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REVUE 



DBS 



ÉTUDES JUIVES 



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VEKSA1L1.F> — IMPRIMERIES CERF, 09, RUE DUPLBî>SI> 



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BEVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DK LA SOCIÉTÉ DKS ÉTUDKS JUIVKS 



TOMK OUAKANTE-HUITIÈME 



PAKIS 
A LA LIBRAIRIE A. DURLACHER 

83 ^, RUB LAFAYBTTE 
IQOJL 



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revue: 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME XLVIII 



N" 95 



JANVIER-MARS 1904 



PARIS 

A LA LIBRAIRIE A. DURLAGHER 

83 àis, RUE LAKAYRTTK 



itjules les comraanications concernant la Rédaction et V Administration 
doivent être adressées à la Bociété des Études Juives, 
17, rue Saint-Georges, Paris. 



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-*iA^'Jiafi*itin<A«i^ 



La Société des Études Juives, voulant assurer 
aux Rédacteurs de la Revue une pleine liberté 
scientifique y décla^^e qu'elle n'accepte point la 
responsabilité des articles publiés et qu'elle la laisse 
tout entière aucv auteurs. 



Les collaborateurs de la Revue qui désirent tm tirage à part 
de leurs articles sont priés de s'adresser directement à V Im- 
primerie Cerf, à Versailles. 



PRIX D'ABONNEMENT A I.A lŒVVE DES ETUDES JUIVES 



Un an 

Prix du numéro. 



25 fr. 

1 — 



EN VENTE A LA LIBRAIRIE A. DURLACHER, 83 bis, RUK LAKAYETTE 

TABLE DES MATIÈIIES DES Y1N6T-CINQ PlIEMIERS VOLUMliS 

DE LA REVUE DES ÉTUDES JUIVES 
Prix : 2 fr. 50. 



S'^a'.^rf-î»- '■- Ï»-M 



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DOCUMENTS 



SUR LES 



MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL 

SOUS PHILIPPE IV 



Les documents qu'on lira plus loin, acquis récemment à Madrid, 
proviennent des archives du Conseil de Tlnquisition d'Espagne. 
Ils forment un recueil de 103 feuillets, dont plusieurs portent le 
paraphe de Philippe IV d'Espagne. Avant de les étudier nous les 
analyserons aussi succinctement que possible. Disons, pour 
orienter quelque peu le lecteur, qu'en 1621, date de l'avènement 
de Philippe IV, le Portugal appartenait à l'Espagne. Beaucoup de 
néo-chrétiens • portugais avaient passé en Espagne, déjà sous 
le règne de Philippe III, pour échapper à l'Inquisition de Portugal. 
Beaucoup allaient d'Espagne en Flandres, en Italie, en France et 
en Angleterre. En 1622, plus de 4,000 prisonniers de l'Inquisition 
partirent pour l'étranger et reprirent la profession du judaïsme. 
Mais un sacrilège commis dans une église de Lisbonne et attribué 
aux néo-chrétiens devait leur être funeste. Philippe III reçut une 
pétition des Juifs demandant le pardon pour ce crime, dont ils 
étaiput innocents, et offrant de grandes sommes pour pouvoir 
rester en Espagne et au Portugal. Parmi les chrétiens, quelques- 
uns voulaient les expulser d'Espagne, les autres voulaient les 
garder et même essayer de ramener dans le pays les Juifs qui 
s'étaient réfugiés à I étrangers. 

I. — Un personnage, qui est probablement l'agent des négociants 
juifs portugais, adresse à une autre personne, sans doute le 
confesseur du Roi, fray Antonio de Sotomayor, l'exposé des 
requêtes de ses clients et ce qu'ils offrent au Roi. 

T. XLVIII, N«> 03. 1 




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2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Les négociants se proposent de verser au trésor une somme très 
considérable et demandent en échange qu'on leur rende justice. 
Ils se plaignent des criantes injustices dont ils sont victimes et 
qui tournent au préjudice du royaume, et ils sollicitent une mesure 
puissante et efficace. 

Ils supplient le Roi de remettre leur requête à Tlnquisiteur • 
général de Portugal pour que celui-ci puisse se convaincre de la 
justesse de leurs plaintes et y remédier. 

Ils demandent à sa Majesté de donner Tordre d*en finir avec les 
causes pendantes dans l'espace d'un an et de désigner lui-même 
ou de charger l'Inquisiteur général de désigner dans ce but des 
personnes graves, doctes et âgées, et ils demandent que ces causes 
soient jugées d'après les lois de Castille. Que ceux, déjà prison- 
niers, qui auraient souffert sans avoir commis de faute, soient 
relâchés et que les coupables soient châtiés. Comme ils veulent 
donner toute satisfaction à la religion, non seulement ils deman- 
dent le châtiment des coupables, mais encore leur expulsion de 
tous les domaines de la Couronne, et la peine de mort pour ceux 
qui y reviendraient. Ils font valoir que, puisque tous les dommages 
qu'ils ont soufferts ont pour cause la rapacité des ministres portu- 
gais, ils ont l'intention d'offrir au Roi une grande somme d'argent, 
dont le chiffre n'est pas fixé. Ils destinent les intérêts de cette 
somme aux honoraires des Inquisiteurs et des membres du Saint- 
Office de Portugal et l'excédent au fisc. 

Les négociants demandent qu'on fasse examiner ces proposi- 
tions par des théologiens pour être certains qu'elles' ne vont pas à 
rencontre de la religion chrétienne. Ils disent qu'ils ont choisi ce 
moyen à cause des extorsions dont ils sont victimes au Portugal 
et des persécutions dirigées contre eux, si bien qu'un grand nombre 
de leurs coreligionnaires s'en vont en Hollande, en France et 
ailleurs, en emportant leurs biens, et qu'il en résulte un consi- 
dérable appauvrissement du royaume et une complète stagnation 
des affaires ; que cependant les absents désirent rentrer dans leur 
patrie, où le commerce est plus facile; qu'en y revenant, ils appau- 
.vrissent les Hollandais, dont le commerce a augmenté par suite 
de l'apport de leurs richesses. 

Ils font remarquer que les finances du royaume diminuent par 
l'absence de ces commerçants, car, lorsqu'il sort pour mille ducats 
de marchandises du royaume à destination des Indes, elles doivent 
acquitter un droit de sortie de mille ducats, tandis que les mar- 
chandises venant des Indes payent un droit de 145 ^/o. 

Ils font ressortir la diffi*culté qu'ils éprouvent à assurer leurs 
marchandises à des compagnies d'assurances étrangères et du 



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LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 3 

péril que leurs navires courent, puisqu'ils sont obligés de déclarer 
à ces compagnies le nom de ces bâtiments, le lieu où ils se ren- 
dent, la nature de leur fret et le jour de leur départ, si bien que 
les ennemis du Roi en profitent pour envoyer des navires de 
guerre afin de s'en emparer ; pour remédier à tous ces maux, il 
faut faire en sorte que les commerçants absents puissent revenir 
dans leur pairie avec leurs richesses sans crainte d'y être mal- j 

traités sans motif. 

• Ils demandent, enfin, que personne ne puisse faire d'assurances 
en dehors des places de TEspagne et cela sous peine de mort et de 
confiscation des biens au profit du fisc royal et qu'aucune lettre 
ne puisse être expédiée en Flandre, en Italie ou en France sans 
être copiée sur un livre spécial déposé au lieu d'expédition de 
manière que chacun puisse s'assurer de son contenu. 

IL — Les Juifs de Portugal, constamment en butte à des vexa- 
tions sans nombre, s'adressent au Roi pour lui faire connaître 
leurs griefs et demander justice. 

Ils lui représentent que depuis qu'il a abrogé l'ordonnance qui 
leur défendait de sortir du royaume, en vendant leurs biens fon- 
ciers, le peuple portugais, irrité de les voir libres, cherche à les 
ruiner complètement en prenant pour motif le vol d'un ciboire 
contenant des hosties consacrées. Bien qu'à leur dire, il n'y ait 
aucun indice les accusant de ce sacrilège, la voix publique le leur 
impute avec d'autant plus de force que les prédicateurs engagent 
les fidèles du haut de la chaire à tremper leurs mains dans le sang 
des Juifs, à les arrêter et à les condamner, même sans preuve, 
pour le seul fait d'être Juifs. 

La persécution les suit partout ; à Coïmbre, les étudiants les 
chassent des écoles, et à Lisbonne, les habitants en armes les 
tuent, les blessent et le carnage est à son comble. Et cependant 
pas une personne n'est arrêtée ni condamnée pour le crime de' 
sacrilège, et c'est une preuve qu'on ne pourrait appuyer cette 
accusation d'aucune certitude ou présomption. 

Le peuple déchaîné les poursuit jusque dans leurs maisons, et 
les Juifs qui cherchent à quitter le royaume sont poursuivis et 
tués sur les routes. 

Ils supplient Philippe IV d'apporter un remède à leurs maux en 
donnant ordre de vérifiera qui incombe la responsabilité du crime 
et qu'ensuite, lorsqu'on aura prouvé qu'ils ne sont pas coupables, 
on leur rende leur réputation par une manifestation publique. 

IH. — Le confesseur du Roi adresse à son royul pénitent les 



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\ ' REVUK DES ÉTUDES JUIVES 

observations que le nonce du Pape Ta chargé de lui faire. Le 
nonce, ayant appris que les Juifs sollicitaient un pardon général, 
supplie le Roi de fermer l'oreille à leurs supplications, parce que 
Texpérience a montré que les pardons accordés par les Souverains 
Pontifes Clément III, Paul III et Clément VIII n'ont produit aucun 
bon effet et ont facilité plutôt l'expansion de la secte judaïque, 
car la perfidie de celle-ci est bien connue. 

De plus, il supplie le Roi de lui remettre toute l'affaire, s'il en 
arrivait à examiner l'opportunité de ce pardon, pour que le Siège 
Apostolique soit la seule autorité qui prenne une décision à cet 
égard et il invoque à ce sujet l'exemple des aïeux du Roi. 

IV. — L'auteur de ce document est l'Inquisiteur général de 
Portugal ou un théologien. L'auteur est consulté pour savoir s'il 
est permis d'accorder un pardon général aux Juifs de Portugal, 
qui ojit commis des délits contre la foi chrétienne, et si l'on peut 
recevoir d'eux une somme d'argent. 

L'auteur de ce document, tronqué et non si4^né, est entièrement 
opposé au pardon général et il s'appuie sur de nombreuses 
raisons, toutes fondées sur des textes latins tirés des Saintes 
Écritures ou des Pères de l'Église. 

l*» Il n'est pas permis d'accorder ce pardon, parce que ce serait 
faire une sorte d'alliance et d'amiiié avec les ennemis de Dieu, et, 
comme preuve, l'auteur cite l'histoire d'Achab, roi d'Israël, qui, 
ayant demandé secours à Josaphat, roi de Juda, fut tué par une 
flèche, tandis que son allié recevait des reproches de Jéhu. Il cite 
encore d'autres preuves tirées de l'Écriture. Gisulphe, roi des 
Lombards, pour avoir accueilli les Ariens dans son royaume, fut 
tué et ses sujets vendus comme esclaves. 

2'» On ne |)eut accorder ce pardon pour de l'argent. 

L'Empereur Charles-Quint, au moment où beaucoup de princes 
allemands embrassaient la réforme luthérienne, répondait à ceux 
qui craignaient pour lui h f)erte de plusieurs provinces : « N'en 
tenons aucun compte, car si nous ne manquons pas à Dieu, Lui 
ne manquera pas. » 

Lorsque les Rois catholiques expulsèrent les Juifs d'Espagne, ni 
les prières, ni tous les trésors du monde ne purent les faire 
changer de résolution. Il en fut de môme lors de l'expulsion des 
Maures, et bien des personnes disent que, l'Espagne ayant le 
glorieux privilège de posséder l'Églisi apostolique de Saint- 
Jacques et ayant un si grand Apôtre pour patron, tous ses habi- 
tants doivent appartenir à la môme confession. 

D'ailleurs, si l'on accordait un tel pardjn, il en résulterait des 



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LES MARRANES D^ESPAGNE ET DE POHTUOAL SOUS PHILIPPE IV K 

maux très graves et l'Espagne perdrait sa bonne renommée, tous 
les étrangers se scandaliseraient et diraient que les Espagnols et 
leurs Rois vendent le pardon, car ils pardonnent Tliérésie et 
Tapostasie pour de l'argent, c'est-à-dire qu'ils vendent la justice et 
la grâce de Dieu et Jésus-Christ lui-môme. 

La reine dona Isabelle la Catholique avait l'intention d'accorder 
un pardon. Son confesseur Thomas de Torquemada chercha à l'en 
dissuader et, n'y pouvant parvenir, il Ini'jeta sur sa robe un cru- 
cifix en lui disant : « Que votre Majesté le prenne pour le vendre 
de nouveau, comme de nouveau les Juifs le crucifieront! » 

Les nouveaux chrétiens, voyant que, moyennant finance, les 
relaps sont pardonnes, en prendront occasion pour se rattacher à 
leur ancienne religion. Et ce pardon sera une cause de ruine et de 
naufrage pour la foi. Ce pardon causerait à l'Inquisition un pré- 
judice considérable, car elle serait vaincue et les apostats triom- 
pheraient. 

La troisième raison, et la plus importante, est qu'il n'est pas licite 
d'accorder le pardon à celui qui, non seulement commet un crime 
contre l'État, mais encore est décidé à le commettre aussi souvent 
qu'il le pourra. Donc il n'est pas permis d'accorder le pardon aux 
Juifs, car l'expérience a montré qu'ils ne savent pas conserver la 
foi, ni garder leur parole. 

D'ailleurs, aucun pouvoir séculier ne peut juger le crime d'hé- 
résie, qui appartient à la seule juridiction ecclésiastique, et cela 
est prouvé par le Lévïtique, qui n'attribue qu'aux prêtres le devoir 
de soigner la lèpre, et la lèpre est le symbole de l'hérésie. Le Pape 
seul peut prendre une détermination sur ce qui concerne la foi et, 
si un juge séculier condamne un hérétique, il ne peut le faire qu'en 
vertu de l'autorité qui lui a été déléguée par les pouvoirs ecclé- 
siastiques. Mais, par contre, il est permis d'admettre les héré- 
tiques et les apostats à la communion de l'Eglise, lorsque ceux-ci 
prouvent leur sincère repentir, car, d'après saint Jean, le Christ a 
dit : « Je ne repousserai pas celui qui viendra à moi. » Et le bon 
Pasteur va lui-même chercher la brebis égarée. 

Au moment de la réconciliation des hérétiques et des apostats, 
il est permis de leur infliger des peines pécuniaires, en dehors des 
châtiments ordinaires, et l'Inquisition emploie souvent ce moyen 
de correction, car ce n'est pas vendre la réconciliation. De même 
que celui qui paye deux réaux pour obteuir la bulle ne paye pas 
la grâce divine qui y est attachée, mais participe aux frais de 
l'Eglise, de môme le réconcilié, au moyen de la confiscation de ses 
•biens ou de l'amende qui lui est imposée, ne paye pas son pardon, 
mais fait une aumône en réparation de ses fautes. Le confesseur 



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6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

peut, suivant la gravité des fautes, obliger son pénitent à édifier 
des églises, à faire des aumônes, à constituer des dots pour marier 
des jeunes filles, à fonder des couvents ou des chapplaineries; par 
conséquent, on peut obliger le pénitent à verser une somme 
d'argent plus ou moins considérable, sans pour cela qu'il paye sa 
réintégration dans le sein de l'Eglise. 

Si ce pardon général doit être accordé, je suis d'avis qu'il ne 
doit pas l'être avant que le Souverain Pontife ait été consulté 
et ait donné son consentement, car il est d'usage dans l'Eglise 
qu'aucun hérétique ne peut être absous s'il ne s'adresse à Rome au 
chef de l'Eglise; quoique le Pape ait délégué son autorité à l'In- 
quisition, celle-ci outre passerait ses droits, si elle accordait le 
pardon sans l'assentiment de sa Sainteté. 

Mais ici se présente une très gî-ande difficulté, car, si l'on doit 
accorder le pardon à ceux qui se repentent vraiment, on doit le 
refuser à ceux dont le repentir est douteux et même les châtier; 
or, il est bien difficile de vérifier la siucérité de ce repentir. On 
peut le considérer comme vrai chez les Juifs qui sollicitent le 
pardon, quoique habitant des pays où on ne les empêche pas de 
vivre selon leur loi, tels que Livourne et les îles de Vénétie. De 
même on peut l'admettre chez ceux qui, habitant le Portugal, ne 
désirent rien plus ardemment que de s'allier par mariages avec 
des familles de vieux chrétiens, et cela en donnant à leurs enfants 
des dots considérables et en s'imposantdes sacrifices, tandis qu'en 
se mariant entre eux une dot modique aurait suffi. C'est encore 
un indice en faveur des Juifs que le fait de pousser leurs enfants 
à se faire prêtres, moines ou religieuses. Les réconciliés prouvent 
également leur repentir en allant au bûcher, embrassant le cru- 
cifix, récitant le CredOy confessant le Christ et mourant comme de 
. vrais chrétiens. Et ceux qu'on brûle en effigie donnent une preuve 
flagrante de leur repentir en continuant à pratiquer la religion 
chrétienne, quoique vivant avec des infidèles qui les persécutent 
pour cette raison. Enfin, on ne peut douter du repentir de ces Juifs 
qui ofl'rent de grosses -sommes d'argent en rémission de leurs 
péchés, car ils sont si avides qu'ils donneraient leur vie pour con- 
server leurs biens. 

Mais à tout ce qui précède peuvent être opposées de graves 
raisons. La première est la gravité de la faute, car les Juifs sont 
les ennemis de la religion chrétienne, et ils ont commis le plus 
grand crime qui se soit fait au monde, le crucifiement du vrai 
Dieu. Et ce crime ne peut être imputé à un seul, mais à la race 
tout entière et s'étend dans toutes les parties du monde habitées 
par les Juifs. Et alors comment pourrait-on pardonner aux Juifs 



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LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 7 

portugais, qui sont considérés par tous les Hébreux comme les 
principaux d'entre eux, comme la tribu la plus élevée? Et com- 
ment pourrait-on espérer la conversion de personnes si attachées 
à leur culte et qui professent tant d'hoiTeur et de haine pour la 
religion chrétienne? D'ailleurs, si quelques uns d'entre eux de- 
mandaient le pardon, ils ne sont pas les fondés de pouvoir delà ma- 
jorité des Juifs, et si on admettait la possibilité de recevoir d'eux 
une somme d'argent, ils obligeraient à payer leur quotité des per- 
sonnes réellement converties et n'ayant commis aucune faute. 
Puis, si, une fois confessé et réintégré au sein de l'Eglise, le Juif 
réconcilié continuait à fréquenter ses anciens coreligionnaires, on 
devrait juger que son repentir n'est pas sincère. Enfin, ceux qui 
ne sollicitent pas le pardon sont indignes de te recevoir. Le père 
Ribadeneira dit que les saints martyrs Alexandre et Caïus, ayant 
été condamnés à mort et devant mourir avec des hérétiques, de- 
mandèrent au bourreau de les exécuter à part, de manière que 
leur sang ne se mêlât pas à celui de ces infidèles. Les Juifs ont 
toujours été les ennemis acharnés du Christ et commettent sans 
cesse des sacrilèges. Pineda raconte qu'ayant volé une hostie con- 
sacrée, ils la réduisirent en une poudre qu'ils pétrirent avec un 
cœur humain et jetèrent le tout dans des fontaines pour empoi- 
sonner et tuer tous les fidèles. A un autre moment, ils volèrent un 
enfant et, après lui avoir infligé tous les supplices que le Christ 
souffrit pendant sa Passion, ils lui arrachèrent le cœur et le mê- 
lèrent à une hostie consacrée, puis jetèrent tout cela dans les eaux 
d'une ville, cherchant à tuer les inquisiteurs et les fidèles. L'An- 
gleterre les chassa, à cause des grands maux qu'ils lui attiraient. 
Tout le monde connaît l'histoire de cette hostie consacrée qu'ils 
avaient volée. Ils voulurent la jeter dans un chaudron de lessive, 
mais l'hostie résistant voltigeait dans les airs. Un Juif furieux lui 
porta un coup de poignard et le sang coula. Cette hostie se trouve 
aujourd'hui au couvent des dominicains à Avila. A Coïmbre, en 
1569, un jeudi saint, ils volèrent un enfant pour lui faire subir, le 
vendredi saint, toutes les tortures de la Passion. En Hongrie, du 
temps du roi Vladislas, les Juifs, à certain jour, lavaient leurs 
corps avec du sang humain. Dans la ville de Trente, ils cruci- 
fièrent le saint enfant Simon. Tous ces crimes sont commis sur 
l'ordre formel de leur Talmud, qui les oblige à tuer et à ruiner 
tous les chrétiens qu'ils peuvent atteindre. Si loin va leur haine 
pour les chrétiens que l'empereur Julien l'apostat, qui fit tant de 
mal à l'Eglise, n'imagina pas de plus horrible tourment que celui 
de livrer les chrétiens aux Juifs, qui assouvirent sur eux leur soif 
sanguinaire. 



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8 REVUE DES ETUDES JUIVES 

On ne peut donc pas exposef la vie des chrétiens à leur haine et, 
pour cela, il faut leur interdire toutes les professions de médecins, 
chirurgiens, barbiers, juges criminels, curés et maîtres d'école et 
ne leur permettre que les métiers serviles : charpentiers, orfèvres, 
crieurs publics, serruriers, chapeliers, etc., à l'exception de celui 
de cuisiniers, pâtissiers, boulangers, et tout autre touchant à Tali- 
mentation. 

. Malgré le serment qu'il avait fait d'expulser les Juifs de son 
royaume et de n'en employer aucun à son service, le roi Henri III 
prit un médecin hébreu. L'archevôque de St-Paul lui recommanda 
de ne pas avoir confiance en ce médecin; mais le Roi ne fit aucun 
cas de cet avertissement. Le châtiment ne se fit pas attendre ; en 
lui faisant prendre un médicament, le Juif Tempoisonna et fut si 
fier de son crime qu'il ne fut pas nécessaire de lui appliquer la 
question ordinaire et extraordinaire pour Je lui faire avouer. Le 
roi Philippe II connaissait bien l'esprit pernicieux de cette race, 
aussi la chassa-t-il du duchéde MilaD, et il écrivit à son neveu, le 
roi don Sébastien de Portugal, pour l'engager à les expulser de 
son royaume. 

Du temps de l'empereur Charles-Quint, un Juif fameux, nommé 
Diego de las Casas, se trouvait dans les prisons du Saint-Office à 
Séville. Comme il était riche et puissant, il fit agir ses amis, qui 
obtinrent du Pape un. ordre enlevant à l'archevêque de Torlose, 
cardinal. Inquisiteur général, et plus tard Pape, le pouvoir de 
juger ce Juif, pour le remettre entre les mains d'autres juges. A. 
ce moment, il existait certaines difficultés entre l'Inquisition et 
les Cortès de Saragosse. Les Cortès trouvaient que les privi- 
lèges de l'Inquisition étaient trop grands et portaient préjudice & 
leurs droits. Sous la présidence de l'Empereur, les Cortès prirent 
des résolutions conformes aux désirs du Saint -Office; mais 
les vaincus mécontents séduisirent le secrétaire de l'assemblée, 
nommé Jean Prat, et lui firent envoyer au Pape de fausses dépê- 
ches signées de lui, pour les faire approuver par sa Sainteté. 
L'inquisiteur général, archevêque de Saragosse, qui était le fils 
bâtard du roi Ferdinand, arrêta et emprisonna Jean Prat et voulut 
l'emmener à Barcelone, où se trouvaient la Cour et l'Inquisition. 
Cela révolutionna tout le royaume. L'Empereur envoya alors un 
ambassadeur spécial à Rome, écrivit au Pape, aux cardinaux 
pour les avertir de la fausseté des dépêches qu'ils allaient recevoir 
et suppliant sa Sainteté de les révoquer et de décider que Diego 
de las Casas serait jugé par l'Inquisition. Et il en fut ainsi. Le 
roi Goth Reccarède ayant signé une ordonnance contre les Juifs, 
ceux-ci lui off'rirent une grosse somme d'or pour Ja rapporter; 



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LKS MAR îANKS DESPAGNE ET DE PORTUCAI. SOIS PHIUPHE IV 

mais le Roi repoussa leurs offres, préférant remplir son devoir 
phitôt que de recevoir des dons des Juifs. 

A cet endroit du document suit une longue citation latine, 
extraite des lettres de saint Grégoire à l'impératrice Constance; 
il parle contre certains usages criminels en pratique dans la 
Corse, la Sardaigne et la Sicile. 

La sixième raison invoquée est que le pardon ne peut être 
accordé pour une somme d'argent : c'est là la répétition d'un 
précédent exposé. 

La septième consiste à faire ressortir le grand discrédit qui en 
résulterait pour le Roi, ses ministres et Tlnqùisition, car on dirait 
dans les pays étrangers que llnquisition n'a pas été établie pour 
la sauvegarde de la foi chrétienne, mais comme moyen d'arracher 
leurs richesses à ses malheureuses victimes. 

Enfin, la huitième et dernière est que tel a été l'usage dans 
l'Église depuis le temps des apôtres, de n'accorder le pardon qu'à 
ceux qui se repentent et confessent leurs fautes et de considérer les 
relaps comme incorrigibles et de les livrer alors au bras séculier. 

Ce document est incomplet, son auteur inconnu et il n'est pas 
daté. Cependant d'après la conclusion, Fauteur est absolument 
hostile" à tout pardon général. 

V. — Dans ce document, non signé et non daté, l'auteur fait 
ressortir tous les maux qui viendraient assaillir le Portugal, si l'on 
accordait le pardon sollicité par les relaps du royaume et cite les 
exemples suivants : 

Le Père Suarez, invité à accepter l'avis favorable au pardon 
donné par quelques théologiens de Castille, répondit que, s'il 
n'avait pas fréquenté les Juifs, il pourrait l'admettre, mais qu'il 
les connaissait trop pour l'approuver et que les juges et les 
théologiens « qui étaient d'un avis contraire au sien » n'avaient 
pas été voir comment les choses se passaient en Portugal, sans 
cela ils n'approuveraient pas une telle miséricorde. 

Le roi don Sébastien de Portugal voulut faire la remise aux 
Juifs nouvellement convertis de certains droits contre une somme 
d'argent destinée à sa campagne d'Afrique; mais le* roi don 
Philippe II d'Espagne chercha à l'en dissuader et lui envoya une 
lettre par l'entremise de son ambassadeur don Juan de Selva. 

Ce document combat le projet de pardon et invoque les raisons 
citées dans le document précédent -, mais il fait aussi ressortir que 
les Juifs se trouvaient à ce moment dans un tel état de pénurie 
qu'ils ne pourraient pas remplir leurs engagements pécuniaires, 
lor.^ m^me qu'ils s'y engageraient formellement. 



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10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Il signale aussi les souffrances que supporteraient, en perdant 
leurs emplois, les ministres du St-Office, qui remplissent des 
devoirs de propreté et de pureté morale. 

Il rappelle la perte des galions chargés d'argent, qui, sous les 
ordres de don Louis de Cordoba, arrivaient des Indes Occiden- 
tales. La date de la perte de ces galions coïncide avec celle du 
pardon accordé aux Juifs contre une somme considérable. 

Vient ensuite la lettre que don Jean de Silva, comte de Porta- 
legre, écrivait au confesseur du Roi : 

Don Jean de Silva est entièrement opposé au pardon et pour les 
raisons déjà citées. 

La lettre du cardinal Quiroga, évéque de Cuenca et inquisiteur 
général d'Espagne, est conçue dans les mêmes termes. Cependant 
le Cardinal ajoute que pardonner aux relaps, c*est les inviter à 
apostasier de nouveau et permettre aux autres de les imiter, car 
le principal motif de leurs funestes conversions est la crainte de 
perdre leurs biens ; mais ce n'est pas une raison pour qu'un 
prince vende son pardon. Puis si Ton accorde cette preuve 
d'indulgence, tous les Juifs accourront des royaumes étrangers 
pour en profiter et jouir de leurs richesses en sûreté. 

La copie du billet de don Cristobal de Maras, marquis dé Castel 
Rico, adressé au Roi, Tinviteà suivre l'exemple de son père, qui 
ne voulut pas l'accorder et se refusa à permettre que les fautes 
commises contré Dieu fussent rachetées par de l'argent. 

VI. — 14 mai 1621. — Le confesseur du Roi écrit à Sa Majesté 
pour lui faire connaître qu'il a lu le mémoire du Nonce du Pape, 
dans lequel il est question du pardon général sollicité par les 
Juifs de Portugal. Le confesseur supplie le Roi d'agir comme ses 
aïeux. 

Le Non.ce vint voir le Confesseur, lui adressa les mômes obser- 
vations qu'au Roi et lui demanda de l'avertir si son mémoire 
arrivait au Roi, ce que le confesseur lui promit en l'avertissant 
qu'il n'en avait pas entendu parler. 

Le confesseur reconnaît avoir reçu du roi l'ordre de réunir 
dans sa cellule plusieurs ministres pour prendre connaissance des 
mémoires présentés par les Juifs de Portugal, et pour lesquels 
ceux-ci ne demandent pas un pardon général, mais qu'on porte 
remède à leurs maux, car les inquisiteurs de Portugal et l'évoque 
Coimbre sont très opposés à l'indulgence. Suit une formule 
d'obéissance. 

VIL — 5 septembre 1622. — Avis du Conseil de la Sainte- 



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LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE POHTlîGAL SOIS PHILIPPE IV 11 

Inquisition de Portugal consulté pour savoir s'il convient ou non 
d'expulser tous ceux qui sont convaincus de judaïsme ou con- 
damnés comme véhémentement suspects, si Ton peut lever la 
défense faite aux Juifs de quitter le royaume et quels sont les 
préjudices qui pourraient en résulter pour la foi catholique. 

Au premier abord, Texpulsion des Juifs parait être une bonne 
mesure; mais, si ce royaume était purgé des hérétiques, les pays 
voisins en seraient infestés. Cette mesure est, d'ailleurs, trop 
rigoureuse et devient impossible, car, si on l'appliquait, beaucoup 
d'innocents en seraient victimes. 

Le royaume étant déjà infecté par le judaïsme, ce ne sont pas 
les rares réconciliés libérés après les auto-dafé qui pourront le cor- 
rompre davantage, d'autant plus que la crainte des peines dont ils 
sont menacés les oblige à se montrer bons chrétiens. 

Les Juifs endurcis, qui croient que la loi de Moïse est la véri- 
table, ne se convertiront pas parce qu'ils verront qu'on exile les 
réconciliés ; au coniraire, ils n'en seront que plus endurcis. Les 
jeunes Juifs seuls se convertiront par peur de l'expulsion. 

On n'obtiendrait aucun bon résultat de la part des expulsés au 
point de vue de leur conversion, car ils s'en iraient, heureux 
d'échapper aux peines infligées aux relaps, et continueraient à 
pratiquer la religion judaïque, comme on le voit dans les syna- 
gogues de Hollande. Déjà plus de 4.000 prisonniers du St-OfTlce 
sont partis pour l'étranger, proclamant la loi mosaïque, sans 
compter ceux qui ont échappé à l'inquisition et se sont enfuis. 
- L'exil n'apporte aucun remède aux maux causés par les Juifs 
en Portugal, car, une fois en pays étrangers, ils peuvent faire 
beaucoup plus de mal au royaume et à toute la chrétienté, grâce 
à leurs capitaux. 

Le Saint-Office emploie comme un moyen très puissant les 
dépositions des complices ; si ceux-ci sont exilés, l'Inquisition ne 
pourra plus se servir de leurs témoignages, et les coupables ne 
voudront pas plus confesser leurs fautes qu'ils ne consentiront à 
dénoncer leurs femmes, leurs enfants, leurs parents ou leurs 
amis. 

Les Juifs se confessent facilement de leurs fautes, quand le 
St- Office leur promet d'user de miséricorde envers ceux qui se 
monti^ent sincèrement repentants, parce qu'ils espèrent retourner 
vivre dans leur patrie avec leur famille ; mais si on les menace 
de les expulser, cet espoir leur manque et ils n'avouent plus rien 
ni ne dénoncent plus leurs complices. 

Il ressort de tout ce qui précède que cette expulsion a été 
inventée par les Juifs eux-mêmes, parce que leur but est de ne 



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12 REVUE DES ETUDES JUIVES 

pas être emprisonnés par le Saint-Office et ils demandent qu'on 
les exile. 

C*est pour la même raison qu'ils sollicitent un pardon général 
et la divulgation des témoins, disant que tous ceux qui confes- 
seraient leurs fautes doivent ôtre condamnés comme relaps. Et 
ils font cela dans le but d'empêcher les aveux et pour être ex- 
pulsés, de manière à pouvoir vivre selon_leur loi. Ils promettent 
un million en or pour le pardon général ; mais ils en donneraient 
deux pour Texpulsion. De sorte que leur exil serait un préjudice 
porté au bien de leurs âmes et à Tlnquisition elle-même. 

Le Conseil est donc d'avis qu'on ne doit pas prendre une telle 
mesure, car Flnquisition ne pourrait plus punir les Juifs faute de 
preuves, et celui qui les exilerait n'échapperait pas à 1 excommu- 
nication infligée à ceux qui protègent les hérétiques. 

La peine, d'ailleurs, parait trop rigoureuse à l'Église, qui use de 
tant de miséricorde envers ceux qui en sont dignes et qui quittent 
la loi judaïque pour embrasser la loi chrétienne. La peine la plus 
grave infligée par TÉglise fut d'abord l'excommunication ; mais, 
voyant qu'elle était insuffisante, le Souverain-Pontife et l'Em- 
pereur infligèrent des châtiments plus grands, la peine de mort, 
la confiscation des biens, la privation des emplois et des places, 
la prison perpétuelle et bien d'autres. 

On doit donc suivre strictement les statuts du Saint-Office,, qui 
ont été approuvés pour toute l'Église catholique par les Papes et 
établis dans les royaumes d'Espagne et d'Italie, et ce serait con- 
traire à ces statuts et à la miséricorde de 1 Église d expulser les 
Juifs. 

Le Conseil est d'avis que les meilleures mesures à prendre sont 
les suivantes : Tous les nouveaux chrétiens ayant apostasie de- 
vront être condamnés aux galères, en mesurant cette peine sui- 
vant la gravité de la faute et d après l'avis 'des inquisiteurs. Les 
nouveaux chrétiens condamnés devront accomplir leur peine 
dans leur propre pays, revêtus de l'habit infamant. Les relaxés 
recevront cet habit dans leurs paroisses, devant tous les fidèles, 
de manière que leurs parents les voient et en prennent peur. 
Enfin, le Conseil demande que le Koi donne l'ordre à tous les ma- . 
gistrats de faire exécuter les peines prononcées par le Saint- 
Ol'fice et qu'on empêche les coupables d'occuper des emplois pu- 
blics ou des bénéfices, ou d'exercer les professions d'avoués, de 
pharmaciens, de médecins, de chirurgiens, d'épiciers, de négo- 
ciants en matières d'or et d'argent, en perles, en soieries, en armes, 
et qu'on leur défende de monter à cheval. 

Quant à leur permettre de quitter le royaume, le Conseil sup- 



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LES &IABRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 13 

plie Sa Majesté de s'en tenir à la mesure du Roi son père, qui le 
leur défendit, parce qu'ils auraient emporté tout Targent du 
royaume pour aller enrichir la Hollande et la Zélande et aider les 
hérétiques à ruiner les Indes orientales et à faire la guerre aux 
chrétiens. 

Tel est l'avis du Conseil, conforme aux saints Canons, aux Con- 
ciles, aux usages de l'Église catholique et du Saînt-Offlce. 

Lisbonne, 5 septembre 1622. 

Suivent les signatures. 

VIII. — 30 mars 1622-26 décembre 1622. — Les sept documents 
suivants sont des ordres donnés par le Roi à son confesseur frai 
Antonio de Sotomayor. 

Le 30 mars 1622, il le charge de prendre connaissance, avec 
don Mendo de Mota, des mémoires de Manuel Ruiz d'Elvas et de 
Duarte Fernandez et de lui donner son avis. 

Le Ï7 juin, ordre de lire les documents présentés par les Juifs 
portugais. 

Le 22 août, ordre identique. 

Le 14 octobre, ordre de dire au Roi ce que le confesseur pense 
au sujet des délibérations du Conseil de Portugal touchant un 
mémoire de Melchior Gomez d'Elvas, de Ruiz Diaz et de leurs 
parents. 

Le 18 novembre, ordre de former une Junte dans la maison du 
Président du Conseil de Portugal, de discuter ce qui a rapport aux 
Juifs de ce ro3'aume et de transmettre la délibération au Roi. 

Le 27 novembre ordre absolument semblable, mais pressant le 
confesseur d'en finir avec la question des Juifs portugais. 

Le 26 décembre 1622, ordre de délibérer au sujet de l'emprunt 
de 150,000 ducats que les hommes d'affaires de Portugal souscri- 
virent, et de discuter les conditions de cet emprunt et défense 
de rien conclure sans avoir consulté le Roi. 

IX. — Ordre donné par don Louis de Silva, conseiller d'État et 
intendant des Finances pour le Portugal, tendant à empêcher les 
Juifs de sorlir du Portugal en emportant leurs biens (avril et 
mai 1620). 

Ce document doit être joint à la supplique que les Juifs portu- 
gais présentèrent au Roi. C'est la preuve apportée par eux des 
vexations auxquelles ils étaient en butte et de l'empêchement que 
les autorités du Portugal mettaient à leur départ de ce royaume. 
Le but en est facile à compi^ndre. Le Roi avait concédé aux Juifs 
la permission de sortir du royaume en emportant leurj biens 



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14 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

meubles, or, argent et autres matières précieuses ; mais les auto- 
rités cherchaient à s'opposer à l'exode de ces richesses et à s'en 
emparer. En effet, don Louis de Silva dit qu'il faut s'y opposer 
par tous les moyens possibles, en les obligeant, dans les ports de 
mer, à se faire inscrire à la douane sur un registre particulier, en 
indiquant le lieu d'où ils viennent, celui où ils se rendent, le nom 
du navire sur lequel ils doivent s'embarquer, les noms de leurs 
pères, mères, enfants, parents et domestiques, le montant de la 
somme qu'ils emportent et sous quelle forme. De plus, don Louis 
de Silva l^ur assigne un chemin dont ils ne doivent pas s'écarter. 

Cet ordre montre une extrême rigueur, tant envers les Juifs 
qu'envers les magistrats et les officiers chargés de l'exécuter. Il 
est en contradiction flagrante avec l'autorisation accordée par le 
Roi, et c'est pourquoi les Juifs ont pris copie de ce document sur 
la proclamation originale de don Louis de Silva et l'ont présentée 
au Roi à l'appui de leur supplique. 

Le second document est absolument identique au premier. 

X. — Les Juifs de Portugal présentent au Roi upe supplique, 
lui disant que, malgré des temps biens durs, ils ont acheté pour 
240.000 ducats de rente royale en reconnaissance de l'abrogation 
de l'ordonnance qui leur défendait de «ortir du royaume et de 
vendre leurs biens fonciers. Mais l'abrogation prononcée par le 
Roi n'a été de nul effet, car le Conseil d'Etat de Portugal, voyant 
qu'ils avaient la faculté d'emporter de l'or, de l'argent et d'autres 
matières précieuses, met empêchement à leur départ, défendant 
der leur donner des passeports si ce n'est avec l'intervention de 
certain ministre, préposé à cet effet, les obligeant à inscrire sur un 
registre particulier leurs noms et ceux de leurs parents, le lieu 
d'où ils partent et celui où ils se rendent. Partout les représentants 
de la justice leur font subir des vexa^tions injurieuses ; les prépo>és 
aux douanes, pour peu qu'ils aient une goutte de sang juif dans 
les veines, sont révoqués. La proclamation de don Louis de Silva 
les empêche donc absolument de proIUer du bienfait du Roi. 

De plus, l'ordre du gouverneur, tout en enfreignant la volonté 
du Roi,^ les empêche de se livrer au commerce, en défendant au 
Consulat de leur délivrer les pièces qui leur sont nécessaires. Cette 
mesure est préjudiciable aux intérêts des finances, puisqu'elle 
prive le Roi des droits que les marchandises payent à^ l'entrée, 
pendant le transit intérieur et à la sortie. 

Les Juifs demandent donc à Sa Majesté de les délivrer d'une 
telle oppression en ordonnant Tapplication intégrale de son décret 
royal et que la loi sur la sortie du royaume des matières d'or et 



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LES MARRANES D^ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 15 

d'argwit soit rigoureusement mise à exécution envers toute per- 
sonne, sans distinction. 

XL — Les frères Fernandez présentent au Roi une supplique 
pour recevoir une somme de 53,000 reis, qui leur est due sur la 
succession de Dona Maria de PortugaL 

Ils se plaignent que jugement ait été rendu sans qu'ils aient été 
entendus et gu'ayant appris que le Roi avait formé une Junte 
composée du Père Confesseur, du duc de Villahermosa et de 
Mendo de Mata, ils lui adressèrent un mémoire; mais déjà la 
résolution avait été prise. 

Ils supplient Sa Majesté de révoquer la sentence, en raison de la 
loi qui défend de condamner une personne sans Tavoir entendue 
et ^ans lui avoir permis de présenter sa défense. 

* XII. — 30 juin 1630. — La première partie de ce document est 
écrite par le confesseur du Roi. Il lui dit qu'il a pris connaissance 
des mémoires des Juifs portugais, qu'il a entendu ceux qui ont pu 
lui donner des renseignements sur cette aifaire, et enfin, qu'il a 
communiqué le tout au duc de Villahermosa. 

La seconde partie est un ordre du Roi de réunir une Junte 
pour délibérer au sujet de la résolution prise par le Conseil de 
Portugal. 

Cet ordre est daté du 30 juin 1630. 

XIII. — 24 juillet 1630. — Dans cette pièce, le confesseur re- 
connaît avoir reçu, le 20 juin 1630, Tordre du Roi de prendre con- 
naissance des mémoires présentés par les Juifs de Portugal et de 
les examiner en compagnie du duc de Villahermosa. 

Cinq de ces Portugais vinrent le voir, dit-il, et lui racontèrent 
ce qui leur plut, et il transmit leurs plaintes au duc. 

Dans le premier document présenté au Roi, les Juifs se plai- 
gnent des persécutions auxquelles ils sont en butte ; quoiqu'ils 
aient souscrit pour 240,000 ducats de rente royale, le conseil des 
finances de Portugal met des entraves à leur sortie du royaume, 
sous prétexte qu'ils emportent de Tor et de l'argent, et cela est en 
opposition avec l'ordonnance du Roi qui les autorise à partir 
librement. On leur impose des c(mditions insultantes pour eux. 
Ils font valoir que le principal but de cette ordonnance était d'em- 
pêcher toute distinction de traitement entre juifs et chrétiens, et 
l'opposition que mettent les autorités portugaises à leur sortie rend 
inefficace cette ordonnance; ils ajoutent que le gouvernement lui- 
même a donné Tordre de ne leur délivrer aucun document propre 



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16 KEVUe DES ÉTUDES JUiVES 

à rexpédition de leurs biens à l'étranger, pnvant ainsi le trésor 
royal des droits qui lui reviennent. Ils supplient le Roi de les pro- 
téger, de révoquer les ordonnances du gouvernement portugais 
et d*ordonner que ses ordres et décrets soient respectés et exé- 
cutés. 

Le second document représente au Roi la persécution dont ils 
sont victimes» causée par la colère du peuple de les voir rendus 
libres par l'ordonnance royale et aussi par le vol d'un ciboire 
rempli d'hosties consacrées, sacrilège commis dans Téglise parois- 
siale de Sainte-Eugracîa et qu'on les accuse d'avoir commis, cela 
sans aucune preuve, ni indice. Les prédicateurs excitent le peuple 
contre les Juifs et causent de grands troubles dans les villes. A 
Coïmbre, les étudiants chassent des écoles ceux qui ont la moindre 
goutte de sang juif dans les veines, et pour un peu il se produirait 
un carnage universel. Ils supplient Sa Majesté de les secourir, en 
ordonnant une enquête au sujet de ce sacrilège, afin que les cou- 
pables soient châtiés et eux rassurés. 

Le confesseur dit que ces mémoires offrent plus de verbiage 
que de véracité et il en a été informé. D'ailleurs, ils ne sont ni 
signés, ni datés, et dans des cas semblables de pareils documents 
doivent l'être. Il est vrai que les délégués juifs lui ont dit tout ce 
que contiennent ces documents. Fray Antonio est d'avis qu'il ne 
faut pas irriter ces gens, parce que Sa Majesté en a besoin et 
parce que, en réalité, on les persécute en Portugal plus qu'il n'est 
juste et plus que la charité. chrétienne ne le permet, étant donnés 
les temps présents ; Fray Antonio croit qu'il serait bon de les 
éloigner. 

Ils se plaignent qu'on les empêche de sortir du royaume. Ce 
n'est pas tout à fait cela. On entrave un peu leur départ parce que 
le Roi, en signant l'ordonnance, n'a pas eu l'intention de leur per- 
mettre de partir tous, ce qui dépeuplerait le royaume, et les me- 
sures qu'on prend contre eux ont été appliquées au confesseur 
lui-même, lorsqu'il allait de Rome à Turin ; on l'obligea à loger 
en une certaine hôtellerie, sans pouvoir changer de demeure, on 
prit son nom et on lui demanda où il habitait d'ordinaire et où il 
se rendait. Les Juifs ne peuvent donc pas se plaindre s'ils sont 
traités de la même façon. 

Quant au sacrilège, il existe des indices probants que ce sont 
des Juifs qui l'ont commis ; cependant il n'est pas prouvé que pour 
cela ils aient été frappas, ni insultés. Ce sont eux, au contraire, 
qui, itens un village aux environs de Coïmbre, ont attaqué un reli- 
gieux de Saint-François et Tauraiont tué sans le secours apporté 
au moine par les habitants- A Parlalègre, ils ont jeté un chieu 



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LES MARRANES DESPAGNK ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 17 

crevé sur un crucifix et Tout souillé du sang du chien. Et les 
preuves étaient si flagrantes que le Conseil de Portugal a répri- 
mandé les juges du royaume, qui n'ont pas apporté assez de dili- 
gence à vérifier et à punir ces sacrilèges. 

Le confesseur es't donc d'avis de faire remettre les documents 
des Juifs au Conseil de Portugal, pour que celui-ci donne son avis 
au Roi et que Sa Majesté prenne les mesures qu'elle croira utiles 
à son service. 

XIV. — n septembre 1630. — Après avoir donné la liste des 
personnages composant la Junte, le confesseur fait part au Roi des 
délibérations auxquelles ont donné lieu les plaintes des Juifs por- 
tugais. 

L'évéque de Malaga dit que, puisque les ministres du Conseil de 
Portugal sont présents à cette Junte, on demandera aux autres 
ministres du royaume des informations au sujet du contenu des 
deux mémoires présentés par les Juifs. 

* Le comte de Castrillo dit qu'il est bon de prendre des mesures 
convenables au sujet de l'empêchement que les autorités mettent 
à l'exécution de l'ordonnance du Roi permettant aux Juifs de 
sortir librement du royaume, car ceux-ci ont souscrit pour 240,000 
ducats de rente royale, et il n'est pas juste, après un tel service, 
qu'on les empêche de partir, sous prétexte qu'ils emportent de 
l'or et de l'argent. Quant aux autres plaintes dit le comte, elles 
sont peu fondées. 

Le comte n'est pas d'avis qu'on remette ces documents au 
Conseil de Portugal, puisque le Roi a df^jà pris une résolution à 
leur égard, en nommant membres de cette Junte le Ministre des 
Finances et celui de l'Intérieur. Il est seulement nécessaire de 
consulter ceux-ci pour savoir ce qui s'est passé, afin d'y porter 
remède, et, s'il n'y a pas de raisons supérieures, faire exécuter 
les ordres de Sa Majesté. 

Suivent les signatures. 

Le Roi ordonne *d'exé3uter ce qu'a proposé le comte de Cas- 
trillo. 

XV. — Les hommes d'affaires de Portugal résidant en Espagne 
représentent au Roi que plusieurs fois déjà ils lui ont adressé des 
suppliques pour lui signaler les persécutions auxquelles ils sont 
en butte de la part du Saint-Office, persécutions poussées à un 
tel point que c'est à peine si dans tout le royaume il existe une 
ville ou un village qui ne soit dépeuplé par le massacre. Il faut 
remarquer que lemprisonnement d'un seul homme entraîne sou- 

T. XLVIII N« 95. 2 



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18 * REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vent celui d*une population entière et que le sang rejaillit jusque 
sur la couronne de Castille. 

Ils supplient Sa Majesté d'apporter remède à tant de maux, car 
les prisons du Saint-Office sont pleines, et tout homme, même 
ayant la conscience pure, est exposé à se trouver bientôt en situa- 
tion pareille, si bien que, laissant femmes, enfants, maisons de 
commerce, ils s'enfuient en emportant ce qu'ils peuvent et ré- 
duisent ainsi à la pauvreté le royaume de Portugal, jadis si floris- 
sant, lorsqu'ils favorisaient son commerce au. moyen de leurs 
capitaux. Et cependant ce sont eux qui sont les plus utiles au 
royaume, car leur commerce, au moyen des droits perçus, ali- 
mente les arm(^es et les flottes. 

Aujourd'hui l'Espagne se trouve avoir perdu la majeure partie 
des hommes d'affaires et le commerce languit, ceux qui ont de 
l'argent en dépôt le retirent pour l'envoyer hors du royaume et 
les autres États s'enrichissent aux dépens de l'Espagne et du 
Portugal. 

Ils supplient le Roi de prendre la France pour exemple. Dans 
ce pays, les Juifs sont nombreux et enrichissent le pays par leur 
commerce et leur trafic maritime; aussi sont-ils appréciés par le 
Roi, la noblesse et le peuple. Il en est de même dans les États du 
duc de Florence. 

Ils demandent au Roi d'employer envers eux les mêmes moyens 
que ceux dont les Souverains Pontifes se sont servis dans le 
même but et prient Sa Majesté de transmettre leur supplique à 
l'Inquisiteur général de Portugal et d'apporter un prompt remède 
à leurs maux. 

XVI. — Don Pedro Fernandez de Figueroa propose au Roi 
un moyen pour ruiner le commerce des Hollandais dans les' 
Indes orientales et occidentales, sans dépenses des finances 
royales. 

Il faudrait que tous les ministres royaux et tous les hommes 
d'affaires juifs déclarassent leurs biens, tant fonciers que mobi- 
liers. Déjà en 1606, pour obtenir une certaine liberté et des hon- 
neurs, les Juifs offrirent une certaine somme d'argent * et pour 
cela firent le relevé de leurs biens; on reconnut que, dans le 
royaume de Portugal, ils possédaient plus de 60 millions de 
ducats. Une fois la somme de leurs biens connue, on les oblige- 
rait à en prélever la cinquième partie, dont on formerait deux 
caisses, l'une destinée à la construction de navires de guerre et de 

* 1,800,000 cruzados. 



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LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIÎ*PE IV 19 

commerce avec tout leur armement, l'autre consacrée au com- 
merce d'outre-mer. 

Les frets des navires serviraient à payer les officiers, matelots 
et soldats, et le surplus rentrerait dans la première caisse pour 
en augmenter le capital et pour assurer à Tavenir la solde des 
équipages. 

Les bénéfices produits par le commerce d*outre-mer, après avoir 
payé les droits, resteraient acquis aux Juifs. 

Chaque fois qu'un navire ennemi sortirait pour faire le com- 
merce, on les obligerait à en construire deux. 

Comme il faut que chaque Juif paye au prorata de sa fortune, 
de même les bénéfices réalisés lui reviendraient au prorata de sa 
mise de fonds et ainsi le capital resterait intact. Mais avant de 
faire la répartition des bénéfices, on en prélèverait le cinquième, 
pour assurer l'intégrité de ce capital. 

Et, voyant que l'État possède un si grand nombre de navires et 
des caisses si bien remplies, les Juifs cesseraient le commerce avec 
les nations ennemies et ce serait tout profit pour l'Espagne. 

Les équipages ne devront être composés que de vieux chrétiens 
et, pour que leur recrutement soit plus facile, on leur décernfira 
des honneurs, selon leur rang et leurs services. 

Don Pedro fait remarquer au Roi qu'il sera bon d'établir ces 
caisses dans des poris de mer habités sutout par de vieux chré- 
tiens et qu'on devra choisir les surintendants de ces caisses parmi 
les vieux chrétiens de toute confiance. Ceux-ci tiendront les 
livres pour assurer les comptes tant pour les droits du Roi que 
pour les bénéfices à répartir entre les intéressés. 

Ainsi les ports d'Espagne seront remplis de navires et le com- 
merce sera florissant. Les douanes produiront également bien 
davantage. 

Peut-être les Juifs demanderont-ils un certain délai pour traiter 
la chose entre eux. Il sera bon de ne leur en accorder qu'un assez 
court pour qu'ils ne puissent s'écrire; dans le cas où ils refuse- 
raient d'accepter cette proposition, il faudrait les y obliger et ainsi 
le Roi les aurait à sa merci, tout en augmentant ses forces ma- 
ritimes et en affaiblissant celles de ses ennemis. 

XVII. — 21 septembre 1630. — Le confesseur du Roi dit que les 
Juifs de Portugal ont présenté un mémoire dans lequel ils se 
plaignent de la persécution dirigée contre eux parle Saint-Office et 
de ce que, malgré les ordres du Roi, aucune amélioration n'a été 
apportée à leur sort. C'est la ruine des négociants; aussi un grand 
nombre d'entre eux passent à Fëtranger avec tout ce qu'ils 



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20 REVUE DES ETUDES JUIVES 

peuvent emporter et ruinent ainsi le royaume, autrefois si floris- 
sant, grâce à leurs capitaux. Ils auraient pu, en restant en Por- 
tugal, aiigmenter la richesse de la nation, en envoyant de nom- 
breux navires dans toutes les parties du monde; le trésor royal se 
serait enrichi des droits perçus sur les marchandises à leur en- 
trée, à leur sortie et pendant le transit dans le royaume. Les Juifs 
vivent librement en France, en Hollande, à Venise, à Florence et 
dans d'autres pays et enrichissent ces contrées. 

Ceux qui sont convertis sont de bons chrétiens et le prouvent 
par leurs œuvres, car ils fondent des monastères et des chapel- 
laineries, ils fréquentent les sacrements, poussent leurs enfants à 
se faire prêtres, moines ou religieuses, et le Roi n'a pas de servi- 
teurs plus fidèles et plus loyaux. 

Ils désirent continuer leur négoce, tant continental que mari- 
time, et par là enrichir non seulement le royaume, mais encore la 
monarchie, et ils demandent au Roi d'employer les procédés dont 
ont fait usage à leur égard les Souverains Pontifes et les Rois 
ses prédécesseurs. Ils demandent, en outre, que ce mémoire soit 
remis à l'Inquisiteur général de Portugal, pour que celui-ci 
consulte les personnes les plus pieuses et les plus doctes des 
royaumes sur les mesures à prendre. 

Le confesseur attribue toutes les souffrances des Juifs à la haine 
que les chrétiens leur portent et qui a pour cause le crime qu'ont 
commis leurs ancêtres, dont ils sont tous responsables. Ils ont 
péché dès le sein de leur mère, dit le psaume lvii, et saint Au- 
gustin leur applique ce verset. Jérémie a prophétisé contre eux. 
Cette faute est si enracinée en eux que quelqu'un a dit qu'elle 
ressemble à une maladie de leur sang. Et c'est vrai, car si quelque 
Juif se convertit sincèrement, à la troisième ou quatrième généra- 
tion le judaïsme renaît dans leurs descendants. Par suite, comme 
les fidèles ne peuvent leur pardonner ce crime de lèse majesté 
divine, ils poursuivent et persécutent les Juifs et ceux-ci de- 
mandent aide et protection au Roi. Le confesseur pensait que les 
Juifs demandaient un pardon général et il questionna les délégués 
à ce sujet; mai« ceux-ci répondirent qu'ils n'en désiraient pas un 
comme le dernier, qui leur avait apporté plus de maux que de 
biens; mais, qu'ils en accepteraient un semblable au premier. Le 
confesseur y est entièrement opposé et, à ce sujet, il cite le décret 
du ]5« concile de Tolède qui anoblissait les Juifs convertis; mais 
bientôt le roi Goth Egica rapporta ce décret, sur l'avis du Concile 
lui-même, parce qu'il fut prouvé que ces mêmes Juifs avaient 
conspiré avec leurs coreligionnaires d'Afrique dans le but de 
livrer l'Espagne aux Maures. Le Roi ordonna, de plus, qu'à partir 



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LES MARRAiNKS D'ESPAGNE Er DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 21 

de rage de sept ans, leurs enfants leur seraient enlevés et confiés 
à de \ieux chrétiens pour être instruits dans la religion catho- 
lique. Tous les pardons qu'on leur a concédés n'ont été d'aucun 
profit pour le bien de leurs âmes; aussi le confesseur est-il d'avis 
de ne pas leur en concéder un nouveau. 

Fray Antonio se demande quel bien pourrait résulter pour les 
Juifs de la remise de leur mémoire à l'Inquisiteur général de Por- 
tugal; il questionna les délégués à ce sujet; mais ceux-ci ne vou- 
lurent répondre rien d'autre, si ce n'est que leur intention était de 
remettre aux mains de leurs ennemis leur propre cause parce 
qu'ils la croient si bonne que ceux-ci devront eux-mêmes y ap- 
porter remède. L'un de ces délégués demanda qu'on leur imposât 
un tribut, comme autrefois on le fit pour les Maures d'Aragon et 
de Valence, afin qu'on ne leur confisquât pas leurs biens, car cette 
peine est la seule qui les touche vraiment. Le confesseur est opposé 
à cette mesure, parce que, une fois sûrs de pouvoir jouir sans 
crainte de leurs richesses, les Juifs ne se gêneraient plus pour 
pécher, et bientôt le royaume serait rempli d'hérétiques. Le châti- 
ment de Dieu ne tarderait pas à descendre sur ce pays. 

Il est fort possible que les négociants portugais aient parlé de 
cette affaire à l'Inquisiteur général de Portugal et c'est pour cela 
qu'ils désirent tant qu'on remette leur mémoire entre ses mains. 

Le confesseur admet cette mesure, mais sous la condition qu'on 
ne parlera pas à l'Inquisiteur général de rofl*re d'un tribut, de ma- 
nière à avoir son avis sur tout ce que contient ce document. 

XVIII. — 4 octobre 1630. — Le confesseur dit, au nom de la 
Junte, que la proposition de don Pedro Fernandez. de Figueroa, 
a été examinée, mais qu'elle paraît inexécutable. Le seul moyen 
propre à attirer les Juifs et à les engager à abandonner le com- 
merce qu'ils font avec la Hollande, serait de leur garantir la tran- 
quille possession des capitaux qu'ils placeraient dans les caisses 
proposées par don Pedro de Figueroa, et encore faudrait-il exa- 
miner si cela n'est pas préjudiciable à la religion. 

XIX. — 24 novembre 1630. — Ordre du Roi à son confesseur de 
former une nouvelle Junte pour examiner l'avis donné par fray 
Antonio de Sotomayor, l'évêque de Malaga, et don Francisco de 
Melo sur les propositions de don Pedro Fernandez de Figueroa, 
puis de transmettre les délibérations à Sa Majesté. 

XX. — Madrid, 19 novembre 16[30]. — Fray Antonio de Soto- 
major accuse réception de l'ordre que lui a donné le Roi dexa- 



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22 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rainer les documents remis par les Juifs de Portugal, par lesquels 
ils demandent qu*on en donne d'abord connaissance au Conseil 
royal de Portugal, ensuite que la Junte les examine et consulte le 
roi par Tentremise de son confesseur. 

Celui-ci est d*avis qu'il ne doit pas être question de ce qui touche 
aux salaires, car Sa Majesté a déjà pris une résolution à ce sujet. 
Quant au reste, on ne doit pas prendre des mesures au sujet des 
événements futurs et il n'est pas nécessaire d'en occuper le Conseil 
de Portugal. 

Le Roi ordonne qu'il en soit ainsi. 

XXI. — 24 novembre 1630. — Délibération sur le mémoire de 
Duarte Fernandez et Fernan Lopez. 

La Junte est d'avis d'entendre les deux frères au sujet des 
53,000 reis qui leur sont dus comme salaires et les cinq années de 
rentes qu'ils disent n'avoir pas touchées Quant au reste, il faut 
s'en tenir à la résolution que le Roi a prise au sujet de la succes- 
sion de doiia Maria de Portugal. La Junte insiste pour qu'on fasse 
le plus promptenient possible les démarches nécessaires à la con- 
naissance de cette affaire et à son jugement. 

Approbation du Roi. 

XXII. — Avis de 1 Inquisiteur général. 

L'Inqutsiteur général, consulté au sujet de l'expulsion du Por- 
tugal des nouveaux chrétiens soupçonnés ou convaincus de Ju- 
daïsme, répond qu'il est juste d'expulser les apostats et les judaï- 
sants,lors même qu'ils seraient réconciliés avec l'Église, et il s'ap- 
puie sur quatre raisons : 

l^ Il est prudent de séparer les coupables de ceux à qui ils 
pourraient inoculer leur corruption; 

2° L'Église s'est toujours comportée de la sorte envers les héré- 
tiques et les apostats ; 

3° Les Souverains Pontifes prirent toujours cette mesure, et 
l'Inquisiteur général cite un texte extrait des Actes du sixième 
Concile de Tolède, par lequel les Pères du Concile décident qu'au- 
cun prince ne pourra être mis en possession du sceptre, ni rece- 
voir rinvestiture royale s'il ne prend l'engagement d'expulser de 
son royaume tous ceux qui ne seraient pas catholiques; 

4® Tous les empereurs romains et les États gouvernés par les 
principes du droit commun ont constamment 3uivi l'exemple de 
l'Église. « 11 est vrai, dit l'Inquisiteur général, que quelques doctes 
pe^'sonnages n'admettent pas complètement cette raison, disant 
que les nouveaux chrétiens ayant apostasie peuvent se repentir. 



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LES MARRANES D'ESPAGNE EV DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 23 

confesser leui^ fautes et se réconcilier avec l'Église. Cette réponse 
n'est pas juste, car il est certain que les Juifs convaincus restent 
toujours hérétiques et apostats; que, s'ils feignent de se convertir, 
c'est seulement pour éviter la mort et le feu; que ceux qui s'exi- 
lent d'eux-mêmes se déclarent Juifs dans les autres pays et que, 
s'il en reste quelques-uns au Portugal, c'est à cause de leurs 
familles et de leurs biens et aussi parce qu'ils craignent le sort que 
leur réserve l'exil ; 

50 Parmi les nouveaux chrétiens, il y a un si grand nombre de 
judaïsants et d'apostats qu'on peut dire qu'ils le sont tous et que, 
pour ce motif, il est nécessaire d'employer le remède radical de 
l'expulsion totale, pour éviter les continuels sacrilèges commis 
par eux; 

6« Parce que l'expérience montre que les nouveaux chrétiens 
ne s'amendent pas par les pardons qui leur sont accordés, car ce 
n'est pas par la douceur qu'on peut les ramener, mais par la ri- 
gueur; on devrait les condamner pour crime de lèse-majesté, 
c'est-à-dire à mort. 

L'Inquisiteur général ajoute qu'on peut, il est vrai, opposer à 
ces raisons ces observations : 

1° Que parmi les nouveaux chrétiens il peut y en avoir qui se 
convertissent et que la charité chrétienne demande de ne pas les 
exiler, parce qu'ils pourraient se corrompre davantage au contact 
de leurs coreligionnaires dans les pays où ils peuvent, pratiquer 
librement la loi de Moïse; que ce fut toujours un acte de miséri- 
corde de châtier les coupables ; 

2** Que l'Église s'est toujours contentée de l'abjuration, de la 
confiscation des biens et de la peine ordinaire et que l'exil serait 
une aggravation de peine. 

Mais ces arguments n'ont pas de valeur, parce que l'Église ne 
défend pas d'augmenter les peines; puis parce qu'on a Heu de 
croire que ces convertis continuent à pratiquer en secîret la reli- 
gion judaïque. De toute façon, l'exil pourrait empêcher la confes- 
sion de ces nouveaux chrétiens relaps et on est certain que ceux- 
ci cachent leurs complices, arrêtant ainsi l'action du Saint-Office, 
et l'exil, au lieu de les affliger, les réjouit. 

Dans la deuxième partie de son argumentation, l'Inquisiteur 
général soutient qu'il convient de les exiler, et cela pour trois 
raisons : 

1*» Parce que, du moment qu'ils ont été jugés et condamnés, 

rÉtat a le droit de les tenir pour suspects et de se défendre d'eux; 

2*> Parce que les condamnés n'ont pu l'être sans qu'il existe 

quelque preuve contre eux et, lors même que celle-ci ne serait pas 



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2i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

absolue, elle -doit être considérée comme telle, car ils sont sus- 
pects ; 

30 Parce que beaucoup de personnes prudentes, doctes et crai- 
gnant Dieu sont d'avis de les expulser, attendu que la plupart 
d'entre eux. sont infectés de Judaïsme. 

A cela on peut opposer que Texil est une peine trop rigoureuse 
envers de simples suspects, étant donnée la pitié dont TÉglise fait 
preuve envers les condamnés. Mais cette observation est facile- 
ment réfutée, d'abord, parce que TÉglise n'a pitié que de ceux qui 
montrent leur repentir, au moins extérieurement, et tous ceux 
qui montent sur les échafauds ont été jugés sur leur propre 
témoignage, les autres ont été condamnés comme impénitents, 
parce qu'ils ne confessaient pas leurs fautes. D'ailleurs, l'expulsion 
de ces suspects doit être considérée comme une mesure de salu- 
brité morale pour le Portugal. 

XXni. — 5 mars 1631. — Examen contradictoire des quatorze 
points qui résultent de la délibération des prélats portugais réunis 
en Junte dans le couvent de la ville de Tomar, sur l'ordre de Sa 
Majesté, pour prendre connaissance des documents présentés par 
les Juifs portugais. 

1«' point. S'il est permis d'expulser tous les Juifs et tous ceux 
qui auraient une goutte de sang juif dans les veines. 

2« point. S'il faut se borner à expulser ceux dont on ne peut 
pas attendre la conversion et qui sont les chefs du Judaïsme. 

3* point. Si, comme souverain seigneur, le Roi a le droit d'ex- 
pulser les nouveaux chrétiens de pur sang juif en confisquant leurs 
biens, et en exceptant seulement ceux dont une longue ascendance 
n'a jamais été entachée de la réputation de judaïsants. 

Pour le !•'' point, la Junte répond qu'il n'est pas permis de les 
expulser en totalité, parce que la majeure partie d'entre eux ont 
reçu le baptême volontairement et doivent être considérés comme 
chrétiens ; ils ont tous été confirmés et ont reçu la force pour 
persévérer dans la foi. A l'appui de ceci, la Junte cite beaucoup 
d'exemples des temps passés. 

Pour le 2* point, la Junte déclare que le soupçon d'hérésie ne 
suffit pas à justifier l'expulsion ; qu'il faut encore prouver que les 
suspects sont incorrigibles. 

Le 3* point n'est pas conforme à la justice, car si le droit per- 
met de punir toute une communauté de personnes, lors même qu'il 
y en aurait d'innocentes, on ne peut pas dire que les nouveaux 
chrétiens en forment une, car ils habitent de nombreuses villes, 
dont le Roi est la tête, et dans ce cas on ne peut punir tout le peuple 



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LES MAUKANES D'ESPAGNE ET DE POliTUUAL SOUS PHiLIPPE IV 25 

j uif, malgré ses crimes, à cause du grand nombre d'innocents qu'il 
comprend. 

4« point. L'Eglise seule peut être juge en cette cause, car le 
crime a été dirigé contre la religion. L'expulsion générale affaibli- 
rait le royaume et fortifierait ses ennemis, comme cela arriva lors 
de réxpulsion des Maures On ne peut donc expulser les nouveaux 
chrétiens ayant un peu de sang juif dans les veines, car on doit 
espérer que le bon sang qu'ils possèdent les poussera à conserver 
la foi ; mais le Roi peut et doit promulguer une loi, ordonnant d'ex- 
pulser ceux qui désormais apostasieraient, ainsi que leurs femmes 
et leurs enfants. Mais les nouveaux convertis ont besoin d'autant 
de soin que les plantes nouvellement écloses, et ce n'est pas en 
adoptant les mesures précédemment proposées par les prélats 
qu'on réussirait à les maintenir dans la bonne voie. 

5* point. Doivent être expulsés les hommes ou les femmes vieux 
chrétiens sans mélange qui abjureraient, et non celui qui aurait 
déjà abjuré, lors même que sa mère l'aurait fait et serait exilée. 

La Junte est d'avis que ce point est une répétition du précé- 
dent. 

6« point. L'expulsion doit être soumise à l'arbitre de l'Inquisi- 
tion, qui jugera si elle doit ou non infliger cette peine et à quels 
coupables. Cela est inadmissible, car l'Inquisition admet un Juif 
â la réconciliation, elle ne peut le condamner en même temps à une 
peine si dure. 

T point. Cette peine doit être appliquée aux suspects ayant 
abjuré au Saint-Office, ainsi qu'à leurs femmes et à leurs enfants. 

Pour la même raison que celle du 6" point on ne peut appliquer 
cette peine aux nouveaux réconciliés qui ont purgé leur condam- 
nation par l'abjuration et la pénitence publique; elle ne pourrait 
être infligée que si, de nouveau, le réconcilié apostasiait Quant à 
l'expulsion des femmes et des enfants, ce serait une chose mons- 
trueuse de voir châtier les membres de la famille de celui qui n'a 
pas même commis de délit et a seulement été soupçonné. 

8« point. Doivent être expulsés les femmes, enfants et petits- 
enfants de ceux qui auraient été ou pourraient être livrés au bras 
séculier. Si ceux qui ont été livrés au bras séculier sont morts en 
chrétiens, leurs femmes et leurs descendants ne peuvent être 
punis pour une faute dont ils ne sont pas coupables. 

9* point. Qu'aucune pénitence ou châtiment ne puisse exempter 
ces personnes de la peine d'expulsion. 

Ce point est en contradiction flagrante avec le droit qui dit 
qu'on ne peut punir deux fois pour le même fait : Non bis in idem. 

10* point. Que Sa Majesté daigne ordonner que, dans l'espace 



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26 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'un an, les Juifs pourront sortir du royaume, après avoir vendu 
leurs biens, mais sans emporter de matières d'or et d'argent, en 
transformant le prix de ces ventes en marchandises, et il sera 
nécessaire d'employer une grande surveillance pour que le fisc 
royal ne soit pas frustré de ses droits. De plus, le Roi devra 
décider qu'aucun des expulsés ne pourra revenir dans le royaume 
et qu'en enfreignant cette prohibition, ils s'exposent à être condam- 
nés aux galères. 

Pourquoi leur donner la liberté de sortir pendant un an seule- 
ment et enlever cette faculté à ceux qui n'en profiteraient pas 
pendant ce laps de temps? Ce sont deux contradictions, et ces 
deux moyens sont peu conformes à la raison. Personne ne niera 
que les réconciliés ne soient le? -sujets du Roi et, comme tels, 
obligés à défendre l'Etat aussi bien que les autres vassaux ; ils 
doivent donc participer aux mêmes droits, aux mêmes libertés, 
aux mêmes privilèges. 

IP point. Pour arrêter la propagation du judaïsme qui, par des 
mariages avec de vieux chrétiens, infecte le bon sang du sang des 
apostats et des hérétiques, Sa Majesté doit et peut promulguer une 
loi défendant aux Juifs de donner à leurs enfants, se mariant avec 
des vieux chrétiens, une dot supérieure à 2.000 cruzados, disant 
que l'excédent de c^tte dot sera partagé par moitié entre le fisc 
royal et le dénonciateur. De plus, aucun vieux chrétien marié à 
une nouvelle chrétienne ne pourra obtenir de charges ni de privi- 
lèges dans le palais royal, pas plus que des honneurs et des emplois 
publics. 

Ce point est une infraction au droit, qui prescrit la liberté 
complète pour contracter mariage. Le pouvoir paternel a été si 
grand à un moment que le père possédait le droit de vie ou de 
mort sur ses enfants ; mais jamais il n'eut le droit d'empêcher un 
fils ou une fille de contracter mariage à son gré. Une pareille loi 
est opposée à la propagation du genre humain, qui est le but du 
mariage. 

12* point. Que Sa Majesté prie le Souverain Pontife de déclarer 
que toute personne ayant des ascendants juifs sera, jusqu'à et y 
compris la dixième génération, incapable d'être pourvue de 
dignités, ni de canonicats dans les églises métropolitaines, cathé- 
drales et collégiales, ni de bénéfices ecclésiastiques d'aucune sorte, 
qu'elle ne puisse recevoir même les ordres mineurs afin d'éviter 
les sacrilèges. 

Le confesseur dit, au nom de la Junte, qu'il n'arrive pas à com- 
prendre pourquoi l'assemblée des prélats a réuni dans ce point 
tant de défenses et d'incapacités. Il suffisait de défendre Tor.lina- 



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LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 27 

tion des nouveaux chrétiens, ayant des ascendants juifs, jusqu'à 
la dixième génération, puisque personne ne peut recevoir de 
dignisés, places ou bénéfices- ecclésiastiques sans avoir été 
ordonné prêtre. Ce point était bien inutile, car lorsque des can- 
didats sollicitent l'ordination, les évéques ont soin de s'informer 
de leur généalogie et de repousser ceux qui sont indignes. 

13* point. Que le Roi les déclare incapables de recevoir des 
dignités ou des charges séculières dans TEtat, car ils sont infidèles 
au Roi et aux hommes, puisqu'ils le sont envers Dieu. 

Cette résolution est contraire au droit, à la justice et à Tusage, 
car les Romains, dont on admire le gouvernement, attiraient les 
vaincus dans leur capitale et leur conféraient des dignités et des. 
charges, afin de les bien disposer en leur faveur. 

Si on avait cherché à propager et à conserver le Judaïsme, on 
n'aurait pu trouver un moyen plus propre à ce but. Au contraire, 
qu'on facilite les mariages entre vieux et nouveaux chrétiens et 
qu'on leur donne des emplois et des honneurs; ainsi le sang pur 
aura bientôt triomphé du mauvai:?. 

14« point. Pour les mômes raisons, qu'ils soient exclus de toute 
communication et de tout commerce avec les vieux chrétiens, 
excepté en ce qui concerne les rentes royales, car cette résolution, 
si elle était appliquée intégralement, serait trop préjudiciable au 
trésor royal. 

Tout ce qui a trait à ce point se rapporte au gouvernement poli- 
tique; par conséquent, le Roi et ses ministres sont seuls aptes à 
juger de l'opportunité des précautions à prendre ; les prélats, en 
traitant cette question, outrepassaient leurs pouvoirs et il n'est 
pas nécessaire de discuter ce sujet. 

La Junte est donc unanime à repousser la proposition d'expul- 
sion générale. 

XXIV. — 26 février 1631. — Le confesseur dit quil a écrit au 
grand inquisiteur de Portugal, sur Tordre du Roi, pour lui dire de 
ne pas retarder sa réponse au sujet de la plainte des Juifs. Aussi- 
tôt que fray Antonio aura cette réponse, il s'engage à la commu- 
niquer promptement au Roi. 

XXV. — 26 mars 1631. — Ordre du Roi à son confesseur de 
former une Junte pour examiner la proposition des Juifs, qui 
offrent de verser une somme considérable. 

XXVI. — 27 mars 1631. — Fray Antonio de Sotomayor propose 
au Roi de nommer membres de la Junte un inquisiteur et un théo- 



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28 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

logien, qui se trouvent à la cour, plutôt que d'en faire venir de 
Portugal, ce qui retarderait Texamen des questions juives. 

XX VIL — 14 mai 1631. — Le confesseur donne connaissance au 
Roi d'un mémoire du nonce, dans lequel celui-ci dit que, s'il est 
question d'un pardon général, cette affaire doit être remise au 
Souverain Pontife ; mais que, pour sa part, il y est opposé. 

XXVIIL — 25 mars 1632. — Le Roi, écrivant à son confesseur, 
dit que le mémoire des Juifs de Portugal contient trois points fort 
importants pour la religion, la justice et TÉtat et qu'il ne parait 
pas possible de leur refuser satisfaction, d'autant plus qu'il a déjà 
accordé un pardon dans des temps très durs et qu'il ne peut con- 
damner comme injuste ce qu'ont fait tant de rois pieux et justes et 
dans des circonstances moins mauvaises ; et quoiqu'il ait refusé 
plusieurs fois de concéder ce pardon, il est presque décidé à le 
faire, parce qu'il lui est impossible de porter remède aux misères 
publiques. Le Roi donne donc Tordre à son confesseur de réunir 
une Junte composée des personnes dont il donne la liste pour juger 
quel est le meilleur parti à prendre parmi les deux proposés, celui 
de l'Inquisition de Portugal ou celui du Conseil de Castille. Il faut 
examiner quelle est la meilleure manière de ramener en Espagne 
et en Portugal les Juifs qui se sont réfugiés en pays étrangers. 

XXIX. — lo*" janvier 1633. — Ce document est absolument sem- 
blable à celui qui est daté du 5 mars 1631. Le confesseur du Roi y 
étudie les 14 points présentés par la Junte des Prélats et discutés 
ensuite par une autre Junte nommée par le Roi. Le confesseur 
discute ces points, présente les mêmes raisons, mais combat ces 
points au moyen d'une argumentation plus étendue, basée sur 
les Ecritures Saintes, sur la théologie catholique et sur le droit 
commun. Il est opposé à l'expulsion générale, et critique les pré- 
lats qui se sont occupés de choses en dehors de leur caractère et 
qui incombent seulement aux ministres du Roi. 

Dans le manuscrit, il existe encore quatre documents fort tron- 
qués, non signés ni datés. Ils se trouvent aux pages 38, 43, 44 
et 45. Us traitent des mômes questions et dans les mômes termes. 

Elkan N. Adlbr. 

{A suivre). 



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CONTRIBUTIONS 

A LA GEOGRAPHIE DE LA PALESTINE 

ET DES PAYS VOISINS 

(suite *) 



VII 

LBS TRIBUS ISMAÉLITES. 

La Genèse nous fournit deux récits de la fuite d'Agar, laMiçrite. 
Suivant Tun (cliap. xvi), Agar, victime de la jalousie de Sara, 
aurait gagné le désert ; Tange de lahvé lui serait apparu près de 
la source sur le chemin de Chour et lui aurait prédit la naissance 
d'un fils qui habiterait à Torient de tous ses frères. D'après l'autre 
tradition (chap xxi), Ismaël était déjà adolescent quand Abraham 
renvoya Agar; il erra d'abord avec sa mère dans le désert de 
Berschéba, devint un habile archer et se maria au désert de 
Paran avec une Miçrite. Les deux textes s'accordent, d'ailleurs, 
à faire de la steppe située au sud de la Palestine le berceau des 
Ismaélites. 

Ismaël eut une nombreuse postérité : « L'ainé d'Ismaël fut 
Nebayoth, puis Qédar, Abdeël, Mibsam, Michma, Douma, Massa, 
Iladad, Thêma, letour, Naphich et Kedma*. Ils demeurèrent de 
Havila jusqu'à Chour, situé à Test de Mirraïm, et sur la route 
d'ALchour. A l'est de ses frères il s'installa *. » 

» Voir Jievue, t. XXX.V. p. 185; t. XLIII, p. 161; t. XLIV, p. 29; l. XLV, 
p. 16!S; l. XLVI, p. 184 et l. XLVII, p. 23. 

> Josëplie [Ant. Jud., I, 12, 4) donne la liste suivante : Naé'XKÔOT);, Ki^dapo;, 
*A68irjXoc, Ma<79â(jia;, ISoufia;, Màajio;, MaacyJ;, X62a8o;, Bifiavo;, ^léroupo;, Nâçai- 

• GeD.. XXV, 12. 



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30 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ce texte amalgame également deux traditions différentes, l'une 
assignant aux Ismaélites comme territoire une contrée au sud de 
la Palestine, contrée ailleurs' attribuée aux Amalécites, Tautre, 
conforme à la prédiction de Tange de lalivé, établissant les Ismaé- 
lites du côté de l'Orient. Pour les concilier, il faut admettre une 
migration des Ismaélites après un assez long séjour dans la steppe. 
Si la cause de cet exode nous échappe, il parait difficile de con- 
tester l'installation définitive des Ismaélites dans les régions 
orientales « Les enfants d'Ismaël, dit Josèphe, occupèrent la 
contrée quls*étend de TEuphrate à la mer Rouge, et qu'ils appe- 
lèrent Nabatène, et ils constituèrent le peuple arabe'. » 

Nous allons, du moins, établir que quatre des douze tribus 
Ismaélites se fixèrent à l'est de la Palestine. 

Le P' Livre des Chroniques, v, 18-22, rapporte que les Rubé- 
nites et la demi-tribu de Manassé, au nombre de 44,'760, entre- 
prirent une expédition contre les Agriïtes ('AYapiVoi), les gens de 
letour, deNaphich et de Nodab, et qu'ils les défirent complètement : 
ils en tuèrent un grand nombre, firent 100,000 captifs et se sai- 
sirent de 50,000 chameaux , 250,000 têtes de menu bétail et 
2,000 ânes, et s'installèrent à leur place jusqu'à la déportation. 

Où se déroula cette lutte, et à quelle époque? 

Le !•'' Livre des Chroniques, v, 10, répond à la première ques- 
tion en rappelant qu'aux jours de Saùl les Rubénites furent en 
guerre avec les Agriïtes et s'installèrent dans les tentes des vain- 
cus sur le bord oriental de Guilead. 

Il est moins facile de résoudre la question de temps. 

Le P' Livre des Chroniques fait bien précéder le compte rendu 
de l'expédition des tribus de Ruben et de Manassé d'une énuraé- 
ration de certains chefs de la tribu de Gad, qui se termine par ces 
mots : « Tous avaient été inscrits aux jours de Jotham, roi de 
Juda, et en ceux de Jéroboam, roi d'Israël » (v, 1*7). Mais il serait 
téméraire d'appliquer cette donnée chronologique à l'expédition 
elle-même. La seule chose certaine est que Texpédition est anté- 
rieure à la déportation (I Chr., v, 26 ; II, Rois, xv, 24), c'est-à- 
dire à l'année 734. 

Remontant le cours de l'histoire, on voit d'abord les bandes 
assyriennes de Tiglat Piléser appel^^es en Galilée et en Gui- 
lead par le roi de Juda, Achaz (II Rois, xvi, 7-8), à la suite de 
sa défaite par Recin, roi de Damas, et Péqah ben Remalyahou, 
roi d'Israël (Isaïe, vu et vm ; II Chr., xxviii, 5-6). Péqah ben 

* ISam., XV, 7. 

> Josèphe, Ant Jud., I, 12, 4. 



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CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 31 

Remalyahou est, d'ailleurs, le dernier d'une série de personnages 
portés par des insurrections sur le trône d'Israël. 

Zacharie venait, en effet, de succéder à son père Jéroboam, 
lorsqu'il fut assassiné par Salloum, fils de Yabéch (II Rois, xv, 10). 
Un mois après, le meurtrier tombait sous les coups de Menahem 
ben Gadi, de Tliirsa (II Rois, xv, 14), lequel, pour affermir son 
autorité , versa un fort tribut à Tiglat Piléser. Il réussit à 
léguer son trône à son fils Pékaya, mais celui-ci fut à son 
tour égorgé par Péqah ben Remalyahou, assisté de cinquante 
Guileadites (II Rois, xv, 25). Ce détail assigne à l'assassinat de 
Pékaj^a le caractère de représailles exercées à l'occasion du 
meurtre de Salloum, natif de Yabech, ville de Guilead (Juges, 
XXI, 9; I Sam., xxxi, 21). La révolution qui enleva à la famille de 
Jéhu le trône d'Israël apparaît dès lors comme l'œuvre des gens 
de Guilead, ambitieux du pouvoir. D'autre part, le roi de Damas, 
rallié de Péqah ben Remalyahou, devait marcher d'accord avec le 
parti qui renversa Zacharie; Zacharie n etait-il pas le fils de ce 
Jéroboam qui avait humilié Damas (II Rois, xiv, 28) ? Cette époque 
fut donc caractérisée par une entente parfaite entre les gens de 
Guilead et le roi de Damas. 

Mais lorsqu'on veut en fixer la chronologie, l'on reconnaît la né- 
cessité de rectifier les données bibliques sur la durée de quelques 
règnes : le texte indique dix ans pour Menahem (II Rois, xv, 17), 
vingt ans pour Péqah ben Remalyahou (II Rois, xv, 21); mais les 
inscriptions assyriennes établissent que Menahem prêta hommage 
à Tiglat Piléser en môme temps que Recin de Damas, soit en 738, 
soit dans la période 742-740. 

On est ainsi amené à faire remonter à l'année 750 l'origine de 
rère troublée dans laquelle on trouve sans cesse la main de 
Guilead ; nul doute, d'ailleurs, sur les causes de l'influence tout à 
coup exercée par la Transjordane dans les affaires intérieures 
d'Israël : lustre donné aux tribus de Ruben et de Manassé par 
leurs victoires sur les Agriïtes, les gens de letour, de Naphich et 
de Nodab, et prestige résultant de la force de leurs milices. Dès 
lors, il faudrait placer entre 760 et 750 l'expédition des tribus de 
fluben et de Manassé. 

Il faut aussi noter que Jotham, roi de Juda (754-735), fit la 
guerre au roi des Bené-Ammon, le défit et lui imposa un lourd tri- 
but, qui fut payé au moins trois années (II Chr., xxvii, 5); peut- 
être ne faut-il voir dans cette guerre qu'une tentative d'un vassal 
pour secouer le joug de Jotham, au moment où celui-ci prenait le 
pouvoir. La guerre chez les Benô-Ammon et l'expédition contre 
les Agriïtes se seraient donc déroulées parallèlement, et il y au- 



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32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rait eu une certaine entente entre les tribus de la Transjordane 
et Juda. La liste assyrienne des Eponymes indiquant pour Tan- 
née 755 une campagne contre Khatarika et pour l'année 754 une 
campagne contre Arpad, la non-intervention du roi de Damas 
s'expliquerait; ses contingents sans doute auraient été engagés 
de ce côté. 

Il est moins facile de rattacher à ces faits les deux prophéties 
d'Amos contre Damas et contre les Benê-Ammon : 

Pour trois crimes de Damas 

et pour quatre, c'est irrévocable : 

parce qu'ils ont broyé avec des herses de for les monts do Guilead, 

je lancerai le feu sur la maison de HazaSU 

et il dévorera le h palais de Ben Had&d. 



A Qïr * sera déporté le peuple d'Aram, 
dit lahvé. (i. 3-5.) 

Pour trois crimes des Benô-Ammon 

et pour quatre, c'est irrévocable : 

parce qu'ils ont éventré les femmes enceintes de Guilead 

pour étendre leur territoire, 

je mettrai le feu aux murs de Rabba» 

et il dévorera ses palais. 



Et Melchom sera emmené captif 
ses prôlres et ses chcf.s avec lui, 
dit lahvé. (i, 13-15.) 



Ainsi d'après Amos, Guilead aurait été attaqué simultanément 
au Nord par les soldats d'Hazaël de Damas, et au Sud par les 
Bené-Ammon : faut-:il croire que les Agriïtes, cédant aux sollici- 
tations des agresseurs d'Israël, se joignirent à eux? La campagne 
de Rubeu et de Manassé contre les Agriïtes aurait alors été une 
campagne de représailles. On s'explique toutefois difficilement le 
relèvement rapide des tribus de la Transjordane après un écra- 
sement tel que celui qu'indique le prophète; aussi semble-t-il 
absolument nécessaire de faire remonter au moins à la période 
'770-'760 la prédiction d'Amos. 

Les circonstances qui amenèrent les tribus de Ruben et de Ma- 
nassé à marcher contre les nomades qui habitaient les steppes 
désertiques voisines de leurs territoires étant maintenant con- 
nues, le moment est venu de rechercher quels étaient ces no- 
mades. Immédiatement on découvre dans leurs rangs deux des 
tribus ismaélites, letour et Naphich. 

' Le fait est conCrmé [>ar 11 Hois, xvi, 9. Oa peut 6 eiooner que le prophète ait 
dénij^né d'avance le lieu d^exil. 



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CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 33 

Le pays de letour, a-t-on dit, c'est riturée, mais comme ce nom 
semble avoir un peu flotté dans l'espace, il est essentiel de bien 
préciser la position de la contrée. , 

Ce pays est associé à la Trachonitide : nous connaissons par 
révangéliste Luc (m, 1) Philippe, tétrarque de llturée et de la 
Trachonitide. 

On possède, d'ailleurs, sur la Trachonitide d'assez nombreux 
renseignements. D'après les Onomastica *, c'est la région qui 
confine au désert voisin de Bosra d'Arabie; Kanatha, aujourd'hui 
El Qanawat, était en Trachonitide *. Ptolémée » place au pied du 
mont Alsadamus, aujourd'hui Djebel Druz, l'habitat des Arabes 
Trachonites. Une inscription de Mismié *, qui renferme le pas- 
sage <ï>aivT|(T(otç ikr{toox(3>\ki% tou Tpàywvo;, achève de nous édifier sur 
l'étendue de la contrée vers le Nord. La Trachonitide englobait le 
Ledja et le Djebel Haouran: On s'explique, dès lors, le texte de 
Josèphe ' opposant la Trachonitide à la Galilée, en intercalant le 
canton OùXaôa — district al Hûlah des Arabes, près du lac Houleh 
— et le canton Ilavtà;, — district de Banias. 

Au surplus, les descriptions du pays que nous ont laissées 
Josèphe et Strabon sont absolument confirmées par les récits des 
voyageurs. D'après Josèphe •, la Trachonitide était au temps de 
Zénodore habitée par des gens de sac et de corde qui exploitaient 
la plaine de Damas ; ils vivaient dans des cavernes dont l'entrée 
était difficile à découvrir sans guide, et dont les vastes salles 
intérieures pouvaient abriter botes et gens avec tous leurs ap- 
provisionnements. Strabon, plus concis, n'en est pas moins ex- 
plicite : a Damas est dominé par les deux Trachones. Puis vers 
les régions des Arabes et des Ituréens, sont des montagnes 
presque impraticables, contenant de profondes cavernes : l'une 
d'elles pouvait enfermer 4,000 hommes lors des expéditions 
contre les gens de Damas. Souvent ces barbares détroussaient 
les caravanes des mai*chands de PArabie Heureuse. Ces brigan- 
dages ont diminué depuis la disparition de Zénodore le voleur, 
en raison de la justice des Romains et de leurs postes en 
Syrie'. » 

Enfin, un édit du roi Agrippa, perpétué par une inscription de 

1 p. deLacrarde, Onomastica sacra, p. 135 et 268. 

« /i/., p. 109 et 269. 

« Ptol., Geoffr., V, 15, 26. 

^ Le Bas et Waddiogton, Voyagé arehéologiquSy III, p. 573, iDScription n« 2524. 

» Jortphe, Ant, Jud,, XV, 10, 3. 

• W., XV, 10,1. 

' Strabon, ©#o^r.,XVI, p. 576. 

T. XLVm, «• 9S. I 



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34 REVUE DBS ÉTUDES JUIVES 

Qanawat * , reprochait aux Indigènes d'avoir vécu jusqu'alors 
comme des bêtes fauves dans ieurg tanières. 

M. Wetztein a retrouvé de tels souterrains en divers points du 
Haouran et des districts voisins, notamment à El Adjeila et à 
Schibiké sur le versant oriental du Djebel Haouran, ainsi qu'à 
Der'at, l'antique Adraa. M. Waddington en a visité plusieurs dans 
le Djebel Haouran et dans le Ledja, notamment à Dama (vaste 
caverne). « Les Druses, écrivait-il, m'ont souvent assuré qu'il en 
existait de tous dotés, mais qu'en général Ils ne sont connus que 
des Arabes du Ledja, pillards invétérés qui conservept précieuse- 
ment les traditions de leurs ancêtres du temps de Zénodore ; ils 
leur servent de magasins et de citernes. ^ 

Tpa^^^ désigne en grec un terrain rocailleux, plein d'aspérités. 
Ce nom, à lui seul, dépeint bien les vastes étendues couvertes de 
laves brisées du Ledja et du Djebel Haouran. Il traduit en grec le 
nom indigène qui caractérisait ces contrées : Iturœœ monianœ 
syrum est *, nous dit VOnomastioon ; et d'ailleurs pour Kusèbe 
riturée ne faisait qu'un avec la Trachonitide : 'iToupaia -^ x«l Tpa- 

On pourrait, sans doute, admettre que plusieurs cantons ha- 
bités par des populations parlant le même idiome ont jadis porté 
le nom d'Iturée, mais on ne saurait mettre en doute Texistence 
d'un pays de ce nom dans la zone d'activité de la tribu ismaélite 
de letour, comme ne pas lui rattacher le Djedour, voisin du 
Ledja. 

Le souvenir de la tribu de Naphich parait également nous avoir 
été conservé sous la forme Ard el Chanafls, nom d'un district au 
nord du Ledja. 

On trouve dans la région d'autres localités dont les noms rap- 
pellent dçs enfants dlsmaël : sur le territoire de l'ancienne Bâta- 
née, Douma et Teima ' ; dans le Ledja, Mismié"^ et Hadar% mais 
on ne saurait insister sur ces homonymies. 

Aux côtés des Ituréens et des Naphichéens, nous avons vu se 
ranger les gens de Nodab, ou Nadab, et les Agriïtes. Quelles 
étaient ces populations ? On ne le sait guère. 

Sur les premières, on ne possède qu'un renseignement d'Eupo- 

t Le Bas el Weddington, Voilage archéologique^ III, p. 533, insoiiption a* 23M« 

' P. de La^^arde, Onomastica saera^ p. 64. 

» W., p. 268. 

* 2d., p. 298. 

^ Le Bas et WaddiDglon, Voyage archéologique^ III^ p. 512. 

« Id., p. 573. 

7 Id., p. 577. 



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CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 35 

lème (contemporain de Juda Macohabée), transmis par Alexandre 
Polyhistor*. Ce paraît, d'ailleurs, n'être qu'un écho Infidèle de 
II Sam., VIII, 12. Eupolème y parle des guerres de David k^à 'ISou- 
[taiouç xa( *A|X[xaviTaç xal MwaSiraç xal *lToi»(ia(ouç xal NaêaTaiouç xal 
Na68«{ouç. Cette liste se différencie de celle des adversaires de 
Ruben qui figure dans I Chr., v, 10, par l'omission des AgriYtes et 
par la substitution des Nabatéens aux Naphichéens, c'est-à-dire 
d'une tribu Ismaélite à une autre tribu ismaélite. Ce qui conduit 
à se demander si les Nabdéens ne correspondraient pas eux* 
mômes à la tribu ismaélite de NaSBiTjX. 

Les Agriïtes ont été parfois rapprochés des 'A^paVoi d'Eratos- 
thène, Strabon*, Ptolémée^ et Etienne de Byzance, 'Ay^Uç de 
Denis le Périégète* et Nicéphore.*, Agraei de Pline «, Agreni 
d'Avjenus ^ Agrées de Priscien ». Mais tous visent un peuple ha- 
bitant une contrée voisine de la Babylonie et du golfe Per- 
sique. Comme, d'après une inscription de Tiglat Piléser III, il 
existait dans ces parages une tribu araméenne des Ehagaranu ', 
il faut croire qu'aucune révolution ethnique ne s'était produite 
entre le viii»et le ii» siècle, où vivait Eratosthène. Les Agriïtes, 
qui vers 750 luttaient contre Ruben et Manassé, n avaient donc 
aucune parenté avec les Kbagaranu araméens. 

D'autres *» ont entendu faire dériver le nom de Hagar, la mère 
dlsmaël, de celui de la tribu de ûnnan 'A^pctoi; lin verse paraîtrait 
plus naturel : Agrite devenant synonyme d'Ismaélite. Mais cette 
pensée doit être écartée, les Agriïtes étant nommés à côté des 
Ismaélites dans le Psaume lxxxui : « Oui, ils projettent d'un 
esprit unanime et font pacte ensemble contre toi, les tentes 
d'Edom et les Ismaélites, Moab et les Agriïtes, Guébal, Ammon et 
Amalec, la Philistie et les gens de Cor. Aussi Achour s'est lié 
avec eux, il est venu à l'aide des Benô-Lot. » 

Avant d'aller plus loin, il faut étudier de près ce texte, envi- 
sager successivement les divers peuples mis en scène et enfin 
assigner une date au tableau historique. 

Le Psalmiste rapproche les tentes d*Edom des Ismaélites, Moab 

* Muller, Fragmenta hUtorieorum graeorum^ III, p. 225. 
« Slrabon, Qêogr., XVI, p. 167. 

» Piol., deoçr., V, 19. 

* Muller, Qeographi Grœci JfiMrei, 11, p. 163. 
» W.. 11. p. 466. 

* Pline, Mût. Nat., VI, 32, 11, 16, 18. 

' Muller, Geographi Oraei Minores, II, p. 187. 

* U., lU p. 198. 

* R^l, Dftf K^Uicktiftm Tiglat Pil$$er$, p. tt6 : tablette d*argile, 8. 

^ DillmaDD, G^netit, 25, 15 ; Winckler, AlHfi$ntaHHhê Rornhnngên, 1, p. 29. 



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36 REVUE DES ETUDES JUIVES 

des Âgrites, accusant ainsi sans doute des relations de voisinage ; 
ce qui conduirait à attribuer aux Agrites un territoire au nord de 
celui des Ismaélites. 

Guébal n*est évidemment pas la Byblos phénicienne , mais le 
district d'Edom xiont parle Obadia(6) ; c'est la roSoXïTi; dévolue aux 
enfants d'Esaù*, la Gebalite de VOnomasticon*, qui devait être 
proche de Petra. Gabalite, d'après Etienne de Byzance, est leth- 
nique de Gabala, Gebalenus Tethnique de Gebala : la Gebalène 
serait, d'après YOnomasticon*^ te nom du pays entourant Petra : 
Gebalène et Gebalite seraient donc identiques. 

Josèphe forme le territoire des «ifants d^saù de la roSoXîTiç et 
de la 'Aî^aXT^xiTiç * ; dans un autre passage, il nous montre Ama- 
sias (798*790) se décidant à faire la guerre aux nations des Ama- 
lécites, des Iduméens et des Gabalites, toTç 'A[jiaXY)X(T(5v eôve<Ti xal 
'I8pu|Aa(a)v xal ra6aX(T(5v «; dans les passages parallèles (II Chr., 
XXV, 23) Amasias combattit les Benê Séir et les Édomites (Il Rois, 
XIV, 7), il guerroya contre Édom. Amalec, d'après Gen., xxxvi, 
12 = I Chr., I, 36, est un fils d'Éliphaz, fils d'Ésaù. 

Ces différents textes rattachent nettement Guebel et Amalec à 
Édom. Ammon, qui est intercalé, est-il le peuple de Benô-Ammon«, 
ou bien faut-il songer au passage d'Etienne de Byzance : FeSaXT^vv) 
Tt xat AlpiavTTtç •?) twv 'lSou[i.a(u)v x***?* [xeTwvopLàcrôYj ? Cette dernière 
solution grouperait mieux les adversaires de Juda. 

L'on s'est enfin demandé si l'Achour du Psalmiste était l'Assyrie 
ou la région citée par la Genèse (xxv, 18), et nommée dans la 
prophétie de Balaam (Nombres, xxiv, 22) ; d'autres ont môme 
voulu lire Gueschour. Dans la première hypothèse, on devrait 
s'appuyer sur les données assyriennes pour déterminer la date de 
composition du Psaume cxxxm ; dans les autres cas envisagés, 
il suffit de tenir compte des annales de Juda. D'ailleurs, il parait 
difficile de faire remonter la rédaction du Psaume au delà de la 
prise de Samarie (722): comment autrement interpréter la phrase 
du même Psaume : « Ils disent : venez que nous les détruisions 
comme peuple, et qu'on ne mon lionne plus le nom d'Israël » ? 

Abstraction faite de Çor, la liste des ennemis ne comprend 
que des populations du sud de la Palestine : le territoire me- 

> Joeèpbe, Ant. Jud., II, 1,2. 

* P. de Lagarde, OnotMitica taera^ p. 155, 260, 299. 
» ld„ p. 131,137,264, 277. 

4 Jo8èpbe,iliil. /«<;., II, 1,2. 

* M, IX, 9, 1. 

* Les Benê-Lot comprena.ii Ammon et Moab, il s^agirait surtout d'après le Ps«U 
nista d^une cooceotratioD deû elTorts des deux pays, et, par conséquent, cette pre- 
mière conjecture serait la plus Traisemblable» 



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œNTRIfiUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 37 

nacé est, par suite, Juda ; au temps des deux royaumes israé- 
lites, l'abaissement de Juda n'aurait pu avoir pour conséquence 
Teffacement du nom d'Israël. Que l'on ne s'étonne pas, d'ail- 
leurs, de cette sorte de revendication du nom dlsraël par des 
gens de Juda : après la déportation de 734 , il n'est plus fait 
emploi pour désigner le royaume du Nord que du nom d'Ephraïm 
ou de la maison de Jacob. Bien plus, l'un des rois de Juda, 
Âcbaz, reçoit le titre de roi d'Israël ; le texte mérite d'être repro- 
duit intégralement : « En ce temps le roi Acbaz envoya vers les 
rois d'Achour pour en obtenir de l'aide. En outre, les Edomites 
étaient venus, frappant ceux de Juda et leur emmenant des 
captifs. Les Pbilistins s'étaient répandus dans les villes de la 
Schepbéla et du Nedjeb de Juda et avaient mis la main sur Betb- 
Scbémescb, Ayyalon, Guéderotb, Soko et ses filles, Tbimna et 
ses filles, Ouimzo et ses filles, lieux où ils s'installèrent. Ainsi 
labvé humilia Juda à cause de Acbaz, roi d'Israël, parce qu'il 
avait tout relâcbé en Juda et s'était révolté contre labvé. Tiglat 
Piléser marcba contre lui et le pressa, loin de le secourir » 
(UCbr., XXVIII, 16-20). 

Acbaz régna de 735 à 720. Il se trouva aux prises avec Edom, 
la Pbilistie et l'Assyrie, c'est-à-dire dans la situation dépeinte 
par le Psalmiste. 

Ce ne fut certainement pas la dernière coalition contre laquelle 
Juda eut à lutter. Plus tard, aux jours de Nabucbodonosor, sous 
le règne de JoYacbim (ôOl-ÔOl), « labvé envoya contre lui les 
bandes des Easdim et les bandes d'Ëdom et les bandes de Moab 
et les bandes des Benê-Ammon, les lançant contre Juda pour 
le perdre » (II Rois, xxiv, 2). Mais cette fois la Pbilistie n'est 
plus enjeu. Cette remarque est décisive, car si nous connaissons 
mal rbîstoire d'Edom, nous sommes mieux renseignés sur les 
événements de la Pbilistie par les documents assyriens. Et dès 
lors on peut recbercber à quels moments les Pbilistins ont été en 
mesure d'attaquer Juda. 

En '734, Tiglat Piléser dépécbe des troupes contre les Pbilistins 
et met en fuite Hannon, roi de Gaza. En '720, Sargon marcbe 
contre ce roi et le fait prisonnier à Rapbia. En '713-711, soulève- 
ment d'Asdod, avec l'adbésion de Juda, Edom et Moab, et répres- 
sion de la révolte par le tartan de Sargon ; presque à la même époque 
Ezécbias bat les Pbilistins jusqu'à Gaza. En '702, Sennacbérib, 
après avoir reçu le tribut des rois d'Ammon, de Moab, d'Edom et 
d'Asdod, marcbe contre Zédékias d'Ascalon et Ezécbias de Juda 
et défait une armée égyptienne à Altaqou: il .conquiert une partie 
de Juda et distribue des lambeaux du territoire conquis aux rois 



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38 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de Gaza, d'Asdod et d'Eqron. Ceux-ci ne sont plus dès lors et 
pendant longtemps que les soldats de TAssyrie. 

Ainsi rétat de la Palestine et des pays cîrconvoisîns se rapproche 
plus à la fin du règne d'Achaz que sous Joïachim ou à tout autre 
moment de celui que dépeint le Psalmiste. On peut, par suite, 
dater son œuvre de la période qui va de 735 à 120. Quarante ans 
tout au plus s'étaient' écoulés depuis l'installation des tribu« de 
Ruben et de Manassé dans les campements des Âgriïtes ; ceux qui 
avaient survécu & la défaite avaient donc dressé leurs tentes sur 
les confins voisins de Moab et n'avaient pas émigré «eus d'autres 
cieux. Conséquertiment le Psaume Lxxxin ne nous apprend rien 
de nouveau sur les Agriïtes; la question d'origine reste intacte* 

La tribu des Agriïtes tirait-elle son nom d'une ville antique du 
Ledja "Aypaiva, on d'une localité réputée du désert? Cette dernière 
conjecture, malgré certaines objections sérieuses, est digne d'at*^ 
tention. Que l'on se souvienne de la signification du mot arabe 
Kbadjar^ pierre» rocher, de l'antique importance de El Khegr, "'Eypa 
dePtolémée, du passage d'Isaïe : «Que le désert, et «es bourgs 
élèvent la voix, et les enclos où réside Qédar, qu'ils jettent des cla- 
meurs joyeuses les gens de Séla * » (xlii, 11), pu encore du texte 
de Jérémie : « Pour Qédar et la reine de Khaçor que frappa Ne-. 
boukadnezar, roi de Babel » (xlix, 28), et l'on sera tenté de 
penser que la tribu des Agriïtes, associée à des tribus ismaélites, 
pourrait bien être une tribu ou un groupe de tribus ismaélites 
ayant pour centre une localité portant le nom caractéristique 
pierre ^ roche, et pour territoire celui qu'occupait la tribu de 
Qédar au temps d'Assurbanipal. 

D'après les inscriptions connues^ le monarque assyrien, ayant 
franchi le Tigre et l'Euphrate, parvint au pays de Mach, « une 
contrée de la soif et de la faim » à cent haohbou qaqqar de 
Ninive; il s'avançait contre Ouaitô, roi d'Aribi, et Abijatô, chef 
du contingent Nabatéen [na-ba-ai-ta-ai). 

De Kba-da-at-taa je partis; à La-ri-ib-da, temple à enceinte de pierre 
[bit-dâri sa kunuké), près des citernes Una- éli guhbani sa mê) je campai. Une 
fois mon armée ravilalllée en eau, je poursuivis ma route à travers le pays 
do la soif, la contrée de la faim, jusqu'à Kburarina entre Jaarki et Azaaila 
dans le pays de Mqçh, pays lointain où ne vient pas la bêle fauve, où 
Toiscau ne fait pas son nid Je défis les Isaammâ, serviteurs d'Atarsamaln, 
et les Nabatëens, prenant gons, ânes, chameaux, moutons, un butin innom-' 
bfable. Mon armée poursuivit les vaincus 8 kachbou qaqqar et revint à 

• Sila signifie pierre» 



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CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 39 

Azaallà, où elle put étaocher pbl soif» D*Azaalla elle marcha 6 kackàou gag* 
qar jusqu^à (^urasiti, à travers un pays de soif et de faim. Les serviteurs 
et les Qédréens de Ouaitô, roi d*Aribi, j'a'^siëgeai. Ses dieux, sa mère, sa 
famille, tous les habitauts du pays de Qôdar. fines, chameaux, menu bétail, 
grftce à l'aide d*Assour et d^Istar, mes seigneurs, ttmbèrent entre mes 
mains. Je les conduisis à pied à Damas '. 

Le point initial de la oampagne est Ehadaattaa sur la rive droite 
de rËuphrate. Ce nom rappelle une localité placée par Ptolémée *, 
précisément sur cette rive* Aù8atTÔ«, en face de Z«(ô«, dont le nom 
lui-même se rattache à la campagne de Tempereur Julien en 363 *. 
D'après le récit d'Aramien Maroellin, l'armée romaine se rendit en 
deux jours des rives du Khabour à Dura et défila en ce Heu au 
pied du tumulus élevé à la mémoire de l'empereur Gordien, tué en 
244 par l'Arabe Philippe* Ce monument se voyait de Zeita, qui^ dès 
lors, était proche de Dura. Mais Dura figure parmi les Maniiùnes 
Parihicœ ; sa position sur la carte de l'Euphrate peut donc ôtre 
précisée grâce aux données du géographe antique : en face du 
village de Salahieh, à hauteur des ruines de Eankallah. 

Le rapprochement ainsi établi entre le Khadaatta d'Assurbani* 
pal et 'AuSàxôct de Ptolémée se justifie a posteriori par Texistehce 
d'une route menant de Salahieh dans l'intérieur du pays^ ainsi 
qu'en témoigne la note suivante de l'ingénieur Cemik : 

De Salahieh il serait possible^ d*après left soldats du poste ttito établi 
en ce lieu, de gagner Tedmur; le premier relai se tfouve à Dehenab, situd 
dans la montagne à une distance de id kilomètres. Il est diffleile de mettre 
on doute ee renseignement Si cette route do carairâne conserve la direc- 
tion initiale, elle trarerse le çrand bassin intérieur du Wady AH, puis la 
ligne de faite ^u\ borde le Dau el Kebir, à la lisière Nord duquel on trouve 
Tadmuret les ruines de Palm.vre. Si sur cette route se trouvait au delà de 
la source Dehenah un puits où Ton put s'abreurer, il y aurait lieu de la 
préférer pour se rendre de Tadmur à Bagdad à celle par Deir parcourue par 
la brigiide d^ingénieurs autrichiens ^. 

C'est précîsémeilt cette route plus courte que suivit Assurba- 
nipal. 

laarki, que mentionne le bulletin de campagne, est l'Erek de 
Cemik, la Tarîca des marchands d'Alep qui, en 1691, découvrirent 
les ruines de Palmyre, Arak ou Urak de Yacout et de Marâsid ■, 

* Samuel Âlden Smith, Di« Keilschri/itewte As4urhanipaU^ annales d'après lo 
cylindre R«l, Vill, 100 — IX, 9. 

* Plol., Oeogr., V, 19. 

* Zozimtiaj lil, 14} Ammiac, XXUI, 5- /T. 

* Cernik, Teehnisehe Studien-Bûopedition, dans le Srgantungsheft^ n« 44, €U Peter- 
mannU Geogrêphisehe MUtheilungen^ p. 1S. 

^ Le StrsDge, Palestina under tke MosUmt^ p. 395. 



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40 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la station Harac de la carte de Peutinger à XIX M. de Palmyre 
sur la route de TEuphrate. 

Laribda pourrait correspondre à Oruba de la carte de Peutin- 
ger, à XXII M. de Harac, dont le site semble pouvoir être retrouvé 
dans le bassin du Chadr et Tair, qui possède des étangs d'eau 
saumâtre. 

Azalla offrait d*importantes ressources en eau, puisque l'armée 
assyrienne put s*y désaltérer à son aise. Or, c'est précisément la 
caractéristique de Karyatein, rancienne Nezala de Palmyrène. 

Khurarina, situé entre laarki et Azalla, rappelle le mot hébreu 
Kharerim, désignant le Kharra, plaine ondulée recouverte de 
laves brisées à arêtes vives ; correspond-il à Qasr el Kher, ruines 
à "7 h. 1/2 de Karyatein ? On ne saurait le dire, mais il semble per- 
mis d'affirmer que le site de Palmyre était au temps d'Âssurbani- 
pal inhabité ou, du moins, un centre sans importance. 

D'Azalla à Qurasiti, l'armée assyrienne eut à traverser un second 
désert ; de Karyatein à Djeiroud, l'antique Geroda, on compte 
onze à douze heures de marche sans eau ; on répugne néanmoins 
à rapprocher Djeiroud de Qurasiti, ce nom rappelant plutôt celui 
de Kharestat porté par deux villages de la banlieue de Damas. 

Le bulletin de campagne se poursuit : 

Je partis de Damas, 6 kachbou qaqqar pendant toute la nuit je marchai 
et arrivai à Chulchula. Dans Khukkurina, une montagne impraticable, je 
pris les serviteurs d*AbijatÔ, fils de Teôri, les Qédrëens je les défis, pris du 
butin. Abijatô et Aimmou fils de Teêri, sur l'ordre d'Assour et d*Istar, 
mes seigneurs, tombèrent vivants entre mes mains. Je leur mis des fers 
aux pieds et aux mains et les emmenai avec le butin en Assyrie. Les 
fuyards qui échappèrent, saisis de crainte, se réfugièrent dans le Khukkuran, 
montagne impraticable, à Mankhatti, Apparu, Tenukuri, Sa'uran, M arkana, 
Sadatein, Bnzikarmô (Belzikarmé), Ta*na, Irrfina, toutes les sources d'eau 
existantes, je plaçai des gardes et Teau vive de leur vie je coupai. Je rendis 
rare la boisson. Ils moururent de soif et de faim. Les autres tuèrent leurs 
chameaux pour étancher leur soif en buvant leur sang et leur eau. De ceux 
qui montèrent sur les montagnes chercher un refuge, aucun ne se sauva, 
aucun n*ëchappa à mes mains. Leurs repaires tombèrent en mes mains * . 

En regard de ce bulletin, il faut placer le compte rendu de l'in- 
vasion égyptienne en 1840. Les Druses se jetèrent dans le Ledja, 
véritable forteresse naturelle, immense plateau de laves. Long- 
temps ils y tinrent tête aux bataillons égyptiens et leur infligèrent 
de grandes pertes. 

Ibrahim et Soliman se décidèrent alors à adopter un plan tout diffë- 

* S. A. Smith, Dip Keilsehrifttexte ÂsurhanipaUt annales, d'après le cylindre 
R"l, IX, 10-40. 



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CONTRIBUTIONS A LA GÉOGHAPHIE DK LA PALESTINE 41 

rcDt de celui qui avait été suivi jusqu'alors et dont rexëcution, quoique 
longue et pe'nible, devait nécessairement amener un résultat certain. 
Comme pendant Télé, le Ledja ne possède que dos sources trop peu abon- 
dantes pour suffire à une population entière, et que tous les réservoirs 
d'eau, qui pendant les chaleurs servent à abreuver les troupeaux, sont à la 
périphérie, il suffisait, pour forcer les insurgés à sortir de leurs repaires 
de combler ces réservoirs. Le plan fut mis à exécution, et du 20 mohar- 
ran au 26 rabi-el-haouch plus de vingt combats furent livrés. Les Druses 
furent toujours repoussés des positions qu'ils occupaient et les réservoirs 
qu'ils défendaient lurent comblés. Quelques-uns cependant furent con- 
servés pour servir aux colonnes mobiles : ceux de Hayat, Mousmieh. 
Tebne, Kerata, Bousr el Ilariri et Nedjran. Un ou deux bataillons furent 
placés sur chacun do ces points pour empêcher l'ennemi de venir prendre 
de Teau ; le reste des troupes fut formé en colonnes mobiles, qui, comman- 
dées par Ibrahim ou par Soliman Pacha, étaient continuellement en mou- 
vement, soit pour combler dos réservoirs, soit pour se porter sur les points 
attaqués par les Druses et les rejeter dans Tintérieur. Saouara, Bourak, 
Rimeh, Madouna, etc., etc. furent ainsi occupés momentanément ; mais 
▼ers la fin des opérations, leurs birkets furent aussi supprimés. Les autres 
réservoirs, au nombre d'une vingtaine, furent entièrement détruits, après 
des combats plus ou moins acnamés, dont les principaux furent celui de 
Laitré au commencement de Texpédition et celui de Risin el Ratel à la fin. 
Ce fut après ce dernier combat, qui dura plus de douze heures, que les 
Druses manquant d'eau, cernés de tous côtés, ayant inutilement tenté de 
reprendre l'endroit cerné par les troupes , ne pouvant se montrer sur 
un point de la périphérie du Ledja sans voir Ibrahim ou Soliman arriver 
et les rejeter dans Tintérieur, après des combats qui leur coûtèrent beau- 
coup de monde, les Druses, dis-je, perdirent courage et désespérant de te- 
nir plus longtemps, se décidèrent à transporter le théâtre de la guerre dans 
le Djebel-Cheikh entre Hasbeya et Raçheya ^ 

A vingt- cinq siècles de distance, la môme tactique appliquée sur 
le môme terrain fut couronnée du môme succès. 

Comment maintenant pourrait-on contester Tidentiflcation pro- 
posée par Delitzsch * de Chulchula avec le village de Ehoulkhoulé 
à la lisière du Ledja ? 

Aimmou, Tun des chefs Qédré'ens, porte bien un nom du 
terroir; c'est TAùiaou des inscriptions de la Trachonite et de 
TAuranite '. 

LesNabatéens interviennent dans la première partie de la cam- 
pagne : c'est donc qu'ils habitaient une région du désert plus voi- 
sine du point de passage de l'Euphrate que le pays des Qédréens. 

1 Rey, Voyage dans le ITaouran, p. 28 et 29. 
s Delitzsch, Wo lag das Parodiée^ p. 299. 

* Le Bas et Waddiogton, Voyage archéologique^ III, inscriptions n«* 2392- 2395, 
2441,2455, 2456. 



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42 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

On est ainsi amené à les placer en Palmyràne *, et à attribuer aux 
Qédréens les régions au nord-est et au sud de Damas. 

Cette conclusion semble méconnaître et les renseignements que 
les inscriptions d'AssurbanipaP accollent au nom de Natnu, roi 
des Nàbatéens, « dont le paya est éloigné », « qui n'avait jamaiâ 
envoyé de messagers aux rois mes pères », et les relations d^& 
anciennes des Qédréens avec TAssyrie* Mais tout s'explique si 
Ton remarque que Damas servit de base d'opérations dans les 
précédentes campagnes contre les Arabeà, tandis que dans celle- 
ci les Assyriens partirent de TEuphrate. 

Les Qédréenst d'ailleurs, étaient des Arabes : Ouaïté, fils 
d'Hazaël, le plus souvent qualifié roi d'Aribi, est donné par un 
texte* comme roi de Qiidri. 

La campagne que nous venons d'étudier avait eu pour prologue 
des razzias d*une certaine importance : c'est taouta, fils d'Hazaël^ 
roi de Qiidri, qui, après avoir fait acte d'hommage à As8urbanipal< 
et obtenu de lui le rapatriement de l'idole Atarsamatn, Jadis 
emportée par le roi Asarhaddoti, secoue le joug, entraîne dans sa 
défection les Arabes, pille les pays de l'Ouest mât Ahnarri, et 
voit se dresser contre lui les contingents assyriens de ces pays * ; 
c'est Ammuladi) roi de Qiidri, qui entre en lutte avec les rois de 
rOuest mât Akharri, est défait et fait prisonnier •. Ces rois de 
d*Ouest étaient soiiS Sennachérib Puduilî de Beth-Ammon, 
Kammusunadab de Mo^b, Mdlikrammu d'Ëdom^. Un texte même 
attribue à Kam[ma?]-as-.khal-^ta^a , roi de Moab, la capture 
d'Ammuladi^ ; les Qédréens habitaient donc à l'est de ces régions. 

L'énumération des contrées où les révoltés furent battus par 
les contingents assjrriens : 

Ina (G?)gira (makhâzu) Azarilu (ou Azaran) (makhâzu) Khîrata- 
qazâ, ina (makhâzu) Uduml, ina nlrib (makhâzu) labrudu, iûa 
(makhâzu) Bit Ammani, ina nagii cha (makhâzu) Ehaurina, ina 
(makhâzu) Mu'aba, ina (makhâzu] Sa'arri, ina (makhâzu) Ehargii, 
itta nâgii cha (makhâzu) Tsubitl", 

' On inexpliqué dès lors l'importance de rélémeot Dabatéen dans la jsefniUUon de 
Paimyre signalée par Clermont-Ganneau, Becmil d'archéologie orientale, II, p. 216. 

* Kéilinsekriftlkhe Bibliothek, 11, p. 219 : annales d'Assufbanipàl, cylindre, VllI, 
56-65* 

* Cylindre B d'Assurbanipal^ VII, 87. 

^ Id., II, p. 215 : mêmes annales, cylindre B, VII, 87. 

^ Id.^ II, p. 217 : mômes annales, cylindre C, VIII, 15-29. 

* 7i., II, p. 91 : inscription du prisme, lî, il2-55. 
^ G. Smith, Hittory of Assurhanipal, p. 28S* 

* KeilinechfifUkhe Bihliothek, II, p. 217 ! adtialès d'Âsstirbittipel, tiyllUdM C, Vil, 
108-114. 



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CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE Ai 

confirme cette déduction ; on reconnaît sans peine dans Udumi^ 
Bit AmmanU Mu'aba, Edora, Bet Ammon, Môab. D'autres noms 
s'identiâent assez aisément :• ainsi Naçii cha TsoubiH avec les 
cantons de Zoba, nagii cha Khaurina avec les cantons de la 
Hauranltide ; mais certains ne se laissent pas reconnaître ; Sa'ar^ 
Kargê, labrud, qui n'est certainement pas 'làSpou^adeLaodicène'. 
Les mots ina gira Azaran Khirataqaza ont soulevé des discus- 
sions non encore closes ; Khirataqaza a été rapproché par Win* 
okler* de Taraméen-arabe Hirâ^ qui a le môme sens que Khazor^ 
nom de la capitale des Qédréens d'après Jérémie (xlix, 28) ; Ton 
s^est encore demandé si (?<>*« était un nom propre ou un nom' 
commun, et, dans ce cas, quelle pouvait en être la signification, 
quelle relation existait entre Qira et Tarabe Khôr^ oued ; Ton a 
songé au passage dé II Chr., xxvi, T* : « Klohim l'aida contre les 
Philistins, contre les Arabes installés à Gour et les Méonites », et 

à la version des LXX : iià touç àXXocpuXouç )tal ïiii toÙç "Ap aCaç Touç 
xaToixovvraç tizi tt^ç Tcérpaç xai iià touç Mivaiouç. 

Malgré toutes ces obscurités, il apparaît que les Qédréens 
occupaient un territoire sur le flanc d'Edom, de BHt Ammon et de 
Moab, et dès lors on doit songer au long couloir de l'oued Sîrhan 
que l'on suit en se rendant du Djebel Haouran au ûjof. Les routes 
du désert sont moins nombreuses qu*on le suppose ; les chemins 
qui s'y réduisent, à vrai dire, à des directions de marche, ont été 
tracés, non d'après les formes du terrain, non diaprés les herbages 
nécessaires aux chameaux, mais d'après l'existence de points 
d'eau, sources, puits, citernes. 

Au premier tiers de la route de Bosra au Djof, on atteint 
Toasis de Eâf au pied d'un pain de sucre d'une centaine dé mètres 
de relief, couronné par les vieilles fortifications du Qasr Sa'ldl. 
Cette localité est reliée à Ma*ân et à Palmyre par des lignes de 
points d'eau*. 

Eahf signifie la caverne ; on se rappelle la caverne des sept 
donnants que les Arabes rattachent h Br Hakim (la pierre)*. Kef 
a le sens de rocher comme Séla. 

Il est curieux, d'autre part, de lire dans le Voyage de l* Arabie 
Centrale^ de Huber, la description des alentours de Kâf, 

'Bien que marchant sur un terrain uni, nous sommes pourtant dans 

« Ptol., Geogr,, V, 15, 20. 

* Winckler, Altorientalitehe ^ortehungen^ II, p. 24S, note i. 
> Winckler, eêieki€kiê 2$raêl$^ I, p. 46, oot» 1. 

^ Eutiog, Tagebuek einw Bêisê in Innerarâèiên^ p. 91 ^M* 

* Glermont-Ganneau, Recueil tParehéologie orientale, 111, p. 293. 



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44 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

une région montagneuse, mais d*iine forme toute particulière. C'est un 
immense plateau pierreux du col .duquel sont sortis une quantité de sou- 
^l ïévements en forme d'ellipses, de cônes, de pilons entièrement isolés les 

uns des autres, sans aucune liaison et'dont les sommets sont géne'rale- 
ment en tables. Au surplus aucune unité de direction ne règne entre eux ; 
ils courent du Nord au Sud comme de TEst à l'Ouest et leur hauteur varie 
de 20 à 100 mètres. 

Il est curieux de constater que tous ces soulèvements sont faits d'un 
calcaire blanc qui produit un très beau sable de môme couleur et sur le- 
quel on dirait qu'il soit tombé une pluie de gros moellons noirs tout cal- 
cinés. C'est du reste le même terrain que celui que j*ai déjà rencontré une 
journée avant d'arriver à Kaf. Toutes ces collines caractéristiques surtout 
entre Elsrah, Kaf et le ouftdy Sirhûn proprement dit, portent le nom gêné* 
rique de El Qedeir ou Oueraïk ^ 

Un rapprochement entre ce nom de El Qedeir et le peuple de 
Qédar, que nous sommes amenés par d'autres considérations à 
considérer comme depuis longtemps fixés dans la contrée, ne 
s'impose-t-il pas ? Ne serait-ce pas là le berceau de la tribu arabe ? 
On ne peut pas, en tout cas, ne pas y voir Tun des centres princi- 
paux des Qédréens. 

On se gardera, d'ailleurs, de placer à Kâf le centre commercial 
innommé signalé par Pline dans ces parages : « Nabatœis Thi- 
maneos junxerunt Veteres : nunc sunt Taveni, Suelleni, Arraceni, 
Areni; oppidum in quo omnis negotiatio convenit. Hemuatœ, Ana- 
litœ: oppida, Domatha, Egra.Thamudeni, oppidum Badanatha' ». 
Le Djdf, point de réunion des caravanes parties du littoral du 
golfe Persique ou de l'intérieur de l'Arabie, semble mieux dé- 
signé, mais il faut alors renoncer à l'idée d'y chercher la Domatha 
de Pline. 

Les documents assyriens permettent, ftu surplus, d'établir net- 
tement que les Qédréens n*étaient pas des nouveaux venus dans 
la région qu'ils occupaient au temps d'Assurbanipal. 

En 738, Tiglat Piléser guerroya dans la Syrie moyenne; il reçut, 
entre autres tributs, ceux des rois de Tyr, de Hamah, de Samarie 
* ' et de Damas et celui de la reine Zabibi d'Aribi * ; 11 n'est fait men- 

tion ni de Beth Ammon, ni de Moab, ni d'Edom. La reine d'Aribi 
gravitait alors dans l'orbite du roi de Damas. Tiglat Piléser opéra 
en 734 dans les régions palestiniennes, en 733 et 732 à Damas*. 
Les Annales ^^ après avoir raconté la dévastation du pays de 

1 Bulletin de la Société de géographie^ 1884, p. 312. 

» Plin., Hitt, Nat., VI, 32, 14. 

* Rosi, Du KeiUckrittteate Tiglat PiUserslII, p. 27 : annales. 1. 150-154. 

^ KeilintchHftliehe Bihliothek, I, p. 213. 

« Rosi, p. 35-37. 



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CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 45 

Damas, mettent en scène Samsî, reine d'AribI: son pays fut 
soumis, un gouverneur assyrien y fut installé. Une petite inscrip- 
tion * fait le récit de cette campagne après celui de Tinstallation 
d Osée sur le trône d'Israël, et passe sous silence les opérations 
contre Damas. Les AnnalPSy ionnant une relation plus circons- 
tanciée des événements, doivent être tenues pour exactes : il faut 
donc admettre que Tiglat Piléser gagna de Damas les steppes 
d'Arabie. 

Cette expédition eut, d'après Tune et l'autre inscriptions, pour 
suite la soumission des Biréens (ou Zab'éens ou Lich'éens), des 
villes de Maas'a et de Teima des Sabéens, des villes Khaiappa, 
Badana et Ehattia des Idibaëlens, « à la limite des pays lointains 
de rOuest», et l'installation d'un gouverneur du Musri. Les 
rois de Bet-Ammon, de Moab, d'Edom, de Juda, d'Ascalon et de 
Gaza figurent cette fois sur la liste des hommages reçus par Tiglat 
Piléser. La direction générale de la marche de la conquête fut 
donc du Nord au Sud. 

Des trois lectures possibles, Biréens, Zab'éens, Lich'éens, la 
dernière mérite la préférence comme rappelant les Lechieni de 
Pline ^, AaixY)vo{ de Ptolémée, les Lihjân dont les inscriptions ont 
été retrouvées par Euting à El-Œla. 

Ptolémée place en Arabie déserte AoujAcôa tj Aou[xa{ôa, en Arabie 
heureuse BaTjiux dans le voisinage de ^Eypa. Ces deux dernières 
localités ont été retrouvées » à Teima et au Qel'a de El Heger 
(Medaïn Salekh) : leur rapprochement justifie le groupement de 
Ptolémée et démontre que dans le texte précité Pline fait une 
confusion entre Domatha et Teima. Cette correction faite, tout 
s'explique: l'oppidum, point de convergence des caravanes du 
désert, c'est Domatha, c'est le Djof, appelé par les géographes, 
historiens et poètes arabes Dùmat el-dschândal, c'est-à-dire 
« Dumah du rocher » * ; Teima et El Heger sont les centres des 
Hemuates et des Analites, ou mieux Aualites (près de El Heger la 
carte de Huber porte Helouet el Alia, El Ala). Enfin, Badana des 
Idibaëlens se confond avec le Badanata des Thamudeni de Pline. 
Dès lors les Lechieni auraient à l'époque de Tiglat Piléser occupé 
le Djof». 

• Rost, p. 81. 

« Glaser, dans â^tfff dtr GesekieAt$ und Géographie AraHenSt II, p. 101 eisulT., 
eonsacre à ce peuple, dont il fait une branche des Tamudéens, une étude inté- 
rooonnto teDdaot i ramener leurs inscriptions aux premiers siècles de l'ère chrétienne, 

* Huber, Voyagé dans VAràbU centrale, dans le Bulletin de la Société degéùgra-- 
pkû, 1884, p. 511 et 516. 

^ Euting, Tagbucheiner Reise in Innerarabien^ p. 124. 

> Les Libjftn étaient des adorateurs de Wadd. Abulfeda {Biitoria anteiilamica^ 



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46 REVUE 0S$ ÉTUDES JUIVES 

Eqflu, Saba ^tKhaiappa (Je Tipscription den Annales oorresr 
pondent à Scheba et à Epba d*Isaïe, hx, 6, 

Après la victoire de Raphia ('720) et 1^ capture du roi de Gaza, 
Sargoa reçut les tributs du roi du Musri, de Samsi reine d'Aribi 
et dltamar le Sabéen * . Une oolonne de son armée dut pénétrer en 
Arabie en partant cette fois du sud de la Palestine, et infligea 
yne défaite aux tribus Tamud, Ibâdidi, Marsimani, Khaiapa «du 
pays lointain des Arbai, inconnu des lettrés et n'ayant jamais payé 
tribut à un roi ». Une partie des vaincus furent emmenés et 
installés en Samarie. 

Tamud est, sans contredit, le peuple des ea[*u87|vot, que Ptolé- 
mée place au nord de TArabie Heureuse, les Thamudeni de Pline. 
Ibâdidi, qui se trouve rapproché de Tamud, comme plus haut les 
Idibaëlens l'ont été des Thamudéens, pourrait fort bien corres- 
pondre aux 'ATTotTatoi que Ptolémée nomme aussitôt après les 
8(acpSv|vo(, et Marsimani aux MoctgaiiAdvcTç voisins des 6a{iuSY)vot. 
Khaiapa figure dans les inscriptions de Tiglat Piléser rappelées, 
plus haut. * 

Sennacbérib (T(04-681) s'empara d'Adumu, forteresse d'Aribi^ 
imposa un tribut au pays et emmena & Ninive ses dieux ^. Cet 
événement a pu se produire au cours de la troisième campagne, 
après la réception des tributs de Bet Ammon, de Moab et d'Edom 
et la bataille d'Altaqu, ou vers 682', si l'on veut renvoyer à la fia 
du règne la catastrophe signalée par Hérodote (H, 141) et par II 
Rois, XIX, 35-36. £In tout cas, la colonne assyrienne dirigée contre 
les Arabes partit de la Palestine. 

Où chercher Adumu ? La remarque précédente fait écartée ri<* 
dentiâcation d'Adumu, soit avec Edom * ou Petra *, soit avec une 
localité voisine de labroud de Damascène*. On se ralliei^ait plutôt 
à l'opinion de Winckler ', qui place la forteresse arabe dans le Djof. 

l^ campagne d'Asarhaddon en Arabie se déroula sur un théâtre 
situé plus k TBst; les relations du pays d'Aribi avec le monarque 

p* iSl) novt tpprMd qott les KMUIa», tdortteitfs de Wadd, habitti«iit Damalb el 
Djipdid. Ainai ila auraiepi «uççédé auy U^&a. De m^e^ le Nahr al Keib da la cola 
phénicienoe s'était Jadis appelé Lycus. Cette double traosformatioD de nom ne saurnit 
être le fait du hasard. 

> Wiuckler,2>M KnUchrifttemtê Sargon»,^, 21, annales, 1. 94-97, et p. 101, fastes, 
1. 27. 

* XeilinMcàri/lflicU BikliatM, II, p. 131 : priamo A d'Aasarhaddou, U, 35-IU, 1. 
< Wiqoklar, Qtukkifê Babj/hnim^ undAêtyri^t, p. 254, 

^ Nordf, 4^r'i4« Vktionarjft p. 19 ; Tiele, B*h^niêçki-M$$ri$ch0 Cl99(Àiçh^€i 

p. m. 

* Uommel, Otsekiekte Babyloniens und Assyriens, p. 70S. 

* Halévy, Bssai sur Iss inscriptions du Safa, p. 121. 

' Wiuckler Qs^dkichu BabpUmms md ^ityrùmi, p. 267« 



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œNTRIBUTlONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 47 

assyrien paraissent s*ôtre bornées à une démarche d*Hazaël, roi 
d'Aribi, auprès d'Asarhaddon pour lui verser son tribut et implo- 
rer sa grâce; moyennant un supplément de contributions, le roi 
put ramener ses dieux dans son pays, et il obtint la main de 
Tabua. Hazaël mort, son fils Ouaitô fit à son tour acte d*hommage 
et consentit un plus fort tribut ' ; le» Assyriens Tftidèrent, par 
contre, à se débarrasser d'un compétiteur fort entreprenant et 
gênant, Ouahab'. Si l'on tient compte de la remarque précédem- 
ment faite sur l'équivalence des titres roi de Qiidri et roi d'Aribi, 
on doit, après cet exposé, reconnaître que les Qédréens occupaient 
sous Assurbanipal les mômes steppes qu*aa temps de Tiglat 
Piléser. 

G. Marmibr. 
(il suivre.) 

* Keilin$ekriftlich9 Bihlioikek, II, p. 131 : prisme A d'Assarbaddon, III, 2-24. 
D'après la UbleUe K, 8544 (Winckler, AUoriêmSalisckê Forukungén^ t I, p. Ma), 
Tabua aarait été une princesie oa une raine d'Aribi» emmenée en captiTÎié KTec les 
dieaxda pajs. 

* Winckler, AltorienttdUchê Fenekimfên^ t. I, p. 527. 



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DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 



(suite*) 



III. 



U23, 19 août. — Payement fait par Samulet de Barri à Abraam Du- 
rant Avigdor (t Scereta^ sa saur, bailleurs emphydotiques, du droit 
de lods et tente pour rachat d'une maison sise dans la juiperie 
d'Arles, 

(Élude de M* MarUn-Raget, Rcg. B. Pangonis, 14^3, fol. 96 vo et 97.) 

Laufiemium hospicii pro Samuleto de BarrioJudeo et recognitio 
feudi pro Abraam Duranti Avigdor et Scereta, ejus sorore, filiis et 
heredibus magistri Duraoti Avigdor, condam Judei phizici de Are- 
late. 

AnDO quo supra [\i2:\] et die XÏX racDSis Augusti. Noverint uni- 
versi etc., quod cum Samuletus de Barrio, Judeus de Arelate, biis 
annis non longe eftluxis, emerit a Regina, relicta Astrugii Bondie 
Dâvini de Bellicadro, Judei condam de Ârelale, quoddam bospitium 
situm Arelale in magna carreria juzalarie, in parrochia Sancti Mar- 
tini et in carreria vulgariier nuncupata del Valat*, confronta ns ab 
una parte cum balneis Judeorum et ab alia parte cum bospitio uo- 
bilis Honorali de Monte... et carreria publica et oum aliis suis con- 
frontationibus, etc., precio CLX florenorum auri, constante de ipsa 
emptione predicti bospitii nota, ut asseritur» sumpta per discretum 
virum magistrum Antbonium Olivarii, notarii publici de Arelate, sub 
anno Domini millésime GGCG<> decimo septimo et die XVI mensis 
decembris ; quod quidem bospitium dicta Regina sibi yendidlt cum 

» Voir Bévue, XL VII, p. 221. 

* Probablement la ruo du foasé (4e vallato] aujourd^bui rue de la République, éta- 
blie sur l'emplacement d^un ancien canal romain, qui avait été comblé. Voy. £. Fat* 
ain, Le Vieil Arles, la porte Saint-Stienne, duna le Ifnsée, Revue arUtienne, 1873- 
1874, p. 61. 



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DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 49 

ccDsu aoDuo qualuor denariortim coroaatoruin dempta picla ^ auDo 
quolibet solvendorum in festo Nalalis DomÎDi nobilibus AIziasso 
Vorcelleli et beredibus siye liberis Dobilis Johaonis Porcelletl con- 
dam, verum cum fuerit repertum ipsum bospitium teaeri sub majori 
dominio et senboria, pro quar a parte et pro iadiviso, ad ceosum 
et serviiium preiictum heredum magislri Abraam Boneti Avigdor 
coudam, Judei, par ipsum magistrum Abram, dum erat in buma- 
Dis, emptum a bayloais communitalis Judeorum Arelateosis, cods- 
lante de emptione dicti census per dictum coodam magistrum Abram 
Boneti fada iostrumenlo publico ia notam sumpto per magistrum 
Guillelmi Agreni * coodam notarii publicum (sic) de Arelale sub 
aoDo Domioi M« CGC LXXX V, die quarta meosis madii; et prop- 
terea quia idem Samuletus a die sibi facte veoditionis citra dictum 
bospitium ppssederit et in eo babitaverit ac de eo possessiooem cor- 
poralem acceperit, nulia facta requisitione per prius, ut teoebatur, 
beredibus dicti coodam magistri Abram Boueti Avigdor seu illis 
quibus pertinebat de sibi laudaodo et (rezenando, ob quod pretende- 
batur per Abram Durauti Avigdor et Sceretam ejus sororem, uxorem 
magistri Vitalis Aslrugii de Carcasàouua, Judei pbizici, ôlios et be- 
redes magistri Duranti A.vigdor coodam, Judei pbizici de Arelate, filii 
Dei gratia magistri Abram Booeti, fuisse et esse comissumet prê- 
tez tu cTomisse ad eos debere pervenire. 

Hinc tandem fuit et est quod coostitutuâ dictus Samuletus de 
Barrio, Judeus, in presentia dictorum Abram et Scereie fratrum, au- 
dito et diligenter, ut dixit, percepto tenore Instrumenti emptionis 
census predicti supra designato, per quod apparet evidenter dictum 
magistrum Abram, dum vivebat, émisse a bayloois' communitalis 
Judeorum de Arelate dictum censum in et super dicto bospitio seu 
quarta parte et pro iQdiviso,et predictum bospitium teneri sub ejus- 
dem magistri Abram Booeti Avigdor et suorum beredum et succès- 
sorum majori dominio et senboria, requisivit ideo instrumentum 
dictuâ Samuletus de Barrio predictos Abram et Sceretam fratrem et 
sororem ibidem présentes quatinus, intuitu pietatis et attente quod 
fraus nec dolus, si qui sint, non provenerunt ex eo, sed a dicta Ré- 
gi oa que ëibi vendidit, ut omne jus comissi eis spectans in et super 
eodem bospitio sibi remittere vellint et eamdem venditionem do 
dicto bospitio sibi factam quantum eos tangit laudare dignentur» offe- 
rens se paratum eis realiter trezenum solvere et recognoscere, ut 
quiiibet emptor empbiteota facere tenetur et débet. Et dicti Abram et 
Scereta frater et soror, ôlii et heredes predicti condam magistri Du- 
ranti, dicta vero Scereia cum licentia dicti magislri Vitalis mariii sui 
ibidem presenlisetc, ambo simul et quiiibet ipsorum gratis, spoute, 
eorum bona fide et sine dolo pro se et suis etc., audlla requisitione 
predicta» certi et ad plénum certifficati, ut dixerunt, de venditione 

* IjM, pieta^ piU ou pougeoiie est une très petite monnaie valant 1/2 obole ou 1/4 de 
denier. Le cens est donc de 4 deniers coronats moios 1 pile, soit 3 deniers 3/4. 

' Guillaume Agrène, notaire à Arles, 1371-1402 (cf. Lu Miuée^ Kccue arlè*ienae^ 
A» iérie, 1878, p. 70). 

T. XLVllI, NO 95. 4 



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oO REVUE DES ETUDES JUIVES 

predicti hospilii fada eidem Samulelo, eamdem veDditionem, quan- 
tum eos langit et concernit eorum majus dominium, dicto Samuleto 
preseDti, stipulaoti et soUempoiter recipienli pro se et suis etc. lau- 
daverunt , approbaverunt et coDÛrmayerunt dicto Samulelo pré- 
sent!, etc., cbnfiieutes se a dicto Samuleto habuisse et realiter 
récépissé trezenum seu partem ejusdem trezeni ipsos tangentem de 
qua se conlentos etc.» pactum etc., concedendo eidem Samuleto quod 
a modo possit corporalem possessionem predicti bospitii apprehen- 
dere et retinere apprehensam iuducendo ipsum per tactum manum, 
ut est moris. 

Et ulterius dicti Abram et Scereta ambo simul et quilibet ipsorum 
in soUdum grdtis, sponte, eorum bona âde et sine dolo pro se et suis, 
etc., de benignitate et gratîa speciali, et ad preces sive requisitionem 
dicti Samuleti et nonnullorum amicorum suorum, et attenta igoos- 
centia et simplicitate ejusdem Samuleti in premissis non vicio facto, 
cesserunt, remiserunt et penitus desamparaverunt eidem Samuleto 
presenti etc., omnia omnino jura omnesque rationes et actiones 
quascumque quas et que habent et visi sunt habere in eodem bospitio 
pretextu dicti comissi, salYo eis semper et suis censu et majori do- 
minio predictis de quibus omnibus realiter se prorsus divestiverunt 
et dictum Samuletum investiverunt per tactum manum, ut est moris, 
ipsumque dominum (?) verum feceruut etc. lia etc. Et nicbilômiuus 
pro tutiori cautbela et securitate dicti Samuleti eidem promi^erunt 
ambo simul dicti Âbram et Scereta, et quilibet in solidum, pro se et 
suis, quod si in futurum ipsi Samuleto vel suis lis, questio, petitio 
vel demanda in et super censu et majori dominio et senboria predic- 
tis ac super eo.dem bospitio prete&tu comissi âeret, moveretur aut 
suscitaretur per beredes Régine Bonete condam, eorum avie paterne, 
onus deffeciionis dicte litis sive questionis in s^ assumere et prosse- 
qui utiliter et directe eorum propriis sumptibus et expensis usque 
in finem litis et ipsum Samuletum et suos totaliter facere quittum et 
inmunem et penitus servare indempnem. 

Pro quibus omnibus a ttendendis et pro omnibus expensis dampnis 
et intéresse per ipsum Samulelum vel suos faciendis premissorum 
pretextu etc> obligaverunt dicti Abram et Scereta, cum licentia ma- 
rital! qua supra, pro se et suis, omnia bona sua presentia*et futura 
sub vicibus curiarum spiritualis et temporalis Arelatis, Camere ralio- 
num Aquensis et omnium allarum curiarum spiritualium et tempo- 
raiium comitatus Provincie et Forcalquerii constitutarum. Renuntia- 
verunt cum debitis renuncinationibus etc. Juraverunt etc. De quibus 
dictus Samuletus petiit instrumentum etc. 

Et ibidem idem Samuletus de Barrio, gratis, sua bona fide et sine 
dolo pro se et suis, etc. confessus fuit et recogoovit dictis Abram et 
Scerete preseniibus, stipulautibus et recipientibus pro se et suis, 
etc. se ab inde inantea et per inperpetuum babere, tenere et possi- 
dere sub majori dominio et senboria eorumdem et suotum in pos- 
icium hereium et succesàoium qioiumcumque , vUelicet dictum 



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DOCUMENTS HELATirS AUX JUIFS D'ARLES 51 

hospitioift supra confrontatum ad censum et servitium quatuor 
deuarorium coronAtoi-um dempta picla ei pro quarta parle et pro 
indiviso annis siugulis solvendorum in festo Nalalis Domini; quod- 
quidem hospitium promisit idem Samuletus pro se et suis manute- 
nere, melliorare, etc., sub obligatioDe feudi, etc. fit ita sua bona fide 
promisit, etc. 

De quibus, etc. 

Âctum Arelate iu bospitio dictorum Abram et Scerete, testibus 
preseatibus Petro Fulconis, corraterio, Jobanneto Egidii, repayrerio 
de Arelate, et me dicto notario» elc. ^ 



IV. 

U2î, 4«' septembre. — Nomination d'un maître pour l'école publique 

dêTalmud. 

