infanterie, ayant de l'eau jusqu'à la ceinture. Tout 
d'un coup, une poussée en arrière se produit « Les Autrichiens et 
les Russes arrivent », crie-t-on. On escalada alors une montagne 
à droite. Beaucoup de soldats furent écrasés par les pierres qui 
se détachaient. Ceux qui étaient restés en arrière furent faits 
prisonniers. 

Sur la route de Weimar on rencontra un grand parc d'artillerie 
qui, desservi par quelques artilleurs, tirait sur un corps ennemi 
arrivant de Hombourg. Dans le danger Lebmann avait perdu des 
yeux ses compagnons et même son parent. Après seize heures de 
course à cheval sans interruption, on se reposa dans un village 
à deux milles avant Weimar. Mais les Cosaques étaient déjà là. 
Ils trouvèrent devant eux un général blessé avec cent hommes 
environ, ramassés dans toutes les armes imaginables; le tam- 
bour ne pouvait se servir que d'une main, il portait l'autre en 
écharpe. Trois fois, les Cosaques furent repoussés; mais finale- 
ment l'ennemi supérieur en forces, prit possession du village et 
s'y maintint. 

Lebmann se décida alors à revenir sur la grande route qui mène 
de Leipzig à Krfiu't. Il avait reconnu qu'il était tond)é sur l'aile 
gauche de l'armée en fuite, avec laquelle on voulait occuper l'en- 
nemi, atln de dégager le centre. A tout hasard, il se dirigea au 
milieu de la nuit noire vers Buttelstedt et arriva au milieu d'un 
corps de garde napolitaine, dont l'officier prit soin de lui avec une 
sollicitude extraordinaire Le matin suivant, on rencontra près de 
Buttelstedt la colonne principale de l'armée. On ne pouvait compter 
vingt soldats armés appartenant au même régiment. « Cette grande 



UN JUIF, FOURNISSEUR MILITAIRE DE NAPOLÉON I*'' 91 

armée en retraite présentait un spectacle du plus haut comique. Là 
un cuirassier avec la moitié d'un mouton empaquetée sur le dol- 
mau, dans la main un grand pot avec des fruits cuits, dont la sauce 
lui coulait dans les hottes. Là un dragon auquel étaient suspen- 
dues deux oieSv un cavalier sans coitTure, un autre sans bottes et 
un troisième nu-pieds, la plupart désarmés. Les fantassins étaient 
chargés comme des bêtes de somme et le plus grand nombre sans 
armes. L'insubordination était au comble '. » 

En toute hâte on marcha sur Erfurt. On voulait reprendre 
haleine sous la protection de cette ville forte. Tout à coup le cri 
d'alarme éclate : " Une armée de Cosaques ! » Au milieu d'un épais 
brouillard, chacun court comme il peut. Beaucoup sont écrasés, 
d'autres s'affaissent d'épuisement sur la route et dans les champs. 
Enfin le général en chef exhorte les officiers à rassembler les 
soldats encore armés. On voulait se frayer un chemin à la baïon- 
nette ou mourir. En l'espace d'un quart d'heure un bataillon d'in- 
fanterie et quelques escadrons de cavalerie furent formés. Quand 
le brouillard tomba, on reconnut dans la prétendue armée de 
Cosaques deux régiments de cavalerie française Toute la route 
était occupée par de la cavalerie. Aucun homme ne fut admis dans 
la place forte. 

Lehmann escalade une palissade et arrive à la porte de Gotha. 
Il y retrouve a sa grande joie son parent qui était venu de son 
côté. L'empereur arriva le soir. Il put seul entrer avec sa suite. On 
distribua des vivres aux loO.OOO hommes eiivii'on qui couraient çà 
et là devant les portes, pleins de désespoir et priant qu'on les 
laissât entrer. « Le lendemain matin Napoléon, accompagné d'un 
grand nombre de généraux, sortit devant la porte, fit rassembler 
les soldats sur différents points, où les généraux leur tinrent des 
discours, leur représentant entre autres choses qu'il serait impos- 
sible, si l'on ne s'armait de nouveau, de se frayer un chemin jus- 
qu'en France à travers les nombreux ennemis et leur adressant 
d'autres exhortations de ce genre pour réveiller le sentiment de 
l'honneur et le patriotisme. L'effet fut pleinement obtenu : en 
quelques heures, on vit cette armée rangée en parfait ordre de 
défense, abondamment pourvue d'armes et de munitions de guerre. 
Les pièces d'habillement qui manquaient furent remplacées par de 
toutes neuves. L'artillerie était réorganisée. Les arsenaux et les 



1. L'état lamentable de ces épaves d'armées est décrit d'une manière toute sem- 
blable par 0. V. 0[derbergl, Die franzôsische Année 1813, et Kerchuawe, Von Leipzig 
bis Erfui'L (Mitleilungen ans dem K. K. Kriegsarchiv, tome IV,. 



92 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

magasins d'Erfiirt étaient plus que suffisants pour remplacer tout 
ce qui faisait défaut. » 

Alors commença la retraite, d'abord jusqu'à Gotha et le lende- 
main jusqu'à Eisenach. Là, Lehmann reirouve le parent avec lequel 
il était resté naguère captif chez les Russes. Ils s'efforcent de 
regagner leurs foyers par le chemin le plus court et le plus sûr, 
qui devait les conduire par la Saxe-Meiningen, Hildburghausen, 
Gobourg, Nuremberg et Ulm. « Je tremblais de tout mon corps — 
c'est ainsi que Lehmann achève son récit — quand je revis pour la 
première fois la contrée de ma ville natale. » 

Max Grunwald. 



L'EXPULSION DES JUIFS 

DE LA PRINCIPAUTÉ D'ORANGE 

EN 1732 



M. Jules Bauer, dans son intéressante esquisse sur l'histoire des 
Juifs dans la principauté d'Orange', s'arrête à l'année 1720 en 
racontant le fait que les consuls de la ville d'Orange avaient essayé 
d'expulser trois familles juives, mais que le comte de jMédavy 
s'était interposé en leur faveur pour empêcher l'exécution de cette 
mesure. 

L'histoire des Juifs d'Orange ne s'arrête pas là, et nous sommes 
en mesure d'ajouter quelques faits nouveaux qui nous mèneront 
jusqu'en 1732, année où ils furent définitivement expulsés par un 
arrêt du Conseil d'État. 

Nous connaissons, d'après les documents déjà utilisés, l'exis- 
tence de trois familles juives à Orange vers 1720. Elles ne restèrent 
pas seules à habiter la principauté, car, justement vers 1720, de 
nouvelles familles juives, enhardies peut-être par lintervention 
mentionnée plus haut, vinrent^ s'ajouter aux trois familles déjà 
établies. « Ces Juifs — dit l'intendant du Dauphiné en 1731 — ont 
obtenu des princes des privilèges en vertu desquels eux et leurs 
familles ont droit dhabiter dans cette principauté ; quelques-uns 
les ont fait registrer au parlement de Grenoble; d'autres les ont 
fait renouveler par M^e la princesse de Conti^. » 

En 1731 (c'est l'époque à laquelle l'intendant fait son exposé au 

1. \ Qir Revue, t. XXXII, p. 236. 

2 Piegistres du bureau du Commerce. Arch. Nat., F 12/19, p. 313. 

3. Ibid., d'après l'iatendant. 



94 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sujet dos Juifs d'Orange au bureau du commerce), les Juifs se 
trouvaient dans la principauté au nombre de vingt-une familles, 
qui se r('>partissai(Mit. ainsi : seize dans la ville d'Oi'ange, quatre 
dans la ville de Courtisan et une dans le village de Jonquières '. 

Celles de la ville dOrange exerçaient leur religion « publique- 
ment » — d'après l'intendant — dans une cbambre qui leur servait 
de synagogue ^. 

Pour leurs charges, on nous rapporte que seuls les Juifs de la 
ville d'Orange contribuèrent aux charges municipales à raison de 
400 livres par an ■"*. 

Quant à leur commerce et leurs occupations, « il est de notoriété 
publique - disent les marchands dOrange '' — que ces Juifs 
tiennent des élaux et boutiques de toutes sortes d'étotTes et de 
toileries; qu'ils font fabriquer des serges dites d'Orange qu'ils 
vendent ainsi que du safran qu'ils font de la filature de coton et 
un commerce des soies, trafiquent des chevaux, mules et autres 
bestiaux ». 

S'il n'y a pas là une exagération de la part de concurrents 
jaloux, et il semble bien que ces assertions étaient vraies, puis- 
qu'elles furent répétées officiellement par le Conseil d'État dans 
son arrêt d'expulsion du 19 avril 1732^, il faut avouer que pour un 
nombre si restreint de familles, l'activité déployée était remar- 
quable. 

Il était en outre de notoriété publique — toujours d'après ces 
marchands'' — « qu'ils ont été autorisés à acquérir des immeubles 
et qu'ils en ont effectivement acquis ^ ». On ne nous dit pas si celte 
autorisation s'étendit seulement sur les maisons d'habitation ou si 
elle alla plus loin. Mais dans tous les cas il semble établi qu'ils 
jouissaient dune tolérance assez large. Leurs concurrents chré- 
tiens vont même jusqu'à affirmer qu'on leur avait accordé «les 
mêmes privilèges dont les chrétiens jouissent^ ». 

Mais ils ne devaient pas jouir longtemps de celte situation 
privilégiée. 

Il semble que vers 1730 il y eut une sorte d'accumulation de 

1. Heyistres du l)uieau du Commerce. 

2. l/nd. 

3. lOid., p. 317. 

4. D'après l'exposé de l'inteiidaut, ibid., p. 316. 

5. Voir Pièce jîistificative. 

6. F 12/79, p. 316. 

7. Toutefois le Conseil d'Elat dans son arrêt d'expulsion (voir l'ièce justificative) 
qui les menace de saisir leurs « meubles et ell'ets » ne jiarle pas des immeubles. 

8. F 12/79. p. 315. 



L'EXPULSION DES JUIFS DE LA PRINCIPAUTÉ D'ORANGE 95 

haines et de perséculions de la part des marchands chrétiens 
contre les Juifs et leur commerce. De toutes parts, de la Rochelle, 
de Bourgogne et du Languedoc', des plaintes affluèrent contre les 
marchands juifs. A cette coalition les marcliands orangeais ne 
tardèrent pas à se joindre. Le 21 juin J730, ils adressèrent un 
place! dirigé contre les Juifs à la princesse de Conti^, dans lequel 
ils exposèrent «le préjudice que cette nation portait au commerce, 
mais — ajoute l'intendant — leurs remontrances devinrent inutiles 
par la protection que les officiers de cette princesse donnaient 
aux Juifs ». 

Voyant que leur démarche auprès de la princesse était restée 
sans résultat, ils profitèrent du séjour dans leur ville du sieur 
Jomarou. commissaire départi a Oi-aiige, pour dénoncer les Juifs ^. 
Ce sont les mêmes plaintes qu'on retrouve partout, aussi hien dans 
la bouche des marchands orangeais que dans celle des marchands 
languedociens, messins, etc. Ils alléguaient les griefs qui pouvaient 
le mieux les servir dans leur lutte commune contre le commerce 
juif. Ils se les empruntaient les uns aux autres et c'était devenu 
chez eux un lieu commun de dénoncer le préjudice que les Juifs 
leur font en vendant bon marché, mais — ajoutent -ils — une 
marchandise d'une qualité hien inférieure, les fraudes que les 
Juifs pratiquent en vendant du bétail à crédit au laboureur, etc. 
On sait toutes ces plaintes par cœur : nous n'en examinerons pas 
le bien fondé, et nous nous dispenserons de les énumérer '. 

Ils ^ invoquent ensuite les arrêts de 1687^ et de 1703 qui avaient 
été rendus contre les Juifs d'Orange. Ils citent même l'article 52 de 
leurs libertés et privilèges par lequel il est statué " que les Juifs ne 
seront point admis à demeurer dans cette ville et dans son terri- 
toire " ». Et ils concluent à l'expulsion des Juifs de la principauté 
ou « du moins qu'ils soient réduits, comme ils Tétaient ancien- 
nement, au seul et unique commerce de friperie^ ». 

Mais il semble que cette fois non plus leurs « remontrances » 
n'avaient pas atteint l'elfet désiré. 

Et c'est alois que l'intendant, M. Fontanieu, se décida, le 

1. Voir, par exemple, Revue, t. XXXIV, XXXV et XXXVI, L« vie commerciale chez 
les Juifs du Languedoc, etc., par Rouhin. 

2. F 12/79, 315. 

3. Ibid. 

4. Ibid., p. 317. 

5. Voir Revue, t. XXXII, Les Juifs d'Orange, par Bauer. 

6. F 12/79, p. 317. 

7. Ibid. 

8. Ibid., p, 315. 



96 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

30 août 1731, à s'adresser directement au bureau du commerce 
par une lettre ' dans laquelle il fait l'exposé de ces faits. 

La question ne vient en délibération devant le bureau du com- 
merce que le 3 avril 1732. Il a fallu d'abord demander son avis 
à M. l'Intendant et à MM. les Députés du Commerce 2. C'est 
M Rouillé, intendant du commerce pour le Languedoc, le Dau- 
phiné, etc., qui en fait le rapport Par l'arrêt du conseil du 
20 février 1731 et par beaucoup d'autres indices nous savons 
suffisamment quelle était alors l'attitude du conseil vis-à-vis du 
commerce juif ^ et nous ne saurions nous étonner du résultat de 
cette délibération. Après avoir pris connaissance de l'avis de M. de 
Fontanieu et de celui des députés du commerce, il fut décidé que 
les Juifs quitteraient la principauté dans un délai de six mois, 
délai qui leur fut donné pour liquider leurs aflaires \ 

En conséquence de cette décision, un arrêt d'expulsion contre 
les Juifs de la principauté fut rendu par le Conseil d'État dans sa 
séance du 19 avril 1732 qui se tenait à Versailles ■'. Cet arrêt fut lu 
par M. Rouillé dans la séance du bureau du commerce du 24 avril, 
qui l'approuva ^. 

Les Juifs firent des « remontrances « et essayèi-ent d'obtenir la 
révocation de cet arrêt ^ mais en vain. L'Intendant fut de nouveau 
appelé à donner son avis sur ces » remontrances ». Et le bureau du 
commerce, après avoir pris connaissance de cet avis qui sans 
doute était défavorable aux Juifs — , décida, dans la séance du 
10 octobre 1732, de rejeter la requête des Juifs et de faire exécuter 
l'arrêt du 19 avril selon « son forme et teneur t. 

D. WOLFSON. 



1. F 12/79, p. 318. 

2. Voir, par exeini)le, Roubin, Lu vie commerciale des Juifs comladins dans le 
Lanrjuedoc, Revue, t. XXXIV. 

3. F 12/79, p. 318. Voici comment ils s'expriment : « Ai>rès tant d'arrêts rendus 
contre cette nation il ne convient pas de laisser subsister les Juifs dans le pays, étant 
constant qu'ils y font plus du mal <iue du bien » 

4. Ibid., p. 340-341. 

5. Ibid., et Pièce jusiificaiiue ; il est à remarquer que l'arrêt ne cherche pas à 
expliquer l'expulsion par des accusations que les marchands chrétiens élèvent contre 
l'honnêteté du commerce juif, mais se fonde simplement sur la concurrence qu'ils font 
aux autres marchands. 

6. Ibid., p 810. 

7. Ibid. 



l'expulsion des juifs de la principauté D'ORANGE 97 



PIÈCE JUSTIFICATIVE 



Copie d'arrêt du Conseil d'État du 19 avril 1732 
contre les Juifs d'Orange. 

(F 12/79, p. 340-341.) 

Le roi étant informé qu'il s'est établi depuis quelques années dans la 
ville et principauté d'Orange plusieurs familles de Juifs qui y tiennent 
des étaux et boutiques ouvertes, où ils débitent toutes sortes d'étoflfes de 
toile et de denrées provenant du cru du pays qu'il y en a même qui font 
fabriquer des étoffes appelées serges d'Orange, ce qui cause un préjudice 
considérable aux autres habitants et négociants de cette ville et princi- 
pauté. Et Sa Majesté voulant y pourvoir. Oui le rapport du sieur Orry, 
conseiller d'État et ordinaire au Conseil Royal, contrôleur général des 
finances. Le roi étant en son Conseil a ordonné et ordonne que dans six 
mois du jour de la publication du présent arrêt les Juifs qui sont établis 
dans la ville d'Orange et dans les autres villes et lieux de cette princi- 
pauté seront tenus d'en sortir eux et leurs familles sous peine de confis- 
cation de leurs meubles et effets et des plus grandes peines s'il y échet. 
Dérogeant pour cet effet Sa Majesté à tous brevets et permissions con- 
traires qui pourraient ci-devant leur avoir été accordés. Enjoint Sa 
Majesté au sieur Intendant et commissaire départi en Dauphiné de tenir 
la main à l'exécution du ■ présent arrêt qui sera lu, publié et aftiché 
partout où besoin sera. Fait au Conseil d'État du Roi Sa Majesté y étant, 
tenu à Versailles le 19 jour d'avril 1732. 

Signé : Bouyu. 



T. LVII, M" 113. 



NOTES ET MÉLANGES 



i;ORIGINK DU CYCLE LUNAIRE 

ET L'ORDRE DES ANNÉES EMBOLISMIQLES DU CALENDRIER JUIF 



Dans le cycle lunaire de 19 ans, qui fait la base du calendrier 
juif, les années embolisniiques sont intercalées dans l'ordre sui- 
vant : 3, 6, 8, 11, 14, 17, 19, ordre désigné ainsi en hébreu : n"ia 
a"nN. Les auteurs modernes s'accordent à admettre que l'institu- 
tion de ce cycle lunaire fut inspirée par le cycle identique de Méton 
(\'« siècle av. J.-C), bien que Tordre d'intercalation adopté par 
l'astronome athénien ne soit pas le même. En effet, dans le cycle 
de Méton les années embolismiques sont : 3, 5, 8, 11, 14, 16, 17, 
ce qu'on écrira en hébreu a"inN n"™. 

Dans sa Notice sur le calendrier talmudique [Bible de S. Cahen, 
III, Lévitique, p. 170-193), Terquem signale cette différence sans 
l'expliquer. Schwarz, dans son ouvrage Der jûdische Kalendar 
(Breslau, 1872, p. 76y, explique cette différence comme un perfec- 
tionnement ayant pour but de réaliser, vers le milieu du cycle, la 
concordance des années solaires et lunaires. La théorie de cet 
auteur se résume en ceci : le cycle de Méton repose sur le fait que 
235 mois synodiques font 19 années tropiques; par conséquent, 
l'année lunaire est inférieure à l'année solaire de 7/19 mois, et. 
à la un de la 8" année, le retard atteint 18/19 mois ; or, comme le 
premier Molad précède de quelques heures la première Tekoupha, 
on fait l'année embolismiqiie, alors qu'à la fin de la 5<= resp. de la 
16' année, la différence n'atteint que 16/19 resp. 17 19 mois; il n'y 
a donc pas lieu d'intercaler un troisième mois. 

A l'appui de sa tlièse, SchAvarz cite une formule inventée par 



NOTES ET MÉLANGES 99 

Creizenach {Annalen, 1840, p. 131) permettant de reconnaître si 
l'année n d'un cycle est embolismique on non L'année est enibo- 
lismique quand l'une des valeurs numériques comprises entre 
Çni + i) et {' n — 6, est divisible par 19, et le quotient indiquera 
en même temps le nombre d'années embolismiques comptées 
depuis le commencement du cycle. 

Slonimsky, dans son livre Vessodè Haïbour [è" édition, Varsovie, 
1888, p. 3o), cite le passage des Pirkè d. R. Éliézer relatif au cycle 
lunaire et fait remarquer qu'on y trouve la mention 'd'r\» n"na à 
la place de l'ordre usité a"ni« n"na. Il en conclut que l'institution 
du calendrier juif dans sa forme définitive est de date postérieure 
à cet ouvrage. 

Quelques auteurs plus anciens ont édifié, au sujet de l'ordre 
a"nî< n"ia, des théories encore moins soutenables, et il n'y a pas 
lieu de les reproduire. Du reste, l'origine de l'ordre adopté a été 
démontré par Th. Reinach, dans sa note Sur le calendrier des Grecs 
de Habylonie [Revue, t. XVIII, p. 90-94} au moyen de quelques 
inscriptions anciennes concordant avec le système ï2"nN n"ia 

Ce système ne concorde pas avec l'ordre primitivement indiqué 
par Méton, lequel est précisément celui que mentionnent les Pirkè 
de R. Eliézer, u'inx n"TO, faisant embolismiques les années o et 16 
au lieu de 6 et 17 du cycle. Celui-ci est, du reste, assez logique, 
puisque les différences avec les années solaires atteignent, au 
bout de la 5« année (61 mois) — 24 j. 21 h. 227 ch., et au bout de 
la 16« année {197 mois) — 26 j. 11 h. 379 ch., soit presque un mois 
entier. Si on intercale un treizième mois, le mois de Nissan de la 
5« année commencera 4 j. lo h. 366 ch., et celui de la 16*= année — 
3j. 1 h. 414 ch. après l'équinoxe du printemps, et la Pâque sera 
célébrée dans le mois d'Abib, confoi-mément à la tradition. 

Nous sommes d'avis que la formule :û"nN n""i> est postérieure à 
l'époque de la constitution du calendrier juif, et qu'à l'origine on 
a fait usage de l'ordre indiqué par Méton, répondant à la formule 
u:"ni< n"na mentionnée dans les Pirkè de R. Éliézer. 

En effet, la date à laquelle l'astronome athénien a fait com- 
mencer son cycle lunaire fut le 28 juin (= 13 Scirrophorion) de 
l'année 432 av. J.-C, à midi, à l'instant même du solstice d'été. 

Or, l'année 432 av. J.-C. (4281 de la période julienne) correspond 
à l'année 3328 de la création. Elle est la 3« année du 176' cycle 
lunaire, compté depuis la création. C'est en instituant l'ère de la 
création, longtemps après la constitution du calendrier, qu'on a 
modifié la formule primitive aiiK n"na, pour la transformer en 
a"n« n"ia, en commençant le cycle par la 17« année de celui de 



100 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Méton, c'est-à-dire en ajoutant au cycle de Méton 3 années, afin 
de prendre pour origine du système la première année de la 
création. Les dates des inscriptions grecques mentionnées par 
M. Th. Reinach (/. c.) s'accordent aussi bien avec la formule de n"ia 
u"ni« qu'avec celle de a"mî« n"rt^ des Pirkè de R. Éliézer. L'origine 
de la formule :û"nN n'Sa est donc l'ère de la création qu'on a prise 
comme point de départ, en y appliquant le système de Méton avec 
son ordre d'intercalation des années embolismiques concordant 
avec ceux du calendrier des Grecs de Babylonie. 

Ni le a"nN r\"^^, ni l'ère de la création, ne se trouvent dans la 
littérature talmudique ; ils sont de date plus récente. 

D. SiDERSKY. 



L'EXPRESSION V^^' ^> D^D 

Dans son tout récent article publié par la Revue ', M. Elbogen, 
après avoir fait un exposé sur l'expression 3>»^ b:? d"id^ termine par 
cet aveu : « Il reste une difficulté : c'est la construction de oid avec 
hy. J'avoue que je ne puis en rendre compte. » Cet aveu porte sur 
le point essentiel duquel l'on doit partir pour expliquer l'expression. 
Une explication qui ne peut justifier l'emploi de la préposition hy 
après 0"iD, qui est même en contradiction directe avec l'usage de 
cette préposition, ne peut pas être considérée comme satisfaisante. 

Ce qui est incontestable en efiet, c'est que l'expression servant à 
désigner la récitation publique du Schéma avec ses bénédictions 
était y7ûu: hy d"id^ d'où l'on a fait quelquefois ^ttu) n^ D"is:. Or, il n'y 
a, comme je l'ai fait ressortir dans mon compte rendu de l'ouvrage 
de M. Elbogen -, qu'un moyen d'expliquer l'expression rwuj hy d"id 
d'après les autres témoignages littéraires. En efl"et, la littérature 
traditionnelle n'offre plus cette expression qu'une fois : dans le 
Targoum sur I Samuel, ix, 13. Les mots du texte hébreu Nin •'S 
HDTn ^-13"' sont ainsi rendus par le Targoum : n2"itm by d^d Nnn •'-li*. 
Telle est la leçon du Cod. Reuchlinianus^ ainsi que dans Raschi 
et David Qimhi iad loc). Les éditions ont omis la préposition \>y 

1 . Revue, LVl, 223. 

2. Deutsche LilteraLurzeiluny, 11 avril 1908. 

3. Prophetae chaldaice, éd. Lagarde, p. 76. 



NOTES ET MELANGES 101 

pour la même raison qui l'a fait remplacer parfois, dans l'expression 
ya'O by d-d^ par la particule de l'accusatif L'Arouch* a la leçon : 
Nno33 o-'-iD-» «in '^'ii<, ce qui représente une accommodation au 
texte hébreu, l'imparfait étant substitué au parfait pour rendre 
fidèlement '^n^i, NSira cédant la place à l'équivalent exact de niTn 
et la préposition by étant également omise. 

Quant aux mots duTargoum, Raschi en a excellemment rendu le 
sens par liTTon by :?:£"ia : il s'agit, en effet, de la bénédiction récitée 
avant la consommation du sacrifice. David Qimhi développe l'ex- 
plication de Raschi. Après avoir cité l'expression talmudique by^ 
3>i:na n-^an, il poursuit : « Celui qui, dans le repas, récite le premier 
la bénédiction s'appelle y:ri2^ parce qu'il rompt le pain et prononce 
alors la bénédiction ; nnTn ■^-la-» équivaut à narn by Tia-». Et quoique 
la bénédiction soit récitée dabord pour le pain, on dit cependant 
narn, parce que le sacrifice formait la partie principale du repas, 
ou parce qu'on disait une bénédiction spéciale pour le sacrifice » 
(la seconde explication est celle de Raschi). En tout cas, Qimhi a 
mieux expliqué les termes dont se sert le Targoum que ne le fait 
Levy ^, quand il fait dériver l'expression onc"^ du sens d' « étendre 
les mains ». L'auteur duTargoum s'est autorisé, pour traduire Tia*» 
par bs» D-iDi, du fait que la fraction du pain avant le repas et la 
bénédiclion qui s'y rapporte sont étroitement liées l'une à l'autre. 
Comparer la règle talmudique "t-ût: 3>]^^an•■^ et la phrase déjà citée 
*]-i2» n-iiNT ^2213 n-ian by^^ ; enfin, les expressions du Nouveau 
Tei^tamenl Matthieu, xxvi, 26; 3Iarc, xiv, 'M) citées par M. Elbogen '. 
C'est ainsi que y^ra a pu recevoir sans difficulté le sens de «dire 
la bénédiction pour le pain rompu au commencement du repas». 
Dans cette acception prégnante, Tita se construit avec b:» et est 
ainsi assimilé à ^na. On rapporte de Pinhas b. Yaïr : s'ssa ctb rw'^tt 
•\bxû rts-'î^o noi-iD by^; ici noi-ic by yisa a le même sens que noi"iD 0"id 
dans une baraïta ', où l'on aurait pu dire également : din otid"» sb 
noTiD b3> . 

On voit donc clairement comment le Targoum en est venu à 
traduire, dans I Samuel, ix. 13, ']ia'» par by ons"'. Je remarque 
encore que Raschi, dans son commentaire sur Jérémie, xvi, 7, 

1. s. V. O'D 8 ; éd. Kohut, VI, 436. 

2. Wôrterhuch zu den Tarç/umim ; H, 293; suivi par Blau, Revue, LV, 213. 

3. Berachot, 46 a (Houna). 

4. Ibidem (Simon b. Yohaï). 
3. L. c, p. 224. 

6. Houllin, 7 6. 

7. Rosch ha-Schana, 296. 



102 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

entend idid"^ dans ce sens prégnant (^D'^ict . . . D"'ba«n nx i"«-i3ttœ 
î<"«i:i7on n^-a onb), en se référant au Targoum de I Sam., ix, 13. 

Nous aurions ainsi une base solide pour l'explication de b? 0"id 
9n^. L'e.xpression qui servait à désigner la bénédiction qui ouvrait 
le repas a été trans[)ortée à la bénédiction qui introduisait la réci- 
tation des morceaux du Schéma. La fonction de celui qui récite 
publiquement le Schéma commence avec la première des bénédic- 
tions qui accompagnent le Schéma; c'est pourquoi la fonction tout 
entière est désignée par l'expression 972fD by dis A coup sur, cette 
expression se rapporte en premier lieu aux bénédictions du Schéma, 
et non au Schéma lui-même. Plus lard encore le sentiment s'en 
était conservé vivant, comme on le voit par les paroles de 
Maïmonide dans son Mischné Tara : dd-is ']n3W nn^ n-^rc «b pi 

y^yo hy ^ . 

Je remarque, enfin, que Juda b. Barzillaï se réfère, comme 
l'Arouch, au Targoum de Samuel pour l'explication de notre 
expression : 'i mo-^w NnsnT» by dt^d"^ l^Toa-in» nsTn pn '^-a'^ Nin 
•«yns 13 miri"'^. C'est aussi l'opinion de R. Méir, rapportée par 
R. Yona, d'après Jos. Caro : y^'y^ Nin inuîb» l"«D-i3W 'bD l-^o-nsT 
. . .n3Tn^. Ces deux autorités sont Méir b. Todros ha-Lévi et Yona 
Gérundi. 

Budaiiest. W. BacHER. 



LE NOM D'ISIDORE PORTÉ PAR UN ANCIEN JUIF 

Le nom d'Isidore, certainement dû à rinfluence du culte d'Isis, 
qui parvint à une grande difTusion à l'époque impériale, n'est 
devenu très usité chez les Juifs qu'au xix'= siècle, parce qu'il se 
prêtait commodément à traduire les uoms bibliques qui commen- 
cent de la même manière (Isaac, Israël); Isidor fut aussi le nom de 
famille d'un grand-i'al)bin de France. On ne connaissait jusqu'ici 
aucun Juif qui antérieurement au xix« siècle, se fût appelé Isidore. 
Phi Ion nomme, comme un antisémite et comme un des provoca- 

1. Hilch. Tefilla, viii, 5. 

2. Hagf/ahot Maïmoniot, ad loc. cil. 

3. Kécef Mischné, ad loc. cil. 



NOTES ET MÉLANGES i03 

leurs des excès contre les Juifs d'Alexandrie, un certain Isidoros \ 
sur lequel nous sommes maintenant mieux renseignés grâce à un 
papyrus ^. 

Je crois pouvoir reconnaître le nom d'Isidore dans le nom jus- 
qu'à présent inexpliqué d'un amora palestinien. C'est "iiTO ■'an, qui 
figure deux fois dans le Talmud de Jérusalem : Halla, 58 c, l. 7 
(II, 2 et Sabbat, 9 c, 1. 7 (vu, %. Le Séder Haddorot^ ne mentionne 
que le premier passage ; de même Levy '. Dans le second passage, 
"nTO a été corrompu en i^to dans les éditions postérieures ^. 
Ratner, dans son Introduction au Séde?' Olam^, ne cite que le 
premier texte il écrit "iT'O au lieu de mi^o) et, avançant une hypo- 
thèse bien risquée, propose de lire [obi:'] -non ■'in au lieu de N3n 
ITO 'n. L'enseignement tannaïtique lui-même que -nTO 'n rapporte 
dans j. Halla ne se trouve pas dans le Séder Olam. La conjecture 
de Ratner est dépourvue de tout fondement. 

Mais que signifie le nom -nTO? Levy lit « Siddur ». Ce serait 
donc un nom comme biT'a, qui nest qu'une forme secondaire de 
biia (Guiddelk Mais on n'aperçoit aucune étymologie possible de 
nno comme nom de personne, la signification de « ordre, suite » 
ne s'y prêtant nullement. Au contraire, rien n'est plus simple 
que de considérer "nTio comme une abréviation de "nT^CK et 
de lire « Sidor ». Pour laphérèse de -^n au commencement des 
noms empruntés au grec, je rappelle cuD, qui est l^ix-ç'. Plus 
singulière est la chute de la désinence du nominatif (— oç), qui, 
dans les noms de personnes, reste invariable quand elle n'est pas 
remplacée par une terminaison araméenne »-, "^m-, '^'>~). Cepen- 
dant, la terminaison — o; a coutume de tomber dans les noms 
dont la désinence est précédée de la consonne ?': "ibab, libellariiis; 
"T^"<bna, galearius; ou, avec une autre désinence, ^niD sudarium. 
Comme des noms tirés du grec et très usités, tels que mrap et 
•nri'^so, se terminent en — ôr, ce fait peut avoir favorisé la chute de 
la terminaison dans [D\'"n'Tio["'i<l, de manière à obtenir un nom qui 
finit aussi en — ôr. 

Notre Rabbi Sidor, ou Isidoros, appartient à la fin du iv siècle. 

1. In Flaccum, § 4, 15 et s. 

2. V. Schiirer, Geschichte der Juden, P, 67. 

3. Ed. Varsovie, II, 293. 

4. Neuhebr. W6., Ill, 483 a en haut. Frankel, ■^nbtt)1"l"»ri N13W, p. 117 6 et 118 a, 
cite les deux passages. 

5. V. les scolies de Ratner (a"»blIJTTiT ll^ir nariN), ad loc. (p. 86). 

6. nan obiy -nob H^Z•Ct, Vilaa, 1894, p. 33. 

7. Krauss, Lehnwôrler, II, 379. 



104 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

En effet, dans le premier des deux passages cités, il rapporte un 
enseignement tannaïtique, au sujet d'une controverse entre Rabbi 
Hananya et Rabbi Mani (ou Mana), pour appuyer l'opinion de ce 
dernier (n3» 'nb y^'^o'D). Ces deux autorités vivaient en Palestine 
dans la seconde moitié du iv^ siècle '. Dans j. Sabbat, 9 c, R. Sidor 
raconte une anecdote concernant les études de Yehouda b. Hiyya 
l'Ancien. Il était donc principalement rapporteur de vieilles tradi- 
tions. Ce docteur juif au nom païen avait un contemporain bomo- 
nyme chrétien, le célèbre Isidore, le saint de Péluse fmort vers 440). 

Budapest, septembre 1908. 

W. Bâcher. 



NOTES SUR LES PAPYRUS D'ÉLÉPHÂNTINE ET D'ASSOUAN 

A la ligne 19 du premier document d'Élépbantine M. Sacbau a lu 
par erreur dv à la place de rm devant le mot nttr, et ce lapsus a 
été reproduit, à ma connaissance, par tous ceux qui ont réédité 
ce texte et Pont traduit. La lecture m-' ne fait aucun doute outre 
que le mot nv devant nMn n'a pas de sens. 

Dans son dernier article sur les papyrus égyptiens (t. LVI, p. 167- 
168) M. I. Lévi repousse une assertion de M. Clermont-Ganneau 
disant que les ethniques, soit au singulier, soit au pluriel, sont 
toujours à Pétat absolu. En fait, les ethniques sont à l'état empha- 
tique quand il n'y a pas de complément, ainsi «■'baa (B, 19), 
N-'ttnn (B, 23l, et à Pétat absolu quand il y a un complément, par 
exemple ino "^t ■'Toin (A, 3), n-^n ninN n ■'wnn (B, 3), sban DDTb 'j-'-nrj-' 
(H, 2-3), '\^o "^T l-'tt-iN (K, 2). Mais il peut y avoir des exceptions, et 
ce qui prouve que N"'Wiî« (F, 3) est un masculin à l'état emphatique, 
c'est qu'il est écrit avec un n, tandis que le féminin est écrit avec 
un n, par exemple, nm^ (A, 8. 

M. Staprk, dans son édition des papyrus d'Assouan, met pour 
nonwb NbD-« (A, 9) la note suivante : « Introduction du complément 
direct par b comme en araméen biblique. Rare dans ces docu- 
ments. » L'emploi du lamed devant le complément direct se 
retrouve plusieurs fois dans le document G : ^^n-iafb] -^b inDTûb (l. 3), 
[^majb nl?3>3n (l. G), -nnsî^b nN3ï5 (1. 23), ■'nn[3Nb] nww (1. 26). Dans 

1. Sur leurs controverses, voir Die Agada der paiasi. Amoriier, III, 455. 



NOTES ET MÉLANGES 105 

ces exemples le complément direct est personnel et déterminé, 
conformément à la règle de Faraméen biblique {Revue, t. XXVII, 
p. 269 et suivi. Devant les noms de chose il n'y a pas de lamed, 
p. e. '^ma ^rm nan*' (G, oi. Il y a toutefois des exceptions, ainsi 
rmar pbv (K, 3j, où Ion attendrait rr'nayb. Inversement on trouve 
mai -lab "jiujti fJ, 14), quoique le complément soit indéterminé 
(dans A, 9, -lab pourrait être entraîné par ncriTob). On rencontre le 
lamed devant un nom de chose dans «ninb (E, 3, o), mais Nn"'3 
dans G, H, 14. La règle de l'emploi du b n'est donc pas strictement 
observée, mais généralement le scribe s'y conforme. 

Mayer Lambert. 



AUTRE NOTE SUR LE NOM DIVIN DE YINGT-DEUX LETTRES 
ET SUR LE DÉMON DE L'OUBLI 

I 

Reprenant une tâche abordée par moi {Revue, LV, 60-69), 
M. Krauss* s'est attaché à interpréter minutieusement la prière, 
empruntée au Schaaré Cion, qui se prononce aujourd'hui encore 
après la bénédiction des prêtres. Il ne s'apercevait pas qu'au fond 
il ne faisait que répéter l'explication que j'en avais donnée 168,69;. 
Il n'y a que deux différences à établir, l'une de détail, l'autre de 
méthode. Voici le détail : M. Krauss veut changer D'^dcdd en d-'Dsdd 
pour obtenir par là la fin du nom de Joseph dont il découvre le 
commencement dans □■'dîtit. Il prétend n'avoir trouvé ce rappro- 
chement chez aucun auteur. C'est ce que je crois aisément. 

L'autre difïérence tient au principe. Pour saisir la signification, 
l'intention originelle du nom de vingt-deux lettres, qui remonte 
probablement au temps des gaônim, M. Krauss consulte Nathan b- 
Moses Hanover Aschkenazi, contemporain de Schabbathai Çevi, 
puis. Jacob Emden, qui connaissait déjà Moïse Mendelssohn, et sup- 
pose partout la continuité, de plus, l'identité des idées. Ce procédé 
ne rappelle-t-il pas, tant soit peu, l'harmonistique qui accorde 

1. Revue, LVI, 251. 



106 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Abraham, Âmos, Ezra, Hillel, R. Asché sur toutes les nuances de 
rite et de croyance ? 

M. Krauss déclare que « l'auteur ou les auteurs de la prière 
croyaient parfaitement comprendre le sens » du nom de vingt- 
deux lettres. Mais il ne tient pas compte d'une difficulté, c'est que 
le Schaaré Cion n'oflfre pas une explication unique de cette for- 
mule, mais en donne à peu près six : deux fois il la décompose par 
la méthode du notariqon, et quatre fois il compose des acrostiches 
dont les initiales forment le nom divin de vingt-deux lettres'. 
Dans lequel des six cas a-t-il si « parfaitement compris » le sens 
du nom ? 

Quant au commentaire de Jacob Emden, je regrette de ne l'avoir 
pas mis à profit. Mais le système par quoi il fait sortir de la béné- 
diction des prêtres le nom de vingt-deux lettres, est si arbitraire 
(il n'emploie pas moins de cinq modes de permutation uja ns, 
la ax, D3 bx, p-^î», onit) qu'il ne serait acceptable que de l'auteur 
de la prière, Nathan b. Moses Aschkenazi lui-même. L'analogie de 
mis iD3n»3 ins, alléguée par M. Krauss, n'est pas fort heureuse; 
ce groupe de sons ofTre une permutation tout à fait transparente : 
chaque lettre de mn"» D-'nbN mn"» ~ M. Krauss le sait mieux que 
moi — est remplacée par celle qui la suit dans l'alphabet. Si 
M. Krauss présente un système qui explique si parfaitement le 
nom de vingt-deux lettres, toute discussion cessera. En attendant 
je ne peux que maintenir ma thèse et la préciser. 

Pour disposer d'un nom divin, qui comprenne autant de lettres 
que l'alphabet hébreu (doué d'une sainteté magique), la cabale de 
l'âge gaonique déjà a créé la formule : oidîtt cdddd onos onpîN. 
Cette formule n'est pas hébraïque ni juive, onosm égale évidem- 
ment Dionysos, npsN peut être àvaxeç, àvaxTe; ; pour Dnoc et 
QiDDDD il y a des conjectures très ingénieuses, mais non encore 
concluantes. Le Séfer Raziel (xi» siècle), la source la plus ancienne 
de cette formule, ne l'a plus comprise, puisqu'il l'explique par une 
étymologie populaire (d"^D3 T'^). L'autorité du nom divin de vingt- 
deux lettres alla en augmentant pendant les siècles postérieurs du 
moyen âge, ce qui est prouvé par la foule des amulettes où nous 

1. V. édition de Vienne, 1812, pp. 34 6, 35 «, 38 a, 60 6, 62a, 65 6; 1817, pp. 346, 
35 «, 38 a6, 60 a, 63 a6. V. Revue, LV, 65, n. 2, et 68, n. 3. Un quatrième acrostiche 
reste à ajouter : 

Q-^WUJ» y72\un "^'î-ip TNUJî ']''bN 

!-i-in73 nPDn nrr'r'D nno 

1^373 "«-i]:^ "'n^'o "«ycD nbo. r\'^^Zl 

Q-I3Ï573 iu3i3"^ "«Daio "^in: nttwNi -naT> y^'^ 



NOTES ET MÉLANGES 107 

le rencontrons '. Il ne tarda pas à entrer dans le rituel. On se 
rappelait l'ancienne tradition des temps du second temple où les 
prêtres faisaient glisser dans leur bénédiction un nom divin mys- 
tique, le nom de douze lettres et probablement le tétragramme 
aussi ^. 

Au xvii« siècle l'auteur du Schaaré Cio/i entreprit de restituer 
cette place d'honneur au nom mystique, mais ce fut le nom de 
vingt-deux lettres que Nathan b. Moses Hanover choisit pour cela. 
Il y croyait découvrir des éléments de mots héj3reui (nn nos, 
QiOD, D"'OD, Dn np3Ni; autour de ces débris bibliques il groupa les 
phrases dune prière qu'il recommanda au public pieux de pro- 
noncer avant que les prêtres finissent la bénédiction^. Recom- 
mandée par un contemporain d'une autorité retentissante, Isaïe 
Hallévi Hourvitz (le n"bï), xvii'= siècle), cette prière pénétra dans le 
recueil des prières et y persista jusqu'à nos jours. 



II 



C'est avec plus de réserves que je défends l'appendice que j'ai 
joint à la démonstration précédente, mon hypothèse sur le démon 
de l'oubli. Mais les déductions de M. Krauss prêtent sur ce chapitre 
aussi à quelques remarques. A rjms et à nmo il préfère nmo un 
génie « qui ouvre ». Ce qu'il allègue pour atténuer le paradoxe de 

1. M. Grunwald, Mitleilungen der Gesellschafl fur jûdische Volkskunde, V 
(Hamburg, 1900), p. 17, 23 (a» 9). 31 (n' 37), 30 (n" 128), 51 (n- 133 a), 58, a. 66 
(n» 226). 

2. Kiddouschin, lia, j. Yôma, idd (1. 10 en basS Nombres Rabba, XI, 8, éd. 
Vilna, p. 436; cette dernière donnée est à ajouter aux recherches consciencieuses de 
M. Blau [Das alljudische Zauberwesen, p. 137, 138). A l'époque lalmudique on cal- 
culait déjà la valeur numérique des lettres de la bénédiction sacerdotale : on fondait 
l'institutiou des tribunaux de trois, de cinq et de sept juges sur les versets de cette 
bénédiction, dont le premier contient trois, le deuxième cinq et le dernier sept mots 
[Sanhédrin, 10 6). 

3. M. Krauss se trompe, s'il croit qu'on n'a jamais mis cette prière en rapport avec 
la bénédiction des prêtres: elle se trouve aussi introduite comme suit : riNj n^Dn 

mbo V'-"'"'3'3">:5 a^^p 'p^-^•:) i-^biy a-^înDn",:; n:'M:3 iTOib ;éd. Vienne, 1812, 

p. 63 b). M. Krauss semble ne trouver les mots mystiques anpIN, etc., que deux fois 
dans le Schaaré Cion ; ils s'y rencontrent au moins six fois (p. 34 6, 35 a, 38 a, 60 6, 
62a. 636 de l'édition. Vienne, 1812; p. 346, 33a, 38a6, 60a, 63a6, éd. Vienne, 
1817), Partout l'orthographe est la même, notamment avec '□ à la fin. Cette manière 
de lire est encore assurée par une série d'acrostiches qui doivent aussi expliquer les 
mots énigmatiques ; elle est de plus attestée par le D^'OÎ T'T du Raziel, mais elle ne 
prouve absolument rien pour la forme et la signification originelles. 



108 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sa supposition, d'après laquelle le démon de l'oubli serait celui 
« qui ouvre » l'esprit, parait trop recherché. Aussi procède-t-il un 
peu arbitrairement, quand il déclare que « les plus anciennes 
sources » présentent ce nms. La plus ancienne source est ici le 
Skldoîir R. Amram, où il ne s'agit que de nms ou bien de rj-iiD. 
Pour forcer le texte du Mahzor Vitry à lui fournir le mot nniD, il 
recourtà une faute d'impression. Mais l'éditeur du Mahzor Vitry', 
S. Hurwitz, ayant consulté les manuscrits, n'admet que trois 
variantes : nns, mis et nais et ne fait aucune mention de nms. 

M. Krauss insiste sur le fait que ce nms ou bien nma est suivi du 
nom bN-inns. C'est juste, mais ils sont séparés par cinq autres noms. 
Y insistant trop, il ne lient aucun compte de l'autre fait que nmo 
se trouve lié de plus près à D72^»-in et ses variantes, liaison qui, si 
nous préférons nms à nms, s'explique d'une manière séduisante 

par le verset (Isaïe, lxiii, 3) ûOT^nsn TD-n nms où le dernier 

mot sert de notariqon pour dww-iï*- C'est pourquoi, loin d'être 
hors de doute, il reste probable que le génie de l'oubli n'est ni 
un ange de lumière (nm&, celui qui ouvre l'esprit), ni un démon 
des ténèbres (nms, celui qui égare), mais un notariqon (nms) issu 
d'un verset biblique. 

Budapest, le 9 octobre 1908. 

Bernard Heller. 

1. p. U6, n. 30. 



BIBLIOGRAPHIE 



REYUE BIBLIOGRAPHIQUE 

ANNÉE 1907 

2. Ouvrages en langues modernes (fin '). 

Meyer (Marlin-A.). History of the city of Gaza from the earliest times to 
the présent day. New-York, The Coliimbia University Press, 1907 ; gr. 
in-8* de xiii -|- 182 p. (Columbia University Oriental Stiidies, vol. V). 
D. 1,50. 

Cette étude enrichit considérablement la littérature historique et géogra- 
phique de la Palestine. Car ce qui fait l'intérêt de rhistoire de Gaza, c'est que, 
depuis les temps les plus leculés jusqu'à nos jours, les destinées de tant de 
peuples et de races se confondent avec les siennes. — L'auteur n'a étudié sur 
nouveaux frais, ainsi qu'il le dit lui-même, que la période qui précède et celle 
f^ui suit la période classique, s'appuyant pour cette dernière, et avec raison, 
sur le livre de Stark, Gaza laid die philistàische Kuste, 1832. Pour les autres 
époques, il a réuni avec soin et examiné avec critique tous les matériaux dont 
il pouvait disposer et ainsi il nous donne vraiment, comme le dit M. Gottheil 
dans la préface, « un tableau de la vie de la ville et des vicissitudes de son 
histoire depuis les temps les plus anciens jusqu'au nôtre ». 11 est regrettable 
seulement que, pour la période moderne, il ne se soit également servi, de son 
propre aveu, que des sources imprimées — et encore ne les connaît-il pas 
toutes — sans avoir pu mettre à contribution les sources manuscrites. De ce 
fait, son livre a pris le caractère d'une chronique plutôt que d'une étude his- 
torique. Les parties purement narratives l'emportent sur les autres, ce qui 
n'exclut pas d'ailleurs l'habileté et le soin. 

Analyse : .\près une introduction sur le nom de la ville, avec utilisation 
des données assyriologiques, et sur sa situation, vient une élude sommaire sur 
la population. Au chap. m. l'auteur traite la période de 3300 à 1200 et touche 

1. Voir Revue, t. LVI, p. 132 et 157. 



no REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à cette occasion à la question de l'ori^-ine des Philistins. Il est assuré qu'ils 
viennent de la Crète, mais son argument décisif, qui est que des létrendes 
postérieures mettent en rapport la Crète avec Gaza, n'est pas suffisant, et 
riiypotlièse à laquelle il s'anète pour satisfaire à d'autres thèses (Max Miiller) 
que l'opinion traditionnelle, à savoir que les Philistins seraient un peuple 
mixte, provenant à la fois de la Crète et du littoral de l'Asie Mineure, cette 
hypothèse est fort commode, mais difficilement exacte. Dans ce chapitre 
comme dans le suivant (la période Israélite, 12U0-539) la [leinture, basée sur 
les résultats certains de la critique historique, de la croissance et du dévelop- 
pement du peujile hébreu fait très bonne impression. A [mrtir de l'histoire 
de Samson, dans laquelle Gaza joue un grand rôle et que l'auteur, se fon- 
dant sur les résultats de fouilles, considère comme relativement historique, 
M. Meyer nous donne un abrégé soigné de l'histoire des Philistins jusqu'au 
temps où l'empire de l'Asie passe des Sémites aux Aryens. Les chap. v à vu 
sont consacrés aux périodes perse, hellénistique et romaine ; au chap. viii, 
c'est une nouvelle période sémitique qui commence avec la conquête de Gaza 
par les Arabes (634-1300). Ici, comme pour l'époque des Croisades, l'auteur 
donne une foule de détails des plus intéressants L'histoire de la période 
turque, agrémentée d'épisodes de l'histoire juive, et la description de la ville 
moderne (1300-1900) terminent la première partie du livre. — La seconde 
partie donne différentes annexes scientifiques d'un grand intérêt. La première, 
consacrée au culte et à la religion, s'étend sur les rapports du culte phénicien 
avec la Crète ; la suivante réunit avec le plus grand soin toutes les données 
sur la fixation du calendrier, tandis que la troisième contient une foule 
d'insciiptions, grecques pour la plupart. Après une description des autres 
antiquités et des moimaies, le livre s'achève par une courte étude sur les 
jeux, les industries et les routes commerciales qui passaient par Gaza. — 
F. Goldmann. 

MicH.^EL (IL). Voir à Briefwechsel. 

MiLANi (L. A.). La Biblia prebabelica e la liturgia dei Preelleni. Florence, 
1906; in-S" de 24 p. 

MiNoccHi (S.). Le profezie d'Isaia tradotte e commentate. Con iina lettera 
del Cardinale Svampa. Bologne, 1907 ; gr. in-8" de lui -|- 302 p. 

MoLLBR (H.). Semitisch und Indogernianisch. 1 Tell. Konsonanten. 
Copenhague, Kagerup et Leipzig, Harussowitz , 1906 ; in-S" de 
XVI + 395 p. M. 16. 

MoMMERT (C). Widerlegung der Widerspriiche froinmer .Jiulen iind 
Chrislen gegen die Blutbeschuldigung der Jiiden. Leipzig, Haberland, 
1906 ; in-S" de vu -|- 144 p. 

MoMMEin (C). Topographie des alten Jérusalem. 4. (Schluss) Teil. Leipzig, 
Haberland, 1907 ; gr. in-S" de vu + 340 p. + 2 plans. 

MoMMERT (C). Der Teich Bethesda zu Jérusalem und das Jérusalem des 
Pilgers von Bordeaux, nehst Anhang : Die Grai>eskirche zu Jérusalem 
auf der Mosaikkarte zu Madeba. Leipzig, Habciland, 1907 ; gr. in-8" de 
79 p. M. 2,'Ô0. 

MoNTGOMERY (J.-A.). TliB Samarltans, the earliest Jewish Sect, their history, 



BIBLIOGRAPHIE lil 

theology and literature. Philadelphie, Winston, 1907; gr. in-S" de 
XIV -f 358 p. 2d. 

V. le compte rendu de M. Julien Weill, t. LIV, pp. 294-295. 

Monumenta judaica. Pars II. Monu inenta talmudica. 1. Série. Bibel und 
Babel, bearbeitet von S. Fiink. 1. Ed. 2.3.4. Heft. Vienne, Akademischer 
Verlag, 1907 ; in-4'' de iv + 242 p. M. 10 chaque. 

Le fascicule précédent a été signalé dans la Revue, LUI, 141. Si peu scien- 
tifique que soit cette publication (en dépit de ses prétentions), elle rendra des 
services aux profanes. Voir p. ex. comment elle est utilisée et critiquée par 
G. Holtzmann dans son article « Religionsgeschichtliches aus den M. I. », dans 
Archiv fur Religionsivissenschaft, X (1907), 483-509. 

Mosaikkarte von Madeba (Die) gez. v. P. Palmer, herausg. u. erlaiit. v. 
H. Guthe. I. Tafeln. Leipzig, 1906 ; 10 tables in-f». 

MosEs (J.). Hebrâische Melodien. Eine Anthologie herausg. von J. M. 
Berlin et Leipzig, Modernes Verlagsbureau, 1907 ; gr. in-S" de 288 p. 

MosEs (J.). Die Lôsung der Judenfrage. Eine Rundfrage veranstaltet von 
J M. Berlin et Leipzig, Modernes Verlagsbureau, 1907; in-S" de 309 p. 
M. 4. 

MozLEY (I.-W.). The l'salter of the Church : the Septuagint Psalms com- 
pared with the Hebrew. New-York, 190S ; in-i2° de xxx 4- 204 p. 

MOller (D. h ). Biblische Stuciien. 111. Komposition und Strophenbau. 

Alte und neue Beitrâge. Vienne, Hôlder, 1907 ; in-S" de vu + 144 p. 

M. 3,20. 

La plupart de ces « Contributions » du savant professeur de Vienne, dont 
beaucoup ont déjà paru dans des revues ou dans des Mélanges, donnent He 
nouveaux exemples des lliéories de l'auteur sur la métrique et la strophique 
de la Bible. — Les deux premiers chapitres d'Amos formeraient un ensemble 
ainsi divisé : parodos (i, 2-, i" strophe (3 5^, ï" antistrophe ^6-8;, 2* strophe 
(9-10), 2* antistrophe (M-12,, 3» strophe (13-15), 3» antistrophe |ii, 1-3), 
épodos (4-16). Le commentaire justifie cette division et explique le sens du 
morceau (p. 1-13). — Liihr, Sievers et Guthe ont fait des essais du même 
genre sur Amos ; on ne s'étonnera ni qu'ils soient arrivés à des résultats diflé- 
rents, ni que M. M. préfère les siens et critique les leurs (p. 13-!23). — U 
trouve encore des strophes dans Osée, viii et yiv, 2-9 (p. 24-30). — Aussi 
ingénieux et plus probant est le paragraphe suivant, où il établit- qu'Ézéchiel, 
xxiii, 24 et suiv., s'inspire de Sophonie, ni, 1-8, ce qui milite en faveur de l'au- 
thenticité du second passage ip. 30-36). — Examinant quelques descriptions du 
« Jour du Seigneur » dans les prophètes, il essaie de montrer qu'Amos, v, 
18-20 et Isaïe, n, 12-21, sont indépendants l'un de l'autre, que Sophonie, 
I, 14-18, les utilise tous deux et qu'Ézéchiel, vn, 19, copie de nouveau 
Sophonie 'p. 36-40;. — De même encore Ézéchiel, xxv (divisé en strophes' a 
pour source Soph., ii, 3. o-lO \p. 40-431. — Contre P. Ruben (./. Q. R , XI, 431- 
479), M. M. défend sa division d'Isaïe, xLvii, et critique celle de son contra- 
dicteur (p. 43-o2). — Il continue à trouver des strophes dans Malacliie, i, l-o : 
6-14 ; II, 17-111, o : Ps. cv (p. 33-681). D'intéressantes remarques dans le 
commentaire font oublier des passages tels que celui-ci : « Quand ou lit ce 
morceau (Mal., i, 5-6) dans une traduction, on ne sent pas qu'on a affaire à 
un poème divisé en strojilies et pourtant c'est ce qui est. Si l'on y regarde 



H2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de près, la répartition des lignes et des strophes apparaît d'elle-même et il 
ne faut toucher que peu au texte pour la rétablir. » — Passe encore pour les 
Prophètes et pour les Psaumes. Mais M. M. cherche aussi et naturellement 
il trouve des strophes dans les Proverbes, i, 8-19; v et viii (p. 69-75). après 
quoi il propose quelques corrections sur le texte de Prov., xxm-xxiv (p. 75-79). 
— Des Proverbes nous passons à Job, où les chap. iv et vi sont, entre 
autres, divisés en strophes (p. 79-85). 

Une explication spécieuse est celle du mot aicû employé comme substan- 
tif avec le sens de « plante aromatique », p. ex. dans Jérémie, vi, 20 (lire : 
anan nspli, H Rois, xi, 13 (« huile du parfum », c.-à-d. parfumée), 
Ps., cxxxiii, 2 (1. aia^ Iti^B), Cant.. vu, 10. De celte façon, on s'expli- 
querait le jeu de mots d'Eccl., vu, 1 : 210 173^373 Dï3 mU- Par contre, la 
correction D"'3Tl3 [bD)3] ^ij73;y n"'"l[l], dans Cant., i, 3, est inadmissible 
(p. 85-88). 

Nous retombons alors dans la strophiqueet dans des répliques aux critiques 
de E. KOnig, Sievers, Cobb {A criticism of Systems of Hebrew Mètre, Oxïovd, 
1905), Smend (Th. Llz., 1896, n» 9), Schwally (Literarisches Cenlmlblatt, 
29 août 1906). La lecture de ces polémiques a parfois quelque chose de pénible. 
Chemin faisant, M. Muller donne des exemples de strophes dans le récit baby- 
lonien de la Création et dans le Coran et, pour finir, il cite les exégètes qui 
se sont ralliés plus ou moins largement à ses théories (p. 88-131;. 

En appendice, M. M. réimprime un compte rendu (en hébreu) de la Pesikla, 
éd. Buber, parue en 1871 dans Hnschachar, une notice (également en hébreu) 
sur le sens de "jip Qn dans la Bible, publiée en 1894 dans Mimisrach u- 
Mimaarabh, enfin une note sur les mots «"""la Nlinî et NTTID Î<b73a dans 
b. Maccot, 5 a, qui signifieraient « lumière du désert » et « chameau ailé », 
par allusion à des superstitions. Dans le second article, M. M. voudrait établir 
que le substantif 1~ip, quand il est joint au verbe m~i, désigne une boucle 
de cheveux (un toupet?), que les guerriers dressaient sur leur tête pour 
effrayer les ennemis. Cette explication, à l'appui de laquelle il allègue l'arabe 
et le mandéen, est superflue dans les passages bibliques en question, où 
"llp mn est plutôt une métaphore. Elle nous a rappelé ce que M. Bréal dit, 
dans son charmant volume Pour ynleux lire Homère, de la coifFuie de Paris, 
qui est comparée dans l'Iliade, xi, 385, à une corne : <i Les commentateurs ont 
beaucoup discuté sur cette corne, qu'ils ont voulu entendre de la corne de 
son arc. Mais il est plus probable que nous avons ici un terme technique de 
sa coiffure asiatique » [P. 69). 

MuNTz (Ch.). VVir Juden. Berlin, Oesterheld, 1907; in-S" de 124 p. 
M. 2,50. 

Considérations parfois bizarres sur la mission du judaïsme. 

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fort, J. Kauffmann, 1907 ; in-8» de 119 p. 

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Vienne, Hôlder, 1907 ; in-8» de xxiu -f 443 p. av. 1 pi. et 190 fig. 

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Vereins-Biichdriickerei, 1907; in-4'' de 23 p. (Programm des Kogl. 
Wurtteinbergischen Evangeliscb-theologischen Seminars Maulbronn, 
n° 733). 

Sur la grande éd. de la Septante qu'on commence à publier à Oxford. 



I 



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hebrâischen Textes iibersetzt und erklârt. Munster, Theissing, 1907 ; gr. 
in-8" de vi + 103 p. M. 1,80. 

L'auteur est un exégète catholique tout à fait conservateur. Dans son Intro- 
duction, il examine à ce point de vue les questions qui se rattachent à l'inter- 
prétation d'Ezra-Néhétnie ; c'est dire qu'il ne connaît pas les prohlèmes sou- 
levés dans ces dernières années par l'école critique. Il traduit en deux colonnes 
parallèles le texte hébreu et le texte de la Vulgate, travail fort inutile : il 
suffisait d'indiquer en note les variantes. Chaque chapitre est suivi de quelques 
remarques ; ce commentaire est notablement insuffisant. 

Neuhaus (A.). Gesellschaftskunde in der jùdischen Schule. Ein Vortrag. 
Berlin, L. Lamni, 1907 ; in-S" de 16 p. M. 0,5a. 

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Problemen dargestellt. Erster Band : Die Grundprinzipien, I. Berlin, 
G. Reimer, 1907 ; gr. in-S» de xxiv -[- 614 p. M. 15. 

Voir le compte rendu de M. Vexler, t. LV, p. 291-307. 

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in-S» de 130 p. 1 r. 8 a. 

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woordenlijsten Kampen, 1907 ; in-S" de 127 -f 71 p. 

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et Leipzig, G. Fromme, Kok, 1907 ; in-S» de x -f 165 p. M. 2.50. 

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Thèse de Berne. Breslau, 1905 ; in 8" de 76 p. 

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Synagogue. An Introduction to the study of Judaism from the New 
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8 ill. 10 s. 6 d. 

Oettlt fS.). Das Buch Hiob erlautert fiir Bibelleser. Calw et Stuttgart, 
Vereinsbuchhandlung, 1906; in-8" de 126 p. M. 1,50 (Elâuterungen zum 
A. T. herausg. v. Calwer Verlagsverein, 1). 

Oftice d'inauguration du temple de L'Union libérale Israélite (dimanche 
deHanouca, 1" décembre 1907). Paris, 24, rue Copernic, [1908]; in-8'' 
de 23 p. 

Le discours d'inauguration de M. le rabbin L.-G. Lévy, qui a paru aussi 
dans le Censeur politique et littéraire (26 janvier 1908) et, en traduction 
allemande, dans les MonatsbUitter de Briill (1" janvier 1908), intéresse l'his- 
torien comme un document sur les tendances d'une partie de la société 
Israélite contemporaine. Ce discours, car nous n'osons dire ce sermon, est 
le manifeste de ce cercle. Il est intitulé : « Le Judaïsme, religion de l'Esprit, 
Dieu personnel et Progrès ». Le premier principe du judaïsme, religion ration- 
nelle, est l'affirmation du Dieu vivant. On s'attend à du Saadia. Mais voici : 
« La proposition première, essentielle, c'est que la réalité au fond est esprit. 
T. LVII, N» 113. 8 



H4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Il existe une spontanéité éternellement en travail de vie et de pensée, activité 
d'une plénitude en inépuisable poussée de jaillissement, qui déborde à tout 
moment de la durée en une infinité de créations... Ces créations, en effet, 
vont s'élevant à une conscience de plus en plus distincte et arrivent chez 
l'homme à la personnalité, c'est-à-dire à la synthèse consciente du singulier 
et de l'universel, à la notion du moi supérieur, du moi spirituel et moral. 
L'esprit, se rendant témoignage à lui-même, n'acceptant comme signe de la 
vérité que sa propre lumière, publie que ce qu'il y a de plus haut dans le monde 
c'est la personnalité, que plus un être est en voie de perfection, plus il en 
porte le cachet... Nous en concluons que l'Etre à son plus haut degré est abso- 
lument personnel. <> Non seulement M. L. n'a pas prouvé la personnalité de 
Dieu, mais j'ai bien peur qu'il ait nié sa transcendance. 

Le tliéologien ne sera pas plus convaincu que le philosophe. Quand on nous 
dit que « la doctrine juive se donne elle-même comme tirant tout son prix 
de sa conformité avec la raison universelle » [V. Deut. iv, 6; xxx, 11-14; 
Isaïe, XI, 9), on confond la psychologie biblique avec la nôtre et on oublie 
que la « connaissance » en hébreu est tout simplement la « perception » (v. 
E. Baumann, dans Z. A. W., 1908, 22 et s.). 

M. L. a rompu avec raison avec la forme surannée du sermon, quoiqu'il 
en traîne encore quelques lambeaux derrière lui : démonstrations remplacées 
par des apostrophes, interprétations contestables de passages bibliques et 
talmudiques. Mais la dissertation philosophique déclamée en chaire est-elle 
plus instructive et plus édifiante? Voici un échantillon du style : « L'esprit 
se limite en se donnant des formes et à l'infini, pour s'exprimer à chaque instant 
en d'innombrables ponctuations et inventions d'êtres. » J'ai des contempo- 
rains qui comprennent cela. 

OoRT (H.)- Wat geloofden de joden in den tijd van Jésus? Assen, 1906; 
in-S» de 4 + 77 p. 

OoRT (H.) et WiLDEBOER (G.). Platen-atlas tôt opheldering van bijbelsche 
ondheden Met tœlichting. Amsterdam, 1906; in-4" ; 54 pltn, m. 58 blz. 
beschrijv. texst. 

Orelli (C. von). Die Eigenart der biblischen Religion. Gr.-Lichterfelde, 
Runge, 1906 ; in-S" de 39 p. (Biblische Zeit- u. Streitfragen zur Aufkla- 
riing der Gebildeten, hrsg. von Kropatscheck). 

Orr (J.). Het Onde Testament beschonwd met betrekking tôt de nieuvvere 
critiek. Bevverkt door J. C. de Moor. Met een vorrede van A. Bavinck. 
Deel 1. Kampen, J. H. Kok, 1907; gr. in-S" de 8 -f 190 p. 1 fr. 75. 

Orr (J.). The probleni of the Old Testament considered with référence to 
récent criticism. New-York, 1906 ; in-S" de l + 562 p. 

Ottley (R.-L.). The religion of Israël, a historical sketch. Cambridge, 
Univ. Press, 1905 ; in-8» de xi -f 227 p. 

Ottley (R.-R.). The book of Isaiah, according to the Septuagint (Codex 
Alexandrinus), translated and edited. II. Texts and notes. Cambridge, 
University Press, 1906 ; in-8* de xxxiv -j- 418 p. 

Palâstinajahrbuch des deutschen evangelischen Instituts lïir Altertums- 
wissenschaft des luMligen Landes zu Jérusalem... herausg. von G. 



BIBLIOGRAPHIE 115 

Dalman. Zweiter Jahrgang. Berlin, Mittler u. Sohn, 1906; in-S" de 
VI + 144 p. avec tables et 1 carte. M. 2,50. 

Parmi les travaux scientifiques, nous notons ceux de l'éditeur sur Samai'ie 
et ses chemins de communicnlion et sur une image de Jahvé récemment 
découverte. Cette image, qui ligure sur un sceau d'Elischama fils de Gue- 
dalialiou, l'eprésente un personnage barbu assis sur un trône entre deux 
palmiers et à côté d'une barque (!). Enfin, M. Frankenberg étudie les coutumes 
de deuil chez les Israélites et chez les anciens arabes. 

Paul-Schife (M.). Zur Reform des israelitischen Religionsunterrichts. 
Vienne, Szelinski, 1907 ; in-8" de 24 p. 

Peisker (M.). Die Beziehnngen der Nichtisraeliten zu Jahve nach der An- 
schaïuing der altisraelitischen Qiiellenschriflen. Giessen, Tôpelinann, 
1907 ; in-S" de 95 p. M. 2,50 (Beihefte zur Zeitschrift f. d. alttestament- 
liche Wissenschaft, Wl). 

Perlberg (F.). Bilder ans dem heiligen Lande. 30 aquarelles. Munich, 
Andelfinger, 1907 ; 14 cm. X 2i, m p. de texte. M. 2. 

Perles (F.). Judentum und Bibelwissenschaft, 1907 ; 6 p. gr. in-S" (Extrait 
des Popular-wissenschaftliche Monatsblâtter). 

M. P. gémit sur l'indifférence ou sur l'hostilité du judaïsme allemand vis- 
à-vis de la critique biblique, domaine sur lequel il n'a rien produit depuis 
Geiger, — il aurait pu pourtant citer les travaux de MM. Jacob (voir plus 
haut, à ce nom), Yaliuda, Jampel — sans parler de lui-même et pour ne 
parler que des contemporains. 11 regrette que les rabbins et les séminaires 
rabbiniques ne lui fassent aucune place et que les étudiants juifs en soient 
réduits aux cours et aux ouvrages des théologiens protestants, dont la science 
n'est pas exempte de préjugés. A cette stérilité il oppose la production 
d'autres pays : la Bible du rabbinat français, qu'il juge avec beaucoup de 
bienveillance, quoiqu'il ne se fasse sans doute pas illusion sur la quantité 
de critique biblique que le judaïsme français peut digérer, les Antinomies 
d'histoire religieuse de M. Joseph Halévy, sur la solidité desquelles il ne fait 
aucune réserve, le commentaire critique de la Bible en hébreu édité par 
Kahana, un article de M. Goblenz (un rabbin allemand, d'ailleurs) sur la 
critique biblique dans l'instruction religieuse. Il serait curieux d'expliquer 
pourquoi le protestantisme libéral est si friand d'exégèse critique et pourquoi 
le judaïsme hbéral en a si peur. 

Perles (F.). Die Poésie der Juden im Mittelalter. Francfort, J.Kauffmann, 
1907; in-8» de 21 p. M. 0,60. 

Qui croirait, a priori, que les Juifs du moyen âge aient eu une poésie ? Ils 
ont même eu deux poésies, d'origine et de valeur distinctes : celle de Kalir 
et des païtanim franco-allemands et celle des poètes hispano-arabes. Il nous 
semble que M. P. n'a pas suffisamment distingué les deux genres quand il dit 
que la poésie des Juifs a dû sa naissance à l'Islam (p. 5) et que, « de 
l'Espagne, elle se répandit parmi les Juifs de France, d'Allemagne et d'Italie », 
(p. 1) et de plus, ce n'est pas ainsi que se fit la filiation. A cause de cette 
confusion, M. P. n'a peut-être pas rendu suffisamment justice aux poèmes 
profanes de Gabirol et de Juda Hallévi. De celui-ci, il dit qu' « il parlait et 
écrivait l'hébreu, l'arabe et l'espagnol » (p. 11) : est-ce bien sûr pour 
l'espagnol? A propos : M. P. aurait dû dire un mot des quelques poètes juifs 



116 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qui ont écrit eu français (élégie de Troyes), en allemand (Susskind von 
Tj-imbero:!, en castillan (Santob de Carrion) ou en arabe (sur ceux-ci, v. un 
article de A. S. Yahuda dans la revue liébra'ique "miDn, I, 171-178). Enfin, 
pourquoi n'avoir pas cité les deux Ibn Ezra ? — Au surplus, M. P. caractérise 
avec bonheur la poésie hébraïque et les traductions qu'il reproduit sont bien 
choisies. 11 a lui-même traduit (p. 15-16) quelques poèmes philosophiques de 
Juda Halle vi. 

Peters (M. Cl.). The Jews in America; a short story of their part in the 
building of the repnblic. Philadelphie, Winston C°, 1903; in-8* de 
138 p. 1 d. 

Peters (N.). Glauben und Wissen ini ersten biblischen Schopfiings- 
bericht. Paderborn, Schôningh, 1907 ; in 8" de xn + 80 p. 

Pétrie (M. Flinders). Hyksos and Israélite Cities, with çhapters by J. 
Gar^o^Y Duncan. Londres, Bernard Quaritch, 1906 ; 111-4" de vin -|- 75 p. 
+ Li planches. 

M. Pétrie, l'archéolog-ue bien connu, croit avoir retrouvé la forteresse Avaris 
des Hyksos et le temple d'Onias. 

Petrik (F.^. Researches in Sinai, with çhapters by C. 0. Currelly. 
Londres, 1906 ; in-S" de 186 grav. et 4 cartes. 

Pfeiffer (A.). Beitrage ziim Vcrstandnis des Prophetentunis in Israël. I. 
Abraham der Prophet Jahwes. Leipzig, Deichert, 1907; in- 8" de 
V -f 102 p. M. 1.20. 

Pfeiffer (A.). Die Stellung der israelitischen Gesetzgebung zu den wich- 
tigsten Problemen des sozialen Lebens. Programme du gymnase réal de 
Freiberg, 1905 ; in-4'' de 14 p. 

Philippson (M.\ Neueste Geschichte des jiidischen Vollces. Band I. Leipzig, 
G. Fock, 1907 ; gr. in-S" de viii -{- 400 p. M. 6 (Schriften herausg von 
der Gesellschaft zur Fôrderung der Wissenschaft des Judentums. Faux- 
titre : Grundriss der Gesamtwisscnschaft des Judentums). 

Ce livre, que nous avons examiné en même temps que le suivant (LVI, 154- 
1601, fait partie d'une Encyclopédie méthodique des sciences du judaïsme, dont 
la publication est entreprise par la " Gesellschaft zur Fôrderung der Wissen- 
schaft des Judentums », société dont M. P. est un des présidents. Le premier 
ouvrage de cette collection est la Judiscke Apologelik de M. Giidemann, qui a 
été signalée dans le précédent Bulletin {Revue, LHl, 133^. 

Philipson (D.i. The Ret'orm Movement in Judaism. New-York et Londres, 
Macmillan, 1907 ; in-8« de viii -|- 581 p. 8 s. 6 d. 

Philonis Alexandrini opéra quœ supersunt. Ed. L. Cohn et P. Wendland. 

Vol. V. Berlin, 1906 ; in-S" de xxxii + 376 p. + 2 tables. 
Popesen-Ciocanel (G.). Quelques mots roumains d'origine arabe, tuniue, 

persane et hébraïque. Paris, E. Leroux, 1907 ; in-S" de 49 p. 

PowELL (H. H.). The supposcd hebraisms in the grammar of the Biblical 
Aramaic. Berkeley, 1907; gr. in-8* de vin -f 55 p. 75 c. (University of 
California publications. Semitic philology. Vol. 1, n« 1, pp. 1-55). 



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New-York, 1906; in-8' de 3nO p. 

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versions, texts and manuscripts. Philadelphie, The Siinday School 
Times Company, 1907 ;'in-12° de xxiv -f 330 p. et de nombr. grav. 

Après les Juifs, les Anglo-Saxons sont « le peuple du livre » . Chez eux la 
religion est au centre de la vie et la religion est tout entière alimentée par 
l'Ecriture. Ils ont le culte de la Bible, un culte qui a ses martyrs ; Wyclif et 
Tiudale ; de nos jours on a pu voir deux grands peuples, l'Angleterre et les 
Etats-Unis, suspendus aux travaux de cinquante théologiens, oiliciellement 
chargés de reviser la version de 1611. C'est dire que la Bible anglaise a une 
histoire. Elle a trouvé en M. Price, professeur de langues et de littératures 
sémitiques à l'Université de Chicago, un historien consciencieux et chaleureux. 
M. P. a publié en 1904, dans The Siinday School Times, une série d'articles 
sur les sources de la Bible anglaise, leur origine, leur caractère et leur con- 
servation. C'est l'origine de cet ouvrage, « description aussi concise et aussi 
populaire que possible des principales versions et des principaux textes de la 
Bible, depuis les traductions et les copies les plus anciennement connues jus- 
qu'aux temps modernes ». Après deux chapitres préliminaires sur « la Bible 
anglaise d'aujourd'hui » et sur « les bases de nos versions actuelles », qui 
auraient pu trouver place ailleurs, le livre est divisé en trois parties : l'Ancien 
Testament, le Nouveau Testament, les versions anglaises de la Bible. Ce plan 
n'est pas irréprochable. M. P. le justiûe en disant que les versions et les textes 
les plus anciens ne contiennent pas l'Ancien et le Nouveau Testament à la 
fois, que ceux-ci n'ont pas été écrits dans la même langue, enfin que certaines 
traductions n'existent que pour l'Ancien. Ces raisons seraient peut-être valables 
pour une histoire des versions de la Bible, elles le sont moins pour une 
monographie des versions anglaises, qui ne font aucune différence entre l'A. T. 
et le N. T. En fait, la première et la seconde partie du livre enjambent souvent 
l'une sur l'autre, notamment pour la Vulgate. M. P. aurait évité ce défaut en 
étudiant successivement la Bible chez les Juifs, les traductions chrétiennes, la 
Bible anglaise, et cette division respecterait davantage la ehronologie et le 
caractère des différentes versions. C'est la seule observation qu'on ait à faire 
sur l'économie générale de l'ouvrage. — Dans la l^e partie, .\I. P. examine la 
Bible hébraïque, écriture, textes et manuscrits ;chap. m), le Pentateuque 
samaritain (ch. iv), la Septante et les autres versions grecques (ch. v et vi), la 
Bible latine (ch. vu), la Bible syriaque (ch. viii), les Targoums (ch. ix), 
les autres versions orientales : copte, gothique, etc. (ch. x). Ce chap. aurait pu 
tomber, car on ne voit pas en quoi ces trad. sont les ancêtres de la Bible 
anglaise. A ce compte il aurait fallu passer en revue les versions françaises et 
allemandes. Et pourquoi non ? La Bible de Coverdale n'est-elle pas traduite 
« out of Douche and Latyn » (p. 248) et celle de Luther n'a-t-elle pas servi aux 
auteurs de la R. V. ? Deux chap. (xi et xii) sur les rapports des anciennes 
versions avec l'hébreu et sur les Apocryphes terminent la première partie. — 
La seconde reprend les mêmes études sur le jS'. T. et ses traductions : écri- 
ture et manuscrits (ch. iiii et xiv), ancienne latine et Vulgate (ch. xv), 
version syriaque et autres (ch. xvi) ; enfin, deux chap. (xvii et xvni), qui 
auraient été mieux à leur place après le 14*, examinent les rapports entre les 
mss. et les règles de la critique du texte. — Dans la dernière partie, après 
un chap. sur les anciennes versions anglaises (ch. xix), un chap. (xx) est 
consacré à la Bible de John Wyclif (v. 1380), la première trad. de la Bible 
en langue moderne, d'une grande importance pour l'histoire religieuse de 



H8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'Angleterre ; un autre (xxii, à celle de William Tyndale (Tindale paraît plus 
correct), qu'on brûla comme liérétique (1536) avant de briiler, son œuvre. Les 
autres trad. du xvi' siècle, qu'elles dérivent de celle de Tindale (cli. xxii) ou 
qu'elles en soient moins dépendantes (cli. xxiii), comme celles dites « de 
Genève, des évèques, de Douai » (chose caractéristique, la plupart des versions 
anglaises portent des surnoms), ont moins d'importance historique et littéraire. 
Viennent enfin les deux grandes traductions officielles, dont la publication, 
longuement préfyarée, fut chaque fois un véritable événement; 1' « Authorized 
Version » de 16H, qui paraît d'ailleui's n'avoii' jamais autorisée, mais dont 
la préparation occupa le roi et le Parlement (ch. xxiv!, et la « Revised Version » 
de 1881, basée sur la précédente, entrepiise en collaboration par les Anglais 
et les Américains, et dont ceux-ci ont publié en 1901 une < American standard 
édition », un peu remaniée dans leur sens (ch. xxv). 

Ce résumé ne peut rendre l'intérêt d'un récit d'autant plus attachant que 
M. P. est épris de son sujet. Il aime « notre Bible anglaise», qui lui paraît 
irréprochable, et il l'aime jusque dans ses ancêtres. La sympathie fait tort 
parfois à la critique. On le voit dans la bibliographie, où la littérature étran- 
gère est à peine représentée et où des travaux de seconde main, des articles 
d'encyclopédies occupent la place de Frankel, Geiger, Perles, Blau, Nestlé, 
Bubl, etc. On le voit surtout dans le chap. des anciennes versions anglaises, 
où des faits aujourd'hui contestés sont rapportés sans réserves (Caedmon, le 
roi Alfred). M. P. accepte les traditions en conservateur : p. 25 sur Ezéchiel, 
p. 26 sur les livres cités dans les Rois et les Chroniques, p. 50 sur Alexandre 
le Grand, p. 51 sur l'âge de la Septante, (te. Encore quelques petites obser- 
vations. P. 20, l'araméen biblique n'est pas « une espèce d'hébreu dégénéré » ; 
p. 21, l'usage de l'alphabet hébreu « depuis Moïse jusqu'à Juda Maccabée » 
n'est pas si connu que cela ; p. 32, la disposition des morceaux poétiques de 
la Bible ne peut pas être attribuée à une fantaisie des scribes ; p. 35, l'hypo- 
thèse d'un exemplaire archétype, dont dériveraient tous nos mss., est bien 
invraisemblable, quoique généralement acceptée ; l'unification a di!l se faire 
progressivement, et d'ailleurs il ne faudrait pas l'exagérer : les variantes sont 
plus nombreuses que ne le font paraître les éditions; p. 52, qu'est-ce que le 
Sanhédrin de 70 membres des Juifs d'Egypte? p. 94, le Targoum Onkelos 
« sous sa forme actuelle » est plus récent que le ii' siècle; p. 93, le Targoum 
des Prophètes n'est pas attribué par le Talmud à Rabbi [Joseph] bar Hiyya; 
c'est seulement une hypothèse, d'ailleurs sans fondement. 

Si M. P. n'est pas un guide infaillible, répétons que c'est un guide agréable. 
Son livre se lit et se regarde avec plaisir, car il est copieusement illustré 
de portraits et de fac-similés, sans parler de diagrammes ingi'nieux qui 
montrent les filiations des différentes versions. Un tableau chronologique, 
une table alphabétique des matières et un index des passages bibliques cités 
facilitent les recherches. 

Prossnitz (M. E.). Festpredigten. Vienne (en commission chez J. Kauffmann, 
à Francfort), 1900; in-S" de 34 p. 

PusEY ^E. B.). The Minor prophets with a comnientary cxplanatory and 
practical. Vol. 4. Micah. Londres, Nisbeth, 1907; in-S" de 302 p. — Vol. 
5. Jonah and Nahiim, 1907.— Vol. 6. Mahakiik and Malachi, 1907; in-S" 
de 294 p. 2 s. 5 d. chaque. 

Rabinsohn (M). Le messianistne dans le Talmud et les Midraschim. Thèse. 
Paris, impr. Reiff, 1907 ; in-S" de 108 p. 



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Raschis Leben und Wirken. Zwei Preisschriften von Dr, Beermann und 
Dr. Doctor. Worms, Krâuter, 1907 ; in-S» de (vi -(-) 36 -h 33 p. 

A l'occasion du huitième centenaire de la mort de Raschi, la communauté 
Israélite de Worms, « dont l'iiistoire est si étroitement liée au nom » du 
rabbin de Troyes — c'est une façon de dire qu'il y a étudié dans sa jeunesse 
— avait mis au concours la question suivante : « Quelle est la signification 
de Raschi pour son temps, quelle action a-t-il exercée dans la suite et quelle 
est la valeur de ses ouvrages pour notre temps? » Les juges distinguèrent 
deux travaux, qui furent couronnés l'un et l'autre et que la communauté publie 
ensemble. Tous deux permettent, malgré le ton apologétique de rigueur, de 
se faire une idée de la vie et de l'œuvre de Raschi. 

M. Beermann ne s'est pas attaché à son sujet ou du moins il s'est attaché 
à la lettre du sujet. Car au lieu d'expliquer ce que Raschi a été pour ses con- 
temporains, il commence par raconter sa vie, avec les petites inexactitudes 
courantes : Il n'est pas certain que Guerschom soit mort l'année de la nais- 
sance de Raschi (p. 8). La ville de Troyes n'a plus rien conservé de son air 
antique ; quelles sont les « deux synagogues situées auprès d'une église » des 
Juifs de Troyes (p. 9) ? Raschi ne cite qu'une fois son père et rien ne donne à 
croire que celui-ci ait été rabbin ; il n'est pas appelé par ses contemporains 
« le saint ». L'oncle de Raschi, R. Siméon, n'est pas « probablement l'auteur 
d'une compilation midraschique » (le Yalkout sans doute!); ■'m3'33 TITlU 
ne signifie pas « dans mon enfance », mais « dans ma jeunesse » {ibicl.). 
Raschi a-t-il été d'abord à Mayence (p. 10)? P. 11, lire Jacob b. Yakar. 
Quel est l'ouvrage rituel composé par lui ? Il n'est pas sûr qu'Isaac ha-Lévi 
soit de Vitry {Gallia, 197). Raschi n'utilise pas les notes de ses maîtres, mais 
celles qu'il a prises à leur cours ; en tout cas, par ^ibn 133T "'T^Tûbrim 
■^nNl£73, il désigne un commentaire écrit par des élèves d'Isaac. — M. B. carac- 
térise ensuite avec bonheur, quoique les spécimens traduits soient insigni- 
fiants, les commentaires bibliques et les commentaires talmudiques ainsi que 
les Consultations de Raschi. P. 13, Menahem (b. Helbo) ne doit rien que 
nous sachions à l'influence espagnole ; 1. 3 d'en bas, lire Christen au lieu 
de Schriften. P. IS, qu'est-ce que le mot « countre » qui explique 
(I Countros »? P. 17, la ville est Chalon (sur-Saône), non Cavaillon [Gallia, 
591-2). P. 18, la ladrerie créée à Troyes vers 1100 (d'où vient ce rensei- 
gnement ?j n'a rien à faire avec cette consultation et ue peut donc pas servir 
à la dater. 

M. B. est davantage dans la question en montrant l'influence de Raschi 
dans la deuxième partie de son travail. Mais ici encore les premières pages 
constituent un hors-d'œuvre. Et pourquoi commencer par les moralistes, que 
Raschi a fort peu inspirés ? Encore M. R. ne paraît-il les connaître que par 
les extraits de Zunz. P. 23, l'ouvrage de Moïse de Coucy, qui n'est pas un 
traité de morale, est intitulé Séfer Mitzwot gadol. — Ce qu'il dit ensuite des 
exégètes et des Tossafistes n'est pas suffisamment exact. P. 24, Joseph Kara 
est plutôt le collaborateur que l'élève de Raschi. P. 2o, l. 1, lire : Rameru. 
L'auteur paraît dire que Samuel b. Méir a continué le commentaire de Maccot 



120 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et celui de Job. Nahmanide'n'est pas si épris de Rasclii et il le combat autant 
qu'il l'admire. Kimhi ne devait pas être cité ; il appartient à une autre école 
et ce n'est pas lui qui a propagé Raschi (Sébastien Munster n'a pas traduit 
son Michlol, mais le Mahiach de son frère Moïse). 11 fallait plutôt nommer 
J. Beciior-Schor et les Tossafot bibliques. P. 26, Rasclii n'a pas dicté de con- 
sultation à ses filles, c'est une légende depuis longtemps réfutée. P. 27, des 
morceaux poétiques ne se trouvent pas seulement au commencement et à la 
fin des Hachraot. P. 28, est-ce Rabbénou Tarn ou Jacob d'Orléans qui a 
institué un jeûne pour commémorer l'atraire de Blois"? — Le dernier chapitre 
de cette partie, intitulé « Rasclii chez les Juifs et chez les Chrétiens » est 
plus exact. Pourtant : p. 29, le commentaire du Pentateuque n'est pas le 
premier ouvrage hébreu imprimé, mais le premier dont nous connaissions la 
date d'impression. P. 30, les vers cités (incomplètement) sont d'un rabbin 
originaire du Portugal, Moïse ibn Danàn {apud Azoulaï). — M. B. ne dit pas 
grand'chose de la valeur actuelle de l'œuvre de Raschi ; il n'insiste que sur 
le caractère édifiant de son commentaire du Pentateuque, ainsi que sur les 
realia qu'on relève dans ses ouvrages et dont il s'exagère l'importance. Il cite 
en exemple une glose allemande et une glose française. P. 33, est-il bien sûr 
que le premier éléuient de « estain-bouc » soit l'allemand « Ast » ? P. 34, lire 
« céleste «. — Le principal mérite de ce travail, par endroits d'un ton trop 
dithyrambique et d'un style trop imagé, est de faire ressortir la profonde 
piété et la haute moralité qui ém.inent de l'œuvre de Raschi. Encore ne 
fallait-il pas en déjirécier la valeur scientifique au profit de sa valeur d'édifi- 
cation, en disant par exemple (p. 25) : réjouissons nous de ce que Raschi n'a 
pas recommencé son commentaire du Pentateuque, comme il le désirait, pour 
le rendre plus confor'me aux principes d'une saine exégèse. De tels éloges ne 
sont pas dignes de Raschi. 

Si l'élude de M. Beermanu méritait d'être couronnée et surtout d'être cor- 
rigée, celle de M. Doctor est tout près d'être excellente. Mieux écrite, elle serre 
davantage la question et, à peu près exempte d'erreurs matérielles, elle s'at- 
tache à dégager les traits de la physionomie morale et intellectuelle de son 
héros et à montrer combien Raschi est sympathique par son caractère et par 
son œuvre : il est le véritable classique populaire de la littérature juive. M. D. 
peint d'abord l'homme, si sim[)le et si modeste, puis le savant, si clair et si 
objectif. M Chez les hommes sympathiques, tout nous paraît digne d'amour et 
d'imitation. Il n'est pas exagéré d'avancer que la science pi'ofonde qui se 
montre dans les ouvrages de Raschi a quelque chose de sympathique. Elle 
ne nous écrase pas, ne nous op[iresse pas ; elle nous délivre jjlutôt et nous 
assiste Comme un ami, il nous prend par la main et sa parole, simple et 
cordiale, nous mène droit au but. » Le rôle de Raschi n'est pas caractérisé 
avec moins de bonheur. Par ses commentaires talmudiques, Raschi a l'im- 
mense mérite d'avoir facilité l'étude et conservé l'intelligence du Talmud de 
Babylone et, par son Commentaire du Pentateuque, il est le créateur et le 
maître de la vulgarisation scientifique dans la littérature juive; il a donné 
une « édition populaire » du Midrasch. Grâce à Raschi, la France devint la terre 
classique de l'étude talmudique et de l'exégèse biblique; ses descendants et 
ses élèves continuèrent son œuvre et, comme le judaïsme allemand et polonais 
s'inspira de l'école française, son influence fut aussi étendue que profonde ; 
il a été un grand facteur de la culture juive. M. D. n'a pas marqué l'influence 
de Raschi sur les études talmudiques en dehors des Tossafot et des écoles 
françaises. — 11 s'explique enfin, mais d'une façon insuffisante, sur l'impor- 
tance actuelle de Raschi, que ne suffit pas à caractériser l'édition ci'itique de 
M. Berliner, ni surtout sa liste des leazim ; il fallait plutôt citer Darmesteter. — 



I 



BIBLIOGRAPHIE 121 

Dans le détail, peu d'inexactitudes nous ont frappé; deux ou trois sont com- 
munes à M. Doetor et à M. Beermann et ont déjà été rectiflées. Voici encore 
quelques ol)servations : P. 4, l'oncle maternel de Rasclii n'est pas identique 
avec le savant et païtan Simon b. Isaac le Grand de Mayence. P. 5, d'où M. D. 
sait-il que Raschi alla d'abord à Mayence, où enseignait Jacob b. Yakar, puis 
à Worms, où enseignaient Isaac ha-Lévi et Isaac b. Juda? Des textes réunis 
par Buber dans l'Introduction du Séfev ha-Orah, il parait bien résulter que 
Jacob et Isaac ba-Lévi étaient à Worms et Isaac b. Juda à Mayence ; cf. les 
notices de Michael, 0;' /ta-C/ia/ûn; Epstein, dans Festschrifl Steinschneider, 
p. 136 et MoncUsschriff, 1897, p. 108, 109. P. 14, on ne s'adressait pas à 
Raschi, pour des consultations, « du monde entier »j mais seulement de la 
France septentrionale et des bords du Rhin. P. 15, l'auteur exagère la valeur 
philologique de la critique des textes pratiquée i)ar Raschi. P. 16, il paraît 
dire que le commentaire de la Bible est postérieur à celui du Talmud ; nous 
n'en savons rien. P. 17. Des grammairiens espagnols, Raschi a connu plus 
que quelques explications isolées : il a copieusement utilisé les ouvrages de 
Menahem et de Dounasch. P. 2o, Raschi a eu plus de cinquante commenta- 
teurs. P. 26-27, les chrétiens ne pouvaient pas croire à l'imperfection de la 
Vulgate ; l'école ecclésiastique de Troyes fut de médiocre importance. P. 28, 
il est douteux que Pelhcanus ait traduit tout Raschi en latin. 

R.^UH (S.\ Hebraisches Familienrecht in vorprophetisclier Zeit. Disserta- 
tion. Berlin, 1907 ; in 8" de 46 p. 

R.wEN (J.-H.). Old Tes tannent Introduction. New-York et Chicago, 1906; 
in-S" de 362 p. 

Recueil de matériaux sur la situation économique des Israélites de Russie 
d'après l'enquête de la Jewish Colonization Association. Traduction 
française. Tome I. Introduction. Agriculture. Artisans et manœuvres. 
Paris, F. Alcan, 1906; in -4" de 440 p. 

La Jewish Colonization Associa/ion a entrepris en 1898 une enquête sur 
l'état économique des Juifs russes et notamment sur les trois points sui- 
vants : dénombrement des Juifs de la zone, professions, écoles et établisse- 
ments de bienfaisance ; colonies et fermes agricoles juives ; artisans juifs 
domiciliés hors de la zone. Celte enquête, d'où les commerçants ont été éli- 
minés, a été faite d'une façon privée, par des collaborateurs en partie béné- 
voles ou inexpérimentés ; mais, quoique les résultats n'en soient ni tout à 
fait homogènes, ni absolument certains, « elle projette un jour nouveau sur 
la répartition de la population juive dans les provinces de la zone, sur les 
occupations des Juifs, la part qu'ils prennent à l'industrie, l'étendue de la 
misère juive, l'assistance et la bienfaisance publiques, l'état de l'instruc- 
tion, etc. » C'est dire que ce recueil est une précieuse contribution à l'étude 
de la question juive en Russie. 

L'original russe a paru en 1904, en deux volumes. Nous avons ici la tra- 
duction française du premier. Le second étudiera la participation des Juifs 
à la grande industrie, à l'indigence, à la bienfaisance et à l'instruction et 
sera suivi d'un « Aperçu sur la situation légale et économique des Israélites 
de Russie ». 

A noter dans l'Introduction, qui est consacrée à un exposé de la marche 
des travaux et à une statistique de la population juive, la bibliographie 
des publications antérieures sur la condition économique des Juifs russes 
(p. 2-7) et un aperçu de leur histoire depuis les origines jusqu'au règne 



122 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

'Alexandre 111 (p. 14-21), dont les sources ne sont malheureusement pas 
toujours indiquées. 

Reinbr (J.). Moses und sein Werk. Berlin et Leipzig, H. Seemann, [1907]; 
gr. in-8» de 78 p. M. 1. 

Resa (Fr.). Die Propheten. Erlesene Worte aus ihren W'erken. Tubingue, 
1906 ; in-S" de vu + 120 p. 

Rrvillk (Jean). Le prophétisme hébreu, esquisse de son histoire el de 
ses destinées. Paris, Leroux, 1906; in-18" de 56 p. {Extrait de la Biblio- 
thèque de vulgarisation du Musée Guimet, t. XVIII). 

RiEDEL. War Christus ein Jude? Bamberg, Handels-Druckerei und Ver- 
lagshaus, 1907; in-lG" de 61 p. M. 0,20 [Volksschriften zur Umwalzung 
der Geister, 61). 

RiEss (R. de). Atlas Scripturse Sacrae.Ed. secunda. Fribourg, Herder, 1906; 
in-P de vm +26 p. + 10 cartes. M. 6,80. 

RiscH (A.). Diedeutsche Bibel in ihrer geschichtlichen Entwickelung. Gr.- 
Lichterfelde, Runge, 1907; in-8'' de 92 p. M. 1,20 (Biblische Zeit- und 
Streitfragen, III, 3-4). 

RoBiNsoN (A.-C). Leviticus. Londres, Marshall, 1905; in-8" deH8 p. 1 s. 

RoBiNsoN (B.-W.). The largeness of the imagery in the Deutero-Isaiah. 
Thèse. Chicago, impr. Danforth, 1906; in-8'' de 81 p. 

RosENAU (W.). Jewish Biblical commentators. Baltimore, 1906 ; in-8'' de 
153 p. 

V. le compte rendu de M. Poznanski, Monafssc/ir., 1907, 254-236. 

RosENBERG (J.). Phôniklsche Sprachlehre und Epigraphik. Flir das Selbst- 
studium leichtfasslich u. ubersichtlich dargestellt. Mit einer historisch- 
geographischen Einleitung und 4 Schrifttafeln. Vienne, Hartleben, 
[1907]; in-S" de vui + 173 p. (Die Kunst der Polyglottie, 92). 

RosENMANN (M.). Der Ursprung der Synagoge und ihre allmahliche Ent- 
wicklung. Eine historisch-kritische Studie zur Erforschiing beider. 
Berlin, Mayer et Millier, 1907 ; in-S» de 32 p. 