(Étude de M« Martin-Raget. Reg. Pangonis, 4423, fol. 102 v«.) 

Electio et creatio magistri scolarum pro communitate Judeorum de 
Arelate. 

Anno que supra [U23] et die prima mensis septembris. Noveriut 
universi, etc., quod cum commuuitas Judeorum de Arelate, pro 
instructione pauperum Judeorum dicte communitatis, ad bonorem 
et revereociam Dei et intuitu carilatis, pietatis et misericordie, ordi- 
navit, conclusit et disposuit perpetuo tenere et manutenere stabiles 
aique firmas perpetuo tenere (sic) scolas pro eruditione pauperum 
Judeorum civitatis predicle, pro quibusquidem scolis regendis et 
gubernandis et tenendis duo habentur magistri pueros pauperos 
Judeos exercentes et eisdem magistris annuatim et inperpetuum de 
bonis et facullatibus universitatis prelibale quinquaginta floreni 
auri. . . in anno causa stipendiorum suorum sive mercedis traderentur 
et solverentur, ita ut quod major magister haberet majora et minor 
magisler minora stipendia, cuiquidem helimosyne pro manutentione 
ejusdem magister Helyas de Arelate, Judeus phisicus Valentinenls, 
pro ejus dotatione de bonis suis ordinaveril, duxerit et concesserit 
mille fioreuos et boc sub certis capitulis, reteotionibus, ordinatio- 
nibuset couditiouibus coutentis et declaratis in quodam instrumente 
sumplo, subscripto et signato, ut in eo legilur. manu et signe magis- 
tri Anthonii Olivarii, notarii publici de Arelate sub anno Domini miU 
lesimo CGCG septimo et die xxiij mensis decembris; et inler cetera 
in eo contenta capitula, ipse magister Helyas ordinaverit singulis 
annls eligi et ordioari duos magistros, unum pro docendo librum 
vocatum lo Talmut et alium quinque libris (sic) Moysi, et hoc prima 
die mensis febroarii vocati ebrayce Asdar, et demum ulterius ordi- 
naverit et elegerit ad eligondum, creandum, locandum etnominan- 
dum eosdem magistros singulis annis per inperpetuum, scilicet 

' Voy. pQur cette pièce Revne, XLVII, p. 233-234. 



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52 REVUE DES ETUDES JUIVES 

felezenos suos, filios filiorum stiorunis magislrum Bonsenbor Asday 
et ejus liberos, magislrum Crescam Salamias, phizicum, item Regi- 
nam Bonete et cjus liberos, Judeos do Ârelate, bine landem fuit et 
est quod iii presentia mci uotarii publici et teslium iuffascriptorum, 
magister Abram de Garcassona, Judeus, pb'zicus. ut maritus et coq- 
JuDCta persooa Blaaquete uxoris sue, filie dicli quoudam magistri 
Bousenbor. Musse Bonsenbor Asday, filins etiam dicti quondam ma- 
gistri Bonsenbor et magisler Yitalis Astrugii de Garcassona, Judeus, 
pbizicus, ut maritus Scerete, uxoris sue, filie magistri Duranli 
Avigdor quondam Judei, pbizici, de Arelate, et Abram Duranti 
Avigdor etiam filius dicti quondam magistri Duranti, filii dicte quon- 
dam Begine, omnes simul et quilibet ipsorum gratis, sponte, eorum 
bona fide et sine dolo, juxta potestatem eis in dicto attributani ins- 
trumento et juxta modum et formam in dicto instrumento contentos, 
et proevidentiutilitate pauperum puerorum Judeorum et pro eorum 
institutione, eiegerunt et creaverunt in magistrum pro docendo 
dictum librum vocatum lo Talmut pauperibus pueris Judeis, ut 
supra dictum est, videlicet Issacum Astrugii Dellunis(?), Judeupn de 
Arelate, ad boc, ut dixerunt, expertum et sufficientem, vidilicet biuc 
ad mensem februarii proxime futurum et ab inde in unum annum 
continuum et completum in antea computandum et sequendum. 

De quibus concesserunt instrumentum, etc. 

Actum Arelate in bospitio mei noiarii, testibus presentibus Rosr 
tagno Stepbani alias Régla, Guillelmo Moreyroni, Trasserii de Are- 
late, et me dicto notario, etc. ^ 



V. 



4423, 8 novembre. — Acte d'association entre Antoine de B , 

marchand, et Samuel Bon Senhor, boucher. 

(Étude de M» Martin-Raget. Reg. B. Pangonis, 4423, fol. 443 v».) 

Conventiones et pacta habita inter Antbonium de Brandrato (?) 
mercatorem ex una parte et Samuletum Bon Senbor de Fossis, 
Judeum, macellarium ex parte altéra. 

Anno quo supra [1423] et die oclava mensis novembris. Noverioi 
univers!, etc.. quod discrelus Antbonius de Brandrato (?), mercator 
civis et babiiator de Arelate, et Samuletus Bon Senhor de Fossis, 
JudeuSf macellarius de Arelate, ambo simul gratis et sponte, eorum 
bona fide et sine dolo, pacta infrascripta et conventiones babuerunt 
et fecerunt in modum qui sequitur infra scriptum. 

Et primo fuit inter dictos Anlbonium ex una parte et Samuletum 
Judeum ex parte alla et est in pactum deductum, etc., quod dictas 
Samuletus teneatur et debeat bine ad annum unum continuum et 
complendum ab bodie computandum macellare ei macellum facere 

* Voyex pour cet acte Revue, XLVII, p. 232-233. 



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D0CU.M1:NTS relatifs aux juifs diables 53 

et ieoere io carreria jusalarie Areîatensis beslias quascumque prout 
sint mutones, oves, agni, eduli, câpre, yrci et bestie bovine et ibidem 
suis propriis sumptibus et expeusis locare domuin in qua faciat 
appothecam ac eciara tabulam. 

Item fuit actum et conveùtum inter easdem partes et in pactum 
deductum, etc., quod diclus Anlbonius teneatur et debeat^ in singulis 
diebuset boris quibus dictus Judeus voluerit emere bestias quascum- 
que pro ibidem macellando, tradere illico pecunias sibi necessarias 
pro solvendo preiium illarum iili seu ilium a quibus pro ^unc omerit. 

Item fuit actum et conventum inter predictas partes et in pactum 
deductum, etc , quod in qualibet septimana dictus Judeus teneatur 
et debeat ipsi Antbonio reddere compotum de hiie que macellaverjt 
et vendiderit et tradere illico ipso Antbonio omnes pecunias quas 
receperit de animaiibus protunc venditis, saltem quantitatem pecu* 
niarum quam dictus Anthonius ipsi Judeo pro tune tradiderit, si tôt 
Tcndiderit ; et si in septimana illa idem Judeus toi non yendiderit 
sive receperit, quod in subsequenti septimana dictus Judeus de 
pecuniis recipiendis protunc macellando eidem Antbonio tradere et 
supplere debeat usque ad quantitatem protunc sibi debitam et per 
eumdem Judeum ab ipso Antbonio protunc babitam. 

Ile-n fuit actum et conventum inter dictas partes et in pactum 
deductum, etc., quod diclus Samuletus teneatur et debeat artem 
ipsam macellandi continuatim et continue facere et tenere anno pre- 
dicio perdurante et aliam artem non exereere. 

Item fuit actum et conventum inter dictas partes et in pactum 
deductum^ etc., quod de omnibus animaiibus, mutonnis, ovinis, 
agninis, edulinis omnes pelles sint penitus dicti Anthonii et illas 
idem Judeus singulis diebus dum macellabuntur per eum seu ejus 
nomine eidem Anlhonio seu alieui ejus nomine intervenienti dare et 
tradere debeat sine custu, et de omnibus capris, yrcis per dictum 
Judeum maceliaDdis seu alium vel alios ejus nomine in una aut 
pluribus tabullis dictus Anthouius babeat médium pellium et dictus 
Judeus alium médium. 

Item fuit actum et conventum inter jamdiclas partes et in pactum 
deductum, etc., quod si contiugeret dictum Judeum macellare boves, 
vaccas, avogles sive vitulols et coreum quodlibet cujuslibet bovis 
venderetur precioduorum francorum, quod de illis duobds franchis, 
idem Anthonius babere debeat xvj. grossos et diclus Judeus xuij. 
grosses, et similiter de aliis coreis si plus aut minus venderenlur. 

Item fuit ut supra actum et conventum inter predictas partes et in 
pactum deductum, etc., quod si idem Judeus emeret vel venire 
faceret de extra presentemcivitatem Areiatis et ejus territorio bes- 
tias quascumque pro macellando, quod donec fuerlnt maceliate 
dictus Anthonius suis propriis expeusis babere debeat berbagia 
necessaria pro depastendo et unum hominem qui illas custodiat et 
eidem homini solvere loquerium de suo ipso. 
Que quidem pacta dictus Anthonius gratis, sua bona ûde et sine 



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• 4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dolo pro se et suis, etc. altendere, complere, quautum ipsum lan- 
gUDt, etc. Si difficere, etc., obligat omoia boaa sua presentia et 
future sub vicibus curiarum spiritualis et temporalis Arelatis, 
Gamere ratioaum Aquensis et omnium aliarum curiarum in Pro- 
viDcia coDstitutarum. Renuatiavit, etc. Jurayit. etc. Etiam dictus 
Samilonus gratis, sua bona tide et siae dolo pro se et suis, etc., pro- 
misit èidem Autbonio presenti, etc., pacta predicta Ipsum Judeum 
coDcerneutia et tangentia attendere, complere et observare, etc. Si 
defflceret, etc., obligavlt dictus Judeus se et omnia bona sua pre- 
sentia et futura realiter et personaliter sub vicibus curiarum supra- 
dictarum et poiissime parvi sigelli Montispessutani..., etc. Hos- 
tiaga tenere, etc. Renunliavit, etc. Juravit, etc. De quibus, etc. 

Actum Areiate in bospitio mei notarii, testibus preseniibus magi»- 
tro Bernardo de Gastellari Roderio Mosterio Rastabona, Brusserio de 
Areiate, et me dlcto notario» etc. ^ 



VI. 

4i28. 46 décembre. — Ordonnance des bayions, auditeurs des comptes et 
conseillers de la communauté juive a' Arles pour le règlement des dettes 
de la communauté, 

(Etude de M» Martin Raget. Reg. B. Pângonis 4428, fol. 440*441.) 

Ordinationes facte per baylonos, auditores compotorum et consi- 
liarios communitatis Judeorum de Areiate. 

Anno quo supra [1428] et die xvj. mensis decembris. Noverint uni- 
versi, etc., quod congregati in presentia nobilis viri Alziassii de 
Littera, locum tenentis nobilis viri Andrée de Paire (?), viguerii 
regii arelalensis in regia curia arelatensi in focanea terrenha, vide- 
licet Gresques Orgerii, Meyr Vitalis et Ysacus Pacali, Judei et bay- 
loni, magisler Bendich de Borriano, pbizicus, Ysacus Nathani, Vi- 
talis Gaihi et Massipetus de Perlusio, Vitaiis Astrugii, Aron de 
Nemauso, Durantonus Dieulosal de Beilicadro, Astrugius Samiellis 
de Largentiera, consiliarii, et Bondionus de Sancto Paulo, Bonastru- 
gius Jacob etSamiletus Mosse, Judei, auditores compotorum commu- 
nitatis Judeorum de Areiate, omnes insimul dicti combayloni, consi- 
liarii et auditores compotorum, gratis et sponie, pro utililate dicte 
eorum communitatis, ut dixerunt, et pro oneribus ejusdem,in quibus 
est oppressa et obligata, et debitis suis exsolvendis, nemioe ipsorum 
discrepante et contradicente, sequentes fecerunt ordinationes in mo- 
dum qui sequitur insfrascriptum. 

Et primo quod, cum commuoitas Judeorum prelibata sit pluribus 
et diversis creditoribus obligata et de die in diem a suis creditoribus 
vel eorum saniori parle vexelur et molestetur, ob quod multas pati- 
tur expensas atque dampna in ejus grande dampnum et prejudicium 

« Voyez pour cet tcle Rtvue, XLVII, p. 234. 



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DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'AULES .ib 

non modicuniy volentes et cupieoles ipsi combaylooi, coQsiliarii et 
audilores compotorum iDdempoitati dicte communitalis providere, 
ordinaveruDl quod pro utililale ejusdem commuuilatis fiât, exiguaiur 
et ordiDetur quedam lallia octo ûorinorum pro ...* quam exQunc 
ordinayeruDtet juxla taxam bonorum noviler et ibidem factam; et 
quod bayloDi, ut citius potuerunt, cum periculum sit lu mora, 
illam vendant et vendere debeant vel eam in solutum dare et consi- 
gaare creditoribus dicte commuai tatis aut alteri eorumdem, prout 
eis videbitur, et quod tallia ipsa exbiguatur et ievetur infra terminos 
ordioaudos per eosdem baylonos. 

Item ordioayeruDt dicti combayloni, auditores compotorum etcou- 
siliarii quod, cum tempore transacto quilibet Judeus dicte commu- 
nilaiis fuerit taxatus et averatus de biis que possidebat, et causante 
carestia que viguit et deffectu fructuum et lucrorum et etiam cau- 
santibus talliis, capagiis et oneribus communitatis, pro negociis 
ejusdem communitatis, diminueraut de eorum bonis, rébus et juri- 
bus, ob quod nonnulli se conquerunt et dicunt fore valde onerati, 
ordinaverunt quod per totum mensem aprilis proxime futurum, una 
die eligeudo per dictos combaylonos, auditores compotorum et consi- 
liarios vel saniorem partem eorumdem, quilibet Judeus dicte com- 
munitatis convocetur in scola Judeorum ad audiendum excommuni- 
cationem profferri de faciendo de novo bonum et légale monifestum 
de hiis que babent, tenent et possident juxta ordioaliones contenta 
(sic) in libro dels mispatim et sex vel septem annis citra vel circa 
ordinatas, ad boc ut quilibet de hiis que possidet solvere et contri- 
buere valeat in oneribus et talliis dicte communitatis, nisi intérim 
aliquales ordinationes régie intervenirent vigore liti^ii quod pros- 
sequitur coram régis consilio inter dictam communitatem et commu- 
nitates Judeorum Provincie. 

Item, cum juxta articulos contentos en los mispatims quilibet con- 
sueverit solvere in oneribus, cap»giis et talliis dicte communitatis 
de bonis suis immobiiibus, mercantiis, jocalibus et... is argenti ac 
sine debitis et non de aliis suis bonis mobilibus que possidet, fuit or- 
dioatum per eosdem baylonos, auditores compotorum et consiliarios 
quod, cum de die in diem onera et débita ejusdem communitatis 
crescant et augmententur, quod quilibet Judeus in excommunica- 
tione quam audiet revelare teneatur et debeat omnia bona sua mo- 
bilia, res et utensilia domus, prout sicut libri, mappe, longerie, linea- 
menta, ûassiate, traylissie(?), chaloni et cetera alla de quibus non fuit 
consuetum solvere et ea in scriptis dare et de illis solvere et rontri- 
buere in oneribus et talliis dicte communitatis prout ordinabitur per 
dictos baylonos, audilores compotorum et consiliarios vel deppu- 
tandos ab eis aut eorum majorem partem. 

* Il serait intéreesant de connaître soit le montant de cette taille, soit le taux suivant 
lequel elle a été fixée. Une difficulté de lecture empôcbe de répondre à cette question. 
Il semble qu'on doiye lire ici un mot comme centtnalù Ce mot indique-l-il une pro- 
portion à la façon dont nous disons : 8 pour cent? 



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56 REVUE DKS ETUDES JUIVES 

Item ordinaverunt memorati combayloni, auditores compotorum et 
coDsiliarii quod quilibet contribuet in oneribus ejusdem commuoi- 
talis et solvet de lucro quocumque pereum ôendo et hoc de illo lucro 
ordinando per dictos bayloaos, coDsiliarios et auditores compotorum 
vel majorem partem eorumdem vel depputandos ab eis, prout eis 
Tidebitur ordioaudum fore. 

Item ordinaveruDt ad hec^ ut premissa eorum sortiaotur effectum, 
quod quilibet ipsorum combaylouorum, consiliariorum et audito^ 
ruin compotorum predictas ordinatioaes incontioenti ratifficabit et 
coDÔrmabit, et pariter ceteri de carriera illas couôrinabuiit, cum pro- 
misslone de non contra veniendo et hoc sub pena quiaquageota flo-* 
renorum domino nostro régi applicanda et ad hoc reauntiantes et 
contradicentes possunt cogi et compelli per dictos baylonos seu dep- 
putandos ab eis in judicio et extra. 

Quibusquîdem ordinationibus, sicut premittitur, factis et per me 
notarium infrascriptis in romantio, in presentia dicti domini locum- 
tenentis domini vicarii recitatis et lectis, pretactus magistér Beodich 
de Borriano prémisse tallie ordinate consentiit, aliis vero ordinatio- 
nibus non consentait petens tempora eorum cum termine ad venien- 
dum consultus ad lune proximas. 

Dictus yero Aron de Nemauso premissis omnibus ordinationibus 
consentiit, dum tamen nulle modo possunt prejudicare liti pendente 
in magna regia curia in facto mlspatim de que solempniter protes- 
ta tur, et in quantum prejudicaretur eidem liti et cause, eis non con- 
sentiit. 

Et dictus dominus locum tenens nomine régie fuit protestatus 
contra dictos magistrum Bendich de Borriano et Aron de Nemauso 
de omnibus dampnis interesse et expensis que dominus noster rex 
substinere et habere posset occasione impedimentorum per eos supra 
f actes contra ordinationes predictos. 

Ceteri vero combayloni, auditores compotorum et consiliarii omnes 
insimul et quilibet ipsorum gratis, sponte, eorum bona ûde et sine 
dolo, predictas ordiuationes et quamlibet ipsarum ratas, gratas et 
francas habuerunt easque approbaverunt, emologaverunt, ratifôca- 
yerunt et valide conârmaverunt et contra eas nulle modo venire pro- 
miserunt. Pro quibus attendendis, obligaverunt omnia eorum bona 
presentia et futura, sub vicibus curiarum spiritualis et temporalis 
Arelalis, camere rationum aquensis et omnium aliarum curiarum in 
comitatibus Provincie et Forcalquieri constitutarum. Renuntiave* 
runt etc. Juraverunt, etc. 

De quibus dicti bayloni petierunt instrumentum, etc. 

Actum Arelate in dicta regia curia, dicte domino locumtenente pré- 
sente in focanea terrenka, testibus Aiziassio de Granis alias Boys- 
sier, RoslagQO Gelestis, pistauribus de Arelate, et me Bernardo 
Pangonis notario, etc. 

Subsequenti vero die lune que fuit vicesimo dicti mensis decem- 
bris, bora vesperarum, dictus magistér Beodich de Borriano michi 



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DOCUMKNTS RELATIFS AUX JUIFS DWRLES 57 

notario publico supra et infrascripto portavit et tradidit quamdam 
papiri cedulam scriptam cujus ténor inferius est inserlus, respon- 
deDdo premissis ordinationibus et ut in eadem cedula continetur : 

Hieu Beudicli de Borrian, phJzissian d*Arle, de totz los capitols facbs 
e adbordenatz per los seubors bayions e conselbiers del comun de la 
UDiversitat delà Juzieus d'Arle consente a totz aquels, exeptat a 
aquel que es facb descoutar lez erem * segons los mispatims facbs de 
Yij ans a passât o i?) en cort salvat mays o mens car a aquel jeu non 
entende a consentir tro tant que sie adordenat ne a quel peraqucls u 
qui se parten de conoysse : car sus aquel pent placb e non est per 
conoycensa termenat mays proteste sollempnamens contra tots 
aquelsque vendran contra la causa, que poyrle prejudicar al nostre 
subeyran senbor que Dieus per la sieua gracia mantegna e done bona 
vida e ionga. ne a la comunitat de la universitat subredicba, non 
consentent a las penas per los dicbs senbors empausadas contra totz 
aquels que vendrien contra las ordonansas per els facbas per las ra- 
zons subredicbas : et d'aysso demande instrument a mi far a Tuie 
a temps quant lo requerray *. 



Vil. 

4434. 7 avril. — Constitution de dot de Reine, fille de feu Salomon 
VivaSf Juif de Courthézon*, 

(Etude de M« Martin-Raget. Reg. Pangonis, 4431, fol. 5 v^.) 

Orpheline, Reine, apporte en dot à Abram, fils de Samuel de Barri, 50 florins d'or 
de 16 s., dont 27 florins i/l en bijoux el trousseau, à Teslimation d*amis communs, 
12 florins 1/2 à elle donnés par son futur beau-père et 10 florins reconnus en augment 
par son fiancé. Samuel donne quittance de cette somme et s'engage en cas de res> 
titution de dot à faire avoir i Reine ou a ses héritiers les 27 florins 1/2 du trous- 
et les 12 florins 1/2 dont il Tavantage. 



Constitutio dotis Régine fille Salamonis Yivas Judei condam de 
Corlesono. 

Anno qno supra [1431] et die septima mensis aprilis. Noverint 
universi quod. cum tractatum sit de matrimonio more judayco 
eoutrabendo per et inter Abram ôlium Samuleti de Barrio, Judei de 
Arelale, ex una parte, et Reginam, filiam Salamonis Yivas, Judei 
quondam de Corlesono, ex parte altéra, bine fuit, etc. Et primo dicta 
Regina gratis et sponte, sua bona fide, promisit dictum Abram 
ducere in maritum legitimum, ut est moris inter Judeos, ad primam 
etc. Et ut facilius, etc., dicla Regina gratis, sponte, sua bona âde et 
sine dolo, per se et suos eidem Abram, marlto suo, predictoque 

* Her$M^ excommunication Juive. 

« Voy. pour cet acte Revue ^ XL VII, p. 230. 

* Courihézon, canton Bédarrides, arr. Avignon (Vaucluse). 



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bS REVUE DES ETUDES JUIVES 

Samuleto de Barrio, patri suo, pres^ntibus etc. dédit, constituil in 
dolem, pro dote, nomine et ex causa dotis sue, videlicet quiDquagiota 
norenos bonos valoris quemlibet xvj solidorum, monete bodie in 
Ârelate publice currabilis, ioclusis videlicet vigioli septem ûorenis 
cum dimidio io vestibus et jocalibus suis appreciatis per amicos 
communes, duodecim ûorenis cum dimidio per dictum Samulelum 
de Barrio, patrem dicti Âbram, sibi donatis juxla legem Moysi et 
decem ûorenis etiam per eumdem Samuletum de Barrio ipse Régine 
in augmentum dicte sue dotis donatis, et sic sunt in summa uni- 
versali quinquaginta ûoreni; et generaliter omnia bona sua mobilia, 
iinmobilia, res et jura presentia et futura, sibi competentia et com- 
petitura, ubicumque siot, qualiacumque, quantacumque et quam- 
quidem dotem dicta Regina promisit ipsis patri et filio facere babere; 
et pro quibus attenendis, obligavit omnia bona sua presentia et fu- 
tura, sub vicibus curiarum spiritualls et temporalis Arelatis, camere 
rationum aquensis et omnium aliarum curiarum in comitatibus 
Provincie etForcalquerii et alias ubilibet constitutarum. Renuntiavit, 
etc. juravit etc. Quosquidem quinquaginta ûorenos idem Samuletus 
de Barrio a dicto Regina uura sua confessus fuit se babuisse et re 
vera récépissé modo et forma premissis, prout sit aliter aut lalius in 
quadam carta judayca in pergameno descripta per Astrugium Duranti, 
Judeum de Arelate, vocata ebrayce quesiuba que in sui secunda linea 
Incipit c«ar;t* quod est in romancio qite Tios.eKfiuxihessula^ quod 
iaterpretatur in romancio verges o donzella et in sua ultima linea 
incipit Abram quod interprelatur in romancio Abram et finit be^ 
quod signicatur en el. Omni exceplioni. etc. 

De quibus se conlentum tenuit, etc. 

Paotum, etc. 

Et fuit de pacto quod, in omni loco restitutionis dictorum quinqua- 
ginta ûoreuorum, dictus Samuletus de Barrio teneatur et debeat 
suique teneantur et debeant, eo casu quo dictus Abram Tel dicta 
Regina décédèrent aut alter ipsorum decederet sine proie légitima 
ex suo corpore et de legitimo malrimoiiio procreata, eo casu adve- 
niente, reddere et restituere ipsi Régine et suis de dictis quinqua- 
ginta ûorenis quadraginta ûorenos, videlicet illos xxvij ûorenos et 
médium pro vestibus et jocalibus suis babitis et duodecim ûorenos 
cum dimidio dates ipsi Régine per dictum Samuletum de Barrio 
juxta mandatum legis Moysi; et reliquis vero decem ûoreni ipsi 
Samuleto et suis perpetuo remanere debeant et ad illos solvendos 
minime cogi possit. 

Item fuit de pacto quod dictus Samuletus de Barrio teneatur et de- 
beat ipsi Régine nure sije recognoscere in débita forma omne id quod 
deinde recipiet de bonis, rébus et juribus dicte Régine datis sibi et 
in futurum dandis pro quibusquidem quinquaginta ûorenis eidem 
Régine et suis fore salvis solvendis reddendis et restituendis in 
omni loco restitutionis sive repetitionis eorumdem, quod Deus 



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DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLUS S9 

advcrtat. El pro omDibuâ ezpensis^ etc. ac aliis omaibus attendendis 
premissis oblige vit dictus Samulelus de Barrio per se et suos, et 
pariier dictus Abram, ejus filius, cum ejus licer tia, ambo iasimul et 
quilibet ipsorum in solidum omoia bona sua presentia et future, 
sub vicibus curiarum spiritualis et temporalis Ârelatis, camere ra- 
liooum aquensis et omnium aliarum curiarum in comitata Pro- 
vincie et Forcalquierii constitutarum et cujuslibet ipsarum. 

Benuntiaverunt, etc. 

JuraveruQt etc. 

De quibus etc. 

Âctum Ârelate in hospitio dicti Samuleli de Barrio, testibus pre- 
senlibus Guillelmo Pangonis, Jheronlmo Boetii, Jobanneto Bessoni, 
Trasseriis de Arelate, et me dicto notario, etc. 

(B% note) Dictatum est alibi ad plénum *. 

VIII. 

4434 . 23 octobre. — Constitution de dot de Dulcie, fille de Cre§ut 
de Gartj Juif d'Orgon, 

(Etude de M* Martin-Raget, Reg. B. Pangonis, 4431, fol. 80 yo et 84.) 

Dulcio, fille de Cregut de Gart, épouse Bon Ysac Bondie de Saint-Paul, fils de Bon- 
dioQ de S«int-Paul. Àslruc Cregut de Gart, fils de Cregut de Gart. en vertu d'une 
procuration datée du 10 octobre 1431, constitue à sa sœur une dot de 350 florins 
dV de 16 80U9, y compris un trousseau de 50 ttorios. Les 300 florins seront versés, 
200 florins par le père, 100 florins par le frère de la fiancée. Us sont payables, 
200 florins à la première réquisition du fiancé, les 100 autres dans un délai fixé par deux 
amis désignés. De son côté Bondion de Saint- Paul, père du futur, s^engage î nourrir 
et entretenir dix ans durant son fils, sa bru et leurs enfants. Le jour où le fils cessera 
cette vie en commun, Bondion de Saint-Paul sera tenu de lui rembourser la dot de 
Dulcieet d'autre part de lui fournir une dotation de 300 florins. La femme de Bondion de 
Saint-Paul, mère du futur, renonce à tout privilège tant sur cette dotation de son fils 
que sur la dot de sa bru. En tout cas de restitution de dot, le père du futur s'engage 
personnellement à la restituer dans les mêmes délais qu'il l'aura reçue. Au cas où 
Dulcie décéderait sans entant, la dot revieodraità sa famille. Cette restitution faite par 
Bondie se monterait à une somme de 250 florins, dont 100 en argent et 150 en bijoux 
tt troosseaa. 

Gonstitutio dotis Dulcie, fîlie Creguti de Gart, Judei, babitatoris 
castri de Urgone. 

Anno quo supra [4434] et die xxiij, raensis oclobris. Noverint 
univers! etc. quod, cum tractatum sit de matrlmonio contrabendo, 
ut moris est inter Judeos, inter Bon Ysacum Bondie de Sancto 
Paulo, Judeum, filiuin Bondie de Sancto Paulo, Judei de Arelate, ex 
uoa parte et Dulciam ôliam Creguti de Gart Judei babitatoris de 
Castro Urgone, ex parte altéra, bine fuit etc. Et primo Astrugius 
Creguti de Gart, Judeus, babitalor castri de Sallone, ûlius et procu- 
rator et nomine procuratorio dicti Creguti de Gart, patrie sui, qui 

> Poar cet acte, voy. Rt^ue, XLVII, p. 235-238. 



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60 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ipsum Astrugium ôlium suum ad acium hujusroodi profioieudum et 
compleDdum procuralorem suum fecil et constiluit, causante ejus 
seoectute constante de ipsa procuratione, instrumento publico in 
notam sumpto, subscripto etsignato, ut in eo legitur, manu et signo 
magistri Monachi Alpbanti, notarii, babitaloris de Sallone, regia 
auctoritate nolarii, sub anno incarnationis Domini millésime GCGC 
tricesimo primo et die décima nona mensis octobris, babens dictus 
Âslrugius a dicte Creguto, pâtre suo, potestaiem largam et suffi- 
cientem ad hujusmodi actum, gratis et sponte, sua bona fide et sine 
dolo promisit dictoBondie deSancto Paulo, patri et legitimo adminis- 
tratori dicli Bon Ysaqui, ibidem presenli, etc, se dictam Dulciam 
3ororem suam eidem Bon Ysaco dare in uxorem, ut est moris inter 
Judeos, de die in diem ad ipsius Bondiede Sancto Paulo dictique sui 
filii et suorum amicorum solam et simpiicem requisitionem sibi 
facieodam. Et viceversa dictus Bondia de Sancto Paulo, gratis et 
sponte, sua bona fide et sine dolo, promisit dicto Astrugio Creguti 
de Gart, procuratorio nomine quo supra, michique notario publico 
infrascripto ut communi et publiée persone stipulanti,etc, se dictum 
Bon Ysacum filium suum eidem Dulcie dare in maritum, ut est 
Judeorum moris, de die in diem ad ipsius Creguti Gart, patris dicte 
Dulcie, dictique Astrugii Creguti, fratris sui, primam requisitionem. 

Et ut facilius diclus Bondia et Bon Ysac pater et filius onera pre- 
sentis matrimouii valeant supportare, dictus Astrugius Creguti 
gratis et sponte, sua boua fide et sine dolo, per se et suos, nomine 
suo proprio et procuratorio nomine quo supra, juxta potestatem sibi 
per dictum patrem suum attribuiam in dicto procuratorio instru- 
mento, eidem Bondie de Sancto Paulo pairi dicli Bon Ysaqui ibidem 
presenti, dédit, constituit et assignavit in dotem, pro dote, nomine 
et ex causa dotis dicte Dulcie sororis sue, videlicet trecentos et quiu- 
quaginta ûorenos bonos, boni ponderis, valoris quemlibet xvj. 
solidorum monete bodie in Arelate publlce currabilis, scilicet centum 
ilorenes de bonis suis propriis et ducentos et quinquaginta ûorenos 
de bonis ejusdem Creguti Gart patris sui, videlicet trecentos ûorenos 
in pecqnia et quinquaginta ûorenos in vestibus, jocalibus et arnesiis 
dicte Dulcie, solveudos per solutiones sequentes, videlicet ducentos 
ûorenos in pecunia de die in diem ad ipsius Bondie primam requisi- 
tionem, videlicet centum ûorenos per eum de bonis suis promisses 
et centum ûorenos de illis ducentis quinquaginta ûorenis tangentibus 
ad selvendum dicto Creguio patri suo, et reliques quinquaginta in 
vestibus et jocalibus appreciandis per amices communes ; et reliques 
centum ûorenos per solutiones ordinaudas per Salves Caracausa de 
Sallone, Judtum, et magistrum Saiamouem de Lunello, pbizicum, 
Judeum de Avinione, ad id per dictas partes electes, vel alium aut 
alios per eos eligendos et nominandos, biis... pactis inier dictas 
partes babitis, inhitis et convenus soltempni et valida stipulatione 
firmatis. 

Et primo fuit de pacto inter dictum Astrugium Creguti de Gart, 



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DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 61 

procuratorio nomioe quo supra, ex UDa parte, et dictum Boodia de 
SaDclo Paulo, ex altéra, et in paclum dedunium solempni et valida 
sUpuIatione firmatum, quod dictus Bondia de Saocto Paulo teneatur 
et debeat suis ipsis sumptibuset expensis eosdem Bon Ysacum âlium 
suum et Dulciam ejus uxorem faturam tenere ia domo sua ambos 
iosimul, nutrlre sauos et iofirmos, providereque eis et eoruai cuiii- 
bet vestjbus, caligis, soluiaribus, potalibus et aliis quibuscumque eis 
necessariis per decem annos contiQuos et complelos a die babende 
cérémonie malrimonii in antea computandos etseauendos. 

Item fuit de paclo inter dictas partes quod qiioscienscumque 
dictus Bon Ysac voluerit se separare a diclo Bondia, pâtre suo, et 
Dollet cum eo plus habitera et stare, quod extunc dictus Bondia 
teneatur et debeat ipsi Bon Yiac filio suo incontinenti de die in diem 
ad ipsius Bon Ysac filii sui primam requisitionem facieodam dare in 
pace et sine litigio trecentos Ûorenos valons predicte et ultra hoc id 
quod de dote dicte Dulcie habeat et receperit protunc. 

Item fuit de pacto inter easdem partes quodSles, uxor dicti Bondia, 
teneatur et debeat incontinenti, pro majori securitate dicte Dulcie, 
permittere quod, in omni causa et eveotu restitutionis sivo repeti- 
tionis dotis dicte Dulcie, ipsà permittet prius amovere dotem ejus* 
dem Dulcie in bonis dicti Bondie, sui mariti, quam dotem suam, et 
pariter dictos trecentos ûorenos per dictum Bondiam eidem filio suo 
supra dare promissos, et nuUomodo per se vel per alium contradicet 
quin dicta dos predicte Dulcie et supradicti trecenti ûoreni prius 
amoveantur et leventur in bonis ejusdem Bondie sui mariti quam 
dicta dos sua; et ad hoc idem Bondia eidem sue uxori licenciam 
suam maritalem et auctoritatem incontinenti dare et prebere debeat. 

Item fuit de pacto inter easdem partes quod in omni ioco et eventu 
restitutionis dicte dotis, dictus Bondia teneatur et debeat dotem 
predicte Dulcie seu id quod de ea habuerit reddere et restituere per 
similes solutioues et per tôt temporis intervalle per quos ipsam 
dotem habuerit et receperit. 

Item fuit de pacto inter supra dictas partes quod si dicta Dulcia 
decederet (quod Deus advertat) sine proie légitima ex suo corpore et 
de legitimo matrimonio procreata, etc, quod dos supra constituta 
revertatur et reverti debeat illi et illis a quo seu qulbus dos predicta 
provenerit et suis. 

Item fuit de pacto inter easdem partes, quod in omni Ioco restitu- 
tionis dicte dotis, dicius Boadia de Sancto Paulo teneatur et debeat 
de dote predicta reddere et restituere centum Ûorenos in pecunia, 
eentum et quinquaginta ûorenos in vestibus, jocalibus et arnesiis et 
restituere lu pecun>a numérale per illas solutiones per quas dictus 
Bondia eos receperit. 

Quam quidem dotem supra constitulam dictus Astrugius Creguti» 
procuratorio nomine quo supra, promisit dicto Bondie de Sancto 
Paulo ibidem presenti facere habere paciffice et quiète solvere, 
tradere et expcdire in modum supradictum. Si dilficerel, etc. Pro 



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62 RKVUE DES ÉTUDES JUIVES 

quibus omnibus actis et pro omnibus expensi» etc., obligavit dictus 
Astrugius Creguti Gart, procuratorlo nomine quo supra, per se et 
suos omnia booa sua propria et omnia bona dicti Creguti de Gart 
patris sui preseutla et futura sub vicibus curiarium spiritualis et 
temporalis Ârelatis, camere raiiODum Aquensis, curiarum tem- 
poralis et spiritualis castri de Sallone , curiarum spiritualis et 
temporalis civitatis AYioionis, camere domini nosiri pape ejusque 
auditoris et domiui vicegerentis lu Avinione et omnium aliarum 
curiarum in comitatu Provincie et Forcalquerii constitutarum et 
cuilibet ipsarum. 

Reuuntiaverunl, etc. 

Juraverunt, etc. 

Dictus Yero Bondia de Sancto Paulo, gratis et sponte^ bona âde 
et sine dolo, promisit et sollempniter convenit dicto Astrugio Creguti 
de Gart, procuratorio nomine quo supra, michique notario publico 
infrascripto ut communi et publiée persone stipulantibus sollem- 
pniter et recipientibus pro dicto Creguto de Gart et suis dictaque 
Dulcia alla sua quod de biis que de dote predicta recipiet recogni- 
tionem seu recognitiones faciet, singulis vicibus, de receptis per 
eum; et nicbiiominus pacta predicta quantum ipsum tangentia 
tenore servare, attendere, complere et observare cum effectu. 

Pro quibus omnibus attendendis et pro predicta dote sic reddenda 
et restituenda in omni loco restitutionis sive repetitionis ejusdem 
(quod Deus advertat), obligavit dictus Bondia de Sancto Paulo per se 
et suos omnia bona sua presenlia et futura sub vicibus omnium 
curiarium supra designalarum et cujusiibet ipsarum. 

Renuntiavit, etc. 

Jura vit, elc. 

Quibus itaque pactis illico et eodem contextu ibidem existens et 
constitua personaliter Stes, uxor dicti Bondia de Sanclo Paulo. que 
cum aucloritale et licencia dicti Bondia de Sancto Paulo mariti sui 
ibidem presentis, auctorilalem suam maritalem eidem Stes, uxori 
sue, ad infrascripta peragenda danlis, prebentls et concedentis, quod 
etc. gratis et sponte, sua bona fide et sine dolo, non cobacta, decepia, 
subornata, minata, ut dixit, seu aliquo malo ingénie circumducta, 
sed sua bona, franca et spontanea voluntate ac motu, per se et suos, 
cupiens et* affectans, ut dixit, hujusmodi matrimonium ad efTectum 
perduci et pactum promissum supra per dictum Bondiam maritum 
suum suum sortir! efifectum, promisit et sollempniter convenit dicto 
Astrugio CreguU de Gart, procuratorio nomine quo supra, micbique 
notario publico supra et infra scripto, ut communi et publice 
persone, stipulantibus sollempniter et recipientibus prout supra» 
quod In omni loco et eventu restitutionis sive repetitionis dotis 
ejusdem Dulcie nure sue future,quod ipsa per se nec per aliam perso- 
nam interpositam seu interponendam de jure nec de facto, aliqua 
arte seu ingenio, aliqua ratione, occasione seu causa, seu alias quovis- 
modo oppositionem, contradictionem, questionem, peticionem seu 



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DOCUMENTS REUTIFS AUX JUIFS D^ARLES 63 

demandam aliquam faciet pro dote sua seu alio quocumque jure ia 
bonis dicli Bondia mariti sui. donec et quousque ipsi Dulcie et suis 
de dote sua predicta eidemque Bod Ysac ûlio suo de predictis trecentis 
florenis sibi supra perdiclum Boadia patrem suucn promissis fuerit 
iDlegre solutum et satisfactum ac si essent priores tempore poste- 
riores taroeu jure» ymo permillet paciffice et quiète exequtioDem ôori 
ad instaDciam dictorum sui filii et Dulcie pro premissis. Et si oppo- 
silum per eam yel sucs tieret etc. 

Pro quibus omaibus attendeodis et pro omaibus expeusis dampais 
et interesse etc., obligavit dicta Sles cum licencia dicli sui mariti 
per se et suos omnia bona sua presentia et futura sub vicibus curia- 
rum omnium supradictarum et cujuslibet ipsarum. 
Renuntiavit, etc. 
De quibus, etc. 

Actum Arelate in bospitio dicti Bondie de Sancto Paulo, testibus 
presentibus Antbonio Romei Liberatore, Petro dels Eyssars alias 
Garesma, repayreris, civibus et babitatoribus de Arelate, et me 
Beraardo Pangonis notario etc. ^ 



IX. 

U34. 49 novembre. — Constitulûm de dot de Belestrêy fille de maître 
Salomon de Carcassonne, médecin à Aix. 

(Elude de èi« Martin-Raget. Reg. B. Pangonis, U3I, fol. 98 vo et 99.) 

Un premier contrat signé i Orgon entre Isaac Natan, père de Cre^cas Issac Natan, 
d'une part, el d*autre part, Mordecays Salomon de Carcasaoune et son fils Salomon 
de Garcastonne, grand-père et père de Belestre, fiancée audit Crescas Isaac Natan 
ttt annulé dhin commun accord, et une nouvelle constitution de dot est rédigée. Le 
grand-pèra et le père de la future lui constituent en dot 500 florins, dont 260 en argent 
et 240 en trousseau et joyaux. Au cas où la future mourrait sans enfant, Isaac Natan, 
P^re du futur, s'engage à restituer celte dot, soit à Mordecays 250 florins et à Salo- 
°^ 10 florins en argent et 240 en trousseau. 

Constitutio doti^ Belestre'ûUe magistri Salamonis de Garcassona, 
Judeiphizici deAquis. 

A.ÛU0 quo supra [U34] et die xix mensis novembris. Noverint uni- 
^crsietc. quod cum tempore iraclati malrimonii inter Grescam Isaqui 
Naihani, fllium Isaqui Naibanl *. Judei de Arelate, ex una parle et 
^lesire, filiam magislri Salamonis de Garcassona, Judel phizlci de 
^<liiis, parte ex altéra, magister Mordecays Salamonis de Garcassona 
jQdcus pbizicus, avus palernus dicte Belestre, et magister Salamon 

* Voy. pour cet acte Ra9U9 XLVII, p. 235-238. 

* S'agiraii-a de Isaac Nathan ben Kalonymos ben Juda beu Salomon, qui rédigea 
«ne Concordance de la Bible vers 1437-1445? (Gross, OalUa judaiea, ^. 89.) Ce 
Creicai habite Marseille en 1446. (Voy. ci-iessous, p. 70, la pièce, n* X, où il 
Ml lignalé comme payant une taxe de 20 fl. par an.) 



[ 



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64 RËVUB DES ÉTUDES JUIVES 

de GarcassoDa. filius dicli magislri Mordecays, pater dicte Bèleslre, 
ambo insimul eidem Belestre dederiot^coostituerint et assigoaTerint 
certain dotem tam io pecunia quam in vestibus et jocalibus coostan- 
tem, ut apparitur de eadem dotis coDstitutiooe îDSirumeoto publico 
io Dotam, ut dicitur, sumpto et recepto per alterum ex Dotariiscastri 
de Urgooe sub aono et die io eo conleotis, hiocigitur fuitet estquod 
in presentia mei nolarii public! et lestium infrascriptorum, dicli 
magister Mordecays Salarnoois de Carcassooa et magister Salamop, 
ejus filius, et aotedicius Y^acus Nathaoi, paierdicti Gresque, omneâ 
iDsimul et quilibet ipsorum gratis et sponte, eorum bona fide et sioe 
dolo, per se et suos^ ex certis causis eorum aDimum, ut dixeruut, 
juste moventibus, dictam dolis coostituiiooem et promissionem per 
eosdem magistros Mordecayset Salamonem patrem etôlium, predicte 
Belesire eorum filie factam in prediclo loco de Urgone et omoia uni- 
^' versa et singula in ea contenta, tenore preseotis publici iustrumenii 

^' firmiter vallituri, cassarunt,irritarunt,revocarunt et peoitus perpetuo 

py; anullarunt illamque et omnia uoiversa et siogula in ea contenta et 

py" exprcssala habuerunt et babere voluerunt ab indé pro cassa, irrita 

f abolita et penitus uuUa et de ea nuUo uoquam tempore gaudere pro- 

{y mi^e^unt. Et nichilominus tenore hujus publici insirumenti perpetuo 

'^■'- valituri, memorati magister Mordecays Salarnoois et magister Sala- 

is' moD, ejus filius^, cum licenlia et auctoritate paternali, etc. ambo insi- 

^ mul, gratis et sponte, eorum bona âde et sine dolo, per se et suos, 

^ eidem Belesire, ipsius magislri Mordecays felezeue et dicti magistri 

^ Salamoois iilie et suis liberis legilimis ex ea et de legitimo matrimo* 

^ nio procreandisetuasciluris, reouotiandopropterea legidicenti« dos 

p^ ' a pâtre profecia ad patrem reddire débet' » speciali ter et expresse, 

pfi*' dederunt, constiluerunt et assigoaveruut in dotem, pro dote, nomine 

0- et ex causa doiis ejusdem Belesire et per eam diclo Ysaco Nathani, 

^.■\ palri dicli Cresquc, mariii ejusdem Belestre, videlicet quiugeulos 

p tlorenos bouos valoris quemlibet xvj solidorum monetehodie in Are- 

^> laie publiée currabilis, solvendos incontinenti, scilicet ducenlos et 

^:f sexaginia florenos in pecuoia nunciata et ducentos quadragiuta flo- 

^r renos iu vesiibus et jocalibus argenti dicte Belestre jam appreciatis 

b/f per amicos communes ioter eos electos. ^ 

^ Et fuit de paclo inter dictos magislrum Mordecays et magistrum 

Salamonem palrem et filium, ex uoa parte, et preiïatum Ysacum 
Kf Natbaoi, patrem Gresque, parte altéra, actum, conventum et in pac- 

tum deduclum soUemni et valida stipulatione vallatum quod, 
in omni loco et eventu restitutionis dicte dotis quo contingeret die- 
CÇ tam Belestre mori sioe liberis (quod Deus advertat), diclus Ysacus 

Natbaoi tenealur et debeat reddere, solvere, tradere, expedire, et del- 
liberare ac reslituere in pacc et in bona pecuoia numerata dicto 
magislro Mordecays de predictis duceulis et sexaginta floreois in 
pecunia solutis duceolos et quinquaginla ûorenos et reliques duceu- 

» Voy. £cvue, XLVII, p. 236. 



-:V 



:4â' 



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DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 65 

tos et quinquaginta florenos ipsi magistro SalamoDi,scilicet ducentos 
et quadraginla floreoos in veslibus et jocalibus argenti et decem ûore- 
Dus ia pecuDia. Hauc autem dotis promissionein et omnia et singula 
supra dicta promiseruDt dicti pater et filius ambo insimul et quilibet 
ipsorum per se et suos ralam, gratam et fraDcham babere et cootra 
nuUo modo veDire, sub obiigatioDe et ypotheca omnium bonorum 
suorum presenlium et futurorum. ReDuntiaotes etc. Juraverunt ad 
saDctam legem Moysi etc. 

Et illico ibidem eteodem conlextuaDtedictusYsacusNathaQÎ, pater 
et legilimus administrator dicti Gresque, gratis et spoote, sua bona 
tide et sine dolo, per se et suos, confessus fuit et in veritale pùblice 
recognovit supranomioatis magistro Mordecays et magistro Sala- 
moni patri et fiiio ibidem preseolibus, etc. se ab eis babuisse et re 
vers récépissé dictos quiogeotos florenos supra in dote ipsi Belestre 
coDslitutos, modo et forma premissis, et alias prout et quem ad mo- 
dum continetur in quadam carta judayca litleris ebraycis scripta vocala 
quesstiàa que in sui prima linea incipil basseni bassaba\ quod inler- 
preiatur lo segonjour de la semaha et finit bUicàim* qnod interpréta* 
[nrnonaçtnta^ei ia sui penultima linea iucipit Calonimos, qxxod inier- 
pretatur Crescas gêner dicti magûtH Salamonis, et finit in ea hunfaras^^ 
quod interpretatur déclarai; omni vero exceptioni diciorum quingen- 
torum (lorenorum a dictis pâtre et ûlio babilorum etc. De quibusqui- 
dem quingentis (lorenis dotalibus dictus Ysa-us per se et suos a pre- 
fatis magistro Mordeca3'S et magistro Salamone pâtre et filio ib dem 
presentibus, etc. contentum et bene pacatum tenuitet reputavit et sic 
coulentus de ipsis quingentis florenideosdemmagislros Mordecays et 
Salamonem patrem et filium et quemlibet ipsorum ibidem présentes, 
etc. quittavit etc., cum pacto de non uUerius petendo, elc. Pro qui- 
busquidem quingentis florenis eidem Belestre vel suis liberis legili- 
mis ex ea procreandis et de légitime malrimonio et pariler ipsis ma- 
gistro Mordecays et magistro Salamoni patri et filio et suis, modo et 
forma in predicto pacto contentis fore salvis, solvendis, reddendis et 
restituendis, in omni loco restitutionis sive repetitionis eorum et pro 
omnibus expensis dampnis et interesse, etc. obligavit dictus Ysocus 
Natbani per se et suos omnia bona sua presentia et futura sub vici- 
bus curiarum spiritualis et temporalis Ârelatis et civitatis Âvi- 
ûionis, camere rationum aquensis et omnium aliarum curiarum 
spirttalium et temporalium in comitatu Provincie et Forcalquerii ac 
Venaygsini constitutarum et cujuslibet ipsarum. Renuntiavit, etc. 
Juravit, etc. 

De quibus quelibet pars petiit instrumentum et quod possit die- 
tari etc. 

Âctum Arelate in bospitio dicti Ysaqui Nalbaui, testibus presenti- 

* ivcna. 

T. XLVIII, nO «3. S 



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60 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bus JuhdDO Domini, mercatore, Moriono (?) Magislri, burgense de 

Arelale et me diclo DOtario. 
(En noie :) Dictalum est alibi ad plénum in plenario ejusdem notarii 
Gave quam dictus magister Salomon habult copiam presentis note- 

tabellionatam ad plénum S 



4446, 26 décembre. — Fixation de Vassiette des contributions payées 
par les communautés juives de Provence, 

(Etude de M« Martin- Raget. Reg. G. Raymundi. U46, fol. 23 vo-26 vo.) 

Transbactio pro universitatibus Judeorum Provincie et Forcal- 
querii et lerrarum eis adacentium [sic)- 

In nomine Dominl amen. Anno incarnacionis ejusdem millésime 
quadringentesimo quadragesimo sexto et die lune intitulata vice- 
sima sexla mensis decembris, régnante serenissimo principe et do- 
mino nostro domino Renato, Dei gratia regnorum Jberusalem et 
Siciile rege, ducatuum Andegavie. Barri et Lolborongie duce, comi* 
tatuumque Provincie et Forcalquerii ac Pedemontis comité et urbis 
Arelatis domino existante, Noverint univers! présentes pariter 
quam futur! quod, cum, ut dicitur, ad causam contributionis freude 
per Judeos sive universilates Judeorum diclorum comitatuum Pro- 
vincie et Forcalquerii et lerrarum eis adjacentium de et super one- 
ribus ordinarlis et extraordioariis diclis université ti bus Judeorum 
Incombentibus, a die vicesima octava mensis novembris proxime 
prétérit! cilra, qua die, ut fertur, quedam transbactio et convenlio 
inter ipsos Judeos sive per Judeos destinâtes ad boc per dictas om- 
nés universilates Judeorum in loco de Urgone facta super dicta con- 
Iributione ad quatuor annos inspirata extitit, destinât! fuerunt ad 
presenlem civltatem Arelatis ad videndum jurare et anatema (quod 
Jude! appellent herem asulran*) per Judeos Arelatenses ulriusque 
sexus de bene et fideliter bona sua revelando et notifficando et sua 
manifesta de eorum bonis omnibus, dolo et fraude cessantibus, fa< 
ciendo prout actbenus in similibus sint assueti, et in vim senlentie 
late per dictum dominum nostrum regem ad causam ipsius contri- 
butionis in civitate Massilie elexecutorie Ipsius senlentie ex inde 
sequte, pro universitate Judeorum aquensium, Durantus Goben, 
Astrugius de Latis et Yitalis Avicdor, Judei dicte civitatis aquensis, 
pro universitate Judeorum castrorum Provincie et Forcalquerii, 
Bonjubes Passapayre, Judeus de Per4.usio, et magister Astrugius 
Àbraam, Judeus medicus phisicus de Saucto Maximino, pro univer- 
sitate Judeorum Massilie, magister Bonjubes Coben, Judeus pbisicus 

* Voy. pour cet acte jRtfi'tt», XLVII, p. 235-238. 

* inicn Dnn. 



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DOCUMENTS RELATiFS AUX JUIFS D^ARLES 67 

medicus, et pro uoiversiiale Judeorum ville Tharasconis, magisler 
Thauros Natan, Judeus medicus dicte ville Tharasconis, sic et taliler 
quod, presenlibu:^ ipsis Judeis ad hoc maodatis per ipsas uoiversi- 
taies Judeorum Proviocie et Forcalquerii, Judei omnes presentis ci- 
vitatis Arelatis utriusque sexus de bene et fidoliter bona sua rêve- 
laodoet notifôcando juraveruot et dictum anatema excultaverunt ut 
ferlur. Uade, cum ad causam premissam quam plura jurgia et ver- 
balia débita atque lites ioter ipsos Judeos, ut dixeruul, orla et orte 
fueruDt dubitalique majores et majora oriri et suscitari considèrent 
Judei ipsi quod si ad actum ipsum per dictas universitales Judeorum 
Provincie et Forcalquerii et terrarura eis adjacentiura procederetur 
quod quam plures expensas, in examinari faciendo manifesta ipsa, 
universitate» ipse incurreriot, quibus totis eorum conatibus oviare 
volunt et inteudunt , prout Judei supranominati et infrascripti 
ibidem dixerunt et affirmant verum fore in presentia mei notarii et 
lestium subscriptorum. Hinc igitur fuit et est quod anno, die et 
régnante supra in presentis publici instrumenti exordio annolatis 
et descriptis, congregatis in unum pro actu bujusmodi Arelate in 
domo scole sive sinagoge Judeorum Areiateusium, Isaac Bendicb, 
Mosse Orgerii combaylonis, Isaac Nataui, magistro Vidas Ferrerii 
medico pbisico, Bonjubes Garcassonii, Crescas Galii et Astrugio de 
llairuelis, Judeis consiliariis universitatis Judeorum Arelatensium, 
Duranto Coben et Astrugio de Latis, Judeis Aquensibus, pro univer- 
sitate Judeorum dicte civitatis Aquensis, Astrugio Abraam de Sancto 
Maximino, pro universilate Judeorum castrorum Provincie et Forcal- 
querii mandatis, et magistro Tauros Natani pro universitate Judeo- 
rum ville Tharasconis destinato et magistro Bonjubes Coben, Judeo 
pbisico, pro universitate Judeorum Massilie pariter ad actum bujus- 
modi mandato, diceutibus omnibus dictis Judeis sic pro bujusmodi 
actu faciendo ad presenlem civitatem Arelatis destinatis per dictas 
eorum universitates babere potestatem legitimam a prefatis eorum 
universitatibusad infrascripta peragenda;et sicipsi, inquam, Duran- 
tus Coben, Astrugius de Latis, Judei de Aquis» Bonjubes Passapayre 
et magister Astrugius Abraam, magister Tauros Natan et magister 
Bonjubes Coben, omnes simul nominibus eorum propriis ac vice et 
nomine dictarum suarum universitatum Judeorum, prout ad unam- 
quamque spectare potest et poterit, {)er quas universitates prout ad 
eam quamiibet spectat et spectare poterit prom'iserunt de rato et 
presentem contractum ratifficari et approbari in débita forma fa- 
ciendo bine et per totum mensem januarli proxime futurum et in 
casu denegationis de ratifficando fiende per dictas eorum universi- 
tates promiseruut dicti supranominati Durantus Coben, Astrugius 
de Latis, Bonjubes Passapayre, magister Astrugius Abraam, ma- 
gister Tauros Natan et magister Bonjubes Coben prout ad unam- 
quamque universitatem predictarum Judeorum spectare potest at- 
que tangit et tangere poterit, porciones pecuniarum de quibus infra 
tiet meiitio et omnia alla infra deliberanda et specifficanda quantum 



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68 R£VUE DES ÉTUDES JUIVES 

quamlibet ipsarum universitatum cooceroit et concernere poterit, de 
eorum proprio solvereet de omnibus dampois, sumptib'us intéresse 
et expensis quas et que culpa uuiversitatis seu uulversitatum que 
actum bujvismodi ralifâcare et omoia io eo contenta adimplere et 
observare recusaret sive recusarent per aliquam aliarum universi- 
tatum pati et incurreri {sic) posset jure stare et eas seu ea reddere 
et restituere. 

Et sic omnes dicti Judei Arelatenses et alii supra nomioati sub no- 
minibus eorum propriis ac Tice et nomine dictarum universitatum 
Judeorum et singularium personarum ejusdem (sic), volontés ut 
dixerunt ezpensas quas et que incurrerent sive substinerent aut in- 
curri et substinere possent in complendo et adimplendo actum per 
eos jam inceptum in presenli civitate Ârelatis et in ezaminari fa- 
ciendo manifesta ipsa^ quod minime ûeri posset sine magnis sump- 
tibus et expensis.obviare et jurgia alque debata et lites que premis- 
sorum pretextu inter eos suscitari et oriri possent totaliter sopire et* 
dirimere, ut dixerunt, pro bono et utilitate universitatum ipsarum, 
de et super contributione per dictas universitates Judeorum Provin- 
cîe et Forcalquerii ac terrarum eis adjacentium in omnibus oneribus 
ordinariis et extraordinariis, que eisdem universitatibus supervenire 
polerunt a die vicesima octava mensis novembris proxime lapsi, qua 
die, prout supra prenarratur, transbactio et convencio inter easdem 
universitates Judeorum inbita atque facta in loco de Urgone extitit, 
ad quatuor annos iuspirata fuit (sic), in duos annos ab ipsa die vice- 
sima octava dicti mensis novembris proxime preteriti in antea compu- 
tandos, et non ultra, ac lilibus et debatis que ad causam premissam 
oriri et suscitari possent inter dictas universitates, Judei memorati 
omnes quibus supra nominibus, gratis, scienter, eorum bona fide 
omnibusque vi, dolo, metu et fraude cessantibus et penitus rejectis 
ac procul pulsis per se et suos beredes et successores quoscumque 
per mutuam et validam stipulationem inter eos intervenientem 
iransbigerunt, pepigerunt et convenerunt ac pacte et conventiones 
infra scriptes et infrascripta fecerunt in modum et formam inferius 
descriptas. 

Primo namque transbigerunt et convenerunt dicti Judei omnes 
supra nominati: quibus supfu nominibus, per muluam et validam 
stipulationem iuter eos inlervenientfm, quod quelibet universita- 
tum Judeorum Proviucieet Forcalquerii ac terrarum eis adjacentium 
in pencionibus quas universitates singule ipse siogulis annis solvere 
sunt assuete in festo sancti Johannis Baptiste dicto serenissimo do- 
mino nostro régi et domino Judeorum conservatori pro suis gagiis, 
dictis duobus annis durantibus inceptlsjam dicta vicesima octava 
mensis novembris proxime lapsi, quolibet anno solvat ac contribuât 
ac solvere et contribuere tenebitur in bunc qui sequitur modum : 

Primo universités Judeorum aquensis solvet et contribuet sive 
solvere et contribuere lenebitur quolibet anno ipsis duobus anui^ 
durantibus in dicta pencioue regia sexcentos et quindccim ûorenos 



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DOCUMKNTS RELATIFS AUX JUIFS D^ARLES 69 

currenles ia presenti patria Proviocie et Forcalquerii, iodusis cen- 
luQi floreois quos ipsa universitas Judeorum aqueosis solvere est as- 
sueta dpmioabusiooDialibus civilalls Massilie^et in peacione domini 
coDservatoris Judeorum centum et viginti quinque doreoos. 

Item Judei castrorum Proviocie et Forcalquerii solvent sive contri- 
bueot ac solvere et contribuere teoebuntur quolibet anoo Ipsis duobus 
annis durantibus in pencioDe regia sexcentos quinquaginta quioque 
floreDOS prefttte monete et in pencione dicti eorum domini conserva- 
torts centum et viginti quinque florenos; et sic sunt in universo 
septingenti et octoginta floreni. 

Item Judei Arelatis solvent sive contribuent ac solvere et contri- 
buere tenebuntur quolibet anno, durante dictorum annorum duorum 
tempore, in dicta peccione regia quadringenta septuaginta florenos 
prefate monete et in pencione domini eorum conservatoris centum 
florenos : et sic sunt in universo quingenti et septuaginta floreni. 

Item Judei dicte ville Tburascoois solvent sive contribuent ac sol- 
vere et contribuere tenebuntur quolibet anno^ ipsis duobus annis 
durantibus, in pencione predicta regia ducentos et septuaginta flo- 
renos prefate monete et in pencione domini eorum conservatoris 
quinquaginta florenos: et sic sunt tricenti et viginti floreni. 

Item Judei Massilie solvent sive contribuent ac solvere et contri- 
buere tenebuntur quolibet anno, ipsis duobus aunis durantibus, in 
dicta pencione regia centum florenos predicto monete et in pencione 
domini eorum conservatoris quinquaginta florenos, et sic sunt in 
nDiverso centum et quinquaginta floreni. Bt magister Grescas Natani, 
filius dicii Isaac Natani, qui denuo se habiiavit in dicta civitate Mas- 
silie, solvet sive contribuet ac solvere et contribuere tenebitur in 
dicta pencione regia quolibet anno dictorum duorum annorum vi- 
geDti florenos prefate monete. 

Item et Judei ville Salloois, arelatensis diocesis, solvent sive con- 
tribuent ac solvere et contribuere tenebuntur quolibet anno dictorum 
duorum annorum in dicta pencione regia centum et iriginta quinque 
floreaos et in pencione dicti domini conservatoris quinquaginta flore- 
nos: et sic sunt in universo centum et octuaginta quinque floreni. 

Item plus transbigerunt, pepigerunt et convenerunt dicte partes 
quibus supra nominibus inter se vicissim stipulantes quod amnia 
onera regia extraordinaria que darentur dicto domino nostro régi 
sive supporlarentur infra dictorum duorum annorum tempus per 
Judeos dictarum universitatum de consensu et beneplaciio ac volun- 
tate omnium dictarum universitatum Judeorum solvantur et contri- 
buantur per omnes dictas universitates juxta ratas et porciones 
quibus solvuntur onera ordinaria sive penciones regia et domini 
eorumdem conservatoris superius declarate. 

Item plus iransbigerunt et convenerunt dicte partes, quibus supra 
nominibus vicissim stipulantes, quod, ûnitis dictis duobus annis 
quibus preseos convencio Curare habet, omnia manifesta omnium 
Judeorum Provincie et Forcalquerii et terrarum eis adjaceniium 



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70 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

utriusque sexus renoveotur juxta modum et formam contentos in 
dicta senleDiia perdictum domiaum Doslrum regem in civitate Mas- 
sîiiô ad causam ipsarum contributiODem lata et in execuloria ipsius 
seDlenlie exiode per dictum dominum aostrum regem super hujus- 
modi negocio coDcessa et âeri ordioata. 

Et io casu iû quem quod Judei ipsi ad hoc faciendum contradice- 
rent aut alias debata aliqua in hoc faciendo inter eos orirentur ob 
quod negolium ipsum, sive revocatio ipsorum maoïrestorum non 
sortiretur suum debitum effeclum, sive alias in hoc faciendo essent 
Judei ipsi négligentes seu remissi, quod peociones regia et domioi 
eorumdem Judeorum cooservatoris et alla quecumque ooera^ donec 
manifesta ipsa sive revocatio ipsorum facla fuerint et suum debitum 
soriiverJQt effectum, solvaotur et conlribuantur per omoes universi- 
tates Judeorum predictorum juxta modum et formam quibus solve- 
bantur et contribuebaotur per ipsas universitates Judeorum in vi 
traoshactloDis inhite et facte inter eos in dicto loco de Urgone, ad- 
juncta tamen uoiversitati Judeorum castrorum Provincie et Forcal- 
querit porciooe in qua proiuoc fuerat taxatus magister Abraam 
Salamonis, Judeus medicusde Sancto Maximino. 

Item plus transhigerunl et convenerunt dicte parles quibus supra 
nominibus inter se vicissim stipulantes quod omnes expense et 
ambaxiate que fîerent infra dictum duorum annornm terminum, ad 
causam onerum universalium que occurri poterunt dictis universi- 
tatibus Judeorum infra dictum terminum duorum annorum, mao- 
dato dicti domini nostri régis seu mandamento senescalli aut domini 
ipsorum Judeorum conservatoris sive magne régie Provincie curie 
solvantur inter omnes dictas universitates Judeorum et i^ontribuantur 
sive supportentur juxta porciones superius declaratas et dislinctas. 

Item plus transhigerunt et convenerunt dicte parles quibus supra 
nominibus inter se vicissim stipulantes quod, non obstante qua- 
cumque dimunicione sive augmenlo, que seu quod eveniret seu 
eveniri posset dictis universitatibus Judeorum aut altcui ipsarum ex 
quavis racione seu causa, dicta conlribucio inler ipsas universitates 
fiât et fieri debeat ipsis duobus annis duranlibus juxta modum et for- 
mam supra déclarâtes, ita et laliter quod nuHo modo possit contra- 
venire quavis racione seu causa, sed penitus conlribucio ipsa obser- 
velur et hoc sub pena centum marcharum argenli fini pro medielate 
applicanda dicto domino nostro régi et alla medietate aliis universi- 
tatibus que contra dictam conlribucioncm minime venient, sed eam 
observare et adimplere conlelabuntur atque observabunt et adimple- 
buDt : cui quidem pêne prefati Judei omnes quibus supra nominibus 
gratis et sponte se et dictas universitates submiserunt, cujus pêne 
medielatem aplicari voluerunt dicto serenissimo domino régi et aliam 
medietatem parti obedienti et non contra dictum ullimum pactum 
venienti, meque notario inferius nominato ut communi et publica 
persona stipulante et solulionem recipienie pro dicto domino nostro 
régi et omnibus aliis quorum interest et interesse poterit infuturum. 



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DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 71 

Qua pena semel et pluries commissa et exacla, nichilomious tamea 
Toluerunt el coDcesserunt dicte partes quibus supra nomiDtbus dicium 
supra ultimum pactum in ejus robore» efficaciiate (?) et virlute, ipsis 
duobus annis duraotibus, restare et permaoere, et penacn ipsam, 
quotiens commissa eztiterit, exigi et le?are posse more ûscalium 
debitorum. 

Quibus omnibus et singulis supra dictis pactis et conventis, pre- 
fate partes quibus supra nominibus habuerunt omnia el singula 
supra el infra scripta rata et grata: et ea omnia universa et singula, 
quantum ipsarum quamiibet dictarum universilatum tangil et con- 
eernil ac tangere el concernere polerit, ratif6caverunt, approbave- 
runl et confirmaveruQt sibi adinvicem stipulantes et solemniter reci- 
pientes; et porciones superius declaratas et distinctas promiserunt 
et solemniter conveoerunt dicte parles, quibus supra nominibus, 
quanto ad ipsarum quamiibet dictarum universilatum spécial et 
spectare poterit, solvere, iradere el deliberare in pace et sine ques- 
lione et de porcione ipsarum quamiibet uoiversitatum Judeorum 
langente et concernente tam de dictis onerlbus ordinariis el exlraor- 
dinariis et omnibus superius dislinclis et declaralis, una aliam et e 
converso preservare el custodire penitus et omnino indempnem et 
siogulas personas earumdum universltatem et bona sua presencia et 
fulura indempnes el indempna. 

Quoique si contiugerel alleram ipsarum universitaium sive perso* 
nas singulares earumdem deffectu, culpa et negUgencia aliarum uni- 
versilatum seu alterius earumdem in non adimplendo, complendo et 
observando omnia superius declarata, specifôcala et dislincla, 
dampna aliqua disturbia intéresse et expensas paii, incurrere et 
snbstinere eundo, reddeundo in judicio sive extra judicium stando, 
nuDCium seu nuncios micteodo, nolariis advocatis et procuraioribus 
scripluras el palrocinia solvendo, illas omnes expensas atque sump- 
lus et omnia illa darcpna, dlslurbia et intéresse reddere et per 
iQtegrum reslituere et rassarare promiserunt dicli omaes Judei, 
quibus supra nominibus sibi adinvicem stipulantes et recipientes^ 
super illis dampnis, sumplibus, disturbiis intéresse et expensis 
stare, parère, credere elobedire soli verbo simplici illius seu illarum ' 
uoiversitatis seu universilatum que culpa alterius earumdem 
dampna ipsa intéresse, disturbia elexpensa paleretur, subslineret et 
locurreret sive palerentur, substinereot el incurrerent, seu persona- 
rum singularum ejusdem seu earumdem, absque juramento aliquo, 
teslium probacione eut judicio seu preioris alicujus taxacione, qui- 
bus specialiler el expresse in bac parte eedem parles quibus supra 
nominibus renunciaverunt, quod verbum simplex pro vera et légi- 
tima probacione ac sententia diffinitiva que in rem transiverit 
judlcatam, nulla appellacione suspensa, bic babere voluerunt partes 
prefate quibus supra nominibus pariter et tenere. 

Pro quibus omnibus universis et singulis supra et infra scriptis 
tenendis, servandis, altendendis et complendis ac inviolabililer cum 



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-2 REYUK DES ÉTUDES JUIVES 

efîeclu et sine deffectu observandis et adimplendis, et pro omni et 
intégra restitucione omnium dampnorum disturbiorum interesse 
sumptorum et expensarum, dicti omnes Judei tam de Arelate quam 
alii supra nomioaii aliarumuni^ersilatum, quibus supra nominibus, 
personas suas proprias et singularum personarum earumdem univer- 
sitatum eorumque et cujuslibet ipsorum propria dictarumque uni- 
Tersitatum et singularum personarum earumdem et cujuslibet earum 
bona omnia mobilia et immobilia. jura et nomina presencia pariter et 
future, quantum ipsorum quemlibet concernit et concernere poterit 
in futurum, sibi adinvicera stipulantes, obligaverunt,yppotecaverunt 
et submiserunt sub vicibus, carceribus, detencionibus, compulse- 
ribus et cobercicionibus ac meris examinibus et censuris curiarum 
spiritualis et temporalis Arelatis, camere racionum Aquensis, parvi 
sigilli Monspelliensis, conventionum regiarum Nemausensis, curie 
camere domini nostri pape, ejusauditoriset vice-auditoris et romane 
curie marescalli novi et anliqui statutorum Massilie, curie Castelleti 
Parisius (iic) et omnium aliarum curiarum spiritualium et tempora- 
lium ubilibet constitutarum in qua seu quibus et coram quo seu 
quibus boc presens publicum instrumentum pro parle alicujus 
dictarum universitatum seu singularum personarum earumdem 
exbiberi seu eliam produci contingerit per quasquidem curias et 
quamlibet ipsarum ac dominos vicarios, judices présidentes bajulos 
et ministerios earumdem et cujuslibet earumdem volueruut et 
concesserunt dicti omnes Judei quibus supra nominibus prout ad 
unamquamque dictarum universitatum spectare pot^st et poterat 
usque ad efficacem observanciam omnium universorum et singulo- 
rum supra et infra scriptorum et in boc presenti publico instrumento 
contentorum se ipsos dictasque universitates et personas singulas 
earumdem suosque beredes et successores et bona, res et jura suas 
et sua posse et debere moneri, ci tari, arrestari, capi, detineri 
incarcerari et per quecumque alia juris remédia realiter et persona- 
liter conveniri, non obstanlibus quibuscumque litteris, privilegiis, 
graciis, cedulis seu rescriptis eisdem universitatibus aut earumdem 
alteri concessis et concedendis, impetratisque aut impetrandis sub 
quacumque gracia prérogative ac verborum spe sive forma quibus 
litteris, graciis, cedulis seu rescriptis et earum efûcacie seu vigori 
renunciaverunt per expressum dicti Judei quibus supra nominibus, 
ita videiicet quod una electa curia seu suo eiecto, judice et processu 
iocobato seu execucione jam fieri cepta, nicbilominus tamen eis 
missis (?) ad aliam curiam seu alium judicem liceat et licitum sit 
dictis universitatibus et earum cuilibet pro observacione omnium 
contentorum in boc presenti publico instrumento babere regressum 
pro libito voluntatis nullum sibi aut suis propter electionem hujus« 
modi prejudicium generandum. 
Et renuntiaverunt dicti Judei * 

* Suit la série des clauses ordinaires de renonciation. 



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DOCniKNTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 73 

?Aila vera esse eaque omDîa uoiversa et siogula, quaotum ipsa- 
Tum quamlibet universitatem taûgit et conceroit ac laDgev^e. et 
coûcernere poteril in futurum teaere, servare, atiendere et complere 
conlraque non facere, dicere aut yenire promiserunidicli Judei omoes 
quibus supra nomiDibus sibi adinvicem stipulantes, et proniittendo 
ad et super sanctam legem Moysi, tactis scripturis ebraycis eorum 
manibusdeztris, gratis et sponte dicti Judei quibussupranominibus 
juraTerunt et ipsorum quilibet juravit. De quibus omnibus et 
siDgulis premissis preuomiuaii Judei oranes quibus supra nominibus 
pelieruDt sibi et dictis eorum universitaiibus ac sibi adinvicem 
coDcesserunt unum et plura publicum et publica per me infrascrip- 
tum Dotarium instrumentum et instrumenta deri dictandum et dic- 
I taDda consilio et dictamine unius seu plurium in jure sapientium 

j facti tamen substancia in aliquo non mutata. 

I Acia fuere bec Arelate ubi supra, videlicel infra domum scole sive 

I sioagoge Judeorum Arelatensium, presentibus ibidem providis viris 

magislro Jobanne Fabri, nolario, cive Arelateose, Petro Arpilhe, 

mercatore, nobili Antbonio Ayguirandi et Jobanne Gondardi, can- 

, delerio Arelatense, testibus ad prémisse vocatis specialiter et rogatis 

et meGuillelmo Raymundi de Arelate, notarié, pubUco regia aucto- 

rilate constituto, qui prémisse requisitus in noiam sumpsi, etc. 

(Ennote:) Extractum est instrumentum pro parte dicti Bonjubes 
Passapayre. 

Bztractum est iterato instrumentum pro dicto Passapayre vjgore 
precepti michi facti per curiam regiam Arelatensem anno M^ III^ XLIX 
et de mense maii pênes magistrum Jobannem M. . . ^ 



XI. 



U46. 26 décembre. — Quittance donnée par Durant Cohen, Juif d'Aix, 
d maître Abraham Salamon, de sa contribution à la taxe générale 
det Juifs de Provence. 

(Blude de M^" Martin-Raget. Reg. G. Raymundi, 4 446, fol. 26 v» 27 v*") 

Licencia et auctoritas cancellandi quamdam notam pro magistro 
Abraham Salamonis, medico de Sancto Maximino. 

In nomine Domini amen. Anno incarnacionis ejusdem millesimo 
quadriDgentesinio quadragesimo sexto et die vicesima sexta mensis 
decembris, régnante elc.,noverint universti présentes pariter quam 
futuri, quod cum, ut dicitur, ai causam contribulionis, quam 
in&iEister Abrabam Salamonis, judeus medicus pbysicus de Sancto 
Maximino, facit et facere teneatur pro quatuor annis finitis die 
vicisima octava mensis novembris proximi preteriti in pencionibus 



' Voyez pour cet acte Bfvue, XLVII, p. 230-232. 



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Vt REVUE DES ETUDES JUIVES 

quas Judei omnes Provincie et Forcalquerii et terrarum eis adjacen- 
lium so.vere et servire singulis anois io festo sancti Jobaonis Baptiste 
dicto serenissimo domino nosiro régi et domino eorumdem Judeorum 
conservaiori sunt assueti, ipse magister Abraham Salamonis soWere 
et conlribuere promiserit pro portione eum concernente de dictis 
pencioDibus regia et domini eorum cooservatoris quolibet anoo ipsis 
quatuor annis durantibus et convenerit dare aliis unîTersitatibus 
Judeorum Provincie et Forcalquerii summam videlicet duceotorum 
triginta quinque florenorum monele currentis in présente patria 
Provincie et ad il osducentos trigeuta quinque floreuos ipsis quatuor 
annis durantibus quolibet anoo solvenium, tradendum et deliberan- 
dum se obiigaverit et submiserit, quod admodum de premissis dicitur 
constare instrumento pubiico in notamsumpto per nobilem virum ma- 
gistrum Michielem Mataroni, regium secretarium civitatis Aquensis, 
sub anno et die in eodem conleutis, bine igitur fuit et est quod anno, 
die et régnante supra in presentis publice instrumenti exordioanno- 
tatis et descriptis, Isaac Natani, Judeus Arelatensis, pro universitate 
Judeorum ipsius civilatis Arelalis, Bonjuhes Passapayre, Judeus 
de Pertusio, pro universitate Judeorum castrorum Provincie et 
Forcalquerii, Astrugius de Latis et Vitalis Avicdor, Judei Aqueu- 
ses, pro universitate Judeorum Aquensium, magister Bonjuhes 
Cohen, Judeus medicus de Massilie, pro universitate Judeorum 
Massilie. Abraham Bonaffos de Lilla et Melos Dieulosal, Judei 
ville Sallonis, Arelatensis diocesis, pro universitate Judeorum 
Sallonis et magister Tauros Natani, Judeus medicus ville Tharas- 
conis, pro universitate Judeorum Tharasconis, et sic omnes dicti 
Judei sub nomine et vice diclarum uuiversitatum gratis, scienter, 
eorum bona fide, omnibusque vi, dolo, metu et fraude cessantibus et 
penitus rejectis, quantum ipsarum quamlibet uuiversitatum tangit 
et concernit ac laugere, coucernere poterit in futurum, dederunt, 
atribueruntet concesserunt licentiam et auctoritatem ac plénum et 
legitimum posse specialegue et générale mandatum Duranto Cohen, 
Judeo dicte civitatis aquensis ibidem presenti ac ipsum ad infra- 
scripta peragenda constituerunl eorum et diclarum universitatum 
procuratorem, actorem, factorem et negociorum de quibus infra ôet 
mensio gestorem, quod ipse Duraatus vice et nomine dictarum 
universitatum, et prout ad unamquamque ipsarum universitatum 
spectat et spectare poterit, possit et valeat, constante tamen légitime 
sibi dicto Duranto quod ipse magister Abraham Salamonis aut alter 
ejus nomine exsolverit et deliberaverit domino Provincie général! 
thesaurario aut alteri seu aliis ad quem seu quos pertinet et spectat, 
quolibet anno diclorum quatuor annorum contentorutn in supra 
mensionata nota sumpta per dictum magisirum Michielem Mataroni, 
vice et nomine dictarum universitatum ducentos et triginta quinque 
floreno8adcau8ampremissam,ipsum'magistrum Abraam Salamonis 
et suos ac sua et suorum bona presentia et futura de contento in 
eadem nota, recuperatis tamcn prius per eum cauthelis per eumdem 



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DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 75 

magistrum Abraam ad causam solucionis prémisse obteotis et sibi 
coDcessis, quiltare, hberare ac peaitus absolvere eum pacto sibi 
faciendo reaii et personali de aliqnid ulterius raiionecontebloruin in 
eadem nota quantum coDcemit dictam contributioaem pro dictis 
quatuor aDois non petendo ipsamque notam seu iostrumentum ex 
eainpublicum redactum, si quod reddactum eztitit, coostante de 
premissa solutione et babitis et recuperatis premissis caulbelisi 
cancellari et aboleri, ipsarum universiiatum nomioe consenlire et 
fier! facere, earumdem universiiatum aut alterius ipsarum absencia 
inaliquonon obslante, promiltentesdicli omnes Judei quibus supra 
DomJDibus omnja universa et sin^ula que per dictura Dutaulum in 
premissis facta fuerunt babere rata et grata et ea ex nunc pro tune 
elecoDver?o ralifficaverunt et approbaverunt, ac pro quittalo, can- 
eellato et aboli to babere volnerunt pariter et mandaverunt prout si 
per omnes dictas universitales factum, quittatum, cancellatum et 
abolitum extitisset et contra ea aut aliquid de contentis in eisdem 
eiinpresenti publico instrumento declaratis et specifficalis nullo 
unquam tempore venire promiserunt dicti omnes Judei, quibus, 
supra Dominibus, dicto magistro Abraam licet abscDtl, michique 
noiario publico infra scripto ut coœmunl et publice persone siipu- 
lantl et solvi recipienti pro eodem magistro Abraam et suis bere- 
dibuset successoribus quibuscumque in fuiurum, sub obligatione 
omDium bonorum dictarum universiiatum presentium etfuturorum, 
cura etsub omni et quallcumque juris et facti renunciatione ad bec 
necessaria pariter et cauthele. De qui bus omnibus et singulls premissis 
dicti omoes supra nominati Judei petierunt et voluerunt et concesse- 
runtprefato magistro Abraham licet absenti per me infrascriptum 
noiarium presens fieri instrumentum, 

Actum fuit hoc Arelate in studio dicti Isaac Nalhani, presenlibus 
Ibidem Petro Jaquini, ripayrerio. et Pelro Raymundi, laboratore, 
cîîibus Arelatensibus, lestibus ad premissa vocatis specialiter et 
rogaiiset DQè Guilhelmo Raymundi de Arelate notario publico, etc. *. 



XII. 

U5<-U52. 31 janvier. — Venie faite par Astruçe et Blanquette, fille et 
petUe-fille de feu maître Cressenù TefiUos, d Duranton Dieulosal 
de Beaucaire, Juif d'Arles, de trois places situées dans la synagogue. 

(Elude de M« Martin-Raget. Heg. B. Pangonis, 4451, foL 4 46 v^) 

Emptio trium locorum in scola Judeorum Arelatensium scilua- 
torum pro Durantono Dieulosal de Bellicadro. 
Aoao quo supra [4451] et die ultima mensis januario. Noverint 



' Voyex pour cet scie Revue^ XLVII, p. 232. 

» ChateaurenaH-Provence, chef-liea de canton; arr. d'Arles. 



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76 REVUE DES ETUDES JUIVES 

UDiversi,etc., quod Astrugia filiamagistri CreysscnlisTeffiilos, Juiei 
qucDdamphizicietcyrurgicJyhabitatorisGastriBByQardi%tamDomioe 
suo proprio quam iutorio Domine liberorum suorum et Boomaqueti 
Cresque B mûlli, Judei olim su! marili condam, qui Bonmaquetus 
nuper ad iidem catholicam se convertit et nunc vocalur Boberius 
Franciscii per quos liberos suos promisit dicta Astrugia hujusmodi 
contractum facere raiifûcare quando erunt etatis légitime, necnon et 
Blanquela ejus filia, ambe insimul gratis et spoote, cum bona ûde et 
sine dolo, per se et suos etc., vendiderunt etc. Durantono Dieulosal 
de Bellicadro, Judeo de Arelate, ibidem presentiementi pro se et suis, 
videlicet tria loca que ipse, ut dixerunt, babuerunt infra scolam 
Judeorum de Arelat'e, videlicet duo in scola hominum desuper et 
unam desubtus in scola Judearum, que fuerunt Astrugii de Belli- 
cadro condam Judei ; quorum duorum locorum qui sunt in scola 
Judeorum desuper unus ex ipsis locis confrontatur cum loco lumi- 
narie dicte scole et cum loco beredum Bonjues Carcassoni condam, 
uno pilario (?) fuste in medio, alius locus est subtus predicaturlum 
ipsius scole vocatum ebrayce Hoealh * et confrontatur cum loco Boni 
Senbor de la Voûta et cum loco beredum Astrugii de Marvejulis; 
alius locus tercius qui est de subtus in scola Judearum confrontatur 
cum loco Beodicb de Pertusio Judei et cum loco Ysaqui Natbani. 
Vendiderunt supradicte mater et ôlia, Judée, dicto Durantono pre- 
senti, etc. dicta tria earum loca precio novem florenorum cumdimidio, 
monete currentis in Arelate, quos a dicto Durantono confesserunt se 
babuisse et realiter récépissé in scutis auri, parpalbolis et liartis, 
omni exceptioni etc. De quibus se contentas tenuerunt et quitta- 
verunt etc. Pacta, etc. Si vero plus valent aut valere possent etc. De 
quibus tribus locis dicte mater et filia nominibus predictis se devesti- 
verunt et dictum Durantonum investiverunt per taclum manum. 
Promiserunt ambe simul et quelibet ipsarum insolidum per se et suos 
facere babere perpétue, paciffîce possidere, etc. et pro evictione etc. 
Pro quibus attenendis etc., obligaverunt dicte mater et filia et 
quelibet earum insolidum per se et suos omnia earum bona pré- 
senta et futura et aliorum liberorum ejusdem Astrugie, vieibus 
curiarum régie et spiritualis arelatensium, Gamere compotorum 
aquensis et omnium aliarum curiarum in Provincia constiiuta- 
rum et cuilibet ipsarum. Renuntiaverunt, etc. Juraverunt, etc. De 
quibus, etc. 

Actum Arelate in bospitio Mosse de Vilbanova, Judei, testibus 
presentibus domino Petro Liadose, presbitero, magistro Peronneto 
Morelli, borrellerio, civibus et habitatoribus de Arelate, et me Ber- 
nardo Pangonis notarié, etc.*. 

> On seaealh; serait-ce bS'^îl, h^ehal? 

* Voyez pour cet acte Hevne, XLVll, p. 233, où il est indiqué par erreur comme 
pièce n» VII. 



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DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'AULES 



XIII. 



< 463-1434. 6 février. — Convention à l'occasion du mariage de Reine, 
fille de Duranl Bonjuifde Beaucaire, et de Sullafn â/aruan, fils de 
de Mosse Maruan d'Api. 

(Etude de M^ Martin- Ragel. Reg. Raymuadi, 4453, fol. 120.) 

Gonventio pro Duranlo Dieulosal de Bellicadro, Judeo Arelateusi, 
et SuUam filium magistri Mosse Maruaa Judei. In Domine Domiui 
amen. Anno incarnationis ejusdem millesimo quadriugeutesimo 
quioquagesimo lerlio et die sexta mensis februarii, régnante, etc. 
Noverial universi présentes pariter el futuri quod, cum dicitur in 
instrumento dotis conslitulionis per Bonjuhes Duranti de Belli- 
cadro, Jadeum Arelatensem, condam, ûlium Duranti Dieulosal de 
Bellicadro, Judei Arelatensis, tempore inhiti (?) contracti matrimonii 
inter Suliam Maruan filium magistri Mosse Maruan, Judei, medici 
sirurgici, habitatoris civitatis de Apta ex una, et Reginam, ûliam 
dicii BoDjuhes de Bellicadro ex alla partibus, inter cetera contenta 
io eodem instrumento in notam sumpto, ut in eo legilur, per ma- 
gistrum Quiilelmum Laurentii notarium dicte ci?itati8 de Apta sub 
8QU0 a nativitate Domini millesimo quadringentesimo quinquage- 
9imo secundo et die vicisima oclava mensis martii conventum et de 
pacloeiiiierit inter ipsum Bonjuhes ex una el dictum Sullam ex alla 
pariibus, quod prefatus Bonjuhes tenebatur ipsos futuros conjuges 
Bpalio decem annorum alimentera in domo sua, super quo paclo et 
diversis allia contentis in eodem instrumento verbalis altercatio, ut 
<licitur, et majo... sperabitur inter dictum Sullam ex una dicentem 
etasserenlem quod per ilJud verbum « alimentare » dictus Durantus 
Dieulosal, pater prefati quondam Bonjuhes, et ad quem omuia 
bonadicti Bonjuhes pertinent et pleno jure spectant, tenetur ipso 
decem aonorum tempore per Durantum ipsos futuros conjuges nu- 
irire cibo et polu ac vestire et calciare et eis providere in omnibus 
ois oecessariis, et ad quod faciendum pelebat ipsum Durantum vigore 
el efQcacilate pacli predicti debere compelli; et dictum Durantum, 
ex alia parlibus, diceutentem et opponentem non teneri ad petite per 
ipsum, ex eo quia intentio dictl sui filii condam non fuit illa, nec 
ioieadebat teneri ad illud, nisi tamen et dumtaxat ad nutrimen- 
lum eorum et puerperia supportanda, prout ipso vivante ita de- 
claravit; dictoque Sullam ex adverso replicante ipsos Bonjuhes et 
ipsum fuisse et esse intentionis, dum eorum contractum matrimo- 
nium fecerunl, quod ipse Bonjuhes tenebatur ipsos conjuges alimen- 
^re plenarie, prout tenetur in eodem instrumento; super quibus 
iuler partes prediclas dubitabatur majores altercationes suscitari et 
iQoveri, prout ibidem dicti Sullam et Durantus in prcsentia mei 



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78 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

notarii el testium subscriptorum ila dixeruDt et asseruerunt verum 
fore, hinc igitiir fuit et est quod, bodo et die premissis, dicti Du- 
raotus Dieulosal ex UDa et Sullam ex alia pariibus, volentes et affec- 
tantes de et super hujusmcdi verbalibus altercationibus 86 pacifûcare 
et ad pacem et tranquilitatem deveuire, babilaque consideraiione per 
dictum Sullam, ut dixit, ad mortem dicti sui soceri et ad facultatem 
boDorum suorum que, prout veridice est informalus, pauca est, pro 
maxime consideratis etiam per eum ooeribus carrerie judayce pre- 
sentis civitatis Arelatis, oiDnibusque illis et diversis aliis conside- 
ratis per eum de et super dictis verbalibus altërcatioaibus, ac 
deppendentiis, pendeotibus, cuDjungeudis (?) et counexibus ex 
eisdem, dicte parles, ipse vero iuquam Sullam, eum licentia et 
auctoritate prefali magistri Mosse ejus patris ibidem presentis et 
suas licentiam et aucloritatem paternales quoad omnia infrascripta 
perageuda sibi dautis, prebentis et coocedentis, quod idem magister 
Mosse ita dixit et asseruit ibidem in presentia mei notarii et testium 
infrascriptorum certum (?) et verum fore, et sic partes ipse, videllcet 
dictus Durantus ex una, et prenominati conjuges, partibus ex altéra, 
gratis... eorum et cujuslibel ipsorum bona iide, per se et suos 
heredes et imposterum successores quoscumque, per mutuam stipu- 
lationem inter eos interveuientem, dictum veibum <k alimentare • 
contentum etdeclaratum in superius mentionato instrumento penitus 
anullando et cassando super illo noviier convenerunt, accordaverunt 
et pacti sunt in hune qui sequitur modum. 

Et primo transbigerunt, convenerunt, accordaverunt et pacti sunt 
dicti Durantus et Sulla inter se vicissim et adinvicem stipulantes 
quod dictus Durantus Dieulosal tenebitur prout per se et suos quos- 
cumque facere promisit et solvi convenit, dictos Sullam et Reginam 
futuros conjuges suis dicti Duranti et suorum propriis sumptibus 
et expensis, spatio decem annorum a die qua celebrabitur dictum 
matrimonium juxia ritum Judeorum in antea compulandorum el 
sequentium in presenti civitate Arelalis et in domo sua quantum se 
bcne gerebunt, simul sanos et infirmes, cibo et potu alere aique 
nutrire et puerperia sive jassinas *, si que in ipso tempore eis super- 
veniant, suis dicti Duranti suorum sumptibus et expensis facere et 
substinere. 

Iiem plus fuit de pacto inter dictas partes habilo et convento, 
valida et mutua stipulatione inter eos interveniente, quod si dicti 
futur! conjuges non se beue gérèrent eum dicto Durante et aliis 
personis de domo ipsius Durauti, Durantus prefatus in presenti 
civitate Arelalis tenebitur et sui tenebuntur, usque ad supplementum 
temporis ipsorum decem annorum quod prolunc defuerit, dictis Sulla* 
nam et Régine providere de una domo viciuque atque potu in sanitate 
et infirmiiate et eis providere de frodio* et utensilibus domus et 

' = Gésine. 

* = • Supellex quidquid in re domeslica necesfarium esl - (Du Cangc). 



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DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D^ARLtS 79 

jassinas facere, ad dictum et cogoiiionem duorum amicorum a par- 

lîbus ipsis tuDC eligendorum; que frodiutn et uteosilia inventari- 

seniuret inventariseri inter eos debeaut, et in fioe dictorum decem 

aanorum, prefatus Sullam teoebitur,proutet facere promisit^frodium 

elulensilia predicta, modo et forma quibus protuoc fueruat, ipsi 

Buranto sive suis reddere et restituere sine difûcultate et coDtradic- 

lione quacumque. 

ItemuUerius fuit de pacto expresso habito et convento inter easdem, 
Talida et mutua stipulatione inter eos inlerveniente, quod si dictus 
Sullam cum sua uxore. infra dictum terminum decem anoorum, 
extra presentem civitatem Âreiaiis recederet et slaret in loco in quo 
se personaliter se cum dicla sua uxore transferet ultra unum aonum 
et expost vellet ad presentem civitatem Arelatis cum sua uxore 
reveoire promoram faciendo, Durantus prefatus non teue'bitur neque 
sui tenebunlur ad nutrimentum predictum : quin ymo adveniente 
dictocasu, ipse Sullam sibi ipsi et sue uxori de viciuaiibus et aliis 
sibi necessariis provideat et providere debeat; verum solum si non 
staret per unum annum ex tune, Durantus prefatus et sui tenebitur 
et tenebuotur, prout supra, usqueadcomplementum dictorum decem 
aonorum, dictis conjugibus providere in victu et potu, frodio et 
utensilibus modo ei forma predeclaraiis. 

Item plus fuit de pacto inter partes prefatas, valida et mutua sti- 
pulatione inter eos interveniente, quod omnia lucra que ipsi conjuges 
quoquo modo facient infra dictum decem annorum tempuspertineant 
et spectent ac pleno jure pertinere et spectare debeant ad eumdem 
Sullam, et quod dictus Sullam teneatur et debeat. prout et facerepro- 
misitet solvere convenit, omnia onera que tam ad causam certe sue 
dotis, quam ad causam horum que conjuges ipsi lucrabuntur, dicto 
durante tempore deberi et sol vi potuerint et debebunt carrerie j udayce 
presentis civitatis Arelatis, solvere et deliberare et de oneribus ipsis 
dictum Durantum et suos quittes teuere. 

Item ulterius fuit de pacto expresso habito et convento inter dictas 

partes, valida et mutua stipulatione inter eos interveniente, quod 

^^Ictus Sullam restitutionem nutrimenii predlcti fiendi per eumdem 

I^urantum sive suos, ipso durante decem annorum tempore, minime 

uilounquam tempore teneatur, nec sui teueantur. 

Item fuit antum et in pactum deducium, valida et mutua stipulatione 

'ûter eos Interveniente, corroboratum et confirmatum quod dicta 

^®^ina, donec fuerit etatis viginti aonorum, minime compelli posait 

^"* ^aleat per dictum Sullam aui aliam quamvis persooam, ejusdem 

^ullata seu suorumnomine, ad disponendumetordinandum testando 

^^^ aliter disponendo de dote sua predicta sine scitu, beneplacito et 

voluntaie dicti Durant! seu suorum. 

.Q^Jbussic paclis et in eorum robore, viribusetvirtute permansu- 
^^^> PtQfate partes, videlicet dictus Durantus ex una et Sullam ex alia 
Pwtibus, quathenus ad ipsarum quamlibet spectat et spectare potest 
®^ Poierit in futurum, habuerunt et habere voluerunt omnia siipe- 



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80 RËVUË DES ÉTUDES JUIVES 

rius declarata, specifficata et dislicta, rata, grata el ûrma et conlra ea 
aut aliquid de contento in eisdem nullo unquam tempore veDire, 
dicere, proponere aut allegare sive dici, proponi aut allegarl facere 
per se aut per aliquam aliam interpositam seu interpoDemiam perso- 
nam diiecte vel indirecte, quavis ralione seu causa, ex cogitata vel 
ex cogiianda, scila vel ignorata, promiserunt parles jpse, quaihinus 
ipsarum quamlibet coucernit et concernere poterit infuturum, sibi 
adinvicem stipulantes prout supra. Quod si facerent, seu altéra 
ipsarum faceret, aut sui facerent, et proplerea aliqua dictarum par* 
tium, culpa et deffectu alterius ipsorum seu suorum, in judicio vel 
extra, dampna aliqua, sumptus interesse et expensa paterentur et 
substinereni, sive eorum alter pateretur et substineret, omnia illa 
dampna et omnesillas expensas sumptus et interesse sibi adinvicem 
reddere et restituerepromiserunt et solvere convenerunt; et super iis 
siare et tradere soli verbo simtilici cujusiibet dictorum contiahen- 
tium seu suorum, absque juramento aliqno, testium probatione, ju- 
dicisque seu prêtons taxatione et alia quavis probatione remota, 
quibus specialiter et expresse renuuliaverunt dicte partes ; quod 
verbum simplex provera et légitima probatione ac senleutia deffiui- 
tiva que in rem transiverit judicatam, nulla appellatione suspensa, 
hic habere voluerunt pariter et teneri. 

Pro quibus omnibus universis et singulis supra et iufrascriptis 
tenendis, servaodis, attendeudis et complendis ac inviolabiliter ad 
elTectum et sine defTectu perpetuo observaudis, prout ad unam- 
quamque partium predictarum coDcernit et concerncre poterit infu- 
turum, et pro omni et intégra restitutione omnium dampnorum, 
interesse et expeusarum prefate partes sibi ad invicem stipulantes, 
prout supra, omnia boua sua eorum et cujusiibet ipsorum presentia 
et futura, uua pênes alteram et altéra pênes aliam, stipulatione valida 
et inulua iuierveniente, obligaverunt,yppothecaverunt, supposuerunt 
et submiseiunt sub vicibus et compulsoribus curiarum spiritualis et 
temporalis presentis civitatis Areiatis, camere rationum civitatis 
Aqueusis et omnium aliarum curiarum ubilibet constitularum, in 
qua seu quibus hoc presens pub.icum instrumentum exhiber! seu 
etiam produci contingerit, et in qua seu quibus una pars alteram, 
pro observaiione omuium universorum et siugulorum in hoc présent! 
publico instrumento contentorum, in bonis requireri (ij et compelli 
maluerit ; ita videlicet quod una elecla curia seu uno electo judice, et 
processu iuchoato aut exequtione jam fieri ceita liteque contestata, 
nichilominus... tantum eis omissis liceat et licitum sit utramque 
dictarum partium us<]ue ad effîcassem observantiam omnium et siu- 
gulorum lu presenti publico instrumento contentoium, prout quam- 
libet ipsarum partium contrahentium concernit et concernere poterit, 
habere regressum pro libito voluulalis nullumque sibi aut suis prop- 
ter electionem hujusmodi prejudicia generando. 

Et renunliaverunt parles eedem in et super premissis omnibus, 
cerle, ut dixerunt, de jurlbus et renunciationibus iufrascripiib, 



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DOCUMEiNTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 81 

^|ïiui exceptioni doli, mali, vis, metus et io faclum, actioni et condi- 

^^^oi indebiti sive eam ob causam et ex iojusta causa, petitioni et 

^felioûi libelli Iranscripto hujus publici iosirumeaii et ejus note, 

i^ris et facti iguoraniie, omaibusque provocationis, appeilationis, 

^'ecursus remediisetauxiliis quibuscumque, exceptionlque presentis 

^^'itractus DOQ sic celebraii et facti, et allier fuisse quam dictum 

^cr/pium, feriis messiutn et vendemiarium et omui alio feriato tem- 

Pt>ri, decera vigioti dierum* et quatuor meosiuin, induciis et diiatio- 

^ibus aliis quibuscumque ei juri dicenti quod ubi ceptum est judi- 

C'uoî ibi»1em finera reoipere débet et quod uoa elecia curia seu uao 

«^ecio judice ad aliam curiara seu alium judicerp non posse habere 

''^gressum, et non convenlum coram suo judice competenti posse 

'orurn declinare et ante litem couteslatam pendere, jurique dicenti 

^^^ posse propter rei vel persoue privilegium, et frangere quod est 

aciutn^ et cunciis generaliler aliis juri?, ratiouis et facti auxiliis... 

J ^^ta vera esse omnia, uuiversa et smgula tenere.. . contraque non 

^^""^^ dicere vel venire promiseruut partes ipse et promittendo... 

"P^r çanciam legem Moysi, laclis scripiis ebraycis eorum manibus 

^^■'i^, spouie j.uraverunt .. 

du ^ 'ï^Jbus. . . Aclum fuit hoc Arelate in domo quem ipse Bonjuhes, 

jlg ^ivebat, inliabilabal, preseniibus... lestibus ad premissa voca- 

aucV * ^^ ™^ Guillelmo Raymundi de Arelate notario publico regia 

^^itaie coQstituto qui premissa requisitus in notam sumpsi ^ 

^^^viginti diet sont une époque ordinaire d'écbétnces. lia m comptent de Noël 
%\ ocVBve de l'Ëpiphauie, 25 décembre — 8 Janvier. 
» Vojez pour cet acte Revue, XLVU, p. 237-238. 



T. XLVIII. »• 03. 



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UN ATLAS JUIF 

DES STATUES DE LA VIERGE MARIE 



La vogue dont le culte de la Vierge a joui pendant le moyen âge 
et qui s'est continuée, en partie, jusqu'à nos jours était si grande, 
qu'il a paru nécessaire de composer une sorte de traité géogra- 
phique des endroits où ce culte était en honneur. Tel est le sujet 
de nombreux ouvrages portant le plus souvent le titre d'Atlas de 
Marie, Autrefois ces ouvrages avaient une utilité pratique, car 
ils étaient, en quelque sorte, des manuels de voyage destinés à 
renseigner les pèlerins sur les localités qui étaient le but de leurs 
voyages. Mais les pieux clercs et les dévots pèlerins, c'est-à-dire 
les auteurs de ces ouvrages et ceux qui en faisaient usage, ne se 
doutaient pas que, dans un autre camp, chez les Juifs, ces mani- 
festations de la vie chrétiei^ne étaient suivies avec une attention 
empreinte de terreur et d'anxiété. 

Le culte de la Vierge Marie intéressait les Juifs , car les images 
de la Vierge exercèrent souvent leur puissance miraculeuse sur 
eux. Les Juifs figurent assez fréquemment dans les nom- 
breuses légendes de Marie qui ont été composées et qui se sont 
accréditées dans les différents pays chrétiens. La relation écrite 
de ces légendes a été conservée presque exclusivement dans des 
ouvrages manuscrits. M'appuyant sur les travaux de A. Mussafia, 
qui s'est consacré avec beaucoup de zèle à ce genre de littéra- 
ture', je citerai quelques-unes de ces légendes relatives à des 
Juifs. Elles ne forment pas des épisodes isolés, mais des 4ypcs 
généraux, c'est-à-dire que, dans le domaine si vaste de la légende 
et particulièrement dans la légende de la Vierge Marie, ces récits 
reviennent sous des formes variées : 

N** 10: L'enfant juif. Un enfant juif est converti au christianisme 

1 Studicn §u den mittelalterlichen MarienlegendeH, I. II, III ; SiUungsherichte der 
AkademU »u Wten, vol. CXIII, CXV, 1886, 1887, et CXIX, 1889. 



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UN ATLAS JUIF DES STATUES DB LA VIERGE MARIE 83 

î^î* une image miraculeuse de la Vierge Marie (ms. du Brîtish 

Muséum)». — Comment un Juif de Constantinople du nom de 

S^braan (Abraham) prêta de l'argent à un chrétien et le miracle 

^e Marie (ms. de la Bibliothèque nationale de Paris, du xiv« siècle, 

en latin, 10770, nM ) «. — Un autre manuscrit de Paris (Lat. U8bl, 

û* 13) rapporte l'histoire édifiante suivante : Un écolier chantait 

« Gaude Maria ». Un Juif le tue et cache ses membres mutilés sous 

une poutre. Tout à coup il entend retentir de nouveau dans 

i'égUse le chant de Técolier. Il court à Fendroit où il avait caché 

Je cadavre mutilé et il ne le retrouve plus. L'écolier annonce le 

miracle au curé et, à l'appui de son récit, montre les cicatrices. 

Le Juif est arrêté et finit par se convertir au christianisme '. Il 

existe un autre manuscrit de cet ouvrage à Erfurt, ainsi que deux 

manuscrits à Munich et un quatrième à Grat^. Entre autres, ces 

manuscrits contiennent la légende suivante (n® 45) : A la porte de 

Capouese dressait une statue de la Vierge. Une Juive se lève 

au riijlieu de la nuit et ante beaiam effigiem Domine feda iribiita 

dédit. Elle est saisie par deux démons et, en mourant, elle raconte 

ses tourments et en révèle la cause. Une autre Juive crache sur 

la statue de Marie et est déchirée par un loup. — Dans là Scala 

Cœli du dominicain Jean Gobius, n*» 37, un Juif donne un coup 

^'épée à la statue de la Vierge Marie portant l'enfant Jésus ; il en 

coule du sang * et le Juif jette la statue dans un puits. Les chrétiens 

la retirent de là et trouvent à la hauteur de la poitrine la plaie 

saignante, qui est encore visible de nos jours. Le Juif se convertit 

au christianisme. — Ib. n* 41 : Un chevalier assomme un Juif qui 

avait proféré des malédictions contre la Madone. Le chevalier est 

condamné à avoir les mains coupées. Il fait une invocation à la 

Vierge, le jour de l'Annonciation, et ses mains lui sont rendues. 

■~ I>ans la compilation Promptuarium exemplorum, n* 4, un 

•^"if raille un chevalier qui s'était mis à genoux devant une statue 

de la Vierge. Le chevalier le bat. Cité en justice, il invoque Marie, 

qui lui rend Tœil qui lui manquait. Devant le tribunal le Juif dé- 

c^^i^e que ce n'est pas là l'homme qui Ta frappé. En souvenir de ce 

^ï^acle, les Juifs reçoivent un soufflet à chaque anniversaire de 

^'esl là une variante du récit de Grégoire de Tours, JfiVflC, 1, 10. Mussafît cite à 
" '^jei W-lier, Der JtàdênAnabe, Halle, 1879. 

P'aprëe une collection de légendes imprimées (B. Pei, Vienne, 1731, n* 33), le 
''^Uei^ £Q question était Parchidiacre de Liège. 
A r^^* ^^' ^'^ > 18134, no 28(Bibl. nat.). C^est évidemment une variante du récit 
^^^"•^Roire de Tours {Mirac, 1, 22) «t aussi du type de • Penfant juif •. 
.^iracle souvent raconté, mais le coupable n'est généralement pas un Juif; c'est un 
. *^ BuisM dans l'histoire de la rue aux Ours, à Paris, censément arrivée en 1418; 
^^^' Fournel, Les rues du vûua Parit^ P* l'74. (Communication de M. 1. Lévi.) 



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J 



84 REVUE DES ETUDES JUIVES. 

ce jour. Le trait final, dit Mussafia, rappelle le récit rapporté dans 
le ms. Toul. III c, n* 10, Oxf. III &, n<» 1. J'ajoute encore le ms. 
Kremsmùnster n® 4T (chez Mu^safla, I, p. 946), où il est question 
d'une discussion entre Juifs et chrétiens sur la virginité de Marie 
et de la guérison d'un chrétien aveugle. 

Ce qui ressort de là, en réalité, c'est que les Juifs eurent autant 
à souffrir de la fausse accusation d avoir insulté des statues de la 
Vierge que de celle d'avoir percé des hosties. Ce crime a dû être 
imputé encore plus fréquemment aux Juifs, car les hosties étaient 
conservées dans les églises et il paraissait invraisemblable que les 
Juifs pussent s'en emparer, tandis que les statues de la Vierge 
s'élevaient sur la voie publique et il était facile d'accuser le mau • 
dit Juif d'avoir porté la main sur telle ou telle statue. Il est donc 
fort compréhensible qu'il y eût aussi des Juifs qui fixèrent leur 
attention sur le culte de la Vierge Marie. Un habile polémiste juif 
en vint aussi à parler du culte de la Vierge et, à cette occasion, il 
énumère les plus célèbres des endroits où on le pratique et les 
principales statues miraculeuses. Cet Atlas de Marie ayant un 
Juif pour auteur est unique en son genre et offre un certain in- 
térêt au point de vue de l'histoire de la civilisation. 

L'auteur s'appelle Jona Râpa * : nous savons seulement de lui 
qu'il vivait en Italie. J.-B. de Rossi « croit qu'il vivait à Vercelli, 
parce Jona Râpa parle d'un usage ecclésiastique qui n'existait qu'à 
Vercelli. La fausseté de cette hypothèse est démontrée par le fait 
que le manuscrit de David Kaufmann, que j'ai sous les yeux, porte 
au haut cette suscription très lisible, bien que le papier soit coupé 
à cet endroit et que l'encre soit pâlie : 10^^121 l^T by bisbo [idoJ 
yhrp n*>^)3 «sn rr:y> n^D V't Y-n na-^m» orrDttT, d'où il résulte que 
Jona Râpa habitait Casale. Il faut dire cependant que justement 
le nom de lieu n'est pas bien lisible dans le manuscrit. Ma leçon 
paraît néanmoins être la véritable et il ne reste qu'à examiner si 
l'indication elle-même, qui est d'une autre main que le manuscrit, 
est exacte. Jusqu'à preuve contraire, Casale doit être considéré 
comme le lieu de résidence de Jona Râpa. 

De Rossi est le seul auteur qui, à ce que je sache, se soit occupé 
d'une façon détaillée de J. Râpa. En dehors de lui je ne connais 

^ Evidemment c'est le nom d'où dériva plus tard celui de Sapapori; voir à ce 
sujet M. Brano dans ropuscule Das Centenar Rapaports^ publié comme supplément 
de la Œsterreiehisehe Wochensckri/t^ de Vienne, 1890, 21 nov., où on cite tous ceux 
qui ont porté le nom de Jiapa : on en conuaît un certain nombre qui l]ont porté en 
Italie et en Allemagne, depiis l'an 1450; cependant Hrann ne cite pas Jona Râpa, 
sans doute parce quM ne purlttit pas le surnom Âa-Coktn, 

* Bièliotkiea Jvdnira Antiehristiana^ Parme, 1800, p. 94| n« 135; d'après lui : 
opéra satirica et intamissima. 



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UN ATLAS JUIF DES STATUES DE LA VIERGE MARIE 85 

personne qui ait consacré môme une notice à cet auteur et à 
son œuvre *. De Rossi mentionne son ouvrage sous le titre de 
Haggadah (man); ce titre provient du fait que Fauteur a donné, 
avec beaucoup de malice et d'habileté, la for(ne de la Haggadah 
de l'âque à son ouvrage de polémique dirigé contre le christia- 
. nisme*. On peut s'imaginer aisément que son traité, écrit en 
un hébreu facile, en prose rimée, travestissant les phrases bi- 
bliques et talmudiques de la Haggadah , doit produire un effet 
très comique et qu'il est pénétré d*ironie véritable. Or, il a 
encore un autre titre, celui de ûïrattT D'^dtst Itst by Visbo 'tdd. Ce 
titre, comme on me Ta fait remarquer, est inspiré par le pas- 
sage talmudique MegiUa, 2 a, et a été choisi parce que 1 auteur 
parle d'une fête , de la Semaine Sainte et des Pâques chré- 
tiennes. Le titre lui même renferme donc déjà une allusion ma- 
licieuse et on le traduit imparfaitement en le rendant par a livre 
de polémique sur le temps, les époques, leurs époques ». Il faut re- 
marquer encore que IttT ne signifie pas seulement temps, mais 
époque de la fête, ou fête. — Il existe plusieurs manuscrits de 
notre ouvrage *. Le manuscrit le plus important paraît celui de 
Parme, qui est décrit par de Rossi, mais qui est introuvable *. Il 
en existe un dans la bibliothèque Bodléïenne d*Oxford «. Quant à 
moi, j'ai pu utiliser quatre manuscrits : !<> Le manuscrit Kauf- 
mann, à Budapest, d'écriture italienne, très bien conservé, 
format in-4<*, ayant vingt-six pages d'écriture serrée mais fort 
belle, datant d environ trois siècles; 2<> le manuscrit du Séminaire 
rabbinique de Breslau <* ; 3** le manuscrit du Monteflore-College de 
Londres'; 4<>la copie de M. Steinschneider de Berlin». Pour le 

* Ben Jacob, dans D''"lDOn nSCIN, n" 899, cite bien notre ouvrage, mais la note 
ÎTîan y^'^y ebt înexacie, car à' cet endroit il n'en est pas question. 

* C'est un litre satirique, parce que Touvrage traite précisément de la Semaine 
Sainte des chrélien«. Au sujet du titre n^Jin donné à des ouvrages de polémique, 
cf. le ms. cité dans uu catalogue hébreu de Husiatyn (Oalicie), 1904, n» 917 : 

' Voir Steinschneider, Letterbode^ XII, 80. 

^ M. le rabbin Donato Camerini de Parme l'y a vainement cherché pour moi. 

* Neubauer, Catal. of hebr. Mt.^ coL 766, n» 2221, 13, avec plusieurs autres mes. 

* Ziii kermaon, Katalog der [Breslauer] Seminar-BibUotkek^ Breslau, 1870, p. 12, 
»• 100 : Dn*^373T D'^3ttT 17DT bj Tir\j>T\, 29 feuilles, in-4* , écriture rabbinique ita- 
lienoe. M. S. Horowitz a bien voulu coUationner pour moi le fragment en question. 

' yoxt Jewitk Quarterly £etieio, XV, 454. Le ms., comme me Técrit M. A. Bp- 
slein, a appartenu autretois à S. Ha.berstam (voir H^ablS nbnp, p. 41, cod. 234). 
— le coilatiouneroent a été fait obligeamment par M. H. llirschfeld, de Londres, 

' Steinsc neider cite cette copie dans sa Bebr. Bibliographie, Vlil, 150. Il ren- 
voie à Serapeum, 1853, p. 297; Jewish Literature^ p. 127. Au sujet de Tépoque de 
J- Râpa, M. Steinschneiiier dit qu'en tout cas il a vécu après 1380. Or, Pépoque 
de la composition de son ouvrage peut être nettement fixée d'après un des passages : 



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8fi REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fragment publié ci-dessous traitant du culte de la Vierge Marie, 
les variantes de ces manuscrits sont tout à fait insignifiantes et ne 
valent pas la peine d'être relevées. Le morceau se trouve presque 
à la fin de Touvrage.; en voici la traduction : 

« Telle est la Vierge et telle est sa nature(?). Des extrémités de la 
terre jusqu'aux îles, son nom est grand parmi les natioas. Dans ' 
.chaque province, dans chaque nation, on lui offre des dons et de l'en- 
cens en rhonneur de ses exploits et de son sanctuaire. 

Ils s'agenouillent devaut la Madone iVAtocha, en Espagne, disant 
qu'elle détourne le charbon ei la rouille du blé ainsi que la grêle. 

Ils disent que, pour faire naître Tamour entre l'homme et la 
femme, il faut adresser des vœux à la Madoue d'Almeida, en Portugal. 

Le peuple deBourgogae s'agenouille devant la Madone de Tournon. 

Le peuple de Catalogue adpre celle de la vallée de Vich. 

La Madone du palatinat de Sandomir est adorée par tout le 
royaume de Pologne. 

Tous les Hongrois invoquent la Vierge du territoire de Strigonium. 

Dans le duché de Milan^ ils ont fait leur reine de la Madone de 
Caràtaggio, après avoir été obligés de renoncer * à celle de Vorul^ qui 
a été sanctifiée par les Piémonlais, auxquels elle est échue comme lot. 

Il en existe une autre en Piémont qui est devenue riche et dont la 
renommée a pénétré dans tous les pays; on l'honore, on la célèbre 
plus que toutes ses voisines et elle est plus grande. 

Une des plus grandes parmi les petites, c'est la }&adone d'Oropa près 
de Biella ; elle se dresse très haut, sur le sommet de la montagne. 

Bien que les trois suivantes n'aient pas le même renom que les 
premières* elles sont pourtant grandes parmi les natious, des prin- 
cesses dans les provinces : la Madone de Lagheèla dans le comté de 
Nice, à l'une des frontières; la Madone d^ M oniovi^ non à Mondovi 
même, mais dans un des faubourgs ; la troisième, celle de Mon- 
ferrât, celle qui est sur la montagne de Gerea (?) — Celle-ci a l'air très 
simple aussi bien par devant que par derrière*... elle n*est pas 
lavée, ses yeux ne sont pas fardés. — Ces statues ne sont pas posées 
sur de riches socles ; on ne brûle pas de cierges devant elles; oa ne 
leur a t)aà dressé de table ; on de leur présente pas d'encens et 
d'huile*; il ne vient pas beaucoup de pèlerins* pour les visiter, 

D*^:»!»*! mN73 ttjbTDi ti^ND nt no i:n3N no» n.><T n73 "iTai» «in hts an 
nsïJ'» mb"'2N c^-'n "«d q-*^'» ibn "«b nn-^sn c^ra iraba D'«b:??3'i r-T:t5. 

Celait doDC l'ao 1380 de l*exil ; à ce chiffre U (aut ajouter les soixante-dix ans qui 
se Bout écoulés jusqu'à la destruclioD de Jérusalem ce qui doune 1380 -}- '0 = 1450. 
Toutefois nous verrons plus loin que J. Râpa a vécu eavirou un siècle nias tard. 

^ Peut-être le sens de la phrase est-il le suivant : après que la Madone de Voral 
eut été endommagée. 

* Il y a un passage que j'omets à cause de sa virulence. 

* Le sens du passage n'est pas très clair. 

^ Le ms. KaurmaDD porte Q'^SfrtlD (d'autres mss. Q^2<3*172) caractérisé pbr deux 
traits, comme étant un mot étranger. Le passage repose sur Ëzécbiel, xxiii, 42, et les 
deux mets sont probablement à maintenir. Q^fi<31D est-il une allusion aux Souaites? 



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UN ATLAS JUIF DES STATUES DE LA VIERGE MARIE 87 

^Tûttne il en vient chez leurs congénères, les grandes entre les 
Etandes. Oa ne met pas de bracelets à leurs bras» ni de diadèmes 
Précieux sur leur tète, comme aux autres. On ne fait pas pro- 
ûoncer par elles le jugement des femmes adultères ou des meur- 
^Hères\car elles sont adultères* et du sang souille leurs mains. 
C'est leur horoscope et leur mauvaise étoile qui Tont voulu ainsi. 
Cependant il ne leur est pas défendu d'être riches, d'être des reines 
et des princesses régnant sur des cités ^ beaucoup de malheur et de 
inisére — on n'en connaît pas le nombre. 

Il est écrit au sujet de la Madone de Loretta qu'un jour, au temps 
^e fiarberousse, roi d'Alger, les nations tremblèrent et eurent peur 
que A'aïs, le général drs Sarrasins, ne vint leur faire la guerre et ils 
se réfugièrent dans les villes fortes et dans les villes ouvertes ; le 
pape donna des ordres et ils emportèrent Tor et Targent. D*après 
l'estimation de trois cardinaux, de beaucoup de princes et de nobles, 
je nombre n'en était pas Inférieur à un million et cent mille pièces 
d'argent. On peut en déduire, si la Madone possédait déjà alors tant 
déconsidération, ce qu'il doit en être de notre temps. 

^e la Madone d'Atoca et de ses trésors, il est dit que les Espagnols 
ont compté qu'elle avait un million de ducats placé dans la Gompa* 
goie des Indes* 

'^Gl est le texte de ce fragment. On voit que Jona Râpa était 
bien renseigné et qu'il nous donne du culte de la Vierge tout un 
tableau dont n'avaient pas idée les savants auteurs chrétiens qui 
écrivirent une douzaine d'ouvrages intitulés : Atlas de Marie 
pour rendre compte de la grande diffusion du culte de Marie. Nous 
allons maintenant traiter de chacune des statues de la Vierge dans 
l'ordre oii elles ont été citées par notre auteur : 

1- fcr"»pTa« est la célèbre église Nuesta Senora de Atocha à 
Madrid, fondée en 1523, détruite en 1808 par les Français, re- 
construite par Ferdinand VIL Elle doit sa sainteté â une jolie 
%ende '. Il est important <le noter que J. Râpa parle d'une statue 
de la Vierge qui ne date que de 1523. 

^ ^- Almeida en Portugal est une forteresse célèbre faisant face à 
^'^^Pagne. Au sujet de la statue de la Vierge qui s'y trouve, je n*ai 
P^ rien découvrir dans les sources que j'ai â ma disposition. Ce- 
pendant J. Râpa mérite pleine créance. 

^- *|*iama doit se lire Tournon. On serait tenté, en raison du 
^^^texte, d'adopter la leçon de la variante qui indiquerait Tar- 

^ Hapg veut sans doute dire qu'on ne s'en sert poini pour les ordalies. 

^ ^8 Temmes chrétiennes ? 
I^ubliée par H. Sch^-reT, Atlas MarianuSy Munich, 1672 (en latin, avec des cartes 
K^f^phiques et la reproduclion des slaïues de la Vierf^e en question), p. 18. Un 
ouvrage plus ancien, celui de Gumpeober^, Atlas Marianus, Munich, 1672, ne m'a 
P^ Hé accessible, D'ailleuis, M. Scherer en a lait de bons extraits. 



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88 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ragona. Mai», outre qu'au xvi* siècle et en Italie, il n'y avait pas 
lieu de transcrire ainsi ce nom, la mention de la Bourgogne s'op- 
pose à cette identification : pourquoi seraient-ce les Bourguignons 
qui adoreraient la Madone de Tarragone? Il faut donc supposer 
que l'auteur a abandonné un instant la pénin^^ule ibérique pour 
passer en France. Il y a justement en ce pays plusieurs localités 
du nom de Tournon. L'une d'elles, dans l'Ardèche, possédait au 
XVII* siècle une statue de la Vierge célèbre. Malheureusement 
Tournon, qui n'est pas loin de la Bourgogne, n'avait appartenu à 
cette province que dans le haut moyen âge. En face de ces dif- 
ficultés, pour le moment insolubles, le mieux est de s'abstenir de 
toute hypothèse. 

4. Vich est une ville de la Catalogne. Elle est le siège d'un 
évôché et a une belle cathédrale. Sa statue de la Madone ne m'est 
pas connue par d'autres documents. 

5. Le palatinatde Sandomir, Il y avait des palatinatsen Pologne 
comme en Hongrie; on désignait par là lu plus haute dignité après 
celle du Roi, tandis que notre auteur entend par le mot italien pa- 
latinaio une expression géographique, sans doute dans le sens 
du mot slave voïwodie, car Sandomir est la capitale de la voï- 
wodie de ce nom. On sait que maintenant le pays est sous la domi- 
nation russe et que le district s'appelle gouvernement'. On ne 
trouve aucune autre mention de la Madone de Sandomir, mais 
nous pouvons croire, sur l'autorité de J. Râpa, qu'elle a existé de 
son temps. Une autre statue célèbre en Pologne est celle de la . 
Vierge de la montagne de Jasnagora à Czenstochau *, qui, selon la 
légende, a été peinte par saint Luc, honneur qui est partagé par 
beaucoup de statues de Marie. 

6. Immédiatement après la Pologne, notre auteur cite la Hon- 
grie. Il savait donc bien que les deux pays étaient, en quelque 
sorte, réunis en un seul ; à l'époque des Jagellons, où vivait notre 
auteur, l'unité politique existait aussi entre ces deux contrées. En 
Hongrie, il cite la ville qui depuis l'introduction du christianisme 
jusqu'à nos jours est sous le rapport ecclésiastique la capitale de 
la Hongrie et où le primat de Hongrie a sa résidence : la ville 

* La ville est située dans le gouvernement de Radom. Ritter, Geofraphisek-sta- 
tUtitchet Leœieon^ 1895, j place une CoDgrégatioo. La ville a donc, en tout cas, un 
grand couvent. 

* C'est une Madone noire^ comme il en existe encore seulement uqe à Âlt-Œlling. 
Celte Madone est décrue chez Scherer, p. 116 et s. Un ouvrage splendidement 
imprime en langue hongroise et en Irançais (A. Njari, Le Couvent des ermites de 
Saint- Paul à Ctenstochova et ses monuments d'art hongrois^ Budapest, 19U1) nous 
renseigne très exaclemeut sur le lieu de pèlerinage de Cz(>n&lochnu. On sait qu'en 
1902 il y eui à Czenstochau des troubles auli-juils. 



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UN ATLAS JUIF DES STATUES DE LA VIERGE MARIE 89 

à'Esziergom, en latin du moyen âge Sirigonium, Striponia, en 
5/iemand Gran. Le mot hébreu ■^nsnj^, dont notre auteur se sert, 
correspond plutôt au latin Hungarus qu'à l'italien Ungherese, 
Quant à la statue en question, il ne la place pas à Esztergom 
roéme, mais dans la région de cette ville, ce qui rend difficile 
i'i'Jentification de la statue «tout il veut parler. Le fait qu'il y eut à 
Esztergom un culte de la Vierge peut être confirmé par cet indice 
que la grandiose basilique de cette ville est encore aujourd'hui 
dédiée à la Vierge Marie et à saint Adalbert. Il y avait une cha- 
pelle de Marie à Esztergom depuis Tan 1396; en 1512, le cardinal 
Batâ es, archevêque d'Esztergom, fit bâtir la célèbre chapelle de 
la Vierge qui porte son nom et qui depuis est devenue un lieu de 
pèlerinage très fréquenté*. Notre auteur peut avoir très bien 
-voulu parler de cette chapelle. Mais si on interprète dans leur 
setts strict ses paroles « dans le territoire de Strigonia », on peut 
penser à une des nombreuses statues de la Vierge des environs 
d'Esztergom, par exemple à la statue miraculeuse appelée rosa 
^ystica, qui était auparavant à Pecsenyéd (comitat de Sopron) et 
qui depuis 1697 est conservée dans la cathédrale de Saint Etienne 
à Vienne; ou bien on peut songer à la statue du lac de Fertô, qui 
est connue depuis Tan 1233 et qui a été restaurée en 1661; enfin, à 
celle de Marienthal, près Pre>bourg, qui est connue depuis l'an 
1330. D'ailleurs, il est évident qu'en Hongrie, le R^gnum Maria- 
^i^n^ les statues de la Vierge Marie n'ont pas manqué. 

'^- Caravaugio, dans la principauté (moDiT) de Milan ^ Le 
culte de la Madone de Caravaggio commença précisément au 
ïvi® siècle ^, c'est-à-dire à l'époque de notre auteur. 

^- La Madone de Caravaggio commença à être en vogue, 
lorsque celle de Voral fut ou endommagée ou rendue inaccessible 
pour xine^ raison quelconque aux habitants du Milanais. L'auteur 
i3|t allusion à un événement contemporain qui fut cause que les 
Milanais ne pouvaient plus se rendre en pèlerinage à Voral. Cela 
montre que Jona Râpa utilise dans sa polémique les événements 
les piyg récents. Ce Voral pourrait être la province actuelle du 
Vorarlberg en Autriche*, qui est voisine du Piémont et qui était 

^hez Scherer, p. 109. Il existe aussi ud âUrs de Marie en taogue hongroise 
^1 P^sé par le prince- primat de Hongrie P. Esteras (paru en 1690), dans lequel la 
" part des statues de ia Madone citées par J. Râpa sont citées. Au sujet à^Esz- 
Pi»?****' ^°*' encore Jordanszky, Onadenèilder. . . im Kœnigreich Ungam^ 2' édit. 
*^^^h, -|g63, p. 17. 

^lilan était alors un duché ; depuis 1450 les Sforza y régnaient. 
çy^ ^trckenUwieon de Welzer-Welte, 2» édit., Fnbourg-en-Br., 1893, VllI, 856. 
'•^"ajçi^io est aussi cité par Esteras, p. 47; Milan chez Scherer, p. 37. 
^'oir /)i> Œsterreich'ungarische Monarchie in Wort und Biid : Vorarlberg. 



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90 REVUli: DES ETUDES JUIVES 

bien connue de notre auteur. Autrefois le Vorarlberg avait, d'ail- 
leurs, un caractère plus italien qu'aujourd'hui. Je ne puis déter- 
miner de quelle Madone Tauteur a voulu parler, car dans le Vo- 
rarlberg, comme dans tout le Tyrol, il y a beaucoup de statues 
miraculeuses de la Vierge *. 

9. « Maintenant les Piémontais ont voué un culte à cette Ma- 
done (celle dû Voraï), qui leur est échue comme lot. » C'est encore 
une allusion à un fait local particulier dont je ne trouve pas 
d*autre mention. Peut-être veut-il parler de la Madona delta con- 
solata de Turin. 

10. < Il en existe encore une en Piémont. » L'auteur la décrit 
comme étant très importante et célèbre. Elle paraît être celle qui 
est désignée comme la Madone à'Oropa. Oropa est, en effet, voi- 
sine de la ville de Biella, située dans la Haute-Italie, comme l'au- 
teur rindique (nV«"«3V ïim-ipi). Cette Madone d'Oropa est aussi 
dépeinte comme une statue célèbre dans le répertoire catholique 
que j'ai consulté*. 

11. La Madone de Laghette ^ dans le comté de Nice. Le comté 
de Nice appartenait depuis 1362 à la Savoie, c'est-à-dire à 
la patrie de l'auteur. Depuis 1859, Nice et ses environs appar- 
tiennent à la France. Outre le Nice français, qui est souvent nommé 
dans la littérature juive du moyen âge, on cite aussi dans la litté- 
rature juive la ville italienne de Nizza délia Paglia^. Toutefois 
J. Râpa n'entend parler que de la ville de Nice en France. 

12. La Madone de Mondovi*, dans l'ancien royaume de Sar-- 
daigne, non loin de Nice. — L'auteur dit qu'elle n'était pas â 
Mondovi même, mais dans un des faubourgs ou dans les envi- 
rons. L'endroit doit être peu important et il est difficile pour un 
étranger de déterminer de quelle Madone l'auteur a voulu parler. 
Un Juif de Marseille a copié à Mondovi un ouvrage de médecine 
en H'à4 et un autre ouvrage en 1436 ^ ; il y avait donc, à l'époque 
de notre auteur, des Juifs à Mondovi. 



*■ Voir la carte de Marie chez Scberer, ibidem^ p. 79 et p. On y trouve, entre 
autres, la atatue de la Madone près de Trente (Tridentum), dont il existait une légende 
disant qu'un Juif lui avait fait cinq blessures avec un poignard; les miracles qui 
eurent lieu à la suite de cet événemeui doonëreni à cette Madone une très grande 
vogue. 

* KirtkinUmieon de Weizer-Welle, ihid, 

* Une localité située sur la Kiviera de TOuest, dans le voisinage de Monaco. Je 
dois cette identification à M. Margolies de Flurence. 

* Gross, Qallia judaiea, Paris, 1897, p. 394. 

' Dans le manuscrit Kaufmann, le premier passage porte '^*)131%;, l6 second a le 
nom plus exact de ^111*13123. 
« Qrosg, ibid., p. 383. Ici le mot est orthographié •îfi<''1N*7aitt et IN'^aK'TSITa* 



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UN ATLAS JUIF DES STATUES DE LA VIERGE MARIE 91 

13. La troisième Madone du Piémont est celle de Monferrat \ 
%iée sur la montagne n«*^-\p. Quoique le nom de la montagne 
^oit vocalisé, je ne puis pourtant identifier celle-ci. Ce n*est que 
dans une vieille édition du Lexique statistique et géographique 
de Ritter, de Tannée 1855, que je trouve le nom de Créay qui pa- 
rait être une montagne proche de Moncalvo, ville située au nord 
d'Alexandrie. 

14. Loreto ou Loretto, célèbre lieu de pèlerinage dans le voi- 
s/nage d'Ancône. qui prétend posséder la Casa sania. L*endroit 
est célèbre depuis 1295. L*église a comtnencé à être construite en 
1464 ; la construction en fut terminée en 1513. C'était, par suite, 
un des faits les plus récents que notre auteur ait pu connaître. 
Cette église l'intéressait, d'ailleurs, aussi au point de vue du 
judaïsme, car elle a de nombreuses statues des prophètes. On y 
trouve les statues des prophètes Ezéchiel, Jérémie, Malachie et 
de David. Son trésor est célèbre». Ce que notre auteur raconte 
de ses richesses fabuleuses doit être généralement fondé sur la 
réalité. L'auteur parle aussi de l'importance du trésor à'Atocha. 
Le fait que Téglise à'Aiocha avait déposé un capital d'un mil- 
lion à la Compagnie des Indes oflTre un certain intérêt historique. 
Quanta l'épisode que notre auteur rapporte au sujet de Lorette, 
savoir qu'il avait fallu mettre les richesses de la Madone de Lo- 
reUe à l'abri des déprédations des pirates barbaresques, le nom de 
Barberousse* et celui de son chef d'armée Kaïs *, prouvent qu'il 
est entièrement historique; maïs les sources que j'ai pu consulter 
ne m^nt pas permis de contrôler le fait. H y a deux invasions 
de pirates auxquelles on peut croire que l'auteur a voulu faire 
allusion : en 1539, Chaireddin Barberousse surprit la forteresse 
<ie Castelnuovo près Raguse ; en 1543, il s'empara même de Nice 
en Provence*. Lors d'une de ces incursions, le monde catholique 
^Pi'ouva, dit-on, une terreur telle que le pape dut ordonner qu'on 
™lt les trésors de Lorette en lieu sûr. 

1«Q nom complet est Casale-Monferrato. Si notre hypothèse exposée ci-dessus 

****X«cie, il 8«git ici du lieu de résidence de J. Rspa. Notre auteur pourrait donc 

yp"* cooQu de visu le culte rendu à la Madone. La Madone de ce lieu s^appelle Bt^tt 

'*^Jo de An^elit (Scherer, ibid., p. 32). 

^ Voir Realêneyclopàdie f&r prot. Théologie^ 3» éd., XI. 647. — Un autre ouvrage 

^toique. celui de Josué S'-gre (cf. mon article «lans H«br. B'bliogr.^ Vlll. 20) lait 

d« «-elle Uddoue la mention suivante : S'^ TVÛ^ na:^ir.a [m731«n] IDÎ*» «bl 

l'an">b(ais. du Mooteûore-Co lege, c. 19, p. 30 A). 

' Des deux frères HorUck et Chaireddin, qui portèrent le nom de Barberousse, 
l^tutetir teut désigner sQreoient le plus célèbre, Ctiaireddin, qui en 1520 tut nommé 
pacha d'Alger par le sultan Séiim. 

^ Plusieurs princes arabes portèrent ce nom de Kaïs. Je ne saurais dire duquel 
rtaieurveut parler ici. 
* D'Herbelot, BMothiçue orientale, Paris, 1697, t. v. Geuiir. 



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92 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



La mention de Chaireddin Barberousse nous permet de déter- 
miner sûrement l'époque de Jona Râpa : il en résulte que cet au- 
teur a dû écrire son ouvrage vers 1550». Un fait qui concorde 
avec cette opinion, c'est que d'autres événements dont il a parlé 
doivent aussi se placer à peu près à cette époque, comme, par 
exemple, la fondation de l'église d'Atocha et d'Esztergom en 
Hongrie. Un autre événement qui eut lieu à l'époque de lauteur 
fut le début du culte de la Madone de Caravaggio, après que la 
Madone de Voral eut perdu sa vogue *. 

Notre petit Atlas juif du culte de la Vierge Marie nous per- 
met non seulement de déterminer l'époque d'un auteur juif qui 
avait été négligé jusqu'à présent sans^raotif, mais il offre encore 
quelque intérêt au point de vue de l'histoire de la civilisation. 
Qu'il nous soit permis aussi de dire à ce propos qu'on devrait ces- 
ser de mettre sous verrou dans les bibliothèques les ouvrages 
juifs de polémique, car souvent on pourrait en tirer des rensei- 
gnements précieux. 



Budapest. 



S. Krauss. 



&o bj -mpi73 'caitt nriKT iirbi nm72i nn): br^m t3"«iaD 
n-iDoa N"''»pnaN ® t-i^D^b ■nnrns'» yn» t3"''»DK ,n'c^'pi2 taio b^i tn'^iDyi2 
c^K V=^ narîKbi ,na'i ppT«i iicnD •nnariy [«^'']n "^d tsnaNa 
.bKai:a-noa ncN ** s^T'TabN ncN *^n ninDb b:no7D c^in;» tijz» nn^D'^Nb 

"laraKbKcno n©«b »* D:innï572 /*K'^'»:ibNa«pa n^:» û^n "p*»"! p^ayao 
rrisNn b» d5d -«-laDiNn »*pnn73i ," N-^-^sibion mDbrTa bD *« •n'^72n:Non 

mu5"'npn nnri "b^n^-na^a r-rniN mon 'niDK nn» v^ricviKiRpa 



1 L'auteur vivait donc à l'époque de la Réforme et peut-être fut-ce l'apparition du 
protestantisme qui le rendit si agressif à l'égard du culte de la Madone. 

* La date de 1450, que nous avons trouvée plus haut, a peut-ôtre été empruntée 
par Jona Râpa à un ouvrage plus aDcieu. 



» M r^n, B nn: 

* M nsDH. 

• MSiB. 

* Si M2TD. 
•' O M. 

• St DCb. 

» M B St nnarirn. 



" B KT»73bNa rr::Nn. 
»» B St iia-naa. 

»« MBSi ip-^l. 

»» M n-''»3ibçNpa©. 
>* B s^ D*^na;D73. 
" B i::KraNbD3TD, St 
ia«3'»abKD2©. 



" M iT'piiïpn, B 'o-n. 
»7 M nN"'"'2ib'iEn, B fcm. 
»« M St D"'3:nr73n. 
" M nK'«'»:"ian:30, St 

w B St moiDia. 
»i MBSibK-nia^. 



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UN ATLAS JUIF DES STATUES DE LA VIERGE MAIIIE 93 

^^33on bD73 mnT:)'»! ?-tti2D^t mr-iTan bD3 ^b''^ nr^o^sn S-^n 

^^ nbst Db;D DN1 .«b-^rbi t^b-'^^b '^r.rt iiJN-ia naoT^ «^■»m * rïb'»K'»3b 

•'^^'•fitn mr-i?33 ^r-n-i;D û-'iaa •t-iim msncNnD »ao ûnb isp 

"^"îrTjDiTsi ï-r;::Nnn " m-i'«i:73?3 nn^sa r*^i:"'3 ■»! »m::D-ipa no» »:a-5Nba 

^'^;3"»bcrîi rT"»nDD in rr^'ij-iaTOTo '«n r<bN C7373 •''^Tn;i73i r<b 

'^'^-'^ naiïjs ?isbn rrç-«"«-ip nnn bjtj nm» t^^-^n ^Mu-i-^DS^Tano 

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J'"^*!'»^ «nri •jrpr:' ibnDi n3:m «boT p-'bnna -«m i;3^i in"»")-:) 12^73 

<"*^ccpi "irpssb Ti-iJ lnb;3T tmpbn mnDi rmas ?ia?3 by -ac xboT 

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^TV^ DrDC *• naamba rio^n by sidd >^3:73"»t ^m-noo in"» r<b -d 

t-xba D"»b»3?7:;3'»n73 ^•o"'»p >^2i: *ia -i-^ab» "]b72 t^^onn >^3-i«3 ■»73"«3 

abD a"»n-.ia rn-^ a-^bm S'»i3^i-i w^^yr, bs itt aixriD in-'b:? Tr^y^ 

!3"»bai arîTi r|OD û;a73 iw^isim -n'»D'^DNn ï-nsri û"«ba3T "13:3a nyb 

10:^1 ï-TwHTD a-'Dibxi B'»3"i a*»-!©-! a-'aTG^H nobD -"d;^ an-«-npD ribNi 

naa nrDiTsnp a'^soa nTDi "V'pi a-'ob» qb^TD nnx bD tioa >^i3n 

nî3^? bji ,r!7:si n7aD nn» bs^ nin pT3 n73pi n73-n baiD nssiD 

mnian '»t»3 nb id^id inao a-^n-iaon n^-nn2:^N by^ i-it:» t^^-t-'p-i::» 

» B Si '»0'':33173'^''Dïn. ' M "«n-lO. »» Si ; K B a"''-3N10. 

« B st 'D3 ©••. « M :3nxbn. «* K B n"n. 

* M NDi-n». » B Si 'n«a3ip3. ** b Si ia'»"nb3. 
^MnbwN|"«3b,stnbiN^ab. «• B St n"»-i''xn73. *« K a"«r!? BD"«n a^p. 

» M pb BIS. *» M B ••311317D. ' «^ = 'imm bpi. 

• M ipan. " B St icaKn-^saiTssia. 

I Ms. EaufmaoD (= K) ; Montefiore- Collège (= M); BresUu (^ B); SteiDScboeider 

I (=Si). 






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ÉLÉGIE FDN POÈTE JUDÉO-PERSAN 

CONTEMPORAIN DE LA PERSÉCDTION DE SCHAH ABBAS II 



Grâce à la narration poétique de Babaï, publiée par M. Selig- 

sohn *, nous connaissons les circonstances dans lesquelles, sous le 

îjil^ ' règne de Schah Abbas II (1641-1666). l^s Juifs dlspahan furent 

contraints de devenir infidèles à leur ft)i et de professer Tisla- 

misme. 

La poésie dont nous publions ici le texte et la traduction 
jette quelques lumières sur l'état d'âme des Juifs persans forcés 
d'apostasier. Elle se trouve dans un recueil de manuscrits faisant 
partie de la précieuse collection Elkan N. Adler (il porte le 
n®341, et n'a pas encore été mentionné au nombre des manus- 
crits décrits par le possesseur lui-même), et qu'il a achetés à Té- 
héran et à Bokhara. Notre poésie figure deux fois dans le ma- 
nuscrit : p. 153&-154Ô, et (d'une autre main) p. 163a-]64a, la 
première fois sans titre, la seconde fois sous ce titre : 'ts 03n« 
iîc'pm. On voit par les strophes 38 et 39 que Fauteur s'appelait en 
effet Hizkia. Le titre lui attribue la qualité de « MoUa o ('» = 
NbTO) et répithète D31«, ce qui ne peut évidemment être autre 
chose que 0^3», le mot qui désigne aussi les Marranes espagnols. 
Dans la deuxième copie manquent les dix dernières strophes, 
ainsi que les strophes 18 et 19. Que cette élégie ait pour auteur 
im membre de la communauté d'Ispahan contrainte d'embrasser 
l'islamisme sous Abbas II, c'est ce que je conclus de la strophe 33, 
où il est brièvement raconté de quelle façon les Juifs, au nom 
desquels le poète se lamente, devinrent des Mahométans : « Ils 
nous ont chassés de la ville » ; c'est littéralement ce qui est rap- 
porté dans le poème de Babaï [Herne, XLIV, 244 et suiv.), sur la 
manière perfide dont les Juifs d'Ispahan furent convertis. « Ils 
nous ont recueillis avec violence » est également un résumé de 

* Revue des Études juives, t. XLIV, 244-259. 



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ÉLÉGIR D'UN POÈTE JUDÉO-PERSAN W 

ce que Babaï raconte sur les circonstances dans lesquelles on 
contraignit les Juifs dlspahan expulsés à se soumettre au vizir 
tyrannique. 

Mais si même Télégie de Molla Hizkiya ne se rapporte pas 
aux Juifs d'Ispahan contraints d'apostasier, elle nous ouvre un 
jour particulièrement saisissant sur le lamentable état d'âme dans 
lequel se trouvaient les Juifs persans, comme ceux d'Ispahan, 
qu'atteignait une semblable destinée. Le poète Hizkia, que la 
persécution religieuse devait frapper deux fois en sa qualité d'an- 
cien Molla, c'est-à-dire de docteur de la loi, n'épancha pas seule- 
ment sa propre douleur, mais encore celle de ses compagnons 
d'infortune dans son poème sans prétention, mais si impression- 
nant malgré sa monotonie. 

Les quarante strophes de ce poème ont toutes, contrairement 
aux règles, le môme mot comme rime finale, et ce mot sert au 
poète à désigner l'état religieux intolérable dans lequel il se 
trouve ainsi que ses compagnons d'infortune. C'est le mot "jn 
'^'mi^^ (din pareschdni) « perturbation de la foi », qui caracté- 
rise très nettement le conflit entre la religion imposée par la con- 
trainte et celle qui est toujours fidèlement conservée dans les 
cœurs. Au surplus, il prononçait et écrivait ce mot, conformé- 
ment à la particularité bien connue du judéo-persan, avec la syl- 
labe finale « uni », au lieu de « ânl ». A la place de X^^ {(Un), il em- 
ploie quelquefois l'autre mot qui signifie religion : nà [schar'). 
Dans les dernières strophes le mot faisant rime est souvent rem- 
placé par le mot •>3»7Dbo^ {mxisulmâm\ ou plutôt, d'après la pro- 
nonciation que nous venons de signaler : '»3n7DbDT3 [mxisulmûni)^ 
qui signifie : islamisme, raahométanisme, et avec lequel rime, dans 
dans la dernière strophe, le nom du judaïsme (^3émrr). 

Le rythme des strophes , dans lesquelles les trois premiers 
hémistiches riment entre eux, est fort simple : sept syllabes à 
chaque hémistiche, sans mètre particulier. 