Il y a quelques années, une compagnie savante de Hollande mit au con- 
cours la question des origines de la Synagogue. Nous ne savons si M. R. eût 
remporté le prix. 11 a raison de dire que ce problème n'est pas encore élu- 
cidé et que les différentes solutions proposées ne sont pas satisfaisantes 
(p. 7-9). Mais la sienne ! U commence par énumérer les différences entre le 
Temple et la Synagogue ; elles sont au nombre de cinq et peuvent se réduire 
à une seule : la présence ou l'absence du sacriûce (p. 9-11). Nous nous en 
doutions un peu. .Mais nous contestons à M. R. le droit de partir de la défini- 
tion de la synagogue entièrement constituée pour examiner quelle a pu en 
être l'origine première, car une institution se développe et se transforme, et 
la synagogue à ses débuts a pu être différente de ce qu'elle est devenue 
quelques siècles plus tard, être englobée, par exemple, dans le Temple. Le 
problème liistorique. consistant justement à se demander ce qu'était primiti- 
vement le culte synagogal, on ne peut prendre pour point de départ les 
caractères actuels de ce culte. Cette faute initiale de méthode va peser sur 



BIBLIOGRAPHIE 123 

toute rargumentation de l'auteur. Elle lui suggère d'abord l'hypothèse, qu'il 
croit nécessaire de réfuter, que la synagogue est née après la destruction du 
Temple. Puis, contre L. Low, qui voudrait faire remonter l'origine de la 
Synagogue à l'époque du premier Temple, il allègue que la Bible ne connaît 
la prière que comme accompagnement et interprétation du sacrifice (p. 13-14;. 
Mais pourquoi ne pourrait-elle pas s'en être dégagée et avoir par conséquent 
sa source en lui? M. R. ne croit pas que 3^7! P''3, dans Jér., xiiix, 8, 
désigne la synagogue, parce que le Targoum et Kimhi ne l'ont pas compris 
ainsi, que même Raschi, en traduisant (d'après un Midrasch 1) par i^ 
Nnc;3, n'a peut-être pas songé à une synagogue et que le Talmud menace 
de mort le am ha-areç qui appelle la synagogue "ZV P'^n [Sabb., 32 a). Ou 
pourrait donner de meilleures raisons que celles-là. — D'autres datent la 
Synagogue de l'exil de Babylone, s'appuyant sur Ézéch., xi, 16 ; iixiii, 31. 
M. R. objecte qu'Ézéchiel attache une trop grande importance au culte des 
sacrifices dans la seconde partie de son livre, que le second Isaie ne se repré- 
sente pas de maison de prières sans sacrifices 'lvi, 1) et qu'il n'est pas ques- 
tion de synagogue dans les textes de l'époque qui suit, tels que Esther, iv, 
16, et Daniel, vi, 11 p. 14-16-. Les deux premières objections tombent du 
fait que le culte synagogal primitif ne doit pas, comme nous l'avons dit, être 
forcément considéré comme détaché du culte sanglant. Le livre d'Esther qui 
paraît d'ailleurs bien postérieur^ écarte à dessein les indications cultuelles. 
Quaut au livre de Daniel, M. R., qui fait de la critique biblique, le place cer- 
tainement à l'époque d'Autiochus Épiphane ; or. de son propre aveu, la syna- 
gogue était déjà constituée alors depuis un siècle. Il estime, en effet, que, 
puisqu'elle n'existait pas encore à l'époque de l'exil de Babylone et que son 
existence est attestée environ cent ans avant l'époque des Maccabées (il songe 
à l'inscription de Schédia, fi. È. ./., XLV, 161). c'est donc qu'elle est née entre 
538 et 300 (p. 16). 

Comment et dans quel but? De nouveau, M. R. bâtit une théorie. « Pour 
avoir re(;u son caractère sacré, la synagogue doit avoir été créée à Jérusalem 
même, par l'autorité religieuse, conformément à la Loi, à lombre du Temple 
et comme complément du sacrifice » (p. 17-18). Il cherche la confirmation de 
ces considérations a priori dans des mischnas et des baraitas, dont il ne 
soupçonne pas qu'elles soient, elles aussi, rétrospeclives et théoriques. Il 
n'hésite pas à croire que les « prophètes de Jérusalem ", c'est-a-dire Aggée, 
Zacharie et Malacliie fp. 25, note), ont divisé le peuple en vingt-quatre sections 
ou tnaamadot (Taanit, ii, 1) et que cette institution est d'une importance 
capitale pour l'organisation religieuse du judaïsme. Or, comme les maamadot 
étaient représentés à Jérusalem, c'est à l'usage de ces délégations qu'on aurait 
créé à proximité du sanctuaire un service spécial, comprenant la prière, la 
lecture de la loi, la bénédiction sacerdotale et en partie le jeûne (p. 19-22). 
Puis, les membres du maamad qui restaient chez eux furent astreints aux 
mêmes obligations et se réunirent dans des synagogues sur le modèle de celle 
de Jérusalem. Cette théorie n'est pas si nouvelle que le croit M. R., mais la 
manière dont il la présente n'est pas faite pour la rendre plus acceptable. 
Admettons que l'organisation des maamadot ne soit pas purement idéale. 
Pourquoi la délégation qui assistait au sacrifice avait-elle besoin d'un office 
et pourquoi n'est-ce pas d'abord la partie du maamad restée en province ? 
Comment les prêtres eurent-ils l'idée d'instituer à côté des sacrifices un culte 
laïque? Pourquoi prenaient-ils part à cet office \Tamid, v, 1)? A quoi 
rimaient les synagogues dans la Diaspora, où elles existèrent de bonne heure? 
Ces difficultés disparaissent si l'on admet que la synagogue fut d'abord une 
institution populaire, distincte du Temple, où elle finit par pénétrer (Cf. Is. 



<24 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Loeb, dans Revue, XIX, 22; I. Lévi, ibid., XXXII, 161 et s. ; XXXIII, 142). 

Mais M. R. croit que la synaj^ogue resta la « servante » du Temple jusqu'à 
la destruction de ce dernier. C'est alors seulement qu'elle prit la place laissée 
vide et conquit son indépendance. R. Yohanan b. Zaccai lui assura quelques- 
uns des privilèges du sanctuaire. R. Gamiiel II y introduisit (!) la récitation 
quotidienne (lu Schemoné-Esré, qui était probablement destiné dans le principe 
au grand-prêtre et aux prêtres (mais voir les articles précités). Ainsi la prière 
trois fois par jour fut considérée comme l'équivalent des sacrilices (c'est si 
peu certain qu'on est embarrassé de trouver le rite auquel correspond la 
prière du soir). Le culte de la synagogue était fixé. 

M. R. pose, ou suggère, jdus de problèmes qu'il n'en résout et sa brochure 
ne tient pas les promesses du titre. .'\Iais aussi, pourquoi donner un si grand 
titre à une si petite brochure? 

RosENzwEiG (A.). Das Wohnhaiisin der Misnah. Berlin, Louis Lamm, 1907; 
in-8" de 77 p. M. 2,50. 

Aux nombreux ouvrages sur l'archéologie de l'époque tanaitique qui ont 
paru au cours de ces dernières années, est venu s'ajouter un excellent travail 
de M. Rosenzweig sur « la maison d'habitation dans la Mischna », qu'il eût 
mieux valu intituler : la maison d'habitation en Palestine à l'époque tanai- 
tique. 

Le premier chapitre examine les matériaux de construction et leur façon. 
On employait la pierre à cliaux taillée et les briques d'argile ; pour les tra- 
vaux de menuiserie, on se servait du bois de sycomore, pour la main-d'œuvre 
plus fine du cèdre. Le ciment était le plus souvent de la terre glaise et du 
mortier. — Le second chapitre est consacré au travail de construction et 
porte sur les ouvriers, l'établissement des fondations, la construction brute, 
l'érection des étages et des murs (à noter la démonstration de l'existence, chez 
les Juifs, du mur de glaise des Assyriens). Les instruments de précision sont 
le fil à plomb et le niveau. Les constructions sont crépies et blanchies avec de 
la chaux; l'auteur suppose même qu'on employait un revêtement en stuc (?). 
Une remarque importante pour l'histoire de l'art juif, c'est qu'il arrivait 
qu'on peignît sur les murs ; mais c'est aller trop loin que de dire, avec R., 
que cette pratique était « courante ». Les maisons avaient des balcons et 
des tourelles ainsi que — au rebours du toit incliné de l'antiquité classique — 
des toits plats avec garde-fous ; on trouvait même des coupoles. — Le troi- 
sième chapitre contient la description des derniers détails de la construction. 
Le plancher était formé d'argile battue ou même de mosaïques; les portes 
étaient fixées à des gonds, se fermaient au moyen de verrous et s'ouvraient 
du dehors avec des clés. L'ouverture des fenêtres pouvait être fermée par un 
treillage ou des rideaux ; on trouve même une espèce de châssis avec vitres. 
L'installation de la maison était complétée par un escalier, des gouttières et 
des latrines dans la cour. — Le quatrième chapitre étudie le plan de la 
maison ; relevons que la disposition la plus commune est celle d'un atrium 
entouré de pièces. Les maisons avaient jusqu'à trois étages (voir plus loin) et 
souvent même des greniers. — L'ouvrage se termine par un résumé de la 
législation touchant la location et l'achat des maisons. 

Les sources utilisées par l'auteur sont celles que l'on consulte pour ces 
études ; si nous notons que le Nouveau Testament et Josèphe ont été mis à 
profit, c'est que M. R. a omis de le dire. D'ailleurs, Josèphe aurait pu être 
exploité davantage. Les chap. x et suiv. du livre XV des Antiquités auraient pu 
fournir certains renseignements confirmatifs et même des données nouvelles. 
Pour les explications techniques, l'auteur a très souvent recours au Commen- 



BIBLIOGRAPHIE 125 

taire de la Mischna sur Tohorot par Haï, qu'il considère avec raison comme 
une mine de premier ordre pour cet ordre de renseignements. Souvent aussi 
il cite des passages du Commentaire de Maïmonide dans l'original arabe, 
mais il ne procède malheureusement ainsi que pour le commentaire de 
Tohorot édité par J. Derenbourg, qui est plus accessible. Ces citations ne 
sont nécessaires que pour les textes des traités inédits ou, ce qui est souvent 
le cas, mal édités. Enfin, M. R. aurait pu se référer plus fréquemment — et 
c'eût été le meilleur commentaire — à ce qui se fait aujourd'hui en Syrie. 

Deux qualités rehaussent considérablement la valeur de ce travail. C'est 
d'abord que l'auteur s'est efforcé, pas toujours malheureusement, de n'ac- 
cueillir dans le texte que les termes tanaïtiques et de rejeter dans les notes 
ceux du Talmud. D'autre part, la comparaison avec l'antiquité classique est 
uniformément poursuivie dans toutes les parties. 

Une observation sur la partie de l'ouvrage que j'ai examinée de plus près, 
rî""?? et Nl2T'*1 (p- 67) ne sont pas synonymes. Le premier mot désigne 
l'étage supérieur, le second quelquefois la pièce habitée (Tos. Eroubin, 
VIII, 9 ; p. 148, 1. 5, 6), le plus souvent l'étage, donc le rez-de-chaussée 
aussi {ibid., xi, 4; p. 152, 1. 27). Des maisons de quatre étages, comme 
l'auteur en admet, sont totalement invraisemblables, surtout si l'on songe à 
la pratique de nos jours. Il est même douteux que le troisième étage fût 
habité. Le passage de Sabbat, xi, 2, n'indique donc pas les « étages supé- 
rieurs », quoiqu'il en soit très vraisemblablement question (cf. b. Sabbat, 
99 a). 

Nous r-ouhaitons que beaucoup de travaux aussi approfondis nous rap- 
prochent bientôt du but, c'est-à-dire permettent d'écrire l'histoire de la civi- 
lisation de la Palestine à l'époque de la naissance du christianisme. — 
F. Goldmann. 

RosE.NTH.^LER J.\ lUustrierte hebraische Lesefibel. Nacli den Grundsâtzen 
der Anschauung iind der Phonetik herausg. 2. verb. Aufl. Francfort, 
A.-J. Hofmann, 1907: in-8» de vu -|- 56 p. M 0,60. 

RosT (H.). Gedanken und Wahrheiten zur Jiidenfrage, Trêves, Paulinus- 
Druckerei, 1907; in-S" de 103 p. M. 1,20. 

RuDNiTZKY (N.). Die Reichsherrlichkeit Israels und die Herrlichkeit des 
Wortes Gottes. Berlin, 1907 ; in 8" de 32 p. 

Saadja al Fajjumi's arabische Danielversion. Nach einem Manuscript der 
kgl. Bibliothek in Berlin zum ersten Maie herausg., mit Einleitiing und 
Anmerkungen versehen von H. Spiegel. Thèse. Berne, 1906; in-S" de 
16 -{- 35 p. 

Sabbatai Sévi (Der Erzbetriiger), der letzte falsche Messias der Juden, 
unter Leopolds I. Regierung Im Jahr der Welt 5666 u. dem 166sten 
nach Christi Geburt. Halle, 1760 (réimpression anastatique) . Berlin, 
L. Lamm, 1907; in-S" de 32 p. + 1 grav. M. 2. 

Sachau (Ed.). Drei aramâische Papyrusurkunden aus Elephantine. Berlin, 
G. Reimer. 1907 ; in-4'' de 46 p. -f 1 table (Aus den Abhandlungen der 
kônigl. preuss. Akademie der Wissenschaften vom Jahre 1907i. 

Voir l'article d." M. Israël Lévi, LIV, 153-163; LVI, 161-168. Un second tirage 
a paru avec le millésime de 1908. — Nous avons reçu le tirage à part d'un 
article de M. J. Bartli, dans la Zeitschrift fur Assyriologie, XXI, 188-194, 



126 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qui donne plusieurs explications et corrections intéressantes. Nous croyons 
qu'il faut continuer à rattacher le mot taimudique N'^îl^in au grec ôu-évoia. 
La correction 'J'^O'^p srT'UJn est iny:éiiieuse, mais paléographiquement invrai- 
semblable. Nous reparlerons de cette étude avec une autre du même auteur 
que nous avons reçue depuis. 

Sainte Bible polyglotte (La) contenant le texte hébreu original, le texte 
grec des Septante, le texte latin de la Vulgate et la traduction française 
de M. l'abbé Glaire, avec les dilîérences de l'hébreu, des Septante et 
de la Vulgate ; des introductions, des noies, des cartes et des illustra- 
tions, par F. Vigouroux. Ancien Testament. Tome VI Ezéchiel, Daniel, 
Osée, Joël, etc., I et II Macchabées. Paris, Roger et Chernovitz, 1906; 
in-4" de viii -j- 908 p. à 2 col., nombr. illustr. 

La publication de cette Polyglotte, d'un heureux agencement et d'un prix 
modique, avance rapidement. Ce volume, qui termine l'Ancien Testament, est 
dû principalement à la collaboration des abbés Nau, Martel et Igonel. Pour 
les Apocryphes (additions à Daniel. Macchabées I et II) la colonne de l'hébreu 
reste naturellement vide. L'annotation est tout juste suffisante, les introduc- 
tions sont assez faibles On connaît les tendances de l'éditeur. 

Salkinowitz (G.). Pessimistische Strômungen im Judentum (bis zum 
Abschluss des Talmuds). Berlin, Poppelauer, 1907 ; gr. in-S" de 67 p. M. 2. 

Salter (S.). Anekdoten aus dem Leben beriihmter Mânner. 2. Die Roth- 
schilds. Berlin, A. Heyne, 1906; in 8» de 96 p. M. 1,20. 

Salzberger (G.). Die Salomo-Sage in der semilischen Literatur. Ein Bei- 
trag zur vergleichenden Sagenkunde. Berlin, Harrwitz, 1907 ; gr. in-8" 
de 129 p. 

Samtleben (G.). Die biblischen Wunder, ihre Môglichkeit und Wirklich- 
keil. Gïilersloh, Bertelsmann, 1907; gr. in-S" devin + 120 p. M. 1,80. 

Samuel (Edouard). b^'cO'nn p"pb bï^T»::" "'-i*'':: Répertoire musical litur- 
gique de la synagogue de Bruxelles. Bruxelles, chez l'auteur, 19, rue 
du Magistrat, 1905-1907 ; b recueils in-P de 630 p. 100 fr. 

Sanders (F.-K.) et Fowler (H. -T.). Outlines for the study of Biblical history 
and literature. Londres, Smith, 1907; in-12° de_xi 4-I~33 p. 6 s. 

ScHAPiRO (I.). Die haggadischen Elemente im erzahlenden Teil des Korans. 

Erstes Heft. Leipzig, G. Fock, 1907; in-8'' de 86 p. (Schriften herausg. 

von der Gesellschaft zur Fôrdcrung der Wissenschaft des Judentums). 

M. 3,S0. 

Une étude exacte de la dépendance de la religion musulmane vis-à-vis du 
judaïsme est d'autant plus nécessaire que la mode qui sévit aujourd'hui d'ex- 
clure ou d'éluder le judaïsme et sOn influence dans toutes les questions 
d'histoire religieuse s'étend même à ses rapports, d'une importance indé- 
niable, avec l'Islam. Qu'on voie, pur exemple, les libertés que prend un pro- 
fesseur de Heidelberg, M. Becker, dans sa brochure Ckristentiimund Islam; 
son jugement biscornu repose uniquement sur l'ignorance de la littérature 
midraschique. On doit se féliciter de voir que le livre de Geiger, si remar- 
quable pour son temps, n'est plus considéré aujourd'hui comme une autorité 
sacro-sainte, donnant la solution définitire de tous les jjrobièmes, mais qu'au 



BIBLIOGRAPHIE 127 

contraire Ton a requis les reclierches et qu'on s'efforce à nouveau, d'abord 
d'étahlir les rapports extérieurs des données en présence, ensuite, et sur cette 
base solide, d'arriver à une détermination plus précise des filiations d'idées, 
ce qui est après tout le point le plus important. 

M. Schapiro entreprend de montrer par l'exemple de la soura de Joseph 
comment il conçoit la suite de ses études comparatives sur le Koran, et l'on 
doit souhaiter que cet excellent travail n'en reste pas, comme tant d'autres 
thèses, à son « premier fascicule », mais que l'auteur le fasse effective- 
ment suivre, comme il l'annonce, d'études semblables sur d'autres person- 
nages bibliques. — M. Sch. retrouve les sources du Koran dans la littérature 
juive, principalement dans le Midrasch et, point important, il étend ses 
recherches aux commentateurs arabes du Koran ainsi qu'aux historiens. A 
louer aussi la mise à contribution des homélies des Chrétiens de Syrie, sur- 
tout de celles d'Aphraate. 

Il est vrai que cette chasse aux analogies constitue un grand danger. On en 
vient facilement à considérer comme un emprunt conscient un Irait qui allait 
de soi, qui, logiquement, devait se développer indépendamment chez les .luifs 
et chez les Mu-ulmans et fournir la même course. L'auteur n'a pas toujours 
écliappé à ce danger. Ainsi la pensée du v. 8, où les frères de Joseph estiment 
que leur père a tort de préférer Joseph à tous, est très compréhensible psy- 
chologiquement et rien n'oblige à supposer un emprunt. Ibn-al-Atir explique 
que Joseph ne fut pas leconnu par ses frères parce qu'ils ne l'avaient pas vu 
depuis longtemps (p. 58). Pourquoi admettre une influence étrangère pour une 
explication aussi naturelle et aussi évidente? La valeur réelle de l'ouvrage 
peut être compromise par ces excès de zèle. Remarquons en terminant que 
l'auteur est parfois tenté de déborder son sujet et d'examiner les rapports 
d'idées. Ainsi, à propos des vers 86-87, il examine l'idée de la résurrection 
des morts. — L'appendice (p. 73-86/ contient une petite inexactitude. Les 
commentateurs du Koran connaissent deux Pharaons sous lesquels Joseph a 
vécu et dont le second ne voulait pas se convertir à Dieu. Là-dessus l'auteur 
cite lin passage du Midrasch qui dirait la même chose, sans remarquer que 
ce passage parle, à propos d'Ex., i, 8, du Pharaon qui vivait après la mort 
de Joseph, à l'époque de la naissance de Moïse. — F. Goldmann. 

ScHippER (J.). Anfânge des Kapitalismus bei den abendlândischen Juden 
im frlilieren Mittelalter (bis 7Aim Ausgang des XII. Jahrh.). Vienne, 
Braunmuller, 1907; in-8" de 66 p. (Extrait de la « Zeitschrift fiir Volks- 
wirtsohaft »). 

ScHLiEBiTz (J.). Isô'dàdh's Kommentar znm Biiche Hiob. I. Teil. Text und 
ijbersetzung. Giessen, Tôpelmann, 1907; in-S" de viu -j- 88 p. (Beihefle 
zur ZAW, XI). 

ScHMiDT (H.). Jona. Eine Lntersuchung zur vergleichenden Religions- 
geschichte. Gœttingue, Vandenhœck et Ruprecht, 1907 ; gr. in-S" de 
vjii -(- 194 p. avec 39 grav. M. 6 (Forschungen zur Religion und Lite- 
ratur des Alten und Neuen Testaments, herausg. von W. Bonsset und 
H. Gunkei;. 

Étude de rayîliulugie comparée sur le poisson figurant l'ennemi, le sauveur, 
l'enfer. 

ScHŒNFELD (E.-Dagsbert). Uie Halbinsel des Sinai in ihrer Bedeutung 
nach Erdkunde iind Geschichle auf Grund eigener Forschung an Ort 



128 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

und Stelle. Berlin, D. Reimer, J907; gr. in-S" de viii -f 196 p. avec 
1 carte et des gravures. 

Sur le séjour des Hébreux dans la presqu'île sinaïtique. 

ScHRADER (0.). Sprachvergleichung und Urgeschichte. Linguistisch-histo- 
risclie Beitriige ziir Erforschung des indogermanischen Altertiims. 3. 
neubearbeitete Autl. II. Teil, II. Abschnitt : die Urzeit. léna, 1907 ; 
gr. in-S" de 121-559 + xii p. 

[Schrameck.] Erlebnisse von Gabriel Schrameck geboren in Isenheim 

(Ober-EIsass) im Jahre III der Republik (1795). Nach einem von ihm 

geschriebenen Manuskript wiedergegeben. Barr, impr. Herrmann, 1907. 

Mémoires d'un Juif alsacien, qui fit campasine en Allemagne en 1813 et 

qui, à son retour en France, s'établit à Strasbourg. Le volume est publié par 

les soins de M. E. Weill, de Barr, mari d'une petite-fille de Schrameck, et tiré 

à 2o exemplaires seulement. 

ScHRÔDER (A.). De Philonis Alexandrini vetere Testamento. Dissertation. 
Greisswald, 1907 ; in-S" de 57 p. 

ScHUMANN (G.). Wellhausens Hypothèse om Mosebgerne. Copenhague, 
1907; in-S» de 64 p. 

ScHUMANN (G.). Kunstig verdichte fabelen? Eene toelichting tôt de moderne 
schriftcritik. Naar « De Wellhausensche Pentateuchtheorie » bewerkt 
door L. M. et een inleidend ^voord van H.-E. van Leeuwen. Utrecht, 
Ruys, 1907 ; in-S" de 16 + 79 p. 0,50. 

ScHURÉ (E.). Sanctuaires d'Orient. Egypte, Grèce, Palestine. 2« éd. Paris, 
1907 ; in-g" de xi + 436 p. 

ScHiJRER (E.). Geschichte des jlidischen Volkes im Zeitalter Jesu Christi. 
2. Band. Die inneren Zustânde. 4. Autlage. Leipzig, Hinrichs, 1907 ; gr. 
in-S" de vi -f 680 p. M. 14. 

M. Israël Lévi rendra compte de ce volume. 

Schwab (M.\ Une amulette judéo-araméenne. Paris, Imprimerie Nationale, 
1906; in-8'' de 15 p. et 2 photograv. (Extrait du Journal asiatique). 

Schwab (M.). Rapport sur les inscriptions hébraïques de l'Espagne. Paris, 
Imprimerie Nationale, 1907; in-8'' de 42t p. + 23 tables (Extrait des 
Nouvelles Archives des Missions scientifiques, t. XIV, fascic. 3). 

Sedgwicr (J.-N ). The Stoi'y of the Apocrypha. Londres, 1906; in-8" de 
155 p. 

SiEVERs (Ed.). Metrische Studien. III. Samuel. Metrisch herausgegeben. 
1. Teil. Text. Leipzig, Teubner, 1907 ; gr. in-8'' de 1 18 p. M. 4,50 (Abhand- 
lungen der konigl. siichsischen Gesellschaft d. Wissenschaften. Philolo- 
gisch-histor. Klasse, XXIII, 4). 

SiEVERs (E.) et GuTHB (H.). Amos metrisch bearbeilet. Leipzig, Teubner, 
1907; gr. in-8'' de 92 p. M. 5 (Abhandlimgen der kgL siichs. Gcsellsch. 
der Wissensch. Philol.-hist. Klasse, XXIII, 3). 



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Leroux, 1905-190<5; gr. in-8* de 67 -j- 167 p. (Archives Marocaines^. 

Prière de se reporter aux comptes rendus de M Cliajes, dans la Z. f. H. 
B.. X (1906), 103-104 et 160, et de M. Poznauski, dans la Rivisla Israeli- 
tica, m (1906), 229-235. — M. S. a fait paraître également dans les Archives 
Marocaines, Yol. Il, n° m [janvier 1903), p. 229-257, une étude sur « La 
colonie des Maghrabim en Palestine; ses origines et son état actuel » en 
hébreu dans d:5ÏJ1-|'', éd. Luncz, VII, 1-2, [1906], p. 113-13o). 

Smend (R.). Die Weisheit des Jésus Sirach erklart. Berlin, Reimer, 1906; 
in-S" de glix 4- 518 p. M. 16. 

S.\iEND (R.). Die Weisheit des Jésus Sirach, liebraisch u. deutsch herausgeg., 
mit einem hebriiischen Glossar. Berlin, Reimer, 1906; iii-S" de vi -\- 95 
et xiii + 81 p. M. 5. 

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Sirach. Berlin, Reimer, 1907; in-S" de xni -f 251 p. M. 8. 

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eeuw na Christus. Leyde, Brill, 1907, gr. in-S" de xi -|- 135 p. 

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sowie bei den zeitgenôssischen Geschichtsschreibern. Vienne, 1906. 

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Vandenhoeck et Rupreclit, 1907 ; in-8" de iv -j- 210 p. (Zur Geschichte 
und Literatur des Urchristentums, III). 

Staerk (W.). Die jiidiscli-aramaeischen Papyri von Assuan sprachlich und 
sachlich erklart. Bonn, Marcus et Weber, 1907 ; in-S" de 39 p. .M. 1 
(Kleine Texte fiir theologische Vorlesungen und Ùbungen, herausg. 
von H. Lietzmann, 22-23,. 

Staerk ("W.). Die Dichtungen Jesaias Leipzig, Hinrichs, 1907; in 8" de 
IX -f- 34 p. M. 1 (Ausgew. poetische Texte des A. T. in metrischer u. 
strophischer Gliederung zum Gebrauch in Vorlesungen und Seminar- 
iibungen u. zum Selbststudium, l\ 

Staerk (W.). Neutestamentliche Zeitgeschichte. I Der hislorische und 
kulturgeschichtliche Hintergrund des Urchristentums II. Die Religion 
des Judentums iin Zeitalter des Hellenismus und der Romerschaft. 
Leipzig, Gôschen, 1907 ; in-S" de 192 p. -j- 3 cartes et 168 p. -j- 1 plan. 
M. 0,80 chaque (Collection Gôschen, n « 325-326). 

Stahelin (F.) Problème der israelitischen Geschichte. Bàle, Helbing, 
1907; in-S" de 34 p. M. 0,40. 

Stanley (A. P.). Lectures on history of the Jewish Church. Pop. edit. 
Londres, 1906 ; 3 vol. in-S" de 1424 p. 

T. LVll, N° 113. 9 



130 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Stein (J.). Israelitische Religionslehre. Die biblische iind die nachbi- 
blische Geschichle bis zuin Abschhisse des Taltuuds, so\vie die syste- 
matische (j;iHiil)ens- uiid Pilichlenlehre. 4. nnveranderte Aufl. Cassel, 
Hessisehe Schiilbiichliandlung, 1907 ; in-S» de 178 p. M. 1,75. 

Steinmetzer {V.). -Neiie IJntersuchungen iiber die Geschichtlichkeit der 
Jiidilherzaliliing. Ein Beitrag zur ErkUirung des Bûches Judith. Leipzig, 
Haupl, 1907 ; gr. in-H» de vu -L 1o8 p. M. 6. 

Pour sauver l'historicité du livre de Juilitli. l'auteur y distingue quatre 
couches suci-ossives, lemontant respectivement à l'invasion d'Assourhanipal, 
à la cam[>agne de Cjtus contre la Lydie, à la reconstitution du judaïsme sous 
le graud-prètre Joyakim et aux luttes des Macliabées contre Antiochus Épi- 
phane. 

Stosch (G.). Alttestamentliche Studien. VII. Teil. Das Salomonische Zeit- 
alter. Giitersloli, Bertelsmann; 1906; in-8" de 175 p. 

Stosch (G.). Die Prophétie Israels in religionsgeschichtlicher Wiirdigung. 
Giitersloh, Bertelsmann, 1907, gr. in-B" de vu + 569 p. M. 5. 

Stracr ,H.-L.). Hebraische Grammatik mit Uebungsbuch. 9. sorgfaltig ver- 
besserte und vermehrte Aufl. Munich, Beck, 1907; in-S" de xn + 152 
+ 128 p. M. 4. 

Strack (H.-L ). Hebraisches Vokabularium. 8. u. 9. neu bearb. Auflage. 
Munich, Beck, 1907 ; in 8» de 46 p. M. 0,80. 

Streane (A.-W.). The Book of Esther, wilh introduction and notes» Cam- 
bridge, University Press, 1907; in-S" de xxxiv -f- 80 p. 1 s. 6 d. (The 
Cambridge Bible). 

Strunk (li.j. Die hohepiiesterliche Théorie im alten Teslamente. Thèse. 
Halle, GL'bauer-Schwelschke, 1906; in-S» de 63 p. 

Stubbe (C). Was ist uns heute die Bibel? Kiel, R. Cordes, 1907 ; in-S" de 
20 p. M. 0,30. 

Stucken (E.). AstralmvLlien der HebrJier, Babylonicr und Aeg>pter. Reli- 
gionsgeschichtliche Untersuchungen. 5. Ti. Mose. Leipzig, Pfeiffer, 
1907; gr. in-S" de p. 431-657. M. 14. 

Si)ssMANN (A.) Die Judenschuldentilgungen untei- Kônig Wenzel. Berlin, 
Lamin, 1907; in-S" de xv -|- 203 p. M. 4 (Schriflen herausg. von der 
Gesellschaft zur Fôrderung der Wissenschal't des Judentums). 

SwETE (H.-B.). The Psalms of Solomon, witli thc Grcek fragments of the 
book of Enoch. Cambridge, 1906; in-S" de viii 4- 50 p. 

Sweïe (H -B.). The Psalms in Greek according to the Septuagint willi the 
Canticles. Can)bridge, 1906; in-8* de xiv -}- 286 p. 

TaGlicht (J. . Grab- und Gedenkreden. Francfort, J. Kaufïmann, 1907 ; 
in-8« de v + 141 p. M. 2. 

[Talmud]. Der babylonische Talmud herausgeg. nach der ersten, zensur- 
freien Bomberg'schen Ausgabe (Venedig 1520-23), nebst Varianten der 



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spiiteren von S. Lorja, .1. Berlin. J. Sirkes, n A. revidirten Aiisgaben 
uiid der Munchencr Talmiidliandschrift, môglichst siiin- iind wurfgetreu 
ïibersetzt iind mit kurzen Eikljirungen versehen von L Goldschniidt. 
6. Band : Baba Qainnia, Baba Meçià, Baba Bathra. 8. Band, 1. Liefe- 
lung : Zebahim. Leipzig, Harassowitz, 1906-07; in-4* de xuv + 1420 
et 403 p. 
Teghen fL ). Das Targiim zii den Psalnicn Prograinm. Wismar (Leipzig, 
Fock), 1907 ; gr. in-S» de 59 p M. 1. 

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trines of Ihe Holy Scriptures. New-Tork, Eaton et Mains, 1907, in-S" de 
18 + 608 p. 

Tharaud (Jérôme et Jean). Bar-Cochebas. Noire honneur. Paris, Cahiers 
de la quinzaine, 3 février 1907 (IL cahier de la 8 série . 

Mouvelle. Bar-i'ochebas est le nom symbolique d'un étudiant juif f|ue l'au- 
teur est censé avoir rencontré dans une université autrichienne et qui, obligé 
de retourner chez sou père en Russie, se trouve dépaysé et se brûle la cer- 
velle. 

Ttie Old Teslumcnt in Greek according lo the text ol" Codex Vaticaniis, 
siipplen)ented IVom other uncial nianuscripls, wilh a critical apparatiis 
containing Ihe variants ol" the cliief aiicient aiilhorities for the text of 
the Sepfiiaiiinf, edited by Alan England Brooke and Norman M'= Lean. 
Paît I. Genesis Cambridge University Press. Wareliouse iC.-F. Clay), 
1906 ; pet. in-4* de vin + la» p. 7 s. 6 d. 

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and Isaiah. Londres, Frowde, 1907; in-8'' de 344 p. 6 s. 

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Rel. Tract. Soc, 1907 ; in-S» de 308 p. 2 s. 

Thomsen (P.). Loca sancta. Verzeichnis der im i. bis 6. Jahrh. n. Chr. 
erwahntcn Ortschaflen Palaslinas mit besonderer Beriicksichtignng 
der Lokalisiernng der bibl. Slatlen. Band 1. Halle, 1907; in-b" de 
XVI -|- 143 p. -h 1 carte. 

ToFKTEEN (O.-A.). Ancient Chronology. Londres, Luzac, 1907 ; in-b" de 
XIX + 302 p. 10 s. 6 d. lUesearches in Bil)lical Archoeology, vol. I). 

TosTiviNT (D.\ Les 70 ans de Jérémie et les 70 semaines de Daniel, inter- 
prétation nouvelle, étude linguistique, exégéiique, historique et chro- 
nologique sur le texte hébreu. Rennes, impr. de E. Prost, 1906 ; in-8° 
de ui + 208 p. (Études bibliques, n* 1). 

Voici, sans rire, le nouveau système d'interprétation. Jéiémie, xxv, 11, 
annonce 70 ans pour le peuple et pour la ville ; ce nombre se dédouble donc 
en deux séries distinctes : 609-o38 et o87-ol6. Il en est de même pour les 
semaines de Daniel, ix, 2 : 1» de 320, année dans laquelle la parole de Dieu 
fut adressée à Zacharie, à 37, date de l'avéuement dHérode, le premier roi 



132 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'origine étrangère, il y a 483 ans ou 69 semaines; dans la 1' semaine, Hyram 
(sic) lut mis à mort en 30; 2» de 353 av., date du décret de restauration 
obtenu par Esdras, jusqu'à 137 ap., date de la destruction de la ville et du 
temple sous Adrien (!), il y a"490 ans. Cette solution a paru « ingénieuse et 
doctement développée » au P. Brucker. 

Trietsch (D.). Palaslina-Handbiich. I. Die allgemeinen Landesverhiilt- 
nisse. Berlin, L. Lamm, 1907; pet. in-S" de 169 p. -f 1 carte. M. 2. 

Uppgren (A.). De niackabeista konungarnes historia. Stockholm, Nordin 
et Josephson, 1907 ; in-S» de 4 + 236 p. Kr. 3,50. 

Valeton (I.-I.). Het onde Testament en (( de critiek )>. Baarn, 1906; in-S" 
de 36 p. 

Vassel (E.). La littérature populaire des Israélites tunisiens, avec un essai 
ethnographique et archéologique sur leurs superstitions. Fascicule III. 
Paris, Leroux, avril 1907; in-8" de 161-224 p. 

Verhandlungen und Beschliisse der Generalversammlung des Rabbiner- 
Verbandes in Deutschland zu Berlin am 2. und 3. Januar 1907. Berlin, 
Poppelauer, 1907; in-S" de vin + 137 p. 

Contient entre autres la conférence de M. Jacob dont il a été question t. LVI, 
294-295 (p. 15-27) et les discussions qui l'ont suivie (p. 27-38 ; 84-90). 

Verus. Der Chasidismus. Hamburg, S. Marcus, 1907; in-8''de387 p. M. 10. 

Viellard-Lacharme (D.). Jésus et ses contemporains. Paris, Bloud et C'^, 
1907 ; in-12'' de vu -f- 256 p. 

Ce sont sept conférences prèchées en la chapelle de l'Institut Catholique 
aux Carmes pendant le carême de 1906. Une seule est consacrée aux Juifs. 
Voici les conclusions de l'auteur d'après son sommaire : L'opposition des 
Scribes et des Pharisiens « a commencé par l'espionnage et la délation qui 
ont rendu possible le procès de Jésus ; elle s'est poursuivie par la ditl'amation 
qui a assuré le succès de l'iniquité dans le procès de Jésus; elle s'est achevée 
par l'excommunication [l) et la condamnation de l'Innocent. . Dès le prin- 
cipe, avant toute discussion, avant même tout contact avec les Pharisiens, il 
(Jésus) est déjà de leur part l'objet d'une surveillance préjudicielle. La véri- 
table cause de l'opposition des Juifs, c'est que Jésus s'attaquait aux passions 
de l'intérêt personnel et à l'orgueil national ». La démonstration de cette thèse 
est naturellement moins sobre en épilhètes à l'adresse cl des Juifs et des his- 
toriens modernes. Je sais bien que ce sont des sermons; mais il n'est plus 
permis même à un prédicateur de faire de l'histoire théologique à cette 
puissance. 

Vincent (H.). Canaan d'après l'exploration récente. Paris, Gabalda, 1907; 
in-8° de xu -f- 495 p. + 310 figures et 11 planches. 15 f. 

ViNYCoMB (J.). Ficlitioussa, symbolical créatures in 0. T. Londres, 1906; 
in-8" de xvi -\- 276 p. 

Visser (A. de). Israels ambten en bedrijven in Jezus dagen. Groningue, 
VVolters, 1907 ; in-S» de 167 p. 1 f. 

VÔLTER {D.). Aegypten und die Ribel. Die Urgeschichte Israels itn Licht 
der agyptischen Mythologie. 3. neubearb. Autl. Leyde, Brill, 1907; gr. 
in-8'' de vu -f- 125 p. M. 2,50. 



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VoLz (P.). Mose. Ein Beitrag zur Untersiichung iiber die Urspriinge der 
israelitischen Religion. Tubingue, Mohi-, 1907 ; gr. in-8o de vu -f- 115 p. 
M. 3. 

Wachstein (B.). Wiener hebraische Epitaphien. Vienne, Hôlder, 1907; 
gr. in-S" de 33 p., 3 tables (Sitzungsberichte der kais. Akademie der 
Wissensch. in Wien. Philos. -histor. Klasse. 156 Ed., 4. Abh.). 

L'auteur a été chargé par la communauté israélito de Vienne de publier les 
inscriptions tombales de l'ancien cimetière de Rossau, pour compléter et rec- 
tifier L.-A. Franlvl, Inschriften des alten jiidischen Friedhofes in Wien, 
1853. Le présent travail est un spécimen intéressant de cette publication; il 
comprend 13 épitaphes (en partie inédites) copieusement commentées ; les 
allusions du texte sont expliquées et des renseignements biograpiiiques sont 
donnés quand le personnage est connu. Le tout avec beaucoup de soin. 

Waleffe (Maurice dk). La Madeleine amoureuse, roman juif. Paris, Fas- 
quelle, 1907; in-12° de 322 p. 

Waller (C.-H.). Amos. Londres, Marshall, 1905; in-8'' de 112 p. 1 s. 
(Our Bible Hour Séries). 

Waller (C.-H.). Moses and the prophets. A plea for the authority of Moses 
in Holy Scripture. Londres, Nisbet, 1907; in-S» de 300 p. 5 s. 

Waller (G.). Biblical concordance on the soûl, the intermediate state, the 
résurrection. Londres, Simpken, 1906 ; in-S" de 78 p. 

Wassermann (R.). Beruf, Konfession und Verbrechen. Eine Studie ûber 
die Kriminalitât der Juden in Vergangenheit und Gegenwart. Munich, 
E. Reinhardt, 1907 ; gr in-S" de 106 p. M. 5. 

Conclut : « La criminalité des Juifs d'un pays n'est pas fixe ; elle n'est "pas 
conditionnée par la race et n'a pas sa racine dans une idiosyncrasie plus ou 
moins prononcée. Elle est le produit des circonstances sociales, sur lesquelles 
les particularités de race n'influent que dans une très faible mesure, si même 
elles influent. » 

Weerts (J.). Ueber die babylonisch punktierte Handschrift N" 1546 der 
Firkowitschschen Sammlung (God. Tschufutkale n» 3). Halle, 1906 ; 
in-80 de 36 p. 

Weill (E.). La femme juive, sa condition légale d'après la Bible et le 
Talmud. 2« éd , revue et augmentée. Paris, librairie Durlacher, 1907 ; 
gr. in-S" de 144 p. 

La première édition de cet ouvrage a paru en 1874 (Joseph Baer; 126 p.). 
Joseph Uerenbourg le présenta alors à l'Académie des Inscriptions et Belles- 
Lettres ; son « hommage », enfoui dans cette vaste nécropole que sont les 
Comptes rendus de l'Académie, mérite d'être reproduit (1875, 82-83) : « M. le 
rabbin Weill a voulu nous donner un exposé des principes qui ont guidé le 
législateu'- de ia Bible et les docteurs du Talmud dans les droits qu'ils ont 
accordés ou refusés à la femme juive, et des conséquences qu'ils ont tirées 
de ces principes. Il a voulu en même temps combattre quelques idées erro- 
nées sur l'infériorité de la situation légale de la femme juive. Son livre est 
plein d'intérêt et de renseignements nouveaux. Il est seulement à regretter 



134 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

que M. Weill ait cru devoir terminer cliaiiuc riiapitrc par une sorte d'apo- 
logie de la législation juive, qui rend le lecteur involontaii'oment méfiant 
contre son étude. Il aurait mieux fait de laisser aux faits et aux prescriptions, 
qu'il expose selon la vérité, la charge de venger cette législation contre ses 
détracteurs. M. Weill a peut-être aussi trop souvent confondu la législation 
simple du Péntateuque avec les résultats si compliqués auxquels les docteurs 
sont arrivés par les moyens d'une exégèse particulière, et afin de satisfaire 
aux exigences des circonstances entièrement nouvelles: les noms des olijets 
mêmes ont complètement changé depuis l'époque biblique. Ainsi le Deutéro- 
nome connaît l'acte, de divorce sous le nom de sépher KerîtouK mot qui a 
entièrement disparu pour faire place ;i celui de guette, qui est seul usité 
dans les Talmuds. Le mot mariage n'existe pas en hébreu, et le syrien, lors- 
qu'il veut traduire le mot ydéjjio: dans le Nouveau Testament à l'occasion des 
noces de Cana. se sert du mot mischtouta qui veut plutôt dire repas. Bien 
d'autres ternies de cette nature pourraient être cités, et il est regrettable que 
l'auteur n'ait pas traité cette partie de la question. Tel qu'il est, le livre n'en 
est pas moins remarquable. » 

Nous ne pouvons qu'ajouter à ces éloges, l'auteur ayant minutieusement 
revisé son travail, ainsi qu'il le dit lui-même dans l'Avant-propos de cette 
deuxième édition, « pour combler certaines lacunes et lectifier quelques 
erreurs w. I.e plan est resté le même; en six parties. M. Weill traite de la 
femme mineure, du mariage, du divorce, du lévirat et de la kalizak, du 
droit de succession, et présente diverses considérations sur la situation de la 
femme au point de vue de quelques principes du droit, de la religion, de la 
famille et de la société. Quelques chapitres nouveaux ont été ajoutés : dans la 
deuxième partie, le chap. i (caractère religieux et obligatoire du mariagel et 
le chap. vm (formulaire actuel de la ketoubah); dans la troisième partie, le 
chap. I (de l'origine du divorce^ et le chap. vu (situation légale de la femme 
divorcée) : dans la quatrième partie, le chap. vi (du sch'tar halizaJû. D'autres 
chapitres ont été soit lemaniés soit complétés, tels, dans la deuxième partie, 
les chapitres (nouvelle numérotation) xiv (de l'adultère^, xv (de la femme soup- 
çonnée d'infidélité\ xviii (du viol' et xix (de la polygamie! ; dans la troisième 
partie, les chap. ii (demande de divorce), v (enfants des époux divorcés) et vi 
(remariage); enfin dans la quatrième partie, le chap. i (définition et origine 
de la loi du lévirnl). Signalons encore la note 1 de la p. 95. sur la décision 
arrêtée en pi-incipe par les rabbins français en 1907 poui- piévenir le iggoun. 

Ainsi mis au point, ce livre offre un exposé clair et bien ordonné de la légis- 
lation mosaico-talmudi(pie sur la condition de la femme M. Weill n'a voulu 
faire ni une étude de droit historique, ni une étude de législation comparée, 
mais seulement une étude de droit interne. Si on ne lui demande pas autre 
chose, on lira son ouvrage avec plaisir et profit. 

Weisz (M ). Kafalog der bebra'isfihen Handschriffen iind Riichei- in der 
l?il)li()lliok dos Professors D'' David Kaiifinann. Francfort, Kaiiflmann, 
1906; in 8» de 2 4-199 +80 p. 

V. le compte rendu de M. Rlau, t LUI. 156-159. 

Wkli.haiisen (J.). Israelitisclie nnd ji'idischo Geschichte. 6. Ausgabe. Berlin, 
Roinier, 1907 ; in-S» de v -f- 386 p. M. 10. 

WHNnr.AND (P.). Die liollonistisch-rômi.sche Kiillnr in iliron Rozicliiingen 
zii Jiidenlnni nnd Christentnm, mil 5 Abbildnngen im Text nnd 
12Tarcln. Tnbingne, Mobr, 1907; gr in-S» de iv -f- 190 f 12 (tables) p. 
M. 6 (Handbnch zum Neuen Testament, I, 2). 



BIBLIOGRAPHIE 135 

Le savant qui étudie les ori^.'-ines du christianisme et le judaïsme des envi- 
rons de l'ère chrétienne a besoin d"ètre renseiirné sur le milieu païen, sa civi- 
lisation, sa philosophie et sa religion. L'ouvr.ige de M. W. répond à ce besoin 
avec une abondance et une précision qui ne laissent rien à désirer. L'auteur, qui 
connaît à fond une période qu'il a lui-même contribué à éclairer, y a réuni 
une foule de renseignements empruntés à la littérature aussi bien qu'aux 
inscriptions et aux papyrus ; son érudition de bon aloi n'est égalée que par 
l'art avec lequel il a condeusô tant de matériaux. Je connais peu d'ouvrages 
aussi « pleins o.Le dernier ciiapitre, sur le syncrétisme et le gnoslicisme, est 
particulièrement remarquable. Cliaque chapitre est précédé d'une biblio- 
graidiie substantielle et — fai;t-il le dire? — mise au dernier point, rans un 
appendice, M. Hans Lietzmann commente les gravures et les tables (dont la 
première re[)résente le fameux bas-relief de l'Arc de Titus, qu'on ne s'atten- 
dait peut-être pas à trouver ici). 

Si j'osais critiquer un ouvrage où j'ai tant appris, je m'en prendrais au cha- 
pitre viii : « Hellénisme et judaïsme ». Le judaïsme palestinien reçoit en tout 
et pour tout trois pasres, ce qui est maigre pour une époque qui a vu les 
Macbabées et Hérode. qui a produit Sira, Daniel et la plupart des Apocryphes. 
Quelques remarques de détail. P. 103, note. La tendance antibellénique est- 
elle si visible daus Sira? P. 103-104. Les princes asmonéens n'ont pas tous 
exploité la religion au profit de la politique et les Pharisiens formaient bien, 
semble-t-il, un parti politique. P. 104-105. Il se pourrait que l'hellénisation 
ait été plus profonde en Palestine que ne le croit M. \V. et que le particula- 
ri-me n'ait pris le dessus, refoulant les tendances contraires, qu'après la des- 
truction de l'état juif. C'est ce dont témoigne, non seulement le vocabulaire 
de l'hébreu talmudique, mais encore la guerre acharnée faite par les rabbins 
à rtiellénisme {Sabhaf, 13 6; Sota, 49 6, etc.). — P. lOo. H est excessif de 
dire que le judaïsme a abandonné sa langue. M. Blau a montré que l'hébreu 
était plus vivant qu'on ne croit à l'époque de la Misctina et à plus forte raison 
à l'époque du second temple. — Le paragraphe consacré au judaïsme hellé- 
nistique est plus itéveloppé et contient l'essentiel (p. 109, note 1, le Recueil 
de Textes est de Th. Reinach). M. W. est peut-être injuste pour Philon (ce 
qui est d'autant plus remarquable qu'il publie une édition critique de ses 
œuvres) ; quand même on pourrait distribuer les éléments de sa pensée et de 
sa piété entre la philosophie hellénistique et la théologie orientale, leur réu- 
nion dans la personne de Philon n'en constitue pas moins un événement de 
l'histoire religieuse et un symptôme caractéristique de « la fin du monde 
antique ». Au point de vue auquel se place .M. W., Philon est un phénomène 
capital. — Mais au fait, ce n'est peut-être pas d'avoir parlé si sommairement 
du judaïsme qu'il faudrait faire grief à M. W. que d'avoir, au contraire, étu- 
dié à part le judaïsme et le christianisme chap. viii et ix dans un ouvrage 
qui, à en juger parle titre et le faux-litre, doit les montrer j'artout à l'arrière- 
plan, comme termes de comparaison, et qui fait partie d'un Manuel du Nou- 
veau Testament. Aussi bien la plupart des matériaux réunis dans ces deux 
chapitres auraient ils trouvé place ailleurs. 

'Wenzel (A ). Die Weltanschaiiiing Spinozas. Tome I. Leipzig, Engelmann, 

1907; in-8» de 486 p. 
Wessely (C). Saliidisch-LM-iechische Psalmenfi-agmente. Vienne, Hôlder, 

1907 ; gr. in-8^' de 195 p. + 2 tables 'Sitziingsberichle der k Akad. d. 

Wissensch ), 
Weszpremy (K.). a magyarorszâgi zsidôsàgrol. A magyarorszâgi zsidôk 



136 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

statisztikâja (Statistique des Juifs de Hongrie;. Debrecen, Csathy, 1907; 

in-S» de 167 p. K. 3. 
Whitham (A. I{.). Readings in Old Testament history. Londres, Riving- 

tons. 1907 ; in-12» de 374 p. 2 s. 6 d. 
Wiener (H. M.1. Notes on Hebrew religion. Londres, Stock, 1907 ; gr. in-S" 

àeiy + 32 p. 6 d. 
WiLDRBOER (G.). De tegenwoordige stand van het oiid-testamentiscli 

vraagstuk. Groningue,. Wolters, 1907 ; gr. in-S» de 32 p. fr. 50. 

\Vit.KE (F.). Das Frauenideal und die Scliatznng des Weibes im Alten Tes- 
tament. Eine Stiidie zur israelitischen Kultur- und Religionsgeschichte. 
Leipzig nietrich, 1907 ; in-S" de 62 p. M. 1. 

WiLKE (F.> Die astralmythologische Weltanschanung und das Alte Tes- 
tament. Gr.-Lichterfelde, Runge, 1907; in-8» de 52 p. M. 0,50 Biblische 
Zeit- und Streitfragen, III, 10). 

WiLKE iF ). War Abraham eine historische Persônlichkeit? Vortrag. 
Leipzig. Dietrich, 1907 ; in-S» de 48 p. M. 0,80. 

WiNCRLER (H.). Religionsgeschichtlicher und geschichtlicher Orient. Eine 
Priifungder Voraussetzungen der « religionsgescbichtlichen '^ Betrach- 
tung des A. T. u. der Wellhausenschen Schule. Leipzig, Pfeiflfer, 1906 ; 
in-S» de 64 p. 

WiNCKLER (H.). Altorientalische Forschungen. IIL Reihe, Band 3, Heft. 1. 
Leipzig, Pfeiffer, 1906 ; in-S» de 385-470 p. 
Contient des études sur la Genèse. 

WoHLGEjiuTH (J.). Die Vortrilge des P. Erich Wasmann in Berlin. Francfort. 
Verlag des « Israelit », 1907 ; in-8" de m + 110 p. M. 1,50. 

WoLBE ^E.). Berthold Auerbach. Ein Lebensbild. Berlin, Neufeld, [1907] ; 
in-12'' de 144 p. (Deutsche Jugendbibliothek) . 

WoLF (G.). Geschichte Israels fiïr die israelitische Jugend. V. Heft. 11. verb. 
Aufl. Vienne, Hôlder, 1907 ; in-8' de iv + 64 p. 

WoLFF I ). L'Instruction religieuse, sermon prononcé au temple israélite 
de la Chaux-de-Forids le 1^' jour de Pentecôte 5667 1907. La Chaux-de- 
Fonds, impr. E. Sauser. 1907 ; in 8» de 13 p. 

WoLFSDORF (E.). Die Weisheit Israels. Bamberg. 1906; in-iô» de 61 p. 
(Volksschriften zur Umwiilzung der Geister, 55). 

WoRKMAN (E ). The Servant of Jehovah or the Passion-prophecy of Scrip- 
ture analysed and elucidated. Londres, Longmans, Green and G°, 1907; 
in-S" de xxvi -f- 250 p. 5 s. 

Wright (Ch.-H.-H.). Daniel and his prophecies. Londres, Williams et 
Norgate, 1906 ; gr. in-S" de xxu + 344 p. 7 s. 6 d. 

Wright .G.-F.^. Scientific confirmations of Old Testament history. Oberlin, 
Bibliotheca Sacra G", 1906-1907 ; in-12» de 10 + 432 p. 2 d. 



BIBLIOGRAPHIE 137 

WuLFiNG-LuER (W.). De la pathologie nerveuse et mentale chez les anciens 
Hébreux et dans la race juive. Paris, G. Steinheil, 1907; in 8" de 124 p. 

Nous ne savons ce que vaut la seconde partie de cette thèse d'un médecin 
suisse, mais nous savons bien que la première ne vaut rien. L'auteur y étudie 
(p. l-3oi la patiiolosie nerveuse et mentale chez les anciens Hébreux et 
notamment chez les Prophètes, en s'inspirant surtout d'un ouvrage de hante 
fantaisie de Binet-Sanglé, Les prophètes juifs, étude de psychologie 7nor- 
bide (Paris, 1903 . Ainsi « Sohemouël fut un dégénéré mental impulsif, d'une 
suggestibilité exagérée, en proie à des hallucinations verbales et de théomé- 
galomanie » (p. 26 27); chez Elle, on signale « l'orgueil qui est la caractéris- 
tique des prophètes, et la malveillance. . le besoin morbide de locomotion... 
un égoisme féroce... », les « hallucinations verbales et auditives » d'un 
« délirant systématique » (p. 38 et s.). Nous n'avons pas l'intention de con- 
tinuer, mais nous nous demandons avec inquiétude quelle mentalité et quelle 
méthode scientifique on reçoit d ms certaines Facultés de médecine. Inutile 
de dire que ces pages sont parsemées d'erreurs de détail, de citations 
fausses, etc. 

Dans la seconde partie de son travail (p. 37-116), M. W.-L. étudie les phé- 
nomènes nerveux et mentaux auxquels les Juifs paraissent surtout sujets 
(neurasthéniques, névri)pathes voyatreurs, hystériques, épileptiques, etc.) et 
recherche quelles peuvent en être les causes (consanguinité, persécutions, 
isolement). Les conclusions (p. 115-116) sont très réservées. Peut-être ne rej)©- 
sent-elles pas sur un nombre suffisant d'observations et de statistiques. Dans 
une partie clinique, il relate un certain nombre d'observations faites à l'asile 
de Villejuif dans le service du D' Marie. Ce sont autant de matériaux utiles. 

Wu.vscHE (A.). Salomos Thron iind Hippodroin Abbilder des babylonischen 
Himmelsbildes. Leipzig, Pfeifter, 1906; gr. in-S" de 56 p. (Ex Oriente 
Lux, II, 3; 

M. W. pratique depuis nombre d'années la littérature midraschique. 11 
s'est rallié maintenant aux théories de mytholo^-ie astrale de Winckler. De là 
à appliquer ces théories à l'.Agada, il n'y avait qu'un pas, qu'il a allègrement 
franchi. « La cosmologie du Talmud, la théologie, l'angélologie, la démono- 
logie, la magie, la médecine (pour autant quelle subit des influences astrales) 
ainsi que la symbolique des nombres peuvent être considérées, en dépit 
de certaines déformations, comme le sédiment des idées babyloniennes; du 
moins celles-ci y sont partout transparentes... Nous avons même l'assurance 
que l'agada juive recèle des éléments importants pour la reconstruction de 
^ l'édifice vieil-oriental... Dans le présent opuscule nous avons essayé de 

ï montrer comment l'image du ciel dans l'Orient antique se reflète dans les 

\ différentes recensions de l'Agada juive sur le trône et sur l'hippodrome de 

E Salomon.. . Il est certain et hors de doute que le trône de Salomon symbolise 

t l'image du ciel des Babyloniens et l'hippodrome, le mythe de l'année. » 

r. Qu'on en juge. Le trône de Salomon (I P».. x, 18 et s.) est l'objet de l'agada 

,- suivante [Pesikta, 1 et parall.) : « Les chefs des tribus... apportèrent leur 

l offrande : six chars 3S, nombre correspondant... aux six degrés du trône. 

Ainsi, quand le roi voulait s'asseoir sur le premier degré, un héraut paraissait 
.; et lui rappelait un commandement de la loi De même pour les autres degrés. 

Enfin, quand il voulait s'asseoir sur le septième degré, il entendait cette 
parole : Sache devant qui tu es assis. » Commentaire : Les sept degrés repré- 
sentent certainement les sept U B => les sept tubukàti, c.-à-d. les sept cercles 
de degrés concentriques ou zones célestes des planètes. (Les sept tubukàti de 



138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la tliéolûgie astrale lies Bahj Ioniens coiicspoiiileiit aux sept taljaiiat du Corau 
et aux sejit cieux du Talinud et du Midrascli.) Sur les sept tul)ui<àti marclienl 
les sept divinités planétaires et par leur mouvement et leur constellation 
réeipro(|ue révèlent à l'iiumanité leur volonté. Les planètes sont expressément 
considérées comme les interprètes de la volonté divine. C'est i)Ourquoi un 
héraut apparaît sur clia((ue degré et ra|)pelle au roi un précepte de la loi 
divine. .Mak^-é la déformation juive, le mythe astral est clair ». En effet. Dans 
un midrascli parallèle [ËsHier r., 1), un lion tend la patte au roi sur la pre- 
mière marche, un aigle sur la seconde. Commentaire : Ces deux animaux 
aident le roi à gravir le trône. Saiomon apparaît ainsi comme la planète 
sui)rème marchant le long de l'écliptique à l'intérieur des douze signes du 
zo(lia(|ue. Dans le mythe d'Eiaua, celui-ci s'accroche à l'aigle qui l'emporte 
auprès d'istar. Mais on peut expliquer le fait d'une autre manière, en voyant 
dans le lion et l'aigle les symholes des deux divinités astrales opjiosées Nergal 
et Ninib, dont l'une représente le solstice d'hiver au 21 décembre et l'autre 
le solstice d'été au 21 juin. 

Avec la même méthode, M. W traduit et examine la description du Targoum 
Schéni, dont la fantaisie exubérante lui fournit tout ce qu'il veut, et deux 
Midraschim parallèles {Bêt ha-Midrasch, II, 83-85, et V, 34 et suiv.). Chose 
singulière, ce sont les textes les plus récents qui ont le mieux conservé les 
éléments babyloniens. C'est encore à un Midrasch récent (ib., V, 37 et suiv.) 
que M. \V. emprunte la description de ce qu'il appelle l'hippodrome de 
Saiomon et(|ui figure le mythe babylonien de l'année. En appendice, il traduit 
les parties astronomiques des Pi.r/cê de-Rabbi Eliézer (cliap. vi-viii) et du 
Mischné Tara {lîilch. Yeçodê ha-Tora, m). 

Il est possible que le Midrasch ait conservé quelques résidus de mythes 
anciens, mais c'est se méprendre sur son caractère que d'y voir l'application 
suivie d'idées totalement étrangères aux rabbins, et c'est commettre une 
faute de méthode que d'y chercher la confirmation d'un système qui ne serait 
même ])as prouvé. « Ainsi, conclut M. W.. l'image céleste décrite par Winckler 
n'est pas un fantôme, elle s'est conservée trait pour trait dans l'agada juive. 
Les assyriologues retrouveront ici avec joie le spécimen de ce qui n'était 
jusqu'à présent qu'une théorie. » Eu vérité, si les théories de Winckler n'ont 
d'autre appui dans la réalité, elles sont jugées, et si M. Wiinsche a voulu 
prouver qu'il y avait un rapport entre les idées de Winckler et les jeux de 
l'agada, la preuve est faite. Non ; autant nous savons gré à M. W. de 
mettre le Midrasch à la portée des lecteurs allemands, autant, ici, nous 
sommes obligé de lui crier casse-cou. 

WiJNscHE ^A.). Ans Israels Lelirhallen Kleine Midraschim ziir spiiteren 
legeridariscliei) liiferahir des Alteii Testaments znin ersten Maie iiber- 
setzt. I. Bd., I. Fîalfte. I.eipzig, Pfeitï'er, 1907 ; gr. in-S" de n -j- 80 p. — 
2. Hiilfte, p. 81-188. — II. Band, 1908. 1. Halfte, p. 1-80. — 2. Halfte, 
)v + V + 81 — 201 p. 

M. W., à ((ui nous devons déjà la traduction d'un grand nombre de grands 
.Midraschim, s'attaque maintenant aux minores, qu'il emprunte principalement 
au recueil de Jellinek, mais en les plaçant dans l'ordre chronologique des 
sujets. Nous avons comparé quelques pages de sa traduction à l'original ; elle 
est généialement satisfaisante. On trouvera d'ailleur-s dans deux fascicules des 
corrections de M Félix Perles Quoique Jellinek ne soit pas un éditeur modèle, 
.M. W. s'en est tenu à son texte. Ses notes sont assez rares et ses notices sur 
les Midraschim auraient souvent besoin d'être complétées ou mises au point. 



BIBLIOGRAPHIE 139 

Ainsi, sur les Midi'aschim relatifs à Abraham, nous aurions préféré l'exposé et 
la discussion des travaux dont cette légende a été Tobjet aux interprétations 
astrales dont M. W., comme on l'a vu, est maintenant féru. M. W. s'exagère 
peut-être l'antiquité et la valeur documentaire des Midraschim qu'il s'est 
donné la peine de traduire. Pour le reste, il en est resté à Jellinek, auquel il 
a cependant ajouté des rapprochements avec le Coran. Telle quelle, cette 
publication. a le mérite d'ouvrir, sinon aux mythologues, du moins aux folklo- 
ristes, une littérature peu connue et elle mérite à ce titre le succès qu'elle 
obtient, si nous en jugeons par la succession rapide de 4 fascicules. 

[Yoré Déa]. Charité en Israël. Yoreh Deah, règles de charité. Traduit 
par Salomon Kohn. [Paris], 1906; in-S" de 37 p. favec titre hébreu : 

Traduction française (?) des paragraphes 247-248 [lire : 247-239] du Y. D., 
Schoulhan Arouch et R. M. A. 

Zapletal (V.). Da<: Hohelied krilisch und metrisch untersucht. Fribonrg, 
librairie de VUniversité, 1907 ; in-8* de ix + 132 p. M. 4. 

Zknner (J. K.). Die Psalmen nach dein Urtext. Ergiinzt und herausgeg. v. 
H. Wiesmann. 1. Teil. ijbersetziing und Erklarung. 2 Teil. Sprachlicher 
Konimentar. Munster, Aschendorff, 1906 et 1907; 2 vol. gr. in-S" de 

vu -f 338 p. et de iv -{- 63 p. 

ZiEGLER (I.). Der Kanipf zwischen Jndentuiu und Christentiim in den 
ersten drei christlichen Jahrhunderten. Berlin, Poppelauer, 1907; in-S' 
de 94 p. M. 2. 

Voir le compte rendu de .M. Julien Weill, LIV, 299-302. 

ZuNz (L.). The sufferings of the Jews during the Middle Ages. Translated 
from the German by A. Lôwy. Hevised and edited, with notes, by 
G. A Kohnt. New-York, Bloch Pulilishing Company, 1907 ; in-120 de 
96 p. Library of Jewisli Classics, T. 

« Zunz, di^sirant donner une impression profonde du fleuve de sang et de 
larmes qui coule à travers l'histoire des Juifs au moyen âge et faciliter ainsi 
l'intelligence des prières synagogales avec leurs sanglots, a dressé les annales 
de ces souffrances et catalogué les persécutions et les martyies année par 
année depuis la première croisade, et même plus tôt, jusqu'au xvi' siècle. 
Par ce « voyage funèbre » à travers les siècles, pour employer sa belle 
expression, il a voulu constater « que l'histoire des Juifs d'Europe ne forme 
en grande partie qu'une série d'expériences faites par les ennemis de ces mal- 
heureux pour les anéantir » Il a voulu « expliquer les mobiles de la colère 
et de l'amertume qu'on perçoit dans les « kinot » et dans les » selihot » des 
païtanim. découvrir la source des larmes, montrer les douleurs et les bles- 
sures, faire sentir les souffrances et entendre les imprécations » ^Graetz, VII, 
note 4 ; cf. D. Kaufmaun, Oesterreich. Monafssckr. fur den Orient, 1884, 
212). 

C'est une heureuse idée qu'on a eue déditer en un élégant petit volume la 
traluction anglaise du deuxième chapitre de la S,ynaqogale /'oesi'e de Zunz, de 
ces pages poignantes qu'il écrivit, au témoignage de Steinschneider, les larmes 
aux yeux, qui excitaient l'admiration de George Eliot {Daniel Deronda, trad. 
française d'E. David, t. II, p. 103) et qui méritent en effet de figurer dans 
une i« bibliothèque de classiques juifs ». Zunz s'est élevé là à la plus haute 



k 



140 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

éloquence, l'éloquence du cœur, tout en restant le savant admirable d'exac- 
titude et de précision qu'il a toujours été. Tout de même, l'histoire juive a 
fait des proi^rès depuis 1835 et M. G. -A. Kohut s'est char^'é de mettre au 
courant le travail de Zuiiz par des notes rejetées à la fin du volume. Il l'a fait 
avec assez de discrétion et ses références ne sont pas toujours suffisantes. Puis- 
qu'il ne s'est pas borné à la littérature aniçlaise, il aurait pu, p. ex., renvoyer 
pour les croisades aux Hebràische Berichte, aux ouvrages d'Aronins et de 
Salfeld, pour ne citer que les plus importants. Même la Gesckichlslileratw 
der Juden de Steinschneider, dont l'indication eiU dispensé de toutes les 
autres, n'est citée qii'en passant dans la préface, où quelques renseia;nements 
sur la vie de Zunz et les circonstances qui l'ont amené à écrire l'iiistoire de la 
poésie synagogale eussent été plus instructifs que les allusions aux pogromes. 
— Tout cela n'est pas la faute de Zunz et c'est par Zunz que ce petit livre se 
recommande. La version de Lowy, empruntée à ses Miscellany of Hebrew 
Liternlure (Londres, 1872), est tout à fait élétrante ; les traductions de pioutim 
ne sont pas en vers. Le volume est présenté avec un goût (|ui fait honneur à 
l'éditeur et on doit souhaiter que la collection classique dont il s'annonce 
comme le premier numéro, soit digne d'un tel début. 

Zunz (L.). Voir à Briefirechsel. 

ZwAAN (J. de). The ti-eatise of Dionysius Bar Salibhi against the Jews. 
Part I. The syriac text. Leyde, 1906. 

Maurice Liber. 



SïRACK (Hermann L.). Einleitung in den Talmud. Vierte, neubearbeitete 
Auflage. Leipzig, I. C. Hinrichs'sche Buchhandliing, 1908 ; in-8» de viii -f 182 p. 
M. 3,20. (Schriften des Institutum Judaicum in Berlin Nr. 2.) 

Tandis que les Juifs n'ont jamais eu et n'ont pas encore aujourd'hui 
d'Introduction à la Bible, il y a mille ans que le besoin d'un ouvrage de 
ce genre se faisait déjà sentir pour le Talmud. Près de deux siècles avant 
la célèbre « Introduction au Talmud » (ni73bnn bN N137:) de Samuel 
Hanaguid, dont une partie est publiée dans les éditions du Talmud, fut 
composé le premier écrit d'isagogie talmudique. M. Strack remarque, en 
effet, avec raison (p. 139) : " L'opuscule Séder Tannaïm va- Amoraïm, écrit 
à l'époque des f.uconim, peut être considéré comme le plus ancien essai 
d'introduction k l'étude du Talmud. La première partie, ou partie chro- 
nologi(}ue, s'occupe de la succession des docteurs ; la seconde partie, ou 
partie halachique, montre comment l'on peut déduire la halacha de la 
Mischna et de la Guemara et comment certains termes doivent être expli- 
qués. » Ftant donné le grand nombre d'autorités citées dans le Talmud, 
on sentit de bonne heure la nécessité d'tm classement chronologique, 
d'autant plus que, d'après le principe bien connu : « la halacha est comme 
le dernier auteur •> fdepuis Baba), la décision légale en dépendait souvent. 
Ainsi, la chronologie qui forme la première partie du Séder Tannaïm sert 



BIBLIOGRAPHIE 141 

proprement à la fixation de la halacha au même titre que la seconde. La 
méthodologie, qui domine les ouvrages isagogiques des anciens auteurs 
(v. la liste l. c), doit également son origine a ce besoin non purement 
scientifique, mais pratique. On s'expliquerait ainsi que celte branche 
de la littérature rabbinique se soit épuisée après la composition du 
Schoulhan Arouch, jusqu'au moment où l'intérêt scientifique de l'époque 
moderne lui a assuré une nouvelle floraison. Le pionnier l'ut Zacharias 
Frankel, dont les n:u372r: ■'^-\-i (Leipzig, 18b9 ; Supplément, 1867) et le 
■'TûbwiT^n N1373 (Breslau, 1870; sont restés jusqu'à ce jour les travaux les 
plus importants en leur genre Sans porter atteinte à la valeur de ces 
livres, on peut affirmer que ce ne sont pas des manuels propres à servir 
d'introduction à la littérature talmudique car il s'agit de plusieurs 
ouvrages et du travail littéraire dont ils ont été l'objet^. Ce sont des intro- 
ductions à l'usage des talmudistes, non des profanes. De plus, ils ne 
traitent qu'une partie — à la vérité très importante, on peut même dire 
la plus importante — mais enfin une partie seulement des matières qui 
doivent entrer dans une introduction. Ils ne sont donc pas faits pour 
introduire les profanes à l'étude du Talmud. L'ouvrage de M. Strack qui 
s'adresse à tous les cercles, comble donc une véritable lacune dans la 
littérature juive. C'est ce que prouve d'ailleurs le mieux l'apparition de 
la quatrième édition après vingt ans seulement, succès qui échoit rare- 
ment à des productions scientifiques de la littérature juive, même quand 
elles se présentent sous le pavillon d'un « Institutum judaicum ». 

La matière de l'ouvrage est répartie en douze chapitres, qui se divisent 
en paragraphes. Pour orienter le lecteur sur le contenu du livre, le mieux 
est d'indiquer les titres des chapitres : 

Chap. 1 : Observations préliminaires (§ 3 : explication des 

termes) P. 1-6 

— u : Sur l'histoire du Talmud 6-22 

— m : Division de la Mischna (des Talmuds) et ordre de 

ses parties 22-29 

— IV : Contenu des soixante-trois traités de la Mischna 

d'après l'ordre de Moïse iMaïmonide 29-62 

— V : Le Talmud palestinien 62-66 

— VI : Le Talmud babylonien.. . . 67-69 

— VII : Les traités extra-canoniques 69-71 

— VIII : Histoire du texte du Talmud 71-81 

— IX : Liste chronologique des docteurs (§ 4 : Saboraïmj. 81-112 

— X : Sur l'appréciation du Talmud 113-131 

— XI : Spécimens (traductions) 132-139 

— XII : Bibliographie 139-175 

Cette table des matières, avec le nombre des pages de chaque chapitre, 
montre que nous avons seulement la charpente, ou le squelette, dune 
introduction au Talmud. Les rubriques nécessaires existent, mais l'auteur 



142 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

n'a pas eu en vue d'épuiser toute la matière et tous les problèmes. Le 
Taimud palestinien obtient quatre, le Talniud babylonien deux pages et 
le second cliapilre est intitulé simplement : Sur L'histoire du TahnuO. Il 
n'eût guère été possible de donner une « liistoire du Taimud en dix-sept 
pages. On réservera le meilleur accueil au cbap. xii, bibliographie métho- 
dique en douze divisions : introductions; traductions; commentaires; 
contribulions piiiloldgiques ; halacha ; haggada ; tiiéologie ; philosophie, 
mathématiques, linguistique et pédagogie ; droit ; histoire et géographie ; 
histoire naturelle et médecine ; archéologie {Ilealicn). La <• liste chrono- 
logique des docteurs >> est encore maigre dans celte édition, quoiqu'il 
faille rec-'unaître un progrès sensible sur la précédente. Dans l'Encyclo- 
pédie héhj-a'ique r^ic -i^"iN Ozar Yisr.iel). éditée par 1. D. Eisensfein à 
New-York, on trouve une liste d'Amoras qui contient 1.812 noms, parmi 
lesquels 245 n'étaient enregistrés nulle part jusqu'ici II, 85-95). Nous 
profitons de l'occasion pour signaler cet utile répertoire alphabétique, qui 
indique en même temps, pour chaque Amora, la génération à laquelle il 
appartient. 

Sur le but qu'il s'était proposé, l'auteur s'était déjà expliqué dans la 
préface de la première édition : « Je me suis scrupuleusement efforcé de 
ne me laisser influencer ni par l'intérêt polémique, ni par linterèt apo- 
logétique, mais de servir uniquement la vérité. » Comment on peut 
arriver a un point de vue exact, c'est ce qu'il expose chap. x, ,^ ' (P- 113- 
118). Entre autres observations, il fait avec raison celle-ci : « On doit 
avoir présent à la mémoire que le Taimud iresl pas un code ' où chaque 
phrase a une valeur absolue... Et la Guemara porte presque partout le 
caractère d'une délibération ' ou d'une collection de procès-verbaux de 
discussions . . Il est donc absurde de présenter sans réserve toutes les 
assertions d'un seul rabbin qui figurent dans le Taimud comme la « doc- 
trine talmudique » et de rendre le Taimud ou le juda'isme responsal)le de 
toutes les assertions de ce genre. En principe on devrait citer « tel rabbin » 
et, de plus, on devrait non seulement préciser l'époque a laquelle le 
rabbin en question vivait, mais aussi remarquer s'il a été contredit, si la 
halacha est comme lui, etc. « (p. 116-117). C'est parler d'or. Ce vœu 
serait depuis longtemps réalisé si, pour le Taimud comme pour toute 
autre production littéraire, c'était l'intérêt scientifique qui avait la parole 
et non le sentiment de la haine. On cite le Taimud et on pense au Juif, 
au concitoyen, au prochain qu'on doit aimer comme soi-même. Et pour- 
tant le Taimud est, si l'on se place justement au point de vue de la 
philanthropie, une œuvre remarquable, telle que le monde non juif n'en 
a guère de semblable. Que sont les quelques soupirs peu humains 
échappés à des âmes persécutées et tyrannisées à côté des explosions 
haineuses des éci-ivains du paganisme et du christianisme ancien à l'égard 
des Juifs ? Une liistoire universelle de lamour du prochain, qui enregis- 

1. Souligiit' fiar l'autour. 

2. L'auteur dit : « salle de conversation ». 



BIBLIOGRAPHIE 143 

trerait tontes les assertions formulées sur ce sujet, aurait bien souvent 
l'occasion de nommer le Talmud, tandis qu'une histoire — volumineuse, 
hélas ! — de la haine des hommes devrait être remplie de citations prises 
ailleurs. 

Le fait est que les textes, accommodés à grand peine, du Talmud ne 
suffisent pas aux antijuifs, et ce qui le prouve le mieux, ce sont leurs 
propos fantaisistes sur les assertions inconnues du Talmud et les ouvrages 
secrets des Juifs Depuis des années M. Strack lutte intrépidement contre 
ce mensonge : « Des agitateurs ignorants (la plupart d'entre eux sont en 
même temps malveillants) continuent encore à en faire accroire aux 
chrétiens allen)ands en prétendant (]ue le judaïsme « tient, anxieusement 
et par tous les movens imaginables, le Talmud secret », qu'il craint qu'on 
ne prenne connaissance de son contenu, bien mieux, qu'il considère 
comme un crime capital le fait pour un Juif de le divulguer. Il suffit, 
pour répondre, de nommer quelques modernes traducteurs juifs du 
Talmud. » Après l'avoir fait et après avoir observé que des Juifs ont 
souvent encouragé matériellement de ces traductions, l'auteur répète la 
déclaration qu'il a, comme il le dit lui-même, faite solennellement 
plusieurs fois depuis de nombreuses années. Cette déclaration, soulignée 
par lui, est ainsi conçue : 

Le Talmud ne contient aucun renseignement, aucune assertion qui, 
bien entendu si elle s'y trouve réellement, ne puisse être retrouvée par 
un savant chrétien connaissant la langue et le sujet... d'une manière 
générale, il n'y a, dans toid le judaïsme, ni un ouvrage, ni une tradition 
orale qui soit inaccessible à des chrétiens instruits. Les Juifs ne s'efforcent 
pas de cacher quelque chose aux chrétiens et ils ne peuvent d'ailleurs 
rien leur dissimuler. Le Talmud, le Schoulhan Arouch, aussi bien que 
d'autres œuvres juives ne sont des livres secrets que pour ceux — Juifs 
non moins que Chrétiens — qui n'ont ni acquis la science nécessaire 
pour lire les textes originaux, ni pris connaissance des traductions exis- 
tantes, etc. Pour ceux-là le De Bello Gallico de César est aussi un livre 
secret. (Préface, p. vi.) 

Si maintenant nous entrons dans les détails de cet ouvrage d'intro- 
duction, nous avons tout d'abord la satisfaction de constater que l'auteur 
a effectivement visé à la plus grande objectivité, de telle sorte qu'a part 
quelques points peu nombreux, il n'aurait pas pu être écrit autrement 
par un Juif. C'est le livre d'un savant qui parle du Talmud comme d'autres 
spécialistes des Védas ou du Code de Manou. Il instruit ceux qui veulent 
connaître une œuvre littéraire sans prendre position pour ou contre elle. 
Il le fait avec sa méthode et sa minutie habituelles. Les observations et 
parfois les critiques qu'il me reste à présenter sur certains points n'en- 
tament nullement la valeur du livre pris dans son ensemble. 

P. 3, M. Str., après Lévy (IV, 216), explique 133-i-i Nnmi: (Meg. 28 a,b) 
par le « savant habile >>. Ce n'est pas exact, car l'expression est N3m:s 
IjDmTo ou pi^nTD 'H, toujours avec '12 (voir la liste des passages dans 
Kohut, VII, 45). Le T de pamw indique, à peu près comme dans 



iU REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Nn-'"^-nN-i73, (ju'il s'&git de la doctrine des rabbins; pnTDû 'i: devrait donc 
être traduit, avec i'Arouch (/. c.\ « fort dans les connaissances possédées 
par les rabbins », bref « un savant accompli ». — P. 5. r't'D'':)n signifie 
« 1" la conduite fixée par la loi ». Cette explication n'est appuyée d'aucun 
texte. Elle est bien donnée par I'Arouch (111, 205 a', mais je crois que 
nDbn n'a nulle part ce sens. M. Bâcher [Tenninoloyk, I, 42) ne l'enre- 
gistre pas. Ztinz aussi {G. V., 42, note a) ne donne que « règle, ligne de 
conduite ». La « conduite » n'est pas « fixée » par la nsbn, mais par les 
msbn. — P. 8 en haut. Ajouter à l'ouvrage de Mos. Bloch, n-nn "^-iju: 'o 
mspnn : « tome III, Budapest, 1906 ». 

L'auteur s'étend relativement sur la « défense de mettre par écrit » 
(p. 10-17). Il ne tranche pas, certes, cette question difficile, mais il penche 
vers l'interprétation d'après laquelle la Mischna a été fixée par écrit par 
Juda I. « La plus ancienne rédaction écrite de ces matériaux appartient 
sans doute à la première moitié du deuxième siècle après l'ère chré- 
tienne, aussi bien celle qui suivait un ordre méthodique que celle qui 
suivait un ordre exégétique (étant rattachée à la succession des versets 
bibliques). 11 est naturel d'admettre que la formation du canon du Nou- 
veau Testament a influé sur la fixation par écrit de ce que la tradition 
rapportait oralement chez les Juifs. » Ainsi se termine le paragraphe 
consacré au « premier développement de la loi traditionnelle » (p. 10). 
Donc, une hypothèse qui n'est pas encore prouvée est appuyée sur une 
autre hypothèse totalement invraisemblable. L'exemple de la formation 
du Nouveau Testament ne peut pourtant pas avoir exercé plus d'action 
que celui de l'Ancien Testament déjà formé ! On comprendrait plutôt 
que la naissance des livres du Nouveau Testament ait incité les rabbins, 
leurs adversaires, à ne pas écrire. Du reste, le Talmud n"a aucune trace 
d'une influence exercée par des « écrits » chrétiens sur la tradition juive, 
à plus forte raison sur sa l'édaction. Cependant je ne puis, dans le cadre 
d'une recension, étudier en détail cette vieille question si controversée 
et je dois me borner a quelques observations. Le texte principal {Temoura, 
ii b =z Guiltin, 60 a), b porte : « Yohanan disait : ceux qui écrivent des 
halachot sont comme celui qui brûle la Tora (Ci~nv:D mr)br; ■'amD 
nTin."!l. » Sur quoi M. Strack remarque : « Les paroles de Yohanan ne 
ressemblent pas a un commandement sec, mais, par le réalisme bien 
oriental de l'expression elles rappellent d'autres dires qu'il ne faut pas 
non plus prendre à la lettre » (p. 11) Fort bien. Mais tout au moins ces 
paroles prouvent-elles que Juda I, le patriarche unanimement respecté, 
dont Yohanan enseignait et interprétait la Mischna, n'avait pas fixé par 
écrit cette même Mischna. On ne soutiendra pourtant pas que Yohanan 
ait pensé à quelque « Quod licet Jovi ». Le « réalisme de l'expression » 
prouve justement que l'usage de mettre par écrit était récent, mais qu'il 
s'étendait constamment et qu'il fallait le combattre énergiquement. Par 
ms'^r;, il ne faut pas entendre « plusieurs halachot », mais une « collection 
halachiqiie », d'après notre façon de parler « la Mischna ». Ainsi, les pre- 
miers exemplaires de la Mischna auraient été écrits, malgré les défenses, 



BIBLIOGRAPHIE Uo 

à l'époque de Yohanan, c'est-à-dire au milieu du troisième siècle. La 
puissante autorité de Yohanan peut les avoir mis dans l'ombre, mais 
dans tous les cas ils ont existé. Il est vrai qu'il n'y a pas d'interdiction 
plus ancienne décrire des halachot, mais cette absence d'une interdiction 
formelle ne prouve nullement qu'on pouvait mettre des halachot par 
écrit. M. Stracii lui-même constate : « Même dans d'autres passages de 
Josèphe et du N. T., où on mentionne la TrapâooTc; twv -ostrêuTÉpcov ou la 
Traxocoa Tiaiâooc'.;, on ne trouve pas la moindre allusion à la tixation écrite 
de la loi traditionnelle » (p. 10). La loi orale a donc existé pendant des 
siècles sans qu'il y eût une « défense d'écrire » formelle. Il paraissait 
évident qu'on ne devait pas la coucher par écrit. La prohibition éner- 
gique de Yohanan ne peut donc être expliquée que par le progrès en 
faveur de l'écriture, cest-à-dire par leffort qu'on faisait de son temps 
pour avoir des exemplaires écrits en vue de l'étude. Les données de la 
tradition sur des écrits aggadiques, réunies par Str. p. 12-13, alors qu'il 
n'en existe pas touchant des écrits halachiques, prouvent également que 
ceux-ci n'existaient qu'à l'état sporadique et, comme nous l'avons déjà 
observé, en dépit des interdictions. Parmi les preuves en faveur de l'exis- 
tence de collections écrites do halacliot, M. Strack compte celle-ci ip. 14) : 
.losué b. Lévi dit : En vingt-quatre passages il est indiqué que le tribunal 
prononce l'excommunication quand une atteinte est portée à l'honneur 
d'un docteur. Oii ? demanda R. Éléazar. Josué répondit : va et tu trou- 
veras (nscn ■'D? . Il sortit, chercha et trouva trois passages (p~ ps: 
nbn riDOMi. Ber., 19 a; Str. indique encore d'autres textes). Y a-t-il là 
seulement l'ombre d'une preuve ? Tout Amora connaissait la Mischna 
par cœur. II devait naturellement <* chercher » pour retrouver les pas- 
sages « cachés ». La traduction de riDOn "^ob est, soit dit en passant, une 
erreur manifeste; ces mots signifient « quand tu trouveras». — Les 
autres arguments sont également assez fragiles. Mais nous avons déjà dit 
qu'il ne convient pas d'y insister dans un compte rendu. 

P. 42. Sur Yebamot (ni733"<), M. Str. remarque entre parenthèses : « mais 
peut-être faut-il plutôt prononcer nnwp'^ )>. Levy fait une observation 
semblable sur mTjD"; (II, 218 a) : >< De là vient aussi le nom du traité tal- 
mudique : ni703"' pi., Yebamoth (et non de nwa-;, attendu que ces titres 
sont habituellement formés de noms actifs, comme V^h' T""-^"^)?' etc.) ». 
C'est tout à fait inexact, car le pluriel de nn»3'; serait ni-'wa'^ ou nvn732"; 
(cf. m-'in:'). Mais le titre du traité n'est pas non plus p'1»3"'. ; le nom 
m723"> désigne l'objet principal du traité, qui est consacré aux femmes en 
instance de lévirat, donc aux m7:a''. Dans l'édition de la Mischna de Lowe 
(Cambridge, 1883), le traité s'appelle D'^ïJ; (comme toute la section), ce 
que M. Str. n'indique pas. Ce titre a pour parallèle celui de TP'^"/ <!"' 
désigne également le premier traité (en trois parties ou portes) en même 
temps que toute la section. Ce qui prouve que l'ancien titre est D"^w3, 
c'est que c'est le mot caractéristique de la première phrase m".:;y arn 
pTiin^C niuiD □"'03 ; car a"'0: est certainement abrégé de m\liy "07:n 
T. LVII, N» 113. 10 



146 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

a"«'«:i3, comme rwz^ lExode) de mToïî n^Ni, "lan^oa ^^xNombres; appelé 
aussi nmn) de ■^s'^O "lanWD ...-laT^i, etc. Mais comme D'"^3 emploj'é 
isolément, sans n~ioy "CKn, ne disait rien, on le précise par m?^^'', pro- 
prement : mTon*^ D'^u;;. Du même coup le traité ne portait plus le même 
nom que la section. C'est pour cette dernière raison qu'on laissa se 
perdre aussi le titre VP'f'» <lii"on remplaça par Baba Kannna, etc., de 
même «jue, suivant une juste observation de J. Derenbourg [Revue, XX, 
136), on ajouta "jUp au traité de Moëd pour le distinguer du séder de ce 
nom. Ce traité s'appelait et s'appelle encore 1"'p'i:;73, d'après le mot initial. 
Mais comme ce mot ne désignait pas avec assez de précision le contenu 
du traité, on prit le mot caractérisli(|ue qui suivait dans la première 
phrase : nyim T^nbcrs n-'n VP'>^'2/ c'est-à-dire le mot lyva qui est plus 
significatif. Il est probable que le nom de '^s^^Kl n'est que l'abréviation de 
la phrase qui vient d'être citée. 

P. 45, n. i, nnp Xii est ainsi expliqué : « un libelle de répudiation replié 
et cousu, qui aurait dû porter les signatures des témoins à l'extérieur, 
mais ne les porte pas {ou ne les porte pas toutes) ». A la place des mots 
soulignés par moi, il faut lire : « qui ne porte pas de signature de témoin 
sui' un pli )). La Mischna (Guiltin, viii, i. f.) définit ainsi cet acte : « celui 
dont les plis sont plus nombreux que les témoins « (V^T^tt TiTiDpW bs 

P. dO. Le nombre des coups (Deut., xxv, 2, .3) est, d'après la Mischna 
{Marcot, m, 10; éd. Lowe, m, 12), de : » ([uarante moins un, car il est 
dit : « au nombre de quarante », c'est-à-dire le nombre qui est rapproché 
de quarante » (a-^raiN iDDTsa -mz^to nnN -ion D^yaiN "imN rpb» n72S 
D"'3'3"in'? ']17:0 N1-^ r'^'2)- M. Strack renvoie à Josèphe, Antiq.^ IV, vui, 
23, et à M Cor., xi, 24, où on ne mentionne également que trente-neuf 
coups. Mais il faut lemarquer ([ue déjà la Septante joint, tout comme la 
Mischna, "iDlTja à D'^ya'lN : xai àpiGaw TîTrrapâxov-a [xa<7T'.Y(ô(jou(7tv aûtov. 
Les poncluateuis, qui ont vocalisé içp^3 et non -iDp)23. comme le fait 
déjà remarquer Raschi, doivent avoir également lu □"'yaiN n£0W3. Le 
sens naturel exige aussi celte liaison, car ":DD73a, à la fin du verset 2, est 
en l'air. 

P. 50, n. 3 : La phrase célèbre de Maccol, m, 16 : nN niDîb 'r\"'2-^>Ti nS£^ 
bN^ïD"^ est traduite par M. Str. « Dieu voulait faire apparaître les Israé- 
lites comme justes )' ; Levy avait traduit (I, 534 a) : « Dieu voulait faire 
ressortir les prérogatives des Israélites ». Les deux traductions me parais- 
sent inexactes, car elles ne cadrent pas avec le contexte. On sait ({ue la 
suite est : b-'n^-^ ipns: lyTsb yen ,r\ -iTONr^r mi:72T min onb nan- "^D-^sb 
T'IN'^T rr^^^, Le verset cité (Is., xlu, 21) se couvre avec le dire du Tan- 
naite; ip'm correspond à mDîb. C'est ce qui a déterminé M. Str., qui a 
transporté sur mDTb le sens « faire apparaître comme juste ». Mais avec 
cette explication la phrase ne donne pas de signification convenable, 
attendu que les Israélites seraient à coup sûr apparus plus facilement 
comme justes avec moins de « doctrines » et de « préceptes ». Quant à 



BIBLIOGRAPHIE 147 

Levy, il a mal compris Raschi. La phrase en question doit être traduite : 
« Dieu voulait assurer dos avantages (récompenses) aux Israélites », 
comme Uaschi Texplique fort bien. niDîb doit être rapproché de n^DT et 
ipli de 71])"]:^, don (dans le sens néo-hébreu). On trouve assez souvent 
;i3T73 dans le Talmud avec la signification de « procurer un avantage à 
quelqu'un ». 

Pour la remarque de la p. 50, n. 4, je renvoie à mon article sur la 
Mischna du traité Schebouot, publié dans une revue peu connue: Monals- 
blâtter fur Vergangenheit und Gegenwart, éd. Kônigsberger, I iBerlin, 
1890-91). — P. 58, n. 2, Sur l'expression n.NT^-ar; m3wX "'nN, il faut 
observer qu'elle ne se trouve ni dans le Talmud, ni chez Maïmonide, mais 
qu'elle a été mise en circulation par Raschi et les tossafistes (v. Guttmann, 
m>37nn nnD73, I, 9(3). — P. 62, n. 2. Touchant les DT^'an ■'-ido [Yadayim, 
IV, G), dont on a déjà tant parlé, je ferai remarquer qu'à mon avis, ils ne 
peuvent signifier autre chose que « livres d'Homère ». Homère était la 
Bible du monde hellénistique et le classique de leurs enfants. Comme les 
docteurs juifs n'étudiaient pas la littérature grecque — des exceptions 
possibles n'entrent pas en ligne de compte — ils ne connaissaient les 
livres grecs que par la vie courante do leur milieu. Or, dans cette vie 
courante on parlait seulement d'Homère. Le pluriel s'explique égale- 
ment par l'usage scolaire et la vie quotidienne : les chants d'Homère 
circulaient en volumes séparés, comme nous l'apprend l'histoire du livre 
chez les Grecs. — P. 63. Parmi les noms du Talmud palestinien je ne 
trouve pas celui de N3"iy» ■'D2T î<"îi73bn, qui m'est familier, quoique je 
ne puisse sur le moment indiquer aucune référence. M. Str. cite, p. 64, 
'•û^'V "» 3 n -I «173:^2 ; on aura donc dit également Nair?: -^aaT '. 

P. 68, l'auteur identifie sans plus la rédaction du Talmud de Babylone 
avec sa fixation par écrit, se laissant sans doute guider par son opinion 
que la Mischna circulait déjà alors (500) depuis 300 ans dans des exem- 
plaires écrits. Quatre pages plus loin, il écrit : « Un exemplaire du 
Talmud de Babylone en entier est mentionné pour la première fois dans 
la seconde moitié du vme siècle, celui que l'exilarque Natronaï b. 
Hachinai écrivit par cœur pour les Juifs d'Espagne, v. S é fer ha- If tim da.ns 
N. Coronel, inD nsT, Vienne, 1872, 134 a ; T'dw "nTODnn nx Tico "^sab anD 
nriDn )'n ndiu. » En présence de ce renseignement, il est extrêmement 
douteux que le Talmud fût déjà fixé par écrit depuis 250 ans. 

P. 119, l'auteur expose la différence entre l'herméneutique luilachique 
et l'herméneutique agadique. L'Agada applique les règles exégétiques 
avec plus de liberté que la Halacha. De là le principe : « on ne réplique 

1. Dans le passai-'e bien connu d'Alfasi, Eroubin, X, on lit : (î^m^jbn =) ^<'^705. 
N3~iy73 ^33T. M. S. Poznauski, dans son U'avail sur «le rapport des Gaonini avec le 
Tainuid palestinien a, étahlit que les Gaonini l'appellenl haMtuolleineut VnX mwbn 
bNI^U"', mais ou trouve également î<3"iy73 '':3T NlW:* {llukédeia, II, iO ; i"iy^ 
nn"l"«::n, n- 61 ; Pardès [Raschi], n" 90 ; D"'21Nan nmVDn, Lyck, n" 14). On trouve 
N^iyyjT TiTûbn ilans les Halachot Gedolol, éd. Varsovie, 2 a. 



148 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pas aux paroles de l'Agada » (on ne se donne pas la peine de la réfuter). 
La source de ce principe n'est pas indiquée, mais M. Sir. croit, comme le 
montre le contexte, qu'il se trouve dans le Talmud ou dans le Midrasch. 
IL n'en est pas ainsi. La source de ce principe courant, "«ZJTnn br T^^'^'ilîTO 1"'N 
cherchée en vain par beaucoup, est la Préface de Maïmonide à son 
«Guide». S'il est quelqu'un qui connaît un texte plus ancien, qu'il 
daigne ne pas le garder pour lui. 

L'ouvrage n)étliodologique de Yeschoua Halévi est intitulé abiy mr)"'bn, 
comme M. Str. l'appelle p. 123 en bas et p. 140. mais non mp niD'^bn, 
comme il imprime en caractères hébreux p. 123 en haut. Le second titre 
est celui d'un recueil connu de Gabriel Pollak. — P. 130. « R. Ismaël se 
sert du notaricon : )r.Di<, Lév., xx, 14 est interprété par lui [Slfra, 92 c 
Weiss) par Ir,i2 rriN pn, donc "jn = èv ! » La chose n'est pas si simple. Il 
est vrai que dans le Talmud {Sanh., 1Gb) on lit, à la suite de l'interpré- 
tation d'Ismaël, p nnNb ]''-\'i'p -^îti irobn p">:j, mais ce pourrait être la 
glose postérieure d'un Amora. Cette phrase ne se trouve pas dans le 
Sifra. Il n'est d'ailleurs pas vraisemblable qu'Isrnaël, représentant de 
l'exégèse naturelle, ait donné à un mot biblique une étymologie grecque. 
Il resterait même à prouver que les Tannaïtcs aient recherché, surtout 
dans des questions halachiques, des étymologies grecques. Ismaël aura 
plutôt été guidé par son sentiment du néo-hébreu, d'après lequel il aurait 
dû y avoir dans la Tora "jmN. Il trouve donc dans la forme innN, qui est 
d'ailleurs la plus fréquente dans l'hébreu biblique, une allusion à un 
notaricon IniW nnx) nx. Ce qui est encore bien plus probable, c'est qu'il 
n'y a pas du tout ici de notaricon, mais une simple interprétation. Si un 
homme épouse une femme et sa fille, il est, lui, sûrement coupable, 
mais des deux femmes la seconde seule l'est, car la première n"a commis 
aucune faute. C'est cette règle de droit qu'Isrnaël formule par les mots 
ino nriN nxi qui assonnent avec le mot du texte innN. 

Les deux citations des écrits de saint Jérôme que M. Strack reproduit 
p. 84 et 89 montrent combien il était ignorant des choses de la tradition 
juive. On fera donc bien de ne pas attacher trop d'importance à des 
assertions des anciens Pères et des écrivains profanes touchant les choses 
juives. Epiphane dépasse encore saint Jérôme en ignorance (v. la citation 
p. 19). 

Les « spécimens de textes traduits » (p. 132-139) sont bons, à part 
quelques méprises. Dans TlouUin, 104a, il prend les mots î<d"'0"i imn î<">a"^"i 
N3'^py '") comme une affirmation en traduisant : « La première partie 
de la Mischna correspond à l'opinion des sages, la seconde à celle de 
R. Akiba » et en ajoutant celte note (p. 132, n" 3) : « Donc, croit celui qui 
a la parole, R. Akrba doit être considéré comme l'auteur. » Puis, dans un 
autre alinéa, il traduit ClOT* m m:^ par « Rab Joseph dit », comme si 
c'était une nouvelle interprétation. Mais, en réalité, NCDT 1*3-) N'iD"*"! 
N3"'p3> '1 est une question et rjOT' '"i "173N la réponse. Dans le même texte 
■•NSm N3"^bN n:" 3"'d;i ne signifie pas simplement : « il s'en tint aux Tan- 



BIBLIOGRAPHIE 149 

naïtes «, mais : « il adopta la (Mischna, c'est-à-dire fixa les enseignements 
d'après l'opinion de (ditïerentsj Tannaïtea ». L'accent porto sur le mot 
différents Tannaïtes (on, dans notre cas, plus précisément : denx , ce 
qu'exprime le pluriel. — Les mots wXD'o -'Zr^^mz N-inno?: -^t:; -^on [B. M., 
21 a, en haut) sont traduits : « Ceci parait évident ici d'après ce qui est 
rapporté là-bas dans la suite » (p. 138). Les deux petits mots que j'ai 
soulignés montrent qu'on a confondu "^3" « ainsi » avec N3r; « ici ». On 
pourrait encore reprendre quelques détails. 

Les méprises les plus graves que nous avons relevées ne font pas tort 
à cet utile et précieux ouvrage. Elles prouvent seulement une fois de 
plus combien il est difficile, même pour de véritables savants, d'éviter 
tout écueil sur la <> mer du Talmud », quand ce ne sont pas des naviga- 
teurs exercés dès l'enfance. L'auteur mérite de sincères remerciements 
pour son œuvre laborieuse. Nous terminons cette recension par les belles 
paroles que l'auteur a placées à la fin de sa préface : « Puisse cette intro- 
duction au Talmud, dans cette quatrième édition encore, contribuer à 
propager la connaissance de la vérité et, par là, l'équité dans les 
jugements ! » 

Budiipost. 