Quant au contenu de cette élégie, elle n'a à proprement parler 
qu'un sujet, qui est exprimé dès la première strophe : Tintolé* 
rable pression exercée sur les âmes par la persécution religieuse, 
et le désir ardent et impatient d'en être délivré. Mais le poète ne 
s'est pas entièrement défait des formes traditionnelles de la poé- 
tique persane : il entre en matière par une invocation à Dieu 
(strophes 1-3) et termine par l'indication de son nom (str. 38- 
39), mais il ajoute, à la fin de son poème, une strophe (40) qui sort 
de ce cadre et où il résume à nouveau le thème principal. L'in- 
'vocation est suivie de celle au Prophète (str. 4-6), à la manière 
musulmane, mais c'est le prophète Moïse, dont les héros de 



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T^ 



96 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rélégie se déclarent la nation. Les plaintes sur la persécution re- 
ligieuse, déjà sensibles dans les strophes d'introduction, éclatent 
violemment à partir de la strophe 7. C'est aussi bien la perte des 
bienfaits de la foi, dont les « nouveaux croyants », ainsi qu'on 
appelait aussi en Perse ceux qui étaient contraints d'abjurer le 
judaïsme, devaient se passer, que le désespoir provoqué par la 
lamentable situation où se trouvaient ces malheureux , qui 
trouve son expression dans cette élégie. Ils n'ont plus la Tora , 
le Sabbat, les fêtes, la paix (désignée par son nom hébreu), ni 
école, ni maître, ni Jour de l'An, ni le Jour du Pardon, ni chef, 
ni guide ; ils sentent qu'ils sont de véritables mécréants. Il faut 
encoi'e qu'ils entendent leurs nouveaux coreligionnaires leur 
reprocher qu'ils n'apprendront jamais la foi musulmane (str. 12). 
Ils sont devenus semblables aux Guèbres si méprisés ' ; en pre- 
nant le nom de Musulmans, ils ont perdu le fondemejit en même 
temps q\ie le caract-re de leur propre foi (str. 16). Comme ils 
sont Mahométans extérieurement, mais Juifs au fond du cœur, 
ils trafiquent de la religion (str. 21), et ils trouvent mauvais 
d'avoir acheté la vie au prix de la contrainte religieuse (str. n). 
Il est grand temps que Dieu les délivre de cette situation (str. 25); 
ils songent eux-mêmes aux moyens suprêmes et désespérés pour 
s'en afff anchir (str. 26). Leur condition extérieure est bien lamen- 
table (str. 27). Mais ils ont un souhait, c'est d'être libérés de cette 
foi qui leur a été imposée et aux formes de laquelle ils sont obli- 
gés de s'accommoder. 1 e poète traduit par différentes images le 
mépris de soi-même qui le couvre, lui et ses compagnons de mal- 
heur (str. 15, 18, 22, 28, 31). 11 se plaint de ce que leur ancienne 
fidélité au judaïsme, qui avait donné de si belles fleurs, a été ré- 
compensée par la violence dont les Mahométans ont usé envers 
eux (str. Ii2). Jetant un rapide coup d'œil en arrière, le poète dé- 
crit de quelle manière ils ont été contraints d'apostasier et de 
livrer la Tora, l'âme de leur cœur (str. 33-34). Ils éprouvent 
dt^jà la dépravation intellectuelle que leur a causée la contrainte 
religieuse (str. 35). Quand ils considèrent le chapelet (tasbih), dont 
le Musulman en prière égrène entre ses doigts les perles de verre, 
ils ne peuvent s'empêcher de songer tristement aux pierres pré- 
cieuses qu'ils ont rejetées en échange (str. 36). Et le poème se 
termine par cette parole qui est, pour ceux-là mômes qui en 
sont l'objet, d'une ironie perçante et presque tragi-comique : 
après la perte de notre religion, nous sommes aussi hideux qu'un 
âne à qui on aurait dérobé la queue. 

» Voir i?*rtttf,XLlV, 251. 



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ÉLÊGIb: D'UN POÈTE JUDÉO-PERSAN 97 

ûans les strophes finales, dont nous avons déjà dit un mot, le 
ïoète déplore sa propre destinée dans une invocation à Dieu et 
^^ûs une antithèse épigrammatique qui oppose les deux reli- 
&ons, rislam, qui jette du venin, et le Judaïsme, qui donne un 
^iïi délicieux. — Nous nous plaisons à imaginer qu'il fut donné à 
^8 Marranes du xvii° siècle et à leur poète Hizkia, que nous 
^^ons ainsi appris à connaître, de revenir à leur ancienne foi. 



#*# 



En reproduisant le texte de cetfe élégie, j'ai indiqué en note les 
pariantes tantôt de Tune, tantôt de Tautre copie, en même 
^'Ps que Torthographe ordinaire des mots qui ont dans le 
r n*^^ une orthographe différente, conséquence d'une prononcia- 
itxv différente. Seule la prononciation « uni » pour « âni » à la 
^^ %t même ailleurs — prononciation dont j'ai déjà parlé — 
\1^ \)as été indiauée dans les notes. Enfin, la langue de notre 
poème offre en; re quelques particularités de moindre impor- 
tance. 

W. Bâcher. 

Budapest, Téviier 1904. 



[t^^pm '» 031»] 






i^n ^■» "^Nin i^% •>!iVn 
*Nms psa isi7a noa 






p-«b pstt m i"^ na 









* ^310^"^D = ^3ôW5^1D. Celle derDière maDière d'écrire ce mol se reDconlre par- 
|<>|^ dans Pane ou l'duire copie. J'ai mis parloul le ioaio pour établir uue certaine 
Qûiforoiiié. Le mol forme ud composé avec Y^^ 

T. XLVill, M« OB 7 



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d8 



ilEVÛE 1)ES ETUDES JUlVËâ 



■^siTO*»-^.© x^ T^ [TN] 






•>21lD'»nD i-»T v^ lt»] 
. ■»5TO'nD \>i Y» [m 



6. 












en»» mi na ?inoa'»'»D 



to-^Tû^n nm »«ïi3«n"»a 



9. 



10. 



d-n-»^ •» 1 • Ma73« •'a 

d•»î^^«3 ^ai «• dib« «^a 
d'»n«a N<3 ns «* N<ra 

d'»'»»bi7Dn and» "^a 



• = «a'»D ou ^d-^D (tj-jç, a'^D, envojé). 

• Var. n»l», lis. n»1K. 

• = na3«3, Sibbat. 

» = -jNnb. 

** C'est le mot hébreu. 

1* = rr3«"T»n. 
" = n^b-^i. 

*' Dans les deux mss. : «». 

*♦ Tnim» "nil*T> conveniens, digous, aplus (Vullere, I, 

«5 Var. d'^NKbT. 

*• C'est l'hébrean^TDi (par erreur ")731>, comme plus haut 03«ïK = 013«). 

" Var. l-^i ^«^N. A la strophe 9 le second mf. t n»» à la place de ^^T Clfc^XD 



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ÉLÉGIE DTN POÈTE JUDÉO-PERSAN 



93 






■ ^2ittbo7a non T« 















12. 



13. 



14. 



15. 



16, 



17. 



18. 



ta-^^-^T "•ai «aïTr^a "«a 



d"'Ti-ni5'» îiTin -^a 



ta'»n«noien *ïtt)nn73 •'a 



d'»naa lix ïi)3îi l*»! ■»a 



•d'»'»in'»ai awn "^a 



d"'*ifir:a -«aT i««-3 -«a 
ta'>'i«n5 'Tô no na 



ta'»DNj "^ai bi "^a 



d'>i25ia "^an rrm -«a 
Ca'»«5i3 «^ai ^û-^a e^a 



■ = arrin. 

• Dsat les deux mss. : bcp^a* 
» Var. nVH^ 

• Ver. "«anabdtt l'^n T«. 

• Ver. '»3nTDnD. 

• v«r.[d''n'»rai. 

^ Var. ^littn. 

• Ver. D'»3^ia'»a. 

• Ver. d-'yn». 

" Var. yn V« W' 
«» Var. 173-I3. 

»* Var. d'»Dna"»'»n rri îinD'»3 T3- 

*» Var. n«U); Toir p. 98, note 17. 



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100 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



■»3i73bo73 D'haïs lii N<» 
• "^STû-^-iD non T« 









19. 



20. 



21. 



22. 



23. 



2<. 



25. 



26. 



to^3N? "^a « abwp f^iit) 



D?iwm î-rnoa in 
ûma -^an "rrmn •'a 

•>-i«aj M3 nn nxb.x 
•>nx ^TT'a rrs nonpn 

ûnxia« *^ Nia s^^n ^ni 



« Mp. d'»3fin'»a. 

» Var. »-in«T. C'est Tarabe NnSinà. 

• = Û-^^N^. 

• Var. D'^0*15'^7D» Ce verbe, qui signiGe « daascr >», parait ôlre employé ici dans 
le sens de : mootrer quelque chose par sa coaduile extérieure. 

« Var. tin. 

• Var. ElbNp. 

^ = Û''5ND'>T2t. 

• = û'^asa-^-ia. 

• Var. «^Snabo». 

*• = bwn. 

ii Mot hébreu. 

" Var. nN«. 

*• Var. D^T10^?3T û^TNO^?^' La réunion de ces deux verbes (proprement : brdler 
et faire), formant une expressim qui est une espèce de jeu de mots, n*est pas men- 
tionnée par VuUers. 

" Var. nssa, 1. MMiSa. 

»» Var. n«TD. 



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ÉLÉGIE D'UN POÈTE JUDÉO-PERSAN 



101 






'''317ab07: TOT t« 



û-^n» »N<c3 riDiDO B^n 
" na-^-^p û-^sis û«b5« 

■♦3"l73b073 i^^T la 



27. 



28. 



29. 



30. 



31. 



32. 



33. 



»o'»np m nttîi pbn B^n 
^D-^iba -«a nbm pi 






nains -iNm »» nin^ ^n 
"napin iDiss i»? bn 






pis " 1»-i'»a N<73 nnu5 tn 



1 C'est Taribe V'I]^, «es aUcDum. 

* Vtr. D'^T^nb. T^^ est Ptrabe V^^i peuUôtre dans le sens que Johnson exprime 
par celle périphrase : running wiih cxleuded neik (courir le cou allongé), ce qui 
t'applique très bien au chien de chasse. 

* Var. •iKï). 

*5na=aba. 

• a-»b-j. 

• Var. 'jn:ib.' 

' = «âa. 

'•.V«r.-|x 

I» = arabe ÎTOTlb. 

" = arabe ra-JJ. 

" = arabe naan. 
" = Kâa. 

" m:^ = arabe y^y, 

" Probablement la mdme chose que !lî?it = ÎTl^Ç. 



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102 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 
34. 






p^n« n®a5 t<W] fix D^ 









35. 



36. 



37. 



38. 



39. 



40. 



Dn 



n«3 -13 t^n îijûrr to-^nw^ 
•»nNTn n^-'-iD *ï«"»nè 

pbûiTD d-^^itt) l»nN3 
» pïi nn non n:5 û'»nDi:i 



ta'»n5«'7D'^« non na 



taia B^-i 11D i^^n to^nns 
*DYi -«a nD »n3 ts\T£T 



•>3»5»? [m] isi-i dD»? 
• •11®-» msbp î-r-^pm 

û73»3 t^-^ptn msa 






Traduction. 

{\)0 noire Dieu, tu es unique, iocomparable et iaiinilable; mets 
sur notre lèle une fin à celte perturbation de la foi. (%)0 Dieu, lu 
nourriâ toutes choses; tu es le créateur des créatures, ne laisse pas 
se prolonger constamment sur nous cette pertucbation de la foi! 
(3) Dieu, tu es le Trè£-Miséricordieux, tu commandes aux sphères 

« = pn. 

* Peut-être à dessein pour Ifi^^Tlp, « Coran ». 

» = ni {-= ini). 

•♦Ms. ÛN^. 

» Ms. -mœ-^Ts. 

* Arabe DMS^, idole. 



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ÉLÉGIE D*UN POÈTE JUDÉO-PERSAN 103 

^Wes, donne- nous la guérison de la perturbation de lafoilO 
^ousa*, lu es son envoyé, ta poussière vaut mieux que du feu; 
ohltire-nous de cette perturbation de la foi. (5) Tous, nous nous 
consumons dans l'attente de la bienveillance du frère de Haroun*; 
oh!iire-nous de cette perturbation de la foi. ^6). .....•, *, 

nous sommes la nation de Mousa; nous sommes insensés et fous 
à cause de cette perturbatioa de la foi. (7) Nous sommes sans gloire 
et sans Tora , nous sommes privés de fêtes ; nous sommes sans 
cesse ÊODsternés sur nous-mêmes à cause de cette perturbation de 
là foi. (8) Nous sommes sans sabbat et sans jours de fêtes^ nous 
/IrémissoDS comme le saule ; nous avons subi beaucoup d'oppressions 
à cause de celte perturbation de la foi. (9) Nous sommes sans paix 
et sans nom;* nous sommes dévastés et dans des pièges; malheur, 
car nous sommes sans protection contre la perturbation de la foi I 
(10) Nous sommes sans école et sans MoUa, nous ne sommes pas 
dignes de Dieu ; nous sommes entièrement des mécréants à cause 
de cette perturbation de la foi. (41; Nous sommes sans doctrine et 
sans croyance, nous sommes en disgrâce et égoïstes; on dit que nous 
sommes de nouveaux croyants dans la perturbation de là foi. 
«2) Nous sommes sans jour de jeûne* et sans Jour de TAn, jour et 
ûuit nous nous répandons en lamentations ; on dit que nous n'ap- 
prenons pas cette foi de Musulmans. (13) Nous sommes sans guide et 
sang naaiire, sans dignité et sans direction; nous sommes tous des 
mécréants sans joie à cause de la perturbation de la foi. (U) Nous 
8oiQaie& sans religion comme les païens; nous sommes sans force 
*^ «ans patience, nous nous répandons en plaintes, semblables 
aux nuages, à cause de la violence du Musulmanisme. (15) Nous 
iomcnes sans protection et sans pudeur, nous sommes comme une 
ïose Sans parfum; nous pleurons sans cesse à cause de la pertur- 
baiiou cle la. foi. (16) Nous sommes sans signe et sans fondement, 
tout vaiDS comme le vent; nous nous sommes mis sur la tôle 1q 
ûoia du Musulmanisme. (47) Nous sommes sans cœur pt sans âme, 
ûous Sommes privés de la loi • ; il n'est pas bon que nous Foyons en 
^^^ à cause de la perturbation de la vie*. (18) Nous sommes sans 
®^^ et sans oreille^ en futilité nous sommes des lièvres; nous 
avons des aiguillons et pas de miel à cause de la perturbation de la 
toi. ^^9^ Nous sommes sans guide et sans loi» nous sommes tous dé- 
pouillés de la foi, d*un cœur blessé et d'un esprit saignant à cause 
^^ la perturbation de la fol. (20) Quoique nous soyons extérieure- 
ment Musulmans, dans notre cœur nous sommes Juifs; certaine- 
ment, nous ne ressemblons aucunement aux Musulmans. (21) Nous 

* Moïse. 

' D'Aaron ; le frère d*AroD, c'est Mo!se. 
' C«t hémistiche est pour moi iniulelligible. 
^ Allusion saDs doute au Graud- Pardon. 

* Le poêle veut parler de la loi divine, de l'ensemble des Miçvvot. 

* C'est-à-dire que nous devons notre vie à Taposlasie. 



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104 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

faisons voir tous Tlslam extériearemeat, nous ne tremblons pas de« 
Tant le jeûne * ; nous trafiquons tous de la foi, quand nous agis- 
sons comme si nous étions des Musulmans. (^2) Nous sommes 
des moules sans âme, nous sommes semblables aux faibles four- 
mis ; nous sommes tous sans exception pleins de gémissement à 
cause de la perturbation de la foi. (23) Nous sommes impuissants et 
malades, nous sommes pris dans la mauvaise fortune ; Toppression 
est coupable de ce que nous avons livré notre âme à la foi des Mu- 
sulmans. (24) Notre corps est encbatoé, nous sommes afûigés, nous 
sommes éloignés du cbemin de Dieu; nous sommes sans Tora 
et sans lumière à cause de la perturbation de la foi. (25) O Dieu, toi 
qui es tout-puissant, use de clémence envers nous I II est temps que 
tu nous fasses sortir de la foi des Musulmans. (26) Nous sommes 
pleins de débordement et d'agitation, nous voudrions mellre le feu à 
nous-mêmes, nous voudrions nous jeter dans Tablme à cause de la 
perturbation de la foi. (27) Nous sommes enfoncés jusqu'au cou dans 
les dettes, nous ne valons pas une obole; nous sommes occupés, 
comme un cbien de cbasse, à une course continuelle, à cause de la 
perturbation de la foi. (28) Nous sommes comme un arbre sans feuiU 
iage, nous sommes sans protection et enveloppés par les ténèbres ; 
nous sommes en quête de la mort * à cause de la perturbation de la 
foi. (29) Nous entonnons des plaintes et des lamentations : nous vou- 
drions produire des Ûeurs', nous ne voudrions pas faire venir sur 
notre tête cette foi des Musulmans. (30) Mille fois dans cbaque in- 
stant nous maudissons Tlslam ; le cœur et Tâme ne le désirent pas, 
quand nous agissons comme si nous étions des Musulmans. 
(34)Ck)mme des ânes, nous sommes perclus, comme le fer nous 
sommes pleins de rouille, nous boitons tous à la suite de la foi mu- 
sulmane. (32) Nous sommes presque morts de nous consumer dans 
Tattente de la foi, nous avions donné des fleurs ^; en revanche nous 
avons reçu des coups de massue, malheur, malheur I de la foi des 
Musulmans. (33) Ils nous ont chassés de la ville, ils nous ont recueil- 
lis avec viblence;en un mot, ils ont fait de nous violemment des 
Musulmans. (34) Nous avons tous battu au vent l'âme de notre 
cœur, la Tora ; oh, gémissements, mille fois autant de gémisse- 
ments, à cause de la perturbation de la foi I (33) Nous sommes de- 
venus tout à fait ignorants; il n'est personne parmi nous qui ne soit 
devenu sot ; nous disions que c'est sûrement le Coran musulman '. 
(36) Nous avons perdu notre pierre précieuse^, nous avons gagné en 

I 11 semble qu^il s^agit ici du jeûne mahométan de Ramadhao, jeûne qu'obseryeni 
égalemeat les Mahométans malgré eux. 

* D'après l'autre version : t Nous croissons en amertume » . 
» Voir slrophe 32. 

^ Quand nous étions encore des Juifs fidèles, Tarbre de notre piété portait de 
riches fleurs. 
^ Ils attribuent la perte de leurs aptitudes spirituelles à Tétude forcée du Coran. 

* Ls vraie foi, ainsi désignée ici par opposition au cbape'et dont les perles de 
Terre représentent les doctrines de l'Islam. 



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ÉLÉGIE D*UN POÈTE JUDÉO-PERSAN 105 

échange des perles de verre, nous avoQS jeté sur noire main le cha- 
pelet musulman. (37) Nous avons perdu noire foi, nous Tavons jelée 
à terre comme des grdins d'orge et de froment ; nous sommes hi- 
deux comme un âne sans queue, dans la perturhalion de la foi. 
(38) Tu * es i'âme de mon âme, tu es la guérison pour ma douleur ; 
Hizkia est devenu un vagabond sans repos à cause de la pertur- 
bation de la foi. (39) Mon nom est Esclave Hizkia, à présent je suis 
ua clieikU des idoles*; j'éprouve des regrets à cause de la pertur- 
bation de la foi. (40) Coupe sur coupe, je bois du poison de la main 
de rislam ; puissé-je, coupe sur coupe, boire du vin de la main du 
Judaïsme! 



* lavocalioD à Diou comme tu début du poème. 

' Il tvtilélé jusquHci uq docteur Juif, un cheikh de It vraie C^. — M. Ncsldeko me 
fait remarquer que le litre de QfiQ]£fitbM *I'^ÏÏ} est une altération intentionDelle de 
DKbDfitbit *i^U)t qui montre que le savant devenu Musulman malgré lui avait reçu 
dans sa nouvelle confession une dignité ecclésiastique et pouvait se dire « cheikh de 
l'islam ». C'est cette appellation qu*il altère en « cheikh des idoles ». 



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LES JUIFS DE HORBOURG 



Horbourg, village situé â proximité de Colmar, est, selon 1^ 
plupart des savants, TArgentovaria des Romains. C'était à Té- 
poque romaine une des cités les plus importantes de l'Alsace ; elle 
devint plus tard le chef-lieu du comté de ce nom. 

En 1324 les comtes de Horbourg, Walther IV et Burkhard II, 
vendirent leurs possessions en Alsace à Ulrich X, comte de Wur- 
temberg. En Tannée 1397, le duc de Wurtemberg, Eberhard-le- 
Jeune, joignit à ses terres le comté de Montbéliard, que sa femme 
Henriette lui apporta en dot. A partir de ce jour la ville de 
Montbéliard devint le chef-lieu des terres que le duc allemand 
possédait en Alsace et en Franche-Comté; ce fut à Montbéliard 
que s'établit la Régence, et de cette cité partirent les ordres 
adressés aux habitants de Horbourg et de Riquewihr. Au 
xvi« siècle, la Réforme fut introduite dans les Etats de Wurtem- 
berg. Les villages alsaciens embrassèrent les doctrines d'abord 
de Zwingli, puis celles de Luther ». 

Le seul endroit du comté de Horbourg où la permission de 
résider ait été accordée aux Juifs, au moyen âge. semble avoir 
été Riquewihr. Ce village, renommé surtoutf par ses beaux 
vignobles, est cité, en effet, dans les listes des lieux célèbres par 
les persécutions des Juifs au xiv« siècle*. Il parait qu'ils y re- 
vinrent bientôt après, mais en 1420 ils furent chassés, à Tinsu du 
seigneur, par les habitants, sans qu'il y eût aucune raison pour 
cela, et les retardataires furent massacrés \ Depuis il n'y a plus 
eu de Juifs dans cette localité. 

Quant â Horbourg, on n'y trouve pas trace de Juifs pendant 
tout le moyen âge. Ce n'est qu'en 1723, le 1" janvier, que le duc 
Léopold Eberhard, sur l'humble supplication de Paul Filgert juif 

* Ch. PfiBler, Là Comté de Horhourg^ Paris, 1889. 
« Revue, IV, 133, Nnb"»13-<n. 

* B. Scheid, Jitift d'Alsace^ 70. 



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LES JUIFS DE HORBOURG 167 

«\ou\\it bien le recevoir avec sa femme, ses enfants et domes- 
tiques sous sa protection pour aussi longtemps qu'il se compor- 
tera bien, et que ces derniers ne se marieront pas ». Il lui fut 
permis d'établir son domicile à Horbourg et d'y « trafiquer loyale- 
ment et de bonne foi ». Les conditions imposées à ce Juif furent 
le payement annuel de 10 florins rappen et d'une oie grasse, la 
promesse d'obéir aux ordonnances du duc, de n'acheter aucune 
maison ni biens-fonds sans permission spéciale. Il ne pouvait 
loger chez lui aucun de ses parents sans cette même autorisation, 
sauf son père et sa mère, s'ils étaient pauvres, vieux et sans res- 
sources*. 

Leduc Léopold Eberhard mourut dans la même année (1723). 
Le partage de la succession fut difficile; il laissait plusieurs fils 
et n'était pas régulièrement marié. L'Intendant d'Alsace fut 
nommé administrateur -séquestre des deux terres alsaciennes 
(Horbonrg et Riquewihr), avec pouvoir de trancher toutes les 
questions administratives qui y seraient soulevées. A son tour il 
choisit comme commissaire-séquestre un sieur ^'ithard, conseiller 
duroi». Ce changement de gouvernement faillit être fatal aux 
Juifs de Horbourg. Nous disons Jidfs^ puisque la famille de Paul 
Bickart (c'est ainsi que nous le nommerons dorénavant) était 
composée de plusieurs membres, Il parait, en effet, que le con'- 
ieiller Nithard, un certain Dietermann, probablement bourg* 
mestre de Horbourg, et les paysans se plaignirent auprès du 
Maréchal de Bourg. Intendant d'Alsace, de la présence des Juifs, 
etcelui-ci prit contre eux un arrêt d'expulsion. Mais la princesse 
Anne intervint courageusement en leur faveur; elle écrivit à son 
homme d'affaires à Strasbourg, le 52 mars 1725 : « Nous or- 
donnons que les Juifs restent dans nos maisons et que personne 
ne commande dans la juridiction de nos droits, ni Dietermann, 
ni Nithard, ni les paysans. Le Roi ne le fait pas, il doit nous 
rendre le blé et le vin qu'il nous a enlevés, il y a trente ans. » 
11 y eut toute une correspondance à ce propos et finalement le 
représentant de la princesse parvint à faire révoquer l'ordre 
donné par le gouvernement français concernant l'expulsion dès 
Juifs de Horbourg *. Dans la suite leur nombre s'augmenta et 
d'un rapport dressé en 1748 nous apprenons que de 1725 à 1729 
il y eut quatre familles juives à Horbourg payant chacune les 
mêmes droits. De 1729 à 1748 il n'y en eut que deux, et en 1737 il 
n'y en eut même plus qu'une, l'autre s'étant retirée à Herrlisheim. 

' Arch. dép. de Colmar, E, 445; Toir aussi Scheid, l. c, p. 147. 
" Pfisler, loccit., p. 13 et !4. 
* Piieu justi/katives, 1-IV. 



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108 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

En 1139 s'élevèrent de nouvelles plaintes contre les Juifs et 
ordre leur fut donné de vider le dit lieu de Horbourg sans 
aucun retard. Les deux chefs de famille Raphaël Jacob (Raphaël 
fils de Jacob, sans doute identique à Paul Bickart) et Jacob 
Bolach supplièrent le Maréchal du Bourg « de leur permettre de 
demeurer dans le dit lieu et d'y être tolérés, ainsi que les autres 
Juifs de la province ». Ils disent qu'étant domiciliés à Horbourg 
depuis près de seize ans, ils n'ont jamais fait de tort à personne 
et que jusque-là ils se sont toujours comportés de manière qu'il 
^n'y eût aucune plainte contre eux. Cette lettre fut accueillie avec 
bienveillance et les signataires purent rester à Horbourg* . 

La situation politique du comté fut réglée définitivement par le 
traité survenu le 10 mai 1*748 entre Louis XV et Charles-Eugène, 
duc de Wurtemberg (branche aînée). Celui-ci reçut les terres 
alsaciennes et son ministre Georgii fut mis en possession de ces 
terres *. 

A partir de cette époque la communauté juive commença à 
s'accroître. De nombreuses pétitions furent adressées par des 
Juifs à la Régence de Montbéliard avec les rapports donnés par 
l'autorité locale. Ces documents sont conservés soit aux Archives 
départementales de Colmar*, soit aux Archives Nationales de 
Paris *. 11 serait trop long de les publier tous in extenso. Nous 
nous contenterons de donner ici une liste des personnes ayant 
demandé à s'établir à Horbourg et nous ajouterons diverses 
observations sur leur origine, leur profession, etc , indiquées dans 
les rapports. Comme exemple nous publierons dans les pièces 
justificatives le texte d'un de ces rapports conservé dans les 
Archives de Colmar. 

1<> En n48 une requête fut adressée par Isaac Werih^ juif, 
natif de Metz, à son Excellence Monsieur de Guemming, ministre 
d'Etat de la cour de Stuttgard, gouverneur et président de la ville 
et principauté de Montbéliard, pour obtenir l'autorisation de 
séjourner à Horbourg. Il avait demeuré trente ans à Wintzen- 
heim et deux de ses fils demeuraient alors dans cet endroit. 
H motivait sa demande en disant qu'étant vieux et ayant de nom- 
breux procès, il voulait être plus près du chef-lieu de juridiction, 
qui était Colmar. Du rapport joint à cette demande nous ap- 

' Piècet jusiifieativer, V. Nous verrons plus loin jqu*en 1742, encore pendant le 
té'iuestre, deux autres familles Juive?, celles de Marem Kahn et de Lelimann Braun- 
scbweip;, eurent la permission de séjourner à Horbourg, mais nous ne possédons plus 
les documenls coacernant leur admission. 

« PEsler, L c, p. 15. 

» E. 280. 

* K. 2362. 



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LES JUIFS DE IlORBOURG 109 

prenons qu'il y avait alors quatre ménages juifs à Horbôurg. 
Il n'y avait aucun Juif résidant dans les autres villages du comté. 
Le rapporteur ajoute ensuite qu'on n'est plus très rigoureux en 
ce qui concerne l'admission des Juifs, puisque plusieurs seigneurs 
les reçoivent à bras ouverts, notamment M. de Valcourt, con- 
seiller au Conseil souverain d'Alsace, qui a une maison immense 
au village de Wettolsheim, dans laquelle il loge jusqu'à huit à 
dix ménages Jiébreux, qui ne lui sont pas infructueux; l'érection 
de nouvelles synagogues seule est défendue avec sévérité. 

Nous ne croyons pas nous tromper en admettant la parenté de 
cet Isaac Werth avec son homonyme, rabbin en Alsace et mort 
à Metz en 1675 : c'était peut-être son petit-lSls (voy. Revue, 
ILI, p. 123). Un descendant d'Isaac Werth de Horbôurg était 
président du Consistoire dans la seconde moitié du siècle 
dernier. 

2« En n49 Borach Bichart, fils de Paul Bi:kart, demanda à 
s'établira Horbôurg. Il était alors âgé de vingt-deux ans et 
voulait se marier. Il signe en hébreu ai^^'^a ^nnn. 

3« Dans le courant de la même année la même faveur fut re- 
cherchée par Saiomon Israël demeurant à Bolsenheim (Basse- 
Alsace) et tapissier de son métier. 

Celui-ci alla même plus loin, puisqu'il émit dans sa pétition la 
prétention de demeurer à Horbôurg avec ses deux enfants, c'est- 
à-dire, comme le remarque le rapport, ses deux gendres avec 
leurs familles, Wolff Moyses et Kauffmann Lévy, et d'y acheter 
une maison. 

H obtint satisfaction en donnant pour motif de sa requête qu'il 
avait de nombreux clients à Colmar*. 

4» En ITôô, le 24 février, Joseph, fils de Paul Bichart, de- 
manda l'autorisation de rester à Horbôurg; il rencontra les plu« 
grandes difficultés. En effet, en 1*755, Joseph Bickart avait eu 
l'intention d'aller habiter le village d'Egisheim, situé entre Herr- 
lisheimet Colmar, et, dans celte vue, il avait demandé un cer- 
tificat de bonne conduite au magistrat de son lieu natal. Celui-ci 
le lui avait accordé volontiers. Mais en la même année 1755, 
Paul Bickart mourut. Son fils Joseph se décida alors à rester à 
Horbôurg. Il adressa donc une pétition à la Régence et joignit le 
certificat qu'il avait obtenu du magistrat. A peine ce dernier eut- 
il eu vent de cette affaire qu'il écrivit à Montbéliard une lettre 
véhémente contre les Juifs en général et contre Joseph Bickart, 
en particulier, et demanda qu'on ne lui permit point de s'établir 

' Piècetjntt , VI. 



L^ 



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i40 REVtîE DES ÉTUi)ES JUIVES 

à Horbourg K II paraît que les conseillers de la Régence avaient 
envoyé le certificat de permission à leur homme d'aflFaire, Jean- 
Maire de Riquewihr, avant d'avoir reçu la lettre du magistrat. 
Ils prièrent donc Maire, par lettre du 4 mars nôô, de ne pas re- 
mettre le certificat à Joseph Bickart, ne pouvant pas statuer sans 
l'avertissement de Maire. Celui-ci répondit trois jours après. 11 
repoussait successivement tous les griefs du magistrat et disait 
en substance que c'est en vain qu'on se plaignait de l'augmenta- 
tion des Juifs, puisque Joseph Bickart ne faisait que remplacer 
son père. H paie à lui seul à la seigneurie plus que six autres ha- 
bitants *, desquels même on a de la peine à être payé, à moins 
que d'avoir recours aux voies rigoureuses. Si l'on dit que les 
Juifs sont les sangsues du peuple, il faut donner des preuves de 
cette allégation, puisqu'ils supportent les mômes charges que les 
autres habitants. A la fin il conseille à la Régence de répondre 
aux gens de Horbourg que, leur opposition étant trop tardive, il 
n'y avait plus moyen d'en tenir compte, mais qu'à l'avenir on 
aura soin d'éviter que la commune soit surchargée de Juifs *. 

5*» Le 4 octobre 1760 ce permis de séjour fut accordé à Isaac 
Bichart^ troisième fils de Paul Bickart. 

6*» Le 3 août 1765 Cerf Pichel, dit Mayer, demeurant à Fousse- 
magne, fut autorisé à faire demeurer à Horbourg son gendre 
Mayer Hatiser. Mais ce doit être une erreur, puisque le 26 jan- 
vier 1760 le nommé Mayer Hauser de Lumschwiller (Haute- Al- 
sace) demande la permission d habiter Horbourg» devant épouser 
la fille de Marc (Kahn ?) habitant ce village. Cette demande fut 
rejetée, les habitants de Horbourg se plaignant que les Juifs 
fussent trop nombreux. Ces deux notices ne pourraient se con- 
cilier que si l'on supposait deux personnes portant le nom de 
Mayer Hauser, ce qui n'est pas probable, d'autant plus que nous 
ne trouvons plus de famille Hauser à Horbourg. 

7*» Le 20 octobre 1767, il y eut une demande d'un nommé Sant" 
son Berfiheimy natif de Randeck près de Schaffhouse et demeu- 
rant à Wintzenheim depuis dix ans. Il faillit être expulsé en 1775, 
parce qu'il n'avait pas payé ses droits. Dans un rapport du 26 fé- 
vrier 1775, il est dit : « Ce juif fait pitié, il est chargé d'une femme 
et de cinq enfants sans avoir de quoi vivre, que de ce qu'on luy 
donne par voye de charité; il est malade depuis plus de six 

« Pièces JKSi., VIL 

* D'uQ autre documeDi, conservé aux Arcbé Nat« de Paris, il ressort, en outre, 
qu'il avait rendu service au comte au sujet de l'achat du sel et lui avait fait réaliser 
de grands bénéfices. 

* Pièces Just.^ VII. Le 25 janvier 1757 une demande de séjour présentée par lAo^ 
pold Blocb, fils de Menké de Jungbolz, marchand de savon, fut repounée. 



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LES JUIFâ DE HORBOURÛ lli 

mois. » Il y eut même en sa faveur, de la part des Juifs, une sup- 
plique très intéressante, et où nous trouvons les noms hébreux 
suivants : 

b«Dni3 t|Oi'» (Joseph Bickart), V«Dn na ym (Baruch Bickhart), 
ïTCtt na cibKii (Wolff Moïse, gendre de Salomon Israël), nn ^tt)'< 
bxD-i (Isaac Bickart), t|OV 'na ^nîoab» (Alexandre Joseph), mvr 
TWQ *ia Th (Lehmann Braunschweig). 

80 Le 28 novembre 1*769 le droit de résidence fut accordé à 
Liebmann Lévy, juif de Wettolslieim, mais, à ce qu'il semble, 
seulement pour une période de cinq ans, puisque la môme de- 
mande se renouvelle le il juin 1774. Il- signe en hébreu *[xnm 

9<» Le 3 mai I'771 à Léopold Kahn, fils de Marem ; il signe îTitr 
mantra yo "t»»» "ia. 

10« Le 9 janvier 1773 à Lipmann Bicherl, flls de Borach. Il 
signe : i^nanirw T)na "ia nTr>b«. 

11° Le 17 août 1773 le nommé Jost Bolach, natif de Habschwil- 
1er (Hartmannswiller près de Soultz), s'étant marié et demeu- 
rant à Wettolsheim depuis onze ans, demande la permission de 
s'établir à Horbourg, pour commercer à Colmar. Il signe : n«N. 
Permission accordée. 

12* Le 1" septembre 1774, un autre Israélite de Wettolsheim 
Yient demeurer à Horbourg, Isaac Jacob. Il signe : apr> isl p2t'»«. 

13« Le 30 septembre 1775 la permission fut accordée à Natàa)}, 
fils de Lehmann Braunschweig. Son père avait habité Horbourg 
depuis 1742, le fils était alors âgé de di^-neuf ans. Après la mort 
de Lehmann Braunschweig, survenue en 1771, ses quatre sœurs 
se retirèrent chez leurs parents à Lerch (Lôrrach) dans le Mar- 
quisat. 

W Le 19 octobre 1775 à Abraham Feiss, garçon, natif de 
Riedwihr. Il signe : tD^-^D ûîina». 

IS'* Le 19 juin illl kSéligmami Moyses, juif demeurant à Hor- 
bourg, flls dlsaac Jacob demeurant audit Horbourg. Il signe : 
?roîD ia i^aa-^b^T. 

16« Le 13 août 1778 à Aron Bicherl de Sirentz. Il devait épouser 
la âlie de Jost Bollack de Horbourg. Celui-ci mourut ef le mariage 
n'eut pas lieu. L'exécuteur testamentaire, Séligmann Moyses, 
tuteur des enfants, réclama du seigneur de Wurtemberg les 
144 marcs que Jost Bolack avait payés pour droit d'entrée de son 
futur gendre, et il les obtint. 

n* Le 8 avril 1779 le droit de résidence est accordé à Simon 
Dreyfus de Wettolsheim. H avait épousé la fille de Marem Eahn, 
Breinel. 



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112 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

18° Le 20 février 1779 â Isaac Bichart, fils de Borach. 

19° Le 9 novembre 1782 à Joseph Wed de Wettolsheim. Il 
devat se marier avec Edel, fille d'Isaac Jacob, forcée de diriger 
le ménage de son père, qui était veuf. Il signe : bym^ na tjov. 

2(y* Le 20 Juin 1784. à Fofen Bickart, fils de Borach. Dans sa 
demande, signée par b«sn ^a yra et yra, na b«D-i, il rappelle le 
fait qu'il descend de la première et plus ancienne famille juive' 
de Horbourg. 

21» Le 15 janvier 1785 le nommé Sitssel Weill^ frère de Joseph 
Weill de Wettolsheim, décédé quelque temps auparavant, fit la 
demande pour s'établir à Horbourg. Il avait demeuré jusqu'alors 
au château de Martinsbourg à Wettolsheim; mais il y avait eu un 
procès entre Tévêché de Strasbourg et la seigneurie de Wettols- 
heim au sujet de la protection des Juifs, et ceux-ci avaient dû 
évacuer le château. La demande de Sussel Weill fut d'abord re- 
jetée, mais elle fut accueillie plus tard (17 juin 1785). 

22* Le 20 septembre 1785 ce fut encore un membre de la fa- 
mille Bickart qui reçut le droit de résidence à Horbourg : Paul 
Blchart ('^tt)'» na b«Dn) ; il signe : Baul Bickart, Jud von Hor- 
bourg. 

23° Au mois de juillet 1786 un troisième frère de Joseph Weill 
de Wettolsheim, Hlr/z, demanda la permission de demeurera 
Horbourg. L'avis donné sur cette demande ne fut pas tout à fait 
favorable à cause du grand nombre de Juifs déjà établis dans 
la cité, mais la permission fut cependant accordée le 6 juillet. 

240 Le 3 juillet 1787 Elias Wormser de Rixheimfut reçu à Hor- 
bourg. Il dit, dans sa demande, qu'ayant perdu ses père et mère, 
il veut se retirer auprès de ses amis à Horbourg. Il signe na \mi^ 

25' Le 17 décembre 1787 Lazare Lévy, natif de Wettolsheim, 
vinthabiterHorbourg.il épousa Edel, fille d'Isaac Ja^ob de Hor- 
bourg, qui avait épousé en premières noces Joseph Weill, cité plus 
haut. Il signe )r^r\^ "^^ "it:?''^». 

260 Le 24 novembre 1787 la nommée Johanna Boîlack, fille de 
Hauscher Bollack (le manuscrit a deux fois Cola au lieu de Bol- 
lack) et de Jùdel Heckert, demanda à demeurer pour quelque 
temps chez ses parents, son mari, Nathan Braunschweig de 
Zillisheim, étant en voyage. Elle rejoindra le domicile conjugal 
au retour de son mari. 

Elle signe no» na nsn 

270 Le 26 octobre 1788 une demande datée de Colmar fut faite 
par Lazare Abraham^ dentiste ambulant. Il dit qu'il loge actuel- 
ment à Colmar avec femme et enfants et veut s'établir pour 



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r 




LES JUIFS DE HORBOURG 113 

quelque temps à Horbourg, à cause de la grossesse de sa femme. 
Il ne peut pas rester à Colmar, dont le séjour est interdit aux 
Juifs. 

L*on pourrait croire que le droit de résidence impliquait celui 
d'acheter une maison au moins pour s'y loger. Or, il n'en fut pas 
Binsi, du moins à Horbourg. Il fallait pour cela obtenir une permis- 
sion spéciale et ensuite payer une taxe, qui variait selon les cir- 
constances et selon le bon plaisir du conseil de Régence. 

Le premier Juif de Horbourg qui eut le droit de posséder une 
maison fut le tapissier Salomon Israël. D'après les documents 
conservés aux Archives Nationales, il acheta sa maison vers 1749. 
Deux, ans après, le 17 février 1751, ce fut Paul Bickert qui fit une 
semblable requête au prince de Wurtemberg. Il fit valoir que son 
lt>yer était trop élevé et qu'il avait avantage à acquérir une mai- 
son. Sa demande est signée nmiT *nn V«Dn et rmrp nn ^Tï^. La 
permission lui fut accordée, mais le receveur Flachsland ne devait 
^^i pei mettre d'ouvrir une boucherie qu'après l'engagement écrit 
te payer exactement ses droits de boucherie pour les bêtes qu'il 
^vaît tuées et qu'il tuerait. 

Eu 1761 la même demande fut adressée par deux autres Juifs 
te Horbourg, Marem Kahn et Lehmann Braunschweig. Le pre- 
D^ier* dit, dans sa pétition, qu'il habite Horbourg depuis plus de 
^^^gt ans. Il reçut la permission sous la condition qu'il quitterait 
'* seigneurie de Horbourg toutes les fois qu'il plairait au seigneur 
^^dit lieu de l'ordonner. En 1764 il refusa de payer le droit de 
consentement, ayant acheté sa maison d'un Juif de Biesheim, 
^om rné Léopold Salomon . 

Lehmann Braunschweig habitait le village depuis dix-huit ans. 
^a demande fut appuyée par un membre du Conseil de Colmar ; 
c^^st qu'il exerçait le métier de « médecin pour les chevaux». Il 
^ était acquis la confiance du public et on l'employait dans les 
^**^o des maisons de Colmar. 

■Le 31 juillet 1774 Alexandre Joseph, qui avait d'abord demeuré 
^ ^îedwihr et qui était à Horbourg depuis trois ans, reçut égale- 
^eut la permission d'acheter une maison. C'est le nommé Bar- 
'*^ol<îi (Je Colmar, sans doute un des ancêtres du fameux sculpteur, 
*^^î la lui vendit. 

I^îx ans après les deux frères Joseph et Isaac Bickert achetèrent 
^es maisons sans demander d'autorisation, se basant, sans doute, 
^^^^^^\e nouveau règlement du gouvernement français qui permettait 
^wiL Juifs d'acquérir des maisons. Le receveur Rosé et le contrô- 
lenv Sandherr, ne sachant pas si ce règlement devait s'appliquer 
aussi aux Juifs de Horbourg, demandèrent une consultation au 

T. XLVIII, N*» »5. 8 



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114 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Conseil souverain. La question fut mise en délibéré à Ck)lmar, le 
16 mars HSô, et Tavocat Reichstetter en dressa un procès- verbal, 
qui se trouve encore aux archives dép. de Colmar *. 

Il y est dit que la loi publique, en Alsace, avait toujours ac- 
cordé aux Juifs la faculté d'acquérir des maisons pour leur loge- 
ment comme aux chrétiens, à cette seule différence près que, 
lorsqu'un Juif acquiert une maison, le chrétien est en droit de 
demander la préférence et le Juif est tenu de s'en désister et de 
recevoir du chrétien le remboursement de ce qui aura été payé par 
lui, Juif. Si les Juifs de Horbourg ont payé jusqu'à présent un 
droit pour l'autorisation d'acquérir des maisons, cela ne constitue 
pas un précédent ; au contraire, ces exemples seraient envisagés 
en justice comme des exactions et des contraventions à la loi du 
Souverain, puisque les Seigneurs ne sont autorisés à prélever sur 
les Juifs que le droit de protection. Puisque le nouveau règlement 
permet aux Juifs d'Alsace d'acquérir des maisons, les Seigneurs 
ne peuvent pas leur demander le payement- d'une somme quel- 
conque, sans quoi la permission du Souverain resterait sans effet. 
Il est vrai que les Juifs ne peuvent acquérir qu'une maison pour 
s'y loger, mais point pour la louer ou la vendre. Or, ce règlement 
môme ne peut être mis à exécution que dans le cas où un acheteur 
chrétien se présente, car la loi ne porte aucune peine pour la 
contravention et Ton ne peut forcer le Juif à vendre sa maison, 
s'il ne se présente pas d'acquéreur. 

Nous avons vu plus haut les droits que devaient acquitter 
les Juifs pour s'établir à Horbourg. Les lettres patentes de 1768 
élevèrent cette redevance à 36 livres*. A ce sujet les Juifs de Hor- 
bourg adressèrent une pétition au duc îe Wurtemberg, le 26 no- 
vembre 1770, pour que leurs impôts fussent diminués. Il y est dit 
que « les nommés Marum Kahn et Lehmann Braunschweig ont 
obtenu en 1742 de M. l'Intendant d'alors, qui représentait la sei- 
gneurie, la permission de s'établir à Horbourg, à charge de pa^-er 
annuellement les charges royales et seigneuriales. Les autres cinq 
Juifs, savoir: Borach, Joseph et Isaac Bickert, trois frères, fils du 
susdit Paul Bickert, Wolf Moyse et Samson Meyer ont obtenu la 
permission. . . ; il est dit qu'ils payeront les charges ordinaires et 
dans une autre partie d'ycelle il est dit: à charge de payer à la sei- 
gneurie annuellement pour droit de protection 161. 13 s. 4 d. et 
3 1. pour une oie grasse. » Cette pétition est signée par 'in 6«3'»b 
inî (Lehmann Braunschweig), a-^^ma-n^îi lis ^•^ôT'»» 1"nDî:tt) (Samson 

» Pièces JH8t., IX. 

* Voir Pfister, /. (?., p. 68. 



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Lfiâ JUIFS DE HORBOCTRG 11» 

Heyer), si^^m (Wolf Moyse) et Mahrem Kalm, Jude z\x Horburg, 
Elle fut rejetée le 29 novembre 1770. 

Néanmoins, dans la suite, différentes requêtes individuelles pour 
diminution d'impôt adressées à la seigneurie eurent plus de suc* 
ces. Le 11 juillet 1771 c'est Wolf Moyse (rro» na t|bHii), gendre du 
tapissier Salomon Israël, qui demanda cette faveur, parce qu'il 
était indigent. Son droit fut réduit de 36 1. à 181. Le 13 avril 1778, 
il fut même déchargé de toute taxa pour cause d'indigence et de 
maladie. 

La même demande fut faite en 1787 par le nommé Libmann 
^ôvy . Très pauvre, il demandait la remise de la moitié de sa taxe 
^^ protection pour l'année 1786, ce qui lui fut accordé le 
27 avril 1787. L'année suivante il présenta un certificat de maladie 
s«iié par \ixo'^ na spv (Joseph Bickart), "^tD*» na inBi,. Simon Drey- 
[^^ et Leib Khan, et il fut déchargé du droit de protection, le 
** Septembre 1788, 
^^usidérons maintenant les affaires intérieures de la commu- 
^t^ israélite de Horbourg. Là, comme ailleurs, une des pre- 
^^feiVes préoccupations des Juifs fut d'avoir un lieu pour prier en 
t^ommun. Déjà le 21 novembre 1752 Israël Salomon demandait à 
acquérir un terrain pour y construire une maison. Le receveur 
Flaehsiand consentit à la cession du terrain, mais conseilla de 
dé})outer Israël de la seconde partie de la demande. Il dit que Sa- 
lomon Israël est « un mauvais sujet et chicaneur fieffé ». Finale- 
ment, le 29 juin 1753, il est débouté de sa demande ^ 

Il va sans dire que les Juifs se réunirent avant comme après 
cette démarche. Cela ressopt clairement de la lettre adressée à la 
seigneurie par le receveur Rosé, le 10 novembre 17jB7. Il y est dit 
qu'il y avait à cette époque sept familles juives à Horbourg, parmi 
lesquelles se produisent de temps en temps des désordres, même 
jmqu^à M battre dans leurs assemblées judaïques. Le rabbin de 
BibeauvlUé avait déjà voulu leur donner un préposé, comme cela 
se foiaait dans toutes les communautés, mais lui l'en avait empê- 
ché, parce que o*était là un droit seigneurial. Pour ce motif, il pro- 
pose de nommer à cette charge Marum Kahn qui est le plus ôgé, 
le plus tranquille et If) plus capable. Il ajoute, eu même temps, un 
formulaire d'instructions, qui ressembla presque intièrement à 
celui qui était en vigueur à%m la seigueurie de Ribeauvillé *. 

Le SI novembre 1767, les conseillers d'Etat, le Président, le 
Vice-Président et les Conseillers de Régence à Montbéliard noti- 

* Ârcb. Nat. K 2362. 

• Pièetsjutt., X. 



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116 REVUE DES I!:TUDES JUIVKS 

fièrent à M. Freillinger réception de la lettre du receveur Rosé. 
Freiliinger fut d avis qu'on pouvait nommer un préposé sans 
lettres patentes, et le !•' décembre 1767, en effet, un décret nomma 
Marum Kahn préposé des Juifs avec spécification de ses droits et 
de ses devoirs*. 

Le 10 novembre Marum Kahn prêta serment devant le juge de 
Horbourg dans les mains du commis-rabbin Salomon Wahl de 
Herrlisheim. Mais il ne garda ses fonctions que pendant six ans. 
Le 15 juillet 1773 il demanda à être déchargé des impôts en même 
temps qu'à être relevé de ses fondions de préposé, étant malade 
et incapable de commercer. Son fils Léopold le nourrit et Tentre- 
tient. Cinq jours après un décret du vice-président au conseil de 
Montbéliard nomma Joseph Bickart aux fonctions de préposé et 
déchargea Marum Kahn de ses taxes de seigneurie *. 

La môme année une autre demande de la communauté de Hor- 
bourg fut accueillie, celle de construire une synagogue. La requête 
en avait d'abord été adressée au procureur général au Conseil 
souverain d'Alsace et celui-ci avait donné la permission par un 
décret spécial. Puis Ton s'adressa au Conseil de régence à Mont- 
béliard, qui, parait-il, donna également son consentement. Mais il 
fallait encore se procurer les fonds nécessaires pour les frais de 
construction. Une collecte semble avoir été faite parmi des core- 
ligionnaires de la province. Nous voyons, en effet, par une lettre 
adressée au Conseil de régence, que les Juifs de Horbourg 
demandent le renvoi de leur requête adressée au procureur, au 
bas de laquelle était joint le décret de permission. Ils disent qu'ils 
ont besoin de ces documents pour obtenir de leur Rabbin la per- 
mission de quêter dans la province pour subvenir aux frais de la 
construction de leur synagogue '. - 

Pour l'inhumation de leurs morts les Juifs de Horbourg se ser- 
vaient, entre autres, du cimetière de Jungholtz. Dans le plus 
ancien registre des archives de celte localité, qui a été commencé 
en 1779, je trouve sous la rubrique Horbourg (amann) les noms des 
personnes suivantes ayant acquis le droit de propriété: 

— •Tina na p^^n — .ap:^'' na *^tj2^ — .nn'«Tia'<-i "^''a nrnax — .*jina 

— ."'«)•> na bND-1 — .y^o pn» na nT:?-^?» - .♦ nobayii nssaTaT: pxK 

— •a"a t\o^^ — .nT:?b« 'a Dna» — .bNiTau) na barn-^n - .^jTia na b«D-i 

.•^"a y^'>n — ."^"a lin» — .-^"a b^iTat: 

« Pièces jutt., Xi. 

* Arch. Nât.,K2362. 

» Pièces jutt., XII. 

^ C>8i-à-dire : ilzig du château de Wcilolsheim. 



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LES JUIFS DE HORBOURG 117 

Au commencement- du siècle dernier la communauté de Hor- 
bourg s'associa avec celle de Wintzenheim pour fonder un cime- 
tière dans ce dernier lieu, et plus tard elle enterra ses morts dans 
la nécropole de Colmar. 

Le dénombrement général prescrit par lettres patentes de 1784 
pour tous les Juifs qui étaient tolérés en la province dAlsace fut 
exécuté à Horbourg le 30 novembre de cette année. Il y avait à 
cette époque 18 familles comptant 92 individus, dont voici les 
noms: 

^ Borach Bickert. Schônen Meyer ; fils : Joseph. 

2. Joseph Bickert, préposé. Sara Roihenburger ; servante : Besile. 

3. Isaac Bickerl, le vieux. Odille Roihenburger; 

fils : Raphaël, Hirtz, Lehmann, 
I fille :Zerlen. 

' valet : Elie Wurmser. 

servante : Jûttel Jacob. 
*. -A. lexandre Joseph. Hauna Schwob. 
fils : David, Marx. 

filks : Bôhlen, Kôhlen, Mûodel, Sara. 
5- X^f^pold Eahn. Môrlen Levy ; fils : Joseph, Marum, Môngen. 

filles : Blûmlen, Bllen. 
servante : Deichen Meyer. 

6. Xseiac Bickert, le jeune. Zerlen Levy ; fille : Feylen. 

servante : Reisslen Moyses. 

7. r^ippmann Bickert. Biûemel Wahl ; 

fils : Raphaël, Isaac. 
filles : Fradel, Kôhlen, Madel. 
valet : Beyer Levy- 

8. Isaac Jacob ; fils : Malhias, filles : Vôgelio, Lea, Jeodel. 

servante : Jachet Wahl. 

9. Joseph Weyl. Edel Jacob ; fils : Samuel : mère : Scbôuen Israël ; 

frère: Hirlz Weyl. 

10. Lippinann Levy. Schonen Levy ; 

fils : Lehmapn. 
filles : Jendel, Rôileo, Bônuleu. 

^* - A^braham Feiss ; fils : Kôrrendel Abraham ; 

filles : Kôllen et.Hàadel ) p^. ^ 
sœur : Hanna ) 

*^- Seeligmann Moyses. Biûihel Levy; servante: Rachel Abraham. 
*^- Nathan Brunschwig. Kônendel Hallen ; 

fils : Lehmann, Moyses. 
fille : Bohlen. 
valet : Gerson Dreyfus, 
servante ; Hanna Bollach. 
**■ ftaphaël Bickert. Kayen Wurmser. 



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118 RBVUI 1)83 ËTtJDBS JUIVES 

15. Simon Dreyfus. Guttel Levy ; iille : Hachel. 

yalel r Lasarus Levy. 

16. Wolff Moyses. tutlel Levy ; filles : Mûnckel, Mûlken, Rachel ; 

Talel : Uey mena Wurmser. 

17. Jûtlel Borach, pauvre î « n- ^ 
mies : Schôiiie, Guttel ) ^®"«^^- 

IS. Beajamin Mohiiheimer, éhàtitre. MOflèn Dreyfus ; 

valet : Btnauuel Ltbef manu. 

Au mois d*août 1789, les Juifs de Horbourg furent inquiétés sé- 
rieusement par les protestants: on craignait un massacre, et 
Louis XVI dut énergiquement intervenir *. 

Lorsque, pendant la Terreur, on réclama partout des dons 
patriotiques, la synagogue de Horbourg fut également Visitée par 
le maii*e fet les etnployés municipaux. On y trouva 13 1/8 demi- 
onces d'argent pur, 3 1/8 demi-onces de dentelles blanches et 
jaunes et 18 1/8 d*argent brodé blanc et jaune. Procès-verbal de 
cette visite fut dressé le 11 frimaire an II (l»' décembre 1793) *. 

Dans le courant du xix" siècle la communauté juive de Horbourg 
augmenta considérablement, mais depuis la guerre franco-alle- 
mande elle partage le sort de presque toutes les communautés des 
villages alsaciens : il y a eu une forte diminution par suite de 
rémigration à Tétratiger et dans les grandes villes. Ainsi, Ton 
j^' comptait en 1875 à Horbourg encore 299 âmes jUÎves, eti 1890 

:^ il n*y en avait t>lus que 244 et en 1895 que 206, de sorte qu'il 

'• est fort probable que dans un temps relativement prochain il n'y 

j; aura plus de communauté Israélite à Horbourg. 

{ ■ M. GiNSBURGER. 

r SouIU (Haute-Alsace), 7 noyembre 1903. 



II 



PIÈGES JUSTIFICATIVES 



I. 

Von Qottes ânaden wir Anna Herlzogin zu Wurtemberg und Teck, 
princessiu zu Muinpelgard und Heidenbeio), Hétscbaft deè Di^rfs Àlt- 
weyer und Ostheim. 

Wir befehlen dass die Juden sollen in unseren Hâusern bleiben, 
und dass niemand hicbls dârin zu befehlen bal, weder der Dieler- 

^ Pfister, I. e,^ 69. M. Pfièter nMiidique pas la source de ceUe note, mais il in*écrit 
qu^il croit avoir tu un avertissement imprimé de Louis XVI. 
« Pièces just., Xm. 



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LES JUIFS DE HORBOURO 119 

mauD, Qocb der Nilherd noch die Bauero, in der Juristictioa unse- 
rer Rechien. Der KôQig thuts nicht. Er soll uns Fr ucht und Wein 
wieder geben wo er vor 30 Jahren genommen hat. 
Ostbeim den «2 Màrlz 4725. 

Anna. 

Arch. Nal.» K 2362. 

II. 

Durchleuchtigsle iïerzogin allergnaedigste Fùrstin und Prinzessin. 

Wïderbolle nochmahlen durch gegenwàrtiges, das mir in der Welt 

^ichts aDgenehmeres als Ibro hochfûrstlichen Durchlaucht meine 

zwahr geringe, dennoch getreue Dienslen zu erweisen, wie ich ann 

den Tagmeines Lebens mich befleissen werdt solcbes in dem Werk 

zu erzeigen. Diennel zur unterlhànigen Antwordtan mich leizt abge- 

iassenes, dass ich gleicb nach dessen Empfang eine requesle an berrn 

Marchai du Bourg nach gnàdigstem Befolg babe aufgeselzt darinnen 

aile Erforderliche nothwendigkeileu obserwiert und dann solcbedem 

herrn Marchai du Bourg eingehàndigt und mit ihm annoch mûn- 

^lich. eipliciert vie Widterbringer dièses der solcbes gesehen ibro 

hochftirsll. durchleucht mit Wahrheit wird berichten kônnen. Da 

^ann bochgeda chien Herr Marchai mir zur Anlwort gegeben das 

^^siohk dieser Ursach balber recht erkundtigen wolle, und alsdann 

ûïir sagen wass bierinen zu befehlen wollen, dassalso bis aiif fer- 

^eren Befolg die Judten verbleiben undt sich nicht zu befôrchten 

^aben. Sobald bocbgedacbter Hert* Marchall seine Ordre geben wird, 

^^^^ îoli solcbes ohnverzùglich Ihro hochfiirstlicben durchleucht in 

aller XJriiertbànigkeit berichten. Indessen verharre mit unsterblicher 

Brkancliichkeit aller genissenen hochfûrstlichen Gnadlen mit Unler- 

ibàni^l^g^ respect verbleibendt. 

^^^o liochfûrstlichen durchleucht meiner allergnàdigsten FUrslin, 
etc. 

^^ ^-^Ttbànig treuer und gehorsamster Diener. 
^'•'^^^bourg, ce 22 mars 4725. 

J. G. GUBMMINaEN. 
-^r«h. Nat.,K2362. 

m. 

IK Burcbl. berzogin allergnedigste Fuerstin. 

, ^^ hocbftirsll. durchl. an mich gnàdigsi abgelassenes von dem 

* ^ixissambt einem Beyscbluss an berrn Maréchal du Bourg, babe 

^ , ^Weidterbringer dieser meiner uutlerlhàniger antwort, zurecbt 

eï ^ll^ju, weillen aber Ihro hochfùrstlich durchleucht nie kein schrift- 

vJ "^^^^^^ Bribeilen was ich zu deren bochfûrstl. dienslen zu ver- 

Ti *^leïi,sondernalleingemeldten widterbringer befohlen, dass ich den 

^^«Sse an bocbged. berrn M. d. B. in seiuergegenwart solte einhàn- 

^^Ç^H, weillen ich aber in forcht stehe, dass solcbes Ihro hochfùrs- 



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120 HEYUE Des ÉTTDfiS ICTTGS 

tUcfa. durcbleaeht nicht nachibrem wuosdi mô^bte austalleo aU habe 
icb for dasioter^se J.h. D.als eia getr. a. a. liener for gut und Dôiig 
eracbtet zuTorders J. b. D. za beripbteo ob dîe Jadten aonocb io hor- 
barg seieo ob. U. Dieiermaim sither Ibro hocbged H. M. d. B. an ihoeu 
goacbrieben deoselbigeo kein oeaeo Befiebl gdgeben sicb aus dem 
Dorf za begebeo, seiad sie also anaoch in gesagten Uorbarg so isl 
nicbl oôtbig dass man das geriogsie an bocbged. berro Marchai be- 
richte, wiU'aber berr Dietermaoo sie auf eia neues yertreiben so 
muss Brsler deswegea an mebr b. H. IL d. B. geschrieben werden 
und zwar aaflf dass eio bewôgiicbe and wohlfoDdirte weiss wie icb 
mich dann oflferiere solcbes aafzusetzeo.welches alsdaon Ibro hoch- 
furstl. dorcbleacbt nur darfifen copiereo lassen aodt gnâdigst under- 
scbreibeo, wann aber dièses J. b. O. solte beJcbeo, so bitte mir auf 
der posi ibre go. befebl deswegen zu ertbeiieo, dainit icb das cod- 
cept Terfasse uod binauf scbicke, allein wird nôthig sein mir zu 
erlauben, dass icb das an H. M. d. B. abgelassene schreiben darf er- 
dffoen, damiticb micb danacb ricbteo kann, erwardte derogn. befehl 
auf der post, ob icb ibro D. scbreibeo H. M. soile einbàodigen oder 
ob belieben meioeo antertb. Vorscbl. for gut zu erachleo welcben icb 
daoDach obne sonderbaren befehl und bocbf. approbation nicht exe- 
quieren werde daraof ich gn. befehl erwardte und babe die Ebre. 
Strasbourg, ce 49« avril 1725. 

Arch. Nai., K 2362. 

Durcbleuchtigste berzogin allergoàdigste Fûrstin. . . 

Zuvor ob ihroborcbfurstl. durchleuchtgoâiigstbeliebet Jhr letzeres 
von dem 24-sten dièses, an mich abgehen zu lassen, babe icb die 
Bbre gehabt mit einem Herrn, welcber in hobem Crédit bey H. Ma- 
réchal du Bourg stehet zu redteo, der mich versichert dass er ailes 
anwendten woîle dass ihre hochfurstliche durcbleucht die satisfac- 
tion baben solien die Judten wiederumb in Uorbuig wohohafi zu 
sehen als wie zuvor, und mir zum theil an die hand gegeben wie 
solcbes anzugreifen. hoffe derowegen dass ibro hochf. Durchl. nicht 
wird missfàllig sein wenn ich mein obuvorgreiflichcn vorschlag iu 
aller underthànigkeil berichte, mit underthânigster Bitt mir die 
goad zu ihuti undtzu glauben dass wenn ich mit meincm Bludt Jhre 
hochrurstl. durchl. dienen kônte das ich solchem nicht verschonea 
wolUe, allein ist nicht Jedterzeit môglich obgleich woUen die sachen 
gerechtdass man nalles zu eioem erwûnschten KfTect undt guten Bndt 
briogen kann, wie dénuder Bosshaftweldilaufflhrobochfurstl. durchl. 
selbsien mehrals viel wird bekaunl seio. Indessen muss mann thun 
was mann eracbtet nôthig zu sein und mûglichsten Fleiss anwenden» 
als ûDersende hiermit diesen Einsrhluss welchen ibro hochfurst. 
durchl. goâdigst belieben woUen zu underschreiben und zu pitschi- 
ren uud g'eich mir denselbeu wiederum anhero zu schicken, damit 



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LES JUIFS DE HORDOURG 124 

>ch solcben in die selbsteigeoe hândte hbchgedachtea herra M. 

^" B. ûberlieferD kauD und hofTeûdlich gute Justiz erhalden werdte, 

^^^chesich mit freidten wiinschezu berichlen,mirisl heizlicb leydt 

^^^ îch 80 ferne von Ihro bocbIQrs. durchl. enllegen uud meioe ua- 

L *^^Qige auffvrarliiDg nicht nacb wunch Ôfiers UDd persôbnlich 

^^Ueokan, will aber meinc underlhànigste uodt gelreuc diensteu 

^^^?ç mir der gruudgùUige GoU das leben verleibeu wird vou berz 

^^ïi offeriert habeu uod verharre la erwarlung Ihre bochfûrsll. durch. 

^uàiigsien Befebl und andwort in die fesler soubmission und under- 

Ihàoigsien respect. 

Ibrohochfurst. Durcbl. meinegnâd. Fûrstin. 
Underlhânigster treuer und geborâamster Dieuer und Knecbt. 
Slrasburg den 2 may 4725. 

J. G. GUBIIMINQ. 
Arch. Nal., K 2362. 



A Monseigneur le comte Dubourg^ Maréchal de France, gouverneur d''S 
ville et château de Bel fort, commandant en chef de la province d'Al- 
sace et de la ville de Strasbourg. 

Supplient bumblement Raphaël Jacob et Jacob Bolack juifs de- 
meuraut à Horbourg, 

Disant qu'estant domicilliés au dit lieu depuis près de seize ans, 
Us n'auroient jamais fait du tort à personne, et se seroient toujours 
comportés de manière que jusques icy, il n'y a eu aucune plainte 
côûire eux, et encore à présent n'y en a-t-il point de vérifiée et justi- 
fiée qui paroissent au contraire. Si tous les habitants dudit lieu 
estoient eolendus, ils déposeroient unanimement en leur faveur. 
Mesme le sieur Gaudin lieutenant prévôt de la maréchaussée d*Alsace 
les connoit pour gens de bien. 

Néanmoins, il leur estoit ordonné de vuider le dit lieu, sans aucun 
retard. Daus celte triste situation, ne sachant où se tourner dans une 
précipitation pareille, les supliaals ensemble leurs pauvres femmes et 
enfants se jettent aux piedsde Votre grandeur et la supliant irèshum- 
blemeol d'user de miséricorde et de clémence envers eux et leur faire 
la grâce de leur accorder sa protection, pour qu'ils puissent demeu- 
rer dans le dit lieu et qu'ils y soient tolérés, ainsi (|ue les autres juifs 
dans la province. Les suppliants continueront de dresser leurs vœux 
au seigneur pour la conservation de la per.-onue de votre grandeur. 

Raphaël Jacob, Jacob Hoi.aCk. 



Arcb. Nâl. K. 2362. 



VI. 



Votre Excellence, 
Le porteur des présentes nommé Salomon Israël, juif demeurant à 
BoUeuheim en basse Alsace, lapizier de son métier, aura l'honneur de 



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422 REVUE DES ETUDES JUIVES 

présenter à \^ Ë^ uue reqaetle par laquelle il demande ia permissioû 
de s'établir avec ses deux enfants et d'oser acheter une maison. 

A Toccasion de cette demande je dois avoir Tbonneur d'observer à 
y° E® que les deux enfants dont le sup' fdit mention dans sa requette, 
sont ses gendres dont Tun s'appelle WolfT Moyses et l'autre Kauff- 
mann Lévy, qu'il souhaite également établir avec lui audit Uorbourg 
de façon qu'il s'agit de son côté d'obtenir la permission pour trois 
ménages ce qui paroit d'abord un peu fort mais comme les supliants 
se proposent de demeurer dans une maison ensemble et qu'ils seront 
les trois quarts du temps dehors pour travailler à leur métier, je ne 
crois pas qu'ils gêneront les habitants du village en quelque chose et 
quoy qu*il ne soit pas douteux que ceux-ci n'aimeront point que les 
juifs qui s'y trouvent actuellement établis au nombre de quatre mé- 
nages, s'augmentent d'avantage chez eux ainsy que les Prévôts et 
Jurés me l'ont donné à comprendre il y a environ un mois, je ne vois 
cependant point que cette circonstance puisse empêcher S. A. S""* 
Mgr le Duc d'accorder aux supp^' la permission de s'établir aud. 
Horbourg, où il y a des Juifs d'établis depuis longtemps ne pouvant 
point s'opposer légitimement à de pareilles permissions. 

Pour ne point s'engager pour toujours envers les Juifs qu'on reçoit, 
je trouve, sauf meilleur avis, qu'il serait bien fait d'insérer dans les 
Lettres de réception qu'où leur accorde entre autre la clause qu'ils 
ne pourront les faire valoir que tant qu'il plaira à la seigh"*>. 

Si Ve E* trouve bon de recevoir les 3 sup*« cydessus mentionnés il 
sera question de fixer ce qu'ils doivent payer pour le Droit de récep- 
tion ou Annahme-Pfennig qu'ils sont obligés d'acquitter avant qu'on 
leUr remette les lettres de réception, j'estime sauf vos ordres, qu'on 
pourra demander 50 jusqu'à 60 livres pour chaque chef de ménage au 
lieu de 40 écus que ceux que l'on a cy-devant receu à Horbourg ont 
payé, ce Droit étant arbitraire peiït être augmenté et diminué selon 
les facultés et circonstances de ceux qui y sont sujets. 

Pour ce qui est de la maison que le Père, l'un des supliants, désire 
acheter aud. Horbourg, il est premièrement question de savoir, si 
S. A. S*« juge à propos de le recevoir dans le village, car si la récep- 
tion n'a pas lieu, cette demande tombera d'elle même, si au contraire 
la seigneurie le reçoit, il dépendra ensuite d'Elle de luy permettre ou 
de refuser l'acquisition d'une maison dans le village de Horbourg, 
c'est ce que je remets uniquement à la disposition de Y* K* et ay 
l'honneur de Luy dire que les seigneurs de la haute Alsace qui per- 
mettent quelques fois aux juifs d'acheter des maisons dans leurs 
seigneuries se font le cas échéant payer â jusqu'à 3 Louis d'or de 
taxe pour une pareille permission, à l'exemple desquels on pourrait 
également demander aud. juif une taxe proportionnée au prix de 
la maisou qu'il a envie d'acheter au cas que la seig<^*<: voulait y 
consentir 

Atcb. dép. d« Colmar^ E. 280. 



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I 



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LES JUIFS DE HORBOtJRO 123 

VII. 

À Nos Seigneurs SSS. 

Nos Seigneurs, 
Les Prévdts, Bourguemaître et préposés de la communauté de 
Horbourg, chef-lieu du comté du môme nom, prennent la liberté de 
▼ous représenter très humblement qu'en 1723 feue S. A. S* a permis 
l'établissement d'une famille juive aud. lieu, depuis son décès cette 
Eogeuce s'est multipliée par permission de M' Tlnten-iant de la Pro- 
vince ou autres jusqu'au nombre de six, et il est à craindre que ces 
sangsues du peuple ne se multiplient encore d'avantage au détriment 
des sujets de S. À. S*» s'il n'y est pourvu. 

Joseph Bickert juif originaire dud. Horbourg aiant prétexté de for- 
mer son établissement à Egishekn a surpris les supplians au mois de 
septenobre dernier un certificat de ses faculté et de ses mœurs, en con- 
séquence duquel il prétend aujourd'hui s'établir dans la communauté 
suppliante, et comme il leur importe de s'y opposer, ils ont recours à 
votre authorilé, vous suppliant. Nos Seigneurs, de ne point permettre 
l'établissement dud.Joseph Bickert aud. Horbourg. Ils ne cesseront de 
faire das vœux pour la conservation de S. A. S*' de Votre Excellence. 
S. Conrad Jordan, Schultheiss. — Sigismund Schnkidkr, 

Burgermeister. — Joseph Maurer, des Gerichts. — 

Maihias Schnuidbr, des Qerichts. 

Arcb. dëp. de Colmar, E. 445. 

VHI. 
Au Conseil de Régence à Monibéliard, du 7 Mars 47 5B, 

Messieurs, 

J*ai reçu la lettre cjue vous m*avei fhit l'honneur de m'écrire du 4 
de ce mois à laquelle étoit jointe la copie de la RequHe des habitants 
d'Horbourg louchant la Réception aud. lieu du Juif Bickert, 

Je n'ai que deux mots à répotidre à cette Requête. La communauté 
se plaint (en tain) de ce que les Juifs se multiplient daUâ le lieu, puis- 
que 1& sUplié ne fait que remplacer soh père mort depuis quelques 
mois. Elle n*est pas plus fondée de les appeler des sangsues dU peuple 
à moins que d'en rapporter les preuve^, puisqu'ils suporten t les mêmes 
charges qUe les autres sujets. Il est plus probable qUe c'est cet esprit 
decbicanne qui règne partout dans ce pays qui a anitné cette eom« 
taùbaulé ô vouloir s'opposer au droit que la Seign^** a de recevoir les 
iutf^ dans se!s Te^re^, et je pense qu'elle ne doit pas être écoulée. 

Les raisons que j'ai eues à favoriser rétablissement dU suplié à 
Horbourg sonl qu'il est originaire du lieu qu'il a un certificat des pré- 
posés de la communauté de ses bonnes vie et mœUrs, euûn qUé Tih- 
térèt de la S'^'e est par là augmenté. 



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12^ HE VUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ed effet Paul Bickerl obtint eu 4723 du feu prince de Moulbéliard 
la permission de 8*é(ab!ir à Horbourg et en 4751 îe consentement du. 
Noble Cons'>«^d'y faire Tacquisitiou d*une maison. Joseph Pickert Tua 
de ses iils lequel étant inleniionné d*en jouir a demandé la protection 
de S. A. S. J'ai été d'autant plus porté à lui être favorable dans mon 
avertissement que les supîiants étaient informés de toutes ces dé- 
marches et qu'ils paraissaient y donner les mains à vue de leur certi- 
ficat lequel ils prétendent aujourd'hui lui avoir donné pour son 
établissement à Eguishelm, enûn que le suplié paye seul à la seigueu- 
rie plus que six autres habiians desquels même on a de la peine à 
être satisfait à moins que d'avoir recours aux voyes rigoureuses. 

Dans ces circonstances j'estime que les sup^* doivent être déboutés 
de leur demande, cependant pour ne pas rebuter tout-à-fait ces gens 
qui ne sont déjà que trop mal intentionnés pour leur légitime sei- 
gneur. Ton pourrait laisser leur Requête sans appointement et m^or- 
donner deleur déclarer verbalement que puisqu'ils s'étoient pourvus 
trop tard l'on ne pouvait rien changer au décret obtenu par le suplié, 
mais qu*à l'avenir Ton aurait soin d'empêcher que la communauté 
d'Horbourg ne soit surchargée de Juifs. 

Je remets M^' le tout à Votre haute disposition dans les sentiments 

du très profond respect avec lesquels j'ai l'honneur d'être, 

(La signature manque.) 
Arcb. dép. de Colmar, E. 445. 

IX. 

L'avocat au conseil souverain d'Alsace soussigné, qu\ a vu deux 
mémoires au sujet des acquisitions de maisons faites par des Juifs 
du comté de Horbourg, et les pièces jointes : 

Estime, que le droit de recevoir et de congédier des Juifs, est un 
droit régalien, que les Constitutions de l'Einpire n'ont accordé qu'aux 
Etats d'empire jouissants de la supériorité territoriale. 

Il est hors de doute que ce droit compétoit au seigneur de Horbourg, 
puisqu'il a été confirmé par lettres patentes du mois de juin 4768, 
accordées au Duc Régnant de Wurtemberg, l'article 48 y est formel. 

Un seigneur qui reçoit un Juif dans les terres de sa justice lui 
accorde nécessairement le droit ou la permission d'acquérir une 
maison pour son logement sans lequel le droit d'habitation devien- 
droit un être de raisoor. 

Ces deux concessions sont si étroitement liées, que l'idée de la 
concession de la permission d'habiter dans une seigneurie, renferme 
nécessairement celle d'acquérir une maison pour s'y loger. 

D'ailleurs la loi publique dans cette province, loi établie par la 
jurisprudence des arrêts, a toujours accordé aux Juifs légitimement 
établis du consentement des seigneurs la faculté d'acquérir des 
maisons pour leur logement ainsi et de la même manière, qu'en 
acquierrent les chrétiens, à cette seule différence près, que lorsqu'un 
Juif acquiert une maison le chrétien est en droit de demander la 



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LES JUIFS m HORBOURG 125 

préférence, el le Juif est tenu de s'en désister et de recevoir du chré- 
tien le remboursement de ce qui aura été payé par le Juif. 

Il est donc évideur, qu'il ne faut point de permission particulière 
pourauihoriser un Juif à faii'e Tacquisitiou d'une maison après que 
le seigneur lui a accordé sa protection. Cependant il paroit, que dans 
le comté de Horbourg des Juifs ont fait des acquisitions de maisons ; 
ce qui présente la question de savoir, si pour assurer la validité de 
ces acquisitions, il auroit fallu obtenir la permission du seigneur, 
moieonant une certaine rétribution en argent? 

11 parait dans le fait que plusieurs Juifs ont payé à la seigneurie 

^ies sommes plus ou moins fortes pour l'obtention de la permission 

d'acquérir des maisons pour leur logement, ce fait est attesté par 

des pièces authentiques, mais cette rétribution pourra-t-elle être 

euFisagée dans le tribunal de la justice comme un droit légitime? 

^ù est le litre qui authorise le seigneur de H')rbour;î à établir un 

droit pécuniaire sur les acquisitions des maisons des Juifs? L'on ne 

pourroit envisager ce prétendu droit, que comme une espèce de lods 

et vrnte, droit qui n'est pis un fruit naturel de la juridiction, il faut 

pour l'établir un titre ex-près, ou la possesion immémoriale. 

Il n'est pas défendu à un seigneur qui a droit de recevoir et de 
coDgédier des Juifs, de recevoir une reconnuissance pécuniaire pour 
la permission qu'il accorde à un Juif d'habiter dans sa terre : cela est 
d'autam plus permis vis-à-vis d'un Juif, que les chrétiens mômes 
soDl obligés de pa^er aux seigneurs une certaine somme pour le 
droit de bourgeoisie ou de manance, qu'ils leur accordent, pourquoi 
doQC i\e seroit-il pas honnête ou permis à un seigneur de recevoir 
d'un Juif QQ droit pécuniaire en reconnaissance de la faveur qu'il 
lui fait (le s'établir dans sa jurisdiclion ? ^ 

^ien loin donc, que les exemples rappelés dans le mémoire soient 
Cî^pables de fonder un droit. Ils ne seroient envisagés que comme des 
exactions. L'on ne considérerait la perception des sommes payées en 
raison de la permission d'acquérir maison, que comme une contra- 
veotionà la loi du souverain qui a borné les droits des seigneurs à 
une somme fixe pour la protection des Juifs, qu'ils reçoivent dans 
leurs terres. 

L'on ne peut donc point se dissimuler que la demande que forme- 
roient les officiers de son altesse séréuissime pour la rétribution des 
permissions que les Juifs ne sont pas tenus de demander, seroit mal 
accueillie en justice, surtout à la vue de l'article onze du nouveau 
règlement concernant les Juifs d'Alsace portant permission expresse 
aux Juifs de continuer d'acquérir des maisons nécessaires pour leur 
habitation, cette loi contient tacitement des défenses aux seigneurs 
démettre des entraves à celte permission par aucune exaction rela- 
tive à l'acquisition, et en effet, il seroit inconséquent <)e dire, que 
le roy permet aux Juifs d'acquérir des maisons, mais qu'il dépendra 
d'un seigneur d'y mettre à son profit un taux en argent sans quoi la 
permission du souverain restera sans effet. Le Juif ne tiendroit donc 



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126 RKVUB DES ETUDES JUIVES 

pas ce droit, cette permission du souverain. Il la tiendra uniquement 
du seigneur moîennant une rétribution pécuniaire, ce système seroit 
révoltant. 

Au surplus, un Juif qui possède déjà une maison qu'il habite, n*a 
plus la faculté d'en acquérir une autre soit pour la louer, soit pour 
la revendre. Le nouveau règlement y est formel, mais il ne porte 
aucune peine contre le contrevenant. Cela peut donner lieu à Inaction 
populaire, c'est-à-dire que chaque habitant aura droit d*évincer le 
Juif de la seconde maison qu'il aura acquise et lui rendre le prix 
d'acquisition, cela n'intéresse pas le seigneur ni la partie publique, 
qui inutilement requerroit que le Juif vendra sa maison s'il ne se pré- 
sente personne pour Tacheter, et c*est ce que Ton doit présumer, si 
effectivement aucun habitant réclame contre l'acquisition ainsi qu'il 
est authorisé par le règlement. 

Délibéré à Colmar, le 16* mars 4785, signé Reichstetter. 

GoUationné et trouvé conforme à son orignal. Sandhbrr. 

Arch. dép. de Colmar, E. 445. 



A Golmar, le 49 novembre 4767. 
Nos seigneurs, 

Il y a maintenant sept familles de Juifs domiciliés à Horbourg, parmi 
lesquelles ils régnent de temps en temps des désordres même jusqu*à 
se battre dans leurs assemblées judaïques. Ils se glissent quelquefois 
à Horbourg des Juifs non reçus de la seigneurie sous prétexte d*ètre 
valets de Tun ou de Tautre des Juifs dudit lieu, sans parler d^auires 
irrégularités. 

Dans tous autres endroits de cette province qu'il y a des Juifs et 
qu'ils soient même de petit nombre les seigneurs des lieux leur don<* 
nent des préposés pour le maintien du bon ordre et pour veiller aux 
amendes du seigneur. Il n'y a qu'à Horbourg qu'il leur manque. 
Leur rabbin de Ribeauvillé leur a voulu commettre un préposé il y a 
quelque temps, ce que j'ai empêché, en lui faisant entendre que ce 
n'est pas à lui à en nommer, mais au seigneur du lieu, comme par 
toute la province cela se pratique, lequel en nommera lorsqu'il le 
jugera à propos, sur quoi il n'a rien osé faire jusqu'à présent. 

C'est pour le prévenir, pour maintenir le bon ordre parmi los Juiff 
au dit Horbourg et pour faire veiller aux amandes que je prends la 
liberté nos seigneurs, d'y établir sur votre bon plaisir un préposé de 
la communauté des Juifs au dit Horbourg et d'y nommer Marum 
Kahn Juif dudit Heu comme le plus âgé, le plus tranquille, et des plus 
capables sous les instructions dont j'ai l'honneur de joindre un projet 
où j'ai suivi autant qu'il était possible les instructions qui se doQ^ 
nent de la part de la seigneurie de Ribeauvillé au préposé de Juifs de 
Berkheim et dont on m'a procuré un formulaire allemand de la part 
des officiers de la dite seigneurie. 



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LES JUIFS DE HOKBOURG 127 

J'ai trouvé dans sa place d'en communiquer à II. Demougé, le 
Bailli, avec lequel je suis convenu des articles perlés par le projet 
d'instruction ci-joint. 

Je remets cependant, nos seigneurs, le tout à votre prudence de 
choisir tel autre parti que vous jugerez à propos. 

J'ai rhonneur d'être avec un profond respect, nos seigneurs, votre 
très h. et ir. obMssant serviteur, Rosé. 

Arch. Nal., K. 2362. 

XI. 

Nomination de Afarum Kahn aux fonctions de préposé des Juifs à 
Horbourg et spécification de ses devoirs, du 4^' décembre (767. 

Les Conseiller d'État, Président, vice-Président et Conseiller de 
Régence à Montbéliard pour son Altesse sérénissime Monseigneur le 
duc régnant de Wurtemberg déclarant à tous ceux qu'il apartiondra, 
que, pour le maintien du bon ordre et de la tranquilité publique, ils 
auroient nommé et institué, ainsi qu'ils nomment et instituent par 
les présentes jusqu'à bon vouloir et autre disposition, Marum Kahn, 
Juif d'Horbourg, à l'office de Préposé de la communauté des Juifs aud. 
Horbourg aux honneurs et prérogatives, qui y sont attachées et à 
charge pour lui : 

1. D'être fidèle et attaché au service de la sérénissime Maison de 
Wirlemberg, de faire en toutes occasions son possible, pour avancer 
les intérêts de la sérénissime maison et de détourner son dommage. 

2. Il observera le bon ordre et la tranquilité, sans aucune partialité 
parmi les Juifs à Horbourg, lesquels lui doivent obéir et comparaître 
pardevant lui à sa réquisition, lorsqu'il le jugera convenable pour 
des affaires loyales, seigneuriales ou des affaires des Juifs, même 
sous peine de douze livres d'amende pour cas de désobéissance et de 
plus forte le cas échéant. 

3. il observera la Police particulière parmi la communauté des 
Juifs aud. Horbourg sans passion, inimitié ni partialité et mettra les 
coupables pour de petits cas à l'amende seigneuriale jusqu'à la con- 
currence de six livres, dont il fera état exact à la Recette seigneuriale 
d'Horbourg, et pour des cas graves il en fera son rapport à la Recette 
«eigoeuriale ou au Procureur fiscal pour y prendre le parti, qu'il 
eonviendra. 

4. Comme il y a de ceriains cas d'amendes édictées par le Rabin, 
dont la moitié revient à la sérénissime seigneurie, le Préposé susd. 
y veillera, en lèvera des Extraits en français ou en allemand des 
Prolocoles du Rabin, signé d'icelui et du Protocolliste et les remettra 
à lad. Recette seigneuriale pour en faire entrer le montant, 

5. lise conformera ponctuellement aux ordres royaux et seigneu- 
fiaux qui sont ou seront donnés de lems à autre, il publiera à la 
communauté des Juifs aud. Horbourg ceux, dont il sera chargé et 
tiendra la main à Texécution d'iceux, en faisant son Rapport fidèle à 



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128 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la Recette seigneuriale d'Horbourg ou au Procureur fiscal de la sei- 
gasurie contre les contrevenants et contre tous ceuxdes Juifs qui 
sont dans le cas amendable, pour y prendre tel parti qu'il apar- 
tiendra, sans rien receler, ni entrer dans aucun accomodement de 
son chef, à peine d*en être responsable eu sou propre et privé nom. 

6. Si des Juifs étrangers venoient à se glisser et introduire à Hor- 
bourg, sans avoir été reçus de la sérénissitne seigneurie, sous pré- 
texte d'être précepteurs, domestiques ou autres, le Préposé susd. les 
fera sortir de suite du village, en faisant défenses aux Juifs du lieu 
de leur donner retraite sous peine de cinquante livres d'amende et 
en cas de désobéissance il en fera son rapport à la Recette seigneu- 
riale d'Horbourg pour y faire remédier. 

7. Il ne souffrira aucunes noces de Juifs, soit de ceux du lieu, soit 
des Juifs étrangers, sans en avoir obtenu au préalable la permission 
de la Recette seigneuriale d'HorbDurg, sous peine de ciuquante 
livres d'amende contre cbaque contrevenant et de plus fortes le cas 
échéaut. En cas de contravention il en fera son rapport sur le 
champ à lad. Recette seigneuriale pour y faire prendre tel parti, 
qu'il conviendra. 

8. Si l'un ou Taulre des Juifs domiciliés à Hoibourg vouloit quitter 
ce village, pour s'établir ailleurs dans le Royaume, le Préposé susd. 
doit faire son rapport à tems à lad. Recette seigneuriale, pour pré- 
veuir la perte des droits seigneuriaux annuels, et s'il en sortait pour 
s'établir hors du Royaume, ou que des Juifs étrangers ayant à re- 
cueillir quelque héritage à Horbourg, il en fera de même incessament 
son rapport à lad. recette seigneuriale et veillera à ce que le droit 
d'Emigration revenant à la sérénissime seigneurie en pareils cas ne 
lui soit enlevé. 

De tout quoi led. Marum Kahn prêtera serment pardevant le Juge 
de Horbourg entre les mains d'un Rabin. En témoignage de quoi les 
préseules ont été expédiées sous le sceau de la chancellerie et la 
signature d'un secrétaire. En conseil à Monlbéliard le premier Dé- 
cembre mil sept cent soixante-sept. 

Par ordre : 

Du Vebnoy. 

L'an mil sept cent soixante-sept le dix décembre par devant nous 
François Demougé Bailli des Comté de Horbourg et seigneurie de 
Riquewihr est comparu Marum Kahn Juif demeurant à Horbourg 
lequel a prêté entre les mains de Salomon Wahl Juif d'Herrlisheim 
commis Rabin en notre présence le serment de Préposé des Juifs 
d*Horbourg à lui enjoint par les Instructions d'autre part dont nous 
lui avons donné acte et dressé le présent Procès- Verbal pour servir 
et valoir ainsi que de raison et a le d. commis Rabin signé avec nous 
fait le jour et an que d'autre part 

Sallamon Yahl, commis Rabin. Dbmouob. 

Ârch. dép. de Golmar, B. 445. 



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LES JUIFS DE HORBOUUG 129 

XII. 

Le 4 |c décembre 4773. 

A Nosseigneurs les vice président et conseillers de la régence de son 
altesse sei'enissime Monseigneur le Duc Régnant de Wurtemberg 
establie à A ontbéliard. 

Supplieol très humblement les Juifs de la communauté de cette 
nalion à H. disant que pour obtenir de votre auihorité la permission 
de construire une sinagogue au dit H., ils auraient joint à la requête 
qu'ils ont eu Thonneur do vous présenter la requête addressé à M. Néef 
procureur général au conseil souverain d'Alsace ainsi que son décret de 
permission, comme les su pliants ont un besoin des plus essentiels d'à* 
voir laditle requête et décret pour obtenir de leur Rabbin la permission 
de quêter dans la province pour leur aider et subvenir aux frais de la 
construction de la ditte sinagogue sans laquelle requetle et décret le 
dit Rabbin leur refuse cetie permission, les suppliants espèrent que 
vous trouverez d*autant moius de difficulté de la leur faire remettre une 
coppie duemeut coUationée au sieur receveur Rosé dans ces circon- 
siauces,ils ont Thonneur de vous présenter leur très humble requête. 

Ce considéré Nosseigneurs vu ce que dessus, il vous plaise ordonner 
que la ditte requête au bas de laquelle se trouve le décret de Mon- 
sieur Néef, procureur General au Conseil Souverain d'Alsace, qu ils 
ont joiiU à leur requête présentée à Teffet d'obtenir la permission de 
bâtir une sinagogue leur soit renvoyée pour s'en servir en cas de 
besoin aux offres qu'ils font d'en donner une copie duemenl coUa- 
tioDuée ou sieur receveur Rosé s'il est nécessaire et ferez grâce. 

- Y^ "^''^'3 "^2 ^""'^ TMMv — .'prs bNDi na cioi" — -b^D-i 

.n^N — -IT^a -la iN^D-»b 

Arch. Nat. K. 2362. ' 

Xlll. 

Proeés-verbal. 

Heute den II. Tag des S*®» Monals im 2-Jahr der franzôsischen 
Republik habeu wir maire und muuicipalbeamten der Gemein 
Horburg zufolg eiues arrêté des Volksrepràsentanlen bey der 
Rbeinarmee vom 47. Brumaire die gûldenen und silbernen Geiâss in 
der Judenschul allhier aufgenommen um dasselbe auf den Altar 
des Vatcrlands zu legen und bcfiiidet sich demnach also wie folgt : 

an hariem Silber 43 lolh 1 achtel. 

an Spilzen weiss und gelb *3 — 7 — 

an geslicklBm Silber weiss uud gelb . 48 — 4 — 
Woiùber gegenwûrliger Procès verbal aufgeselzt. 
Aclum Horburg wie obgemclt. 

Obbeght, maire. Sigkl Midglid, Mathias Ittel, Procurer. 
Joh. WOLFFENSBERGKR, secrét i greffier. 
L. 645. Arch. dép. de Colmar. 

T XLVIII. .M" P5 



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NOTES ET MÉLANGES 



NOTES EXÉGÉTIQUES 



I. Amos, VI, 1, bt Habàcouc, III, 14. 

M. Halévy (Revue sémitique, XI, p, 110) a proposé de cor- 
riger, dans bvmr rT»a Dnb >»ai tman r'^oan ''apD, le mot "^apD en 
nap? et de ponctuer T»bi. Le sens ainsi obtenu : a Prononcez (le 
nom des) peuples principaux et rendez-vous auprès d'eux, ô (gens 
de la) maison d'Israël » s'accorde très bien avec le contexte. 
Toutefois la traduction de rrmvn par a principaux » est un peu 
forcée, et le mot lui-môme parait inutile. Nous serions portés à 
changera notre tourn-nDînen -noén ou ©fin, et adonner à Texpres- 
sioa vstn ap3 le sens de iDtn feras t dénombrer, énumérer, men- 
tionner ». De la sorte l'interprétation donnée par M. Halévy 
serait tout à fait satisfaisante*. Le sens primitif de apD parait 
analogue à celui de nDT. 

Peut-être dans Habacouc, m, 14, le mot vr® ©«n va^a nap: 
doit-il être expliqué de la même façon, et l'on traduirait : a Tu 
as énuméré par tribus les chefs (des méchants) », c'est-à-dire tu 
les surveilles (quand ils viennent m'attaquer). Le texte parait 
d'ailleurs altéré, et on pourrait lire ag? au lieu de napî. Le verset 
signifierait : « Les chefs (des méchants) se sont dénombrés par 
tribus », c'est-à-dire, ils se sont réunis (pour m'attaquer). 

II. JoB, XI, 3, ET XLI, 4. 

Dans le verset luîntr d"»ntt ^{•«la (Job, xi, 3) le mot la est inter- 
prété par a mensonges » ; dans un autre verset, qui lui res- 

^ Il faudrait aussi changer D^lb en Û^bM. 



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^OTBS ET BIÉLANGES 131 

semble beaucoup, ma ©"^^^n» «b (iô., xli, 4), on traduit via « ses 
membres ». 11 semble que le mot na devrait avoir le même sens 
dans les deux passages. L'explication courante du premier ver- 
set est d'ailleurs assez douteuse, parce que le verbe «D'^nnïi n'est 
d'ordinaire pas transitif, soit que l'on traduise : « Tes mensonges 
feront taire les hommes », ou « les hommes tairont tes mensonges ». 
Dans le second passage, je ne tairai pas ses membres est une 
façon de parler aussi singulière en hébreu qu'en français. 
Nous serions porté à voir dans l'un et l'autre endroit, non 
pas le substantif 13^ mais une altération de ">na^ particule com- 
posée de a et de "^n. Le sens que l'on trouve pour cette particule 
dans Job même (xxxix, 25) : rwrr n^»"^ ^dto "^la, ainsi que dans 
Jérémie (li, 58) et Habacouc (ii, 13), p->n "^na, ©« "^la et dans Na- 
houm (ir, 13) : rm^ia "^na, nous parait s'adapter fort bien aux deux 
. passages en question. Le premier verset signifie : « A cause de 

I toi les hommes se tairont », et le second : « je ne me tairai pas 

f en ce qui' le concerne ». Peut-être aurait-on dû ponctuer i^na . 

Le mot na ne signifiant pas mensonges dans Job, xi, 3, cette ac- 
ception devient douteuse dans via p «b (Is., xvi, 6 = Jér., xlvhi, 
SOV Là on doit probablement s'en tenir au sens de faux pro- 
phètes; cf. Is., xLVi, 25. Il est difficile de penser à ">nsi. On pour- 
rait plutôt y penser dans nsnnn bi»u) •♦na (Job, xvii, 16), et 
également dans m» msa m^ ba»*^ rr\y "^la bafii'^ (î'ô., xviii, 13). 
Malheureusement ce dernier verset reste encore très obscur. 



. III. DiTTOaRAPHIES VERTICALES : EzÉCHIEL, II, 18 ; 

VII, 13; XXI, 27; Daniel, iv, 32; v, 16. 

Le livre d'Ezéchiel nous a déjà fourni plusieurs exemples de 
dittographies verticales. En voici trois autres : Dans la phrase 
i^iïî'^ "ûv^a 3h2)n «nn (m, 8), le mot yu5n semble superflu, cf. v. 19, 
i^Tû'' i5va Nin. l^e mot peut venir de 3^n, qui est au-dessous. 

Dans VII, 13, le mot innn a été changé en inm sous l'influence 
/^^ lettres ptn, placées à la ligne suivante (la phrase même "«a 
^-^%an ba ^ \ym doit être une répétition des mêmes mots au v. 12 
c^tx au V. 14). Les mots anu)'» «b après MDn^an viennent de an©"^ «b au- 
aessus ; et la ressemblance du groupes de lettres û'^'^na nvn yw> «b 
^'VGc celui de in'^n i3Va ©"^i permet de supposer d'autres altéra- 
tions analogues, qui ont rendu le verset tout à fait inintelligible. 
^xi,27, les mots D"na Dwb dans la première partie du verset sont 
^tte anticipation fautive des mêmes mots dans la seconde partie '.. 



Cet exemple nous a été signalé par M. Libefi 



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132 REVUE DÉS ÉTUDES JUIVES 

Dans Daniel, iv, 32, les mots «jnx ■'n»*n, après qu'il a été ques- 
tion des habitants de la terre au commencement du verset, sont 
superflus. Ce n'est sans doute qu'une répétition fautive de "^-isn 
ÉO^-«t, qui est au-dessus. 

/ô., v, 16, les exégètes remarquent qu'il devrait y avoir I'»nbn 
niCDttb, au lieu de nias^b l"»ncD. Le copiste a dû être égaré par 
les mots KnVtt msD de la ligne précédente * . 

Maykr Lambert. 



DU SENS DE DIÛ^J DANS JM TALMUD BABYLONIEN 

iGUITTIN, 43 dj 

A propos de la règle édictée dans la Mischna, Guiltin, iv, 6 : 
« Si quelqu'un vend un esclave à un non-juif ou hors du pays, 
l'esclave devient libre », le Talmud {OuUliti, 43 b) cite la ba'raïta 
suivante : « Si quelqu'un a emprunté de l'argent à un non-juif 
et lui a donné en gage son esclave, («i*» iditdd "«nDs ib ytotd "[vs 
nTTTib) cet esclave devient libre dès que le non-juif a accompli à 
son égard le 017:3. » Le sens exact de cette phrase n'est pas clair, 
à cause du mot étranger oitt3. La comparaison de la baraïta avec 
la Mischna nous apprend immédiatement que dans la première 
l'esclave est remis au non-juif à titre de garantie, et que le 
créancier, le non-juif, a accompli à son égard un acte qui, comme 
l'achat, le fait entrer en sa possession. Dans le Talmud même, 
les Amoréens babyloniens expliquent de deux façons ce mot étran- 
ger. R. Houna b. Yehouda croit que oitdd signifie •'ptDD, mot qui, 
d'après Raschi, désignerait un sceau, la marque distinctive de 
l'esclave; d'après Kohut (/lr?rc//, V, 395a), oits serait un bra- 
celet. Par contre, K. Sc!ié<cîiut explique ce mot par ^73T, temps 
fixé pour l'échéance, en opposant à R. Houna une baraïta dans 
laquelle ce môme 0V2^ ne saurait être un sceau : mn'«Drm l^O'^nOT 
1? T\^y^ ">D by t)» bîntt)"'b inra p«)73© "•idst ma» ^na •»o'»nxi 
.niD3^rr l^: rmao ioi)d3 « Les fermiers qui reçoivent comme ré- 

> M. Israël Lévi nous çignale encore les versets : Daniel, i, 10 : DK Î1553 niDfi< 
DD-»:d n« nfcn-' nwb T:;» DD'»n«73 ^\»^ DD^D^TS, où le second no» pour- 
rait Ôlre une répétilion du premier, et Ezéchiel, xvii, 5 : Vn^H 3^1T?t3 np"^! 

D'^an tï'^'D by np 3>"it mioa •jnsn"'') yn^n. np n'est pas dans la Sepume 

et Corniil y voit um diUj^;aphie. Mais la distance cuire les mots semblables n'ett 
pas tout à fait (Var.o ligne. 



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NOTES ET MÉLANGES m 

compense une partie déterminée de la récolte et ceux qui ne rap- 
portent au loueur qu'une partie fixe de la récolle, les fermiers 
héréditaires et celui à qui un non-juif a engagé son champ, quoique 
ce dernier ait accompli le oi)3D, tous sont exempts des dîmes lévi- 
tiques. » Dans ce passage il s'agit, comme pour l'esclave, d'un 
bien mis- en gage , et le 0V2^ a pour but, ici comme là-bas, de 
rendre le créancier, qui est ici un Juif, propriétaire du champ. 
L'impression que laissent ces passages est que les Amoréens ba- 
byloniens n'expliquent pas le mot lui-môme, qu'ils ont dû con- 
naître, avec l'acception de vôixo;. par la Mischna Guillia, vi, 5, 
et d'autres exemples, mais qu'ils expliquent la procédure légale 
désignée d'une manière vague par ce mot. Les lexicographes ne 
semblent pas plus avancés que le Talmud dans les explications 
qu'ils donnent de oi)3D. Levy (N,H,W.B,, III, 400 &) le traduit 
comme si c'était •^îaiD, ulcère, marque visible sur le corps des 
esclaves; Kohut (/4rwc/?, V, 346ô) et Krauss (Lehnwôrter, l], 
360 a) l'expliquent par procédure; Perles { MonaisschrlfL , 
XXXVII, 370) dit que on^D appliqué à l'esclave serait l'abréviation 
de mamimissiOy mise en liberté, tandis que ditdd appliqué à un 
champ serait la corruption de 01»"»^, tï|xo;, évaluation. 

Il est hors de doute que non seulement le mot tel qu'il est écrit 
paraît être identique à DiTa-^s, loi, mais que toute la locution ms^ 
i5'iî3'»D ib peut être considérée comme l'équivalent de celle qui se 
trouve dans la Mischna Ouillin^ m, 5, avec le même sens. Là le 
mari donne un mandat à des personnes au sujet de sa femme en 
disant : "«linD rrb no^ ditd'^sd rrb y^y rriD^ns rrinao « Rendez-la libre, 
entretenez -la, agissez envers elle suivant la loi, comme il con- 
vient », ou comme dans la baraïta citée à ce propos dans Guiliin, 
65 &, ^-^ixnD nb 110^ OTO-^SD nb ys^y nnD rh y^y « Agissez envers 
elle selon la règle, selon la loi, comme il convient. » Si l'on 
rapproche les expressions synonymes, il en résulte avec évi- 
dence que le sens de dits-^d est « usage, loi ». Mais, outre que 
dans le texte qui nous occupe il n'y a pas oi)3'»:d, qui indi- 
querait une loi du pays ou un usage dominant, mais noiTD'^î 
qui paraît désigner un procédé particulier, on trouve dans le 
récit parallèle touchant le champ .engagé [Tos. Teronmot, ii, 
11, manuscrit d'Erfurt) : rvhy ■^o'iîas ib ir^y^ ^^ b^ Bj:*, ce oui 
semble prouver que di^d désigne une chose faite à propos du 
champ, comme un acte ou quelque chose de semblable dans 
le domaine de la procédure. De môme, dans le récit parallèle 
touchant l'esclave hypothéqué, Tos. Aboda Zara, m, IG, Ijes pre- 
mières éditions et le manuscrit de Vienne de la Tosefta ont rrD^ 
niD'ras •»'un vb^, comme le texte précédemment cité a un mot 



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134 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Tb:f, qui exclut tout rapprochement avec la phrase nb tiT»3^ 
0iî3"^35. Ajoutez â cela que les textes du Talmud babylonien, 
Guittin, 43 &, diffèrent; dans le manuscrit de Munich et la Tos. 
Teroumot, on lit •»oi!a3 ; le manuscrit de Saint-Pétersbourg porte 
D*itô»3 (voir Perles, loc, cit.), les éditions et le manuscrit de la 
Tosefta ont la leçon moT^a au pluriel, de sorte que Tidentité de 
0173^3 et de v<^(jLo; parait douteuse. 

La valeur juridique de la procédure désignée ici par otttî est 
assez manifeste. Tant Tesclave que le champ sont mis entre les 
mains du créancier, comme gages du prêt d'argent; car du fait 
que l'hypothèque d'un champ appartenant à un non-juif se trouve 
discutée en môme temps que les différents modes de location â un 
Juif, il résulte que le champ doit être la possession du Juif. Cela 
est d'autant plus certain qu'à ce propos est débattue la question 
de savoir si le Juif est obligé de s'acquitter des dîmes lévitîques. 
Le D'173'^3 qui s'ajoute à l'hypothèque vient, comme le montre le 
*>t by 6]» de la phrase ^by *idi)33 ib i^^td «^d by 8|n, renforcer les 
droits du créancier, qui est en possession du gage tant que la 
dette n'a pas été payée. D'autre part, ditdd ne saurait vouloir dire 
que le détenteur du champ en devient le propriétaire, car alors 
on ne l'assimilerait pas à un fermier et il ne saurait être exempté 
des dîmes lévitiques. Comme le créancier qui détient un champ 
en gage se distingue du fermier en un point important, à savoir 
qu'il garde tout le produit pour lui, sans donner aucune part au 
débiteur, et que cependant la baraïta Fassimile à un fermier et 
pose la question de savoir s'il doit payer la dime ou non, il faut 
nécessairement que le créancier ait acquis tous les droits sur la 
récolte du champ qui lui est engagé, et on?33 pourrait alors dési- 
gner l'entente survenue à cet égard entre créancier et débiteur. 
Cette explication pourrait aussi convenir au cas de l'esclave donné 
en gage qui se trouve à ce titre dans la maison du créancier, mais 
bien entendu ne devient pas sa propriété. De quelle façon était 
réglé le travail de l'esclave? C'est justement le Dn)33 qui régle- 
mentait cette question de jouissance. 

La logique voudrait que le 01)33, qui ne fait pas du créancier 
juif le propriétaire du champ hypothéqué, ni ne l'oblige à donner 
la dîme, ne rendit pas davantage le créancier païen possesseur 
de Tesclave, ni ne fît affranchir celui-ci hors de la vente, tandis 
que la baraïta dit explicitement : le 01733 libère Tesclave. Cela tient 
à ce que le Juif qui remet son esclave entre les mains d'un non- 
juif est toujours puni par les lois rabbiniques du !!• siècle : 
d'abord son esclave bénéficie de la liberté, puis lui-môme se voit 
obligé de payer à son prêteur des dommages-intérêts {Dabli 



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NOTES ET MÉLANGES 135 

GuUtUh 43 ô, Tos, Aboda Zara, m, 16). Par contre, cette même 
législation cherche par tous les moyens admissibles à procurer 
des faciUtés aux Juifs qui acquièrent des terrains situés en Pales- 
tine et appartenant à des non-juifs : par exemple, par l'exemption 
de la dime lévitique, qui dure jusqu'au moment où il en devient 
propriétaire définitif. Ces différents points de vue se retrouvent 
dans d'autres lois économiques du môme temps et elles expliquent 
les diverses conséquences du Ditt3. Il convient d'observer que le 
sujet de la phrase lv\>y ^rsyty^ ib rn»3> (GuUtin, 43 &; Tos. Aboda 
Zara, m, 16) concernant la mise en gage d'un esclave est donné 
formellement comme étant le créancier non-juif. A propos de la 
mise en gage entre les mains d'un Juif d'une propriété apparte- 
nant à un non-juif, le sujet manque, il est vrai, dans Oiàttin, 43 &, 
mais il est nommé dans la Tos, Teroumot, ii, 11, bvrw^ nb iwy 
"^^y "^DT^s, et c'est le créancier qui est désigné comme auteur du 
5^)33. Que signifie ce mot? 

Dans le code syro-romain datant du v« siècle , et édité par 
Bruns et Sachau {Syr, rôm. Rechtsbuch, Berlin, 1880), on lit 
(P- 29, § 99, de la traduction allemande) : 

« a) Si quelqu'un donne en gage un champ, et si les intéressés 
" ont convenu que le prêteur recevra à titre d'intérêts de son 

* argent le produit du champ, le contrat est valable. 

* ^) Si quelqu'un donne en gage une ânesse ou une jument et 
" î«e les parties ont convenu que la bête travaillera pour le 

* créancier aux lieu et place d'intérêts, au cas où la bête vient à 
^ lettre bas, le petit appartient au débiteur. 

* ^) Si quelqu'un donne en gage un troupeau de moutons ou de 
« chèvres, et que les parties ont convenu que les revenus du 

* TOupeau tiendraient lieu d'intérêts, le contrat est valable. La 

* iaine du troupeau tiendra lieu d'intérêt, et les petits qui sur- 
"^ïBnclront serviront à payer le salaire et la nourriture des 
" P^^res et des chiens de garde. L'accroissement du troupeau 
« servira à compenser les pertes des moutons qui meurent. 

^ ^) Pareillement si quelqu'un donne une esclave en gage et 

* î^ il la remette au créancier à titre de vo(jli^ («^13) pour qu'elle 
« lï*^ Vaille chez lui, son travail devra tenir lieu des intérêts de 
*^^^8ent que son maître a emprunté. Si elle enfante, l'enfant 
« appartiendra à son maître, au débiteur. » 

^^Us y trouvons les deux cas qui nous occupent, la mise en 
gag^ d*un champ ou d'une esclave. Cette dernière se trouve, 
conutxe l'esclave de la baraïta, dans la maison du créancier, 
coiatix^ le champ est en sa possession. Elle y occupe la place d'une 

'^i^'ii dont on peut aisément déterminer le sens. Comme on le 



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m REYUIâ DES ÉTUDES JUIVES 

voit, on s*occupe aussi dans les trois premiers points du para- 
graphe d'autres objets rais en gage, et les conditions légales dans 
lesquelles ils se trouvent à Tégard du possesseur temporaire sont 
les mômes que celles qui concernent Tesclave ; seulement on les 
précise par la convention passée entre le créancier et le débiteur 
qui donne au créancier le droit de jouissance. Cette convention 
portant sur un esclave est désignée par le mot voaiq. Ce mot si- 
gnifie proprement « possession », et le Code remploie aussi ailleurs 
dans ce sens; par exemple, p. 10, §24, il est dit : « Si quel- 
« qu'un écrit en faveur d'une personne une owpéa ou une xara- 
« ypa<pT^ portant sur un objet, mais ne lui remet pas en môme 
« temps la vo(jly), la Bojpéa n'a aucune valeur. S'il écrit cette Bcoosa 
« en faveur de son fils ou de sa fille, mais ne lui donne pas le voiir^, 
a la 8(oûéa est valable, tant que Tenfant demeure avec son père ; 
« si le bénéficiaire est un étranger, cela n'est pas valable. » De 
là il suit que vofjn^ est la prise de possession, qui rend possible 
la jouissance. De môme, p. 19, § 64 : « Si quelqu'un achète une 
« propnété, un esclave, ou tout autre objet au nom d'un autre, 
a et qu'il possède la vojjliq de l'objet ou de l'esclave acheté et qu'il 
« en use, il ne résultera pour lui aucun dommage du fait que la 
<c xaTaYpa(p7] n'est pas écrite en son nom. Car partout on n'exige 
€ que la vojjlt^, et l'impôt du roi, appelé « annonse », est payé (par 
« le propriétaire). » Ici aussi vofjm^ veut dire « jouissance, pos- 
session réelle » ; pareillement p. 9, § 22; p. 15, §43; p. 20, § 66; 
p. 37, § 120. Ducange est du môme avis (Glnss. grœc, s. v. vsfieiv) : 
vojAYj possessio, voces jurisconsultorum in Basilicis fréquentes ; 
Glossar, grœc, lat. vofjn^, xaTo/vj, possessio. Le mot syriaque É«:nD, 
le mot grec vo|X75, est expliqué de la même façon par Payne- 
Smith {Thesaur.^s. t;., col. 2322) avec cette interprétation plus 
claire et plus explicite : « Apud jurisperitos : usufructus {Anecd. 
Syr.y I, App. 36,57, 41, 44, 45), «-«îon OîoiD usus aquse proirrigandis 
hortis (ibid,, 57). 

Voilà la signification que nous avons trouvée pour 0M2^ de la 
bara'ita ; seulement il ne s'agissait pas de la jouissance môme, 
mais d'une convention sur la jouissance, ou peut-être dun acte la 
concernant. 

Il est difficile de savoir quel était le mot exact, vu le nombre 
des variantes : ontJî, D'i73"«3, '^0'i733, on^rw, d-'DitJS. A vo|x-^ répon- 
drait un autre mot du môme sens et marquant laction véu.7j(xi<;, que 
l'on pourrait retrouver dans d"»Di?:3, corrigé en D"»D"'733. Dans 
0*1)35 môme, ce n'est pas le mot vojjlo; = loi que l'on retrouve, mais 

le mot vofxoç = vofxiq. 

Vienne, 13 mai 1903. A. BUECHLHR. 



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NOTES ET MÉLANGES 137 



DEUX INSCRIPTIONS HÉRR.\ÏQUKS 



1 

Voici une inscriplion hébraïque qui nous rient du Touat, Ksar 

^^s Rormali, dans le Sahara oriental. Elle a été trouvée par 

*'• Gautier, lors de son voyage d'études géographiques dans ce 

^^ys. Elle date du xiv« siècle et se compose de quatre lignes.- 

}^ a été déchiffrée par M. Philippe Berger (séance de TAcadé- 

n^?^ des Inscriptions et Belles -Lettres, le 5 juin dernier), qui en a 

^Posé cette lecture * : 

n3^[3s:a nnaD3i pibn[nT]3 2 

Elle signifierait, d'après le savant professeur du Collège de 
France : 

<. Ceci est le tombeau de Monispa, fille d*Amram, qu'elle repose au 
l'aradis ! 

2. A Zilha'oq (?), et elle est décédée dans les douleurs [le Tenfan- 
tcmeni], 

3. Le samedi vingt en Ab, (mois) qui vient en paix, 

4. Tan 5089 (« 4329). 

Nous ne croyons pas devoir accepter en entier ni cette lecture, 
ni, par conséquent, cette traduction, et voici nos raisons : 

Ligne 1 : il nous semble que la lettre devenue fruste en tête du 
nom propre est, non un ^, mais un n, soit avec la lettre précé- 
dente Tabréviation '173 (pourniîa) « dame », selon l'usage cons- 
tant, pour les stèles de femmes, dans des centaines de textes 
similaires. — L'eulogie finale de cette ligne doit se rapporter 
au dernier nom, à Amram, père de la défunte, non à celle-ci, 
elle indique qu'il était décédé au préalable, car l'eutogie relative à 
la défunte ne serait exprimée qu'après la date de sa mort et après 
le nom du lieu où elle est décédée. Ce nom de lieu, assez bizarre, 
n'est donné par le savant épigraphiste que sous toutes réserves. 

Lignes 2 et 3 : outre que le dernier mot de la ligne 2 et le 
second mot de la ligne 3 sont de tournure suspecte dans cette 

* Compt3S-rendu8 des séances de ceUe Académie, 1903, I, p 23G. 



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laS REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rédaction, il résulte de la vériticatioa du calendrier pour l'an 5089 
que le vingt ■ Âb n*était pas nn samedi, mais un lundi. Il faut 
donc lire différemment ce passage, et, en effet — selon Tidée sug- 
gérée par M. Clermont-Ganneau — on trouve la formule correcte 
dans une inscription de Tan 1154 à Benvento, publiée par As- 
coli*, et qui permet d'établir la lecture suivante : 

(pour 'mscb ^Drrn) ébn a»3 û-'Ta"» fa raoa "^jr^nia... 

Voici, par conséquent, la nouvelle version, que nous pro- 
posons : 

4. C'est la tombe de dame Nespa, fille d'Âmram, qxiHl repose au 
Paradis t 

2. A Zithaloq (V) ; elle est décédée le quatrième jour (mercredi) 

3. de la semaiue, 15^ jour du mois d'Ab, qui sera changé (de Taf- 
fliclion) eu joie, 

4. l'an 5089 (=n juillet 43?9). 

Il n'est pas nécessaire d'expliquer qu'au premier mot de cette 
restitution la seconde lettre effacée n'est pas un it, mais an, et que. 
la dernière lettre n est un "^ épais. 

Au troisième mot, la première lettre, lue à tort y, est un a; en- 
suite il faut lire »•» \ au lieu de n^t. Enfin, la dernière abréviation 
avec le sens que nous avons cru devoir adopter s'adapte mieux au 
mois d'Ab Menahem. 

Ce petit texte confirme l'existence d'une communauté juive dans 
la région du Touat, vers ladite époque. Le fait avait été déjà si- 
gnalé par M. René Basset '. Au siècle suivant, les Juifs y sont 
persécutés, et leurs têtes mises à prix : c'est la fin de leur séjour 
au Touat. 

II 

M. le colonel du génie Allotle de la Fuye a bien voulu nous com- 
muniquer l'estampage d'une autre pierre tombale provenant du 
cimetière de Saïda , l'antique Sidon (Syrie), et appartenant à 
M. Feuardent. 

Elle est ainsi conçue : 

i^pNTra "«Ti "«n t^'^b-'T n©b •^•n '>^^ 2 

' Le texte publié par M. Berger porte le mot impossible D'H^T^? ^ui serait dû à 
une inadvertance du lapicide. 
■ Iserizione inedili^ p. 81, n» 37. 
* Journal asiatique^ 1887, II, p. 323. 



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nfii D-'pn nain 

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Dnb icoT» 
«^'"'D û'^rDsn n'^-'nm 



NOTES ET MÉLANGES 139 

nnn i-^-inm ^^^ ^y\ 6 
nn-^ n5<*a b^^ "«n •••n t 
n-iapsn nass» pnt 8 

nDb73n nnox n-j» il 

-jttJn -j-^aan in n®x 12 

n"n73D nmn bis nbijr 13 

ûv j''abD nâk:n u 

û-»p"»i2sn bs msTi nniDT;» 15 

n-i2S bsTD ûb-'srîb tr'Dab 16 

bibttîi D-'aia D'^'^n msiDi i7 

b^ia ivxb r^a ny 18 



Cette épîtaphe, de date moderne, commence par une curieuse 

série de doléances, en langue araméenne, qui occupent les sept 
premières lignes ; on doit noter en ce qui concerne l'exécution 
matérielle la particularité que les quatre premières lignes ont été 
tracées par le lapicide en relief; il en résulte que plusieurs lettres 
delà ligne 4 sont élimées ou effritées, ce qui rend la lecture un 
peu douteuse. Pour les quatorze lignes suivantes, le lapicide a 
renoncé au tracé en relief et les a exécutées en creux. Les hémis- 
tiches 1-3 riment entre eux, ainsi que les lignes 8 à 11 ; tandis 
, que les quatrains des lignes 4-3 et 6-7 n'ont que trois hémistiches 
ornant ensemble. — Au lieu d'une traduction littérale, voici le 
sens du texte, à partir de la ligne 8 : Cette stèle commémore le 
souvenir d'une vénérable dame, pourvue de toutes les vertus et 
"*^ toutes les qualités, Esther, épouse de feu M. Nathan Farhi, 
décédée le samedi 18 Eloul de l'an 555T (,9 septembre 1*797]. Après 

^ ^^te, suit une prière en quatre lignes, sollicitant la protection 
lyine en faveur des fils de la défunte, en récompense de ses 

^^''ites, a jusqu'au jour de la venue du Messie et de la résurrec- 

"on des morts. Ainsi soit-il. Amen. » 
l^oup fjjjpg rimer le dernier mot de la ligne 15 avec l'abrévia- 

\\0W ftnale de la ligne 18, écrite n-î-^d, le scribe a orthographié 
^«(aide), au lieu de rT)T^. Pour que cette licence fût poétique, il 
- jjdrait qu'elle figurât dans une poésie, ce qui n'est pas le cas. 

Moïsa Schwab. 



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140 REYUB DES ÉTUDES JUIVES 



UN POURIM LOCAL 



Parmi les manuscrits de l'Alliance israélite, dont nous comp- 
tons offrir prochainement le Catalogue aux lecteurs de la Rcvue^ 
se trouve la petite pièce suivante : 

tanp^s &•»!:? t^b'pnrr n:o p"»: '»ûinb n-jr n'»r3b'«Da riTn ûvn û>:ya 

t3-i73N3 bx-iï:"»") î-rnn'» -^np:»!? rr^n o^iiz-n i3b a'on: i*^» nmi mn 
yr\1r:>^ T^^^ï^nb i3-«bj? on "^sa ba lisapsi bxia ûrb i^îî -la-rrt ïit b:^ 
iST'HDnb Tû-iD ribbioi p-^i rrb-^orn ^ina nb-'poa'i ns-'-iOa ism» 
•ri73ipn -^ba isT^n^nb ri)3-»nai q^a i^rr^-iN'O nsT rr^-iDnbT 
ta-'i'Tin nsT^TD T^n :3D'û)3rî '*3a bDi û-'TJn bsn iiDann * nbib 
■i:m» inT^iûT lîm» tanTa^ab i:b mb'^-'n inb-:: -i-'J't: û"«'nn'«nn lini» 
un ■•sa bï5 ta^^Tïi -ia:?o ij^ D^t)'» 'a i» 'a ta-^ïoisn û'^-nn"«n -j'^ra 
ta'^DbNb nain (i;TûDn2i nnon i3b nnD3 noD bï5 'i Nnna 'a arai 
na-^ma» r-n^Ta p-i irm^îa rr^n «b !-iti n«T nn-^n ■»""»73 "•d r-nN^bi 
'T bsi D-^Ti ûtib rr'rr^ «b isa-^n "^d ta-'DiapT û'^tû ""p^v tniDTai 
rT«n ï-im-nb irDTODi -i:>ssn b-na "^ssa n?ib i3b («>) ïT»n noD b'jD û-'t:'' 
bi^abj^ nnna'ûn -i'^'»3 -i-^-ûbi bins bbnb •»,3-«bj? isbap pb-i nntî'wb 13b 
bbnb rrmnb mmin bs rjio i:? n^r-iT by^ i^-'b^r nsbapi m^bcsm 03n 

.nbo b-nan '^iDcb 

La copie est belle d'aspect, exécutée en caractères carrés cal- 
ligraphiés, mais l'orthographe et la langue laissent à désirer*. 
La vocalisation laisse encore plus à désirer : elle a été mise 
par un homme peu au courant de la grammaire, confondant le 
Mmeç avec le patah, le cèrè avec le séçol, le schewa Sivec le 
cèrè. 

Mais le contenu de cette page est intéressant. Après la formule 
initiale, qui est une action de grâces imitée de l'introduction à la 
prière de Hanouccaet de Pourim, il est raconté que, le 13 Nissan 
5531 (28 marsmi), des gens malveillants répandirent devant la 
porte du quartier juif (ïib''D73ïi) de faux bruits, d*après lesquels les 
Juifs auraient m.édit de la religion du pays ; calomnies qu'on 

* Avec ?l au lieu de 6^. 

• Nous mêlions cnlre[ ] les lellrcs à ajouter, cl entre ( ) les lettres à supprimer. 



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NOTES ET MELAiNGES l'.l 

inventa pour tomber sur eux en masse, les massacrer, les brûler 
ou les lapider dans leur quartier. Grâce aux bonnes dispositions 
du gouverneur (li^an) et des « gens de justice », les Juifs de la 
ville (voisine?) obtinrent renvoi de troupes chargées de veiller 
sur eux et de les protéger contre les attaques des Chamites (-«aa 
un). Jusqu'à ce que la fureur de ces derniers fût apaisée, les Juifs 
citadins gardèrent les vignerons (?û''»")Dn), cela durant deux ou 
trois jours. Après quoi, le quatrième jour de Pàqûe, la porte du 
quartier juif fut de nouveau ouverte, tout danger ayant disparu. 
— Pour commémorer Theureuse délivrance, a été instituée la pré- 
sente solennité. 

La date est nettement indiquée; mais on regrette Fabsence du 
nom de lieu où ces faits se sont passés. Ce n'est là aucun des 
Pourim locaux, dont la liste a ëté dressée par Simonsen » pour 
compléter celle de Zunz {Riftis, 127-9), par Kaufmann», par G.-H. 
Marguliès » et par la Revue des Écoles de C Alliance israélite 
(1,148-152 et 211-215). 

En Tabsence du nom de lieu, les termes du texte peuvent servir 
à circonscrire le champ des hypothèses : \^ Le mot nb-'O» a bien 
le sens de « carrière», nom porté par les juiveries ducomtat Ve- 
naissin; mais il est évident que nous ne sommes pas en pays 
cliréiien. C'est donc le quartier juif. — 2»» Les Dn '^53 qui s'as- 
semblent pour se jeter sur les Juifs sans défense, sont évidem- 
ment des Orientaux. 11 ne peut s'agir ni des Turcs, ni des Arabes 
deTAsie ; car l'auteur du récit les aurait appelés û'^bxwo"', Ismaé- 
lites, Musulmans. Les « Chamites » sont, en général, des Afri- 
cains, en particulier ceux de l'Ouest ou des Berbères. — 3«> Le 
X^yn nommé ici n'est pas un a évéque » (selon la signification 
fréquente de ce mot), mais un « gouverneur » assisté de grands 
personnages {ù^'ito) et de magistrats, tDDttJ^a 'a, probablement des 
Cadis. 

Ces diverses circonstances permettent-elles de supposer que 
ces événements se sont passés au Maroc ? Il y a de quoi hésiter, 
en présence de l'affirmation donnée par D. Kaufmann (jKerw^, 
XXXVII, 120), que les Juifs de ce pays jouirent du repos durant 
quarante ans, de 1750 à 1790, y compris donc l'an 1771. 

Moïse Schwab. 



' MoHa(uch,ift, XXXVIII, 52i-7. 

^ Revu$, XXXII, 129-30. 

> J.Q.li., ViU, 1896, p. 274-9, avec remarques de D. KaufmanD, ihid,, 511-2. 



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142 REVUE DES ÉTUDES JUtVES 

NOTES SUR LES JUIFS D'ESPAGNE 

LES JUIFS DE BARCELONE 



La vieille communauté juive de Barcelone, qui fut si florissante 
aux xiu® et xiv« siècles et qui produisit tant de rabbins, de savants 
et de poètes remarquables, était relativement peu importante au 
milieu du xi® siècle. C'est ce qui résulte d'un document que le 
P. Fidel Fita a publié récemment*, et qui est d'autant plus inté- 
ressant qu'il contient une liste des Juifs qui demeuraient à cette 
époque ancienne dans la capitale de la Catalogne. 

A la mort du comte Ramon Berenguer de Barcelone, des dis- 
sensions surgirent, au sujet de sa succession, entre ses deux fils, 
Ramon Berenguer II et Berenguer ftamon II. Les deux préten- 
dants au trône convinrent, le H mai 1019, qu'à tour de rôle l'un 
des deux frères habiterait, chaque année, depuis le huitième jour 
de la Pentecôte jusqu'au huitième jour avant Noël, dans le palais 
de Barcelone, et que, pendant ce temps, l'autre demeurerait dans 
le château appelé Castello del Puerto, situé sur le versant du Mon- 
juic. Le Castillo del Puerto, ou Vieux-Château, se trouvait, en 
face de la côte de la mer, sur le versant du Monjuic, ou Mons 
judaicus, ainsi appelé parce qu'une partie de cette montagne ser- 
vait, de toute antiquité, de cimetière aux Juifs. Quelques Juifs y 
avaient aussi des terres et des vignes. Les possessions, situées en 
cet endroit, d'un Juif, nommé Isaac, fils de Gento, qui avait eu 
des relations adultères avec une femme chrétienne du vivant de 
son mari, tombèrent, comme amende, entre les mains du comte, 
qui les vendit en 1023 avec d'autres terres lui appartenant *. Le 
Château-Neuf, ou palais de Barcelone, se trouvait dans le voisi- 
nage immédiat de la Calle ou Juderia, la Calle de l'Obispo d'au- 
jourd'hui. C'est là qu'étaient situées les maisons et possessions 
du juif Bonisac. Les familles juives qui vivaient à Barcelone en 
1079, au nombre de quarante, furent, conformément au traité, 
réparties par moitié entre les deux frères, sinon comme esclaves, 
du moins comme protégées et partant comme soumises à l'impôt. 

' Soletin d« la r. Aeademia de la Hittoria^ XLIII, dySl et suiv. 

* lbid,y XLIII, .*$49 : Âccidit etiam uni hebraeorum, cui nomen Ysaac filio genlo 
hebrei, adulterium exercera cum quadam christiana babente Tiro superetile ; pro quo 
advenil nobia. 



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iNOTES ET MÉLANGES 



143 



Les Juifs attribués, comme soumis à Timpôt ou comme Rehenes, 
comme otages, au Château-Neuf, sont les suivants : 



1. Mosse Juahan(an)o. 

2. Salamon Barôni. 

3. Abraham Cavaler. 

4. Genato cum suos fratres {sic). 

5. Ruben major. 

6. Esdra Salamonis, gêner De- 

denato. 

7. Salamon Berlesma. 

8. Dedenad Bonempor Castro. 

9. Messe Nassent Benvenist, fl- 

lium Vives Poe. 

10. Juda Sartor. 

11. Yîves Bochadesca. 



12. Jucef Bonavida, filius Isaac 

Sutor. 

13. Bonnom Enespia. 

14. Vives Belid. 

15. Vidal, filium Barchinona. 

16. Bonisac, filium Barzele ore- 

ved. 

17. Davim, fllium Mair. 

18. Isac Abram. 

19. Cinfa femina vîdua, mulier 

de Barzele. 

20. Alia . vidua, mulier Benve- 

nist. 



Au Vieux-Château sont attribués 



Bonet Benvenist. 

Samuel Bonassol. 

Abraam Batentrot. 

David cum filio suo Juda. 

Jucef Bonavida. 

Sento Vives. 

Gento Belid, filio Ruben. 

Abraam cum suo fratre Vi- 
ves, filio de Jucef. 

Anacaz, mulier qui fuit Isac. 

Ulemborsa, mulier de Jucef 
Lubricato. 



Nous allons essayer d'expliquer quelque noms qui figurent dans 
ce document, autant que permet de le faire l'orthographe 
inexacte et fautive de celui-ci. Abraham est écrit Abram (18), 
Abraam (33, 38), Ahbraam (21). 

Anacaz provient difficilement àep^y ; peut-être Annaca = Anna* 

Baroni = iina ; voir Revoie des Éludes juives, IV, 69. 

Barzele (16, 19) =:Barselay ou Barsilaï; voir Revue, IV, 69 ; 

Barzele oreved, cast. « orebec », « orifice » : orfèvre. 
Benvenist. Ancienne famille très répandue en Catalogne et en 

Aragon, féconde en hommes considérés et en savants. Déjà 



21. Ahbraam Gros. 


31. 


22. Bonisac, frater Salamonis. 


32. 


23. Isac Mancip. 


33. 


24. Benjamin. 


34. 


25. Buben Boc et Salamonen fi- 


35. 


lio suo. 


36. 


26. Ab {sic) cum suo filio Sala- 


37. 


mon. 


38. 


27. Cimento Be(n)venist. 




28. Raz {sic) Salamon, filium 


39. 


Dedenad. 


40. 


29. Bonavida. 


. 


30. Bonisac, avunculus Mosse. 





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l'i'i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dans Tacte d'achat du comte Berenguer de l'année 1023 il est 
fait mention des terres et des vigne d'un Benevenisti hebreus 
de Barcelone [Doletin, loc^ cil. 549). Mosse Nassent Benve- 
nist {0) est probablement Nassi B. ; le premier mot, Mosse, 
n'est pas Woïso, mais, comme au numéro 1, le mot catalan 
o Mosse » = Monsieur, employé pour Don. 

Bonet — nrû bTî3 ; voir Zunz, GesammeUe Schriflai II, 26. 

Donempor (8), faute pour Bonsenyor? 

Belid (14, 37), d après F. Fita, diminutif de Bellido, gracieux. 

Cara/cr v3), Cavalero; un Abraham Cavalero vivait en 12'73 à 
Barcelone, voir Jacobs, Sources^ n^ G96. 

Cimento (27), espagnol : ciment, 

Cinfa (19j =«d»"»>:; la femme de D. David Negro, s'appelait 
Cinfa, voir Mendes dosRemedios, Os JuHeus em Portugal^ 
p. 198 et suiv. 

Dedoial (6), Dedenad (8, 28) est considéré par F. Fita comme 
étant Natanael, le français Dieudonné. En 1092, Jticcfhehrco, 
de D. nmt, vendit un vignoble à Barria, en Catalogne 

Enespia (13) =En-Espia; Espia est, en Espagne, un sobriquet 
api)liqné aux personnes très maigres. 

Ge)ito, Gnil/o, Jeuio, nom qui revient souvent en Aragon, en Ca- 
talogue et en Navarre ; il correspond à mû "jn, comme Senio 
est l'ormé sur 3i:ûûo. 

MiàrWl) « En Tiempo del Gonde I). Raymund Berenguer el pri- 
mero y aun en el del Conde Don Borrel se haze mencion de 
ciertos campos de un llebreo llamado Magir ya difunto ». 
C. Diago, IJisioria de los aniiguos Condes de Barcelona 
[Barcelone, 1603], p. 10 a). Nous supposons que ce Magir 
est le Mair = Méir (17), qui est le père de Davim, c'est-à- 
dire David. 

Pour Boc (25), Bochadesca (11), Poe (9) ==: Boc, Baz (28 = 
Rab?), Ulembrosa (40), nous n'avons pas d'explication. Batentrot 
(33) et Lubricato (40) sont des noms géographiques. Juda (10) est 
nommé, d'après sa profession, « Sartor», tailleur, et Isaac (12) 
« Sutor », cordonnier. 

M. Kayseruno. 



Le (Itérant : 
IbRAEL LÊVI. 



VimiPAILLES, IMPRIMERIES CUIiP, 59, nUB UUPLESSIS. 



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Tarif des annonces : 30 fr. par page. Pour traiter, s'a- 
dresser à M. Cerf, imprimeur, 59, rue Duplessis, Versailles, 
ou 12, rue Sainte-Anne, Paris, et à la librairie Durlacher, 
83 bis, rue Lafayette, Paris. 



VIENT DE Paraître chez ernest leroux, éditeur 

28, RUE BONAPARTE, PARIS (Vi*) 

ŒUVRES COMPLÈTES m FLAVIUS JOSÈPHE 

TRADUITES EN FRANÇAIS 
SOUS LA DIRECTION DE THÉODORE REINACH 

TOME SEPTIÈME (l^*" Fascicule) 

DE L'ANCIENNETE DU PEUPLE JUIF 

(CONTRE APION) 

Traduction de Léon BLUM 

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Prix 3 fr. 50 

Pour les Sociétaires qui en feront la demande au Trésorier. 
17, rue Saint-Georges : 2 fr. 50. 



VmNT DE PARAITRE A LA LIBRAIRIE DURLACHER 

RÉPERTOIRE 

DES 

ARTICLES D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE JUIVES 

PARUS DANS LES PERIODIQUES DE 178;î A IWO (v+304 p.) 
Par Moïse SCHW^AB 

SUPPLÉMENT — Prix : 9 fr. 



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TABLE DES MATIERES 



REVUE. 



Adler (Elkan N.). Documents sur les Marranes de Portugal et 

d'Espagne sous Philippe IV 1 

Marmier (Général G.). GoatribuUons à la géographie de la Pales- 
Une et des pays voisins [suite) fO 

HiLDENFiNGER (Paulj.Documents relatifs aux Juifs d'Arles [suite). 48 

Krauss (S.). Un allas juif des statues de la Vierge Marie 82 

Bâcher (W.). Élégie d'un poète judéo-persan contemporain de 

la persécution de Schah-Abbas II 94 

GiNSBURGKR ( vî.). Les Juîfs de Horbourg 106 

NOTES ET MÉLANGES. 

Lambert (Mayer). Notes fxégétiques ^ 430 

BuECHLBR (Ad.). Du sens de 017D''3 dans le Talmud babylonien. 4 32 

Schwab (Moïse). L Deux inscriptions hébraïques \'\7 

IL Un Pourim local 4 40 

Katskrling (M.). Notes sur les Juifs d'Espagne. Les Juifs de 

Barcelone 4 42 

ACTES ET CONFÉRENCES 

Assemblée générale du 24 janvier 4 901 i 

Allocution de M. Sylvain Lrvi, président i 

Rapport de M. Schwab, trésorier iv 

Lambkrt (Mayer). Rapport sur les publications de la Société 

pendant Tannée 4 904-4902 vi 

Bloch (Maurice). Conférence sur la société juive en France 

depuis la Révolution xvii 

Procès-verbaux des séances du Conseil xj.vi 



Le no 2 de la Revtie étant épuisé, le t. Il n'est plus vendu sépa- 
rément. 



VERSAILLES, IMPRIMBRÎES fKRF, 59, RUK DUPLKfS'S. 



REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 

1*UBL1CATI0N TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME XL.VIII 



N^ 96 

AVRIL-JUIN 1904 




A LA LIBRAIRIE A. DURLAGHER 

83 àiS^ RUE LAFATBTTB 



Tou.io» 1^» coramunicaiiOQS concernant la Rédaction et VAdminiitratic^n 

doivent être adressées à la Société des Études Juives, 
17, rue Saint-Georges, Paris. 



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La Société des Études Juives, voulant assurer 
aux Rédacteurs de la Revue une pleine liberté 
scientifique y déclare qu'elle n'accepte pàifit la 
responsabilité des articles publiés et qu'elle la laisse 
tout entière aux auteurs. 



Les Collaborateurs de la Revue qui désirent un tirage à pari 
de leurs articles sont priés de s'adresser directement à Vlm^ 
primerie Cerf, à Versailles. 



ÉPHRÂIM BEN SCHEMÀRIA DE FOSTAT 
ET L'ACADÉMIE PALESTINIENNE 



Éphraïm est un des personnages dont l'existence et Timportance 
viennent de nous être révélées par la fameuse Gueniza du Caire, 
dont les trouvailles nous apportent chaque jour de nouveaux ren- 
seignements. A son nom se rattache une série de faits propres à 
jeter une vive lumière sur la situation et la vie intérieure des Juifs 
en Palestine et en Egypte dans la première moitié du xi« siècle, 
de sorte qu'il mérite largement une étude particulière. 

Son père, Schemaria, était originaire de Gaza et est appelé pour 
cette raison •^taV» ou tit^ ». Mais il doit avoir émigré lui-même, 
dans le dernier quart du x« siècle, à Fostât, où Éphraïm l'accom- 
pagna encore enfant, à moins qu'il ne soit né seulement dans cette 
ville. Les deux pays, TÉgypte et la Palestine, étaient alors soumis 
aux khalifes fatimides, et les Juifs jouissaient sous leur gouver- 
nement d'une situation heureuse. Le premier khalife fatimide 
d'Egypte, al-Mo'izz (mort en 973) aurait eu pour conseiller et ami 
Paltiel, connu par la Chronique d'Ahimaaç, et s'il est vrai que 
cette Chronique contient sur ce personnage beaucoup de données 
légendaires, encore est -il que ces informations doivent cacher un 
noyau historique. On peut aussi considérer comme historique le 
renseignement que donne Ahimaaç au même endroit, à savoir 
que c'est Paltiel qui exerça le premier la dignité de Naguid chez 
les Juifs d'Egypte, et que al-Mo*izz lui conféra le gouvernement 
et la direction des Juifs de toutes les parties de son empire*. La 

* Voir Appendice i et la lettre ciiée plus bas, éd. Wertheimer. Remarquons, en 
passant) que le père de Schemaria est appelé dans cette lettre : n'^")730 '3*^1 '")73 
*tthT2H ^PT3^n, ce qui montre que le titre de l'KiblOTl était usité non seulement pour 
des Caralies, mais aussi pour des Rabbanites ; cf. Bevue^ XLVII, 139, note 2. 

* Ceet ce que Kaufmann (2>i« Chronik des Aehimaa*, p. 31, n. 3) a conclu avec 
raison de ces mots d'Ahimaaç (dans Neubauer, Mediaeval Jewish CkrontcUs^ Uy 

129, i. 2) : D'^'^-inî anx ly û^-'ïanx n[-.]Dbî373n .û-^nssî: msb72a la-^bï^n^ 

ObttlT» iy bî^TÛ"^ y^H bsai. Paltiel er.t désigné quelquefois comme T^aS par 
Aiiimaaç (p. 12o, l. 26; p. 129, l. 9; p. 131, l. 1). Les indications de Neubauer 
i/. Q. B.f Vlll, 551) sur l'origine de la dignité de Naguid auraient besoin maintenant 
d'6tre rectifiées. Sur un médecin juif de al-MoMzz, nommé Moïse b. Blazflr) v. Stein- 
Schneider, Die aràb, Literaiur d. Juden^ § 55. 

T. XLVIII, «• M. _Mm fIJMj _ 10 




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m REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Palestine est plusieurs fois citée au nombre de ces provinces 
de l'empire, et il est raconté, entre autres choses, que PaUiel fut 
enterré par son fils Samuel à Jérusalem*. Du flls de al-Mo'izz, al- 
*Aziz, qui régna de 915 à 996, on dit qu'il avait favorisé les Juifs 
et les Chrétiens plus qu'on n'y était habitué en Egypte*. Un redou- 
table changement se produisit quand le dément al-Hàkim (qui 
régna de 996 à 1021) monta sur le trône des Fatimides, et ce fut 
seulement les dernières années de son règne qui apportèrent une 
amélioration ^ Toutefois, même sous al-Hàkim, une vie intellec- 
tuelle assez intense dut se manifester parmi les Juifs d'Egypte, et 
particulièrement à Fostât, c'est-à-dire au Vieux-Caire. 

Le premier renseignement que nous ayons sur notre Éphraïm 
se place précisément sous le règne de al-Hâkim, exactement en 
1016, et Éphraïm à ce moment s'occupait de commerce. C'est 
ce qui ressort d'un document de la Gueniza, qui est publié ici pour 
la première fois*, et dont le contenu doit être deviné eu partie, 
à cause du mauvais état de l'original. 

Le soir du jeudi 21 Tébet de l'an 1327 de l'ère des Séleucides 
(du 4 au 5 janvier 1016), y est-il dit, alors que la pluie et la boue 
des rues retenaient tous les habitants chez eux, on vit pénétrer 
dans la maison d'Éphraïm ben Schemaria, qui se trouvait dans la 
rue Kaçr al-Scheraa*, trois domestiques d'un certain *Amroûn b. 
Élia de Sicile, accompagnés d'un agent de police, qui traînèrent 
Éphraïm, sur l'ordre de ce 'Amroùn, au poste de police. Là, l'offl- 

* C'est ce qui est dit, outre le passage cité dans la noie précédente, p. 130, ]. 4 : 

.Q-^-iatTatTi D'^wn» nisb^m û-^narn mDb)33 ïtiti «in '>3 ...b«n^-« •pwm 

Û'»b»"na'» ynXI Û'^b»:^?:^'» mDbTai. Sur son enterrement, ibid., 1.8:'-) Dp'^l 

'isn msinNa ûbian-i-^a nwNi va» nbym ...T'nnn i:a bNi73tt3. Au sujet des 

5,000 deniers que Paltici avait coutume de di&liibucr le jour du Pardon (p. 12S, I. 21 

cl s.), il est dit : •D-'Tsbiyn p-^D '^b-'aNb C|be<i .a-'tîDnbn ria"«0'«n «îN-ib t\^» 

1DT Û*'51Nin ra'^ttJ'^b baab C|bN1, et je suppose que ce n'était pas seulement le 
second millier qui était réservé aux < affligés de Sion *, c'est-à-dire à Jérusalem 
(v. KBufroann, l. c, p. 32, n. 1), mais que le premier millier revenait également au 
chef d*école ei aux sages de la ville sainte (par opposition avec le tfoiaième, qui était 
envoyé aux académies babyloniennes), v. plus bas. — Sur Paltiel et al-Mo*izz, cf. en- 
core Z. Z>. M. G., LI, 436 ; LU, 75 ; Gotiheil, JewUKEncycU, V, 61 h, 68 a. 

* V. Muller, Der Islam im Morgen- und Ahendland^ I, 628; Lane-Poole, A Hit- 
tory ofSyypt in the Middlt Jj/e, p. 119 et s. 

> Cf. Kaufmann, Z, Z>. M. 0., LI, 442. Un des médecins de al-Hûkim était un 
Juif, connu sous le nom a^DKîbN "i^pnbN (l'unie pauvre), v. Ibn al-Qifli, éJ. 
Lippert, p. 178; Ibn Âbi Useibia, éd. Mûller, II, 89. 

* V. Appendice I. 

* Dans cette rue se trouvaient aussi les synagogues, des Babyloniens et des Pales- 
tiniens dont il sera encore question, plus loin. Voir Munk chez Asher, The Itinerarg 
ofRahhi Benjamin of Tudela, II, 199-200; Scbreiner, Z. D. if. a., XLV (1891}, 
296. 



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ÉPHRAIM BEN SGHËMARIA DE POSTAT 147 

cier de police lui dit que 'Amroûn avait contre lui un mandat d'ar- 
rêt*, et qu'il n'avait pas donné suite jusqu'ici à toutes les som- 
mations de cet 'Amroûn, de comparaître devant les juges. A quoi 
Éphraïm répliqua que les Juifs soumettaient d'habitude leurs 
affaires à un tribunal arbitral composé de coreligionnaires, mais 
que néanmoins il voulait obéir en tout au fonctionnaire de 
l'État. Celui-ci ordonna alors de les mettre tous deux, Éphraïm et 
*Amroùn, en prison*, ce qui plut particulièrement à *Amroûn, qui 
dit : « Restons tous deux en prison cette nuit et qu'au matin on 
nous conduise devant le juge. » Mais il se trouva quelqu'un qui 
donna caution pour tous deux ; ils furent alors mis en liberté, à 
la condition qu'ils comparaîtraient de nouveau le matin. Cet évé- 
nement fut consigné dans un procès-verbal le 27 Tébet, et la 
pièce est signée par les quatre témoins suivants, dont la condi- 
tion n'est pas indiquée : Yeliouda b. Hodeid; ...ha-Cohen b. 
Abraham; Samuel haCohen b. yi^'^y (?) et Joseph b. Benjamin. 
On ne dit pas dans quel but fut dressé ce procès-verbal, peut-être 
était-ce pour compromettre *Amroûn, qui avait livré un coreli- 
gionnaire au pouvoir civil ^ . 