L. Blau. 



Ueber die Unechtheit des Samaritanischen Josuabuches, von 
D A.-S. Yahlda. Dans : Sitzungsherichle der Kôn. preuss. Akademie der Wis- 
senschaflen, 1908, t. XXXIX, p. 887-914. 

Le Hakbam de la communauté Israélite portugaise à Londres, M. Gaster, 
a récemment acquis trois manuscrits contenant le livre de Josué en 
langue et en écriture samaritaines. Il a présenté à la Société asiatique 
d'Angleterre un mémoire pour démontrer que le livre renfermé dans 
ces manuscrits était d'une haute antiquité, aussi important par ses 
nombreuses additions au texte reçu, inconnues jusqu'ici, que par de 
notables variantes, différant beaucoup du Josué biblique ou massoré- 
tique M. Gaster fait remonter ces manuscrits plus haut que l'ère chré- 
tienne. Cette prétention a soulevé des critiques : un jeune arabisant, 
M. Yahuda, s'est présenté devant l'Académie des sciences de Berlin, sous 
le patronage de MM. Nôldeke et Edouard Meyer, pour dresser une réfu- 
tation complète des théories de M. Gaster, publiées dans le journal asia- 
tique allemand'; il se fonde sur une étude comparative des versions 
arabes du Josué biblique et de la nouvelle édition. 

Dans une copieuse introduction de vingt-huit pages, l'auteur de celte 

1. Zeitschrift der morgenlàndischen Gesellschafl, 1908, t. LXII, p. 209-279. La 
traduction et les notes paraîtront plus tard. 



150 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dernière publication avait bien constaté, il est vrai, les rapports ou affi- 
nités qui existent entre le Josué des Samaritains et les textes connus 
jusqu'à ce jour, versions arabes, texte tnassorélique. Septante, sans 
compter ce qu'on peut encore trouver dans les œuvres de Flavius Josèphe, 
ou dans la littérature talmudique et rabbiniqiie. Mais il était arrivé à 
conclure que le texte massorétique comme le texte samaritain ont pour 
source commune un livre original, fort ancien, avec lequel les deux 
textes concordent presque littéralement, et que sans nul doute le Josué 
samaritain, dans la rédaction publiée maintenant pour la première fois, 
appartient à une époque bien antérieure à Josèphe. 

Déjà dan? cette argumentation, M. Yahuda trouve des éléments qui 
empêchent d'admettre l'ancienneté du Josué samaritain : par exemple, 
le samaritain est d'accord dans les points essentiels avec le texte mas- 
sorétique, mais en opposition avec la version des Septante, sans avoir 
une seule variante notable favorable aux LXX, contraire aux Mas- 
sorètes. 

Ensuite, contre l'authenticité du texte publié par M. Gaster, M. Yahuda 
établit aisément que jamais un livre biblique écrit en hébreu ne peut 
avoir la forme dont le Josué samaritain est aujourd'hui revêtu, et il cite 
à l'appui de nombreuses tournures de phrases qui seraient incompréhen- 
sibles en hébreu, mais qui deviennent très logiques et admissibles par 
l'arabe. 

Sans doute, en raison des rapproclicments entre les Arabes et les Sama- 
ritains, on peut bien admettre que des arabismes du livre de Josué se 
sont glissés dans le texte antique par le fait de copistes ultérieurs, igno- 
rants, ou peu consciencieux. Mais cette hypothèse ne tient pas devant la 
constatation suivante : c'est que les arabismes ne se rencontrent pas seu- 
lement dans les morceaux purement bibliques, ni uniquement ça et là, 
dans des mots isolés ou de petites phrases décelant le parler arabe, mais 
aussi dans de plus grands passages, précisément dans les récits qui man- 
quent au Josué massorétique. Or, là se révèle indubitablement, malgré 
la rédaction hébraïque, un texte conçu en arabe 

Donc, il s'agit désormais de savoii- si le Josué samaritain est une œuvre 
composée d'abord en hébreu par un éciiviiin d'éducation arabe, ou si 
c'est une traduction directe d'un Josué rédigé primitivement en langue 
arabe? i.a question peut se résoudre en comparant ce livre aux versions 
arabes, autrement dit aux chroniques arabes des Samaritains, où la 
période du temps de Josué est spécialement racontée. De ce nombre est 
la Chronique d'Abul Fatli al-Samiri al Danafi, composée vers 1350 de 
l'ère vulgaire, et celle que Juynboll a publiée en 1846, à Keyde, sous le 
titre de Clironicon Samarilanum, cui liUilus est Liber Josuiv. Un tel 
examen permet d'établir que le Josué samaritain est, non une œuvre 
originale, mais une traduction de l'arabe : la juxtaposition en deux 
colonnes contiguës, l'une contenant le texte arabe, l'autre Ibébréo sama- 
ritain, le prouve surabondamment. 
Par conséquent, selon la dinluction de M. Yaluida, le présent livre 



BIBLIOGRAPHIE 151 

de Josiié, sans être directement taxé de fanx, doit pourtant être consi- 
déré comme une production littéraire de seconde main, sans consis- 
tance par elle-même, comme un écho verbal et maladroit du .losué 
biblique. 

Il ne reste plus qu'à fixer la date de naissance du présent Josué sama- 
ritain. Étant donné que le compilateur se réfère à la Chronique d'Aboul- 
Fath, écrite en 1333 après J.-C, on sait déjà que Ton ne peut pas 
remonter plus haut. Il faut encore rapprocher cette date de nous d'en- 
viron deux siècles. Samuel Schalloum, l'éditeur du Yoahassin d'Abraham 
Zacouto, raconte dans l'Appendice à cette publication, avoir trouvé dans 
une chronique samaritaine une relation de la guerre soutenue par Josué 
contre les rois sous Schobach, roi de Perse, relation que les .'Samaritains 
affirment avoir tirée d'un Midrasch ; puis, l'éditeur donne un extrait de 
la correspondance entre Josué et Schobach en hébreu. De ce que cette 
relation n'est pas littéralement conforme au Josué samaritain, il résulte 
que cet éditeur avait eu sous les yeux une autre source, et comme il 
parle dune chronique samaritaine, non du livre de Josué, c'est qu'il n'a 
pas connu de Josué samaritain écrit en hébreu. De même, d'après tout 
le style de la relation, on voit que la chronique samaritaine utilisée était 
aussi écrite en arabe, non en hébreu. Dans ces conditions, on peut pré- 
sumer qu'en 1530 il n'existait pas encore de Josué écrit en hébreu, dans 
une recension samaritaine. La présente édition, par conséquent, serait 
celle d'un ms. du xvi« siècle. 

Aux dernières nouvelles, il serait même plus récent encore. Depuis que 
ce mémoire a été écrit pour l'.Acadéraie borlinoiso, — comme l'auteur 
nous le signale, — de nouveaux arguments ont confirmé sa thèse. Lors- 
qu'il l'a rédigée, il n'avait pas pu consulter le « Chronicon samaritanum v, 
c'est-à-dire le livre de Josué en samaritain édité par JuynboU en 1840. 
Ce livre se trouve bien à la Bibliothèque royale de Berlin; mais, selon 
l'ancienne classification, il est placé et catalogué sous la rubrique « litté- 
rature samaritaine », non au nom de l'éditeur hollandais. C'est à Copen- 
hague seulement, lors d'ime communication au Congrès des orien- 
talistes, que M. Yahuda a pu parcourir ce livre chez iM. Simonsen, et 
constater, dans l'introduction à ce livre écrite par Juynboll, le point 
capital suivant: dans leur lettre à Scaliger en 1598, les Samaritains font 
ressortir qu'ils possèdent uniquement le livre de Josué en arabe, non en 
hébreu. 

De plus, en examinant de près le texte arabe du livre de Josué, 
M. Yahuda a pu s'assurer que, le plus souvent, le Josué samaritain s'ac- 
corde, non avec le texte de Juynboll, mais avec la Chronique arabe du 
prêtre samaritain Pinhas ben Ishaq, décédé en 1898. De cette comparaison 
ressort avec évidence que le Josué samaritain dépend de la Chronique de 
Pinhas. 

Aussi, lors de sa communication sur ce sujet au Congrès des orienta- 
listes à Copenhague, en août dernier, notre critique a exprimé l'hypothèse 



152 REVUK DES ÉTUDES JUIVES 

que le Josué samaritain a pu avoir été couiposé, ou par ledit Pinhas même, 
ou par un autre Samaritain encore vivant. Etîeclivement, comme Ta fait 
savoir M. David Yellin de Jérusalem, cet hébraïsant a trouvé tout récem- 
ment les traces de l'auteur encore vivant du Josué samai-itain, et il fera 
savoir par la voie de la presse le résultat de son investigation. A lui 
revient donc également le mérite d'avoir rendu incontestable linauthen- 
ticité du Josué samaritain. 

Toutefois, pour conclure impartialement, il sera de stricte équité 
d'écouter la réplique que fera probablement M. Gaster. 

Moïse Schwab. 



SoREt. iG.). Le système historique de Renan. Paris. G. Jacques ; 
1905-1907, in-8° de 475 pages. 

I>es travaux d'exégèse et d'histoire bibliques sont si rares en France 
qu'on nous permettra de revenir ici sur un ouvrage qui, s'il ne constitue 
plus une nouveauté de librairie, n'a sans doute pas été suivi par beau- 
coup d'autres. 

Ce livre n'a pas été écrit par un érudit, ni pour des érudits. Un auteur, 
qui s'était fait connaître jusqu'à présent par d'autres travaux, a été attiré 
par le problème des origines chrétiennes, et il communique au grand 
public — je veux dire à un public qui n'est pas composé exclusivement 
de spécialistes — les recherches de certains savants et ses propres idées. 
Il est bon de laisser de temps en temps la parole à des profanes dans 
une science où les initiés apportent trop souvent peu de compétence et 
beaucoup de prévention. 11 est utile aussi, même pour les orientalistes, 
de connaître l'opinion du public lettré et de mesurer ainsi le chemin 
parcouru par les études bibliques. 

M. Sorel s'est intéressé au judaïsme à cause du christianisme et il voit 
dans celui-ci un développement de celui-là. Mais il ne considère plus 
que le judaïsme a eu pour rôle de préparer le christianisme et que 
celui-ci est le seul aboutissant logique de celui-là. l.e judaïsme peut et 
doit être étudié, non « à la lumière du christianisme », mais en lui-même 
et par lui-même. C'est la fin de la science « cause-finalière », qui a égaré 
jusqu'à Renan, et on est ainsi récompensé de n'être pas théologien. 

M. G. Sorel est bien connu comme théoricien et critique du socia- 
lisme. Chose rare, cet auteur socialiste s'intéresse aux phénomènes reli- 
gieux ; il « accepte la croyance au surnaturel comme un fait ». Il écrit 
aussi bien sur l'Kglise et l'Etat que sur l'économie moderne, sur la crise 
de la pensée catholique que sur l'avenir des syndicats. Il a conservé plus 
dune attache avec le catholicisme et, s'il n'aime guère le protestantisme, 



BIBLIOGRAPHIE 153 

même libéral, il a étudié avec intérêt le judaïsme, même rabbinique. Il 
se méfie beaucoup des savants protestants, mais il rend justice aux 
savants juifs. Son information est variée et nullement superficielle; il 
connaît la Revue biblique et la Revue d'histoire et de littérature reli- 
gieuses, la Revue sémitique et la Revue des études juives ; il cite le Code 
d'Hammourabi, le Talmud de Jérusalem et le Guide des Égarés. Le fait 
est assez rare pour mériter d'être noté. 

Son livre se compose de quatre parties à peu près égales par l'éten- 
due ' : Introduction ^p. 1-87), Renan historien du judaïsme (p. 89-208), 
Renan historien du christianisme (p. 209-336), Les premiers temps apos- 
toliques (p. 337-475). Cette quatrième partie, qui double la troisième, est 
l'indice d'un manque de netteté dans la conception; de fait, le plan de 
l'ouvrage est irrégulier, la composition assez lâche ; les nombreuses 
digressions rendent la pensée de l'auteur difficile à suivre et donnent 
l'impression d'une œuvre fragmentaire. 

M. Sorel reconnaît que Renan a définitivement incorporé au patri- 
moine de la littérature française les problèmes d'histoire religieuse; il 
exagère même son influence : « tous les hommes vraiment forts, dit-il, 
qui ont repris les questions qu'il avait traitées ont été tributaires de ses 
hypothèses. » Il faudrait le prouver et l'exemple de Harnack n'y suffit 
pas. — Cependant, « l'immense entreprise à laquelle Renan a consacré 
trente ans de son existence, l'histoire des origines juives et chrétiennes, 
a abouti à un échec lamentable. * Pourquoi ? 

Il y a deux grands systèmes historiques. On peut considérer l'histoire 
comme une génération due à des personnages déterminés, expliquer la 
genèse des faits par les hommes qui ont occupé à ce moment la scène du 
monde et, grâce à la psychologie, « pénétrer jusqu'aux racines de la réa- 
lité vivante ». C'est le système psychologique ou de la génération. On 
peut aussi, se contentant de jeter la lumière sur certains aspecis des 
choses, << chercher les relations qui existent entre les principes domi- 
nants des institutions durant une période et les sentiments des classes », 
regarder les faits comme des accumulations de hasards et les hommes 
plutôt comme des porteurs de symboles que comme des créateurs. C'est 
le système scientifique, nous dirions plutôt : matérialiste. L'autre est 
plus séduisant; c'est celui des moralistes, des dramatistes, des théolo- 
giens. C'est celui de Renan, qui a voulu expliquer le christianisme par 
la vie de Jésus. Mais « il est impossible de faire reposer sur une tête 
humaine l'œuvre colossale que l'on attribue à Jésus »; et, pour donner 
une apparence de vraisemblance à sa théorie, Renan fut obligé d'accuser, 
suivant les besoins, le caractère humain ou le caractère divin de Jésus, 
« de manière à proportionner une cause hypothétique à leffet qu'il doit 
expliquer ». Le « génie » remplace la « Providence » des théologiens; le 
surnaturel est transporté sur terre. Renan a été entraîné ainsi à expli- 

1. Chacune a paru à part en librairie. 



154 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

quer le christianisme par des illusions et des accidents, à faire appel aux 
raisons mystérieuses, telles que le « génie sombre d'Israël », ou le mono- 
théisme tils du dései'l. A propos des Judéens empoi-lant leurs livres 
saints dans l'exil, il écrira : « L'organe essentiel de la nation était avec 
eux, je veux dire les vieilles écritures. . . Le sort de l'humanité fut atta- 
ché durant quelques jours au pied plus ou moins sûr de la bète qui 
portait le livre sacré de l'avenir. » {Histoire du peuple d'Israël, III, 
378-379.) 

Fidèle à son système, Renan, après avoir retracé les origines du chris- 
tianisme, « annonça qu'il allait recherclier dans le développement reli- 
gieux d'Israël les sources de la grande révolution religieuse accomplie 
par les disciples de Jésus. On pouvait donc espérer que les derniers 
volumes de cette nouvelle entreprise contiendraient des détails sur cette 
curieuse embryogénie qui lui avait jadis parusi utilek étudier; l'attente fut 
déçue. Ce n'est pas que Renan n'ait parfois l'air de vouloir nous raconter 
la formation des premières racines du christianisme dans le monde juif; 
mais il se borne à noter des suites chronologiques sans faire ressortir le 
principe qui formerait l'unité réelle de ces suites; une succession dans 
l'histoire n'est pas une chaîne de causes : « La cause éloignée du chris- 
tianisme, dit Renan, ce sont les anciens prophètes d'Israël. La cause pro- 
chaine, c'est le mouvement eschatologique qui, depuis le livre de Daniel, 
agite si fort l'esprit juif. La cause très prochaine, c'est l'école messia- 
nique de Judée, dont les manifestes sont le livre d'Hénoch et l'Assomption 
de Moïse. La cause immédiate, c'est Jean-Baptiste » {Histoire d'Israël, 
tome V, pp. 412-413). Mais on pourrait demander : quelle est donc la 
cause du judaïsme ultérieur? Comme les apologistes chrétiens, il fait du 
christianisme un héritier si direct de l'Ancienne Loi qu'on ne peut plus 
facilement comprendre la persistance de celle-ci ; on sait que la destinée 
des Juifs a toujours tourmenté la théologie et qu'elle ne constitue pas un 
des moindres mystères de l'orthodoxie » (p. 40-41). L'observation est tout 
à fait fondée; elle le serait encore davantage, formulée ainsi : si le 
judaïsme biblique devait aboutir au christianisme, comment a-t-il pu 
former le judaïsme talmudique, qui est si ditîérent de ce dernier? 

Renan se croyait préparé pour écrire l'histoire du christianisme. « Si 
l'amour d'un sujet, disait-il dans la préface de la Vie de Jésus, peut servir 
à en donner l'intelligence, on reconnaîtra, j'espère, que cette condition 
ne m'a pas manqué. » Or, il n'a jamais eu « qu'une idée superficielle » du 
christianisme. Il ne se rendait môme pas un compte bien exact de la 
notion delà croyance religieuse. Les religions renferment quelque chose 
de mystérieux et d'incommunicable ; c'est là ce qu'il faut tâcher de saisir 
quand on veut écrire leur histoire ; Renan avait raison quand il disait 
que, pour comprendre le christianisme, il faut y avoir cru, mais croire 
ne consiste pas dans la récilalion docile de dogmes, c'est avoir les mêmes 
tendances fondamentales que les héros de la religion : Renan n'a jamais 
été chrétien dans ce sens, qui est le seul vrai » (p. 57). fl n'était même pas 



BIBLIOGRAPHIE 155 

théologien. * Il ne semble pas que Renan ait jamais étudié à fond la théo- 
logie positive, qui examine les questions d'un point de vue histori{[ue ; 
tout ce qu'il a dit au sujet de la formation des dogmes au sein du chris- 
tianisme primitif trahit un extrême embarras; l'auteur reste dans le 
vague de peur de se compromettre » (p. 51-52). En 1884, Renan a publié 
un travail de jeunesse, un petit traité théologique sur « les congrégations 
de auxiliis »; le sujet est développé comme un léger badinage et il ne 
semble pas « que Renan eût fait un sérieux effort personnel pour com- 
prendre le sens exact du problème ». 

M. Sorel doute non seulement de la science théologique de Renan, 
mais aussi de « sa valeur comme hébraisant ». Son Hisloire générale des 
langues sémitiques en est restée au premier volume et il n'a utilisé le 
Talmud que de seconde main. « On est un peu surpris de celte manière 
de procéder chez un auteur qui a toujours prétendu avoir une vocation 
extraordinaire pour les langues sémitiques et qui aurait cru abaisser sa 
dignité de prince des hébraïsants s'il avait accepté une autre chaire au 
Collège de France que celle d hébreu. » « C'est pour ne point paraître 
avoir été seulement un sémitisant amateur qu'il a tant insisté pour que 
l'Institut publiât le Corpus des inscriptions sémitiques et qu'il disait ne 
rien tant aimer que cette entreprise » (p. 45, 46j. Ajoutons, pour corro- 
borer cette observation, que Renan prétendait attacher une grande impor- 
tance à son travail sur les Rabbins français. 

Nous touchons ici à certains artifices de Renan, que M. Sorel, après 
Brunetière, a percés à jour. Il a mal parlé du Talmud, parce que ce livre 
ne l'amusait pas et qu'on ne pouvait demander à ce dilettante de s'en- 
nuyer de longues années à examiner des textes de ce genre. « Tout était 
chez Renan affaire de convenances littéraires : il y eut un temps où il 
crut qu'il ne pourrait réussir qu'en se composant un personnage austère ; 
il vint un autre temps qui lui parut désirer des blagues ; il écrivit pour 
ces deux époques avec un égal succès » (p. 54). Ce n'était pas hypocrisie 
de sa part, car « les gens de lettres comprennent la sincérité d'une façon 
particulière»; ce n'était pas une aberration morale, mais une habileté 
littéraire. Il ne savait pas résister aux entraînements de sa virtuosité ; il 
s'est plu dans l'histoire du peuple d'Israël parce que les textes disaient 
si peu de chose qu'il pouvait s y abandonner à son goût pour les contes. 
Le plaisir de lancer une phrase à effet le conduit a des exagérations 
manifestes. Il ruse avec son lecteur ; il cherche à 1' « embrouiller » 
p. 47, noie) ; il le sollicite par d'habiles équivoques pour l'amener à 
faire des hypothèses que lui-même n'ose pas énoncer. 

En dépit de ces procédés, l'artiste n'a pas nui au savant. Ainsi, dans le 
maniement des textes, Renan a bien fait de recourir à 1' « interprétation 
du goût » ; les considérations artistiques l'ont préservé des exagérations 
des critiques allemands et lui ont fait adopter les solutions moyennes, 
car « l'hypercritique ne peut-être efficacement combattue que par des 
raisons esthétiques » (p. 29). 



156 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Après avoir exposé dans rintroduction ses vues sur l'histoire et recher- 
ché sous quelles influences itenan Hvait écrit VHistoire des origines du 
chrisiianisme et VHistoire du peuple d'Israël, M. Sorel devait nous 
donner une « critique détaillée des deux grandes œuvres histoi-iques de 
Renan » (p. 81). Mais il n'a pas tenu sa promesse. Au lieu de saisir 
corps à corps ces ouvrages, d'en montrer les faiblesses, les exagérations, 
les contradictions, il reprend le sujet pour son propre compte et pré- 
sente une série de considérations, oii Uenan ne fournit même pas tou- 
jours le point de départ, sur l'histoire d'Israël et sur celle du christia- 
nisme primitif. Les idées de M. Sorel nous intéressent sans doute, mais 
nous attendions autre chose. 

Seulement^ M. Sorel a voulu appliquer ses théories sur l'histoire 
« sociale » suivant la méthode « scientifique ». S'inspirant en partie d'un 
travail d'I. Sack [Revue des études juives, XXXVIII, p. 172 et suiv.), il 
prend pour point de départ la distinction entre le peuple du Nord et celui 
du Sud de la Palestine. Le Livre de l'Alliance, qui remontei-ait au ix» siècle, 
et le Deutéronome, qui est de l'époque de Josias, sont les codes respectifs 
de ces deux populations; entre eux, il y a une différence de nature, 
non de développement. « Le premier ne semble pas connaître de villes 
et s'occupe beaucoup de droit rural ; le second semble fait pour un pays 
dont tout le territoire est divisé en banlieues de villes murées » (p. 93). 
Le premier contient deux interdictions alimentaires : celle de manger la 
viande d'un animal mort trouvé dans les champs et celle de faire cuire un 
chevreau dans le lait de sa mère (Exode, xxii, 30 et xxiii, 19). « Il n'est 
pas douteux qu'il s'agit ici de préceptes relatifs à la magie : dans le pre- 
mier cas, on peut être ensorcelé à son insu ; dans le second, il s'agit d'un 
rite superstitieux. Je crois qu'il faut rattacher encore aux préoccupations 
de la magie rurale la loi qui prescrit de lapider le bœuf qui a tué une 
personne et qui défend de manger de sa chair (xxi, 28) ; le bœuf est sup- 
posé ensorcelé. De même si un homme est puni de mort pour s'être 
accouplé avec une bête (xxii, 18), c'est qu'il a commis une infamie de 
magicien : ce principe est placé entre celui qui punit de mort les sor- 
cières et celui qui voue à l'extermination l'idolâtrie. Je considère encore 
comme se rapportant à la magie rurale l'interdiction ae conserver la 
graisse du sacrifice jusqu'au lendemain (xxiii, 18) ; dans un pays où il n'y 
avait pas une forte organisation sacerdotale, cette graisse pouvait être 
souillée par des animaux » (p. 9îi-96). 

Les vieilles traditions populaires étaient représentées et défendues dans 
le royaume d'Israël par les prophètes, que M. Sorel appelle les maïa- 
bouts, pour les distinguer des proplièfcs écrivains du Sud. Los mara- 
bouts jouèrent un grand rôle dans la révolution qui renversa la famille 
d'Achab, car ils voyaient d'un mauvais œil l'introduction de mœurs nou- 
velles, d'une civilisation qui devait donnei' la supériorité aux villes sur 
les campagnes. Cette lutte fut personnifiée dans la légende d'Klie ; elle 
eut pour résultat de créer la doctrine iconoclaste. 



BIBLIOGRAPHIE 157 

Si l'on veut comprendre l'histoire sociale du Sud, il faut remonter aux 
institutions « que la légende attribue à Salomon». La prospérité de Jéru- 
salem reposait sur les marchés; ce commerce était très profitable aux 
grands et à l'État, ce qui explique lalliance avec l'Egypte. La politique 
religieuse de Salomon se rattache également à sa politique économique : 
élever un grand temple dans une ville fréquentée par beaucoup de mar- 
chands, c'était une affaire lucrative. Pour les marchands qui voulaient 
d'autres sanctuaires que celui de lahvé, on fonda des lieux de culte païen 
en face de la ville. Plus tard on expliqua ce fait par l'influence des 
femmes étrangères. Le temple nécessitait beaucoup de travaux; en géné- 
ral, les travaux publics étaient considérables dans une ville dont les sou- 
verains disposaient de gros revenus. De là, de puissantes corporations 
d'artisans, dévouées à la famille royale. 

La ruine du royaume d'Israël amena une immigration des gens du 
Nord à Jérusalem ; ils furent autorisés à se faire les « parasites du 
temple ". De cette époque date l'influence exercée par les hôtes du sanc- 
tuaire, les (juérbn. Le temple était déjà le centre intellectuel de Jéru- 
salem ; il avait des écoles de rhétorique, d'où sortirent les prophètes, 
qui sont des lettrés et qui ne procèdent point par visions et miracles. 
C'est une erreur énorme d'avoir cru que les prophètes ont combattu le 
ritualisme. Quand ils déclarent que lahvé est dégoûté des sacrifices qu'on 
lui offre, il faut entendre qu'il s'agit des sacrifices offerts par leurs enne- 
mis. Quand ils dénoncent la dureté des riches, ils défendent les pauvres 
de leur parti. Jérémie,par exemple, devait être soutenu par un parti popu- 
laire puissant. 

Nous avons voulu montrer par quelques citations ce que M. Sorel 
entend par l'histoire économique et sociale du peuple d'Israël. Nous ne 
pouvons ni exposer, ni à plus forte raison discuter ses théories dans le 
détail. Beaucoup sont séduisantes ; d'autres sont contestables. Ce sont 
des idées ; il reste à en faire de l'histoire. 

M. Sorel a également des vues originales sur les rapports de Jésus et 
du christianisme avec le judaïsme. Il croit que l'enseignement de Jésus 
avait une allure beaucoup plus rabbiniquc qu'on ne suppose; il voudrait 
prouver que « le quatrième Évangile est probablement un vieux docu- 
ment hébreu, écrit peu d'années après la Passion et traduit en grec à une 
époque tardive, par un homme qui ne comprenait plus toujours très 
bien le texte » (p. 435). Mais sa démonstration est loin d'être probante; 
tout hébraïsant reconnaîtra que l'Évangile de Jean est beaucoup plus 
éloigné du judaïsme que les Synoptiques. 

Le judaïsme a d'ailleurs rendu de grands services à la nouvelle reli- 
gion. En identifiant le monothéisme juif et la théodicée grecque, il a 
ouvert la porte à la métaphysique et à la théologie. Sa conception 
archaïque du surnaturel lui a permis d'être le berceau d'une renaissance 
religieuse. Les traditions ont fourni des armes contre I invasion des 
superstitions qui étouft'aient le paganisme. Ainsi, quand le christianisme 



1S8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

se trouva prêt à prendre la direction du monde et à sauver une partie de 
la culture antique, il ne put accomplir celte grande œuvre que grâce aux 
moyens de défense que lui procura le judaïstne. Ce dernier lui laissa 
encore des livres saints et une histoire, ainsi qu'une sévère discipline de 
mœurs. La rupture entre le judaïsme et le christianisme n'en fut pas 
moins complète et le christianisme doit être considéré comme ayant 
réalisé un vrai commencement dans l'histoire. 

Telles sont (luelques-unes des idées éparses dans le livre touffu, ori- 
ginal et suggestif de M. Sorel. 

M. Liber. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



T. LIV, p. 101. — La aggada sur la naissance et la circoncision de Rabbi 
pendant une persécution, dont on n'a pu m'indiquer l'origine, se retrouve, 
un peu développée, dans le Motonil ha-Maor, n" 83 f/n p?n,'N ?bD /:» na 
'3 piD), où elle est citée comme une baraïta (1"^'^ "i^ri). — M. Liber. 

T. LIV, p. 12 et 20. — M. Gross, à la suite de Graetz, déduit du silence 
de Moïse Almosninos que Moïse Hamon était mort en 1563-1566. Mais 
nous savons que le médecin juif n'était plus en vie en 1562. Voir P. Gru- 
nebaum, Revue, XXVII, 133, note, où il est question aussi d'un manuscrit 
de Dioscoride qui a appartenu aux Hamon. Tout l'article, d'ailleurs, 
contient d'intéressants renseignements sur les Juifs de Turquie à cette 
époque. — M. L. 

T. LVI, p. 45 en bas .Tirage k part. p. 8. — M. Harkaw m'écrit que, dans 
tous les fragments de Saint-Pétersbourg, la septième partie du Mousch- 
tamil est désigné comme la dernière. Il est donc hors de doute qulbn Ezra 
a compris le Kitàb al-Kdfi dans les huit livres du « savant de Jérusalem » 
et que le passage publié par Hirschfeld appartient à la septième partie du 
Mouschtamil. — M. Goldziher a eu l'amabilité de me faire parvenir les rec- 
tifications sur le texte qui suivent : P. 47 (tirage à part, p. 10), 1 7, n. 1 : 
rjinNbN est corrigé inutilement en riinwS; — 1. 8, T^noN, 1. l^nNSN ; — 
1. 24, TNT, 1. rxi ; — 1. 25, ^'«'"''nrN, 1. INrnVx- — P. 48 (p. 11), 1. 4 et 3 
d'en bas, N72nn-!ni<, 1. »r.-^'r^ii. — P. 52 (p. 15i, 1. 12, 14, 18, 19, 20, 

«Il w 

Sn et rîin, 1. an et 'j-'-Jn ; — 1 16, Ninr, 1. niiy ; — 1. 19 [sb in], 1. 
[N73 n:»] ; - 1. 24, T'itDJ'wb, 1. V'^NST^:":'. — P. 54 (p 17), 1. 8, "JND, 1. n:ND; 

— 1. 12, -on, 1. -jn. — P. 57 (p. 20), 1. 8, rs-nw, 1. r=>"iT3 ; — 1. 12, 16, 
rnNT n'a pas ici de sens convenable; peut-être faut-il lire "nN^» et D"^? 
mN5' aurait dans ce passage une signification adverbiale, comme ailleurs 
chez certains écrivains juifs; voir les exemples réunis par Goldziher dans 
son compte rendu de Nathanael ibn al-Fayyoumi, Buslàn al-ûkûl, éd. 
Levine {W. Z. K. M., 1908, fasc. u). — P. 60 (p. 23), 1. 11, 12, nOKI, 
lire sans doute IDNT = inont i'^*^'^), c'est-à-dire : «3^73 ';T'-ii:7ûbN lONi 
rinï:3'bî< « elles Egyptiens ont entretenu avec nous de mauvaises rela- 



L 



160 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tions » (corriger en ce sens la note 3). — P. 62 (p. 25), 1. 17, Ih'd, 1, yn-D, 
— P. 64 (p. 27), 1. 1, N?23y 1. N73D ; — 1. 13, 15, TJNITJ, 1. HN-^TS ; — 1. 20, 
22, r.H'^'D, 1. r>iiV2. 

Enfin, sur p. 63 (p. 26), n. 1, M. Simonsen me l'ait remarquer que 
l'^iEsbN doit être corrigé en '{''"iDnr'N, « cyprès » et qu'il s'agit ici du nom 
de plante rtac- La traduction arabe dans la Polyglotte a sur Jos , ii, 1, 
/wsilÛI, « exinfidelibus », ce qui est évidemment un non-sens; mais sur 
III, 1, elle a la leçon exacte: /Oj.àSC!I sans alif (de même, cf. LXX sur 
Joël, IV, 18 et Michée, vi, 5). Low, Aram. Pflanzennamcn, p. 212, note la 
forme iJiS. ~ Samuel Poznanski. 

T. LVI, p. 243-7. — Les « deux épitaphes judéo-arabes », par leur rédac- 
tion singulière, par l'amalgame de termes arabes suivis de mots hébreux, 
par l'absence de date, sont sujettes à caution, et des réserves (quoiqu'un 
peu tardives) doivent être faites sur leur authenticité. — 6". 

T. LVI, p. 253. — Les mots T03i7a3 ins, que l'on écrit souvent sur le 
revers de la Mezouza, ne nous paraissent pas « moins clairs et moins intelli- 
gibles que les lettres mystérieuses du nom de Dieu en vingt-deux lettres » ; 
car les mots précités obtenus par le procédé de mutation, tetnoui'ci, du 
système "73 3X, sont l'équivalent des mots ij'^nbN mri"', selon le 5. lîaziel, 
f. 8 a, rappelé par le Vocabulaire de VAngélologie, p. 85 et 153. — S. 



Le gérant : 

Israël Lévi. 



VERSAILLES, LMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 



LA HECIÏATIOX DU SCHEMA 

ET DES BÉNÉDICTIONS 



Les lecteurs de la Hcrae i/rs Etti(h's Jidres oiilélé les témoins du 
duel engagé par MM. Blau et Elbogen sur lancien mode de réci- 
tation du Schéma', l'un reprenant les thèses de son article Origine 
ot, histoire di' la lecture du Schéma et des formules de hhiédiction 
qui l'accompar/ tient -. laulre défendant celles de son récent 
ouvrage Studien zur Geschichte des jïidisc/ien (iottesdienstesK 

Nous voudrions reprendre la question sous un angle plus large 
ft essaycide nous frayer une voie nouvelle. 

l. — y 12':: h y i-^c-ns 

/ . — Le point de départ de la discussion est le terme yrs:: by l-'C-ii: 
— car telle est la bonne leçon, celle des meilleurs textes et des 
plus anciennes autorités : la leçon y>z':i ns V^ii- 6st une correction 
due à l'ignorance du sens véritable de l'expression ', que MM. El- 
bogen et Blau se sont efforcés d'expliquer. Les deux adversaires 

I. 151,111, Rrviic, LV. 2O9-:>20. — Elbuiren, iùid., LVI, 2-22-227. 

-'. Reçue. XXXI {189:1;, 179-201. 

•!. r$crliii, 1907. Cf. le compte rcmlu de M. Gol.lmaiiu. Henif. LVI, 2~'-■lV^. — La 
l>.utif de l'oiivrau-f qui nuiis inti-resse a paru iTahonl l'u auirlais dan-; li ./. <J. H.. 
XVIU, o87-.=i99: XLX. 229-249. 

\. Le Babli a la bonne leçon: si la niiscliiia dr Mei/.. 24// iv. .j . dans n"S éditions, 
mélange les deux leeons. les meilleurs exemplaires portent uniformément by. v. 
Dikdouké Soferiin, p. 125, n. 'C et 122, u. i:. Le Verousclialiiii et la Mischtia éd. 
Lowe ont PN C"1D; "^"IC Mais ce n'est pas le texte authentique; ainsi j. Meg.. iv, 4 
.'"ifi, 1. 64\ est cité dans YArouch. s. v. 0")D, et dans Asclieri, Mer/., m. 7, avec la 
leçon 53?: de nièniej. .Mer/., ibkl., 1. tlO, dans Alfasi; de mémr encore j. lier.. \. ."j 
(9<-, 1. 69 . est cité par différents auteurs avec la leçon b", voir liadier. "îTi rnriN 
S'^î'iaTT'n, I, p. 1-32 (ajouter Hal. Gued., éd. de Varsovie, lo}. — V. an-si .1. Miillrr. 
Mnnechel Sof'erhn, p. 190, et KIboiren, Sludieu, p. 3, n. I. 

T. LVII. x" liî. Il 



I(i2 \\\L\[:\i L>HS ÉTUltKS JUIVES 

la Iradiiiseiil ililloioinineiil, mais ils sont à peu pi'ès tl'accord sur 
l'objel auquel elle sap|)li(|ue. D'après M. Klhogen, y)2iD by did 
« esl rancienne di'sii^iialioii tecluii(|ue de la récilalion du Schéma 
et de SCS bénédiclions dans l'oriice public du malin » ' ; d'après 
M. Blau, ce terme « ne s'applique poinl menu- aux bénédictions, 
mais à elles en premier lieu » "-. Nous allons encore plus loin et 
nous avançons que yi2-^ \>y V^"'"'^^ s'applique, non au Schéma, mais 
aux bénédictions ■'. 
Voici les lexles : 

2. — Le passage fondamental est la mischna de Mer/uilla, iv, 3 
(Babli, '23 6). Comme elle sei'vira de cadre à notre démonstration, 
nous allons commencer par la reproduire : 

pî<T !':ii -3\nn ^;d'd '\•>■^.■2^y pNi (2) y)2">:: by 'j-'O-ni: ^J* (i) 

"'7jin:m >s :="i'73N ns-in □■'-i'din i-^nt d) au3i7ji 17:^7: Y'^^y yi^^ 16) 
,7n-\'::iyi2 mns man '|-'37aT73 i^ni (lo) C2"'3nn nonm (9) a-^baN 

Cette mischna énumère dix actes cultuels dont l'accomplissement 
exige la présence de dix hommes au moins. Le premier de ces 
actes est désigné par les mots yn'^ hy Y^'ra. Raschi explique 
ainsi cette disposition : « Quand un m'niian (dix personnes) '' arrive 
au temple après que la communauté a achevé de réciter le Schéma •', 
un des fidèles se lève, dit le Kaddisch, Harechou et la première 
bénédiction du Schéma*^ ; 0"id signifie moitié ». Cette interprétation, 

1. S/a<lien, |i. o. 

2. Revue, LV, il 11. 

.'!. M. Blau r.ivait iiiili(iu« dans son iiirinicr ai-|icIo, Ih'inie.XWi. \'J1. Mais il a sans 
iloiitr (Me arirté par h' texte de Sn/ti. '.U)/i. qui' tmis li's savants api)lii|iient au Schéma, 
à Idi'I, nous Ir venons (Si 30). 

t. D'après !.. Ijciw, IHf f.r/ti'iisii//ci\ iiO'J, le mol m'iiiiidi Si'rvaiil à ilcsiyner le (|iio- 
riini ili's fidèles se lioiiveiait [ioni- l.i première fois (^liez Péree île Gorheil (xiiC- 
xiV s.l. 

.">. (lette rai;ua do eompiendio Raselii n'est pas sans présenter des diflicnlli's : il 
Tant sous entiMnIre «pio eos retardataires avaient déjà réeité le Schéma ehaenn pour 
son eomple: dr phis. pouri|uoi la rèyle ii' si;rait-elle jias applicahlc à moins de dix 
retardataires ? Pour h'ver ces dil'lieultés, il suffirait de mettre un point après '!'^"7J et 
de Caire de ce mot li' sujet de *''0"nD 'j'^N- '-efte interprétation serait alors conforme 
il rensei;:ni!ment ipie les élèves de llasehi rappoi'tent au nom de leur maître [Tos- 
sufitl, s. r. pOTiS l'^ND et (pi'oii trouve, en ctl'ct, dans le Sefi-i' lid-Onih, n" li'9 
p. -i-JO I!id)erl l't dans le Malizor ]'i/ri/. ï; 11 p. 25 M. \. . à savoir (pie "dj" 'J'^O'IID 
yjjlli SI' fait même pour un seul retardataiie. 

(). Le ms. de Munich v. Dikdouliê Sof'erii/i; et Rertinoro lisent : « la première 
bénédiction iivanL le Schéma », ce qui est plus précis, mais moins exact. CI. lier.,- 

4(W/, il. I. : yiDo PwSinpnuj nDinnN niD-ia. 



LA KÉCITATION DU SCHEMA ET DES BÉNI^IDICTIONS 163 

inspirée i)ai' un texte de Masséchet Soferim qui sera expliqué plus 
loin (§ 17 1, est inadmissible pour différentes raisons, dont la princi- 
pale est que cette mischna ne peut parler ici d'un rite aussi spécial, 
et M. Elbogen la repousse avec raison '. Or, si Rasclii y est réduit 
et si au Kaddisch et au IkirccJion de Mdss. Soferim il ajoute la 
première bénédiction du Schéma-, c'est quil sait que hy 'j-'oms 
yiy^ se rapporte à cette bénédiction et qu'il croit devoir tiaduire en 
conséquence : « ou coupe en deux les bénédictions du Schéma, 
cest-à-dire qu'on récite l'une des deux ». Dans Sota, 30 6, s.v. 
"1D1DD, Raschi répète cette explication, mais en Iraduisant I'^diid par 
« entamer la récitation des bénédictions du Schéma », traduction 
qui est donnée par R. Nissim Girundi 'sur Mcyiiilld, 1. t. . au nom 
des Gueonim. 

Maïmonide, qui ne se rejette pas sur cette interprétation forcée, 
explique tout uniment que par 3>7:o by '[■•oms on entend « le déve- 
loppement qui précède la lecture du Schéma, c'est-à-dire qu'un des 
fidèles développe la bénédiction de Yocer et celle diQ Ahabn <>. C'est 
ce qu'il dit dans son Commentaire de la Mischna^. Il n'est pas 
moins formel dans le Mischné Tora (nbann, vin, o : <( Un fidèle 
ne doit pas réciter la bénédiction du Schéma, les autres écoutant 
et répondant, s'ils ne sont pas au nombre de dix ; c'est ce qu'on 
appelle y):^ by o^id ». Sans contester le fond de cette explication, 
le Rabad motive la règle par la Kedouscha du Yocer, à l'exemple 
des Gueonim (voir plus loin, §§ 4-3), et, comme Raschi, il traduit 
D"iD par « réciter l'une des deux bénédictions qui précèdent le 
Schéma » '' . 

Raschi, Maïmonide et Abraham h. David s'accordent à rapporter 
l'expression yiz'Q \>y •j-'D-ns non au Schéma, mais à ce qui le précède. 
Cet accord fondamental de trois auteurs aussi considérables, 
appartenant à trois écoles différentes, est décisif. 

0. — Une mischna voisine (iv, 6; â4«! énumère ceux qui peuvent 
être 3>Ktt3 by diid et, en dernier lieu, l'aveugle : « Un aveugle peut 

1. Sludien, \k 4. 

2. Dans le rite sefardi, on répète, en etl'et. à la fin de roflice Kaddisch et Bare- 
choit, mais non la bénédiction de Yocer, ce que les casiiistes essaient d'expii([uer 
(v. Koi'baii Netunel, sur Meg., III, 7, n. 33). 

o. Maïmiinide s'est servi du terme ÎÏZûOn'ïN ^Comaientaiii' de Meguilla, l'd. iieli- 
rens, p. 20), que le traducteur hébreu a habilement rendu par nyiiim nO'^ID- — 
Dalman, .\euhebr. Wiirlerb., s. v. OHO. adopte cette explication de Maïmonide jiour 
l'étymolocie et pour le sens. 

4. Millier, op. cit., p. 147-148. ne distingue pas nettement les trois ex()lications. 



I(i4 KtVUE Uliï^ tlLbES .IL)M'> 

|p faire. K. Juda est d'aNis ronlraire : celui (|iii n a vu de sa vie la 
lumière du jour ue le peut pas » '. Le Sclieuia ua i-ieu ;'i l'aire ici : 
la uuscliiia vise la btuiiMliciiou de la lumière niwX n:»:"'.'' ipii précède 
le Sclicma. «Donc, concluail dr'ja \'.\ro//i// {s. r. o-iD H; VF. {'M'y 
Kohul s c"(;sl celle beuédictiou (|ui esl désii,Mi(''e par yjy:: by d-iD » '-. 
Une baraïla conservée par le \erous(dialini de llcrat /toi, \ , ."i 
9(', 1. (39), énumère les mêmes piières que noire mischna et dans 
le même ordre : pn Ntîi-m -dti- ■'isb -mrm r?:"^ ' nx o-n;:-: 

..-V-î^ TûJTi' "HN -zy^ Nb mina m-nTixrr. Cette baraïla se trouve 
sous une Ibrnie abrég:ée dans la Tossefta de Mer/uUla, iv, 27 (227, 
1. 24 . Le y'û'O \)y oins est cité parmi ceux: (|ui récitent des bénédic- 
tions, celles-ci étant suivies d'un amen. Ce nest pas le Scbema, 
mais les bénédictions y afTérentes qu'on (ait suivre d'un amen. 

Un midrascli Li'vitiqiie /■., sur wui, \\ ich. 23: Canl . /•., sur ii, 2 
dit : « Quand dix liomnu^s se trouvent réunis à la synagogue et que 
lun d'eux sait yrsQ py omab, il est semblable au lis parmi les 
épines. » Pour illustrer cet enseignemeni, on raconte qu'Eléazar 
Hisma, s'étaul rendu dans une certaine localité, reçut celle invita- 
tion : yiyo b:? oi"id. — Je ne sais ])as, répondit il '". Ce rabbin connais- 
sait évidemment le Scliema, que tout Israélite esl tenu de dire 
chaque jour; mais il n'en connaissait pas les béni'dictions, (jiii 
étaient récitées dans l'office public par un lidèle désigné à cei 
effet et quil fallait pouvoir réciter par cœur, car on ne devait pas 
les mettre par écrit ^. Il n'est même pas nécessaire de supposer, 
avec Mûller*'', quEléazar ignorait les morceaux additionnels qu'on 
intercalait dans la bénédiction. D'ailleurs, le contexte montre qu'il 
s'agit de bénédictions, car aussitôt après on nous dit (|ue certains 
rabbins faisaient apprendre à leurs élèves les bf'iiediclions de noces 
et de deuil, pour qu'ils ne fussent pas |)ris au dépourvu '. 

1. Cf. ïos. Mi'U- IV. liS |i. li'. (1. I. . Cette i-o;itni\risr. |.(iiir le iliiT cil |i;is>,llll. 
iiKiiitre coniliiiMi lis i;ililiiiis Icii.HiiMit à it qau la pric'i'e fût siini'ii' et .• sentie •. 

1. Sur Meu- 'V- '■ ^"''' l''"'* '"'" S 1'' • 

.;. Il faut iiie bjV l'iiiiiine (ni l'a vu |ilus liaiil. |i. I(ll. ii. 1. 

4. Ce laliliiii ii'aimail i>:is les mairè^es des iillieiaiits : il lilàiiie eeii\ i|iil -e livrent ,i 
une i^eslieulaliiiii ineiMixenaule eu n'eitant le Sclienia Ynifin. i".i// . j'.ailiei, .I7. il. 
ion.. W. o'ii, c\i»l!i|ue auticmeul re passauc cl croit t|u'il vise un laiiL:aL'e par siums. 
une mimique; ou bieu eiicoie s agit-il de gestes magiques ? 

0. Sur ce point, voir en dernier lieu Elbogen, Studien. p. 1. et .\. Marx, dans Jakr 
huch der Judisch-LUerrirlschen Oesell.irhfif/, V 1907 . p. 341 on la référence n 
BrùU est inexacte . 

(i. Op. cil., p. 1 iS. 
■ 1. V. aussi r.Un, lim/r. |.\ , ■l\U--2\i. 



La RRCITATION nu schéma et des bénédictions 165 

La Mischna, la TosscTla, le 3Iidrasch ' sont d'accord pour appli- 
([iior IVxprossion ;'?;"ii by 'j-'Otid aux bénédictions du Schéma. 

/. — A lépo(jui' des Gueonim, on continue à l'entendre ainsi. 
De même qu'on a » conservé le sens primitif de rtn-rn ■'Scb nay » -'. 
de même on a conservé celui de 3>»U3 by oid : 

(I Maxin'rhf't Soferun : <. Les mots y»U) by oms dans Met/ ai I /a 
se rapporleni, selon d'aucuns, à la récitation de la bénédiction de 
Yocf'i' q[ do KadnsrJi Kcdniisclia du )'(tcer] » xiv, 14). « Lemineui-... 
ne peut pas être yr.'::i hv c-iid, cest-à-dire réciter la Ix'nédiction de 
)'(icn- . xiv, 15 . ' Le mineur, ne pouvant pas être ^tsuj bv dtiî, 
ne doil pas récit(M' la Kedouscba de Yocpr ; il n'en est pas de même 
du majeur »> (\vi, l^i •'. 

b Ualachot Giiedolol : ' Quand la Mischna défend d'être T'C'nD 
yyz'Ci by s'il n'yajtasdix personnes, elle viselaKedouscha intercalée 
dans la bénédiction de )'o<er» éd. Hildesheimer, p. '2^4). A l'appui 
de cet enseignement on invoque Xahschon. 

c Natrona'i : « Quand un homme qui n'a pas encore dit les 
psaumes piécédant Barcchou entre au temple au moment où les 
fidèles ont commencé yr^'O no-'nD... » Skldour de R. Amram, 
■i^b\ Turalan schel RiscJtonitn, II, :2!2' ^ « Aussitôt après avoir clos 
ces [)saumes par une bénédiction, on est ytyci hy oins » Se fer ha- 
llliin, n° l-TO, p. :249 J/. .V.;. Dans la consultation célèbre sous le 
litre de « Ordre des bénédictions » et qui est comme le noyau des 
Siddours, suivant l'expression de M. L. Ginzber^, qui la retrouvée 
dans un fragment de la Gueniza et qui Ta publiée, ce gaon applique 
par deux fois l'expression yixo by o"id aux bénédictions du 

\. Un autre passage a^uailiciue, cité plus luiu i§ 11), montre indirectement que 
0~13 dési[no les biméJictions. 

2. Elbogcn, Studien, p. 36. 

3. Sur Mass. Sofer.. x, 8, v. plus loin (§ 17). — Dans xiv, 8, il n'est pas exact que, 
comme le dit Miiller, p. 148, on entende par yiZ'^D by D"|D la récitation du Schéma 
lors de la lecture de la Tora ; c'est seulement la mischna 0~*D H^T't H'^Z2 ~'^:Z^yZT~i 
yi2'^ by qu'on explique ainsi pour se tirer d'embarras et oubliant que l'exiiressioii 
ui'st pas applicable au Schéma. 

i. Dans liai. Gued.. 22 Hildesheimer, où le mémo texte est cité, les mots nC"*"^ 
75j'\13 manquent. Dans Tural . schel Risch., les mots 3^7JC P"^"lp sont une glose 
explicative. — 11 est inutile de croire, comme fait M. Blau, Revue, LV, 214. (|ne 
yiZ'O PO'^'^.D a été tiré de la fausse leçon « i'TO'C TN D~D », leçon qui est peut-étr(,' 
jiostérieure aux Gueonim. On trouve déjà dans la Bible des exemples d'états cons- 
truits lépondant à des compléments imlirecls : DUO PpTT, iTt"* '33N (Cesenius- 
Kautzsch*'. § 12Si). L'hébreu poft-biblique nous fournil entre autres exemples celui 
de *,"'"-" P312, qui est d'autant plus décisif pour nous que, comme nous le veiaons 
au S 3- by 0"ID est l'équivalent de "^y "j"13- ^"atui-ellement on peut dire au^si 
"?-— by nO^IO At)raham Maïrnonide, dans a"3?2~ir7 maiCn V31p. ''1 '" • 



106 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Schéma : pn-iw1 i^ji'n nmnm -nî« -liîr "^TaToi j'TO'O by d-iidi, puis : 
n-'Dsb C'PO ^-13731 :'7û'C3 br D-iiDT mo^' yujn nn:?3r! nb-'DP^T ./. O. H., 
XIX, p. 26(), I. 13, et p. 2f)7, 1. 2-2). 

(h Ami-aiii : < AiissiLùl après nanuj"^, on doit entamer ya^D ro-^na 
en disant la bénédii-lion de Vocrr et il est défendu de causer 
entre nan",::-' et s'Toa no-'-iEs » iSiddour, 'èn\^ . >< Dès que rofficianl se 
lève ^730 hy STicb à l'office de la veille de Kippour), il récite la 
l)énédictlon de ir"'nno... » Si(l<loH7\ Alf/; HnlacJtot d'Isaac ihii 
Gayat, I, 59 j -. 

€) Saadia : ■< Quand un particulier esl yizxoby oms, comme il lui 
est défendu de dire la Kedousclia seul, il doit la passer dans la 
bénédiction de Vacer » iSiddour de R. Anirn))i, 4 6 en bas'. 

.). — Les textes des Gueonim qui mettent en relation l'expression 
vit::! "^y T'oiid avec la Redouscha du Voccr éclairent l'Iiistoire de 
celte Redouscha, à laquelle M. Bilchler a consacré récemment une 
savante étude •'. L'interdiction de réciter la Redouscha du Vocer 
dans la prière privée n'est nullement une << fiction » '. A l'origine, 
la bénédiction du )'orrr servait, comme nous le vei-rons i|:;() , à 
introduire le Schéma dans l'office en commun. Mais bientôt, avec 
les progrès de l'instruction et de la piété, les particidiers s'en 
emparèrent"'. Au nombre des bénédictions que chaque Israélite 
l'écite (juotidiennement, R. Méir compte celles du Schéma ij. IJer., 
i. f. et la Mischna de Berachoi^ i, 4, édicté que le Schéma doit être 
encadré par trois bénédictions, sans distinguer entre la prière 
publique et la prière privée. On fut alors amené à se demander 
pourquoi la Mischna de Meguillfi exigeait la présence de dix 
fidèles, on invoqua le principe d'après lequel k les prières de sancti- 
fication ne peuvent être ]'écitées qu'en présence de dix fidèles »'' et, 
alors qu'à l'origine c'était la bénédiction nD-a) qui constituait un 
acte de sanctification (§ 28), on introduisit en vertu de ce principe 
une Redouscha ou ^< sanctification » dans le Yocer de l'office 
public. Puis, peut-être sous l'inlluence des cercles mystiques, ce 

1. Cr. Maliziir ) ///'.'/. [). <> on lias. 

2. M. lvll)0-'-i'ii. Revue, LVI, 223, ii. 1. r'cai'tc r-e t('\t(" fomiiio inii)i(i|pn' ! 
:j. Uevue, MU (1901 . 220-2:SO. 

■i. Elbogeu, SliKliot, 21. 

î). Il s'est passé (|iieliiiifi chose d'analo^^ue pniir le Hallul. A l'orii^iiie, les fidèles se 
coiitenlaieut de n'-péter rî''lb?n, plus tard ils disaient lun' partie des versets (aujour- 
d'hui ils disent tout . C.'i'Sl du moins ce ipi'assure Baba, .'^oiiccri, Ii8/; en haut : cf. 
Raschi. 

f'i. R. Vohanan, avec référence à Lévit., xxir. -iJ : J^rr' xr rî'>i;npD"û; "13T ?2 
mC3':2 nns Uerach.. 21 /j ; Mef/., 2.3//. 



LA KÉCITATIO.N DU SCHEMA ET DES BÉNÉDICTIONS 167 

fut cette Kedoiisclia qui tomba elle-même dans le domaine privé, 
malgré l'opposition de plusieurs Gueonim, de sorte quon a pu se 
demander pourquoi il fallait dix fidèles pour léciter la bénédiction 
de Yocpr '. Mais telle est la force et l'inronséquence de Tnsage que 
cette Kedousclia est aujourd'hui récitée même par le particulier, 
tandis que celle du Scbemoné-Esré, qui rompt également le cadre 
de la prière dans laquelle elle s'est introduite grâce à un véritabh^ 
malentendu-, est lestée réservée à la prière l'U mmninn. 

6. — Quoi qu'il en soit, si l'on a pu invociuer la règle de la 
Mischna sur yiz'C b? y^D-^^z pour déterminer b' caractère de la 
Kedousclia du Vix rr, c'est que le sens de cette expression, loin de 
s'être perdu de bonne heure et d'avoir été ignoré des Amoras •' 
(jui ne cherchent nulle pai'l à lexpliquer , a été conservé à l'époque 
post-talmudique jusqu'à Rasclii et Natan b. Yehiel, Maïmonide et 
Abraham b. David. Dans aucun des textes cités, elle ne s'appliqua 
au Schéma sans les bénédictions; dans tous, elle s'applique aux 
bénédictions sans le Schéma ou. |)lus précisément, à la première 
bénédiction avant le Schéma, que les autres suivent nalurellemenl. 
Il faut donc modilier la délinilion de M. Elbogen et dire que ce 
terme est « l'ancienne désignation technique de la récitation des 
bénédictions du Schéma dans l'office public du matin ^ ». Nous 
disons « dans l'office public «, puisque la .Mischna exige la pi'ésence 
de dix personnes, ce qui n'aurait pas de sens pour le Schéma, 
mais s'applique parfaitement comme on va le voir, aux béné- 
dictions. 

Que devient le Schéma lui-même ? 11 n'est pas entendu dans cette 
formule, il y est sous-entendu. C'est qu'en effet, dans l'office 
public, le Schéma était toujours précédé de bénédictions; mais rien 
ne prouve que « le parliculier récitait un mN nj^v et une riZrx^ 
sommaires'* », car ces prières ne sont pas obligatoires comme le 

1. Isaac Alioab, cité dans Bel Yoanef, Orah Hai/ijim, 59. 

2. Coiitraiieineiit a Mùller, Masecket Soferini, p. 228, (jai a fait un rti-nt ni illieu- 
i( ux pour reconstruire la iR-nédictioii iirimitivc a laide de la Ked'iusclia. — I) a|in-; 
M. Israël Lcvi, dans Rriuf, XX.MI 1896;, Ib6. les mots '^l'r'rn"' ET" "33 D-i;T;pT. 
i|ui doivent désigner les pieux v. Isiri. Loeb. Revue, XIX, 2S ; XX, ICO-nO; I. Lévi. 
ihiiL, XXXII, IT.i: c'est déjà lexplication d'Aboudraliam. 22tt;, ont été appliqués au\ 
antres, ce <iui a amené la Kedousclia, desciipliou de la irlorificalion «le Dieu par les 
'égious célestes. — Sur l'iiri^'ine et le caractère des deu\ Kedousclias. v. les liypotlicsi-s 
lie I»h. Dloeli, daus Mnnuls.schri//, XXXVII 1893 , 305 et s. 

:;. Elbosjen, Sfudien, o. 3: liecue, LVI, 223, n. 1. 

4. Saadia est le seul à rappliquer une fois à la jiriere privée ^ 4e : c'"st iiii>- 
extension abusive. 

:>. lilau. Renie, LV, 211. 



168 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Sclioma '. Elles le sont seulement dans loJTicc public- qui liii- 
môme nesl ()as obligatoire et Ion comprend drs lors que \'r\- 
pression ^too by o"id puisse englobci-. par voie (rallnsiou, le Schi'ina 
lu lanl (juil (;st eucadrt* par les biMUMlic tiens. 

Elle n'en garde pas moins son sens prt'cis, presipic leciinique ; 
elle ne doit pas être confondue avec l'expression y-D'à n-^np V"ii?- 
dont elle n'est pas Téquivalent et ([iii ne l'a pas supplantée, comme 
le croil M. Elbogen"'. Les deux lermcs. partis d'un point différent, 
on! fini par se croiser, yjz'u r^a, aip. c'est réciter le Schéma en par- 
licidiei' ou en public. (Juand, dans lierarliot, i, 1 et 5, on détermine 
le moment de la ré'citalion du Scliema (y?:u5 nj< VP '^'""^''iîT^ . on ne 
distingue pas entre roflice public et le culte privé '; dans Tamid, iv. 
/. /'., y^'O Pîî m-ipb s'applique à la récitation du Schéma dans le 
Temple pendant l'offrande du sacrifice du malin, cér(''monie pu- 
blique s'il en fut. An cpnlraire. y)2'Q \>y u~ir se rapporte à la récita- 
tion des bénédictions dn Schéma (avec le Schéma, donc en public 
et c'est pourquoi la Mischna de Mcr/tiilla exige pour cet acie la 
présence de dix fidèles. 

Pi'ise en elle-même, cette expression ne [)orte que sui' les béné- 
dictions; elle ne signifie pas « réciter le Schéma ». mais « réciter 
les bénédictions du Schéma » ou, pour mieux dire — et nous fai- 
sons un pas en avant — f< bénir le Srbema >;. 



H. — h y on-: 

On pourrai! trouver, en effel. que nous n'avons rien ajouté au 
fond à l'explication de M. Elbogen, ni surtout à celle de M. Blau. 
Mais on va voir que le point de vue auquel nous nous sommes 
placé facilite l'explicalion grainmaiicale des mois y»o hy ono, qui 
ont beaucoup embarrassi- les aiileiii's. 

7. — J/hébreu biblirpie a deux racines dislincles : -c^ns. « édendre ». 
et DiD. c< rompre >•. Le b se transformant en d dans liiébreu post- 
bihliqiu'. noire oïD peut correspondre aussi bien à l'une qu'à l'autre 

I. j. lii'i-.. I. s ;(.•. 1. 2'J;: mnsy?: m3~i:rî V^- '*'""' l'L-t.ildissemi-iit du W\U- 
V. Uatncr. p. :>fi. qui iRproduit les ritations des anciens auteurs : aucun de ceux-ci 

n'avait. i|ui-i i|iiil m disf. la I ii tt PN 1T r:'2D772. M"' apiiailicul an lï.tliii 

\\l)-\±a . 

■2. Toss. Bei:, Vin. s. r. rrr,. 

3. Sfudien, p. 4, n. i. 

'i. Contrairement à ce ipn' dit M. l'.llmL'-i'n. lieruf. |,VI, ^"23. 



LA RÉCITATION DU SCHEMA ET DES BÉNÉDICTIONS it59 

des deux racines ' . On se rappelle que Raschi tient pour « rompre » 
etiMaïnionide pour « ('tendre » ^ 2 . 

.M. Blaii, également sollicité par les deux traductions, l(?s accepte 
I (ine et l'autre, pour les n'-nnir dans lacception commune de 
(( Ix'nir ». '< Ce qui est certain, dit-il, c'est ([ue déjà des Tannaïtes 
rapprochaient did de t^ "Cii: [étendre la main]. Il est non moins sûr 
que D-,c dans le sens de '-^n^ [bénirj a été tiré de nnb Dia [rompre 
le pain] ». Ainsi, did déiive de onb o"id, par abréviation D"id, « réci- 
ter une bénédiction » ou de i'^ ons, « étendre la main » pour la 
prièi'e ou pour la bénédiction sactudotale, puis « réciter une béné- 
diction » quelconque -. 

Il faudrait pourtant choisir. Une étymologie double n'est pas 
possible ; on a le droit d'hésiter entre les deux explications, mais 
il n'y en a qu^ine qui puisse être exacte. Ou did vient de ûnb o"id 
ou il vient de tiïj-id; c'est une alternative dont les deux termes 
sont inconciliables. 

^\ — Les textes qui favorisent le rapprochement avec T' cns et 
partant avec la bénédiction sacerdotale ne sont que spécieux. Si un 
texte du Yerouscbalmi, qui manque dans nos éditions^, [)ortait : 

T'ïjj'n N-"?! 'r: ï-irna ';•:: rj-in-nsa onn na-aai r-p ûnsa, cette réfé- 
rence à Lamentations, i, 17, ne contient pas, comme le croit M.Blau, 
une allusion à T" ois, « étendre la main ». Il s'agit d'un repas et je 
ne sacbe pas que chez les Juifs on ait jamais étendu les mains pour 
bénir le pain '. Notre auteur fait en réalité un jeu de mots sur la-ic 
et D"i3, jeu de mots légitimé par la construction anormale 2 •::-io et 

1. Oii trouve d'iiilleui's y'2'Ci 7^ 'J'^CIIS et suiioiit rii< l'^'T^^' P'"^'" exemple dans 
le Yeroiisflialmi. .Vl.iis cette variante ortlioiraphique est insiirniliaiite, si ee n'est petit- 
t'tre [tour le classement .iréofrraiilii(|iic des textes. 

2. Revu,'. LV, 213, 21 i. 

3. Cité i)ar le Semcif/. i. /'. 2' commandement positif rabbinique), comme se trou- 
vant ilans j. Ber., m et dans. j. Mord KaUin. Du Semag, le texte a passé dans //or/. 
Maïrii , ?3î< 'n, IV. Il ; Tasc/ibeç, 432. Une lei;on un peu différente dans le Yulkonl 
sur Prjverl»es, Uil, avec renvoi à j. M. A'., m; une autre encore, mais sans réfé- 
rence, dans les Halacliol Guedolol. sur Berachot, vi éd. de Varsovie, 8(/ en l)as . 
V. Katiier, p. T.j: Rahbinowitz duas Jérusalem éd. Luncz , VU 190o , 170; .M. Gutt- 
mann. ~173bnr; nnD73, s. r. 52J*. i»" 0- Le texte devrait se trouver j. Ber., ii, 1 
(."j 6, 1. 60) et j. M. h., m, o ij^id, l. to). mais il ne s'y ti'ouve pas comme le dit 
M. Poznauski, dans Uukede)ii. U, 32. 

4. Buvez cette liqueur (|ue vos mains ont bénie (V. Hugo). Dans la piière, on n'étend 
pas les mains, on les élevé vers le ciel (Ps., xxviii, 2 ; lxiii, 5 ; cxxxiv, 2 ; peut-être 
Lam., m, 41). Dans Is.,i, l."i (nDSD D3"iî)"lQ3"l). le suppliant étend la main ouvert.- 
pour attester son innocence. 



170 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

il Iraduil ainsi le verset : « Sion a rompu le pain) de ses mains ' ». 
Le jeu (le mots est d'autant plus (in «]ue onc, comme nous le ver- 
ions lont à riieure (§ 9), peut désii^ner la bénédiction du pain -. 

Si le Tarij;oiim Onkelos rend 'T'D-.aw (Oen., xii. 8 par vo~e:t i^-'jrio 
p-^T^ v\ n3-3n Xond)res, vi, 23) par xrriT b:' )'rr>'' li-D-iDtn, (•"est 
(pril s'agit la de prêtres, lesquels étendaient en effet les mains en 
bénissant le peuple. Mais ce i>esle était particulier à la bénédiction 
sacerdotale, qu'on ne peut confondre avec les bénédictions de la 
prièi'e : il n'y a que le nom de commun entre elles; là, c'est le prêtre 
qui bénit le peuple: ici, c'est le fidèle qui bénit Dieu. Les rôles sont 
bien dilTérents et la bénédiction a un tout autre sens-'. 

9. — Il est, en revanciie, une bénédiction qui appartient au 
même genre que celles du Schéma, qui n'est pas le privilège d'une 
classe, mais que tout Israélite a l'occasion de réciter plus dune 
lois par jour : c'est celle qu'il prononce en rompant le pain. 

Déjà dans la Bible, es est le terme consacré pour désigner la 
fraction du pain (Isaïe, lvih, 7; Jérémie, xvi, 7''. L'bébreu post- 
biblique a conservé ce verbe, en y ajoutant le synonyme y:i:i''\ et 
tMi a tii'é le substantif r!Di"D « morceau de pain » icC. ono n^Dî» . 
Or. on ne rompait pas le pain sans prononcer une bénédiction. 
(( On no fait la bénédiction sur le pain qu'au momiMit où on le 
rompt », les deux actions doivent être simultanées et l'on se 
demande laquelle doit être terminée dabord''. 

Le Nouveau Testament montre qu'elles étaient étroitement liées 
dans la pratique. Quand il opèie le miracle delà multiplication des 
pains, Jésus c< bénit et rompt le pain » (Matthieu, xiv, 19 - Marc, 
VI, 41 — Luc. IX, 10; Matthieu, xv, 80 = Marc, vin, (^'); il fait de 

1. (Tust i-is qui ri'ssnit iiiimH' mieux de la leruii ilis Ihil. Giied. : 51";^ C'^~C 
"rSÎ*'? N-iï"!?:-- î<j:7:"N ""-■••', in do celle du Yalkoul : "72ï«'5 n"'n"'T Z'H'jlZ D"'"-:. 
Ainsi Ta ciniiiiris du icsti- Alioudridiani. ~'iii : PCTirT TTi") N"m 'jT'^ r;"C".û; 

2. Voii' un jiii de mots analo,i:ue iiliis loin. ,:; 11. 

o. H y a uu curieux exemple d'eeliaii^c d.iiis Siia. i.. 20. L'Iieluiu |Hirle (|iu' le 
graiid-iM'ètre ,i|i|(araît devant le ]ieu|de, (•. la hiMiédictinu de Dieu sui' les lèvres » 
(iTDMîn 'n r3~3Ty. Le Gii.c a couiiuis : « ]iouf déceitiei la lieuédicliou à Dieu i'. 
Le Siracide était jiius fiimiliaiisé aver la luiere (|u'avec la béuédictiou sacerdotale. 

4. Cf. l'oDscrvation de David Kimlii. au nnm de sou iiéie, sur le second passa'-'-e. 

0. yiî3 se trouve surtout dans le lî.dili. La distiuclioii (jiie Weiss (pC? Z3Sw7; 
n5'>IÎ72r;, i». 'l'i fait eutre ces deux synonymes est tioji sui)tile. 

(;. j. lier.. VI. 1 (10 «, 1. 50-, b. Ber., 2'J(i-lr. cf. Tussaf»/. '.V.) h. .v. /•. XPD'ri-l. 

". L'i-vauf^ile de Jean, cliose caiactérislii|ue, ne note pas ce détail. Mais même h's 
Synoptiques se gardent de dire «pie Jésus a niante du pain et iiourtant aurait-il pro- 
noncé la liénédiction s'il ne devait p,is premlre |i;irt an repas? (v. le |e\|e citi' pins 
loin. p. ni . n. t . 



LA HÉCITATIÛN DU SCHEMA ET DES BÉNÉDICTIONS 171 

même au moment solennel de la Cène 'Matthieu, xxvi, W = Marc, 
XIV, "H ■= Luc, XXII, 19; I Cor., xi, 24 et après sa résurrection, pour 
se faire reconnaître (Luc, xxiv, 30, 3o;. Dès lors, la fraction du 
pain devient un rite caractéristique dans le christianisme. La pre- 
mière Église cénobiiique communie dans la fraction du pain (Actes, 
II, 4!2, 46; Syriaque : ï<no"^"is . Paul rompt le pain avant de prêcher 
(Actes, XX, 11 ; cf. 7); sui-pris par une tempête, il rompt le pain et 
le bénit, autant pour confesser sa foi que pour manifester sa con- 
fiance en Dieu ijhid., xxvii, ào). La fraction du pain est, en elfet, 
le symbole de Teucharistie : « Le calice de bénédiction ' que nous 
bénissons est la communion du sang du Christ, et le pain que nous 
rompons est la communion du corps du Seigneur » il Cor,, x, 10). 
Dans les deux derniers exemples on voit que « rompre » rem- 
place « bénir ». De même R. Yohanan rapporte au nom de R. 
Simon b. Yohaï Palestine, ii* siècle) : «L'amphitryon rompt b^ pain 

'^est-à-dire : récite le benedicitei et le convive récite les grâces » 

Berachot, 4tj a . « Les convives ne doivent rien goûter avant 
celui qui fait la fraction du pain », esl-il enseigné dans le Bai)li 

P>er., 47 a au nom de Rab. docteur babylonien du début du 
me siècle, « — avant celui qui dit la bénédiction », portent de 
bons textes 2 ainsi que le passage parallèle du Yerouscbalmi 

j. Ber.. VI, 1; 10«, I. 68). Cet échange est significatif. Bien mieux : 
dans le même texte du Yerouscbalmi, certaines éditions ont 'p'^, 
d'aulres cinc^ [ib., l. or*. On s'explique ainsi que C"is3 « rompre » 
ait passé au sens de « bénir » '. 

On s'attendrait donc à ce que ce terme fût appliqué à la béné- 
diction du pain. ?s'y a-t-il pas de texte où hy c-d s'entende de 
l'action de bénir le i)ain en le rompant? Si, il y en a un. Le gaon 
Natronaï, dans la consultation déjà citée, emploie l'expression 
"iiTXir; ?:> C1D pour désigner non la bénédiction après le repas, (pii 

s'appelle Iitt:- pd^iH, mais cellr' qui précède le repas : b:û"i:uj Itdt bn 
■jiTîzn by omsT D-'T' r-/5'::3 '^y "^nsTa mis'cb m-'; i3>io Nirrcrn 
';iT72n hy oniDT a-^T" s-ir:::D by 372 nn:?:'? Jew. Quart. Bev., Xl\. 

p. "207, 1. 17 efiO ■'. Dira-t-on que le gaon ne connaissait pas la 

1. En In-lirtni, on (lirait r!~~i:2 ?w O'iZ- 

2. Alfasi, TossaCot et deux ni.nin>oiit< ; v. l>il;(linil;r Si)/'t'riiii, ad loc. 
'■]. V. Piutner, j). Ii2. 

i. Le texte de /{. //., 29 6 (p DN NrN i-^rm:*":? r,z^'\îi mx mi:"^ x'r 

. . ■Z'^'IZy V3TX , «"ité par M. Blaii. liernr. LV, 212, adirés Levy, «. i\ 0~;Z. et Wciss. 
o/). cit.. n'est pas aussi proijaiit, à cause de nOTlD, fj»i ne signifie pas « i)i'nr'<ii(- 
lion », et il messied de penser à un jeu de mois, llasclii ne traduit pas. mais 
cxpliipie. 

.■). (;t. l'iasnjii sur Hn-.., Kl a. s, r . ■<:;7; •'o :j<"'j;"î7:n rw~2 O""-::". 



1T2 REVUE DES ETUDES JUIVES 

valeui" du ItM'nié dont il se servait pour uonuner l'uiie des cent 
bénédictions quotidiennes? Celle double citation montre claire- 
ment que DiD, au propre « rompre », peul si^nilier au figuré 
« bénir « et est la Iraduclioij araméeniio oi| I^MinivalepI \\vq- 
bi'breu de ^^"^2. 

10. — Nous avons au moins un lexlf plus ancien où D*in a 
déjà pris lacceplion de <■ bénir »'. Dans I Samuel, r\, 13. on lit : 
« Le peuple ne mano;e pas avant Tarrivée du voyanl. car c\^sl lui 
qui bénit le sacrilice n^T- -j-a^ xi- 'Du a])rès (|imi les convives en 
mangent «. II. Natan voit thnis ce verse! une allusion à la béné- 
diction avant le repas-. Or. le Targoiim. coniormément à celte 
explication, traduit le texte par ïi;nT73 b:? û^^d ni.-; "3. Telle est la 
leçon deRaschi surJérémie, xvi, 7-' et de Kimlii adloc. \ dautres 
oui Nn3T r3> Dn-f ; nos éditions portent n^ttô D-^-r, qui est sans 
doute une correction inspiive parle même motif que celui qui a 
transformé y 7û© bj» on-: en z't.-z r^ on^, et il est inutile d'admettre 
que le texte divergent soit em|)runir' a un Targoum différent'. 
Quoi qu'il en soit, il ressort de celte (radnction que oie, ou plut(M 
hy cnc, est l'équivalent de "ya « bénir «. 

Au premier abord, on est tenté dexpliqner ici s'^d par nne 
ellipse de T' s^d, et c'est ainsi quaprès Levv •', l'a entendu M. Blau. 
C'est une erreur, car il s'agit de bénir, non pas le peuple, mais le 
sacrifice qui va être consommé; la bénédiction visée est celle du 
pain — voir Rascbi et Kimbi — et did, au propre, signifie ici 
" rompre ». La construction by D"id ne doit pas surprendre, carie 
synonyme y^a est régulièrement construit avec b^?''. 

Le texte précieux du Targoum n'a pas échappa' aux commenta- 
teurs rabbiniques, qui l'ont rap[)rocbé de rexi)ression yr.'Q by o-i-:. 
Il est déjà utilisé dans VAroiu h s. v. D"d 8; VL 436» ; 3L Elbogen 
assure que r.I;vy//c/f, n'en a pas tiré parti", mais la citation elle- 

\. Comparer, sur ce iiui suit, Baclier, Rei.'ue, LVH, lOO-KL'. 

•2. Mechil/fi, Bo, IG [19 /> Frieduiauii ; b. Ih'racho/, iS h: \. Ilrr., vu. I (l^^ i. tiT , 
à corriger d'après Midnisrli Sclionoiicl. ih. \iii. 5; '.) p. Sii i!iil)er\ où lniil li> tr\|r 
est leproduit. 

:!. Aiusi que sur noire |tassa2e dans l.i l'.ihie raliliiiiiqne de Venise. l.'iJ'i. 

'i. Zunz, G. \'J, 80, u. ('. 

'■>. Clutltl. Wôrlorh., II, 2936. y^'CJ bj" D"1D sij-'nilieiait ilunc : « élmilii' l.s nnins 
sur le Schéma » I Ibidem, lire pD'mD au lieu de "["D^TD. 

(■>. Sahhdl. Wlh : mi^D T'iU bi» ri^ab Z~X n^T r2w2 : llm/lliii, ' /> en 
lias : "ib'O n;"*î<w r:01~3 by yiia Xb VT^"'?:- — Mon maître, m. I.audieit. eriiil 
que by D~D est une cousUuction secoudaire rel'aile sur ry ^TD- Ce serait ui.e 
preuve décisive que D.? 0"1D a pei'du son sens jiropic pour di'siiiner l'acte i-ituéli<pir. 

". S/iitlien, p. 4. 



LA RtClTATlON UL" SCIIKMA ET DES BE.NEDIDTlU.NS 17.! 

iiuiwf im[jli([ue iiiie ox[)licali()ii. Kii loiil ras, Jiida b. Bar/ilaï dr 
Hai-celoMCi, si bien faniiliarisr' avee les traditions des Giieonini', 
invoque leïargoum pour niontrciTiiio y72">:: b:? onc signifie « bénir «- 
el appelle lui-même les deux bénédielions qui précèdent le Schéma 
:>rï5 mD"»-i3 •'. La même i-élerence et la mènn^ explicalion sont 
données par R. Yona de Girone; au nom de R. Méir lAboulafia, 
de Tolède ' cl par R. Nissim b. Ruben de Girone\ par Abraham 
b. Isaac de Narbonne '' et par Menahem Meïri de Perpignan". 
Ainsi, la signification et Tétymologie de l'expression 3>72^ by oie 
ont été conservées par les rabbins du nord de lEspagne et du 
sud de la France. Maïmonide, qui appartient à l'Espagne arabe, 
n'a pas cette tradition, à moins qu'il ait préféré le raisonnement 
a la tradition, ce qui né tonnera pas chez lui. Encore Joseph Caro 
|)rétend-il que la règle formulée dans le Mischné Tora s'appuie 
sur cette explication *. 

/ /. — Si Ion lient compte de ce texte du Targoum des l'rophèles. 
si l'on considère que Natronaï, dans la consultation ou il énumèi'e 
les cent bénédictions quotidiennes* de l'Israélite, emploie côte à côte 
y7:o by D-12 et liTwn by c-id et que ce terme n'est appliqué qu'à ces 
bénédictions, on en conclura volontiers que, de même que by Dn-: 
■jiTOn signifie « bénir la nourriture ». de même 77:12 by d-id sigiiitie 
« bénir le Schéma ». 

Aussi bien le Schéma est-il étroitement lié aux bénédictions qui 
l'encadrent. Elles sont considérées comme étant ses bénédictions 
lier., I, 8) et comprises dans sa récitation : parmi les divisions de 

1. Eiipeiisk'iii, iLius Moiuil.i-scli ri fl. LU (l'JUS), .7.17. 

■1. Cité dans Hnf/. Muïnioii. sur nbcn n'r^r;. viii, ii" 10. Ce tevt^ (l(;v;iit su 
trouver dans la première partie du Séfer lia-Ulim, partie i|iii était consacrée aux 
l)énédictions et qui semble iterdue. Cf. Gross, dans Magaziit, X, 77 ; Halberstainm, 
Commenlar zuin Sepher Jpzira ron H. Jehnda b. Barzilui, y. xxvi, et la imtc 
suivante. 

''>. Séfer ha- lui III. ii" 172. p. 2.'ill .1/. Y. Ce texte garantit l'autlieulicité de la eitation 
des Hat). Mn'iiii. 

4. Cité par Josej)ii Caro," Kecef Mi.sclinr, sur n"lD"lD 'n, viii, .7. l/e\plicatioii nu 
SI' trouve pas dans le coninieutaire de Beracliot nu'on attribue aux disciples de Voua. 

•'. a"*Oj Ij'^anb ■'"373 rî'DTOJ PDO/J "•'iimri: éd. Hirschensobn Jérusalem, 
ISSl s '■)/). II. Mssini ne donne pas eette explicalion dans son Coinnientaire sur Alfasi. 

6. ^'. lio-Escli/.ol, p. 27. 

7. r;*:»^;j73 '0"3 by ^~>.^i?72~ 3~ir; "Cnn Ivoni^^sber::. IStiU,;, 21 c. De niènic il. ni' 
lu Ma/iznr Vitrij, S i.ïo [\i. Ii2 M.S. . passa.:e qui est peut-être une addition proven- 
çale (de Abraham b. Natan Yarlii ?), et dans Aboudrabam, lof. 

8. De même Millier, Masechet Soferim. p. 118. Il faudrait aliH> supposer ([ue 
Maïmonide a l'etiré imidieitemenf rexpiieHlion ((u'ii avait dimine dans li' Cnmnieritaire 

de la MiseliiiM. 



174 lŒVUE DES ÉTUDES JUIVES 

^t:*:: n"«~ip pendant lesquelles il est permis de slnteiTOiiipre, ligure 
rinlervalle entre la première et la seconde bénédiction aussi bien 
que celui entre la seconde et le Schéma et que celui entre le Schéma 
et la Iroisième [ibicl., ii, '2 . Ailleurs le Schéma est représenté par 
la troisième béuédirliou du soir, sans doute parce qu'elle est censée 
englober les deux autres', ou plutôt parce que l'auteur lait un jeu 
de mots sur la teneur de cette bénédiction, ûnVo r-i2iD nj-ncï^, et 
l'expression y^uî hy oms, — nouvelle preuve en faveur de la signi- 
fication que nous avons attribuée à cette expression. Enfin, chez 
les liturgistes, ywo niD-ia. « les bf-inMlictions du Schéma », est un 
terme consacré. 

Sans doute, ces bénédictions ne cou tien nenl, à première vue, 
aucune référence au Schéma et on a pu se demander si elles étaient 
destinées primitivement à rencadi-er-. Mais nous verrons bientôt 
(î5 19) que la seconde, qui serait la plus ancienne d'après certains 
auteurs, sert en tout cas « (rintrodnciion à la lecture du Schéma, 
laquelle n'est qu'une partie de la Loi »>, car le fidèle y remercie 
Dieu ^< d'avoir témoigné à Israël son amour eu lui conférant cette 
Loi^ ». Mais nous verrons en môme temps que cette bénédiction 
devait entrer dans un gi-oupe et être précédée dune autre, plus 
générale, qui est celle de la lumière f-nN -iitv . 

Du reste, cette première bénédiction elle-même peut être consi- 
dérée comme « bénissant» le Schéma, non seulement parce qu'elle 
n'en est jamais séparée, mais encore parce qu'elle doit être récitée 
en même temps que lui. En effet, cette bénédiction de la lumière 
ou des luminaires est faite pour saluer l'apparition du jour. De 
même, le Schéma ouvie la joui-née de llsraélite et le ïalmud dis- 
cute longuement sur la détermination du moment ])récis auquel il 
doit être récité (3>»UJ i-isiJ») ; on loue les tidèles VP"''"''^) qui le disent 
dès la pointe du jour''. La bénédiction de "11:11 est donc, en un 
certain sens, la bénédiction du Schéma. 

Il arriva un moment où Ion perdit la notion du rapport (jui lie 

4. j. lier., )v, ;j Se, 1. iOi et )iass;igcs parallèles (v. la iii>tc (Je Eiiinz dans smi éili- 
tioii, <ul loc). Cti le.vte a ité étudié ]iar M. l.sraël Lévi, Heviie, LUI ■ lilOl . 23-2-234. 
et par M. Biicliler. ./. Q. «.. XX, W.) et s. V. aussi Pes., 117 6: biS5 '^:>br,^ ^"p 

2. Zuiiz. Hi/us, 2. 

•■i. I. Lévi, /. c, 231. 

4. V. Biichler, Revue, XXXI, 184-185. — J'ai peine à croire que le mot ']"'p^m. <jui 
désigne des fidèles iiarticulièrement scrupuleux et qui se trouve déjà dans Sira, xxxvi, 
20 (25), vienne du irrec eOôixo;, comme l'indiquent les dictionnaires. M. Lambert me 
suffKèrc, l'arabe pni « constant ». Apres coup, je retrouve cette étyinologie dans 
Fleisclier. npud Levy, .\/t. \Vh., I, ."idu. 



LA KÉCITâTION du SCHEMA ET DES BÉNÉDICTIONS IT ■ 

les bénédiclions au Schéma et. comme on savait que le Schéma 
doit être précédé d'une bénédiction au même titre que les autres 
récitations bibliques, telles que la Sidra, la Haflara et le HallcL on 
s'avisa dintroduire le Schéma par une nouvt^lle formule de béné- 
diction fyT;^ nsna . Mais comme cette bénédiction postiche n'avait 
point datlacbes dans la liturgie et qu'elle fut repoussée par cer- 
tains rabbins', elle disparut de bonne beure. MM. Schechter et 
Israël Lévi l'ont retrouvée dans des fragments de la Gueniza-. 
I) autres récitaient cette bénédiction avant le Scbema du couclu-r. 
usage combattu par Haï •'. 

En réalité, les bénédiclions du Scbema. ce sont le Yoct'r et la 
Àluiba, dont la récitation est désignée par le terme ?tt'0 hy ')"'D-ns. 
Ce terme s'applique proprement, non au Scbema, mais aux béné- 
dictions qui le précèdent '. On bénit le Scbema comme on bénit le 
pain. Mais de même que bénir le pain, ce n'est pas le manger, de 
même bénir le Scbema, ce n'est pas le réciter; et de même qu'on 
ntî bénit pas le pain sans le manger, de même on ne bénit pas le 
Sc,bema sans le réciter. Ainsi rrio by o~i2 a exactement le sens de 
« bénir le Scbema», et l'étymologie confirme le résultat précédem- 
ment obteim. 

Si cette preuve ne suflit pas, nous allons la remi)lacer par une 
autre. 

III. — n ID -I D 

Supposons, en elTt-t, que la pénurie des témoignages lexicogra- 
pbicjues laisse planer un doute sur l'exactitude de notre explication 
et que nous en soyons réduits à accepter celle qui. avancée d'abord 
par M. Israël Levy [Monf/Jsschrift, XXXV 4886], 1:20;, est soutenue 
l)ar M. Elbogen Studicn, o-âti, 0"i5 signifiant « couper en deux ». 
doua réciter en deux parties ». Même alors l'expression yiz'Z hy dis 
ne pourrait pas s'appliquer au Scbema, car il faudrait s^-c rx Dns. 
Aussi bien M. Elhogi'ii. |)rr'SS('' par M. Blau. a-t-il reconnu qu'il ne 
pouvait i-endre compte de cette construction. En revanche, "hy d~is 
yr.-o pourrait a la rigueur s'appliquer aux bénédictions du Scbema 

1. V. Ahoudraham, 'i\.a. 

2. Voir ./. Q. /{., X, 637 : R. L. 7.. LUI, 240-241. 

3. Schaaré Tesc/touba, 57. Voir d'autres textes dans Orhol Hay'jiin, 43 c ; ajoultT 
Siddour de R. Atnrarn ms. dans Ja/irb. der Jiid.-Liter. Geseiisc/i., V, part, liéhr., M. 

4. C'est une raison de iiius pour rejeter la traduction de Levy, \h. Wb.. 111, 122a : 
* partager les bénédictiuus du Schéma », les distribuer autour du Schéma, oest-à- 
dire eu réciter une partii- avant et l'autre après. 



176 HEYUÉ DES ETUDES .lUlVES 

el signiliei'" ri'ciler par hiparlilioii ce (jiii se rap[)KrlL' an Scliuiiia >'. 
Il rcslL'rait à nionlivr (|iit' la hriKMliclioii de Yorrr iMait eflcctivc- 
inent récitét' allernalivcineiit par rofliciaiil ri les fidèles, lofliciaiil 
elant précisément celui qui donne la répli(iue aux fidèles. 

Avant de tenter celte dénionslralion. il lutiis faut déleruiiiier le 
caractère et la forme des J)énédictions litiirgiipies ou hcrachol. 

12. — Le culte juif se compose de deux élémenls. Le premier 

est constitué par la lecture de textes bibliques, empruntés soit 

au Pentateuque (lecture sabbatique, Scbema , soit aux Prophètes 

Haftard , soit aux Psamiies llallel ou à d'autres Hagiograpbes 

Mcguillot . Le second élément est formé par la l'écitation des 

bénédictions, niD-a. 

« La beracli.a est un bymne voisin du lyrisme biblique par le 
mouvement et Télévaiion ; son style est celui de TEcriture, a laquelle 
elle emprunte soit des professions de foi, soit des oraisons' ». Les 
bénédictions sont généralement des laudes, des aciions de grâces 
ou des bommages à Dieu et plus rarement des prières proprement 
dites, c'est à-dire des demandes. Mais une bénédiction ne peut pas 
être mixte, renfermera la fois un remerciement pour le passé et une 
demande pour l'avenir-. Si nous nous en tenons aux bénédictions 
d'hommage n.smni, nous pourrons y distinguer, avec Maimonide^, 
[rois catégories : celles (pi'on lécite au moment de goûter une 
jouissance --«'nn nD-12 , comme de manger du pain ou de revêtir 
un habit neuf, celles qu'on récite au moment d'accomplii- un 
précepte (mj:r:n p3~i3 , comme de mettre les phylactères ou de 
circoncire un enfant, et celles qu'on récite pour louei- Dieu à 
certaines occasions et pour des bienfaits constants, p. ex. 
d'éclairer ou de nourrir ses créatures, de donner aux Israélites la 
Loi ou le Sabbat ina^^m nsTin- nD-i3/. Cette distinction est déjà 
indiquée pai' le Talnuid '. 

Les bénédictions des deux premiers genres sont courtes et 
simples. Elles se ramènent respectivement aux deux types suivants : 
f< Béni sois-tu, Seigneur"', notre Dieu, roi de l'imivers, qui fais sortir 

I. Elboi,'^;», Monnlxsclivifl, XLVI 19U2 , 1.15. 

1. Kaschi et Tossafot sur /V.v., 104 6 riNHin n'ns • 

:}. Mischné Tiirii. rn2"i3 msVr;. i, o. 

'i. Keloitbot. 'ib en bas m^D nSia, r\n'fZ PSin, "^IT'p ■ 

.). Dans les prières juives, il faut lendre le nom propie de Dieu par « Seigneur » 
comme les catlioliques), non par « Eternel » (comme les protestants^. La seconde tra- 
duction, infidèle à la Uadilion. qui remplace le nom divin par ■• Adoiiai ». est le fruit 
d'iine exéifèse contestalde. 



La HKCITATIO.N DU SCHEMA \ÙT DES BENEDICTIONS 177 

le pain (le la terre. — Héni sois-lu, Seigneur, notre Dieu, roi de 
rimivers, qui nous as sancliliés pai- les commandements et nous 
as prescrit iabiulion des mains. » Kn revanche, les l}énédictions du 
troisième genre sont plus longues et plus variées;- elles sont 
astreintes à un certain nombre de règles qui en déterminent la 
siructure, ce que le Talmud appelle csi:j ou 3>na73, c'est-à-dire leur 
moule ou leur cadre. On pourrait donc les dégager de l'examen 
comparatif de ces bénédictions, mais d'ailleurs elles sont formulées 
dans des baraitot ' et présentées en général comme invariables -. 

I " Toute bénédiction doit commencer par une eulogie et finir par 
une eulogie on appelle « eulogie > la formule : Béni sois-lu, Sei- 
gneur...). Exemple, la bénédiction de la Tora nmnnnDna) : « Béni 
sois-la. Seigneur, notre Dieu, roi de l'univers, qui nous as élus 
entre tous les peuples et nous as donné ta Tora. Béni sois-tu. 
Seigneur, qui donnes la Tora ». 

:2° Toutefois, quand plusieurs bénédiclions se suivent, seule la 
piemière a une eulogie initiale. Exemple, la Tefllla. Première béné- 
diction : a Béai sois-tu, Seigneur, notre Dieu et Dieu de nos pères^... 
Béni sois-tu. Seigneur, bouclier d'Abrabam. » Deuxième béné- 
diction : « Tu es puissant à jamais, Seigneur, lu fais revivre les 
moi'ts et prodigues le salut... Béni sois-tu. Seigneur, qui fais revivre 
les morts. » Dans ce cas, la première est dite longue, la seconde 
et les suivantes, s'il y en a plus de deux est dite courte \ 

\¥ Une bénédiction ou une série de bénédictions peut être intro- 
duite par un invitatoire ou invitation à bénir Dieu. Exemple, les 
bénédictions du Schéma : « Bénissez le Seigneur digne de l)én<''- 
diction. — Béni soit le Seigneur digne de bénédiction à tout jamais. 
— Béni sois-tu, Seigneui", notre Dieu, roi de Itinivers, qui crées la 
lumière... » 

4" L'eulogie finale, qui détermine véritablement le cai'actère de la 



1. T. Beiachul, 1, 6-8 p. 1-2 Zuckeimaiitlel ; b. Ber., 46a: Pesahim, 104 6 rï. 
104 u : j. Ber., i, 8 3 il, 1. 30 et suiv. = j. Taanll, ii, 3 (65 c en bas). Cf. Tosmfol 
sur Ber., lia et 46 a. 

2. M. Ber.. i, 4; T. Ber., i, '6. Le Yerouschalmi et les Tossafot. locis ci/a/i.f. scllor- 
«eiit d'expliquer les exceptions. V. aussi Orli. Haytj., il a-c. 

3. Dans cette bénédiction, Dieu n'est pas invoqué comme « roi de l'univers y. Celte 
liivergence, qui embarrasse les comnieiitateuis du rituel v. Baer. p. 88', est un 
indice que la Tefilla appartient k un type différent de bénédictions. Cf. Elboifeti. 
Monatsschrlfl , XI.VI, ijlo. 

4. M. Ber., i, 4 in-,^p nn^l r!2"l"lX rn«,. d"après l'explication de Maïmonide 
Commentaire de la Mischna et 2"37;*ir! mmcn y31p, n" Ti, confirmée p;ir le 

Verousclialmi, i, 8 iZd, I. 41) : 'jns Dmn irS"! "^Tinn Ina TiV^Z --i:p VI'CTZ 

-;t.33 cmn- "^i-i^a "^3 nnc "^i-it* y^'ù'z. "^Tn^r. 

T. I.VII. NO m. 12 



178 REVL'I<: DES ÉTUUES JUIVES 

bénédiction', doit exprimer la même idée qne l'eulogie initiale. 
Exemple, la bénédiction qui suit la lecture de la tirade prophétique 
muiDrrnPD-131 : « Béni sois-tu, Seigneur, notre Dieu, roi de Tuni- 
vers, puissant dans tous les temps, juste dans tous les siècles. Dieu 
véridlfjue... Béni sois-tu, Seigneui', Dieu vinùdiquc en toutes tes 
paroles. » 

5^ Quand un assez long développement suit l'eulogie initiale, il 
doit l'appeler à la (In Tobjet de la bénédiction. Exemple, la première 
bénédiction des Grâces (pTMM r-iDini : « Béni sois-tu, Seigneur, 
notre Dieu, l'oi de l'univers, q^ii nourris tout rimivers avec bonté... 
Dans sa grande bonté, il ne nous a jamais laissé et ne nous laissera 
jamais manquer de nourriture... Il prépare la nourriture à toutes 
ses créatures. Béni sois-tn. Seigneur, qui nourris tout l'univers ». 
Ce rappel peut être fait par le verset biblique qui est le fondement 
de la bénédiction. Exemple, la deuxième bénédiction des Grâces, 
appelée « bénédiction du pays » : -< Nous te rendons grâces, Seigneur, 
notre Dieu, de ce que tu as accordé à nos pères un pajjs de délices, 
fécond et spacieux... Pour tous tes bienfaits, nous le rendons hom- 
mage et te bénissons... ainsi qu'il est écrit : « Quand lu auras 
mangé â satiété, tu béniras le Seigneur, ton Dieu, pour le pays 
fécond qu'il t'a donné -. » Béni sois-tu, Seigneur, pour le pays et 
pour la nourriture ». 

(r En effet, avant l'eulogie lînale, on peut insérer le verset 
biblique auquel la bénédiction est rattachée. Mais ce verset ne 
doit pas constituer l'eulogie elle-même-'. 

Toutes ces règles doivent être anciennes, puisqu'on attribue les 
bénédictions, c'est-à-dire leur texte, à la Grande Synagogue ^ Elles 

1. ';n"'nmn -.n^s msian '53. v. Muiier, op. cit., 192, n. a. 

2. On verra plus loin (§ 26) que la première bénédiction des Grâces doii également 
contenir uu verset. 

3. C'est ainsi que imus comprenons la règle du Yerousclialmi nD":D D'^~l73TN l'^N 
piDD- L'explication de M. I.uncz, dans son édition, à savoir qu'on ne doit pas inter- 
caler avant la fin de la bénédiction des versets, même s'ils conviennent à l'ensemlile 
de la bénédiction, est contraire au contexte et contredite par les faits. Muller, op. cil., 
p. 192, 19.'J, entend qu'une bénédiction ne doit pas être formée de versets réunis ; il 
faudrait alors D'^piOS- Les exemples qu'il cite ne sont pas des bénédictions propre- 
ment dites. Z. Eraukci, dans son commentaire, currigc piDS en rtpTOD, ce ipii donne 
un tout autre sens. 

4. Beruch., 33 « : «lîpn nbiian no:3 ■'•:;;wS '\:n^^ "i"n N3N -i3 j^-^-n i"k 
n'înnr;"! niu^np m"'5Em mD"nn "r^Tcb an'?. Les nsnn sont les bénédictions 

d'hommage», les mrDn sont les prières proprement dites, le /liddoiisch et la hab- 
dala sont des consécrations de moments déterminés. — Sur l'interprétation de ce 
texte, voir L-H. Weiss, dans .leschunm, éd. Kobak, IV (1864), part, liébr., p. 37 et 
suiv. 



LA RÉCITATION DU SCHEMA ET DES BENEDICTIONS 179 

ont pour but de donner aux bénédictions un cadre régulier et une 
unité extérieure. Mais ce n"est pas seulement la forme. c"est aussi 
le contenu de ces bénédictions qui est lixe. comme nous allons 
nous en assurer par l'étude de chacune d'elles et la comparaison 
de l'une avec l'autre, tout en reprenant le fil de notre démonstration. 



LES BEiNEDICTIONS DE LA IIAFTAHA. 

13. — On lit dans Maaséchet Soferitn. xiu, 10- Il p. xxn-xxiii 
MuUeri : -< Après avoir lu la seclion prophétique, le récitant pro- 
nonce cette bénédiction : « Béni sois-tu. Seigneur, roi de l'univers, 
puissant dans tous les temps', juste dans tous les siècles, Dieu 
véridique, qui fais ce que tu dis, qui exécutes ce que tu promets, 
dont toutes les paroles sont vérité et justice. » A ces mots, les 
fidèles se lèvent et disent: ^( Véridique lu es, Seigneur notre Dieu, 
et véridiques sont tes paroles. Oui, tu es véridique, vivant et 
éternel et c'est toi qui régneras sur nous à tout jamais. » C'est 
là une des divergences qui séparent les Babyloniens elles Palesti- 
niens : les premiers répondent assis, les derniers debout) . Ensuite 
le récitant reprend et dit: <■ Véridique tu es, Seigneur, notre Dieu, 
et véridiques sont tes paroles; aucune de tes paroles ne restera 
sans effet, car tu es le Dieu et Roi véridique. Béni sois-tu, Seigneur, 
Dieu véridique dans toutes tes paroles. » 

Aujourd'hui, cette bénédiction est prononcée par le récitant d'un 
bout à l'autre sans interruption, et le répons des fidèles a dis- 
paru. Un vestige de l'ancien usage est la pause qu'on fait après 
piitT et la reprise de iww sur un ton plus élevé. Les rituels mettent 
même un alinéa entre les deux mots, ce qui coupe maladroitement 
la bénédiction en deux morceaux-. 

Quoi qu'il en soit, voilà une bénédiction qui était récitée en deux 
parties, pour parler en style musical, les fidèles alternant avec 
l'officiant et reprenant l'idée au point où l'a laissée l'officiant. 
« Tes paroles sont vérité et justice », dit celui-ci. — « Véridique tu 
es », attaque la communauté, et elle développe l'idée, que l'officiant 

1. D'^Tc'^iyn b'Z ni^, expression tirée de Isaïe, xxvi. 4. Voici le Tartfoum sur ce 
verset : « Ayez cuufiance dans la parole du Seigneur à tout jamais, ainsi vous serez 
sauvés par la parole du Seigneur, le fort des siècles. » On voit pourquoi l'épithète est 
appliquée à Dieu dans une bénédiction où il est invoqué comme exécuteur fidèle des 
promesses de salut faites aux prophètes. 

2. Voir Tossaf. Fesah.. 104 6, s. v. yw: ; Baer. '5N~iï)"^ m"133' ITO, p. 227 
Berliner, dans Der israelitische Lehrer und Cantor. I (1881), n» 4. 



180 KliVL'h; DES iri'L'btS Jl IVtS 

reprend eusiiile à sou tour. De la sorte, Je vei'set elle répons, poiii' 
employer la terniinoloi,Me de la liturgie calliolique. sont raccordés, 
enchaînés l'un à Tautre. 

Si même nous y i-egardons de plus près, nous reniar(]uoiis (pie 
cette bénédiction est surcliargée d'additions postérieures et ([ue 
Teulogie initiale devait s'arrêter an mot « véridirpu; )-. <|iie les 
fidèles reprenaient. Telle esl, en ellel. la version du Sii/t/oifr ûc II. 
Amram (;29/') : « Béni sois-tu, Seigneur, nuire Dieu, roi de l'uni- 
vers, juste dans toutes les générations, Dieu vt'ridifjtff. — \'rri- 
dique lu es, Seigneur, notre Dieu, etc. » L;i fin de la phrase devient 
le commencement de la phrase suivante; c'est ce ([ue quelques 
auteurs appellent « anadiplosis w '. 

i4. — Une concatetiatio analogue J'elie les deux hénédictious 
suivantes : « Aie pitié de Sion. foyei- de notre vie, et, sans tarder, 
secours raffligée de nos jours. Béni sois-tu, Seigneur, (jui rrjouis 
Sion dans ses enfants. — Réjouis-nous-, Seigneur, notre Dieu, 
par le prophète Élie, ton se^viteu^^ et parla royauté de la dynastie 
de David, ton oint... Béni sois-tu, Seigneur, bouclier de David ' «^ 
Toutefois, Amraui a une version difïéreute pour ces deux bénédic- 
lions : « Aie pitié de Sion. foyer de notre vie, el, sans tarder, 
venge l'affligée de nos jours. Béni sois-tu, Seigneur, édificateur 
de Jérusalem. — Fais fleurir bientôt le rejeton de David et élève 
sa puissance •' par ta salvation. Béni sois tu. Seigneur, bouclier de 
David. » Ce sont les doublets de deux bénédictions de la Tehlla. Il 
semble que Masséchet Soferim ait conservé la version palesti- 
nienne, qui serait la plus ancienne*'. Cette divergence n'importe 
pas d'ailleurs au résultat que nous cherchons à obtenir, car elle ne 
modifie ni le fond des trois bénédictions, ni la forme de la première ". 

). V. KOiii^. Sliti.slH-, Rhelorik, l'oetih. p. ;iO0 k'X suiv. 

i. Il semble «jui; riTOC soit sytioiiynie df DHI. Voir Isaïe, ix, 16, et cf. Perles, dans 
Hevue, XXXV, (>.'{ itnitili» de supjtoser un ladical n^CC ■ 

3. Préciiiseur du Messie davidiqiie. 

l. Finale cité dans l'esah.. lllh. Le Verousclialmi. /{. //.. n . 6 io9c, l. 22) donne 
le finale n^T,::"' r"^732:73 ni" Tî'-M: le Midrasch Schemouel. cli. xxvi, § 3 \). 126 
Buber ajoute 'îNIC ITir'T. Cf. Miiller. op. cit.. p. 184, n. fil. 

u. Mot à mot K sa corne ». Sur rexiircssion inp mi. voir l>.-H. Miiller. homposi- 
lion und Slropkeiihuu (Vienne, 1907. p. 141-11:!. dont nous n'acceptuns d'ailleurs 
jias les conclusions [cf. /{. E. ./.. I.Vil. 112). 

tl. C'est d'autant plus vraisi'tnblalile (jui', dans la Telilla, les i'aiestiniens réunis- 
saient ces deux bénédictions en une. Voir Elboi^en, Moimlsschrifl, XLVI !l902i, 348 
et suiv. : Bùchler, ./. Q. R., XX. W6. 

7. Si tel est bien renchaÎDenuMit de ces bénédictions, nous ne pouvons suivre Muller, 
Mdsecliel Sit/'erim, \). 181, note a, qui veut les rattacber aux huit bénédictions i|"^' 



LA HÉHITÂTiON DU SCHEMA ET DES BÉNÉDICTIONS 181 

La quatrième biMiédiclion de la Haftara est une •< sanctification 
(lu jour >) el varie avec la solennilé, sabbat ou fête. Aussi le texte n'en 
est-il pas fixe comme celui des autres'. Elle s'ajoute aux trois pré- 
cédentes, (jui lorment une série et s'achèvent, comme il convient, 
sur l'évocation de lère messianique. Ces trois bénédictions sont 
construites suivant le même type, forment un groupe complet ou 
les idées s'enchaînent logiquement : Dieu, auteur de la révé- 
lation, est rins[)irateur des prophètes et il tiendra un jour les 
promesses qu'il leur a laites pour Israël i'° bénédictionj; il restau- 
rera la ville sainte ;2'' bénédiction et la royauté davidique 3M)éné- 
diction;. En d'autres termes, une bénédiction sur l'élection d'Israël, 
suivie de deux autres sur l'avenir messianique. Nous retrouverons 
les mêmes idées, avec le même ordre, dans d'autres bénédictions, 
auxquelles nous allons arriver par une transition différente. 

Faisons d'abord un ou même deux pas en arrière. 

y j. — Le fidèle qui i-écite les bénédictions de la Haftara et qui. 
tel un chef d'attaque, guide la communauté, pi'ovoque sa réplique 
et lui donne le mot, est désigné dans la mischna de Megiiilla par 
les mots N-^nra •vxiitr.-n. Peut-être tenons-nous là le sens du terme 
par lequel on désigne la tirade prophétique. Les savants sont 
divisés sur le sens du participe maftir, d'où est dérivé le substantif 
haftara. Zunz, Rapojjort et, en dernier lieu, 31. Bâcher traduisent : 
celui qui congédie -i::En la communauté-, l'office étant tei'miné 
par la Haftara et la prédication qui s'y rattachait^. Cette étymo- 
logie rappelle celle du mot « messe », expliqué par la phrase : 
//(?, missa est. Herzfeld, Levy. Millier considèrent la Haftara comme 
la « conclusion » de la lecture du Pentateuque ''. M. Biichler paraît 
hésiter entre les deux explications'*; Hamburger les réunit avec 

le 2T;ind-prètre riH-itait, le jour île Kippour. après la lecture de la Loi (M. Yomd, 
vir, 1; Tosefta, IV [m], 18; babli, 70a; Yerouschalmi, 446. Le parallèle qu'il ét.ihlit 
est tout à fait artificieL En réalité, la première des huit béuédiclicuis est la rr^3 
rrnprj, comme le disent la Tosscita et le Babli, et les sept autres appartieniiPiit au 
type de la Tefilla, 

1. V. Siddovr de R. .iniram. 29 6. qui donne une formule très brève. 

■2. Zunz, G. F.», 6: Rapoport, Ke'rem Hémed, lll (1838\ 42-43; Erec/i Milli7i. s. v. 
N^ibiSN et Nm^DX: Bâcher, Die r.refjeliscfie Terminologie. . ., H, 14-!o. De niéme 
Sfhiircr, H'', .o33. 

3. V. Blau, Revue, LY, 218-219. 

4. Herzfeld, Grschic/ile des VuUcph Israël, UI. 217-219: Lew. S/i. \V/k, IV, 31 a : 
Millier, Masecliet Soferim, 149. 

'■>. J. Q. B., VI, 7 (•( tins [tlie Haftara] formed tlie conclusion of tlie rcidinï .Tiid 
divine <Vorship >>' : cf. .Jeu:. Enci/cl.. .i. v. Haf'farafi. 



182 REVUK [IKS ÉTUDES JUIVES 

SOU sens critique ordinaire '. Nous ne mentionnons que pour 
mémoire les tentatives de Frankel (« introduction >/, de Maybauui 
(« péroraison ») el de Adler « dispense »)-. Aucune n'est salislai- 
sante. On peut se demander si «""aîn t^ustû ne signifiait pas primi- 
tivement: « celui qui clôt la section prophétique par des bénédic- 
lionst », c'est-à-dire celui qui récite ces bénédictions et partant la 
section prophétique elle-même. 

Il y a peut-être un texte où "T'^ûd» doit s'entendre exclusivement 
de bénédictions. Dans une bai'aïta qui règle la récitation des béné- 
dictions de deuil et que nous retrouverons à cette occasion plus 
loin (§ 24 , on lit ces mots: nmn ■]"'-i:: id\s û"'?2b"iy nias •r'LîD^n, que 
nous traduirions: «Quand on récite ces bénédictions au cime- 
tière, on n'a pas besoin de les terminer par une eulogie. » Peut-être 
ces bénédictions étaient-elles précédées d'une homélie aggadique ou 
derascha, qu'elles servaient à clore (-caDW)-*. 

Si notre explication est exacte, l'expression i^-^ain v:3D7o. «celui 
qui récite les bénédictions après le texte prophétique », est paral- 
lèle à y'Ki'O hy omc, « celui qui récite les bénédictions avant le 
Schéma. » Et comme ces bénédictions sont inséparables des lec- 
tures qu'elles encadrent, le mot T«a3M maflir aurait servi de bonne 
heure à désigner la tirade prophétique elle-même ou hnflara, de 
même que yiy^ bs omo a fini par s'appliquer au Schéma. 

16. — Le rapprochement des deux termes î^'^nsn T'UD'to et hy omc 
ywia jette quelque lumière sur un texte non moins difficile, la 
mischna de MegulIIa, iv, 5 (Babli, ^^ a] : Nin ïî-'nîn T'aîwn [\ a) 
pp rr-'H ûNT \b rsD pn n'^ji; xim r!a\nrT -^sob -lany Nim :?720 by o-ns 
hy D-no iriî b3N Ds-inwi minn xmp pp -^^ ..it" by ';->-i3ny ^:r\ y<< rai» 
rsD nî< NU51D ns-^iîT rra-^nn ■'ssb -aïs' ir^T yauj. On se rappelle que la 
mischna de MeguUla, iv, 3, énumère d'abord les mêmes actes 
rituels que celle-ci et cette analogie nous met sur la voie. M. Elbo- 
gen et M. Blau ont longuement discuté ce texte' ; nous pouvons 

1. liealencyclopadie, II, s. v. Haflara. 

2. Frankel, Vorstudien, 51 (rî'lïUé par Rapuporl ; Monalsschiift, I, 352-356 ; 
Maybaum, Die tiltesleii Phasen in der Enlwichelung der judischen Pvedigt (Berlin, 
1901), p. 9, n. 4 inifuté par Bacheri ; Adler, Monatssclu-ift, XI (1862), 226. Ces trois 
explications se li'ouvent ili'jà dans Aboudrahani, 37 c. 

3. Les explications que li>s coninientateurs donnent de ce mot [v. l'éd. A. Scliwarz, 
p. 28) ne sont p.is satisfaisantes. — On trouve aussi, dans li- Yerousclialmi et dans 
les Midraschim, ''T~i' "msî< dans le sens de « piendre conaé d'un mort en faisant 
son éloire funéhii; >■ (Kapoport, Erech Millin, p. 166; Bâcher, op. cil. ,11, 155). Mais 
notre baraila parait bien viser des bém^dictions. Ainsi l'entend aussi Millier, op. ci/., 
p. 14'J, mais sms tirer parti de ce rappruclieinent. 

4. Elbiipen. ^Indien. li-[:i ; Hevue, LVI, 225 et s.; Blau, Revue, LV, 215et s. 



LA RÉCITATION DU SCHEMA ET DES BÉNÉDICTIONS 183 

maintenant les départager en le traduisant ainsi : « Celui qui récite 
les bénédictions du Prophète réelle celles du Schéma, celles de la 
Tefilla et (s'il est prêtre) la bénédiction sacerdotale. » Il y a donc 
déjà un lien extérieur entre le sujet N'iasa 'T'::Dt:rj et l'attribut s-no 
y-Ki^ by, puisqu'il ne s'agit pas, comme on le croit, du Schéma ni de 
la Hat'tara, mais des bénédictions du Schéma et de celles de la 
Haftara. 

Maintenant, quel rapport peut-on établir entre les bénédictions 
de l'un et celles de l'autre? La Mischna édicte-t-elle une règle, 
comme le veut M. Blau, ou enregistre-t-elle un usage, comme le 
soutient M. Elbogen? Ni l'un, ni l'autre. Cette première proposition 
(1 rt) n'a pas de valeur absolue ', elle n'a d'autre signification* que 
d'introduire la seconde (i<^i, qui est expliquée par la deuxième 
phrase (2). La Mischna veut délimiter la part que le mineur [hatan) 
peut prendre à l'oiTice public. C'est que le mineur était souvent 
appelé à faire la lecture de la Tora et du Prophète, ainsi que 
M. Blau l'a pleinement démontré, précédé d'ailleurs par L. Low-. 
On comprend mieux ainsi le titre d'archisynagogue donné hono- 
riflquement à des mineurs^ et ce que l'Evangile raconte de la 
précocité du jeune Jésus, enfant prodige, discourant dans le 
Temple et faisant la leçon aux docteurs ''. Ce degré d'instruction de 
la jeunesse studieuse ne devrait pas laisser sceptique M. Elbogen, 
car, à défaut d'officiant professionnel, un écolier en sait plus que 
beaucoup d'adultes. Aujourd'hui encore, c'est souvent un enfant 
qui récite la Haftara avec ses bénédictions. 

Le mineur intervenant ainsi dans l'office, on pouvait être tenté 
de lui confier d'autres fonctions cultuelles. C'est pourquoi la Mischna 
circonscrit son rôle. En général, dit-elle, la même personne peut 
réciter les bénédictions de la Haftara, d'une part, et de l'autre, 
celles du Schéma, de la Tefilla et la bénédiction sacerdotale (la). 
Mais il y a un cas où ces fonctions ne peuvent pas être remplies 
par le même homme; c'est celui du mineur, qui est admis à lire la 
Tora et le Prophète, mais qui ne peut officier pour le Schéma, la 
Tefilla et la bénédiction sacerdotale. Si donc un mineur a rempli la 

1. Il est difficile de comprendre comment Millier a pu croire (ju'elle formait d'abord 
pour l'auteur de Massécket ^nferim une mischna distincte ip. 190j. Mùiler s'est 
engagé, de plus, dans une voie fausse en appliquant ce texte au prêtre de préfé- 
rence (p. 182, n.j. 

2. L. Lôw, Lebensalter, p. 198 ; (iesanvuelte Schriflen, IV, 150-1d1 ; Blau, Revue. 
LV, 216 et s. 

3. Y. Schiirer, Il\ p. 512, n. 37. 

4. Luc, II, 4li. 



I8i KKVUE DKS ËTULIKS JUIVIiS 

première fonction, il doit être suppléé, pour les autres, par son 
père ou par son maître il b). En eflot, un mineur peut bien faire la 
lecture publique de la Tora (et du Prophète et remplir l'office de 
inetoiin/iiciiian. c'est-à-dire Iraduiro et expliquer au peuple le 
texte lu, mais il n'est pas apte à officitM- pour les antres prières (^ . 

11. — La mention, dans Massrc/trf Sofcriiu, de la divergence 
entre les Palestiniens et leis Babyloniens sur l'attitude des fidèles 
pendant la récitation des bénédictions de la Haftara pourrait sei'vir 
à éclairer un passage difficile du même traité, qui reprend, en les 
développani, les premiers mots de notre miscbna de Meguilla : 
riT^ttya ^bn nn-'cn xb y«;a hy y^o-ra 'j-'n (x, 8i7~i ; p. xvii Millier;. 
On se souvient qne Rasclii. sinspirant de ce texte, a expliqué les 
mots 3'WU3 by "j'oniD 'j-'i^ en les appliquant à l'usage de répéter la 
première bénédiction du Schéma à l'intention des retardataires. 
Mais telle ne devait pas être l'interprétation de l'auteur de 
Masséchet Soffrim, puisque, comme la Mischna, il met en tète 
yiys by t^diid I'^n et que ce n'est qu'ensuite qu'il joint à la Mischna 
le rite de la répétition de Barecliou. En tous cas, les mots na''C3 Nb 
HT'wya «bi, « ni assis, ni debout », ajoutés par lui au texte de la 
Miscbna et qui paraissent se l'apporter à une double récitation, 
ont moins de sens que jamais. Cette addition a donné de la tabla- 
ture aux commentateurs et M. Elbogen en suspecte même l'authen- 
ticité '. Mais si nous admettons maintenant que ïtouj by l-^omo 'j'^s 
se rapporte aux bénédictions du Schéma, nous sommes fondés à 
voir dans le texte de Masséchet Sofrrini un écho de la discussion 
sur l'attitude que prend la communauté pendant la récitation de 
ces bénédictions-, et ce texte signitierait que la présence de dix 
fidèles est une condition indépendante de cette discussion. 

Plus lard, quand on eut appli(iué le terme ywuî b? ';-'D"nD '{■'N au 
Schéma lui-même, serait né en Palestine l'usage de réciter celui-ci 
debout ■', usage si énergiquemcnt combattu par Amram (Siddour, 
5 b) '', comme ne tirant pas son origine du Talmud. Les fidèles res- 
taient assis, en elTet. pendant la récitation du Schéma"'. 

1. Stu(/ieii, p. o. 

2. Plusifius raljl)iiis du nioycii ,'ii,n'. Mulse de C.uiicv. Aaion de I.iitu'l, Ahr.iliurii li. 
David Esclikoli, Abiindraliam rilisiit un préti'iidu texte du Vcniusrlialnii, d'après leipiel 
toutes le» bénédictions devraient se réciter debout i:3"i5'72 m3"13r! 53). V. Millier, 
iip. cif.. p. 183, n. oO : Uabbinowitz, /. c, [i. 138. 

3. Voir J. Millier, D'^;n;72 Cllbn, "" 1, p- 10-11. Cf. Weiss, -["im, III, 3-21. 

4. Cf. Biiehler, Renie, L ,1905), 174. 

5. Elbogen, S<Mf/ie«, p. 11 et n. 2, p. 38. Saadia le note dans sou Siddour (Bondi, 
Der Sidrhir dex Robhi Snndin Gnon, p. 13). 



L\ HÉGIÏATIUN DU SCHEMA ET DES BÉNÉDICTIONS 



18iJ 



I.RS BENEDICTIONS 01' SCHEMA. 

/<S. — Lo rapport que nous avons établi enlre les bénédictions 
de la Haftara et celles du Scliema nous amène naturellement à 
rechercher — qui y penserait a priori? — si celles-ci étaient 
récitées de la même manière que celles-là, et, par la même occa- 
sion, si elles entrent dans le même cadre et développent des idées 
analogues. 

Voici le début de la première bénédiction du Schéma, du Vocer, 
dans le rituel populaire de Rœdelheim : 



Pendant (/ne l'offic'innl dit ID"::, 
les fidèles disent à roix bosse : 

e27ûT^.n"'T -iNsn-'T nnnc'^i ']-i2rT« 
□"'35737; ■'DbTa -jb?: to i7:c N":::n-'i 

vrsb iTbri i72'0 rr'-i m3-i:'3 nDib 

: nbnm rî3-i3 5D br ariiTo i73'::t 

tin abiy? imsbTo -nnr ac ^ti2 

tabii» 13>T rii-i^'TD "î-iSt: ■'"■' d'O -n-' 



L'officiant chonle 






L'officiant rf Ips fidclcs : 

'iDi -r.a "liTi"' tbnyn Y"^ "lîTibs ■'"■' !-rnwS fi-ii . 

Dégageons la forme ancienne de cette prière. La tirade qui com- 
mence par "^-lan"^ trahit, par son style redondant et son allure lita- 
nique, une oi'igine postérieure ; elle est rejetée par des autorités 
considérables, Amram et Saadia, Juda ben Barzilaï et Maïmonide '. 
Mais les deux dernières phrases se détachent nettement et tran- 
chent sur ce qui précède. D'après les indications de Baer-, la 
première est récitée par la communauté pendant que l'ofliciant 
chante Tavant-dernier mot (le nom de Dieu) et la seconde pendant 
qu'il chante le dernier (■^iD^orr. En réalité, la seconde, qui est un 
verset biblique Ps., cxiii, ^ : cf. Dan., ii, 20), peut être supprimée : 



1. V. Aboudruhant, 16c; Séfer ha-Iltim, n" 171. Orhof Hat/i/im [lin) a «rautres 
versets. 

2. bî<na"< n-nar -no. p. 16. 



186 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

elle manque dans le Mahzoï^ Vitri/ (p. 9, 64); elle n'est qu'un 
doublet de la j)remièi'e '. Quant à celle-ci, elle devait, comme nous 
le verrons i§ 29 , être prononcée par les fidèles au moment précis 
où ils entendaient le nom de Dieu. L'officiant commençait donc par 
interpellei" la communauté : « Bénissez Dieu >-. lein* disait-il. C'est 
la formule iutroductive dont se servent les lévites pour entamer un 
office, dans Néhémie, ix, o, et Sira fait plusieurs fois allusion à ce 
rite en s'adressant aux prêtres'-. Les fidèles, entendant le nom 
de Dieu, s'écriaient aussitôt : « Béni soit à jamais le nom de sa 
glorieuse royauté^. » 

L'interpellation de l'officiant est ainsi conçue : '^na?3n 'n pn isnn. 
Le participe "riib?::-, qui est un synonyme de Tfn'z (mais ce 
dernier mot n'est jamais précédé de l'article), signifierait, d'après 
M. Blau, « celui qui vient d'être loué », sous-entendu : dans les 
psaumes qui précèdent ''. Mais cette traduction est impossible dans 
la réponse de l'assemblée, qui reprend le même mot {'r: yra 
^y^ nb^b '^nn^n) ; ce mot figure également dans la bénédiction de la 
Tora. qui ne suit pas la récitation de psaumes ; enfin, les psaumes 
qui ouvrent l'office du matin iniTon "'picoi sont, de l'avis même de 
M. Blau, d'institution postérieure et en tout cas, ils ne faisaient 
pas partie de l'office public, qui commençait par les bénédictions 
du Schéma '\ D'après le Yerouschalmi, le mot ^-lawn signifie 
« qui doit être béni par nous tous » et associe l'officiant et les 
fidèles dans la bénédiction commune*^. 

Du reste, ce mot a peut-être été ajouté au texte primitif. B. Akiba 
n'en veut pas et son opinion . était suivie par certains amoras ^ 
Dans ce cas, les fidèles devaient dire coup sur coup : « Béni 
soit le nom de sa glorieuse royauté », en entendant le nom de 
Dieu, et « Béni soit le Seigneur digne de bénédiction à jamais », 
pour répondre à l'invilalion de l'officiant. 11 est permis de croire 
que *]"iattn a été intercalé précisément pour séparer les deux 
répliques. 

1. D'aiircs Mn.sséchel Soferim, \, 8, elle était rcnitée par le niiiiistre-offiriant avant 
la répétition de Barechou (cf. la note de Miiiler, p. 153, n. 32). 

2. Sira, xlv, 25; l, 22. Comp. l'appel du maître des cérémonies (n3T7373^ aux 
prêtres dans le Temple: nriN n3"l3 lD"in [Tamid, v, Ij ; cf. J. Derenhourg, dans 
Revue, VI, 67-CS. 

3. Sur cette interruption, voir plus loin. § 33. 

4. Revue, XXXI, 195. 

5. Cf. Ph. BlocJi, dans Moiidlsschrifl. WXVIl (lS9:i), 261-2(12: Biicliler, dans 
Revue, LIV, 201. 

6. j. Ber., vu, 3 ^llc, 1. 3 . Cf. ro5,s-«/'. Ber., 49/>. s. v. ub^rb. 
1. lier.. VII. 4: — P.ahli. 50«: Yerousch.. lie. 



LA RÉCITATION DU SCHEMA ET DES BÉNÉDICTIONS 187 

La communauté ayant exprimé son adhésion à linvile de loffl- 
ciant, celui-ci reprend et prononce la bénédiction proprement dite : 
« Béni sois-tu, Seigneui', notre Dieu, roi de l'univers, auteur de la 
lumière et artisan de Tobscurilé, dispensateur de la paix et créa- 
teur de lunivers. » Ici la communauté poursuit en développant 
l'idée et en enchaînant sa réplique à la bénédiction qu'elle vient 
d'entendre : « Il éclaire la terre et tous ceux qui l'habitent avec 
amour et, dans sa bonté, il renouvelle* chaque jour l'œuvre de la 
création... » 

Le développement qui suit et qui contient la kedouscha du Yocer 
§ o) trahit par sa longueur et par sa langue une origine tardive et 
une composition peu homogène. Depuis Rapoport et Zunz-, on y 
reconnaît plusieurs couches successives. Le second a remarqué que 
la phrase « et, dans sa bonté, il renouvelle chaque jour l'œuvre de 
la création » ligure au commencement et à la fin de la bénédiction. 
M. Bilchler en a conclu avec raison que tout le morceau intermé- 
diaire a été introduit après coup^. La répétition s'explique encore 
mieux si cette phrase était d'abord récitée par les fidèles, puis 
reprise par l'olficiant. Quand le culte public prit de l'extension, on 
augmenta de plus en plus la part de la communauté et, suivant le 
goût du temps, on agrémenta la bénédiction d'additions postiches, 
(jui permettent à peine de reconnaître la suture. Donc, primiti- 
vement, Tofflciant reprenait et, comme pour fermer le circuit, 
rattrapait le début de la bénédiction i§ 12, 4°) : « Dans sa bonté, 
il renouvelle chaque jour l'œuvre de la création, ainsi qu'il 
est dit : « Louez l'Auteur des grands luminaires, car sa grâce 
est éternelle '... ». « Béni sois-tu. Seigneur, créateur des lumi- 
naires. » 

La citation d'un verset des Psaumes (cxxxvi, 7) avant l'eulogie 
finale est conforme à la règle. Ce verset, où le psalmiste 
demande qu'on rende hommage à Dieu comme créateur du jour, 

1. Variante : Et sa bouté renouvelle... (OnnTO nmm). Voir S. -H. Margulies, dans 
Iticishi israefi/ica, IV (1907), n» 5. 

2. Rapoport, Biographie de Kalir. p. 119; Zunz, G. T.», 382 et s. Cf. Landsliut, 

3. Revue, LUI. 229, 

4. Ici 1)05 textes portent : « Tu feras luire sur Sion une lumière nouvelle : puis- 
sions-nous bientôt jouir de son éclat.» Cette intercalation doublement inopportune, parce 
([u'elle fail un jeu de mots sur le sens de a lumière » et qu'elle mêle une demande à 
une béiiédictioii dbommages (§ 12), est rejetée par Saadia {Œiuvres, IX, p. 156, n" G4) et 
Itasclii, et manque dans certains rituels. V. Zunz, G. ^.^ 383 ; Syfutgogale Poésie, 61 ; 
M. Bloch, mjpnn nmn i"13'UJ 'o, L n, 18; Bondi, Der Siddur des Habbi Saadia 
Gao», p. 13 ; Elbogen, Sfudien, 23. 



188 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

est le fondement même de la bénédiclion, dont il rappelle la desti- 
nation (§ 12, o'^i. Nous retrouverons des eitalions semblables dans 
des prières correspondantes. 

La dei'nière j)artie de cette reconstiliilion est naturellement 
hypotbétique, puisqu'elle ne respecte pas le texte actuel, et nous ne 
la donnons quà titre d'indication, pour montrer commeni la Ix-né- 
diction entière pouvait être ivcilée alternativement par lolTicianl 
et les fidèles. 

Mais le formulaire ainsi reconstruit par voie de conjecture 
et de déduction est précisément celui qu'indique Saadia pour la 
prière privée Siddour de R. Amram, 4b] ' et qui se retrouve dans 
le Siddour ôiigaoti''^ ainsi que dans des fragments liturgiques de 
la Gueniza^. Ce texte bref n'est pas un texte abrégé; c'est le texte 
primitif' destiné à l'office public et conservé dans la prière indi- 
viduelle, tandis que, dans l'office public, il se surcbai'geait de déve- 
loppemenls de plus en plus copieux. 

J i). — Cette première bénédiction du Scbema. qui a reçu le nom 
de yoco' du premier mot qui y suit l'eulogie initiale, est suivie 
d'une deuxième, qui s'appelle Ahaba parce qu'elle commence 
directement par ce mot, Teulogie initiale n'existant pas § 12, 2° . 
Dans la première, le fidèle, au commencement de la journée (§ If. 
célèbre Dieu comme créateur de la lumière. Quel est l'objet et la 
destination de la seconde ? Elle rappelle que Dieu aime Israël, 
qu'il l'a élu et lui a donné sa Loi. C'est donc une « bénédiction 
de la Tora ». qui précède la récitation du Schéma, extrait de la 
Tora '". Aussi celui qui. après avoir l'écité le Schéma avec ses béné- 
dictions;, se met à étudier la Tora. est-il dispensé de la bénédiction 
qu'on fait en pareil cas rnirn nDi3 pour avoir dit la Aliaba^\ Si 
celle-ci introduit plus directement le Schéma aussi na-t-elle pas 
besoin de renfermer un verset . elle doit être précédée à son tour 



1. Naturellenu'ut saus la répétition de la phrase ijc liaiisitinii. Cf. .Iii/irfnir/i (frr 
.tiid. Li/er. Gesellftcli.. V, part, hélir.. ji. \. 

"2. V. Bondi, loc. cil. 

3. Schechter. dans J. Q. IL. X. (i:;i-6o.-i ; Elbogen, Sliidien. p. 21. 

•4. Cf. J. Derenbourg. dans Revue. VI, 68. 

li. R. Simon b. Yoiiaï dit : Celui qui récite le Seli(;ni;i nuitin et soir est censé étu- 
dier continneliement la Loi [Menahol. mb).CL Adier. MoiialKsrhrifl. XI 1862), 22'.- 
22o. 

6. b. Ber., 11 h-, j. Ber., i, 8 ^3 c. 1. i3\ Pour l'établissement du texte du Yeron- 
sclialmi, voirRatner; pour relui du Babii, voir Habbiuovicz ainsi que Biichler dans 
Revue. L. 181. 



LA HliClTATlON DU SlîHblMA liT DES BENEDICTIONS M 

dune bénédiction plus générale ; la prière universalisle sur la 
création précède la prière proprement juive sur la révélation. Mais 
elles s'appellent lune l'autre et quand le jour se lève, le premier 
devoir de l'Israélile est de remercier Dieu pour la lumière, puis 
pour la Loi '. 

20. — Dans le Temple, les deux bénédictions ne se suivaient pas. 
D'après laMischnade Tamid, v, 1, une seule bénédiction ^ï-inxnDna 
y était récitée avant le Décalogue et le Schéma-, d'où l'on conclut 
généralement qu'il n y en avait qu'une à l'origine. Mais comme l'a 
obseiTé J. Derenbourg^ le » t-ini< ns-ia n'a un sens qu'autant qu'il 
s'agit d'une circonstance où. hors du temple, on faisait deux 
berâchôt ». Nous croyons donc qu'exceptionnellement on suppri- 
mait, dans loffice du Temple, la bénédiction de }'ocer% soit parce 
(jue le moment n'en était pas venu, soit pour gagner du temps et 
hâter lotlrande du sacrifice. 

Quelle était, en elTet, la bénédiction unique récitée dans le 
Tem[)le? Des amoras babyloniens ne le savent plus. C'est celle de 
)'ocer, d'après Simon b. Lakisch ; c'est celle de Ahaba, d'après 
Samuel '. Le Talmud palestinien connaît aussi l'opinion de Samuel : 
ce serait la bénédiction de la Tora inmpn nDiai ''. Au fond, c'est la 
même chose et les deux indications se couvrent*^. Cette bénédiction 
de la Tora est-elle, comme le croit M. Blau, la prière na-i nani* ou 
ûbi3> j-i2ni<. réduite à sa i)lus simple expression ^ ou n'est-ce pas 
plutôt celle qui porte aujourd'hui ce nom, qu'on récite avant la 
lecture publique du Pentateuque et qui est bien faite pour intro- 
duire le Décalogue et le Schéma ? La divergence importe peu si 
« notre nan naniî ou ûbiy manx n'est qu'une rriir^n t-)D-)a plus 
développée » . 

2/ . — Il est difticile de dire si la seconde bénédiction du Schéma 

1. Nous écartons ainsi lopiiiion du regrette M. Friedmann (dans son éd. du Sifré, 
'■2 6, note 1'!, pour (jui la deuxième bénédiction est seule primitive, et celle de 
M. Blau, pour qui la première introduit le Schéma (étant, comme lui, une opposition 
au parsismei et la seconde, le Décaloirue [[ieLiie. XXXI, 192 . 

2. Cf. I. Lévi, dans Bévue. XLVI, 214. 
.'}. Revue. VI, 68. n. 1. 

4. b. Ber., 11 6-12 a. Hai tient pour la prcmièn" upinioii. D'^j'NArî n2TtZ5n, éd. 
Harkavy. n" 258, p. 132-133. 
o. j. Ber., i, 8 ?. c. 1. 27). 

6. Cr. Kohler, dans Monatssvkrif'l, XXXVIl 18'Jo , 447. Une opinion difl'ereute dans 
Revue, XXXI, 34, n. 4. 

7. Revue, XXXI. 192-193. Il faudrait alors la supposer pourvue d'une euloirie ini- 
tiale. 



190 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

était, comme la première, récitée alternativement par l'olficianl et la 
communauté. Peut-êlre celle-ci se conteiUait-elle de l'écouler el do 
répondre par un amen à la fin. Il arriva plus tard que, par suite 
d'une méprise, cet amen fut incorporé au corps de la prière et 
prononcé par chacun avec elle. L'usage a disparu de nos jours 
et, avec lui, le texte qui en faisait mention '. 

On doit en dire autant de la troisième bénédiction, qui suit 
immédiatement le Schéma. Car la transition doit être immédiate, 
pour bien marquer que cette bénédiction se rattache étroitement 
à ce qui précède. Elle forme la suite des deux premières; c'est 
pour cette raison qu'elle n'a pas d'eulogie initiale (§ 12, 2°) et non 
parce qu'elle est « antérieure à la technique de la hcracha- » : 
comme disent les Tossafot, le Schéma ne constitue pas une 
interruption^. 

Ce n'est pas seulement un lien formel, mais aussi la suite des 
idées qui unit les deux premièies bénédictions et la troisième. 
Celle-ci est comme le couronnement de la série. Dieu y est invoqué 
non plus comme le créateur du monde et l'auteur de la révélation, 
mais comme l'exécuteur des promesses eschatologiques. Elle se 
rattache directement au paragraphe du Schéma qui évoque le 
souvenir de l'exode : la délivrance égyptienne est la promesse du 
salut à venir. Aussi la mention de l'exode doit-elle tigurer néces- 
sairement dans la bénédiction '. Par une habile transition, le 
leitmotiv est modifié au début pour se dégager naturellement du 
dernier verset du Schéma. 

Il faut retenir cette marche des idées si l'on veut reconstituer 
le texte primitif de la bénédiction, surchargée aujourd'hui dune 
longue profession de foi, qui en forme la première partie. M. Elbo- 
gen a fait fausse route quand il a cru que celle-ci était la partie 
primitive et essentielle, et que le morceau était originairement 

1. D'après le témoiirnage de plusieurs labbiiis allemands, lliihaii (citant R. HaiiaiieH, 
Rabiah, Rokéah. Or Zaroiia, ou lisait dans j. Bew. v: nsij' (D"IN) Nn'îtn l'^b'^N 1153 

rijiaai 'înt»:;"» iToy nniNai nan^n "în-)'»:;"' iw^n nm3-3 n?:s:y nnx 1»k 

•jITTOn nD13 3 ';"^3T ri'DDnn V^ Db'^IT^. Voir Ratner, p. 132: Habhitiowitz, dans 
Jérusalem, éd. Luncz, VU (1905), 161. l.a même opinion est citée dans Orhol llay>/im, 
11 f/, au nom de Nalisclion. 

2. Elbogen, Sludieti, p. 29. 

3. Toss. Ber., 46 o, s. v. m^inn "îD ; l'esuh., 104 6, s. v. yin. Dans l'office du 
Temple, où le Schéma n'est précédé que d'une bénédiction (g 20), il est suivi de trois 
bénédictions, la. nôtre et les deux dernières de la Tefilla. 11 y a là dislocation et rac- 
courcissement de la liturgie ordinaire. Le texte de la Miscbna [Tatnid, v, 1) est d'ail- 
leurs obscur. 

4. T. Ce?'., II. 1 ; j. Bcr., i, 9 (3 </, 1. 60). 



LA RÉCITATION DU SCHEMA ET DES BÉNÉDICTIONS 191 

une confirmation du Schéma'. De même que dans les bénédic- 
tions de la Haftara (v5 14i, la formule messianique forme la con- 
clusion et suit celle de la révélation : d"abord l'élection d'Israël, 
ensuite son salut futur. La troisième bénédiction du Schéma déve- 
loppe l'idée eschatologique ; elle se termine par une eulogie où 
Dieu est appelé le libérateur d'Israël et a reçu pour cette raison le 
nom de f/ueoulla, « délivrance ». Toute la première partie est de 
seconde et de troisième mains, comme l'attestent le style verbeux 
et les acrostiches amorcés. Mais même la seconde partie ne s'est 
l>as conservée dans toute sa pureté; elle est surchargée de répé- 
titions qui ressemblent à des doublets. A l'exemple de Rapoport et 
de Zunz^, et à titre de simple indication, on peut tenter de recon- 
stituer le texte à un stade ancien de son développement : « Il est 
véritable et constant que le Dieu de l'univers est notre roi, le 
rocher de Jacob, notre bouclier protecteur. (Doublet : en vérité, tu 
es le premier et tu es le dernier, et sans toi nous n'avons pas de 
roi sauveur et libérateur.) Tu nous a délivrés de l'Egypte, Seigneur, 
notre Dieu ; tu nous a rachetés de la maison d'esclavage. Tu as 
tué tous leurs premiers -nés et fendu la Mer Rouge. Roclier 
d'Israël, lève-toi au secours d'Israël et délivre comme tu las promis 
Juda et Israël, ainsi qu'il est dit : « Notre libérateur est le Seigneur 
Sebaot, dont le nom est : le Saint d'Israël. » Réni sois-tu, Seigneur, 
qui as délivré Israël^. » On remarque qu'ici encore l'eulogie finale 
est précédée d'un verset (Isa'ie, xlvii, 4i ; il est vrai que cette 
citation manque dans nos textes, mais elle figurait dans le rite 
français^ et s'est conservée dans le rite sefardi; comme elle est 
conforme au schème des bénédictions, elle doit être maintenue ou 
rétablie . 

22. — Les trois bénédictions qui encadrent le Schéma, « telle une 
pierre précieuse sertie dans une monture d'or, comptent, surtout sous 
leur forme primitive, parmi les plus belles productions de la liturgie 
juive ; la langue en est biblique et biblique l'esprit qui les anime ' ». 

1. Op cit.. 28-30. 

'2. Rapoport, Biographie de Kalir, p. 119: Zuuz. G. V.^, 383. Cf. Laiidshut, p. 50. 

3. Par analogie avec les eulogies correspondantes, on attendrait ici : qui délivres 
Israël rN3;, comme dans la 1' bénédiction de la Tefllla. Est-ce l'indice que notre béné- 
diction rappelait seulement la délivrance miraculeuse du passé? En tout cas, ce n'est 
pas une oraison, mais un article de foi (cf. Elbogen, dans Monalsschriff, XLVI 
[1902], 339, n. 5,. 

4. Voir J. Q. R., VI, 332. 

0. L. LOvf, Gesammelte Schriften, IV, 135. 



192 HÉVUE DES ÉÎL'UliS JUJVliS 

Ce qui IVappe dans ces prières, qui conslituenl iéléineul le plus 
ancien du rituel, c'est la plénitude d'une i)ensée sûre d'elle-même, 
mais développée avec sobriété. Elles contrastent avec les prièrrs 
postérieures, qui. moins riches d'idées, procèdent par accumu- 
lation de mots et par juxtaposition de cenions. Elles datent dune 
époque où la liturgie est le miroir lidèle d'une théologie con- 
sciente '. 

Elles forment un tout harmonieux, où les idées se suivent logi- 
quement, de sorte qu'il n'y a pas lieu de les disjoindre et de leur 
assigner à chacune une époque ditïerente. Elles olTrent des ana- 
logies avec les bénédictions de la Haftara ; ici une bénédiction sui- 
la promulgation de la loi, là une bénédiction sur la véracité de la 
révélation; ici une bénédiction sur la délivi-ance d'Egypte, présage 
de la délivrance future, là deux bénédictions sur la restauration de 
la ville sainte et de la dynastie davidique. Le maftir développe 
l'idée messianique en deux formules; eu revanche, les deux der- 
nières bénédictions du Schéma sont précédées d'une bénédiction 
sur la ci'éation et la lumière, qui a sa raison d'être dans l'obligation 
de réciter le Schéma à la première heure du jour, mais qui intro- 
duit d'ailleurs de la manière la plus naturelle l'ensemble de la 
prière. Dieu est le créateur de l'univers avant d'être le protecteur 
d'Israël; la formule univei'saliste pi'écède la formule proprement 
juive, comme celle-ci précède la formule messianique. 

Dans le slylc, on peut également noter des analogies entre les 
deux groupes de bénédictions ; comparer, pour le vocabulaire, 
bN-iû)"^ Tix- et D''7:bi:>n bD mx et, pour la construction, yhiy^ Tm 
-lv^ Dbiyb nrbj» ^ et ûp-^n aru-^ xb -nniî '', dans des passages qui 
excluent l'hypothèse d'un emprunt. 

Enfin, et c'est ce qui importe à la suite de notre démon- 
stration, la récitation alternée, attestée par Masséchet Soferini 
pour les bénédiclions de la Haftara (j^ 43), était également usitée 

1. Sur la tt théologrie v des bénédictions du Schéma, v. quelques mots dans Bousset, 
Die Religion des .hulenhims. . .. i" éd.. p. 169. 

2. La présence de ces mots dans la bénédiction est réclamée ]iar Josué b. I.évi 
(m' siècle), j. lier., i. 9 (3 d, 1. 09 . 

:!. A la (in de la première bénédiction du Schéma dans l'office ilu suir. qui est un 
doublet de celle du malin (Blau. Revue. XXXl, lO-S, n. 2; Hiiihler. ifjid.. L, 177-181]. 
Cette phrase a sa place dans une bénédiction du Schéma, celui-ci étant une luoclama- 
tion delà royauté divine (M. Ilrr., ii, 2;. 

i. Cette construction pléonastique, où le verbe est encadré par deux adverbes syno- 
nymes, a été siynalée par J. Derenbourg, Revue, XIV, 28. — "liriN manque dans les 
éd. de Masséchel Soferini . xiir, 11, mais figure dans de bons textes, v. MuHci-. 
p. 18i, n. 5(;. 



LA HÉGITATION DU SCHEMA ET DES BÉNÉDlCÏIOiNS 19.1 

pom- celles du Schéma (§ 18). iS'oiis serions donc fondé à traduire 
yiz'c hy 0-13 par « conpei' en deux, c'est-à-dire réciter sur le mode 
alterné ce qui se rapporte au Schéma » (III, i/i.), et cette expression 
sappliqueriiit toujours aux bénédictions. Mais nous négligeons cette 
explication, parce que le terme by o"id est réservé au Schéma, tandis 
(|ue la récitation alternée était employée pour d'autres bénédictions : 
nous l'avons montré pour celles de la Haftara et nous allons le 
montrer poui* d'autres. 

Maurice Libek 

(A suivre.) 



1. I.VII. N" 114. 



13 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT 

KT LE SINAI 

DANS 

LA RELATION PRIMITIVE, L'ÉVOLUTION DU TEXTE BIBLIQUE 
ET LA TRADITION CIIRISTIANO-MODERNE 

(suite m 



III 



SINAI DE J ET UOREB DE E. 

Les données du problème de la montagne divine de la tradition 
primitive sont réunies et mises en ligne depuis longtemps, et si la 
question paraît encore obscure, si le plus grand nombre des savants 
modernes continuent à accepter l'extraordinaire solution du Sinai 
en Midian, sur la côte orientale du golfe d'Akaba, cela tient, 
comme nous allons voir, à une notion fausse de la signification 
d'un seul terme. La vérité, cependant, est simple et facile à mettre 
en lumière. 

Tous les critiques modernes, nous le savons, commencent par 
considérer les deux passages de Jug., v, 4, et Deut., xxxiii, 2. où 
l'arrivée de lahve du Sinai est décrite. Le cantique de Debora dit 
d'abord Jug., v, 4) : « labve, quand tu t'élevas au-dessus du Seir, 
(juand tu t'avanças des cbami)s d'Kdom... » La Bénédiction de 
Moïse, plus précise, nomme le Sinai (Deut., xxxiii, 2) : « lahve arrive 

1. Voir plus haut, p. 19. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SI.NAl 19b 

du Sinai, il se lève du côté de Seir, il éclate des montagnes de 
Pharan, il vient de Meribath-Kadesh ' . . . » Dans ces passages, dont 
celui de Habaquq, m, 3, est une réplique lointaine -, tous les termes 
géographiques sont bien clairs. Seù' elEdoin, comme il est indiqué 
à plusieurs reprises dans la Bible, désignent la môme région, 
l'Edom historique limité au nord par la Palestine et à l'est par 
l'Arabah ^ ; Sei?' est le vieux nom, celui des occupants du sol à 
répoque antéhébraïque, ces Horites, fih de Seir, que l'invasion 
édomite refoula ou recouvrit '. Phara/i, dont il a été question au 
cours du § 1 ci-avant, couvre du côté du sud, comme on sait, un 
domaine plus vaste, jusqu'au centre au moins de la péninsule de 
Tôr, mais peut être considéré au nord comme défini de la même 
manière que Seir, par le 0. Arabah et le territoire palestinien. 
Kadesh, enfin, ou Meribath-Kadeslt, est l'oasis souvent nommée 
dans la Bible et aujourd'hui bien reconnue (Ain Gadis, celte porte 
de la Palestine méridionale qu'on rencontre au sortir de la grande 
steppe de Pharan- Seir-Edom. 

11 résulte de là que pour le vieux poète de Debora et pour l'auteur 
de la Bénédiction, lahve arrivant du Sinai se montre dans la direc- 
tion de Kadesh et du désert qui limite la Palestine au sud et forme 
l'arrière-plan de Kadesh. Il n'en résulte pas autre chose, et les 
textes en question ne nous apprennent pas si le point de départ de 
lahve est à plus ou moins grande distance au sud ou au sud-est, en 
Arabie comme beaucoup de modernes le prétendent, ou plus près 
de Kadesh, dans le Seir-Edom compris entre Kadesh et l'Arabah, 
ou enfin, comme certains croient le comprendre, aux portes de 
Kadesh ou à Kadesh même. On élimine en partie l'incertitude en 
faisant intervenir la remarque évidente de Winckler, constatant 
qu'à l'époque la plus ancienne la résidence du dieu ne peut avoir 
été conçue comme très éloignée de celle du peuple, c'est-à-dire de 
la frontière méridionale de la Palestine, et que le Sinai, par suite, 

1. Meribath-Kadesh facile à rétablir dans le texte altéré. La correclioii est faite 
depuis loiiirtenips par WelUiauseu ; v. Proleg., .5' éd., p. 349. 

2. « Dieu vient de Theman, le Saiut [Kadesh] éclate des montagnes de Pharan. » 
Theman est une partie d'Edum (Gen., xxxvi, H, 15), de sorte que comme indications 
f:éog;raphiques on n'a rien de plus ni de moins, ici, que dans les deux passages 
anciens. 

3. Sur l'oniplacemeut de Se?/", cf. Lagrange dans Hev. Bihlique, 1899, p. 374 suiv. , 
où l'auteur réfute utilement la thèse d'après laquelle le mont Seir serait situé à l'est du 
0. Arabah. 

4. V. le résumé bibliographique d'Is. Lévy dans Sphinx, IX (1906), p. 80 et n. 2, et 
en dernier lieu Is. Lévy, Les Horiles, Edom et Jacob etc., dans Rev. des Et. Juives, 
Ll U906), p. 32-ol. Nous aurons à parler des Horites plu» loin (même §). 



196 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

doit ùtre place dans le désert au sud de Kadesli et à petite dislauce. 
Il est curieux de remarquer qu'Holzinger, en raison de ce qu'on 
sait sur Kadesli et la tradition primitive de la révélation de la Loi, 
conclurait sans hésitation que le Sinai est à Kadesli, s'il n'y avait 
que lindicalion de Debora avec Seir el Edom, mais que l'énuméra- 
lion Sinai-Scir-Pliaran-Kadesh le trouble, comme si cette liste de 
noms définissait un itinéraire, supposant enire Sinai et Kadesh luie 
certaine dislance : il n'en est rien cependant, car Sptr et Pharan 
désignent le même territoire, (jue Kadesli limite sur la fron- 
tière palestinienne, et pour le Judéen qin parle, ces trois termes 
définissent une seule et même chose, le point de l'horizon où surgit 
le dieu, son arrivée du sud. 

Est-ce à dire que dans la conception cori-espondante, le Sinai est 
à Kadesh même? Non, sans doute, car alors Seir, Edom. Pharan, 
c'est-à-dire Tarrière-plan de Kadesh. ne seraient pas. évoqués. Son 
loin de la frontière palestuiknne est la formule à laquelle on peut, 
avec Winckler, se tenir. Mais on possède un moyen de recherche 
d'un tout autre ordre, qui ne fournira pas, à vrai dire, de précision 
plus grande au point de vue de la localisation géographique, mais 
présente sur les considérations précédentes l'avantage d'une 
relation beaucoup plus étroite avec la nature intime du pro- 
blème : la détermination de la patrie dit /jeaa-prrr de Moïse. 

Les considérations de cet oi'dre. elles aussi, sont pratiquées 
depuis longtemps, et tous ceux qui mettent le Sinai en Midia/i, 
depuis Wellhausen jusqu'à Ed. Meyer, font ainsi parce que le 
beau-père de Moïse, dans l'une des traditions que J a recueillies, 
est appelé prêtre de Midian Ex., ii, 16 , et que cette dénomination 
se réfère, ils l'admettent, au sacerdoce de lahve du Sinai. Mais 
pourquoi prêtre de Midian doit-il être compris comme s'il > avait 
prf'trr du Sinai? Les adeptes de la théorie Suiai-Midian n'ont 
jamais posé la (luestion, et raisonnent sur la relation affirmée 
comme sur une sorte d'axiome. Ils n'ont pas tort de la considérer 
<omme exacte, et nous les suivrons dans cette voie, mais pas avant 
d'avoir nettement compris ce qui nous y autorise. Or, lorsqu'on 
sépare, comme le font Baentsch ' en J900 et Meyer-' en 1900, les 
fragments enchevêtrés de J et de ¥. qui forment actuellement 
Ex., [i-iv et dont la remise en ordre permet de rétablir presque 
complètement lune et l'autre version en ce qui concerne la fuite de 
Moïse au désert, le récit de la numifestation divine et de la mission 

1. BauutsL'Ii, /i'./ .-/.et'., p. ) i-;M. 

2. Ed. Meyi r, Die Isiueliteii, [i. o suiv. 



I 



LE SEJOUK DES ISRAELITES AU DESERT ET LE SINAl 197 

reçue d'aller chercher le peuple en Egypte, on arrive à voir que 
dans J, à qui appartiennent exclusivement les noms de Midlan 
pour le pays Ex.. ii, lo, 16, iv, 9) et de prêtre de Midian pour le 
beau-père (Ex., ir, 16 . la montagne divine n'est évoquée ni direc- 
tement, ni par raliiision la plus lugitive, de sorte que si on n'avait 
que la seule relation de J, il serait impossible de soupçonner entre 
Midian et Sinai un rapport quelconque. Mais dans E, par contre, 
où le beau-père s'appelle letro (Ex., m, 1, iv, 18i et où le nom du 
pays n'est pas donné, on apprend que ce beau-père de Moïse a sa 
résidence près de la montayne de Dieu, le Horeb (Ex., ni, 1 . Cela 
étant, on peut raisonner sur J d'après E, en vertu d'analogies de 
signilication inévitables et certaines. Le beau-père de Moïse, indi- 
gène du désert, et la montagne de lahve, sont deux objets égale- 
ment connus de J et de E. nommés différemment, il est vrai, mais 
dimporlance si grande quil n'est pas possible que de J à E se 
produise une différence notable dans les fonctions qui leur sont 
assignées par le récit. Si dans E, comme on vient de le voir, le 
l)eau-père babite auprès de la montagne divine, ce n'est pas une 
rencontre fortuite, mais une situation nettement voulue par le 
narrateur, et dès lors on peut admettre, bien que cela ne soit dit en 
aucun endroit du récit de J, que dans J les choses étaient ordon- 
nées de la même manière. Mais si la montagne, dans J — Sinai de 
celte version — est également la demeure du beau-père, il devient 
évident que le titre de « prêtre ^> que porte le beau-père a rapport 
au sacerdoce de lahve de la montagne, et l'on peut même induire 
alors, par réaction de J une fois expliqué sur E, que letro, lui 
aussi, était prêtre de lahve de la montagne — Horeb — dans la 
ti-adition de E, 

Nous le répétons, il n'est pas d'autre moyen de justifier la mise 
en relation du beau père de Moïse, dans J, avec le Sinai En léalité, 
on le sent bien, cette relation est impérieusement nécessaire parce 
que le beau-père ne repi'ésente plus rien s'il ne représente le culte 
du lahve de la montagne sacrée, en opposition et en liaison avec 
le culte du lahve de Kadesh, que représente Moïse. jNous admettons 
cette interprétation bien plutôt comme nécessaire que comme 
démontrée, malgré le raisonnement par analogie qui précède. 
Remarquons, maintenant, que ce raisonnement ne suppose en 
aucune manière l'identité topographique du Sinai de J avec le 
Horeb de E dans les conceptions des rédacteurs, mais seulement 
l'identité de la relation où sont ensemble le beau-père et la mon- 
tagne ; et aussi, en ce qui concerne J, que la figure en relation 
avec le Sinai n'est pas celle du prêtre de Midian d'une tradition 



198 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

particulière, mais celle du berm-père de Moïse, quels que soient 
le nom et la patrie que lui assignent plusieurs traditions voisines. 

Ce sont les indications de ces traditions diflérentes que nous 
allons réunir sous nos yeux maintenant, pour voir dans quel pays 
elles situent le beau-pt^re, c'est-à-dire la montagne. Il n'y aura aucun 
inconvénient à envisager en même temps les traditions recueillies 
par J et celles qu'on trouve dans E, ce qui nous permettra de 
constater l'identité ou la divergence des conceptions topographiques 
des deux documents en ce qui concerne la montagne. 

Commençons par J. En [)remier lieu, mention d'un prt'tre de 
Midiaii anonyme, une seule fois, Ex., ii, 16: lorsqu'on trouve 
l'épitliète/jyr/ye de Mid'tan accolée au nom de letro dans le texte 
de E de m, 1, et xviii, 4, elle constitue évidemment une sorte de 
glose, due au compilateur de JE, et tendant à indiquer que letro 
et le prêtre de Midian sont une seule personne. Dans le môme 
esprit, les Septante écriront « Io6op, prêtre de Midian» au verset 
précité II, 16, où l'hébreu, conservé dans la forme orginalede J, dit 
seulement « prêtre de Midian ». Même phénomène de contamination 
dans un but d'identification, mais plus ancien que JE et accompli 
dans l'intérieur du document J, dans Nombr., x, 29, où le beau- 
père apparaît sous la dénomination de Hobab ben ReoiieJ, Midia- 
nite : il a été signalé plusieurs fois * qu'à cet endroit Midianite est 
substitué, par assimilation avec Ex., ii, 16, à Tépithète Kainiie qui 
accompagnait primitivement le nom de Hobab comme il a lieu dans 
d'autres endroits que nous allons voir. Avant d'y arriver, observons 
encore que ce Hobab ben Heouel de Nombr., x, 29, est l'origine 
d'une autre intercalation de commentaire dans l'intérieur de J, 
celle d'Ex., ii, 18, où à peu de distance de prêtre de Midian de 
II. 16, le beau-père apparaît sous le nom de Reouel sans autre 
qualilicalion "-. 

Que représente Hobab ? La forme tout à fait pi'imitive de la tradi- 
tion à laquelle il appartient se rencontre sans doute dans Jug, i, 16, 
où il est parlé, non même de Hobab, mais de Kain, beau-père de 
Moïse. Ces deux noms de Hobab et de Kain que porte le beau-père 
dans Nombr., x, 29, et Jug., i, 16, permettent en effet de restituer en 
toute certitude, dans Jiig.,iv, 11, HQbablr A'^^/'/î/Vr aiilieu de Heber 

1. Budde, conini. ilf ./".y., à propos de Jutr., i, 16; vnii Gali, Al/isr. Kiillsl., p. 8. 

2. Viiii GalI, Al/isr. Kultst., p. 8 ; Holzinircr, Numeri, p. 40; BaentsMi, E.v.-Lev., 
p. )."(. — Conurifi llobah ben Reouel de Nombr., x, 29, est la seule explication possible 
do Heouel (TKx., ii, 18, je ne comprends j)as comment Meyer (Die hraelilen, p. 91) 
j)eiit vouloir que llobah ben Reouel, à cotte place do Nomhr., soit de rédaction posté- 
rieure. 



LE SEJOUR DES ISRAELITES AU DÉSERT ET LE SINAI 199 

le Kainile que porte le texte altéré ("on, faute de copie pour aan) : 
Hobal) est donc essentiellement du peuple de Kain. La même chose 
est encore répétée par la glose qui accompagne la mention précitée 
de Jug , IV, il, glose ancienne, d'ailleurs, et qu'on peut considérer 
comme appartenant à un commentaire de 7; mais le texte, à cet 
endroit, est très altéré et demande à être examiné avec attention. 
Dans son état actuel, il porte : « Haber (lan, v. un peu plus haut) le 
Kainite se sépara de Kain, des fds de Oohab ann), beau-père de 
Moïse. » Dans la dernière partie de la phrase, la restitution de anm 
en ann est presque évidente ; mais nan, immédiatement avant, étant 
déjà restitué en ann, il en résulterait un nnn-sens flagrant, «Hobab... 
se sépara... des fils de Hobab », si l'on n'observait que la mention 
finale « fils de Hobab, beau-père de Moïse » est une glose explicative 
rattachée au mot Kain qui précède '. La phrase primitive, dans sa 
rédaction correcte, est : « Hobab le Kainite se sépara de Kain » ; 
nous y reviendrons un peu plus loin à propos de Kain, ainsi qu'au 
rôle singulier que joue Hobab le Kainite dans la suite du même 
chap. Jug., IV, où il reparaît, son nom écrit trois fois -lan (vv. 17, 
21 1 par suite de la même faute de copie qu'au v. 11. 

On trouve trace dans J, en résumé, de deux traditions sur l'ori- 
gine du beau-père de Moïse, la tradition de Midkm et la tradition 
de Kain ; elles se manifestent, dans le détail, de la manière 
suivante : 

Tradition de Midian : Ex., ii, 16 : Le prêtre de Midian, beaii-pèrc de 
Moïse. 
Jug., I, 16 : Kain, beau-père de Moïse. 
Jug., IV, il : Hobab le Kainile (et dans la glose : 
Tradition de Kain <| Hobab, beau-père de Moïse). 

Nombr., x, 29 : Hobab ben Reouel |. Kainile], beau- 
père de Moïse. 

Dans E, la tradition est par contre tout à fait uniforme, et toutes 
les fois que le beau-père apparaît (Ex., m, l, iv, 18,xviii, Ij, il s'ap- 
pelle invariablement letro sans nulle qualification autre : rappe- 
lons que l'épithète de prMre de Midian, dans m, 1 et xviii, 1, lui fut 
imposée, par assimilation avec Ex., ii, [Q, de J, par le compilateur 
de JE ou un commentateur de la compilation. En somme, les 
deux traditions de J et la tradition unique de E fournissent, pour 

1. La restitution de Oohab en llobub et la séparation de la glose postérieure sont 
déjà faites par Meyer, Ismelilen, p. 90, u. 2. U semble par contre que dans la première 
parUe du verset, la plus ancieune, Meyer ne voie |)as, comme il le faudrait, la nécessité 
de coriiçer Ifehev en Hobali {Israelilen. p. I>06). 



200 tlEVUE UES ÉTUDES JUIVES 

déterminer la patrie du beaii-père, un certain nombre de noms do 
peuples ou de personnages dont les significations se manifes- 
leront concordantes on discordanles, et dont voici la colleclion 
complète : 

( tradition A... Midian. 
( tradition R... Kain, Hol)ali, Uooiicl. 
K leJro. 

Nous allons les t'tudier successivement 

Kain. — On lit, dans l'histoire de la campagne de Saiil contre les 
Amaléciles (I Sam., xv , que Saill, avant le combat, somma les 
Kainiles qui se trouvaient dans les i-angs ennemis de faire défection, 
leurdisant(v. Oi : « Allez-vous-en, retirez-vous du milieu d'Amaleq... 
car tu as été le bienfaiteur d'Israël lors de la sortie d'Egypte. — 
Alors Kain se retira du milieu d'Amaleci. » Ce passage capital 
fournit la clef de tout ce qui concerne Kain. Célail un clan amalé- 
cile qui passa dans le camp d'Israël au lemps des premières guerres 
royales el fut considéré à cause de cela, par les historiens, comme 
l'ancien et précieux ami des temps difficiles. Kain, beaii-père de 
Mo'isc, est présent à la pensée du rédacteur lorsqu'il fait dire aux 
Kainites par Satil : «Retirez-vous, je ne veux point vous frapper 
comme ennemis, car vous fûtes les amis d'Israël lors de sa sortie 
d'Kgypte » ; mais il est aisé de se rendre compte que si l'on choisit 
Kain pour être le beau- père de Moïse, lorsqu'il fallut trouver à 
Moïse une parenté de cet ordre parmi les tribus du désert, c'est 
précisément en raison du souvenir historique de l'alliance qui 
s'était conclue entre Israël et Kain au cours de la guerre amalécite. 
Par une transposition naturelle, on imagina que cette adhésion de 
Kain à Israël remontait au temps même de Moïse, et c'est ainsi 
que prit naissance, après celui de lépisode de la guerre de Saiil 
qu'on vient de voir, le curieux récit dont les fragments disloqués 
se retrouvent dans Nombi., x, et Jug., i. 

La scène se passe à Kadesh, comme tout <h' (jui concerne l'his- 
toire du ])euple au désert dans la tradition primitive de J : — 
(Nombr., x, 29 Moïse dit à llobab ben HcouoJ {le Kabnlc\ son beau- 
père : Nous partons pour nous rendre au lieu que lahve doit nous 
donner; viens avec nous, et nous te comblerons de biens.. (30 
Hobab lui répond : Je n'irai point avec vous, je retournerai dans 
mon pays... 81) Ne nous abandonne pas, insiste Moïse, nous avons 
besoin de toi comme guide dans le désert, (32^ et pour pi'ix de tes 
services nous le ferons participer à toutes nos acquisitions. — \ai 



LK SEJOUR DES ISUAELITES AU DESERT ET LE SLNAI 201 

Kainite, de toute évidence, se laisse enfin fléchir et donne son 
concours au peuple. Cette fin de l'histoire a-t-elle disparu, comme 
le croit Holzinger ', supprimée par un rédacteur que choquait ce 
grand besoin de secours où Moïse s'était trouvé? Nullement, car on 
la retrouve, cette fin, projetée à grande distance au milieu d'un 
texte avec lequel elle est absolument incohérente: elle est cons- 
tituée par le passage cité un peu plus haut de Jug., iv, H, 
dont le texte, débarrassé des gloses postérieures et corrigé comme 
nous Tavons expliqué, donne simplement : « ...Et Hobab le Kainite 
se sépara de Kain... et résida près de Kadesh. » La cohésion est 
parfaite avec le début de l'histoire, qui explique aussi, comme on 
voit, le détail incompréhensible autrement de la séparation du 
Kainite davec Kain : car c'est Hobab seul qui. dans l'esprit de 
ranecdole,étaitrol)jet des instances de Moïse et pour satisfaire Moïse, 
il se sépare de son peuple. Le rédacteur, évidemment, a complète- 
ment perdu le sens historique véritable. Pouilant, sa phrase : 
« Hobab le Kainite se sépara de Kain » rappelle la phrase historique 
de I Sam , xv, 6 : « Kain se retira du milieu d'Amaleq », d'une 
manière beaucoup trop caractéristique pour n'en pas être inspirée. 
C'est qu'en fait, l'épisode transposé à l'époque de Moïse est un 
décalque fidèle de l'épisode de la guerre de Saûl, dont I Sam., xv, 6, 
ne forme que le commencement, et dont la conclusion, tout à fait 
parallèle à celle de la version dérivée de Jug , iv, il, se retrouve 
dans le passage non moins connu de Jug., i, 16, très claire, bien que 
défigurée de la manière la plus bizarre par l'incompréhension des 
compilateurs. Le texte, altéré en outre, a été rétabli par Hollenberg - 
et donne alors ce qui suit: « Et les enfants de Kain, beau-pèie de 
Moïse, montèrent de la ville des palmiers, avec Juda, dans le désert 
d'Arad dans le Négeb ^ ; et il alla et demeura avec Âmaleq. » Meyei-. 
déjà, a indiqué ' qu'au début du verset il faut restituer AVz/;? au lieu de 
Bne Kain, qui est de rédaction postérieure ; de môme, nous n'hésitons 
pas à supprimer de la version primitive les mots beau-père de Moïse 
qui n'ont que faire ici s'il s'agit, comme il paraît clair, de la suite 
de l'histoire du temps de Saûl. On i-emarque, d'autre part, la con- 
tradiction des deux assertions: «Kain vint avec Juda » et «Kain 
demeura avec Amaleq », ainsi que le manque de toute relation entre 
le domaine géographique de Juda et le désert d'Arad. dont la men- 

1. Holzinirer, \um., p. 40. 

2. Holleuborg. dans ZATW, I (1880). p. 102 ; cf. sur le même sujet Ed. Meyr. même 
vol., p. 1.37, et Ismelilen. p. 393-.394. 

3. On peut comprendre aussi, peu différemment : « dans le désert du sud d'Arad ». 

4. Ed. Meyer, Israélite», p. 90, n. 2. 



•202 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



tion se rapporte bien plutôt à Amaleq ; il n'y a pas là toutefois, 
comme Meyer le suppose ', une maladresse de rédacteur superpo- 
sant les situations où se sont successivement trouvés les Kainites, 
avant et après la guerre de Satil, mais simplement un cas de dépla- 
cement ultérieur d'une phrase. C'est ce dont rendra compte plus 
clairement le petit tableau qui suit, dans lequel nous restituons, 
paralh'h'ment, le texte historique de l'épisode de la gueri-e de Saiil 
et celui de l'histoire dérivée attribuée au temps de Moïse. 



TEXTE HISTORIQUE 

I Sam., XV, 2-5. Début des opéra- 
tions contre Amaleq. 

Jug.,i, 16 6. [Et Kain était] au désert 
d'Arad dans le Negeb (ou du sud 
dWrad), et il demeurait avec 
Amaleq. 

I Sam., XV, 6. Et [Saiil] dit aux Kai- 
nites : Allez, partez, sortez d'entre 
Amaleq, de peur que je ne te dé- 
truise avec lui; car In as agi ami- 
calement avec tous les fils d' Israël 
lorsqu'ils montèrent d'Egypte '. 
Alors Kain se retira d'entre Ama- 
leq. 

Jug., I, 16 a. Et I\ain monta de la 
ville des palmiers, en haut, avec 
Juda. 



LEGEXnE PARALLELE ET DKRIVER 



-Xomb., X, 29. Moïse sollicite Hobab 
30. Hobab refuse. 
31-32. Moïse insiste. 



Ju£f. 



11. Et Hobab le Kainite se 



sépara de Ivain , et dressa ses 
tentes jusqu'à la vallée de Sen- 
nim, qui est près de Kadesh. 



Ces deux histoires, l'originale et la dérivée, ont été, comme on 
voit, victimes de fragmentations analogues. On ne comprend pas 
pourquoi la fin du premier texte est venue se perdre en Jug.. i, au 
milieu des guerres chananéennes, ni pourquoi la fin du deuxième 
fut empruntée, avec le nom de Hobab le Kainite, pour jouer un 
rôle dans l'histoire de Jahel et de Sisera : peut-être fallait-il au 
narrateur que le chef chananéen fût mis à mort par un ami 
disraël? Dans l'état actuel du récit, eu tout cas, c'est dans la tente 
de Jahel, femme de Hobab le Kainite^, que le Chananéen se réfugie 
(Jug., IV, il, 21), et cette étrange circonstance, sans doute intro- 



1. K(l. Meyer, hraelilen. p. 393-394. 

2. La j)liiase en ilaliciiies est le commentaire expliratif jxtstérieur, inlrmluit sous 
rinllu'ence de la légende dérivée une fois cré'je. 

3. Pour la correction de ~i3n en ann, ici comme au v. 11 du même chapitre, v. ce 
qui est dit plus haut à pro[)os des mentions diverses du nom de Hobab. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI 203 

duite dans Tbistoire en premier lieu, paraît être celle qui exigea, 
pour être expliquée, l'intercalation un peu plus haut du passage 
du V. H. 

Pour compléter ce tableau du Kain biblique, il reste encore à 
considérer le rôle qu'il joue dans la forme primitive de la légende 
de Kain et dAbel. Cette histoire de frère meurtrier n'avait pas, à 
lorigine, la signification grandiose et terrible que le compilateur 
ancien paraît avoir voulu lui donner et qu'y trouve, en tout cas, le 
lecteur moderne. C'était une très simple histoire tendant à expli- 
quer par quelle disgrâce Kain avait été condamné à mener à 
perpétuité la vie farouche des nomades ' ; Kain y est conçu, comme 
on voit, dans sa situation primitive de clan bédouin, et cela montre 
que la légende est antérieure à l'époque où Kain, détaché d'Amaleq, 
devint un allié d'Israël. Beaucoup plus tard, lorsqu'on rédigea pour 
la première fois la Genèse, cet épisode de signification très limitée 
eut la fortune singulière dètre placé aux premières pages du livre, 
immédiatement après l'histoire du premier couple humain, et le 
sens original s'oblitéra immédiatement, car Kain, seul survivant 
des deux frères, est bien forcé d'assumer le personnage d'ancêtre 
du genre humain, ce qu'on voit dans Gen., iv, 17 suiv. Le résultat 
final est que ce Kain de la Genèse n'a plus rien de commun 
avec l'Amalécite, dont la malédiction faisait l'objet de la légende 
primitive. 

Au point de vue de la localisation de Kain, qui est le résultat 
auquel nous voulons arriver, il faut retenir de tout ce qui précède 
que Kain est un clan d'Amaleq, connu pour s'être séparé de ses 
congénères au début de la période royale d'Israël et avoir pris rési- 
dence, comme dit Jug., iv, II, près de Kadesfi. Pour terminer cette 
information, il nous faut voir maintenant ce qu'était Amaleq. 

Contrairement à ce qui a lieu pour Kain lui-même, nous 
sommes très exactement renseignés par la Genèse sur l'ascen- 
dance d'Amaleq, fils d'Éliphaz, le fils aîné d'Ésaii, et de 
Timna, fille de Seir ^ : Amaleq est donc un bâtard édomite- 
horite. Cette image généalogique n'est pas la seule qui ex- 
prime le croisement, sur le plateau du Seir, de l'ancienne race 
des aborigènes de l'époque antéhébraïque, les Horites, fils de 
Seir^, avec la race des conquérants édomites ; on sait qu'Ésaii, 

1. Le texte de la léL'eude primitive comprend Geu., iv, 3-o, 8-12, 16. Les vv. 6-7 
sont très postérieurs, et 13-1.5, intercalé, tend à expliquer l'origine du siffne de Kain, 

2. Gen., xxsvi, 12, à quoi cf. 22. 

3. Le tableau des clans Jji jrites dans Gen., xxxvi, 20-30; mentionnés en outre, comme 
occupants anté-édomites c'u Seir, dans Gen., xv, 6. et Deut.. ii. 12. 22. De très rares 



204 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de la même manière, a pour femme Oliolibama, fille d'Ana. fils de 
Sebeon, fils de Seir^ Il est remarquable qu'en ce qui concerne 
Amaleq, qui comprend Kain, nous soyions immédiatement renvoyés 
ainsi aux deux termes Edom et Seir, qui servent anciennement, 
comme nous savons, à définir la direction d'où surgit labve-. Mais 
nous avons sur Amaleq des renseignements de caractère plus 
direct e( proprement historique. Des mentions de Nombr., xni, 30, 
et XIV, !2o, il résulte clairement qu'Amaleq habite les confins méri- 
dionaux de la Palestine, et qu'il est le premier peuple auquel Israël 
se heurtera dans son entreprise de conquèle. Dans le second pas- 
sage, ainsi que dans le récit de la bataille malheureuse qui remplit la 
fin du même chapitre, Nombr. , xiv, 39-4o, Amaléviles et Chnnauccns 
sont considérés ensemble et sont victorieux ensemble à Horma 
(v. 45) : le nom de cette place donne la clef de la confusion dont ce 
récit est le résultat, car c'est à Hornta que dans le récit de J, en 
une autre circonstance, fut battu Arad, roi des Chanancens, qui 
habitait vers le siid (Nombr., xxr, I, etc.); l'histoire de la bataille 
chananéenne à Horma fut mise en relation, plus tard, avec celle du 
combat que les Amalécites vinrent livrer aux Israélites à Raphidim 
(Ex.. xvH, 8-14 , et comme ce dernier épisode appartient certaine- 
ment à E, on voit que la fusion qui produisit le récit de Nombr., 
XIV, ne peut être antérieure aux dernières couches de E. Dans 
l'élément original de E que nous a constu-vé Ex.. xvu, on ne trouve 
aucune indication sur la situation de Raphidim, et l'on ne peut rien 
induire à ce sujet eu raison de l'extrême imprécision ou la topo- 
graphie du voyage au dései't était tombée, comme nous verrons, 
sous la main du rédacteur de E. Les mentions tout d'al)ord citées 
de Nombr., xiu et xiv, suffisent à montrer, cependant, que le 
domaine d'Amaleq est, sinon au nord de Kadesh comme le com- 
prend Meyer-', du moins dans le désert aux abords de celte place; 
et cela est confirmé |)ar Gen., xiv, 7, qui, par la manière dont est 
détaillé l'itinéraire de l'invasion élamite, exprime clairement le 
voisinage de Kadesh et des .Vmalécites. 

mentiotis ilu nom dos Horites, en Palosliiif, ii.iraissrnt iiidiiiucr (|iio dans ce pays 
comme on Seir ils formaient l'idément antcliébi-aïquc do la iiuiuilatlun : v. ce i\\w dit 
à ce snjot Ed. Mi'.ver. hnielilen, p. .331-.'5.'?G. Pour l'iiistoiro dos oriirincs d'Édom ot do 
la conqnôto ('dumito du Seir, v., en dotnior liou, Is. Li'vy, I^es Iforiles, lùlo») pI .laculi 
dans les )noniimenls érfi/plietis, dans lier. îles I'.IikIck jiiires^ LI (1006;, p. \\± suiv 

1. Gen., xxxvi, 14, 20, 24. 2."i. 

2. Rappelons ([ue Jug., v, 4, à\\. Êtlum et Seir. et Doul., xx\ni. 2, Seir, l'harau ol 
Kadesh; Habaqnq, m, 3, de même, parie do Theinmi, (|iii ost un clan édondte (Gen.. 
XXXVI, 11, 13), de Kadesh (mal compris) et do Pharan. 

3. Ed. Meyer, Ismelilen. p. 389. 



LE SEJOLR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SLNAI 20b 

Qu'Ainaleq habile le désert imniédialenient au sud de la Palestine, 
cela ressort encore des récits des guerres entreprises contre eux 
par Saiil I Sam., xv) et David (ISam., xxvii, 8, xxx, 1 suiv. ; c'est 
au chap. xxx de I Sam. iv. 13 suiv. qu'apparaît le plus en évidence 
le caractère de pillards redoutables qu'étaient les Amalécites, et 
les raisons de la haine mortelle que les Israélites de l'époque histo- 
rique avaient vouée à ces Bédouins pour leurs déprédations; et l'on 
comprend mieux, après cela, les promesses d'extermination dont 
le rédacteur de E fait suivre le récit de la bataille de Raphidim 
(Ex.. XVII. i4, 16). 

Amaleq ne nous intéresse ici qu'au j)oiiit de vue de sa localisation, 
et parce qu'à l'origine il comprenait Kain. Notons donc en résumé 
qu'Âmaleq habite la marche désertique du sud de la Palestine et 
les abords de Kadesh ; son nom représente exactement le Bédouin 
d'Édom-Seir, le bâtard édomite-horite de la généalogie de la 
Genèse, gent hostile et redoutée dont Kain se détacha pour venir à 
Israël au temps des premières guerres royales. 

HuBAB. PiKuLEi.. — Le nom de Hobab, (|uine se rencontre dans la 
Bible que poar désigner Hobab le Kainite ou le beau-père de Mo'ise. 
ne fournit pas de moyen supplémentaire de localisation géogra- 
phique. 11 n'en est pas de même de Reouel, qui est un fils d'Ésaii 
d'après Gen., xxxvi, 10, 13, 17, et I Chron., i, 3o, 37. Avec ce nom, 
nous retrouvons donc simplement Édom. c'est à-dire l'ancêtre 
hébreu d'Amaleq-Rain ; nous avons une vérification, non un 
renseignement nouveau. 

Ietro. — Le nom. en dehors de l'histoire de Moïse, se rencontre 
trois fois dans la Bible, une fois comme ismaélite, sous la forme 
leter IGhron.,ii, 17, IRois. ii,o ou letrn II Sam., xvii,2o'), une autre 
autre fois dans la liste généalogique d Ismaël de Gen., xxv, où l'on 
trouve V. lo) letur parmi les fils d'Ismaël, une fois enfin dans la 
liste plusieurs fois citée plus haut des clanshorites, sous la forme du 
nom de Irtran ' Gen., xxxvi. 26, I Chron., i, 4i\ fils de Dison. fils de 

1. La iiiodifjcatiou de la désinence, de Ietro ou lelru à lelran. n'a rien d'anormal- 
le Alwan liorite de Gen., xxxvi, 23, répond de même au Aiwa édomlte de 40 du même 
cliap., le Hilkun liorite du même clia|i. est idenUque à BiUm rie Gen , xxix, 29, xxx. 
:J, 4, 7, servante de llairhel et concubine de Jacob [\. à ce sujet Dillmanu, Genesin, 
p. SSl, et Stade, Geackichle, I, p. 146, u. 1 , et l'on se rapi>eiie, pour l'avoir vu au 
§ I ci-avant à propos de P/iaran, ([ue le même nom reparait plus tard sous la forme 
P/tara. De manière tout à fait analoirue le nom du port du fond du golfe d'Akaha, 
depuis les plus anciens i;eographes grecs jusqu'au vu' siècle de notre ère, oscille sans 
se flxer euti-e les formes du type- Ailu et celles du type Ailnn voir Pi. Weill. fM 
[iresqu'iie du .Si/(a<, 1908, p. 109 . 



200 BEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Seir. letro de E est donc horite ou ismaélite. La première indication 
se confond avec l'une de celles qu'on possède sur le Kain (Amaleq)de 
J, car Amaleq est de croisement édomile-horile. Quanta l'indication 
d'Ismaël, elle nous conduit chez un peuple analogue en tous points à 
Amaleq, qui habite le désert de Pharan (Gen., xvi, l'a, xxi, 20) ; il 
est fils d'Abraham et de cette Hagar, « Égyptienne », dont la men- 
tion soulève des problèmes non encore définitivement résolus '. Son 
domaine, Pharan, est plus vaste vers le sud que celui d'Amaleq, 
qui confine plus précisément à la Palestine méridionale, mais Pha- 
ran s'étend certainement jusqu'aux abords de Kadesh et sur une 
bonne partie du Seir, de sorte qu'au point de vue territorial, Amaleq 
et Ismaël se recouvrent au moins en partie. Malgré l'analogie des 
deux races dans la Bible, on croit compiendre que leurs noms 
ne désignent pas absolument la même chose, et quismaël est un 
terme de portée plus générale dans l'étendue du plateau égypto- 
arabe; c'est ce qu'exprime l'image généalogique qui rattache à 
Abraham, par Hagar et Ismaël, tous les Bédouins du Sud jusqu'au 
0. Arabah, — de même qu'on fera également remonter à lui, par 
Khatoura, un autre vaste groupe de tribus arabes orientales, - tandis 
qu'Amaleq. plus circonscrit, est considéré comme parent plus 
proche, arabe ihorite] seulement pour moitié, et pour l'autre moitié 
édomite, c'est à dire descendant d'Isaac. 

Avec le nom de letro, qu'il soit horite ou ismaéhte, nous retrou- 
vons donc des indications territoriales peu différentes de celles que 
fournit la considération de Kain-Amaleq et de Reouel ; elles se 
résument, ici, dans les deux termes de Seir et Pharan, ceux même 
dont fait usage le vieux rédacteur de la Bénédiction de Moïse pour 
définir la direction de la venue de lahve. 

MiDiAN. — Jusqu'ici les diverses désignations examinées, relatives 

1. H. Winckler observe [Das nordarabische Land Musvi, dans Altor. Forsch., 1, 
1893, voir p. 30-37) que tout ce qui intéresse Hagar et son fils se passe au désert, et 
qu'il est iinpossii)le que cette femme de Misr ait rien de commun avec TÉgypte : c'est 
un de ses arguments les plus forts à l'appui de ce que le Mi.sr biblique, dans le sens 
primitif du terme, n'était [las l'Étrypte, mais le désert à l'est de l'isthme. Sur le point 
particulier de Hagar, Ed. Meyer réfute Winckler avec moins de véhémence qu'ailleurs 
[Israelilen, p. 436). et il se rencontre presque avec lui, partant d'un autre point de 
vue, lorsqu'il incline [ib., ]). 32i)-328) à reconnaître Hagar dans les Ilagririim. Ayapr,voi, 
Ayapaiot de I Cliron., vi, 10, 19-20, avec qui Ruhen eut à combattre au tenqis de Saiil 
et qu'il faut chercher quelque part en arrière dAmmon et de Moab. Une rencontre de 
noms fortuite entre Hagar et les Hagareens historiques est cependant possible. Ces 
Hagaréens, d'autre part, sont-ils identiques au peuple voisin du golfe d'Aila, Agraioi, 
Agrées, Agra, Kgra, Ilaegia, dont on trouve mention chez Eratosthènes. Strabon, 
Denys Périégète, Pline et Ptolémée? On n'ose répondre. 



LE SÉJOUK DES ISRAÉLITES AU DESERT ET LE SLN'AI 20" 

au beau-père de Moïse, qu'elles proviennent de J ou de E, nous 
ont conduits aux abords de Kadesh, en Seir, en Pbaran, c'est-à-dire 
dans le désert qui conûne au sud de la Palestine et que limite à 
l'est le grand fossé d'Arabah. La dernière dénomination du beau- 
père dans J, celle de Midian, a-t-elle rapport elle aussi à la même 
région ? Ce n'est pas, nous le savons, l'opinion ia plus généralement 
acceptée depuis Wellhausen. Ed. Meyer, après avoir constaté ' le 
rattachement artificiel et tardif à Abraham, par sa dernière femme 
Khaloura, de Midian et d'un certain nombre d'autres peuples du 
désert (Gen., xxv, i-4j, persiste après beaucoup d'autres à identifier 
Midian avec le Madian historique des géographes arabes. Ce 
Madian, nous apprennent-ils, est une localité du rivage de la mer 
Rouge, où Moïse abreuva les troupeaux de Schouaïb - et où il éta- 
blit sa résidence^ ; c'est une « ville du peuple de Schouaïb, de la 
lignée de Madian, fils d'Abraham '■ » ; elle est à six jours de route 
de Tabouk et sur la même latitude "^ L'emplacement précis de la 
ville a été retrouvé par Burton ^ et par Beke, qui a constaté' la 
survivance du nom et la persistance de la tradition de l'identité 
avec le Midian biblique, dans le district de Makna, sur le bord 
oi'iental du golfe d'Akaba. Makna, qui s'appelle aussi Midian, 
d'après les indigènes, est à 130 kilom. environ du fond du golfe ; à 
quelques kilom. de distance à Test existe une oasis de Moghair 
Schouaib^, la «grotte de Schouaïb», où les Arabes montrent le 
lieu où le pro]ihète Moise priait Dieu, la «mosquée de Moïse», 
ruine d'un édifice qui appartenait certainement à la ville connue 
des écrivains du moyen âge. Il est bien évident que dans ce nom 
et dans cette tradition, née de la rencontre des noms de Midian et 
de Madian, il n'y a rien de plus respectable que dans d'autres tra- 

1. Ed. Meyer, IsraelUen, p. .312-314. 

2. Evidemment la transcription du nom biblique Hobab. 

3. Istachri, dans A. D. Mordtmanu, Das Buch der Lancier etc.. p. 10; Edrisi. dans 
A. Jaubert, Geogr. d'Edrisi, i, p. 333; Yakoùt, éd. Wùstenfeid, iv. p. 4.51; Ibu el 
Ouardi, dans de Guiçnes, Notices el Exlrails des mss.. Il ^1789 , p. 42, et Hylander, 
Operis Cosmographici Ibii el Vardi etc., 1823, ji. 79; Macrizi, Descr. hisl. el géogr- 
de l'Egypte, trad. Bouriant, dans Méin. miss. avch. franc. Caire, XVII (189.5 , p. 537. 

4. .Macrizi, loc. cil. 

0. Istacliri et Yakoùt, loc. cil. 

6. Burton, The Gold-M-nes of Midian, I^IH, p. 331. 

7. G. T. Beke, Discoveries of Sinai in Arabia and of Midian, 1878, p. 338-351. 

8. Burckbanlt. dans sa carte d'.Arabie Travels in Arabia), inscrit Moghuir-Shaib 
à la place de Makna • cf., pour Makna, les caries de la péninsule sinaïtique qu'on trouve 
dans diverses éditions de Baedeker. — Mogliair Schouaib = MaJina = Madian, à 
130 kilom. au sud du fond du golfe, sont à 6 jours de distance d'.Vkaba. et non 6 milles 
comme le dit par erreur Ed. Meyer [Isrnelilen, p. 312;. 



208 REVUK DES ÉTUDES JUIVES 

dilions qui ineltenl. par exemple, un oiiadi ScJiuaaib au pied du 
G. Mousa, à proximité immédiate de Sainte-Catherine. 

Le nom du Madian aral)ique. cependant, est authentique et fort 
ancien, cai- Ptolémé£ vi, 7, 2, vi, 7, 47) le mentionne déjà dans 
la même région, sous la forme Madiann, Madiama. Plolémée, 
naturellement, n'est pas suspect de chercher des identifications 
avec les localités hihliqiies. Mais parmi les écrivains anciens qui 
connaissent la Bible, Josèphe et Kusèhe, suivis par Etienne de 
Byzance, fixent leur attention sur le Midian de l'histoire de Moïse, 
et ils sont d'accord, dit Ed. Meyer, pour l'identifier avec le 
Madian oriental de la côte dArabie. Or, cette assertion de Meyer 
n'est pas exacte, comme il a été établi par Is. Lévy dans sa note 
récente sur Midian dans la géographie de Josèphe '. Le Midian où 
Josèphe fait se réfugier Moïse n'est nullement à l'est du golfe 
dAkaba, mais bien loin de là, en Troglodijtide, sur le bord occiden- 
tal de la mer Rouge. Cette localisation est à rapprocher de celle 
d'Ézéchiel le Tragique, pour qui le pays où Moïse s'est réfugié est 
VÉthiopie ; mais il n'y a d'analogie que dans le résultat, car 
Ézéchiel a été conduit en Ethiopie par l'épithète de Koushit, appa- 
i-emment 1' « Éthiopienne », qui semble être appliquée à Cippora la 
Midianite - dans Nombr., xii, 1, tandis que la situation de Modianè 
sur la côte africaine de la mer Rouge, qui apparaît chez Josèphe à 
la manière dune chose acquise et notoire, a des origines plus com- 
pliquées. On arrive à comprendre, dans les différents passages des 
Ant. Jud. où les descendants de Khatoura sont mentionnés, que 
Josèphe les place tous en ïroglodytide, et cela, parce que certains 
auteurs, comme Cleodème Malkhos, ont identifié Éphra, fils de 
Midian, avec Afri, l'Afrique. On voit, sans entrer dans le détail de 
ces curieuses erreurs, que Josèphe n'a aucun soupçon dun Midian 
arabique, et en général qu'en ce qui concerne la localisation de 
Midian, son autorité na rien de respectable; la même conclusion 
doit être étendue à Eusèbe, qui combine les aberrations bibli- 
ques de Josèphe avec la documentation étrangère à la Bible de 
Ptolémée. 

Le terrain ainsi débarrassé de la vieille identification préconçue 
avec le Madian de la côte dArabie, il reste à localiser le Midian 
biblique, s'il est possible, avec les seules indications de la Bible. 

1. Is. Lévy, Soles sur lu fjéoyraplde biblique de Joxépfie. l. Midian, dans Itev. 
des Et. Juives. LIV (i907), p. 4o-oO. 

•2. Episode étudié par Is. Lévy, Moïse en Ethiopie, dans lifiv. des Et. Juives. LUI 
1907}, p. '201 sniv. 



Le séjour des ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SIXaI 209 

Nous apprenons d'abord, dune manière générale, que les Khatou- 
rides habitent du côté de l'Orient Gen., xxv, 6-, probablement, 
dans Tesprit du rédacteur, à l'est des royaumes. Ensuite, une note 
relative à Âdad, quatrième des anciens rois édomites indépendants 
Gen., XXXVI, 3o), nous montre les Midianites en Moab. ou ils sont 
battus, et tout au long de l'histoire de la guerre de Gédéon contre 
les Bédouins envahisseurs qui fait l'objet de Jug., vi-vii, l'ennemi 
est désigné plusieurs fois par la formule : Midianites, Amalécites 
et tous les autres peuples de l'Orient (Jug., vi, 3, 33, vu, 12 ; ils 
passent le Jourdain et traversent le pays dans toute sa largeur, et 
lors de leur retraite après la défaite, on attend les fuyards Midia- 
nites seuls à celte place, Jug., vu, :24 aux gués du Jourdain. Il est 
difficile de savoir quelle confiance méritent ces traditions anciennes 
en ce qui concerne la situation orientale des Midianites ; c'est 
particulièrement une chose très étonnante de voir, dans la guerre 
de Gédéon, les Amalécites entrer en Israël par le nord de la mer 
Morte, et l'on se demande si Midianites et Amalécites nestpas un 
cliché désignant les pillards du désert en général. Retenons, cepen- 
dant, la mise en relation dans cette histoire de Midian avec Amaleq, 
dont nous connaissons la situation certaine sur les contins méridio- 
naux de Juda, car voici sur Midian un dernier renseignement qui le 
place, non plus àlest des royaumes, mais en Pharan-Seir, et auquel 
il faut attribuer une valeur prépondérante à cause de sa date rela- 
tivement récente et de son caractère historique incontestable. Il 
s'agit du petit prince dÉdom qui fuyant linvasion Israélite, au 
temps de Salomon J Rois, xi, lo suiv.;, quitta son pays et prit la 
route d'Egypte par Midia?i et Pharan : Midian, d'après cet itiné- 
raire, est entre Édom et Pharan, et par suite compris, de même 
quÉdom-Seir, dans les territoires que désigne le nom général de 
Pharan, c'est-à-dire le grand plateau entre l'Arabah et listhme. Tel 
était le Midian que connaissaient positivement les rédacteurs de la 
première période royale. 

Rien nempêche, d'ailleurs, de concilier avec ce résultat les indi- 
cations, mentionnées un peu plus haut, qui pour une époque anté- 
rieure à la royauté, placent Midian à l'est de la ligne de la mer 
Morte ; il suffit d'admettre que dans son acception primitive, Midian 
est un terme géographique de portée étendue, qui règne à la fois 
à l'ouest et à l'est du 0. Arabali. Considérant, de plus, le Madian 
historique de la rive orientale du golfe d'Akaba, on est tenté 
de voir dans le nom en question une vieille dénomination de 
l'Arabie du nord-ouest, dont le domaine enveloppait à une certaine 
époque l'extrémité du golfe d"Akaba et s'étendait, à l'ouest, sur le 

T. LVII, >- 114. 14 



210 



HËVUE DES ÉTUDES JUIVES 



Seir jusqu'aux confins de la Palestine, et au nord, sur le tlanc 
oriental de TArabah jusqu'à hauteur de la mer Morte. Plus tard, le 
nom disparut sous les qualifications régionales particulières et sur- 
nagea seulement dans certains districts isolés, le Midian de Seir, 
peut être ce!ui des Bédouins de lest de la mer Morte, en tout cas 
celui de la cùto arabique où sont les ruines d'une ville aussi nommée 
Midian (Madian . Cette bistoire. comme on voit, est exactement la 
même que celle d'un autre nom ancien de grande portée, celui de 
Pharan, qui couvre encore tout le désert égypto-arabe à l'époque 
biblique avant de se fixer en des localités éparses de l'aire primi- 
tive, notamment l'oasis et la ville de Pharan de la péninsule de la 
mer Rouge. 

Le seul Midian qui nous intéresse ici, cependant, est celui du 
désert sud-palestinien dont I Rois, xi, 18, nous a permis de cons- 
tater la situation à l'époque historique. Il est évident qu'il ne faut 
pas chercher ailleui'S le Midian et le prêtre de Midian d'Ex., ii, et 
cela permet de comprendre, entin, l'allure rapide de la narration 
dans Ex., ii, lo, où Moïse arrive en Midian sitôt après avoir passé 
la frontière d'Egypte. On constate, alors, la plus parfaite concor- 
dance de toutes les indications que fournissent les noms du beau- 
père de Moïse, dans les différentes traditions, sur la localisation 
géographique du personnage, et par suite, sur la localisation de 
la montagne divine à laquelle il est lié. C'est ce que montre en 
résumé le tableau suivant : 



.NOMS RELATIFS 

AU HEAU-l'ÈHK 

UE MOÏSE 


RENSEIGNEMENTS 
i; EN É A LOGIQUES 


LOCALKSATION RKSULTANT 


des renseignements 
généalogiques 


de renseignements 
liistoriques directs 


Kain (Amaleqi 
Reouel 

letro 

Midian 


Edom-Seir 

Edom 

Seir 

Ismael 


Seir 

Seir 

Seir 

Pharan 


Environs lie Kadesch.cunôos mé- 
ridionaux de la Palestine. 

IMiariin 



On retrouve donc en fin d'analyse, pour définir la position de la 
montagne, lesMeux termes d'étendue différente, le plus restreint, 
Seir, compris dans les limites du plus général, Pharan^ que nous 
rencontrions déjà, à propos de l'arrivée de lahve et en relation 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SIXAI 211 

avec Kaflesh, dans le texte deDeut., îxxiii, 2. Nous avons pourtant 
avancé diin grand pas depuis cette indication et celle analogue de 
Jag., Y, 4, qui pouvaient sembler ne donner que la direclion dans 
laquelle la tradition ancienne conc^^vaitla montagne; nous savons 
maintenant que Seir et Pliaran ne définissent pas seulement la 
direction, mais aussi le territoire même sur lequel la montagne 
était située. Au cours de notre enquête nous avons découvejt en 
outre, et bien sans lavoii' chercbé, que la conception géograpbique 
de la montagne est la même dans la tradition de J et dans celle 
de E, car Kain, Reoiiel et Midlan, qui appartiennent à J, conduisent 
aux mêmes définitions de localité que letro fourni par E GVst donc 
la même cbose, dans l'espi'il des lédacleurs anciens, que Sinai et 
Horeb. non seulement au point de vue du rôle de la montagne sacrée 
dans l'histoire des origines religieuses, mais encore en ce qui con- 
cerne le lieu où elle se trouve. L'acquisition de ce résultat ne sera 
pas sans utilité plus loin, lorsque nous chercherons à reconstituer 
les traits du voyage au désert tel que se le représentait le rédacteur 
de E. 