Mais Éphraïm devait bientôt acquérir une plus grande influence 
grâce à son intervention en faveur de l'académie (nn^tD*^) de 
Palestine, sur l'existence et l'histoire de laquelle diverses décou- 
vertes de la Gueniza viennent seulement en ces derniers temps de 
projeter une vive lumière. Jusqu'à présent, on admettait géné- 
ralement qu'avec la clôture du Talmud et l'institution du gaouat 
enBabylonie, l'étude de la Halakha avait entièrement cessé en 
Palestine, et que la métropole recevait de Babylonie sa principale 
nourriture spirituelle. Tout au plus y cultivait-on la Massora et le 
Midrasch. Il n'en est rien. Il continua à exister en Palestine des 
écoles talmudiques, bien qu'elles ne pussent, à cause de l'oppres- 
sion politique et sans doute aussi par suite d'autres circonstances 
défavorables, que traîner une vie misérable, ce qui explique que 
nous en ayons conservé si peu de renseignements. Une notice, 
assez maigre à la vérité, sur des chefs d'académie palestiniens se 
trouve dans T Appendice du Séder Olam Zouia. Il y est dit 
qu'après l'exécution de l'exilarqueMarZoutra II, son fils posthume 

* C'est MD8 doute le sens des molP, I, 14 : prT^D HT p^IttJ^ "^b «"^n?! nSD 
Y^3^3' L'objet du débat entre *AmroÛD et Ephraïm n'est pas icdiqué, mais on est 
peal-êtro fondé à conclure des mots, 1. 15 *. D\1 7^:33 1^7^. •• qu'il s^agissail dé 
marchandises qui avaient été englouties dans la mer. 

' Gela ressort des mots,-!. 19 t ?np3ai] inon XT'I^ n73tt3î3a Vnn n73« 

tsDicn b« 0D[nb«5N. 

' C'est peut-être ce qu'on peut conclure de ces mots incomplets, 1. 25 : Û'^lj^tl. . . 

rrara «b«. 



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148 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fut amené en 520 en Palestine et y devint Resch-Pirka (archiphé- 
rékite) *. On énumère ensuite les descendants de Mar Zoutra 111, 
dont les noms ont été conservés par trois relations *, et qui rej)ré- 
sentent huit ou onze générations. Briill, qui a confronté et élu- 
cidé ces trois relations, remarque avec raison que ces archiphéré- 
kites avaient leur siège à Tibériade', mais il n'a pas pu dire en 
quoi consistait l'activité des archiphérékites; or, comme il est 
dit dans Taddition du Séder Olam Zouta que Mar Zoutra devint 
en Palestine « Président du Sanhédrin » (i-^-nnsD Oîn), il n*est 
pas douteux que lui et ses descendants n'aient été les chefs de 
récole talmudique. Car, ainsi que nous allons le voir plus loin, les 
membres des académies, aussi bien en Babylonie qu'ensuite en 
Palestine, se nommaient « membres du Sanhédrin^ ». Une autre 
circonstance doit être prise en considération. Dans une notice 
supplémentaire deTAppendice dont il vient d'être parlé on nomme 
trois fils de l'archiphérékite Abdima, mentionné en dernier lieu, 
et le deuxième de ces flls s'appelait Pinhas. BrùU l'identifie, avec 
raison, avec le Massorète nn-^^Ti «fin dtod 'ni, qui est ainsi désigné 
explicitement comme a étant le chef de l'académie f> de Tibériade 
(ville qui était le siège des Massorètes) ». La chronologie concorde 

n:c «"^n rY^arr innnb D"«3tt)'i D"«tt573m m»» ^a-j« nsïjan .«p-j'^c C'»i3 
tDxn n-^m bK-itt?*^ y-i«b nbj obi:? riN-^-iab D''3173'J1 û'«n«7:i û-^ob» n:>a-!« 

''O^ "{^nin^D* Comme l'indicalion est répétée ici deux fois, il est facile de voir 
qu'avec le mot ri3^ai commence une additio3, écrite en pur hébreu. La date est ou 
bien 522 ou bien 524, voir Lazarus, Die Hâupter der Vertriebenen^ 170. 

* Cest, avec le S^dtr Olam Zouta, le Youhasin de 'Zaccuto (éd. Filipowski, 
p. 93 b) et le SehaUehéUt ha-Kahbala de Ibn Yabya. 

* JahrbÛcher, V/VI, pp. 94-97. Brûll suppose que ces Archiphérékkea seraient 
identiques avec les grands>pr6tres des Juifs à Tibériade (fiOlin*^*) WTX^ ^'X!^ 
01^*1 aoa*?), mentionnés dans la lettre de l'évoque syriaque Siméon de Beth-Arscham 
sur les persécutions des Chrétiens du Nedjrân, mais que Tévêque aurait chanj^é par 
erreur le litre Np"J'>D "^tD"^"» en celui de WHS "^©^"J. CeUe hypothèse est bien fra- 
gile. Ainsi que M. Joseph Halévy Ta établi par des preuves sérieuses (i^Ktf, XVUI, 
26 et s.], cette lettre est, en fait, un écrit apocryphe tendancieux, qui ne date que 
de la fie du règne de Justinien, et cette opinion est adoptée par Duchesne (lb\i , * 
XX, 222) et Du val {La littérature syriaque^ 151). H faut corriger dans ce sens Bâcher, 
Jewiih Encyclop,, I, 148 3. — D'ailleurs, Siméon parle- en un autre passage des 
grands -prêtr s de Tibériade et d'autres villes [Beoue, XVIII, 36 : (^sna ^ID"^") 
NfirTCT fcO"ltt51T N'naa'1^ et précisément ce fait pourrait être un nouvel argu- 
ment contre Tauthenticité de la lettre. 

^ Cf. aussi la Meguilla d'Ebiatar (qui sera mentionnée plus bas), p. 9. 1. 10 : 

'nai liattjnn im» nn«. 

* Les passages où il est question de ce Pinhas ont été réunis en dernier lieu par 
Ilarkavy (StudUn und Mittkeilungen, V, 114). Pinhas porte aussi le litre de n73b)3n 
(v. Dikduké ka-Teamim^ éd. Baer-Strack, p. 84), mais il ne faut pas, pour cela, qu'il 
ait été un Caraîle, comme nous l'avons vu plus haut, p. 145, note 1, ce que prouve, 
d'ailleurs son litre de rra'^XD'»?! ^fin. 



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ÊPIIRAIM BEN SCHEMARIA DE FOSTAT li'J 

à peu près exactement, car les huit générations nous conduisent 
à peu près au début du viu® siècle^ époque à laquelle doit avoir 
vécu Pinhas. C'est vers le milieu de ce siècle que, comme le fait 
remarquer Brùll, Alia de Schabcha quitta la Babylonie pour la 
Palestine, et il n'est pas impossible qu'il y soit devenu chef d'école, 
dignité qui, comme on sait, lui fut refusée dans sa patrie. 

Depuis le milieu du viii<» siècle, les lumières s'éteignent sur le 
sort de l'académie de Palestine, pour se rallumer avec une clarté 
d'autant plus vive au commencement du x* siècle, et, ici,, c'est 
encore la Gueniza qui nous fournit un chapitre entièrement iné- 
dit sur la vie intellectuelle des Juifs d'Orient. C'est en 921 que 
se place le débat sur le calendrier, qui éclata entre Ben Méir et 
Saadia, et qui est maintenant connu dans ses grands traits ». L'aca- 
démie a alors son siège à Jérusalem * et son chef Ben Méir prétend 
que la fixation des fêtes ne peut émaner que de la Palestine, 
établit une nouvelle règle d'après laquelle les fêtes peuvent parfois 
tomber deux jours plus tùt que d'après la supputation ordinaire, 
et trouve même des partisans en Babylonie, où il avait été aupa- 
ravant. Mais sa tentative échoua devant l'intervention de Saadia, 
qui jouissait déjà, bien qu'il fût encore jeune, d'une grande auto- 
rité. Le futur gaon quitta l'Egypte, sa patrie, en 915, séjourna en 
Palestine, en Syrie et en Babylonie, et il se trouvait justement à 
Alep quand la lutte éclatai Ben Méir fait ressortir à plusieurs 

' On peut lire mainlenanl sur ceUe question rarlicle de Borostein dans le *^.CD 
bavn, publié en lionneur de Sokolow iVarsovic, i904), pp. 19 et s. Le sujet est 
presque épuisé pur ce travail, mais Tauteur a oublié de dire que c^est mui qui ai 
attiré son attention sur une foule d'indications et sur diil'érents détails. 

* C'est ce qui résulte des paroles de. Ben Méïr dans sa lettre aux BâUy Ioniens 

{chez Bornstîin, p. 63 : û^bw np"» •«3pT >3^i ïTj'^nn U'D'^by nrmb"ÎDm... 
inb b»-»©"» bD yia-^pa vs 'Q'^^j^ -^-ij^d biPi ...'^"•» b^T» biTa ûTi-'Tn nna 

PIDOo in ^"^ 3n (expression qui revieut encore quelquefois sous sa plume, et môme 
ailleurs, Yoir plus bas, p. 15), n. 2). Mais on ne comprend pas^ce que dit Saadia dans le 

D-n^^i^n nso (i*»/., ,p. 74) : naujb -^^r-^a-jn ^-ina isa n» (-j-«)3 p) nbï5-«T 

'1D1 nbOTl"^ Nl'^T Ï5b;231 D'*n«72. Pcul-Ôire Ben Méit était-il alors en voyage. 

* Cela ressort d'une lettre de Saadia adressée à ses disciples d'Egypte, et qui fut 
écrite en 921, l'année de la lutte {ibid., p. 82; cf. Saadyana^éd, Schecbter, l* Vil) : 

fiib "^D "«3» nnaoDi ...p^ïrriD ûDrN?3 "^^y^^rt «b nsntti D"«5id «;«) nn 
ben»"» )^-i»a "^r-îiy r,ry ly ^d un-^tùi "^s -nba '^lybnn vb» ûnanD 
13 byaî: D-^T^Tabnn D:zpiz ixa abna -"mm -«s ^yi ...ûniPrtD -io»d 
"l^non (Vb-i nsobu T'bosi iiœmTa b"i) û^apb acin 'v^tù p "'d iT'im 

'1D1. Saadia meutioune son si^jour à Bagdad dans une seconde lettre a ses disciples, 
qui est de la môme année {ih'd,, p. 84; cf. /. Q.H., IX, 37) : "^mi'^l ''wN TiaW... 

"insaTs n:^i»«:n n^a me» 'ly c^^wz p b^-i) ba-'p -«a mao nn-^-^m maa 

'iai l-^non Ornan -^a- D*après une indication de Ben Méir {•*., p. 104 ; cf. Saa- 
dyana, n» V), le père de Saadia serait mort a Joppé : '>73VD la "«naib ûa:^7:U5ai... 

D-na:^ yn«a «"«ûDa na» va» ïr^r^uj ...ir^Db n-ians n©» -«ssNbin 
Mai nD*»a nîan D"»i^î3 "pN» T\mr\ ...(<i>) irw m-iayb. n est donc possible 



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15) REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

reprises qu'il descend de la dynastie des Patriarches hillélites, mais 
il est remarquable que nou,s ne connaissions pas son prénom». 
Son titre officiel était sans doute na"»»^ iDin, comme l'appelle un 
de ses correspondants *, ou, ce qui revient au même, ?mara «fin». 
L'essor de lacadémie de Palestine était peut-être une i^ction 
contre les progrès des Caraïtes qui s'y établirent en grand nombre 
au x« siècle et qui opprimaient même, semble-t-il, les Rabbanites*. 
Quant à établir un rapport entre l'intervention de Ben Méir dans 
la question du calendrier et la division qui se produisit en 917, 
après la mort de Yehoudaï, à Pumbadita, entre Texilarque Da\id 
et les membres de Tacadémie relativement à la nomination du 
Gaon, c'est un point à laisser de côté '. Nous voyons en tout cas 
que Ben Méir visait avant tout à faire pénétrer son projet dans la 
Babylonie, qui, à cette époque, était toujours la métropole de la 
Diaspora, et pour les écoles de laquelle la Palestine elle-même 
payait des redevances «. 

Si Ben Méir ne réussit pas à faire de la Palestine le centre de 
la vie juive, l'école qu'il dirigeait n'en arriva pas moins à gagner 
de plus en plus en importance et à étendre son autorité jusqu'en 
Europe. C'est surtout l'Italie et l'Allemagne qui subissent son in- 
fluence, au rebours de l'Espagne qui gravite vers la Babylonie % 

qae Saadia ne retourna plus jamais en Egypte, car Scberira affirme seulement que 
Saadia était originaire d'Egypte, mais non qu^il en fut appelé, v. éd. Neubauer, 

pp. 39-40 : -53tt "iNbn tioT» m 112 nn r%'^i:fo n-i n»b hn-^os *m n'^'^n^i 

'1D1 "^Tai-^Da ^^^T^T mn U'^I^'û Itù «b» mn Nnn'»nm pan. Que si Abraham 
.b. David le dit {ibid., p. 65: an DlDTa fi^-^am U^'^'^12 Y^t6 nb)D D^nfin 
'^^^ tronJ2 «n^n Tty^^-^ )25«nb rr^m '^»i''Db« rr^n^^o], c*est quni a mai com- 
pris Scberira, ou qu*il a puisé a une source défectueuse. 

^ Mais peut-être s*appelait-il Âron, voir mon Seheehter*t Saadyana^ Frtncfort-sur- 
Main, 1904, p. 4. 

* Voir ihid., p. 9, i. v, Ben Af^ir, 

* bnv?1 neO, p. 76 (cf. encore p. 22, n. 1, et p. 65, n. 2). 

* jbid., p. 106: -^DD T» nnn?3 ...m^^m mnn mnir n5'»b:? nnay nt)N. . 

D^fi<31U)n *\j^ (cf. encore plus bas). On trouve des savants caraïtes à Jérusalem seu- 
lement dans ta seconde partie du x* siècle, tels : Salmon, Sahl b. Maçliah, Yéfet b. 
Ali, etc. Sur le prétendu séjour de Anan à Jérusalem, voir lievue^ XLIV, 165. 

< Cest Tavis de Bornstein, p. 25. La réconciliation entre les deux partis, qui se 
produisit en 922, serait aussi une conséquence de l'entrée en lutte de Ben Méir, qui 
dissimulait un péril pour la Babylonie. 

* Ainsi, Abraham b. David dit {éi. Neubauer, p. 67) : nao Ttn^H pb Ûinpl 

nneo yn»?: nn-'b» «^birr rrrru) ma-^-:)'» b«3 npn nnDStt) rr"3pn n«a 
•»35:rr ynsn onsr^i Kp-noNi nns^^n yn^i. 

7 On a déjà fait remarquer les rapports qui existaient entre Tltalie et TAllemagne, 
d'une part, et la Palestine, de Pautre, et cette question mérite d^être examinée en 
détail. Sur les relations entre l'Espagne et la Babylonie, voir le^ tableau de Harkavy 
en tête de sa Biographie de Samuel Hannaguid (dans le C]DK73« supplément du 
V^bTSrii Saint-Pétersbourg, 1902). C'est seulement la science mystique qui vint de 
Babylonie en Italie, et ensuite en Allemagne, et cela par l'intermédiaire du semi- 
mythique Aron, voir Epstein, "ipinSl, H, 8 et §. 



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i 

ÉPHRAIM BEN SCHBMARIA DE POSTAT 151 

jusqu'au moment où Tarrivée de Moïse ben Hanoch émancipe ce 
pays lui-même de la tutelle des académies babyloniennes *. Nous 
ne savons pas qui succéda à Ben Méir ; ce fut peut-être son fils, 
dont il est si souvent question dans les documents relatifs au débat 
sur le calendrier. Mais déjà dans la seconde moitié du x<» siècle, 
nous troirvons là un Joseph ha-Cohen qui porte le titre de Ab- 
Bet-Din et qui fut le chef des Gueonim palestiniens dont il va être 
question tout à l'heure *, de sorte que la direction de Técole passe 
des Hillélides aux Aaronides. De son temps, en 960, les a Juifs 
des pays rhénans » (oïD'^n ''\»5«) adressent une consultation aux 
savants de Palestine'. Notre Joseph est peut-être identique avec 
leAb-Bet-Din de Jérusalem mentionné dans le Commentaire de 
TaanU attribué à Guerschom *. Mais les renseignements continuent 
à être rares et ils ne deviennent plus abondants que quand un 
petit-fils de ce Joseph, Salomon ha-Cohen, se trouve à Técole de 
Jérusalem. 

Salomon introduisit quelques réformes. D'abord il prit le titre 
de Gaon. Ses prédécesseurs se nommaient simplement rja'»^)'» \»ôn* 

* C'eal ce qu'allesle explicitement Abr. b. David (éd. Neubauer, p. 68) : ?iit*lT 

y:^h D'«D'»-iiS nnDb733«5 D'^mn-'n x^t^^ 3??3«5U5D rrbnna nn^D^ nanrr b:^ 

733. Qae, d^auire pari, les quatre captifs, dont Moïse b. IlaDOcb, viosseDt non de 
Bibyionie, mais vraisemblablcmeut d'Italie, c'est ce qui peut maiolenaDt être admis 
STec sûreté. Grâce a Tarrivée de M^nse, les traditions babyloniennes, qui régnaient en 
maîtresses en Espagne, furent fondues avec les traditions italiennes (c'est-à-dire pa- 
lestioieDDes] quMl y introduisit, suivant la juste remarque de l'auteur, d'ailleurs si 
mntureux, du D'^SIlDNin min (tome III, pp. 287 et s.). 

* Cf. Saadyanay p< 81, n. 1, oii un descendant de ces Gueonim, écrivant en 1131, 

se nomme:"» '-) \n^rt n7:biD n"-»n ...npy» 11 w na-»^-» uîfcn inDïi rrbisw 
psn t|OT^ :?n '•• '^ '-• '-l 'n ntib-ij (i. p) i-^d '•» 'a "» '-i 'n nïi"«bN p '•• ':i ' 

'151 pnk '\T^'2 l'n ri^a. Comme le Salomon nommé Tuvant-dernier exerçait encore, 
tinsi que nous allons voir, ses fonctions de Gaon en 1047, son grand-père (tel doit 
^Ire ici le sens de y';y) Joseph doit avoir fleuri dans la seconde moitié du x« siècle. 
Nous ne savons pas qui était HD^^"^ ^Kl à l'époque de Joseph., mais il me paraît im- 
possible d'admettre que, comme le conjecture Bâcher (/.Q./?., XV, 84, n. 1), il aurait 
exercé eu Babylonie la dignité d^un ^"aîî. Cf. aussi mon Sehechter^t Saadyana, p. 14. 

* Voir sur cette consultation l'article de Bûchler {Revue, XLIV, 237 et s.). \\ est 
évident que la leçon exactp, pour les premiers mots, est celle du manuscrit de Reif- 
mann : bfcniD^ y^^ '^W^nTD mbnpH ibKUJ^ • q»io les communautés (des contrées 
rhénines't adressèrent û«j? «aj7M de ia Palestine », et non, comme portent les autres 
manuscrits : bN^UJ"^ y^^ mbnp PN ib^"^. Remarquons, à celte occasion, que 
les mots qui se trouvent a la fin de la réponse : '^pTSm bl«^b ÛSb ÏT^H liiai 
^^DITJT n^a^ concordent avec l'opinion qu'ont encore aujourd'hui les Talmu- 
dislesquo ces deux traités (et, en outre, celui de Nidda) sont les plus difficiles. 

Dans 12rt, on lit : '•^5in'«313 n"a 3N D1U)73 3^)D'^0 min ^1^1. Le dernier 
mot qui ne donne aucun sens a déjà été corrigé avec raison par Ratncr ("IDO 
^3Vrï, p. 511) en '«TT^DU), cest-à-ilire Q-'b^in^aiD. 

•Voir plus haut, p. 150, ce qui a été dit sur Ben Méïr. Si l'hypothèse que j*ai 
émise, p. 146^ n. 1, sur les dons de Peltiel est exacte, le chef do l'académie palesti- 
nienne ne s'appelait encore à ce moment (après 969) que ^3"^^^ «ÎKI. 



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152 REVUE DES ETUDES JUIVES 

et évitaient peut-être à dessein le titre de Gaon, qui désignait les 
chefs des académies babyloniennes. Mais nous ignorons les rai- 
sons qui déterminèrent Salomon à s'arroger néanmoins ce titre ; 
tout ce que nous savons, c'est qu'il le portait déjà du vivant de 
Haï, c'est-à-dire avant 1038, et que, par conséquent, il ne se con- 
sidérait pas comme le successeur des Gueonim babyloniens ^ La 
seconde innovation fut qu'à côté d'un i'»i mi a«, président du tri- 
bunal, dont la fonction existait de tout temps, il créa un ^iirVn), 
c'est-à-dire un troisième en grade*. Si je ne m'abuse, ce « Troi- 
sième » devait correspondre au d^n qui était, à l'époque talmu- 
dique, le troisième après le patriarche ', et on affirmait ainsi que 
la véritable continuatrice du Sanhédrin était précisément l'aca- 
démie de Jérusalem. Or, nous trouvons à la même époque un chef 
d'école, à Jérusalem, nommé Salomon ben Yehouda, qui exer- 
çait ses fonctions en 1046 et était appelé Gaon ; il avait à côté de 
lui un afii, c'est-à-dire un Ab-Bet-Din,et un'»\»'»Vtt), un « Troisième », 
et M. Bâcher admet avec raison que les deux Salomon doivent être 
identiques *. Mais le père de Salomon, Yehouda, est désigné seu- 

* Comme le dit Bâcher, L c, p. S2 (cf., par conlre, p. 96). Que Salomon se nom- 
mât GaoD, c'eet- ce qui ressort non seulement de la signature do son arrière-petit* 
fils Maçliah, citée plus haut (p. 151, note 2), mais encore des lettres adressées.à 
Ephralm ben Schemaria, qui montrent même qu'il portait ce tilre avant 1030, voir 
in/rà (p. 154, n. 1). Remarquons, d'ailleurs, qu'à vrai dire, le gaonat babylonien 
disparut, non pas avec HaY, mais avec Hizkia, qui en aurait encore exeicé les fonc- 
tions en 1046; voir Bâcher, /. e,, p. 80. [Une Consultation de ce Hizkia se trouve 
dans le ni")C3^ 'O de Juda b. Barzilal, éd. Halberstam, p. 87.) 

* Cela résulte de la troisième lettre adressée à Ëphraîm b. Schemaria, voir plus 
bas (p. 155, n. 2). A l'époque de Ben Méir, il n'y avait pas encore de '^TD'^bVD, car 
il écrit à ses amis de Babylonie {Revue, XL, 262) : pi -^aîa^ bna Ûlbtt) IWD 

'1D1 irsDb na^Jvrr ...ni):-) nbin:i *{^^i n3?a v^^ iDbo lin ...pn3t% ce 

qu'il faut, avec M. Israël Lévi, compléter et corriger de la façon suivante : ^731... 

rrsap l'^-nnson ïibYia ^i-^-innao )^2^ i3bœ i"»*! [n-^a n«] pn^'» ; on voit 

quo le Ab-Bel-Din e>l immédiatement suivi du Sanhédrin, c'est-àndire des autres 
membres de l'académie. Les lentalives que fait Borostein (/. c, p. 76, note 3; p. 80, 
note 4) pour établir que Ben Mélr avait aussi un "^TD^bU), sont caduques. 

> Voir Horayot, iZb (cf. aussi Moed Katon, 22 à; Kiddoutckin^ 33 &). L'opinion 
de Heifmann ['j'^'nnînSD, <'» fi»<f) qu'au QDH des écoles babyloniennes correspondait 
le tilre de DlbK, est erronée, car ce litre servait généralement à désigner les doc- 
teurs étrangers. C'est aiosi qu^il était porté, par exemple, par Saadia, déjà en 922, 
ou même plus lot (voir Saadyana, p. 15), par Elazar b. Samuel de Lucène (voir 
Harkavy, Studien und Mittheilungen, IV, 3'6), par Yehouda b. Joseph de Kairouan 
(voir mon Scheckter'^s Saadyana, p. 13, n. 1; aux titulaires du titre de nip?l)3K"1t 
qui sont cilés en cet endroil, il faut encore ajouter : Saadia b. Ephraïm TS^H latlïl 
[na'»«'»n nnTan?] nnn?an tllb^n Ton de Kairouan en 1034, voir y. Q. R„ 
XVI, 576, 1. 3 en bas ; Maçliah ha-Darschan de Damas, chez Benjamin de Tudèle, 
éd. Asher, p. 48 ; htazar b. Çémab de Bagdad, ibid,^ p. 60, et Joseph ibn ^Aknîo, 
le disciple de Maïmonide, voir Munk, Notice sur Joseph ben-Jekonda^ p. 59- 67), etc. 

^ L. e.t p. 80. La date de 1046 est donnée par le passage de la Chronique de Ye- 
rahmeel, publiée par Neubauer [àfed. Jew. Chron., 1, 178), où il faut changer T^nn 
en ^"nn, et, comme on le verra plus bas, il est vraisemblable que Salomon fonction- 
nait déjà depuis longtemps avaut celte date. Les autres renseignements sont puisés 



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} 



a- 



ÉPHRÂIM BEN SCHEMARIA DE FOSTAT 158 

lement comme tttt Ton, il ne paraît donc pas avoir exercé la 

dignité de chef d'école. 

L'académie était donc réorganisée, mais elle rencontra beau- 
coup d'obstacles sur sa route. C'étaient d'abord les nécessités pé- 
cuniaires, contre lesquelles nous savons que les écoles babylo- 
niennes eurent aussi à lutter dans la dernière période de leur 
existence, et c'étaient les impositions exorbitantes qui pesaient 
lourdement sur l'école et sur lesquelles deux lettres adressées 
à notre Ephraïm ben Schemaria nous éclairent particulière- 
ment*. Elles nous apprennent que le principal revenu de l'aca- 
démie provenait du grand nombre de pieux pèlerins qui n'avaient 
pas cessé de se rendre à Jérusalem. C'était le cas surtout à la fête 
des Tentes, et une véritable fôte se célébrait alors à Hoschana 
Rabba. En ce jour, le Gaon, entouré de ses collègues et des pèle- 
rins, se rendait au Mont des Oliviers, et, dans cette procession 
solennelle, en faisait sept fois le tour, comme jadis on faisait au- 
tour de l'autel du temple. A cette occasion avaient lieu des céré- 
monies publiques : on ordonnait les disciples arrivés à fin d'études, 
on récitait des bénédictions pour les bienfaiteurs et protecteurs, 
en môme temps qu'on lançait l'excommunication contre les enne- 
mis et adversaires '. Il est donc dit dans Tune de ces lettres, écrite 

dans une lettre adressée d*Bgjpte,à ce Salomon b. Yehouda. Il est dit, entre aulres 

choses {voir ^êvue, XXV, 275) : inja-^nna ^"»tt5 iiNsn i3:inN anD Na-'tt) *iy 

bTtpb ^TD^^bU^m n» 1^3^1. Tous ces laits permettent d'écarter les doutes d*Ep«tein 
[Monatssckrift, XL VII, 341) sur Tidentiié des deux Salomon, voir mon Sehwhter's 
Saadjfana, p. 16, n. 3. 

* L'une est publiée dans les ûbUJTI^ ''TUik de Weriheimor, fascic. II, f. 17 
l^autre est reproduite ici pour la première fois à l'Appendice II. Il est possible que la 
communauté Jérusalémite et, avec elle, racadémio aient souffert aussi des Caraiies à 
répoqoe de Salomon, car la lettre éditée par Wertheimer commence ainsi : l23pT KU) 

T:^a û'»3«5vn D-^in-iïi 'T'n» 137:731 DTainn*^ i3-nit n5«7: bins Dibu) -lann 
'w naïKDn ïiaiX3^n rraib^^rr nDn ^npn. On voit quni s'agit ici très netie- 

meot des Uabbanites et qu'ils sont représentés comme le parti qui pâtit et qu*on 
injurie. Chose singulière, on trouve un passage tout à fait semblable dans une lettre 
de Jérusalem, datée de l'an 1188, voir Otar Toh, 1877, p. 078, 1. 30 : Û^^^'^TîTOI 

'w naicn v^*^ *^^fi< rrawn nnsn D'^sain my isn DDb. Cette expres- 
sion serait-elle devenue une formule stéréotypée ? 

* L'ascension du mont des Oliviers pendant la réunion des pMerins à la fâle des 
Tentes est déjà mentionnée par Ben Méir (voir tupra^ p. 149, d. 2] ; cf. Bûchler, /. c, 
p. 242), et les différentes pratiques qui avaient lieu à ce moment sont indiquées aussi 
dans les lettres de Salomon à Ephraïm ben Schemaria [voir plus bas, p. 15S). Cette 
i^tnme se maintint longtemps, car il en est question à plusieurs reprises dans la 
Mire précitée de U88 (/. c, p. 079, 1. 8, 15, 19 ; p. 080, l. 32) et aussi dans Hariii, 

^«'te L (éd. Kaminka, p. 445) : û'^ma^^n npittînn T^ iDD©73 d'^^'^n nitpai 
'^ I^Tab nnnnu5ïibi rnsbos rrai^^b mben ^i-i^^bi û'»n'»Tn -in bj? mb^b 

I^IK^^. Les Caralies la pratiquaient également ; outre le passage connu d'Abraham 
**° ûavid (éd. Neubauer, p. 79 : -^3 DIDOn m PN Û^yym bN-lW"» r^TV^'2^ 

^•^n «.5C3 tjnaa û-'sin D-^rTam . . .ni^nTs ni3n» nrrn d-^ain T^n û-^rT^Tn 



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154 REVUE DBS ETUDES JUIVES 

avant 1030*, qu'en cette année le nombre des pèlerins fut res- 
treint, de sorte que les revenus ne suffirent même pas à couvrir 
les impôts. On dut donc contracter des dettes, et à ces maux vint 
s'ajouter une disette qui sévit justement cette année-là. C'est pour- 
quoi les auteurs de la lettre s'adressent, par l'intermédiaire d'un 
messager spécial, Joseph ha-Hazzan b. Yéfet TObm ', aux com- 
munautés égyptiennes, qui les ont déjà assistés plusieurs fois et 
pour lesquelles ils prient maintenant à chaque occasion et à 
chaque fête, sur le Mont des Oliviers. Mais surtout ils deman- 
dent des secours au destinataire de la lettre, Éphraïm ben Sche- 
maria, qui semble avoir pris à ce moment une situation hono- 
rable au sein de la communauté de Fostât * ; ils le prient de les 
assister encore, comme il Ta fait jusqu'alors, de donner des 
instructions et des recommandations à tous les messagers qu'ils 
enverraient à l'avenir en Egypte, et de recueillir, partout oii il 
serait possible, des subsides -au nom du Gaon, c'est-à-dire de 
Salomon *. 

Ephraïm se donna probablement beaucoup de peine pour l'aca- 
démie de Jérusalem, car celle-ci lui décerna le titre de « membre 
du grand Sanhédrin », nbina l'^Tinsoa nan. On sait que les écoles 
babyloniennes se considéraient comme représentant le Sanhédrin 

▼oir ce que dit aussi le Caraîte Sahl b. Maçliah dans Tlatroduction hébraïque de son 
mstïsn -IDO (publié par ilarkavy, D'»m3 tlO«», I, n« 13) : ...Î13-|n ûblSTl'' 

û'^n'^Tn nn b^i ...nnn n32tDi [iu^'^y) ûnî! nat^^ ...û-»5a ly^ npriti 
D-'p^'iit"» w^b^y, et encore : mw^^bi v'i «jf-i^a ^')^b^ Kiab "lî-^nN DD-'b» l^y^ 
'iDi D'«n'»Tn nn b» mby^i v-i:?© by, et enfin : i-ïsTa obiDi-i^ "^D nmï< i^ti 
b» u<b^y ...a->u5bcn73 nD«a D'»^3ïn D"'t:5Km ...mia bab 01373 nm 

D'^n'^TH 1Ï1. C'est ainsi que d'après une légende aux couleurs tendancieuses, re- 
cueillie par le Séfer Hattidim (éd. Mekixé Nirdamim, § 630), Haï va chaque année 
en pèlerinage a Jérusalem et fait, à Hoschana Rabba, sept fois le tour du Mont des 
Oliviers, en compagnie d'Ebiatar (qui a vécu soixante ans après lui, voir infra^ 
p. 165 ets.); voir Epstein, Àîonatstchrift, l. c; Bornslein, /. c, p. 175. Cf. aussi 
Jérusalem^ éd. Luncz, 1, partie hébr., p. 65. 

' Cela ressort de ce qu^Ephralin, qui, dans uu document de celte année, se nomme 

ïlbna 1'^'1*in30D *ian (voir Appendice IIl), ne porte pas encore ici ce titre, et, 

comme il est déjà question ici de l^j^l 155T7K (v. m/rfl, note 4), il en résulte, d'un 

autre côté, que Salomon était déjà ^[MKJ^ avant 1030. 

' Nouvel exemple de cette épithète appliquée à un Rabbanite, v. supra, 

» Dans la suscriplion de la lettre, il est appelé : ^bl5?7aïl "nann D^IBfc^ 'IT '173 

'1D1 bDttJm n^^in yt:y m-i-'^a ynoa n^ij^ïi. 

* Le passage en question est ainsi conçu : 1D Hpn DTp?3ïl X^T2V I^NT 
'72m '-IW3 11K:k 1:311» Û1D3 mN3p"T>T ; mais 'que signifie ici n1«3pm ? (les 
mots DipWn \^12V IIDNI ne signifieraient-ils pas : « et ce que Dieu donnera en 
présent » ?). Que par Gaon il faille entendre ici Salomon, c^est ce qui résulte de ce 
que, autant que nous sachions, il n'y avait pas de Gaon avantlui,etde ce.qu'Ephraîm 
n^élait en correspondance qu'avec lui. 



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ËPHRÂIM BEN SGHEMÂRIA DE POSTAT 155 

et qu'à ce titre, les premiers rangs («in «nn) figuraient « le grand 
Sanhédrin » (nbna l'^mnsD), et les rangs suivants (OTVDi «in) « le 
petit Sanhédrin » (ïiîûp l'^hnnso) *. Ces appellations furent aussi 
adoptées par Tacadémie palestinienne, déjà au tempsde Ben Méir * 
et peut-être encore plus tôt, et elle donnait à ses bienfaiteurs étran- 
gers, ou à des savants distingués par ailleurs, le titre que nous 
venons de voir qui fut décerné à Ephraïm, et qui était quelquefois 
ainsi libellé : nhn^ V'^'^^^oa nbv!on nnnn ou «an «n-miD. C*est 
ainsi que les deux titres sont portés par le célèbre Naguid d'E- 
gypte, Meboracli b. Saadia, qui florissait dans la seconde moitié du 
XI® siècle, et c'est ainsi encore que nous trouvons, en 1029, à Alep, 
un xn rv^a tpv "^ana (nbin:^ {•«nnnooa =) 'na 'oa narm apr» 'nn 'n», 
et, à une époque indéterminée, un Eliézer ben Abraham ^ 
(nbni i"»nnîi3oa nbWDîi =) r^^an nam. 

Si l'académie de Jérusalem fut, grâce à l'intervention d'É- 
phraïm, délivrée, peut-être momentanément, d'une détresse dé- 
peinte en termes si énergiques, sa situation fut afi*aiblie par des 
querelles intestines dont Salomon Gaon se plaint amèrement dans 
une lettre adressée à Ephraïm *. Malheureusement les faits y sont 
plutôt indiqués que décrits. Le début nous apprend cependant 
qu'un dissentiment s'était élevé entre Ephraïm et l'Académie, 
mais qu'une lettre antérieure de Salomon avait aplani la diffi- 
culté. Le Gaon se plaint maintenant de ce qu'il s'est formé à Jé- 
rusalem deux partis et de ce que la plupart des pèlerins, arrivés, 
comme de coutume, à la fête des Tentes, ne sont venus que pour 
attiser la lutte et terroriser ceux qui ne pensaient pas comme eux. 
Au commencement de la fête, on avait réussi, il est vrai, à maî- 
triser, par la parole, le peuple, mais à présent il est arrivé, au 

^ Voir les témoignages réunis par Bûchler, l. e.^ p. 239. Oo peut encore y ajouter 
le récit de Nalan ha-Babli (dans Neubaucr, Med. Jew. Chron.^ II, 87): *T70 Wl 

«-n PN-ipD N"»m a-'oaN irr:^y T^robn tON-ia n73iT na-'ia-^ o«n ûna'^TD'^ 
■^ïîK-i \Tù2 'T T*5Db T^aujvia vi-i®3^m na-»©'» id«-i "^aD b» Dn-»3Di N73p 
bj? n:i»73 ÛÎ173 'N baia mba ■>«?«-) D7a^ «ipa n!Qbi D'élan 'y\ niba 
't oriffi T»-innDO û'^yaiiîïn ...D-^Dib» D'»N-ip3n am imnDoïi i?3 m^y 
mm© 't ^y îtîuîj arr^nn^n isnaT® iToa naïai*» n^i^wn rvr\iû m-nia 
'lan na'»;z3''n ;23«-i •*5e b« aba -^ddi. Cf. ausn bai-^ïi noo. p. 62, n. ti. 

* Voir plus haut. p. 152, n. 2. 

' Voir mon Schechter*t Saadyana^ pp. Il, 15. Jacob ben Joseph et Eliézer ben 
Abraham reçurent aussi vraisemblablement leurs titres de Tacadémie palestinienne ; 
par contre, nous trouvons à Kairouan un personnage nommé ÏT^13 nbit a"! "ITD 
îia-l fiinirïSO bibïia an I^DI (Harkavy, Stud, w. Mitteil, IV, 24), qui, éUnt 
données les relations constantes entre Kairouan et la Babylonie, doit avoir reçu ce 
litre de ce dernier pajs. 

* Voir Appendice II. Celte lettre est plus récente que celle édilée par Werlheimer, 
car Bphra!m y porte déjà le titre dont il a été question. 



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156 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nom du vizir du Caire, un ordre du pouvoir central * au gouver- 
neur de Ramlé, enjoignant, sous peine de châtiments corporels, 
qu'on ne se permît point de lancer Texcommunication contre des 
adversaires. Se conformant à ces instructions, le gouverneur de 
Ramlé ordonna à rofficier commandant à Jérusalem * de se rendre 
au Mont des Oliviers le jour de Hoschana Rabba, où nous savons 
qu'on lançait ces sortes d'interdits, et de châtier et d'emprisonner 
quiconque oserait seulement mentionner une formule d'excom- 
munrcation. Quand la nouvelle en arriva à Jérusalem, le Gaon 
décida de ne pas faire du tout cette fois Tascension du Mont des 
Oliviers, et de ne pas créer un précédent pour l'avenir en ne lan- 
çant pas l'excommunication, qu'on attendrait d'autres temps. Et 
ainsi, dit Salomon, la fête se changea en deuil et le peuple tomba 
dans l'affliction. 

Nous ne savons pas comment ces discordes prirent fin, mais 
nous apprenons par une autre lettre de Salomon à Ephraïm que 
la situation de l'Académie de Jérusalem devenait de plus en plus 
précaire *. Abandonnée et injuriée, dit Salomon en se lamentant, 

» C'est tinsi que j© comprends les mots, 1. 17 : mDbîtDïl dttJa piDriD ftOa ^y 
niDtTTDÏl I^ÎID D^Dai, et je crois que nisrra désigne FostftI, car Postât, comme on 
sait, signifie « camp u. A côté du nom de D**n^7!3 "{^l^t cette Tille est encore appelée 
en hébreu n^nsU) (voir Bacber, Jew, Quart. J^o., XV, 87, n. 1, et Gottheil, Jêfo. 
Sneyelop.^ V, 60-61). Il n^y a pas lieu de faire valoir contre cette interprétation que 
depuis la fondation du Caire, en 969, le siège du gouvernement était dans cette Tille, 
et non à Fostftt ou le Vieux-Caire. 

* Ainsi, Jérusalem était alors subordonnée à Hamlé. Cette dernière ville fut b&lie 
par Souleymfln Abd aUMeiik en l'année 98 de Tbégire (716-717), c'est-à-dire encore 
avant qu'il devint Kbalife, et reçut son nom des sables [arabe b)3n) qui s'y trouvaient 
en graude quantité (voir al-Belftdsori, Liber empu§nationU regionum^ éd. de Gœje, 
p. 143); toutefois, il doit y avoir eu encore auparavant une localité à cet endroit, 
car il est déjà question des Grecs de Ramlé lors de la conquête de la Palestine par 
les Arabes (ibn al-Âlbir, Ckionieon^ il, 388), et, après la conquête, Omar divisa la 
Palestine (entendez la partie méridionale, car la partie septentrionale est appelée par 
les Arabes Ourdoun, c'est-à-dire : Jourdain) en deux districts, et nomma deux gou- 
verueurs, le premier à Jérusalem et le second à Ramlé [ihid,^ p. 390). Mais Ramlé 
était toujours considéré comme la ville la plus importante, surtout au point de vue 
militaire, et un cas tout à fait analogue à celui que nous fait connaitrç la lettre de 
Salomon nous est fourni par l'écrivain arabe cbrétien Yabya d'Antiocbe, mort ea 
1066. Il raconte que lorsque al-Hftkim ordonna, en 1009, de détruire l'église de la 
Résurrection à Jérusalem, il euvoya un ordre dans ce sens au gouverneur de Hamlé, 
Yaroucb ; voir MjednikoIT, Palestine.,, d'après les sources arabes (en russe), 11,1, 368. ~ 
A l'époque de Salomon b. Yebouda, il y avait aussi une communauté juive à liamlé 
(voir Revue, XXV, 273), mais, dans notre lettre, les mots îlbïS'l *7^a3 ne peuvent 
désigner que le représentant de l'autorité gouvernementale. Sur Phistoire de liamlé, 
voir al-Mokaddasi, éd. de Gœ^e {Bibl, Geograf^h. Arab.,\\\), pp. 164-165; Yaqoùt, 
II, 817 ; Moudjir ad-Diu (1496), Kitâb al-ouns al-djelll bi-ta^riki-UKouds to'at'BalU, 
éd. du Caire, 1283 (= 1868), pp. 164 etss.,etc. ; queut aux Juifs de cette ville j'es- 
père en parler dans une notice spéciale. 

* C'est la lettre éditée par Scbechter dans ses Saadyana^ n° XLl. Schecbter, et, 
après lui. Bâcher et Bornstein ont admis que le signataire de la lettre TDâf^ '3S^1 nnViD 



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ÈPHRAIM BEN SGHËMÂRIA DE POSTAT 157 

elle dépérit et tout son éclat de jadis s'évanouit ; ses amis raban- 
donnent et les disciples auxquels elle confère Tordination sont 
couverts d'opprobre * . A la suite de ces faits, ses revenus ont 
encore baissé davantage, et le Gaon s'est vu obligé d'envoyer son 
fils, sans doute Joseph, qui fut plus tard Gaon après lui et qui 
devait être à ce moment Ab-Bet-Din, dans un pays d'outre -mer 
(peut-être en Europe), probablement pour réunir des subsides. 
La détresse fut si grande que Salomon, n'eût été la navigation, 
aurait entrepris lui-môme ce voyage «. 

Seul, Ephraïm, dit la lettre, resta Adèle à l'Académie de Pales- 
tine, la *«33t na'nD'^ ' ; mais il fut, lui aussi, engagé dans des diffé- 
rends sur lesquels cette épitre ne fait pas toute la lumière dési- 
rable, mais qu'on peut cependant reconstituer dans leurs granies 
lignes. 

Il y avait alors deux communautés à Postât : la première baby- 
lonienne, la seconde palestinienne, c'est-à-dire que l'une suivait les 
rites babyloniens, l'autre les rites palestiniens *. Comme les deux 
pays avaient maintenant chacun son Gaon, il est vraisemblable 

^av)3 apyi I^Ê^a na^XÛ"^ est S^lomon b. Elis, pelii-ftls de SaîomOQ b. Yehouda, 
voir t«/r«, p. 170. Mais cela est imposBible, car premièrement Salomon II vivait au 
oommeDcetncDt du xii* siècle et ne pouvait donc pas correspondre avec notre 
Bpbraîm. En second lieu, notre lettre est écrite à Jérusalem, tandis que àé}k Elia 
avait émigré à Tyr. J'avais d'abord, moi aussi, suivi l'avis de Schcchler (voir Z^it- 
t^krift fur hehràiteke Bibliographie^ VIT, 144, 180), mais j'ai déjà pu rectifier cette 
opinion dans le tirage à part de mou aritclc Schichter's Saadyana (pp. 11, 16). 

» Rîtto, I. 4 : Î13 ^7303 bD y-^^s'^nb ('. rra naa) nain^a n-^am» bs. Un 

certain Yosia b. Aron b. Yosia, binsi ordonné, en 1031, par la sainte académie de 
Palestine s'achcti en souvenir de celte ordination le Commentaire de Saadia sur 
Isaïc, voir Saadyana, n« XXVIll : miTO ID'^nn "na-^n Ti'^y^'^ IIIPS HT "IDO 

'"173 [Ti73n] nann nn-»»»'» -îtd pii n.-!:p y^y ims n-^oriT: [xn?:] in^ia 
rwoa iTa^r^b iDinn^s [py] DmD {?; !« in-»©»-^ irai m7:n nbnrTîn lin» 
y'sz^ dV?» n:^3-i« pdtd N-^rr "^a:: na-^o*» n©"npn na-^iD-^a ^?30im riDTTD 

'W rn'':r'»b nn«1 Û'»:^lDm m»?D. — L'expression y»73«rr se trcuve aufti 
dans la lettre antérieure de Salomon (voir Appendice II, l. 14) : ?173nb73 1733^ 1Ï3J'' 

• Lettre, 1. 8 : t\M'\ b» in«^ "«inx iiTT b» "^H-» ismTsn b» anDan lanDîa 
'^^y np"» i»73bi naD biym niT^^nb n73a i-^i^i mitp t^h "^d ncnanb D-^n 
ïiîn a-^bcnb bDiN «b D^^a -«a^i noa-'a «^-n i*»» nyoy-^ n?^ ba« m»:: 

'iai ïlb:^n îl^nr ^blN Nin n5<3Cb. Que ce tîls ait été Ab Bet-Din, c'est ce qui 
résulte de ce que Salomon ne prii conseil, dans le fait raconté par la lettre, que du 
• Troisième «(LU: ^©"^bOH "^nX Uy "^nbbDSl); daùtre part, c était la coutume, 
comme nous l'apprend la Me^^uilla d'Ebialar (voir infra)^ que le Ab-Bct-Din fût élevé 
ao gaonal, et comme, à la mort de Salomon, cette dignité fut occupée par son fils 
Joseph, c'est de celui-ci qu'il doit s'agir ici. 

' l. 5 : mb» -in«n?D bD nia^D ptnnTD 1733 «b in'»'Ti i73©3 nnnî^^a «nm 
'131 nianb. 

*Ge sont là les baa "^33 et les bfintt)*^ yiN "^Sa, mentionnés 1 43, voir mcn 
^^hêtkkr'i Saadyana^ pp. 11-12. Bacber, /. c, pp. 93-94, a suivi une fausse piste, 
^ sorte quMl n'a pas pu se rendre un compte exact de la question. 



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1Î58 REVUE DES ETUDES JUIVES 

qu'il se produisit des froissements, car il devait y avoir naturel- 
lement une espèce de rivalité entre la Palestine et la Babylbnie. Il 
est même possible que Salomon b. Yehouda, comme autrefois son 
prédécesseur Ben Méir, continuait toujours à revendiquer la su- 
prématie de la Palestine sur toute la diaspora. Ephraïm ben Sche- 
maria appartenait naturellement à la communauté palestinienne 
et y exerçait certaines fonctions officielles et importantes *, c'est 
ainsi quMl avait, entre autres, la surveillance de Tabatâge rituel. 
Or, il semble que la communauté babylonienne eut le dessus et 
qu'Ephraïm fut évincé de ses fonctions de surveillant, lesquelles 
furent confiées à un homme immoral, fils dé son adversaire * ; 
il semble aussi avoir eu à subir d^utres avanies '. Un certain 
Natan, homme d'ailleurs honorable, qui, lui aussi, probablement 
appartenait à la communauté palestinienne, car il fut ordonné 
a Haber » par Salomon*, parut suspect d'appartenir, pour des 
raisons que nous ignorons, au parti des adversaires d'Ephraïm. 
Une lettre que Natan, à ce qu'il semble, avait écrite à Salomon 
revint, pour des raisons que nous ne connaissons pas davantage, 
à son expéditeur, sur quoi Natan lui-môme souhaita que les 
fauteurs de désordre fussent excommuniés, pour que son inno- 
cence apparût *. Ephraïm informa le Gaon de tous ces faits par 
une lettre qui arriva à Jérusalem le^ 24 Siwan (l'année n'est pas 
indiquée), et Salomon convoqua aussitôt, le 25, une grande 
assemblée dans une caverne, fit apporter les rouleaux de la loi et 
lança l'excommunication contre tous ceux qui forgent des men- 
songes et provoquent des discordes pour satisfaire leurs intérêts 
personnels®. De plus, Salomon exhorta Ephraïm à veiller à ne 

» L. 40, il est dit de l'adversuirc d'Ephr^ïm : o:k «1Î1 «bn • . .nWï^b lb H'^n. . . 

ûa'^-n û««?3i Dn*ia n«idi b«niD'»b n-iiD7a io-ï-id» an b^n) «in. 

« L. 36 : nx^b mD-)C3n '|'»'>Tb orra D'»:)3:m û-^pi^în \r2 n-iDT n©Ni 
153 n-^Ta^n ncND -«nn^n, et, de nouveau, 1. 46 : «^-iT^b ib H^n rjs:-!'^ ÛX 
m^sn )D'»«b imx nnbi ^i^u im» nnpb (i. bab) bab *^b nu5«a. 

« L. 16 : mi:i3^*»n mitm byi iu5J3 nu5« d-^idj^^jh bs b:^ ^n*^ -isnïsm... 

* C'est à lui que partissent se rapporler ces paroles de Salomon, l. 45 : TtfZD 

nan D«a rn-jaT nic« n^ K5:^«5in ûT>a -inaTa '^n5:kM. 

» Voir l. 30-32. 

• L. 27 : isbbas ">5)D SDva na nb DT>ai iroa ni nv nr ^ana^D y^xi 
liN -ppn ppin ba b^^ nsTs-inm m-nn '»-ido i:«::im an brrpa nn^^^a 

'iai> Salomon s'enferma dans une caverne, sanà doute parce que, comme noua 
Tavons vu plus baui, il lui avait été défendu de prononcer rezcommunicalion. (Ou 
bien s^agirait-il de la caverne du prophète Âggée qui, d'après la Relation du voyage 
d'Obadia de Berlînoro, éd. Ncubaucr, Jahrbuch^ 111, 21S, se trouvait sur le Mont des 
Oliviers?) Je conclus de là que cette lettre est postérieure à celle publiée dans TAp- 
pendice II, et qu'elle fut également écrite a Jérusalem. 



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ËPHRAIM BEN SCHEMARIA DE FOSTAT 159 

pas fournir aux perturbateurs un sujet de querelle, car les temps 
sont mauvais et la race corrompue, fea plupart ne cherchent qu'un 
prétexte pour mal faire. Nous aussi, dit Salomon, nous n'aurions 
fait aucun cas de leurs paroles, s'il ne s'était pas agi d'une profa- 
nation du nom de Dieu *. Pour ce qui est des fonctions enlevées à 
Ephraïra, chacun peut les exercer dans sa communauté*. Com- 
ment ce R. Natan, demande Salomon à Ephraïm, peut-ïl se rési- 
gner à voir disparaître toute trace de l'influence de l'école pales- 
tinienne en Egypte * ? Il aurait pu t'accorder son assistance pour 
qu'on ne t'enlevât pas ce qui te revient. Moi et le « Troisième », 
nous te rendons tes fonctions, et quiconque te les enlèvera de 
force sera atteint par le châtiment de Dieu. Salomon ajoute à sa 
lettre une autre adressée spécialement à ce Natan pour le calmer*, 
mais sans doute aussi pour le réprimander. 

Les renseignements que nous fournit la lettre de Salomon sur 
l'existence, à Fostât, d'une communauté babylonienne et d'une 
communauté palestinienne sont encore confirmés par d'autres 
témoignages. Benjamin de Tudèle nous en informe environ cent 
ans plus tard, quand il mentionne un détail particulièrement im- 
portant de la divergence des rites, et c'est à savoir le cycle 
annuel ou triennal pour la lecture du Pentateuque **. Maïmonide 
voulut mettre fin à cette division dans les rites et usages, mais le 
silence lui fut imposé par le Naguid d'Egypte de cette époque, qui 
s'appelait — nous le savons maintenant — Sar Schalom ou 
Zouta*. Makrizi (mort en 1442) parle également des deux syna- 
gogues, et il dit à ce propos que, sur l'entrée de la synagogue des 
Palestiniens, on avait dressé une table de bois où il était gravé que 
la synagogue avait été élevée en Tan 336 de l'ère des Séleucides, 
c'est-à-dire quarante-cinq ans avant la destruction du second 

* L. 25 : bsN D'»3^"«72Tî37:rr •»n3T 3b by (i. i55D«)) ^ra «b diDn bibn ■«b'ibn 

MaiomoD fait ici ailusioD au passage connu du Talmiu), Subbat, 30^. 
' C'est ce que signifient ces mots, 1. 42 : rT»n'' "^73^ bj^ niH Ûip73n ■);afc<D... 

'•^y -pN -^îa û»n nn bna "^33 diD3 [nt] itdtd b^^ -inj<n DipTsn. 

• C'est à Natan que je rapporte ces mois, l, 43: DD'^tS^ ÛC "llp^b ^p3'> DS^afc^M 

■•nbab yr^iyb Diii-^ Nibn a;23 nb m->n -^nbab D-^isr^a y^^iz 'iD*» y-i» 

nanDTn. Voir la suite, plus liant (p. 158, n, 4). 

* L. 50 : labîD n-^DTÎlb il5 ip^ ND3-1 b« nDD HT 3nD733 ^IID ïlDm. H 
l'appeUe 1.30: n'^nriH 1n2 31 -|73. 

^ » Ed. Asher, p. 98 : nn» ni-^OSD ''na "«ÎTS DC1 D'^lin'» D">Db« 1?aD !131 

5« m-^D^D b33 vj33t< noD5 nnNT V"''2Np b« rposD bw-i^D-» y-i» -««Jî^^b 
'131 min biD D'^moai nT>^-iD3 nn» :in:73 a-^^mD Dr^i T^p^^j^. 

• Voir le passage du l-^ia^yb» n\SCD d'Abraham Maïmuni édké par Bûchler, 
/. Q. B., V, 421, et cf. sur ce sujet Kaufmanu, Monatzschrifi, XLI (1897), pp. 460 
et fiuiv. 



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160 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

temple * . Obadia de Bertinoro dit la même chose dans sa Relation 
de voyage en 1488, sauf qu'iUndique comme date Fan 38 avant la 
destruction du second temple*. Obadia ne mentionne pasladif- 
féi*ence de rites et, sans doute, ceux-ci né s'étaient plus maintenus 
longtemps. Il est vrai qu'ils sont mentionnés par Sambari, qui 
écrivait en 1672 ', mais il est probable que ce chroniqueur ne fait 
que répéter ce qu'il a lu chez Benjamin. C'est par erreur qu'il dit 
que la synagogue babylonienne a été bâtie seulement par Maïmo- 
nide et, par-dessus le marché, en une seule nuit, grâce à l'invoca- 
tion du nom de Dieu. 

La dernière date que nous possédons actuellement touchant 
Ephraïm b. Schemaria est Tannée 1030, au cours de laquelle il 
signe comme témoin un contrat de mariage, et comme ce contrat, 
par ailleurs, ne manque pas d'intérêt, je le publie intégralement 
dans l'Appendice III. Comme nous savons, d'autre part, que 
Salomon exerçait les fonctions de Gaon en 1046, il est vraisem- 
blable qu'il a survécu à notre Ephraïm. D'ailleure, il n'est pas 
impossible que la Gueniza du Caire nous fournisse encore maintes 
trouvailles imprévues sur les rapports d'Ephraïm avec l'Académie 
palestinienne. 

Et maintenant, pour ce qui regarde les destinées ultérieures 
de cette Académie, nous sommes assez bien renseignés sur ce 
chapitre par le curieux écrit que Ton appelle la Meguilla d'Ebia- 
tar (publiée dans Saadyana, éd. Schechter, n<» XXXVIII) et qui 
provient également de la Gueniza ; Bâcher * a si lumineusement 
exposé le contenu de cet ouvrage et les faits qui s'y rattachent 
qu'il a rendu toute autre étude superflue. Ce qui nous intéresse 
seulement, c'est un point dont nous voulons poursuivre l'examen, 
à savoir les rapports de TÉgypte avec cette Académie. 

L'exemple de Saadia montre que, déjà au commencement du 
x« siècle, une certaine activité intellectuelle s'était manifestée 
parmi les Juifs de l'Egypte, et les relations de ce pays avec la 
Babylonie sont attestées par l^nergique intervention du philo- 
sophe de Fayyoum en faveur de Texilarque et des Gueonim des 
deux Académies babyloniennes, quand éclata la querelle de Ben 
Méir. Semblablement, Abraham ben David compte l'Egypte parmi 
les pays dont ces Académies tiraient leurs revenus. Dans la 

* Cf. Schr4iner, Z, D, M, Q,y XLV (1S91|, 298. Schreiner a bien va que cette 
date a été avancée pour des raisons tendancieuses. 

« Voir éd. Neubauer, p. 210. 

* Ed. Neubauer, iftf^/Mieoa^ JtwiiK Chronicles^ I, 118. Cf. Bûcbler, /. c, 422. 

* Dans Jetoith Quarterly Rtviewy XV, 79-96. 



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ÉPHRAIM BEN SCHEMARU DE FOSTAT 161 

seconde moitié de ce siècle, Schemaria b. Elhanan, Tun des quatre 
captifs qui fut racheté par la communauté d'Alexandrie, vint à 
Fostàt et y fut choisi comme chef*. Schemaria déploya son acti-- 
vite à la fin du x" et au début du xi« siècle, c'est-à-dire à l'époque 
de Scherira et de Haï. Nous ne savons pas s'il fonda une école 
importante*, mais nous le voyons adresser des Consultations à 
Scherira et recevoir de celui-ci des Réponses '. Son flls Elhanan, 
qui émigra à Kairouan, a, lui aussi, activement correspondu avec 
Haï*. Mais quand, au commencement du xi« siècle, l'Académie 
palestinienne acquit plus d'importance, les deux pays, l'Egypte .et 
la Palestine, qui obéissaient, d'ailleurs, au mc^me sceptre, se rap- 
prochèrent sans doute l'un de l'autre, et il est probable que 
l'Egypte aura été chercher ses enseignements plus souvent en 
Palestine qu'en Babylonie. Et, en effet, nous ne trouvons que 
fort peu de Réponses adressées de Babylonie en Egypte : si l'on 
fait abstraction de celles que reçut Schemaria et dont il a été 
question plus haut, il y en a, autant que nous sachions jusqu'à 
présent, quinze en tout, qui ont toutes pour auteurs Scherira et 
Haï. Ainsi dans un fragment de la Gueniza qui contient les Indices 
d'une collection de recueils formés par des Réponses de Gueonim, 
on dit que le sixième livre de cette collection contient des Ré- 
ponses envoyées en Egypte par Scherira et Haï, qui était alors 
Ab-Bet-Din ; suit l'énumération de quatorze numéros *.D'un autre 



* Cestceque, comme on Bail, Abraham b. David raconte (dans Neubauer, ibid.^ 

68) :^ nby Dtt5»i D"nit)3 b© N-^nnsoDbNn rT>-i5D« 'n n» nsîa iD-^b^m 

0«nb HTn D'^ISCTsb. Mais ce récit a été fort ébranlé par la leitre écrite par Hou- 
Bchiel a ce Schemaria, et publiée par Schechter, /. Q. jS , XI, 643 et suiv. 

* Schechler (ibid.^ 646, note 2) publie un document émanant de son tribunal de 
Foslât ei daté de l'an 1022. Schemaria est toujours mentionné avec le titre ^(^"i^^, 
mais jamais avec celui de ?i:3'^^'^ U3&<n (d'après quoi il faut aussi rectifier la resti- 
talion proposée dans Saadyana, éd. Schechter, p. 124, 1. 85, comme M. Herkavy 
m'en a fait la remarque par lellre). 

' Voir mon Sehechter's Saadyana^ p. 5. La réponse envoyée a Fostàt en Tan 1303 
He Père des Séleucides (= 992) et publiée dans m^^DT n"JT73 ''jlfi*^ manOn, éd. 
MûUer, u« 72, pourrait également avoir été adressée par Scherira à Schemaria. 

* VcirHarkavy, Stud, und Miiteil.y IV, Index, *. t». rT»-)7aO "; pribN. Cl', aussi 
le fragment de la Gueniza publié par Neubauer, J. Q, i?., VI, 223, mais d*où il ne 
rfssort pas tout à fait que Schemaria était originaire de lu Babylonie. 

» Publié dans Werthdmer, îlTabo nbnp (Jérusalem, 1899), p. 72 : v^^^n ^DDH 

DnnbxiV'T a» pKs •^•'«n ir3i"i«i n-t»-!^ ir:i"iN nhim^on d'»-i::72b. Parmi 

les 14 numéros mentionnés, j'ai pu, principalement avec l'aide de Jool Mûller, nnD73 
C^îliCn mai^nb, en idemiher G, qui étaient déjà connus auparavant, mais dont 
on ne savait pas qu'ils éiaieut adressés en Egypte; ce sont les suivants: l» 1, 
sur un passage de Pesahim^ 101 a, concernant les prescriptions du Kiddousch, voir 
ConmltatioHS, éd. Lyck, n» 53 (attribué à Haï) ; n» 4, sur ce texte de Pesahim^ 
49* ; '131 ynxn Ziyi I-IKW Ûnm nCC voir nai^n -^-I^^O, n» 24 (attribué 
à Haï) ; n' 5, sur cette question : "^Tp-ipTaW D'YODS "IIOV nbuiS nan 
T. XLVUI, K» 80. 1t 



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162 . REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

côté, Haï, dans une Réponse touchant un passage du traité Mid-^ 
dot, dit qu'il a reçu, sur ce point, una question d*Égypte et qu'il 
y a répondu en détail*. Si maintenant on compare ce nombre avec 
celui des Consultations envoyées, par ex., dans le Magreb, sur- 
tout à Kairouan, à Fez, Kabès, Tahert, Sidjilmasa et Tlemcen *, 
il apparaît comme très peu considérable. Peut-être faut-il mettre 
cette disproportion en relation avec ce fait que le Magreb n'était 
attaché à l'Egypte que par des liens très lâches et que les Zirides, 
par exemple, qui gouvernaient à Tunis, se considéraient presque 
comme indépendants, ce qu'ils proclamèrent, d'ailleurs, formelle- 
ment en 1048-1049 •. Pour Salomon b. Yehouda, nous ne connais- 
sons, il est vrai, jusqu'ici qu'une seule lettre qui lui soit adressée 
d'Egypte*, mais il se peut que la Gueniza du Caire nous réserve 
encore des surprises. Quoi qu'il en soit, nous voyons par les 
lettres écrites à Ephraïm b. Schemaria que l'Académie de Pales- 
tine trouvait le plus d'appui en Egypte. 

Nous sommes encore renseignés sur les rapports de l'Egypte 
avec cette Académie par un très intéressant fragment de la Gue- 
niza publié par M. Elkan Adler ', mais qui contient encore bien 

^bubkSTS^SI, est, sans doale, celui qui eii cité dans Ittour [éd. Lemberg, I, f* 44 c 

en haui) : rrb «"^ UN ïTOTiii noin» nsa b"^T V3»i ''•»«n iD^a-i Vwn'^Ni 

"^DDa ni^^J^ ; n^ 6, sur la quôttioa de savoir si ^^nDI ^^33 n^in^ a encore de la 
valeur ai^ourd^hui, voir Âscheri sur K^toubot^ cbap. iv, § 24 (cf. aussi Ittour y 1, 
f* 44 b, et les Hépomti de Isaac b. Schéscbeth, n« 106) ; n« 11, sur ce passage de 
Meguilla, 5 a : 'iDT •TPrn ns^ta nb^tt, est cité dans les Contultations mDbn 
mpIDS, u* 90, au nom de Natrona!, et se trouve aussi dans le Siddour d'Amram 
(voir la note de Mûller, ad locum, p. 92, note 3) ; n« 14, sur ce passage de Sabhéty 
19 a : '1D1 nS'^DOa 1'':i'»bDtt I'^N, voir ComuUattont, éd. Lyck, n« 6 (altribué à Haï). 
» Harkavy, $tud, u. MUteil, IV, n«»290 : ^';y'>b» '-) '73«pT Tt'S^O^b NH nbwttJTDI 

naDT ïiann ïiicp «"«n it ïiti»« ...mn n-^Diii rv^a-i:^» T^'P^^ ^?y^ P 

'IDI rmnna D-^ISrTa b» ÏIISID-T^D. Cf. encore ii^rf.,n» 312; pi3: -^-lyiD, f* 23*, 
n« 6, et (o 25, n" 15-16 ; riTabo nbïip, éd. Wertbeimer, p. 47 et p. 92 (b^O fiOsbl 
*^bN n3S73 b^N ïïn'^D \y); mais ces passages nlndiqaent pas tous des Consul- 
tations adressées en Egypte. 

s Les Consultations envoyées à Kairouan sont si nombreuses que leur énuméra- 
tion doit être réservée pour une étude d'ensemble. Sur celles qui sont adressées 
à Fez, voir mon étude sur Thistoire des Juifs de cette ville dans le journal ^r^'^D]£n, 
1903, n** 3 et suiv. Celles qui sont envoyées à d'autres villes du Magreb sont con- 
tenues pour la plupart dans Harkavy, Stud. und Mitteil.^ IV, voir l'index aux noms 
de lieux en question (pour Kabès voir aussi nttblD nbnp, n«»« 3-7 ; Monatsiehrift^ 
XLIV, 142, et Consultations^ éd. Lyck, n* 13; pour Sidjilmasa, voir Tlntroduc- 
tion de Goldberg au Risâla d*ibn KorcXscb, p. xvii, et Saadyana^ éd. Schecbler, 
n» XXXI Vi. 

* Voir MûUer, Der Islam im Morgen- und Ahendland^ L pp. 622-629. On trou- 
vera d'autres données dans Ibn al-Âtbir, Annales d» Maghreb et de VSspagne^ trad. 
par Fagoan, p. 452, n. 2. Cf. aussi Lane-Poole, The Mohammadan Dynasties, p. 38. 

* Voir supra, p. 152, n. 4. 

* J.Q.Ii,^ IX, 717. Cf. sur ce texte les observations de Kaufmann, ibid,^ X, 162. 
Bâcher, /. c, p. 96, parle aussi assez brièvement de oa fragment, mais c'est i tort 
qu'il en attribue la publication à Neubauer. 



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ÊPHRAIM BEN SCHEMARIA^DE POSTÂT 163 

des énigmes. Un Naguid égyptien y raconte que déjà pendant Tad- 
ministration de son prédécesseur (qui n'était pas son père, comme 
l'admet Adler), il s'est assis sur le siège des sages et a prêché 
publiquement aux fêtes. A la mort de son prédécesseur, dont il 
décrit en termes élevés la féconde activité S il fut revêtu de cette 
dignité par le Khalife. De plus, il entra en fonctions avec Tauto- 
risation de l'exilarque, Hasdaï (ou X ben Hasdaï), à qui tout Is- 
raël est subordonné, et enfin le Qaon de l'Académie palestinienne 
le confirma dans sa situation*. L'auteur du fragment ajoute 'que, 
même dans le cas où le gouvernement du Kalife n'aurait pas 
ratifié sa nomination, le Gaon aurait veillé à ce que la dignité de 
Naguid se maintînt, car il aimait beaucoup son prédécesseur. 
Mais le Gaon fut assez heureux pour n'avoir qu'à ratifier la nomi* 
nation faite par le pouvoir *. 

Comme il est question, dans ce texte, d'un exilarque et d'un 
Gaon palestinien contemporains l'un de l'autre, le fait ne peut 
s'être passé qu'au temps de Salomon b. Yehouda, et, de plus, 
avant 1040, année de la disparition de Texilarcat babylonien ; 
mais à ce moment nous ne trouvons pas d'exilarque du nom de 
Hasdaï ou ben Hasdaï. Et même si Ton admet que les prédéces- 
seurs de Sâlomon portaient déjà le titre de Gaon, l'événement 
mentionné dans notre fragment peut s'être passé au plus tôt dans 
le dernier quart du x^ siècle (car le premier Naguid doit avoir été 
PalOel, qui vint en Egypte avec al-Mo*i2z) ; or nous ne trou- 
vons pas davantage, à ce moment, d'exilarque qui porte ce nom. 
On serait presque tenté d'admettre qu'il est question ici non pas 
d'un exilarque babylonien, mais d'un exilarque caraïte qui résidait 
au Caire. Et, en effet, nous en connaissons un du nom de Hasdaï, 
qui vivait vers 1030*. Que, d'ailleurs, de bonnes relations aient 
existé au xi« siècle, entre Rabbanites et Caraïtes, c'est ce que nous 
voyons par ce fait que l'exilarque égyptien David b. Daniel, dont 

^ * Voir p. 718, 1. n : lïjM n« T^biDm T»"'n •»»•» bD nbsc iT^a "^'"^ yen "«s 

*P. 717, 1. 14 : '^y 'y"^ -«scb nvnb ■»n"»52 rr^a i7a«3 -^^ htmo'^ bD iyT»n... 
lîTOjt -^ï5» rîbnan ;D»n nssm» it»u5-i3 T»nnN '^"^ D3^n -isnj -«dn -^di Dbia^ 
'sxn y«i« nn'^i»'^ ^n-i nssm» 0:^1 ...imDb» d3« nnn n-^j^n bK-iuj-» bDn 
yyo)2 inn»73 ^^nsa njroi T>n3i n« «bTan T^-in» «a n::3b innu3?D insn 

,151 ^T^53 fiiOD OT ■»3:^Dîn. — L'exilarque est appelé plus haut, 1. 10 : 13fir;D3.. 

58nic^ ba nrô^ ««n bnnan «'^iDsrr •'«non nsD-'os. Mais avant le mot '^tnon 

u DiaoqLte, diaprés Kaufmann, environ deux mots, de sorte que ^fitTOn pourrait aussi 
w«n désigner le père. 

'P.718,1. 16-21. 

* V<ïl, Fûpgi^ Qmhiehte des Karàerlhum, II, notes, p. 77. — C'est aussi de Tan 
'm qa« date une Ketouba caraïte de FosUt, publiée par M. Elkan Adler (/.Q.i^., 
^. 684). 



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164 REVUE DES ETUDES JUIVES 

il sera encore question plus bas, épousa sans scrupule une Ca- 
raïte *. Mais ce qui est gênant, c'est le titre de bôn©*^ bD nrba x^an. 
Aussi voudrais- je émettre une autre hypothèse, mais je ne la 
donne que sous les plus expresses réserves : notre fragment ne 
parlerait-il pas de Natanel, que Benjamin de Tudèle mentionne 
comme Naguid d'Égyi)te? De son temps, en effet, Texilarque de 
Bagdad était Daniel ibn Ilasdaï, dont il pourrait être question 
dans notre texte. Dans ce cas, il faudrait voir dans le personnage 
appelé "^asKi y^ na*'»"' isni Ezra, le chef de l'école de Damas, qui 
est désigné par Benjamin comme le chef de TAcadémie palesti- 
nienne*. Quant au prédécesseur si vanté, ce serait Samuel ben 
Hanania, qui a pleinement mérité les éloges qui lui sont dé- 
cernés. Enfin, nous savons de Natanel qu'il ne fut pas seulement 
Naguid, mais aussi chef d'école ', c'est-à-dire savant, et c'est ce 
que montre aussi notre fragment. Mais il faudrait alors supposer 
que Texilarque de Bagdad ainsi que le chef de Técole de Damas, 
avaient nne influence aussi grande sur les affaires d'Egypte. 

C'est pourquoi une autre hypothèse est encore possible : ce 
serait que ce Ilasdaï (ou ben Hasdaï) ait été un exilarque rabba- 
nite d'Égypie, jusqu'ici inconnu. 11 est, en effet, très possible 
qu'après que David b. Daniel eut fondé, comme nous allons le 
voir, l'exilarcat en Egypte, il ait encore eu des successeurs 
après sa chute, survenue en 1094. Nous trouvons, en effet, 
à l'époque de Maïmonide un dignitaire appelé étids Énosn rrnfir 
VpiSLT fcraiîi TrmDÉT la bfin»"» m^^ba te, et ce personnage, puisqu'il 
est nommé « prince de toute la Diaspora », pouvait être plutôt 
exilarque que Naguid *. Que, d'ailleurs, il ait pu y avoir en Egypte 
un Naguid à côté d'un exilarque, c'est ce que nous voyons par le 

1 Voir la Ketouba de ce mariage (datée de Tan 10S4} publiée par Schechler (/.Q.i2., 
XIII, 220). 
» Ed. Asher, I, 48 : ^«-1»"» ^1» buî na^'ttJ'^ (l."©»-)) "^CN-I (pC73n3 Y'ï) DOT 

'iDi na-'O-'a •^^D'^rnn qoT» -«a-n i"»i n-^a a» mba -la vn^^ «nry -^an laoï. 

Remarquons, en passant, que puisque celte académie se considérait comme le succes- 
seur de celle de Palestine (v.plus loin, p. 170), et se modelait probablement en tout 
siur celle-ci, il faut saus doute lire ici ^©^b'ûïl au lieu de "^O^isnn. R- Joseph était 
duucle « Troisième », et exerçait une fonctiou qui n'existait, nous le savons mainte- 
nant, que dans Tacadémie palestinienne. 

* Ce n'est pas seulement Benjamin qui Pappelle (éd. Asher, p. 98) na'^SJ^H OKI ; 
il est encore désigné dans une Kciouba de l'année 1164 sous les titres de na^O"^ ONH 
nbna bO et de rmnn •»-)« m-inT^m, ▼. ./.Q./f., Vlll, 554, et Monatstekrift, 
XLl, 214. 

* Sambari, éd. Neubauer, p. 116, l. 20 ; p. 133, 1. 9. Il n'y a même pas de place, à 
Tépoque de Maïmonide, pour ua Naguid de ce nom, car à Nalanel succéda Zouta, 
appelé Sar Schalom, et à ceiui-ci Maïmonide; voir KanTmano, Monûistekri/i, XLI, 
<460 et s. — Un ûls de ce Yehouda b. Yosia était peut-Ôtre un exilarque (?) Yusia, 
qui portait ainsi le nom de son grand-père, voir mon Sehtcktâr'i Saadyana^ p. 14. 



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I 



ÉPHRAIM BEN SCHEMARIA DE POSTAT 165 

cas de David b. Daniel, que le Naguid Meborach aida, corame nous 
le Terrons plus bas, à recevoir Texilarcat. Et maintenant, si Hasdaï 
devint exilarque, en Egypte, après David, le Gaon palestinien 
pourait être Ebiatar, dont il sera question plus loin, et le Naguid 
aurait été un successeur de Meborach *. 

Quoiqu'il en soit-ce Hasdaï doit faire partie des exilarques 
post-babyloniens, car c'est seulement chez ceux-ci que nous trou- 
vons, à ma connaissance, le titre de [nrba] te (ou n'»03) rrb iD^n, 
bÉno*»». Mais revenons à notre sujet. 

Après Salomon b. Yehouda, dont la mort ne survint pas pro- 
bablement longtemps après 1046, le gaonat fut exercé par son 
fils Joseph, dont nous avons déjà parlé et qui avait occupé, du 
vivant de son père, la dignité de Ab-Bet-Din. De son temps, le 
gaonat sortit, pour quelque temps, des mains des Aaronides et 
fut exercé par un certain Daniel b. Azaria de Babylonie, qui des- 
cendait de la dynastie des exilarques babyloniens et est, pour 
cette raison, désigné comme fcro3. C'est seulement lorsque Da- 
niel mourut en Elloul 1062 que le gaonat fut rendu à Elia, frère 
de Joseph, qui était mort dans l'intervalle, tandis que son fils 
Ebiatar l'assista comme Ab-Bet-Din '. Elia quitta Jérusalem, peut- 
être à la suite de la prise de cette ville par les troupes du prince 
Seldjoukide Mélik-Schah en lOl, et émigra avec l'Académie à 
Tyr*. Il y mourut en 1084, laissant le gaonat à son fils aîné Ebia- 
tar, déjà nommé, tandis que le cadet, Salomon, le '< Troisième », 
devenait Ab-Bet-Din. C'est pendantr le gaonat d'Ebiatar que se 
passe l'événement dont il est surtout question dans la Meguilla 
composée par lui et qui est importante aussi pour la question qui 
nous occupe *. 

* Nous trouvons encore Meborach en 1098 (/.Q.i?., IX, 116), mais il peut être 
mort aussitôt après, de sorte que son successeur occupa encore la dignité de Naguid 
du lemps d'Ebiatar. Dans ce cas, les éloges décernés dans notre fragment se rappor- 
teraient à Meborach. 

* Ainsi David b. Daniel est appelé deux fois b^n'^D"» ^D nvbs N'»T253 dans la 
Ketouba citée précédemment. De môme Harizi (Porte i, éd. Kaminka, p. 24) appelle 
l'eiilarque de Damas : m"»ba Nv^3 bman N-»lD:n T^t'CN"» ..."133-11 "131173 p":;D 

bD m"«ba >4"»TDD binan t^v^sn "»a"« isn'^ïjd p":iD p b"pT b«no"« bD 

VpT b»nO'' (cf. aussi Porte xxiv, p. 3o5). 

* C'est ce que dit expressément Ebiatar dans sa Meguilla, p. 2, 1. 19. C'est de celte 
époque quo date la Réponse adressée par Elia et Ebiatar à MeschouUam b. 'Moïse, à 
Mayeoce, voir Monatssckrift, XLVll, 345. 

* Cf.. sur ce qui a été dit jusqu'ici sur les deux fils do Salomon b. Yehouda, 
Bâcher, /. c, pp. 84-85. Que jusqu'à ce moment Jérusalem ait été sans interruption 
le siège de Pacadémie, c'est -ce qui résulte par exemple de Saadyana^ n° XLII, 
11.3, 14. — Une lettre écrite, en 1020, par la communauté de 'ïyx a Jacob b. Joseph 
d'Alep (y.tupra, p.1î»5) a été éditée par Wertheimer dans ses DbwJII"' "^ÎSS, 111. 
feuillet 15. 

* Je suis ici généralement Texposé de Bâcher, pp. 86 et s. 



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166 REVUE DBS ÉTUDES JUIVES 

En Tannée 1081 , c'est-à-dire trois ans avant l'entrée en fonc- 
tions d'Ebiatar, David fils de Daniel ben Azaria*, précédemment 
mentionné, vint, à Tâge de vingt ans, de Babylonie, où il avait été 
emmené sans doute après la mort de son père, en Egypte, et il y 
trouva assistance auprès du Naguid d'alors, Meborach b. Saadia, 
et de Tosia ha-Cohen, qui était un fils d'une tsoite de David et qui 
dirigeait l'école de Fostât, où il avait succédé à son père Âzaria ha- 
Cohen. Tous deux parvinrent à proclamer David exilarque et à 
faire ainsi revivre sur les bords du Nil l'exilarcat babylonien qui 
avait disparu à la mort de Hizkia. Mais le nouvel exilarque se 
montra bien ingrat pour ses bienfaiteurs. 11 fit dénoncer auprès 
du gouvernement le Naguid Meborach, qui courut le péril d'être 
mis à mort et ne sauva sa vie qu'en s'enfuyant à Fayyoùm. Quant 
à Yosia, il fit publiquement lancer contre lui de fausses accusa- 
tions dans les synagogues, et mit sans doute un autre savant à sa 
place, comme chef de l'école de Fostàt. Sa puissance he s'étendit 
pas seulement sur les communautés juives d'Egypte, mais aussi 
sur celles de la Palestine et de la côte phénicienne. Tyr, siège du 
gaonat, conserva longtemps son indépendance vis-à-vis de l'exi" 
larque. Mais qijand cette ville retomba, en 1089*1090, au pou- 
voir de Tempire égyptien •, David b. Daniel mit aussi la main sur 
cette ville, contraignit le Gaon à la quitter, le réduisant à une 
grande détresse 2. 

Ainsi les rapports étaient renversés et c'était maintenant la 
Palestine qui devait obéir à l'Egypte. Mais la lutte ne s'arrêta pas 
des deux côtés et chaque pays s'efforça de faire valoir ses pré- 
rogatives. David aurait exercé une effroyable tyrannie à Tyr par 
l'intermédiaire de son représentant, qui est flétri par la Meguilla 
d'Ebiatar sous le nom d'Abiram ben Datan. C'est si!r l'Académie 

' J'ai admis, avec Schecbter et contre Bâcher, que David était un fila de Daniel b. 
Âzaria (Schêeht$i'*t Saadyana, p. 10, n. 1). Une nouvelle preuve en eet que, dans la 
Katouba mentionnée plus haut, p. 64, n. i, ce n'est pas seulement David, mais aussi 
800 père Daniel qui est désigné comme 2<^1Z)3 et même aussi comme nS^V)^ TDMH 
apj^-» inW, T. J,Q.R,, XllI, p. 220. L 9 , p. 221, 1. 5. 

* Ibn A)-Athir, X, 116. Mais le lieutenant du gouvernement ég^^ptien dut enlever, 
à deux reprises, la ville de Tyr à des révoltés, en 1093 et en 1097, voiri^k/,, pp. 151, 
180. En 1124, Tyr fut pris par les Chrétiens et resta en leur pouvoir jusqu'en 1291, 
cf. ROhricht, Guckickte des Kônigreiehi Jtnualtm (Insbruck, 1898), pp. 169, 1025. 
Sur la situation des Juirs a cette époque, voir Lucas, Gesehiekte dtr Stidi Tyr%n swr 
Zeit dtr Kreuttûye (Marbourg, 1895), p. 56 (cf. Rôhrichl, op. cit., p. 986). 

* C'est un fait intéressant que nous trouvons pourtant parmi les témoins de la Ke- 
touba précitée de David b. Daniel, un petit-fils de Salomon Qaon, qui était Ab-Bel- 
Dio,voir/.Q.iî.,f*W.,l. ISiVt 1i«a n^btD 1"»3 b»-!©"» bD blD '['•n n-'D a«... 
Peut-Stre le nommé b"3tT ïia'^^'^îl 3» C)Or '1^3 irtDîl îlttbtD qui a signé, en 
1092, un document du tribunal de David, à Fosiftt (v. Saadyana^ p. 81, d. 2) des- 
cendait-il de la famille des Gueonim palestiniens. 



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ÉPHRAIIf BEN SGHBMARIA DE POSTAT 167 

surtout que son pouvoir pesa lourdement, au point que le repré- 
sentant du Gaon, le Ab-Bet-Din qui y était resté (c'était alors 
Salomon, frère d'Ebiatar), dut aussi s'enfuir* et que seul le 
€ Troisième » demeura. En 1093, l'impie Abiram dut, il est vrai, 
quitter Tyr, mais David envoya aussitôt un autre représentant, 
qui, comme son prédécesseur, usa d'arbitraire et de précipitation, 
essaya d'attenter à la vie du Ab-Bet-Din, et, comme il ne pouvait 
pas l'atteindre, détruisit tous ses biens ; il tenta même d'anéantir 
la subsistance du « Troisième » et de sa famille '. Abiram lui- 
même revint, convoqua la veille du jour de l'an la communauté 
et lui enjoignit de se soumettre (sans doute à nouveau) à l'auto- 
rité supérieure de l'exilarque. Mais alors Tyr releva la tête et le 
« Troisième » prononça un très long discours qui forme la plus 
grande partie de la Meguilla d'Ebiatar ». 

Ce serait — tel est le thème qu'il développe — une profanation 
du nom de Dieu que l'ordination d'un exilarque en Egypte et en 
Palestine, car ; T L*Égypte ne s'appelle pas « Diaspora » (nbna)*, 
ce nom ne sert qu'à désigner la Babylonie, de sorte que ce pays 
pouvait avoir un exilarque, conformément à l'interprétation tal- 
mudiqiie du verset Genèse, xlix, 10 : Le sceptre ne sortira pas de 
Juda ». 2*» Mais l'exilarque de Babylonie lui-môme n'avait aucune 
espèce de droits en Palestine, au point qu'une autorisation con- 
férée par lui n'avait aucune valeur dans ce pays •. 3« La Pales- 
tine n'est appelée nulle part « Diaspora », pour qu'on puisse y 
nommer un exilarque. 4<» Il doit toujours y avoir un Nasi en Pa- 

» Meguilla d'Ebiatar, p. 3, l. 21 : «ja pnon dn'^a» «513 ÎT»b» flbttî'^n... 

'131 DDp. 

* ibid., i 26 : imTO^n ...DT'ya ■»"•' inrit-^n isnrrb a» ■»nnK iDin-'n... 
"•«•»b«ïi ■^■»na ï-T^n T'y 'jr.-«i ...itonjiT: n«T in'»a x-i» indt^i iccnb 
:^T« Nb "îtJN birn n^n?3n D'T'aN n» Dn"»bN nbï5-«n iibisa biDb-'Dai 

'131 rC3. Pendanl le (jaoDBt d*£biatar, le « Troisième • était Cadok b. Yosia 
(i*., p.2,1. 1S). 

* P. 4, 1. 4-p. 9, 1. 27. 

* Pouriant, danit cette même Meguilla, Yoaia de Postât, le personnage précité qui 
•ida David a devenir exilarque et qui fut si outragausemeot traité par lui, est appelé 

ip. 3. 1.6) : bo rTa"«'û"» isNn ^^DH innty Iran ia inim p iît^^ét an 
b"T nbia. 

* Voir Sanhédrin^ 5 a, et passages parallèles : ^^DK'n ibî* ÏTï1ïl^73 ûaiD *11D^ »b 
aaca bfctnC r« l'»*?^)» baa«5 nvba. Cf., sur ce sujet, Pouvrage tout récent de 
Adolf Posnanski, Sekiioh, t. 1 (Leipzig, 1904). 

* L'auteur invoque ici l'affaire de Rabba bar bar Hana {Sank^drin^ ièid.), mais d*où 
il résulte juste le contraire (voir la note de Schecbter, ad loe,^ p. 93, u. 5). Pourtant 
nous trouvons une opinion conforme à celle du « Troisième •, et également appuyée 
iur Rabbt bar bar Hana, dans le n^riTHl (éd. Freimann, I, 51 «), ainsi que 
M. Bpstein en a déjà fait la remarque [Revue^ XLVI, 202, note). 



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1Ô8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lestine pour régler le calendrier et fixer les fêtes '. Là-dessus, le 
a troisième » cite la plus grande partie du viii® chapitre des Pirhé 
R. Eliézer et différents passages du Talraud pour édifier sa théo- 
rie du calendrier. Déjà Adam reçut, par une révélation divine» 
le secret du calcul (mr^^rr nno), qui se transmit chez les élus de 
chaque génération, jusqu'à ce qu'il tomba dans Toubli en Egypte. 
Puis il fut de nouveau révélé à Moïse, et, depuis ce temps, il est 
connu sans interruption de chaque chef du Sanhédrin. Que s'il 
est question ensuite de la fixation du calendrier par Texpérience 
(n^cn), ce mode ne fut introduit qu'à cause de l'intervention des 
hérétiques Çadok et Baithos, pour montrer que l'expérience et le 
calcul concordent entièrement. C'est seulement le patriarche 
Juda I, qui, comme Israël était de plus en plus dispersé, que les 
discordes devenaient plus nombreuses et l'ignorance plus grande, 
révéla le « secret » à tous les sages et à tout le Sanhédrin «; pour- 
tant la proclamation du calendrier et des fêtes doit être faite aussi 
chaque fois, d'après le calcul maintenant connu, par le chef du 
Sanhédrin, c'est-à-dire le chef de l'académie. Tous ceux qui se 
conforment à ce calcul doivent le faire avec l'intention préalable 
qu'ils le font de la part du chef de Técole^ U faut donc que 
celui-ci existe toujours et un attentat contre lui, comme celui 
projeté par David, est un projet criminel. 

Le discours du o Troisième » fit un grand effet, et le secours 
vint de l'homme mêm-e qui avait contribué à l'élévation de David. 
Le Naguid Meborach, qui paraît avoir reconquis une certaine 
importance, organisa une grande réunion dans laquelle David 
fut déclaré déchu de ses droits et le gaonatde Palestinien rendu à 
son détenteur légitime *. Cet événement se passa en 1094 ; depuis, 
la Palestine triompha de nouveau de l'Egypte, et l'Académie 
palestinienne put, encore une fois, être obéie sur les bords du Nil. 

* Les GueoDim palestinieos regardaient donc leur fT3^0^ comme succédant au 
SaabédriD, avec tous ses attributs, voir tupra^ p. 148. 

> Lo < Troisième » partage ici tout à fait le point de vue de Saadia, qui a égale- 
ment soutenu contre les Caraîtes l'antiquité du calcul du calendrier avec toutes ses 
règles, voir Monatstckrifty XLI (1897^, 209. Ce qui est nouveau, c'est seulement Taf- 
lirmalion que Juda I a (ait connaître le secret du calcul. 

J Meguilla d'Ebiatar, p. 9, 1. il : -j-^Dni: inT^SHn imN 57 V':5i:?rT DDl... 

•»ian b:r Ti?3ob D^'bsr; c^n rr^aT: T^a -•"'« ms tund rr-nnn nnsr^a p 
ixnpn -i':5K vs -113^173 ï^b» '3^; 1373^ b^'N^onbi v^^^^nb i"»«i n-nann ^i»; 
aicnb i.-î T^D-^-ii: '•Q'^ m-«ba bD3 nsoi nsïj bsa i-^aiy ino bDn Dm:< 
inain "^T» •j-'NiSv D3"»N p T»oi:^ ar» a«T t^uji^ an vdt: ...•^d. Cf. à « 
sujet bavn nso, p. 5o. 

^ Peul-6tre Meborach, en récompense de cette action, a-t-il reçu de TÂcadémie pa- 
lestinienne, désormais rétablie, le titre de : «a^ KTirîSO ou ^^TTrWOa *l-n 
nbna, V. plus haut, p. 155. 



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EFHRAIM BRN SCHEMARIA DE POSTAT 169 

La victoire d'Ebiatar marqua la défaite non seulement de 
David, mais aussi de Técole de Fostât, dont l'importance devait 
maintenant décroître de nouveau. Et c'est ainsi que nous avons 
le témoignage opposé d'un fragment de la Gueniza d'un rare in- 
térêt » et dont le contenu intéresse principalement la question qui 
nous occupe. Les auteurs de ce texte affirment que l'exilarcat 
d'Egypte s'étend aussi sur la Palestine et la Syrie et que l'aca- 
démie palestinienne n*a jamais exercé son autorité sur l'Egypte, 
attendu que ce pays doit, tout comme la Babylonie, être consi- 
déré comme terre étrangère (c'est-à-dire « Diaspora ») •. Mais, 
disent-ils, comme notre seigneur et prince Daniel (c'est-à-dire 
Daniel b. Azaria, père de David) était Gaon et prince en son 
temps, comme R. Juda I, les communautés égyptiennes furent 
soumises à sa juridiction. Mais ses successeurs (Elia et Ebiatar), 
qui déplacèrent les frontières délimitées depuis une antiquité 
avérée et éloignèrent la pilleuse racine de sa magnifique plan- 
tation, prennent des sentiers tortueux, etc. Fostât a maintenant 
sa propre académie, qui procure une consolation dans ces temps 
difficiles, où la multitude des souffrances lasse le courage, où la 
pauvreté est si grande qu'on est obligé de vendre ses propres 
habits, où la détresse et le malheur s'accumulent, et où, de 
plus, règne la discorde dans la communauté (sans doute à la 
suite de notre affaire) *. Les auteurs du fragment font appel 
à l'union, afin que des hommes indignes ne tourmentent ni 
ne martyrisent, comme ils le font jusqu'à présent, le judaïsme 
égyptien*, car — ils l'affirment encore une fois — l'Egypte ap- 
partient aux pays étrangers (et ne doit donc pas être subordonnée 

* 8aadj/ana^ n» XL. Cf., à ce sujet, Bâcher, /. c, p. 92. 

« Feuillet 2, verto, i. 9 et suiv. : nina is'^P'niD'» NOD '•D r:^nb ûnb «bn 

53 ?3? naoïD nn-.o-n o-ip pTss -d ^y n:?373 laao -no*' «b c-tp 
V-i5<a •^32: na'»;::'»b n-^n «b D'':i72npn n3\-n3N •^7:-»wi rr^mon "«ai: y^^r^ 
131 naiwH basD yixb niiin D^^-iitT: "^d r:3?:i pbn D'»-ii:72. Mais ceite 

dernièie afârmaiiou ne correspond pas aux l'uils, cotnmo le montre lu suite de notre 
exposé. 

* Feuillet 1, recio, 1. i : IsmOT ...ÏTnnb ÛTir DV D'I'* 13:^ap U^V:^ rT7aD72l 

'13T irmnis^ y-iN3 irn72n3 N-^n nxn ...D-'T^rD r.7:D a-'-no rr^anx. 

La terrible déircs&e est décrite tbid.^ verto, 1. 3 et suiv., après quoi vient l'élo;;e des 
bienrails du gouverucinenl égyptien ;vuir a ce sujet, outre Hacher, /. r., ûoldziher, 
J.Q.R.^ X, 73). L'importance de l'Académie de Fostât esi clairement iudiquée leuil- 

lei 3, recto, 1. 9 et suiv. : nsH naiîîD D'^'^n D'^TaTû iCN nanujnn na-^'^-^m 
'\y^:z m:a nrxm nrx^ ...an-^bn» br n"»ia3 nm'^D-n arr^ra n:^iap 
'lai arpra :riapn m«:n ninm ûn-^br bi^xn nirtn nj^a. 

* Feuillet 4, recfo, l 7 : aib'J mn« nan« DD'»ra ri^-^b V3Db)a "ibNCI... 

'•ai rîDictna nu5«a DambDbn aamsyb rîbi7 ''3a id-iot» «bi mr-^-n. 

Par nblJ ^3a, on pourrait entendre les Gueonim de Palestine, auxquels se rapporte 
aussi l'expression (feuillet 2, verto, l. 4) : y\^by mDn:^73 "^DinTO. 



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170 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à la Palestine) ; c'est là qu'ont demeuré Jacob, Joseph et les 
ancêtres des douze tribus ; c'est là que naquit Moïse, de sorte 
que les descendants doivent jouir des privilèges hérités des 
aïeux * . 

Mais la lutte devint presque aussitôt inutile, car TAcadémie 
palestinienne disparut probablement à la suite des troubles poli- 
tiques que la première croisade apporta avec elle. Pendant cette 
expédition, nous trouvons Ebiatar à Trabulus (Tripoli)', où il 
s'était peut-être réfugié déjà auparavant devant David b. Daniel 
et où il émigra probablement avec l'académie. Nous ne savons 
absolument rien d'une activité quelconque exercée par son tvère 
Salomon en tant que Gaon ^ Il doit être allé s'établir à Fostât, 
car nous trouvons dans cette ville, en 1131, son fils Maçliah, qui, 
malgré tous les changements, continue toujours à porter, tout 
comme Salomon, le titre superbe de apy» 'pÉO na**©*» «fin ♦, mais 
qui ne Test plus que in partibus, comme Bâcher le dit avec rai- 
son. Mais déjà, dix-neuf ans plus tôt, c'est-à-dire en 1112, nous 
trouvons un âls d'Ebiatar, Ëlia, également à Fostât '. Les rap- 
ports entre les deux pays, et particulièrement entre la famille des 
Gueonim aaronides et Fostât, étaient donc toujours actifs. Mais 
l'Académie palestinienne se releva peut-être dans la seconde 
moitié du xii* siècle, loin de son foyer, à Damas, et l'ancienne 
organisation fut également reprise « ; toutefois, elle ne put pas 
hériter de l'autorité de sa devancière. 

C'est ainsi que les trésors de la Gueniza nous font assister à des 
scènes qui, jusqu'à présent, nous étaient presque entièrement 

« Feuillet 4, verso, 1. 1 : vn» n"»ni ûm Y^ti6 îixin d^X): Y^^ ^'^^ 

' Tripoli est la ville qui résista le plus longtemps à Patlaque des Cbrétieus; elle 
ne fut définitivement prise que le 12 juillet 1109, et fut recouquiso par les Musulmans 
le 26 avril i289, v. Hôhricht, /. c., pp. 81, 1000. La population se serait composée 
auparavant, pour la plus grande partie, de Perses qu*y avait transportés Mouawijya, 
le premier khalife omayyade ; voir AUYaqoûbi, éd. de Gœje [Bihl. G-tograph. Arsb., 
VII), p. 327. Benjamin de Tudèle y trouva une communauté juive, voir éd. Asher, 
p. 27. 

* Ce que Bâcher dit, /. e., p. 93, sur ce Salomon repose sur la prétendue lettre 
adressée i Ephralm b. Schemaria {Saadyana^ n* XLl), mais, comme nous Tavons 
démontré, l'auteur de cette lettre est Salomon b. Yehouda. 

* V. sa signature êupra, p. 151, n. 4. 
» V. Bâcher, U c, p. 95, n. 1. 

* C'est ce que Bâcher conclut avec raison du passage de Benjamin de Tudèle cité 
plus haut. Voici encore une autre analogie : a Damas, à côté du Gaon Ezra, c'était 
son frère Sar Schalom qui exerçait les fonctions de Ab- Bet-Din, tout de même qu'en 
Palestine les deux frères Joseph et Eiia à la mort de leur père Salomon b. Yehouda, 
et, après Elia^ Ebiatar et son frère Salomon II. 



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ÉPHRAIM BEN SCHEMARIA DE POSTAT 171 

mconnues, et il faut espérer que de nouvelles trouvailles nous 
permettront de combler les lacunes encore béantes et de résoudre 
le« multiples problèmes encore pendants. 

VarsoTie. 

Samuel Poznanski. 



APPENDICE 



I 

UN ACTE DE L'AN 1016. 
Mi. Bodl. Hébr., b 13, fol. 42' (Suppl. au Cit. Neubauer, n» 2834»). 

DT« n^ba •'D nrattb û-'ttnnnn nsriï» 'ù^^t^ rm'»W3 . . . 

qb« nattî naa tOTna insn û'^n^):^ t^nn^D nnttja [■♦iDTan] 

a«aoDn na m37:b i"»b'«an nsN© Y^xh n^^aiDn û'»ntt):>i [m»?: tob^Di] 

D-^pitîa mnrr ^•'ûi na^a rrn rratoiTa «nna oi[b-«D byi û"»n3t7:] 

^n'i^'n -^naTaa rî7ann73 la^^aDi n'inn ir»no ... 5 

•3f73«bN nstpa ytttt)b« nstpa yT7"»rr ûip72?n 

nstpTa b'»at5a »»■» ■'mabT: lan ûibiDi on 

■»'iay» 'nmbio rom -lana («>) i33N3ianm yin3 

mb-^-^s n3"»nî373 !T»bK "^a )ini2y ntttt)i "^an^^n 

tj'^nD» !T»m ■»aTb« :>*Tun ïT'it:^ na û'^-iCH n-^a io 

{gie) «inarr eran -!«?« D-'c^nDb nt iintt3^ n):» o 

im»"'an ti:» ny -troa imb'»na^n rrr t3"»nDN 

*nantt5 (»<>) û'^b'^Tattî'» i^ioba «ino nfini "«ab :r 

nia«i ^b"^a«a pn-'D m ii-iTa^ "«b N-^an laD û-^^lD»] 

banp ♦uj'nn m inn^^b o*^ -«di û'^a yaaa rb^^ i5 

m û'^nD» a"^)Dn iwt ^bin nn» ^•»«n d^ddH©] 

€■»•» ^2n5» D"»T»rT-^ "«^ Nin p Nb na*i np« -«s-nN 

* Cm appendices ont été copiés pour mon usage par M. I. Lest, Téditeur des ou- 
vrages de Joseph Caspi. Je dois une nouvelle collation sur les originaux à Tamabilité 
de M. A. Cowlej d'Oxford, que je remercie cordialement. 

* Aioai répété dans le manuscrit. 

' Cest'à-dire «bys, garde (clause). On sait que Abraliam b. Hiyja porte le titre 
^B hS'^îObM atli^^f qui est ensuite devenu, par corruption, Savasorda. 

* Ou VJ-i^n. 



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17? REVUE DES ETUDES JUIVES 

acnttîî-r b« nrnb^"» npam nb'»bn «nm i3» 

npnam D^'n^r» "^dn b^'iizn h» n73« rr» 

npnaa Dvob "^id r:Dbn inx"»! a'^bcn 1 

ûvn nnwb n-^Nnb nb ni-^nb ir^no rr 

iDan3 n^-^N-)^ îitti n-iDiT: t^bx û''"»i5n 25 

naa ttJnnb û'^ja*» n:>D«3"i o'»ntt53> t^irslis nnca ■»0"»b«D ûi"»] . . . 
mnao l"^3»b •j'»:^ rr^tattJT û[n«3^n m»» «bcn qbN nr»D] 

IT'b:? na pDn b«i72tD 30 

•["•«■•îa 'la tiov 



n 

LETTRE DE SALOMON GAON A EPHRAIM BEN SCHEMARIA 
Ms. BodI. Hébr. c 13, fol. 23 (Cal. n* 2807"). 

(recto) 

nbnna '20a nann Dnc« Si è pîâ inaD^n i5n'^p">n ns-ianb 

in-^nD'^ aia non nnit:"»T nan^'^j-'i nnno bisn i-it^ nix •^n-« 

•^D 3y"»nnb HT •'SDb an:^^: isann» b« onp :f rm?3C "«ana 

* ÏNin ns\DD «bi "inan lînNsi ab73 '^o qbn aba n"»n n«x 

mas"» n«3N "^ivi: bDi in^n nnsm ncca aa*»:! i-«nn« pnp*i*^ 5 

onb t^'^stTar.b ûiaDbi nai bsa T»nan û^ n:^'i ma riT^nb 

a^an '^Tt^bn niaD *»?t^ « iraco nm^Di imaab ^-îin 

^an t^nij^i ^a•^ t^-nï:D ^-lan naDi '^-lan maaa ']'»':?:? 

moDnsn msiT t^hn n« o-^x naDb ûab -«nN-) û"^7:o t^-n72D 

iù nanrr 1^ -îhds t^bi * po bD t^b û-iran -•'T»»bn it rx it 10 

rr» j^-'rk'^ m^i in b'n bu3 'jnnpbn?:a T«n[72]c "j^n^n '^tzy -^d 

•«D n«a t^b i^y nxc» a-n •'a ibba ba« rrîn n^iTaa naa?^: 

ana^nnb bab nnnfi^n nan it: bnanb oinnbn rpnbn^sb c« 

nnnb): -i^y ^^y^ an-^D bx 3??3ï5-^ t^b ncxi -lai baa on^jr 

T^m uy nain p-cjb pd*:: b:^ nmby-'T an^: t^in -^a ir:ni:-»r«-»T 15 

^^^nr^ "^-lanb û'»a''Tap7:T ûv7:nï3 a:>?:a snîi c^na 03^?^ 

* Forme païianiquo pour nSNin. • 

• Abot^ IV, 12. La forme ^nan TiaSD ^^Oy a^an esl beaucoup plus exacte que 
la forme ordinaire ^'^^ T^b:? a'^an, ▼. Taylo-, Sayings of ihe JewUh FtUkers^ ad 
loc. 

» Sabbat, 34 a. 



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ÉPHRAIM BEN SGHEMARIA DE POSTAT 173 

T» na nbiTD"» -na^"» *ro» ban û'^inn ?ab n-^nTnb s-rbTan 

t<3T«in DT»a nïnn b» mb^^ ^i^'pr', ^'^y b)3i73 b« apDn 

no»"»n rrpb*^ onn n"^Dr no» bDi i)::? i"»-no"» •^bDi 20 

ts« n73XD "^D nnn b» mb:rb niODin t^b rrin nann rjoona •n"«i 

nann ûiaT» iiCK-in ansTDD arsarinb t^b -^d riwNTn naoa ^rap-»*^ 

x-nb3^b t<b.'»D amDH yrpia p "^d n:iin -i^jkdt m-nnb ^ap 

D:?n a-i-i mn3«n 1i:i''b inn ^crirn T'bjf nbianm n^DiTa "^nn p 

aman ybn nt» t^b t»ôi û^rsnbn» D-pDW d-tow Dn7:n D'^^ia 25 

D'^aiTson rot> ana Bs»nbn anb ni2«"«'»n nb»» nb» b-^nam 

np-^na -«ba nba» ■»d b:? nb»?: rtb» ^nbin "^Da ibnaD a"»moôi 

I n»ip73n ba I b» *-t» "T'a I nnpbn ainab | ^^n^^^ cnnb | nsb * nn 

ibi I ^na-^o rr^nn 1 10 nr» "«a I p mia^b | aman •♦aob | ^las t^bi 

I uyri y^yo | a^îsa îT»[n] | ûnnn inw | nan^N-iaa | ansnnb | nn"»:n 

I -^îsma ba« | ûmanbna | o:^rr •»«]C'^n i n^ib >4b | -«a in-i bax 

I . . .b Dnbttsn I Dip7:n Tinai | m» pnn | t^bi mb» I mbn oirn 

I «33 nan"" b» a^o-^b | rransn nTabo | .aa nb baa | ...an./. 

p3? ims rp-i73U an n73 p û^nox nà pâa nsannwT nsnan np*» [b»] 

nn]c nn»ia 'la i-mn3oa nann 
an y^^ 



III 

UNE KETOUBA DE L'AN 1030 •. 
Ms. Bodl. Hôbr. a 2, fol. 4 r» (Gat., n* 2805*). 

nrrb2t'»i nsa'»^ troyt^ t<3[73'»]oai »aa >4cn3a 
rTÉW nbnn »tb^ nso piannTD nn'^b l'^ft'»] nj^an» >iirn t^aïaa nnbna 

* Par Mb^n» il f<*ut peut-être entendre Ramlé, le nom de celte Tille venant, a ce 
qu'il parait do l*arabe blbn, sable = bin, ▼. supra, p. 156, n. 2. Nous trouvons, d'ail- 
leura, dans la littérature talmudique, le mot nb^n pour désigner un pays de sables, 
une steppe, par exemple : «^ana3ô< nbnn (j. Horayot, III, 7, f» 48 a, 1. 40). etc., 
V. Lcvy, Ntukebr, Wôrtttb,, 111, 23, *. »., nbin ; Neubauer, La Géographie du 
Talmud, p. 312, et Krauss, Hetme, XLV, pp. 39-40. 

* Les lignes qui suivent jusqu'à la fin sont écrites dans la marge, et comme elles 
sont fort courtes, je les ai mises les unes a la suite des autres, les séparant simplement 
par des traits verticaui. 

* Serait-ce le grec x^^pt qui se trouve aussi dans le Talmud dans le composé 
K^'^3t3in'^a9 et le mot signiiierait-il quelque chose comme < écriture autographe >? 

* PtfUi-étre faut-il lire Ma'^O. 

' On voit par ce passage que Tabréviatlun '3^3 ne signifie pas toujours )aD3 ItltS. 

* La forme de cette Kelouba est semblable è celles qu*on a déjà trouvées dans la 
Gueniza, cf., à ce sujet, Kaufmano, Zur Quekiehte dtr £etubba, dans Monatstckrift, 
XLl, 213-221. 



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174 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

n^-iab nb n73H n73b[© na] t^ann ne ^"'« nam» mna 
[mo»] rna nnsetb •'b -^Énn mwtt) na «nbD r^nbnna 5 
•^iD-^Jn-^ nano'»»^ np-^n iirïn nbc» nD^i ben«'»i 
'j'«nano?:i ï-np"»»"» i-^nbDT v^'T'ï^ vnaia mDbro 
mb mm r^ nsna mnj^iattJi i^oiDipa iirr«3 n"» 
ï^^nbnna ■»nm73 p^dost "^nr niswm i*n«3^ nb an*»*) nn3"«b 
1-1-13-in «n^a? ^73n nnaina b:r nb q-'oifin f^»mnn« i» nb itm lo 
m©3^ "«mb^^ n'«-^n«fin i"»"'^'^'^ rnown ^nrtD): nb an*» 
i^^'ainD pi nnm» ^^ «naina bba -nfim Kanm V'13"'^ 
■«bnax nbNb"^5i ^ono ain ni"^D T^^anfco *nbn73 "^mb^ nb:^5m 
n«bi7:n nmi n-'-^apTn yto^ )^:fm 'n'p'yTiz') t\z^t2 np'ian aim 
*1in%DD0i ninbb b-^na^ai nbn): vr^P'iJ^tti ''ono (a]vn np"»an 15 

n-)»3?3 ♦i'«"^2'«-T nntîj^ \w "^naa nannwi p-ofio:: ait *1"»-ï3"'1 
nmiPTan ntÉra n^iï:a"» i»:«bb mm bûxi p-naîn noan 
i^naina bba •»i«m • i^d"*i nnttjy ii© na rnsn nTan nrira 
fitamn T^nD^^i nttJwm v^»^ traînai r^nDOim mmn ^^ 20 

l^n i^3nn ne "^mb^ baipn r^^Doan mt n«»ni vn«]?T 
n"»[*n]n« 

•»3^pnp7:» nb -«aaTan -«ninna •^mnn'^ b:>T tn t^^naina 

r*<nD):o«a «bi n^cna b^^n t^Ta-^ba its ib'«D»i -^babottîan 

nratD ba nwinan pnna «b» •»na«n nodiûd t*^bm 

' Od trouTe encore ailleurs une éoumérttion des objets apporlés psr la fiancée, v., 
par exemple, la Ketouba (mentionnée plus haut) de Texilarque David b. Daniel [J, Q.R.y 
XIII, 220), et une Ketouba caraïte de Jérusalem, daUnt de 1028, et publiée dans 
D^b^DI"!*^) éd. Luncz, VI, 238, mais où les lignes en question sont omises. Il m*a été 
malheureusement impossible de trouver le sens de tous les objets énumérés ici. 

• ssyXM^ uuLm (ou ipna'^n ?) npna-n v>% J^ ^^^^ i-^-* <t>^ ^ ç^tA^ 

(?) pm^DODO 1^^^ sXi^^y r^JjUUu* c'est-à-dire : des anneaux à cacheter en ar- 
gent et un vêlement de Suse (?), et une balance en bois de sandal et un vêtement 
de... avec des passements et une calotte (v. Dozy, II, 121 a : SiM^ • calotte faite 
de poil de chameau. . . ou de coton ») et une matrice en métal blanc et une perle ea 
forme d'amande (?) et. . . et un vêtement de Suse (?) et deux calottes à trois pointes (?) 
et une mantille pour le visage et. . . d'une valeur de dix deniers. 

* ^\ù^ 0\^ Slk: iU.i^3 J^^y» c^est-à-dire : un lit et sept oreillers et une cou- 
verture ^de lit et UD manteau d'une valeur de dix deniers. 

^ IgyJo iujy*5 J,>.>(JU9 ^yy c'est-à-dire : une paire de coffres et un lit nuptial (ou 
un siège) du Tabaristan d'une raieur de dix deniers. 

» (?)hTfcra iuiju^ (?) m»*^ s^^ yLLûJU ^^^ Jik-a, ^\y ^»^ ï;^ 

c^est- à-dire : un chandelier et une cuvette et un pot à eau et un seau à puiser et 
un coffret à poudre et un certain nombre de. . . et ce qui y est contenu de la ttleur 
de dix deniers* 



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ÉPHRAIM BEN SCHEMARIA DE FOSTAT 175 

^n «m^» t<nbyn ^■•artsi pan la-iprin t^nrainDi 25 

t^733 «b-'^b «nD):n a'^n^i ïit: b:Da rr^iTa» ra «t t^nb^ 

Dinn n. . .173 «1 KrainD bba •'iKm ïT»a «^"«^pTab ntODi 

■«an'ïa iT'^t'^l • • •D'^'^P'i "^''^l'^s pnnn byi td*»-! i-'is iin-'b^ 

imn T«n[n] 30 

55 bKitttt) na •»ibn ûma» n»:: na rr®73 0*^30 ia r:):b\D 

pn na nttja m ûnnaK na -^ibn nyw^ -"ibn nnsa?: n-'a cior 
mTDttî na iôa nanrr *iT û*»-!©» 

' Au-des8us el au-dessous du mot n^^93 se trouve encore une fois, tour à tour 
droit et renversé, en petites lettres, le mot "«n^^DT: ainsi que tT^lÛD. Voir sur ce nom 
SteiDschneider,/.Q.iS., XI, 149. 

' Que signifie cette abréviation ? 



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f- 



i: 



CONTRIBUTIONS 

A LA GEOGRAPHIE DE LA PALESTINE 

ET DES PAYS VOISINS 



f • (suite •) 



1^ 

i 

Rudement châtiés par Asurbanipal, les Qédréens durent cer- 
tainement rechercher la tranquillité, mais les événements les 
^ entraînèrent dans la tourmente prédite par Jérémie (ix, 25-26) : 

/;, « Voici que je châtierai tous les circoncis quant au prépuce, Mio- 

'' raïm, Juda, Edom, les Benô-Ammon, Moab et tous les habitants 

du désert coupant l'extrémité. » Un nouveau cri d*alarme retentit 
dans la quatrième année du règne de Joyakim : Nabuchodonosor 
venait de monter sur le trône, Jérémie s'annonce comme l'envoyé 
de Jahvé, chargé de faire boire un breuvage de perdition à Jéru- 
salem, à Juda, à Miçraïm, aux rois du pays de Ouç, aux princes 
des Philistins, à Edom, à Moab, aux Benô-Ammon, à Tyr et 
Sidon, à Dedan, Théma, Bouz, à tous les gens se coupant Textré- 
mité, à tous les rois d'Arabie, aux populations mélangées du 
désert (Jérém , xxv, l8-*24). Et effectivement le roi chaldéen 
apparut bientôt en Syrie, en Phénicie, en Judée; tous s'incli- 
nèrent devant le vainqueur de Carchemis, le roi de Juda Joyakim 
le premier, mais quand Nabuchodonosor eut repris le chemin de 
Babylone*, chacun revint peu à peu de sa stupeur. Trois ans plus 
tard, un soulèvement éclatait, tant en Syrie' qu'en Judée*. Des 

» Voir Revue, l. XXX.V. p. IJ^S; t. XLllI, p. 161; t. XLIV, p. 29; I. XLV, 
p. IGîi; l. XLVI, p. 184; l. XLVH, p. 23 et l. XLVUI, p. 29. 

' Bérose, fragment Yi, dans Muller-Didot , Fragmenta Historicorum G'^Koruft^ 
t. II, p. 506 507. 

* Diaprés une tablette du Briiisli Muséum publiée par Strassmuier dans Jlehraicâ, 
IX, p. 5; Die Kcilinschriflen und dat aile Testameut, 3« édil., p. 100. 

^ Le roi Joyakim fut pendaul trois ans un vmsshI lidèlc (H Uoi.--, zxiv, 1). 



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1 






CONTRIBUTIONS A LA GÉOGHAPHIE DE LA PALESTINE 177 

bandes de Kasdim, d'Iduméens, de Moabites et d'Ammonites 
assaillirent Jérusalem *. 

Quand Nabuchodonosor arriva, Joyakim était mort, son fils, 
âgé de dix-huit ans, lui avait succédé. Jérusalem fut investi, le 
jeune roi fut capturé dans une sortie et emmené à Babylone avec 
tous les princes de Juda et 8 à 10,000 hommes. La première par- 
tie de la prophétie de Jérémie se réalisait. 

Sédécias, placé par Nabuchodonosor sur le trône de Juda, cher- 
chait bientôt à organiser un nouveau soulèvement et se concertait 
avec des délégués des rois d'Edom, de Moab, des Benô-Ammon^ 
de Tyr et de Sidon. Jérémie dénonçait la folie de pareilles tenta- 
tives de rébellion, en se promenant dans Jérusalem avec un joug 
de bois sur le cou, en adressant de semblables jougs à ces diffé- 
rents rois et en leur annonçant que la nation qui refuserait de se 
plier au joug de Nabuchodonosor serait châtiée par Tépée, par la 
famine et par la peste (Jérémie, xxvii) ; un nabi ayant rompu 
le joug de bois qu'il portait, Jérémie déclarait que Jahvé avait 
substitué au joug de bois un joug de fer (xxviii, 13). Nabucho- 
donosor amenait pour la seconde fois devant Jérusalem ses bandes 
redoutables, si bien dépeintes par Habacuc (i, 8-10); il entourait 
la ville d'une ligne de circonvallation. Après bien des jours de 
siège, la famine et une brèche pratiquée à la muraille amenaient 
la chute de la ville; le temple, le palais et ses principaux édifices 
devenaient la proie des flammes ; Sédécias était traîné à Ribla, où 
Nabuchodonosor avait établi son quartier général. 

Pendant qu'une partie des troupes chaldéennes opérait dans la 
Judée, d'autres détachements devaient promener le fer et Tin- 
cendie dans Damas (Jér., xlix, 23-27), chez les Bené-Ammon* 
(Jér., xux, 1-6} et les gens de Moab (Jér., xlviii) emmenés les uns 
et les autres en exil avec leurs dieux; ils ravageaient Edom 
(Jér., xux, 7-22), s'attaquaient à Qédar (Jér., xlix, 28-33). a Sous 
la tourmente plient les tentes de Kouschan ; les pavillons de Midian 
frémissent d'effroi » (Hab., m, 1). La prophétie sur Qédar appelle 
plus particulièrement Texamen. 

* Wiocklor, AUori^ntalische Fortchung^n^ H* p* 250, voudrait y Toir des incur- 
sioDs de bédouins. 

* Il n'est pas certain que les opérations contre les Bend-ÂmmoD, Moab et Edom 
aient immédiatement suiri la prise de Jérusalem. On sait que Nabuchodonosor confia 

'administration du pays à Guedaiya, que les enfants de Juda fixés en Moah, parmi 
les Bend-Àmmon ou en Edom, accoururent se grouper auprès de Guedalya (Jér., zl, 
11), et, enfin, qu'à Tinstigation de Baalis, roi des BenÔ-Ammon (Jér.,xLf 14), il fut 
tssassiné par Ismaël ben Nethanya [Jér., zti, 2), qui se réfugia chez les Benô- 
Ammon (Jér., xli, 15). Ce meurtre appelait la Tengeance. L'incendie une fois allumé 
derait se propager. 

T. XLVIII, «• M. 12 



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n 



i78 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

« Sur Qédar et la reine de Khaçor que NabuchodoDosor, roi do Babel 
frappa. Aiasl parle Jabvé : Qu'ils se lèvent, qu'ils partent, les Qédréens, 
qu'ils se retirent cbez les Benê-Qëdem ; qu'ils emmènent tentes et bétail, 
qu'ils chargent sur leurs chameaux toiles de tente et effets, et qu'ils 
se drient Tun à l'autre : alarme, fuyez vile, cachez- vous dans les ca- 
vernes *, gens de Khaçor (parole de Jahvd). Car Nabuchodonosor, roi de 
Babel, a pris une décision et arrêté un plan contre vous : allons, marchoos 
contre un peuple tranquille, qui vit paisible sans portes ni vorrous en ses 
demeures ; que ses chameaux soient notre proie, ses grands troupeaux notre 
butin* Je veux les disperser à tous les vents, les crânes rasés ; je veux dé- 
vaster tous les oueds, et que Khaçor devienne le repaire des bÔtes sau- 
vages, un lieu à tout jamais abandonné où personne ne sëjourne, où nul 
homme ne se re'fugie. » 

Le prophète est muet sur les Nabatéens ; mais il mentionne les 
Benô-Qédem. Le dernier né dlsmaël s'appelait Qedma ; la ques- 
tion se pose : est-on en présence d'une tribu ismaélite, ou bien 
s'agit-il d'un terme géographique « les fils de l'Orient », les 
« Orientaux », contrepartie du mat Akharri, « le pays de l'Ouest » 
des Assyriens? 

Il convient, avant de se prononcer, de passer en revue les diffé- 
rents textes relatifs aux Benô-Qédem. 

Lorsqu* Abraham, voulant assurer la paisible transmission de 
ses biens à Isaac, éloigne les fils de ses concubines, il les envoie 
au pays de l'Orient (Gen., xxv, 6): aucune ambiguïté n'est pos- 
sible. 

Le passage I Rois, v, 10: « La sagesse de Salomon fut plus 
considérable que celle de tous les Benê-Qédem et plus que toute 
celle de Micraïm », ne prête également lieu à aucune hésitation : 
le monde oriental est opposé au monde égyptien. 

Mais lorsque Job est qualifié « le plus considérable des Bené- 
Qédem » (Job, i, 3), il semble qu'il soit ici question d'une popula- 
tion bien définie, que cette population corresponde aux Aribi, aux 
Scénites de Pline et de Ptolémée, ou à d'autres tribus du désert. 
Lorsqu'on trouve Amaleq et les Bené-Qédem rang^ derrière les 
Midianites (Juges, vi, 3, 33; vu, 12), on ne peut pas se résoudre à 
traduire les Benê-Qédem par les Orientaux. Il doit s'agir d'un en- 
semble de tribus de même origine, telles que les Ismaélites. C'est, 
d'ailleurs, ainsi que le Talmud de Jérusalem » traduit •'SWTpn de 
Gten., XV, 19, par les Nabhatiya, c'est-à-dire les Nabatéens. 

> Wi&ckler, dont nous suivons à peu près la traductioo {AUcrientalUcke For» 
tehungiH, II, p. 246) écrit : 1p^73!^ïl • cherchez vos demeures enroacées », ce qui est 
un Don-seos dans noire cas. Les Bédouins ne peuvent pas cacher leurs troupeaux 
dans la terre, et leur refuge naturel est dans la steppe* Nous avons vu que dans la 
Trachonilide le contraire était vrai. 

* Neubauer, Orographie du Talmud^ p. 427. 



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CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 179 

Uoracle de Jérémie sur Qédar peut être encore rapproché des 
prophéties d'Ezéchiel contre les Benô-Ammon : « A cause de cela, 
je vais vous livrer en possession aux Benô-Qédem » (xxv, 4), et 
contre Moab : « J'ouvre, moi, le flanc de Moab, je livre la terre aux 
Benê-Qédem, près des Bené-Ammon, je la leur donne en posses- 
sion (xxv, 10). » Il s'agit, dans ces textes, d'expéditions dirigées 
contre les Bené-Ammon et contre Moab par Qédar et l'ensemble 
des tribus de la région. L'oracle de Jérémie est de la fin du 
VI» siècle, les prophéties d'Bzéchiel de la période 539-530. 

Le texte attribué à Isaïe (xi, 14) : « Ils voleront sur l'épaule des 
Philistins à l'Ouest, ensemble ils pilleront les Benô-Qédem ; sur 
Edom et Moab, ils jetteront leurs mains, et les Benô-Ammon leur 
seront soumis », pourrait bien être interprété comme une opposi- . 
tion des Philistins et dés Bené-Qédem, constitués par l'ensemble 
desBen^Ammon, des Moabites et des Edomîtes. Mais ce texte, par- 
lant de la déportation de Juda, d'Elam et de Pathros, appartient 
plutôt au recueil du second Isaïe, contemporain de Cyrus;il est 
donc de la même époque que les prophéties d'Ezéchiel. 

De cette discussion il semble qu'on puisse retenir qu'à une cer- 
taine époque, l'expression Benô-Qé(}em a été souvent employée 
pour désigner des tribus appartenant au même groupement que 
Qédar. 

Au surplus, il est très délicat de chercher à tirer des déductions 
des passages des Prophètes où il est question de Qédar. 

On ne sait jamais quelle date assigner à ces textes classés, dans 
des recueils portant le nom d'Isaïe, de Jérémie, Ezéchiel, Za- 
charie, etc., ni à quels événements historiques il convient de les 
rattacher. L'histoire elle-même du peuple juif ne nous est qu'im- 
parfaitement connue, les traditions nous sont parvenues sous une 
forme plus ou moins altérée, de telle sorte que la légende a parfois 
usurpé la place de l'histoire. 

Une première série de textes relatifs à Qédar précise simple- 
ment l'horizon géographique des prophètes : « Passez donc aux 
lies des Kîttim », et voyez; envoyez à Qédar et considérez bien » 
(Jér., II. 10). Cet horizon est limité à l'Occident par les îles des 
Kittim, à l'Orient par Qédar. 

Même opposition dans Isaïe, xlii, 10*12: « Chantez à lahvéun 
chant nouveau, et sa louange du bout de la terre, ô vous qui navi- 
guez sur la mer, ô tout ce qui remplit ses flots, 6 îles et leurs habi- 
tants! Que le désert et ses bourgs élèvent la voix, et les enclos où 

1 Même exprenkm «liti Bs<ohitl, utii* 7. 



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1 



180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

réside Qédar! Qu'ils jettent des clameurs joyeuses, les gens de 
Séla * ! Que du haut des monts ils poussent des cris I Qu'ils pro- 
clament la gloire de lahvé et répandent sa louange dans les lies 1 1 

De môme, « Psaumes, lxxii, 10, oppose Tarschisch à Schebâ 
et Sebâ, les deux littoraux arabe et africain, du golfe Avalitique, 
pour représenter les extrémités du monde au Nord-Ouest et au Sud- 
Est. La même opposition se trouve dans Ezéch., xxxviii, 13, entre 
Tarchisch, d'une part, Schebâ et Dedân, de l'autre*. » L'horizon 
s'est élargi ; ces textes sont donc d'une époque plus voisine de nous. 

IsaYe, Lx, nous montre bien les fils et les filles de Jérusalem 
arrivant de l'Arabie ou amenés des îles par les vaisseaux de 
Tarschisch, mais il ne se borne pas à une énumération de pays 
plus ou moins riches, il trace un tableau des contrées orientales: 
« Elles foisonnent chez toi les caravanes de chameaux; voici les 
dromadaires de Midîan et de Epha; ils accourent tous, ceux de 
Schebâ, apportant or et encens et publiant les louanges de lahvé; 
il s'assemble en tes murs, tout le menu troupeau de Qédar; les 
béliers de Nebayoth sont tes serviteurs ; ils montent pour mon 
agrément, sur mon autel, afin que je rende glorieuse la maison 
où je suis honoré i» (lx, 6-7). 

Ce texte est évidemment bien plus récent qu'Isaïe, xlii. 

L'oracle d'Ezéchiel sur Tyr (xxvii) passe en revue tous les pays 
avec lesquels Tyr était en relation commerciale. Les connais- 
sances géographiques de l'auteur de la prophétie paraissent 
dépasser de beaucoup celles constatées dans les textes déjà exa- 
minés; il y est parlé de Regma, qui est une ville du littoral du golfe 
Persique. On s'est demandé jusqu'ici en vain de quelle époque 
était cet oracle : on y lit toutefois que Tyr faisait venir des esclaves 
et des objets d'airain de la van, Thoubal et Méschek (xxvii, 13); 
or, dans la Lamentation sur Psammétique, Méschek-Thoubal et sa 
foule immense sont déjà descendus dans le Scheol (xxxii, 26); 
l'oracle sur Tyr est donc antérieur à 526; s'il en était ainsi, il 
nous dépeindrait la prospérité de Tyr sous le roi Hiram IIL 
L'oracle parlait de Qédar dans les termes suivants : « L'Arabie 
et tous les nassis de Qédar sont tes marchands, te livrant des 
agneaux, des béliers et des boucs » (xxvii, 21). 

Ce classement chronologique des textes basé sur une considé- 
ration géographique ne saurait être considéré comme définitif : 
il convient d'examiner ces textes le flambeau de l'histoire en 
main, et, à cet efiet, de rappeler les événements les plus saillants 
des annales du peuple juif au vi'' siècle avant notre ère. 

* Les LXX écrivent : oi xaTotxoûvte; ic^Tpotv. 

* Fr. Lenormant Lis origin$t d$ l'hittoirê, t. II, 2* partie, p. 98. 



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CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 181 

En 562, Amil Mardouk, le fils de Nâbuchodonosor, nomma 
Joyakin prince (nassi) de Juda, et l'autorisa à reconstruire Jérusa- 
lem. Le renversement du roi entraîna l'abandon du projet. En 
539, Cyrus victorieux permit aux Juifs exilés de retourner à Jé- 
rusalem, et nomma comme prince Chechbaççar, fils de Joyakin. 
Celui-ci, sous Cambyse, se souleva ; il fut vaincu et le nouvel État 
juif disparut. Ezéchiel nous renseigne sur cet événement : « C'est 
le nassi * de Jérusalem que vise cet oracle, et toute la famille d'Is- 
raël habitant là-bas. . . ; ils s'en iront en déportation et en cap- 
tivité. Leur nassi, à la brune, soulèvera son fardeau sur son 
épaule et s'en ira ; on percera pour le faire sortir une brèche dans 
le mur ; il se couvrira la face pour ne pas voir le sol. Sur lui je 
déploierai mes rets, et il sera pris dans mes filets. Je le conduirai 
à Babel au pays des Easdim, mais sans qu'il le puisse voir, et là il 
mourra» (Ezéch., xii, 10-13). Ailleurs il nous met au courant 
des agissements de Chechbaççar. « Voici que le roi de Babel est 
venu à Jérusalem, a pris le roi et les sars de la ville, et les a 
emmenés à sa suite dans Babel. Saisissant quelqu'un de race 
royale, il a fait avec lui un traité, exigeant son serment. Cepen- 
dant il s'empara des principaux du pays pour que le royaume 
fût déprimé, sans pouvoir se soulever, afin qu'il gardât le pacte et 
subsistât. Mais sous le roi de Babel le roi s'est révolté, envoyant 
des messagers en Miçraïm demander des chevaux et une armée 
nombreuse. Réussira-t-il ? Échappera-t-il, celui qui a fait dételles 
choses? Après avoir rompu l'alliance, échappera-t-il? Par ma vie, 
parole du seigneur Jahvé ! là môme où réside le roi qui lui a 
donné la royauté, dont il méprise le serment et enfreint l'al- 
liance, oui, dans la ville de ce roi, à Babel, il mourra ! » (Ezéch., 
XVII, 12-17). « Je le mènerai à Babel et là lui ferai le procès du 
forfait qu'il a commis contre moi. Tout le meilleur de son armée 
tombera sous l'épée, le reste étant dispersé à tout vent » (Ezéch., 
XVII, 20-21). 

Avant l'arrivée du roi de Babel, on se battit d'ailleurs à Jéru- 
salem : a ville répandant le sang dans tes rues pour amener 
ton heure » (Ézéch., xxii, 3) ; « malheur à la ville sanguinaire ! » 
(Ézéch., xxiv, 6) s'écrie le prophète. 

Cambyse, marchant sur l'Egypte, envoya devant Jérusalem une 
armée perse ; « la ville a été frappée » vint-on dire à Babylone 
(Ézéch., xxxiii, 21). A la suite de cet événement l'autorisation 
donnée de reconstruire Jérusalem fut retirée. 

Jérusalem ne fut, d'ailleurs, que l'un des premiers objectifs de la 

I L'emploi du terme nassi exclut toute possibilité d'appliquer ce texte au roi Joya- 
kin ou au roi Sédécias. 



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182 REVUE DRS ÉTUDES 4UIVB» 

oampagne. Ëzéohiel noua montre le roi de Babel arrêté près 4*une 
ville à la bifurcation de deux chemins conduisant l'un à Rabba 
des Benô-Ammon, l'autre à Jérusalem- la-Forte, et consultant les 
entrailles des victimes : s'il adresse au prince de Juda la viru-e 
lente apostrophe : « Et toi, percé de Tépée, mauvais nassi dis-» 
raôl, dont vient le jour, au temps de l'iniquité finale, voici com-' 
ment s'exprime le seigneur lahvé : Qu'on ôte cette tiare ! Qu'on 
enlève cette couronne! Tout va changer 1 » (Ézéch., xxî, 25'26), il 
prophétise aux Benô-immon le châtiment des outrages infligés au 
peuple de Juda : « L'épée, Tépée est dégainée pour le mast 
«acre. » 

Pour cette œuvre de dévastation les troupes de Cambyse 
durent être secondées par les Arabes. On ne peut en douter en 
écoutant Ézéchiel : 

Parce que vous avez crié ; Ha ! Ha ! 

Contre mon sanctuaire au moment qu'il fut profand. 

Et contre le pays d^Israêl au jour de sa désolation, 

Et contre la maison do Juda, quand on la déporta, 

A cauxe de cela, je vais vous livrer on possession aux nend-QédeiHt 

Lesquels asseoiront au milieu de vous leurs enclos 

Et y dresseront leurs tentes ; 

Ils mangeront vos fruits 

Et boiront votre lait. 

Je ferai du Rabba une demeure de chameaux 

Et de la terre des Benô-Ammon un gtle de moulons, 

Pour vous montrer que moi, je suis Jahvé (Ézéch., xxv, 3-5). 

Et le prophète nous montre les razzias des Bené-Qédem s'éten- 
dant jusqu'en Moab. Au retour de pareilles expéditions, des cla- 
meurs joyeuses devaient retentir dans les tentes de Qédar, selon 
le mot d'Isaïe, xui, 10-12. 

En Edom les Arabes avaient alors une situation encore plus 
forte. Ezéchiel, se lamentant sur le Pharaon que Cambyse va 
renverser, passe en revue tous ceux qui sont déjà descendus au 
Scheol, Assur renversé par les Mèdes (608), Elam foulé aux pieds 
par Asurbanipal (vers 650), Méschek-Thoubal écrasé en Syrje et 
Palestine (vers 620), Edom, les princes du Nord et les Sidonlte^ : 

Là est Edom avec ses rois et ses nassls, 

mis, avec leur force, au milieu des navrés à mort (Ézëch., xxxi(»29)* 

Ainsi dès 5*26 les prophéties avaient été accomplies : 

Fils d*homme, tourne ta face vers la montagne de Séir et prophétise 
contre elle, pis lui': Voici ce que déclare le Seigneur Jabvé ; Je t'en veux, 
ô mont de Séir ; j*étondrai ma main contre toi, je te réduirai en désert et 



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CONTRIBUTIONS A LA GEOGRAPHIE DE LA PALESTINE 183 

en lieu deTasté. De te? Yille3 je ferai une aolitude et de. toi une ruine» pour 
que tu saches que je suis Jahvd. Parce que tu as e'té pris d'une immor- 
telle haine et as fait couler à coups d'o'pée le sang des Bonê-Israël, au 
temps de leur malheur et do leur iniquité consommée, à cause de cela, 
par ma vie, dit le Seigneur Jahvé, je t'ensanglanterai et le sang d'Israël te 
poursuivra (Ézéch., xxxv, 1-7). 

Voici (se que déclare le Seigneur Jahvé : Edom ayant accompli dos actes 
de vengeance contre Beth-Juda et s'étant ainsi rendu gravement coupable, 
le Seigneur Jahvé s'écrie : 

J'étendrai ma main sur Edom, )'en retrancherai hommes et bôtes; dC' 
puis Théman je le réduirai en désert, et vers Dedan ils tomberont sous 
Tepée. C'est par la main de mon peuple Israël que j'assouvirai ma rancunq 
sur Edom (Ézéch., xxv, 14-15). 

Isaïe, ch. xxxiv, annonce que i*épée de Jahvé va descendre sur 
Edom, sur le peuple qui a été voué au jugement. On immole pour 
Jahvé à Boçra, on fait une vaste boucherie dans la terre d'Edom. 
C'est un jour de vengeance pour Jahvé, une année de rétribution 
pour la querelle de Sion. Ses hommes libres, il n*y en a plus pour 
proclamer une royauté, tous ses sars auroijt pris fin. 

En dépit de ces textes, on aura peine à croire que Juda ait été 
l'instigateur de la ruine d*Edom : à peine de retour à Jérusalem, 
il a peut-être cherché à se venger des avanies dont il avait été 
l'objet, en excitant les Arabes contre Edom, comme en secondant 
l'action du représentant du roi de Perse dans TEber ha-nahar. 
Mais l'on n'hésitera pas à reconnaître que Qédar put de ce côté 
également se livrer à de fructueuses expéditions. 

En 521 ou 522, Zeroubabel est installé pèha de Jérusalem ; il 
entre presque aussitôt en fonctions en même temps que le grand- 
prêtre Jésua. La reconstruction du temple est entreprise : Zerou- 
babel et Jésua, représentant Tun le pouvoir politique, l'autre la 
puissance théocratique , entrent en lutte, témoin le prophète 
Zacharie. D'autre part, les descendants des populations étran- 
gères transplantées en Juda par Asarhaddon veulent entraver la 
restauration et s'adressent, d'ailleurs, en vain, à Ustani, pèha 
d'Eber ha-nahar. C'est à cette époque, d'après Winckler*, — la 
septième année de Darius (514) —, qu'Ezra aurait ramené à Jéru- 
salem les vases sacrés : il conduisait une colonie juive, qui allait 
renforcer la situation du grand-prêtre. 

La vingtième année de Darius (501), la muraille de Jérusalem 
était rompue et ses portes détruites par le feu (Néh., i, 3). Entre 
la sixième année de Darius, pendant laquelle fut achevé le temple 
(Ezra, VI, Lb), et la vingtième année du même règne, un nouveau 
drame s'était donc déroulé à Jérusalem. Zeroubabel, méconteijt, 

• Winckler, Altorientalisehe Forschungen^ II, p. 242. 



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1 



184 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cédant peut-être aux excitations du satrape d'Egypte, s était sou- 
levé ; une nouvelle armée persane en avait eu raison '. 

On a voulu retrouver une trace de cet événement dans la pro 
phétie d*Obadia*, prophétie qui a d'ailleurs passé dans le recueil 
de Jérémie. au chapitre xlix ; mais en constatant que les faits 
reprochés à Edom sont identiques à ceux invoqués par Ézéchiel 
(xxv et xxxv) et Isaïe (xxxiv), on écartera ce rapprochement. 

Après cette revue historique, il deviendra plus facile d'as- 
signer une date aux textes des prophètes mettant en scène 
Qédar. 

L'oracle d'Isaïe sur l'Arabie contient le passage : 

Encore une année, comme l'année des ouvriers, 

Et toute la gloire de Qddar prendra fin ; 

On le comptera aisément, le reste de ses arcbers, 

Et les valhants parmi les fils de Qédar seront diminués (xxi, 16-17). 

De fortes raisons ont été invoquées par Winckler • pour voir 
dans cette phrase une allusion à la terrible campagne d'Asurba- 
nipal contre l'Arabie, dont on a lu plus haut le compte rendu as- 
syrien. D'autres, s'attachant à des expressions employées par le 
prophète dans le môme chapitre : « Monte Eiam, presse ô Mède» 
(xxi, 2), « Elle est tombée, elle est tombée, BabeN (xxr, 9), ont 
envisagé la prise de Babylone par Cyrus; il s'agirait dès lors de 
l'expédition de Cambyse. 

On a plus haut laissé en blanc la date de composition du cha- 
pitre LX du recueil d'Isaïe. En relisant ce texte attentivement, on 
doit reconnaître : 

1° qu'il anno^nce le retour à Jérusalem de tous ses enfants 
(lx, 4j. — Môme nouvelle t&., xlix, 19 ; « Ils i*eviendront, les 
rachetés de Jahvé et rentreront dans Sion pleins d'ivresse » 

(i&.,LI, 11). 

2° qu'il prédit la réédiflcation des murailles (iô., lx, 10). — 
Passage à rapprocher des suivants : « Certainement Jahvé va 
consoler Sion et réparer toutes ses ruines » (i&., li, 3) ; « De tes 
gens rebâtiront les ruines anciennes ; les fondements des généra- 
tions antérieures, tu les relèveras ; aussi t'appellera-t on le répa- 
rateur de brèches » (ib,, lviii, 12); « Ils rebâtiront les désolations 
antiques ; et les lieux ruinés des ancôtres, ils les remettront de- 
bout; ils restaureront les villes renversées, et les destructions 

> Winckler, AUtettamentliche Untertuehungen, p. 432 et 455. 
« Id., II, p. 425. 
» Id., p. 120. 



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CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DK LA PALESTINE 18.n 

de plusieurs époques » {ib., LXi, 4) ; « Ne lui donnez pofct de repos, 
qu'il n'ait rétabli Jérusalem et qu'il ne l'ait restaurée glorieuse- 
ment dans le pays ! » (i&., lxii, 6-7). 

3* que Jérusalem était alors délaissée et haïe ; personne n'y 
passait (/&., lx, 15) — « Sion s'est écriée : Jahvé m'a délaissée » 
(rt., xux, 14) ; « On ne te donnera plus le nom de délaissée » (*., 

LUI, 4). 

Le ch. LX se trouve donc intercalé entre des documents de 
la même époque : or ces pièces relatent deux faits qui per- 
mettent de les dater : Jahvé revient 4 Jérusalem, les objets du 
culte de Jahvé y sont amenés (Isaïe, lii, 8 et 11) ; une thora va 
être établie (t&., li, 4). A ces signes on reconnaît l'époque d'Ezra. 

Nous voilà donc fixés sur la date de la pièce lx d'Isaïe qui in- 
troduit dans l'histoire d'Israël Nebaioth au second plan en ar- 
rière de Qédar. Le groupe des tribus arabes s'est donc avancé 
vers l'Ouest peu à peu, en profitant des circonstances ; aucune 
immigration soudaine de peuples ûe s'est effectuée à travers le 
désert pendant les derniers siècles. 

Après la reconstruction du second temple, le silence se fait sur 
Israël, et sur les peuples d'Arabie, et se prolonge près de deux 
siècles. Que se passa-t-il durant ce long laps de temps? on ne sau- 
rait le dire. On ne peut que constater la situation dans laquelle 
le pays se trouvait d'après Diodore de Sicile * en 312. Il n'est plus 
question de Qédar, mais des Arabes Nabatéens. Ceux-ci occu- 
paient à 300 stades (56 kilomètres) du lac Asphaltite, situé au mi- 
lieu de la satrapie dldumée, un lieu naturellement fort, la Roche, 
la Pétra actuelle ; ils étaient donc installés sur le territoire 
d'Edom, dont les anciens habitants avaient été chassés dans le 
cours du sixième siècle. 

« Les Arabes, écrit Diodore, passent leur vie en plein air dans 
des solitudes sans habitants, sans ruisseaux ni sources vives 
propres au ravitaillement d'une armée ennemie. Il est défendu , sous 
peine de mort, de semer, de planter, de boire du vin, de construire 
une maison, afin de ne laisser aucune prise à de plus forts. Une 
partie élève des chameaux, d'autres des moutons dans les pâtu- 
rages du désert. Entre les nombreuses tribus arabes menant la 
vie pastorale, on distinguait les Nabatéens. au nombre d'environ 
dix mille : beaucoup convoyaient à la côte l'encens, la myrrhe et 
les aromates précieux amenés par les caravanes de l'Arabie Heu- 
reuse. » Les Nabatéens recueillirent donc l'héritage des Qédréens 

» XIX, 94-100. 



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186 REVUE DE8 ÉTUDES JUlVICg 

commQ intewftédiairea dans le commerce de TAraWe Heureuse 
avec TjT, Damas, Jérusalem et Gaza, 

Eratosthène, qui vivait en 190, rapporte que de la ville d'Hé- 
ropolia, située à l'extrémité septentrionale de la Mer Rouge, en 
passant par Pétra, capitale des Nabatéens, la distance jusqu'à Ba- 
byloiie était de cinq mille six cents stades. Ce renseignement pous 
apprend qu'il y avait à cette époque une piste assez pratiquée pour 
que s$i longueur ait été mesurée. C'est la route que suivirent les 
Israélites aU retour de Texil. A côté des Nabatéens, le géographe 
antique place les Chaulotesf t les Agréens (XotuXoTotiwv x«t *Arp*'<«»' *)» 

Ei^ 181 Hyrcan, repoussé de Jérusalem après Tassassinat de 
ses deuiL frères, passe dans la TransJordanie et force les barbares 
à lui payer tribut. Il faisait, nous dit Josèphe % une guerre con- 
tinuelle aux Arabes auxquels il tuait ou capturait beaucoup de 
monde, Il éleva entre l'Arabie et la Judée transjordanique uoa 
loin d'Hesbon la forteresse de ïyr (aujourd'hui Araq el-Emir *). 

Quelques années après, le grand-prêtre Jésua, frère d'Onias, 
celui qui se faisait appeler Jason, supplanté par son frère Ménélas, 
s'enfuyait à son tour dans l'Ammonitide^ 11 y composait peut-être 
le Psaume : 

« Malheur à moi qui dois être à l'étranger près des Masa, qui 
habite dans les tentes de Qédar. Dans Kabbat je dois habiter, 
chez un peuple qui hait la paix » (Ps., cxx, 5-6). 