Maintenant qu'il ne peut plus être question de la localisation du 
Sinai à l'est du golfe d'Akaba, il est intéressant de s'arrêter une 
minute a l'idée d'un Sinai rolcan, anciennement conçue par Beke, 
retrouvée par Gunkel et acceptée par Gressmann et par Ed. Meyer. 
On connaît la thèse, que Gressmann expose d'une manière particu- 
lièrement affirmative ' : la théophanie sinaïtique d'Ex., xix, est la 
peintuie d'une éruption volcanique, tellement hdèle qu'il est néces- 
saire que l'épisode ait un fondement historique véritable. Gunkel, 
signalant les mêmes caractères de la scène biblique, n'en tirait 
aucune conclusion relativement à l'emplacement de la montagne'-, 
mais Meyer, qui place le Sinai de J à l'est du golfe d'Akaba, est 
heureux de constater que « les volcans sont nombreux dans l'Arabie 
occidentale, notamment au sud-est de Midian, sur la route de 
Tebouk à la Mecque par Médine ^ ». En fait, on sait que le grand 
efîbndrement de la mer Rouge, que prolonge en oblique l'effon- 
drement du golfe d'Akaba, de la mer Morte et du Jourdain, est 
bordé du côté de l'Arabie par une véritable chaîne de volcans, et que 
la liaute berge qui domine à Test ces grandes dépressions géolo- 
giques porte à sa crête d'innombrables ciatères éteints dont quel- 

1. H. Gressiiiann, Der Irspruiiy iler Israelilisc/ten-judischeu Eschatologie, l9Ua, 
p. 42-46. 

2. H. Gunkel, note d;ins Deutsc/ie Litteratuvzeitung, X.\IV (1903), p. 3038-9. 

3. Ed. Meyer, dans Stzb. cl. Kon. Preuss. Ak. cl. Wiss., 1905, p. 641, et Die 
Israeliten. p. 69. 



212 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ques-uns n'avaient pas perdu toute activité aux temps historiques'. 
Mais ces volcans d'Arabie sont-ils les seuls qui aient pu présenter 
aux Israélites la saisissante image d'une éruption? Gressmann s'est 
donné la peine de constater^ que bien plus près de leur domaine 
il y a dans plusieurs régions des volcans éteints, d'abord ceux du 
bord oriental de la mer Morte, qui appartiennent au grand système 
dont nous parlions tout à l'heure, puis, du côté opposé, le cône du 
G. Ed. Dabi dont la lave est descendue jusque dans la plaine de 
Jezréel, au sud enfin, plusieurs cônes volcaniques en plein territoire 
édomite^. Ce n'étaient pas, conclut Gressmann, les volcans qui ont 
pu manquer aux Israélites primitifs pour avoir l'idée d'une éruption. 
En ce qui nous concerne, nous nous bornerons à observer que les 
vieux volcans de la région édomite permettent de concilier la théorie 
« volcanique » de Gunkel et de Gressmann avec la situation bien 
constatée du Sinai dans le désert au sud de la Palestine. 

Il reste à nous poser une dernière question sur l'emplacement du 
Sinai-Horeb des traditions primitives. « Derrière Kadesb, en Seir, 
en Pharan », disent la Bénédiction de Moïse et le chant de Debora ; 
« non loin de Kadesh, en Seir, en Pharan », répliquent les indi- 
cations tirées des noms divers du beau-père de Moïse. N'est il pas 
possible d'arriver à plus de précision topographique, à une locali- 
sation proprement dite dans les limites du secteur ainsi défini? 

On peut répondre nettement qu'en effet ce n'est pas possible. 
Comme l'exprime celle des traditions anciennes qui fait du beau- 
père de Moïse un Kainite, c'est-à-dire un Amalécite, la montagne 
est à proximité du territoire palestinien, mais ce qui caractérise 
principalement son emplacement, c'est qu'elle est située, — la 
Bénédiction le laisse entendre, — au delà de Kadesh. c'est-à-dire 
dans le désert où l'on ne pénètre pas, car le sanctuaire de Kadesh 
marque l'extrême limite du territoire occupé, sinon parcouru par les 
Israélites à l'époque hisloriqiie. On arrive ainsi à comprendre que 
la montagne divine n'a pas de localisation précise ; c'est un lieu 
redoutable, une montagne de flamme où réside le dieu, que nul 
homme vivant n'a jamais visitée et qu'on connaît seulement par la 
tradition reçue des ancêtres; on se la représente dans le sud, tout 
près du territoire national parce que le dieu ne peut s'en éloigner 
beaucoup et parce que l'imagination géographique primitive n'a pas 
la notion des grandes distances dans l'inconnu, mais, si voisine 

1. Cf. OUo LoUi, Die Vulkonref/ion Harra's vu/i Arabien nachJâkât, ilan< ZD.Wf;. 
XXll (1868), p. 365-382. 

2. H. Gressmanu, loc. cit., p. 48-49. 

3. Cf. RiUer, Erdkunde von Asien, XIV, p. 1046, XV, p. ITi. 



lE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI 213 

qu'on la suppose, reculée derrière Thorizon, essentiellement inac- 
cessible et invisible. Les ancêtres même, dans l'esprit de la tra- 
dition la plus ancienne, n'ont pas vu la montagne sacrée car 
l'expédition du peuple au Sinai pour recevoir la Loi est une inven- 
tion .de J- ; comment donc les contemporains de cette tradition non 
encore oblitérée oseraient-ils chercher le lieu terrible, et supposer 
qu'ils ont réussi à le voir? La montagne de lahve, on peut lafûrmer, 
est un lieu auquel ne conduisent pas les routes des hommes. 

En d'autres termes, Sinai-Horeb est un concept mythologique. La 
tradition primitive, comme il est expliqué depuis longtemps, gardait 
un souvenir intense du sanctuaire iahvistedeKadesh. auprès duquel 
la mise en relation du peuple avec le dieu s'était accomplie, croyait- 
on. par l'entremise de Mo'ise, et il semble que dans ces conditions 
le plus simple eût été de concevoir le dieu, à la manière ordinaire, 
comme résidant dans le temple où allaient sacritier ses fidèles. 
C'est bien d'ailleurs ce qui avait lieu, Kadesh étant un domaine de 
lahve; mais en outre, pour des raisons qui nous échappent entiè- 
rement, on avait admis que Kadesh n'était pour le dieu qu'une 
demeure secondaire, où il se transportait quand il était besoin, 
notamment pour s'entretenir avec le peuple, et qu'il résidait habi- 
tuellement dans le désert hors de la vue des hommes. Le Sinai- 
Horeb une fois conçu, de cette manière, par l'imagination iahviste 
primitive, il avait fallu expliquer la relation où étaient ensemble ce 
lieu sacré interdit et invisible, et l'autre lieu sacré où le dieu était 
également présent, mais où les hommes avaient libre accès; et l'on 
créa alors un personnage qui serait ï homme du Sinai comme Moïse 
était Vhomme de Kadesh, et qu'unirait à Mo'ise un lien de parenté 
correspondant à la filiation du sanctuaire et du sacerdoce de Kadesh 
par rapport à ceux du Sinai : ainsi le beau-père de Moïse, prêtre 
du Sinai, prit naissance. Nous comprendrons cela mieux encore 
quand nous aurons constaté, plus loin, que très anciennement déjà 
Moïse est conçu comme le premier prêtre. Nous verrons aussi qu'il 
existe, dans le texte, d'autres indices de la relation étroite qu'on 
supposait entre le sanctuaire réel et le sanctuaire mythique, et que 
ce n'est pas sans raison que dans la tradition de J le nom de la 
montagne, ■'3"'D. est identique à celui du Buisson. ?i;o, où lahve se 
manifeste pour la première fois à Moïse. Car le Buisson n'est autre 
chose que le lieu sacré de Kadesh ; c'est ce dont nous allons nous 
rendre compte avec Ed. Meyer, à qui l'on est redevable de cette 
belle découverte. 



214 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



IV 



LE SEJOUR AU DESERT ET KADESU DANS J '. 

A 

LA PREMIÈRE MANIFESTATION DU DIEU A MÛ15E. 

Dans le récit de la fuite de Moïse d Egypte au désert, de la révé- 
lation du dieu à Moïse, de la mission qu'il reçoit du dieu d'aller 
chercher le peuple en Egypte et de son retour en Egypte, qui rem- 
plit tout le texte dExode, dans son état actuel, depuis ii, lo, jusqu'à 
la fin de iv, les fragments de J et de E sont enchevêtrés dune 
manière assez compliquée, mais suffisamment bien conservés pour 
qu'on arrive à les séparer et à reconstituer, par leur mise en ordre, 
le texte presque intact des deux relations anciennes. C'est en ce 
qui concerne J que les résultats de ce travail présentent le plus de 
sécurité; pour E, les opinions diffèrent en plusieurs endroits sur 
ce qu'il convient d'attribuer à E même ou à un rédacteur postérieur, 
comme on s'en rendra compte en comparant la séparation des 
sources telle que la présentent, à la même date de 1900, Holzinger' 
et Baentsch^. Quant au texte de.l, Holzinger et Baentsch sont à peu 
de chose près d'accord pour la détermination des fragments qui 
lui appartiennent, mais Baentsch seul a vu clair'' dans une question 
de rangement tout à fait capitale, à savoir, la remise en place d'un 
grand fragment de J déplacé i)ar le compilateur de JE, coupé, 
d'ailleurs, comme il était déjà bien reconnu, de lambeaux de E et 
de larges intercalations postérieures, et perdu au chap. tv, de id 
à 26 a, alors que sa place véritable dans J reconstitué est entre la 
iin de ii et le début de m. La phrase ii, 23 a : « Et il arriva en ce 
temps que le roi d'Egypte mourut...» se continue sans lacune, en 
effet, par iv. 19 : « Alors lahve dit à Moïse en Midian : Allons! 
retourne en Egypte, car tous ceux qui en voulaient à ta vie sont 
morts »; cela répond exactement à ce que nous apprend plus 
haut II, 15, que le roi, informé du meurtre de l'Égyptien, >< se préoc- 
cupa de faire tuer Moïse ». Comme Baentsch l'aperçut, dès lors, 

1. H. Holzinger, Exodus (dans K. Marti, loc. cit.], pp. xv. 6-17. 

2. B. Baentsch. Ex.-Lpv. frlaiis \V. Nowaciv, loc cil.\ p 14-;n. 

3. Baentsch, loc. cit., p. 17. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI 21b 

avec une lucidité parfaite, Tordre du récit de J était le suivant : 
Moïse se réfugie en 3Iidian et s y marie ii, lo-22 a , puis le roi 
dÉgypte qui voulait le tuer vient à disparaître et lalive lui donne 
Tordre de rentrer en Egypte (ii. 23 a, iv, 19 , Moïse se met en route 
(iv, 20 a) et rencontre, en chemin, l'aventure victorieusement sur- 
montée de Taltaque divine l'iv, 24-26 «s après quoi il arrive au 
Buisson où le dieu se dévoile et lui donne ses ordres tu, 2-8 «, 
16 suiv.). Peu importe que Baentscli, comme nous lavons remarqué 
précédemment, croie encore que le Buisson est identique au Sinai; 
Tordre du texte de J dans Ex., ii-iv, est définitivement rétabli et 
Meyer, plus tard, n'aura qu'à partir de là pour des observations 
plus pénétrantes '. 

En d'autres points, d'ailleurs. Meyer améliore la séparation des 
sources, notamment lorsqu'il débarrasse J du fragment de dia- 
logue IV, 13-14 «, invraisemblable à cette place; dans le même esprit 
on peut alléger J de m, 17, qui répète évidemment m, 8 de la 
manière la plus inutile. Si Ton observe encore que ni. 6 6, d'après 
le contexte de E, ne peut appartenir à cette source et doit être res- 
titué à J-, on aura toutes les corrections qui peuvent être apportées 
immédiatement à la séparation des sources de Meyer. Nous en pro- 
posons une dernière, relative non à la séparation des sources, mais 
au rangement des fragments de J : l'interversion des passages iv, 
1-9 et IV, 10-12. Le premier traite des signes donnés par lahve à 
Moïse pour vaincre l'incrédulité éventuelle des Israélites, le second 
de l'inexpérience de parole de Moïse et de la promesse de concours 
qu'il reçoit à ce sujet, et les deux passages sont assez nettement 
distincts pour que B. Luther ait pu émettre l'opinion^ que 1-9 devait 
être complètement retranché de J. En ce qui nous concerne, nous 
voulons simplement faire passer 10-12 en tête de 1-9, et cela, pour 
mieux correspondre aux épisodes parallèles m, 11-12 et 13-14 du 
récit de E: car E, dans toute cette histou-e, suit l'ordonnance du 
récit de J avec une fidélité remarquable. 

Ces diverses corrections ont été introduites dans le tableau de 
séparation et de reconstruction qui suit, où nous mettons en paral- 
lèle les épisodes correspondants de J et de E, et sur lequel s'exer- 
ceront de manière commode les considérations ultérieures. 



1. Ed. Meyer, Die Israeliten (1906). p. 3-19. 

2. Déjà fait par Holzinger. 

3. B. Luther dans Meyer, Israeliten, p. 115. 



216 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



(L"histoire du meurtre de TÉgyptien se 
rontinue comme il suit:) 

II, 1d. Lorsque le roi fut infoi-mé de la 
chose, il se préoccupa de fai re- 
tuer xMoïse. Moïse s'enfuit de de- 
vant Pharaon, s'établit au pays 
des Midianites et s'assit là près 
du puits. 

16. Or, le prêtre de Midian avait sept 

tilles. Il arriva qu'elles vinrent, 
puisèrent et remplirent les auges 
pour abreuver les bestiaux de 
leur père. 

17. Mais les bergers survinrent et vou- 

lurent les chasser. Alors Moïse se 
leva,vint à leur secours et abreuva 
leurs bestiaux. 

18. Et, lorsqu'elles rentrèrent chez leur 

père, il leur demanda: D'où vient 
qu'aujourd'hui vous soyiez reve- 
nues si vite? 

19. Elles répondirent : Un homme 

d'Egypte nous a prêté main-forte 
contre les bergers, même il nous 
a puisé de l'eau et abreuvé le 
bétail. 

20. Alors il dit à ses filles : Et où est-il ? 

Pourquoi avez -vous laissé cet 
homme dehors ? Invitez -le a 
entrer afin qu'il prenne un repas. 

21. Moïse consentit a rester auprès de 

cet homme. Il donna sa tille 
Cippora k Moïse, 
22 (/. et elle lui enfanta un fils. 



NOTES EXPLICATIVES 

II, 22 b, commentaire sur le nom de Gersom donné au fils de Moïse, est posté- 
rieur et ne semble même pas devoir être attribué à E. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI 



217 



II, 23 a. Et il arriva en ce temps que le roi 

d'Egypte mourut. 
IV, 19. Alors lahve dit à Moïse en Midian : 
Allons ! Retourne en Egypte, car 
tous ceux qui en voulaient à ta 
vie sont morts. 
20 a. Alors Moïse prit sa femme et son 
fils, les mit sur un âne el s'en 
retourna vers l'Egypte. 

24. Or, en chemin, pendant le repos 

nocturne, lahve l'attaqua et voulut 
le tuer. 

25. Alors Cippora prit un caillou, s'en 

servit pour trancher le prépuce 
de son fils, et en toucha ses par- 
ties sexuelles, en disant : Tu es 
pour moi un époux de sang. 
26 a. Alors il lâcha prise. 
. . .(lacune). . . 

III, 2. Et lahve lui apparut dans une 

flamme qui s'élevait du Buisson. 
Et en y regardant, il remarqua 
que le Buisson était tout en feu, 
et cependant n'était point détruit. 



1. Or, Moïse gardait le troupeau de 
letro, son beau-père, et le condui- 
sit dans la région de l'autre côté 
du désert, et arriva ainsi à la mon- 
tagne de Dieu, le Horeb. 



2.3 a à restituer ainsi, en supprimant l'absurde intercalation postérieure du mot 
long « ... en ce long temps... ». — 236-24-25 appartiennent à P et forment la 
suite immédiate d'Ex., i, 14. Pour la continuité de ii, 23 a et iv, 19, voir Baentsch, 
loc. cit., p. 17, et ce qui est dit par nous ci-avant. 

IV, 20 a. La seconde moitié du verset appartient à E ; on la trouvera plus bas, à 
sa place dans le chap. iv. — 21-22-23 est de développement postérieur, et tout à 
fait incohérent avec son contexte actuel. 

24-26a est unanimement reconnu comme appartenant à J, sauf par B. Luther 
(dans Meyer, Israeliten, p. 114), qui en trouve le ton beaucoup trop primitif et 
anthropomorphique, et enlève purement et simplement le passage. 

26 6, commentaire tendant à expliquer l'usage de la circoncision par l'acte ainsi 
accompli pour la première fois par Cippora, est certainement de date postérieure, 
bien que ce ne soit l'avis ni de Holzinger, ni de Baentsch, ni d'Ed. Meyer. — Entre 
IV, 26 a et ni, 2, la portion perdue du texte de J est certainement de peu d'éten- 
due; on verra cela plus loin en détail. 

m, 1. L'intercalation « prêtre de Midian » après le nom de letro, due k RJE, a 
été signalée au précédent paragraphe. 



218 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



m, 3. Alors Moïse se dit : Je veux y aller, 
pour contempler ce spectacle 
extraordinaire, ce Buisson qui ne 
brille pas. 

4 a a. Mais comme lahve vit qu'il 
approchait pour voir cela, [il cria 
\crs lui,] 
b a. du milieu du Buisson, 

5. et dit : N'approche pas plus près, 
ôte tes chaussures de tes pieds, 
caria place sur laquelle tu te tiens 
est sol sacré. 

6 b. Alors Moïse cacha son visage, car 
il craignait de porter son regard 
sur Dieu. 

7. Alors lahve dit : .J'ai considéré la 
misère de mon peuple en Egypte, 
et entendu leurs clameurs à cause 
du travail de corvée, et je connais 
leurs souffrances. 

8 a. C'est pourqivoi je suis descendu 
pour le délivrer de la violence 
des Égyptiens, et le faire monter 
de ce pays dans un beau pays 
vaste, oii le lait et le miel débor- 
dent. 
16. Va donc, et rassemble les Anciens 
d'Israël et dis-leur : lahve, le dieu 
de vos pères m "est apparu, le dieu 
d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, et 



ni, 4 a fi. Alors Elohim cria vers lui, 

b ^. et dit : Moïse, Moïse 1 Et il répon- 
dit : Me voici. 

6 a. Alors il dit : Je suis le dieu de ton 
père, le dieu d'Abraham, le dieu 
d'Isaac et le dieu de Jacob. 



9. Or, la clameur des fils d'Israël est 
parvenue jusqu'à moi, et j'ai vu 
les tourments qui leur sont infli- 
gés par les Égyptiens. 



10. Va donc, je veux fenvoyer auprès 
de Pharaon, afin que tu fasses 
monter d'Egypte mon peuple, les 
Fils d'Israël. 



4. Curieuse imbrication des lambeaux de J et de E. — Dans J, restitution des 
mots « il cria vers lui », tombés dans JE par suite du recouvrement avec le 
membre de phrase identique de E. 

6 b. Déjà restitué à J par Holzinger. L'impossibilité de laisser ce demi-verset à E, 
après 6 a, ressort de ce qui! interromprait le discours du dieu sans que la reprise 
de ce discours fût mentionnée. 

8 b appartient à RJE. Le verset entier appartiendrait à RJE d'après Holzinger, 
qui préfère considérer comme appartenant à J la première partie du v. 17, à peu 
de chose près identique; mais l'indication de la reprise du discours, au début de 
17, rend cette manière de voir peu vraisemblable. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI 



219 



ma dit : Je veux me charger de 
vous et dp vos destins, qui vous 
ont été opposés en Egypte. 

III, 18. Et ils auront foi en toi. Alors tu te 

rendras avec les Anciens d'Israël 
chez le roi d'Egypte et vous lui 
direz : lahve, le dieu des Hébreux, 
nous est apparu, et nous voulons 
faire un voyage de trois jours dans 
le désert pour sacrifier à lahve, 
notre dieu. 

19. Mais je sais que le roi d'Egypte ne 

voudra pas vous laisser partir et 
emploiera la force. 

20. C'est pourquoi j'étendrai ma main 

et frapperai le peuple des Égyptiens 
avec tous les prodiges que j'ac- 
complirai parmi eux; et ensuite 
il vous laissera partir. 

21. Et je ferai que ce peuple soit en 

faveur auprès des Égjptiens, de 
manière que lorsque vous partirez, 
vous ne vous en alliez pas les 
mains vides. 

22. Chaque femme, en effet, emprun- 

tera des ornements et des vête- 
ments d'argent et d'or à sa voisine ; 
vous les mettrez à vos fils et vos 
filles, et ainsi dépouillerez les 
Égyptiens. 

IV, 10. Moïse, alors, dit à lahve : Permettez, 

Seigneur, je n'ai jamais été habile 



m, 11. Alors Moïse dit à Dieu : Qin suis-je, 
pour que j'aille chez Pharaon et 



17 appartient à RJE (v. note précédente). 

18. On reviendra, plus loin, sur l'important délai, au voyaqe de trois jours. 

19-22. Attribué à E, hypothétiquement, par Holzinger et Baentsch. Ed. Meyer, 
cependant, restitue le passage à J, observant très justement {Israeliten,*Tp. 11) que 
cette histoire d'objets précieux dérobés aux Égyptiens est, aux yeux du vieux 
rédacteur, des plus honorarables pour le peuple et pour le dieu. 

IV, 10-12 est remon,b par nous jusqu'à cette place, comme paraissant avoir 
engendré le « Qui suis-je... » de E dans ni, 11-12; ce dernier passage est d'ailleurs 



220 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



à la parole, ni jamais ni mainte- 
nant, depuis que tu t'entretiens 
avec ton serviteur, car je suis 
inexpérimenté de la bouche et de 
la langue. 
IV, 1 1. Alors lahve lui dit : Qui donc a créé 
la bouche de Thonime, qui rend 
muet ou sourd, ou voyant ou 
aveugle? Ne suis-je pas celui-là, 
lalivc ? 
Ost pourquoi va donc, je serai 
avec ta bouche et t'enseignerai ce 
que tu auras à dire. 

1. Mais Moïse revint à la charge, 
disant : S'ils ne me croient pas et 
n'ajoutent pas foi à ma parole, et 
disent : lahve ne t'est point du 
tout apparu ? 

2. Alors lahve lui dit : Qu'as-tu la dans 
ta main ? Et il répondit : Un bâton . 

.3. Alors il dit : Jette-le sur le sol. Et 
quand il l'eut jeté sur le sol, il se 
changea en \\n serpent, et Moïse 
s'enfuit devant lui 

4. Alors lahve dit à Moïse : Etends fa 
main et saisis-le par la queue. Et 



12. 



que je fasse sortir les Enfants 
d'Israël d'Egypte ? 



111, 12. Alors il dit : Je serai avec toi et ceci 
te servira de signe, que c'est toi 
que j'envoie : quand tu ramèneras 
le peuple d'Egypte vous viendrez 
adorer Dieu sur cette montagne. 



13. Alors Moïse dit à Dieu : Lorsque 

j'arriverai chez les Fils d'Israël et 
leur dirai : Le Dieu de vos pères 
m'a envoyé vers vous, s'ils me 
demandent: Comment donc s'ap- 
pelle-t-il? — Que devrai-je leur 
dire? 

14. Alors Elohim dit à Moïse : Je suis 

celui qui suis. Et il continua : Tu 
devras donc dire aux Fils d'Israël: 
Le « Je suis » m'a envoyé vers 
vous. 
IV, 17. Et prends dans ta main le bâton que 



également dérivé de iv, 1-9 de J, en ce qu'il y est question du siffne : mais dans iv, 
1-9 de J, les signes miraculeux sont pour vaincre l'incrédulité des Israélites, tandis 
que dans m, 11-12 de E, il y a seulement un signe pour Moïse lui-même : signe 
singulier, d'ailleurs, el consistant dans l'ordre de revenir avec le peuple pour 
sacrifier au dieu sur le lieu de ce premier entretien. Cette venue du peuple vers 
le dieu, au désert, est celle même prévue par J dans m, 18, de sorte que finale- 
ment E dans m, H -12 se manifeste comme ayant puisé ses éléments dans trois 
passages de J, m, 18, iv, 10-12 et iv, 1-9. Mais : 

IV, 1-9 de J, s'il a fourni le signe de m, 11-12 de E, a particulièrement pour 
correspondant m, 13-14 de E, qui vise de même une objection des Israélites et la 
manière d'y répondre, iv, 1-9 ayant ainsi engendré en partie m, 11-12 et m, 13-14 
de E, il est assez difficile d'admettre, comme le voudrait B. Luther (ioc. ci<., p. 115), 
que ce grand passage n'appartient pas à J. 

m, 13-14. La demande du nom du dieu, et sa révélation plus ou moins voilée, en 
cet endroit de E, ont pour correspondant véritable, dans J, l'épisode de l'attaque 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI 



221 




Moïse étendit sa main et le saisit, 
et dans sa main il se rechangea en 
un bâton. 

Afin qu'ils croient que t'est apparu 
lahve, le dieu de leurs pères, le 
dieu dAbraham, le dieu disaac et 
le dieu de Jacob. 

Et lahve lui ordonna encore : 
Plonge ta main dans ton sein. Et 
quand il l'eut plongée dans son 
sein et retirée, sa main était deve- 
nue lépreuse, blanche comme 
neige. 

Alors il dit : Plonge à nouveau ta 
main dans ton sein. Et quand il 
l'eut plongée encore une fois dans 
son sein et retirée ensuite, elle 
était redevenue comme le reste 
de sa chair. 



voici, avec lequel tu accompliras 
les prodiges. 
IV, 18. Sur quoi. Moïse s'en retourna près 
de son beau-père et lui dit : Je 
voudrais me rendre auprès de 
mes frères en Egypte, pour voir 
s'ils sont encore en vie. Et letro 
répondit à Moïse : Va en paix. 
20 b. Et Moïse prit le bâton de Dieu 
dans sa main. 



divine de iv, 24-26 a. On reviendra plus loin aux détails de ces importants passages. 

lu, 13, appartient très probablement à RJE. 

IV, 13-14 a « : « Mais il dit : Permets, Seigneur, envoie donc qui tu dois envoyer. 
Alors lahve se mit en colère contre Moïse et dit.... » est placé par Holzinger et 
Baentsch dans J, à la suite de iv, 1-9 et 10-12. C'est Ed. Meyer [loc. cit., p. 5) qui 
a détaché le passage de J, tout au moins de la version primitive de J, observant 
combien est invraisemblable, dans l'esprit de précision rapide du narrateur, cette 
troisième objection de Moïse venant après le règlement bien t&rminé de celles de 
IV, 1 et de IV, 10. En réalité, 13-14 a paraît être tout ce qui reste d'un développe- 
ment perdu de RJE, dont ce début aurait été utilisé, ensuite, pour introduire 
l'histoire d'Aharon de 14 6 16, 27-28 : « 14 6 ... N'y a-t-il pas Aharon, ton frère, le 
Lévite? Je sais qu'il s'entend bien à la parole. Et déjà il a le dessein de venir à ta 
rencontre et se réjouira dans son cœur en te voyant. 15. Alors il faudra que tu lui 
parles et mettes les mots en sa bouche; quant à moi, je serai avec ta bouche et la 
sienne et vous enseignerai à tous deux ce que vous devrez faire. 16. Et il parlera 
pour toi au peuple, de sorte qu'il sera ta bouche, et toi, tu seras son Dieu. 27. 
Alors lahve commanda à Aharon : Va à la rencontre de Moïse dans le désert. Et 
il alla, et rencontra Moïse à la montagne de Dieu, et l'embrassa. 28. Moïse l'in- 
forma de la mission que lai avait donnée lahve, et des signes prodigieux dont 
il lui avait prescrit l'accomplissement. » 

On peut considérer cet épisode, inspiré, dans la forme, de iv, 10-12 de J, où .Moïse 
signale qu'il nest pas orateur, comme appartenant à RJE, tandis que : 



^22 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



V, 1 a. Ensuite, Moïse se rendit [nès de 
Pliaraon, 



IV, 8. Si donc ils ne le croient pas et ne 
veulent pas ajouter foi au premier 
signe, ils entendront du moins 
l'autre signe et y croiront. 
9. Mais s"ils ne croient ni à l'un ni à 
l'autre signe et n'entendent pas 
ta voix, prends un peu d'eau du 
Nil et répands-la sur le sol, et 
cette eau du Nil, sur le sol, se 
changera en sang. 

29. Alors Moïse alla et il rassembla les 

Anciens des Fils d'Israël. 

30. Et il rendit compte de tout ce dont 

lahve avait chargé Moïse, et il 
accomplit les prodiges devant le 
peuple. 

31. Et le peuple y ajouta foi, et lors- 

qu'ils apprirent que lahve avait 
pris en considération les Fils 
d'Israël et leur misère, ils s'incli- 
nèrent et se prosternèrent. 
v, 3. Et ils dirent: Le dieu des Hébreux 
est venu vers nous ; nous vou- 
drions, pour cela, faire trois jours 
de route dans le désert, et là, 
sacrifier à lahve, notre dieu, afin 
qu'il ne nous frappe point de la 
peste ou du glaive. 

^Commence eosuite le récit des miracles accomplis devant le roi po.^r ohlenir lu libération ilu peuple.; 



1 b. el il dit : .\insi parle lali\ e le dieu 
d'Israël : Laisse partir mon peuple, 
pour qu'ils me celèbretit une fête 
dans le désert. 



IV, 17-18 prend immédiatement la suite de lu, 14 dans la narralioii primitive de 
E, et à 18 s'attache le lambeau 20 b. Le fragment 19 20 a qui les sépaie dans le 
texte actuel a été mis à sa place dans J, plus haut, de même que le fragment 24 
26 a qui se relie immédiatement à 20 a; et l'on a vu comment cet ensemble de iv, 
19-20 a, 24-26 rt s'intercale, dans J reconstitué, entre ii, 23 « et m, 2. Quant au 
fragment restant iv, 21-23, il est de RD. 

Dans IV, 29-30 de J, à quoi répond v, i a de E (arrivée de Moïse en l'gypte , les 
textes sont légèrement altérés par l'adjonction au nom de Moïse de celui d'Aharon, 
sous la main de lUE v., pour l'introduction du personnage d'Abaroii, ce (jui est 
dit aux notes ci-avant au sujet de iv, 13-14 a et iv, 14 6-16, 27-28\ 

v, 3 et 1 b. Les trois jours de route à faire au désert, dans J, correspondent 
exactement à ce que disait le dieu, plus haut, dans m, 18, de même que dans E la 
fête à célébrer au désert correspond au passage du discours divin de ni, 12. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI -223 

Si l'on jette maintenant les yeux sur les deux versions ainsi 
reconstituées, on verra quelles possèdent en communjplusieurs 
choses : la manifestation du dieu à Moïse, l'annonce que le peuple 
va être sauvé et lenvoi de Moïse en Egypte pour effectuer la déli- 
vrance ; on constatera de plus que E a emprunté à J, dans m, iâ, 
la fête à venir célébrer, avec le peuple, sur l'emplacement de Fen- 
trevue divine, et aussi, en en déformant le sens, le signe qui fait, 
dans J, l'objet du développement de iv, 1-9. En ce qui concerne 
toutefois la fête, il y a une différence d'esprit très marquée d'une 
version à l'autre ; dans J, et bien que les trois jours de route soient 
destinés aune réalisation effective lors de l'Exode, cette marche au 
désert est surtout le prétexte avec lequel on trompera le roi en lui 
donnant à croire que les Hébreux reviendront, tandis que E, qui 
juge une telle ruse méprisable, considère la prescription de la fête 
au désert, dès le premier mot qu'en dit le dieu à Moïse, comme 
sérieuse. 

La différence la plus importante entre E et J, cependant, n'est 
pas là ; elle concerne le lieu de la manifestation divine. Dans E, 
c'est la montagne de Dieu, tioreb ; dans J, c'est le Buisson, une 
localité point dénommée autrement' mais dont le nom, nso, est 
évidemment identique à celui de Sinai, •^3"'0. Le Buisson est-il le 
Sinai même, et la version de J met-elle, par suite, la scène à la 
montagne divine comme le fera la version E? Baentsch n'hésite 
pas'- à adopter celte explication simple, qui n'est, comme nous 
verrons, qu'à moitié exacte. Quel que soit cependant l'emplace- 
ment du Buisson, ce que nous pouvons constater dès maintenant 
est que l'attaque de Moïse par le dieu s'est produite tout près de là, 
immédiatement avant la manifestation paisible qui fait de Moïse un 
homme divin. 

Nous entrons, ici, dans le domaine des fécondes observations 
d'Ed. Meyer. Portons d'abord notre attention, avec lui, sur l'épisode 
si étrange à nos yeux de l'agression divine. Un épisode extrême- 
ment analogue, bien élucidé aujourd'hui, est des plus utiles pour 
expliquer celui qui nous occupe; il s'agit du combat de Jacob avec 
lahve qu'on rencontre dans Gen., xxxii, 23, suiv. Dans la forme 
primitive de cette vieille histoire très défigurée, c'était Jacob qui 

1. Le Buisson de lahve, dit Ed. Meyer {Israelilen, p. 4;, est uu lieu bien connu de 
tous et dont on p.irle sans épithète, comme le montre « lahve qui réside dans le Buis- 
son » de Deut., xxxiii, 16. Il vaut mieux, cependant, laisser tomber cette considération 
en raison de la perte de la phrase qui précédait immédiatement, dans le texte qui nous 
occupe, celle où le Buisson se rencontre. 

2. Baentsch, loc. cit., pp. 18, 19. 



224 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

réduisait le dieu à limpuissauce en le frappant à la cuisse, 
et non le dieu qui frappait Jacob; W. M. Millier a indiqué cela 
en premier lieu', après quoi B. Luther^ a séparé les sources 
et rétabli le texte primitif de J, qui donne : « 24 Et Jacob 
resta seul en arrière. Alors quelqu'un lutta avec lui jus- 
qu'à l'aurore. 2o« Et lorsqu'il (Jacob) vit qu'il ne pouvait le sur- 
monter, il le frappa sur le nerf de la cuisse. 26 II (linconnu) dit: 
Laisse-moi aller, car le jour monte. Mais il (Jacob) dit : Je ne te 
laisserai point, à moins que tu me bénisses. 29 Et Jacob demanda : 
Dis-moi ton nom. Il dit: Pourquoi demandes-lu mon nom? Et il le 
bénit là même. 31 a Alors le soleil se leva. » Cest E qui changea 
Tallurede l'histoire par raison de convenance, ne comprenant plus 
ce que signifiait cette défaite du dieu par l'homme. Mais plus haut 
que le texte rétabli de J qu'on vient de lire, on aperçoit une version 
primitive dans laquelle Jacob non seulement demandait, mais 
obtenait le nom du dieu vaincu, c'est-à-dire, dans la notion 
antique, le moyen de l'appeler, d'exercer sur lui les puissantes 
actions parla parole, en un mot, le secret de sa religion. Quant à 
la bénédiction qu'un correcteur au plus tard contemporain de J 
substitua à la révélation du nom, elle est d'un temps où l'on ne 
comprenait déjà plus le sens de l'épisode. 

C'est de manière analogue que Moïse, attaqué par le dieu, de 
nuit comme Jacob, remporte la victoire, mais par un artifice plus 
subtil que la force opposée par Jacob à l'ennemi divin. C'est aux 
parties sexuelles du dieu, en efîet, et non de 3Ioïse comme il était 
compris le plus souvent, que Cippora lance le prépuce sanglant en 
prononçant la formule magique qui fait d'elle, par la vertu de 
l'affirmation verbale, l'épouse dont le dieu a pris la virginité : sur 
quoi le génie, désarmé, relâche l'étreinte 3. Quant au prix de la 
victoire, il était de même importance que celui de la victoire de 
Jacob, et nous recueillerons plus loin des renseignements com- 
plets à ce sujet; mais nous pouvons songer, dès maintenant, que 
Moïse est le fondateur de la religion et l'ancêtre de la caste sacer- 
dotale. Il est permis de croire, d'autre part, que dans une forme 
perdue de la narration Moïse, comme Jacob, demandait et obte- 
nait le nom du dieu, car cette révélation du nom, si elle est tombée 
dans J, est conservée dans la tradition de E iiii, 13-14), bien que 

1. w. M. Muller, Asien und Europa etc., 1893, p. 1C3, ii. 1. 

2 B. LuUier, dans ZATW, XXI, p. 65 suiv. 

3. Eli. Meyer, hrueliten, p. 59. Le geste de Cippora et sa valeur sont déjà compris 
nettement par H. Hubert et .M. Mauss, dans Essai sur la nature et la fonction du 
sacrifice, voir Année Sociologique, II (1897-1898), p. 134. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI 225 

voilée et extrêmement détournée de son importante signification 
primitive '. Enfin, la première conséquence qui résulte pour Moïse 
de son succès sur le dieu, est d'être accueilli amicalement par lui 
sur le terrain sacré du Buisson. La scène du combat divin et celle 
de l'arrivée au Buisson se relient logiquement sans discontinuité 2, 
et il est possible que dans J reconstitué il ne nous manque pas 
grandchose entre iv, 26 a et m, '2, peut-être une simple pbrase 
telle que : « Et au matin, continuant sa route. .. » II est clair, en 
tout cas, que l'épisode de l'attaque nocturne est la préparation 
nécessaire à la manifestation paisible du dieu qui vient ensuite, et 
cela nous fait plus complètement comprendre la signification de 
cet étrange combat divin dans la mythologie de l'époque anté- 
rieure à J. Il est une religion, un lieu sacré, un oracle, dont la 
tradition fait remonter la possession, Yinvention, à un homme, — 
Moïse, Jacob, — qui fut le premier adorateur du dieu, c'est-à-dire 
le premier maître de son nom et de ses secrets. Il faut e.vpliquer 
comment il les a obtenus. Or, le dieu de la conception primitive 
est un génie jaloux et hostile, fixé.à un lieu déterminé, un arbre, 
une source, d"où il s'élance sur l'imprudent qui a posé le pied par 
mégarde sur son domaine ; il est donc nécessaire que ses secrets 
aient été obtenus de lui par force, c'est-à-dire que Moïse ou Jacob 
aient lutté avec lui et l'aient vaincu, et pour que ce combat s'en- 
gage, il suffit que Moïse ou Jacob aient passé, ignorants, à proxi- 
mité du lieu sacré et que le dieu les ait assaillis comme il fait avec 
les passants ordinaires : mais cette fois, le dieu a le dessous, et 
Moïse, ou Jacob, le réduit à sa merci et lui arrache le nom et les 
secrets qui constituent la religion des descendants. 

Le combat divin est donc l'épisode initial de l'histoire d'un 
culte, et aboutit, en premier lieu, à la révélation d'un lieu sacré ^. 



1. Il est singulier que le l'édacteur des temps historiques, dans les deux cas que nous 
connaissons, celui de Gen., xxxii, 29, et celui d'Ex., m, 13-14, recule devant la révé- 
lation pure et simple du nom du dieu comme devant un sacrilège ou une inconvenance. 
Dans l'histoire de Jacob, la révélation du nom est remplacée par la bénédiction : dans 
celle de Moïse, le dieu dissimule le vrai nom, mrî^, sous le vocable analogue rSTÎN, 
sorte d'à peu prèn qui aboutit en même temps, dans l'esprit de E, à exprimer le carac- 
tère essentiel d'existence du dieu. Voir, pour l'histoire des études auxquelles le passage 
a donné lieu, Baentsch, loc. cit., p. 22-24, et Holzinger, loc. cit.. p. 11-13. 

2. Cf. Meyer, Isruelilen, p. 19. 

3. 11 ne semble pas que l'on comprenne toujours aussi nettement qu'il le faudrait 
cette signification essentielle du combat divin. Cf., comme exemples de vues imparfaites 
à ce sujet, le bref compte rendu des Isruelilen d'Ed. Meyer, par Loisy, dans Revue 
Critique, 1906, ii, p. 282 suiv., et A. J. Reinach, La lutte de Jalivé avec Jacob et avec 
.Votse etc., dans Revue des études el/inographiques et sociolof/iques. iain-^nUlel 1908, 
où l'auteur, d'une manière que je n'arrive pas à comprendre, expli(iuc le combat divin 

T. LVll, N" 114. 15 



2^6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Comme le Heu sacré l'évélé, dans le cas de Moïse, est le Buisson, 
on voit que cest an Buisson lui-même que le combat eut lieu : 
circonslapce de la plus haute importance qui nous permettra, un 
peu plus loin, de déterminer remplacement de ce sanctuaire. Pour 
le moment, il faut fixer notre attention sur la scène de l'apparition 
de lalive dans le Buisson, qui finit avec les mots : « . . .la place sur 
laquelle tu le tiens est sol sacré » (ni, 5), et nous rendre compte 
que ce qui concerne l'histoire du Buisson lui-même, c'est-à-dire la 
révélation d'une divinité et d'un lieu sacré à Moïse, s'arrête là, et 
que tout ce qui suit, l'entretien du dieu avec Moïse et Tordre d'aller 
chercher le peuple en Egypte, dépend d'une aijtre histoire entière- 
ment étrangère à celle des origines d'un sanctuaire iahvisfe. Celte 
dualité primitive des histoires englohées dans la narration de J a 
été signalée par Ed. Meyer à propos de la séparation des éléments 
primitivement indépendants dont est constituée la légende de 
Moïse '. Résumons hrièvement les résultats de cette séparation. 
A l'origine, la légende de la sortie d'Egypte et du passage de la 
mer Rouge est entièrement indépendante de Moïse, et Moïse est 
uniquement l'homme quia vaincu lahve et reçu la révélation de 
son sanctuaire dudései't et de son culte, c'est-à-dire le fondateur 
de la religion nationale : ce Moïse primitif est celui de la tradition 
capitale d'Ex., iv, 24-26 « — m, 2-5 que nous venons d'étudier. 
Plus tard, on imagina que l'homme de lahve et du Buisson devait 
avoir joué le principal rôle dans la sortie d'Egypte, et l'on rédigea 
l'histoire d'une mission spécialement reçue du dieu à cet effet. J, 
pour raisons de composition narrative, et pour ne pas faire appa- 
raître le dieu deux fois, fondit ensemhie l'histoire du Buisson et l'his- 
toire de la mission conférée, et ainsi prit naissance le texte d'Ex., 
iv-iii-iv examiné plus haut. Dans l'histoire de Moïse, d'ailleurs, 
J fit entrer un troisième élément de provenance encore différente, 
celui de l'enfance princière en Egypte, dont le thème, — l'histoire 
du héros enfant, menacé de mort, sauvé miraculeusement et fina- 
lement victorieux de ses ennemis, — se rencontre dans toutes les 
littératures anciennes. Il est intéressant de remarquer que sous la 
main deJ, l'enchaînement de cette dernière histoire avec le reste 
des traditions l'apportées à Moïse s'est fait dune manière très 
incomplète et maladroite ; que le rédacteur n'est point gêné que 
Moïse ait été élevé dans le palais du roi d'Egypte et (ju'ensuite, se 
trouvant en présence de lahve, il joue le personnage d'un pâtre 

de Jacob comme étant celui de Jacob, ancien dieu chanauéen, avec le lahve qui «levait 
devenir le dieu il'Israël [loc. cit., \\\\. 4-7, 2.3-24). 
1. iMeyer, Israelilen, p. 46-51. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DESERT ET LE SINAI 227 

inculte; enfin que Moïse, de retour en Egypte comme thaumaturge 
triomphant, oublie complètement de faire la moindre allusion aux 
épreuves de son'enfance, ce qui serait pourtant de bonne compo- 
sition littéraire : rien, mieux que cette dernière omission, ne peut 
donner une idée de Tindépendance primitive où les divers éléments 
de l'histoire de Moïse étaient vis-à-vis les uns des autres. 

En cousant ensemble, d'autre part, l'histoire du Buisson avec 
celle de la mission donnée à Moïse, le rédacteur de J cpmmit une 
autre faute de composition assez grave, en écrivant : « lahve dit 
à Moïse eu Midian... » (iv, 19) avant le combat divin et la révé- 
lation subséquente de la divinité. De ce que lahve et Moïse parais- 
sent déjà se connaître en Midian, faut-il conclure que dans une 
forme ancienne de l'histoire de la mission dont celle du Buisson 
était encore indépendante, il y avait là, eu Midian, un processus 
complet de révélation avec un combat de l'homme contre le dieu 
pour premier acte? Nous n'osons l'indiquer formellement, car la 
phrase précitée de iv, 19, peut anssi bien n'être qu'une simple mala- 
dresse de la part du rédacteur de J, fondant en une narratipn 
suivie les sources où les différents éléments de la légende de Moïse 
étaient déjà plus ou moins reliés ensemble. 



B 

LE VOYAGE DU PEUPLE AU DÉSERT ET l'aRRIVÉE A KADESH. 

Dans Tétat actuel du texte on voit les Israélites, au sortir de la 
mer des Roseaux, gagner Elim, puis Massa-Meriba, puis le Sinai 
(Ex., XV, 22 à la fin de xviii), où se place l'épisode exlraordinaire- 
ment développé qui remplit toute la fin d'Exode depuis le chap. xix, 
le Lévitique entier et la presque totalité de Nombres jusqu'à la fin 
de XIX, après quoi on retrouve le peuple à Kadesh (Nombr., xx), 
qui est le point de départ de la conquête de la Palestine. Il a été 
remarqué depuis longtemps par Wellhausen que la localité nommée 
Massa et Meriba, dans Ex., xvn, n'est autre que Kadesh ', de sorte 
qu'avant Tépisode sinaïtique on trouve le peuple déjà arrivé dans 
cette localité, où l'on voit qu'il s'est rendu directement, de la mer 
des Roseaux (Ex., xv, 22 — xvn, 7), sans passer par le Sinai. La suite 
naturelle des événements est à reprendre, par delà l'épisode sinaï- 
tique, dans la même localité de Kadesh, au chap. xx de Nombr., 

1. Voir ce qui est dit à ce sujet plus haut (§ ii), à propos de Wellhauseu, à la date 
de 1880. 



228 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dont l'étroite connexité avec Ex., xvii est manifestée par la répé- 
tition du récit du miiacle de la source que Moïse fait jaillir : on 
voit ainsi que Tépisode sinaïtique, avec tous les développements 
qui se sont rattachés à lui à travers les âges, est intercalé dans un 
récit auquel il était primitivement tout à fait étranger, celui du 
séjour du peuple à Kadesh. La perturbation causée par cette 
rupture de renchalnement des faits entraîna la réduplication de 
riiistoire de la source miraculeuse (Ex., xvu et Nombr., xxi, et 
aussi la réduplication d'autres épisodes qu'on retrouve semblables 
avant le Sinai et après, l'iiistoire de la manne Ex., xvi et Nombr., 
XI;, l'institution de juges et d'anciens sur le peuple Ex., xvni et 
Nombr., xi*. Il suffit, dès lors, d'enlever l'épisode sinaïtique, de 
supprimer les doublets et de rétablir liMichaînement primitif en 
recousant Ex., xvii, 7 (fin de l'histoire de la source avec Nombr., 
XX, di (début des opérations de pénétration en Palestine), pour avoir 
reconstitué une image approximative de ce qu'était, en premier 
lieu, le récit du voyage direct de la mer des Roseaux à Kadesh. 

Image approximative, disons-nous. Il est en effet peu d'endroits 
dans la Bible où l'histoire du texte soit aussi difficile à débrouiller 
que dans le récit du voyage qui commence, avec Ex., xv, 2:2, au 
sortir de la mer des Roseaux. Wellhausen, qui a esquissé de la 
manière que nous venons de dire les principaux stades du boule- 
versement de la rédaction première, ne s'est jamais aventuré sur 
le terrain de la séparation des sources. Déjà, pourtant, il sépare du 
texte au milieu duquel elle est perdue la phrase d'Ex., xv, 25: 
«... là il leur donna une loi et une règle, et là il l'éprouva... », 
dont Reuss, à la môme époque ', soupçonnait qu'elle avait rapport 
à la législation sinaïtique ; pour Wellhausen, qui sait qu'il n'est pas 
question du Sinai dans la relation primitive, ce dont il s'agit dans 
cette phrase ancienne, c'est précisément la législation divine de 
l'époque où l'entrevue du dieu avec le peuple au Sinai n'était pas 
encore intercalée dans le récit, et cette législation était reçue dans 
le lieu où se passe le plus grand nombre des épisodes du séjour au 
désert, c'est à-dire à Kadesh même : cela est vérifié par la corres- 
pondance des idées de loi et drpreuvp avec celles qu'expriment 
les noms de Massa et Meriba qui appartiennent à Kadesh. Pour 
nous rendre compte, avant d'aller plus loin, de la justesse de cette 
vue, reprenons la question de ces noms de Massa et Meriba, et 
faisons en sorte de ne plus avoir besoin «l'y revenir-. 

1. Ed. Reuss, La Bible. L'Histoire Sainte et la Loi, ii (1819), p. 45 et u. 2. 
)>. Cf. von Gall, Altisr. Kultstdlten, p. 20-31 ; Baentscli, loc. cit., yy 140. loS-lfiO; 
Meyer, Israeliten, i». oo-ob. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI 229 

Meriba, plus exaclement Me Meribat, V « eau de la querelle », est 
nettement situé à Kadesh par Nombr., xx, 1-13, et Nonibr., xxvii, 
14 = Deut., XXXII, 51, ainsi que parle vieux texte de Deut, xxxiii, 2, 
où le nom de Mpriboth Kadesh^ apparaît. Massa, V « épreuve », 
est en relation étroite avec iMeriba d'après les deux passages 
d'Ex., XVII, 7, et Deut., xxxni, 8, où les deux noms sont rapprochés 
de la manière la plus caractéristique. Notons, d'ailleurs, qu'en 
d'autres endroits ils apparaissent plusieurs fois l'un sans l'autre, 
Meriba aux divers passages de Nombr., et Deut. qu'on vient de 
citer, auxquels il faut joindre celui de Nombr., xx, 24, Massa 
dans Deut., vi, 16 et ix, 22. Que signifient ces noms d' « épreuve » 
et de « querelle » dont le dernier, au moins, est celui de la source 
de Kadesli? 

Cela est expliqué par un autre nom de la source de Kadesh qu'on 
rencontre dans Gen., xiv, 7 : En Mishpat, r« eau du jugement », 
et qui montre que la « querelle » du nom de Me Meribat est en 
réalité le débat judiciaire : la source de Kadesh est un lieu où la 
justice est rendue, et l'on comprend alors l'autre désignation de 
Massa, r« épreuve », appliquée au même lieu ou à un lieu voisin 
en relation de fonction avec le premier. On voit, en même temps, 
combien il est probable que la phrase précitée d'Ex., xv, 23, se 
rapporte à Massa-Meriba, qui est Kadesh, car l'expression •lï^D5; " il 
l'éprouva », semble bien être là pour expliquer le nom de riDtt, 
« épreuve- », et la législation évoquée en même temps fait immé- 
diatement penser au lieu de justice de la source. Si donc, comme 
Wellhausen l'a aperçu, ce fragment retrouvé de la relation primi- 
tive a trait à la législation divine dont on devait plus tard placer le 
théâtre au Sinai, c'est au lieu de justice de Kadesh que cette légis- 
lation fut donnée au peuple par le dieu et 1 on arrive ainsi à recon- 
naître que ce lieu de justice était un tribunal divin, un sanctuaire 
de lahve dans lequel on venait chercher les décisions du dieu 
lui-même. 

A l'époque de la plus ancienne tradition dont il reste trace dans 
la Bible, le sens de ces noms de Massa et Meriba était déjà perdu, 
et l'on rencontre d'intéressantes observations lorsqu'on examine 
les tentatives étymologiques faites à plusieurs reprises pour les 
expliquer. Prenons d'abord l'histoire du miracle de la source, qui 
figurait certainement dans la version primitive et qu'on possède, 
en deux exemplaires, dans les textes de constitution complexe 

1. Voir plus haut, p. 19.^, note 1. 

2. Baentsch, loc. cil., pp. 142-143, 160. 



•230 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'Ex., XVII, 2-7, et Noml)r., xx, '2-13. Dans Ex., xvii, :2 on lit que le 
peuple querella avec Moïse, qui leur dit : Pourquoi me cherchez- 
vous querelle? Pourquoi /<?n;e2-VDus lahve ' ? Ce pourquoi, v. 7, 
Moïse nomma le lieu Massa, « tentation », et Meriba, « querelle ». 
Explication presque identique dans Nombr., xx où il est question, 
v. 3, d'une querelle du peuple avec Moïse, et v. 13, d'une querelle 
du peuple avec lahve, d'où le nom de Me Merlbat. Telles sont les 
explications de la période de JE. Plus tard, le rédacteur de P com- 
mentera Meribal Kadesh en disant, à plusieurs reprises, que là, 
lahvé s'est manifesté aux Israélites rebelles comme le Saint {^omhv., 
XX, 13 6, XXVII, 14, Deut., xxxii, SI), et qu'à l'occasion de cette 
querelle, Moïse et Aharon se rendirent Coupables doffense envers 
lahve : explication des plus étranges, d'ailleurs, de la part du rédac- 
teur sacerdotal. En ce qui concerne l'application à lahve lui-même 
du mot Kadesh, le « Saint », il est remarquable que cette partie dé 

I explication se retrouve dans Habaquq,qui connaît Deut., xxxiii,2, 
et l'arrivée de lahve par Seir, Pharan et Meriboth-Kadesh, et 
déforme le passage en écrivant (Hab., m, 3) : « Dieu vient de 
Theman {■= Edom-Seir, comme nous savons , le Sa'mt éclate des 
montagnes de Pharan. » 

Plus haut que JE, on possède sur Massa et Meriba une tradition 
étymologique très ancienne et beaucoup plus intéressante que 
celles qu'on vient de voir. Elle se rencontre dans la Bénédiction de 
Moïse, où il est dit à lahve, à propos de Lévi (Deut., xxxni, 8) : 
« Ton Tumrnim et Vrim appartient à l'bomme de ton fidèle, que 
tu as tenté à Massa et que tu as combattu aux eaux de Meriba.., o 

II va donc, ici, un fidèle de lahve qui a été tenté par le dieu et a 
lutté avec lui -, d'où les noms de Massa et 3Ieriba qui furent donnés 
au lieu do la lutte. Qu'est-ce que le fulèle de lahve dont il est 
question ? Aux vv. 9 et 10 suit la parfaite définition du prêtre à Pan- 
cienne époque nationale : « ... celui qui dit à son père et à sa 
mère : Je ne vous connais pas, etc. » ; c'est lui Yhomme, le des- 
cendant, du fidèle de lahve qui lui a transmis le Tumrnim et Vrim, 
c'est-à-dire l'oracle du dieu^, et l'on voit que le titre de cet ancêtre 
de la caste sacerdotale à avoir possédé le Tiamnim et Vrim réside 
précisément dans le combat qu'il a soutenu à Massa-Meriba contre 



1. A rt'la se iMpiiorte la prescriiifion posK'ricure de Dcul.. vi, IH : " Ne tentez [loint 
lalive votre dieu, comme vous l'avez tenté à Moissa. » 

2. Contrairement a l'interprétation généralement acceptée av.iiit Fd. .Meyer (Baentscli, 
Inc. cil.. ]i 14U; liolziiiLM-r. DpuI., \u lOG), T:^3''nr veut bien din; : « Tu le com- 
Jjaltis », et non « tu coinhattis pour lui ». Cf. .Meyer, I.iraèliten, p. 56. 

a. \V. .Nowaek, Le/ir/j. il. Iwhr. Arc/icivlor/ie. 11, p. 93 suiv. 



LE SÉJOUR DES ISKAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI tM 

le dieu. Or, ce héros du combat divin, nous le connaissons, pdiir 
ravoir déjà vu aux prises avec lalive en une autre circonstance : 
c'est Moïse, et nous apprenons maintenant que Moïse a lutté avec 
lahve à Massa-Meriba, qui est. Kadesh. Dans ce combat, la plus 
vieille tradition conservée toit l'origine des noms delà place, etlon 
se rend compte que dès lors, la véritable signification de ces noms 
de « débat » et d' « épreuve » était déjà complètement oblitérée. 
Plus tard , à l'époque de JE et sans doute déjà à l'époque dé J, 
l'explication de Deut., xxxiii, 8, viilt à paraître inconvenante, en 
tout cas invraisemblable, car c'est justement à Massa-Méribà que 
pour faire jaillir la source, Moïse obtient du dieu le plus évident 
concours: comment admettre qu'il eût combattu contre lui? On 
remplaça alors la lutte de Moîsë et de lahve par une lutte dii peuplé 
avec 3Ioïse ou avec lahve, qui laissait intacte les bonnes relations 
de Moïse avec le dieu, et ainsi prirent naissance les explications 
conservées dans Ex., xvii, '2, 7, etNombr., xx, 3, 13, Iju'on a exami- 
nées un peu plus haut. 

Le combat de Moïse avec lahve dont Deut., xxxni, 8, conserve le 
souvenir, est un épisode de la plus liante importance en ce qui 
concerne le sanctuaire iahvisle de Kadesh dont nous avons déjà, 
plus haut, induit l'existence. Comme on l'a expliqué à propos des 
épisodes analogues d'Ex., iv, 24-2G, et Gen., xxxii, 24-31, le combat 
divin est le premier acte de l'histoire d'un lieu sacré, le moj en par 
lequel on suppose que l'initiateur du culte en a arraché les secrets 
à l'hosiilité jalouse du dieu de la place. Que Moïse ait soutenu le 
combat divin à Kadesh, cela démontre à la fois que Kadesh est un 
lieu sacré de lahve, et que la connaissance et la possession de ce 
sanctuaire remontent à Moïse, qui les acquit à la suite de sa victoire. 
Deut., xxxiii, 8, nous apprend en termes clairs quel fut le prix du 
combat : YUrîm et Tummim, l'oracle dont la possession est reven- 
diquée, au début de la période historique, par la descendance 
fictive que constituent les prêtres. Telles sont, dans l'esprit de la 
tradition là plus ancienne, les origines du sanctuaire de Kadesh ; et 
ce n'est pa.« seulement le lieu sacré, mais l'oasis tout entière dont 
la naissance est attribuée à l'action de Moïse, car Moïse a fait sortir 
du rocher la grande source, 1' « eau de justice» voisine du Sanc- 
tuaire et de l'oracle : l'histoire du riiirâcle de la source dont 
Ex., xvii, 2-7, et Nombr., xx, 2-13, fournissent deux versions déri- 
vées, n'a pour but que de rapporter à Moïse l'apparition des eaux 
de l'oasis. 

A quel moment de riiisloii'e de Moïse se jjlace le combat cUvhn\(i 
Meribath-Kadesh *? On songe, ici, au combat divin soutenu par lui 



232 REVUE DES ETUDES JUIVES 

sur la route de Midian en Egypte, au Buisson dans lequel le dieu se 
manifeste immédiatement après le combat, — nous avons insisté, 
plus haut, sur la localisation au Buisson de la scène de Taftaque 
divine, — et Ion conçoit immédiatement que la tradition dont nous 
réunissons les témoignages n'attribue pas à Moïse deux combats 
divins successifs, mais un seul, que cet épisode unique explique 
et suppose, non plus deux lieux sacrés révélés en deux circons- 
tances différentes, mais un seul, et par suite, que le sanctuaire de 
lahve appelé le Buisson est identique au lieu sacré de Kadesh ^ A 
l'appui de ce résultat d'importance capitale, on peut immédiatement 
observer que Moïse, au Buisson, a reçu loidre du dieu de lui 
ramener le peuple pour lui offrir un sacrifice : or, en quel point du 
désert Moïse conduit-il le peuple sorti d'ÉgypIe? .4 Kadesh. Que 
nous trouvions, dans la relation primitive du voyage, quelque trace 
explicite de l'exécution de la prescription divine relative à la fête 
au désert, et l'identité du Buisson avec le sanctuaire de Kadesh 
deviendra une certitude. 

Cette trace existe. On n'a pas oublié le voyage de trois Jours au 
désert dont Moïse, au cours de la scène du Buisson, reçoit l'ordre 
de demander l'autorisation au roi d'Egypte pour le peuple (Ex., m, 
18) ; Moïse parle ainsi au roi (v, 3j, et encore une fois au cours d'une 
entrevue ultérieure (viii, 23). Cette demande, nous l'avons remar- 
qué, implique une ruse pour tromper le roi, en lui donnant à croire 
que les Israélites reviendront, mais le voyage, comme la version 
correspondante de E l'exprime beaucoup plus clairement (Ex., m, 
10, V, 1), n'est pas moins pour cela destiné à être accompli réelle- 
ment; et en effet nous lisons, immédiatement après la sortie de la 
mer des Roseaux, que « trois jours durant ils allèrent par le désert 
sans trouver d'eau » Ex., xv, "22 b). C'est à von Gall ^ qu'appartient 
le mérite d'avoir reconnu la correspondance de celte traversée de 
trois jours avec le voyage de trois jours des mentions antérieures, 
et par suite, l'appartenance à J de cette phrase d'Ex., xv, 22 ; il se 
rendait compte en môme temps qu'elle a sa suite naturelle dans la 
(in d'Ex., XVII, l : « . . .et il n'y avait pas là d'eau pour boire », qui 
introduit l'histoire du miracle de la source de Massa-Meriba-Kadesh, 
de sorte que dans la relation primitive de J ainsi reconstituée, les 
trois jours de route qui suivent la sortie de la mer des Roseaux 

\. Ctieyue, ou s'en souvient, raisonnant simplement sur le grand rôle attribue à 
Kadesh par la tradition primitive, avait, dès 1901, émis l'avis qu'on y plaçait également 
le théâtre de la première manifestation de lahve à Moïse (Cheyne et Black, Enc. 
rUhl., 2651 . 
2. Vou Gall, Altisr. Kultstàlten, pp. 3, n. 1, 9-10. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI 



233 



aboutissent directement à Kadesli, sans mention d'aucune station 
intermédiaire. Von Gall, cependant, attrihuait à J la totalité du 
V. XV, 2:2, avec la mention du désert de Sur ; Ed. 31eyer, plus tard, 
devait remarquer' que ce début de xv, ^'â se l'apporte bien plutôt 
à Ibistoire de Mara qui vient au v. 23 et appartient à E, de sorte 
que la séparation des sources, en cet endroit, est à faire de la 
manière suivante : 



Ex., XV, 22 h. ...trois jours durant 

ils allèrent par le désert sans 

trouver deau... 
xvu, 1 ô ^. ...il n'y avait pas là d'eau 

à boire pour le peuple; 
2. et le peuple querella avec Moïse, 

etc. (suite de l'histoire du miracle 

de la source ';. 



E 



XV, 22 a. Or Moïse fit partir Israël 
de la mer des Roseaux, et ils pé- 
nétrèrent dans le désert de Sur, 

23. et ils arrivèrent à Mara, etc. 
(suite de l'histoire de Marai. 



Immédiatement après l'histoire de la source, dans J, se place 
maintenant sans doute la phrase ancienne d'Ex., xv, 2o 6, qui est 
reconnue, depuis Wellhausen, étrangère au texte de l'histoire de 
Mara qui remi)risonne, et dont nous expliquions, plus haut, les 
relations avec la législation divine et avec le nom de Massa: puis- 
que irroî, selon toute apparence, est une explication de noTo ^, il est 
naturel de faire entrer cette explication dans la conclusion de l'his- 
toire, à côté des autres explications des noms de la place qui sont 
conservées dans xvii, 7. On touche ici à la question particulière- 
ment délicate de la restitution de la version primitive de J, pour 
l'histoire de la source, au moyen des éléments que l'ecèle le magma 
postérieur d'Ex., XVII, etdeNombr.,xx. Pour ce travail, qu'Ed. Meyer 
n'a point osé entreprendre, on peut s'aider des essais antérieurs de 
séparation des sources ', et Bernh. Luther ne s'en est point écarté 



1. Ed. Meyer. Ismelifen, p. 61. 

2. En 1900, Holzinger [loc. cit., p. xvii) se refuse absolument à faire la séparation 
(les sources : xv, 22-2.^a, 2oô-27, pour lui, sont de JE, de même que xvii, lZ»p-7. 
Baentsch. à la même date [loc. cit., jip. 138-140, 138-159). inscrit xv, 22, à E(J?j, et 
XVII, I6p aE; il est tenté, li'ailleurs, de séparer xvii, 16p, du v. suivant pour en 
faire l'introduction du v. 3, tandis que le v. 2 serait la suite immédiate de xv, 22. 
Holzinger et Baentsch, comme on voit, ignorent ou méconnaissent la remarque décisive 
de von Gall sur les trois jours de route d'Ex., xv, 22 6. 

3. Vu clairement par Baeotscli {loc. cit., pp. 142-143 , mais de manière stérile, car 
il ne se résout pas à extraire la phrase du texte étranger où elle est perdue. 

4. Voir, pour Ex., xvii, 2-1, Baentsch, loc. cit., pp. 138-160, et pour Nombr., xx, 
16-13, Holzinger, Num., p. xvi. 



234 RËVUË DES ÉTUDES JUIVES 

beaucoup daus la restitution du texte de J' qu'il a proposée ^ en 
1906 ; il n'est pas inutile de la reproduire ici : 

Nombr., x.\, l a fi. El le peuple résidait à Kadesh, 

Ex., XVII, 1 6?. et il n y avait pas d'eau à boire pour le peuple. 

Ex., xvu. 2 al><t (2aa = Nonibr., XX, 3 a}. Et le peuple querella avec Moïse, 

et ils dirent : Donne-nous de l'eau à boire. Et Moïse leur dit : 

Pourquoi querellez-vous avec moi ? 
Nombr,, xx, 6. Et Moïse alla... 
Ex., xvu, 5 aay. Et lahve dit à Moïse : Va... avec les Anciens d"Israël. . 

6 b. Et Moïse fit ainsi sous les yeux des Anciens d'Israël. 

7 a. Et il nomma le lieu Meriba à cause de la querelle des Bne Israël. 

On voit que dans Ex., xvn, "2 et 7, Luther, à l'exemple de Baentscli, 
ôte de J le nom de Massa et des explications afférentes, conservant 
seulement /l/m^î'rt,- nous ne croyons point que cela soit légitiriie, 
car, ainsi qu'on l'a vu plus haut, Massa et Meriba apparaissent 
ensemble dans le très vieux texte de Deut., xxxiii, 8. D'autre part, 
aucune parcelle de Nombr., xx, 6, n'est de J* ni même de JE, tout 
le verset appartient très évidemment à P. Si nous corrigeons, sur 
la base de ces observations, la restitution de Luther, si nous met- 
tons à la place qui semble lui appartenir la phrase d'Ex., xv, 25 ô, 
relative à Massa, et si nous faisons précéder le tout, pour la partie 
du récit comprise entre la sortie de la mer des Roseaux et l'arrivée 
à Massa-Meriba, de la restitution de von Gall amendée par Meyoi-, 
nous obtiendrons finalement la mise en place qui suit, et qui sufnl, 
malgré les lacunes, à définir l'allure de la narration de J' pour la 
traversée du désert et l'arrivée à Kadesh : 

(Lee Israélites sont sortis de la mer dés Uoseaux, qui a englouti les 
Égyptiens ;) 

1. Daus Meyer, Israeliten, p. HT. — Les fragments de P. lares ilaiis Ex., xvii, plus 
importants clans Nombr., xx, sont partout faciles à reconnaître : la difficulté ne cuiu- 
mence que lorsqu'on est en présence de JE bien isolé. Dans .Nombr., xx, 1 6-13, dont la 
première rédaction n'est sans doute pas antérieure à E, — car le passage, doublet 
d'Ex., xvu, i ip-7, ne peut avoir existé avant l'iutercalation sinaïtique, — la plus 
grande proportion des éléments constituants est afférente à E ; dans Ex., xvii, 1 bfi-1, 
où riiistoire est à sa place primitive, on retrouve des éléments du J primitif en \)[[is 
grande quantité, mais, là aussi, noyés dans uiie masse plus considérable de texte sub- 
stitué par E au texte ancien. Les lambeaux de J', une fois isolés, dessineront donc 
une sorte de fantôme, de silbouette de texte fdutôt qu'une reconstitution vérital)lé : 
c'est bien l'apparence de la restitution de Lutlier que nous donnons ci-dessus dans le 
texte. Oii observe cepeudaiit qu'elle remet en place un débris certain de J' que la ver- 
sion postérieure de ISoiltln-., ix, à recueilli (la3), et qui était tolnbé de la versioil 
d'Ex.,, xvn, non par basard, mais jiar l'initiative raisounée du rédacteur de JE; n us 
expliquerons cela plus luin. 



LE SÉJOUR dES iSRAÉLlffeS AU DÈSÈkt ET LE SliNAl 2Û 

Ex., XV, 22 6 ...trois jours durant ils allèrent par le désert sans trouver 

d'eau... 

[et arrivèrent à Kadesh.] 
Nombr., xx, 1 a p. Et le peuple résidait à Kadesh, 
Ex., XVII, i b ^. et il n'y avait pas d'eau à boire pour le peuple. 
Ex., xvif, 2 aa = >iornbr., xx, 3 rt a. Et le peuple querella avec Moïse, et ils 

dirent : 
Ex., XVII, 2ctpè. Donne-nous de l'èau à boire. Et Moîsé ieiii* dit : t'olii-- 

quoi querellez-vous avec moi ? Pourqiioi tentez-vous lahvé ? 

5 a. Alors lahve dit à Moïse : Va par devant le peuple; et prends avec toi 

les Anciens d'Israël... 

6 6 p. Et Moïse fil ainsi sous les yeux des Anciens d'Israël. 

1 ab CL. Et il nomma le lieu Massa et Meriba, parce que les Enfants d'Israël, 

là, avaient querellé et tenté lahve... 
[et aussi, parce que] 
Ex., XV, 25 6. ...là, il (lahve) leiir donna une loi et une iègle, et là il 

l'éprouva... 

Le détail de l'opération miraculeuse a, comme on voit, entière- 
ment péri, supplanté dans JE par le bâton magique, cai^aclëHstique 
de E, d'Ex., xvii, o-6, et Ndmbr., xx, 8-H. Mais peu importé, lordrë 
des faits dans la relatiOii primitive étant maintenant pai'fàltement 
connu. Cela étant acquis, poi'tons notre attention sur lé détail de^ 
trois jours de route au désert (\m, prescHts par lahve, au Buisson, 
pour venir lui sacritier à celte place, conduisent le peutilé à Kadesh, 
et remettons sous nos yeux, en même temps, ce qui concerne le 
combat dicin soutenu par MOïse an Buisson, d'après là narration 
d'ExOde i-econstituée, à Kadesh, d'après Deut., xxxni, 8 : nous 
pourrons conclure en toute certitude que le Buisson de lahve et le 
sanctuaire de Kadesh sont une seule et même place. Ainsi se mani- 
feste ridentité des deux lieux sacrés dont on pouvait croire que la 
révélation, successivement, avait été donnée à Moïse, 



G 

KADESH ET SIN.Al. 

Puisque le Buisson est le sanctuaire de Kadesh, on toit qu'il ne 
peut être le Sinai comme le veulent plusieurs ouvrages modernes'. 
Mais cette différence du Buisson et du Sinai une fois démontrée, il 
reste à expliquer l'identité, qui ne peut être fortuite, des noms de 

1. Baeiitscli, loc. cit., p. 18; WL'Illiauseu, Israeidische uiid jildische Ceschichte, 
0" éd. (1904), p. 13. 



236 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

riDD et "'S"'» qui désignent ces deux résidences divines. Pour com- 
prendre le sens de cetle Ijomonyniie, il suffit de se rendre compte 
que le Buisson possède, non seulement le nom de la montagne, 
mais aussi son apparence la plus caractéristique, qui consiste dans 
la représentation d'un lieu de flamme, d'une vaste fournaise où le 
dieu habite ; car c'est également dans la flamme que le dieu se 
manifeste au sein du Buisson, et si cetle flamme est plus petite, 
c'est qu'elle est simplement détachée du grand feu lointain intei'dit 
à l'approche et à la vue des hommes. Le Buisson de flamme est à 
la fois limage du Sinai de flamme et la résidence du dieu de la 
montagne flamboyante lorsqu'il lui plaît de venir s'entretenir avec 
son peuple; les passages connus de Jug., v, 4, et Deut., xxxiii, 2, 
nous ont familiarisés avec ces arrivées de lahve au milieu des 
hommes, et il est extrêmement probable que la colonne de feu qui 
guide la marche du peuple au désert n'est autre chose encore que 
lahve en voyage. Le Buisson, résidence secondaire et facultative 
du dieu, participait donc aux principaux caractères de la résidence 
principale, la grande montagne invisible. Poursuivant cette idée, 
on imagina de nommer ce sanctuaire subalterne, accessible aux 
hommes, d'un nom qui rappelât celui du sanctuaire extra-humain, 
et comme ce nom de Sinai, "^ro, qui n'avait plus aucune significa- 
tion, ressemblait beaucoup à un mot 11:0 qui signifie « buisson », 
il fut entendu à un moment donné que la résidence de lahve à 
Kadesh était un buisson et s'appelait Ip liuisson ^ . 

La même conception de la subordination de Kadesh au Sinai ou, 
plutôt, de la représentation du sanctuaire invisible et inaccessible 
par le sanctuaire connu des hommes, engendra la parenté filiale de 
Moïse avec un homme qui est le ;j;v'7yr du Sinai. Moïse, nous le 
savons entièrement maintenant, est l'initiateur du sanctuaire de 
lahve de Kadesh et son premier prêtre ; c est lui qui eut la révéla- 
tion du lieu sacré à la suite d'une scène de combat divin qui lui 
valut, probablement, l'acquisition du nom du dieu, et en tout cas 
celle de Virunet Tiuiunîm, c'est-à-dire de l'oracle; c'est lui qui, 
revenant auprès du dieu avec le peuple sauvé d'Egypte, fit couler 
les eaux de la source. Moïse, en quelque sorte, est l'expression 

1. L'assimilation antique du nom biblique Sinai, Sina, au mot qui si^ruilii' 
<( buisson », est connue des litténiteurs arabes, et se manifeste [lur cette explication 
de Tour Sina, que Tour est un mot signifiant en général montagne, et que Tottr Sinu 
désigne une montagne boisée. Ainsi parlent Yùkout, d'après Al Djouhouri et Al Akfacli 
(Yàkout, éd. Wiistenfeld, 111, p. 558), et, citant Yàkout, Aboulfeda ;Reinaud, Geofjr. 
d'Aboulfeda, II, i, p. 90) et Macrizi, Histoire des Copies (Wiistenfeld, Macrizi's 
Geschichle der Coplen etc., dans Abh. d. Kôn. Ges. d. Wiss. zu Gd7//n^ew, III, 1845, 
p. 113j. 



LE SÉJOUR DES ISRAÉLITES AU DÉSERT ET LE SINAI 237 

concrétisée de tout ce que la tradition ancienne se rappelle sur le 
Kadesh Israélite et iahviste. Or, il y a cette idée, dont nous avons 
déjà signalé le caractère extraordinaire mais qu'il faut accepter 
comme un fait, que le dieu national autour duquel le peuple est 
groupé à Kadesh n'a pas son domicile véritable à Kadesh mais 
vient à Kadesh par intervalles et habite, ordinairement, quelque 
part derrière l'horizon, hors de la portée de ses fidèles. Quelle rela- 
tion unissait donc les deux sanctuaij-es? On chercha à le com- 
prendre, et on imagina que, de même que Moïse était Vhomme de 
Kadesh, de même il y avait eu un homme du Sinai, et qu'entre les 
deux personnages existaient des liens parallèles à ceux qui subor- 
donnaient l'une des deux places sacrées à l'autre. 

Il est permis de croire (jue, dans un premier stade de la forma- 
tion de la tradition, le beau-père n'avait pas de domicile nettement 
défini dans le désert au sud de Kadesh où la montagne était cen- 
sée située : c'est l'époque du prêtre de Midian, de l'histoire fonda- 
mentale d'Ex., II, et c'est ensuite seulement, lorsqu'un besoin de 
précision poussera à nommer et à localiser le beau-père, qu'on fera 
de lui un Kainite, par sympathie, comme nous l'avons longuement 
expliqué plus haut, avec cette branche d'Amaleq qui était devenue 
amie et alliée au temps des .guerres de Saill. Hobab le Kainite, 
cependant, remonte certainement à J, et à la même couche tradi- 
tionnelle appartient également le rôle qui lai est attribué auprès de 
Moïse par l'histoire de Nombr., x, 29-32, Jug., iv, 11, dont nous 
avons, précédemment, reconstitué le texte, et qui est une transpo- 
sition sur le plan mosaïque de l'épisode historique de l'adhésion de 
Kain à Israël dont on retrouve les débris dans I Sam., xv, et Jug., i. 
On se rend compte qu'à cette époque déjà (J^, sans doute), la 
tradition primitive est développée et altérée, car le prêtre de 
Midian, au contraire du Kainite, ne jouait aucun rôle dans les évé- 
nements du séjour au désert; ce Midianite anonyme n'est entrevu 
que dans un arrière-plan lointain, et il s'évanouit pour ne plus 
reparaître dès qu'il a rempli son unique fonction, qui consiste à 
apparenter Moïse avec l'homme du Sinai. Il semble vraiment qu'à 
l'époque où le beau-père de Moïse fut conçu tout d'abord, on avait 
encore nettement conscience du caractère mythologique du Sinai 
et de son prêtre. 

A la couche suivante appartient Hobab le Kainite et son appa- 
rition à côté de Moïse au milieu du peuple; mais le Sinai reste 
confiné dans le mystère du monde inaccessible, et il faudra qu'un 
nouveau stade soit franchi pour qu'on arrive, par une oblitération 
totale du sens primitif, à faire aller le peuple à la montagne sacrée. 



238 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

En attendant, c'est autour de Kadesh, uniquement, que se grou- 
pent, pour le rédacteur de J', les événements de la péi-iode pasto- 
rale. Kadesh est la résidence du peuple, le sanctuaire du dieu 
national que Moïse avait conquis, l'oracle qui fonctionnait auprès 
de la source que Moïse avait ouverte ; c'est là que s'étaient passées 
les quarante années du séjour au désert, que le dieu avait envoyé 
des aliments à son peuple affamé ', que la masse confuse du peuple 
s'était organisée en tribus gouvernées par des chefs ^ ; c'est là, plus 
généralement, qu'avaient eu lieu entre le dieu et le peuple, par 
l'intermédiaire de Moïse et peut-être par le moyen de l'oracle, les 
entretiens qui avaient abouti à la législation et à la constitution 
nationale^. Les principaux organes du fonctionnomoiit religieux et 
social de la place étaient le Buisson, demeure pi'oprement dite du 
dieu, et l'oracle, près de la source de Justice et du lieu cVép?'eKve. 
Le sens de ces deux mots Meriha et Massa était, nous l'avons vu, 
incompris de la tradition Israélite la plus ancienne, et cela donne 
lieu de se demander si la place de Justice et iVépreare n'existait 
pas depuis longtemps déjà lorsque les Israélites survini-ent devant 
Kadesh; mais avec cette question, nous quittons le domaine de 
l'histoire du texte pour nous engager dans celui de riiisloire pro- 
prement dite. 

Raymond Weill. 
[A suivre.) 



1. Ti-Hces de J dans l'histoire de la maiiiK' d'Ex., ivi, et sou doublet de Nombr., xi. 

2. Traces de J dans l'histoire de l'institution de Juges et d'Anciens d'Ex., xvm, et 
Nombr., xi. 

3. Le texte de la législation divine, tel ((u'on le trouvait dans J, est perdu jiour ainsi 
dire en entier, éliminé par les rédactions développées de E et surtout de P ; les seuls 
vestiges certains qu'on arrive à l'etrouver dans la masse des textes postérieurs sont 
ceux d'Ex., XXXIV, 14, 17, 19 «, 21, 25.'26. 



LE TRAITÉ DE « KALLA » 



Nous connaissons deux traités de Kalla : le plus petit figure 
dans les éditions ordinaires du Talmud ; le plus grand a été publié, 
sous le titre de ■'pd-i nbs, dans les û-«o-i:j3ip n-onn de Coronel, puis 
dans la grande édition du Talmud, imprimée à Wilna. Tandis que 
lo second a dix chapitres, le premier en a un seul, aussi bien dans 
les éditions que dans le Mahzor Vitry, où il est intitulé mDb"«n 
-bD. Menahem ben Salomon ' et Isaac de Lates ^ parlent d'un p-is 
nbD ; de même R. Juda ben Barzilaï dans le passage du Séfer-ha- 
Jtlhn qu\ sera cité plus loin. C'est seulement dans YAgouda que 
notre traité compte deux chapitres. 

Quel est l'âge de ces traités ? Appartiennent-ils à l'époque du 
Talmud ou à celle des Gueonim? Sont-ils plus jeunes encore? 
Cette question n'est naturellement pas neuve et je ne prétends du 
reste pas l'examiner à fond pour le moment; je me contenterai 
d'apporter quelques matériaux, qui en faciliteront peut-être la 
solution. 



1. — Y A-T-IL EU UN TRAITÉ DE KaLLA A l'ÉPOQUE TALMUDIQUE? 

Cette question est tranchée affirmativement parla généralité des 
auteurs -^ Mais leur opinion n'a aucun fondement. 

Le Talmud de Babylone emploie trois fois l'expression iïînsDW ' 
rtbDT ; quelques auleurs, dont Raschi, lisent nbn î<n3Dtt3 ; dans les 
éditions postérieures on trouve aussi ribn nDOwa. R. Hananel 

1. Introduction du ^TiTtan rT'a, 14 a. 

2. Schaare Zion, éd. Buber, p. 26. 

3. Citons parmi les modernes : Zunz, Gotlesd. Vorlr., 2' éd., p. 94; Weiss, "m 
T<".:;"mT -m, p. 248; Schechter, dans J. Q. R., 1891, p. 684; Friedmann, a"<nD03 
NUIT nr^bx "inob, p. 16 et suiv. 

4. Sabbat, 114 a; Taanii, 10 6; Kiddouschin, 49 i. 



240 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

explique ainsi, cette expression : c'est le traité qu'on avait cou- 
tume de préparer pour les conférences des mois de Kalla^ . Cette 
explication est adoptée par Maïnionide ^ et le Tossafiste Isaac 
l'Ancien^ Raschi entend par nbs vo'o'ù une baraita qui contenait 
des prescriptions relatives aux nouveaux mariés et identifie cette 
baraita avec notre traité de Kalla''. Mais Raschi ne songe nulle- 
ment à un traité indépendant C'est ce qui ressort surtout si Ion 
compare son explication de nbD nsD» avec celle qu'il donne pour 
TD") b3i<. Ce dernier titre est ainsi expliqué par lui : Tnn baisn 
ooi:^r; nbo niTviJN-i 'nyciz mt; in mnTou; -mx r"iipi ^'<'^~ Nnso» 
mm bob -«nri Nin "«^n^. Ainsi Raschi connaît \n3-i bnx ou mnwa 
comme un traité indépendant, tandis que nbn n'est pour lui qu'une 
baraita isolée ou insérée dans un ouvrage''. Aucun des anciens 
commentateurs ne suppose donc que le Talmud cite un traité de 
Kalla ; cette opinion n"est explicitement formulée qu'un siècle 
après Raschi ^ 

Toutefois je ne prétends pas que mon interprétation des paroles 
de Raschi soit absolumentjustifiée et j'accorde que Raschi. à cause 
de la teneur du texte de Ketoubot, a pu penser à notre traité de 
Kalla comme tel Ce qui impoi'tc, ce n'est pas comment le passage 
talmudique est expliqué par Rasciii, mais comment il doit être 
expliqué. 

Or, si nous nous demandons laquelle des deux explications, 
celle de Raschi ou celle de R. Hananel, présente le plus de vrai- 
semblance, nous sommes déjà prévenus en faveur de la seconde 
parce qu'elle remonte certainement à une tradition des Gueonim. 
Mais voici un fait plus important. Le ïalmnd cite nommément un 



1. SnTTaanit, 10 Z»; Arouch, s. v. rsbs. 

2. n"ic\s 'n, V, s. 

3. Sabbat, 114 a; Tossufut d'isaac l'Ancien sur Taanit, 10 6 idans l'ed. de Wilna). 

4. Sabbai, H4« : nbynb miON r!3-i3 Nba nbD nt; NP-'-^na nba r\30i2 
msD. Kidd., i\) b : ^-^1 HT, ii^.•^^■-\■2^ r!3 p73i:v' ';\r»^ nbD PDOTon ib-'DN-, 
mDD nby^b ^;-n3^{ n^-in xbn nbs rr'TSïJ ntî. L'exiiiication de ribs manque 

dans le commentaire sur Taunii, mais ce commentaire n'appartient pas à Rasclii, 
comme la montré H. Chajes dans Zioji, II, p. 80, 91 et suiv. 

5. Ketoubol, 28 a. Le commentaire de Mocd h'afon, 24 a, 20 b, ne donne aucune 
explication. Mais ce commentaire n'est pas non plus l'œuvre de Rasrlii, t. la bihlio- 
gr.iphie de la ([uestion par Epstein, dans Feslscàrift Sleinschne/der, p. 118 et 
note 1. 

6. Que si Raschi, sur Keloubot, 7 6, cite notre traité de Kalla iiar les mots nD0 73 
rjbD, c'est sous l'influence de sa propre explication. 

7. Voir plus loin, p. 243. — Dans le commentaire attribué à Guerscliom (imprimé 
dans l'éd. de Wilna), on lit sur 3'fla?H/, 10 6 : l^^"^-) '["'N'O nbD PDOTOD "ib-^DN 
[1. ÎID) 13 pOJ'Pnb; mais il n'y a rien à tirer de cette explication. 



LE TKAITE DE « KALLA » 241 

assez grand nombre de traités : Beruchot^, liosc/t ha-Schana-, 
Nazir^, Sota^, Ketoubot^, Nedanm'\ Maccot', Schebouot'', 
Edouf/ol '■', Abot\ Middot'', Tam/d ^, KéUm\ Ahilot^^, Ne- 
f/aïm '", Ou hein ", Ebd liabbati '-, Dérech Ercr.^^, soit dix-huit 
traités en quinze passages différents, et nulle part le nom du traité 
n'est précédé de Fexpression nos». Si donc, dans les passages en 
questiçn, le Talmud avait voulu mentionner un traité du nom de 
Kalla, il aurait dû dire rîbDn nb-'Dj^r L'addition du mot xnSDWn 
montre — si paradoxale que l'assertion puisse paraître — que par 
nbon î^nDo» il ne faut pas entendre un traité ainsi appelé, mais le 
traité du mois de Kalla. Quant à Raschi, il a été entraîné dans 
son explication par la leçon nbs NnsSB. 

Contre l'explication de R. Hananel on objecte que des trois pas- 
sages où figure l'expression nb::n npddw, deux sont des baraitot et 
le troisième un enseignement de R. Yohanan — que ces textes 
sont donc tous palestiniens, alors que l'institution des sessions de 
Kalla n'existait pas en Palestine ' '. Cette objection disparaît du fait 
que la phrase nbsn i^n^owa nb-isi^n n'appartient plus aux baraïtot et 
au dire de R. Yohanan, mais au Talmud de Rabylone et que celui-ci 
ne considère nullement cette phrase comme se rattachant aux 
enseignements qu'il rapporte — ce que sous-entendent "Weiss et 
Friedmann — mais la présente clairement comme un dévelop- 
pement. 

Voici. en]effet, le texte dans les trois passages : iniN ■j-'b^TOu: bs 
nbsn NnDD702 ibisi^T maii^n 'mp» ban^ nsbr; na'i. Si les mots Vd-^snt 
nbDT î<nDD72n appartenaient encore à la citation, ils devraient être 
placés avant rî-ix:iNT et nous aurions : rt^bn nan nmx l'^bNio;:: bD 



1. Baba Kamma, 30 a. 

2. Taayiit, 2a : niïîrj 'OKI». 
•3. Sola, 2 a. 

4. Schcbouol, 1 b : m^'ûT:, n>'T3"C- 
;j. Bevachol, 28 a. 

6. Baba Kam)nu, 30 «. 

7. Yoma, 16 «. 

8. Yoma, li b. 
0. Kélim, 30. "4. 

10. j. M oc cl Kalon, i. /'. 

M. Horaïot, 13 6; "Jiitpi:? , 1"<]:pl3'2. 

12. M. K., 24 rt, '26 6; Keloubot, 28 « ; in^l 73^3. 

13. j. Sabbat, vi, 2 (Sa, 1. o d'en bas) : y-iHr> TT72 13m. 

14. Weiss, op. ci/., p. 248; Friedmann, op. cit., p. 16. A. Schwarz, dans Jahrbuck 
fur jiidiscfie Geschichte und Liieratur, 1899, p. 2, croit que ceUe opinion n'est pas 
si sûre." Cependant les sources ne renferment aucune trace de "53 e" Palestine; cf. 
iiaclicr. daiis,./e(/;. Encj/cL. VII, i2:!«. 

T. i.vii. N> n;. Hi 



•2'r2 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mttiî^i ïibDT NPDOwa ib-^DNi. De plus, le terme de npdû», qui est ara- 
niéen, indique Torigine babylonienne de la phrase. 

Il n'y a donc pas le moindre indice de l'existence d'un « traité 
de Kalla » à l'époque lalmudique '. Nous comprenons maintenant 
que Juda b. Barzilaï considère comme erronée l'explication de 
ri5Dn NnsDtt par « traité de Kalla », ([uoique l'argument qu'il 
allègue ne prouve rien pour l'époque talmudique. Le passage est 
assez important pour être reproduit en entier : '>'d rjy^OT ^didtoi Intdt 
ûbi:'n î<nsD7o nr::72 î^bn rm-^n nti j^m^a n-û^y ■«son NnD07j nti nbD 
û-isiTooT mrb73 rjT^n d"""::':: 3\-iDnDi mnsoTo d-^^td pr^n ■'-it'o Nn-"j î^btî 
■imo Nn-io^T . D''b\i5TT'3 Tn-:: n-'UJ-nTo td d""317:o ibi< D"'03b-'D 
p-i-: Tna-'nn in^*" mobn bs'm nbs NnDow ma nnDTUTj Mb 
tn'^im pic imi<n 12 w«ïï i^d^o xb» i^n rr^b iddt muj» f<b nbo 

nbD r^s'n ■^l''^:^• -. 



^. — « Kalla » dans les éditions. 

Les verbes « nnou:, il a écrit », « innu:, il a composé, réuni » ne 
souffrent qu'une explication : c'est que l'auteur des HalachoL Gue- 
dolot a réuni des prescriptions relatives aux nouveaux mariés 
sous le titre de « Chapitre de Kalla » ^ Ce chapitre de Kalla, qui 
manque dans nos recensions des Halac/iol,, est, si l'on considère 
la similitude du titre ' et du contenu, identique sans doute avec 
notre « Traité de Kalla « des éditions ordinaires ice qui ne veut 
pas dire que c'est entièrement le même texte). Nous avons donc 
un témoignage authentique qui atteste que le « Traité de Kalla » 
imprimé dans ces éditions est l'œuvre de l'auteur des Halachot 
Guedolot et que ce « Traité » n'était primitivement autre chose 
qu'une partie de cet ouvrage. 

Mais nous savons aussi qu'à l'époque de la composition du Séfer 
ha-IlJ/uii, dans la première moitié du xii* siècle, le traité de Kalla 
était encore incorporé aux Halachot Guedolot, dont il était consi- 
déré comme une partie, et (ju'on ne connaissait môme pas un 

1. Zuuz, op. cil., \). '■)\. dit, eu renvoyant a j. Heracitot. ii, 5 /. /'., que le Yerou- 
sclKilmi connaît un traité de Kalla. Il penso.sans doute, à la citation de la p. 5 6, 1. 29 : 
nymC bD nrr^ab rrriOX nbD ■'Dn- MU' serait empruntée à un traité de Kalla. Mais 
cette opinion n'est justili(}R par rien. 

2. Séfer Ita-lt/im, p. 246. 

3. Mais nullement, comme le ci'oit l'éditeur du Sefer ha-Illim, inO'3D!lU3 

î-in^na et mii^np» niabn 12 u;''UJ. 

4. Cf. plus haut, p. 240, n. 4. 



LE TRAITÉ DE « KALLA » 243 

traité de Kalla talmudiqiie. C'est sur, dti moins, pour lEspagne. 
Quant à Raschi, a-t-il connu notre trait*' comme tel, ou pense-t-il 
seulement au « Cliapitre de Kalla y des llalachot Guedoloi, qu'il 
aurait considéré comme une ancienne baraitu contenue dans cet 
ouvrage? Nous avons vu qu'il était difficile de décider. Dans le 
premier cas. on serait fondé à admettre que l'indépendance de 
notre traité remonte à la recension Irançaise des Halachot Gue- 
dolot. Dans la seconde hypothèse, on comprendrait mieux que le 
Malizor Vitrij, qui provient de l'école de Raschi, donne à notre 
traité le titre de nbD mob-'n. On relève un cas analogue : Tobia b. 
Éliézer cite un passage du premier chapitre de DéreLk h-eç rabfxi 
comme tiré de nrny nscM' ; or, nous trouvons dans les Ha lâchai 
Gnedolot un mi"iy pis. qui renfei'me au début tout le premier 
chapitre de Drrech érer nihha'-. 



3. — K.\LLA H.\liBATl ''. 

Le plus ancien auteur (fui cite peut-être ce ti'aité est Abraham 
ben David de Posquières '. Toledano assure que Raschi l'a égale- 
ment connu. Mais les raisons sur lesquelles il se fonde sont fra- 
giles. Des deux passages que Raschi cite et qui ne se trouvaient 
nulle part ailleurs que dans ce traité, l'un, celui sur Gen., xlvih, U, 
est cité par Abraham ibn Yarhi, le commentateur même de ce 
traité, comme tiré de Genèse rabba"'. Quant au second, celui 
sur Abat, vi, 3, il n'appartient même pas à Raschi, attendu (jue 
le commentaire sur Abat qui porte le nom de Raschi n'est pas 
de lui ''. 

Parmi les anciens auteurs qui' connaissent notre traité, il y a 
encore Isaac ben Abbamari, l'auteur de Vittotir', et Abraham ibn 

I. Lékak Toi. sectinn i"inN- Cf. l'icil'iii.uiii. duus lièt Talinud. IV. 84. 

2 Éd. de Varsovie, 102rt ; éd. de Berlin, 252. La première donne p"ur titre mobn 
nVIJ*. Cf. Halijcrstainm, dans Bel Talinud, IV, 526. — Dans le manuscrit do la 
Mischna de Kaufmann, Kiddouschin est également suivi de 'N '"ID PT^Ii'. qui a le 
même contenu que Dérech éreç rabba, i : voir Krauss, dans Monatsschrift, 1907, p. 63. 

3. Voir Luzzatto, dans Kérem hémed, VU, 219 ; Kirclilieim, dans 1^573", 1865. 
p. 149; Scliechter, dans ./. Q. R., 1891. p. 684; Friedmann. a^^n^O". introdurtiou, 
p. 17 et suiv. 

4 Cf. Toledano dans rintroductiou de son édition du 'j"3ï?-|':3 "52 nZCTZ OTT'D 
"^n-TTî. p. 18. 

0. P. 33, s. V. TlO'i'it ""^n. Cf. llasciii, édit. Berliner, Inédit., p. iop, n. 10. 

6. Voir tout au long Epstein, dans "ipinn, I, 90 et suiv. 

7. Cf. Toledano, l. c. et la note sur le premier alini'.i dans l'cd. de Wilna. 



•244 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

\arhi, qui la commenté. Ce dernier invoque une tradition de ses 
maîtres français, d'apri^s laquelle ce traité serait celui qui est men- 
tionné dans Taaiiit. 10 h '. 

Nous voyons donc que le ti'aité de Kalla rabbatl a été connu au 
plus tôt vers la (in du xii" siècle et que les plus anciens auteurs 
qui le connaissent sont tous du sud de la France. Ne pourrait-on 
pas en tirer une conclusion sur làge et la patrie du traité? 

Pour ce qui est de l'âge, il faut naturellement distinguer entre 
le traité tel quel et ses différents éléments. Ces éléments sont en 
partie antérieurs, en partie postérieurs au Talmud, en partie de 
l'époque des Gueonim. Les premiers comprennent les extraits de 
Aboi, VI 1= Kalla rabbatU vini et de Dérech êreç -. Les textes dési- 
gnés comme « baraïtas » sont pour la plus grande partie empruntés 
au Talmud. Enlin, il y a dans le traité de Kalla, comme sans 
doute dans la « guemara » des matériaux remontant aux Gueo- 
nim. Il reste donc seulement à savoir quand ces fragments ont été 
réunis en un tout et pourvus de ce qu'on appelle la « guemara » 
du traité ^. 

De même, je n'entends pas par patrie le lieu d'origine de notre 
traité, qu'il faut selon toute vraisemblance chercher en Babylonie 
et plus précisément à Soura, à cause de ses divergences d'avec le 
Talmud de Babylone. Je veux dire seulement que la région où le 
traité fut d'aboid connu et répandu est peut-être le sud de la 
France. 

V. Aptowitzer. 

Vienne, le {"' notcmbre 1908. 



i. P. :p-iD3 n-isyna r!-iDT2'i5 nb^ î-idotû NTt nNT^ noniïn -rnan» "^nî^p 

■{TàJNI- — Sans connaître cette tradition, Ftiedinann (DTISDS, introd., p. 17) con- 
sidère "^ri^"! ?li;D comme étant le traité censément cité dans le Talmud. 

2. V. les indications de Halberstanim, dans l'cd. Coronell, p. 112. D'après Krauss, 
(cf. Biicliler, dans Vy. Z. K. .)/., XVIII, p. 114 et s. , H. É. ./., XXXVl, 40-46, D. K. :. 
et D. E. »■., iv-ii, sont posttalmudiques. 

3. Cf. sur ce point Dcrerk Eiez /•., édit. Goliicrg, p. xi et s. 



DEDX CONSULTATIONS DES GUEONIM 
DANS LE FARDES 



Le Pardess qui est attribué à Raschi et qui provient, en tout cas, 
fie son école \ contient un grand nombre de textes des Gueonim, 
qu"on na pas encore suffisamment exploités. Plus d'une explication 
et plus dune décision des Gueonim ne se trouvent que dans cet 
ouvrage. Telles sont les deux consultations que nous nous pro- 
posons d'étudier. 