Winckler * a suggéré l'idée de lire ''33)D au lieu de '•fc^îW (p au 
lieu de n) î ce qui amènerait à substituer aux mots : qui hait la 
paix, ceux : voisin des Salamieiis. 

Cette remarque devrait être prise en considération ^ s'il était 
d'autre part démontré que les Salamiens étaient, à l'époque con* 
sidérée, fixés daus l'Ammonitide ou dans un pays voisin. 

Or l'on a vu plus haut que les Nabatëens étaient une tribu plus 
influente que nombreuse. Diodore de Sicile évalue à dix mille têtes 
le chiffre de la population ; même en admettant que ce nombre 
doive être doublé, voire môme triplé, on reconnaîtra que les 
Nabatéensne pouvaient à eux seuls occuper les vastes étendues 
correspondant à Guilead,rAmmonitide, Moab^Edomet â l'hinter- 
land de ces pays. Il y avait place à côté d'eux pour d'autres tribus 
arabes. On n'est donc pas étonné d'y rencontrer deux autres 
tribus ismaélites, Masa et Qédar, et rien ne s'opposerait à ce qu'on 
y trouvât d'autres Arabes, tels que les Salamiens. 

» Slrabo, Qtogr., 1. XVI, p. 767. 

« Josèphe, Ant. Jud., XII, 4, 9 et 11. 

» II Macch., iv, 26. 

* AltorientatùeAf Forschungen^ II, p. 563. » 



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œNTRlBUTION» A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTLNE W 

Qu'étaient ces nouveaux venu»? On ne \e sait pas, car on na 
saurait accorder créance au renseignement transmis par Etienne 
de Byzance, qui en fait une tribu arabe tirant son nom du mot 
Salma « paix », en raison d'un traité et de la paix faite avec iea 
Nabatéens. Il semblerait plus vraisemblable de voir dans les Sa-> 
laraiens une confédération de tribus arabes analogue à Tanoien 
groupement des Agrites, à celui des Benô-Qédem. 

Pendant longtemps on a pu croire que les Salamiens n'étaient 
pas mentionnés dans l'Ancien Testament ; cela tenait à ce qu'on 
lisait à la place de leur nom tantôt Salomon et tantôt le mot 
Salain, paix ; mais leur importance a dû cesser d'être méconnue, 
le jour où de nombreuses inscriptions nabatéennes nous ont eu 
livré la formule : « Cette tombe doit être sacrée comme le sane-f 
tuaire des Nabatéens et des Salamiens. » 

Les Salamiens sont associés à Qédar par le Cantique des Can-r 
tiques : « Je suis brune comme les tentes de Qédar et comme Iea 
toiles de tente des Salamiens *> (i, 6). Cette leçon ou plutôt oettQ 
rectification de Winckler, -^ on avait lu précédemment « de 
Salonjon » — en suggère une autre. La Schoulamite du Cantique 
des Cantiques, vu, 1, ne serait-elle pas une Salamienne? Elle 
esteiperte dans les danses de Mahanaïm, localité de la Trans? 
Jordanie sur le territoire de l'ancien Gad. La couleur de ses yeux 
est comparée à celle des eaux des étangs de Hesbon, autre loca- 
lité de la TransJordanie. Quel rapport peut-il avoir existé entre 
ces localités et Solam de la plaine d'Esdrelon ? Si l'on songe que 
le Cantique des Cantiques passe pour avoir été écrit au ii« alècle, 
et que les endroits cités appartiennent à la région visée par le 
Psaume cxx et considérée par nous comme voisine des pays des 
Salamiens, on accueillera peut-être cette nouvelle rectification. 

Winckler a voulu demander à l'analyse de 1 Macoh., v, 3-54, Ifi 
détermination de la contrée dans laquelle s'étaient fixés les Sala» 
miens, et il a été conduit par cette étude à des indications qui 
s'écartent de celles que nous venons de donner. Quelques explica- 
tions sont donc nécessaires. Winckler voudrait découper le texte 
considéré en cinq tranches correspondant à un double récit de 
<ieui campagnes qui se seraient déroulées Tune au sud de la 
Palestine, l'autre à l'est du Jourdain. 11 est difficile d'admetti*e ce 
système. Le savant orientaliste a été frappé de ce qu'on lit : 
«« Judas Xfacchabée attaqua les Benô-Ezav en îdumée dans TAoraT 
batène », il a considéré comnie inconciliables l'expression « les 
BenôrEaav en Idumée — l'Idumée étant, à Tépoque, la région au 
«ud de la Palestine, — et l'expression dans l'Acrabatène -r- canton 
^^ HDrd de JériohOi r» il a conclu à la suppression de la glose 



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188 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

« dans TÀcrabatène » et il a admis une première campagne au sud 
•du Jourdain. A rencontre de cette opinion, on invoquera l'autorité 
de Diodore de Sicile, qui, on l'a vu, plaôe le lac Asphaltite au 
milieu de la satrapie d'Idumée : l'occupation de l'Acrabatène par 
des populations venues du territoire ayant jadis appartenu à 
Edom n'a d'ailleurs rien d'impossible. Du reste, on possède, si 
Ton y fait attention, un second récit des mômes événements dans 
II Macch., II, 10-31, et l'on se convaincra en suivant les deux 
textes de l'unité des opérations. 

Juda, après avoir châtié les Baïanites, passe chez les Benô- 
Ammon ; il franchit le Jourdain à la tête de huit mille hommes 
pour dégager les Israélites réfugiés dans le fort de Dathema, à 
la suite du massacre par les gentils de nombre de leurs frères 
du pays de Tob ; après trois étapes dans le désert, il rencontre 
les Nabatéens, animés de sentiments pacifiques, dit une ver- 
sion (1 Macch., V, 25), — une petite armée arabe de cinq mille 
hommes et cinq cents cavaliers, qui fut défaite et demanda 
l'aman, dit l'autre version (Il Macch., xii, 10-12). Winckler a 
proposé, avec raison semble-t-il, de mettre les deux versions 
d'accord en corrigeant le premier texte et en lisant « les Sala- 
miens les rencontrèrent», puis la glose explicative « les Nabatéens 
les rencontrèrent ». Suivant la première version, Juda jiurait en- 
suite occupé Bosor, puis, tombant sur les derrières des troupes 
de Timothée assiégeant le fort, aurait délivré les Israélites; 
poursuivant le cours de ses succès, il aurait enlevé d'assaut et 
brûlé Maspha, puis Ilasphon, Maked, Bosor et les autres villes de 
Guiléad. Suivant la seconde version, le Macchabée aurait attaqué 
une ville forte nommée Kaspis, habitée par un mélange de toutes 
nations, et s'en serait emparé ; tant de sang aurait été répandu 
que le vaste étang voisin de la ville serait devenu tout rouge ; 
Juda aurait ensuite atteint Charax, où étaient les Juifs Tubéniens 
(du pays de Tob), et massacré près de là une garnison laissée par 
Timothée. Kaspis semble correspondre à Hesbon, Hasphon de la 
première version. 

Suivant cette version, Timothée aurait assemblé une autre ar- 
mée et établi son camp devant Raphon au delà du torrent. Winc- 
kler a pensé à Raphia au delà du torrent d'Egypte ; il s'agit, en 
réalité, d'un affluent de gauche du Jourdain, peut-être du Jabbok. 
Juda aurait entraîné tous ses gens à l'attaque du camp ennemi, 
et poursuivi Tennemi jusqu'au temple et à la ville de Karnain, qui 
devinrent la proie des flammes. Il dut, au retour, briser la résis- 
tance de la ville d'Ephron et repassa le Jourdain à la hauteur de 
Bethsan. Suivant la seconde version, le Macchabée aurait infligé 



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CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 180 

à rarmée de Timothée une complète défaite, marché contre le 
Karnion et TAtergation, où il y eut une sanglante tuerie, enlevé 
Ephron et gagné Scythopolis, c'est-à-dire Bethsan. 

Il y a donc accord complet dans les grandes lignes des deux 
récits : ils se réfèrent l'un et l'autre à une seule et même cam- 
pagne en Ammonitide et Guileâd. Le peuple que commandait Ti- 
mothée ne pouvait être les Nabatéens, qui avaient alors à leur tôte 
Arétas (II Macch., ix, 8) : c'étaient donc les Salamîens, et ils se 
présentent à nous dans les régions où nous les avions précédem- 
ment entrevus. 

D'ailleurs, par les détails donnés, I Macch., ix, 33-36, sur la 
campagne de Jonathan contre Bacchide, on est fixé sur la posi- 
tion plus méridionale des Nabatéens. Jonathan s'était réfugié sur 
les bords du lac Asphar (Asphaltitej; il avait jugé à propos de 
demander aux Nabatéens, ses amis, de garder en dépôt ses ba- 
gages, et il avait confié à son frère Jean le soin de leur amener le 
convoi. Celui-ci tomba dans une embuscade des Benô lambri de 
Médaba. Médaba était donc sur la route qui menait de l'embou- 
chure du Jourdain chez les Nabatéens. 

Si le rôle des Nabatéens grandit ensuite, celui de Qédar dut dé- 
croître sans cesse. Il en est toutefois encore question dans Pline 
(1. v, 12) : « Ultra Pelusiacum Arabia est, ad Rubrum mare per- 
tinens, et odoriferam illamac divitem beatae cognomine inclytam. 
Haec Catabanum et Esbonitarum et Scenitarum Arabum vocatur, 
sterilis, prseterquam ubi Syrise confinia attingit, nec nisi Casio 
monte nobilis. His Arabes junguntur, ab oriente Canchlei,a meri- 
die Cedreî, qui deinde ambo Nabatœis. » Arabie déserte, Arabie 
des Catabans — inconnus d'ailleurs, — des gens d'Hesbon — sans 
doute les Salamiens — et des Arabes de tente. A l'Orient les 
Arabes Canchléens — également inconnus — au midi les Arabes 
Qédréens, les uns et les autres confinant aux Nabatéens. 

Puis Qédar disparaît de l'histoire ; on ne sait bientôt plus rien 
sur le théâtre de son activité. Les .auteurs de VOnomaslicon le 
placent quelque part dans le désert des Sarazins, et ils font de 
Bozet de Dadan des centres Qédréens, ne sachant, d'ailleurs, pas 
distinguer Tbema d'Arabie de Theman d'Edom. Le Talmud de 
Jérusalem » rapporte que dans le groupe de peuples Kéni, Ke- 
nizi et Kadmoni, un docteur voulait reconnaître les Arabes, les 
Schalmia et les Nabhatiya, différenciant ainsi les Arabes des 
Nabatéens. Le Targoum d'Ézéchiel rend Qédar par Nabat et le 
distingue également des Arabes. De la discussion approfondie à 



* Neubauer, La géographie du Talmud ^ p. 427. 



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.^^ 



190 REVUE DBS ÉTUDES JUIVES 

laquelle nous nous sommes livrés, il ressort, au contraire, que les 
Nabatéens sont bien identiques aux Nebayoth, et que les rela- 
tions les plus étroites ont existé dans toute la période historique 
entre ce peuple et Qédar, lequel, de Tavis unanime, descend 
dlsmaël. 

Toutefois il y a lieu de distinguer entre Arabes et Arabes. 
La Genèse se garde de confondre la descendance dlsmaël avec 
celle de Qetoura « le parfum d*encens ». Aboulféda * range les 
Arabes en trois groupes, Baîda — les disparus, — 'Ariha — les 
Arabes du Yémen de la race de Kahtani — et Mostha'rlba — les 
descendants dlsmaël. Cette classification pourrait être admise, 
mais, en tout cas , la thèse de Quatremère « sur Forigine ara- 
méenne des Nabatéens doit être abandonnée, malgré Tappui qu'elle 
a reçu de MM. Glaser et Hommel •. C'est à cette conclusion qu'a 
été amené le R. P. Hugues Vincent dans son étude récente sur les 
Nabatéens*. 

Diodore de Sicile nous a appris que les Nabatéens convoyaient 
à la côte les aromates amenés par les caravanes de TArabie-Heu- 
reuse. Ce qui revient à dire que les Ismaélites recevaient d'autres 
Arabes, des Madianites, par exemple, les précieux produits. 
Parlant des négociants des caravanes, le Jahviste a pu donc, dans 
l'histoire de Joseph (Gen., xxxvii, 2B), dire Ismaélites où TElo- 
histe dit Madianites (Qen., xxxvii, 28), bien qu'Ismaélites et Ma- 
dianites appartinssent à deux branches bien distinctes. Une con- 
fusion cependant a pu en résulter ; d'où la glose : « Car c'étaient 
des Ismaélites » (Juges, viii, 24), à propos de Madianites. 

Toutefois le Livre des Juges (vu et viii); fait apparaître les 
Madianites dans une région où nous avons trouvé les Ismaélites. 
Faudrait-il donc admettre que le rayon d'action des Madianites 
s'était étendu vers le Nord à une époque plus ancienne, et que 
ce peuple dut se replier vers le Sud à la suite d'événements dont 
l'histoire n'aurait conservé aucune trace ? 

G. Maïiiiier. 

{A suivre.) 

* khMXM^yHittoriAanteitlamU», éd. Pleiicher, p. 181. 

* Qaiiremère, Mémoire sur lu NakUéém, 

* GliBer, Skitu der G$tckicki9 und Qmfrapkit ArmèùM, t. II, p. 12, 248 s., 271 
et 409 ; Hommel, J)i$ AltisroêlUùekê Ueberliêferung, p. 208. 

^ R. P. Hugues Vincent, Zts Nabatétnt dans la Bevuê biblique inttrnationêU, 
" B, p. 567 i. 



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UNE INSCRIPTION JUIVE DE CHYPRE 



Dans le Voyage archéologique de Le Bas et Waddington, on 
trouve mentionné, au tome III, p. 640, sous le n*» 2776, parmi les 
inscriptions grecques de Tile de Chypre, le texte suivant, qui au- 
rait été copié (en 1865) par M. Dutlioit au monastère d'Achiro- 
pîti» a sur une stèle » : eOy-^ ^7&^\ 'Attixou. Le texte est classé 
parmi les inscriptions de Lapelhos (ou Larnaca tis Lapethou), 
ville ancienne sur la côte N. de Tile, dont remplacement de ce 
monastère a dû être une dépendance. 

J'ai retrouvé cette inscription — ou, pour parler plus prudem- 
ment, une inscription identique, — da«s la capitale même de Tlle, 
à Nicosie. Au cours d'une visite trop brève que j'ai faite à cette 
ville au mois d'avril 1904, en compagnie de MM. Georges Bous- 
quetet Raymond Kœchlin * notre tournée des églises nous amena, 
dans la partie sud de la ville, à l'église de S'-Jean de l'Hôpital, 
ainsi décrite dans une excellente petite notice qui était distribuée 
aux membres de la croisière de la Revue générale des Sciences : 
ttS*-Jean, aujourd'hui métropole grecque de Nicosie, construite 
sur l'emplacement d'une maison et d'une église des Hospitaliers 
de S* Jean de Jérusalem. Il ne reste rien des constructions primi* 
tives. L'église ^ictuelle date du xv« siècle et a été restaurée en 
1736. Au sommet de la façade est encastré un intéressant sarco- 
phage. L'intérieur est Qurieux par les peintures byzantines de la 
voûte. » Tout à côté de l'église se trouve un édifice occupé par 
l'archevêque ' et dont quelques papadès nous firent les honneurs. 
En descendant l'escalier extérieur de cette maison, j'aperçus, 
parmi les balustres de la rampe, à l'angle d'un palier, une colon- 

' Voir, sar le monastère d'Âcheropiitou {tie)^ ËDlart, Vàrt gothique,,, en Chypre 
(1889], 1, p. 240. Il est situé « sur le rivage de la mer. . . au-dessus du gros bourg 
de Lspithou et non loin de Cérines, sur un petit promontoire ». M. Bnlart y signale 
des restes de constructions antiques, fûts de colonnes, petit chapiteau corinthien en 
marbre blanc, etc., mais rien qui réponde exactement à la description de notre 
monomeot. 

^ C*est à ce dernier qu'est due la photographie que nous publions ; qu'il en reçoive 
id tout nos remerciements. 

* a. Bnlart, op. cit., I, p. 184. 



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192 REVUE DES ÉTUDES JUIVE 

nette en marbre blanc, d'un travail assez soigné, qui attira mon 
attention. Le fût cylindrique s'élève sur une base peu saillante, 
formée de cinq tores superposés. En haut, deux moulures et une 
grosse tresse ménagent la transition enfre le fût et un chapiteau 
corinthien de style dégénéré. Les feuilles d'acanthe, à peu près 
intactes, sont évidées au foret ; la partie supérieure de la corbeille 
avec les volutes est mutilée. La hauteur totale de ce petit monu- 
ment est de 0"',92 (dont 0",*29 pour le chapiteau), gorge comprise; 
la circonférence du lut est de 0",37. Sur le fût, immédiatement au- 
dessous de la gorge, est gravée en caractères peu profonds mais 
bien nets l'inscription suivante : 

€rXH 

PABBI 

ATTl 

KOr 

C*( st-à-dire eù/Tj pa6êl 'Attixou. Sauf une lettre (p«6él au lieu de 
paê^Tj) c'est, on le voit, exactement le texte de Waddington. Très 
probablement il s'agit de ki même inscription transportée dans 
ces derniers quarante ans à Nicosie (l'archevêque est amateur 
d'antiquités); paêêïi sera une faute de lecture de Dutlioit. Il est 
vrai que Dutlioit parle d'une sièle, tandis que l'inscription de 
Nicosie est gravée sur une coîonneUe. Mais il faut observer qu'en 
grec moderne le mot (tt7)X7| signifie colonne, et si la prétendue 
« copie » de Duthoit lui a été, en réalité, fournie par un indigène ', 
le malentendu s'explique. Je n'ai pu malheureusement obtenir sur 
place des renseignements sur la provenance de la colonnette et 
l'époque de son insertion dans la rampe de l'escalier métropolitain. 

Le style de la sculpture, aussi bien que les caractères de l'ins- 
cripiion, nous reporte au iii« siècle environ de Tère chrétienne. 
L'emploi du tréma sur ïiota ne se rencontre dans les inscriptions 
attiques qu'à partir de la fin du ii« siècle (ClA.^ III, 1171 ; Aih. 
MiU,, XIX. 249. Cf. Meisterhans, Grammaiih der atiiséken In- 
schrifte», 3* éd., p. 13). L'upsilon barré se rencontre dès le mi- 
lieu du second (C/il., III, 1111, 1116). Vepsilon arrondi est sensi- 
blement plus ancien. 

Il est inutile de démontrer l'origine juive de notre inscription : 
le mot paêêi suffit à l'établir. On sait que ce terme, employé pri- 
mitivement dans le sens interpellalif « mon seigneur », « mon 

* Ce qui le donne à croire, c^est que la division des lignes n'est pas indiquée dans 
1 a transcription de Waddiogton. 



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UNE INSCRIPTIOxN JUIVE DE CHYPRE 193 

maître », a fini par prendre, dès le premier siècle de Tère chré- 
tienne, la valeur d'un simple titre honorifique, porté surtout par 
les docteurs de là loi. Il est extrêmement rare dans Tépigraphie 
gréco-latine. Schùrer (IP, p. 316) n'en cite que deux exemples : 
TundeVenouse [CIL, X, 648 = Lenormant, RÉJ., VI, 205), où la 
forme est rahbi [duo rebbites), l'autre, assez douteux, de Jopé (Be- 
çtêi, Silzungsb. de Berlin, 1885, p. 681, n^ 54). 




^^^1*11, dans la Jûdische Zeitschrift de Geiger (IX, 78, cité par 
Vogelstein et Rieger, Oeschichie der Juden in Rom, 1, 46) fait al- 
lusion à une inscription romaine où on lirait paêêivou comme 
traascription de lann ; mais je n'ai pas connaissance de ce texte 
^U^ n'ai rencontré aucun exemple de ce mot à la Vigna Ronda- 
'^'^^ ou ailleurs. Partout on emploie son équivalent grec ypafi- 



T. XLVIII, N'> 90. 



13 



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iH REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

L*emploi de cet SltzolI Xe^dp-evov ne constitue pas le seul intérêt de 
notre inscription. On devra désormais en tenir compte en écri- 
vant Thistoire des Juifs de Chypre*. On sait que la colonie juive 
de cette lie avait pris, sous la domination ptolémaïque et dans les 
premiers temps de la domination romaine, une importance attes- 
tée par des textes nombreux. Mais en 116 ou 117, dans les der- 
niers mois du règne de Trajan, un vent de folie et de révolte passa 
sur les Juifs de Chypre, en môme temps que sur ceux d'autres 
pays d'Orient. 

« Daas rile de Chypre, dit Dion Cassius, ou plutôt son abré- 
viateur Xiphilin (LXVIII, 32), les Juifs commirent des atroci- 
tés semblables à celles qu'ils firent à Cyrène et en Egypte. Us 
avaient pour chef un certain Artémion*. Il périt là deux cent 
quarante mille hommes'. C'est pourquoi il est interdit à tout Juif 
de mettre le pied dans cette île ; môme si l'un d'eux, poussé par 
la tempôte, vient à s'échouer dans l'île, il est mis à mort. » Un épi- 
sode de cette sanglante insurrection nous a été conservé par 
Eusèbe (C/irow., II, p. 164, Schône) : « Les Juifs exterminèrent 
les Grecs de Salamine de Chypre et détruisirent (xarsaxa^ov) cette 
ville *. » 

Dion Cassius écrivait les derniers livres de son histoire vers 
215 ap. J.-C. On peut donc tenir pour assuré qu'à cette époque 
la loi qui excluait les Juifs &e Chypre était encore en pleine 
vigueur. 

Les raisons alléguées par Krauss pour admettre que quelques 
Juifs aient continué à habiter l'île sont vagues et sans valeur. 
Si le Talmud mentionne certains produits cypriotes, ce n'est pas 
une preuve qu'il y eût des Juifs à Chypre. M. Krauss nous ap- 
prend également que dès l'époque d'Héraclius (610), les Juifs de 
Chypre étaient redevenus assez nombreux pour se joindre à l'in- 
surrection qui éclata alors contre les Grecs. Mais le renseigne- 
ment, donné sans références, paraît s'appuyer uniquement sur un 
texte, extrêmement sujet à caution, des Annales du patriarche 
Eutychius d'Alexandrie (Ibn Batrik) où on lit ceci (II, p. 220 de 
la traduction Pococke, 1658 = Migne, Pairologie grecque, 
tome 111, p. 1084) : « Au temps où Chosroès assiégea Constan- 

^ Voir en dernier lieu sur ce sujet l^article de S. Krauss dans la Jeioiêh Sneifelo- 
pedia (1903). 

* Boissevain conjecture Artémon, 

* C'est-à-dire, comme il le résulte du contelte, que les Juifs auraient massacre 
deux cent quarante mille païens [Grecs et Romains). L'exagération de ce chiffre saute 
aux yeux. 

^ Orose, Vil, 12, ne fait que copier Eusèbe. 



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UxNE INSCRIPTION JUIVE DE CHYPRE 195 

tinople, la Syrie resta dégarnie de troupes romaines. Il y avait 
alors à Tyr quatre mille Juifs. Ils écrivirent aux Juifs de 
Jérusalem, de Chypre, de Damas, de la montagne de Galilée et de 
Tibériade, de se réunir tous le jour de la Pâque chrétienne et de 
massacrer les chrétiens de Tyr, etc. » Le caractère évidemment 
légendaire de ce récit ne permet guère de l'invoquer pour établir 
l'existence à Chypre, en 610, d'une forte population juive. En 
revanche, notre inscription prouve qu'aux environs de Tan 300 
les Juifs ont de nouveau été autorisés à habiter Tile de Chypre et 
sans doute à y rebâtir des synagogues. L'hypothèse que notre 
colonnette aurait été importée dans l'île de quelque pays d'outre- 
mer est, en effet, peu probable : ni la valeur artistique de l'objpt, 
ni son utilité architecturale n'auraient justifié cette importation. 
Les nouveaux colons juifs venaient de pays grecs ou hellénisés ; 
ainsi s'eiplique le nom Atticus porté par notre rabbin, nom 
fréquent à cette époque dans l'onomastique païenne, mais qu'on 
n'avait pas encore, je crois, rencontré chez les Juifs. 

Sur la destination précise de notre petit monument on ne peut 
faire que des hypothèses. Le mot eù^^tq exclut l'idée d'un monu- 
ment funéraire ; il s'agit d'un objet votif, consacré au culte de 
Dieu; mais Vex-voto consistait-il uniquement dans cette colon- 
nette, ou celle-ci n'était- elle pas plutôt le support de Toffrande 
proprement dite, par exemple d'un chandelier ou d'un vase de 
bronze destiné à une synagogue chypriote ? J'inclinerais assez* 
vera cette seconde hypothèse. Malheureusement l'état mutilé de 
la partie supérieure du chapiteau ne permet pas de distinguer 
la nature ni même les dimensions de l'objet auquel il servait de 
support. 

Le mot tù^Vj — ex voto — est un terme emprunté à Tépigraphie 
païenne. Par exemple, dans un inventaire de Délos {Bull. corr. 
heU.,Y[, 29 = Dittenberger, Sylloge, 2«éd. 588), L 148, on lit : <tt6- 
^àviov êTTiYpaçpTjV c^^ov a Koivtoç HXtvioç *A7c<^XXiovi eu/^TiJ^ ». De même 
dans une inscription de Thasos (Sylloge*, 188) IIo<n8ajvio<; xoA Srpa- 
TTriY^ TùxYi 6a<you eùx'n^- L'emploi du nominatif eix"^ (tou SeTvo;) ^ 
est, dit M. Salomon Reinach {Traité (Vépigraphîe grecque, 
p. 383), une formule de l'épigraphie chrétienne • ; il en cite comme 

* Pluf tard on Urouye Siv^oiç. — Oicàp cOx^iC esl très fréquent. 

* n j t bien un exemple de euxvi (nomiottif) dens un texte ptleo, Intcr.Sie, ItaL^ 
904. cOx^ *HpQcxXfi Oa»0f6pfa>, etc., mais j'ai quelques doutes sur Texactitude de 
cette lecture, quoique vérifiée par Mommsen, le nom dts dédicants Tenant eusuite au 
nominatif. 

* Le mot grec correspond exactement à ")^3 a vœu de ■ (c'est la traduclioa ordi- 
naire de la SepUnte} ou à nSTS « offrande de ». La formule est de style aujourd'hui 
encore. (Note de M. Israël Lévi). 



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i^ REVUE DES ÉTUDES JtflVES 

exemple un texte de Conané {BulL corr. helL, ni, 343); j'avoue 
n'eu avoir pas rencontré d'autres. 

11 semble résulter de notre texte que dans l'emploi de cette 
formule les Qirétiens n'ont fait que prendre modèle sur les Juifs * . 

Théodore Reinach. 



* Je suis porté t croire que, ptr antlofçie tvec notre moDumeot, oa doit restituer 
dtDBlt pierre de Myodos {Hewne, 1901, I, p. 1) sOxt) 8]e(i>7CÉ|iirn);, etc. 



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LE ROI JUIF DE NAHBONNE 
ET LE PHILOMÈNE 



Il y avait à Narbonne un personnage juif important, chef de 
recelé ou de la communauté, surnommé Nasi, « prince », et dé- 
signé par les chrétiens sous le titre de roi juif, 11 possédait dans 
la ville des biens en franc alleu héréditaire. Quelle fut l'origine 
de ce privilège ? 

Pour répondre à cette question, on a coutume de citer un 
roman chrétien qui confirme en partie diverses relations juives. 
Comme on se borne à signaler la rencontre, qu'on croit suffisam- 
ment probante, il ne sera pas mauvais d'étudier avec soin les 
pièces, sans parti pri?. 

Ce roman est un récit des exploits de Charlemagne, attribué à 
tort à un certain Philomena, dont le nom parait dans la narra- 
tion. Ce roman s'est conservé sous deux formes: en latin, sous 
le titre de Oesfa KnroU Magni ad Carcassonam et Narbonam, et 
en provençal sous celui de Philomena, On disait généralement 
cette version plus ancienne que le latin, mais le dernier éditeur, 
qui avait partagé d'abord l'opinion commune, est maintenant d'un 
avis opposé". 

Ces Oeslcs, dit Molinier , sont « une compilation faite au 
XII» sièclp, à l'abbaye de la Grasse (près de Carcassonne), d'après 
des poèmes français et le Pseudo-Turpin * ». o Le fonds du récit, 
dit Gaston Paris ', est une de ces misérables supercheries monas- 
tiques comme nous en avons déjà rencontré plus d'une. Illustrer 
le monastère de la Grasse, lui faire reconnaître d'énormes privi- 

* Bd. Scbneegan», GeHa Karoîi Magni ai Carcassonam et Narbonam, Laleio. 
Texl a. Provenzal. Uebersetziinp-. Halle, 1898 (Bomanisckê BihUotkek^ d« 15). Le 
même auteur avait déjà publié une élude sur ces Gestes, Die Quellen des iogenannten 
Pseudo- Philomena, Strasbourg, 1891. 

• Les sources de l'histoire de France, 1901, l. I, p. 209. 
» Histoire poétique de Charlemêgne, p. 90-91. 



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198 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lèges, authentiquer de fausses^ reliques, et, par-dessus le marché, 
édifier les fidèles par quelques pieuses anecdotes, tel est le but es- 
sentiel de ce triste roman. » M. Paul Meyer porte sur cet écrit le • 
môme jugement*. 

D'après Schneegans, Touvrage ne serait pas antérieur à Tan 
1200. En effet, il a été écrit par un certain Guillaume de Padoue 
sur les instances d'un abbé Bernard. Or, il y a eu à la Grasse deux 
abbés Bernard, Tun vers 1205-1208, l'autre entre 1237 et 1255. 
C'est probablement au premier que Ton serait redevable de ces 
Gestes. 

Schneegans, moins sévère que ses devanciers finançais, ad- 
met que ce mauvais roman n'est pas une pure invention, mais 
une compilation mal faite de traditions locales et de Grestes an- 
térieures. On verra tout à l'heure que cette opinion peut être 
corroborée par des textes dont Schneegans n'a pas fait usage. 
Au surplus, Guillaume de Padoue lui-môme prétend avoir extrait 
son récit d'un ouvrage plus étendu. 

Voici maintenant le résumé * du récit de la prise de Narbonne 
qui nous intéresse : 

Charlemagne est devant Narbonne et propose au roi païen Ma- 
tran de lui céder Girone et Barcelone avec deux fois autant de 
terres qu'il en possède, s'il consent à lui livrer sa ville et à rece- 
voir le baptôme. Sur le refus du prince sarrasin, l'empereur 
donne l'ordre de se préparer à une attaque. Le lendemain une 
lutte s'engage sous les murs de la ville, et les Sarrasins sont re- 
poussés. Aymeri passe la rivière et vient attaquer Narbonne. Les 
chrétiens obtiennent d'abord l'avantage, mais Matran dirige une 
sortie contre les assiégeants et se met à leur poursuite. Peu de 
temps après, Marsile, roi d'Espagne, envoie des renforts à Matran. 
De nouveau des combats ont lieu, qui sont heureux pour les chré- 
tiens, mais n'entraînent pas la prise de la ville. Charlemagne 
n'en accorde pas moins Narbonne à Aymeri. La lutte se poursuit 
sans merci. Enfin, les Juifs, qui occupaient une partie de la cité, 
proposent de la rendre à Charlemagne. « Ils avaient appris par 
leurs sorts que Charlemagne prendrait la ville. » Après s'être 
concertés, ils vont dire à Matran Tissue qui l'attend, que, pour 
eux, avant de mourir, ils se rendront à Charles. Malgré la dé- 
fense de Matran, ils choisissent Isaac et dix autres Juifs et les dé- 
lèguent à l'empereur avec 70,000 marcs d'argent. Lorsqu'ils sont 
arrivés devant Charles, Isaac lui dit : « Nous savons bien que la 

* Bibliothèque de VÉcole des Chartes, XXVlll, p. 53. 

* Nous suivons en partie rtntljse de Demaison, Aymeri de Narbonne^ t. I, 
p. ccxxxv et 8uiv. 



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LE ROI JUIF DS NARBONNE ET LE PHILOMÈNE 199 

ville ne peut plus vous résister ; nous sommes Juifs et vous de- 
mandons grâce pour nous et pour tous ceux de la ville; nous 
ferons ce qui vous plaira. » Charlemagne leur répond : « Celui 
qui démande merci doit obtenir merci ; je vous reçois sous ma 
juridiction et sous ma garde. » « Ne croyez pas, repi'end Isaac, 
gue nous commettions une trahison, car Matran n'a aucun pou- 
voir sur nous et nous ne tenons rien de lui ; nous lui donnons 
seulement pour droit de protection une certaine somme annuelle. 
En €>z4t7'e, noiis vous demandons quHl y ait toujours à Narbonne 
mr^oi de notre nation, parce qu'il doit en être ainsi ei qu'il en 
est ctir^si actuellement. C'est de sa part que nous sommes venus 
près <îo vous ; il est de la race de David et de BaldachU » Char- 
lema^Tàe leur accorde tout ce qu'ils demandent et reçoit l'argent. 
Les Juifs veulent ensuite rendre la ville à Charlemagne, mais 
Matramjavec la multitude de ses troupes, les en empêche. Sur ces 
entre Faites, la femme du roi sarrasin s'échappe de Narbonne et 
Tient se baptiser dans le camp de Charles. Matran, indigné, défie 
en combat singulier Charlemagne, qu'il appelle « traître ». Le duel 
s'ciigsige, et Matran est tué. A cette nouvelle, les Juifs livrent 
^^^ porte de la ville aux chrétiens, qui y entrent, enfin, après 
un long siège. Charles alors tient « sa cour générale » et divise 
la ci té. Il en assigne le tiers à l'archevêque Thomas de Norman- 
die,^ Vin autre tiers aux Juifs, à qui « il donne un roi suivant leur 
désit* j^^ pyjg^ ayant fait venir Aymeri de Narbonne dans le palais, 
"Juî cîit : « Aymeri, j'ai donné un tiers de la ville à l'archevêque 
"° ^vi tre aux Juifs, le reste sera ta part. » 

^^îci maintenant le texte latin des passages que nous re- 

tenoti^i . 

• -* "76. — Judei autem in civitale permanentes in sortibus suis 

^ï^o verunt quod Karolus caperet clvitatem et totius terrœ, que citra 

''^ erat, dominus efficeretur. Et.habilo inter se consilio venerunt 

Matrandum et dixerunt ei quod qualemcunque posset cum Ka- 

? ^oncordiam faceret vel sciret pro cerlo quod civitalem amillerel 

^Psemet Interficerelur et omnes sui fautores. Et ipse indignatus 

Pondit quod hoc nuUo modo faceret et asseruit quod taie et tam 

^^^tïi succursum haberet et in brevi, quod Karolum devinceret et 

^t suos occiderel; et de hoc erat cerlus per proprios nuncios 

*^assoris. At illi responderunt quod bec consolatio non valebat et 

lu^^ ^psii antequam inlerficerentur, relderent se Karolo et ejus vo- 

^tatemin omnibus adimplerent. Et ipse prohibuit eis ne hoc face- 

^^- Sed ipsi spementes eius inhibitionem elegerunl Ysaac et alios X 



^otii conseryons l'orthographe du texte. 



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200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et cum LXX milia marchas argent! eos ad regem Karolum miserunt 
Qui coram Karolo veDienles salutaverunt eum et Ysaac primo locu- 
tusfuit diceos ei : Domine rex,bene cognoscimus quod Narbona non 
potest vobis ulterius resislere et nos sumus Judei et petimus mise- 
ricordiam tam pro nobis quam pro omnibus de villa et quicquid vobis 
placuerit, faciemus. Et ille respondit ei : Qui misericordiam petit, 
misericordiam consequi débet, et ego vos recipio in mei juridictione 
et custodia. Et Ysaac dixit : Domine, non credatis quod nos aliquam 
prodiliouem faciamus. Nam Matrandus nichil habet in nobis nec 
aliquid tenemus ab ipso, nisi quia pro amparancia dabamus ei certam 
pecuniam annuatim. Preterea rogamus vos ut semper sit in Narbona 
rez de gente nostra, quoniam ita débet esse et est hodie. Et ex parte 
ipsius nos ad vos venimus et est de génère Davidis et Baldacbi et 
mittit vobis per nos LXX milia marchas argenti et, si plus vuUis, 
plus habebitis, et quicquid habemus vestrum erit. Preterea ex parte 
ville nostre impugnetis Narbonam et capietis eara, nam G. brachias 
de muro teuebimus et plus et, quod nulius vobis erit ausus lapidem 
prohicere nec inferre aliquod nocumentum. Et Karolus concessit eis 
omnia que petierant et recepit pecuniam. Et ipsi in civitatem redie- 
runt et aliis Judeis omnia que Karolus dixerat retulerunt, de quo- 
rum responsione fuerunt omnes quamplurimum gratulati. 

P. 482. — Et circumquaque inpugnaverunt villam et Judei vole- 
bant eam reddere Karolo. Sed Matrandus occurrit illuc cum magna 
multitudine militum et, quia plures erant, prohibuit eis ; tamen rixa 
fuit inter eos maxime. 

P. 486. — Judei mortem ipsius audientes plus quam quingenti 
armati ascenderunt Poriam Regi^m et quatuor Cet plus in palacium 
Matrandi et non permiserunt Sarracenos intrare. Et Rotolandus et 
totus exercitus impetum in eos faciens occiderunt extra portam plus 
quam YIl milia. Postea venerunt ad Portam Regiam et Judei permi- 
serunt eos intrare. Et Aymericus venit ad palacium regium et Judei 
reddiderunt ei eum et posuerunt vexillum Karoli superius. 

P. 488. ^ In capite vero octo dierum captionis Karolus tenuit 
curiam suam generalem et divisit civltalem. Gonstituit namque 
archiepiscopum nomine Thomam de Normandia et X episcopos ei 
submisit. Dédit preterea ei terciem partem civitatis et construxit 
ecclesiam Beale Marie et possessiones alias et redditus quam plu- 
rimos ei dédit. Similiter aliam tertiam partem civitatis dédit Judeis, 
qui eam ei reddiderant et dédit eis regem ad voluntatem eorum. 
Postea sedens in palatio in sede regali ceptrum eciam tenens cir- 
cumdatus inûnita multitudine virorum nobilium Aymericum de 
Narbona fecit coram se venire dicens ei : Aymerice, terciam partem 
civitatis dedi archiepiscopo, aliam terciam Judeis, relique pars erit 
vestra. 

Toute cette histoire, comme Ta très bien montré Deraaison », 

* Op. laud.^ p. cxxziv et suiv. 



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LE ROI JUIF DE NARBONNE ET LE PHILOMÈNE 20i 

est une transposition des événements qui s'étaient passés au temps 
de Charles Martel et de Pépin. Mais le rôle attribué aux Juifs 
parle roman de Philomène est joué alors par les Goths qui ha- 
bitent Narbonne. Ceux-ci (en 759) se soulèvent contre les infi- 
dèles et livrent la place aux Francs à la condition d'être main- 
tenus dans Tusage de leurs lois et coutumes *. 

Dans un autre écrit, cette substitution dos Juifs à des chrétiens 
serait tendancieuse, ce serait une altération voulue, destinée à 
noircir les Juifs. Mais ici Tauteur n'a nullement eu un pareil des- 
sein; il n'est animé d'aucune hostilité contre les Juifs ; aussi leur 
fait-il dire que leur acte n'est pas une trahison, puisqu'ils ne 
sont pas soumis au roi sarrasin ; d ailleurs, se comporter ainsi 
contre des infidèles et au profit de Charlemagne eût été, à ses yeux, 
faire œuvre pie. Le récit des Gestes doit donc refléter autre chose 
que des dispositions malveillantes à l'égard des Juifs. 

On a coutume encore d'étayer les renseignements que nous 
venons de lire par une note de Dumège ainsi conçue : 

Il existait, avant la Révolution, dans les Archives de l'abbaye de la 
Grasse, un manuscrit dans lequel on lisait que, sous l'empire de 
Charlemagne, un roidei Juifs, qui descendait de la race du prophète 
Daniel, possédait dans Narbonne un quartier de la cité et que ce roi, 
Tan 791, envoya à Charlemagne une ambassade de dix Israélites, 
présidée par Isaac, l'un des plus riches juifs de ce temps. Ces am- 
bassadeurs offrirent à l'empereur 70 marcs d'argent et le prièrent de 
conserver à leur nation le privilège d'avoir toujours dans Narbonne 
un roi particulier. Charlemagne accéda à leur demande et leur 
doDua, en outre, la partie de la ville de Narbonne où ils étaient éta- 
blis. ils firent construire plusieurs édifices dans celte ville et entre 
autres deux beaux moulins, l'un sous le pont vieux, et l'autre hors 
des murs, au lieu nommé mate Pesovls *. 

Mais la simple comparaison de ces mots avec le texte du Phi- 
lomène montre que le manuscrit qui existait avant la Révolution 
dans les archives de l'abbaye de la Grasse était simplement notre 
roman. Au surplus, Dumège, dans ses additions à VUisloire de 

SchneegaDS, p. 27-28, dit a ce propos : « Dans ^histoire des luttes entra les Sar- 
rasins et i^s chrétiens dans la France méridionale, ces scène-) se répètent souvent; 
tiDtôt ce sont les Juifs, tantôt les Goths «(ui livrent les villes aux Sarrasins ou aux 
chrétiens par des conventions secrètes. • « Souvent ■ est peuuôlre exagéré; nous 
venons de -voir, ea effet, que pour Narbonne, ce sont les Goths qui font une de 
ees conventions. Reste donc, et uniquement, le récit de la vie de Théodard attribuant 
8QX Juirs la reddition de Toulouse aux Sarrasins, lesquels n'ont jamais pris Toulouse ! 
* Mémomt et diaertationt iur les antiçuités nationales et étrangères publiés par la 
So*^iété des antiquaires de France, i. Vlll, 18^9, Mémoire sur quelques inscriptions 
kér4^ii$$ 4 Tfarhonne, par M. Dumège, ex-ingénieur, p. 340. 



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202 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Languedoc, semble bien vouloir enlever tout doute à ce sujet. 
Parlant des mss. du Philomène, il dit : « Le quatrième provient 
des archives mômes de l'abbaye de la Grasse et est placé aujour- 
d*hui dans la bibliothèque publique de la ville de Carcassonne*. » 
One s'il remplace David par le prophète Daniel, c'est sans doute 
parce qu'en 1829, il n'avait pas bien lu le nom de David, ou s'en 
é'ait rapporté à quelque auteur, mal informé. La ressemblance 
entre Daniel. et David est assez grande pour autoriser la suppo- 
sition d'une telle confusion ; en tous cas, la mention des dix dé- 
putés et du montant de la somme (70 marcs d'argent, au lieu de 
70,000) est tout à fait probante. 

A partir du xiii* siècle il est plusieurs fois question, dans des 
documents chrétiens, de ce roi juif et de ses biens en franc alleu 
héréditaire. « En 1217, lors de la concession des Juiveries à la 
communauté, le vicomte Aymeri de Narbonne constate que le roi 
des Juifs possède seul dans l'intérieur de ce quartier des biens en 
franc alleu héréditaire (excepto solummodo honore Régis Judei 
quem habet et tenet ex successione patrimonii sui), et le procès- 
verbal de confiscation de 1307 reconnaît encore ce caractère allo- 
dial aux seuls biens du Roi des Juifs à cette époque * » (Videlicet 
hospicia et domus que Mometus Taurossii judeus, alio nomine 
Rex Judeus Narbone, ejus tempore captionis possidebat in Ju- 
daicis predictis, que sequuntur : scilicet hospitium quod est in 
curtada sita in ipsis Jndaicis que curtada vocabatur communiter 
Curtada Régis Judei). Les Consuls de Narbonne, en 1364, font 
valoir que dès le temps de Charlemagne Narbonne était une ville 
royale habitée par deux rois, l'un juif, l'autre sarrasin (erant ibi 
duo reges, unus Judeus et unus Sarracenus)^. 

Plus ancien que ces divers documents est un passage du Trac- 
tatus adversus Judœorum inveteraiam duritiem de Pierre le Vé- 
nérable, ouvrage composé en 1146. L'auteur parle de ce roi juif, 
mais pour se moquer de la naïve prétention des Juifs (Sed non 
ego, ut aliquid ridendum ponam, regem illum suscipiam, quem 
quidam tuorum apud Narbonam Galliae urbem... sç habere fa- 

* Eittcire générait de Languedoc, par Dom Claude de Vie et Dom Vaissète, com- 
mentée et continuée... par AI. Du Mège, t. 11 (Toulouse, 1840), p. 18 des Addition! 
et notes du livre Vlll. 

» Saige, Les Juifs du Languedoc, p. 43, 156 et 278. 

» Cité d'abord par Célestin Porl, Histoire du commerce maritime de Narbonne^ 
p. 161, note 1, puis par Saige, ibid.,p. 44. La mention du roi Sarrasin fait allusion 
à Tbistoire de Matran racontée par le Philomène. C'est a tort que M. Saige dit que, 
d'après le roman de Philomène, Charlemagne accorda aux Juifs, de même qu'aua Stf^- 
rasini, habitant Narbonne le droit de vivre sous Tobéissance d'un roi juif et d'un roi 
sarrasin, et nous avons eu plus tort encore de reproduire, sans les vérifier, ces mots dans 
notre travail sur les Juifs de France (Rapport sur 1$ Séminaire isrêéUte, 1903, p. 19). 



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LE ROI JUIF DE NARBONNE ET LE PHILOIIËNB 203 

tentur*). Le fougueux adversaire des Juifs a-t-il recueilli le pro- 
pos, à son retour d*Espagne, en passant par Narbonne, ou le te- 
nait-il de Tapostat qui lui a communiqué les extraits du Talmud 
dont il fait des gorges chaudes? Il est impossible de le savoir. En 
tout cas, c'est un témoignage irrécusable de la tradition déjà ré- 
pandue alors chez les Juifs. 

Après celui-ci il faut enregistrer celui de Benjamin de Tudèle, 
qui, ayant traversé Narbonne vers 1165, rapporte : « On y voit 
des savants et des princes très célèbres, à la tête desquels est 
Calonymos, fils du grand Nasi Todros, qui est nommé dans sa 
généalogie parmi les descendants de David. Il a plusieurs terres 
et possessions qui lui ont été données par le seigneur de la ville 
et que personne oe peut lui ravir par force*. » 

Ces renseignements sur le titre porté par Todros, sa généalogie 
et ses possessions territoriales sont corroborés par un autre 
auteur, contemporain de Benjamin de Tudèle. M. Neubauer a 
publié ici même » un passage du Séfer Hakabbala d'Abraham ibn 
Daud, qui mourut à Tolède avant 1180. Ce passage, il est vrai, 
manque dans les éditions de Touvrage, mais il est cité briève- 
ment par Fauteur du Youhasin, comme appartenant au S. Ha- 
habbala. En outre, s'il n'était pas d'Abraham ibn Daud, il serait 
sûrement d'un contemporain de ce chroniqueur, car il y est dit : 
• Todros mourut et laissa un fils appelé aujourd'hui Calonymos 
le jeune*, qui est encore vivant». C'est précisément le Nasi 
rencontré par Benjamin de Tudèle. En outre, ce contemporain 
anonyme ne serait pas Provençal, car, parlant des savants de la 
France, ntn», il dit : « Nous savons qu'il y avait parmi eux, à Nar- 
bonne ». C'est montrer doublement qu'il n'est pas de la région, 
car un Provençal réservait à la France du Nord le nom de nen». 
Ces lignes sont donc d'un Espagnol, et dans ce cas il n*y a pas de 
raison de les dénier à Abraham ibn Daud ». 

Or voici ce que cet auteur savait : C'est le roi Charles (Charle- 
magne qui écrivît au roi de Babylone pour lui demander l'en- 
voi d'un Juif de ses États qui fût de la race royale, de la maison 
de David. Le roi de Babel se conforma à ce désir et lui expédia un 
gi^nd savant nommé Machir. Charlemagne l'établit à Narbonne et 

» MigDe, Patrologia latina, CLXXXIX, col. 560; voir Loeb, Rwue, XVIII, 
p. 45. 

« Voir Jm, Quart, Beview, XVI, 459. 

' Bevuty l. X, p. 100 et suiv., puis dans Mediaval jewUh Chroniclety II, p. 83. 

* Evidemment par opposition au premier Calonymos ben Todros, son grand-père. 
M. Neubaaer n'a pas traduit ce mot. 

' M. Qross ne met pas en doute l'authenticité du passage, Oallia judaics, s, v. 



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204 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lui donna une grande propriété territoriale lorsqu'il s'empara de 
la ville. Abraham ibn Daud sait aussi qu'à la prise de NarboDoe, 
Charlemagne divisa la cité eu trois parties, dont il attribua l'une 
au seigneur de la ville, Don Aymeric, une autre à l'évoque et la 
dernière à R. Machir, qu'il fit libre, expression qui doit s'entendre 
de ses possessions. Charlemagne donna aussi aux Juifs de la ville 
des lois justes qui sont inscrites dans une charte portant le sceau 
de Charles et qui est entre les mains des Juifs. Ces notions sont 
certainement Técho fidèle d'une tradition juive locale, car ensuite 
Abraham ibn Daud raconte avec détails des guerres qui eurent 
pour théâtre Narbonne vers le milieu du xii« siècle et dont les 
Juifs eurent à souffrir. Ces détails ne pouvaient être parvenus à 
sa connaissance que par un écrit ou un Juif de Narbonne «. 

Qu'il y ait une parenté entre la relation de Benjamin de Tudèle 
et les traditions recueillies par Abraham ibn Daud, d'une part, et 
le récit des Gesia Karoli, d'autre part, il est inutile de le montrer. 
Mais quelle est cette parenté? 

En un point, les Qe:ita s'inspirent de la tradition juive, c'est 
quand elles font descendre de David ce roi juif de Narbonne. Dn 
tel détail ne saurait avoir été imaginé que par un Juif. Il y a môme 
plus, ce roi est de génère Davidis et Baldachi. Or ce dernier mot 
est la forme italienne de Bagdad au moyen âge*. Si ce sont les 

^ D'après lui, Todros, fils de Galon jmos, fut témoio d'événements douloureux qui 
se produisirent à Narbonne. Le vicomte de la ville, Don Aymeric, mourut dans la 
bataille de Fraga (et non Praga, comme l'écrit M. Neubauer), sans laisser de 61s. Le 
pouvoir passa à sa Fœur cadette (et non à une de ses parentes), Dona Esmenjaras, 
encore mineure. Les seigneurs, qui convoitaient son héritajre, cberchèrent à la séduire 
pour Tépouser. Parmi eux était Don Anfos, comte de Toulouse. Le comte de Barce- 
lone, Ray mon Beranger, qui était sou ennemi et qui était parent d*Bsmenjaras (détail 
passé daus la traduction de Neubauer), persuada à celle-ci de reruser Don Anfos. Bile 
obéit à ses conseils et épousa Bernard d*Anduxe (et non d'Andduse). Alors il y eut 
guerre et la ville se divisa en deux camps : la moitié était pour la vicomtesse et ses 
conseillers, et la juiverie (U)*1372 ; Neubauer traduit : « et les autres »} pour le comte de 
Toulouse, Don Alphonse. Cette guerre dura dix ans. Les Juifs, qui jusquc-U étaieat 
au nombre de 2,000, furent dispersés en Anjou, Poitou et France. — Or, tous ces Uaits 
cocrordent parfaitement avec Thistoire locale. Le vicomte Aymeric 111 fut Lien tué à 
la bataille de Fraga en 1134. Il laissa la vicomte de Narboune a sa sœur Ermengarde. 
Celle-ci fut mariée deux fois, d'abord en 1042 au comte Alphonse, nommé aussi An- 
fosse, Anfous (remarquer qu^Abraham ibn Daud a même cette orthographe). Catel, 
Mémoit9 de l'histoire de Languedoc^ p. 5S9,dit ne pas savoir d^où était cet Alphonse. 
Abraham ibn Daud est mieux renseigné que lui. D'après le même historien, Erroeo' 
garde aurait épousé en secondes noces Pierre d'Anduze, fils de Sybille. Mais lui- 
môme fait observer qu'un %cte authentique la dit femme de Bernard d'Auduxe, ce que 
confirme le texte hébreu. Il est à présumer que si nous étions mieux renseignés sur 
rhisloiro de ce temps, la véracité du récit consigné par le 8. Hakabbala serait attestée 
aussi en ce qui concerne la guerre de dix ans dont Narbonne fut le théâtre et les suites 
qui en furent si fâcheuses pour les Juifs de la ville. 

* VoirDucange, s. 9. Baldakinvs. Le mot figurant aussi dans la version proven- 
çale, c*e8t un argument de plus en faveur de la paternité de Guillaume de Padoue 
sur les G esta. 



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us ROI JUIF DE NARBONNË ET LE PHILOMËNE 205 

Juifs qui ont dû faire descendre de David leur Nasi, ce sont 
sûrement eux, et eux seuls, qui ont eu Tidée de le faire venir de 
Babjlonie, car eux seuls devaient connaître l'existence, en cette 
région, du Resch Oalouia se prétendant de la lignée davidique. 

Il est donc indéniable que sur ce point, au moins, l'auteur des 
Gesta Karoli s'est borné à recueillir une tradition vivante chez 
les Juifs de son temps et constatée déjà avant le milieu du 
iu« siècle. On s'explique mieux ainsi le ton qui règne dans son ré- 
cit de l'acte des Juifs*. 

Seulement cette tradition juive, le moine de la Grasse n'a pas 
eu besoin de la tenir de la bouche des Juifs de Narbonne, il a pu 
la recueillir dans une copie d'un document ou écrit en possession 
de ceux-ci. Nous savons, en effet, non seulement par Abraham ibn 
Daud, mais encore par un rabbin de Narbonne (en 1245) *, que 
les Juifs se vantaient et de la possession d'écrits constatant les 
services rendus par leurs ancêtres à la prise de Narbonne et du 
dépôt de ces chartes ou relations dans un établissement chré- 
tien. Ces archives étaient dans la maison ^'obédience, terme qui 
désigne « les maisons, églises, chapelles et métairies auxquelles 
étaient préposés des religieux* ». Il n'est pas impossible qu'un 
écrit de cette nature ait été conservé à l'abbaye de la Grasse, car 
dans le môme cloître se trouvait un des diplômes accordés par 
Louis le Débonnaire à des Juifs de la province*. Toutefois il 
n'est pas invraisemblable non plus que ces fameux documents 
soient tout simplement les Gesta ou leur source. 

Mais si ces diverses relations s'accordent sur le fait de privi- 
lèges octroyés au roi juif de Narbonne, elles divergent à propos 
de l'origine de cette faveur, et cela montre que ces chartes — si 
chartes il y a — n'étaient pas des copies authentiques, auxquelles 
ii faille ajouter une foi absolue. Dans la tradition enregistrée par 
Abraham ibn Daud, c'est évidemment parce que Machir, le premier 
de ces rois juifs, descend de David que Charlemagne lui confère 

* C'est faute d'avoir connu cette tiépendance que Schneegans dit : « Celle idée que 
les Juifs doivent avoir alors leur roi propre est dénuée de sens ; elle s'éclaire si les 
JoiCs font les remplaçants des Gotbs; leur demande de garder un roi de leur race est 
une tratluclion poétique de la phrase permitterent eot legem tuam kabere du Chronicon 
Moittiaeente, • {Die Quellen des sogenannten Pfêudu-Philomena^ P- 34) C'est aussi 
pour n^avoir pas fuit celte remarque que M. Gross s'est trompé, à notre avis, sur la 
Ttleur du témoignage du roman de Philomène. Constatant qu'à Toulouse et à fior- 
detax on accuse les Juifs d'avoir livré la ville ici aux Sarrasins, là aux Normands, 
)A. Groes conclut de l'attitude toute différente du conteur provençal à raulhenticilé 
de son témoignage. Pour avoir violé ce qui était une loi du genre, à son avis, il faut 
qaerauteur ait respecté malgré lui la vérité [Monatssehri/'t, 1881, p. 447). 

Voir Bévue, X, p. 102. 

* Voir Ducange, t, 9. 

* Vaisièie, liist. générale de Languedoc, t. II, Preuves, col. 211. 



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206 REVUB DES ÉTUDES JUIVES 

un privilège quasi royal. Il le lui accorde lors de la prise de la 
ville, à laquelle les Juifs n'ont pas contribué. C'est bien ainsi, 
d'ailleurs, que Timagination juive devait interpréter le fait. Dans 
le récit de Méir b. Simon, Charlemagne récompense par l'octroi 
de ce privilège le service que lui a rendu un Juif anonyme qui 
a sacrifié sa vie pour sauver celle de l'empereur. La contradiction 
est formelle entre cette explication et la précédente. D'après les 
Gesla, en outre, il y a déjà un roi juif à Narbonne avant la prise de 
la ville par Charlemagne, et c'est pour récompenser la reddition 
de la place que l'empereur permet aux Juifs de conserver leur Roi 
et leurs institutions et même qu'il leur distribue le tiersde la cité. 

Cette comparaison montre que, si les Gesta dépendent de la tra- 
dition juive pour ce qui a trait à l'origine du roi juif, ils en dif- 
fèrent quant à la donnée même qui justifie le privilège accordé au 
roi juif. 

Est-il possible maintenant de retrouver sous ces divers récits 
fabuleux un résidu d'histoire? Celui de Méir b. Simon inspire le 
soupçon, encore qu'il se prétende fondé sur des textes écrits, 
car il procède de la légende : 1® en croyant à la prise de Nar- 
bonne par Charlemagne, 2^ en pariant d'un combat de l'empe- 
reur devant la porte de la ville et, 3®, en mettant en scène une 
assemblée de barons et de prêtres tenue par lui, toutes circons- 
tances qui rappellent les Oesia. Celui d'Abraham ibn Daud est con- 
taminé aussi par la légende, car d'abord la mention d'Aymeri de 
Narbonne en dérive ; en outre, l'initiative prise par Charlemagne 
de faire venir de Babylonie un savant n'a rien d'historique. 

Reste le récit des Gesia. Nous avons déjà dit qu'en tout état 
de cause, ce ne peut être qu'une transposition du rôle joué par les 
Goths, et que cette transposition n'a pas le caractère d'une inven- 
tion malveillante. Pourquoi donc aux Goths l'auteur ou son mo- 
dèle a-t-il substitué les Juifs? C'est parce qu'au temps de Charle- 
magne il n'y avait plus de Goths et que peut-être le conteur 
savait que justement alors les Juifs étaient de nouveau en grand 
nombre à Narbonne. 

En définitive, aucun de ces textes n'ofl're la moindre valeur 
documentaire et il est aussi puéril de parler à ce propos de Pépin 
le Bref ou de Charles Martel que de Charlemagne. Le champ des 
hypothèses est donc ouvert pour l'explication du privilège dont 
jouissait le roi juif, c'est-à-dire simplement le Nasi, chef reli- 
gieux des Juifs. Si l'on veut à toute force une hypothèse, on dira 
qu'après la prise de Narbonne, Pépin le Bref aura voulu assurer 
la prospérité de la ville, qu'y trouvant une forte colonie juive, 
revenue sans doute pendant l'occupation arabe, il aura tenu à 



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LE ROI JUIF DE NARBONNE ET LE PHILOMÈNE 207 

l'attacher à la cité par des privilèges accordés soit à son chef 
seulement, soit à la collectivité. Justement, comme on le sait, une 
lettre du pape Etienne III à Tarchevôque de Narbonne, Aribert, 
qu'on place en 768, apprend que les Juifs possédaient alors des 
biens héréditaires, en vertu de concessions accordées par les rois 
de France, titre qui, sous la plume du même pape, est appliqué, 
en la môme année 768, à Pépin, Charles et Carloman *. 

En résumé, s'il est indéniable qu'il y a eu à Narbonne un Nasi, 
appelé par les chrétiens et, semble-t-il, par les Juifs au xii« siècle, 
le roi juif de Narbonne, on ne sait rien de positif sur l'origine 
de ce fait intéressant. Dès le xii* siècle, les légendes juives et 
chrétiennes, qui veulent l'expliquer, s'entremêlent et réagissent 
les unes sur les autres. 

Ces conclusions négatives doivent être opposées à tout ce qui 
a été déjà dit à ce sujet par Renan-Neubauer », Saige ', Gross * et 
nous-même*. 

Mais si de toutes ces légendes les historiens du Judaïsme n'ont 
rien à retenir, il n'en est pas de même pour les romanistes. Il reste 
acquis, en effet, croyons-nous, que l'auteur des Gesta Karoli 
magni a mis à profit une fable juive — l'origine davidique et ba- 
bylonienne du Nasi deNarbonne,— que la compilation utilisée par 
lui avait transposé le récit de la reddition de cette ville par les 
Goths, en remplaçant ceux-ci par les Juifs. Maintenant, si l'on 
considère qu'Abraham ibn Daud, avant 1180, connaissait déjà 
indirectement des traits distinctifs de cette œuvre, il en résulte 
que cette source du Oesla est dûment constatée bien avant 1180, 
vers 1170. N'est-ce pas une chose piquante que des textes hébreux 
fournissent une utile contribution à l'histoire de la légende de 

Charlemagne ? 

Israël Lévi. 



^ Voir Jaffé, Htçesia Ponti/tcum romanorum^ I, p. 285. 

' La Rabbins français^ p. 561. On a vu ce qu'il faut penser de ces mots : « On 
trouve le récit complet des relations légendaires des Juifs avec Charlemagne pendant 
le siège de Narbonne dans les extraits du roman provençal de Philomena publiés par 
M. (lu Mège... D^autres fois à Charlemagne on substituait Charles Martel. • Nous 
^ savons pas à quoi font allusion ces derniers mots. 

' Lis Juift du Languedoc y p. 7 : f Dès que les armes victorieuses des Francs 
eurent arrêté le flot de l'invasion (des Sarrasins), ils paraissent s'être unis aux 
chrétiens et toutes les traditions sont d'accord pour les montrer favorables a la cause 
<ltt Carlovingiens dans leur lutte contre les envahisseurs. » P. 8 : « Ici comme dans 
heauconp de légendes, Charlemagne est confondu soit avec Charles Martel, soit avec 
^^ le Bref, et ce serait à la prise de Narbonne par Pépin qu^il faudrait faire re- 
niODt«r l'origine de cette tradition (du Philomène). >» 

* MonatmkHft, 1881, p. 445 et s. 

^ JetoiiK Bneyelopedia, s. v. France, t. V, p. 445, et Rapport sur le Séminaire 
««^K p. 19 et 20. 



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LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 

ÉTUDE SUR LE COMMERCE DE L'ARGENT 
AUX Xlir ET XIV SIÈCLES 



AVANT-PROPOS. 

Jusqu'au xii* siècle, le commerce fut médiocre dans les deux 
Bourgognes, dans le duché comme dans le comté, séparées par le 
fossé large et profond de la Saône, barrière naturelle qui, aux 
temps de Tindépendance gauloise, délimitait déjà Éduens, Lingoos 
et Séquanes. Au duché de Bourgogne, — grâce au transit des ca- 
ravanes de marchands venus d'Italie par les routes de Lombardie, 
les défilés du Piémont et de la Savoie pour gagner, par Chalon ou 
Saint-Jean de Losne, la Champagne, Tlle de France et FAngle- 
terre, — une certaine activité se maintenait et gagnait de proche 
en proche, entre Troyes et Chalon, Auxerre et Langres. Dans 
cetterégîon essentiellement agricole, la production des laines était 
assez considérable pour motiver un trafic dont Châtillon-sur-Seine 
était le centre et qui desservait les tissages de la Toscane pu de 
la Flandre ». 

Au comté de Bourgogne, les mœurs étaient plus rudes, le ter- 
roir moins fécond, partant moins riche. Sauf à Besançon, mé- 
tropole ecclésiastique dont relevaient trois évôchés de langue 
différente délimités par les Vosges, le Rhin et la rive droite du 
Rhône, sauf à Salins, dont les puits salés avaient comme tribu- 
taires toute la Suisse et une partie de la Bourgogne, le commerce 
n'existait pas. 

Pour faire entrer dans le courant commercial deux provinces si 
arriérées quand on les compare aux régions méridionales de 

* J. Garoier, Préface (encore inédile) des Càurtes de communes et tTaffênchisiê* 
ments en Bourgogne, Dijoo, Rabulot et Darantière, 1867-1S77, 3 vol. iD-4. 



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"^p^ 



LE$ JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 20» 

TEurope. il fallut le mouvement irrésistible des Croisades, les émi- 
grations de milliers et de milliers d'hommes de guerre, le trafic 
considérable que déterminent forcément des armées en marche. 

A côté des Croisades, qui jetèrent entre l'Orient et l'Occident les 
bases de relations étendues, la création d*un ordre monastique, 
l'ordre de Citeaux, qui, né en Bourgogne, entoura avec une éton- 
nante rapidité TEurope entière d'une blanche ceinture de monas- 
tères, eut sur les communications internationales une influence 
indiscutable dont le commerce ne fut pas le dernier à recueillir 
le bénéfice. 

Enfin, quand la guerre des Albigeois amena le choc du Nord et 
du Midi à Taurore du xiii« siècle, au contact de la civilisation mé- 
ridionale, les races du Nord, encore à demi barbares , vinrent 
puiser des notions nouvelles et s'initier, entre autres choses, aux 
routes, aux procédés, aux règles du commerce. Les initiateurs ne 
leur manquèrent point et, — à la suite des croisés d'Orient ou de 
Languedoc regagnant les provinces du Centre ou du Nord de la 
France, non sans s'être tous endettés en Italie, en Provence, en 
Languedoc, pour entretenir leurs équipages, auprès des prêteurs de 
tout ordre qui foisonnaient dans les camps, — maints créanciers 
méridionaux, marchands italiens, juifs, lombards, caorsins, péné- 
trèrent sur les rives de la Loire ou de la Saône, ne fût-ce que pour 
récupérer leurs créances ou user d'une tolérance qu'un débiteur 
accorde toujours à son créancier. Et de la sorte le xiii® siècle vit 
sinon éclore, du moins prendre une extension considérable dans 
les deux Bourgognes, aussi bien le négoce des marchandises en 
général que le commerce d'argent en particulier. 

Avant les événements de haute importance que nous venons 
d'indiquer, l'échange et le colportage des denrées tenaient plus de 
place que le négoce ; le numéraire était rare, les prêteurs peu 
nombreux, la circulation de l'argent très limitée. Les monastères 
Clunisiens ou Bernardins et les chapitres détenaient une part 
énorme de la fortune publique, des terres immenses ; les ducs, les 
comtes, leurs grands vassaux possédaient le reste et le parta- 
geaient avec un peuple de laboureurs ou d'artisans vivant de peu 
et vivant mal ; les plus fortunés des prélats ou des grands sei- 
gneurs ne pouvaient compter que sur de maigres ressources eu 
argent, malgré de gros revenus en denrées difficiles à convertir 
en espèces monétaires. Les expéditions lointaines avaient appris 
aux ducs de Bourgogne à puiser dans la caisse des marchands ou 
des usuriers étrangers • : ils n'auraient pas trouvé des facilités 

^ Emprunt ftii k des marchands de Sienne par la duchesse de Bourgogne en 1222, 
à Bar-sur-Seiae (E. Veiiif Histoire des duct de Bourgogne de la race capétienne ^ IV, 7|. 

T. XLVIII, K^ 9Ô 14 



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n 



210 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



\ aussi grandes et des ressources aussi sérieuses dans la caisse des 

changeurs ou des trafiquants établis dans leurs États. 

Les premiers changeurs qui apparaissent au duché de Bour- 
gogne sont signalés dans la charte de franchises de Dijon concé- 
t dée en 118T. La ville s'oblige envers le duc à lui payer cinq cents 

2 marcs d'argent « tali argenti quale cambitores in nundinis inter 

y se daiit et recipiunt • ». Aux foires et marchés déjà célèbres à 

r- Çhalon comme à Dijon, ces prêteurs sur gages, ces bailleurs de 

^ fonds sur cédules dûment garanties affluent donc déjà comme ils 

y afflueront plus tard*. A Châtillon-sur-Seine, en 1206, onn'ad- 
t: met au change que les monnaies de Dijon et de Langres, selon 

i; leur valeur*. A Saint- Thibault, la charte de franchises de 1265 

spécifie que les changeurs devront observer dans leur commerce 
;?., les règles posées au temps d'Albéric et de Ponce, abbés de Véze- 

"]\ lay *• Au xi\^ siècle, il y a des changeurs accrédités à Beaune, à i 

X Dijon, à Chalon : c'est une preuve que dès le xiii« siècle au moins, m 

^, ^ et très probablement plus tôt, ils jouent autour des Hôtels des :i 

•t. monnaies de Langres et de Dijon, — créés par les évoques de 

^I» Langres, rétrocédés plus tard aux ducs, — le rôle de pourvoyeurs 

* de métal, le rôle de distributeurs d'espèces neuves qu'appelle 

chaque émission de monnaies et qu'on imposa de tout temps aux 
, changeurs officiels • institués ou tolérés en Bourgogne comme au 

diocèse de Besançon. 
Au comté de Bourgogne, les changeurs paraissent au xii" siècle, 
^ les caorsins au xiii«, mais l'existence d'une Monnaie à Besançon 

1. au xi« siècle, son installation auprès du pont romain où, au 

►. xii« siècle, nous trouvons établi le change appartenant aux arche- 

^ vêques en vertu de leurs droits régaliens, tout concorde à prouver 

que les changeurs apparurent en môme temps que la monnaie 
r estevenante, sous l'épiscopat d'Hugues lo"" (1031-1066). En 1164, 

les Bisontins, par une usurpation flagrante, entreprirent de créer 
1 des tables de change à l'angle de leurs malsons, en concurrence 

avec le change épiscopal. L'archevêque Herbert les traduisit de- 
vant la chambre impériale, qui les condamna, et un diplôme de 
Frédéric Barberousse du 30 décembre 1164 consacra à Besançon, 
sous peine d'une amende de 100 livres, le monopole du prélat*. 

> * J. Qamier, Charte^ de communes ^ I, 13. 

• Uid,, I, 13, et Aroh. Côle-d»Or, B 3573, f« 26 v ; 3674, f» 54 r «t ▼.. 
» JM., I, 340- 

^ Ibié., Il, 327, — Led abbés Mbéric ei Ponce viveient de 1131 à 1151. 
« Ibid,, 11, 229; — Arch. Côte-d'Or, B 1388, (• 13 ; 3132, f» 5 ; 3133, i^ 7, 39; 

— Simonnet, tes Changeurs [Mém^ AeadéwM de Dijon^ 1865), pp. 237-244. 

* A. Castnn, lies origines 49 h çmmnne de Mesançoi^ [Mém* d$ la S^éié i'Sm^ 
lation du Douas, 1858), 280. 



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"'*'y^^^^yç^iB*r5" 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 211 

Ce monopole, affermé à des officiers spéciaux dont la race prit le 
nom générique de Du Change, se perpétua à Besancon même Jus- 
qu'au XIV» siècle, et Thôtel du change, « avec les tables et baocs 
permanent» », y demeura sur la rive gauche du Doubs près du 
vieux pont romain de Battant jusqu'au xiv» siècle *. Dès le xiii* 
siècle, ce change eut une concurrence et Besançon eut des cor- 
sins* ; en 1290-1291 il y en avait encore, et cela trente ans après 
que les Lombards y avaient établi un comptoir, mais le nom de 
Perrln que porte le caorsin de 1290-1291 », nous permet d'identifier 
ce personnage avec le lombard Perrin Gandulphe ou Gant-de-fer, 
banquier originaire d'Asti, et ce renseignementjoint à d'autres *, 
nous autorise à constater qu'en Franche-Comté et en Bourgogne 
le mot « corsin » est un vocable générique désignant au xin* 
siècle les préteurs et changeurs chrétiens ^. 

À ciMé du change officiel deBesançon, d'autres changeurs appa- 
raissent. Dans le chartrier de Tabbaye de Theuley, en 1136-1142, 
figure un certain « Odo, lucrator » • ; au xiix» siècle, un « Petrus, 
fenerator ^ ». À Salins, en 1300-1906, un changeur, nommé Etienne 
Moreau, dit Chambier (c'est-à-dire changeur), sert de banquier à 
ceux qui fréquentent aux Salines*. Dans quelques-unes de nos 
chartes de franchises des bourgs ou villes du comté de Bourgogne, J 

Texclusion du privilège est prononcée formellement contre usu- n 

riers manifestes et caorsius : à Arlay en 12*76 », à Poligny en S 

1288 *», à Abbans en 1298 * * , à Annoires en 1304 *«. | 

Avant que les changeurs et caorsins aient pris dans le commerce J 

de l'argent la position prépondérante qu'ils devaient peu à peu } 

conquérir, avant que Juifs et Lombards soient venus leur dis- J 

puter, grâce à leurs aptitudes et à leur expérience toutes spé- | 

» Gutin, op.ôif,, 236, «49, 281, 282, 33g, 340; - Bibl. Nit., Coll. Moreau, 864, S 

f«28 Vi *^ Dunod, Biitoire d$ VÉflm di B^^nçàn, 1, 137. t 

* • SUphaiius coreinus i, xiii* s. J. Gauthier ei J. de Seinte-Âgaihe^ O^t/tfairi du 8 
chapitre métropolitain de Besançon^ p. 9 (Besançon, Jacquin, 1901, io-8j. ]( 

» A. CaaUn, Mém. Ske. d'Émuhiion du Douh, 1868, pp. 413, 415. i 

^ Piècu just., n* 20. Le mot lombard s'y trouve remplacé plusieurs fois comme j 

équivalent p«r 00i««fi. a 

* Voir pour la Bourgof^ne : J. Garnier, Ckartêt de eommunês^ II, 218 i ■ Seul cors- f 
sins preetana et Juif prestaua •, Seurre, mai 1278. i 

* BiU. Nat, ColL Jf^nau, 878, i- 130 v, 131, 178, 186 y, 187. ' V 
' IM., i* 167 ▼•. I 

* Areb, c«ptoiia|afl de Neuahfltel (Sttiiae), F 8, n» 22 ; <— L. StoutT, Les eonues de ? 
BûurgogMê $$ hurt billet d^manialeê, « . d'êjprèt U eêHulaitê d'ArhoiSj 136^ 139 (Part* i J 
Larose, 1899, 1 vol. io-S). } 

* A« Dey, Conéiiiont dpi p$rtoi^nêt em comté de Bêurçôfuê, 312. *, 
*^ A. Tnalay, Étmdê sur 1$ droit mumiêipal m Framêhê-Comté^ 208. î 
" Documents inédite publiée par P Académie de Bmunfcni il, 503. 

" A. Tuetey, op. cit., 66. .'? 



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l'J 



? 212 REVUE DES ETUDES JUIVES 

- ciales, la clientèle, la confiance et le crédit, les questions d'argent, 

pr les emprunts stipulant des avantages matériels, des gages ou 

y d'autres combinaisons différant sensiblement de ce qu'on appellera 

» un jour des « montes » ou intérêts, étaient réglés journellement 

/. entre particuliers, seigneurs ou bourgeois, moines ou chanoines, 

^ par des contrats que nous possédons par milliers. Sans vouloir 

;!;•* ni pouvoir les étudier ici, nous en donnons quelques-uns aux 

f;; Pièces justificatives, la comparaison se fera d'elle-même entre les 

^ contrats ou obligations primitives et les actes similaires que des 

i: commerçants plus habiles, les Juifs et les Lombards, rompus aux 

transactions commerciales, rédigeront vingt ou trente ans plus 
ii tard. On y trouvera déjà quelques actes de prêteurs profession- 

.; nels, menant de front commerce et change dans les villes des deux 

'^•; . Bourgognes '. 

^" A ces renseignements sommaires, il serait facile de joindre bien 

<^v' des indications inédites sur les constitutions de cens en argent, 

Î-. constitués en échange de prêts plus ou moins considérables de 

^- numéraire*, sur les gages immobiliers donnés à d'autres prêts', 

^c, sur les « montes » ou intérêts que nous rencontrons en Franche- 

^ Comté dès 1266 *, sur des constitutions de rente établies au profit 

; de Cîteaux en 1277 ». Mais nous nous écarterions de la brièveté 

nécessaire au court tableau qui devait précéder cette étude sur la 
condition des Juifs et le commerce de l'argent dans les deux Bour- 
gognes au xiii« et au xiv« siècles. 

Qu'il suffise de dire, pour nous résumer, que dans la région que 
nous allons étudier, des avantages réciproques déterminèrent dans 
la première moitié du xiii* siècle l'exode des Juifs de Provence et 
de Languedoc dans les États des ducs et comtes de Bourgogne. 
Du côté des ducs, les avantages pécuniaires, cens d'argent pério- 
diques que de temps immémorial les villes, les seigneurs, les pré- 
lats tiraient des Juifs établis chez eux pour y commercer ; du côté 
des Juifs qui venaient de perdre en Languedoc, à la suite de la 
guerre des Albigeois (1209-1229), une grande partie de leurs privi- 

> Voir QolanimeDt sous la daie 1229 [Pièces just., n* 3) on acte de prêt par un 
marchand de Besançon et de 1275 à 1361 des actes émanés de caoreins et chan- 
geurs {Pièces just,^ n»» 10,21, etc.). 

* CeDS constitué par les Prémontrés de Corneux au profit de l'abbaye de Saint- 
Bénigne de Dijon, avril 1210 (Bibl. Nat., Coll. Mortau, 875, f*' 595-596;. 

* ËDgagemenl de dîmes par l'abbaye de Bellevaux, pour prêt de 25 livres, 1226 
(Uid,, 870, fo* Gil Y% 612) ; — autre par Tabbaye de Theuley à Guillaume de Vergy, 
1237 (/dirf.,873, f» 41). 

* Vente faite par 1000 livres à Alix de Méranie par Jean de Rans qui se servira de 
cette somme pour payer ses dettes grevées de « montes >, c'est-k-dire d'intérêts (Bibl. 
Nat., ColL Bourgogne, 102, f» 136). 

* Àrcb. du Jura, CUeanœ, n« XXIX. 



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LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 213 

lèges *, le désir de trouver plus de sécurité sur les deux rives de 
la Saône que sur celles de la Garonne et d'étendre l'activité de 
leur négoce dans des régions où tout était à créer, exploitations 
commerciales et administration financière. 

Ces considérations expliquent assez bien comment, sur un ter- 
roir qui avait échappé jusqu'alors presque complètement à leui 
diffusion, les colonies juives devaient recevoir bon accueil. 



CHAPITRE L 



Les Juifs apparaissent au duché de Bourgogne à la fin du x* siècle. (Diaprés la 
Loi Gombetle et tes canons du concile de Mâcon, ils ont pu y exister antérieure- 
ment.) — Au XIV siècle, ils y commercent. — Au xiir siècle, Juifs bourguignons 
et champenois sont visés par nombre de textes communs. — Ils paient les uns et les 
autres un cens annuel à leurs maîtres. — Contribution extraordinaire prélevée sur 
les Juifs de Bourgogne en 1256. — Emplacement des principales colonies juives. 
— Répercussion sur les Juifs de Bourgogne des mesures prises contre eux par les 
rois de France. — Expulsion de 1306. — Détails sur les conHscations a Dijon, 
Chalon, Buxy-le-Hoyal, Semur, Montbard^ Salives, Baigneux. — Liquidation des 
créances des Juifs. — Expulsion de 1321. — Retour des Juifs, ordonnances ducales 
de 1374, 1380, 1381, 1384, limitant le nombre et réglementant les privilèges des 
ménages juifs. — Expulsion définitive de 1394, 

Les Juifs n'apparaissent au Duché de Bourgogne, d'après des 
textes positifs, qu'à la fin du x^ siècle. Il est vrai que la loi Gom- 
bette leur consacre un article, en réglant l'indemnité pécuniaire 
fort élevée, dont ils devront racheter les coups et blessures faits 
à des chrétiens, s'ils veulent échapper à la mutilation de la 
main *. Il est vrai encore, que deux canons du concile de Mâcon, 
tenu en 581, les mentionnent en fixant à 12 sous le prix de l'es- 
clave chrétien qu'on doit leur racheter, et en leur interdisant 
tout emploi de magistrat ou de receveur d'impôts 3. Mais rien ne 
prouve que ces canons aient trouvé leur application immédiate 
au terroir bourguignon, pas plus qu'il n'est prouvé que les Juifs 
dont parle la loi Gombette aient séjourné plutôt dans telle ou telle 
partie des territoires soumis à Gondebaud. Le champ reste donc 
libre à toute hypothèse. 

• G. Saige, De la ccndition des Juif^ dans V ancien comté de Toulouse [BihL de 
r Ecole des Chartes, XXXIX, 268 et suiv.]. 

• Dom Bouquet, IV, 280, Lerj, Burg.^ tit. XV, addit. I. « Quicumque judœus in 
christianum manum prtesumpserit. . . manus excisione damnalur ; . . .si voluerit redi- 
merc, LXXV solidis. . . et mulcla^ nomine solidis XII. . . » 

• Concile de Mâcon, can. 13-1 1>. Labbe et Cossart, Coacil., VI, G61-662 ; — Ragul, 
CartuL de Saint Vincent de Màcon, CGXXXVll-CCXXXVIU ; — Bédarride, Les 
Juifs en France, en Italie, en Espagne, 43. 



•t 



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tl4 RKYUE DBS ÉTUDB8 JUIVES 

Le premier document très explicite est la donation faite par 
Hugues 1'»% comte de Chalon, au prieuré de N.-D. de Paray-le- 
Monîalf de a la terre d'un Juif, au lieu dit ThecomenaSt ainsi que 
de tous les biens des Juifs dans un village nommé Curtië Ju^ 
dea * B. Vers 1008, les chroniques racontent qu'un Juif bourgui- 
gnon fut envoyé vers le Soudan de Babylone comme émissaire 
des Juifâ de France*. En 1033, au milieu de calamités publiques* 
Tabbé Odilon vendit à des Juifs les ornements de Téglise de Cluny 
et jusqu'à la couronne impériale d'Henri H pour nourrir des 
affamés ^ En 1109, Etienne, abbé de Cîteaux, emploie à corriger 
des bibles « des Juifs habiles dans la langue hébraïque et chal- 
daïque * ». On connaît la lettre pleine de charité et de tolérance 
écrite par saint Bernard en faveur des Juifs en 1146', et celle de 
Pierre, abbé de Cluny» à Louis VU, dans un sens absolument 
contraire ^ De cet ensemble de faits et de textes, la présence 
d'une colonie juive au Duché de Bourgogne semble démontrée 
pour la période qui va du x* au xii' siècle. 

En 1182, 1196, 1197, des chartes montrent des Juifs établis aux 
environs de Tonnerre et à Dijon. En 1182, Mathilde, comtesse de 
Nivernais, donne au prieuré de Jully-les-Nonnâins une vigne 
achetée par elle au juif « Dieu le bénisse » (Deus benedicat eufn)\ 
En 1196, le duc Eudes III donne à la commune de Dijon les Juifs 
qui lui appartenaient dans cette ville et le droit d'en attirer 
d'autres ^ En 1197, le même fait présent à un certain Vigier ou 
Viguier, du Juif Élie et de ses enfants ^. On peut attribuer à ce 
prince le développement de la colonie juive qui va se renforcer 
au xiii« siècle dans ses États, car, livré à des embarras ânanoiers, 

^ Cauit de Cbity, Origine du prieuré dt Parag-k-Moniul, 1876, Autun, D«jut- 
sieu, 18. 

» Bibl. Nat., Coït. Bourgogne, lîl, f. 218; — Raoul Glabef (éd. Prou. CùiL de 
tixtu pour strvir à l'enttigntment de Vhittoirt, 1886, pp. 71 '72) dit qdé m Hil ab aarf 
de Mouliers (dioc. Auzerre) « ...Yidelicet girova^um . . . Domine Hotbertum fuffiii- 
vum utique servum > et donne pour date 1007. Ko 1015, Hainard ou Renaud II, 
comte de Sens, aiifiait les Juifs et leura coutumes au point qu'on Vavait surnommé 
le Roi des Juifs (d'Arbois de Jubainville, Hiit, du eomtei de Champagne^ l^ 'A29*2a0}. 

> Ë. Petit, Hiii. det dues de Bourgogne, 1, 127. 

* Bibl. Nat., Coll. Champagne, 21, f» 95. — Voir dans Œufret de taint Bernard (éd. 
Mabillon, Paris, 1690, in-f»], Chronologie, col. zi-xli, une lettre, 4 ce relative, de 
l'abbé ÉlieDoe. 

5 Dom Bouquet, XV, 606 1 — V, Graeti, Hitt. dee Juife, IV (trad., iii-8», 1893), 
103. 

« Graelz, «M., 101. 

7 B* Petit, Chartee de Jullg-Ue-Nonnaine (canton d'Anoy-U-Fraiie, Yonne) {BuU. 
du Comité des Travaux Historignes, i%9l). 

'^ Rérard, Recueil de plutiiun piicei euriiueee eervûnt è Vhiêtoife de Bourgogne, 
Paris, 1664, p. 341. 

» Uid,, 3/i8. 



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LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 215 

il fut, dès 1204, le client des banques juives de Champagne*. 
C'est de Champagne, d'ailleurs, que semblent être venus nombre 
de Juifs bourguignons ; c'est en Champagne que Tabbaye dé 
Saint-Bénigne de Dijon, comme le duc lui-môme, allait emprunter 
auprès des Juifs, sans négliger pour autant les prêts de Juifs 
dijonnais*. En 1210, la comtesse Blanche de Champagne et 
Eudes IV convinrent d*exercer réciproquement dans leurs Etats 
le droit de suite sur les Juifs champenois ou bourguignons ^ 

Dans une lettre du 15 Juillet 1205, Innocent III, s'adressant à 
rarchevôque de Sens et à Tévéque de Paris, leur rappelle qu'il a 
écrit au roi de France, au duc de Bourgogne et à la comtesse de 
Troyes pour les inviter à réprimer Tinsolence des Juifs*. 

En 1222 et 1223, la duchesse Alix de Vergy, tutrice du duc 
Hugues IV, paie les dettes contractées par Saint-Bénigne de Dijon 
envers les Juifs dijonnais et champenois ^; en 1223, elle s'engage 
à faire exécuter en Bourgogne l'ordonnance de Louis VIII sup- 
primant les intérêts des créances juives et le sceau si>écial des 
Juifs 6. La législation française sur les Juifs fut imposée à partir 
de saint Louis (1230) aux grands vassaux de la couronne^ ; rete- 
nons ce fait indispensable à connaître pour comprendre le sort 
des Juifs bourguignons et les soubresauts de leur existence. 

En 1232, Hugues IV confirme au maire et aux échevins de 
Dijon la possession des Juifs dijonnais en ces termes : Volo quod 
desini de sua communia, qui, rapprochés du texte de 1196, ego 
dedi communiœ banmim et jtidœos et aitradum libère jiidœo- 
rwm, empêchent d'adopter l'opinion de M. Simonnet, qui a cru 
comprendre que les Juifs de Dijon, à partir de 1232, jouirent des 

* Eudes IV est débiteur d'un Juif champenois, Valin, en novembre 1204 (d'Arbois 
lie Jubainville, Hitt. des comtes de Champagne, IV, 28], 

* Piècts just., n" 1 (févr. 1208); — d'Arbois de Jubainville, Hist, des Cùmtes de 
Champagne^ V, 48. — Orâce au courant commercial des grandes foires, les juivericfl 
étaient florissanies en Champagne. V, d'Arbois de Jubainville, I, 229, Itl, 160; — 
^V. '2, 79, 86, 102, 412, 413 ; — IV \ 572, ÎS88, 598 ; — Calai, d'actes, n« 1422, etc. 
— En juin 1250, Eudes Archambaud de Bourbon, lils dllugues, due de Bourgopfne, 
fetieat à Mouiîns, sur la demande de Thibaut de Champagne, le Juif Dieudonné de 

•'~8ur-Aube, pour douze ans, au cens annuel d'un marc d'or (d'Arbois de Jubain- 
^^['^ V 445). 

* firussel, Usage général des fiefs, îîSO ; — d'Arbois de Jubainville, V, 60; — 
^^ècesjttst,, n*>2. 

* û'Arbois de Jubainville, V, 38 ; — Dom Bouquet, XIX, 478, E ; — Eeg, d'Jnno- 
^*y ^^/, Migne, 694, D. 

* Simonnet, /«i/i de Bourgogne {Bull, de l'Âcad, de Dijon, 1865', 152. 

rv ^' deux sceaux spéciaux des Juifs pour Paris et Pontoise, 1206 et 1204, dans 
ouôt d'Arcq, Inventaire de la VoHection de Sceaux des Archives Nationales, n»" 4495 
^' 4496. 

' Brufisel, op, cit., 589. 



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^ 216 re:vue des ètums juives 

r, ' mêmes privilèges que les bourgeois •. L'erreur est manifeste ; les 

if Juifs étant partout, dans les textes de franchises, formellement, 

^ dans la coutume, tacitement exclus des franchises et privilèges 

ip communaux. Puisque nous parlons de la Bourgogne, c'est ici le 

K cas de citer un des textes qui excluent les Juifs : « Li juer ne son 

t pas de cette franchise », dit la charte de Seurre, en février 

^ 1245 '. Même clause à Chaussin en septembre 1260^. L'opinion de 

&. M. Simonnet ne saurait, d'ailleurs, tenir devant les faits géné- 

^ raux : « Les Juifs étaient serfs, c'est-à-dire taillables à merci, 

j^*_ leur seigneur pouvait exiger d'eux à titre de taille telle somme 

if qu'il lui plaisait ; ainsi, au fond, c'était le seigneur qui profitait 

ff" des actes d*usure commis par les Juifs, tandis qu'aux yeux des 

f._ populations les Juifs en supportaient tout l'odieux* ». 

^-' En Bourgogne de même qu'en Champagne, les Juifs, pix)priété du 

5? seigneur ou des villes, comme à Dijon, payaient un cens annuel 

r^ plus ou moins élevé, tel que celui d'un marc d'or imposé à Mou- 

lins au Juif Dieudonné, de Bar, par le fils d'Hugues de Bourgogne 
en 1250 \ 
La rareté des documents au début du ziii« siècle nous oblige à 
i;. nous reporter à l'an 12*75-1276 pour trouver le chiffre des cens 

^i perçus par le duc sur les Juifs de Bourgogne : « De judeis. V«.XV. 

J^ livres » [1275]. « ...Des juis .V^.LV. livres » [1276] •. On peut 

donc supputer à ce taux moyen ce que le Trésor ducal, dès 1250, 
prélevait sur le commerce des Juifs. 
1^. En 1256, les Juifs pour la première fois, furent soumis à une 

contribution extraordinaire, en vertu du droit que tout seigneur 
endetté avait de tailler ses serfs; un arrêt des Olim, retrouvé par 
M. Ernest Petit, établit cet événement peu connu et indique môme 
le chiffre, quatre livres, prélevé sur un Juif nommé Abraham, 
appartenant au roi, et momentanément fixé en Bourgogne par 
son mariage avec une Juive de Châtillon-sur-Seine ^ 

Châtillon-sur-'Seine était le centre d'un groupe important de 
Juifs ; nous le savons encore par une charte du 19 mai 1273 par 



S^ 



i: 
i 



ï 



1 Simonnet, Le Clcr^é^ lu Juifs et les Lombards en Bourgogne (Mém. de TAcad. 
de Dijon. 2* série, tome 13* 1865, pp. 1-273), 151. 

s J. Garnier, Chartes de communes^ H, 208. 

» Uid,, II, 3U. 

^ D'Arbois de Jubaiuville, Hist. des comtes de Ckampagme, IV >, ch. xii, S27-836 
~ V. Pérard, 412, charte de 1228 concernant Dedoo (Dieudoooé), juif du Duc; — 
V. chartes de 1243, 1264 (Gerson, Essai sur les Juifs de Bourgogne, 19) ; —de 1250 
(Bibl. Nat.. r^OO Colbert, 56, f" 197 v, 198 ▼•). 

■* D'Arhois de Jubain ville, V, 445, déjà cité. 

* Arch. Cdie-d^Or, B, 342, Compte de Jean de Pommard ; — dlé par E. Petit, Hist, 
des Ducs, VJ, 164, 17*. 

7 E. Petit, ^147. des Dues, V, 93. 



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LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 217 

laquelle le duc Robert concède à sa belle-mère, comme partie de 
son douaire, la cbàtellenie, la garde de Tabbaye et les Juifs de 
Châtillon<. 

Cette contribution extraordinaire de 1256, conséquence des 
exemples donnés et renouvelés en France et en (Champagne, 
semble ne s*étre point réitérée dans le duché de Bourgogne avant 
la grande confiscation et la persécution générale de 1306 «. 

Les colonies juives de Dijon, deChâtillon, de Chalon, d*Auxonne, 
de Buxy, Semur, Saulieu, Avallon, Montbard, devinrent floris- 
santes, quelques-unes assez nombreuses, puisque, parmi les trafi- 
quants, des rabbins, des écrivains appréciés, au dii*e des auteurs 
compétents en littérature hébraïque, sont sortis de Dijon, de 
Saulieu, de Nuits, d'Avallon, de Pierre». (Nous n'avons qu'à in- 
diquer ce fait caractéristique, sans avoir, et pour cause, rien à 
y ajouter ou à en distraire). 

A Dijon, les Juifs possédaient vingt-deux maisons, une syna- 
gogue (« la grant maison de Tescole ») et ses annexes, un cime- 
tière, un lieu de réunion pour le sabbat * ; — à Auxonne, dans la 
rue de Sâone, « vers la rue de la Cognerie », t un meix du sabbat 
ou synagogue * » ; — à Beaune, toute une rue «. A Chalon les 
Juifs affluent ; on y connaît dès 1221 « la rue aux Juifs » ou vicus 
Judœorum ' ; à Givry», à Mâcon^ à Montbard»», ils possèdent 
des maisons, des quartiers, des cimetières. On en rencontre à 
Plombières (1276), à Pontailler, à Saint- Jean de Losne *«, à Saint- 
Florentin (1295), à Tonnerre (1182) •«, à Salives, àBaigneux»% 

1 Dom Plancher, Hitf, d$ Bourgogne, H, Preuves LXXiX ; — E. PeUl, VI, 19. 

* Â moins qu'on ne rencontre preuve d*une confiscation nouvelle dans les terres de 
Pommard provenant des juifs Bonenfant et Mouzeron, dont le Duc jouissait en mai 
1274 (Arcb. Côie-d'Or, Hecueii Peincedé, I, 6U>66 ; — B. Petit, Hist. eu Dues, 
VI, 224}. 

* Gerson, Essai, 24-25, notices diaprés Zudz« Die Bitvs et LUt, Qeschiehte^ et 
Carmoly, Univers israélile^ 459, 464, et diverses sources spéciales. 

* Pièce» JHStif,, n» 31 (1306). 

» Blbl. Nat., Coll. Bourgogne, 97. pp. 256-258. 

* • La rue des Juifs », décembre 1274. E. Petit, VI, 230; — Voir sur le quartier des 
Juifs, les emprunts faits à ces Juifs par le commerce, Rossignol, Hist, de Beaune, 
125, 141, 201,202. 

' 122! (Bibl. Nat., Coll. Bourgogne, 97. p. 712) ; — 1266 (Bibl. Nat., Coll. Baluze, 
142, f 114) ; — Rue du Four-aux- Juifs, v. 1270 (Arcb. Saône-et-Uire, H, 81) ; — 
y. Pièem just., n» 33. 

* Vers 1303 (Arcb. de Givry, GG, 74). 

* Mftcon « Boro judeus ., 1193, janvier (Bibl Net., Coll. Bourgogne, 81. p. 279). — 
Cimetière en • Monjuyf ., 1309-1310 (Arcb. Nat., JJ, 42 bis, n« 200, f» 95 ; — JJ, 41, 
n«202). 

«• Pièces jwst., n» 32 ; - Arcb. Côte-d'Or, B, 1261. 
" Arcb. Cdle-d'Or,B,l388; — V. Pièces iust., n» 51. 
" Blbl. Nat., Coll. Bourgogne, 15, f- 39. 
" Pièces just., n« 30. 



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if 
V 

f 218 RBVUfi DES ETUDES JUIVES 

I et leurs établissements s^étendront, plus tard, encore à divers 

i lieux. 

% Avec une incroyable activité tout ce petit peuple, qui repré- 

' sente à peine une centaine de ménages, prête, vend, achète, 

commerce avec les grands et les humbles, le plus souvent avec 
I ces derniers, pratiquant surtout le prêt sur gages, depuis le cor- 

\ set ou corsage d*une femme du peuple jusqu'au château du plus 

grand seigneur. Le Duc est le premier client de ces prêteurs si 
commodes : en 1276, quand il part pour la Castille, Aliot, Juif de 
Châtillon, lui avance du numéraire * ; la maison de Vienne les en- 
courage et les exploite • . En 1295, le duc Robert fait arrêter un Juif 
dans la grand'rue de Châlon par ses sergents et donne à Tévêque 
des lettres de non préjudice *. Quand il dicte son testament, il 
insère une clause pour permettre aux Juifs de continuer leur 
séjour au Duché, tout en spécifiant que leurs débiteurs ne seront 
jamais contraints de leur payer aucun prêt entaché d'usure ♦, et 
dans son codicille de 1302 : « Je vuel que, se je n'ay meillor con- 
seil, que le Juif demouraint en ma terre, principalement por hu- 
manité, et qu'il marchandoit léaulment, sans usure, et vivent de 
lors labours, et vuel que desor en avant Ton ne soit contrains 
payer àeux de ce où il hait usure '• » L'idée qui domine dans les 
dernières volontés de Robert II, c'est la conciliation entre le Juif 
et le chrétien, plutôt que l'âpre volonté de dépouiller les uns et 
les autres ou les uns par les autres, qui domine dans la législation 
française du temps de Philippe le Bel ®. En 1304, au mois de mai, 
ce roi date de Saint-Germain en Laye une ordonnance qui renou- 
velle les constitutions de saint Louis, son aïeuU sur l'usure des 
Juifs, et ordonne de les exécuter dans les terres du duo Robert 
de Bourgogne, « promettant à ce prince d'empêcher qu'on ne 
poursuive et que l'on ne contraigne les particuliers du Duché au 
paiement des prêts usuraires que les Juifs leur ont faits, ou des 
autres dettes qu'ils ont contractées envers eux avec usure ». Le 
roi défendait à ses officiers de poursuivre aucun de ces débiteurs 

» E. Pelil, Eut, des Dues, VI, 28. 

* Piieei jutt., n* 25 : Oblifçalion do 1200 l. au profit dei héritiers de Jiiuot de 
MoDtbard sousorito en mai 1301 par Philippe de Vienne, seigoeur de Seurre; —en 
1390, un sire de Vienne emprunte encore aux Juifs dijonnais (Arch. C^te^d'Or, B, 
11312, fo 6) ; — V. aussi une reconnaissance de rente aur une vigne d« StTigny, due 
à un Juif, novembre 1289 (E. Petit, VI, 366). 

» E. Petit, VI, 424. 

* Dom Plancher, Eist. de Bourgogne^ II, 120. 

* Ibid.^ Preuves, pp. 113 et 130. 

* V. Vuitry, Étude sur le régime financier de la France, 1, 91*93. Mesures prises 
contre les Juifs par Philippe IV en 1284, 1292, 1299, 1299, 1303. 



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'Si 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 219 

autorisés par le Duc à n9 point rembourser les Juifs leurs créan- 
ciers*, quand les contrats seraient frauduleux. 

fl Vers le milieu de l'année 1300, le Trésor royal eut un si 
grand et si pressant besoin d'argent •, que pour se procurer im- 
médiatement des sommes considérables Philippe le Bel se décida 
à perdre dans l'avenir le revenu variable, mais permanent, quMl 
tirait des Juifs : Il les bannit tous et s'empara violemment de leurs 
biens meubles et immeubles. » La répercussion de cette mesure 
ne tarda pas à se produire en Bourgogne, et le 22 Juillet 130G, 
jour de la Madeleine, on arrêta tous les Juifs du Duché 3. 

Des commissaires du Duc opérèrent à la fois à Dijon» centre 
principal de la juiverie de Bourgogne*, à Chalon et Buxy-le- 
Royal», à Montbard, Semu!\ Avallon», à Salives et à Baigneux\ 
ailleurs encore, car les archives publiques n'ont gardé qu'une 
faible part soit des documents confisqués sur les Juifs, soit des 
enquêtes et des inventaires dressés par les commissions. Il en 
reste assez pour reconstituer les grandes lignes de leurs opéra- 
tions et résumer les résultats de cette confiscation générale. 

A Dijon, les commissaires étaient au nombre de trois : Pierre de 
Saulon, chanoine de la chapelle ducale de Dijon, Guillaume de 
Braisey et Hugues L'Orfèvre**. Leurs opérations, accomplies tout 
entières en 1306, portèrent sur les vingt-deux maisons appar- 
tenant aux Juifs Aquinot, Chauderon, Groisselin, Habrenin, Jo- 
celot, Justot, aux héritiers de Jasuot de Montbard, à Mandant, 
Mouton, Rabby Donin et Salomon de Couches, ou à leur commu- 
nauté en bloc, comme la grande maison de l'École des Juifs, le 
cimetière et les « chambres » devant et la place du Sabbat avec 
une maisonnette ^ 

On inventoria, on estima, on réalisa tour à tour les meubles, 
l'argent, les créances, le bétail, enfin les cheptels, les vignes et les 

* Piècéss just.^ Q« 26; — Dom Plancher, Sist. de Bourgogne^ II, 130. 

* Vuitry, Régime financie}\ I, 94 ; — Historiens de France^ XXI, contin, de &uiH. 
éi Nangiê, I, 335; —juin 1306, Dom VaisseUe, X, I. XXIX, chap. iv. 

* Pièces juiL^ n» 33. — Le document original porle, fol. 8 : « le vauredi îî» jor 
d'oAot/, jor de la Magdeloine », Il y a ici une erreur, car le 22 aoQt esl un lundi et 
lé 2i juillet, fête de S'^ Marie-Madeleine, tombe bien un vendredi. C'est donc le 
2*2 Juillet 1306. M. Simonnot commet uûe autre erreur do lecture en imprimant 
(p. 15"j; : « le samedi 2i* jor d'ahost ». La plupart de ses lectures, pour les noms 
de personnes surtout, soDt fautives. Nous n'iDsistons pas, car malgré ses défectuo- 
sités, son étude a sur bien des points facilité la notre. 

* Piètes just.t n» 31. 

* /Wrf.,34. 
' nid., 30. 

« Pièces just.,n- 31, § F i. 
» iWrf., art. 60-6i. 



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22a REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

f terres labourables (dix-huit journaux en tout) appartenant aux 

Juifs; mais ce qui prit le plus de temps, ce fut Testimation et la 
^^ vente des gages « réels », c'est-à-dire mobiliers, détenus par les 

g; Juifs. Sur la masse énorme (art. 93 à 1003 du n* 31 des Pièces 

justificatives), quand on eut prélevé un certain nombre d*objets 
confiés aux banquiers non comme gages, mais pour les vendre*, 
quand la duchesse eut fait prendre pour elle le butin qui lui con- 
venait, représentant une valeur totale de 912 livres, 9 sous, 6 de- 
5( niers *, le prix total de la vente s'éleva à 3,411 livres, 9 sous, 

JÇ-, ^ deniers tournois faibles. 

3r Notons cette particularité curieuse qui nous montre les Juifs 

^ dijonnais et leurs coreligionnaires d*Auxonne, Montbard, Saint- 

l^i Jean de Losne, Semur, rachetant un certain nombre d'objets pré- 

cieux, notamment 24 livres de « leur loy •, pour la somme totale 
de 441 livres, 12 sous ^. 

On comprendra que nous n*entrions pas dans le détail de cette 
saisie colossale, quoiqu'il y ait dans les inventaires dressés une 
foule de détails curieux pour l'histoire du costume, du mobilier et 
pour le glossaire; nous donnons du reste dans nos Pièces justifi- 
catives tous ces inventaires inédits*. Voici les chiflfres produits 
j' par les ventes dirigées par les commissaires de Dijon. 

I|! Mobilier des Juifs et argent monnayé versé par Guillemin 

^;^' d'Arc 2,589 1. 10 s. 8.d. 

Créances recouvrées 20,354 1. 3 s. 6 d. 

Maisons , 6,940 1. » » 

Vente de gages 3,411 1. 9 s. T d. 

Total 33,295 1. 3 s. 9 d. 

En dehors de ce total, restaient à réaliser le vin, le blé, le bétail, 
les vignes et les champs, enfin les joyaux et autres choses qui 
furent portées a au jugney (?) » dit le* texte. 

A Ghalon et à Buxy-le-Royal, le tabellion ducal de Chalon dressa 
rinventaire des créances dès que la saisie eut été eflfectuée par des 
commissaires dont on ignore les noms. On perquisitionna, on 
saisit à Chalon chez Héliot, dans la rue Saint-Georges, et chez 

« Pîèmjust., n° 31 , art. 677. 

» Voici le détail des principaux objets (Ibid.y art. 687-699): 64 courlepoint», 
20 coussins, 280 draps, 402 aunes de ioiie blanche, 373 aunes de toile de nappes, 
5 coiffes (2 de bois • de fou • (liêtre), 3 de noyer). 

» Ibid., E" 7Î 2-734; les livres de la loi seuls (><>• 726-734) produisent 35 livres, 
5 sous. (Erreurs de ce chef dans Simonnet, 159.) 

* Pièces just,, n«< 30-33, 



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. i .|| i > W I J H p.M'^ ' JJLJ ' ll l »>V I (. ''' 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 22i 

Bénion, dans la Grand'Rue. L'ensemble des lettres de créances 
trouvées chez ces deux banquiers, chez Jasuot, fils dlsaac et chez 
Honorée, intéressait dix-huit Juifs plus ou moins mêlés aux opé- 
rations et représentait un capital de 18,800 livres, 15 sous, 5 de- 
niers tournois * . 

L'ensemble des titres de créances trouvés chez les Juifs de 
Buxy, intéressant seize Juifs dont quelques-uns associés : Mat et 
Vigne, Isaac et Bonne Vie, représentait seulement 2,057 livres, 
13 sous, 1 denier tournois. 

Le total des créances, en y joignant ce qui restait aux mains du 
tabellion et de Philibert de Russille, gardien du Juif Justot, 
montait à 22,909 1. 18 s. 4 d. t. 

En y joignant les ventes de gages des 
Juifs de Chalon 492 1. 15 s. 5 » 

Les ventes de gages des Juifs de Buxy 88 1. 16 s. 11 « 

Et les ventes de gages et meubles des 
Juifs de Couches 99 1. 3 s. 5 » 

On obtient le total pour Chalon, Buxy 

et Couches de 23,573 1. 9 s. 8 d. t. 

En dehors de ces chiffres, le tabellion de Chalon, qui en fut 
comptable envers le duc de Bourgogne jusqu'au 24 novembre 1308, 
n'a laissé, dans un volumineux registre que nous analysons aux 
Pièces justificatives (n« 33), que le détail des lettres de créance, 
c'est-à-dire des opérations purement financières faites de 1275 
environ à 1306 par les Juifs du ressort. 

A Semur, à Montbard, à Avallon, à Nuits, à Vitteaux, Dar- 
cey, etc., les commissaires ducaux vaquèrent, du 1 avril au 3 oc- 
tobre 1307, en juin et septembre 1308; enfin, le 22 janvier 1309, 
ils semblent s'être délivrés de leur mission en portant à Montbard 
leurs inventaires*. 

A Salives, et à Baigneux, — le seul village de la Bourgogne qui 
ait retenu dans la forme actuelle de son nom le souvenir des Juifs : 
Baigneux-les- Juifs *, — à Darcey, après avoir saisi le mobilier des 
Juifs, leurs créances et les Juifs eux-mêmes, on les emprisonna et 
des enquêtes secrètes rétablirent après coup le détail de leurs 
meubles, de leurs gages, de leurs créances et de leurs dettes, et, 
semble-t-il, de certaines vexations, détournements, emprunts 



^-V*! 



' Pièces jutt,, n<> 33. Analyse détaillée du registre B 10412 des Archives de la 
Côle-d'Or. 

• Piicu jutt., n* 34. ^ 

»V. Courtépée et Béguillel, Description générale et particulière d%\duehé de Bour- '. 

qagne, 2- édition, i^ Baigneux, l. IV, 210. (Dijon, V. Ugier, 1847-1848, 4 voU | 

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^^ 22S RËVtJE DES ÉTtJDËS iUlVlCS 

! forcés, dont les officiers du Duc semblent avoir usé à leur égard *. 

'■*■ Il y eut aussi des enquêtes secrètes à Châtillon-sur-Seine*; 11 dut 

g y en avoir encore à Auxonne, à Saint-Jean-de-Losne, à Seurre, 

^ car les lettres royales n'admettaient nulle exception. 

^ Nous en savons assez, môme en Tabsence d'autres textes, pour 

r connaître les épreuves infligées aux diverses colonies juives de la 

^ Bourgogne par l'arrestation de leurs membres, la confiscation de 

\ leurs biens et la liquidation de leur fortune, 

f Après avoir décrit les opérations de la saisie en général, il est 

'S intéressant de voir^ sur un point particulier, l'apuratiou des 

r//^ créances Juive3 tombées entre les mains des justiciers et commis- 

ç, saires du Duc. Deux textea qui concernent les créancea de Jasuot 

f. de Montbard, un Juif que ses affaires importantes amenaient à 

• ' opérer à la foi^ à Montbard, à Dijon, à Chalon, vont nous livrer 

i^ ce mécanisme singulièrement normal et précis », 

i^ Et d'abord, le moins important, c'est l'état des propriétés nom- 

i'- breuses acquises par vente ou échange sur le territoire de Nogent. 

J, de Montbard, de Semur, par le Juif Jasuot de Montbard de 1251 

J^ à 1306, détenues par ses héritiers jusqu'en 1306. Il a cet intérêt de 

y. montrer que jusqu'en 1306 l'interdiction de posséder des immeubles 

autrement qu'à titre précaire, n'existe pas pour les Juifs bour- 
guignons. 

Le second document, vraiment curieux, est la liquidation des 
opérations de banque de Jasuot : ce n'est qu'un fragment, les 
folios x-xi du registre qui servit aux exécuteurs des Juifs de 130*7 
à 1308 pour apurer les créances. 

Le registre est divisé en deux colonnes : à gauche, l'énoncé de 
la créance, le nom du débiteur, la date de l'obligation, son mon- 
tant en argent, blé, etc. A droite, en regard, la liquidation de la 
créance et la défalcation du capital de l'usure. 

Exemple : a. -^ Martin Jodon, de Guillon, doit à Jasuot par 
lettre de juin 1305, 112 livres tournois remboursables en 6 ans. — 
&. — « Il est prouvé qu'il y a de chatel (capital) 48 livres seule- 
ment et 64 livres d'usure ». — Le débiteur a payé 18 livides, 13 sous, 
4 deniers, qu'on réduit à 8 livres. Reste à payer : 40 livres. Mais 
un amendement de 4 sous, 8 deniers par livre produit 9 livres, 
6 sous, 8 deniers ; la lettre coûte 20 sous dijonnais. Donc la dette, 
majorée de ce supplément, vaudra net 51 livres, 13 sous, 8 deniers 
tournois à solder^. 



' PièCâsjuit,, n» 30. 
« Uid., «rt. 34. 



^ Pièces Juêt., n« 32 et 35. 

^ Piècêijuitéf D« 35, art. 9, dernier paragraphe. 



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LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 223 



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Autre exemple : a. — Martin le Bestiaz, de Eloignez, doit par ^j, 

lettre de janvier 1306, 6 livres, 2 sous tournois, à payer « es Feux » Z\ 

(24 juin) suivants, — &. — Rabattu 42 sous d'usure, payé 4 livres "j 

faibles*. '?. 

Troisième exemple : a. — Marguerite, fille du prévôt Aimery, -^ 

doit à Jasuot depuis le 6 mai 1306, 20 livres tournois à rembourser -^ 

le 1" novembre suivant. — b. — Rabattu 4 livres pour l'usure, le 'li' 
capital reste de 16 livres, plus 2 sous pour la lettre et pour la 

différence de monnaie (« amandance ») 4 sous, 8 deniers par livre, > x 

soit 75 sous, 2 deniers, total: 19 livres, 17 sous, 2 deniers tour- .^' 

nois faibles. ';, 

Étant donné un groupe de créances valant 781 livres, 6 sous '1 
tournois forts, plus 12 livres, 2 sous dijonnais, 6 setiers de fro- 
ment et 6 d'avoine, les modifications de la valeur du numéraire .\. 
d'une part, la suppression de l'usure impitoyablement biffée, ra- '? 
mènent cette somme à 320 livres, 13 sous tournois faibles. .-■•î 

En voilà assez pour faire comprendre, d'une part que le reproche :^ 

fait aux Juifs de pratiquer l'usure (l'argent prêté du 6 mai au 1*^' no- ';^ 

vembre 1306, dans notre troisième exemple est placé à 50 VoOi .' 

n'était pas un vain grief, et de l'autre que les commissaires de la ^A 

confiscation accomplirent généralement avec un grand scrupule ^| 

leur tâche de liquidateurs. Nous reviendrons, du reste, au docu- ':\\ 

ment que nous venons d'analyser quand nous étudierons à part . \[ 

le taux de l'intérêt chez les Juifs. -^ 

La population bourguignonne était, paraît-il, exaspérée contre î 

les Juifs en 1306 : cela semble résulter d'un trait de mœurs assez ^-i 

violent : à Labergement-lez-Frénois on allait enterrer un Juif que - • 

l'on conduisait à sa dernière demeure sur une charrette ; les ha- }: 

bitants « voloient Tardoir. . . et. . . ils bastèrent un Juif vif' ». ^J. 

Que devinrent les Juifs expulsés du duché de Bourgogne en ', 

1306? Une partie se retira au comté de Bourgogne, où nous :, 
les reverrons dans un autre chapitre; une partie obtint, sem- 

ble-t-il, de la tolérance ducale, le maintien de privilèges pas- .' 

sagers. En 1311, 1314, 1315, 1316, 1317 \ on en retrouve ck et ^ 

à au duché et à Dijon où Crescelin, un des expulsés de 1306, est "';• 

de nouveau, où apparaît aussi le juif Beneme *. Les contrats passés ^ : 
à Dijon de 1315 à 1318 font ressortir à la fois des noms anciens 

» Pièce* just., no 35, art. 10. 

' Ibid.i n» 30, art. 19. — Labergement-lez-Frénois, CAte-d*Or, arrondissement de 
ChâûlloD-sur-Seine, canton de Sainl-Seine. 

» 1311 (Bibî. Nit., ColL Bourgàfjne, 94. (^ 350) ; — 1315 (iW., 7i, f« 225) j — 
1316-1317 (Arch. Càte-d*Or, B, 11222> Transaction par Crescelin avec son débiteur, 
auquel il remet les deux tiers de sa dette. 

" Simoonet, op, cit., 170. — Pérard, Mumil d$ Piècei, 350 et Buif. | 

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224 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



tels qu'Abraham, Jocelot, Aquinet, fils de Rabbi Donin, Abraha- 

V min, et des noms nouveaux tels que Doniot, fils d*Amand, Vivant, 

V fils de Salomon, Samson Jean, fils de Jasuot, etc. *. 

j Toute cette colonie juive s'est reconstituée légalement en vertu 

t; de l'ordonnance de Louis le Hutin, qui a permis aux Juifs, le 

•î^ 28 juillet 1315, de revenir s'établir en France pour une durée de 

•7 12 ans, et de recouvrer le tiers des créances qu'ils avaient au rao- 

/ ment de leur expulsion '. Le peuple vit, paraît-il, avec joie rentrer 

rfi les exilés. M. Boutaric Tafllrme ' en citant les vers de Geoffroi de 

\ Paris : 

/ « . . .Car Juifs furent débonneres 

s^ Trop plus en faisant tels affaires 

f ^ Que ne furent ore chreslien. 

Mais si li Juifs demeuré 

Fussent au réaume de France 
'f\ , Chrestien moult grant aidance 

\ • Eussent eu que ils n'ont pas. 

Car por po[u] trouvoil-on argent 
y Où ne trouve i*en nulle gent 

^' Qui veuille l'un à l'autre presler. . . » 

Cette mesure avait été provoquée par une démarche collective 
I du clergé et des nobles du duché de Bourgogne, des diocèses de 

^ Langres, Autun et Chalon, c'est dire qu'elle fut bien accueillie en 

l Bourgogne, où, du reste, elle avait été appliquée par avance, 

,•- ^ comme nous venons de l'indiquer. Six ans plus tard, au printemps 

^ de 1321, pendant que Philippe le Long visitait le Poitou, on accusa 

^ les lépreux et les Juifs de s'être ligués pour empoisonner les puits 

'/- et les fontaines. Le roi rentra en hâte à Paris et dirigea une nou- 

V velle persécution contre les Juifs, qui valut au Trésor obéré, au 
moins 150,000 livres *. L'ordonnance de Philippe V fut exécutée en 
Brmrgogne et nous donnons un mandement de ce prince, encore 

. inédit, indemnisant par un don de 1,000 livres le Duc son gendre, 

qui, habitué à toucher 2,000 livres de cens annuel des Juifs établis 
dans ses États, s'en voyait privé par la saisie de leurs personnes 
et de leurs biens exécutée par les sergents du bailli royal de Sens*. 
En voici d'autres preuves : a les commis sur le fait des Juifs 

'. d'A vallon « qui versent pour la dépense de Thôtel de la Duchesse 

' Siraonnet, 171. 

* Ordonnances des rois de France, 1, 59ri. 

» Boula rie, La France tous Philippe le Bel, 303. 

* Vuitry, Réfjime financier de la France^ I, 102. 
' Pièces fust., u° 45. 



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LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 225 

90 livres tournois à Perrenot de Montillot le 3 avril 1322» ; le com- 
missaire des Juifs de Chalon, Perrenet Amouf, qui paie à Hugues 
de Genlis le loyer de la maison du Juif Héliot de Cuisery « que mes- 
sires li dux de Bourgoigne a remie en sa main per le espace de .j. 
an après ce que li diz juiz fut pris avoie les autres juiz », le 29 août 
1322 «. De ces documents, de tous ceux que nous trouvons dans 
les archives de la Chambre des Comptes de Dijon, il résulte que 
l'expulsion des Juifs en 1321 fut aussi générale qu'elle Tavait été 
en 1306 et tout aussi rigoureuse, sinon davantage; que des com- 
missaires furent chargés, à Avallon *, à Chalon, comme nous ve- 
nons de le voir, à Autun, à Auxonne et Pontailler *, à Montbard, 
à Darney,Montcenis, à Châtillon-sur-Seine, à Saint-Jean de Losne», 
d'inventorier, administrer et liquider les biens confisqués, et que 
le départ des Juifs du duché de Bourgogne fut absolu. Le recouvre- 
ment des créances se fit après qu'on eut dressé l'inventaire, et il 
dura fort longtemps : ici vingt ans au moins», là, beaucoup plus 
tard^ 

A Auxonne, au mois de juin, le commissaire des Juifs, Pierre 
Moreau, avait vendu et versé 148 livres, 2 sous, 2 deniers, pour 
joyaux, blés, etc. ; il n'eut sa quittance définitive de 1300 livres 
qui restaient à recouvrer qu'en janvier 1331. 

A Montbard, le solde (847 livres, 10 sous, 10 deniers) fut payé à 
la même date. 

A Montcenis, Autun et Darney, il restait encore à lever le 25 no- 
vembre 1331, 2855 livres, 10 sous, 1 denier. 

A Saint-Jean de Losne, fin novembre 1331, 6908 livres, 3 deniers 
étaient levées; 6,815 livres, 19 sous, 3 deniers étaient à recouvrer. 

A Châtillon-sur-Seine, le solde (202 livres, 14 sous, 10 deniers) 
fut vtersé en fin janvier 1332. 

Cette fois, ce fut vers la Franche-Comté qu'une bonne partie 
des Juifs chassés par l'ordonnance de Philippe le Long se dirigea ; 
un document que nous donnons aux Pièces jusiificatives * donne 
une liste de Juifs récemment émigrés dans cette province, en 

» Arch. Côte-d'Or, B, 10414 ; — Pièeei juti., n» 46. 

* Pièces JMSt., n* 47; — y. aussi n« 48, une quittance analogue du 15 avril 1323. 
» Ibid., n« 56. 

* Jkid., n-50, 51. 

* Arch. Cdte-d'Or, B. 1388, f- 9, 28 v. 27 v, 13 V, 14, 29 t«; — B, 1390, f» 28. 

* L'an 1341, le 4 Juillet, le châtelain de Pontailler, commis dès 1331 à recevoir les 
dettes des Juifs de son ressort, remet à Marot, juif d'Apremont, par ordre du Duc, 
20 pièces « de livres de sa loy ». 

' Gai de Remilly, commissaire des dettes des Juifs, 1347 (Simonnet, 172). — 1.')74, 
Philippot de Valoiï (Arch. Côte-d'Or, B, 1441, f» 11). — V. aussi Pièces just., n« 56, 
pour la liquidation d* A vallon. 

* Pièces jnttifieatives, n* 52. 

T. XLVMI, n« M. IS 



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226 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

faisant suivre leurs noms de Tépithète nouveau ou « venu de 
novel », qui justifie pleinement notre opinion. 

De 1321 à 1359, le Juif n'apparait plus au duché de Bourgogne 
qu'à titre exceptionnel*. En cette année 1359, le duc de Bour- 
gogne prend à quinze riches usuriers juifs ou lombards de Chaus- 
sin, Chalon et Pontaiiler, 2,000 florins et les fait mettre en liberté 
à condition que, s'ils réclament, ils retourneront en prison* ; la 
même année, deux Juifs de Seurre, Moussey d'Aumon et Aliot de 
. Chalon, victimes d'un vol, demandent justice au maire de Dijon ^ 
Les années suivantes, Dijon redevient comme autrefois un centre 
commercial pour les Juifs. Dès 1363, on y rencontre des mar- 
chands d'étofies, des banquiers et môme une femme, Marroine, 
femme du médecin Salomon de Baume, qui se livre au commerce 
de l'argent, un faiseur de sceaux, Meret, des Juifs venus de Mou- 
lins, de Chambéry, de « Marpoille » ♦.C'est encore un Juif, Guienoz, 
que, le 19 juillet 1363, le duc charge d'approvisionner ses troupes 
de 500 bœufs, 1,000 moutons et 200 porcs «. Mais la situation de 
ces Juifs, mal définie, —quoique certainement réglée conformément 
à celle des Juifs de France telle que le roi Jean venait de la déter- 
miner par son ordonnance de mars 1361 «, — demandait une 
réglementation. Philippe le Hardi la leur donna par des lettres du 
31 décembre 1374 ', autorisant douze ménages juifs à séjourner et 
commercer au duché de Bourgogne durant dix ans, en leur con- 
cédant des garanties et des privilèges: garanties, au point de 
vue de la juridiction et de la liberté corporelle; privilèges, en 
leur permettant de lever 4 deniers d'intérêt par livre et par se- 
maine, en les exemptant d'impôt en dehors d'une redevance an- 
nuelle. Cette redevance fut fixée dans la seconde lettre à 12 francs 
par ménage et à une somme de 1,000 francs d'or une fois payée 
pour leur communauté ^. Ces lettres avaient été obtenues par une 
démarche de deux délégués de la nation juive : David Lévy et 
Joseph de Saint-Mihiel. 

* Ainsi, par exemple, la juive BeUe et ses fils Eliot et Jocon de Saint-Laurent-lez- 
Chalon, 1333-1337 (Arch. Côte-d'Or, B, 9699); — V. Pièces jutt., n» 54 ; Engage- 
ment de terres bourguignonnes a deux Juifs comtois avec Passentiment du duc 
Eudes IV. 

* Ed. Clerc, Essai sur Vhistoirs de la Franche- Comté y II, 111 ; — Rossignol, Hm- 
toire de Beaune depuis les temps les plus reculéi^ 226 (Beaune, Batault-Morot, 1854 
in-8). 

* Simonnet, 173. 

* Ibid., 174. — V. Pièces just., n- 63, 64, 65, 66. 
» Bibl. Nat, Coll. Bourgogne^ 26, f» 205. 

* Ordonnances des rois de France y III, 467, 471, 473. 
' Pièces just, y no 69» 

* Nous n'avons plus cette lettre mentionnée aux Pièces just.f n« 10, 



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LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 227 

Le 20 février 1380, huit nouveaux ménages juifs furent ad- 
joints aux douze admis en 1374, sous la surveillance de deux dé- 
légués, Joseph de Saint-Mihiel et Salomon de Baume, chargés de 
régulariser les admissions et de faire verser à leurs coreligion- 
naires leur quote-part d'amendes, et sous la protection du bailli 
de Dijon et des autres justiciers du duché *. 

Le 10 janvier 1381, nouvelles patentes faisant passer le titre de 
gouverneur et garde des Juifs, jusqu'alors et depuis 1374 porté 
par le chambellan Gui de La Trémoille, sur la tète du bailli de 
Dijon, Guillaume de Clugny *. 

La colonie juive de Dijon était tellement florissante qu'un 
notaire, Gui de Corpssaints, avait ouvert, en 1382, un registre 
spécial pour minuter ses contrats '. En 13T7, elle était de 6 mé- 
nages*; en 1378, de 10»; en 1382, de 12% outre 3 ménages à 
Seurre. En 1383, surviennent 2 nouveaux ménages, ceux de 
Lyon Cohen et d'Isaac Quinot ^ 

Les Juifs bourguignons, en échange des lettres du 20 février 
1380, avaient promis au duc un subside de 1,000 francs ; ils le lui 
payèrent le 20 avril 1382 «. 

Le 21 novembre 1384, Philippe le Hardi élargit encore les condi- 
tions de ses chartes précédentes et admit la résidence de 52 mé- 
nages juifs dans ses duché et comté de Bourgogne, son comté de 
Mâcon et sa baronnie de Donzy, moyennant le paiement régulier 
de 12 francs « par maignie » ». Trois délégués, Joseph de Saint- 
Hihiel, Salomon de Baume et David de Baume, son frère, étaient 
préposés à l'admission des ménages ; Gui de La Trémoille, sei- 
gneur de Suilly, était nommé leur gardien. Quant aux privilèges, 
quant à la juridiction, ils restaient sensiblement les mêmes que 
dans les patentes de 1374, y compris le taux de l'intérêt : 4 de- 
niers par livre et par semaine, et la durée du séjour était pro- 
longée de 12 ans. 

Cette concession nouvelle, contraire au désir des États de Bour- 
gogne qui, dès 1382, demandaient l'expulsion des Juifs et des 

» JHicetjntt,, n» 71. 

«/rf.,73. 

» Id., 92. 

* Areh. Côle-d'Or, B, 4424, f» 11. 
» 7W., B, 4425. 

«iairf., B, 4426, f«21. 

^ Awh. Côte-d'Or, B, 4013. 

* Simonoet, 191. 

* Piècit JMtt., n* 111 ; diTen documemU Moondaires fixent aa 9 ]uiUet 1384 la 
conceanond-deasus (Bibl. Nat., Coll. Bourgogne, 100, p. 621 ; 104, (• 116 7»).C'e8l 
•0 contradiction avec notre texte dea Pièce$ Juiti/îeativos et avec la CoUection 
Bourgogne eUe-mdme, vol. 98, pp. 625-631, et le vol. 64 dea 500 Golbert, pp. 408-417 . 



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228 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Lombards*, était dictée par les besoins de la politique et, plus 
encore, par ceux des finances ducales. Un nouveau prêt de 1,000 
francs d*or, pour les dépenses de guerre, fut en retour consenti 
par la communauté juive de Bourgogne et versé les 2 août et 10 dé- 
cembre 1385, à ses trésoriers '. Ce prêt n'empêcha pas, du reste, 
de poursuivre et de condamner, pour abus et délits d'usure, 
nombre de Lombards ou de Juifs en 1385 et 1386, comme on en 
avait poursuivi déjà en 1381, 1382, 1383 3, et, de la sorte, satis- 
faction apparente se trouva donnée aux États, en môme temps 
que les amendes prononcées permettaient de distribuer des gra- 
tifications aux officiers de la cour*. Les procureurs du duc pro- 
nonçaient, il est vrai, d'autres amendes contre ceux qui insul- 
taient les Juifs, ou se servaient de leur nom pour insulter des 
particuliers : « garse de juifs et de juives » ^, mais c'était là une 
satisfaction platonique pour les Juifs poursuivis et spoliés. 

En 1386-1387, la Bourgogne compte 13 ménages juifs : 9 à Di- 
jon, 4 à Chalon. 

En 1387-1388, 10 seulement : 6 à Dijon. 4 à Chalon. 
En 1388-1389, 9 : 6 à Dijon, 3 à Chalon. 
En 1389-1390, 8 : 6 à Dijon, 2 à Chalon. 
En 1390-1391, 8, répartis de même façon. 

En 1391 10 : 7 à Dijon, 2 à Chalon, 1 à Beaune. 

En 1391-1392, 11 : 8 à Dijon, 2 à Chalon, 1 à Beaune. 

En 1392 13 : 9 à Dijon, 3 à Chalon, 1 à Beaune. 

En 1392-1393, 15 ménages : 10 à Dijon, 4 à Chalon, 1 à Beaune. 
En 1393-1394, 14 : 10 à Dijon, 3 à Chalon, 1 à Beaune ^ 

Voici le détail de ces ménages en 1394, la dernière année où le 
cens ducal de 12 francs par ménage est soldé par les tributaires 
juifs : 

Dijon :^ Jacob Cohen, Durand de Carpentras, Joseph de Saint- 
Mihiel, Elias de Trêves, Aliot de Seurre, Salomon de Baume, 

* Bibl. Nal., Coll. Bourgogne, 72, f« 212 v». 

* 700 francs le 2 août, 300 le 10 décembre (Arch. Côle-d'Or, B, 1462, fo 26 v»), 

• Arch. C<lte-d'Or. B, 11306, f' 19 vo, 80 v»; — B, 1461, f 14 t». — Kn 1381, on 
o-uprisonna et l'on e^isit les Juifs de Beaune, libérés ensuite sans qu^on les dépouillai. 
V. Pii'cet just., n" 87 bis. 

♦ Bibl. Nat., Coll, Bourgogne, 26, f» 40. 
« Pièces just,, n» 112. 

« Arch. CUe-d'Or, B, 4429. f*»» 16 vM7 ; — B, 4431, f» 19 v» ; — B, 4433. r»2! v«- 
22; — B, 4434,r«>'12v-13; — B, 4435, f- 20 v-21 ; B, 4437, f»' 11 vo-l2;— B, 
4440, f» 18; — B, 4441, f» 18 v»; — Bibl. Nat., Coll. Bourgogne, 100, pp. 643- 
644; — Pièces just., Do« 119, 125, 126. — En 1393, les Juifs des deux Bour- 
^offnes accordèrent une aide de 300 francs au Duc (Bibl. Ntl., Coll. Bourgogne, 
53, fMUvoJ. 



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LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 229 

Joseph de Trêves, Aliot Colon, David de Baume et Mossey de 

Vitry. t 

Beaiine : Samuel, dit rÉcrivain. 

Cfialon : Perrot Cohen (de Tournus), maître Perret, Croissant 
de Bourg. 

Dans le compte du receveur du Dijonnais de ]395-1396, on lit 
celte mention laconique qui rappelle le texte des obituaires : 

« De la censé des Juifs, néant, pour ce que par ordonnance réal 
ils sont allez demeurer hors du royaume de France ^ » 

On ne sait rien des circonstances * qui accompagnèrent Texpul- ] 

sion, conséquence forcée de l'ordonnance du 17 septembre 1394, 
par laquelle Charles VI bannissait à perpétuité les Juifs de ses 
Étals, sous peine de mort ^, comme les privilèges de 1374, 1380, 
1384, avaient été celle des ordonnances bienveillantes de Charles V, 
édictées sous l'inlluence de Ménei^sier do Vesoul, un Juif du comté ^ 

de Bourgogne qui avait gagné la confiance et lestime du roi *. 

Ce ne l'ut que trois cents ans plus tard que les Juifs bannis re- 
parurent en Bourgogne, à Ja suite du décret du 28 septembre nQl i 
qui en Taisait des citoyens ^. 'i! 

Léon Galthier. \j 

(A stiicre.) ^' 

« n.b'. Na!., Coll. Bourgogne, 100, p. 671 ; - 104, (<» 120 v»; — Arch. Côle-d'Or, 
B, 44ii, li, 44i.';. 

* Le ùéparl des Juifs dul £e l'aire par le Chalounai^. V. Simounct, 21u ; — Aich. i' 
Côtc-d'Or, U, 3Ô0G, !• 12. 

* Ordonnances des rois de Fiance^ Vil, G"5 ; — Delamarrc, Traité de la Police, « 
1,305. '% 

* Gerson, Essai sur les Juifs de la Bourgogne au vio'jen âge^ Dijon, 1893, p. P>2. ^ 
■ Grael-ï, Uut. des Juifs (irad. lilocli). IV, 280. — CVloil pcul-Otrc lo pèro d'IIac- 'y 

quîD dj Vesoul, médecin de Jean sans l'eur? V. c!;ap. vu, cl Pièces just., u® Hiîi/vfs. ^ 



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UN MAHZOR ILLUSTRÉ 



Le manuscrit n^ 24 de la Bibliothèque de V Alliance israilUe est 
un Recueil de prières pour toute Tannée selon le rite aschkenazi. 
C'est un in-fol. de 451 feuilles sur fort vélin, en écriture carrée 
avec points-voyelles pour le texte ; les indications aux fidèles et 
à Tofâciant sont données en lettres rabbiniques , les premières 
d'écriture italienne, les autres d'écriture allemande. Quelques 
additions, de date postérieure, sont en judéo-allemand. Il y a 
bien des passages barrés par la censure, mais ils restent lisibles. 

Ce ms. est enrichi de miniatures et de dessins multicolores, 
dont quelques-uns sur fond d'or. En outre, les lettres de mots 
importants ou des rubriques sont enjolivées de feuillages et de 
panaches. En raison de la similitude singulière qui existe entre 
les lettres m et » dans le texte « des usages », dé la forme duo 
rabbinique, qui a le sommet pointu à gauche', de la remarque 
faite, f. 27 a (comme on le verra ci-après), concernant le rite 
français, et surtout des détails d'ameublement et de costume ou 
de coiffure fournis par les enluminures, on est porté à attribuer 
ce Mahzor au xni« ou au xiv» siècle. 

Le volume commence au milieu de la série de versets qui suit 
la formule nttK© ym^ et il se termine aux mots ûnm «tn (prière 
du soir), à l'issue du Kippour. Dans aucun des offices il n'y a le 
poème Timrj t«. 

F. 13 b. Sur cette page primitivement vide, avant la formule 
finale de la première section du matin, le nam»*^, on lit une invo- 
cation cabbalistique aux anges lTpo"»D, ^TfittD"»«et lTna"»o, en écri- 
ture rabbinique allemande ancienne, mais plus récente que le 
reste. 

> Danf la parUe écrite en lettrea carrées, le point diacritique qui sert à distinguer 
le iin du ickin est placé, non sur la deruière haste de droite ou de gauche, mais à 
droite et a gauche de la haste médiale, sans confusion avec le point^yoyelle d. 



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UN MAHZOR ILLUSTRÉ 



231 



F. 14 &. Dans le *n:ifcv de Rosch haschana le mot ^bïa occupe la 
moitié de la page, en lettres aux contours dorés, aux pleins 
bruns, aux jointures ornées de roses. Le tout est peint sur un 




«" 



carré de fond bleu au semis de fleur de lys d*or, formant un pa- 
rallélogramme à bandes de feuillage sur bleu clair, encadré de 
lignes rouges et orné de feuilles rouges à chacun des quatre 
angles. 

F. 15 a. et suiv. Notes marginales, qui servent à expliquer cer- 
tains vers difficiles des Piouiim. 



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232 REVUE DES ETUDES JUIVES 

F. 23 a. Les lettres du mot b^m«, commencement d'une poésie 
du matin, sont tracées en lettres feuillagées à jour. 

F. 21a, en marge: Dums ûviBn^n « les Juifs de la France [du 
Nord] ont adopté Tusage d'intercaler à cette place le petit poème 
alphabétique : nrnlî» txrt nr^. » 

F. 30 &. Le mot *|bîa, que Ton retrouve ici, est écrit en rouge 
plein, dans un rectangle historié de chimères et feuilles blanches, 
sur fond bleu, avec semis fleurdelisé rouge, encadré de lignes 
rouges et de trèfles rouges aux quatre coins (flg. 1). 

F. 42a en haut. Le mot ^ira de la bénédiction précédant la son- 
nerie du Schofar est en lettres d'or dans un rectangle à fond bleu 
semé d'étoiles blanches, encadré d'une bande d'or * et d'une ligne 
rouge, agrémentée d'un petit carré, or, bleu et rouge, à chacun 
de ses quatre angles. Cet encadrement trilobé caractérise aussi 
les deux petits tableaux suivants. 

Ibid., au milieu de la page. A droite, dans un carré du tiers de 
largeur de la page, bordé par deux bandes latérales verticales 
bleues et deux bandes horizontales, rouges en haut et en bas, 
agrémenté de carreaux d'or aux quatre angles, sur fond d'or, un 
très vénérable rabbin à longue barbe blanche, couvert d'un 
talith, coifie d'une chape à double turban, ou tiare à deux cou- 
ronnes, est assis dans un fauteuil ancestral, à dossier arrondi. 
D'une main aux doigts effilés, il donne le signal de commencer à 
sonner du Schofar. Sa robe bleue, en soie brodée, est couverte 
d'un manteau brun clair. Le siège d'honneur où est assis le chef 
spirituel de la communauté, ressemble au modèle du xiii^ siècle 
donné par Viollet-le-Duc, Diclionnaire raisonné du mobilier 
(I, p. 42, flg. 2). 

Ibid.^ à gauche. Le sonneur de Schofar, au chapeau pointu, 
vêtu d'un manteau rouge, a le pied gauche posé un peu sur l'es- 
cabeau, que l'on voit à droite et dont on devine plutôt qu'on ne 
distingue nettement les garnitures ogivales. Le cadre et le fond 
sont semblables au petit tableau placé vis-à-vis, sur le môme 
plan. 
Entre ces deux vues, on lit chacune des trois séries diverses de 

Tekioth, une seule fois (flg. 2). 

F. 42 b. Le mot -o^idî, dans le Schemoné Esrè du Moussaf de 
Rosch haschana^ occupant le tiers inférieur de la page, est des- 
siné en grosses lettres, peintes alternativement en rose et en 
vert, aux linéaments blancs sur fond quadrillé d'or, encadré 

I « Encore à la fin du iiu* siècle, beaucoup de peintures se détachent sur un fond 
d'or brillant, cette couleur indiquant le ciel > , dit Àug. Molinier, Les Manuscrits tt 
Us Miniatures,^. 209. 



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UN &IAHZOEI ILLUSTRÉ 



233 



d'une bande rouge en haut et en bas, verte à droite et à gauche, 
avec addition de quatre petits carreaux vernissés d'azur, aux 
quatre angles. 

F. 53 b en bas, en 
réclame de la page 
suivante, le mot nsnu) 
empanaché. 

F. 59 a. Le mot 
rransn (le premier de 
l'Elévation sipin n3n:-i) 
occupe tout le second 
quart de la page, peint 
en rouge, en bleu 
foncé et vert pâle al- 
ternativement, les 
pleins des lettres sont 
historiés de chimères 
blanches, et les join- 
tures sont dessinées 
en rosaces sur fond 
noir. Les deux pre- 
mières lettres, l'une 
rouge, l'autre bleue, 
sous un fond jaune, à 
ramage damassé ; les 
deux suivantes, en 
vert pâle et jaune 
clair ont un fond 
rouge uni, et la der- 
nière lettre en rouge 
est sur fond vert pâle 
(fig. 3). 

F. 74 6. Un autre 
sonneur de Schofar, 
au chapeau rouge 
pointu, vêtu mi-par- 
tie vert et mi-partie 
rouge, chaussé de 
gros souliers noirs, 
pose le pied gauche 
sur un tabouret tré- 
pied. Le fond du tableau carré est bleu foncé, avec semis de fleurs 
de lys d'or (flg.'4). 




^ 

^ 



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234 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



F. 75 b. au bas. Après le mot ^t isolé, un griffon ou chimère 
rouge, dont la queue est une feuille de vigne, verte ; la tète 

en jaune clair, et les deux 
pattes en jaune plus foncé 
(flg. 5). 

F. 79 b. Un troisième son- 
neur de Schofar, le talith 
sur la tête, à la tunique 
verte, les chausses rouges, 
les souliers noirs, appuie le 
pied gauche sur une chaise 
en bois sculpté de style 
ogival primitif. Les mon- 
tants supérieurss ont ornés 
de pommes en bois tourné * 
(fig. 6). Le tout sur fond 
bleu. 

F. 84 {?. Le môme sonneur 
de Schofar (habillé comme 
ci-dessus) pose le pied droit 
sur une grande chaise à dos- 
sier, en style ogival. A sa 
gauche, le diable à tête de bouc, le corps terminé en feuille verte, 
est épouvanté par le son du Schofar et semble vouloir fuir (fig. 7). 




Fig. 4. 




FxQ. 5. 
> Voir Viollel-le-Duc, ibid., p. 43, fig. 3, et p. 49,ffig. 9. ' 



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r 



L ■: 



i^ I 



UN MAHZOR ILLUSTRÉ 



235 



F. 86 b. Un jeune 
homme, au chapeau rouge 
pointu, couvert d'une tu- 
nique rouge en étoffe da- 
massée, chausses vertes et 
souliers à la poulaine, 
crie : Amen! (flg. 8). 

F. 88 a. Le mot ^btt, 
premier du Piout d'Ar- 
bith du deuxième soir de 
Rosch haschanuy occupe 
plus de moitié de la page, 
peint dans le môme style 
qu^au f. 14 &, sauf détails 
dans Talternance des cou- 
leurs. 

F. 91 a. Autre ^bïa dans 
le môme style, sauf que 
sur le fond rouge res- 
sortant des chimères et feuilles blanches. Sur le fond étoile de 




^^l»m^m 



Ftff. 6. 







Fig. 7. 



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UN MAHZOR ILLUSTRÉ 



237 




Fig. 8. 



blanc, est un rectangle à fond 
bleu pâle, garni de feuillage blanc 
(fig. 9). 

F. 101-102 a. Les initiales du 
poème ^TSi û-^^an composé en 
alphabet rétrograde pn«n sont 
peintes, les onze premières en 
rouge, les onze dernières en vert, 
ainsi que Tacrostiche du nom 
d'auteur, pruit*^ na x^yiyo (le pre- 
mier prénom deux fois) en vert. 
Même alternance vers la lin du 
•»iT»i de Toffice du Kippour au 
matin et au commencement du 
Moussaf. 

F. 104 a. Le mot omp est sur- 
monté d'une ornementation trian- 
gulaire, s'épanouissant en feuille 
au sommet, propre au xiii« siècle, 
mais qui a pu être en usage en- 
core au XI v® siècle (lig. 10). 

F. 116 a. Le mot "ttTni, écrit dans toute la largeur de la page, 
en lettres creuses, est préparé pour Tenlumineur, qui à partir de 
là n'a pas continué son œuvre. 
F. 149 &, au bas. Dans le piout des msi-OT, à Toflice du Mous- 

safdQ Rosch haschana, en réclame 
de la page suivante, est écrit le mot 
ûD^ttb, en lettres alternativement 
rouges et vertes, au-dessus d'un buste 
ailé et couronné, dont la langue est 
une flèche visant la page suivante. 

F. 196 &. Le premier mot du pioul 
nnDD ûra tn, au commencement de 
l'office du matin n^T^, de Kippour, 
occupe la tête de cette page dans 
toute sa largeur, dessiné et peint 
dans le goût des précédentes illustra- 
tions. Comme complément à gauche, 
figure une caricature moitié corps 
humain, moitié griffon, sur deux pattes fourchues, en tout sem- 
blable à la figure suivante qui est seulement plus grande. Nous 
ignorons le sens de cette image additionnelle, à la face juive, 
coiffée d'un chapeau pointu (fig. 11). 




Fig. 40, 



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/zT^^"^^ 



\o^ 



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^■:^ 



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2'i0 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

F. 259 b. La même caricature semi-humaine, semi-chimère, est 
reproduite également agenouillée, dont la position à genoui 

s'explique cette fois par le texte. 
Cette figure est peinte dans la 
Kedouschâ^ vers la lin du v^\d 
ûmsbtt, après le vers « toutes 
les créatures s'agenouillent de- 
vant toi » (fig. 12). 

F. 264 a. F. 264 a. Dans l'of- 
fice du matin {Schemonè Esrè) 
de Kippoiir, le premier mot de 
la Seliha b«iîi ndn est figuré en 
lettres historiées comme précé- 
demment, mais dont les cou- 
leurs tendres sont remarquables. 
C'est la seule fois où le peintre 
s'est servi des nuances douces 
du lilas et du gris (fig. 13). 
F. 387 b. Au commencement de Toffîce de Moussa fdn Kippour, 
le mot y^yo occupe toute la largeur de la page, sous un rinceau 
de feuilles sur fond jaune très clair ; au-dessous est un rinceau 
sur fond noir. Les lettres peintes sur fond vert clair, et les join- 
tures sont de petites rosaces en blanc et rose. — Après Tira» 
iDDbTD, le «•»np et la Tekia' finale, sans la récitation des m»©, com- 
mence aussitôt la prière du soir ordinaire. 

Moïse Schwab. 




Fig. 12. 



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LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MARIN 

DU XIV AU XVir SIÈCLES 



■a): 

I 
ii 






La présence des Juifs dans la République de San-Marin est at- 
testée, depuis la seconde moitié du xiv« siècle au moins, par les 
documents conservés dans les archives de cette République. Les 
Juifs y étaient veiius, attirés par les mômes conditions économiques 
que Ton retrouve dans les Marches, la Romagne et le Montefeltro, 
en un mot dans toute Tltalie. En ce temps-là, étant donné le 
manque d'institutions publiques de crédit, on ressentait vivement 
le besoin d'entreprises privées faisant la banque, le prêt sur gages, 
et les avances de capitaux aux citoyens et aux Etats. Ni les hautes 
classes, dont la fortune consistait surtout en biens fonciers, ni les 
classes inférieures, qui, tout en s'adonnant au commerce, étaient 
surveillées parles guildes et les corporations, et, par suite, étaient 
empêchées d amasser des fortunes individuelles, et en particulier 
d'avoir de l'argent disponible, n'étaient aptes à remplir ce rôle. 
C'est ainsi que les Juifs, pourvus à la fois de capital et de capacités 
qu'ils devaient aux conditions très spéciales de leur vie privée et 
publique, se mirent naturellement à faire la banque (qui, au début, 
se réduisait au prêt sur gages et aux affaires d'intermédiaires) et 
réussirent presque à le monopoliser avec l'aide et sous la protec- 
tion des différents gouvernements, y compris le Saint-Siège, qui 
reconnaissaient tous les services pratiques et indispensables ren- 
dus par les Juifs. Les petites villes et les bourgs des Marches et de 
la Romagne, région où on ne faisait guère que de l'agriculture et 
où manquait, par suite, une classe indépendante et digne de | 

confiance de marchands et d'industriels, dont les entreprises 
assurent la prospérité et l'emploi des capitaux, étaient les pre- 
miers en Italie à reconnaître l'utilité et l'activité des Juifs. 
On en était si convaincu, que lorsque les Juifs ne venaient 'j\ 

pas de leur propre initiative, on les appelait et on les engageait, 
T. XLVIII. «• «6. 16 



-•i», 



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m ftEVUË DES ËTtJDES JUlVEâ 

comme on l'avait fait pour des maîtres d'école, des prédicateurs, 
des médecins et des juges de paix. 

Ce fut le cas pour la République de San-Marin. Des banquiers et 
des prêteurs juifs y vinrent, sur la demande de la régence, princi- 
palement des centres de Rimini, Ancône et Recanati. Nous savons 
cependant qu'il en vint aussi de Mirandole et d'autres lieux, ce qui 
est assez naturel, car il y avait à peine une ville ou un village, 
dans toute la région, qui n'eût pas parmi ses habitants un ou plu- 
sieurs Juifs, et tous les Juifs semblent avoir été en relations ou, 
tout au moins, avoir correspondu entre eux pour affaires. 

On peut suivre la trace de la présence des Juifs à travers presque 
toute la série des archives (principalement dans les registres de 
résolutions et de comptes), en remontant jusqu'au xiv* siècle. A 
cette époque, les statuts concernant les débiteurs et les usuriers 
visent avec une clarté indéniable les transactions des Juifs. Ainsi, 
des lettres nous fournissent des informations plutôt sur les per- 
sonnes que sur les affaires, tandis que les registres des officiers 
publics et des notaires de contrats prouvent que les fonctions de 
banquier ou de prêteur juifs avaient, en quelque sorte, le caractère 
d'une institution publique. Le premier nom Israélite qui se présente 
dans les documents de San-Marin est celui d'Emanuel flls de feu 
Jonathan de Rimini, qui, le 3 juillet 1369, garantit à un bourgeois 
de San-Marin un prêt de 340 ducats dûment enregistré par un 
notaire. Les documents de cette période ancienne étant générale- 
ment rares, on ne doit pas conclure du manque de données sur les 
Juifs entre 1369 et 1429 que ledit Emanuel fût seul de son genre. 
Quoi qu'il en soit, nous trouvons que, dans Tannée 1429, un Juif 
de Pesaro arrive sur le territoire de la République, porteur d'une 
chaleureuse recommandation d'une dame Camilla Sforza del Drago, 
épouse du seigneur de Pesaro. Le Juif s'appelle Musetto et il vient 
pour réclamer à un certain Mathasias, Juif de San-Marin, une 
somme d'argent qui lui est due. Il est, chose curieuse, le maître 
de danse des beaux-enfants de dame Camilla, et celle-ci semble 
très désireuse qu'il reçoive un accueil honnête et courtois. Le 
même sentiment à l'égard d'un groupe de Juifs de ce temps inspire 
une lettre du comte Guidantonio de Montefeltro, adressée à la 
Régence. Le comte, étant informé des intentions hostiles qui ani- 
ment certains citoyens de la République contre les Juifs qui y 
résident, rappelle aux régents que lesdits Juifs a ont en mains 
beaucoup de dépôts et de gages appartenant aux habitants de 
Montefeltro et tout ce qu'il y a de mieux à San-Marin, de sorte 
que tout malheur qui leur arriverait serait la ruine du pays », 
et il ne semble guère juste qu'ils aient à supporter quelque 



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LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MARIN VA 

ennui (1442). Il est pourtant difficile d'affirmer que les Juifs ont 
toujours agi honnêtement, si, toutefois on peut avoir confiance 
dans les affirmations de leurs ennemis : on mentionne un voleur 
(1455), un traître prétendu ou suspecté, et un homme répandant 
de la fausse monnaie. 

Les « livres de comptes » mentionnent une femme juive nommée 
Anna (1454) et quelques hommes, parmi lesquels Musetto, qui 
fournirent à la Régence les fonds pour subvenir aux frais occa- 
sionnés par la visite du Comte Frédéric et de la comtesse Baptista 
de Montefeltro en Tan 1462; Mathasias, dont les comptes avec le 
gouvernement sont balancés le VI mars 1478, et qui partagea avec 
son frère Joseph la possession d'abord d'une mule (1478), puis d'un 
cheval (1491), qu'ils louaient pour une rétribution aux régents et 
à d'autres. Le 4 mars 1492 leur place fut prise par Raphaël, fils de 
Joseph, qui signa un contrat spécial à cet eflet et reparaît dans 
les comptes de janvier 1493 et ailleurs. 

Le 6 mai 1494 on balance les comptes de Mathasias, fils de 
Musetto, qui possédait aussi un cheval et le louait aux ambassa- 
deurs de la République pour quelques tournées à Cesena et ailleurs. 
Il louait aussi une courte-pointe et des draps de lit aux maçons 
travaillant pour le compte du gouvernement. Un Raphaël et un 
Joseph, peut-être les mêmes que nous avons déjà rencontrés, sont 
mentionnés de nouveau pour les années 1496 et 1497, cette fois 
comme ayant été précédemment à Mirandole et se trouvant pré- 
sentement à Pietracuta, village voisin. Nous voyons une femme 
« laGentile de Mathasia », citée (1501) à propos d'une provision de 
combustible. Le dernier jour de juillet 1502 un chrétien est puni 
d'amende pour avoir commis un maléfice sur la personne d'un 
nommé Aronino, Juif, qui est crédité le même jour d'une certaine 
somme d'argent, pour le compte d'un Ser Antonio nommé tout de 
suite après. 

Les Juifs, cependant, n'étaient pas toujours créanciers. Une 
lettre du comte Frédéric de Montefeltro (1464) nous informe qu'ils 
devaient de l'argent aux moines de San Francesco. D'autres 
lueurs intéressantes sur leur vie nous sont fournies par la com- 
tesse Catherine de Carpegna (1468), qui se déclare disposée à 
racheter certains objets engagés chez le Juif à San-Marin par un 
de ses ressortissants, pourvu que le Juif retourne certains sacs de 
blé aliénés à tort par son serf et passés pour le payement des 
intérêts au prêteur. Giovanni da Faenza (1472) évidemment un 
juriste, discute une affaire scandaleuse, dans laquelle un Juif est 
nommé comme complice dans un cas d'adultère avec une femme 
chrétienne. Une autre fois (1482) Tévéque de Forli et l'évéque 



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jn 



244 REVUE DBS ÉTUDES JUIVES 

de Tivoli, alors gouverneur de Romagne, témoiguent pour et 
contre un Juif accusé de vol ; et dans une lettre datée de 1502, 
le duc Guidobaldo d'Urbîn plaide personnellement la cause d'un 
nommé Raphaël, Juif, « son homme », contre un citoyen de Sau* 
Marin. 

Après le début du xvi« siècle les documents concernant les Juifs 
sont assez fréquents et assez étendus pour nous autoriser pleine- 
ment à admettre que le prêteur sur gages et le banquier des anciens 
temps, ayant amené peut-être avec lui un parent mâle ou un 
associé, avait bientôt trouvé moyen de s'établir à San-Marin avec 
toute sa famille et les familles de ses parents et de ses associés. 
Ainsi se forma une communauté juive régulière qui attira Tatten- 
tion du gouvernement et provoqua assez fréquemment des réso- 
lutions et des mesures restrictives. 

Tout un groupe de Juifs de Rimîni, pendant la peste de 1523, 
envoya un messager spécial avec une requête écrite par l'un d'eux 
aux régents de San-Marin, à l'effet d'obtenir la permission de se 
réfugier sur le territoire de la République. Nous ne savons pas 
directement si la requête fut accordée, mais c'est probable, car 
quelque temps après une lettre de Malatesta de Rimini nous informe 
que le peuple de San-Marin trouva la présence de tant de Juifs 
insupportable et les molesta en conséquence. 

Quoi qu'il en soit, un Juif fit des affaires en 1530 et le conseil 
de la cité trouva bon de lui ordonner de porter un signe et de régler 
ses comptes d'intérêt. D'autres décrets et résolutions semblables 
concernant les Juifs sont publiés à San-Marin, en 1539, 1542, 1547, 
1548, 1553, 1554, 1555, 1557, 1558 (année où un comité fut nommé 
pour examiner le moyen de protéger les banquiers juifs contre les 
sévices des habitants) 1560, 1561, 1601 (ordre donné aux Juifs de 
porter une rouelle bleue et décisions intéressant Tévêque de Forli 
et le duc d'Urbin), 1608, 1610, 1613, 1614, 1652, 1653, etc., etc. 

Une lettre d'un certain Salomon, fils de Bonaventura et banquier 
k Ancône, adressée aux régents (28 septembre 1533) nous donne 
un aperçu des chagrins domestiques de la nièce de Técriyain, 
nommée Dolce, épouse de Raphaël, banquier à San-Marin. Cette 
pauvre femme, après avoir été dépouillée de tous ses biens, depuis 
sa dot de 200 ducats jusqu a tous ses bijoux nuptiaux (y compris 
son alliance d'or) valant 50 ducats, s'était enfuie de chez son in- 
digne mari pour se réfugier chez son oncle et elle avait été lésée 
aussi dans ses affaires par suite de la malhonnêteté et de Tinsou- 
ciance du misérable Raphaël. Salomon nous raconte toute l'histoire 
avec une grande sincérité, et il donne au lecteur tout à fait l'im- 
pression d'un caractère honnête. Presque aussi intéressantes» 



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LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MARIN 245 

et peut-être d'une importance historique plus grande, sont deux 
lettres des échevins de San Léo (1537) et de S. Arcangelo (1546) 
annonçant la conversion à la foi chrétienne, Tun d'une pauvre 
Juive, Tautre d'un Juif. 

On trouve encore dans les archives de San-Marin d'autres docu- 
ments concernant les transactions commerciales des Juifs, mais 
ils ne sont pas assez nombreux ni assez importants pour nous 
permettre de retracer d'une manière plausible leur système d'af- 
faires et l'extension de leur commerce. 

On ne doit pas oublier qu'au xvii« siècle les Juifs réclamaient 
souvent l'assistance du gouvernement pour se débarrasser des 
gages déposés dans leurs bancM ou boutiques : un délai de deux 
mois était alors généralement assigné pour le rachat et notifié 
publiquement par les hérauts de la République. Le terme expiré, 
les objets qui n'avaient pas été rachetés devenaient la propriété 
absolue et légale des Juifs et ils en disposaient à leur gré. 

Il n'est peut-être pas nécessaire d'-ajouter que ces affaires de 
prêts sur gages étaient menées seulement avec des personnes 
privées, tandis que les transactions avec les régents semblent avoir 
été des prêts sur contrats ou billets à ordre. Dans les derniers 
siècles l'importance et le nombre des Juifs de San-Marin va tou- 
jours en diminuant, sans doute à la suite de la création d'établisse- 
ments publics de prêts sur gages (monts de piété), de l'extension et 
de la modification des systèmes de commerce et de banque, du pro- 
grès général économique, qui étendit à d'autres les privilèges et 
les commodités qui avaient été jusque-là le monopole de la fortune, 
de l'industrie et de l'activité des Juifs. 

Amt a. Bbrnardy. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 

L 

S. Marin, 3 juUlet 1369. 

Instrument du notaire Francesco Balduccio Bavarini, moyennant 
lequel le Juif Emanuel de Rimiai (« Manuelle quoodam Gianittani 
da Rimini ») prêle contre gages, à Guidiuo, fils de feu Giovanni di 
Giamarino Fagnani de S. Marine et à Giacomo, fils de feu Geccolo 
Marchi, la somme de 240 ducats. 

(Arcbivio Governaiivo. B. 185 doo. 7.) 



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246 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

II. 

Pesaro, 30 août 1429. 

Camilla Sform Del Drago recommande aux capitaines^éçenis 
le Juif Musetto. 

Spectabiles viri amici carissimi : El viene da le vostre spectabilita 
Musetto hebreo Giladino de questa mia Cita per exigere da uno Ma- 
thasia ebreo habitatore de li certa quantita de dinari de dote chel ha 
in deposito como dal dicto Musetto piu amplamente quelle intende- 
rano : Et quantunqua sapia essere superûuo recomandare li mei ad 
vro pta spta per la affeclione ebe continuamente le hano porlato ad 
questo mio Ill"^o s"^ Consorte : nondimeno percbe el dicto Musetto e 
bomo da bene : et insigoa ad daozare alli ûglioli del predicto s. mio : 
Et percbe -pareccbie fiate per questa casone le stato dal dicto Matha- 
sia : et non ba possuto consequire nuUa anzi e straziato et tenuto 
in tempo con suo gran damno Ibo voluto per quesla mia recomman- 
darglilo : sperando cbe le mie recommanda lione apprexo v. sp^^ 
babioo ad produrre qualcbe fructo : et pregarle che constandogli 
musetto predicto essere vero creditore, gli piacia non lassarlo stra- 
tiare : ancbe ordinare chel babij el suo como e juste et bonesto : el 
cbe me sera gratissimo Offrendomi ad vostri piaceri paratissima. 

Pisauri die penullimo augusti 4429. 

Kamilla sfortia de drago Comitissa cotignole... Pisauri, etc. 

[Arcb. goY. Carleggio alla Reggeoza 1429.) 

III. 

UrbiD, 12 décembre 1442. 

Le Comte Quidantonio di Monte feUro prie les Capitaines^RégeiUs de vou- 
loir bien protéger les Juifs de S. Marin contre Vkosiilitéde quelques 
citoyens. 

Nobiles amici et dilecti carissimi, Noi sapiamo cbe testi giuderj 
cbe stanno li a Sanmarino banno de molti pegnj de nostij bomeoj 
de montefeltro, et tucto el piu utile de quella Montagne in mano, 
Unde se sinistre alcuno li interuenisse, cbe bauemo inieso cbe per 
alcunj de testa terra se volea cercare farli uouita, séria la deffactione 
de dictj nostrj bomenj, et séria gram vergogne et mancamento atesta 
Gomunita. Epero vj conforlamo aremediarce et cbe non voliate se 
possa dire maie de voj, come non se e possuto dire per lo passato, 
pur laudabile séria, non vi satisfacendo loro, adarlj licentia, e loro 
satrouaranno ben due stare, In allra ce rusirieno de gram scandalj. 
Epero semo contente baneruilo notificato prima. 

Datum urbinj xij décembre 4442. 

Guidantonius Montisfeletri Urbinj et Durantis comes, etc. 



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LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MARIN 247 

Ut» verso.) Nobilibus amicis dilecUs nostris Gapitaneis Terre Sancti 

MariDJ. 

(Arch. gov. Carleggio alU Reggenxa 1442.) 

IV. 

Gagli, 6 décembre 1451. 

Marino Calcigni, Podestà de la ville de Gagli et citoyen de St. 
Marin, conseille aux Gapitaines-régents de donner deux ducats d*or 
au Juif Musetto, à l'occasion d*un « malefîzio ■ commis par le fils 
d'un certain Yita contre le susdit Musette. - 

(Arch. gov. Cari, alla Regg. 1451.) 

V. 

S. MariD, 26 février 1454. 

Reçu d'un prêt fait à la République de S. Marin par la Juive Anna. 

46 febbr. 4454. 
Lanna giudera debauere liuere tre et soldj X dariei;ito I qualj lej 
ce presto sopra el rexuto de Simone de Marino de giobanne I qualj 
toilimmo comme denari del fume per mandare Auixitare el S. miser 
Alixandro cbe Ando Kl bianco et Bertole de Agnole de clone. 

L 3 s 40 d 0. 
(Arch. gov. Libro di Enlraie e Speso 1444-1465 — B. 264.) 

yi. 

UrbiD, 4 juio 1454. 

Marino Calcigni envoie aux Capitaines-régents son avis sur la conduite 
à tenir à V égard d- un juif qui avait manqué à sa parole. 

Spectabiles viri et maiores honorandissimi. bo receuuta vostra 
leliera alaquale respondo. Ghe essendoui dati per obstaggi da abraam 
li figlolj et promessoue de batizarse. dicete cbe uolite tenere li obs- 
taggi per lafede rotta cbe va facta abraam. Et questo se voj bauite el 
modo a prouare cbe ue la desse per obstaggi. Et pure daxendoue 
lasigurta de pagare omne pena et omne cosa cbe abraam fosse in 
curso. renditeljlifigliolj ma videle di asigurarue bene state pure 
forte a volere tenere li obstaggi cbe viranno quellj cani giudej acio- 
che vorite racomandome a voj Urbinj die iiij Junij 4454. 

Marinus de Galcignis II. doctor. 

(Arch. gov. Cart. alla Regg. 1454.) 

VIL 

ÎIrbin, 22 mars 1455. 

Le Gomte Ottaviano degli Ubaldini prie les Gapitaines-régents de 
Toaloir bien s'intéresser au sort d*un certain « Abrabam da laquila 



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248 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

gia et mo habitante de Sam Marino » qui est retenu en prison pour 
c une petite erreur » qu*il a commise. 

(Ârcb. goY. Cart. alla Regg. 1455.) 

VIII. 

S. Marin, 1458. 

Mimorandum de V argent emprunté au Juif Musette par les Capitaines- 
récents. 
a. U58. 
Quj sonno scripti et anotati tutti li dinarj li quali noj Menghino et 
Bariole de Michèle hauimo receuutj da Musette ebrej per danarj dati 
a li nostrj ambaxiaturj per andate facte como appare disopra et per 
altre facende como apparera. 

(A.rch. goY. Libro di Bnirate, etc., b. 264.) 

IX. 

Pietramaura, 20 juin 1459. 

le Comte Vgoîino Bandi prie les Capitaines-récents de faire rendre 
justice à une pauvre femme qui a reçu deux florins faux du Juif 
Musetto» 

Magnifici maiores honorabiles : La lucretia de marino da monte 
hauendo bisogno derescotere suo figlolo uenne li a sammarino adim- 
pegnare certe sue cose a Musette giudeo el quai gledette doj fio- 
rinj faisi dej quali uene remanda uno, pregoui gle uoliate prouedere 
aquesto che e la deffatione de le pouere persone et gran uergogna 
auoj, et per niente e cosa da comportare. Perche uoj non crediate sia 
mancamento de laltra parte, ue mando questadonna propria che 
toise idicti fiorini pregoui gle uoliate prouedere, che pure inquesti di 
ne fo dato unaltro ala samaritana de qui per lo simile modo. Reco- 
mandome auoj. 

PQtremaurj die. XX Junij 4459. 

Uqolinus db bandis. 

(Au verso). Magnificis maioribus honorabilibus Gapitaneis Terre 
Sancti Marinj. 

(Arch. gOY. id., id. 1459.) 

X. 

Notes des dépenses faites par les Capitaines-régents avec de Pargent 
emprunté aux Juifs. 

s. Marin, 1452. 

A. 4462. 
Spesa facta per la venuta de lo Illu<^ S. Conte de Urbino et de la 
Illustrissima Madonna Baptista sua donna a san marino 



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LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MABIN 249 

Item receuemmo da Moselto bologaiai vlntedoj per pullj equalj 
receuette el Gap<^ Riccio. libr I 8 2 d 0. 

Ilem pago eldiclo Mosetto o uero de amariao de braalino bolo* 
gnini TiDteotto. libre 4 s 8 d 0. 

Item de eldicto Mosetto per pullj doj bologaiai de sale et doi maoj 
de caxio moato bologaiai viatedoj. 14 s 2 d 0. 

(Arch. gov. Libro di entrate, etc.,b. 264.) 

XI. 

S. Marin, 1464. 

Mémorandum de Vargent emprunté à la juive Anna par la régence. 
A. 1464. 

Item da laaaa giudea bologaiai diece dequatriaj. 

LO 8^0. 

(Arch. gov. Libro di entrate, etc., b. 264.) 

XII. 

Casteldurante, 7 septembre 1464. 

Le Comte Federico di Montefeltro prie les Capitaines-régents de vou- 
loir bien obtenir des Juifs de S, Marin la restitution d'une somme 
d'argent quHls ont empruntée aux moines franciscains. 

[Spjectabiles amici carissi[mll. 

Li fratrj de saafraacescho me dicaao che haaao adauere certj de- 
naij de certi giuderj deli et che maie li e teauto ragioue uade coasi- 
derato che soaao persoae pouere et cbe aache questo fatto sapar- 
teae adio vepregaria che noi li facieste teaere ragioae sumarie et 
expedite et che possiao hauere el loro senza alcuao litigio per che 
queste soaao limosiae che uoa se perdaao. 

Ex duraate vij setembris 4464. 

Federicus comes urbiaj Moatisferetrj ac duraatis, etc. 

(Au verso). [Spec]tabilibu3 amicls aostris [cajrissimis capitaaijs 
[tjerre Sammariaj. 

(Arch. gOY. Cari. alU Regg., 1464.) 

XIII. 

Carpegoa, 9 décembre 1468. 

La Comtesse Catherine de Garpegna prie les Capitaines-régents de vou- 
loir bien arranger pour elle une petite transaction avec le Juif de 
S, Marin. 

Speclabiles Virj amicj hoaorabiles. Elfo morto quj uao Alisaadro 
elquaie era mio fameglio et hauea moglie quj ala castelacia et eldicto 
feua ifattj mij et haueado luj certj pegoj li algiudeo Iqualj pegoj 



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2S0 RBVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Usoaoo ancora et siendo inquesta stato la mastellj del mio grano 

per lusura algiudeo pertanto vipregaria vipiacesse daendo io el buo 
douere aldicto giudeo merendesse idittj pegnj aciocbe io non per- 
desse elditto grano laquale cosa hauero inpiacere da uoj Quando io 
posso niente, per uoj so continuo aparechiata Et quando el giudeo 
volesse sicurta )j cbe didictj pegnj che maj uô hauere impacUo 
lidaro. 

Garpignj die 9 decembris U68. 

Catberina comitissa Garpignj. 



XIV. 



(Arch. gov. id., id., 1468.) 



Rimini, 7 août 1472. 



Giovanni da Paenza écrit aux Capitaines-récents au sujet d'un scandale 
dont on accuse un Juif. 

...Gum hoc sit : quod talis bebreus diceretur et Incuiparetur 
quod carnaliter cognouisset talem muiierem et ipse bebreus doceret 
non esse... In questo modo serae cauto benissimo el dicto bebreo 
ne per tai transactione se proua tal deliclo essere slato comesso e 
anco lobonor de liparenti de quella femina. Io non bo diclo cosa 
alcuna de tal facende alsibitore ne ancora diro ad altri. perche non 
sono facende da publicar. Ve auiso che del dicto ex bîbitore non se 
Receuuto cosa alcuna séria stato meio chel gludio hauesse mandato 

luj cbe me aria pagato. per cbe era caso meritaua elpresio 

(Arch. gû¥. Cart. alla Regg. 1472.) 

XV. 

S. Marin, 17 mars 1478. 

Revision des comptes du Juif Mathasias avec VÉtat de S. Marin. 

Adj. xvii demarzo 4478 fo veduta larazione de matbasia ebreo per 
li spectabilj homini Simone de maestro autonio et ludouico de mi- 
cbele houorandi capitanei de Samarino per el tempo dei sei mes 
passât! cio e da octobre 4477 fino tutto el présente mese demarzo 
1478 resta adare ai comune per dicto tempo libre tredexie soldi cin- 
que et danari sei. 43 5 6. 

(Arch. gov. Liber of fi lialium etdebilorum commuDis 1478-1520.} 

XVI. 

S. Marin, 30 septembre 1478. 

Mime odjet. 

Adj ultimo de stembre 4478 fo ueduta larazione per Noi Gapitanij 
Simone demarino et Giobanne de Icalcignj de Ipagamenti facti per 



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LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MARIN 251 

Madasia ebreo et loseph suo fradello et seruioienti del inulo al tempo 
de la nostra capitaaanza. et del salario de aprile et maggio. che loro 
soQQo teouti alla comunita. perche de 11 ladreto 11 fo tolta la liceatia 
de la comuoita de prqstare resto hauere dlcto madasia ueduti Idicti 

pagamenti libre doQ et sol 

{Ibid.) 

XVII. 

Urbin, !•' février 1480. 

Le comte Ottaviano degli Ubaldiai prie les capitaiaes-régents de 
vouloir bien s'intéresser au sort du neveu d*un archevêque qui s^est 
rendu coupable d'une faute avec la complicité et à l'instigation d'un 
Juif et d'uQ autre mécréant. 

(Àrch. gov. Cart. alla Regg. 1480.) 

XVIIL 

Cesen8,22 mars 1482. 

Vévêque Tiburtin, gouverneur de la Romagne, demande aux Capitaines- 
régents qu'ils fassent arrêter et emprisonner un voleur juif. 

Spectabiles Viri Amici nostri Garissimi : 

Perche 11 ladri sonno moite uolle Gasc[ione] de La ruina de [li] fidi 
homini... siando accapilato 11 in San Marino uno Benedecto altra* 
mente Barocho hebreo el quale in sieme cum uno altro ladro el quale 
e preso qui nelemano del podesta de cesena ieri xe quindece dî che 
rubarno in lo Bancho de uno datolo de lione. . . cinlure et anella de 
valuta de circha ducento ducati et mo in quella nocte... hauea ru- 
bato pur adicto datolo de dicto bancho per ualuta de apresso dimolte 
altri ducati : quafe robbe erano de diuerse per[sone de] questa cita. 

(Arch. gov. Cart. alla Regg. 1482.) 

XIX. 

S. Marin, 1491. 

Comptes des juifs Mathasias et Joseph avec la Régence, 

(A. 4494.) 
Mathasia hebreo de hauere adj VI demaggio 1491 per la uectura del 
suo Gauallo. 

El capitano Antonio debe dare alacomunita 4494 

Et più dedare U 47 d 6. 

^..da Joseph hebreo. L 47 d 6. 

(Arch. gov. Libri del Camerlengato 1491.) 



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252 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

XX. 

S. Marin, A mars 1492. 

Élection du juif Raphaël au c baïuo ^ de S. Marin. 

In Ghrlstl nomine anno U92 lad X^ die quarta mense Marlij. 

Raphaël bebreus conductus a communitate terre Sancli Marinj re- 
cepit eius ofQlium ex communl cum pactis et conuentionibus in eios 
capitulis coDtentis manu Egregijs vlrj Santj Maurllij. 

Quj hoc breue mutuauit communltatj... libras denariorum quae 
non debent ex computarj Disi lapsls duobus annis. 

(Ârcb. gov. Liber olfitialium, etc., c. iOO, 1478-1520, b. 265.) 

XXI. 

S. Marin, 4 janvier 1493. 

Comptes du juif Raphaël avec la Régence. 

Adi 4 degenaio 4493. 
Rafel de Josef ebreo babitatore asan marino di hauere dalla comu- 
nita de desancto marino lire quarante uua etsoldi trj iqualj forono 
pagatj amaestro antonio murador de commissione de pagamenlo. 

Ll. 44 . 3 . 

Epiu djhauer dicto rafael adj 8 de genaro 4493 iquali baue Impe- 
gnato Bonifacio soldj uinlij et dinarj quatro. 

• Ll. 4 .0.4. 

Epiu dihauere adj Odegenaro 4493 iqualj haue... Ghristofano per 
mandare miser dolce a cesena ducatj duj doro. 

Ll . 6 . 20.0 

Epiu dibauere dicto rafael adj 18 degenaro i quali sonno dati 
amiser dolce per lasua fatlga ducatj dodexie doro. 

Ll 39 . . 

(Ârcb. goT. Libri del Camerlengato 1491-1512.) 

xxn. 

S. Marin, 6 mai 1494. 

Comptes du juif Mathasias avec la Régence. 

Matassia de muxetlo ebreo dasamarino dibauere dala Gomunita de 
samarino per lauettura del suo cauallo al tempo de sermenetto el 
francesco de antonio danextaxio in prima per una andata acessena 
stette duj dj elquale haue antonio de polinoro Item haue el dicto 
cauallo bonifatio duj dj che ando aparlare al S. ottauiano sopra el 
fatto delà trega Item haue el dicto cauallo ser antonio de giroiamo 



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LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAX-MARIN 253 

tij dj perfare la trega cum Ij homiae de ueruchie monta in tutto fo 
?eduta adj 6 demagio U94 la dicta razione. 

Ll. 4 . s. 45 ,dj 0. 
(Arch. goT. Libro del Ctmerleogato 1491-1512, c. 19.) 

XXIII. 

S. Marin, 31 juillet 1494. 

Matassia de mozelto ebreo da samariao dihauere data comuoita de 
samarino soldi vlnteotto li qualj li fece bonj slsmondo tesaro per 
resto del suo seruito ali contagiosi de la peste et questo fo de coq- 
cessioue de sismondo debitore del dicto matassia et de questo ne 
apareboletta ad in ûlza adj. ultime de luglio 4494. 

L14 8 8 do. 

E plu pago dicto matassia . s5 d40. 

E piu pago dite matassia libbre tre et soldi dece sette per naulo de 
lenzole et coperta el quale tenne maestro antonio muratore mize * 
undece monta. Ll 3 s 47. 

Epiu pago dicto matassia libre 7 per letto e coperta 7 leozole per 
mixe quatordice e quale. Ll 7 s d 40. 

XXIV. 

S. Marin, juin 1496. 

Comptes de la Rigence avec les juifs Raphaël et Joseph. 

(C. 444.) 
Et piu pago dicto Gapitano fabritio de pier lione bolognini Cinque 
araraelle hebreo per partj de quelli homini al bauere dal comune. 

L 85 d. 
(G. 450.) 
El adj VIII de giugno di dare dicto capitano bol. lU et dinari sej 
per Capis. . . in Josepb bebreo de Jeronimo deberardo. 

L — s3 de. 
(Arch. goT. Libro del Camerlengaio 1494-1502.) 

XXV. 

s. Mario, septembre 1496. 

Comptes de la Régence avec le juif Raphaël. 

B[ic6Yette] la Gomunita de Samarino dal Gontra scriptoMateo libre 

▼intl i quale acordo rafaello ebreo al quale era Gredilore de la Gomu- 

Qita de dinare prestj a la dicta Gomunita iquale dinare a Gordate fo 

al tempo del Gapitano fabritio et Sabatino de biaucbo et fo del meze 

«leSeiembre 4496. Ll 20 sO d 2. 

(Arch. goT. Libro del Camerlengaio 1491-1512, c. 33.) 
1 ^ ^. 



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284 ftEVtJË DÈS ÉTUDES JtJIVÊS 

XXVI. 

S. Mario, 1497. 

Paiement fait par le juif Mathasias au capitaine-régent Malteo 

di Tura. 

Epiu pago el sopra diclo Matasia al Capitano Mateo de tiire soldi 
quindexe de qualrini et fo del 4497. L s 45 d 6. 

(Arcb. gov. Libro del Camerlengato 1491-1512. 

XXVII. 

S. Mario, 20 sept. 1497. 

Contrai entre les sindici de S. Marin et le juif BaphaëL 

In christi Domine Anno abeius natiuitate mîllesimo qualragix[imo] 
Nonageximo septimo Jndictione XY^ tempore pontificatus domiDJ 
Dostrj dominj alezandrj papa sextiet die vigexima Septembris. 

Speclabiles virj Simon magrj Antonius de bellucijs el Evangellsta 
quondam Jeronimi de bellucijs de terra sancti marinj. 

Sindici et procuratores Gomunis et Universilatis terre sancti marinj 
et Raphaël quondam damirandola hebreus et habitator terre predicle 
sancti marinj. Et in presenliam habitator Gastrj petragutola... etc. 
(Arcb. gOT. Liber OfaUalium 1478-1520, c. 132 v.) 

XXVIII. 

S. Marin, 14 mai 1498. 

Comptes du juif Mathasias avec la Régence. 

E plu pago el sopra diclo al Gapitaneo ser giohanne libre tre et 
soldi sette i qualj haue el podesta et fo adj 14 de magio 4498. 

L13 s 7 dO. 
Epiu pago dicto Mattasia ouer li fe booj ser giouanne de menghioc 
libre otto et soldi tredexe per parte de suo salario del capitaneo con 
valente de paulo 4498. Ll 8 s 13 do. 

(Arcb. gov. Libro del CamerleDgato 149M512.] 

XXIX. 

s. Mario, 1501. 

Prix de cinquante faisceaux de bois achetés par la juive Oeniile. 

(C. 487 V. — a. 4501.) 
Item hauuto da la Genlile de Mathasia per cinquanta fasine de 
lignio che 11 uenditeno alafornaxa. Lbre s 10 d 0. 

(Arcb. got. Libro del Cimerle&gtto, c. 189 ti — a. 1501.) 



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LES JUIFS DANS LA BÉPtiûUQUE DE SAN-MAtllN 268 

XXX. 

Fo88ombrone, 4 mai 1502. 

U I^ue Ouidobaldo d'Urbino prie Us Capitaines^réffents de vouloir bien 
faire rendre raison à son protégé, le juif Raphaël. 

Spectabiles Amici amantissimi. 

Raphaelle ebreo homo loio : dice hauere una causa con Jacobo de 
Rainaldo dafaitano : per la quale allreuolte ve bauemo scriplo : ezbor* 
taodoue ad farli expedila ragione : che noa li fosse necessario omne 
di essere la spese : et viaggi. . . 

(Arch. gov. Ctrl, alla Regg. 1502.) 

XXXI. 

s. Mario, 31 Juillet 1502. 

Crédits du juif Aronino, 

Aronlno de Malasia ebreo di hauere per sue andate per uao letlo 
dato lu Gomune per li lonbardj como apare boletla ad infilza fatla 
per mano de Ser Antonio de mauritio ad ultimo de luglio 4502. 

L 3 s 44. 

(Arch. gov. Libro di cred. e debiti, b.265 — a. 1502.) 

XXXIL 

S. Mario, 31 juillet 1502. 

Créances du juif Àronino. 

Adj. ultino de JuliJ 4502. 

Maestro maleo de Jacomo Sarto da ferara di dare per uno malefitio 
comesso lola persona de Aronino ebreo libre sette et soldi dece e 
questo e de Gomissione del Gonsiglio de i dodece Bt a soj preghe et 
comandamentj Gristofano de maestro Jacome da Samarino 11 fe la 
sigurta non pagando m» maleo sopradicto de pagare de si et de suo 
Et la dicta Gomunita ouero Gonsiglio le fe termine quatro mixe pro- 
8lme da venlre. L7 s 40. 

(Arch. goY. Débit, e crédit, b. 265 » a. 1502.} 

XXXIIL 

Rimioi, 8 avril 1523. 

Le juif Raphaël demande aux Capitaines-régents la permission de venir 
s'installer à S. Marin avec sa famille. 

Magnifice Gapitanie saluie etc. Mando el présente messo quai e 
Abramo mio garzone per fare Intendere auoatre magniûcentie como 



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n 



256 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



mia fantasia séria venire ad abitare la su convoi quando ve fosse Im- 
piacere e questo chio facie none chio. • . acio per che lalerra sia tropo 
In defectto ma solo el fo per. • . venimo verso lastata che alitempi de 
sospeiti non e bono stare In quesli lochi e rnacsime qua che per ogne 
doglie de testa se serrano In Casa senza rispecto per tante ue TOglio 
pregare Garamente che me vogliate aceptare Gon la mia brigata che 
senno nepti e sani dio gracie e plu siate seguri che gia sonno giomi 
dexi che noi non hauemo aperla botega per respetto de la nostra 
pasqua e plu che sempre slmo stale serali In Gasa e piu che dio gra- 
lie nullo de nostri hebrei simo In suspetto alcuno e simelmente tata 
la nostra Gontrada : ancora per una altra Gausa me mono laquale 
Intenderete da Gonsiglio e musette non altro auoj signorie de Gonli- 
nino umilmente marlcommando In rimino adi 8 de aprile 4523. 
El vostro fidelissimo amico, 

Rafaellb q. menachem hebreo de arimino. 

(Au verso.) Alimagniôce Gapitanie terra : S. Marino magiori hooo- 
randi. In S. Marimo. 

(Arcb. gov. Cart. alla Kegg. 1523.) 

XXXIV. 

Rimini, 9 mai 1527. 

Sigùmondo Molattsta prie les Capitaines-régents de touloir bien pro- 
téfftr les Juifs de Rimini qui demeurent à S. Marin contre Vkostilili 
des citoyens. 

Magnifie! Gapitani di laterra di S^» Marino Amici nostri Dilectis- 
simi : Ëssendo uenuti auoi Alcun hebrei di questa nostra citta liquali 
haueaiio et hanno le loro famiglie di li in la nostra terra : dolendosi 
che ad nostra Instantia li homini di S. Marino li uogliono dare fuga 
et non uogliono che loro famiglie habitino in la lor Gorle dil che ni 
hautsmo preso qualche et non poca admiratione che nostra mente 
non fo mai di ezortarui a mander uia predicti hebrei ne Altri solo 
quelli che nostri subditi ma inobedienti et mei et coxa nostra Gontra- 
rij li quali parra a tucto El monde facesti piu contode loro che del 
nostro proprio Gomodo di noi el di questa nostra Citta Perho ui 
dicemo et pregamo predicti poueri hebrei non Gognosciatj per quelle 
che noi non li Gognoscemo Anci per Amor nostro li fareti ogni 
Gomodo che ci sera Gralo et faremo ancora noi questo medemo et 
dipiu per Amor uostro ci ricommandiamo Arimini die VIHj maij 
M D XXVIj. 

Di V. M. bono Amico. 

SiaiSMUNDO DI Malâtbsti. 

(Au verso.) Alli Mage» Gap. di la Terra di S. Marino Amici nostri 
dilectissimi, 

(Arch. goT. Cart. alla Regg. 1527.) 



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LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MARIN 257 

XXXV. 

S. Marin, 5 aTril 1530. 
Die 5 aprilis 1530. 
De ludeo tenenle banchum in dictam terram an debeat portare 

sigDum distinctum a christianis et an possit exigere 

Fuil conclusum 

Item quod hebreus debeat portare signum distinctum a christianis, 
et quod non possit se... super pignoribus nisi de mense integro 
computato de die ad diem Tantum et pro rata mensis et non ultra. 
(Arch. gov. atli del Cont. Princ, b. A. 3, c. 58 v.) 

XXXVL 

Ancône, 28 tepiembre 1533. 

Salomon Bonav&nlura, banquier Juif, supplie les Capitaines-récents de 
vouloir àUn intervenir entre lui et le mari de sa nièce pour que ce 
dernier rende Vargent et les objets qu'il a volés à Salomon et à la 
ieune femme. 

Mage* s*** chapitanij et s'* del conseglio mei patri honorando sainte. 

Chredo che u. s. sia nota deli denari che raffeello figliolo de mena- 
cbem da rimino marito de dolce mia nepote figliola de mia sorella 
cbarnale me debitoro per contratti ducati tre cento quaranta de horo 
como che appare per contra ttj qui in ancona de piu notari per aiu- 
tarlo et souenirlo al banco de là de S^ marino de bando senza inte- 
resso alcuno et poi lifeci fare compagnia in arimino ne la strazaria 
de saluator et ezachia suo fratello barettari pure per che fesse bene 
et se leuasse del uitio del giocho che lui aueua pur tuta uia non 
passo une anno emezo che bisognio pagare alli ditti soi compagni in 
la strazaria in rimino del banco Ij de s^» marino ducati cento cin- 
quanta de oro per debito che luj aueua fatto per il suo giocho che 
aueua giochato corne se salamone deli fatlor del ditto bancho che per 
man sue foro pagatl ditti denarj elli spesi che ce fo fatto del banco 
de u. u. s. oltra de questo uendette la chasa ha gralia die de bolo* 
gnia... fora de tuta dilta chasa et bixogno che ce consentisse la 
donna per che laueua fatto obligare nel primo debito che luj aueua 
fatto sentendo et uedendo questi acti io uenni asanto marino et uolse 
che dette ar... me chauteiasse deli mei denari et meseobligo sala* 
mone de daniello ten... schrochi fattore de ditto banco de santo 
marino pagarme ognie anno cinquanta ducati doro etmandarmeli qui 
in ancona attuti soi spei come che appare del tutto per mane de ser 
antonio de pier tomasso deli tonzini deli de santo marino celebrato 
ditto contratto adi 26 de agosto 4528 come che no la fede de ditto 
contratto de man de ditto notaro in man mia de ducati tre cento qua- 
ranta de oro del quale io non neo hauti se non cercha cento cinquanta 
ducati doro po.. .questo uedendo chel ditto raffaello andando sempre 
T. XLVIII, N« 96. 17 



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^8 REVUE DÈS ÉTUDES JÛlVÉS 

de maie in pegio in queslo suo giocho spoliando la sua donna mia 
nepola de tuti soi cose sottile de oro et de argento el fine ala uer- 
getta doro con che la sposo etuti li altri soi parramenti de lane et de 
lino liquali li aueua dati in dota oltra alli doi cento ducali doro largi 
contant! che fece la suma in tuto de doi cento cinquanta ducali doro 
largi corne che appare per instrumente publico et contratlo dotale 
detilo lo del mio in charta pecorina con fede de chancellero et con il 
sigiello de la comunita de rimino troua ndome io in rimino et era 
présente el ditto rafaello et dolce sua donna mia nepota ei salamone 
sopra ditti fattor del ditto banco chiamai ser iustino de rimino nota- 
rio de banco et Intrai in tenuta nel banco di s<<> marino per la ditta 
dolta de mia nepota et prodestai et séquestrai al ditto salamone fator 
de ditto banco che lui non desse denari ne robba ne nisciuna allra 
cosa finente che prima io non era fornito de essere satisfatto del dé- 
bite deli tre cento quaranta ducati de oro che ditto raffaello ma 
addare et poi per li doi cento cinquanta ducati doro per la dota sopra 
ditta che io odate amia nepota sua donna : et cose el ditto raffaello et 
ditta sua donna acceptarono tutti li sopra ditti cosi edissero al ditto 
salamone che fesse quanto io laueua ditto e cosi ser iustino sopra 
dito del tuto se ne rogo quantouque el ditto salamone fattore del ditto 
banco non erestaio pero che non abia fatto stochi e mali contratti con 
il ditto rafaello «fatto quello che glie piacuto pur che li sia retomato 
eresuUato in suo bruficio de ditto salamone et io sempre pregando et 
exortanddo ditto salamone piu per mio amor non uoglia far tal cosa 
con il ditto rafaelo equesto lui il simile trouandome in rimino coa 
ditto salamone in presentia de piu epiu ebrei io lo pregaj et exortai 
sel ditto raffaello andaua li in santo marino che non io aceptasse in 
chaaa atento chel ditto salamone sera iamentato con mecho piu epiu 
fiati che ogne fiata ^el ditto rafaello ueniua li setrouaua sempre 
manco quai che cosa eche per tanto che dicesse chel ditto raffael 
strouasse adoue stenlare la uita sua al troue cheli gia che non asa- 
puto cognioscere il ben et io per uia de questa charestia et uedendo 
mia nepota in extrême denudata de robba e de charne e acatando per 
la more de dio non houoluto auer tal mancamento che se dica che la 
nepota mia uaga acatando da nisuno et lo fatta uenire qui in ancona 
con il suo figliolo maschio in chasa mia so con laiuto de idio non la 
manchare da mangiare e la ôgliola femina la lassata in rimino in 
chasa de uno altro suo parente per lispesi. Et tuto questo ho fatto et 
fo per che la mia nepota con lisoi figlioli habiano qualche cosa enon 
uagano per merceda da nisciuno si che per questo suplicho de gratia 
eprego ad y. M. s. che uenendo il ditto rafaelo li in santo marino che 
lidati licentia per che non habia mandare amale quel pocho reste che 
e nel banco quantonque ha il ditto salamone la uacchetta del banco 
dice in nome de raffaello sa il ditto salamone quando foi ad rimino 
io glie ladetli con limei mani questo luio et sa lui tuti questi cose 
sopra scritti desopra si che per questo non po pecchare par ingno- 
rautia et dire cbe non losapeua ma io me ne ualero de lui e ariuaro il 



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LES Juifs dans la i\épublique db sak-marin ^ 

ditto salamone fine aterzo generatio con la rasione in mano che gia 
con maestro de lui ho hauto da fere et co la rasione lo fatti stari in 
deretto et lui e rafiaelio e slato chasoni che io non no meso piu de- 
nari del ditto banco li asanto marino : siche per queslo ne prego v. 
m. s. che non ne in paciatl in tali cosa per che la mia in tentione non 
e de auerce io uostri magnifici s. se non bona seruitu con tuti et non 
noria che ditto raffaelle et salamone ue metessero u. m. s. in quel 
pelego che poi u. m. s. ne hauesero penti et sapienie peulo etc. et 
sapittl che io séria uenulo li insanto marino in persona se che io ho 
a expedire con la S. del R^o chardinal legato delà marcha certi breui 
de importanaa che io adussi da roma etc. ma io me refido ne la pro- 
denlla de v. m. s. che sapeti dare expeditione amaglo cosa che 
quesla arestandome sempre seruitore de v. m. s. de qualunque cosa 
che per me sep[o] come che minimo u. seruitor et aquella sempre 
maricomando et Bene ualeli. , 

In ancooa adi 2S de septemmoro 1533. £1 uostro «eruitore sala- 
mone de bona uentura banchiero de ancona §. 

(Au verso.) Alli Mag^^i s^» chapin» et S" Gonseglieri del mag^^® con- 
seglio de santo marino Soi patroni honorando. 

(Arcb. gOT. Ctrt. alU Regg. 1533.) 

XXXVII. 

Rayenne, 3 février 1537. 

Le gourerneur de Havenne informe les capitaines-régents que le 
juif Sanson de St. Marin a acheté un manteau de drap noir de Venise^ 
qu'on a volé à Rayenne. 

(Arch. gov. Cari, alla Regg. 1537.) 

XXXVIII. 

San Léo, 12 juin 1537. 

Le Capitaine et les Priori de San Léo anooneent aux Capitaines- 
régents de San Marin la conversion et le baptême d*une Juive et les 
prient de vouloir bien lui faire l'aumône lorsqu'elle ^arrivera à S. 
Marin. 

(Arcb. gov. Cart. alla Regg. 1537.) 

XXXIX. 

Badia, i5JaiBi8a7. 

Le Vicaire Berardino Giannini prie les Capitaines-réigents de vou- 
loir bien accueillir favorablement ia Juive convertie de San Léo. 

(Arch. gov. Cart. alla Regg. 11^70 



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260 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

XL. 

S. MariD, 29 août 1539. 

Déliàération du Souverain Conseil à l'égard du banquier juif 
de S. Marin. 
Die 29 augusti 1539. 

De Hebreo bancherio petente sibi concedi liceatiam uel tolerari ut 
mutuel pro tribus quadrantibus pro libra. — ...super salomone 
hebreo et condemnatis. 

(Arch. goT. Atti del Cona. Princ, b. A. 3 — c. 128 t.] 

XLI. 

S. Marin, 7 noyembre 1541. 

DilibératUm du souverain Conseil -au sujet dujuifSalomon. 

Die lune 7 noyembris 4541 . 

De suplicatione Salamonis hebrei super suplicatioue Salamo- 

nis hebrej quod dicta suplicatio signetur et concedatur ei 

(Arch. goY. Atti del Gona. Prim. b. A. 3. c. 157 ^i.) 

XLII. 

S. Marin, 4 aeptembre 1542. 
Die 4 septembris 4542. 

Quod Salomou hebreus bancherius petit sibi confirmari capitula 
banchi. 

(Id. id. G.176r.) 

XUII. 

S. Arcangelo, 21 avril 1546 

Les anciens de S. Arcangelo invUent les eapitaines-réçents de S. Marin 
au baptême d'un Juif de leur ville. 

MagDifici s. fr^'* bon. Angelo za hebreo nostro conteraneo Inspirato 
Da Dio lune proximo che uiene. Viene a latto del Batezarsi a farsi 
Xpiano alla nostra pieue de san Michèle qui et assendo cosa da pu- 
blicar e mandarne notlcia a ciascuni vicini nostrl et in specie aquelli 
che speramo deuerne hanere gaudio pero a vostre signorie comme 
anostri honorandi amici ne damo Noticia et le Jnuitamo se serra co- 
modo a Retrouarsi atal aquislo, et che lo uogliono fare publicare 
per II Reverendo padre predicatore suo. che ci farra gracia et ce gle 
offeremo. et Racomandamo. 

Da s^ Arcangelo li 21 de aprile 1546. 

De V. S. 

Gommo fratelli li Antiani. 

De s^ Ar>o, etc. 



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y. 



LES JUIFS DANS LA RÉPUBUQUE DE SAN-MARIN 261 

(Au verso) Mag«^ D*»'» Gapitaneis Terre st marinj bene merito Nos- 
tris Tamqua m Fralribushon [orandis]. 

In San Marino, etc. 
(Arch. OoT. Cari, alla Regg. 1546). 

XLIY. 

Rimioi, 8 août 1546 

Cornelio dal Garro recommande très vivement aux capitaines-ré- 
gents le juif Salamon, qui leur apporte sa lettre. 

(Arch. Gov. Cart. alla Regg., 1546) >^ 

XLV. 

S. Marin, 9 octobre 1547.) 

Délibération du souverain Conseil. 

Adi 9 de octobre 1547. 
De le cose del Giudeo... 

...Del Giudeo che non si lassi imprestare ne aluno ne alaltro 
giudeo... 

(Arch. Gov. Atii del Cône. Princ. b. B. 4, c. 4 v.) 

XLVI. 

Aucune, 10 octobre 1547. 

Les frères Juifs Samuel et Angelo du feu Salomon supplient les 

Capitaines-régents de vouloir bien s*intéresser à leurs affaires à St- 

Marin. 

(Arcb. Goy. Cart. alla Regg., 1547). 

XLVIL 

Rimini, 8 féTrier 1548. 

. ri 

Le Juif Samuel d*Ançône annonce aux Capitaines-récents renvoi à 
S. Marin de son représentant commercial. 

Mag<^ S'^ Capitanij Mei patroni osser™' La de V. S. W^ diretta amie 
fraiello Thabiamo riceuuta in ancone nel giorno de domenîca prima ';^ 

passata. alla quele respondemo che de breue semandara II nostro ' •^1 

bomo li efarra tanto quanto deue in contentare el popolo deli pegni ' «t 

che chiegono. E per essere io acauallo perandare a ferrara per cosa a 
me de importanza sarro breue. Et alla bona gratia delà Y. S. W^ ne 
racomandamo da Rimino ali 8 de Febraro 4548. 

D. y. S. 

Servitore Samuello già de Salamon bebreo banchiero in Ancona. 

(Au verso.) AUi molto Mag<^' S'^ li s^" Capitanij de s*«> Marino mei 

patroni Honorandi. 

[Arch. Gov. Cart. alla Regg. 1548.) 



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262 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

XLVIII. 

Âncône, 8 février 1548. 

Ia Juif Angelo Bonaventura annonce aux Capitaines-régenis V envoi de 
Salamone da Corneto. 

Molto Mag<5* et honorandi signori-per una délie S. V. ho Inteso 
apieoo II bisogno et la scomodita di molti circa il potere riscotere, 
loro pegDl, le quali subito moosirai a mio fratello, del che lui et io 
cidolemo di tutti vostri dishagi, per II che subito deliberamo man- 
dare II présente Salamon da Gor[De]lonostro agente II quale habia II 
carlco dl restituire il pegni a quelli che uorranno scuotere Corne ê II 
douere et si le S. V. M. si fossero risolute circa al sequitare lim- 
presto II qbal luogho gia II 'detto Salamon da Gor^^ o allri starria et 
stanziaria Illi continuamente et tutij quelli che volessero Impegoare 
ô riscotere sarano seruitj senza alcuoo Indugio, perô quando a quelli 
piacia rlsoluersi per lo auenire se si ha da sequitare ô no et dire Uni- 
mo loro al detto Salamon II quale ci darra auiso del lutte che stare In 
questo modo non fa per le S. V. ne per noi, ne occorendo altro per hora 
resto al seruitio dele S. V. et basciandoli humilmente lemano del cod- 
tinuo me 11 raccomando. Di ancona ali 8 de febraro 1548. D. V. M. S^'^ 

Seruitore Angelo di Salomon bonauentura. 

(Au verso.) Alli molto Mag*» s"* li s^ Gapitanj de S*<> Marlno patronj 
honorandissimi. . 

(Ârch. Gov. Cart. alla Regg. 1548.) 

XLIX. 

S. Marin, !«' mai 1548. 

Le souverain Gonseil s'occupe d*un Juif dans ses délibérations. 
(Arcb. Gov. atU del Cens. Princ. b. B. 4, c. 10.) 

L. 

AncÔDe, 7 août 1550. 

Samuel fils de feu Salomon, Juif d*Ancône, répond aux Capitaines- 
régents qu*il attend son frère Angelo, arrivé'de Rome, pour donner 
une réponse définitive à leurs communications. 

(Arch. Gov. Cart. alla Regg., 1550.) 

LI. 

Rome, 17 août 1550. 

Un banquier Juif anonyme répond aux Capitaines-régents qui Vont 
invité à venir à S. Afarino. 

Molto Mag«^ Sig^* et padronj miei oss"»*. 

La delle S« V. M^ de 3 présente ho riceuuto et per essa inteso il 



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LES JUIFS DANS LA HÉPUBUQUB DK SAN-MARIN ^63 

blsogno délia Mag<^ Ck>mmuQila voslra di hauere uqo hebreo che fac- 
cia un banco cosd, et ritrouandomi hora qui in Roma non ho poluto 
fare dopra eio deliberatione alcuna, glie ben vero cbe Tanimo mio è» 
hora corne sempre fù de seruire quella mag<^ Gomunita essendogli 
slatodi conlinuo afTettionato seruitore, et quella seruitù che la Casa 
miahahauuta con loro Tantj annj, desidero che perseueri montre 
sarro uiuo, sichele S. V. sarran content! aoprasedere questa Causa 
sino a qualche giorno dopo il mio ritorno in ancona che sarra di eorto 
piacendo à idio : la doue mi sarra molto plu facile il pigliar aopra ci6 
alcun bono apunlamento et per quella mag<^« Gomunita et per mè 
il che mi sarra quanto piu puô essere caro et lo riceuerô da quelle 
per estremo piacere tenendogliene perpetuo hobUgho, allequali fa- 
ceiido per hora fin^ Ilumilmente mi raccomando basciandoli deuo- 
lamente la mano, et idio le conseruj di continuo felici, Da Roma. 

(Au verso.) Alli Molto Mag'^' mei sig" et padronj ossmi li sig"^ Gapi- 
tanij de la terra di sanmarino. (A San Marine) 

Ali M de agosto <550. Di V. S. M. 

(Arçb, Qov. Cwt. tUa Regg. 15*8.) 

LIL 

Rome, 17 août 1550 

Angelo Bonaventura prie les Gapitaines-régents de vouloir bien at- 
tendre son retour à Ancône, parce qu*il est très désireux de les sa* 
tisfaire en établissant un « banco » à St-Marin. 

(Arch. Qov. Cart. alla Regg,, 1550.) 

LUI. 

Rome, 14 janvier 1553. 

Pler Paolo Bonelli renseigne les Gapitaines-régents au sujet d'un 

procès contre les Juifs d*Ancône. 

(Arch. Gov. Cart. alla Regg. 1553.) 

LIV. 

S. Marin, 16 avril 1553. 

Délibération du souve)'ain Comeil. 

Adi 46 de aprile 1553. 

Del mestro de la scola et mettere datij per potere pagare dette 
meslro 

Del mestro di la scola fu concluso si tollesse. . . et che cosi per pa- 
gare dette mestro di scola come per bisogDo délia comunita si to- 
gliesse uno Hebreo che uenisse a stare qui a imprestare con il datio 
solito et capitoli et datio come parera al conseDglio deli dodici al 
quale fu rimesso tal cosa... 

(Arch. Gov. Alti del Cons. Princ. b. B. 4. c. 83 v.) 



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•'.- 



264 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

LV. 

S. Mario, 25 juin iS53. 

Délibération du Souverain Conseil. 

AUi 25 de Giungno 4553. 

Dello hebreo de conduire a stare quj a Beneôtlo dellj huomenj del 
luogo Dostro... 

. Ghe possendosi hauere uno huomo da bene si coDducesse quj uno 
hebreo quale hauesse a tenere quj el baucho et Imprestar deuarj....* 
]j Pegnj accio Ij hûomenj di questo luogo fosseno seruitj quj nelj 
loro bisognj senza hauere ad andare di Fuora.... 

(Arch. GoT. AtU delCoM. Princ. b. B. 4. c. 109?.) 

LVI. 

S. Marin, 4 septembre 1554. 

Délibération du Souverain Conseil. 

Die 4 septembris 1554. 

Del condurre de lo Hebreo quai venera a stare qui e prestara per 
tre quatrinj per Huera et chel comune mandi uno in ancona ali he- 
redj de salamone ultimo banchero quj et si concordi con loro che pa- 
gara la spesaluj... 

Del Hebreo che si mandj secondo la petitione sua 

(Arcb, Gov. Atti del Gooa. Princ. b. B. 4, c.120 ▼.) 

LVII. 

San Léo, 2 octobre 1554. 

Gonseglio, fils de Leuccio, Juif, répond aux Capitaines-régents au 
sujet du <c banco » à St. Marin. 

(Arch. Gov. Cart. alla Regg. 1554.) 

(il suivre). 



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DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 



(suite kt pin) 



INDEX DES NOMS' 



Abram Àstrugii de Garcas- 


4423 


baylonus. 


sona' 






Abram Avicdor 


+ 1402 


medicus. 


Habram Bonafos 


U04 




Àbrakam Bonaffàs de Lilla ' 




Judeus de Sallone* 


Abraam Boneli Avigdor 


f 4423 




Abraam de Carcassona 


4420, 4423 


physicus, maritu 



quête, ôlie magistri Bon- 
senhor. 
medicus. 



medicus de Sancto Mazi- 
mino. 



Abraam Duranti Avigdor, 4423 

filius Duranti Avigdor 

Abraham de Nemauso' 4426, 4434 
ibraam Salomonis 4 446 

Abraham Samuelis de Lar- 4444 
genteria* 



' Voyex Bévue, XL VII, p. 238. Rappelons que cet Index comprend les noms des 
Jaib cités dans les pièces publiées par la Bévue, XLI, pp. 77-97, XLVII, pp. 221- 
254 et XL VI II, pp. 48-81. — La première colonne donne le nom suivant Fortho- 
graphe latine; la deuxième, les dates auxquelles les personnages apparaissent dans les 
tctfls ; la troisième, les indications relatiyes à leur profession, leur titre, etc. Les noms 
- des Juifs non Arlésiens sont en itajique. Le signe f dans la colonne des dates indique 
que le personnage est eit^ comme mort déjà à celte date. 

' Carcassonne (Aude). 

* L'Isle (Vaucluse), arr. d'Avignon ? 

*' Salon (Boucbes-du-Rhône), arr. d*Aix. 

* Nimes (Gard). 

' L'Argentière (Ardèche). 



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266 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 


Abram, filius Samuleti de 


4431 




Barrio * 






Abram de Villanova 


4407 


baylonus. 


Abrametus, filius Vitalis de 


4355 




Borriano 






Aronetui Goben 


4407 . 




Aronetus de Nemauso 


4407, 4435 


consiliarius universitalis j 
Judeorum (4428). 


Asser Gardi 


4407 




Astrugeta, ûlia Estes sive 


4402 


Judea de Arelate? 


EDglesie, soror Dulciete 






Astrugia, filia Creyssentis 


4 452 


, 


Teffilos 






Âstrugius Abraam 


4446 


medicus de Sancto Maxi* ^ 
mino* 


Astrugius de Bellicadro * 


4 407, i 4 459 




Astruguetus Béton 


4407 




Astrugius Boûdia Davini de 


4447 




Bellicadro 






Aslruc de Glarmout 


4401 




Astrugius Creguti d€ Oartt 


1434 


babiUtor caatri de SaUoae. 


filius Creguti de Qart 






Astrugus Dieulosal 


4407« 4420 


baylonus (4 420), 


Astrugius Durant! 


4431 




Astrugius de Latis * 


4446 


Judeus de Aqula^. 


Astrugius de Marvejulis ' 


+ 1458 




AatrucMeMarueiUs* 


1434, 4446 


consiliarius univorsilatis 
Judeorum (4446). 


Aslruc Porfach 


4401 




Astrugus Bosselli 


1402 




Astrugus Samiellis de Lar- 


1428 


consiliarius universitalis 


gentiera 




Judeorum. 


Astruc Tamain 


4484 


Judeus dQ Ma8aiUa^ 


Baronus Grescas 


4404, 4407 




Belestre, filia Salamonis de 


4431 


Sponsa Gresce Isaqui Na- 


Garcassona, phyzici de 




than!. 


Aquia 






Bellant Bellanli 


4402, 4445 


cirurgicus, baylonus (4 40t). 



* Il existe de nombreuses communes du nom de Barry ou L4 Barry dens cette ré- 
gion : Boucbes-du-Rhône, Ariège, Gers, Vaucluse. 

s Beaucaire (Gard), arr. de Nîmes. 

* Lattes (Hérault), cent, et arr. de Montpellier. 
^ Aix (Bouchee-du-Rhône). 

s Trois communes du département du Gard portent le nom de Maruéjols. 

* Doit peut-être, par suite d^une mauvaise lecture, être identifié avec le précédant. 
' Meyreuil (Boucbes-du.-Rh6oe), cent, et arr. d'AiXi 

* Marseille (Boucbes-^du-Rbône). 



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DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS DIABLES 



W7 



Bendig Ay m 
Bendich Bon Senhor 

Bendic de Borrlano 

Bendig de Ganelo * 

Bendig de Pertusio * 

Blanqueia, fiiia Bonmaqueli 
Cresque Bonfilii, olim Ju- 
dei, et Astrugie, filie 
Greyssentis Tefûllos 

Blanqueta, filia magisiri 
Bonsenhor 

Bonae Aym 

BonaÔlia, uxor Bonaenbor 
Brunelli 

Bonafossius de Sco]a (sive 
Scala Ti 

Bonastruc Jacob 

Bonast'ruga, uxor Abraham 
Samuelis de Largenteria 



4386, + 4402 


medicus, baylonus (4886). 


4404 


rector elemosyne Judeo- 




ram. 


4401,4407, 


medicus, baylonus (4402 


4429 


4428). 


4404 « 4407 


cirurgicus. 


4452 




4451 





4423 

4458 Judeus de Sallone. 
1402 

4407 



4428, 4434 auditor compotorum com- 
munitatis (1428). 
4444 



Bondia de Sanclo Paulo 


4402,4407, 




4427,4434 


Bonelus Avigdor 


4407.4420, 




+ 1434 


Bonetus Orgerii 


4357 


Boniaeus VUalU di ÀquU 


4402 


Boninas de Lunello 


4407 


Bonnizas de Massilia 


4355 


Bon Juaa Galli 


4404 


Bonjues Garcassoni 


+ 1452 


Bonjueê Cohen 


4446 


Bonjues Duranti Dieulosal, 


4434, + 4454 


fiiiua Duranti Dieulosal de 




Bellicadro. 




Bonjuhes Passapayre 


4446 


Bonmaquetus Gresce Bon- 


4454 


filii 




Bonosa, filia Boneti Avigdor 




et uxor Vidas Ferrerii 





baylonus (4402, 4427), audi- 
tor compotorum (4431). 



syndicus generalis unlver- 
sitatum Provincie. 



baylonus (4435), consilia- 
rius communitalis (1446). 
medicus de Massilia. 



Judeus de Pertusio. 
postea ad fidem caiholicam 

conversus et vocatus Ro- 

bertus Francisci. 



^ Piasieurs localités portent ce nom dans la région, dont dêux dana le départemeat 
des Boaches-du-Rb6ne. 
* Pertuis (Vaucluse), arr; d^Apti 



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5 



'i 



268 

Boneenhor Asday 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



BoDsenhor Asday Salomon * 
Bonsenhor Brunelli 
Bonsenhor de la Voûta ' 
Bonsenhor de Montiliis * 
Bonusfilius Bondia 
Bonysacus Bondie de Sancto 

Pauio, filius Bondie de 

Sancto Paulo ^ 



4405,4407, 
1445 
4407 
1402 
4452 
4420 
4407 
4434 



physicus, baylonus. 



maritus Bonefilie. 



baylonus (1427). 



Gassi ve, relicta Boneti Avig- 4 434 

dor 
Goben de Urgone' . 1402 



Gomprat 4443 

Creguda, filia Bindig Aym^ 4402 

uoaw Zeonis /acar. 
CregyideQart 4434 

Cregut de Massilia 4 422 

Grescas Avigdor 1404 , 4407 



syndicus generalis univer- 
sitatum Provincie. Judeus 
de Arelate? 

Léo Jacar, Judeus de Sa- 

baudia. 
Judeus de Urgone. 
Judeus de Avinlone. 



* La VouUe (Ârdèche), arr. de Privas. 

* Monteux (Vaucluse), cant. et arr. de Carpeniras. 

* Saint-Paul-Troia-Cbftteaux (Drôme), arr. de MootélimarU 

* Orgon (Boacbea-du- Rhône), arr. d'Arles. 

* Lunel (Hérault), arr. de Montpellier, 

' Saint-Remy (Eouches-du-Rhône), arr. d'Arles. 



Grescas Bondias 


4402 


syndicus generalis univer- 
sitatum Provincie. Ju- 
deus de Arelate ? 


Crescas Bondias Cohen deLu- 


4384 




nello* 






Grescas Bonfilh 


4407 


i 


Grescas Galbi 


1434 


consiliarius commuuitatis 


Gresque Durant! (uxor) 


4362 


(1446). 


Grescas de Infanlibus 


1355 


' 


Grescas Isaqui Natbani, fi- 


4402,4434, 


habitator Arelatis, deinde 


lius Isaqùi Natbani 


4446 


Massilié (4446). 


Grosse Orgerii 


4365 




Grescas Orgerii 


4i07, 4420, 


baylonus communitatis 




4434 


(4 428). = Grosse Orgerii ? 


Grescas Salamias 


4404, 4402, 


medicus, baylonus commu- 




4407 


nitatis (4401). 


Grescon Aron Gassin 


4357 




Grosse Ferrerii de Lunello 


4355 


Judeus de Sancto Remigio^ 
habitator Arelatis. 


' Sans doute le môme que le précédent. 





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DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 269 

Greyssent Caracausa 4401 

Créassent Teffillos f U52 cirurgicusGastriRayuardi'. 



Davidenetus de Rodesio * 
Donella, filia Jacob Bon Ordi 
Dulcieta, relicta Bonseobor 

de MoQtiliis 
Dulcia, filia Creguti de Gart 

Dulcieta, filia Estes, alias 
Englesie, uxoris Taurossii 
Bondie quondam 
Durantonus Dieulosal 
Durantonus Dieulosal de 
Bellicadro 

Durantus Avigdor, filius 

AJbram Boneli 
Duranius Cohen 
Durantus de Marueilis 

Estes, relicta Bendig Aym 
Estes de Cailario * 
Estes Duleimt 

Ferrusolus Jacob 
Fosseri de la Voûta 



U07 
U22 
U31 

4431 

4402 



1435 
4428, '4454 



4407, 4420, 

i4423 

4446 

4443 



i 



Gregut de Gart, babiUlor 

de Urgone. 
Judeade Arelate? 



= Durantus Dieulosal? 
consiliarius universitatis 

(4428). 



Judeus de Aquis 



4402 
1407 
f 4402 Judea de Aquis. 

4402 
4401 



Gardeta, relicta magistriVi- 4355 

talis de Borrlano 

Gardonetus de Gavallione^ 4404 , 4407 
Guerson Bonafos de la Voûta 4 404 



Habram. Fi^^ Abram. 

Helias de Arelate f 4407 

Eelias, filius Isaci 4 407 



• 4 



•«.a 



auditor compotorum 
mosinarie. 



medicus de Valentia *. 



ele- 



Isaac Astrugius Dellunis (?) 1 423 
Isaac Bendicb 4446 

Isaac Josse Bavan (?) 4 404 



magister scolarum. 
baylonus universitatis. 
auditor compotorum elemo- 
sinarie. 



1 Châieaarenard [Bouches-du- Rhône], arr. d'Arles. 

> Rodcï (Aveyron) ? 

* lie Cailar (Gard), cant. de Vauyert, arr. de Nîmes. 

< Cavaillon (Vauduie), arr. d^ Avignon. 

■ Valence (Drôme). 



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27Ô 

Isaac Jossef 

Izaquetus de Maruejolis 
Ijsacus Nathani 

Ysac Parati 
Ysac Salvat 

Jacob Bon Ordi 

Jacobi Bon Senhor, alias de 

Bello 
Jacob Salomon 
Jacob Salomonis, alias Lo 

Ros» 
Jacob Samuel Mosse 
Jossef (Rabbi), filius Rabbi 

Matassies 
Jossef de Nemauso 
Jossef Samuelis 
Jossef, filius Samflonis 
Juffet de Golono 

Léo CresgMe 
Léo Jacar 

Maclpetus Abram 
Macipus de Garcassona 
Massip Crescas 
Massipetus de Pertusio 

Mardokaïs Salomo, filius 

Estes Dulcine de A guis 
M«rua& Mosse 

Mayrona, filia Bonac Aym, 
Judei de Sallone, et relicla 
Maman Mosse 

MeirProfag 

Meyr Vital 

Melos Dieuiosal 

Mosse Bona£B 

Mosse Bonsenhor Asday, 
filius magistri Bonsenhor. 

Mosse Garcassonne 

Aiosse Maman 

Mosse Orgeril 



IiEVb6 DES ËTUDBg IttiVfiS 



1401 

4407 

U20, 1423, baylonus communilatis 
4498,4434 (4433). 
4407,1434 
4404 



Judeus de Arelate ? 



4432 
+ 4417 

4434 
4407 

4434 
4407 

4407 
1407 
4407 
44S5 

4384 
4402 

4407 

4407 ' 

4404 
4407,4420, consiliarius universilalis 

1428 (1428). 

4402, 4434 medicus do Aquis« 



Judeus de Provineia. 
Judeus de Sabaudia. 



f 44<S8 
4458 



4407 
4420, 4434 
1446 
4421 
4423 

4468 
4454 
4446 



medicus. Judeus de Are- 
late? 



combaylonus (4428). 
Judeus de SaUone. 



medicus. 
medicus de Apta. 
combaylonus eommunitaiis 
Arelttis. 



* Peut probiblement être identifié avec le précédent. 



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DOdUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 



2fl 



Mosse de VlUanova 


U07,4i34, 
145Î 




Mmona, aliws Rossa de Aquis 


U02 




Moyse Vital 


«434 




Passaquus Aym 


4381 


Judeus de Provincia. 


Regioa Boneta, sive Regina, 


4402,4407, 




relicla Âbram Boneti Avic- 


1434 




dor 






RegiQa,relicta Astrugii Bon- 


4447 




die Davini de Bellicadro 






RegiDa, filia Bonjuties Du- 


4454 




ranti de Bellicadro 






Regina, ûlia Salomonis^Vi- 

va G 


1431 




Rossa de Aquis 


4402 


Vide Mossona. 


Ruben Vital 


1434 




Ruben Vital, pater 


4431 


== Ruben Vital? 


Salamias, filius Greguti de 


1422 


Judeus de Arelate sive de 


Massilia 




Avinione. 


Salomonet Aviczor 


4402 


combaylonus. 


Salomon Abram Avicdor * 


4402 




SalomoD Bonlac 


1404 


• 


Saîamo de Carcassona 


4434 


pbyzicus de Aquis. 


Salomon Cohen de Regio ' 


4402 


syndicus generalis univer- 
sité tum Provincie. 


Salomon Dieulosal Profacb 


4430 




Salomonetus de Meyranieis * 


1401 


rector elemosinarle. 


Salomon Nasti 


4355 




Salomo Orgerii 


4402 


JudeuA de Massilia. 


Salomonetus Roberti (?) 


4401 




Salomo Vivas 


4-4434 


Judeus de Gortesono. 


Salonus Profag 


4407 




Salves de Borriano 


4402 


syndicus generalis univer- 
sitalum Provincie. 


Samson 


4407 


Judeus de Arelate? 


Samuel de Barrio sive del 


4404,4407, 




Barri 


4423 




Samuletus Bon Senbor de 


1423 


macellarius. 


Fossis 






Samuel Calbi 


4386, 4402 


baylonus. 


Samuel de Largientera 


4434 





' Peut probablement être identifié avec le précédent. 

* Ries (BaBsei-Alpes), arr. de Digne. 

* Meyrargues (Boaehes-du-Rhône), cant. de Peyrolles, arr. d'Aiz« 



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272 

Samuel Mosse 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



Scereta, filia Durant! Avig- 
dor, uxor Vitalis Âstrugii 
de Garcassonna 

Stes, uxor Bondle de Sancto 
Paulo 



4407,4427, 
4428,4434 

4423 



1434 



baylOQUS (4407, 4427), audi- 
tor compotorum commu- 
nilatis (4428). 



SuUam Maruan, filius Mosse 


4451, 1459 




Maruau 






Tauros Bondia 


4402 




Taurossius de Borriano 


1355 




ToMTOi Naihan 


4446 


medicus de Tharascone. 


ToniaD, filius Durant! Dieu- 


4447 


magister scole Judeorum. 


losal de BelUcadro 






Venguessonne Nathaoe 


4434 




Vidal Habram de Borriano 


4404 




Vitalis Asturgi 


4434, 4433 


baylonus. 


Vitalis Astrugius de Garcas- 


4423 


= V!taUs Asturgi? 


sonna, mari tus Scerete, fi- 






lle magistri Duranli Av!g- 






dor 






Vitalis Avigdor 


4446 


Judeus de Aquis 


Vital de Bezesslo (?) 


4434 




Vital de Borriano 


+ 1355 




Vitalis Galhi 


4^04, 4402, 


baylonus, deinde consilia- 




4407,4427 


rius communitatis Judeo- 



Vidal Ferrerii 

Vitale, filia Astrugi Tamain. 

Ysac. Vide Isac. 



rum. 
4434,4448 medicus, consiliarius uni- 
versitatis Judeorum. 



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NOTES ET MÉLANGES 



NOTES EXEGÉTIQUES 

1. ECCLÉSIASTE, I, 1. 

Siegfried {Manuel eœéçétique de Nowack) rapproche avec rai- 
son le nom de nbnp du passage de I Rois, viii, 1, où il est dit 
que Salomon rassembla (bnp'^i) les anciens d'Israël et les chefs du 
peuple. Le verbe bnpD se retrouve encore au verset 2 et le sub- 
stantif bnp aux versets 14, 22 et 55 du même chapitre. Ce rappro- 
chement entre le nom de TEcclésiaste et le passage des Rois est 
déjà fait par le Midrasch Rabba ad loc. 

2. Ibid.,\îi,n. 

Le texte de vu, 1 1 , porte que la sagesse est bonne avec Théritage, 
ce qui voudrait dire que la richesse est bien placée dans la main 
des sages. Mais dans le verset suivant TEcclésiaste dit que la sa- 
gesse fait vivre son possesseur ; donc le sage n'aurait pas besoin 
de biens héréditaires. En outre, le chapitre contient une série de 
comparaisons montrant que telle chose est supérieure à telle 
autre. On est donc tenté de lire nbriDtt rwDn nanû, au lieu de 'n 'n 
rtbro DJ ; cela s'accorderait mieux avec le contexte : « La sagesse 
vaut mieux que l'héritage et elle est un avantage pour ceux qui 
voient le soleil. » — <^ Etre à Tombre de la sagesse, c'est être à 
l'ombre de la fortune, et l'avantage de la science, c'est que la sa- 
gesse fait vivre son possesseur. » 

3. Variantes du Tarqoum des PROPHftTBS. 

A notre connaissance il n'y a pas encore de travail d'ensemble 
sur les variantes que peut fournir le Targoum sur les Prophètes. 
Ce sujet mériterait une étude approfondie. Nous signalons ici 
deux variantes intéressantes tirées de Jérémie : * 

Dans XVII, 13, le texte hébreu porte ^b"» fi^V) naT an^j^ « la perdrix 

T. XLVIII, N» «6. 18 



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274 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

couve sans avoir pondu ». Le Targoum traduit : »3:dot ïwnpD wi 
yarv vh mnnaT "jTnnD» ■j'^mom mb"»! l'aria « comme la perdrix, 
qui réunit des œufs qui ne lui appartiennent pas et couve des 
poussins qui ne la suivront pas ». Au lieu de nV», le Targoum a 
donc lu '^b'). 

XXXI, 4, le texte porte nbbm D"»yt3b ns^aj « les planteurs ont 
planté et inauguré (la récolte) ». Le Targoum traduit nats 
nb-'rwT "pV^nu). Il a donc lu : libn-j û"»^:d3 up? « plantez des plantes 
et inaugurez-les ». La lecture du Targoum est préférable à celle 
de la Massora, car elle supprime l'incorrection du passé avec le 
vav coordinatif. 

4. inb (Daniel, ii, 6, 9 ; iv, 24). 

Dans ces passages on traduit Taraméen ^nb par « c'est pour- 
quoi », tandis qu'on l'explique par <x si ce n'est, mais » dans Dan., 
II, 11 ; m, 28; vi, 6, 8, et dans Esdras, v* 12. Il est difficile de 
comprendre qu'une m^me particule ait deux acceptions aussi dif- 
férentes. Ensuite, la préposition *b « pour » n'a jamais de yiyp en 
araméen. Les dictionnaires rapprochent lîib du targoumique 
1?ib« ; or, ce mot signifie « seulement, mais », et non « c'est pour- 
quoi ». Quant à Y hébreu inbn dans Ruth, i, 13, il ne peut servir à 
déterminer le sens de Varaméen pb, d'autant plus que le sens 
du mot hébreu n'est pas lui-môme très clair. 

En réalité , on n'est jamais obligé de traduire l'araméen ihb 
par « c'est pourquoi ». Dans Daniel, ii, 5-6, Nabuchodonozor dit 
aux magiciens : « Si vous ne me racontez pas le songe, vous serez 
mis à mort, et si vous me le racontez, vous recevrez des présents. 
Mais je veux absolument que vous me donniez le songe et l'ex- 
plication (pas celle-ci sans celui là). » En hébreu on aurait mis 
ici l'adverbe pn. Au verset 9, le roi dit : « Si vous ne me racon- 
tez pas le songe, c'est que vous avez l'intention de me tromper. 
Mais dites-moi le songe et alors je saurai que vous m'en donnez 
la véritable interprétation. » Enfin, dans le chap. iv, Daniel 
annonce au roi qu'il sera privé du gouvernement ; toutefois la 
roj'auté lui sera rendue dès qu'il reconnaîtra la souveraineté du 
Ciel. Daniel ajoute : « Mais, ô roi, rachète tes fautes, et alors tu 
seras tranquille. » Cette acception de inb donne dans les trois pas- 
sage un sens très satisfaisant. 11 est donc superflu de supposer 
deux particules identiques ayant un sens opposé, et de supposer 
une prononciation insolite de la préposition lamed. 

Maybb Lambbrt« 



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NOTES ET MÉLANGES 275 



NODYELIE NOTE SDR LA LÉGENDE DE L'ANGE ET UERMITE* 

Je me suis efforcé autrefois de prouver que la célèbre légende 
de range et Termite était d'origine juive et que les aventures de 
'foyage d*Àsmodée, telles qu'elles sont contées dans le Talmud de 
Babylone {GuUiin, 68 a-&), sont une version altérée de la môme 
flcUon. J'ai négligé alors de montrer que le récit talmudique fait 
parUe d'un ensemble de compositions, taillées sur le même patron, 
se distinguant par des formules identiques et ayant pour trait 
commun l'explication d'actions étrangères. Je voudrais aujour- 
d'hui réparer cet oubli. 

On se rappelle les extravagances commises par Asmodée : il 
rencontre en oliemin un aveugle égaré — il le met sur la mau- 
vaise voie ' ; un Ivrogne qui s'est perdu — il le remet sur la bonne 
route; une noce joyeuse — il fond en larmes; il entend un 
homme commandant à son cordonnier des chaussures de sept ans 
— il se met à rire, pareillement en voyant un sorcier dire la 
bonne aventure. Benaya» qui l'a accompagné, lui dit à la fin : 
« Explique-moi toutes ces étrangetés ! Pourquoi, lorsque tu as vu 
l'aveugle égaré, lui as-tu fait ceci? » Et Asmodée explique sa 
conduite. La phrase revient pour chacun des autres actes : «Pour- 
quoi, lorsque tu as rencontré. , . », avec la réplique ad hoc. 

Dans Taanit, 23 a, un thaumaturge du nom d'Abba Helkia, 
petit- flls du grand thaumaturge Honi Hameagel, est le héros 
d'une histoire analogue. Les rabbl»s vont le trouver pour lui de- 
mander d'intercéder auprès de Dieu afin qu'il envoie la pluie, qui 
tarde trop. Ils le rencontrent dans les champs en train de la- 
bourer et le saluent : il ne répond pas à leur politesse. Son travail 
terminé, il fait un fagot de bois, le charge sur une épaule et met 
son manteau sur l'autre épaule. Tout le long du chemin, il marche 
pieds nus ; quand il arrive à la rivière, il met ses chaussures. 
Pour passer au milieu d*épînes et de ronces, il retire ses vête- 
ments. Quand il arrive à sa ville, sa femme vient à sa rencontre 
toute parée. Ensemble ils vont à leur maison, la femme entre la 
première, puis le mari, et les rabbins après eux seulement. Il se 

^ Voir Etfme, t. VIU, p. $4 et 202. 

s Selon ma correction. — Si l'on veut un autre exemple d'altératiou, qu'on com- 
pare la l'égende du long aommeil de Honi Hameagel (dans j. Toanit^ 66 <0 ^^^^ 
celle d^Alrimélech (dans le Baruob éthiopien), sani laquelle elle est incompréhen- 
libU. 



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276 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

met à manger, mais n'invite pas ses hôtes à Timiter. Il partage le 
pain à ses enfants ; à Talné il en donne une part, aux plus jeunes 
deux. Ensuite il dit (secrètement) à sa femme : « Je sais que les 
rabbins sont venus me trouver en vue de la pluie. Montons sur le 
toit et prions ; peut-être Dieu se laissera-t-il fléchir et la pluie 
viendra-t-elle. Mais ne nous en attribuons pas le mérite à nous- 
mêmes. » Ils se rendent sur la terrasse ; lui se met dans un coin, 
elle dans un autre. Alors les nuages apparaissent du côté de la 
femme. Abba Helkia redescend et demande aux rabbins la raison 
de leur visite. — Nous avons été délégués pour te solliciter d'im- 
plorer Dieu en vue de la pluie. Il leur répond : Béni soit Dieu 
qui a fait que vous n*ayez pas eu besoin d'Abba Helkia. — Nous 
savons cependant que la pluie est venue à cause de toi. Dis-nous 
maintenant Vexplicaiion des choses étonnantes que tu as faites. 
Pourquoi, lorsque nous t'avons salué, n'as-tu pas répondu à noti'e 
salut? Parce que, étant journalier, je ne devais pas me distraire 
de mon travail. 

Et pour chacune de ses actions, on l'interroge sous cette forme, 
et il donne l'explication de sa conduite. Il a mis son manteau sur 
une autre épaule que son fagot, parce qu'il l'avait emprunté, et 
non pour. cet usage. Il n'a pas mis ses chaussures dans le chemin, 
parce que là il y voyait, ce qui n'était pas le cas dans Peau. Il a 
enlevé ses vêtements pour passer au milieu des épines, parce 
qu'aux déchirures des habits il n'y a pas de remède. Sa femme est 
venue au-devant de lui toute parée, pour qu'il ne jetât pas les 
yeux sur une autre femme. Elle est entrée la première dans la 
maison, parce que ces rabbins ne lui étaient pas connus. Il ne les 
a pas invités à son repas, parce que la chère était maigre et qu'il 
se serait ainsi fait valoir pour rien. Il â donné aux cadets plus qu'à 
l'ainé parce que celui-ci reste à la maison, tandis que les autres 
sont toute la journée à l'école. Enfin, si la pluie est tombée du 
côté de sa femme, c'est parce qu'elle donne du pain aux pauvres 
et leur procure ainsi un bien immédiat, tandis que lui ne peut 
leur offrir que de l'argent. Ou bien, c'est pour la raison suivante : 
dans son voisinage demeuraient deux vauriens dont il avait 
souhaité la mort, tandis que sa femme avait prié pour qu'ils se 
convertissent, ce qui arriva '. 

Le même chapitre de Taanit, deux pages plus haut (22a), nous 
ofire plusieurs spécimens d'une variété de ces anecdotes. C'est 
l'histoire de gens qui, à en croire aux apparences, violent les 
prescriptions les plus élémentaires de la Loi et qui, en fait, sont 

^ Doublet de Phistoire do R. Méir et de m femme Berouria. 



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-TJWï' 



NOTES ET MELANGES 277 

justement ceux qui auront part à la vie future. Ainsi Rabbi 
Beroka, qui recevait fréquemment la visite d*Élie, lui demanda un 
jour: « Y a-t-il dans cette rue un homme qui entrera dans le 
inonde à venir? — Aucun. — Sur ces entrefaites passa quelqu'un 
qui portait des souliers noirs (contrairement à l'usage juif) et 
n'avait pas de fils d'azur (cicit) à son vêtement (contrairement à 
la Loi) : « Celui-ci en sera », dit Élie. Là-dessus Beroka courut à la 
poursuite de cet homme pour lui demander l'explication de ses 
actes étranges. Cette anecdote est elle-même une variété d'une 
« moralité » qui a passé du Judaïsme au Christianisme et à 
rislam : l'histoire du compagnon du Paradis. 

Ce qu'il faut remarquer dans cette page de Taanit, c'est le rôle 
d'Élie. Or, c'est précisément Élie qui, dans les versions non tal- 
mudiques de la légende de l'ange et l'ermite, sert de guide au 
rabbin troublé par le spectacle des maux qui régnent dans le 
monde et lui en fournit l'explication * . 

On voit ainsi que la légende d'Asmodée rentre dans un cycle 
littéraire et appartient vraiment, par la forme comme par le 
fond, à la poétique juive, sinon judéo-babylonienne. 

Israël Lévi. 



ENCORE DN MOT SDR U FAMILLE SCHWEICH 

M. A. Ury, grand rabbin de Strasbourg, a bien voulu me com- 
muniquer récemment un recueil manuscrit, acquis par lui d'un i 
hbraire de Metz, contenant un fragment du grand Memorbuch i 
de la communauté de cette ville. Ce Memorbuch avait disparu j 
pendant de longues années. A la fin se trouve une élégie, com- i! 
posée par le rabbin Moïse Cohen Nérol, sur les persécutions des 'î 
Juifs de la Pologne en 1655. Pour le moment nous n'y relèverons ^ 
qu'une notice nécrologique consacrée à un membre de la famille . j| 
Schweich ; elle est ainsi conçue : 

m37^ï^ p ^V'^^ pnsr"» ^"nn np-^n aixn ©"^«n n73u;3 n» t^"^ 
anom D"»pnn'^ ï-ttdd bao© nnas^a '-i'-»'«'3'3^ b"T T^iius mn n"-im73 

' Si dans la versioD du Coran (voir Revue^ ib., p. 66) le rabbin est remplacé par 
Moïse, U transposition n'est pas sûrement due à Mahomet, car justemeut dans le 
Talmud c'est Moïse qui interroge Dieu sur le problème du mal : « Pourquoi y a-t-i I 
des justes malheureux et des méchants heureux ? > [Berachot^ 1 a.) 



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278 Bb:VUE DES ÉTUDES JUIVES 

nnb3^»a ûb«)nn rrïin onp^n nfcn-^îai ï-ran^Ta bsn Sa^i m-o:^ 
ï-rbapn n^D^na tançai nn^ann baa n-nna ï-ts^-^t "ib tr^m ni-nai 
in-i37:nK nn-nn rîn"»îTi ir^^DTa D-»bnan i^ ^n«a bna dtst i-» ib rnn 
non bri^ki amna rr^a ibar» loa^ns aii aao t^b nb-^ba oaS ûvn ba 
fa TTia:^a npns: isns nnan in^^Ki U'^i'^^y cari D'^-'S^^ D!^ tarwjr 

.Qv s'iî /n'a'îrVr 

Isaac Eisiq Schweich était donc le fils de David, mentionné 
également dans le Memorbuch de Metz (Revue, XLVII, p. 130, 
n® 6) et probablement le neveu du rabbin d'Endingen-Lengnau. 
La date de sa mort n'est pas indiquée, mais c'est, sans doute, 1763. j 

Isaac Schweich n'est pas un inconnu pour nous. La collection 
de lettres hébraïques provenant de la bibliothèque de Carmoly et 
conservée, à présent, à la bibliothèque de Francfort contient deux 
lettres adressées par lui à Joseph (Jessel) Reinau de Soultz, 
beau-père de R. Issachar Baer, l'auteur bien connu du naiDO'^ ir ' 

et grand-père de Carmoly. Par ces lettres nous apprenons 
qu'Isaac Sweich avait épousé Madel, flUe de Gabriel Reinau de 
Guebwiller ; il ressort même d'un- document, que j'ai trouvé aux 
Archives départementales de Colmar, que lui-même demeura égale- i 

ment pendant quelque temps à Guebwiller. Gabriel Reinau mourut 
le 27 août 1741, laissant une veuve Hinna Elias, originaire de 
Bouxwiller, et deux enfants mineurs, Lémann (W2'>b) et Hélène 
(«b3^) ; Daniel Reinau, frère de Gabriel, devint leur tuteur, et, 
après sa mort, son fils Joseph lui succéda. Lémann mourut bientôt 
après et Hélène se maria avec un nommé Auscher, fils de Marx 
Bloch de Fort-Louis, le 15 Ab 1752. Le mariage fut célébré à 
Soultz ; Isaac Schweich donna la bénédiction nuptiale et écrivit \ 

la naina, qui se trouve encore parmi les actes notariés de Gueb- 
willer aux Archives départementales de Colmar jointe au con- 
trat de mariage rédigé par le notaire royal Reichstetter de 
Guebwiller. 

Le mari d'Hélène Reinau ne pardU pas avoir vécu longtemps, et 
sa veuve ainsi que la veuve de Gabriel Reinau allèrent demeurer 
à Metz chez leur gendre et beau-frère Isaac Schweich. Or, comme \ 

Joseph Reinau de Soultz était le dépositaire de leur fortune, 
Schweich lui réclama, dans les lettres citées plus haut, les frais 
de pension. Je reviendrai, du reste, sur tout cela dans une étude 
sur les ancêtres de Carmoly. 

M. GlNSBURG£R. 



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BIBLIOGRAPHIE 



i. Ouvrages hébreux. 



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1 



RETUE BIBLIOGRAPHIQUE *\ 

V TRIMESTRE «903 — h" SEMESTRE 1904 " 

. 'A 

Lu indications en français qui suivent les titret hébreua ne sont. pas de V auteur du livr '. ': 

mais de V auteur de la bibliographie , à moins qu^elles ne soient entre guillemets.) '^4 






mîn'^tt'n mia» Nouvelles et récits par S. Judson. New-York, impr. 
Rosenberg, 1904 ; iii-16 de 58 p. . . 

Û'^'^n mm» 'O Orchoth Chajim von R. Aharon Hakohen aus Lunel. 2. Teil .\ 

hrsg. von M. Schlesinger. IV. Lieferung. Berlin, impr. Itzkowski, 1902; 
gr. in 8° de p. 337-656 + lvi (introduction) p. (Publication de la Socidte 
Mekilzë Nirdamim]. '\ 

\\xm Dîwân des Abû-1-Hasan Jebuda ba-Levi , . .von H. Brody. 2. Band : ♦ 

Nicbtgottesdienstlicbe Poésie (Heft IL). Berlin, impr. Itzkowski, 1902 ; 
in-8o de 101-211 p. (Publication de la Société' Mekilzô Nirdamim.) 



{^ 



Û'^njrn 'D Sepbor Ha-Ittim. Ritualwerk des R. Jebuda b. Barsilai aus Bar- .! 

celona nacb Handscbriften zum ersten Maie brsg. u. erlâutert von Jacob _* 

Schor. Berlin, 1902 ; gr. in-8» de xxin + 192 p. (Publication de la So- ' r 
ciëté Mekitzè Nirdamim.) 

ûbiJ^n nsp©m D'^'^nn nsp^sn Lebensanschauung u. Weltanschauung. 
Historiscb- philosopb. Skizze von D** David Neumark. Gracovie, impr. 
Fischer, 1903 ; in-8o de 44 p. (Tirage à part du Schiloab.) 

K^V Joma, der Miscbnatraktat « Versôbnungslag » brsg. u. erklârt von 
Prof. Dr. Hermann L. Slrack. 2. neubearbeitete Auflage. Leipzig, Hin- 
richs, 1904; in-8^ de 39 p. (Scbriften des iDstitutum judaicum in Berlin, 
no3). 

bfinc'» yn« mb Littcrariscbcr Palàslina-Almanacb fur das Jahr 5664- 
1903/1904, brsg. von A.-M. Luncz. IX. Jabrgang. Jérusalem, chez l'au- 
teur, 1903 ; in-16 de 24 + 196 p. 



i. 



280 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

3173 La Merope. Tragoedia... Marchionis Francisci Scipionis Maffei quam 
ex italico scrmone in linguam sacram classicam converlit... Samuel 
Aaron Romanelli. . . éd. D"^ P.-T.-A. Weikert. Rome, Puslet, 1904; 
in-8° de xvi + 205 p. 

Q^IDIO nirlQ^72 'D Dictionnaire biographique des rabbiûs et personnes 
mentionnes dans les Talmuds par Schulem Âlbek. I. De R. Abba à 
R. Abdimé de Kbaifa. Varsovie, impr. Schuldberg, 1903 ; in 8® de 45 + 
112 p. 

C'est UQ autre S^Ur Hadorot, Comme oo le devine, Pauteur ignore les 
travaux de M. Bâcher sur les Tannalm et les Amoralm babyloniens et 
Palestiniens. Une note du titre nous eiïiraie : M. A. prétend utiliser pour 
la confection de ces biographies le Zohar, sans compter les Midraschim 
comme le Pirkè R, BliAter^ qui mettent les dires qu'ils citent sous des noms 
supposés. Malgré cela, l'ouvrage n'est pas mal fait; nous avons contrôlé 
certains articles, comme Abba Seroungia, par exemple, et constaté que Tau- 
teur, outre qu'il connaît tous les textes, sait les interpréter avec un sens cri- 
tique ; c'est ainsi quUl ramène justement à une mdme forme les diverses 
variantes de ce nom. — Suivant la détestable habitude des savants orien- 
taux, comme Ta déjà reproché M. Hacher à M. Rainer, le Talmud de Jéru- 
salem est eité diaprés les chapitres et les balachot, ce qui n^est pas fait 
pour faciliter les recherches. 

D^^ba la miST> 'nb S^ÏJ-IÏT' 'O by ^a-în-^B Arabiscber Commenter zum Bucho 
Josua von Abu Zakarja Jahja (R. Jebuda) ibn BaPam, zam ersten Maie 
brsg. von D** Samuel Poznanski. Franfort, J. Kaufifmann, 1903 ; in-8* de 
21 p. 

nabn na QH^T^ "^an "^SI^nD « Fragments de Texégèse biblique de Menaliem 
bar Helbo (auteur du xi® siècle), recueillis, édités et annotes par Samuel 
Poznanski. » Varsovie, impr. Scbuldberg, 1904 ; in-8® de 56 p. (Tirage à 
part du baT'ïi '0, publié en l'bonneur de M. N. Sokolow.) 

M. S. Poznanski, qui connaît si bien la littérature exégétique judéo- 
arabe, n'a pas voulu se cantonner dans ce domaine déjà si vaste; il a jugé 
que les commentateurs de la France septentrionale méritaient d'être étudiés 
à nouveau et leurs œuvres encore inédites publiées. Ceux qui s'intéressent à 
rhistoire des Juifs de France, ce qui veut dire surtout a Thistoire de l'activité 
intellectuelle des rabbins français, ne pourront que se féliciter du concours 
d'un savant tel que M. P. De lui il faut dire ce que le Talmud érige en règle 
à propos du haber : « On doit être assuré qu'il ne laisse jamais rien sortir 
de ses mains qui ne soit en parfait état. > C'est un sentiment de conBance 
absolue qu'inspirent sa science, admirablement informée, et sa méthode, 
sobre et toujours judicieuse. Après nous avoir rendu le commentaire d'Eliéxer 
de Beaugency sur Hosée (voir Revue, XLVI, p. 276), remontant plus haut, 
M. P. nous offre aujourd'hui la collection des extraits qui ont survécu du 
commentaire de Menahem b. Helbo, le premier en date des exégètes juifs 
français. Suivant sa coutume, il ne s'est pas borné à enrichir le texte de 
notes savantes et indispensables, il a fait précéder cette collection d'une 
étude complète sur l'auteur. — Menahem b. Helbo est bien le plus ancien 
représentant de l'exégèse de la France du Nord, ear il est plus vieux que 
Raschi, qui le cite, d'ailleurs. Il était Toncle de Joseph Cara. contemporain, 
lui aussi, du rabbin de Troyes. Son activité littéraire doit se placer approxi- 
mativement entre 1080 et 1085. Le nom de Helbo n'est pas, comme le 
croyait Berliner, la traduction de Lattes, car 1* Lattes est une localité de 
la France méridionale et 2^ surtout labtl est précédé dans certains textes de 
'"l'^a, ce qui indique sûrement un nom de personne et non de localité. U fut 
porté, au temps du Talmud, par deux docteurs palestiniens [ce qui permet 

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BIBLIOGRAPHIE 281 

peut-dtre de supposer que l'un de ses ancdires était origioAire de Palestine). 
Menahem, quoique ayant ▼écu surtout dans le Nord de la France, a peut- 
être habité quelque temps le Midi, car il cite des interprétations de pijyoutim 
dues à Juda, le fils de Moïse Haddarschan, lequel était a Narbonne ou a 
Toulouse. On comprendrait ainsi qu'il ait conversé avec un Arabe qui lui 
aurait donné l'explicition d'un mot diaprés Tarabe (cf. Revui^ XLVII, p. 48 
et 1d9). Mais, quoique élève des maîtres qui affectionnaient l'exégèse midras- 
cbique, tout en faisant sa part, malgré lui, à celte méthode, il a eu le mérite 
d^accorder sa préférence à Texégèse naturelle, simple. Peut-être celui qui lui 
en a donné le goût est-il un certain Azaria, qui serait ainsi Tancêtre du 
S^TDD en France. Son activité s'est bornée à Vétnde de la Bible, de là le nom 
de M*^p qui lui est attribué parfois. Son œuvre est un commentaire des 
Prophètes et des Hsgiographes, qui portait vraisemblablement le titre de 
D^31"ir)D. C^est lui-même qui Ta rédigé et non ses élèves. QuMl Tait mis 
par écrit, c'est ce que montrent les paroles de son neveu, qui déclare avoir 
9u des interprétations de lui. De ce commentaire écrit il ne s^est conservé que 
des extraits de la partie relative à Ezéchiel. Les interprétations citées de lui 
sur d'autres livres des Prophètes et des Hagiographes (Juges Samuel. Rois, 
Isale, Jérémie, douze petits Prophètes, Job, Ruth, Lamentations, Chroniques) 
n'ont pas été reproduites intégralement. Si ses interprétations sont invoquées 
par Raschi, son neveu Joseph Cara, Schemaya, élève de Raschi, et les 
auteurs anonymes de plusieurs commentaires du xii* siècle, au siècle suivant 
on n'a plus recours à lui ; son œuvre évidemment a été éclipsée par celle 
de Raschi. Et c'est dommage, car son influence a dû être sensible sur ses 
contemporains et la génération qui l'a suivi. Son système d'interprétation est 
rationnel, sensé, encore que parfois il fasse preuve d^une certaine inexpé- 
rience et d'une naïveté extrême, comme, par exemple, quand il sépare dans 
Isaïe, II, 22, ÛDb ibnn de Û^Kn 173. A côté de cela, il a des trouvailles 
très heureuses; ainsi sans corriger nmfi^ (Ezéch., xxi, 20) 'en nn3C3t 
comme le font les critiques modernes, il interprète ce mot dans ce sens. 
Comme de juste, il n'a pas pu s'abstraire entièrement de son éducation 
première; de temps en temps il paie son tribut au tD"1^. C'est ainsi que les 
btD?9 D^Dbfi< niDb;D de Salomon signifient pour lui, non 3.000 proverbes, 
mais trois tei$ne$t (de t|bfi<), à savoir les Proverbes, TEcclésiaste et le 
Cantique des Cantiques. Ces sortes d'interprétation provienneut probablement 
de Midraschim qui se sont perdus. Mais il se sert surtout du Targoum; il 
explique même parfois certains vocables hébreux par la langue du Targoum. 
Il n'a pas mis à profit — et pour cause — les travaux des grammairiens et 
exégètes juifs d'Espagne qui ont écrit en arabe, mais il parait avoir connu 
ceux qui se sont servi de l'hébreu, particulièrement Menahem b. Sarouk. — 
Ce qui distingue sa manière, c'est, avec la sobriété, le souci de trouver la liaison 
des versets (C'est ce souci qui allait caractériser l^exégèse de ses successeurs 
immédiats). Il a peu dégoût pour la grammaire pure, et se trompe, d'ailleurs, 
plusieurs fois sur la racine des mots. Autre trait à noter : il fut le premier a 
traduire en français certains termes de PÉcriture. Quelquefois même il se sert 
de gloses allemandes. Enfin, non content d^inlerpréter les deux dernières 
parties de la Bible (qu'il a probablement commentées entièrement), il a aussi 
expliqué des passages des piyijoutim. — M. P. exprime, en terminant, le vœu 
que d'autres témoignages de l'activité de ce précurseur viennent enrichir la 
collection quMl a réunie; nous souhaitons, nous, que notre savant confrère 
enrichisse la bibliothèque judéo-française d'autres monographies et éditions 
du môme genre. 

T^om 5N173© 'l Samuel Hebasid fils de Calonymos, par Abraham 
Epstein. Berditschew, impr. Scheftel, 1904; in-8» de 28 p. (Tirage à part 
du Uagoreu, 4* année). 

Notre excellent collaborateur M. Abraham Epstein, délaissant l'étude de 
la littérature juive du haut moyen âge, semble se vouer maintenant à l'his- 



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tt2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

toire du mouyement intellectuel chex les Juifs de Lorraine et ée Gbtmpigne 
au XII* siècle, et c^est tout béiié£ce pour ceux qui reconnaissent ayec lui 
Titeportance de ce chapitre du passé du Judaïsme. Dans la monographie 
présente, il retrace la biographie de Samuel Hasid (le pieux), père du cé- 
lèbre Juda Uasid. Céuit le fils de Calonymos l'ancien deseendint du 
fameux Abin ou Aboun. il naquit vers 1115 à Spire. Dans cette ville, qui^ 
avait été le berceau des Tosafibsles, il sut s^arracber à l'action du milieu; 
dans son traité sur la • crainte de Dieu • , qui figure en tAte da 8. BÊtUim 
(éd. des Mekizè Ntrdamim), il déclare qn*ii ne anivca fms feiempie des Til- 
«r o d irt e a . mais s^adonnera à oe q«e d^ulrae n églig en t. Ce qm ne Tempêdn 
pas, d*ailleuTB, de former de» disoip4es éams la «eianoe ialmudiqne. Mais c'est 
à la mystique qu'il a réservé sa prédilection. Il en avait reçu le guûl et les 
traditions de son père, qui les avait communiqués à Elészar, hazzan de 
Spire. Seulement, il faut s'entendre sur le sens du mot mysticisme. Le sien 
différait de celui des Espagnols, qui était un dérivé du néo-platonisme. 11 
était assurément moins prétentieux, mais beaucoup plus naïf; il était avant 
tout moral. — On raconte de Samuel qu'il prit le bâton du pèlerin pour ac- 
complir une œuvre ascétique. La légende le fait aller chez H. Tarn, a qui il 
ne révéla pas son nom. — M. Epstein dresse une liste des ouvrages qu'il a 
composés et doot la plupart ne nous sont pas parvenus. Peut-être, il est vrai, 
raateur de cette monographie a-t-il sacrifié sans le savoir au désir de re- 
hausser le mérite do son héros. Aiusi Samuel aurait, diaprés M. Epstein, 
écrit un commentaire de la Mechilta. Or le seul texte qui étaie cette asser- 
tion dit seulement que dans la Mechilta citée par son Tesod se trouve telle 
ou telle opinion. Que si dans notre Mechilta manque cette opinion, en quoi 
cela prouve-t-il que Samuel ait commenté la Mechilta? Nous ne croyons 
pas mieux prouvée Texisteoce d'un commentaire de Samuel sur le rituel des 
prières. Les explications qu'on lui attribue de certains passages du rituel 
peuvent avoir été données verbalement ou en passant dans un de ses écrits. 
L'œuvre importante de Samuel est le 8. Matidim^ qui avec le S. Hayir&a^ le 
S, Hatesehouha, forme la préface à\i S. Hasidim dans Téd. des Mekizè Nir- 
damim. Le SekaUchêlkt Hakahbala parie, d'ailleurs, d'un pttit S. Hasidim 
qui a pour auteur Samuel. — On cite encore de notre auteur des explica- 
tions du Pentateuque, fondées principalement sur les guematriot et les noêari- 
co», du Sifra et du Talmud Tamid. C'est lui qui a composé aussi le morceau 
liturgique 1i)3n 3» HJ^CinD. Quant au niTT^TT n^\C, qu'on veut lui altri- 
huer, M. Epstein croit plutôt qu'il est l'œuvre de Samuel, hazzan d'Erfurt. 

'^ytlO «Dn-i-^D Uy D'^annDI d'^toas min Commentaire critique de la Bible 
public' sous la direction d'Abraham Cahna. Les Psaumes, par U.-P. Cha- 
jes; U» partie, Ps. 1-72. Zitomir, A. Cahna, 1903 ; gr. in-8® de 156 p. 



2. Ouvrages en langues modernes, 

André (T.)* Les Apocryphes de l'Ancien Testament. Florence, Paggi, 
1903 ; in-8« de 350 p. 

Baghbr (W.). Die Agada der Tannaiten. I. Band. Von Hillel bis Akiba. 
Zweite verbesserle u. vermobrle Auflagc. Strasbourg, Trûbncr, 1903; 
in-8« de X + 496 p. 

B\LDBNSPEROER (W.). Die mcssianisch-apokâlyptiscben Iloffnungen des 
Judentums. 3. umgearbeiletc Auflage. Strasbourg, Ueitz, 1903 ; in-8^ de 
XII + 240 p. 

Bambbroer (S.}- Die neucstcn Verôfienllichungon aus dcm arabischen 
Mischnakommenlare des Maimonides. Francfort, J. Kaufimann, 1904; 
in-8« de 24 p. 



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BIBLIOGRAPHIE 2821 

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New-Tork, Rewell, 1903.; in-12 de 215 p. 

Bericht (22.) Uber die Lehranstalt fur die Wissenschafl des Judenthums in 
Berlin, mit einer wissenscb. Beigabe von J. Blbogen : Die Religionsan- 
schauungen der Pbarisàer mit besonderer Berûcksicbligung der Dégriffé 
Oottund Mensch. Berlin, impr. Itzkowski, 1904; in-8° de vi + 88 + 
23 p. 

M. J. Elbogeo a professé au Séminaire de Berlin, pendant le semestre 
d^élé de 1903, un cours sur « La Religion des Pharisiens ». De ces leçons 
est sorti le travail sur « les idées religieuses des Pharisiens, particulièrement 
sur les notions de Dieu et de l'homme » qui précède le vingt-deuxième 
rapport du Séminaire. 

Les Pharisiens de M. E, ce sont les Pharisiens de l'Ëvangile, c'est-à-dire, 
en somme, le judaïsme officiel des environs de l'ère chrétienne. On sait quel 
portrait partial les évangélistes ont tracé de leurs adversaires juifs, et Ton 
sait aussi que les savants protestants de nos jours, historiens à intentions 
théologiques comme Scbûrer et Bousset, ou ihéologieos a prétentions histc- 
riques comme Pneiderer et Haruack, en même temps quMls ont expliqué le 
rôle de Jésus par le milieu où il a vécu, se sont efforcés de justifier, au 
moins en partie, le verdict prononcé il y a dix-huit Mèclee par lui ou par 
ses disciples. M. Elbogen * pense non seulement que cette coudamnation est 
une condamnation de convention et de prévention, mais aussi que toutes les 
pièces du procès n'ont pas encore été utilisées. Les Évangiles sont trop 
évidemment tendancieux. Les Apocryphes môme ne présentent pas les idées 
juives fondamentales, ou, du moins, ne les présentent pas dans toute leur 
pureté. Il faudrait dire : ne présentent plus, car t-i les Apocryphes figurent 
effectivement, non la théologie officielle, mais, si l'on peut dire, les courants 
souterrains de la ptnsée, cVst parce que, le christianisme ayant fait siennes 
certaines de leurs conceptions, celles-ci sont devenues, par cela même» 
suspectes. Toutefois, nous chicanerons d'autant moins M. B. là-dessus quMl 
ue s'est pas fait faute d'interroger à Toccasion les Apocryphes. Mais, en 
somme, c'est surtout au Talmud et au Midrasch qu'il fait appel, parce que 
leurs témoignages sont à la fois les plus nombreux et les plus importants. 
Malheureusement cette littérature est si vaste et les idées théologiques y sont 
si éparses, qu^il faut pour le moment renoncer aux synthèses et se borner à 
des monographies. Sage conseil.. . que M. E. n^a peut-être pas suivi. Avec 
une compétence que peut lui envier M. Bousset, qui ne sait pas Thébreu, 
il passe en revue, mais sans essayer suffisamment de dater les textes et de 
marquer l'évolution des idées, les principaux points de la théologie juive, 

^ Les principaux ouvrages visés sont : SchQrer, Geschichtâ des jûd. Volket im 
Zeitalier Jesu Chritti, t. II, 3» éd., t898; Harnack, Dos Weien des Chrittentums , 
Leipzig, 19(12 (trad. française : VSssenci du Christianisme, Paris, Fischbacher, 1902); 
Pileiderer, Das Urehristentum, seine Sckriften und Lehren, 2« éd., Berlin, 1902; 
fioosset. Die Religion des Judentums im neutestamentliehen Zeitalter, Berlin, 1903. — 
Les protestants se sont déjà attiré des réponses de la part de : Schreiner, Die 
jûngsten Vrietle Ûber das Judentum, Berlin, 1902; F. Perles, Boussefs Religion des 
Jndentums (cf. Bévue, t. XL VI, p. 293); Eschelbacher, Die Vorlesungen Ad, 
HêmaeksUber das Wtsen d$s Christentums, dans la Monatkschrift^ 1902 et 1903; 
Gademann, Da$ Judentumim neutestamentliehen ZeitaUer in ekristlicher Darstellung ^ 
Mmusichr., 1903. 






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284 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

eu, pour parler comme lui, de la théologie pharisienne, d'après rensemble 
de la littérature talmudique, depuis les Midraichim halachiques, dont il fait 
un fréquent et excellent usage, jusqu'aux compilations plus tardives comme 
les Abot de Rabbi Nalan (pourquoi M. £. écrit-il : Âbot di R. Natan?]. Il 
croit môme qu'on a le droit d'invoquer le témoignage de la relifrion juive 
telle qu^elIe est enseignée et pratiquée de notre temps, parce qu'elle n'est 
que le développement de la religion pbarisienne. Nous ferions peal-dtre 
quelques réserves sur cette théorie, — si M. E. l'appliquait plus souvent 

Que si le but de M. £. est celui que nous avons dit, il aurait sans doate pu 
s'abstenir de retracer, après tant d'autres et sans apporter de donnée nou- 
velle, les origines des partis pharisien et sadducéen, et nous-même nous 
nous abstiendrions d'en parler, fi ce n'était pour relever un point. M. B. 
croit encore que les Hassidim ont donné naissance aux Efséniens, alors 
qu'il semble plutôt que celte secte n'est qu'une exagération du pharisalsme, 
lequel procède directement du parti bassidéen. Semblablement nous ne 
voyons pas que M. Ë. ait eu besoin d'énumérer les divergences tbéologiques 
et juridiques qui divisaient les partis pharisien et aadducéen, et nous n'in- 
sisterions pas davantage aur ce point, si nous ne tenions à relever une 
remarque très juste : les Pharisiens, qu'on accuse d'avoir écrasé la vie reli- 
gieuse sous le Joug de la Loi, sont bien plutôt les ennemis de la stagnation 
intellectuelle et les représentants de l'esprit d'examen. 

Entrons enfin au cœur du sujet et laissons M. Elbogen prendre, comme il 
ne le dit pas, mais comme il le pense, le taureau par les cornes. Pour les 
théologiens protestants, dit-il, la Tora, c'est la • loi », < nomos », et partis 
de celte erreur initiale (car Tora signifie proprement < doctrine i>), ils 
dénoncent dans le judaïsme pharisien le formalisme juridique qui accable la 
vie du fidèle. Il se pourrait que ce jugement fût inspiré par d'autres causes, 
et plus fondamentales. Nous aimons mieux M. E. quand il montre que les 
Juifs ne considéraient pas comme un joug l'accomplissement de la Loi, ou, 
du moins, qu'ils vivaient sous ce joug sereins et heureux. Il réfute ensuite 
le reproche qu^on fait au judaïsme pharisien de réduire la religion à l'obser- 
vance mécanique des rites : si importantes que fussent les lois cérémonielles, 
elles n'étaient considérées que comme des moyens propres à manifester le 
sentiment religieux. La religion pbarisienne était si peu formaliste qu'elle 
mettait les œuvres de morale au premier rang. 

Ces doctrines n'étaient pas seulement enseignées, mais aussi pratiquées. 
On prétend, sur la foi des Évangiles, qu'il y avait une contradiction flagrante 
entre l'enseignement et la conduite des Pharisiens, et que ceux-ci étaient des 
tartufes, s'il est permis de risquer cet anachronisme, qui montre d'ail'eurs 
que, partotU et toujours, il y a eu et il y aura des fourbes. Les Pharisiens 
n*ont pas stigmatisé avec moins de force que Jésus la piété affectée qui com- 
promet le mérite des bonnes œuvres et profane le nom de Dieu. Ils ont fait 
de la vérité, de la sincérité, le premier allribut de Dieu, ils l'ont inculquée 
dans l'esprit de l'enfant, ils l'ont inscrite en tête de la prière. Ces docteurs 
et ces scribes si malmenés ont dirigé le peuple et l'ont armé contre le paga- 
nisme idolfitrique et philosophique; héritiers des Prophètes, ils ont été des 
professeurs de morale et de icligion autant que des juristes et des casuistes; 
sortis du peuple et mêlés au peuple, ils l'ont instruit par la prédication, qui 
n'était d'ailleurs pour eux ni un monopole, ni un titre de gloire, ni un métier. 

Et voici maintenant de quelles croyances ils ont nourri leurs auditeurs. 
Au sommet de l'édifice est Dieu, le Dieu de la tradition et de la nature, non 
le Dieu de la spéculation; ils se fout une si haute idée de son unité et de sa 
spiritualité, qu'ils évileni scrupuleusement les anthropomorphismes, mais 
sans voir des hypostases dans sa < parole t ou dans sa < gloire ». C'est pour 
préserver le nom de Dieu Je toute profanation qu'ils défendenl de l'énoncer, 
mais cette précaution n'a jamais nui a la claire conscience de la Divinité. 
Supérieur à toute connaissance humaine. Dieu se révèle aux hommes d'après 
leur degré d'initiation. H est le créateur du ciel et de la terre : ce n'est pas une 
doctrine philosophique, mais une conviction SDontanée, et c'est pourquoi on 



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BIBLIOGRAPHIE 285 

s'oppose aux spéculations sur l'origine du monde, comme aussi c'est pourquoi 
on se fait des conceptions assez naïves sur la création ex nihiloj quand, par 
exemple, on associe à Dieu les dix paroles (M. E. a-t-il vu que cette idée 
n'a d'autre fondement que le mot « parler • dix fois répété dans le récit de 
la Genèse?). Entre Dieu ei le monde, son œuvre, il n'j a pas d'intermé- 
diaires : les anges ne sont que les messagers éphémères de ses volontés. 
' La cause finale de la Création est l'homme, créé t à l'image » de Dieu. 
(M. E. dit que déjà les Septante appliquent ce mol non a des propriétés 
corporelles, mais à des qualités spirituelles : la version grecque ne dit pas 
autre chose que : xa-c' eixova ^{tetépav xai xaÔ' ôpioibxnv. Les Pères de 
l'Ëglisa appliquent le premier terme au corps, le second à L'âme). Dieu 
n'a créé qu'un homme afin d'affirmer la responsabilité et la solidarité de tou4 
les hommes. — Nous prenons ici sur le fait la méthode de M. £. Voulant 
répondre au reproche fait à la religion pharisienne d'dlre particulariste et 
nationale (ce serait un reproche jusqu'à un certain point fondé, — si c'était 
un reproche], il cite des textes de la Mechiltaqui affirment seulement l'ubi- 
quité de Dieu. Et l'élection d'Israël? M. E. se tire d'affaire au moyen de 
l'Assomption de Moïse, sans distinguer les tendances de ces deux genres de 
littérature. Les textes talmudiques et môme Sira, comme il le dit d'ailleurs 
lui-môme, affirmeni que les Juifs jouissent d'une protection spéciale et que 
les autres peuples ont refusé d'accepter la loi. M. E. commet une autre 
erreur de perspective quand il montre que, tout en réprouvant l'immoralité 
des païens, on escomptait leur conversion prochaine et qu'on leur imposait 
un minimum de conditions. Il ne fait état que d'une série de textes et néglige 
ceux qui sont défavorables au prosélytisme. 

Les conceptions sur Dieu s'éclairent par les rapports de la divinité avec les 
créatures. Dieu est considéré comme le roi du monde, mais sans que cette 
croyance emporte l'idée d'un gouvernement tyrannique. Pour Harnack, la no- 
tion que le royaume céleste réside dans l'homme appartient en propre à Jésus ; 
M. E. croit que c'était déjà une croyance juive: peut-être ne se trouvo-t-elle 
ni ici, ni là. Les rapports de Dieu avec l'homme sont encore affirmés avec 
plus de force par la conception de Dieu le Père [sans intermédiaire, comme 
dans râvangile), d'où découle la confiance en Dieu, en sa justice et en sa 
bonté, plus grande que sa justice, et la soumission à tous les événements, 
même au martyre. 

C'est sur la conception de Dieu comme Père que reposent les idées des 
Pharisiens sur le but et les devoirs de l'homme; celui-ci acquiert la crainte 
du ciel et du péché par l'étude de la Loi et la pratique de la pureté, qualité 
éminenle où s'allient l'éthique et la religion et qui consiste dans l'imi- 
tation de Dieu et de ses attributs moraux. Les devoirs de charité sont 
résumés dans le verset a tu aimeras ton prochain comme toi-même », qui, dit 
M. E. avec raison, s'applique évidemment à tous les hommes, quoi qu'eu 
disent encore aujourd'hui les théologiens chrétiens *, qui est confirmé par la 
< loi d'or » de Hillel, courante dans la littérature juive et reprise par Jésus. 
Cette morale est humaine dans tous les sens du mot, elle ne conseille pas 
à l'homme d'abdiquer sa dignité et de laisser libre cours à la violence. Même 
les pratiques du culte ont une signification spirituelle; telles sont : les 
sacrifices, les jeûnes, les prières aussi, où Schûrer et Bousset ne voient que 
des amas de formules. Avec plus de justice Bousset fait ressortir l'impor- 
tance de l'institution bien pharisienne de la Synagogue, lieu de culte tout * 
spirituel et démocratique. Mais Schûrer croit à tort que toutes ces pratiques 
étaient observées dans la perspective d'une rémunération temporelle : pour 

* Les protestants ont beaucoup de mal à se défaire de ce préjugé, comme on le 
voit par le dictionnaire de Gesenius (1'2* éd.), où on lit, s. v. j?n : « La signification 
de concitoyen transparaît encore dans plusieurs passages (lesquels?), mais le plus 
souvent elle s'est affaiblie en celle de prochain » ; suivent de nombreux exemples, 
dont le Tenet du Lévitique* 



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286 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les Pharisiens, U récompense d'une bonne et la punition d^une mauvaise 
action résident en elles-mêmes, comme le montre la théorie de la pénitence, 
liée d'ailleurs à diverses conceptions eschatologiques que les docteurs se sont 
efforcés de spi ritualiser, les réduisant a la croyance en une ère oii Dieu sera 
un et reconnu de tous. 

On voit par cette analyse, et on le verrait encore mieux par le détail de 
Pargumentation, où des sorties contre le christianisme et des citations de 
Josèphe et de Lazarus sont appelées à la rescousse des textes, choisis avec 
un souci peut-être insuffisant de leur origine et de leur date, que Tétude de 
M. Blbogenest, autant qu*un travail de science et plutôt qu^un travail d'éru- 
dition, uoeétude de vulgarisation et d'apologétique au service duce buuoc 
cause. — M, Liber, 

Bbblinbr (a.). Zur Lehr' u. zup Wehr ùber u. gegen die kirchlicbe Orgcl 
im jûdischen Gotlesdienste. Berlin, Nathansen et Lamen, 1904; in-8o de 
V + 63 p. 

C'est, en réalité, une réunion d'articles : Die Or^el, par le rabbin A. Âc- 
kermann ; Crutackfn du Dr Mtckael Sachs geyêm die Orgel ; Die Synagopa 
u, die Mustky eine antiquarisch-historische Stïdie, par David Oppenbeim; 
hiterar-getekickiliehe Belege Hber die ehristliche Orgel im jUdUeken GotUt- 
diûnete, par A. Berliner. 

Bbzold (C.)* I>ie babylonisch-assyr. KelUnschrifleo u. ibre Bedeutang fur 
das Alte Testament. TubiDgue, Mobr, 1904; in-S"* de vu + 67 p. 

BiscHOFF (E.). Die Kabbalab-Einfûbrung in die jûdiscbe Mystlk u. Go- 
heimwissenschaft. Leipzig, Grieben, 1903; in-S^ de viii 4~ ^^ P' 

BoBHifER (J.). Babel -Bibcl-Katecbisinus in 500 Fragen u. Antworten fur 
Bibelfreunde. Stuttgart, Greiner et Pfeilfer, 1903; in-12 de vin + 176 p. 

BOHN (P.)- Der Sabbat im Allen Testament u. im altjûdiscben religiôsen 
Aberglauben. Gtilersloh, Bertelsmann, 1903; in-8* de vu + 97 p. 

BoussBT (W.)* Volksfrômmigkeit u. Scbriftgelebrtenlnm. Antwort au( 
Herm Perles* Kritik meiner « Religion des Judentums im N. T. Zeilal- 
ter ». Berlin, Reuther et Reichard, 1903 ; in-S® de 46 p. 

Brandon-Salvador (Marguerite). A travers les moissons. Paris, Félix 
Alcan, 1903 ; in-8<> carré de 465 p. 

Morceaux choisis de l'Ancien Testament, du Talmud, des Apocryphes, de 
poètes et de moralistes juifs du moyen âge. Ces extraits sont distribués de 
manière à fournir nue lecture pour chaque jour de l'année. Le choix est 
généralement judicieux et il y a plaisir à voir cités en français quelques 
échantillons de la poésie juive du moyen ftge* A la fin, de rapides notes 
littéraires sur les textes cités, notes qui auraient dû être revisées. 11 y est 
question d^un Livre d'Adam, ou Sifra d'Adam^ qui ferait partie des Apo- 
cryphes de l'Ancien Testament. Ce livre d'Adam est, d'ailleurs, mis à contri- 
bution. Or, ce livre n'a rien d^apocrypbe et ne se rattache en rien i l'An- 
cien Testament : c'est le fameux livre religieux des Mandéens ! 

BuDDB (E.)> Was soU die Gemeinde aus dem Streit von Babel u. Bibel 
lemen? Ein Vortrag. Tubingue, Mohr, 1908; in-8« de 38 p. 

Caragcio (M.). Ërode 1 re degli Ebrei. Padoue, Dragbi, 1908; in-S'' do 
151 p. 

Chajbs (H.-P.). J&discbe u. jûdisch^indiscbe QrabinscbrUien «us A4«i« 
Vienne, Qerold» 1908 ; gr. in*6« de 80 p. 



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Vorsteliungen des Alton Teslamentes. Giessen, Rickcr, 1903 ; in-8® do 
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de XXI + 686 + 3CX 4- 081 p. 

On voil avec quello rapidité les éditeurs s'acqailteDt de leur tâche ; il faut 
louer cette diligence, tout en regrettant les sacrifices qu^elle suppose. C'est 
ainsi, par exemple, que personnellement, Je dois regretter de n'avoir pas 
m$me reçu communication des épreuves de mon article intitulé France^ qui 
ne remplit pas moins de 24 pages. Aux fautes des typographes s'ajoutent 
celles du traducteur, qui ne m'a pas toujours compris. On me permettra de 
relever ici quelques-uns de ces lapêut, P. 445. Après avoir raconté les lé- 
gendes relatives aux services rendus à Charlemagne lors de la prise de Nar- 
bonne (voir celte R99U9, plus haut, p. 197, où je rectifie ce chapitre), on me 
fait dire : < Une histoire similaire de la reddition de Toulouse aux Sarra- 
sins par les Juifs... » J'avais écrit : < U faut mettre en regard de ces lé- 
gendes celle qui... » — P. 448 et 451, lire Joseph Cars, et non Caro. — 
P. 449, Philippe Auguste n'était pas le frère, mais le fils de Louis VU. — 
U, Au lien de : « Immédiatement après son couronnement, le samedi 14 mirs 
1181, il ordonna que les Juifs fussent arrêtés dans leurs synagogues... •, 
lire : le 14 mars 1181, il ordonna que les Juifs fussent arrêtés le samedi... > 
P. 450. Contre sens hien amusant : j'avais dit : « C^est à qui achèvera 
Pœuvre de Rascbi. • La phrase est ainsi rendue: « Car qui pourrait espérer 
achever ToBuvre de Raschi-? (for vvrho could hope to compete («$«) with Ra- 
shi^ work?). P. 451. Lea mou « un des Tossafistes les plus initruiU » se 






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288 . REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rapportent à Sir Léon d« Paris, et Don à SimsoD do Coucy. En général, od 
n'a pas compris que j'avais rangé cas noms de rabbins diaprés les localités 
qu'ils habitèrent, pour montrer que Tactivité intellectuelle n^était pas con- 
centrée en quelques villes seulement. — 7^. Corriger Bender en Bendit et 
Purt Audemer eu Pontaudemer, et supprimer Moïse de Saumur, nommé 
deux fois. — P, 452, lire Benvenisti, au lieu de Benvenuti. — P. 455. Après 
Pierre le Vénérable manque une phrase: Judei cum Cbristiano de lidechris- 
tiaaa , supprimer le mol « but >. P. 456, au bas de la 1** colonne. Mon 
texte portait : < Ce n'est pas impunément que les Juifs étaient dénoncés à la 
malveillance par le port de la rouelle, par Taccusation de sortilèges [ordon* 
naoce sur la réformatiou des mœurs de 1254), la croyance au meurtre rituel, 
qui n'avait presque plus fait de victimes depuis longtemps en France, repa- 
rut à Troyes. .. » Voici ce que devient ce passage : « Not only bad the 
orùinance requiriog the wearingorthe badge been euforced, but accusations 
of scrcery had been made (Ordonnance on the improvement of morals of 
1254); and now the belief in rituel murder was to reappear... > — Ih.^ 
col. 2. Au lieu de Crécy, lire Croisy. — P. 458, lire S Maixent, et, col. 2, 
Rothenburg. — P. 4o9 a, lire Amude — et non Ammude. — P. 460 s, le 
traducteur a corritj€ Se fer Haschelama en S. ha-Shelomoh ! — Ib. Bet ha- 
Nehirah est une faute pour B. h^-Bekirak, — P. 462 i, lire : Actes du Par- 
lement de Paris, 5230 — et non V. 230; Hist. eccl., 1. 92. — P. 463 J, lire 
Kaftor wa Férah — et non u-Terah; March I, 1360; Outrclaue. — P. 464 a, 
lire : Pièces inédites relatives — et non Procès inédius relatifs^ et plus loin 
Piè€e$ justi/îcativet au lieu de Procès justificative. — P. 465*, Responsa of 
Isaac b. Sheshet, n"* 270-272 {et non pp.] — P. 466 fl, lire conceptions, au 
lieu de conclusions, et 4666, Bonjorn, au lieu de Bonform. — Je tiens égale- 
ment à dire que la carie des localités habitées par les Juifs n*est pas mon 
œuvre. Je ne suis donc pas responsable des lacunes considérables qui la dé- 
parent ni du repéra;^e des noms de ville. L^Argentière, qui est indiqué sur 
la rive gauche du Hhùne, près des Alpes du Dauphiné, doit être placé sur 
la rive droite, dans le département de l'Ardëche. — Pour gagner du temps, 
les éditeurs ont dû également renoncer à la collaboration de beaucoup des 
savants européens qu'ils avaient groupés autour d'eux ; aussi beaucoup d'ar- 
ticles sont-ils composés maintenant dans leur bureau de rédaction. Toutefois, 
comme ou demande surtout à une Encyclopédie, non des travaux originaux, 
mais un inventaire intelligent des notions courantes, il ne faut pas trop dé- 
plorer ce changement de personnel, qui assurera la fin rapide de cette grande 
entreprise. 

ËNGBLKEMpBR (W.). Saadja Gaon's religions-pbilosophischc Lebreûberdie 
licilige Schrift. Aus dem Kitab al Amanat wal Ttiqadat ûberselzt u. 
erklart. Muustcr, Aschendorff, 1903; in-8*' de viii -h ^*^ P- (Bcitrâge zur 
Gcscbichtc dcr Philosophie dos Miltelallers. Texte u. UnlcrsuchaDgco 
hrsg. von G. Bauemkcr u. G. v. Hertling. IV. Band, 4. Heft.) 

Ermoni (V.). La Bible et roricnlalisme. 111. La Bible et Parcheologie sy- 
rienne. Paris, Bloud, 1903 ; in- 16 de 64 p. 

ËYRAQUES (M.-B. d'). Les Psaumes traduits de Phëbreu. Paris, Lecoffie* 

1904 ; in-)2 de lxiv + 427 p. 

L'auteur de cette nouvelle traduction est une femme et une catholique; or 
une catholique hébraisante est un oiseau si rare par le temps actuel qu*â 
ce seul litre ce volume mérite l'attention et la sympathie. 11 les mérite anssi 
par Télégance et la pureté du style, par la fidélité générale de la traduction. 
Les noies sont surtout explicatives et n'abordent guère les difficiles pro- 
blèmes de critique; ceur-ci sont touchés dans les notices et dans lïntroduc- 
tiou. Inutile de dire que les solutions de la savante traductrice ne sont pas 
toujours GeUes de Texégèse atfraocbie, qu'elU est d'ailleun loin d^gnorer. 



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BIBUOGRAPHIE 289 

Uue seule citalion i titre d'exemple : < Le monothéisme d'IsraSl n'est pas, 
comme on Ta prétendu, le terme d'une longue évolution. Le dogme de 
Tunité divine lai vient directement de ses premiers ancêtres. Le Dieu des 
Psaumes et des prophètes est sans changement aucun le Dieu d*Abraham, 
d'Isaac et de Jacob > [p. LU). A côté de ces opinions surannées, qui justi- 
fient Vapprobatur de Tabbé Vigouroux et la préface chaleureuse du cardinal 
Mathieu, il faut signaler la timide concession de la date post-davidique 
de « certains • psaumes. Dans la deuxième partie de Tintroduction s exprime 
un sentiment très vif et sincère des beautés de la poésie hébraïque. On 
regrettera seulement que l'auteur, si familière avec Herder, n^ait pas jeté les 
jeux sur Tadmirable répertoire des métaphores des Psaumes dans la Litt^- 
raturé des pauvret de Loeb. — T. R. 

Falb (R.). Babel, Bibel u. Jao. Berlin, Stcinitz, [1903] ; in-8o de 48 p. 

Fblder (H.). Die Krisis des religiôsen Judentums zur Zeit Gbristi. Vor- 
trag. Stans, Matt, 1903; in-8o de 30 p. 

Feughtwano (D.). Zur AufklàraDg ilber Babel u. Bibel. Vienne, Konegen, 
1903 ; in-80 de 51 p. 

Fischer (J.). Die cbronologiscben Fragen in den Biiehern Esra-Nehemia. 
Fribonrg-en-Brisgau, Herder, 1903; in- 8® de xx + 98 p. (Biblische 
Studien, hrsg. von O. Bardenbewer. 8. Bd. 3. Heft). 

Frbudbnthal (J.)> Spinoza. Sein Leben u. seine Lehre. I. Band : Das 
Leben Spinozas. Stultgard, Frommanns Verlag, 1904 ; in-8^ de xiv -|- 
349 p. 

Fribolabndbr (m.). Gescbicbte der jiidiscben Apologetik als Vorgescbicbte 
des Christenibums. Zurich, Caesar Schmidt, 1903; jn-8** de xv + 499 p. 

Fribdlabndbr (Moses]. Qenealogiscbe Studien zum Alten Testament. I. 
Die Ver&nderlicbkeit der Namen in den Stammlisten der Bûcber der 
Chronik. Berlin, Poppelauer, 1903 ; in-8o de 64 p. 

L'auteur a eu pour but de montrer comment les noms propres des listes 
généalogiques des Chroniques se diversifient et quelles relations existent 
entre les noms de formes semblables. En premier lieu, les noms de personnes 
produisent des noms de familles ou patronymiques en insérant un ou ou 
un (ce serait, selon M. Friedlaender, une sorte de pluriel brisé). Les 
patronymiques prennent souvent une forme féminime â ou 6t. M. F. note, en 
passant, que le préfixe mSm peut disparaître. La terminaison â peut devenir an, 
La forme patronymique est parfois l'équivalent d'un nom précédé de Uh 
• fils ». Ensuite, les noms théophores sont très variables, les noms de la 
divinité pouvant être substitués l'un à l'autre. Le nom divin est souvent 
supprimé dans les listes de noms de famille authentiques, mais lorsqu'on 
restitue le nom de Tancêtre supposé de la famille, on lui donne la forme 
pleine. On rétablit de la même manière le nom d'un ancêtre d'après le 
patronymique en supprimant la terminaison. Parfois on modifie un nom en 
l'abrégeant ou en rallongeant afin d'éviter la confusion avec le personnage 
connu portant ce nom. Des séries de noms sont reportées d'une famille sur 
l'autre. 

Dans les récits des Chroniques les noms propres exercent une grande 
influence : Bphralm est le fécond des fils de Jacob, Asa va consulter les 
médecins, Josaphat organise la justice^ etc. Le chroniqueur groupe dans les 
généalogies les personnes dont les noms sont analogues de forme ou de sens ; 
il groupe môme des noms de façon à former une phrase. On connaît l'exemple 
de 1 Chron., zxv, 4. Les noms synonymes sont mis l'un pour l'autre, p. e. 
Bamoul pour Terahmeél, Les noms de certains personnages s'expliquent 
T. XLVni, M*» M 19 



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1 



^ RËVtJE DES ËtUDES JtflVEg 

par ce qui esl dit de leurs àîeux ; ainsi, Netanel, prince d'Issacbar, a été 
nommé d'après l'explication que donne la Genèse, xxz, 18, sur le nom dls- 
sachar. 

Telles sont les principales idées exposées dans cette brochure avec de 
nombreux exemples. Tout n'y est pas également certain. Quand M. F. voit 
dans Elyaschib l'équivalent de Gamoûl^ il semble croire que le verbe ganutl 
sî^nilie récompenser ; or ce verbe n'a pris ce sens qu^au moyen Age. Mais 
l'ensemble n^en est pas moins intéressant. Le travail de M. F. est utile 
pour la critique du texte des Chroniques ; il montre le caractère des arbres 
généalogiques partant de données réelles, mais développés à l'aide de procédés 
artîBciels. Au point de vue philologique il contribue à élucider la formation 
et la déformation des noms propres. — Mayer Lambert. 

Gasser (C). Babel u. Bibel in gemeinfasslicher Weise beleuchtet. Schaff- 
hausen, Meili, 1903 ; in-8^ de 52 p. 

GïKSEBRECtiT (F.). Friede fur Babel u. Bibel. Kœnigsberg, Thomas et Op- 
permann, 1903 ; iu-S" de iv + 62 p. 

Gray (G.-B.Î. a critical and exegctical commenlary on Numbers. Londresi 
Clark, 1903 ; in-8« de 542 p. 

Grimme (H.)" « Unbewiesenes >. Bemerkungen eines Philologen zu Fr. 
Delitzsch's Babel u. Bibel Ml. Munster. Schôningh [1903] ; in-8« de 80 p. 

GûDEMANN (M.). Das vorchrislliche Judenthum in Christlicher Darslellung. 
Breslau, Koebner, 1903; in-8o de 49 p. (Tirage à part de Monatsacbrift 
fur Geschlchle u. Wissenschaft d. Judenthums, 1903). 

GuTTMANN (J.). Die Bedcutung des Judentums im Leben der Gegenwart. 
Francfort, J. Kauffman, 1902; in-8® de 11 p. 

Halévy (J.). Etudes dvangéliques. 1^' fascicule. Paris, Leroux, 1903; in-8' 

de 239 p. 

Hanover (s.). Das Festgesetz der Samarilanor nach Ibrahim ibn Jakub. 
Edition u. Uebersetzung seines Kommentars zti Lev. 23 nebst Elnleitung 
u. Anmerkungen. Berlin, Nathansen et Lamm, 1904 ; iû-3** de 74 + 

XVIII p. 

Hehn (j.). Sûnde u.Erlôsung nach blblischer il. babylonischer Anschauung. 
Leipzig, Hinrichs, 1903 ; in-S*» de vu + 62 p. 

Hbrford (R.-T.). Christianity in Talmud and Midrasch. Londres, WilliamB 
et Norgate, 1903 ; in-8û de xvi + 449 p. 

C'est la réunion, avec traduction et notes, des textes où il est question — 
sûrement eu en apparence — du fondateur du christianisme et des minim. 
Le travail est fait avec beaucoup de conscience et sans le parti pris qui dis- 
tingue d'ordinaire les ouvrages chrétiens qui traitent de ces matières. 

Herkënne (H.j. Die Briefe zu Beginn des zweiten Makkabfterbuches. Fri- 
bourg-en-Brisgau, Ilerder, 1904 ; in-8<» de vu + 103 p. (Biblische Slu- 
dien, hrsg. von O. Bardenhewer, VIll, 4). 

HiRSGH (J.). Meînc Glossen zum zweiten Vorlrage des ProfeSsors Dolitzsch 
liber Babel u. Bibel. Czemowitz, Pardini, 1903 j in-8® de 46 p. 

HoFPM/vNN (D.)* Die wichtigsten Instanzen gegen die Qraf-Weilhausenscbe 
Hypothèse. L Heft. Berlin, Nathansen et Lamm, 1904; iu'^^ de 154 p* 



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*%fr:^^- 



fiteUOâRAPHlË 291 

lloLziNQBa (H.). Numeri erklârt. Tubingue, Mohr, 1903 ; in-8o de xviii + 
176 p. (Kurzer Handkommentar von K. Marti). 

H0B0VIT2 (J.). Babel u. Bibel. Randglossen zu dea beidea Vortrâgon 
Friedrich Delilzscbs. Francfort, J. Kaufifmann, 1904 ; in-8^ de 45 p. 

HuRLBURT [J.-L.). Prom Saul to Salomon, a séries of studies in Old Tes- 
tament history. New- York, Eaton et Mains, 1903 ; in-12 de 64 n. 

JiCKSON (F.-J.-F.). Bibllcal history of Hebrows. Londres, W. Hefifer, 
1903; in-8«de444 p. 

Jacob (B.)* Im Namen Gottes, Biue sprachliche u. religion sgeschichtlicbc 
Untstsuchung zum Altcn u* Neuen Testament. Berlin, Calvary, 1903; 
iii-8« de vil 4- 176 p. 

L'auteur a cherché, dans cet ouvraj^e, à déterminer le rôle du nom divin 

dans la liltérature biblique et évaDgélique. Dans le premier chapitre M. J. 

examine le sens du mot sehém en général el en indique les ditférents 

emplois. Dans le second il étudie le sens spécial do la locution 'n DtDS, 

laquelle ne signifie pas « au lieu ei place de Dieu », mais « avec iMnvocation 

du nom divin ». A cette occasion les opinions émises par diÛ'érents écrivains 

sur ce sujet sont exposées et critiquées. Un troisième chapitre est consacré 

au mot 5vo(Aa dans le Nouveau Testament. Ce mot désigne : 1* un moyen 

* d'exorcisme, 2« la foi en Jésus, 3*> la représentation de Jésus, /i» une 

rubrique. Un quatrième et court chapitre s'occupe des apocryphes. Dans le 

cinquième M. J. recherche Torigine de l'emploi du nom divin pour un efTet 

magique ; il passe en revue les différents peuples d*où il aurait pu venir et 

s'arrête aux Egyptiens, qui ont toujours considéré le nom de leurs divinités 

comme un talisman. Par les gnostiques la doctrine égyptienne s^est répandue 

en Palestine, et c'est à eux que remonteraient les dénominations tardives 

de la divinité telles que DTDn, în*T132i, ÎSIp^îl. Du christianisme le rôle 

magique du nom divin a passé aux Mandéens et aux Musulmans. Ensuite 

(ch. Yi) M. J. énumèra les expressions du Nouveau Testament où figure 

le mot 5vopa, puis celles de la Septante et en conclut que le langage de 

l'Kvangile s'est modelé sur la Septante, qui avait traduit littéralement les 

expressions hébraïques, de sorte que l'expression grecque dans l'Evangile 

ne correspond pas exactement  la pensée que l'on voulait exprimer. Dans 

le chapitre vu, M. J. expose que le sens évangélique de la locution au nom 

provient de la langue juridique latine, où de nomine signifie « au compte 

de ». Dans un appendice (cb. viii), Tauteur examine à quelle époque on a 

cessé de prononcer. le tétragramme. 

L'ouvrage de M. J. réunit tous les matériaux essentiels de la question qui 
y est traitée; et déjà, à ce point de vue, il mérite Tattention. Mais, en 
en outre, il a le mérite de mieux préciser les différents sens du nom divin et 
d'établir une ligne de démarcation entre la Bible et l'Evangile. Enfin, 
l'interprétation qu'il donne de l'expression 'Tl DtD3 dans la plupart des 
passages bibliques parait exacte ; p. e. prophétiser «m nom d$ Dieu signifie 
pirler en mentionnant le nom de Dieu, et non pas parler à la place de Dieu. 
Mais M. Jacob nous parait s'être laissé entraîner un peu trop loin par ses 
tendances apologétiques quand il nie que le nom de Dieu puisse être autre 
chose que le mot Dieu. On ne voit pas pourquoi le nom divin jouerait un si 
grand rôle dans la Bible s'il n'était que la simple désignation de la divinité 
au lieu d^en être une sorte de représentant. On ne comprendrait pas non plus 
que dans une foule de locutions le nom divin remplaçât la divinité elle-même 
si le nom était un simple mot. Il est possible que les auteurs bibliques 
n'aient plus vu dans le nom divin une bypostase, mais certainement les 
expressions dont ils se servent montrent que, à l'origine, le nom a dû jouer 
ce rôle. En particulier, l'expression t faire résider un nom » ne signifie pas 
Bimpletneût donner son nom, car un nom ne réside pis, sinon comme rempia- 






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^ 



292 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

çaotde la divinité. L'expression assyrienne sakaan tutntu [p. 45] est différente, 
car sakaan ne signifie pas < résider » en assyrien, ou bien il faudrait admettre 
que le deutéronomiste aurait emprunté i'exprebsion assyrienne en la détour- 
nant de sou sens, ce qui est peu vraisemblable. M. Giesebrecht nous parait 
donc avoir raison quand il voit dans la phrase deuléronomique un moyen 
terme entre la croyance à la résidence matérielle de Dieu et la notion du 
Dieu universel. 