I. — Pardes, n° 280, mpiDD nsbii, nan nïïimïj, "^n.!"^ mbs. 

Dans le Pardes, n"» 281), /. /'. éd. de Constantinople, ob , on lit ce 
qui suit : ivzy:^ (1. h^] \>y ro-d-i irsnns -idt \^>^A ■^^-rrr^ m n» -i«n ip 
m:r nrT? '; s.-i-. mbv- -z'zzy nn'rri 3>::"'pc rr^nn b-'nca Nm'^a c-"-: 
n7:NT n-^-'ps 't a-cn *]d -irxT m:o n"-" n'^n r-rD"'p:b pT a-'-'p; 't 3'cn s"nNT 
ï-i;7373 mn pioc-^uj i:' mz-^ m'rr n^n 'o n'^ r:D-,3':> im-is ist i« a -i 
^«t^a^-^?2 -cm nbo "w-^-i —i?:» i^t D'^-'p; 't -nson -^pn -. Ce passage, 
évidemment tiré de la consultation d'un gaon, est passablement 
énigmatique. Qui est ce Nm qu'on y mentionne? David Luria-' 
croit qu'on doit lire irm ou entendre «a-i dans le sens de ira-i. 
Dans ce cas, il faut rapporter les mots Tiih:^ y'^^i>-c à l'exilarque 
Salomon, ce qui, sans être impossible, est tout à fait invraisemblable. 

1. Sur cet ouvrage v. EpstPiii, dans Mnna/sschvifl, XLI. ji. 2/i7 etsiiiv.: XLIV, p. .jli 
et suiv. ; XLVII, p. .340. 

2. Lps Hnlachot Guedulot [i'à. lii^ ^'arsovie, 171 « ; éd. de Rpiliii, 625) conrordiiit 
avec la décision de N2n. De même, R. Amram, dans naVCD "'"lyO, n* 1"3 : m3r~ 
mpTDD, éd. Millier, n" 83 (ipinn, I, p. 261). Y. encore sur cette question Muf/zur 
Vihij, 612, 613 ; Séfer Ha-Orn/,, p. 176 ; Or Zaroua, l, n« 339, 346. 

3. -îmTH mmp, i8«. 



246 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Lexpressioiî rtDbn y'û'p convient justement à merveille à la méthode 
de R. YehoLidaï de répondre à des consultations et d'arrêter des 
décisions, méthode qui a valu le titre de mriLDp piddh à un recueil 
de décisions attribué à ce gaon. Si par î«3-i il faut entendre 
R Yelîoudaï, qui est le NnnT» u5"'-i ? N'est-ce pas R. Yehoudaï lui- 
mêmo qui était le chef de l'académie ? 

Ces questions m'amènent à expliquer ce passage autrement que 
le texte parait l'exiger à première vue. Dans cette interprétation, 
c'est l'exilarque Salomon qui pose la question ; rjDbrr TJi''-p-Q se 
rapporte, ainsi que l'expression le demande, à R. Yehoudaï ; donc 
i«m, qui rejette la décision de R. Yehoudaï, ne peut pas être l'équi- 
valent de 12'^n-i " notre maître », mais doit être le nom d'un savant. 
Et, comme la décision de Raba est confirmée par le nbw U5">-i et par 
le Nn3\-t73 o-i"!, il n'était lui-même ni l'un ni l'autre. 

Il y avait, en effet, à l'époque de R. Yehoudaï un savant du nom 
de Raba. M. Harkavy a publié' un fragment de la consultation 
d'un gaon qui contient ce passage : do-'bî* \n2n3-:3 nbbrt D-'iann b^z^ 
rn3b-72"i -nrbp-j "3-173 ^-n7:"rc: n?:?: ts'rx ^nTr^n?: î<bn -^1172 'rra c><b 
î>ia- abn^' ^■'nbi n^-inb '^t nt^sn^-i r.-^ji'c ■'3-1 rr-nw r-\-cyi:b 
■^^nbi n::-i3b ii-^D-nN '^t iin:* "î<tt--' an -1» "■'7:bn rr^rnu 
^<J2^: nbiyn. Si Raba avait été un personnage officiel, son disciple 
n'aurait certainement pas manqué de lui donner son titre. De plus, 
ce docteur n'est pas cité ailleurs dans la littérature des Gueonim. 
Pour ces deux raisons, il est certain que !r;aï<-i était seulement un 
savant privé. C'est ce Raba que je crois retrouver dans notre texte 
du Pardcs. 

Si mon hypothèse est fondée, ce texte fournil du même coup un 
indice pour ridentificalioii de l'auteur de la consultation. Dans le 
fragment publié pai- Harkavy, on trouve à la place des formules 
d'introduction usitées dans cette litlérature. telles que nbN",au3i< 
ûn'îX'û^T, etc., le motynwn, qui n'est employé, parmi les Gueonim, 
que par R. Hilaï et son tils Ft. Natroiiaï. Aussi Harkavy croit-il que 
l'auteur du fragment est probablement l'un de ces deux Gueonim. 
Ce qui militerait encore en faveur de Natronaï, c'est que, comme 
l'auteur du fragment, il polémique contre les Caraïtes. Or, b'auîD 
ligure dans la consultation du Fardes avec la même acception (lue 
dans le fragment. Il est donc vraisemblable que l'auteur du frag- 
ment est aussi l'auteur de notre consultation, c'est-à-dire R. Hilaï 
ou son fils Natronaï. 

1. Ihi-doicH. IV. |i. "1 et >ui\., (l'.i|iirs le lus. IN'Iii-stiiuiri: 1!t."i. 



DEUX CONSULTATIONS DES GUEONIM DANS LE PARDES 247 

Je crois reconnaître ce Nn-i ou n3i<"i dans un troisième passag:e. 
On lit, en effet, dans une consultation de R. Efraïni ' : yon iDoai 
, . . Nn-^nn Ninrr N3K '~i"î mpios rnsbrin iîirro "^dw mPD Nir.?:;. 
Quel est ce î<3n 'i qui a composé des mpioc misbn? 31. F.pstein - 
croit, toutefois avec réserve, qu'il faut lire "^Nlirr^ 'n. Ce n"est pas 
nécessaire. Les mpiOD mrb- de R. Yehoudaï sont à proprement 
parler l'œuvre de ses disciples-' ; or, nous connaisons un disciple 
de R. Yehoudaï nommé na^n, c'est-à-dire N3n '-i ; donc le î<3N '"i du 
Séfer Héfer, l'auteur des mpioD mobn, n'est autre que le na^n 
du fragment de Saint-Pétersbourg; et, d'après ma conjecture, du 
Pardes, n° 280. 

Si ces conclusions sont exactes, elles nous permettent de résoudre 
une vieille énigme de notre littérature, qui intriguait d(''jà Juda hn\ 
Barzila'i, celle de l'origine du traité sur les fepHin connu sous le 
nom de nm nuji»^ et qui date de l'époffue des Gueonim. Un 
fragment en a été conservé par Ascheri, i'^b"'Dn mDbn mnDN nm 
N3-^ NCi7:^;ii ix-q>':^ û'^jiNr.r; D"0 by l^ysn niDbnw. D'après Mahzor \ltr//, 
p. 644, Alfasi citerait le n3-i ij^iTo-^u: : iN-'an CDbx nm Mnn î«\rnW">:33'nD. 
Le même livre mentionne une explication tirée du Nm i«u:i»"'ï5 sur 
la lecture de bn^^ aux fêtes : û-^jInst Mai N«n72"'U3a \nN2:» "p (p. 284). 
Ce traité ne s'occupait donc pas exclusivement des v'^'^En. Ce qu'il 
a d'énigmatique, c'est que les phrases y sont introduites par la 
formule n2-i irsî et que ces phrases ne se trouvent pas dans le 
Talnuid. Juda ben Barzila'i en conclut avec raison que ce «nn ne 
peut pas être un docteur du Talmud et il croit que wi désigne 
peut-être seulement le maître de l'auteur du Nu:ittia : in^nna iwi pT 
"Nm 'iDi N3L3 NJN "'n"'''a pb-^sp nar-^nb -^ran "[Nto ••Nr; r^a-i -kn 
Caira ^i-V2b -i"wDN Nbn N■^::3 ■^biDa xai c;ra N:nD^N î«b N-i7:r2 
■^yai n">::nN', r>im:iN3 iî« N-i«5a riap iin Nbn Tinbnr; ^72Dn73 aan 
n72bc; ann dc by -7oiba) rr'bi-i xa-i 1153 Nan n»N ■'^r: -^irr^Tab 
*7i73bra n^înn'yi; Nan so br Nbi n-sIîitût:: ■'sr;-''. 

1. Cuiisultatious de Mcif ilc Fiotliciibourf:-, rd. LemherL'-. ri" .'51S. 

2. nbn:i mabn bs> n7:N72, i>. 22 iia-Guren, iir. 

."i. V. Halhcrstanim dans sa lettro pnlilirc en tète des mpiOS nab~, <'d. 
Schlossberg, p. ii. 

4. Ascheri, l. c : N"wT7j"'a br Nan:: ^:r:">7:n ';ibi:-iar; a-" T»br ar.ai 
piNnoir^ rT^p-« NinacN-ia Nan r-rb irana irT'72 ^îa- ^ranaT i<a-i 

..."pTy. Sur un autre passatrc : "«mrMb T^D xb Nan Û'^a arZw "73 pT 

■^bian NP-^b n"i?3"'73 ■^Nn 'lai û-^aipaT û\N"'a3 mip -«^p-i "jN^ob Nbj? '[■>5-'3P 

NTiTjbp. Sur le même passaere du N'iIÎ173""w, le Malizor Vilrij, p. 64i>, observe: 

irons biT5n abib pns na-nx NbN -t ba "i2''i:7a Nb isbu: m7obpa d:7:n 
...nsoTra n73b x'ro -^"ya ]^'-:'^zr\ ib npnb "i-«aN I'^'d-'cp -iiTDcb ym^n pp. 

De ce passage du Nu;i7:"''>0 ''St né un riN-ibs 'Ci'-ifZ : Nb£< 1ib"'DP ■{"'H'^ÎTO 'j-'N 
(□"^b^n, ni;i3N"ia, bN173'iU =) Pa^a. -le ne sais en ce moment où j'ai bi ce lext-'. 



248 HEVUK HKS ÉTUDE? .lUlVKS 

l^eiit-(Hro nCst-il pas téméraire maintonant do retrouver dans ce 
N2"! le na^n ou î^m que nous connaissons déjà comme un élève de 
R. Yehoudaï et comme fauteur des mpnoD mobrr. Il ne faut pas 
objecter que le «an îî'OiTjD se trouve sur quelques points en oppo- 
sition avec R. Yehoudaï '. Le disciple n'est pas obligé de toujours 
jurer m vet'ba magistri. Nous avons vu que î«3"i rejette positivement 
une décision de R. Yehoudaï. Du reste, nous trouvons encore 
ailleurs des opinions contradictoires rapportées au nom de 
R. Y' ehoudaï '^. 

Je voudrais encore attirer l'attention du lecteur sur un fait 
analogue. Dans ce qu'on appelle la '«Guemara» de Ka/la rahbaii, 
se trouvent cités trente-quatre enseignements de « Raba » qui ne 
figurent pas dans le Talmud ^. Ici aussi nous demandons avec Juda 
b. Rarzilaï : est-il possible que le Talmud n'ait pas conservé la 
moindre trace d'un aussi grand nombre d'enseignements d'un des 
Amoras qu'il cite le plus souvent? Et avec Ben Rarzilaï nous répon- 
dons que le î<3-i de Kalla rahbah ne peut pas être le n3-i du 
Talmud. — Peut-être, ajouterons-nous, le ndi de Kalla vahhalj 
est-il le même que le Nm ou rvysr^ que le fi-agment de Saint- 
Pétersbourg n'est plus le seul maintenant à nous faire connaître. 

Nous avons vu plus haut que le «an s^uîiwï:, dont notre n2-i est la 
source principale, était plus considérable que le fragment conservé 
par Ascheri d'après le Si- fer Ha-lttim et qu'il traitait d'autres 
questions que des ■j-'b^Dn''. Les enseignements rapportés au nom de 
Raba dans tq-i riba peuvent donc être empruntés au Nni noimo. 

Je sais que la conjecture qui est émise ici paraîtra très hardie. 
Moi-même je me suis longtemps défendu contre elle. Je la livre 
aux savants pour qu'ils l'examinent. 

1. C'est ce qui iv'sulte de In comparaison ilii N3^ î<U3172"'w avec mpios PIDDH. 
Il» 62 ("ipinn, ï, 250 l't suiv.t. Miiiler sij:nale quelques diflrroûccs. 

2. Epstein en donne quelques exemples, l.c, p. 16 et suiv. 

3. Edition Ccronei, p. I3, 222. 33. 39, 327. 40, is. 64, 1239. 1434. I627, 20i-, 24, 23j. 
2'ti;;. 20. 21. 34, 2629. 3O40. 3l3, b. 32i4. 33i6, 24. 38,40> 34)6, 353. 6. n (le texte de 352« 
appartient au Raha du Talmml, v. fi. A'.. !)2 /)), :i6i2. 377,04; le plus souvent -I7:î5 
Nai, mais aussi «3-) ci"!, Na~l nb tl'ipn», etc. — Tout en me réservant de donner 
une analyse exacte de tout le traité, je dois faire ici quelques courtes remarques sur les 
enseignements au nom de « Raba ». Celui de 222 utilise un dire de R. Assi [Kidd., 40fl), 
celui de 231 développe une phrase de R. Akiba [Sula, 17a), sur laquelle Raha fuit 
une ohservaiion, laquelle manque dans Kalla rahhali ; celui de 2C29 utilise une 
agada anonyme {Sahh., 8db), celui de 35., repose sur un dire anonyme [Y'chamot, 10 a) ; 
celui de 3624 cite un enseii:noment de R. Yohanan (Sala, A b) en l'introduisant par 
pan ■^"lîaNl, alors que dans le Talmud cet enseignement ^-.v/ repou.ssé par Raha. 

't. Vnii' plus liant, p. 247. 



DEUX CONSULTATIONS DES GUEONIM DANS LE PAKDES 249 



II. — Pardes. n° 310. 

Dans le Pardos, n^ 810 éd. de Constantinople, 21 l>], on trouve 
la consultation suivante : 

r-i73 axT .nnp:in z-^iz^v:^ "^sb a-'^îin n"3 "jT^anb r;D"'-ii:\:: Nnn-^nwa 
1in3 ib-'îN N'>:;m nnx -tc ib-^sNi ar l'r-'cN T'DNb nb-'nn nbii- 
tsya T<br -,73wx: mri .'nsi -""syN nninsa mnD pi .^v^-j-in 's 
?m» ■'jDTo ,tj:w\ nbna ■'ns ^C3»-i «b a''73"D '5 n-nrn mnD .-^ns 
i5;d nnNT .t^-^Nrcrr; "i;:3 nnxT .hrnrn Vi:) n72irr: -ii3D -inx «bst 
,2bn ^2 Nrf xb'r :•yn^yr, b"i) -«i:t; nsrD inxn .arna — ',-w3 
,';"'wX"iu:'^:r: -larD •'jCm .n3"«-ipr;b bios ^'"iTr: n-'n abn ina rîT!"< aNC 

f 73"' "'rcn a''":;iin n"3 a'^ci^' ,aa"'7:'^ 3''b->::n a-'b'cru; nr t^^crnb 
""TiDX np^:^?:b ip:nD ax nb-^sNi pirnr; dtj nb-^r^i .'"T"C3n ^^'^^ 
awS b"T irmn-i -riTCKi .a"^73"' a"rvyn a-'b'.rro ny r:N-"'b biî-.'«'' nnb 
3inD- i7:n T^b:»"! ,aib2 --■'3 ';\\ ^T'ax rî:u: -inxb rpr^rb insnD 
('"^ ,5"3 "^ba?:) Nian bN a"^?:!;!-^ '.""t^^t V'j:! nKOOT a-ir bias j-n bN 
■/nxm .aa'^K'in"' b">a arics î^^-" Nbc ,2^-'3 ';-'Tû3"i b"::) -^to '-ïni 
.3bn2 ica birxb 'mci,^ '"-rN-i\a"i nab nrcn v^-:; ,3bna ■t::^ i^îd 
.3bn3 a--i snb -je-: abn-c ^sb ^nbna ncn N:7:n-i "lax nTcbi 
■(2^: ■2-:r>r> r^y\:ivr.i2 u^-yr^D ■ji-'S Nbx ,— nb icn: abrrrc) v:?:'i 
aT nxTi -rx n-i3:-'n72 -wîînc iro NbN ,X"^v.2 abnb a-im .tznb 
'jn"' ■'73 "iTCTwN mnar: i^bri ,pnrn5 a^n ncr: [an] th^n NbwS ,£—,--"': 
'-niî iîinc -"np- ,-;ri< ,('- ^n""! avN nnN î^b N?:;a73 nin:: 

M. Epstein a consacré à cette consultation une étude particulière - 
dans lequelle il a cherché à démontrer quelle était palestinienne, 
(4 cela pour les raisons suivantes : 1° La langue n'est ni celle des 
Giieonim, ni celle des rabbins français et allemands; 2" La décision 
concorde avec le Yerouschalmi et avec l'usage palestinien men- 
tionné dans pn:: -^nrj, n" 39, tandis que d'après le Babli Ketoubot, 
60 6 et d'après l'usage babylonien, la mère peut se remarier 
aussitôt. 

1. Les corrections et les rrférencos à la Bible ont déjà été faites par M. Epstein dans 
l'article^qui va être cité. 

2. Ha-Goren^ VI, p. 69 et suiv. 



2:30 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ces raisons ne soni pas péremptoires. La pi'omière n'a pas besoin 
d'être réfutée en détail, attendu que ces soi'ltis de déductions sont 
généralemeni très piohléinaliqiies ot surtout loisqu'on peut faire 
entrer en ligne de compte des centaines de savants comme anieurs 
ou rédacteurs. Le second argument est pins sérieux el paraît 
décisif; mais il ne Test qu'en apparence. 

D'abord, l'auteur se réfère lui-même au Talmud de Babylone. 
M. Epstein s'en étonne, mais sans être ébranlé dans son opinion. 
Il croit que cette référence doit receler quelque erreur, car le Babil 
dit formellement le contraire. Mais cette bypothèse est inadmissible, 
parce que l'auteur de la consultation motive sa décision en disant 
irp:in a-'^rco ■'sb et que ce motif ne figure que dans le Babil, tandis 
que le Yerouscbalmi n'en donne aucun '. Notre auteur appuie donc 
incontestablement sa décision sur le Talmud de Babylone et ne sait 
rien du Yerouscbalmi. 

Que s'il se fonde sur le Babil pour prononcer une décision qui 
est diamétralement opposée à ce dernier, cette énigme n'est pas 
insoluble si l'on examine attentivement le passage talmudique en 
question. En voici le texte : 2-1 -a ito .mcN inbTjj nnr: nw NPDVm 
nir, .n:d3-':3T ^'r-TNi nib Nbup N^b-'T -nowx ■'7:3 nTo ib-^CLN -iTax -^cn 
Tn"'"'32 l'p3m "'•«:;3 ■'nn;' «bn •'Ni- naio N-^nr: N-^r: wNbi r:-^r.p3m Nimr. 
Il ressort de ces mots qu'à Sora, siège de Mar bar Rab Ascbi, on 
décidait -ncN nw. De plus, les 6W/6V'//o/ ini'^t lisent Niionînaiy mn. 
A Sora, où ce cas tragique s'était présenté, on s'était sans doute 
tenu à la décision du docteur de Sora. Donc, en ce qui concerne la 
décision du Babli, il suffit, pour écai-ter la difficulté qu'elle présente 
quand on la compare à notre consultation, d'admettre que celle-ci 
a pour auteur un gaon de Sora, qui décide conformément aux 
traditions de l'académie de cette ville, sans tenir compte de l'ob- 
jection du Babli, qui ne figurait peut-être pas dans son texte. 
D'une manière générale, les décisions de Gueonim contraires au 
lîabli ne sont pas très rares. Si l'on confronte, par exemple, le 
N3-1 nciTjO avec les parties correspondantes du Talmud, on pourra 
déjà relever, pour la seule question des tefilUn, un certain nombre 
de divergences et d'oppositions, ce qu'ont fait, au reste, d'anciens 
auteurs-. Je n'en veux pas ciler ici d'autres exemples, comptant 
publier bitMilùt une étude plus étendue sur ce sujet. 

Nous venons devoir que notre consullalion ne |)eut se rattacher 



1. j. s, ,1,1, IV, i 19./, 1. 11 : nyn-iNi û-^nor -^bs-iNn ^^^r-, Nnpiy -iw ■^m 
pT3'^pr; n73 ib-'ENT ^Tin. 

2. Viiir plus liaiif, p, 247. n. 'i. 



DEUX CONSULTATIONS DES GUEONIM DANS LE PARDES 2ud 

au Yerousciialnii et doit provenir, par conséquent, dune école 
babylonienne, qui est Sora. Si, d'autre part, un usage contraire 
nous est rapporté comme venant de Babylonie, il s'ensuit né- 
cessairement que cet usage n'était pas observé dans toutes les 
écoles de la Babylonie. Ou peut établir, en effet, quil n'y avait pas 
à ce sujet en Babylonie d'usage uniforme. D'après la consultation 
(lêspi2£ ■^nrtî, l'usage babylonien est : '^ip2 n:2 n?jO rfp.-^z'a niT?: "'c:n 
nmwN "j-'X'iCT: a^ï^nn n^nii^T a-'-.'jy. En l'absence de toute autre indi- 
cation, il faut sous-entendre : aussitôt. D'un autre côté, l'usage 
babylonien nous est ainsi rapporté par le cara'ite Joseph Albassir : 

w^^ ~i'cy -:720 iy (bm ■'m '. Voila donc un troisième usage à Sora, 
L'origine babylonienne de notre consultation est ainsi assurée. 
3Iais on en peut donner encore une nouvelle et forte preuve. La 
Gueniatria de b'cnn et l'application de Prov., xxiii, 10, au nourrisson 
sont formellement citées dans une autre source comme tirées de la 
consultation d'un gaon. M. Scliechler a, en effet, publié le texte 
suivant - : «'rj n-imyrbi np-'irb '^7:0 bî«::n '-«a-n m:?"i2:p7:r! isoa 'T\r'2 
r<"'-:;7;"";2 "rein i7:î< n'rna ■'"^ bw^n Nb 'z'z 'C-^- ";"d ~? Nw^n 
^1 -rire rz-.-^b nrx X'-\t\'' "p::'^ n^3i ^t^ b"b bw n7;n "cn-n -"d 

--i^2ri n-in-:"?: ^' izbir biis ;-'on sb j<->"in '1 ^'.T\^ mr nn ain^i 
c:''-iDwN '--2-, bc T!"' n^Ti^?: .''.— .prTo it p<t2p bx a-'nn"' rTT,:;2i 
n-ppnr- n;i37:. 

Je crois que l'origine babylonienne de la consultation conservée 
dans le Paî't/fs, n" HIO, ne pourra plus désormais être mise eu 
doute. 

Vienne, le i"' iiovemlire 1908. 

V. ÂPTOWIÏZER. 



1. Harkavy. Respiniavii dcr linnniiii. \). 394, n" 3. 

2. J. Q. R.. 1901, I». 142. 

3. Sur cette çjupmnh-iu v. les parallèles citi-s par M. EfistiMn, /. c..\). 11-2. CMimm- 
nous trouvons aussi cette gueinatria ciiez \\. Hanaael et en général chez des Gneonin., 
il se pourrait que Saailia eût également connu et employé cette méthode et il taudrait 
rectifier en ce sens ce qui a été dit i)ar moi-même, Revue, LI, p. 82, u " 2o, et eu p.irlie 
par MM l.iher. ihicL. LIV, p. 80, et Epstein. /. c. p. 72. 

i. Sur cette iiiler|iréfalion, \. Kpsiein. / c, p. 70-71. 



252 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



NOTE ADDITIONNELLE 



Sur le ^ I (r!2"i NOl^Jtt)), — Autres citations de cet ouvrage qui me 
sont connues : 

Tossafot-Meiiahot, Uh, s.v. Nmpm ; 35 a, .v. v. ^"iï5 ; 33 h, s. v. rî»3T ; 
30 a, .V. V. N5. 

Mahzor Vilnj, 234, 639, 641, 644, 645. 

Séfer ha-Tet-ouma, éd. de Venise, 1523, n»* 205. 206, 207, 208. 200. 210, 
211. Le no 206 porte : mns -^'jVji-p v'-^s^i ppn Nin rtai NOitt'oa nrrs 
r!72bo ir2-i mD3. Le na-i NnTOC: fii^urait donc dans le Siddour do 
Raschi. 

Séfer Yeréim, n° 16 'C"';"iN5 b;r ■j-'b-^sn lipTim). 

EsrhkoL, ii, 83-84 (fragment étendu . 

Manhig, éd. Berlin, 118 h. 

Orhol Bayyim, V^^sn, n"* 1, 18, 27. 

Or Zfiroua, I, n»^ 558, 582. 

Sfinink, éd. de Crémone, 55 h, 56 a. Gloses du Semak, n° 153, 55 a. 

Hagahol Maïmomol, V'^''tr\, i, 19, n» 90 ; ii, 8, n» 3 ; m, 2, n» 153, 53 a. 

Mordechai, T^b-'Dn msbn. 

Mirjdal Oz, l'^b'^sn, passim. 

Tour, Or. Hay\ im, § 32 ; Bel Yosscf, ibid. 

Consullations de Menahem Azaria de Fano, n° 107, 

Un fragment du Séfer ha-Itlhn de Juda b. Barzilaï, puhli('' par M. E. N. 
Adler dans J.Q.li., IX, 681-716, daprès un texte de la Gueniza, contient 
un morceau assez étendu du "2") ï<\:;i7:^ intitulé "lîO" nn"; noi?^'^''»:; 
r;"nn i^signalé par M. Liber). — Le texte araméen du Pardes, no 38 (éd. 
Constantinople, 6 c) paraît emprunté au N"i:iu"'"C 

Sur le nnn KCni^O, v. Koré ha-Dorot, éd. Cassel, 3 n ; Weiss, "m "m 
v;:;-i"m, IV, 21. 

Sur le 'i II. — M. Poznanski, iNin-'p •'CIN, p. 22 {Mélanf/es Ilnrlmvy, 
1908, p. 196) ne cite que trois auteurs qui attribuent le m;'i:p7:n "1D3 à 
R. HananeL Nous avons vu dans le passage publié par M. Schechter et 
reproduit plus liaut qu'Ephraim de Boun est du même avis. 

V. A. 



LES OUVRAGES LINGUISTIQUES 

DE SAMDBL HANNAGUID 



Parmi les célébrités de l'histoire juive, Samuel Hannaguid est un 
de ces élus qui ont uni en eux, par un concours rare, les dons les 
plus variés. Il fut à la fois homme d'État, représentant des Juifs, 
chef d'une école talmudique, poète, savant et écrivain. Ses ouvrages 
s'étendent également sur différents domaines, le Talmud et la hala- 
cha, la poésie et la philologie, sinon l'exégèse ' Nous ne nous occu- 
perons ici que de ses écrits linguistiques. Nous en connaissons 
trois, tous en arabe. Ce sont : 1° Kî^ncNbiî niînD, « Livre de la suffi- 
sance » (en hébreu no^n -iso, « Livre de la richesse » ^^'^ rânbi^ aNPD, 
« Livre de la démonstration " et 3'^ pNsnbi* b-^NDi. « Lettres des com- 
pagnons ». 



Le plus important et le plus considérable était le premier : c'est 
le seul que mentionne Abraham ibn Ezra, au début du Moznaïm, 
ce qu'il fait en ces termes : ppn r;3::mp n;-'-;»» T'srr; rNn;:"0 'm 
137373 nb^^Tsb 'j-'NT n*^nDT3r; D-i-icor: bD73 bm; Nim -iuî^t; -idd. Le titre 
arabe n'est indiqué, autant que nous sachions jusqu'à présent, que 
par deux auteurs du xin^ siècle. Le premier est Joseph ibn Aknîu, 
à la fin de son commentaire du Cantique, dans le passage souvent 
cité et étudié qui nous apprend que Haï Gaon a consulté le Katho- 

1. Il est difficile de croire qu'il ait composé des commentaires, comme l'admettent 
Dukes [Beilràge, II, 179 ; le ms. Oxford 152 [lire 151; Neubauer, 277] est de Samuel 
Hannaguid ben David ben Salomon ; voir V Appendice) et Derenbourg [Opuscules, 
p. XXXV, n. 2). Les citations de contenu exégétique sont empruntées sans doute aux 
ouvrages lincruistiquos ; cf. Stcinsclineider, Cal. DodL, 2468. 



254 REVUE DES ETUDES JUIVES 

likos sur la traduction syriaque d'un verset des Psaumes'. Le 
second auteur est Tanhoum Yerousclialmi, (jui, dans son commen- 
taire sur Deutéronome, xxxiii, 13, cite de cet ouvrage Texplication 
du mot nar -^ Notre écrit n'est mentionné nulle part ailleurs par 
son nom, mais il est certain que c'est à lui que sont empruntées la 
plupart des citations de Samuel Hannaguid, notamment celles qu'on 
lit dans Ibn Ezra. 

Quant au contenu précis de l'ouvi-age il était totalement inconnu. 
Ibn Ezra pai'lant, dans son Yesod Mora, de vingt-deux écrits du 
Naguid\ on avait émis à ce sujet les conjectures les plus variées. 
Steinschneider '* dit que, d'après Lebrecht et d'autres, le Kilàb al- 
'ist'uftid' était le titre général des vingt-deux écrits, si — ajoute-t-il — 
ce chiffre est exact. Grœtz ^ croit que le TO^n 'o était une partie des 
vingt-deux écrits, les autres ayant sans doute contenu des libelles 
composés à diverses occasions contre Aboulwalîd (c'est-à-dire les 
pND-ibî« b-'NDn). Derenbourg '■' identifie ces derniers avec les vingt- 
deux écrits, mais sans se prononcer sur le Kitâb al-'ist'njnd . 
M. Bâcher ^ admet que ces traités polémiques aussi bien que les 
autres ouvrages grammaticaux de Samuel formaient ensemble 
vingt-deux livres et que ceux-ci pouvaient être réunis en un seul 
ouvrage sous le titre général de « Livre de la suffisance ». Tandis 
que la i)lupart de ces savants mettent ainsi en rapport le nj^nri 
NrjncNbs avec les écrits de polémique, M. Harkavy ^ affirme qu'ils 
n'avaient rien de commun, mais il ne fait aucune conjecture sur le 
contenu des vingt-deux livres. 

Pourtant, le nombre 2!2, qui correspond à celui des lettres de 
l'alphabet, aurait dû suggérer l'idée que les vingt-deux livres 
mentionnés dans le Yesod Mora auraient formé les vingt-deux, 
parties d'un ouvrage lexicographique^, mais on pouvait douter de 

1 Publié d'abord par Neubauer, Notice sur la Lexicographie hébraïque, p. i69 
{= Journal asiatique, 1S62, II, 21y). V. la littérature dans Sleiuschneider, Pic (irai). 
Liter. d. Juden, § 85. 

2. Texte publié par Harkavy, D"';w"' a:i D"'\:;~n, X, 2:i : ■'D "?Np 1^;:" '5ïn73"C1 

C3"^n373 "^ID. Cf. mon Zur jUd. arab. Litler., p. &2. 

3. Ed. Creizenach, p. 5 : TJjn "5N172;U "ini i-lCD 3"3T.. . 

4. Die arab. Liler. der Juden, § 83. 

5. Geschichle der Juden, t. VI, 3«éd., p. 19. 

6. Opuscules, p. XXXV. 

7. Leben und Werke d. Aboulwalîd, p. 20; Wiriter uiid Wiinsoiie, 11. 180 : intn;d, 
hébraïque du a"''0"iï;n "IDO, p. xvii. 

8. En dernier lieu dans ses Notes sur la traduction russe de Grœti, VI, note 25. 

9. Les 22 D'^ICD d'Ibn Ezra correspondent donc aux 22 ^l^5bNp7^ arabes, de mt'me 
que dans li- ilictionnaire d'Aboulwalîd cliaciue lettre est appelée ?lbNp73. 



LES OUVRAGES LINGUISTIQUES DE SAMUEL HANNAGUIU 25o 

leur rappoi't avec le « Livre de la suffisance ». C'est alors que je 
trouvai dans une liste de livres qui pourrait remonter au xi" siècle 
et que j"ai éditée d'après un fragment de la Gueniza conservé à 
Cambridge, un r\à NranoN et j'en conclus qu'il s'agissait des deux 
dernières lettres de l'ouvrage de Samuel, dont le contenu lexico- 
graphique serait ainsi assuré \ 

Celte opinion émise par moi vient d'être pleinement confirmée par 
une découverte de M. Kokowzofl", qui a trouvé l'été dernier à la 
Bibliothèque publique de Saint-Pétersbourg plusieurs fragments du 
N;anoï<bjî 3w^rD. Il compte les éditer prochainement dans le "2" volume 
de ses CotUt'ibutions à l'histoire de la pliiloloç/ie hébraïque et 
de la littérature juive-arabe au moyen dge'^ ; en attendant il a 
publié une courte notice avec des spécimens des articles an» et 
pN^, qui projettent d'assez vives lumières sur le caractère et le 
contenu du « Livre de la suffisance ». 

Nous trouvons d'abord confirmée l'indication dlbn Ezra, disant 
que l'ouvrage de Samuel était des plus étendus û-inoDri bn» bins î<im 
û"^nDT:ni. Cela tient d'abord à ce que le nombre des exemples tirés 
de la Bible est très considérable, plus considérable, par exemple, 
que dans Abonhvalîd '', sans compter que ces exemples sont souvent 
accompagnés d'une explication. Puis, les différentes significations 
de chaque racine et de ses dérivés sont indiquées avec les plus 
grands détails, etc. •'. De plus, l'ouvrage de Samuel présentait une 
particularité qui le rendait particulièrement précieux, mais qui en 
accroissait sensiblement l'étendue : chaque article contient, sur 
les différentes formes dérivées de la racine, des explications tirées 

1. V. Zeitschi: f. hebr. Bibiiogr., XII (1908), p. 121. Cet ouvrage paraît désigné 
comme l^^îb'? CITin dans une autre liste du premier quart du xiii" siècle, éditée par 
Worman, égalemeut d'après au fragment de Cambridge, v. ibicL, p. 113. Remarquons 
en passant que dans la liste m r°, 1. 2 (p. 119 ; cf. p. 120, n. 1) il ne faut pas corriger 
"{"ITiN isn en ym^ N3 "'D mxsn, attendu qu'il n'est pas question d'une boutique, 
mais, comme M. Goldzilier me le fait remarquer dans une lettre, nous avons affaire ici 
au mot -Jcs, qui figure souvent à côté d'Alexandrie, v. fi. E. J., LV, 57. 

2. Sur le premier volume, v., par exemple, la recension de J. Derenbourg, R. E. J., 
XXX, 155; sur le second, qui doit paraître, v. mon article, ibUL, XL, 131, n. 4 
{=zTanhoum Yerouschalmi, p. 5, n. 4). 

3. Bulletin de l'Académie Impériale des Sciences de Sl.-Pétersbourg, 1908, 
p. 1353-1366. 

4. Ainsi dans l'article "JWN Aboulwalld cite 40 exemples, tandis que Samuel eu 
donne 78. 

5. Samuel tient compte aussi du néo-hébreu et de l'arabe. Ainsi, il rapproche de 
!1j1T3N I'^T^ (E^ode, xm, 17) l'expression talmudique T'T» pjî '{■'^X72"i:; ""jSTJ 
{Sabbat, 103 a). Les articles publiés ne contiennent pas de comparaisons avec rar.ibe, 
mais il s'en trouve dans d'autres articles au Icmoitrnage de M; Kokowzolt'. v. linllcliii. 
p. 1360. 



256 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de la littérature antérieure, depuis le Targoum et les ouvrages de 
la Tradition jusqu'à l'époque de l'auteur'. Ainsi, dans l'article l^N, 
publié par M. Kokowzoft", on trouve d'abord citée l'explication du 
Targoum sur nsirx Exode, xvii, 12 ; suivie d'un exposé de l'auteur, 
en arabe), m;72ni<n (Il Rois, xviii, 16 et n:» TiTax (Jér., xlvi, âoi. 
Ensuite vient le passage connu du début de Berrschit rabba sur 
les dillërentes acceptions du mot \yic^, puis, sous le litre commun 
•^XJNicbN "^DT (ce qui est assez curieux), le Targoum sur rt373i< (Josué, 
VIL 20) et un passage talmudique- sur les dilîérents sens du mot 
I^N^. Suivent des citations d'auteurs judéo-arabes; c'est d'abord 
Saadia avec ses traductions densnT:^ lEx., xvii, 12i, D'^jTONîb fJob, xii, 
20),137:î<3 (Jér., xv, 18), tr-^yu^ (Ps., xxxi, 24\ \M2^ ^Prov., vm, 80) et 
D"':"i«Nn (Lam., iv, Si ''. Après lui viennent trois auteurs, dont les 
citations méritent d'être reproduites en entier à cause de leur 
importance: '\^r.^^ n-'-iirriCNbN ni: p7:N ni:?: ■'na^-in . cnp i^n 
f^r-iTo 172 •'^v "ÏN iNi-iTiTrnTo m:-,7:N ^-^i-^ •^rr^-) . riD^nc'rN ny^Di'rN 
. l'-T^nn 3;i "''r:> r;:7;Nn li: i-j' ribriTji '^xp rhb r-i-iinrwS* :2022 

fiTONîi a"i;n a''''br,i Y?"^3i nsNn "îtj.s: Dip7j3 . anp'^N pTiiT d^t; 
DiNi»! rD-^i -icj* n;73n.Nr: pni , cirrn "jt: r;pn73 r;p2Nri 0":-:^: tIj"?: 
■1731N "Ti-'T '::ri72 r:b7:Mn. « i/î»;! Korehch : Dans ';n7:î< ni: iNab., m, 8), 
NID signifie Alexandrie et iittn l'élevée, la célèbre. nriT:» Ex., xvii, 
12] isignifie ici porté (appuyé), car il (Moïseï n'était plus en état de 
les étendre à cause de sa longue prière à Dieu. De même, 1:1 by 
nsttNn fis., Lx, 4) signifie : ils sont portés sur un côté. û""373i« Prov., 

1. Par contre, Havyoudj. le maître de Samuel, n'est cité nulle paît dans les frairments 
retrouvés ; Aboulwalîd ne Test que d'une manière anonyme, v. ibicL, p. 1361. 

2. Je ne sais pourquoi ce sont justement ces deux passages qui sont réunis et pour- 
quoi ils sont désignés comme étant « syriaques ». Les auteurs judéo-arabes appellent 
souvent l'araméen biblique et tarL'^oumi(ine^;s">-iO, c'est-à-dire également « syriaque «. 
V. Bâcher, Die hebr.-neuhebv. und hehr.-aram. Sprachverf/leickiaig des Abul- 
walîd, p. 30, u. 2, et mon Aboul-Favadj Haroun. p. 10, n. 3 et p. dti (—R.E.J., 
XXXIII, 31, n. 3 et 37). 

■i- 'Oi .17:n V-n "ON- r!"i73isi n:3T:;72 n'^np"? "ît^wn; 'C'^ riDTj naio "^dt 
."'"'•« pN -)7:ni i^nt 'an •^■ny^'cz i^n t-i^ia-^yn pis D'«pn ivab T^,y^^'£>b 112!^ 

170M -172N-'1 "îb'û" r^N yi-^ITi'^ p nn-^DD ly-^n D■«■^3^n IST^N-» I^N 'Ci"». Ainsi, les 
trois signilicatiuns sont aiipuyées sur .Nombres, v, 22: Jér., xi, 5 et I Rois, i, 36, 
tandis que dans le passage visé de Schebouo/, 36a, le verset de Nombres, v, 22, 
justifie la signification de «serment», la première signification étant justifiée par 
Deut., XXVII, 2f-), et la troisième par Jér., xxviii, 6. Samuel avait donc un autre texte 
ou une autre source sous les yeux. Cf. DiMou/ce' Soferi»i, ad loc. 

4. l70TwX "irr^T bp73 lirinTo'îN y'5in •^b:' Û'^DITCNH nbr C'est une nouvelle 
citation de la traduction des Lamentations par Saadia, qui est perdue. \. ./. O. /;., 
XIII, 340, n. 1, et Steinschneider, Die uvab. Liler. d. Judeii, p. o'J. 



LES OUVRAGES LINGUISTIQUES DE SAMUEL HANNAGUID 257 

XXVII, 6) signifie quon peut être sûr et tranquille devant les bles- 
sures de celui qui aime, ds».-! 'j?:n''T Ex., iv, 31) veut dire: et le 
peuple ajouta foi. 1?:n3 (Is., xxii, "23 signifie <« solide, sûr », comme 
a''3?:î<3 Deut., xxviii, 39 ; Is., xxxiii, 16) signifie « des maladies] 
qui arrivent certainement», « certaines (eaux) sans interruption ». 
m:ttii<n (Il Rois, xviii, 16 sont des piliers qui supportent, sou- 
tiennent, comme dans ^riN Esth., ii, 7 ' ». 

Cette citation est importante pour l'histoire littéraire. Ibn 
Koreisch cite en effet dans sa Hisdle, d'une manière qui ne 
laisse place à aucun malentendu, suivant la juste expression de 
M. Bâcher-, un diclionnaire antéri'eurement composé par lui. 
L'existence de ce dictionnaire a été niée par Geiger ^ et Steinschnei- 
der^ et voici que nous en avons un spécimen textuel. Ce dernier 
porte d'ailleurs sur un aiticle commençant par alef\ ce qui con- 
firme l'opinion de M. Bachei-, d'après qui Ibn Koreisch n'aurait 
achevé que la première lettre de l'alphabet. Mais peut-être les 
publications ultérieures de M. Kokowzoflf renverseront-elles cette 
hypothèse. 

La citation suivante de l'article "jw» est celle-ci : .^«■'sn i^n 

Î-TI3HN3T mbiis. c Ibn Daniel : nsiri* Ex., xvii, 1:2) signifie «élevé 
en l'air ». Suivant d'aucuns, rî^rw Os., v, 9 signifie « solide, sûr », 
comme msKNST (Deut., xxviii, o9 ». 

Nous ne savons qui est cet Ibn Daniel, qui apparaît ici pour la 
première fois. M. Kokouzoflf voudrait l'identifier avec le cara'ite 
Israël b. Daniel, ce qui est impossible, d'abord parce qu'il est plus 
jeune que Samuel Hannaguid : il passe pour avoir composé son 
miTttrt ICO en 106'2, c'est-à-dire sept ans après la mort de Samuel ^. 
De plus, nous ne connaissons de lui aucun ouvrage lexicograpliique 
ou exégétique. 

"Voici, enfin, la dernière citation : Npn «pn i^izvi, "it^n . d ■' 73 n 1 2 n. 
« Ibn Tam'un : pN IWN (Nombres, v, 2'2 signifie « vrai, vrai ». 
Elle est empruntée sans doute à l'écrit de Dounascli b. Tamîm sur 

1. Cf. Tarticle correspondant dans la Risàle, p. 62 {où 'JTON" Dlp503 est traduit 
toutefois par 1170^7^ yÛV2 "'D). 
■2. Die Anfanrje cl. Iiehr. Gnunmatik. p. 09. 

3. Z. D. M. G., XVI, 292. 

4. Op. cit., § 3.J. 

0. (f. mou The Karaite literary oppoHenl.s of Ihe Huudiah Gaon, u" 26. Eu tout 
f-as, ou ue doit pas l'appeler Israël h. Daniel al-Kuniisi, cette appellation élaut due à 
.Moïse Bascliiatselii. ([ui a confondu le père d'Israël avec Daniel al-Kunii--i, Fauteur 
caraite du ix' siècle. 

T. LVII, \o 114. 17 



21)8 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la parenté de l'hébreu avec l'arabe, car aucun autre ouvrage lin- 
guistique n'est connu de lui ^ 

Ce qui prouve que les fragments publiés sont de Samuel Hanna- 
guid et que, partant, étant donné leur caractère lexicographique, ils 
appartiennent au « Livre de la suffisance », c'est surtout, d'après 
M. Kokowzoff, le passage où l'auteur cite son riànb» n^nn, dont il 
sera question plus loin. Mais l'authenticité des fragments est encore 
attestée par la présence d'opinions qui sont connues par ailleurs 
comme étant celles du Naguid. Tel est surtout le développement 
sur ^nriNn (Prov., i, 22), considéré comme appartenant au qaJ Qi 
provenant de ^anîîn. Or, nous savons que cette opinion est aussi 
celle (le Hayyoudj, qu'Ahoulwalîd la déclare admissible, mais en 
lui opposant une autre explication, qui considère ^3"'*^' «"omme un 
picl, analogue à nnnNn (Gen., xxiv, 56; sauf que le cêrr a pris la 
place an patah). Cette dernière opinion d'Aboulwalîd fut combattue 
par ses adversaires grammaticaux — donc aussi par Samuel Hanna- 
guid — qui regardaient celle de Hayyoudj comme seule exacte 2. 

L'étendue du Nîsnoi^bîî n^nr) fut certainement, ainsi que M. Kokow- 
zoff l'observe justement, une des causes de sa disparition. Le même 
savant s'étonne que Samuel, homme d'état, ait trouvé le temps de 
composer un ouvrage aussi considérable. Mais cet écrit pourrait être 
antérieur à l'établissement de Samuel à Grenade et dater, par consé- 
quent, de son séjour à Malaga. A ce propos, je voudrais reprendre la 
question de la biographie de Samuel. Nous pouvons tenir pour as- 
suré qu'il est mort en 1055, date donnée par Abraham ibn Daud, et 
qu'il fut naguid pendant vingt-huit ans^. D'autre part, il aurait vécu, 
d'après Moïse ibn Ezra, soixante-trois ans'', de sorte qu'il serait 
né en 992. Mais cette dernière date se heurte à diverses difficultés : 
1° Samuel doit avoir été sensiblement plus âgé qu'Aboulwalîd, 
puisqu'il fut l'élève de Hayyoudj et qu'Aboulwalîd ne le fut pas. 
Gomme ils étaient tous deux originaires de Cordoue, on ne peut 
s'expliquer ce fait qu'en admettant qu'au moment où Aboulwalîd 

1. Sur cet ouvrage v. en dernier lieu mon I^TT^p "^OSN. n<> 14. Il est étonnant 
que Dounasch n'ait pas traduit le "j^ON hébreu par l'arabe 'j'^WN, ([ui est employé dans 
la liturtrie musulmane. Cf. Gùldziher, dans Rivisfn der/li slucli orientait, I, 207. 

2. V. Opuscules, xlviii, 14, 3:J4, 359; Ousoul, 23, I. 13 et suir. ; nidii Mose ibn 
Chiquililla, p. 76, n. 1. 

3. La date de 1055 est maintenue par M. Kokowzoff (p. iVM, n. 3), contrairement 
aux .Miteurs arabes, qui donnent celle de 1066 et qui sont suivis par Dozy. Cf. Gra'tz, 
Geschiclile, VI, note m, 1. 

4. v. le texte dans Steinscbneiner, Cal. Bodl., 2439 ; !Ï3D a"o "laN ^'n^ 2^^5NS. 
Saadia ibn Danàn (r;T"l33 !T173n, 29 A) a : riDU) 3"0 T^"^n "'W'^ T^m, chiffre adopté 
par Graetz. 



LES OUVRAGES LINGUISTIQUES DE SAMUEL HANNAGUID 259 

aurait pu suivre avec profit les leçons de Hayyoudj. celui-ci était 
déjà mort ou. ce qui est plus probable, était trop âgé pour avoir 
des élèves. Cette époque doit se placer au plus tard vers 1000 ', de 
sorte que Samuel l'aurait eu pour maître à Tâge de sept ou huit ans. 
ce qui est impossible. 2° J'ai établi ailleurs que Samuel est encore 
cité par le fils de Saadia, Dosa. Or, comme ce dernier a vécu vrai- 
semblablement entre 935 et 101a environ, il n'aurait pas en tant de 
considération pour un auteur plus jeune que lui de cinquante-cinq 
ans-. 3° Ses ouvrages, ou du moins la plus grande partie d'entre 
eux, doivent avoir été composés bien antérieurement à son éta- 
blissement à Grenade v. plus ban t), c'est-à-dire avant 1030 environ ; 
et, comme Samuel fut un auteur fécond, l'intervalle entre 1012 et 
1020 environ (en admettant qu'il soit devenu écrivain dés l'âge de 
vingt ansi est trop petit. 4" Les mots nma rta-'ca pto. dans Abraham 
ibn Daud, qui avait de bonnes traditions sur Samuel, ne con- 
viennent en aucune façon à un âge de soixante-trois ans. Pour ces 
raisons, la date de Moïse ibn Ezra a sans doute été mal transmise 
et elle doit être corrigée au moins en y"y, ou peut-être en un chiffre 
encore plus élevé. Samuel serait ainsi né au plus tard en 982, 
peut-être même avant. 

II 

Le î«D3noNbt< ntîPD fut précédé par un autre ouvrage, intitulé SNn^ 
ri'anbN, car le second est cité dans le premier. On ne connaissait 
jusqu'à présent cet autre écrit que par une seule citation de Juda 
ibn Bal'âm dans son commentaire des Psaumes, sur xci, 10. Il y 
dit que l'auteur des «Lettres des compagnons», c'est-à-dire Samuel 
Hannaguid, considère le mot l^ibn-' comme une forme de b^'iïjn'^ de 
la racine 15b. dérivation cjui ferait rire des enfants. Mais l'auteur de 
ces lettres s'est aperçu ensuite de la fausseté de son opinion et il 
en est revenu dans son « Livre de la démonstration >^ •■*. Or, voici 

1. V. Derenbourg-, Ojiuscules, p. x et suiv.. qui voudrait placer la mort de Hayyoudj 
à peu près en 1010. Une antre raison est donnée par Baclier, Lehen und Werke des 
Abmilwalîd, p. 10. 

2. Voir tous les détails dans mon rf^n^O 313 t*0"n 3") fBerdyczew, 1906), p. 8. 

3. Texte publié AàWi Opuscules. \\. xliv : -Jlb l?: tl^NiTT^ lîlbn"^ "^n^ ^-51:3 

•^by n-ibN ''5'^N Vz "î^b nmim r;3np -^br "^b r;n-:oT n«:ni ..."jibi 
ri-'pND-ibN nbwon 'd nîTn rr^D abs hyN::cbwS rnr> ■'d n3bnbN p3wSo 
'^nxirT' "«nbN -jw Nnrsn ';-«bn73 ni pb nbi:N ya-' in ■''^y 'ryiDn->3 
3NnD "^D ï-i;y j'a-n n^o b5i t**» no ■'«n Tpbi ...iNn'5ibN ?«»&» 
"ibx rtânbN. 



260 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

que cet ouvrage est également mentionné dans le fragment qui 
contient l'article dhî* en ces termes : ^bni -n::73 nnanx Cj-^din î«b 
rt^rba 3Nn5 ■'s n-'D Nsbip ■;» nir^x.. « Le mot nnanx ,Osée, ix, \o) 
est un inlinitif ' et cette opinion est plus exacte que celle que nous 
avons exprimée dans le Livre de la démonstration. » Il se confirme 
encore que cet ouvrage de Samuel était de contenu linguistique, 
mais nous continuons à ignorer pour le moment le sujet précis qui 
y était traité. 

M. Kokowzoff croit avoir trouvé une autre citation du « Livre 
de la démonstration ». Il publie deux fragments d'un ouvrage 
halachique dont le second, qui est incomplet, commence ainsi : 
nbip n^ù; noD'rN mai î<7:3-i iiiiN-inyrN "jx ^^'P "^P ^^r.'^ïî 3np2 . . . 
•^ba r:;o ù'i t: n7::nt in r-iz-ob dt' nscb dt di"' a-^>'3-iN -. Mais 
s'il est certain que cet auteur cite son propre ouvrage, je ne crois pas 
que ce soit Samuel Hannaguid. En etTet, le premier fragment s'oc- 
cupe des préceptes de la section de Mischpatim, qui y sont comptés, 
non dans l'ordre du texte biblique, mais par groupes ; ainsi les 
préceptes 17 à 19 se rapportent à Exode, xxi, 33 ; xxii, 25 et xxii, 4 ^ 
le précepte 20 {bbn ny^noi a Ex., xxi, 20, après quoi viennent Ex., 
XXI, 26 et XXI, 22. Le second fragment parle des peines de mort et 
dit qu'il y a 71 crimes qui entraînent ces peines de sept manières 
(2Tii T ^by i-<ri'Diibnn-\ osabN 3x--i t^irr^D ni-' fn-^N3a xr tsn). 
Les quatre premières sont les supplices connus. L'auteur énumère 
d'abord les crimes passibles de la lapidation, qui sont au nombre 
de 18 (dnW'^n Nnaip:? n^SDJ n^ ibn )■):•:], mais notre fragment 
s'interrompt au commencement du neuvième. On reconnaît 
facilement qu'il est impossible que nous ayons là, comme le sup- 
pose M. Kokowzoff, des fragments de l'original arabe (perdu) de 
l'Introduction au Talmud de Samuel Hannaguid '■. Ce sont plutôt 
des restes d'un Livre des préceptes arabe (:'-'i«TobN a^nri). On n'en 



1. De même Kimhi, ad loc. 

2. Ainsi que le fait observer M. Kokowzofl' [p. 1361, ii. 4), ou trouve la même idée 
presque littéralement dans le Kilâb al-\unandl de Saadia (éd. Landauer, jj. 213). 

3 Le n« précepte est seul numéroté (rbx y-lO'5N\ tandis que les deux qui 
suivent ne sont pas dcsii:nés comme étant les 18» et 19'. 

4. L'opinion de Kaul'mann (Ti:»?3n, 1879, p. 19). qui admettait que riiitrùductiou a 
été écrite en arabe, n'est pas encore complètement assurée, quoique Steinschueider s'y 
soit rallié finalement [Die arab. Litev. d. Jud., § 83, note 7). Je crois inacceptable 
celle de CoNvley {Mélanges Ilarkavy, i)artie liébr., p. 1611 pour qui l'Introduction de 
Samuel Hannajjuid ne sérail qu'une traduction liél)iaique (abre^an- ?,! de llnlroduction 
arabe de Samuel b. Hofni. — Les î<nn"13i Nnobr;, auxquelles on pourrait songer 
pour uos fragments, ont certainement été écrites eu bébreu, v. Weiss, "m in, 

i'tt-nm IV, 278. 



LES OUVRAGES LINGUISTIQUES DE SAMUEL HANNAGUID 261 

connaît que trois avant Maïmonide, ceux de Saadia, de Samuel b. 
Hofni et de Héfeç b. Yaçliah ^ et je serais tenté d'attribuer notre 
fragmenta Samuel b. Hofni, précisément à cause du riJnbN n^ns^ 
Nous ne sachions pas que Saadia et Héfeç aient écrit un ouvrage 
ainsi intitulé, tandis que Samuel b. Hofni en a peut-être composé 
un. En effet, dans une liste des écrits de ce gaon publiés par 
G. Margoliouth d'après un texte de la Gueniza, figure un -i:.nTN 3NnD 
et, comme ce titre n'a aucun sens^, j'inclinerais à lire nànb» n^nD. 
D'autre part, M. Israelsohn me signale le ms. Bodl. 26^29, 3, qui 
contient un fragment dune traduction arabe, avec commentaire, 
de Genèse, iv, 2-7, et dans lequel l'auteur cite son nanbi* 2Nn3. 
On est tenté tout naturellement de lire, ici aussi, nin'îN 3NnD et 
d'admettre que nous nous trouvons en présence d'un fragment du 
commentaire de la Genèse par Samuel b. Hofni. Ce qui confirme 
cette hypothèse, c'est que le ms. Bodl. 2028, 17, qui forme la suite 
de ce fragment sur Gen., v, 22 -vu, 6\ contient un passage qui 
rappelle la manière de Samuel b. Hofni ''. 

Peut-être de nouvelles trouvailles jetteront-elles quelque lumière 
sur le « Livre de la démonstration » de Samuel Hannaguid. 

1. Cf. Z.f. n. B., \U, 114, u. 2 et p. 122, n» 32. 

2. On ne peut rien objecter de ce qu'un passage de notre fragment concorde avec 
un texte de Saadia (voir jdus liant, p. 260, n. 2), car Samuel b. Hofni a grandement 
subi l'influence de ce dernier ; il a même commenté un miUI en hébreu de Saadia, 
V. mon Zur jûd.-arab. Lifter., p. 59, et les passages cités ibid. Remarquons à ce 
propos que dans un fragment de la Gueniza, qui a appartenu au libraire Kauffmann 
de Francfort-s.-M. et ([ni [irovient, à mon avis, du commentaire de Samuel b. Hofni 
sur la section rTN"", on trnuve cité son Livre des préceptes. A propos de iJeut., xi, 32, 
les précepios y sont divisés en préceptes de la raison (rT^bpJ'bN) et préceptes de la tra- 
dition (ri"'"7;DbN) ; l>uis. cà propos de XII, 1, les préceptes qui ne sont obligatoires qu'en 
Palestine (y"lN3 ^\^'^y^^ "cntZ'Cî^ ~lu,'N) sont répartis en sept espèces ; à la fin, on lit : 

yrù^ N-pnD ^?7:^<DpN :^'-'N-:'>::bN ^d i<;nNnD ■'d niiiTjbN N;?jcp n:^ npi 
^^3NbN bnsT bnp :^na t?73 n-;73 b":Nbt< nopb.Nc ûNopN à iU'i'n-ri N-7:opD 
r-nj:73bx nn bi^b^ aiibN iin-ii •'by iîo Dopbx p^s'-im n^-' ynt* "^bx 

...tÛpO Dr NnrNp'IN'î n^"1^ "^îbN- On savait déjà i)ar les citations antérieu- 
rement connues que S;imuel b. Hofni avait divisé les préceptes d'après les principes 
les plus divers, v. Harkavy, Stud.ii. Mi//., III, notes 84-85, etc. 

3. v. mon Zur jild.-urah. Lii/er., p. 58, n» 17. Sur d'autres ouvrages de Samuel 
b. Uol'ni mentionnés dans cette liste, v. à présent Z. f. U. IL, XII, p. 116 et suiv. 

4. :i?.si wxbiiivN Nr;;7j f -^rN^To '•> rn-C' "jn p'^oNiDbx n^r, nb?:^ -^d iwNnn-^ 

T^Î<TTb}<l npN"bbj< "jT^ "li^bX- — En conséquence, il faudrait rectifier ma cor- 
rection n^inb^ ::NrO (v. mon Zur jUd.-arab. Lit/era/ur, p. 30). 



2C2 



HKVL'K Iti:S ETUDES JUIVES 



III 



Il ressort de la citation d'Ihn Bal'àni que cet ouvrage avait été 
pi'éccdé à son tour des « Lettres des compagnons ■; (pscibi* b\xs"i), 
qui formaient donc le premier ouvrage philologique de Samuel. 
En dépit du titre, elles n'avaient pas plusieurs compagnons pour 
auteurs, mais Samuel seulement. On sait qu'il ne s'en est conservé 
qu'un fragment assez étendu de la première Lettre {rrziir\b:< rri'î^'ris 
pNS'^'ïx "r-'wso-i 172 "'biwV'DN n^ND'i'^N "jr , qui porte sur la racine mn 
et qui a été édité par J. Derenbourg ; mais on peut en reconstituer 
le contenu au moins en partie, ce qu'a fait du reste ce savant'. 
Ce qui est intéressant, c'est qu'Abouhvalîd les nomme bien dans 
son Kitdb at-Taschivi'r-, mais non dans son grand ouvrage, le 
k'itàh fil-Tanhih\ du reste, il ne cite jamais nommément Samuel 
Hannaguid, il le désigne par le litre de nan^, sans parler des 
passages où 11 le combat sans le nommer. 

Même après Aboulwalîd, les Lettres ne sont mentionnées sous leur 
titre que par deux auteurs, Yehouda ibnBal'àm etTanlioum Yerou- 
schalmi. Ce dernier les cite dans son commentaire du Cantique, 
sur VIT, 3 ' : -p-î v'^'iN-^^ -ip V^ J^-~ "i^O -5'':i pNDibN 'ï'Nc-i ^nwSiti 
n-iaoribN p3 ps"^ N'3 nnpN NÏm D:a"7Ni tpn'rN 02073 yii7û'5 nno in 
•^bot -ipsTN nni-nn r;"«-iwN;bN nio n3">:;n in. « L'auteur des Lettres 
des compagnons rapproche ici ino du talnuulique nriD "ix "i"»! 
M. Eroubin, 11, Ij, qui désigne l'endroit où l'on enferme le gros et 
le menu bétail. Mais c'est là un rapprochement tout à fait inadmis- 
sible, car comment peut-on comparer la lune, qui se meut, avec des 
étables, etc. ? » 3Iais comme Tanhoum copie souvent Ibn Baràm 
presque te.xtuellement et de préférence à tout autre % il est très 
probable qu'ici aussi c'est Ibn Barâm qui est sa source, de sorte 
que ce dernier reste le seul auteur connu qui cite les «Lettres des 
compagnons ». Il les cite plusieurs fois dans ses commentaires 
bibliques; Derenbourg a déjà publié cinq de ces passages : sur 

1. Opiisotlrs, |i. XXXV, l't s. Y. aussi BarlnT, Lcden niul Werl;e des Ahidwalid, 
p. 18 et s. 

i». Opuscules, p. i.i, 1. 7 : rrbNDnb.-^ rrin "id ""d Nîipx; mt: bis 
173 n3 p-l3^5 N73 r;'-:-)2j, )i2 'jwNbN Nrbîî ribilN-iwxbwS "ibiNb^ rî7:->n3bN 
■f'5N pNDnbN b^NDi. 

3. Cf. Bai^liiT, op. cil., p. 124, ii. iJu. 

4. Tt;xte puhlié |)ar Eitpoiistt'iii, Mufjazin. 1888, ji. 6. 

5. V. los pivfaces de mes édilinns des GoniniPiitaircs (Ull)!! Baràin sur Jnsué cl sur 
les Ju-cs ;Fra:icr.jii, 1903, 1006). 



LES OUVRAGES LINGUISTIQUES DE SAMUEL HANNAGUID 263 

Juges, IV, 20 ; Is., lu, 14 ; Ez., xxiii, 48 ; Mich., ii, 4 et Ps., xci, 10 ^. 
Les parties de ses commentaires qui ont paru depuis nous ont fait 
connaître deux nouveaux textes : sur Juges, xx, 4 et Jér., li, 11 -, 
En outre, j'en possède encore un assez long passage manuscrit^ 
sur I Sam., xv, o ; je le publie ici^ : 

PNd-iVn b\sD"i 2nNic nrji . bnsa n-pi p'izy n"»î> ny biNï: Nn^i 

Kir; ■'D nûj-n ■'ib^T . v^rô r.a tnb ^n->-ii pn ■'"i J-ia-^n bn» 
"iiy^j 1:3 r,:iH nn -^ibui rrci pn^^bx bnpbN ■'bN nn^s aipn pTNrbs 
bwxp N7Û3 leo ibn ûnn^iiN p int -^d □n-'bj' V^^ !^:i< ^î< "jD-obN 
^Ni r!TNa72 ""br 3-Nn72bN IN Diiî^brîN in iNibN "liob bs-ibN î<ir; 
rîSN ■'bN bp!!;"» in «bx nnaiNnTj ic* nxibN nriîNr?^ -d -irn-i ■'2y73 
•jN ■•bi'T nsy nn -iD[r)]-« -^nbN bobo^ab» in Nim bnsbN brtN n^nti 
^<3"'^ nb-ipD cnDnyj p rimtt -«b:? n-n ^>7::N n;N onp ip pbx 
a"'-ip nNT ■'•: ^'-^"^^ P^ "-** Y-^ i''^ izbai •pbny T'y ny biN^y 
po'^ "jx N^wX riDn^^m . :irrz rr^-itbn Tr;p;-'D -"«by yba"' Nb n-'na 
■jNDT a"'3-)M73 D3"«:: ^byn ib i?:"»;:;-^! n-«by 5ti -^ibN b^pnbx 3-iN p 

3"^-lN-l p p3-^ -jN NrNT D-NT! PN ^y-ia"^! bPTÎ 3-li<''T IIO"^ "jN npn 

ï-i-D 3P31 Db INI m-in v^ bi:N"'T biiio S-^rn iid-'D NnbN T'înbfc» 
du: bn-^ «bn -^d oNp N7a briT: r!7:Np73 mp-^ l-^bbN p^ob^s cib^bx 
bipbN anNi: in Dbyp in as-^T . ûiio iy b-wS-^i ■'3^72 V-^ i^ ''^^n 
cb ÏN bNp nT«7:bN S-'ppbN p "iid- in rib\xon id -id;n biNbN 
rr^br bNnbN £3^nnN73 -DjT \-ipn3: ipn-ip nsT ""by n-iy t^nsy 

«D'après lauteur des «Lettres des compagnons », a*m a ici la 
signification de querelle, laquelle s'applique aussi au figuré à la 
guerre, p. ex. dans Ps., xxxv, 1 : Combats, Seigneur, mon combat, 
fais la guerre na""-!/ à ceux qui guerroient contre moi. Mais ce qui l'a 
attiré dans ce cliam[) de bataille, ça été le fait que son prédécesseur 
avait expliqué exactement ce mot, à savoir qu'il a le sens d'épier, 
c'est-à-dire que Satil les a épiés Hcs Amalécitesi dans une de leurs 
vallées. Si donc l'opinion de cet bumme-ci l'auteur des Lettres' était 
exacte, cela signifierait qu'une querelle fut engagée au figuré, ou 
une guerre entreprise, avec la vallée. Mais cela n'aurait de sens que 
si l'on entendait par là les habitants de la vallée, or c'est juslemerit 
de cette idée qu'il ne tient pas compte, quoique l'Écriture raconte 
d'abord que Saiil se rendit dans une des villes des Amalécites et 

1. Opuscules, p. xxïviii et suiv. 

2. La prepiière «laiis mon édition, p. 23 ; la seconde (laup| l'éd.^lsraelsolin, p. 34 
(=: Mélanges Harkavy, partie liébr., p. 30G;. 

3. Je le dois à M. Israolsolin, qui a mis à ma disposition ses copies des commen- 
taires d'Ibn Bal'àm, v. Z 1) M G, LV, 598, n. 1. 



264 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ajoute qu'il dissimula des guetteurs dans une vallée voisine, a(in de 
ne pas être remarqué et de mettre l'occasion à profit. Quant à la 
forme grammaticale, ce peut être ici un piel de a"iN, comme dans 
Q-'n-iNip (Juges, IX, 2o) ; dans ce cas, il aurait fallu régulièrement 
nnN'n, daprês l'analogie de ^-ia»2 (Gen., m, 24i. Mais ce pourrait 
être aussi un hifll pi-iNnj, semblable pour la forme à '?i;n''.i 
(Nombres, xi, 25 . Le alef manquant est remplacé par le son 
quiescent tout de même que dans bn-^ Is., \\n, 20), ([ui appartient 
à brtN'i Gen., xiii, 12l Sacbe aussi que le partisan de la première 
opinion na pas voulu reconnaître dans sa Lettre que n-i^i est un 
piel, parce qu'il ne s'en trouve aucune forme de ce genre, telle que 
"'nn-i]? par exemple Is., xlvi, 18 ; mais il a oublié n^n-ix:^ qui 
indique l'existence du />/>/) ». 

Aboulwalîd affirme également dans le Moii>italhah\ s. r. nni*. 
\ Opuscules, p. 23i que nT'i est soit un piel, soit un hifil de anx et 
nous lisons dans la Rtsdlaf. nl-tanbîh (ibicL, p. 264^ aussi bien que 
dans le Ki/nô at-tcme'n/a (ib., p. 862etsuiv.) que celte assertion fui 
attaquée par ses adversaires, qui dérivaient :i'v^ de nn-'-iW '. 

Nous voyons que les Lettres étaient à peine connues et utilisées 
un demi-siècle après la mort de leur auteur, probablement parce 
que l'autorité et le prestige d'Aboulwalîd étaient trop considérables 
pour qu'un ouvrage dirigé contre lui pût se répandre. Pourtant les 
ptîD-ibtS yi<on n'onl pas complètement disparu. Nous les trouvons, 
en effet, dans la succession d'Abraham bé-Hasid, qui fui vendue à 
la synagogue palestinienne de Fostat les 28 février et 7 mars 1228 
en présence d'Abraham Maïmonide-. Lesprit scientifique de notre 
temps a permis de retrouver un fragment considéiable des Lettres 
et d'en suivre la trace. Enfin, M. Kokowzoff annonce dans sa toute 
récente publication que M. Harkavy est arrivé à en découvrir à la 
Bibliothèque de Saint-Pétersbourg daiitres IVaguients, qu'il compte 
éditer procbainement. 

Quand les trouvailles de MM. Kokowzoff et Harkavy auront été 
publiées, on pourra peut-èlre apprécier Samuel Hannaguid comme 
grammairien etexégète mieux qu'on napu le faire jusqu'à présent, 
œuvre qu'il vaut la peine d'entreprendre et qui attend encore son 
exécution. 

Samuel Poznaxski. 

Varsovie, janvier 1!)09. 

1. Kimlii, ad hic, cite les deux Dpitiidns sans se liécider. Par nmtre, Tanlioimi 
((■•il. Haarbriickor, p. 19) dérive a'T'T de n^N seidement et cite encore comme exemple 
de l'o/p/' déficient D^'IIOrî Pi-^nTO (F.ccl., iv, 14). 

2. Cf. Z.f.ll.B., I. c, il-2AV.i. 



LES OUVRAGES LINGUISTIQUES DE SAMUEL HANNAGUID 265 



APPENDICE 



HOMONYMES POSTERIEURS DE SAMUEL HANNAGUID 

Steinschneider * a déjà fait observer que Samuel ibn Nagdéla, le vizir de 
Grenade, n'a pas toujours été suffisamment distingué d'autres person- 
nages qui ont porté un nom semblable. Nous voudrions signaler ici deux 
auteurs égyptiens nommés Samuel Hannaguid, avec lesquels il a été 
confondu. 

Le premier est le Naguid Abou Mansoùr Samuel b. Hanania Hallévi du 
Caire dans la première moitié du xii'= siècle, connu surtout par ses 
relations avec Juda Hallévi, qui composa plusieurs poèmes en son 
honneur. lia été confondu avec notre Samuel par Sambari, qui le considère 
comme l'auteur de l'Introduction au Talmud'. 

Plus d'un siècle après vivait, également en Egypte, un auteur qui ne 
semble pas d'ailleurs avoir été investi de la dignité de Naguid et pour 
qui T^:»j fut plutôt une épithète honorifique ou un nom de famille- C'est 
Samuel Hannaguid b. David auteur d'un commentaire du Pentateuque, 
commentaire qui fut, par une autre erreur, attribué à Samuel ibn Nagdéla^. 
Le commentaire de Samuel b. David est une compilation ', dont les 
éléments sont principalement aggadiques, quelquefois aussi mystiques, 
avec moins de peschal. Il se trouve en manuscrit à Oxford, Ms. Dodl. 
Neubauer 2443, en cinq parties (copié en i519;. La même bibliothèque 
possède encore des parties de louvrage, sur la Genèse et sur les Nombres 
(ms. Neub., 277-278; écrit en loH;. 

Ce qui nous intéresse surtout ici, c'est la généalogie de l'auteur, qui se 
lit dans le manuscrit complet. Voici le passage d'après le Catalogue de 
Neubauer : ciisnn nnn^N '-|3 n-^n nwbuj 'nn 3-,n nn 'la bx^r-o 



1. Calai. BodL, 2462-2464. 

2. Éd. Neubauer, p. 156 : D"""!^» na^^c;"' '^i<"i T^:;;- t^^'rsn "l bî<173U: '-in 
15 inb'viî D"'-!i:73b "iNnaT -i^y^r, biiV2':jb -DiDTon mT^brin N372 ?ya 

'13T r5n!3"v;;i T'"»^ N'^TIISON ■'T^^n. Cf. sur ce texte Berliiier, Mafjazin, XVII, 51, 
et KauimaQu, Monals.schrifl, XL, 417. Sur Samuel b. Hanania v. encore J. Q. R., 
VIII, o53; Monatssclirifl , XLI, 424, .504; A. Posnauski, Schiloh, 1, 113. 

3. P. ex. par Dak<'s, Jiei/rarje, H, 179. Voir plus liaut, p. 253, et Steinschneider. 
loc. cit. 

4. Cf. Woif, I, 1093 : S"t D-'nToipn '^>n^3'-\ -i-ianTQ -i3m yypv n?:.., 



260 



UEVUi: DI':S ÉTUUES JUIVI-:^ 



r— iD-'u;"' CN-i C--13X '-■'3 T>i n-'a 3N nr.-'CwN"' '-i^a T-2^-c^r, 'CH-\ 

...2^3?-' -^-rN rr-w-: -'■:•;- T!-; p r-j-'aN p -:-<-jrc ^::::j. Ce lexlc 
nous apprend d'al)Oi'd que Samuel 1). David se regardait comme un 
descendant de David ', mais il éclaire encore d'aulres personnages. 
L'arricre-grand-père de Samuel, Al)raliam b. Hillel, est sans doute 
identique avec l'auteur de la Meguilla de Zouta-, il vivait donc dans la 
seconde moitié du \n^ siècle''. Oi-, nous apprenons que cet Abraham 
était petit-fils de Zadoc b. Josia, que nous connaissons ])ion maintenant. 
Zadoc était n)embrc de l'académie des Gueonim palestiniens, où il occupa 
d'abord le rang de « quatrième » et fut promu ensuite « troisième » 
quand, en 1084, Elia Haccohen inourut après avoir désigné son filsEbialar 
pour lui succéder. Plus tard il exerça les fonctions de yi n-n 2N, car 
son fils Moïse signe "'^"t V"' ^''^ ^^ p"'ii:n pni: ■'^nn r,'::j2 dans un 
fragment de la Gueniza*. Nous lui retrouvons ce titre dans notre table 
généalogique. 11 émigra ensuite avec Ebiatar à Tyr et y mourut — cer- 
tainement avant 1109 — comme on le voit par une élégie composée sur 
lui 5. Nous apprenons de plus que le grand-père de Zadoc, Arou, fut chef 
d'académie, que son père Josia avait également la qualité de pT ï~i"^a 2N 
et que le père de Josia, Abraham, portait même le titre de riD"^*:"^ \:;î<n 
npv lixa. Ainsi, ce titre qui paraissait appartenir en propre aux Gueonim 
de Babylonie était également porté par ceux de Palestine, à partir de 
Salomon b. .luda (vers 1030) ^ Mais les ancêtres de Zadoc doivent néces- 
sairement avoir été des chefs d'académie palestiniens, et comme Zadoc 
était descendant d'Abraham à la cinquième génération, celui-ci florissait 
vers le milieu du x<^ siècle. Dans le premier quart de ce siècle nous trou- 
vons en Palestine le fameux antagoniste de Saadiy, Ben Méir, portant le 
litre de nn'^UJ"' axi. Ren Méii- se disait également descendant de Itabbi' 
et il n'est donc pas impossible qu'Abraham soit identique avec le fils de 
Ben Meir, dont il est question dans la polémique avec Saadia toucliaiit le 



1. 11 faut liane l'ajouter a la lisli' des Davittidcs énuinérés par A. Pnsiianski [op. cil., 
Index, s. v.). 

2. V. J. n. ft., VllI, .iil : l\, 168. 721 ; XI, 532. 

3. Son anière-iietit-fils Samuel florissait donc dans la seconde moitié du xiii« siècle, 
ce qui suflil ]ioni' (|u"il n'ait [las pu être Naguid, cette di,:^nité ayant appartenu à cette 
époque à David Maïmoiiide. 

4. Ms. Bodl., 2S-!8î: v. Z. f. II. B., X, 14.^. 

b. V. en dernier lieu ma noiice dans la Monalsschrifl , LU, HO, et les références qui 
y sont données. Les descendants de Zadoc ont donc émigré, comme les Gueonim pales- 
tiniens, en Egypte. 

6. Cf. R. E. J., XLVIII, 151 et s.; LI, 52 et s. 

1. V. par ex. la lettre de Ben Méir à ses partisans île la Malivlnnie (dans liornstein, 

t-mt: ini a"D", npi':?n7;, p. 5i, i. i:i): ir-im^NTo id'vIJT't inToro yzz'D... 
.'iD-\ Ni\a:n mi--' 1:2-11 ï<"';:;;n 'i:7::i p-i (cf. //*., 1. G : h^N-'rna p-ib 

S"T ID-'DNl. 



LES OUVRAGES LINGUISTIQUES DE SAMUEL HANNAGUID 267 

calendrier* et que ce soit lui, et non Salomon b. Juda qui, le premier 
des chefs d'école palestiniens, se soit arrogé le titre de Gaon. 

Nous aurions ainsi projeté un nouveau rayon de lumière sur l'histoire 
intérieure des Juifs de Palestine et leurs relations avec les Gueonim baby- 
loniens. Mais il faut attendre de nouvelles découvertes qui pourraient 
confirmer notre hypothèse. . . ou la renverser. 

S. P. 



!. P. ex. dans la lettre citée ;/. c. 1. 10) : 'jnacn?^ OlO OCÎO xbn N13 Nb. .. 
i;~"i:;n T"'"13ri, et dans un fragment du Q'^lS'Dan ~~iZZ) de Saadia {ib., p. 00, 

d. 1.) : ïjb-cn t=;"'':;b\ai DTiïî^a r-iriîb ■'^•■^n'in cinn i;a nj* nbu5"«T 



LES 

MÉDECINS JUIFS DE PIERRE, ROI D'ARAGON 



C'était une vieille habitude à la cour des monarques de Cala- 
logne-Aragon d'entretenir des médecins israélites à côté' des 
médecins chrétiens, leur accordant la même confiance et la même 
considération. Parmi les médecins de Jacques I^'' le Conqurrant, 
en l'ail, nous trouvons Jucef Almcredi, médecin, et Jean Jacob, 
chirurgien, juifs, en même temps que les chrétiens Jean Baldovi, 
chirurgien, et Gui, médecin. 

En 1306 étaient médecins du roi Jacques 11, Jean Amell et 
Guillaume Correljer, avec le juif Omar Abnaccauhel \ et, en 13^28, 
le médecin Abraham des Castlars, fils de Magistro David des Cas- 
tlars, était aussi au service de la Cour; le roi lui avait concédé 
l'exemption totale des impôts : « circa ciiram persone incliti infanti 
Pétri carissimi nati nostri Rippacurcie et Impuriarum Comitis, cui 
ingrandi et extrema necessitate divina opérante gracia subve- 
nistis... » 

Pierre, plus encore que ses prédécesseurs, désira se servir de 
médecins israélites, et, bien avant de monter sur le trône, quand 
il n'était qu'infant héritier et procureur général de son père, il 
manifesta une très vive prédilection pour eux et un désir remar- 
quable de protéger tous les Juifs du royaume. Jamais les rois 
d'Aragon ne leur avaient accordé un aussi grand nombre d'exemp- 
tions du signe infamant de la louelle que ne le fit l'Infant Pierre 
pendant les six années où il fut procureur général ou vice-roi, 
de 1330 à 1336. "Voici quelques échanlillous de ces concessions 

1. Le document, qui montre la ronsidi-iation du nionaniue pour son médecin 
commence ainsi : « Nos Jacobus etc, Attendcntes te Don Omar Abnaccauhel jndeum 
pbisicum civitatis Valencie in artc tua mcdicine servivisse nobis... » 



LES MÉDECINS JUIFS DE PIERRE, ROI D'ARAGON 269 

que nous avons recueillies dans les registres gratiarum de la 
chancellerie, conservés aux Archives de la Couronne d'Aragon, à 
Barcelone. 
La première en date est du 2 mars 1330 : 

Nos infans Peirns etc. Altentis serviciis per te .luceffiim Baron jndeiim 
mediciiiii Cesaranguste nobis jugitur iiiipensis, cum présente carta nostra 
tibi graciose concedimus et licenciam tribuimus ne de cetero dunti vita 
fuerit tibi cornes portes sive portare tenearis signuni rotundiim quod 
jiidei domini Régis et nostri in veste superiori portant et tcnentur ac usi 
sunt et tu hacteiuis consuevistis ducere vel portare. Mandantes per 
présentes superjuntariis, justiciis, çalmedinis, nierinis, cctcrisqiie offi- 
cialibiis prefati domini Régis et nostris presentibns et fiitiiris vel eoriini 
locatenentibus quatenus hanc nostram graciam firniam habeant et 
observent l'aciant([uc ab aliis observari et non contraveniant seu aliquim 
contravenire peraiittant. In cuins rei testinionium présentera cartam 
nostram tibi inde fieri et sigillo nostro jussimus comuniri. Date Cesaran- 
guste [Sarayosse) VI" nonas marcii anno Domini MCCG" XX» IX". 

Trois mois plus tard, llnfant Pierre accorda la même grâce à 
Mayl Alatzar, neveu du fameux médecin Samuel Alatzar, de Sara- 
gosse, datée de Daroca, le 5 des ides de juin (1330) : 

Nos infans Petrus etc. Ad quorundam familiarum et domesticorum nos- 
trorum snpplicationem humiliter nobis factura nec non intuitu servi- 
ciorum per Magistrum Samuelem Elazar nicdicuni Cesarauguste nobis, 
cuiii présent! carta nostra graciose concedimus et licenciam tribuiraus 
tibi Mayl Alazar filio Alazar judei Cesarauguste, nepoti prefati Magistri 
Samuel, ne de cetero dum vita fuerit tibi cornes déferas sive portare 
tenearis signuni i-otundura quod judei domini Régis et nostri in veste 
superiori portant et tenentur ac usi sunt et tu hactenus consuevisti 
ducere vel portare. Mandantes per présentes superjuntariis, justiciis, çal- 
medinis, merinis, ceterisque officialibus prefati doraini Régis 

Le 18 novemhre de la même année, l'infant accorda l'exemption 
au fds d'un autre médecin de la famille Alatzar : 

Attendentes te Ezdra Alaçar filium Mosse Alazar fisici judei Cesarau- 
guste forera scolarem ut percipimus in sciencia medicine quod in brevi 
artis ipsius praticam poteritis exercere propter quod te convenit per loca 
diversa itinera incedere de die et de nocte quod que si cum signo vel 
rotula quara judei portare in veste superiori tenentur incederes posses ab 
aliquibus xhrisptianis insipientibus agravari. propterea concedimus tibi 
graciose cum presenti carta... vita tibi fuerit comes detferas sive portare 
tenearis signum rotundum 



270 REVUE DES ETUDES JUIVES 

C'esl aussi de Sai-ayosse, le 8 août 1333, qu'est datée la lettre 
d'exemption pour le fils de Constantini, autre médecin Israélite de 
la dite ville : 

Nos infans Potriis... per présentera concediimis libi Mosse Constantini 
filio Basielis Constantini tisici jiidei de gracia spécial! qiiod non lenearis 
toto tenipoi-e vile tue atïerre capam jiidaycam nec signinn rote vel aliud 
in vesfitnis tuis immo absque predictis capa et signe valeas ire et stare 
per qiuvciimqne loca infra jurisdiccionem domini liegis predicti et nostra 
constituta statuto in contrario super prcniisis facto minime obsis- 
lente 

Par charte signée dans la même ville, le 26 octobre 1333, Don 
Pierre accorda Texemption de porter la roue sur Ibabit supérieur 
à Saçon Tuxule, Juif de Tarazone, pour le récompenser des services 
rendus à la maison royale. 

Le o novembre 1333, exemption est accordée aux frères Salomon 
et Jucef Âlmali, de Saragosse : 

Nos infans Petrus etc. Ad quorundani domesticorum nostrorum suppli- 
cationem humilem nobis factam cum presenti littera nostra concedimus 
et licenciam graciose tribuimus vobis Salomoni Almali et Jucefo Almali 
fralribus judeis Cesarauguste quod per diu vobis fuerit vita cornes non 
defteratis nec defferre teneamini illud signum quod vos et alii judei 
lîcgni Aragoni ex ordinacione Regia deft'eritis et defferre seu portare 
tenemini sub certa pena in vesta superiori ' 

Ulysse Robert, dans son livre Les signes d'infamie an moyen 
d(/e, n'a cité aucune des exemptions que nous venons de présenter. 
De plus, il a signalé comme accordée en 1333 celle des frères 
Morcat de Valence, bien que la véritable date soit du 3 des nones 
de janvier de 1333, an de l'incarnation ; en fait, c'est le 3 jan- 
vier 1334, nouveau style. La charte d'exemption commence ainsi : 

Attentis condicione et fama vestrorum Ismahel Morcat, lucefi Morcat et 
Isachi Morcat fratres judeorum Valencie, cum presenti carta nostra de 
speciali gracia concedimus. . . dictis Ismaelis, lucefi, Isacho fratribus 
quod sine alicuius pêne incursu possitis et valeatis incedere per civitatem 

1. PiCiristre .'J76, fol. 2. Le môme jour l'Infant Pierre accorda l'alisolution <lu iirocès 
au (ils du médecin Rabi Açarie : « Attendentes te lueetfum Abenjarob tiliuni Rabi 
Açarie lisici civitalis Cesarauguste fore citatum roram nobis ad instanciani itmcuia- 
toris dicte civitalis eu quo tu cum quibusdam aliis dide civitatis difamalus fuisli de 
furtis et ;iliis maleliciis in dicta civitate perpetratos contra (juos procedebatur vij.'^ore 
cuiusdam statuti facti in dicta civitate contra omnes et singulos de furtis et criminibus 
difamatos... non comparuisti citacionis tcrmino corani nobis et propterea l'uisti contu- 
max rcputatus » 



LES MÉDECINS JUIFS DE PIERRE, ROI D ARAGON 271 

predictam Valencie et per alias civitales et looa jurediccioni dicti domini 
Uegis (c'est son fils qui pailej et nobis subiecta absqiie Roda et Capa 
judaica aiit alio qiiovis signo. Mandantes per présentera baiiilo generali 
Regni Valencie ceterisque otTicialibns. . , faciant inviolabiliter obsep- 
vari ' 

A la même date, l'InCant Pierre signa encore deux autres lettres 
de protection pour les Morcats, en mettant sous sa spéciale sauve- 
garde les dits Juifs avec leurs femmes, leurs fils et leurs biens; il 
signa également une lettre d'exemption de la roue et du manteau 
pour un second Isaach Morcat, fils d'Ismael Morcat, défunt, peut- 
être cousin des susdits Tsmael, lucef et Isaach. 

Ulysse Robert a cité aussi l'exemption accordée à lucef Almuju- 
ciel, médecin de Lleyda, pour le récompenser des soins qu'il avait 
donnés à plusieurs malades de la cour. La lettre est datée de la 
même ville catalane, le 8 des calendes de juin 1334 !25 mai. : 

Nos infans Petrus etc. Considérantes racioni consonum existere ut qui 
erga nostra servicia ferventer ac legaliter. . . digna proinde retributionis 
premia assequantur, et propterea attentis laboribus ac eediis diuteriis per 
te Magistrum lucetïum Alinujuciel judeum phisicum civitatis Ilerde in 
cnrandis egrocis pluribus familie domus nostre sustenlis velinnus te 
favore prosequi graciose. Idcirco in remuneracionem laborum predic- 
torum tibi Magistro lucef predicto concedimus graciose quod non 
teneai'is de cetero detferre seu portare capam judaycam cum capncio 
vel signum rotundnm in gramaysia, tabargio clamide supertunicali vel 
aliis vestibus tuis superioribus quibuscumque prout juxta constitucionem 
Regiam super hoc factam facere tenebaris, immo possis absque capa si 
volueris et signo predicto in dictis vestibus incedere libère et secure 
absque impedimento * 

On trouve aussi mentionnée par Robert l'exemption accordée à 
Isaach Bonavia, de la ville de Balaguer, dans la province de 
Lleyda : 

Nos infans Petrus etc. Contemplacione et honore incliti infantis Jacobi, 
comitis Urgelli et vicecomitis Agerensis, fratri nostri carissimi, concedi- 
mus tibi Izacho Bonavia, judeo Balaguarii graciose quod non tenearis de 
cetero detferre seu portare capam judaycam cum capucio vel signum 
rotundum in graraasia, tabargio, clamide supertunicali vel aliis vestibus 
tuis' 

1. Registre 376, foi. 17. 

2. Registre 576, fol. 39. 

3. Item, fol. 43. Datée Lleyda 9 calendes juillet 1334. 



272 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La gra)iiasia mentionnée dans cette lettre et dans la précédente 
est une tunique nommée gmuialla, très large, laquelle fut nou- 
vellement imposée aux Juifs par l'ordonnance de 1413, du roi 
Ferdinand I^'' d'Aragon, citée par M. Morel-Fatio dans ses Xoles et 
Documents pour servir à l' histoire des Juifs des Baléares '. 

Nous avons trouvé une lettre du même Don Pierre, signée à 
Saragosse le 8 des ides de décembre 1833. concédant exemption 
(kl manteau avec capuchon long et de la roue à Vidal Avenazfora, 
Juif de la dite ville. La lettre pour les deux frères Naçan, de Tarra- 
gone, datée du premier juillet 1336, dans la ville de Lérida, est une 
simple confirmation de l'exemption de la roue accordée aux dits 
Israélites par le défunt roi Alphonse 111 en 13^7 -, quand il n'était 
que procureur général de son père, lequel mourut six mois plus 
tard. 

L'exemptiou accordée par Don Pedi'o, déjà roi, à Astruch Saltell, 
Isaach Gratia et Vidal Rosell, par lettre datée de Lérida le IV des 
nones de juillet 1330, est ainsi conçue : 

Tenore presentis carte nostre daiiuis et concedimus vobis A. Saltelli, 
I. Graciani eius lilio et V. liosclli, judeis [iarchinone, licenciain ot 
plénum posse quod non obstante ordinacione facta quod quilibet judeus 
terre nostre qui capam judaicam non induerit habeat portare in snpe- 
riori veste quam induerit rotam pannis alterius coloris ipsi vesti consn- 
tani in loco eminenti ul ab inspicientibus cognoscatur esse ebreus v.os et 
quilibet vestriim possitis loto tempore vite vestre per lolam terram et 
donninacionem nostram absque alicuius pêne metu quam propterea 
minime incurrere valeatis incedere absque rota, ita quod ad porlandum 
rotum in superiori veste juxta ordinacionem predictam non teneamini 
nec compellamini iillo modo. Mandantes per presentem procuratori 
generali eiusque vicesgerentibus, vicariis, bajulis, . . et snbditis nostris 
presentis et futuris quod huiusmodi concessionem nostram firmam 
babeant . . .Date Ilerde IV nonas julii anno Domini M" CCC° XXX" sexto. 
Sig -f- num Pelrus Dei gratia Régis' 

\. Revue, IV, 31. 

1. « Nos infaiis Aliilioiisus. . . propter pliira sui-viria (iiiod vos .Mosse ot Salomoiie 
>!ai;am fraU'es judeos TaiTai5'uiie nobis inipeiisa et ad vestri liuniilcin suiii>licationom 
liropterna l'actam, concedimus de irracia espcciali vobis diclis Mosso et SaloiiKuii (|uod 
non obstante ordinacione per dictuni dominutn Regeni et nos factani (piod ludei 
regnoium et tenarum suaruin qui capis judaicis non induuntur (?) teneantur in veste 
supei'iori rofulam j)annis coloris dissimilis dicte vesti consuctam i)ortare per (juam i)ni 
judeis ab insi)icii'ntibus coi^noscantur possitis per omiiia Ile^iia et looa dicti iloniini 
Re^'is et nostii sine signo rotule incedcn' et niancre... Date Darcliinoiic Ull Kalendas 
junii anno Domini M" (-CG" XXVII". » 

3. Reirislre 859, fol. \". 



LES MÉDECINS JUIFS DE PIERRE, ROI D"ARAGON 273 

C'est encore dans la même année 1336 que Don Pedro accorda 
une semblable exemption à Ismael de Oblites luneç et à son fils 
lucef, Juifs de Navarre, avec la permission d'entrer dans le 
royaume dAragon et de parcourir le pays. Celle lettre, signée à 
Calatayud le 13 des calendes de janvier :20 décembre), était 
la conflrmation dime autre exemption accordée, par son père 
Alphonse, au dit Ismael, par lettre datée de Saragosse le 6 des 
calendes de septembre (27 août) 1325, agissant comme prince héri- 
tier et procureur généi-al de son père le roi Jacques II. 

La lettre d'exemption accordée aux fils du célèbre médecin 
Mosse Alatzar (datée de Saragosse le 6 des ides de mai 1340) est 
la dernière que nous ayons trouvée aux Archives de la Couronne 
d'Aragon, concernant la première période du règne de Don Pierre. 
En voici le texte : 

Concediimis vobis Salomon et luceftb iVatribus tiiiis Mosse Alazariis 
fisici et Mosse filio Alazaris fisici defuncti, judeis Cesaraugiiste, de gracia 
especiali quod non teneamini omni tempore vite vestre déferre capas 
judaycas nec signiim rotule vel aliud signum in vestibus vestris inimo 
absqiie predictis capa et signo valoatis lie et stare per qiieciunquc loca 
infra jnredictionem nostram constitula 

Pour revenir à notre sujet, disons que onze médecins juifs furent 
récompensés par l'Infant Pierre, plus tard Pierre III de Cata- 
logne et IV du nom en Aragon, pour les soins rendus à la maison 
royale pendant les dix années écoulées à partir de 1330. Les noms 
de ces magistrl sont lucef Baron, Samuel Alaçar, Mossé Alaçar, 
Alaçar son fils, Basiel Conslantini et Rabi Açarie, médecins de 
Saragosse, lucef Bonafos et Abraham Des Castlars, de Barcelone, 
Astruch Almuviçuel et lucef Almujuciel, de Lérida, et Vidal, de 
Liria, dans le royaume de Valence. 

Nous croyons que les médecins chrétiens furent bien moins 
employés à la Cour en ce temps-là. Souvenons-nous pour le 
moment du Magistro Bartomeu de Vernet, de Valence, qui obtint 
pour récompense la faculté d'exploiter des mines de certains 
métaux près de lativa ; de Romeo de Pal, cirurglco, qui reçut 
loOO sous en 1336 ; de Père Moliner, drurgico, récompensé 
par la concession dune tour de l'enceinte de Murvedre : de 
Guidon, médecin de Teruel, de Ramon de ïolosa, clrnrgicu, 
de Valence, enfin de Magistro Alphonse, lequel fut pendu à 
Teruel, en 1334. 

Sur lucef Bonafos, jnédecin de Barcelone, nous avons un 1res 

T. LVU, N» 114. lt> 



274 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

curieux document, signé par llnfant Pierre dans la dite ville, le 
7 des calendes de novembre 1334 : 

Nos infans P. Uuia certifficati fuitniis ad plénum fidedignorum lestimo- 
nio qiiod tu Magistro Iiicef Bonaffos jndeus (isiciis civitate Barcliiiione es 
expertus in arle médecine et in exercicio ipsiiis a longo citra tempore le 
liabuisti legaliter atqiic bene; id circo cum présent! littera nostra conce- 
dimiis tibi dicto luceffo quod non obstantibus mandatis ac provisione nos- 
tris faotis super examinandis medicis in arte predicta nec pena apponita 
in cisdem valeas uti arte predicta quibuscumque facientibus potula et 
alia eis necessaria in remedium et sutfragium suarum egritudinum 
ministrando. Mandantes gerentivices nostras in procuracione Cathalonie 
nec non vicario et bajulo Barchinonc... concessionem nostram buius- 
modi lirmam babeant.. .. 

Nous retrouvons Don Pedro au mois daoùl de 1336 à Valence, 
accordant à Abraham Des Castlars, médecin, fils d'un autre Magis- 
tro appelé David Des CasQars, la confirmation des privilèges 
octroyés jadis par une charte de Jacques II, ainsi conçue : 

Noverint universi, quod nos .lacobus Dei gratia Régis... débita consi- 
deracione pensantes grata plurimum et accepta servicia quod vos Magis- 
trum Abraham des Castlars judeiim phisicum filiiim Magistro David des 
Castlars quondam, quod culmini vcstro ac rcgali domui nostre prompta 
devocione impensa et signanter circa curam persone incliti infantis Pétri 
carissimum nati nostri Hippacurcie et Impuiiarum comitis cui in grandi 
et extrema necessitate divina opérant gracia subvenistis. Ea propter ad 
ingentem et carain dicti Infantis supplicationem... enfranquimus per 
omnes terras et liegna nostra ac franchos, liberos et inmunes facimus 
vos... vestros masculini sexus... in perpetuum descendentes ab omni 
videlicet questia, peyta, subsidio... Date Barchinone VII càlendas aprilis 
anno Domini M" CCC" XXVIIo. 

Au fils du médecin Astruch Almuviçuel le roi accorda la permis- 
sion de dissoudre son mariage avec sa femme stérile et de se rema- 
rier avec la fille de Jacob Cerdon. C'est une lettre adressée au bailli 
de Lérida, datée de Valence le 4 des nones de décembre 1336, qui 
raconte le lait : 

Pro parte Vitalis Almuviçuel filii Astriigi Almuviçuel fisici liabilatores 
civitatis eiusdem, fuit coram nobis expositum reverenter quod i|)se habet 
uxorem vocatam Il'azbuoiiya et (|uod quindecim anni sunt elapsi et 
prolem haberc non potuit ab eadem et ut fertur de lege ebreorum est ut 
quicumque ebreus duxerit uxorem et infra decem annos prolem ab ea 
habere non potei'il aliam . .possit ducere in uxorem ...fuit nobis humi- 
liter supplicatum ut duccncli aliiim in uxorem de benignitate solita digna- 



LES MÉDECINS JUIFS DE PIERRE, ROI DARAGON 275 

remur ei licenciam impetiri. Nos vero ipsa supplicatione suscepta vobis 
dicimiis et mandamiis qiiateniis si ila est ad diicendum in iixorem filiam 
Jacob Cerdoni . .libère permilatis ncc impedimenlmu ei per aliqiios fieri 
siistineatis pro ut de lege jiideorum fore inveneretis faciendiim. Nos 
enim super hiis louiitiinus vices nostras'. 

Que le roi d'Aragon, dans ce temps-là, accordait toutes les 
permissions de cette sorte, nous le savons par une nutllitude de 
pièces justificatives. En voici une : 

Nos Petrus attcndentos quod per parteui tui luceffi E]\i\\ judei de Luna 
fuit nobis hnmiliter supplicalum ut cuni tu babeas quandam filiam 
nomine Oudanyam cui tu coniode secunduni rituin judeorum non posses 
alium in virum dare qnemadinodiim (ientonum Abenfayona judeuni 
habitalorem Dalfrago et nobis supplicaveritis ut dicte filie ...recipiendo 
dictuni Gentonom in virum dignaremur licenciam concedere seu près- 
tare. Id circo dicta supplicatione admissa cum présente littera noslra 
eidem Oudonye concedimus et plenam conferimus potestatem ut dictum 
Gentonum in virum recipiat et admittat et cum eo babitet in loco ubi 
ipse domicilium tenel... Nos enim per présentes mandamus universis et 
singulis oftîcialibus nostris quod predictam eideni Ondonye servando non 
contraveniant aliqua ratione. Date Cesarauguste calendas madii anno 
Domini M" CGC» XXXVII". 

Mais de tous les médecins juifs, c'est Alatzar qui fut le plus aimé 
et le mieux protégé par le roi Don Pedro, dans la première 
période de son long régne. Il était le fils d'un autre médecin, 
Mossé] Alatzar, lequel partit pour la Sardaigne, au service de 
l'Infant Alphonse, quand le roi Jacques II décida la conquête de 
cette île, en 13:23. Mossé Alatzar mourut pendant la campagne, dans 
ce pays malsain. 

Mossé Alatzar était le père de quatre fils, le médecin Alatzar, 
lucef et Faym, Juifs de la communauté dHuesca. et Salomon Ave- 
nardut. Ce dernier était déjà mort au mois de novembre de 1336, 
et laissa un fils nommé Mossé. 

Le ^ juillet 1336, le roi accorda un important privilège à son 
médecin Alatzar, pour lui éviter des vexations et de fâcheuses 
perquisitions des fonctionnaires publics, lesquels trop souvent 
dérangeaient la vie des familles juives : 

Nos Petrus Dei gratia Uegis.. Visis quibusdam cartis regiis conces- 

1. Registre 8(50, loi. 112. Le même jour, le roi accorda absolution de l'accusation du 
meurtre d'Astrucli Avintandut au\ Juifs de Lérida, savoir : .Abraham Avinçall, Mer- 
dosay Aviuçall, Abraham Abrahona, Melchisedech Abnalazar, lucef Cateoo et Gemila, 
épouse de lafudagAbrahona. 



276 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sionem graciose fact.unun tibi Magistro Alatzar fisico nostro el nialri, fra- 
tribiis ac uxorihiis tiii et eorum ac filiis... in qiiilnis continetLir qnod 
infra certos annos nondum transactos tu vel alii prcdicti non teneamini 
jnrare nec facere solidum vel libram seu aliquorum manifesti cnm 
judeisaliame (îivitatis Osce vel quib use unique aliis judeis non solveretis 
cnm eis... Et quia servicia per le diclum Magistruin Alazai- fisicum nos- 
trurn Régie domui exhibita et que nobis non cessas continue exhibere. . . 
Ideo cum présent! carta nostra de speciali gracia tibi concedimus necnon 
niatri et fratribus... hinc ad septem annos primos venturos... non tenea- 
mini jurare nec facere solidum vel libram sed aliquod munifestum vel 
contribiicionem cum judeis dicte aliame civitatis Osce seu aliqua aliama 
vel aliquibus judeis terre... Date Ilerde VI» nonas julii anno Domini 
MCGC°XXX« sexto'. 

Trois mois après, Don Pedro, en raison des services de son 
médecin, lui envoya une lettre de protection s'étendant à sa femme, 
à ses fils, ainsi qu'à ses frères lucef et Faliym, avec leurs familles, 
défendant que personne pût jamais les emprisonner, ni leur faire 
subir de représailles en raison de délits ou méfaits commis par 
quelque autre Juif^. Sans doute Alatzar, ne considérant pas 
comme suffisante cette charte de sauvegarde, s'en fit octroyer 
une seconde un mois plus tard, le 15 des calendes de décembre, 
datée de Valence. Dans cette dernière sont compris les deux frères 
susnommés et son neveu Mossé, le fils de son frère Salomon 
Avenardut, qui était déjà mori;. Dans ces deux lettres on dit que 
lucef et Phaym sont de la ville d'Huesca, laquelle était sans doute 
le berceau de cette famille. 

La preuve de l'influence d'Alatzar auprès du roi Don Pedro nous 
est révélée aussi dans le décret d'absolution de tout procès et puni- 
tion accordé, en 1339, à lucef Avinardut, fils d'Alatzar, Abrahim 
Bondia, lucef de Calatorao, Llobet fils de Montanyés, et lamila, 
épouse de Canabaço, Juifs d'Huesca. Ceux-ci avaient attaqué et 
dévalisé les Sarrasins sujets du comte d'Urgell, frère du roi. 
Don Pedro octroya cette absolution sur les instances et suppli- 
cations de Magistro Alatzar judei fisico doiniis nostre. 

En 1340, quand le roi décréta la révocation des privilèges et 
franchises accordés par lui et ses prédécesseurs aux Juifs, il eut 
soin tout de suite d'exempter de cette disposition générale son 
médecin Alatzar. La lettre qu'il adressa de Barcelone (3 des nones 
de juillet 1340] à son procureur général et a tous ses officiers dit : 

1. Registre 8.-i9, fol. 1?16. 

2. liegistre 860, fol. 20. Lettre datée à Valence, 4 nones d'octobre ViU. 



LES MÉDECINS JUIFS DE PIERRE, ROI D'ARAGON 277 

Tamen nos attentis serviciis gratiiitis pcr Magistrum Alazariurn fisicum 
Curie nostre tain illiisU-isinio domino Régi Allonso eximie recordationis 
genitori nostro in cuius servicio Magislri Mosse quondam eiiis pater in 
insula Sardinie snnm diem clausit extremum, qnam nobis diucins 
iinponsis et que impendore jugitur non cessât concessiones franquitatuni 
per ipsiim dominum Regem et nos factas dicto Magistro Alazari iVatrilnis 
eiusque tiliis et eorum uxoribus atque bonis sub dictis revocacionibiis, 
provisionibus et preconizacionibus non intendimus comprehendi ' 

Les privilèges et exemptions d'impôts du médecin Alatzar lui 
avaient été confirmés et auj^menlés par charte royale, datée de 
Barcelone, du 3 des nones daoùt de 1339-. 

Après la dite révocation générale, Alatzar obtint encore une très 
importante concession. Le roi lui accorda une absolution indéfinie 
et absolue pour les méfaits quelconques que le médecin ou ses 
frères et fils auraient commis jusqu'à la date du décret : 

Volentes erga vos Magistrum Alatzar phisicum domus nostre et 
lucefum et Beaym judeos fratros vestros et eciam filios vestros... absol- 
vimus, diffinimus et relaxamus vobis onines peticiones, questiones et 
demandas... quos contra vos et bona vestra possemus facere, movere ac 
infligere usquc in hune presenteni diem'.. .. 

Cette charte est datée de Barcelone, 6 des ides de décembre 1340, 
et l'absolution est générale, sauf pour les crimes de sodomie, 
empoisonnement, ou cohabitation avec femme chrétienne ''. 

On voit par tous ces documents de quelle grande estime les 
médecins juifs jouirent à la cour de Don Pedro dit le Céré- 
monieux. Très probablement les nombreux « intrus » que nous 
trouvons si souvent soumis aux procès dans les registres de la 
chancellerie d'Aragon n'étaient pas Israélites. Dans ce cas, on 
n'aurait sûrement pas oublié de le dire quand le médecin chré- 
tien Maître Guido, de Teruel, dénonça, en 1337, au roi l'exercice de 
la médecine en Aragon par « homines vacabundi qui non experti 
seu docli in naturali medicinali et cirurgica scienciis ». Après des 
rc herches spéciales, nous avons trouvé un seul exemple d'un 
intrus juif, et encore était-ce une femme. Terminons par la lettre 
d'absolution accordée par Don Pedro à celte Juive de la ville de 

1. Registre 869, fol. 1.55. 

2. Item 868, fol. 129, 

3. Registre 870, fol. 98. 

4. Eu 1341, lucef .Abraham et Mayl .Abraham mangones, Juifs de Barcelone, furent 
absous par le roi do l'accusation d'avoir tué un cheval de Magistrum Alatzar fisi- 
cum domus nostre. La délation n'était pas bien fondée. 



278 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Borja, laquelle était ce qu'on appelle à présent en Espagne una 
curandcra : 

Nos infans Petrns etc. Cum presenti carta nostra absolvinius, remittimus 
et relatxarniis ac etiam indiilgemus vobis Iiicef Levi tahiiscano et Mirie 
eius iixori, judeis Hurgie, omnem accionem, questionem et demandam 
et omncm pcnam civilem et oriminalem et aliam quamlibet qiiam domi- 
nus Rox genitor noster... contra vos ac tidejussores... et bona vestra... 
intligcre possemiis occasiône peticionis ac demande contra vos intente ex 
eo quia asserendo vos dictam Miram fore fisicam dedistis Sancie uxori 
Doniinici Aniargo vicini loci de Magallon et Graciete filie eorum etatis 
viginti nionsium purgaciones aliqiias ad iiotandiun quibns niediantibns 
sanerentur ab infinnitalibus quibus detinebanlur, quariim purgacionum 
occasione dicta Gracieta obiit et prefata Sancia abortavit fetum vivuin 
quem in ventrem portaverat per sex menses. Ita quod racionibus anledic- 
tis vel eniergentibns ab eisdem dictiis doininus llex vel nos .. sive in 
premisis culpabiles fueritis sive non neqiieramus vobis vel capleva- 
toribus ac tidejusoribns predictis peticioneni aliquam vel demandam 
facere racione homicidiorum debitorum propter famam de foro et usu 
Regni, immo sitis inde vos... perpetuo absoliiti, qiiitii et immunes... et 
por banc aiitem absoliitioncm dedistis Curie riostre quadringentos soli- 
dos... Date Daroce VI» idus jiinii anno Domini M" CC-G" \XX°. 

Nous devons recommander à tons ceux qui se consacrent à 
l'iiistoire de la médecine au moyen âge les travaux de mon 
confrère le docteur et académicien M. Louis Comenge, et spéciale- 
ment son article Los archiatros de la Co7'ona de. Aragon, publié 
dans le Holetln de la Real Acadeniia de Buenas Letras de 
Barcelona. 

loAcniM MiREï Y Sans. 



NOTES ET MÉLANGES 



NOTES EXÉGÉTIQUES 



I. Nombres, xv, 38-39. 

Ce passage n'est pas clair, parce que, d'abord, il est dit que le 
fil d'azur doit être ajouté à la frange, et ensuite c'est le fil lui- 
môme qui devient une frange. Graetz a proposé de changer nsfitb 
en nifi^n, mais la phrase « et la frange sera à vous » est trop 
vague. Oort substitue mi^b à n}£"«i:b ; mais il reste la difficulté que 
le texte ordonne d'abord de faire des franges et qu'ensuite il n'est 
plus question que du fil d'azur. Il nous semble qu'il faut supprimer 
le mot n^"<]i devant ti3Dn, et la prescription devient la suivante : 
Les enfants d Israël se feront des franges aux coins de leurs vête- 
ments et mettront (c'est-à-dire en mettant) au coin un fil d'azur. 
[Le fil) servira de frange, etc. Il n'y a plus dès lors d'obscurité ni 
de contradiction. 

II. no-^ ET n^Di. 

.... - • T 

Le mot rrsi^ n'a été reconnu comme nom que dans Ps., xxyii, 12, 

où Dttn nE-* « énonciateur de violence» est joint à ^pffl "^ny « témoins 
de mensonge ». On a d'ailleurs proposé de le corriger voir la 
Bible de Kitteli. Mais il est facile de montrer que r\z^ ou n^o-^, qui 
n'en est qu'une variante, se retrouve comme nom dans bien 
d'autres passages, où il a été pris à tort pour un verbe. Ainsi dans 
Proverbes. xi\, .3 : u)b72"« Nb û-^tid n-'D-'T npr «b D-^ip® ny : Le témoin 
de faussetés ne sera pas innocenté, et V énonciateur de mensonges 
n'échappera pas. Le parallélisme prouve que rr'D'^ est un substan- 
tif. Ce mot désigne sans doute celui qui dit des mensonges, sans 



280 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



être témoin officiel, idée exprimée par ny. Le verset 9 du même 
chapitre : nai^-' D-'nTS n-'c-'T rjp;'' n5 D'inpo *73> est mie légèi'c variante 
de notre verset. Dans Proverbes, vi, 19, D''3TD n-^D"» fait partie d'une 
série de substantifs et est relié à û"'2n» rtb'U» « l'excitateur de dis- 
putes ». L'iiémisliclie entier "ipu: ny û-^std n-'S^ doit se traduire : 
Vênonciateur do mensonf/ps qui rlrvipiil ii/i lénioin de fausisetr. 
Le même hémistiche se retrouve dans xiv. 6, où l'on traduira : 
fnionciateur de inensonges devient mt témoin de fausseté. 
Lliémistiche parallèle est : nTrc Nb D"':i«i< iy : Le ten/oi/i sincère 
ne ment pas même hors du tribunal . 

Dans le verset, xii, 17 : pni: l'^y n;nwi« n-'D"' il ne peut y avoir de 
doute que it'D"' est un nom : Vênonciateur sincère proclame la 
Justice le bon droit du juste ; l'hémistiche correspondant est '^y^ 
"73173 û''"ipï3 » et le témoin mensonger est une cause de tromperie 
pour les juges . La même idée est exprimée plus clairement dans 
XIV, 2o : rî73"i73 a"«3T3 nç-^T n^N "W m"^E3 "?"'::?3 « le témoin réridique 
sauve les âmes de ceux qui sont faussement accusés et Vénoncia- 
teur de )nensom/es estime cause de tromperie. On remarquera que 
les termes no^ et ^y sont intervertis, ce qui prouve qu'ils finissent 
par être synonymes. On notera aussi que ne est écrit sans i/od 
et pourrait se lire nD"<. 

Ce mot ns-j nous paraît encore donnei' un sens très satisfaisant 
comme substantif dans le verset de Habaqouq, ii, 3 : lim my "iD 
3TD"« NbT y-pb nc-'T iyn73b. L'explication coui'ante de ns"" par // aspire, 
c'est-à-dire il se hâte, n'est fondée sur aucun passage analogue 
et est contredite par la suite du verset : rranTon-» un s'il s'attarde, 
outre qu'il faudrait n-'ar si c'était le hifil de mo. Selon nous, vsn 
est en parallèle avec pm et nous traduisons : « Car il y a encore 
une vision pour le temps fixé et un témoin pour la fin, et il ne 
mentira pas. » Le mot 3T3"' îî'ît rappelle le cnTD n-'D-' des Proverbes. 
Peut-être aurait-on attendu un abstrait np;' plulùt qu'un concret 
npr mais la correction n'est pas nécessaire. 

L'erreur qui a fait prendre rv^-^ et ne pour un verbe est très 
ancienne, puisqu'elle se trouve dans les versions et que la Massora 
a ponctué le j/od par un kumeç au lieu d'un scheva dans les pas- 
sages où n^t^ et nD"« sont à l'étal construit. 

La racine hd-» paraît avoir signifié d'abord soupirer, comme dans 
Jérémie, iv, 81, puis articuler, parler. 

Mayer Lambert. 



NOTES ET MÉLANGES 281 



UN DOCUMENT CONCEUNANT ISAÂC LOUKIV 

?soiis ne connaissons le célèbre kabbaliste Isaac ben Salomon 
Loiiria que par les renseignements, assez pauvres, laissés par ses 
amis et disciples, notamment par l'Italien Hayyim Vital '. 

Sa naissance à Jérusalem en Fan 1334, le nom de son oncle, 
Mordochaï Francis, fermier des impôts au Caire, aux soins duquel 
il fut confié après la mort de son père, et dont la fille devint sa 
femme, son émigration d'Egypte en Palestine vers l'an 1369, sa 
mort, qui eut lieu à Safet, en 1372, telles sont les données les 
plus importantes de sa vie, en deliors desquelles nous ne savons 
presque rien. 

Rappelons encore que Jacob Abulafia, un des amis de Luria, a 
dit qu'il avait vu les livres de comptes de son ami : mais c'est la 
seule information qu'on ait jus([uici sur son activité profane. Le 
manuscrit que nous publions ci-après T. S. 12. 389, Bibliotbèque 
de l'Université de Cambridge), provenant de la Gueniza du Caire, 
ayant une date certaine (celle du mardi 2 Eloul 319 A. M. = 1339), 
à l'époque où Louria demeurait au Caire, et le montrant comme 
marchand faisant des affaires à Alexandrie, peut avoir quelque 
intérêt. 

Le manuscrit est écrit sur papier; il est très gâté par l'eau, et 
mesure 23 x 16. 3 cm. En voici le texte . 

iT3S">aN N-'-nb pni:-' -.ns nbi^Tji it na» i«nnn w-ty i:^ nr:c3 

•'tD )-Ti-n23DN3 V5 'w-:; riizn 'u:n Vd'îd -idd •■::•\b'::^ tiî'^-i3D riZ'c-'O... 
t-^n-iD a-^oam nî<72 ']03 ...n "jp: 'is "ip"!':) mi7:5 m'D72 .. N-nn 
'T2n inD '1=173 'T;n mr-:- 'i:n pTOr-» 'i-d bnp ir2D3T 'is-'^::'ri nrtT 
r-iya-ipT n-i— lO icd^Tj n-^-nz'^ n-1^272 'tdh n-'^sT^no 1din3 uh-ciz 
izib^y^ \s;n D10 ^ban bbs ..'-n-'a q-\^ -ibn bbo mm nb n-^bi 
■^br)3 piNi 'nnsb 'T3n bobcn nnb 'tîh pn^:" '-i-d i^iî^yt] 2->"'nnjT 
iniN ^ny"'3nb d"'»"^ r,'sb'o '^nnn 'T3n in: '-i3 b"^ r-io"n73 i^.'c; 
i-ij^-i-D- 1T73 '7;n pHi:-^ 'n-D Y^"' **"' °^"' ^■'"i130dn3 D^iîb 13^373 
t*i2n ■^tt3"<73n DT'n 'TjH inD '13 T'b 'T:n bsbon nnb lUî^yw 3"'"«nn3 
't:- pn::-' 'nniD i^yx nn^wn bbD -n ... ■i^'t mD-iy mo •'bn iiï5N-> 
TTi-'^u -"babiiT^ -jciNT vpnp73 rtîp-^oi n;p"ii v^^^ '^^ '"~ ln3 'isb 
IN iT»D D-'-^p HT naï3Ti5 "j^T bDT 'TDn bsb^n p:?-iDb 'j-'Nnnyï i"'N-inN 

1. Voir Graetz, Geschic/ite, t. IX, p. lxxv et 443. 



282 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ïnavo ';"'33'b n"'Dap '-^dh ro-ni b^T l'by im^ ';■'... nno -^nd t>3 
'-inD vby bap r;T "i:::^ -i73im .mn Nbai n?i30 Nba 'T;n bsbon 
SntiI:"^ 133 ';"«5^n:T ^iz-'p'i ■'T'iuî -^-mï: bD pîin^T n73nnD 'Tsn pnif' 
ûb"ù5 "j-Dp in-iTo ir:p"i ■^nauîT ^ODias xbni Nnn7:cNzi Nbi b"Tn l'ipns 
■un3:"i73T in:>n73 ^yb mnsn b^ br i-r^n N^;p7:b -ic^n n;?:3 r^Dy» 
!-iyi3®3 'T5n pHic 'nriD i-^by bap -t bD tz-'-'pbi hbz ddiî< "'ba 

fpT -PTOJ b:Dm c">-i]:72 ne î-i-r^ir-^b 
m^"j:N"| n:s"na ']"i-ia 66 psn ^Tain T'nt: n"D na cior 

Cambridge. 

Ernest James Worman. 



BIBLIOGRAPHIE 



REYUE BIBLIOGRAPHIQUE 

ANNÉE 1907 

(FIN >) 

3. Périodiques. 

Hakedem (Saint-Pétersbourg, trimestriel). == 1" année, 1907. N» 1, 
25 mars, =^= (Les articles dont le titre est donné en français sont, 
à moins d'indication contraire, écrits en hébreu.) Knut Tallqvist : 
Typen der assyrischen Bildersprache (suite n" 2 ; les comparaisons 
et les métaphores dans la littérature assyrienne rapprochées de la 
Bible). — L. Blaii : Talinudische Aufschlusse zu Inschriften ("an expres- 
sion de deuil dans les inscriptions palmyréniennes; formule votive et 
enlogiespalmyréniennes empruntées aux Juifs; inscriptions mémoriales 
[pour mrjb ... "113T, V. aussi B. b., 21 a et cf. Sira hébreu, xlv, Ij; les 
deux inscriptions votives de Juifs au temple de Pan à Edfou). — A. Sar- 
sowsky : Babylonisch-biblische Notizen {suite n° 2; explications aven- 
tureuses de mots bibliques et talmudiques par l'assyrien). — D. de 
Gunzburg: La Cabale à la veille de l'apparition du Zohar (en français; 
suHe n" 3; décrit un ms. cabalistique de sa bibliothèque, qui paraît 
remonter au début du xive siècle; p. 29, lire Hananel b. Abraham au 
lieu de Abr. b. Han.). — Recension de Tallqvist, Neubabylonisches 
Namenbuch, par A. SarsoAvsky (noms propres talmudiques rapprochés de 
noms assyriens). — M. Giidemann : L'utilité du Midrasch pour l'exégèse 
biblique (les quatre exemples cités ne sont guère probants). — A Sar- 
sowsky : L'exil de Samarie et de Juda d'après les relations des rois 
d'Assyrie (transcription et traduction des inscriptions cunéiformes). — 
W. Bâcher : Le Talmud de Jérusalem sur les traités Houllin et Bechorot 
ifin n" 2; données biographiques nouvelles sur les Amoraïm, diver- 
gences avec d'autres traités du Yerouschalmi, passages qui se retrouvent 

1. Voir plus liaut, p. 100 et suiv. 



284 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dans le Babli, terminologie. M. B. ne se prononce catégoriquement ni 
pour, ni contre rauthenUcitôi.— ,1. B. Markon : Un fragment de Mischna 
(Maasser SclK'ni-Halla) avec la ponctiialion babylonienne, d'après un ms. 
de la Bibliotbèqiie impériale de Saint.-Pétersl)Ourg (avec pliotolypie). — 
H.P. Chajes: Notes sur les Mahberot d'Immanuel(cf. Z./'.^. fi., XI, 131). 

— Becensions de J. Klausner, Die messianischen Vorslellunyen, et S. 
ï)-A\chcs,Allbabylonische Jiechtsurkunden, par A. Sarsowsky. = r= N* 2, 
2DJuin.== I. Lôw : Zwei hiblische Pflanzennamen (Tl3N et rn^33). 

— B. Turajeff: Sur les cultes du Sinaï (en russe). — F. Perles: Ein 
iibersehenes Verbum im hebr. Sira (xxx, 13: ^yhn; cf. p. 139). — 

A. Harkavy : D'une gueniza orientale à la Bibliotbèque impériale de 
Sainl-Pélersbourg {suite n°^ 3, 4; fragments d'un ouvi-age anti-caraïte 
de Saadia, du comment, du Deul. par Samuel ibn Hofni [?], du comment. 
de la Genèse par Saadia). — L. Griinbut : Sur l'emplacement du temple.— 

B. Batner: Le Terouscbalmi sur Kodaschim (est une forgerie). = = 
I\" 3, 25 septembre. = = S. Krauss : Bad und Badewesen im Talmud 
{suite n» 4). — H. Pick : Lesefriichle aus der Keilschriflliteralnr zu 
Bibel und Talmud (à suivre). — I. Markon : Eine jiidiscli-âgyptiscbe 
Verkaufsurkunde aus dem xiii. ten Jabrhundert (vente d'une esclave, 
Fostàt 1217; cf. p. 207). — A. Sarsowsky : Sachliche und sprachlicbe 
Aufscbliisse zum Gilgames-Epos. — H. P. Chajes : Bechcrches sur Ben 
Sira (parties non authentiques du Sira hébreu : ch. xi, xiv, xvi, xxx, 
xxxi). — M. Friedmann : La division en versets d'après la littérature 
talmudique et midraschique [suite n" 4). — I. N. Epstein : Mélanges 
(le document cité par Sal. Louria, Consultations, n» 29, aurait pour 
auteur le Bosch ! les Hiddouschim du Pérek Hélek imprimés sous le nom 
du Bilba sont de David Bonfed [Michael, Or ha-Chajjim, p. 321, l'a déjà 
dit]). := = N" 4, 25 décembre. i=: ^ D. Kiinsllinger : Die Sùralu Jûsula 
(ne dérive pas de la Bible, mais représente une tradition parallèle!). — 
A. Lcwinsky : Zur Geschichte derJuden in Polen und Bussland wâhrend 
des 18. Jahrh. [à suivre; extraits d'un journal de Hildeshcim). — L. 
Griinhut : Miszellen i^lssachar Sussan, rabbin palestinien du xvi" siècle; 
deux Samuel bar Nahméni). — Uecension de Budde, Gesch. der allhebr. 
Liter., par A. Sarsowsky. — S. Poznanski : Etudes sur l'époque des 
Gueonim. L LesGueonim elle Yerouschalmi (à suivre; historique de la 
question ; les Scheeltot et le Y.). 

I>e titre complet de cette Bévue est Qniîr: Hakedem, Vierteljahr- 
schrift fur die Kunde des alten Orients vnd die Wissensrhaft des 
Judent unis, heransgegeben von I. Markon und A. Sarsoivsky (avec titre 
hébreu correspondant). Saint-Pétersbourg, Ofizerskaja, 50 ; 15 francs 
par an. Les ai'ticles sont on. hébreu ou en langues n)odernes (d'oii 
une double pagination). Ainsi que l'indique son titre, cette revue 
est consacrée non seulement à la science juive, mais aussi à toutes 
les sciences sémitiques ; même l'assyriologic y est représentée, avec 
un peu d'outrance déjà, au jugement de quelques-uns. L'esprit de 



BIBLIOGRAPHIE 28b 

cette publication est rigoureusement critique et les travaux, qui ont 
pour auteurs des savants connus, sont d'une bonne tenue scientitique, 
comme on peut s'en assurer par l'analyse de la première année. Nous 
espérons que les éditeurs soigneront la bibliographie des Hehraica 
publiés en Russie. — Hakedem, qui est la première revue d'érudition 
pure qui paraisse dans ce pays, doit servir d'organe à une École des 
Hautes-Études orientales- qui a été ouverte à Saint-Pétersbourg; le pro- 
gramme des matières enseignées, oii le Talmud ne tient pas une très 
grande place, est imprimé dans le n" 3. Le recteur est M. David de 
Gunzburg, les principaux professeurs, MM. Sarsowsky, Markon et S. 
Dubnow. Si l'on songe au milieu de quelle crise politique ce mouve- 
ment éclôt, on ne pourra qu'éprouver de l'admiration pour le judaïsme 
russe, qui tient tant de forces intellectuelles en réserve, et que sou- 
haiter longue vie à la jeune Revue, qui promet d'être un excellent 
instrument d'émancipation scientitique. 

The Jewish Quarterly Review Londres, trimestriel). = = Vol. XIX, 
4906-1907. No 73, octobre 1906. = = F. Coblenz : Biblical criticisni in 
religions instruction. — J. Abelson : Maimonides on thc Jewish creed 
(traduction annotée de l'introduction de Maïmonide au Pérek Hélek). — 
S. Poznanski : The Karaite literary opponents of Suadiah Gaon in the 
eleventh century [suile]. — .1. Friedlaender : A Muhammedan book on 
augury in Hebrew characlers édition et traduction d'un fragment de la 
Gueniza, probablement du xiv^ siècle ; c'est un ouvrage arabe de fond, 
mais copié par un juif, sur la divination d'après les noms des pro- 
phètes, dans le sens musulman de ce mot. — A. Cowley : Bodleian 
Geniza fragments (ii, lettre du gaon de Poumbadita Xéhémia Cohen, 
demandant des subsides pour son académie, datée de 962 ; ni, lettre des 
Juifs de Jérusalem à Ephraïm b. Scheinaria, dont ils implorent le 
secours, déjà publiée par Wertheimer). — Lewis X. Dembitz : Babylon 
in Jewish law (parallèles du Code de Hammourabi avec la jurisprudence 
talniudique;. — Helena Frank : Al Shechitah, from the Jiddish of N. 
Bialik's version of a Hebrew pocm by himself. — Hartwig Hirschfeld : 
The Arabie portion of the Cairo Genizah at Cambridge [suite ; fragment 
du Commentaire de Saadia sur le Lévitique). — David S. Sassoon : An 
autograph letter of a Pseudo-Messiah (Juda b. Schalom, appelé aussi 
Mari Schooker Kohaïl, faux-messie yéménite du siècle dernier). — Stanley 
A. Cook : Notes on OUI Testament history, vi, the Calebite tradition. — 
Critical notice. F. Perles : Das Jiidische in Cohen's Ethik. == = X" 74, 
janvier 1907. = = G. E. Biddle : A Theist's impressions of Judaism. 
— I. Elbogen : Studies in the Jewish liturgy, i : 3'7:-o "?y oïD [suite). — 
A. Co\\ley : Bodleian Geniza fragments yiv, lettre à Ephraïm b. Schemaria 
lui demandant de contribuer àla rançon de 4 rabbanites et de 3 caraïtes 
capturés par un Arabe ; v, lettre au même.) — L. Ginzberg : (iconic 
Responsa (de la Gueniza ; 18 consultations de Xatronaï b. Haï; 2 autres 
consultations, dont la l'" offre des vaiiautes pour le texte de Kidd., 



286 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

54 ft-56 a). — J. H. A. llart : Tlie Prologue to Ecclesiasliciis (propose une 
transposition partielle et commente le texte). — H. S. Q. Henrifjues : 
Tiie political rights of English Jews {suite et fin, n» 76; étude de droit 
historique). — Stanley A. Cook : Critical notes on Old Testament his- 
tory, vu, Literary and historical criticism ; viii, Saul and David ; ix, 
Conclusion (surles origines du peuple israélitc). — Miscellanea. S. Fyne : 
Psalm cxxxin (composé sous le règne d'Aristobule II pour calmer Hyr- 
can II !). — A. Francis Steuart : Jews in Rome, 1704 (relation d'une 
cérémonie de conversion d'une famille juive). — S. Poznanski : Zu dcm 
Sendschrcihen des Nehemia Gaon. — Recensions. = = N" 75, avril 
1907. = = W. Bâcher : Tlie origin ot' the Jewish colony of Syene 
(Assuan) (les noms d'Osée et de Menahem prouveraient que la colonie 
appartenait au moins en partie aux Israélites du Nord) — B. Ibry : 
H. N. Biulyk and liis poems. — Richard J. H. Gottheil : An eleventh- 
century document concei'ning a Cairo Synagogue (publie le procès- 
verbal d'un débat soutenu entre un musulman et le chef de la com- 
munauté Israélite devant le cadi suprême, en 1038, au sujet de la 
reconstruction d'une synagogue ; synagogues du Caire et d'autres villes 
de l'Egypte). — I. H. Hersch : The French Révolution and tlie émanci- 
pation of Ihe Jews (expose les tentatives de réformes sous Louis XVI et 
les débats à la Constituante). — R. H. Charles, A. Cowley : An early 
source of Testaments of Patriarches (v. l'article de M. I. Lévi, Revue, 
IJV, p. 166 et s.). = — N» 76, juillet 1907. == J. H. A. Hart : Corban 
(sur Marc, vu, 3 et suiv.). — I. Last : Sharshoth Kesef, the Hebrew 
dictionary of roots, by Joseph Ibn Kaspi (en publie des extraits, d'après 
le ms. 1244 de la Bibl. Nation. ; quelques gloses françaises). — G. H. 
Skipwith : «The Lord of Heaven v, thefire of God, the monlain summit, 
the divine chariot and the vision of Ezekiel. — I. Elbogen : Studies in 
tlie Jewish liturgy, ii : nn-^nn ''Dvb nay. — E. J. Worman : Forms of 
address in Genizah letters (voir l'article de M. Goldziher, Bévue, LV, b4). 
— A. Cohen : Hebrew Incunabula in Cambridge. — Recensions. = = 
Vol. XX, 1907-1908. N" 77, octobre 1907. = = Editorial announce- 
ment (la Revue cessera de paraître en juill. 1908). — T. K. Chcyne: An 
appeal for a more complète criticism of the book of Habakuk (pour 
dépasser Marti et Duhm; le livre se rapporte à une invasion arabe dans 
le royaume de Juda). — W. Bâcher : Ans einem anonymen arabischen 
Hiobkommcntar (édite et traduit deux fragments qui appartiendraient 
il un même commentaire rationaliste, Bodl. 12o et 2760). — S. A. 
Hirsch : Jewish mystics. An appréciation (veut montrer que la cabbale 
a élé bonne et nécessaire, mais ne serre pas la question de près''. — 
S. Poznanski : The Karaitc literary opponcnts of Saadiah Gaon in Ihe 
Iweifth and Ihirteenth centuries. — L. Ginzberg : Geonic Resj)()nsa 
{suite; consultations inédites, anonymes et en partie incomplètes, 
fiagments de compilations provenant de la Gueniza). — G, Margoliouth : 
Hebrew illuminated Mss. (intéressante étude d'ensemble; il n'y a pas 
d'art spécifiquement juif; liste, d'ailleurs incomplète, des mss. enlu- 



BIBLIOGKAPHIE 287 

minés). — Critical Notices. St. A. Cook : Biblical criticism « moderate » 
and « advanced » (recensions d'ouvrages récents). = = >" 78. janvier 
1908. = = Hans H. Spoer : Some new considérations towards the 
dating of the book of Malachi (place le livre vers laO; on objecte Sira, 
XLViii, 10 : Malachie cite Sira ou tous deux une source commune). — 
N. Porges : Eine Geniza-Studie (sur la critique biblique de l'époque des 
Gueonim publiée par Schechter ; réfutation de l'article de Kahana, 
Hagoren, V; l'ouvrage serait du milieu du xi^ siècle; nouvelles correc- 
tions et explications du texte). — E. J. Worman : The exilarch Bustani 
(fragment arabe de la Gueniza sur la légende de cet exilarque). — 
S. Poznanski : The Karaite literary opponents of Saadiah Gaon in the 
fourteenth to nineteenth centuries Conclusion : la polémique caraïte 
contre Saadia, calme ou violente, suivant le tempérament de chaque 
écrivain, n'a subi aucune évolution et a sans cesse repris les mêmes 
arguments). — S. P[oznanski] : Addenda and Corrigendato mvEssayon 
« the anti-Karaite writings of Saadiah gaon » ( /. Q. li., X, 238-76). — 
A. Marx : The expulsion of the Jews from Spain. Two new accounts. — 
I. Abrahams : Some Rabbinic ideas on prayer. — J. H. A. Hart : Philo 
of Alexandria f^suite ; traduction de pages choisies\ — A Biïchler : The 
new « Fragment of an uncanonical Gospel » (ce fragment récemment 
publié par Grenfell et Hunt contient, sous la forme d'un dialogue 
entre Jésus et un prêtre, une critique des cérémonies de purification 
en usage dans le Temple ; M. B. croit qu'il a conservé des renseigne- 
ments exacts sur le culte). — Critical Notices. C G. Montefiore : 
Oesterley et Box, The Religion and Worship of the Synagogue. — 
H. Lœwe : Abbott, Israël in Europe. == N^ 79, avril 1908. = = C. G. 
Montefiore : Libéral Judaism conférence). — H. S. Q. Henriques : Jewish 
marriages and the English law. — E. J. Worman : Two book-lists from 
the Cambridge Genizah fragments (Postât, 1080 et I223> — A. Cohen: 
Hebrew incunabula in Cambridge. — E. Robertson : Notes on Javan 
{fin n* 80; les Javanites sont le peuple non-sémitique primitif de la 
Babylonie ou plutôt de l'Arabie méridionale [Yémen := Yavan?J, qui 
essaima en Phénicie et en Crète). — E. N. Adler : Lea on the Inqui- 
sition of Spain and herein of Spanish and Portuguese Jews and Marranos. 

— W. Bâcher : Die Ausdriicke, mit denen die Tradition bezeichnetwird. 

— Stanley A. Cook : Notes on the dynasties of Omri and Jehu. — Cri- 
tical Notice. S. Poznanski : N. Weiss, N. Lorge, Murschid. — S. Daiches : 
The meaning of rii^nn (signifie en plusieurs passages « forteresses, 
palais », etc.). — Horace M. Kallen : The eighth circles of Gehenna (conte 
de J. L. Peretz). = = N» 80, juillet 1908. = = Moses H. Segal : Misnaic 
Hebrew and its relation to Biblical Hebrew and to Aramaic (la langue de 
la Mischna n'est pas artificielle: indépendante de l'araméen, elle est un 
développement de l'hébreu biblique;. — G. H. Skipwith : The origins of 
the religion of Israël (the mountain of theworld, theworld of the deatli 
and the worship of death ; the sons of the gods). — Ephraim Levine : 



288 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

A Geniza fragment of Genesis Rabba (contient le commencement du 
Midrasch). — Hermann Cohen : Some notes on resemblances of Hebrew 
andEnglish law. — A. Biichler : The blessingD"'bd-i'' nîin in tlie litnrgy. 
— G. Margolioiitli : The doctrine of the ether in the Kabbalah iavcc des 
extraits du Schékel ha-Kodesch ms. de Moïse de Léon). — Recensions. 
La Jeivish Quarierhj Bevieiv a cessé de paraître, après vingt ans 
d'existence, et ne sera plus suivie, compensation maigre et aléatoire, 
que de cahiers non périodiques. Tous les amis de la littérature juive 
regretteront la disparition de cette revue, qui avait conquis du pre- 
mier coup une place distinguée et avait su la cotiserver, grâce h 
sa large hospitalité, à l'intérêt et à la variété des travaux qu'elle 
a publiés. C'est elle qui a fait connaître la plupart des trésors de la 
Gueniza du Caire ; à côté de nombreux essais de magazine destinés 
au grand public, elle a publié des études de la plus haute tenue 
scientifique, dues à la plume de Neubauer, D. Kaufmann, Stein- 
schneider, de MM. Schechter, Bâcher, Poznanski, sans parler des deux 
éditeurs, MM. I, Abrahams et C.-G. Montetiore. Ce dernier a consenti 
les plus généreux sacrifices pour assurer l'existence de la /. Q. R., 
dont il voulait faire un organe de théologie libérale; il s'était acquis le 
concours d'cxégètes chrétiens, mais il s'était aussi, dit-on, aliéné cer- 
taines sympathies ; c'était une difficulté ajoutée à toutes celles que sou- 
lève la publication d'une revue savante. L'expérience a montré que ces 
périodiques ne peuvent pas. vivre uniquement grâce à leurs abonnés. 
Pourquoi une société comme la Je/rish Historical Society, ou la Unio)i 
of Jeivish Lilerary Societies, ne sauverait-elle pas la Jew. Quart . Rev. 
en en faisant son organe? Si elle doit disparaître sans retour, nous 
demanderions aux éditeurs de publier une table des matières de toute 
la collection. 

Magyar-Zsido Szemle (Budapest, trimestriel '). := = T. XXI, 1907; 
4U0 p. = =: M. liichtmann : Une notice hébraïque sur les Kouroutzes 
de liâkoczy. — J.-L. Bato : Contributions à l'histoire de la commu- 
nauté et de la Hevra-Kaddischa de Altofcn. — L. Griïnliut : L'année 
de la mort de Jacob Bé-Rab. — J. Goldberger : Mordechaï Banet et 
Neftali Rosenthal. — W. Bâcher : Sur la mort de Moïse Perlesi rectifica- 
tion:. — A. Biïchler : Un rabbin sabbatarien nomade en Hongrie, il y a 
cent ans. — M. Richtmann : Relations hongroises sur les faux-messies. 
— M. Barta : Mots allemands d'origine sémitique. — M. Weiss : L'au- 
teur du T'iïsrî mbriy rabbin à Trencsén-Baâii— M.Rubinyi : IHéments 
bibliques dans la langue de Petoti. — L. Blau : Les papyius araméens 
à la lumière du Talmud. — S. Klein : Les frontières de la Palestine 
d'après le Targoum Pseudo-Jonathan et le Targoum fragmentaire. — 
L. Blau : Allusions juives dans les Gesta Romanorum. — E. Vadàsz : 



I. I.a iiarlii' scifiilifi(|HL' ilu ceUo Hevuu a ùtr dépouillée [)nv lus soins du .M. J. 
Wiillesz. 



BIBLIOGKAPHIE 289 

Contributions à l'histoiie des familles Walirmann. Sofer, Weiss v. 
Gorlitze et Fischmann. — B. Mandl : Du passé de la conamunauté de 
Sobolist. — E. Vadàsz : Lsages juifs dans le langage. — liecensions : 
I. Ziegler, Der Kampf zwischen Judenlum und Christeidwn, par B. 
Vajdà ; S. Jampcl, Das Buch Esther, pai- S. Klein ; la nouvelle édit. du 
Yerouschalmi, par L. Gri'inhut. 

Monatsschrift fur Geschichte und Wissenschaft des Juden- 

tums (Breslau, bimestriel). = = T. LI, 1907. >'°' 1-2, janvier-février. 
= = M. Brann : Zur Geschichte der « Monatsschrift » 'à l'occasion de 
son cinquantenaire . — F. Goldrnann : Der Oelbau in Paliistina in der 
tannaitischen Zeit suite de 1906 ; fin n°^ 3-4). — S. Horovitz : Der Sifre 
sutta nach deni Jalkut und anderen Quellen (suite de 1906 ; suite 
n°* 3-4, 0-6, 7-8, 9-lOj. — S. Krauss : Die Kaufmann'sche Mischna- 
Handschrift {suite et fin n°* 3-4, 5-6, 7-8 ; manuscrit intéressant pour 
la ponctuation, la division des matières, les variantes dans le texte et 
les divergences dans les noms propres; apparenté au ms. Lowc et 
appartenant par conséquent à la recension palestinienne). — M. Barol: 
Menachem ben Simon aus Posquières und sein Kommentar zu Jeremia 
und Ezechiel isuite n»* 3-4, 5-6, 7-8; voir Revue, LIV, 302-305 . — J. 
Guttraann : Michael Servet in seinen Beziehungen zum Judentum. — 
Brann et Freimann : Vorarbeiten zur « Germania Judaica » (liste des 
communautés et des rabbins, jusqu'en 1238, qui seront l'objet d'ar- 
ticles dans la première paitie de la G. J.). — .Milteilungen der 
Gesellschafl zur Forderung der Wissenschaft des Judentums. — Bespre- 
chung. H. Brody : Ph. de Haas, Ungedruclde Stûcke aus den Breslauer 
deutschen Mahzov-Handsch r . = = V* 3-4, mars-avril. = ^ E. Fink : 
l'eber das angeblich fabelhafte Tier "Tw" "^inx der Mischna Kilajim, 
v, 8 ; ce serait une espèce de singe; la fable viendrait dune faute dans 
l'explication du Yerouschalmi 31 c, où il faudrait lire '^■^■n3''5' au lieu 
de ■"'-na-'a (V. plus loin, n^" 7-8, et Kohler, dans Allg. Zeit. d. Judent., 
1908, 273.) — L. Lowenstein : Stammbaum der Famille Geldern. — 
A. Lewinsky : Ein Beitrag zur Geschichte der Juden in Braunschweig 
withrend des 15. und 16. Jahrhunderts (extraits de notices publiées 
par un archiviste local}. — M. Steinschneider, Mathematik bei den 
.luden (1551-1840) [fin). — V. Aptowitzer : Notiz zu Temurah 16.7 
(cf. Monatsschr., 1906, 625-6; il faut corriger iTrbN en r:3p5N). — 
Besprechungen. J. VVellesz : Berliner, Raschi; M. Ginsburger : M. Neu- 
mark, Lexikalische Untersuchunyen zur Sprache der jerusal. Pentat.- 
Tarq. ; S. Poznanski : W. Rosenau, Jeicish Biblical Commentators. = = 
N*»^ 5-6, mai-juin. = = J. (iuttmann : Die wirtschaftliche und soziale 
Bedeutung der Juden im Mittelalter (bonne conférence). — J. Bass- 
freund : Zur itedaktion der Mischna {suite et fin n°* 7-8, 9-10, 11-12 ; 
travail considérable et inégal; la première partie, sur les Mischnas anté- 
rieures il Rabbi, nous paraît manquée : la réfutation de lopinion de 
Hoffmann est pércmploiro : la secondi' monli-e que la Mischna n'est 

T. i.vii. N» iii. ■ ly 



200 KEVUE DES ETUDES JUIVES 

pas une simple compilation, mais veut indiquer la halacha, qui est 
toujours l'opinion formulée en dernier lieu ; explications intéressantes 
du canon deR. Yohanan, Yeb., 42 b, et de certaines formules rédaction- 
nelles de la Mischna). — W, Bâcher : Ein unbekanntes Werk Moses Ibn 
Ksras (un ms. delà Bodl., n" 274b, 24, f» 9:'), contient un fragment d"un 
ouvrage exégétique et astrologique sur Thistoire biblique». — H. Berger : 
Zur Gcschichte der Juden in Krotoschin (contient entre autres un édit 
bienveillant du woywod Potocki, donné en 1728i. = = N^^ 7-8, juillet- 
août. = = E, Behrens : Biblische und babylonische Religion (le meil- 
leur de la religion biblique est original). — J. Eschelbacher : Zur 
(ieschichle und Charakteristik der paulinisclien Briefe (suite. n°° 9-10 ; le 
théologien hollandais Van Manen a soutenu que VEpUre aux Romains 
n'est ni homogène, ni autlientique, qu'elle est l'ieuvre dun parti chré- 
tien, voisin du gnoslicisme, qui existait en Syrie dans le premier quart 
du ii« siècle; M. E, fortifie cette théorie en montrant que l'auteur ou 
les auteurs des épitres pauliniennes ne comprennent pas la Bible et ne 
connaissent pas le judaïsme de l'époque). — M. Ginsburger : Samuel 
l.evy, ein Stiefsohn der Gliickel von Hameln \à suivre; nommé rabbin 
d'Alsace en 1702 ; sa famille et ses prédécesseurs). — N. M. Nathan : 
Noch ein Wort iïber r!T>ar; ■^S'îN fcontre Fink). = = No=* 9-10, septembre- 
octobre. ^= =, E. Meyer : Die Lileratur lur und wider die Juden in 
Schweden im Jahre ISlii (la question juive fut alors agitée et provoqua 
des pamphlets dans les deux sens; origines du judaïsme suédois). — 
[>. Blau : Das Alte Testament in der Mischna icritique sévère, mais juste, 
do louvrage de G. Aicher qui porte ce titre). — S. Jampel : Der Papy- 
rusfund von Assuan (recension des papyrus Sayce-Cowley et Sachau). 
— Besprechung. E. Straus : R. Wassermann, Beruf, Konfession und 
Yerhrechm. — = N^^ 11-12, novembre-décembre. = = S. Maybaum : 
Die Wissenschaft des Judentums (discours). — S. Jampel : Die bibel- 
wissenschaftliche Literatur der letzten Jalire u> suivre ; critique des 
théories sur l'origine de la religion biblique). — H. Malter : Der Tod 
Mose's in der athiopischen Ueberlieferung (étude du texte publié par 
Faïtlovitch, Mota Muse ; la légende trahit l'influence musulmane). — 
S. Posnanski : Miszellen ïiber Saadja, v : Ein Saadja beigelegter hebraï- 
scher Kommentar zu Kohelet (ce commentaire, édité par D. Friinkel en 
1903, est en réalité un extrait du commentaire arabe de Salmon b. 
Yeroham. dont M. P. |)ul)lie quelques fragments). — A. Marmorstein : 
Beitr;ige zur Geschichte und Literatur dei'gaoniiisclion Période (6, élégie 
sur la mort d'un R. Sadoc; 7, lettre à une commvinauté au sujet de 
dissensions dans une communauté; 8, lettre à Samuel ha-Naguid 
d('n)andant protection ; 9, panégyrique de .Vlaïmonide ; 10, lettre privée 
à un auii ; il. poème en Ihonneur d'un Abraham]. — Besprechung. 
N. M. Nathan : D. Kaufmann et M. Freudenthal, Die Famiiie Gomperz. 

Recueil d'archéologie orientale, par Ch. Glermont-Ganneau. = = 
Tome VIII, livraisons 1 à 9, janvier-novembre 1907. = = § 3. Topogra- 



BIBLIOGRAPHIE 291 

phie de la Jérusalem antique (critique de A. Kiiiiiuiel. Materialieu zur 
Topographie des altcn Jérusalem).— %\). I.égendes sur Talouette (com- 
pare la huppe dans les légendes talmudiques et musulmanes relatives k 
Salomon). — § 8. L'antique nécropole juive d'Alexandrie (voir plus loin . 

— § 9. Forgerons, poètes et musiciens (en celtique la même racine 
désigne ces professions ; cf. Gen., iv, 21-22). — i; 10. Ficlies et notules... 
Nicias C^p: (Levy, Xeuhebr. Worterb., s. v. "'"'p:) est le nom Nf/£a;. Si 
M. Cl. -G. avait recouru au Talmud, Guiliin, 1 1 a, il aurait vu que le texte 
porte D*^p3, le o de Levy étant une faute d'impression, et que c'est sans 
doute un nom persan corrompu, qu'il faut joindre au mot suivant ; 
(cf. Low apud Krauss, Lelinworter, II, 366 b). — ?; 14. Deux inscriptions 
Israélites archaïques de Gezer (trouvées par Macalister, v. P/d. Expl. 
F., Statement, 1907, 263, 265 ; cf. 319 ; la première serait à lire rr^a:: ; 
la seconde, D'^d. signifierait 2/3 . — § 17. Mots grecs dans le Talmud : 
[° NjT*:j3X, ôirxkov (le mot N^T'UaN cité par Levy est le grec oirxkov. ofti- 
cier romain. Il s'agit de j. Sabbal, vi, 8 c, 1 37 : "^Nmi Nri'^aN npn : 
Levy traduit avec raison : un officier). Se peut-il que M. Cl. -G. ne con- 
naisse ni le dictionnaire hébreu de Kohut, ni le dictionnaire anglais de 
.lastrow, ni le dictionnaire allemand de Dalman, ni surtout les Etymolo- 
gisclie Studien de Perles (p. 103) et les Lenhivorter de M. Krauss (II, ij a), 
où cette étymologie est donnée avec toutes les références nécessaires et 
sans recours à d'inutiles corrections? 2" OSibs, j^eT^wvîç ; 3° pt'jIZJDN, 
«TtoTtvw (le mot hébreu est à rattacher au verbe grec par l'intermédiaire 
d'une forme de substantif créée arbitrairement). — fi 20. Papyrus et 
ostraca araraéens juifs. 1. Papyrus Sachau. 2.0straca Lidzbarski (Ephem., 
II, 228, etc.). 3. Papyrus et ostraca Gowley (la colonie d'Assouan nrlait 
pas militaire ; "i^N est une voûte ; rapports des papyrus F. et G., etc.). 

— §21. Fiches et notules. Le Pèlerin de Bordeaux n"est pas un Juif 
converti, mais avait peut-être pour guide un juif. 

Revue biblique internationale Paris-Rome, trimestriel). = = INou- 
velle série, 4<^ année. >>° 1, janvier 1907. = = Communications do l.i 
Commission pontificale pour les études bibliques (analyse d"un travail 
couronné sur les rapports de la Vulgale de Sira av ec le texte licbreu). — 
A. Van Hoonacker : Notes d'exégèse sur quelques passages difficiles 
d'Osée {fin avril). — H. Coppieters : Le décret des Apôtres, Act., xv, 28- 
29 (/??! avril ; la rédaction orientale du décret en est la forme authen- 
tique ; elle renfermait primitivement quatre prohibitions mosaïques). — 
P. Dhorme : Le séjour des morts chez les Babyloniens et chez les 
Hébreux (les textes bibliques sont trop sollicités par le P. I). : ils ne 
contiennent souvent que des réminiscences littéraires). — Mélanges, 
M. .1. Lagrange; Le livre de la Sagesse, sa doctrine des fins dernières 
(analyse des idées eschatologiques dans la Sapience ; elles sont surtout 
individuelles, morales, religieuses). — M. Abel : Notes d'archéologie 
chrétienne sur le Sinaï (le monastère et l'église). — R. Savignac ; 
Chronique (fouilles k Jérusalem, k Megiddo). =^ = N° 2, avril 1907. 



292 UEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

s= =z V. Ulioi'inc : I Samuel, xiii (le v. \ est une addition posté- 
rieure, le V. 2 termine le récit du chai). '"' U^i appartient à E., la 
narration du chap. xiii, qui appartient à J., s'explique alors). — 
Mélanges. M. .1. Lagrange : Les papyrus araméens d'Eléphantine. — 
P. Dhorme : L'arbre de vérité et Tarbre de vie (parallèles assyriens). — 
-N" 3, juillet 1907. r= = Mélanges. M. .1. Lagrange : Encore le nom de 
lahve (mn"! est l'indicatif, nrr^ le jussil'du verbe 'r,^r, : parallèles baby- 
loniens). — P. Dhorme: Le cantique d'Anne, 1 Sam., ii, 1-10 (psaume, 
composé vers l'époque de Jean Hyrcan). — M. R. Savignac : Monuments 
funéraires de la péninsule sina'ïtique. — Chronique. H. Vincent : 
Ossuaires juifs (deux exhumés d'un grand hypogée à er-Bàni, l'un 
provenant d'une tombe au Mont des Oliviers; épigraphes : Miriain, 
Yehohanan ; Jiula bar 2'orfos). = = N° 4, octobre 1907. = = H. Vincent 
La description du Temple de Salomon, notes exégétiques sur I Rois, v, 
(étude du texte, sans beaucoup de résultats neufs). — M. J. Lagrange: 
Le décret « Lamentabili sane exitu » et la critique historique (le décret 
ne porte pas la moindre atteinte à la <' juste» liberté de la critique). 

— Mélanges. H. Pognon : Lettre au P. Lagrange (sur l'inscription de 
Zakir). — A. Mallon : Un ms. du psautier copte-bohairique. 

Revue sémitique d'épigraphie et d'histoire ancienne (Paris, 

Leroux, Geuthner, trimestriel ; sauf indication contraire, les articles 
sont de M. J. Halévy). = = lb« année, 1907. Janvier. == Recherches 
bibliques. Le Livre de Habacuc {fm\ examen du livre de Duhm ; 
conclusion : « la thèse alexandrine ne tient pas debout »). — Antinomies 
d'histoire religieuse. Le livre récent de M. Stade (fin ; critique détail- 
lée de Stade, Blblischc Théologie des A. T.). — Khawarnak et Sinimmàr 
(la légende arabe de S., architecte du château de K., empruntée au récit 
de Macrobe sur l'introduction par le roi Senemur du dieu solaire égyp- 
tien à Héliopolis de Syrie ; rapprochement avec le talmudique NpiliD). 

— Supplément. La guerre de Sarsa Dengel contre les Falachas, trad. 
française (suile avril). == Avril. == Recherches bibliques. Le 
Livre d'Obadia. = = Juillet. := = Recherches bibliques. Le prophète 
Aggée (Haggai). — Notes bibliques (la transcription grecque de la 
Bible qui figurait dans la deuxième colonne des Hexaples était usitée 
chez les Juifs hellénisés; les noms llorcb et Sinaï désignent la même 
montagne située au S.-O. de l'Iduméc; le premier a été emprunté aux 
Madianites avant iMoise, le second retlète la tradition du buisson ardent, 
({ui existait dans le premiers temps des Juges; critiques de travaux de 
P. Haupl sur le Ps. lxviii, les racines sémitiques Kr, Kr, Khr, le nom 
assyrien du cachalot, à propos de la baleine de Jonas). = = Septembre 
[sir). = = Recherches bibliques. Le pruplièle Zacharic ià suivre). — 
J. Barth : Bemerkungen zu den araniiiischen Papyri von Assuan (le cas 
où la femme répudie son mari, dans le papyrus G, est le cas de la m"n» 
dans M. Keloub, v, 7 1 î<"::n intenter une plainte, Dtan à cause de, "in celui- 
là, S]p:' est l'arabe 5]yi:«). 



BIBLIOGRAPHIE 293 

Rivista israelitica (Florence, bimestriel) := = 4» année, 1907. N» 1, 
janvier-février. = ^ H. P. Chajes : Note esegetiche a Giobbe (ch. xxiv, 
xxvi); — L. Luzzato : Postille linguistiche. — A. Freimann : Maiirizio 
Steinschneider (nécrologie). — U. Cassuto : Una lettera inedita di S. D. 
I.iizzato datée de 1829 et adressée à Abram Salom, explique quelques 
mots bibliques). — Bibliografia I, incendie de Rome en Tan 64, de R. Otto- 
lengbi, par II. P. Chajes). — H. P. Ch. : Rivista délie Riviste (Apollon 
Smintheus, le dieu de la peste, II Rois, xix, 3a, et I S., vi, 4 [sur ce der- 
nier passage et la leçon des LXX, v. Revue, LIV, 56 et 269; sur le fond 
V., pour le point de vue totémistique. S. Reinach, Cultes, Mythes et 
Religions. 1, 152, 60, et les références ibid., une note de L. Guidi, dans la 
Revue biblique, XI [1902], 398]). = = ]\'>2, mars-avril. = = S. H. Mar- 
gulies : La solidarietà israelitica e i Falascia (sermon;. — H. P. Chajes : 
Alcune note sul discorso délia montagna (parallèles talmudiques). — 
H. P. Chajes : Papiri aramco-giudaici del v. sec. a. TE. V. —A. Lewinsky : 
SuUa storia degli Ebrei in Italia durante il secolo xviii {suite n" 4). — 
A. Lewinsky : Agguenta aile notizie estratte délie Forsclniuf/en zur 
Geschichte von Florenz di Roberto Davidsohn. — A. Freimann : Adolfo 
Xeubauer (nécrologie). — H. P. Ch. : Rivista délie Riviste (notes sur 
Amos). = = N" 3, mai-juin. = = S. H. Margulies : ■^N3n by '["^"iJTi'^p 
(lettre à M. le Gr. -Rabbin J. Lehn)ann). — .1. Faïtlovitch : Les Falachas 
d'après les explorateurs (« notes apologétiques! ». — A. Sorani : Une 
publicazione récente sul Sinedrio Napoleonico (lettres du rabbin J. .1. 
Carmi). — Bibliografia (Azaria Piccio, de Apfelbaum, par H. P. Chajes; 
cf. p. 167). — H. P. Ch. : Rivista délie Riviste (inscriptions hébraïques 
de Bét-Schean et de >>icanor; le nom de SiuK'on Képha dans Matth., 
XVI, 18, contient un jeu de mots avec le verbe i<32 contraindre; l'animal 
man "«DnN dans Kil., viii, 5 ; Ps., 23; une épitaphe hébraïque de 1545). 
= = X>* 4, juillet-août. = ^ S. H. Margulies : Note liturgiche (compo- 
sition, sources et signification de la prière « Barouch schéamar »). — 
H. P. Chajes : Note Vangeliche (Matthieu, i;. — H. P. Cliajes : Addà b. 
Ahabà e Rabbi (sur les dernières paroles du patriarche, qui serait Juda II, 
dans b. Kidd., 72 «. en bas : bu: np-^nn 2'cr orn r;3 'w"* -3-^ nn NiN 
Dmns, éclairé par Luc,xvi, 29. où Lazare est porté par les anges dans 
le sein d'Abraham ; cf. la note additionnelle p. 166 et plus loin ; le même 
rapprochement a été fait par M. Israël Lévi, Revue, LIV, 138, n. I). — 
H. P. Chajes : Rab Huna e Samuel (dans b. Guittin, 5 a, Boiill., 13 a, 
j. B. b., 16 b, Samuel ne fait pas de question à R. Houna, mais lui 
demande l'opinion de Rab; donc inutile d'admettre un second R. Houna). 
— R. Ottolenghi : Antichissime civillà suite n" 6]. — U. Cassuto : In 
rabbino fiorentino del secolo xv {suite et fin n» 6). — H. P. Ch, : Rivista 
délie Riviste CAggée ; Ps. 68; le n~72 dans le papyrus G. d'Assouan [M. Ch. 
n'a-t-il pas lurarlicle de M. I. Lévi dans la /î^c»^?]; l'origine éphraïmilc V 
de la colonie d'Assouan ; les inscriptions du cimetière juif d'Alexandrie . 
=r =: No :;^ septembre-octobre, = = H. P. Chajes : l'na raccolta ms, di 



294 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

« Dinim » (contient : I" les Piskè Halaclud imprimées en 1537 sous 
le nom de Menahem Hecanati : 2° un recueil de dinim inédits rédii^és 
par un Italien .—W. Bâcher : Le parole del patriarca morente su Adda 
b. Ahaba réponse à Chajes; il s'agit de Juda I et l'allusion se rapporte 
à la circoncision de A. b. A.). — H. P. Chajes : Ancora le ultime parole 
de] patriarca morente (réplique). — H. P. Chajes: L'origine délie colonie 
israelitichedi Syene ed Elefantina (ce seraient les soldats qui, d'après le 
Ps.-Aristée, ont été envoyés contre les Ethiopiens par Psammétique et qui 
ont laissé les inscriptions sémitiques d'Abou-Simbel). — I. Elbogen : In- 
tornoalSeder Abodadol Mahzordi rito italiano Ms. Bodl. Heb. f. 21). — 
S. -H. Margiilies : Mote lilurgiche. -i:i:i"', i (sur la leçon win73 I3iai;. — 
H. P. Chajes : Rivista délie Rivisle (inscription latine se rapportant aux 
luifsd'Ostie;. =: = N°6, novembre-décembre 1907. = = H. P. Chajes: Note 
vangeliclie. Matteo ii (parallélisme de l'histoire de Jésus avec celle de 
Mo'ise). — H. P. Chajes : Varia, i. Inni sacri in Giobbe. ii. La lettera dei 
fratelli a Rabba (b. Keioitb., 11 1 a : c'est R. bar bar Hanna). — C. Rocca : 
Il blocco dei Francesi al Ghetto di Roma (en 1849, réimprime une rela- 
tion de Leone Carpi). — Hibliogratia : R. Ottolenghi, // Cristianesimo c 
un Bnddismo rinnovato ? par H. L. Chajes. — Rivista délie Riviste 
(a"ipr:, n» 2, par H. P. Chajes). 

Zeitschrift des.. Deutschen Palâstina-'Vereins (Leipzig). =; = 
T. XXIX, 190G. -\° 1. — = R. Rohricht : Die Jerusalemfahrt des Kano- 
nikus Ulrich Brunner vom Haugstift in Wïirzburg, 1470 édition du 
texte). — E. Zickermann : Chirbet el-jebùd (Bettîr) (description de cette 
localité, qui est probablement identique avec la ville de Bar-Cochba et 
qui en tout cas était jadis une forteresse). — K. Eckardt : Das Jérusalem 
des Pilgers von Bordeaux 33.3 . = = >'» 2. = = P. Thomson : Unter- 
suchiingen ziir iiileren Paliistinaliteratur. 1. Ptolemaeus. 2. Die Notitia 
dignitatum nouvelles identifications). 3, S. Isicius (un saint de ce nom 
cité dans l'Itinéraire de Antoninus Placentinus ne serait autre qu'Isate, 
le fils de la reine Hélène d*.\diabène). 4. Das Onomasticon des Eusebius. 

— G. Holscher : Benierkungen zur Topograpliie Palaslinas. 1. Die Feld- 
zi'ige des Makkabiiers Judas (1 .Makk., v) (identifications très intéres- 
santes). — F. Fenncr : Die Orlslage von Bethanien. — C. Mommert : 
Das Jérusalem des Pilgei-s von Bordeaux (l'auteur, qui s'intéresse 
surtout aux monuments non (;iirétiens. serait un Juif converti; identi- 
fications . — I"]. Nestlé : Der Teich Betsaida beim Pilger von Bordeaux. 

— D. Dalman : Das phônizischc Grab iind der Messiasthron bei Meron 
(ce dernier est un rocher ot'i les Juifs croient que le Messie s'asseoira 
d'aboi'd). — Das Lowenbild an der Felsenbiirg des Wàdi el luimàn. — 
Das Slicrbiid und andere Skulpturen von Er-ruminàn. = = T. XXX, 
1907. .N"' I 2. = = H. Clauss : Die Stiidte der El-Amarnabriefe und die 
Bibel fclassilication alphabétique et identification avec les noms de la 
Bible, des nuteurs gréco-romains et les noms actuels). — G. D. Sandel : 
Am Toli'ii Mcen- récit de vovage . — M. Bl.inckenhorn : Nachfrafr ziini 



BIBLIOGRAPHIE 295 

Kapitel : Erdbebon in Paliistina (Vgl. ZDPV, XXVIII S. 206 ff.). — 
E. Xestle : Der arabische Namc dos Sina iirî.s- es-safsâfa, tète du 
saule). =^ N"* 3-4. rr= = E. von Mïilinen : Beitriige ziii- Kenntnis des 
Karmels {àsnivre : gt'ograpbie, les habitants, la civilisation]. — E. Xestle : 
Gebratener Fisch und Honigseini. Eine AntVage Luc, xxiv, 42). — Auf 
der Suche nach Salim. — G. .^lommert : Der Teich Betsaida belm Pilger 
von Bordeaux l'contre îs'estle). — P. Thomsen : Nochmals S. Isicius (se 
range à l'avis de G. Mercati, dans la R. B., 1907, 79-80, qui voit dans ce 
saint le moine Hcsychius du v« siècle). 

Zeitschrift fur die alttestestamentliche "Wissenschaft (Giessen. 
semestriel). =:=: 27'' anni'O, 1907. >'o 1. = = A. v. Gall : Bernhard Stade. 
ein Nachruf (avec le portrait de S. et la liste de ses ouvrages). — N. 
Messel : Die Komposition von Lev. 16 se compose de deu.K morceaux -. 
1" V. 3 6, 5-10 : 2° v. 2, .3 o, 4, 1 1 (12 b), 14-lOV/, 17-28 : le reste ronsfitne 
des additions). — A. Xoordtzij : 2 Samuel, 8, 3-6 (événement distinct de 
.X, 15-19). — A. von Gall : Hyksos (signifie : chef de nomades . — F. Dij- 
kema : Zu Psalra 45 (épithalame, comme ceux du Cantique des Cantiques, 
appliqué plus tard allégoriquement h la communauté . — A. Marmor- 
stein : Midrasch der vollen und defekliven Schreihung (3 nouveaux 
fragments). — Eb. Nestlé : .\lttestamentliches aus den griecliischen 
Synaxarien. — M. Th. Houtsma : Textkritisches Is., vi, 5, lire: TCK::: : 
ib., XXXI, 5, 1. : psn-r -.s^D : Lam., iv, 14, 1. : D''7JT:y p. û"«-nr ; Ps., 
xxxu, 4, 1. : V"'p3T Sl"!n3 ; Néh., ii, 13, 1. : ^"^-Z-ZIZ ni-iw'N [murs] ;ib., x, 
30, 1. : mN7:3 p. S~''T'"iN ; riTCT- est la partie de l'armée qui exécutait 
les travaux de destruction). — Ed. Kônig: Bezeichnet der Nabi in Jes. 
3, 2 usw. den « Sachwalter » ? (comme le soutient Winckler : non}. — 
H. L. Strack : Die Zahl der Buchstaben im hebraischon Alten Testament 
le nombre 792077 est trop petit; cf. Blau, dans Z.f. H.B.,\\, 1907, 
n* 2). — .1. B. Selbst : Zu don NûE Miinzon von Apamea. — Ch. Bruston : 
Jérémie fut-il prophète pour les nations ? (dans .1er., i, 5, lire 2'Na 1 . — 
K. Kramer : Der Begriff np"^ bei Trilojesaia (sens un peu plus lai-ge 
que dans Deutéro-Isaïe). — C. H. Cornill: Die literarhistorischo Méthode 
und Jeremia Kap. i (toujours k propos de .1er., i, 5 ; réponse à Stade, 
Z. A. W., 190(1, 97-123 . — Eb. Nestlé : Misrellen (Mosos-Mo\ses: Gen., 
XIV, 11 [dans LXX] ; Epiphanius i'tber den Unterschied von Hebniisch und 
Syrisch ; Seit wann tragt man Ohrringe ? Llégende arabe d'après Jeir. 
EncycL, XI, 58 : Esra-Maleachi ; Ps. 73, 25 fyiNa dans les versions] ; 
Ps. 98, 2 [dans LXX]; I. Macc, 1, 21; Zum Schreiben der Thora ; Zur 
Kapitel- und Vers-Einteihing dos Alten Testaments [dift'ore avec les édi- 
tions] ; Zu den Akrosticha in dor Biljel : Zu den hobriiischen Finalbuch- 
staben [leur terme mnémonique] ; Diakritische Zeicheu in vormassore- 
tischer Zeit ; Vom Maqqef [divergences des éd.] ; Mil'ôl und Milra [parce 
que les Syriens écrivaient autrefois de haut en bas?] ; Zu Mandelkcrn . 
=:= V 2. === H. Spoer : Versuch einer Erklarung von Psalm 18 (se 
compose de deux psaumes, l'un moral : 1-7 et 17-29, 31 ; l'autre guerrier 



•296 HKVUK DKS itTUllES JUlVIiS 

et s";i|4ilii|ii;uil ;i .Icaii HviTiin : 30, M2-ol ; 8-i:{. lii-ld est une llu^oplianie 
intercalée). — W. Caspari : Ibei* semasiologische l ntersuchungen am 
liebriiischen Worterbiiohc (esciuisse d'une sémantique appliquée à 
riiébreui. — Max L. Margolis : Studien im griecbischen Allen Testa- 
ment (excellents matériaux pour la grammaire, la métbode de traduction 
et l'original hébreu des LXX). — U. Smend : Xachtriiglichcs zur Texl- 
iiberlieferung des syrischen Sirach. — Max L. Margolis : Zu Seite 142 des 
vorigon Jahrgangs (sur Siva'!. — Ed. Konig, W. Bâcher, S. Krauss, A. 
Marmorstein : Zu den hebniischen Finalltuchstaben réponse à Nestlé). — 
Miscellen. W. Radier: Diakritischo Zeichen in vormassoretischer Zeit; 
Milel und Milra (réponses à Nestlé). — S. Krauss : n^p = fornicatio : Die 
Tliora-Abschrift des lûinigs ; Der hehniische Name der Oclkelter [pà5ov 
dans Kpiphane = na ; na vient do la racine "C3y ; Dor gaziiische und 
askalonische Weinkrug(sa»i8dtdansEpiphane:=nnD:c ou Nn"'D^) ; Pherec 
:r^ gubernaculum (dans S. Jérôme sur Naluim, m, I : p"iD est l'école 
souveraine !' — Eb. Nestlé : Fiinf Biiclier Salomos (des auteurs anciens et 
modernes réunissent comme tels les Proverbes, lEcclésiaste, le Can- 
tique, la Sapience et l'Ecclésiastique); Von der vorlutherischen deutschen 
Bibel (éditée en ce moment par W. Kurrelmeyer) ; Nicht nachgewiesene 
Bibelcitate ; Ireniius ûber die hebniischen Gottesnamen ; Irenaus ûber 
die hehniische Schrif't. — Depuis la mort de Stade, Karl Marti, le pro- 
fesseur de Berne, a pris la direction de la Z. A. W. A partir de 1908, 
celle-ci est devenue trimestrielle ; le format a été agrandi et le prix 
d'abonnement élevé de 10 k 12 marks. 

Zeitschrift fur hebrâische Bibliographie (Francfort, bimestriel). = 
= li« année, l',»07. N» 1, jan\ier-février. == Bibliograpliie. L. Blau, 
Léo Modena, par Porges. — N. Porges : Die hebriiischen Handschriften 
der Leipziger Universitiits-Bibliothek [suite n"' 2, 3). — W. Bâcher : Der 
Talmud Jeruschalmi zu Chullin und Bechoroth (renseignements qu'on 
pourrait en tirer pour l'histoire des rabbins, s'il n'était suspect). — 
A. Freimann : Die Druckereien in Konstantinopel und Salonichi bis 
zum Jahre 1548, mit Ausscliluss der Soncinaten-Drucke [fin n° 2). = = 
N» 2, mars-avril. = = Bibliographie. P. Finfer, Massoret ha-Tenactu 
par L. Blau; Mendels, De joodsche (jerneeiide ic Groningen, par S. S. 
— A. Marx : Miscelle, Siddur Spagniola Venedig. = = N" 3. mai-juin. 
=r = Bibliographie. Aramaic Papi/ri discocered ai Assuan, par S. Poz- 
nanski (important). — A. Freimann : Deutsche Abschreiber undPunkta- 
toren des Mittelalters (M. F. demande qu'on complète sa liste. Com- 
mençons. Le manuscrit du Monlechaï appartenant à la Bibliothèque de 
l'Ecole rabbinique de France a été écrit par Eihanan b. Yomtob en 1404 ; 
autre addition par F. Perles, à la fin du n<> 5). == N° 4, juillet-août. r= 
= Bibliographie. Gotlheil : .4» elenent li-cenivry Documenl concerning a 
Cairo Synagogue, par S. Poznanski. — A. Freimann. Der Judenmeister 
Meiher von Erfurl wird vom Frankfurter Hat auf Verwendung des 
Kônigs Wcnzel ans dem Gefangnis entlasscn und schwôrt Urfehde, in 



BIBLIOGRAPHIE 297 

die aiich Frkftr. Juden inbegriffen (document original en langue alle- 
mande et en écriture hébraïque, daté de 1392, important pour l'histoire 
du judéo-allemand). — A. Marx : Italienische Statu ten,Zu den Steuer- 
ordnungen in Mantua; Statuten von WohltatigkeitsgcscUschaften in 
Mantua; Heiratsgcsellschaft der Levantiner in Venedig (addition de 
S. Krauss dans le n" 5). — A. Berliner: Aus dem Briefwechsel (^hristli- 
cher Professoren mit einem jiidischen Gclehrten (lettre de F. Delitszch 
à Heimann Michiiel). — A. Marx : Bibliographisclie Miszellen (relation 
espagnole sur le ti-cmblement de terre de Livourne en 1742; Ascher ben 
Jehiel, D-'^n mn-ii«. Fano, 1303; Pentateuque, in-32o, s. 1. n. d. ; "idd 
mbmsn, Ferrare, !b5G; mbrn -no, Dyhernfurth, 1692 ; n'TDP, Mantoue, 
1701; □"'rmi u^'Oyi, Constantinople, 1716). — L.Ginzberg:Notizen und 
Bemerkungen (Einige Bemerkungen zu Ben Siras Alphabeth [cf. I. Lévi, 
Revue, LUI, 62 et s.; Schwab, ibid., LIV, 107 et s.; Poznanski, ibid, 279- 
2801. Notizen zu Neubauer-Cowlev « Catalogue » [de la Bodléienne, t. II]). 
=:=N<' S, septembre-octobre. == Bibliographie : Hakedem, I, 1 , par H. 
P. Chajes ; G. Kantorovsky, Ein auonymer hebràisckcr Commentar zu 
den Proverbien, par S. Poznanski; A. Dietz, Slammbuch der Frankfurter 
Juden, par Lôwenstein [cf. p. 191-192]; Kroner, 2 traités médicaux de 
Maimonide, par Goldziher. — A. Freimann : Elieser ben Isak und seine 
Drucke in Lublin, Konstantinopel und Safed, — A. Marraorstein : Die 
Superkommenlare zu Rascliis Pentateuchkommentar {suite n° 6; M. re- 
commence la liste des supercommentaires de Raschi ; lire .Joseph Kara 
au lieu de J. Karo. Le Hazkouni n'est pas un supercommentaire de 
Raschi; les Tossafot sur le Pentateuque sont insuffisamment caractéri- 
sées; sur le commentaire du Rosch v. Revue, LI, 59-86, et LIV, 64-101; 
p. 191, 1. 7, sur Elia Blin, non Balin, rectifier d'après Z. G., 107, et Or 
ha-Chajjim, 171). — Porges : Der Talmud Jeruschalmi zu Ghullin und 
Bechoroth (certainement un faux; comme le prouve la présence du mot 
173170, qui remplace dans les éditions censurées du Talmud 1721073). = 
= N<^ 0, novembre-décembre. = = H. Grbss ; Ein anonymer hand- 
schriftlicher Kommcntar zum .Machsor (provenant des liords du Rhin; 
quelques leazim : n° 1 :::n"'373 n'est pas « malade », mais « malant », 
voir Brandin, dans Revue, XLUI [1001 1, 80, et Preuss dans Festschrifl 
Berliner,-29G-8 ; w* 7 i<D;"ip n'est pas < accroupi », mais « cranpe » ; n" 8 
lûibiTix est « arvolt» [archivolte] ; n" 9,lire wNXNia. M. G. cherche pour- 
quoi l'auteur emploie des mots français; mais on parlait français dans 
le pays rhénan; p. 175, i<::;n est plutôt N'J3t [Xanten] que î<i:"'T [Deutzj; 
p. 175-176, le traité sur la « Ketouba » de R. Eliézer b. Yoël ha-Lévi a 
été édité par A. Sulzbach dans le Jahrbuch der Jûdisch-Literarischen 
Gesellschaft, III [19051; p. 177, la comparaison avec l'arabe ni:"i, donnée 
au nom de Moïse ha-Darschan, est empruntée à Raschi, voir Eppenstein, 
dans Revue, XL VII, 48, n. 3; p. 178, sur Kalonymos b. Sabbata'i [non 
Schabbai] il faut renvoyer au moins à Vogelstein u. Rieger, Geschichte 
der Judf'u in Rom, I, 255 et s. ; p. 179, pourquoi Baruch de Worms ne 



298 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pourrait-il pas être identique avec B.deRatisbonne? p. 181, 1{. Salomon b. 
Simson ne fut pas le maître de Raschi). — MannsiM'its iiéhreux de l'Ora- 
toire, à la Bibliothèque Nationale de Paris, notices inédites par S. Munk 
(éditées par M. Schwab, d'après le ms. hébr. 1298 delà B. N. (à sui.rr<'). 



4. IVoIrs el r.rtraUs. 

1. — M. Salomon Reinach publie ses (euvres (la liste en a paru dans une 
brochure inl'ilulce: Bibliographie de S. B., 1874-1906; Angers, impri- 
merie A. Burdin, l'.iOT) sous le titre de Ciilles, Mythes et Beligions. Ce 
titre rappelle les Myth. ritual and religion de I.ang. L'interversion est 
voulue et doit manifester, si nous l'entendons bien, la pensée de M. Rei- 
nach : à l'origine, des rites (tabous, etc.), interprétés par une exégèse 
artificielle pour devenir des mythes, lesquels alimentent ensuite les reli- 
gions. Le premier volume des Cultes, Mythes et Beligions a été annoncé 
dans la Bévue (L, 283). Parmi les trente-cinq mémoires qui forment le 
t. II (Paris, Leroux, 1906; in-8° de xvni -[- 467 p.), nous relevons ceux qui 
se rapportent aux études juives : t" Les interdictions alimentaires et la loi 
mosaïque. Cette note a paru dans la Berne, XLI, 144-147; elle est suivie 
ici d'une lettre de l'auteur à un correspondant des Archives israélites. 
2° Uorphisme dans la Iy^' Églogue de Virgile. Après avoir exposé la thèse 
de M. Cartault et celle de M. Sabatier (cf. Bévue, XXXII, 293i, M. R. con- 
clut que la fameuse églogue dérive de l'apocalypse judéo-alexandrine et 
de l'orphisme hellénique. Cette question a été reprise tout récemment en 
Angleterre (v. les articles de W. M. Ramsay dans ÏExpositor de juin et 
août 1907). 3" Les mythes babyloniens et les premiers chapitres de la 
Genèse, analyse du livre de labbé Loisy. 4" Le serpent et la femme: 
rinepte rédacteur de la Genèse a utilisé un texte archaïque qui expliquait 
le flux menstruel par la morsure d'un serpent et, comme il n'a pas com- 
pris sa source, il a imaginé la blessure au talon. 5" L" Inquisition et les 
Juifs, conférence à la Société des Etudes Juives [Bévue, XL, Actes). 
(■>' V émancipa lion intérieure f/u ,y»</rtïs//(v', articles parus dans Y Univers 
israélile, fin 1900. 7» Lf verset 17 du Psaume xxii serait l'origine de la 
crucifixion de Jésus; nous avons fait des réserves à ce sujet, Bévue, LI, 
21"^). 8° Le sabbat hétrraïque, d'après Jastrow (la <ju('stion a été reprise 
dernièrement par Hehni; le sabbat était primitivement un jour néfaste. 
M. R. observe que « les Grecs et les Romains ont cru que le sabbat 
hébraïque était essentiellement un jour triste » : ({u'est-ce que cela 
prouve ? — D'autres travaux intéressent les liébraïsants par endroits. Les 
tabous chez les Juifs (mieux: Héiireux) : le nazir, i)rescriptions sabba- 
tiques, contact dun cadavre, impureté de l'accouchée, animaux impurs 
(p. 32-33). Les passages sur les renards, Cantiq., u, Ib, et Juges, \v, 4, 
sont des allusions k un rite agraire (115-116). Une formule orphique 
contient ces mots: «D'homme tu es devenu dieu, chevreau tu es tombé 



BIBLIOGRAPHIE 299 

dans le lait ". M. IL u été tentt' un moment de rapprocher ces mots éniy- 
matiqucs de la défense de cuire le chevreau dans le lait de sa mère 
(p. 133). M. Frazer a tenté récemment une explication de l'interdiction 
biblique. Il y avait à .4ncyre en Phrygie une ancienne légende du déluge, 
quoique les monnaies de cette ville au type de l'arche soient dues à une 
influence juive (p. 253-4). L'histoire de l'ànesse de Balaam est un vestige 
du culte de l'âne ^cf. I, 342-346); le reviseur a omis par distraction de 
la faire disparaître (p. 254, n.). Signalons enfin le curieux mémoire sur 
La date de V Apocalypse el la mécenle des oins sous V Empire; l'oracle 
du troisième sceau (Apoc, vi, (i) ferait allusion à des faits économiques 
contemporains entre 90 et 93). — Mais le livre est à lire d'un bout à 
l'autre. D'abord parce que M. H. provoque parfois les interprétations qu il 
ne donne pas. Ainsi l'élude Le Mariage avec la Mi'r les coups de verge 
donnés à l'Hellespont sur l'ordre de Xerxès sont un rite magique) a sug- 
géré k un autre savant le rapprochement avec la verge de Moïse frappant 
les eaux en Éi^ypte (Terzaghi, dans .ly-cAty fur Relbjionswissensrhaft, XI 
[1907], 145-150). Ensuite, parce que tous les travaux de M. R. se tiennent 
comme les pièces d'un système et qu'il les façonne et les ajuste avec un 
talent incomparable. On est souvent séduit par l'art et entraîné par l'élo- 
quence; car ce savant, qui est un artiste, est aussi un apôtre à sa manière, 
comme en témoignent la profession de foi qui clôt l'Introduction et la 
leçon sur la Marche de V Humanité qui ouvre le volume. Mais Ion se 
prend à répéter avec le Grec : « Quand même tu me persuaderais, tu ne 
me persuaderais pas. » 

Le tome III a paru, en même temps qu'une 2^ édition du tome I, à la 
fin de 1908. Nous en rendrons compte dans le prochain Bulletin. 

i. — .1. G. Frazer, l'anthropologue connu, a contribué aux Mélanges E. 
R. Tylor (Anthropological Essays presented to Edward Burnelt Tylor, 
Oxford, 1907) par une étude de 73 pages intitulée Folk-Lore in the OUI 
Testament. Table des matières : La marque de Gain ; chênes et térébin- 
thes sacrés ; l'alliance sur le monceau de pierres (putre Jacob et Laban) ; 
.lacob au gué du .labhock : le faisceau de vie ; ne pas cuire le chevreau 
dans le lait de sa mère: les gardes du sérail; le péché du dénombrement. 

3. — La grande publication Die Kullur der Gegentcart (Berlin et Leipzig, 
Teubner, 190fi) contient deux études substantielles dues à deux oracles 
de la critique : Wellhausen, Israelilische und jùdische Religion (I, iv ; p. 
1-401 et H. Gunkel, Die israelilische Lilrralur (I, vu ; p. 51-102). Dans cette 
collection monumentale, qui a la prétention de résumer le mouvement 
scientifique et philosophique de notre temps, et oii le babisme et d'autres 
religions exotiques sont représentées, aucune place n'est faite au 
judaïsme, et la religion biblique ne trouve grâce ([ue comme préface 
du christianisme. 

4. — Un article passablement aventureux de F. Schwally sur « les i-écits 
bibliques de la création " a paru dans VArchiv fur F',eligions?rissp.nsrhafl, 



300 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

IX ^1900), ro9-173. Le point le plus intéressant de sa démonstration est le 
caractère composite de (len., i, l-ii, 3. — Dans le t. X (1907), 314-318, M. J. 
Bochmer a présenté quelques objections de détail. — Dans la même revue, 
X, 340-30)7, Hugo (Jrcssinann étudie un sujet connexe, les .. vestiyes 
Mjythiques dans le récit du paradis» : géographie do l'Eden, représenta- 
tion du paradis, péché originel, l'^vc et le sei'pent, physionomie d'Adam. 
L'auteur conclut ainsi : » Le récit du paradis nous est parvenu sous une 
forme tardive et obscurcie ; ses éléments hétérogènes recouvrent (juclques 
traits mythiques. 11 a passé de la Mésopotamie aux Phéniciens(avant 1300 . 
puis aux Cananéens, enfin aux Israélites. » 

:;. — (iirol vi^'O'"!), Léf/cndes copies (Paris, Geuthner, 1907) contient 
entre autres : Entretien d'Eve et du serpent, le sacrifice d'Abraham. 

0. — Dune note de M. Goldziher sur « le fer comme moyen de protection 
contre les démons » dans VArchiv fur licligiotistcissoischafl, X, (1907, 
41-40, nous extrayons ce renseignement: Dans un chapitre de la Tosselta, 
extrêmement important pour l'histoire de ces superstitions, on défend 
« l'usage émoréen » (pa'ien) de placer un bâton de fer sous la tête (T. Sab- 
bat, VI [vu], 13; p. 117, 1. 26i. C'est peut-être un usage emprunté aux 
Romains, v. Pline, Hist. Xat., XXXI V, 44. Cf. d'autres exemples dans 
Blau, Dos altjildische Zaïiberiresrn, lb9-it)0. 

7. — M Clermont-Ganneau a fait à l'Académie des Inscriptions et Belles- 
Lettres deux communications sur La nécropole juive d'Alexandrie. Le 
texte en a paru dans les Comptes Rendus de l'Académie, nos de mai et de 
juillet 1907, p. 234-243 et 375-380, et dans le Recueil d'archéologie orien- 
tale, Vlll, § 8. — Le Dr Breccia, directeur du musée gréco-i'omain 
d'Alexandrie, a entrepris des fouilles dans une partie de la nécropole 
antique située à environ 3 kilomètres au N.-E. de la ville, près de la 
mer, au lieu dit El-Ibràhimiyé. On y a trouvé trois inscriptions grecques 
et trois sémitiques : 1° 'iwàwa Eùfpoauvïij le premier nom décèle l'origine 
juive de la défunte; 2° SipiojTépa 'H>.ioôcioou, S'.Swvfa; le nom de cette Sido- 
nienne est nouveau dans l'onomastique hellénistique; 3" de la troisième 
on reconnaît le mot Wû^Xa;, dont M. CL-G. est tenté de rapprocher criE, 
« puce » ou « puceron » ; 4° trois lignes tracées en rouge dans un enca- 
drement de même couleur; écriture araméenne : "'r3'"i'''rN nn n'^py. Le 
premier nom est apparenté au nom biblique mpy et aux noms post- 
bibliques N"'3py (M. Cl. -G. songe au rabbin Akabia b. Mahalalel) et N3''p". 
Le nom du père est porté par plusieurs personnages bibliques (et encore, 
ajouterons-nous, par un grand-prètre du premier siècle de l'ère vulgaire. 
Para, m, 5; Antiq., XIX, vui, 1. Voir sur ce nom S. Daiches, dans la 
Orientahstische Lilteratur-Zeilunt/, nnn 1908,279-280). 11 est cui'ieux que, 
dans 1 Chron., m, 24, on trouve un ^2^^py fils de "':"^3'T'bi< ; 5° la deuxième 
inscription en caractères araméens forme un texte réparti eu deux 
espèces de colonnes ; le déchitfrement est incertain ; 6" il en est de même 
de la troisième, qui se compose de deux lignes obscures; M. Cl. -G. lit : 



BIBLIOGRAPHIE 301 

???? ibsN 1 ■"! □■'3. Ces épitaphes ne sauraient être antérieures à lan 332 
av. J.-C, date de la fondation d'Alexandrie; l'écriture en est semblable à 
celle des papyrus araméens de TÉgypte (v® siècle . Leur découverte per- 
met de fixer 1 emplacement de la vieille nécropole juive d'Alexandrie, 
qui se trouvait dans la nécropole orientale. Le quartier habité par les 
Juifs était situé au Nord-Est de la ville. 

8. — M. Bouché-Leclercq a publié le 4e et dernier volume de son His- 
toire des Lagides chez Leroux), consacré aux institutions de l'Egypte 
ptolémaique. On trouvera dans cette œuvre monumentale plus d'un 
renseignement sur le judaïsme alexandrin. 

9. — Dans les Philosuphische Abhnndiimgen dédiées à Max Heinze 
(Berlin, 1906), un article de Paul Barth sur la théodicée stoïcienne chez 
Philon ip. 14-34). 

10. — Le dernier volume des œuvres de Th. Mommsen, Gesammelte 
Schriflen, 3. Bd., Juristische Schriften (Berlin, Weidmann, 1907), contient 
ses études sur le droit lomain dans ses rapports avec les Juifs et les 
Chrétiens. 

H. — Cb. Guignebert, Manuel d'histoire ancienne du christianisme. Les 
Origines. Paris, A. Picard, 1906 (la couverture cartonnée porte 19071; in-8" 
de 549 p. — Ce livre est un signe des temps. La France est le pays oîi l'his- 
toire des religions ne figure pas dans l'enseignement officiel de l'histoire 
et oîi le grand public n'est instruit sur des questions primordiales que par 
des ouvrages d'édification niaise ou de polémique passionnée. Il faut 
saluer comme un grand progrès la création d'une chaire d'histoire du 
christianisme à la Faculté des Lettres de Paris Le titulaire en est M. Gui- 
gnebert et c'est, si nous ne nous trompons, ce Manuel qui a contribué h 
lui ouvrir les portes de la Sorbonne. — Ce livre, s'il répond à un besoin, 
ne le satisfait pas entièrement. Du moins les deux chapitres consacrés au 
judaïsme, les seuls dont nous veuillons nous occuper ici, nous ont paru 
insuffisants. L'auteur connaît assez mal les sources juives : « Les résultats 
de ce long travail de l'esprit juif sont enfermés dans le Talmud de Jérusa- 
lem, qui n'a été composé qu'entre la fin du ii^ et le v^ siècle après Jésus - 
Christ, mais qui a été précédé d'un long enseignement oral » (p. 32) ; « les 
souvenirs antiques qu'ils (les Talmuds) pouvaient contenir sur les chrétiens 
ont été épurés au moyen âge » (p. 20'. Ine remarque, comme celle de la 
p. 64 — que les Pharisiens s'appelaient Perouschim ou Peroushim — est 
inquiétante. Cette insuffisance de documentation explique plus d'une 
erreur : La résistance contre l'hellénisation « fut dirigée par la classe 
sacerdotale » (p. 53); Jonathan Machabéc (il n'est pas certain que M. signifie 
le « Marteau ») est « le premier Asmonéen à la fois roi et grand prêtre » 
{ib., n. 1) ; les synagogues de Palestine sont dirigées itarVarchisynagogos 
(p. 58, cf. p. 91) et le hazzan y « veille à ce que le texte de la Bible soit 
correctement lu ». " Chaque soir, les fidèles se réunissent dans la salle 



302 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

commune » («6.' ; « c'est particulièrement sur les Pi-ophètes et les Hagio- 
graphes que porte la Haggada >< p. 70; l'auteur voulait dii-e sans doute 
que la Halacha porte particulièrement sur le Pentateuque). Jérusalem fut 
remplacée par Tibériade (p. 93 > ; Philon fut etlniarqne (p 101) ; « le calen- 
drier juif place le 13 du Nizan un vendredi en l'année 30» fp. 244). Dans 
les références bibliographiques, il faut lire p. vu et p. 'JO, n. : Chei/)ie au 
lieu de Chayne; p. 56, n. l': A. Darmesteter. — Plus graves que ces inexac- 
titudes, dont il est inutile de prolonger l'énumération, sont les apprécia- 
tions contestables. M. G. rétrécit l'horizon des Juifs quand il dit que, depuis 
l'exil de lîabylone, leur activité se renfermait dans la vie religieuse, et 
surtout il juge mal leur religion, approfondissement et enrichissement 
de la religion biblique, en la taxant de légalisme étouffant et dessé- 
chant (p. 479 et passim), sans voir qu'il enlève toute explication à ce qu'il 
appelle lui-même l'exaltation des Juifs d'alors. « Le sacerdoce officiel juif 
rêvait la complète immobilité religieuse dans une doctrine et une pratique 
figées... Toute l'invention religieuse d'Israël se réduisait à un travail 
d'exégèse et de dévotion, ti-avail minutieux, subtil et pédant » (p. o'.i-iJG). 
Les Pharisiens « sont des bigots et des pédants et l'esprit de la Loi se perd 
avec eux ; ils le remplacent par un formalisme hypocrite et tout à fait 
desséchant» (p. 64); leur judaïsme est « étroit, hargneux et jaloux » 
(p. 109). La science rabbinique « se confine dans la réglementation et 
l'explication des pratiques, et recueille avec une complaisance singulière 
quantité de bourdes (sic), issues de mauvaises lectures, ou de ridicules 
confusions, et elle fait état d'apocryphes sans valeur » (p. 70). Un savant 
« laïque » devrait-il écrire ainsi? M. G. aurait mieux fait d'exposer, d'après 
les textes originaux, les idées théologiques et morales de ces rabbins 
absurdes et ridicules. A l'en croire, les trois nouveautés du judaïsme 
d'alors seraient l'angélologie, l'eschatologie et le messianisme, et il met 
sur le même plan les sources rabbiniques et les Apocryphes. Pour le 
judaïsme de la Diaspora (c'est à peine s'il parle de la communauté 
d'Alexandrie), il est assuré que les Oracles sibyllins représentent une ten- 
dance accessoire par rapport à l'esprit philonien (p. 107). Et comment 
concilier la sévérité de ces jugements avec l'éloge qu'il fait de la synagogue, 
cette institution « unique dans l'antiquité ; c'est en elle qu'on a vu pour la 
première fois un culte tout en esprit et en vérité » (p. iiS) ? M. G. s'est fait 
l'écho, sans les contrôler et sans même les accorder entre elles, des sen- 
tences de condamnation portées par les théologiens protestants. Geigc:- 
écrivait naguère au sujet de l'un de ces derniei's, Hausrath : « Les savants 
qui étudient les origines du christianisme sont tenus de connaître l'étnt 
des Juifs de cette époque et d'utiliser dans ce but les sources juives. .Mais 
à ceux qui ne connaissent pas la littérature talmudique. nous sommes en 
droit de demander de ne pas porter de jugement sur elle ou du moins de 
se montrer très circonspects dans leurs appréciations, et plus ils sont 
par ailleurs impartiaux et réservés, plus ils justifient nos critiques « {Jûd. 
Zeitschr.,\, 236-7). Et nous aussi, il nous en coûte d'autant plus de relever 



BIBLIOGKAPHIE 303 

ces défauts que, dans le reste de son ouvrage, M. G. est très mesuré, 
pour ne pas dire indécis. Peut-être entre-t-il trop cotnplaisamnient dans 
les discussions de textes, où les profanes peuvent difficilement s'orienter, 
au lieu d'exposer les conclusions les plus probables. Mais d'ailleurs, le 
livre se lit avec intérêt ; Tauteur est au courant des questions et en résume 
convenablement Fétat actuel, avec modération et sans vouloir toujours 
prendre parti. Cette réserve est fort louable et nous regrettons que M. G. 
s'en soit départi là seulement où elle s'imposait à lui le plus impérieuse- 
ment. Il serait facile de faire disparaître ces taches dans une deuxième 
édition, en même temps que les taches de la forme ; car si le style ne 
vise pas à l'élégance p. ii), il manque quelquefois de clarté et même de 
correction. Convenablement retouché, cet ouvrage est appelé à rendre de 
grands services. 

12. — J. Wellhausen vient d'écrire une analyse de l'Apocalypse {Analyse 
der Offenbarung Johannis, Berlin, 1907). D'après lui, la plupart des sources 
dont s'est servi le rédacteur sont chrétiennes ; seuls les morceaux suivants 
peuvent être attribués avec plus ou moins d'assurance k des Juifs : xi, 1-2, 
XII, 1-17 (peu avant la destruction du temple), le fond des chap. xiii 
et xvu. 

13. — L. Leroy, Les Synagogues des Juifs {Moïse et Elle d'après les tra- 
ditions arabes), dans la Bévue de l'Orient chrétien, 2^ série, t. I (XI), 1906, 
pp. 149-162 et 371-402. — Sous ce titre, -M. Leroy traduit un assez long 
passage de la « Description topographique et historique de l'Egypte » ( Kitdb 
el-Hitât) d'El-Makrizi (1364-1442), où l'auteur décrit les synagogues de 
l'Egypte et raconte les légendes qui se rattachent à certaines d entre 
elles. L'annotation de M. Leroy est tout à fait insuffisante ; même un éru- 
dit d'Angers doit étudier les questions dont il parle ou se renseigner 
auprès d'un spécialiste. Schreiner a déjà examiné le texte de Makrizi dont 
il a rapproché la description de Sambari {Z. D. M. G.. XL V, 295-300; cf. I. Gold- 
ziher,dans/.()./?.,XV,74etlX,670; Poznanski, dans iîei'ue,XLVIlI, l'ô9-160 
etZ. f. H. B., XII, 111). Les synagogues égyptiennes sont énumérées dans 
la Jeiv EncycL, s. v. Egypl ; sur celles des Gara'ites, v. aussi Neubauer, 
Aus der Petersburger Bibliothek, p. 42, 48, et Zwei Briefe Obadjah's aus 
Bartenuro, dans Jahrb. fïir die Gesch. d. Juden, III, 206, 210. On trouvera 
de copieux renseignements dans l'étude de M. R. Gottheil, An eleventk-cen- 
tury document concerning a Cairo Synagogue, dans /. Q. B., XIX, 467-339 
(il a paru aussi un tirage à part; cf. la recension de M. Poznanski dans 
Z. f. H. B., XI, 101-103). Les légendes de Mo'ise et d'Elie sont un mélange 
baroque d'éléments empruntés à Josèphe, au Midrasch, au Coran et à la 
fantaisie. Sur l'identification d'Elie avec Pinhas, v. en dernier lieu Poz- 
nanski, Comnieniaire d'ibn BaPara sur les .luges, p. 24. n.; Z. /'. H. B.. 
X, 145 ; Aptowitzer, dans Monatsschr., LI, 245. 