Certaines explications de versets bibliques présentées par M. J. sont 
d^oncertantes : selon lui (p. 12), la locution ^y Î3tt5 ti'Vp s'expliquerait par 
le fait que le complément d'un nom construit est considéré comme étant 
au-dessus de ce nom. Dans < le palais du roi » le roi est au-dessus du 
palais. C^est le contraire qui aurait été naturel, car, le nom construit étant le 
premier, c'est lui qui devrait être considéré comme étant au-dessus du 
second . M. G. parait aussi avoir confondu b^ D*<Z3 K*^p avec D© hy ^"p- 
Dans cette seconde expression by signifie • d'après ». — L^explicalion de 
t^^Tûb "^^ïlbN 'n Dtt) riN NlOn tÔ par • tu ne transféreras pas le nom 
de IHVH sur une idole • (p. 20) est bien singulière ; qui peut avoir l'idée 
de transférer le nom propre d^une divinité à une autre ? En outre, 2^113 n'est 
jamais employé dans la Bible pour désigner une idole. — M. G. croit que 
la phrase : nNT ÎTHpb «'^«73 "«D n«3N «np*» n«Tb est une réflexion de 
l'écrivain et non pas d'Adam, et signitie : On appelle la femme in)Sfi<, car le 
mot ^tSK vient de ;&"*(< (p. 22). — L'ange dont Dieu parle à Moïse (Ex., 
xxxxi, 20) est Josué, et la phrase « car mon nom est en lui » fait allusion à ce 
que le tétragramme se trouve dans 3^^lïl^ (p. 23). C'est du pur Midrasch. 
« L'homme qui n'écoutera pas les paroles qu*il prononcera avec mon 
nom » (Deut., xviii, 19) veut dire: c Le prophète qui refusera de parler sur 
Tordre de Dieu » (p. 33). — < Par mon nom IHVH Je ne me suis pas fait 
connaître à eux > (Ex., vi, 3) signifie: < Je n'ai pas donné aux patriarches 
TexpérieDce de ce que signifie mon nom, c'est-à-dire tout puissant » (p. 17), 
et c'est Àrtapan qui a induit la critique moderne en erreur en comprenant a 
tort que Dieu n'avait pas révélé son véritable nom avant Mo!sé. 

S^il est possible que ÏTlI^Ii soit la traduction de ouyafxei; et d1p)3tl de 
TO^roc (p. 119], l'inverse serait aussi ou plus admissible; il nous semble, que 
Dlp)3în est l'abréviation de 'n *naD Ûlip73. M. Jacob ne dit rien de 
rexpression SlS^D^, qui en est le synonyme. 

Le livre porte comme épigraphe un verset où le mot tSTZ) est mis en paral- 
lélisme avec ^13D- U eût été intéressant de parler des équivalents de DTD. 

Malgré les taches et les lacunes que nous avons signalées, M. J. n'en 
mérite pas moins nos remerciements pour avoir fourni une sorte de répertoire 
des expressions renfermant le nom divin et pour avoir discuté avec plus de 
précision qu'on ne l'avait fait jusqu'à présent les différents emplois de ce mot 
dans la Bible et l'Evangile. 

Les données sur lesquelles s'appuie M. Jacob, pour déterminer l'époque à 
laquelle le tétragramme a cessé d'être prononcé, sont dignes d'attention. 
M. J. observe que l'auteur des Chroniques devait déjà lire Â.donai pour' tl, 
car il n'emploie jamais 'n ^3Tfi<. Pendant un certain temps on a continué à 
écrire le tétragramme sans le prononcer. Dans les livres postérieurs de la 
Bible on emploie D^nb». La forme Ninb dans Daniel pour É^"în^ serait 
due aussi au désir de ne pas prononcer le nom inetTable. Dans Estber le nom 
même de la divinité a été supprimé. Mais si l'on a évité la prononciation du 
tétragramme, ce n'est pas par crainte que le nom fût profané par les Juifs, 
mais par les païens, ce qui, en effet, est plus probable. — Maysr Lambert. 

Jagobt (G.). Glossen zu den neuesten Aufstellungen ûber die Composition 
des Bûches Jeremja. (Cap. 1-20). Dissertation. Kœnigsberg, 1908 ; in-e*» 
de 87 p. 

Jahrbuch der jùdisch- literarischen Gesellschafl (Sitz : Frankfurl a. M.). 
1903-5664. Francfort, J. Kauffmann, 1903 ; gr. in-8o de v -f 326 p. 



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BIBLIOGRAPHIE 293 

Table des matières': 

A. Berliner : Rede gehaiteo im Rabbiner-Seminar am Gcdenktage, 
4. Tammus 5661 (sur Rabbénou Tarn) ; 

M. Weinberg : Die hebr. Druckereien in Sulzbacb ; 

M. Lerner : Jelamdeou Rabbeou : 

H. Kottek : Der Kaiser Diokletiao io Pal&slina. Paneas ; 

Ë. Biberfeld : Zur Melbodologie der balacbiscbea Exégèse ; 

J. Bondi : Rabbi Jochanan ; 

I. Unna : Babylonien um das Eude der Tannailenzeit ; 

D. Hoffmann : Zur talmudiscbeo Lexikograpbie ; 

L. Wrescbner : Deminuliv-Bilduogen im Talmud ; 

S. Bamberger : Die neuesten VerOflenllicbungen aui dem arabiscben 
Aliscbna-Kommenlar des Maimonides ; 

A. Sulzbacb: Die diesj&hrige Lieferung des Vercins Mekize Nirdamim ; 

U. Lipinsky : Uber eiuige loschrifien in Sodrussland ; 

S. H. Lieben : Zur Cbarakteristik des Verh&ltoisses zwiscben R. Jecbeskel 
Landau u. R. Jonathan EibenscbQLz. 

Les notices talmudiques sont consacrées à la vulgarisation et à Tapologie 
des idées d'isaak Halévy, Tauteur des D^DlCfinn m^Tî. 

Jahres-Bericht des jùd.-theolog. Seminars Fraenckerscher StifluDg. Voran 
gelit z Ein Vorlrag ûber das Ritual des Pesach-Abends von J. Lewy. 
Breslau, imp. Schatzky, 1904; ln-8« de 22 + 14 p. 

Jahres-Berichl des Rabbiner-Seminars zu Berlin fur 1902-1903. Mit einer 
wissenschafll. Beilage von D. Hoffmann : Die wichtigsten Instanzea 
ë^SGTx die Graf-Wellhausensche Hypothèse. Hefll. Berlin, imp. Itzkowski, 
[lÔO^] ; in-s^ de 154 + 42 p. 

Jahresb^ricbt (26.) der Landes-Rabbinerschule in Budapest fur das Schul- 
jatir- 1902-1903. Vorangeht : Aus dem Worterbuche Tanchum Jeru- 
^^^'^^ïtni's. Nebst einem Anhange iiber den spracblicben Charakter des 
Ma ixdtini'schen Mischne-Tora von Wilhelm Bâcher. Budapest, 1903; 
"^■•^^ de 146 + 38 + 48 p. 

*ïr^^*^ <S.). Die Wiederherstellung Israels unler den Achftmeniden.Breslau, 
î:^^t>xier, 1904 ; in-8° de vm + 171 (Tirage à part de Monatsschrift fur 
^^^^tiicbte u. Wissenschaft des Judenthums). 

^^'^'^^^KA (J.). Der angebliche Turmbau zu Babel, die Erlebnisse der 
^*^^ilie Abrahams und die Beschneidung. Leipzig, Seemann, 1903; in-8® 
*^ ^"ÏSp. 

*^ . 5^^ l)cn Ali, des Kar&ers, Gommenlar zum Bûche Ruth, zum I. Maie. . . 
^ ^^^l't., mit Einleitung u. Anincrkungen versehen von Nahum Scborstein. 
•"^*ri, M. Poppelauer, 1903; in-8o de xvin +32 p. 

^AF^**^^ (A.). Das Allé Testament im Lichte des allen Orients. Mit 145 
^^ildungen u. 2 Karten. Leipzig, Hinrichs, 1904 ; in-8o de xiv + 383 p. 

^^*^ (M.). Judaism as creed and life. Londres, Macmillan, 1903; in-8** 
,^ ^^2 p. 

y^^^^-t^e Statislik hrsg. vom Vereiu fur jûd. Statislik, unter der Redaktion 
X)' Alfred Nossig. Berlin, Jùdischer Verlag, 1903; gr. in-8^ de 452 p. 

^B.). Tablas de reduccion del computo hebraico al cristiano y vice- 
p^^* ^* ^ precedidas de luia explicacion en castellano y en latin compuestas 
g^ 2^rocedimientos completamente nue vos. Madrid, impr. Aguado, 1904; 



voxx 



^11*40 de 806 p* 



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• 



L 



ÎM HËVUË UKS ÉTUDES JUIVES 

Kennedy (J.). The note-Une in the hebrew scripturog, commonly called 
Paseq or Pesiq. Edimbourg, Clark, 1903 ; in-8o de ix + 189 p. 

Ëtude très suggestive, où nous avons été heureux de retrouver une des 
théories clièrcs à notre regretté maître Isidore Loeh. Le paseç ou ptsiç, celle 
barre verticale qui aceompagae certains mois de PËcriture, est en beaucoup 
de cas une sorte de sic mis par les plus anciens scribes pour attester la fidé- 
lité de leur copte, alors que li leçon leur paraissait suspecte ou di^ne d^ètre 
signalée. C'est parfois comme un premier essai de critique textuelle. L'au- 
teur s'est eiTorcé de déterminer et de clssser toutes les circonstances dans 
lesquelles on a eu recours à ce signe. On pourra chicaner quelques déiails, 
mais, en somme, M. K. nous parait avoir généralement raison. Si nous en 
avons le loisir une autre l'ois, nous rendrons compte plus amplement de cet 
opuscule des plus attrayants. 

Klausner (.t.). Die naessiauische Vorstellung des jûdischen Volkes Im 
Zeitalter der Tannaiten kritiscb untersucht u. im Rabmen der Zeilgo- 
schichte dargestellt. Dissertation. Heidelberg, 1903 ; in-8** de 118 p. 

KôBERLE (J.). Babylonische KuUur u. bibliichc Religion. Munich, Beck, 
1903 ; in-go de iii + 54 p. 

KocH (S.). Italicnischo Pfandleiher im uordlichen u. ôstlichen Frankreioh. 
Breslau, impr. Fleiscbmann, 1904; in-8® de 55 p. 

KôNiG (E.). I>er Kampf um das Alte Testament. I. Heft. Glanbwûrdig- 
keitsspuren des AUen Testaments. Gross Lichlerfeld, Bunge, 1903;in-8* 
de 54 p. 

Krâmkr (J.). Das Problem des Wunder» im Zusammenhang mit dem der 
Providenz boi den jûdischen Religionspbilosophen des Mittelalters von 
Saadia bis Maimuni. Dissertation. Strasbourg, 1903 ; in-8° de 108 p. 

KuiPER (K.). Ad Ezechielom poelam Judaeumcurœ gecundœ. Padoue, Pros- 
perini, 1904 ; 10-8** de 35 p. (Extrait de Rivista di Storia Antica, viii, 1). 

KuTTNER (B.). Jûdische Sagen u. Legenden. III. Bftndchen. Francforl, J. 
Kauffmann, 1904 : in-8° de 75 p. 

L\UR (E.)- Die Propheleimamen des Allen Testamenles. Ein Beitrag «or 
Théologie des AUen Tcstamentes. Fribourg, Univers. Buchhandlung, 
1903; In-S^de vi + 165 p. 

Lehmann (C.-F.)- Babyloniens Kullurmission einst. u. jetzt. Leipzig, Die- 
terich, 1903 ; in-8° de m -\-^ 88 p. 

Lé VI (Israël). The Hebrew text of the book of Ecclesiasticus edited wilh 
brief notes and a selected glossary. Leyde, Brill, 1904; in-8*' de xiii + 85 p. 
(Scmilic Study séries, éd. by R. Gottheil and M. Jastrow, n® III). 

Texte complet des fra piments jusqu'ici découverts de l'Ecclésiastique hé- 
breu. Od y a joiDt de courtes notes et un vocabulaire des termes ou formes 
verbales propres à l'iiuleur. Tel quel, ce petit livre, destiné aux étudiants du 
Nouveau Continent, lait quelque peu double emploi avec celui de M. Strack 
(Voir Hernie, t. XL VI. p. 296). Il aurait dû paraître avant celui-ci, le ma- 
nuscril ayant été remis aux directeurs de cette publication en septembre 1902. 
Peut-être olirira-t-il, cependant, quelque intérêt en raison des nouvelles 
lectures et notes qui distinguent cette édition manuelle. 

LÉ VI (Israël). Histoire des Juifs de France. V^ parlia : Des origines au 
x^ siècle. Paris [DurlacherJ, 1903; gr. in-8<> de 24 p 



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31BLI0GRAPHIE 295 

Lswis (H,). By tbe river Chebarj some applications of Qzekjers visions. 
Londres, Hodder, 1903; in-S» de 194 p. 

LiNCKB (K.-F.-A.). Samaria u. seine Propheten. Mil einer Textbeilage : 
Die Weisheitslehre des Phol^ylides. griechisch u. deutscb* Tubingue, 
Mohr, 1908; in-8^ de viii + 179 p. 

LoDS (A.). Les découvertes babyloniennes et TAnclen Testament. D51e, 
impr, Girardi et Audebert, 1903; in-8^ de 35 p. 

LOHMANN (E.). Tbarsis oder Ninive. Ein Beîtragzam Verst&ndnis des Bûches 
Jona. Freienwalde, Rûger, 1904; in-8<> de 60 p. 

LAwY (A.)« A critical examination of the so-called Moabite inscriplion in 
Ihe Louvre. Third issue revised and amended. Londres, 1903; in-S'^ de 
98 p. 

M. Albert Lôwy rompt une nouvelle Itnpe contre raulhenticitc de la 
fameuse pierre de Méscha. Ses arguments principaux sont Tanalogie 
frappante qui règne souvent entre la style ou les expressions de riDscripiion 
et ceux de la Bible, par exemple -^ftOffi a n«'n«'^3fitT»-"''«3«bDa"»5Nnn "'DT 
Ps. Gxviii, 7, analogie qui parfois va jusqu'à la parodie, par exemple pxi 
iJ^lobo^a n« =i lyttbj^a n» ...133 ai«n "«Sai (Nombras. xxxn, 37-8), 
et encore In-'lp PN lawi = D'»n"»np n« 133 pi»"! "^331 {»*.) — là Méscha 
s'atlribue des fondations de villes que rEcrilure assigne à certaines tribus ; 
enfin, et ici M. L. a rencontré un écho dans l'opinion de F.-W. Sehultz 
(Encyclopédie d'Herzog), n*est-il pas singulier que le seul monument moabite 
qui ait été retrouvé contienne justement le seul nom propre de roi looabite 
qui figure dans la Bible et que les noms propres qui se lisent dans Isaïc, 
XV et XVI, se rencontrent justement dans celte inscription? Seulement 
ce faux, que M. L. ne veut pas mettre au compte d'un fabricant de nos 
purs, qui se «erait avisé de le commettre et dans quel but? Qelui qui a 
fait choix d'une pierre de cette dimension et qui a fait graver avec tant 
de soin ces trente- quatre lignes n^était pM ^^ vulgaire charlatan uu un 
mauvais plaisant. 

Lubl;ii3k[ (S.). Die ^ntstchung des Judentums. Sine Skizze. Berlin, Jûd. 
Verlage, 1903; in-a°de71 p. 

MiASs (E.). Qriecben und Semiten auf dem Istbmus von Korinth. Religions- 
geschichtliche Untersuchungen. Berlin, G. Roimer, 1903; in-16 de ix 
+ 13pp. 

Maimuni's commentarius in Mischnam ad Iractatum Sabbath (cap. xix-xxrv), 
textum arabicum éd. L. Kohn. Berlin, Calvary, 1903; in-8*» de 80 p. 

Maimuni's (Mose bon) Miscbna-Kommentar zum Traklat Kethuboth (I. u. 
II). Arabischer Urtext, mit... Uebersetzung des Jacob ibn Abbasi... 
deutscher Uebersetzung... von S. Frankfurter. Berlin, Natbanson et 
Lamm, 1903 ; in-8<> de 40 + 16 p. 

MiNnL (B.). Das jûdische Schulwesen in Ungarn unter Kaiser Josef II. 
(1780-n90). Francfort, J. Kaufifmann, 1903 ; in-8<> de 49 p. 

Mandl (S.). Das Wesen des Judentums dargeslellt in bomiletischen Essais, 
nebst eioem Anhang : Die Lebre von Gott, Die Lehre vom Menschen. 
Francfort, J. Kaufifmann, 1904; in-S» de 99 p. 

^^«Ti (K.). Dodekapropbeton erklart. I. Halfte. Tubingue, Mohr, 1903 
lrt-8» de 240 p. (Hand-Commentar zvjm Alten Testament). 



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I 



1 



296 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mbinhold (J.). Studien zur israelitischen Religionsgeschichte. Bdl : Der 
heiligc Hest. Teil I : Elias, Amos^ Hosea, Jesaja. BoDn,Marcu9 et Weber, 
1903; in-Sode viii + 160 p. 

Meyer (S.). Gootra Delitzsch. Die Babel- Hypolhesen widcriegl. II. Hefl. 
Francfort, J. Kauffmann, 1903; in-8» de 48 p. 

MiKETTA (K.)- Der Pbarao des Auszuges- Eine exegelische Studie zu Exodus 
1-15. Fribourgen-Brisgau, Herder, 1903; gr. in-S" de viii + 120 p. (Bi- 
blische Studien, hrsg. von 0. Bardenbewer. VIII. Band. I. Hefl). 

Mittheiluugen dcr Gesclhchaft zur Erforachung jûdischer Kunstdenkmàler. 
I. Zweck u. Ziel der Gesellscbaft zur Erforschung jùd. Kunsldenkmaier 
zu Franfkurt a. M. — II. Ueber Bau u. Ausschmûckung aller Syoagogen. 
— III-IV. Ueber alte Kullurgegenslânde in Synagogc u. Uaus von Hein- 
rich Frauberger. 1900-1901-1903; gr. in-4o de 38 -|- 43 -[- 104 p. avec 
23 -f- 44 + 151 illustralions. 

Cesl certainement la plus belle publication qui ail Jamais été consacrée à 
Tétude des monuments de l'art juif au moyen fige. M. H. Frauberger qui en 
a pris la direction était le mieux qualiâé pour une œuvre aussi délicate et il 
faut convenir qu'il s'acquitte de sa tftcbe avec un rare bonbeur. Nous ne 
pouvons que recommander cbaleureosement cette admirable entreprise, digne 
de tous les éloges. 

MOLLER (\V.).Die Entwicklung der aUleslamenllichen Gottesidee in vorexl- 
lischer Zeit. Guterslob, Bertelsmann ,. 1903; in-8o de 183 p. 

MORis (H.). Le Sénat de Nice avant 1792, ses attributions judiciaires et po- 
litiques. Nice, Malvano, 1902; in-8o. 

I Contient quelques renseignements sur le conservateur des Juifs (p. 55) et 

l sur la situation générale des Juifs (p. 71-74), surtout aux xtii* et 

xviii« siècles. — P. JSildonfinger, 

Moso ben Maimuni's Mischnab- Komnaentar z\im Traklat Kethubolb. 
(Abschnilt III, IV u. V). Arabiscber Urtcxt mit verbesserter bebr&iscber 
Uebersetzung des Jacob ibn Abbasl, Einleitung, deulscher Uebersetzung 
...von Morilz Frankfurter. Berlin, Natbansen et Lamm, 1903; in-8^ do 
36 + 20 p. 

Netter (D' Abraham). Los six jours do la création. Paris> 1903; in-8® de 
18 p. 

NiEMiRowER (I.-J.). Sichron Nahum. Festpredigten, Casualreden u. aus 
synagogalen Vortrâgen entstandene Zeilungsartikel. Jassy [en commission 
ciez Poppelauer, BerlinJ, 1903 ; in-8o de 130 p. 

NiKBL (J.). Zur Verslândigung ûber Bibel u. Babel. Breslau, Goerlicb, 
1903; in-8* de 104 p. 

Perles (F.). Das Gebet im Judentum. Francfort, J. Kauffmann, 1904 
ln-8'>de23 p. 

Perrot (G.) et Chipiez (G.). Histoire de Tari dans rantiquilé. Tome VIII. 
La Grèce archaïque. (La Sculpture). Paris, Hachette, 1904 ; in-4® de xv 
756 pages, avec 14 planches hors texte et 352 gravures. 

La mort de Charles Cbipiez, survenue le 10 novembre 19ûi, a brisé « la 
collaboration féconde d*un savant qui est un artiste et d'un artiste qui était 
un savant ». Voir Revu$j VllI, p. 146; Le savant reste seul sur la brècbe. 



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BIBLIOGRAPHIE 297 

infatigable et puissant, avec cette sérénité et cette énergie dans le regard 
qu'a si bien comprises M. Jean Patricot, auteur du portrait vivant, « dessiné 
d'après nature >, qui sert de frontispice au tome huitième. L'image suffit à 
donner une impression de force, de droiture et de bonté môme à ceux qui 
n'ont pas eu, comme moi, la bonne fortune de connaître et d'admirer 
l'homme. Ce tribut de respect pour le travailleur et pour Tœuvre, je Pai 
apporté ici mdme, en 1884, à propos des tomes troisième et quatrième qui 
rentraient plus que les autres dans le cadre de la Revue. Aujourd'hui, je 
voudrais rappeler la série des étapes parcourues dans le vaste champ que 
les deux auteurs, en leur conception hardie, s'étaient tracé d'avance et 
dont le survivant, j'en ai la certitude, achèvera la conquête. 

Rien de plus éloquent que l'énumération des tomes publiés successivement 
pour arriver à la Grèce, après avoir passé par « les origines orientales de 
l'art >.: 1(1882). Egypte; II (1884), Chaldée et Assyrie; III (1885), 
Phénicie, Chypre; IV (1887), Judée, Sardaigne, Syrie, Cappadoce; V (1890), 
Phrygie, Lydie et Carie, Lycie, Perse; VI (1894), la Grèce primitive 
(l'Art mycénien) ; VII (1899), la Grèce de l'épopée, la Grèce archaïque (le 
Temple) ; VIII (1904), la Grèce archaïque (la Sculpture). 

Une telle encyclopédie, bfttie avec des matériaux de choix, présente un 
ensemble architectural qui se dresse inébranlable sur sa base, alors même 
que les découvertes ultérieures en ont quelque peu ébranlé, non pas les 
assises, mais certains éléments de la construction. Je tiens seulement à dire 
encore que Tillustration, répandue à profusion dans le texte, sans parler des 
nombreuses planches hors texte, est un commentaire perpétuel des descrip- 
tions qu'elle inspire et qu'elle justifie. On sent l'unité de direction qui a 
présidé à l'une et à l'autre, sans que rien soit abandonné à la fantaisie et 
à l'arbitraire, — ffartmg Derenbourff. 

PiCK (H.). Talmudische Glossen zu Delitzsch'» Assyrischem HandwÔrterbuch. 
Dissertation. Berlin, 1903; in-18 de 33 p. 

POROBS. Bibelkunde n. Babelfunde. Bine kritische Besprechung von Fr. 
Delitzsch's Babe: u. Bibel. Leipzig, M. W. KanStnann, 1903; in-S"* de 
108 p. 

PozNANSKi (S.). Schechter's Saadyana. Francfort, J. Kaufifmann, 1904; 
in-8<> de 23 p. (Tirage à part de Zeitscbrift fur hebr. Bibliographie, 1903). 

M. P. a eu la bonne idée de joindre à un copieux compte rendu des 
Saadiana, de M. Schechter, un index alphabétique des noms do personnes 
mentionnés dans ces documents divers. Cet index sera accueilli avec recon- 
naissance par les travailleurs. Inutile d'ajouter que M. P. a accompagné ces 
noms de notes précieuses qui complètent le travail de M. Schechter. M. P. 
complète également et commente plusieurs listes de livres retrouvées par 
M. Schechter dans .a guenita du Caire. 

Publications of Ihe American jewish historical Society, n° U. [Baltimore, 
Lord Baltimore Press], 1903 ; in-8® de xiiî -j- 238 p. 

Table des matières : 

S. M. Stroock : Switzerland and American Jews; 

Max J. Kohler : Phases in thé history of religious lilierty in America, 
with spécial référence to the Jews (l'auteur s'abuse singulièrement sur l'in- 
fluence exercée par Texemple de l'Amérique sur l'émancipation des Juifs de 
France ; ces exagérations ne manquent pas d'ingénuité) ; 

Léon HOhner : The Jews of New England (other than Rhode Island) 
prior to 1800 ; 

* C'est le titre môme de la publication parallèle, suggestive et synthétique, de 
M. Léon Heuzey (Paris, 1891-1892, in-4«), avec le sous-titre de : BeerM de mémoires 
•rtkéologiquêt et de monuments figurés. 



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1 



M REVUE DES ETUDES JUIVES 

Albert M. Friedcnberg : TIm Jcws and Uie Amerîetn snndfj \svs ; 

H. Eliafsof : "Hie J«wf of Chicago ; 

G. Herbert Cooe : New matier reUttaK ^ yordecai M. Noah; 

yias EiTÎra N. Sohi : Note oo IsaacGooez and Lewis Moses Gomez; 

Joseph Jacobs : Report of tbe CoBmiltae on ooliecliona of the American 
jéwish bi5U>hcal societj ; 

N. Tajlor PbilUps : Items relaUng lo the history of the Jews oî New 
York ; 

G.-A. Eohat : The iriiil of Francisco ifaldonado de Silva. 

Rapporl moral et finaDcicr sur le Séminaire Israélite et le Talmud-Thora, 
précédé d une Histoire des Juifs de France (l*» partie% par Israël Léfi. 
Paris, impr. Ljon, 1903 ; in-8« de 65 p. 

Reinach (T.)- Jewîsh coins. Translated bj Mary Hill, with au appendix bj 
G. -F. Hill. Londres, Lawrence et BuUen, 1903; in-8** de xv + '77 p. 
{avec planches . 

RiKOKB (P.). Hillel a. Jcsus. Hamboorg, Boysen, 1904; 11 p. 
RosENTHAL (L.-A.}. Bibcl Irolx Babel! Leipzig, KaofmanD, 1903; in-8^ de 
viii + 32 p. 

Rivista israelitica. Periodico bimestrale per la scienza e la vita del Gin- 
daismo. Florence, impr. Galletti et Cassuto, 1904 ; in-8^. 

CVst le premier naméro d^una Revue italienne dont les principaux colla- 
borateurs sont MM. Berliner, Chajes, Colombo, rabbin de Livouroe, Elbo- 
gec, Lolli, rabbia de Padoue, Laaioio, professeur à l'inatitut des études su- 
périeures de Florence. Margulies, rabbin ei directeur du collège rabbinique 
de Florence, R. Ottoleoghi, Aglietti. Nous souhaitons à ee nouveau confrère 
de restaurer en Italie le goût des études scientifiques, qui fut si fécond au 
temps de S. D. Luzzatto. Le premier fascicule de cette Revus contient le$ 
articles suivants : S. -H. Marguliea, L* i Ashgara ■ nella letteratura tai- 
roudica ; S. Colomlio : > Echa », saggio di critica biblica ; H. -P. Chajes : 
Noie esegeticbe /entre autres une singulière note sur Mathieu, vi,3, « quand 
tu fais l'aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait la droite >. Da 
ces mois il faut, parait-il, rapprocher la parole d'un docteur disant qne, si 
1*00 doit repousser de la main gauche celui qui veut se convertir, il convient 
de le rapprocher de la droite. « Il est digne d'intérêt, ajoute l'auteur, que 
Sanhédrin^ 107 & = Sota^ kli, cite justement cette sentence à propos de Jésus. 
Peut-Sire les deux sources s^nspirent -elles d'une phrase populaire •]. La 
livraison renferme encore • Una lettera di raccomandazione per un inviato 
degli Ëbrei Polacchi al Papa (1758) », publiée par U. Cassuto. 

Rothschild (L.j. Die Judengcmeinden zu Mainz, Spoyer u. Worma von 
1349-1438. Berlin, Nalhansen et Lamm, 1904; in-8<» de vu + 118 p. 

RiJGBNWALD (S.-J.). Humor aus dem jûdiscben Leben, in Versen wieder- 
gegeben. Francfort. J. Kaulfman, 1903; in-8® dcvi +93 p. 

Il est dommage que l'auteur ait eu l'étrange idée de mettre ^n vers ces 
récits, anecdotes et bons mots pleins d'humour. 

Saadia Al-fajjùmi's arabisene Psa'menûbersclzung u. Commenter (Psalm 
73-89), hrsg., ûbersclzt u. mit Anmerkungen versehen von Siegfried Gal- 
liner. Berlin, Poppelaucr, 1903; in-8® de 85 + xxvii p. 

Saadja Al-fayjûmi's arabiscbe Psalmeniiberaetzung u. Commenter (Psalm 
107-124) hrsg., ûbcraelzt u. mit Anmerkungen versehen von J.-Z. Lau- 
lerbach. Berlin, Poppelauer, 1903; in-8^ de §7+ xxv p. 



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BIBUOGBAPHIE m 

^H^PiRO (D'* DJ. Obstétrique des anciens Hébreux d'après la Bible, lea 
Talmuds ot les antres aources rabbiniquus. Paris, Champion, 1904; in-8^ 
de 162 p. (Bibliothèque historique de la France médicale, n® 12). 

ScHiPAasLLi (G.). L*astronomia neir antico testamento. Milan, Hoepli, 1903 * 
in-l6 de viii + 196 p. 

SÇHUSTER. Die Reformation u. der Talmud. Dresde^ Pierson, 1903; in-8^ 
de 29 p. 

Stbckblmaqhbr {}£.). Das Prlncip der Ethik vom phlloaophischen u. jû- 
discb-lheolog. Standpunkle ans betrachtet. Maycnce, Wirlh, 1904; in-8® 
de VI 4- 256 p. 

Stbrn (m.). Andréas Osiandcrs Schrift iiber die Blutbescbuldigung wieder- 
lufgefunden u. im Ncudruok hrsg. Berlin, Hausfreund, 1903; in-16 4e 
XX + 44 p. 

TàiNstBa (A.). Judentum u. EIntwicklungslohre. Berlin, Calvary, 1903; 
in-8« de 68 p. 

Thirtlb (J.-W.)- The lilltîs of Ihe Psalms, Ibeir nature and meaning ex- 
plained. Londres, Edimbourg, Glasgow et New- York, H. Frowde, 1904; 
in-8o de 386 p. 

TooD (J.-C). Politic and religion in ancicnt Israël. Londres, Macmillan, 
1904;in-8«de352p. 

Tr6nbl (J.). L'Ancien Testament et la langue française du moyen âge 

(viii»-xv« siècle). Elude sur le rôle de l'élément biblique dans l'histoire 

de la langue, des origines à la fin du xv^ siècle. Paris, Cerf, 1904 ; gr. 
in-8<» de vu + 671 p. 

Cet excellent travail, qui a valu à son auteur le titre de docteur es lettres, 
iqaugure qn ordre d'études curieuses. En raison de l'intérêt que présentent 
ces recherches, nous avons prié notre ami M. J. Trénel d'exposer dans un 
article, qui paraîtra prochainement, le système qu'il a suivi. 

Tr^nbl (j.). L'e'lément biblique dansrœuvre poc'tiqued' Agrippa d'Aubigné. 
Paris, Cerf, 1904; gr. in-8» de vi + 124 p. 

Urquhabt (J.V Die Bûcher derBibel oder Wie man die Bibel lesen soU. I. 
Band. Uebcrsetzt von E. Spliedt. Stuttgart, Kielmann, 1904; in-8o de viii 

+ ne p. 

ViQNB (M.). La Banque à Lyon du xv« au xviii® siècle. Lyon, A. Rey, 
1903 ; in-8o. 

Le cb. I, consacré à la banque à Lyon avant le xv* siècle, traita de la 
situation des Juifs dans cette ville depuis Agobard jusqu'à l'expulsion de 
1394, de leur condition comparée à celle des Lombards et des diverses opéra- 
tions qu'ils pratiquaient (p. 29-52). — P, Hildenfinger, 

^(^'TBii (D.). Aegypten u. die Bibel. Die Urgescbicbte Israëls Im Licht der 
Wgy ptiscben Mylbologie. Leyde, Brill, 1903; in-8" do 113 p. 

Wa^gixtbr. Wo liegt das Salomonische Goldland Opbir ? Stuttgart, Schwei* 
xerbart, 1903 ; in-8« de 18 p. 

WKBRBt(0.). Théologien. Assyriologie im Slreite um Babel u. Bibel. Leipzig, 
W^icirichs, 1904 ; i^-S^ de 31 p. 



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300 HEVUK DES ÉTUDES JUIVES 

Wbstphal (A.). Jéhovah. Les étapes de la re've'ialion dans Thistoire du 
peuple d'Israël. Montauban, chez Taiiteur, 1903; in-8*^ de 194 p. 

Wbstphal (G.)- Die Vorstellung von einer Wohnung Jabwes nach den 
alttestamentlichen Quellen. Dissertation. Marbourg, 1903; in-S» de 65 p. 

Year book of tbe central Conférence of American rabbis. 1908-5668. Balti- 
more, Lord Baltimore Press, 1904; in-8^ de 390 p. 

Contient, entre autres: Assyriologj and the Bible, par K. Kohler;The 
tbeological aspect of reformed Judaism.par M. L. Margolis; Life of Salomon 
Munk, par G. Deutscb. 

Yellin (D.) and Abrahams (I.). Maimonides*. Philadelphie, Jewish Public. 
Society of America, 1903; in-12 de viii + 239 p. 

ZiMMERN (H.). Kellinschriften u. Bibel nach ihrem religionsgoschichtlichen 
Zusammenhang. Berlin, Reuther et Reichard, 1903; in-8^ de 54 p. 

ZoRBLL (P.). Zur Frage ûber Babel u. Bibel. Hamm, Breer et Thiemano, 
1903; in-8«de 36 p. 

3. Périodiques, 

The American Joarnal of semltle languagen and llteratarrs (Cbi- 
cago, trimestriel). = = Vol. XIX, 1903. = =: N» 4, juillet = = P. 
Haupt : Isaiah^s parable of the vineyard. — A. Ember : Pronunciation 
of Hebrew among the Ruâsian Jews. = = Vol. XX, n® 2, janvier 1904. 
=: = W. R. Harper : The structure of Hosea. 4,1 — 7,7» = = N*' 3, 
avril. = = P. Haupt : Moses' Song of triumph. — J.-A.-Bever : The 
Goel in Ruth 4, 14, 15. 

The Jewish qutirierly Beview (Londres). = = Vol. XV, 1903. = = 
N<» 60, juillet. == A.-H. Keane : Ea-Yahveh, Dyaus— ZEUS—Jupiter. — 
S. Levy : Is there a jewish liteiature? — C. Taylor ; The Wîsdom of 
Ben Sira (suile). — J.-H.-A. Harl : Primitive excgesis as a factor in Ibc 
corruption of texts of Scripture illustrated from the versions of Ben Sira.— 
G. Margoliouth : An carly copy pf the Samaritan-hebrew Pentateuch. — 
A. -M. Hyamson : The lost tribes and the influence of the search for them 
on the retufn of the Jews to England. — H. Hirschfeld : Tbe Arabie 
portion of the Cairo genizah «t Cambridge* (wïYtf, n"» 61 et 63 ; entre au- 
trep, deux fragments autographes du Guide de Maimonide). — A. S. 
Yahuda : Hapaxlegomena im Alten Testament. — E. N. Adler : Pro- 
fessor Blau on the Bible as a book. == Vol. XVI. == N® 61, octobre. 
= = A. Cowley : Hebrew and Aramaic papyri. — Laurie Magnus : A 
conservative view of Judaism. — D. Philipson : The reform movement 
in Judaism (smU, n® 63). — G. Margoliouth : A Florentine service-book 
at the British Muséum. — E. Schwarzfeld : The Jews of Moldavia at the 
beginning of the eighteenlh century. — E. N. Adler : Auto da fé and 
Jew. — A. Bûchler : Die Schaupiatzo des Bar-Kochbakrieges u. die auf 
diesen bezogenen jûdischen Nachrichten. -^ M. Simon : Somc poems of 
Jehuda Halevi translated. = = N° 62, janvier 1904. = = G. G. Monte- 
flore : Rabbinic conceptions of repentance. — S. A. Cook : North-Semitic 
cpigraphy. — W. Bâcher, A. Wolf, S. Levy: What is Jewish literature? 
— H. S. Q. Henriques : The Jews and (he English law (suiU). — F. 
Perles : Proben aus dem Nachlass von Joseph Perles. — L. Blau : Neuo 



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BIBLIOGRAPHIE 301 

jnasoretischo Studien. — M. SteiDSchneider : Allgemeine Einleitung in 
die jûdische Liieraiur des Mittelalters. — Grilical nolices. = = N<* 63, 
avril. = = S. Schechter : Genizah Fragments (Long fragment d'un texte 
gnomique dont M. Harkavy a publié ici môme un extrait; Mecbilta de 
Simon b. Yobaï; Mecbilta Debarim). — Marcus N. Adler : Tbe Itinerary 
of Benjamin of Tudela. — A Cowley : Samaritana. — "W. Bacber : Zur 
Jûdiscb-Persiscben Litleratur. — F. G. Burkitt : Tbe Nasb papyras, 
a new pbotograpb. — E. N. Adler : A letter of Menasscb ben Israël. — 
Critical notices. 

Monateschrifi flir Gesehiehte iind lYissensehafi des JudenthUBAs 

(Berlin). =i=4T année, 1903. == N®* 5-6, mai-juin. = = S. Jampel : 
Die Wiederberstellang Israels unler den Acb&meniden (suUe et fin^ n^' 9- 
12). — J. Scbeftelôwilz : Zur Kritik des griecbischen u. des massore- 
tiscben Bûches Estber (9uite et fin, n»* 7-8). — L. Treilel : Der Nomos, 
insonderheit Sabbat u. Feste, in pbiloniscber Beleucbtung, an der Hand 
▼on Pbilos Scrift De Seplenario {suite et /î«,n<>» 7-12). — M. Gûdemann : 
Das Judenthum im neutestamentlicben Zeitalter in cbristlicber Dar- 
slellung (fin). — J. Escbelbacber : Die Vorlesungen Ad. Haroacks ûber 
das Wesen des Cbrislenlhums (suite et fin, n°» 9-12). — Ph. Bloch : 
Der Streit um den Moreh des Maimonides in der Gemeinde Posen um 
die Mitte des 16. Jaihvh. (suite et fin, n<>* 7-8) — M. Steinscbneider: Purim 
u. Parodie {suite, 7-10). == No«7-8, juillet-août. = Moritz Lôwy : 
Die Pauliniscbe Lebre vom Geselz [suite, n<" 9-12). — A. Epstein ; Die 
abaronidischen Geonim Palastina's u. Mcscbullam b. Mosë aus Mainz. — 
Feuchtwang : Mârtyrergrôber in Nikolsburg. == N°* 9-10, septembre- 
octobre. 1= = J. Guttmann : Ueber Abraham bar Ghijja's « Buch der 
Enthiillung * (fin, nos 11-12). == N»» 11-12. novembre-décembre. = = 
M. Braun : Wer war R. Mose Mariel? — (Avec ce fascicule la vieille Mo- 
natsschHfl prend fin. Désormais cette Revue sera Torgane de la « Sociétd 
pour ravancement de la science du Judaïsme » et sera surtout consacrée 
à des articles de vulgarisation). 

Eevae biblique InCernallonale (Paris, trimestrielle). == = 12<' année, 
1903. = = N« 4, octobre. = = M. Hyvernat : Petite introduction à 
rétude de la Massore. — P. Vincent : Les ruines d'Amwas. — Du môme : 
Notes d'épigraphie palestinienne; les ruines de Beit Gbaar; fouilles 
diverses en Palestine. = == 13« année, 1904. =: = N<> 1, janvier. = = 
P. Gondamin : Les chapitres I et II du livre d'Isaïe. — M. Lagrange : La 
religion des Perses (suite, n^ 2). — Vincent : Les murs de Jérusalem 
d*aprës Nëbémie. — J. Guidi : Un fragment arabe d'onomastique biblique. 
— Savignac : Notes archéologiques; nouvelles trouvailles à Bersabée ; 
fouilles anglaises (à Gézer) ; inscription romaine et sépulture au nord de 
Jérusalem. = = N<» 2, avril. = = A. Van Hoonacker : La prophétie rela- 
tive à la naissance d'Immanuel. — X : Un papyrus hébreu prë-massoré- 
lique. — P. Lagrange : Deux commentaires des Psaumes. — M. AJael : 
Ossuaires juifs (l'un avec les mots : iniD«T ^T:?bN.) 

Zelischrlft fur die aUtestamentliehe Wissensehaft (Giessen, semes- 
triel). = —230 année, 1893. = = N» 2. = = E. Liebmann : Der Text 
zu Jesaia, 24-27 {suite, 1904, n*» 1). — S. Eppenstein : Ein Fragment aus 
dem Psalmen-Gommentar des Tanhum aus Jérusalem. — S. Krauss : 
Die Légende des Kônigs Manasse. — E. Nestlé : Miscellon. — A. v. Gall : 
Ein neuer hebraîscher Text der Zehn Gebote u. des Schéma* — M. Lam- 



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'.■ 7' m 



302 REVUE t)ÉS ËTbDES JÙlVËâ 

bert : Berichtigungen zur kleinen u. grossen Coocordanz Ton Mandel- 
kern. — H. Algyogyi-Hirsch : Ueber das aDgebliche Vorkommen des 
biblischen Gottesnamen ^^n^^ Jahve in altbabyionischen Inscbriften. — 
Bibliographie. = = 24« année, 1904. = N«> 1. = = M. Lôhr : Threni III. 
u. die jcremianische Autorschaft des Bûches dcr Klagelicder. — J. C 
Matthes : Der Dekalog. — A. F. y. Gall : Parallelen zum Altcn Tes- 
tamcnt ans E. Liltmanns Neuarabischc Volkspoesie. — W. Bâcher : 
Berichtigungen zum Tanchum- Fragment. — F. v. Gall : Jeremias 43 
12 a. das Zeitwort nta:?. — E. Nestlé : Miscellen (1. Zur Kapilelein- 
teiluug in Joël; 2. Jes. 14, 19; 3. Eine Abbildung des Kônigt Manasse 
im Stier ; 4. Die Synchronismen der Genesis in grapbischer Darstellung; 
5. Ein Vorgânger Groethe^s ûber den zweiten Dekalog; 6. Achl Sôbne 
Japhets in Gen. 10; 7. Nicht nachgewiesene Bibelzilate). — H. Fuchs : 
Zu Ex. 20, 4. Deut. 5, 8. — Slciniger : nib33 Bin Beilrag zur hebr. Gram- 
matik u. Lexikographie. — A» Zillessen : Miscellen. — Bibliographie. 

ZeltMhrlfc fttr hebraeiseh^ Blbll4»g»«iplile (Francfort, bimestriel). 
= = 7» année, 1903. == ^N« 3, mai-juin. = = W. Bâcher : Zur 
neuesten arabischen Lilteralur der juden (suite et flriy n^' 4 et 5). — 
Steinschneider : Miscellen u. Notizen., 34. Abbreviaturen. = = No 4, 
juillet-août. = = S. Poznanski : Scbechter's Saadyana {suUe et fin, n®* 5 
et 6). — Steinschneider : 35. Zur spanischen u. portugiesischen Lile- 
ralur der Juden. — A. Epstein : Rachmon im Pugio fidei; — Das Ge- 
burtsjahr des Elia Loanz; — Natan der Babylonier. =■- = N° 6 : nov.- 
ddcembre. = = Steinschneider : 36. Zum Nekrolog scît 1890. — S. 
Schechter : Miszelle (sur le ms. édité par M. Harkavy, dans noire Revue, 
XLV, 298 ; M. Schechter en possède un autre fragment ; il croit, et nous 
sommes d*accord avec lui, que cet opuscule est au plus tôt de l'époque 
des Gaon!m\ — 8* année, 1904. == N® 1, janvier-février. = = L. 
Blau : Zu Samuel Romanelli's literarischer Tfttigkeit/ — S. Krauss : 
Josua Segrc u. sein polemisches Werk. — Steinschneider : 87. Albu- 
mazar u. Abraham ibn Esra. 38. Hebraisten, Norrelius, Campensis, Beda. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 

T. XLVll, p. 276, note 2. — M. Theodor Nœldeke a eu la bonté de me 
proposer une meilleure manière do comprendre le verset. Qu*on 1186*1)3^ 
(amr*), au lieu de 1»« (âmad), il signifiera : « Il dit ensuite : vous n*ac- 
complissez pas le commandement du Prophète, ni femmes, ni hommes. > 

— I. 41, lire blJ, au lieu de )>l»y, — lï. Titre, lire IN-jp, au lieu de 
1«^p. — II, 18, nn««3, au lieu de MNtJa. — TT. Bâcher. 

îb,y p. 307, 1. 10. — Au lieu dô b^lttî"» p , lire '^bîmD'» \1, — P. 309, 
1. 1-2. Les deux vers '^a'^lfit -!*> ia:i "'D .^^^^y bip ^CMÎ doivent venir ftprès 

■^a« nffiN '1 -^ibrr b:^. — ih., 1. 3 au lieu de ipn, i. "ipnt. — M., i. 12. 

Au lieu de ^^^'n\ 1. i^^rv^. — p. 310, l. 5. Au lieu de !T»aT«3 p, l. 't3 W 

— /*., dernière ligne. Les mots ...Ito'^npïl ItCN doivent venir après VO 
D-'îa aiT^^n nxîb. — p. 311, 1. 8. Au lieu de wnp, L «np» — /*., 1. 20. 
Au lieu de 1«ND, 1. 1U5S, — /. Goldblum. 

U gèrtBt : 
IdlUkSL LÉVt. 



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T 



K 



TABLE DES MATIÈRES 



REVUE. 

ARTICLES DE FOND. 

Adler (Elkan N.). Documents sur les Marraaes de Poriugal et 

d'Espague sous Philippe IV 1 

Bâcher iW.). Élégie d'uQ poète judéo-persan coateraporain de 

la persécution de Schah-Âbbas II 9i 

Bkrnardy (Amy-A.). Les Juifs dans la république de Sao-Marin 

du XI v au xviio siècle 241 

Gauthier (Léon). Les Juifs dans les deux Bourgognes 208 

GiNSBUROER ( Vf.). Les Juifs de Horbourg 1 06 

HiLDBNFiNGER (Paul). Documeuts relatifs aux Juifs d'Arles (jwtY^ 

et fin) 48 et 26a 

Krauss (S.). Un atlas juif des statues de la Vierge Marie 82 

Lévi (Israël). Le roi juif de Narbonne et le Philomène 197 

Marmier (Général G.). Contributions à la géographie de la Pa- 
lestine et des pays voising [suite] 29 et 476 

PozNANSKi (S.). Ephraïm b. Schemaria de Postât et l'académie 

palestinienne U5 

Reinach (Théodore), Une inscription juive de Chypre ^9^ 

Schwab (Moïse). Un Mahzor illustré 230 

KOTES ET MÉLANGES. 

BuECHLBR (Ad.). Du sens de oiTa"*: dans le Talmud babylonien. 432 

GiNSBURGBR (Mj. Eucore un mot sur la famille Schweich. 277 

Katseruno (M.). Notes sur les Juifs d*Espagne. Les Juifs de 

Barcelone 4 42 

Lambert (Mayer). Notes exégétiques 430 et 273 

Lkvi (Israël). Nouvelle note sur la légende de l'ange et Termite. 275 

BIBLIOGRAPHIE. 

Lbvi (Israël). Revue bibliographique, 2« trimestre 4903 et 4^'' se- 
mestre 4904 279 

Additions et rectitications 302 

Table des matières 303 



. I- 



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L 



304 TABLE DES MATIÈRES 



t: ACTES ET CONFÉRENCES. 



Assemblée générale du 34 janvier 4 904 

Allocution de M. Sylvain LÉtvi, président i 

Rapport de M. Schwab, trésorier iv 

Rapport de M. Mayer Lambert, secrétaire, sur les pu- 
blications de la Société pendant Tannée 4901-4902... n 
Blogh (Maurice). Conférence sur la société juive en France 

depuis la Révolution xvii 

Procès-verbaux des séances du Conseil xi.vi 



VERSAILLES, IMPBIMBRIES GBRF, 50, RUB DUPLBSSXS. 



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ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 



j 



SÉANCE DU 24 JANVIER 1904. 
Présidence de M. Stlvain Lévi, président. 



4 



M. le Président ouvre la séance en ces termes : 

Mesdames et Messieurs, 

Vous n'attendez pas de votre président un discours; la perspec- 
tive de deux rapports et d'une conférence qui vont se succéder me 
rappellerait d*elle-méme à la discrétion, si j'étais tenté d'en sortir. 
Maid la charge que vous m'avez confiée et qui va expirer aujour- 
d'hui m'impose un devoir auquel je ne puis me dérober. Je dois en- 
voyer un dernier adieu à deux de nos confrères que la mort a pris 
au cours de cette année, le baron Arthur de Rothschild et le D** Ca- 
mille Delvaille, de Bajonne. L'un et l'autre appartenaient à la 
Société depuis sa fondation ; le baron Arthur de Rothschild, âdèle 
aux traditions séculaires de son nom, s'était empressé d'apporter 
une contribution généreuse à une œuvre qui le touchait deux fois à 
titre égal, puisqu'elle intéressait le judaïsme et la science. Si je 
rappelle qu'il était le frère du fondateur de la Société, le neveu de 
son président d'honneur et l'oncle de notre vice-président actuel, 
TOUS comprendrez que, dans le cercle étroit des Études juives^ sa 
perte nous ait frappés comme un deuil de famille. 

Le D»" Delvaille suivait de loin nos travaux ; c'est à la frontière 
d'Espagne qu'il exerçait son activité infatigable et féconde dans 
cette antique communauté de Bajonne qui occupe une place glo- 

AOT» BT 003<f . A 



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Il ACTES ET CONFÉRENCEâ 



rieuse dans les annales du judaïsme français. Je n*ai point ici à re- 
tracer sa vie de labeur, d*étude, de bienfaisance, ni les services qu'il 
a rendus au consistoire de Bayonne qu'il avait été appelé à prési- 
der. J empiéterais sur le domaine d*un de nos prochains conféren- 
ciers si j'essayais de vous montrer, par l'image de cette belle 
existence, quel rôle le Juif peut tenir dans la société moderne sans 
renier son passé ni ses traditions. 

Et pourtant, dans le domaine immense dos Études jmves, est-il 
un problème plus pressant, plus considérable? N'est-ce point là la 
question suprême où viennent aboutir toutes nos recherches? Si 
nous nous étions voués à exhumer le passé par un vain dilettan- 
tisme, notre tâche mériterait l'indifférence indulgente qu'on accorde 
à des jeux d'enfants. Nous avons une ambition plus haute et plus 
noble ; quand nous fouillons les bibliothèques, quand nous déchif- 
frons les obscurs grimoires, quand nous arrachons aux entrailles du 
sol des lambeaux de manuscrits ou des fragments dUnscriptions, 
nous prétendons faire œuvre réelle et positive et tirer de ces docu- 
ments morts le secret de notre propre vie. Une idée nouvelle a 
pénétré et fécondé la conscience humaine ; à voir tous les phéno* 
mènes de l'univers régis par des lois rigoureuses, constantes, infail- 
libles, l'homme a cessé de se croire un miracle ; il écarte de ses 
croyances les forces bienveillantes ou hostiles par caprice, qui lui 
suffirent si longtemps pour s'expliquer sa destinée. Le présent n'est 
plus une création spontanée, autonome, indépendante du passé ; il 
prolonge le passé, il le continue, il le condense ; il n'est que le 
passé même en voie de se transformer. Les familles nobles d'autre- 
fois gardaient dans leurs archives le souvenir des hauts faits qui les 
avaient illustrées comme une justification de leur fortune et de leur 
rang. L'humanité d'aujourd'hui 8*anoblit tout entière; elle veut 
avoir ses archives, et c'est des historiens qu'elle les attend, fidèles 
et sincères. 

Solidaires du monde entier, pouvons-nous, sans abus ou sans 
étroitesse, nous réclamer du passé juif? Les. JuiSs ne sont point une 
race, on nous l'a enseigné ici avec autorité, et j*y contredis moins 
que personne. Parmi les ancêtres des Cahen, des Lévi et des noms 
juifs les plus authentiques, combien sortirent de TÉgypte avec 



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AàSEMBLËE GËNÉRALfi DU 24 JANVIER 1904 Ul 

Moïse? Irons-nous pourtant jusqu'à dire que le Juif est un être de 
raison ? S'il n'est pas un type naturel, le Juif est un être histo- 
rique. La conversion au judaisnae a depuis longtemps cessé d'être 
avantageuse; chacun de nous a derrière lui une longue série 
d'aïeux qui ont connu le Ghetto, les persécutions, les humiliations, 
les supplices ; qui ont, en des endroits divers, à des heures di- 
verses, prié, pleuré, gémi, hurlé, courbé la tête, et qui, sages peut- 
être en dépit d'eux, se sont consolés des biens matériels qui leur 
échappaient par l'étude, l'étude bienfaisante et salutaire qui panse 
les plaies saignantes, donne l'essor au rêve et découvre des paradis 
éternellement calmes. Voilà les hommes qui nous ont faits ; et si 
nous prêtons l'oreille aux voix intimes de la conscience, si nous 
épions les gestes que la volonté n'a pas commandés, si nous dé- 
montons les ressorts délicats des pensées imprécises qui se jouent 
dans notre cerveau, c'est eux que nous entendons, c'est eux que 
nous surprenons : quand nous croyons vivre en eux par l'histoire, 
c'est eux qui vivent en noua, c'est eux qui continuent leur histoire 
par la nôtre. Vraiment, j'admire que certains aient pu croire s'être 
éaiancipés d'une servitude si obsédante, comme s'il suffisait d'un 
mot, d'une formule, d'un moment pour briser les chaînes d'acier 
qui nous rivent au passé. 

Héritiers du passé, en sommes-nous donc les prisonniers? Oui, 
si notre ignorance ou notre lâcheté se refusent aux transformations 
nécessaires, si nous voulons maintenir par la force d'inertie le bloc 
compact des institutions et des usages que les vieux âges nous ont 
transmis. Non, si nous voulons, si nous osons voir le monde où nous 
sommes, qui s'ouvre à nous, qui nous invite à d'utiles échanges. La 
Franco, qui a fait de nous des citoyens, ne nous demande pas plus 
qu*aux Provençaux, aux Lorrains, aux Bretons d'oublier et de 
renier notre passé ; elle nous demande seulement d'entretenir, 
pour les mettre à son service, les qualités héréditaires qui sont 
rhonneur et la marqué du Juif, et surtout cet opiniâtre esprit mes- 
sianique qui s'entête, au besoin contre ses intérêts présents, à vou- 
loir le mieux, à le réclamer, à le poursuivre, et qui s'obstine, en 
face des résignés et des satisfaits, à prédire le triomphe à venir de 
)a justice et de la fraternité universelles. 



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lY ACTES ET CONFÉRENCES 

M. Moïse Schwab, trésorier, rend compte comme suit de la 
situation financière : 

Le compte rendu financier pour Tannée 1903 ne sera pas plus 
long que celui des années précédentes. Vous pouvez redire, avec 
une légère variante, heureuses les années qui n*ont pas d'histoire, 
puisqu'elles se soldent par un notable excédent, comme vous Tin- 
diquent les chiffres suivants : 

Rkckttbs. _ 

Kn caisse au 1^ janvier 1903 1.24'7fr. "70 c. 

Cotisations T . 090 » 

Souscription du Ministère de l'Instruction publique. 375 » 

Abonnements et ventes diverses par libraires 1 .531 » 

Deux cotisations perpétuelles ". . . . 900 » 

Intérêt des valeurs et compte courant chez MM. de 

Rothschild frères 2.494 35 

Total 13.638 fr. 05c. 



DéPKNSES. . 

Impression du n*» 90 de la Revue, , 1 . 129 fr. » 
— — 91 — .. 1.250 » 



_ ^ 92 - .. 1.045 «^ ^-^Ofr- -^^ 
— — 93 — .. 1.018 » 
Honoraires pour le n® 90 618 fr. 40 

- l Z '^ 2.792 10 

— — 92 777 » 

— 93....... 658 ». 

Appointements du secrétaire do la rédaction et du 

secrétaire adjoint 2.400 » 

Honoraires pour traduction des Œuvres de Josèphe 500 » 

Frais d'aôranchissements divers 167 05 

Frais de bureau et de bibliothèque, étrennes 252 15 



Armorier 10.551 fr, 30 c. 



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ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 24 JANVIER 1904 



Report 10.551 fr. 30 c. 

Encaissements 107 25 

Assemblée générale et quatre conférences 323 50 

Magasinage et assurance 100 » 



Total 11.082fr.05c. 



Le compte des recettes et dépenses est donc en balance favorable, 
offrant un avoir en excédent de 2.557 francs, comme il n*j en a pas 
eu depuis longtemps. Aussi pourrons-nous largement faire face aux 
frais de publication d*un prochain volume des Œuvres de Josèphe, 
publiées sous la direction de Théodore Reinach. Puissiez-vous être, 
durant de longues années, aussi satisfaits. 

M. Majer Lambert, secrétaire, lit le rapport sur les publications 
de la Société pendant Tannée 1902-1903 (voir, plus loin, p. vi). • 

M. Julien Weill fait une conférence sur le Judaïsme alexandrin. 

Il est procédé aux élections pour le renouvellement partiel du 
Conseil. Sont élus : 

MM. Abraham Cahen, Albert Cahen, Rubens Duval, Mayer 
Lambbrt, Sylvain Lévi, Jules Oppert, Salomon Rbinach, Théo- 
dore Reinach et le baron Alphonse de Rothschild, membres 
sortants. 

Eit élu président de la Société pour l'année 1904 : M. Edouard 

DB GOLDSCHMIDT. 



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RAPPORT 

SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ 

PENDANT L^ANNÉE 1901-1902 

LU A L^ASSEMBLBB GENERALE DU 7 FÉVRIER 1903 
Par m. Mater LAMBERT, sscRi^TAiRB. 



Mbsdambs, Messieurs, 

Tandis qu'en politique on salue comme un événement considé- 
rable la conclusion de traités d'arbitrage entre la France et ses 
voisins, la science a déjà établi depuis longtemps un pareil pacte 
entre les travailleurs intellectuels du monde entier. Si les éradits 
ne sont pas tous exempts de préjugés nationaux, ils n'en admettent 
pas moins Tentente de tous les peuples sur le terrain de la libre re- 
cherche, et, sans faire tort au patriotisme, ils contribuent à faire 
régner dans le monde la tx)lérance et la concorde. 

Ce caractère international de la science est encore plus naarqué 
dans une société comme la nôtre; car nos recherches concernent 
rhistoire d'un peuple dont les membres ont été dispersés dans le 
monde entier et qui, s'étant incorporé dans les nations, a joint ses 
destinées aux leurs. II n'est donc pas étonnant que nous recrutions 
dans toutes les régions de la terre nos collaborateurs et nos lecteurs. 
Mais il j a plus : quoique nos études portent sur un groupe religieux 
spécial^ nous faisons appel à tous les hommes de bonne volonté, A 



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RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DB LA SOCIÉTÉ VII 

quelque oonfesBion qu'ils appartiennent ou n'appartiennent pas, et 
nous montrons ainsi que les diverses crojanoes peuvent vivre en 
bonne intelligence quand leurs adeptes poursuivent avec une sin- 
cérité égale la connaissance de la vérité. 

Porter la lumière dans tous les recoins du passé d'Israël et dis- 
siper les erreurs que les siècles y ont aocumulées, tel est le but de la 
Société des Etudes Juives. Pour accomplir cette tâche et faire 
pénétrer jusque dans la masse des notions exactes sur le rôle 
que les Juifs ont joué dans Thumanité, ncttre Société ne s*était pas 
contentée de créer uneRevve, trop peu lue malheureusement par le 
grand public, et de favoriser la publication d'ouvrages utiles et bien 
faits ; elle avait encore sollicité le concours de conférenciers qui vous 
ont entretenus des sujets les plus divers. Les conférences ont été 
souvent très brillantes — la dernière en date, celle de M. Maurice 
Bloch sur Eugène Manuel * vous a tour à tour charmés et émus en 
vous rappelant le poète distingué, Thomme de cœur et le bon Israélite 
que nous avons perdu —, mais elles n'étaient, pour ainsi dire, que 
des éclairs au milieu des épaisses ténèbres qui chez beaucoup de 
gens recouvrent la science juive. Sur Tinitiative de son président^ 
M. Sjlvain Lévi, et de son premier secrétaire, M. Lucien Lazard, le 
Conseil de la Société a décidé que les conférences désormais feraient 
suite Tune à Tautre, de manière à donner aux auditeurs, non plus 
des enseignements, mais un enseignement. PoUr reprendre ma com- 
paraison, vous aurez pour vous diriger, non plus des lueurs intertnit- 
teotes, partant des coins opposés de Thorizon, mais un phare 
donnant son éclat à intervalles réguliers. 

Cette année vous avez déjà entendu MM. Bérard, Salomon Rei- 
nach, Jean Réville, Théodore Reinach. Il serait malséant de louer 
ici leur science et leur talent. Ce n'est pas eux que je complimeti- 
terai, o^est vous que je féliciterai d'avoir entendu les leçons données 
par de tels maîtres. Vous savez maintenant par M. Bérard les ser- 
Tices que les Sémites ont rendus à la civilisation, longtemps avant 
que les Urecs et les Latins fussent sortis de leurs forêts ou de leurs 

* EtfU9, t. XXVII, p. XXI el s. 



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VIU ACTES ET CONFÉRENCES 

cavernes; M. Salomon Reinach vous a expliqué ce qu*il faut penser 
d'une prétendue race juive; M. Réville tous a dit comment les pro- 
phètes ont répandu la morale et transformé l'esprit religieux en 
Israël. Enfin M. Théodore Reinach vous a appris comment des 
[/V courants divers qui se heurtaient au sein du judaïsme après le retour 

P" . de la captivité est sortie cette religion juive qui a conservé une petite 

!^^ nation au milieu des plus puissants empires. La suite de Thistoire 

d'Israël vous sera exposée dans la conférence de ce soir et les sui- 
p ' vantes, et vous aurez ain«i, dès cette année, une vue d'ensemble sur 

kV les vicissitudes de ce peuple, les années suivantes cette histoire sera 

m À reprise et détaillée. Ainsi la Société aura atteint son but, qui est non 

seulement de produire des travaux originaux et spéciaux, mais aussi 
d'en vulgariser les résultats et de vous en présenter la substance 
sous sa forme la plus attrapante. 

Mesdames et Messieurs, 

I ' Ne semble-t-il pas que cette nouvelle création de la Société rende 

inutile le rôle de votre secrétaire? Est-il encore nécessaire de vous 
parler par le menu des articles de la Revue, quand de vastes syn- 
thèses vous en donnent un excellent résumé ? La question est posée. 
Mais pour cette année il faut nous résigner, vous à écouter, et moi 
à lire. Seulement je compte être plus bref que d'habitude et personne, 
je pense, ne s'en plaindra. 

Nous divisons d'ordinaire nos études en bibliques et postbibliques« 
nous pouvons j ajouter cette fois une partie antébiblique : M. Louis 
Lévj s*est occupé du totémisme chez les Hébreux primitifs * . Des 
savants' ont soutenu que les ancêtres des Israélites avaient par- 
tagé les idées des sauvages de TOcéanie et croyaient descendre 
d'animaux qu'ils adoraient ; d'où l'interdiction de manger de leur 
- chair et l'origine des noms d'animaux portés par des tribus sémi- 
tiques. M. Lévj pense qu'il n'en est rien. Les animaux que l'on ne 
mangeait pas n'étaient pas sacrés, puisqu'on pouvait les tuer, et on 
peut expliquer que tel individu ait reçu un nom d'animal par le désir 

* T. XLV, p. 113. 



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RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ IX 

qa*ayaient ses parents de voir leur fils en acquérir les qualités. La 
force du lion, le flair du chien, Tagilité du cerf sont des dons que les 
hommes regrettent souvent de ne pas posséder. 

Passons aux temps bibliques. M. le général Marmier continue à 
élucider la géographie de la Palestine et des pays voisins en déter- 
minant le site exact de beaucoup de localités *. Pour ce qui concerne 
la langue hébraïque je suis obligé de faire violence à ma modestie 
en vous signalant mes articles grammaticaux et exégétiques *. Je 
vous fais grâce de la grammaire, mais permettez-moi de vous dire 
un mot sur une étude intitulée : les dates et les âges dans la Bible ^. 
Vous avez tous remarqué que nous disons en français : tous les 
huit jours, au lieu de dire tous les sept jours, aujourd'hui en quinze 
pour aujourd'hui en quatorze. C'est que le premier et le dernier jour 
de la période sont comptés pour des entiers, même s'ils ne repré- 
sentent qu'une fraction . Chez les Hébreux on comptait ainsi les jours, 
les mois, les années : on était âgé de cent ans quand on était dans 
sa centième année. Mais quand les auteurs bibliques additionnent 
des périodes, ils négligent ce détail, de sorte que la chronologie 
fondée sur leurs données est forcément inexacte. C'est une cons- 
tatation douloureuse, mais qui, espérons-le, ne sera pas taxée 
d'hérésie . 

On sait que les plus anciens manuscrits hébreux de la Bible ne 
remontent pas au delà du W siècle de l'ère vulgaire. On a décou- 
vert récemment un fragment de papyrus contenant le décalogue et 
le début du Scliema. M. Israël Lévi ^ a montré l'importance, au 
point de vue paléographique, de ce document, qui remonte très pro- 
bablement au \i^ siècle. 

Avec M. Krauss nous revenons à la géographie. Notre collabo- 
rateur, utilisant les sources grecques et latines, a étudié les divisions 
de la Palestine', telles qu'elles existaient lorsque le pays fut réduit 
en province romaine après la prise de Jérusalem par Pompée. 

* T. XLV, p. 165 et suiy., et l. XLVI, p. 184 et suiv. 

* T. XLVI, p. 178. 

* T. XLV, p. 285. 

* T. XLVI, p. 212. 

* IM., p. 218. 



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X ACTES ET CONFERENCES 

 cette époque les Juifs étaient depuis longtemps établis en 
Egypte. On avait toutefois prétendu qu'ils n'étaient venus à 
Alexandrie qu'au ii® siècle avant l'ère vulgaire. M . Reinach * 
prouve par un document décisif, une inscription grecque gravée sur 
une plaque de marbre, qu*ils y étaient venus au moins un siècle 
plus tôt. 

Alexandrie, ville entièrement hellénique, passait jusqu'ici pour la 
pairie du poète Ezéchiel, qui composa, vers l'époque où nous sommes 
arrivés, des drames historiques où il imitait Euripide, mais en 
prenant pour thème l'histoire biblique. M. Kuyper* reproduit les 
fragments de sa tragédie sur Moïse, qui dénote plus de simplicité et 
de sentiment que d'art poétique. Selon M. Kuyper, Ezéchiel serait 
plutôt un enfant de Samarie que d'Alexandrie. Mais cette ville peut 
se consoler; elle a produit assez d'hommes illustres, comme vous le 
montrera notre conférencier de ce soir. 

C'est aussi sans doute en Palestine qu'est née cette imitation des 
Proverbes et de l'Ecclésiastique, dont M. Harkavy a publié un 
fragment'. Le texte est divisé en versets à la manière biblique, 
mais renferme beaucoup d'expressions talmudiques. L'auteur a des 
tendances monacales, il prêche le mépris de ce monde en faveur du 
monde futur. Il serait curieux qu'un pareil ouvrage eût été composé 
dans la période talmudique. 

Les Israélites en quittant la Palestine étaient allés aussi dans le 
Nord et avaient fondé des colonies dans les principales villes de 
Syrie. Deux siècles avant l'ère chrétienne ils formaient déjà une 
grande communauté à Antioche> ville à laquelle M. Krauss consacre 
une monographie détaillée^. Les Juifs d'Antioche furent maintes 
fois en lutte avec les autres habitants et cruellement dccimés. Us 
avaient fait cependant de nombreux prosélytes et préparèrent ainsi 
le terrain au christianisme. C'est là, entre autres, que se forma 
l'apôtre Paul. Les Juifs furent récompensés d'avoir frayé la voie à 

' T. XLV, p. 161. 

' T. XL VI, p. 48 et 161. 

• T. XLV, p. 2W. 

* IM,, p. 27. 



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RAPPORT SUR LES POBUCATlONg DE LA SOCIÉTÉ X( 

la nouvelle religion par les inveeUves de Jean Chrysostome et par 
toute une série de persécutions, qui ne prirent fln que lorsque les 
Chrétiens eurent à leur tour à subir les attaques des Musulmans 
qui 8*emparérent de la Syrie. La population juive, déjà très affaiblie 
au temps des Croisades, ne s'est pas relevée. Elle a cependant 
donné naissance à un juif converti dont le fils fut le célèbre poly* 
graphe Bar Hébréus. 

Auparavant, comme nous rapprend M. Israël Lévi S la région 
d'Ântioche avait produit Fauteur du rouleau d'Antiochm, récit ara- 
méen, traduit ensuite en hébreu, de Thistoire des Macchabées. Cet 
écrit, assez tardif, n*a d'ailleurs aucune originalité. 

En Babjlonie, les Juifs s*étaient multipliés depuis que Nabucho-f 
donosor les y avait transplantés. Mais ils restèrent longtemps sous 
la dépendance religieuse de la Palestine. M. Ëpstein, reprenant son 
ancienne polémique avec M. Isaac Halevy, dont nous avons déjà 
parlé, montre qiie les autorisations des patriarches de la Palestine 
étaient valables en Babjlonie*. 

La littérature de la période biblique est représentée tout d'abord 
par le Talmud et les Midraachim. Le Talmud, comme vous le 
savez, comprend la Ualakha^ ou règles pratiques de la religion, et 
la Haggaday ou récits édifiants et légendes de tout genre. Une de 
des légendes rapporte que le roi impie Manassé subit le môme 
éupplice que Phalaris, d après Thistoire grecque, infligeait à ses 
victimes. Il fut enfermé dans un animal d'airain, au-dessous duquel 
on alluma du feu. S'étant repenti à temps de ses péchés il fut rejeté 
au dehors. M. Bâcher', confrontant les différentes versions de ce 
récit, montre que le mot qui désigne le récipient dans lequel Manassé 
devait rôtir indique une fbrme d'animal, mulet ou taureau, et non 
t>as uhe simple chaudière, comme on Ta prétendu. 

La mort, selon l'usage talmudique, expie la faute. Néanmoins la 
Hisdhna prescrit que les corps de ceux qui ont été exécutée^ doivent 
être d'abord inhumés dans un lieu spécial, puis exhumés et placés 

' T. XLV, p. 172. 

• Ihid., p. 197. 

* Ifnd., p. 291. 



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' 



XII ACTES ET CONFÉRENCES 

dans le tombeau de leur famille. M. Buchler ^ étudie tout ce qui se 
rapporte au traitement infligé aux cadavres des criminels, et est 
ainsi amené à expliquer quelques termes concernant les lits sur 
lesquels reposaient les riches et les pauvres et qui servaient au 
transport funéraire. Ce sujet est un peu lugubre, mais la science est 
la science. 

La Haggadaetla Halakha juives formaient le fonds dans lequel 
les premiers chrétiens ont puisé. M. Bergman* le démontre une 
fois de plus en examinant les éléments juifs contenus dans les 
BoméUes ei les RecotDiaissances, ouvrages faussement attribués à 
Clément d*Alexandrie, et qui s*adressent à des chrétiens non encore 
complètement détachés du judaïsme. 

C*est aussi aux Juifs que les Musulmans ont emprunté nombre de 
leurs légendes, comme le fait voir M. Goldziher dans la suite de 
ses études judéo-arabes'. Ces légendes servent à amplifier le 
serment more judaico que les légistes mahométans voulaient impo- 
ser aux Juifs. M. Goldziher nous apprend encore que certains 
Arabes invoquaient le Dieu d* Abraham, dlsaac et de Jacob, et que 
cette prière passait pour particulièrement efficace. Il montre l'ori- 
gine juive de la légende de Termite qui s*adressait à Dieu en disant: 
mon Dieu, si tu avais un âne, je le ferais brouter avec le mien) 
Un prophète ayant blâmé Termite pour cette naïveté, Dieu blâma 
à son tour le prophète, en disant que le mérite dépend non de 
Tintelligence, mais des bonnes intentions. 

La période des Gueonim, chefs des écoles de la Babjlonie, ne 
fit d*abord que continuer Tœuvre des talmudistes. Il faut attendre 
à la fin du x* siècle pour voir la science juive, avec Saadia, 
s'épanouir dans d'autres domaines, la grammaire, Texégèse, la 
théologie. La Bible prend alors, en quelque sorte, sa revanche sur 
son commentaire. La nécessité de lutter contre les Caraïtes j fut 
pour beaucoup, et ceux-ci, en obligeant les Rabbanites à s*adonner 
aux études bibliques, rendirent service au judaïsme, quoique leur 

• T. XLVI, p. 74. 

• Ibid,, p. 8». 

• T. XLV, p. 1 et suiv. 



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RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOaËTÉ XIU 

œuvre personnelle ait été à peu près stérile. Nous avons déjà parlé 
du travail approfondi que M. Poznanski a consacré à Ânan, le 
fondateur du Caraïsme, et qu*il a fini cette année * . 

A côté des détracteurs du Talmud, il j avait aussi des détrac- 
teurs de la Bible. Mais ce qui est piquant, c'est de voir un écrivain 
consigner toutes les contradictions, erreurs de chronologie, obscu- 
rités, irrégularités de construction, etc. que présentent les livres 
sacrés, non pour abaisser la Bible, noais pour rehausser la valeur 
des talmudistes, en montrant qu*eux seuls pouvaient résoudre toutes 
ces difficultés. C*est du moins ainsi que M. Seligsohn*, à la suite 
de M. Porgès, comprend le but d'une critique de la Bible composée 
à Tépoque des Gueonim. Notre auteur orthodoxe devance Texégése 
moderne la plus hardie. Il demande, par exemple, pourquoi il est dit 
que Seth ressemblait à Adam , tandis qu'on- ne le dit pas pour 
Caïn et Abel. Ceux-ci ne ressemblaient-ils pas à leur père? — Dieu 
promit à Abraham que sa postérité hériterait du territoire de dix ' 
nations; une autre fois c'est six, une autre fois cinq, puis trois. -^ 
Il est écrit que Jethro quitta Moïse, et ensuite on les retrouve 
ensemble. — Le prophète Osée reproche à la maison de Jéroboam II 
le crime de Yizréel, et dans le livre des Rois on dit que Jéhu avait 
agi sur l'ordre de Dieu. Il est regrettable que nous ne connaissions 
pas l'auteur de ce libelle, qui dit avoir écrit des ouvrages mer- 
veilleux et bien connus en Israël. 

Quittons les pajs lointains pour venir près de Paris à Corbeil. 
Au xnp siècle R. Pèrèç y composa un recueil dérègles talmudiques 
extraites des textes ou dégagées delà discussion des commentateurs. 
Cet ouvrage paraissait perdu. M. Elbogen^ l'a retrouvé en Italie. 
Les travaux de ce genre étaient devenus nécessaires à une époque 
où les malheurs des temps ne permettaient plus d'approfondir la 
Guemara. Les temps de persécutions sont maintenant passés en 
France, et il n'y a cependant pas beaucoup de gens qui se plongent 
dans l'océan du Talmud! Un livre où les règles pratiques de la vie 

* T. XLV, p. 56 et 176. 

* T. XLVI, p. 99. 

* T. XLV, p. 99 et 204. 



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à 



la- XIV ACTES ET CONFÉRENCES 

1/ ' ^ 

.^ religieuse seraiont exposées avec un petit hiâiorique rendrait service 

1^1 non pas seulement aux Israélites, mais à tous ceux qui yeulent 

k\ connaître la religion juive, et ne pas la chercher là où elle n^est pas, 

c'est-à-dire dans la théologie. 
f^^ Pour savoir quelle idée les chrétiens se faisaient au moyen âge 

h des Juifs et des hérétiques, il faut lire Tarticle que M. Besnard 

? Monod a écrit sur Guibert de Nogent*, qui vivait au xi« siècle. Ce 

moine, qui était un esprit critique, qui s^éleva contre le culte des 
reliques fausses ou vraies, et qui avait de saines idées en exégèse, 
> - - déraisonne absolument quand il parle des ennemis de la foi : tous 

'(' les crimes commis par les chrétiens leur sont inspirés par les Juifs, 

^ ^ qui les entraînent dans la sorcellerie. Il agit de même avec les 

]r; hérétiques : il accuse les Manichéens, c'est-à-dire les chrétiens 

f apostoliques, d'avoir des mœurs infâmes et de célébrer des messes 

I noires. Les hérétiques eurent beau se défendre d'avoir rien fait 

' contre la morale et la religion et triompher même dans l'épreuve de 
Teau, le peuple les massacra et notre Ouibert approuve cette tuerie. 
Telle était la mentalité des hommes supérieurs au moyen âge. A-t' 
^,^ . elle tout à fait disparu ? 

Si dans presque toute la France' les Juifs furent persécutés, à 
Marseille leur vie était des plus douces. M. Crémieux* a retracé 
f^. en détaill'histoire de la communauté marecillaise, qui, datant des 

premiers Mérovingiens, a persisté jusqu'au moment où la réunion de 
t^\ la Provence au domaine royal les soumit au sort des autres Juifs 

f r français. Tout en étant séparés des chrétiens, les Juifs vivaient 

avec eux sur un pied d'égalité et la protection des autorités leur 
était entièrement acquise. On leur accordait même des facilités pour 
observer leur culte : ils étaient dispensés de porter une lumière, 
quand ils sortaient le vendredi soir; les statuts leur imposaient bien 
un signe distinctif, mais il ne semble pas que les magistrats aient 
tenu beaucoup à ce que cette règle fût observée. Encore en 1480, 
une chrétienne ayant fait enlever une jeune ûlle et Tayant &it 

T. XLVI, p. 237. 
' lôid., p. 1 et 246. 



1^: 



i. 



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hAPPORT SUR LES PUBUCATIONS DE LA SOCIÉTÉ XV 



baptiser, le conseil de la ville requit les magistrats de puoir très 
sévèrement la coupable et ses complices. Mais à cette époque on 
commence à accuser les Juifs de faire l'usure, puis de propager la 
peste. Les Juifs osèrent résister à leurs ennemis et en appeler au 
Boi. Ils obtinrent quelques années de répit, mais à la fin du xv" siè- 
cle, ils durent prendre le chemin de Texil, on ne sait pas au juste à »;, 
quelle date. L'unité politique avait cru devoir entraîner l'unité reli- < 
gieuse et les Juifs.de Marseille furent sacrifiés. 

Si, à Marseille, les Juifs en prenaient à leur aise avec la rouelle, 
il n'en était pas de même ailleurs. En Allemagne, on voit par les 
images représentant des Juifs que la rouelle faisait partie inté- 
gralité du costume. M. Hildenfinger * en reproduit quelques-unes 

d'après l'ouvrage d'un professeur de droit. Pour faciliter l'étude des ' -^ 

Pandectes et des Digestes, ce professeur avait eu l'idée d'illustrer le .! 

code par des dessins symboliques Les Juifs y figurent comme types 
du tuteur suspect ou du fabricant de fausse monnaie, ou bien on les 
voit circoncisant des chrétiens. Ils ont la rouelle nettement marquée 
au bras. v . 

La Revue présente encore d'autres illustrations. M. Schwab^ a 
fait reproduire les miniatures d'une Ilaggada datant du xvi® siècle. , 

Ces miniatures très artistiques, malgré leur naïveté, représentent 

Thistoire des patriarches, les plaies d'Egypte, la cérémonie du Séder. • ' • 

M. Schwab ne croit pas que l'artiste lui-môme ait été Israélite, parce 

qu'il y a des personnages nu-tôte et que notre mère Eve n'a pas de a 

costume du tout. On aurait donc fait appel au talent d'un chrétien ,^ 

pour un livre de piété juive. • ^ 

M. Schwab nous donne quelques autres curiosités : un Credo tra- if^ 

duit en hébreu ' et des vers hébreux extraits des mystères ou y 

drames religieux*. Le plus long poème consiste en une série de h 

noms propres choisis au hasard et n'ayant que la rime en fait de »:«'| 

i^ison. \ .'3 



* T. XLV, p. 218. 

* /Wrf., p. 112. "Si 

* Ibid.f p. 296. 

* /Wrf., p. U8. 



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XVI ACTES ET CONFÉRENCES 

Pour rhistoire moderne des Juifs, je n'ai à signaler qu'un article 
de M, Kayserling * sur les rabbins de Suisse, à Endingen et Len- 
^ zenau. Notre collaborateur a lui-même clos la série de ces rabbins, 

quand il partit pour Buda-Pestb, en 1860. Il n'a pas été remplacé. 
M. Kajserling, comme vous le voyez, vous parle de fon(5tions qu il 
a exercées il y a un demi-siècle. Cela n'empêche pas la plume de 
notre fidèle collaborateur d'être toujours jeune et alerte. 

Le bilan de nos travaux ne serait pas complet si j'oubliais la 
bibliographie, qui occupe une place importante dans notre Revue. 
Les livres et brochures intéressant le judaïsme vont toujours en 
croissant et multipliant. En dehors des comptes rendus spéciaux 
rédigés par M. Bâcher *, Poznanski ' Weill * et votre secrétaire », 
l . M. Israël Lévi ^ a continué sa revue bibliographique, en s'ac^oignaot 

r^ cette fois non seulement M. Slouscbz \ qui s'est occupé de la litté- 

rature néo-hébraïque, mais encore M. Julien Weill, notre confé- 
ra rencier ". Nous leur devons à tous des remerciements pour la tâche 
r fastidieuse, mais indispensable qu'ils se sont partagée. Et comme 
lorsque l'on termine la lecture d'un livre de la Loi à la synagigue, 
nous leur dirons, à eux et à tous ceux qui contribuent au succès de 

:'. notre œuvre : Soyez forts et vaillants! 

t- • 

5' ?, * T. XLVI, p. 219. 

^V ' • Ibid., p. 154. 



Ibid., p 310. 

Jbid,, p. 314. 

T. XLV, p. 157 et t. XLVI, p. 182. 

T. XLVI, p. 276. 

T. XLV, p. 309. 

Ibid., p. 133. 



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LA SOCIÉTÉ JUIVR EN FRANCE 

DEPUIS LA RÉVOLUTION 

CONFÉRENCE FAITE A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 
LE 13 MARS 1904 

Par m. Maurice BLOCH. 



U y a quelque temps un universitaire fort instruit, non israélite, 
me demandait: « Combien étes-vous de Juifs en France? Vous 
devez légèrement dépasser le million 1 » — Je lui répondis que 
Paris comprenait au plus 60,000 Juifs et qu'il y avait deux fois plus 
de Juifs à Paris que dans tout le reste de la France. Jamais je ne 
vis un homme plus étonné : « Ce n est pas possible ! Vous ne seriez 
pas 100,000 Juifs en France ! » 

Et de vrai, Ton peut se poser la question. La France ayant éman- 
cipé les Juifs, ayant brisé toutes les barrières, comment se fait-il 
qu'il ne se soit pas produit une forte immigration juive? Il semblait 
qu'elle allait être envahie, inondée, cette terre de France qui s'ou- 
vrait aux enfants de Moïse comme une nouvelle Terre Promise. 

Le Premier Empire avec ses 130 départements n'a jamais dépassé 
150,000 Juifs — s'il les a jamais atteints. La statistique officielle de 
1849 donne 85,000 Juifs. La Judische SiaUsiik^ qui vient de 
paraître, donne pour la France 1 Juif sur 426 habitants. 

Si Ton compare la Pologne avec 1 Juif sur 6 habitants, 
la Russie avec 1 Juif sur 10, 
l'Autriche avec 1 Juif sur 26, 
la Hollande avec 1 Juif sur 53, 

ACT. BT CONF. « 



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XVlH ACTES ET CONFÉRENCEâ 

rAllemagne avec 1 Juif sur 82, 

la Turquie avec 1 Juif sur 180, 

la Suisse avec 1 Juif sur 382, 
il faut avouer que par rapport à la seule importance numérique 
les Juifs français sont quantité négligeable. 

Cette infériorité numérique des Juifs est plus facile à constater 
qu'à expliquer. On pourrait en trouver des raisons complexes qui 
m'entraîneraient trop loin aujourd'hui. Quoi qu*il en soit, les Juifs 
entraient enfin dans la société grâce à cette fameuse Révolution, 
qui fut à la fois une révolution politique, sociale et religieuse. 

Religieuse pour les Juifs, comme pour tout le monde. Pouvaient- 
ils entrer dans la société nouvelle sans rompre avec des usages sécu- 
laires, avec des traditions sacrées, qu'ils n'avaient pas voulu 
enfreindre au prix des humiliations et des peràécutions ? Et c'est là 
que les attendaient les adversaires. C'est sur la question religieuse 
que très habilement ils avaient porté tous leurs efforts dans les débats 
de la Constituante. L*abbé Maurj disait : « Je ne connais dans le 
monde aucun général qui voulût commander une armée de Juifs le 
Sabbath; ils n'ont jamais donné une bataille ce jour! ... Le mot 
juif n'est pas le nom d'une secte, mais d'une nation qui a ses lois, qui 
les a suivies et qui veut les suivre encore. » L'évéque de Nancj 
disait: « Il faut leur accorder la protection, la sûreté, la liberté; 
mais doit-on admettre dans la famille une tribu qui lui est étran- 
gère, une tribu qui, pour être fidèle à sa loi, doit interdire aux indi- 
vidus qui la composent les armées, les arts mécaniques, les arts 
libéraux, les emplois de magistrature et de municipalité, une tribu 
qui, en obéissant à sa loi, a dans l'année 108 jours de non-valeur? i 
Un troisième, moins fougueux, disait encore : « Peut-être les Juifene 
voudraient pas des emplois civils et militaires que vous les déclare- 
riez capables de posséder et sans doute alors votre décret serait )ine 
générosité mal entenrlue. » Nombre de pétitions adressées à l'As- 
semblée nationale apportaient les mêmes protestations. 

La Constituante passa outre : « Ils ne jouiront pas des droits que 
nous leur donnerons ! Notre devoir est de les donner tout de même. ' 

Nous verrons bien ! » 
C'était aux Juifs de répondre, et ils répondirent dans une circons- 



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LA SOCJÉTÉ JUIVE EN FRANCE bEPUlS LA tlEVOLtJTION Xli 

tance mémorable et à la face du monde. C'est quand Napoléon invita 
les Juifs du Premier Empire à envoyer des délégués à Paris pour 
proclamer si, oui ou non, leurs lois religieuses pouvaient se concilier 
avec les lois civiles et politiques et sljs voulaient entrer au mémo 
titre que les autres dans la société qui s'était ouverte à eux. 
Moment solennel pour ces fils de parias, pour ces ûls de porteurs de 
rouelle réunis à l'Hôtel de Ville, quand les commissaires impériaux 
les reçurent dans la grande salle des délibérations, décorée et 
pavoisée pour la circonstance, quand, après Télection du président, 
les tambours battirent aux cbamps, une garde d'honneur présenta 
les armes, et qye Tofôcier, se détachant du groupe, vint, Tépée à la 
main, prendre les ordres du chef de l'Assemblée. Alors ces hommes 
comprirent que quelque chose de grand allait se passer; ils com- 
prirent qu'ils -tenaient entre leurs mains leur sort, le sort des Juifs 
de l'Empire, le sort des Juifs du monde entier. Ils comprirent qu'ils 
devaient répondre à la générosité de la patrie d'adoption et à 
l'attente du monde chrétien, qui suivait avec une curiosité extra- 
ordinaire les débats de ce Parlement juif réuni à Paris, ce Parle- 
ment juif qui, à l'aurore du xix* siècle, ï*eprésentait • comme la 
résurrection de la splendeur passée d'Israël * ». 

Et des délibérations de ce nouveau Grand Sanhédrin sortit un 
nouveau Talmud, qui devait être aussi sacré que l'ancien. Il se 
résume dans cettis déclaration qui est devenue la déclaration de foi 
de risraélite français: « Le Grand Sanhédrin statue que tout 
Israélite né et élevé en France et traité par les lois de cet Etat 
comme citoyen, est obligé religieusement de le regarder comme sa 
patrie, de le servir, de le défendre, d'obéir et de se conformer dans 
toutes ses transactions aux dispositions du Code civil. Déclare en 
entre le Grand Sanhédrin que tout Israélite appelé au service mili- 
taire est dispensé par la loi pendant la durée de ce service de toutes 
les observances religieuses qui ne peuvent se concilier avec lui. » 

Les «^uifs venaient de rompre sans esprit de retour avec un passé 
de vingt siècles. S|i un clin d'œil et comme par enchantement, la 
liberté avait fait en France ce que les cachots de l'Inquisition et les 
tortures n'avaient pu faire en Espagne* 

• Graetz. 



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XX ACTES ET CONFÉRENCES 



Mais, de même que Napoléon voulait la fusion de rancienoe 
société et de la nouvelle et qu'il poursuivait cette fusion par les 
mariages, de même il voulait la fusion entre Juifs et Chrétiens — et 
par les mariages. L'empereur allait si loin dans cette voie que sur 
trois mariages il voulait deux mariages entre Juifs, un entre Juife et 
Chrétiens. 

Or que fut-il advenu dès lors du judaïsme français si Napoléon, 
qui se constituait volontiers Tagent matrimonial des grands officiers 
de sa cour, eût marié les Juifs manu militariy comme il faisait de 
ses généraux et colonels? 

J'ai entendu dire par de bons esprits que les Juifis de 89 avaient 
manqué le coche. Eh quoi 1 Us n^avaient pas compris que les temps 
du Messie étaient venus avec la Révolution française ! Les temps 
du Messie étaient venus avec cette nouvelle société qui, à la 
vieille Trinité de l'Eglise, substituait cette autre Trinité dont les 
noms se lisaient sur toutes les murailles : a Liberté I Égalité ! Fra- 
ternité I » 

Cette Trinité est plus vieille que celle de l'Eglise ; c'est celle même 
de Moïse. C'était le moment de retourner au mosaïsme pur, alors 
que d'autres parlaient de retourner au christianisme primitif. Et 
dans cette France qui rompait avec Rome, qui fermait à la fois les 
églises, les temples, les synagogues, est-C3 que l'on n'était pas bien 
près de s'entendre pour proclamer l'Éternel Un ? Et quelles eussent 
été les destinées du Judaïsme français, du Judaïsme tout entier, si la 
Révolution, qui appelait les peuples à la liberté universelle, les eût 
encore appelés à la religion universelle? C'était aux Juifs à marquer 
le pas. 

Si vraiment les Juifs ont manqué le coche, la France elle-même 
l'a manqué. Ça été le regret de Quinet et de bien des penseurs. 

Avec le Concordat, le sacre de l'Emperieur, chacun reprit son 
étiquette confessionnelle. Oh ! ce ne fut plus cette société religieuse 
fermée d'où le Juif était forcément exclu. Ce fut une grande société 
civile et politique, où trois sociétés religieuses se fondaient, ayant 
les mêmes lois, jouissant des mêmes droits et laissant à chaque 
membre le soin de s'y faire la place que lui donneraient son activité, 
son intelligence et son dévouement. 



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LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTION XXI 

Grande conquête des temps modernes, TEglise se réconciliait 
avec la Sjnagogue pour vivre de la vie commune dans une patrie 
commune I 

Ce ne fut pas la Sjnagogue qui montra le moins de sagesse. Dans 
toutes ses créations, elle s*inspira de l'esprit de Tépoque et sur 
toutes choses elle imprima un caractère essentiellement laïque. Et 
ceci facilitera singulièrement les rapports avec les pouvoirs pu- 
blics'. Nulle ingérence du dehors, nulle hiérarchie ecclésiastique 
dont le sommet est hors du territoire national. Le sommet ! Quelques 
citoyens français formant le Consistoire central. Rabbins et grands 
rabbins sont nommés par des Consistoires laïques ; ces laïques sont 
élus à leur tour par d'autres laïques. Il est même curieux de voir 
avec quel soin jaloux, de 1800 à 1830, on subordonne l'élément reli- 
gieux à l'élément civil. C'est qu'il ne faut pas comparer nos rabbins 
d'autrefois aux rabbins d'aujourd'hui. Ceux d'aujourd'hui sont tout 
d'abord des citoyens français. Plusieurs sont de tins lettrés, qui re- 
présentent le judaïsme avec autorité. Mais pouvaient-ils repré- 
senter le judaïsme français, ces rabbins d'autrefois qui ne savaient 
que le Talmud, qui ne parlaient pas le français, qu'on faisait venir 
de la Pologne, de la Galicie, de Francfort? — Il fallait faire cesser 
un pareil état de choses. Une école rabbinique est créée à Metz. 

Article IV du règlement : 

« Pour être admiaà l'école rabbinique il faut 1° être Français. » 

Arrêté du Consistoire de Paris 17 décembre 1831 : «Aucun ser- 
mon ne pourra être dorénavant prononcé dans le temple qu'en 
langue nationale, m 

En 1859, l'école de Metz est transférée à Paris et devient le Sé- 
minaire Israélite. Les études y seropt plus fortes, plus variées, et 
l'esprit plus large de la capitale remplacera l'esprit local d'une com- 
munauté de province. 

Toutefois ne laissons pas d'adresser un hommage de reconnais- 
sance à ces modestes serviteurs de l'école de Metz, qui formèrent nos 
premiers pasteurs prêchant dans la langue nationale et qui mon- 

* « Les déclarations d^abus contre les ministres du culte israélite sont pour 
ainsi dire introuvables. * Bangey, De la condition légale du culte israélite en France 
et en Algérie. 



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XXll ACTES Et CONFÉRENCES 

traient avec fierté leurs jôuneà élèves étadltttit, a dôtô du talttiUd, 
la langue et la littérature profanes. C*est avec un orgueil rt&If qué 
plus d*un ancien élève de Metz joignait & son titre de grand Hibbiti 
cette mention, alors ébloUissâbte daud sa uoUvôautë : t Bachelier 
es lettres. 9 ^ Il y a quelque cinquauté and la place de Oraâd 
Rabbin de Parid fUt vacaute. Oh parla de différents caudidats : 

Chacun avait sa brigue et de puissants suffrages. 
L*un d*un sang fameux Vantait les avantages. 

L'autre faisait observer qu'il était bachelier. — Le grand rabbin 
Isidor fut nommé. Celui-ci était mieux que bachelier. Il était Fran- 
çais par toutes les fibres de son être: Un jout*, en Allemagne, il fut 
prié de prendre la parole dans un banquet après une série de dis- 
cours en alleihand. Le grand rabbin Isidor se leva et déclara qu'il 
ferait son toast eu français : a Je vous parle français, car la langue 
française est une langue sainte; car la première elle a fait entendre 
en faveur de nous Israélites les mots de liberté» d'égalité^ et les a 
proclamés solennellement au milieu de toutes les nations de la 
terre. » 

Celui qui s'exprimait ainsi tint haut ce jour le drapeau du ju« 
daïsme français et le drapeau de la France. 

Je reviens au Grand Sanhédrin. Entre autres ordonnances 
édictées par lui, je crois intéressant de vous signaler la suitante : 

« Le Grand Sanhédrin, en conséquence du pouvoir dont il est 
revêtu : 

« Ordonne à tous les Israélites, qui jouissent maintenant des droits 
civils et politiques, de rechercher et d'adopter les tnbjrens les plus 
propres â inspirer à la jeunesse l'amour du travail et à la diriger 
vers rëjtercice des arts et métiers, ainsi que des professions libé- 
rales, attendu que ce louable exercice est conforme â notre sainte 
religion, favorable aux bonnes mœurs, essentiellement utile à la 
patrie, qui ne saurait voir dans des hommes désœuvrés et sans 
état que de dangereux citoyens. » 

Appeler les hommes au travail, déclarer dangereux citoyens les 
désœuvrés, honneur au Grand Sanhédrin qui entrait ainsi dans les 
idées modernes, idées modernes bien anciennes cependant, car il a 



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LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANCE DEPUiS LA RÉVOLUTION XXIll 

été dit depuis bien longtemps : « Tu travailleras pendant six jours 
et tu te reposeras le septième. » Mais ai ce èejitléme jour ti*est pas 
le même pour la société religieuse dont on fait partie et pour la 
société civile dont on fait partie également ? Sur ce point le Grand 
Sanhédrin a gardé le silence de Conrart, Soit qu il ne prévît pas les 
difficultés résultant d*un ordre nouveau de choàes, s'oit que toute 
solution future lui parût suffisamment indiquée par l'esprit même de 
ses décisions libérales. 

Mais remarquez, je vous prie, la date du Grand Sanhédrin : 1806, 
Depuis quinze ans la t^rance combattait sur les champs de bataille 
de l'Europe ; depuis quinze ans les Israélites, enrôlés volontaires, 
appelés par la levée en masse, faisaient leur devoir sous les dra- 
peaux. En déliant les militait'es des observances religieuses, le Grand 
Sanhédrin régularisait un état de choses existant. Mais 0(1 toyait-il 
des préfets juifs, des jugés, des univérsitali:*eâ, tdûs soldats à leur 
poste î Nul alors né pouvait prévbir lé iliagnifiqlié développement 
de cette société juive, qui allait entrer dans une voie nouvelle, qui 
allait s*j précipiter, disent qUelques-uns, si bien qu'il aurait fallu un 
Grand Sahhédrin en permanence pour décider chaque jour de rioli* 
veaux cas de conscience. 

Et ce n'èàt pas Ik pai^tlë là iiioins Ihtéréssanlë de l'histoire deâ 
Israélites français qile cette lutte qui va éclater, les uns voulant 
complétet' Tceuvré dd Grand SanhédHn, réclamant pour chacun lé 
droit d'élargir & son gré là route déjà fraj'éë; leè autres disâtlt qùd 
la questioil faé serait pas posée, qu'ils fi'li^aient jias Jilus loin ([\xé le 
Grand Sanhédrin, et môibe que celui-ci éiàii allé àsé'éz loin. 

Dès 1811 paraît ùd journal dbrit le titré était fort héuretiseinent 
trouvé. C'est Vhraélite Français^ qui parle dés réfortlléâ liécessâii'ëà. 
En 1836 un journal dont lé faom indique lek tendances, la Régénéra^ 
tion, pousse le cri de guerre : « En avant 1 » 

Cette lutte va produire toute une littérature (articles de journaut 
et brochures) qui à elle seule mérite tbutë Une feohférence. Ni dans 
Rabelais, ni dans Paul-Louis Courier il n'y ii plus de vërVe, plus 
d'entrain, plus d'esprit mordant, plus de bort sens impitoyable. Et 
des deux côtés, si bien qu'en lisant les uns, on dit : a Ils ont 
raison », et qu'enlisant les autres, on se deitlande : « Ont-ils tort? » 



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XXIV ACTES ET CONFÉRENCES 

Et ces articles de journaux, et ces pamphlets sont plus d'une .fois 
reproduits et commentés parla presse non israélite. 

Alors — il y a plus d'un demi-siècle — certains demandaient avec 
insistance de reporter le samedi au dimanche, de prier en français et 
non plus en hébreu ; de réduire la fête de Pàque à deux jours, dont 
le premier resterait fixé au mois de Nissan, mais avec suppression 
des pains âzjmes. Et ici l'argument ne manque pas d'originalité. — 
« Voici le pain de misère qu'ont mangé nos ancêtres ! » — Du pain 
de misère à 1 fr.20 le kilo, quand le pain blanc coûte fr. 30! Mais 
au prix où est le pain de misère, nos ancêtres auraient pu manger 
de la brioche I 

Le deuxième jour de Pâque devait être reporté au 21 septembre, 
jour anniversaire d'une autre sortie d'Egypte. C'est le 21 septembre 
1*791 que T Assemblée Nationale Constituante avait proclamé l'éman- 
cipation complète des Juifs ! Et ce Jour, au lieu de parler de Rabbi 
Eliézer et de Rabbi Tarfon, on parlerait de Mirabeau et de Grégoire. 
— Quoi qu'on en pense, Tidée ne manque pas de grandeur. 

D'autre part, n'était-ce pas descendre à des enfantillages, quand, 
sous prétexte d'entrer plus intimement dans la société française, on 
remplaçait le schohet par le sacrificateur ^ le mohel par le périiomUie? 
On se serait cru au temps où Voiture prenait la défense de la con- 
jonction car, MoM et Schohet trouvèrent un défenseur qu'on ne 
soupçonnerait pas, Crémieux, qui disait avec finesse : « Laissez donc 
ces mots ; à force d'être employés, ils entreront dans la langue. » 

Les adversaires répondaient à ces arguments et à d'autres, parfois 
plus vifs, par de vives ripostes. Voici une réâexion qui mérite qu'on 
s'y arrête. « Vous dites que les lois alimentaires ne sont plus d'usage. 
Mais n'est-ce pas l'obligation de boire du vin cascher et la difficulté 
de se procurer ce vin qui nous ont empêchés de devenir des alcoo- 
liques? Voulez- vous renoncer à cette forte vertu atavique? Récla- 
mez-vous le droit à l'ivresse?» — Une comparaison qui est de l'époque 
peignait assez bien la situation : « Supposez des hommes qui circulent 
dans une enceinte longtemps fermée ; il faut renouveler l'atmosphère 
et pour cela établir la communication avec l'air extérieur. On ouvre 
les fenêtres et les portes. L'air pur et vivifiant est entré. Mais faut- 
il briser ces portes et ces fenêtres quand il suffit de les ouvrir ? Et 



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LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTION XXV 

faut-il surtout démolir la maison? » — Et déjà sous Louis-Philippe 
on répétait ces mots répétés encore aujourd'hui : « Nos grands-pères 
observaient samedis et jours de fête. Nos pères observaient le Kip- 
pour. Les enfants n'observent plus rien du tout. » 

L'indiiFérence, voilà où aboutissait on France ce judaïsme que Ton 
disait attaché opiniâtrement à ses pratiques. Et cela il y a plus d'un 
demi- siècle I 

Ecoutez ce qu'a dit Henri Heine en 1840 : « Les Juifs en France 
sont émancipés depuis trop longtemps déjà pour que les liens de race 
ne se soient pas beaucoup relâchés ; ils se sont presque entièrement 
perdus ou, pour mieux dire, absorbés dans la nationalité française. 
Ces Juifs sont des Français tout comme les autres, et ils ont doue 
aussi des mouvements d'enthousiasme, qui durent vingt -quatre 
heures, et quand le soleil est bien chaud, même trois jours! Encore 
ne peut on dire cela que des meilleurs. Beaucoup d'entre eux pra- 
tiquent encore leur vieux culte cérémonial, le culte extérieur; ils 
l'exercent tout mécaniquement, par ancienne habitude et sans savoir 
pourquoi. Quant à une croyance intime, il n'en est resté aucune 
trace, car dans la synagogue aussi bien que dans l'église chrétienne, 
le spirituel corrosif de la critique voltairienne a exercé son influence 
dissolvante. 

« Il faut que je fasse ici une remarque qui est peut-être la plus 
ainère de toutes. Parmi les Juifs baptisés, il y en a beaucoup qui, 
par une lâche hypocrisie, disent encore plus de mal d'Israël que ses 
ennemis par droit de naissance. De la même manière, certains écri- 
vains ont soin, pour ne pas rappeler leur origine, de parler des 
Juifs très défavorablement. C'est une chose connue et tristement 
ridicule. » 

Ceci a été écrit il y a soixante-quatre ans I — Et aujourd'hui ? 
Henri Heine ajouterait au moins un post-scriptura pour constater 
comme un réveil de l'esprit juif. Nous sommes témoins d'un curieux 
mouvement, d'un mouvement triple qui se fait dans le judaïsme 
français. 

Tout d'abord l'Israélite français est moins indifférent à l'histoire 
juive, à la littérature juive. La grande question juive, toujours d'ac- 
tualité et qui plonge dans, le passé, l'a rendu curieux de ce passé. 



L 



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XXVI ACTES KT CONFÉRENCES 

Des efforts sont tentés pour faire cesser le divorce qui a duH trop 
longtemps entre les études sacrées et lefe études profanes. Il j à à 
Paris une modeste école annexée au Séminaire Israélite et qui s'ap- 
pelle le Talmud-Torah. Ûe là sortent tous les ans des jeunes gend, 
qui, sans devenir rabbins, sont Juifs par le cœur, Juifô par l'esprit, 
Juifs par la forte nourriture ibtelleôtuellô puisée à la moelle du 
judaïsme. Il j a là un mouvement intéressant qui pourrait devenir 
fécond. — Là se recruteront les meilleurs collaborateurs ^our la 
Revue des Études Juives, pour cette Société des Études Juives qtil a 
prouvé que le Juif est capable de plus de ti:*bis jours d'enthousiasme! 
Depuis vingt-cinq ans elle continué ses laborieuses recherches. 
Depuis vingt-cinq ans elle abconiplit l'œuvre de science et de vérité, 
et par l'impulsion qu'elle a donnée aux études juives, elle a contribué 
elle aussi au réveil de l'esprit juif. 

La presse Israélite elle-même a plus de lecteurs, et dans la presse 
je comprends encore ces comptes-rendus annuels de la bienfaisance 
où se manifeste la vitalité du judaïsme français. S'il meurt dans les 
pratiques, il revit dans la science et dans la philanthropie. — Voilà 
ce que tout d'abord aurait constaté Henri Heine. 

Science et Judaïsme, n'est-ce pas encore le but que se propose 
cette Université juive populaire — dont je viens de recevoir le compte 
rendu, d'ailleurs fort intéressant? J'y étais l'autre jour, à cette Uni- 
versité de la rue de Jarente, et, après une conférence en finançais 
écoutée avec beaucoup d'attention, j'ai ru des jeunes gens, des 
jeunes femmes prendre en main et commenter avec vivacité des 
journaux hébraïques, des journaux écrits dans cette vieille langue, 
qui aujourd hui se réveille et se montre assez souple pour exprimer 
toutes les idées modernes. La Sorbonne vient d'autoriser l'ouverture 
d'un cours libre sur cette littérature hébraïque moderne. J'ai connu 
un jeune bachelier, qui, pour aller plus vite du grec et du latin au 
français en lisant Homère et Virgile, se servait de traductions hé- 
braïques. 

Voilà un second mouvement connexe à celui dont je viens de 
parler, causé par l'immigration russe et roumaine. Voilà un nou- 
vel élément introduit dans le judaïsme français. Qu'en adviendra-t- 
11? C'est une nouvelle alliance franco-russe, sur laquelle on peut 



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LA SOCIÉTÉ JUIVE E?{ FRAMCB DEPUIS Ik RÉVOLUTION XXVU 

fonder de belles espérances, s'il ne survient pas de eomplieatlons de 
la part des Japonais. 

Enfin —j'Ai dit 4U6 le mouvement était triple — on parle de l'ou- 
verture d'un nouveau Temple appelé Temple libéral. Des dames très 
actives sont à la tête du mouvement ^ Des souscriptions sont de- 
mandées pour organiser lé noUteftii culte. Il y aurait un office le di- 
manche. J'en sais qui éfa Hent^ j'en sais qui s'en affligent; d'aiitres 
attendent avec une curiosité bienveillante — et ce ne sont peut-être 
pas les moins intelligents Cette impatience même, ce besoin de faire 
quelque chose prouve la vivacité du sentiment juif. Et comme disait 
l'un des réformateurs : « Mieux vaut aller à la synagogue le di- 
manche que de ne pas y aller du tout. » 

D'ailleurs, la crise qui travaille le judaïsme ne lui est pas particu- 
lière. Elle est de TépoqUe et la question est double : d'une part, les 
vieilles praticjues et les exigences matérielles ; de Tautre, la science 
et la religion. Plus d'un philosophe entrevoit une religion nou- 
velle. L'uh d'eux lui a même déjà donné Un nom^ à cette nouvelle 
croyance : une cristallisation d idées jiiives ! La scission qui est sur 
le point de se produire dans le judalgme marquet*ait-elle le point de 
départ ? 

Une dristalllsalioh d'idées juiveë; ce mot est d'un penseur non 
Israélite (jui se rehcolitre avec un pèhsëur israëhte, J. Darmesteter. 
Celui^i a écl^'t : « Le Judaïsme, seul de toutes les religions, n'a 
jamais et ne peut jathais ehtrer eh lutté hl aveb la scietice, ni aveé 
le progrés social. Ce ne soiit pas des forces hostiles qu'il accepte ou 
quil subit par tolérance ou par politique. Ce sont de vieilles voix 
amies qu'il reconnaît et salue avec joie, Car il les a, bien des siècles 
déjà, entendu retentir danâ les axiomes de sa raison libre et ddns le 
cri dé sort écteui- sôuffrârit*. w 

Et Dâttiiesteter ajôlitâit : « C'est pour cela que^ dans tous les 
pajs qui se sont lancés dans la voie nouvelle, les Juifs ont pris leui* 
part, et non médiocroj plus Vite que ne le font des afi'ranchis de la 

* L^ane d'elles vient àe publiet uii joU petil volume pour familiariser la jeu- 
nesse avec la lilléralure juive : A travers les moissonSj par Marguerite Brandon- 
Salvador. 

* Coup â'œil sut VMstoire du peuple Juif. 



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XXVm ACTIiS ET CONFÉUENCES 

veille, à toutes les gi'andes œuvres de la civilisation, dans le triple 
champ de la science, de l'art et de l'action. » 

Et c*est là où nous allons maintenant trouver les Juifs. 

Le romancier Kompert raconte dans ses Nouvelles que, l'empe- 
reur Ferdinand ayant émancipé les Juifs, un vieil habitant du 
ghetto de Prague, pris d'enthousiasme, se dit qu'il était de son 
devoir d'aller remercier l'Empereur en son nom et au nom de ses 
coreligionnaires. Il attelle sa carriole, y fait monter sa femme et 
ses ôls et se met en route. A peine est-il hors du ghetto quilest 
accueilli par des huées et des sarcasmes. Plus il avance, plus il 
constate avec tristesse que l'esprit des concitoyens n'a pas beau- 
coup changé à l'égard des Juifs. Le voilà enfin sur la grande route. 
Il voit des champs en friche et il se souvient que l'Empereur a dit 
que l'agriculture manque de bras et que chacun doit se mettre au 
travail. Et le vieux Juif a une idée : Inutile d'aller à Vienne 1 Le 
voilà le moyen de remercier l'Empereur! Se mettre au travail, 
comme il le demande ! Et aussitôt le vieux Juif retourne chez lui, 
vend sa maison, achète un champ et le cultive. 

Ainsi devaient faire les Jui& en France. Ils ne perdirent pas 
leur temps à remercier l'Empereur. Il fallait non des paroles, mais 
des actes. Certes, l'on ne pouvait pas demander à la première gé- 
nération de 89 de se transformer du jour au lendemain. Il fallait le 
temps de dépouiller le vieil homme. Et pourtant, bien avant le 
Grand Sanhédrin, les soldats juifs faisaient leur devoir. Dans la 
Grande Armée, il y avait des Juifs par centaines. Dans le Grand 
Sanhédrin, il y avait deux anciens militaires. — Et depuis?, . . Je 
ne vais pas vous refaire une conférence sur les vertus militaires 
des Juifs *. Je rappellerai seulement que la France a élevé des 
monuments pour signaler à la reconnaissance éternelle du pays les 
noms de ses enfants juifs tombés sur le champ de bataille. Napo- 
léon pi* demandait au Grand Sanhédrin si les Juifs sauraient dé- 
fendre la France comme ils défendraient Jéi»usalem ! Et un gé- 
néral français, faisant à la jeunesse un discoui*s sur le patriotisme, 
ne trouvait rien de mieux que de lui citer comme exemple un des 

* Voir Quatre conférences sur les Juifs, les Vertus militaires^ par M. Bloch. 



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LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTION XXIX 

fils de ceux que la France avait émancipés. C'est tout dire*. 
Le patriotisme des Juifs ! 11 y a peut-être quelque chose encore 
de plus convaincant. Après le traité de Francfort, des centaines de 
Juifs quittèrent Metz, Strasbourg, Colmar. — Devant l'aigle noire 
à deux oasques qui décorait les monuments, ils ont dit, comme le 
vieux sergent de Béranger : 

C'est un drapeau que je ne connais pas. 

En 1873, la Société des Gens de lettres décida d'imprimer et de 
vendre un livre spécialement composé par elle au profit des Alsa- 
ciens-Lorrains. Il 7 a la des envois de G. Sand, V. Hugo, Erck- 
mann-Chatrian , Th. Gautier, Legouvé, La dernière page a été 
écrite par un Israélite alsacien ; c*est la plus touchante peut-être 
du recueil. Ce sont quelques vers inspirés au poète Ratisljonne, 
par cette peinture de Henner, cette Alsacienne en deuil. 

Ton fiance, sans doule, est parti pour la guerre, 

Ta TaUends, anxieuse, et, depuis bien longtemps, 

— Je m'appelle i* Alsace orpheline, et j'attends 

Non pas mon fiancé, mais la France, ma mère 1 ^ 

Voilà Tétat d'âme du Juif alsacien, du Juif français. 

Et c'est par l'Ecole qu'il s'est formé. Des écoles, ce fut le cri de 
tous les Juifs émancipés qui voulaient se régnérer ! Des écoles, 
ce fut le cri de cette Alsace juive, qui pour ses petits vagabonds, 
fils de fripiers et de marchands de bestiaux, ouvrait des écoles 
primaires, ouvrait des écoles professionnelles et trouvait dans son 
cœur les plus heureuses inspirations pédagogiques • I 

Napoléon demandait au Grand Sanhédrin si les Juifs se tourne- 
raient vers les carrières libérales, vers les professions manuelles. 
Le Grand Sanhédrin répondait par des paroles. La génération sui- 
vante répondit par des actes. 

* Il s'agit du jeune Richard Bloch, élève de mathémaliques spéciales et déjà 
décoré de la médaiUe militaire, cilé par le général Sagct à la distribution des prix 
du lycée Saint-Louis (1872). 

• École de travail de Strasbourg ouverte en 1823. — École de travail de 
Mulhouse ouverte quelques années plus tard. — Société d'encouragement pour 
les arts et métiers Créée à Metz en 1823. Voir Quatre conférenees sur Us Juifs^ 
l'Œuvre scolaire» 



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XXX ACTES ET CONFÉRENCES 

Dès 1825 Too constatait de toutes parts les heureux change- 
ments survenus chez les Juifs. On remarquait que nombre d*entre 
eux s'étaient portés vers ces carrières libérales, vers ces profes- 
sions manuelles pour lesquelles on leur supposait de l'indifférence 
ou de Téloignement. Dans son résumé de 1 histoire des Juifs mo- 
dernes, publié en 1828, Léon Halévy pouvait déjà citer nombre de 
coreligionnaires recommandables par leurs talents et leurs lumières, 
et à Paris et en province, et hautement appréciés par leurs conci- 
toyens. 

La grande actrice Rachel eut un jour une idée curieuse : elle 
voulut donner un grand diner où il n'y aurait que des Juifs de 
renom. Elle voulait inviter Tancien ministre de la Justice, son vieil 
ami Crémieux ; le ministre Fould ; le fondateur de cette maison de 
banque, alors dans toute sa gloire, James de Rothschild ; Tacadé- 
micien A. Franck; Téditeur Michel Lévy; un autre Michel Lôvy à 
la veille de partir pour la Crimée comme inspecteur général des 
services médicaux de l'armée ; l'auteur de la JuivBy Fromenthal Ha- 
lévj, et son frère Léon ; le journaliste Millaud. A ces convives elle 
voulait adjoindre quelques étrangers de marque, venus en France 
pour y trouver une patrie d'adoption: Meyerbeer, Henri Heine. 
J'ignore pourquoi ce diner n'eut pas lieu, et je le regrette. L'auteur 
des Salons parisiens. M"» Ancelot, eût ajouté à son livre une page 
au moins curieuse : Un diner chez Rachel*. 

Et cette société juive nous reporte à un demi-siècle en arrière I 
Et depuis?... Elle a été écrite en partie, l'histoire de cette société 
juive contemporaine, elle a été écrite dans des pages d'une sobre 
éloquence, d'une sincère émotion, où le panégyriste a su garder 
l'impartialité de l'historien. Ouvrez, je vous prie, ce livre de M. le 
grand rabbin Zadoc Kahn : Souvenirs et regrets. 

Voici l'armée avec le colonel Moch, le colonel Salvador, le com- 
mandant Franchetti, le commandant Bernard, le docteur Widal, mé- 
decin-inspecteur général, commandeur de la Légion d honneur, fils 

* Rachel connoissait-elle ce passage de Balzac "1 • Los Juifs ont accaparé lor; 
ils écrivent Hobert U Diabh / ils jouent Phèdre; ils chantent Guillaume Tell; ils 
commandent des tableaux ; ils élèxent des palais ; ils écrivent Beiteàiider et d'ad- 
mirables poésies. » 



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La société juive en FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTION XXXI 

de TAlsace juive. Voici TAcadômie des scienqes morales avec 
Ad. Franck, les Inscriptions et Belles- Lettres avec Derenbourg; 
TAcadémie de Médecine avec Mathieu Hirtz, une des lumières de la 
Faculté de Strasbourg, enfant lui aussi de T Alsace juive. Voici la 
peinture avec Benjamin Ulmann, Tauteur du tableau si connu Le 
Libérateur du Territoire, Voici la politique avec Kœnigiwarter, 
Javal, Crémieux. Voici le Journal des Débats avec Ratisbonne, le 
Journal officiel avec Henry Aron. Voici encore la science, la science 
nationale par excellence, où jamais nationaliste n'atteignit la hauteur 
de ce Juif appelé A. Darmesteter. Voici renseignement secondaire, 
voici renseignement primaire, inspecteurs, professeurs, instituteurs ; 
voici le Conservatoire des Arts et Métiers ; partout des serviteurs 
utiles au pays, formant le cœur et Tesprit de la jeunesse française. 
Et les serviteurs de Thumanité souffrante dont quelques uns furent 
des apôtres ! Et les grands bienfaiteurs, fondateurs des grandes 
œuvres philanthropiques dont le nom est sur bien des lèvres, disons 
mieux, dans bien des cœurs 1 

Et combien ne sont pas nommés ! Et combien sont morts depuis 
rimpressioQ de ce livre I Et quel beau livre encore nous donnera 
Tauteur quand il élèvera un souvenir aux ûUes dlsraël : M'^e Coralie - 
Cahen, chevalier delà Légion d'honneur ; M™* Furtado-Heine, offi- 
cier de la Légion d'honneur ; M™« Jules Béer, dont Maxime Du 
Camp a fait un si bel éloge dans son Farts Bienfaisant. Et combien 
d'autres I 

« Vous n'êtes pas 100.000, me disait mon universitaire et vous 
faites du bruit pour 10.000.000. » Le Juif déconcerto la statistique. 
Il jr a un Juif sur 426 habitants. A suivre la proportion, il n'y aurait 
pas un seul Israélite à l'Institut. Il y en a 11, plus 2 membres 
libres, plus un correspondant *. 

Prenez les cours du Collège de France : grammaire comparée, 
philologie et archéologie assyrienne, langue ot littérature sanscrites; 

' Plus les étrangers, associés et dorrespondonls, qui forment un groupe inté- 
ressant et de haute valeur. 

Je viens de recevoir une lettre de faire part annonçant la mort du général de 
division Sée. Sur la liste des personnes mentionnées dans la lettre de deuil je 
trouve deux membres de TÂcadémie de médecine* 



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XXXII ACTES ET CONFÉRENCES 

philosophie grecque et latine, mécanique analytique et mécanique 
céleste, 5 cours, — 5 Juifs? — Non 6; au dernier, un titulaire et- 
un suppléant. 

Je ne vais pas faire le tour des Facultés, de TÉcole des Hautes 
Études et d'autres établissements scientifiques, universitaires, artis- 
tiques, et citer des noms que tout le monde connaît. 

Je dirai ceci : autrefois pour détruire l'esprit juif on détruisait 
quelques bibles. Aujourd'hui, quel autodafé 1 Ce ne seraient plus 
quelques livres saints qu'il faudrait brûler 1 C'est l'œuvre intellec- 
tuelle de la France qu'il faudrait mutiler. Une charrette pour le 
Journal des Savants \ une autre pour le Journal Asiaiique, et pour la 
Revue archéologique^ et la Revue des Eludes grecques^ et la Revue cri- 
tiqup, et la Revue de linguistique ; la Bibliothèque de l'Ecole des 
Chartes, le Moyen Age, la Romania\ ï Année sociologique, la Revue 
internatiorutle de sociologie, les Annales de C École libre des sdmces 
politiques; la Revue pédagogique, la Revm de V Instruction publique, 
la Revue numismatique; le Mouvement scientifique, les Annales de 
l'Observatoire de Paris^ les Annales de C Observatoire municipal, les 
Annales de phf/sique et de chimie ; la Revue d'hygiène, la Revue dé 
physiologie, \sl Revue de pathologie, la Revue d'ophtalmologie, la Revue 
de laryngologie , la Revue de stomatologie, la Gazette de gynécologie, 
etc., etc. 

J'en passe, j'en passe. Et la Revue de Paris, et la Grande Reviie, 
et la Revue des Deux-Mondes, et la plus belle de toutes les Revues, 
la Revue philaAthropique ! 

Kt les journaux quotidiens *, et les livres ! Il y a à Paris une im- 
poriante bibliothèque avec les seuls livres écrits sur les Juifs. Quelle 
bibliothèque si Ton y ajoutait tous les livres écrits par les Juifs, les 
Juifs français seulement I Quel catalogue ! 

Il fut un temps où les chrétiens couraient à la synagogue, attirés 

* La Presse française compte de brillants écrivains israi^liles. — Des joUrnaul 
fort goûtés (lu public ont été fondés ou organisés par des Juifs. Ceux-ci par leurs 
imprimeries ont encore rendu de f^rands services au journal, n*eussé-je à nommef 
que l'importante maison du regretté Schiller nom toujours vivant et hautement 
estimé dans la Presse. — Parmi les rédacteurs rappelons le souvenir de quelques- 
uns qui ne sont plus : Aron, Azévédo, Blum, Goheû, Dalaôme, Lovy, Millaud^ 
Mortier, Rakisbonne, Weill, etc. 



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LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTION XXXIH 

par la beauté des offîces et les charmes de la musique. Défense leur 
fut faite d'assister à ces spectacles. D'autres les ont remplacés. Et 
c'est encore la synagogue, quand, le vendredi soir, l'Opéra donne le 
Prophète^ ou le lundi suivant YAfrlca%ne\ quand TOpéra-Comique 
donne le Juif Polonais ; le Françai.^, Les Ouvriers ; la Porte-Saint- 
Martio, Les Deux Orphelines \ le Gymnase, Le Détour \ le Vaude- 
ville, Antoinette Sabrier\ le Théâtre Antoine, V Indiscret. 

£t j'oublie la Renaissance, les Folies Dramatiques, TÂthénée et 
tous les théâtres de genre I Et les interprètes ! Encore la sj'na- 
gogue! Mais on remporte dans ses malles, la synagogue, avec le 
Théâtre de Campagne^ où je relève les noms de Dreyfus, de Millaud, 
de Berr, de Cahen. 

Il fut un temps où, pour détruire tout monument juif, on détruisait 
les synagogues. Eh bien, qu'on les renverse les monuments juifsl Ira- 
t-on abattre l'observatoire Bischoffsheim de Nice? Ira-t-on fermer 
le dispensaire Furtado -Heine? L'Institut Pasteur supprimera-t-il le 
laboratoire de chimie biologique qui porte à son fronton : « Fon- 
dation baronne de Hirsch? » N'ouvrira-t-on plus dans les quartiers 
pauvres les vingt laiteries philanthropiques de Henri de Rothschild ? 
Et que dire encore de l'Ecole agricole Eœnigswarter, de l'orphelinat 
agricole Jules Béer, de l'Ecole professionnelle d'assistance aux ma- 
lades (fondation Âlphen Salvador), de l'hospitalité de Ballan (fon- 
dation Salvador-Brandon) ? Je pourrais rappeler bien d'autres 
œuvres intéressantes où vit le souvenir juif : la Pouponnière, les 
Crèches parisiennes, les écoles Lemonnier et ces autres écoles dont 
la création a été comme une Déclaration des Droits de la femme, les 
lycées de filles ? Est-ce que cette création ne sort pas tout entière de 
la loi Camille Sée ? 

Rien ne prouve mieux combien la Société juive est entrée dans la 
Société française, combien ils avaient raison ceux qui disaient : 
< Proclamez-les des citoyens français, ils le deviendront, i» 

Et la voilà la France juive l 

Mais la France juive s'étend plus loin que les Pyrénées et la Mé- 
diterranée. Prenez la carte de géographie dressée par VAlliunce 
Israélite. Voici des points noirs et rouges sur les côtes de Turquie et 
d'Asie Mineure; là sont les écoles de VAlliancSy ces écoles dont 

ACT. BT CONF. G 



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XXXIV ACtES ET CONFÉRENCES 



Tautre jour un homme politique faisait, au Sénat, le plus grand éiog^. 
Voici Constantinople avec 12 écoles, Andrinople, Srayrne, Damas, 
d*où j'ai vu des devoirs français avec bien moins de fautes d'ortho- 
graphe que dans bien des copies d'élèves reçus au certificat d'étude». 
Suivons toujours la carte : Voici la Perse, où je vois des écoles de 
ï Alliance : 1,061 garçons, 540 filles, dans les écoles de Téhéran, 
Ispahan, Hamadan. Voici la Côte d'Afrique, ce Maroc si convoité, 
où la langue de Racine et de Corneille est enseignée à Tanger 
(528 élèves"), Tétuan (541 élèves), Fez, Mogador, Marrakesch. Voici 
Tripoli, voici la Tunisie avec ses 35,000 Juifs Dans la seule école de 
Tunis, savez-vous combien d'eufanls écrivent et parlent notre langue 
nationale? Près de Ij'îOO. Le nombre total des élèves de VÂlHancê 
israélite est en ce moment de 33,000. 

Oui, 33,000 enfants dans ces écoles où des instituteurs et deains* 
titutrices d'Orient, instruits à Paris, vont faire pénétrer dans les 
jeunes cerveaux les idées françaises 1 

Et je ne dis rien de TAlgérie avec ses 55,000 Juifs, français et 
arabes à la fois, et par cela même appelés à jouer un rôle principal 
dans les relations entre la France européenne et la jeune France 
africaine ! 

Lorsque les Français vinrent prendre possession de la terre 
d'Afrique en 1830, ils trouvèrent, dans ce pays inconnu alors pour 
eux et hostile, des amis, des interprètes, des guides qui accouraient 
pour saluer le drapeau tricolore comme on salue un vieil ami. 
C'étaient les Juifs algériens. Et ils méritèrent que la France fit pour 
eux ce qu'elle avait fait pour leurs coreligionnaires de 1789. 

Supposez ces hommes de la Constituante qui demandaient Péman* 
cipation des Juifs et qui se portaient leurs garants devant la postérité, 
supposez-les revenant au monde. Quelle impression ne leur eût pas 
donnée un spectacle comme celui de TExposition de 1900, la France 
invitant les peuples de la terre à venir contempler les merveilles de 
son travail et de son industrie, et les travailleurs juifs rivalisant de 
zèle avec tous les autres dans ce vaste atelier international ! 

Il n'est peut-être pas une classe sur les 121 classes d*exposaiits 
où ils n'auraient constaté la participation de ceux dont ils Toalaient, 
eent ans auparavant, assurer le concours à la France. Métallurgie, 



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LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTiON XXXV 

industrie du bâtiment, industrie des yétements, industrie chimique, 
agriculture, procédés généraux de la mécanique, œuvres d'art, par- 
tout ils les auraient trouvés parmi les lauréats les descendants de 
ceux dont l'Alsacien Rewbell disait : a Ce sont des usuriers inca- 
pables de faire autre chose. » 

Mais surtout ces hommes de la Constituante, qui ne parlaient que 
de fraternité, se seraient arrêtés aux classes 101 à 112, classes d'une 
importance capitale dans le monde moderne, les classes d'assistance 
publique et d'économie sociale. Et ils auraient constaté que par ses 
sociétés de bienfaisance et de mutualité, par ses institutions philan- 
thropiques, par ses écoles (asiles, orphelinats, refuges, écoles pro- 
fessionnelles) le judaïsme français a trouvé les solutions les plus 
heureuses des grands problèmes sociaux de nos jours * • 

Et celui-là se serait applaudi d'avoir été prophète, qui disait : 
c Vous acquerrez de nouveaux 8i\jets aussi utiles par leur activité, 
leur intelligence, leurs trésors et leurs travaux que soumis à une 
constitution et à des lois auxquelles ils seront attachés par les liens 
de la reconnaissance. » 

Mais, en même temps, qu'auraient dit ces hommes de la Consti- 
tuante si on leur avait mis sous les jeux certains journaux de nos 
jours, certaines brochures.. .? Ils auraient éprouvé une profonde 
surprise. . .? Non, ils auraient dit : « Mais nous les connaissons, ces 
journaux. Mais c'est le Patriote français qne vous nous donnez, c'est 
le Rôdeur franfaiSf' c'est le Journal de la Cour et de la Ville! Voilà 
bien le numéro où l'on dit que nous venons de nommer comme Pré- 
sident de l'Assemblée le rabbin Grégoire ! Et le numéro où Ton dit 
qu'un syndicat s'est formé pour acheter les consciences de la Cons- 
tituante. Et le numéro où l'on déplore que Louis XVI renonce à son 
titre de Roi \vè^ chrétien pour prendre celui de Roi des Juifs! Et cet 
autre numéro où Ton persuade aux masses que les Juifs pouvant 

' Tel a été Tayis da Jury d^Exposition, surtout pour ce qui concerne les insti- 
tnUons israélites qui tout h la fois des œuTres philanthropiques et des œuvres 
scolaires : École professioimelle Bischoffsheiin (Hors Concours) ; Refuge de Neailly 
(Grand Prix) ; Orphelinat Rothschild (Médaille d'or) ; École de Travail (2 mé- 
dailles d'argent) ; Société et École horlicole du Plessis- Piquet (médaille de bronze 
et l prix), etc., eU. 



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XXXVI ACTES ET CONFÉRENCES 

aspirer à tous les emplois ne vont pas manquer de devenir évoques 
et archeiéques ! * » 

Mais ces hommes de la Constituante, en lisant nos journaux, crie* 
raient au plagiat. Ils diraient : « Nous en avons vu d'autres î » 

Et c'est là ce que le Juif semble avoir oublié. L*antisémitisme a 
surpris nombre de gens ; on ne Ta même pas compris, et il y a des 
faits que Ton ne comprend pas si on les prend isolément. 

J'ai entendu parler souvent de ce professeur Israélite chargé d'un 
cours de philosophie en province, il y a quelque cinquante ans, et qui 
dut renoncer à sa carrière à la suite d'une croisade menée par 
Tévéque de Luçon, qui disait que cette nomination était un outrage 
et un scandale. On ne manqua pas de crier à Tantisémitisme. 

Permettez-moi de rappeler quelques faits de cette époque : En 
1842, Tarchevéque de Toulouse dénonce dans un mandement les 
doctrines antichrétiennes d'un professeur de la Faculté de Montpel- 
lier, Àl. Gatien d'Arnoult. Les plaintes faites contre renseignement 
de M. Ferrari à Strasbourg, de M. Bersot à L^^on, obligent le ministre 
à suspendre ces deux cours. V Univers ^ dans une lettre à Villemain, 
dénonce dix-huit professeurs dont Michelet, Quinet, Jouffroj, Am- 
père, Lerminier, Jules Simon, Chevalier. En 1843, l'archevêque de 
Lyon menaçait de retirer les aumôniers des lycées si l'on y donnait 
un enseignement contraire à la doctrine catholique, et les évéques de 
Châlons, de Langres et de Perpignan s'associaient à cette démarche. 
L'évéque de Belley détournait les familles d'envoyer les élèves dans 
les collèges de pestilence. 

Etait-ce là de l'antisémitisme ? 

Et Tévéque de Luçon ne livrait-il pas le même combat que tous les 
autres en parlant des dangereuses leçons données par un homme 
attaché à la secte juive ? 

Et tout cela no visait-il pas au même but, enlever à l'Université le 
monopole de l'enseignement, préparer la loi Falloux? Naïfs seraient 
ceux qui croiraient qu'il s'agissait tout simplement d*empêcher un 
professeur Israélite de gagner son pain. Et naïfis encore ceux qai 
croient que la polémique actuelle, journaux, brochures, romans, tout 

* Voir Léon Kahn, Its Juifs d$ Paris pendant la ^voîntion. 



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LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTION XXXVII 

cet immense effort vise 85,000 Juifs établis au milieu de 36,0C0,000 
de Français chrétiens. 

Vraiment les Juifs seraient trop fiers de voir contre eux seuls un 
tel déploiement de forces ! Non, la lutte est ailleurs. C*est la vieille 
lutte de la Révolution et de la Contre-Révolution ! — Mais c'est par le 
Juif qu'on a commencé. — C'est par lui qu'il fallait commencer. Car 
le Juif est marqué du sceau de la Révolution; car la Révolution, en 
proclamant que tous les hommes sont égaux, a renversé le dogme 
qui fait du Juif T^ternel maudit à travers les nations. — « Et la 
question juive, comme Ta dit un homme politique, devient une 
question nationale, une question de vie et de mort pour la France. 
Ce ne seraient plus les Juifs seuls en tant que Juifs qui auraient à 
souffrir, mais la France et la civilisation. » 

Et la question économique? Et la ploutocratie juive? Vous parlez 
delà science juive. Eh bien I et cette autre science juive, faire for- 
tune ? 

i* Faire fortune est une si belle phrase et qui dit une si bonne 
chose, qu'elle est d'un usage universel ; on la reconnaît dans toutes 
les langues ; elle plaît aux étrangers et aux barbares ; elle règne à 
la cour et à la ville ; elle a percé les cloîtres et franchi les murs 
des abbayes de l'un et de l'autre sexe; il n'y a point de lieux sacrés 
où elle n'ait pénétré; point de désert ni de solitude où elle soit in* 
connue. » 

Cette réflexion a été inspirée à La Bruyère par le spectacle que 
lui donnaient ses contemporains, sans doute cette ploucratie juive 
qui avait ses grandes et ses petites entrées à Versailles. '1 out le 
monde sait que le Grand Roi faisait volontiers monter dans ses car- 
rosses les Kahn et les Lévy ! 

Mais ne sortons pas de notre époque. Et puisqu'il y a une question 
économique, je vais vous la présenter en vous citant tour à tour 
l'opinion d'un homme de lettres, l'opinion d'un homme de science, 
lopinion d'un homme politique. 

L'homme de lettres est M. Edmond About. Il a écrit sur la ques- 
tion un dialogue amusant : Le Juif et le Moine. L'article est de 
1864. 
Le Juif est un riche banquier : 



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XXXVilI ACtBS ïït CONFERfiNGES 

ÂuJevêr du fideau, h baron^ plongé dam un fauteuil confortable, 
croise ses jambes. Le Père Brisquel, debout^ près de la porte ^ tourne 
sëS pouces avec un embarras visible. 

Lr Baron. ^- Vous ayez quelque chose à ttië demander? 

Lr PèRb. — Bien peu de chose, eu égard aux immenses richesses 
que le Ciel vous a départie^, Monsieur le baron, mais beaucoup si 
l'oii considère la pénurie des infortunés qui vous implorent. 

Le Baron {ouvrant un tiroir et prenant quelques louis). — Que 
ne dlsiez-vous plus tôt ! Vous quêtez pour les pauvres ? 

Le Pèrb {sans avancer la main). — Pour mon jjrdro, Monsieur 
le baron, qui a fait vœu de pauvreté. 

Le Babon [reprenant de Vor dans son tiroir). — C'est différent. 
S'il y a vœu de pauvreté, je sais que ça coûte plus cher. Tenez, mon 
garçon, je double la somme. 

Le Père. — Monsieur le baron daignera m*excuser. Je ne viens 
pas solliciter une aumône vulgau'e. L'ordre auquel j'appartiens, 
qiioiqUe indigtie, possède plus d'un milliard eh Burope. . • 

Le Baron {virement et tendant la main). — Alors, mon cher, 
vous êtes plus riche que moi. La charité, s'il Vous plaît! 

Le Père [avec une humilité croissante). — Hélas! ces biens ter- 
restres ne nous appartiennent pas, et si considérables qu'ils pa- 
raissent à première vue, ils sont fort au-dessbiis des besoins de 
TËglise. C'est pourquoi nous cherchons À les accroître par tous les 
moyens honorables et permis. Nous avons dddc ôspét'ë que Mon- 
sieur le baron ne refuserait pas de nous associer à l'emprUbt qu'il 
émet en ce moment dans des conditions si avaiitagetlsès« 

Le Baron. — Allons donc! Du diable si jô ô&Vftl« dtt rottS tôu-» 
liez en venir I Vous demandez de l'emprutii ftii ^àîr ? 

Le Père. — On nous a dit que cet ehiprUtlt ëtiiis ft 60 (bPftil sous 
peu de jours lO francs pour le moinô. 

Lé Baron. — t Mais, j'y compte ! 

Le Père. — Mes supérieurs m'ont erdôhhë eâ ë@tt8é(|tiétiëe d'M 
prendre, s'il se pouvait, pour six cent ihil.'è fWitieé; 

Le Baron. — Ils ne sont pas trop bétes, ¥ëâ ëiltiëriëui'S. lïe CDoi- 
prends pourquoi vous avez refusé mes vingt louis tout à l'heute. 
C'est un cadeau de cent milld francique vous voulez, ^tÀ Vràl? 



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U SOCIÉTÉ JUiVE M FRANCE DBtÙlS LA RÉVOLUTION XXXIX 

Le PÈRE. — Nous le préférerions sans nul doute. 

Lb Baron. — Â propos 1 Vous savez ce que e^est que mon nouvel 
emprunt ? 

Lb PàRB. — Nous en avons une idée confuse. 

Lb Baron. — C*est un emprunt musuldian, ni plus ni moitis ! 

Lb Père. — Le titre n'a qu'une importance secondaire. 

Le Baron. — Mais songez-y î La fin la plus prochaine de notre 
petite opération sera d'affermir un prince mécréant sur sou trône. 

Le Père. — Qu'impoi-te si la fin dernière doit être d'ajouter 
cent mille francs à notre humble trésor I 

Le Baron. — Au moyen âge, mon cher, les Juifà et les moines 
viraient également hors de la société, les moines par choix, les 
Juife par force; Seulement vous la dominiez, et elle nous écrasait. 
Malgré Topinion qui vous plaçait trop haut et nous trop bas, nous 
étions régulièrement pillés les uns comme les autres. Lorsqu'un roi 
manquait d'argent, la seule question était de savoir si l'on dépouil- 
lerait les Juifs ou les moines. Il n'y a pas de sécurité hors de la 
loi commune. Nous l'avons compris avant vous^ et nous nous eh 
sommes bien, trouvés. Le Juif a fait des efforts héroïques pour 
rentrer dans le sein de la société française, tandis que le mdine 
s'escrime â en sortir. Nous avons obtenu d'être citoyens, nous 
sommes heureux de cette conquête, et nous nous efforçons de nous 
en montrer dignes. Nous rivalisons d'activité, de dévouement et de 
dourage avec ceux dont les pères étaient cito^^ens avant nous. C'est 
pourquoi nos personnes et nos biens sont aujourd'hui plus en sûreté 
que les vôtres. Personne ne serait assez fort pour demander Tex- 
pulsion dés Juifs, tandis que les Chrétiens pétitionnent ai\jourd'hui 
peur obtenir la vôtre. Aucun prince n'attenterait sans crime aux 
millions que j*ai accumulés par mon travail, conformément à la loi 
cbmmune. Si vous voulez obtenir la même sécurité, méritez-la. Vous 
aurez l'argent que je vous ai promis, mais si vous tenez à le garder 
longtemps, devenez citoyen, et commencez par devenir homme. 

Voici ce que dit l'homme politique * : « Dans le commerce, dans 
* La çuestion juivtf par Gustave Rouanet, Revue socialiste de janvier 1899. 



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XL ACTES ET (X^UfilRENGES 

rindustrie et la finance, les Juifs acquièrent une importanee pro- 
portionnellement plus considérable que celle qu'ils ont acquise en 
Angleterre et en Amérique. Cette circonstance provient évidem- 
ment non seulement de la supériorité de leur^ aptitudes spéciales 
et de la solidarité qu'ils pratiquent entre eux, mais aussi de la dé- 
cadence visible, survenue dans les facultés économiques de nos 
autres classes dirigeantes. Si les Juifs no se développent pas au 
détriment des Anglais et des Américains, qui ne leur portent aucune 
envie, c'est que, sans doute, ceux-ci sont aussi bien doués qu*eux. 
Mais alors, loin de crier contre les Juifs, il faudrait se réjouir de 
posséder chez nous une catégorie de capitalistes entreprenants. » 

« La situation économique de la France empire, son commerce 
décroit, son influence dans le monde baisse, sa population diminue, 
et, sur notre propre sol, les capitalistes étrangers mettent en oeuvre 
et exploitent des richesses que nos nationaux n'ont pas su créer. 
Veut-on un exemple de Tapathie fatiguée des capitalistes français ? 
Les capitalistes anglais sont déjà maîtres, à Paris, du quartier de 
rOpéra ; supprimez le Juif, TÂnglais le remplacera dans les autres 
quartiers de Paris. » 

On peut rapprocher ces réflexions si intéressantes do ce passage 
éloquent dû à la plume d'un académicien * : ce Le mal est en nous- 
mêmes, dans notre sang, jusque dans la moelle de nos os. Les Juifs 
seraient jusqu'au dernier bannis de la terre, Israël aurait disparu ~ 
de la face de l'Europe que la France n*en serait guère plus saine ni 
l'Europe mieux portante. La première chose pour guérir est de con- 
naître sa maladie. Or l'antisémitisme nous fait illusion ; il nous 
aveugle sur nous-mêmes en s'efforçant de nous faire croire qu'au 
lieu d'être en nous, la cause du mal est hors de nous. — Pas d'er- 
reur plus dangereuse i » 

Et partant de là, le D'' Herzl s'écrie : « Vous le voyez bien ! 
L'antisémitisme est éternel. Tous les peuples sont antisémites. 
Unissez-vous donc et vous qui êtes opprimés, et vous qui, ne l'étant 
pas aujourd'hui, le serez sûrement demain. » 

' Anatole LeroyBeaulieu, Israël chez Us nations. 



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LA SOCIÉTÉ juive; EN FRANGE PBPUIS IK RÉVOLUTION XU 

Ç*a été un spectacle fort curieux assurémeot que celui de ces 
Congrès sionistes où Ton discutait la question de créer un Etat 
juif, où Ton organisait des comités pour examiner les moyens de 
ramener les enfants d*IsraÔl dans le pays des ancêtres, dans le 
pays a où coulent le lait et le miel ». Une immense espérance a tra- 
versé rOrient ; des millions de malheureux ont repris courage dans 
Tattente de jours meilleurs. — Il parait même, comme le déclare 
le rabbin Rabinovici, que bien des Juifs qui vivaient dans Tinac^ 
tion se sont remis au travail avec ardeur et ont cessé leurs querelles 
intestines. De cela il faut se féliciter. 

Je n*ai pas à me prononcer ici sur ce qui adviendra des espé* 
rances et ce qui adviendra des déceptions. 

Je constate que les Israélites de TOccident ont accueilli avec tié- 
deur cet appel d'un internationalisme juif, qui semblait justifier les 
accusations de ceux qui prétendent que le Juif est juif avant d'être 
. français, anglais, allemand. 

Pour les Israélites français, ce qu*iis pensent du Sionisme se ré- 
sume dans ce mot d'un homme d'esprit : « Que feriez-vous au cas 
du retour des Juifs en Palestine ? — Moi Je me ferais nommer am- 
bassadeur à Paris. » — J'ai idée qu'il y aurait beaucoup d'attachés 
d'ambassad'. 

Mesdames, Messieurs, dans quinze jours on célèbre la fête de 
Pâque. Des millions de Juifs diront avec une émotion profonde ; 
« L'année prochaine à Jérusalem I » 

Et nous aussi nous le dirons, et tous le diront, qui souhaitent le 
triomphe du sionisme, mais d'un sionisme plus largo, plus ouvert, 
qui réunira non pas les seuls Juifs, mais tous les peuples de la terre. 

Inutile pour cela d'aller créer un Etat sous le soleil de lEquateur I 
Inutile de bâtir une ville sur les monts de Judée! 

La nouvelle Jérusalem sera partout où la Déclaration dos Droits 
de l'homme sera une vérité. La nouvelle Jérumlem sera partout où 
triomphera l'idée française de la Révolution. La nouvelle Jérusalem 
sera là où seront les principes de 89. 

Et devant cette Jérusalem nouvelle, les peuples pourront dire 
une fois de plus : a Gesta dei pkr Francos ! » 



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XUl ACTES fit COMFÉREffCES 



APPENDICE. 



La poifsie patriotique tient une grande place dans la littérature juive 
moderne. On connaît les poésies patriotiques de Manuel. Mojse Alcan, 
MoYse Lyon ont également écrit de belles pièces de vers pour chanter 
nos grandes victoires. Jo rappellerai notamment là poésie do Moyse 
Alean sur Sëbastopol. On doit également des pages éloquentes à 
Alexandre Woill. 

Les victoires de Napoléon i*'' ont inspiré un grand nombre Oyi^n^^ 
hébraïques. Il y en a qui, pour la grandeur de Tidée, l'éclat de Timage, 
font songer à certaines odes de Victor Hugo. 

Voici un extrait d*une ode du Grand Rabbin Abraham de Cologna : 

< Par oii commencerait- on à célébrer les actions de l'homme qui, 
dans le temple de mémoire, a gravé tant de merTCilles? Qui pourrait 
raconter ses victoires, ses prodiges? Ou plutôt, qui pourrait fixer le 
nombre des étoiles du firmament, et qui, sans ôtre ébloui, pourrait 
regarder Tastre du jour? 

Il parut, dès Tauroro de sa carrière, triomphateur aux collipes de 
Montenotte: il fit connaître à TaoUque Egypte la force de son bras; 
Ulm et Marengo furent témoins de ses triomphes et de ses combats 
opiniâtres ; Austcrliiz a retenti de ses prodiges nouveaux. » 

La traduction française ne donne qu'une faible idée do Toriginal. 

Eu voici une autre de Jacob Mayer de Bergheim (Alsace) : « Dei 
portes de l'Orient au coucher du soleil la gloire de Napoléon se répand 
avec éclat ; il commande avec éqoité ; la justice marche devant lui. Il 
apporte à sa patrie la gloire, la paix et le règne des lois ; les monts 
sourcilleux des Alpes et des Apennins chantent ses exploits; la France, 
ritalie, TEspagne proclament ses yictoires ; TAllemagne et la Russie 
retentissent du bruit de ses triomphes. » 

La poésie récitée en français et en hébreu à la synagogue à l'oocasion 
de la paix d'Amiens est due à la plume d*Elie Halévy, le père du corn- 
posileur Halévy. 

»** 

L'assemblée convoquée par Napoléon comprenait déjà des hommes de 
grande valeur : Nous nommerons d*abord Abraham Furtado, de Bor- 



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LA SOCIÉTÉ JUIVE EH PftAWGE DEPUIS LA RÉVOLUTION XLllI 

dcaui, qui fut Tami dé Vorgniaud, de Gensonùé, de Guadel^ A son 
retour de rile d'Ëlbe) Napoléon le nomma maire de Bordeaux ; 
Louis XVIIJ le désigna pour les fonéllons d*Sdjoihté 

^urlado à écrii sur la îëgislalion et sur la polilique quelques œutres 
remarquables. Une rue de Bordeaux pbrte le nom de Fùrtadb. 

A ciler ôucote Isàac Bër^ et sob flU Micbel. Isaac Berr fui admis, ë la 
tôte d'une ddtégalion âë julfâ d*Alsàee éï de Lorraine^ à la barre de la 
ConstUbanlc et il prbnotiçà un éloquent discours en faveur des Juifs. 
Sa lettre à Grégoire contient des choses fbrt intéressantes. C'est lui qui 
disait à ses coreligionnaires: « Atatlt la Bdfolulion tous étiez soumis à 
des taxes arbitraires et tous TiTies dans Topprobre. Imposez-vous ces 
taxes aujourd'hui pour entretenir des écoles, des asilesi et donner à la 
France des hommes, des citoyens ! » 

Son fils Michel Berr s'occupa très activement de toutes les questions 
juives. On lui doit un éloquent mémoire en faveur des Juifs de tous les 
pâyd : « Appel à là justice des nations ôt des roiSi » 

Michel Berr a publié nombre d'articles sur les sujets les plus divers ; 
il collabora à différentes Revues scientifiques et littéraires. Il rappelait 
vdldtitiers dsns ses travaux ses titrôs dont rénumération est au moins 
ubé indication de ce que devenait 4ès les premiers temps un de ces 
Juifs étnancipés : é Michel Bérr, membre résident de la Société royale 
des antiquaires dé France, de là Soeidlé philotechnique de Paris, 
cotlrespendënt de la Société royale de Goeilingue et de plusieurs autres 
Académies, l'un des collaborateurs do là Bévue enejfchptdique^ du 
Bulleitn Un(^rsel des Sciences éï de là CoUeisifon Française des chefn-d' œuvre 
dei théàlrei étrangers, ancien professeur de littérature allemande à 
r Athénée royal de Paris( etc. » 

A l'Athénée royal. Berr fui le collègue et Tami de hjà Harpe, de 
auvief) dô Bi^tijsmln Goustanti 



» 

> ¥ 



b%t% éèttô sôeiâtê Juive dé là t^ëslàui'atloh je i'elëVë IbS tiotnë de 
ïêl^Uelbi atictétl élève de TËtidle pbîyleëhblqUë} ancien pl>ofô»séd^ â« 
niâlhêffîàti4ueà tt'àhscëbdàiites au lycdo de Mayëhéo, bibllotfadeaii'e dit 
comité du dépôt central de Tartillerie ; Salvador, auteur de là M i% 
MàUet outrage refondu et développé soUs Un nouveau litre : ffisiàftè tes 
institutions de Moïse èî du peuple hébHUt dont on peut trouver lé febintité 
réddii Hàb^ le hurnûi dit BêbaH et dans \%^6urnal des Savants ; Rodrigue 
pëi-G ; dljrfade ftddHgUDj èoutiu JJô^ dëà Iràvaùk thés distingués d'ii^ti' 
nomie politique» Un des fondateurs dû jodrhàl Sàlnt-Sitaonieri, b 
Producteur; Sarchi, docteur endroit; Alphonse Cerf-Berr, ancien capi- 



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XLIV ACTES ET CONFEBENCES 

taine d'artillerie, directeur du Gymnase ; Worms de Romilly, qui a 
traduit avec succès les œuvres lyriques d'Horace ; Maas, ancien e'iève 
do récolo normale; le docteur Cahen ; Baruch Wcill, qui fonda l'une des 
plus belles fabriques de porcelaine, chevalier do la Légion d'honneur ; 
Grcmieux déjà célèbre « dans le jeune barreau » ; Bédarrides, etc.» etc. 
N'oublions pas l'écrivain à qui nous empruntons ces souvenirs, Lëon 
Halévy, déjà connu dans les lettres, qui au lycée Cbarlemagne avait 
remporte en rhétorique le premier prix de version grecque avec une 
traduction on vers. On retrouve plus tard le nom de Léon Hilcvy, citd 
avec c'ioge dans les lundis de Sainte-Beuve, parmi les candidats à 
TÂcadémie française, dont il discute les titres et les chances de succès. 



« Un homme s*est dit : Pourquoi s'adresser toujours à l'Etat ? Est-il 
donc impossible de marcher sans les lisières officielles? Je veux essayer, 
moi, et donner à la science française ce qui lui manque.» Cet homme 
a su rëunir en un faisceau toutes les forces actuelles pour les faire con- 
courir à son œuvre. Son entreprise, loin d'avorter, a rëussî d'une manière 
grandiose. Emporte par son idce à ne rien ménager, M. Bischoffsheim 
a doté finalement l'astronomie française de ce qu'elle dësirait en vain 

depi is un siècle Actuellement l'Observatoire de Nice comprend 

quinze pavillons ou corps de bâtiment, isolés les uns dos autres, ayant 
chacun sa destination spéciale. 

On trouve d'abord, sur la crête de la montagne, en allant du Nord au 
Sud, le grand équatorial. la grande méridienne, la petite méridienne, 
r<fquatorial coudé, le petit équatorial, le pavillon de spectroscopie, le 
pavillon de physique ; puis, à un niveau inférieur, sur les flancs de la 
montagne : au Nord, le pavillon magnétique installé sur les indications 
do M. Mascart ; à l'Ouest, trois grands corps de bâtiment, dont deux 
maisons d'habitation pour le directeur et une partie des astronomes, la 
bibliothèque avec ses six mille deux cents volumes et ses trente jour- 
naux ou recueils périodiques ; à TEst, les ateliers et la salle des machines; 
au Sud, une nouvelle maison d'habitation; plus au Sud, récurio et la 
remise; en face de ces dernières, fa maison du jardinier; enfin, plus 
loin, dans la môme direction, à l'entrée de la propriété, la maison du 
concierge. 

Parmi ces bâtiments, celui du grand équatorial est le plus important* 
Tout compris, il a coûté à lui seul plus d'un million do francs. 

C'est une immense construction carrée, en pierres de taillo de la 
Turbie, large de 26 mètres, haute de 10 mètres, à l'aspect monumental, 
à rarchitecture sobre, surmontée de la fameuse coupole Eiffel. 

(Comptes rendus de i^ Académie des Sciences.) 



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LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTION XLV 



Je crois que le mot charité, avec le sens prëcis que nous lui donnons 
aujourd'hui, n*cxistc pas dans la langue hébraïque, car je no le dccouvre 
pas une seule fois dans TAncicn Testament; en reTanche, il est répété 
soixante-quinze fois dans les Actes et les Epîtres. En faut-il conclure 
que les anciens Juifs no connurent et n'oxercërcnt pas la charité avant 
la dispersion qui suivit le sac de Jérusalem par Titus? Non certes, mais 
pour Texprimer ils se servaient du mot Zédaka^ qui signifie à la fois 
justice et bienfaisance; car pour eux la charité n'était point facultative, 
elle était imposée comme un devoir aussi rigoureux que la justice ; s^y 
soustraire, c*c'tait manquer à la loi 

La Communauté Israélite de Paris, tout en étant maternelle pour les 
siens, porte secours, autant qu'elle le peut, au groupe social au milieu 
duquel elle a posé sa tente 

Elle accueille sans parti pris, avec libéralisme et libéralité, toute 
infortune qui Timplore ; les municipalités le savent, et les congrégations, 
et les œuvres laïques, et les individus qui de la mendicité se sont fait 
un métier lucratif.... . Nul peuple n'a été plus cruellement traite que 
celui qui se proclame le peuple de Dieu. Pendant dix-huit siècles 
l'humanité s'est acharnée contre lui ; il a subi toutes les avanies, toutes 
les humiliations, toutes les tortures S'il est si généreux, si la bien- 
faisance est sa vertu maîtresse, c'e3t qu'il n'a point oublié le temps des 
persécutions, et s'il a p.tié de ceux qui souffrent, c'est qu'il se souvient 
de ce qu'il a souffert. 

(Maximk Du Camp, Paris bienfaisant.) 



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PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL 



SÉANCE DU 29 AVRIL 1903. 
Présidence de M. Sylvain Lévr, présidmL 

M. le Président propose la création de conférences, ajant lieo 
avec une périodicité régulière et destinées à répandre dans le grand 
public la connaissance dei*bistoire et de la littérature juives. 

Après un échange d'observations, le Conseil adopte le principe de 
cette proposition et décide de nommer une commission pour Tétude 
du programme de ces conférences. Sont désignés pour faire partie 
de cette commission : MM. Sylvain Lévi, Maurice Bloch, Paul Gru- 
nebaum, Majer Lambert, Lucien Lazard, Israël Lévi, Salomon et 
Théodore Reinaoh. 

II est procédé à Télection d*un deuxième yioe*président ; est 
nommé M. le D' Henri de Rothschild. 

Le Conseil 8*entretient de la question de Tlndex général dés cîih 
quante premiers tomes de la Revue, Il est décidé que le travail déjà 
commencé sera poursuivi et que la publication en sera faite après 
Tapparition du t. L, en deux fascicules qui remplaceront les numéros 
de la Revue d'avril-juin et juillet-septembre 1905. 

M. Israël Lévi fait une communication sur un papyrus récem- 
ment découvert et contenant le Décalogue et le commencement du 
Schéma. 



SÉANCE DU 24 JUIN 1903. 
Présidence de M. Sylvain Lévi, président 

M. le Président rend compte des travaux de la commission des 
conférences. U énumère les stgets des conférences qui ont été arrêtés 



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t>ROCËS-y£RBAUX DES SÉANCES DU GOxNSEIL XLVjI 

pour la première année et les nom^ des conférenciers. Il indique 
aussi le choix de Theure et du local adoptés, enfin les conditions 
dans lesquelles le public serait invité. 

M. H. Derenbourg présente quelques observations sur Theure et 
le local. 

Sur la demande du Ministre de Tlnstruction publique, il est dé- 
cidé que la Société prendra part à Texposition de Saint-Louis. 

M. Lucien Lazard fait une communication sur un passage anti- 
sémitique d*un cahier pour les États généraux du xvi*' siècle. 



SEANCE DU 29 OCTOBRE 1903. 
Présidence de M. Sylvain Ltivi, président. 

M. Israël Lévi rend compte des recherches faites par M. le Pré- 
sident et lui pour trouver une salle destinée aux conférences. Le 
Conseil arrête son choix sur la salle de la Société des Oens de lettres, 
cité Rougemont. Les conférences auront lieu à 4 heures 1/2 ; la pre- 
mière est axée au dimanche 22 novembre. 



SÉANCE DU 30 NOVEMBRE 1903. 
Présidence de M. Sylvain Lévi> président. 

Le Conseil décide de retarder d*une semaine les conférences à 
partir du 24 janvier. 

L'assemblée générale est fixée au 24 janvier et précédera la con- 
férence qui aura lieu ce jour-là. Le Conseil proposera aux suffrages 
de rassemblée, pour la présidence de la Société, M. Edouard de 
Goldschmidt. 

M. le Trésorier expose le projet de budget pour Tannée 1904. 



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XLVIU ACTES ET CONFÉRENCES 

SÉINCE DU 24 FÉVRIER 1904. 
Présidence de M. Kdouard de Goldschmidt, président. 

M. le Président remercie le Conseil de Thonneur qu*il lui a fait en 
le désignant aux suffrages de rassemblée générale. 

11 est procédé au renouvellement du Bureau. Sont élus : Vice- 
présidents : MM. Henri de Rothschild, Lucien Lazard; Secré- 
taires : MM. Majrer Lambert, Paul Grunebaum ; Trésorier : 
M. Moïse Schwab. 

Le Comité de Publication est maintenu en fonctions. 

M. Théodore Reinach propose do mettre à Tordre du jour de la 
prochaine séance la question de l'admission au Comité de Publication 
de personnes étrangères au Conseil. La proposition est adoptée. 

Le Conseil s'entretient dei conférences de Thiver 1904-1905. 
M. Israël Lévi demande s'il est nécessaire de louer de nouveau le 
local de la cité Rougemont; il expose, en outre, les raisons qui 
rendent nécessaire, pour l'adoption du programme dos conférences, 
Tassurance préalable du concours des conférenciers disposés à le 
remplir. 

Sur sa proposition, on décide de mettre à l'ordre âujourTexa* 
mcn de ces diverses questions et d'envoyer, avant la séance, aux 
membres du Conseil un questionnaire sur le plan des conférences à 
adopter et sur les noms des conférenciers disposés éventuellement à 
s'en charger. 

M. Lazard voudrait que toutes les conférences de 1903-1904 
fussent réunies en un volume. Il est répondu qu'il faudrait pour cela 
Tasientiment des conférenciers ; or plusieurs ont déclaré ne pas 
avoir le loisir de mettre par écrit les paroles qu'ils ont prononcée»* 

Les Secrétaires, 
Majer Lambert et Paul Grunebaum. 

Le gérant, 

Israël Lévi. 

VBMAILLVB, IIIPRIMBRIEB QBRF, 59, RUB DUPLKeBlB. 



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Tarif des annonces : 30 fr. par page. Pour traiter, s'a- 
dresser à M. Cerf, Imprimeur, 59, rue Duplessis, Versailles, 
ou 12, rue Sainte-Anne, Paris, et À la librairie Durlaclier, 
83 bis, rue Lafayette, Paris. 



VIENT DE PARAITRE CHEZ ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

28, RUE BONAPARTK, PARIS (Vl«) 

ŒUVRES COMPLÈTIS u FLAVIUS JOSÈPHE 

TRADUITES EN FRANÇAIS 
SOUS LA DIRECTION DK THEOD'JKE KEINACH 

TOME SEPTIÈME (l*^-- Fascicule) 

DE L'ANCIENNETE DU PEUPLE JUIF 

(CONTRE APION) 

Traduction dk Léon BLUM 

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Prix 3 fr. 50 

Pour les Sociétaires qui en feront In demande au Trésorier, 
<7, rue Saint-Georges ; 2 fr, 50. 



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RÉPERTOIRE 

DES 

ARTiaES D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE JUIVES 

PARUS DANS LES PERIODIQUES DE 1783 A 1900 (V+304 P.) 
Par Moïse SGH^WAB 

SUPPI^ÉMENT — Prix : 9 fr. 



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TABLE DES MATIERES 



PozNANSKi (S.). Ephraïm b. Schemaria de Fostat et racadémie 

palestinienne 145 

Marmier (Général G.). Contributions à la géograpbie de la Pales- 
tine et des pays voisins (suite) 176 

Reinach (Théodore). Une inscription juive de Chypre 194 

LÉvi (Israël). Le roi juif de Narbonne et le Philomène 197 

Gauthier (Léon). Les Juifs dans les deux Bourgognes. 208 

Schwab (Moïse). Un Mahzor illustré 230 

BERNARDY(Amy-A.). Les Juifs dans la république deSan-Marin 

du xiv« au xvii'^ siècle 241 

HiLDENFiNGKR (Pâul). Docuoieuts relatifs aux Juifs d'Arles (fin), 265 

NOTES ET MÉLANGES. 

Lambert (Mayer). Notes exégéliques 873 

Lévi (Israël). Nouvelle note sur la légende de l'ange et rermite. 275 

GiNSBURGER (M.). Eucore un mot sur la famille Schweich 277 

BIBLIOGRAPHIE. 

Lévi (Israël). Revue bibliographique, second trimestre 1903 et 

premier semestre 1 904 279 

Additions et rectifications 302 

Table des matières , 303 



PRIX D'ABONNEMENT A LA HEVVE DES ÉTUDES JUIVBS 



Un an 25 fr. 

Prix du numéro 7 ^ — 



EN VENTE A LA LIBRAIRIE A. DUitLACHER, 83 àis, RUE LAFAYETTE 

TABLE DES MATIÈIIES DES VINGT- CINQ PltEMIERS VOLUMES 

DE LA REVUE DES ÉTUDES JUIVES 
Prix : 2 fr. 50. 



VKRSAIILKS, lill^HIMKKIlSâ CERir, 59, RUK nurLKSSîS. 



REVUE 



DBS 



ÉTUDES JUIVES 




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• YERSAILLBS — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSI8 



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REVUE 



DBS 



ÉTUDES JUIVES 



PCBUCATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DBS ÉTUDES JUIVES 



TOME QUARANTE-NEUVIÈME 



PARIS 
A LA LIBRAIRIE A. DURLACHER 

83 "*, RUB LAFATBTTB 
1904 



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REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBUCATÏON TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME XLIX 



N^ 97 

JUILLET-SEPTEMBRE 1904 



PARIS 

A LA LIBRAIRIE A. DURLACHER 

83 bUj RUB LAFAYETTK 




Toutes les communications concernant la Rédaction et V Administration 

doivent ôtre aflressées à la Société des Études Juives^ 

17, rue Saint-Georges, Paris. 



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• •!■ -fu, >. f..,-^ 



La Société des Études Juives, voulant assurer 
aux Rédacteurs de la Risvue une pleine liberté 
scientifique^ déclare qu'elle 7i' accepte point la 
responsabilité des articles publiés et qu'elle la laisse 
tout entière aux auteurs. 



Les côllaboratew^s de la Revue qui désirent wi tirage à pari 
de leurs a?Hicles sont priés de s'adresser directement à l'Im- 
primerie Cerf, à Versailles. 



EN VENTE A LA LIBRAIRIE A. DURLACHER, 83 Hs, RUE LAFAYETTE 

TABLE DES MATIÈRES DES TINGT-CINQ PREMIERS VOLUMES 

DE LA REVUE DES ÉTUDES JUIVES 
Prix : 2 fr. 50. 



^ft^TK^' ' 



LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES, 

ÉTUDE SUR LE COMMERCE DE L'ARGENT 
AUX XIIP ET XIV SIÈCLES 

(suite ') 



CHAPITRE IL 



Les Juifs apparaissent au Comté de Bourgofçoe avant 1220, introduits, semble-t-il, 
par les maisons de Mâcon et de Chalon. — Dès 1245, ils sont assev nombreux 
pour être visés par des bulles pontificales. — Leur commerce, très actif dès 1264, 
leur donne pour clients les comtes, la baute noblesse et bientôt, pour le prdt sur 
gages insignifiants, tout le menu peuple. — Les terres des grands vassaux et 
surtout les terres du domaine comtal deviennent l'emplacement des banques de 
prêt des Juifs du Comté depuis le dénombrement de 1296. — Les Juifs, malgré Toe- 
cupation du Comté ptr Philippe le Bel, échappent à la proscription de 1306. — La 
banque d'Héiiot de Vesoul fait des opérations considérables de 1296 à 1318. Rôle 
important de ce Juif. — L^expulsion des Juifs de France en 1321 a son contre-coup 
au comté de Bourgogne. — Dès 1330, ils rentrent; ils sont favorisés par le duc 
Eudes IV (1330-1349). — Leur bannissement en 1348. — On en met quelques-uns 
à la torture à Vesoul pour empoisonnement des puits. — Inventaires de Gray, 
Vesoul, Montboxon et Fondremand. — Dernières colonies : Bracon et Gray. — 
Expulsion de 1374. — Colonie juive à Besançon de 1393 à 1404. 

Du moment qu'il est avéré que le Duclié de Bourgogne fut, dès 
le x« siècle, doté d'une colonie juive, Thistoire du Comté de Bour- 
gogne étant connexe à cette époque lointaine avec celle du duché 
et des relations ayant été permanentes aux xi«, xii«, xiri« siècles • 
entre lès deux régions, en attendant la communauté de gouver- 
nement qui surviendra au xiv» siècle, il est tout naturel que 
les Juil's établis sur la rive gauche de la Saône soient venus 
de la rive droite. Le silence absolu des chartes antérieures 
à 1200, la pénurie de chroniques, en dehors de textes hagiogra- 

» Voir Bévue, t. XLVIII. p. 208. 
T. XLIX, N» 97. 




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2 HEVUE DKS ÉTUDES JUIVES 

phiqiies où le Juil' ii*apparaU guère, nous amènent à constater 
qu'avant 1220 il n'est aucune trace de commerce ou de per^jon- 
nages juil's au Comté de Bourgogne, et le premier texte, tiré du 
cartulaire de Balerne, nous tait voir une juiverie installée à Lons- 
le^Saunier, dans une terre dépendant de la maison de Chalon : 

a Cabale quod est situm in vico Judeorum in [burffo] Ledo- 

niensi... 1220* ». Étant donnée l'influence considérable de la 
maison de Mâcon, puis de celle de Chalon, dans ce Comté de 
Bourgogne, dont la souveraineté devait rester un jour â leur des- 
cendance, on ne peut attribuer l'introduction des Juifs qu'aux 
descendants d*Othe- Guillaume, et vraisemblablement à Rai- 
naud m (1120-1148) ou à son petit -neveu, Etienne, comte 
d'Auxonne (1150-1241) déjà comte en Bourgogne, sans avoir pu 
devenir comte de Bourgogne -. Le fils aîné d'Etienne, Jean de 
Chalon, était à Melun le 30 décembre 1230, quand saint Louis 
rendit en faveur des Juifs de France son ordonnance fameuse*; ce 
fut à lui que Clément IV adressa trente-sept ans plus tard sa bulle 
contre les Vaudois et les judaïsants du Comté de Bourgogne*. 

En tout cas, si les Juifs existaient à Lons-le-Saunier dès 1220, 
ils devaient s'être répandus plus avant à la faveur des guerres et 
des divisions intestines qui avaient armé Tune contre l'autre les 
deux branches, aînée et cadette, des comtes héréditaires, de 1201 
à 1255 •, car, en J245, fnnocent IV, par une bulle datée de Lyon 
le 23 octobre, invite l'archevêque de Besançon à faire porter un 
signe distinctif, la rouelle jaune, aux Juifs établis dans son dio- 
cèse*. Les chartes où figurent les Juifs vont bientôt devenir nom- 
breuses dans le Comté, et nous donneront, avec une abondance et 
une saveur que les chartes bourguignonnes de même date ne pré- 
sentent pas, des détails curieux sur les opérations auxquelles se 
livrent les Juifs dans un pays de soldats et de paysans où la fortune 
n'habitait guère. 

C'est aux soldats, c'est-à-dire aux nobles, que les Juifs eurent 

*■ Cartul. de Balerne, n» 142. (Copie de Jules Chifflet, coll. Droz des VlUars, à 
Besançon.) 

* Voir Ed. Clerc, Stsai, I, 387. 

. ' Duehesne, Seriptores eoetanêiy V, 422; — Guillaume, Eiif. de8tir0s dt Salins^ 
1^ 28S; — Un Vergy, seigneur de Champlitte, y assistait également (DUcbesne, 
Hiit. ds Vfgy, Pr. 183). 

^ juillet 1267 (impr. dans Desloix, Spéculum imçuiiiHomis BiiBtUins^ 1028, 
p. 165-172). 

s Bd. Clerc, Estai, I, 404-446. 

* Ulysse Robert, Les Signet (Vinfamie^ 2* éd., 30 : « ...Quatinus judei tue civi- 

tatis et diocesis juxta prefati statuta concilii, habiium déférant 10 cal. 

noTembris, pont, anno tertio • (Carlul. de Tarchevôcbé, coll. Droz, I, 334, Bibl. 

de Besançon.) 



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LES JUIFS DANS LKS DlCt'X HOÎH G OIGNES ' A 

affaire tout d'abord. En 1264. Amideu, Jnii de Villars, et \foiroiid 
ou Moirot, Juif de Dôle, prêtèrent 400 livres estevenantes à Simon 
de Joinville, seigneur de Gex (le frère de l'historien), et celui-ci 
leur donna pour gage, avec le consentement de Jean de Clialon, 
frère île sa mère, et d'Alix de Méranie, comtesse de Bourgogne, 
les revenus de sa terre de Marnay durant cinq ans*. En 1269, tout 
un groupe de Juifs habitant Arlay,. Orgelet, Nancuise, Poligny 
(dans le Jura actuel) et Pontarlier (dans le Doubs) se donnent en 
toute propriété à Jean de Chalon, seigneur de Rochefort, llls de 
Jean de Chalon TAntique, et jurent sur le rouleau de la loi donnée 
par Moïse de ne reconnaître aucun autre seigneur*. Les transac* 
tions de la noblesse avec les Juifs se multiplient. C'est Gui de 
Rans, seigneur de Roche-sur-Loue, qui engage, en 12*74, ses mou- 
lins de Roche à Simon, Juif de la comtesse de Bourgogne, à 
Chissey'. A Dole, le Juif Manassès achète le moulm du Pont en 
1276*. Dès 1282, la noblesse est criblée de dettes envers les Juifs 
et envers les corsins, et des textes précieux et inédits le mention- 
nent : on vend « pour paier à juys et à corsins les detes qui sont 
demerées* » ; « pour le deschargemant de daptes montanz à usure 
chiés juis et chiés corsins « ». Le Juif est partout ou presque par- 
tout l'homme du Comte, quelquefois son mandataire» toujours son 
créancier. Quand Othon IV, fils d'Hugues de Chalon et d'Alix de 
Méranie, prince brave mais dépensier, devint comte de Bour- 
gogne (1279-1295-1303), l'administration sage et prudente de sa 
mère fut remplacée par un luxe incroyable, qui le mit à la 
merci des Juifs et bientôt des Lombards, qui l'entraînèrent à sa 
ruine. A Arbois, à Dôle, à Pontarlier, à Bracon, à Jussey\ dans 
toutes les ten*es domaniales, le Juif est installé, utilisé, exploité, 
partout il perçoit sur le Comte et sur ses seigneurs d'amples 
bénéfices ; partout il prête et sert de banquier au pauvre comme 
au riche *. 

Othon IV, en 1295, livre à Philippe le Bel son comté de Bour- 
gogne et se retire dans le comté d'Artois, dont Mahaut, sa femme, 
vient d'hériter ; les seigneurs essaient de lutter contre la France 
avec l'aide de l'Angleterre, mais succombent et capitulent en 1301. 

> Pièeeijust., n« 4. — Marnay (Haute-SaÔne), ch.-l. de canton et arr. de Gray. 

* Piècêtjntt., no 5. 
» Pièces jutt.^ n"?. 

* Pièces jutt., no9. 

• Pièces juit., n» 10; charte de juin 1282, Salins. 

• Piè (S jnst., n» 21, charte de janvier 1297, Dôle. 

^ Voir, aux Pièces just., les obligations, transactioni, quittances, cotées li, 12, 13, 
14 15, 16, 17, qui justifient nos appréciations. 

' Dans son Bssai^ II, 169, Ed. Clerc a iait une confusion absolue entre les Juifs 
•i les Lombards : il appelle ces derniers « des Juifs lombards d'Asti et de Florence •« 



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4 niCVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Au moment où les baillis et les fonctionnaires du Roi vont pren- 
dre possession de cette ten^e jusque-là indépendante, Othon IV 
l'ait remettre, le 25 janvier 1296, à Philippe le Bel, un dénombre- 
ment dont nous avons deux textes, l'un complètement inédit* . Par 
eux, nous savons exactement ce que représentait le cens annuel 
versé au Trésor par les Juifs et les Lombards que le comte Othon a 
trouvas établis, ou a établis lui-même dans les villes de son do- 
maine». 

Neuf groupes de Juifs lui paient annuellement 975 livres, tandis 
que treize groupes de Lombards lui paient 705 livres seulement. 

Les Juifs sont établis à Arbois, Baume, Chissey, Dole, Gray, 
Poligny, Salins (Bracon), Vesoul, au nombre total de 14 ménages, 
dont le cens annuel varie de 100 sous à 200 livres, les Juifs de 
Dôle,Menessier et Béniet, étant les plus împosés(200 et 150 livres). 
Vers 1300, le total des cens des Juifs est le même, bien qu'il n'y 
ait plus de groupes indiqués, ni à Vesoul, ni à Gray. Faut-il y 
voir le résultat d'une expulsion partielle? nous ne le croyons pas, 
car, dès 1297, la banque de prêt que le Juif Héliot tient à Vesoul 
fonctionne sans interruption sérieuse jusqu'en 1318 et plus tard 
encore '. Une quittance de 1297 est fort instructive en ceci 
qu'Héliot de Vesoul, en la donnant à Montbéliard, à Othenin et 
Huguenin de Saint-Loup, fils de feu Geofiroi de Faucogney, dé- 
clare qu'il la rédige « hors de prison et de tous biens* ». 

Les Juifs du Comté, pluslieûfeux que ceux du Duché, et proté- 
gés peut-être par les capitulations que Philippe le Bel dut accepter 
pour se concilier les barons franc-comtois, clients attitrés de ces 
banquiers, semblent avoir échappé à la proscription de 1306, dont 
nous ne trouvons qu'une très fugitive mention dans les comptes 
d'Héliot de Vesoul*, mais sans le détail précis qui eût accompagné 
la mention d'un exil personnel. En tout cas, les banques de prêt 
continuent à fonctionner, les Juifs continuent à commercer, aussi 
bien dans la partie du Comté de Bourgogne que Philippe le Bel 
administre, que dans la partie affectée au douaire de Mahaut 
d'Artois, à partir du décès d'Othon IV (1303) «. 

A défaut de comptes royaux, qui pourraient donner une préci- 

» Pièces just.^ nf 19-20. 

' Ce cens annuel appartenait pour moitié au sénéchal du comté de Bourgogne, si 
Ton s'en rapporte à un texte de la Coll. de Bourgogne (Bibl. Nat.), t. XKVIl, 
[« 115 y°f « la moitié de la rançon des Juifs ». 

* Livres de commerce d'Héliot. étudiés par Loeb {JRev, des Études juivu, Vill et 
IX) d'après les mss. B 10410 et B 1041! des Arch. de la Côte-d'Or. 

* Pièces just,^ n<» 22 ; charte du 31 mai 1297. 

* Loeb, D9%9 livres de cùmmerce (Revue ^ IX, 42), « l'année de Texil ». 
« Pièces just,, no" 24, 27, 28, actes de 1301-1305. 



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LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 5 

sion absolue aux données que nous possédons sur la période de 
1295 à 1330, nous avons quelques comptes du douaire de Maliaut 
d*Artois, de 1305 à 1313, qui y suppléeront. 

Les Juifs du Comté de Bourgogne, comme ceux du Duché, sont 
l'objet des mêmes méfiances populaires et des mêmes privilèges 
seigneuriaux ; ils appartiennent généralement au Comte et ne 
jouissent d'aucun droit de bourgeoisie dans les communes consti- 
tuées ; ils en sont formellement exclus par les chartes de franchi- 
ses de Neublans, en 1256, de Chaussin, en 1260, d'Annoire, en 
1262 et 1304, d'Orgelet, en 1267, de Poligny, en 1288». 

En 1306, l'archevêque de Besançon lança, contre les Juifs et les 
Lombards, un monitoire adressé au bailli, peut-être pour provoquer 
contre les usures de ces banquiers quelque mesure coercitive. 
Mahaut d'Artois s'y opposa». En 1309, elle a des Juifs à Pontarlier, 
à Bracon, à Chariez; elle les introduit à la Loye (1309) et plus tard 
à Auxonne (1312) ; elle emprunte 600 livres à Héliot de Vesoul au 
moment du mariage de sa fille et les lui rembourse de 1308 à 1311. 
Tous lui paient un cens annuel dont la quotité varie de 20 sous à 
30 livres». 

En 1315, Héliot de Vesoul, le créancier de Mahaut, est, avec 
Josse de Pontoise, commissaire des Juifs de France pour le rapa- 
triement des Juifs de langue d'oc*. Sa banque, singulièrement 
prospère, avait pour clients toute la noblesse du Comté de Bour- 
gogne*, et ses opérations commerciales et financières, le reliant 
à l'Allemagne, à la France, à l'Artois et aux Flandres, ont laissé 
de nombreuses traces dans les archives des Deux-Bourgognes. Ses 
livres de commerce (texte hébreu), conservés à Dijon, ont fait 
l'objet d'un intéressant travail; ils jettent sur la situation sociale 
et commerciale des Juifs, à l'époque dont nous parlons, un jour 
aussi complet que possible, et nous leur consacrerons, comme ils 
le méritent, une étude détaillée''. Disons seulement qu'Héliot, fort 
attaché à la famille d'Othon IV, comme il l'avait été à ce pfince, 
fut le bailleur de fonds et l'hôte d'Henri de Bourgogne, son neveu. 
Le 4 mars 1319, en retour de l'engagement pris par Hugues de 
Bourgogne et affirmé sur la foi du serment, de les aider à recouvrer 
leurs créances, Héliot s'obligeait, tant en son nom que comme eau- 

» A. Tueley, Droit municipal en Franche-Comté, 56, 57, 189, 203, etc. 

« Pièces just., n»29. 

» A Pontanlier, Habranin, XL. K; Jacolet, C s.; — à Bracon, Moussé, XX. 1.; 
Bieaveuue, XX. s.; Mirien, XXX. s.; — à Chariez, Eliot, XXX. 1.; les enfanis 
d'Eronin, XXX. 1., 1309, etc.. — Pièces just,, n» 29. 

* G. Saige, les Juift de Languedoc, pp. 106 et 330- — Arch. Nat., P 2289, f^» 108. 
» Pièces just., n- 36,37, 41, 42, 43 44. 

* Chapitre v. 



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fi REVUE DES ETUDES JUiVES 

tion des Juifs de Fondremand, de Montbezon, de Port-s. -Saône, 
d'Apremont, de Dôle, de Poligny et de Baume, c'est-à-dire pour la 
plupart des Juifs du Comté, à verser à Hugues de Bourgogne une 
somme de 500 livres*. Deux ans plus tard, Philippe le Long, par 
lettres-patentes du 14 décembre 1321, rendait exécutoire au Comté 
de Bourgogne l'ordonnance qui expulsait les Juifs de France et 
ordonnait à tous les justiciers du royaume de délivrer aux gens 
de la reine Jeanne de Bourgogne tous les biens confisqués sur 
Héliot de Vesoul, Vivant son fils et les autres Juifs du pays, en 
quelque lieu qu'ils fussent *. En vertu de cette ordonnance (aujour- 
d'hui perdue), les biens des Juifs furent vendus, la maison d'Héliot 
fut donnée à une dame d'atours de la reine Jeanne en 1324*, et 
dépouillés de leurs richesses « ils furent getié fuer de la Copité 
de Bourgogne »* où, quatorze ans plus tard, on n'avait pas encore 
achevé de liquider leur confiscation *. La mort prématurée de 
Philippe V en 1322 laissa le comté de Bourgogne partagé entre la 
mère et la fille, Mahaut d'Artois et la reine Jeanne, toutes deux 
veuves et douairières. Sous leur gouvernement pacifique, les 
Juifs purent rentrer à loisir, tandis que le Duché de Bourgogne 
leur restait obstinément fermé ; et, quand la mort de Mahaut et 
de Jeanne, survenue en li329, eut fait passer la souveraine té. du 
Comté entre les mains du gendre de Jeanne et de l'époux de 
Jeanne de France, le duc de Bourgogne Eudes IV, ce prince trouva 
les villes de son nouveau domaine peuplées de nombreux groupes 
rie Juifs partiellement recrutés parmi les exilés bourguignons. 

Un tableau des 85 ménages juifs qui peuplent à ce moment le 
Comté de Bourgogne est très suggestif pour leurs noms et surtout 
leurs lieux d'origine : l'Angleterre, Braine en Flandre, Troyes, 
Ferrette, Verdun-sur-le-Doubs, Pont-à-Mousson, Reims, Chau- 
mont, Maisonvaux, etc. C'est une population, partie de réfugiés 
(32 fgimilles), partie de Juifs dès longtemps fixés au Comté de 
Bourgogne, rentrés après l'orage de 1321 **. 

Apremont, Auxonne, Baume, Châtelbelin, Châtillon-le-Duc, 

* Pièea juzt,, n» 43. 

* Arch. du Douhs, H 14^ cote V, 161 (simple mention : ancien inventaire de la 
chambre des comptes de DôIe). 

> L'abbé Morey, Les Juif* en Franche-Comté au XIV* tiède y 12. — Celle étude, 
faite un peu à la léf^'ère, invoque un certain nombre de faits controversés et, sauf les 
emprunts faits litiéralement aux inventaires imprimés des dép6ts d'archives, donne 
des sources souvent douteuses ou des dates inexactes. 

* Compte de Richard des Bans, trésorier de Vesoul (1332-1333), dté par £d. 
Clerc, Etiai, il, 23. 

* Voir la perception de leurs vieilles dettes faite en 1336-1338 par )e trésorier 
Richard desfians, de V tsoM\^ Pièces just,^ n« 55. 

* Pièces fust,, n^ 52, compte de Richard des Bans, trésorier de Vesoul, 1332-1333. 



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LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 7 

Chissey, Clerval, Fondremand, Fontenoy-le-Château, Gray, Mont- 
bozon, Poligny, Pontarlier, Port-sur-Saône, Salins, Velesmes et 
Vesoul, tels sont les emplacements des Juifs en 1332. Un rensei- 
gnement encore : presque sans exception, toutes ces localités 
dépendent du domaine. Rétablissement éphémère de Juifs installés 
dans des seigneuries particulières, telles que Lons-le-Saunier, 
Arlay, Bletterans, Champlitte, Tlsle, etc., n*a subsisté nulle part, 
sauf à Montbéliard, et nos documents sont muets désormais à ce 
sujet. 

Eudes IV emprunta \olontiers aux Juifs et aux Lombards de 
son Comté : Rubiagin de Dôle, héritier de Vivant de Vesoul, fils 
du célèbre Héliot, est à la fois son créancier et son inandataire • ; 
c'est lui qui fait parvenir au duc à Dijon l'argent qu'il recouvre 
sur son domaine*. Sanse'de Montbéliard, frère de Rubiagin, est 
dans le même cas », aussi les 60 livres de cens annuel qu'ils 
doivent au domaine ne figurent-elles jamais dans les comptes, car 
le Duc leur redoit toujours * et leur envoie volontiers des clients 
du Duché, quand il n'emprunte pas lui-même ». Quand la guerre 
des barons, qui a ensanglanté le Comté de Bourgogne révolté 
contre Eudes IV, prend fin au traité conclu à Vincennes le 13 juin 
1337, le Duc prend l'engagement de solder au compte de Jean de 
Chalon, chef de l'insurrection « cinc mile livres tournois à ses 
jueîx et à ses lombars, se tant y doit. . , « » Au lendemain de ce 
traité Eudes fit argent de tout et les Juifs en payèrent leur part. 
Dans les terres d'Hugues de Bourgogne, le juif Haquinet de Mont- 
bozon et le prévôt Colin purent retrouver 185 livres 21 deniers de 
vieilles dettes ; la redevance du cimetière de Montbozon produisit 
12 livres, 11 sous, 3 deniers; les vieilles dettes de Juifs du Comté 
que recouvrait Mossel de Bracon : 201 livres, 5 sous, 6 deniers, 
enfin, les cens courants des Juifs de Vesoul, ceux d'Auxonne, de 
Dôle, de Poligny, ne faisaient plus partie de la trésorerie de Vesoul. 
A Port-sur-8aône et à Vesoul, il fallut, en revanche, rembourser 
90 florins de Florence, jadis empruntés au nom du Duc par le 
bailli Hugues d'Arc ^ 



> Pièces just., n» 53. 

« Arch. du Doubs, B 79^, f. 30, 1332-1333. 

» Ibid. 

^ Arch. Cdte d^Or, B 1389. — Compte de Richard des Bans, 1336. 

» Piècêt JH*t., no 54. • 

* Malile, Monuments de Neuehâtel, cgccxiv, p. 442; — Arch. duPoubs, B ^39. 

^ Pièces just,, n* 55. — ëq 1338, c'est-i-dire la même année, Girard Millière de 
Dole et Richarde ta femme, « pour se descbargier de plusieurs debtes en mfins de 
juis et de lombert • , sont réduits à Teoëre une vigne à Dôle au prix de 96 florins 
de Florence (Bibl. Net., collection de Bourgogne, 4S, f* 2S4). 



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S REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

De 1346 à VS^l^ une nouvelle révolte de barons comtois contre 
Eudes IV fut entremêlée de succès et de revers pour les deux 
partis et se termina par une paix dont Philippe VI de France fut 
encore le négociateur '. A. la suite du traité, éclatait dans toute la 
région de TEst, en Savoie, en Alsace, en Allemagne, une persé- 
cution générale des Juifs. La peste noire, qui étendait ses ravages, 
la rénovation de la légende de Tempoisonnement des puits *, et, 
par-dessus tout un souffle irrésistible qui surexcitait des imagina- 
tions fourvoyées, firent voir dans le Juif un ennemi à détruire et à 
sacrifier ». Eudes IV suivait Timpulsion venue de France et donna 
Tordre d'arrêter les Juifs du Comté de Bourgogne, de saisir leurs 
biens et de 'les juger. Deux commissaires, Guy de Vy, chevalier, 
ancien bailli du Duc, et Jean de Coublans, écuyer, en furent 
chargés au baillage d'Amont; il dut en être de même au baillage 
d'Aval, sur lequel rien ne nous est parvenu*. Du 31 octobre au 
1®' novembre 1348, les Juifs d'Apremont, de Chariez, Fondre- 
mand, Gray, de Jussey, Montbozon, Port-sur-Saône et Vesoul, 
furent arrêtés comme ceux d'Auxonne. On les enferma, partie à 
Gray, au château et dans la tour de la ville, partie à Vesoul, 
dans les prisons du baillage, et Ton dressa l'inventaire de leurs 
meubles, de leurs gages et de leurs créances, dont la liquidation 
commença. 

A Gray, les commissaires avaient délégué Richard de La Loge 
et le prévôt Jean de Morey, assisté de son clerc, Perrenot le 
Coquet. On saisit et on inventoria les meubles et les gages des 
Juifs dont les noms suivent : Lyonet, Symonet, Parise, Jocon et 
Père, son fils, Moissel, Jacob, la femme Coppinet, Lyon le Gros, 
Hélîot, Bonne Vie, le prêtre de la Loi (ce dernier commerçait tout 
comme un simple Juif). 

A Apremont, la saisie fut pratiquée chez les Juifs Moissel et 
Danny et chez la Juive Bonne Fille. 

La recette, tant de l'argent trouvé que de la vente des biens et 
gages, produisit 243 florins, 1 gros, 1 denier; les créances à recou- 
vrer s'élevaient à 712 florins et demi ; la charge en fut donnée au 
gruyer de Gray, Perreaul de Courchamp. 

Les Juifs de Gray restèrent en prison 117 jours, du 1" no- 

» Ed. Clerc, Essai, II, 85. 

* Ce fait est visé dans les procédures contre les Juifs de Franche-Comlé. Pièca 
JMSi,, n» 58. Juifs mis a ladorture « pour savoir la vérilé des poudres que Toa disott 
qu'ils avoient-jetée aux poix et fontainoes ». 

» GraeU, Hist. des Juifs (trad. Bloch), IV, 275-283. 

^ Le comté de Bourgogne était parlagé eu deux bailliages : Amout au N.-E., Aval 
au S.-E. Le premier comprenait la Haute-Saûne actuelle et moitié du Doubs, le 
second le Jura et moitié du Doubs environ. 



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LES JUIFS OARS LES DKUX BOUfiGOGNES 9 

Yembre 1348 au 26 février 1349; deux d'entre eux, Père et Moissel 
avaient été arrêtés à Auxonne ; on avait déposé leurs meubles 
dans la maison d'Héliot, de Gray *. Les opérations des sous-com- 
missaires de Gray prirent fin le '26 février 1349. 

A Yesoul, elles durèrent plus longtemps, du 31 octobre 1348 
au 14 août 1349; la besogne, plus compliquée, était dirigée par 
Renaud Joume, de Chariez, prévôt de Vesoui*, mais Gui de Vy 
et Jean de Coublans y présidèrent eux-mêmes du 31 octobre au 
4 novembre. Et d'abord l'arrestation des Juifs et la saisie des 
meubles, gages et créances se firent successivement chez Simon, 
Rubinine, Habrelin, Menessier, Mullequenet, Léaul (garde de la 
Synagogue), Éiiet le Borgne, Eliot, neveu de dame Lie, Mossel le 
Cellerier, Bienvenue, dame Lie, Banditet, Haronnin, Haquemant. 
Quatre d'entre eux, Rubinine, Menessier, Habrelin, Qt Jocon de 
Port, s'étaient sauvés et avaient été arrêtés par le sire de Viller- 
sexel, qui les restitua eux et leurs meubles le 19 novembre 1348. 

Mobilier, bétail, cheptels placés chez les paysans d*alentour, 
tout fut inventorié, prisé et vendu; on en tira à grand peine 
293 livres, 17 sous, 11 deniers. Le blé et le vin qu'on trouva ser- 
virent à nourrir les prisonniers de Vesoul : 80 personnes, du 2 no- 
vembre au 27 janvier 1349, 31 personnes tant Juifs que Juives et 
petits enfants que Ton garda du 28 janvier 1349 au 10 février 
suivant pour traduire « d'ébrey en roman » certaines lettres et 
obligations saisies. Six des prisonniers furent mis au secret, puis 
à, la torture et questionnés pour savoir s'ils avaient jeté des 
poudres dans les puits et les fontaines. 

Le 27 janvier, douze gentilshommes : le seigneur de Montby, 
Aimé de Velle, Guillaume de Tlsle, le seigneur d'Aroz, Jean de 
Velle, Othe de Velleguindry, Jacques de Chariez, tous chevaliers, 
Huguenin de Chariez, Guillaume de Vellefaux, Perrin de Cendre- 
court, Guillaume de la Chapelle, écuyers, Henri de Fondremand, 
étaient convoqués à Vesoul par les commissaires pour juger sur 
leurs aveux, arrachés par la torture, les Juifs incarcérés. Le 
verdict fut rendu et les condamna au bannissement pour les sous- 
traire à la vindicte populaire « por ce que Ton ne les tuest et des- 
roubest ». Ainsi finit Texécution des Juifs de Vesoul. 

A Fondremand habitaient seulement deux Juifs, Simonin et 
Mandant : la saisie fut pratiquée par Jean des Murs, de Jussey, 
les inventaires et liquidation faits par Gauthier, prévôt de Fon- 
dremand, et Henri de Fondremand, commissaire du Duc, du 



* Pièces just.y u" 57. 
> Pièces Just., n«58. 



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iO REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l*"^ novembre 1348 au 22 novembre 1349. 106 livres, 13 sous, 
3 deniers furent réalisés, mais quand on eut liquidé la dépense 
des opérations, il ne resta plus pour le Trésor que 6 livres, 4 sous, 
3 deniers estevenants *. 

A Montbozon, on comptait huit Juifs : Sairinate, Borne, Mour- 
sel, Ossayas, Ciniat, la Lune, Flavira et Savelie, leurs créances 
montaient à 266 livres, 13 sous, 10 deniers ». 

Telle fut Texécution des Juifs du bailliage d'Amont au Comté de 
Bourgogne; il n'y eut pas de sang répandu et le bannissement de 
80 Juifs eut plutôt pour résultat de les préserver que de les livrer 
k la colère du peuple. 

Des inventaires dressés alors, dont le détail pourrait apporter 
quelques renseignements à la technique des métiers, à l'histoire 
du costume, il serait aisé de tirer les éléments d'études acces- 
soires qui sortent de notre c^dre et surchargeraient notre plan *. 
Nous avons, du reste, groupé pour le Comté de Bourgogne en 
1348, comme nous l'avons fait pour le Duché en 1306, tous les in- 
ventaires relatifs à la confiscation des Juifs et à la vente de leurs 
gages et de leurs meubles. En les parcourant, en les copiant, nous 
nous sommes convaincu de la situation médiocre des Juifs du 
Comté, de la modicité de leurs créances et de la pauvreté de leurs 
débiteurs. Leur condition était bien inférieure ^ celle des Juifs 
du Comté au temps d'Othon IV et d'Eudes IV, bien inférieure à 
celle des Juifs du Duché sous Philippe le Hardi. Il devait en être 
de même des Juifs du bailliage d'Aval, de Dôle, Salins et ^utres 
lieux. 

Eudes IV était mort, quand les derniers comptes des Juifs du 
bailliage d'Àmont furent apurés à Dijon; Tun des premiers actes 
de la régente Jeanne de Boulogne et d'Auvergne, mère de Phi- 
lippe de Rouvres, héritier de son aïeul, fut de prendre solennel- 
lement à Gray, le 29 avril 1349, l'engagement formel de ne plus 
conserver de Lombards et de Juifs et de les expulser dans les six 
mois; l'archevêque de Besançon, Jean de Chaion, Henri, comte de 
Montbéliard, scellèrent cette ordonnance, qui fut promulguée le 
26 mai suivant dans tout le comté, et adoptée à Belfort le 2 juin 
suivant par Jeanne de Montbéliard, comtesse de Katzenellen- 
bogen *. Rien ne permet de douter qu'elle ne fut exécutée partout, 

> Pièces just., n«59. 
« Pièces juat., n» 60. 

* L'abbé Morey, dans ses Juifs de Franche-Comté au XIV* siècle, • développé à 
oatraoce le contexte des documents que nous venons d'analyser; le manque de con- 
cision et de précision Ate à son récit le caractère vraiment historique et le fait dé- 
générer en roman. 

* Pièces jnst„ïi^6\. 



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LES JUIFS DANS LES DEIX BOURGOGNES 1t 

car de 1349 à 13'74, aucune trace de Juifs n'apparaît dans les docu- 
ments francs-comtois. 

La tolérance introduite en France par Jean II dès 1362 et par 
Philippe le Hardi au duché de Bourgogne, avait favorisé le retour 
des Juifs et ils étaient revenus à Salins. Le 26 septembre 1374, au 
moment où Marguerite de France, comtesse de Flandres, d'Artois 
et de Bourgogne, arrivait à Salins, le clergé de la ville lui pré- 
senta une pétition sur parchemin, scellée des sceaux des chapitres, 
curés, prieurs, cordeliers et hospitaliers de la ville, pour demander 
rexpulsion « de ces très vils et perfides Juifs dont Je contact souil- 
lait les chrétiens et suscitait d'innombrables péchés » ». La requête 
fut agréée, H le surlendemain Marguerite de Flandres scella, à 
Salins même, une ordonnance qui expulsait, dans le délai d'un 
mois, tous les Juifs de Bracon*. 

Quand le duc Philippe le Hardi fut devenu comte de Bourgogne 
en 1382 par la mort de Louis de Maie, son beau-père, les privi- 
lèges concédés aux Juifs dans son duché ne tardèrent pas â être 
étendus au Comté de Bourgogne. Après la publication des lettres 
du 21 novembre 1384 analysées dans le chapitre précédent, qui 
permettaient à 52 ménages juifs de résider tant au Duché qu'au 
Comté de Bourgogne et au comté de Nevers, quatre chefs de fa- 
milles juives s'établirent au comté : 3 à Bracon : David, Baroth et 
Cernon; 1 à Gray, Bonjour, astreints comme ceux du Duché 
à 12 francs de cens annuel ^. En 1390, un quatrième Juif, Vuyon, 
s'établit à Bracoa *. En 1391, Chernon de Bracon (dont Je fils 
était devenu en 1385 le gendre de Joseph de Saint-Mihiel, chef 
de la colonie juive de Dijon) ^ fut. condamné à une amende par le 
lieutenant du bailli d'Aval^. Depuis le 30 mars 1390, ces Juifs de 
Bracon étaient affiliés à la colonie de Dijon et soumis aux mêmes 
obligations pécuniaires que ses membres \ Quand l'expulsion 
générale des Juifs de Bourgogne fut ordonnée en 1394, les Juifs 
de Bracon et de Gray suivirent la loi commune, et le compte de 
Jean Chousat pour l'an 1396-139'7 enregistre leur départ en ces 
termes laconiques : <( Les Juifs du conté sont alez demeurer hors 
du conté de Bourgogne par ordonnance de Monseigneur avant le 
terme de Noël 1395 \» 

* Pièces just., n" 07. 

' Pièce* just.^ n* 68. — Celle charte, inédite, a échappé à tous les historiens du 
Cofiité, réduits à l'hypothèse du succès de ia requôte du clerg*^ saiinois. 

* Arch. Çôle-d'Or, B i472, fo 22. — Pièces jusi,. n» 113. 

* Pièces just., n«>120. 
' Pièces jttst. , n« 95. 
« Pièces just., n» 123. 
'' Simonnet, 193. 

» BibU Ntt., Collection de Bourgogne, 25, 74, ICO, 687. 



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12 REVUE DBS ÉTUDES JUIVES 

Besançon, de 1393 à 1404, bénéficie des migrations des Juifs 
chassés de France, de Bourgogne et de Franche-Comté. Dès 1381, 
un Juif, Perrenin d'Auxon, emprisonné le 19 novembre par or(ire 
du maréchal de Bourgogne, y habitait. Toute une colonie s*y 
forma, durant dix ans, pour s*en aller bientôt, quoiqu'elle jouit de 
nombreuses prérogatives. En 1465, son cimetière « en TArgillat » 
fut vendu au profit de la cité. 

Mai» ce qu'on ignore, c'est qu'en 1396, Philippe le Hardi avait 
eu la pensée d'accepter les propositions de Vivant de Montréal et 
de plusieurs Juifs expulsés de Bourgogne, qui le suppliaient de 
permettre à 50 de leurs ménages de se fixer au comté de Bour- 
gogne. Le duc fit examiner l'affaire par son conseil dont l'avis dut 
être négatif*. 

En 1409, un juif nommé Mathasias Quino, fixé à Besançon, de 
1393 à 1404, habitait Champlitte et fut l'objet d'une incarcération 
à Montbéliard. Jean Sans-Peur somma le comté de Montbéliard 
de le remettre en liberté». Mathasias fut le dernier Juif autorisé à 
séjourner au comté de Bourgogne; de 1409 à 1791, l'interdiction 
absolue qui pesait sur sa race ne fut jamais levée. 



CHAPITRE m 



Condition légale des Juifs dtns les deux Bourgognes. — Taxe spéciale des Juifs 
dans les péages. — Réception de Juifs. — Synagogues et cimetières. — Les 
rabbins commercent comme les simples Juifs. — Opérations des Juifs : banque et 
commerce. — Banque : prêts sur gages, sur hypothèques, gages Mobiliers, gages 
immobiliers, contrats divers. — Commerce. 



La race juive, une fois admise en Bourgogne, y vécut sans 
cesser d'être étrangère, à la merci des seigneurs comme les serfs, 
taillable à volonté comme eux, appartenant comme eux en toute 
propriété à leurs maîtres. S'il restait le moindre doute sur cette 
situation, qui laisse les Juifs livrés à l'arbitraire et les expose, 
malgré le cens volontaire qu'ils paient, à être l'objet d'emprunts 
forcés ou de confiscations, un texte précieux et inédit, de mai 
1269, que nous donnons dans nos Pièces jusliftcatives, démon- 
trerait cette vérité tangible*. On y voit, en effet, un groupe de 
Juifs, Josse et Vivant, d'Arlay, Lion le Grand, de Saint-Julien, 

. « Pièces juit.^ n» 134. 
« Pièces just., n«> 135. 
* Pièces just.f n« 5. 



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LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 13 

Lion le Petit, d'Orgelet, Isaac, de Marigny.Isaac. frère de Simon, 
de Pontarlier, Vivant, de Nancuise, et Vivant, flls de Simon, de 
Poligny, se donner en toute propriété, eux, leurs femmes, leurs 
enfants et leurs biens, à Jean de Chalon, seigneur de Rochefort, 
et jurer, sur le rouleau de la Loi donnée à leurs aïeux par 
Moïse, de ne reconnaître aucun autre seigneur. Les Juifs insistent 
même sur le droit qu'il aura de disposer de leurs personnes et 
de leurs biens. 

Ce texte est l'expression certaine du droit commun en ce qui con- 
cerne les Juifs dans les deux Bourgognes. 

Leur exclusion, spécifiée déjà, de toutes les chartes de franchises 
est la preuve qu'ils restent les hommes du seigneur, soumis à son 
bon plaisir. Nous n'insisterons pas, car aucun document parmi ceux 
qu'il nous a été donné de parcourir ne peut détruire le fait énoncé. 
On ne peut les appeler en champ clos, ils sont exempts de tailles 
et impôts réguliers et généraux, mais paient un cens personnel 
plus ou moins élevé, outre les quises^ c'est-à-dire les impôts excep- 
tionnels. 

De 1374 à 1394, le Juif est, en Bourgogne, Tobjet de réceptions 
collectives ou individuelles, sur la proposition, ou par les soins de 
leurs chefs ou rabbins ; on en connaît nombre d'exemples publiés ou 
mentionnés déjà : les contrats individuels n'ont pas assez d'intérêt 
pour mériter autre chose qu'une mention «. 

Disséminés sur la surface des deux Bourgognes, livrés au 
négoce, les Juifs ne forment point partout des communautés régu- 
lières; il y en a pourtant à Dijon, à Mâcon, à Autun dès le 
xiii° siècle *, à Lons-le-Saunier, à Vesoul, à Gray, à Montbozon, 
dès le xiv« siècle ', à Besançon, de 1393 à 1404. 

Banni des franchises communales, le Juif est, en revanche, sou- 
mis, sur les rôles des péages, à une taxe particulière. A Chalon- 
sur-Saône, le Juif paie 9 deniers, la Juive 4 (9 si elle est en- 



* Réception de Juifs a Dijon, 1381, Pièces juit., u* 86 bit; 1383 (Arch. Côle-d'Or, 
B1461, {• 14 vo); 1391 (iùid., B 11309, f«>3); — voir Simonnet, 183-187. 

* L'existence des synagogues d'Autun, Dijon, Mftcon esl prouvée par les tombes 
à inscriptions hébraïques publiées pour la plupart dans cette Ètvue et par IMndication 
des rabbina donnée par Gerson dans Let Juifs de Bourgogne ; celles de Gray et 
Vesoul par le livre d'Héliot de Vesoul (Loeb), 1300-1318, et Vesoul et Gray en 1348 
ptr les no» 57 et 58 des Pièces justificatives. 

> Il y avait des cimetières juifs à Besançon (lieu dit <« UArgillat i, 1465, Arcb. 
Municipalea) ; à Bracon (1423-1424, Arcb. Côte-d'Or, B 3361) ; à Lons- le Saunier, dès 
1293, entre le prel de Chauldon et la fontaine de Urgidon (A. Tuetey, Droit munieipûl, 
227) ; a Montbozon en 1332-1333 (Arcb. du Doubs, B 79*), et vraisemblablement dans 
tous les lieux principaux où ils commerçaient; remplacement coutumier était voisin 
des Fourches ou de la Potence ; les Juifs payaient ordinairement 1 franc d*or de 
redevance au Duc ou au Comte, par inhumation. 



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i/i HEVUK DfciS ÉTUDES JUIVES 

ceinte;*; à Arlay, 5 sons; dans la plupart des péages francs- 
comtois, dès le xv*> siècle, 30 deniers (Baume, l'Isle, Montmorot, 
Pont-de-Roide, etc.) ; à Verdun, 4 deniers par Juive, et 8, si elle 
est grosse. 

Des rabbins vont, viennent ou séjournent * ; leur action reli- 
gieuse s'exerce dans les écoles ou synagogues, mais ils ne s'isolent 
pas dans la sphère religieuse et nous les voyons en 1300 et 1318 à 
Vesoul, en 1348 à Gray ^ en 1318-1392 à Dijon *, se mêler active- 
ment au négoce. 

Les Juifs ne sont pas généralement artisans, ils sont parfois 
orfèvres, graveurs de sceaux* et bouchers^. 

Dans les deux Bourgognes, ils se livrent tour â tour à deux 
genres d'opérations : les opérations financières ou de banque pro- 
prement dites et les opérations de commerce en général, spécula- 
tions sur le5 marchandises neuves, revente des gages et marchan- 
dises d'occasion. 

Le prêt d'argent est, par excellence, la raison d'être du Juif, c'est 
le motif réel de la tolérance du seigneur qui l'admet, le protège, 
l'encourage, puis le met en coupe réglée et le rançonne sans pitié 
quand l'occasion s'en présente, c'est-à-dire très fréquemment. Nos 
documents le montrent dès 1208 prêtant â une abbaye*' ; il prêtera 
plus volontiers â la noblesse : aux Joinville, alliés de la maison de 
Chalon dans le comté de Bourgogne »; en 1277 à un seigneur dont 
le duc Robert ne dédaigne pas d'être le plaige ° pour 1,500 livres, 
à Othon IV, comte de Bourgogne, dont il devient le mandataire, 
en 1282, 1285, 1286 *«, aux Montfaucon **, aux Faucogney ", à de 
plus petits gentilshommes, qu'il n'exploite pas moins *^ que les 



» Arch. Côle-d'Or, B 1138, f» 2, 16 v, 51 v\ 

• Loeb, Deuw livres de commerce^ Mevue, Vlll, 109. 

» Meime, VIII, 109; — voir Pièce» just,, n» 57, art. 138-148. Le prôlre delà Loi 
de Qray prête sur gage. 

^ Joseph de Trêves, < maistre de la loy > , commerce activement à Dijon de 1378 à 
1391 (Arch. Côte-d'Or, B 11305, B 11306). 

• A signaler notamment la présence à Dijon de Meret < Sigillifici », Simonnet, 174 ; 
voir notre table de noms juifs. 

• Loeb [Ibid,y VllI, 167-170) indique Diéot, officiant à Vesoul, et un boucher joil 
de Port. — Voir pour la boucherie juive un document analysé par Simonnet sur la 
boucherie particulière des Juifs de Dijon, en 1383 (M^m, Aead, de JHJûm^ 1865, 
p. i^8). 

' Pièces just,^ n« 1. 

• 1264 {Pièces Just., n«4). 

• 1277 (Arch. Côte-d'Or, B 11412, f<» 40). 
»• Pièces jnst.^ n- 11, 14, 15, 16. 

" Pièces just.^ n* 12. 
«* Ihid,^ n»- 17, 22. 
" iWrf., Il» 21. 



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LES JUIFS DANS LES DEUX UOUHGOGiNES 15 

puissants sires de Neiilchùtel-sur-Ie-i.ac ', ou les sires de Vienne, 
ses clients fidèles *. 11 ne le l'ait qu'à gros intérêts, s'il avance de 
beaux deniers comptants et tire de soif argent de '25 à 50 pour 
cent, quand ce n'est pas davantage ^. Qu'il prête de grosses 
sommes à des grands, ce ne sera que sur bonne hypothèque ou 
forte caution, dûment libellée par devant notaires, officialités ou 
juridictions ; s'il ne stipule pas toujours des intérêts, il stipule gé- 
néralement des amendes et c'est chose fort singulière de voir au 
XIV* siècle les amendes, stipulées au profit du duc de Bourgogne, 
intéressé de la sorte à faire payer les débiteurs du Juif*. Le Duc 
est toujours son plus gros client'. Qu'il prête à des pauvres, ce 
sera sur gages et, le plus souvent sans contrat écrit ^ ; notons que 
l'emprunteur sur gage n'est pas toujours un pauvre diable, quoi- 
que ce soit la coutume (témoin les inventaires des Juifs de Dijon 
en 1306, et ceux des Juifs de Gray et Vesoul en 1348) \ car en 
1381, le duc Philippe le Hardi lui donne en gage une de ses jarre- 
tières d'or ». C'est des gages, d'ailleurs, qu'il tire son plus gros 
bénéfice, car c'est le gage qui lui amène la masse de ses clients, 
c'est par le gage qu'il pénètre dans tous les intérieurs et finit par 
être maître de l'argent qui se dérobe et qu'il amasse chez le peuple 
pour prêter ensuite au riche dans l'embarras. En vendant le gage 
mobilier*, le Juif fera de nouveaux bénéfices, soit en rachetant par 
dessous main, soit en transigeant avec le débiteur attardé^. 

Un gage qui lui procure des profits considérables, c'est l'hypo- 
thèque ou le gage immobilier. Tantôt ce sont de grands seigneurs 
qui engagent les revenus de leurs terres, comme Mathieu de 
Longwyen 1258 *», comme Hugues de Neublans en 1264 **, comme 
Simon de Joinville, sire de Gex, qui engage en 1264 Marnay *', 
comme Gui de Rans qui engage ses moulins de Roche au Juif 
Simon de Chissey en 1274 «', comme le sire de Rennes qui engage 

« Piieêê juit.^ n* 24. 

« Ibid,, n» 25 (1301); — Arch. Côle-d»Or, B, 11312. f* 6 (1390). 

* Voir Dotre chapitre sur Plntérdt. 

* Arch. CÔte-d'Or, B, 11344, f» 49, etc. 

» Prête en 1333 (Arch. du Doubs, B, 79); — en 1337 (Arch. Côle-d'Or, B, 1389, 
fo 32 T*.33) ; — en 1385 [Ibid,, B, 1465. f« 45 ▼•) ; en 1393 [Ibid^, B, 1494, f* 34). 

• Conslilaiions de gages, 1381-1384 ; — Pièces just., n«' 76, 83, 109. 
' Pièces Just,, 31 (1306), n- 57 et 58 (1348). 

« Dégagée, moyennant 10 francs, chez David de Baume (Arch. Côte-d'Or, B, 1457, 
f* 61). 

• Nombreux eontrato de ce genre de 1364 à 1393 (Arch. Cdle-d*Or, B, 11261, 
f 13; — B, 11274, f* 135; — B, 11302, f 5; — B, 11308, f* 136; B, 11344, 
^•47?»). 

** Arch. da Donbt, B, 474. 

»>iWrf.,B,476. 

" Marnay (Haute-Saône), arr. de Qray, cb.-U de canton. •— Piècêijusi., n* 4. 

" Pikesjuii.^ n»57. 



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16 RKVIIE DES ETUDES JUIVES 

au même ses château et seigneurie de Rennes en 12T7\ comme 
Thiébaud, seigneur de Beauvoir en Maçonnais, qui engage tous 
ses revenus en 1334 à Kubiagin de Dole et à Sanse de Montbé- 
liard •, comme Guillaume de Germoles, qui engage en 1377 son fief 
à des Juifs parisiens, qui chercheront à le faire vendre '. 

Si les seigneurs engagent leurs fiefs, en sollicitant et obtenant 
Tadhésion de leur suzerain, les simples particuliers hypothèquent 
leurs vignes, leurs maisons, leurs champs, et tant que le Juif n'est 
pas inquiété pour ses propriétés personnelles en terres (ce qui 
arrivera au xiv* siècle *), il prête sur hypothèque, exproprie et 
administre ses vignes ou ses champs ^ s'il ne les peut revendre à 
profit. Les registres des notaires de la Bourgogne, où nous avons 
tant puisé, fourmillent d'actes de ce genre. 

Parmi les clauses que le Juif fait insérer dans ses contrats de 
1387 à 1393, il y en a une assez singulière, c'est la renonciation par 
le débiteur à impétrer lettres de grâce ou de répit pour ses dettes, 
du Roi ou du Duc; on y ajoute souvent une clause pénale, le paie- 
ment de 10 à 50 francs d'or à verser au Duc ^. Les mêmes contrats 
contiennent souvent la clause de prise de corps : le Juif hésitait peu 
à faire incarcérer ses débiteurs et la justice lui prêtait d'ordinaire 
main- forte, du moins au xiv« siècle •. 

Le gage accepté est souvent, quand le Juif traite avec des 
paysans, une tête de bétail, un cheval, un bœuf, une chèvre ; le 
Juif le prend, le met en cheptel et souvent en tire grand profit «. 

Toutes ces opérations, tous ces contrats sont la conséquence 
forcée des prêts d'argent et rentrent absolument, y compris les 



» Bibl. Nat., coll. Moreau, 894, f* 657 v<». 

* Pièces just., n» 34. 

* Arch. Côte-d'Or, B, 5257, {•* 49-52. — Notre série serait incomplète si nous ne 
citions encore les engagements suivants faits i des Juifs : Claisse par Jean, sei- 
gneur de Cuiseaux, en mai 1272, à Benion, Juif de Chalon (Bibl. Nat., 20685 Fr., 
108j; Cugney par Thierri de Montbéliard à Simon de Ghissey, 1277 (Arch. do 
Doubs, B, 444), un cbevalier bourguignon à Aliot de Châ'tillon-sur- Seine, octobre 
1277 (Bibl. Nat., Coll. de Bourgogne, 97, p. 507). 

^ Les Juifs de Dijon dès 1306, de Vesoul etGray en 1348, possédaient des mai- 
sons; a Dijon, de 1382à 1394, ils en louent de préférence (jPf^M>i»i^.,n^* 91, 93, 105). 

» Voir Loeb {Rtvue, IX, 40) ; — voir Piècei just., n»* 8, 9, 21 , 23, 39 (opérations sur 
immeubles, 1275-1311) ; — acbat de vigne à Beaune par Moussey de Seurre, 1289 
(Bibl. Nat., Coll. Bourgogne, 97, {• 107); — vente de vigne a Dijon par Guillaume 
le Juif (Arcb. Côtc-d'Or, B, 11260, i» 67) ; — achat de pré à Poilly, 1296 (Bibl. Nat., 
Coll. de BouFflrogne, 91) ; — hypothècpie de vigne à Dijon, 1389 (Arch. Côie-d'Or, 
B, 11308, f* 24 V ; — voir Piècet just,, n«»* 31, 57, 58 ; — vente de maisons saisies à 
Saint-Seine par Joseph de Saint-Mihiel, 1389 (Arch. Côle-d'Or,B, 11302, f 222v), 

* Pièces just,, u»- 122 et 130; nombreux exemples dans les protocoles des Arch. de 
la Côte-d'Or, B, 11302, 11309, 11312. 

' Ibid,, no- 90-94. 

« Arch. COte-d'Or, B, 10412, f«» 49 ; — Pièces ^'ust., n»* 31, 57, 58. 



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LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 17 

ventes de gages ou de terres hypothéquées, dans la catégorie des 
opérations de banque. Elles ne sont pas les seules dont nos docu- 
ments gardent la trace : le commerce de marchandises neuves est 
une des occupations principales des Juifs des deux Bourgognes. 
Nous ne nous y étendrons pas beaucoup, car on en trouvera Tex- 
posé dans un chapitre spécial consacré aux livres de commerce de 
la banque d'Héliot de Vesoul*. Mais nous indiquerons ici très 
sommairement les catégories de marchandises sur lesquelles le 
commerce juif porte de préférence aux xiii* et xiv* siècles. 

Le commerce des étoffes semble très familier à la colonie juive : 
je n'en veux d'autre témoin que le lot de toile neuve à draps et à 
nappes qu'en 1306 la duchesse de Bourgogne prélève sur la confis- 
cation des Juifs de Dijon '. Le commerce d'Héliot de Vesoul fera la 
même preuve pour le Comté de Bourgogne. Le commerce du vin est 
fort répandu dans les deux Bourgognes, nous en donnons quelques 
exemples pour 1381 et 1383 ^. Le blé, l'huile, le bois, le charbon sont 
tour à tour l'objet du négoce *, qui devait, outre les denrées, porter, 
nous en sommes certain, sur les objets d'orfèvrerie, sur le bétail 
et sur les chevaux. 

Du 7 décembre 1364 à février 1394, Jocet de Genove, Durand de 
Carpentras, David de Baume, Simon d'Aranthon, Mossé de Vitry, 
spéculent sur les vins ou les blés et en font vraisemblablement, 
soit qu'ils achètent, soit qu'ils revendent, le soulte constant d'autres 
marchés *. Pour le commerce comme pour la banque, les Juifs, 
opérant individuellement, ne semblent avoir jamais formé d'as- 
sociations commerciales, bien que, très rarement, quand ils sont 
retenus par la crainte des risques, ils opèrent deux à la fois «. 

On trouvera sur le commerce des Juifs au Comté de Bourgogne, 
des renseignements complémentaires dans le chapitre suivant. 

Léon Gauthier. 
{A suwre.) 

* Chipilre v. 

* Piècetjutt., n* 31, art. 688-689 1n$. 
« Ibid., no- 79, 99. 

* Ibid., n« 65 (1366) ; 81 et 82 (1381) ; — Arch. Côle-d'Or, B, 11308, f* 38 v (1389), 
» Arch. Côte-d'Or, B, 11261, fo-2f v«, 31 v ; B, 11308, f<" 107, 12S v^ 133; — 

B, 11344, f»14 vo; — B, 11295, f«- 15 v«, 94 v<» ; — B, 11346, f» 24 his. 

* David de Baume et Durand de Carpentras font , quelques opérations ensemble en 
1389 (Arch. Côte-d'Or, B, 11308, f- 16, 17, 41); David et Salomon de Baume en 
1388 (Uid., B, 11302, f» 161 v). 

N. B. — Mentionnons ici un élément de comput usité en Bourgogne et inédit, 
croyons-nous, « la brise treuhe • (ou brise- treuil), 25 mars, date à laquelle on dé- 
monte les pressoirs (Arch. Côte-d'Or, B, 41302, f* 153 v«). 

T. XLIX, N« 97. 



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L'ANCIEN TESTAMENT 

ET LA LANGUE FRANÇAISE DU MOYEN AGE' 



1. 

lUPORTANOB DE LA BIBLB DANS l'hISTOIRE DB LA LANGUE. 

La Bible latine a pénétré en Gaule dès le îii« siècle *. En môme 
temps qu'elle a contribué à la rapide difiusion du christianisme 
parmi les tribus germaniques, elle a mis en circulation un nombre 
considérable de mots nouveaux ; et, quatre cents ans plus tard, 
tant de termes bibliques ont, du latin d'Église, passé dans le 
parier populaire que les Gloses de Reiohenau, cette première 
ébauche d'un lexique des mots savants de la Yulgate, donnent à 
plusieurs d'entre eux, comme équivalents de langue usuelle, des 
mots ayant enx-mémes incontestablement une origine bibliqtie, 
tels que : àbcnninaMlem^ immundum, maledicere, ganotificare^» 
11 y a donc déjà, dans le latin vulgaire, un premier apport de 
mots bibliques* 

De môme, Tinfluence du vocabulaire de l'Écriture se marque 
très nettement dans les plus anciens monuments de notre langue, 
au IX* siècle, dans la Caniilène de sainte Eiilalie et les fragments 
de V Homélie sur Jonas, au x«, dans la Passion, et dafts la Vie 
de saint Léger^ au xi«, dans la Vie de saint Alexis. Mais, c'est à 
partir du xii® siècle surtout que ce travail de pénétration devient 
actif. La littérature étant tout entière aux mains des clercs, U 

> Nous reprenons ici le titre de l'ouvrage que nous avons publié ftdr Itf qa6âttoii,et 
dont le présent article est un résumé. 

« S. Berger, Hi$toir9 de la Vulffate en France, Paris, 1887. 

3 Foerster et Koschwitz, AUfràntCêiêelM Utkun^skuck^ ù«t. 6, n* 216; ool. 7, 
n* 230 ; col. 16, n* 662; col. 18, n» 746. 



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L'ANCIEN TESTAMENT ET LA LANGUE FRANÇAISE 19 

poésie didactique {Complets, Bestiaires, Volucraires, Lapi- 
daires), les œuvres d'édification religieuse [Vies des Saints), les 
premiers essais de poésie dramatique (le Mystère d'Adam)^ la 
prédication (Discours en vers) et, plus encore, les premières tra- 
ductions partielles des Livres Saints {Psautiers d'Oxford et de 
Cambridge, \qs Quatre Livres des Rois, les Ju(/es,\es Macchabées, 
le Genèse en vers de Hermann de Valenciennes, et celle A'Eve- 
rat) accroissent les ressources de la langue par la création de 
mots nouveaux, ou l'extension de sens de mots existants. Fuis du 
xiii* au xv« siècle, la Bible de r Université de Paris, par ver- 
sions successives sans cesse rajeunies, et le nombre toujours plus 
grand des écrits pieux d'auteurs clercs ou laïques donnent une 
importance très considérable à l'élément biblique dans le vocabu- 
laire du moyen âge. 

C'est l'histoire de cette participation de l'Écriture à la forma- 
tion de la langue française que nous nous proposons de résumer 
ici. Et de plus, puisque l'Ancien Testament se distingue du Nou- 
veau par de notables différences de style, nous nous bornerons à 
rechercher ce que, depuis ses origines jusqu'à la fin du xv« siècle, 
notre vieille langue -doit à la partie hébraïque « de l'Écriture. 

Avant tout, il s'agit de déterminer la caractéristique des mots 
et des expressions bibliques. 



IL 

CARACTÉRISTIQUE DES MOTS BIBLIQUES. 

Entre la Bible hébraïque et sa première traduction française 
s'intercalent la version des Septante et celle de saint Jérôme. On 
est donc amené à étudier successivement la part des mots hé- 
breux, grecs, latins, français, tirés de chacune de ces quatre 
versions. 

L Pour les mots hébreux, les uns littéralement transcrits par 
les Septante et saint Jérôme, les autres à peine déguisés sous une 
désinence grecque ou latine, la vérification est facile. 

Viennent seuls de l'Ancien Testament les mots hébreux qui se 

* Nous exclurons de nos recherches les Apocryphes, comme pouvant être entachés 
à''ÀeilénfnHe, les uns, pour avoir été directement écrits en grec, les autres, pour ne 
iioii-> êite p«8 parvenus dans leur version origiZMile, araiùéenne ou hébraïque, excep- 
tion l'<iiie, bien entendu, pour V Ecclésiastique, dont le texte hébreu a été récemment 
découvert. 



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20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

retrouvent soit,à la fois, dans les versions grecque et latine •, soit 
Tune d'elles •. Ce sont : 

lo Des termes liturgiques : A lleluia, amen ; 

2<» Des mots désignant des pratiques du culte, des croyances 
religieuses : sabbat naiD, Pâque tod, lévite "^ib, naziréen n"»T3, Éden 
IV, Séraphins û'^onu). Chérubins û"»aTi5 ; 

30 Des noms ayant trait à un fait historique : manne p ; des 
noms de monnaie : sicle bp;» ; de plantes et d'essences aroma- 
tiques, de pierres précieuses : aloès û^^bn» ou mbra^, byssus yni, 
bdellium nVn, casse rw»xp, cinname, cinnamone 1i»3p, galbanum 
nDabn, hysope ant», myrrhe n», nard nn3, saphir tdd ; 

4» Des noms propres, de Dieu : Sabaoth v\yaci^ ; d'idoles : Baal 
bj^a, Belzébuth anat b^a, Moloch ^b», Satan i:wD ; des noms de 
peuples, de lieux, de personnages : Israélites, Philistins, Amalé- 
cites, Canaan, Jérusalem, Sion, le Jourdain, le Liban, Abraham, 
Isaac, etc. 

Ainsi s'éliminent tous les mots hébreux appartenant, soit au 
Nouveau Testament : géhenne^ hosanna, pharisien, samariiain. 
Messie^, soit à l'hébreu postbiblique : sanhédrin, cabale, 
rabbin*, 

II. La contribution du vocabulaire des Septante et de la Vul- 
gate a bien plus d'importance encore. Le grec et le latin ne pos- 
sédant pas toujours l'équivalent exact du terme hébreu, il a fallu, 
pour une traduction strictement littérale, recourir à une méthode 
particulière de sémantique, dont les procédés peuvent se ramener 
aux suivants : ^ 

• 1" Extension de V acception classique de certains mots » : 

"AfTeXoç, messager, courrier, signifiera : messager de Dieu. 
âÇwi^oç, compact, serré, — pain sans levain, 
|3i6Xiov, livre, — th pipXCa, les livres saints^ — la Bible. 
xaTappdxTir^ç, kerse, trappe, — écluse du ciel retenant la pluie, 

' Trois mots seulement échappent à ce moyen de contrôle : Tohu-bohu,ICinmor^ Je- 
hovah introduits en français, l'un au xvi* siècle, les deux autres, au zix*. 

' Sept mois hébreux, conservés dans la Vulgate, sont rendus chez les Septante 
par des équivalents : amen^ yévoiTo ; chibboUth, otocxu; ; ^hod êirco^i; ; jubilé, àoéattùi 
aT)(iaata; Adonay, Kûpto; ; Léviathan, ôpdxwv; Békémoth, OiQpia. 

' 11 faut citer les quelques dérivés qui proviennent deTemploi du nom propre dans 
le Nouveau Testament : Satantf da Satan ; Jacobée^ Jacobins, Jacquerie, Jacquemart, 
de Yapôtre Jacquet, et non du patriarche Jacob. 

* Voir Halzfeld, Darmesteter, Thomas, Dictionnaire de la langue française. Traité 
de la formation de la langue fr., p. 31, note 2. 

^ Toutefois, quelques termes liturgiques, de sens général, comme jejunium, 
neomenia, primitia, saerificare, saerifieium correspondent bien à D13&, TDTTT» 



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L'ANCIEN TESTAMENT ET LA LANGUE FRANÇAISE 21 

«tpdîeiooç, pair planté darbres et peuplé d'animaux, — séjour du pre- 
mier iiomme, Paradis terrestre» Éden, 

«poçTÎTTi;, interprète d'un dieu, d'un oracle, — interprète inspiré de la 
parole divine. 

<{«X(iitfc, acte de faire vibrer la corde d'un arc, d'un instrument de mu- 
sique, puis air joué sur la lyre^ — chant pieux du roi David, 

exTivoiniTte, constiliction d'une tente, d'un nid, — fête des Tabernacles, 

ff«v«T'*'Pλ action de réunir des personnes, des objets, — lieu de réunion 
du peuple juif. 

Xpwt^, oint, enduit, — qui a reçu l'onction sainte. 

Le cas sera plus fréquent encore dans la Vulgate : 

Àltissimus, très élevé, — Le Très Haut. 

Arca, coffre, boîte, — vaisseau construit par Xoé pour échapper au 
déluge * ; coffre renfermant les tables de la Loi. 

Angularis, qui fait angle, — qui constitue la partie essentielle. 

Benedicere, maledicere, dire du bien, du mal de quelqu'un, — ap- 
peler la protection, la colère de Dieu sur quelqu'un. 

Circumcidere, faire la taille des arbres, — opérer la circoncision. 

CompUDgi, être criblé de piqûres, — être pénétré de remords. 

Confundi, être troublé par un sentiment violent, — être couvert de 
honte. 

Gonsummare, achever, terminer, — anéantir. 

CoQlritio, blessure, fracture, — brisement du cwur. 

Diluvium, inondation, débordement, — déluge universel. 

Ëmissarius, messager secret, — envoyé an loin. 

Generatio, reproduction, — race d'hommes, contemporains, postérité. 

Ingenerare, faire pousser, implanter, — créer par génération. 

Judicare, judex, juger, juge, — exercer la magistrature politique de 
juge fchez les Hébreux), magistrat suprême. 

Justus, juste, équitable, — observateur fidèle de la religion. 

Lapidare, attaquer à coups de pierre, — faire périr par lapidation. 

Magnificare, faire cas de. . ., — exaller la torde-puissance de Dieu. 

Misericordia, compassion de V homme pour son semblable, — pitié de 
Dieu pour l'homme. 

Omaipotens, tout-puissant, — Le Tout-Puissant. 

Praevaricari, commettre des irrégularités de procédure (en parlant du 
juge, de l'avocat), — transgresser la loi de Dieu. 

Saccus, enveloppe grossière, — vêtement de deuil, de pénitence. 

Sanctuarium, dépôt d'ustensiles consacrés au culte, — le temple avec 
ses dépendances. 

Spirilus, vent, souffle vital, esprit, âme, inspiration, — souffle créa- 
teur de Dieu . 

Tabernaculum, tente de campement, lente augurale, — campement 
des Juifs dans le désert, temple portatif, 

* Sur l'hébreu nan, les Septanle l)nt créé Oî6r., ^ièr^ (Voir H, Lewy, Semitische 
FremdwÔrter mi Orieehischen, Berlin, 1895, p. 100). 



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22 RKVUE DES ÉTUDES JUIVKS 

Spirilus, venl, souf/Jf^ viial^ rsprU^ àme^ inspirnlion, roli're. 

TraDSgredi, passer nuire, — passer outre à la loi de Dieu. 

Tribus, division politique à Rome, — division par familles du peuple 
hébreu. 

Tribulare, presser, écraser, — torturer l'âme 

Uugere, unclio, frotter d'huile, — sacrer avec Vhuile sainte, consé- 
cration. 

2* Extension artificielle de sens attribuant à un mot grec ou 
latin toutes les acceptions dérivées du terme hébreu dont il rend 
le sens propre : 

STgpéw(xa, construction solide^ fondements, squelette du corps 
humain, deviendra îa voûte céleste^ pour rendre les divers sens 
de y^pn, étendue solide, surface plane., et au figuré : paroi solide 
entre les eaux d'en bas et celles d'en haut. 

Tcopveta, prostitution, prendra le sens figuré de idolâtrie, pour 
rendre les diverses acceptions de û'^aw, msr. 

[xapTupiov, témoignage, aboutira à Loi de Dieu^ pour rendre les 
deux sens de nny. 

Saint Jérôme emploiera de même : firmamentum^ fomicaiio, 
tesiimofdum. C'est par application de la même méthode que : 

Calix, calice, coupe, signifiera sort^ destin, pour rendre les 
divers sens de oi5. 

' Convertere, ramener en arrière, signifiera ramener de rida- 
latrie à Dieu, pour rendre les divers sens de mo. 

Exaltare, hausser, signifiera : !<> tirer de l'abaissement ; 2» cé- 
lébrer, louer, exalter, pour répondre à toutes les acceptions de 

Faciès, aspect extérieur des objets, signifiera : \° surface, su- 
perficie ; 2* présence effective de Dieu, bénédiction ou colère 
divine, pour rendre tous les sens de û'iaD • . 

Gloria, gloire, renommée, signifiera : V hommage rendu à 
Dieu, 2** manifestation de la splendeur divine, pour correspondre 
à toutes les acceptions de miD. 

Lacus, bassin naturel ou artificiel, auge, cuve, lac, signifiera : 
1* prison ; 2o tombe, pour être la traduction littérale de ma. 

Luminare, jour d'une fenêtre, signifiera : !<> clarté des corps 
célestes; 2^ éclairage du temple, i^ouv rendre les acceptions de 
m«ï3. 

Semen, semence, signifiera descendance, postérité, pour expri- 
mer les acceptions de ^nT. 

* Toutefois, saint Jérôme emploie, propositio, comme les Septante, Tcp66£<;iç, dans 
les expressions d"»SDrî Dnb,tD"»DDn ^nblD. 



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L'ANCIEN TESTAMENT ET LA LANGUE FRANÇAISE 2:^ 

Servire *, être esclave, signifiera : 1* rendre un culte à Dieu ; 
V faire le service du temple, pour rendre toutes Jes acceptions 
de "TXP. 

Servus, esclave^ signifiera : 1° homme vertueux, pieux \ T pro- 
phète, instrument de la volonté divine ; 3^ serviteur (comme 
terme de civilité par lequel se désigne lui-même celui qui parle), 
pour rendre toutes les acceptions de na:?. 

Testimonium, témoignage, signifiera la Loi, pour rendre la 
double acception de rmy. 

Tejitare, essayer, signifiera : 1^ (en parlant de Dieu), mettre 
à Vépreuve la foi, la fidélité de l'homme; 2« (en parlant de 
riîomme) douter de la puissance divine, pour rendre les accep- 
tions de nos. 

Testamentum, dernières volontés, testament, pris abusivement 
comme synonyme de fœdus et de pactum, signifiera convention, 
alliance entre Dieu et le peuple juif, pour rendre l'acception de 

Videns, voyanty signifiera le voyant, le pt^ophète, pour rendre 
l'acception du participe tvxi. 

3® Attribution à un terme unique de langue classique ou ec- 
clésiastique des acceptions analogues de plusieurs synonymes 
hébreux, le mot acquérant ainsi, par son emploi fréquent, une 
valeur plus particulièrement biblique : 

Abominatio, abominationes, au sens de actes (Vimpiété, idoleêy 
rendant les trois mots na^in, yipis, VpiD. 

Adorare, au sens de se prosterner, traduisant les deux verbes :^n5, 
et nms. 

Ëxterminare, au sens à' exterminer, étant réquivjileiat des cinq 
verbes. TM. ûnn, nn-» n»«, na©. 

Humillare, au sens d'abaisser, rendant les quatre verbes ïlSl, >aD, 

Iniquitas, iniquitates, au sens de faute, répondant à huit syno- 
nymes, pN, ^iDD, biy. nbi3?, inr, n^t, b:?», 07:n. 

Maledieere, maledictio, au seDS de maudire, malédiction, rendant 
les deux verbes "nw» bbp, et les deux substantifs nb», nbbp. 

* De même, ministrare^ minitter^ être au service de , serviteur, prendront le 

sens de faire le service du temple, prêtre, pour rendre mC?3, n^tt). 

* n^3 sif^oifiant à la fois alliance entre peuples, et alliance de Dieu et du peuple 
ui/\ les Septante donnent, par ezteusion cette seconde acception à 2tadr.xT|, qai, en 

langue classique passe de : 1<> disposition, arrangement; 2« dispositions testamsn^ 
taires, à 3** convention entre peuples. A leur exemple, mais par un procédé purement 
artificiel, TertuUien, puis saint Jérôme attachent à testamentum, dispositions testamen- 
tairet^ U sens de alliance entre Lieu et le peuple iuif^ eans tenir compte de Pabsence 
de toute acception intermédiaire. 



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I .z^ 



2/i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Oblatio, au sens à!" offrande, répondant à quatre mots nOK, nn3?a, 
nbj, p-ip. 

Opprobrium, honte, déshonneur yvendani les quatre synonymes n©3, 
nonn, rîTsbD. mwbs. 

Peccatum, ^ec/i(/, étant l'équivalent des quatre synonymes rr««n, 

Polymitus, bigarré, rendant les deux mots OD, ïi73p"i. 

Primitisp, prémices, répondant aux deux synonymes rr^Ofin, 

Prsevaricari, transgresser, rendant les trois verbes :>cs, naa, b:'?^. 
^ Redemptio, au sens de rachat, rendant les deux substantifs It^d, 
nb«a. 

Sanctuarium, rendant les deux synonymes ©ipTa, 'Oip. 

Templum, répondant aux deux synonymes n">a, bD'^n. 

Transgressio, violation de la Loi^ rendant les quatre synonymes : 
laa, b^73, mn-ir, nno. 

4° Enfin, création de néofogisynes, tantôt sous forme de gloses, 
tantôt, de mots tirés d'un radical pouvant fournir au grec ou au 
latin une série de dérivés correspondant à celle de Thébreu : 

MfTOicoT«|jU«, terme périphrase pour rendre ûnns an». 

lAovoxtpœc, périphrase équivalente de DNi. 

«aTpidp;^Triç, commentaire exact de a«. 

oaô&tTt^Eiv, dérivé de ffd66aTov, pour rendre le verbe nao à côté du 
substantif nn'w3. 

ffxdv&t^ dont la racine axaô, en rapport direct avec le verbe biSD, 
est Texact équivalent du substantif bi^DDn. 

Abominatio, tiré deaboniinari, comme na^nn dérive de a^n. 

Glorificare, dérivé de gloria, pour correspondre au verbe nSD, à côté 
du substantif niaD. 

Mortificare, dérivé de mors, substitué au terme classique occidere, 
pour rendre par deux mots de même racine le verbe ni73 et le subs- 
tantif m». 

Prœvaricatrix, féminin de -prun^ancator, comme maa est celui de 
laa. 

Prophetissa, féminin de propheta, comme nx^a3 de «"^a:. 

Propitatio, expiation, pardon, propitiatorium, couvercle d'or de 
l'arche sainte, dérivés ûq propitiari, pour reYidre D'^IDD et niBD, tous 
deux issus de nDD,dont la première seule des deux acceptions, ea*;;ier, 
peut s'appliquer au verbe latin, tandis que la seconde, couyri/, lui 
reste étrangère. 

Sanclificare, dérivé de sanctus, dans le même rapport que ï3ip 
avec ©np. 

Tribulatio, dérivé de tribulare, comme ni: et "is: répondent à 



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L'ANCIEN TESTAMENT ET LA LANGUE FRANÇAISE 25 

Holocauslum * est le commentaire exact de nb?. 
Incircumcisus est la glose de b-i:^. 

PythoDissa est bien l'équivalent de l'expression m» nb^a. 
Rationale est la traduction glosée de lusn. 

Unicornu, calqué sur le |iovoxtfp«o< des Septante, est, comme lui, 
l'équivalent de D«-i. 

m. Un certain nombre de mots français se sont aussi enrichis 
d'une acception biblique en entrant dans certaines expressions 
particulières à l'Ancien Testament : 

Achoppement (v. fr. acopaU]^ au sens de picye, obstacle qui fait tré- 
bucher^ pour exprimer Voccasion de pécher^ dans : pierre iVachoppe- 
ment. 

Alliance (v. fr. couvent, covena}it)^an sens de alliance entre Dieu et le 
peuple juif, dans : arche iCalliance, arche sainte, alliance éternelle^ 
les tables de Valliancc, le tabernacle d'alliance, rompre Valliance. 

Brebis, ouailles, troupeau, pasteur, au sens de peuple Hu dp Dieu, 
chefs du peuple de Dieu, dans : brebis perdue, égarée, brebis sans pas- 
leur, le pasteur et son troupeau, un pasteur selon mon cœur. 

Caiice, coupe, hanap, au sens de sorl, destinée heureuse ou malheu- 
reuse^ et épreuve pénible, dans : boire le calice, boire le calice jusqu'à 
la lie, calice de douleur, calice, coupe d'amertume, calice enivrant, la 
coupe de salut, la coupe de sa fureur. 

Cendre, poudre, poussière, au sens de signe de pénitence ou de 
deuil, de néant de C homme, dans : faire pénitence avec le sac et la 
cendre, se couvnr les cheveux de cendre, n'être que cendre et poiussière, 
n'être que poussière, faire rentrer dans la poudre, relever, tirer de la 
poussière. 

Chair, au sens de être vivant, dans : toute chair, la fin de toute chair, 
toute chair avait corrompu sa voie, ne faire qu'une chair. 

Commandement, au sens de loi imposée par Dieu, dans : les com- 
mandements de Dieu, les dix commandements, transgresser les comman- 
dements. 

Dormir, au sens figuré de : nwurir, dans : dormir dans la poussière, 
dans la mort, dans la tombe, dormir son sommeil, dormir du sommeil 
éternel. 

Fils, fille, enfant, dans : fils de Dieu, de Bélial, de l'homme, des 
hommes, d'Israël, dt* Jacob, les fils de ses fils, fille de Jérusalem, de 
Sion, la fille de mon peuple, les douze fils de Jacob, les filles de Loth, 
les enfants des hommes. 

Fléau, verge, au sens d'instrument de la colère divine, dans ; la 
verge, le fléau de Dieu, la verge de ma, ta, sa colère. 

* La forme holocaustnm est due à' faint JérOme, elle a été refaite sur l'adjectif 
xavoTOC, qui existe à côlé de xauiô;. Mais 1(S Seplanie disent ôXôxauToc» d'après 
^Xoxautîb). 



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Jti REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Frapper, férir, au sens d't^proiwrr L'homme par la souffrance, dans : 
Dieu frappe et il guf'rit, frapper Les premiers nt's. 

Joug, au sens de servitude, comme daus : porter, imposer le joug, 
briser, rompre Ir jouy *, joiuf de fer, Joug qui s'appesantit. 

Jour, daus : te jour du sabbat, jour d'ftf/lictioriy de tribulation, de 
veugeance, de colère, tous les jours de la vie. 

Loi, dans : la loi de Dieu^ de Moïse, les tables de la loi, le livre de 
la loi, transgresser la loi. 

Maison, au sens de : temple, famille, race, descendance, dans : la 
maison de Dieu, du Seigneur, maison de prière, maison de Ja^ob, de 
David, d'Israël, et aussi : maison d'esclavage. 

Monde (adj.), immonde, au sens de : pur, impur selon le rite, dans: 
les animaux mondes, immondes. 

Natiofa, peuple, dans : le peuple dlsraël, le peuple saint, la nation 
sainte, 

Œuvrels), dans : les amvres de Dieu, Dieu bénit Vœuvre de ses m^irn, 
rendre à cliacun selon ses œuvres ; et au sens dHdole, culte des idoles, 
dans : les œuvres des mains de V homme, adorer les œuvres de ses mains. 

Pain, avec sou sens propre, nans : pain azyme, pain d'affliction, de 
misère, de proposition, pain du ciel^ manger son pain à la sueur de son 
front, l'homme ne vit pas seulement de pain ; au sens figuré d^ épreuves 
envoyées par Dieu, dans : pain de douleur, de larmes, de tribu- 
lation. 

Saint, dans les expressions : le saint d'Israël, mon, ton saint nom, 
saint à Dieu, la moidagne suinte, alliance sainte, lieu saint, le saint 
des saints, Ir temple saint, l'huile sainte, l'huile de sainte onction. 

Terre, en parlant de pays ou d'univers, dans : la terre d'Egypte, de 
Cunaan, terre d'esclavage, de misère, titus les rois, tous l4*s royaumes^ 
tous les peuples de la terre, là terre des vivants. 

Voie, au sens de vertu, piété, idolâtrie, dans : la bonne, la mauvaise 
voie, voie d'iniquité, les voies des justes, des méchants, marcher datis 
les voies de,.., toute chair avait corrompu sa voie, garder les voies, 
marcher dans les voies de Dieu. 



m. 

CARACTÉRISTIQUE DES EXPRESSIONS BIBLIQUES. 

Elles se divisent, d'après leur sens ou leur forme grammaii- 
cale, en trois catégories : 1° expressions textuelles ; 2« exprès- 
si07is refaites ; 3^ expressions imitées. 

* En face de ^y ^yO, le latin dit ; eœuere, exrutere, depellere, repelUre, dijieere, 
jugum, et aussi servile, turpe jugum, en face de bnD b J. 



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L'ANCIEN TESTAMENT ET LA LANGUE FRANÇAISE 27 

I. Les expressions tcxlurdes (!oinprennent : 
lo Toutes celles qui, se rai>p()rtant à Dieti, sont : 

a) ou des appellations bibliques de Dieu : 

rÉternel; le Djeu des Dieux; 1^ Dieu de nos pères, le Dieu 
d'Abraham, d'Isaac et de Jacob; le Dieu des armées; Dieu de 
majesté, de gloire, de vérité, de ven^^eance ; Dieu fort, Dieu 
jaloux, Dieu miséricordieux, Dieu vivant. 

b) soit des images de la grandeur, de \ix justice^ de la bonté, de 
la colèi^e divmes : 

La gloire, la majesté, la splendeur, le trône de Dieu, 
Tesprit de Dieu; les voies, les œuvres de Dieu, 
les jugements de Dieu; Dieu frappe et il guérit, 
la miséricorde, la bénédiction de Dieu ; Dieu a béni l'œuvre de 
mes mains, 
la colère, la vengeance, la verge, le fléau de Dieu. 

c) soit des termes de piété, et quelques exclamaiioris pieuses : 
Aimer, bénir, chercher, craindre, louer Dieu, 

croire, espérer en Dieu ; crier à Dieu; invoquer, chanter, bé- 
nir le nom de Dieu, 

marcher dans la loi, dans la crainte, à la lumière, dans les voies 
de Dieu; répandre son âme devant Dieu. 

Seigneur Dieu ! Béni soit le Seigneur ! Dieu te bénisse ! Vive 
Dieu ! 

Dieu soif avec vous ! Dieu vous garde ! Dieu m'est témoin ! 

d) soit le vocabulaiï'e de V anthropomorphisme biblique. 

La voix, la parole, la bouche, la lace, l'œil, le doigt, la main, le 
bras de Dieu. 

Dieu détourne sa face, appesantit sa main, Dieu parle, Dieu 
marche devant nous, combat pour nous. 

2» Celles qui concernent la liturgie juive : 

L'arche d'alliance ; le jour du sabbat ; les pains azymes ; la fiHe 
de Pâque, le livre de la Loi ; les tables d'alliance de la Loi, le 
saint des saints, pains, table de proposition ; 

3« Celles qui ont trait àw^ institutions politiques des Juifs, 

Les anciens d'Israël, les princes du peuple, de la Synagogue, 'le 
royaume de Juda, d'Israël. 

4<» Celles qui sont tirées de leurs mœurs pastorales : 

Le pasteur et son troupeau ; brebis i>erdue, égarée ; le fruit des 
entrailles ; servir de pâture aux oiseaux du ciel et aux bétes de 
la terre. 

5° Celles qui réj)()ndent au bt^^oia constant, en Iiébreu, de tra- 
duire V abstraction par un iernu^ concret^ ou une image : 

idée de vie : le livre des vivants, la teri*e des vivants ; 



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28 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

idée de mort, effacer du livre des vivants ; les portes, l'ombre, 
la main de la mort; dormir son sommeil, du sommeil éternel, dor- 
mir dans la mort, dans la tombe, dans la poussière ; 

idée de deuil, se vêtir de sac, déchirer ses vêtements, se cou- 
vrir la tête de cendre ; 

idée ^'épreuves douloureuses : boire le calice, boire le calice 
jusqu'à la lie; abreuver de larmes, de fiel, d'amertume; la coupe 
de douleur, le pain de douleur. 

idée de la toutes-puissance divine : briser les portes d*airain ; 
la terre est son marchepied ; l'univers est rempli de sa gloire. 

idée de châtiment céleste : la verge de sa colère ; la coupe de 
sa fureur; charbons de feu. 

idée de protection divine : l'ombre de ses ailes, de son bras ; 
la coupe de salut. 

60 des phrases sentencieuses : 

Tu n'es que poussière, et tu retourneras à la poussière ; 

grand chasseur devant l'Éternel ; tu mangeras ton pain à la 
sueur de ton front ; aimer son prochain comme soi-même; 

s'appuyer sur un roseau; savoir tout depuis le cèdre jusqu'à 
l'hysope. 

rien de nouveau sous le soleil ; chaque chose a son temps ; celui 
qui sème le vent, moissonnera la tempête. 

•7*» Des comparaisons, souvent prises à la vie pastorale : 

Aussi nombreux que les étoiles du ciel et le sable de la mer ; 
sécher comme l'herbe ; comme une brebis sans pasteur; comme 
des loups ravissants ; comme le chien retourne à son vomisse- 
ment ; conserver comme la prunelle de son œil ; boire l'iniquité 
comme l'eau. 

8<» Quelques expressions poétiques, où domine le terme con- 
cret : 

Fils de Jacob, d'Israël, fils de l'homme, la fille de mon peuple; 
maison d'Israël, de servitude ; lumière d'Israël ; les sentiers de la 
mer, la face de l'abîme ; les fondements de la terre ; vallée de 
larmes ; terre de misère ; pain de larmes, d'affliction ; lit de dou- 
leur; creuset de malheur; soleil de justice. 

9® Des souvenirs histoHques : Dieu a créé le ciel et la terre ; 
Dieu a créé l'homme à son image; Dieu a formé l'homme du 
limon de la terre ; la colombe revint portant dans son bec un 
rameau d'olivier ; la femme de Loth changée en statue de sel ; la 
destruction de Sodome ; la sortie d'Egypte ; la colonne de nuée, 
de feu ; le veau d'or; la verge d'Aron ; la sagesse de Salomon, la 
vigne de Naboth. 

10<» Quelques constructions grammaticales, comme : 



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L'ANCIEN TESTAMENT ET LA LANGUE FRANÇAISE 29 

1* Le génitif de qualification : Dieu de vérité, de gloire, de 
vengeance, pour : le vrai Dieu, Dieu glorieux. Dieu vengeur ; 

2^ Le génitif déterminatif : arbre de vie, coupe de salut, esprit 
de vertige, pierre d'achoppement, pour dire : source de vie, 
assistance divine, moment d'égarement^ occasion dépêché; 

3<» Construction du superlatif hébreu : le Dieu des Dieux, le 
saint des saints, vanité des vanités, pour dire : Dieu suprême, 
la parlie la plus sainte du temple, suprême vanité; 

4<» Enfin, certaines locutions comme : croire, espérer en Dieu, 
un prêtre selon son cœur, faire miséricorde, trouver grâce de- 
vant les yeux de quelqu'un, etc. 

II. Les expressions refaites rappellent ou résument un fait, 
une parole de TÉcriture en termes empruntés, tous ou en partie, 
au texte, dans des constructions plus ou moins libres, qui aboutis- 
sent souvent à de véritables gallicismes : Adam et Eve, Caïn et 
Abel, la tour de Babel, r arche de Noé, les dix plaies d'Egypte, 
la mort des premiers nés, Vânesse de Balaam, Moïse sur le 
Si7iaî, Jonas dans la baleine, Daniel dans la fosse aux lions, 
manger du fruit défendu; Cain, qu as-tu fait de ton frère ? C'est 
la tour de Babel, être le bouc émissaire, pauvre comme Job, 
adorer le veau d'or; nous sommes tous de la côte d'Adam ; fort 
comme Samson ; c'est notre Benjamin. 

III. Les expressions imiCées introduisent en français, à Taide 
de la proposition de entre d^ux noms, la construction essentiel- 
lement hébraïque de Yétat construit, avec son double rapport de 
qualificatif ou de déterminatif^ : Dieu de majesté, de vengeance, 
fils d'iniquité, Tiomme de sang, devenant père de jugement et de 
venjances, gens d'iniquité, gens de sainteté, femme de sanc; et 
d'autre part, arbre de vie, fontaine de sapience, coupe de salut, 
verge de discipline aboutissant par un double système de synony- 
mie, qui remplace Tun des deux termes par un équivalent, à arbre 
d'orgueil, fontaine de miséricorde, de piété. 



^ Vétat construit exprimant le iuperlatif absolu par la répétition, après un subs^ 
tantif de ce même substantif au pluriel, D'^nbKH "^n^K* W^iyO '^lyO n^a été imité, en 
français, qu'après le xt« siècle, U brave des braves, le dernier des derniers. 



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HKVUK HKS KTUDKS JUIVKS 



IV. 



HISTORIQUE DES MOTS KT DES EXPRESSIOxNS BIBLIQUES. 

Après avoir déterminé, à l'aide d'une caractéristique, les mots 
et les expressions empruntés à l'Ancien Testament, il reste à 
suivre l'histoire de leur introduction dans la langue française. 

On a vu que, par le latin d'Église, lelément biblique commence 
à pénétrer en roman dès le iv® siècle, et, qu'au vni«, plus d'un 
terme de la Vulgate a pris i)lace dans le vocabulaire. Nos plus 
anciens textes attestent aussi la présence dans notre langue, dès 
ses origines, de quelques termes bibliques. Mais comment donner 
une idée plus exacte de la richesse de cet apport, au xii* siècle, 
qu'en faisant le relevé de tous les néologismes — mots, expres- 
sions, hébraïsmes — qu'ont mis en circulation les deux Psautiers 
français d'Oxford et de Cambridge? C'est là qu'on rencontre les 
premiers exemples de : 



abominable 


exterminer 


miséricorde 


sajntiôer 


abomination 


génération 


mortifier 


saintification 


abominer 


glorier 


oblation 


saintiûement 


cèdre 


glorifier 


opprobre 


saintuarie 


christ (adj.) 


jejunie 


prévaricacion 


tabernacle 


compunctiun 


juste 


pré varier 


testament 


çonsummaciun 


humilier 


primices 


tribulation 


consummer 


lac 


proïsme 


tribuler, iribler 


conlriciun 


luminarie 


prochain 


unicorne 


diluvie 


magnefier 


sacerdote 


vanité 


escaudle 


ministre 


sacrefier 


vivifier 


esprit 


ministrer 


saerefise 


ysope. 



La maison, lu gloire^ la loi, le trône, la parole de Dieu, 
criera Dieu, chercher, craindre, bénir Dieu, 
invoquer, louer, chanter, bénir, (jlori/îer le nom de Dieu, 
abreuver de délices, sonder les cœurs et les reina, 
la crainte de Dieu est le commencement de la s</gesse^ 
celui qui sème dans la douleur, moisstmnera dans la joie. 
Dieu de majesté, de (jloire, de vérité, de ren(jeancf\ J{oi de gloire* pa- 
role de vérUé, chair de pestilence^ esprU de tempête, opprobre des 
humains, 

La traduction des Quatre Livres des Rois apporte aussi sa 
part des mots nouveaux et d'expressions, et les écrits pieux de 



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L'ANCIEN TESTAMENT ET LA LANCiUE FRANÇAISE 31 

répoque, la Paraphrase des Évangiles de la quinzaine de 
Pâques^ la traduction des Dialogues de saisit Grégoire, et des 
Sermons de Morice de Sully et de saint Bernard donnent une 
première consécration aux termes bibliques les plus usités. 

Au XIII* siècle, la lutte va s'engager entre les partisans et les 
adversaires de ces néologismes, et la Bible de V Université de 
Paris offre un mélange bizarre de mots nouveaux et de mots de 
langue usuelle qui en sont les équivalents. C'est ainsi qu'on y 
rencontre successivement alliance et convenant-, arche et huche ; 
iniquité et félonie ; miséricorde et merci ; opprobre et reproche; 
sabbat et samedi; scandale et esclandre; tenter et essayer. 
L'unité du vocabulaire biblique ne. se constitue que dans la Bible 
historiale de Ouiard Desnioulins (1295) et elle reste si bien éta- 
blie jusqu'à la fin du xv« siècle, que ni les protestations du tra- 
ducteur du Psautier lorraiyi (13(55), ni les timidités de la Bible 
de Raoul de Presles (1382) ne compromettent l'œuvre des nova- 
teurs. Enfin la Bible de Jean de Rély (1481) témoigne, dans ses 
seize éditions, du progrès définitif de la langue biblique. 

C'est aussi du xiii«= siècle, grâce au nombre toujours plus grand 
d'ouvrages d'inspiration religieuse, que se développe la série des 
expressions refaites dont on entrevoit les premières tentatives 
dès le X* siècle. C'est sous Tinfluence des' théologiens et surtout 
de VHistoria scholastica de Comestor que naissent toutes ces 
expressions qui rappellent les plus importants faits historiques de 
TAncien Testament, comme : Dieu a créé la femme d\me côte 
d'Adam, le fruit défendu, le meurtre d'Abel, vivre autant que 
Mathusalem, Joseph vendu par ses frères, voir la terre promise y 
la captivité de Babylone, 

Toutefois, la prolixité naïve de la vieille langue s'accommode 
mieux de la périphrase. La formule brève, l'allusion rapide sous 
forme de gallicismes sont de création moderne ; le moyen âge 
n'a fait que leur ouvrir la voie. 

Quant aux expressions imitées, foutes de ce type uniforme 
d'hébraïsme usuel désigné sous le nom à'état construit, et rendu 
d'une façon si exacte et si française par la proposition de entre 
deux substantifs, elles commencent à apparaître à la fin du 
xii® siècle. Mais c'est surtout du xiii« siècle que date leur éton- 
nante fortune, quand la langue mystique va créer tout un riche 
répertoire d'appellations nouvelles en l'honneur du Christ et de 
la Vierge. Sur le modèle de Roi de gloire, parole de vérité, 
arbre de vie, les auteurs pieux créent des expressions comme : 
Père de gloire, Roi de paix, de concorde, de douceur, de misé- 
ricorde, Roi de Paradis^ Reine de gloire^ Dame de Paradis^ 



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32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lumière de vérité, fontavie de miséricorde, hysope d* humilité^ 
cèdre de sapience, fruit de vie. 

Si ce vocabulaire mystique ne se conserve pas tout entier, la 
tournure hébraïque, du moins, restera bien vivante, mais en 
s'écartant de plus en plus de sa valeur primitive. 

Tel est, en raccourci, le rôle de T Ancien Testament dans la for- 
mation de notre langue. 

Pour les mots, révolution est complète. Entre le ix« et le 
XVI® siècle, ils ont conquis dans le lexique une place que bien 
peu perdront ; et beaucoup, par contre, ont si bien pénétré dans 
Tusage, qu'à peine reconnaît-on, aujourd'hui, la marque de leur 
origine. 

Pour les expressions — plus nombreuses encore que les mots 
— la question est plus complexe. Sans parler de celles que leur 
caractère strictement liturgique laisse comme en marge de la 
langue, le moyen âge a tiré de l'Ancien Testament toute sa phra- 
séologie dévote et mystique, plus d'une tournure poétique, 
quelques-unes de ces hardies métaphores qui tranchent si vive- 
ment sur le fond plus terne de l'élément classique, des images, 
des comparaisons, des sentences, une part de souvenirs histo- 
riques, et môme plusieurs de ses idiotismes. 

L'apport de l'Ancien Testament à notre vieille langue est donc 
considérable et méritait une étude particulière. Nous avons 
essayé, sans épuiser la question, d'en traiter les points essentiels, 
et d'en faire ressortir l'intérêt. Des recherches du même ordre 
restent à faire sur le xvi« siècle et les temps modernes. Il serait 
original aussi de les voir s'étendre à d'autres langues, et de pou- 
voir, un jour, établir en une vaste synthèse quelle part revient, 
encore aujourd'hui, à la Bible dans l'expression de la pensée 
humaine. 

J. Trénel. 



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MANUSCRITS LU HADAR ZEKÈNIM 

RECUEIL DE COMMENTAIRES EXÉGÉTIQUE8 
DE RABBINS DE LA FRANCE SEPTENTRIONALE 



M. Ad. Neubauer, dans une lettre*, a rendu compte rapide- 
ment, entre autres, d'un ms. de la Bodléienne (Or. 004)* conte- 
nant un commentaire du Pentateuque nc-ût •nOTin qui est l'œuvre 
d'un Français. Sa courte description a été largement utilisée 
par les historiens de la littérature juive '. Comme le ms. cite un 
assez grand nombre d'explications dues à des rabbins français, 
j'ai voulu l'examiner et, pour cela, l'ai fait copier par M. I. Last. 

J'ai pu faire immédiatement une constatation qui n'a pas en- 
core été signalée, à ma connaissance, c'est que cet ouvrage est 
absolument identique au n^" 232 delà Bibliothèque nationale, "nDYin 
Vat'î nc-ût "«aanb minn. La ressemblance est si grande que dans 
les deux mss. se remarquent les mômes déplacements de para- 
graphes avec la note Wb «plus haut », indiquant que ces pas- 
sages ont été omis à tort. La seule différence appréciable est la 
suppression, dans le ms. de Paris, des gloses françaises et des 
noms de localités servant de patronymiques. Le fait s'explique, 
d'ailleurs, sans peine : le copiste était de la France méridionale et 
il n'a trouvé aucun intérêt à reproduire ces termes de langue 
d'oil. 

Le Catalogue des mss. de Paris va-t-il nous éclairer sur Fétat 
civil de cet ouvrage ? Oui, semble-t-il, car, à Ten croire, il aurait 
été publié à Livoume en 1783 dans le recueil intitulé Daat Zehè- 
nim. Malheureusement, sous cette forme, l'affirmation est fausse; 

^ JMd. Zemekrift de Geiger, IX, p. 217. 

* 270 du GaUlogue Neubauer. 

* Particulièroment par M. Groet, dans sa Ballia Judûiea, 

T. XLIX, «• «7. 3 



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34 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

il y a bien, en beaucoup de passages, identité entre le ms. et ce 
commentaire, mais cela tient uniquement à ce que les recueils 
exégétiques des xiii« et xiv« siècles ne craignent pas d'exploiter 
leurs devanciers. En réalité, le ms. et l'édition représentent deux 
ouvrages distincts. L'erreur du Catalogue des mss. de la Natio- 
nale est due à un correcteur bien intentionné : on avait proba- 
blement écrit d'abord Hadar Zehènim ; mais comme ce livre est 
assez rare et moins répandu que le Daat Zekènim, quelqu'un des 
auteurs du Catalogue a cru boli de rectifier cetfe prétendue er- 
reur. Quoi qu'il en soit, il est incontestable que le ms. de Paris et, 
par conséquent, celui de la Bodléienne soiit deux exemplaires du 
commentaire qui a paru en 1840 à Livourne sous le titre de 
Hadar Zekènim'. C'est ce qu'avait deviné, pour le ms. de la 
Bodl., M. Berliner, qui, en jugeant d'après la description deNeu- 
bauer, a supposé que « le Hadar Zekènim provient de ce ms. ou 
d'un autre recueil analogue* ». Ces mots ont inspiré au jeune et 
savant bibliothécaire de Francfort, M. A.. Freimanh, l'idée de 
comparer le cotnmentaire imprimé avec le n^ 112 de la Biblio- 
thèque municipale de cette ville et d'en constater l'identité '. 

La conjecture de M. Berliner n'était pas exprimée avec assez 
de netteté, car voici ce qu'elle a donné à croire à M. Ad* Pok- 
natiski, qui dans soû Schiloh, paru tout récemment, a eu l'occa- 
sion de parler du Hadar Zekènim et du ms. de la Bodléienne : 
a Le recueil de Tossafot Hadar Zekènim est tiré en grande partie 
des Klddousché Sarfat (le ms. en question). » Bien mieux, M. Ad. 
Pozhanski s'appuie sur les divei^gences des deul textes pour 
établir leurs dates respectives de composition (p. 163). Les ^W- 
dousché Sàrfat attendant l'arrivée du Messie en 5143 = 1388 
et le Hadar Zekènim en 5163 = 1403, il en résulte que le premier 
al été rédigé antérieurement à l'année 1383 et le secoùd postérieu- 
rement, mais avant 1403. Or, les deux textes sont conçus dans 
les mômes termes. M. Ad. Poznanski a été victime de la conci- 
sion des notes de Neubauer. La même aventure lui est arrivée à 
propos de l'interprétation de Gen., xlix, 10^. Il reproduit d'abotd 
l'explication des Hiddousché Sarfat, puis celle du Hadar Zekè- 
nim, qui en est censément différente, — alors qu'ici encore l'iden- 
tité est absolue — uniquement parce que Neubauer a troliqùé le 
passage. 

^ Ce titre, comme celui de Daat Zekènim, est de l'éditear. U embrèase, d*aillèun, 
deux ouvrages distincts : 1« le commentaire du Hosch, 2* celui qui nous intéresse en 
ce moment. Pour la commodité de l'exposition, on rés6ryera ce titra à iloi Tdeèafdl. 

» Zeiuchrift fur htbr. Bibliographie, 1900, p. 149, 

^ Ihid. 

♦ B«Iege, p. MLV. 



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MANUSCRITS DU HADAR ZEKKNIM 35 

Entre le ms. de la Bodiéienne et Timprimé les divergences sont 
extrêmement rares. C'est à peine si par-ci par-là on observe dans 
Tun ou dans l'autre une lacune insignifiante. Tout au plus rédi- 
teur a-t-il parfois omis par prudence les passages qui visent trop 
nettement le christianisme. 

Ainsi, i^ 16, Tédilion porte : « On peut par là répondre aux Mi- 
nim : si à propos du deuxième Jour de la création, il n'est pas 
dit : « Dieu vit que c'était bien » , c'est parce que le monde, en 
îliàjorité, devait périr à cause de l'eau. » L'éditeur a supprimé 
les mots : t qu'on appelle baptif^te dans la langue vulgaire ». Le 
même mot est reproduit dans le ms. 0pp. 31 d'Oxfbrd «. On sait 
que le trait est emprunté à une réplique de Nathan l'Offlcial « ou 
de Joseph Bechor Schor, è[ le tos. Warner 27 de Leyde est bien 
de cet auteur». 

n &, sur Gen,, xxxvii, 35 : « JS descendrai i>9rs mon fils dam 
te ScheoL Ceci à donné lieu aux Miuim d'affirmer que môme les 
justes descëndaieht dans là Géhenne jusqu'à l'arrivée. % La lacune 
est ici visible : on a éliminé les mots « de Jésus le Nazaréen », qui 
flgui^nl dans le ms. Cette opinion des chrétiens est relevée aussi 
dans le Pàanéûh Raza, p. 20, au nom du Oan. 

F* 23, sur Qen., xlviii, 18, manque dans l'édition tout le pas- 
sage suivant : 

a*»t5m ana^t "^n® apy» tn^y •^D'^n r^p t|OT» 'nb nn» yn b»^ 

w canbw") om pas mi v^*® ^dj^t "^ds •^n^T^ p'^nirr àp^^"» insii 
NibtD mrr i:^nn ^^7:7: bir nm s-tt nmb -^naiDriD jsib» r\Db -^nsiDna 

Un Min demanda à Joseph Gara : Comment se fail-il que Jaèob 
ait fait le signe de la croix (en croisant ses bras sur les tétés d'Ëfih- 
ra'fm et de Manassé) ? Gara répondit : t Aussi Joseph lui dit-il : C$ 
n'est pas biin^ mon père; c*est-à-dire il ne convient pas de faire cela, et 
Jacob lui répliqua : Je le sais, mon fils, je le sais ; je sais qu'il né h\xi 
pas le faire, mais Dieu me garde d'avoir eu ce dessein, j*ai séulèmeni 
voulu inonirer que celui-ci surpasserait son ftère et qUe sa postéHté 
serait abondante en peupleâ. » 

Cette réponse de Joseph Gara est rapportée aussi par Joseph le 
Zélateur ^ 

« Voir Neubtuer, J4d. Zeiiickrift, IX, p. 215. 

* Voir Zadoc Kahn, HevM, lil, p. 30. Texte dans Jiimitrah oumimaàràh^ Berlin, 
1899, 4« faicicule, p. 18. 

* Voir Steinschneider, Cat. de Leyde, p. 114. 

« Mimi^ah, H., p. 24. a. MatuHuekri/t, 1881, p. 22. 



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36 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

F** 23, sur Gen., xux. 10. Bien que le passage ait déjà été pu- 
blié par M. Ad. Poznanski, dans son SchUoh, il ne sera pas mau- 
vais de le reproduire ici, ne fût-ce que pour montrer Tidentité du 
ms. de la Bodléienne et celui-ci de Francfort. 

L'éditeur du Hadar Zekènim a supprimé tout ce qui suit : 

p TD-iDb T^ns: "^-i^rian yo^ i3"^"»m nb-»© r^n-» -^d ij' 'tan ppiman 
rppn:r73 ^nDibrn -lo "»nrîo -in«b t-irnb rnin*»» riDib^Dn "iio"» r<b 
'y\'s, -[n-iD !?:^ t<bN -^SD r-i"^a qnoa t<atD no*^ tamp s-mm ^bia 
iT^ib ;s-iD3 -«wa "«sn nus-^ ...to-' -^d tj^ nn«b nvnb -no*^ t<b nTDib 
'TDtbD 'ai n3^ '151 a^D -no*» Nb «'t .nn«b s-T:in3 nrnb ^rto"» Kb 
,tmDb73 ib aiTS"» tn nratD ^b» iD'^'^m nb*^ «a*^ -^d i:? n^i Dbts^b 
nb*^© to"^ -D ny S«mD"^ bs b:^ ^ibT:'» Nb« aao -no*^ i^b «'t 
t=a"^ai-ip rrb-^TDT gd-^ji nn rr^a t-nsb» npbm t=a©o tasca 'TSiba 
bDtti û3© i-^ai r7b"«ï5 "j-^a '-i®*^ y-i« b® T^bna:»a trxTDtt? tTsD nrb t-it 
ïsi'n .niDb72n rnpbnsia -inxb ib-'c» 'wibD g-^td:^ rinp*» ibi taipn 
«sibn^Ta D"^-i73 is-TîT aa^D cabijn m73« '-npc n» oa© • mo-» r<b 
^iD"« «b iTsnb nxn-i '^na:n:rr i;»*^ ir-^m niban i-^at) ppimai «si'»)D3 

.nb"»tt5 Na"» ■'D n^ 13i-ot 
jsia*^ ma-Ti -^««-la r»a-« t73-i: ind «np ciov -^anb nn« i*^» b»» 
nm» S^ r-nan ■'iDN-ia 1"»"»^ pN T^-ianD n»« ib a^^Tort tbi' s-ïb-no 
rrbvb «a-î ^6 ly i-«ban i-^aTs ppinwi r-thin-^à aai mo"»' «b pioo 
■'DNn np 11^1 ,iib^=> in âhb à^ «b ma^n -^«fina tN^sTam ibi 
ta*^»^' rnp^' p Drî"««N-n r-na-«n "^dioi ibi' rrb'»© «a-^ "jt: t-na-^n 
im73*^i î-nn7:a inxi^^ mTon» myrr» 'Tsnb^ câjnV V"©"^' r-^oram 

.mrroa 

F*» 67, sur Deut., xi, 26. Dans les lignes qui suivent, Tédition 
n'a pas les mots que je mets entre crochets : 

« û3"^3yb m r-nba ^"»nN73 n»b abitt?» 'na ina 'n n» b«tt5 in» ï"»n 
t-i-^aa ib y>^rt^ t"j?3 m^n ^b i-'ni t"3^ pya nbatt? Saa bmn nm"« 
r7"apn ynD3"i t^jz^-^p -^sa p**«® a-^bam mnoNi û'^ttbar n©:^ i"nDfin 
17:1:^72 T"y Sn-i;si itdj'û -^riD r-r^aa ba« m^a b« !-73)D ':?a amo 
m«na3 nDsm T^n bNn;23"^?3 ;o-iaiE«m G-^Tsnpn bDi "•nxisrr i©*^ "jnaa] 
p ITSD ^D-'sb n-^ian/:? nbanpTai nTD-^-^p f'rb hmyapi :«?•» b^f] û"'«''a3rT 

.3^iapi ^in» mbaa û-^m© 

Un Min demanda à R. Nathan fils de Meschoullam : Pourquoi votre 
exil actuel se proloDge-t-il plus que celui de Babel, qui a duré 
soixante-dix ans, et cela à c§use de Tidolâtrie, qui est le plus grave 

* Dans rédition, a tort, ÛS31^a. 



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MANUSCRITS DU HADAR ZEKÈNIM 37 

péché? Il lui répondit : « Pendant le premier temple, les Israélites 
firent des idoles, des ascbéra et des sottises qui ne sont pas durables; 
aussi Dieu les a-t-il punis par un ezîl qui n'a été que de soixante-dix 
ans. Mais sous le second temple, ils ont fait des divinités d'eux- 
mêmes [comme Jésus le Nazaréen, les Saints et les Apôtres], qui 
étaient Israélites; ils ont détourné les prophéties de leur véritable 
sens, en les rapportant [à Jésus, et ont fait de celui-ci] une divinité 
durable, acceptée de ses fidèles. Voilà pourquoi ils restent si long- 
temps en exil. 

Ce dialogue est reproduit avec plus ou moins de fidélité dans le 
Paanéah Raza, p. 59, par Berliner, Pelètat Soferim, p. 34, 
d*aprës le ms. 252 de Munich. 

iô., sur Deut., xiii. 9. Après les mots : 

rr^myn -^"y rmm im«b rnaiob ^-^k© p« ban 

il faut ajouter : "«-ûtnan n»"» mco « A plus forte raison ne faut-il 
pas écouter celui qui se sert de la magie [comme Jésus le Na- 
zaréen] *. » 
Fo 'lô, sur Deut., xxxii, 21. L*édition porte : 

trT3» ■»T ^To «"a^nb 'nvnyi run nasD rrfr^ .^y î«ba ûfirsp» -^ski 

C'est aussi la leçon du ms. de Paris, sauf que le nom de tt5"3ti 
(= Bechor Schor) y manque. Le ms. d'Oxford lit : 

Le ms. 0pp. 31, f® 35 &, d'après Neubauer : 

(«■•rDip^m lire) «-^rDip •^?t» ©■•bTnnpn ibî* uy «ba ûôoapx -^snt 

.û"'3^an373n nb« no*'»» bas -^lan ^ktd {sic) n^jab (sic) û-^-^-ûrTan 

Enfin, le Daat Zekènim : «nn «D^p-^n û'^bmnn b^o n^nai . . . 

Ces textes se comprennent mieux quand on les compare à celui 
de Joseph le Zélateur : 

napn b© inTO ^d in-^ttîn ,D37d D"^3iu;n iîxuj -sb isb D-'ias^iCTû dp» 
w rT«::f pt 137373 ^n-)3a nmso^^^n ,n-î73 nssD m?: r-iE3 «in-a 

* Cr. Paanéah Boxa, ad loc, 

* Cestce texte qu'a citéZunz, Zur Gesehichte, p. 181. 



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3§ REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tny ftbn ca«''3pfi^ ■'SSt caîT^bana "«aioa^D b« «ba •'snMp tan '3» 
ism^j ^55^73 5-ï"«n PM nnv Sas iia s-T»rT û«i tnO'>y^tt baî •'laa 

•IT» nnn 

Le frère Gario, controversant avec R. Nathan, lui dit : « G*est en rai- 
son de votre paéchanceté et de votre infériorisé que vous nous êtes 
soumis, car nous sommes plus considérés que vous». R. Nathan ré- 
pondit : « Telle est la règle de Dieu, il rémunère mesure pour me- 
sure. Nous Tavons offensé par un être qui lui était inférieur, ainsi 
a-t-il agi à notre égard, car il est écrit : Ils m ont offensé par un non- 
Dieu; ils m'ont courroucé par leurs vanités; moi je les outragerai 
par un non-peuple, je les irriterai par uile nation stupide. S'il y 
avait une nation plus sotte que la vôtre, il nous y soupoettr^it^» 

Dans rédition et les mss. de Paris et de Francfort, Dieu punit 
Israël au moyen des w^yn (ceux qui rejettent), qui partout persé- 
cutent les Juifs et qui dans leurs différents ordres sont plus mé- 
prisés que n'jiflporte quelle nation. Dans le ms. d^Oxford, il est 
P^rlé des Jacopins et des û'HSTd. Ce nom qui est synonyme d'en- 
nemi, dans Isaïe, lxvi, 5, a peut-être été choisi parce qu'il res- 
semble à celui de mendiants. 

Les Jacopins — ou Jacobins — appartiennent à Tordre des Do- 
minioAins, ou prêcl^eurs. Dans le ms. Ppp. 31» et avec plus 4^ 
W«on, on réuiiijt les Çor<|eliers (lire aj-ïb*nrj:jpn), ^QW franchis dj^ 
FrgDCiffoaiiis, et les Jacopins. Ces deux ordres sont ensuite syn- 
thétisés sous le titre de trwwtt « les pestiférés », qui rappelle mo- 
nachus, moine. Daas le Daat Zekènim Cordeliers est trg4uit en 
hébreu, ainsi que dans le livre de Josepl) le Zélateur'* 

Or, les prdres Précj^eurs ne sont nés qu'en 1215 et le nom de 
Jacopins ne saurait (^tre antérieur à Tannée 1218, où les Domi- 
nicains s'établirent à Paris et reçurent le nom dp Jacopins parce 
que leur couvent était situé rue Saint- Jacques -, quant aux Cor- 
deliers, ils ne furent institués par François d'Assise que vers 
1223. Il est donc impossible que Bechor Schor les ait connus, lui 
qui a fleuri \&^ le milieu du xii* siècle. Il faut donc rayer ce nom 
dans le Hadar Zekènim ; aussi bien est-il absent dès autres 
textes. C'est là un des rares exemples de variantes off*ertes par 
Tédition. 

Remarquable est encore l'identité d'orthographe pour les noms 
propres dans le ms. de la Bodléienae et Timpriipé. 

* «ap^rr tpr^ '0, Berlin, 1903, p. 11. (Tirage à part du Fetttckrift tum 70. Qê- 
huristaggA» Berliner*s.) 

• Mimiwrah th., p. 24; Zudz, ^«r Geuhichte, p. 181. 



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MANUSCRITS DU HADAR ZEKÈNIM 39 

Môme manière de désigner certains auteurs uniquement par 
leurs ipitiales. Ainsi -j^iisi (3, 5&, 29 b), tD"^^ (18, 38, 51&), tfnrt 
(16, 18, 18 &, 20 b, 22 ô, 23, 25 b, 26, 30, 39 b). Ces acrostiches sont 
des énigpaes. Pour :f'>^sn, qu'on serait tenté de lire ma dr, un 
passage correspondant du Minliat Yehouda donne Isaac. Pour 
«•'■^nîi, toute donnée nous fait défaut. Quant à ta"*!?! , dont 1q 
grand-père s'appelait David (242)), Neub^uer y voit Menahem de 
Joigny, sans doute parce qu'en un endroit (sur Ex., i, 10) ces deux 
autorités sont mentionnées à peu de lignes de distance. Mais cette 
circonstance seule suffirait à détruire cette hypothèse. A quoi 
bo^, au reste, recourir à des suppositions ? Toutes les fois que le 
Hadar Zekènim mentionne le ûnn, le Daat Zekènim met en toutes 
lettres Moïse * (sur Gen., xxv, 6; xxx, 41 ; xxxviii, 26; xlviii, 1, 
22; Ex., I, 10, 15; iv. 29; xii, 37; xiii, 17, etc.)». On serait tenté 
d'ideptifier ceMoïseavec Moïse de Paris, mais, sur Gen.,xxxviii, 5, 
l'explication de Moïse de Paris, reproduite par Berliner,ràuteur du 
Daat Zekènim dit Tavoir recueillie de la bouche de son maître. Or 
jamais il n'accolle cette épithète au nom de Moïse. Zunz, qui ea 
rédigeant son Ztir Geschichie (1845) ignorait l'existence du Ha- 
d^r Zekènim, publié en 1840, mais qui avait rencontré l'abrévia- 
tion Rnrr dans le Minhat Yehouda, dit que c'est peut-être Moïse 
(je Coucy (p. 82) ; puis, relevant le nom de Moïse dans le Daat 
Zekènim, il ajoute que c'est vraisemblablement Moïse de Goucy. 
Lç ms. du Miiihat Yehouda que possède l'Alliance Israélite uni- 
verselle, et dont il sera encore question plus loin, confirme en- 
tièrement la supposition de Zunz ; en un grand nombre de 
passages où l'imprimé porte Moïse de Coucy, ce ms. se sert de 
l'abréviation ûnn. 

VojcJ maintenant la liste des noms propres cités dans le Hgdgif 
Zekèpipi, ^t dont l'orthographe est conforme à celle du ms! de l^ 
Podléieppe'. 

CettQ pomeucjature ne fera pas tout à fajt double emploi avec 
celles qu'ont dressées Neubauer et Berliner et qui sont incoflcf- 
plètes et parfois inexactes. N'y entreront pas les noms de R^sçl)},. 

» Ce Moïse est souvept cité aussi dans le P^amfah Ji^pi^. 

» La ipêmç abr^viatioij est employée dans un supercomnaentaire sur Baschi, ipç. de 
Cambridge, n» 36 (Gat. p. 66), alternant avec le nom de Moïse (ii.,p. 65). — Ce 
ms. de Cambridge me paraît identique au n* 173 de la Bibl. Nation, de Paris. — 
Le ms. de Hambourg n*» 46 fait égalemeot alterner cette abréviation et le nom Oe 
Moïse. 

» a faudrait comparer & ce point de vue notre ms. avec le n« 32 de la Bibl. de 
Vienne (Cat., p. 35), qui mentionne beaucoup de ces ppms. 



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¥> RE;VUE des ETUDES JUIVES 

Joseph Cara, Samuel b. Méir (Raschbam), R. Tarn, Joseph Becbor 
Schor, Abraham ibn Ëzra, Juda Hasid^ Baruch b. Isaac. Je suis 
Tordre des pages. 

F** 1 & et 44 & : Joseph l'Oppigial. Ce titre est écrit à tort, la 
pi*emière fois, dans le ms. et Tédition, bÉroDTfiib. Dans le livre de 
cet auteur (voir Revue^ III, p. 30), l'explication donnée ici, p. 1&, 
est attribuée à son père Nathan TO facial. Elle se lit aussi dans le 
ms. 0pp. 31. Sur cet auteur, voir Tétude si nourrie de M. Zadoc 
Kahn {Rei^ue, I, p. 222, et m, p. 1). 

î^ 9 & et 10 : Jacob, le trésorier de Montreuil (V«rann»). Le 
ms. de la Bodléienne a : Jacob de Montreuil, celui de Paris, Ja- 
cob le trésorier. A mon avis, Neubauer a eu raison d'identifier ce 
ymcyttt avec Montreuil, sans spécifier lequel, car il y a nombre 
de localités de ce nom dans la France de langue d*oil ; rien que 
dans la banlieue de Paris il y en a deux. M. Gross a préféré y 
voir Monteux sur la foi du Minhat Tehouda, qui porte, dans les 
passages correspondants, "r^xsm. Mais, outre que notre leçon serait 
inexplicable si l'original avait été ^ûTO, il y a une raison majeure 
qui s'oppose à cette identification, c'est que jamais le Hadar Ze- 
kènim ne cite de rabbins provençaux. Il y a plus, un ms. du 
Minhat Yehouda a lui aussi Vn^tan^:» natx'i apy^ '-m. En effet, ce 
nom se lit dans les mêmes passages du ms. du Gan que possédait 
Eliézer Aschkenazi. Dukes a décrit ce ms. et relevé les noms in- 
téressants qui y paraissent * . Or, que Ton compare sa liste à celle des 
auteurs mentionnés dans le Minhat Tehouda * et l'on sera surpris 
de la quasi identité. Et quelques-uns de ces commentateurs ne 
sont pas les premiers venus, de ceux qu'on rencontre dans tous 
les recueils de Tossafot sur le Pentateuque. On y trouve, entre 
autres, Elhanan, fils de mon maître Isaac, dans son ouvrage sur 
le calendrier ; Méir Cochab ; mon maître le saint Salomon de 
Dreux: mon maître Eliakim au nom d'Aron de Châlon; Aron de 
Canterbury; Joseph de Lincoln; Berachia le Ponctuateur; Yeho- 
sifia le prosélyte. U est particulièrement remarquable que l'auteur 
du Gan et celui du Minhat Yehouda, qui est Juda b. Eliézer, 
disent mon maître pour les mêmes personnes, et surtout pour 
Eliakim, dont le nom revient sans cesse dans le Minhat Yehouda. 
Ces circonstances m'avaient suggéré l'idée que le ms. décrit par 
Dukes n'était qu'une autre recension du Minhat Yehouda. Cette 
hypothèse est devenue pour moi une certitude, grâce à la publi- 
cation du Catalogue du British Muséum. Qu'est devenu le ms. 
d' Aschkenazi ? C'est ce qu'on ignorait jusqu'ici. Or, dans le Ca- 

« OsarNêchmad, II. p. 161. 

* Voir Zanz, Zur OeschiehSê, p. 97. 






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MANUSCRITS DU HADAR ZEKENIM 41 

talogue du British Muséum, M. Margoliouth décrit ainsi le 
n« 190 : « ta'tTb» p. Ce ras., qui n'est pas le Gan cité par le Minhat 
Yehouda, le Paanéah Raza, etc. présente une très étroite ressem- 
blance avec le Minhat Yehouda. C'est une autre recension de cet 
ouvrage. On y trouve cités Aron et Benjamin de Canterbury, Be- 
rachia Hanakdan, Joseph de Lincoln. » Enfin, voici qui est dé- 
cisif: Dukes dit que le ras. du Gan porte la date dé 163 (1403) ; or 
telle est préciséraent celle du ms. du British Muséum. Il n'y a 
donc pas le moindre doute que cet exemplaire est celui qui appar- 
tenait à Aschkenazi et que ce Oan Elohim — et non pas Gan — 
est une recension du Minhat Yehouda différente de celle qui a été 
imprimée avec le Daat Zekënim. Ce Gan Elohim est probablement 
de la même famille que le ms. du Minhat Yehouda (n« 114) de la 
Bibliothèque de l'Alliance israélile, qui est également une recen- 
sion de l'ouvrage différente de l'imprimé'. 

9 b : JosBPH de "^V^^. Dans le mérae passage du Minhat Ye- 
houda, 1, 23*, il y a 'yb^^. La différence peut être due à l'inattention 
d'un copiste ou de Tiraprimeur. Zunz y voyait Saulieu ; Neubauer 
Sailly (commune du département de la Haute-Marne); M. Gross 
se range du côté de Zunz. 

13b : IsAAC fils d' Abraham, en abrégé «"a-^n (326, 61), ou 
fcnann (41 b, 51 b). C'est le célèbre chef d'école de Dampierre (voir 
Gross, p. 168), mentionné pour ses explications exégétiques dans 
le Daat Zekènim et le Minhat Yehouda. 

Ib. Salomon de »'»^ttc3. Ce commentateur ne figure pas dans la 
liste de Neubauer ni dans celle de Berliner, probablement parce 
que ces auteurs ont pris ce Salomon de «"«nnû pour Raschi. 
Cette supposition semble corroborée par le témoignage du Min- 
hat Yehouda, qui, sur Gen., xxviii, 17 (p. 286), attribue à ce 
Salomon ce que dit expressément Raschi : «"n '■t»dtd rw ba« 
*p ^nob «"1 pm ^dV© ■'rja rrfina rr-vrorr nn ^yw «"•^nnaTa. 
Mais, si au lieu de considérer isolément .cette phrase, on étudie 
l'ensemble du passage, on voit que ce Salomon est un commenta- 
teur de Raschi, et que plus loin il est désigné simplement par 
l'épithète « le saint », — « le martyr » ; tout porte donc à y voir 
Salomon le martyr de Dreux. Cette hypothèse est confirmée par le 
ms. du Minhat Yehouda de la Bibl. Nation. (n« 168), où se lisent 
ces mots, à la place de ceux de l'imprimé : aviD ^n^aSTD amDrr ■>3Nn 
. . .npya© ■'"«-iD Vn «finn^ iDinpn mhm 'an taca « Moi le scribe j'ai 
trouvé écrit au nom de Salomon le martyr de Dreux : ce que dit 

> Je reviendrai procbainemeDt sur ce ms., écrit par un copiste italien, qui a sup- 
primé le plus souvent les noms d^originc des commentateurs cités. 
* Je cite rédition de Varsovie. 



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42 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

R^schi. . . » Dans le ms. du Minhat Yehouda de rAlliance Israélite 
le passage est ainsi conçu : ïin ■'nKSW «rma rfxû 'n -nro wa^ 
^fy^ mm^rr nrw) ^nft n3T«b « J'ai trouvé au nom de mon maître 
Salomon le martyr de Dreux : ce que dit Raschi... ». En 
outre, sur Gen., viii, 6 (p. 8&), le Minhat Yehouda reproduit une 
réponse faite par le môme iD'^i^iDtt «"-i à une objection de Joseph 
de Vn^ (que Gross corrige en yx^np^ Chartres) *. Ici il ne peut 
s'agir de Raschi. C'est probablement ce qui avait déterminé Zunz 
à chercher une autre solution : ce serait ici, comme dans le pas- 
sage susmentionné, Salomon le saint de Dreux. Zunz, comme 
presque toujours, avait bien deviné, oar le ms. du Minhat Yehouda 
de la Bibl. Nat. porte ici mmi2 (faute visible pour 'to), et celui de 
TAlliance TD'^'^Tma, forme qui explique celle de «"«ino. 

Il est assez curieux que dans notre ms. du Hadar Zekèaim 
de même que dans l'édition du Minhat Yeho