14. — M. Abraham Galante étudie dans le Bulletin de l'Institut Eggplien 
(V« série, t. I, 1907, p. 14-23) la langue espagnole chez les Juifs d'Orient. 



304 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

ses éléments, ses déformations, l'origine de ceux quï la parlent et ses 
organes périodiques. M. Nissim de Juda Pardo, de Smyrne, prépare un 
dictionnaire de l'espagnol juif. Cf. l'article de M. I-amouche signalé par 
M. Schwab, Revue, LVI, 303. — Le même auteur traite, dans le même 
Bulletin (p. 171-180), de lu contribution de la langue arabe à la renais- 
sance de la langue hébraïque, c'est-à-dire des néologismes de M. Ben- 
Yehouda : vues contestables, 

15. — A. Esmein, Le Jugement de Daniel, dans la Revue historique du 
droit français et étranger, t. XXXI (1907), n* 6, sur l'histoire de Suzanne 
et son influence juridique au moyen âge. 

16. — M. Clift'ord G. Allen a réédité, dans une thèse de doctoi'al d"l ni- 
versité, Y ancienne version espagnole de Kalila et JJintna (Màcon, Protut, 
1906;. Sa brève introduction ne témoigne d'aucune recherche personnelle 
sur les rapports de cette version avec les versions sémitiques, celles de 
Jean de Capoue et de Raimond de Béziers. — On est largement dédom- 
magé parla lumineuse notice posthume de Gaston Paris sur le traducteur 
Raimond de Béziers (xives.), dans le t. XXXllI de l'Histoire littéraire de la 
France (Paris, 1906; pp. 191-253). Il compare entre elles les versions 
hébra'ique (de R. Joël), latine (de l'apostat Jean de Capoue) et espagnole, 
en partie d'après les recherches de J. Derenbourg, puis la traduction de 
Raimond de Béziers avec ses deux « Vorlagen », l'espagnole et celle de 
Jean de Capoue, pour rétablissement du texte de laquelle elle serait fort 
utile. Un renvoi à Steinschneider, Bebr. Uebers., ^ 535, n'eût pas été iiors 
de saison. 

17. — In poème moral du .\iii<= siècle, Li Regres Noslre Dame, par Huou le 
Roi de Cambrai, contient la parabole de « la Femme charitalde ". variante 
de la légende de « l'Ange et l'Ermite » étudiée ici-mémo par M. Israël Lévi 
{Revue, XLVIII, 273; cf. B. Relier, ib., LVI, 198). C'est ce que montre 
M. Arthur Langfors, qui vient de publier l'œuvre d'Huon (Paris, Champion, 
1907). M. G. Huet, rendant compte de cette édition dans Le Moyen Age 
(juillet-août 1908, 229), croit qu'on peut affirmer que la version d'Huon le 
Roi est étroitement apparentée à celle de R. Nissim. « Il est assez naturel, 
ajoute-t-il, qu'un récit populaire dans le monde juif ait pénétré à 
plusieurs reprises et sous des formes légèrement différentes dans le 
monde chrétien. » 

18 — .M. H.(;h. Lea a achevé sa monumentale Histoire de l'Inquisition, .\ 
Hislory of the Inquisition in Spain (Xevv-York, Macmillan, 1906-1907 ; 4 vol. 
gr.in-8"). Entre autres comptes rendus élogieux, signalons celui de M. Rei- 
nach, dans la Revue critique du 21 octobre 1907, p. 301-307. Beaucoup de 
passages de cette œuvre capitale et définitive intéressent l'histoire des 
Juifs espagnols et des marranes ; ils sont bien groupés dans l'étude de 
M. E.-i\. Adler, J. Q. R., XX, 509-571. 

19. — Chabot lE. M.), Les Archives de la Cmir des rompti's. aides et 



IJIULIOGRAPHiE 30b 

finances de Muiilpellier. Paris, Alcan. 1907 Bibliothèque de la Faculté des 
Lettres de ITriiversité de Paris, XXII). — Le dépôt d'arcliivcs de la Cour des 
Comptes de Montpellier, constitué en 1690, avait une importance consi- 
dérable tant par le nombre que par la nature des documenls qui y étaient 
rassemblés. Cependant il avait été mis au pillage par Colbert. Ainsi, des 
Archives de Carcassonne avaient été distraits « 57 manuscrits hébreux, 
parchemin et papier, en mauvais état de conservation » fp. xvii). Mais ce 
n'est pas tout ; les documents antérieurs à 1310 ont presque entièrement 
disparu au mon)ent de la Hévolution ; cette partie, très riche, contenait la 
correspondance échangée entie les rois et les sénéchaux du Languedoc et 
les actes relatifs k la perception des impôts. De ce fonds, « il ne reste plus 
aujourd'hui que les épaves recueillies dans le Trésor des Chartes ou dans 
les collections de Baluze et de Colbert, ainsi que des inventaires et des 
extraits qui permettent d'en restituer une grande partie, et les fragments 
copiés et publiés par des érudits du xvui« siècle » (p. xxiv). M. Chabot res- 
titue et classe ces fragments dispersés : il analyse en détail ceux qui ont 
été conservés et publie les documents inédits les plus intéressants. On 
retrouvera facilement, grâce à V Index, les pièces qui ont trait aux Juifs; 
elles datent des années 1287-1292 (tailles levées sur les Juifs), 129-3 (Inqui- 
sition), 1294-1295 (Juifs emprisonnés', 1322 Pastoureaux). Les inédites ne 
nous apportent aucune révélation, mais complètent nos connaissances sur 
plusieurs points de détail. — Quelques actes de la même région et de la 
même époque ont été publiés par Alph. Blanc, Le Licre des comptes dr 
Jacme Olivier, marchand narbonnais au XI V^ siècle (cf. Revue, XLl, 
298-9 . 

20. — F. Meyer, Essai sur l'histoire des Juifs du Hainaui au X/ V* .sièch;. 
dans les Annales de VEsl et du Nord, 3^ année, n» 3, juillet 1907, p. 321- 
343. — Voici le résumé de cet article, dont il a sans doute paru un tirage à 
part. Les Juifs de France, chassés en 1306, se réfugièrent dans les pays limi- 
trophes. La première trace officielle qu'on trouve d'eux dans le comté du 
Hainaut est un édit du 29 juin 1307, qui autorise le Juif Joseph et les siens 
à s'y établir pourunan. Un second edit du lajuillet 1308 accorde les mêmes 
droits pour 3 ans à plusieurs Juifs moyennant redevance. Bientôt leur 
nombre s'accroît ; à Mons on leur fixe un quartier spécial ; d'autres loca- 
lités de la contrée ont une rue des Juifs. En 1320, le comte protège les 
Juifs contre les Pastoureaux. Deux ans plus tard, un ancien Juif, qui avait 
été baptisé dans sa jeunesse et portait le nom du comte Guillaume, son 
parrain, fut accusé d'avoir percé dans labbaye de Cainbron (cf. Revue, X, 
238) une image de la Vierge, qui sétait mise aussitôt à saigner: mis à la 
torture, il ne fit aucun aveu et fut remis en liberté. Mais quatre ans après, 
un vieux forgeron déclare que la Vierge lui a ordonné dans une vision de 
combattre le Juif en champ clos. Le Juif ayant été assommé d'un coup de 
bâton, il fut reconnu coupable et exécuté avec des raffinements de cruauté 
inouïs. Cette aflaii-e donna lieu a un pèleritjage, à des poèmes et à des 
tableaux. — En 1337, le fils de Guillaume réglementa à ?on avènement la 
T. LVII. N" iii. -f 



306 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

situation des Juifs pour 5 ans ; le recensement qui fut fait à cette occasion 
porta sur 18 groupes de familles disséminés dans le pays. — En 1369, un 
riche Juif, nommé Jonathan, qui vivait à Enghien avec sa femme et son 
nis, fut accusé d'avoir profané des hosties que lui avait procurées un 
apostat de Bruxelles ; il fut assassiné quinze jours après, sa femme porta 
alors les hosties à la synagogue de Bruxelles, où les Juifs les insultèrent. 
Ils furent condamnés à être tenaillés avec des fers ronges et brûlés vifs 
ensuite. Des tableaux peints pour la cathédrale Sainte-Gudule et des céré- 
monies jubilaires perpétuèrent le souvenir du miracle. En 1870, un comité 
ultramontain se forma en Belgique pour organiser de grandes fêtes. Les 
libéraux protestèrent et la Revue de Belgique publia ime étude de Dom 
Liber intitulée: Le Jubilé d'un faux-miracle (tirage à part, Bruxelles, 
1871 ; ; l'affaire fit du bruit et l'archevêque de Matines interdit la célébra- 
tion du jubilé {Bulletin de l'Alliance Israélite Universelle, 2» semestre 
1870, p. 5; il y a un dossier sur cette affaire à lAlliance. Cet incident était 
sans doute présent à la mémoire du critique catholique qui, analysant 
l'article des Annales du Nord et de l'Est, ne peut partager « l'indignation 
de l'auteur contre la barbarie avec laquelle on poursuivait les Juifs pour 
de « prétendues» profanations d'hosties >' (E. Van Coppel, dans la Revue 
d'histoire ecclésiastique de Louvain, t. IX, [1908] p. 624). M. Meyer ne cite 
ni le mémoire de la Revue de Belgique, ni l'ouvrage capital du même 
auteur : Le faux-miracle du Sainl-Sacrement à Bruxelles (Bruxelles, 1874\ 
qui reprend la question en détail et contient d'autres indications sur les 
Juifs de Belgique. Dom Liber y montre que les Juifs furent accusés en 1370 
d'avoir vole et non percé des hosties et que c'est au xv^ siècle qu'on créa 
le miracle en falsifiant un document et en imaginant une enquête (cf. Dep- 
ping, Les Juifs dans le moyen âge, p. 276, et Chwolson, Die Blulanklnge, 
Francfort, 1901, p. 270-272). — Les sources hébraïques n'auraicnt-elles 
conservé aucune trace du fait historique? Carmoly, Revue Orientale, I, 
172-173, traduit une x élégie hébraïque» qui s'y rapporte; où se trouve 
celte seliha, existe-t-elle seulement? La mention de Bruxelles et du Bra- 
bant dans certains Memorbiu;lier 'v. Siilfeld, Das Marlyrologium des Nûi'n- 
berger Memorbuches, a l'Indexi ne se rapporte pas à cet épisode {Jew. 
Encycl., s. v. Belgium et Brussels), mais aux massacres de la Peste Noire 
(1349), et il n'y a aucune raison de supposer une confusion. 11 reste le 
témoignage de Joseph ha-Gohen, Emek ha-BacIta, p. î'»4 Letteris (p. 44 
Wiener, p. 66 Sée), qui relate une accusation de profanation d'hostie en 
Flandre ; le contexte nous transporterait au milieu du xiii" siècle, mais il 
n'y a pas de date (Cf. Gross, Gallia Judaica, 484). 

Aussitôt après ce drame — nous reprenons le récit de M. Meyer — le 
duc de lirabant rendit un décret d'expulsion contre les Juifs de ce pays. 
Vn inquisiteur des Juifs fut nonimé à Mons. A partir de cette époque jusque 
vers le xvi" siècle, on ne trouve plus de renseignements sur les Juifs. 

21. — II, Labrosse, Biognipliie de Nicolas de Lyre, dans les Études 
franciscaines, mai et juin 1907, p. 489-505 et 593-608 (Cf. Revue, LUI, 137). 



BIBLIOGRAPHIE 307 

22. — (i. Cirot, Reckerchea .sui' les Juifs espagnols et poiiuyais à Bor- 
deaux, dans le Bulletin hispanique (Annales de la Faculté des Lettres 
de Bordeaux et des Universités du Midi), t. VIII (1906), p. 172, 279, 383; 
t. IX 1907), 41, 263, 386; t. X il908S 68, 157, 2o9. Ces études viennent 
d'être réunies en volume (Bordeaux, Féret, 1909) >'ous y reviendrons. 

23. — Henry Léon, Les juifs espagnols de Saint-Esprit . Chansons et 
prières, dans le Bulletin hispanique, t. IX ,1907), 277-285 : k la Paloma » 
en espagnol; " les 13 questions pour Pàque », adaptation de la clianson 
Ehad mi yodéa; « Cuatre-Coronas », paraphrase.de la prière avant de se 
coucher; « la fête du 33 » {Lag-Baomer] ; « la hénédiction du repas », 
cantique en vers français, paraphrase de celui qu"a publié Kayserling, 
Revue, XXII, 124; « El cabrito », trad. française du Had gadya. 

24. — Dans le 4° volume de ses études sur Paris sous Napoléon, volume 
intitulé : La Religion (Paris, Pion, 1907 , M. L. de Lanzac de Laboric 
consacre quelques pages '369-376) aux Juifs. C'est un résumé exact et 
impartial de la monographie de M. Ph. Sagnac, augmenté de quelques 
documents tirés des Archives. 

2o. — L. de Bar, professeur à l'Université de Gœttingne, membre de la 
Cour permanente d'arbitrage de La Haye, Observations concernant la preuve 
de la nationalité et l'expulsion par le gouvernement roumain d'Israélites 
nés et domiciliés en Roumanie, dans la Revue de droit international et 
de législation comparée (Bruxelles; à Paris, chez A. Pedone), 2^ série, 
tome IX, 1907, n<^ 6 (2« fascic), P- 711 et s. Conclusions: Les puissances 
signataires du traité de Berlin ont le droit de rappeler à la Roumanie que 
les juifs indigènes en Roumanie doivent jouir de tous les droits men- 
tionnés dans l'art, xliv et que, notamment, la Roumanie n'a pas le droit 
d'expulser tous les Juifs qui n'ont pas obtenu par acte spécial la natura- 
lisation en Roumanie. Enfin, les expulsions d'israélites indigènes par 
l'administration roumaine sont inadmissibles même eu égard à la loi 
roumaine seule. 

26. — On vient de publier des Cahiers de jeunesse et de Nouveaux 
Cahiers de jeunesse d'Ernest Renan (Calman-Lévy, 1906 et 1907, 2 vol.). 
Ce sont neuf cahiers écrits en 1845-1846, un peu avant et après la sortie 
du séminaire; ils contiennent des réflexions philosophiques, historiques, 
littéraires, scientifiques et même religieuses. Les notes d'exégèse biblique, 
dispersées dans les deux volumes, mais particulièrement nombreuses au 
début du premier, présentent surtout un intérêt historique. D'ailleurs, 
cette publication, qui n'ajoute rien à la gloire littéraire de Renan, a plu- 
tôt une valeur documentaire pour sa biographie psychologique; elle 
contribuera à élucider un problème encore ouvert, le rôle de la question 
biblique dans la crise religieuse de Renan. En attendant, ces deux volumes 
ont fourni à M. .Moïse Schwab la matière d'une communication au 
XVe Congrès des Orientalistes à Copenhague, communication intitulée 



■M)H HKVUt: DliS KTUUES JUIVES 

>> Jeunesse de Hcnan, ses premiers pas dans rorientalismc " et piihlicc 
par Vriiivers Israélite des 18 cl 25 septembre 1908. 

■21. — Les professeurs de THcole orientale de FUniversité de Uome ont 
(•omn)cncé la publication d'une revue scientifique frimcslrielle : JUvisla 
(lefili sludi orirntali 20 lires par an pour r(''trangen, qui comprend un 
liulietin Itibliograpbique divisé en quatre sections. La seconde est consa- 
crée aux langues et littératures sémitiques. Nous avons sons les yeux le 
premier l'ascicule (tirage k part, p. 227 à 414 ; les livres et les articles y 
sont analysés avec beaiicoup de soin par MM H.Teloni (littératui-c assyro- 
babylonienne), G. Levi dellaVida (hébreu et liltératu rejuive), C. A. NuUino 
(arabe), l. (iuidi. Il serait bon de faire le dépouillement avec plus de 
critique, en insistant sur les travaux impoi'tants. 

Dans le n" 2 de la Hirista, nous notons un ai'ticle de H. P. Cbajes, 

.< -Note sulle Mehabberotli di Immanueb' llomanu », et un autre de I. 

Cioldziber, » Arabische Amen-Formeln ». 

M. LuîEu. 



Ratmbk (B. . □"'r^ZJTT'T 'jT'X nanx "lOO Varianten und Ergànzungen 
des Textes des Jerusalemitischen Talmuds nach alten Quellen 
und handschriftlichen Fragmenten ediert, mit kritischen Noten 
und Erlauterungen versehn. Traktat Pesachin». PetrikolT, 190s ; in-S» 
(ie II + 142 p. '. 

Grâce a la « Zunz-Stiftung » et à la « (Jesellschaft zur Fôrderiing 
der Wiss. des .lud. » de Berlin, lauleur est assez heureux pour pou- 
voir publier avec une promptitude relative la suite de l'œuvre considé- 
raido qu'il a entreprise. Cette fois, il nous présente les gloses sur Pesa- 
him, soit sur 44 colonnes du texte (27 a-37 d). En fait de matériaux 
manuscrits, il a pu, comme il l'indique dans une courte préface, utiliser 
les variantes du manuscrit du Yerouschalmi de i^eyde, réunies par 
M. Seeligmann d'Amsterdam. On trouvera p. 101 sur 35 a, ligne 1) une 
observation importante touchant les rapports de ce manuscrit avec l'édi- 
tion Bomberg. A part cela, ce sont naturellement les différents ouvrages 
de l'ancienne littérature rabbiniipie ainsi (pie les passages parallèles du 
Talinud de Jérusalem lui-même que M. Ratner utilise, et avec autant de 
prudence que d'érudition, poui- expurger le texte, sans laisser de côté la 
Mischna. 

Comme précédemment, mes remarques porteront principalement sur 
les gloses de .M. Ualner qui ont pour objet des indications touchant les 
auteurs lalmiidiqucs. 

P. 3, sur 27 «, 1. 75. NDin 31 doit être corrigé en Xîtn "'QI, suivant 
la le<;on correcte du passage parallèle, Genèse rubba, ch. 31 (p. 283, 

\. Les volumes précédents ont été annoncés Revue, XLIII, 310-317; XLVI, 154-189; 
L, 140-l'àt; I.ll, .',11-31'»; 1,111,277-280. 



ItlULlOGKAPHlE :W9 

éd. Theodor), cai' il s agit do rAniora palestinien an iv^ siècle. De même 
p. b (sur 27 b), ^273 3-| est une t'unle pour iDt3 "'3-1. 

P. 10 (sur 27 f, 1. 4 . M. H. cite le passage de Nombres rabha, eh. 2 
(^ 24) qui mentionne un rabbin du nom de R. Yohanan de Joppé. Mais 
ce texte est tiré de Lévitique r., ch. 20, i. /"., où le nom est is'^T p-i"* '•'. 
Dans d'antres passages parallèles {v. Af/ada der palàst. Amor , I, 457, 
n. 3), on trouve IDit n"'7ûn3 'n et id—ï ';7:n3 '"i. L'hypothèse daprès 
laquelle le Pinhas de Joppé mentionné en cet endroit du Yerouschalini 
serait identique avec Pinhas 1». Hama est sans aucun fondement. 

P. 15, sur 27 r. ]. 75. I.e changement de ^■'■'n 'n en ""«N "na «"'"n '-i, 
que M. R. cite d'après une source ancienne, n'est (juun emprunt erroné 
à Ihistoire analogue qui suit aussitôt '27 d, 1. 1). Dans la première anec- 
dote, il ne peut être question que de lli> va l'Ancien, contemporain du 
patriarche Juda I. 

P. 18, sur 28 rt, 1. 18. M. R. se demande si -'.t^, où Hiyya h. Abba 
séjourna à plusieurs reprises, ne serait pas une autre localité que la Tyr 
phénicienne, par exemple la forteresse de Tyrus (avec sa banlieue), cons- 
truite par Hyrcan, le fils de Joseph Josèphe, Antiq., XII, 4, 11). Cette 
conjecture est tout à fait arbitraire. 

P. 19, sur 28 a, 1. 66. La leçon îî"i"'5'T '-| pour N-iTT 'i ne mérite pas 
considération. V. Ag. d.pai Am., III, 450, n. 2 (où il faut ajouter Terou- 
mot, 40 b, 1. 15). — P. 26, sur 28 d, 1. 47. Dans les deux phrases consécu- 
tives introduites par "^.Jzn 3"i, il faut lire la seconde fois "):;N N:ir; 2-i, 
comme l'attestent plusieurs sources citées par M. R. — P. 30, sur 29a, 
1. 42 : pn^in' p c"-i arcT: -izin iTyi>N la 'z"-\. M. R émet ici une opinion 
fort plausible, c'est que p'r^T' est ici une faute pour "Tii"', par entraîne- 
ment de l'indication précédente : pniiT^ p ';n3'73tt: '"i DCa i:m"' '-i. Mais 
il a déjà été précédé par Halévy, Doroih Harischonim, II, 94. V. aussi 
Ag. d. pal. Amor., I, 119. 

P. 39, sur 29 c, 1. 60 : ^"ns 'Ti nna Nr:n 'i. Pour le nom de "^^rtr, 
qui est certainement une corruption, M. R. cite les variantes les plus 
diverses, dont la plus vraisemblable est ■'Nis. 

P. 51, sur 306, 1. 54. A propos des paroles adressées par Abahou à son 
fils : N-'-ia-'::^ "^-rnbu; l-'-îO^pa a^-iap V^"* 'bari^, M. R. prétend qu'il n'y 
avait pas de cimetière à Césarée (m-iapn nia rrrt nb y^.oj>:i). Mais, sans 
parler de la fragilité de ses arguments, l'allusion ironique à Exode, xiv, 
il, indique que même à Césarée l'occasion ne manquait pas de piatiquer 
la charité envers les morts. — P. 54, sur 30 c, 1. 59 : D;L*a paN ^an 
IT^'Vn '-), M. R. cite la leçon du Yalkout N2N '"i pour "j^aN '-i et la consi- 
dère comme correcte parce que R. Abin ne rapporte pas d'enseignements 
au nom de R. Éléazar ("iTJbN '") û;::a -^7:^1 Nb 'j-'aN 'i ^D). Mais nous 
lisons encore dans j. Soitcca, v, 4 (55c, 1. 12) : -it;"'? 'n D"ia iiax 'n. 11 
s'agit d'Abin l'Ancien. V. Ag. d. pal. Am., III, 399 '. P. 58-59, sur 30^/, 

1. Ibid., p. 402-403, je parie des eiiseii-MieMients palestiniens apportés en Habjioiiie 
par "j^ai = l^aN '1). Parmi eux, il s'en trouve d'I'^léazar ,b. Pedatli . (lu'il a fait 
connaître en Babylonie 'l'eçahiin^ 71 a ; Soucca, 21 b; Gui/lin, 86 h : Son/iediin, 63 a). 



MO 



REVUE OES ÉTUDES JUIVES 



1. 8. Sur les enseignements rapportés par un Amora récent Eléazar (ou 
Éliézer) au nom dAbin rAncieii, v. op. cit., p. 403. 

P. 61, sur 30 d, 1. 32 : mn mT^ 'm n-'T'T^bn 'n. Estori Farhi a lu : ^3"! 
mn '"n rr^T'TSTn ni^N. On ne trouve pas ailleurs de rabbin nommé 
Élia. Les leçons ■«N'rN 'n, rr'bN '"i, N-'b '-) pour le nom de lamora Héla 
(Éla, Haï), citées par 11., ne prouvent rien, ce nom présentant les ortho- 
5<raphes les plus variées, voir Ag. d. pnl. Amor., 111, 699. Quant au 
rr»":!» 'n également mentionné par R. d'après Schir r. sur ii, 14, j'ai sup- 
posé, ibid., p. 564, qu'il est une abréviation de •^j"';'in">bN 'n, au nom 
duquel Samuel b. Nahman rapporte un enseignement dans Gen. r., 
ch. 51, i. f. Voir une autre hypothèse dans Friedinaiin. n3"i "irr'^is "no, 
Introduction, p. 78. 

P. 73, sur 31 d, 1. 1. W. conjecture que le tannaïte Hananya b. Juda ne 
.serait autre que Hananya, neveu de Josué. Son père .luda serait donc le 
frère de Josué b. Hananya. Mais outre qu'on ne s'expliquerait pas pour- 
(juoi le père de Hananya n'est cité nommément que dans des cas isolés, 
Hananya b, Juda doit être considéré comme un tannaïte plus ancien. 
Xous le trouvons en discussion avec Akiba {Sifra sur Lévit., vi, 7 ; 30 c, 
NVeissj, et Juda b. Haï rapporte un enseignement en son nom (ibid., sur 
X, 20; 47 rf, Ag. der Tannailun, V, 440). 

P. 76-77, sur 32a, 1. 36. Dans les paroles de H. Yobanan : "ib lUNMn by 
i<2N -a ïON. \\. propose de substituer 13"^N au second N3N; cette correc- 
tion mérite la plus sérieuse considération. Dans ce cas, il s'agirait, non 
du père de Samuel, mais de Rab. — P. 85, sur 32^/, 1. 21. Pour d'autres 
exemples de Naliman rapportant les enseignements de Mani, v. Ag. d. 
pal. Amor., III, 450. 

P. 103, sur 35 b, 1. 39. Sur Yohanan b. Marya, v. ib., III, 722. — P. 104, 
sur 36 6, 1. 41. qoT' m n"'"'- 2-i non rT'"'n '"i) n'est pas seulement attesté 
par le ms. de i.eydc, mais se trouve aussi dans l'éd. de Krotoschin. — 
P. 122. sur 37 6, 1. 63. R. tient pour correcte la leçon : rrr^ j<3N n•:^■^ -i"n 
b"«3i< mn xbT -iiDa. Mais en tout cas, il faut intercaler n:?: '"i devant 
T'^':^^^ '"I, car c'est Mani (ou Mana) qui laconte ce que faisait son père 
Yona. V. Ag. d. pal. .tv/i., III, 445, n. 1. 

Dans le grand nombre de variantes (jue M. Rainer cite et discute, j'en 
note toute une série (jui comblent des lacunes d'un ou de plusieurs mots 
dans le lextc de nos éditions : p. 2, sur 27 a, 1. 70 ; p. 3, sur 27 a, 1. 72- 
73 ; p. 9. sur 27 6, 1. ;;:( ; p. ) i, sur 27 c, 1. 66; p. 21, sur 28 c, 1. 11 ; p. 22, 
sur 28 (/, 1. 25; p. 51, sur 306, 1. 53 (ici il manciuc dans notre texte une 
anecdote analogue à celle d".\bahou et son fils cl dans la(juelle on conte 
que Samuel envoya son (ils de NeliaMlea à Nisibis alin d'y étudier, mais 
que le fils s'y adonna au précepte d'enterrer les morts) ; p. 58, sur 30^/, 
1. 4; p. 60, sur 30(/, 1. 23 ; p. 66, sur 31 a, 1. 66; p. 70, sur 31 6, 1. 38 ; 
p. 85, sur 33 «, 1 12 : p. 9ii, sur 3Wi, 1. 63 ; p. 108, sur 36«, 1. 54; p. 111, 
sur 36 6, 1. 32 (les a(hlilioiis S!)ut probablement ici des gloses explica- 
tives); p. 118, sur 37 6, 1. 43; p. 11'.», sur 37 6,1.54: p. 123, sur 37 6, dern. 
ligne ; p. 124, sur 37£r, 1. i ; p. UO, sur 37 c, 1. 70 ; p. 131, sur 37 d, 1. 12. 



BIBLIOGRAPHIE 311 

Un certain nombre de dires provenant du Yerouschalmi sur Peçaliim, 
qui sont cités dans les sources, ne se trouvent pas du tout dans nos 
textes. M. Ratner les réunit p. 124-J26 !si\v '.il c, 1. 16). 

Parmi les autres corrections du texte, relevons les sui\antes: p. 2, sur 
27 a, 1. 68 ; p. 4, sur 27 6, 1 7 ; p. 13, sur 27 c, 1. 60 ; p. 21, sur 28 c, 1. 33 ; 
p. 25, sur 28(/, 1. 46; p. 31, sur 296, 1. 7 , p. 3o, sur 29c, 1. H ; p. 38, sur 
29c, 1. 18 (DOirs ';"''' pour ODip 1"'"') variante attestée par plusieurs textes) ; 
p. 39, sur 29 c, 1. 62 ; p. 57, sur 30 rf, 1. 4 ; p. 87, sur 33a, 1. 64. La variante 
sur 31 b, 1. 63 (p. 72) donnerait un autre caractère à toute Ihistoire, qui 
est rapportée comme s'étant passée à Sepphoris (v. Atj. d. pal. Anior., 
m, 449). Mais il semble que cette variante provient de ce qu'il parais- 
sait incroyable que les gens de Sepphoris eussent donné en gage leurs 
propres enfants ; on changea, pour cette raison, "jin'^ja en "jinTia. 

R. présente une excellente conjecture sur 30 rf, 1. 44 (p. 62). Les mots 
énigmatiques à la tin delà halacha 1 : rT'73n72D pm"' '~i DUia pTû'^D 'n se 
sont glissés ici par erreur et appartiennent au début de la halacha 5 
(31 a, 1. 68), à côté des mots : pT^ 'n a"03 "O'-pb p ^^yiz':: '-i pax "'3-1 
rî"'72n733 N''"'\25j. Ainsi la remarque que Simon b. Lakisch rapporte au 
nom de Juda II est rapportée par Simon au nom de Jolianan. 

Nous notons encore une observation sur l'utilisation du Yerouschalmi 
par Raschi (p. 88) ainsi que celles qui sont citées au nom de M. Louis 
Ginzberg de New-York (p. 28 et 55). Les Additions qu'on trouve à la fin 
du volume (p. 136-142; montrent avec quelle ardeur infatigable M. Ratner 
complète son recueil de matériaux. 

W. Bâcher. 

Budapest, novembre 1908. 



PozxAXSKi (S.). The Karaite literary opponents of Saadiah Gaon. 

Londres, Luzac, 1908 ; gr. in-8» de 104 p. 

C'est à M. Puznanski que revient le mérite d'avoir étudié aussi complè- 
tement que possible la littérature du caraïsme, en s'attachant spécialement 
aux travaux de leur grand adversaire, le gaon Saadia. Dans le tome X de 
la Jeioish Quarterly Review (p. 238-276), il a dressé la liste entière des 
ouvrages anticaraïtes du Gaon et voici qu'il vient de réimprimer la série 
d'articles qu'il a publiés dans la même revue sur les œuvres des savants 
caraïtes dirigées contre Saadia. Les deux études se complètent naturellement 
Tune l'autre et M. Poznanski voudra peut-être les rééditer ensemble sous 
peu. Un ouvrage plus étendu, consacré au caraïsme en général, consti- 
tuerait, de la part d-c l'auteur, un présent que nous accueillerions avec 
plus de satisfaction encore. Un travail decc genre est vraiment nécessaire. 
Le livre considérable de S. Pinsker (m"':i7ûnp ■'aip"5) souffre des défauts 
inhérents à toute œuvre qui fraie une nouvelle voie. .1. Fiirsf, qui a bâti 
avec les matériaux de son prédécesseur, manque d'esprit critique et de 



:<I2 



KliVUK DES liTUDIiS JUIVES 



matiirilc. I-os notices hiblio^M-aphiques consacrées par Stcinscluieider aux 
ailleurs earaïtes dans son Arabische Lileralur der Judeu et dans d'aulres 
oiivraiçes font partie d'études conçues à une si grande échelle qu'il lui a été 
pratiquement impossible (i'examiner à fond les détails relatifs au caraïsme. 
Enfin, le livre de Xeubauer intitulé Aus der Pelersburger Bibliothek ne 
peut être considéré que comme une esquisse. M. Poznanski, d'autre part, 
sest fait une spécialité de ce sujet. Il connaît mieux que quiconque les 
manuscrits caraïtos conservés dans les bibliothèques européennes et 
létude si heureusement critique qu'il vient de consacrer a un côté de la 
question semble le désigner comme le savant le plus propre à entreprendre 
une oeuvre plus vaste et plus générale sur la (luestion tout entière. 

En attendant qu'il nous la donne, nous sommes heureux de posséder 
la présente publication sous une forme nouvelle et élégante et nous nous 
contenterons, pour notre part, de présenter quelques remarques' sur 
certains points de détail, non avec l'intention de critiquer, mais avec le 
désir d'ajouter, si nous pouvons, un peu plus de clarté à un sujet d'études 
qui n'est pas encore épuisé. 

Mais d'abord, un mot sur la méthode de M. Poznanski et sur les limites 
de son travail. La distribution méthodique des matières dans l'ordre 
chronologique permet aux lecteui-s d'utiliser facilement l'ouvrage. Ben 
Zouta (ou Zita), dont les attaques contre Saadia ne sont connues que par 
des citations d'ibn Ezra (v. Poznanski, Miscellen ûber Saudiah, dans 
Monatssrhrift, XLI, 203-212), ouvre la liste des quatorze polémistes du 
xe siècle. Un nombre égal de paragraphes nous fait connaître l'histoire 
littéraire du xk siècle. Comme on s'y attend, le nombre des combattants 
diminue sensiblement à partir du xii« siècle. A la fin de la liste, qui 
comprend quarante-neuf numéros en tout, figure le nom du savant 
.\braham P>. Samuel Firkowitsch. aussi fameux par ses falsifications que 
par son érudition. La préface de M. Poznanski contient de précieuses 
remarques et le volume est enrichi a la fin de deux listes d' « Additions 
et rectifications », se rapportant lune à l'article précité Anti-Kiiraile /rri- 
tings of Sandiah Garni, l'autre au présent ouvrage. 

Venons-en a quelques points de détail. Au début de l'ouvrage est exa- 
minée la question de la date exacte de Salmon b. Yeroham et de ses rela- 
tions avec Saadia. David ibn al-Hiti, chroniqueur du xv siècle (v. /. Q. R., 
IX, 429-443), rapporte que Salmon mourut à Alep du vivant du Gaon et 
({ue celui-ci suivit le convoi funèbre et parla même élogieusement du 
défunt. Le chroni(iueur ne peut avoii- pris ce récit qu'à une tradition 
caraïte et il semble au premier abord (juil ne faudrait rien moins que la 
certitude positive du contraire pour se refuser à croire que Salmon est 
mort avant le Gaon. Or, quel est le fait opposé tellement évident qu'on 
puisse s'en contenter? 11 est facile de voir que l'argument basé sur les 
dates supposées des ouvrages de Salmon est exti'émemcnt fragile. On a 
beaucoup fait état de la date de 9y0, qui se rapporterait a son Commen- 
taire des Psaumes. Mais ce commentaire est cité dans celui des Lamenta- 
tions, et la date assignée à ce dci nier dans le manuscrit du British Muséum. 



BIBLIOGRAPHIE 313 

Or, 2.313 iCatnlotjue, n" 233 est 933, tandis que le ms. Or. 2.3IG [Catal., 
n" 232; le place en 936. 11 y a là tout simplement un exemple de confu- 
sions. On trouvera plus do détails dans Pinsker, m'':i73"îp "'^ip-, P- 130- 
133, et ailleurs. 11 est difficile dimaginer une question plus incertaine que 
celle des dates des ouvrages "de Salmon. 11 est donc permis de hasarder la 
conjecture que ses écrits ont subi des revisions et des altérations après sa 
mort et que les dates plus récentes sont celles des remaniements, tandis 
que les plus anciennes seraient celles de l'auteur lui-même. Mais s'il en 
est ainsi, il est clair que Saadia, mort en 942, peut fort bien avoir assisté 
aux obsèques de Salmon et nous n'avons aucune raison de douter que le 
(iaon ait pu, en présence de la mort, être poussé par un généreux sentiment 
a prononcer une parole éloquente pour son adversaire décédé. 

Il est vrai qu'à part les dates supposées des ouvrages de Salmon. nous 
avons à compter avec la relation de Sahl b. Maçliah (x» siècle), citée par 
M. Poznanski dans la Préface, p. 3, et qui paraît bien affirmer que Salmon 
b Yoroham a combattu les opinions de Saadia non seulement du vivant 
de ce dernier, mais aussi après sa mort. On peut répondre que, si la rela- 
tion de Sahl pouvait être considérée comme claire et digne de foi dans 
tous ces points, l'inexactitude de celle d'Ibn-al-Hiti serait prouvée par là 
même. Mais M. Poznanski lui-même est obligé de critiquer très sévèrement 
la citation de Sahl. Tout le passage donne en effet une impression de con- 
fusion plutôt que d'ordre et, si Ton écarte la possibilité d'une altération 
postérieure, il se pourrait fort bien qu'en réalité Sahl ait voulu plutôt 
faire ressortir l'activité littéraire de Salmon contre Saadia que rapporter 
(luil a écrit des ouvrages de controverse après la mort du Gaon. M. Poz- 
nanski convient, après Steinschneider, que nous avons fort peu de ren- 
seignements clairs et précis touchant la vie de Salmon et, puisqu'il en est 
ainsi, il semble convenable de suspendre présentement notre jugement 
plutôt que d'aftirmer catégoriquement, avec notre auteur, que le récit 
dlbn al Hili n'est autre chose qu'une fiction. 

11 suffira d'effleurer les quelques autres points sur lesquels nous avons 
des remarques à faire. La définition du "iN":N'rî< 3NnD comme n'étant 
qu'une « introduction >> au p'Nin'îST ywN'-i'rî* axns (p. 8 repose proba- 
blement sur une simple méprise, car le premier forme en réalité un ouvrage 
étendu et indépendant. Sur la date de Yéfet (p. 20 , l'auteur aurait pu 
invoquer le ms. Biit. Mus. Or. 2339 (Cat., n° 301 i, où, dans un colophoii 
daté de 1004-5, le nom de cet auteur est suivi de la formule r:35N ~tn 
que Dieu le fortifie!), ce qui prouve qu'il était encore en vie à ce moment. 
Il vaudrait la peine de rechercher si l'ouvrage de controverse que Yéfet 
aurait composé spécialement contre Saadia (p. 21) n'est pas le même que 
celui qui fut dirigé contre .lacob b. Samuel, élève du (iaon, car n'est-il 
pas clair que les arguments opposés au disciple équivaudraient à un traité 
contre Saadia lui-même? On pourrait suggérer une solution de ce genre 
dans d'autres cas semblables. — En ce qui concerne la date de Sahl b. 
Fadl al-Toustari. discutée par M. P. (p. 34 , on peut désormais fixer défi- 
nitivement l'activité de cet auteur aux dernières années du xi« siècle. En 



;^u 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



effet, fhins lin traité philosopliiquc compost' pai- Ali b. Sonlaiman en Tan 
40i) de riiégifc (1072-1073;, cet auteur rappelle que al-Toiistari a écrit 
avant lui sur le même sujet. Daulre part, ce contemporain un peu plus 
ancien d'Ali b. Sonlaiman vivait encore en 1072, car ce dernier fait suivre 
son nom de la plirase HNpa nrbx DNIN (que Hieu prolonge son élé- 
vation). 

llemarquons, enfin, qu'aucune allusion à Saadia nest relevée dans notre 
étude sur le bnyrKi TT^ibrrN dnpd d'al-Toustari, mentionnée par M. P., 
p. Î54-85. 

En prenant congé de l'excellent ouvrage de M. Poznanski, nous tenons 
à faire i-essortir une fois de |>lus le progrès considérable qu'il fait faire à 
l'étude critique de la littérature caraïte. 

G. Marcoliouth. 



Daviuson Jsrael;. Parody in Je-wish Literature. New-York,, Columbia Uni- 
versity Press, 1907 ^en commission cbez Olto Harrassowitz, à Leipzig) ; 
frr. in-8<> de xxn +292 p. M. 10 (Coltimbia Univoisity Oriental Studies, vol. Jl.^ 



C'est un cbapKre de la poésie hébraïque (jui est étudié, complètement 
et à fond, dans cet ouvrage. La littérature scientilique du judaïsme est 
très pauvre en monographies de ce genre et c'est une raison déplus pour 
que le livre de M. Davidson soit le bienvenu. Tout au plus pourrait-on 
regretter que des recherches aussi approfondies n'aient pas été appliquées 
à im domaine plus considérable. Une histoire de la poésie juive tout 
entière, par exemple, comblerait une lacune sensible. Mais elle ne pour- 
rait guère être aussi définitive (jue l'est celle-ci pour le genre littéraire 
(pu' s'est circonscrit le choix de l'auteur. Une partie importante des 
ouvrages étudiés n'est pas imprimée. M. D. n'a pas reculé devant la diffi- 
culté de se procurer des copies de manuscrits conservés dans des biblio- 
tbèqiies européennes, mais il a été favorisé sui-tout par celle de Jewisli 
I lieological Seminai-y of America, qui est extraordinairement riche en 
manuscrits et imprimés rares et qui lui a fourni plus de vingt manuscrits 
relexant de son domaine 

Le volume est précédé d'une « Note * de M. (lottheil, dont on ne voit 
pas bien le but ; c'est tout au plus si elle rappelle les huscainot (approba- 
tions) du moyen âge. Dans la Préface, l'auteur parle du seul travail 
antérieur qu'il ait eu à sa disposition, l'article Piirim et Parodié de 
Steinschneider, qui porte siu- M pjirodies, aloi-s que le présent livre en 
étudie près de yoo. Dans l'iniroduction, .\L ]). définit avec beaucoup de 
clarté et de rigueur la parodie et les genres littéraires voisins, afin de 
cir(;onscrire nettement son sujet, et exau)ine l'importance des productions 
étudiées, dont il ne s'exagère pas la valeur : les meilleures sont d'heureuses 
imitations du Talmud ou du Midrasch. L'ouvrage proprement dit se divise 



BIBLIOGRAPHIE 311} 

en deux parties bien tranchées: une histoire de la parodie dans la littéra- 
ture juive, écrite avec art (p. 1-112), et quatorze études d'érudition 
consacrées à des parodies spéciales (p. 115-266). En rejetant dans la 
seconde partie toutes les recherches de détail tant soit peu longues, 
M. D. a réussi k dégager l'exposition de la première du lest qui l'aurait 
encontjbrée et à fournir un travail lisible et intéressant au plus haut 
point. 

L'évolution de la parodie dans la littérature juive est divisée en cinq 
périodes. Le chap. i (p. l-l;jj étudie les débuts du genre et mentionne 
certaines phrases qu'on trouve dans le Talnuul et dans le Midrasch et qui 
ont une allure de parodie ; à ce propos, M. D. attribue à tort aux talmu- 
distes quelques passages bien postérieurs du Midrasch d'Esther, qu'il place 
même avant les citations du Talmud de Palestine 'p. 2). Pour les expres- 
sions dirigées contre les Caraïtes (note 11), la source n'est pas indiquée. 
La première parodie véritable est le Maarib b. Pourim, de Menahem b. 
Aaron, qui a imité un poème religieux plus ancien. Viennent ensuite 
les satires de Zabara, dont l'une parodie les Aphorismes dHippocrate ; 
l'édition citée dans la note 20 a d'abord paru dans le Yalkul Maarabi, I, 
New-York, lOOt ; cf. Z. /"., H B., VII, r,6. Les ouvrages de Harizi et de Juda 
b.Ishak ibn Schabbataï soûl beaucoup plus importants; aussi sont-ils plus 
longuement étudiés. 11 est intéressant d'apprendre que la célèbre satire 
du second, intitulée û""w: Nsno rTurf rn;n (dont une traduction alle- 
mande de Léopold Stein, portant le titre de « Der Weibcnfeind », a été 
rééditée par Karpeles dans le JahrOach fiïr jud. Ge.schichle und Literatur, 
1906 (p. 200-260), n'est pas dirigée contre les femmes et contre le mariage, 
quoique deux répliques du xuie siècle l'aient déjà interprétée comme 
telle; d'après M. D . le but de l'auteur est de mettre en garde, aussi bien 
contre la misogynie que contre les mariages précipités. La date de cette 
parodie est examinée dans une note assez longue (n. 33), qui aurait mieux 
été placée dans la seconde partie. L'auteur adofite l'opinion de llalberstamm, 
d'après qui l'ouvrage aurait été remanié k trois reprises ; mais on n'en a 
aucune preuve et largumentation de M. D. est loin d'être convaincante. 
Les deux phrases qui servent de fondement à la discussion militent. Je 
crois, contre cette opinion. Ce sont les suivantes : !~i:7:Gi □"•UJa f-iron 
Dn33 ... an ;i22o) •o7:m a"'Di7jTa nr^ai ,ann3 Nbi sns; (1208) et : D'^ncy p 
b^UJn E1-1S733T ,n\-iacn d-'^'^^n- p:c3t .rrrnpn ndt rrn-^-^^ . . . r,yc 
...nin2-s. Les mots Drn: xbi 2n33 et nTnpr; Nbi r^T-iic se rap- 
portent certainement à la même rédaction. La contradiction dans les dates 
est écartée le plus simplement par la conjecture de Kaufuiann, qui lit 
rT"i7:",:ji c■';^7:'c en supposant une confusion du n et du n. La date de 
1217 dans la Ketouba n'est pas expliquée par notre auteur non plus; il 
ne dit pas davantage qu'un ms. Firkowitz [Ha-Schachar, IV, 491 ; cf. 
Steinschneider, dans le Lelterbodc, Xll, 72j est daté de 900 ! Nous ne 
sommes donc pas plus avancés que Steinschneider et nous ne savons 
toujours pas comment nous tirer d'affaire. Notre salirii[ue paraît avoir 
porté généralement le surnom de 3"">aDr! n;tj (cf. note is). Il me paraît 



ai 6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

donc invraisemblal)lo iiiic n~c02 soit tombé dans le passage cité 
note :t-2. Noie U : lire « vol. 27 (— rNn-:;^ m-,DO, p. 259\ » Une 
antre parodie du même, in(''dite celle-là, est diiiyée contre ses ennemis 
de Saragosse et mentionne un ouvrage historique de l'auteur, ({ui est 
perdu. M. i). donne d'intéressants extraits de cette parodie. Une expli- 
cation heureuse est celle de ê<:n;"ip et de pip, « cornu » pour désigner 
linl'ortune conjugale (note 56). 

Le chap. n (p. 15-29) étudie les ouvrages composés an xiv^ siècle en 
Provence et en Italie. Les plus importants, la Masséchet Pourim, de 
K&lonymos, ]e Séfer Babakboiili, anonyme, et la Megitillat Setarlm de 
Lévi h. Ticrson, font aussi l'objet d'un chapitre dans la seconde partie, dans 
laquelle il aurait fallu i-elégucr les notes détaillées qui contiennent des 
observations nouvelles et sont intéressantes à plus d'un titre. Le résultat 
le plus important, que M. D. aurait pu illustrer par des exemples, est la 
détermination du rapport de la MetjuiUal Setnrim et dn Séfer Habak- 
bouk: le premier écrit atïecte la forme dun Midrasch du second. L'ex- 
plication des mots énigmaliques n''jb"'--ip par un nom hypocoriste 
(coredie lènità) est excellente; Graetz, en intervertissant deux lettres, 
avait imaginé une fille de cardinal (il s'agit de la femme du président 
d'une con)miinauté juive) ! 

La décadence de la parodie jusqu'au milieu du xvu^ siècle forme le 
snjet du chap. m (p. 29-40). II s'agit principalement de textes manuscrits, 
édités par portions dans la seconde partie. La note .3G contient le texte 
d'ime partie d'un morceau liturgique. Il faut ajouter le poème satirique 
de Salumon Bonfed contre les habitants de Saragosse (milieu duxve siècle), 
qui contient encore, à la fin, des Tekanot parodiées (cf. H. B., xiv, 9Gj ; 
j'en ai trouvé récemment a la Bibliothèque du Séminaire de Ne^N-York 
une copie faite par Coronel, d'après le Halberstamm 242 (Cat. Hirschfeld, 
n» 362). 

Des ouvrages plus connus et plus intéressants sont étudiés dans le qua- 
trième chapitre (p. 40-59), qui va jusqu'à la fin du xvni* siècle et nous 
fait assister à la renaissance de la parodie. Ici encoie les textes plus im- 
portants sont examinés en détail et édités par fragments dans la seconde 
partie. 

Le dernier chapitre (p. 59-112) est consacré au xix*" siècle, qui a donné 
naissance à près de 420 parodies, de petite étendue pour la plupart, et 
dont rénumération complète, acconipagnée de toutes les indications 
bibliographi(|ues nécessaires (p. 262, le n" 415, ([ui manque dans V Index. 
est imprimé aussi dans le Ha-Maguid, Vil, 73), forme la fin de la seconde 
partie (p. 219-263"), où l'auteur a rejeté tous les hors-d'reuvre érudits. 
iJans la première partie, il n"a pu tenir com|)te naturellement que des 
productions les plus importantes de l'époque moderne, qui sont fort nom- 
breuses, mais qui ne sauraient être toutes considérées comme relevant 
de la littéi-ature. L'auteur étudie successivement les parodies dirigées 
contre les Hassidim et contre la Réforme, celles qui se rapportent au 
socialisme, à l'Amérique, enfin celles qui n'ont pas le caractère de 



BlliLlOGKAPHlE 317 

satires; partout il met en relief les pièces les plus caractéristiques et, 
comme il l'avait déjà fait en partie dans les chapitres précédents, il en 
donne des spécimens heureusement choisis, qui les font mieux connaître 
au lecteur. Ce chapitre, le plus long de tous, est aussi le plus populaire 
et, sous plus d'un rapport, le plus intéressant. Je voudrais relever seule- 
ment deux points où l'auteur ne paraît pas apprécier les parodistes avec 
équité. Il reprend chez les satiriques toute expression un peu crue, par 
une pruderie qu'au moins le lecteur français ou allemand ne comprend 
guère. D'autre part, le chapitre sur l'Amérique respire un chauvinisme 
({ue nous ne saurions approuver. 

Les recherches spéciales de la deuxième partie, (jui forment souvl'uI la 
base des indications contenues dans la pi-emière et qui reposent pour la 
plupart sur l'étude des manuscrits, sont riches en résultats neufs. Un 
certain nombre de textes y sont publiés pour la première fois intégrale- 
ment ou par extraits, par exemple dans le chapitre u p. 1.34-147) quelques 
parodies du sud de la France, qui intéressent même le i-omaniste par 
les gloses provençales quelles contiennent. Le premier chapitre, sur 
Massécliet Pourim, etc , fait une trop grande place à la description des 
éditions; après les indications de notes 4 (p. 125) et 6 (p. 127 , quelques 
lignes auraient suffi pour l'édition princeps. L'édition de Venise est 
décrite d'après deux exemplaires qui ne se distinguent en rien l'un de 
l'autre. Dans la liste des manuscrits, il manque celui de la Bodléienne, 
Heb. e. 10 mentionné parNeubauer, Les Ecrivains français, p. 255, et 
sur lequel on peut voir maintenant le tome II du Catalogue, n° 2746. Ce 
ms. a été copié en 1404, de sorte qu'il est sans doute le plus ancien. Un 
autre ms., qui contiendrait un grand nombre de meilleures leçons, est 
enregistré par Landauer, Catalogue de Strasbourg, 1881, n" 29 : comme 
ceux de la Bodléienne et de Leipzig, décrits par M. D., p. 120 et suiv., il 
porte l'épigraphe de l'édition princeps, sur laquelle ils ont sûrement été 
copiés. Ils devaient donc être exclus de l'examen, et de même la collec- 
tion de variantes de cet épigraphe (p. 126), dont on connaît maintenant 
roriginal. P. 122, 1. 9, il faut lire 392 au lieu de 422; v. Steinschneider, 
Catalogue de Munich, 2» éd., P. 133, i"id3 signifie probablement 1338. 
Du poème contre les joueurs attribué à Ibn Ezra, M. D., qui l'a reproduit 
au chap. ui, n'en a malheureusement pas connu l'édition princeps. Celle- 
ci contient le vers final cité p. 150 d'après Kohn ; pour le reste, les 
variantes n'ont pas grande importance. L'édition lit : 1. 2, myT3\a2 ; 1. 3, 
Dm-i73 v»" -^D nb^t-i Nb t'73"'i ; 1. 4, D^in ; 1. 5, nr»:)^ ; 1. 6, s^tt^ y-i -3 
■ □■'-inNbi ntjyyb ; 1. 7, pT73..."5DN-'; 1. 8, V^;to. Un texte presque sem- 
blable à celui du n° 7 est fourni parle a'ijl7aTD 'o, Calcutta, 1856, n° 274, 
signalé par Halberstamm, Monalsschrift, 1871, p. 86. L'ordre des versets 
y est le suivant: 1, 2, 3, 7, 4,6, 8 ; puis viennent les 8 versets imprimés 
p. 150, où le v. 5 delà p. 149 est intercalé, comme dans le n" 7, entre 
10 et 17 et de plus le v. 2 de la page 149 entre 14 et 15. Les variantes sont 
partout identiques avec celles du n"» 7, si ce n'est qu'au v. 2 on lit : 
TTI73 D5 à la place de Tn^ai, ce qui est d'ailleurs la leçon de ce n» la 



318 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

seconde fois »iue ce vers est répété, P. IbO, l'édition a, au vers. 7 : 
rnsbi., au v. 9 : *73Na„ au v. 14: imny ruaTOT 

H faut faire ressortir tout spécialement l'étude consacrée à la Haggada 
anti-chrétienne de Yona Hapa (ch. v, p. 153-107) ; par une investigation 
minutieuse, qui est un modèle de criti(jue, M. D. prouve incontestable- 
ment que Steinsclineider et Krauss ont placé lœuvre beaucoup trop 
tôt et, pour des raisons frappantes, il en place lui-même la composition 
en 1680. Grâce à un lieureux hasard, il a pu prendre connaissance après 
coup V. p. 265-266) d'une- lettre de l'auteur qui est de cette année. On 
appréciera également lu réédition d'un ouvrage encore postérieur, Massé- 
chet Pouriin, d'après l'exemplaire unique de l'édit. de Cracovie conservé 
à la Bodléienne, ainsi que la fixation des rapports complexes qui existent 
entre les diHérentes versions de cette parodie. Cette discussion eût été 
plus facile à embrasser, si M, D., avait présenté une confrontation des 
versions 1, 2, 3, 5 et renoncé à énumérer les variantes insignifiantes des 
exemplaires de chacune d'elles. 

Les observations que nous avions à présenter sur les recherches de la 
seconde partie du livre ne portent pi-csquc que sur des détails extérieurs 
et n'affectent en rien les résultats obtenus. Au contraire, les conclusions 
finales de l'auteur seront sans doute acceptées par tous. Les Indices sont 
très soignés, mais on regrette de ne pas y trouver les titres des ouvrages 
auxquels les parodies sont empruntées, tels que D"^"nD m;n, D"^~nD piST. 
D"*"!"!;; mnT, etc. ; en revanche, on se serait passé de l'indication de tous 
les manuscrits de chaque parodie. 

I/ouvrage de M. Davidson mérite d'être loué sans restrictions et sans 
réserves. 11 témoigne d'un zèle extrême et d'un espiit critique très sur. 
Le lecteur ne le déposera pas sans profit ; pour le bibliographe, c'est un 
répertoire indispensable. Bref, l'auteur a fourni une contribution pré- 
cieuse à. l'histoire de la littérature juive. 

>'e\v-York. 

A. Marx. 



Le gérant : 
Israël Li;vi. 



TABLE DES MATIERES 



REVUE. 



ARTICLES DE FOiND. 

Aptowitzer V.). I. Le traité de « Kalla » 231» 

H. Deux consultations des Giieonim dans le Pardes -245 

Blondhkim (David S.). Le glossaire d'Oxford 1 

Gross (H.). La famille juive des Hamon ; contribution à l'histoire des 

Juifs en Turquie (fin) 5o 

Grunwald (Max). Un Juif, fournisseur militaire de Napoléon I*""; 

contribution à l'histoire des campagnes de 1812-1813 70 

Liber (Maurice). La récitation du Schéma et des bénédictions 161 

MiRET Y Sans (^loachim). Les médecins juifs de Pierre, roi d'Aragon. 268 

PozNANSK.[ (Samuel). Les ouvrages linguistiques de Samuel Hannaguid 2b3 
Weill (Raymond). Le séjour des Israélites au désert et le Sinai dans 

la relation primitive, l'évolution du texte biblique et la 

tradition christiano-moderne 19 et 194 

WoLFso.N (D.;. Lexpulsiou des Juifs de la principauté d'Orange 

en 1732 93 

NOTES ET MÉLANGES. 

Bâcher (W.). I. L'expression ywuî by Dis 100 

IL Le nom d'Isidore porté par un ancien Juif 102 

Heller (Bernard). Autre note sur le nom divin de vingt-deux lettres 

et sur le démon de l'oubli 105 

Lamhert (.Mayer). I. Notes sur les papyrus d'Éléphantine et d'Assouan 104 

IL Notes exégétiques 270 

SiDERSKV (D.). L'origine du cycle lunaire et Tordre des années einbo- 

lismiques du calendrier juif 98 

WoRMA.N (Ernest James). Un document concernant Isaac Louria 281 



320 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



BIBLIOGHAPHIE. 



Bâcher (W.). D"'5^i")"'T IT'i: V2r,ii -iDD. Vai-ianten iind Erganzungen 
des Textes des Jeriisalemilischen Talmiids nach alten Qiiel- 
len und handschriftlichen Fragmenter! ediert, mit kritischen 
Noten und Erlauterungen versehn, par B. Ratner 308 

Blau (L.). Einleitnngin den Talmnd. Vierte, neiibearbeilete Aiiflage, 

par Hcrmann L. Strack 140 

LiuEH (Maurice). I. Uevue bibliograpliique cannée 1907) [fiiii. 109 et 283 
II. Le système historique de Renan, par G. Sorel ia2 

Margoliouth (G.). The Karaite literary opponents of Saadiah Gaon, 

par S. PozNANsKi 311 

Marx (A.). Parody in Jewish Literature, par Israël Davidson 314 

SciiwAU (Moïse). Ueber die Unechtheit dos Samaritanischen Josua- 

buches, par A. -S. Yahuda 149 

Additions et rectifications 139 

Table des matières 319 



ACTES ET CONFERENCES. 

Assemblée générale du 13 février 1909 i 

Allocution de M. Moïse Schwab, président i 

Rapport de M. Edouard de Goldschmidt, trésoi'icr ^\ n 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERK, 59, RUE DUPLESSIS. 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 



SÉANCE DU 13 FÉVRIER 1909. 
Présidence de M. Moïse Schwab, président. 

M. le Président prononce l'allocution suivante : 

Mesdames, Messieurs, 

A l'expiration de son mandat, il est bien tard pour que le prési- 
dent puisse vous remercier de l'honneur que vous lui avez accordé 
en lui confiant ce poste. Il est encore plus tard pour remercier 
devant vous M. Majer Lambert, non pas seulement pour les paroles 
aimables qu'il lui a plu, l'année dernière, d'adresser à votre ancien 
trésorier, devenu son successeur, mais encore pour tous les services 
qu'il a largement rendus à notre œuvre, services de secrétaire, de 
rapporteur littéraire, de collaborateur assidu, dont les travaux et 
articles sont trop nombreux et trop importants pour être énumérés 
ici. Avec sa modestie habituelle, il s'est pour ainsi dire défendu 
d'avoir accepté la fonction de président, qu'il n'avait pas sollicitée. 

En présence de cet exemple, quoi penser et quoi dire, pour me 
justifier et pour m'excuser à mes propres jeux? Laissez-moi répéter 
l'adage de R. Éléazar Ben Azaria', au moins en partie : "^îî* ^"lïl 
■^niST «bl tn3« D'^ya© in, « je suis entré (de fait) dans ma soixante- 
dixième année, sans avoir de mérite » . Votre indulgence seule a pu 
m'élever à ce siège, et votre sympathie a comblé la distance qui 
me sépare de mes prédécesseurs. 

1. Misclma, tr. Berakkâth, l, 5. 

Agt. et conp. a 



ACTES ET CONFÉRENCES 



Cependant, si nous regardons en arrière, nous verrons la série 
considérable des hommes éminents qui tour à tour ont dirigé la 
Société des Études juives : des grands rabbins, des professeurs, des 
académiciens. Lorsqu'un jour vous établirez cette énumération 
nominale, elle constituera votre tableau d'honneur. 

Parmi ces excellents guides d'autrefois, parmi ceux qui ne sont 
plus, arrêtons-nous pieusement ensemble, en communion de regrets, 
devant la mémoire d'un de nos présidents les plus affectueux et les 
plus affables, que la mort nous a subitement enlevé le 12 avril der- 
nier. Notre collègue Hartwig Derenbourg nous était cordialement 
attaché : il suivait nos travaux et nos publications avec une 
sympathie, on dirait volontiers avec une passion des plus vives et 
des plus animées pour notre bien. Il l'a prouvé, non seulement par 
son assiduité aux séances du Conseil, aussi longtemps qu'elles 
n'étaient pas en discordance d'heures, — bien entendu, d'heures 
seulement, — avec ses cours à la Sorbonne, puis par sa gestion 
comme président de la Société en 1893, mais encore et surtout plus 
personnellement par sa participation à notre Revue^ par ses articles 
de fond et par ses bibliographies ' . 

Moins hébraisant que son père Joseph Derenbourg, dont il fut le 
collaborateur, il nous a fourni maints témoignages de sa vaste éru- 
dition en fait de langues sémitiques, traitant les sujets les plus 
ardus et les plus sévères, avec cette aisance qui était un rayon- 
nement de son heureux caractère. Est-ce pour avoir été musicien 
consommé qu'il a rédigé ses écrits avec tant d'harmonie? Est-ce 
par ce motif, ou sur un thème de mélodie, qu'il a presque professé 
l'aménité, avec autant de conviction qu'il mettait à enseigner 
Farabe? Il est bien possible que ce fut inné chez lui, de même qu'il 
avait la vocation du professorat. Il aimait à le proclamer, disant et 
redisant maintes fois à ses intimes : « On devient savant, on naît 
professeur. » 

Il était certainement sérieux, sans cependant être triste. A sa 
gravité, à l'austérité de ses œuvres et do ses leçons, il savait 

1. T. I (1880), p. 56-60 ; t. III (I88I), p. 310-9 ; t. IV (l882), p. 306-7; t. VIII 
(1884), p. 145-152; t. XXIIl (1890), p. 09-116 et 279-3iH, 314-317; t. XXVI, 
p. 135-8; t. XXX, p. 118-121, 139, 140, 298-9; t. XLIV (l902), p. 124-6. 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 13 FÉVRIER:1909 ]1I 

joindre ua grain de fantaisie juvénile, qu'il cultivait encore dans 
l'âge mûr. Probablement, il ne lui déplairait pas de laisser rappeler 
ici qu'allant un soir à un bal masqué, il adopta pour coiffure une 
o tour de Babel ». — Il avait des droits à cette tiare de la science, 
autant qu'à la couronne de la bonne renommée. 

C'est qu'en lui l'homme de bien égalait le savant. Tous ceux qui 
l'ont fréquenté ont pu goûter le charme de son accueil, le sourire 
aux lèvres, de même que ceux qui l'ont sollicité, dans un intérêt 
particulier ou général, peuvent attester l'empressement qu'il mettait 
à les servir ; il ne craignait même pas de dépasser parfois la mesure 
due à chacun, comme s'il avait voulu manifester son optimisme par 
la philanthropie» 

Interrogez à cet égard la plupart de ses élèves : ils vous répon- 
dront qu'avec une ardeur sans pareille il suivait leur carrière, de 
quels soins paternels il entourait ceux qu'il considérait comme ses 
enfants, comme ses fils adoptifs, à défaut d'autre postérité. Sous ce 
rapport, on ne saurait remonter trop haut. Un confrère de feu 
Derenbourg, qui nous a donné une conférence ici même à cette 
place, sur le Temple de Jérusalem, remémorait tout dernièrement le 
portrait moral et intellectuel de Cicéron, bien applicable à notre 
défunt collègue : « Une fois, dit-il *, qu'elle s'est découverte à vous, 
cette figure spirituelle, si douce, si aimable, si humaine, si 
attrayante, ne peut plus s'oublier ». N'est-ce pas, en dernière ana- 
lyse, l'image fidèle de celui que nous pleurons? 

Au lieu de notre jugement forcément imparfait, écoutons ce qu'il 
dit de lui-même, à propos des courtes biographies consacrées à son 
père et à son grand-père, puis d'une brève autobiographie, au 
moment de clore l'histoire de ce qu'il appelle, avec une légitime 
fierté, « la dynastie Derenbourg ». 

Goûtons ensemble, Messieurs, ce passage de VAvant-Propos aux 
« Opuscules d'un arabisant » : « Les deux derniers chapitres du 
volume, dit l'auteur, risquent d'être dénoncés comme empreints d'un 
individualisme outré. Je ne nie pas qu'ils pourraient me faire 

1. Georges Perrot, Notice sur &. Boissier, lue dans la séance publique'annuelle 
de l'Académie des lascriptions et Belles-Lettres, le 20 novembre 1009. 



IV ACTES ET CONFÉRENCES 

accuser d'orgueil, voire même d'outrecuidance; je ne méconnais 
pas qu'ils auraient donné barre contre moi aux malveillants et aux 
détracteurs, s'il 3^ en avait dans ce paradis terrestre, où les humains 
sont si bienveillants les uns pour les autres. Mon optimisme, hérédi- 
taire et inébranlable, maintiendra jusqu'à la fin sa résidence favo- 
rite, sa tour d'ivoire, avec la compagne qui l'a partagé, entretenu, 
affermi et sauvé de l'effondrement, avec ses amis les rêves, avec 
ses amies les espérances, que le vulgaire appelle des illusions ». 

Dans ces lignes, où l'ironie se mêle à la bonhomie, ne croirait-on 
pas lire des réflexions émises par Renan ? Le maître a dû inspirer 
le disciple, en lui transmettant sa douce philosophie. Celui-ci, toute- 
fois, a su se dégager du scepticisme délétère, étant floué par contre 
d'une propension chaleureuse au profit des œuvres humanitaires, 
déployant son activité à secourir, à relever les déshérités de ce 
monde. 

N'est-ce pas cette tranquillité de conscience, cette satisfaction 
du devoir accompli, qui le rendait si allègre, malgré la notion évi- 
dente du danger que couraient sa santé précaire et sa vie menacée 
parla maladie? Brusquement, mais sans souffrir, il s'est éteint, « de 
ja mort des justes », laissant par devers lui une veuve inconsolable. 
Puisse-t-elle trouver un adoucissement à sa douleur dans le monu- 
ment littéraire qu'elle va élever à la mémoire de son mari ! Ce sera 
la forme la plus glorieuse pour perpétuer le souvenir du maître bien- 
aimé, la synthèse de son enseignement à transmettre aux géné- 
rations futures I 

Dans le même mois d'avril 1908, nous avons perdu un autre 
sociétaire, M. le grand rabbin Wertheimer, qui a exercé son minis- 
tère sacré à Genève pendant plus d'un demi-siècle. Il a bien rempli 
sa double carrière : à ses fonctions rabbiniques il n'avait pas craint 
de joindre la charge de professeur de philologie comparée prés l'Uni- 
versité de sa résidence. A ces deux titres, le gouvernement français 
l'avait nommé chevalier de la Légion d'honneur. Aussi ses ouailles, 
ainsi que ses élèves, lui ont voué une estime non moins profonde 
que leur sympathie était cordiale, et tous ses collègues gardent de 
lui un excellent souvenir. 

Saluons aussi avec respect la mémoire d'une nonagénaire, que 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 13 FÉVRIER 1909 V 

nous revendiquons comme l'une des nôtres, en raison du nom qu'elle 
portait. M'"'' Salomon Munk, veuve depuis quarante-deux ans, s'est 
lentement éteinte le 25 décembre, sans avoir eu la douleur de savoir 
que sa fille aînée l'avait précédée de fort peu dans la tombe. Long- 
temps elle a pu suivre la renommée posthume et toujours vivace de 
son mari, l'un des premiers rénovateurs des études juives en 
France. 

Mesdames et Messieurs, 

Après nous être entretenus du passé, songeons au présent, à 
l'état actuel de nos travaux. Or, sur ce point, je vous dois une con- 
fession publique: j'avoue avoir été avec les détracteurs du Rapport 
littéraire annuel, supprimé dans le seul but de débarrasser le Secré- 
taire d'une corvée absorbante, et voici que je suis puni par où j'ai 
péché. Cependant, sous peine du reproche d'ingratitude, nous ne 
saurions omettre de dire quelle reconnaissance est due aux collabo- 
rateurs de notre Revue, ne fut-ce que dans un résumé plus ou moins 
rapide , 

Commençons par la fin, autrement dit par les articles parvenus 
à leur fin, et l'on peut ajouter, à leur parfait achèvement, A ce 
titre, donnons la première place à l'article historique le plus impor- 
tant, non seulement parce que l'auteur est digne de cette place, 
mais parce que le sujet est aussi le premier par ordre chronolo- 
gique, suivant le cadre tracé par le directeur de notre Revue, 
pour assigner son rang a chaque article. 

Sous le titre de « Le temple du dieu Yahou et la colonie juive 
d'Eléphantine au v« siècle avant l'ère chrétienne », M. Israël Lévi ' 
a pris soin de commenter des papjrus qui sont du plus haut 
intérêt pour Thistoire des Israélites peu de temps après Tédification 
du second temple à Jérusalem et la restauration de la nationalité 
juive, protégée par les Perses. 

Autre point d'histoire, se référant à peu près au même cycle, mais 
dont la rédaction est de beaucoup postérieure aux précédents docu- 
ments. M. W. Bâcher publie le texte d'un poème judéo-persan 

1. Revue, LVI, 16!-168. 



VI ACTES ET CONFÉRENCES 

intitulé « le livre d'Ezra », par Schahin Schirazi '. C'est une épopée 
faisant suite à un plus grand livre, ou l'histoire d'Ardeschir par le 
même poète. Dans la publication actuelle, il s'agit du fils d'Ardeschir, 
appelé en persan comme en hébreu Koresch, c'est-à-dire Cyrus. 
L'auteur Schahin utilise une légende répandue parmi les Juifs de la 
Perse, d'après laquelle Cyrus permit aux Juifs exilés de retourner 
dans leur patrie et de rééditier le temple de Jérusalem. L'œuvre 
contient la légende curieuse disant qu'Ezra séjourna parmi les 
descendants de Moïse, afin de rectifier sa copie de la Tora; puis il 
raconte le voyage de Mardochée et d'Esther à Haraadan, et leur 
mort en cette ville. 

De l'histoire nationale on passe aisément à Thistoire littéraire. 
Un long mémoire de M. Jean Psicari est consacré au « grec de la 
Septante d^, ou de cette traduction de la Bible en grec, faite au 
commencement du u* siècle avant lère vulgaire. Son langage, 
selon la définition du savant helléniste, est à mi-chemin du grec 
ancien et du grec moderne. L'auteur tient compte des hébraïsmes 
réels qui constituent les difficultés de cette version, et conclut que 
la Septante repose sur un original hébreu différent de celui que 
nou.s possédons aujourd'hui. Pour se former une idée de la somme 
considérable de recherches mises au service de ce mémoire, il suffit 
de lire la bibliographie du sujet placée à sa tête, comprenant plu- 
sieurs centaines d'aiticles ou de volumes utilisés à cet effet. 

Dans le même ordre d'études helléniques, on peut placer l'article 
de M. Lionel Dauriac: « Philon d'après deux ouvrages récents' », 
savoir celui de M. Emile Bréhier, intitulé « Les idées philoso- 
phiques et celles de Philon » 1 1908) et celui de l'abbé J. Martin, dans 
les « Grands philosophes » (IQJT). Il est bien vrai que la seconde 
de ces œuvres a paru en premier lieu; mais elle ne mérite pas le 
premier rang, n'étant qu'un « livre de lecture », dit notre critique, 
tandis que le travail de M. Bréhier est un « livre d'études », pour 
connaître à fond les théories du représentant de l'école philoso- 



1. T. LV, p. 249-280. 

2. Ihii., p 1G1-2U8. 

3. Ibtd., (). ;j7-/i7. 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 13 FÉVRIER 1909 VII 



phique d'Alexandrie, ou méthode allégorique d'explication de la 
Bible, en cas de divergence entre la raison et la croyance. 

Pour un autre auteur juif écrivant en grec, savoir Josèphe 
Flavius, le grand travail de traduction de ses œuvres complètes est 
toujours sur le chantier; mais il avance lentement. Pourquoi a-t-il 
fallu un moment le laisser en suspens, certainement en dépit de la 
bonne volonté du directeur de cette publication? Jadis, M. Théodore 
Reinach nous avait charmés, autant par sa parole que par sa plume. 
Aucun de nous n'a oublié ses rapports littéraires sur les articles 
de la Revue, rapports si brillants, si vivants, si remplis d'idées 
neuves, tellement captivants, que nul depuis lors ne les a égalés. 
Cette année, M. Reinach ne nous a donné qu'une page, marquée au 
coin de la meilleure frappe, si l'on peut parler numismatique avec 
un spécialiste tel que lui. Il rectifie un mot essentiel dans un texte 
de Josèphe'. Hélas, d'autres travaux, plus urgents et plus graves 
que les nôtres, prennent tout le temps du député de la Savoie, et nous 
ne pouvons retenir cette exclamation, renouvelée de Mme Roland, 
avec variante : 

O Politique, que d'oublis commis en ton nom! 

D'autre part, pour bien comprendre l'histoire, il faut également 
avoir des notions exactes en géographie, connaître le pajs où se 
passent les événements décrits. A cet effet, nous avons été bien aise 
de lire la savante étude de M. !:^am. Krauss sur les « Divisions terri- 
toriales en Palestine- ». Que l'on ne s'y trompe pas ! Il ne s'agit 
pas de décrire les diverses parties du territoire palestinien, mais de 
définir les termes techniques usités en hébreu, ou plutôt dans le 
Talraud, pour désigner géographiquament, tantôt la région entière, 
tantôt le littoral, tantôt une portion du pays, tandis que les divi- 
sions administratives de la « Terre Sainte », ou « Terre d'Israël », 
ont été examinées par le même savant, dans une étude antérieure '. 

A cette même question de géographie se rattache le travail de 



1. LVI, p. 124-5. 

2. Ibtd., p. 27-41. 

3. T. XLVI, p. 218-236. 



vin ACTES ET CONFERENCES 

M. Paul Berto, sur la « topographie de l'ancienne Jérusalem* », au 
moins dans ce que l'on sait actuellement sur ce sujet, grâce aux 
recherches scientifiques et aux fouilles entreprises dans cette ville 
depuis 1864 jusqu'à nos jours, d'abord par une société anglaise, plus 
tard par des Allemands, ensuite par des Américains. Ces travaux 
ont été condensés par M. Auguste Kuemmel, en 1906, par sa belle 
publication d'une carte de la ville de Jérusalem, sur laquelle sont 
notés les résultats des divers travaux accomplis depuis quarante ans. 
D'ailleurs, cette carte est accompagnée d'un volume explicatif, qui a 
l'avantage de résumer, de grouper et de classer les matériaux rela- 
tifs à cette topographie. — Tel est l'immense travail que M. Berto 
analyse à son tour, en prévenant que M. Kuemmel a eu soin 
d'enregistrer seulement les découvertes, sans entrer dans les dis- 
cussions d'identification soulevées par ces découvertes, envisageant 
dans ce domaine les vallées, les collines, les murs, l'esplanade du 
Temple, la question hydrographique, enfin les tombes et l'empla- 
cement d'anciens palais ; il déclare avec raison que cette œuvre est 
appelée à rendre de grands services. 

Au moment où la capitale de la Palestine possédait encore son 
temple et son culte, vers la fin de la monarchie juive, en quoi 
consistait la liturgie proprement dite, ou l'ensemble des prières dites 
en dehors de l'ofirande des sacrifices? Nous sommes peu renseignés 
à cet égard. Le Talmud, il est vrai, nous renseigne à ce sujet, mais 
non sans lacunes, laissant le champ libre aux hypothèses sur de 
nombreux détails. Aussi, à propos d'un livre de M. Elbogen sur les 
prières principales de l'office du matin, M. LudwigBlau revient sur 
son article paru dans notre Revue, il y a treize ans déjà* : « Origine 
et histoire de la lecture du Schéma et des formules de bénédiction 
qui l'accompagnent. » Cet auteur indique à nouveau^ comment il 
comprend et explique les termes de la Mischna qui servent à 
désigner cette partie de notre liturgie. Il prend aussi texte de cette 
discussion pour parler des capacités (|ue devait posséder l'homme 

1. T. LVI, p. 169-197 

2. T. XXXI (1895), p. 179-201. 

3. Sous le titre de « Récitation du Schéma et de la Haftara • : t. LV, p. 209- 
220. 



ASSKMBLEE GÉNÉRALE DU 13 FÉVRIER 1909 IX 

chargé de réciter la Haftarah , faisant suite à la lecture d'office de 
la Tara. 

Que M. Elbogen ait répliqué ', c'était légitime. Selon lui, « les 
idées de M. Blau reposent en partie sur des malentendus, et ses 
nouveaux arguments sont dépourvus de force démonstrati v^e ». Il 
est d'accord avec son critique sur le sens du terme mischnique, qui 
désigne la récitation d'office des morceaux bibliques avec les béné- 
dictions rituelles dites avant et après ces sections de la Bible (le 
Schéma). 

Sur ces questions d'origine des lectures bibliques, il serait bon de 
connaître les avis, malheureusement rares, des Caraïtes. 'Or, leur 
littérature, même celle de ses représentants qui n'ont pas fait école 
et dont les livres ont joui d'une médiocre influence, a toujours attiré 
l'attention des spécialistes, en raison même de la pénurie des docu- 
ments. Aussi, après nous avoir fait connaître, dès 1896, le « gram- 
mairien de Jérusalem * », selon la vague dénomination couramment 
employée par les auteurs rabbanites ses contemporains, M. Sam. 
Poznanski revient sur ce sujet, et nous donne de « Nouveaux rensei- 
gnements sur Abou-1-Faradj Haroun ben Al-Faradj et sur ses 
ouvrages^ ». Ce personnage, du reste, a été récemment étudié 
aussi par M. G. Margoliouth*. A propos de sa publication d'une 
Chronique des savants caraïtes, le bibliographe anglais nous signale 
des maîtres antérieurs à Aboul-Faradj, et grâce à la juxtaposition 
de noms connus, dont les uns figurent à titre de défunts et les autres 
à titres de survivants, on arrive à constituer une époque, à délimiter 
des dates, à fixer les siècles, durant lesquels ces obscurs commenta- 
teurs de la Bible ont vécu. L'œuvre de notre auteur, restée manus- 
crite à Londres, au British Muséum, a pour pendant et sans doute 
comme corollaire un autre manuscrit conservé à Saint-Pétersbourg 
qui, espérons-le, sera également publié, pour la grande joie des 
amateurs du Judaïsme médiéval. 

D'autres hébraïsaats portent leurs investigations sur desfragments 

1. T. LVI, p. 222-227. 

2. T. XXXÎII, p. 24-39 et 197-218. 

3. T. LVI, p. 42-69. 

4. J. Q. B., t. IX, p. 429 et suiv. 



ACTES ET CONFERENCES 



manuscrits restés épars. Grâce à leurs efforts, ces « miettes de l'his- 
toire » sont mises en valeur. M. A. S. Kamenetzky publie, en les 
enrichissant de savants éclaircissements : « Deux lettres de l'époque 
(1020) du dernier exilarque » ' , d'après un papyrus de la Bibliothèque 
de l'Université à Heidelberg (anc. fonds, n° 910) Sur le même 
feuillet il y a deux lettres (l'une au recto, l'autre au verso), la pre- 
mière porte en tête le nom de l'Exilarque Juda, et la seconde, celui 
de Hiskia petit-fils de David b. Zacaï, ce qui permet de déterminer 
la date de ces pièces . 

Le même auteur ajoute, plus tard, de nouvelles remarques sur ce 
sujet*, à la suite de l'article que, peu de temps après, M. Sam. 
Poznanski consacre, de son côté ^, à ces deux lettres. Celles-ci, 
observe M . Poznanski, n'émanent pas du même correspondant, et 
il lui semble que la seconde pièce n'est qu'un extrait de lettre. 
Comme elles sont à peine distantes d'un mois l'une de l'autre, ainsi 
qu'en raison de considérations graphiques, M. Kamenetzki ne croit 
pas devoir adopter l'opinion de son contradicteur, et il identifie le 
Juda de la première lettre avec Judab. Joseph de Kairouan. 

De même, un jeune Palestinien, M. Bernard Chapira, publie des 
r< Documents provenant de la Gueniza du Caire»*, qui appar- 
tiennent à la Bibliothèque du Consistoire de Paris et sont écrits en 
langue arabe avec caractères hébraïques. Le premier document est 
daté de 1102. C'est un acte de vente à réméré, passé entre deux 
copropriétaires d'une maison. Le second fragment est une lettre 
écrite dans la même langue, adressée dune localité sise entre 
Ramleh et Jérusalem, à Salih Abou Yacoub Youssef, dans la seconde 
moitié du xi" siècle. — L'éditeur est un des rares arabisants 
aptes, par d'autres recherches similaiies, à composer des travaux 
analogues, et il fera bien de poursuivre cette nouvelle mine de 
renseignements. 

Un autre coin de la Gueniza a été exploré par M. Ignace 
Goldziher. ATec sa sagacité et son érudition consommée, il nous 



1. T. LV, p. i8-53. 

2. T. LVI, p. 254-6. 

3. T. LV, p. 244-248. 

4. T. LVI, p. 233-242. 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 13 FEVRIER 1909 XI 

continue ' la série de ses « Mélanges judéo-arabes » {n°^ xxxetxxxi). 
Cette fois, il traite des formules dans les lettres de Gueniza, ayant 
pour but de compléter les remarques d'Ernest James Worman- sur 
l'épistolographie arabe, par ses propres observations, basées sur des 
lettres provenant d'une Gueniza que possède maintenant la biblio- 
thèque de l'Académie des sciences de Hongrie, fonds David Kauf- 
mann ; ensuite, M. Goldziher publie une pièce du même genre : 
c'est un fragment d'une lettre des communautés du Caire à celle 
d'Ascalon. Malheureusement, il n'y a pas de date. 

De son côté, M. Aptowitzer étudie « Deux problèmes d'histoire 
littéraire' », savoir : l'' Comment se nommait l'auteur du Commen- 
taire hébreu sur le livre des Cbroniques dans les Bibles rabbiniques, 
lequel commentaire, selon la démonstration de Zunz et de Joseph 
Weisse, n'est pas de Raschi. On sait seulement que l'auteur se 
trouve désigné par l'abréviation s'a'uî'n, et que l'œuvre contient des 
gloses allemandes et des gloses françaises : ce qui déroute les sup- 
positions. Cet auteur, remarque plus tard M . J. Wellesz •*, a dû vivre 
en France, à Narbonne, ainsi que l'établissent ses rapports per- 
sonnels avec des rabbins français qu'il cite. 2° Quels sont l'auteur 
et le traducteur d'une Collection de sentences intitulée « Choix de 
perles? » D'accord avec Steinsclineider, notre critique combat l'opi- 
nion, admise autrefois, d'attribuer l'original arabe de cette œuvre à 
Salomon ibn Gabirol et la traduction hébraïque à Juda ibn Tibbon ; 
mais il ne nous offre rien de mieux en équivalence. 

La transiiion n'est pas aisée pour passer de cette étude à celle de 
la Kabbale et du mysticisme, dont le domaine a aussi ses investi- 
gateurs, du moins au point de vue linguistique. « Le nom divin de 
vingt-deux lettres dans la prière qui suit (ou accompagne! la béné- 
diction sacerdotale », est le sujet d'un article de M. Bernard Heller s. 
Examinant les termes usités dans cette partie mystique de la liturgie 
juive, l'auteur expose l'origine de ces formules, leur introduction et 

1. T. LV, p. 54-59. 

2. Jew. Quarterly Review, 1905, p. 721-743. 

3. T. LV, p. 85-95. 

4. T. LVI, p. 228-232. 

5. T. LV, p. OO-GO. 



XII ACTES ET CONFÉRENCES 



même leur maintien dans le rituel contemporain d'un grand nombre 
de communautés juives. 11 explique tour à tour les prières dites 
avant, pendant et après la bénédiction sacerdotale, puis « le nom 
divin de vingt-deux lettres », composé de quatre groupes de lettres 
répondant sans doute à des mots grecs plus ou moins corrompus, de 
même qu'à côté du Tétragramme sacré, l'ancienne littérature post- 
biblique connaissait déjà les noms divins composés de douze, de 
quarante-deux et même de soixante-douze lettres. 

A ces observations, M. Krauss ajoute plus tard, en deux courtes 
notes ', des essais d'interprétation du susdit nom divin par le Nota- 
ricon, ou sorte de jeux de mots par combinaison de lettres. Ces 
essais sont suivis de remarques sur le terme obscur Pourah, qualifié 
de « démon de l'oubli ». 

La philologie, heureusement, — après maints détours et circuits 
à l'étranger, — nous ramène en France. Vous avez continué et ter- 
miné la publication des notes posthumes que feu notre collègue 
Arsène Darmesteter avait laissées en portefeuille, à l'état inachevé. 
Ce sont les gloses françaises de Raschi dans son commentaire de la 
Bible-, dont l'importance pour l'histoire de la langue française n'a 
plus besoin d'être signalée. Autant pour nos études que pour celles 
des Romanistes, on peut seulement renouveler les regrets que l'au- 
teur ait été détourné de son œuvre de prédilection, de celle de sa 
prime jeunesse, pour s'adonner à d'autres travaux de son ensei- 
gnement! Puisse-t-il se trouver quelqu'un qui continue loeuvre de 
Darmesteter sur Raschi dans les explications du Talmud ! 

Descendons un peu la période du moyen âge, jusqu'au xiv^ et au 
XVI® siècle. Dans une œuvre récente du vénérable M. Léopold 
Delisle, dans les « Recherches sur la librairie de Charles Y », 
M. Liber a distingué et classé séparément « les manuscrits hébreux 
de la Bibliothèque du Louvre^ ». 

Grâce à ce groupement, on trouve réunis des renseignements sur 
ce sujet qui avaient été envoyés à New-York depuis dix ans, mais 



1. T. LVI, p. 251-3. 

2. T. LV, p. 72-83, et t. LVI, p. 70- 

3. T. LV, p. 96-102. 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 13 FÉVRIER 1909 Xllï 

écourtés par une publication juive de cette ville. Ainsi, l'histoire du 
fonds des manuscrits hébreux à la Bibliothèque nationale de Paris 
est presque reconstituée. 

Le même historien nous fait connaître « Montaigne à Rome' », 
d'après le m Journal du Voyage » de ce moraliste, nous révélant 
maintes notices qui intéressent l'histoire des Juifs à Rome, dans le 
dernier quart du xvi<^ siècle, entre autres la visite du philosophe 
français à la synagogue du Transtévère et l'audition des sermons 
de prêtres catholiques, que les Juifs Romains étaient tenus d'aller 
écouter. 

Jusque-là, les articles qui ont défilé devant vous se réfèrent tous 
à un seul point et sont limités par un cadre restreint. Un mémoire, 
toutefois, embrasse un espace de temps de dix siècles, tout en étant 
confiné à une seule ville : c'est l'étude fort développée, qu'a entre- 
prise M. Jean Régné « Sur la condition des Juifs de Narbonne, du 
v* au XIV® siècle ' », ou depuis l'entrée des Wisigoths dans celte 
ville jusqu'à l'exil définitif des Juifs de France. Cette étude embrasse 
leur condition poliiique, en deux grandes périodes: la première 
(seule publiée jusqu'à ce jour) comprend la période monarchique, 
du v^ au X® siècle, savoir : sous la domination wi^jigothique, d'après 
les lettres de Sidoine Apollinaire, les récits de Grégoire le Grand, 
les décisions du Concile régional ; puis sous la domination des Caro- 
lingiens, dont les quatre premiers étaient judéophiles, tandis que 
Charles le Simple était judéophobe. 

Ah! la jolie « légende judéo-chrétienne, du compagnon au Para- 
dis » , que nous conte M. Bernard Heller ! La voici en raccourci : un 
savant docteur est désolé d'apprendre que son compagnon dans le 
monde futur sera un boucher. Mais celui-ci, outre toutes les qualités 
d'homme charitable, a eu le courage de priver son fils du bonheur 
d'épouser l'élue de son cœur, pour la rendre à son fiancé primitif : 
c'est que ce dernier, pour surcroit de preuve de priorité qu'il donne, 
indique un grain de beauté qui se trouve sur le corps de la fiancée. 
— L'argument décisif, ainsi produit devant toute l'assemblée 



1. T. LV, p. 109-118. 

2. làid., p. 1-36 et 221-243. 



XIV ACTES ET CONFERENCES 

des convives, est peut être quelque peu indiscret; mais ne faut-il pas 
excuser cet amoureux, qui a failli être évincé? Cependant, le 
conte a sa morale : ne pas dédaigner l'homme, sans connaître ses 
mérites. 

Le même écrivain nous montre ensuite, par d'autres légendes 
d'origine juive, comment ce récit a pénétré dans la littérature uni- 
verselle. Telles sont : la parabole du vrai anneau, attribuée à 
Ephraïm Sancho, de la fin du xi® siècle, et enchâssée par Lessing 
dans son Nathan le sage; le conte de l'Ange et l'Ermite, qui a passé 
dans le Coran et jusque dans le Zadig de Voltaire; le voyage de R. 
Josua b. Lévi au Paradis et en enfer, qu'a suivi le Dante ; l'épopée 
du « Bon Gérard », par Rudolf von Ems, qui a beaucoup d'ana- 
logie avec celle du « compagnon au Paradis » ; enfin une série de 
légendes chrétiennes, qui touchent de près aux récits juifs, sans 
compter des légendes juives postérieures au Talmud, à peine connues 
et se rattachant au même thème. — Pareillement le Alischlé Sindbad 
est une source méconnue du fableau français de « Constant du 
Hamel ' ». 

A notre grand regret, nous ne pouvons plus que citer des travaux 
touchant l'histoire moderne, tels que H. Gross « La famille juive des 
Hamon, contribution à l'histoire des Juifs en Turquie >:, et la fin du 
mémoire de M. Ad. Cremieux. 

Il y aurait encore à mentionner la publication de « Deux épitaphes 
judéo-arabes, provenant de Bagdad », mais, en raison de leur rédac- 
tion bizarre, l'authenticité de ces deux petits textes est sujette au 
doute. Mieux vaut donc ne pas insister. 

D'ailleurs, la limite raisonnable due à un rapport est déjà dépassée 
de beaucoup. Sans quoi, il serait juste d'accorder un tribut d'éloges 
aux articles de dimensions modestes publiés sous la rubrique « Notes 
et mélanges ». Sans analyse, voici au moins les titres, par simple 
ordre d'apparition : A. Kaminka, « Les Psaumes lxviii etLXXXVii, 
à la lumière des découvertes d'Assouan ^ » ; Sam. Krauss, « Le nom 
de Jésus chez les Juifs ^ » ; Mayer Lambert, « Notes exégétiques et 

1. T. LVI, p. lUa-G. 

2. T. LV, p. 146. 

3. Ibid , p. 148. 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 13 FÉVRIER 1909 XV 

lexicographiques • » ; Israël Lévi, « I : Encore un mot sur le texte 
araméen du Testament de Lévi, récemment découvert. II : Les cinq 
écritures japhétiques, d'après le Midraseh Hagadol ^ » ; publication 
de deux petits « documents provenant de la Gueniza du Caire ^ » ; 
A. S. Kamenetzky, le terme mbiDïJïî du Talmud B [Sôta, 4T «* ); 
du même, « Note sur le nom divin de vingt-deux lettres et sur le 
démon de l'oubli -^ » — En outre, une place considérable à tous 
égards, autant pour ses analyses approfondies que pour son utilité 
pratique, est faite à la bibliographie. 

Sous leur humble apparence, ces analyses ont souvent la valeur 
ou l'originalité des articles de fond; tandis que ceux-ci, malgré leur 
prestance, sont parfois de purs comptes rendus, dissimulés derrière 
le masque d'un titre factice. Elles comprennent en fait deux grandes 
divisions : 1° la « Revue bibliographique » annuelle, que M. Liber, 
dés l'abord, a su tenir hautement scientifique, avec une ardeur dans 
la critique digne de son maître; 2° les bibliographies détachées, 
savoir les recensions consacrées par J. Wellesz au nouveau volume 
de W. Bâcher, Zweijudisch persische Dichter, Schahin und Tmrani^ ; 
par Léon Simon, au Jews' Collège volume, comprising a hislory of 
the collège by the Rev. Isidor Harris ^ ; par M . Liber, 1° au Jahrhuch 
der jûdisch litterar. Geschichte, t. IV, 1906 ; 2» Das hebrceisch- 
altfranzœsische Glossar der Leipziger Universitœts Bibliothek, ziiin 
ersten Maie ausfûhrlich T}ei>prochen, par A. Aron^; 3° Israël in 
Europe, par G. F. Abbott ^ ; 4° l'Itinéraire de Benjamin de Tudèle; 
texte, traduction et commentaire, par Marcus N. Adler'" ; 5° Kœmp- 
fende Geister ira Judentum, BiograpMen, par S. Bernfeld'*; 6° 



1. T. LV, p. 281-4; t. LVI, 249. 

2. T. LV, p. 283-7. 

3. T. LVI, p. 127-130. 

4. Ibid., p. 248. 

5. Ibid., p. 251. 

6. T. LV, p. 152-4. 

7. Ibid., p. 155-8. 

8. Ibid., p. 307-313. 

9. Ibid., p. 314-3. 

10. T. LVI, p. 144-G. 

11. 7*15., p. 151-3. 



XV] ACTES ET CONFÉRENCES 

Xetiesle Geschichte des judischen VoUces, et The reform Movement m 
Jîidaism, par David Philippson', sans eonopter une biographie 
d'Amato Lusitano*, et Briefwechsel zwischen Heimann Michaelund 
LeopoM Ziinz, herausgegeben von A. Berliner^. 

Outre l'enseignement écrit, vous avez donné place à l'enseigne- 
ment oral par des conférences. En 1908, il n'y en a eu que deux, 
mais toutes deux très goûtées : l'une, accompagnée de projections, 
a été faite par M. André Blum, qui a pris pour sujet « les Juifs dans 
l'art hollandais au xviie et au xviii^ siècle » ; l'autre est due à 
M. Victor Basch, qui a exposé l'œuvre de Moïse Mendelssohn, avec 
un coup d'oeil rétrospectif sur la situation des Juifs en Prusse de 
l'729 à 1786. C'était peu en quantité, [mais beaucoup en qualité. 
Comme œuvres d'art, vous avez eu des^( épreuves avant la lettre >> ; 
puisque la première conférence sera probablement imprimée, et la 
seconde a eu une nouvelle édition verbale, devant l'Université 
populaire juive. 

Quant à l'avenir, la traduction déjà mentionnée des Œuvres de 
Flavius Josèphe, un moment arrêtée, est reprise; nous espérons 
voir bientôt paraître un nouveau volume. De plus, l'Index des 
cinquante premiers volumes de la Revue, de 1880 à 1905, est en 
bonne voie d'achèvement; il paraîtra dans quelques mois. 

Pardon, Mesdames, d'avoir si longtemps sollicité, — je ne dis pas : 
retenu — votre attention sur des sujets qui n'ont rien d'amusant. 
Mais, nous le saTons, votre nature toute faite de dévouement est 
capable de sacrifices autrement grands. Nous serons très heureux 
chaque fois que vous voudrez bien accorder à nos séances le charme 
de votre présence. Aussi, en attendant de nouveau votre gracieux 
concours, nous vous remercions d'avance. Associez- vous à la joie 
que nous font éprouver deux heureux événements survenus dans 
notre famille littéraire : Hier soir. 12 février, M. Théodore Reinach 
a été élu Membre de l'Institut, Académie des Inscriptions et belles- 
lettres; trois jours auparavant, M. le baron Gustave de Rothschild 



1. T. LVl, p. 154-00. 

2. Tbid., 147-150. 

3. Jbid., p. 316-8. 



ASSEMBLÉE GE^ÉRALE DU 13 FÉVRIER 1909 XVII 

Célébrait ses noces d'or et son 80« anniversaire. A tous deux, nous 
adressons nos vives félicitations. 

M. Edouard de Goldschmilt, trésorier, rend compte comme 
suit de la situation financière : 

L'année dernière nous avons clôturé l'exercice avec un excédent 
de 918 fr. 30, cela grâce à un don généreux dont nous vous avons 
entretenus. 

Nous n'avons pas eu la même bonne fortune en 1908. L'exercice 
de 1908 se solde par un passif de 600 francs environ. 

Ce déficit irovient d'une moins value dans la vente de nos publi- 
cations, laquelle peut facilement se relever au cours de l'exercice 
actuel. 

11 n'y a donc pas lieu en aucune façon de ne pas être parfaite- 
ment confi<nt dans l'avenir de notre Société. 

Pour nous aider dans notre tâche nous comptons sur la sympathie 
que vous apportez à notre œuvre. 

Actif. 

En caisse au l^r janvier 1908 918 fr 30 e. 

Cotisations 6.283 » 

Vente par le libraire 2.204 05 

Chez MM. de Rothschild 57 35 

En cais ie 53 40 



Total 9. 516 fr. 10 c. 



Passif. 

Frais d'encaissement 2"^2 fr. 45 c. 

Secrétaires de la rédaction 2 . 400 » 

Conférences et asierablce générale 152 30 

Frais d'envoi de ruandat-s, timbres, ports, etc. . . . 136 45 

Frais d'impression de la Revue 4 .094 35 

Honoraires des auteurs 2.510 5^ 



Total 9.516 fr. 10c. 

ACT. l.T CONF. '.'. 



XVIil ACTES ET CONFERENCES 



Balance. 

Doit : 

Frais divers 2.911 fr. 20 c. 

Publications T. 316 15 

M \I. de Rothschild 57 35 

Caisse 53 40 



Total 10. 338 fr. 10 c. 

Avoir : 

Cotisations et ventes 6. 810 fr. 80 c. 

Coupons et intérêts 2.816 05 

Dû à MM. E. de G. et C TU 25 



Total.... 10.338fr. 10 c. 



M. René Djssaud fait une conférence sur les Fouilles récentes 
en Palestine. 

Il est procédé aux élections pour le renouvellement partiel du 
Conseil. Sont élus : MM. Maurice Bloch, J. H. Dreyfuss, Israël 
LÉvi, D"" Arnold Netter, D"" Henri de Rothschild, Maurice 
Verne.s, Julien Weill, Alfred Lévy. 

Est élu Président de la Société pour l'année 1909 : M. Alfred 
Lévy, grand rabbin du Consistoire central des Israélites de France. 



Le yéranl : Isr.xel Lkvi. 



VERS.\ILLES. — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 






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Revue des études juiyes; 
historia judaica 



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